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-The Project Gutenberg EBook of Histoire amoureuse des Gaules suivie des
-Romans historico-satiriques du XVIIe siècle (4/4), by Roger de Bussy-Rabutin
-
-This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
-almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
-re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
-with this eBook or online at www.gutenberg.org
-
-
-Title: Histoire amoureuse des Gaules suivie des Romans historico-satiriques du XVIIe siècle (4/4)
-
-Author: Roger de Bussy-Rabutin
-
-Release Date: September 30, 2012 [EBook #40902]
-
-Language: French
-
-Character set encoding: ISO-8859-1
-
-*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK HISTOIRE AMOUREUSE DES GAULES, 4 ***
-
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-
-
-Produced by Sébastien Blondeel, Carlo Traverso, Hans
-Pieterse, and the Online Distributed Proofreading Team at
-http://www.pgdp.net (This file was produced from images
-generously made available by the Bibliothèque nationale
-de France (BnF/Gallica) at http://gallica.bnf.fr)
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- Note de transcription:
-
- Les erreurs clairement introduites par le typographe ont été
- corrigées. D'autres corrections ont été apportées, dont la liste
- est donnée à la fin de ce volume.
-
- L'orthographe des noms propres dans la table alphabétique
- présente certaines différences avec le reste de l'ouvrage et est
- loin d'être cohérente (Bontems/Bontemps, Braguemont/Braquemont,
- Créqui/Créquy, Élizabeth/Elisabeth, La Vallière/La Valière,
- Levis/Lévis, Mancini/Manchini, Neuville/Neufville, etc.). Pour
- les noms propres nous suivons strictement l'original imprimé.
-
- Les notes de bas de page sont regroupées à la fin de chaque
- chapitre.
-
- Certaines abréviations en exposant dans l'original sont aisément
- lisibles, comme Mlle. D'autres moins courantes, par exemple pour
- Marquis ou sieur, sont indiquées sous la forme M{is} et s{r}
- respectivement.
-
- La table des matières est placée à la fin de l'ouvrage.
-
-
-
-
- HISTOIRE
- AMOUREUSE
- DES GAULES
-
-
- Imprimerie Gouverneur, G. Daupeley à Nogent-le-Rotrou.
- Caractères elzeviriens de la Librairie Daffis.
-
-
-
-
- HISTOIRE
-
- AMOUREUSE
-
- DES GAULES
-
- PAR BUSSY RABUTIN
-
- revue et annotée
-
- PAR M. PAUL BOITEAU
-
- _Suivie des Romans historico-satiriques du XVIIe siècle_
-
- recueillis et annotés
-
- PAR M. CH.-L. LIVET
-
- TOME IV
-
-
- [Illustration: Globus]
-
-
- PARIS
- PAUL DAFFIS, ÉDITEUR-PROPRIÉTAIRE
- DE LA BIBLIOTHÈQUE ELZEVIRIENNE
- 7, rue Guénégaud
-
- M DCCC LXXVI
-
-
-
-
-[Bandeau]
-
-PRÉFACE.
-
-
-Les trois pièces que renferme ce quatrième et dernier volume de petits
-romans et pamphlets historico-satiriques du XVIIe siècle ne font point
-partie du Recueil connu sous le titre d'Histoire amoureuse des Gaules;
-nous les y avons ajoutées, pour des motifs que nous avons le devoir de
-faire connoître ici.
-
-D'abord, elles sont très-rares, et ce n'est pas sans difficulté que nous
-avons pu nous procurer les textes que nous avons suivis. La première,
-_le Grand Alcandre frustré_, a eu les honneurs d'une récente
-réimpression, donnée à petit nombre par les soins de M. Paul Lacroix;
-mais elle mérite d'être plus connue, sinon par les qualités d'un style
-qui trahit une plume peu exercée, du moins par la finesse ingénieuse et
-délicate des pensées, qui indique un homme de cour, et par l'intérêt
-même que présente ce petit roman. Si les deux autres ont trouvé place à
-la suite du _Grand Alcandre frustré_, ce n'est ni à leur style, ni
-à l'intérêt qu'elles présentent qu'elles doivent d'entrer dans cette
-collection; mais le titre en est très-familier aux bibliophiles, qui le
-connoissent par les Catalogues, et qui nous auroient su mauvais gré de
-ne pas en avoir reproduit le texte pour leur permettre d'en apprécier la
-valeur. L'une a cependant un mérite sur lequel nous ne saurions trop
-insister: c'est qu'elle est l'oeuvre d'un pamphlétaire admirablement
-bien renseigné sur une des plus malheureuses périodes de notre histoire:
-aussi nous sommes-nous appliqué, avec le plus grand soin, à faire
-ressortir l'exactitude historique des faits consignés dans les _Amours
-de Louis XIV et de Mlle du Tron_: nous espérons que nos notes, par leur
-abondance et leur précision, dédommageront un peu le lecteur du
-caractère insignifiant de l'ouvrage. Dans les _Entretiens_ qui composent
-ce factum, tous les mots portent; il n'est pas une ligne qui n'ait pu
-prêter, au temps où il parut, à de longs commentaires parmi les
-courtisans ou les bourgeois, et provoquer quelque raillerie ou quelque
-plainte. Ce sont ces commentaires, ces railleries, ces plaintes que nos
-notes ont eu en vue de faire revivre.
-
-Quant au _Tombeau des Amours de Louis le Grand_, ce libelle forme en
-quelque sorte le couronnement de l'oeuvre; c'est un résumé, mal écrit,
-mais assez complet, de l'histoire galante de la France sous le règne du
-grand Roi: nous l'avons, à ce titre, reproduit d'autant plus volontiers
-qu'il est très-rare et que s'il omet quelques faits, il en relève
-quelques autres dont on chercherait vainement la place ailleurs.
-
-Il nous reste à parler du problème historique que soulève l'étude du
-_Grand Alcandre frustré_. On a dit:
-
- Jamais surintendant ne trouva de cruelle.
-
-Moins heureux que Fouquet, Louis XIV rencontra-t-il une autre Madame de
-Guercheville qui mérita son estime après avoir inspiré son amour,
-comme la célèbre marquise dont la résistance à la passion du roi Henri
-IV fut si célèbre en son temps? Si cette femme vertueuse a réellement
-vécu, qui est-elle?
-
-Voici, sans plus attendre, quelle est selon nous la solution de ce
-problème: une femme a existé, qui a eu la réputation méritée par la
-marquise de Guercheville; mais il n'est pas impossible que cette
-réputation ait été usurpée.
-
-Ce n'est pas sans de longues recherches que nous sommes arrivé à cette
-conclusion, si insuffisante qu'elle puisse paroître. Nous prions qu'on
-veuille bien revenir avec nous sur le chemin que nous avons dû suivre,
-non sans nous égarer bien souvent, pour fournir une réponse aux
-questions posées.
-
-La femme vertueuse dont parle l'auteur seroit la comtesse de L...; son
-rang, peut-être l'emploi de son mari lui permettoient d'être toujours à
-la Cour, que le Roi fût à Versailles, à Saint-Germain ou à
-Fontainebleau. Or, en dépouillant les Lettres de Mme de Sévigné, les
-Mémoires de Saint-Simon, le Journal de Dangeau et les Etats de la
-France, il est facile de relever tous les noms des personnages de
-l'entourage du Roi faisant précéder du titre de comte un nom commençant
-par l'initiale L. Nous avons fait cette revue; aucun des noms que nous
-avons trouvés ne s'appliquoit à une femme réunissant à la fois toutes
-les conditions exigées pour satisfaire aux termes du problème: celle-ci
-étoit trop jeune, celle-là trop âgée; l'une s'étoit compromise avec
-quelque galant; l'autre étoit, en 1672, dans une position effacée d'où
-elle n'est jamais sortie.
-
-Après toutes ces tentatives vaines pour arriver à la vérité, désespérant
-de la découvrir nous-même, nous avons adressé, par la voix de
-l'_Intermédiaire_, un appel à de mieux informés: on nous a répondu par
-le nom de Mme de Ludres, chanoinesse de Poussay; mais celle-ci,
-n'ayant pas de mari, n'était pas femme du comte de L...; elle ne
-fut pas toujours cruelle; elle ne conserva pas toute sa vie l'affection
-du Roi, et elle n'usa pas de son influence pour avancer sa famille. Une
-telle réponse ne pouvoit que nous encourager à continuer nos recherches.
-
-Mais, à notre grand déplaisir, après avoir épuisé toute la liste des
-noms en L..., il nous fallut procéder par hypothèse, et supposer que
-cette initiale avoit été choisie précisément pour dépister le lecteur.
-Dès que le nom ne paroissoit pas en toutes lettres, ne pouvoit-on
-penser, en effet, que l'auteur avoit pris toutes ses précautions pour
-que même une initiale ne pût aider à découvrir ce qu'il vouloit cacher?
-
-Nous donnons cette hypothèse: elle nous paroît plausible; mais nous
-admettons qu'on la repousse.
-
-Quoi qu'il en soit, nos recherches n'auront pas été infructueuses: si
-nous n'avons trouvé aucune comtesse de L... ayant eu l'occasion de
-résister aux tendresses de Louis XIV, nous avons du moins rencontré une
-femme qui, à l'initiale près, réunit toutes les conditions que nous
-étions en droit d'exiger, et cette femme est la princesse de Soubise.
-
-Mme de Soubise était femme de François de Rohan, prince de Soubise,
-capitaine-lieutenant des gendarmes de la garde ordinaire du Roi, qui
-était le second fils, et fils très-pauvre, d'Hercule de Rohan, duc de
-Montbazon. Veuf en août 1660 de Catherine de Lyonne, il épousa, le 17
-avril 1663, Anne de Rohan-Chabot, «dame d'une vertu et d'un mérite
-très-distingués», dit Moréri, qui ne prodigue pas les éloges dans ses
-notices généalogiques. Née en 1648, Mme de Soubise avoit 24 ans à
-l'époque où se passe notre petit roman, et avoit eu déjà trois des dix
-enfants pour l'établissement desquels la bienveillance du Roi lui fut si
-utile. Mme de Sévigné, après avoir constaté les inquiétudes que les
-attentions du Roi pour la princesse causoient à Mme de Montespan,
-montre la favorite promptement tranquillisée; elle nous apprend
-aussi que Mme de Soubise, voulant échapper à la poursuite du Roi, se
-crut obligée de quitter la Cour et de se réfugier à la campagne:
-l'histoire de la comtesse de L... est toute semblable.
-
-Mis ainsi sur la voie, nous nous sommes rappelé que Mme de Soubise avoit
-trouvé grâce même devant un des pamphlétaires de l'_Histoire amoureuse_
-(voy. t. III, p. 147); nous avons ensuite consulté Saint-Simon et
-Dangeau. Dangeau ne nous apprend rien, sinon que, du temps où il
-écrivoit son Journal, Mme de Soubise suivoit assidûment la Cour. Mais
-Saint-Simon nous renseigne plus complètement; de tout ce qu'il dit de la
-princesse, il ressort que Mme de Soubise fut en effet aimée du Roi,
-qu'elle conserva toujours sur lui un crédit dont elle usa largement dans
-l'intérêt de sa famille et d'elle-même, et qu'il ne fut porté aucune
-attaque sérieuse à la réputation que lui ont faite tous ses
-contemporains. Toutefois le duc ne pense pas que sa vertu ait été sans
-tache: mais à qui a-t-il fait cet honneur de croire que les faveurs ne
-s'obtenoient pas par des complaisances, dût-il, pour donner cours à sa
-malignité, rompre en visière à l'opinion publique?
-
-C'est pour concilier à la fois l'estime unanime des contemporains avec
-la médisance de Saint-Simon que nous avons laissé place à un doute qui
-n'existe pas d'ailleurs dans notre esprit, et que, tout en admettant que
-la comtesse de L... peut être la princesse de Soubise, nous avons
-réservé l'opinion de ceux qui, après Saint-Simon, voudroient conserver
-des doutes sur sa vertu.
-
-Ce n'est pas sans regret que nous avons fait cette part au doute; nous
-aurions aimé placer au moins dans notre galerie une femme sûrement
-honnête; mais l'histoire ne s'écrit pas avec le sentiment, et, si nous
-n'avons pas trouvé un juste dans Israël, nous l'avons du moins
-consciencieusement cherché.
-
-Notre tâche est terminée. Le long travail auquel nous nous sommes
-livré pour dégager la valeur historique d'une série d'ouvrages où les
-esprits superficiels ne cherchoient que le scandale, nous a fait vivre
-dans la familiarité de la Cour la plus brillante du monde; nous avons
-découvert bien des misères sous son éclat menteur; mais ces vices
-honteux qui déshonoroient l'entourage immédiat du Roi, mais cette
-corruption générale des moeurs qui se dissimuloit mal sous la galante
-courtoisie des manières en existeroient-ils moins parce qu'ils ne
-seroient pas découverts? Et quand il n'y auroit pas d'autre conclusion à
-tirer de cette étude, ne seroit-ce pas déjà un résultat précieux que de
-pouvoir dire: le progrès de la morale a accompagné le progrès de
-l'instruction et le développement du bien-être général? N'est-ce rien
-que de pouvoir prouver, pièces en main, aux esprits chagrins,
-_laudatores temporis acti_, que nous valons mieux que nos ancêtres?
-
-Il nous reste un mot à ajouter. Nous désirons appeler particulièrement
-l'attention sur la table qui termine ce quatrième volume. Tous les noms
-cités dans l'ouvrage y figurent, et nous nous sommes appliqué à joindre
-toujours aux noms de seigneurie les noms patronymiques et les prénoms.
-Des difficultés matérielles ne nous ont pas permis de donner à ce
-travail toute la perfection que nous aurions désiré; cependant, nous
-espérons qu'il rendra quelques services même pour la lecture d'autres
-ouvrages que les petits romans historiques de cette collection.
-
-CH.-L. LIVET.
-
-
-
-
- LE GRAND
- ALCANDRE FRUSTRÉ
- OU LES
- DERNIERS EFFORTS DE L'AMOUR ET DE LA VERTU
- HISTOIRE GALANTE.
-
-
-
-
-[Bandeau]
-
-AVERTISSEMENT.
-
-
-On ne dira pas de cette histoire ce qu'on a dit de plusieurs autres:
-c'est toujours la même viande diversement assaisonnée. Le seul titre
-fait voir d'abord que c'est une pièce nouvelle. Le grand Alcandre n'a
-point eu jusques ici de maîtresse qui ne se soit rendue, s'il faut ainsi
-dire, après la première sommation; au lieu que cette illustre comtesse,
-dont on fait ici l'histoire, se défend avec une vertu tout-à-fait
-héroïque, se tire adroitement de tous les piéges que l'Amour lui tend,
-et, en étouffant une passion criminelle, elle gagne l'estime et
-l'admiration de celui qui la vouloit déshonorer. Il est bien juste
-qu'après avoir exposé aux yeux du public les fautes de celles qui
-ont fait honte à leur sexe, on lui fasse part de la vertu de cette
-Héroïne, qui en relève l'honneur, et que nous pouvons mettre au nombre
-des femmes fortes, puisqu'elle a triomphé de tout ce que l'Amour a de
-plus tendre, de plus fort, et de plus engageant. Tout ce qu'on peut dire
-de la vérité de cette histoire, c'est qu'ayant été trouvée parmi les
-papiers d'un homme de qualité[1] après sa mort, on la donne telle qu'on
-nous l'a envoyée de Paris. Il auroit été à souhaiter que le nom de cette
-illustre femme y eût été couché tout du long; mais il n'y avoit que la
-lettre L...[2] dans le manuscrit, où l'on n'a voulu rien changer.
-
-
-NOTES.
-
- [1] Le duc de La Feuillade (_note de l'édit. de 1719_).--Il était
- mort subitement dans la nuit du 18 au 19 septembre 1691, et non le
- 12 mai 1697, comme on l'a dit dans une récente édition de cette
- «histoire».--Voy. Dangeau, t. III, pp. 400-402.
-
- [2] Voy. la Préface, en tête de ce vol.
-
-
-
-
-[Bandeau]
-
-LE GRAND
-
-ALCANDRE FRUSTRÉ
-
-OU LES
-
-DERNIERS EFFORTS DE L'AMOUR ET DE LA VERTU
-
-HISTOIRE GALANTE.
-
-
-Tout le monde sait que Louis XIV, étant un jour en belle humeur, dit à
-quelques-uns de ses courtisans, qu'il n'avoit trouvé dans toute sa Cour
-que deux femmes chastes, et qui fussent fidèles à leurs maris[3]. Comme
-les paroles des Rois sont regardées comme des oracles, personne n'osa
-répliquer, ni en demander davantage; chacun se regarda, mais les mariés
-baissèrent les yeux, craignant d'en apprendre plus qu'ils ne voudroient,
-et que leurs épouses ne fussent pas ces deux chastes tourterelles, qui
-avoient l'approbation de ce grand Monarque.
-
-Là-dessus, le comte de Lauzun[4], qui n'y avoit point d'intérêt, parce
-qu'il n'étoit pas marié, prit la parole et dit au Roi: «Sire, vous avez
-été plus heureux que Salomon, d'avoir trouvé deux femmes chastes,
-puisque ce prince, tout sage qu'il étoit, n'en a pu trouver une seule.»
-
-Ces deux femmes, à ce qu'on a su depuis, étoient la Reine, et la
-comtesse de L...[5], dont on va décrire les amours secrètes avec ce
-monarque. Il avoit trop d'intérêt à croire à la fidélité de la Reine,
-pour en douter tant soit peu, et véritablement c'étoit une princesse des
-plus sages, et des plus vertueuses de son siècle, et le Roi son époux ne
-faisoit que lui rendre la justice qui lui étoit due. Pour la comtesse,
-l'intérêt de son amour auroit voulu, tout au contraire, qu'il eût pu
-douter de sa fidélité pour le lien conjugal. Mais il n'avoit que trop de
-raisons de la croire ferme là-dessus, et, si on peut le dire ainsi, une
-invincible.
-
-Il y avoit longtemps que ce prince brûloit pour elle; mais il n'y avoit
-encore que ses yeux qui osassent le lui dire; il la regardoit
-incessamment d'un air tendre et passionné; mais on ne répondoit point à
-ses regards, et quoique la comtesse comprît assez ce que cela vouloit
-dire, elle fit toujours semblant de n'entendre pas ce langage
-mystérieux. Comme elle est naturellement modeste, les yeux du Roi, qui
-la rencontroient toujours, la faisoient quelquefois rougir, et
-cette rougeur, qui se répandoit sur ses joues, ne servoit qu'à relever
-l'éclat de sa beauté, et qu'à augmenter le feu de ce prince qui n'étoit
-déjà que trop amoureux. Ce monarque, qui étoit expérimenté dans l'art
-d'aimer, voyoit bien que cette rougeur, qu'il remarquoit sur le visage
-de sa maîtresse, ne lui présageoit rien de bon, et qu'elle étoit d'une
-autre espèce que celle que l'Amour peint lui-même dans un coeur
-enflammé, à l'approche de l'objet qu'il aime. Il voyoit, à travers ce
-voile éclatant, toutes les marques de la pudeur, de la sagesse, de la
-modestie et de la chasteté; mais il y remarquoit aussi une secrète
-indignation d'une vertu offensée, qui se voit attaquée par des regards
-criminels. Des présages si funestes à l'amour de ce grand Roi le
-faisoient trembler quelquefois, tout intrépide qu'il est. Enfin, ne
-pouvant plus renfermer un feu qui devenoit tous les jours plus violent,
-par le soin qu'il prenoit de le cacher, il résolut de se découvrir au
-duc de La Feuillade[6], espérant par là trouver du soulagement, et d'en
-recevoir quelque conseil salutaire à son amour.--«Ne suis-je pas
-malheureux, dit-il un jour à ce duc, d'aimer sans oser le dire, mais
-d'aimer jusqu'à la fureur[7]?--Et qui vous empêche, Sire, de parler, lui
-dit ce fidèle favori?--Le respect, l'amour, la crainte de déplaire à
-l'objet aimé, lui dit alors ce monarque.--S'il n'y a que cela, lui
-dit le duc, Sire, parlez, et parlez bientôt, je vous réponds que vous
-serez écouté. Quelle est la dame qui ne s'estimât heureuse de donner des
-chaînes au plus grand monarque du monde, et qui ne se fît un plaisir de
-les soulager, et de les partager même? Avez-vous trouvé jusques ici
-quelque chose qui osât vous résister: villes, châteaux, forteresses,
-ennemis, tout se rend à vous, tout plie sous vos lois[8], et vous
-craignez que le coeur d'une femme ose tenir contre un Roi toujours
-victorieux?--Ah! qu'il y a bien de la différence! dit alors le
-Roi.--Oui, sans doute il y en a, lui répliqua La Feuillade, et il n'est
-pas besoin ici de tant de machines; vous n'avez qu'à vous montrer, vous
-n'avez qu'à paroître, vous n'avez qu'à parler, vous n'avez qu'à dire
-_j'aime_, et l'on répondra d'abord[9] à votre amour. Avouez-le, Sire,
-ajouta-t-il, si vous avez rencontré peu de villes qui résistent, vous
-avez encore moins trouvé de femmes cruelles.--Il est vrai, lui dit le
-Roi, que je n'ai pas sujet de me plaindre de ma mauvaise fortune, et, en
-amour aussi bien qu'en guerre, les bons succès ont répondu toujours à
-mes espérances. Mais j'ai entrepris une conquête qui me paroît
-impossible; cependant, je ne puis m'en désister, et si je n'en viens à
-bout, je vois bien qu'il y va du repos de ma vie, et peut-être de
-ma vie même.»
-
-Le duc entendant parler ainsi le Roi, fut touché de son état, et ce
-prince, qui l'avoit appelé pour lui faire confidence de son amour, lui
-nomma l'objet qui l'avoit enflammé.--«J'avoue, Sire, lui dit alors le
-duc de La Feuillade, que vous avez quelque sujet de vous défier du
-succès de votre entreprise; cette dame est extrêmement fière, et d'une
-vertu qui a quelque chose d'austère et de farouche; mais le temps et
-l'amour viennent enfin à bout de tout, principalement lorsque tout cela
-est soutenu par l'éclat d'une couronne, et d'une gloire comme la vôtre;
-et quand l'amour ne regarderoit pas à toutes ces choses, vous avez outre
-cela toutes les qualités du coeur et de l'esprit, et tout ce qu'il
-faut pour se faire aimer.--Je veux que cela soit, dit le Roi, j'ose me
-flatter que j'ai tout ce que tu dis là, mais je n'ose me flatter de
-toucher une insensible.--Mais vous n'avez encore rien tenté, reprit le
-duc, vous n'avez encore parlé que le langage des yeux; expliquez-vous
-d'une autre manière, et vous verrez comment on y répondra.--Je ne le
-vois déjà que trop, dit le Roi, et les yeux de cette cruelle, à qui les
-miens ont déjà parlé mille fois, ne m'ont répondu que par un silence
-froid, capable de glacer le coeur le plus enflammé, ou par des regards
-terribles qui m'ont annoncé l'arrêt de ma mort.--Que savez-vous, Sire,
-lui dit alors La Feuillade, si l'on ne veut pas vous rendre cette
-conquête plus précieuse par la résistance, et si on ne se fait pas une
-espèce de gloire et de vanité, de tenir quelque temps contre les
-attaques d'un grand Roi, auquel jusqu'ici rien n'a résisté? C'est déjà
-beaucoup, qu'on vous ait entendu; mais c'est encore plus qu'on vous
-l'ait fait connaître; car pour le premier, il n'y a pas la moindre
-difficulté, les dames entendent d'abord ce qu'on veut leur dire; mais
-comme elles font semblant de ne l'entendre pas, peut-être par le plaisir
-qu'elles ont de se le faire répéter souvent, elles ne veulent point
-avouer qu'elles comprennent un langage qu'elles savent encore mieux que
-nous. Ainsi puisque votre Majesté a déjà parlé, et qu'on lui a fait
-connoître ce qu'elle vouloit dire, c'est déjà un assez grand avancement.
-Mais il faut s'expliquer d'une autre manière, et les belles exigent de
-nous qu'on mette tout en usage, avant que de faire la moindre avance;
-elles sont comme ces gouverneurs de places, qui, ayant de l'honneur et
-de la fidélité pour leur prince, ne veulent se rendre qu'à la dernière
-extrémité, pour sauver au moins, en se rendant, cet honneur qui leur est
-si cher, et pour ne perdre pas les bonnes grâces de leur maître. Il en
-sera ici de même, et la conquête que votre Majesté entreprend ne se
-pourra faire qu'à force de temps, de machines, de ruses et de
-stratagêmes; mais enfin nous en viendrons à bout. C'est une femme fière,
-qui se fait un point d'honneur de la fidélité qu'elle doit à son mari,
-qui veut soutenir cet honneur à la pointe de l'épée, mais qui a résolu
-pourtant de se rendre, quand elle aura fait tout ce que les gouverneurs
-les plus braves ont accoutumé de faire pour la défense d'une place.»
-
-Le Roi fut charmé d'entendre raisonner si bien le duc de La Feuillade,
-qui n'étoit pas moins versé dans les matières d'amour, qu'il étoit
-expert dans l'art militaire. Dès lors il ne songea plus qu'à faire sa
-déclaration dans les formes, et qu'à se servir de tous les moyens que
-l'amour peut suggérer, pour parvenir au but où tendent tous les amants.
-Mais ce premier pas, qui semble si facile, et que ce prince ne comptoit
-pour rien dans toutes ses autres amours, ne fut pas tout comme il avoit
-cru. Ce n'est pas que l'occasion ne s'en présentât assez souvent; mais
-la crainte le retenoit, et c'est peut-être la seule fois que ce monarque
-a senti cette passion qui est inconnue aux grands courages. Vingt fois
-il voulut ouvrir la bouche pour parler de son amour à cette comtesse, et
-vingt fois sa langue fut comme retenue par un frein qu'il n'eut jamais
-la force de rompre. Il rencontroit toujours les yeux et le front de
-cette comtesse, où la vertu paroissoit armée de cette sévérité qui
-imprime du respect aux plus grands monarques; et quand il la vouloit
-jeter sur des matières de tendresse, pour parler ensuite de la sienne,
-ce silence froid et austère qu'elle savoit si bien observer rompoit
-tout-à-coup cet entretien, empêchoit le Roi de le poursuivre, et lui en
-faisoit chercher un autre qui fût plus du goût de celle à qui il
-craignoit toujours de déplaire.
-
-C'est une chose qui est peut-être sans exemple, qu'un amant passionné,
-et surtout un Roi, qui ose tout, ait trouvé tant d'occasions de déclarer
-son amour, et en ait su si peu profiter. Mais comme j'ai dit, cette
-comtesse les éludoit avec tant de dextérité, prenant son air grave et
-sérieux, que le Roi ne savoit comment s'y prendre. Ce qu'il y a
-d'admirable, c'est que, sans avoir recours à la fuite, qui est la
-ressource ordinaire de celles qui veulent éviter de semblables
-entretiens, elle n'affectoit pas de se dérober de la présence du Roi;
-elle alloit son train ordinaire; que le Roi se trouvât ou ne se trouvât
-pas dans les lieux où elle étoit, elle ne faisoit sa visite ni plus
-courte ni plus longue qu'elle l'avoit résolu. Elle ne vouloit pas même
-que le Roi crût qu'elle évitoit sa rencontre, de peur qu'il ne regardât
-cette fuite comme une marque de sa foiblesse, ou de la crainte qu'elle
-avoit de succomber à l'amour de ce grand Monarque. Il sembloit tout au
-contraire qu'elle affectât de lui faire voir qu'elle avoit assez de
-vertu pour résister à toutes ses vaines poursuites.
-
-Enfin, elle vivoit avec lui de telle manière, que, quoiqu'il ne pût
-jamais se satisfaire en lui parlant de ce qu'il avoit dans le coeur,
-il n'avoit pas sujet de se plaindre d'elle. Tous ses discours étoient
-sages, retenus, et même obligeants; elle louoit sur tout les vertus du
-Roi d'une manière si engageante que ce prince ne pût jamais se résoudre
-à lui donner une espèce de démenti, en lui parlant d'une chose qui
-alloit contre son devoir. En sorte qu'au lieu d'une maîtresse que le Roi
-croyoit trouver, il rencontroit une gouvernante, qui lui faisoit des
-leçons de sagesse, d'honneur, de justice, de probité, et de toutes les
-vertus; mais d'une manière dont il ne pouvoit s'offenser, puisque tout
-cela étoit assaisonné par des louanges que le Roi se sentoit obligé
-de soutenir.
-
-Cet amant jugea bien par une telle conduite, qu'il n'iroit pas fort vite
-dans ses amours, puisqu'il n'avoit pas encore fait le premier pas. Peu
-s'en fallut qu'il ne se rebutât entièrement, et qu'il n'abandonnât le
-dessein de cette conquête; il lui sembloit même quelquefois qu'il
-n'étoit plus amoureux; mais son amour étoit comme ces fièvres
-intermittentes, qui sont d'autant plus violentes dans leur accès,
-qu'elles ont donné quelque relâche. Quand il se la représentoit avec cet
-éclat, cette douceur, cette majesté, ces yeux brillants, son coeur
-étoit tout de flamme. Mais quand il pensoit à cet air sévère, à cette
-autorité de reine, à cette vertu constante, à cette pudeur
-incorruptible, tout son amour se changeoit en estime, ou plutôt en
-respect et en admiration. Quand il ne faisoit que la regarder, son
-coeur étoit tout en feu; mais dès qu'il vouloit lui parler de son
-amour, il se sentoit tout de glace. La beauté et la vertu de cette
-comtesse, qui éclatoient également dans ses yeux, produisoient ces deux
-effets contraires dans l'âme du Roi.
-
-Cela sembloit tenir quelque chose du charme et de l'enchantement qu'un
-amant comme le Roi, qui n'étoit pas novice dans ces matières, et qui
-s'étoit signalé en tant d'occasions amoureuses, s'arrêtât ainsi tout
-court, sans oser hasarder la première attaque, lui qui avoit si souvent
-monté à la brèche avec une intrépidité digne d'un Mars. On parle d'un
-certain nouement d'aiguillettes, qui arrête quelquefois les plus
-hardis, qui refroidit les plus ardents, qui amollit les plus forts sur
-le point de jouir de leurs amours et les en rend tout-à-fait incapables:
-il arrivoit au Roi quelque chose de semblable toutes les fois qu'il
-étoit sur le point de se déclarer à madame de L...; non pas qu'il fût au
-cas dont nous venons de parler, il en étoit bien éloigné; mais il
-éprouvoit le même charme à l'égard de sa langue; lorsqu'il vouloit
-essayer d'expliquer ses sentiments et de parler de son amour, il sentoit
-d'abord sa langue liée et son esprit comme perclus. Enfin il se trouvoit
-dans le même état où étoit Didon, et que Virgile nous décrit si bien
-dans le quatrième livre de son Enéïde; cette reine, qui n'aimoit pas
-moins Enée que notre Roi aimoit la comtesse, n'avoit jamais la force ni
-la hardiesse de le dire à ce prince Troyen. Dès qu'elle commençoit de
-lui parler de son amour, sa voix mouroit dans sa bouche.
-
- _Incipit effari, mediaque in voce resistit;_
-
-c'est-à-dire, suivant la traduction de M. de Segrais,
-
- Au milieu d'un discours, sa langue embarrassée
- Refuse sa parole à sa triste pensée.
-
-Mais cette passion est trop violente pour pouvoir en demeurer là; Didon
-s'expliqua enfin, et le Roi fit connoître ouvertement son amour à la
-Comtesse. Il crut néanmoins qu'il ne devoit pas s'exposer lui-même aux
-premiers transports de colère qu'il savoit bien qu'elle feroit éclater.
-Il choisit le duc de La Feuillade, qu'il avoit déjà fait son confident,
-pour essuyer pour lui cette tempête qu'il craignoit si fort. Il fit
-même réflexion, qu'ayant une plus grande liberté d'esprit, il pourroit
-représenter mille choses à la Comtesse, qui n'auroient pas été si bien
-dans la bouche du Roi, et lui faire valoir tous les avantages qu'elle
-pouvoit retirer de cette conquête, et pour elle et pour les siens.
-
-Dans cette résolution, il mande le duc de La Feuillade, qui le vint
-trouver dans le cabinet. Ce duc s'attendoit d'abord à quelque nouvelle
-confidence, et que le Roi lui alloit apprendre quelques grands progrès
-qu'il auroit déjà faits dans son amour. Mais il fut bien surpris quand
-il apprit que Sa Majesté étoit encore aux mêmes termes où il étoit la
-première fois qu'il lui fit cette confidence. Cela le surprit d'autant
-plus qu'il savoit par lui-même que le Roi n'étoit pas si patient dans
-ses amours, et moins encore timide quand il étoit question de se
-déclarer. Il jugea d'abord que c'étoit une passion extraordinaire, qui
-dureroit longtemps, et dont son maître auroit bien de la peine à
-revenir. Il lui dit donc qu'il étoit en état d'exposer jusqu'à la
-dernière goutte de son sang pour la satisfaction de Sa Majesté, et dans
-cette affaire et dans toutes celles où il lui feroit l'honneur de
-l'employer.--Le Roi lui répondit qu'il lui savoit bon gré de son zèle
-pour son service, mais qu'il n'étoit pas question d'exposer son sang ni
-sa vie; qu'il n'avoit besoin que de son adresse et de son esprit, et de
-ce beau talent qu'il avoit pour gagner les coeurs des dames; qu'il le
-prioit de mettre tout en usage pour lui gagner celui de la comtesse de
-L..., remettant à sa prudence la manière dont il devoit s'y prendre
-pour expliquer ses sentiments à cette fière personne; que, de peur de
-l'effaroucher, il lui fît entendre que toute la grâce que le Roi
-demandoit d'elle, étoit de souffrir qu'il lui parlât de sa passion;
-qu'il aimeroit mieux mourir mille fois plutôt que d'avoir la moindre
-pensée de la déshonorer, et qu'il ne se serviroit jamais de son autorité
-pour lui faire aucune violence; qu'il bornoit tous ses désirs et toutes
-ses prétentions à la voir, à l'aimer, et à lui parler quelquefois de son
-amour.
-
-Le duc reçut cette ambassade avec autant de plaisir que si elle se fût
-adressée au plus grand prince de l'Europe. Il part comme un autre
-Mercure, pour exécuter les ordres de son Jupiter; et certainement le Roi
-ne pouvoit pas jeter les yeux sur une personne plus propre à s'acquitter
-de ce difficile emploi, que l'étoit le duc de La Feuillade. Il avoit de
-l'esprit, de la politesse, un grand usage du monde, une éloquence qui
-lui étoit naturelle, et une bonne mine qui persuadoit déjà avant qu'il
-ouvrît la bouche. Mais ce qui le rendoit plus propre à la commission que
-le Roi lui avoit donnée, c'est qu'il avoit une grande expérience dans le
-commerce des femmes; il en connoissoit le fort et le faible; il avoit eu
-avec elles de bonnes fortunes et plusieurs galanteries; il avoit en un
-mot toutes les qualités propres pour plaire au beau sexe. Il étoit civil
-et entreprenant, insinuant et hardi, libéral, soumis, complaisant, mais
-aussi vigilant, pressant, actif, et ne perdant jamais une occasion
-favorable aux amants, qui est ce qu'on appelle l'heure du berger.
-
-Cet ambassadeur, ayant reçu les instructions de son maître, prit congé
-de Sa Majesté, et ne songea qu'à exécuter les ordres qu'il venoit de
-recevoir. Comme il savoit, par une longue expérience, que le vrai moyen
-de persuader étoit de prendre son temps, et que cela est surtout
-nécessaire à l'égard des femmes, il tâcha de se servir heureusement de
-cette circonstance. Il sut bientôt que la comtesse devoit être d'une
-partie de plaisir dans une maison de campagne; et comme il étoit bien
-reçu partout, et par son rang et par les qualités de son esprit, il ne
-lui fut pas difficile d'être du nombre de ceux qui devoient composer
-cette belle compagnie. Il y devoit avoir un grand nombre de messieurs et
-de dames de la première qualité; mais comme la présence du comte de L...
-auroit pu être un obstacle au dessein du duc, il fit connoître à Sa
-Majesté, qu'il seroit nécessaire qu'il l'éloignât le jour de cette fête,
-de peur que sa présence ne rompît toutes ses mesures. Le Roi, qui
-n'avoit en tête que l'intérêt de son amour, trouva bientôt le moyen de
-lever ce petit obstacle. Il résolut d'aller à la chasse le même jour que
-la comtesse devoit aller à cette partie de plaisir, et il fit dire au
-comte qu'il falloit qu'il l'y accompagnât. Quoiqu'il eût compté qu'il
-seroit de la partie de sa femme, il ne se fit pas pourtant une grande
-violence de suivre le Roi: c'est toujours un grand honneur à un
-courtisan, que son maître le choisisse pour être le compagnon de ses
-plaisirs; mais ce pauvre comte ne savoit pas que le même jour qu'il
-assisteroit à la chasse du Roi, à la poursuite de quelque cerf, ce grand
-Monarque avoit donné ordre à son grand veneur en fait d'amour, de
-faire tous ses efforts pour faire tomber sa femme dans ses toiles. Enfin
-il ignoroit, ce bon seigneur, qu'on travailloit à arborer sur sa tête
-les armes de ces animaux connus, dont la chasse devoit faire le plaisir
-du Roi.
-
-Le jour venu pour cette double chasse, le comte de L... ne manqua pas de
-se rendre en diligence auprès du Roi; et le duc de La Feuillade n'eut
-garde de manquer à se trouver au lieu de l'assignation[10], où se devoit
-trouver cette belle compagnie. Je ne décrirai ni la magnificence de
-cette fête, ni ce qui se passa dans la chasse du Roi; je ne puis
-pourtant passer sous silence une particularité qui me semble
-remarquable, et qui étoit d'un mauvais préjugé pour ce prince, dans le
-dessein de cette journée. C'est qu'ayant tiré deux fois sur un sanglier,
-il le manqua, et ne lui fit aucun mal; et le comte de L... ayant tiré
-après lui, le blessa du premier coup. Quoique le Roi ne soit pas
-superstitieux, cela n'empêcha pas qu'il n'eût du chagrin de cette
-aventure; cela ne lui étoit jamais arrivé, car il est fort adroit à
-toutes sortes d'exercices, et particulièrement à la chasse; mais ce qui
-augmentoit son chagrin, c'est que le comte de L... venoit de frapper du
-premier coup la bête, qu'il avoit manquée jusques à deux fois; mais que
-cela lui fût arrivé précisément le même jour, et peut-être à la même
-heure que le duc de La Feuillade parloit de sa passion à la comtesse,
-c'est ce qui achevoit de le désoler. «Cela m'avertit assez,
-disoit-il en soi-même, que le duc ne sera point écouté, que toutes ses
-paroles seront regardées comme du vent, et que tous les coups qu'il
-portera pour moi à la comtesse, ne feront que blanchir[11]; au lieu que
-le comte, qui a blessé la bête que j'ai failli toucher, ne manquera pas
-ce soir de trouver sa femme, qui le recevra d'abord avec les mêmes
-empressements et les mêmes marques de tendresse qu'elle lui a données
-depuis leur mariage.» C'est ainsi que le Roi s'entretenoit, et il lui
-tardoit que le jour fût fini, pour apprendre bientôt son bien ou son
-mal.
-
-Cependant le duc de La Feuillade prit le temps qu'il jugea le plus
-propre pour entretenir la comtesse d'une affaire si chatouilleuse. Il
-attendit qu'on eût dîné, qu'on eût pris le plaisir du jeu et de la
-musique, et qu'on exécutât le dessein de prendre vers le soir le plaisir
-de la promenade. C'étoit en effet le temps le plus propre à son dessein;
-car, au lieu que, pendant la chaleur du jour, ils avoient été tous
-ensemble occupés au jeu, lorsque le soleil commença de baisser, on alla
-se promener dans un bois à haute futaie, où il y avoit plusieurs grandes
-allées, diverses fontaines, plusieurs jets d'eau, des grottes, des
-cabinets[12], des berceaux, des labyrinthes, et enfin tout ce qui
-peut embellir un lieu champêtre.
-
-Quand on fut entré dans le bois, les uns prirent une route, les autres
-une autre, selon que le désir, le caprice, le hasard ou quelque dessein
-prémédité les conduisoit. Le duc, qui avoit toujours le sien en tête,
-conduisit si bien la chose, qu'il se trouva seul avec la comtesse; et
-quand il se vit assez éloigné pour n'être entendu de personne, il
-commença de louer les charmes de sa beauté et de son esprit et d'exalter
-le bonheur du comte, qui possédoit une femme si accomplie.
-
-Comme elle ne s'attendoit point à ce que le duc avoit à lui dire, elle
-lui répondit sans façon comme font la plupart des femmes, quand on leur
-fait de semblables compliments, qu'elle n'avoit point tous ces avantages
-dont il la vouloit flatter; et que, quand cela seroit, on ne voyoit
-guère de maris compter pour un grand bonheur celui d'avoir rencontré une
-belle femme. Le duc qui, comme j'ai dit, savoit profiter de tout, voyant
-qu'elle le mettoit, quoiqu'innocemment, en si beau chemin, ne manqua pas
-de relever ce que la comtesse venoit de dire.--«Vous avez raison,
-Madame, lui dit-il, de trouver que les maris ne rendent pas là-dessus
-toute la justice qu'ils doivent au mérite de leurs épouses; il semble
-que le mariage leur ait fait perdre toute leur beauté et tous leurs
-agréments, ou qu'ils aient perdu eux-mêmes ce goût exquis que les autres
-ont, et qu'ils soient devenus tout-à-fait insensibles.--Ce n'est point
-cela, répondit la comtesse, qui vouloit réparer ce qu'elle avoit dit,
-et qui savoit avec quel homme elle avoit à faire; mais c'est que les
-maris, qui sont des autres nous-mêmes, nous disent sincèrement ce qu'ils
-pensent des qualités qu'ils trouvent en nous. Ils ne les exagèrent ni ne
-les atténuent, mais nous en parlent naturellement.--Croyez-moi, Madame,
-répliqua le duc, ils font ce qu'ils peuvent pour les amoindrir; ce sont
-des maîtres qui ne veulent pas louer leurs esclaves, ou plutôt des
-gouverneurs qui veulent tenir dans la dépendance celles qui sont sous
-leur conduite; ou, si vous voulez que je vous donne une plus noble idée
-de l'autorité qu'ils exercent sur leurs femmes, je me servirai des
-paroles d'un grand poète de notre temps, qui fait dire à sa Pauline dans
-le Polyeucte,
-
- Tant qu'ils ne sont qu'amans, nous sommes souveraines,
- Et jusqu'à la conquête ils nous traitent en Reines;
- Mais après l'hyménée, ils sont Rois à leur tour.
-
---Qu'ils soient Rois tant qu'il vous plaira, répondit la comtesse, nous
-ne sommes pas de simples sujettes; nous partageons avec eux cette
-royauté.--Cela est vrai, Madame, répliqua le duc; mais vous n'avez plus
-cet encens, ces hommages, ces respects, ni même ces marques d'amour et
-de tendresse...--Ce que nous avons, dit-elle, est au moins plus sincère,
-plus solide et plus durable.--Dites plutôt, Madame, dit le duc en
-l'interrompant, que les empressements d'un amant ont toutes ces
-qualités, parce que ce n'est pas le devoir, mais l'inclination qui les
-produit. Rien n'oblige un autre homme à vous dire qu'il vous adore,
-qu'il meurt d'amour. C'est le coeur qui parle, c'est l'amour
-lui-même qui dicte ces paroles à l'amant. Mais un homme qui est lié à
-une femme par le sacrement, se sent obligé à dire qu'il l'aime, quand
-même il auroit de l'aversion. Tout ce qui est un effet du devoir nous
-doit paroître suspect. Et c'est pour cela qu'on dit que les Rois ont
-tant de peine à distinguer les vrais amis des flatteurs, parce que,
-comme nous leur devons toutes choses, et qu'ils ont un pouvoir absolu
-sur nous, ils ne sauroient jamais bien connoître si c'est la crainte, ou
-si c'est l'amour qui nous fait agir.--Ce que vous dites là, reprit la
-comtesse, fait contre vous; car comme l'affection qu'un Roi témoigne à
-son sujet doit être la plus sincère de toutes, par la raison que vous
-venez de voir, qu'il n'y a rien qui l'y oblige, celle de nos maris, qui
-sont nos souverains, selon vous et selon Corneille que vous venez de
-citer, doit être de la même espèce.--Nous voilà d'accord, Madame, reprit
-le duc, et j'entre aussi bien que vous dans ce dernier sentiment. Oui,
-plus la personne qui nous aime est au-dessus de nous, plus l'amour qu'il
-nous témoigne doit être sincère et véritable, et plus nous lui en devons
-être obligés. Après cela pourriez-vous douter, Madame, qu'un grand Roi,
-qui est adoré de tous ses sujets, redouté par ses ennemis, et qui est
-l'admiration de toutes les nations étrangères, n'ait pas pour vous les
-derniers attachements, puisqu'il vous l'a témoigné de la manière du
-monde la plus soumise et la plus respectueuse?--Et qui vous a dit,
-reprit la comtesse, avec un air fier et froid, que le Roi a de
-l'attachement pour moi?--Lui-même, Madame, me l'a dit, et ce grand
-Monarque n'osant vous expliquer lui-même ses sentiments, m'a ordonné de
-vous dire qu'il vous aime, ou plutôt qu'il vous adore; que si l'excès de
-son amour l'a fait parler si souvent par ses soupirs et par ses regards,
-le grand respect qu'il a pour vous ne lui a jamais permis de vous le
-dire. Il m'a choisi pour vous porter cette parole, que vous êtes son
-unique souveraine, qu'il ne veut recevoir la loi que de vous seule,
-qu'il met à vos pieds son sceptre et sa couronne; que vous seule pouvez
-décider de sa destinée, et que sa vie ou sa mort dépendent de la réponse
-que je lui dois porter de votre part.--Je vous ai écouté sans vous
-interrompre, lui dit cette sage comtesse, puisque vous m'avez dit que
-vous parliez de la part du Roi, et qu'étant sujette, je suis obligée
-d'écouter avec respect tout ce qui vient de la part du souverain; mais
-le Roi sait-il que je suis mariée?--Oui, Madame, il le sait, répliqua le
-duc; il sait ce que vous devez à votre époux, et ce que vous vous devez
-à vous-même. Il veut bien que vous vous en souveniez; il veut bien
-oublier lui-même qu'il est votre Roi; et il m'a commandé de vous dire
-par exprès, qu'il ne se servira jamais de son autorité pour vous obliger
-à rien qui puisse choquer votre devoir; qu'il ne vous demande d'autre
-grâce que celle de vous voir, et de vous parler quelquefois de sa
-passion; et qu'enfin, sans prétendre autre chose de vous que ce que je
-viens de vous dire, et que la vertu la plus austère ne sauroit refuser à
-un si grand Roi, vous pouvez disposer des premières charges de la
-Cour en faveur de tous les vôtres; voyez, Madame, vous pouvez contenter
-le Roi, faire votre fortune et celle de vos amis sans blesser votre
-devoir.--Ce que vous venez de me dire, répartit la comtesse, mérite
-d'être pesé»; et prenant dans ce moment un air grave et sérieux, comme
-feroit une Reine qui répondroit à un ambassadeur:--«Vous direz au Roi
-votre maître que je lui suis bien obligée de toutes les offres qu'il me
-fait, que je me reconnois indigne d'un si grand honneur, et, pour lui
-témoigner que je reçois comme je dois des propositions si avantageuses,
-vous lui direz, s'il vous plaît, que j'en conférerai tantôt avec mon
-mari qui y a le même intérêt, et sans lequel je ne puis rien faire. Vous
-savez, ajouta-t-elle, avec un souris malicieux, que ce sont de petits
-souverains dans leur famille; ce qui fait que je me sens obligée de lui
-rendre compte de tout.--Vous savez trop bien le monde, répondit le duc,
-pour faire cette bévue.--Je sais mon devoir, dit-elle, et ne vous mêlez
-pas, je vous prie, de me l'apprendre. Vous avez fait votre commission,
-cela suffit; allez en rendre compte au Roi, et lui rapportez ma
-réponse.--Mais oserai-je, Madame, répliqua le duc, lui porter une
-semblable parole?--Cela ne vous regarde point, dit la comtesse; un
-ambassadeur n'est pas responsable du succès de son ambassade; comme il
-n'agit que conformément aux ordres qu'il a reçus de son maître, il doit
-aussi rapporter fidèlement les réponses qu'on lui donne.--Vous voulez
-donc, Madame, que je dise au Roi...--Que je lui sais bon gré de
-l'honneur qu'il me fait, lui dit-elle en l'interrompant; mais que
-la chose étant de la dernière importance, il faut que je la communique
-au comte mon époux.--Je vois bien, lui dit le duc, comme il vit que le
-reste de la compagnie les alloit joindre, que vous avez trop d'esprit
-pour moi, et trop de vertu pour le Roi.»
-
-Cet amant attendoit le duc avec une extrême impatience. On peut
-s'imaginer aisément de quelle manière il passa la nuit. Tantôt la
-comtesse se présentoit à son imagination avec tous ses charmes, tantôt
-il la voyoit avec cet air sévère dont la seule pensée le faisoit blêmir.
-Quelquefois il se flattoit qu'il n'étoit pas haï de sa maîtresse, et que
-ces manières réservées qu'elle affectoit avec lui n'étoient que des
-mesures qu'elle vouloit prendre contre son coeur, dont elle sentoit la
-faiblesse. Enfin l'habileté de son confident achevoit de le persuader
-que sa négociation auroit un fort bon succès. Cependant le malheur qu'il
-avoit eu à la chasse le jour précédent, lui étoit d'un mauvais présage
-qui troubloit toutes ces douces pensées; et son esprit, diversement
-agité, passa la plus longue de toutes les nuits, entre l'espérance et la
-crainte.
-
-L'heure du lever du Roi ne fut pas plus tôt venue, que le duc de La
-Feuillade se rendit auprès de Sa Majesté, et ce prince amoureux,
-impatient d'apprendre le succès[13] de son ambassade, congédia le plus
-tôt qu'il put cette foule de courtisans, qui ne faisoit alors que
-l'importuner[14]. Il ne se vit pas plus tôt seul avec son fidèle
-confident, qu'il lui demanda des nouvelles de sa maîtresse, et le succès
-de son entreprise. «Ne me flatte pas, lui dit-il précipitamment; je
-suis las de tant languir, annonce-moi bientôt la vie ou la mort.--Je ne
-vous annoncerai ni l'un ni l'autre, lui dit La Feuillade; je dirai
-seulement au plus grand Roi du monde, ce qu'on rapporte d'Alexandre le
-Grand, sur le point d'exécuter une entreprise très-difficile: qu'il
-avoit trouvé un péril digne de lui. Je dis aussi la même chose à Votre
-Majesté. En fait d'amour, vous n'avez trouvé jusques ici que des places
-foibles, qui se sont rendues sans résistance, et qui vous ont d'abord
-ouvert les portes; les plus cruelles se sont soumises à vous avec la
-même facilité que les villes se rendoient au conquérant de l'Asie, ou,
-pour faire la comparaison plus juste, avec le même succès qu'elles se
-rendent à Votre Majesté. Mais voici une place forte où il faut employer
-toutes les ruses et toutes les forces de l'amour; en un mot, Sire, c'est
-une conquête digne de vous.»
-
-Après cela, il raconta au Roi tout ce qui s'étoit passé, et insista
-surtout sur la réponse malicieuse de cette cruelle:--«Mais, Sire,
-ajouta-t-il, ne vous alarmez pas; j'en ai bien vu bien d'autres, qui
-faisoient les fières comme la comtesse, et qui se sont mises à la
-raison.--Mais que puis-je attendre d'une femme, lui répliqua le Roi, qui
-n'aime que son mari, et qui m'oppose ce mari fâcheux quand on
-l'entretient de mon amour? N'est-ce pas m'ôter absolument l'espérance;
-ou, pour mieux dire, n'est-ce pas se moquer de moi, que de me faire dire
-qu'il faut qu'elle en parle plutôt au comte son époux?--Je vous avoue,
-répondit le duc, que sa réponse est tout-à-fait cavalière; mais, Sire,
-puisqu'elle a besoin du secours de son mari pour se défendre de vos
-poursuites, c'est une marque qu'elle ne se croit pas assez forte pour y
-résister. Mais ne craignez pas qu'elle lui fasse une telle confidence,
-dont peut-être elle seroit la première à se repentir. En un mot, je
-crois que c'est un rempart qu'elle veut opposer à votre amour, et dont
-elle veut appuyer cette foiblesse assez naturelle à celles de son sexe.
-
-Le Roi voyoit bien que le duc vouloit adoucir autant qu'il pouvoit ce
-qu'il y avoit de rude dans cette entreprise; et comme ce Monarque s'est
-toujours fait un point d'honneur de réussir dans tout ce qu'il
-entreprend, quelques difficultés qu'il y puisse rencontrer, celles qui
-se présentoient dans son dessein amoureux ne firent que l'enflammer
-davantage par la résistance. Il s'en expliqua ouvertement à son
-confident; il lui dit que tous les rebuts, qu'il prévoyoit bien qu'il
-avoit à essuyer, n'étoient pas capables de le guérir; que son mal
-étoit désormais sans remède, et qu'il n'y avoit point de milieu à
-prendre; qu'il mourroit de douleur, ou contenteroit son amour.
-
-Pendant que le Roi s'entretenoit ainsi avec le duc de La Feuillade, la
-comtesse s'entretenoit avec elle-même; elle se garda bien de faire ce
-qu'elle avoit dit, et d'imiter la princesse de Clèves[15] dans une
-conjoncture si délicate. Elle garda pour elle un secret si important, et
-eut quelque chagrin que le Roi eût fait choix d'un confident. Ce n'est
-pas qu'elle eût aucun dessein de correspondre à son amour; mais elle se
-sentoit doublement offensée, et par la déclaration qui venoit de lui
-être faite de sa part, et parce qu'il s'étoit servi d'un tiers dans une
-affaire si chatouilleuse, et qu'elle auroit voulu cacher, par manière de
-dire, à elle-même. Ce fut la cause peut-être qu'elle fit au Roi une
-réponse si cavalière, pour lui faire comprendre qu'il devoit plus
-ménager une femme de sa façon. Le Roi eut aussi la même pensée,
-quoiqu'il ne le témoignât pas, et il ne songea qu'à réparer cette faute,
-et à découvrir lui-même ses feux à celle qui les causoit.
-
-Mais pour revenir à la comtesse, elle ne savoit, si elle devoit
-s'affliger ou se réjouir: elle ne doutoit pas de l'amour du Roi; ses
-yeux le lui avoient encore mieux dit que n'avoit fait le duc de La
-Feuillade; cette pensée flattoit agréablement son orgueil; il n'est
-point de femme qui s'offense d'être aimée; les plus chastes s'en
-font honneur, quoiqu'elles ne le témoignent pas; elles regardent cela
-comme un hommage qu'on rend à leur beauté. La comtesse étoit faite comme
-les autres, elle étoit naturellement fière et superbe, et l'amour d'un
-si grand prince s'accordoit assez avec sa vanité. D'un autre côté, elle
-en craignoit de dangereuses suites, elle en appréhendoit l'éclat. Elle
-savoit qu'il n'en est pas des Souverains comme des autres hommes; que
-leurs passions ne sauroient longtemps être cachées; qu'on observe toutes
-leurs démarches, et qu'eux-mêmes servent à se découvrir, parce qu'ayant
-droit de commander, ils se croient dispensés de garder tant de mesures.
-Comme elle étoit fort délicate du côté de l'honneur et de la réputation,
-ces dernières pensées la troubloient beaucoup. Enfin elle résolut de
-s'en tenir à sa manière d'agir ordinaire, qui étoit de ne rien affecter,
-ni de chercher à voir le Roi, ni de tâcher à l'éviter, mais de le
-laisser venir et d'observer toutes ses démarches. Il semble qu'elle
-s'exposoit assez, et que le plus sûr pour une femme est de fuir les
-occasions. Mais celle-ci avoit un fond de vertu sur lequel peut-être
-elle ne devoit pas tant compter; elle ne craignoit rien de sa propre
-foiblesse; elle redoutoit seulement les langues malignes et les
-jugements téméraires du public; mais elle se flatta toujours qu'elle
-dissiperoit assez tous ces nuages par l'éclat de son innocence.
-
-Les choses étoient en ces termes, lorsque le Roi ne cherchoit qu'une
-occasion favorable pour parler à la comtesse, et pour tâcher de la
-persuader mieux que n'avoit fait le duc de La Feuillade. Cette
-occasion s'offrit assez tôt, et la Cour étant obligée en ce temps-là
-d'aller à Fontainebleau, où la Reine devoit accoucher du dernier enfant
-qu'elle eut, et qui mourut peu de temps après, la comtesse de L... s'y
-rendit aussi[16]. Un lieu si délicieux et si agréable fut la scène
-de tous les événements que je vais décrire, où l'amour et la vertu
-firent leurs derniers efforts.
-
-Le Roi, qui veilloit toujours sur toutes les démarches de la comtesse,
-savoit qu'elle aimoit à se promener souvent dans le bois, où ce
-magnifique château est bâti; et, comme l'épaisseur des arbres empêche le
-soleil d'y pénétrer, on peut s'y promener à toutes les heures du jour.
-La comtesse, comme je viens de dire, prenoit souvent ce plaisir, et le
-Roi trouvoit ce lieu plus charmant qu'il ne lui avoit jamais paru, et
-parce qu'il servoit à entretenir la douce mélancolie où l'amour l'avoit
-plongé, et parce qu'il savoit que sa chère comtesse en faisoit le lieu
-de sa promenade.
-
-Un jour qu'elle s'y promenoit, accompagnée seulement de ses femmes, le
-Roi, qui le sut d'abord, ne manqua pas de s'y rendre par un autre
-chemin, afin qu'il parût à la comtesse que leur rencontre n'étoit pas un
-dessein prémédité de la part du Roi, mais un effet du hasard. Dès
-qu'elle vit le Roi de loin, qui n'avoit que peu de gens à sa suite, elle
-se prépara d'abord à soutenir un grand combat; elle rougit, elle pâlit,
-elle trembla, sans savoir bien la cause de tous ces mouvements, que
-la présence du Roi n'avoit pas accoutumé de lui causer auparavant. Ce
-prince amoureux, qui soupiroit depuis longtemps après un tête à tête
-avec la comtesse, fit connoître à ceux qui étoient à sa suite qu'il
-vouloit l'entretenir en particulier pour une affaire qui la regardoit.
-A ce signal chacun se retira, et les deux suivantes de la comtesse en
-firent de même, quand elles virent approcher le Roi. Il ne l'eut pas
-plus tôt abordée, et jugé qu'il ne pouvoit pas être entendu de personne,
-qu'il lui dit d'un air passionné:--«Avouez, Madame, que ce lieu
-solitaire est tout-à-fait propre pour entretenir les tristes pensées
-d'un amant infortuné.--Comme je n'ai jamais éprouvé ces sortes
-d'infortunes, lui dit la comtesse, je ne sais que vous en dire.--Si vous
-l'ignorez par votre propre expérience, lui dit le Roi, vous devriez au
-moins le savoir par celle que vous en faites faire aux autres.--Je ne
-sais pas, répondit alors la comtesse, ce que les autres sentent pour
-moi; mais s'il y en avoit quelqu'un qui fût dans l'état où vous dites,
-il feroit fort bien, s'il me vouloit croire, de mettre son esprit en
-repos, et de ne penser plus à moi.--Eh! peut-on s'empêcher de penser à
-vous, répartit le Roi précipitamment, lorsqu'on a vu ces charmes que
-vous ne sauriez cacher? Où peut-on avoir l'esprit en repos lorsqu'on
-sait qu'on aime une inexorable?--Oui, sans doute on le peut, reprit la
-comtesse, lorsqu'on veut écouter la justice et la raison.--Et quelle
-justice, dit alors le Roi, nous défend d'aimer ce qui est
-aimable?--Celle qu'on se doit à soi-même, et celle qu'on doit aux
-autres, lui dit la comtesse.--Eh bien, Madame, répliqua le Roi, je vous
-la rends cette justice en vous aimant comme je fais, puisque je ne vois
-rien sous les cieux de si aimable que vous; et je me la rends à
-moi-même, puisque j'ai un coeur sensible, et que la passion dont il
-brûle m'est plus chère que ma vie. Ce qu'on vous a dit de ma part n'est
-pas la centième partie de ce que je sens pour vous; croyez, Madame,
-croyez, ajouta le Roi, que je me suis dit à moi-même tout ce que vous
-pourriez me dire pour combattre ma passion; mais elle est plus forte que
-tout ce qu'on pourroit lui opposer. Si quelque chose devoit la détruire,
-ce seroient vos rigueurs; mais désabusez-vous, elles n'en viendront
-jamais à bout; elles peuvent me faire mourir, mais elles ne sauroient
-m'empêcher de vous aimer jusqu'au dernier soupir de ma vie.»
-
-Le Roi prononça ces dernières paroles avec tant d'émotion et tant de
-véhémence que la comtesse en parut touchée, et ne put s'empêcher de
-laisser couler quelques larmes. Elle ne doutoit plus de l'amour du Roi;
-ses regards, ses démarches, ses actions, et ce qu'elle venoit de voir et
-d'entendre, lui faisoit assez connoître, que ce monarque aimoit jusqu'à
-la fureur. Elle en fut fort affligée, et pour l'amour d'elle-même, et
-peut-être même pour l'amour de son amant, qu'elle ne pouvoit pas
-s'empêcher de plaindre. Quand elle se fut un peu rassurée, elle dit au
-Roi:--«Sire, vous pouvez juger de la surprise où je suis, après ce que
-je viens d'entendre de la bouche d'un grand Roi; et s'il est vrai
-que votre état soit tel que vous venez de le dire, je puis bien vous
-assurer que, s'il ne falloit que ma vie pour vous rendre heureux, je
-suis prête à vous la sacrifier. Mais comme Votre Majesté prétend autre
-chose, je veux qu'elle sache que je renoncerois à mille vies, si je les
-avois, plutôt que d'abandonner ce qui m'est plus cher que la vie, et que
-le repos de mon Roi.» Elle accompagna ces paroles d'un ton si ferme, que
-le coeur du Roi en trembla, voyant qu'on ôtoit à son amour toute sorte
-d'espérance. Ce qu'il y avoit ici de rare, c'est que l'un et l'autre
-crurent ce qu'ils se disoient d'obligeant; mais ni l'un ni l'autre n'en
-furent contents. La comtesse étoit persuadée que le Roi l'aimoit autant
-qu'on le peut, mais cela ne faisoit que l'inquiéter. Le Roi, de son
-côté, ne douta pas que la comtesse n'eût pitié de ses maux; quelques
-larmes qu'il vit couler de ses beaux yeux en étoient des témoins
-fidèles; il crut sans peine que la protestation qu'elle lui faisoit de
-sacrifier sa vie pour son repos, partoit du fond de son coeur; mais
-aussi il ne croyoit que trop ce qu'elle avoit ajouté, que son honneur
-lui étoit plus cher que tout le reste, et c'est là où il ne trouvoit pas
-son compte. Il dissimula néanmoins, et, suivant la méthode qu'il avoit
-déjà marquée à son confident, il confirma à cette vertueuse comtesse ce
-que le duc de La Feuillade lui avoit protesté de sa part: qu'il bornoit
-tous ses désirs au seul plaisir de la voir, de l'aimer, et de lui parler
-de son amour.--«Vous m'offrez votre vie, pour procurer mon repos, lui
-dit ce prince amoureux; c'en est trop, généreuse comtesse; vous me
-puniriez au lieu de m'obliger; je ne vous demande ni cette vie qui
-m'est plus chère que la mienne, ni cet honneur qui vous est plus cher
-que la vie, et que vous croyez être l'unique objet de mes prétentions;
-je ne veux que vous voir, vous aimer, et vous le dire.--Eh! de quoi vous
-peut servir cette vue? lui dit la comtesse; pourquoi voulez-vous
-entretenir une passion dont vous n'espérez aucun fruit? A quoi bon un
-entretien qui ne fera que troubler votre repos et me rendre
-malheureuse?--Ah! que vous savez peu, Madame, lui dit le Roi, en la
-regardant avec des yeux qui marquoient toute sa tendresse, que vous
-savez peu ce qui se passe dans le coeur des vrais amants! Une parole,
-un souris, un regard, la plus petite chose, un rien les contente,
-lorsque ce rien vient de la part de leur maîtresse. Ne me demandez donc
-plus quel fruit je prétends retirer de votre vue et de votre
-conversation; et n'est-ce pas beaucoup pour un amant que de voir et
-d'entretenir sa maîtresse?--Mais un amant en peut-il demeurer là? reprit
-la comtesse. Ne sait-on pas qu'ils ne sont jamais satisfaits; que, quand
-ils ont une chose, ils en veulent obtenir une autre? Au nom de Dieu,
-Sire, ne me mettez pas, et ne vous mettez pas vous-même à une si cruelle
-épreuve.--Ce que vous dites-là, dit le Roi, ne se voit que dans les
-passions ordinaires, et quand on aime des beautés communes; mais vous ne
-devez rien craindre de semblable; et quand vous le craindriez, et que je
-serois assez téméraire pour prétendre quelque chose au-delà de ce que je
-vous demande, n'êtes-vous pas toujours en droit de me la refuser,
-et de m'interdire même la grâce que vous m'aurez accordée, de vous voir
-et de vous parler de mon amour?»
-
-La comtesse trouvoit cette proposition assez raisonnable; mais cela
-n'empêchoit pas que l'exécution ne lui en parût difficile pour le Roi,
-et l'essai périlleux pour elle. Cependant elle n'osoit trop le
-témoigner, de peur que ce prince ne la soupçonnât de quelque foiblesse
-dont il pourroit tirer avantage. Elle voulut donc lui laisser croire
-qu'elle avoit assez de vertu pour se défendre de ses poursuites, quand
-même il les voudroit pousser trop loin; mais elle prit un autre tour
-pour détourner le Roi de ce dessein où il persistoit toujours. Elle dit
-à ce monarque que, bien qu'elle pût s'assurer de sa discrétion, et
-qu'elle ne craignît rien de sa propre vertu, elle avoit le monde à
-ménager; qu'on ne manqueroit pas de mal interpréter les visites d'un
-grand roi à une simple comtesse; que de quelque manière qu'il la vit, ou
-chez elle ou ailleurs, on ne manqueroit pas de le remarquer et de faire
-là-dessus des réflexions qui lui seroient désavantageuses; et qu'enfin
-le Roi, venant à bout de toutes les dames qu'il entreprenoit, s'il en
-falloit croire le bruit commun, elle se voyoit perdue de réputation, si
-le Roi persistoit dans son dessein.--«Laissez parler le monde, lui dit
-le Roi, croyez-vous vous mettre à couvert de la médisance, de quelque
-manière que vous viviez? Les mauvaises langues n'épargnent personne; la
-vertu même ne peut pas se garantir de leurs traits; ainsi ne ménageons
-point un monde qui nous ménage si peu; faisons seulement notre
-devoir et moquons-nous de tout le reste.»
-
-La comtesse, qui voyoit que le Roi lui rabattoit tous ses coups, lui
-opposa son dernier retranchement, et, reprenant les dernières paroles de
-ce prince:--«Je conviens, dit-elle, de ce que vous venez de dire, qu'en
-faisant son devoir on peut se moquer de tout. Mais le ferai-je mon
-devoir, en écoutant des discours qui blessent le lien conjugal? Une
-femme mariée peut-elle entendre une déclaration d'amour d'un autre que
-de son mari? Que direz-vous, Sire, là-dessus, ajouta-t-elle en souriant,
-si je vous prends pour mon casuiste, et pour le directeur de ma
-conscience?--Je vous dirai, dit le Roi, que vous avez l'esprit trop fort
-pour vous effaroucher de ce fantôme; que vous savez trop bien le monde,
-pour vous faire un crime d'une chose si innocente. Il faut laisser ces
-vaines terreurs, ajouta-t-il, aux plus petites bourgeoises; mais les
-dames comme vous, qui ont l'esprit épuré par l'air de la Cour, ne
-s'arrêtent pas à ces bagatelles.--Vous croyez bien pourtant, dit-elle,
-que le comte mon époux, qui a respiré toute sa vie ce même air, en
-jugeroit autrement si je le consultois là-dessus?--Je suis sûr, Madame,
-répliqua le Roi, qu'il en jugeroit comme moi, quoique peut-être il ne
-vous dît pas sa pensée, et la qualité de mari qui veut faire la cour à
-sa femme, lui feroit tenir un autre langage.--Mais enfin, dit la
-comtesse, quand le comte, mon époux, seroit un de ces maris commodes qui
-laissent faire à leurs femmes tout ce qu'elles veulent, sans s'en mettre
-en peine, ne dois-je compter pour rien la modestie de mon sexe, ma
-propre vertu, ma pudeur et les mouvements de ma conscience, qui
-répugnent à je ne sais quel commerce que vous demandez de moi, et qui ne
-peut aboutir à rien de bon? Encore une fois, Sire, je vous le demande
-pour dernière grâce, si vous avez quelque considération pour moi,
-demandez-moi des choses plus raisonnables.--Et que vous puis-je demander
-de plus raisonnable, dit alors le Roi, dans la triste situation où je me
-trouve? Je brûle d'un feu qui me dévore, j'aime sans espérance, je
-soupire, je meurs d'amour pour vous, et je ne vous demande que de vous
-voir et de vous parler; et vous trouvez que ce que je vous demande est
-déraisonnable? Peut-on vous demander moins? et la vertu la plus sévère
-s'en pourroit-elle offenser?
-
-La comtesse, qui vit que le Roi persistoit toujours dans le dessein de
-la voir, ne voulut pas lui répliquer davantage, de peur de l'aigrir, et,
-sans lui accorder sa demande, elle se contenta de cesser de lui
-contredire; mais comme les amants prennent avantage de tout, le Roi ne
-manqua pas d'expliquer en sa faveur le silence de la comtesse. C'est
-ainsi qu'ils se séparèrent; le Roi continua sa promenade avec ceux qui
-l'accompagnoient, et la comtesse reprit le chemin du château avec ses
-deux femmes.
-
-C'est une maxime certaine en fait d'amour que les femmes vont toujours
-plus loin qu'elles ne pensent, et les hommes au contraire se flattent
-d'avoir fait plus de chemin qu'ils n'ont fait en effet. Cela ne manqua
-pas d'arriver au Roi et à la comtesse, après leur dernier
-entretien. Ce monarque fut assez satisfait de sa maîtresse, et il ne
-jugea plus cette conquête aussi difficile qu'il avoit cru au
-commencement; au moins il ne la jugea pas impossible. La comtesse lui
-parut assez traitable, et il ne remarqua pas en elle cette même sévérité
-qui lui avoit fait tant de peur. Cependant cet amant se flattoit, et
-l'heure d'aimer de la comtesse n'étoit pas encore venue. Mais aussi
-cette vertueuse dame, qui n'y entendoit point de finesse, s'étoit plus
-avancée qu'elle ne croyoit, ce qui fut la cause de l'erreur du Roi. Ils
-reconnurent bientôt l'un et l'autre qu'ils s'étoient trompés, lui de
-croire qu'on le regardoit favorablement; elle, de s'imaginer qu'elle
-avoit soutenu jusques au bout sa première sévérité. Ce prince impatient,
-et par l'excès de son amour et par la facilité qu'il avoit trouvée dans
-toutes ses autres maîtresses, et parce qu'un roi se lasse bientôt
-d'attendre, chercha une nouvelle occasion de voir la comtesse, et de
-pousser plus loin les affaires.
-
-Comme les principaux de la Cour avoient un appartement dans le grand et
-magnifique palais de Fontainebleau, le comte de L... et la comtesse sa
-femme y avoient aussi le leur. Cela fournissoit au Roi la commodité de
-la voir, et fit naître l'occasion qu'il attendoit avec tant
-d'impatience. Un jour que ce prince vit la porte de l'appartement de la
-comtesse entr'ouverte, il eut la curiosité d'y regarder, et, ne voyant
-personne, il entra comme à la dérobée. Il ne se fut pas plus tôt
-approché d'un lit de repos qu'il y avoit dans cette chambre, qu'il vit
-la comtesse tout endormie. C'étoit dans les plus grandes chaleurs
-de l'été; et ses filles, voyant leur maîtresse qui reposoit, prirent ce
-temps pour s'écarter un petit moment. Cette charmante personne étoit
-étendue négligemment sur ce lit; elle étoit seule dans sa chambre, et on
-auroit dit que tout cela s'étoit fait de concert, pour donner le moyen
-au Roi de surprendre une place qu'il n'osoit attaquer ouvertement. Son
-coeur fut agité de mille différentes pensées; il craignoit et il
-désiroit tout à la fois. Il ne savoit s'il se contenteroit de regarder
-sa maîtresse qui dormoit si tranquillement. Il ne savoit s'il ne devoit
-lui dérober un baiser et profiter d'une occasion si favorable, qui
-peut-être ne reviendroit jamais; d'un autre côté, il craignoit de
-l'offenser, et que la comtesse venant à s'éveiller ne lui pardonnât
-jamais cet attentat, et lui défendît absolument de la voir.
-
-Il étoit dans cette cruelle incertitude, lorsque la gorge de cette belle
-comtesse venant à se découvrir par quelque mouvement qu'elle fit en
-dormant, acheva de le déterminer, et n'écoutant plus que l'excès de sa
-passion, il posa ses mains sur ces deux boules de neige, et les baisa
-trois ou quatre fois de sa bouche royale. La comtesse, qui sentit
-d'abord cet attouchement dans une partie si délicate, s'éveilla en
-sursaut et fit un grand cri; et voyant que c'étoit le Roi, et que ses
-filles s'en étoient allées, elle crut qu'on l'avoit trahie, et qu'on
-vouloit la prostituer à ce monarque. Cette pensée lui fit tant
-d'horreur, qu'elle ne put s'empêcher de le témoigner:--«Allez, lui
-dit-elle, monstre exécrable, ôtez-vous pour jamais de devant mes
-yeux, ou faites-moi promptement mourir, puisqu'en vous parlant ainsi, je
-suis criminelle de lèse-Majesté.»
-
-Le Roi, qui vit bien la faute qu'il avoit faite, voulut essayer de
-l'apaiser; mais elle ne lui donna pas le temps de parler, et, se
-débarrassant des bras du Roi, elle gagna d'abord la porte, et laissa cet
-amant plus mort que vif. Cependant le cri que la comtesse avoit fait
-avoit été ouï de plusieurs personnes, et particulièrement du comte de
-L... qui, reconnaissant la voix de sa femme, accourut en diligence pour
-voir ce que cela pouvoit être. Il ne fut pas plus tôt à la porte de sa
-chambre qu'il en vit sortir le Roi, et, ne voyant point sa femme, il ne
-savoit que penser de cette aventure. Le Roi, qui ne douta pas que le
-comte n'entrât dans des soupçons qui pourroient faire tort à la comtesse
-et traverser son amour, aima mieux lui dire la chose comme elle étoit,
-que de le laisser dans cette cruelle incertitude. Mais il n'eut garde de
-lui parler de la passion qu'il avoit pour la comtesse. Il lui dit donc
-sans façon:--«Comte, je vois que tu es en peine de ta femme, et que tu
-veux savoir la cause de ce grand cri qu'elle a fait. Je te dirai que je
-suis entré fortuitement dans sa chambre, et, la voyant endormie, j'ai
-voulu lui donner un baiser, ce qui l'a fait lever en sursaut. Va, comte,
-tu dois te féliciter d'avoir une femme si chatouilleuse; j'en connois
-bien d'autres qui, au lieu de s'éveiller, se seroient d'abord
-rendormies, ou en auroient fait le semblant.»
-
-Le comte, qui se crut obligé de répondre galamment au Roi, lui dit:
-«Sire, ma femme n'est pas d'une meilleure trempe que les autres, et si
-elle eût su que c'étoit votre Majesté, infailliblement elle auroit fait
-semblant de dormir; mais son sommeil l'a trompée, et l'a empêchée de
-vous reconnoître quand elle a jeté ce grand cri.--Elle m'a fort bien
-reconnu, reprit le Roi, et je t'assure que si ta femme est toujours si
-franche, tu n'as pas sujet d'en être jaloux.»
-
-La chose ne fut pas poussée plus loin; le Roi se retira dans son cabinet
-et congédia le comte, qui n'eut pas le moindre soupçon de l'amour du
-Roi, et la comtesse, revenue de sa frayeur, retourna dans son
-appartement, après avoir bien grondé ses filles de ce qu'elles l'avoient
-laissée toute seule.
-
-Cependant le Roi, qui voyoit que cette affaire n'auroit point de suite
-fâcheuse, puisque celui qui y avoit le plus d'intérêt la traitoit de
-bagatelle, et qu'il espéroit de faire bientôt la paix avec la comtesse,
-ne put s'empêcher de faire un couplet de chanson sur cette aventure, et,
-quoiqu'elle se chantât en ce temps-là, on n'en a su le véritable sujet
-que quelques années après. Quoique ces vers soient presque connus de
-tout le monde, je ne laisserai pas de les rapporter ici:
-
- Jamais Iris ne me parut si belle,
- Que l'autre jour dans un profond sommeil;
- Sa cruauté sommeilloit avec elle,
- Et je baisai son teint blanc et vermeil,
- Quand, par malheur,
- Je vis à son réveil
- Réveiller sa rigueur.
-
-Le comte ne vit pas plus tôt sa femme, qu'il lui fit mille railleries
-sur ce qui venoit de lui arriver. Elle ne savoit d'abord comment y
-répondre; elle ne traitoit point comme son mari cette affaire de
-bagatelle; elle connoissoit le coeur du Roi et le motif qui le faisoit
-agir ainsi; tout cela changeoit la nature de l'affaire; mais c'étoient
-des mystères pour le comte. Sa femme le reconnut d'abord, quand elle vit
-qu'il le prenoit sur un ton railleur. De sorte que, revenue de sa
-première émotion, elle crut qu'elle devoit feindre, dissimuler son juste
-ressentiment, et prendre le tour que son mari donneroit à cette
-aventure. Il fallut pourtant qu'elle se fît une grande violence, la
-liberté que le Roi s'étoit donnée, après les protestations qu'il lui
-avoit faites, étoit une chose qu'elle ne pouvoit pas lui pardonner et
-qui lui tenoit fort au coeur. Mais elle voyoit qu'il étoit pour elle
-de la dernière importance de cacher à son mari une chose si délicate, et
-qui auroit pu troubler le bonheur de leur mariage. Le voyant donc
-heureusement prévenu par le discours que le Roi lui avoit tenu en
-sortant de sa chambre, elle répondit comme elle devoit à toutes ses
-railleries, et en femme qui entend son monde:--«Je vous trouve fort
-plaisant, dit-elle au comte, de me railler d'une chose où vous avez pour
-le moins autant d'intérêt que moi. Il falloit pour la rareté du fait que
-je fisse toujours semblant de dormir, et que je laissasse pousser
-l'affaire jusqu'au bout; vous auriez vu si les rieurs seroient de votre
-côté.--Vous auriez agi en femme prudente, lui dit le comte, qui sait
-accommoder ses plaisirs avec son honneur; car, ayant toujours dit
-que vous étiez endormie, on n'avoit rien à vous reprocher; c'est la
-volonté qui fait tout en ces affaires, et la vôtre n'y ayant point de
-part, vous étiez innocente au jugement du monde.--Sans mentir, lui dit
-la comtesse, vous me donnez là de belles leçons; il me prend envie d'en
-profiter une autre fois.--Il n'est plus temps, Madame, lui dit le comte,
-qui étoit toujours en humeur de railler; on sait déjà que vous êtes
-extrêmement chatouilleuse, et que vous avez le dormir fort délicat, et
-que le mouvement d'une mouche suffit pour vous éveiller. Et puis,
-ajouta-t-il, qui osera désormais vous approcher, puisque vous ne pouvez
-souffrir les caresses du Roi?--Voulez-vous que je vous dise ce qui en
-est? répliqua la comtesse, qui vouloit plaisanter à son tour. Quand on
-dort, on ne sait ce qu'on fait; mais si le Roi se fût présenté à moi
-quand j'étois éveillée, peut-être que je n'aurois pas été si cruelle, et
-que j'aurois mieux reçu ses caresses. Je vous prie, Monsieur le comte,
-de lui en faire mes excuses.--Vous ferez cela mieux que moi, répondit le
-comte, ou, pour mieux dire, il n'y a point ici d'excuse à faire. Que
-savez-vous si le Roi trouveroit en vous les mêmes agréments quand vous
-seriez éveillée, qu'il a pu y remarquer lorsque vous dormiez? vous savez
-que ces sortes de choses dépendent entièrement du caprice; un certain
-air négligé ravit quelquefois un coeur que toute la parure d'une dame
-ne sauroit jamais attraper. Ainsi consolez-vous, vous avez manqué votre
-coup; le Roi trouvoit alors de certains charmes en vous, qu'il n'y
-remarquera plus; vous voilà déchue de vos prétentions, si tant est que
-vous ayez aspiré à cette gloire, tant recherchée des dames, d'être la
-maîtresse du Roi.»
-
-La confiance que le comte avoit en la vertu de sa femme le faisoit
-parler ainsi. Il avoit raison de s'y confier; mais s'il avoit su que le
-Roi brûloit pour elle, et qu'elle en étoit bien informée, il n'auroit
-pas eu tant d'assurance, connoissant, comme il faisoit, la fragilité du
-sexe.
-
-Cette petite aventure qui venoit d'arriver au Roi et à la comtesse,
-servit d'entretien à la cour durant quelques jours; mais tout ce qui
-s'en dit ne fit aucun tort à la vertu de cette dame, et personne ne
-soupçonna que le Roi en fût amoureux. On crut seulement qu'il vouloit se
-divertir, par l'occasion agréable qui s'offrit à lui, sans avoir d'autre
-dessein. Il n'en étoit pas de même du duc de La Feuillade, qui savoit
-l'attachement du Roi pour cette comtesse. Il n'ignoroit pas pourquoi le
-Roi s'étoit ainsi émancipé; mais il regrettoit pour ce prince d'avoir si
-mal réussi, et il blâmoit dans son coeur la cruauté de la dame. Le
-lecteur peut bien juger qu'il y en avoit un assez grand nombre à la
-cour, qui auroient voulu être à sa place, qui n'auroient pas eu tant de
-honte qu'elle de se montrer en cet état aux yeux du Roi, ou qui, pour
-cacher cette honte, auroient fait semblant de dormir.
-
-Tandis que les Messieurs et les Dames s'entretenoient de cette affaire,
-et que chacun en jugeoit selon son humeur, le Roi étoit fort inquiet,
-et il ne savoit comment se raccommoder avec sa fière maîtresse. Au
-fond, l'offense n'étoit pas d'une nature qui méritât une grande
-punition, et qui dût si fort irriter le coeur d'une dame. Mais il
-connoissoit l'humeur de la comtesse, et il craignoit toujours cette
-vertu austère qu'il avoit remarquée en elle. Avant que de se déterminer
-de quelle manière il devoit se comporter avec elle, il voulut la voir en
-public, et tâcher de connoître dans ses yeux et par ses manières, quel
-étoit l'état de son coeur. Il ne l'eut pas plus tôt vue, qu'il jugea
-d'abord qu'elle n'étoit pas si irritée qu'elle lui avoit paru lorsqu'il
-s'émancipa de la manière que j'ai déjà dit, et qu'elle dit au Roi ces
-grosses injures. En effet sa pensée étoit, comme je l'ai remarqué, que
-ses filles l'avoient trahie et l'avoient abandonnée pour la livrer aux
-desseins du Roi, et ce fut la cause qu'elle ne put pas retenir son
-ressentiment. Mais quand elle eut reconnu par les discours de ses
-filles, qu'elles étoient innocentes d'une si noire trahison, et que ce
-qui étoit arrivé étoit un effet du hasard, sa plus grande colère fut
-amortie; et, dans son âme, elle ne pouvoit condamner la liberté d'un
-amant qui trouvoit une occasion si favorable. Elle joignoit à cela les
-paroles choquantes qu'elle avoit dites au Roi, et que ce monarque avoit
-doucement avalées. Toutes ces confidences servoient à désarmer la
-comtesse. Elle étoit dans cet état, quand le Roi la vit dans une
-compagnie de dames; et, comme il est bon physionomiste, comme le sont
-presque tous les amants, il connut d'abord ce qui se passoit dans le
-coeur de sa maîtresse. Il la vit rougir, dès qu'elle aperçut le
-Roi, puis baisser doucement les yeux par une espèce de honte, tourner
-quelquefois la tête d'un autre côté, parler à bâtons rompus, paroître
-distraite, inquiète, interdite; avec tout cela, il n'y remarqua rien
-d'ennemi, et il jugea seulement que le souvenir de ce qui s'étoit passé
-le jour précédent la déconcertoit un peu.
-
-Ce fut la cause que le Roi se priva quelques jours de la voir, pour lui
-donner le temps de se remettre. Mais ne pouvant vivre si longtemps sans
-l'entretenir de quelque manière, il lui écrivit ce billet:
-
- «_Quelque envie que j'aie de vous parler, je n'ose pas
- l'entreprendre; les derniers discours que vous me tîntes sont si
- terribles pour moi, que je n'oserai jamais me présenter devant
- vous, si je n'en ai une permission signée de votre main, qui
- porte l'absolution de mon crime. Je l'appelle ainsi par rapport
- à vous; mais si vous consultez l'amour, si vous consultez votre
- miroir, au lieu de blâmer mon trop de hardiesse, vous louerez ma
- discrétion et ma retenue. Je veux bien pourtant soumettre mon
- jugement au vôtre, et je l'attends avec impatience afin de m'y
- conformer et de régler ma conduite là-dessus._»
-
-La comtesse reçut ce billet, et y répondit ce peu de mots:
-
- «_On vous pardonne tout, parce que vous êtes Roi. Je récuse le
- tribunal de l'amour, c'est un petit étourdi qui ne juge que par
- caprice. Si vous me voulez voir, ne consultez plus un si méchant
- conseiller. Consultez plutôt la sagesse, la justice et la
- raison, et l'on vous écoutera._»
-
-Quoique ce billet n'eût rien de tendre, le Roi parut en être satisfait,
-et c'étoit assez que la comtesse lui permît encore de la voir, sauf à
-lui à tenir les conditions où elle l'engageoit. Mais en amour, on promet
-tout, et souvent on ne tient rien.
-
-Le Roi se voyant ainsi rétabli dans les bonnes grâces de sa maîtresse,
-ne songea qu'à pousser son premier dessein. Ce ne furent que bals, que
-festins, que carrousels, que parties de chasse, pendant le séjour du Roi
-à Fontainebleau; et tout cela se faisoit en faveur de la comtesse.
-Quoiqu'elle n'eût aucun dessein de rien accorder au Roi, elle n'étoit
-pas fâchée d'en être aimée; elle sentoit même que, si elle étoit capable
-de quelque engagement, ce seroit plutôt pour le Roi que pour toute autre
-personne; elle admiroit sa bonne mine, son port, et ces manières nobles
-qui accompagnoient tout ce qu'il faisoit; elle trouvoit qu'il faisoit
-tout en Roi, et ce dernier caractère étoit plus propre pour gagner une
-dame qui étoit fière naturellement. Mais sa vertu lui étoit d'un grand
-secours, qui arrêtoit le penchant qu'elle avoit pour le Monarque. Elle
-l'aimoit peut-être autant qu'aucune de ses maîtresses, qui n'avoient
-rien de réservé pour ce prince; et si le Roi eût pu voir son coeur, il
-y auroit peut-être vu autant de tendresse qu'en pouvoit avoir la
-Montespan et La Valière même. Mais, comme je viens de dire, sa vertu
-étoit un frein qui retenoit ses désirs, et qui lui faisoit un crime
-d'une tendresse qu'elle chérissoit dans le fond, et qu'elle ne put
-jamais étouffer.
-
-Combien de fois a-t-elle souhaité de n'avoir jamais vu le Roi! Elle
-cherchoit en lui des défauts qu'elle pût haïr; mais elle n'y en trouvoit
-pas; de quelque manière qu'elle regardât ce Monarque, elle le trouvoit
-toujours charmant. Elle l'auroit voulu voir toujours, et elle ne
-craignoit rien tant que sa vue. Il lui sembloit que toute sa vertu
-l'abandonnoit quand elle voyoit paroître ce prince. «Pourquoi se
-contraindre, disoit-elle quelquefois en elle-même? Suivons un penchant
-si doux: serai-je la seule ennemie de mon contentement? Je suis adorée
-de ce que j'aime; j'ai un mari commode[17]; ma réputation est si bien
-établie que je n'ai rien à craindre de la médisance, et pourquoi donc ne
-suivre pas une passion qui a tant de charmes pour moi?» Mais un moment
-après, elle se reprenoit, et faisant réflexion sur les suites funestes
-de ce fatal engagement: «Je serai, disoit-elle, l'une des maîtresses du
-Roi; j'en suis aimée, j'en suis estimée aujourd'hui, et demain j'en
-serai méprisée. Il se dégoûtera de moi comme il a fait des autres; et
-quand cela ne seroit pas, pourrai-je me résoudre à vivre sans honneur
-dans le monde, abandonnée de mon mari, méprisée de tous les honnêtes
-gens, et travaillée d'un cruel remords qui me dévorera jour et nuit? Je
-mourrai plutôt, ajoutoit-elle, avant que de tomber dans ce malheur.»
-
-Le Roi qui ne pouvoit pas savoir ce qui se passoit dans son coeur, ne
-croyoit pas être si avant dans ses bonnes grâces; il ne savoit pas
-que la vertu de la comtesse étoit le seul ennemi qu'il avoit à
-combattre; il ne songeoit qu'à s'en faire aimer, quoique cela fût fait
-depuis longtemps; mais la comtesse appliquoit tous ses soins à le lui
-cacher, et vivoit avec lui d'une manière extrêmement réservée.--«Ne me
-direz-vous jamais, Madame, lui dit un jour le Roi qui la pressoit plus
-qu'à l'ordinaire, de quelle manière je suis dans votre esprit? Est-ce
-comme ami ou comme ennemi?--On ne traite pas les ennemis de la manière
-qu'on vous traite, lui dit la comtesse d'un ton radouci.--Mais de quelle
-manière me traitez-vous? lui dit le Roi; puis-je être content de toutes
-ces marques extérieures de civilité qu'on rend à tout le monde?
-Traitez-moi, je vous prie, avec moins de respect, et rendez-moi un peu
-de cette tendresse dont mon coeur est rempli pour vous.--Je vous
-rends, dit-elle, ce que je puis et ce que je dois, et je vous supplie de
-ne m'en demander pas davantage.--Votre pouvoir est bien petit à ce que
-je vois, lui dit cet amant; mais c'est votre rigueur qui le veut borner
-ainsi, et vous vous faites un devoir à votre mode, et qui s'accommode
-assez avec votre indifférence.--Je voudrois que cela fût, lui répliqua
-la comtesse.--Eh! qu'est-ce donc, lui dit le Roi, qui vous fait vivre
-avec moi d'une manière si réservée?--C'est que vous êtes le plus
-redoutable de tous les hommes, lui dit alors la comtesse, témoin ce que
-vous fîtes l'autre jour.--Il paroît bien, Madame, répliqua le Roi, que
-je ne le suis pas beaucoup, et que vous l'êtes bien davantage, puisque
-je n'ose vous attaquer que tout endormie, et encore est-ce en
-tremblant! mais que je me soucie peu que vous me croyiez redoutable! je
-ne songe qu'à me faire aimer, et non à me faire craindre.--L'un ne va
-jamais sans l'autre, dit la comtesse, et vous en savez plus que moi sur
-cette matière.--Eh! de quoi me sert toute ma science, dit alors le Roi,
-si je n'ai pas pu encore vous l'apprendre ni vous obliger à m'aimer?--Je
-voudrois employer la mienne à vous guérir et à vous mettre en repos, lui
-répliqua la comtesse.--Pour guérir, lui dit le Roi, cela n'arrivera
-jamais, et, pour me mettre en repos, il ne dépend que de vous.--Je vous
-ai déjà dit, Sire, lui répliqua la comtesse, que s'il ne falloit que ma
-vie, vous auriez ce que vous désirez; ne me reprochez donc plus que je
-suis insensible, et croyez que je suis plus à plaindre que vous ne
-pensez.»
-
-Le Roi ne voulut pas la presser davantage de peur de l'irriter; et elle
-se contenta de lui parler d'une manière ambiguë, et qu'on pouvoit
-également appliquer ou aux sentiments tendres qu'elle avoit pour le Roi,
-ou à l'importunité que lui causoit son amour.
-
-Le lendemain de cette conversation, le Roi voulut se donner le plaisir
-de la chasse, où un grand nombre de seigneurs et de dames devoient
-accompagner Sa Majesté. Ce prince, qui avoit toujours son amour en tête,
-communiqua un dessein qu'il avoit au duc de La Feuillade, qui devoit
-aussi l'accompagner, afin qu'il employât toute son adresse à le faire
-réussir. Le jour ne fut pas plus tôt venu que tout se disposa pour cette
-chasse. On ne pouvoit rien voir de plus beau que cet équipage; tout
-répondoit à l'ordre et à la magnificence du Roi. Les dames ressembloient
-à de jeunes amazones, et les messieurs s'étoient ajustés d'une manière
-qui avoit quelque chose de galant et de guerrier. Le Roi surtout se
-distinguoit par dessus tous les autres, et, avec cette mine fière et cet
-équipage de chasseur, on l'auroit pris pour un Mars ou pour un Apollon.
-Il avoit toujours les yeux sur sa maîtresse, et il pensoit bien moins
-aux bêtes qu'on alloit courre, qu'au coeur qu'il avoit dessein de
-surprendre. On ne fut pas longtemps dans la forêt, que les chiens
-lancèrent divers cerfs, et plusieurs autres bêtes fauves; les uns se
-mirent à piquer[18] après les chiens, et les autres à se poster en
-divers endroits, pour voir passer la bête.
-
-Comme je n'ai pas dessein de décrire cette chasse, je dirai seulement
-qu'il se fit tant de courses, tant de tours à droite et à gauche dans
-ces vastes forêts de Fontainebleau, que la plupart de ceux qui formoient
-cette partie de chasse furent dispersés en divers endroits. Le Roi ne
-perdoit jamais de vue la comtesse, qu'il regardoit déjà comme sa proie,
-et le duc de La Feuillade, qui conduisoit toute cette affaire, la fit
-réussir selon les désirs du Roi. Il le fit avec tant d'adresse, en
-plaçant les chasseurs dans de certains postes, et les dames en
-d'autres, sous prétexte de donner à tous le plaisir de cette agréable
-chasse, que le Roi se trouva, je ne sais comment, tout seul avec la
-comtesse, dans le lieu le plus écarté du bois, sans qu'elle eût eu le
-temps de s'apercevoir que ses compagnes l'avoient abandonnée, et que
-tout le reste de cette illustre troupe couroit, ou plutôt voloit avec
-une ardeur incroyable.
-
-Qui pourroit décrire son étonnement de se trouver seule avec le Roi dans
-un lieu désert et solitaire; ne voyant personne pour venir à son
-secours, et n'ayant plus ni le son du cor, ni l'aboiement des chiens, ni
-les cris des chasseurs? Le lieu où ils se trouvèrent étoit un vallon
-couvert de deux petites montagnes, ombragé d'un grand nombre d'arbres à
-haute futaie, au pied desquels couloit un ruisseau, dont le murmure
-faisoit un bruit agréable. Cette situation fut cause qu'on perdit de vue
-tous les chasseurs, et qu'on n'entendit plus ce bruit qui accompagne
-ordinairement la chasse. Enfin il sembloit que Vénus et Diane s'étoient
-donné le mot pour faire venir en ce lieu nos deux amants.
-
-Toutes choses sembloient conspirer au bonheur du Roi, et il croyoit de
-toucher à ce moment heureux après lequel il avoit tant soupiré,
-lorsqu'il remarqua un changement considérable sur le visage de la
-comtesse. Cette pauvre dame blêmit, trembla, et fut saisie d'une sueur
-froide, comme si elle alloit rendre l'âme. Le Roi lui demanda si elle se
-trouvoit mal, et elle lui ayant répondu que non, il comprit d'abord
-quelle étoit la cause de ce changement. C'étoit comme une innocente
-colombe qui se voit déjà entre les griffes d'un vautour. Elle fit
-pourtant tout ce qu'elle put pour se remettre, pour ne donner pas à
-penser au Roi qu'elle se défioit de lui, et qu'elle ne se croyoit pas en
-sûreté. Elle fit donc un effort sur elle-même, et, après avoir loué la
-beauté du lieu, elle dit qu'elle étoit surprise de ne voir personne, et
-que, si Sa Majesté le trouvoit bon, ils monteroient sur une de ces
-collines, pour découvrir de quel côté pouvoient être les
-chasseurs.--«N'en soyez point en peine, Madame, lui dit le Roi, nous les
-trouverons assez; délassons-nous cependant, et puisque vous trouvez ce
-lieu agréable, nous ferons bien d'en considérer les beautés.»
-
-En disant cela, il descendit promptement de cheval, et voulut aider la
-comtesse pour en faire de même, à quoi elle s'opposa autant qu'elle put,
-disant que ce n'étoit point la peine, et qu'elle verroit plus
-commodément tous les lieux que le Roi vouloit lui faire voir, que si
-elle étoit obligée de marcher.--«Eh! bien, nous nous reposerons, et nous
-ferons reposer nos chevaux, dit le Roi.» Enfin il la pressa si fort de
-descendre de cheval, qu'elle ne put plus s'en défendre; le Roi la prit
-entre ses bras, et il ne pouvoit contenir sa joie, d'avoir en son
-pouvoir ce qu'il aimoit le plus dans le monde.
-
-Après avoir attaché lui-même les chevaux à un arbre, il prit la comtesse
-par la main, et la fit asseoir sur un gazon extrêmement vert, tel que
-les poètes nous le décrivent dans leurs fables, et qui sembloit n'avoir
-jamais été foulé par les hommes, tant il étoit beau et riant.--«Avouez,
-Madame, lui dit le Roi, que c'est un lieu bien charmant.--Je le
-trouve comme vous, répliqua la comtesse, mais il y a quelque chose de
-trop sombre et même d'affreux; cela vient sans doute de ce qu'il est si
-peu habité.--Et quelle habitation plus belle, peut-on lui souhaiter, dit
-alors le Roi, que celle de votre charmante personne? Il suffit que vous
-y êtes pour rendre ce lieu le plus beau qui soit dans l'univers; et pour
-moi, je renoncerois de bon coeur à toute la magnificence de ma cour
-pour y passer toute ma vie auprès de vous.»
-
-En disant cela, il prit une de ses belles mains qu'il serra
-passionnément, et qu'il baisa plusieurs fois avec une tendresse extrême.
-La comtesse n'eut pas la force de retirer sa main, soit que la crainte
-se fût emparée de son coeur, soit qu'aimant véritablement le Roi, elle
-ne crût pas lui devoir refuser cette petite faveur. Ce prince amoureux,
-qui n'avoit pas dessein d'en demeurer là, et qui vouloit pousser plus
-loin sa conquête, ne songea qu'à gagner toujours du terrain; il mit sa
-main sur la gorge de la comtesse, et essaya de lui prendre quelques
-baisers; mais elle le repoussa et lui dit d'un ton sévère:--«N'étoit-ce
-que pour cela que vous m'arrêtiez ici? Je vous prie, Sire, remontons à
-cheval, et tâchons de rejoindre notre compagnie.--Et où voulez-vous
-aller, Madame? lui dit le Roi. Nous ne savons pas la route qu'ils ont
-prise; au lieu d'aller où ils sont, nous prendrons peut-être un lieu
-opposé; le plus sûr est de les attendre ici, et nous les verrons bientôt
-paroître par quelque endroit.--Mais que dira-t-on de vous et de
-moi, lui dit la comtesse, quand on saura que nous avons été tous deux
-ensemble dans ce lieu désert, l'espace d'une heure?--Eh! il n'y a qu'un
-moment que nous y sommes, lui dit cet amant passionné; il paroît bien
-que vous ne vous plaisez guère avec moi. Et quand nous y serions deux
-heures entières, que craignez-vous? la réputation de votre vertu vous
-met à couvert de tout. Ne craignez rien, Madame, ne craignez rien de ce
-côté-là; donnons-nous entiers à l'amour; tout nous y convie; personne ne
-nous voit ici, et vous voyez un prince à vos pieds, prêt à expirer par
-la violence de sa passion, si vous n'avez pitié de ses maux.--Ce n'est
-pas pourtant ce que vous m'aviez promis, dit la comtesse, que vous
-n'attenteriez jamais rien contre mon devoir.--Ah! cruelle, lui dit le
-Roi, que vous connoissez peu les lois de l'amour? Est-ce à un esclave à
-tenir ses promesses? Je ne suis plus à moi, je suis tout à vous, ma
-chère comtesse; je me sens entraîné par une force irrésistible; je ne
-suis plus maître de mes mouvements; je ne puis que vous aimer, je ne
-puis que vous le dire, et je me sens mourir si vous ne prenez pitié d'un
-malheureux.»
-
-Le Roi accompagna ces paroles de plusieurs soupirs et de quelques
-larmes, qui attendrirent le coeur de la comtesse. Elle aimoit ce
-prince; mais elle ne pouvoit jamais se résoudre à lui abandonner ce
-qu'elle avoit de plus cher au monde.--«Si un amour réciproque vous peut
-contenter, lui dit cette sage comtesse, je vous ferai, Sire, une
-déclaration que je ne vous ai jamais faite, et que rien ne seroit
-capable de m'arracher, si elle n'étoit sincère; je vous aime, mon cher
-prince, car je puis bien vous nommer ainsi, avec toute l'ardeur et toute
-la tendresse dont une femme comme moi peut être capable; oui, je vous
-aime autant qu'on peut aimer; mais je ne puis renoncer pour vous à
-l'honneur, à la vertu, ni à aucune chose qui me puisse faire perdre
-votre estime.»
-
-Ces paroles de la comtesse ne firent qu'enflammer davantage le coeur
-du Roi. Il venoit d'entendre de la bouche de sa maîtresse, qu'il en
-étoit tendrement aimé; il n'est rien de si doux pour un amant passionné,
-et ce prince ne pouvoit pas contenir sa joie.--«Mais seroit-il bien vrai
-que vous m'aimassiez, dit-il à sa charmante comtesse, et que vous m'en
-donniez si peu de marques! Non, quoique vous en veuilliez dire, vous
-n'avez jamais senti les traits de l'amour.--Hélas! si je ne vous aimois,
-lui répondit-elle avec un air languissant, je ne vous souffrirois pas
-comme je vous souffre.--Eh! croyez-vous, Madame, lui dit le Roi, qu'un
-coeur qui vous aime se puisse contenter de si peu de chose? Ah! que
-vous aimez foiblement si vous en jugez ainsi!»
-
-Alors ce prince, devenu plus hardi par la déclaration que la comtesse
-venoit de lui faire, attacha sa bouche contre la sienne, et lui donna un
-baiser dont elle ne put jamais se défendre; elle se laissoit entraîner
-par un si doux charme; l'honneur ne battoit déjà que d'une aile; l'amour
-commençoit d'avoir le dessus, et le Roi, profitant d'un temps si
-précieux à l'amour, alloit se mettre en possession d'un bien qui
-lui étoit plus cher alors que sa couronne, lorsque la comtesse, revenant
-comme d'un profond assoupissement, et voyant qu'elle ne pouvoit plus
-résister au Roi, fit semblant de consentir à tous ses désirs, et le pria
-seulement de changer de place, disant qu'elle étoit incommodée dans
-cette assiette.
-
-Le Roi, qui voyoit qu'en procurant le plaisir de la comtesse, il ne
-feroit qu'augmenter le sien, consentit sans peine à tout ce qu'elle
-voulut. Ils changèrent d'abord de place, et la comtesse, prenant son
-temps, saisit l'épée du Roi, qu'elle tira du fourreau, et recula trois
-ou quatre pas en arrière. Le Roi qui crut qu'elle vouloit s'en servir
-contre lui, s'alla jeter à ses pieds, et lui dit:--«Madame, si vous
-demandez ma mort, me voici prêt à la recevoir de votre main.--Non, Sire,
-lui dit la comtesse, ce n'est pas votre mort que je demande; ma main ne
-vous fera jamais aucun mal, vous n'êtes point coupable. Mais c'est moi,
-c'est moi que je veux punir de la foiblesse où je suis tombée par mon
-malheur.»
-
-En disant cela, elle alloit tourner la pointe de l'épée contre son
-estomac, si le Roi ne l'eût empêchée.--«Qu'allez-vous faire, dit-il,
-trop vertueuse comtesse? vous n'avez rien à vous reprocher; eh! pourquoi
-voulez-vous vous punir d'un crime que vous n'avez point commis?--Il est
-vrai, dit-elle, mais c'est pour m'empêcher de le commettre.»
-
-Le Roi touché du triste état où il la voyoit, promit de ne la presser
-plus; et en effet elle étoit plus propre alors à inspirer la
-compassion que l'amour, et l'on voyoit dans ses yeux et sur son visage
-toutes les marques d'un véritable désespoir. De sorte que le Roi, qui
-l'aimoit plus que sa propre vie, et qui craignoit pour elle quelque
-chose de funeste, lui redemanda son épée, la fit remonter à cheval, et,
-après y être monté lui-même, ils sortirent de ce vallon, montèrent sur
-une des deux collines, et découvrirent de loin leurs chasseurs qui
-venoient de forcer un cerf. Ils étoient assez en peine de savoir où
-pouvoit être le Roi, et il n'y avoit que le duc de La Feuillade qui
-s'imaginât ce qui en étoit. Il ne les eut pas plus tôt joints, qu'il
-leur dit qu'il s'étoit posté à un endroit avec la comtesse, où il
-croyoit voir passer la bête, mais qu'il n'avoit pas eu tout le plaisir
-qu'il s'étoit promis, ni la comtesse non plus, avec laquelle il avoit
-espéré de le partager. Il n'y eut que le duc de La Feuillade, qui savoit
-l'amour du Roi, qui comprit le sens caché de ces paroles. Et la
-comtesse, qui vouloit bien qu'on l'entendît de la chasse, prit
-incontinent la parole et dit qu'elle ne s'étoit jamais tant
-ennuyée.--«Vous ne devez vous en prendre qu'à moi, lui dit ce prince,
-car c'est moi qui vous ai conseillé de prendre ce méchant poste.--Je ne
-m'en prends, dit-elle, qu'à ma mauvaise fortune, ou à cette maudite
-bête, qui n'a pas voulu passer devant nous, et qui fuit, je crois,
-devant Votre Majesté, comme tous vos autres ennemis.»
-
-Quoiqu'elle n'eût pas grande envie de plaisanter, elle fit pourtant un
-effort sur elle-même, pour cacher le désordre de son coeur, qui étoit
-encore tout troublé de ce qui venoit de lui arriver. Ce fut ainsi
-que se passa cette chasse, où le Roi n'obtint pas tout ce qu'il auroit
-voulu, mais où il reconnut pourtant qu'il étoit plus aimé qu'il ne
-s'étoit imaginé. Il ne pouvoit comprendre qu'une femme qui l'aimoit si
-tendrement, qui l'avoit dit à lui-même, et qui en avoit donné des
-marques plus certaines encore que ses paroles, pût se refuser un plaisir
-qui est le tribut ordinaire de l'amour, et la fin que tous les amants se
-proposent. Cela le passoit, et il étoit si peu accoutumé à voir de
-semblables prodiges de vertu, qu'il ne pouvoit se lasser d'admirer celle
-de la comtesse, quoique ce fût cette vertu qui seule étoit contraire à
-son amour et s'opposoit à tous ses désirs.
-
-Ce fut aussi environ en ce temps-là que le Roi dit ces paroles, que j'ai
-rapportées au commencement de cette Histoire, «qu'il n'y avoit que deux
-femmes à la Cour qui fussent véritablement chastes, et pour lesquelles
-il feroit serment qu'elles étoient fidèles à leurs maris.» C'étoit la
-Reine, comme j'ai dit, et la comtesse de L..., qu'il venoit de mettre à
-une si grande épreuve.
-
-Cependant cette vertu, dont le Roi n'étoit que trop persuadé, ne fut pas
-capable de refroidir son amour. S'il n'en eût pas été aimé, peut-être
-qu'il auroit abandonné le dessein de cette conquête, qu'il auroit
-regardée comme une chose impossible, ayant à combattre ces deux
-redoutables ennemis, l'honneur et l'aversion de sa maîtresse. Mais,
-ayant l'amour de son côté, il se flatta toujours de quelque espérance.
-Il avoit vu cet honneur presqu'aux abois, et, sans ce moment fatal
-qui fit faire quelque réflexion à la comtesse, il alloit être le plus
-heureux de tous les amants. Enfin, on peut dire que l'amour du Roi
-augmentoit par toutes ces difficultés, et que la gloire et l'ambition,
-dont il est si fort touché, s'y mêloient en quelque sorte. Il se faisoit
-une espèce d'honneur de triompher de la plus vertueuse dame de son
-siècle; il se figuroit mille secrètes douceurs qu'il n'avoit jamais
-goûtées avec ses autres maîtresses, et il se promettoit des plaisirs
-infinis dans une jouissance qui lui auroit tant coûté.
-
-Cela fait bien voir que les plaisirs des amants ne sont que dans
-l'imagination, et que, selon que cette imagination agit, ces plaisirs
-sont plus ou moins grands; et comme cette faculté de notre âme supplée
-au défaut des sens, pour grossir les objets que les sens n'aperçoivent
-pas, celle du Roi pouvoit agir dans toute son étendue par l'extrême
-sévérité de sa maîtresse, et son imagination, lui représentant des
-plaisirs que ses sens n'avoient jamais goûtés avec elle, les lui
-figuroit beaucoup plus grands; et tout cela, comme j'ai dit, le rendoit
-plus amoureux.
-
-En ce temps-là, le Roi et la comtesse tombèrent malades presque en même
-temps[19]. Le Roi fut attaqué d'une grosse fièvre, qui lui fut causée
-par sa passion, et par la grande agitation qu'il s'étoit donnée le jour
-de cette chasse; et la comtesse, de la frayeur qu'elle avoit eue,
-du chagrin qu'elle avoit de s'être sitôt déclarée, et fâchée de sentir
-dans son coeur une passion qui alloit contre son devoir. Toutes ces
-choses jointes ensemble la firent tomber dans une maladie de langueur,
-qu'on craignoit dégénérer en phthisie. La fièvre du Roi redoubla quand
-il sut que la comtesse étoit malade. Et la comtesse, qui ne pouvoit haïr
-le Roi, devint encore plus triste et plus abattue, dès qu'elle apprit
-l'état de ce prince, dont la vie étoit en grand danger. Il ne se passoit
-point de jour, que le Roi ne s'informât de la santé de la comtesse, et
-cet empressement que le Roi faisoit paroître, fit ouvrir les yeux à
-quelques-uns, et leur fit soupçonner avec raison qu'il avoit des
-sentiments tendres pour cette dame.
-
-La Montespan qui venoit de prendre les eaux de Bourbon[20], et qui
-n'avoit pas vu le Roi depuis quelque temps, fut la première à s'en
-apercevoir; et comme elle croyoit alors posséder seule le coeur du
-Roi, car La Vallière avoit renoncé au monde, elle ne pouvoit pas se
-consoler qu'une autre le lui voulût disputer. Mais ce qui la fâchoit
-plus que tout, c'est que l'intérêt que le Roi témoignoit prendre à
-la santé de Madame de L... ne lui faisoit que trop connoître qu'il en
-étoit véritablement amoureux. Ce fut alors que toute sa jalousie se
-réveilla, et qu'elle chercha mille moyens pour traverser ce nouvel
-engagement, pour ruiner sa rivale, et pour la détruire dans l'esprit du
-Roi ou dans celui de son mari, ou pour faire tous les deux ensemble;
-mais elle ne fit ni l'un ni l'autre.
-
-La première chose qu'elle fit, fut de tâcher de découvrir où elle en
-étoit avec le Roi. Elle en fut bientôt instruite par un cas fortuit, qui
-lui fit tomber entre les mains la réponse que la comtesse avoit faite à
-son billet. Comme la Montespan avoit la liberté d'entrer à toutes les
-heures du jour dans la chambre de ce prince, elle y fut un jour qu'il
-reposoit, et comme cet amant pensoit toujours à sa nouvelle maîtresse,
-il ne pouvoit se lasser de lire le billet qu'elle lui avoit écrit,
-quoiqu'il ne fût pas aussi tendre qu'il l'auroit bien souhaité. Le jour
-que la Montespan trouva le Roi qui dormoit, il avoit tenu ce billet
-entre ses mains, et le sommeil l'ayant saisi, il l'avoit laissé tomber à
-la ruelle de son lit.
-
-Dès qu'elle vit ce papier par terre, elle le prit pour voir ce qu'il
-contenoit, et elle comprit d'abord que le Roi aimoit la comtesse avec
-toute l'ardeur d'un amant, et qu'il n'avoit encore obtenu d'elle aucune
-faveur considérable. Elle se contenta d'avoir satisfait sa curiosité,
-et, remettant le billet où elle l'avoit trouvé, elle sortit tout
-doucement de la chambre pour n'interrompre pas le sommeil du Roi, et
-alla penser aux moyens de ruiner une passion qui, selon toutes les
-apparences, lui devoit faire perdre son grand crédit et les bonnes
-grâces du Roi. Elle fit savoir au comte, par des voies indirectes, que
-sa femme recevoit des lettres d'un amant qui n'étoit pas à mépriser, et
-qu'elle, à son tour, lui en écrivoit de fort tendres.
-
-Le comte méprisa d'abord cet avis, et, pour faire voir le peu de cas
-qu'il en faisoit, il voulut le dire à sa femme, et s'en divertir avec
-elle.--«Savez-vous, Madame, lui dit-il, qu'on me donne un rival, et un
-rival qui n'est pas à mépriser?» La comtesse, qui ne comprit pas d'abord
-ce qu'il vouloit dire, lui demanda s'il avoit quelque nouvelle
-maîtresse.--«Ce n'est point cela, lui dit son mari, c'est vous-même qui
-avez fait un amant.» La comtesse rougit un peu, et le comte attribua
-cette rougeur à la pudeur de sa femme.--«Et quel est cet amant,
-dit-elle, qu'on me donne?--On ne me l'a pas nommé, lui dit le comte,
-mais on dit que c'est un amant aimé, qui vous a souvent écrit, et à qui
-vous répondez d'une manière fort tendre; je ne vous croyois pas si
-secrète dans vos amours.--Elles sont si secrètes, lui dit la comtesse,
-que je n'en sais rien moi-même, et je vous promets que dès que cet amant
-paroîtra, vous en serez averti. Mais, toute raillerie à part,
-ajouta-t-elle, est-il bien vrai qu'on vous a fait un pareil rapport?--Il
-est aussi vrai, lui dit le comte, comme il est vrai que je n'en crois
-rien.»
-
-Cela remit entièrement l'esprit de sa femme, qui s'étoit un peu alarmée;
-et dès aussitôt que son mari l'eut quittée, elle brûla le billet
-qu'elle avoit reçu du Roi, qui étoit la seule chose qui pouvoit la
-convaincre de ce qu'on avoit tâché de faire croire au comte son époux;
-et pour la réponse qu'elle avoit faite à ce prince, elle étoit conçue
-avec tant de retenue et tant de sagesse, qu'elle ne craignoit pas que
-son mari pût lui en faire une affaire. Ainsi l'esprit jaloux de la
-Montespan n'avança rien de ce côté-là pour perdre sa rivale dans
-l'esprit de son mari.
-
-Elle attendoit que la santé du Roi fût un peu rétablie pour faire jouer
-d'autres ressorts, qui pussent le dégoûter de l'amour de la comtesse.
-Comme les maladies violentes ne sont pas de longue durée, celle du Roi,
-qui étoit une fièvre ardente, le quitta après le huitième jour. La
-Montespan le voyant déjà remis, et qu'il n'y avoit rien à craindre pour
-sa santé, fit ses visites plus longues, et ne songea qu'à divertir ce
-monarque, en lui apprenant tous les jours quelque nouvelle
-galanterie.--«Eh! vous ne me dites rien de la comtesse de L..., dit le
-Roi à la Montespan, d'un air qui marquoit qu'il prenoit beaucoup de part
-à ce qui la regardoit. Est-ce qu'elle est sans intrigue? Est-ce qu'elle
-manque de charmes? Est-ce enfin, comme on me l'a assuré, qu'elle est
-aussi austère qu'une carmélite, et que sa vertu fait trembler tous ceux
-qui osent l'approcher?»
-
-La Montespan, qui attendoit à toute heure une semblable question de la
-bouche du Roi, fut bien aise de le satisfaire là-dessus, ou, pour mieux
-dire, de se satisfaire elle-même, en disant des choses de cette
-comtesse, qui pourroient empêcher le Roi de penser plus à
-elle.--«Sire, lui dit la Montespan, en affectant un air ingénu, ceux qui
-la connoîtront bien ne se feront pas une grande violence de renoncer à
-cette conquête, et ce ne sera pas sa vertu qui les en rebutera.--On dit
-pourtant, répliqua le Roi, que jamais femme n'a été plus sévère que
-celle-là.--Je ne sais pas, dit la Montespan, qui se plaint de sa
-sévérité; mais je sais bien que la maxime des fausses prudes, qui ne
-peuvent pas avoir des amants, est d'affecter une vertu austère, afin
-qu'on ne dise pas d'elles dans le monde que c'est faute d'appas qu'on
-les laisse là; mais c'est qu'elles sont plus chastes que tout le reste
-des femmes.--Ce que vous dites là, reprit le Roi, est bon pour celles
-qui sont sur le retour de l'âge, ou qui manquent de beauté, mais cela ne
-se peut pas dire de la comtesse; elle est jeune et belle, elle a
-l'esprit brillant et poli, et il y a peu de femmes à la Cour qui aient
-autant de charmes qu'elle.--Je conviens de ce que vous dites, répondit
-la Montespan, mais Votre Majesté me permettra de lui dire que c'est une
-belle pomme qui est gâtée au dedans.--Expliquez-vous, je vous prie, dit
-le Roi; est-ce qu'elle a des défauts cachés?--Je ne les ai pas vus,
-reprit-elle; mais il y a une femme qui la sert depuis longtemps qui a
-dit à l'une des miennes que sa maîtresse avoit des ulcères en divers
-endroits de son corps; qu'il n'y avoit qu'elle seule, qui les lui
-pansoit, et son mari, qui le sussent; et que lui-même en étoit si fort
-dégoûté, que la plupart du temps il ne couchoit pas avec elle.--Je suis
-surpris, repartit le Roi, de ce que vous m'apprenez. Cependant la
-comtesse a un embonpoint le plus frais et le plus beau du monde, et un
-teint des plus unis.--Et c'est cela même, dit la Montespan, qui produit
-cet embonpoint que vous dites; au moins c'est ce que j'entends dire tous
-les jours aux médecins, que toutes les mauvaises humeurs se jettent sur
-ces endroits, et que c'est pour cela que tout le reste du corps est si
-net et si poli.--Mais cela l'empêcheroit-il d'avoir des amants? dit
-alors le Roi. Peuvent-ils deviner une chose qui ne paroît pas du
-tout?--Je ne vous ai pas dit, Sire, répliqua la Montespan, que c'étoit
-cette raison qui éloignoit les amants. Mais j'ai dit à Votre Majesté, si
-elle y a pris garde, que c'est ce défaut, qui n'est que trop connu
-d'elle-même, qui lui fait fuir souvent le grand monde et lui fait aimer
-la retraite. Que lui serviroit après tout, ajouta-t-elle, de faire des
-amants qu'elle n'oseroit rendre heureux, quelque envie qu'elle en eût?
-ou si elle en venoit jusque-là, elle est assurée qu'ils se dégoûteroient
-d'abord, et qu'elle les perdroit de la manière la plus honteuse pour des
-personnes de notre sexe.--Elle fera donc bien de s'en tenir, dit le Roi,
-à ce qu'on appelle la petite oie[21], et de ne laisser prendre à ses
-amants que le dehors de la place.--Cela seroit bon, dit la
-Montespan, si on pouvoit s'en tenir là; mais vous savez, Sire, qu'en
-amour, on va plus loin qu'on ne pense.»
-
-Après cela, cette malicieuse femme, qui vouloit se réjouir aux dépens de
-sa rivale, dit que si son mari étoit jaloux, il n'avoit qu'à faire voir
-sa femme toute nue, et qu'il ne devoit pas craindre qu'il lui arrivât
-jamais ce qui arriva à cet ancien roi de Lydie. Le Roi, qui ne se pique
-pas fort de lecture, pria la Montespan de lui raconter cette
-histoire.--«La voici, dit-elle, Sire, en peu de mots, telle que je l'ai
-lue dans Hérodote. Candaulès, qui étoit le nom de ce prince, avoit une
-femme extrêmement belle, et, par une bizarrerie dont on ne sait pas la
-cause, il la fit voir toute nue à Gigès son favori, qu'il avoit fait
-cacher dans la chambre de la Reine.--C'étoit sans doute, dit le Roi,
-pour lui faire voir que son corps étoit aussi beau que son visage.--Il
-l'étoit en effet, dit la comtesse, et Gigès en devint amoureux; mais je
-ne crois pas que le comte doive craindre rien de semblable, de ceux qui
-verroient sa femme dans le même état.--Je n'aurai jamais cette
-curiosité, dit le Roi, voulant dissimuler sa passion; mais je suis
-fâché pourtant, pour l'amour de cette comtesse, que les apparences
-soient si trompeuses, et que, sous un si beau dehors, il y ait des
-choses si dégoûtantes.--Si Votre Majesté y prenoit la moindre part, je
-serois bien fâchée, dit la Montespan, de vous avoir dit une chose qui
-pût vous faire quelque chagrin. Mais en cas qu'il vous prît jamais envie
-de l'aimer, ajouta-t-elle, avec un souris forcé, il est bon que votre
-Majesté en soit avertie, de peur qu'elle n'allât trop avant, et qu'elle
-ne voulût voir des choses qui ne lui feroient pas plaisir.--Je vous sais
-gré de ce bon avis, lui dit le Roi, mais cela ne m'arrivera jamais.»
-
-La Montespan ne fut pas plus tôt sortie, que le Roi fit de profondes
-réflexions sur ce qu'elle lui avoit dit. C'est un terrible embarras pour
-un amant qui aime une femme jusques à l'adoration, quand on lui vient
-dire qu'elle a des défauts cachés. Le Roi ne remarquoit rien en la
-comtesse qui ne l'assurât que c'étoit une beauté achevée. Sa gorge et
-son visage démentoient déjà le discours de la Montespan, et s'il n'avoit
-pas vu tout le reste, il en avoit assez vu, le jour de sa dernière
-chasse, pour lui faire juger que tout ce qu'on venoit de lui dire
-n'étoit qu'une calomnie. Il soupçonna même que la Montespan, ayant eu
-quelque connaissance de l'inclination qu'il avoit pour la comtesse,
-pourroit avoir inventé toute cette fable pour l'en dégoûter. Il savoit
-qu'elle étoit fort audacieuse, et d'une humeur fort jalouse. Enfin, il
-alla se ressouvenir que le même jour qu'il avoit laissé tomber le
-billet de la comtesse, après qu'il se fut endormi, on lui dit que la
-Montespan étoit entrée dans sa chambre, et qu'après avoir demeuré
-quelque temps à la ruelle du lit, elle s'étoit retirée, de peur
-d'éveiller le Roi. Faisant réflexion à toutes ces choses, il ne douta
-point que tout ce que la Montespan venoit de lui dire ne fût de son
-invention: de sorte que tous ses stratagêmes furent inutiles, et ne
-firent aucun mal à sa rivale. Elle vécut toujours le mieux du monde avec
-son mari qui n'eut pas le moindre soupçon de sa fidélité, et le Roi
-l'aima plus que jamais.
-
-Ce monarque ne pouvoit plus contenir son feu; les divers assauts qu'il
-avoit donnés à sa maîtresse, et qui avoient toujours échoué, ne
-servoient qu'à l'enflammer davantage, et à rendre ses désirs plus
-violents. Ce beau fruit qu'il n'avoit goûté que du bout des lèvres, ne
-faisoit qu'aiguiser, s'il faut ainsi dire, son appétit, et échauffer son
-imagination. Enfin, il lui tardoit de savoir comment la comtesse étoit
-faite, non pas pour s'éclairer de ce que la Montespan lui avoit dit,
-mais pour apaiser l'ardeur de sa flamme. Quelque expert qu'il fût en
-l'art d'aimer, il étoit au bout de sa science, et il ne savoit plus que
-faire, après avoir manqué la plus belle occasion que l'amour puisse
-offrir à un amant. Être seul avec sa maîtresse au milieu d'un bois,
-apprendre de sa bouche qu'on est aimé, profiter d'un si doux aveu,
-presser vivement la place, monter jusques à la brèche, et se voir
-repousser à l'entrée: c'est ce qu'il ne pouvoit pas comprendre.--«Il
-faut, disoit-il, ou que cette femme soit tout à fait insensible, ou
-qu'elle ait une vertu plus qu'humaine. Mais puisque les charmes de
-l'amour n'y peuvent rien, il faut se servir de quelque vieille ruse.
-Cette femme se fait un crime de ce que l'amour a de plus doux; il faut
-que l'hymen vienne ici à notre secours, et que nous nous servions du
-même stratagême dont se servit Jupiter pour jouir de la chaste et belle
-Alcmène. Puisqu'un amant, et un amant aimé, ne peut pas vaincre une
-vertu si farouche, tâchons de nous transformer et de prendre la figure
-du mari pour tromper une femme trop fidèle. Ce qui acheva de déterminer
-le Roi à prendre un dessein si périlleux, fut une aventure singulière
-qui venoit d'arriver depuis peu de jours, qui servit longtemps de
-divertissement à la Cour, et dont le bruit se répandit assez loin.
-
-Deux gentilshommes, à peu près du même âge et de même taille, avoient
-épousé depuis quatre ans deux femmes bien faites, qu'ils aimoient
-beaucoup et dont ils étoient tendrement aimés, mais dont ils n'avoient
-eu aucun enfant. Comme ils avoient de grands biens et qu'ils craignoient
-de ne laisser point de successeurs, il n'est rien qu'ils ne tentassent
-pour rendre leurs femmes fécondes: remèdes, purgations, eaux minérales,
-tout étoit mis en usage, et, parce que les médecins leur dirent qu'il
-falloit réitérer ces remèdes à diverses fois, ces Messieurs ne
-manquoient pas d'aller tous les ans avec leurs épouses aux eaux de
-Bourbon[22]. Ils y furent cet été que le Roi étoit à Fontainebleau.
-Comme le temps étoit fort beau, il y eut plus de foule qu'à l'ordinaire:
-toutes les hôtelleries étoient remplies; et ces deux gentilshommes ne
-purent trouver qu'une chambre, où il y avoit pourtant deux lits; cela
-suffisoit pour eux et leurs femmes; car, pour leurs valets, ils
-couchèrent où ils purent. S'étant donc mis en possession de leur
-chambre, et ayant soupé en très-bonne compagnie, ils proposèrent à leurs
-femmes d'aller prendre un peu le frais, et de jouir du plaisir de la
-promenade. Mais elles dirent qu'elles étoient fatiguées du voyage, et
-qu'étant obligées de se lever de bon matin pour prendre les eaux, elles
-seroient bien aises de se délasser et de se coucher bientôt; mais que
-pourtant ils ne se privassent pas eux-mêmes de ce plaisir. Ces bons
-maris, qui ne vouloient point contraindre leurs femmes ni se contraindre
-eux-mêmes, firent tout ce qu'elles voulurent; ils allèrent se promener;
-ils virent là tout ce qu'il y avoit de beau monde de l'un et de l'autre
-sexe, et ce temps leur parut si court qu'il étoit près de minuit quand
-ils arrivèrent à leur logis. Leurs femmes étoient couchées il y avoit
-deux heures; elles dormoient profondément, et leurs maris, de peur de
-les éveiller, firent le moins de bruit qu'ils purent en se couchant; ils
-se déshabillèrent, ils éteignirent eux-mêmes la chandelle, et chacun
-d'eux se mit le plus doucement qu'il put au lit, où il croyoit de
-trouver sa femme. On ne sait pas bien si leurs épouses n'avoient pas
-bien distingué les lits qui avoient été arrêtés par leurs maris, ou si
-ces Messieurs eux-mêmes, distraits par les différents objets qu'ils
-avoient vus à la promenade, ou peut-être accablés de sommeil, prirent un
-lit pour un autre; quoi qu'il en soit, car cela ne fait rien à
-l'affaire, chacun de ces deux gentilshommes, au lieu de s'aller mettre
-auprès de sa femme, s'alla coucher avec celle de son ami.
-
-Ces quatre personnes passèrent ainsi toute la nuit, sans qu'aucune
-d'elles s'aperçût de cet étrange quiproquo. On peut bien croire que ces
-Messieurs, qui souhaitoient tant d'avoir des enfants, et qui étoient
-allés là pour cette seule raison, ne passèrent pas toute la nuit sans
-rien faire, et qu'ils travaillèrent de toute leur force à la propagation
-de leur espèce. Leurs belles épouses, qui avoient le même désir, s'y
-employèrent aussi avec affection et avec toute l'ardeur de leur sexe.
-Enfin, le matin étant venu, on voit paroître le jour, on songe à se
-lever, on tire le rideau, on se parle; mais qui pourroit exprimer la
-surprise de ces deux femmes et de ces deux maris, à la vue d'une si
-étrange métamorphose? Ils demeurent tout confus, ils sont tous quatre
-muets et interdits, personne n'ose parler, aucun n'a la force
-d'interroger son voisin ni de lui demander comment il a passé la nuit,
-de peur d'en trop apprendre; chacun se flatte que son compagnon a dormi
-toute la nuit; chacun se console d'avoir au moins tiré parti d'une
-affaire si délicate et de n'être pas la dupe. Chacun savoit bien ce
-qu'il avoit fait de son côté, mais il étoit en peine d'apprendre ce
-qui s'étoit passé à l'autre bout de la chambre. Aucune de ces femmes
-n'osoit regarder son mari, et encore moins celui qui venoit d'occuper sa
-place, et les maris n'osoient pas regarder leurs femmes, de peur de voir
-sur leur visage des marques trop certaines d'un affront irréparable. Il
-se passa une scène muette qui exprima plusieurs passions différentes.
-Enfin, il y en eut un plus impatient, qui, tirant brusquement sa femme
-par le bras, lui dit tout en colère:--«Pourquoi vous allâtes-vous
-coucher dans ce lit? Ne saviez-vous pas que c'étoit celui-ci que j'avois
-arrêté pour nous deux?--J'avois cru, dit-elle, que c'étoit l'autre, et
-je vous prie de ne pas me quereller pour une chose dont j'ai plus de
-chagrin que vous, et dont je ne me consolerai de ma vie.--Tant pis,» lui
-dit son mari, qui ne connut que trop, au langage de sa femme, ce qui
-s'étoit passé entr'elle et son voisin; mais il n'étoit pas juste aussi
-que les rieurs ne fussent que d'un côté. La femme de celui qui n'avoit
-pas encore parlé, paroissant toute honteuse, donnoit assez à connoître
-qu'elle n'étoit pas plus nette que sa voisine.--«Enfin, dit ce mari, qui
-parut plus raisonnable, ce qui est fait est fait, et tous les hommes ne
-le sauroient empêcher. Nous sommes à deux de jeu; nous avons fait, comme
-on dit, troc de gentilhomme[23] sans nous demander de retour; laissons
-passer doucement la chose; la volonté fait tout dans ces affaires;
-c'est un pur effet du hasard; nous sommes assurés de la chasteté de nos
-femmes; plaignons-les, et les consolons, au lieu de les porter au
-désespoir. Que savons-nous si Dieu s'est voulu servir de ce moyen pour
-nous donner un enfant à l'un et à l'autre, et si cela arrive, qu'y
-a-t-il à faire qu'à compter de cette nuit? Et si nos femmes sont
-enceintes, quand leur fruit sera mûr, et que le terme d'accoucher sera
-venu, chacun prendra ce qui lui appartiendra; et ces enfants ne seront
-pas moins à nous, que si nous les avions eus de nos propres femmes.» Il
-y en eut une qui voulut répliquer, et qui dit que cela leur seroit bien
-fâcheux qu'on leur arrachât un enfant qu'elles auroient nourri et porté
-neuf mois dans leur sein, et qu'on leur en donnât un autre, où elles
-n'auroient aucune part. On leur ferma la bouche, en leur disant que
-c'étoit pour les punir de la bévue qu'elles avoient faite en changeant
-de lit, qu'il falloit que la chose allât ainsi; que l'enfant qu'on leur
-donneroit seroit celui de leur mari; que, puisque les hommes regardoient
-souvent comme leurs des enfants qui n'appartenoient qu'à leurs femmes,
-elles pouvoient bien une fois en recevoir un de la main de leurs maris,
-et qu'elles auroient un avantage que les hommes n'avoient pas: c'est
-qu'elles pourroient toujours distinguer leur propre enfant de celui
-qu'on leur supposoit, et lui donner leur bien si elles le jugeoient à
-propos. Un jugement si sage apaisa d'abord le tumulte; tout le monde se
-tut, chacun fut content, et au bout de neuf mois ces deux femmes
-accouchèrent chacune d'un garçon, qui donna bien de la joie à ces deux
-familles.
-
-Cette affaire ne put pas être si secrète qu'elle ne vînt à la
-connaissance du monde, et le Roi, qui en avoit ouï parler, trouvoit cela
-si plaisant qu'il souhaita plus d'une fois de tromper ainsi la comtesse,
-puisqu'il n'en pouvoit pas jouir autrement. Il communiqua son dessein au
-duc de La Feuillade. Le duc lui dit que cela étoit fort bien imaginé, et
-qu'il ne falloit que songer aux moyens de l'exécuter.--«Tout ce que j'y
-trouve, Sire, de fâcheux pour vous, c'est d'être obligé de faire le rôle
-du mari pour jouir d'une maîtresse; et comme vous avez, sans doute,
-toutes les délicatesses des amants, vous ne goûterez qu'imparfaitement
-un plaisir qui ne s'adressera point à vous et qu'elle croira donner à
-son mari.--Je sais tout cela, dit le Roi, mais il n'importe; il faut
-tirer de l'amour tout ce qu'on peut; j'ai déjà le coeur de cette fière
-comtesse, et elle ne veut pas m'accorder le reste; mais si je le puis
-avoir une fois, j'aurai tout ce qu'un amant peut souhaiter, et enfin
-elle pourra m'accorder de son bon gré ce que j'aurai une fois obtenu par
-cette ruse. Il n'est donc question que d'exécuter un dessein qui peut
-seul me rendre heureux.»
-
-Cet habile confident dit au Roi qu'il alloit y travailler de ce pas;
-qu'il savoit que le comte, comme la plupart des gens de qualité,
-couchoit dans un lit séparé de sa femme, d'où il l'alloit trouver quand
-il lui prenoit envie; il lui dit encore qu'il croyoit, à force d'argent,
-gagner celui qui gardoit la porte de la chambre, et de l'obliger à
-se défaire adroitement des autres domestiques, et d'introduire le Roi
-vers les onze heures du soir à la chambre du comte de L... Et pour ce
-qui est du comte, dont la présence étoit le plus grand obstacle, il
-l'engageroit à une partie de jeu, où ils passeroient une bonne partie de
-la nuit. Le Roi fut ravi de l'expédient que le duc lui proposoit, et il
-lui sembloit déjà qu'il étoit entre deux draps avec sa chère comtesse.
-Il lui commanda d'aller travailler promptement à ce dessein, et de venir
-aussitôt la rendre réponse.
-
-Dès que le Roi eut congédié le duc, il entra dans la chambre de la
-Reine, où il trouva sa chère comtesse et plusieurs autres dames de la
-première qualité. Il ne l'avoit pas vue, il y avoit quelques jours, et
-il fut bien aise de voir qu'elle reprenoit son embonpoint. Son mal, dont
-on craignoit de fâcheuses suites, étoit tout-à-fait guéri, et il ne lui
-avoit laissé qu'une certaine langueur dans les yeux et sur son visage,
-qui la rendoit plus aimable, et surtout au Roi, qui n'y voyoit plus, ce
-lui sembloit, cette même sévérité qu'il avoit toujours si fort
-redoutée.--«A ce que je vois, Madame, lui dit le Roi tout bas, nous
-sommes tombés malades en même temps, et je sens qu'à mesure que vous
-guérissez, ma santé reprend de nouvelles forces.--Si cela étoit comme
-vous me le dites, je prendrois encore plus de soin de ma santé que je ne
-fais, répliqua cette comtesse.--Si ma santé vous étoit chère, lui dit ce
-prince, en tournant sa tête vers la fenêtre, afin qu'elle en fit autant,
-et qu'ils pussent parler sans être entendus, vous me traiteriez un
-peu plus doucement.--Et comment voudriez-vous qu'on vous traitât,
-dit-elle?--Comme on doit traiter un homme qu'on veut conserver, et que
-vos rigueurs font mourir, lui dit le Roi.--Quand on fait ce qu'on peut,
-ajouta-t-elle, on n'en doit pas demander davantage.--Que le comte est
-heureux, dit alors le Roi, puisque vous pouvez faire pour lui ce que
-vous ne sauriez faire pour moi!--C'est un bonheur, Sire, lui dit-elle,
-que vous ne voudriez pas acquérir à ce prix-là.--Non-seulement à ce
-prix, si je le pouvois, lui dit ce prince passionné, mais au péril de
-mille vies.--Eh bien! lui dit-elle, puisque cela ne se peut pas, il n'y
-faut plus penser, et nous consoler, vous et moi.» Après cela, elle se
-tourna du côté de la compagnie, et le Roi trouva ces dernières paroles
-si obligeantes, qu'elles le rendirent content tout le reste du jour.
-
-Le Roi sortit quelque temps après, et il rencontra bientôt le duc de La
-Feuillade qui alloit trouver Sa Majesté pour lui rendre compte de sa
-commission. Il lui dit d'abord que les choses alloient comme il auroit
-pu le souhaiter; qu'il s'étoit assuré de ce domestique; que personne ne
-paroîtroit que lui dans le temps qu'il lui avoit marqué, et que le Roi
-pouvoit venir incognito, entrer dans la chambre du comte, et, quand il
-le trouveroit à propos, dans celle de la comtesse; que, pour le comte,
-ils devoient souper ensemble chez le prince de Marcillac[24], et qu'ils
-avoient fait une partie de jeu, où il y auroit plusieurs
-dames.--«Et comme je lui ai demandé si la comtesse son épouse en seroit,
-il m'a répondu que non; que depuis sa maladie elle n'aimoit point à
-veiller, mais se couchoit toujours à dix heures.--Cela va le mieux du
-monde, dit le Roi; pour moi, je vais dire qu'on me laisse seul, et je me
-déguiserai si bien, quand il sera nuit, que je sortirai sans qu'on s'en
-aperçoive. Il n'y a que cent pas à faire pour être à l'appartement de la
-comtesse.
-
-Toutes choses étant ainsi disposées, le Roi se prépara à cette grande
-expédition; il comptoit les heures et les minutes, et jamais jour ne lui
-a paru si long. Enfin, la nuit vint, cette nuit tant désirée, et qui est
-si favorable aux amants.
-
-Quand les onze heures sonnèrent, qui étoit l'heure du signal, il sortit
-de son cabinet en robe de chambre avec un simple gentilhomme qui
-l'accompagnoit. Dès qu'il fut à la porte de l'appartement du comte, il
-dit à ce gentilhomme de l'attendre, et de ne dire à personne où il
-étoit, sous peine de la vie. Les courtisans étoient assez accoutumés à
-voir faire au Roi de semblables équipées, qui marche en cela sur les
-traces de son aïeul Henri le Grand. Le Roi ne paroît pas plus tôt, qu'il
-rencontre un homme qui, sans lui dire «qui va là?» le fait entrer dans
-la chambre du comte, comme si c'eût été son maître, et, sans s'informer
-d'autre chose, ferme la porte après lui. Le Roi ne fut pas plus tôt
-entré qu'il se reposa sur le lit du comte, et on auroit dit qu'il
-vouloit imiter en toutes choses le mari de la comtesse. Il est vrai
-qu'il ne s'amusa pas à dormir, mais il attendoit que le lièvre le fût,
-afin de tirer à coup sûr et qu'il pût le prendre au gîte. Quand il jugea
-que la comtesse pouvoit être endormie, il s'approcha tout doucement de
-son lit, et, laissant sa robe de chambre, il se glissa dans les draps du
-lit de sa maîtresse, sans qu'elle en sentît rien. Cet heureux amant,
-voyant qu'il avoit si bien réussi jusques-là, commença de prendre avec
-la comtesse toutes les privautés que prenoit le comte, dont il
-représentoit alors le personnage; il voulut faire en tout le mari; mais
-peut-être qu'il le voulut faire trop bien, comme dit La Fontaine, sur un
-sujet semblable[25]. Il n'eut pas plus tôt pris sa place qu'il reconnut
-d'abord que ce que la Montespan lui avoit dit de ces ulcères prétendus,
-n'étoit qu'une calomnie; il trouva un corps net et uni comme le cristal,
-et une peau la plus douce et la plus fine qu'il eût encore touchée.
-Après avoir reconnu tous les endroits de la place, et sentant que la
-comtesse étoit éveillée par le chatouillement que venoit de lui causer
-ce prétendu mari, il se mit en état de pousser l'affaire jusques au
-bout. La comtesse se tourna un peu de son côté, et, comme on ne s'amuse
-pas à parler dans ces occasions, et qu'il ne lui seroit jamais venu en
-pensée qu'autre que le comte la fût venu trouver dans son lit, elle ne
-rejeta point du tout ses premières caresses; mais, les recevant
-comme un doux fruit de leur mariage, elle y alloit répondre de son côté
-comme une bonne et fidèle épouse; mais il arriva une chose qui troubla
-les plaisirs qu'ils se préparoient de goûter. Comme elle avança un de
-ses bras pour embrasser celui qu'elle avoit pris jusques-là pour son
-mari, elle rencontra à l'endroit de ses reins une grosse verrue[26]
-qu'elle n'avoit jamais trouvée sur le corps du comte, quoique sa main se
-fût promenée mille fois en cet endroit. Cela la surprit un peu, non pas
-qu'elle crût qu'un autre homme fût venu occuper sa place; mais cette
-nouvelle verrue lui fit rompre un silence qu'elle avoit gardé
-jusque-là.--«D'où vient, monsieur le comte, dit-elle, que vous avez là
-cette verrue que je n'avois pas remarquée? Parlez, dit-elle, vous ne me
-répondez point?» Ce silence parut suspect à la comtesse, et, voyant
-qu'on ne lui répondoit que par des embrassements, elle fit un grand
-effort pour se débarrasser de celui qui la tenoit; et, comme il la
-venoit rejoindre:--«Si tu ne me laisses, dit-elle, qui que tu sois, je
-t'arracherai les yeux, et je ferai venir mes gens.» Et, en disant cela,
-elle lui donna un coup d'ongle entre l'oeil droit et la temple[27],
-dont le Roi porta les marques qui parurent durant quelques jours,
-et dont peu de gens savoient la cause.
-
-Quand il vit que la comtesse alloit faire du bruit et appeler du monde,
-il crut que le plus sûr étoit pour lui de se retirer et de sortir comme
-il étoit entré. Le même homme qui lui avoit ouvert la porte en entrant,
-la lui ouvrit quand il vit qu'il vouloit sortir; et il trouva son
-gentilhomme qui l'attendoit, et qui l'accompagna jusques à l'entrée de
-la chambre de la reine, que le Roi fut trouver au lit, et qui profita
-sans doute de ce que ce prince avoit destiné pour la comtesse. Cette
-dernière ne dormit guère le reste de la nuit. Elle étoit en peine
-comment elle devoit se gouverner en cette rencontre. Elle ne douta point
-que ce ne fût le Roi qui l'étoit venu trouver au lit, qui, n'ayant pu
-jusqu'alors satisfaire son amour, s'étoit servi de ce dernier
-stratagême. Son premier dessein fut d'abord d'appeler ses domestiques,
-de leur dire qu'un homme étoit entré dans sa chambre, qu'elle vouloit
-savoir absolument qui l'y avoit introduit, la chose n'ayant pu se faire
-sans leur participation, et que, dès que le coupable lui seroit
-connu, elle en vouloit faire un exemple. Un peu après elle considéra
-l'éclat que cela feroit, les conséquences malignes que quelques-uns en
-pourroient tirer pour ternir sa réputation, le chagrin, et peut-être les
-soupçons qu'une affaire si délicate causeroit à son mari, et l'affront
-que le Roi lui-même en alloit recevoir, quand la chose seroit divulguée;
-enfin, plusieurs autres considérations de cette nature la déterminèrent
-à laisser passer la chose, sans en parler à personne. Cette prudente
-dame savoit encore, que la réputation de celles de son sexe est
-extrêmement délicate, que le plus sûr pour elles est de conserver leur
-honneur et de se défendre contre tous ceux qui l'attaquent, sans en
-faire tant de bruit; que l'éclat est ce qui les perd dans l'esprit des
-gens, lors même qu'elles sont les plus innocentes, et qu'enfin n'ayant
-rien à se reprocher, elle ne craignoit les reproches de personne,
-puisque celui qui l'étoit allé trouver au lit s'en étoit retourné comme
-il étoit venu, et que ceux qui lui avoient prêté la main avoient pu
-juger, par son prompt retour et par le bruit qu'elle avoit fait, du peu
-de succès de son entreprise.
-
-La comtesse donc, satisfaite de s'être bien défendue, ne voulut point
-prôner sa victoire. Qui sait encore si l'Amour ne se mêla pas là-dedans,
-et si la tendresse qu'elle ne pouvoit s'empêcher d'avoir pour le Roi, ne
-l'empêcha pas aussi de publier une chose dont elle pourroit se repentir
-un jour, n'étant pas assurée si elle n'auroit pas enfin pour ce prince
-des sentiments plus humains? et, quoiqu'elle n'appuyât pas beaucoup
-sur cette dernière considération, il est certain qu'elle y entra.
-
-Le Roi, après cette honteuse retraite, perdit entièrement l'espérance de
-gagner jamais une telle dame; il résolut même de n'y penser plus; mais
-il ne savoit pas bien lui-même s'il seroit capable de tenir sa
-résolution. L'image de tant de beautés qui étoient répandues sur le
-corps de la comtesse, et dont ses yeux et même ses mains avoient été les
-témoins, lui revenoit toujours dans l'esprit. Il ne put s'empêcher de
-convoiter une chair si ferme et une peau si blanche et si délicate.--«Je
-vois bien, ajouta-t-il en lui-même, que la Montespan craignoit la touche
-d'un bijou si précieux, qu'elle vouloit me faire passer pour une
-happelourde[28]. Mais je n'ai que trop vu l'effet de sa jalousie, qui
-vouloit me dégoûter de la plus charmante beauté qui soit dans l'univers.
-Oui, je n'ai que trop vu que la comtesse a le plus beau corps du monde,
-et il vaudroit bien mieux pour mon repos avoir ajouté foi aux discours
-de la Montespan, me dégoûter de cette dame, et n'y penser jamais. Mais
-mon malheur a voulu que j'aie vu, et que j'aie touché moi-même des
-beautés qui m'ont charmé et dont je n'ai pu me réjouir.»
-
-C'est ainsi que le grand Alcandre entretenoit ses pensées. Après avoir
-demeuré tout le reste de la nuit au lit de la reine[29], il s'en
-retourna dans le sien, selon la coutume, qui étoit à la chambre
-prochaine. L'heure de se lever étant venue, ceux que leur devoir
-appeloit auprès du Roi ne manquèrent pas de s'y rendre, et
-particulièrement le duc de La Feuillade, qui s'y trouva des premiers.
-Dès que le Roi eut paru en robe de chambre[30], on remarqua d'abord
-cette petite égratignure qu'il avoit au visage. Les courtisans se
-regardèrent tous, pour se demander les uns aux autres la cause de ce
-qu'ils voyoient; mais personne n'osa en parler au Roi. Ce monarque, qui
-connut d'abord le sujet de leur étonnement, et qui avoit assez près de
-lui le duc de La Feuillade, lui dit à l'oreille: «la belle a été
-cruelle.» Ce mot fut entendu de quelques-uns des courtisans, et il fut
-su à la cour et jusques dans les provinces; mais personne ne devina
-quelle étoit cette cruelle qui avoit ainsi traité le Roi, et qui lui
-faisoit porter des marques de sa rigueur. Il n'y eut que le duc de La
-Feuillade qui comprît d'abord ce que c'étoit.
-
-Après que ce prince fut habillé, il témoigna qu'il vouloit être seul une
-demi-heure, et il ne retint auprès de lui que le duc de La
-Feuillade.--«Eh bien! lui dit le grand Alcandre, tu vois que je porte
-des marques de mon dernier combat.--A la bonne heure, Sire, lui dit le
-duc, pourvu que vous ayez remporté la victoire; vous savez que l'Amour,
-aussi bien que Mars, aime quelquefois à se baigner dans le sang.--Je
-t'assure pourtant, dit le Roi, que ce n'est pas à l'Amour que je
-dois me plaindre de celui qu'on m'a fait répandre cette nuit, et dont je
-porte les marques.--Mais quoi, Sire, lui dit le duc, n'alliez-vous pas
-comme ami vous présenter devant cette place? D'où vient qu'on vous a
-traité comme un ennemi? Vous alliez trouver cette femme non pas comme
-amant, mais comme mari; est-ce que les rigueurs s'étendent jusqu'à son
-époux? Car je ne puis pas comprendre que, l'étant allé trouver la nuit,
-elle ait pu vous reconnoître, ni vous prendre pour un autre que pour le
-comte.--Il faut donc te dire ce qui en est,» répartit le Roi, et alors
-il lui raconta comment il étoit entré dans la chambre de la comtesse; de
-quelle manière il s'étoit glissé dans son lit pendant qu'elle dormoit;
-comment, après s'être réveillée, elle avoit souffert quelques-unes de
-ses caresses, le prenant toujours pour son mari. «Enfin, ajouta-t-il,
-les affaires alloient jusque-là le mieux du monde; j'allois me rendre
-maître d'une place qui m'a toujours résisté, lorsqu'une maudite verrue
-que j'ai aux reins, sur laquelle elle porta fortuitement la main, éventa
-la mine et me découvrit.--Quoi, si peu de chose, reprit le duc, la fit
-entrer en soupçon?--Cela l'obligea à parler, lui dit le Roi, et à me
-demander depuis quand j'avois cette marque sur le corps; et, voyant
-qu'on ne lui répondoit point, elle ne douta plus qu'on ne l'eût trahie.
-Elle sauta promptement du lit, elle me repoussa, et elle alloit appeler
-ses gens. Enfin, au lieu qu'avant cela, elle étoit douce comme un
-mouton, après qu'elle eut touché cette fatale verrue, ce ne fut
-plus qu'une tigresse et une lionne, qui ne répondit à mes caresses qu'à
-coups de griffes, et qui m'a mis en l'état où tu me vois. De sorte que,
-voyant qu'il n'y avoit rien à gagner que de la honte pour moi, je me
-retirai tout doucement.--Il faut avouer, dit alors le duc, qu'en amour
-aussi bien qu'en toute autre chose, il y a de fatales conjectures.
-Qu'une petite verrue qui n'est pas, peut-être, plus grosse que la tête
-d'une épingle, arrête et fasse échouer un dessein si bien concerté[31]!
-Je ne m'étonne plus, après cela, si la remore[32], qui n'est qu'un petit
-poisson, arrête tout court les plus grands vaisseaux, puisque si peu de
-chose s'oppose au bonheur du plus grand monarque du monde.--Mais il y a
-cette différence, répondit le Roi, c'est que je portois avec moi cette
-maudite remore qui a rompu tous mes projets amoureux, et a repoussé
-tout-à-coup mon vaisseau, qui alloit entrer à pleines voiles dans le
-port[33].--Permettez-moi de dire à Votre Majesté, répliqua le duc,
-qu'elle ne devoit pas sitôt abandonner son entreprise, et qu'elle auroit
-peut-être bien fait de se donner à connoître à la comtesse, pour
-l'empêcher de faire du bruit. Que sait-on, ajouta le duc, si, dans la
-pensée où elle étoit que ce fût quelqu'un de ses domestiques, qui,
-profitant de l'absence du comte, avoit eu l'audace de se glisser dans
-son lit, elle a paru si transportée de rage? Ces sortes d'attentats ne
-sont pas sans exemple; l'Amour hasarde tout, et ce n'est que par un
-pareil stratagême que cette espèce de gens peut réussir dans une
-entreprise de cette nature, ayant affaire surtout à des femmes qui sont
-de l'humeur de cette comtesse. Mais toute tigresse qu'elle est en fait
-d'amour, elle auroit été douce comme un mouton si elle eût reconnu
-d'abord que c'étoit Votre Majesté qui la tenoit embrassée.--Ah! que me
-dis-tu, répliqua le grand Alcandre, veux-tu me désespérer? N'est-ce pas
-assez, pour me faire mourir, d'avoir manqué la plus belle occasion où un
-amant se puisse trouver? Faut-il que tu m'assassines de plus fort, en
-voulant me persuader que c'est par ma faute que je suis tombé dans ce
-malheur? Mais comment pouvois-je espérer de toucher cette insensible en
-me faisant connoître? elle qui m'a toujours rebuté, elle qui a méprisé
-mon sceptre et ma couronne, et ma vie même, que j'ai voulu lui sacrifier
-pour tâcher de la fléchir? Non, non, je ne me flatte point là-dessus;
-elle ne m'a reconnu que trop, et ce n'étoit que par la voie dont je me
-suis servi que je pouvois venir à bout d'une femme qui n'est pas faite
-comme les autres, et qui n'aime que son mari. En puis-je douter après
-ces terribles paroles, «qui que tu sois, si tu ne me laisses, je
-t'arracherai les yeux, et j'appellerai mes gens?» Tu vois que je porte
-les marques de cette furie; et plût à Dieu qu'elle en eût le visage
-comme elle en a le coeur! je ne serois pas si malheureux. Comment
-peux-tu croire, après cela, qu'elle se seroit adoucie si je me fusse
-fait connoître après en avoir été rebuté tant de fois? Je crois que ma
-retraite fut sage, et que le meilleur parti que j'avois à prendre, étoit
-de sortir sans bruit de la chambre de la comtesse, comme j'y étois
-entré. Quel affront pour moi, de me voir assiégé d'une foule de pages et
-de laquais, qui eussent été les témoins de ma honte! Tout Roi que je
-suis, je n'aurois pas échappé aux railleries secrètes de mes
-courtisans; tu sais, cher La Feuillade, combien je suis sensible à de
-pareils coups. Je n'ai jamais pu les pardonner à Vardes[34] et à
-Bussi[35], qui s'étoient émancipés jusque-là. Enfin, que veux-tu que je
-te dise? ajouta ce monarque affligé; je tenois entre mes bras ce que
-j'aime le plus dans le monde; je me croyois au comble de mes désirs, et
-je ne sais quel malheur, que je traîne après moi, m'a fait échouer tout
-d'un coup de la manière du monde la plus fatale; jamais monture plus
-douce et plus maniable dans mes premières approches; mais je ne sais
-quelle mouche lui fait prendre aux dents[36], la met en fureur contre
-moi, et m'en laisse de tristes marques.--Il n'importe, Sire, dit le duc
-au Roi, pour le consoler; il faut que V. M. tâche de remonter sur sa
-bête.--[37] Voilà la deuxième fois que j'ai failli la prendre, dit le
-Roi, et je ne vois que trop la vérité du présage que j'eus à la chasse
-où étoit le comte, lorsque je manquai deux fois un sanglier. La comtesse
-est ce sanglier que je n'ai pu blesser encore, et qui m'a mis dans
-l'état où tu me vois. Pour moi, je crois, ajouta-t-il, que cette femme
-n'est pas faite comme les autres, et si je ne l'avois pas bien maniée,
-je croirois qu'elle n'est pas de chair, mais de quelque autre
-matière.--Vous verrez, Sire, qu'elle ne sera pas toujours insensible,
-lui dit le duc; assurez-vous que vos coups ne seront pas perdus,
-ils feront leur effet tôt ou tard. Savez-vous, ajouta-t-il, que la main
-d'un amant qui manie le corps de sa maîtresse, a un certain charme
-secret qui éveille en elle de certaines idées dont elle ne peut se
-défendre? Qu'elle fasse la farouche tant qu'elle voudra; cela lui
-revient de temps en temps dans l'esprit; son imagination en est
-doucement chatouillée, et l'on peut dire que c'est un germe qui doit
-produire un fruit auquel l'amant ne s'attend pas. Enfin, l'attouchement
-d'un homme amoureux envers une femme qu'il aime, est comme celui d'un
-chien enragé, dont la seule écume produit la rage, quoique cela n'arrive
-que plusieurs années après. Ainsi je ne doute pas que ce que la comtesse
-a déjà senti de votre part, et lorsque vous la trouvâtes endormie la
-première fois, et lorsque vous la poussâtes de si près, au vallon de la
-forêt de Fontainebleau, et les privautés que vous avez eues avec elle la
-nuit passée, je ne doute pas, dis-je, que tout cela ne soit un secret
-poison dans son coeur, qui fera éclater enfin la fureur de l'amour.
-N'en doutez point, Sire, je sais un peu comment les femmes sont faites.
-Tenez-vous seulement à l'écart, faites un peu le froid avec elle, et
-vous verrez qu'elle regrettera peut-être l'occasion qu'elle a perdue.
-Les femmes négligent ce qu'elles peuvent avoir à toute heure, mais elles
-font bien des pas pour retenir ce qu'elles craignent de perdre. La
-comtesse compte sur vous comme sur une conquête assurée, et c'est pour
-cela qu'elle diffère, autant qu'elle peut, à payer le tribut qu'on doit
-à l'amour. Quand vous reculerez, elle s'avancera; et, faisant
-réflexion alors aux plaisirs imparfaits qu'elle a goûtés avec vous, et
-craignant de ne les retrouver plus, elle désirera que vous acheviez ce
-qui n'est que commencé; et peut-être même qu'elle vous en prieroit si la
-pudeur de son sexe ne la retenoit. Voilà, Sire, comment les femmes sont
-faites, et vous en savez plus que moi sur ces matières.»
-
-Le grand Alcandre fut ravi d'entendre raisonner le duc d'une manière qui
-flattoit si fort sa passion. Il approuva son conseil, et, sans affecter
-de fuir la comtesse, il ne témoigna plus pour elle les mêmes
-empressements. Cette belle inhumaine ayant vu le Roi à la messe, fut
-confirmée dans l'opinion qu'elle avoit, que c'étoit lui-même qui l'étoit
-venu trouver au lit. Elle prit garde d'abord aux marques qu'il en
-portoit sur son visage, et elle ne put voir sans quelque émotion ces
-effets de sa cruauté. Son coeur sentit dans ce moment quelque chose de
-plus tendre qu'à l'ordinaire; elle fut touchée de compassion pour cet
-amant malheureux; et, faisant réflexion à toutes les basses démarches
-que ce grand prince avoit faites, et qui ne pouvoient partir que d'un
-coeur amoureux jusqu'à la folie, peu s'en fallut qu'elle n'eût quelque
-espèce de honte d'avoir été si sévère en son endroit, dans un temps où
-la cruauté, parmi les femmes du beau monde, étoit si peu à la mode. Elle
-voyoit qu'elle avoit perdu la plus belle occasion du monde pour
-accommoder son amour avec son devoir, en feignant de croire que celui
-qui avoit pris la place de son époux étoit son époux lui-même. Mais
-comme cette feinte ne la mettoit pas à couvert des reproches de sa
-conscience, elle rejetoit cette pensée comme une dangereuse tentation,
-et, sa vertu reprenant le dessus, elle se contenta de faire bon visage
-au Roi, sans lui accorder rien de solide. Voilà quel étoit l'état de nos
-deux amants: la comtesse, plus adoucie, étoit résolue de paroître moins
-sévère; et Alcandre piqué de ressentiment, se voulut montrer plus froid
-et plus réservé.
-
-Quelques jours se passèrent de cette manière, pendant lesquels le Roi
-parut de plus belle humeur, et plus magnifique qu'à son ordinaire. Mais
-il vivoit avec la comtesse comme un homme tout-à-fait guéri de sa
-passion, ou du moins comme un amant qui n'espère plus, qui a épuisé tous
-ses soins et toute sa tendresse, et qui ne cherche que les plaisirs, les
-jeux et les divertissements. Cependant, bien loin de témoigner le
-moindre chagrin contre elle, il lui faisoit beaucoup de civilités, mais
-de la nature de celles que tous les cavaliers rendent aux dames, et où
-il ne paroissoit pas que l'amour eût la moindre part. Pas le moindre
-mot, pas un seul regard qui marquât quelque tendresse; et le meilleur de
-tout cela, c'est qu'il n'y avoit rien de forcé ni de contraint; tout
-paroissoit naturel, et qui auroit vu le Roi agir de cette manière avec
-la comtesse, ne l'auroit jamais jugé amoureux. Elle-même s'y trompa
-toute la première, et elle crut effectivement que le Roi ne sentoit rien
-pour elle, et qu'il étoit tout-à-fait guéri. Une façon d'agir si peu
-attendue la surprit étrangement. Si elle eût trouvé le Roi chagrin, ou
-qu'il eût été froid avec elle, elle s'en seroit consolée; mais un
-procédé si civil et si tendre faillit la déconcerter.
-
-Un jour qu'elle se trouva près de ce prince, elle voulut prendre un air
-radouci et plus tendre qu'à l'ordinaire; le Roi, qui le vit fort bien,
-fit semblant de n'y prendre pas garde, et d'avoir l'esprit ailleurs, et,
-comme elle vouloit le rengager, elle le jeta insensiblement sur des
-matières de galanterie, où le Roi répondit toujours fort à propos, sans
-faire ni le doucereux ni le sévère.--«Pour moi, quand j'étois en état
-d'avoir des amants, disoit-elle, je n'aimois pas qu'ils se rebutassent
-d'abord comme plusieurs que je connois.--Vous aviez raison, Madame, lui
-dit le Roi, d'être dans ce sentiment, et je trouve que n'est guère aimer
-si l'on n'essuie toutes les rigueurs d'une maîtresse.--Il n'est pas
-juste pourtant, ajoutoit-elle, qu'une maîtresse abuse de son pouvoir, et
-exerce une autorité tyrannique sur ses amants.--Pourquoi non, Madame?
-répondit le grand Alcandre; chacun peut user de ses droits; une
-maîtresse ne doit rien à son amant, et c'est à lui à prendre parti
-ailleurs, s'il n'est pas content.»
-
-La comtesse entendant parler le Roi d'une manière si désintéressée, sur
-une affaire où elle avoit cru qu'il avoit tant d'intérêt, ne pouvoit
-cacher le dépit secret qu'elle en avoit dans le coeur.--«Les dames
-vous sont bien obligées, dit-elle au Roi, de défendre si bien leurs
-droits; et que je m'estimerois heureuse d'avoir un tel avocat!--Comme
-vous n'avez aucun intérêt à ces sortes de disputes, mes soins vous
-seroient fort inutiles, répondit le grand Alcandre.--On ne peut pas
-savoir ce qui peut arriver, lui dit la comtesse.--Alors on y pensera,»
-lui dit le Roi, et en disant cela, il alla joindre la Montespan, qui
-traversoit la galerie pour entrer dans la chambre de la Reine.
-
-Les dames, et surtout celles qui sont naturellement fières, ne
-connoissent jamais bien qu'elles aiment un amant que lorsqu'elles
-croient l'avoir perdu. C'est ce qu'éprouva la comtesse en cette
-rencontre; cette fière personne, qui avoit reçu les hommages d'un grand
-Roi sans en être fort émue, le fut beaucoup plus qu'on ne sauroit dire,
-quand elle crut que cette conquête lui alloit échapper. Elle commença de
-sentir le plaisir qu'il y avoit d'être aimée, lorsqu'elle ne l'étoit
-plus, car elle le croyoit ainsi, et il lui arriva comme à ceux qui ne
-connoissent le prix de la santé qu'après qu'ils l'ont perdue.
-
-Le Roi, qui lisoit dans le coeur de la comtesse, étoit charmé d'avoir
-suivi le conseil que son confident lui avoit donné, puisqu'il s'en
-trouvoit si bien.--«Je vois bien, dit-il à ce duc, quand il se trouva
-seul avec lui, qu'il en est de l'amour comme de la guerre, et que le
-plus grand coup d'un habile capitaine est de savoir battre son ennemi en
-retraite. C'est ce que je fais, cher La Feuillade, à l'endroit de la
-comtesse, et je vois que j'ai plus avancé mes affaires en trois jours,
-en tenant cette conduite, que je n'avois fait pendant six
-mois.--Continuez seulement de cette manière, lui dit cet habile
-confident; faites semblant de vous retirer devant cette fière ennemie;
-laissez-lui gagner du terrain tant qu'elle voudra, et quand vous
-aurez assez reculé, donnez-lui un coup fourré.» Cela fit rire le Roi,
-qui lui répondit d'un air content: «Je me suis si bien trouvé de tes
-conseils, que je les veux suivre aveuglément.»
-
-La Reine ayant fait ses couches, la Cour s'en retourna à Versailles, et
-le Roi résolut de faire la plus magnifique fête qu'on eût encore vue.
-C'étoit au commencement de mai[38], qui est la saison de l'année la plus
-belle et la plus riante, et où tout ce qu'on voit semble inviter à
-l'amour. Cette fête dura neuf jours[39], pendant lesquels le Roi traita
-plus de six cents personnes; le bal, la comédie, la musique, les
-carrousels, les mascarades, rien n'y fut oublié. Je ne ferai pas la
-description de toutes ces magnificences qu'on peut voir ailleurs; il
-suffit de dire que tout cela se passa, non pas dans le château, qui
-auroit été trop petit, mais dans ce beau parterre[40] qui est un
-assemblage de bois, de fontaines, de viviers, d'allées, de grottes, et
-de mille diversités qui surprennent agréablement la vue. On y avoit
-tendu de hautes toiles, on y avoit fait un grand nombre de bâtiments de
-bois, peints de diverses couleurs, et un nombre prodigieux de flambeaux
-de cire blanche, qui suppléoient[41] à plus de quatre mille bougies,
-rendoient les nuits plus belles et plus charmantes que les plus
-beaux jours de l'année. Enfin, on peut dire que cette plaine étoit un
-camp magnifique, où plusieurs palais enchantés parurent dans un moment.
-
-Cette grande fête commença par divers ballets, où le Roi lui-même,
-Messieurs les princes du sang, et plusieurs autres seigneurs parurent
-sur les rangs. Les festins, la comédie et tous les autres
-divertissements suivoient tour à tour, et alloient en augmentant. La
-nuit même ne les faisoit pas cesser, ou pour mieux dire, il n'y avoit
-pas de nuit, à cause du grand nombre de flambeaux qui éclairoient tous
-les endroits du bois. On peut juger si cet agréable mélange de tant de
-différentes personnes de l'un et l'autre sexe, ce grand concours de
-monde, cette confusion du jour et de la nuit, cette liberté qu'inspirent
-les plaisirs champêtres, et enfin cette joie qui accompagne les grandes
-fêtes, et qui fait que grands et petits, hommes et femmes, se mêlent
-sans distinction; on peut, dis-je, juger si ces charmants désordres
-étoient propres pour les aventures et pour les mystères d'amour.
-
-Le Roi qui ne songeoit qu'à se rencontrer seul avec la comtesse en
-quelque lieu écarté du bois, fit naître diverses occasions, dont une lui
-parut réussir enfin. Le troisième jour de cette fête, qui finit à
-l'ordinaire par un magnifique festin, le Roi proposa une mascarade après
-le souper, où chacun, tant hommes que femmes, pourroit se masquer à sa
-fantaisie, se promener dans le bois ainsi déguisé, et faire cent petites
-malices. La chose fut ainsi exécutée, chacun prit la figure qui lui plut
-le plus; les uns se travestirent en bergers et en bergères, les
-autres en guerriers et en amazones, d'autres en sauvages[42], et chacun
-prit la forme qui lui convenoit le mieux, ou qu'il jugea la plus propre
-à ses desseins. On n'a pas bien su quelle fut celle du grand Alcandre et
-de la comtesse, mais on sait bien que cette dernière ne put pas se
-déguiser si bien que son amant ne sût les habits et le masque qu'elle
-devoit prendre. Il seroit trop long de dire tout ce qui se passa dans
-cette belle mascarade. Chacun y joua son rôle à la faveur de la nuit, de
-l'épaisseur des arbres, et du masque qu'il portoit sur le visage. Tout
-cela rendoit aussi les dames plus hardies, et les disposoit à être plus
-facilement trompées.
-
-La Montespan ne manqua pas de se prévaloir d'une si belle occasion pour
-jouer à sa rivale quelque mauvais tour, et pour la perdre de réputation,
-si elle ne pouvoit la détruire dans le coeur du grand Alcandre. Elle
-sut, par le moyen d'une fille de la comtesse, qu'elle avoit gagnée, de
-quelle manière sa maîtresse se déguiseroit, et quel masque elle devoit
-porter. Elle pria cette fille de lui en donner un semblable, ce qu'elle
-fit; et la Montespan imita si bien la comtesse dans tous ses
-ajustements, qu'il n'y a personne qui ne s'y fût trompé, car leur taille
-étoit à peu près la même, et quand il y auroit eu quelque différence, le
-déguisement empêchoit de la remarquer. Le dessein de cette malicieuse
-femme étoit de se divertir comme tous les autres, et de voir si,
-sous ce déguisement tout à fait conforme à celui de sa rivale, elle
-pourroit tromper le Roi, et découvrir ainsi le secret de leur intrigue.
-Mais ce qu'il y avoit de plus malin, c'est qu'elle espéroit par là de
-décrier la comtesse, de la perdre dans l'esprit de son mari, en faisant
-courir le bruit, sous cette fausse apparence, que sa femme avoit un
-commerce secret avec le Roi, et qu'on les avoit trouvés ensemble la nuit
-de cette mascarade.
-
-Dans cette pensée, la Montespan, qui ne doutoit pas que le grand
-Alcandre ne se fût informé exactement de quelle manière la comtesse
-seroit habillée, fit tout ce qu'elle put pour joindre le Roi, et pour
-tâcher de lui faire prendre le change. La chose ne lui fut pas
-difficile, parmi cette confusion de masques qui passoient et repassoient
-en divers endroits du bois. Comme chacun s'écartoit, les uns d'un côté,
-les autres d'un autre, pour faire quelque bon tour, à la manière
-ordinaire des masques, le hasard, ou, pour mieux dire, le dessein, fit
-en sorte que le Roi se trouva seul avec la prétendue comtesse, dans un
-endroit assez reculé, où il y avoit un petit cabinet et de longs siéges
-de gazon en forme de lit de repos. Il n'y avoit dans cet endroit que
-quelques bougies, dont le vent éteignit quelques-unes, et celles qui
-restoient le furent par quelque masque qui vouloit favoriser ces deux
-amants, et peut-être par le grand Alcandre lui-même. Quoi qu'il en soit,
-les voilà tous deux dans une nuit sombre, abandonnés à la garde de
-l'amour et sur leur bonne foi.
-
-La Montespan, qui craignoit que le Roi ne l'eût tout à fait oubliée, fut
-la première à parler et à lui dire:--«Avouez, Sire, que vous êtes bien
-attrapé, et que mon masque vous a trompé; vous avez cru d'être avec une
-autre, et le hasard a voulu que vous vous trouviez avec une personne
-qu'apparemment vous ne cherchiez pas.» Ce discours étoit assez ambigu,
-et on pouvoit l'appliquer à la comtesse; aussi le Roi ne douta point que
-ce ne fût elle-même quand il vit son masque et ses habits; et quoique la
-voix de celle qui lui parloit fût un peu différente de celle de la
-comtesse, il crut que le masque qu'elle avoit sur le visage faisoit cet
-effet. La prenant donc pour sa nouvelle maîtresse, il répondit à ce
-qu'on venoit de lui dire:--«Le hasard est quelquefois plus sage que
-nous, et puisqu'il m'a mené jusqu'ici, je veux bien m'abandonner
-aveuglément à sa conduite, et si vous m'en croyez, vous en userez aussi
-de même: profitons de cette belle occasion, ma chère comtesse.» En
-disant cela, il porta un de ses bras sur le cou de sa maîtresse, la
-serra fort amoureusement, et lui prit quelques baisers. La Montespan,
-qui vit que le Roi donnoit de lui-même dans le panneau, voulut se donner
-le plaisir d'une si agréable aventure; et pour mieux imiter la comtesse,
-elle fit quelque temps la difficile. Le grand Alcandre, qui vouloit
-absolument se satisfaire, lui dit:--«Madame, vous savez à quel point je
-vous aime, une si longue résistance me va porter au désespoir; votre
-vertu n'a que trop longtemps combattu, et j'attends aujourd'hui de vous
-la fin de toutes mes peines.--Eh! je croyois que vous ne pensiez
-plus à à moi, lui dit la fausse comtesse.--Et à qui penserois-je qu'à
-vous? lui dit cet amant passionné; vous êtes mon coeur et ma vie; ne
-me faites donc plus languir; je meurs si vous n'avez pitié de moi.»
-
-La dame, à qui ce discours s'adressoit, rioit de tout son coeur,
-entendant parler ainsi le Roi.--«Contentez-vous, lui dit-elle, d'avoir
-un entretien secret avec moi.--Et de quoi me sert cet entretien, lui dit
-le grand Alcandre, qu'à me rendre plus malheureux, si je ne puis
-satisfaire mon amour? Encore un coup, ma chère comtesse, prenez pitié
-d'un amant qui va expirer à vos pieds, si vous ne le soulagez
-promptement. Que je sois heureux au moins dans ce moment; après cela,
-faites-moi tout ce qu'il vous plaira; sacrifiez-moi, si vous voulez, à
-votre ressentiment; je me figure avec vous des plaisirs infinis; ne me
-les refusez pas, et s'il faut ensuite les payer de tout mon sang pour
-satisfaire ce vain honneur que vous m'opposez toujours, je suis prêt à
-le répandre.»
-
-La dame, qui n'étoit pas une roche, et qui n'avoit pas accoutumé d'être
-si cruelle au grand Alcandre, l'entendant parler d'une manière si
-passionnée, s'imagina aussi elle-même des douceurs nouvelles, avec un
-amant si tendre et si éperdu d'amour; et, quoique cela ne s'adressât
-point à elle, mais à sa rivale, elle fut bien aise d'en profiter, et de
-rappeler ces doux moments qu'elle avoit passés avec le Roi, la première
-fois qu'elle en fut aimée. Cependant, pour mieux jouer le rôle de la
-comtesse, elle se défendit autant qu'elle put. Quand le Roi vit
-qu'elle commençoit de se rendre, il la pria d'ôter son masque; elle lui
-répondit qu'elle ne sauroit y consentir, qu'il perdroit lui-même
-beaucoup à cela, et que ce voile la rendoit plus hardie. Enfin, après
-mille petites façons, qui faisoient enrager le grand Alcandre, elle se
-laisse pencher doucement entre ses bras, et voulant toujours contrefaire
-une femme qui n'a jamais connu d'autre homme que son mari, elle se
-défend encore, mais foiblement; et imitant les derniers abois d'une
-chasteté mourante, elle pousse un profond soupir, et tombe à demi-pâmée
-dans les bras de son amant. Le grand Alcandre ne se sentant plus
-lui-même, et transporté d'une joie extraordinaire de se voir, après tant
-d'écueils et tant de naufrages, arrivé heureusement au port, se prépare
-d'y entrer avec toute la force et toute l'ardeur de l'amant le plus
-passionné; lorsque, par une funeste disgrâce, il se vit arrêté tout
-court:
-
- Près de goûter mille délices,
- Ce triste et malheureux amant
- Vit changer son contentement
- En de très-rigoureux supplices.
-
-Un trop grand excès d'amour, un transport de joie, trop de
-précipitation, ou peut-être une trop longue attente, l'ardeur, le désir
-de bien faire, la crainte d'échouer, une grande dissipation d'esprits,
-et je ne sais quelle constellation maligne qui présidoit sur son amour,
-troublèrent tellement le grand Alcandre, qu'il ne se connut plus
-lui-même, et, sur le point de se voir le plus heureux de tous les
-amants, il tomba dans la plus cruelle disgrâce qui puisse arriver
-en amour. Enfin ce malheureux amant se trouva sans armes, lorsqu'il crut
-que sa maîtresse n'étoit plus en état de lui résister.
-
-La fausse comtesse, qui s'aperçut bien de son malheur, ne fit pas
-semblant de le connoître, et revenant de son feint assoupissement, elle
-dit au grand Alcandre:--«Nous nous arrêtons ici trop longtemps; que
-pourra-t-on dire de nous?--Vous avez raison, Madame, lui répliqua-t-il,
-nous ne faisons rien ici; mais on ne peut rien dire qui vous fasse tort,
-quand on sauroit même ce qui s'est passé.»
-
-Comme le grand Alcandre achevoit de parler, on vit venir du monde de
-divers endroits, où ils se mêlèrent eux-mêmes, sans qu'on y prît garde;
-après cela, chacun alla se reposer le reste de la nuit.
-
-Qui pourroit représenter les inquiétudes où étoit le grand Alcandre,
-après le malheur qui venoit de lui arriver? Il éprouva tout ce que le
-déplaisir, la honte et le désespoir ont de plus cruel:--«Faut-il,
-disoit-il, que ce moment favorable que j'avois tant désiré, soit le plus
-fatal et le plus malheureux de ma vie? Que le seul moment où celle qui
-m'a tant fait souffrir se vient jeter entre mes bras, me devienne
-inutile par ma lâcheté! C'est un affront que je ne puis me pardonner à
-moi-même. Toutes mes autres disgrâces n'étoient rien en comparaison de
-cette dernière. Être rebuté par une maîtresse, c'est un malheur assez
-ordinaire; mais se voir au comble de toutes les faveurs qu'on en peut
-jamais espérer, et ne profiter pas d'un temps si précieux, je ne vois
-rien qui puisse égaler un tel désastre.» Puis revenant à lui-même,
-il disoit: «c'est pourtant quelque douceur, que cette cruelle se soit
-enfin attendrie, et il n'a pas tenu à elle que je n'aie été le plus
-heureux de tous les amants. Tentons encore la fortune; elle ne me sera
-pas toujours contraire; celle que j'ai pu toucher, tout foible que j'ai
-paru, ne sera pas peut-être insensible, quand j'aurai repris mes
-forces.»
-
-Dans cette pensée, il reposa quelques heures assez tranquillement, et
-dès que l'heure de se lever fut venue, et qu'il eut pris tout ce qu'il
-jugea lui être meilleur pour lui donner du courage et de la force, il se
-rendit dans le bois. L'heure du matin fut employée à la promenade, et le
-grand Alcandre, qui cherchoit partout la comtesse, ne l'eut pas plus tôt
-aperçue que, se dérobant insensiblement du reste de la compagnie sur
-quelque léger prétexte, il l'alla d'abord accoster. Quoique les dames
-qui l'accompagnoient ne soupçonnassent pas que le Roi eût le moindre
-attachement pour elle, voyant néanmoins qu'il lui adressoit toujours la
-parole, et qu'il témoignoit la vouloir entretenir en particulier, elles
-s'écartèrent par respect et les laissèrent seuls. Le grand Alcandre,
-continuant sa promenade avec elle vers l'endroit du bois qui lui parut
-le plus favorable à son dessein, l'entretint d'abord de choses
-indifférentes; puis, étant entrés dans une autre allée, où ils ne virent
-personne, ils se trouvèrent près d'une grotte, où le grand Alcandre dit
-à la comtesse qu'il vouloit lui faire voir quelques raretés qu'elle
-n'avoit pas peut-être remarquées; comme il ne songea qu'à profiter
-de l'occasion, il ne s'amusa pas à parler à la comtesse de ce qui
-s'étoit passé le jour précédent, et moins encore à lui en faire quelques
-méchantes excuses; il ne vouloit pas réveiller de si fâcheuses idées, et
-il songeoit à se justifier auprès d'elle d'une manière plus forte et
-plus convaincante, bien plus par les effets que par les paroles.
-
-Dans cette généreuse résolution, et se sentant une vigueur
-extraordinaire, il embrassa sa maîtresse, et, sans lui donner le temps
-de lui demander ce qu'il vouloit faire, il alloit se saisir d'un bien
-qu'il avoit perdu, à ce qu'il croyoit, la nuit précédente par sa seule
-faute, et qu'il prétendoit être dû à son amour. La comtesse, qui ne
-savoit rien de tout cela, repoussa la main du Roi avec sa sévérité
-ordinaire, et lui demanda fièrement qui l'avoit rendu si hardi. Le Roi,
-qui crut qu'elle lui reprochoit sa faiblesse du jour précédent, lui
-dit:--«Vous avez raison, Madame, de vouloir savoir de moi qui m'a rendu
-si hardi, après la honteuse lâcheté où vous me vîtes tomber la nuit
-passée.--Je ne sais de quoi vous me parlez, lui répliqua froidement la
-comtesse.» Le Roi, qui crut toujours qu'elle vouloit dissimuler, et qui
-se flattoit peut-être qu'elle le vouloit épargner, en faisant semblant
-de ne se souvenir plus d'une chose qui le couvroit de honte:--«Je le
-veux bien, Madame, lui dit-il, que nous oubliions le passé, pourvu que
-vous me permettiez de profiter de ce moment favorable; ne vous opposez
-donc plus à mes désirs; je suis prêt à vous donner des marques si fortes
-de mon amour, qu'il ne tiendra plus qu'à vous que je ne sois le
-plus heureux de tous les amants.--Je vous ai dit si souvent, lui
-répliqua la comtesse, que j'ai pour vous toute l'estime et toute
-l'affection que l'honneur me peut permettre; vous devez, ce me semble,
-être content, et ne m'en demander pas davantage.--Il me semble pourtant,
-lui dit cet amant passionné, que, la dernière fois que je vous ai vue en
-masque, vous m'avez fait concevoir d'autres espérances; est-ce qu'en
-reprenant vos habits ordinaires, vous avez repris cette cruauté qui me
-fait mourir?--Je vous ai déjà dit, lui répliqua la comtesse, que je ne
-sais de quoi vous me parlez; mais je veux bien vous apprendre que je
-suis toujours la même, et que le masque peut bien déguiser mon visage,
-mais non pas changer mon coeur; apparemment vous aurez pris quelque
-autre pour moi.»
-
-Le grand Alcandre, qui crut qu'elle se repentoit des avances qu'elle lui
-avoit faites la nuit précédente, ne voulut pas la presser davantage, de
-peur de l'aigrir, sachant que les femmes ne veulent jamais avouer leur
-défaite. Il cessa donc de lui parler d'une chose qu'elle vouloit
-désavouer, et il songea à faire naître une occasion semblable à celle
-qu'il avoit perdue, et surtout à en profiter mieux qu'il n'avoit fait.
-
-Il ne l'eut pas plus tôt quittée, qu'il forma le dessein de continuer la
-mascarade dès qu'il feroit nuit, s'imaginant qu'à la faveur du masque et
-des ténèbres, il trouveroit sa maîtresse dans les mêmes dispositions
-pour lui, où il avoit cru la trouver la nuit précédente.--«Je vois bien,
-disoit-il en soi-même, qu'un reste de pudeur ne permet pas à cette
-comtesse de m'accorder pendant le jour ce qu'elle ne me refusera pas la
-nuit, et ce que j'aurois déjà obtenu d'elle sans mon malheur. Peut-être,
-ajouta-t-il, qu'elle craint un second affront, et que je tombe dans une
-disgrâce semblable à celle qui m'est arrivée. Mais je prendrai si bien
-mes mesures, qu'elle n'aura pas sujet de se plaindre de moi.»
-
-Flatté de cette pensée, il donna les ordres nécessaires pour une seconde
-mascarade. La plupart de ceux qui s'étoient masqués le jour précédent,
-changèrent d'habit et de masque, soit qu'ils voulussent plaire au Roi
-par cette diversité, soit qu'ils eussent quelqu'autre dessein. La
-comtesse, qui n'en avoit aucun, et qui ne se déguisa que parce qu'elle
-ne pouvoit pas s'en dispenser, n'y fit aucun changement, et parut avec
-les mêmes habits. La Montespan, qui la vouloit encore imiter pour les
-raisons que j'ai dites, sachant le dessein de la comtesse, par cette
-même fille qui étoit à sa dévotion, ne changea rien non plus à son
-ajustement; et voulant achever ce qu'elle avoit commencé, elle résolut
-de s'écarter quand il feroit nuit, et de se rendre dans le même endroit
-où le Roi l'avoit trouvée le jour précédent, lorsqu'il l'avoit prise
-pour la comtesse, s'imaginant bien qu'il ne manqueroit pas d'y aller
-lui-même, dans l'espérance d'y rencontrer celle qu'il cherchoit, et
-parce que c'étoit un lieu tout-à-fait propre à son dessein.
-
-Cependant elle fit avertir le comte, par des gens qui dépendoient
-d'elle, de prendre garde à sa femme; qu'ils avoient remarqué la nuit
-passée, qu'une dame, vêtue à peu près comme la comtesse, étoit
-entrée dans un cabinet du bois assez écarté, avec un homme qu'ils ne
-connoissoient point et qu'il pourroit bien être qu'ils continueroient le
-même manége; que s'il le trouvoit bon, ils feroient garde en cet endroit
-et l'iroient avertir de ce qu'ils auroient vu. Le comte leur répondit
-qu'ils fissent comme ils voudroient, mais qu'il étoit assuré de la vertu
-de sa femme.
-
-Dès que nos masques se furent mis en campagne, la Montespan, ou la
-fausse comtesse, se déroba de la foule, et alla toute seule dans ce
-petit cabinet où elle avoit vu le Roi le jour précédent. Ce prince, qui
-venoit de voir qu'une dame, habillée à peu près comme la comtesse,
-prenoit ce chemin écarté, ne douta point que ce ne fût elle-même. Et
-comme il étoit aussi en masque, il n'eut pas de peine à se tirer de la
-foule, et à se rendre insensiblement vers le même endroit. Il n'y fut
-pas plus tôt, qu'il crut d'y voir sa chère comtesse, assise sur le lit
-de gazon qui étoit dans ce petit cabinet, et c'étoit aussi la même
-personne qu'il y avoit vue la nuit précédente. Il l'aborda incontinent,
-et ôtant son masque, il se donna à connoître.
-
-La dame le reçut comme elle devoit; mais, sachant déjà par expérience
-qu'un masque sur le visage déguise beaucoup la voix, elle pria le grand
-Alcandre de l'excuser si elle ne levoit pas son masque, lui disant
-qu'elle savoit bien le respect qu'elle devoit à Sa Majesté[43], mais
-qu'elle ne voudroit pas pour rien au monde être reconnue seule avec
-un homme dans cet endroit écarté. Le Roi, qui n'étoit que trop prévenu
-de la délicatesse de la comtesse, pour ce qui regarde l'honneur et la
-réputation, n'eut pas de peine à croire que la modestie et la honte
-étoient la seule raison qui l'empêchoit de quitter son masque.--«Il
-n'importe, lui dit cet amant, demeurez comme vous êtes, puisque vous le
-trouvez bon, quoique je sois privé par là de la vue d'un objet si
-charmant. Je suis choqué seulement de ce terme de respect dont vous
-venez de vous servir; laissons là le respect, je vous en prie, et
-donnez-moi quelques preuves de votre tendresse.»
-
-En disant cela, il se mit à baiser sa gorge, puisqu'il n'en pouvoit pas
-faire autant à son visage. Elle le repoussa quelque temps, plus par ses
-gestes que par ses paroles, de peur de se découvrir. Enfin, après une
-feinte résistance, elle lui accorda tout ce qu'il voulut; et cet amant
-qui crut posséder une nouvelle conquête, goûta des douceurs qu'il
-n'avoit point encore senties: ce qui fait voir qu'en amour, c'est
-l'imagination qui fait tout. Il ne pouvoit se lasser de caresser sa
-chère comtesse, et se croyant victorieux de cette fière beauté, il
-voulut se dédommager de tout le temps qu'il avoit perdu.--«Il faut
-avouer, disoit ce crédule amant, qu'il n'est rien de si doux qu'un
-bonheur qui a coûté tant de soupirs et tant de peines!» Il trouvoit en
-sa maîtresse mille nouveaux charmes; et cependant c'étoit cette
-même Montespan dont il avoit joui tant de fois, dont il commençoit même
-à se dégoûter, et qui lui donnoit pourtant mille nouveaux plaisirs sous
-cette nouvelle forme. Cette feinte comtesse profita, comme elle devoit,
-de l'ardeur excessive où étoit le Roi, et, quoique cela ne s'adressât
-point directement à elle, elle le recevoit à bon compte; et si la
-jalousie ne s'y fût mêlée, elle n'auroit jamais été si satisfaite de
-l'amour du grand Alcandre. Au fond elle étoit jalouse d'elle-même, car
-la comtesse n'étoit là qu'un fantôme; elle n'y étoit qu'en idée, et les
-plaisirs qu'elle goûtoit avec le Roi étoient tout-à-fait réels. Aussi
-voulant y répondre de son côté, elle l'embrassoit avec beaucoup de
-tendresse, et lui faisoit entendre par ses regards, plutôt que par ses
-paroles, qu'elle étoit aussi contente que son amant.
-
-Après ces félicitations muettes qu'ils se faisoient l'un à l'autre de
-leur commun bonheur, il fallut se séparer; un bruit importun, que ces
-deux amants entendirent, troubla cette petite fête. La dame, qui ne
-vouloit pas être découverte, sortit promptement de ce cabinet, et,
-traversant l'allée qui le joignoit, vint par un autre chemin se joindre
-à la compagnie.
-
-Elle ne sortit pas pourtant si secrètement, que le comte de L..., mari
-de la comtesse, ne s'en aperçut. Il alloit avec la comtesse sa femme,
-vers ce même endroit, d'où on lui avoit dit qu'une femme, qui
-ressembloit à la sienne, étoit sortie assez en désordre la nuit
-précédente, ayant un homme avec elle. Il vit en effet que celle qui
-venoit de sortir de ce cabinet de verdure avoit le port et la taille de
-la comtesse, et portoit des habits tout-à-fait semblables. Cette vue le
-frappa d'abord, non pas qu'il eût aucun soupçon de sa femme, qui ne
-l'avoit point quitté, mais il crut qu'il y avoit quelque chose de
-mystérieux dans cette ressemblance; et, tirant dans ce moment sa femme à
-l'écart, il lui fit part de ce qu'il venoit de voir, et de l'avis qu'on
-lui avoit donné quelques heures auparavant. Ils ne savoient l'un et
-l'autre que penser de tout cela; mais cette conformité d'habillement
-leur fit soupçonner quelque malice. Alors la comtesse se ressouvenant du
-discours que le Roi lui avoit tenu le matin, ne douta point que ce
-prince n'eût été dupé, et qu'il n'eût pris pour elle une autre qui lui
-avoit été plus favorable, comme elle en pouvoit juger par les discours
-que le Roi lui avoit tenus. Ce qu'elle trouvoit de fâcheux pour elle,
-c'est qu'elle voyoit que, par une noire malice, on vouloit commettre sa
-réputation dans le temps qu'on trompoit le Roi, et qu'on abusoit de sa
-ressemblance pour la faire passer pour ce qu'elle n'étoit pas.
-
-Voilà ce que la comtesse pensa de cette aventure; mais il étoit de sa
-prudence de n'en rien dire à son mari, ne jugeant pas que cela fût
-nécessaire. Elle lui dit seulement qu'il falloit tâcher de découvrir ce
-mystère.--«Si nous savions, dit-elle, quel est l'homme qui étoit avec
-cette femme, nous pourrions peut-être avoir un plus grand
-éclaircissement.--Je ne sais que vous en dire, répartit le comte, mais
-si j'ose vous dire ma pensée, je crois que c'est le Roi; j'ai
-remarqué tantôt qu'il s'est écarté, et il alloit, ce me semble, vers
-l'endroit d'où j'ai vu sortir cette femme, et je ne l'ai pas vu depuis.»
-
-Le comte n'eut pas plus tôt achevé de dire ces paroles, que le Roi,
-qu'on ne pouvoit méconnoître, parut, venant de ce même endroit, ce qui
-acheva de les confirmer dans la pensée du comte. Si ce dernier fut
-surpris quand il vit sortir de ce cabinet une femme qui ressembloit si
-fort à la sienne, le grand Alcandre ne le fut pas moins, quand il vit sa
-chère comtesse tête à tête avec un homme.--«Je ne me trompe pas,
-disoit-il, c'est elle-même, c'est elle qui vient de me quitter, ce sont
-les mêmes habits.» Il avoit raison en effet de la prendre pour la
-comtesse; mais il se trompa quand il crut que c'étoit celle qui venoit
-de lui donner tant de plaisir dans ce petit cabinet; elle étoit bien
-loin de là; car la Montespan, de peur d'être découverte, alla
-incontinent changer d'habit et de masque. Croyant donc que c'étoit la
-même personne, il sentit d'abord quelques mouvements de jalousie. Mais
-cette passion fit bientôt place à une autre. Le comte et la comtesse
-s'étant donné à connoître au grand Alcandre, ce prince fut tout remis de
-voir que c'étoit le mari de la comtesse, qu'il regarda d'abord comme un
-rempart à ce qu'il craignoit, et à l'aventure secrète qu'il croyoit
-avoir eue avec sa femme. Dans cette pensée, il se mit en humeur de
-railler, et il dit agréablement au comte et à la comtesse,
-qu'apparemment ils ne s'étoient pas déguisés pour chercher quelque bonne
-fortune, puisqu'il les voyoit ensemble.--«Il est vrai, répondit le
-comte, que ma femme n'a jamais voulu me quitter; je ne sais si elle
-a cru que j'eusse quelque dessein amoureux qu'elle ait voulu empêcher.
-Mais si de son côté elle avoit eu quelque intrigue, elle pouvoit bien
-cacher son jeu; car je viens de voir passer une femme vêtue et masquée
-comme elle, et je suis bien sûr que je m'y serois trompé, si je ne
-l'avois eue près de moi.»
-
-On ne sauroit exprimer la surprise et la confusion du grand Alcandre, à
-l'ouïe de ces paroles; elles furent comme un coup de foudre, qui
-accablèrent tout d'un coup ce pauvre amant, et le masque qu'il avoit sur
-le visage lui rendit alors un bon office pour cacher le désordre où il
-étoit. Revenant pourtant un peu après de sa première surprise, et ne
-pouvant pas croire qu'il eût été trompé si grossièrement, il s'imagina
-que le comte se pouvoit tromper lui-même, et que celle qu'il avoit près
-de lui n'étoit pas sa femme; il lui tint quelques discours pour s'en
-éclaircir, et comme elle ôta tout-à-fait son masque, il ne vit que trop
-son malheur et la pièce qu'on lui avoit jouée. Il tâcha pourtant de
-dissimuler son déplaisir, ou plutôt mille passions différentes qui
-l'agitoient; et ayant dit au comte qu'il se vouloit donner le plaisir de
-voir ce masque qui ressembloit si fort à sa femme, et essayer s'il s'y
-tromperoit, d'abord l'ordre fut donné de les faire venir tous, et de les
-faire passer en revue devant Sa Majesté. Mais la fausse comtesse ne
-parut plus sous le même habit, et toute la recherche du Roi fut inutile.
-Il n'osa pas en faire du bruit de peur de nuire à la réputation de la
-comtesse, et de s'exposer lui-même à la raillerie secrète de sa
-cour; il se contenta de dire, qu'il auroit été bien aise de satisfaire
-sa curiosité là-dessus, mais que, puisque la personne qui avoit emprunté
-la forme de la comtesse, n'osoit pas paroître devant elle, il n'en
-falloit pas parler davantage. Après cela, tout le monde se retira pour
-aller prendre quelque repos.
-
-Il est facile de juger que le Roi n'en prit guère de toute la nuit. Il
-étoit en peine de découvrir ce fantôme qui l'avoit trompé, et qui, sous
-la vaine apparence de celle qui le faisoit mourir d'amour, l'avoit fait
-jouir d'un bonheur imaginaire. Mais son plus grand chagrin étoit de ne
-posséder pas la comtesse, comme il l'avoit cru, et d'être toujours à
-recommencer avec elle.--«Quoi, dans le temps que je me croyois le plus
-heureux de tous les amants, disoit-il en lui-même, je me trouve plus
-malheureux que jamais, et je me laisse duper de la manière du monde la
-plus honteuse! Mais duper par une femme, moi qui les ai tant
-pratiquées!» Puis se fâchant contre soi-même: «C'est moi, disoit-il,
-c'est moi qui ai été ma propre dupe, en donnant si aisément dans un
-panneau qui flattoit ma passion pour la comtesse. Si je pouvois au moins
-jouir de mon erreur, et être heureux en idée! mais tout conspire[44] ma
-perte; et lorsque je me flatte d'avoir eu entre mes bras la plus
-charmante beauté du monde, on me détrompe de la manière la plus cruelle.
-Fut-il jamais un amant plus malheureux? L'amour m'offre les plus
-belles occasions qu'un amant pourroit souhaiter pour jouir de sa
-maîtresse; elles échouent toutes, ou par son adresse ou par mon malheur;
-et lorsque je crois la tenir entre mes bras, je n'embrasse qu'un
-fantôme. Au moins, ajoutoit-il, si je n'avois été trompé qu'une seule
-fois, j'aurois quelque consolation! A la bonne heure que je n'eusse
-point encore joui de la comtesse, pourvu que ce fût celle que je trouvai
-si favorable le jour de la première mascarade, lorsque je fis paroître
-tant de faiblesse. Mais pour mon malheur, elle n'a aucune part ni à
-l'une ni à l'autre aventure. Ses rigueurs et sa fierté ordinaire ne me
-l'ont que trop appris, et si j'ai eu quelques petites libertés auprès
-d'elle, ce n'est pas de son consentement; c'est la force, c'est la
-supercherie, c'est la forme trompeuse d'un mari qui me les a fait
-obtenir.» De sorte que le grand Alcandre fut autant ingénieux à se
-tourmenter, qu'il avoit été facile à se tromper lui-même et à flatter sa
-passion.
-
-Pour la comtesse, elle jugea bien qu'on la vouloit perdre de réputation,
-et elle soupçonna la Montespan du déguisement dont elle se servit pour
-tromper le Roi, et pour la faire passer pour une coquette. Elle crut
-donc qu'elle ne devoit plus dissimuler à son mari la passion que le
-grand Alcandre avoit pour elle et le dessein que la Montespan avoit de
-la perdre; mais elle se garda bien de lui dire les mauvais pas où elle
-s'étoit trouvée avec le Roi. Car, quoiqu'elle en fût sortie à son
-honneur, ces sortes de choses ne sont pas bonnes à dire à un mari, qui
-en pourroit tirer des conséquences fâcheuses. Elle se contenta de
-le faire ressouvenir de ce qui arriva lorsque le Roi l'avoit trouvée
-endormie, et de l'alarme qu'elle avoit eue, qu'il n'eût voulu attenter
-quelque chose contre son honneur.--«Je m'en souviens fort bien, dit le
-comte, et il me semble que j'entends encore ce grand cri que vous
-fîtes.--Et moi je me souviens fort bien, lui dit la comtesse, de toutes
-vos railleries que je ne trouvai point de saison; mais je vous les
-pardonnai, parce que vous n'y entendiez point de finesse.»
-
-Ensuite, elle pria le comte son mari de lui dire de quelle manière elle
-devoit se conduire dans une affaire si délicate:--«Vous le savez mieux
-que moi, lui répondit le comte.--Vous avez raison, dit-elle; je sais mon
-devoir et je ne l'oublierai jamais; mais je voudrois que vous me dissiez
-si je dois quitter la cour sur quelque autre prétexte, ou si je dois
-éviter l'entretien du Roi, ou enfin de quelle manière je me dois
-conduire.--A moins que vous ne craigniez de succomber à la tentation,
-lui dit le comte en riant, je ne vois pas que vous deviez vous éloigner
-de la cour.--Moi succomber, dit-elle en l'interrompant? non pas, quand
-le Roi me donneroit sa couronne.--Eh bien! Madame, lui dit le comte,
-vous n'avez pas de plus fort rempart que votre vertu, et je ne veux pas
-d'autre garant de votre fidélité. Quelque passionné que soit le grand
-Alcandre, il se retirera de lui-même quand il n'aura rien à espérer.»
-
-Il est certain que ce prince n'étoit pas haï de la comtesse, et c'est ce
-qui entretenoit son amour et ses espérances. On peut dire même que
-cette dame, toute vertueuse qu'elle étoit, plaignoit ce monarque de
-s'être engagé mal à propos dans une passion qu'elle ne pouvoit pas
-soulager sans blesser l'honneur qui lui étoit plus cher que la vie.
-Enfin cet orgueil, qui est assez naturel à toutes les belles, lui
-faisoit trouver quelque douceur à être aimée du plus grand Roi du monde.
-C'étoient les seules choses qu'elle avoit à se reprocher, et qui
-l'avoient engagée dans de petites démarches dont le grand Alcandre
-croyoit tirer un jour de grands avantages. Mais il est certain qu'à cela
-près, elle fut toujours ferme dans son devoir, et qu'elle n'eut jamais
-la moindre pensée de contenter une passion criminelle, comme étoit celle
-du Roi.
-
-Cependant, ce grand monarque se flattoit quelquefois de vaincre cette
-invincible; et comme l'amour grossit les objets, il regardoit les
-moindres honnêtetés de sa maîtresse comme les erres[45] d'une conquête
-assurée. Prévenu de cette pensée, il voulut faire un dernier effort. Il
-ne cherchoit que l'occasion d'un tête à tête avec sa maîtresse. Elle se
-présenta bientôt, puisqu'au lieu de l'éviter, elle-même la fit naître,
-dans le dessein qu'elle avoit de désabuser entièrement le Roi, et de lui
-parler plus fortement qu'elle n'avoit fait des sentiments de son
-coeur.
-
-Le lendemain de cette mascarade, elle s'alla promener avec peu de
-suite dans le bois de Versailles; et le Roi, qui la faisoit observer,
-n'eut pas plus tôt su qu'elle y étoit, qu'il fit atteler un carrosse.
-Dès qu'il eut joint celui de la comtesse, il lui fit dire qu'il la
-vouloit entretenir en particulier; et elle, se faisant ouvrir la
-portière, alla au-devant du Roi, qui étoit déjà descendu de son carrosse
-pour l'aller joindre.
-
-Après avoir marché quelques pas, ils entrèrent dans le premier cabinet
-qu'ils rencontrèrent, et étant tous deux assis, le grand Alcandre dit à
-la comtesse: «Je ne vois que trop, Madame, par votre conduite, que vous
-aviez raison de me dire que je vous prenois pour une autre, lorsque
-j'avois cru que vous aviez pour moi des sentiments favorables; mais si
-mon attente a été vaine, voulez-vous qu'elle le soit toujours?--Je ne
-sais pas, lui dit-elle, ce que vous prétendez de moi; mais je sais que
-je n'ai rien fait espérer à Votre Majesté, dont elle ait lieu de se
-plaindre. Vous ne demandiez qu'à m'entretenir, et à me parler de je ne
-sais quelle passion que vous vous êtes mise dans la tête; je l'ai
-souffert, je vous ai laissé parler, peut-être plus que je ne devois, et
-je ne le vois que trop aujourd'hui, puisque vous avez conçu des
-espérances que je n'ai jamais eu dessein de vous donner; mais enfin, je
-n'éprouve que trop ce que j'avois toujours craint, et ce que je vous
-avois dit à vous-même, que vous n'en demeuriez pas là.--Eh! où en
-suis-je, Madame, lui dit cet amant désespéré? Quels progrès ai-je fait
-dans votre coeur?--Je vous prie, lui dit-elle, ne rappelez point le
-passé, et quoique je n'aie point de crimes à me reprocher, ne me
-faites point rougir de mes foiblesses.--Vous appelez foiblesses, lui dit
-le Roi, une insensibilité qui me tue. Que n'ai-je pas fait pour gagner
-ce coeur que vous défendez si bien, et que ne ferois-je pas encore si
-j'en pouvois venir à bout?--Sire, lui dit la comtesse, il ne faut pas
-vous tourmenter pour une chose qui ne mérite pas le moindre de vos
-soins; mais si, telle que je suis, vous pensez encore à moi, je veux
-bien vous parler à coeur ouvert, et vous dire, Sire, que tout puissant
-que vous êtes, vous ne l'êtes pas assez pour me faire commettre un
-crime. J'ajouterai même, que tout aimable que vous me paroissez, par
-mille belles qualités dont vous brillez, je n'oublierai jamais ce que je
-me dois. Enfin, je vous ferai cette confession que je vous ai déjà
-faite, que j'ai pour Votre Majesté tout le respect, toute l'estime, et
-si je l'ose dire, toute la tendresse qu'une sujette peut avoir pour son
-Roi; mais, avec tout cela, n'attendez rien de moi qui puisse faire honte
-à mon sexe.»
-
-Le grand Alcandre, entendant parler ainsi la comtesse, ne savoit plus
-que lui répondre: «Mais quoi, Madame, lui dit-il, ne me
-distinguerez-vous pas de tout le reste des hommes? N'aurez-vous aucun
-égard à la passion d'un prince qui ne sauroit vivre sans vous, et qui
-donneroit tout son royaume pour gagner un coeur comme le vôtre?--Je
-vous distingue si bien, lui dit la comtesse, que je n'ai jamais
-souffert, ni ne souffrirai jamais de personne ce que j'ai souffert de
-vous; et je connois si bien le prix de votre affection, et les
-témoignages de tant de bontés que vous avez pour moi, que s'il ne
-falloit que ma vie, je suis prête à vous la sacrifier, pour vous marquer
-ma reconnoissance. Mais, grand Roi, cessez d'attaquer mon honneur, qui
-m'est plus cher que la vie, et puisque la gloire est le grand objet de
-votre ambition, ne m'enviez pas cette heureuse conformité avec le plus
-grand monarque du monde. Laissez-moi cet honneur qui est si cher à
-toutes les belles âmes, que vous soutenez vous-même avec tant d'éclat,
-et quelquefois au péril de votre vie. Souffrez qu'il tienne toujours la
-première place dans mon coeur, et ne m'enviez pas le seul bien qui
-peut me conserver votre estime, et un bien qu'on ne retrouve plus quand
-on l'a perdu.»
-
-Le Roi, vaincu par de si beaux sentiments, répondit à la comtesse: «Vous
-avez des qualités qui me ravissent; c'est trop peu que de l'amour, vous
-méritez d'être adorée; et désormais je suis plus épris de votre vertu
-que je ne le suis de vos charmes.»
-
-En disant cela, le Roi la prit par la main, la ramena lui-même dans son
-carrosse, et, étant rentré dans le sien, il continua sa promenade.
-
-Depuis ce temps-là, il n'a plus parlé d'amour à la comtesse, et lui a
-donné, dans toutes les occasions, des marques de son estime.
-
-Quand la Montespan le vit guéri de cette passion, elle lui apprit que
-c'étoit elle qui l'avoit trompé jusqu'à deux fois pendant les nuits de
-la mascarade; et, comme il ne pensoit plus à la comtesse, il pardonna à
-la Montespan cette petite malice, et ne fit que s'en divertir avec elle.
-
-Ce prince a dit depuis à ses plus chers confidents qu'il trouvoit
-que la victoire que cette dame avoit remportée sur son amour, étoit
-quelque chose de plus difficile que toutes les conquêtes d'Alexandre.
-
-Il faut en effet qu'une femme ait un grand fonds de vertu, pour soutenir
-les assauts qui furent livrés à cette pauvre comtesse, et dont elle
-sortit toujours à son honneur. Elle eut à combattre la passion du Roi,
-le doux penchant qu'elle avoit pour ce grand monarque, et tant
-d'occasions périlleuses où les plus chastes succomberoient, et où
-l'honneur a si souvent fait naufrage: de sorte que, surmonter tous ces
-obstacles, comme a fait notre héroïne, est le plus grand effort de la
-vertu d'une femme, et le plus beau triomphe que l'honneur ait remporté
-sur l'amour.
-
-
-NOTES.
-
- [3] Voy. la Préface.
-
- [4] Voy. _passim_ et à la table.
-
- [5] Voy. la Préface, en tête de ce vol.
-
- [6] Voy. t. II, pp. 74, 400, et à la table.--On connaît la
- fanatique adoration du duc de La Feuillade pour Louis XIV; quant à
- ses complaisances en fait d'amour, le Roi, qui avoit peu de
- sympathie pour lui, ne lui auroit pas fait l'honneur de les lui
- demander ou de les accepter.
-
- [7] Jusqu'à la folie.
-
- [8] Nous sommes en 1672, époque des dernières couches de la Reine,
- et jusque-là, en effet, les armes de Louis XIV n'avaient pas
- encore connu les revers qui devaient attrister la fin du
- règne.--Voy. plus loin, p. 31, note 16.
-
- [9] _D'abord_, immédiatement.
-
- [10] Rendez-vous.
-
- [11] Richelet traduit: «_Blanchir_, faire des efforts
- inutiles.»--Furetière dit: «_Blanchir_ se dit des coups de canon
- qui ne font qu'effleurer une muraille, et y laissent une marque
- blanche. En ce sens on dit au figuré de ceux... dont tous les
- efforts sont inutiles que tout ce qu'ils ont fait, tout ce qu'ils
- ont dit n'a fait que blanchir.»
-
- [12] Des cabinets de verdure.
-
- [13] Le texte dit: _sujet_.--_Succès_, issue, résultat.
-
- [14] Voici ce qui se passait au lever du Roi; nous traçons ce
- tableau en nous guidant sur l'_Etat de la France_ auquel nous
- avons emprunté tous les noms du _quartier_, du trimestre de
- janvier:--Le Roi s'éveille. Aussitôt M. de Chamarande, chevalier
- de Saint-Michel, qui, en sa qualité de valet de chambre, était
- couché sur un lit étendu à terre au pied de celui du Roi,
- s'approche de Sa Majesté pour lui présenter sa robe de chambre et
- lui donner de l'eau si elle en demande. Le Roi voulant s'habiller,
- un garçon de la chambre va avertir à la garde-robe pour faire
- apporter les habits dans la toilette.--Le Roy s'assied alors sur
- son fauteuil; le s{r} Roze, premier valet de garde-robe, qui a
- pris les chaussons dans le coffret, en donne un au premier valet
- de chambre qui prend la droite et le laisse à gauche pour habiller
- Sa Majesté. Un simple valet de garde-robe, le s{r} de Lissalde,
- leur présente alors le bas de soie qu'il a pris soin d'attacher au
- caleçon. Alors chacun d'eux aide de son côté à chausser et vêtir
- le Roi, s'il n'aime mieux le faire lui-même, ce qui arrive le plus
- souvent. Ensuite six des pages de la chambre attachés au service
- du gentilhomme de la chambre qui est en fonctions, non plus ce
- trimestre mais cette année, le duc de Saint-Aignan, ont le
- privilége de présenter les mules à Sa Majesté. Cela fait, le Roi
- prend son haut-de-chausses des mains d'un valet de garde-robe qui
- lui apporte premièrement des canons ou des petits bas s'il désire
- en porter: le canon est cet ornement de dentelle qui s'attache
- au-dessous du genou, au bas du haut-de-chausses; les petits bas ou
- bas à étrier sont des bas qui ne couvrent que la jambe, et
- s'arrêtent à la cheville. Le Roi met-il des souliers? le valet les
- lui noue; des bottes? le valet les lui présente ou les lui met;
- mais l'honneur de donner les éperons est réservé à M. Nicolas Le
- Febvre, sieur de Bournonville, écuyer de service.
-
- Voilà le Roi chaussé. Un valet de garde-robe tient la chemise du
- Roi et la présente d'abord à un prince du sang; en cas d'absence,
- au duc de Bouillon, grand chambellan, au duc de Saint-Aignan, l'un
- des quatre premiers gentilshommes, ou enfin à M. le marquis de
- Guitry de Chaumont, l'un des deux maîtres de la garde-robe. Le Roi
- ôte alors sa chemise de nuit et met celle qu'on lui donne. Les
- huissiers, qui sont entrés dans la chambre royale dès que Sa
- Majesté a eu pris sa robe de chambre, et qui se tiennent à la
- porte pour l'ouvrir ou la fermer, ce que nul autre ne peut faire,
- demandent alors au grand chambellan ou à celui des quatre premiers
- gentilshommes de la chambre qui est de service, quelles sont,
- parmi les personnes de condition présentes, celles qu'il peut
- faire entrer. Après cette première admission de gentilshommes
- favorisés, le maître de la garde-robe met au Roi son pourpoint,
- lui présente ses mouchoirs, ses gants, et enfin son manteau et son
- épée, s'il les veut prendre; s'il veut sortir sans épée
- ni manteau, l'épée est remise à l'écuyer, le manteau au
- porte-manteau; enfin s'il ne veut ni son épée ni son manteau, on
- les laisse à la garde-robe. C'est quand le Roi est habillé que
- l'huissier, le sieur de Rassé, par exemple, laisse entrer toute la
- noblesse à son choix, et selon le discernement qu'il fait des
- personnes plus ou moins qualifiées.
-
- [15] Voy. le roman de Mme de La Fayette.
-
- [16] Ce passage détermine la date de cette histoire.--Louis-François,
- duc d'Anjou, né le 14 juin 1672, mourut le 4 novembre suivant.
- Mais si nous connaissons la date de ce petit roman, l'auteur en
- plaçant son récit à Fontainebleau nous permet de douter de sa
- véracité. En effet, pendant presque tout l'été de 1672, Louis XIV
- tint la campagne sur le Rhin; il assista au fameux passage du
- fleuve, dans les premiers jours de juillet; il quitta le camp de
- Boxtel le 26 juillet et rentra à Paris le 2, à Versailles le
- 3 août.
-
- Pendant son voyage, dont la _Gazette de France_ a noté toutes les
- étapes, la Reine accoucha du jeune prince dont il est ici
- question; on écrivait de Saint-Germain-en-Laye le 17 juillet à la
- Gazette: ... «Le 13, la Reyne au sortir de ses dévotions en
- l'église des Récollets, commença de sentir quelques douleurs qui
- l'empeschèrent d'assister au Conseil; et, sur les dix heures du
- soir, ces douleurs l'ayant reprise, Sa Majesté se délivra
- heureusement, environ un quart d'heure après minuit, d'un
- très-beau prince, qui remplit ce lieu d'une joie extraordinaire.»
- Le sieur de Villaserre (_sic_, c'est-à-dire Colbert de Villacerf)
- fut chargé de porter la nouvelle au Roi, «de la part de la Reyne,
- qui n'en pouvoit envoyer une meilleure à Sa Majesté, en échange de
- celles qu'Elle luy mande tous les jours du champ de ses
- victoires.»
-
- La cour passa à Versailles le reste de l'été au milieu des fêtes.
- On lit dans la _Gazette_: «de Versailles, le 23 septembre:--La
- Cour continue de prendre ici les divertissemens de la saison,
- entre lesquels celui de la comédie a ses jours.--Le 17, la troupe
- du Roy y en représenta une des plus agréables, intitulée les
- _Femmes sçavantes_, et qui fut admirée d'un chacun. Le 20, les
- Italiens y jouèrent l'une de leurs pièces les plus comiques. Le
- 21, la seule troupe royale continua ses représentations avec
- beaucoup d'applaudissement. Et l'on peut juger par là s'il y a
- quelque cour en toute l'Europe qui soit divertie de cette manière
- qui ne peut, aussi, convenir qu'à la grandeur de notre monarque,
- qui paroît en toutes choses.»
-
- L'année suivante, le Roi reprit la campagne sur le Rhin et la cour
- ne séjourna pas à Fontainebleau. Nous devions entrer dans ce long
- détail pour montrer combien le récit de l'auteur peut paraître
- suspect, puisque l'une des principales circonstances en est si
- évidemment fausse.
-
- [17] La conversation entre la comtesse et son mari, rapportée plus
- haut, permet en effet de le ranger parmi les maris commodes. Sous
- son enjouement percent quelques regrets.
-
- [18] Terme d'équitation. «Piquer, à l'égard des chevaux, c'est,
- dit Furetière, les manier avec les éperons ou le poinçon (sorte
- d'aiguillon dont on piquait la croupe des chevaux). Il faut bien
- _piquer_ pour aller de Paris à Rome en sept jours.»--On disait, et
- l'on dit encore, en faisant usage de ce mot, _piquer des deux_.
-
- [19] Le _Journal de la santé du Roi_ pour les années 1672, 1673,
- 1674, ne parle que de ses maladies ordinaires d'estomac, de ses
- étourdissements et de ses vapeurs: maladies fréquentes et qui
- demandoient de grands soins.
-
- [20] Ce n'est pas en 1672, mais en 1676, que Mme de Montespan alla
- aux eaux de Bourbon. Le 8 avril, Mme de Sévigné annonce que la
- favorite va partir; le 1er mai, qu'elle est partie; le 15 mai,
- qu'elle est présentement à Bourbon; le 8 juin, qu'elle est partie
- de Moulins le jeudi pour aller, en suivant le cours de l'Allier et
- de la Loire, jusqu'à l'abbaye de Fontevrault, où sa soeur étoit
- abbesse.--Cet anachronisme, rapproché d'autres erreurs, est de
- nature à diminuer la confiance qu'on pourroit avoir en ce petit
- roman.
-
- [21] «_Petite oye_, dit Furetière, est ce qu'on retranche d'une oye
- pour la faire rôtir, comme les pieds, les bouts d'ailes, le cou, le
- foye, le gesier... _Petite oye_ se dit figurément des rubans et
- garnitures qui servent d'ornement à un habit, à un chapeau, etc...
- La petite oye consiste aux rubans pour garnir l'habit, le chapeau,
- le noeud d'épée, les bas, les gands, etc.--_Petite oye_ se dit, en
- matière d'amour, des menues faveurs qu'on peut obtenir d'une
- maîtresse dont on ne peut avoir la pleine jouissance, comme
- baisers, attouchements, etc.»--A la p. 111 du très-curieux roman
- intitulé _Araspe et Simandre_ (2 vol. très-petit in-8º, 1672), on
- lit: «tel craint de donner dans une étoffe trop chère, qui,
- ajustant avec beaucoup de rubans une bien moindre, ne laisse pas de
- se trouver agréablement vêtu; c'est ce qu'on appelle la _petite
- oye_; c'est ce que nous donnons quelquefois, et ce que (l'auteur
- est une femme) nous ne devrions jamais donner.»
-
- [22] Les eaux de Bourbon avoient alors une vogue qu'elles n'ont
- pas conservée depuis, bien que leurs effets n'aient pas changé. Le
- médecin Delorme y attirait une grande clientèle. Mme de Montespan
- y alla, comme nous l'avons vu plus haut, et c'est là que Lauzun,
- sorti de prison mais non encore admis à la Cour, alla lui
- présenter ses hommages et solliciter sa protection.
-
- [23] On appelle «troc de gentilhomme» celui qui se fait but à but,
- _troc_ pour _troc_, sans donner de l'argent de retour. (Furetière.)
-
- [24] Le prince de Marcillac dont il s'agit ici est le même que
- nous avons rencontré dans le 1er volume de ce recueil, et qui est
- devenu duc de La Rochefoucauld en 1680, à la mort de son père,
- François VI, qui lui-même avait porté le nom de Marcillac jusqu'en
- 1650.
-
- [25] Est-ce dans le _Quiproquo_? Est-ce dans _Richard Minutolo_?
- On peut hésiter entre les deux.
-
- [26] Le _Journal de la Santé du Roi_ ne parle pas de cette
- malencontreuse verrue; mais bien qu'en 1672 «Sa Majesté ait joui
- d'une santé digne d'elle», il avoit eu cependant, à plusieurs
- reprises, soit sur la poitrine, soit sur d'autres parties du corps
- de nombreuses tumeurs et duretés squirreuses.
-
- [27] La _tempe_. Cette forme s'est conservée dans le patois
- normand (voy. le _glossaire_ de Du Bois); le glossaire genevois de
- Gaudy l'a également relevée. Furetière, Richelet n'admettent pas
- la forme _tempe_, aujourd'hui en usage.--Chapelain a dit, en
- parlant d'Agnès Sorel:
-
- Les glaces lui font voir un front grand et modeste
- Sur qui vers chaque _temple_, à bouillons séparés,
- Tombent les riches flots de ses cheveux dorés.
-
- Le Richelet de 1719 n'admet encore que _temple_; mais le
- dictionnaire de Trévoux de 1732 dit: «_tempe_, voyez _temple_.»
-
- [28] «_Happelourde_, faux diamant, ou toute pierre précieuse
- contrefaite, ou qui n'est pas arrivée à la perfection», dit
- Furetière. Le mot est pris ici dans son sens propre; on connoît
- son sens figuré.
-
- [29] On assure que le roi Louis XIV, voulant sauver les
- apparences, ne passa jamais une nuit sans aller coucher dans la
- chambre de la reine.
-
- [30] Voyez ci-dessus, p. 25, _note_ 14.
-
- [31] C'est la pensée de Pascal, sur le nez de Cléopâtre et le
- grain de sable de Cromwell.
-
- [32] Remora. Furetière conteste déjà l'opinion de Pline et de tous
- les anciens qui, après lui, attribuaient au remora la force
- d'arrêter un vaisseau dans sa course: «mais les modernes tiennent
- que c'est une fable.»
-
- [33] La 1re édition de ce petit roman, reproduite par M. Paul
- Lacroix, remplace le passage qui suit par un texte tout différent,
- que nous reproduisons ci-dessous:
-
- «--Je suis bien aise, répliqua le duc, que Votre Majesté soit en
- humeur de railler sur cette aventure, et si vous n'étiez pas mon
- roi, je dirois encore une plaisanterie qui m'est venue dans
- l'esprit sur le malheur qui vient de vous arriver.
-
- «Le Roi lui permit de dire tout ce qu'il voudroit, ne cherchant
- qu'à dissiper son chagrin.--Je ne puis penser à la fatalité de
- votre aventure, dit alors le duc, qu'il ne me souvienne de ce que
- j'ai ouï dire autrefois d'un certain Martin qui, ayant un âne
- noir, voulut faire une gageure qu'on n'y trouveroit pas un seul
- poil d'une autre couleur. Aussi étoit-il noir depuis les pieds
- jusques à la tête. Cependant il y eut un homme qui se présenta
- pour faire cette gageure. Il offrit de payer le prix de l'âne s'il
- n'y remarquoit aucun poil qui ne fût noir, et le maître de la bête
- s'engagea à la lui livrer s'il trouvoit un seul poil d'une autre
- couleur. La chose étant ainsi arrêtée entr'eux, il se trouva que
- la bête avoit un poil qui étoit grisâtre, mais si menu qu'il ne
- paroissoit que comme un point; ce qui fut cause que son maître la
- perdit, et de là est venu ce proverbe: _pour un point, Martin
- perdit son âne._ Et vous, Sire, pour quelque chose de semblable,
- vous avez perdu la comtesse, qui, sans cela, ne pouvoir pas vous
- échapper.
-
- «Le Roi ne fit que rire de cette plaisanterie, et dit
- qu'effectivement il ne s'étoit jamais aperçu de cette marque sur
- son corps. Cependant, ajouta-t-il, c'est ce qui m'a fait perdre la
- bête que je tenois sans cela. Voilà la deuxième fois....., etc.»
-
- [34] Voy. t. I, p. 272, et _passim_, à la table.
-
- [35] Voy. t. I, préface.
-
- [36] Nous dirions prendre le mors aux dents.
-
- [37] A partir de cette réplique du Roi, les deux textes se
- confondent.--Voy. p. 88, _note_ 33.
-
- [38] Erreur. Voir ci-dessus, page 31, note 16.
-
- [39] Nous sommes en 1672. Il s'agit évidemment des divertissements
- donnés à Versailles par le Roi à toute sa cour à cette époque. La
- relation qui en a été publiée répartit ces fêtes en six journées.
-
- [40] Furetière définit un parterre: «la partie d'un jardin
- découverte où on entre en sortant de la maison.»
-
- [41] Qui s'ajoutoit à plus de...
-
- [42] Voir sur ces costumes l'intéressant ouvrage de M. Ludovic
- Celler: _Les décors, les costumes et la mise en scène au XVIIe
- siècle_, 1 vol. in-12. Paris, Liepmannsohn et Dufour, 1869.
-
- [43] Du temps où les loups de velours noir étaient en usage, ils
- devaient tomber devant le Roi ou la Reine; à plus forte raison les
- masques.
-
- [44] Conspirer étoit alors employé comme verbe actif ou comme
- verbe neutre; on disoit également bien: _conspirer la mort de
- quelqu'un, conspirer à la fortune de quelqu'un et conspirer
- contre quelqu'un_. (Furetière.)
-
- [45] C'est-à-dire comme les arrhes, comme les gages d'une conquête
- assurée. Furetière donne _erres_ comme une forme corrompue de
- _arres_, mais il n'admet pas le mot _arres_. Richelet (1685) fait
- une différence entre _arres_ qui s'emploie au figuré, et _erres_
- qui s'emploie dans le sens propre.
-
-
-[Cul-de-lampe]
-
-
-
-
- AMOURS
- DE LOUIS LE GRAND
- ET
- DE MADEMOISELLE DU TRON.
-
-
-
-
-[Bandeau]
-
-AMOURS
-
-DE LOUIS LE GRAND
-
-ET
-
-DE MADEMOISELLE DU TRON[46].
-
-
-_PRÉFACE DES ENTRETIENS._
-
- VÉNUS, _reine des amours_; CUPIDON _son fils, ayant jeté ses
- flèches et son flambeau par terre_.
-
-VÉNUS.--Que fais-tu donc, mon fils, dans ce lieu solitaire, et quelle
-est donc la cause de ton chagrin? La terre, l'air et l'onde se plaignent
-de toi tous les jours: les élémens ne font que murmurer depuis que tu
-n'animes plus le coeur des amans. La voix des oiseaux, le chant des
-Syrènes, tout languit ici bas, et les eaux du beau séjour où tu es
-coulent plus doucement, et disent, par leur muet langage, que toutes
-choses périssent si tu ne les soutiens.
-
-L'AMOUR, _en fureur_, _voulant rompre son arc et son flambeau_.--Ah!
-Madame, je me désespère, et je ne veux plus servir le monde: je perds
-courage depuis qu'un grand Héros, autrefois favori des Dieux, n'est plus
-sensible à mes traits. C'est en vain que je frappe; son coeur
-s'endurcit de plus en plus; et LOUIS LE GRAND[47], ce redoutable
-vainqueur, qui triomphe si facilement de toutes les beautés du tendre
-empire, semble avoir formé le dessein de ne plus aimer; j'en suis si
-chagrin, que j'ai résolu de briser mes armes et d'éteindre mon flambeau
-pour jamais.
-
-VÉNUS.--Hélas! mon enfant, que veux-tu faire? que deviendra l'Univers?
-C'est toi qui par tes soins empressés fournis de matière à tout ce qui
-l'anime, et sans ton secours la nature seroit aux abois.
-
-L'AMOUR.--Je me soucie peu d'elle, après l'affront que j'ai reçu ce
-matin du Dieu des combats: Mars m'a reproché, d'un air peu agréable, que
-ce monarque n'étoit plus occupé que des lauriers qu'il lui donnoit, et
-que mon règne étoit achevé.
-
-VÉNUS.--Mars n'a pas lieu présentement de parler si haut; mais en
-vérité, mon fils, j'ai honte de tes foiblesses. Si le Roi n'aime plus, à
-qui en est la faute? toi qui fais toutes choses, n'as-tu pu faire durer
-sa passion pour toujours?
-
-L'AMOUR.--Mes grandes occupations, Madame, en sont peut-être la cause:
-Il est vrai que j'ai négligé la revue de son coeur, pour courir à des
-conquêtes plus nouvelles, où l'on m'appelle incessamment.
-
-VÉNUS.--Allez, mon enfant; Mars se raille de vous mal à propos. Le Roi
-est plus sensible qu'il n'a jamais été. Mercure nous dit l'autre jour au
-palais de Jupiter, que le prince est fortement occupé d'une passion
-naissante qui le charme tendrement.
-
-L'AMOUR.--Il est donc piqué? Ma foi, je ne croyois pas que mes traits
-lui fussent encore si redoutables.
-
-VÉNUS.--Quoi! l'amour ignore ce que l'amour fait? ah! l'étrange
-surprise! je vois bien que toutes choses dégénèrent: c'est le vrai moyen
-de faire périr la nature et l'univers, et de les ensevelir dans un
-éternel silence.
-
-L'AMOUR.--Ne craignez rien, aimable reine de Cythère, il ne tiendra qu'à
-moi de le faire renaître; j'y vais travailler de ce pas avec des soins
-assidus et dignes de vous. Calmez vos chagrins, et n'en doutez
-aucunement; ma gloire y est intéressée.
-
-VÉNUS, _baisant son fils_.--Adieu, mon cher fils; reprens promptement
-tes flèches et ton flambeau, ne vois-tu pas que tout se ressent de ton
-inquiétude, et que tu es l'âme et le soutien de toutes choses? vole donc
-vite dans les airs: on t'attend au palais de LOUIS, pour un dessein
-nouveau.
-
-
- AMOURS DE LOUIS LE GRAND
- ET
- DE MADEMOISELLE DU TRON.
-
-
-_ENTRETIEN I._
-
- LE ROI[48], _Mademoiselle_ DU TRON[49], _la marquise de_
- MAINTENON[50], _Monsieur_ BONTEMS[51], _gouverneur de Versailles_,
- _étant tous dans le parc de Meudon_.
-
-LE ROI, _la tête nue à Mlle du Tron_.--Hé bien, Mademoiselle, que
-dites-vous de la nouvelle acquisition[52] que j'ai faite pour
-monsieur le Dauphin?
-
-Mlle DU TRON, _d'un ton précieux_.--Je dis, Sire, qu'elle est
-incomparable et digne du choix de Votre Majesté.
-
-LE ROI.--Voilà qui est fort obligeant, Mademoiselle; mais encore, n'en
-dites-vous rien de plus? n'ai-je pas bien fait de changer Choisy pour
-Meudon avec la marquise de Louvois[53], moyennant le prix que j'en ai
-donné de retour?
-
-Mlle DU TRON, _en riant_.--Admirablement, Sire; Choisy n'est point à
-comparer aux beautés de Meudon, et je trouve que Votre Majesté a gagné à
-cet échange, quoiqu'elle l'ait bien payé.
-
-LE ROI, _la regardant d'un air gracieux_.--Vous plairez-vous,
-Mademoiselle, dans cet agréable séjour?
-
-Mlle DU TRON, _d'une manière tout engageante_.--Il n'y a pas lieu,
-Sire, d'en douter; s'il m'appartenoit, j'aimerois passionnément un lieu
-si rempli de charmes, où tout ne respire que le plaisir.
-
-LE ROI.--Vous pouvez, ma belle, compter qu'il sera à vous, si je suis
-assez heureux pour vous plaire.
-
-Mlle DU TRON, _avec fierté_. Qui, moi, Sire? je n'ai pas assez de
-mérite et de vanité pour aspirer à la conquête du plus grand Roi de
-l'Univers.
-
-LE ROI, _en lui baisant la main_.--Que ces douceurs sont charmantes,
-Mademoiselle, et en même temps dangereuses pour le coeur d'un mortel!
-vous joignez aux charmes que le ciel vous a donnés, un esprit tout
-divin.
-
-Mlle DU TRON.--Sire, Votre Majesté me raille agréablement; mais je
-n'ose, par respect, lui dire que la sincérité est plus agréable et
-embarrasse moins une fille comme moi, qui vient de province, que
-ces délicatesses obligeantes et ces agrémens que suggère la politesse de
-la cour.
-
-LE ROI.--Je vous trouve, Mademoiselle, plus de grâces et plus de charmes
-que n'en ont toutes celles de ma cour, que l'artifice seul soutient;
-cette aimable innocence qui règne chez vous, fait ressentir un des plus
-grands plaisirs de la vie.
-
-Mlle DU TRON, _en rougissant_.--Ah! Sire, vous désarmez de tous
-côtés, et je ne trouve plus d'armes pour me défendre; vous combattez si
-bien tout ce que je dis à Votre Majesté, qu'il faut céder et se rendre.
-
-LE ROI, _à M. Bontemps_.--En vérité, Monsieur, vous avez une aimable
-nièce; elle a l'esprit aussi joli que le corps, et j'éprouve que tout ce
-qu'elle dit va droit au coeur.
-
-M. BONTEMPS.--Sire, ma nièce vous est infiniment redevable, et Votre
-Majesté a de grandes bontés pour elle; qu'en dites-vous, Madame?
-
-Mme DE MAINTENON, _d'une manière inquiète_.--Je ne m'étonne point,
-Monsieur, de voir l'encens du Roi donné à mademoiselle du Tron; ce grand
-monarque aime toutes les jolies femmes, et se fait un plaisir de le leur
-faire connoître.
-
-LE ROI, _l'interrompant_.--Il est vrai, Madame, que de tout ce qui est
-au monde, c'est ce que je trouve de plus beau et de plus engageant; si
-c'est un crime que d'aimer, tous les hommes en sont coupables, et seront
-malheureux pour avoir suivi un chemin si doux.
-
-M. BONTEMPS.--Sire, je crois, sans déguiser ma pensée, que c'est le
-moindre de tous les crimes que celui de l'amour. Hé! qui peut justement
-condamner un penchant que la nature donne à tout ce qui respire?
-
-Mme DE MAINTENON.--Monsieur, vous appuyez les inclinations du Roi
-avec un peu trop de complaisance. Savez-vous que la flatterie est un
-péché mortel, et qu'il ne faut jamais dire plus qu'on ne pense.
-
-M. BONTEMPS.--Madame, je ne tais point mes sentiments, et j'ai toujours
-cru que les péchés d'amour étoient bien pardonnables.
-
-Mme DE MAINTENON.--Ce n'est pas ce que nos Révérends Pères Jésuites
-disent; car ils comptent au rang des plus grands crimes la galanterie et
-les amusements de Cour. Oui, ces Saints Pères disent que Dieu y est
-offensé mortellement et que l'on se ferme par cette voie peu conforme à
-la morale de Notre Seigneur, la porte du paradis.
-
-M. BONTEMPS, _en riant_.--Quoi, Madame, croyez-vous entièrement toutes
-les idées du péché que ces religieux nous donnent? Ah! croyez-moi, ces
-bonnes âmes en font un nombre que l'on ne peut condamner avec justice,
-et qu'en particulier ils approuvent eux-mêmes.
-
-LE ROI, _en frappant sur l'épaule à M. Bontemps_.--Ma foi, Monsieur,
-vous êtes admirable en conclusions, et vous avez raison; ces bons Pères
-ne suivent pas toujours la morale qu'ils nous présentent[54].
-
-M. BONTEMPS.--Sire, souvenez-vous que la chair est foible et sujette à
-rebellion; la volonté peut être, mais.....
-
-LE ROI.--Ce n'est pas ce que madame de Maintenon dit; la bonne
-chrétienne veut que les sens obéissent à la volonté et à la raison, qui
-sont les tyrans de l'homme; cette dernière ne conclut rien, quoiqu'elle
-s'oppose à tout d'une manière sévère.
-
-Mme DE MAINTENON.--Ah! mon illustre Prince, décidez-vous de la sorte
-des facultés des créatures, qui rendront compte des biens qu'elles ont
-reçus du Créateur, qui ne les a créées que pour sa gloire?
-
-LE ROI, _riant, à M. Bontemps_.--Ne trouvez-vous pas, Monsieur, que
-madame de Maintenon est extrêmement savante? Elle se perd avec un saint
-plaisir dans la contemplation des mystères divins, qui la ravissent en
-admiration.
-
-Mme DE MAINTENON, _en soupirant_.--Hélas! mon cher Monarque, je
-souhaiterois n'avoir plus aucuns sentimens pour la terre qui
-m'éloignassent du ciel; mais la foiblesse humaine est si grande, que
-l'on ne triomphe pas toujours de soi et de la pente naturelle qui vous
-mène vers le vice.
-
-LE ROI, _s'éclatant de rire_.--Oh, la belle âme! Oh, la divine personne,
-qui est élevée jusques aux cieux par de saints et pieux transports, qui
-la distinguent des autres femmes!
-
-Mme DE MAINTENON, _quittant le Roi_.--Je vois bien qu'il faut céder à
-Votre Majesté: mais, mon Prince, ne raillez pas davantage les
-personnes qui font tous leurs efforts pour parvenir à l'Eternité.
-
-LE ROI.--Très-volontiers, Madame; adieu, je vous la souhaite.
-
-
-_ENTRETIEN II._
-
- _Monseigneur le_ DAUPHIN[55], _et la princesse_ DE CONTI[56].
-
-MONSEIGNEUR.--Ne trouvez-vous pas, Madame, ce lieu tout charmant? Pour
-moi j'y vois des beautés mille fois plus grandes qu'à Choisy,
-particulièrement pour la chasse, qui est ce que j'aime le plus.
-
-LA PRINCESSE DE CONTI.--Je ne sais, Monseigneur, quel plaisir vous
-prenez dans un exercice si pénible et si peu profitable: la défaite de
-vos ennemis vous seroit mille fois plus glorieuse que celle des bêtes, à
-laquelle vous ne remporterez pas grands lauriers.
-
-MONSEIGNEUR.--Je l'avoue, Madame, j'irois les combattre si l'on étoit
-sûr des victoires; mais depuis que j'ai été sur le Rhin[57] à me
-morfondre, où je n'ai eu nul avantage, la guerre ne me plait plus;
-et je trouve beaucoup plus de charmes à courir des loups[58] que
-j'arrête quand je veux. Dernièrement, dans la forêt de Saint-Germain mes
-gens prirent deux louves qui peuploient ces bois de petits loups, et,
-sans le malheur qui m'arriva, j'aurois pris le mâle: le maraut se sauva
-dans une île où l'on ne put le trouver.
-
-LA PRINCESSE DE CONTI.--Voilà qui est fâcheux, mon Prince; mais parlons
-un peu du grand chemin que le Roi fait faire depuis Versailles jusqu'à
-Meudon; qu'en dites-vous? La pieuse Maintenon n'en paroît pas trop
-contente.
-
-MONSEIGNEUR.--Parbleu, Madame, la vieille bigotte a bien d'autres choses
-en tête que le chemin de Meudon! Depuis que le Roi a fait jouer les
-comédiens à Trianon[59] pour la nièce du gouverneur de Versailles,
-elle est devenue jalouse comme un diable.
-
-LA PRINCESSE DE CONTI.--Ah! la vieille proscrite! l'amour
-l'inquiète-t-il encore? mais je crois que le Roi ne sera jamais aimé de
-mademoiselle du Tron, quoiqu'il fasse tout son possible pour parvenir à
-cette conquête: la belle est prévenue d'un amant.
-
-MONSEIGNEUR.--Qui est donc le galant de cette aimable fille?
-
-LA PRINCESSE DE CONTI.--Monseigneur, c'est le duc de ***[60] qui en est
-passionnément amoureux; et qu'elle aime plus que sa vie. Voilà une copie
-d'une lettre en vers, qu'on prétend qu'elle lui a écrite, qui est la
-plus tendre et la plus spirituelle du monde.
-
-MONSEIGNEUR.--Voyons les beaux sentiments de mademoiselle du Tron.
-
-LA PRINCESSE DE CONTI.--Ils sont délicats et fort tendres.
-
-MONSEIGNEUR.--C'est ce que je demande.
-
-(_La princesse de Conti lit:_)
-
- _Lettre en vers de mademoiselle du Tron au duc de *** à
- l'armée_[61].
-
- Ma vertu, cher amant, ne me pouvoit permettre
- Le funeste plaisir de t'écrire une lettre;
- Et malgré mon amour, mon devoir inhumain,
- M'a cent fois arraché la plume de la main.
- Mais quoi? le mal me presse, et si je l'ose dire,
- Il faut absolument ou mourir ou t'écrire.
- Dans cette extrémité, mon courage se rend;
- Et si je fais un mal, j'en évite un plus grand:
- Car enfin je veux vivre, et l'amour m'y convie
- Puisque tu reviendras me faire aimer la vie,
- Et que je ne sçaurois abandonner le jour,
- Sans quitter mon amant et perdre mon amour.
- Dis-moi donc, notre Roi veut-il, sans résistance,
- Sur tous ses ennemis exercer sa vengeance?
- Trouve-t-il tant d'attraits dans ces travaux guerriers?
- N'est-il pas encor las de cueillir des lauriers?
- Son bras victorieux, pendant une campagne,
- Fait plus qu'en soixante ans n'a pu faire l'Espagne.
- N'est-ce donc pas assez? veut-il que malgré moi,
- J'ose me repentir d'avoir un si grand Roi;
- Et que mon coeur, outré de dépit et de rage,
- Autant que les Anglois déteste son courage?
- Je regrette souvent le règne des Césars,
- Qui se plaisoient bien moins de vivre au Champ de Mars.
- Et, dans le grand désir de revoir ce que j'aime,
- Je fais presque des voeux contre la France même.
- Mais toi, mon cher amant, ne me déguise rien;
- La guerre te plaît-elle, et t'y trouves-tu bien?
- Défaire un escadron, forcer une muraille,
- Prendre une ville, un fort, gagner une bataille,
- Cela te charme-t-il? et ce funeste honneur
- Te plait-il aux dépens de tout notre bonheur?
- Aimes-tu les lauriers qui me coûtent des larmes?
- Ce qui fait tous mes maux a-t-il pour toi des charmes?
- Et quand tu fais trembler un peuple malheureux,
- Ne te souvient-il pas que je tremble plus qu'eux?
- Que malgré tous les maux que leur fait ton courage,
- Je suis plus misérable et perds bien davantage?
- Arrête donc, cruel, il ne t'est pas permis
- De me faire du mal plus qu'à tes ennemis.
- Hélas! je le sçay bien, tu n'as plus de tendresse,
- Tu ne me connois plus, la gloire est ta maîtresse:
- Elle occupe aujourd'hui ma place dans ton coeur
- Et je mérite moins qu'un fantôme d'honneur:
- Les blessures d'amour te semblent méprisables,
- Et celles du Dieu Mars te sont plus agréables.
- Autrefois tu jurois qu'il te seroit bien doux
- De pouvoir quelque jour mourir à mes genoux.
- Mais la guerre en trois mois t'a fait changer de stile;
- Tu ne veux plus mourir qu'aux pieds de quelque ville,
- Et le feu de l'amour qui t'a brûlé longtems,
- Cède à ce noble feu qui fait les conquérans.
- Tu te ris de mes yeux et de leur doux langage,
- Et crois qu'être amoureux ce n'est pas être sage.
- Ingrat! seroit-il vrai, ne m'abusé-je point?
- Serois-tu devenu tigre jusqu'à ce point?
- M'aurois-tu violé cette foi tant jurée?
- Ce feu, que je croyois d'éternelle durée,
- Seroit-il en trois mois étouffé dans ton sein?
- N'as-tu pu sans le perdre aller jusques au Rhin?
- Je pourrois bien courir sur la terre et sur l'onde,
- Et porter mon amour de l'un à l'autre monde,
- Sans qu'il se puisse éteindre ou bien qu'il s'altérât?
- Mais ai-je le malheur d'adorer un ingrat?
- Sans doute que tu crois que c'est une bassesse,
- Que d'être au Champ de Mars, songer à sa maîtresse,
- Et que d'y conserver de l'amour dans le coeur,
- Ce n'est pas le moyen d'acquérir de l'honneur:
- Ah! que tu connois mal le chemin de la gloire!
- Quoi? tous les conquérans dont nous parle l'histoire,
- Et dont on vante tant le courage et le bras,
- Ont-ils cessé d'aimer au milieu des combats?
- Regarde un Alexandre, un César, un Pompée:
- Ces grands hommes jamais ont-ils tiré l'épée,
- Sans songer qu'il falloit par mille beaux exploits
- Mériter la beauté qui leur donnoit des loix?
- Apprens donc que l'amour renverse des murailles,
- Ravage des Etats, remporte des batailles.
- Si dans le Champ de Mars tu veux être vainqueur,
- Tu te dois efforcer de mériter mon coeur.
- C'est l'unique moyen de gagner la victoire,
- Que de m'avoir toujours présente en ta mémoire.
- Mais pourquoi te donner ces conseils superflus?
- Mon triste coeur me dit que tu ne m'aimes plus,
- Qu'en vain de quelque espoir se flatte une insensée,
- Que Casal et Namur occupent ta pensée,
- Que, fatiguant sans cesse, et la nuit et le jour,
- Tu n'as guère de temps pour penser à l'amour;
- Et que, blessé peut-être, et mourant de foiblesse,
- Tu n'es point en état d'aimer une maîtresse;
- Que le sang et le meurtre ont changé ton esprit,
- Que ton coeur est de fer, que rien ne l'attendrit.
- Ah Ciel! qu'à m'affliger je suis ingénieuse,
- A m'entendre, on diroit que je crains d'être heureuse.
- Non, toutes ces raisons pour lui ne valent rien;
- Je ne crains point cela d'un coeur comme le tien;
- Et j'ai de ta constance une trop belle idée,
- Pour croire que déjà tu m'ayes oubliée.
- D'un feu trop violent j'eus soin de t'enflammer,
- Pour croire que déjà tu cesses de m'aimer.
- Il est certain moment où, seul devant la tente,
- Tu fais quelques soupirs pour ta fidèle amante;
- Et, malgré les appas que la guere a pour toi,
- Tu souhaites la paix peut-être autant que moi;
- Tu voudrois quelquefois aller comme un tonnerre
- Ravager la Hollande et terminer la guerre;
- Et le mortel regret d'avoir quitté mes yeux
- Contre les Hollandois te rend plus furieux.
- Rapporte donc à moi ta plus louable envie;
- Conserve bien tes jours pour conserver ma vie,
- Et, quoique ta valeur te porte à tout oser,
- Ne t'expose jamais de peur de m'exposer.
-
-MONSEIGNEUR.--Il faut avouer, Madame, que voilà quelque chose de bien
-écrit et de bien tendre. C'est en vain que le Roi tente d'attendrir un
-coeur si pénétré de passion; elle n'aimera jamais Sa Majesté, quelque
-protestation qu'elle lui en fasse.
-
-LA PRINCESSE DE CONTI.--J'en doute fort; mais que deviendra notre
-vieille dévote, si le Roi continue d'aimer cette belle fille?
-
-MONSEIGNEUR.--Ma foi, Madame, je n'en sais rien; ses affaires sont en
-mauvais état; n'en parlons pas, la voici avec son Maure qu'elle aime
-beaucoup.
-
-
-_ENTRETIEN III._
-
- _La marquise_ DE MAINTENON _et son Maure_.
-
-LA M{ise} DE MAINTENON.--Page, va voir où est le Roi. Je suis en peine
-de ce que Sa Majesté fait.
-
-LE MAURE.--J'y cours sans différer d'un moment.
-
-Mme DE MAINTENON, _après le retour du Maure_.--Hé bien que fait le
-Prince? à quoi s'occupe-t-il?
-
-LE MAURE.--Madame, il est dans un salon, avec le gouverneur de
-Versailles et sa nièce.
-
-Mme DE MAINTENON.--Hélas, mon enfant, ce n'est pas pour les beaux
-yeux de M. Bontemps que ce grand Monarque a tant de complaisance; il a
-une autre idée qui lui fait trouver ces moments agréables. Sexe
-inconstant et volage, qui n'aime que les nouveautés; vieux pécheur[62],
-est-ce encore à toi de sentir les appétits de la chair, qui es tout
-ruiné et rendu incapable de satisfaire une jeune coquette comme est la
-du Tron?
-
-LE MAURE.--Madame, je ne saurois qu'y faire; mais le Roi est de fort
-belle humeur.
-
-Mme DE MAINTENON.--C'est ce qui me chagrine.--Maure, va dire à Sa
-Majesté que je viens de recevoir une lettre de l'armée du maréchal
-de Boufflers[63] qui se trouve fort embarrassé dans Namur à repousser
-les ennemis.
-
-LE MAURE.--Madame, je n'ose.
-
-Mme DE MAINTENON.--Tu n'es qu'un animal; j'y vais moi-même.
-
-LE MAURE _seul_.--Allez-y si vous voulez, vieille médaille; le Roi se
-moquera de vous et aura raison.
-
-
-_ENTRETIEN IV._
-
- LE ROI, _Madame_ DE MAINTENON, _et_ M. BONTEMPS.
-
-Mme DE MAINTENON.--Sire, voici des nouvelles, mais non pas des
-meilleures. Que dites-vous du mauvais état de nos affaires? Un exprès
-est venu ce matin, qui m'a dit que Casal et Namur[64] sont assiégés par
-les ennemis, et que nos généraux commencent à perdre courage.
-
-LE ROI.--Parbleu, Madame, je n'y puis que faire; je suis si las de la
-guerre que je voudrois n'y avoir jamais songé. Les inquiétudes d'amour
-sont mille fois plus douces que celles de Mars, qui ne fait que des
-impressions de sang et de carnage, qui ne donne point de repos; et, pour
-être partout où l'on donne une bataille, cela n'est point de mon goût.
-
-Mme DE MAINTENON.--C'est donc pour cela, Sire, que vous avez toujours
-des retours de cette passion qui rejaillissent incessamment, quelques
-prières que je fasse à saint Benoît[65] pour la continence de Votre
-Majesté? O sang rebelle et désobéissant au Souverain: quand
-triompherons-nous de vous?
-
-M. BONTEMPS.--Madame, ces petits emportements sont pardonnables à notre
-grand Monarque; c'est dans les bras de Vénus qu'il se délasse des
-travaux de la guerre et des soins de son royaume, qui fatiguent Sa
-Majesté nuit et jour.
-
-Mme DE MAINTENON, _peu contente et montrant un chapelet_.--Monsieur,
-ne flattons pas les Princes dans leurs défauts, par politique et par
-intérêt. Voilà où mon Prince doit appliquer tous ses soins, à dire
-souvent son chapelet et bien prier Dieu.
-
-LE ROI, _d'un ton méprisant_.--Madame, cessez de me rompre la tête de
-vos dévotions outrées. Allez seulement porter une chandelle de Saint-Cyr
-à votre bon saint Hilaire, afin qu'il vous rende plus discrète.
-
-(_Madame de Maintenon s'en va._)
-
-
-_ENTRETIEN V._
-
- LE ROI _et Mademoiselle_ DU TRON, _seule au bord d'un bassin_.
-
-LE ROI.--Que faites-vous ici, belle rêveuse? j'étois en peine de vous.
-
-Mlle DU TRON.--Sire, j'admirois l'eau comme le principe de
-toutes choses, suivant la pensée d'un philosophe[66].
-
-LE ROI.--Quoi, Mademoiselle, vous suivez déjà les idées de ces grands
-hommes à l'âge où vous êtes? Ah! défaites-vous de ces pensées obscures
-et douteuses, qui ne font que fatiguer les personnes qui s'y
-abandonnent.
-
-Mlle DU TRON, _d'une manière précieuse_.--Sire, Votre Majesté saura
-aussi que je ne m'embarrasse pas beaucoup des sentiments erronés des
-philosophes; je n'en parle seulement qu'en passant, et pour me divertir.
-
-LE ROI.--Vous faites très-bien, ma chère demoiselle, de ne vous pas
-occuper l'esprit de ces fadaises qui n'ont rien de solide; l'Amour, ce
-petit Dieu des coeurs, est quelque chose de bien plus doux.
-
-Mlle DU TRON, _poussant un grand soupir_.--Ah! Sire, ce nom me fait
-trembler. Dieux, qu'il est redoutable, cet amour que Votre Majesté
-trouve si charmant!
-
-LE ROI.--Hé! que vous a fait, Mademoiselle, ce pauvre enfant pour le
-traiter de la sorte? Ce n'est pas l'amour qui fait peur aux belles comme
-vous; car je sais que vous aimez, et peut-être de plus d'une manière.
-
-Mlle DU TRON.--Votre Majesté, mon Prince, m'apprend qu'il y a
-plusieurs amours; mais j'ai toujours cru qu'il n'y en avoit qu'un qui
-soutenoit l'Univers.
-
-LE ROI, _se passionnant_.--Il est vrai, ma charmante, c'est
-justement celui-là que je souhaite qui vous puisse blesser. Aimez-moi
-donc, si vous ne l'avez pas encore fait.
-
-Mlle DU TRON.--Ah! Sire, je crains...
-
-LE ROI.--Hé! que craignez-vous, Mademoiselle? ne suis-je pas Roi?
-
-Mlle DU TRON.--Il est vrai, Sire; mais...
-
-LE ROI.--Mais vous doutez, peut-être, si je vous aimerai; ah! quelle
-injustice vous me faites, mon adorable! vous n'avez que trop de mérite
-et de charmes pour rendre mon amour éternel.
-
-Mlle DU TRON.--Ah! mon Prince, Votre Majesté ne doit pas être
-surprise de cette foiblesse; l'on craint toujours ce que l'on ne veut
-pas voir, et l'amour est toujours occupé de plusieurs passions.
-
-LE ROI.--Enfin, ma belle, venons au fait: m'aimerez-vous, ou non? Si
-vous le faites, vous sauverez la vie d'un prince qui va mourir à vos
-pieds, et qui, sans ce charmant aveu, seroit le plus malheureux de tous
-les hommes.
-
-Mlle DU TRON, _en rougissant_.--Sire, qu'une déclaration tendre d'un
-si grand prince embarrasse une personne comme moi! je veux tout, je
-crains tout; mais hélas! je ne trouve point de force pour rien résoudre,
-et je flotte toujours entre l'incertitude que mon coeur m'a fait
-naître.....
-
-LE ROI.--Bannissez cette incertitude, Mademoiselle, et me rendez
-heureux.
-
-
-_ENTRETIEN VI._
-
- LE ROI, _Mademoiselle_ DU TRON, _et Madame_ DE MAINTENON, _qui
- surprend le Roi aux pieds de cette belle, dans un cabinet[67]
- d'orangers_.
-
-Mme DE MAINTENON.--Ah! ciel, que vois-je? le Roi qui ne s'est point
-souillé depuis cinq ou six ans des plaisirs de la chair, et le voici aux
-pieds d'une fille! Ah! Sire, je veux qu'un ange m'emporte, si vous ne
-perdez la santé qui vous reste, par vos mouvements passionnés.
-
-LE ROI, _faisant un signe de croix_.--Madame, je remarque que vous
-extravaguez. Allez vous mettre au lit; vous êtes plus malade que vous ne
-pensez. Mon bel ange aura soin de me guérir. Les blessures d'amour ne
-sont pas dangereuses.
-
-Mlle DU TRON.--Quelquefois, Sire, ce Dieu a renversé des murailles et
-gagné de grandes victoires; et tout cela en faisant souffrir bien des
-peines à ceux qui les défendoient[68].
-
-Mme DE MAINTENON, _présentant un petit crucifix au Roi_.--Voilà,
-Sire, la véritable pierre de touche; voilà quel doit être à présent
-l'objet de votre adoration; c'est là où Votre Majesté doit attacher
-toutes ses affections et toutes ses pensées, sans s'amuser à ternir sa
-gloire aux pieds des créatures mortelles.
-
-LE ROI, _en colère_.--Allez, Madame, aux petites maisons; l'on y en met
-de moins folles que vous. Est-il saison de m'apporter un crucifix dans
-le temps que je suis aux pieds d'un ange? Attendez du moins que j'aie
-commerce avec quelque lutin, afin de l'exorciser par votre dévotion.
-
-Mme DE MAINTENON.--Hélas! Sire, la conversation d'une fille est à
-présent plus dangereuse pour Votre Majesté, que celle du plus méchant
-lutin du monde[69]. M. Fagon[70], votre premier médecin, m'a
-témoigné mille fois que l'exercice d'amour ne vous vaut rien, parce
-qu'il ébranle et dissipe les forces naturelles de l'homme; cependant
-Votre Majesté ne peut étouffer les désirs charnels qui renaissent
-toujours. Brisez les chaînes du péché, et vous attachez entièrement à
-votre salut.
-
-LE ROI, _se radoucissant_.--Je le ferai, Madame; ce sont mes affaires,
-qui ne vous regardent pas. Allez seulement vous reposer, cela fera du
-bien à votre esprit, qui est en mauvais état.
-
-(_Madame de Maintenon s'en va._)
-
-LE ROI.--Parbleu, Mademoiselle, cette dame-là radote, de venir ainsi
-troubler nos plaisirs. Que ne demeure-t-elle à Saint-Cyr[71], pour
-donner le nécessaire à ses filles?
-
-Mlle DU TRON.--Sire, il paroît bien à l'emportement de madame de
-Maintenon qu'elle aime Votre Majesté, puisqu'elle prend tant de part
-dans ses intérêts.
-
-LE ROI.--Je ne puis pas bien démêler le motif qui la fait agir de
-la sorte; mais je vous dirai, Mademoiselle, qu'un simple gentilhomme est
-plus heureux que moi, parce qu'il peut faire ses affaires en secret.
-
-Mlle DU TRON.--Je vous l'avoue, Sire.
-
-Mme DE MAINTENON, _revenant_.--Sire, je viens dire à Votre Majesté,
-que voici deux lettres que je viens de recevoir; l'une est du maréchal
-de Boufflers, et l'autre m'a été donnée par M. Bontemps pour
-mademoiselle du Tron: c'est une de ses tantes de Normandie qui lui mande
-de venir promptement.
-
-LE ROI, _d'un air de dépit_.--Et l'autre, Madame, que contient-elle?
-Apparemment vous en savez aussi la substance?
-
-Mme DE MAINTENON.--Non, Sire, je n'ai osé l'ouvrir; mais je crois que
-le maréchal se plaint fort de ses soldats qui désertent à tout moment:
-ce général en a perdu six mille dans Namur[72].
-
-LE ROI.--Depuis un temps vous ne me dites rien que de désagréable.
-
-Mlle DU TRON.--Sire, je prends congé de Votre Majesté.
-
-LE ROI.--Où allez-vous, ma belle? demeurez, je vous prie.
-
-Mlle DU TRON, _après avoir lu sa lettre_ [_la lettre de sa
-tante_].--Sire, je viens de lire la lettre de ma tante qui me mande
-absolument; Votre Majesté aura la bonté de me laisser aller.
-
-LE ROI, _chagrin et trépignant du pied_.--Ah! fâcheux contre-temps, ne
-cesserez vous point de me persécuter.
-
-
-_ENTRETIEN VII._
-
- LE ROI, _et le_ PÈRE LA CHAISE[73], _son confesseur_.
-
-LE ROI, _l'apercevant_.--Approchez, mon révérend Père, j'ai bien de la
-joie de vous voir.
-
-LE PÈRE LA CHAISE.--Ah! Sire, celle que je sens n'est pas exprimable. Il
-y a plusieurs jours que je meurs d'envie d'entretenir Votre Majesté sur
-quelques affaires qui me paroissent importantes.
-
-LE ROI.--Parlez, mon révérend Père, qu'avez-vous à me dire d'important?
-
-LE PÈRE LA CHAISE, _étant entré dans le cabinet du Roi_.--Sire, je
-prends la liberté de dire à Votre Majesté, qu'étant il y a quelques
-jours en prières, j'eus une vision qui m'étonna fort, et où je me
-trouvai très-embarrassé. L'esprit qui me parla, me dit qu'il étoit l'âme
-du père Bobinet[74] mon confesseur, que le conseil céleste avoit député
-pour venir me dire combien les puissances souveraines des cieux étoient
-fâchées contre Votre Majesté, qui met le clergé au rang des sujets
-contribuables de son royaume, en les taxant comme les autres[75]. Ce qui
-ne doit pas être, suivant la pensée d'un grand Saint, qui nous dit
-que ceux qui servent à l'autel doivent être exempts de tous impôts et de
-toutes taxes.
-
-LE ROI, _fort pensif_.--Cela est-il bien véritable? Mais, mon Dieu, mon
-révérend Père, ce n'est pas ma faute; si j'ai péché dans cette occasion,
-ce n'est que par conseil. Messieurs de Pomponne[76], de Harlay[77], et
-Pontchartrain[78], ne m'ont-ils pas porté à demander à mon clergé les
-dix millions de don gratuit[79] qu'il m'a fourni pour soutenir la
-guerre, qui, comme vous savez, est fort difficile à supporter[80]?
-
-LE PÈRE LA CHAISE.--Je l'avoue, Sire; mais cependant on murmure fort à
-la cour céleste de tout ce qui se passe en France et le père Bobinet dit
-encore que saint Ignace prit la parole au nom de l'assemblée, et dit,
-comme en colère, qu'il étoit impossible qu'un prince qui renverse le
-service divin entrât en paradis.
-
-LE ROI, _frappant de son chapeau sur la table_.--Parbleu, mon Père, je
-n'y saurois que faire, quand tous les saints du Paradis y trouveroient à
-redire, et que ce seroit un crime, j'y ai été forcé; ce n'est que pour
-un bien qui est la gloire de mon Etat; et, quoique j'en aie donné les
-ordres, ce ne peut être au plus à mon égard qu'un péché
-philosophique[81], comme vous me l'avez dit mille fois.
-
-LE PÈRE LA CHAISE.--Sire, ne vous emportez pas, nous tâcherons de
-réconcilier Votre Majesté avec les puissances célestes, et de rendre
-véniels tous les péchés qu'elle commettra par ignorance.
-
-LE ROI.--Vous ferez bien, car je n'aime pas les querelles, et ne veux
-pas être contredit dans mes actions. Tâchez donc, mon révérend Père, de
-faire ma paix avec les saintes Intelligences, et de me bien mettre dans
-leurs esprits; car autrement je craindrois fort qu'il me laissent
-longtemps brûler en purgatoire pour se venger.
-
-LE PÈRE LA CHAISE.--Ne vous alarmez point, Sire; je donnerai un bon
-passe-port à Votre Majesté pour la rendre heureuse en l'autre vie;
-d'ailleurs, ne doit-elle pas tout espérer de tant de belles actions
-qu'elle a faites pendant son règne, et de toutes les âmes qu'elle a
-converties par ses dragons[82], que nous appelons les gendarmes du ciel?
-
-LE ROI.--Lorsque j'ai fait chasser les huguenots, qui ne vouloient pas
-se convertir, j'ai suivi en cela les conseils que vous m'aviez donnés;
-car vous savez que vous m'avez toujours dit que je ne pouvois faire une
-plus belle pénitence de mes fautes passées, et acquérir plus sûrement le
-Paradis, qu'en donnant tous mes soins pour l'extirpation de
-l'hérésie[83], et en établissant la maison de Saint-Cyr[84].
-
-LE PÈRE LA CHAISE.--Cela est vrai, Sire, et c'est aussi ce que l'on
-considérera toujours comme les merveilles de votre règne. Ne doutez donc
-pas que vous n'en receviez la récompense dans le ciel.
-
-LE ROI.--Cela suffit; adieu donc, mon révérend Père; je me recommande à
-vos bonnes prières et à celles des Saints Pères de votre société.
-
-
-_ENTRETIEN VIII._
-
- _Madame_ DE MAINTENON _et Monsieur_ FAGON, _premier médecin du Roi_.
-
-M. FAGON.--Madame, je suis votre très humble serviteur; comment vous
-portez-vous?
-
-Mme DE MAINTENON.--Je me porterois bien, Monsieur, si je n'avois
-point de chagrin qui est, comme vous savez, un poison pour la santé.
-
-M. FAGON.--Il est vrai, Madame, Hypocrates nous dit aussi, dans son
-traité de médecine, que les personnes gaies sont rarement malades[85].
-
-Mme DE MAINTENON.--Hé, comment, Monsieur, pouvoir rire? l'on a du
-chagrin à tout moment.
-
-M. FAGON.--Quel est donc le vôtre, Madame, ose-t-on vous le demander?
-
-Mme DE MAINTENON, _poussant de gros soupirs_.--Oui bien, Monsieur,
-c'est le Roi qui me le donne.
-
-M. FAGON.--Quoi, Madame, un prince si bénin, si débonnaire pourroit vous
-affliger?
-
-Mme DE MAINTENON.--Monsieur, le déplaisir que ce monarque me cause
-est qu'il veut s'attacher de nouveau à une petite beauté qui lui donnera
-bien à songer. Vous savez que l'exercice amoureux ne lui vaut rien
-à l'âge où il est[86].
-
-M. FAGON.--J'en conviens, Madame; l'amour rend l'homme foible et
-chancelant quand il ne se conduit pas sagement; mais user un peu de
-cette passion sobrement, n'est pas méchant pour la santé. Nous avons
-même un de nos savants docteurs qui ordonne de temps en temps de se
-servir de femmes et de vin pour se bien porter[87].
-
-Mme DE MAINTENON.--De grâce, Monsieur, n'allez pas dire cela au Roi.
-Ce prince, qui est naturellement sensible à l'amour, en profiteroit plus
-que vous ne croiriez, et Sa Majesté se perdroit dans les combats de
-Vénus.
-
-M. FAGON, _riant_.--Est-il possible, Madame?
-
-Mme DE MAINTENON, _branlant la tête_.--Il n'est que trop vrai,
-Monsieur; je connois ce monarque, il pousse les choses jusques à
-l'excès; et c'est son penchant que les femmes.
-
-M. FAGON.--Quelle est donc la beauté, Madame, qui engage à présent le
-Roi? je le croyois détaché de tout attachement charnel.
-
-Mme DE MAINTENON.--Monsieur, est-ce que vous ne le savez pas?
-
-M. FAGON.--Non, Madame; qui est-ce qui me l'auroit dit?
-
-Mme DE MAINTENON.--C'est la nièce de M. Bontemps notre gouverneur de
-Versailles, qui a ravi la liberté de ce prince, pour l'avoir vue
-une fois à l'Opéra.
-
-M. FAGON.--Quoi, Mlle du Tron! qui auroit jamais dit que cette fille
-avec son air précieux et languissant[88], auroit pris le coeur d'un si
-grand prince?
-
-Mme DE MAINTENON.--Cependant, c'est elle-même; le Roi en est si
-charmé que, hors de sa présence, il ne peut trouver de repos.
-
-M. FAGON.--Ah! Madame, je la plains: Il faut que ce prince fasse de
-grands efforts pour contenter cette jeune amante, cela détruira
-infailliblement sa santé.
-
-Mme DE MAINTENON.--C'est ce que je dis aussi, Monsieur; je vous prie
-instamment de vous servir de tout l'ascendant que vous avez sur ce
-monarque, pour le détourner de cette amourette qui lui est si
-désavantageuse pour le corps et pour l'esprit, qu'il n'est occupé que de
-sa nouvelle passion.
-
-M. FAGON.--Je ferai tout mon possible, Madame, pour persuader à ce
-prince que sa santé y est intéressée; et comme Sa Majesté ajoute assez
-de foi à ce que je lui dis, j'espère de réussir dans mon dessein.
-
-Mme DE MAINTENON.--Dieu le veuille, Monsieur, pour mon repos. Il me
-souvient que, quand vous dîtes au Roi dernièrement que l'air de Meudon
-lui étoit meilleur que celui de Versailles, il a cru votre conseil,
-puisque Sa Majesté y va une ou deux fois la semaine, et
-particulièrement depuis qu'il a sa belle en tête.
-
-M. FAGON.--Ne vous chagrinez point, Madame, de cette amourette: c'est un
-feu volant qui passera comme les autres; il est trop ardent, à ce que
-vous m'avez dit, pour être de durée.
-
-Mme DE MAINTENON.--Cependant, Monsieur, je ne laisse pas d'en avoir
-bien du chagrin.
-
-M. FAGON.--Madame, vous avez trop de vertu et trop de politique pour ne
-pas savoir vous contraindre; un peu de complaisance sied bien, et
-principalement à la Cour où il s'en faut beaucoup servir.
-
-Mme DE MAINTENON.--Rien de plus vrai, Monsieur, la feinte et la
-dissimulation sont les qualités les plus nécessaires aux courtisans.
-
-M. FAGON.--Madame, je prends congé de vous; voici le Roi qui vient, je
-m'en vais au-devant.
-
-Mme DE MAINTENON.--Adieu, Monsieur, n'oubliez pas de dire au Roi
-qu'il prenne soin de sa personne.
-
-M. FAGON, _prenant la main de Mme de Maintenon_.--Je n'y manquerai
-pas, Madame, prenez du repos.
-
-Mme DE MAINTENON.--Monsieur, avant que je vous quitte, tâtez un peu
-mon pouls.
-
-M. FAGON, _lui prenant le bras_.--Il est un peu ému, mais ce ne sera
-rien; et si cela continue, mon chirurgien[89] vous saignera par la veine
-céphalique et basilique[90], ce qui vous guérira indubitablement;
-je vous laisse, Madame.
-
-Mme DE MAINTENON.--Je suis votre servante, Monsieur.
-
-
-_ENTRETIEN IX._
-
- LE ROI, _et Monsieur_ FAGON.
-
-LE ROI, _en souriant_.--Ah! Monsieur le médecin, comment vous
-portez-vous depuis avant-hier?
-
-M. FAGON.--Fort bien, Sire, comme un homme qui est toujours prêt à
-servir Votre Majesté, avec la plus grande inclination du monde.
-
-LE ROI, _lui prenant la main_.--Voilà qui est fort honnête, Monsieur,
-comptez aussi sur mon amitié.
-
-M. FAGON.--Sire, Votre Majesté me fait plus d'honneur que je ne mérite.
-
-LE ROI.--Monsieur, point de compliments, asseyez-vous ici. Quelles
-nouvelles m'apprendrez-vous?
-
-M. FAGON.--Sire, je ne sais rien de nouveau, sinon, que je trouve
-un grand changement en Votre Majesté.
-
-LE ROI, _le regardant_.--Eh! que trouvez-vous en moi de changé? est-ce à
-mon avantage ou à mon désavantage?
-
-M. FAGON.--Non, Sire, c'est à votre avantage.
-
-LE ROI, _en riant_.--Parlez donc, Monsieur le docteur, et vous
-expliquez; qu'est-ce que vous remarquez en moi?
-
-M. FAGON.--Une abondance de santé, Sire, causée par une joie qui se
-répand sur toute votre personne royale.
-
-LE ROI.--Bon, voilà qui va bien, Monsieur; je ne laisse pas cependant
-d'avoir du chagrin de toutes les pertes que je fais cette année de tous
-côtés.
-
-M. FAGON.--C'est le sort de la guerre, Sire, qui a toujours été de la
-sorte; l'amour récompense Votre Majesté de ses pertes, en lui faisant
-faire des conquêtes dans son empire.
-
-LE ROI, _d'un air agréable_.--Monsieur, je vois bien que vous êtes aussi
-savant en amour qu'en médecine; mais, dites-moi un peu, je vous prie,
-avez-vous des remèdes pour les coeurs des amants?
-
-M. FAGON.--Oui, Sire, je les guéris à peu de frais.
-
-LE ROI.--Ah! Monsieur, donnez-m'en un pour un prince qui souffre
-beaucoup, qui vous en saura bien du gré.
-
-M. FAGON.--Sire, je ne puis guérir personne si je ne le connois; mes
-herbes n'ont point d'effet, si je ne vois et ne touche.
-
-LE ROI, _en souriant_.--C'est moi, Monsieur, qui serai votre nouveau
-malade; je vous prie, guérissez-moi donc promptement.
-
-M. FAGON.--Votre Majesté, Sire, n'a pas besoin de mes remèdes, étant
-maître de la beauté qui l'engage; mais je prends la liberté de lui dire,
-qu'un grain ou deux d'amour de plus pris par excès, sont capables de lui
-faire bien du mal, et même de lui affoiblir le reste du corps.
-
-LE ROI.--Je vous entends, Monsieur; nous n'en prendrons pas plus qu'il
-n'en faut pour se bien porter. Adieu, je vous quitte, voilà M. de
-Pontchartrain.
-
-
-_ENTRETIEN X._
-
- LE ROI, _et Monsieur_ DE PONTCHARTRAIN, _ministre d'Etat_.
-
-LE ROI.--Eh bien, Monsieur, aurons-nous de l'argent?
-
-M. DE PONTCHARTRAIN.--Sire, en exécution de vos ordres, nous nous sommes
-assemblés extraordinairement, pour tâcher de trouver à Votre Majesté les
-sommes qu'elle demande, nous avons longtemps délibéré...
-
-LE ROI.--Il ne falloit pas perdre tant de temps à délibérer, et passer
-promptement aux effets pour remplir nos coffres.
-
-M. DE PONTCHARTRAIN.--Nous le souhaitons tous ardemment; mais...
-
-LE ROI, _se fâchant_.--Mais, mais; ne vous ai-je pas dit que quand j'ai
-commandé, je ne veux pas qu'on me contredise.
-
-M. DE PONTCHARTRAIN.--Sire, je prends la liberté de remontrer à Votre
-Majesté que l'on ne peut à présent aller si vite; la ville et la
-campagne sont ruinées par les taxes, les impôts et les contributions;
-vos peuples meurent de faim[91], et sont tellement accablés de misères,
-qu'ils ont beaucoup plus besoin d'un prompt soulagement, que d'être
-encore surchargés par de nouveaux impôts.
-
-LE ROI.--Qu'ils fassent comme ils l'entendront; mais il faut bien qu'ils
-payent ou qu'ils crèvent. Voilà qui est admirable! doivent-ils
-travailler pour d'autres que pour moi qui suis leur Roi, et tous leurs
-biens ne m'appartiennent-ils pas de droit, comme madame de Maintenon
-et les bons Pères Jésuites me le représentent si souvent[92]! C'est
-aussi le sentiment des principaux de ma Cour, qui disent que mes sujets
-doivent s'estimer fort heureux que je leur laisse la vie et l'habit, que
-je pourrois leur ôter si je voulois.
-
-M. DE PONTCHARTRAIN.--Il ne me convient pas, Sire, d'entrer dans cet
-examen; cependant je prends la liberté de vous dire, qu'encore que Votre
-Majesté soit toute puissante sur la terre, elle ne peut faire trouver de
-l'argent où il n'y en a pas. Il n'y a que le Créateur de l'Univers qui
-puisse faire un si grand miracle.
-
-LE ROI.--Enfin, Monsieur, sans tant de raisons, faites ce que vous
-pourrez et mettez tout en usage; mais il faut au plus tôt de l'argent,
-tant pour mes dépenses ordinaires et extraordinaires, que pour celles de
-la guerre[93] et de Marly[94], dont je ne prétends pas absolument [en]
-rien retrancher.
-
-M. DE PONTCHARTRAIN.--C'est à ces grands recouvrements que je travaille
-aussi avec toute l'application possible; mais en vérité, Sire, nous
-avons inventé tant de nouvelles affaires, que mon imagination en est
-tarie[95], et il ne nous reste plus qu'une découverte à mettre en
-oeuvre.
-
-LE ROI.--Quelle est donc cette découverte?
-
-M. DE PONTCHARTRAIN.--La voici: Messieurs d'Argouges et
-Barbezieux[96], ministres d'Etat, ne pouvant plus mettre de taxes,
-et voyant que les finances de Votre Majesté commencent à s'épuiser, M.
-d'Argouges, toujours fertile en moyens, nous en proposa un nouveau, qui
-est de mettre un impôt sur les vents; ce qui attireroit, dit-on, de
-grandes sommes d'argent pour soutenir la guerre dans tout le royaume;
-les mariniers, les bateliers, les meuniers et autres gens semblables, ne
-pouvant se servir de cet élément sans payer la somme imposée.
-
-LE ROI.--Cet avis me paroît assez bon, et n'est pas à négliger.
-
-M. DE PONTCHARTRAIN.--L'on étendroit le règlement jusques sur les
-apothicaires, qui par leurs remèdes tirent un gros profit des vents du
-corps humain, et sur les médecins qui n'en tirent pas moins, et y
-contribuent autant par leurs ordonnances.
-
-LE ROI, _se frottant le front_.--Je consentirois avec joie, si cela se
-pouvoit; mais chacun se révoltera d'abord contre ce nouvel impôt,
-particulièrement les médecins et les apothicaires qui crieront comme des
-diables.
-
-M. DE PONTCHARTRAIN.--Sire, il suffit d'avoir votre consentement, nous
-les réduirons comme les autres.
-
-LE ROI.--Monsieur, je ne sais ce que je dois faire: mon confesseur m'a
-rapporté que tous les saints du Paradis crient contre moi comme des
-enragés d'avoir osé taxer le service divin[97].
-
-M. DE PONTCHARTRAIN.--Cela se peut-il, Sire?
-
-LE ROI.--Il n'y a rien de plus vrai, Monsieur; mais que le Père Bobinet,
-confesseur du Père de la Chaise qui est mort depuis peu, a été député de
-l'assemblée céleste pour m'en avertir.
-
-M. DE PONTCHARTRAIN.--C'est cependant, Sire, le dernier moyen que nous
-avons trouvé pour avoir de l'argent.
-
-LE ROI.--Morbleu, Monsieur, je suis au désespoir de voir les côtes
-de France bombardées par les Anglois et les Hollandois[98]. Je voudrois
-n'avoir jamais vu Tourville[99] qui m'a conseillé de mener ma flotte
-dans la Méditerranée: les alliés en ont bien su profiter et n'auroient
-pas fait de même[100].
-
-M. DE PONTCHARTRAIN.--Sire, c'est un malheur, mais la chose est faite.
-
-LE ROI.--Oui, de par tous les diables, mais je n'en suis pas mieux, et
-mes forces s'affoiblissent toujours de plus en plus.
-
-M. DE PONTCHARTRAIN.--Rien n'est plus vrai, Sire; car les trois Etats de
-Votre Majesté sont aux abois et n'en peuvent plus; le Clergé, le
-Parlement et la Noblesse se sont saignés jusques à la dernière goutte de
-leur sang, et je ne sais par quel nouvel impôt on pourra trouver de
-l'argent.
-
-LE ROI, _après avoir rêvé_.--Monsieur, il me semble qu'il seroit plus à
-propos de taxer les heures que les vents, parce qu'elles font toujours
-leur même révolution, et que chacun s'en sert généralement sans pouvoir
-s'en passer, particulièrement l'heure du berger, qui est d'une nécessité
-importante aux amants.
-
-M. DE PONTCHARTRAIN.--Mais, comment, Sire, connoître les heures
-destinées à l'amour, à moins de taxer tous les jeunes gens.
-
-LE ROI.--Monsieur, l'on ne sauroit manquer de comprendre au rôle de
-cette taxe tous les vieux et les jeunes; car je puis vous assurer que
-les vieillards aiment autant à se divertir que les autres.
-
-M. DE PONTCHARTRAIN.--Mais, Sire, Votre Majesté ne trouveroit-elle pas
-bon d'y mettre les religieux et les abbés[101], qui font...
-
-LE ROI.--Ah! ciel! Monsieur, vous n'y songez pas; il est vrai que les
-abbés sont amis de la galanterie; mais les autres sont de saintes
-âmes qui ne font que prier Dieu nuit et jour.
-
-M. DE PONTCHARTRAIN.--Sire, M. de Pomponne proposa encore un autre
-moyen, qui semble être une dépendance de celui que Votre Majesté veut
-dire: c'est de taxer toutes les filles de joie[102] de votre royaume, et
-ceux qui les entretiennent.
-
-LE ROI, _en riant_.--Il faut donc qu'il se mette le premier en tête; car
-je sais qu'il ne hait pas les femmes[103].
-
-M. DE PONTCHARTRAIN.--Cela s'entend, Sire, c'est peut-être pour avoir le
-plaisir de payer et vous marquer son zèle, que ce ministre a inventé ce
-moyen qui n'est pas méchant.
-
-LE ROI.--Cela est assez sujet à caution; mais quittons la raillerie, et
-pour conclusion de cet entretien, faites fond, suivant le plan que
-nous venons de faire, de me trouver au plus tôt de l'argent, et surtout
-n'y manquez pas.
-
-M. DE PONTCHARTRAIN.--Sire, j'y ferai de mon mieux.
-
-
-_ENTRETIEN XI._
-
- LE ROI, _Monsieur_ DE CHANVALON[104], _archevêque de Paris_, _et son
- Page_.
-
-LE PAGE.--Sire, M. l'Archevêque de Paris demande s'il n'incommodera
-point Votre Majesté.
-
-LE ROI.--Où est-il?
-
-LE PAGE.--Sire, il est en bas où il attend vos ordres.
-
-LE ROI.--Qu'on le fasse monter.
-
-M. L'ARCHEVÊQUE, _en entrant_.--Sire, je vous demande pardon si
-j'interromps Votre Majesté.
-
-LE ROI, _le saluant_.--Ah! mon cousin, ne parlez pas de cela, je sens
-une joie parfaite de vous voir. Page, donnez un siége.
-
-_M. l'Archevêque s'assied sur un siége pliant[105]._
-
-LE ROI.--Eh bien, mon cousin, comment vous portez-vous?
-
-M. L'ARCHEVÊQUE.--Fort bien, Sire, au chagrin près.
-
-LE ROI.--Comment un prélat comme vous peut-il avoir du chagrin? Vous
-vivez plus content dans votre diocèse que moi dans mon Louvre.
-
-M. L'ARCHEVÊQUE.--Sire, les apparences sont fort trompeuses, car la paix
-et la tranquillité n'y règnent pas toujours.
-
-LE ROI.--Quel est donc le sujet de votre inquiétude?
-
-M. L'ARCHEVÊQUE.--Sire, c'est une dispute qui est survenue entre M.
-l'Evêque de Noyon[106] et moi, qui a été fort loin, et qui nous
-rendra ennemis pour la vie.
-
-LE ROI.--Au sujet de quoi, mon cousin?
-
-L'ARCHEVÊQUE.--Sire, c'est au sujet de l'abbé Quélus[107], qui fit
-dernièrement son premier sermon aux grands Cordeliers[108]. Tout
-l'auditoire parut content de lui, à la réserve de quelques personnes de
-qualité de mes amis, qui trouvèrent à redire à plusieurs propositions
-qu'il avança, condamnées par les conciles de Trente et de Vienne, et
-tout-à-fait damnables, mais que cet Evêque trouva excellentes, qui sont
-des sentiments nouveaux en matière de religion. Rome, jalouse de tout ce
-qu'elle enseigne, ne peut souffrir une autre doctrine que la sienne.
-
-LE ROI.--Eh! quels sont ces sentiments nouveaux?
-
-L'ARCHEVÊQUE.--Sire, ce sont ceux du quiétisme[109], dont votre royaume
-est rempli, tant parmi les religieux que parmi les prêtres, dont
-j'ai été bien surpris. Ces hérétiques croient, et se sont fait une idée
-de faire parvenir les âmes à la perfection pendant leur vie sans
-pénitence, sans austérité, sans mortification; enseignant même que
-l'homme se doit tenir dans l'indifférence pour ses péchés et dans
-l'abandon; et qu'il ne faut pas même demander à Dieu aucune grâce du
-ciel, ayant une assurance imaginaire que l'on possède Dieu en cette vie,
-en lui-même et sans milieu.
-
-LE ROI.--Voilà une doctrine bien pernicieuse, mon cousin; il faut y
-apporter du remède.
-
-M. L'ARCHEVÊQUE.--C'est à quoi je vais travailler, Sire, et faire
-condamner les trois livres[110] qu'on a imprimés sur ce sujet.
-
-LE ROI.--Vous ferez très-bien, et j'y donne ma voix avec beaucoup de
-chaleur, pour le bien de mes peuples.
-
-M. L'ARCHEVÊQUE.--Sire, ils auront une éternelle reconnoissance d'un si
-grand bienfait, et je puis bien en porter parole pour eux à Votre
-Majesté. Je prends congé d'Elle, de peur de lui être importun.
-
-LE ROI.--Adieu, mon cousin, je vous souhaite une sainte prospérité dans
-vos affaires. Prions votre bon ange qu'il vous conseille bien dans vos
-entreprises.
-
-M. L'ARCHEVÊQUE.--Je le souhaite, Sire, pour la plus grande gloire de
-Dieu.
-
-LE ROI, _en le quittant_.--Ah! le saint personnage, ah! le digne prélat,
-et qu'il sera bien récompensé dans le ciel de toutes ses vertus.
-
-
-_ENTRETIEN XII._
-
- _Madame_ DE MAINTENON, _son valet de chambre_, _et le sieur_
- BERNIER, _chirurgien du Roi_.
-
-Mme DE MAINTENON, _au valet de chambre_.--Mon Dieu, La Fortune[111],
-je n'en puis plus, j'ai des vapeurs qui me tuent et me montent à tout
-moment: Va, je te prie, chercher le chirurgien du Roi, afin qu'il me
-saigne.
-
-LA FORTUNE.--Madame, c'est une chose assez surprenante qu'à l'âge où
-vous êtes[112], les vapeurs vous incommodent si fort.
-
-Mme DE MAINTENON.--Tu vois, mon enfant, j'en suis plus fatiguée que
-jamais, comme si je n'avois que quinze ans.
-
-LA FORTUNE.--Madame, c'est un mal de mère, que l'on a bien de la peine à
-guérir surtout quand la matrice...
-
-Mme DE MAINTENON.--Ne raisonne pas davantage, va où je te dis.
-
-LA FORTUNE.--J'y cours, Madame.
-
-Mme DE MAINTENON, _seule_.--Peut-on voir un impertinent pareil à ce
-garçon? est-ce à un valet de parler de mal de femme, et de matrice? Oh!
-siècle avancé où toutes choses sont prématurées! chacun raisonne de
-tout, sans respect et sans distinction.
-
-LA FORTUNE, _tout essoufflé_.--Madame, Monsieur Bernier[113] va venir
-tout à l'heure, il m'a prié seulement de vous dire, que vous eussiez la
-bonté d'attendre qu'il eût saigné la cavale du prince de Conti, qui
-vient d'être blessée, et qu'il aime autant que lui-même.
-
-Mme DE MAINTENON.--Le compliment est assez honnête; la belle
-comparaison qu'il fait d'une cavale à moi! de quoi s'avise-t-il d'aller
-saigner une cavale?
-
-LA FORTUNE, _en riant_.--Madame, un chirurgien, un médecin et un
-maréchal[114], ne mettent point de différence entre toutes les
-bêtes et les animaux qu'ils pansent, pourvu qu'ils gagnent de l'argent.
-
-Mme DE MAINTENON, _en colère_.--Va, tu n'es qu'un sot, La Fortune,
-avec tous tes petits raisonnements; cours dire à Bernier qu'il vienne
-promptement, que le Roi en a à faire.
-
-LA FORTUNE, _bas_.--Peste soit de la vieille P...[115]; je voudrois
-qu'il te mît la lancette si avant qu'elle n'en sortît jamais pour tes
-péchés.
-
-M. BERNIER, _arrivant_.--Ah! Madame, mille excuses de vous avoir tant
-fait attendre; j'étois occupé au service du prince de Conty.
-
-Mme DE MAINTENON, _d'un air fier_.--Vraiment vous lui rendez là un
-beau service, de saigner sa cavale! c'est le fait d'un maréchal, mais
-non pas le vôtre.
-
-M. BERNIER.--Madame, c'est la plus jolie bête du monde, qu'il aime comme
-sa vie, et je n'ai pu me dispenser de lui rendre un tel office.
-
-Mme DE MAINTENON.--Je vois bien, Monsieur, que les gens de votre
-trempe font tout pour de l'argent; mais quoi qu'il en soit, entrons en
-matière. Je veux que vous me saigniez du pied à l'eau[116], pour
-m'apaiser les vapeurs qui me montent incessamment, et qui me rendent
-rouge comme vous me voyez.
-
-M. BERNIER.--Le remède est admirable, Madame, pour se rafraîchir le
-sang.
-
-Mme DE MAINTENON.--Il faut que le Roi se fasse aussi saigner, car je
-remarque que ce prince a le sang fort échauffé depuis qu'il...
-
-M. BERNIER, _en riant_.--Il n'y a point de doute, Madame, les jolies
-femmes incommodent toujours la santé des hommes, parce qu'ils font plus
-que leurs forces.
-
-Mme DE MAINTENON.--Hélas! mon cher Monsieur, le Roi se perdra.
-
-M. BERNIER.--Madame, notre grand monarque reviendra de cette mort.
-
-Mme DE MAINTENON.--Avec bien de la peine; à l'âge où il est, la
-nature s'épuise.
-
-M. BERNIER.--Madame, voilà ma lancette prête; vous plaît-il que je vous
-saigne?
-
-Mme DE MAINTENON.--Très-volontiers, Monsieur; tenez, voilà mon pied:
-songez que je suis difficile à tirer du sang.
-
-M. BERNIER.--Ne craignez rien, Madame, nous en viendrons à bout; tournez
-seulement la tête, et ne vous mettez point en peine du reste.
-
-Mme DE MAINTENON.--La Fortune, apportez un bassin et de l'eau.
-
-LA FORTUNE.--Madame, en voilà.
-
-M. BERNIER.--Madame, c'est fait.
-
-Mme DE MAINTENON.--Quoi, Monsieur, si promptement, sans que je l'aie
-presque senti? A la vérité, vous êtes un brave homme, et ce n'est pas
-sans raison que le Roi vous aime.
-
-M. BERNIER, _en faisant une profonde révérence_.--Madame, je suis votre
-serviteur aussi bien qu'à Sa Majesté, qui a mille bontés pour moi,
-sans que je les aie méritées.
-
-Mme DE MAINTENON.--Monsieur, sans compliment, prenez l'argent que
-voici.
-
-M. BERNIER _s'en défend_.--Vous vous raillez de votre valet, Madame; je
-vous ai bien d'autres obligations, et je n'en ferai rien.
-
-Mme DE MAINTENON.--Monsieur, je vous prie, mettez ce louis d'or[117]
-dans votre poche.
-
-M. BERNIER.--Madame, c'est donc pour vous obéir; commandez à votre
-très-humble serviteur quand il vous plaira.
-
-Mme DE MAINTENON.--Cela suffit, Monsieur, adieu, je vous quitte.
-
-
-_ENTRETIEN XIII._
-
- LE ROI _et Mademoiselle_ DU TRON.
-
-LE ROI, _à genoux devant cette belle_.--Enfin, adorable mignonne,
-l'amour que je sens pour vous n'est plus exprimable. Ah! quels
-redoublements et quels transports inconnus vous me causez!
-
-Mlle DU TRON.--Sire, Votre Majesté change de couleur.
-
-LE ROI, _se pâmant_.--Ah! mon bel ange... ma divine... je n'en puis
-plus... je me pâme.
-
-(_Le Roi tombe évanoui._)
-
-Mlle DU TRON, _lui prenant la main_.--Ah! Ciel, Sire, que vous
-m'embarrassez par votre foiblesse; revenez, mon cher prince, de ce
-triste état, ou je vais mourir moi-même.
-
-_Le Roi toujours pâmé._
-
-Mlle DU TRON, _lui baisant la bouche, continue_.--Mon illustre
-monarque, que vous m'alarmez! vous me donnez de mortelles inquiétudes,
-hélas! que dira madame de Maintenon si elle vous trouve en cet état? Que
-deviendrai-je alors?
-
-LE ROI, _revenant de son évanouissement, dit_:--Mon petit amour, ma
-charmante, où ai-je été? que le paradis des amants est un séjour
-délicieux, et quel plaisir de s'y perdre avec vous!
-
-Mlle DU TRON, _soupirant_.--Que vous m'avez causé de peine, Sire, en
-voyant Votre Majesté changée!
-
-LE ROI, _lui baisant la main_.--Mon Dieu, ma chère demoiselle, que vous
-êtes bonne de vous affliger pour un pauvre prince qui mérite si peu de
-vous adorer, mais qui vous aime plus que sa vie.
-
-Mlle DU TRON.--Sire, serois-je assez malheureuse pour vous avoir
-causé cette foiblesse?
-
-LE ROI.--Appelez-vous foiblesse, mon bel ange, la chose du monde qui me
-rend le plus heureux? Non, non, j'en chéris la cause comme mon unique
-bien.
-
-Mlle DU TRON.--Mon auguste prince, ménagez donc la tendresse que vous
-avez pour moi, de crainte que Votre Majesté ne devienne malade, ce qui
-me mettroit au désespoir.
-
-LE ROI.--Peut-on, Mademoiselle, se posséder, lorsqu'on est charmé de
-vous? Vous inspirez aux personnes qui vous voient des sentiments
-qu'elles n'ont jamais eus, et qu'un mortel ne peut exprimer.
-
-Mlle DU TRON.--Mes charmes, Sire, sont donc bien extraordinaires,
-puisque les mortels ne les peuvent connoître?
-
-LE ROI.--Ah! qu'ils sont puissants! ah! qu'ils sont merveilleux, ma
-divine beauté!
-
-Mlle DU TRON.--Sire, Votre Majesté va retomber dans son
-évanouissement, si elle y songe davantage.
-
-LE ROI.--Non, non, Mademoiselle, je sens quelques forces qui viennent à
-mon secours.
-
-Mlle DU TRON.--Tant mieux, Sire, j'en suis ravie, et cela vient à
-propos, car voici Madame de Maintenon qui paroît.
-
-LE ROI.--Eh! où va cette vieille jalouse? Elle enrage de n'être plus
-jeune, et de ne pouvoir charmer.
-
-Mlle DU TRON.--Quoi! dans l'âge où elle est?
-
-LE ROI.--Oui, sans doute, et la bonne dame est plus amoureuse que
-jamais. Cachez-vous, mon soleil, pour un moment.
-
-Mlle DU TRON.--Il le faut bien.
-
-
-_ENTRETIEN XIV._
-
- LE ROI, _Mademoiselle_ DU TRON, _cachée_, _et Madame_ DE MAINTENON.
-
-LE ROI, _la saluant_.--Où allez-vous donc, Madame, avec tant
-d'empressement?
-
-Mme DE MAINTENON.--Sire, j'appréhendois que Votre Majesté fût trop
-longtemps seule; c'est pourquoi je viens l'entretenir.
-
-LE ROI, _voulant la conduire_.--Madame, je vous quitte[118] de ces soins
-obligeants; aujourd'hui j'ai des embarras en tête, qui demandent la
-solitude. Un courrier m'a dit ce matin le pitoyable état où mes côtes
-sont réduites, Saint-Malo, etc...[119] bombardés et réduits en cendres,
-sont des choses bien sensibles pour un prince qui se voyoit il n'y
-a pas longtemps maître des mers.
-
-Mme DE MAINTENON.--Peut-être, Sire, que le dommage n'est pas si grand
-que l'on croit, et que pour peu de chose on rétablira ce désordre.
-
-LE ROI, _d'un ton chagrin_.--Parbleu, Madame, vous n'en savez rien; l'on
-ne rétablira pas la ville de Saint-Malo pour cent mille écus.
-
-Mme DE MAINTENON.--Enfin, Sire, ce sont des coups du ciel que l'on
-n'a pu éviter, et il faut s'y résoudre.
-
-LE ROI.--Je l'avoue, Madame; mais cela n'en est pas moins désagréable.
-
-Mme DE MAINTENON.--Mon cher prince, il me semble que ce sont vos
-péchés qui sont cause de ces châtiments si touchants; n'y
-réfléchissez-vous point quelquefois?
-
-LE ROI.--Ce n'est pas à vous, Madame, que j'en dois rendre compte;
-l'homme est né pour pécher, et sans le péché la miséricorde de Dieu
-seroit inconnue sur la terre.
-
-Mme DE MAINTENON.--Il est vrai, Sire; mais Votre Majesté croit-elle
-que Dieu autorise tous les plaisirs criminels que la corruption du
-siècle ne fait passer que pour bagatelles et pour de simples
-passe-temps? Elle devroit éviter avec soin tous les plaisirs inutiles,
-qui sont de vrais obstacles au salut.
-
-LE ROI.--Eh! quels sont ces plaisirs inutiles, Madame, que vous
-condamnez de la sorte? La nature n'a rien fait en vain.
-
-Mme DE MAINTENON.--C'est la galanterie, et ces amusements de Cour par
-lesquels le Seigneur est offensé.
-
-LE ROI, _en riant_.--Bon, n'est-ce que cela? pure bagatelle, Madame; ce
-sont les actions les plus innocentes de l'homme que celles de l'amour,
-et où il entre le moins de crime. N'est-ce pas la nature qui les a
-formées elle-même? Est-il donc rien de plus injuste que de condamner un
-penchant si doux et si universel?
-
-Mme DE MAINTENON.--Je sais bien, Sire, que c'est celui qui vous
-entraîne. Il faut donc se rendre, sans combattre davantage vos
-sentiments. Mon Dieu, que Votre Majesté me paroît changée, depuis
-qu'elle voit Mademoiselle du Tron!
-
-LE ROI.--En quoi, Madame, me trouvez-vous si changé?
-
-Mme DE MAINTENON.--En toutes manières.
-
-LE ROI.--Mais encore, Madame?
-
-Mme DE MAINTENON.--En votre personne royale, en vos sentiments.
-Hélas! avant la vue fatale de cette syrène, Votre Majesté avoit un
-langage bien plus édifiant!
-
-LE ROI, _avec mépris_.--Vous êtes dans l'erreur, Madame; c'est la force
-de votre dévotion qui vous inspire ces idées chagrines, qui ne viennent
-que d'une bile noire qui se répand dans vos veines. Prenez médecine, si
-vous m'en croyez, pour dissiper ces méchantes humeurs qui vous rendent
-insupportables à vous-même.
-
-Mme DE MAINTENON, _se fâchant_.--Sire, je mettrai en usage ce remède
-que Votre Majesté me donne; et pour ne pas l'importuner davantage, je
-prends congé d'Elle.
-
-LE ROI.--Allez, Madame, vous ne sauriez mieux faire.
-
-_Madame de Maintenon s'en va._
-
-LE ROI, _seul_.--O ciel, que cette femme est insupportable avec son
-esprit jaloux! Tout l'incommode, tout la chagrine, et rien ne lui plaît,
-sinon l'encens que l'on lui donne. Mais quel moyen de dire toujours des
-douceurs à une personne comme elle, de qui les appas sont usés et dans
-la dernière décadence? Non, je ne le puis faire, mon penchant ne me le
-peut permettre, et la présence d'une beauté naissante me fait renaître.
-Il est des moments dans lesquels, sans ce secours innocent, la vie me
-seroit à charge. La vieille dévote a beau prêcher la pénitence sur ce
-sujet, je ne m'en puis passer.
-
-
-_ENTRETIEN XV._
-
- LE ROI _et Mademoiselle_ DU TRON.
-
-LE ROI, _en souriant_.--Eh bien! Mademoiselle, vous avez entendu le beau
-sermon que Madame de Maintenon m'a fait; que dites-vous de son
-éloquence?
-
-Mlle DU TRON.--Sire, je dis que cette dame est infiniment savante, et
-qu'elle a la plus belle rhétorique du monde.
-
-LE ROI.--Il est vrai, Mademoiselle, elle est toute sublime.
-
-Mlle DU TRON.--Elle est animée d'un si grand zèle, qu'elle persuade
-facilement ce qu'elle dit, et rien ne touche plus que sa conversation.
-
-LE ROI.--La vôtre, ma chère demoiselle, est bien d'un autre prix; elle a
-pour moi des charmes qui ne se trouvent point ailleurs.
-
-Mlle DU TRON.--Sire, Votre Majesté a trop de bonté pour moi, et je ne
-mérite pas une préférence si avantageuse; mais je vois M. de
-Pontchartrain qui monte l'escalier; apparemment ce ministre veut
-entretenir Votre Majesté sur quelques affaires.
-
-LE ROI, _chagrin_.--Cela se peut bien, Mademoiselle; mais, dieux! que
-cet importun vient mal à propos interrompre mes plaisirs! Je suis plus à
-plaindre que le plus chétif gentilhomme de mon royaume, n'ayant pas la
-liberté d'entretenir ce que j'aime; cependant je vois bien qu'il faut
-encore me résoudre à l'écouter.
-
-Mlle DU TRON.--Sire, il ne demeurera peut-être pas longtemps.
-
-LE ROI.--Hélas! je le souhaite, mais je connois trop ces messieurs; leur
-conversation est toujours longue.
-
-
-_ENTRETIEN XVI._
-
- LE ROI, _Mademoiselle_ DU TRON _et Monsieur_ DE PONTCHARTRAIN.
-
-_Mademoiselle du Tron, à l'arrivée de ce ministre, se retire comme
-auparavant pour le laisser seul avec le Roi._
-
-M. DE PONTCHARTRAIN, _s'en apercevant, dit_:--Sire, j'interromps sans
-doute Votre Majesté, étant occupée si agréablement.
-
-LE ROI, _d'un air chagrin_.--Monsieur, vous êtes toujours le bien venu;
-mais je ne suis pas présentement en humeur de vous entretenir.
-
-M. DE PONTCHARTRAIN.--Sire, je m'en vais, plutôt que d'être incommode à
-Votre Majesté.
-
-LE ROI, _en le retenant_.--Demeurez, Monsieur, puisque vous voilà;
-qu'avez-vous à me dire?
-
-M. DE PONTCHARTRAIN.--Sire, le sujet qui m'amène est celui des impôts
-dont Votre Majesté m'a parlé l'autre jour.
-
-LE ROI, _d'un air sévère_.--Eh bien, Monsieur, avancez; que voulez-vous
-dire?
-
-M. DE PONTCHARTRAIN.--Sire, je viens vous représenter que l'impôt sur
-les vents qui avoit été projeté, s'étant divulgué malgré moi dans Paris,
-chacun murmure contre les ordres de Votre Majesté, et que le peuple
-crie, et se mutine avant qu'on lui fasse du mal.
-
-LE ROI.--Monsieur, je me moque du peuple et de ses cris. Il faut
-soutenir la guerre à quelque prix que ce soit.
-
-M. DE PONTCHARTRAIN.--Je le sais bien, Sire; mais cependant on ne peut
-fermer les oreilles à tout ce qui se dit.
-
-LE ROI.--Eh bien, il faut laisser parler le monde et continuer d'agir.
-Mais enfin avançons, quel est votre but?
-
-M. DE PONTCHARTRAIN.--Sire, c'est de vous communiquer un avis qui paroît
-être utile à votre dessein: je l'ai trouvé écrit en un papier que
-quelqu'un a mis dans mon cabinet sur ma table.
-
-LE ROI.--Voyons-le au plus vite, je vous prie, car...
-
-M. DE PONTCHARTRAIN.--Un fameux pilote expérimenté a fait une nouvelle
-découverte d'une probette[120], qui fait connoître la force et les
-relâchements des vents, et combien par chaque air de vent on peut faire
-de lieues en une heure; ce qui nous est nécessaire pour mettre un impôt
-sur cet élément.
-
-LE ROI.--Eh bien, faites faire l'expérience de cet instrument; et s'il
-se trouve bon et juste, on n'a qu'à s'en servir.
-
-M. DE PONTCHARTRAIN.--Auprès de ce papier j'en ai trouvé un autre, qui
-vient, à ce qu'il me paroît, de quelque esprit satirique; il contient
-des remontrances que les vents ont adressées à Votre Majesté; si Elle
-n'y fait pas droit, elles pourront la divertir. Les voici.
-
-LE ROI.--Voyons donc vite, car je suis sans cesse exposé à lire et
-entendre bien des sottises.
-
-_Le Roi lit:_
-
- TRÈS-HUMBLES REMONTRANCES DES VENTS ET DES ZÉPHIRS, AU ROI.
-
- Puissant et souverain Monarque, Nous, Éléments, habitants de
- l'air, enfants d'Éole notre Père, favoris des astres, nous
- soupirons et nous nous abaissons tranquillement devant Votre
- Majesté, pour lui faire connoître notre profond chagrin, et lui
- demander justice. Nous voyons avec un extrême regret que ses
- ministres nous veulent assujettir à un dur esclavage de
- maltôte[121], honteux pour notre franchise que nous avons reçue de
- la nature; comme elle nous a placés au plus éminent et au plus
- beau séjour qu'elle ait formé, nous ne pouvons souffrir de
- contrainte sur notre liberté. De plus, Sire, l'auteur souverain de
- la nature nous a créés pour le bien et la satisfaction des hommes,
- qui ne peuvent vivre sans nous. Quelle tyrannie ce seroit de nous
- voir sous le joug d'un impôt infâme qui arrêteroit notre course
- céleste et naturelle, en nous privant de nos avantages!
- Permettez-nous donc, grand Roi, de nous retirer de France sans
- être dragonnés, ni bombardés, et de nous réfugier dans des pays de
- paix où les puissances souveraines ne troublent point leurs sujets
- par aucune tyrannie, faute de quoi, nous déclarons à Votre Majesté
- que nous serons contraires à toutes ses flottes qu'elle mettra sur
- mer, et à tout ce qu'elle entreprendra sur les eaux. Nos chères
- Soeurs, même nos Zéphirs qui lui ont été si favorables, ont résolu
- de ne plus paroître dans ses palais, ni dans les belles solitudes
- qui font ses délices. Combien de fois, Sire, avez-vous loué notre
- agréable fraîcheur, étant aux pieds des beautés qui vous ont
- enchanté! Tous ces bienfaits sont oubliés aussi bien que ceux des
- Vents nos alliés, qui ont tant de fois favorisé vos armées
- navales. Souvenez-vous donc, illustre Prince, de toutes nos
- faveurs, et ne nous ôtez point notre liberté ordinaire, à faute de
- quoi, nous vous quittons tous pour n'être plus occupés qu'au
- service de l'Empereur[122], le grand Achille de ce siècle, qui
- fait respirer le repos et la paix dans l'île Britannique et dans
- les pays où il règne.
-
- _Signé_: LES VENTS ET LES ZÉPHIRS.
-
-LE ROI, _en colère_.--Je me soucie fort peu de ces menaces et de leurs
-impertinents auteurs; je ne veux avoir aucun égard pour les éléments,
-ils m'ont trop peu favorisé dans cette dernière guerre.
-
-M. DE PONTCHARTRAIN.--Sire, vous savez que les vents ne sont pas la
-cause que votre flotte est dans la Méditerranée; c'est la faute d'un
-ingénieur du parti ennemi, qui a trahi Votre Majesté.
-
-LE ROI.--Je l'avoue, Monsieur; mais cependant, malgré toutes ces
-raisons, il nous faut de l'argent à quelque prix que ce soit.
-
-M. DE PONTCHARTRAIN.--Je le sais fort bien, Sire, aussi vos ordres
-passeront; c'est ce que nous avons arrêté dans notre conseil.
-
-LE ROI.--Je vous en prie, Monsieur, et donnez-moi du repos, je vous
-serai obligé. Adieu, jusqu'à une autre fois.
-
-_M. de Pontchartrain s'en va._
-
-
-_ENTRETIEN XVII._
-
- LE ROI _et Mademoiselle_ DU TRON, _qui sort du cabinet où elle
- s'étoit retirée_.
-
-LE ROI.--Quel chagrin pour moi, ma belle demoiselle, de ne pouvoir jouir
-de la liberté qui est si commune aux hommes! toujours fatigué
-d'affaires, je me vois malgré moi privé de ce doux repos, de cette
-innocente paix, qui fait tout le bonheur de la vie. Oh! je suis résolu
-de ne voir plus personne que mon bel enfant, et je défendrai à mes pages
-et à mes gardes de laisser entrer personne lorsque nous serons ensemble.
-
-Mlle DU TRON.--Votre Majesté a raison, Sire; c'est une peine
-effroyable que d'être sans cesse occupé du monde; il est des heures et
-des moments où la solitude a bien des charmes pour les coeurs.
-
-LE ROI, _se passionnant_.--Il est vrai, ma divine, particulièrement
-quand on est avec vous, qui donnez des agréments aux déserts les plus
-affreux.
-
-Mlle DU TRON, _en riant_.--Sire, Votre Majesté est toujours galante.
-
-LE ROI, _lui donnant un baiser_.--Qui ne le seroit avec vous, ma chère
-demoiselle, qui inspirez les beaux sentiments?
-
-Mlle DU TRON, _d'un air tendre_.--Mon illustre Monarque, que l'amour
-a d'attraits pour des coeurs bien unis, et qu'il est difficile de
-résister à ses coups charmants! Mon Dieu, que je sens de foible dans mon
-âme, et que je me vois peu en état de les repousser. Ah! Sire, ayez
-pitié de ma foiblesse!
-
-LE ROI, _voulant profiter de ce moment favorable à sa passion, demeure
-court, et dit auparavant_:--Oui, je la vais secourir, cette foiblesse si
-ravissante, adorable beauté; mais que dis-je? des charmes si
-extraordinaires ne me permettent plus d'avancer, et je sens mes forces
-qui m'abandonnent. Hélas! faut-il pour mon malheur, que je me trouve
-incapable de vous servir?
-
-Mlle DU TRON, _rougissant_.--Sire, la course est trop pénible pour
-Votre Majesté.
-
-LE ROI, _confus, en l'embrassant_.--Mon petit amour, me pardonnez-vous
-cette infortune? Hélas! la nature et le trop d'amour m'ont trahi dans le
-même temps.
-
-Mlle DU TRON.--Oui, oui, mon cher Prince, je n'y songe pas; c'est un
-défaut commun aux amants sur le retour.
-
-LE ROI.--Ah! que votre sincérité me plaît! il est vrai, Mademoiselle,
-qu'à mon âge l'on n'est plus bon soldat d'amour. Ce Dieu qui est dans sa
-vigueur, n'enrôle sous ses étendards que de jeunes personnes capables de
-soutenir les batailles auxquelles il les expose; je veux, et je ne puis.
-O désirs inutiles et qui ne finissent rien!
-
-Mlle DU TRON.--Mon Prince, ne vous chagrinez pas; Votre Majesté sort
-triomphante d'une attaque amoureuse.
-
-LE ROI.--Que vous êtes bonne, Mademoiselle, d'excuser mes défauts!
-
-Mlle DU TRON.--Sire, je suis obligée de vous quitter; Votre Majesté
-aura, s'il lui plaît, la bonté de me le permettre.
-
-LE ROI.--Où allez-vous, ma Déesse?
-
-Mlle DU TRON.--Il faut que je sorte pour une chose indispensable.
-
-LE ROI.--Je serois au désespoir de vous contraindre; mais, mon cher
-coeur, revenez le plus tôt que vous pourrez si vous voulez me
-retrouver en vie.
-
-Mlle DU TRON.--C'est à quoi, Sire, je ne manquerai pas.
-
-LE ROI, _en la quittant_.--Ah! qu'il est dur de se séparer de ce que
-l'on aime.
-
-
-_ENTRETIEN XVIII[123]._
-
- LE ROI, _le mareschal_ DE DURAS[124], _capitaine des Gardes du
- corps de Sa Majesté_, _Monsieur_ DE BRISSAC[125], _major des Gardes
- du corps_, _et_ DEUX PAGES _de la Chambre_.
-
-LE ROI.--Monsieur, je vous prie de ne laisser entrer personne
-aujourd'hui; j'ai mes raisons de n'être point visible.
-
-M. DE DURAS.--Sire, il suffit que Votre Majesté l'ordonne.
-
-LE ROI.--Oui, je le veux ainsi, Monsieur; vous m'obligerez.
-
-M. DE BRISSAC, _à M. de Duras_.--Le Roi le commande, il faut suivre ses
-ordres exactement.
-
-UN PAGE DE LA CHAMBRE[126], _à M. de Brissac_.--Monsieur, voici le
-carrosse de Son Altesse Royale Monsieur le Duc d'Orléans, qui vient au
-château.
-
-M. DE BRISSAC.--Dites que Sa Majesté n'est pas ici.
-
-LE PAGE.--Eh! où dirai-je qu'elle est, si ce Prince le veut savoir
-absolument?
-
-M. DE DURAS.--Vous répondrez, Monsieur, que le Roi est monté à cheval,
-mais que vous ne savez de quel côté Sa Majesté est allée.
-
-LE PAGE.--Cela suffit.
-
-L'AUTRE PAGE DE LA CHAMBRE, _riant, à M. de Duras_.--Monsieur, parce que
-le Roi ne veut voir personne aujourd'huy, voici encore M. de Noyon, qui
-vient rendre visite à Sa Majesté.
-
-M. DE BRISSAC, _s'éclatant de rire_.--C'est toujours de pis en pis;
-faites à tous ceux qui viendront le même compliment.
-
-
-_ENTRETIEN XIX._
-
- _Monsieur le_ DUC D'ORLÉANS[127]; _Monsieur_ L'EVÊQUE DE
- NOYON[128] _et les deux_ PAGES DE LA CHAMBRE.
-
-M. LE DUC D'ORLÉANS.--Messieurs, le Roi est-il en haut; peut-on lui
-parler?
-
-UN DES PAGES.--Non, Monsieur, Votre Altesse saura que Sa Majesté est
-montée à cheval, mais nous ne savons où Elle est allée.
-
-M. DE NOYON, _arrivant, dit tout haut, à l'autre Page_.--Monsieur,
-peut-on voir le Roi?
-
-L'AUTRE PAGE.--Non, Monseigneur, il est sorti à cheval.
-
-M. LE DUC D'ORLÉANS, _à M. de Noyon_.--Il me paroît que nous ne sommes
-pas plus heureux l'un que l'autre.
-
-M. DE NOYON.--Hélas! tout de même; il faut que Votre Altesse Royale se
-console aussi bien que moi; la fortune nous favorisera une autre fois
-davantage.
-
-M. LE DUC D'ORLÉANS.--Il faut l'espérer.
-
-M. DE NOYON.--Messieurs, vous présenterez mes respects au Roi, et direz
-à Sa Majesté que j'étois venu lui faire la révérence, et en même temps
-l'entretenir de quelques affaires importantes.
-
-LES PAGES.--Nous n'y manquerons pas, Monseigneur.
-
-M. LE DUC D'ORLÉANS.--Vous lui direz aussi, je vous prie, que j'étois
-venu pour avoir l'honneur de La saluer.
-
-LES PAGES, _faisant une profonde révérence_.--C'est assez, mon Prince,
-nous suivrons vos ordres.
-
-M. LE DUC D'ORLÉANS, _à M. de Noyon_.--Allons, mon cousin, remontons en
-carrosse.
-
-
-_ENTRETIEN XX._
-
- LE ROI, _dans son cabinet, seul avec Mademoiselle_ DU TRON.
-
-LE ROI.--Je viens, Mademoiselle, d'éviter un grand embarras par les
-ordres que...
-
-Mlle DU TRON.--Eh! quel est-il mon Prince?
-
-LE ROI.--Celui des visites qui m'auroient sans doute accablé de
-complimens; mais j'en suis délivré, grâce au Ciel.
-
-Mlle DU TRON.--J'en suis ravie, Sire; quel chagrin de n'être point à
-soi quand on le veut! En vérité, les personnes Royales sont exposées à
-mille et mille inquiétudes qui les rongent à tout moment.
-
-LE ROI, _en riant_.--On trouve le moyen de s'en défaire quand on le
-veut, ma belle; il suffit de le vouloir.
-
-Mlle DU TRON.--Je n'en doute pas, Sire, mais...
-
-LE ROI, _en s'approchant d'elle_.--Où avez-vous donc été, Mademoiselle,
-depuis que j'ai eu le chagrin de vous quitter?
-
-Mlle DU TRON.--Sire, j'ai été prendre l'air dans le parc, où j'ai
-goûté mille plaisirs.
-
-LE ROI.--Quoi, Mademoiselle, toute seule en cet endroit solitaire?
-
-Mlle DU TRON.--Oui, Sire, je l'aime passionnément, et j'en fais mes
-délices; je ne trouve rien de si agréable que la rêverie.
-
-LE ROI.--En amour, Mademoiselle, c'est quelque chose de charmant quand
-deux coeurs sympathisent bien ensemble; de petites absences ont je ne
-sais quoi de ravissant; serois-je bien le motif de votre rêverie?
-
-Mlle DU TRON.--C'est quelque chose d'approchant, mon Prince.
-
-LE ROI.--Parlez, belle mignonne, parlez, m'aimez-vous? suis-je assez
-fortuné pour jouir d'un si grand bien?
-
-Mlle DU TRON.--Mon Dieu, mon illustre Prince, qu'il est inutile de
-vous le dire! un monarque comme vous, le plus aimable du monde, peut-il
-en douter? Il ne faut avoir qu'un coeur et des yeux pour sentir
-véritablement qu'on aime Votre Majesté, quand elle n'auroit ni sceptre
-ni couronne; et l'amour se feroit un reproche sensible de ne pas faire
-adorer un grand héros comme vous.
-
-LE ROI.--Ah! Mademoiselle, que vous êtes honnête! et qui peut
-reconnoître tant de bontés! mais hélas! que ne suis-je assez pénétrant
-pour démêler l'amour d'avec la civilité! Ce mot «je vous aime», est fort
-facile à prononcer; mais qu'il est difficile à remplir!
-
-Mlle DU TRON.--Je l'avoue, Sire.
-
-LE ROI.--Une véritable tendresse est hors de prix; mais l'on s'en pique
-rarement aujourd'hui, où la politique et l'intérêt triomphent en tyrans
-des coeurs mercenaires.
-
-Mlle DU TRON, _rêveuse, ne répond rien_.
-
-LE ROI _lui dit_.--Où en êtes-vous, belle rêveuse?
-
-Mlle DU TRON, _en remuant la tête_.--Sire, j'en suis en l'île de
-Tendresse[129], que j'ai trouvée remplie d'un nombre infini d'amants,
-empressés, mais peu sincères.
-
-LE ROI, _en riant_.--Vous n'éprouverez pas Mademoiselle, un pareil sort;
-mais ce que vous dites dans le général n'est pas une fiction, la chose
-est plus réelle que vous ne pensez.
-
-Mlle DU TRON.--Je le sais fort bien, Sire, c'est aussi pour cela que
-je le dis.
-
-LE ROI.--Vos rêveries, Mademoiselle, sont si spirituelles, que je suis
-curieux de reconnoître cet heureux endroit de mon parc, que vous me
-marquez vous en avoir fait naître de si agréables.
-
-Mlle DU TRON.--Sire, il est fort facile de satisfaire Votre Majesté,
-il ne tiendra qu'à Elle d'en être bientôt le témoin oculaire;
-d'ailleurs, le temps est fort beau pour la promenade.
-
-LE ROI.--Cela est vrai, et nous nous en trouverons mieux de prendre un
-peu l'air. Allons-y donc promptement.
-
-
-_ENTRETIEN XXI._
-
- LE ROI, _Mademoiselle_ DU TRON, _Madame_ DE MAINTENON _et
- Monsieur_ FAGON.
-
-_Le Roi entre dans le parc avec Mademoiselle du Tron; Madame de
-Maintenon, l'apercevant, va au-devant de lui, suivie de M. Fagon, et
-dit:_
-
-Mme DE MAINTENON.--Quoi, Sire, toujours occupé avec les dames,
-pendant que vos ennemis prennent et bombardent vos villes? Ah!
-croyez-moi, Votre Majesté ne gagnera pas de batailles à Meudon, à
-Versailles ni à Marly; il faut qu'elle fasse d'autres efforts pour
-cueillir des lauriers cette campagne. Voyez les dépêches qu'un courrier
-vient d'apporter, qui marquent que nos affaires sont en très-mauvais
-état par mer et par terre.
-
-LE ROI, _en colère et d'un ton fort haut_.--Parbleu, Madame, de quoi
-vous mêlez-vous? Vous êtes toujours sur pied. Et de qui viennent ces
-dépêches?
-
-Mme DE MAINTENON.--Je ne sais pas bien encore, Sire; voici le paquet
-que Votre Majesté aura la bonté d'ouvrir.
-
-LE ROI _ouvre un paquet de lettres et dit_:--Voyons d'abord, en voici
-une du maréchal de Boufflers[130]; l'autre, du duc de Villeroy[131]; et
-cette dernière est du comte de Montal, qui m'envoie apparemment les
-étendards et les drapeaux de la garnison de Dixmude[132]; la prise de
-cette place est un coup d'adresse, auquel mes louis ont eu un peu de
-part.
-
-Mme DE MAINTENON _lit la première_.--Ah! Sire, le maréchal de
-Boufflers n'est point content des alliés; il dit qu'il n'a jamais vu
-pousser un siége avec tant de vigueur ni de courage.
-
-LE ROI.--Ne me parlez plus de lui, Madame; ce n'est qu'un étourdi
-d'avoir laissé prendre Namur, qui étoit une place imprenable depuis
-qu'elle m'appartenoit.
-
-Mme DE MAINTENON.--Sire, il ne faut pas jeter toute la faute sur le
-Maréchal; il n'étoit pas le seul commandant dans la ville. Prenons
-courage, nous avons encore le château.
-
-LE ROI.--Ma foi, Madame, je n'estime plus une chose à demi partagée; je
-veux tout ou rien; qu'en dites-vous, monsieur le Médecin?
-
-M. FAGON.--A la vérité, Sire, les choses sont plus agréables quand on
-les peut posséder entièrement.
-
-LE ROI.--C'est aussi ma pensée; mais passons de la guerre à la médecine.
-Dites-moi, je vous prie, d'où me viennent de grandes oppressions de
-rate, et des palpitations continuelles que je sens?
-
-M. FAGON.--Sire, Galien nous dit que les oppressions de rate viennent
-d'une grande mélancolie, laquelle fait enfler cette partie interne par
-les vapeurs qu'elle renvoie au coeur, qui la mettent en cet état.
-
-LE ROI, _soupirant_.--Galien est sans doute un habile docteur; mais quel
-remède donne-t-il contre ce mal?
-
-M. FAGON.--Sire, ce savant ordonne contre tous les maux, et nous aussi,
-tout ce qui leur est opposé. Par exemple, la joie est opposée à la
-mélancolie qui fait son séjour dans la rate: pourquoi il la faut bannir
-si l'on peut; et pour cet effet, on doit prendre dans la journée, deux
-ou trois onces de joie bien préparées[133], qui dissipent la bile noire
-que le chagrin fait naître.
-
-Mme DE MAINTENON.--Voilà un remède souverain, Monsieur; ne
-voyez-vous pas que Sa Majesté le met en usage?
-
-M. FAGON, _regardant Mlle du Tron_.--Le remède est bon et agréable,
-Madame, mais il faut craindre...
-
-LE ROI.--Qu'y a-t-il, Monsieur, à redouter? le breuvage est si doux.
-
-M. FAGON, _en riant_.--Il est vrai, Sire, si Votre Majesté le prend avec
-modération, il ne lui fera point de mal; mais si elle passe la dose du
-médicament, Elle est en risque.
-
-Mme DE MAINTENON.--Que je suis ravie, Monsieur, que vous avertissiez
-mon cher monarque de son salut! A l'âge où il est, les efforts ne lui
-valent rien, non plus que de certaines agitations d'idées et
-d'imagination qui lui échauffent le cerveau.
-
-M. FAGON.--Rien n'est plus sûr, Madame; toutes les émotions ébranlent le
-corps et les parties sensibles qui se trouvent obligées de faire leur
-devoir par rapport aux passions qui les excitent, et si l'homme n'est
-bien fort, il succombe indubitablement.
-
-Mlle DU TRON.--Quel langage parlez-vous donc, Monsieur? l'on ne peut
-rien comprendre à votre discours.
-
-Mme DE MAINTENON.--Mademoiselle, le style vous est peut-être inconnu;
-mais cependant j'en doute fort.
-
-Mlle DU TRON, _d'un air fier et dédaigneux_.--Je ne suis pas si
-savante que vous, Madame; mais le temps m'apprendra ce que je dois
-savoir.
-
-LE ROI.--Si bien donc, Monsieur le Docteur, que pour se bien porter
-il ne faut point voir de femmes? Et comment s'en passer? Sans elles la
-vie est à charge, et nous devons au beau sexe les plus doux moments que
-la nature a formés.
-
-M. FAGON.--Cependant, Sire, ces doux moments en font quelquefois naître
-de bien mauvais, et le tempérament foible et destitué de forces ne doit
-se servir des femmes et du vin que très-peu, seulement pour lui réjouir
-le coeur.
-
-LE ROI, _en riant_.--Croyez-vous, Monsieur, que j'en use autrement?
-
-M. FAGON.--Je ne sais, Sire, l'excès que Votre Majesté fait, mais l'un
-et l'autre sont dangereux.
-
-LE ROI, _lui prenant la main_.--Monsieur, reposez-vous sur ma conduite,
-j'ai du ménagement dans mes passions.
-
-Mme DE MAINTENON, _à demi bas_.--Pas trop.
-
-LE ROI _continue_.--Je vous suis pourtant infiniment obligé de la part
-que vous prenez à ma santé.
-
-M. FAGON.--Sire, ce n'est pas, comme Votre Majesté le peut croire, un
-autre motif qui me fait agir, que l'envie de voir régner plus longtemps
-votre personne Royale, tant pour la satisfaction de ses peuples, que
-pour la mienne; quel coup sensible ne seroit-ce point pour nous, si nous
-avions le malheur de perdre un Roi si doux et si débonnaire?
-
-Mme DE MAINTENON.--Ah! Sainte-Vierge qu'entends-je? Vous avez grand
-tort, Monsieur, de nous faire un tombeau de douleurs avant le
-temps. Hélas! que deviendrois-je, mon Sauveur, si la mort m'enlevoit mon
-cher Prince?
-
-LE ROI, _d'un air railleur_.--Calmez vos ennuis, Madame; eh! monsieur le
-Médecin, je ne suis pas encore si près de la mort que vous pensez; il me
-semble que je renais depuis quelque temps, je sens même augmenter ma
-vigueur de moment en moment.
-
-M. FAGON, _en riant_.--Sire, Votre Majesté en a besoin.
-
-LE ROI.--Je vous entends, Monsieur, nous en viendrons à bout avec le
-temps.
-
-Mme DE MAINTENON.--Saint Ignace me puisse-t-il abandonner, si avant
-qu'il soit un mois, Votre Majesté ne regrette la paix et la douceur
-qu'elle goûtoit dans l'indifférence.
-
-Mlle DU TRON, _au Roi_.--Que cette vieille dame est ridicule avec son
-discours suranné, et ses expressions sanctifiées! Plût à Dieu que Saint
-Ignace l'emportât d'ici, et qu'elle nous laissât en repos.
-
-LE ROI _lui dit tout bas_.--Un peu de complaisance, Mademoiselle, je
-vais bientôt la renvoyer dire son chapelet.
-
-Mme DE MAINTENON.--Sire, Monsieur Erizzo[134], ambassadeur de Venise,
-est arrivé à Versailles; il demande audience à Votre Majesté.
-
-LE ROI.--Quelle diable de figure voulez-vous que je fasse, Madame, avec
-cet envoyé? J'enrage de ce que les Turcs ont été défaits[135].
-
-Mme DE MAINTENON.--Sire, il faut dissimuler, et lui faire connoître
-que Votre Majesté prend beaucoup de part à la victoire que la République
-a remportée sur les Turcs dans la Morée.
-
-LE ROI.--Comment accorder ces paroles à son coeur?
-
-Mme DE MAINTENON.--Mon Prince, il faut s'accommoder au temps.
-
-LE ROI, _poussant un soupir_.--L'étrange politique! mais qui ne peut
-dissimuler ne peut régner. Madame, qu'on fasse mes compliments à
-l'Envoyé de Venise, et qu'on lui dise qu'en bref je lui donnerai
-audience.
-
-Mme DE MAINTENON.--L'on suivra vos ordres, Sire; mais quand Votre
-Majesté viendra-t-elle à Versailles?
-
-LE ROI, _d'une façon impatiente_.--Je verrai, Madame; allez seulement.
-
-M. FAGON.--Sire, je prends la liberté d'accompagner, Madame.
-
-LE ROI.--Vous ferez bien, de peur qu'elle ne s'amuse en chemin.
-
-Mme DE MAINTENON.--Adieu, mon cher Monarque, conservez votre santé.
-
-LE ROI.--Adieu, Madame, conservez votre esprit.
-
-
-_ENTRETIEN XXII._
-
- LE ROI _et Mademoiselle_ DU TRON.
-
-LE ROI.--La pauvre femme n'en peut plus, la jalousie l'étouffe, elle
-croit que je suis mort, éloigné de ses yeux; mais de la mort dont
-l'amour me menace, j'espère d'en revenir.
-
-Mlle DU TRON.--Ah! mon Prince, qu'une tendresse aussi outrée est peu
-agréable! il y entre du dépit, de l'envie, de l'intérêt, de la rage, et
-enfin tout ce qui est de plus lâche, et de plus abominable. Le coeur
-de cette dame est un labyrinthe fort obscur, qu'il est bien
-difficile de pénétrer.
-
-LE ROI, _souriant_.--Comme celui de toutes les dames, Mademoiselle, qui
-sont cachées au dernier point.
-
-Mlle DU TRON, _d'un ton sérieux_.--Votre Majesté, Sire, doit mettre
-beaucoup de différence entre une femme et une femme, comme nous en
-mettons entre un homme et un homme.
-
-LE ROI.--Je l'avoue, Mademoiselle, elles ont plus de mérite les unes que
-les autres, et sont beaucoup plus aimables; mais cependant il faut
-demeurer d'accord que la feinte et la dissimulation sont toujours leur
-partage.
-
-Mlle DU TRON.--Je ne m'aperçois point de cela, Sire.
-
-LE ROI.--Oh! que vous le savez pourtant bien, ma chère Demoiselle! vous
-ne m'avez point encore fait un aveu tendre qui ait pu me contenter.
-
-Mlle DU TRON.--Ah! qu'il seroit peu à propos, mon cher Prince, de
-vous dire ce que vous pouvez faire naître! de grâce, que Votre Majesté
-ne m'embarrasse pas davantage sur cet effet; je sens trop la...
-
-LE ROI.--Et pourquoi, ma belle? expliquez-moi, je vous prie...
-
-Mlle DU TRON.--Sire, je ne puis à présent; permettez que je me
-retire.
-
-LE ROI.--Adieu donc, charmante; vous voulez me quitter?
-
-Mlle DU TRON.--Sire, un peu de repos pour rappeler mes esprits
-étonnés.
-
-LE ROI.--Ah Ciel! faut-il que le mien soit troublé par des doutes
-si fâcheux, et si embarrassants!
-
-
-_ENTRETIEN XXIII._
-
-LE ROI, _dans son cabinet, rêveur et parlant seul_.--Ce n'est pas en
-vain que je m'inquiète, cette beauté ne m'aimera jamais. Elle est
-prévenue, à mon malheur, d'un autre objet qui la flatte, et qui
-l'entretient jour et nuit d'autres idées plus agréables; mais que faire?
-il est impossible de forcer les coeurs; peut-être que le temps m'en
-rendra le maître. L'absence de cet heureux amant et mes soins assidus
-pourront me procurer l'avantage auquel j'aspire. Ah! que la conquête
-d'un coeur est souvent difficile à faire, surtout lorsque l'amour en a
-disposé pour un autre! Il est vrai qu'elle a lieu de se plaindre de ma
-foiblesse qui a si mal secondé mes désirs, et n'a pu répondre à son
-attente. C'est un affront pour cette belle, qu'elle ne me pardonnera
-jamais, quoiqu'elle n'ose me le témoigner, et je crains que son coeur
-ne refuse de se donner à un Prince si peu capable de remplir ses devoirs
-dans les occasions les plus importantes. Ah! qu'il est dur de sentir
-tant d'amour, et de se trouver si peu en état d'en donner des marques
-sensibles! Quelle honte n'en rejaillira-t-il point sur l'histoire de ma
-vie, et à quelles railleries ne serai-je pas exposé si cette belle n'est
-pas discrète? il faut tâcher de réparer au plus tôt cet affront; petit
-Dieu des coeurs, viens à mon secours! hélas! pourquoi m'as-tu
-cruellement abandonné? Falloit-il laisser si peu de force et de courage
-à un Prince surnommé le Grand?
-
-
-_ENTRETIEN XXIV._
-
- _Madame_ DE MAINTENON, _et Monsieur_ BONTEMS.
-
-Mme DE MAINTENON, _venant d'écouter à la porte du cabinet_.--Monsieur, à
-qui parle donc le Roi? qui est-ce qui est avec lui?
-
-M. BONTEMS.--Ma foi, Madame, je n'en sais rien.
-
-Mme DE MAINTENON.--Mais j'ai vu sortir votre nièce du cabinet.
-
-M. BONTEMS.--Vous êtes donc plus savante que moi, car je puis assurer
-que je n'en sais rien.
-
-Mme DE MAINTENON.--Il faut avouer que vous avez grand tort de la
-laisser davantage ici; elle trouble entièrement le repos de notre grand
-Monarque.
-
-M. BONTEMS.--Je ne saurois qu'y faire, car c'est par l'ordre du Roi
-qu'elle demeure si longtemps à Versailles.
-
-Mme DE MAINTENON.--O fatalité sans égale! quand elle parut à l'Opéra
-et que ce Prince la vit, il en devint d'abord amoureux. Depuis ce triste
-moment je ne fais que languir.
-
-M. BONTEMS.--J'en suis bien fâché, Madame; si j'avois prévu ce malheur,
-je ne l'aurois pas fait venir de Normandie. J'entre trop dans vos
-intérêts pour pouvoir jamais vous déplaire, du moins volontairement, et
-je suis au désespoir que sa présence vous chagrine.
-
-Mme DE MAINTENON, _poussant deux ou trois gros soupirs_.--Ah! grands
-Saints, qui connoissez mes pensées, vous n'ignorez pas que j'enrage
-de la voir. De grâce, envoyez un de vos bons anges pour me consoler et
-me soutenir dans mes douleurs.
-
-M. BONTEMS.--Madame, ne vous chagrinez pas, c'est un amour qui passera;
-l'infidélité du Roi ne détruira rien de vos affaires; ce Prince
-retournera toujours à vous comme à son souverain bien.
-
-Mme DE MAINTENON.--Dieu le veuille, Monsieur, c'est le voeu que je
-fais tous les jours; mais hélas! que votre nièce est redoutable.
-
-M. BONTEMS.--Ce n'est pas, Madame, par ses caresses, car rien n'est si
-indifférent qu'elle, et jamais elle n'a fait d'amitié à personne qu'au
-duc de[136]... son galant, qu'elle aime assez tendrement.
-
-Mme DE MAINTENON.--Cependant, Monsieur, il faut vous avouer que je ne
-la trouve pas déplaisante en ses manières; elle charme quand elle parle,
-et le son de sa voix est incomparable; de plus, elle a beaucoup l'air de
-Cour, ce qui est un grand avantage.
-
-M. BONTEMS.--Il est vrai, Madame; avez-vous aussi remarqué ce souris
-ravissant, qui l'embellit extrêmement?
-
-Mme DE MAINTENON.--Oui, oui, Monsieur; ne me faites point son
-portrait; elle n'est que trop peinte dans mon esprit, et vous voyez que
-quelque tort qu'elle me fasse, je ne laisse pas de rendre justice à ses
-bonnes qualités. Mais, pour revenir au Duc dont vous m'avez parlé,
-qu'elle aime, le Roi peut-il s'accommoder d'un amour partagé, lui
-qui est si délicat en tendresse?
-
-M. BONTEMS.--Je ne sais, Madame, comme cela va, j'en ai du chagrin aussi
-bien que ses tantes; et si elle nous avoit voulu croire, elle n'auroit
-jamais écouté le Roi.
-
-Mme DE MAINTENON.--Son motif est, Monsieur, que le Roi fera sa
-fortune, et qu'il la mettra au rang de ses maîtresses, lesquelles à la
-vérité il n'a pas payées d'ingratitude pour leurs bons services.
-
-M. BONTEMS.--La pensée est plus intéressée et plus maligne que je ne
-croyois. Quoi! ma nièce, à l'âge où elle est, use de politique aussi
-fine! De bonne foi je ne l'aurois jamais cru. Eh! que deviendra donc son
-pauvre amant? Il formera sans doute un ruisseau de larmes à ces tristes
-nouvelles.
-
-Mme DE MAINTENON.--Bon, le Duc s'en consolera, et l'épousera quand le
-Roi en sera dégoûté.
-
-M. BONTEMS.--Mais cependant, Madame, son front ne s'en trouvera pas
-mieux.
-
-Mme DE MAINTENON.--Hélas! Monsieur, comptez-vous cela pour quelque
-chose? Dans le siècle où nous sommes, il n'y a point de familles
-distinguées qui ne joignent, même avec plaisir, l'aigrette de Vulcain
-aux armes que l'hymen leur donne, pourvu qu'elles y trouvent leur compte
-du côté de la fortune. Bon, bon, l'on fait semblant d'ignorer ce que
-l'on ne veut point connoître, sitôt qu'il nous apporte du bonheur.
-
-M. BONTEMS.--En vérité, Madame, j'ai été fort heureux sur ce
-chapitre; car j'ai l'imagination fort sensible à échauffer de ce
-côté-là.
-
-Mme DE MAINTENON.--Allez, allez, Monsieur, si votre sort avoit voulu
-vous faire cornu, vous auriez porté votre charge aussi bien que les
-autres; rendez-en grâces à votre étoile qui vous a préservé de ce
-malheur, puisque vous l'appelez ainsi.
-
-M. BONTEMS.--Quoi, Madame, vous n'estimez pas un malheur d'être cocu?
-
-Mme DE MAINTENON.--Non, Monsieur; il y a tant d'honnêtes gens qui le
-sont, que rien n'est plus à la mode. Combien avons-nous de princes, de
-comtes et de ducs, qui ne se font pas un déshonneur de dire: ma mère fut
-autrefois la maîtresse du Roi, ou celle du Dauphin, ou celle de
-l'Empereur[137].
-
-M. BONTEMS, _s'éclatant de rire_.--Sur ma foi, Madame, vous êtes
-admirable en raisons convaincantes; les maris aux aigrettes n'ont qu'à
-venir chez vous pour recevoir des consolations sur la démangeaison de
-leur front; mais quant à moi, toute la plus belle rhétorique du monde ne
-pourroit me persuader de bonheur de ce côté-là.
-
-Mme DE MAINTENON.--Monsieur, changeons de thèse, et concluons
-que mademoiselle du Tron ne se mariera jamais, ou bien elle fera son
-époux de l'ordre des Chevaliers à la Crète[138].
-
-M. BONTEMS.--Tant pis pour elle, Madame; je ne veux point me mêler des
-affaires de Cour. Mais quittons la place, je vois venir monseigneur le
-Dauphin avec madame la princesse de Conty.
-
-Mme DE MAINTENON.--Mon Dieu, que je hais cette femme! Je vous prie,
-Monsieur, de lui dire que je ne suis point à Meudon.
-
-M. BONTEMS.--Je le ferai, Madame, si elle me le demande; mais de
-l'humeur qu'elle est, vous savez qu'elle ne s'en souciera point du tout.
-
-Mme DE MAINTENON.--Cela m'est fort indifférent; je me soucie aussi
-peu d'elle qu'elle se soucie de moi. Adieu, je vous quitte; je la laisse
-avec son Dauphin aller à la chasse entre deux toiles[139].
-
-M. BONTEMS, _faisant un signe de croix_.--Ah! Madame, que dites-vous là?
-la pauvre Princesse n'y pense pas.
-
-Mme DE MAINTENON, _en riant_.--Je crois qu'elle n'y pense que quand
-elle s'y trouve, ou quand la bête est dans ses filets.
-
-M. BONTEMS.--Silence donc, Madame, s'il vous plaît, les voici.
-
-_Madame de Maintenon se retire._
-
-
-_ENTRETIEN XXV._
-
- _Monseigneur le_ DAUPHIN, _la Princesse_ DE CONTI, _et Monsieur_
- BONTEMS.
-
-MONSEIGNEUR.--Ah! c'est vous, Monsieur Bontems, comment vous
-portez-vous?
-
-M. BONTEMS.--Monseigneur, comme le plus humble de vos serviteurs; votre
-santé me paroît aussi très-parfaite.
-
-MONSEIGNEUR.--Oui, Dieu merci, vous voyez un chasseur qui vient de
-descendre de cheval.
-
-M. BONTEMS.--Eh bien, mon Prince, la chasse a-t-elle été favorable?
-
-MONSEIGNEUR.--Nous avons tué deux ou trois loups, ce qui nous est assez
-rare dans la forêt de Saint-Germain, qui n'est pas bien féconde en ces
-espèces d'animaux.
-
-M. BONTEMS.--Parbleu, Monseigneur, voilà une belle victoire! diable,
-deux ou trois loups? la prise n'est point méchante.
-
-MONSEIGNEUR.--J'en suis assez content.
-
-M. BONTEMS, _se tournant vers la Princesse de Conti_.--Et vous, Madame,
-quelle est la chasse que Votre Altesse aime le plus?
-
-LA PRINCESSE, _en riant_.--Monsieur, c'est celle des plats et des
-verres.
-
-M. BONTEMS.--Ma foi, Madame, c'est la plus douce, et celle qui fatigue
-moins le corps.
-
-MONSEIGNEUR.--Monsieur, le Roi est-il ici?
-
-M. BONTEMS.--Oui, mon Prince, Sa Majesté est seule dans son cabinet.
-
-MONSEIGNEUR, _à la Princesse_.--Madame, avançons, le Roi est sans
-compagnie.
-
-LA PRINCESSE.--Allez toujours devant, je vous suis dans un moment.
-
-
-_ENTRETIEN XXVI._
-
- LE ROI _et_ MONSEIGNEUR.
-
-LE ROI.--Vous voilà donc enfin arrivé; je vous attends depuis hier.
-Comment vont les affaires à Versailles?
-
-MONSEIGNEUR, _d'un air indifférent_.--Ma foi, je ne sais, Sire; Votre
-Majesté pouvoit le demander au Gouverneur, qui vient de partir de
-Meudon.
-
-LE ROI.--Quoi, Bontems est ici! Il y est donc venu sans que je l'aie su?
-
-MONSEIGNEUR.--Oui, sans doute, je viens de parler à lui.
-
-LE ROI.--C'est que j'étois peut-être embarrassé quand il y est venu.
-
-MONSEIGNEUR.--Cela se peut.
-
-LE ROI.--Qui est donc avec vous, mon fils? êtes-vous seul au château?
-
-MONSEIGNEUR.--Non, Sire, la princesse de Conty est avec moi.
-
-LE ROI.--Où est-elle donc, qu'elle ne paroît point?
-
-MONSEIGNEUR.--Sire, elle est dans l'antichambre, où elle regarde
-quelques peintures de défunt Mignard[140], elle ne peut tarder à venir.
-
-
-_ENTRETIEN XXVII._
-
- LE ROI, MONSEIGNEUR, _et la Princesse_ DE CONTI.
-
-LA PRINCESSE, _entrant_.--Il faut avouer, Sire, que Mignard étoit un
-habile peintre; il a peint ici Vénus qui pleure son Adonis[141] si au
-naturel, qu'il n'y manque que la parole pour l'animer.
-
-LE ROI.--Il est vrai, Madame, la Cour a beaucoup perdu par sa mort. Les
-derniers portraits qu'il a faits des trois jeunes Princes du sang[142],
-sont admirés de tout le monde.
-
-LA PRINCESSE.--Particulièrement le duc de Bourgogne est si bien
-représenté, qu'il ne lui manque que la parole.
-
-LE ROI.--C'est un bel art que la peinture; mais qu'a fait la princesse
-de Lislebonne[143] du petit portrait qu'elle avoit, qui venoit de
-Mignard? C'est à la vérité un chef-d'oeuvre[144], où l'on voit Lucrèce
-qui se perce le coeur d'un poignard après avoir perdu sa virginité,
-que Sextus lui avoit enlevée en la violant.
-
-LA PRINCESSE, _en riant_.--La pauvre fille étoit bien folle de se priver
-de la vie pour un mal où il n'y avoit point de remède! Cette prude
-farouche n'a rien emporté de sa violence, que le péché de se défaire
-soi-même, lequel est criant devant Dieu. Ce n'étoit au plus qu'un
-fantôme d'honneur qui lui fit commettre ce crime.
-
-LE ROI.--Il est vrai, Madame; mais autrefois la vertu tenoit lieu de
-tout chez les Romains; présentement les dames de ce pays sont plus
-apprivoisées, et l'on trouve rarement chez elles des Lucrèces dont la
-vertu fasse tant de bruit.
-
-LA PRINCESSE.--Il en est de même parmi nous, Sire; je ne crois pas que
-les femmes soient aujourd'hui moins sensibles à l'honneur, qu'elles
-l'ont été du temps que les Dieux venoient se promener sur la terre, et
-qu'ils avoient commerce avec elles.
-
-MONSEIGNEUR.--C'est aussi ma pensée, Madame. Parbleu rien n'est si
-difficile à trouver qu'une fille qui ait gardé la fleur de sa virginité.
-
-LE ROI, _en riant_.--Eh! comment le savez-vous, Monsieur?
-
-LA PRINCESSE.--Sire, la dernière aventure que le Prince a eue à Marly,
-confirme ce qu'il dit. Le comte de Saint-Maure l'a trompé
-plaisamment[145].
-
-MONSEIGNEUR, _s'approchant de la Princesse_.--Ah! la méchante! elle va
-découvrir le pot aux roses.
-
-LE ROI.--Dites-moi donc, Madame, le tour qu'on lui a joué?
-
-LA PRINCESSE, _regardant Monseigneur_.--Parlerai-je, mon cher?
-
-MONSEIGNEUR, _en souriant_.--Tout comme il vous plaira, Madame, la chose
-m'est indifférente à présent; je n'ai plus que faire de la provinciale
-aux yeux charmants.
-
-LA PRINCESSE, _malicieusement_.--Voilà comme on parle, quand on s'est
-servi des dames.
-
-MONSEIGNEUR.--Ma foi, Madame, la pauvre fille m'a très-peu servi; car
-dès la première fois que je touchai son teton, je vis bien qu'elle
-n'étoit pas pucelle.
-
-LE ROI.--Il vous en faut des pucelles? je gage à coup sûr que ce comte
-de Saint-Maure lui avoit assuré que jamais on n'avoit forcé ses lignes.
-
-LA PRINCESSE.--Voilà justement l'affaire, Sire, et il s'est trouvé
-que c'est la plus grande coquette du monde, qui n'a pas moins que six ou
-sept galants à sa toilette.
-
-LE ROI, _souriant_.--C'est assez pour en être contente; mais il me
-semble, mon fils, qu'il seroit plus glorieux pour vous d'aller attaquer
-quelque place considérable, ou d'aller secourir le siége de Namur, que
-de vous amuser à ces galanteries.
-
-MONSEIGNEUR.--Puis-je manquer, Sire, en suivant l'exemple qu'on me
-donne? Quand Votre Majesté parle de la sorte, il me souvient d'une fable
-que j'ai lue, où l'écrevisse d'Esope reprenoit sa fille de ce qu'elle
-marchoit à reculons; mais cette fille plus avisée que sa mère, lui dit:
-Ma mère, vous me l'avez appris de la sorte, et vous ne pouvez marcher
-autrement, même sur la fin de votre vie; trouvez donc bon que je vous
-imite.
-
-LE ROI, _confus_.--Mon fils, vous avez raison de condamner mes actions à
-l'âge où je suis; je défends ce que je fais; mais aussi considérez qu'il
-y a bien plus de lauriers à cueillir pour un jeune prince comme vous,
-que pour moi qui suis sur le retour.
-
-MONSEIGNEUR.--Il est vrai, Sire; mais j'aurois eu aussi bien l'affront
-de voir rendre cette place à mon nez, que le maréchal de Bouflers qui a
-fait de son mieux pour la conserver.
-
-LE ROI.--Je goûte vos raisons; hélas! nous avons tout perdu à la mort du
-maréchal de Luxembourg[146]; ce général habile et consommé dans la
-guerre, auroit tout mis en usage pour préserver cette place de la fureur
-des ennemis, que l'on m'écrit s'être battus en diables.
-
-MONSEIGNEUR.--Jamais siége n'a été poussé avec tant de violence.
-
-LA PRINCESSE.--Avez-vous vu le prince d'Orange[147], Monseigneur? la
-renommée le fait passer pour un grand capitaine, qui même ne craint
-point la mort dans les plus grands périls.
-
-MONSEIGNEUR.--Je l'ai vu plusieurs fois; c'est un prince fort généreux.
-
-LE ROI.--Il ne l'est que trop pour nous, il seroit à souhaiter qu'il eût
-moins de courage, aussi bien que le prince de Vaudemont[148], qui tient
-toujours tête au duc de Villeroy.
-
-MONSEIGNEUR.--Le dernier est vieux et n'a plus guère à vivre.
-
-LA PRINCESSE.--Mon Dieu, que je voudrois bien que la guerre fût finie!
-Il me semble que l'âge d'or reviendroit.
-
-LE ROI.--Je ne ferai jamais la paix à mon désavantage, mes peuples en
-dussent-ils crever.
-
-LA PRINCESSE.--La résolution est cruelle, Sire.
-
-LE ROI.--Je n'y saurois que faire, Madame; l'honneur du Roi marche à la
-tête de toutes considérations politiques et chrétiennes.
-
-LA PRINCESSE.--Du moins c'est le sentiment des Révérends Pères Jésuites.
-
-LE ROI.--Je trouve que les raisons sont bonnes, et que sans elles les
-Etats et les Royaumes périroient.
-
-LA PRINCESSE.--Sire, ces saints Pères sont admirables en moyens.
-
-LE ROI.--Qu'en dites-vous, Madame? ces dévots religieux sont le sel de
-la terre.
-
-LA PRINCESSE.--Sire, j'en croirai ce qu'il vous plaira.
-
-LE ROI.--Madame, je vous quitte et vous laisse avec M. le Dauphin; voici
-mademoiselle du Tron qui vient d'entrer dans cette chambre; j'ai à lui
-parler.
-
-LA PRINCESSE.--Il est juste, Sire, de lui céder la place, et nous nous
-retirons pour ne vous pas être incommodes.
-
-
-_ENTRETIEN XXVIII._
-
- LE ROI, _et Mademoiselle_ DU TRON.
-
-LE ROI.--Eh bien, ma belle demoiselle, saurons-nous aujourd'hui les
-véritables sentiments de votre coeur? qu'avez-vous résolu en faveur
-d'un prince qui vous adore? faut-il vivre, faut-il mourir?
-
-Mlle DU TRON, _en riant_.--Sire, il faut vivre; la vie d'un grand
-monarque comme vous est si précieuse, que vous ne devez pas douter que
-je ne contribue de tout mon possible à sa conservation.
-
-LE ROI.--Cela est fort obligeant; vous voyez, ma belle, qu'elle ne
-dépend plus que de vous; et si vous me refusez ce que je vous demande,
-qui est la préférence de votre coeur, je suis le plus malheureux de
-tous les hommes.
-
-Mlle DU TRON.--Comme cette préférence est due au rang que tient Votre
-Majesté, c'est si peu de chose pour elle, que je crois qu'elle ne s'en
-inquiète pas beaucoup.
-
-LE ROI.--Ah! quelle injustice vous me faites, ma chère demoiselle, de me
-croire indifférent pour la plus grande de toutes les conquêtes!
-Désabusez-vous, de grâce, d'une telle erreur, et croyez au contraire que
-c'est cette heureuse préférence qui fera toute ma félicité, si vous
-voulez bien me l'accorder. Oui, c'est un bien que j'estime infiniment. A
-quel désespoir ne me réduirez-vous point si vous me refusez?
-Prononcez-en donc au plus tôt l'arrêt; car je ne puis vivre plus
-longtemps dans cette cruelle incertitude où vous m'avez laissé.
-
-Mlle DU TRON.--Eh bien, Sire, puisque vous voulez que je croie que
-votre déclaration est sincère, quelque sujet que j'aie de me défier de
-mon peu de mérite, je consens d'y ajouter foi, et veux bien me
-flatter que vous m'aimez; mais souffrez en même temps que je vous dise
-que je ne donnerai mon coeur qu'avec de grandes précautions; il faut,
-outre la sincérité, une longue persévérance pour l'obtenir
-véritablement.
-
-LE ROI.--Je sais fort bien, Mademoiselle, que plus un bien est précieux,
-plus il doit se faire désirer longtemps; ce seroit une grande témérité
-d'oser l'espérer entièrement du premier abord; mais aussi il est
-certaines dispositions favorables, sans lesquelles un amant perd courage
-dès sa première poursuite. Dites-moi donc ingénuement, mon bel ange,
-sentez-vous quelque chose qui vous parle en ma faveur? Ne me déguisez
-point la vérité.
-
-Mlle DU TRON.--Hélas! Sire, qu'un pareil aveu coûte à faire à une
-personne de mon humeur! est-il nécessaire de m'expliquer sur un secret
-que je voudrois que l'on devinât? mes yeux, qui sont les interprètes de
-mon coeur, ne vous ont-ils pas assez parlé? un prince aussi spirituel
-comme vous, a dû dès le premier jour entendre leur langage à demi-mot.
-
-LE ROI.--Le langage des yeux trompe si souvent, que l'on ne doit pas
-toujours les croire, et il est très-facile de s'y méprendre! D'ailleurs,
-Mademoiselle, je vous avoue que je ne suis pas assez pénétrant pour
-pouvoir me flatter de bien développer leurs mystères. Faites donc, s'il
-vous plaît, comme s'ils ne m'avoient rien dit; que votre bouche
-m'explique, de grâce, ce qu'ils ne m'ont pas fait comprendre assez
-clairement, et qui pourroit décider de mon repos.
-
-Mlle DU TRON.--Souffrez, Sire, avant de vous satisfaire là-dessus,
-que je vous interroge à mon tour, et vous demande s'il est bien vrai que
-vous m'aimiez autant que vous le dites, si vous n'en aimez plus d'autre
-que moi, et si vous avez cette noble résolution que je demande à mon
-amant, qui est de m'être toujours fidèle? car malgré votre autorité
-souveraine, j'ose vous déclarer que mon coeur ne se donnera
-véritablement qu'à ce prix.
-
-LE ROI, _l'embrassant_.--Hélas! ma belle enfant, pouvez-vous encore en
-douter, et ne vous l'ai-je pas fait assez connoître? Douter de mon amour
-pour vous et de ma persévérance, c'est douter de la lumière du soleil.
-Oui, je vous aime et vous aimerai toute ma vie avec la plus forte
-passion; l'expérience vous en convaincra à loisir, et s'il est
-nécessaire de vous en faire des serments...
-
-Mlle DU TRON, _en riant_.--Non, non. Sire, ne jurez point; j'aime
-mieux vous croire de bonne foi, que de vous rendre parjure.
-
-LE ROI.--Si vous consentez à mon bonheur, ma chère demoiselle, sans me
-faire languir davantage, dites-moi donc aussi à votre tour que vous
-m'aimez véritablement, et récompensez toujours mes feux d'une ardeur
-réciproque.
-
-Mlle DU TRON.--Je me pique, Sire, d'être judicieuse et reconnoissante
-de ce que l'on a fait pour moi. Mais si Votre Majesté, par un principe
-de délicatesse, ne peut souffrir le partage de mon coeur, il est juste
-que je sois aussi jalouse du sien. Eh! qui me répondra que madame
-de Maintenon ne le possède pas encore tout entier comme elle a fait
-depuis longtemps? Si cela étoit par hasard, comme j'ai lieu de le
-soupçonner, vous exigez beaucoup plus de moi que je ne puis espérer de
-vous, et vous voyez bien que la partie ne seroit pas égale.
-
-LE ROI.--Ah! de grâce, n'ayez aucun ombrage à son égard, et rendez plus
-de justice à vos charmes; croyez qu'elle est morte dans mon coeur dès
-le premier moment que je vous ai connue; je ne la souffre quelquefois
-que par politique; parce qu'elle sait tous les secrets de mon Etat[149],
-et m'a donné assez souvent de bons conseils.
-
-Mlle DU TRON.--Sire, elle est fort heureuse que Votre Majesté en juge
-si favorablement pour elle, car il est certain que le public en parle
-tout autrement et ne regarde au contraire cette femme que comme le
-fléau de la France, qui causera infailliblement sa ruine, si Votre
-Majesté ne se garantit de ses artifices, et se laisse conduire plus
-longtemps par ses dangereuses persuasions.
-
-LE ROI.--Elle dit pourtant qu'elle ne travaille que pour le bien de mon
-royaume, et semble aller au-devant de tous mes souhaits.
-
-Mlle DU TRON.--Sire, sa politique est bien fine, elle a ses vues
-particulières qui sont plus intéressées que Votre Majesté ne pense; mais
-je n'en parle qu'en passant, et ce ne sont point mes affaires; je vous
-dirai seulement que vous devez vous en défier, étant fort à craindre.
-Pour revenir à notre sujet, il faut que vous demeuriez d'accord que
-j'aurois eu peu de raison de vous avouer que vous possédez seul mon
-coeur, si elle étoit encore maîtresse du vôtre.
-
-LE ROI, _se passionnant_.--Votre délicatesse me charme. Non, ma chère
-demoiselle, mon coeur est tout à vous, et elle n'y a plus aucune part;
-cessez donc de vous alarmer sur de fausses apparences, et croyez que
-vous seule me tiendrez toujours lieu de tout ce que j'ai de plus cher au
-monde.
-
-Mlle DU TRON.--Si vous ne me trompez point, mon cher prince, mon
-coeur est à vous à ces conditions, et je répondrai de ma part à tous
-les sentiments de tendresse que Votre Majesté aura pour moi; mais ne me
-trompez pas.
-
-LE ROI, _la baisant_.--Non, ma charmante demoiselle, j'en suis
-incapable; que nos coeurs soient donc unis pour toujours, et
-goûtons en paix tous les plaisirs d'un amour réciproque. Cet
-éclaircissement me redonne la vie.
-
-Mlle DU TRON.--Je n'ai pu le refuser à vos empressements et à la
-bonne opinion que j'ai de votre constance. Mais Votre Majesté m'a
-retenue ici plus longtemps que je ne pensois, et je n'ai pas fait
-réflexion que l'on m'attend.
-
-LE ROI.--Je ne vous arrêterai donc pas plus longtemps. Adieu, ma chère
-enfant! Ah! qu'il nous sera doux d'aimer toujours de même.
-
-
-NOTES.
-
- [46] Voir la Préface.
-
- [47] Louis le Grand. Le surnom de Grand fut donné pour la première
- fois à Louis XIV en 1672, après la campagne, célèbre par le
- passage du Rhin, dont il fut le prudent témoin. Le président Le
- Pelletier fit frapper une médaille avec ces mots: LUDOVICO MAGNO.
-
- [48] Louis XIV, né le 5 septembre 1638, avait alors 57 ans. Nous
- sommes, en effet, en 1695, ainsi que le prouvent plusieurs détails
- de ce récit, notamment la réception de l'ambassadeur vénitien
- Frizzo. Voyez ci-dessous.
-
- [49] Nous avons fait de longues recherches pour reconstituer la
- parenté qui aurait existé entre Mlle du Tron et M. Bontemps, son
- oncle. Le nobiliaire de La Chesnaie des Bois fait du célèbre valet
- de chambre du Roi le premier de sa race et ne lui donne ni frères
- ni soeurs: donc, aucune nièce de son côté. Il épousa Marguerite
- Bosc, soeur de Claude Bosc, chevalier, seigneur d'Ivry, conseiller
- du Roi en ses conseils, procureur général de Sa Majesté en sa Cour
- des aides, prévôt des marchands de la ville, prévôté et vicomté de
- Paris: de ce côté encore, aucun lien de parenté entre Bontemps et
- la famille du Tron.
-
- Mlle du Tron a-t-elle existé? Nous connaissons sous ce nom, mais
- avec l'orthographe du Tronc et du Troncq:
-
- 1º Du Troncq, dont parle Dangeau (_Mémoires_, mardi 19 octobre
- 1706): «Le Roi depuis quelques jours a fait brigadiers le comte de
- Melun et du Troncq, qui se sont signalés en Italie.»--Ce même du
- Troncq (Dangeau, 8 mars 1718), figure dans une liste de promotions
- au grade de maréchal de camp.
-
- 2º N... du Tronc, femme de Savary, sieur de Saint Just, sur
- laquelle on trouve le couplet suivant dans le _Recueil de
- Maurepas_, t. XI, p. 325, année 1709:
-
- CHANSON sur l'air: _ne m'entendez-vous pas?_
- 2e couplet.
-
- De Saint Just à Paris
- La Savary fait course
- Pour attraper la bourse
- Du beau Towienski;
- Mais Luxembourg l'a pris.
-
- Le beau Towienski était un polonais, alors de passage à Paris, qui
- avoit obtenu, d'après le chansonnier, les bonnes grâces de la
- duchesse de Luxembourg.
-
- S'il s'agit de Mlle du Tronc, aimée de Louis XIV, elle pouvoit
- avoir en 1709 de 30 à 31 ans, soit 16 à 17 ans en 1695.
-
- L'abbé de Choisy, dans son _Histoire de la comtesse des Barres_,
- raconte que, lorsqu'il alla sous son déguisement, s'établir dans
- le Berry, il acheta les glaces de la marquise du Tronc, morte dans
- son château, à trois ou quatre lieues de Bourges.
-
- [50] Sur Mme de Maintenon, voyez t. III, pages 65 etc.
-
- [51] Bontemps. Voy. ci-dessus, page 128, note 49. Premier valet de
- chambre ordinaire du Roi, servant par quartier, il prenoit le
- titre d'écuyer et de conseiller du Roi. Ce titre de conseiller du
- Roi, aussi prodigué que celui de maître d'hôtel, étoit purement
- honorifique: il en étoit de même du titre de valet de chambre, que
- prirent d'abord les tapissiers du Roi, et, après eux, jusqu'aux
- menuisiers du Roi. (Voy. les _Etats de la France_.)
-
- Alexandre Bontemps fut en outre secrétaire général des Suisses et
- des Grisons, gouverneur de la ville de Rennes, intendant des
- châteaux, parcs, domaines et dépendances de Versailles et de
- Marly. C'est à lui qu'est adressée, dans les termes les plus
- respectueux, la première lettre de Ch. Perrault (_OEuvres
- diverses_), qui lui demande une place pour son livre dans la
- Bibliothèque du palais de Versailles et surtout la fondation d'une
- Bibliothèque dans la ville.
-
- Alexandre Bontemps eut trois enfants, un fils aîné, Louis, qui eut
- encore plus de titres et dignités que son père; Alexandre-Nicolas,
- qui fut premier valet de chambre de la garde-robe; Marie-Madelaine
- qui épousa le riche Lambert de Thorigny, président en la Chambre
- des comptes, dont l'hôtel étoit et est encore un des plus riches
- de l'île St-Louis.--Voy. l'_Erratum_ à la fin de ce pamphlet.
-
- [52] Meudon.--«Mardi, 1er juin (1694).--Le matin, le Roi proposa à
- M. de Barbezieux l'échange de Choisy avec Meudon; il lui demanda
- pour combien Mme de Louvois avoit pris Meudon dans son partage. M.
- de Barbezieux lui dit qu'elle l'avoit pris pour 500,000 fr.; sur
- cela, le Roi dit qu'il lui donneroit 400,000 de retour et Choisy
- qu'il comptoit pour 100,000 fr., si cela accommodoit Mme de
- Louvois; ... qu'il vouloit qu'elle traitât avec lui comme avec un
- particulier et ne songeât qu'à ses intérêts.» (_Journal_ de
- Dangeau.) L'affaire se fit, et dès le vendredi suivant M. de
- Villacerf étoit choisi par le Roi et Mme de Louvois «pour régler
- le prix des tableaux, des statues et des glaces qui sont à Meudon
- et que Monseigneur voudra conserver.» (_Ibid._)--A partir de cette
- époque, le _Journal_ de Dangeau parle fréquemment des promenades
- du Roi à Meudon, et du séjour qu'y faisoit Monseigneur.
-
- [53] La marquise de Louvois, arrière-petite-fille du maréchal de
- Souvré, petite-nièce de Mme de Sablé, mourut en 1715: «Ce fut, dit
- Saint-Simon, une perte fort grande pour sa famille, pour ses amis
- et pour les pauvres. Elle avoit la plus grande mine du monde, la
- plus belle et la plus grande taille; une brune avec de la beauté;
- peu d'esprit, mais un sens qui demeura étouffé pendant son
- mariage, quoiqu'il ne se puisse rien ajouter à la considération
- que Louvois eut toujours pour elle.--Au lieu de tomber à la mort
- de ce ministre, elle se releva et sut s'attirer une véritable
- considération personnelle...» La suite de cet éloge, surtout dans
- Saint-Simon, donne la plus haute idée du mérite de Mme de Louvois,
- et de l'estime qu'avoient pour elle le Roi, la cour et la ville.
-
- [54] Voyez ci-dessous. Ce trait paraît tout anodin si l'on se
- reporte aux oeuvres des fondateurs ou des réformateurs d'ordres
- religieux; il paroîtra bien plus inoffensif encore si on le
- compare à tel passage du Théâtre italien que nous signalerons,
- pour montrer à quelle hardiesse de langage on étoit arrivé depuis
- l'époque où le Tartufe avoit été interdit. Nous en citerons un
- seul exemple, tiré du _Banqueroutier_, «comédie en 3 actes,
- représentée pour la première fois par les comédiens ordinaires du
- Roi dans leur hostel de Bourgogne, le 19e d'avril 1687.»
-
- «PERRILLET.--Ne t'aperçois-tu pas d'un certain jeune abbé qui
- vient fréquemment au logis, et que...
-
- «COLOMBINE.--Qui? l'abbé Goguette? ah! Monsieur, n'en prenez point
- d'ombrage... Je me connois un peu en gens. Premièrement, c'est un
- garçon de qualité qui a dix mille écus de rente en bons bénéfices,
- et qui est bien aise de manger son revenu avec quelque sorte
- d'éclat. Il voit tout ce qu'il y a de jolies femmes à Paris. Il
- joue gros jeu; son train est leste; il a une belle maison, des
- meubles magnifiques, et un cuisinier qui dame le pion au vôtre.
- Ha! le joli homme d'abbé que c'est! Je voudrois que Madame vous
- eût dit comme il fait bien les choses.
-
- «PERRILLET.--Ouf!... est-ce que ma femme sait cela?
-
- «COLOMBINE.--Bon, ils ne bougent d'ensemble... Rêvez-vous de
- croire que cet abbé soit amoureux parce qu'il fait de la dépense?
- Non moins que cela. C'est qu'il a de l'ambition: et, comme dans le
- monde on ne parvient à rien sans l'estime et l'approbation des
- femmes, il fait de son mieux pour les mettre de son parti. Il les
- promène, il les régale, aujourd'hui à l'Opéra, demain à la
- Comédie. De l'air qu'il s'y prend, c'est un drôle qui s'avancera
- en fort peu de temps et qui se va mettre dans une grande
- réputation.
-
- «PERRILLET.--Mais, Colombine, crois-tu qu'il ne se feroit pas
- autant de réputation en donnant une partie de son bien aux pauvres
- qu'en le mangeant avec les femmes?
-
- «COLOMBINE, _riant_.--Et d'où venez-vous, Monsieur? est-ce qu'on
- se fait abbé pour donner l'aumône? je pense que vous perdez
- l'esprit. N'est-ce pas une assez belle charité de faire vivre de
- pauvres diables de parfumeurs qui ne gagnent rien avec les femmes
- et qui mourroient de faim sans messieurs les abbés?»
-
- Cette cruelle satire est anonyme; elle n'en fut pas moins jouée à
- l'hôtel de Bourgogne, vingt ans après le Tartufe, qui eut tant de
- peine à paroître.
-
- [55] Monseigneur le Dauphin.--Cf. ci-dessous.--Voy. aussi
- t. III, p. 185.
-
- [56] La princesse de Conti.--Cf. ci-dessous.--Voy. aussi t. III,
- p. 163.
-
- [57] La campagne du Rhin à laquelle le Dauphin prit part fut celle
- de 1694. Le _Mercure galant_ de juin 1694 (pp. 338-348) donne un
- journal de la marche de M. le Dauphin en France... «Je donnerois
- des louanges à Monseigneur, si je croyois pouvoir faire des éloges
- dignes de ce prince. Ce qu'il fait dit plus que je ne pourrois
- dire. Toutes les fois que l'armée campe, ce prince ne vient point
- chez lui sans avoir examiné le camp et vu si les gardes sont bien
- posées. Il donne des ordres fort exacts à tous les officiers, et
- fait publier des bans pour empêcher le cavalier et le soldat de
- courir, c'est-à-dire d'aller en maraude... Quoi qu'il n'aime point
- le jeu, il joue pour faire plaisir à ceux qui aiment ce
- divertissement.»
-
- [58] Le goût du Dauphin pour la chasse et surtout pour la chasse
- aux loups étoit fort dispendieux; pour le satisfaire, il
- entretenoit depuis 1682 une meute de cent chiens et soixante
- chevaux; le personnel des chasses de la maison comprenoit six
- lieutenants ordinaires, à 1500 liv. d'appointements, payés sur la
- cassette par les mains du premier valet de chambre, un aumônier,
- quatre veneurs ou piqueurs, huit valets de limiers, six
- garde-laisse des levriers, à 1,000 liv. par an, huit valets de
- chien à 800 liv., un pourvoyeur de l'écurie des chevaux pour le
- loup: tout ce personnel servoit sous le commandement de M. le
- marquis d'Heudicourt, grand louvetier de France.
-
- [59] Le 20 juin, le Roi étoit à Trianon, et c'est là qu'il
- recevoit le serment du sieur de La Tresne, nommé premier président
- du parlement de Bordeaux. Entre cette date et celle du 26 octobre
- que nous avons indiquée plus haut (page 4, note 5), le Roi alla à
- Fontainebleau.
-
- [60] D'après la Gazette, quatre ducs étoient alors à l'armée du
- Rhin, dont les vers suivants prouvent qu'il est question ici: le
- duc de Bourbon, le duc de Roquelaure, le duc de Villeroy, le duc
- de Luxembourg.
-
- Le duc de Bourbon, né le 12 octobre 1668, marié le 24 juillet
- 1685, à Mlle de Nantes, légitimée de France.
-
- Le duc de Villeroy étoit très-âgé; il était marié depuis 1662; son
- fils ne prit le titre de duc qu'en 1696.
-
- Le duc de Roquelaure, marié aussi, avait épousé, le 20 mai 1683,
- Marie-Louise de Laval-Montmorency.
-
- Le duc de Luxembourg, né le 18 février 1662, épousa, le 28 août
- 1686, Marie-Thérèse d'Albert, fille aînée du duc de Chevreuse, qui
- mourut le 17 septembre 1694. Le duc étoit donc veuf à l'époque où
- se place ce récit; il se remaria le 15 février 1696, et épousa
- Mlle de Gillier de Clérembault.
-
- [61] A l'armée du Rhin, comme on le voit dans la pièce de vers qui
- suit:
-
- ... N'as-tu pu, sans le perdre, aller jusques au Rhin?
- ... Tu voudrois quelquefois aller, comme un tonnerre,
- Ravager la Hollande et terminer la guerre.
-
- [62] Le Roi, vieux pécheur tout ruiné, se seroit assez bien porté,
- d'après le _Journal de la Santé_, pendant l'année 1695; cependant
- on ne manque pas de signaler ses purgations habituelles et
- quelques attaques de goutte, qui l'obligeoient à «se chausser d'un
- soulier moucheté.»--Le portrait qu'on peut faire de lui à cette
- époque ne ressemble guère à celui qu'on a pu lire, t. II, page
- 4.--Louis XIV tenoit de Henri IV et de Louis XIII cette odeur _sui
- generis_, qui faisoit dire au baron de Fæneste:--«Tenez, ye me
- devoutonne: vous sentirez.--Ho vertubieu! quel parfum.--Et les
- pieds de mesme.» En outre, on lui avoit arraché une grande partie
- de la mâchoire gauche, et il en étoit résulté une plaie d'où
- s'exhaloit au loin une odeur cadavérique nauséabonde; ses maux de
- tête et d'estomac l'avoient rendu fort taciturne et avoient
- assombri son humeur... Du brillant Louis XIV, quand on a lu le
- _Journal de la Santé du Roi_, il reste alors bien peu de chose.
-
- [63] Voici ce que dit, à ce sujet, la _Gazette de France_...--«De
- Dinant, le 5 septembre 1695: Le 30 du passé (août), à 11 heures du
- matin, les ennemis donnèrent un assaut général avec 15,000 hommes
- à la partie de la ville (de Namur) que les assiégés (commandés par
- Boufflers) occupoient au poste de la Cassote et au fort Guillaume.
-
- «Le 1er de ce mois, les alliés donnèrent un autre assaut général
- avec 20,000 hommes...; les brèches étoient si grandes qu'il
- pouvoit y monter un bataillon de front... Le carnage fut si grand
- qu'il n'y en a point eu de pareil en Europe depuis plus d'un
- siècle, puisque les ennemis eurent, dans cet assaut, 9,000 hommes
- tués ou blessés et les nôtres 3,000. Mais comme la garnison se
- trouva réduite à 5,000 hommes, dont il ne restoit que 2,300 en
- état de combattre, et que tous les ouvrages étoient presque
- entièrement renversés, on jugea à propos de capituler. Les
- articles furent arrêtés le 2 avec l'Electeur de Bavière. Ils
- contiennent en substance que la place seroit rendue le 5, en cas
- qu'elle ne fût pas secourue auparavant, et que la garnison
- sortiroit par la brèche, pour être conduite à Givet sous
- Charlemont, avec six pièces de canon, deux mortiers, armes et
- bagages, enseignes déployées, tambour battant, et toutes les
- autres conditions les plus honorables. La garnison est sortie
- aujourd'hui, mais le maréchal de Boufflers a été arrêté par ordre
- du prince d'Orange, au préjudice de la capitulation. Les ennemis
- ont demeuré soixante-sept jours devant la place, et on n'a jamais
- vu une plus courageuse défense.»
-
- «Du camp de Cambron le 10 septembre.»--Le maréchal de Boufflers
- fut transféré le 8 à Maëstricht; la ville lui fut donnée pour
- prison.
-
- --«De Versailles, le 9 septembre: Le Roi, pour tesmoigner de la
- satisfaction qu'il eut de ses services dans la vigoureuse défense
- de Namur, l'honora du titre de duc.»
-
- --Ce triste événement est resté complètement et sans doute
- volontairement ignoré de l'abbé de La Brizardière dans son
- «Histoire de Louis le Grand depuis le commencement de son règne
- jusques en 1710»; il n'en dit mot.
-
- [64] Nous avons dit, à la note précédente, comment s'étoit terminé
- le siége de Namur par les alliés, et la capitulation du maréchal
- de Boufflers. Quant à Casal, assiégé en 1629 par Gonzalve de
- Cordoue, délivré par les François, réassiégé en 1630, mais défendu
- avec succès par le marquis de Toiras, assiégé une troisième fois
- en 1640 par le marquis de Leganez et délivré par le comte
- d'Harcourt (Cadet la Perle), il fut pris en 1652 par les Espagnols
- et, depuis, rendu par eux au duc de Mantoue qui l'ouvrit aux
- troupes du roi Louis XIV en 1682. En 1694, le duc de Savoie, le
- prince Eugène et le marquis de Leganez en firent le blocus le 22
- août; au mois de novembre, malgré les conseils du marquis de
- Leganez, à qui cette conduite le rendit suspect, le duc de Savoie
- leva le blocus, effrayé par l'approche de l'armée de Catinat; un
- incident curieux se produisit pendant le siége: les ennemis
- voulurent faire sauter les magasins à poudre de la place au moyen
- d'un ressort d'horlogerie caché dans la crosse d'un pistolet.
- (_Mercure galant_, octobre 1694.) Le siége fut repris en avril
- 1695. Trois mois après, en juillet, on lit dans le _Mercure
- galant_: «Sa Majesté vient d'ordonner à M. le marquis de Crenan,
- qui en étoit gouverneur, de remettre la place de Casal au duc de
- Mantoue, avec tous les droits souverains qui lui appartiennent, et
- de faire, pour cet effet, un traité avec M. le duc de Savoie et
- les généraux des alliés. Il est réglé par ce traité que la
- garnison en sera tirée aussitôt que la démolition tant de la ville
- que de la citadelle et du château sera achevée; que la garnison
- sera conduite en toute sûreté à Pignerol avec les provisions et
- les munitions et la quantité d'artillerie stipulée; qu'il sera
- permis aux François établis à Casal de sortir avec leurs effets.
- En conséquence de cette capitulation, les troupes du Roi et celles
- du duc de Savoie travaillent conjointement à ruiner les
- fortifications.»--Cf. _Gazette de France_ du 23 juillet 1695;
- lettre du 16 juillet.--Deux ans après, la fille du duc de Savoie,
- âgée de 12 ans et un jour, épousoit le duc de Bourgogne, fils du
- Dauphin (7 décembre 1697), âgé de quinze ans et demi.
-
- Il est intéressant de remarquer que, dans cette guerre, Catinat
- compta parmi ses adversaires un Simiane établi en Savoie, le
- marquis de Pianezza, qui, après une vie aventureuse, servit plus
- tard en France avec le titre de maréchal de camp.
-
- [65] Prière à saint Benoît.--Ni dans les livres de proverbes, ni
- dans l'_Apologie pour Hérodote_, où H. Estienne donne une assez
- longue énumération des attributions données à plusieurs saints,
- nous n'avons rien trouvé qui nous permette d'expliquer pourquoi
- l'auteur met en avant ici saint Benoît, et, un peu plus loin,
- saint Cyr et saint Hilaire.
-
- [66] Le philosophe Thalès prétendait que l'eau était l'origine de
- toutes choses.
-
- [67] _Cabinet._ Ce mot, dans le sens où il est pris ici, de petite
- enceinte d'arbres, est très-ancien dans la langue. On le trouve
- déjà dans Nicot: _Cabinet_ ou _Gabinet en jardin_, _suffugium_.
-
- [68] Le texte porte: _la_;--_les_ se rapporte à _murailles_.
-
- [69] C'est l'idée exprimée dans la fameuse lettre adressée à
- Fouquet par Mlle de Menneville, trouvée dans sa cassette et
- conservée à la Bibliothèque nationale parmi les papiers de Baluze:
- «Rien ne me peut consoler, lui disoit-elle, de ne vous avoir point
- vu, si ce n'est quand je songe que cela vous auroit pu faire
- mal.»--Chéruel, _Mém. sur Fouquet_, t. I, p. 480, _appendice_.
-
- [70] Fagon (Guy Crescent), né à Paris le 11 mai 1638, étoit fils
- d'un commissaire ordinaire des guerres et de Louise de La Brosse,
- fille de Guy de La Brosse, le célèbre médecin de Louis XIII. Reçu
- docteur en 1664, il fut chargé par Mme de Maintenon des soins à
- donner aux enfants du Roi et de Mme de Montespan. Médecin de la
- Dauphine en 1680 et de la reine quatre mois après, il devint en
- 1683, après la mort de la reine, médecin des enfants de France. En
- 1693, il fut nommé premier médecin du Roi Louis XIV, en
- remplacement de d'Aquin, alors exilé de la cour, peut-être par les
- intrigues jalouses de Fagon lui-même. Saint-Simon, ordinairement
- si sévère, lui est très-favorable. Fagon fut reçu membre de
- l'Académie des sciences en 1699. Il quitta la cour en 1715, à la
- mort de Louis XIV, et mourut le 11 mars 1718, dans le jardin du
- Roi, où il étoit né, auprès de son grand-père maternel.
-
- L'éditeur du _Journal de la Santé du Roi_ lui attribue à tort le
- volume intitulé: «les Admirables qualitez du Quinquina, confirmées
- par plusieurs expériences... etc. Paris, Martin Jouvenel, 1689,»
- in-12. Cet ouvrage, publié sans nom d'auteur, est précédé de
- plusieurs approbations de médecins de la Cour, et la première est
- celle de Fagon, qui, en retour, est cité plusieurs fois avec éloge
- par l'auteur anonyme.
-
- [71] La maison de St-Cyr, à cette époque (1695), comptoit neuf
- années d'existence, les lettres patentes pour sa fondation étant
- du mois de juin 1686.--C'est le 3 août suivant qu'eut lieu
- l'inauguration de la maison, en présence seulement de quelques
- dames de la Cour et de Mme de Maintenon. «Alors, dit M. Lavallée,
- commença pour elle un travail qu'elle a continué pendant toute sa
- vie avec un zèle égal à sa persévérance... Durant les premières
- années, elle fut obligée, à cause de l'ignorance et de
- l'inhabileté des jeunes religieuses, de remplir presque toutes les
- charges de la maison.» (_Mme de Maintenon et la maison royale de
- St-Cyr._)
-
- [72] Sur le siége de Namur et la capitulation du maréchal de
- Boufflers, voyez ci-dessus, p. 144, note 63, et p. 145, note 64.
-
- [73] Sur le Père de la Chaise, voy. t. III, p. 147.
-
- [74] Aucun des ouvrages biographiques ou satiriques consacrés au
- Père de la Chaise ne parle du Père Bobinet.
-
- [75] «Quoique les Papes se soient souvent opposés aux demandes que
- nos Princes ont faites au Clergé, celui-ci a, de lui-même, voulu
- contribuer à l'avantage public, et il n'y a plus aujourd'hui de
- difficultés, tout le corps de l'Eglise de France s'étant lui-même
- soumis à payer le dixième de ses revenus, sous le titre de décime,
- et de payer encore extraordinairement pour les neuf autres parts à
- proportion des besoins.--La répartition de ces deux espèces
- d'impositions est faite par les Prélats ecclésiastiques et autres
- ecclésiastiques de réputation, ce qui porteroit à croire qu'elle
- est toujours très-équitable; mais l'expérience y est contraire...
- L'autorité et le crédit du clergé n'ont pas permis de penser que
- cette taxe pût être imposée par les laïques; ainsi on l'a laissé
- se taxer lui-même. Cependant on voit communément qu'un bénéfice de
- 100,000 liv. de rente paye 1,500 liv. pour toutes décimes et
- qu'une communauté de 30,000 liv. de revenu paye 6 à 7,000 liv. Les
- curés sont encore plus vexés que tous les autres par proportion.»
- (_Mém. de Boulainvilliers_, 6e _mém._, 1727, t. II, p. 201.)
-
- Dès la troisième année de la fatale guerre de 1688 à 1697 contre
- le prince d'Orange, le Roi avait dû écrire à l'archevêque de
- Paris: «Mon cousin..., comme j'ay esté informé qu'il y a beaucoup
- d'argenterie dans les églises au-delà de celle qui est nécessaire
- pour la décence du service divin, dont la valeur étant remise dans
- le commerce apporteroit un grand avantage à mes sujets, je vous
- fais cette lettre pour vous exhorter à examiner ce qu'il y a
- d'argenterie dans chaque église de votre diocèse..., vous assurant
- que vous ferez chose qui me sera fort agréable et fort utile au
- bien de mon Etat, d'ordonner qu'elle soit portée dans mes monnoies
- pour être converties en espèces d'or et d'argent, la valeur en
- être payée comptant sur le pied porté par ma déclaration du 14
- décembre dernier à ceux qui l'apporteront, et ce qui proviendra de
- ladite argenterie superflue être ensuite employé au profit des
- églises à laquelle ladite argenterie appartenoit.» (8 février
- 1690.)--Le 16 février suivant, l'archevêque de Paris écrivoit au
- clergé tant régulier que séculier de son diocèse pour l'inviter à
- se conformer aux ordres du Roi; ce qui se faisoit dans le diocèse
- de Paris devait évidemment se faire dans tous les autres.--Voy. p.
- 156, note 79.
-
- [76] M. de Pomponne. Voy. la table.
-
- [77] M. de Harlay. Voy. la table.
-
- [78] M. de Pontchartrain. La _Gazette de France_ de 1693 parle du
- sieur Phelipeaux de Pontchartrain qui, déjà conseiller au
- Parlement, est nommé secrétaire d'Etat en survivance de son père:
- il est le septième de son nom qui ait été revêtu d'une semblable
- charge (_Gazette_ du 26 décembre).--Il fut nommé chancelier et
- garde des sceaux de France le 5 septembre 1699.--Né le 29 mars
- 1643, Louis Phelipeaux de Pontchartrain était fils de Louis
- Phelipeaux de Pontchartrain, président à la Chambre des comptes,
- et de Suzanne Talon. Mme de Sévigné, Saint-Simon, Dangeau, parlent
- de lui fréquemment.
-
- [79] Dix millions de don gratuit.--Voy. la note 75 de la page
- 154.--L'assemblée du clergé s'ouvrit le 28 mai 1695. «Le 8 juin,
- le sieur Pussort, doyen du Conseil d'Etat, le sieur Le Peletier,
- le sieur d'Argouges, le sieur de Harlay et le sieur de
- Pontchartrain, ministres et secrétaires d'Etat, commissaires du
- Roi, allèrent à l'assemblée générale du clergé. Le sieur Pussort
- parla avec beaucoup de dignité et d'éloquence, et fit une
- proposition sur laquelle l'assemblée accorda tout d'une voix à Sa
- Majesté un don gratuit de dix millions.» (_Gazette de France_ du
- 11 juin 1695.)--«Le grand objet d'une assemblée, c'est le don
- qu'on y fait au Roi; mais, comme avant qu'elle commence, ce don
- ordinairement est réglé entre le ministre, le futur président de
- cette assemblée et le receveur du clergé, il ne reste, quand elle
- se tient, qu'à en faire la répartition et qu'à trouver les moyens
- de payer promptement la somme que l'on a promise. Cette commission
- est la plus recherchée, parce qu'elle donne occasion de témoigner
- au Roi le zèle qu'on a pour son service.» (_Mém. de l'abbé Le
- Gendre_, Paris, Charpentier, 1863, in-8º p. 102.)--En 1690, le
- clergé à qui l'archevêque de Paris avoit fait espérer qu'on ne
- demanderoit aucun nouveau sacrifice en 1695, avoit accordé 12
- millions de don gratuit: on peut juger de la pression à laquelle
- il céda lorsqu'on lui demanda ces dix millions qui furent, dit la
- _Gazette_, accordés tout d'une voix. La stupeur, le chagrin furent
- d'autant plus grands que, lorsque parut, en janvier 1695, l'édit
- imposant une capitation dont personne ne seroit exempt et qui
- seroit levée tant que la guerre dureroit, l'archevêque avoit en
- quelque sorte racheté cet impôt en proposant un abonnement de
- quatre millions par an, supérieur de deux millions, d'après
- l'évêque d'Orléans, à ce que le Roi attendoit.--(Voy. les _Mém. de
- l'abbé Le Gendre_, p. 199.)
-
- [80] La guerre étoit fort difficile à soutenir en effet, et voici
- des chiffres qui le prouvent: «Si l'on suppose que la guerre du
- prince d'Orange, commencée en 1688 et terminée en 1697, a employé
- au service du Roi, pendant les neuf années qu'elle a duré tant sur
- mer que sur terre, six cent mille hommes qui auront coûté chacun
- quinze sols par jour en vivres, en solde, habits, armes, chevaux,
- équipages, vaisseaux, artillerie, le tout par proportion, depuis
- le général d'armée, jusqu'au dernier tambour et au mousse du
- vaisseau, la dépense de chaque année a monté à 164,250,000 liv.;
- mais le revenu ordinaire ne passoit pas 116,000,000.--Cela
- supposé, il fallut recouvrer de nouveaux fonds pour l'entretien de
- la dignité royale, les rentes, les gages et autres dépenses
- publiques. Cependant tout s'est fait; mais, pour en venir à bout,
- il fallut emprunter par des créations d'office, des aliénations,
- des constitutions de rentes et de nouvelles impositions sur le
- public déjà chargé des impositions ordinaires, et de plus par la
- capitation imposée en janvier 1695. Ainsi cette guerre a porté ces
- charges à près de 600,000,000 de liv. au-dessus des revenus
- ordinaires pendant les neuf années de guerre.--Il est vrai que ces
- grandes sommes ne sont pas entrées en entier dans le trésor... Si,
- par exemple, un traitant se charge d'un recouvrement de six
- millions de liv., il en retient un pour son profit et a de plus
- 600,000 liv. pour les deux sols pour livre. Il y a encore les
- frais de recouvrement estimés à 20 pour cent; et enfin, quoique le
- recouvrement soit souvent assez facile, si le traitant veut payer
- à titre d'avance, il retire les intérêts à 10 pour cent: d'où il
- arrive que le Roi ne tire que quatre millions et demi de ce dont
- le peuple paye sept à huit millions de livres.» (6e _mém._ de
- Boulainvilliers, t. II, pp. 128-132.)
-
- Du reste, plus étoient grandes les charges imposées au pays, moins
- le trésor royal avoit de ressources. Le comte de Boulainvilliers
- (ibid., p. 153) nous en fournit la preuve. En 1688, les tailles
- étoient de 32,486,911 liv.; sur cette somme, le trésor a reçu
- 29,929,240 liv.; en 1707, elles étoient de 36,755,985 liv.; sur
- cette somme, le trésor n'a reçu que 23,538,408 liv.--Ainsi, les
- tailles ayant augmenté de 4,269,074 liv., la recette, entre 1688
- et 1707, a diminué de 6,390,832.
-
- [81] «Le péché, en tant qu'il blesse la raison, est appelé
- _philosophique_; et, en tant qu'il offense Dieu, il est appelé
- _théologique_.» Un grand débat eut lieu dans le clergé à
- l'occasion de ce _péché philosophique_; il eut pour origine une
- thèse qu'un jésuite nommé Meunier, professeur au collége de Dijon,
- avoit fait soutenir en 1686, thèse conçue en ces termes: «Le péché
- philosophique, commis sans aucune connoissance de Dieu et sans
- aucune attention à lui, n'est point une offense à Dieu ni un péché
- mortel.»--La Société le désavoua; mais, en 1689, M. Arnaud la
- dénonça au pape, aux évêques, aux princes et aux magistrats comme
- une nouvelle hérésie; les poètes en firent des chansons, dont
- quelques-unes fort jolies, dit l'abbé Le Gendre, sur l'air du
- Noël: _Or, dites-nous, Marie_. Les enfants, les femmes, les
- laquais apprirent par coeur ces vaudevilles; on les fit chanter
- dans les rues. (_Mém. de l'abbé Le Gendre_, pp. 123-125.)
-
- [82] Le Roi, ayant en quelque sorte codifié, par l'édit de
- révocation de l'édit de Nantes, tous les autres édits
- antérieurement portés par lui et qui, d'année en année, rendoient
- plus difficile en France l'exercice de la religion protestante,
- compléta son oeuvre en envoyant, particulièrement dans les
- Cévennes, des missionnaires dont les prédications étoient
- soutenues par des dragons: «Nous envoyions dix, douze ou quinze
- dragons dans une maison qui y faisoient grosse chère jusqu'à ce
- que tous ceux de la maison se fussent convertis. Cette maison
- s'étant faite catholique, on alloit loger dans une autre, et
- partout c'étoit nouvelle aubaine.» (_Mém. de Vordac_, cités dans
- le _Bulletin du protestantisme françois_, 2e année, 1854, p.
- 203.--_Ibid._, _passim_.)
-
- [83] L'hérésie détruite: deux médailles furent frappées à cette
- occasion; dans la première, la Religion couronne le Roi;
- l'inscription porte: _Ob vicies centena millia calvinianæ ecclesiæ
- revocata, 1685_; dans la seconde, la Religion foule aux pieds
- l'Hérésie. L'inscription porte: _Hæresis exstincta; edictum
- octobris 1685._
-
- [84] La maison de Saint-Cyr fut fondée en 1686. Voyez p. 152, note
- 71.
-
- [85] Les Aphorismes d'Hippocrate ne disent rien de semblable; mais
- l'école de Salerne dit:
-
- Si vis incolumem, si vis te reddere sanum,
- Curas tolle graves.....
-
- [86] Le Roi avoit alors cinquante-sept ans.
-
- [87] L'école de Salerne a, dit-on, formulé ce précepte; mais nous
- l'avons vainement cherché dans son _Régime de santé_.
-
- [88] Il est à remarquer précisément que, excepté Mme de Montespan,
- toutes les maîtresses du Roi eurent cet air «précieux et
- languissant.»
-
- [89] «Chirurgica tota continui divisione, divisi unione et
- extractione alieni comprehenditur.» La chirurgie étoit donc un
- métier tout manuel, et, dans le serment que les chirurgiens
- prêtoient, ils s'engageoient à ordonner seulement «quæ spectant ad
- operationem chirurgiæ.» S'ils pratiquoient à Paris ou dans les
- faubourgs, ils ne pouvoient le faire qu'avec un médecin, maître ou
- licencié dans l'Université de Paris, ou approuvé par la Faculté.
- (_Decreta, ritus... saluberrimi medicorum parisiensium ordinis
- consuetudines._--Parisiis, Quillau, 1714, in-12, pp. 30 et 107.)
-
- [90] La veine _céphalique_ «est celle qu'on a coustume d'ouvrir
- pour les douleurs de teste, d'où son nom, du grec _kephali_,
- tête.--La veine _basilique_, ou _hépatique_, est une veine qui
- naît du rameau axillaire, va au milieu du pli du coude où elle se
- divise en deux rameaux.» (Furetière.)
-
- [91] Vos peuples meurent de faim.--«Si, en 1688, on se plaignoit
- que les paysans n'avoient point de lits pour se coucher,
- aujourd'hui plusieurs manquent de paille (1707).»--_Mém. de
- Boulainvilliers_, II, 152.--«On ne sçauroit compter combien il
- meurt de pauvres paysans à la porte des plus riches bénéficiers,
- sans secours spirituel ou temporel, faute d'un peu de nourriture
- ou du plus simple remède.» (_Ibid._, p. 126.)--«Le règne de Louis
- XIV,--despotique, bursal, très-long et par conséquent odieux,--a
- détruit l'abondance en tirant des sujets au-delà de leurs forces
- et en détruisant la consommation intérieure... il a pareillement
- détruit la confiance en découvrant un fonds de mauvaise intention
- et d'artifice dans les ministres, digne d'une éternelle
- exécration.» (_Ibid._, pp. 1, 8-9.)--«Les fortunes subites des
- financiers ont excité plusieurs marchands à quitter le
- commerce,... et une infinité d'autres à quitter l'agriculture...
- De là vient que tant de fabricants et de laboureurs ou fermiers
- ont été ruinés, que les terres sont incultes ou mal façonnées, et
- que les banqueroutes sont si fréquentes.» (_Ibid._, p.
- 16-17.)--Les extraits qui précèdent nous dispensent de citer les
- passages si connus où La Bruyère, Vauban, etc., dépeignent la
- misère du peuple.--Cf. Vie de Mme de Miramion, pp. 320 et sq.
-
- [92] Dans ses _Mémoires_, Louis XIV, parlant des souverains, dit
- que «le Ciel les a faits dépositaires de la fortune publique.»
- (_Édition_ Dreyss, I, p. 177);--il ajoute (t. II, p. 230) que «les
- Rois sont nés pour posséder tout et commander à tout.»
-
- [93] La France soutenoit alors trois guerres, en Hollande, en
- Savoie et dans le Palatinat,--sans parler de ses guerres navales
- dans la Méditerranée, sur les côtes de France et dans les
- colonies.--Nous avons donné plus haut (p. 157, note 80) un aperçu
- des frais énormes de ces guerres.
-
- [94] Un mémoire de Marinier, commis des bâtiments du Roi, sous
- Colbert, Louvois et Mansart, et reproduit en appendice dans les
- Mém. de Saint-Simon (_Édition_ Hachette), nous donne l'état des
- dépenses faites par Louis XIV à Versailles, Saint-Germain, Marly,
- etc.--De 1679 à 1690 les dépenses pour Marly seul s'élevèrent à la
- somme totale de 4,501,279 liv. 12 s. 3 d., somme qu'il faut au
- moins quadrupler pour en avoir la valeur en monnoie actuelle.--A
- cette somme, il faut ajouter les frais d'une cascade en forme de
- rivière qui tomboit du haut de l'allée derrière le château: on
- estime, dit Marinier, qu'elle passe cent mille écus.
-
- [95] La liste serait longue de toutes les mesures prises pour
- augmenter les ressources du Trésor. Nous citerons les principales
- qui furent arrêtées dans les cinq dernières années, de 1690 à
- 1695.
-
- 1690.--_3 Janvier._--Déclaration du Roi: «... Pour mettre tout
- d'un coup dans le commerce une grande quantité de matières d'or et
- d'argent et la faire convertir en espèces à nos coins et armes,
- nous avons fait porter aux hostels de nos monnoyes une grande
- partie des ouvrages d'orfévrerie qui servoient d'ornements à nos
- palais (malheureusement, d'après l'abbé Le Gendre, ces ouvrages
- étoient dus au célèbre orfèvre Claude Ballin, dont on trouve la
- vie et le portrait dans les _Hommes illustres_ de Perrault); et,
- après avoir donné cet exemple à nos sujets, nous avons, par notre
- déclaration du 14e du mois de décembre dernier, deffendu à
- l'avenir la fabrication de toute sorte d'ouvrages d'argenterie de
- pur ornement, et nous avons ordonné que ceux de nos sujets qui
- auroient de ces ouvrages deffendus les porteroient aux hostels de
- nos monnoyes..., sans aucun profit pour nous, puisque nous leur
- faisons payer la matière desdits ouvrages d'argenterie deffendus à
- 35 sols du marc de plus qu'elle n'est évaluée par les tarifs
- arrestez en nos cours des monnoyes. Nostre prévoyance et nos soins
- ont eu tant de succez que nous avons eu la satisfaction de voir
- que, depuis la publication de cette déclaration, nos sujets y
- obéissent avec tant de zèle et d'empressement qu'ils portent aux
- hostels de nos monnoyes, non-seulement les ouvrages d'argenterie
- deffendus, mais encore beaucoup de vaisselle plate (_plata_, esp.,
- argent) dont l'usage leur étoit permis...»
-
- 1690.--_8 Février._--Lettre du Roy à Mgr l'Archevêque de Paris:
- «Mon cousin,... comme j'ay esté informé qu'il y a beaucoup
- d'argenterie dans les Eglises au-delà de celle qui est nécessaire
- pour la décence du service divin, dont la valeur estant remise
- dans le commerce apporteroit un grand avantage à mes sujets, je
- vous fais cette lettre pour vous exhorter à examiner ce qu'il y a
- d'argenterie dans chaque église de votre diocèse..., vous
- asseurant que vous ferez chose qui me sera fort agréable et fort
- utile au bien de mon Etat, d'ordonner qu'elle soit portée dans mes
- monnoyes pour estre converties en espèces d'or et d'argent, la
- valeur en estre payée comptant sur le pied porté dans ma
- déclaration du 14 décembre dernier...»--Semblable lettre dut être
- envoyée à tous les Evêques de France.
-
- 1690.--_16 Février._--Lettre de l'Archevêque de Paris au Clergé
- tant régulier que séculier de son diocèse, pour l'inviter à se
- conformer aux ordres contenus dans la lettre royale du 8 février.
-
- 1690.--_Février._--Edit du Roi portant création en titre d'office
- d'un premier président et de huit présidents au Grand Conseil, qui
- payeront «en nos revenus casuels la somme à laquelle sera taxée
- chaque charge...»
-
- 1690.--_Novembre._--Edit du Roi portant création de deux
- présidents, seize conseillers et autres officiers au Parlement de
- Paris, Requêtes de l'Hôtel et Requêtes du Palais... «Les dépenses
- excessives que nous sommes obligez de faire pour faire garantir
- notre Royaume de la multitude des ennemis qui l'attaquent, nous
- engageant de suppléer par des fonds extraordinaires aux défauts de
- nos revenus, nous nous trouvons obligez, après les grandes
- aliénations que nous en avons fait, de recourir aux moyens dont on
- peut tirer des secours plus considérables avec moins de charge
- pour nos sujets et pour nos finances...
-
- »A ces causes..., nous avons fixé à 500,000 liv. au lieu de
- 350,000 liv. le prix des charges de président, et celles de nos
- advocats généraux à 350,000 liv. au lieu de 300,000 liv.»--Les
- nouveaux titulaires payoient le droit annuel sur le prix de
- l'évaluation des offices. D'où ce résultat que «les plus hautes
- charges de l'Etat ne rapportent pas le denier quarante, et celles
- des finances vont à dix et quinze pour cent, sans les autres
- facilités qu'elles procurent.»--6e _Mém._ du comte de
- Boulainvilliers.
-
- 1690.--_Décembre._--Edit du Roi portant création de deux
- présidents, quatre maîtres ordinaires, quatre correcteurs, quatre
- auditeurs et autres officiers en la chambre des comptes de
- Paris.--La charge de premier président est taxée à 550,000 liv. au
- lieu de 400,000 liv., celle de président, à 300,000 liv. au lieu
- de 200,000 liv., celle de procureur général à 300,000 liv. au lieu
- de 250,000 liv.
-
- 1691.--_Mars._--Edit du Roi portant création de maîtres et gardes
- et de jurez syndics des corps des marchands et des arts et métiers
- dans toutes les villes du royaume. Les droicts de marc d'or
- desdits offices sont fixez pour la première classe à 30 liv.; pour
- la deuxième à 24 liv.; pour la troisième à 18 liv.; pour la
- quatrième à 12 liv. En outre, pour les droits de réception, selon
- la classe, 15 liv., 12 liv., 9 liv. et 5 liv.; plus, pour le droit
- royal rétabli en remplacement du droit domanial supprimé, les
- marchands et maîtres des corps et communautés payent 40 liv. pour
- la première classe, 30 liv. pour la deuxième, 20 liv. pour la
- troisième, 10 liv. pour la quatrième.
-
- 1691.--_3 Mai._--«Les marchands bonnetiers se réunissent au bureau
- de la communauté, rue des Ecrivains, paroisse
- Saint-Jacques-la-Boucherie, pour délibérer sur les moyens de
- trouver les fonds de la somme [de 36,000 liv.] que la communauté
- doit offrir au Roi pour réunir au profit d'icelle les offices
- héréditaires de six maîtres et gardes de la communauté créés,
- ainsi que dans tous les autres corps et communautez des marchands
- et artisans des villes du royaume par l'édit du mois de
- mars...»--Il résulte d'un arrêt du Conseil du Roi en date du 8
- mai, que les bouchers, après avoir refusé d'abord, auroient fait
- leur soumission.
-
- 1691.--_22 Mai._--Extrait des Registres du Conseil d'Etat: ... «Sa
- Majesté en son Conseil a ordonné et ordonne que la déclaration du
- 14 novembre 1689 sera exécutée selon sa forme et teneur; en
- conséquence a fait et fait très-expresses inhibitions et défenses
- à tous ouvriers de luxe de dorer ou argenter des chandeliers à
- branches, girandoles, bras, chenets, grilles, brasiers, bordures
- de miroirs, balustres, bois de chaises, tables, bureaux, guéridons
- et autres semblables ouvrages...»
-
- 1691.--_14 Août._--Déclaration du Roi... «Ceux qui ont acquis
- quelque domaine aliéné de bénéfices, communautez, colléges ou
- hôpitaux, à la charge d'en remplacer le prix en maisons ou
- héritages, seront tenus, à la réquisition des créanciers, d'en
- porter les deniers à nostre trésor royal, pour estre employez en
- acquisitions de rentes constituées sur l'hostel de nostre bonne
- ville de Paris...»
-
- 1692.--_Janvier._--Edit du Roi portant création des charges de
- surintendant général des postes et relais de France et de grand
- maître des courriers... «A l'égard de tous les droits utiles,
- profits et revenus appartenant auxdites charges..., nous les avons
- unis et unissons à notre domaine pour estre reçus par nos
- receveurs avec nos autres revenus, chacun dans leur
- généralité.»--Cf. 6e _Mém._ de Boulainvilliers.
-
- 1692.--_Février._--Edit du Roi portant création de lieutenants de
- S. M. dans toutes les provinces du royaume: «Si l'état florissant
- où nous conservons notre royaume au milieu de la plus grande
- guerre que la France ait jamais soutenue nous en a fait connoître
- les forces inépuisables, le zèle ardent et empressé avec lequel
- nos sujets et principalement notre noblesse sacrifient tous les
- jours leurs biens et leurs vies nous fait trouver en même temps
- notre puissance trop bornée, lorsque, voulant proportionner nos
- bienfaits à leurs services, nous voyons à regret que nous manquons
- de récompenses à mesure que les raisons d'en donner
- augmentent...»--Les lieutenants du Roi ne pourront être remplacés
- «sans que celuy auquel nous en aurons donné l'agrément n'ait
- actuellement remboursé les sommes que lesdits lieutenants auront
- financés en nos coffres...»
-
- 1692.--_Février._--Edit du Roi portant création de 200 notaires
- royaux dans l'étendue du Parlement de Tournay, etc.
-
- 1693.--_17 Mars._--Tarif des droits que le Roi en son conseil veut
- et ordonne être payez pour le controlle et enregistrement des
- titres et autres actes qui seront reçus à l'avenir dans toute
- l'étendue du royaume. Exemples: contrats de mariage, jusqu'à 500
- liv., dix sols;--de 500 à 1,000 liv., 20 sols;--de 1,000 à 5,000
- liv., 40 sols, etc.
-
- 1693.--_8 Mars._--Tarif des droits qui seront payez par les juges
- ou officiers de justice des seigneurs qui ne se sont point fait
- recevoir ou qui n'ont point esté immatriculez aux greffes de nos
- cours ou juridictions. Exemple: les juges des duchés-pairies et
- autres justices seigneuriales qui ressortissent immédiatement au
- Parlement, chacun 150 liv.; procureurs desdits, 100 liv., etc.
-
- 1693.--_16 Juin._--Tarif des droits que le Roi en son conseil veut
- estre payez à commencer du 1er juillet prochain par les
- communautez des marchands et artisans de la ville et faubourgs de
- Paris, pour avoir la faculté d'avoir chez eux des balances,
- romaines et fléaux de quelque poids que ce soit. Exemple: chacun
- des maîtres de la communauté des épiciers, apothicaires,
- grossiers, confiseurs, ciriers, 6 liv.;--merciers, grossiers,
- joailliers, 6 liv.;--bouchers, 10 liv.;--boulangers, 3 liv., etc.
-
- 1695.--_Janvier._--On lit dans le MERCURE GALANT: «_Enfin_ la
- déclaration du Roi pour l'établissement de la capitation a esté
- publié. Il y avoit longtemps que cette publication étoit
- _souhaitée_, tant le zèle des sujets du Roi est grand pour
- contribuer à sa gloire et au bien de l'Etat: en sorte que les
- taxes ont paru fort modiques à plusieurs.»
-
- Comme complément de cette curieuse nouvelle, voici un extrait de
- la lettre (insérée au _Mercure galant_ de mars 1695) par laquelle
- les Etats de Languedoc sollicitent la faveur d'être soumis à la
- capitation: «L'Assemblée des Etats de Languedoc a toujours donné
- des marques de la passion qu'elle a eue pour le service du Roi et
- pour le bien du royaume, en supportant les impositions dont cette
- province est chargée; mais elle sent croître cette passion dans le
- coeur de ceux qui la composent, en ce temps où les ennemis de
- l'Etat se sont faussement persuadé que le zèle des sujets du Roi
- peut diminuer ou leurs forces s'épuiser, après le don gratuit de
- trois millions qu'elle vient de faire à S. M. et de plusieurs
- autres sommes considérables..., elle demande à Sa Majesté qu'il
- luy plaise de faire une subvention générale de capitation qui soit
- supportée par tous ses sujets, et demande que l'établissement en
- soit fait dans la province de Languedoc pendant la guerre...»
-
- 1695.--_30 Avril._--Edit du Roi, registré au Parlement, portant
- aliénation de douze cent mille livres de rente au denier quatorze
- sur l'hôtel-de-ville de Paris.
-
- Nous pourrions multiplier ces extraits; ceux qui précèdent peuvent
- déjà donner l'idée des souffrances que l'état de guerre faisoit
- supporter au pays.
-
- [96] Messire François d'Argouges, conseiller d'Etat et du Conseil
- royal, ci-devant premier président du Parlement de Bretagne,
- mourut à Versailles le 16 de ce mois. (_Gazette de France_, 1695:
- de Versailles, le 19 août) [quelques jours avant la perte de
- Namur.]
-
- Louvois étant mort le 16 juillet 1691, à 51 ans, son troisième
- fils, le marquis de Barbezieux, fut nommé secrétaire d'Etat, et
- prêta serment le 19 août entre les mains du Roi pour la charge de
- chancelier et garde des sceaux qu'avoit son père, le 25 août 1693;
- le 12 novembre il épousoit Mlle de Crussol, fille du duc d'Usez et
- petite-fille de Montausier. Il mourut à Versailles le 5 janvier
- 1701, épuisé par une vie de plaisirs, après une courte
- maladie.--Lorsqu'il succéda à son père, il avoit 23 ans,
- «d'ailleurs nulle expérience, et il eut ordre de ne rien faire
- dans l'exercice de sa charge que par l'avis de Chanlay, qui lui
- fut donné comme collègue et comme modérateur.» (_Mém._ de l'abbé
- Le Gendre, p. 136.)--Voy. sur les griefs du Roi contre lui,
- Saint-Simon, _édit._ Hachette en 13 vol. in-12, VIII, 457.
-
- [97] L'auteur veut sans doute parler du tarif imposé au Clergé le
- 10 juin 1693 pour les droits à payer à l'occasion des mariages,
- sépultures, baptêmes, etc.--Voici, par exemple, l'article relatif
- aux mariages: bans, 30 sols; fiançailles, 40; célébration du
- mariage, 6 liv.; certificat de publication des bans, 5 liv.;
- honoraires de la messe de mariage, 30 sols; pour le vicaire, 30
- sols; pour le clerc des sacrements, 20 sols; la bénédiction du
- lit, tant pour celui qui la fait que pour le clerc qui l'assiste,
- 30 sols, soit en totalité 20 liv., soit de 60 à 80 francs de notre
- monnoie.
-
- [98] Il y a peu de numéros de la _Gazette de France_ de cette
- époque où il ne soit parlé des incessantes incursions des Anglois
- sur nos côtes; mais nos nombreux corsaires leur faisoient bonne
- guerre, et ce que la _Gazette_ enregistre surtout ce sont nos
- succès.--Voy. les notes suiv.
-
- [99] Anne Hilarion de Constantin, comte de Tourville, célèbre par
- ses actions sur mer, fut fait lieutenant-général des armées du Roi
- et vice-amiral du Levant en 1689 (_Gaz. de France_). Souvent
- vainqueur des Anglois et des Hollandois, notamment en 1690
- (_Gazette_ du 27 juillet), il fut repoussé par les Anglois le 7
- juin 1692. Maréchal de France en 1693, il mourut à Paris dans la
- nuit du 7 au 8 mai 1701.
-
- [100] _Gazette de France_ du 19 mars 1695: «On a eu avis de
- Livourne que les vaisseaux du Roy _le Content_ et _le Trident_,
- commandez par le comte du Chalard et le sieur d'Aulnay, avoient
- esté attaquez par six vaisseaux de guerre anglois,» et contraints
- de se rendre après une résistance désespérée qui ne dura pas moins
- de deux jours.
-
- _Gazette_ du 2 juillet (Toulon, 19 juin) 1695.--«Les ennemis ne
- paroissent plus sur nos costes, et on a appris que leurs grands
- préparatifs et une flotte si nombreuse n'ont abouti jusqu'à
- présent qu'à transporter en sûreté quelques troupes en Catalogne.»
-
- _Gazette_ du 17 septembre (Marseille, 5 septembre) 1695.--«L'armée
- navale des alliez, après avoir jeté inutilement 2,500 bombes dans
- Palamos, partit le 27 du mois dernier et parut le 30 devant Toulon
- avec environ cent bastimens, parmy lesquels il y avoit 55
- vaisseaux de guerre ou frégates.»--A Toulon, à la Ciotat, à
- Marseille et dans les autres ports de la côte, le maréchal de
- Tourville, en Provence le comte de Grignan prirent toutes les
- mesures nécessaires pour empêcher le débarquement des ennemis qui,
- fort heureusement, furent éloignés par une tempête.
-
- [101] Voy. ci-dessus, p. 133, note 54.
-
- [102] Il n'étoit point question, à cette époque, de taxer les
- filles de joie, mais de les retirer du vice. C'est alors, en
- effet, que Mme de Combé, hollandoise de nation, fonda le Bon
- Pasteur, qui, après des commencements modestes, fut définitivement
- établi en 1698. Voy. Delamare, _Traité de la police_, I, 530 et
- suiv.
-
- [103] Ce qu'on reprochoit surtout à Pomponne c'étoit sa
- négligence; l'abbé Le Gendre dit qu'il «laissoit quelquefois des
- dépêches deux ou trois jours sans les ouvrir. On disoit encore
- qu'il faisoit part aux jansénistes de tous les secrets de l'Etat,
- qui étoient son conseil, et qu'il ne faisoit rien par lui-même.»
- Ce fut là la cause avouée de sa destitution, mais «la principale
- peut-être fut que son emploi faisoit envie à M. Colbert qui étoit
- bien aise de l'exercer sous le nom de son frère de Croissy, à qui
- il le fit tomber.» (_Mém._ de l'abbé Le Gendre, pp.
- 137-138.)--Voir les _Mém._ de Louis XIV, édit. Dreyss.
-
- [104] Sur Harlay de Champvalon, archevêque de Paris, voy. la
- table.
-
- [105] Grande question que la question des siéges. Chez le Roi ou
- la Reine, les duchesses seules et les femmes d'ambassadeur avoient
- les honneurs du tabouret. Dans le monde, les femmes de qualité
- pouvoient avoir des fauteuils; mais une femme plus qualifiée,
- comme la duchesse de La Meilleraie, par exemple, lorsqu'elle étoit
- à Nantes dans le gouvernement de son mari, s'asseyoit volontiers
- sur le dossier de son fauteuil pour être plus élevée que les
- autres dames. On se rappelle la colère de la comtesse
- d'Escarbagnas contre Criquet, son laquais, qui, lorsqu'elle lui
- dit d'approcher un siége pour M. Thibaudier, apporte une
- chaise.--«Un pliant, petit animal,» lui dit-elle tout bas. M.
- Thibaudier n'est que conseiller. Voici un passage bien curieux
- tiré de _Polyandre_, histoire comique (1648), attribué à Ch.
- Sorel; il nous conduit au bal chez un riche financier: «... Force
- chaises et tabourets avoient esté mis partout. Les dames et les
- demoiselles les plus qualifiées estoient assises au premier rang,
- et il y avoit quelques femmes que la beauté et la jeunesse
- mettoient à l'égal des filles. Elles faisoient plus d'un demi
- cercle, qui laissoit de l'espace pour danser, et derrière il y
- avoit des dames plus âgées qui, par leurs ajustemens et leur
- contenance estudiée, témoignoient qu'elles prétendoient encore à
- la bonne mine et qu'elles ne pensoient point estre au rebut.
- Quelques hommes estoient assiz en confusion parmy elles, et vers
- la porte il y en avoit une grosse foule qui estoient debout. _Les
- plus galands_, refusans des chaises, _quoy qu'ils fussent gens de
- condition_, estendoient leurs manteaux par terre et s'alloient
- coucher aux pieds des belles dames, où ils se trouvoient encore
- trop honorez, et tantost les uns, tantost les autres estoient pris
- pour danser,» pp. 178-180.--Voy. l'_Introduction_ à notre édition
- du _Dict. des Prétieuses_, de Somaize (Bibl. elzev.), et la
- préface de notre ouvrage _Précieux et Précieuses_, 1 vol. in-8º.
- Paris, Didier.--Voy. aussi dans les _Mémoires_ de Louis XIV le
- refus d'une «chaire à dos» sollicitée par Monsieur, pour Madame,
- et les motifs de ce refus.
-
- [106] L'Evêque de Noyon étoit de la famille de Clermont-Tonnerre.
- Saint-Simon a fait connoître la vanité de ce prélat, qui couvroit
- de ses armoiries tous les murs de son évêché, qui étaloit à une
- place d'honneur un tableau généalogique où on le faisoit descendre
- en même temps des empereurs d'Orient et des empereurs d'Occident,
- etc. Il a raconté son admission, par ordre du Roi, à l'Académie
- françoise où un discours amphigourique et emphatiquement
- louangeur, malignement prononcé à sa réception par l'abbé de
- Caumartin, fit de lui la risée de la Cour. «M. de Paris ne
- l'aimoit point. Il y avoit longtemps qu'il avoit sur le coeur une
- humiliation qu'il en avoit essuyée; il n'étoit point encore duc et
- la Cour étoit à Saint-Germain, où il n'y avoit point de petites
- cours comme à Versailles. M. de Noyon, y entrant dans son
- carrosse, rencontra M. de Paris à pied; il s'écrie, M. de Paris va
- à lui et croit qu'il va mettre pied à terre; point du tout; il le
- prend de son carrosse par la main et le conduit ainsi en laisse
- jusqu'aux degrés, toujours parlant et complimentant l'archevêque,
- qui rageoit de tout son coeur. M. de Noyon, toujours sur le même
- ton, monta avec lui et fit si peu semblant de soupçonner d'avoir
- rien fait de mal à propos que M. de Paris n'osa en faire une
- affaire; mais il ne l'en sentit pas moins.» Premier grief; en
- voici un second: «Cet archevêque... s'étoit mis peu à peu
- au-dessus de faire aucune visite aux prélats, même les plus
- distingués, quoique tous allassent souvent chez lui. M. de Noyon
- s'en piqua et lui en parla fort intelligemment. C'étoient toujours
- des excuses. Voyant que ces excuses durèrent toujours, il en parla
- si bien au Roi qu'il l'engagea à ordonner à M. de Paris de l'aller
- voir. Ce dernier en fut d'autant plus mortifié qu'il n'osa plus y
- manquer aux occasions et aux arrivées.»--Un troisième grief, c'est
- que Monseigneur de Harlay avertit charitablement M. de Noyon du
- ridicule que le discours de l'abbé de Caumartin avoit jeté sur
- lui. Tous ces petits événements sont de l'année 1694, à la veille
- de l'Assemblée du Clergé. Quel nouveau conflit vit-on éclater dans
- l'Assemblée entre les deux prélats si hautains? Ni Dangeau, ni
- l'abbé Le Gendre n'en ont parlé; mais on les devine. Saint-Simon
- parlant des dégoûts qui assaillirent Monseigneur de Harlay dans
- ses dernières années, ajoute que «les chagrins de cette assemblée
- l'achevèrent.» Le 6 août, on le trouva mort, étendu sur un canapé
- dans sa maison de Conflans... «M. de Noyon eut son cordon bleu.»
-
- [107] L'abbé de Caylus, frère du chevalier de Caylus qui épousa
- Mlle de Villette, fille du cousin-germain de Mme de Maintenon. Il
- devint évêque d'Auxerre, après avoir été aumônier du Roi; il avoit
- refusé l'évêché de Toul.
-
- [108] Les Cordeliers dits du Grand Couvent avoient leur maison
- dans la rue de l'Observance, quartier du Luxembourg. Les
- Cordeliers de l'_Ave Maria_ avoient leur couvent, rue des Barres,
- quartier Saint-Paul, et les Cordeliers, sans épithète, rue de
- Lourcine, quartier de la place Maubert.
-
- [109] «La dispute du quiétisme est une de ces intempérances
- d'esprit et de ces subtilités théologiques qui n'auroient laissé
- aucune trace dans la mémoire des hommes sans le nom des deux
- illustres rivaux (Bossuet et Fénelon) qui combattirent.» (_Siècle
- de Louis XIV._)--Mme Guyon, la fondatrice illuminée de cette
- hérésie mort-née, s'étant mise, d'après le conseil de Fénelon,
- entre les mains de Bossuet, regardé comme un père de l'Eglise,
- l'Evêque de Meaux s'associa, pour l'examen de ses oeuvres,
- l'Evêque de Châlons, depuis cardinal de Noailles, et l'abbé
- Transon, supérieur de Saint-Sulpice. Ils s'assemblèrent
- secrètement à Issy. L'Archevêque de Paris, jaloux que d'autres que
- lui se portassent pour juger dans son diocèse, fit afficher une
- censure publique des livres qu'on examinoit. (_Ibid._)
-
- [110] Ces trois livres étaient les ouvrages de Mme Guyon et
- peut-être la _Guide spirituelle_ de Molinos.
-
- [111] Il étoit d'usage que les militaires et les valets prissent
- ainsi des noms de guerre. Nous avons sous les yeux un modèle du
- Registre journal du Directeur d'un hôpital militaire; la septième
- colonne est destinée aux «noms de fiefs des officiers et aux noms
- de guerre des soldats.» Nous y relevons les sobriquets de Va de
- bon coeur, la Joie, la Grandeur, Boitout, le Tapeur, la Valeur,
- Tope à tout, etc.
-
- [112] Mme de Maintenon, née en 1636 (voy. t. III) avoit alors 59
- ans.
-
- [113] Bernier, chirurgien, nous est inconnu. Il ne peut être
- question, en effet, du célèbre médecin voyageur, François Bernier;
- celui-ci étoit mort en 1688. Peut-être s'agit-il de Jean Bernier,
- auteur d'une Histoire de la Médecine et des Médecins (1688 et
- 1693); mais il n'étoit pas chirurgien du Roi.
-
- [114] «On prend enfin ce mot _mareschal_ pour un médecin de
- chevaux..., et Nicot dit que ces mareschaux avoient soin des
- chevaux du Roy, à la manière des Empereurs romains qui tenoient un
- médecin pour leurs chevaux, qui, après, parvenoient à de plus
- grands emplois. Ainsi Virgile fut médecin des chevaux d'Auguste et
- puis son favory. Et M. Heroart fut médecin des chevaux du roy
- Louis XIII, et après il le fut du Roy mesme.»--(Borel, _Trésor des
- recherches et antiquités françoises_. In-4º, 1655.)
-
- [115] C'étoit le langage de la Reine parlant de Mme de Montespan:
- «Il lui échappoit souvent de dire: cette pute me fera mourir.»
- (Saint-Simon.)
-
- [116] Furetière admet la locution: «Saigner le pied en l'eau» et
- c'est ainsi sans doute qu'il faut lire.
-
- [117] Le louis d'or valoit alors 12 liv., soit 60 fr. de notre
- monnoie; ordinairement, le prix de la visite des médecins étoit
- d'un petit écu. Voy. le _Trio de la Médecine_, de l'abbé
- d'Aubignac. Les chirurgiens et les apothicaires étoient moins bien
- traités; cependant, quand maître François du Tertre faisoit au Roi
- une saignée au bras, il touchoit 300 liv., et 600 liv. pour une
- saignée au pied.
-
- [118] Je vous _quitte_, pour _je vous tiens quitte_. Le _Dict._ de
- Furetière donne ce sens qu'on ne trouve pas dans Richelet. Les
- lexiques de la langue de Corneille par M. Godefroy et par M.
- Marty-Laveaux ne le relèvent pas; mais le lexique de la langue de
- Mme de Sévigné (_Collect._ des Grands Ecrivains) en cite plusieurs
- exemples: «Je vous quitte de la peine de me répondre,» etc.
-
- [119] Saint-Malo étoit d'autant plus exposé qu'il étoit plus
- redoutable aux ennemis. On lit dans la _Gazette_: «de Paris le 12
- janvier 1692: «on a reçu avis que les armateurs, principalement
- ceux de Saint-Malo, continuoient d'amener incessamment un grand
- nombre de prises.
-
- «2 février.--Deux vaisseaux du Roi, l'un de 20; l'autre de 26
- pièces de canon, attaquèrent le 24 du mois dernier à la hauteur de
- Jersey deux anglois, l'un de 50 et l'autre de 60 pièces de canon:
- après six heures de combat ils les obligèrent à se retirer assez
- maltraitez.»
-
- Les années suivantes, Saint-Malo fut bombardé deux fois par les
- Anglois, le 26 novembre 1693 et le 14 juillet 1695. (Cunat,
- _Saint-Malo et ses marins_.) Le _Mercure galant_ (vol. de juillet)
- contient, de la p. 262 à la p. 275, un Journal du bombardement de
- Saint-Malo, avec des extraits de lettres sur le même sujet, de la
- page 275 à la page 280. A la fin de l'hiver précédent, les
- habitants qui se rappeloient le bombardement de 1693 et qui ne
- prévoyoient pas celui qu'ils devoient subir, sans en souffrir
- d'ailleurs, au mois de juillet suivant, avoient multiplié chez eux
- les divertissements; un ballet, _le Retour des plaisirs_, dont la
- musique avoit été faite par le maître de musique de la cathédrale,
- fut dansé; à la seconde entrée, un choeur de Malouins chantoit
- devant Neptune:
-
- Désormais sur ces bords vivons sans épouvante;
- Neptune a de l'Anglois repoussé la fureur.
-
- [120] Probette, boussole. Vieux mot que n'ont recueilli les
- dictionnaires ni de Nicot, ni de Cotgrave, ni de Monet, ni de
- Joubert, ni les dictionnaires flamand-françois de 1618 ou de 1634,
- ni le dictionn. françois-italien de 1648, etc.
-
- [121] «_Maletoulte_, c'est-à-dire extorsion, imposts
- extraordinaires, et _maltoutiers_ sont ceux qui lèvent ces
- imposts. Ce qui vient du mot _tollir_, c'est-à-dire oster. Ce nom
- fut donné à l'impost de 1296, selon M. Bignon sur Marculphe. D'où
- vient que _maletoste_, selon Ragneau, veut dire tout subside
- extraordinaire.» (Borel, _Thresor de Recherches_.)
-
- [122] L'Empereur d'Allemagne était alors Léopold Ier, qui succéda
- en 1657 à Ferdinand III, mourut en 1705 et laissa le trône à
- Joseph Ier.
-
- [123] Dans l'édit. que nous reproduisons, le texte suit, divisé
- par _Entretiens_; dans une édition postérieure, l'_Entretien_
- XVIII est précédé d'un nouveau titre et des mots «seconde partie»,
- qui ne semblent pas motivés.
-
- [124] Jacques-Henri de Durasfort, duc de Duras, chevalier des
- trois ordres du Roi, gouverneur de Besançon et du comté de
- Bourgogne, capitaine des gardes du corps, fut nommé maréchal de
- France le 30 juillet 1675. Il avoit épousé Marguerite Félice de
- Lévis Ventadour, dont il eut un fils. Sa terre de Duras en Guyenne
- avoit été, dès 1668, érigée en duché avec cette clause que, faute
- d'hoirs mâles, cette terre reprendroit son ancienne qualité et ne
- retourneroit pas à la Couronne. Les lettres ne furent vérifiées en
- parlement que le 1er mars 1689.--Son frère Guy de Durasfort, fut
- duc de Lorge et aussi maréchal de France. Des filles de ce
- dernier, l'une épousa le duc de Saint-Simon, l'auteur des
- _Mémoires_, l'autre le duc de Lauzun.
-
- [125] M. de Brissac, major des gardes du corps, chevalier de
- Saint-Louis depuis la fondation de l'ordre en avril 1693, étoit
- lieutenant-général depuis le mois de mars de la même année. Il
- étoit gouverneur de Guise. Saint-Simon fait de lui «un fort simple
- gentilhomme tout au plus, qui n'étoit ni ne se prétendoit rien
- moins que des Cossé... C'étoit de figure et d'effet une espèce de
- sanglier, qui faisoit trembler les quatre compagnies des gardes du
- corps, et compter avec lui les capitaines, tout grands seigneurs
- et généraux d'armée qu'ils étoient... Il s'étoit acquis toute la
- confiance du Roi par son inexorable exactitude... Avec tout
- l'extérieur d'un méchant homme, il n'étoit rien moins, mais
- serviable sans vouloir qu'on le sût.»--Voir à la suite dans
- Saint-Simon le récit du tour qu'il joua aux fausses dévotes de la
- Cour. Elles attendoient le Roi au Salut, toutes munies d'une
- petite bougie qui éclairoit leur livre pour elles, et leur visage
- pour le Roi. Brissac ayant dit tout haut aux gardes de se retirer,
- les bougies s'éteignirent et les dames quittèrent la chapelle. Le
- Roi arriva peu après, et rit beaucoup lorsqu'il apprit pourquoi
- l'église, ordinairement trop petite, étoit déserte ce soir-là.
- «Toutes ces femmes auroient voulu l'étrangler.»
-
- [126] Les pages de la Chambre appartenoient à de très-bonnes
- familles nobles du royaume; en échange des services qu'ils lui
- rendoient, le Roi se chargeoit de leur éducation et de leur
- avenir. Il a daigné leur consacrer une page de ses _Mémoires_. On
- lit dans l'_Etat de la France_ de 1669: «Le Roi entretient
- vingt-quatre pages de sa Chambre toute l'année, dont chacun des
- quatre premiers gentilshommes a six; et Sa Majesté leur entretient
- des maîtres sur tous les exercices convenables à des personnes de
- qualités. Les Pages entrent avec la garde-robe le matin et le soir
- dans la chambre du Roi pour donner les mules à Sa Majesté.»--En
- outre, la grande écurie avoit 55 pages, bien qu'il n'y eût de
- fonds que pour 19; ils avoient un gouverneur, un sous-gouverneur,
- un aumônier, un précepteur. On leur enseignoit les exercices de
- guerre, la carte (géographie), la musique, la danse; la petite
- écurie avoit 21 pages, dont deux à la vénerie, élevés dans les
- mêmes conditions.
-
- [127] Le duc d'Orléans, frère du Roi.
-
- [128] Sur l'évêque de Noyon, voyez ci-dessus, page 182, _note_
- 106.
-
- [129] L'île de Tendresse appartient à la géographie des
- précieuses, comme ce pays de l'Amour-propre où La Rochefoucauld
- dit qu'il reste beaucoup de terres inconnues. Il existe un livre
- italien fort singulier, intitulé: «_della Geografia trasportata al
- morale_, del Padre Daniello Bartoli, della compagnia di Giesù.
- Milano, 1665.» 1 vol. in-18. L'auteur, dans les Iles Fortunées
- voit les espérances de Cour; dans les cataractes du Nil, le
- domaine des grands parleurs qui assourdissent ceux qui les
- écoutent; dans le mont Parnasse, la vie insensée de qui chante sur
- autrui et pleure sur soi-même, etc. Chaque pays est le sujet d'un
- long chapitre, bourré de citations et de préceptes moraux
- empruntés à toute l'antiquité.
-
- [130] Voyez ci-dessus, page 144, note 63.
-
- [131] Le maréchal de Villeroy avoit confié à M. de Montal la
- direction du siége de Dixmude. François de Neufville, duc de
- Villeroy et de Beaupreau, pair et maréchal de France, étoit fils
- de Nicolas, duc de Villeroy, aussi maréchal de France, et de
- Magdelaine de Créqui. Nommé chevalier des ordres en 1688, maréchal
- de France en 1693, il étoit alors commandant de l'armée de
- Flandres. Il dirigea en personne le bombardement de Bruxelles,
- malgré une armée de 25,000 hommes, et continua longtemps encore
- ses succès militaires, interrompus cependant en 1702, qu'il fut
- fait prisonnier à Crémone. Malgré la perte de la bataille de
- Ramilies, en 1706, il conserva la confiance du Roi, et fut nommé,
- en 1714, ministre d'Etat, chef du Conseil royal des finances;
- après la mort de Louis XIV, il fut nommé gouverneur du jeune roi
- Louis XV.
-
- [132] «En vous apprenant le siége de Dixmude, je vous apprends en
- même temps sa prise [après 36 heures de tranchée], dit le _Mercure
- galant_ de juillet 1695. M. de Blanchefort en apporta la nouvelle
- au Roi le 30 de ce mois. M. de Montal en a fait le siége... Après
- quelques contestations, le gouverneur consentit à se rendre
- prisonnier de guerre avec toute la garnison, montant environ à
- 5,300 hommes... J'apprends en ce moment qu'aussitôt après la prise
- de Dixmude, Deinse ouvrit ses portes aux troupes du Roi, et qu'il
- y avoit dans la place cinq régiments faisant environ 2,500 hommes
- qui se sont rendus prisonniers de guerre.»
-
- [133] C'est ainsi que Citois, médecin de Richelieu, lui ordonnoit
- parfois de prendre deux ou trois drachmes de Bois-Robert: _Recipe
- Bois-Robert_.
-
- [134] Erizzo, ambassadeur de Venise, étoit reçu en audience le
- mardi, comme tous les ministres étrangers. Le 15 octobre 1695, la
- _Gazette de France_, d'accord avec Dangeau, rapporte que le Roi
- lui accorda le 5 du même mois une faveur sans précédent: il donna
- une audience à sa femme: «le Roi étoit debout auprès de sa table,
- dit Dangeau, et, dès qu'il vit l'ambassadrice, il avança deux ou
- trois pas à elle et la baisa; et après quelques compliments qu'ils
- se firent, toujours debout, l'ambassadrice se retira.»
- Saint-Simon, dans ses notes sur Dangeau, donne les règles
- d'étiquette ordinairement suivies dans des occasions analogues.
-
- Quatre jours après, le dimanche 9 octobre «le Roi tint sur les
- fonts de baptême la fille du sieur Erizzo. Sa Majesté la nomma
- Louise, Madame fut la marraine, et la cérémonie fut faite dans la
- chapelle du château par le cardinal de Bouillon, grand aumônier de
- France. Le Roi et la Reine d'Angleterre y assistèrent.» (_Gazette
- de France._)
-
- Erizzo ne se montra pas reconnoissant de ces faveurs répétées. Le
- jeudi 13 avril 1700, il arriva, dit Dangeau, un courrier de Rome
- envoyé par le cardinal d'Estrées, notre ambassadeur, pour rendre
- compte de ses démêlés avec Erizzo, qui continuoit à Rome contre
- lui les démêlés commencés en France; il avoit même fait un écrit
- très-offensant contre le cardinal d'Estrées dont le Roi approuvoit
- la conduite (Dangeau).
-
- [135] «_Mercredi, 27 juillet 1695._--On a eu nouvelle que les
- Vénitiens dans la Morée ont repoussé les Turcs...; l'ambassadeur
- en doit venir donner part au Roi mardi prochain.--_Lundi 19
- septembre_: Il court un bruit que les Vénitiens ont gagné un
- grand combat naval contre les Turcs dans les mers de Chio,
- qu'ils ont fait 6,000 prisonniers et entre autres l'amiral
- Turc: les nouvelles de ce pays-là méritent confirmation.»
- (Dangeau).--Dangeau ne dit rien des sentiments du Roi sur ce
- sujet; la _Gazette_ raconte les faits avec une indifférence
- marquée; il semble cependant qu'on peut lui reconnoître quelque
- partialité en faveur des Turcs.
-
- [136] Voyez page 138, note 60.
-
- [137] La duchesse de Chartres, Mme la duchesse (de Bourbon-Condé),
- et la princesse de Conti ajoutoient à leur nom _légitimée de
- France_. La princesse seule conserva cette addition, que les
- autres supprimèrent pour signer comme les princesses du sang. Elle
- ne perdoit point une occasion de faire sentir aux deux autres
- princesses qu'elle seule avoit une mère connue et nommée.
- (_Mémoires_ de Saint-Simon, 1696.)--Elle assista à la mort de Mme
- de La Valière, et obtint du Roi la permission d'en porter le
- deuil.
-
- [138] Portant l'aigrette des chevaliers du pays de Cornouailles.
-
- [139] Entre deux toiles, comme les braconniers qui font usage du
- drap de mort.--Entre deux draps.
-
- [140] La _Gazette de France_ du 4 juin 1695 dit: «Le 29 du mois
- dernier, le sieur Pierre Mignard, premier peintre du Roi, fameux
- par beaucoup d'excellents ouvrages, mourut en cette ville (Paris),
- âgé de 84 ans.»--Dangeau: «_Dimanche, 29 mai_: le bonhomme Mignard
- mourut à Paris; il avoit 84 ans; il étoit premier peintre du Roi,
- charge qui vaut 12,000 francs et des logements; les ouvrages qu'il
- faisoit présentement étoient les plus beaux qu'il eut faits de sa
- vie.»--La charge de premier peintre fut supprimée par Louis XIV;
- mais à sa mort, le Régent la rétablit en faveur de Coypel, honoré
- précédemment du titre de premier peintre de Monsieur.
-
- [141] Ce tableau ne figure pas dans la liste des tableaux de
- Mignard.
-
- [142] «Mignard ayant eu ordre alors de faire les portraits de la
- famille royale, peignit dans le même tableau Monseigneur, Madame
- la Dauphine et les trois princes leurs enfants... Il a été gravé
- avec ces vers de Santeul:
-
- Aspice venturos futura in sæcula Reges;
- Gallia, quondam orbis sentiet esse suos.
-
- Dans ces jeunes héros dont l'auguste naissance
- Promet cent miracles divers,
- Tu vois tes Rois, heureuse France,
- Et peut-être y vois-tu ceux de tout l'Univers.
-
- (_Vie de Mignard_, par l'abbé de Monville, Paris, 1730,
- in-12, p. 137.)
-
- [143] Voyez la table.
-
- [144] «Revenu à Avignon, Mignard y trouva Molière... Pendant le
- temps que Mignard y passa encore avec son frère, il fit une
- Lucrèce pour un conseiller au Parlement de Grenoble.» (_Vie de
- Mignard_, pp. 56-57.)--C'est sans doute ce tableau qui passa aux
- mains de Mme de Lislebonne.
-
- [145] Le comte de Sainte-Maure étoit en grande faveur auprès de
- Monseigneur qui, d'après Saint-Simon, lui donna un jour jusqu'à
- 2,000 louis, à la prière de la princesse de Conty, pour payer ses
- dettes de jeu. Voy. t. III, p. 197.
-
- [146] Le maréchal de Luxembourg étoit mort le 4 janvier 1695, peu
- regretté du Roi, qui ne l'aimoit point, dit Saint-Simon, et qui
- lui refusa ce qu'il lui demanda à son lit de mort.
-
- [147] Les éloges donnés au prince d'Orange et au prince de
- Vaudemont, ennemis de la France, dénotent l'origine de ce libelle.
-
- Guillaume Henri de Nassau, prince d'Orange, fils de Guillaume,
- prince d'Orange, et de Marie d'Angleterre, laquelle étoit fille de
- Charles Ier et de Henriette Marie de France, se distingua dans
- toutes les guerres dirigées contre la France. Battu en 1672 à
- Charleroy par le comte de Montal, en 1674 à Senef par le prince de
- Condé, à Cassel en 1677 par Monsieur, en 1678 près de Mons, en
- 1691 à Leuse, en 1692 à Steinkerque, en 1693 encore à Steinkerque,
- toujours par le maréchal de Luxembourg, il fut, à plusieurs
- reprises, forcé de lever des siéges entrepris contre nos armées.
- Il mourut le 19 mars 1703.
-
- [148] Charles Henri, légitimé de Lorraine, prince de Vaudemont, né
- en février 1649, étoit fils de Charles IV de Lorraine et de Mme de
- Cantecroix, frère aîné de Mme de Lislebonne, dont il a été parlé
- ailleurs. Il avoit épousé, le 27 avril 1669, Anne-Elisabeth de
- Lorraine d'Elbeuf.
-
- [149] Nous saisissons ici l'occasion de protester contre la
- prétendue influence que Mme de Maintenon auroit eue dans la
- conduite des affaires de l'État; sa situation auprès de Louis XIV,
- qui voulut toujours être maître absolu, auroit été impossible si
- elle eût voulu le diriger; les écrivains protestants eux-mêmes
- (_Bulletin de la Société du protestantisme_) reconnoissent
- aujourd'hui qu'elle n'eut aucune part à la révocation de l'Édit de
- Nantes, où l'on ne fit que codifier des édits et ordonnances dont
- beaucoup étoient antérieurs à son entrée à la Cour. Il suffit
- d'ailleurs de lire ses oeuvres pour arriver à cette conviction
- d'abord qu'elle n'étoit pas bigotte, ensuite qu'elle étoit à peine
- assez catholique pour n'être pas protestante. En effet, elle
- conseilloit à ses jeunes élèves de Saint-Louis de soulager leur
- mère dans les soins du ménage plutôt que d'aller à la messe,
- excepté le dimanche; ce jour-là même, elle les dispensoit,
- lorsqu'elles seroient dans leurs familles, d'assister aux vêpres:
- ce qui n'est pas d'une bigotte;--elle n'admettoit ni le culte de
- la Vierge ni le culte des Saints: et ceci rappelle plutôt sa
- première éducation, toute protestante, que les leçons du couvent.
-
- POST-SCRIPTUM.--La feuille qui contient les premières pages de la
- pièce qui précède étoit tirée, lorsqu'un mot, qui nous avoit
- échappé dans le _Journal_ de Dangeau, est venu nous apprendre
- qu'il existoit un abbé du Troncq, «neveu de Bontemps». La parenté
- de Mlle du Troncq avec Bontemps nous étoit ainsi révélée, et, bien
- que l'auteur du pamphlet soit le seul écrivain de l'époque qui ait
- parlé de la passion tardive du Roi pour cette jeune fille, nous y
- avons vu une preuve de plus qu'il étoit très-bien renseigné.
- L'amourette elle-même est peut-être fausse, peut-être vraie; en
- l'absence de renseignements qui confirment les dires du
- pamphlétaire, nous n'osons ni la nier ni l'affirmer; mais il est
- certain, et nos notes en font foi, que tous les détails groupés
- autour du sujet sont d'une rigoureuse exactitude.
-
-
-FIN.
-
-
-
-
- LE
- TOMBEAU DES AMOURS
- DE LOUIS LE GRAND
- ET SES DERNIÈRES GALANTERIES.
-
-
-
-
-[Bandeau]
-
-LE
-
-TOMBEAU DES AMOURS
-
-DE LOUIS LE GRAND
-
-ET SES DERNIÈRES GALANTERIES[150].
-
-
-Depuis que la nature a fait naître l'amour, ce Dieu a toujours porté ses
-traits par tout l'Univers. Il a foulé même à ses pieds les sceptres et
-les couronnes, et tout ce qui respire le jour ressent son pouvoir,
-jusqu'aux plus innocentes créatures. Les divinités n'ont point été
-insensibles à cette charmante sympathie qui nous force d'aimer;
-pourquoi seroit-on surpris qu'un grand Roi comme le nôtre ait fait
-consister tout son bonheur dans la tendresse? L'amour est la plus noble
-de toutes les passions, et sans lui la vie seroit fade et sans goût.
-
-Mais il faut mettre une grande différence entre l'amour brutal et le
-raisonnable. Le premier fait peur et n'est point aimable, n'étant
-accompagné que du crime qui est affreux dans son être; au contraire,
-l'amour honnête possède des charmes qui sont opposés aux manières du
-premier, qui ne consiste qu'en mille petits soins empressés, et mille
-services que l'on veut rendre à l'objet aimé. Il est vrai que les bornes
-qui séparent l'un et l'autre sont un peu délicates, et qu'il faut
-posséder l'indifférence, pour sa sûreté; cependant, nous voyons tous les
-jours bien des personnes qui ont triomphé, par le secours de la vertu,
-des forces de l'amour, et, quoique cet enfant soit souvent robuste, il
-ne laisse pas d'être aimable quand la modestie l'accompagne, et l'on
-peut lui donner l'encens qui suit avec justice:
-
-_Est-il rien de si doux qu'une ardeur innocente qu'un rare mérite
-fait naître dans nos âmes? Je ne vois point de bonheur à respirer le
-jour, si de l'Univers on en bannissoit l'amour. Tous les plaisirs se
-trouvent dans sa suite, et la vie sans aimer seroit un supplice[151]._
-
-Les peintres n'ayant pu trouver des couleurs assez belles ni assez vives
-pour faire des yeux au fils de Vénus, l'ont représenté aveugle; ce Dieu
-auroit-il eu bonne grâce en faisant toutes les conquêtes qu'il a faites
-sans voir? C'est une erreur un peu grossière, car quand l'Amour veut
-s'emparer d'un coeur, il se sert toujours des yeux d'un bel objet,
-pour en blesser un autre: ce qui ne seroit pas, si ce malicieux enfant
-ne savoit très-bien que de tous les sens, les yeux sont les plus
-susceptibles, parce qu'ils découvrent, les premiers, les redoutables
-attraits des belles. Il faut donc raisonner en cet endroit
-philosophiquement, et dire qu'un aveugle ne peut devenir savant quand il
-est privé des facultés les plus nécessaires, comme la vue. L'on voit
-aussi que ce conquérant est fort éloquent et grand rhétoricien,
-puisqu'il confond les raisonnements les plus sublimes et les plus
-solides. C'est donc avec raison qu'il faut défendre le tort que
-l'on fait à ce pauvre enfant en lui tirant son plus bel ornement.
-
- Amour infortuné songe à tes intérêts;
- L'on ne sent plus pour toi l'honneur et les respects.
- Tout est perdu, si cela continue.
- Ramène-nous des siècles plus doux,
- Où l'on verra plus de retenue,
- Et qui dureront toujours.
-
-La durée dans les choses du monde est presque impossible. On la souhaite
-assez dans ses termes et ses expressions, et si nous avions un bien qui
-sût une fois nous charmer sensiblement, nous ne voudrions jamais le
-quitter. C'est pourquoi l'auteur de la nature a prévu cet attachement
-comme criminel, et nous a donné toutes choses changeantes et variables
-et de peu de durée.
-
-Les philosophes sont fondés sur de bons principes, quand ils regardent
-tout avec indifférence, et qu'ils n'aiment que le présent. Cependant,
-parmi nous, ces sentiments sont condamnés, et l'on seroit mal instruit,
-si l'on vouloit les suivre.
-
-Laissons donc pour une autre fois ces idées, et voyons avec plaisir
-toutes les galanteries de notre prince. Examinons-en le tour et la
-délicatesse, et disons qu'il est le seul au monde qui a su aimer si
-tendrement; mais présentement son coeur est rempli de sentiments pieux
-qui ont banni la tendresse humaine de ses idées[152]. Ce qui
-faisoit autrefois sa félicité, ne le charme plus que foiblement, et les
-douceurs qui ont enchanté ce Monarque paroissent mourantes et sur leur
-fin. Pendant qu'il languit, et que sa raison et ses transports sont de
-retour, il faut faire la revue de ses amours, et voir le terrible
-changement qui se trouve chez ce Prince, après avoir décrit les plus
-doux moments de sa vie.
-
- L'on ne voit rien dans cet Univers,
- Qui soit constant et solide,
- Le sort des humains décide,
- Selon les sentiments divers.
-
-Je reviens à l'ardente passion du Roi, et je laisse ma Muse pour une
-autre fois; je veux suivre toutes les démarches qu'il a faites dans ses
-amourettes, et dire que rien dans la vie ne l'a touché si sensiblement
-que la possession d'une personne aimable. Mademoiselle de Manchini[153]
-avec son air commun et sa petite taille, mais de l'esprit comme un ange,
-a fait passer à ce Prince des heures charmantes[154]. Souvent madame de
-Venelle[155] les surprenoit dans leurs conversations touchantes; mais il
-faut dire à la vérité que leurs joies n'ont été qu'imparfaites. Notre
-Prince l'auroit épousée, sans les oppositions du cardinal Mazarin[156]
-qui étoit prié de la reine-mère, et qui lui fit promettre, un jour
-qu'il souhaitoit d'elle des preuves de son amour[157], qu'il empêcheroit
-la chose.--«Ce que je vous demande, lui disoit la Reine, n'est pas une
-si grande assurance de votre passion que vous croyez. Car si le Roi
-épouse votre nièce, de l'humeur que je lui connois, il ne manquera
-jamais à la répudier et vous serez mal avec lui; ce qui [me] chagrinera
-plus que le mariage, quoique mes desseins soient entièrement ruinés pour
-la paix, si le Roi n'épouse pas la fille du Roi d'Espagne.»
-
-Le cardinal trouva la pensée de la Reine admirable et lui promit tout
-afin de posséder son coeur[158]. Cependant le Roi a marqué toujours
-une aversion si extraordinaire pour le démariage[159], et il l'a déclaré
-si souvent, qu'il donne bien lieu de croire qu'il ne se seroit pas voulu
-servir de ce méchant usage. Notre sublime cardinal maria enfin sa nièce
-au duc de Colonna[160], dans le dessein de faire mieux sa cour proche
-de[161] la reine qui l'en remercia avec les manières les plus
-tendres du monde. Notre jeune Monarque pleura et cria, se jeta aux pieds
-du cardinal et l'appela son papa; mais hélas! il étoit destiné que les
-deux amants se sépareroient. Cette amante affligée étant pressée de
-partir, et montant en carrosse, dit fort spirituellement à son amant,
-qu'elle voyoit dans une douleur accablante: «Vous pleurez, et vous êtes
-Roi! pourtant je suis malheureuse et je pars dès ce moment!»
-
-Le Roi pensa mourir de chagrin de la cruelle séparation de sa chère
-mignonne; mais comme ce Prince étoit encore jeune, il se consola plus
-facilement, et son coeur ne demeura pas longtemps dans la
-tranquillité. Nous le verrons par la suite.
-
-Quand Philippe IV, roi d'Espagne, fut mort[162], notre inconsolable
-Monarque forma le dessein d'aller aux Pays-Bas, pour mettre la Reine son
-épouse en possession des Etats qui lui appartenoient; Sa Majesté y entra
-avec toute la magnificence qui pouvoit charmer les sens[163]. Elle étoit
-précédée de deux compagnies de mousquetaires richement vêtus, et leurs
-chapeaux garnis de plumes blanches, comme le reste des gardes du corps.
-Notre illustre Prince étoit vêtu d'un habit en broderie d'or mêlé de
-perles, avec un superbe bouquet de plumes incarnates et blanches,
-attaché d'un coeur de diamants. Le Roi étoit monté sur un cheval dont
-la marche fière et glorieuse faisoit bien connoître qu'il portoit
-le plus puissant héros de l'Univers; un nombre infini de seigneurs et de
-personnes distinguées accompagnèrent Sa Majesté dans son voyage.
-
-Le Roi étant de retour ne demeura pas longtemps sans trouver un tendre
-amusement. Mademoiselle de la Valière[164], fille de la maison de
-Madame, par une sympathie inconnue s'est fait aimer passionnément de ce
-Prince. La Valière qui n'étoit ni noble[165], ni belle, ni l'air fort
-charmant[166], mais infiniment de l'esprit et du brillant dans tout ce
-qu'elle disoit, ayant le coeur rempli de tendresse et de sincérité,
-ces dernières qualités ont enchaîné le plus fier et le plus superbe
-Prince de l'Europe sous ses lois, et lui ont fait dire souvent qu'il n'a
-jamais aimé personne avec tant d'ardeur.
-
-Il est vrai[167] qu'elle aima le Roi par inclination plus d'un an avant
-qu'il la connût, et qu'elle disoit souvent en soupirant à une de ses
-amies, qu'elle voudroit qu'il ne fût pas d'un rang si élevé, et que la
-fortune l'eût fait naître berger. La raillerie que l'on en fit donna
-l'envie à notre Monarque de connoître l'aimable bergère qui lui
-souhaitoit au lieu de son sceptre une houlette. Et comme il est
-naturel à un coeur généreux d'aimer ceux qui nous aiment, le Roi
-l'aima dès ce premier moment, et lui dit un jour en riant: «Venez, ma
-belle aux yeux doux, qui ne pouvez aimer qu'un prince.»
-
-Ce n'est pas que sa personne lui plût; mais par reconnoissance, Sa
-Majesté dit au comte de Guiche qu'il la vouloit marier à un marquis
-qu'il lui nomma et qui étoit des amis du comte; ce qui lui fit répartir
-au Roi que son ami aimoit les belles.--«Eh bien! dit le Roi, je sais
-bien qu'elle n'est pas une incomparable beauté; mais je lui ferai assez
-de bien pour la faire chérir.»
-
-Quelque temps après, le Roi fut chez Madame qui étoit un peu indisposée,
-et s'arrêta dans l'antichambre avec La Valière à laquelle il parla
-longtemps. Ce prince demeura si charmé de son esprit et de ses manières
-engageantes que sa reconnoissance devint amour. Mais comme ce prince
-cherchoit l'occasion de lui dire tout ce qu'il sentoit pour elle, parce
-qu'il en étoit pressé et qu'il y avoit déjà du temps qu'il languissoit
-secrètement, il la trouva. Il lui auroit été bien facile s'il eût
-considéré qu'il étoit Roi; mais la qualité d'amant lui paroissoit trop
-charmante pour n'en pas suivre les lois. Ce fut à Versailles, dans le
-parc, que le Roi se plaignit tendrement que depuis plus de trois mois sa
-santé n'étoit pas bonne. Mlle de La Valière[168], en parut affligée,
-et en marqua du chagrin, ce qui toucha le Roi sensiblement, et lui fit
-dire:--«Hélas ma belle, je serai le plus fortuné de tous les
-hommes, si vous me plaignez un peu, étant à vous comme je suis.»
-
-La Valière rougit, et parut interdite en voyant le Roi, qu'elle aimoit,
-à ses genoux, tout passionné. Elle se leva par respect, mais le Roi lui
-prit la main et la baisa tendrement, en lui disant:--«Ma charmante! je
-suis malheureux, puisque vous n'êtes pas sensible, et je suis à plaindre
-en vous adorant comme je fais.»--«Non, Sire, répliqua-t-elle, je ne suis
-point insensible à ce que vous sentez pour moi. Il y a longtemps, ajouta
-cette aimable fille en poussant un soupir, que l'amour m'a fait
-connoître secrètement que je devois aimer le plus parfait de tous les
-Rois.»
-
-Notre Monarque parut touché d'entendre un aveu si doux et si favorable à
-son amour; mais la pluie qui survint en abondance rompit une
-conversation si tendre. Le Roi, qui n'avoit pas encore toutes les
-assurances qu'il vouloit du coeur de son adorable, lui envoya ce
-billet[169].
-
- «Hélas! ma charmante enfant! si vous ne m'aimez en bref, il
- faudra que je meure. L'on cherche avec empressement ce qui me
- peut rendre rêveur comme je le suis; mais l'on ne pénètre pas
- que je vous aime plus que moi-même, et que vous me mettez au
- désespoir par vos manières cruelles. Ah! ma chère mignonne!
- changez de sentiments, et soyez plus sensible pour un prince
- qui ne respire la vie que pour vous.»
-
-Quelque temps après ce billet, Sa Majesté, qui ne peut souffrir
-l'absence de ce qu'il aime, alla voir sa belle chez Madame, que le comte
-de Guiche entretenoit.
-
-Les Demoiselles qui étoient avec La Valière se retirèrent par respect;
-si bien que Sa Majesté demeura seule avec cette belle, et lui dit tout
-ce qu'un amour tendre et violent peut faire dire à un homme qui a de
-l'esprit et de la passion. Il l'assura mille fois que sa flamme seroit
-éternelle et qu'il ne changeroit jamais.
-
-Madame, qui apprit la conversation que le Roi avoit eue avec La Valière
-étoit au désespoir[170]:--«Quoi, disoit-elle, préférer une petite
-bourgeoise de Tours, laide et boiteuse, à une fille de Roi, faite comme
-je suis![171]»
-
-Elle en parla à Versailles aux deux Reines en femme vertueuse qui ne
-vouloit pas servir de commode[172] aux amours du Roi. La Reine-Mère dit
-qu'il en falloit parler à La Valière, ce qu'elles firent avec tant
-d'aigreur que notre aimable bergère se résolut, dès ce triste moment, de
-se mettre dans un couvent. Elle [y] demanda d'abord une chambre, où elle
-pleura amèrement.
-
-Il arriva en ce temps-là à Paris des ambassadeurs pour le Roi d'Espagne
-qui étoient avec le Roi dans la salle où l'on les reçoit d'ordinaire
-avec plusieurs personnes de qualité. Le duc de Saint-Aignan[173] dit au
-marquis de Sourdis[174], assez bas: «La Valière est en religion.» Notre
-Monarque, qui avoit entendu ce nom charmant qui avoit frappé ses
-oreilles, tourna la tête tout ému et tout pâle, et demanda au duc ce
-qu'il disoit, qui lui répartit que Mlle de La Valière étoit en
-religion à Chaillot[175].
-
-Par bonheur, les ambassadeurs étoient expédiés, car dans la douleur où
-étoit le Roi il n'eût eu aucune considération. Il commanda qu'on lui fit
-venir un carrosse, et sans l'attendre il monta aussitôt à cheval. La
-Reine qui le vit partir lui dit qu'il n'étoit pas maître de lui.--«Ah!
-reprit le Roi, si je ne le suis pas de moi, Madame, je le serai de ceux
-qui me chagrinent.» En disant cela, il courut à toute bride à Chaillot,
-où il demanda sa jolie mignonne qui vint à la grille, avec un air tout
-pénétré de langueur et de tendresse.--«Ah! lui cria le Roi, de la porte,
-ma charmante enfant, vous avez peu de soin de ceux qui vous aiment!»
-Elle voulut répondre, mais les larmes l'en empêchèrent. Le Roi, l'ayant
-embrassée tendrement, la pria de sortir promptement. Elle s'en défendit
-d'une manière fort touchante, en racontant le méchant traitement de
-Madame et des Reines. Notre amoureux prince lui dit qu'il étoit
-Roi, et qu'il alloit y donner ordre.--«Enfin, répondit cette adorable,
-en levant les yeux au Ciel, on est bien foible quand on aime, et je ne
-me sens pas la force de vous résister.» Elle sortit et se mit dans le
-carrosse que le Roi avoit fait amener. Sa Majesté lui proposa en chemin
-de lui donner un hôtel et un train; mais cela lui parut trop éclatant;
-elle l'en remercia fort civilement. Le Roi, en arrivant, dit à Madame
-qu'il la prioit de considérer Mlle de La Valière comme une fille
-qu'il aimoit plus que sa vie:--«Oui, répartit Madame, en souriant, je la
-regarderai comme étant à vous.» Le Roi parut mépriser cette raillerie,
-et continua ses visites avec plus d'attache qu'auparavant. Il lui envoya
-continuellement des présents en la présence de Madame. Le Roi donna à La
-Valière le palais Brion[176], qu'il alla lui-même voir meubler le plus
-richement du monde, afin de la pouvoir entretenir sans témoins[177].
-
-Ce prince tomba malade à Versailles, et pendant cette maladie il rêva
-toujours à sa belle qui ne vouloit pas le voir, de crainte d'irriter son
-mal; mais après qu'il n'y eut plus de danger à craindre, le duc de
-Saint-Aignan, par l'ordre du Roi, l'alla quérir.--«Hélas! dit-elle, en
-entrant, d'un air le plus tendre du monde, la fortune me redonne encore
-mon cher prince.--Oui, mon incomparable, lui répartit le Roi, pour vous
-aimer avec plus d'ardeur que jamais.» Il lui montra les vers[178]
-qu'elle lui avoit donnés, qu'il portoit sur son coeur. En voici les
-termes:
-
- Il est de fortes chaînes et des sympathies,
- Qui d'un charme inconnu nos âmes lient;
- Et nous attache tendrement à vous aimer,
- Par un revers secret qui ne se peut trouver.
-
-Après la maladie du Roi[179], qui fut plus violente que longue, il n'y
-eut point de femme à la Cour qui ne travaillât à lui donner de l'amour.
-Madame de Chevreuse présenta à Sa Majesté madame de Luynes, qui étoit la
-plus belle femme du monde, mais de peu d'esprit, la duchesse de Soubise,
-la princesse Palatine, madame de Soissons; mais le Roi en fit confidence
-à La Valière et n'en fit que rire avec elle[180]. Toutefois elle
-n'en prenoit point de jalousie, ce qui fâcha notre amant et lui fit dire
-à cette mignonne:--«Ah! Mademoiselle, vous avez peu d'amour.--J'en ai
-plus que vous ne croyez, Sire, répliqua La Valière, et je me confie sur
-la fidélité que vous m'avez jurée.» Mais le Roi ne se contenta pas de
-ces paroles, et la chagrina pendant un mois. Elle souffrit avec
-patience, mais un jour étant au bois de Vincennes, comme le Roi étoit
-aux genoux de La Valière, elle le traita avec la dernière indifférence,
-ce qui fâcha notre Monarque sensiblement. Le lendemain le Roi vit le
-marquis de Bellefonds[181] à qui il dit qu'il étoit le plus heureux de
-tous les hommes de n'aimer que la gloire.--«Ah! Sire, répartit le
-Marquis, la gloire est plus difficile à servir qu'une maîtresse; je
-voudrois que la nature m'eût donné un coeur plus sensible à l'amour.»
-Le Roi soupira et ne lui répondit rien[182].
-
-Au mois de septembre[183], l'on publia dans Paris la paix entre la
-France et l'Angleterre, avec les cérémonies accoutumées, et les
-états-généraux des Provinces-Unies faisoient la meilleure partie de ce
-traité, de quoi leur ambassadeur à la Cour de France marqua beaucoup de
-joie par un beau feu d'artifice qu'il fit tirer devant l'Hôtel-de-Ville.
-
-La saison n'empêcha pas que le Roi ne se disposât pour se mettre en
-possession de la Franche-Comté qui lui appartenoit[184]; et pour
-cet effet Sa Majesté envoya le six de février le prince de Condé devant
-la ville de Besançon, capitale de cette province[185]. Les habitants
-témoignèrent d'abord qu'ils vouloient bien se soumettre à Sa Majesté, et
-même la recevoir, mais comme dans une ville impériale[186]. Néanmoins
-ils se rendirent simplement à l'obéissance du Roi.
-
-Sa Majesté ayant quitté le marquis de Bellefonds[187], le jour suivant,
-vit mademoiselle de la Mothe[188] qui étoit une beauté enjouée et fort
-charmante, et beaucoup d'esprit, à qui il dit les choses les plus
-galantes du monde. Ce prince soupira même plusieurs fois en disant
-à cette belle qu'il l'aimoit, et qu'il n'avoit pas encore vu une
-personne si jolie.
-
-La maréchale de la Mothe[189] grondoit sa fille de ne pas répondre à la
-passion du Roi; mais cette aimable enfant, qui avoit une secrète attache
-pour monsieur de Richelieu, faisoit qu'elle voyoit sans plaisir la
-tendresse du Roi, ce qui affligeoit notre Monarque, car il trouvoit
-cette jeune beauté tout adorable.
-
-Un jour[190] que toutes les amies de mademoiselle de la Mothe s'étoient
-retirées, et que Sa Majesté étoit seule avec notre incomparable, le Roi
-se jeta à ses genoux, et lui dit d'un air tout de feu qu'il étoit le
-plus infortuné de tous les hommes d'aimer sans retour.--«Ah! je vois
-bien, continua ce prince, ma belle, que vous ne sentez rien pour moi!»
-La pudeur de cette jolie enfant l'empêcha de répondre au Roi qui la
-quitta, et qui fut chez La Valière, où ce prince rêvoit et lisoit[191],
-et sortoit quelquefois sans lui parler. Il n'y eut que monsieur de Bussy
-qui lui dit que ce n'étoit qu'un dépit amoureux, et que ce Dieu
-prendroit bientôt le soin de mettre d'accord nos illustres amants. Enfin
-ce malade amoureux pria son confident d'aller trouver sa maîtresse et de
-lui faire un fidèle rapport de ses peines.
-
-Notre belle reçut le marquis avec une mélancolie touchante, et lui dit
-que le caprice du Roi l'avoit affligée, et qu'elle n'étoit pas d'humeur
-à lui demander pardon d'un mal qu'elle n'avoit point fait; que ce
-n'étoit pas à cause qu'il étoit son prince qu'elle avoit pris le soin de
-lui plaire, et que pour un autre, elle en auroit fait autant, si elle
-l'avoit aimé[192]. Le duc de Saint-Aignan qui arriva rompit la
-conversation, en présentant à cette charmante mignonne un sonnet que le
-Roi avoit fait et qu'il lui envoyoit. En voici les expressions:
-
- A MON INCOMPARABLE.
- SONNET.
-
- Percé de mille coups par une main cruelle,
- Je suis au désespoir, car dans tout mon tourment,
- Je ne puis recevoir aucun soulagement,
- Que de celle qui rend ma blessure mortelle.
-
- Si le mal que me fait endurer cette belle,
- Souffroit que [je] la visse en homme indifférent,
- Que je serois heureux! mais mon coeur me dément,
- Et veut contre mon gré que je lui sois fidèle.
-
- Hélas jusques à quand, poussant votre fierté,
- Joindrez-vous le mépris avec la dureté?
- Si pour vous aimer trop, et si par complaisance,
-
- J'ai desservi [pour vous] tous mes meilleurs amis,
- Voulez-vous me haïr pour en tirer vengeance?
- Ah! vous puniriez trop le mal que j'ai commis.
-
-Quand La Valière eut vu ces vers, qu'elle les eut baisés plusieurs fois,
-comme venant de son prince, elle partit avec madame de Montausier[193]
-pour faire visite au Roi, qui parut si charmé en voyant cette belle
-qu'il lui demanda mille pardons, et l'embrassa passionnément; il lui dit
-plusieurs fois: «Hélas! mon adorable! si vous n'avez pitié de moi, je
-serai le plus misérable de tous les hommes. Que je vous aime, et que
-vous aviez tort de me marquer de l'indifférence!» Cette visite se passa
-avec toutes les expressions de tendresse que l'amour peut faire. Le
-lendemain, Sa Majesté fut se promener dans les jardins de Saint-Cloud
-avec La Valière, et madame d'Angoulême[194], où notre Monarque, qui
-étoit de bonne humeur, parut le plus galant et le plus spirituel du
-monde. La Valière, qui étoit dans une tristesse extrême, ne pouvoit
-prendre grande part à l'enjouement du Roi qui lui demanda le sujet de sa
-mélancolie.--«Quoi! mon cher prince, répartit notre incomparable,
-croyez-vous que je n'appréhende pas que Votre Majesté ne se lasse de
-m'aimer, en voyant comme je change tous les jours. Je ne trouve
-plus en moi d'attraits assez puissants pour vous attacher un
-moment.--Ah! lui répliqua le Roi, avec une passion extrême, ma belle
-enfant! je ne trouverai jamais une personne si aimable que vous, et qui
-possède un esprit si distingué. Ce sont ces divins appas qui ont su me
-charmer, et qui font que, dans les déserts solitaires et sauvages, l'on
-trouveroit des plaisirs charmants. Vous outragez un prince qui vous
-adore, et qui fait voeu de vous aimer toute sa vie.»--«Hélas! mon
-illustre prince, lui répondit La Valière, d'un air languissant, je n'ai
-point de termes assez forts pour vous marquer les obligations infinies
-que je vous ai. Je vous dirai sincèrement que ce n'est point l'éclat de
-votre couronne, ni le brillant de votre sceptre qui vous a donné la
-possession de mon coeur. Croyez, continua cette mignonne, en regardant
-le Roi tendrement, que vous n'êtes que trop aimable, sans le secours des
-trônes, et que les bornes de ma félicité seront celles de vous plaire.»
-
-Le Roi[195] ayant embrassé les genoux de sa maîtresse fut avec elle chez
-madame la Princesse[196], où il y avoit une bonne partie des dames
-de la Cour, et un grand nombre de seigneurs. La duchesse de Mazarin[197]
-y dit des choses de si bonne foi à M. de Roquelaure[198] que le prince
-de Courtenay[199] qui en étoit amoureux en rougit. Le Roi s'en aperçut
-qui se leva, en riant, d'auprès le prince de Conti, et dit à
-mademoiselle de La Valière mille choses malicieuses touchant le sujet de
-la duchesse.
-
-Le jour suivant[200] madame de Créqui[201] alla trouver Madame, un jour
-qu'elle lui avoit marqué pour leur partie de Saint-Cloud, où elles
-parlèrent de leurs amours. La duchesse de Créqui soupiroit en secret
-pour M. le cardinal Légat[202], et Madame pour le comte de Guiche[203].
-Notre Monarque, quelque temps après faisant faire la revue à ses troupes
-à Vincennes devant MM. les ambassadeurs d'Angleterre, vit passer le
-carrosse de La Valière; il s'avança au galop et fut plus d'une heure la
-tête nue à la portière; mais voyant passer ensuite le carrosse des
-Reines, Sa Majesté leur fit une grande révérence, ce qui fâcha nos
-princesses et les fit souvenir de la pièce que le Roi leur avoit faite à
-Versailles, au retour de la chasse, comme il pleuvoit, ayant couvert de
-son chapeau la tête de La Valière pendant qu'elle se mouilloit.
-
-Madame au retour de Saint-Cloud[204], monta dans son cabinet, avec la
-duchesse de Créqui, où elle lui montra plusieurs vers fort jolis que le
-comte de Guiche faisoit, quand il ne la voyoit pas, et que sa Muse lui
-inspiroit par le chemin, en venant à Saint-Cloud, avec son rival le
-marquis.....
-
- DE LA SOLITUDE DES RIEUX.
-
- Quittons l'embarras de ces lieux,
- Où l'on ne goûte point de volupté solide;
- Marquis, malgré les envieux,
- Allons où notre amour nous guide.
- Retirons-nous dans ces forêts,
- Où notre divine Princesse
- Fait briller ses charmants attraits.
- Prévalons-nous du favorable accès
- De la bonté de Son Altesse.
- Notre amour, quoique téméraire,
- Y trouvera de quoi remplir tous ses souhaits,
- Et s'il se peut, de ce lieu solitaire,
- Cher ami ne sortons jamais.
- Loin du bruit importun du monde de la ville,
- Le coeur et les esprits contents,
- Dans un repos doux et tranquille,
- Nous goûterons des plaisirs fort charmants.
- Nos yeux seront satisfaits de la vue
- De cet objet qui fait notre souverain bien.
- Nos oreilles seront émues
- Des charmes de son entretien,
- Et nous louerons sans retenue
- De ses beaux yeux la force non connue,
- Qui lie ton coeur et le mien,
- Voit-on de bonheur préférable,
- Cher marquis, à celui de vivre sous les lois
- D'une personne tant aimable?
- Les biens des Princes et des Rois
- N'ont rien qui soit plus agréable.
- L'éclat de leur condition
- Ne nous fasse jamais d'envie,
- Et bornons notre ambition
- A l'aimer toute notre vie!
-
-La mort de Madame[205] troubla tous les plaisirs de la Cour par un
-triste deuil. Cependant notre Monarque ne laissoit pas d'être tous les
-jours avec madame de Montespan[206], à qui il donnoit mille marques de
-sa tendresse; mais, l'amour qui fait consister son unique félicité à
-courir de belle en belle, prit le soin de présenter une autre conquête
-au Roi; ce fut mademoiselle de Fontanges[207] jeune et belle, dont
-toutes les manières étoient si engageantes que la plus indifférente
-charmoit le coeur. Le Roi prenoit un plaisir extrême de l'entendre
-parler, et se formoit des idées ravissantes du bonheur qu'il auroit s'il
-étoit aimé de cette aimable mignonne, qu'il voyoit tous les jours chez
-la Reine ou chez Madame, et plus il la regardoit et plus ce prince
-en devenoit amoureux. Il fit confidence au duc de Saint-Aignan sur le
-moyen d'entretenir seul la personne qui l'occupoit si tendrement. Le duc
-fut ravi de l'amitié que son prince lui faisoit, et chercha avec
-empressement l'occasion de lui faire voir mademoiselle de Fontanges, qui
-devoit se trouver le lendemain aux Tuileries avec madame de Maure[208].
-
-Notre Monarque, qui s'étoit mis ce jour-là convenablement, eut une
-conversation particulière avec son aimable maîtresse, où ses regards lui
-apprirent qu'il n'étoit pas éloigné du bien charmant qui l'attendoit. Ce
-fut avec tant de modestie que cette incomparable dit au Roi qu'elle
-n'étoit pas insensible à tout ce qu'il sentoit pour elle, qu'à la sortie
-des Tuileries, le marquis de Louvois vint au-devant de Sa Majesté pour
-lui communiquer quelque affaire. Notre passionné prince lui dit, en
-parlant de mademoiselle de Fontanges, qu'il n'avoit jamais vu une fille
-si fière et dont la vertu fût si grande. Le marquis répartit au Roi
-qu'il croyoit qu'une fille avoit de la peine à conserver sa fierté avec
-un prince comme lui.
-
-Le jour suivant Sa Majesté donna tous les divertissements ordinaires à
-toutes les dames de la Cour, où mademoiselle de Fontanges parut avec
-tous ses charmes adorables. Le Roi, qui étoit le plus amoureux de tous
-les hommes, fut toujours à ses pieds, d'un air à faire connoître
-qu'il n'étoit plus à lui: ce qui donna beaucoup de jalousie à toutes nos
-belles, qui croyoient mériter l'encens de notre Monarque. Le jour qui
-suivit ce divertissement fut une partie de chasse, où notre adorable
-étoit vêtue d'un juste-au-corps en broderie, et sa coiffure étoit faite
-de plumes vertes qui lui tomboient sur le visage et qui lui donnoient un
-air charmant. La crainte qu'avoit son amant qu'il n'arrivât quelque
-malheur dans la course à cette aimable chasseresse, l'obligea de
-demeurer toujours à côté d'elle. Après que l'on eut couru le cerf, Sa
-Majesté descendit de cheval avec sa chère mignonne, et la mena promener
-dans la sombreur[209] de la forêt, imitant les dieux champêtres qui
-n'avoient point de lieu plus propre pour l'exercice de leur amour que
-les antres et les bois.
-
-L'on ne peut passer sous silence[210] l'action hardie des François dans
-une sortie qu'ils firent sur les Turcs aussitôt qu'ils furent arrivés au
-siége de Candie[211]. Quoique les assiégés fussent préparés à les
-recevoir, en ayant été avertis par une sentinelle qui s'étoit jetée dans
-le camp le jour précédent, les François néanmoins qui avoient à
-leur tête le comte de Saint-Paul[212], les ducs de Château-Thierry[213]
-et de Roannez[214], donnèrent avec tant de vigueur et de courage qu'ils
-se rendirent maîtres de quatre redoutes de ces infidèles; ce qui ne
-s'exécuta pas sans qu'il en coutât la vie à beaucoup des nôtres; mais
-les ennemis connurent que s'ils avoient toujours eu à combattre notre
-nation, ils n'auroient peut-être pas fait tant de progrès dans l'île de
-Candie. Ce n'est pas que les Vénitiens ne se défendirent en braves gens;
-mais il faut aussi convenir que le grand nombre des ennemis qui les
-attaquoient ne leur donnoit pas la facilité de se défendre, comme ils
-l'auroient souhaité. Les Turcs furent surpris de voir que trois cents
-hommes, en quoi consistoient les François, en attaquoient plus de trois
-mille avantageusement retranchés, et que même ils les forcèrent dans
-leurs retranchements; mais leur nombre n'étoit pas suffisant pour faire
-un progrès assez considérable, afin de remettre les affaires des
-Vénitiens qui étoient en mauvais état. Le siége de Candie étoit
-trop avancé, et les ennemis s'étoient rendus maîtres d'un trop grand
-nombre de places pour espérer que, sans un très-puissant secours, on pût
-empêcher qu'elle ne fût entièrement réduite sous leur puissance.
-
-Revenons à mademoiselle de Fontanges que nous avons laissée dans la
-forêt avec le Roi goûter à longs traits les plaisirs de la solitude.
-L'on peut dire que notre prince n'a fait jamais paroître tant d'ardeur
-et d'amour qu'il le fit ce jour à cette belle nymphe au retour de la
-chasse. Mademoiselle de Fontanges qui tomba malade affligea le Roi et
-toute la Cour sensiblement. Sa Majesté étoit dans une tristesse
-inconcevable. Les douleurs de son amante l'agitoient mortellement. Il
-craignoit toujours de perdre ce qui lui paroissoit le plus cher au
-monde; et, quoique ce prince connût que ses maux ne seroient pas de
-durée, il y parut néanmoins fort sensible, comme si le mal eût été
-dangereux. Il ne la quitta point, agissant auprès d'elle comme le plus
-passionné des amants. Les peines de cette belle mignonne le mirent dans
-un abattement extraordinaire, et lui firent dire à la comtesse de
-Maure[215] d'un air tout pénétré de douleur:--«Hélas, Madame, je
-préférerois le bonheur de revoir en santé cette aimable enfant au prix
-de ma couronne.» Le Roi disoit ces tendres paroles les larmes aux yeux.
-
-Notre belle malade ayant connu l'amour violent de notre Monarque, le
-regarda d'une manière languissante et lui dit en soupirant:--«Ah!
-mon cher prince, pourquoi faut-il que les plaisirs soient accompagnés de
-suites si fâcheuses? mais cependant j'en aimerai la cause tant que je
-vivrai.» Ces termes si doux et si touchants, eurent tant de pouvoir sur
-le coeur du Roi, qu'il se jeta sur le lit de sa charmante, et
-l'embrassa tendrement, lui jurant que jamais il m'aimeroit d'autre
-qu'elle, et que sa passion seroit éternelle. Mademoiselle de Fontanges
-se trouvant mieux, reçut plusieurs visites; jamais reste de journée n'a
-été si bien employé que fut celui-là, on y parla de nouvelles galantes,
-et des pièces d'esprit qui étoient les plus jolies. Toutes les dames
-firent tous leurs efforts pour divertir la maîtresse du Roi, qui les en
-remercia avec des expressions fort engageantes. La duchesse de Créqui,
-qui avoit été de la chasse, tira de sa poche des vers, et en fit la
-lecture[216].
-
- Hélas! qu'il est bien vrai, que ce qu'on doit aimer,
- Aussitôt qu'on le voit, rien ne nous peut charmer,
- Et qu'un premier moment fait naître dans nos âmes
- Mille doux mouvements tous passionnés et tendres.
-
-Notre Monarque prit ces vers des mains de la duchesse, quand elle les
-eut lus, et les fit voir à sa belle, qui s'en fit une application fort
-délicate, dans la première connoissance qu'elle avoit eue du Roi,
-l'ayant aimé dès le précieux moment que Sa Majesté parut à ses
-yeux.--«Ce jour si fortuné, disoit souvent cette aimable à notre
-prince, est le plus beau de tous mes jours et le plus heureux, et la
-charmante idée que je m'en fais me donne des plaisirs ravissants.»
-
-Le cercle étant fini, chacun se retira chez soi, à la réserve de nos
-illustres amants, qui ne s'appliquèrent plus qu'à passer agréablement le
-temps, à se donner les témoignages les plus tendres et les plus sincères
-de leurs amours[217]. L'on peut dire que le Roi n'en a jamais marqué
-davantage que pour cette adorable mignonne. Il ne peut pas être plus
-ardent, et le retour avec lequel cette aimable lui témoignoit le sien,
-ne pouvoit pas être plus passionné. Elle le fit paroître, lorsqu'étant à
-Paris, elle apprit de Saint-Germain que le Roi qui va souvent à la
-chasse avoit couru grand danger dans la poursuite d'un sanglier, que son
-cheval avoit été blessé par cette bête, et que sans une force et une
-adresse distinguées, Sa Majesté auroit eu de la peine à se retirer du
-péril. La nouvelle en fut apportée à mademoiselle de Fontanges par un
-gentilhomme de madame la princesse d'Epinoy[218], qui étoit elle-même de
-la partie. Notre incomparable en fut aussi touchée, comme si le mal lui
-étoit arrivé. Elle tomba dans une tristesse accablante, qui lui dura
-longtemps, car elle ne pouvoit effacer de son esprit une idée si fatale
-et qui avoit fait tant de peur à son amour; mais ayant un peu rassuré sa
-tendre frayeur, voici ce qu'elle écrivit à Sa Majesté:
-
- «_Je n'ai point, mon illustre prince, de termes assez
- pathétiques ni assez passionnés pour vous marquer mon
- inquiétude, et les tendres émotions qui agitent mon coeur. Je
- tremble encore quand je songe au malheur que mon cher prince a
- évité. Si vous m'aimez autant comme je le crois, vous avez
- beaucoup d'intérêt à conserver votre vie, puisque la mienne en
- dépend[219]._»
-
-Le Roi lut ce billet avec des transports de plaisir qu'il seroit
-difficile d'exprimer. Sa Majesté baisa mille fois ce joli billet, et ne
-différa point à lui envoyer ce qui suit:
-
- «_Ah! qu'il est doux, ma mignonne, d'être aimé d'une personne
- aussi charmante que vous. Ne craignez pas, le danger est passé.
- Je ne veux plus présentement me conserver que pour vous seule.
- Je pars dans ce moment pour vous dire combien je vous aime.
-
- Ah! que le souvenir en est aimable, possédant un coeur aussi
- précieux que le vôtre._»
-
-Notre invincible Monarque suivit de bien près cette lettre, et partit de
-Versailles dans le dessein d'aller assurer sa jolie maîtresse de sa
-passion ordinaire.--«Que je suis heureuse, mon aimable prince! lui dit
-cette belle, en le voyant, d'un air le plus engageant du monde, de vous
-voir de retour! Ah! que l'absence de ce qu'on aime est une chose
-difficile à supporter!--Je le sais bien, ma chère, lui répondit le Roi,
-en la serrant tendrement dans ses bras, que de tous les supplices les
-plus cruels, l'éloignement de ce que l'on chérit est le plus sensible.»
-
-Quand le Roi eut marqué à mademoiselle de Fontanges la joie qu'il avoit
-de la revoir, ils partirent pour Versailles. Ce fut dans ces doux
-moments, que cette charmante enfant obtint de notre Monarque la grâce
-qui lui avoit inutilement été demandée par la bouche de plus d'un
-prince. Il lui accorda une pension considérable en faveur d'une
-demoiselle de ses amies, et l'abbaye de Chelles[220] dont sa soeur a
-été pourvue, fut encore un effet de sa libéralité. Hélas! nous pouvons
-bien dire que nous n'avons plus rien de cher, quand notre coeur n'est
-plus à nous, et nous servir de la pensée d'Aristote qui dit que la
-personne que nous aimons est un autre nous-même.
-
- Mon coeur a changé de séjour,
- Où je suis je ne crois pas être;
- Où l'on ne me voit point paroître,
- Je m'y trouve par mon amour[221].
-
-Cette nouvelle abbesse fut bénite avec une magnificence extraordinaire.
-Il ne manqua rien à la cérémonie, étant la soeur de la maîtresse du
-Roi. Aussi fut-elle honorée d'un grand nombre d'évêques. Toute la Cour y
-assista, et mademoiselle de Fontanges y parut avec tous les charmes
-distingués qui lui attirent les regards de tous les spectateurs.
-
-Comme les bois et la solitude assaisonnent souvent les plaisirs que l'on
-trouveroit fades dans les grandes villes, notre Monarque ne passa pas
-longtemps à Paris sans retourner à Versailles, séjour si rempli
-d'enchantements et si propre à inspirer les passions. Toute la Cour
-partit pour ce lieu ravissant et délicieux. Le Roi y renouvela tous les
-divertissements qui avoient été interrompus par son absence. L'on fut à
-la chasse tous les jours, et les dames qui accompagnent d'ordinaire Sa
-Majesté dans cet exercice y parurent infatigables. La santé de la belle
-mignonne de notre prince lui étoit trop chère, pour qu'il lui permît de
-s'engager comme les autres dans la course. Elle en eut le plaisir, sans
-se mettre au hasard, et vit de son carrosse tout ce qui pouvoit lui
-donner quelque satisfaction. La chasse finie, Sa Majesté descendit de
-cheval et prit place auprès de sa charmante et la conduisit dans son
-appartement. Cette jolie chasseresse étoit dans la plus belle humeur du
-monde. Elle dit mille galanteries à son amant sur le divertissement
-qu'une de la troupe avoit donné en tombant de cheval. Le Roi rioit sans
-retenue, particulièrement quand elle lui dit que cette chute devoit être
-fort sensible à cette aimable Diane, ne s'étant pas pourvue de
-caleçons[222]. Cela donna occasion à mademoiselle de Bonnifasse[223],
-fille d'honneur de Madame[224] de dire qu'elle mourroit de chagrin
-si ce malheur lui étoit arrivé.--«Je me réserve, continua-t-elle, pour
-des plaisirs plus tranquilles et qui donnent moins de peine.» Madame qui
-étoit présente, et qui aime passionnément la chasse, lui dit en la
-regardant: «Je vois bien, ma chère, que les plaisirs de la chasse
-troublent votre imagination.» Madame la Dauphine[225] fit changer la
-conversation en parlant du bal que Sa Majesté devoit donner le
-lendemain. Ce fut un des plus beaux de tous ceux qui ont jamais paru.
-Tout y étoit charmant et magnifique. Le Roi y dansa avec son adresse
-ordinaire. Mais ce qui surprit le plus, ce fut qu'il prit deux ou trois
-fois une jeune demoiselle fort aimable et qui dansoit admirablement
-bien. Sa Majesté ne put se défendre du mérite de cette demoiselle, et
-lui dit plusieurs galanteries fort obligeantes, dont elle se tira avec
-une modestie toute charmante. Le Roi soupira souvent auprès d'elle, et
-lui dit[226] d'un air tendre et passionné, qu'il étoit malheureux
-d'avoir le coeur si susceptible aux attraits des belles.--«Hélas!
-Sire, répartit cette jolie personne, un Roi comme vous peut-il
-soupirer?--Oui, Mademoiselle, répliqua notre prince, en la regardant
-tendrement; l'amour ne met point de différence entre le sceptre et la
-houlette. Un Roi languit aussi bien sous son empire qu'un berger. Ne
-croyez pas, ma belle, continua ce prince, que c'est le pouvoir d'un
-monarque qui fait son bonheur. Une douce sympathie qui lie nos coeurs
-fait les délices des amours.»
-
-Cet entretien qui commençoit à échauffer le Roi, fut rompu par
-monseigneur le Dauphin qui s'approcha de Sa Majesté pour lui conférer de
-quelque affaire.
-
-Le lendemain notre Monarque fut au lever de son illustre maîtresse,
-qu'il trouva dans une mélancolie touchante. Il lui marqua bien du
-chagrin de la voir dans cet état, et lui demanda, d'une manière toute
-passionnée, quel en étoit le sujet. «Ah! Sire, dit la belle, en
-soupirant, si vous étiez moins aimable, on n'auroit pas tant de
-tristesse!» Sa Majesté connut aussitôt que c'étoit la jalousie qui lui
-donnoit cette langueur. Il n'en fut pas fâché, car ce prince veut être
-aimé, quand il aime, et il n'y a rien qui l'engage si fortement que ces
-sortes de craintes. Il apprit en même temps de cette jolie mignonne que
-ce qui s'étoit passé au bal l'avoit affligée sensiblement, que c'étoit
-la seule cause de sa douleur.--«Eh! quoi, ma belle enfant, répondit le
-Roi, en se jetant à ses genoux, est-il possible que vous connoissiez si
-mal les sentiments de mon coeur? Je vous aime mille fois plus que moi,
-et vous outragez mon amour par vos injustes pensées.--Quel plaisir
-charmant, répartit cette jolie enfant, n'ai-je point goûté, et
-qu'il est doux d'entendre d'un prince si aimable des paroles si tendres
-et si engageantes. Mais, hélas! qu'il est difficile de vous aimer sans
-crainte et sans inquiétude. Non, je ne puis posséder un coeur d'un
-prix aussi rare que le vôtre, sans en appréhender la perte.» Enfin après
-des termes si touchants, notre amoureux Monarque embrassa cette
-charmante, et lui jura une fidélité d'une étendue infinie, et qui seroit
-toujours égale[227].
-
-[228]Le Roi et toute la Cour partit de Saint-Germain au commencement du
-mois de mai, pour le voyage de Flandre. Le dessein de Sa Majesté étoit
-de visiter toutes les conquêtes qu'elle avoit faites les années
-précédentes, et elle s'en retourna après avoir passé par Oudenarde,
-Courtrai, Lille, Dunkerque et Graveline. La présence de Sa Majesté, qui
-n'étoit pas attendue en ces endroits, alarma beaucoup ses ennemis; mais
-leur crainte fut bientôt dissipée par l'assurance qu'il leur donna de ne
-vouloir faire aucune entreprise contre eux. Madame qui avoit laissé la
-Cour à Lille, en partit pour aller en Angleterre. Le désir que cette
-princesse avoit de voir le Roi de la Grande-Bretagne, son frère, fut le
-prétexte de son voyage. Il sembloit que Madame pressentoit qu'il n'y
-avoit pas de temps à perdre pour donner à Charles second, son
-frère, les dernières preuves de son amitié, puisqu'elle mourut peu de
-mois après son retour de Londres en France.
-
-Nous voyons ordinairement que les passions les plus violentes ne sont
-pas toujours de longue durée, et qu'ayant leurs bornes, comme toutes les
-autres choses du monde, il faut nécessairement les voir diminuer.
-Cependant celle du Roi pour mademoiselle de Fontanges nous fait
-connoître que le coeur de ce prince est au-dessus de la nature, et
-qu'il peut donner des lois sans les suivre. Remarquons ses manières
-tendres et empressées auprès de ce qu'il aime, et l'égalité qu'il fait
-paroître dans son amour, qui est aussi ardent après une conversation
-d'une journée, comme s'il ne faisoit que de naître. Il est vrai que
-l'esprit et la beauté de cette aimable personne servent beaucoup à
-soutenir les foiblesses de l'amour qui n'aime qu'à changer.
-
-Le Roi ayant passé quelques semaines avec sa belle mignonne à lui donner
-les dernières marques de sa tendresse, la laissa à Saint-Germain
-respirer un peu la solitude. Cette charmante enfant se promenoit tous
-les jours seule sous des allées de verdure, en faisant la revue de toute
-la tendresse qu'elle sentoit pour le Roi; mais dans de certains moments,
-son coeur paroissoit agité, et, quoique la passion de notre Monarque
-eût pour elle mille attraits et mille charmes, cette jolie bergère ne
-laissoit pas de regretter sa liberté et de faire entendre aux arbres
-inanimés les vers qui suivent:
-
- Que je goûtois de bonheur dans l'indifférence,
- Et de tranquilles plaisirs dans mon innocence!
- Ce bien ne me sera-t-il point rendu?
- Dans ces lieux doux, tout est paisible;
- Hélas! que ne m'est-il possible
- D'y trouver le repos que j'ai perdu!
-
-Après que notre belle solitaire eut goûté la douceur de sa rêverie, elle
-retourna dans sa chambre, se trouvant fort abattue d'un grand mal de
-tête et de coeur. Le Roi qui apprit l'indisposition de sa maîtresse,
-revint promptement auprès d'elle, mais sa maladie parut si violente
-qu'elle désola ce prince. La duchesse de Créqui[229] et la comtesse de
-Maure[230] étoient jour et nuit occupées à rendre plusieurs services à
-notre malade infortunée. Le Roi versoit des larmes continuelles et il
-s'affligeoit mortellement dans la perte sensible qu'il alloit faire;
-mais la mort qui n'écoute ni les soupirs ni les plaintes et qui suit
-l'ordre qu'elle reçoit, ravit les plus charmantes délices de notre
-prince d'entre ses bras[231].
-
-Jamais coup n'a paru si rude que fut cette cruelle séparation. Sa
-Majesté ne pouvoit se consoler en aucune manière, et l'aimable idée de
-sa belle lui revenoit toujours dans l'esprit. Après les funérailles de
-mademoiselle de Fontanges, qui furent magnifiques, et dans un grand
-éclat à Saint-Denis[232], le Roi fut fort longtemps sans sortir et
-même sans voir beaucoup de lumière, se voulant priver de la beauté du
-jour et du soleil, comme si cet astre avoit contribué à la douleur qu'il
-ressentoit.
-
-Nous lisons dans l'histoire de France que Henry III, après la mort de la
-princesse de Condé, passa trois jours et trois nuits enfermé dans une
-chambre sans manger ni boire. Ce prince étoit si pénétré de ses peines
-qu'il ne vouloit voir que des visages tristes et des lieux sombres. Il
-portoit sur ses rubans de petites têtes de mort qu'il faisoit broder
-exprès, et qui marquoient la mélancolie de son coeur.
-
-Le Roi ayant perdu mademoiselle de Fontanges demeura quelque temps dans
-un chagrin inconcevable; mais madame de Maintenon[233], qui a toujours
-pris un soin singulier de la santé de notre Monarque, tâcha par la plus
-belle morale du monde de lui faire connoître que tout passe dans cet
-Univers, et que les plaisirs ne peuvent durer toujours; qu'il se trouve
-même une variété perpétuelle dans les choses les plus solides, et que
-les faux brillants qui accompagnent les honneurs de notre siècle ne sont
-que des ombres qui se dissipent en un moment.--«Ah! Madame, s'écria le
-Roi tout charmé d'un raisonnement si sublime, que je suis heureux de
-trouver en vous des consolations qui adoucissent l'amertume où je suis!
-Je bénis le jour fortuné auquel j'eus le bien de vous connoître, et
-j'en rends grâces incessamment au Ciel.--Ah! Sire, répondit la marquise,
-le souvenir charmant du précieux moment où j'ai eu le bonheur de vous
-plaire m'est quelque chose de si doux que la seule idée fait tout le
-plaisir de ma vie. J'ambitionnerai journellement à vous procurer quelque
-satisfaction; c'est en quoi je fais consister ma plus grande
-joie.--Madame, répartit notre prince, des offres si engageantes, venant
-d'une personne comme vous, ne se refusent jamais: vos manières sont trop
-aimables et trop spirituelles pour ne faire pas d'impression.--Hélas!
-Sire, répliqua madame de Maintenon, que l'encens est d'une odeur
-ravissante, quand il vient d'un prince comme vous! L'on se sent de la
-vanité en respirant vos douceurs.» Le Roi alloit parler quand le duc
-d'Orléans et le comte de Lauzun entrèrent qui firent changer de
-conversation à nos illustres amants.
-
-Comme la paix donnoit quelque relâche aux grands soins que notre
-invincible Monarque prenoit de son Etat, Sa Majesté pour calmer ses
-ennuis fit une partie de promenade avec la marquise de Maintenon, à
-Chantilly[234] où toute la Cour se trouva avec une magnificence
-surprenante. Le Roi étant allé sur le soir dans le jardin trouva un
-berceau de feuillages orné de festons de fleurs qui rendoient ce lieu
-charmant. Trente lustres y jetoient tant de clartés qu'elles
-produisoient un véritable jour. Du milieu de ces agréables
-feuillages sortoit un jet d'eau qui faisoit un murmure touchant. Après
-que le souper fut servi, qui fut accompagné de voix et d'instruments,
-les plus aimables du monde, le souper étant fini, on eut le
-divertissement d'un beau feu d'artifice, qui termina tous les plaisirs
-de cette belle journée. Le lendemain, Sa Majesté avec toutes les dames
-furent sur la rivière dans de petits bateaux faits d'une politesse
-extraordinaire, tirés par des dauphins et par des amours qui jetoient
-des filets dans l'eau pour pêcher[235]. Les jours suivants furent
-occupés à la promenade, à la chasse et à tout ce qui peut charmer les
-sens.
-
-Le Roi, qui employoit la plus considérable partie de son temps dans ce
-qui pouvoit contribuer à sa gloire, ou à l'utilité de ses peuples, peu
-de jours après ce régal, alla à Dunkerque[236] visiter les nouveaux
-travaux qu'il y faisoit faire, et Sa Majesté vouloit être présente à
-tous ces ouvrages, afin de les rendre parfaits, et aussi pour donner
-courage à ceux qui y étoient employés. L'on peut dire sans hyperbole
-qu'ils surpassent l'imagination, et que les fortifications de
-Dunkerque[237] sont dignes de l'admiration du siècle présent et de
-ceux qui sont à venir.
-
-Le Roi, qui vouloit voir toutes les entreprises qui se faisoient, se mit
-en marche, et le vingt-huit il détacha de son armée le vicomte de
-Turenne avec trois mille chevaux pour aller investir Burich[238] dans le
-temps que le prince de Condé assiégeoit Vezel, ce qui fut aussitôt
-exécuté par l'un et par l'autre de ces lieutenants-généraux, avec toute
-la diligence possible. Au retour de l'armée, Sa Majesté tomba malade
-d'une fièvre lente qui lui dura longtemps. Les médecins disoient que
-cette maladie ne pouvoit venir que de mélancolie.
-
-Mademoiselle de La Valière, qui s'étoit retirée aux Carmélites par une
-sage prévoyance, ayant pressenti, longtemps avant que le Roi la quittât,
-qu'elle ne pouvoit plus plaire à Sa Majesté et que ses charmes
-diminuoient de jour en jour, fut ravie[239] d'apprendre la mort de sa
-rivale. Jamais nouvelle ne lui donna plus de plaisir que celle-là, et
-quoique cette soeur dolente ne possédât plus le coeur de son amant,
-elle ne pouvoit souffrir qu'avec une douleur mortelle, que le Roi en
-aimât d'autres. La jalousie l'accompagnoit presque dans le fond de
-son monastère, où elle avoit tout le temps de réfléchir sur tous les
-heureux moments qu'elle avoit passés avec notre Monarque. Ces douces
-pensées de plaisir nourrissoient l'amour et la tendresse qu'elle sentoit
-pour son prince, qui, de son côté, ne songeoit à elle que fort
-foiblement, ayant l'idée toute remplie de la belle personne que le sort
-lui avoit tirée d'entre les bras. Madame de Montespan, que le Roi voyoit
-encore quelquefois, ne reçut pas moins de joie[240] que La Valière du
-malheur de mademoiselle de Fontanges, se trouvant en quelque façon
-vengée du tort que l'amour lui avoit fait d'avoir mis une autre à sa
-place.
-
-Le Roi qui est clairvoyant sur toutes choses, vit très-bien la joie de
-madame de Montespan. Ce prince lui en sut peu de gré, et lui dit comme
-il étoit avec elle, dans son cabinet:--«Ah! Madame, je suis surpris du
-peu de part que vous prenez à ce qui me touche. J'aurois cru avoir rendu
-votre coeur plus sensible.--Hélas! Sire, répondit madame de Montespan,
-d'un air tendre, ce n'est que pour avoir trop de sensibilité pour vous
-que j'ai senti du plaisir de la mort de ma rivale. Vous savez qu'un
-amour délicat est toujours suivi de jalousie, et que, quand on aime
-tendrement, l'on ne peut souffrir de partage.--Il est vrai, Madame,
-répliqua le Roi, que j'aime les femmes qui ont ce discernement; c'est le
-véritable caractère d'un sincère amour. Mais vous savez que j'ai eu
-toujours pour vous des sentiments distingués et suffisants, pour vous
-faire ce qui pourroit me plaire.»
-
-Madame de Montespan avoit envie de soutenir encore la conversation,
-quand le Roi la quitta avec assez d'indifférence, ce qui l'affligea
-sensiblement; car comme elle aime la gloire et l'éclat, la tendresse
-d'un prince comme le nôtre faisoit le plus grand bonheur de sa vie.
-Cette dame songea donc aux moyens de faire renaître la passion de son
-amant, qui étoit mourante, et prête à jeter les derniers soupirs. Elle
-employa pour cet effet tout ce que l'art a pu imaginer de plus aimable;
-et comme la nature n'a point été avare à donner des beautés à cette
-belle, il lui étoit facile de paroître charmante.
-
-Un jour qu'elle attendoit Sa Majesté en déshabillé de couleur de rose,
-et qu'elle étoit plus jolie qu'à son ordinaire, comme elle rêvoit
-profondément dans sa chambre, et que ses yeux se baignoient de larmes,
-le Roi arriva dans ce triste moment, et lui demanda pourquoi elle
-pleuroit:--«Hélas! Sire, répartit cette belle affligée, je vous aimerai
-toujours, et vous ne m'aimez plus. Ah! que mes sentiments sont opposés
-aux vôtres! L'amour, de qui dépend toute ma félicité, que ne vous a-t-il
-donné la tendresse que j'ai, ou que n'ai-je en partage toute
-l'indifférence possible!» Cette passionnée amante disoit ces paroles
-avec des manières si engageantes, qu'elle toucha le coeur du Roi, qui
-lui dit en l'embrassant: «J'ai le coeur, Madame, tendre et constant,
-et je veux vous aimer toujours; mais lorsque la raison condamne ma
-tendresse, je dois entendre ce qu'elle me dit, et renoncer à l'amour qui
-trahit mes vertus. Ma gloire a des appas qui triomphent de tout. Vous
-saurez, Madame, qu'un engagement plus long qu'il ne peut être est
-ordinairement suivi de la froideur.--Je ne le reconnois que trop, Sire,
-interrompit madame de Montespan, en répandant un torrent de pleurs, que
-votre coeur n'est plus que de glace pour moi. C'est en quoi j'accuse
-souvent mon infortune, me trouvant la plus malheureuse de toutes celles
-qui respirent le jour. Ah! qu'il est dangereux de vous connoître et
-difficile de vous oublier!»
-
-Le comte de Lauzun qui entra brusquement fit changer de discours à nos
-amants. Notre Monarque demanda au comte d'où il venoit.--«Vous le savez,
-Sire,» répondit Lauzun, en riant.--«Il est vrai, dit le Roi, que je sais
-le lieu charmant où l'amour vous guide: comment se porte ma cousine[241]
-depuis hier? Admirablement bien, Sire, répondit notre amoureux comte,
-avec un transport de joie inconcevable, j'ai eu le bonheur
-d'entretenir Son Altesse royale toute la matinée. C'est la plus adorable
-princesse qui ait jamais été au monde. Ah! quel bonheur, continua le
-comte de Lauzun, d'un air tout passionné, si un mortel avoit quelque
-part à son souvenir! Ce seroit la plus grande félicité où il pourroit
-aspirer.--Je vois bien, comte, dit notre Monarque en riant, que tu ne
-serois pas fâché que ma cousine de Montpensier eût un peu de sensibilité
-pour toi. Pousse ta fortune[242], je te promets de te servir
-partout.--Ah! Sire, répartit le comte, avec un profond respect, je sais
-trop ce que je dois à mon Roi pour avoir des pensées si hardies: je me
-fais seulement une idée toute charmante du plaisir qu'un prince auroit
-de posséder une personne aussi engageante que Mademoiselle, s'il étoit
-né digne de Son Altesse royale.»
-
-Le Roi qui se leva interrompit le comte qui fut avec Sa Majesté au
-Louvre, et qui l'entretint longtemps sur plusieurs affaires différentes,
-qui firent passer d'agréables moments à notre prince; et comme le comte
-de Lauzun a l'esprit fort enjoué et fort galant il a le don de plaire au
-Roi plus qu'aucune personne de la Cour. Pendant que Sa Majesté étoit
-absente, madame de Montespan, ayant essuyé ses beaux yeux qui étoient
-baignés de larmes, prit une plume et fit ces vers, où elle
-reprochoit au Roi son changement. Les voici qui suivent:
-
- Quand vous commenciez à m'aimer,
- Vous ne pouviez pas me quitter,
- Sans vous faire une peine extrême.
- Le souvenir en fait ma gêne
- Et le sujet de mon tourment.
- Pourquoi m'aimer si tendrement?
- Vous savez très-bien comme on aime;
- Mais, hélas! êtes-vous le même?
-
-Madame de Montespan ayant fini sa poésie, fut se promener au
-Cours-la-Reine, où elle rencontra le Roi dans son carrosse, qui passa à
-côté d'elle fort froidement et qui se contenta de lui faire une grande
-révérence. Notre belle étoit dans ce moment au désespoir de voir
-l'indifférence de son amant. Après avoir fait tout son possible, pour
-allumer un feu qui vouloit absolument mourir, cette dame croyoit, après
-la mort de mademoiselle de Fontanges que Sa Majesté reviendroit à elle;
-mais hélas! que les femmes qui sont galantes se trompent fortement dans
-ces sortes d'espérances! Quand une fois l'amour a été au comble de son
-bonheur, cette passion diminue de moment en moment, et ne se fait plus
-connoître. Il ne reste plus que la rage et le chagrin à ces belles
-courtisanes de n'être plus aimées, et de dire souvent à leurs amants qui
-rient d'elles: Vous m'aimiez autrefois et vous ne m'aimez plus. Ces
-tristes idées me désolent le coeur. Ah! qu'il est bien plus généreux,
-selon mon sentiment, de conserver toujours sa liberté, quand on le peut,
-que de la mettre dans un péril si dangereux! Les hommes voluptueux
-disent ordinairement que le printemps d'une beauté passe comme une fleur
-qui ne revient jamais, et qu'il faut aimer dans un si bel âge. Ce sont
-des discours que l'amour-propre leur inspire, et non la raison et la
-vertu qui est quelquefois éloignée de leur coeur; mais demeurons
-toujours dans les bornes de l'honnêteté, et ne nous laissons point
-emporter au penchant rapide de nos inclinations. C'est le moyen le plus
-sûr de ne se repentir jamais de rien, et de vivre à l'abri des
-inquiétudes et des chagrins.
-
-Revenons à notre Monarque, qui étoit dans une douleur extrême, et qui,
-ne pouvant oublier mademoiselle de Fontanges, fut pour passer ses ennuis
-deux ou trois jours de suite chez M. le duc d'Orléans où il trouva un
-grand nombre de dames de qualité et presque toute la Cour, qui étoit
-venue visiter Madame, qui avoit eu une légère indisposition.
-
-Le Roi qui vit entrer le prince de Turenne[243] lui demanda, en
-souriant, s'il n'aimeroit jamais, et si sa malice seroit toujours égale
-pour les femmes, en se faisant aimer et puis se rire d'elles.--«Cette
-manière ne me charmeroit point du tout, continua le Roi. Il faut de la
-bonne foi avec les dames.--Ah! répartit la duchesse de Gersay[244] qui
-étoit la plus belle personne du monde, qu'il est avantageux pour
-notre sexe qu'un prince aussi aimable comme est le nôtre, prenne
-généreusement le parti des pauvres femmes, que l'on outrage
-sensiblement!--Madame, répondit le Roi, si elles étoient toutes faites
-comme vous, il ne seroit pas besoin de les défendre; mais sans
-raillerie, il me souvient que M. de Guise perdit entièrement sa
-réputation auprès des femmes, pour des affaires de cette nature, et que,
-quand il est mort, il n'eût pas trouvé une servante de la ville qui
-l'eût voulu croire.--Mais, Sire, répliqua le prince de Turenne,
-quelquefois l'on y est obligé par des motifs de conscience, et par les
-conseils de son curé, qui dit assez souvent qu'il faut rompre les
-attachements de la chair.--Ah! l'honnête homme, s'écria le Roi, en riant
-de tout son coeur. Jamais il ne s'est vu une confidence si tendre et
-qui mérite si bien la rémission de ses péchés; continuez toujours
-de vivre dans ces nobles sentiments, vous aurez une augmentation de
-gloire.»
-
-Le prince fit une très-humble révérence à Sa Majesté, en la remerciant
-de tout son encens; ce qui fut un sujet de plaisir à toute la compagnie.
-Pendant le carnaval, toute la Cour travailla à faire diversion à la
-mélancolie du Roi, qui paroissoit sans remède. La marquise de Maintenon,
-qui savoit que Sa Majesté aimoit la conversation de la comtesse du
-Lude[245], tâchoit par tous les moyens du monde de lui en procurer
-le plaisir. Souvent que cette comtesse surprenoit le Roi dans sa
-rêverie, madame de Maintenon les laissoit tête à tête moraliser. L'on
-peut dire que c'étoit le fort de cette aimable femme, et qu'ayant
-l'esprit aussi solide qu'elle l'avoit, rien n'étoit si charmant que de
-l'entendre parler.
-
-Un après-dîner, comme notre Monarque étoit seul avec elle, Sa Majesté
-lui fit un portrait fidèle de son chagrin, et ne le lui déguisa
-aucunement.--«Ah! Madame, s'écria ce prince, si vous saviez combien
-la vie m'est importune, je ne fais rien qui ne me donne de la peine;
-en de certains moments ma couronne m'est incommode.--Hélas! Sire,
-répondit la comtesse du Lude, l'inégalité qui se trouve dans la
-vie fait naître en nous ces divers mouvements. Ce qui nous plaît
-aujourd'hui nous déplaît en peu de jours. Notre humeur changeante ne
-sauroit se comprendre.--Cependant, Madame, dit le Roi, l'on donne tant
-d'encens à la raison, à la prudence: de quoi nous servent ces chimères,
-si elles n'arrêtent pas le cours de nos passions?--Ces idées, Sire,
-répartit la comtesse, mettent mon esprit au désespoir; plus j'envisage
-ces talents imaginaires, et moins j'aime à m'en souvenir. Ah! prudence
-importune qui ne servez qu'à faire avancer les maux que nous devons
-avoir! Si cette cruelle avoit quelque secret de détourner les infortunes
-qui pendent sur nos têtes, nous devrions la chérir; mais hélas! rien
-n'est si trompeur que son apparence.--Ce que vous dites, Madame,
-répliqua le Roi, est divinement bien pensé, mais vous m'avouerez qu'il
-faut obéir à l'Etre indépendant, qui nous a donné la vie et tous les
-avantages de conduite, de raison et de prudence.--Je le sais, Sire, dit
-la comtesse; c'est pourquoi j'envie souvent le sort des choses
-inanimées, qui durent plus longtemps que nous, et qui ne ressentent
-point mille remords qui nous rongent nuit et jour, et qui ne sont utiles
-à rien.--Que diriez-vous donc, Madame, continua le Roi, de ceux qui
-passent le plus beau de leur âge dans des soins continuels, et qui ne
-sont quelquefois pas de grand usage? Nous voyons Platon attaché à
-chercher des idées; Epicure attrapant des atômes, pour ensuite les
-accrocher les uns aux autres et en faire un monde en petit; Thalès au
-bord d'une fontaine admirant l'eau comme principe de toutes choses;
-Socrate n'osant sortir de sa gravité, de crainte de ne passer plus pour
-sage; enfin tous ces grands hommes ont pris mille gênes dans la vue de
-s'immortaliser.--Ah! Sire, reprit la comtesse, il n'est pas besoin de
-sortir de notre siècle pour connoître les folies des humains. Ne
-voyons-nous pas tous les jours parmi nous des généraux, des capitaines
-qui mettent leur vie au hasard pour une idée de gloire?--La guerre,
-Madame, répartit le Roi, est quelque chose de plus grand et de plus
-noble que mille autres attaches dont l'homme fait ses délices, et où il
-met les plus doux moments de sa vie à les acquérir.--Cependant, Sire,
-dit madame du Lude, l'esprit des mortels est borné, quelque soin qu'ils
-donnent à la recherche, et quelque pénétrants qu'ils puissent être. L'on
-ne sait rien à fond avec certitude. Nous apportons en naissant des
-ténèbres qui rendent nos lumières peu brillantes.»
-
-Notre Monarque prenoit un plaisir extrême d'entendre raisonner cette
-aimable comtesse, quand le duc de La Feuillade[246] entra qui entretint
-Sa Majesté longtemps. Le Roi ayant fait une profonde révérence à madame
-du Lude, la quitta pour un moment, et revint aussitôt auprès
-d'elle.--«Ah! Madame, lui dit ce prince en riant, une sympathie inconnue
-m'entraîne vers vous. Je compte les heures qui me privent de votre
-agréable présence [comme] perdues.--Ce que vous dites, Sire, répondit
-notre belle, est quelque chose de bien glorieux pour moi. Rien n'est si
-doux que l'encens d'un prince comme vous, qui connoît la valeur de ce
-qu'il estime avec un discernement distingué.--Madame, si j'étois à
-présent, lui répondit le Roi, encore assez heureux pour être aimé d'une
-personne aussi engageante que vous, non pas de cet amour sensuel dont
-j'ai fait mon bonheur autrefois, mais de celui qui ne consiste qu'en
-esprit! Car je vous assure que ces plaisirs sont plus réels que ceux du
-corps. J'en goûte tous les jours la différence, qui me fait
-regretter mille moments que j'ai passés en bagatelles.--Il est vrai,
-Sire, reprit madame du Lude, qu'après avoir fait le véritable
-panégyrique de l'amour, l'on y remarque des défauts surprenants.
-Qu'est-ce que cette passion, sinon un amas de peines qui ne se nourrit
-que de craintes et de doutes? les plaisirs qui sont de peu de durée sont
-toujours suivis d'amertumes sensibles; et l'amour, au comble de son
-bonheur, comme toutes les autres choses, retourne à son néant.--Que vous
-représentez justement, Madame, dit notre Monarque, le caractère de ce
-Dieu! Le voilà sans ombres et sans voiles, et c'est de la manière qu'il
-est plus charmant, car ses défauts ne sont point cachés.--Il est
-pourtant bon, Sire, répondit notre aimable, de lui donner quelques
-agréments, afin qu'il nous puisse plaire. Car quand on s'engage, si l'on
-se faisoit une idée funeste d'un triste changement... Ah! Sire, continua
-la comtesse, pardonnez un tendre souvenir, je ne puis oublier l'ardeur
-violente que le comte d'Armagnac[247] avoit conçue pour moi, et quand je
-fais la revue de toute sa passion et du changement que j'y vois, je dis:
-c'est l'ouvrage d'un mortel. Il n'appartient qu'à l'homme à mettre en
-usage ces foiblesses. Il y a quelque temps, comme j'étois chez moi à la
-campagne, et que je rêvois solitairement dans le bois, je
-considérois le peu de durée de l'aimable verdure de ce bocage, ayant
-réfléchi solidement, je fis ce quatrain:
-
- Tout change, enfin, et le coeur le plus tendre
- Ne peut faire vivre sa passion toujours.
- L'on n'a point encor vu d'éternelles amours,
- Et le temps à venir ne doit pas en attendre.
-
---Vous faites, dit le Roi, d'une manière obligeante, la dixième Muse. Il
-faut un mérite aussi charmant que le vôtre pour augmenter la beauté du
-Parnasse. Apollon, ce Dieu des lumières, vous doit chérir uniquement,
-puisque vous embellissez son rocher et ses fontaines; aussi Pégase vous
-donne-t-il de son eau de cristal pour vous rafraîchir dans vos exercices
-poétiques.--Je vous dirai, Sire, répondit la comtesse, que j'aime
-passionnément la poésie. Je trouve que c'est le langage des dieux: voici
-encore des vers que l'inconstance du comte d'Armagnac m'a fait faire:
-
- Taisez-vous, mes soupirs sensibles,
- Vous me causez de la douleur,
- Et mon coeur est trop susceptible
- Aux doux charmes de mon vainqueur.
- A quoi servent ces sentiments,
- Puisque l'ingrat est un volage?
- Quand on a perdu ses amants,
- Les soupirs doivent être sages.
-
---En vérité, Madame, interrompit le Roi, vous êtes toute divine, et
-c'est un charme puissant de vous entendre parler. Un coeur peut-il se
-défendre à des attraits si doux qui le demandent? Ah! je condamne
-extrêmement le peu de discernement du comte d'Armagnac en vous ayant
-quittée. Je sais que si vous l'aviez plus aimé, vous l'auriez
-engagé davantage; car il veut qu'on l'aime tendrement, et celle qui
-possède son coeur présentement est pour lui tout de feu.--Ah! Sire,
-s'écria madame du Lude, que l'amour est difficile à contenter! cet
-enfant crie toujours et n'est jamais content. J'ai marqué au comte
-incessamment une tendresse égale; mais non pas de ces emportements qui
-font perdre la raison.--C'est ce que nous demandons, Madame, dit Sa
-Majesté, quand nous aimons. Nous ne pouvons souffrir des coeurs froids
-qui raisonnent. Il faut aimer avec chaleur un amant, quand vous voulez
-qu'il vous aime.»
-
-Madame de Maintenon, qui entendit en entrant ce mot d'aimer, dit en
-saluant le Roi:--«Sire, c'est en vain que vous vous défendez de l'amour,
-car vous le mettez toujours sur le tapis.--Ah! Madame, répartit la
-comtesse du Lude, l'on ne peut parler que de ce qui plaît. Quand les
-conversations commencent à mourir, ce Dieu les ressuscite par son
-enjouement.--Cette vivacité, Madame, répliqua la marquise, n'est plus du
-règne de notre prince. Il a renoncé aux traits de l'amour, et son
-coeur est à l'épreuve de ses coups.--Madame, lui dit en riant la
-comtesse du Lude, quelques efforts que nous puissions faire, notre
-résistance est vaine. Quand la nature nous a donné un coeur sensible,
-il aime tout ce qu'il trouve aimable, tant qu'il a de la vie. Cependant,
-Madame, reprit la marquise de Maintenon, les passions diminuent avec
-l'âge. Ah! Madame, répliqua madame du Lude, nous revenons toujours à
-notre principe qui est cet amour naturel. Les philosophes nous le
-prouvent en nous faisant connoître que tous les êtres du monde doivent
-retourner au lieu d'où ils ont pris leur origine. L'homme, qui est un
-être fini, est composé de deux parties qui sont l'âme et le corps. Cette
-première, son règne étant achevé, retourne au ciel qui est la source
-d'où elle est venue, et le dernier va au sein de la terre d'où le
-premier homme est né.--Vous passez donc, Madame, interrompit notre
-prince, en regardant la comtesse du Lude, de la philosophie à la
-théologie? Il faut avoir autant d'esprit que vous en avez pour soutenir
-les thèses que vous avancez. Qu'il est glorieux, Madame, pour votre sexe
-d'avoir des personnes qui se distinguent par leur génie! Un de nos
-philosophes modernes donnoit en son temps des leçons aussi bien aux
-femmes qu'aux hommes; mais le savoir que vous avez, la nature vous en a
-fait un don en naissant.--Sire, répondit la comtesse, si j'avois assez
-de foiblesse pour tirer de la vanité des douceurs coutumières que les
-galants hommes disent ordinairement aux femmes, je me perdrois en
-écoutant le joli panégyrique que vous faites de moi; mais je me connois
-un peu. Si quelques lumières brillent en mon esprit, un nombre infini de
-ténèbres en diminuent la beauté.»
-
-Le Roi brûloit d'envie de pousser la conversation plus loin; mais des
-affaires du Parlement qui furent apportées à Sa Majesté par M.
-Talon[248], avocat-général, qui parla au Roi avec une éloquence
-toute charmante pendant plus d'une heure, fit que le prince donna
-audience à plusieurs autres, tout le reste du jour. Madame de Maintenon,
-que le comte de Marsan[249] sollicitoit tous les jours pour mademoiselle
-de Béthune[250] qui étoit à Saint-Cyr sous la domination de la marquise,
-étoit journellement chez elle[251].
-
-Ce comte étoit devenu éperdûment amoureux de mademoiselle de Béthune,
-pour l'avoir vue un moment dans l'église de Saint-Cyr. Cette jeune
-beauté se faisoit distinguer de toutes les autres, par un certain air
-doux et languissant qui lui étoit naturel, et qui demandoit le coeur à
-tout ce qu'elle faisoit. Il n'en falloit pas tant pour enflammer le plus
-passionné de tous les hommes. Aussi dans ce premier moment, il fit
-connoître à cette charmante fille, par un langage muet qui parloit dans
-ses yeux, combien ses charmes avoient de pouvoir sur lui. Depuis ce jour
-que le hasard avoit conduit le comte à l'abbaye de Saint-Cyr, comme il
-retournoit de la chasse dans le dessein de remercier les Saints de
-n'avoir point trouvé de malheur, il se vit pris, sans rien prendre dans
-toute sa course. C'est ordinairement ce que fait Vénus dans ses
-exercices. Elle fait quelquefois plus de conquêtes que Diane, quoique
-ses armes soient bien différentes. Revenons au comte de Marsan qui se
-voyoit obligé de garder de grandes mesures, dans toute la suite de son
-amour. Madame de Maintenon le recevoit fort honnêtement et même avec
-beaucoup de plaisir, dans la vue qu'il recherchoit en mariage
-mademoiselle de Béthune, qui étoit de qualité et d'une maison
-très-considérable. Le comte disoit mille douceurs à la marquise sur sa
-vertu et sur sa conduite, afin d'obtenir les bonnes grâces, et d'avoir
-un peu plus de liberté avec sa belle mignonne; ce que notre abbesse
-remarquoit fort bien, ayant l'esprit aussi ouvert qu'elle l'a. C'est
-pourquoi elle ne perdoit jamais de vue cette jeune fille, quand son
-amant étoit présent, ce qui le désoloit entièrement, car il ne pouvoit
-pas dire une parole que la marquise ne l'entendît. Une vie si misérable
-dura quelque temps, mais comme l'amour est ingénieux, et que ce petit
-Dieu découvre toujours quelque ruse à ses sujets, le comte de Marsan,
-ennuyé de son martyre, pria une vieille tante qu'il avoit à Paris, et
-qui étoit devenue dévote jusqu'à la fureur, et par cette raison grande
-amie de madame de Maintenon (car elles alloient fort souvent ensemble à
-Saint-Lazare de Jérusalem[252] faire leurs oraisons) de lui être
-favorable dans son amour, et de permettre qu'il se trouvât quelquefois
-chez elle avec mademoiselle de Béthune qu'il aimoit tendrement. Que la
-sévérité de la marquise de Maintenon lui étoit insupportable! aussi
-rendoit-elle toutes ses demoiselles comme des esclaves, qui sont privées
-de la liberté humaine. Madame de La Roche[253] parut un peu surprise en
-écoutant la proposition de son neveu.--«Quoi! dit-elle, Monsieur, vous
-ne songez pas à ce que vous me dites? Ne savez-vous pas combien cette
-dame a de haine et d'horreur pour les rendez-vous, et que, si elle
-découvroit une fois votre intrigue galante, je serois perdue dans son
-esprit, et elle maltraiteroit mademoiselle de Béthune comme la
-dernière de toutes les filles? De plus, mon neveu, continua cette bonne
-femme, vous avez un attachement qui n'est pas des plus honnêtes avec
-madame de..... et qui ne plaît aucunement à tous vos amis. Retirez-vous
-avec prudence de ce commerce criminel, et je ferai tout mon possible
-pour vous procurer cette jolie mignonne.--Ce que vous dites, ma tante,
-répondit le comte, est à peu près raisonnable; mais vous saurez que,
-quand l'on a une fois donné son coeur, il est bien difficile de le
-reprendre. Je vous avoue que j'aime la baronne de..., qui est la plus
-belle femme de France, et qui mérite le mieux les adorations d'un galant
-homme. Tant que cette adorable personne possèdera mon coeur, le
-mariage me sera fort indifférent, mais non pas les galanteries.--Mon
-neveu, répartit madame de La Roche, en riant, si vous aimez, autant que
-vous voulez me le persuader, votre belle, vous devez lui être fidèle; ce
-que vous n'êtes point, puisque vous cherchez les moyens d'en conter à
-une autre.--Ah! ma tante, répliqua M. de Marsan, il ne faut point mettre
-un ordre si régulier dans la conduite de la vie. L'amour se plaît dans
-la variété et le changement. D'abord que cet enfant est attaché, il
-meurt. C'est pourquoi, par un motif de charité qui est fort humain, l'on
-doit lui donner la liberté de courir où il veut, afin de lui conserver
-la vie.--Où avez-vous appris, Monsieur, dit la bonne tante, cette morale
-admirable qui porte sa charité jusques à l'amour?--Ne savez-vous pas, ma
-tante, répondit le comte malicieusement, que charité est
-amour.--Oui, mon neveu, je le sais, mais ce n'est pas de cet amour qui
-ne consiste qu'au bonheur de son prochain que vous entendez parler.--Ma
-tante, répartit le comte de Marsan, en riant, je renferme dans les
-bornes de la pitié ou de la compassion tous les besoins du genre humain.
-Si j'aime une femme qui soit aimable et que je lui jure que je meurs
-pour elle, et qu'elle soit d'assez bonne foi pour le croire, en voulant
-bien soulager mes peines, n'est-ce pas vivre moralement, et d'une
-manière exemplaire?--Mon neveu, interrompit la bonne femme, d'un air de
-pédante, vous vous raillez de la piété et vous n'êtes qu'un indévot, qui
-sacrifiez tout à vos plaisirs. Rompez votre pente criminelle et vous
-attachez à la vertu et à la gloire, en faisant des actions dignes
-d'elles.--Ah! ma chère tante, répliqua notre amoureux comte, en
-l'embrassant, quand je combats les charmes de l'amour, je sens ses
-douceurs qui triomphent de toutes mes forces, et c'est ma passion la
-plus dominante.--C'est alors, Monsieur, dit madame de La Roche, qu'il
-faut opposer à cette rapidité des remèdes salutaires, et résister
-fortement au méchant penchant qui vous entraîne à votre perte. Nous
-lisons que nos Saints n'ont pas été moins que nous sensibles à cette
-foiblesse, et que saint Dominique, tout célèbre personnage qu'il étoit,
-a souffert des peines cruelles pour résister aux convoitises de la
-chair. Ce religieux père préparoit jour et nuit son corps rebelle afin
-de le mortifier, et de tâcher de corriger les emportements de la
-nature.»
-
-Le comte de Marsan ne put s'empêcher de rire en écoutant les belles
-instructions de sa bonne tante, qui lui marquoit avec le doigt tout ce
-qu'elle disoit; mais, ayant bien moralisé, la conclusion de la prière
-que le comte fit à sa chère tante fut de lui procurer le bonheur de voir
-quelquefois chez elle mademoiselle de Béthune, ce que madame de La Roche
-eut bien de la peine à lui accorder; mais comme elle aimoit son neveu
-tendrement, elle se laissa persuader plus facilement, ce qui donna une
-joie inexprimable à notre passionné amant, qui brûloit d'envie
-d'entretenir un instant la charmante enfant qui l'occupoit si
-agréablement. Il demanda donc à sa tante quel jour cette belle pourroit
-venir chez elle, et qu'il y viendroit aussi.--«Ah! mon neveu, répartit
-madame de La Roche, il faut user de grande précaution dans une affaire
-si délicate. La marquise de Maintenon est la plus sévère de toutes les
-femmes, comme je vous l'ai déjà dit, et a beaucoup de confiance en moi;
-c'est pourquoi je serois au désespoir qu'elle sût que vous venez chez
-moi souvent, car elle empêcheroit bientôt que mademoiselle de Béthune ne
-me vînt voir.--Ah! dit le comte, j'en serois au désespoir; mais il faut
-que je vous avoue, ma tante, que j'ai de la peine à souffrir qu'une
-vieille ridicule comme cette femme-là occupe encore la terre. Elle
-enrage de ce que les plaisirs l'ont quittée, et qu'elle n'est plus
-capable d'en inspirer. C'est pourquoi elle s'oppose si fortement aux
-galanteries de la jeunesse. Vous saurez, ma chère tante, que, quand on
-est sur son retour et qu'on n'a plus de mérite pour charmer les
-coeurs, l'on s'en fait un de paroître bigote, et c'est la
-retraite ordinaire de toutes les femmes de la Cour.--Mon neveu, ne vous
-emportez pas contre cette dame; c'est la plus modeste, et la plus sage
-qui fût jamais.--Il faut bien qu'elle le soit malgré elle, répliqua
-notre comte, car l'on n'en veut plus.»
-
-Mademoiselle de Béthune, qui entra, surprit le comte qui auroit encore
-dit plusieurs duretés contre la sévérité de la marquise de Maintenon;
-mais la présence d'un objet si charmant rappela toute la douceur de ce
-tendre galant, qui dit mille choses obligeantes à cette belle mignonne,
-qui parut un peu embarrassée à répondre à toutes les galanteries du
-comte.
-
-Madame de La Roche, qui remarquoit bien que son neveu étoit fort
-amoureux de cette jeune demoiselle, et que toute la morale dont elle
-s'étoit servie n'avoit pu arrêter le torrent passionné de M. de Marsan,
-trouva à propos de ne se rendre point incommode à la passion de son
-neveu, et que tant qu'elle le verroit dans les bornes de l'honnêteté et
-de la modestie, elle n'auroit rien à dire. Mais c'est une chose bien
-difficile à observer que la retenue à un homme qui aime tendrement; il
-auroit bien besoin d'une chaîne pour retenir son emportement. Ce ne sera
-pas la raison qui triomphera de l'amour, au contraire, elle ne fera
-qu'irriter cette passion avec tous ses vains raisonnements.
-
-Laissons la raison, tout impuissante qu'elle est, et voyons présentement
-nos amants qui goûtent à longs traits le plaisir de se voir le plus
-souvent qu'il leur est possible, et qui trouvent le bonheur
-incomparable, si le malheur avec son air effroyable, et qui s'oppose
-toujours aux joies du monde, ne vient pas troubler leurs innocentes
-caresses. Le comte de Marsan ne soupira pas longtemps aux pieds de
-mademoiselle de Béthune sans faire une forte impression sur son coeur.
-Cette jeune beauté, qui n'avoit pas encore aimé, s'attacha sans réserve
-à chérir son amant, et lui donna toutes les preuves d'une véritable
-amitié, ce qui toucha M. de Marsan sensiblement et lui fit oublier la
-baronne de...., qui lui en marqua sa rage par tous les reproches
-violents que la jalousie peut inspirer. Un jour, comme le comte étoit
-couché au bord d'une fontaine, et qu'il attendoit mademoiselle de
-Béthune qui devoit venir cette après-dîner chez madame de la Roche, on
-lui apporta une lettre de la baronne de..... qu'il lut plusieurs fois,
-en redisant ces mots qu'elle lui avoit écrits: «Ah! perfide, pourquoi
-m'as-tu aimée si fortement, si tu ne voulois pas être fidèle?»
-
-Des reproches si sensibles rendirent le comte tout rêveur, et qui le
-conduisit[254] dans un petit bois qui étoit au bout du jardin. Notre
-amoureux solitaire ayant fait quelques tours dans la forêt, s'arrêta
-pour considérer les bêtes sauvages que la fortune a condamnées à vivre
-dans ces lieux, et leur dit: «Ah! innocentes créatures, que votre
-destinée est heureuse! les rochers et les affreuses retraites que vous
-occupez, sont plus agréables que le commerce du monde.»
-
- Aimable et charmante verdure,
- Qui faites l'ombre de ces lieux,
- Et qui suivez de la Nature
- Le penchant doux, délicieux,
- Hélas! je viens dans ce bocage
- Vous prier couvrir mes ennuis;
- Quoique j'aime, on me croit volage;
- Mais vous savez ce que je suis.
-
-Mademoiselle de Béthune, qui attendoit depuis longtemps M. de Marsan, se
-promenoit tristement dans un parterre de fleurs quand il arriva. Le
-comte ressentit une joie en voyant son aimable maîtresse, et lui dit
-d'un air tendre: «Ah! mon adorable, je vous ai attendue ici plus de deux
-heures, mais mon impatience m'a fait prendre l'air du bois.--Je crois,
-Monsieur, répartit notre belle, que la sympathie se mêle de tout, quand
-on aime, car j'avois aussi une grande envie de vous voir.--Mademoiselle,
-répondit le comte, d'une manière toute passionnée, si l'amour pouvoit
-vous rendre le coeur aussi sensible que moi, je ne serois plus à
-plaindre; mais si mon mal augmente, et que vous ne soyez pas touchée de
-mes peines, hélas! c'est fait de moi.--Prenez soin de vous-même,
-Monsieur, dit la charmante en souriant, car ce seroit bien dommage qu'un
-homme aussi joli que vous et aussi galant n'occupât plus l'agréable
-séjour des mortels. L'on n'a jamais vu personne mourir d'amour, continua
-cette incomparable, si ce n'est dans des histoires, où l'on souffre
-mille maux imaginaires.--Cependant, Mademoiselle, répliqua M. de Marsan,
-je sais que je vous aime réellement et sans imagination, et que tout ce
-que je sens pour vous ne sont pas des maux en idée.--C'est
-pourtant, Monsieur, dit mademoiselle de Béthune, où les biens et les
-maux font leur demeure ordinaire. L'idée nous rappelle toujours ce qui
-nous plaît et ce qui nous déplaît.»
-
-La conversation de nos amants étant finie pour ce jour, le Roi, qui
-étoit de retour du siége de Saint-Omer[255] avec M. le duc d'Orléans,
-ces illustres personnes firent une partie de chasse à Saint-Cloud, où
-toutes les belles de la Cour parurent en équipage de chasseresses et
-vêtues comme Diane et ses Nymphes, suivies de plusieurs chiens qui
-couroient dans la forêt les bêtes sauvages au milieu du bois. Sa Majesté
-et les princes les plus galants attendoient ces charmantes cavalières,
-déguisés comme le Dieu Pan et comme les Satyres, qui préparoient un
-superbe festin à cette aimable troupe. Ce beau régal fut accompagné d'un
-grand nombre d'instruments qui faisoient le plus bel effet du monde.
-
-Le maréchal duc de La Feuillade[256] étoit assis au pied d'un ormeau,
-qui copioit Orphée en jouant de la flûte douce, qu'il touchoit dans la
-dernière perfection, et qui sembloit attirer autour de lui tous les
-oiseaux et tous les animaux de ce bocage. Plusieurs voix toutes
-charmantes répondoient à cet aimable solitaire.
-
-L'on entendoit un écho fidèle qui répétoit souvent ces tendres paroles,
-et qui prononçoit comme en soupirant:
-
- Que l'absence est cruelle
- A quiconque aime tendrement!
- Eloigné de sa belle,
- L'on ne peut vivre heureusement.
-
-Tous ces plaisirs champêtres n'étoient point capables de faire renaître
-la tendresse de notre monarque qui s'avançoit vers le tombeau, ne
-pouvant reprendre ses premières forces. Le Roi devint jaune et ne rioit
-plus comme à son ordinaire, ce qui attendrit le coeur de madame de
-Maintenon, qui pressa un jour Sa Majesté, étant dans un tête à tête, de
-lui découvrir toutes les routes les plus sensibles de son âme, car elle
-étoit fort affligée du changement qui paroissoit en sa personne.--«Je
-vous dirai, madame, lui répondit ce prince, que depuis quelques années,
-je ne me connois pas moi-même. J'ai une profonde rêverie qui
-m'entretient journellement et je trouve quelquefois la qualité de Roi
-importune.--Ah! Sire, s'écria la marquise, d'où pourroient venir ces
-sentiments inégaux qui chagrinent votre Majesté? C'est peut-être que
-vous n'écoutez plus les douceurs de l'amour qui sont d'un grand secours
-dans les inquiétudes de la vie. Souvent un tendre amusement nous rend
-heureux et malheureux.--Aussi, madame, répartit le Roi en soupirant,
-quand la mort nous retire ce que l'on aime, rien n'est au monde plus
-insupportable que ces sortes de malheurs. Ah! répondit ce prince, je ne
-sens plus mon coeur disposé à un nouvel engagement; même la
-disposition de ma santé ne me parle plus que de retraite et de
-pénitence, et cette inclination qui brûloit autrefois comme un feu à la
-présence d'un bel objet, est bien présentement affoiblie.--Il faut
-reprendre courage, Sire, répliqua madame de Maintenon, et l'amour
-renouvelle toutes choses et redonne la vie à ce qui paroît inanimé.
-Aimez encore une fois et vous revivrez. Vous savez le pouvoir que j'ai
-sur plusieurs aimables jeunes filles. Si votre amour en trouve une digne
-d'elle, il suffit qu'elle ait le bien de vous plaire.--Madame, répondit
-le Roi en riant, je sais qu'il y a sous votre conduite de quoi occuper
-ma tendresse; mais vous avez depuis peu reçu dans cette assemblée une
-jolie enfant qui ne me déplairoit pas, et qui mérite bien les soupirs
-d'un galant homme.--Il est vrai, Sire, je sais de quoi vous voulez
-parler; c'est de mademoiselle de Grancey[257], qui est la plus jolie de
-toutes celles qui sont à Saint-Cyr; outre qu'elle est très-bien née,
-elle possède une douceur charmante dans tout ce qu'elle fait, qui la
-fait aimer de tout le monde. Le marquis de Joyeuse et de Villars[258],
-ses cousins, lui firent visite cette semaine et me prièrent avec toute
-l'honnêteté qui se peut imaginer de l'aimer un peu. Je leur répartis en
-souriant qu'il n'étoit pas besoin de le dire, que son mérite parloit
-assez.--«Ah! madame, répondit le marquis de Joyeuse, nous n'en
-attendions pas moins de votre civilité et de votre honnêteté; c'est
-pourquoi ma cousine ne pouvoit jamais arriver à un degré plus heureux
-que celui d'être sous une conduite si distinguée.» J'allois
-répondre au marquis, quand j'en fus empêchée par les ordres de Votre
-Majesté qui me prioit de venir à Versailles, et je vous puis assurer,
-Sire, continua la marquise, que je conserve toujours pour cette aimable
-mignonne beaucoup d'estime.--Et moi aussi, dit le Roi, depuis le premier
-moment que je la vis à l'entrée de l'abbaye où j'étois en carrosse, et
-je fis demander si vous étiez à Saint-Cyr. Cependant cette belle enfant
-me parla avec une charmante modestie qui me toucha le coeur; mais
-comme je commence à renoncer aux plaisirs des sens, j'en ai seulement
-gardé l'idée.--Il n'y a pas, Sire, dit madame de Maintenon, bien loin de
-l'idée au coeur; l'on peut facilement les unir ensemble.--J'entends
-très-bien, madame, répliqua Sa Majesté, vos expressions; elles sont fort
-sensibles; mais comment aimer les autres, quand l'on ne s'aime plus
-soi-même?»
-
-La marquise, qui voyoit qu'une conversation d'amourette chagrinoit Notre
-Majesté, changea de discours et lui parla des affaires de la guerre, et
-sur les ordres de son royaume, comme de pourvoir à la subsistance des
-curés et des vicaires perpétuels[259], afin qu'ils n'eussent point
-d'occasion légitime de ne point satisfaire à leur devoir. Le curé de
-Saint-Lazare de Jérusalem, qui étoit aimé de madame de Maintenon
-pardessus les autres, la sollicitoit tous les jours qu'elle priât Sa
-Majesté d'augmenter sa pension, et, pour cet effet, ce prêtre rendoit
-des visites familières à madame de Maintenon, et lui disoit incessamment
-que le bien que l'on faisoit aux gens d'église n'étoit jamais perdu; que
-cette charité nous attiroit un nombre infini de bénédictions, par les
-prières de ces bonnes âmes. Ce curé ajouta encore d'une manière toute
-dévote, qu'il faisoit toutes les nuits des oraisons de quatre ou de cinq
-heures pour le Roi,--«et pour vous, madame, qui êtes le refuge des
-pauvres prêtres affligés. Souvenez-vous de moi, s'il vous plaît, quand
-vous serez avec Sa Majesté.» La marquise promit de servir le curé de
-tout son possible, dans la vue qu'il diroit plusieurs messes pour la
-rémission de ses péchés, ce qu'il fit avec tout le zèle dont son âme
-étoit capable. Car l'on remarqua que ce bonhomme alloit plus matin
-pendant quelque temps à sa paroisse qu'à l'ordinaire.
-
-Quoique madame de Maintenon sollicitât notre Prince pour les affaires
-d'Etat, elle ne laissoit pas de lui parler, dans de certains
-intervalles, des charmes de mademoiselle de Grancey, à dessein de
-réveiller sa passion et de le rendre plus enjoué, ce que le Roi essaya,
-mais ce fut en vain; car ce Prince n'étoit plus propre pour la
-galanterie. L'après-dîner que la marquise avoit laissé cette charmante
-mignonne avec Sa Majesté à Trianon, jamais le Roi ne se trouva si
-triste. Il soupira plusieurs fois en regardant cette belle, et mêla
-incessamment un jeu de piquet qui étoit sur la table, à quoi
-mademoiselle de Grancey lui dit en souriant: «Sire, Votre Majesté auroit
-plus de plaisir si j'étois de la partie.--Je le veux, répondit ce
-Monarque, ma belle enfant; mais vous perdrez, car j'ai assez la fortune
-à mes gages.--Qu'importe, Sire, répondit notre aimable, en rougissant;
-il me sera fort glorieux de vous être redevable.» Le Roi se trouva
-embarrassé dans cette entrevue plus que jamais il n'a été; mais madame
-de Maintenon, qui croyoit que la tendresse de son Prince avoit retrouvé
-la vie, entra en souriant, et dit à mademoiselle de Grancey: «Eh bien!
-ma mignonne, comment avez-vous passé le temps depuis mon absence?--Fort
-bien, madame, répliqua-t-elle, je n'ai point trouvé de quoi m'ennuyer
-aujourd'hui.--Ah! mademoiselle, répartit le Roi, vous avez bien de la
-bonté, et vous êtes bien facile à excuser les défauts d'une personne qui
-vous aime, mais qui n'est plus à lui comme autrefois.--A qui êtes-vous
-donc, Sire? répartit la marquise; faites-moi la confidente de vos
-souffrances; mademoiselle n'en sera pas jalouse, car elle a trop
-d'esprit pour ne pas savoir qu'un Prince peut aimer tous les objets
-qui sont aimables.» Sa Majesté se mit à rire avec notre mignonne de la
-belle humeur de la marquise de Maintenon, qui tournoit toute chose en
-galanterie, et qui disoit toujours mille équivoques sur la mélancolie de
-son malade.
-
-La conversation étant finie, le Roi ramena les dames à Saint-Cyr, où Sa
-Majesté fut longtemps à visiter tous les parloirs et les réfectoires de
-l'abbaye, qui sont d'une propreté admirable et qui répondent bien à la
-générosité et la grandeur d'âme de celle qui en est la supérieure.
-
-Le lendemain, mademoiselle de Grancey fit un fidèle récit de la
-conversation qu'elle avoit eue avec le Roi, à madame de Maintenon, qui
-demanda à cette belle jusqu'à la moindre circonstance, même les termes
-dont il s'étoit servi pour lui marquer ce qu'il sentoit pour
-elle.--«Quoi, madame, répondit notre jolie mignonne assez surprise,
-est-ce que le Roi m'aime?--Oui, ma chère enfant, dit la marquise, je
-sais que vous ne lui êtes pas indifférente, et qu'il ne tiendra qu'à
-vous de faire son bonheur.--C'est ce que je ne sais point encore,
-répartit mademoiselle de Grancey, car Sa Majesté ne m'a dit rien de
-tendre, au contraire; elle ne m'a entretenue que de mode, que de cartes
-et de mille autres choses à peu près de cette nature. Il est vrai que ce
-Prince a trouvé mon habit fort propre[260] et qu'il me seyoit très-bien;
-mais, hélas! n'avoit-il rien de plus doux à me dire, s'il m'aime un
-peu?» Madame de Maintenon sourit de la pensée de son aimable disciple,
-et lui répliqua: «Ah! ma mignonne, je ne connois plus le Roi; il
-est devenu insensible à ce qui faisoit autrefois ses plus doux moments.
-Un grand fond de piété, qui s'est emparé de son coeur, le rend
-présentement tout de glace aux plaisirs des sens.--Je vous avoue,
-répartit mademoiselle de Grancey, qu'une si grande froideur en un homme
-n'est point agréable. L'on diroit dans cet état qu'il n'est point animé.
-L'amour donne je ne sais quoi qui est aimable à tout ce qui respire le
-jour.--Mais encore, ma belle, dit la marquise, dites-moi sincèrement si
-notre Monarque vous a fait paroître tant d'indifférence?--Madame, Sa
-Majesté ne m'a point surprise dans ses manières languissantes, puisque
-la première fois que je l'ai vue, j'ai bien jugé que son amour se
-mouroit et qu'il étoit temps de lui faire un tombeau.--Vous êtes bien
-savante, ma bellotte, dit madame de Maintenon en riant, d'avoir si bien
-pressenti la mort de la tendresse du Roi; je m'étois flattée que vous la
-feriez renaître et que vos charmes auroient assez de force pour la
-ressusciter.--En vérité, madame, répondit cette charmante, il est bien
-difficile de redonner la vie à ce qui n'en a plus. Voici cependant des
-vers que j'ai dits à Sa Majesté dans le dessein de la réveiller de son
-assoupissement et de la divertir par cet imprévu.
-
- Dites-moi mon cher prince
- D'où vient votre air rêveur?
- Seroit-ce quelque feinte
- Dans votre illustre coeur?
- L'on sait que vous n'êtes pas insensible
- Aux doux attraits d'une aimable beauté,
- Et que, chez vous, il est du tout[261] visible
- Qu'on n'y sauroit trouver de dureté.
-
---Je ne savois pas, ma belle enfant, dit notre marquise, que vous étiez
-poëte. C'est un exercice fort joli pour une jeune personne comme vous.
-Il n'y a rien qui polisse davantage l'esprit et qui apprenne mieux les
-manières du bel usage que la poésie, et qui donne une si grande
-délicatesse en tout ce que nous faisons. Le Roi aime passionnément les
-vers, quand ils sont bien tournés et fort tendres; c'est pourquoi, ma
-mignonne, faites un sonnet fort juste et qui fasse connoître à Sa
-Majesté adroitement que vous l'aimez, et que vous êtes fâchée qu'il n'y
-réponde pas aussi tendrement que vous le voudriez. Il faut quelquefois
-solliciter un coeur avant de s'en rendre le maître.--Ah! madame,
-répartit mademoiselle de Grancey, que les ordres que vous me donnez sont
-difficiles à exécuter! Je n'ai pas de penchant à faire des avances à mes
-amants. Il n'y a rien de si peu à mon goût que ces sortes de
-manières.--Il est vrai, mademoiselle, répondit madame de Maintenon,
-quand on est faite comme vous êtes, il n'est pas besoin d'en faire; mais
-il y a de la différence entre galant et galant. Être aimée, par exemple,
-d'un Roi aussi charmant que le nôtre est une chose qui mérite bien un
-peu de peine. Défaites-vous de cette fierté qui est si naturelle aux
-jolies filles comme vous, et marquez un peu d'empressement à ce Prince.
-C'est le moyen le plus sûr de lui plaire.--Madame, ne parlons plus de
-cela, je vous en prie, dit la belle écolière, car je sens que mon
-coeur ne s'accorde point avec les leçons que vous me donnez. Vous
-savez que s'il n'est de la partie, tout ce que l'on entreprend n'est pas
-bon.--Oui, ma mignonne, ce que vous dites est vrai, répliqua la
-marquise; mais il faut tâcher de se rendre maître de ce coeur rebelle
-et l'apprivoiser avec la raison, qui veut que vous fassiez quelque chose
-pour votre fortune. Souvenez-vous, ma chère bellotte, que nous ne sommes
-plus dans le temps où une fille croyoit avoir fait un crime irréparable
-de songer à l'amour. L'on accommode à présent ce Dieu avec l'intérêt par
-une aimable vicissitude.»
-
-La marquise de Maintenon n'eut pas plus tôt achevé de donner ces jolies
-instructions à mademoiselle de Grancey, qu'elle la mena au lever du Roi.
-Cette charmante enfant étoit ce jour belle comme un ange, et dans un
-certain air de négligé qui la rendoit tout adorable. Dès que notre
-Prince la vit, il lui dit:--«Ah! mademoiselle, vous ferez aujourd'hui
-bien des misérables. Votre présence est redoutable aux pauvres
-humains.--Qui, moi? Sire, répartit cette incomparable, en riant, j'ai
-pourtant le coeur fort sensible à la compassion et n'aime pas à voir
-souffrir les affligés.--Vous voyez, Sire, interrompit madame de
-Maintenon, que, parmi le grand nombre des qualités éminentes qui ont été
-données à mademoiselle, elle possède encore la pitié et la charité, qui
-sont de toutes les vertus les plus parfaites.--A la vérité, ma belle
-mignonne, dit le Roi, en la regardant assez tendrement, des mouvements
-si héroïques et si nobles sont fort rares dans la jeunesse où vous
-êtes. D'ordinaire, dans l'âge tendre, l'on a peu de sentiments
-raisonnables.--Ah! Sire, il ne faut pas tant donner d'encens à
-mademoiselle, sans lui dire aussi ses petits défauts. Elle est cruelle à
-ses amants jusqu'au dernier point, leur défendant l'usage des soupirs,
-qui est leur ôter la vie. Car, qu'ils soient sincères ou non, les
-galants de ce siècle ne marchent jamais sans cet ornement.»
-
-Sa Majesté ne put s'empêcher de rire de la raillerie de la marquise, qui
-dit encore plusieurs autres choses fort spirituelles sur le même sujet.
-Toute la matinée se passa très-agréablement. Mademoiselle de Grancey,
-qui chante parfaitement bien, dit des airs nouveaux fort tendres, que le
-Roi trouva justes et bien proprement chantés.--«Mais, dit madame de
-Maintenon, il ne manque rien à cette jolie enfant qu'un peu d'amour. Si
-elle aimoit, elle seroit accomplie.--Le temps, répondit notre Monarque,
-rendra à mademoiselle le coeur sensible. La nature n'a pas formé un
-objet si charmant pour ne pas aimer.»
-
-Le jour suivant, le prince de Condé et le marquis de Vannes[262] furent
-longtemps avec Sa Majesté à conférer sur des affaires militaires. Le Roi
-nomma plusieurs nouveaux officiers, tant de cavalerie que d'infanterie,
-afin de remplir les places de tant de grands guerriers qui avoient
-perdu la vie à la bataille de Senef[263], qui est un village situé dans
-le Brabant.
-
-Le prince de Vaudemont[264], qui avoit reçu quelque légère blessure,
-s'étoit retiré dans le bois de Bufferay, quand la comtesse de
-Souche[265], qui l'aimoit plus que sa vie, alla le trouver et lui pansa
-toutes ses plaies avec des onguents qu'elle avoit faits exprès pour lui.
-Jamais femme n'a tant aimé que celle-là, ce qui nous fait rejeter la
-méchante opinion des hommes, qui disent généralement que le sexe féminin
-est incapable d'un fort attachement. Mais revenons à notre passionnée
-amante. Elle n'eut pas plus tôt appris le malheur du prince, son cher
-amant, qu'elle tomba dans une foiblesse qui lui dura plus de trois
-heures, avec des soupirs languissants, qui marquoient le triste état de
-son âme affligée. Après le retour de cette pâmoison, elle embrassa
-tendrement l'objet de son amour, le serrant avec ardeur entre ses bras,
-et lui dit en tournant ses yeux vers le ciel:--«Ah! mon cher, je ne suis
-revenue en ce monde que pour vous aimer plus que jamais. J'ai cru que la
-mort vous avoit ravi; mais, hélas! si mon sort me sépare de vous un
-moment, je ne veux plus vivre!»
-
-La comtesse de Souche prononça ces paroles avec tant de tendresse et
-avec un si grand torrent de larmes, qu'elle attendrit le coeur de son
-amant si sensiblement qu'il pleura plus d'un après-dîner avec sa
-maîtresse. L'on pouvoit dire dans ces moments, que l'amour n'étoit point
-joli, puisqu'il avoit les yeux mouillés. Ce petit enfant pleure
-quelquefois quand il n'est pas content. C'est pourquoi Vénus, sa mère,
-le prend fort souvent sur ses genoux et le caresse afin de l'apaiser;
-mais si on ne lui donne pas ce qu'il veut, ce Dieu folâtre crie plus que
-jamais. Le prince de Vaudemont tâcha aussi de modérer les plaintes de sa
-belle, en la baisant tendrement et lui disant qu'il ne vouloit plus
-respirer le jour que pour elle, que sa reconnoissance étoit
-inconcevable, et qu'il faudroit être né le plus ingrat et le plus lâche
-de tous les hommes pour ne pas sentir une forte amitié et un tendre
-amour pour elle.
-
-Des paroles si touchantes charmèrent la comtesse et lui firent augmenter
-ses caresses à son illustre galant, qui, de son côté, aimoit beaucoup ce
-petit bavardage. Après que le prince de Vaudemont et sa maîtresse eurent
-demeuré quelque temps à Senef, ils retournèrent à Paris. Le comte de
-Souche, qui étoit extrêmement irrité contre sa femme, et qui lui faisoit
-des reproches sensibles sur son infidélité, l'accabloit de menaces.
-Quand la comtesse voulut se justifier par des feintes ordinaires aux
-coquettes, elle lui dit que le voyage qu'elle avoit fait n'étoit
-que pour lui, et qu'ayant été aussi bien blessé que le prince, l'amour
-qu'elle avoit pour lui l'avoit obligée de partir au plus vite, et qu'il
-devoit mieux juger de la solidité de son coeur, qu'elle lui avoit juré
-une fidélité éternelle, ne voulant pas fausser sa foi pour une couronne;
-que tout ce qu'elle avoit fait pour le prince n'étoit qu'à cause qu'il
-étoit son ami, et même par un motif de charité.--«Ne croyez pas, mon
-cher mari, ajouta cette dissimulée, que je préfère jamais le prince de
-Vaudemont à vous. Je connois très-bien la différence qu'il y a entre
-vous et lui. Vous appréhendez en vain que l'on n'ait pas assez de
-tendresse pour vous. Vos charmes ont des forces suffisantes pour
-conserver un coeur.»
-
-Peut-on pousser plus loin une trahison que celle-là et amuser un
-bonhomme plus adroitement? Le comte de Souche parut content après des
-assurances si pathétiques et donna la liberté à sa femme de voir le
-prince de Vaudemont, pourvu qu'il fût présent. Cette réserve chagrina
-longtemps la comtesse, n'ayant pas le plaisir de dire à son amant les
-sentiments de son coeur, ni de lui donner des preuves de son amour. Le
-comte de Souche, qui aimoit extrêmement le prince, et qui ne pouvoit
-vivre sans le voir, jouoit tous les jours à l'ombre[266] avec lui,
-quoiqu'il perdît tout son argent. Un soir que nos généraux avoient
-joué fort tard, et qu'ils avoient bu plus qu'à l'ordinaire, le comte de
-Souche s'endormit et donna tout le loisir à nos amants de renouveler
-leurs tendresses, sans que le bon mari en sût rien. La nuit, qui
-paraissoit jalouse du bonheur de la comtesse, disparut et fit place à
-l'aurore, qui vint dans son char toute riante, avec ses doigts de rose,
-annoncer l'agréable venue du jour. Alors le comte de Souche, qui avoit
-dormi sans se réveiller, parut tout surpris de se voir couché sur un lit
-de repos sans sa femme. Il appela cette belle plusieurs fois, qui fit
-comme si elle n'entendoit point, ce qui obligea le comte de monter à la
-chambre et d'aller voir si elle étoit couchée; mais l'ayant trouvée dans
-un profond sommeil, il la laissa dans ce repos charmant, se contentant
-seulement d'admirer ses beaux yeux, qui étoient à demi fermés, et la
-beauté de sa main qu'elle avoit jetée négligemment sur sa robe; après
-les avoir baisées il se retira de crainte d'éveiller sa chère moitié.
-
-Le prince de Vaudemont, qui connoissoit un peu la jalousie du comte,
-s'étoit retiré chez lui rempli d'une joie inexprimable d'avoir eu le
-temps assez favorable pour avoir goûté avec plaisir les douceurs de sa
-tendresse. Ce prince repassoit encore ces charmantes idées quand il
-entendit frapper à sa chambre. Il ne douta point que ce ne fût le comte
-qui lui venoit demander à quelle heure il étoit sorti de sa maison; ce
-qui arriva, car le comte de Souche questionna fortement le prince
-sur tout ce qui s'étoit passé la nuit et il lui dit qu'il avoit été pris
-d'un violent mal de tête. C'est pourquoi il s'étoit retiré chez lui de
-bonne heure.--«Et ma femme, lui dit ce mari infortuné, où l'avez-vous
-laissée?--Je l'ai conduite, répartit le prince d'un grand sérieux,
-jusqu'à la porte de sa chambre, mais ce qu'elle a fait je ne le puis
-dire.»
-
-Le comte de Souche, n'étant pas fort content de la conversation du
-prince de Vaudemont, retourna à sa maison faire plusieurs questions à
-ses valets, mais ce fut en vain, car tous ceux qui étoient au logis
-avoient dormi pendant que nos tendres amants s'étoient donné les
-derniers témoignages de leur amour. La comtesse, s'étant levée, alla
-trouver son mari à qui elle fit mille caresses, qui ne partoient point
-de son coeur, mais qui étoient seulement apparentes. Le bonhomme s'en
-contentoit, ne pouvant avoir mieux, et se croyant dans des moments le
-plus heureux de tous les humains. L'apparence a quelquefois bien des
-charmes, mais quand on l'examine de près tous les attraits diminuent:
-voyons le comte de Souche qui vit le plus agréablement qu'il peut avec
-sa femme, et qui se fait des plaisirs au milieu de ses peines.
-
-Le printemps, qui commençoit à naître, inspira à notre comtesse le désir
-d'aller à la campagne, afin de goûter à longs traits le délicieux
-plaisir de la promenade. Les doux zéphirs ayant succédé aux rigueurs de
-l'hiver rendoient toutes choses charmantes. Après que Mme de Souche
-eût joui avec son illustre mari de ses aimables douceurs pendant
-quelques semaines, elle se trouva ennuyée de posséder toujours les mêmes
-objets. Le prince de Vaudemont lui écrivoit souvent, sans que le comte
-le sut; c'est pourquoi cette belle solitaire lui manda son chagrin, et
-le pria de venir incognito la divertir, ce que ce tendre amant fit le
-plus tôt qu'il lui fut possible. Mais quand le prince fut arrivé dans le
-village, la comtesse parut fort embarrassée où elle le pourroit loger
-commodément, sans que son mari le pût savoir? Des pensées d'un si grand
-poids occupèrent longtemps notre passionnée amante, qui trouva le moyen
-de faire venir tous les jours son incomparable galant chez elle; cette
-dame aimoit extrêmement la symphonie d'un clavecin et d'un tuorbe[267],
-c'est pourquoi son mari lui avoit donné de ces jolis instruments pour
-l'occuper agréablement; et comme elle ne les touchoit pas dans la
-dernière perfection, elle avoit besoin d'un maître, ce que le comte lui
-accorda avec plaisir. Il ne restoit donc plus qu'à le faire venir de
-Paris. C'étoit M. Desnué[268] que l'on choisit pour le plus savant et
-qui convenoit le mieux à l'âge et à la taille du prince de Vaudemont,
-qui devoit jouer le personnage du maître de tuorbe, en copiant et
-sa voix et ses manières, et étant travesti d'un habit d'un homme de ce
-caractère. Par bonheur pour la comtesse, son époux avoit la vue fort
-courte, c'est ce qui le rendoit plus défiant qu'un autre; et il falloit
-même qu'il regardât les personnes de bien près pour les connoître. Le
-jour étant venu que l'on devoit exercer les instruments, le comte de
-Souche reçut M. Desnué fort civilement, et lui fit grande chère, ce qui
-donna bien de la joie à la comtesse. L'on ne parla que d'instruments
-pendant tout le dîner. Le prince de Vaudemont, afin de mieux contrefaire
-le ton de sa voix, faisoit des grimaces effroyables qui firent rire
-Mme de Souche de toute son âme. Quand l'on eut bien bu à la santé les
-uns des autres, il fut question de commencer à jouer. Chacun prit sa
-place dans un ordre fort régulier. Le comte de Souche se mit auprès de
-M. Desnué, afin de le connoître, ce que le fin joueur de clavecin ne
-trouva pas bon, et dit au comte fort sérieusement qu'il falloit qu'il
-eut la liberté de mettre ses bras où il vouloit et qu'il ne pouvoit être
-gêné en jouant. Le prince, qui se souvenoit très-peu des leçons qu'on
-lui avoit apprises étant petit garçon, se trouva fort embarrassé pour
-chanter quelque air.
-
-Après avoir passé quelque temps à raccommoder ses cordes, qu'il rompoit
-exprès, il pria la comtesse de jouer la première, ce qu'elle fit
-aussitôt, et comme elle touchoit assez joliment ces instruments, le
-prince déguisé n'eut pas bien de la peine à l'instruire. Le comte étoit
-fort content de M. Desnué, qui faisoit tout son possible pour le
-tromper, et qui profitoit tous les jours de la présence de sa belle,
-sans cependant pouvoir bien l'entretenir seule; mais cet amoureux prince
-se contentoit de la voir, en attendant l'occasion favorable de lui
-pouvoir dire les tendres sentiments de son coeur. Mme de Souche
-travailloit toujours à faire naître cette occasion après laquelle elle
-soupiroit avec tant d'impatience, et qui lui paroissoit le plus grand
-bien de sa vie, aimant plus qu'elle-même le prince de Vaudemont qui ne
-languissoit pas moins que sa belle.
-
-Un matin, comme l'on jouoit du tuorbe, le comte de Souche s'ennuya
-d'entendre dire incessamment la même chose, ce que M. Desnué faisoit
-dans le dessein de fatiguer son auditeur et de l'envoyer un peu prendre
-l'air, ce que le comte fit. Après avoir plusieurs fois baillé, en
-ouvrant la bouche de toute son étendue, il dit à sa chère femme qu'il
-alloit faire un tour dans le bois, et que bientôt il reviendroit.--«Nous
-serons encore plus d'une heure, monsieur, répliqua la comtesse, pour
-accorder le dessus avec la basse. Si cela vous chagrine, vous avez du
-temps à vous promener.»
-
-Pendant que M. de Souche étoit dans la forêt, nos amants se disoient
-tout ce que l'amour peut inspirer de plus tendre, et le prince ne
-pouvant s'empêcher de rire de la plaisante figure qu'il faisoit, la
-comtesse lui dit, en le regardant tendrement:--«Nous devons reprendre
-nos instruments, car si notre jaloux revenoit, il nous trouveroit sans
-occupation, ce qui ne feroit pas bon effet.--Je le veux, madame,
-répartit le prince de Vaudemont, recommençons à jouer du tuorbe
-afin que, quand le bonhomme viendra, il nous voie dans un grand
-attachement.» La pluie qui tomboit, avoit contraint le prince de
-retourner à sa maison plus vite qu'il ne vouloit. Cela attrista M.
-Desnué, qui n'avoit pas envie de toucher le clavecin, et qui aimoit bien
-mieux badiner avec sa belle; l'on marqua pourtant de la joie au comte,
-quand on le vit, et même on lui dit qu'il avoit été bien longtemps
-absent, ce qui lui fit plaisir, car il étoit bien aise qu'on le caressât
-un peu.
-
-Le lendemain, le comte de Souche, qui avoit vu courir plusieurs lièvres
-dans le bois, fut avec ses chiens à l'affût tout le soir, ce qui plut
-extrêmement au prince de Vaudemont, étant délivré de la présence
-importune de celui qui le gênoit. La comtesse, qui étoit indisposée, se
-retira dans son cabinet pour se reposer un peu. M. Desnué demanda à
-Metillon, qui étoit la demoiselle de Mme de Souche, où étoit sa
-maîtresse.--«Elle est, répliqua-t-elle, Monsieur, montée en haut, mais
-je ne sais si Madame est dans la terrasse ou dans son cabinet.--Je m'en
-vais voir,» répondit le prince déguisé, qui courut promptement chercher
-son aimable écolière, qui dormoit à demi sur un petit lit de
-Turquie[269], qui étoit fait de velours vert avec une campane[270]
-d'or qui en faisoit l'ornement. Le prince, étant entré fort doucement de
-crainte de l'éveiller, se mit dans une chaise à côté d'elle, en poussant
-deux ou trois soupirs, qui éveillèrent la charmante enfant, qui ouvrit
-ses bras à son cher amant, dans le dessein de l'embrasser, quand elle
-entendit le comte de Souche en bas, qui revenoit de la chasse et qui
-cherchoit sa femme pour lui faire voir sa prise.
-
-Pendant que le comte alloit de chambre en chambre, le prince de
-Vaudemont se cacha dans une grande armoire, qui étoit ordinairement dans
-le cabinet, et que Mme de Souche ferma à clé. Son cher époux étant
-entré avec elle, l'entretint du bon succès de sa chasse, et lui dit le
-nombre de petits levrauts que Diane, sa fidèle chienne, avoit arrêtés. Il
-fit le panégyrique de cette bête, le plus avantageux qu'il put. Cela
-ennuyoit beaucoup la comtesse, qui savoit le chagrin où M. Desnué se
-trouvoit, étant fortement retenu dans l'armoire qui le pressoit de tous
-côtés, n'osant pas même respirer. Après que la comtesse se fut servie de
-toute sa politique envers son mari, elle lui demanda fort civilement,
-s'il vouloit venir souper.--«Oui, mon coeur, répondit M. de Souche,
-car j'ai bien faim; mais dites-moi, je vous prie, où est M. Desnué, afin
-que je lui fasse part de mes lièvres?--Je ne sais, Monsieur, répliqua la
-comtesse, en contrefaisant l'innocente. Je crois qu'il se promène dans
-le jardin en attendant le souper. Je le trouve si occupé de ses leçons,
-qu'il ne fait que rêver.--Voilà la marque d'un bon maître, ma femme, dit
-le comte, puisqu'il s'attache à ce qu'il fait. Je vais le chercher
-sous ces feuillages.»
-
-Mme de Souche courut en haut ouvrir l'armoire pour dégager le prince
-de Vaudemont, pendant que son mari alloit voir dans le jardin s'il le
-trouveroit; ce qui fut inutile au pauvre comte, car M. Desnué n'y avoit
-pas été de la journée, ayant toujours demeuré proche de sa belle, à lui
-faire voir toute la force de son amour.
-
-Sitôt que le prince fut sorti de prison, il courut au devant du comte et
-lui dit:--«Ah! Monsieur, j'étois bien en peine de vous, ne vous ayant
-pas vu depuis le matin; avez-vous fait bonne partie à la
-chasse?--Monsieur, répondit le comte de Souche, en lui prenant la main,
-j'ai eu la fortune à mes gages, car tous les coups que j'ai tirés ont
-réussi, de sorte que je suis fort content.--Ah! Monsieur, répondit le
-prince de Vaudemont, en contrefaisant toujours sa voix enrouée, c'est le
-plus grand plaisir du chasseur que la prise. Courir sans rien trouver
-est un exercice bien triste, mais je crois qu'il y a du bonheur à la
-chasse, comme au reste des choses du monde.»
-
-Nos messieurs auroient encore continué leur conversation; mais un des
-valets du comte lui vint dire que le souper étoit prêt, ce qui leur fit
-quitter la promenade et se mettre à table, où l'on dit mille choses
-galantes.
-
-Après le souper l'on joua de la guitare et du tuorbe, où la comtesse,
-qui chantoit fort bien, mêla sa voix toute charmante, et dit plusieurs
-airs fort tendres que M. Desnué lui avoit appris et qu'elle trouvoit les
-plus jolis du monde, parce qu'ils exprimoient les passions de son
-coeur. Les voici comme elle les chanta:
-
- L'on dit que la colère
- Peut dégager un coeur,
- Mais ce n'est qu'une erreur,
- Et je sais le contraire.
- Aime-t-on tendrement?
- Ah! difficilement
- Peut-on fuir ce qu'on aime.
- Qui se fâche aisément
- Doit s'apaiser de même.
-
-Le comte de Souche trouva tant de sincérité dans cet air qu'il pria sa
-femme de le dire deux ou trois fois, ce qu'elle fit agréablement et dit
-encore ce qui suit:
-
- Le Soleil, jaloux des plaisirs
- Qu'on goûte dans la plaine,
- Empêche que les doux zéphirs
- Ne soufflent leur haleine.
- Mais malgré toute sa chaleur,
- Je chercherai l'ombrage,
- Et j'aurai de la fraîcheur
- Au fond de ce bocage.
-
-M. Desnué, qui prit la basse, chanta ces paroles avec le clavecin:
-
- Ah! que ce séjour est charmant
- Pour la demeure des amants!
- On goûte une joie parfaite
- Dans cette agréable retraite.
-
-Le comte de Souche voulut prendre part à la charmante symphonie, et fit
-ces vers impromptus:
-
- Mon Dieu! que vous avez d'appas!
- Le doux plaisir de vous ouïr chanter!
- Les dieux, s'ils étoient ici-bas,
- Seroient forcés de vous aimer.
-
-Tout le soir se passa avec assez de délices, à la réserve de nos amants,
-qui étoient observés du comte, et qui ne pouvoient rien se dire de
-tendre que par le langage de leurs yeux, qui faisoient tous leurs
-efforts à parler secrètement. Et comme M. de Souche avoit la vue fort
-courte, le bonhomme ne pouvoit pas bien remarquer les mouvements
-passionnés de ces interprètes muets, qui disent plus que l'éloquence la
-plus polie.
-
-Le comte de Souche, qui se défioit un peu que le maître aimoit son
-écolière, mais cependant qui ne faisoit aucun jugement téméraire,
-sachant bien que sa femme étoit tout aimable, et qu'il étoit impossible
-de la voir sans sentir quelque chose de particulier pour elle, voulut
-pourtant l'éprouver. Ce mari jaloux feignit d'aller à la chasse une
-après-dîner qu'il faisoit un temps admirable, et, comme dans la forêt où
-il couroit toujours des bêtes sauvages, il y avoit au milieu un endroit
-ravissant pour la rêverie, à cause d'un ruisseau qui couloit
-agréablement sous cet ombrage, c'étoit ordinairement le lieu le plus
-charmant que la comtesse trouvoit et qu'elle appeloit ses délices, quand
-elle forma le dessein, avec M. Desnué, d'aller se délasser l'esprit des
-leçons qu'elle prenoit, dans ce bois solitaire, espérant que le comte
-étoit bien loin, et qu'elle pourroit à loisir goûter à l'écart les
-charmes de l'amour.
-
-Tout cela étoit assez bien pris, si la jalousie n'avoit pas inspiré au
-comte des soupçons, ce qui le fit cacher derrière les buissons les plus
-épais, et pour entendre la conversation que Mme de Souche auroit avec
-le maître déguisé, qui dit à la belle tout ce qu'un amour violent
-est capable d'inspirer et de sentir. Notre belle, après un long
-entretien qu'elle eut avec son galant, qui ne roula que sur les tendres
-sentiments de son coeur et sur la constance de son amour, fit mille
-caresses passionnées au prince de Vaudemont, qui paroissoit tout charmé
-dans cet agréable moment, et qui dit à sa charmante maîtresse, d'un air
-doux et sensible, que de tous les plaisirs de la vie, celui qui le
-touchoit le plus étoit les aimables caresses d'une jolie femme; que même
-cette qualité tenoit lieu de mérite à celle qui n'en avoit pas, et que
-l'indifférence en aimant étoit quelque chose d'insupportable.--«Quoi,
-mon cher, reprit la comtesse en souriant, peut-on aimer bien et avoir de
-l'indifférence? Comment accommodez-vous le contraire de
-l'amour?--Madame, répartit M. Desnué, il y a des femmes qui sont
-dissimulées au dernier point, et qui aiment tendrement leur amant, et
-qui seroient au désespoir de le leur faire connoître, soit par un motif
-de honte ou par celui de la gloire, ce qui est la plus grande foiblesse
-du monde; car il n'y a rien de si naturel que d'aimer, et même de toutes
-les passions l'amour est le plus noble, étant l'âme de tout l'univers,
-qui seroit inanimé sans ce dieu.--Il est vrai, mon cher, continua la
-comtesse en l'embrassant, que les plus charmants plaisirs que la nature
-a inventés sont ceux que l'on goûte en aimant. Ah! que la fin d'un
-tendre amour laisse de vide dans la vie! et qu'un coeur vers la raison
-fait un triste retour, quand il ne sent plus ces brûlants transports qui
-l'animent!
-
-Monsieur de Souche, qui avoit eu la patience d'écouter tout ce langage
-amoureux, et qui souffroit mortellement, étant toujours sur le point de
-percer son ennemi de mille coups, ne put s'empêcher de rompre une
-conversation où sa gloire étoit offensée, et qui méritoit si bien de se
-venger. Il courut donc, l'épée à la main, à sa femme, et lui dit,
-furieux comme un lion: «Ah! perfide, tu mérites la mort; l'honneur me
-vengera de ton infidélité et de ta trahison. Quoi, lâche! ton coeur
-a-t-il pu former le dessein de trahir ton mari, qui t'a aimée au-delà de
-ce que tu vaux!»
-
-Le comte prononça toutes ces paroles avec une colère inconcevable, ce
-qui fit fuir nos amants infortunés dans la forêt d'un côté et d'autre,
-et le comte de Souche, qui ne pouvoit pas bien pénétrer, à cause des
-lieux sombres du bois et de sa vue, où étoient les ennemis, retourna
-chez lui donner ordre que jamais son infidèle épouse ne revînt à sa
-maison, fit fermer toutes les portes du château, et passa quelque temps
-fort tristement.
-
-Pendant tout ce désordre, le prince de Vaudemont et la comtesse étoient
-désespérés de leur malheur, qui étoit sans remède; car il n'y avoit pas
-moyen d'appaiser le comte de Souche, irrité effroyablement, et qui ne
-pouvoit pas même entendre prononcer le nom de sa femme, ne la regardant
-plus que comme une scélérate, qui méritoit toute sa haine. Mais ce qui
-consoloit un peu cette désolée étoit l'espérance qu'elle avoit que le
-déguisement du prince en M. Desnué n'avoit pas été découvert; et que ce
-rusé galant avoit toujours bien joué son rôle, que même le bonhomme
-croira incessamment que c'est le maître de tuorbe qu'elle aime. Ces
-idées donnèrent un peu de repos à notre belle, qui pria le prince de
-Vaudemont d'aller faire sa cour auprès de son mari, ce qu'il trouva fort
-difficile, et dit à Mme de Souche:--«Quoi, croyez-vous, ma chère, que
-le comte ne m'ait pas reconnu dans le personnage que j'ai fait? Il est
-trop fin pour n'avoir pas connu que c'étoit moi qui étois le maître de
-clavecin.--Ah! mon aimable, perdez ces sentiments; mon mari n'auroit
-point souffert cette feinte, s'il avoit eu la moindre connoissance de la
-tromperie que nous lui avons faite, mais je ne puis m'en affliger
-davantage; puisque c'est vous qui en êtes la cause.--Ah! mon adorable
-enfant, dit le prince, en se jetant aux pieds de la comtesse, je suis au
-désespoir de vous donner de la peine; mais je prétends reconnoître
-toutes les bontés que vous avez eues pour moi en sacrifiant ma vie pour
-votre soulagement. Faites fond sur ma tendresse, qui sera pour vous
-éternelle.»
-
-Des assurances si sensibles firent tomber un torrent de larmes des beaux
-yeux de Mme de Souche, que son amant, qui n'étoit pas moins affligé,
-prit la peine d'essuyer de son mouchoir, après l'avoir baisée mille
-fois. La belle, toute languissante, dit au prince qu'elle ne vouloit
-plus voir le monde, et qu'il falloit qu'elle se retirât dans un couvent,
-le reste de ses jours. A quoi son cher amant ne put consentir qu'avec
-une violence incroyable.--«Quoi, disoit ce tendre prince, perdre ce que
-l'on a de plus cher au monde est la plus grande infortune qu'un
-homme puisse recevoir. Oui, Madame, continua ce passionné galant, il n'y
-a que la mort qui puisse effacer un si triste souvenir.--Ce que vous
-dites est vrai, répondit la comtesse en soupirant, mais nous ne pouvons
-pas nous opposer à notre destinée, qui suit les ordres reçus du premier
-des êtres, sans nous demander si nous sommes contents de ce qu'elle
-fait.--Il faut donc consentir à ses décrets aveuglément et sans
-résistance, répliqua le prince de Vaudemont?--Oui, mon cher, nous y
-devons obéir comme forcés. C'est pourquoi, si je dois finir mes jours
-dans un monastère, vos efforts ne pourront l'empêcher.»
-
-La comtesse, qui vouloit absolument se retirer dans une abbaye de
-Sainte-Claire, qui étoit composée de femmes qui avoient des différends
-dans le monde, dit adieu à son amant qu'elle laissa plus mort que
-vivant, et qui lui promit pourtant qu'en son absence, il alloit
-travailler à la bien remettre avec son époux afin de la pouvoir encore
-revoir et de lui pouvoir dire qu'il l'aimeroit jusques au tombeau.
-
-Ce fut les dernières paroles que nos tendres amants se dirent, après
-s'être embrassés mille fois, qui furent accompagnées de tristes soupirs
-et de pleurs capables d'attendrir un coeur de marbre et d'amollir les
-rochers[271].
-
-Le roi, depuis peu de jours, n'ayant plus rien à démêler avec le monde,
-et voyant que la fortune commençoit à l'abandonner, en fit des
-plaintes sensibles à son confesseur[272] et à la marquise de Maintenon,
-comme à ses deux plus fidèles amis, à qui Sa Majesté confie tous ses
-secrets et les fait dépositaires de ses plus chères pensées. Ce prince
-leur dit, en des termes fort pathétiques, que la vie lui étoit un
-supplice, depuis un espace de temps, et qu'il envioit le bonheur de ceux
-qui passent leurs jours dans des monastères; qu'ils étoient exempts de
-mille et mille chagrins qui travaillent les hommes, et qui leur rongent
-l'esprit; que de toutes les conditions, celle des monarques et des
-princes étoit la plus à plaindre; que l'éclat qui environnoit leur sort
-n'étoit qu'imaginaire, et que le moindre berger goûtoit plus de douceurs
-dans son petit état possible[273] que le plus grand des rois ne faisoit
-dans tout son triomphe.
-
-Des réflexions de cette nature étonnèrent extrêmement le révérend Père,
-qui regarda la marquise de Maintenon en soupirant, et qui lui dit:
-«--Madame, le coeur de notre monarque est tout abattu, ce qui me
-surprend assez qu'un grand prince comme lui, qui a la foudre en main
-pour renverser l'univers quand il voudra, puisse concevoir des idées si
-tristes.» Le Père jésuite dit ces paroles avec chaleur, comme étant
-intéressé à la conversation du Roi, qui a tant de bonté pour tous les
-religieux, particulièrement pour les révérends Pères de la compagnie de
-Jésus, qui font tout leur possible pour enlever la tendresse de ce
-prince, en lui donnant continuellement de l'encens qui ne leur coûte
-rien. Le Père Bon-Ange[274], grand ami de Mme de Maintenon, a fait
-battre, il n'y a pas longtemps, plusieurs belles médailles où le Roi est
-représenté en diverses figures, comme un Jupiter qui renverse le monde
-avec sa foudre, ou bien comme Hercule qui triomphe de plusieurs nations
-et même des fleuves. Achéloüs fils de Thétis, combat en vain pour
-Déjanire, quoiqu'il soit métamorphosé en taureau qui est le plus furieux
-de tous les animaux; Hercule lui arrache une de ses cornes. L'on voit,
-d'un autre côté, le Roi dans les airs, comme un Apollon qui fait la
-guerre à ses ennemis et qui leur perce le coeur de flèches. Toutes ces
-charmantes devises ont été présentées à Sa Majesté dans la vue de
-l'encourager à soutenir ses conquêtes. C'est le dessein jésuitique que
-ces illustres Pères de l'Église forment tous les jours.
-
-Pour revenir aux réflexions solides que notre Monarque fait, en ayant
-bien voulu entretenir son confesseur, qui trouva bon de relever les
-sentiments de ce prince, en lui faisant connoître par une morale toute
-choisie, et digne de l'esprit de ces Messieurs, qu'il falloit qu'un
-héros ne s'abattît jamais, quand même la fortune ne seroit plus son amie
-et que le bonheur le fuiroit; et que les Rois étoient au-dessus de ces
-chimères, et qu'une autre main régloit leur sort, que tout le reste des
-hommes[275]; et qu'un Prince comme lui et né heureux, ayant toujours été
-la terreur de toute l'Europe, il ne falloit pas écouter mille petits
-sentiments qui s'élevoient dans le coeur par la sollicitation de la
-chair, qui s'oppose incessamment à la juste raison, et qui est
-quelquefois irraisonnable elle-même dans son désordre. Le Roi se sentit
-le coeur fortifié et plus fort de courage, après de si sublimes
-expressions, ce qui donna une joie inexprimable à madame de Maintenon,
-et lui fit remercier le révérend Père en ces termes:--«Mon cher
-conducteur, je sais que vous êtes la lumière du monde, et que sans votre
-divin pouvoir nous ne pouvons rien faire, et que vous affermissez les
-pas les plus glissants; c'est pourquoi je vous remets l'esprit du Roi
-entre vos bras, qui est changeant comme le reste des humains; ce qu'il
-veut aujourd'hui, demain ce Prince ne le veut plus. Je ne sais ce qui
-fait cette inégalité chez lui.--Madame, répondit le Père, après avoir
-bien rêvé, j'ai découvert, ou je me trompe, le principe des chagrins de
-notre Monarque. Je crois qu'il est fâché de n'être plus sensible à
-l'amour qui a été autrefois sa passion dominante; que, voyant que vous
-lui présentez journellement des objets adorables, et qu'il ne
-trouve plus rien chez lui qui réponde à ces offres charmantes, vous
-l'irritez plutôt que de renouveler sa tendresse mourante. N'est-il pas
-vrai, Madame, continua ce rusé Père, que ce que nous pouvons avoir
-facilement nous rebute?--Mon père, répliqua la Marquise, vous approchez
-un peu de ce qui chagrine le Roi; mais je sais que sa véritable peine
-est le méchant état des affaires présentes. Sa Majesté ne voit point de
-jour à trouver de l'argent pour fournir à la guerre, qui désole, comme
-vous voyez, une partie du royaume de France. Les coffres du Roi sont
-entièrement vides[276], et de l'humeur qu'est ce Prince, il fera comme
-François Ier, c'est-à-dire que Sa Majesté se servira de sa dernière
-pièce, comme fit son allié devant Pavie.--Madame, dit le jésuite, nous
-avons fait tout notre possible pour l'Etat, et nous ne pouvons plus rien
-donner du nôtre, ou bien nous serons réduits à la mendicité, qui est une
-chose déplorable, que des religieux, qui se sont vus autrefois à leur
-aise, soient aujourd'hui sur le petit pied.--Ce que vous dites est vrai,
-mon cher père; mais quelquefois nous ne sommes pas nés pour être
-tout-à-fait inutiles dans la vie. Notre Monarque a trouvé à propos de se
-servir de vous, comme de lumière, dans les ténèbres et pour voir clair
-en toutes ses entreprises.»
-
-La conversation sérieuse auroit encore duré, si frère Antoine[277], qui
-est un novice nouvellement reçu, et par malheur qui est devenu
-amoureux d'une des demoiselles de madame de Maintenon, qui est une jolie
-fille, jeune et fort engageante, ne fût entré, et n'eût rompu
-l'entretien, en demandant d'un air tendre et plein de feu à la marquise,
-comment se portoit mademoiselle Gisson[278], qui étoit depuis peu
-malade, et si le remède qu'il lui avoit donné avoit bien réussi.--«En
-vérité, mon frère, répondit madame de Maintenon, en riant, et qui ne se
-doutoit point de l'amour de frère Antoine, l'on m'a dit ce matin que la
-pauvre enfant étoit bien mal. Elle auroit peut-être besoin d'un
-consolateur.--Madame, je m'y en vais, dit le frère passionné; je
-tâcherai de la consoler le mieux qu'il me sera possible.»
-
-Le frère étant entré dans la chambre de mademoiselle Gisson, s'approcha
-de son lit et lui prit la main, pour demander d'une voix tendre si elle
-dormoit bien.--«Non, mon frère, répondit la belle, je ne puis trouver de
-repos. Je sens des inquiétudes mortelles.--Ah! mon aimable soeur,
-répartit le frère Antoine, en lui baisant les mains tendrement, quels
-pourroient être les troubles de votre coeur? faites-moi la grâce que
-je sois votre confesseur; je vous pardonnerai bien des petits péchés qui
-vous embarrassent et dont la présence vous fait peur.» Mademoiselle
-Gisson parut toute surprise de la familiarité du frère jésuite. Cette
-charmante enfant, qui avoit de l'esprit infiniment, connut d'abord que
-c'étoit l'amour qui l'apprivoisoit, et que, si elle confessoit ses
-péchés à un homme qui avoit le coeur si tendre, elle auroit facilement
-la rémission de toutes les fautes qu'elle auroit commises, petites ou
-grandes, ce qui est contre les ordres que la pénitence ordonne et les
-mortifications de l'Eglise. Notre charmante dit au frère qu'elle ne se
-sentoit pas encore assez bas ni assez foible, pour avoir besoin d'un
-confesseur, que son mal commençoit un peu à diminuer.--«J'en suis ravi,
-ma chère mignonne, répliqua le frère, en riant, car ce seroit dommage
-qu'une jolie demoiselle comme vous ne fît plus l'ornement du
-monde.»--Que je vous trouve obligeant, mon frère, dit cette
-incomparable; vous me contez plus de douceurs que jamais l'on ne m'a
-fait, et vous êtes trop galant pour le monastère. Vous avez très-mal
-fait de renoncer au monde.--Hélas! ma belle enfant, ce n'est que la
-rigueur de votre aimable sexe, répartit le frère, en soupirant, qui m'a
-inspiré l'envie d'être religieux. Je n'ai aucune inclination au parti
-que j'embrasse, mais le désespoir où je me suis trouvé en aimant
-passionnément la plus cruelle qui ait jamais été sous le ciel, et la
-plus adorable qui fût au monde, m'a fait jeter aveuglément, et sans
-réflexion, aux Jésuites, trouvant toutes choses ennuyeuses, puisque je
-ne pouvois pas me faire aimer de la jolie enfant qui me tenoit sous sa
-loi. Ah! quel martyre, ma charmante, continua cet amoureux frère, quand
-on n'a point de réciproque en amour!--Je vous plains extrêmement, mon
-frère, répondit modestement mademoiselle Gisson, puisque ce n'est point
-pour un véritable motif de piété que vous avez quitté les plaisirs
-de la vie. Vous serez malheureux tout le reste de vos jours.»
-
-Le frère Antoine vouloit comme embrasser la belle mignonne par un
-transport de passion, quand la marquise de Maintenon entra, qui trouva
-au frère jésuite les yeux tout remplis d'un beau feu, que sa tendresse
-amoureuse lui faisoit naître et qui le rendoit tout brillant. Madame de
-Maintenon lui en sut bon gré, croyant que cette vivacité venoit de la
-force de sa dévotion.--«Eh bien! mon frère, combien avez-vous dit de
-prières à notre malade.»--Madame, répondit le frère tout confus, j'en ai
-dit autant que Mademoiselle en a voulu. Je finissois les litanies de la
-Vierge, quand vous êtes entrée.--Je suis fâchée d'avoir interrompu une
-si charmante dévotion, répartit la Marquise; mais vous pouvez continuer,
-je serai un de vos auditeurs.»
-
-Le frère, qui n'avoit point envie de dire des prières, et qui n'en
-savoit peut-être pas beaucoup, aimant bien mieux lire quelque jolie
-petite histoire amoureuse que ses matines, prit congé de notre abbesse,
-en lui disant adroitement qu'il fît encore quelque autre visite à des
-malades qui l'attendoient, et que comme le révérend père du Sort[279] ne
-pouvoit plus sortir à cause de sa vieillesse, il falloit qu'il le
-soulageât un peu.--«Vous avez des sentiments bien pieux et bien
-charitables, mon frère, répondit madame de Maintenon; c'est un bon
-commencement pour un jeune religieux. Je prierai Saint-Louis, notre
-aimable patron, qu'il fortifie les bons mouvements de votre coeur.» Le
-frère remercia la marquise par une inclination de tête en la quittant.
-
-Mademoiselle Gisson, toute malade qu'elle étoit, eut peine à s'empêcher
-de rire dans son lit, de l'hypocrisie de frère Antoine, qui trompoit si
-finement madame de Maintenon, en l'amusant d'oraisons imaginaires; car
-le rusé jésuite aimoit bien mieux donner l'encens à Vénus ou à Bacchus,
-qu'aux autres saints et aux saintes, qui n'étoient, comme il le disoit à
-ses amis, que dans l'imagination des simples.
-
-Le lendemain, le Roi, pour charmer son chagrin, qui étoit insupportable,
-fut à Saint-Cloud avec toute la Cour, où l'on donna un bal le plus
-charmant qui se soit jamais vu. La duchesse de Chartres[280] n'avoit
-point encore paru si aimable qu'elle le fut dans ce jour; aussi
-emporta-t-elle le prix du bal, comme celle qui dansa du plus bel air, ce
-qui réveilla un peu la tendresse mourante du Roi, et lui fit naître
-l'envie de danser avec cette belle princesse, à qui Sa Majesté dit même
-des douceurs paternelles, que la duchesse trouva fort bien pensées; à
-quoi elle répondit d'un air enjoué qu'elle devoit à Sa Majesté la
-lumière du jour:--«Il est vrai, mon illustre mignonne, dit le Roi
-en riant, mais non pas votre mérite.--Ah! Sire, répondit la duchesse,
-j'en sais bien faire la différence.»
-
-Notre Monarque auroit peut-être encore raisonné avec cette charmante, si
-madame de Maintenon, qui ne peut souffrir que le Roi caresse personne
-(quoi qu'indifféremment ce Prince le fasse quelquefois pour passer de
-méchants moments, ou pour faire diversion à l'embarras où Sa Majesté se
-voit aujourd'hui), ne l'eût interrompu par une lettre qu'elle présenta à
-Sa Majesté, du comte de Châteaurenaud[281], qui commandoit la flotte
-françoise, où il marquoit toutes les merveilles qu'un des vaisseaux que
-l'on appeloit l'_Entreprenant_ faisoit; ce qui donna un grand plaisir à
-ce Prince, et lui inspira la plus belle humeur du monde.
-
-L'on fut à la chasse le jour suivant. Mademoiselle de Bourbon[282], qui
-est une des jolies cavalières qui aient jamais été, parut aussi
-infatigable que les meilleurs cavaliers dans la force de leur course.
-Elle fut toujours à la tête des chiens, en conduisant son cheval avec
-une adresse admirable, ce qui la fit distinguer de toutes les autres
-dames, et lui attira plusieurs louanges que cette charmante chasseresse
-reçut modestement, particulièrement du marquis de Bordage[283], qui ne
-l'avoit point abandonnée un moment, et qui étoit devenu passionnément
-amoureux d'elle dans cette rencontre. Il est vrai qu'il est bien
-difficile à un homme un peu délicat en mérite de conserver sa liberté en
-la compagnie du sexe féminin, quand la nature a donné à ces aimables
-conquérantes les dons de se faire aimer.
-
-Nous lisons qu'un philosophe moderne ayant fait tous ses efforts pour ne
-pas sentir la foiblesse de l'amour, fit une ferme résolution de ne voir
-jamais de femmes, espérant par ce moyen que leurs charmes ne
-troubleroient point son repos; mais étant un jour dans sa solitude
-ordinaire, qui étoit comme un petit désert, où il n'entroit
-personne, deux pigeons se caressoient tendrement sur un jeune arbrisseau
-que la nature avoit fait naître dans ce lieu solitaire. L'amour prit
-plaisir dans ce moment à faire considérer avec attachement à ce
-philosophe rêveur toutes les petites manières innocentes et toutes
-charmantes dont cette aimable colombine se servoit pour faire connoître
-à son galant qu'elle l'aimoit. Ces tendres pensées lui inspirèrent
-l'envie d'aimer le chef-d'oeuvre que Dieu a créé pour l'homme; c'est
-de la manière qu'il en parle, après son retour d'indifférence, ayant
-toujours regretté les précieux moments qu'il n'a pas employés à aimer
-les jolies femmes.
-
-Revenons au marquis du Bordage, qui ne pouvoit perdre l'idée charmante
-de sa belle Diane, qui avoit pris sa liberté comme les autres conquêtes
-qu'elle avoit faites. Ce passionné marquis ne pouvant trouver les moyens
-de faire connoître à mademoiselle de Bourbon combien il languissoit pour
-elle, lui écrivit ce qui suit dans la tablette que cette belle mignonne
-avoit perdue en courant le cerf, dans le plus épais de la forêt, et que
-ce tendre cavalier avoit trouvée à ses pieds; voici ce qu'il y grava en
-la lui renvoyant:
-
- Rien ne me touche tant que mon incomparable.
- Je découvre en elle plusieurs charmes secrets,
- Et mille appas et mille attraits,
- Dont la douce force est pourtant inévitable.
- De la douceur, point de fierté,
- Un air qui n'est point affecté,
- Un port majestueux, un esprit agréable
- Qui range tous les coeurs sous son divin pouvoir,
- Et leur peut en l'aimant faire à tous concevoir
- Un bonheur sans égal et même inexprimable.
-
-Mademoiselle de Bourbon fut toute surprise de voir dans sa tablette des
-vers écrits d'une main inconnue et qui faisoient une partie de son
-portrait, le marquis ne l'ayant pas voulu achever, afin d'avoir encore
-un sujet une autre fois de la surprendre, ce qui lui étoit assez
-difficile, car cette adorable perfection étoit fort réservée et ne
-voyoit point le monde, étant très-souvent à la campagne, à un beau
-château qui lui appartenoit, à deux lieues de Saint-Germain.
-
-Le marquis se sentant éperdûment amoureux, et ne pouvant être assez
-heureux pour jouir de la présence de son incomparable, prit les habits
-de la jardinière, à qui il ressembloit beaucoup, et que depuis longtemps
-il ménageoit pour ce dessein. Mademoiselle de Bourbon étoit accoutumée à
-venir tous les matins cueillir des fleurs dans le jardin et à passer
-quelques heures dans l'entretien rustique des paysannes qui venoient
-cultiver les parterres du jardin. Le marquis déguisé s'étoit mis dans un
-coin pour tirer de méchantes herbes qui gâtoient des jasmins et des
-orangers, quand notre belle, qui aimoit passionnément ces petits
-arbrisseaux, fut trouver celle qui les accommodoit dans une propreté
-sans égale, et lui dit, en riant: «Ah! ma chère, que vous êtes propre au
-jardinage! je n'ai point encore vu une personne si adroite que vous.»
-
-Le marquis, qui se sentit le coeur ému de ces douceurs, lui répondit,
-en copiant la paysanne, qu'elle se croyoit la plus fortunée de
-toutes celles de son village, puisqu'elle avoit le bonheur de plaire à
-une si illustre personne. Mademoiselle de Bourbon aperçut au langage de
-cette fille de la différence au jargon ordinaire des bocagères. Elle lui
-demanda, en la regardant fixement, d'où elle étoit, et si elle n'avoit
-jamais été dans les villes. La jardinière parut si spirituelle à cette
-charmante demoiselle, qu'elle entra en soupçon que ce ne fût quelqu'un
-qui se fût déguisé pour lui parler. Ces pensées la firent retirer plus
-tôt qu'elle n'auroit fait. Le marquis se voyant seul, et n'ayant pas
-encore fait de grands progrès dans son amour, s'avisa d'écrire ces vers
-sur l'écorce des arbres du jardin:
-
- Belle pour qui l'amour se déguise aujourd'hui,
- En voyant vos beaux yeux, je demeure ravi.
- Plusieurs me charment l'oeil, mais une au coeur me tire
- Des traits si forts, si doux, que doux est mon martyre.
-
-Comme le marquis achevoit ces tendres paroles, les autres paysannes
-l'appelèrent pour travailler dans les allées de verdure qui composoient
-ce beau lieu.
-
-
-NOTES.
-
- [150] A Cologne, chez P. Marteau, 1695. In-12 de 171 pp.
-
- Au frontispice, Louis XIV, l'air triste et soucieux, regarde un
- Amour étendu mort à ses pieds; à sa gauche, deux Amours; à sa
- droite, deux autres Amours s'empressent auprès de lui; une femme,
- coiffée d'une fontange, tient par la main les Amours de droite. A
- chaque extrémité du tombeau où gît l'Amour, un Amour tient son
- flambeau renversé.--Le titre est donc justifié; c'est bien le
- tombeau des Amours.
-
- Sur le devant du tombeau, on lit: «Hélas! notre règne est fini!»
- au bas de la gravure, ces quatre vers informes:
-
- Adieu, trop aimables amours
- Qui avez su me charmer si tendrement.
- Ah! je ne sens plus pour vous
- L'ardeur qui me touchoit si vivement.
-
- De la main droite du Roi se déroule une bande avec ces mots: «Il
- est incomparable.»
-
- [151] Ces lignes en italique ont la prétention d'être des vers de
- mesure inégale; ils valent ceux du frontispice. Voir page 242,
- note 150. Il faut lire sans doute:
-
- Est-il rien de si doux qu'une ardeur innocente
- Qu'un rare mérite fait naître dans nos âmes?
- Je ne vois nul bonheur à respirer le jour
- Si de l'univers on bannit l'amour.
- Tous les plaisirs se trouvent dans sa suite
- Et sans aimer la vie est un supplice.
-
- Voyez également ci-dessous; l'auteur a risqué d'autres vers aussi
- dépourvus de sens, de mesure et de rime que le sont ceux-ci.
-
- [152] Ce libelle a été publié en 1695.--C'est à peu près le temps
- où la pièce précédente place les amours du Roi avec Mlle du Tron.
-
- [153] Voy. t. II, pp. 1-24.
-
- [154] Les deux lignes qui précèdent et celles qui suivent jusqu'au
- dernier paragraphe de la p. 10 sont copiées sur la deuxième
- historiette du 2e volume de ce Recueil (pp 31-33).
-
- [155] Voy. t. II, p. 32.
-
- [156] Voy. t. II, pp. 10 et 21 (_notes_).
-
- [157] A cette époque (1659), la reine, née en 1601, avoit 58 ans;
- Mazarin, né en 1602, avoit 57 ans. Cf. t. I, p. 184.
-
- [158] Ce motif n'étoit point celui qui dirigeoit la généreuse
- conduite de Mazarin. Voy. t. II, p. 10 et 21 (_notes_).
-
- [159] Ce mot ne se trouve dans aucun dictionnaire du temps, et n'a
- même jamais été admis par l'Académie françoise. Cependant on le
- rencontre à la même époque dans divers autres ouvrages.
-
- [160] Voy. t. II, p. 22.
-
- [161] A cette locution, comme à plusieurs autres et à l'ignorance
- déjà constatée des règles de notre versification, il est facile de
- voir que cet opuscule n'a pas été écrit par un françois. Voy. t.
- II, p. 7.
-
- [162] Le 15 septembre 1665.
-
- [163] Voyez sur cette campagne, Mlle de Montpensier, _Mémoires_,
- collection Michaud et Poujoulat, pp. 398-402, et _Mémoires de
- Louis XIV_, édition Dreyss, t. II.
-
- [164] Voy. t. II, _passim_; la campagne des Pays-Bas est de 1667;
- les amours de Louis XIV avec Mlle de La Valière commencèrent en
- 1661.
-
- [165] Sur sa noblesse, voy. t. II, pp. 27 et 33.
-
- [166] Voy. t. II, p. 34.
-
- [167] Tout le passage qui suit, jusqu'à: «Mlle de La Valière en
- parut affligée» p. 249, est la reproduction à peu près exacte de
- ce qu'on lit au t. II, dans le _Palais-Royal_ ou _l'Histoire de
- Mlle de La Valière_.
-
- [168] A partir d'ici, le texte abrége le récit du t. II et en
- diffère sur des points peu importants, par exemple le billet de la
- p. 250.
-
- [169] Toujours les lois de la galanterie; toujours la pratique du
- Cyrus et de la Clélie. Bussy lui-même s'est conformé aux usages
- convenus et a inventé les billets, les petits vers et les
- conversations amoureuses en honneur dans les romans du temps.
-
- [170] Nous rentrons ici dans le texte du _Palais-Royal_, t. II, p.
- 41 et suiv.
-
- [171] Sur l'amour de Madame pour le Roi, voy. t. II, p. 99.
-
- [172] Le dictionnaire de l'Académie françoise (5e édition) admet
- ce mot dans le sens où il est employé ici, c'est-à-dire de
- complaisante. Ni Richelet, ni Furetière dans leurs diverses
- éditions, ne l'ont enregistré.
-
- [173] Voy. t. II, p. 8.
-
- [174] Voy. t. II, p. 42.
-
- [175] Sur cette première retraite à Chaillot, voyez t. II, p. 42.
-
- [176] Le Palais Brion (et non Biron, comme on l'a imprimé par
- erreur, t. II, p. 44) étoit un lieu de plaisir où tantôt le Roi,
- tantôt le jeune duc d'Anjou son frère, donnoient fréquemment des
- dîners et des bals, dans les plus mauvais jours de la Fronde.
- Loret dans sa _Muze historique_ (1er vol.), décrit souvent des
- fêtes de ce genre, et certains incidents qu'il relève donnent une
- curieuse idée des moeurs du temps.
-
- [177] Ici l'auteur, pour abréger, passe quelques circonstances qui
- se lisent dans le _Palais-Royal_. T. II, p. 44.
-
- [178] Dans le _Palais-Royal_ ces prétendus vers sont remplacés par
- une lettre, t. II, p. 45.
-
- [179] Pour tout ce qui suit, voy. II, 47.
-
- [180] Dans son _Teatro gallico_ (Amst., 1691, 3 vol. in-4º, t. I,
- pp. 524-525), Gregorio Leti dit: «Tra le donne che odiavano il più
- nella corte La Valiera, vi erano la duchessa di Orleans e la
- contessa di Soissons»; parmi les dames de la Cour qui détestoient
- le plus La Valière, étoient la duchesse d'Orléans et la comtesse
- de Soissons.--Mais il ajoute: «Fù cosa miravigliosa che,
- nell'orditura di questa cabala si scontrasse che fossero senza
- parte alcuna la principessa Palatina, la duchessa di Soubize, e la
- signora di Luynes, che s'andava susurrando nella corte che
- ciascuna di queste havesse pretentione di poter colpire agli amori
- col Rè... ma potrebbe qui dirmi alcuno, e chi poteva sapere il
- segreto del cuore di queste Dame, e d'altre che aspirassero agli
- amori del Rè? Questo io non so,... ma un certo cavaliere in
- Parigi, che mi honorava di confidar meco molte memoriette, mi
- disse un giorno... che nel tempo che si erano incaloriti gli amori
- del Rè con La Valiera non vi era dama alcuna nella corte di
- qualche garbo e bellezza che non mostrasse gelosia visibile, e che
- lui stesso haveva inteso dire a molte «La Valiera è più fortunata
- di tutte noi.»--Ce fut une chose merveilleuse que, pendant que se
- tramoit cette cabale, la princesse Palatine, la duchesse de
- Soubise et madame de Luynes n'y prirent aucune part, bien qu'on
- murmurât dans la Cour que chacune d'elles eût des prétentions à
- l'amour du Roi. Mais qui pourroit me dire le secret du coeur de
- ces dames et des autres qui aspiroient à l'amour du Roi? Je ne
- sais, mais un gentilhomme de Paris qui m'honoroit de sa confiance
- et m'a fourni quelques petits mémoires me disoit que, au temps où
- les amours du Roi avec La Valière étoient dans toute leur ardeur,
- il n'y avoit à la Cour aucune dame de quelque élégance et de
- quelque beauté qui ne s'en montrât visiblement jalouse, et que
- lui-même avoit entendu dire à plusieurs: La Valière est plus
- heureuse que nous.»
-
- [181] Voy. t. II, p. 49.
-
- [182] Ici s'arrête l'emprunt fait au _Palais-Royal_, t. II, p. 49.
- Il reprend, après un passage visiblement interpolé, à ces mots:
- «Sa Majesté ayant quitté le marquis de Bellefonds, le jour suivant
- vit,... etc.»
-
- [183] Le traité dont il est question ici est évidemment le Traité
- de Breda, signé entre l'Angleterre, d'une part, la France, le
- Danemarck et la Hollande de l'autre. Le traité, dit le P.
- d'Avrigny, fut ratifié le 24 du mois d'août. Il portoit entre
- autres choses que les Etats-généraux envoyeroient des commissaires
- à Londres pour le règlement du commerce des Indes.
-
- Mais dès le mois de janvier 1668, l'Angleterre, la Suède et la
- Hollande, alarmées des conquêtes que le Roi de France faisoit en
- Flandre, signèrent un traité par lequel ils s'engageoient à
- fournir chacune 15,000 hommes pour la défense des Pays-Bas, que le
- Roi d'Espagne n'étoit pas en état de défendre... Les confédérés
- firent dire à Louis XIV qu'ils ne vouloient que la paix, mais
- qu'ils se déclareroient contre celui qui ne la voudroit pas avec
- eux. Le Roi répondit qu'il étoit près de la conclure pourvu qu'on
- lui cédât ses conquêtes. On s'assembla là-dessus à Aix-la-Chapelle,
- et, pendant qu'on négocioit, il entreprit la conquête de la
- Franche-Comté.
-
- [184] En 1668. Louis XIV revendiquoit la Franche-Comté au même
- titre que la Flandre, en vertu des droits de la reine, fille de
- Philippe III.
-
- [185] Le prince de Condé, que le marquis de Louvois vouloit, en
- quelque sorte, opposer à Turenne, dont la faveur lui donnoit de
- l'ombrage, prit Besançon en deux jours, malgré la saison (7
- février 1668).--Voy. _Mémoires_ du P. d'Avrigny.
-
- [186] La ville envoie vers Condé deux députés. Ceux-ci «se
- plaignent qu'on les attaque, étant comme ils sont ville impériale,
- en paix avec le Roy très-chrétien, aussi bien que tout l'Empire,
- et ne luy en ayant jamais donné le sujet; offrent ensuite de le
- recevoir, s'il vient, mais en cette qualité de ville impériale;
- passent enfin jusques à le choisir pour protecteur, aux mêmes
- conditions que Louis XI l'avoit été.» Le prince de Condé refuse,
- et la ville est obligée de se rendre: «ainsi le prince qui n'avoit
- paru devant cette place que le sixième février, y entra le
- lendemain septième au matin.» Pellisson, _Hist. de Louis XIV_,
- liv. V.
-
- [187] Il semble que les deux paragraphes précédents, étrangers au
- récit, aient été interpolés.
-
- [188] Voy. t. II, p. 49 (texte et notes), pour tout ce qui suit.
- Les deux textes ont cependant quelques légères différences.
-
- [189] _Mémoires de Montpensier_, 1662. «Le Roi se promenoit
- souvent pendant l'hiver avec la Reine: il avoit été avec elle deux
- ou trois fois à Saint-Germain et l'on disoit qu'il avoit regardé
- La Mothe-Houdancourt, une des filles de la Reine, et que La
- Valière en étoit jalouse. C'étoit la comtesse de Soissons qui
- conduisoit cette affaire, et la Reine haïssoit plus La Mothe que
- La Valière; elle eût eu plus de penchant à croire que le Roi en
- étoit amoureux qu'à voir qu'il l'étoit de l'autre.» Suit
- l'histoire des grilles posées aux fenêtres, et qui se retrouvent
- au matin dans la cour, du refus de Mlle de La Mothe qui auroit osé
- dire au Roi: «Je ne me soucie ni de vous ni de vos pendants
- d'oreilles, puisque vous ne voulez pas quitter La Valière.»--«Or,
- ajoute Mademoiselle, ceux qui voyoient le plus clair étoient
- persuadés que le Roi ne s'empressoit auprès de La Mothe que pour
- cacher la passion qu'il avoit pour La Valière.»
-
- [190] Le paragraphe suivant, jusqu'au milieu du paragraphe où l'on
- voit le Roi chez La Valière, rêvant et lisant, ne se retrouve pas
- dans le _Palais-Royal_.
-
- [191] Nous rentrons dans le texte du _Palais-Royal_, mais avec
- d'assez notables différences. Cf. t. II, p. 51-52.
-
- [192] Ce qui suit n'est pas dans le texte du _Palais-Royal_.
-
- [193] Voir t. II, p. 53, les notes et le texte. Ce qui suit en
- diffère notablement.
-
- [194] Voy. t. II, p. 73.
-
- [195] Le récit qui suit se retrouve t. II, pp. 87-88.
-
- [196] Claire-Clémence de Maillé Brézé, née en 1628, fille de
- Urbain de Maillé, marquis de Brézé, maréchal de France, etc., et
- de Nicole du Plessis de Richelieu, soeur puînée du cardinal.
- Mariée le 11 février 1641 à Louis de Bourbon, prince de Condé,
- elle mourut le 16 avril 1694. Les _Mémoires de Lenet_ parlent
- longuement de sa conduite politique pendant la Fronde; après cette
- bruyante époque, il est assez peu, mais assez mal parlé d'elle.
-
- [197] Voy. t. II, p. 69.
-
- [198] Voy. t. I, p. 163.
-
- [199] Le prince Louis-Charles de Courtenay avoit dû épouser
- Hortense Mancini. Fils du prince Louis de Courtenay et de
- Lucrèce-Chrétienne de Harlay, il étoit né en 1640. Après
- l'expédition de Gigery, il avoit suivi le Roi en Flandre et fut
- blessé à Douai (1667). Il épousa, le 9 janvier 1669, Marie de
- Lameth, de qui il eut un fils tué au siége de Mons, en 1691; puis,
- en secondes noces, Hélène de Besançon. Il mourut le 28 avril 1723,
- âgé de 83 ans.
-
- [200] Tout ce paragraphe encore est un hors d'oeuvre.
-
- [201] Voy. sur Mme de Créqui et le légat, t. II, p. 80.
-
- [202] Voy. t. II, p. 80.
-
- [203] Voy. t. II, p. 145 et suiv.: «_la Princesse, ou les amours
- de Madame._»
-
- [204] Encore un épisode étranger au récit principal.
-
- [205] Le 29 juin 1670, selon le P. Buffières, le 30 juin, suivant
- le P. d'Avrigny.--Voy. Floquet, _Études sur la vie de Bossuet_, t.
- III, p. 410, et une longue _note_ à la fin du 2e vol. des
- _Mémoires_ de Saint-Simon, édit. en 13 vol.
-
- [206] Voy. t. II, p. 359, l'histoire de Mme de Montespan.--De
- longues pages sur Mlle de La Valière; six lignes pour Mme de
- Montespan: on voit combien ce pamphlet laisse à dire.
-
- [207] Voy. t. III, p. 3, _le Passe-temps royal_ ou les amours de
- Mlle de Fontanges. On y retrouve tout ce qui suit; mais de
- nombreux passages ont été supprimés ici, pour abréger.
-
- [208] _Le Passe-temps royal_ dit: «avec madame D. L. M.»--Le nom
- de Mme de Maure, qui étoit morte à la fin d'avril 1663, est une
- preuve, qui s'ajoute à toutes les autres, de la négligence avec
- laquelle a été faite cette fade compilation.
-
- [209] Mot forgé par l'auteur et qui ne se trouve pas dans _le
- Passe-temps royal_, d'où ce récit est tiré.
-
- [210] Cet épisode, comme plusieurs des précédents, ne se rattache
- en aucune façon au récit.
-
- [211] Il ne s'agit pas encore ici de la grande expédition
- commandée par les ducs de Beaufort et de Navailles à la tête de
- plus de 5,500 François (25 juin 1669), mais d'une sorte de coup de
- main tenté par quelques gentilshommes, nommés ici, et qui, d'après
- les _Fastes de la maison de Bourbon_, abordèrent à Candie le 29
- avril 1668.
-
- [212] Le comte de Saint-Paul, fils de la célèbre duchesse de
- Longueville, la soeur du grand Condé. Né le 29 janvier 1649,
- Charles-Paris d'Orléans, duc de Longueville, comte de Saint-Paul,
- fut tué au passage du Rhin le 12 juin 1672.
-
- [213] Henri-Ignace de La Tour d'Auvergne, neuvième enfant de
- Frédéric-Maurice de La Tour d'Auvergne, duc de Bouillon et de
- Eléonore-Fébronie de Bergh, neveu de Turenne. Il mourut le 20
- février 1675.
-
- [214] Les _Fastes de la maison de Bourbon_ le nomment comte de La
- Feuillade. En effet, le comte puis duc de La Feuillade avoit bien
- le duché de Roannez, que sa femme, Charlotte Gouffier lui avoit
- apporté en dot en avril 1667; mais Charlotte Gouffier tenoit ce
- duché de son frère Artus, qui en conserva le nom jusqu'à sa mort
- en 1696.
-
- [215] Voy. ci-dessus, p. 265, _note_.
-
- [216] Dans _le Passe-temps royal_, le nom de la duchesse de Créqui
- est remplacé par celui de la duchesse d'A. ou d'Arpajon, et les
- vers qui suivent par un énigme digne de ceux qui figurent dans les
- gaillardes poésies du capitaine Lasphrise.
-
- [217] Ici, nous rentrons dans le texte du _Passe-temps royal_,
- III, 49.
-
- [218] Voy. t. III, p. 49.
-
- [219] Le texte de ce billet et du suivant diffère de celui des
- billets écrits dans le même sens et dans les mêmes circonstances,
- et reproduits dans le _Passe-temps royal_.
-
- [220] Voy. t. II, p. 469.
-
- [221] Ces vers ne se trouvent pas dans le _Passe-temps royal_.
-
- [222] On connoît les stances de Voiture «sur une dame dont la jupe
- fut retroussée en versant dans un carosse à la campagne»; mais
- c'étoit à une époque antérieure. Loret raconte une aventure
- semblable et ne tarit pas en éloges sur les beautés qui furent
- alors dévoilées aux curieux.--C'est à Mlle de Longueville, sage et
- respectée, que Loret adressoit les _Lettres en vers_ de sa _Muze
- historique_.
-
- [223] Le _Passe-temps royal_ nomme cette fille d'honneur Mlle de
- Beauvais. Voy. t. III, p. 54.
-
- [224] La seconde madame, Charlotte-Elisabeth de Bavière, la
- princesse Palatine, mère du Régent: elle avoit épousé le duc
- d'Orléans, veuf de madame Henriette, le 16 décembre 1671.
-
- [225] Marie-Anne-Christine-Victoire de Bavière, qui avoit épousé
- monseigneur le Dauphin, le 28 janvier 1680. Cette princesse étoit
- fille de Ferdinand-Marie, duc de Bavière, et de Adelaïde-Henriette
- de Savoie; elle mourut le 20 avril 1690.
-
- [226] Le dialogue qui suit manque dans le _Passe-temps royal_.
-
- [227] Le _Passe-temps royal_ arrête ici le récit des amours du Roi
- et de Mlle de Fontanges. Ce qui suit ne se retrouve pas dans les
- pamphlets de ce Recueil.
-
- [228] Encore une interpolation dans le texte. Au milieu des amours
- de Mlle de Fontanges (1680), l'auteur revient sur la campagne de
- Flandre (1667), dont nous avons déjà parlé.
-
- [229] Voy. t. II, p. 80.
-
- [230] Voy. ci-dessus, p. 265.
-
- [231] Voy. t. II, pp. 467 et suiv., t. III, p. 58.
-
- [232] «Le 28 du mois dernier, dit la _Gazette de France_ du 5
- juillet, Marie-Angélique de Scorailles, duchesse de Fontanges,
- mourut à Port-Royal, au faubourg Saint-Jacques, après une longue
- maladie, âgée de 22 ans. Son corps a été enterré dans l'église de
- ce monastère, et son coeur a été porté en l'abbaye royale de
- Chelles, dont sa soeur est abbesse.»
-
- [233] Voy. t. III, pp. 65 et suiv.
-
- [234] La jouissance de la terre de Chantilly avoit été donnée par
- la reine Anne d'Autriche au prince de Condé; Louis XIV la lui
- abandonna, en toute propriété, en 1661.
-
- [235] Ces fêtes mythologiques, dans le goût de la fête donnée à
- Rambouillet à Cospeau, sont bien de ce temps où les femmes
- aimoient à se faire peindre en déesses, surtout en Dianes.--Voy.
- _Cospeau, évêque d'Aire, de Nantes et de Lisieux, sa vie et ses
- oeuvres_, par Ch.-L. Livet, 1 vol. in-12.
-
- [236] Les nouvelles fortifications de Dunkerque étoient achevées
- depuis le mois de mai 1671; le Roi, qui avoit visité la place le 2
- décembre 1662, quelques jours après la prise de possession qui est
- du 27 novembre, n'y retourna point l'année qui suivit la mort de
- Mlle de Fontanges.
-
- [237] Dunkerque put supporter, en 1694 et 1695, deux bombardements
- sans en trop souffrir. Les fortifications furent détruites en
- 1712, à la suite du traité d'Utrecht.
-
- [238] On lit dans les _Fastes des rois de la maison de Bourbon_,
- sous la date du 3 juin 1672: «le Roy prend Orsay en trois jours;
- le vicomte de Turenne prend Buric en deux jours;» et sous la date
- du 4: «M. le Prince réduit Vesel en trois jours.»
-
- [239] Rien n'est plus faux que ce sentiment odieux prêté à Mlle de
- La Valière, qui, depuis son entrée au couvent, fit l'admiration de
- toute la Cour et de tout son couvent par son détachement sincère
- des choses du monde.
-
- [240] L'opinion publique alla même jusqu'à accuser Mme de
- Montespan d'avoir empoisonné sa rivale. Le Roi, craignant un
- scandale, défendit qu'on fît l'autopsie du corps de Mlle de
- Fontanges. Voy. sur cette affaire, sur les dépositions de la
- Filastre, témoin dans le procès de la Voisin, etc., _Mme de
- Montespan_, par P. Clément, 1 vol in-8º, Paris, Didier, pp.
- 402-405.
-
- [241] Mlle de Montpensier. En cette année 1681, Lauzun quittoit
- Pignerol, où il avoit été enfermé dans le temps où Fouquet y étoit
- lui-même, et venoit prendre les eaux à Bourbon, où il rencontra
- Mme de Montespan. Il ne reparut devant le Roi qu'en 1682. Toute la
- conversation qui suit est imitée d'un passage analogue qu'on a pu
- lire au t. II, pp. 259 et suiv.
-
- [242] Ces mots «poussez votre fortune» sont prêtés à Mme de
- Montespan, dans _le Perroquet ou les Amours de Mademoiselle_.--Le
- Roi les répète, après Mme de Montespan. Voy. II, 261. Mais,
- d'après ce dernier libelle, c'est en 1670 que cet entretien auroit
- eu lieu.
-
- [243] Voy. t. III, pp. 194 et 489. Ce n'est certainement pas avec
- lui que le Roi peut avoir eu la conversation rappelée ici; et s'il
- s'agit du vicomte de Turenne, il étoit mort depuis le 27 juillet
- 1675.
-
- [244] Il n'y avoit pas de duchesse de Gerzay, mais une marquise de
- Jarzé, de la famille de celui dont il a été parlé, t. I, p. 74. Le
- Jarzé dont il s'agit ici acheta en 1685 le régiment d'Hamilton au
- prix de 11,000 écus; en 1688 il eut le bras emporté à
- Philipsbourg; il conserva cependant son régiment jusqu'en 1691, et
- le vendit alors 40,000 francs au marquis de Montendre. En 1692, il
- voulut racheter le régiment de dragons de Barbezières au prix de
- 80,000 francs: le Roi ne lui permit pas de reprendre du service,
- après l'avoir quitté. Nous le retrouvons le 18 avril 1708 nommé
- ambassadeur en Suisse et autorisé à ne se rendre à son poste qu'au
- mois de septembre; mais, dans l'intervalle, étant à son château de
- Jarzé en Anjou, il fit une chute si malheureuse qu'il fut hors
- d'état de s'acquitter de son emploi et dut donner sa démission.
- Son avarice y trouvoit son compte. Sa femme et sa mère se
- félicitoient fort, après qu'il eut quitté l'armée, de pouvoir le
- retenir en Anjou: peut-être ne furent-elles pas étrangères au
- parti qu'il prit de renoncer à son ambassade. Voyez Saint-Simon,
- Dangeau, Sévigné, etc.
-
- [245] Il s'agit de la deuxième femme du duc, Marguerite-Louise de
- Béthune, veuve du comte de Guiche, qu'il épousa le 6 février 1682.
- Celle-ci, qui s'étoit mariée pour la première fois le 23 janvier
- 1658, avoit alors 37 ans. Mais, en 1704 (3 mars), Mme de Coulanges
- écrivoit à Mme de Grignan: «Nous avons eu la duchesse du Lude
- quatre jours ici. Cela devient ridicule d'être aussi belle qu'elle
- l'est; les années coulent sur elle comme l'eau sur la toile
- cirée.»--Saint-Simon dément ce qu'on dit ici du plaisir que
- trouvoit le Roi dans la conversation de la duchesse. Voici
- d'ailleurs le portrait qu'il trace d'elle:
-
- «La duchesse du Lude étoit soeur du duc de Sully, fille de la
- duchesse de Verneuil et petite-fille du chancelier Séguier. Elle
- avoit épousé en premières noces ce galant comte de Guiche, fils
- aîné du maréchal de Grammont, qui a fait en son temps tant de
- bruit dans le monde, et qui fit fort peu de cas d'elle et n'en eut
- pas d'enfants. Elle étoit encore fort belle (1696) et toujours
- sage, sans aucun esprit que celui que donne l'usage du grand monde
- et le désir de plaire à tout le monde, d'avoir des amis, des
- places, de la considération, et avoir été dame du palais de la
- Reine: elle eut de tout cela, parce que c'étoit la meilleure femme
- du monde, riche, et qui, dans tous les temps de sa vie, tint une
- bonne table et une bonne maison partout, et basse et rampante sous
- la moindre faveur, et faveur de toutes les sortes. Elle se remaria
- avec le duc du Lude par inclination réciproque... Elle demeura
- toujours attachée à la Cour, où sa bonne maison, sa politesse et
- sa bonté lui acquirent beaucoup d'amis, et où sans aucun besoin,
- elle faisoit par nature sa cour au ministre, et tout ce qui étoit
- en crédit, jusqu'aux valets. Le Roi n'avoit aucun goût pour elle,
- ni Mme de Maintenon; elle n'étoit presque jamais des Marlys, et ne
- participoit à aucune des distinctions que le Roi donnoit souvent à
- un petit nombre de dames.»
-
- Est-il besoin de dire maintenant que la conversation qui suit
- n'est ni vraie ni vraisemblable?
-
- [246] Voy. la table.
-
- [247] Louis de Lorraine, comte d'Armagnac, fils aîné du comte
- d'Harcourt «cadet la Perle,» l'ami du poète Saint-Amant. Il étoit
- frère du chevalier de Lorraine et du comte de Marsan. Né en 1641
- il mourut en 1718. Il avoit épousé Catherine de Neufville. La
- prétendue passion dont il est parlé ici n'est connue que par ce
- libelle.
-
- [248] Denis Talon, fils d'Omer Talon II et de Françoise Doujat,
- succéda à son père dans sa charge d'avocat-général au Parlement,
- en 1652. On lui attribue à tort, selon Moréri, le livre de
- l'_Autorité des Rois_ qui est de Rolland Le Vayer de Boutigny. Il
- avoit épousé Marie-Elisabeth-Angélique Favier du Boulay, dont il
- eut Omer Talon III, marquis du Boulay, qui quitta la robe, où sa
- famille s'étoit illustrée, pour l'épée. Denis Talon mourut en
- 1698.
-
- [249] Charles de Lorraine, comte de Marsan, frère cadet du comte
- d'Armagnac (p. 294, _note_) et du chevalier de Lorraine, «qui
- n'avoit ni leur dignité ni leur maintien,» et dont ils ne
- faisoient aucun cas, dit Saint-Simon, étoit «un extrêmement petit
- homme, trapu, qui n'avoit que de la valeur, du monde, beaucoup de
- politesse et du jargon des femmes, aux dépens desquelles il vécut
- tant qu'il put... M. de Marsan étoit l'homme de la cour le plus
- bassement prostitué à la faveur et aux places, ministres,
- maîtresses, valets, et le plus lâchement avide à tirer de l'argent
- de toutes mains.» Il avoit épousé, le 22 décembre 1682, la
- marquise d'Albret, qui mourut sans enfants le 13 juin 1692, et, en
- secondes noces, Mme de Seignelay, soeur des Matignon (21 février
- 1696), qui mourut en décembre 1699, lui laissant deux fils.
-
- [250] Les lettres-patentes pour la fondation de Saint-Cyr sont de
- juin 1686; c'est seulement du 30 juillet au 2 août de cette même
- année que les jeunes filles reçues précédemment à Noisy passèrent
- à Saint-Cyr, et le 3 août qu'eut lieu l'inauguration de la maison.
- Dans la liste, si complète, des demoiselles élevées à Saint-Louis,
- et donnée par M. Lavallée à la suite de son ouvrage _Mme de
- Maintenon et la maison royale de Saint-Cyr_, on ne trouve pas le
- nom de Mlle de Béthune.
-
- [251] L'auteur veut dire, et il l'explique plus loin, que: «le
- comte de Marsan, qui sollicitoit tous les jours Mme de Maintenon
- pour Mlle de Béthune..., étoit journellement chez elle,
- c'est-à-dire chez la marquise.»
-
- [252] L'église de Saint-Lazare étoit le seul bâtiment qui fût
- resté de l'ancien hôpital de Saint-Lazare, après que saint Vincent
- de Paul en eut pris possession.--Saint-Lazare est devenu une
- prison de femmes, rue du Faubourg-Saint-Denis.
-
- [253] Le comte de Marsan n'avoit pas de tante qui se nommât Mme de
- La Roche, ni du côté de son père ni du côté de sa mère.
-
- [254] Il faudroit évidemment: «et le conduisirent»; mais nous
- suivons fidèlement le texte.
-
- [255] Le siége de Saint-Omer, et la prise de la ville par
- Monsieur, frère du Roi, après 20 jours de tranchée, est du 20 mai
- 1677. On voit quelle confusion dans les dates.
-
- [256] Le duc de La Feuillade avoit été fait maréchal de France en
- 1675.
-
- [257] Aucune des demoiselles de Grancey ne figure sur les listes
- des demoiselles élevées à Saint-Cyr.
-
- [258] La famille de Grancey n'avoit aucune alliance qui pût faire
- du marquis de Joyeuse ou du marquis de Villars des cousins de
- mesdemoiselles de Grancey.
-
- [259] Quand les églises paroissiales ont été unies à des chapitres
- séculiers ou réguliers ou à d'autres bénéfices, les titulaires de
- ces bénéfices prennent le titre de curés primitifs. Les vicaires
- qui desservent les paroisses au lieu des curés primitifs doivent
- être perpétuels; par déclaration du Roi du 15 janvier 1731, les
- vicaires perpétuels ont le droit de prendre en tous actes la
- qualité de curés. (_Loix ecclés. de France_, par Louis
- d'Héricourt, 1 vol. in-fol., 1771, p. 420, col. 1.)--Les
- titulaires des bénéfices ne donnoient à leurs vicaires (ou curés)
- perpétuels qu'une pension aussi peu élevée que possible, et il y
- avoit, en effet, nécessité d'aviser: «Si l'on entroit, dit le
- comte de Boulainvilliers, dans le détail de la pauvreté du quart
- des curés du royaume, il se trouveroit qu'il n'y en a pas un qui
- ne soit mercenaire sordide, et qui n'ait une subsistance
- incomparablement moindre que les plus vils domestiques ne l'ont à
- Paris.» (6e _mém._)
-
- [260] Elégant.
-
- [261] Tout-à-fait.
-
- [262] Lisez: le marquis de Rannes, Nicolas d'Argouges,
- lieutenant-général des armées du Roi, colonel-général des dragons;
- il avoit épousé Charlotte de Bautru. Il fut tué en Allemagne en
- 1678, laissant un fils qui exerça dans l'armée des emplois
- considérables.
-
- [263] Le 11 août 1674, le prince d'Orange fut défait, avec trois
- armées, à la bataille de Senef, par le prince de Condé. Notons
- toujours la même confusion dans les dates.
-
- [264] Voy. la table.--Charles-Henri de Lorraine, prince de
- Vaudemont, fils du duc Charles IV et de Mme de Cantecroix, sa
- femme de campagne, comme on l'appeloit, servoit contre
- nous.--C'est donc encore un nom mis au hasard.
-
- [265] Personnage imaginaire.
-
- [266] Le jeu de l'Hombre ne figure dans _la maison des jeux
- académiques_ de Lamarinière ni en 1654 ni en 1665. Mais
- l'_Académie universelle des jeux_ (1718) ne consacre pas à ce jeu
- moins de 65 pages, dont les huit dernières sont un glossaire des
- termes employés.--Hombre, dit-on, c'est le nom du jeu; il nous
- vient des Espagnols et tient beaucoup du flegme de la nation.--En
- esp., _hombre_ signifie _homme_.
-
- [267] Le teorbe ou plutôt tuorbe (en italien _tiurba_, du nom,
- dit-on, de l'inventeur), étoit une sorte de luth à deux manches.
-
- [268] Nous avons vainement cherché sur ce Desnué, qui cependant
- n'est pas inconnu, des renseignements dans l'état des musiciens de
- la chambre du Roi et de Monsieur, dans le Livre commode des
- adresses (1692) parmi les professeurs de musique, dans le Parnasse
- français de Titon du Tillet, dans le Dictionnaire biographique des
- musiciens, de Fétis, dans Saint-Simon et Dangeau, etc.
-
- [269] «Les Turcs n'ont point de lits, dit Furetière, mais
- seulement des matelas qu'ils étendent la nuit sur un sopha.» Vº
- _lit_.
-
- [270] «Crespine de fil d'or, ou d'argent ou de soie, qui se
- termine en petites houpes façonnées et qui représentent une cloche
- (_campana_). On en met aux pentes d'un lit, aux impériales de
- carosses et aux autres endroits où on veut mettre de riches
- crespines.»--Furetière, vº _campane_.
-
- [271] Le long épisode qu'on vient de lire ne se rattache en aucune
- façon ni à ce qui précède ni à ce qui suit.
-
- [272] Le P. de la Chaise.
-
- [273] Peut-être.
-
- [274] Il y avoit, à cette époque, un capucin nommé le P. Ange qui
- s'occupoit beaucoup de médecine. Mme de Sévigné en parle assez
- souvent. Il fut appelé auprès de Mme la Dauphine en 1690. On a
- bien publié une _Histoire du roy Louis le Grand par les médailles,
- emblèmes, devises, jetons_, etc., etc., dont la 2e édition,
- augmentée de 5 pl., est de 1693. Mais l'auteur est le P.
- Claude-François Ménétrier. Ce qu'on trouve le plus dans son
- ouvrage, c'est le Roi en Jupiter, en Apollon, en Hercule et en
- Soleil. Nous n'avons pas trouvé de fleuve Achéloüs.
-
- [275] C'est-à-dire: et qu'une main autre pour eux que pour le
- reste des hommes réglait leur sort.
-
- [276] Voir plus haut les _Amours de Louis XIV et de Mlle du Tron_.
-
- [277] Nom imaginaire, comme celui de Mlle Gisson, qui suit.
-
- [278] Voy. la note précédente.
-
- [279] Nom imaginaire.
-
- [280] Le nom de Mme de Chartres nous reporte au-delà de 1692,
- puisque c'est le 12 février de cette année que Philippe d'Orléans,
- duc de Chartres, fils du duc d'Orléans et neveu de Louis XIV,
- épousa mademoiselle de Blois, légitimée de France, fille du Roi et
- de Mme de Montespan, née en juin 1677.
-
- [281] François-Louis de Rousselet, comte de Châteaurenaud, étoit à
- cette époque un des quatre lieutenants-généraux des armées
- navales. En 1661, il étoit déjà enseigne de vaisseau; en 1672,
- chef d'escadre; grand'croix de l'ordre de Saint-Louis, à la
- création, il fut nommé maréchal de France en 1703, et mourut en
- 1716. Il eut un fils qui fut capitaine de vaisseau et chevalier de
- Saint-Louis. Le dernier fait d'armes maritime que rapporte de lui
- la _Gazette_, entre 1687 et 1703, consiste dans la part qu'il
- prend à la défaite des flottes anglaise et hollandaise sur les
- côtes d'Angleterre (_Extraord._ du 27 juillet 1690).
-
- [282] Une des petites-filles du Grand Condé, née du prince
- Henri-Jules et d'Anne de Bavière, seconde fille d'Edouard de
- Bavière, prince palatin du Rhin et d'Anne de Gonzague; deux
- princesses portèrent ce nom: l'une étoit Marie-Thérèse, née en
- 1666, mais qui étoit mariée à cette époque, puisqu'elle
- épousa, le 29 juin 1688, le prince de Conti; l'autre étoit
- Anne-Louise-Benedicte de Bourbon, née le 8 novembre 1676; le 19
- mars 1692 elle épousa le duc du Maine, un mois environ après le
- mariage de Mlle de Chartres.
-
- [283] Un marquis du Bordage fut tué à la prise de Philisbourg, par
- le Dauphin, octobre 1688: il commandoit un régiment que le Roi
- donna au duc du Maine, le futur époux de mademoiselle de Bourbon.
- (Voy. la note précédente.) Le fils obtint du Roi la promesse d'un
- régiment, et mille écus de pension. René de Montboucher, marquis
- du Bordage, ayant épousé en 1669 Elisabeth Goyon, héritière du
- marquis de La Moussaye, son fils étoit bien jeune vers 1690 ou
- 1692, date approximative de ce pamphlet, pour oser porter si haut
- ses visées. Mais on sait combien peu de confiance mérite ce
- libelle.
-
-
-FIN.
-
-
-
-
-[Bandeau]
-
-TABLE ALPHABÉTIQUE.
-
-
- Acigné (d'). Voy. Assigny.
-
- Aiguillon (duchesse d'), I, 71, 72, 89; II, 71.
-
- Albemale (duchesse d'), 2e femme de Milord Montaigu, I, 257, 258.
-
- Albert (Marie-Thérèse d'), fille aînée du duc de Chevreuse, 1re
- femme du duc de Luxembourg. Voyez Luxembourg (Marie-Thérèse
- d'Albert, femme du duc de).
-
- Albret (Jeanne d'), reine de Navarre, III, 130.
-
- Albret (César-Phoebus d'), baron de Pons et de Miossens, connu
- d'abord sous le nom de comte de Miossens, plus tard maréchal
- d'Albret, I, 39, 62, 185, 232, 233, 318; II, 271, 273.
-
- Albret (Madelaine de Guénégaud, maréchale d'), III, 126.
-
- Albret (François-Amanieu, chevalier d'), frère puîné du maréchal,
- I, 316, 318.
-
- Alcandre (le grand). Voy. Louis XIV.
-
- Alençon (mademoiselle d'), soeur [du 2e lit] de mademoiselle de
- Montpensier, II, 271.
-
- Alens (M. d'), III, 73.
-
- Alets (Louise de Rabutin, comtesse d'), fille de Bussy-Rabutin, I,
- XIII, XVI.
-
- Alexandre VII (le pape), II, 80.
-
- Alexis Mikhailowitch. Voy. Potemkim (Pierre), I, 137, 138.
-
- Alibert (d'), confident du président Cornuel, I, 89.
-
- Alluye (Charles d'Escoubleau de Sourdis, marquis d'), père de
- Paul. On l'appeloit marquis de Sourdis, I, 299. Voy. Sourdis.
-
- Alluye (François d'Escoubleau de Sourdis, marquis d'), frère aîné
- de Paul, I, 299 et suiv.
-
- Alluye (Paul d'Escoubleau, marquis d'), 2e fils de Charles, I,
- 296, 301, 316.
-
- Alluye (Benigne de Meaux du Fouilloux, femme du marquis Paul d'),
- I, 76, 263, 291, 295, 296 et suiv.
-
- Alphonse VI, roi de Portugal, II, 201, 296; III, 126.
-
- Altovitte-Castellane (Marcelle d'), I, 35.
-
- Alvarez, joaillier, III, 414.
-
- Amably (Sibylle-Angélique d'), femme du comte de Comminges. Voy.
- Comminges (comtesse de).
-
- Ambleville (chevalier d'Albret, seigneur d'). Voy. Albret
- (François-Amanieu, chevalier d').
-
- Amboise (Clermont d'). Voy. Clermont (maison de).
-
- Amelot (Marie), femme du président de Nicolaï. Voy. Nicolaï
- (madame de).
-
- Andelot (Gaspard IV de Coligny, d'abord marquis d'), puis duc de
- Châtillon, après son frère aîné. Voy. Châtillon (duc de).
-
- Andoins, vicomtesse de Louvigny (Diane, dite _la belle Corisante_
- d'), femme de Philibert, comte de Gramont, aïeule de Philibert,
- chevalier d'Andoins, puis comte de Gramont, qui suit, I, 49.
-
- Andoins (Philibert, chevalier de Gramont, connu d'abord sous le
- nom d'). Voy. Gramont (le chevalier de), I, 49.
-
- Angennes (famille d'):
- ---- de Rambouillet. Voy. Rambouillet.
- ---- de Montlouet. Voy. Montlouet.
- ---- du Fargis. Voy. du Fargis.
- ---- de Maintenon. Voy. Maintenon.
- ---- de Rochefort de Salvert. Voy. Rochefort de Salvert.
-
- Angennes de Rambouillet (Julie-Lucine d'), marquise de Montausier.
- Voy. Montausier (marquise de).
-
- Angleterre (Henriette d'), _dite_ MADAME, femme de MONSIEUR, frère
- du roi Louis XIV. Voy. Orléans (Henriette d'Angleterre, femme de
- Philippe de France, duc d').
-
- Angoulême (Louis de Lorraine, duc de Joyeuse, puis duc d'), II,
- 73, 74.
-
- Angoulême (Françoise-Marie de Valois, duchesse d'), II, 72, 73,
- 74.
-
- Angoulême (Louis-Emmanuel de Valois, duc d'), II, 74.
-
- Angoulême (Henriette de La Guiche, femme de Louis-Emmanuel de
- Valois, duc d'), II, 74; IV, 260.
-
- Anjou (Philippe, duc d'), plus tard MONSIEUR, duc d'Orléans. Voy.
- Orléans (Philippe de France, duc d').
-
- Anjou (Louis-François, duc d'), dernier fils de Louis XIV et de
- Marie-Thérèse, IV, 31.
-
- Annat (le P.), confesseur du Roi, II, 61, 70.
-
- Anne d'Autriche, I, 75, 115 et suiv., 144, 175, 185, 214, 216,
- 223, 226, 229, 254, 256, 262, 279, 289, 291, 297, 415; II, 9 et
- suiv., 32, 41 et suiv., 46, 49, 57, 60, 61, 104, 105, 106, 109,
- 124, 147, 184, 201; III, 125, 126; IV, 245, 246, 251, 252, 263,
- 280.
-
- Anne du Saint-Sacrement. Voy. Viole (Anne).
-
- Antin (Louis-Antoine de Pardaillan de Gondrin, duc d'), II, 374.
-
- Antin (Julie-Françoise de Crussol d'Usez, femme du duc d'), II,
- 374.
-
- Antoine (Marie d'), femme de Louis de Cabre. Voy. Cabre (Marie
- d'Anthoine), femme de Louis de Cabre.
-
- Aquin (M. d'), médecin. Voy. Daquin.
-
- Archevêque de Bourges (Anne de Lévis-Ventadour), II, 72.
-
- Archiduc d'Autriche, II, 201.
-
- Arcy (René Martel, sieur de Fontaine-Martel, marquis d'), I, 325
- et suiv.
-
- Ardier de Beauregard (le président Paul), I, 206.
-
- Ardier de Beauregard (Louise Ollier, femme du président Paul), I,
- 206.
-
- Ardier de Vineuil, frère du président Ardier. Voy. Vineuil.
-
- Ardier (Claude), femme de Gaspard I de Fieubet, trésorier
- d'Espagne. Voy. Fieubet.
-
- Ardier (Marie), femme de Gaspard II de Fieubet, chancelier de la
- reine Marie-Thérèse, I, 206.
-
- Argenteuil (N. Le Bascle, s{r} d'), I, 315.
-
- Argouges (François d'), conseiller d'État ordinaire, conseiller au
- Conseil royal des finances, IV, 156, 174, 175.
-
- Armagnac (maison d'), III, 253.
-
- Armagnac (comtesse d'), I, 218.
-
- Arnauld d'Antilly (Robert), II, 437.
-
- Arnaud (Isaac), intendant des finances, I, 410.
-
- Arnaud (Henri), évêque d'Angers, I, 294; III, 171.
-
- Arnaud (M. Barrin de la Galissonnière, veuve du président de La
- Barre, femme d'Isaac).
-
- Arnaud (Simon), marquis de Pomponne, II, 429, 437.
-
- Arnaud de Pomponne (Catherine L'Avocat, femme d'), II, 429.
-
- Arnoux (le P.), III, 71.
-
- Arpajeux (madame d'), pour d'Arpajon. Voy. Arpajon.
-
- Arpajon (Louis d'Arpajon, marquis de Séverac, créé, en 1650, duc
- d'), I, 147.
-
- Arpajon (Catherine-Henriette d'Harcourt-Beuvron, duchesse d'), I,
- 9, 295; II, 72; III, 44; IV, 269.
-
- Arquien (Louison d'), II, 431, 432, 437, 442, 447; III, 223, 229,
- 244, 261.
-
- Artagnan (Charles de Castelmar, seigneur d'), II, 398.
-
- Artigny (Claude-Marie du Gast, fille d'Achille du Gast, seigneur
- d'Artigny et de Montgauger en Touraine et de Marie Le Coustelier;
- petite-fille d'Antoinette de Montmorency Fosseuse et du fameux
- marquis du Gast, dite mademoiselle d'), femme de Louis-Pierre
- Scipion de Grimoard de Beauvoir. Voy. Grimoard de Beauvoir
- (mademoiselle d'Artigny, femme de Louis-Pierre Scipion de).
-
- Aspremont (M. d'), I, 316.
-
- Asserac (M. d'), II, 72.
-
- Assigny (M. d'), ou d'Acigné, de la maison de Brissac, II, 340.
-
- Assigny ou d'Acigné (Anne-Marguerite d'), 2e femme du duc de
- Richelieu, I, 72.
-
- Astérie, surnom de madame de Montespan, III, 4 et suiv. Voy.
- Montespan (madame de).
-
- Athis (Pierre Viole, seigneur d'). Voy. Viole (Pierre).
-
- Attichy (Octavien Doni d'), baron, I, 170.
-
- Attichy (Valence de Marillac, baronne d'), I, 170.
-
- Attichy (Anne Doni d'), comtesse de Maure. Voy. Maure (comtesse
- de).
-
- Attigny (mademoiselle d'Artigny et non d'), II, 54.
-
- Aubery (Renée-Julie), femme de Louis II de la Tremouille, marquis
- de Noirmoutier. Voy. Noirmoutier (Renée-Julie Aubery, marquise
- de).
-
- Aubigné ou d'Aubigny (maison d'), I, 226.
-
- Aubigny ou Aubigné (maison d'), I, 226.
-
- Aubigné (Agrippa d'), I, 225; III, 67, 70, 71, 130.
-
- Aubigné (Suzanne de Lezay, femme d'Agrippa d'), III, 70.
-
- Aubigné (Constant d'), baron de Surimeau, et non Surineau, III, 67
- et suiv., 466.
-
- Aubigné (Anne Marchand, 1re femme de Constant d'), veuve du baron
- de Chatelaillon, III, 70.
-
- Aubigné (Jeanne de Cadillac, 2e femme de Constant d'), mère de
- madame de Maintenon, III, 70, 71, 72.
-
- Aubigné (Charles d'), frère de madame de Maintenon, III, 69.
-
- Aubigné (Françoise d'). Voy. Maintenon (madame de).
-
- Aubigny (Claude-Maur d'), évêque de Noyon, puis archev. de Rouen,
- I, 225.
-
- Aubigny (l'abbé d'), de la maison des Stuart, I, 225.
-
- Aubigny (Charles Bidault d'), I, 226.
-
- Aubigny (M. d'), [?], I, 225.
-
- Aubigny (mademoiselle de Keroualles, duchesse d'). Voy. Keroualles
- (mademoiselle de).
-
- Aubijoux (François-Jacques d'Amboise, comte d'), I, 62.
-
- Aubray (le lieutenant civil d'), III, 468.
-
- Aubusson de La Feuillade. Voy. La Feuillade.
-
- Aulnay (le comte d'), capitaine commandant le vaisseau _le
- Trident_, IV, 177.
-
- Aumale (mademoiselle d') et non mademoiselle de Nemours, III, 126.
-
- Aumont (hôtel d'), III, 384.
-
- Aumont (Antoine, duc et maréchal d'), II, 439.
-
- Aumont (Catherine Scarron de Vaures, femme d'Antoine, maréchal duc
- d'), II, 439; III, 126.
-
- Aumont (Louis-Marie-Victor, duc d'), II, 438, 439, 440, 441; III,
- 363 et suiv., 458, 480, 484 et suiv., 499, 509.
-
- Aumont (Madelaine Fare Le Tellier, fille du chancelier, 1re femme
- de Louis-Marie-Victor, duc d'), II, 439; III, 363, 364, 365, 379.
-
- Aumont (Madeleine-Élizabeth Fare d'), femme du marquis de
- Beringhen. Voy. Beringhen (Madeleine-Élizabeth Fare d'Aumont,
- m{ise} de).
-
- Aumont (Françoise-Angélique de La Mothe-Houdancourt, 2e femme de
- Louis-Marie, duc d'), I, 46, 50, 83; II, 438, 440; III, 366 et
- suiv., 482 et suiv.
-
- Avaugour (François de Bretagne, comte de Vertus et de Goello,
- baron d'), I, 252.
-
- Avaugour (Claude de Bretagne, baron d'), I, 207.
-
- Avaugour (Marie de Bretagne d'), mariée à Hercule de
- Rohan-Guemené, duc de Montbazon. Voy. Montbazon (2e duchesse de).
-
- Avocat (L'). Voy. L'Avocat.
-
-
- Babou de La Bourdaisière (Françoise), mère du maréchal d'Estrées.
- Voy. Estrées.
-
- Bade (Louise-Christine de Savoie, femme de Ferdinand-Maximilien,
- marquis de Bade, _dite_ princesse de), II, 79.
-
- Bagneux (... Chapelier, sieur de), II, 286-333.
-
- Bagneux (N. de Chartrain, femme de M. de), II, 285-333.
-
- Bailleul (Nicolas de), président au Parlement de Paris, I, 253,
- 411.
-
- Bailleul (Elisabeth de), fille du président, mariée à Charles
- Girard, sieur du Tillet. Voy. Tillet (madame du).
-
- Bailleul (Marie de), femme, 1º de François de Brichanteau, marquis
- de Nangis; 2º de Louis Chalon du Blé, marquis d'Uxelles. Voy.
- Uxelles (marquise d').
-
- Balzac (Jean-Louis Guez de), I, 207.
-
- Barbançon (mademoiselle de) femme du prince Ulric de Wurtemberg.
- Voy. Wurtemberg (Mlle de Barbançon, femme du prince de).
-
- Barbeaux (Basile Fouquet, abbé de). Voy. Fouquet (Basile).
-
- Barberin (le cardinal Antoine), II, 80.
-
- Barbezières (Françoise de), dame de La Bazinière. Voy. La
- Bazinière.
-
- Barbezières (mademoiselle de), II, 54, 158, 172.
-
- Barbezieux (Louis-François Le Tellier, marquis de), IV, 130, 173,
- 175.
-
- Barbezieux (Catherine-Louise-Marie de Crussol, femme du marquis
- de), IV, 175.
-
- Barbier (qui a fait construire le Pont-Rouge ou Pont-Barbier), II,
- 126.
-
- Barillon (Jean-Jacques de), président au Parlement, I, 294.
-
- Baron (Michel), acteur, I, 5, 298; II, 415-419.
-
- Bartet, secrétaire du Roi, I, 20, 147.
-
- Basque sauteur (le), II, 415, 416.
-
- Bassompierre (François II de), maréchal de France, I, 208.
-
- Bautru (Guillaume), comte de Serrant, I, 170; III, 475.
-
- Bautru (Nicolas), comte de Nogent. Voy. Nogent (Nicolas Bautru,
- comte de).
-
- Bautru (Charlotte), femme, 1º du marquis de Rannes, 2º de J.-B.
- Armand de Rohan, prince de Montauban. Voy. Montauban (Charlotte
- Bautru, princesse de).
-
- Bavière (Edouard de), comte palatin du Rhin, mari d'Anne de
- Gonzague, princesse palatine, I, 226; III, 430.
-
- Bavière (Anne de Gonzague, femme d'Edouard de), princesse
- palatine, I, 226 et suiv., 295; II, 47, 48; III, 430.
-
- Bavière (Ferdinand-Marie, duc de), III, 54; IV, 144, 274.
-
- Bavière (Adelaïde-Henriette de Savoie, femme de Ferdinand-Marie,
- duc de), III, 54; IV, 274.
-
- Bavière (Marie-Anne-Christine-Victoire de), femme du Dauphin. Voy.
- Dauphine (Marie-Anne-Christine-Victoire de Bavière, madame la).
-
- Bazin (M. A.), I, 404.
-
- Beaudean (Marguerite de), femme de Charles, comte de Froulay. Voy.
- Froulay (Marguerite de Beaudean, comtesse de).
-
- Beauchasteau (François-Mathieu Chastelet de), I, 300.
-
- Beaufort (François de Vendôme, duc de), I, 54, 154, 168, 169, 202,
- 208, 294; II, 353; IV, 266.
-
- Beaumanoir-Lavardin (famille de), II, 436.
-
- Beauvais (N. Bellier, baron de), I, 71.
-
- Beauvais (Catherine Bellier, dame de), dite Catau la Borgnesse, I,
- 70, 71, 72, 74, 217, 227, 414, 415; II, 31, 51, 357.
-
- Beauvais (Jeanne-Baptiste de), marquise de Richelieu, fille de
- Catherine Bellier, dame de Beauvais, I, 66, 71, 72, 123; IV, 273.
-
- Beauvais (mademoiselle de), soeur de la marquise de Richelieu, I,
- 71.
-
- Beauvais (François-Paul de la Cropte de), maréchal de camp, écuyer
- de Condé, I, 72.
-
- Beauvais (Uranie de la Cropte de), femme de Louis-Thomas de
- Savoie, comte de Soissons. Voy. Soissons (comtesse de).
-
- Beauvau le Rivau (famille tourangelle de), tige des Beauvau de
- Rivarennes et de Montgoyer, II, 34.
-
- Beauvau de Rivarennes et de Montgoyer (François de), III, 53.
-
- Beauvau (Louise de La Baume le Blanc, femme de François de), III,
- 53.
-
- Beauvau (Gilles de), év. de Nantes, fils de Fr. de Beauvau, III,
- 53.
-
- Bec-Crespin (René-François du), marquis de Vardes. Voy. Vardes.
-
- Bechameil (Louis de), marquis de Nointel, III, 321 et suiv.
-
- Bechilon (Samuel de), sieur d'Erlaut, III, 71.
-
- Béjart (Armande), femme de Molière, I, 65.
-
- Belesbat (l'abbé de), II, 356.
-
- Belin (Antoinette de Faudoas-Averton, femme de son cousin Emmanuel
- de Faudoas, comte de), III, 240.
-
- Bellay (famille du), II, 436.
-
- Bellefonds (Bernardin Gigault, maréchal de), I, 56; II, 49, 58;
- IV, 255, 257.
-
- Bellefonds (Madelaine Fouquet, femme du maréchal de), II, 58.
-
- Bellegarde (Roger de Saint-Larry, duc de), II, 115, 116; III, 465.
-
- Bellenave (Louise de), comtesse du Plessis, marquise de
- Clérambault. Voy. Clérambault (marquise de).
-
- Bellièvre (Pomponne de), président à mortier, I, 151.
-
- Benserade, I, 56, 57, 164, 169, 176, 177, 255, 293, 404; II, 79,
- 352; III, 226.
-
- Béon (Bernard de), seigneur du Massés, I, 191.
-
- Bergh (Eléonore-Febronie de), femme du duc de Bouillon. Voy.
- Bouillon (Eléonore-Febronie de Bergh, femme de Frédéric-Auguste de
- La Tour d'Auvergne, duc de).
-
- Beringhen (Jacques-Louis, marquis de), III, 379.
-
- Beringhen (Madeleine-Elisabeth Fare d'Aumont, femme du marquis
- de), III, 379.
-
- Bernier (François), voyageur et philosophe, IV, 186.
-
- Bernier, chirurgien, IV, 186 et suiv.
-
- Bernières (François de), III, 352.
-
- Beroé, I, 225.
-
- Bertaut (un nommé), I, 205.
-
- Berthod (le P.), I, 228.
-
- Bertillac (M. de), père de Nicolas Jehannot de Bertillac, II,
- 414-419.
-
- Bertillac (Nicolas Jehannot de), II, 413-419.
-
- Bertillac (Anne-Louise Habert de Montmort, femme de Nicolas
- Jehannot de), II, 413-419.
-
- Besançon (Hélène de), 2e femme de Louis-Charles, prince de
- Courtenay. Voy. Courtenay (Hélène de Besançon, 2e femme de
- Louis-Charles, prince de).
-
- Béthune (M. de), I, 315.
-
- Béthune Sully (Marguerite-Louise de), femme, 1º du comte de
- Guiche, 2º du duc du Lude. Voy. Guiche (comtesse de) et Lude
- (duchesse du).
-
- Béthune (Louis de), comte de Charrost. Voy. Charrost (Louis de
- Béthune, comte de).
-
- Béthune Charrost (Marie de), 1re femme du maréchal d'Estrées. Voy.
- Estrées (Marie de Béthune, 1re femme du maréchal d').
-
- Beuvron (famille d'Harcourt de), I, 7-10.
-
- Beuvron et ses frères, I, 36.
-
- Beuvron (Jacques II d'Harcourt, marquis de), [mari, non d'Anne Le
- Veneur, mais de Léonor Chabot de Saint-Gelais, comtesse de Cosnac,
- et père de la comtesse de Fiesque], I, 52.
-
- Beuvron (Anne Le Veneur, femme de François de Fiesque, non de
- Jacques II d'Harcourt de), belle-mère de Gilonne d'Harcourt,
- comtesse de Fiesque, I, 52. _Erratum._--La mère de madame de
- Fiesque n'était pas Anne Le Veneur, mais Léonor Chabot de
- Saint-Gelais, comtesse de Cosnac.
-
- Beuvron (François Ier d'Harcourt de), chevalier de l'Ordre, père
- du marquis François II, marquis de Beuvron, et marié à Renée
- d'Espinay St-Luc, dame d'Ectot ou Hectot, I, 7.
-
- Beuvron (Renée d'Espinay Saint-Luc, femme de François Ier, marquis
- de), I, 8.
-
- Beuvron (François II d'Harcourt, marquis de), marié, 1º à
- Catherine Le Tellier, 2º Angelique de Fabert, veuve de Charles
- Brûlart, marquis de Genlis, I, 5, 7, 15, 21, 146, 298; II, 187;
- III, 281 et suiv.
-
- Beuvron (Charles d'Harcourt, comte de), frère de François II,
- marquis de Beuvron, et mari de Lydie de Rochefort de Théobon, I,
- 9.
-
- Beuvron (Lydie de Rochefort de Théobon, femme du comte Charles
- de), I, 146.
-
- Beuvron (Catherine-Henriette d'Harcourt de), 3e femme du duc
- d'Arpajon, fille de François Ier d'Harcourt, marquis de Beuvron et
- de Renée Saint-Luc, I, 9, 147.
-
- Bidault (Charles) d'Aubigny. Voy. Aubigny (Charles Bidault d').
-
- Bigot (Anne), 2e femme de Cornuel. Voy. Cornuel (Anne Bigot, femme
- de).
-
- Biran, duc de Roquelaure. Voy. Roquelaure.
-
- Biscaras (M. de), I, 231; II, 154.
-
- Blainville (Jean-Armand Colbert, marquis de), II, 100.
-
- Blainville (Gabrielle de Rochechouart, mademoiselle de Tonnay
- Charente, femme du fils de Colbert, marquis de Blainville), II,
- 100.
-
- Blanchefort (Charles-François de Créquy, marquis de), IV, 211.
-
- Blé (Louis Chalon du), marquis d'Uxelles. Voy. Uxelles (marquis
- d').
-
- Blot, chansonnier, I, 295.
-
- Bobinet (le P.), IV, 154, 158, 176.
-
- Boesleau (comtesse de), I, 254.
-
- Boileau-Despréaux, I, 6.
-
- Bois-Dauphin (Philippe-Emmanuel de Laval, marquis de Sablé), I, 6.
-
- Boisfranc (Joachim Seiglière, sieur de), III, 449.
-
- Boisfranc (Marie-Madelaine-Louise de Seiglière de), femme de
- Bernard-François Potier, duc de Gêvres. Voy. Gesvres
- (Marie-Madelaine, duchesse de).
-
- Bois-Robert (François Le Metel, abbé de), I, 6, 16; III, 73; IV,
- 212.
-
- Boissy (Arthur Gouffier, marquis de), I, 316; II, 74.
-
- Boligneux. Voy. Bouligneux.
-
- Bonifasse (mademoiselle), IV, 273.
-
- Bonne, duc de Lesdiguières (François de). Voy. Lesdiguières
- (François de Bonne, duc de).
-
- Bonne (Madelaine de), femme du maréchal de Créquy. Voy. Créquy
- (Madeleine de Bonne, femme du maréchal de).
-
- Bonnelle (Noël de Bullion, seigneur de), marquis de Gallardon,
- fils de Bullion le surintendant, I, 82, 83, 151, 208; III, 302.
-
- Bonnelle (Charlotte de Prie, fille du marquis de Toussy, femme de
- Noël de Bullion, seigneur de), I, 82, 91, 151, 265, 306; III, 302,
- 303, 304, 337, 370, 375, 390 et suiv., 483.
-
- Bonneuil, Bonnoeil ou Bonoeil (Christophe-Auguste de Harlay,
- seigneur de), I, 294, 295.
-
- Bonneuil (Françoise-Charlotte de Thou, femme du précédent de), I,
- 254, 293, 294, 295.
-
- Bonneuil (N... de Thou, demoiselle de), soeur de la précédente, I,
- 295.
-
- Bonneville, fille au service de madame de Bagneux, II, 296 et
- suiv., _passim_.
-
- Bontems (Alexandre), un des quatre premiers valets de chambre de
- Louis XIV, II, 46, 265; IV, 128 et suiv., 162.
-
- Bontemps (Marguerite Bosc, femme d'Alexandre), IV, 128.
-
- Bontemps (Louis), fils aîné d'Alexandre Bontemps, IV, 129.
-
- Bontemps (Alexandre-Nicolas), 2e fils d'Alexandre, IV, 129.
-
- Bontemps (Marie-Madelaine), fille d'Alexandre Bontemps, femme de
- Lambert de Thorigny. Voy. Lambert de Thorigny (Marie-Madelaine
- Bontemps, femme de).
-
- Bordeaux ou Bourdeaux (Guillaume de), intendant des finances, I,
- 182, 406.
-
- Bordeaux ou Bourdeaux (madame de), femme d'un intendant des
- finances, I, 182.
-
- Bordeaux ou Bourdeaux (Denise de), fille d'un intendant des
- finances, femme du président de Pommereuil. Voy. Pommereuil
- (madame de).
-
- Bordeaux ou Bourdeaux (madame de), mère de madame de
- Fontaine-Martel, I, 182.
-
- Bordeaux ou Bourdeaux (mademoiselle de), demoiselle de Châtillon,
- puis femme de Ricoux, I, 182, 183, 201, 211, 231, 237, 240, 241.
-
- Bosc (Claude), seigneur d'Ivry, IV, 128.
-
- Bosc (Marguerite), femme de Bontemps, premier valet de chambre de
- Louis XIV. Voyez Bontemps (Marguerite Bosc, femme d'Alexandre).
-
- Bossuet, I, 226; II, 421; III, 188; IV, 183, 184.
-
- Bossuet (Elisabeth), femme d'Armand de Bouthillier de Chavigny.
- Voy. Chavigny (Elisabeth Bossuet, femme d'Armand de).
-
- Du Bouchet (Jean), marquis de Sourches, comte de Montsoreau. Voy.
- Sourches (marquis de).
-
- Du Bouchet (Dominique), fils de Jean, marquis de Sourches. Voy.
- Sourches (Dominique de).
-
- Du Bouchet (Louis-François), marquis de Sourches. Voyez Sourches
- (Louis-François).
-
- Bouchu (? l'abbé), I, 191.
-
- Boufflers (Louis-François, chevalier, puis marquis, puis maréchal
- et duc de), IV, 144, 145, 153, 210, 230.
-
- Bouillé (Eléonore de), 1re femme de Henri de Daillon, comte, puis
- duc du Lude. Voy. Lude (Eléonore de Bouillé, comtesse, puis
- duchesse du).
-
- Bouillon (Godefroy Maurice de La Tour d'Auvergne, duc de), III,
- 194, 489, 490, 491; IV, 26, 267.
-
- Bouillon (Marie-Anne Mancini, femme de Godefroy Maurice de La Tour
- d'Auvergne, duc de), II, 23; III, 194, 489.
-
- Bouillon (Frédéric-Maurice de La Tour d'Auvergne, duc de), IV, 26,
- 267.
-
- Bouillon (Eléonore-Fébronie de Bergh, femme de Frédéric-Maurice de
- La Tour d'Auvergne, duc de), IV, 267.
-
- Bouillon (Emmanuel-Théodose de La Tour d'Auvergne, cardinal de),
- IV, 216.
-
- Boulay-Favin (M. du), ou plutôt Favier du Boulay, I, 215.
-
- Bouligneux (Louis de La Palu, comte de), I, 242, 243.
-
- Bourbon (Louis de), fils de Louis XIV, II, 46.
-
- Bourbon (Marie-Anne de), fille de Louis XIV et de mademoiselle de
- La Valière, II, 46.
-
- Bourbon (Louise de), fille du comte de Soissons, 1e femme de Henri
- d'Orléans, duc de Longueville. Voy. Longueville.
-
- Bourbon-Condé (famille de). Voir Condé (famille de Bourbon-).
-
- Bourbon-Condé (Anne-Geneviève de), 2e femme de Henri d'Orléans,
- duc de Longueville. Voy. Longueville.
-
- Bourbon (Louis III, duc de), fils du prince de Condé, Henri-Jules,
- III, 472; IV, 138.
-
- Bourbon (Louise-Françoise, légitimée de France, _dite_
- mademoiselle de Nantes, femme du duc de), bru du prince
- Henri-Jules de Condé, III, 331, 472, 475; IV, 223.
-
- Bourdaloue (le P.), III, 58, 137, 143.
-
- Bourges (de), I, 89, 90.
-
- Bourgogne (le duc de), fils du Dauphin, IV, 146.
-
- Bournonville (Nicolas Le Febvre de), IV, 26.
-
- Boussu (madame de), duchesse de Guise. Voyez Guise (madame de
- Boussu, duchesse de).
-
- Boutard, I, 91.
-
- Bouthillier de Chavigny (Louise-Françoise), maréchale de
- Clérambault. Voy. Clérambault (maréchale de).
-
- Boutteville (François de Montmorency, comte de Luxe, seigneur de),
- I, 7, 49, 153, 215, 263; II, 187; III, 254.
-
- Boutteville (Elisabeth-Angélique, fille de Jean de Viennes, femme
- de François de Montmorency, seigneur de), I, 154, 155, 158, 191;
- II, 187.
-
- Boutteville (François-Henri de Montmorency), duc de
- Piney-Luxembourg, maréchal de Luxembourg. Voy. Luxembourg
- (maréchal de).
-
- Boutteville (Marie-Louise de Montmorency), femme de Dominique
- d'Estampes, marquis de Valençay. Voy. Valençay (duchesse de).
-
- Boutteville (Isabelle-Angélique de Montmorency), duchesse de
- Châtillon, puis de Mecklembourg. Voy. Chastillon (duchesse de).
-
- Boves (Charlotte de), 1re femme du maréchal de La Ferté, II, 403.
-
- Braguemont (Catherine du Tost, dame de), II, 46.
-
- Brancas (Georges de), 1er duc de Villars, II, 337.
-
- Brancas (Marie de), femme de son cousin Louis de Brancas, duc de
- Villars, II, 345.
-
- Brancas (Charles, comte de), fils de Georges de Brancas, I, 315;
- II, 337, 342 et suiv.
-
- Brancas (Suzanne Garnier, femme du comte Charles de), I, 274, 295;
- II, 337-358.
-
- Brancas (Françoise de), fille de Charles de Brancas et de Suzanne
- Garnier, II, 358.
-
- Bregy (Léonor de Flesselles, comte de), I, 253 et suiv.
-
- Bregy (Charlotte de Chazan, femme du comte de), I, 253 et suiv.,
- 306; II, 72, 74.
-
- Bretagne (François de), baron d'Avaugour, comte de Vertus et de
- Goello. Voyez Avaugour (baron d').
-
- Bretagne (Claude de), baron d'Avaugour. Voy. Avaugour.
-
- Brézé (Urbain de Maillé, maréchal de), IV, 261.
-
- Brézé (Armand de Maillé), duc de Fronsac et de Caumont, marquis de
- Graville et de Brézé, comte de Beaufort en Vallée, etc., chef et
- surintendant général de la navigation en France, I, 58, 213; II,
- 87.
-
- Brézé (Nicole du Plessis, femme du maréchal de), II, 87; IV, 261.
-
- Briçonnet de Lessay. Voy. Lessay (Briçonnet, seigneur de).
-
- Brienne (Antoine de Loménie de), sieur de la Ville-aux-Clercs, I,
- 223.
-
- Brienne (Henri-Auguste de Loménie de), fils d'Antoine, sieur de la
- Ville-aux-Clercs, I, 223.
-
- Brienne la mère (Louise de Béon, fille de Bernard, seigneur du
- Massés, _dite_ madame de), femme d'Henri-Auguste de Brienne, I,
- 191.
-
- Brienne (Henri-Louis de Loménie de), fils d'Henri-Auguste de
- Loménie de Brienne, I, 223.
-
- Brienne la jeune (Henriette Bouthillier de Chavigny, mariée au
- comte Henri-Louis de Brienne, _dite_ madame de), I, 191, 262.
-
- Brinvilliers (Marie-Marguerite de Dreux d'Aubray, marquise de),
- III, 468.
-
- Brion (François-Christophe de Levis, comte de) et plus tard duc de
- Damville, I, 158, 297 et suiv.
-
- Brion (?) ou Biron (madame de), I, 408, 409.
-
- Brion (le palais) et non Biron, II, 44; IV, 253.
-
- Briosne (Henri de Lorraine, comte de), III, 491.
-
- Brisac, avocat en parlement, II, 55.
-
- Brissac (famille de Cossé-), IV, 204.
-
- Brissac (François de Cossé, comte de), I, 141.
-
- Brissac (Louis de Cossé, duc de), I, 413.
-
- Brissac (Gabrielle-Louise de Saint-Simon, femme de Henri-Albert de
- Cossé, duc de Brissac, et bru du précédent de), I, 63, 64, 65,
- 257.
-
- Brissac (Albert de Grillet de), major des gardes du corps, IV, 203
- et suiv.
-
- Bristol (George Kenelm Digby, comte de). Voy. Digby.
-
- Brouilly (Louis de), marquis de Piennes. Voy. Piennes (marquis
- de).
-
- Brûlart (Adam), tige de la famille de Sillery, I, 151.
-
- Brûlart de Sillery (le chancelier). Voy. Sillery (le chancelier
- Brûlart de).
-
- Buckingham (Georges, duc de), I, 116, 256.
-
- Bueil (Jacqueline de), comtesse de Moret, maîtresse de Henri IV,
- puis femme de René du Bec Crespin, marquis de Vardes. Voy. Vardes
- (René du Bec Crespin, marquis de).
-
- Bullion (Claude de), surintendant des finances, I, 83, 88, 89,
- 151.
-
- Bullion (Noël de), seigneur de Bonnelle. Voy. Bonnelle.
-
- Bullion (Charles-Denys de), fils de Bullion-Bonnelle, III, 304.
-
- Bullion, marquis de Longchêne (François de), III, 302.
-
- Bullion, marquis de Longchêne (Catherine-Henriette de La Ferté,
- fille du maréchal, femme de François de), III, 302.
-
- Bussy (Henri d'Amboise, marquis de), II, 187.
-
- Bussy (Roger de Rabutin, comte de), I, V-XVI, 194, 277 et suiv.,
- 286 et suiv., 301, 325 et suiv., 401, 408; II, 51, 88; III, 280;
- IV, 91, 250, 259.
-
-
- Cabre (Louis de), père du chevalier de Cabre, III, 414.
-
- Cabre (Marie d'Antoine, femme de Louis de), III, 414.
-
- Cabre (le chevalier Louis de), III, 414, 445.
-
- Cadaval (Nuño Alvarez Pereira de Mello, duc de), III, 491.
-
- Cadaval (Marie-Angélique-Henriette de Lorraine-Armagnac, femme du
- duc de), III, 491.
-
- Caderousse (Juste-Joseph-François de Cadart d'Ancezune de Tournon,
- duc de), II, 417; III, 370 et suiv.
-
- Caderousse (Claire-Bénédictine du Plessis-Guénégaud, 1e femme du
- duc de), III, 370, 371.
-
- Caderousse (Marie-Renée de Rambures, 2e femme de Juste-Joseph, duc
- de), III, 415, 416, 417, 495.
-
- Caderousse (Jacques-Louis d'Ancezune de Cadart de Tournon, duc
- de), fils du duc Juste-Joseph, III, 409.
-
- Caderousse (Madelaine d'Oraison, femme de Jacques-Louis, duc de),
- III, 409.
-
- Caderousse ou Caderoux (le chevalier de), I, 315.
-
- Cadet la Perle (Henri de Lorraine, comte d'Harcourt, _dit_), IV,
- 145.
-
- Cadillac (Pierre de), seigneur de Lalanne, III, 70.
-
- Cadillac (Louise de Montalembert, femme de Pierre de), III, 70.
-
- Cadillac (Jeanne de), 2e femme de Constant d'Aubigné. Voyez
- Aubigné (Jeanne de Cadillac, 2e femme de Constant d').
-
- Calvoisin (madame de), I, 248, 249.
-
- Cambiac, prêtre, I, 160, 191, 192, 193, 205, 216, 219 et suiv.
-
- Camboust (Marguerite de), veuve du duc de Puylaurens, femme de
- Henri de Lorraine-Armagnac. Voy. Lorraine (Marguerite de Camboust,
- femme de Henri de).
-
- Camus de Pontcarré (Pierre), I, 280.
-
- Canaples (Charles III de Créquy, sire de), puis duc de Créquy, I,
- 316.
-
- Candale (Henri de Nogaret, de La Valette et de Foix, comte, puis
- duc de), frère aîné du duc d'Epernon, I, 147.
-
- Candale (Louis-Charles-Gaston de Nogaret et de Foix, duc de), fils
- du duc d'Epernon, I, 7, 11, 12, 13, 14, 15, 19, 20 et suiv., 30 et
- suiv., 37, 38, 62, 68, 75, 76, 147, 154, 231, 242, 271, 300, 318,
- 405; III, 281.
-
- Canion (commandeur de), I, 315.
-
- Cantecroix (madame de), femme de Charles IV de Lorraine, III, 198;
- IV, 231.
-
- Caravage (Michel Ange Americhi ou Morigi, _dit_ le), I, 235.
-
- Carignan (le prince de), _dit_ le prince Thomas, II, 71.
-
- Carignan (Marie de Bourbon-Soissons, princesse de), II, 71.
-
- Carmain ou Cramail. Voy. Cramail.
-
- Cassagnet (Gabriel de), marquis de Tilladet. Voy. Tilladet
- (Gabriel de Cassagnet, marquis de).
-
- Castellane (un), I, 137.
-
- Castellane (Anne-Elisabeth de Rassan, marquise de, puis marquise
- de Ganges). Voy. Ganges (marquise de).
-
- Castelnau (Marie-Charlotte de), femme du comte de Louvigny, plus
- tard duc de Gramont, I, 136.
-
- Castelnau (Jacques, marquis et maréchal de), III, 348, 350, 465.
-
- Castelnau (Michel II de), III, 465.
-
- Castelnau (Louise-Marie Foucault, femme de Michel II de), III,
- 465.
-
- Castelnau (Marie-Charlotte de), duchesse de Gramont. Voy. Gramont.
-
- Castiglione (Laurent-Onuphre Colonna de Gioëni, prince de). Voy.
- Colonna (Connétable).
-
- Castille (Pierre), I, 24.
-
- Castille-Villemareuil (M. de), intendant de la maison de Monsieur
- (Gaston d'Orléans), 1615, I, 25.
-
- Castille-Villemareuil (Marie-Madeleine de), 2e femme de Fouquet,
- I, 25.
-
- Castille (Jeannin de). Voy. Jeannin de Castille.
-
- Castle-Maine (Roger Pulner, comte de), I, 238.
-
- Catau-la-Borgnesse. Voyez Beauvais (madame de).
-
- Catelan (François), partisan, I, 89.
-
- Catinat (Nicolas, maréchal de), I, 296; IV, 145, 146.
-
- Caumartin (l'abbé Le Fèvre de), IV, 182.
-
- Caumesnil (Alexandre de Moreuil, marquis de), I, 316.
-
- Caumont La Force. Voy. La Force.
-
- Cavoie (Louis Oger, chevalier, puis marquis de), I, 69, 277; II,
- 179.
-
- Cavoie (Louise-Philippe de Coëtlogon, femme de Louis Oger, comte
- de), II, 179.
-
- Caylus (Marthe-Marguerite de Villette, femme du marquis de), IV,
- 183.
-
- Caylus (marquis de), IV, 183.
-
- Caylus (l'abbé de), IV, 183.
-
- Celoron (?), I, 90.
-
- Césy (Jacqueline de Bueil, comtesse de Moret, femme de Philippe de
- Harlay, comte de), puis femme de François-René du Bec Crespin,
- marquis de Vardes. Voy. Vardes (Jacqueline de Bueil, femme de
- François-René du Bec Crespin, marquis de).
-
- Césy (Philippe de Harlay, comte de), I, 270.
-
- Chabot (Henri), duc de Rohan. Voyez Rohan (Henri Chabot, duc de).
-
- Chalais (Henri de Talleyrand, comte de), I, 24.
-
- Chalais (Charlotte Jeannin de Castille, d'abord comtesse de
- Charny, puis comtesse de), I, 24, 295, 303; II, 341.
-
- Challard (du), V. Duchallard.
-
- Chalon du Blé (Louis), marquis d'Uxelles. Voyez Uxelles (marquis
- d').
-
- Chamanieu (Loras de), III, 352.
-
- Chamarante (M. de), I, 291; IV, 26.--_Erratum_, lisez:
-
- Chamarande, non Chamarante (Clair Gilbert d'Ornayson, seigneur de),
- un des quatre premiers valets de chambre du Roi.
-
- Chambes (Marie-Geneviève de), comtesse de Montsoreau, femme de
- Louis-François, marquis de Sourches. Voy. Sourches.
-
- Chamlay (Jules-Louis Baulé, marquis de), IV, 175.
-
- Champlatreux (Molé de). Voy. Molé de Champlatreux.
-
- Champré (Catherine-Henry, femme, 1º de Ferrier, fils du ministre,
- 2º du conseiller Menardeau, sieur de), I, 410.
-
- Chandenier (François de Rochechouart, marquis de), I, 75.
-
- Chanleu et non Clanleu (baron de), I, 180. [N. B. _Chanleu_ est le
- nom que lui donne la _Gazette de France_.]
-
- Chantereau (Louis Lefebvre-), procureur du cardinal Mazarin, I,
- 278.
-
- Chapelain (Jean), de l'Académie française, I, 306; IV, 83.
-
- Chapelles (François de Rosmadec, comte des), II, 187; III, 254.
-
- Chappuzeau (Samuel), II, 30.
-
- Charles I, roi d'Angleterre, I, 218, 230; IV, 231.
-
- Charles II, roi d'Angleterre, I, 41, 42, 204, 226, 238, 240, 241,
- 242, 257; II, 182, 200, 201, 213; IV, 276, 277.
-
- Charron (Marie), femme de J.-B. Colbert, II, 426.
-
- Charrost (Louis de Béthune, comte de), I, 75.
-
- Chartrain (Gilles de), II, 286.
-
- Chartrain (Jeanne de Créquy, femme de Gilles de), II, 286.
-
- Chartrain (M. de), fils de Gilles de Chartrain, II, 286.
-
- Chartres (Philippe, duc de), puis duc d'Orléans, I, 325.
-
- Chartres (Françoise-Marie, mademoiselle de Blois, femme de
- Philippe, duc de), fille de Louis XIV et de madame de Montespan,
- IV, 223.
-
- Chasteauneuf (M. de) ou Châteauneuf, Secrétaire d'Etat, garde des
- sceaux, etc., I, 144, 148, 149, 256, 407.
-
- Chasteau-Thierry ou Château-Thierry (Henri-Ignace de La Tour
- d'Auvergne, duc de), IV, 267.
-
- Chasteauvieux (M. de) ou Châteauvieux, I, 315.
-
- Chastillon ou Châtillon (Gaspard, comte de Coligny, puis duc et
- maréchal de), I, 155, 176, 210, 405.
-
- Chastillon ou Châtillon (Anne de Polignac, maréchale de), I, 176.
-
- Chastillon ou Châtillon (Gaspard IV de Coligny, marquis d'Andelot,
- puis duc de), après son frère aîné, I, 62, 154 et suiv., 176, 178,
- 188, 208, 209, 403.
-
- Chastillon ou Châtillon (Henriette, fille aînée du maréchal de),
- mariée au comte de La Suze. Voy. La Suze (comtesse de).
-
- Chastillon ou Châtillon, (Elisabeth-Angélique de
- Montmorency-Boutteville, femme: 1º de Gaspard IV, duc de), puis 2º
- du prince de Wurtemberg, I, 41, 42, 135, 144, 153 et suiv., 156,
- 157, 210, 266, 273, 276, 295, 413; II, 72, 187; III, 254. Voy.
- Wurtemberg.
-
- Chastillon ou Châtillon (Maurice de), comte de Coligny. Voy.
- Coligny (Maurice de Chastillon, comte de).
-
- Chastillon (François de), seigneur de Bois-Rogues, père de
- Claude-Elzéar de Chastillon, III, 253.
-
- Chastillon (Claude-Elzéar, chevalier de), III, 253.
-
- Chatelaillon (le baron de), III, 70.
-
- Chatelaillon (Anne Marchand, veuve du baron de), 1re femme de
- Constant d'Aubigné, III, 70.
-
- Chaulnes (Charles-Honoré d'Albert, duc de), II, 59, 75.
-
- Chaumont (Guy de), marquis de Guitry, IV, 26.
-
- Chaumont (Marie de Bailleul, femme de Jean de), soeur du président
- de Bailleul, I, 253.
-
- Chavannes (madame de), probablement bru du financier Nicolas
- Rambouillet, I, 254.
-
- Chavigny (Léon de Bouthillier, comte de), I, 191, 214, 223, 296;
- II, 346.
-
- Chavigny (Anne Phelippeaux, femme de Léon de), II, 346.
-
- Chavigny (Armand de Bouthillier de), seigneur de Pons, II, 346.
-
- Chavigny (Elisabeth Bossuet, femme d'Armand de Bouthillier de),
- II, 346.
-
- Chavigny (Louise-Françoise de Bouthillier de), femme du maréchal
- de Clérambault. Voy. Clérambault (maréchale de).
-
- Chelles (Jeanne de Scorrailles, abbesse de), II, 469; IV, 272.
-
- Chemerault (Geoffroy de Barbezières, comte de La Roche-), I, 294.
-
- Chemerault (mademoiselle de Barbezières de), nièce d'une première
- mademoiselle de Chemerault qui devint madame de La Bazinière, I,
- 263, 293, 294, 295.
-
- Chenu, rentier de Paris, ami de Guy Patin, I, 90.
-
- Chevreuse (hôtel de), III, 499.
-
- Chevreuse (Claude de Lorraine, prince de Joinville, duc de), I,
- 143, 145, 208.
-
- Chevreuse (Marie de Rohan-Montbazon, duchesse de), femme, 1º de
- Charles d'Albert de Luynes, 2º de Claude de Lorraine, duc de
- Chevreuse, I, 42, 78, 143 et suiv., 193, 194, 197, 207, 409, 415;
- II, 47, 48, 71, 89; III, 506.
-
- Chevreuse (Charlotte-Marie de), fille de la duchesse et de son
- second mari Claude de Lorraine, I, 4, 145, 195; IV, 254.
-
- Chevreuse (Charles-Honoré d'Albert, duc de Luynes, de Chaulnes et
- de), dont une fille aînée épousa le prince de Tingry, III, 491.
-
- Chevreuse (Marie-Anne et non Marie-Thérèse d'Albert de), princesse
- de Tingry. Voyez Tingry (Marie-Thérèse d'Albert, femme de
- Charles-François-Frédéric de Montmorency, duc de Luxembourg,
- prince de).
-
- Chevreuse (Anne-Marie de), abbesse du Pont-aux-Dames, fille de la
- duchesse, I, 145.
-
- Chevreuse (un marquis de), III, 79 et suiv.
-
- Choisy (Jeanne-Olympe Hurault de l'Hôpital, comtesse de), I, 37,
- 111, 112; II, 28, 75, 76.
-
- Choisy (François-Timoléon, abbé de), fils de la précédente, I, 37.
-
- Christine de France, femme de Victor-Amédée, duc de Savoie, II,
- 29.
-
- Christine, reine de Suède, I, 53, 54, 254, 294.
-
- Chigi (Fabio), II, 80 et suiv., 90 et suiv., 99, 109, 312.
-
- Chison, médecin, II, 88, 89.
-
- Chiverny (Cécile-Elisabeth Hurault de), marquise de Monglas. Voy.
- Monglas (marquise de).
-
- Choiseul-Praslin (Isabelle de), femme de Henri du
- Plessis-Guénégaud. Voyez Plessis-Guénégaud (Isabelle de Choiseul
- Praslin, femme de Henri du Plessis-Guénégaud).
-
- Cinq-Mars (Henri de Coiffier, dit Ruzé, marquis de), I, 213, 293,
- 294; II, 406; III, 348.
-
- Citois ou Sitois, médecin (M.), IV, 212.
-
- Clanleu (baron de). Voy. Chanleu (baron de).
-
- Clarendon (Anne Hyde de), duchesse d'Yorck. Voy. Yorck (duchesse
- d').
-
- Clément, accoucheur, II, 376, 377, 378, 379, 411.
-
- Clérambault (Philippe de Palluau, comte, puis maréchal de), I, 62,
- 294, 295.
-
- Clérambault (Louise-Françoise Bouthillier de Chavigny, maréchale
- de), I, 295, 296.
-
- Clérambault (René Gillier, baron de Puygarreau, marquis de), I,
- 76, 296, 406, 410.
-
- Clérambault (Louise de Bellenave, comtesse du Plessis, marquise
- de), I, 296.
-
- Clérambault (Marie-Gilonne de), fille de René de Puygarreau,
- marquis de Clérambault; 2e femme de Charles-François-Frédéric de
- Montmorency, duc de Piney-Luxembourg. Voy. Luxembourg
- (Marie-Gilonne Gillier de Clérembault, 2e femme du duc de).
-
- Clère (Charles de Fontaine-Martel, comte de), I, 325.
-
- Clermont (maison de), d'où sont sortis les Clermont d'Amboise,
- Clermont de Galerande, Clermont de Resnel, Clermont de St-Georges.
- I, 329.
-
- Clermont (de), I, 316.
-
- Clermont (François de Paule de), marquis de Monglas. Voy. Monglas
- (marquis de).
-
- Clermont-Tonnerre (Marie-Charlotte-Bonne-Thérèse de), femme du
- maréchal duc de Luxembourg. Voy. Luxembourg (duchesse de).
-
- Clermont Tonnerre (François, marquis de), I, 315.
-
- Clermont Tonnerre (François de), évêque de Noyon, fils du
- précédent, IV, 182, 205.
-
- Cleveland (duchesse de). Voy. Saint-Villiers (Barbe de).
-
- Coaquin (madame de). Voy. Coatquen (madame de).
-
- Coatquen (madame de), I, 187.
-
- Cochonnet, curé de Lasine (pseudonyme), III, 140.
-
- Coëtlogon (René-Hyacinthe, marquis de), II, 179.
-
- Coëtlogon (Louise-Philippe), femme de Louis Oger, comte de Cavoye,
- II, 179, 184.
-
- Coeuvres (François-Annibal, maréchal d'Estrées, marquis de). Voy.
- Estrées (maréchal d').
-
- Coeuvres (Antoine, marquis de), fils du maréchal d'Estrées, père
- de François-Annibal III, marquis de Coeuvres, II, 345.
-
- Coeuvres (François-Annibal III d'Estrées, marquis de), III, 218,
- 258.
-
- Coeuvres (Madelaine de Lyonne, femme de François-Annibal
- d'Estrées, marquis de), petit-fils du maréchal, II, 405; III, 207,
- 217, 218 et suiv., 246 et suiv.
-
- Colbert (Jean-Baptiste), I, 131, 255; II, 100, 373, 426; III, 47,
- 153, 361, 362, 454; IV, 169, 179.
-
- Colbert (Marie Charron, femme de Jean-Baptiste), II, 426.
-
- Colbert (Antoine Martin), chevalier de Malte, dit le chevalier
- Colbert, II, 425, 426; III, 361, 362.
-
- Colbert (Louis), d'abord abbé de Bonport, puis
- capitaine-lieutenant de la 2e compagnie des mousquetaires à
- cheval, II, 398.
-
- Colbert (Jeanne-Marie), duchesse de Luynes. Voy. Luynes (duchesse
- de).
-
- Colbert de Villacerf (Edouard), IV, 31, 130.
-
- Coligny (François de Chastillon, amiral de), père du maréchal de
- Chastillon, I, 176.
-
- Coligny (Gaspard de), duc de Chastillon, après son frère aîné.
- Voy. Chastillon (Gaspard IV de).
-
- Coligny (Maurice, comte de), frère du duc de Chastillon, I, 188.
-
- Colombel (...), II, 46.
-
- Colonna de Gioëni (Laurent-Onuphre), connétable, prince de Paliano
- et de Castiglione, I, 285; II, 17, 33.
-
- Colonna (Marie Mancini, connétable), I, 219, 283 et suiv., 289;
- III, 29; IV, 245 et suiv.
-
- Combé (madame de), IV, 179.
-
- Comminges (maison de), I, 139.
-
- Comminges (Gaston-Jean-Baptiste, comte de), capitaine des gardes
- du Roi, I, 73, 139, 411.
-
- Comminges (Sybille-Angélique d'Amalby, femme du comte de), I, 411.
-
- Condé (Henri II de Bourbon), père du grand Condé, I, 189, 193,
- 244; II, 440.
-
- Condé (Charlotte-Marguerite de Montmorency, princesse douairière
- de), femme de Henri de Bourbon-Condé, I, 157, 160, 189, 190.
-
- Condé (Louis II de Bourbon, prince de), _dit_ le grand Condé, I,
- VIII, IX; 31, 49, 52, 62, 68, 73, 75, 76, 130, 137, 144, 149, 154,
- 155, 157 et suiv., 176, 179 et suiv., 186 et suiv., 195, 198 et
- suiv., 208 et suiv., 216 et suiv., 232, 239, 249 et suiv., 292,
- 297, 298, 415, 416; II, 45, 72, 168, 201, 386, 400, 440; III, 429,
- 474, 475; IV, 231, 257, 261, 267, 280.
-
- Condé (Claire-Clémence de Maillé, femme du prince Louis II de), I,
- 240; II, 87, 340.
-
- Condé (Henri-Jules de Bourbon, prince de), fils du précédent, II,
- 48, 201, 386; III, 198, 239, 429 et suiv., 474.
-
- Condé (Anne de Bavière, femme du prince Henri-Jules de), III, 198,
- 430.
-
- Congis-Moret (M. de), I, 316.
-
- Conrart (Valentin), de l'Académie françoise, III, 171.
-
- Conti (Armand de Bourbon, prince de), I, 12, 31, 56, 68, 78, 145,
- 148, 186 et suiv., 271, 283 et suiv., 401, 416; II, 88; III, 163,
- 474.
-
- Conti (Anne-Marie Martinozzi, princesse de), femme du précédent,
- I, 195, 271; II, 71; III, 163, 474.
-
- Conti (Louis-Armand de Bourbon, prince de), fils d'Armand, III,
- 163, 474, 475, 476; IV, 186, 187, 262.
-
- Conti (Marie-Anne, légitimée de France, femme de Louis-Armand de
- B., prince de), III, 163, 192, 196, 198, 203, 471, 474, 475; IV,
- 136 et suiv., 224 et suiv.
-
- Conti (François-Louis de Bourbon, duc de La Roche-sur-Yon, puis
- prince de), III, 192.
-
- Cordoue (Gonzalve de), IV, 145.
-
- Corneille (Pierre), II, 215; III, 226; IV, 21, 22.
-
- Corneille (Thomas), III, 430.
-
- Cornouaille, prêtre, I, 6.
-
- Cornu (la), I, 182.
-
- Cornuel (famille), I, 84-96.
-
- Cornuel (Claude), intendant, contrôleur général des finances, puis
- Président de la Chambre des comptes, I, 87.
-
- Cornuel (Françoise Dadien, veuve de Gabriel de Machault, 2e femme
- de Claude), I, 87.
-
- Cornuel (Guillaume), trésorier de l'extraordinaire des guerres, I,
- 87.
-
- Cornuel (Anne Bigot, seconde femme de Guillaume), I, 53, 300.
-
- Cornuel (Marguerite), fille de Guillaume Cornuel et de sa première
- femme, Marie Combefort, veuve de Le Gendre, I, 99, 100, 101, 102,
- 103, 110, 232.
-
- Cosnac (Daniel de), archevêque d'Aix, I, 195; II, 27.
-
- Cospeau ou Cospean (Philippe), évêque d'Aire, puis de Nantes et
- enfin de Lisieux, I, 153; IV, 281.
-
- Cossé-Brissac (famille de), IV, 204.
-
- Cotin (l'abbé Charles), I, 168.
-
- Coulanges (Philippe-Emmanuel de), II, 266, 420.
-
- Coulanges (Marie-Angélique du Gué, femme de Philippe-Emmanuel de),
- I, 56.
-
- Coulon (Jean), conseiller au parlement, III, 504.
-
- Coulon (Mme), fille de Claude Cornuel, femme de Jean Coulon,
- conseiller au parlement, I, 87.
-
- Coulon (Marie), femme de Nicolas Bautru, comte de Nogent. Voyez
- Nogent (Marie Coulon, femme de Nicolas Bautru, comte de).
-
- Courtaumer (Jeanne de Caumont, femme du marquis de Saint-Simon-).
- Voy. Saint-Simon-Courtaumer (Jeanne de Caumont, marquise de).
-
- Courtenay (Louis, prince de), père de Louis-Charles, II, 88; III,
- 404, 405; IV, 262.
-
- Courtenay (Louise-Chrétienne de Harlay, femme de Louis, prince
- de), II, 88; IV, 262.
-
- Courtenay (Louis-Charles, prince de), fils de Louis, II, 88; IV,
- 262.
-
- Courtenay (Marie de Lameth, 1re femme de Louis-Charles, prince
- de), IV, 262.
-
- Courtenay (Hélène de Besançon, 2e femme de Louis-Charles, prince
- de), IV, 262.
-
- Courtilz (Gatien des), II, 398; III, 412.
-
- Cousin (M. Victor), I, 143.
-
- Coypel (Antoine), peintre, IV, 227.
-
- Craff (Mylord René) ou Crofts, I, 39 et suiv., 218, 219, 230 et
- suiv., 237, 275.
-
- Cramail, Cramailles ou Carmain (Adrien de Montluc, prince de
- Chabanais, puis comte de), I, 300.
-
- Cramail (Jeanne de Montluc, comtesse de), femme de Charles
- d'Escoubleau de Sourdis, marquis d'Alluye. Voyez Sourdis (Jeanne
- de).
-
- Crenan (Pierre de Perrien, marquis de), IV, 145.
-
- Créqui (Madelaine de Bonne, femme de Charles Ier, premier maréchal
- de), grand'mère de Charles III de Créqui, II, 404.
-
- Créqui (Madeleine de), fille de Charles Ier de Créqui, femme de
- Nicolas de Neufville, maréchal, duc de Villeroy. Voy. Villeroy
- (Madeleine de Créqui, femme de Nicolas de Neufville, maréchal, duc
- de).
-
- Créqui (Charles-François de Bonne de), duc de Lesdiguières, fils
- du premier maréchal de Créqui, III, 215.
-
- Créqui (Anne de La Magdelaine de Ragny, 2e femme de
- Charles-François de Bonne de), III, 215.
-
- Créqui (Charles II de), seigneur de Ramboval, II, 286.
-
- Créqui (Charles III, duc de), fils de Charles III de Créqui, frère
- aîné du 2e maréchal, I, 6; II, 80, 109, 271, 273, 394.
-
- Créqui (Armande de Saint-Gelais Lusignan de Lansac, femme de
- Charles III, duc de), II, 80 et suiv., 91 et suiv., 106, 109, 380;
- III, 401; IV, 262, 263, 269, 278.
-
- Créqui (Madelaine de), fille de Charles III de Créqui, princesse
- de Tarente. Voy. Tarente (Madelaine de Créqui, femme de
- Charles-Belgique-Hollande de la Trémouille, duc de Thouars, prince
- de).
-
- Créqui (François, marquis de Marines, 2e maréchal de), 4e fils de
- Charles II de Créqui, I, 62; II, 404; III, 215, 496, 499 et suiv.,
- 508.
-
- Créqui (Catherine Rougé du Plessis-Bellière, femme du 2e maréchal
- de), III, 496.
-
- Créqui (François-Joseph, marquis de), fils aîné du 2e maréchal,
- III, 379, 495 et suiv., 508, 509.
-
- Créqui (Anne-Charlotte d'Aumont, femme du marquis François-Joseph
- de), III, 379, 496, 499 et suiv.
-
- Crevant (M. de), probablement un Crevant d'Humières, I, 315. Voy.
- Humières.
-
- Crofts (Mylord René) ou Craff. Voy. Craff.
-
- Croissy (Colbert de), IV, 179.
-
- Crussol (Catherine-Louise-Marie de), fille du duc d'Usez, femme du
- marquis de Barbezieux. Voy. Barbezieux (marquise de).
-
- Crussol (Julie-Françoise de), femme du duc d'Antin. Voy. Antin
- (duchesse d').
-
- Cusac (N... de Rotondis de Caheusac ou Cahusac, _dit_ de), frère
- de N... de Rotondis de Biscarras et du s{r} de Rotondis, II, 154.
-
-
- Dadien (Françoise), veuve de Gabriel de Machault, 2e femme de
- Claude Cornuel, I, 87.
-
- Daillon (Jean de). Voy. Lude (du).
-
- Dampierre (Marie Fourré de), I, 213.
-
- Daquin, médecin, III, 127, 128; IV, 151.
-
- Darcy. Voy. Arcy (d').
-
- Dauphin (Louis, fils de Louis XIV, _dit_ le 1er), II, 421 et
- suiv.; III, 54, 163, 177, 178, 182, 185 à 204, 471, 493 et suiv.;
- IV, 130, 136 et suiv., 224, 274, 275.
-
- Dauphine (Marie-Anne-Christine-Victoire de Bavière, femme de
- Louis, dauphin de France, fils de Louis XIV), II, 465; III, 54,
- 55, 186 et suiv., 471, 494 et suiv., 508; IV, 151, 274.
-
- Dauvet (Louise-Diane), femme de Jeannin de Castille, marquis de
- Montjeu. Voy. Jeannin de Castille, marquis de Montjeu
- (Louise-Diane Dauvet, femme de Gaspard).
-
- Deffita (M.). Voy. Effita (M. d').
-
- Delorme (Marion). Voyez Marion Delorme.
-
- Delorme (Charles), médecin, IV, 72.
-
- Deodatus, sobriquet de Louis XIV. Voy. Louis XIV.
-
- Descartes (René), III, 46.
-
- Deschiens (financier), II, 420.
-
- Deschiens (Marie-Angélique du Liscouet, femme d'Antoine-Arthur),
- II, 420.
-
- Desfonandrès, surnom de Desfougerais ou Desfougerets dans Molière.
- Voy. Desfougerais.
-
- Desfontaines (?), II, 109.
-
- Desfougerais ou Desfougerets, I, 198, 201.
-
- Deshoulières (Antoinette du Ligier de La Garde, madame), I, 58.
-
- Despréaux (Nicolas Boileau). Voy. Boileau.
-
- Digby (Georges Kenelm, lord), comte de Bristol, I, 204, 205, 218,
- 221, 222 et suiv., 229 et suiv., 258.
-
- Digby (lady Anne, 2e fille de François, comte de Bedford, femme de
- lord), I, 218, 219.
-
- Digby (Anne), fille de Kenelm Digby et femme de Robert Spencer.
- Voy. Spencer (Robert), comte de Southerland.
-
- Dieudonné, surnom de Louis XIV, I, 218.
-
- Dognon (Louis de Foucault, comte du), maréchal de France. Voyez
- Foucault (le maréchal).
-
- Donna Anna, c'est-à-dire Anne d'Autriche. Voyez Anne d'Autriche.
-
- Douzenceau (Nicolas Viole). Voy. Viole (Nicolas).
-
- Dreux (Joachim de), conseiller au grand Conseil, III, 340.
-
- Dubois (Jacques), _dit_ Sylvius, II, 124.
-
- Duchallard, capitaine de vaisseau, commandant le _Content_, IV,
- 177.
-
- Dumas (Alexandre), I, 143.
-
- Dubail, du Bail ou d'Ubail, III, 254.
-
- Du Mesnil (madame), III, 230 et suiv.
-
- Dumeter (le P.), III, 71.
-
- Dupré, marchand d'orviétan, II, 421.
-
- Dupré, joueur, III, 334, 336.
-
- Dupré (Madelon), courtisane, II, 448, 450, 451.
-
- Duras (Jacques-Henri de Durasfort, duc et maréchal de), IV, 203.
-
- Duras (Marguerite-Félice de Levis Ventadour, femme de
- Jacques-Henri, maréchal de), IV, 203.
-
- Durasfort (Jacques-Henri de), duc et maréchal de Duras. Voy. Duras
- (Jacques-Henri, duc et maréchal de).
-
- Durasfort (Guy de), duc et maréchal de Lorge. Voy. Lorge (Guy de
- Durasfort, duc et maréchal de).
-
- Durtal (comte de). Voy. La Roche-Guyon (Roger du Plessis, duc de),
- seigneur de Liancourt, comte de Durtal.
-
- Duryer, cabaretière à Saint-Cloud, I, 199; II, 416.
-
- Duval, valet de pied de la princesse de Condé, I, 240.
-
- Duverger (le P.), III, 73.
-
-
- Ecquevilly (Marie-Madelaine de Chambes de Montsoreau, femme de
- Louis-Anne Dauvet, comte d'), I, 199.
-
- Edouard de Bavière, comte Palatin du Rhin. Voy. Bavière (Edouard
- de), comte palatin.
-
- Effiat (Martin Ruzé, marquis d'), II, 406.
-
- Effiat (Isabelle Escoubleau de Sourdis, femme de Martin Ruzé,
- seigneur d'), II, 406.
-
- Effiat (Antoine Coiffier _dit_ Ruzé, marquis d'), neveu de Cinq
- Mars, premier écuyer de Monsieur, frère de Louis XIV, I, 8; II,
- 406 à 413; III, 309, 312.
-
- Effita (M. d'), II, 140; III, 362.
-
- Elbène (Guy, comte d'), III, 440.
-
- Elbeuf (Charles III de Lorraine, prince d'Harcourt, puis duc d'),
- I, 139, 328; II, 346.
-
- Elbeuf (Anne-Elisabeth de Launoy, femme du précédent duc d'), II,
- 79.
-
- Elbeuf (Marie-Marguerite-Ignace de Lorraine, soeur de Charles III,
- duc d'Elbeuf, _dite_ mademoiselle d'), I, 303.
-
- Elbeuf (Anne-Elisabeth de Lorraine d'), femme du prince de
- Vaudemont. Voy. Vaudemont (Anne-Elisabeth de Lorraine d'Elbeuf,
- femme de Charles-Henri, légitimé de Lorraine, prince de), IV, 231.
-
- Elisabeth (la reine) d'Angleterre, I, 228.
-
- Empereur d'Allemagne (Léopold I), II, 197, 200. Voy. aussi
- Ferdinand III.
-
- Enguien (le duc), fils du grand Condé, I, 149, 182. Voy. Condé
- (Henri-Jules, prince de).
-
- Epinoy (princesse d'). Voy. Espinoy (princesse d').
-
- Ep... ou Esp... [chercher Esp...]
-
- Erizzo, ambassadeur de Venise, IV, 128, 215. N. B. p. 128, lire
- Erizzo au lieu de Frizzo.
-
- Erizzo (... femme de M.), ambassadeur de Venise, IV, 215, 216.
-
- Erizzo (Louise), fille de l'ambassadeur de Venise, IV, 216.
-
- Erlaut (Samuel de Bechilon, sieur d'). Voy. Bechilon (Samuel de).
-
- Escoubleau de Sourdis. Voy. Sourdis.
-
- Esguilly-Vassé (René d'), I, 115. Voy. Vassé.
-
- Esmery (Particelli d'), I, 294.
-
- Espagny (Maximilien Gouffier, marquis d'), II, 351.
-
- Espagny (Honoré Gouffier, abbé de Valseri, _dit_ l'abbé d'), II,
- 351.
-
- Espernon (hôtel d'), III, 499.
-
- Espernon (Bernard de Nogaret de La Valette et de Foix, duc d'), I,
- 12, 30, 62; II, 131; III, 70, 71, 475.
-
- Espernon (Gabrielle-Angélique, fille légitimée d'Henri IV,
- duchesse d'), I, 12.
-
- Espernon (mademoiselle d'), fille du duc, soeur de Candale, I,
- 147, 148.
-
- Espinay Saint-Luc (Renée d'), marquise de Beuvron, I, 8.
-
- Espinay Saint-Luc (Louis d'), comte d'Estelan ou Etelan. Voy.
- Estelan (comte d').
-
- Espinchal (Charles-Gaspard d'), I, 315.
-
- Espinoy (Jeanne-Pélagie de Rohan-Chabot, 2e femme d'Alexandre
- Guillaume de Melun, prince d'), III, 49; IV, 270.
-
- Espinoy (Thérèse de Lorraine, fille de François de Lorraine, comte
- de Lislebonne, femme de Louis et bru d'Alexandre-Guillaume de
- Melun, prince d'), III, 198.
-
- Este (Marie-Béatrix-Eléonore d'), reine d'Angleterre, 2e femme de
- Jacques II, IV, 216.
-
- Estelan (Louis d'Espinay Saint-Luc, comte d'), I, 8.
-
- Estève (le P.), jésuite prédicateur, I, 65.
-
- Estissac (François de la Rochefoucauld, 1er marquis d'), parrain
- de Mme de Maintenon, III.
-
- Estoublon (Jacques de Grille, marquis d'), I, 256.
-
- Estrades (Godefroy, comte d'), ambassadeur de France à Londres,
- II, 42, 72.
-
- Estrées (Antoine d'), père du maréchal, I, 244.
-
- Estrées (Françoise Babou de la Bourdaisière, femme d'Antoine d'),
- mère du maréchal d'Estrées, III, 252.
-
- Estrées (François-Annibal d'), marquis de Coeuvres, maréchal de
- France, frère de Gabrielle d'Estrées, I, 151, 244, 315; II, 354;
- III, 218, 251, 252, 350.
-
- Estrées (Marie de Béthune-Charrost, 1re femme du maréchal d'),
- III, 252.
-
- Estrées (Anne-Habert de Montmort, 2e femme du maréchal d'), III,
- 252.
-
- Estrées (Gabrielle de Longueval, fille d'Achille de Manicamp, 3e
- femme du maréchal d'), I, 69, 151; III, 252, 253, 349, 350.
-
- Estrées (Jean, comte d'), 2e fils du maréchal François-Annibal
- d'Estrées, I, 244, 245.
-
- Estrées (César d'), d'abord évêque de Laon, puis cardinal, 3e fils
- de François-Annibal d'Estrées, I, 244, 245; II, 344, 345; III, 254
- et suiv.; IV, 216.
-
- Estrées (Gabrielle d'), 4e fille d'Antoine d'Estrées, I, 151, 294;
- III, 252.
-
- Estrées (Julienne-Hyppolyte d'), femme de Georges de Brancas,
- marquis, puis duc de Villars, 5e fille d'Antoine d'Estrées, I, 56;
- II, 345.
-
- Etampes de Valençay (Eléonor d'), archevêque de Reims, I, 220.
-
- Etampes de Valençay (Charlotte d'), madame de Puysieux. Voy.
- Puysieux (madame de).
-
- Etampes de Valençay (le cardinal Achille d'). Voy. Valençay (le
- cardinal Achille d'Etampes de).
-
- Eugène (le prince) de Savoie. Voy. Savoie (le prince Eugène de).
-
- Evrard (Perpète), peintre, III, 312.
-
-
- Fagon (Guy Crescent), médecin, III, 150; IV, 151, 161 et suiv.,
- 210 et suiv.
-
- Fargis (famille d'Angennes du), III, 135.
-
- Fargues, frondeur, I, 65.
-
- Farsam (mademoiselle de Keroualle, comtesse de). Voy. Keroualles
- (mademoiselle de).
-
- Faure (le P. François), évêque d'Amiens, I, 228.
-
- Favin ou plutôt Favier (M. du Boulai-). Voy. Boulai-Favin (M. du).
-
- Félix, chirurgien, III, 150.
-
- Fénelon (François de Salignac de La Motte-), IV, 183, 184.
-
- Ferdinand III, empereur d'Allemagne, IV, 200.
-
- Ferrier (Jérémie), ministre protestant, I, 410; III, 137.
-
- Fervaques (Guillaume, seigneur de), maréchal de France, III, 230,
- 238.
-
- Fervaques (le marquis de), fils de Noel Bullion, seigneur de
- Bonnelle, I, 83; III, 302 et suiv., 392 et suiv.
-
- Feuquières (Isaac de Pas, marquis de), I, 137.
-
- Feuquières (Anne-Louise de Gramont, femme d'Isaac de Pas, marquis
- de), I, 263.
-
- Feuquières de Salins (madame de), I, 100.
-
- Feydeau (Marie), femme de Timoléon de Daillon du Lude, gouverneur
- de Gaston d'Orléans. Voy. Lude (du).
-
- Fiennes (mademoiselle de Fruges, de la maison de Fiennes, femme de
- Henri Garnier, comte des Chapelles, dont elle ne porta jamais le
- nom, gardant celui de), I, 111, 112, 413; III, 310.
-
- Fiesque (Anne Le Veneur, comtesse de), mère de Charles-Léon et
- belle-mère de Gilonne d'Harcourt, I, 149, 403.
-
- Fiesque (Charles-Léon, comte de), I, 52, 121.
-
- Fiesque (Charles-Léon, comte de), III, 210, 306.
-
- Fiesque (Gilonne d'Harcourt, marquise de Piennes, puis comtesse
- de), _dite_ aussi la Reine Gillette, I, 9, 32, 49 et suiv., 70,
- 83, 120, 121, 123, 130, 149, 265, 300, 328, 330, 414; II, 181;
- III, 210, 240, 306, 473.
-
- Fiesque (Jean-Louis-Marie, comte de), fils de Charles-Léon, comte
- de Fiesque, I, 52; III, 210 et suiv., 244 et suiv., 306 et suiv.
-
- Fiesque (François, chevalier de), I, 148.
-
- Fieubet (Gaspard I de), baron de Launac, trésorier de l'Epargne,
- père de Gaspard de Fieubet, chancelier de la reine Anne
- d'Autriche, I, 206.
-
- Fieubet (Claude Ardier, femme du trésorier de l'Epargne Gaspard I
- de), I, 206.
-
- Fieubet (Gaspard II de), chancelier de la reine Marie-Thérèse, I,
- 206.
-
- Fieubet (Marie Ardier, femme de Gaspard II de), I, 206.
-
- Fieubet (Claude de), femme de Jeannin, I, 206.
-
- Filastre (la), IV, 283.
-
- Fleuri (marquis de), II, 350, 351.
-
- Florence, une des femmes de madame de Bagneux, II, 322 et suiv.
-
- Foix (Henri-François de Foix de Candale, duc de), II, 447, 448,
- 450.
-
- Foix (Marie-Charlotte de Roquelaure, femme du duc de), II, 448,
- 449, 450.
-
- Fontaine-Martel (marquis de), père du comte de Clère et du marquis
- d'Arcy, I, 325.
-
- Fontaine-Martel (N... de Bordeaux, femme du marquis de), I, 182.
-
- Fontanges (Marie-Angélique de Scorailles, duchesse de), I, 72,
- 218; II, 459 et suiv.; III, 3 à 58, 66, 146, 175; IV, 264 à 272,
- 276 à 283, 287, 288.
-
- Fontenay (M. de), I, 315.
-
- Forbin-Janson (Gaspard de), père du chevalier de Forbin, II, 397.
-
- Forbin-Janson (Claire de Libertat, femme de Gaspard, marquis de),
- II, 397.
-
- Forbin, marquis de Janson (Laurent de), gouverneur d'Antibes,
- frère aîné du chevalier, II, 397.
-
- Forbin (Melchior, chevalier de), I, 296; II, 397, 398.
-
- Forbin-Janson (le cardinal de), évêque de Beauvais, le plus jeune
- frère du chevalier, II, 397.
-
- Fosseuse (le chevalier de), II, 288-333.
-
- Fosseuse (mademoiselle de), fille d'honneur de la reine, II, 288.
-
- Foucault (Louis, comte du Dognon, maréchal), I, 213, 300, 412.
-
- Foucault (Marie Fourré et non Foussé de Dampierre, femme du
- maréchal), I, 213.
-
- Foucault (Louise-Marie), femme de Michel II de Castelnau. Voy.
- Castelnau (Louise-Marie Foucault, femme de Michel II de
- Castelnau).
-
- Fougeray (Claude de Sainte-Maure, seigneur du). Voy. Sainte-Maure
- (Claude de).
-
- Fouilleuse ou Fouilleux (M. de), I, 298.
-
- Fouilloux (Benigne de Meaux du), marquise d'Alluye. Voy. Alluye
- (Benigne de Meaux du Fouilloux, marquise d').
-
- Fouquet (Marie de Meaupou, femme de François), mère du
- surintendant et de l'abbé, I, 262; III, 125.
-
- Fouquet (Nicolas), surintendant des finances, I, IX, 25, 70, 145,
- 148, 230 et suiv., 243; II, 47, 355, 356, 399; III, 496; IV, 151,
- 285.
-
- Fouquet (Basile), abbé de Barbeaux et de Rigny, frère du
- surintendant, I, 65, 77, 142 et suiv., 205, 206, 216 et suiv.,
- 230 et suiv., 265 et suiv., 405.
-
- Fourré [et non Foussé] de Dampierre. Voy. Foucault (maréchale).
-
- Foussé (Marie Fourré et non) de Dampierre, femme du maréchal
- Foucault, comte du Dognon. Voyez Foucault (maréchale).
-
- Fromenteau. Voy. La Vauguyon.
-
- François de Paule (Saint), III, 200.
-
- François II, duc de Bretagne, I, 252.
-
- Frontenac (Anne de La Grange, d'abord mademoiselle de Neuville,
- femme de Louis de Buade, comte de Palluau et de), I, 52.
-
- Froulay (le comte Charles de), I, 306, 316; II, 81.
-
- Froulay (Marguerite de Beaudean, femme de Charles, comte de), II,
- 81.
-
- Froulay (Louis, comte de), fils de Charles de Froulay et
- Marguerite de Beaudean, II, 79, 81, 82.
-
-
- Gabrielle d'Estrées. Voyez Estrées (Gabrielle d').
-
- Galerande (Clermont de). Voy. Clermont (maison de).
-
- Galles (Charles, prince de), fils de Charles Ier, II, 200. Voy.
- Charles II.
-
- Ganges (Anne-Elisabeth de Rassan, veuve du marquis de Castellane,
- puis marquise de), I, 30, 35.
-
- Garnier (Mathieu), II, 337, 339.
-
- Garnier (le chevalier), II, 31, 50.
-
- Garnier (Suzanne), femme de Charles de Brancas. Voy. Brancas
- (Suzanne Garnier, madame de).
-
- Garnier (Françoise), femme de M. d'Oradour. Voy. Oradour (d').
-
- Garnier (Madelaine), femme de M. d'Orgères et ensuite de Molé de
- Champlatreux. Voy. Molé de Champlatreux et Orgères.
-
- Gassendi (Pierre), le philosophe, III, 46.
-
- Gaston d'Orléans, voy. Orléans (Gaston duc d').
-
- Gatien des Courtilz, Voy. Courtilz (Gatien des).
-
- Gendarme, garde du maréchal de Grancey, III, 233 et suiv.
-
- Gerniou, ou plutôt Jarnioux (François Henry, sieur de), I, 410.
-
- Gersay. Voy. Jarzay.
-
- Gesvres (Léon Potier, marquis, puis duc de), I, 75; III, 119.
-
- Gesvres (Bernard-François Potier, duc de), fils de Léon, III, 449.
-
- Gesvres (Marie-Madelaine-Louise de Seiglière de Boisfranc, femme
- de Bernard-François, duc de), III, 449, 450.
-
- Gillette (la Reine), nom _précieux_ de madame de Fiesque. Voyez
- Fiesque (comtesse de).
-
- Gillier de Puygarreau [et non Puygarrou], marquis de Clérambault
- (René). Voy. Clérambault (marquis de).
-
- Girard (Charles), seigneur du Tillet. Voy. Tillet (du).
-
- Giraud (Catherine), femme de Charles-François d'Angennes, marquis
- de Maintenon. Voy. Maintenon (Catherine Giraud, femme de
- Charles-François d'Angennes, marquis de Maintenon).
-
- Glay de la Cotardaie (Gabrielle), femme de Jean François, marquis
- de La Valière, II, 44, 45.
-
- Gobelin (l'abbé), III, 137.
-
- Godeau (Antoine), évêque de Vence et de Grasse, III, 171.
-
- Godet Desmarets (Paul), évêque de Chartres, III, 137.
-
- Goello (François de Bretagne, baron d'Avaugour, comte de Bretagne
- et de), I, 252.
-
- Gondran (Thomas Galant, sieur de Frierges et de), I, 318.
-
- Gondran (Charlotte Bigot, femme de Thomas Galant, sieur de
- Frierges et de), I, 318.
-
- Gondy (Paul de). Voyez Retz (cardinal de).
-
- Gondy de Retz (Paule-Marguerite-Françoise de), duchesse de
- Lesdiguières. Voy. Lesdiguières (duchesse de).
-
- Gontier (Jean-Baptiste), président en la chambre des comptes, II,
- 473.
-
- Gonzague-Clèves (Charles de), duc de Nevers, I, 226.
-
- Gonzague (Marie de), femme de Jean Casimir, roi de Pologne, II,
- 173.
-
- Gonzague (Anne de), femme d'Edouard de Bavière, prince palatin.
- Voy. Bavière (Anne de Gonzague, femme d'Edouard de).
-
- Gonzalve de Cordoue. Voy. Cordoue (Gonzalve de).
-
- Gordon ou Gourdon. Voy. Gourdon.
-
- Gouffier (Artus ou Arthur), marquis de Boissy. Voy. Boissy.
-
- Gouffier (Artus), duc de Roannez avant La Feuillade, II, 400, 401;
- IV, 267.
-
- Gouffier (Charlotte), duchesse de La Feuillade. Voy. La Feuillade.
-
- Goujon (Mathieu), sergent à verge, III, 71.
-
- Goulas (... de La Mothe, sieur de), I, 220.
-
- Gourdon (duc de), I, 297.
-
- Gourdon (Georges), marquis de Huntley, I, 296.
-
- Gourdon (John), I, 296.
-
- Gourdon (chevalier de), I, 296.
-
- Gourdon (mademoiselle de), I, 295 et suiv.
-
- Gourville (Jean Hérault de), I, 182, 215, 232, 271, 294.
-
- Gouville (Lucie de Cotentin de Tourville, femme de Michel
- d'Argouges, sieur de), I, 20, 154, 320.
-
- Grammont ou Gramont. Voy. Gramont.
-
- Gramont (Antoine II, comte de), I, 135.
-
- Gramont (Louise de Roquelaure, 1re femme de Antoine II, comte de),
- I, 135.
-
- Gramont (Claude de Montmorency-Boutteville, 2e femme de Antoine
- II, comte de), I, 135.
-
- Gramont (Suzanne-Charlotte de), femme de Henry Mitte de Miolans,
- marquis de Saint-Chaumont, fille de Antoine II, comte de Gramont.
- Voy. Saint-Chaumont (marquise de).
-
- Gramont (Philibert, chevalier, puis comte de), fils d'Antoine II,
- comte de Gramont et frère du maréchal Antoine III de Gramont et de
- la marquise de Saint-Chaumont,--d'abord connu sous le nom
- d'Andoins, I, 49 et suiv., 69, 149, 267, 293; II, 341.
-
- Gramont (Elisabeth Hamilton, femme de Philibert, chevalier, puis
- comte de), I, 50.
-
- Gramont (Antoine III, duc de), maréchal de France, I, 49, 62, 68,
- 135 et suiv., 263; II, 35, 73, 79, 177, 178, 185, 375, 391; III,
- 351.
-
- Gramont (Françoise-Marguerite du Plessis-Chivray, 1re femme du
- maréchal Antoine III de), I, 136, 245.
-
- Gramont (Armand de), comte de Guiche, fils aîné du maréchal
- Antoine III, duc de Gramont. Voy. Guiche (comte de).
-
- Gramont (Antoine-Charles, comte de Louvigny, puis duc de), fils
- d'Antoine III, duc de Gramont et frère du comte de Guiche et de la
- duchesse de Valentinois, I, 136; III, 348 et suiv.
-
- Gramont (Marie-Charlotte de Castelnau, duchesse de), femme
- d'Antoine-Charles, I, 136; III, 348, 350.
-
- Gramont (Catherine-Charlotte de), femme de Louis de Grimaldi, duc
- de Valentinois et prince de Monaco, fille d'Antoine III, duc de
- Gramont. Voy. Valentinois (duchesse de).
-
- Grancey (Pierre Rouxel de), père du maréchal, III, 230.
-
- Grancey (Charlotte de Hautemer, fille du maréchal de Fervaques,
- femme de Pierre, comte de), III, 230, 238.
-
- Grancey (Jacques III Rouxel, comte de), maréchal de France, I,
- 151; III, 230 et suiv., 432.
-
- Grancey (Catherine de Mouchy, 1re femme de Jacques Rouxel,
- maréchal de), III, 230.
-
- Grancey (Charlotte de Mornay de Villarceaux, 2e femme de Jacques
- Rouxel, maréchal de), I, 113, 151; III, 230, 234.
-
- Grancey (Louise-Elisabeth, dite madame de), 16e enfant du maréchal
- Jacques III de Grancey, née de Charlotte de Mornay-Villarceaux, sa
- 2e femme, III, 239, 432, 433.
-
- Grancey (Hardouin de), abbé de Rebec, etc., III, 433.
-
- Grandseigne (Diane de), femme de Gabriel, marquis de Mortemart.
- Voy. Mortemart (Diane de Granseigne, marquise de).
-
- Grignan (François Adhémar de Monteil, comte de), IV, 177.
-
- Grignan (Françoise-Marguerite de Sévigné, femme de
- François-Adhémar de Monteil, comte de), I, 141; III, 240.
-
- Grimaldi (Louis), prince de Monaco, duc de Valentinois. Voir
- Monaco et Valentinois.
-
- Grimaud (Marie de La Baume de Montrevel, femme d'Esprit Alard
- d'Esplan, marquis de), I, 412, 413.
-
- Grimoard de Beauvoir (Louis-Pierre Scipion de), père de Louis
- Scipion III de Grimoard de Beauvoir, comte du Roure, III, 186.
-
- Grimoard de Beauvoir (Claude-Marie du Gast, _dite_ mademoiselle
- d'Artigny, femme de Louis-Pierre Scipion), mère de Louis Scipion
- III de Grimoard de Beauvoir, comte du Roure, II, 91, 109; III,
- 186.
-
- Grimoard de Beauvoir (Louis Scipion III de), comte du Roure. Voy.
- Roure (Louis Scipion III de Grimoard de Beauvoir, comte du).
-
- Guebriant (Renée du Bec Crespin, de Vardes, marquise de), I, 271.
-
- Guémené (Louis, prince de), fils du duc Hercule de Rohan-Guémené,
- duc de Montbazon, père de Charles de Rohan, duc de Montbazon qui
- épousa Jeanne de Schomberg, I, 207, 209; III, 505 et suiv.
-
- Guémené (Anne de Rohan, princesse de Guémené, cousine germaine et
- femme de Louis de Rohan, prince de), I, 232; III, 505.
-
- Guémené (Charles, prince de), fils de Charles de Rohan, duc de
- Montbazon et de Jeanne-Armande de Schomberg, et petit-fils de
- Louis VII de Guémené, III, 505, 506.
-
- Guémené. Voy. aussi: 1º Montauban, 2º Montbazon, 3º Rohan.
-
- Guénégaud (Henri du Plessis-). Voy. Plessis-Guénégaud (Henri du).
-
- Guénégaud, trésorier de l'Epargne (Gabriel de), frère d'Henri du
- Plessis-Guénégaud, secrétaire d'Etat, II, 414.
-
- Guercheville (marquisat de) Voy. La Roche-Guyon (duc de), I, 141.
-
- Guerchy (Marguerite du Regnier de Guerchy, _dite_ mademoiselle
- de), fille de Claude du Regnier, baron de Guerchy, et de Lucie de
- Brichanteau, I, 24, 155, 158, 403.
-
- Guiche (Armand de Gramont, comte de), I, 62 et suiv., 69, 70, 74,
- 111, 136, 154, 232, 233, 263, 266 et suiv., 302, 313, 318, 321,
- 339; II, 35, 36, 40, 61 et suiv., 73, 78, 79, 91, 92, 102, 145 et
- suiv., 391 et suiv., 400, 401; III, 351; IV, 249, 251, 262, 263.
-
- Guiche (Louise-Marguerite-Suzanne de Béthune, comtesse de), puis
- duchesse du Lude, I, 66, 295; II, 35, 78, 79. Voyez Lude
- (Marguerite-Louise de Béthune-Sully, veuve du comte de Guiche,
- puis duchesse du).
-
- Guillemette, surnom de madame de Maintenon, III, 76.
-
- Guilloire, secrétaire des commandements de mademoiselle de
- Montpensier, II, 266.
-
- Guise (Henri II de Lorraine), archevêque de Reims, puis duc de
- Guise, petit-fils de Henri I de Lorraine, duc de Guise le Balafré,
- I, 35, 155, 185, 188, 226, 228, 300, 403, 405; II, 93, 107.
-
- Guise (Honorée de Glimes de Grimberghe, veuve d'Albert Maximilien
- de Hennin, comte de Bossu ou Boussu, femme ou (par arrêt du
- parlement) maîtresse de Henri II de Lorraine, duc de), I, 300.
-
- Guise (Marie de Lorraine, _dite_ mademoiselle de), fille de
- Charles de Lorraine et soeur du duc Henri II, I, 415.
-
- Guise (Louis-Joseph de Lorraine, duc de), II, 271, 274.
-
- Guitaut (François de Pechpeyrou ou Puypeyrou-Comminges, comte de),
- père de Guillaume, qui suit, I, 152.
-
- Guitaut (Guillaume de Pechpeyrou ou Puypeyrou-Comminges, comte
- de), I, 73 et suiv., 95, 96, 152, 411, 414.
-
- Guitaut (Jeanne de La Grange, 1re femme de Guillaume de Pechpeyrou
- ou Puypeyrou, comte de), I, 73.
-
- Guitry (Guy de Chaumont, marquis de), II, 271, 273, 412, 458; IV,
- 26.
-
- Guyon (Jeanne Bouvier de la Motte, madame), IV, 183, 184.
-
-
- Habert de Montmort (Anne), 2e femme du maréchal d'Estrées. Voy.
- Estrées (Anne Habert de Montmort, 2e femme du maréchal d').
-
- Habert de Montmort (Anne-Louise), femme de M. de Bertillac fils.
- Voy. Bertillac (madame de).
-
- Habert (Pierre), évêque de Cahors, I, 186.
-
- Hamilton (les), I, 296.
-
- Hamilton (Elisabeth), femme du chevalier, puis comte de Gramont,
- I, 50.
-
- Harcourt (d'), marquis de Beuvron. Voy. Beuvron (d'Harcourt,
- marquis de).
-
- Harcourt (Anne d'Ornano, femme de François de Lorraine, prince
- d'), mère de Alphonse-Henri-Charles qui suit, I, 408.
-
- Harcourt (Alphonse-Henri-Charles de Lorraine, prince d'), puis duc
- d'Elbeuf, I, 139.
-
- Harcourt (Marie-Louise-Christine Jeannin de Castille, dame de
- Moutiers, femme de Anne-Marie-Joseph de Lorraine, duc d'Harcourt,
- fils d'Alphonse-Henri-Charles, duc d'), I, 24.
-
- Harcourt (Henri de Lorraine, comte d'), _dit_ Cadet la Perle, IV,
- 145.
-
- Harlay (Philippe de), comte de Césy. Voy. Césy (comte de).
-
- Harlay de Champvallon, (François), archevêque de Rouen, puis de
- Paris, I, 63, 64, 306; II, 266; III, 188; IV, 155 et suiv., 180 et
- suiv.
-
- Harlay (Lucrèce-Chrétienne de), femme du prince Louis de
- Courtenay. Voy. Courtenay (Louise-Chrétienne de Harlay, princesse
- de).
-
- Hautefort (famille d'), II, 420.
-
- Hautefort (Jacques-François, marquis d'), frère de la maréchale de
- Schomberg, I, 315.
-
- Hautefort (Marie d'), plus tard maréchale de Schomberg, I, 197.
-
- Hautefort (Surville, cadet d'). Voy. Surville.
-
- Hautemer (Charlotte de), femme de Pierre, comte de Grancey, fille
- du maréchal de Fervaques. Voy. Grancey (Charlotte de Hautemer,
- femme de Pierre, comte de).
-
- Hébert (madame), femme de chambre de Marie de Médicis, I, 253.
-
- Hecquetot (François de Beuvron d'), I, 199.
-
- Henri III, roi de France, IV, 279.
-
- Henri IV (le roi), I, 135, 189; II, 29, 61, 361; III, 70, 252,
- 423; IV, 80, 143.
-
- Henri, légitimé de France, évêque de Metz, I, 294.
-
- Henriette de France, reine d'Angleterre, I, 257; II, 64, 70, 200;
- IV, 231.
-
- Henriette d'Angleterre, femme du duc d'Orléans, Voy. Orléans
- (Henriette, duchesse d').
-
- Henry (François), sieur de Gerniou ou mieux Jarnioux. Voy.
- Gerniou.
-
- Henry (Catherine), femme, 1º de Ferrier, fils du ministre
- protestant, 2º du conseiller Menardeau, sieur de Champré. Voy.
- Champré (madame de).
-
- Hercule (le P.), I, 12.
-
- Héroart (Jean), médecin de Louis XIII, IV, 187.
-
- Hérodote, IV, 69.
-
- Hervey (le chevalier), I, 258.
-
- Hervey (madame), soeur de lord Montaigu, I, 258.
-
- Hervieux (Laurent Arvio, _dit_ le chevalier d'Arvieux ou d'), III,
- 369 et suiv.
-
- Heudicourt (Michel Sublet, marquis d'), grand louvetier, I, 185,
- 212; IV, 137.
-
- Heudicourt (Bonne de Pons, femme de Sublet d'), I, 185, 217.
-
- Hippolyte (de Pommereuil), Voy. Pommereuil (Hippolyte de).
-
- Hocquetot ou Hecquetot. Voy. Hecquetot.
-
- Hocquincourt (Charles de Mouchy, maréchal, d'), I, 12, 68, 69,
- 208, 234 et suiv., 242, 248 et suiv.
-
- Holland (comte de), I, 144.
-
- Hopital (? François de l'), I, 315.
-
- Humières (Louis Crevant III, marquis d'), père du 1er duc, Louis,
- maréchal d'Humières, II, 74.
-
- Humières (Isabeau Phelippeaux, femme de Louis Crevant III, marquis
- d'), mère du maréchal duc, II, 74, 75.
-
- Humières (Louis de Crevant, maréchal duc d'), I, 315, 316; II, 72,
- 74.
-
- Humières (Louise-Antoinette-Thérèse de La Chatre, femme du
- maréchal duc d'), II, 72, 74, 75.
-
- Huntley (Georges Gourdon, marquis de). Voy. Gourdon (Georges).
-
- Hurault de Chiverny (Cécile-Elisabeth), marquise de Monglas. Voy.
- Monglas (marquise de).
-
- Hyacinthe (? Rigaud), peintre. Voy. Rigaud (Hyacinthe).
-
- Hyde de Clarendon (Anne), duchesse d'Yorck. Voy. Yorck (duchesse
- d').
-
-
- Innocent XI (le Pape), I, 281.
-
- Isigny (François de Brecey, seigneur d'), II, 340.
-
- Isle (N..., comte de l'), I, 326.
-
- Isle (N..., vicomte de l'), I, 326.
-
- Isle (N..., femme de N..., vicomte de l'), I, 326 et suiv., 410.
-
- Ivry (Claude Bosc, seigneur d'). Voy. Bosc (Claude), seigneur
- d'Ivry.
-
- Ivry (N... d'), I, 36, 39, 40.
-
-
- Jacques II, roi d'Angleterre, I, 283 et suiv.; IV, 216.
-
- Jacques II (Marie-Béatrix-Eléonore d'Este, 2e femme de), Voy. Este
- (Marie-Béatrix-Eléonore d'), reine d'Angleterre.
-
- Janin. Voyez Jeannin de Castille.
-
- Jars (François de Rochechouart, commandeur de Lagny-le-Sec, de
- l'ordre de Malte, _dit_ le commandeur de), I, 404.
-
- Jarzay (René du Plessis de la Roche-Pichemer, marquis de), I, 13,
- 62, 74 et suiv., 115, 139, 154, 271; II, 106.
-
- Jarzay (Marie-Urbain-René du Plessis de la Roche-Pichemer, marquis
- de), fils de René, marquis de Jarzay, IV, 288.
-
- Jarzay (Anne-Thérèse de Goury, femme du précédent marquis de), II,
- 106; IV, 288.
-
- Jean Casimir, roi de Pologne, II, 173, 174.
-
- Jeanne (la mère), carmélite, soeur du chancelier Seguier. Voyez
- Seguier (Jeanne).
-
- Jeannin (le président Pierre), I, 24, 148.
-
- Jeannin de Castille (Nicolas), trésorier de l'Epargne, I, 23, 24
- et suiv., 148, 149, 206, 274, 303, 404; II, 341, 414.
-
- Jeannin de Castille (Claude de Fieubet, femme de Nicolas), I, 206.
-
- Jeannin de Castille (Gaspard), marquis de Montjeu, fils de
- Nicolas, I, 149.
-
- Jeannin de Castille, marquise de Montjeu (Louise-Diane Dauvet des
- Marets, femme de Gaspard), I, 149.
-
- Jeannin (Nicolas II), petit-fils de Pierre Jeannin, II, 341, 342,
- 353.
-
- Joyeuse (Louis de Lorraine, duc de), I, 404.
-
- Joyeuse (valet de chambre du Dauphin), III, 494.
-
-
- Keroualles (mademoiselle de), duchesse d'Aubigny, baronne de
- Petersfield, comtesse de Farsam, duchesse de Porstmouth, I, 226,
- 238.
-
-
- La Barre (Jean de), président au Parlement, I, 410.
-
- La Barre (Marie Barin de la Galissonnière, veuve du président de),
- femme d'Isaac Arnauld. Voyez Arnauld (Marie Barin de la
- Galissonnière, femme d'Isaac).
-
- La Barte (Jean de) ou La Barthe, maréchal des logis des gendarmes
- du duc d'Épernon, I, 20.
-
- La Baume (Catherine de Bonne, comtesse de Tallart, M{ise} de), I,
- IX, 30.
-
- La Baume Le Blanc (famille de), II, 27.
-
- La Baume Le Blanc (Jean-Michel de), de La Valière, II, 28.
-
- La Baume Le Blanc (Laurent de), seigneur de La Valière. Voy. La
- Valière.
-
- La Baume Le Blanc (Guillaume de), de La Vallière, évêque de
- Nantes, III, 52, 53.
-
- La Baume Le Blanc (Louise), femme de François de Beauvau. Voy.
- Beauvau (Louise de La Baume Le Blanc, femme de François de).
-
- La Bazinière (Macé Bertrand, sieur de), I, 25, 293, 295; II, 415.
-
- La Bazinière (Françoise de Barbezières, dame de), I, 293.
-
- La Boulaye (Maximilien Eschalart, marquis de), I, 76.
-
- La Brie, laquais de madame de Brancas, II, 344, 345.
-
- La Brizardière (l'abbé de), IV, 144.
-
- La Brosse (Guy de), médecin, IV, 151.
-
- La Bruyère, (Jean de), IV, 168.
-
- La Caze (Jean-Jacques de Pons, marquis de), I, 185.
-
- La Chaise (le P.), III, 137, 139, 140, 141, 143, 144, 145, 146,
- 147, 150, 159 et suiv., 188, 203; IV, 154 et suiv., 176.
-
- La Chapelle (? Christophe Jouvenel des Ursins, seigneur de), et,
- plus tard, marquis de Tresnel, I, 316.
-
- La Chatre (Louis, maréchal de), II, 459.
-
- La Chatre (Louise-Antoinette-Thérèse de), femme du maréchal duc
- d'Humières. Voyez Humières (Louise-Antoinette, duchesse d').
-
- La Chatre (Louise-Henriette de), femme de Claude Pot. Voyez Pot
- (Louise-Henriette de La Chatre, femme de Claude).
-
- La Cotardaie (Gabrielle Glay de), femme du marquis de La Valière.
- Voy. Glay de la Cotardaie (Gabrielle).
-
- La Fayette (Marie-Madelaine Pioche de La Vergne, comtesse de), I,
- 4, 297; IV, 29.
-
- La Ferté (hôtel de), III, 312.
-
- La Ferté Saint-Nectaire ou Senneterre (Henri, maréchal de), I, 51;
- II, 403, 410, 420; III, 279 et suiv.
-
- La Ferté (Charlotte de Bauves ou plutôt Boves, 1re femme du
- maréchal duc de), II, 403.
-
- La Ferté (Madelaine d'Angennes de La Loupe, 2e femme du maréchal
- de), I, 5, 9, 83, 146, 274; II, 403 et suiv., 471; III, 210, 279 à
- 341.
-
- La Ferté (Henri-François de Saint-Nectaire, duc de), fils du
- maréchal, II, 421, 424, 431, 440, 447 et suiv.; III, 338 et suiv.,
- 368 et suiv., 468, 475.
-
- La Ferté (Marie-Isabelle-Gabrielle-Angélique, mademoiselle de
- Toucy, duchesse de), femme du précédent, bru du maréchal, I, 83;
- II, 421 et suiv.; III, 367 et suiv., 468, 477, 482.
-
- La Ferté (Catherine-Henriette de), femme de François de Bullion,
- marquis de Longchêne. Voy. Bullion, marquis de Longchêne
- (Catherine-Henriette de La Ferté, femme de François de).
-
- La Feuillade (François d'Aubusson de), I, 243, 244, 293, 325 et
- suiv.; II, 72, 74, 400, 401, 402, 468; III, 312; IV, 4, 7 et
- suiv., 35, 46, 52, 53, 60, 77, 79, 86 et suiv., 96, 267.
-
- La Feuillade (Charlotte Gouffier, femme de François d'Aubusson
- de), duchesse de Roannez, II, 74, 400; IV, 267.
-
- La Fontaine (Jean de), le fabuliste, I, 25, 258; IV, 81.
-
- La Force (Jacques Nompar de Caumont, duc de), III, 186, 202.
-
- La Force (Marie de Saint-Simon-Courtaumer, séparée du marquis de
- Langeais, remariée à Jacques Nompar de Caumont, duc de). Voy.
- Langeais (Marie de Saint-Simon Courtaumer, marquise de).
-
- La Force (Marie-Anne-Louise de Caumont), femme de Louis Scipion
- III de Grimoard, comte du Roure. Voy. Roure (Marie-Anne-Louise de
- Caumont La Force, femme de Louis-Scipion III, comte du).
-
- La Fosse (Mme de), I, 20.
-
- Lagarde (? Antoine-Escalin des Aimars, marquis de), III, 125.
-
- La Grange (M. de), intendant des troupes en Alsace, III, 441 et
- suiv.
-
- La Grange (Mme de), femme du précédent, III, 441 et suiv.
-
- La Grange (Jeanne de), femme de Guillaume de Peychpeyrou ou
- Puypeyrou, marquis de Guitaut. Voy. Guitaut.
-
- La Guiche (Henriette de), duchesse d'Angoulême. Voy. Angoulême
- (Henriette de La Guiche, duchesse d').
-
- La Guiche (Anne de), 2e fille de Philibert de la Guiche, grand
- maître de l'artillerie, femme du 1er maréchal de Schomberg. Voy.
- Schomberg (1er maréchal de), I, 209.
-
- La Guiche (Marie de), femme du duc de Ventadour, II, 55.
-
- La Loupe (famille d'Angennes de), III, 317.
-
- La Loupe (Mlle de). Voy. Olonne (Catherine-Henriette d'Angennes de
- La Loupe, comtesse d'), et La Ferté (Madelaine d'Angennes de la
- Loupe, maréchale de).
-
- La Magdelaine de Ragny (Anne), femme de François de Bonne, duc de
- Lesdiguières. Voy. Lesdiguières (Anne de La Magdelaine de Ragny,
- duchesse de).
-
- La Meilleraie (Charles de La Porte, duc et maréchal de), I, 164;
- III, 465.
-
- La Meilleraie (Marie de Cossé-Brissac, 2e femme du précédent,
- duchesse de), IV, 180.
-
- La Mesnardière (Jules Pillet de), I, 90, 92, 170.
-
- La Motte Argencourt (N..., fille de Pierre de Conty, seigneur de
- La Motte et d'Argencourt, et de Madelaine de Chaumont, _dite_ Mlle
- de), I, 218, 290 et suiv.; II, 30, 31, 49, 50.
-
- La Mothe-Houdancourt (Philippe, maréchal de), I, 292; II, 49; III,
- 366, 368.
-
- La Mothe (Louise de Prie, Mlle de Toussy, maréchale de), I, 83,
- 200, 292; II, 49, 50, 422, 424, 438; III, 240, 366, 368 et suiv.
- _passim_; IV, 257, 258.
-
- La Mothe-Houdancourt (Charlotte-Eléonore-Madelaine de), femme de
- Louis-Charles de Levis, duc de Ventadour. Voy. Ventadour
- (Charlotte-Eléonore-Madelaine, duchesse de).
-
- La Mothe-Houdancourt (Françoise-Angélique de), 2e femme de
- Louis-Marie-Victor, duc d'Aumont. Voy. Aumont.
-
- La Mothe-Houdancourt (Anne-Lucie de), nièce du maréchal, femme de
- M. de La Vieuville, I, 292.
-
- La Moussaye (Amaury Goyon, comte de), I, 187, 199.
-
- La Noue Bras de Fer (François de), II, 436.
-
- La Porte, valet de chambre de Louis XIV, I, 184.
-
- La Porte (Mlle de), femme du chevalier Garnier, II, 31, 50.
-
- La Rivière (Louis Barbier, abbé de), puis évêque de Langres, I,
- 87, 91, 186.
-
- La Rivière (Antoine Barbier de), commissaire de l'artillerie en
- Champagne, I, 186.
-
- La Roche-Chemerault (Geoffroy de Barbezières, comte de). Voy.
- Chemerault (Geoffroy de Barbezières, sieur de).
-
- La Rochefoucauld (François VI, duc de), d'abord prince de
- Marsillac, I, 42 et suiv, 46, 62, 65, 75, 95, 99, 100 et suiv.,
- 130, 150, 182, 188, 189, 196 et suiv., 213, 232, 233, 244, 245,
- 252, 258, 267, 298, 416; II, 154, 457; IV, 79, 80.
-
- La Rochefoucauld (Andrée de Vivonne, femme de François VI de), II,
- 457.
-
- La Rochefoucauld (François VII de), d'abord prince de Marsillac,
- II, 457; IV, 79, 80. Voy. aussi Marsillac (François VII de La R.,
- prince de).
-
- La Rochefoucauld (M. de), premier marquis d'Estissac. Voy.
- Estissac (François de La Rochefoucauld, premier M{is} d'), III,
- 72.
-
- La Roche-Guyon (Henri-Roger, comte, puis en 1663 duc de), marquis
- de Liancourt et de Guercheville, comte de Durtal, I, 139, 140,
- 141, 232, 233.
-
- La Roche-Guyon (Anne-Elisabeth de Lannoy, ou Lanoye, femme de
- Henri-Roger du Plessis-Liancourt, comte de), I, 58, 210, 271.
-
- La Roche-Guyon (Jeanne-Charlotte, Mlle de), I, 139, 140, 141.
-
- La Roche-Pozay (Diane de). Voy. Saint-Loup (Mme de).
-
- La Roche-sur-Yon (François-Louis de Bourbon, duc de), puis prince
- de Conti, après la mort de Louis-Armand de B., prince de Conti,
- son frère, III, 192, 474.
-
- La Roquette (Henri-Gabriel de Roquette, évêque d'Autun, nommé ici
- par erreur, l'abbé de), I, 189.
-
- La Suze (Henriette de Coligny-Chastillon, comtesse d'Adington,
- puis comtesse de), I, 320, 347, 405.
-
- La Tour-d'Auvergne (Frédéric-Maurice de), duc de Bouillon. Voy.
- Bouillon (Frédéric-Maurice de La Tour-d'Auvergne, duc de).
-
- La Tour-d'Auvergne (Henri-Ignace de), duc de Château-Thierry. Voy.
- Château-Thierry (Henri-Ignace de La Tour-d'Auvergne, duc de).
-
- La Tour-Roquelaure (N... de), I, 328.
-
- La Tremouille (Philippe de), père de François de la
- Tremouille-Noirmoutier, III, 334.
-
- La Tremouille-Noirmoutier. Voy. Noirmoutier.
-
- La Tremouille-Olonne. Voy. Olonne.
-
- La Tremouille-Royan. Voy. Royan.
-
- La Tremouille (Yolande-Julie de), M{ise} de Royan. Voy. Royan
- (M{ise} de).
-
- La Tresne (M. de), premier président au parlement de Bordeaux, IV,
- 137, 138.
-
- La Valette (Louis de Nogaret, cardinal de), archevêque de
- Toulouse, frère du duc [Bernard] d'Epernon, I, 147, 191.
-
- La Valière (Laurent de la Baume le Blanc, seigneur de), II, 27.
-
- La Valière (Françoise Le Prévost, femme de Laurent de), II, 27,
- 28, 34.
-
- La Valière (Gabrielle Glay de la Cotardaie, femme de Jean-Louis,
- marquis de). Voy. Glay de la Cotardaie (Gabrielle), II, 44, 45.
-
- La Valière (Louise-Françoise de La Baume le Blanc, duchesse de),
- I, 66, 185, 217, 271, 289, 292 et suiv., 301; II, 27 à 96, 99 et
- suiv., 115 et suiv., 139 et suiv., 145, 148, 151, 152, 167, 168,
- 180 et suiv., 363, 365, 370 et suiv., 461; III, 8, 29, 52, 57, 66,
- 186; IV, 63, 223, 248 et suiv., 258 à 263, 282, 283.
-
- La Valière (Jean-François de la Baume le Blanc, marquis de), II,
- 28, 44.
-
- La Valière (Louis-César de la Baume le Blanc, duc de), III, 197.
-
- La Vauguyon (André de Betoulat, sieur de Fromenteau, comte de), I,
- 70.
-
- La Vergne (Marie Pena, femme d'Aymar de), mère de Mme de La
- Fayette, I, 4.
-
- La Vergne (Mlle de), comtesse de La Fayette. Voy. La Fayette (Mlle
- de La Vergne, comtesse de).
-
- La Vienne, barbier étuviste, III, 225, 228, 229, 236, 240.
-
- La Vieuville (hôtel de), III, 499.
-
- La Vieuville (René-François, marquis de), I, 293, 300, 315.
-
- La Vieuville (Anne-Lucie de La Mothe-Houdancourt, femme du marquis
- de), nièce du maréchal de La Mothe-Houdancourt, I, 293.
-
- L'Avocat ou L'Advocat (Nicolas) de Sauveterre, II, 429.
-
- L'Avocat (Marguerite Rouillé, femme de Nicolas), II, 429.
-
- L'Avocat, maître des requêtes, fils de Nicolas L'Avocat, II, 429
- et suiv.; III, 446, 482.
-
- L'Avocat, maître des comptes, III, 480.
-
- L'Avocat (Catherine), femme d'Arnauld de Pomponne, II, 429.
-
- L'Avocat (N...), femme du marquis de Vins, II, 429.
-
- Le Camus (l'abbé Etienne), aumônier du roi Louis XIV, puis
- cardinal, I, 277 et suiv.
-
- Le Clerc de Lesseville. Voy. Lesseville (Le Clerc de).
-
- Le Coigneux (le président Jacques), I, 151.
-
- Le Febvre de Bournonville (Nicolas), IV, 26.
-
- Le Large (M.), médecin, II, 348.
-
- Le Page, sieur de Saint-Loup. Voy. Saint-Loup.
-
- Le Pelletier (le président Claude), et mieux Le Peletier, IV, 126.
-
- Le Pelletier (Michel), ministre, _dit_ aussi Le Peletier de Sousy,
- IV, 156.
-
- Le Petit (Claude) ou Petit, III, 227.
-
- Le Prevost (Jean), sieur de la Coutelaie, écuyer de la grande
- écurie, II, 28.
-
- Le Prévost (Françoise), femme de Laurent de La Valière, veuve de
- P. Bénard, seigneur de Rezay, II, 27, 28, 34.
-
- Le Tellier (Michel), chancelier de France, I, 47, 292; II, 22,
- 131, 272, 390; III, 47, 364, 365.
-
- Le Tellier (François-Michel), marquis de Louvois. Voy. Louvois
- (François-Michel Le Tellier, marquis de).
-
- Le Tellier (Anne de Souvré, femme de Fr. Michel). Voy. Louvois
- (Anne de Souvré, marquise de).
-
- Le Tellier (Madelaine Fare), 1re femme de Louis-Marie-Victor, duc
- d'Aumont. Voy. Aumont (Madelaine, duchesse d').
-
- Le Tellier (Madelaine), femme de Gabriel, marquis de Tilladet.
- Voy. Tilladet (Gabriel de Cassagnet, marquis de).
-
- Le Tellier (Charles-Maurice), archevêque de Reims, II, 266; III,
- 454 et suiv., 483 et suiv., 499 et suiv., 509.
-
- Le Vasseur, notaire, III, 213.
-
- Le Vasseur (N..., femme du notaire), III, 213.
-
- Le Veneur (Anne), femme de François de Fiesque, et non de Jacques
- II d'Harcourt de Beuvron. Voy. Beuvron.
-
- L..... (le comte de), mari de la comtesse de L..., aimée de Louis
- XIV, IV, 17, 18, 38, 40, 42 et suiv., 50, 65, 66, 77, 78, 80 et
- suiv., 108 à 122.
-
- L... (la comtesse de), aimée de Louis XIV, IV, 5 à 122.
-
- Laffemas (l'abbé N... de), I, 88.
-
- Laguille (le P.), III, 70, 72, 73, 117.
-
- Lalanne (Pierre de Cadillac, seigneur de). Voy. Cadillac (Pierre
- de).
-
- Laigues (Geoffroy, marquis de), I, 144, 145, 195, 409; II, 89, 90.
-
- Lambert de Thorigny (Nicolas), IV, 129, 130.
-
- Lambert de Thorigny (Marie-Madelaine Bontemps, femme de), IV, 129.
-
- Lameth (Marie de), 1re femme de Louis-Charles, prince de
- Courtenay. Voy. Courtenay (Marie de Lameth, femme de
- Louis-Charles, prince de).
-
- Lambert, commis de l'Epargne, I, 214, 215.
-
- Langeais (René de Cordouan, marquis de Langeay ou), I, 361; II,
- 436, 437; III, 187, 224.
-
- Langeais (Marie de Saint-Simon-Courtaumer, 1re femme de René de
- Cordouan, marquis de), puis femme de Jacques Nompar de Caumont,
- duc de La Force, II, 436, 437; III, 186, 187, 202.
-
- Lannoy ou Lanoye (Anne-Elisabeth de), femme de Henri-Roger Du
- Plessis-Liancourt, comte de La Roche-Guyon. Voy. La Roche-Guyon
- (Mme de).
-
- Lansac (Gille de Saint-Gelais, marquis de), I, 315.
-
- Lansac (Françoise de Souvré, femme de Gille de Saint-Gelais,
- marquis de), I, 292.
-
- Lansac (Marie-Madelaine de Saint-Gelais, fille du marquis de),
- femme de Vassé. Voy. Vassé (marquise de).
-
- Largille, I, 316.
-
- Lasphrise (le capitaine), IV, 269.
-
- Lauzun (Antoine Nompar de Caumont, marquis de Puyguilhem, comte
- puis duc de), I, 65, 67, 130, 132 et suiv., 164; II, 35, 36, 72,
- 73, 197 à 282, 364 à 400, 458, 459, 471 et suiv.; III, 9, 125,
- 320; IV, 6, 73, 203, 280, 285, 286.
-
- Lauzun (François, chevalier de), frère du duc, I, 135, 138.
-
- Lauzun (Geneviève Marie de Durfort de Lorge, femme du duc de), IV,
- 203.
-
- Laval (Urbain de), marquis de Lezay, II, 426.
-
- Laval (Françoise de Sesmaisons, femme d'Urbain de), II, 426.
-
- Laval-Montmorency (Marie-Louise de), femme du duc de Roquelaure.
- Voy. Roquelaure (Marie-Louise de Montmorency, duchesse de).
-
- Lebrun (Charles), peintre, III, 20, 384.
-
- Leclerc du Tremblay (Marie), femme de Louis d'Angennes, marquis de
- Maintenon. Voy. Maintenon (Marie Leclerc du Tremblay, femme de
- Louis d'Angennes de Rochefort de Salvert, marquis de).
-
- Leganez (le marquis de), IV, 145.
-
- Legendre (Marguerite Combefort, veuve de), 1re femme de Guillaume
- Cornuel, I, 87.
-
- Legendre (Mlle), fille de la 1re femme de Guillaume Cornuel, I,
- 87.
-
- Lenclos (Ninon de). Voy. Ninon.
-
- Lenet (Pierre), conseiller d'Etat, I, 189, 214.
-
- Lenoncourt (Madelaine de), 1re femme de Hercule de Rohan-Guemené,
- duc de Montbazon. Voy. Montbazon (1re duchesse de).
-
- Lenox (François-Marie Stuart, duc de Richmont et de), I, 238.
-
- Léopold 1er, empereur d'Allemagne, IV, 200.
-
- Lescalopier (Balthazar), président au parlement, I, 186, 315.
-
- Lescalopier (Charlotte Germain, femme du président), I, 186, 315.
-
- Lescuier (Claude), femme de Laurent Limosin, II, 46.
-
- Lesdiguières (François de Bonne, 1er duc de), I, 406; III, 262.
-
- Lesdiguières (Anne de La Magdelaine de Ragny, 2e femme de François
- de Bonne, duc de), I, 271, 406; III, 238.
-
- Lesdiguières (Charles-Nicolas de Bonne de), marquis de Ragny. Voy.
- Ragny (Charles-Nicolas, marquis de).
-
- Lesdiguières (François-Emmanuel de Bonne de Créqui, duc de), et
- d'abord comte de Sault, II, 404, 405, 431; III, 188, 207, 208, 215
- et suiv.
-
- Lesdiguières (Paule-Marguerite-Françoise de Gondi de Retz, femme
- de François-Emmanuel de Bonne de Créqui, duc de), II, 404; III,
- 188, 215.
-
- Lesparre (Louis de Madaillan de), marquis de Montataire, comte de
- Manicamp, I, 151.
-
- Lessay (Guillaume Briçonnet, seigneur de), III, 254.
-
- Lesseville (Mlles Le Clerc de), I, 149.
-
- Lethington, anglais, I, 296.
-
- Leuville (René Olivier, marquis de), I, 315.
-
- Levis-Charlus (famille de), II, 420.
-
- Lezay (Suzanne de), femme d'Agrippa d'Aubigné. Voy. Aubigné
- (Suzanne de Lezay, femme d'Agrippa d').
-
- Liancourt (Roger du Plessis, duc de). Voy. La Roche-Guyon.
-
- Libertat (Claire de), 2e femme de Gaspard, marquis de
- Forbin-Janson. Voy. Forbin-Janson (marquise de).
-
- Lignerac (famille Robert de), II, 420.
-
- Lignerac (N... Robert, chevalier de), II, 451; III, 340.
-
- Lignerac (N... Robert, abbé de), II, 420, 447, 451.
-
- Ligny (? Philippe de), conseiller au parlement, I, 315.
-
- Limoges (Charles-François de Rochechouart, marquis de Bellenave,
- appelé comte de), I, 77.
-
- Limosin (Laurent), sergent à verge, II, 46.
-
- Liscouet (Guillaume du), père du chevalier, II, 420.
-
- Liscouet (Marie Talhouet, femme de Guillaume du), II, 420.
-
- Liscouet (Philippe-Armand, vicomte de Planches, chevalier du), II,
- 420.
-
- Liscouet (Marie-Angélique du), femme du financier Antoine-Arthur
- Deschiens, II, 420.
-
- Lislebonne (François-Marie de Lorraine, comte de), III, 198.
-
- Lislebonne (Anne, légitimée de Lorraine, 2e femme de
- François-Marie, comte de), III, 198; IV, 228.
-
- Lissalde (le sieur de), valet de garde-robe de Louis XIV, IV, 26.
-
- Longchêne (François de Bullion, marquis de), III, 302.
-
- Longueil de Maisons (René), premier président de la cour des
- Aides, président à mortier au Parlement de Paris, II, 41.
-
- Longueil (Renée-Marie de), femme de M. de Rohan (Louis), II, 41.
-
- Longueval-Manicamp (Gabrielle de), 3e femme du maréchal d'Estrées.
- Voy. Estrées (Gabrielle de Longueval-Manicamp, 3e femme du
- maréchal d'), III, 252.
-
- Longueville (hôtel de), III, 499.
-
- Longueville (Henri II d'Orléans duc de), I, 9, 168, 184, 186 et
- suiv.; II, 402 à 420.
-
- Longueville (Louise de Bourbon, fille du comte de Soissons, 1re
- femme de Henri d'Orléans, duc de), I, 184.
-
- Longueville (Anne-Geneviève de Bourbon-Condé, 2e femme de Henri
- d'Orléans, duc de), I, 75, 168, 184, 187 et suiv., 194, 202, 252,
- 415, 416; II, 197, 198, 402; IV, 267.
-
- Longueville (Charles-Paris, d'abord comte de Saint-Paul, puis duc
- de), II, 197, 198, 201, 219, 223, 248, 402; III, 226, 229, 305 et
- suiv., 434, 465. Voy. aussi Saint-Paul (Charles-Paris
- d'Orléans-Longueville, comte de).
-
- Longueville (Louis-Charles d'Orléans, chevalier de), fils naturel
- de Charles-Paris d'Orléans-Longueville et de la maréchale de La
- Ferté, II, 411, 413, 414; III, 330, 331.
-
- Longueville (Marie d'Orléans de Longueville, _dite_ Mlle de), qui
- devint duchesse de Nemours, IV, 273.
-
- Loret (Jean), auteur de la _Muze historique_, II, 123, 132, 146;
- III, 121, 122; IV, 253, 273.
-
- Lorge (Guy de Durasfort, duc et maréchal de), IV, 203.
-
- Lorge (Gabrielle de Durasfort, fille du maréchal duc de), femme du
- duc de Saint-Simon. Voy. Saint-Simon (Gabrielle de Durasfort de
- Lorge, femme du duc de).
-
- Lorge (Geneviève-Marie de Durasfort, fille du maréchal duc de),
- femme du duc de Lauzun. Voy. Lauzun (Geneviève-Marie de Durasfort
- de Lorge, femme du duc de).
-
- Lorraine (François II, duc de), I, 290.
-
- Lorraine (Marguerite de), femme de Gaston d'Orléans, fille de
- François II de Lorraine. Voy. Orléans (Marguerite de Lorraine,
- duchesse d').
-
- Lorraine (Louis de), duc de Joyeuse, puis duc d'Angoulême, II, 73,
- 74.
-
- Lorraine (Nicolas-François, duc de), oncle du prince Charles IV,
- II, 201.
-
- Lorraine (Charles IV duc de), I, 144, 160; II, 201, 382; III, 198;
- IV, 231.
-
- Lorraine (Henri de), chef de la maison d'Armagnac (qui épousa
- Marguerite de Camboust), III, 253.
-
- Lorraine-Armagnac (Marguerite de Camboust, femme de Henri de),
- III, 253.
-
- Lorraine (Philippe, chevalier de), fils de Henri de Lorraine,
- comte d'Armagnac, I, 113, 271; II, 363, 364, 370; III, 253.
-
- Lorraine (Louis de), comte d'Armagnac, grand écuyer, III, 491,
- 492.
-
- Lorraine, comte d'Armagnac (Catherine de Neufville-Villeroy, femme
- de Louis de), III, 491.
-
- Lorraine (Henri de), comte de Briosne, fils de Louis de
- Lorraine-Armagnac et de Catherine de Neuville-Villeroy. Voy.
- Briosne (Henri de Lorraine, comte de).
-
- Lorraine-Armagnac (Marie-Angélique-Henriette de), duchesse de
- Cadaval. Voy. Cadaval (duchesse de).
-
- Lorraine (Mlle d'Orléans, duchesse de), fille de Gaston, II, 28;
- III, 240, 433.
-
- Lorraine (Charles-Henri, légitimé de), prince de Vaudemont. Voy.
- Vaudemont (Charles-Henri, légitimé de Lorraine, prince de).
-
- Louis XI, III, 200, 356.
-
- Louis XIII, I, 68, 115, 143, 175; III, 423; IV, 143, 151.
-
- Louis XIV, ou le grand Alcandre ou _Deodatus_, I, VIII, 216 et
- suiv., 226, 254, 255, 289 et suiv., 292, 310, 415; II, 1 à 25, 27
- à 96, 99 à 111, 147 et suiv., 206, 219, 225, 228 et suiv.,
- _passim_, 344, 352, 357, 361-473; III, 3 à 58, 66, 126 et suiv.,
- 157 à 180, 185 et suiv., 209, 210, 211, 226, 279, 298, 320, 321,
- 345, 346, 347, 358, 364, 365, 378, 391, 423, 452, 453, 467, 489,
- 498 et suiv., 508, 509; IV, 5 à 122, 125 et suiv., 204, 215, 216,
- 241, 245 et suiv., 257.
-
- Louis, Dauphin de France. Voy. Dauphin.
-
- Louis, fils de Laurent Limosin, et peut-être Louis de Bourbon, II,
- 46.
-
- Louis XV, IV, 211.
-
- Louise de la Miséricorde, nom de Mme de la Valière au couvent des
- Carmélites. Voy. La Valière (Mlle de).
-
- Louison d'Arquien. Voy. Arquien (Louison d').
-
- Louvigny (Antoine-Charles de Gramont, comte de), plus tard comte
- de Guiche, puis duc de Gramont, I, 68, 136; II, 78, 173.
-
- Louvigny (Marie-Charlotte de Castelnau, comtesse de), puis
- comtesse de Guiche, et enfin duchesse de Gramont, I, 68.
-
- Louvois (François-Michel Le Tellier, marquis de), I, 292; II,
- 72-74, 266, 273, 344, 390, 391, 397, 398, 438, 439, 462, 463; III,
- 16, 150, 358, 359, 363, 454, 488, 501 et suiv.; IV, 169, 175, 257,
- 265.
-
- Louvois (Anne de Souvré, marquise de), I, 292; II, 72-74; IV, 130.
-
- Lude (Jean de Daillon du), tige de la famille, I, 320.
-
- Lude (François de Daillon, comte du), gouverneur de Gaston
- d'Orléans, I, 320.
-
- Lude (Marie Feydeau, femme de François Daillon du), I, 320.
-
- Lude (Henri de Daillon, comte, puis duc du), I, 65, 304, 306, 320
- et suiv., 408; II, 390; III, 448, 449.
-
- Lude (Eléonore de Bouillé, 1re femme de Henri de Daillon, comte
- du), I, 321; III, 449.
-
- Lude (Marguerite-Louise-Suzanne de Béthune-Sully, veuve du comte
- de Guiche, 2e femme de Henri de Daillon, comte du), I, 321; III,
- 449. Voy. aussi Guiche (Marguerite-Louise-Suzanne de
- Béthune-Sully, femme du comte de).
-
- Lude (Charlotte-Marie de Daillon du), marquise puis duchesse de
- Roquelaure. Voy. Roquelaure (duchesse de), II, 72.
-
- Ludres (Marie-Elisabeth de), chanoinesse de Poussay, I, 217; III,
- 13, 29.
-
- Luisa de Guzman, reine de Portugal, II, 296.
-
- Lully (Jean-Baptiste), II, 352.
-
- Luxembourg (François-Henri de Montmorency, maréchal de), mort en
- 1695, et non en 1655, I, 135, 153, 154, 156; II, 186, 187, 188;
- III, 189, 254; IV, 230, 231.
-
- Luxembourg (Madelaine-Charlotte-Bonne-Thérèse de Clermont
- Tonnerre, et non Catherine de Clermont Tallard, femme du maréchal
- de), II, 187; III, 254.
-
- Luxembourg (Charles-François-Frédéric de Montmorency, d'abord
- appelé prince de Tingry, puis duc de), fils du maréchal de
- Luxembourg, I, 296; IV, 138.
-
- Luxembourg (Marie-Thérèse d'Albert, fille aînée du duc de
- Chevreuse, 1re femme du précédent duc de), IV, 138.
-
- Luxembourg (Marie Gilonne de Gillier de Clérambault, 2e femme du
- précédent duc de), IV, 129, 138.
-
- Luxembourg (le chevalier de), frère du prince de Tingry, et qui en
- prit le nom à la mort de celui-ci. Voy. Tingry (Christian-Louis,
- chevalier de Luxembourg, puis prince de), à la mort de son frère.
-
- Luynes (hôtel de), III, 499.
-
- Luynes (Charles d'Albert, duc et connétable de), I, 116, 143; II,
- 47.
-
- Luynes (Louis-Charles d'Albert, duc de), de Chevreuse et de
- Chaulnes, II, 47.
-
- Luynes (Anne de Rohan-Montbazon, 2e femme de Louis-Charles
- d'Albert, duc de), I, 209.
-
- Luynes (Charles-Honoré d'Albert, duc de), II, 47.
-
- Luynes (Jeanne-Marie Colbert, femme de Charles-Honoré d'Albert,
- duc de), II, 47, 48, 72; IV, 254, 255.
-
- Lyonne (Hugues de), ministre, II, 272, 415, 471; III, 47, 210,
- 217, 230, 263 et suiv.
-
- Lyonne (Paule Payen, femme de Hugues de), III, 210 et suiv.; 279
- et suiv.
-
- Lyonne (Madelaine de), femme de François Annibal d'Estrées,
- marquis de Coeuvres, II, 405.
-
-
- Machault (M. de), conseiller à la Cour des Aides, I, 87.
-
- Maçon, joaillier, III, 414.
-
- Madaillan de Lesparre (Louis de), marquis de Montataire, comte de
- Manicamp. Voy. Lesparre.
-
- Madame (princesse palatine), I, 112.
-
- Madame (Henriette d'Angleterre, duchesse d'Orléans, _dite_), I,
- 65, 67, 138, 144, 150.
-
- Mademoiselle de Montpensier. Voy. Montpensier (Mlle de).
-
- Magdelaine de Ragny (Anne de La), femme de François de Bonne, duc
- de Lesdiguières. Voy. Lesdiguières (Anne de La Magdelaine de
- Ragny, duchesse de).
-
- Maignelay (Antoinette de), dame de Cholet, maîtresse de François
- II, duc de Bretagne, I, 252.
-
- Maignelois. Voy. Maignelay.
-
- Maillé (Urbain de), maréchal de Brézé. V. Brézé (maréchal de).
-
- Maillé (Claire-Clémence de), princesse de Condé. Voy. Condé
- (Claire-Clémence de Maillé, femme de Louis II, princesse de).
-
- Maine (Louis-Auguste de Bourbon, duc du), fils de Louis XIV et de
- Mme de Montespan, II, 378, 471; III, 130, 134, 189, 331, 472.
-
- Maine (Louise-Bénédictine de Bourbon-Condé, femme de Louis-Auguste
- de Bourbon, duc du), III, 198.
-
- Maintenon (famille d'Angennes de), III, 135.
-
- Maintenon (Louis d'Angennes de Rochefort de Salvert, marquis de),
- baron de Meslay, père de Charles-François, III, 135.
-
- Maintenon (Marie Leclerc du Tremblay, femme de Louis d'Angennes de
- Rochefort-Salvert, marquis de), III, 135.
-
- Maintenon (Charles-François d'Angennes, marquis de), fils des
- précédents, III, 135.
-
- Maintenon (Françoise d'Aubigné, veuve de Scarron, marquise de), I,
- 10, 40, 72, 146, 305, 306, 314; II, 412, 465; III, 61 et suiv.,
- 157 à 177, 190, 193 et suiv., 466, 470, 474; IV, 120 et suiv.,
- 210 et suiv., 256, 279, 283.
-
- Maistre (Joseph de), I, 217.
-
- Malebranche (le P. Nicolas), III, 47.
-
- Malherbe (François), I, 115.
-
- Malicorne (M. de), écuyer du duc de Guise, I, 185, 405.
-
- Mallet (?.....), I, 316.
-
- Mancini (Hieronyme Mazarini, femme de Michel Laurent), soeur du
- cardinal Mazarin, I, 283 et suiv.
-
- Mancini (Hortense), duchesse de Mazarin. Voy. Mazarin (Hortense
- Mancini, femme de Armand-Charles de la Porte de la Meilleraye, duc
- de).
-
- Mancini (Olympe), femme d'Eugène-Maurice de Savoie, comte de
- Soissons. Voy. Soissons (Olympe Mancini, comtesse de).
-
- Mancini (Laure-Victoire), femme de Louis de Vendôme, duc de
- Mercoeur. Voy. Mercoeur (Laure Mancini, duchesse de).
-
- Mancini (Marianne). Voy. Bouillon (Marie-Anne ou Marianne Mancini,
- femme de Godefroy-Maurice, duc de).
-
- Mancini (Marie), connétable Colonna, I, 31, 217; II, 1 à 25, 31,
- 48. Voy. en outre: Colonna (Marie Mancini, connétable).
-
- Mancini (Alphonse), mort à 14 ans, I, 284, 285.
-
- Mancini (Philippe de), duc de Nevers et de Donzy. Voy. Nevers (duc
- de).
-
- Manicamp (famille et terre de), I, 151.
-
- Manicamp (comte de). Voy. Lesparre (Louis de Madaillan de).
-
- Manicamp (Achille de Longueval, seigneur de), maréchal de camp,
- père de Bernard de Manicamp, I, 68; III, 252.
-
- Manicamp (Bernard de Longueval, marquis de), fils d'Achille de
- Manicamp, I, 13, 63 et suiv. _passim_, 79, 80, 81, 82, 124 et
- suiv., 137, 277 et suiv., 301; II, 146 et suiv.; III, 253, 348 et
- suiv.
-
- Manicamp (Gabrielle de Longueval, fille d'Achille de), 3e femme du
- maréchal d'Estrées, I, 151; II, 146.
-
- Manicamp (... de Longueval, demoiselle de), religieuse, I, 69.
-
- Manneville (Louis de), seigneur d'Auzonville, de la maison de
- Roncherolles, I, 301; IV, 151.
-
- Manneville (Catherine de), fille du précédent et de Suzanne de
- Séricourt, I, 295, 297 et suiv.
-
- Mansart (François), architecte, III, 384; IV, 169.
-
- Mantoue (Ferdinand-Charles de Gonzague IV, duc de), IV, 146.
-
- Mar (comte de), I, 296.
-
- Marans (Françoise de Montallais, comtesse de), I, 264.
-
- Marchand (Anne), 1re femme de Constant d'Aubigné. Voy. Aubigné
- (Anne Marchand, femme de Constant d').
-
- Marcillac. Voy. Marsillac.
-
- Maré (Joseph Rouxel, comte de), III, 240.
-
- Maré (Marie-Louise Rouxel de Grancey, femme de Joseph Rouxel,
- comte de), III, 240, 426 et suiv.
-
- Marginor (?) I, 316.
-
- Marie, entrepreneur du Pont-Marie, III, 360.
-
- Marie de Médicis, II, 154.
-
- Marie d'Angleterre, femme de Guillaume, prince d'Orange. Voy.
- Orange (Marie d'Angleterre, femme de Guillaume, prince d').
-
- Marie-Thérèse d'Autriche, infante d'Espagne, femme de Louis XIV,
- II, 16, 24, 29, 32, 43, 49, 53, 57, 58, 60, 61, 65, 70, 71, 77,
- 90, 102, 105, 107, 109, 111, 153, 219, 222, 229, 237, 239, 244,
- 265, 268; III, 13, 14, 185; IV, 6, 8, 31, 61, 78, 85, 151, 252,
- 258, 263, 264.
-
- Marillac (Louis, maréchal de), I, 170.
-
- Marillac (Valence de), baronne d'Attichy. Voy. Attichy (baronne
- d').
-
- Marsillac (François VI de La Rochefoucauld, prince de), puis, à
- partir de 1650, duc de La Rochefoucauld. Voy. La Rochefoucauld.
-
- Marsillac (François VII de La Rochefoucauld, prince de), II, 457,
- 458, 460, 461, 462, 467; IV, 79, 80. Voy. aussi La Rochefoucauld
- (François VII de).
-
- Marion Delorme (Marie de Lou, demoiselle de l'Orme, _dite_), I,
- 51.
-
- Marinier, commis de Colbert, IV, 169.
-
- Martinozzi (Anne-Marie), qui devint princesse de Conti. Voy. Conti
- (Anne-Marie Martinozzi, princesse de).
-
- Mastas ou Matha (Charles de Bourdeilles, comte de). Voy. Matha.
-
- Matha ou Mastas (Charles de Bourdeilles, comte de), I, 188; II,
- 341, 348.
-
- Matignon (famille de), I, 147.
-
- Maubuisson (Catherine-Angélique, abbesse de), fille naturelle
- d'Henri d'Orléans, duc de Longueville, I, 184, 185.
-
- Maulevrier (Charles-Robert de La Marche, comte de), I, 316.
-
- Mauny (Charlotte Brûlart, marquise et non comtesse de), III, 251.
-
- Maure (Louis de Rochechouart, fils de Gaspard, frère de Gabriel de
- Rochechouart, comte de), I, 170, 199; II, 100.
-
- Maure (Anne Doni d'Attichy, comtesse de), I, 170, 171, 172; II,
- 100, 102, 103; IV, 265, 268, 278.
-
- Mazarin (le cardinal), I, VIII, 31, 55, 58, 69, 74, 75, 116, 137,
- 141, 143, 147, 179, 180, 183 et suiv., 203, 204, 212, 217, 226,
- 231, 233, 240, 248, 255, 256, 262, 263, 278, 279 et suiv., 291,
- 298, 320; II, 3 et suiv., 29, 31, 32, 147, 154, 187, 200; III,
- 478; IV, 245.
-
- Mazarin (Armand-Charles de la Porte de la Meilleraie, duc de), II,
- 69; III, 465.
-
- Mazarin (Hortense Mancini, duchesse de), femme du précédent, I,
- 37, 238, 257, 284 et suiv.; II, 3; IV, 80, 262.
-
- Meaux du Fouilloux (Bénigne de), marquise d'Alluye. Voy. Alluye
- (Benigne de Meaux du Fouilloux, marquise d').
-
- Meckelbourg ou Mecklembourg-Schwerin (Christian-Louis, duc de), I,
- 157, 158, 264; III, 472.
-
- Mecklembourg (Isabelle-Angélique de Montmorency-Boutteville, veuve
- du duc de Châtillon, puis duchesse de). Voy. Châtillon (duchesse
- de).
-
- Medavy (... de Rouxel de), I, 315.
-
- Meilhan (Sénac de). Voy. Senac de Meilhan.
-
- Melun (le comte de), IV, 128.
-
- Melun (Alexandre-Guillaume de), prince d'Epinay. Voy. Epinay.
-
- Menage (Gilles), I, 306, 323.
-
- Menandor, nom patronymique de la maison de Gramont, I, 139.
-
- Ménardeau, sieur de Champré (Henri). I, 410. Voy. aussi Champré
- (Ménardeau, sieur de).
-
- Meneville (Mlle de). Voy. Manneville.
-
- Mercoeur (Louis de Vendôme, duc de), I, 54, 68, 151; II, 354; III,
- 197.
-
- Mercoeur (Laure-Victoire Mancini, duchesse de), I, 54, 283 et
- suiv.; III, 197.
-
- Méré (César Brossin, chevalier de), III, 74, 352.
-
- Mérille (le docteur), précepteur du grand Condé, I, 32, 37.
-
- Meslay (Louis d'Angennes de Rochefort de Salvert, marquis de
- Maintenon, baron de). Voy. Maintenon (Louis d'Angennes de
- Rochefort de Salvert, marquis de).
-
- Mesmes (Marie de la Vallée-Fossez, marquise de), belle-mère du
- comte, puis duc de Vivonne, 2e femme du président Henry de Mesmes,
- sieur de Roissy, I, 286.
-
- Mesmes (Antoinette-Louise de), femme de Louis-Victor de
- Rochechouart, comte puis duc de Vivonne. Voy. Vivonne (comtesse
- de).
-
- Métézeau (Clément), architecte, III, 499.
-
- Meunier (le P.), jésuite, IV, 158.
-
- Mignard (Pierre), peintre, III, 312, 499; IV, 226 et suiv.
-
- Mignard (la), courtisane, III, 229.
-
- Miossens, maréchal d'Albret. Voy. Albret (maréchal d').
-
- Miossens (François-Amanieu d'Albret, frère du maréchal d'Albret,
- comte de), I, 185, 188; III, 73.
-
- Miossens (Elisabeth de Pons du Bourg, femme de François-Amanieu
- d'Albret, comte de), I, 185.
-
- Miossens, bâtard d'Albret, I, 75.
-
- Modène (Alphonse d'Este IV, duc de), I, 283 et suiv.
-
- Modène (Laure Martinozzi, duchesse de), I, 283 et suiv.
-
- Modène (Marie-Béatrix de), fille du duc et de Mlle Martinozzi,
- femme de Jacques II, roi d'Angleterre, I, 283 et suiv.
-
- Molé de Champlatreux (le président Jean-Louis), I, 231.
-
- Molé de Champlatreux (Madelaine Garnier, femme de), II, 337.
-
- Molière (Jean-Baptiste Poquelin), I, 65, 134, 193, 198, 312; III,
- 226; IV, 31, 32, 228.
-
- Molière (Armande-Grésinde-Claire-Elisabeth Béjart, femme de), I,
- 65, 134.
-
- Molina (la señora), II, 62, 63, 68, 167.
-
- Monaco (Louis Grimaldi, prince de), duc de Valentinois, II, 73.
-
- Monaco (Catherine-Charlotte de Gramont, duchesse de), I, 134, 136,
- 138, 217; II, 78, 365 à 370.
-
- Monglas. Voy. Montglas.
-
- Monnerot, partisan, II, 349.
-
- Monsieur (Philippe de France, _dit_), duc d'Anjou. Voy. Orléans
- (Philippe de France, duc d'Anjou, puis duc d').
-
- Montaigu (Edme, lord), I, 256 et suiv.
-
- Montaigu (M. de), fils de mylord Montaigu, I, 256 et suiv.
-
- Montal (Charles de Montsaunin, comte du ou de), IV, 210, 211, 231.
-
- Montalais (N... de Bérard, d{lle} de) ou Montalet, II, 54, 151,
- 152, 153, 155, 158, 161, 162, 163, 164, 165, 166, 172, 174, 175,
- 176.
-
- Montalembert (Louise de), femme de P. de Cadillac, seigneur de
- Lalanne. Voy. Cadillac (Louise de Montalembert, femme de Pierre
- de).
-
- Montandré (Dubosc, s{r} de), I, 271.
-
- Montataire (Louis de Madaillan de Lesparre, marquis de), comte de
- Manicamp, I, 151.
-
- Montauban (J.-B. Armand de Rohan, prince de), III, 504, 505, 506.
- Voy aussi: 1º Guémené; 2º Montbazon; 3º Rohan.
-
- Montauban (Charlotte Bautru, veuve du marquis de Rannes, femme de
- Jean-Baptiste-Armand de Rohan, prince de), III, 504, 507, 508.
-
- Montausier (Charles de Sainte-Maure, marquis, puis duc de), I,
- 413; II, 53, 271, 272, 273, 374, 421; III, 197.
-
- Montausier (Julie-Lucine d'Angennes de Rambouillet, marquise, puis
- duchesse de), I, 136, 413; II, 53, 60, 75 à 79, 83, 84, 379, 381;
- IV, 260.
-
- Montbazon. Voy. aussi: 1º Guémené; 2º Montauban; 3º Rohan.
-
- Montbazon (Hercule de Rohan, duc de), I, 143, 145, 207 et suiv.;
- II, 47; III, 146.
-
- Montbazon (Madeleine de Lenoncourt, 1re femme de Hercule de
- Rohan-Guémené; duc de), I, 207.
-
- Montbazon (Marie de Bretagne d'Avaugour, 2e femme d'Hercule de
- Rohan-Guémené, duc de), I, 78, 188, 207 et suiv., 235, 252; III,
- 146.
-
- Montbazon (Louis VII de Rohan, prince de Guémené, duc de), II, 33,
- 34, 41.
-
- Montbazon (Charles de Rohan, prince de Guémené, duc de), père du
- prince de Montauban, fils de Louis VII de Guémené, III, 504, 505.
-
- Montbazon (Jeanne-Armande de Schomberg, fille du premier maréchal
- de ce nom et d'Anne de la Guiche, femme de Charles de Rohan,
- prince de Guémené, duc de), I, 209; III, 504, 505.
-
- Montbazon (Mlle de), fille d'Hercule et de Marie de Lenoncourt,
- mariée au duc de Chevreuse. Voy. Chevreuse, et aj.: I, 209, 295.
-
- Montbazon (Mlle de), fille d'Hercule et de Marie d'Avaugour, I,
- 209.
-
- Montbeliard (George, prince de Wirtemberg, baron de). Voy.
- Wirtemberg.
-
- Montenac (N... de), I, 20.
-
- Montespan (Henri-Louis de Pardaillan de Gondrin, marquis de), II,
- 362, 363, 374; III, 465, 467.
-
- Montespan (Françoise-Athénaïs de Rochechouart de Mortemart, femme
- de Louis-Henri de Pardaillan de Gondrin, marquis de), dite aussi
- _Astérie_, _Quanto_, etc., I, 47, 217, 285; II, 36, 74, 100, 161,
- 169, 260, 261, 361 à 396, 411, 455 et suiv.; III, 4 et suiv., 20,
- 29, 66, 126 et suiv., 158 à 177, 423, 467, 470, 472; IV, 63 et
- suiv., 71, 73, 81, 85, 99 à 122, 151, 163, 187, 264, 283 et suiv.
-
- Monteval (M. de), I, 316.
-
- Montglas (François de Paule de Clermont, marquis de), I, 328.
-
- Montglas (Cécile-Elisabeth Hurault de Chiverny, marquise de), I,
- VIII, 68, 182, 304, 306, 316, 320.
-
- Montjeu (marquisat de), I, 148.
-
- Montjeu ou Montdejeu (Nicolas-Jeannin de Castille, marquis de), I,
- 24. Voy. Jeannin de Castille (Nicolas).--_Nota._ A la note de la
- p. 24, § 4, effacer la citation de Loret, qui ne parle pas du
- marquis de Montjeu dans la lettre citée.
-
- Montjeu (Anne Dauvet des Marets, femme de Jeannin de Castille,
- marquis de), I, 149.
-
- Montjeu (Mlle de), fille de Jeannin de Castille, marquis de
- Montjeu, I, 148.
-
- Montlouet (famille d'Angennes de), III, 135.
-
- Montluc (famille de), II, 407.
-
- Montluc (Henri d'Escoubleau, marquis de), frère du marquis
- d'Alluye, I, 301.
-
- Montluc (Jeanne de), comtesse de Carmain ou Cramail. Voy. Sourdis
- (Jeanne de).
-
- Montmorency (Henri de), père de Mme de Ventadour (femme d'Anne de
- Levis-Ventadour) et de la princesse de Condé, femme d'Henri de
- Bourbon, père du grand Condé, II, 440.
-
- Montmorency (Marguerite de), femme d'Anne de Levis, duc de
- Ventadour. Voy. Ventadour (Marguerite de Montmorency, duchesse
- de).
-
- Montmorency (Henri II, duc de), I, 115, 305, 315.
-
- Montmorency-Boutteville (Isabelle-Angélique de), duchesse de
- Châtillon, puis de Mecklembourg et non de Wurtemberg, comme il a
- été dit vº Chastillon (duchesse de).
-
- Montmorency (François-Henri de), qui épousa Madelaine-Claire de
- Clermont-Luxembourg, III, 491.
-
- Montmorency (Madelaine-Claire de Clermont-Luxembourg, femme de
- François-Henri de), III, 491.
-
- Montmorency-Laval (Marie-Louise de), femme du duc de Roquelaure.
- Voy. Roquelaure (Marie-Louise de Laval-Montmorency, duchesse de).
-
- Montmorillon (N. de), I, 306.
-
- Montmoron (Charles de Sévigné, comte de), conseiller au parlement
- de Rennes, I, 408.
-
- Montmort (Anne Habert de), veuve du maréchal de Thémines, femme de
- François-Annibal d'Estrées, maréchal de France. Voy. Estrées
- (maréchale d').
-
- Monmouth (le duc de), I, 41.
-
- Montpensier (Marie-Louise d'Orléans, duchesse de), I, 4, 5, 52,
- 100, 130 et suiv., 160, 215, 221, 238, 290, 295, 328, 329; II, 28,
- 102, 103, 168, 197 à 282, 361, 373, 378, 381 à 400, 471 et suiv.;
- IV, 286.
-
- Montrésor (Claude de Bourdeilles, comte de), I, 315, 415.
-
- Montrevel (Ferdinand de la Baume, comte de), I, 20.
-
- Montsoreau (Bernard, comte de), I, 212.
-
- Montsoreau (Marie-Geneviève de Chambes, comtesse de), femme de
- Louis-François, marquis de Sourches. Voy. Sourches.
-
- Montsoreau (Jean du Bouchet, marquis de Sourches, comte de), I,
- 212.
-
- Moreil (M. de), I, 316.
-
- Moret (Jacqueline de Bueil, comtesse de), femme de René II du
- Bec-Crespin, marquis de Vardes. Voy. Vardes (René II du
- Bec-Crespin, marquis de).
-
- Moret (Antoine de Bourbon, comte de), fils naturel de Jacqueline
- de Bueil et de Henri IV, I, 146, 270; II, 61.
-
- Mornay (famille de), branche d'Ambleville et Villarceaux, I, 151.
-
- Mornay (Louis de), marquis de Villarceaux. Voy. Villarceaux.
-
- Mornay-Villarceaux (Charlotte de), 2e femme du maréchal de
- Grancey. Voy. Grancey (Charlotte de Mornay, 2e femme du maréchal
- de).
-
- Mortecelle (la présidente de), I, 254.
-
- Mortemart (Gabriel de Rochechouart, duc de), I, 170; II, 74, 362.
-
- Mortemart (Diane de Grandseigne, femme de Gabriel de Rochechouart,
- marquis de), II, 362.
-
- Mortemart (Françoise-Athénaïs de Rochechouart, Mlle de). Voy.
- Montespan (marquise de).
-
- Morus (le pasteur Alexandre), II, 30.
-
- Motteville (Françoise Bertaut, femme du président de), I, 263.
-
- Mouy ou Movy (Mme de), I, 78, 207.
-
- Mouchette, chevau-léger, I, 214.
-
- Mouchy (Catherine de), soeur du maréchal d'Hocquincourt, 1re femme
- du maréchal de Grancey. Voy. Grancey (Catherine de Mouchy, 1re
- femme du maréchal de).
-
- Moyset, neveu du partisan Catelan, I, 89.
-
- Munster (Christophe-Bernard van Galen, prince-évêque de), I, 77.
-
-
- Nangis (François de Brichanteau, marquis de), I, 406.
-
- Nangis (Marie de Bailleul, marquise de), puis marquise d'Uxelles.
- Voy. Uxelles (marquise d').
-
- Nantes (Mlle de), femme du duc de Bourbon. Voy. Bourbon (duchesse
- de), et ajoutez: IV, 138.
-
- Napoléon Ier, I, 305.
-
- Nardy (l'abbé), II, 348.
-
- Nassau (Guillaume-Henri de), prince d'Orange. Voy. Orange
- (Guillaume-Henri de Nassau, prince d').
-
- Navailles (Philippe de Montault-Bénac, marquis, puis, en 1658, duc
- de), I, 62, 226; II, 59, 63, 168; IV, 266.
-
- Navailles (Suzanne de Beaudean de Neuillant, duchesse de), I, 226,
- 292, 403; II, 59, 168; III, 117.
-
- Navailles (Diane de), 2e femme de René de Cordouan, marquis de
- Langeais, II, 436, 437.
-
- Navarret (la Petit, femme de), I, 89.
-
- Nelguin (Mme), I, 238.
-
- Nemours (Henri II de Savoie, duc de), I, 56, 75, 160 et suiv., 166
- et suiv., 172, 175, 181, 188, 192 et suiv., 202 et suiv., 210 et
- suiv., 216, 416.
-
- Nemours (Mlle d'Aumale et non Mlle de), III, 126.
-
- Nemours (Marie d'Orléans-Longueville, duchesse de), I, 160, 168.
-
- Nerestang (Achille, marquis de), III, 352.
-
- Neubourg (Philippe-Guillaume de Bavière, duc de), II, 201.
-
- Neubourg (Anne de), femme de François Poussart, marquis du Vigean.
- Voy. Vigean (du).
-
- Neuillant (Françoise Tiraqueau, comtesse de), III, 72, 117.
-
- Neuillant (Suzanne de Beaudean, Mlle de), duchesse de Navailles,
- Voy. Navailles.
-
- Nevelet (Marie), femme de Jean II du Bouchet, marquis de Sourches,
- I, 212.
-
- Nevers (Charles de Gonzague-Clèves, duc de). Voy. Gonzague-Clèves
- (Charles de), duc de Nevers.
-
- Nevers (Philippe de Mancini, duc de), I, 277 et suiv.
-
- Nevers (Diane-Gabrielle de Damas de Thianges, femme de Philippe de
- Mancini, duc de), I, 283 et suiv.
-
- Nicolaï (Antoine de), président de la cour des comptes, I, 270.
-
- Nicolaï (Marie Amelot, femme du président Antoine de), I, 270.
-
- Ninon de Lenclos, I, 16, 40, 47, 62, 75, 155, 200, 271, 295, 312
- et suiv.
-
- Noailles (Anne, comte, puis premier duc de), II, 465; III, 58.
-
- Noailles (Louise Boyer, femme d'Anne, duc de), I, 295; II, 465.
-
- Noailles (Anne-Jules, comte d'Ayen, puis duc de), fils aîné des
- précédents, II, 465.
-
- Noailles (Marguerite-Thérèse de Rouillé, veuve du marquis
- Jean-François de), 3e femme du duc de Richelieu, I, 72.
-
- Noailles (Louis-Antoine, cardinal de), IV, 184.
-
- Nogent (Nicolas Bautru, comte de), III, 392, 504.
-
- Nogent (Marie Coulon, femme de Nicolas Bautru, comte de), III,
- 504. Voy. Bautru.
-
- Nogent (Armand de Bautru, comte de), beau-frère de Lauzun, II,
- 412; III, 322.
-
- Nogent (Diane-Charlotte de Caumont, soeur de Lauzun, femme
- d'Armand de Bautru, comte de), II, 222, 248, 320, 381, 388; III,
- 322, 392.
-
- Nointel (Louis de Bechameil, marquis de). Voy. Bechameil (Louis
- de).
-
- Noirmoutier (Louis II de la Trémouille, marquis, puis duc de), I,
- 144; III, 334.
-
- Noirmoutier, (Renée-Julie Aubery, femme de Louis II de La
- Trémouille, marquis de), III, 334, 336.
-
- Northumberland (Anne Wriothesley, comtesse de), I, 257.
-
- Nouveau (Catherine de Gérard, femme de Jérôme de), I, 24.
-
- Novion (Nicolas Pothier, sieur de), premier président au
- parlement, I, 25, 148.
-
-
- Ogier (François), I, 207.
-
- Oignon (le comte d'). Voy. Foucault (le maréchal), comte du
- Dognon.
-
- Ollier (Louise), femme du président Ardier. Voy. Ardier.
-
- Olonne (Louis de la Trémouille, comte d'), I, 6, 38, 78, 274; II,
- 350, 353; III, 296 et suiv.
-
- Olonne (Catherine-Henriette d'Angennes de La Loupe, comtesse d'),
- I, 4, 5, 69 et suiv., 146, 149, 232, 233, 243, 265 et suiv., 414;
- II, 169, 403; III, 280 et suiv., 393 et suiv., 472.
-
- Olympe (Mme), III, 97. Voir p. 76: «une dame d'un château voisin.»
-
- Oradour (Georges de Bermondet, baron d'), II, 337.
-
- Oradour (Françoise Garnier, femme de M. d'), II, 337.
-
- Oraison (marquis d'), III, 409.
-
- Oraison (Madeleine d'), femme de Jacques-Louis, duc de Caderousse.
- Voy. Caderousse.
-
- Orange (Guillaume de Nassau, prince d'), père de Guillaume-Henri,
- IV, 231.
-
- Orange (Guillaume-Henri de Nassau, prince d'), IV, 144, 155, 157,
- 231.
-
- Orgères (Madelaine Garnier, veuve d'), II, 337.
-
- Orléans (Gaston de France, duc d'), I, 12, 54, 75, 180, 185, 186,
- 193, 208, 263, 290, 300, 303, 329, 404.
-
- Orléans (Marguerite de Lorraine, femme de Gaston d'), I, 290.
-
- Orléans (Mlle d'), duchesse de Lorraine. Voy. Lorraine (Mlle
- d'Orléans, duchesse de).
-
- Orléans (Philippe de France, duc d'Anjou, puis duc d'), dit
- _Monsieur_, I, 63, 64, 65, 111, 112 et suiv., 227, 264, 289, 297;
- II, 42, 61, 99, 102, 147 et suiv., 201, 219, 236, 248, 262, 265,
- 268, 363, 364, 370, 386 391; III, 9, 239, 240, 253, 309, 432, 474;
- IV, 205, 231, 253, 274, 280, 288.
-
- Orléans (Henriette d'Angleterre, 1re femme de Philippe, duc d'),
- _dite_ Madame, I, 65, 67, 138, 144, 150, 217, 263, 271, 297; II,
- 28, 36, 40, 41, 42, 43, 57, 61 et suiv., 78 et suiv., 92 et suiv.,
- 99 et suiv., 145 et suiv., 219, 261, 391, 455; III, 13, 432; IV,
- 251, 253, 262 et suiv., 276.
-
- Orléans (Elisabeth-Charlotte de Bavière, comtesse palatine du
- Rhin, 2e femme de Philippe d'Orléans), _dite_ Madame, I, 296; III,
- 13, 14, 16, 54.--N. B. A la p. 54, t. III, lire ce nom, au lieu
- de Marie-Anne-Christine-Victoire de Bavière; IV, 216, 274, 288.
-
- Orléans (Marie-Louise d'), reine d'Espagne, III, 432, 433.
-
- Orléans (Philippe d'), régent de France, IV, 227, 274.
-
- Orval (François de Béthune, comte d'), I, 315.
-
- Osereux (Nicolas Viole, seigneur d'). Voy. Viole (Nicolas).
-
- Outrelaise (Mlle Magdeleine d'), [parente de Fiesque], I, 300.
-
-
- Paget (Jacques), maître des requêtes, I, 16, 17, 18, 19, 21, 28,
- 274; II, 349.
-
- Paget (Anne Gelée, femme de Jacques), I, 16.
-
- Palatin (Edouard de Bavière, prince). Voy. Bavière (Edouard de),
- prince palatin.
-
- Palatine (Anne de Gonzague-Clèves, princesse). Voy. Bavière (Anne
- de Gonzague, femme d'Edouard de), princesse palatine. Ajoutez: IV,
- 254, 255.
-
- Palatine (princesse), _dite_ Madame. Voy. Orléans
- (Charlotte-Elisabeth de Bavière, 2e femme de Philippe, duc d').
-
- Palluau, maréchal de Clérambault. Voy. Clérambault (maréchal de).
-
- Pamphilio (Gerolamo), III, 48.
-
- Pardaillan de Gondrin (Roger-Hector de), père de Henri-Louis de
- Pardaillan de Gondrin, marquis de Montespan, II, 362.
-
- Pardaillan de Gondrin (Marie-Christine Zamet, femme de
- Roger-Hector de), II, 362.
-
- Pardaillan de Gondrin (Henri-Louis de), marquis de Montespan. Voy.
- Montespan (marquis de).
-
- Pardaillan de Gondrin, (Louis-Antoine de), duc d'Antin, fils de
- Henri-Louis de Pardaillan de Gondrin, marquis de Montespan. Voy.
- Antin (duc d').
-
- Parthenay (Charlotte de), dame de Genouillé, femme de Jean-Jacques
- de Pons, marquis de La Caze, I, 185.
-
- Pascal, père de Blaise, I, 89.
-
- Pascal (Blaise), I, 95; IV, 88.
-
- Pegelin, et Pegevin, pour Puiguilhem. Voy. Lauzun.
-
- Peguilhem. Voy. Lauzun.
-
- Peguilin. Voy. Lauzun.
-
- Perrault (Charles), IV, 129.
-
- Perrier (François), peintre, III, 312.
-
- Perrot (Marthe), 1re femme de Claude Cornuel, I, 87.
-
- Persan (Henri de Vaudetar, baron de), I, 295.
-
- Petersfield (Mlle de Keroualles, baronne de). Voy. Keroualles
- (Mlle de).
-
- Petit (Claude) ou Le Petit, Voy. Le Petit (Claude).
-
- Petit (la), belle-soeur du partisan Catelan, femme de Navarret, I,
- 89.
-
- Phelippeaux (Louis), de Pontchartrain, père de Louis II; mari de
- Suzanne Talon, IV, 156.
-
- Phelippeaux de Pontchartrain (Suzanne Talon, femme de Louis I de),
- IV, 156.
-
- Phelippeaux (Anne), femme de Léon Le Bouthillier de Chavigny. Voy.
- Chavigny (Anne Phelippeaux, femme de Léon de).
-
- Phelippeaux (Isabeau), femme du marquis d'Humières, mère du
- maréchal duc d'Humières. Voy. Humières (Isabeau Phelippeaux,
- marquise d').
-
- Phelippeaux de la Vrillière (Marie), femme de Jean-Claude de
- Rochechouart. Voy. Rochechouart (Marie Phelippeaux, femme de
- Jean-Claude de), II, 100.
-
- Philippe III, roi d'Espagne, IV, 257.
-
- Philippe IV, roi d'Espagne, I, 62; IV, 246, 247.
-
- Pianezza (Charles de Simiane, marquis de), IV, 146.
-
- Piennes (Louis de Brouilly, marquis de), I, 52; II, 72.
-
- Piennes (marquise de). Voy. Fiesque (comtesse de).
-
- Pilou (Anne Baudesson, femme de Jean), I, 20.
-
- Pimentel (Antonio), ambassadeur d'Espagne, II, 29.
-
- Pisieux (Mme de). Voy. Puysieux.
-
- Plas (Aimée-Eléonore de), femme de Rigaud de Scorailles, comte de
- Roussille, II, 459.
-
- Plessis (Louise de Bellenave, comtesse du), marquise de
- Clérambault. Voy. Clérambault (marquise de).
-
- Plessis-Bellière (Jacques de Rougé, sieur du), III, 496.
-
- Plessis-Bellière (Suzanne de Bruc, femme de Jacques de Rougé,
- sieur du), II, 356; III, 496.
-
- Plessis-Chivray (Henri du), I, 245.
-
- Plessis-Chivray (Françoise-Marguerite du), femme du maréchal de
- Grammont, II, 35.
-
- Plessis-Guénégaud (Henri du), III, 371.
-
- Plessis-Guénégaud (Isabelle de Choiseul-Praslin, femme d'Henri
- du), III, 371.
-
- Plessis-Guénégaud (Claire-Bénédictine du), femme du duc de
- Caderousse. Voy. Caderousse (Claire-Bénédictine du
- Plessis-Guénégaud, femme du duc de).
-
- Plessis-Liancourt (du). Voy. La Roche-Guyon (duc de).
-
- Plessis (du), valet de chambre du duc d'Aumont, III, 487.
-
- Polignac (Anne de), maréchale de Châtillon, I, 176.
-
- Polignac (Jacqueline du Roure, 3e femme de Louis-Armand de), mère
- du suivant, III, 503, 504.
-
- Polignac (Sidoine-Apollinaire-Gaspard-Scipion, marquis de), III,
- 503, 504, 507, 508.
-
- Polignac (Marie-Armande de Rambures, femme du précédent marquis
- de), III, 495 et suiv., 508, 509.
-
- Polignac (Antoinette de), fille de Louis-Armand de Polignac et de
- sa première femme, Suzanne des Serpens de Gondras, III, 503.
-
- Pommereuil (François de), présid{t} au Grand-Conseil, I, 328, 406.
-
- Pommereuil (Denise de Bordeaux, femme du président de), I, 306,
- 406.
-
- Pommereuil (Hippolyte, fils du président de), I, 328.
-
- Pomponne (Simon Arnauld, marquis de). Voy. Arnauld (Simon),
- marquis de Pomponne, et ajoutez: IV, 156, 179.
-
- Pons (Jean-Jacques de), marquis de La Caze, I, 185.
-
- Pons (Judith de), fille de Jean-Jacques, marquis de La Caze, et de
- Charlotte de Parthenay, I, 185.
-
- Pons (marquis de), II, 380.
-
- Pons du Bourg (Elisabeth de), femme de François-Amanieu d'Albret,
- comte de Miossens. Voy. Miossens.
-
- Pons (Anne Poussart du Vigean, veuve de François-Amanieu d'Albret,
- sire de), remariée au duc de Richelieu, I, 71, 72, 295, 403, 405,
- 406.
-
- Pons (Bonne Poussart du Vigean de), femme de Sublet d'Heudicourt,
- soeur cadette d'Anne de Pons, duchesse de Richelieu. Voy.
- Heudicourt.
-
- Pons (Mlle de) [aimée du duc de Guise], II, 93, 107.
-
- Pons (Armand de Bouthillier de Chavigny, seigneur de). Voy.
- Chavigny (Armand de Bouthillier de).
-
- Pontcarré (Pierre Camus de). Voy. Camus de Pontcarré (Pierre).
-
- Pontchartrain (Louis Phelippeaux de), ministre, en 1695, IV, 156,
- 167 et suiv., 196.
-
- Pont-de-Courlay (René de Vignerot, sieur du), I, 71.
-
- Pont-de-Courlay (Françoise du Plessis de Richelieu, femme de René
- de Vignerot, sieur du), I, 71.
-
- Porstmouth (Mlle de Keroualles, duchesse de). Voy. Keroualles (M.
- de).
-
- Pot (Claude), seigneur de Rhodes, II, 74.
-
- Pot (Anne-Louise-Henriette de La Châtre, femme de Claude), II, 74.
-
- Potemkin (Pierre), I, 137, 138.
-
- Potier (Bernard-François), duc de Gesvres. Voy. Gesvres
- (Bernard-François Potier, duc de).
-
- Pradel (Abraham du), I, 321.
-
- Précy (Mme de), I, 319, 326 et suiv, 404.
-
- Princesse (madame la). Voy. Condé (princesse de).
-
- Prud'homme, barbier-étuviste, III, 225, 226.
-
- Puisieux, Voy. Puysieux.
-
- Pulner (Roger), comte de Castle-Maine. Voy. Castle-Maine.
-
- Pussort (Henri), conseiller d'Etat, IV, 156.
-
- Puygarreau (René Gillier de), sieur de Clérembault. Voy.
- Clérembault (René Gillier de Puygarreau, sieur de).
-
- Puylaurens (Antoine de Laage, marquis, puis duc de), III, 253.
-
- Puysieux (Pierre Brûlart, marquis de Sillery, vicomte de), I, 43,
- 220.
-
- Puysieux (Charlotte d'Etampes de Valençay, femme de Pierre
- Brûlart, vicomte de), I, 220, 221, 223 et suiv., 258, 407; II,
- 197.
-
-
- _Quanto_, surnom de Mme de Montespan. Voy. Montespan (Mme de).
-
- Quentine, femme de chambre de Mme d'Olonne, I, 17, 124, 127.
-
- Quervalle (Mlle de). Voy. Keroualles (Mlle de).
-
- Quillet (l'abbé Claude), I, 183.
-
- Quinault (Philippe), III, 226.
-
- Quintin (Suzanne de Montgommery, comtesse de), II, 420.
-
-
- Rabutin, page de la princesse de Condé, I, 240.
-
- Rabutin (Louise de). Voy. Alets (comtesse d').
-
- Rabutin (Roger de), comte de Bussy. Voy. Bussy (Roger de Rabutin,
- comte de).
-
- Racan (Honoré de Bueil, marquis de), I, 8.
-
- Racine (Jean), I, 298.
-
- Ragny (Anne de La Magdelaine de), duchesse de Lesdiguières. Voy.
- Lesdiguières (Anne de la Magdelaine de Ragny, 2e femme de François
- de Bonne de Créqui, duc de).
-
- Ragny (Charles-Nicolas de Bonne de Lesdiguières, marquis de), III,
- 238.
-
- Raguenet (l'abbé François), I, 187.
-
- Rambouillet (hôtel de), I, 40, 136, 144, 320; III, 499.
-
- Rambouillet (famille d'Angennes de), III, 135.
-
- Rambouillet (Charles d'Angennes, marquis de), I, 244.
-
- Rambouillet (Catherine de Vivonne-Pisani, femme de Charles
- d'Angennes, marquis de), III, 121.
-
- Rambouillet (Julie-Lucine d'Angennes de), marquise de Montausier.
- Voy. Montausier (marquise de).
-
- Rambouillet (Angélique-Claire d'Angennes, Mlle de), depuis
- comtesse de Grignan, I, 328.
-
- Rambures (René, marquis de), III, 392.
-
- Rambures (Marie Bautru, femme de René, marquis de), belle-mère du
- duc de Caderousse, II, 417; III, 392 et suiv., _passim_.
-
- Rambures (Marie-Renée de), 2e femme du duc de Caderousse. Voy.
- Caderousse (Marie-Renée de Rambures, 2e femme du duc de).
-
- Rambures (Mlle de), Mme de Polignac. Voy. Polignac (Marie-Armande
- de Rambures, femme de Sidoine-Apollinaire-Gaspard-Scipion de).
-
- Ramsay (François de), I, 187.
-
- Rancé (Armand Jean de Bouthillier, abbé de), I, 209.
-
- Rannes (Nicolas d'Angennes, marquis de), III, 504, 505.
-
- Rannes (Charlotte Bautru, femme de Nicolas d'Angennes, marquis
- de), puis princesse de Montauban. Voy. Montauban (Charlotte
- Bautru, duchesse de).
-
- Rassan (Anne-Elisabeth de), marquise de Castellane, puis marquise
- de Ganges. Voy. Ganges (marquise de).
-
- Rassé (le sieur de), un des huissiers de Louis XIV, IV, 27.
-
- Ravelot (Henriette-Catherine de Gramont, femme d'Alexandre de
- Canonville, marquis de Raffetot et non), I, 136.
-
- Relabbé (M. de), II, 352.
-
- Renard (le jardin de), aux Tuileries, I, 76, 154; II, 4, 5.
-
- Renaudot (Théophraste), II, 134.
-
- Resnel (Clermont de). Voy. Clermont (maison de).
-
- Retz (Paul de Gondi, coadjuteur de Paris, cardinal de), I, 144,
- 145, 166, 182, 193 et suiv., 226, 231, 306, 320, 406, 413; II,
- 404; III, 215.
-
- Rezay (Pierre Bénard, seigneur de), conseiller au parlement, II,
- 28.
-
- Richelieu (Armand du Plessis, cardinal de), I, 58, 83, 88, 136,
- 144, 293; II, 50, 51, 341, 380; IV, 212.
-
- Richelieu (Françoise du Plessis), soeur du cardinal, femme de René
- de Vignerot, sieur du Pont-de-Courlay. Voy. Pont-de-Courlay.
-
- Richelieu (J.-B. Amador de Vignerot du Plessis, marquis de), I,
- 71, 290, 291; II, 50.
-
- Richelieu (Jeanne-Baptiste de Beauvais, marquise de), II, 51.
-
- Richelieu (Armand-Jean de Vignerod du Plessis, duc de), I, 58; II,
- 380, 381.
-
- Richelieu (Anne de Pons, fille de François Poussart, sieur de Fors
- ou Faure, marquis du Vigean, veuve de François Amanieu d'Albret,
- sire de Pons, marquis de Marennes, puis femme d'Armand du Plessis,
- duc de), I, 71, 155, 158, 184, 185, 200; II, 51, 380.
-
- Richelieu (Anne-Marguerite d'Acigné, 2e femme du duc de), I, 72.
-
- Richelieu (Marguerite-Thérèse de Rouillé, veuve du marquis de
- Noailles, 3e femme du duc de), I, 72.
-
- Richmont (François-Marie Stuart, duc de), I, 225, 238.
-
- Richou (l'abbé), I, 328.
-
- Richou ou Richoux, I, 182.
-
- Ricousse ou Ricoux, mari de Mlle Bordeaux, I, 182, 201, 205, 241
- et suiv.
-
- Ricoux (N... Bordeaux, femme de). Voy. Bordeaux ou Bourdeaux (Mlle
- de), femme de Ricoux.
-
- Rigaud (Hyacinthe), III, 312.
-
- Rigny (Basile Fouquet, abbé de). Voy. Fouquet (Basile).
-
- Riom (M. de), neveu de Lauzun, I, 133.
-
- Roannez (duché de), II, 400, 401.
-
- Roannez (duc de). Voy. La Feuillade et Gouffier (Artus).
-
- Robert (Louis), président en la Cour des comptes, III, 467.
-
- Robinet (Charles), _dit_ du Laurens, I, 227.
-
- Rochechouart (Jean-Claude de), II, 100.
-
- Rochechouart (René de), père de Gaspard de Rochechouart, II, 100.
-
- Rochechouart (Gaspard de), père de Gabriel de Rochechouart, II,
- 100.
-
- Rochechouart (Gabriel de), père de Mme de Montespan, II, 100.
-
- Rochechouart (Françoise-Athénaïs de), femme de Henri-Louis de
- Pardaillan de Gondrin, marquis de Montespan. Voy. Montespan
- (marquise de).
-
- Rochechouart (Marie-Madeleine-Gabrielle de), abbesse de
- Fontevrault, III, 10.
-
- Rochefort de Salvert (famille d'Angennes de), III, 135.
-
- Rochefort de Salvert (Louis d'Angennes de), marquis de Maintenon.
- Voy. Maintenon (Louis d'Angennes de Rochefort de Salvert, marquis
- de).
-
- Rochefort (Henri-Louis d'Aloigny, marquis de), III, 363.
-
- Rohan. Voy. aussi: 1º Guemené, 2º Montauban, 3º Montbazon.
-
- Rohan (Marguerite de Béthune-Sully, femme du duc Henri II de) I,
- 75, 252.
-
- Rohan (Henri Chabot, seigneur de Saint-Aulaye et de Montlieu, mari
- de Marguerite, duchesse de Rohan, et, par suite, duc de
- Rohan-Chabot), I, 49; II, 47; III, 146.
-
- Rohan (Marguerite, duchesse de), femme de Henri Chabot, II, 47;
- III, 146.
-
- Rohan-Guemené (Hercule de), duc de Montbazon. Voy. Montbazon (duc
- de).
-
- Rohan (Marie de), femme de Charles d'Albert de Luynes, puis
- duchesse de Chevreuse. Voy. Chevreuse (duchesse de).
-
- Rohan-Chabot (Louis, duc de), fils de Henri Chabot et de
- Marguerite de Rohan, I, 270.
-
- Rohan-Chabot (Marie-Elisabeth du Bec-Crespin, fille du marquis de
- Vardes, duchesse de), I, 270.
-
- Rohan (Tancrède de), I, 31, 147; II, 47.
-
- Rohan (Louis, chevalier de), grand veneur de France, fils de Louis
- VII de Rohan-Guemené, duc de Montbazon, I, 209; II, 41, 464; III,
- 506.
-
- Rohan (Renée-Marie de Longueil, femme de Louis, chevalier de
- Rohan, dit monsieur de). Voy. Longueil (Renée-Marie de).
-
- Rohan-Montauban. Voy. Montauban.
-
- Roquelaure (Antoine, baron de), maréchal de France, I, 163.
-
- Roquelaure (Gaston-Jean-Baptiste, marquis de Biran, duc à brevet
- de), fils du Maréchal, I, 68, 163, 164, 165, 179, 289, 407; II,
- 71, 88, 100, 106, 107, 425, 426, 431, 447, 448 et suiv.; III, 238,
- 363 et suiv.
-
- Roquelaure (Marie-Louise de Laval, duchesse de), femme de
- Gaston-Jean-Baptiste-Antoine, marquis de Biran, puis duc de
- Roquelaure, I, 165, 217; II, 426, 448; III, 451, 461; IV, 138.
-
- Roquelaure (Antoine, chevalier de), I, 153, 163, 164.
-
- Roquelaure (Gaston-Jean-Baptiste-Antoine, marquis de Biran, puis
- duc de), fils de Gaston Jean-Baptiste, I, 165, 166; II, 425; III,
- 353 et suiv.; IV, 138, 262. Voy. Biran.
-
- Roquelaure (Charlotte-Marie de Daillon du Lude, marquise, puis
- duchesse de), I, 111, 112, 165, 321; II, 72, 448; III, 420.
-
- Roquelaure (M. de la Tour-). Voy. La Tour-Roquelaure.
-
- Roquette (l'abbé Gabriel de), plus tard évêque d'Autun, I, 12.
-
- Rosmadec (Sébastien de), II, 469.
-
- Rosmadec (Catherine-Gasparde de Scorailles, femme de Sébastien
- de), II, 469.
-
- Rosny (Marie-Antoinette Servien, marquise de), I, 254.
-
- Rotondis (M. de), II, 154.
-
- Rou (Jean), II, 437; III, 227.
-
- Rougé (Catherine de), femme du maréchal de Créqui. Voy. Créqui
- (Catherine de Rougé, maréchale de).
-
- Rouillé (Marguerite-Thérèse de), veuve du marquis de Noailles, 3e
- femme du duc de Richelieu. Voy. Richelieu (Marguerite-Thérèse de
- Rouillé, duchesse de). Voy. aussi II, 429, Rouillé (Marguerite,
- femme de Nicolas L'Avocat).
-
- Roucy ou Roussy (François de Roye de La Rochefoucauld, comte de),
- III, 366 et suiv., 426 et suiv., 461, 476.
-
- Roure (Louis-Scipion III de Grimoard de Beauvoir, comte du),
- marquis de Grisac, etc., III, 186, 187.
-
- Roure (Marie-Anne-Louise de Caumont La Force, femme de Louis
- Scipion, marquis du), III, 185 à 204.
-
- Roussille (Rigaud de Scorailles, comte de), père de Mlle de
- Fontanges, II, 459.
-
- Roussille (Aimée-Eléonore de Plas, femme de Jean Rigaud de
- Scorailles, comte de), II, 459.
-
- Roussillon (Nicolas de Changi, comte de), I, 315.
-
- Rouville (François, comte et non marquis de), I, 51, 91, 208, 315,
- 316.
-
- Rouxel (Guillaume), père du comte de Maré et du maréchal de
- Grancey, III, 240.
-
- Rouxel de Grancey. Voy. Grancey (Rouxel de).
-
- Rouxel de Maré. Voy. Maré (Rouxel de).
-
- Royan (François de la Tremouille, marquis de), plus tard comte
- d'Olonne, I, 274; III, 334, [frère de Louis, comte d'Olonne]. Voy.
- ce nom.
-
- Royan (César-Joseph de la Trémouille, chevalier de), frère de
- Louis, comte d'Olonne, III, 334, 335.
-
- Royan (Yolande-Julie de La Tremouille, femme de François de La
- Tremouille, marquis de), III, 334, 335, 336.
-
- Russell (... Wriothesley, lady), I, 257.
-
-
- Saint-Aignan, I, XIII; II, 8, 9, 10, 17, 19, 24, 28, 40, 42, 43,
- 45, 51 et suiv., 83, 84, 111; III, 14, 15, 18, 20, 21, 30, 41; IV,
- 26, 252, 254, 259, 265.
-
- Saint-Chamans (famille de Lignerac-), II, 420.
-
- Saint-Charles (le P. Alexandre de), III, 158.
-
- Saint-Chaumont (Henry Mitte de Miolans, marquis de), I, 135.
-
- Saint-Chaumont (Suzanne-Charlotte de Gramont, femme de Henry Mitte
- de Miolans, marquis de), fille d'Antoine II, comte de Gramont, I,
- 135, 263, 295.
-
- Sainte-Maure (Charles de), marquis de Montausier. Voy. Montausier
- (marquis de).
-
- Sainte-Maure (Claude de), seigneur du Fougeray, III, 197.
-
- Sainte-Maure (Honoré, comte de), III, 197.
-
- Saint-Evremont (Charles-Marguerite de Saint-Denys de), I, 6, 37,
- 225; II, 73.
-
- Saint-Faron (Pierre de Bullion, abbé de), I, 306.
-
- Saint-Gelais (Marie-Madelaine de), fille du marquis de Lansac,
- femme du marquis de Vassé. Voy. Vassé (marquise de).
-
- Saint-Georges (Clermont de), Voy. Clermont (maison de).
-
- Saint-Géran (Jean-François de La Guiche, seigneur de), II, 55.
-
- Saint-Germain-Beaupré (Henri Foucault, marquis de), I, 300.
-
- Saint-Germain-Beaupré (Agnès de Bailleul, marquise de), I, 300,
- 412.
-
- Saint-Hermine (... de Villette, mariée à M. de), III, 69, 119.
-
- Saint-Hilaire (Mlle de), actrice, II, 159.
-
- Saint-Just (Savary, sieur de). Voy. Savary, sieur de Saint-Just.
-
- Saint-Lary (maison de), III, 465.
-
- Saint-Loup (Le Page, financier, sieur de), I, 405.
-
- Saint-Loup (Mlle de La Roche-Pozay, femme de Le Page, sieur de),
- I, 11, 147, 300, 405.
-
- Saint-Maigrin. Voy. Saint-Mesgrin.
-
- Saint-Mars (M. de), gouverneur de la citadelle de Pignerolles. II,
- 398.
-
- Saint-Mesgrin (Jacques de Stuart de Caussade, marquis de), I, 240.
-
- Saint-Mesgrin (Marie de Stuart de Caussade, Mlle de), I, 75, 403,
- 404.
-
- Saint-Paul (Charles-Paris d'Orléans-Longueville, comte de), IV,
- 267. Voy. Longueville (Charles-Paris, d'abord comte de Saint-Paul,
- puis duc de).
-
- Saint-Remy (Françoise Le Prévost, veuve de Laurent de La Baume Le
- Blanc, seigneur de La Valière). Voy. Le Prévost (Françoise), femme
- du sieur de La Valière.
-
- Saint-Sacrement (Anne du). Voy. Viole (Anne).
-
- Saint-Simon (Claude, duc de), I, 271, 315; IV, 203.
-
- Saint-Simon (Louise de Crussol, veuve d'Antoine de Budos, marquis
- de Portes, femme de Charles, marquis de), belle-soeur et
- belle-mère du duc Claude de Saint-Simon, I, 254.
-
- Saint-Simon, M{is} de Courtaumer (Claude-Antoine de), III, 202.
-
- Saint-Simon-Courtaumer (Marie de), séparée du marquis de Langeais,
- femme de Jacques Nompar de Caumont, duc de La Force. Voy. Langeais
- et La Force (Marie de Saint-Simon Courtaumer, séparée du marquis
- de Langeais, femme de Jacques Nompar de Caumont, duc de).
-
- Saint-Simon (Gabrielle de Durfort de Lorge, femme du duc de), IV,
- 203.
-
- Sainte-Maure (le comte de), IV, 229.
-
- Saint-Villiers (Barbe de), femme de Roger Pulner, comte de
- Castlemaine, puis comtesse de Southampton et duchesse de
- Cleveland, I, 238.
-
- Sablé (Madeleine de Souvré, marquise de), I, 171; II, 102; IV,
- 130.
-
- Sablé (Louis-François Servien, fils d'Abel, marquis de), III, 230
- et suiv.
-
- Sacrement (Anne du Saint-). Voy. Viole (Anne).
-
- Salins (N..., femme de Garnier de), belle-soeur de Suzanne
- Garnier, comtesse de Brancas, I, 232.
-
- Sallé (Jacques), maître des Comptes, III, 446.
-
- Sallé (Jeanne Le Meusnier, femme de Jacques), III, 446, 447.
-
- Salm (Charles-Théodore-Othon, prince de), II, 48.
-
- Sarrazin ou Sarrasin (Jean-François), I, 139.
-
- Saucourt (marquis de). Voy. Soyecourt (marquis de).
-
- Sault (François-Emmanuel de Bonne de Créqui, duc de Lesdiguières,
- et d'abord comte de). Voy. Lesdiguières (François-Emmanuel de
- Bonne de Créqui, duc de).
-
- Sault (Paule-Marguerite-Françoise de Gondi de Retz, femme de
- François-Emmanuel de Bonne de Créqui, comte de, puis duc de
- Lesdiguières).--Voy. Lesdiguières (Paule-Marguerite-Françoise de
- Gondi de Retz, femme de François-Emmanuel de Bonne de Créqui,
- d'abord c{te} de Sault, puis duc de).
-
- Sautour (Charlotte, fille de madame de Cézy, de la maison de
- Harlay, mariée à François des Essarts, sieur de), I, 91.
-
- Savary (Pierre-Philémond), sieur de Saint-Just et de
- Boutervilliers, grand-maître des eaux et forêts de Normandie, IV,
- 128.
-
- Savary, sieur de Saint-Just (Angélique Le Cordier du Tronc, femme
- de), IV, 128. et suiv. Voy. Tron (Angélique Le Cordier du).
-
- Savignac (Sylvestre de Crugy, comte de Marcillac, devenu s{r} de
- Savignac par son mariage avec Marie-Anne de Benevant, dame de), I,
- 315.
-
- Savoie (Christine de France, duchesse de). Voy. Christine de
- France, duchesse de Savoie.
-
- Savoie (Charles-Amédée de), frère de Henri II de Savoie, duc de
- Nemours, I, 168; II, 201.
-
- Savoie (la princesse Marguerite de), II, 29.
-
- Savoie (le prince Eugène de). Voy. Eugène (le prince), IV, 145,
- 146.
-
- Savoie (Adélaïde-Henriette de), femme de Ferdinand-Marie, duc de
- Bavière. Voy. Bavière (Adélaïde-Henriette de Savoie, femme de
- Ferdinand-Marie, duc de), IV, 274.
-
- Savoie (Victor-Amédée-François II, duc de), IV, 145, 146.
-
- Scarron de Vaures (Catherine), femme d'Antoine, maréchal duc
- d'Aumont, II, 439.
-
- Scarron (Paul), le poète, I, 58; III, 73, 117, 118 et suiv., 169,
- 171 et suiv.
-
- Scarron (Françoise d'Aubigné, femme de). Voy. Maintenon (Mme de).
-
- Scarron (Céleste), soeur du poète, III, 121.
-
- Scarron (N...), femme non avouée du duc de Tresmes, III, 119.
-
- Schomberg (Henri, comte de Nanteuil, 1er maréchal de), I, 209.
-
- Schomberg (Anne de La Guiche, femme du 1er maréchal de), I, 209.
-
- Schomberg (Jeanne-Armande de), fille du 1er maréchal de ce nom et
- d'Anne de La Guiche, femme de Charles de Rohan, prince de Guéméné,
- duc de Montbazon, fils du duc de Montbazon et de Marie de
- Lenoncourt. Voyez Montbazon (Jeanne-Armande de Schomberg, femme de
- Charles de Rohan, prince de Guéméné, duc de).
-
- Schomberg (Jeanne de), ép. séparée de François de Cossé, comte de
- Brissac, remariée à Roger du Plessis-Liancourt, duc de La
- Roche-Guyon, marquis de Liancourt et de Guercheville, I, 141.
-
- Schomberg (Charles, duc d'Hallewin, maréchal de), I, 140, 404.
-
- Sciroeste (Mlle), I, 151.
-
- Scorrailles (Rigaud de), comte de Roussille, père de Mlle de
- Fontanges, II, 459.
-
- Scorrailles (Catherine-Gasparde de), femme de Sébastien de
- Rosmadec. Voy. Rosmadec (Catherine-Gasparde de).
-
- Scorrailles (Marie-Angélique de), Mlle de Fontanges; Voy.
- Fontanges.
-
- Scorrailles (Jeanne de), abbesse de Chelles. II, 469; III, 52.
-
- Scorrailles (Louis-Léger de), abbé de Valloire, II, 469.
-
- Scudéry (Mlle Magdeleine de), I, 290; II, 135.
-
- Segrais (Louis-Renaud de), I, 131, 328; II, 266.
-
- Seguier (Charlotte), femme de Maximilien-François de Béthune, duc
- de Sully, II, 183.
-
- Seguier (le chancelier Pierre), I, 89, 256, 315; II, 183; III, 47.
-
- Seguier (la R. M. Jeanne), religieuse carmélite, soeur du
- chancelier, I, 256.
-
- Seguier (Marie), 1re femme de Louis-Charles d'Albert, duc de
- Luynes, II, 47.
-
- Seiglière (Joachim), sieur de Boisfranc. Voy. Boisfranc (Joachim
- Seiglière, sieur de).
-
- Sénac de Meilhan, I, 227.
-
- Serignan (M. de), III, 177.
-
- Servien (famille), III, 47.
-
- Servien (Abel), III, 230.
-
- Sesmaisons (Françoise de), femme d'Urbain de Laval, marquis de
- Lezay.
-
- Sévigné (Henri, marquis de), I, 312 et suiv., 408.
-
- Sévigné (Marie de Rabutin-Chantal, femme de Henri, marquis de), I,
- 73, 152, 187, 304, 325, 408; II, 266.
-
- Sévigné de Montmoron (Charles de). Voy. Montmoron.
-
- Sévigny (Le Picard, marquis de), III, 352.
-
- Sezanne (Louis-François d'Harcourt de Beuvron, comte de), fils de
- François d'Harcourt, marquis de Beuvron et d'Angélique Fabert,
- veuve de Charles Brûlart, marquis de Genlis, I, 7.
-
- Sillery (Nicolas Brûlart, marquis de), garde des sceaux,
- chancelier de France, I, 43, 150, 220, 232, 233.
-
- Sillery (Louis Roger Brûlart, marquis de), I, 39, 43, 44, 45.
-
- Sillery (Marie-Charlotte, fille de François V de La Rochefoucault,
- femme de Louis Roger Brûlart, marquis de).
-
- Sillery (Fabien Brûlart de), évêque de Soissons, 6e fils du
- marquis Louis Brûlart de Sillery et de Marie-Charlotte de La
- Rochefoucauld, I, 44.
-
- Sillery (le chancelier et non le chevalier), I, 43. Voy. Sillery
- (Nicolas Brûlart, marquis de).
-
- Sillery (Achille Brûlart, _dit_ le chevalier de), chevalier de
- Malte, aide de camp de Turenne, 5e fils du marquis Louis Roger de
- Sillery, I, 44.
-
- Sillery (Mlle de), une des quatre filles du marquis Louis Roger
- Brûlart de Sillery, I, 44.
-
- Simiane (Charles de), marquis de Pianezza, IV, 146.
-
- Soissons (hôtel de), II, 293.
-
- Soissons (Eugène-Maurice de Savoie, comte de), I, 208, 226; II,
- 71, 168, 182.
-
- Soissons (Olympe Mancini, femme d'Eugène-Maurice de Savoie, comte
- de), I, 66, 226, 263, 283 et suiv., 292, 301; II, 47, 48, 52, 55,
- 71, 104, 145, 148, 154, 161, 166, 168, 174, 180; IV, 254, 255,
- 258.
-
- Soissons (Louis-Thomas de Savoie, comte de), fils d'Eugène-Maurice
- et d'Olympe Mancini, I, 73.
-
- Soissons (Uranie de la Cropte de Beauvais, femme de Louis-Thomas
- de Savoie, comte de), I, 72, 73; III, 54.
-
- Solas (le chevalier de), III, 352.
-
- Somon (?), I, 316.
-
- Sorel (Charles), IV, 181.
-
- Soubise (François de Rohan, prince de), 2e fils d'Hercule de
- Montbazon, I, 91; II, 72, 74; III, 146.
-
- Soubise (Anne de Rohan-Chabot, princesse de Soubise, femme de
- François de Rohan, prince de Soubise), I, 217; II, 47, 48, 72, 74;
- III, 146, 147; IV, 254, 255.--Voy. _la Préface_.
-
- Souches (M. de), capitaine des gardes suisses de Gaston d'Orléans,
- I, 212.
-
- Sourches (Jean du Bouchet, marquis de), comte de Montsoreau, grand
- prévôt de France, I, 212, 259, 260.
-
- Sourches (Marie Nevelet, femme de Jean du Bouchet, marquis de), I,
- 212.
-
- Sourches (Dominique du Bouchet, fils aîné de Jean, marquis de), I,
- 212.
-
- Sourches (Louis-François du Bouchet, marquis de), 2e fils de Jean
- du Bouchet, marquis de Sourches, I, 212.
-
- Sourches (Marie-Geneviève de Chambes, femme de Louis-François,
- marquis de), I, 212.
-
- Sourdis (famille de), II, 407.
-
- Sourdis (François d'Escoubleau, cardinal de), III, 475.
-
- Sourdis (Isabelle Escoubleau de), femme de Martin Ruzé, marquis
- d'Effiat, II, 406.
-
- Sourdis (Charles d'Escoubleau, marquis de), gouverneur d'Orléans,
- I, 91, 323; II, 42, 80, 103; IV, 252.
-
- Sourdis (Jeanne de Montluc et de Foix, comtesse de Carmain ou
- Cramail, princesse de Chabannois, femme de Charles, marquis de),
- I, 91, 322, 323, 404.
-
- Sourdis (Paul d'Escoubleau de), marquis d'Alluye, fils de Charles,
- marquis de Sourdis, I, 299.
-
- Sourdis (?) (Mme de), I, 404. N. B. Au lieu de Sourdis, il faut
- lire Précy, Mme de Sourdis (Jeanne de Montluc) étant morte âgée en
- 1657, et celui de ses fils qui porte le nom de Sourdis, François,
- n'étant pas encore marié à l'époque où fut écrit ce pamphlet.
-
- Southampton (comtesse de). Voy. Saint-Villiers (Barbe de).
-
- Souvré (Gilles, maréchal de), IV, 130.
-
- Souvré (Anne de), maréchale d'Humières. Voy. Humières (Anne de
- Souvré, maréchale d').
-
- Souvré (commandeur Jacques de), I, 62.
-
- Soyecourt (Maximilien de Belleforière, marquis de), I, 63, 318,
- 361; II, 40, 41, 464; III, 508.
-
- Spencer (Robert), I, 219.
-
- Spencer (Anne Digby, femme de Robert), I, 219.
-
- Spinchal (M. de). Voy. Espinchal.
-
- Stuart (Françoise-Thérèse), femme de Charles Stuart, duc de
- Richemont et de Lenox, I, 238.
-
- Stuart (l'abbé d'Aubigny, de la maison des), I, 225.
-
- Suard (N... Panckoucke, Mme), III, 73.
-
- Sully (Maximilien-François de Béthune, duc de), II, 183.
-
- Sully (Charlotte Seguier, femme de Maximilien-François de Béthune,
- duc de), II, 183.
-
- Sully (Marguerite de Béthune-), duchesse de Rohan, I, 75.
-
- Sunderland (comte de), I, 258.
-
- Surville (Charles-Louis d'Hautefort, marquis de), I, 316.
-
- Surville, cadet d'Hautefort, (Anne-Louise-Julie de Crevant
- d'Humières, veuve du marquis de Vassé, vidame du Mans, femme du
- marquis de), I, 316.
-
-
- Talhouet (Marie de), femme de Guillaume du Liscouet, II, 420.
-
- Tallard (Maison de Clermont-). Voy. Clermont-Tallard.
-
- Tallard (Roger d'Hostun, comte de), père du maréchal, III, 228.
-
- Tallard (Catherine de Bonne, femme de Roger, comte de), III, 228.
-
- Tallard (Camille d'Hostun, comte de Haston, marquis de la Baume,
- comte, puis maréchal de), III, 228, 229, 244, 261, 330, 352, 426
- et suiv.
-
- Talon (Suzanne), femme de Louis Phelippeaux de Pont-Chartrain, IV,
- 156.
-
- Tambonneau (Michel), président de la chambre des comptes, II, 72,
- 73.
-
- Tancrède de Rohan Voy. Rohan (Tancrède de).
-
- Tardieu (le lieutenant criminel), III, 362.
-
- Tarente (Charles-Belgique-Hollande de la Trémouille, prince de),
- II, 80.
-
- Tarente (Madeleine de Créqui, femme de Charles-Belgique-Hollande
- de la Trémouille, prince de), II, 80.
-
- Tarneau (... de), avocat au grand Conseil, II, 30.
-
- Tarneau (Elisabeth de), II, 30.
-
- Tartre (François du), chirurgien de Louis XIV, IV, 189.
-
- Tavannes (Jacques de Saulx, comte de), I, 415.
-
- Termes (César-Auguste de Saint-Lary, baron et marquis de), frère
- du duc de Bellegarde, III, 465.
-
- Termes (Roger de Pardaillan de Gondrin, marquis de), I, 315; III,
- 466 et suiv.
-
- Tessé (René de Froulay, maréchal de), II, 81.
-
- Théobon (Lydie de Rochefort), fille du marquis de Théobon, femme
- de Charles d'Harcourt, comte de Beuvron. Voy. Beuvron.
-
- Thémines (Anne-Habert de Montmort, femme du maréchal de), puis, en
- secondes noces, du maréchal d'Estrées. Voy. Estrées (maréchal d').
-
- Thianges (Gabrielle de Rochechouart-Mortemart, femme de
- Claude-Léonor de Damas, marquis de), II, 74, 412; III, 126, 322.
-
- Thiboust, I, 316.
-
- Thomas (le prince de Carignan, _dit_ le prince) Voy. Carignan.
-
- Thoré (Michel Particelli, sieur de), président, I, 306.
-
- Thorigny (Jacques de Matignon, comte de), II, 187.
-
- Thorigny (Lambert de). Voy. Lambert de Thorigny.
-
- Tilladet (Gabriel de Cassagnet, marquis de); II, 438; III, 348.
-
- Tilladet (Madelaine Le Tellier, femme de Gabriel de Cassagnet,
- marquis de), II, 438; III, 348.
-
- Tilladet (Jean-Baptiste de Cassagnet, marquis de), fils de
- Gabriel, II, 131 et suiv., 438, 439, 440, 441; III, 367, 368.
-
- Tilladet (Gabriel II de Cassagnet, chevalier de), frère du marquis
- Jean-Baptiste, III, 348 et suiv., 461, 477 et suiv.
-
- Tillet (Jean Girard, seigneur du), I, 411.
-
- Tillet (Elisabeth Bailleul, femme de Jean Girard, seigneur du), I,
- 411.
-
- Tingry (Charles-François-Frédéric de Montmorency-Luxembourg,
- prince de), III, 491. Voy. aussi Luxembourg
- (Charles-François-Frédéric de Montmorency-).
-
- Tingry, (Marie-Thérèse d'Albert de Chevreuse, femme de
- Charles-François-Frédéric de Montmorency-Luxembourg, prince de),
- III, 491. Voy. aussi Luxembourg (Marie-Thérèse d'Albert, femme de
- Charles-François-Frédéric de Montmorency-).
-
- Tingry (Christian-Louis, chevalier de Luxembourg, puis, à la mort
- de son frère aîné, prince de), III, 491.
-
- Tiraqueau (Françoise), comtesse de Neuillant. Voy. Neuillant
- (Françoise Tiraqueau, comtesse de).
-
- Tonnay-Charente (Gabrielle de Rochechouart, Mlle de), qui épousa
- le marquis de Blainville, II, 100, 102, 103, 105. Voy. Blainville.
-
- Tost (Catherine du), dame de Braquemont, femme de chambre d'Anne
- d'Autriche. Voy. Braquemont (Catherine du Tost, dame de).
-
- Toulouse (Louis-Alexandre de Bourbon, comte de), I, 303; III, 189.
-
- Tours (Mlle de), III, 331.
-
- Tourville (Anne-Hilarion de Constantin, comte de), IV, 177.
-
- Tourville (Lucie de la Rochefoucauld, femme de César de
- Constantin, comte de Fismes et de), I, 189.
-
- Toussy (Louis de Prie, marquis de), III, 368.
-
- Toussy (Françoise de Saint-Gelais Lusignan, femme de Louis de
- Prie, marquis de), III, 368.
-
- Toussy (Françoise-Angélique de la Mothe-Houdancourt, _dite_ Mlle
- de), 2e femme du duc d'Aumont. Voy. Aumont (Françoise-Angélique de
- La Mothe, 2e femme du duc d').
-
- Toussy (Charlotte de Prie, fille du marquis de), femme de Noël
- Bullion, seigneur de Bonnelle. Voy. ce nom.
-
- Toussy (Louise de Prie, Mlle de), maréchale de la
- Mothe-Houdancourt. Voy. La Mothe-Houdancourt.
-
- Towienski, polonais, IV, 129.
-
- Transon (l'abbé), supérieur de Saint-Sulpice, IV, 184.
-
- Tremouille (Charles-Belgique-Hollande de La), prince de Tarente.
- Voy. Tarente (prince de).
-
- Tresmes (René Potier, duc de), III, 119, 303.
-
- Tresmes (Anne-Madelaine Potier, Mlle de), I, 315.
-
- Tréville (Henri-Joseph de Deyre, comte de Troisville ou), I, 300.
-
- Tronc (Nicolas Le Cordier, s{r} du), premier président de la
- chambre des comptes de Rouen, a, de sa 2e femme Marie Bontemps: 1º
- le marquis du Tronc, 2º l'abbé du Tronc, 3º Marie-Angélique,
- d{lle} du Tronc (appelée ici du Tron), IV, 125, 244.
-
- Tron (Marie-Angélique Le Cordier du Tronc, _dite_ Mlle du), qui
- épousa, en 1696, Pierre-Philémond Savary, s{r} de Saint-Just. Voy.
- ce nom. IV, 125 et suiv., 244.
-
- Tron, Tronc ou Troncq (Louis Le Cordier, marquis du), brigadier,
- puis maréchal de camp, IV, 128.
-
- Tron, Tronc ou Troncq (Nicolas-Alexandre Le Cordier, abbé du), IV,
- 128, 238.
-
- Tronc (la marquise du), IV, 128, 129.
-
- N. B. Rectifier, à l'aide des indications qui précèdent les notes
- des pp. 125, 244, t. IV, relatives à la famille du Tronc.
-
- Tubeuf (Charles), I, 89; II, 415.
-
- Turenne (Henri de la Tour-d'Auvergne, vicomte de), I, VIII, 39,
- 79, 187; II, 201; III, 489, 471; IV, 257, 267, 282, 288.
-
- Turenne (Louis-Charles de La Tour de Bouillon, prince de), fils du
- duc de Bouillon et de Marie-Anne Mancini, III, 194, 489 et suiv.;
- IV, 288.
-
- Turenne (Anne-Geneviève de Levis-Ventadour, femme du prince de),
- III, 489.
-
-
- Ursins (Anne-Marie de la Trémouille, princesse des), I, 225.
-
- Usez (Emmanuel de Crussol, duc d'), IV, 175.
-
- Uxelles (Louis Chalon du Blé, marquis d'), I, 406.
-
- Uxelles (Marie de Bailleul, veuve du marquis de Nangis, marquise
- d'), I, 406, 412; II, 413; III, 322.
-
-
- Valençay (Charlotte d'Etampes de), femme de M. de Puysieux. Voy.
- Puysieux (Mme de).
-
- Valençay (Eléonor d'Etampes de), archevêque de Reims, I, 220.
-
- Valençay (le cardinal Achille d'Etampes de), I, 220.
-
- Valençay (Marie-Louise de Montmorency-Bouteville, duchesse de), I,
- 156, 158.
-
- Valentinois (Louis Grimaldi, prince de Monaco, duc de).
-
- Valentinois (Catherine-Charlotte de Gramont, femme de Louis de
- Grimaldi, prince de Monaco et duc de), I, 67, 68, 134; II, 72, 73.
- Voir Monaco, de.
-
- Valentinois (Antoine Grimaldi, duc de), III, 491.
-
- Valentinois (Marie de Lorraine-Armagnac, femme d'Antoine, duc de),
- III, 491.
-
- Valloire (Louis-Léger de Scorrailles, abbé de), II, 469.
-
- Vallot, médecin, III, 127.
-
- Vandeuil (Louis de), comte de Crocq, II, 287.
-
- Vandeuil (Mme de), II, 287, 289, 328, 329, 330.
-
- Vandeuil (François de), seigneur d'Etelfay, fils de Louis de
- Vandeuil, II, 287.
-
- Vandeuil (Alexandre de), seigneur de Forcy, neveu de Louis de
- Vandeuil, II, 287.
-
- Vandeuil (Timoléon de), seigneur de Condé, [neveu de Louis de
- Vandeuil], II, 287.
-
- Vandy (Jean d'Aspremont, marquis de), I, 316.
-
- Vandy (Catherine de), I, 92, 290.
-
- Vanel (Jean), auteur des _Galanteries des Rois de France_, I, 30.
-
- Vardes (René II du Bec Crespin, marquis de), père de François, I,
- 270.
-
- Vardes (Jacqueline de Bueil, comtesse de Moret, femme du marquis
- René II de), I, 270.
-
- Vardes (René-François du Bec-Crespin, marquis de), I, 47, 62, 65,
- 66, 139, 165, 231, 270 et suiv., 315; II, 51, 52, 56, 61 et suiv.,
- 72, 79, 145, 148, 166, 168; IV, 91.
-
- Vardes (Catherine Nicolaï, femme de François du Bec-Crespin,
- marquis de), I, 270.
-
- Vardes (Marie-Elisabeth du Bec-Crespin, Mlle de), femme de Louis
- de Rohan-Chabot, fille de René-François. Voy. Rohan-Chabot
- (Marie-Elisabeth du Bec-Crespin, duchesse de).
-
- Vassé (Henri-François, marquis de), I, 78, 315, 316.
-
- Vassé (Marie-Madelaine de Saint-Gelais, fille du marquis de
- Lansac, marquise de), I, 315.
-
- Vassé (Louis-Alexandre, comte de), fils de François, I, 316.
-
- Vassé (Anne-Louise de Crevant d'Humières, femme du comte
- Louis-Alexandre de), I, 316.
-
- Vassé (René de), sieur d'Esguilly, I, 115.
-
- Vauban (Sébastien Le Prestre de), IV, 168.
-
- Vaudemont (Charles-Henri, prince de), légitimé de Lorraine, IV,
- 231.
-
- Vaudemont (Anne-Elisabeth de Lorraine d'Elbeuf, femme de
- Charles-Henri, légitimé de Lorraine, prince de), IV, 231.
-
- Vaux (un nommé de), I, 249.
-
- Vendôme (hôtel de), II, 353.
-
- Vendôme (Alexandre de Bourbon, grand prieur de), I, 283.
-
- Vendôme (Louis de), duc de Mercoeur, Voy. Mercoeur (Louis de
- Vendôme, duc de).
-
- Vendôme (Louis-Joseph, duc de), fils du duc de Mercoeur et de
- Laure Mancini, III, 197.
-
- Vendôme (Philippe de), chevalier de Malte, frère de Louis-Joseph,
- III, 178-182.
-
- Venelle (Mme de), II, 23, 32; IV, 245.
-
- Ventadour (Anne de Levis, duc de), grand-père du duc
- Louis-Charles, II, 440.
-
- Ventadour (Marguerite de Montmorency, femme d'Anne de Lévis, duc
- de), II, 440.
-
- Ventadour (Charles de Levis, marquis d'Annonai, puis duc de), II,
- 55, 422.
-
- Ventadour (Marie de La Guiche, femme de Charles de Levis, duc de),
- II, 55, 72, 422.
-
- Ventadour (Louis-Charles de Levis, duc de), fils de Charles, I,
- 158, 293; II, 422, 438, 439, 440, 441, 447; III, 194, 367 et
- suiv., 477 et suiv.
-
- Ventadour (Charlotte-Eléonore-Madelaine de La Mothe-Houdancourt,
- duchesse de), femme de Louis-Charles, I, 83, 293; II, 438, 440,
- 452 et suiv., 470; III, 194, 367 et suiv., 477 et suiv.
-
- Ventadour (Anne-Geneviève de Levis, dem{lle} de), femme du prince
- Godefroy-Maurice de Turenne. Voy. Turenne (Anne-Geneviève de
- Levis-Ventadour, princesse de).
-
- Ventadour (Marguerite-Félice de Lévis), femme du maréchal duc de
- Duras. Voy. Duras (Marguerite-Félice de Levis-Ventadour, femme du
- maréchal duc de).
-
- Vermandois (Louis de Bourbon, comte de), II, 76; III, 189.
-
- Vernet (Antoinette d'Albert, fille d'Honoré d'Albert, duc de
- Luynes, soeur de Charles de Luynes et femme de Barthélemy, sieur
- du), I, 116.
-
- Verneuil (Henriette de Balzac d'Entraigues, marquise de), I, 143.
-
- Vertus (François de Bretagne, comte de) et de Goello, baron
- d'Avaugour. Voy. Avaugour (baron d').
-
- Vertus (Catherine-Françoise de Bretagne d'Avaugour, Mlle de), I,
- 252; II, 197.
-
- Vexin (Louis-César, comte de), 2e fils de Louis XIV et de Mme de
- Montespan, II, 411; III, 189, 331.
-
- Vienne (? Henri de), comte Commarin, I, 315.
-
- Vienne (Elisabeth-Angélique de), femme de François de
- Montmorency-Bouteville, II, 187.
-
- Vieux-Pont (... femme de Jean de), sieur de Compans, I, 254.
-
- Vigean (François Poussart, baron du), I, 71, 155, 185.
-
- Vigean (Anne de Neubourg, femme de François Poussart, sire de
- Pons, baron du), I, 71, 184.
-
- Vigean (marquis de Fors du), [père d'Anne Poussart, duchesse de
- Richelieu], II, 380.
-
- Vigean (Anne Poussart, D{lle} de Pons et du), femme de François
- d'Albret, sire de Pons, comte de Marennes, puis d'Armand-Jean du
- Plessis, duc de Richelieu. Voy. Richelieu (duchesse de).
-
- Vignacourt (Simon de), I, 235.
-
- Vignacourt (Aloph ou Olaf de), I, 235.
-
- Vignacourt (Adrien de), I, 235.
-
- Vignacourt d'Orvillé, I, 235.
-
- Villacerf (Colbert de). Voy. Colbert de Villacerf.
-
- Villarceaux (famille des Mornay d'Ambleville et de), I, 151.
-
- Villarceaux, (Pierre de Mornay de), I, 151.
-
- Villarceaux (Anne-Olivier de Leuville, femme de Pierre de Mornay
- de), I, 151.
-
- Villarceaux (Louis, marquis de Mornay de), fils aîné de Pierre, I,
- 40, 62, 151, 315.
-
- Villarceaux (Claude de Mornay de), 2e fils de Pierre, I, 151.
-
- Villarceaux (René de Mornay de), abbé de Saint-Quentin de Beauvais
- (_dit_ l'abbé de), 3e fils de Pierre, I, 37, 39, 40.
-
- Villarceaux (Madeleine de Mornay de), abbesse de Gif, 1re fille de
- Pierre, I, 151.
-
- Villarceaux (Charlotte de Mornay de), 2e fille de Pierre, femme de
- Jacques Rouxel, maréchal de Grancey, I, 151.
-
- Villars (Georges de Brancas, 1er duc de), II, 337, 343.
-
- Villars (Georges de Brancas, marquis, puis duc de), I, 56, 76,
- 151; II, 337, 343.
-
- Villars (Julienne-Hippolyte d'Estrées, marquise, puis duchesse
- de), I, 56.
-
- Villars (Louis de Brancas, duc de), II, 345.
-
- Villars (Pierre, marquis de), d'une autre famille que Georges de
- Brancas, I, 56.
-
- Villars (Marie Gigault de Bellefonds, femme de Pierre, marquis
- de), I, 55, 56, 57.
-
- Villars (Henri de), archevêque de Vienne, frère puîné de Pierre,
- I, 280.
-
- Ville (Viole de La). Voy. Viole de la Ville.
-
- Villefranche (le baron de), II, 296 et suiv.
-
- Villequier (Louis d'Aumont, marquis de), fils aîné de
- Louis-Marie-Victor, duc d'Aumont, III, 379, 484, 485 et suiv.,
- 499.
-
- Villequier (Madelaine-Fare Le Tellier, femme de
- Louis-Marie-Victor, duc d'Aumont, et d'abord marquis de), fille du
- chancelier Le Tellier, soeur de Louvois, II, 390. Voy. Aumont.
-
- Villeroy (famille de), I, 147.
-
- Villeroi (Nicolas de Neufville, marquis, puis duc et maréchal de),
- I, 64, 134; III, 491; IV, 210.
-
- Villeroy (Madeleine de Créqui, femme de Nicolas de Neuville,
- maréchal duc de), IV, 210.
-
- Villeroy (Françoise ou Catherine de), l'une des deux filles du
- maréchal de Villeroy, I, 295.
-
- Villeroy (François de Neufville, duc de), IV, 138, 210, 211.
-
- Villette (M. de), III, 119, 120.
-
- Villette-Murçay (Mme de), III, 69, 73, 75.
-
- Villette (Marthe-Marguerite de), femme du marquis de Caylus. Voy.
- Caylus (Marthe-Marguerite de Villette, femme du marquis de).
-
- Vincent de Paul (saint), I, 166.
-
- Vineuil (Louis Ardier, sieur de), I, 78, 90, 120 et suiv., 132,
- 164, 205, 206, 210, 216, 245 et suiv., 267, 268 et suiv.
-
- Vinnes (Mme de), II, 72, 74.
-
- Vins (N... l'Avocat, femme de Jean de la Garde d'Agoult, marquis
- de), II, 429.
-
- Viole (Pierre), seigneur d'Athis, I, 213, 214.
-
- Viole de la Ville, I, 214.
-
- Viole (Nicolas, président) ou Viole Douzenceau, seigneur
- d'Osereux, I, 213 et suiv.
-
- Viole (Anne) ou Anne du Saint-Sacrement, I, 213, 214.
-
- Viole (Claude de Chambon? de la Vallée, femme de Nicolas), I, 215.
-
- Virgile, IV, 186.
-
- Vitry (Lucrèce-Marie Bouhier, femme du maréchal de), I, 253.
-
- Vitry (François-Marie de l'Hôpital, duc de), I, 403; II, 74.
-
- Vitry (Marie-Louise-Elisabeth Pot, duchesse de), II, 72, 73, 74.
-
- Vivonne (Louis-Victor de Rochechouart, comte puis duc de), I, 47,
- 277 et suiv., 301, 304, 320; II, 72, 74.
-
- Vivonne (Antoinette-Louise de Mesmes, comtesse, puis duchesse de),
- I, 285, 286; II, 72, 74, 75.
-
- Vivonne (Andrée de), femme de François VI de La Rochefoucauld, II,
- 457.
-
- Voisin (Catherine Deshayes, femme d'Antoine Montvoisin, connue
- sous le nom de la), IV, 283.
-
- Voiture (Vincent), I, 115, 139, 144, 158, 189, 190, 296; IV, 273.
-
- Voltaire (François Arouet de), I, 312.
-
- Vordac (de), IV, 160.
-
-
- Waldeck (Georges-Frédéric, comte de), III, 189.
-
- Walters (Lucy), I, 41.
-
- Wignacourt. Voy. Vignacourt.
-
- Wriothesley (Elisabeth, et non Anne), comtesse de Northumberland.
- Voy. Northumberland (c{tesse} de).
-
- Wriothesley (Anne), lady Russell. Voy. Russell (lady).
-
- Wirtemberg ou Wurtemberg (le prince Ulric de), 3e fils de
- Jean-Frédéric de Wirtemberg le Magnifique, de la branche dite de
- Stuttgard, I, 210.
-
- Wirtemberg ou Wurtemberg (Isabelle d'Aremberg, fille d'Albert,
- prince de Barbançon, veuve du comte d'Hochstrate, 2e femme d'Ulric
- de), I, 210, 405.
-
- Wirtemberg ou Wurtemberg (George, prince de), baron de
- Montbéliard, I, 210.
-
- Wirtemberg ou Wurtemberg.--_Erratum._ Lisez ce nom au lieu de
- Mecklembourg au mot Chastillon (Elisabeth-Angélique de
- Montmorency-Boutteville, duchesse de).
-
- Wirtemberg ou Wurtemberg (Anne de Coligny-Chatillon, fille cadette
- du maréchal, femme de George de), I, 78, 207 et suiv.
-
- Witt (Jean de), II, 189, 190.
-
-
- Yorck (duc d'), plus tard Jacques II, roi d'Angleterre, I, 257.
-
- Yorck (Anne Hyde de Clarendon, duchesse d'), I, 257.
-
-
- Zamet (Marie-Christine), femme de Roger-Hector de Pardaillan de
- Gondrin, mère du marquis de Montespan, II, 362.
-
- Zamet (Sebastien), II, 362; III, 262.
-
-
-
-
-TABLE DES MATIÈRES.
-
-
- Pages.
-
- Préface. v
-
- Le Grand Alcandre frustré
- ou les derniers efforts de l'amour et de la vertu
- Histoire galante.
-
- Avertissement. 3
-
- Le Grand Alcandre frustré
- ou les derniers efforts de l'amour et de la vertu
- Histoire galante. 5
-
- Amours de Louis le Grand et de Mademoiselle du Tron.
-
- Préface des entretiens. 125
-
- Amours de Louis le Grand et de Mademoiselle du Tron. 128
-
- Le tombeau des amours de Louis le Grand et ses dernières
- galanteries. 241
-
- Table alphabétique. 349
-
-
-FIN DE LA TABLE.
-
-
-Imprimerie Gouverneur, G. Daupeley à Nogent-le-Rotrou.
-
-
-
-
- Corrections:
-
- p. ix: voy. t. III, p. 47 corr.: voy. t. III, p. 147
- Note 233: p. 61 et suiv. corr.: p. 65 et suiv.
- Note 244: jusqu'en 1671 corr.: jusqu'en 1691
-
- Dans la Table alphabétique:
-
- Arnaud (M. Barrin de la Galissonnière)
- N. Barrin corr.: M. Barrin
- Artagnan (Charles de Castelmar d')
- I, 398 corr.: II, 398
- Aubigné (Charles d')
- III, 60 corr.: III, 69
- Aumont (Françoise-Angélique de la Mothe Houdancourt)
- III, 336 corr.: III, 366
- Boisfranc (Joachim Seiglière)
- 449 corr.: III, 449
- Boissy (Arthur Gouffier)
- II, 174 corr.: II, 74
- Bontems (Alexandre)
- IV, 228 et suiv. corr.: IV, 128 et suiv.
- Cambiac, prêtre
- I, 161 corr.: I, 160
- Cavoie (Louis Oger)
- 179 corr.: II, 179
- Geloron corr.: Celoron
- Dauphin (Louis, fils de Louis XIV)
- 54, 163... corr.: III, 54, 163...
- Espernon (Bernard de Nogaret)
- I, 12, 31 corr.: I, 12, 30
- Estrées (Françoise Babou de la Bourdaisière)
- III, 250 corr.: III, 252
- Estrées (Gabrielle de Longueval)
- III, 252, 253, 348, 349 corr.: III, 252, 253, 349, 350
- Gouffier (Artus)
- II, 400, 301 corr.: II, 400, 401
- Grancey (Charlotte de Mornay de Villarceaux)
- I, 113, 151; 230, 234 corr.: I, 113, 151; III, 230, 234
- Grancey (Louise-Elisabeth, dite madame de)
- Vilceaux corr.: Villarceaux
- Harcourt (Marie-Louise-Christine Jeannin de Castille)
- I, 34 corr.: I, 24
- Jacques II
- IV, 215 corr.: IV, 216
- La Fayette
- IV, 27 corr.: IV, 29
- La Feuillade (François d'Aubusson de)
- IV, 1 corr.: IV, 4
- La Porte, valet de chambre de Louis XIV
- I, 134 corr.: I, 184
- La Rivière (Louis Barbier, abbé de)
- I, 47 corr.: I, 87
- Longueville (Anne-Geneviève de Bourbon-Condé)
- (I,) 177 et suiv. corr.: (I,) 187 et suiv.
- Lorraine (Charles IV duc de)
- I, 44, 160 corr.: I, 144, 160
- Lorraine (Philippe, chevalier de)
- I, 7, 271 corr.: I, 113, 271
- Ludres (Marie-Elisabeth de)
- II, 217 corr.: I, 217
- Mazarin (Armand-Charles de la Porte de la Meilleraie)
- II, 69, 465 corr.: II, 69; III, 465
- Mignard (Pierre)
- III, 212, 499 corr.: III, 312, 499
- Montespan (Françoise-Athénaïs de Rochechouart)
- (I,) 275 corr.: (I,) 285;
- II, 162 corr.: II, 161;
- Nangis (François de Brichanteau)
- I, 408 corr.: I, 406
- Ninon de Lenclos
- I, 6 corr.: I, 16
- Nogent (Diane-Charlotte de Caumont)
- II, 222, 248, 320, corr.: II, 222, 248, 320, 381, 388;
- 322, 381, 388, 390 III, 322, 392
- Richmont (François-Marie Stuart)
- 225, 258 corr.: I, 225, 238
- Ricousse ou Ricoux
- (I,) 251 corr.: (I,) 241
- Rochechouart (Marie-Madeleine-Gabrielle de)
- III, 63 corr.: III, 10
- Roquelaure (Marie-Louise de Laval)
- II, 426, 448; 451, 461 corr.: II, 426, 448; III, 451, 461
- Roquelaure (Antoine)
- I, 163, 154, 164 corr.: I, 153, 163, 164
- Roquelaure (Gaston-Jean-Baptiste-Antoine)
- II, 425, 353 et suiv. corr.: II, 425; III, 353 et suiv.
- Savoie (Adélaïde-Henriette de)
- IV, 294 corr.: IV, 274
- Scarron de Vaures (Catherine)
- II, 449 corr.: II, 439
- Sévigné (Marie de Rabutin-Chantal)
- (I,) 345 corr.: (I,) 325
- Somon
- I, 306 corr.: I, 316.
- Sourdis (Isabelle Escoubleau de)
- II, 408 corr.: II, 406
- Talhouet (Marie de)
- II, 428 corr.: II, 420
- Tavannes (Jacques de Saulx)
- I, 415 corr.: I, 154
- Turenne (Henri de la Tour d'Auvergne)
- (I,) 197 corr.: (I,) 187
- Vendôme (Philippe de)
- II, 178-182 corr.: III, 178-182
- Vitry (Marie-Louise-Elisabeth Pot)
- 72, 73, 74 corr.: II, 72, 73, 74
-
-
-
-
-
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-des Romans historico-satiriques du XVIIe siècle (4/4), by Roger de Bussy-Rabutin
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-promotion and distribution of Project Gutenberg-tm electronic works,
-harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees,
-that arise directly or indirectly from any of the following which you do
-or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
-work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
-Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.
-
-
-Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm
-
-Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
-electronic works in formats readable by the widest variety of computers
-including obsolete, old, middle-aged and new computers. It exists
-because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
-people in all walks of life.
-
-Volunteers and financial support to provide volunteers with the
-assistance they need are critical to reaching Project Gutenberg-tm's
-goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
-remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
-Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
-and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
-To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
-and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
-and the Foundation information page at www.gutenberg.org
-
-
-Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive
-Foundation
-
-The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
-501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
-state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
-Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
-number is 64-6221541. Contributions to the Project Gutenberg
-Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
-permitted by U.S. federal laws and your state's laws.
-
-The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
-Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
-throughout numerous locations. Its business office is located at 809
-North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887. Email
-contact links and up to date contact information can be found at the
-Foundation's web site and official page at www.gutenberg.org/contact
-
-For additional contact information:
- Dr. Gregory B. Newby
- Chief Executive and Director
- gbnewby@pglaf.org
-
-Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg
-Literary Archive Foundation
-
-Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
-spread public support and donations to carry out its mission of
-increasing the number of public domain and licensed works that can be
-freely distributed in machine readable form accessible by the widest
-array of equipment including outdated equipment. Many small donations
-($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
-status with the IRS.
-
-The Foundation is committed to complying with the laws regulating
-charities and charitable donations in all 50 states of the United
-States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
-considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
-with these requirements. We do not solicit donations in locations
-where we have not received written confirmation of compliance. To
-SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
-particular state visit www.gutenberg.org/donate
-
-While we cannot and do not solicit contributions from states where we
-have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
-against accepting unsolicited donations from donors in such states who
-approach us with offers to donate.
-
-International donations are gratefully accepted, but we cannot make
-any statements concerning tax treatment of donations received from
-outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff.
-
-Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
-methods and addresses. Donations are accepted in a number of other
-ways including checks, online payments and credit card donations.
-To donate, please visit: www.gutenberg.org/donate
-
-
-Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic
-works.
-
-Professor Michael S. Hart was the originator of the Project Gutenberg-tm
-concept of a library of electronic works that could be freely shared
-with anyone. For forty years, he produced and distributed Project
-Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.
-
-Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
-editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
-unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily
-keep eBooks in compliance with any particular paper edition.
-
-Most people start at our Web site which has the main PG search facility:
-
- www.gutenberg.org
-
-This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
-including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
-Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
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