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You may copy it, give it away or -re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included -with this eBook or online at www.gutenberg.org - - -Title: Histoire amoureuse des Gaules suivie des Romans historico-satiriques du XVIIe siècle (4/4) - -Author: Roger de Bussy-Rabutin - -Release Date: September 30, 2012 [EBook #40902] - -Language: French - -Character set encoding: ISO-8859-1 - -*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK HISTOIRE AMOUREUSE DES GAULES, 4 *** - - - - -Produced by Sébastien Blondeel, Carlo Traverso, Hans -Pieterse, and the Online Distributed Proofreading Team at -http://www.pgdp.net (This file was produced from images -generously made available by the Bibliothèque nationale -de France (BnF/Gallica) at http://gallica.bnf.fr) - - - - - - - - - - Note de transcription: - - Les erreurs clairement introduites par le typographe ont été - corrigées. D'autres corrections ont été apportées, dont la liste - est donnée à la fin de ce volume. - - L'orthographe des noms propres dans la table alphabétique - présente certaines différences avec le reste de l'ouvrage et est - loin d'être cohérente (Bontems/Bontemps, Braguemont/Braquemont, - Créqui/Créquy, Élizabeth/Elisabeth, La Vallière/La Valière, - Levis/Lévis, Mancini/Manchini, Neuville/Neufville, etc.). Pour - les noms propres nous suivons strictement l'original imprimé. - - Les notes de bas de page sont regroupées à la fin de chaque - chapitre. - - Certaines abréviations en exposant dans l'original sont aisément - lisibles, comme Mlle. D'autres moins courantes, par exemple pour - Marquis ou sieur, sont indiquées sous la forme M{is} et s{r} - respectivement. - - La table des matières est placée à la fin de l'ouvrage. - - - - - HISTOIRE - AMOUREUSE - DES GAULES - - - Imprimerie Gouverneur, G. Daupeley à Nogent-le-Rotrou. - Caractères elzeviriens de la Librairie Daffis. - - - - - HISTOIRE - - AMOUREUSE - - DES GAULES - - PAR BUSSY RABUTIN - - revue et annotée - - PAR M. PAUL BOITEAU - - _Suivie des Romans historico-satiriques du XVIIe siècle_ - - recueillis et annotés - - PAR M. CH.-L. LIVET - - TOME IV - - - [Illustration: Globus] - - - PARIS - PAUL DAFFIS, ÉDITEUR-PROPRIÉTAIRE - DE LA BIBLIOTHÈQUE ELZEVIRIENNE - 7, rue Guénégaud - - M DCCC LXXVI - - - - -[Bandeau] - -PRÉFACE. - - -Les trois pièces que renferme ce quatrième et dernier volume de petits -romans et pamphlets historico-satiriques du XVIIe siècle ne font point -partie du Recueil connu sous le titre d'Histoire amoureuse des Gaules; -nous les y avons ajoutées, pour des motifs que nous avons le devoir de -faire connoître ici. - -D'abord, elles sont très-rares, et ce n'est pas sans difficulté que nous -avons pu nous procurer les textes que nous avons suivis. La première, -_le Grand Alcandre frustré_, a eu les honneurs d'une récente -réimpression, donnée à petit nombre par les soins de M. Paul Lacroix; -mais elle mérite d'être plus connue, sinon par les qualités d'un style -qui trahit une plume peu exercée, du moins par la finesse ingénieuse et -délicate des pensées, qui indique un homme de cour, et par l'intérêt -même que présente ce petit roman. Si les deux autres ont trouvé place à -la suite du _Grand Alcandre frustré_, ce n'est ni à leur style, ni -à l'intérêt qu'elles présentent qu'elles doivent d'entrer dans cette -collection; mais le titre en est très-familier aux bibliophiles, qui le -connoissent par les Catalogues, et qui nous auroient su mauvais gré de -ne pas en avoir reproduit le texte pour leur permettre d'en apprécier la -valeur. L'une a cependant un mérite sur lequel nous ne saurions trop -insister: c'est qu'elle est l'oeuvre d'un pamphlétaire admirablement -bien renseigné sur une des plus malheureuses périodes de notre histoire: -aussi nous sommes-nous appliqué, avec le plus grand soin, à faire -ressortir l'exactitude historique des faits consignés dans les _Amours -de Louis XIV et de Mlle du Tron_: nous espérons que nos notes, par leur -abondance et leur précision, dédommageront un peu le lecteur du -caractère insignifiant de l'ouvrage. Dans les _Entretiens_ qui composent -ce factum, tous les mots portent; il n'est pas une ligne qui n'ait pu -prêter, au temps où il parut, à de longs commentaires parmi les -courtisans ou les bourgeois, et provoquer quelque raillerie ou quelque -plainte. Ce sont ces commentaires, ces railleries, ces plaintes que nos -notes ont eu en vue de faire revivre. - -Quant au _Tombeau des Amours de Louis le Grand_, ce libelle forme en -quelque sorte le couronnement de l'oeuvre; c'est un résumé, mal écrit, -mais assez complet, de l'histoire galante de la France sous le règne du -grand Roi: nous l'avons, à ce titre, reproduit d'autant plus volontiers -qu'il est très-rare et que s'il omet quelques faits, il en relève -quelques autres dont on chercherait vainement la place ailleurs. - -Il nous reste à parler du problème historique que soulève l'étude du -_Grand Alcandre frustré_. On a dit: - - Jamais surintendant ne trouva de cruelle. - -Moins heureux que Fouquet, Louis XIV rencontra-t-il une autre Madame de -Guercheville qui mérita son estime après avoir inspiré son amour, -comme la célèbre marquise dont la résistance à la passion du roi Henri -IV fut si célèbre en son temps? Si cette femme vertueuse a réellement -vécu, qui est-elle? - -Voici, sans plus attendre, quelle est selon nous la solution de ce -problème: une femme a existé, qui a eu la réputation méritée par la -marquise de Guercheville; mais il n'est pas impossible que cette -réputation ait été usurpée. - -Ce n'est pas sans de longues recherches que nous sommes arrivé à cette -conclusion, si insuffisante qu'elle puisse paroître. Nous prions qu'on -veuille bien revenir avec nous sur le chemin que nous avons dû suivre, -non sans nous égarer bien souvent, pour fournir une réponse aux -questions posées. - -La femme vertueuse dont parle l'auteur seroit la comtesse de L...; son -rang, peut-être l'emploi de son mari lui permettoient d'être toujours à -la Cour, que le Roi fût à Versailles, à Saint-Germain ou à -Fontainebleau. Or, en dépouillant les Lettres de Mme de Sévigné, les -Mémoires de Saint-Simon, le Journal de Dangeau et les Etats de la -France, il est facile de relever tous les noms des personnages de -l'entourage du Roi faisant précéder du titre de comte un nom commençant -par l'initiale L. Nous avons fait cette revue; aucun des noms que nous -avons trouvés ne s'appliquoit à une femme réunissant à la fois toutes -les conditions exigées pour satisfaire aux termes du problème: celle-ci -étoit trop jeune, celle-là trop âgée; l'une s'étoit compromise avec -quelque galant; l'autre étoit, en 1672, dans une position effacée d'où -elle n'est jamais sortie. - -Après toutes ces tentatives vaines pour arriver à la vérité, désespérant -de la découvrir nous-même, nous avons adressé, par la voix de -l'_Intermédiaire_, un appel à de mieux informés: on nous a répondu par -le nom de Mme de Ludres, chanoinesse de Poussay; mais celle-ci, -n'ayant pas de mari, n'était pas femme du comte de L...; elle ne -fut pas toujours cruelle; elle ne conserva pas toute sa vie l'affection -du Roi, et elle n'usa pas de son influence pour avancer sa famille. Une -telle réponse ne pouvoit que nous encourager à continuer nos recherches. - -Mais, à notre grand déplaisir, après avoir épuisé toute la liste des -noms en L..., il nous fallut procéder par hypothèse, et supposer que -cette initiale avoit été choisie précisément pour dépister le lecteur. -Dès que le nom ne paroissoit pas en toutes lettres, ne pouvoit-on -penser, en effet, que l'auteur avoit pris toutes ses précautions pour -que même une initiale ne pût aider à découvrir ce qu'il vouloit cacher? - -Nous donnons cette hypothèse: elle nous paroît plausible; mais nous -admettons qu'on la repousse. - -Quoi qu'il en soit, nos recherches n'auront pas été infructueuses: si -nous n'avons trouvé aucune comtesse de L... ayant eu l'occasion de -résister aux tendresses de Louis XIV, nous avons du moins rencontré une -femme qui, à l'initiale près, réunit toutes les conditions que nous -étions en droit d'exiger, et cette femme est la princesse de Soubise. - -Mme de Soubise était femme de François de Rohan, prince de Soubise, -capitaine-lieutenant des gendarmes de la garde ordinaire du Roi, qui -était le second fils, et fils très-pauvre, d'Hercule de Rohan, duc de -Montbazon. Veuf en août 1660 de Catherine de Lyonne, il épousa, le 17 -avril 1663, Anne de Rohan-Chabot, «dame d'une vertu et d'un mérite -très-distingués», dit Moréri, qui ne prodigue pas les éloges dans ses -notices généalogiques. Née en 1648, Mme de Soubise avoit 24 ans à -l'époque où se passe notre petit roman, et avoit eu déjà trois des dix -enfants pour l'établissement desquels la bienveillance du Roi lui fut si -utile. Mme de Sévigné, après avoir constaté les inquiétudes que les -attentions du Roi pour la princesse causoient à Mme de Montespan, -montre la favorite promptement tranquillisée; elle nous apprend -aussi que Mme de Soubise, voulant échapper à la poursuite du Roi, se -crut obligée de quitter la Cour et de se réfugier à la campagne: -l'histoire de la comtesse de L... est toute semblable. - -Mis ainsi sur la voie, nous nous sommes rappelé que Mme de Soubise avoit -trouvé grâce même devant un des pamphlétaires de l'_Histoire amoureuse_ -(voy. t. III, p. 147); nous avons ensuite consulté Saint-Simon et -Dangeau. Dangeau ne nous apprend rien, sinon que, du temps où il -écrivoit son Journal, Mme de Soubise suivoit assidûment la Cour. Mais -Saint-Simon nous renseigne plus complètement; de tout ce qu'il dit de la -princesse, il ressort que Mme de Soubise fut en effet aimée du Roi, -qu'elle conserva toujours sur lui un crédit dont elle usa largement dans -l'intérêt de sa famille et d'elle-même, et qu'il ne fut porté aucune -attaque sérieuse à la réputation que lui ont faite tous ses -contemporains. Toutefois le duc ne pense pas que sa vertu ait été sans -tache: mais à qui a-t-il fait cet honneur de croire que les faveurs ne -s'obtenoient pas par des complaisances, dût-il, pour donner cours à sa -malignité, rompre en visière à l'opinion publique? - -C'est pour concilier à la fois l'estime unanime des contemporains avec -la médisance de Saint-Simon que nous avons laissé place à un doute qui -n'existe pas d'ailleurs dans notre esprit, et que, tout en admettant que -la comtesse de L... peut être la princesse de Soubise, nous avons -réservé l'opinion de ceux qui, après Saint-Simon, voudroient conserver -des doutes sur sa vertu. - -Ce n'est pas sans regret que nous avons fait cette part au doute; nous -aurions aimé placer au moins dans notre galerie une femme sûrement -honnête; mais l'histoire ne s'écrit pas avec le sentiment, et, si nous -n'avons pas trouvé un juste dans Israël, nous l'avons du moins -consciencieusement cherché. - -Notre tâche est terminée. Le long travail auquel nous nous sommes -livré pour dégager la valeur historique d'une série d'ouvrages où les -esprits superficiels ne cherchoient que le scandale, nous a fait vivre -dans la familiarité de la Cour la plus brillante du monde; nous avons -découvert bien des misères sous son éclat menteur; mais ces vices -honteux qui déshonoroient l'entourage immédiat du Roi, mais cette -corruption générale des moeurs qui se dissimuloit mal sous la galante -courtoisie des manières en existeroient-ils moins parce qu'ils ne -seroient pas découverts? Et quand il n'y auroit pas d'autre conclusion à -tirer de cette étude, ne seroit-ce pas déjà un résultat précieux que de -pouvoir dire: le progrès de la morale a accompagné le progrès de -l'instruction et le développement du bien-être général? N'est-ce rien -que de pouvoir prouver, pièces en main, aux esprits chagrins, -_laudatores temporis acti_, que nous valons mieux que nos ancêtres? - -Il nous reste un mot à ajouter. Nous désirons appeler particulièrement -l'attention sur la table qui termine ce quatrième volume. Tous les noms -cités dans l'ouvrage y figurent, et nous nous sommes appliqué à joindre -toujours aux noms de seigneurie les noms patronymiques et les prénoms. -Des difficultés matérielles ne nous ont pas permis de donner à ce -travail toute la perfection que nous aurions désiré; cependant, nous -espérons qu'il rendra quelques services même pour la lecture d'autres -ouvrages que les petits romans historiques de cette collection. - -CH.-L. LIVET. - - - - - LE GRAND - ALCANDRE FRUSTRÉ - OU LES - DERNIERS EFFORTS DE L'AMOUR ET DE LA VERTU - HISTOIRE GALANTE. - - - - -[Bandeau] - -AVERTISSEMENT. - - -On ne dira pas de cette histoire ce qu'on a dit de plusieurs autres: -c'est toujours la même viande diversement assaisonnée. Le seul titre -fait voir d'abord que c'est une pièce nouvelle. Le grand Alcandre n'a -point eu jusques ici de maîtresse qui ne se soit rendue, s'il faut ainsi -dire, après la première sommation; au lieu que cette illustre comtesse, -dont on fait ici l'histoire, se défend avec une vertu tout-à-fait -héroïque, se tire adroitement de tous les piéges que l'Amour lui tend, -et, en étouffant une passion criminelle, elle gagne l'estime et -l'admiration de celui qui la vouloit déshonorer. Il est bien juste -qu'après avoir exposé aux yeux du public les fautes de celles qui -ont fait honte à leur sexe, on lui fasse part de la vertu de cette -Héroïne, qui en relève l'honneur, et que nous pouvons mettre au nombre -des femmes fortes, puisqu'elle a triomphé de tout ce que l'Amour a de -plus tendre, de plus fort, et de plus engageant. Tout ce qu'on peut dire -de la vérité de cette histoire, c'est qu'ayant été trouvée parmi les -papiers d'un homme de qualité[1] après sa mort, on la donne telle qu'on -nous l'a envoyée de Paris. Il auroit été à souhaiter que le nom de cette -illustre femme y eût été couché tout du long; mais il n'y avoit que la -lettre L...[2] dans le manuscrit, où l'on n'a voulu rien changer. - - -NOTES. - - [1] Le duc de La Feuillade (_note de l'édit. de 1719_).--Il était - mort subitement dans la nuit du 18 au 19 septembre 1691, et non le - 12 mai 1697, comme on l'a dit dans une récente édition de cette - «histoire».--Voy. Dangeau, t. III, pp. 400-402. - - [2] Voy. la Préface, en tête de ce vol. - - - - -[Bandeau] - -LE GRAND - -ALCANDRE FRUSTRÉ - -OU LES - -DERNIERS EFFORTS DE L'AMOUR ET DE LA VERTU - -HISTOIRE GALANTE. - - -Tout le monde sait que Louis XIV, étant un jour en belle humeur, dit à -quelques-uns de ses courtisans, qu'il n'avoit trouvé dans toute sa Cour -que deux femmes chastes, et qui fussent fidèles à leurs maris[3]. Comme -les paroles des Rois sont regardées comme des oracles, personne n'osa -répliquer, ni en demander davantage; chacun se regarda, mais les mariés -baissèrent les yeux, craignant d'en apprendre plus qu'ils ne voudroient, -et que leurs épouses ne fussent pas ces deux chastes tourterelles, qui -avoient l'approbation de ce grand Monarque. - -Là-dessus, le comte de Lauzun[4], qui n'y avoit point d'intérêt, parce -qu'il n'étoit pas marié, prit la parole et dit au Roi: «Sire, vous avez -été plus heureux que Salomon, d'avoir trouvé deux femmes chastes, -puisque ce prince, tout sage qu'il étoit, n'en a pu trouver une seule.» - -Ces deux femmes, à ce qu'on a su depuis, étoient la Reine, et la -comtesse de L...[5], dont on va décrire les amours secrètes avec ce -monarque. Il avoit trop d'intérêt à croire à la fidélité de la Reine, -pour en douter tant soit peu, et véritablement c'étoit une princesse des -plus sages, et des plus vertueuses de son siècle, et le Roi son époux ne -faisoit que lui rendre la justice qui lui étoit due. Pour la comtesse, -l'intérêt de son amour auroit voulu, tout au contraire, qu'il eût pu -douter de sa fidélité pour le lien conjugal. Mais il n'avoit que trop de -raisons de la croire ferme là-dessus, et, si on peut le dire ainsi, une -invincible. - -Il y avoit longtemps que ce prince brûloit pour elle; mais il n'y avoit -encore que ses yeux qui osassent le lui dire; il la regardoit -incessamment d'un air tendre et passionné; mais on ne répondoit point à -ses regards, et quoique la comtesse comprît assez ce que cela vouloit -dire, elle fit toujours semblant de n'entendre pas ce langage -mystérieux. Comme elle est naturellement modeste, les yeux du Roi, qui -la rencontroient toujours, la faisoient quelquefois rougir, et -cette rougeur, qui se répandoit sur ses joues, ne servoit qu'à relever -l'éclat de sa beauté, et qu'à augmenter le feu de ce prince qui n'étoit -déjà que trop amoureux. Ce monarque, qui étoit expérimenté dans l'art -d'aimer, voyoit bien que cette rougeur, qu'il remarquoit sur le visage -de sa maîtresse, ne lui présageoit rien de bon, et qu'elle étoit d'une -autre espèce que celle que l'Amour peint lui-même dans un coeur -enflammé, à l'approche de l'objet qu'il aime. Il voyoit, à travers ce -voile éclatant, toutes les marques de la pudeur, de la sagesse, de la -modestie et de la chasteté; mais il y remarquoit aussi une secrète -indignation d'une vertu offensée, qui se voit attaquée par des regards -criminels. Des présages si funestes à l'amour de ce grand Roi le -faisoient trembler quelquefois, tout intrépide qu'il est. Enfin, ne -pouvant plus renfermer un feu qui devenoit tous les jours plus violent, -par le soin qu'il prenoit de le cacher, il résolut de se découvrir au -duc de La Feuillade[6], espérant par là trouver du soulagement, et d'en -recevoir quelque conseil salutaire à son amour.--«Ne suis-je pas -malheureux, dit-il un jour à ce duc, d'aimer sans oser le dire, mais -d'aimer jusqu'à la fureur[7]?--Et qui vous empêche, Sire, de parler, lui -dit ce fidèle favori?--Le respect, l'amour, la crainte de déplaire à -l'objet aimé, lui dit alors ce monarque.--S'il n'y a que cela, lui -dit le duc, Sire, parlez, et parlez bientôt, je vous réponds que vous -serez écouté. Quelle est la dame qui ne s'estimât heureuse de donner des -chaînes au plus grand monarque du monde, et qui ne se fît un plaisir de -les soulager, et de les partager même? Avez-vous trouvé jusques ici -quelque chose qui osât vous résister: villes, châteaux, forteresses, -ennemis, tout se rend à vous, tout plie sous vos lois[8], et vous -craignez que le coeur d'une femme ose tenir contre un Roi toujours -victorieux?--Ah! qu'il y a bien de la différence! dit alors le -Roi.--Oui, sans doute il y en a, lui répliqua La Feuillade, et il n'est -pas besoin ici de tant de machines; vous n'avez qu'à vous montrer, vous -n'avez qu'à paroître, vous n'avez qu'à parler, vous n'avez qu'à dire -_j'aime_, et l'on répondra d'abord[9] à votre amour. Avouez-le, Sire, -ajouta-t-il, si vous avez rencontré peu de villes qui résistent, vous -avez encore moins trouvé de femmes cruelles.--Il est vrai, lui dit le -Roi, que je n'ai pas sujet de me plaindre de ma mauvaise fortune, et, en -amour aussi bien qu'en guerre, les bons succès ont répondu toujours à -mes espérances. Mais j'ai entrepris une conquête qui me paroît -impossible; cependant, je ne puis m'en désister, et si je n'en viens à -bout, je vois bien qu'il y va du repos de ma vie, et peut-être de -ma vie même.» - -Le duc entendant parler ainsi le Roi, fut touché de son état, et ce -prince, qui l'avoit appelé pour lui faire confidence de son amour, lui -nomma l'objet qui l'avoit enflammé.--«J'avoue, Sire, lui dit alors le -duc de La Feuillade, que vous avez quelque sujet de vous défier du -succès de votre entreprise; cette dame est extrêmement fière, et d'une -vertu qui a quelque chose d'austère et de farouche; mais le temps et -l'amour viennent enfin à bout de tout, principalement lorsque tout cela -est soutenu par l'éclat d'une couronne, et d'une gloire comme la vôtre; -et quand l'amour ne regarderoit pas à toutes ces choses, vous avez outre -cela toutes les qualités du coeur et de l'esprit, et tout ce qu'il -faut pour se faire aimer.--Je veux que cela soit, dit le Roi, j'ose me -flatter que j'ai tout ce que tu dis là, mais je n'ose me flatter de -toucher une insensible.--Mais vous n'avez encore rien tenté, reprit le -duc, vous n'avez encore parlé que le langage des yeux; expliquez-vous -d'une autre manière, et vous verrez comment on y répondra.--Je ne le -vois déjà que trop, dit le Roi, et les yeux de cette cruelle, à qui les -miens ont déjà parlé mille fois, ne m'ont répondu que par un silence -froid, capable de glacer le coeur le plus enflammé, ou par des regards -terribles qui m'ont annoncé l'arrêt de ma mort.--Que savez-vous, Sire, -lui dit alors La Feuillade, si l'on ne veut pas vous rendre cette -conquête plus précieuse par la résistance, et si on ne se fait pas une -espèce de gloire et de vanité, de tenir quelque temps contre les -attaques d'un grand Roi, auquel jusqu'ici rien n'a résisté? C'est déjà -beaucoup, qu'on vous ait entendu; mais c'est encore plus qu'on vous -l'ait fait connaître; car pour le premier, il n'y a pas la moindre -difficulté, les dames entendent d'abord ce qu'on veut leur dire; mais -comme elles font semblant de ne l'entendre pas, peut-être par le plaisir -qu'elles ont de se le faire répéter souvent, elles ne veulent point -avouer qu'elles comprennent un langage qu'elles savent encore mieux que -nous. Ainsi puisque votre Majesté a déjà parlé, et qu'on lui a fait -connoître ce qu'elle vouloit dire, c'est déjà un assez grand avancement. -Mais il faut s'expliquer d'une autre manière, et les belles exigent de -nous qu'on mette tout en usage, avant que de faire la moindre avance; -elles sont comme ces gouverneurs de places, qui, ayant de l'honneur et -de la fidélité pour leur prince, ne veulent se rendre qu'à la dernière -extrémité, pour sauver au moins, en se rendant, cet honneur qui leur est -si cher, et pour ne perdre pas les bonnes grâces de leur maître. Il en -sera ici de même, et la conquête que votre Majesté entreprend ne se -pourra faire qu'à force de temps, de machines, de ruses et de -stratagêmes; mais enfin nous en viendrons à bout. C'est une femme fière, -qui se fait un point d'honneur de la fidélité qu'elle doit à son mari, -qui veut soutenir cet honneur à la pointe de l'épée, mais qui a résolu -pourtant de se rendre, quand elle aura fait tout ce que les gouverneurs -les plus braves ont accoutumé de faire pour la défense d'une place.» - -Le Roi fut charmé d'entendre raisonner si bien le duc de La Feuillade, -qui n'étoit pas moins versé dans les matières d'amour, qu'il étoit -expert dans l'art militaire. Dès lors il ne songea plus qu'à faire sa -déclaration dans les formes, et qu'à se servir de tous les moyens que -l'amour peut suggérer, pour parvenir au but où tendent tous les amants. -Mais ce premier pas, qui semble si facile, et que ce prince ne comptoit -pour rien dans toutes ses autres amours, ne fut pas tout comme il avoit -cru. Ce n'est pas que l'occasion ne s'en présentât assez souvent; mais -la crainte le retenoit, et c'est peut-être la seule fois que ce monarque -a senti cette passion qui est inconnue aux grands courages. Vingt fois -il voulut ouvrir la bouche pour parler de son amour à cette comtesse, et -vingt fois sa langue fut comme retenue par un frein qu'il n'eut jamais -la force de rompre. Il rencontroit toujours les yeux et le front de -cette comtesse, où la vertu paroissoit armée de cette sévérité qui -imprime du respect aux plus grands monarques; et quand il la vouloit -jeter sur des matières de tendresse, pour parler ensuite de la sienne, -ce silence froid et austère qu'elle savoit si bien observer rompoit -tout-à-coup cet entretien, empêchoit le Roi de le poursuivre, et lui en -faisoit chercher un autre qui fût plus du goût de celle à qui il -craignoit toujours de déplaire. - -C'est une chose qui est peut-être sans exemple, qu'un amant passionné, -et surtout un Roi, qui ose tout, ait trouvé tant d'occasions de déclarer -son amour, et en ait su si peu profiter. Mais comme j'ai dit, cette -comtesse les éludoit avec tant de dextérité, prenant son air grave et -sérieux, que le Roi ne savoit comment s'y prendre. Ce qu'il y a -d'admirable, c'est que, sans avoir recours à la fuite, qui est la -ressource ordinaire de celles qui veulent éviter de semblables -entretiens, elle n'affectoit pas de se dérober de la présence du Roi; -elle alloit son train ordinaire; que le Roi se trouvât ou ne se trouvât -pas dans les lieux où elle étoit, elle ne faisoit sa visite ni plus -courte ni plus longue qu'elle l'avoit résolu. Elle ne vouloit pas même -que le Roi crût qu'elle évitoit sa rencontre, de peur qu'il ne regardât -cette fuite comme une marque de sa foiblesse, ou de la crainte qu'elle -avoit de succomber à l'amour de ce grand Monarque. Il sembloit tout au -contraire qu'elle affectât de lui faire voir qu'elle avoit assez de -vertu pour résister à toutes ses vaines poursuites. - -Enfin, elle vivoit avec lui de telle manière, que, quoiqu'il ne pût -jamais se satisfaire en lui parlant de ce qu'il avoit dans le coeur, -il n'avoit pas sujet de se plaindre d'elle. Tous ses discours étoient -sages, retenus, et même obligeants; elle louoit sur tout les vertus du -Roi d'une manière si engageante que ce prince ne pût jamais se résoudre -à lui donner une espèce de démenti, en lui parlant d'une chose qui -alloit contre son devoir. En sorte qu'au lieu d'une maîtresse que le Roi -croyoit trouver, il rencontroit une gouvernante, qui lui faisoit des -leçons de sagesse, d'honneur, de justice, de probité, et de toutes les -vertus; mais d'une manière dont il ne pouvoit s'offenser, puisque tout -cela étoit assaisonné par des louanges que le Roi se sentoit obligé -de soutenir. - -Cet amant jugea bien par une telle conduite, qu'il n'iroit pas fort vite -dans ses amours, puisqu'il n'avoit pas encore fait le premier pas. Peu -s'en fallut qu'il ne se rebutât entièrement, et qu'il n'abandonnât le -dessein de cette conquête; il lui sembloit même quelquefois qu'il -n'étoit plus amoureux; mais son amour étoit comme ces fièvres -intermittentes, qui sont d'autant plus violentes dans leur accès, -qu'elles ont donné quelque relâche. Quand il se la représentoit avec cet -éclat, cette douceur, cette majesté, ces yeux brillants, son coeur -étoit tout de flamme. Mais quand il pensoit à cet air sévère, à cette -autorité de reine, à cette vertu constante, à cette pudeur -incorruptible, tout son amour se changeoit en estime, ou plutôt en -respect et en admiration. Quand il ne faisoit que la regarder, son -coeur étoit tout en feu; mais dès qu'il vouloit lui parler de son -amour, il se sentoit tout de glace. La beauté et la vertu de cette -comtesse, qui éclatoient également dans ses yeux, produisoient ces deux -effets contraires dans l'âme du Roi. - -Cela sembloit tenir quelque chose du charme et de l'enchantement qu'un -amant comme le Roi, qui n'étoit pas novice dans ces matières, et qui -s'étoit signalé en tant d'occasions amoureuses, s'arrêtât ainsi tout -court, sans oser hasarder la première attaque, lui qui avoit si souvent -monté à la brèche avec une intrépidité digne d'un Mars. On parle d'un -certain nouement d'aiguillettes, qui arrête quelquefois les plus -hardis, qui refroidit les plus ardents, qui amollit les plus forts sur -le point de jouir de leurs amours et les en rend tout-à-fait incapables: -il arrivoit au Roi quelque chose de semblable toutes les fois qu'il -étoit sur le point de se déclarer à madame de L...; non pas qu'il fût au -cas dont nous venons de parler, il en étoit bien éloigné; mais il -éprouvoit le même charme à l'égard de sa langue; lorsqu'il vouloit -essayer d'expliquer ses sentiments et de parler de son amour, il sentoit -d'abord sa langue liée et son esprit comme perclus. Enfin il se trouvoit -dans le même état où étoit Didon, et que Virgile nous décrit si bien -dans le quatrième livre de son Enéïde; cette reine, qui n'aimoit pas -moins Enée que notre Roi aimoit la comtesse, n'avoit jamais la force ni -la hardiesse de le dire à ce prince Troyen. Dès qu'elle commençoit de -lui parler de son amour, sa voix mouroit dans sa bouche. - - _Incipit effari, mediaque in voce resistit;_ - -c'est-à-dire, suivant la traduction de M. de Segrais, - - Au milieu d'un discours, sa langue embarrassée - Refuse sa parole à sa triste pensée. - -Mais cette passion est trop violente pour pouvoir en demeurer là; Didon -s'expliqua enfin, et le Roi fit connoître ouvertement son amour à la -Comtesse. Il crut néanmoins qu'il ne devoit pas s'exposer lui-même aux -premiers transports de colère qu'il savoit bien qu'elle feroit éclater. -Il choisit le duc de La Feuillade, qu'il avoit déjà fait son confident, -pour essuyer pour lui cette tempête qu'il craignoit si fort. Il fit -même réflexion, qu'ayant une plus grande liberté d'esprit, il pourroit -représenter mille choses à la Comtesse, qui n'auroient pas été si bien -dans la bouche du Roi, et lui faire valoir tous les avantages qu'elle -pouvoit retirer de cette conquête, et pour elle et pour les siens. - -Dans cette résolution, il mande le duc de La Feuillade, qui le vint -trouver dans le cabinet. Ce duc s'attendoit d'abord à quelque nouvelle -confidence, et que le Roi lui alloit apprendre quelques grands progrès -qu'il auroit déjà faits dans son amour. Mais il fut bien surpris quand -il apprit que Sa Majesté étoit encore aux mêmes termes où il étoit la -première fois qu'il lui fit cette confidence. Cela le surprit d'autant -plus qu'il savoit par lui-même que le Roi n'étoit pas si patient dans -ses amours, et moins encore timide quand il étoit question de se -déclarer. Il jugea d'abord que c'étoit une passion extraordinaire, qui -dureroit longtemps, et dont son maître auroit bien de la peine à -revenir. Il lui dit donc qu'il étoit en état d'exposer jusqu'à la -dernière goutte de son sang pour la satisfaction de Sa Majesté, et dans -cette affaire et dans toutes celles où il lui feroit l'honneur de -l'employer.--Le Roi lui répondit qu'il lui savoit bon gré de son zèle -pour son service, mais qu'il n'étoit pas question d'exposer son sang ni -sa vie; qu'il n'avoit besoin que de son adresse et de son esprit, et de -ce beau talent qu'il avoit pour gagner les coeurs des dames; qu'il le -prioit de mettre tout en usage pour lui gagner celui de la comtesse de -L..., remettant à sa prudence la manière dont il devoit s'y prendre -pour expliquer ses sentiments à cette fière personne; que, de peur de -l'effaroucher, il lui fît entendre que toute la grâce que le Roi -demandoit d'elle, étoit de souffrir qu'il lui parlât de sa passion; -qu'il aimeroit mieux mourir mille fois plutôt que d'avoir la moindre -pensée de la déshonorer, et qu'il ne se serviroit jamais de son autorité -pour lui faire aucune violence; qu'il bornoit tous ses désirs et toutes -ses prétentions à la voir, à l'aimer, et à lui parler quelquefois de son -amour. - -Le duc reçut cette ambassade avec autant de plaisir que si elle se fût -adressée au plus grand prince de l'Europe. Il part comme un autre -Mercure, pour exécuter les ordres de son Jupiter; et certainement le Roi -ne pouvoit pas jeter les yeux sur une personne plus propre à s'acquitter -de ce difficile emploi, que l'étoit le duc de La Feuillade. Il avoit de -l'esprit, de la politesse, un grand usage du monde, une éloquence qui -lui étoit naturelle, et une bonne mine qui persuadoit déjà avant qu'il -ouvrît la bouche. Mais ce qui le rendoit plus propre à la commission que -le Roi lui avoit donnée, c'est qu'il avoit une grande expérience dans le -commerce des femmes; il en connoissoit le fort et le faible; il avoit eu -avec elles de bonnes fortunes et plusieurs galanteries; il avoit en un -mot toutes les qualités propres pour plaire au beau sexe. Il étoit civil -et entreprenant, insinuant et hardi, libéral, soumis, complaisant, mais -aussi vigilant, pressant, actif, et ne perdant jamais une occasion -favorable aux amants, qui est ce qu'on appelle l'heure du berger. - -Cet ambassadeur, ayant reçu les instructions de son maître, prit congé -de Sa Majesté, et ne songea qu'à exécuter les ordres qu'il venoit de -recevoir. Comme il savoit, par une longue expérience, que le vrai moyen -de persuader étoit de prendre son temps, et que cela est surtout -nécessaire à l'égard des femmes, il tâcha de se servir heureusement de -cette circonstance. Il sut bientôt que la comtesse devoit être d'une -partie de plaisir dans une maison de campagne; et comme il étoit bien -reçu partout, et par son rang et par les qualités de son esprit, il ne -lui fut pas difficile d'être du nombre de ceux qui devoient composer -cette belle compagnie. Il y devoit avoir un grand nombre de messieurs et -de dames de la première qualité; mais comme la présence du comte de L... -auroit pu être un obstacle au dessein du duc, il fit connoître à Sa -Majesté, qu'il seroit nécessaire qu'il l'éloignât le jour de cette fête, -de peur que sa présence ne rompît toutes ses mesures. Le Roi, qui -n'avoit en tête que l'intérêt de son amour, trouva bientôt le moyen de -lever ce petit obstacle. Il résolut d'aller à la chasse le même jour que -la comtesse devoit aller à cette partie de plaisir, et il fit dire au -comte qu'il falloit qu'il l'y accompagnât. Quoiqu'il eût compté qu'il -seroit de la partie de sa femme, il ne se fit pas pourtant une grande -violence de suivre le Roi: c'est toujours un grand honneur à un -courtisan, que son maître le choisisse pour être le compagnon de ses -plaisirs; mais ce pauvre comte ne savoit pas que le même jour qu'il -assisteroit à la chasse du Roi, à la poursuite de quelque cerf, ce grand -Monarque avoit donné ordre à son grand veneur en fait d'amour, de -faire tous ses efforts pour faire tomber sa femme dans ses toiles. Enfin -il ignoroit, ce bon seigneur, qu'on travailloit à arborer sur sa tête -les armes de ces animaux connus, dont la chasse devoit faire le plaisir -du Roi. - -Le jour venu pour cette double chasse, le comte de L... ne manqua pas de -se rendre en diligence auprès du Roi; et le duc de La Feuillade n'eut -garde de manquer à se trouver au lieu de l'assignation[10], où se devoit -trouver cette belle compagnie. Je ne décrirai ni la magnificence de -cette fête, ni ce qui se passa dans la chasse du Roi; je ne puis -pourtant passer sous silence une particularité qui me semble -remarquable, et qui étoit d'un mauvais préjugé pour ce prince, dans le -dessein de cette journée. C'est qu'ayant tiré deux fois sur un sanglier, -il le manqua, et ne lui fit aucun mal; et le comte de L... ayant tiré -après lui, le blessa du premier coup. Quoique le Roi ne soit pas -superstitieux, cela n'empêcha pas qu'il n'eût du chagrin de cette -aventure; cela ne lui étoit jamais arrivé, car il est fort adroit à -toutes sortes d'exercices, et particulièrement à la chasse; mais ce qui -augmentoit son chagrin, c'est que le comte de L... venoit de frapper du -premier coup la bête, qu'il avoit manquée jusques à deux fois; mais que -cela lui fût arrivé précisément le même jour, et peut-être à la même -heure que le duc de La Feuillade parloit de sa passion à la comtesse, -c'est ce qui achevoit de le désoler. «Cela m'avertit assez, -disoit-il en soi-même, que le duc ne sera point écouté, que toutes ses -paroles seront regardées comme du vent, et que tous les coups qu'il -portera pour moi à la comtesse, ne feront que blanchir[11]; au lieu que -le comte, qui a blessé la bête que j'ai failli toucher, ne manquera pas -ce soir de trouver sa femme, qui le recevra d'abord avec les mêmes -empressements et les mêmes marques de tendresse qu'elle lui a données -depuis leur mariage.» C'est ainsi que le Roi s'entretenoit, et il lui -tardoit que le jour fût fini, pour apprendre bientôt son bien ou son -mal. - -Cependant le duc de La Feuillade prit le temps qu'il jugea le plus -propre pour entretenir la comtesse d'une affaire si chatouilleuse. Il -attendit qu'on eût dîné, qu'on eût pris le plaisir du jeu et de la -musique, et qu'on exécutât le dessein de prendre vers le soir le plaisir -de la promenade. C'étoit en effet le temps le plus propre à son dessein; -car, au lieu que, pendant la chaleur du jour, ils avoient été tous -ensemble occupés au jeu, lorsque le soleil commença de baisser, on alla -se promener dans un bois à haute futaie, où il y avoit plusieurs grandes -allées, diverses fontaines, plusieurs jets d'eau, des grottes, des -cabinets[12], des berceaux, des labyrinthes, et enfin tout ce qui -peut embellir un lieu champêtre. - -Quand on fut entré dans le bois, les uns prirent une route, les autres -une autre, selon que le désir, le caprice, le hasard ou quelque dessein -prémédité les conduisoit. Le duc, qui avoit toujours le sien en tête, -conduisit si bien la chose, qu'il se trouva seul avec la comtesse; et -quand il se vit assez éloigné pour n'être entendu de personne, il -commença de louer les charmes de sa beauté et de son esprit et d'exalter -le bonheur du comte, qui possédoit une femme si accomplie. - -Comme elle ne s'attendoit point à ce que le duc avoit à lui dire, elle -lui répondit sans façon comme font la plupart des femmes, quand on leur -fait de semblables compliments, qu'elle n'avoit point tous ces avantages -dont il la vouloit flatter; et que, quand cela seroit, on ne voyoit -guère de maris compter pour un grand bonheur celui d'avoir rencontré une -belle femme. Le duc qui, comme j'ai dit, savoit profiter de tout, voyant -qu'elle le mettoit, quoiqu'innocemment, en si beau chemin, ne manqua pas -de relever ce que la comtesse venoit de dire.--«Vous avez raison, -Madame, lui dit-il, de trouver que les maris ne rendent pas là-dessus -toute la justice qu'ils doivent au mérite de leurs épouses; il semble -que le mariage leur ait fait perdre toute leur beauté et tous leurs -agréments, ou qu'ils aient perdu eux-mêmes ce goût exquis que les autres -ont, et qu'ils soient devenus tout-à-fait insensibles.--Ce n'est point -cela, répondit la comtesse, qui vouloit réparer ce qu'elle avoit dit, -et qui savoit avec quel homme elle avoit à faire; mais c'est que les -maris, qui sont des autres nous-mêmes, nous disent sincèrement ce qu'ils -pensent des qualités qu'ils trouvent en nous. Ils ne les exagèrent ni ne -les atténuent, mais nous en parlent naturellement.--Croyez-moi, Madame, -répliqua le duc, ils font ce qu'ils peuvent pour les amoindrir; ce sont -des maîtres qui ne veulent pas louer leurs esclaves, ou plutôt des -gouverneurs qui veulent tenir dans la dépendance celles qui sont sous -leur conduite; ou, si vous voulez que je vous donne une plus noble idée -de l'autorité qu'ils exercent sur leurs femmes, je me servirai des -paroles d'un grand poète de notre temps, qui fait dire à sa Pauline dans -le Polyeucte, - - Tant qu'ils ne sont qu'amans, nous sommes souveraines, - Et jusqu'à la conquête ils nous traitent en Reines; - Mais après l'hyménée, ils sont Rois à leur tour. - ---Qu'ils soient Rois tant qu'il vous plaira, répondit la comtesse, nous -ne sommes pas de simples sujettes; nous partageons avec eux cette -royauté.--Cela est vrai, Madame, répliqua le duc; mais vous n'avez plus -cet encens, ces hommages, ces respects, ni même ces marques d'amour et -de tendresse...--Ce que nous avons, dit-elle, est au moins plus sincère, -plus solide et plus durable.--Dites plutôt, Madame, dit le duc en -l'interrompant, que les empressements d'un amant ont toutes ces -qualités, parce que ce n'est pas le devoir, mais l'inclination qui les -produit. Rien n'oblige un autre homme à vous dire qu'il vous adore, -qu'il meurt d'amour. C'est le coeur qui parle, c'est l'amour -lui-même qui dicte ces paroles à l'amant. Mais un homme qui est lié à -une femme par le sacrement, se sent obligé à dire qu'il l'aime, quand -même il auroit de l'aversion. Tout ce qui est un effet du devoir nous -doit paroître suspect. Et c'est pour cela qu'on dit que les Rois ont -tant de peine à distinguer les vrais amis des flatteurs, parce que, -comme nous leur devons toutes choses, et qu'ils ont un pouvoir absolu -sur nous, ils ne sauroient jamais bien connoître si c'est la crainte, ou -si c'est l'amour qui nous fait agir.--Ce que vous dites là, reprit la -comtesse, fait contre vous; car comme l'affection qu'un Roi témoigne à -son sujet doit être la plus sincère de toutes, par la raison que vous -venez de voir, qu'il n'y a rien qui l'y oblige, celle de nos maris, qui -sont nos souverains, selon vous et selon Corneille que vous venez de -citer, doit être de la même espèce.--Nous voilà d'accord, Madame, reprit -le duc, et j'entre aussi bien que vous dans ce dernier sentiment. Oui, -plus la personne qui nous aime est au-dessus de nous, plus l'amour qu'il -nous témoigne doit être sincère et véritable, et plus nous lui en devons -être obligés. Après cela pourriez-vous douter, Madame, qu'un grand Roi, -qui est adoré de tous ses sujets, redouté par ses ennemis, et qui est -l'admiration de toutes les nations étrangères, n'ait pas pour vous les -derniers attachements, puisqu'il vous l'a témoigné de la manière du -monde la plus soumise et la plus respectueuse?--Et qui vous a dit, -reprit la comtesse, avec un air fier et froid, que le Roi a de -l'attachement pour moi?--Lui-même, Madame, me l'a dit, et ce grand -Monarque n'osant vous expliquer lui-même ses sentiments, m'a ordonné de -vous dire qu'il vous aime, ou plutôt qu'il vous adore; que si l'excès de -son amour l'a fait parler si souvent par ses soupirs et par ses regards, -le grand respect qu'il a pour vous ne lui a jamais permis de vous le -dire. Il m'a choisi pour vous porter cette parole, que vous êtes son -unique souveraine, qu'il ne veut recevoir la loi que de vous seule, -qu'il met à vos pieds son sceptre et sa couronne; que vous seule pouvez -décider de sa destinée, et que sa vie ou sa mort dépendent de la réponse -que je lui dois porter de votre part.--Je vous ai écouté sans vous -interrompre, lui dit cette sage comtesse, puisque vous m'avez dit que -vous parliez de la part du Roi, et qu'étant sujette, je suis obligée -d'écouter avec respect tout ce qui vient de la part du souverain; mais -le Roi sait-il que je suis mariée?--Oui, Madame, il le sait, répliqua le -duc; il sait ce que vous devez à votre époux, et ce que vous vous devez -à vous-même. Il veut bien que vous vous en souveniez; il veut bien -oublier lui-même qu'il est votre Roi; et il m'a commandé de vous dire -par exprès, qu'il ne se servira jamais de son autorité pour vous obliger -à rien qui puisse choquer votre devoir; qu'il ne vous demande d'autre -grâce que celle de vous voir, et de vous parler quelquefois de sa -passion; et qu'enfin, sans prétendre autre chose de vous que ce que je -viens de vous dire, et que la vertu la plus austère ne sauroit refuser à -un si grand Roi, vous pouvez disposer des premières charges de la -Cour en faveur de tous les vôtres; voyez, Madame, vous pouvez contenter -le Roi, faire votre fortune et celle de vos amis sans blesser votre -devoir.--Ce que vous venez de me dire, répartit la comtesse, mérite -d'être pesé»; et prenant dans ce moment un air grave et sérieux, comme -feroit une Reine qui répondroit à un ambassadeur:--«Vous direz au Roi -votre maître que je lui suis bien obligée de toutes les offres qu'il me -fait, que je me reconnois indigne d'un si grand honneur, et, pour lui -témoigner que je reçois comme je dois des propositions si avantageuses, -vous lui direz, s'il vous plaît, que j'en conférerai tantôt avec mon -mari qui y a le même intérêt, et sans lequel je ne puis rien faire. Vous -savez, ajouta-t-elle, avec un souris malicieux, que ce sont de petits -souverains dans leur famille; ce qui fait que je me sens obligée de lui -rendre compte de tout.--Vous savez trop bien le monde, répondit le duc, -pour faire cette bévue.--Je sais mon devoir, dit-elle, et ne vous mêlez -pas, je vous prie, de me l'apprendre. Vous avez fait votre commission, -cela suffit; allez en rendre compte au Roi, et lui rapportez ma -réponse.--Mais oserai-je, Madame, répliqua le duc, lui porter une -semblable parole?--Cela ne vous regarde point, dit la comtesse; un -ambassadeur n'est pas responsable du succès de son ambassade; comme il -n'agit que conformément aux ordres qu'il a reçus de son maître, il doit -aussi rapporter fidèlement les réponses qu'on lui donne.--Vous voulez -donc, Madame, que je dise au Roi...--Que je lui sais bon gré de -l'honneur qu'il me fait, lui dit-elle en l'interrompant; mais que -la chose étant de la dernière importance, il faut que je la communique -au comte mon époux.--Je vois bien, lui dit le duc, comme il vit que le -reste de la compagnie les alloit joindre, que vous avez trop d'esprit -pour moi, et trop de vertu pour le Roi.» - -Cet amant attendoit le duc avec une extrême impatience. On peut -s'imaginer aisément de quelle manière il passa la nuit. Tantôt la -comtesse se présentoit à son imagination avec tous ses charmes, tantôt -il la voyoit avec cet air sévère dont la seule pensée le faisoit blêmir. -Quelquefois il se flattoit qu'il n'étoit pas haï de sa maîtresse, et que -ces manières réservées qu'elle affectoit avec lui n'étoient que des -mesures qu'elle vouloit prendre contre son coeur, dont elle sentoit la -faiblesse. Enfin l'habileté de son confident achevoit de le persuader -que sa négociation auroit un fort bon succès. Cependant le malheur qu'il -avoit eu à la chasse le jour précédent, lui étoit d'un mauvais présage -qui troubloit toutes ces douces pensées; et son esprit, diversement -agité, passa la plus longue de toutes les nuits, entre l'espérance et la -crainte. - -L'heure du lever du Roi ne fut pas plus tôt venue, que le duc de La -Feuillade se rendit auprès de Sa Majesté, et ce prince amoureux, -impatient d'apprendre le succès[13] de son ambassade, congédia le plus -tôt qu'il put cette foule de courtisans, qui ne faisoit alors que -l'importuner[14]. Il ne se vit pas plus tôt seul avec son fidèle -confident, qu'il lui demanda des nouvelles de sa maîtresse, et le succès -de son entreprise. «Ne me flatte pas, lui dit-il précipitamment; je -suis las de tant languir, annonce-moi bientôt la vie ou la mort.--Je ne -vous annoncerai ni l'un ni l'autre, lui dit La Feuillade; je dirai -seulement au plus grand Roi du monde, ce qu'on rapporte d'Alexandre le -Grand, sur le point d'exécuter une entreprise très-difficile: qu'il -avoit trouvé un péril digne de lui. Je dis aussi la même chose à Votre -Majesté. En fait d'amour, vous n'avez trouvé jusques ici que des places -foibles, qui se sont rendues sans résistance, et qui vous ont d'abord -ouvert les portes; les plus cruelles se sont soumises à vous avec la -même facilité que les villes se rendoient au conquérant de l'Asie, ou, -pour faire la comparaison plus juste, avec le même succès qu'elles se -rendent à Votre Majesté. Mais voici une place forte où il faut employer -toutes les ruses et toutes les forces de l'amour; en un mot, Sire, c'est -une conquête digne de vous.» - -Après cela, il raconta au Roi tout ce qui s'étoit passé, et insista -surtout sur la réponse malicieuse de cette cruelle:--«Mais, Sire, -ajouta-t-il, ne vous alarmez pas; j'en ai bien vu bien d'autres, qui -faisoient les fières comme la comtesse, et qui se sont mises à la -raison.--Mais que puis-je attendre d'une femme, lui répliqua le Roi, qui -n'aime que son mari, et qui m'oppose ce mari fâcheux quand on -l'entretient de mon amour? N'est-ce pas m'ôter absolument l'espérance; -ou, pour mieux dire, n'est-ce pas se moquer de moi, que de me faire dire -qu'il faut qu'elle en parle plutôt au comte son époux?--Je vous avoue, -répondit le duc, que sa réponse est tout-à-fait cavalière; mais, Sire, -puisqu'elle a besoin du secours de son mari pour se défendre de vos -poursuites, c'est une marque qu'elle ne se croit pas assez forte pour y -résister. Mais ne craignez pas qu'elle lui fasse une telle confidence, -dont peut-être elle seroit la première à se repentir. En un mot, je -crois que c'est un rempart qu'elle veut opposer à votre amour, et dont -elle veut appuyer cette foiblesse assez naturelle à celles de son sexe. - -Le Roi voyoit bien que le duc vouloit adoucir autant qu'il pouvoit ce -qu'il y avoit de rude dans cette entreprise; et comme ce Monarque s'est -toujours fait un point d'honneur de réussir dans tout ce qu'il -entreprend, quelques difficultés qu'il y puisse rencontrer, celles qui -se présentoient dans son dessein amoureux ne firent que l'enflammer -davantage par la résistance. Il s'en expliqua ouvertement à son -confident; il lui dit que tous les rebuts, qu'il prévoyoit bien qu'il -avoit à essuyer, n'étoient pas capables de le guérir; que son mal -étoit désormais sans remède, et qu'il n'y avoit point de milieu à -prendre; qu'il mourroit de douleur, ou contenteroit son amour. - -Pendant que le Roi s'entretenoit ainsi avec le duc de La Feuillade, la -comtesse s'entretenoit avec elle-même; elle se garda bien de faire ce -qu'elle avoit dit, et d'imiter la princesse de Clèves[15] dans une -conjoncture si délicate. Elle garda pour elle un secret si important, et -eut quelque chagrin que le Roi eût fait choix d'un confident. Ce n'est -pas qu'elle eût aucun dessein de correspondre à son amour; mais elle se -sentoit doublement offensée, et par la déclaration qui venoit de lui -être faite de sa part, et parce qu'il s'étoit servi d'un tiers dans une -affaire si chatouilleuse, et qu'elle auroit voulu cacher, par manière de -dire, à elle-même. Ce fut la cause peut-être qu'elle fit au Roi une -réponse si cavalière, pour lui faire comprendre qu'il devoit plus -ménager une femme de sa façon. Le Roi eut aussi la même pensée, -quoiqu'il ne le témoignât pas, et il ne songea qu'à réparer cette faute, -et à découvrir lui-même ses feux à celle qui les causoit. - -Mais pour revenir à la comtesse, elle ne savoit, si elle devoit -s'affliger ou se réjouir: elle ne doutoit pas de l'amour du Roi; ses -yeux le lui avoient encore mieux dit que n'avoit fait le duc de La -Feuillade; cette pensée flattoit agréablement son orgueil; il n'est -point de femme qui s'offense d'être aimée; les plus chastes s'en -font honneur, quoiqu'elles ne le témoignent pas; elles regardent cela -comme un hommage qu'on rend à leur beauté. La comtesse étoit faite comme -les autres, elle étoit naturellement fière et superbe, et l'amour d'un -si grand prince s'accordoit assez avec sa vanité. D'un autre côté, elle -en craignoit de dangereuses suites, elle en appréhendoit l'éclat. Elle -savoit qu'il n'en est pas des Souverains comme des autres hommes; que -leurs passions ne sauroient longtemps être cachées; qu'on observe toutes -leurs démarches, et qu'eux-mêmes servent à se découvrir, parce qu'ayant -droit de commander, ils se croient dispensés de garder tant de mesures. -Comme elle étoit fort délicate du côté de l'honneur et de la réputation, -ces dernières pensées la troubloient beaucoup. Enfin elle résolut de -s'en tenir à sa manière d'agir ordinaire, qui étoit de ne rien affecter, -ni de chercher à voir le Roi, ni de tâcher à l'éviter, mais de le -laisser venir et d'observer toutes ses démarches. Il semble qu'elle -s'exposoit assez, et que le plus sûr pour une femme est de fuir les -occasions. Mais celle-ci avoit un fond de vertu sur lequel peut-être -elle ne devoit pas tant compter; elle ne craignoit rien de sa propre -foiblesse; elle redoutoit seulement les langues malignes et les -jugements téméraires du public; mais elle se flatta toujours qu'elle -dissiperoit assez tous ces nuages par l'éclat de son innocence. - -Les choses étoient en ces termes, lorsque le Roi ne cherchoit qu'une -occasion favorable pour parler à la comtesse, et pour tâcher de la -persuader mieux que n'avoit fait le duc de La Feuillade. Cette -occasion s'offrit assez tôt, et la Cour étant obligée en ce temps-là -d'aller à Fontainebleau, où la Reine devoit accoucher du dernier enfant -qu'elle eut, et qui mourut peu de temps après, la comtesse de L... s'y -rendit aussi[16]. Un lieu si délicieux et si agréable fut la scène -de tous les événements que je vais décrire, où l'amour et la vertu -firent leurs derniers efforts. - -Le Roi, qui veilloit toujours sur toutes les démarches de la comtesse, -savoit qu'elle aimoit à se promener souvent dans le bois, où ce -magnifique château est bâti; et, comme l'épaisseur des arbres empêche le -soleil d'y pénétrer, on peut s'y promener à toutes les heures du jour. -La comtesse, comme je viens de dire, prenoit souvent ce plaisir, et le -Roi trouvoit ce lieu plus charmant qu'il ne lui avoit jamais paru, et -parce qu'il servoit à entretenir la douce mélancolie où l'amour l'avoit -plongé, et parce qu'il savoit que sa chère comtesse en faisoit le lieu -de sa promenade. - -Un jour qu'elle s'y promenoit, accompagnée seulement de ses femmes, le -Roi, qui le sut d'abord, ne manqua pas de s'y rendre par un autre -chemin, afin qu'il parût à la comtesse que leur rencontre n'étoit pas un -dessein prémédité de la part du Roi, mais un effet du hasard. Dès -qu'elle vit le Roi de loin, qui n'avoit que peu de gens à sa suite, elle -se prépara d'abord à soutenir un grand combat; elle rougit, elle pâlit, -elle trembla, sans savoir bien la cause de tous ces mouvements, que -la présence du Roi n'avoit pas accoutumé de lui causer auparavant. Ce -prince amoureux, qui soupiroit depuis longtemps après un tête à tête -avec la comtesse, fit connoître à ceux qui étoient à sa suite qu'il -vouloit l'entretenir en particulier pour une affaire qui la regardoit. -A ce signal chacun se retira, et les deux suivantes de la comtesse en -firent de même, quand elles virent approcher le Roi. Il ne l'eut pas -plus tôt abordée, et jugé qu'il ne pouvoit pas être entendu de personne, -qu'il lui dit d'un air passionné:--«Avouez, Madame, que ce lieu -solitaire est tout-à-fait propre pour entretenir les tristes pensées -d'un amant infortuné.--Comme je n'ai jamais éprouvé ces sortes -d'infortunes, lui dit la comtesse, je ne sais que vous en dire.--Si vous -l'ignorez par votre propre expérience, lui dit le Roi, vous devriez au -moins le savoir par celle que vous en faites faire aux autres.--Je ne -sais pas, répondit alors la comtesse, ce que les autres sentent pour -moi; mais s'il y en avoit quelqu'un qui fût dans l'état où vous dites, -il feroit fort bien, s'il me vouloit croire, de mettre son esprit en -repos, et de ne penser plus à moi.--Eh! peut-on s'empêcher de penser à -vous, répartit le Roi précipitamment, lorsqu'on a vu ces charmes que -vous ne sauriez cacher? Où peut-on avoir l'esprit en repos lorsqu'on -sait qu'on aime une inexorable?--Oui, sans doute on le peut, reprit la -comtesse, lorsqu'on veut écouter la justice et la raison.--Et quelle -justice, dit alors le Roi, nous défend d'aimer ce qui est -aimable?--Celle qu'on se doit à soi-même, et celle qu'on doit aux -autres, lui dit la comtesse.--Eh bien, Madame, répliqua le Roi, je vous -la rends cette justice en vous aimant comme je fais, puisque je ne vois -rien sous les cieux de si aimable que vous; et je me la rends à -moi-même, puisque j'ai un coeur sensible, et que la passion dont il -brûle m'est plus chère que ma vie. Ce qu'on vous a dit de ma part n'est -pas la centième partie de ce que je sens pour vous; croyez, Madame, -croyez, ajouta le Roi, que je me suis dit à moi-même tout ce que vous -pourriez me dire pour combattre ma passion; mais elle est plus forte que -tout ce qu'on pourroit lui opposer. Si quelque chose devoit la détruire, -ce seroient vos rigueurs; mais désabusez-vous, elles n'en viendront -jamais à bout; elles peuvent me faire mourir, mais elles ne sauroient -m'empêcher de vous aimer jusqu'au dernier soupir de ma vie.» - -Le Roi prononça ces dernières paroles avec tant d'émotion et tant de -véhémence que la comtesse en parut touchée, et ne put s'empêcher de -laisser couler quelques larmes. Elle ne doutoit plus de l'amour du Roi; -ses regards, ses démarches, ses actions, et ce qu'elle venoit de voir et -d'entendre, lui faisoit assez connoître, que ce monarque aimoit jusqu'à -la fureur. Elle en fut fort affligée, et pour l'amour d'elle-même, et -peut-être même pour l'amour de son amant, qu'elle ne pouvoit pas -s'empêcher de plaindre. Quand elle se fut un peu rassurée, elle dit au -Roi:--«Sire, vous pouvez juger de la surprise où je suis, après ce que -je viens d'entendre de la bouche d'un grand Roi; et s'il est vrai -que votre état soit tel que vous venez de le dire, je puis bien vous -assurer que, s'il ne falloit que ma vie pour vous rendre heureux, je -suis prête à vous la sacrifier. Mais comme Votre Majesté prétend autre -chose, je veux qu'elle sache que je renoncerois à mille vies, si je les -avois, plutôt que d'abandonner ce qui m'est plus cher que la vie, et que -le repos de mon Roi.» Elle accompagna ces paroles d'un ton si ferme, que -le coeur du Roi en trembla, voyant qu'on ôtoit à son amour toute sorte -d'espérance. Ce qu'il y avoit ici de rare, c'est que l'un et l'autre -crurent ce qu'ils se disoient d'obligeant; mais ni l'un ni l'autre n'en -furent contents. La comtesse étoit persuadée que le Roi l'aimoit autant -qu'on le peut, mais cela ne faisoit que l'inquiéter. Le Roi, de son -côté, ne douta pas que la comtesse n'eût pitié de ses maux; quelques -larmes qu'il vit couler de ses beaux yeux en étoient des témoins -fidèles; il crut sans peine que la protestation qu'elle lui faisoit de -sacrifier sa vie pour son repos, partoit du fond de son coeur; mais -aussi il ne croyoit que trop ce qu'elle avoit ajouté, que son honneur -lui étoit plus cher que tout le reste, et c'est là où il ne trouvoit pas -son compte. Il dissimula néanmoins, et, suivant la méthode qu'il avoit -déjà marquée à son confident, il confirma à cette vertueuse comtesse ce -que le duc de La Feuillade lui avoit protesté de sa part: qu'il bornoit -tous ses désirs au seul plaisir de la voir, de l'aimer, et de lui parler -de son amour.--«Vous m'offrez votre vie, pour procurer mon repos, lui -dit ce prince amoureux; c'en est trop, généreuse comtesse; vous me -puniriez au lieu de m'obliger; je ne vous demande ni cette vie qui -m'est plus chère que la mienne, ni cet honneur qui vous est plus cher -que la vie, et que vous croyez être l'unique objet de mes prétentions; -je ne veux que vous voir, vous aimer, et vous le dire.--Eh! de quoi vous -peut servir cette vue? lui dit la comtesse; pourquoi voulez-vous -entretenir une passion dont vous n'espérez aucun fruit? A quoi bon un -entretien qui ne fera que troubler votre repos et me rendre -malheureuse?--Ah! que vous savez peu, Madame, lui dit le Roi, en la -regardant avec des yeux qui marquoient toute sa tendresse, que vous -savez peu ce qui se passe dans le coeur des vrais amants! Une parole, -un souris, un regard, la plus petite chose, un rien les contente, -lorsque ce rien vient de la part de leur maîtresse. Ne me demandez donc -plus quel fruit je prétends retirer de votre vue et de votre -conversation; et n'est-ce pas beaucoup pour un amant que de voir et -d'entretenir sa maîtresse?--Mais un amant en peut-il demeurer là? reprit -la comtesse. Ne sait-on pas qu'ils ne sont jamais satisfaits; que, quand -ils ont une chose, ils en veulent obtenir une autre? Au nom de Dieu, -Sire, ne me mettez pas, et ne vous mettez pas vous-même à une si cruelle -épreuve.--Ce que vous dites-là, dit le Roi, ne se voit que dans les -passions ordinaires, et quand on aime des beautés communes; mais vous ne -devez rien craindre de semblable; et quand vous le craindriez, et que je -serois assez téméraire pour prétendre quelque chose au-delà de ce que je -vous demande, n'êtes-vous pas toujours en droit de me la refuser, -et de m'interdire même la grâce que vous m'aurez accordée, de vous voir -et de vous parler de mon amour?» - -La comtesse trouvoit cette proposition assez raisonnable; mais cela -n'empêchoit pas que l'exécution ne lui en parût difficile pour le Roi, -et l'essai périlleux pour elle. Cependant elle n'osoit trop le -témoigner, de peur que ce prince ne la soupçonnât de quelque foiblesse -dont il pourroit tirer avantage. Elle voulut donc lui laisser croire -qu'elle avoit assez de vertu pour se défendre de ses poursuites, quand -même il les voudroit pousser trop loin; mais elle prit un autre tour -pour détourner le Roi de ce dessein où il persistoit toujours. Elle dit -à ce monarque que, bien qu'elle pût s'assurer de sa discrétion, et -qu'elle ne craignît rien de sa propre vertu, elle avoit le monde à -ménager; qu'on ne manqueroit pas de mal interpréter les visites d'un -grand roi à une simple comtesse; que de quelque manière qu'il la vit, ou -chez elle ou ailleurs, on ne manqueroit pas de le remarquer et de faire -là-dessus des réflexions qui lui seroient désavantageuses; et qu'enfin -le Roi, venant à bout de toutes les dames qu'il entreprenoit, s'il en -falloit croire le bruit commun, elle se voyoit perdue de réputation, si -le Roi persistoit dans son dessein.--«Laissez parler le monde, lui dit -le Roi, croyez-vous vous mettre à couvert de la médisance, de quelque -manière que vous viviez? Les mauvaises langues n'épargnent personne; la -vertu même ne peut pas se garantir de leurs traits; ainsi ne ménageons -point un monde qui nous ménage si peu; faisons seulement notre -devoir et moquons-nous de tout le reste.» - -La comtesse, qui voyoit que le Roi lui rabattoit tous ses coups, lui -opposa son dernier retranchement, et, reprenant les dernières paroles de -ce prince:--«Je conviens, dit-elle, de ce que vous venez de dire, qu'en -faisant son devoir on peut se moquer de tout. Mais le ferai-je mon -devoir, en écoutant des discours qui blessent le lien conjugal? Une -femme mariée peut-elle entendre une déclaration d'amour d'un autre que -de son mari? Que direz-vous, Sire, là-dessus, ajouta-t-elle en souriant, -si je vous prends pour mon casuiste, et pour le directeur de ma -conscience?--Je vous dirai, dit le Roi, que vous avez l'esprit trop fort -pour vous effaroucher de ce fantôme; que vous savez trop bien le monde, -pour vous faire un crime d'une chose si innocente. Il faut laisser ces -vaines terreurs, ajouta-t-il, aux plus petites bourgeoises; mais les -dames comme vous, qui ont l'esprit épuré par l'air de la Cour, ne -s'arrêtent pas à ces bagatelles.--Vous croyez bien pourtant, dit-elle, -que le comte mon époux, qui a respiré toute sa vie ce même air, en -jugeroit autrement si je le consultois là-dessus?--Je suis sûr, Madame, -répliqua le Roi, qu'il en jugeroit comme moi, quoique peut-être il ne -vous dît pas sa pensée, et la qualité de mari qui veut faire la cour à -sa femme, lui feroit tenir un autre langage.--Mais enfin, dit la -comtesse, quand le comte, mon époux, seroit un de ces maris commodes qui -laissent faire à leurs femmes tout ce qu'elles veulent, sans s'en mettre -en peine, ne dois-je compter pour rien la modestie de mon sexe, ma -propre vertu, ma pudeur et les mouvements de ma conscience, qui -répugnent à je ne sais quel commerce que vous demandez de moi, et qui ne -peut aboutir à rien de bon? Encore une fois, Sire, je vous le demande -pour dernière grâce, si vous avez quelque considération pour moi, -demandez-moi des choses plus raisonnables.--Et que vous puis-je demander -de plus raisonnable, dit alors le Roi, dans la triste situation où je me -trouve? Je brûle d'un feu qui me dévore, j'aime sans espérance, je -soupire, je meurs d'amour pour vous, et je ne vous demande que de vous -voir et de vous parler; et vous trouvez que ce que je vous demande est -déraisonnable? Peut-on vous demander moins? et la vertu la plus sévère -s'en pourroit-elle offenser? - -La comtesse, qui vit que le Roi persistoit toujours dans le dessein de -la voir, ne voulut pas lui répliquer davantage, de peur de l'aigrir, et, -sans lui accorder sa demande, elle se contenta de cesser de lui -contredire; mais comme les amants prennent avantage de tout, le Roi ne -manqua pas d'expliquer en sa faveur le silence de la comtesse. C'est -ainsi qu'ils se séparèrent; le Roi continua sa promenade avec ceux qui -l'accompagnoient, et la comtesse reprit le chemin du château avec ses -deux femmes. - -C'est une maxime certaine en fait d'amour que les femmes vont toujours -plus loin qu'elles ne pensent, et les hommes au contraire se flattent -d'avoir fait plus de chemin qu'ils n'ont fait en effet. Cela ne manqua -pas d'arriver au Roi et à la comtesse, après leur dernier -entretien. Ce monarque fut assez satisfait de sa maîtresse, et il ne -jugea plus cette conquête aussi difficile qu'il avoit cru au -commencement; au moins il ne la jugea pas impossible. La comtesse lui -parut assez traitable, et il ne remarqua pas en elle cette même sévérité -qui lui avoit fait tant de peur. Cependant cet amant se flattoit, et -l'heure d'aimer de la comtesse n'étoit pas encore venue. Mais aussi -cette vertueuse dame, qui n'y entendoit point de finesse, s'étoit plus -avancée qu'elle ne croyoit, ce qui fut la cause de l'erreur du Roi. Ils -reconnurent bientôt l'un et l'autre qu'ils s'étoient trompés, lui de -croire qu'on le regardoit favorablement; elle, de s'imaginer qu'elle -avoit soutenu jusques au bout sa première sévérité. Ce prince impatient, -et par l'excès de son amour et par la facilité qu'il avoit trouvée dans -toutes ses autres maîtresses, et parce qu'un roi se lasse bientôt -d'attendre, chercha une nouvelle occasion de voir la comtesse, et de -pousser plus loin les affaires. - -Comme les principaux de la Cour avoient un appartement dans le grand et -magnifique palais de Fontainebleau, le comte de L... et la comtesse sa -femme y avoient aussi le leur. Cela fournissoit au Roi la commodité de -la voir, et fit naître l'occasion qu'il attendoit avec tant -d'impatience. Un jour que ce prince vit la porte de l'appartement de la -comtesse entr'ouverte, il eut la curiosité d'y regarder, et, ne voyant -personne, il entra comme à la dérobée. Il ne se fut pas plus tôt -approché d'un lit de repos qu'il y avoit dans cette chambre, qu'il vit -la comtesse tout endormie. C'étoit dans les plus grandes chaleurs -de l'été; et ses filles, voyant leur maîtresse qui reposoit, prirent ce -temps pour s'écarter un petit moment. Cette charmante personne étoit -étendue négligemment sur ce lit; elle étoit seule dans sa chambre, et on -auroit dit que tout cela s'étoit fait de concert, pour donner le moyen -au Roi de surprendre une place qu'il n'osoit attaquer ouvertement. Son -coeur fut agité de mille différentes pensées; il craignoit et il -désiroit tout à la fois. Il ne savoit s'il se contenteroit de regarder -sa maîtresse qui dormoit si tranquillement. Il ne savoit s'il ne devoit -lui dérober un baiser et profiter d'une occasion si favorable, qui -peut-être ne reviendroit jamais; d'un autre côté, il craignoit de -l'offenser, et que la comtesse venant à s'éveiller ne lui pardonnât -jamais cet attentat, et lui défendît absolument de la voir. - -Il étoit dans cette cruelle incertitude, lorsque la gorge de cette belle -comtesse venant à se découvrir par quelque mouvement qu'elle fit en -dormant, acheva de le déterminer, et n'écoutant plus que l'excès de sa -passion, il posa ses mains sur ces deux boules de neige, et les baisa -trois ou quatre fois de sa bouche royale. La comtesse, qui sentit -d'abord cet attouchement dans une partie si délicate, s'éveilla en -sursaut et fit un grand cri; et voyant que c'étoit le Roi, et que ses -filles s'en étoient allées, elle crut qu'on l'avoit trahie, et qu'on -vouloit la prostituer à ce monarque. Cette pensée lui fit tant -d'horreur, qu'elle ne put s'empêcher de le témoigner:--«Allez, lui -dit-elle, monstre exécrable, ôtez-vous pour jamais de devant mes -yeux, ou faites-moi promptement mourir, puisqu'en vous parlant ainsi, je -suis criminelle de lèse-Majesté.» - -Le Roi, qui vit bien la faute qu'il avoit faite, voulut essayer de -l'apaiser; mais elle ne lui donna pas le temps de parler, et, se -débarrassant des bras du Roi, elle gagna d'abord la porte, et laissa cet -amant plus mort que vif. Cependant le cri que la comtesse avoit fait -avoit été ouï de plusieurs personnes, et particulièrement du comte de -L... qui, reconnaissant la voix de sa femme, accourut en diligence pour -voir ce que cela pouvoit être. Il ne fut pas plus tôt à la porte de sa -chambre qu'il en vit sortir le Roi, et, ne voyant point sa femme, il ne -savoit que penser de cette aventure. Le Roi, qui ne douta pas que le -comte n'entrât dans des soupçons qui pourroient faire tort à la comtesse -et traverser son amour, aima mieux lui dire la chose comme elle étoit, -que de le laisser dans cette cruelle incertitude. Mais il n'eut garde de -lui parler de la passion qu'il avoit pour la comtesse. Il lui dit donc -sans façon:--«Comte, je vois que tu es en peine de ta femme, et que tu -veux savoir la cause de ce grand cri qu'elle a fait. Je te dirai que je -suis entré fortuitement dans sa chambre, et, la voyant endormie, j'ai -voulu lui donner un baiser, ce qui l'a fait lever en sursaut. Va, comte, -tu dois te féliciter d'avoir une femme si chatouilleuse; j'en connois -bien d'autres qui, au lieu de s'éveiller, se seroient d'abord -rendormies, ou en auroient fait le semblant.» - -Le comte, qui se crut obligé de répondre galamment au Roi, lui dit: -«Sire, ma femme n'est pas d'une meilleure trempe que les autres, et si -elle eût su que c'étoit votre Majesté, infailliblement elle auroit fait -semblant de dormir; mais son sommeil l'a trompée, et l'a empêchée de -vous reconnoître quand elle a jeté ce grand cri.--Elle m'a fort bien -reconnu, reprit le Roi, et je t'assure que si ta femme est toujours si -franche, tu n'as pas sujet d'en être jaloux.» - -La chose ne fut pas poussée plus loin; le Roi se retira dans son cabinet -et congédia le comte, qui n'eut pas le moindre soupçon de l'amour du -Roi, et la comtesse, revenue de sa frayeur, retourna dans son -appartement, après avoir bien grondé ses filles de ce qu'elles l'avoient -laissée toute seule. - -Cependant le Roi, qui voyoit que cette affaire n'auroit point de suite -fâcheuse, puisque celui qui y avoit le plus d'intérêt la traitoit de -bagatelle, et qu'il espéroit de faire bientôt la paix avec la comtesse, -ne put s'empêcher de faire un couplet de chanson sur cette aventure, et, -quoiqu'elle se chantât en ce temps-là, on n'en a su le véritable sujet -que quelques années après. Quoique ces vers soient presque connus de -tout le monde, je ne laisserai pas de les rapporter ici: - - Jamais Iris ne me parut si belle, - Que l'autre jour dans un profond sommeil; - Sa cruauté sommeilloit avec elle, - Et je baisai son teint blanc et vermeil, - Quand, par malheur, - Je vis à son réveil - Réveiller sa rigueur. - -Le comte ne vit pas plus tôt sa femme, qu'il lui fit mille railleries -sur ce qui venoit de lui arriver. Elle ne savoit d'abord comment y -répondre; elle ne traitoit point comme son mari cette affaire de -bagatelle; elle connoissoit le coeur du Roi et le motif qui le faisoit -agir ainsi; tout cela changeoit la nature de l'affaire; mais c'étoient -des mystères pour le comte. Sa femme le reconnut d'abord, quand elle vit -qu'il le prenoit sur un ton railleur. De sorte que, revenue de sa -première émotion, elle crut qu'elle devoit feindre, dissimuler son juste -ressentiment, et prendre le tour que son mari donneroit à cette -aventure. Il fallut pourtant qu'elle se fît une grande violence, la -liberté que le Roi s'étoit donnée, après les protestations qu'il lui -avoit faites, étoit une chose qu'elle ne pouvoit pas lui pardonner et -qui lui tenoit fort au coeur. Mais elle voyoit qu'il étoit pour elle -de la dernière importance de cacher à son mari une chose si délicate, et -qui auroit pu troubler le bonheur de leur mariage. Le voyant donc -heureusement prévenu par le discours que le Roi lui avoit tenu en -sortant de sa chambre, elle répondit comme elle devoit à toutes ses -railleries, et en femme qui entend son monde:--«Je vous trouve fort -plaisant, dit-elle au comte, de me railler d'une chose où vous avez pour -le moins autant d'intérêt que moi. Il falloit pour la rareté du fait que -je fisse toujours semblant de dormir, et que je laissasse pousser -l'affaire jusqu'au bout; vous auriez vu si les rieurs seroient de votre -côté.--Vous auriez agi en femme prudente, lui dit le comte, qui sait -accommoder ses plaisirs avec son honneur; car, ayant toujours dit -que vous étiez endormie, on n'avoit rien à vous reprocher; c'est la -volonté qui fait tout en ces affaires, et la vôtre n'y ayant point de -part, vous étiez innocente au jugement du monde.--Sans mentir, lui dit -la comtesse, vous me donnez là de belles leçons; il me prend envie d'en -profiter une autre fois.--Il n'est plus temps, Madame, lui dit le comte, -qui étoit toujours en humeur de railler; on sait déjà que vous êtes -extrêmement chatouilleuse, et que vous avez le dormir fort délicat, et -que le mouvement d'une mouche suffit pour vous éveiller. Et puis, -ajouta-t-il, qui osera désormais vous approcher, puisque vous ne pouvez -souffrir les caresses du Roi?--Voulez-vous que je vous dise ce qui en -est? répliqua la comtesse, qui vouloit plaisanter à son tour. Quand on -dort, on ne sait ce qu'on fait; mais si le Roi se fût présenté à moi -quand j'étois éveillée, peut-être que je n'aurois pas été si cruelle, et -que j'aurois mieux reçu ses caresses. Je vous prie, Monsieur le comte, -de lui en faire mes excuses.--Vous ferez cela mieux que moi, répondit le -comte, ou, pour mieux dire, il n'y a point ici d'excuse à faire. Que -savez-vous si le Roi trouveroit en vous les mêmes agréments quand vous -seriez éveillée, qu'il a pu y remarquer lorsque vous dormiez? vous savez -que ces sortes de choses dépendent entièrement du caprice; un certain -air négligé ravit quelquefois un coeur que toute la parure d'une dame -ne sauroit jamais attraper. Ainsi consolez-vous, vous avez manqué votre -coup; le Roi trouvoit alors de certains charmes en vous, qu'il n'y -remarquera plus; vous voilà déchue de vos prétentions, si tant est que -vous ayez aspiré à cette gloire, tant recherchée des dames, d'être la -maîtresse du Roi.» - -La confiance que le comte avoit en la vertu de sa femme le faisoit -parler ainsi. Il avoit raison de s'y confier; mais s'il avoit su que le -Roi brûloit pour elle, et qu'elle en étoit bien informée, il n'auroit -pas eu tant d'assurance, connoissant, comme il faisoit, la fragilité du -sexe. - -Cette petite aventure qui venoit d'arriver au Roi et à la comtesse, -servit d'entretien à la cour durant quelques jours; mais tout ce qui -s'en dit ne fit aucun tort à la vertu de cette dame, et personne ne -soupçonna que le Roi en fût amoureux. On crut seulement qu'il vouloit se -divertir, par l'occasion agréable qui s'offrit à lui, sans avoir d'autre -dessein. Il n'en étoit pas de même du duc de La Feuillade, qui savoit -l'attachement du Roi pour cette comtesse. Il n'ignoroit pas pourquoi le -Roi s'étoit ainsi émancipé; mais il regrettoit pour ce prince d'avoir si -mal réussi, et il blâmoit dans son coeur la cruauté de la dame. Le -lecteur peut bien juger qu'il y en avoit un assez grand nombre à la -cour, qui auroient voulu être à sa place, qui n'auroient pas eu tant de -honte qu'elle de se montrer en cet état aux yeux du Roi, ou qui, pour -cacher cette honte, auroient fait semblant de dormir. - -Tandis que les Messieurs et les Dames s'entretenoient de cette affaire, -et que chacun en jugeoit selon son humeur, le Roi étoit fort inquiet, -et il ne savoit comment se raccommoder avec sa fière maîtresse. Au -fond, l'offense n'étoit pas d'une nature qui méritât une grande -punition, et qui dût si fort irriter le coeur d'une dame. Mais il -connoissoit l'humeur de la comtesse, et il craignoit toujours cette -vertu austère qu'il avoit remarquée en elle. Avant que de se déterminer -de quelle manière il devoit se comporter avec elle, il voulut la voir en -public, et tâcher de connoître dans ses yeux et par ses manières, quel -étoit l'état de son coeur. Il ne l'eut pas plus tôt vue, qu'il jugea -d'abord qu'elle n'étoit pas si irritée qu'elle lui avoit paru lorsqu'il -s'émancipa de la manière que j'ai déjà dit, et qu'elle dit au Roi ces -grosses injures. En effet sa pensée étoit, comme je l'ai remarqué, que -ses filles l'avoient trahie et l'avoient abandonnée pour la livrer aux -desseins du Roi, et ce fut la cause qu'elle ne put pas retenir son -ressentiment. Mais quand elle eut reconnu par les discours de ses -filles, qu'elles étoient innocentes d'une si noire trahison, et que ce -qui étoit arrivé étoit un effet du hasard, sa plus grande colère fut -amortie; et, dans son âme, elle ne pouvoit condamner la liberté d'un -amant qui trouvoit une occasion si favorable. Elle joignoit à cela les -paroles choquantes qu'elle avoit dites au Roi, et que ce monarque avoit -doucement avalées. Toutes ces confidences servoient à désarmer la -comtesse. Elle étoit dans cet état, quand le Roi la vit dans une -compagnie de dames; et, comme il est bon physionomiste, comme le sont -presque tous les amants, il connut d'abord ce qui se passoit dans le -coeur de sa maîtresse. Il la vit rougir, dès qu'elle aperçut le -Roi, puis baisser doucement les yeux par une espèce de honte, tourner -quelquefois la tête d'un autre côté, parler à bâtons rompus, paroître -distraite, inquiète, interdite; avec tout cela, il n'y remarqua rien -d'ennemi, et il jugea seulement que le souvenir de ce qui s'étoit passé -le jour précédent la déconcertoit un peu. - -Ce fut la cause que le Roi se priva quelques jours de la voir, pour lui -donner le temps de se remettre. Mais ne pouvant vivre si longtemps sans -l'entretenir de quelque manière, il lui écrivit ce billet: - - «_Quelque envie que j'aie de vous parler, je n'ose pas - l'entreprendre; les derniers discours que vous me tîntes sont si - terribles pour moi, que je n'oserai jamais me présenter devant - vous, si je n'en ai une permission signée de votre main, qui - porte l'absolution de mon crime. Je l'appelle ainsi par rapport - à vous; mais si vous consultez l'amour, si vous consultez votre - miroir, au lieu de blâmer mon trop de hardiesse, vous louerez ma - discrétion et ma retenue. Je veux bien pourtant soumettre mon - jugement au vôtre, et je l'attends avec impatience afin de m'y - conformer et de régler ma conduite là-dessus._» - -La comtesse reçut ce billet, et y répondit ce peu de mots: - - «_On vous pardonne tout, parce que vous êtes Roi. Je récuse le - tribunal de l'amour, c'est un petit étourdi qui ne juge que par - caprice. Si vous me voulez voir, ne consultez plus un si méchant - conseiller. Consultez plutôt la sagesse, la justice et la - raison, et l'on vous écoutera._» - -Quoique ce billet n'eût rien de tendre, le Roi parut en être satisfait, -et c'étoit assez que la comtesse lui permît encore de la voir, sauf à -lui à tenir les conditions où elle l'engageoit. Mais en amour, on promet -tout, et souvent on ne tient rien. - -Le Roi se voyant ainsi rétabli dans les bonnes grâces de sa maîtresse, -ne songea qu'à pousser son premier dessein. Ce ne furent que bals, que -festins, que carrousels, que parties de chasse, pendant le séjour du Roi -à Fontainebleau; et tout cela se faisoit en faveur de la comtesse. -Quoiqu'elle n'eût aucun dessein de rien accorder au Roi, elle n'étoit -pas fâchée d'en être aimée; elle sentoit même que, si elle étoit capable -de quelque engagement, ce seroit plutôt pour le Roi que pour toute autre -personne; elle admiroit sa bonne mine, son port, et ces manières nobles -qui accompagnoient tout ce qu'il faisoit; elle trouvoit qu'il faisoit -tout en Roi, et ce dernier caractère étoit plus propre pour gagner une -dame qui étoit fière naturellement. Mais sa vertu lui étoit d'un grand -secours, qui arrêtoit le penchant qu'elle avoit pour le Monarque. Elle -l'aimoit peut-être autant qu'aucune de ses maîtresses, qui n'avoient -rien de réservé pour ce prince; et si le Roi eût pu voir son coeur, il -y auroit peut-être vu autant de tendresse qu'en pouvoit avoir la -Montespan et La Valière même. Mais, comme je viens de dire, sa vertu -étoit un frein qui retenoit ses désirs, et qui lui faisoit un crime -d'une tendresse qu'elle chérissoit dans le fond, et qu'elle ne put -jamais étouffer. - -Combien de fois a-t-elle souhaité de n'avoir jamais vu le Roi! Elle -cherchoit en lui des défauts qu'elle pût haïr; mais elle n'y en trouvoit -pas; de quelque manière qu'elle regardât ce Monarque, elle le trouvoit -toujours charmant. Elle l'auroit voulu voir toujours, et elle ne -craignoit rien tant que sa vue. Il lui sembloit que toute sa vertu -l'abandonnoit quand elle voyoit paroître ce prince. «Pourquoi se -contraindre, disoit-elle quelquefois en elle-même? Suivons un penchant -si doux: serai-je la seule ennemie de mon contentement? Je suis adorée -de ce que j'aime; j'ai un mari commode[17]; ma réputation est si bien -établie que je n'ai rien à craindre de la médisance, et pourquoi donc ne -suivre pas une passion qui a tant de charmes pour moi?» Mais un moment -après, elle se reprenoit, et faisant réflexion sur les suites funestes -de ce fatal engagement: «Je serai, disoit-elle, l'une des maîtresses du -Roi; j'en suis aimée, j'en suis estimée aujourd'hui, et demain j'en -serai méprisée. Il se dégoûtera de moi comme il a fait des autres; et -quand cela ne seroit pas, pourrai-je me résoudre à vivre sans honneur -dans le monde, abandonnée de mon mari, méprisée de tous les honnêtes -gens, et travaillée d'un cruel remords qui me dévorera jour et nuit? Je -mourrai plutôt, ajoutoit-elle, avant que de tomber dans ce malheur.» - -Le Roi qui ne pouvoit pas savoir ce qui se passoit dans son coeur, ne -croyoit pas être si avant dans ses bonnes grâces; il ne savoit pas -que la vertu de la comtesse étoit le seul ennemi qu'il avoit à -combattre; il ne songeoit qu'à s'en faire aimer, quoique cela fût fait -depuis longtemps; mais la comtesse appliquoit tous ses soins à le lui -cacher, et vivoit avec lui d'une manière extrêmement réservée.--«Ne me -direz-vous jamais, Madame, lui dit un jour le Roi qui la pressoit plus -qu'à l'ordinaire, de quelle manière je suis dans votre esprit? Est-ce -comme ami ou comme ennemi?--On ne traite pas les ennemis de la manière -qu'on vous traite, lui dit la comtesse d'un ton radouci.--Mais de quelle -manière me traitez-vous? lui dit le Roi; puis-je être content de toutes -ces marques extérieures de civilité qu'on rend à tout le monde? -Traitez-moi, je vous prie, avec moins de respect, et rendez-moi un peu -de cette tendresse dont mon coeur est rempli pour vous.--Je vous -rends, dit-elle, ce que je puis et ce que je dois, et je vous supplie de -ne m'en demander pas davantage.--Votre pouvoir est bien petit à ce que -je vois, lui dit cet amant; mais c'est votre rigueur qui le veut borner -ainsi, et vous vous faites un devoir à votre mode, et qui s'accommode -assez avec votre indifférence.--Je voudrois que cela fût, lui répliqua -la comtesse.--Eh! qu'est-ce donc, lui dit le Roi, qui vous fait vivre -avec moi d'une manière si réservée?--C'est que vous êtes le plus -redoutable de tous les hommes, lui dit alors la comtesse, témoin ce que -vous fîtes l'autre jour.--Il paroît bien, Madame, répliqua le Roi, que -je ne le suis pas beaucoup, et que vous l'êtes bien davantage, puisque -je n'ose vous attaquer que tout endormie, et encore est-ce en -tremblant! mais que je me soucie peu que vous me croyiez redoutable! je -ne songe qu'à me faire aimer, et non à me faire craindre.--L'un ne va -jamais sans l'autre, dit la comtesse, et vous en savez plus que moi sur -cette matière.--Eh! de quoi me sert toute ma science, dit alors le Roi, -si je n'ai pas pu encore vous l'apprendre ni vous obliger à m'aimer?--Je -voudrois employer la mienne à vous guérir et à vous mettre en repos, lui -répliqua la comtesse.--Pour guérir, lui dit le Roi, cela n'arrivera -jamais, et, pour me mettre en repos, il ne dépend que de vous.--Je vous -ai déjà dit, Sire, lui répliqua la comtesse, que s'il ne falloit que ma -vie, vous auriez ce que vous désirez; ne me reprochez donc plus que je -suis insensible, et croyez que je suis plus à plaindre que vous ne -pensez.» - -Le Roi ne voulut pas la presser davantage de peur de l'irriter; et elle -se contenta de lui parler d'une manière ambiguë, et qu'on pouvoit -également appliquer ou aux sentiments tendres qu'elle avoit pour le Roi, -ou à l'importunité que lui causoit son amour. - -Le lendemain de cette conversation, le Roi voulut se donner le plaisir -de la chasse, où un grand nombre de seigneurs et de dames devoient -accompagner Sa Majesté. Ce prince, qui avoit toujours son amour en tête, -communiqua un dessein qu'il avoit au duc de La Feuillade, qui devoit -aussi l'accompagner, afin qu'il employât toute son adresse à le faire -réussir. Le jour ne fut pas plus tôt venu que tout se disposa pour cette -chasse. On ne pouvoit rien voir de plus beau que cet équipage; tout -répondoit à l'ordre et à la magnificence du Roi. Les dames ressembloient -à de jeunes amazones, et les messieurs s'étoient ajustés d'une manière -qui avoit quelque chose de galant et de guerrier. Le Roi surtout se -distinguoit par dessus tous les autres, et, avec cette mine fière et cet -équipage de chasseur, on l'auroit pris pour un Mars ou pour un Apollon. -Il avoit toujours les yeux sur sa maîtresse, et il pensoit bien moins -aux bêtes qu'on alloit courre, qu'au coeur qu'il avoit dessein de -surprendre. On ne fut pas longtemps dans la forêt, que les chiens -lancèrent divers cerfs, et plusieurs autres bêtes fauves; les uns se -mirent à piquer[18] après les chiens, et les autres à se poster en -divers endroits, pour voir passer la bête. - -Comme je n'ai pas dessein de décrire cette chasse, je dirai seulement -qu'il se fit tant de courses, tant de tours à droite et à gauche dans -ces vastes forêts de Fontainebleau, que la plupart de ceux qui formoient -cette partie de chasse furent dispersés en divers endroits. Le Roi ne -perdoit jamais de vue la comtesse, qu'il regardoit déjà comme sa proie, -et le duc de La Feuillade, qui conduisoit toute cette affaire, la fit -réussir selon les désirs du Roi. Il le fit avec tant d'adresse, en -plaçant les chasseurs dans de certains postes, et les dames en -d'autres, sous prétexte de donner à tous le plaisir de cette agréable -chasse, que le Roi se trouva, je ne sais comment, tout seul avec la -comtesse, dans le lieu le plus écarté du bois, sans qu'elle eût eu le -temps de s'apercevoir que ses compagnes l'avoient abandonnée, et que -tout le reste de cette illustre troupe couroit, ou plutôt voloit avec -une ardeur incroyable. - -Qui pourroit décrire son étonnement de se trouver seule avec le Roi dans -un lieu désert et solitaire; ne voyant personne pour venir à son -secours, et n'ayant plus ni le son du cor, ni l'aboiement des chiens, ni -les cris des chasseurs? Le lieu où ils se trouvèrent étoit un vallon -couvert de deux petites montagnes, ombragé d'un grand nombre d'arbres à -haute futaie, au pied desquels couloit un ruisseau, dont le murmure -faisoit un bruit agréable. Cette situation fut cause qu'on perdit de vue -tous les chasseurs, et qu'on n'entendit plus ce bruit qui accompagne -ordinairement la chasse. Enfin il sembloit que Vénus et Diane s'étoient -donné le mot pour faire venir en ce lieu nos deux amants. - -Toutes choses sembloient conspirer au bonheur du Roi, et il croyoit de -toucher à ce moment heureux après lequel il avoit tant soupiré, -lorsqu'il remarqua un changement considérable sur le visage de la -comtesse. Cette pauvre dame blêmit, trembla, et fut saisie d'une sueur -froide, comme si elle alloit rendre l'âme. Le Roi lui demanda si elle se -trouvoit mal, et elle lui ayant répondu que non, il comprit d'abord -quelle étoit la cause de ce changement. C'étoit comme une innocente -colombe qui se voit déjà entre les griffes d'un vautour. Elle fit -pourtant tout ce qu'elle put pour se remettre, pour ne donner pas à -penser au Roi qu'elle se défioit de lui, et qu'elle ne se croyoit pas en -sûreté. Elle fit donc un effort sur elle-même, et, après avoir loué la -beauté du lieu, elle dit qu'elle étoit surprise de ne voir personne, et -que, si Sa Majesté le trouvoit bon, ils monteroient sur une de ces -collines, pour découvrir de quel côté pouvoient être les -chasseurs.--«N'en soyez point en peine, Madame, lui dit le Roi, nous les -trouverons assez; délassons-nous cependant, et puisque vous trouvez ce -lieu agréable, nous ferons bien d'en considérer les beautés.» - -En disant cela, il descendit promptement de cheval, et voulut aider la -comtesse pour en faire de même, à quoi elle s'opposa autant qu'elle put, -disant que ce n'étoit point la peine, et qu'elle verroit plus -commodément tous les lieux que le Roi vouloit lui faire voir, que si -elle étoit obligée de marcher.--«Eh! bien, nous nous reposerons, et nous -ferons reposer nos chevaux, dit le Roi.» Enfin il la pressa si fort de -descendre de cheval, qu'elle ne put plus s'en défendre; le Roi la prit -entre ses bras, et il ne pouvoit contenir sa joie, d'avoir en son -pouvoir ce qu'il aimoit le plus dans le monde. - -Après avoir attaché lui-même les chevaux à un arbre, il prit la comtesse -par la main, et la fit asseoir sur un gazon extrêmement vert, tel que -les poètes nous le décrivent dans leurs fables, et qui sembloit n'avoir -jamais été foulé par les hommes, tant il étoit beau et riant.--«Avouez, -Madame, lui dit le Roi, que c'est un lieu bien charmant.--Je le -trouve comme vous, répliqua la comtesse, mais il y a quelque chose de -trop sombre et même d'affreux; cela vient sans doute de ce qu'il est si -peu habité.--Et quelle habitation plus belle, peut-on lui souhaiter, dit -alors le Roi, que celle de votre charmante personne? Il suffit que vous -y êtes pour rendre ce lieu le plus beau qui soit dans l'univers; et pour -moi, je renoncerois de bon coeur à toute la magnificence de ma cour -pour y passer toute ma vie auprès de vous.» - -En disant cela, il prit une de ses belles mains qu'il serra -passionnément, et qu'il baisa plusieurs fois avec une tendresse extrême. -La comtesse n'eut pas la force de retirer sa main, soit que la crainte -se fût emparée de son coeur, soit qu'aimant véritablement le Roi, elle -ne crût pas lui devoir refuser cette petite faveur. Ce prince amoureux, -qui n'avoit pas dessein d'en demeurer là, et qui vouloit pousser plus -loin sa conquête, ne songea qu'à gagner toujours du terrain; il mit sa -main sur la gorge de la comtesse, et essaya de lui prendre quelques -baisers; mais elle le repoussa et lui dit d'un ton sévère:--«N'étoit-ce -que pour cela que vous m'arrêtiez ici? Je vous prie, Sire, remontons à -cheval, et tâchons de rejoindre notre compagnie.--Et où voulez-vous -aller, Madame? lui dit le Roi. Nous ne savons pas la route qu'ils ont -prise; au lieu d'aller où ils sont, nous prendrons peut-être un lieu -opposé; le plus sûr est de les attendre ici, et nous les verrons bientôt -paroître par quelque endroit.--Mais que dira-t-on de vous et de -moi, lui dit la comtesse, quand on saura que nous avons été tous deux -ensemble dans ce lieu désert, l'espace d'une heure?--Eh! il n'y a qu'un -moment que nous y sommes, lui dit cet amant passionné; il paroît bien -que vous ne vous plaisez guère avec moi. Et quand nous y serions deux -heures entières, que craignez-vous? la réputation de votre vertu vous -met à couvert de tout. Ne craignez rien, Madame, ne craignez rien de ce -côté-là; donnons-nous entiers à l'amour; tout nous y convie; personne ne -nous voit ici, et vous voyez un prince à vos pieds, prêt à expirer par -la violence de sa passion, si vous n'avez pitié de ses maux.--Ce n'est -pas pourtant ce que vous m'aviez promis, dit la comtesse, que vous -n'attenteriez jamais rien contre mon devoir.--Ah! cruelle, lui dit le -Roi, que vous connoissez peu les lois de l'amour? Est-ce à un esclave à -tenir ses promesses? Je ne suis plus à moi, je suis tout à vous, ma -chère comtesse; je me sens entraîné par une force irrésistible; je ne -suis plus maître de mes mouvements; je ne puis que vous aimer, je ne -puis que vous le dire, et je me sens mourir si vous ne prenez pitié d'un -malheureux.» - -Le Roi accompagna ces paroles de plusieurs soupirs et de quelques -larmes, qui attendrirent le coeur de la comtesse. Elle aimoit ce -prince; mais elle ne pouvoit jamais se résoudre à lui abandonner ce -qu'elle avoit de plus cher au monde.--«Si un amour réciproque vous peut -contenter, lui dit cette sage comtesse, je vous ferai, Sire, une -déclaration que je ne vous ai jamais faite, et que rien ne seroit -capable de m'arracher, si elle n'étoit sincère; je vous aime, mon cher -prince, car je puis bien vous nommer ainsi, avec toute l'ardeur et toute -la tendresse dont une femme comme moi peut être capable; oui, je vous -aime autant qu'on peut aimer; mais je ne puis renoncer pour vous à -l'honneur, à la vertu, ni à aucune chose qui me puisse faire perdre -votre estime.» - -Ces paroles de la comtesse ne firent qu'enflammer davantage le coeur -du Roi. Il venoit d'entendre de la bouche de sa maîtresse, qu'il en -étoit tendrement aimé; il n'est rien de si doux pour un amant passionné, -et ce prince ne pouvoit pas contenir sa joie.--«Mais seroit-il bien vrai -que vous m'aimassiez, dit-il à sa charmante comtesse, et que vous m'en -donniez si peu de marques! Non, quoique vous en veuilliez dire, vous -n'avez jamais senti les traits de l'amour.--Hélas! si je ne vous aimois, -lui répondit-elle avec un air languissant, je ne vous souffrirois pas -comme je vous souffre.--Eh! croyez-vous, Madame, lui dit le Roi, qu'un -coeur qui vous aime se puisse contenter de si peu de chose? Ah! que -vous aimez foiblement si vous en jugez ainsi!» - -Alors ce prince, devenu plus hardi par la déclaration que la comtesse -venoit de lui faire, attacha sa bouche contre la sienne, et lui donna un -baiser dont elle ne put jamais se défendre; elle se laissoit entraîner -par un si doux charme; l'honneur ne battoit déjà que d'une aile; l'amour -commençoit d'avoir le dessus, et le Roi, profitant d'un temps si -précieux à l'amour, alloit se mettre en possession d'un bien qui -lui étoit plus cher alors que sa couronne, lorsque la comtesse, revenant -comme d'un profond assoupissement, et voyant qu'elle ne pouvoit plus -résister au Roi, fit semblant de consentir à tous ses désirs, et le pria -seulement de changer de place, disant qu'elle étoit incommodée dans -cette assiette. - -Le Roi, qui voyoit qu'en procurant le plaisir de la comtesse, il ne -feroit qu'augmenter le sien, consentit sans peine à tout ce qu'elle -voulut. Ils changèrent d'abord de place, et la comtesse, prenant son -temps, saisit l'épée du Roi, qu'elle tira du fourreau, et recula trois -ou quatre pas en arrière. Le Roi qui crut qu'elle vouloit s'en servir -contre lui, s'alla jeter à ses pieds, et lui dit:--«Madame, si vous -demandez ma mort, me voici prêt à la recevoir de votre main.--Non, Sire, -lui dit la comtesse, ce n'est pas votre mort que je demande; ma main ne -vous fera jamais aucun mal, vous n'êtes point coupable. Mais c'est moi, -c'est moi que je veux punir de la foiblesse où je suis tombée par mon -malheur.» - -En disant cela, elle alloit tourner la pointe de l'épée contre son -estomac, si le Roi ne l'eût empêchée.--«Qu'allez-vous faire, dit-il, -trop vertueuse comtesse? vous n'avez rien à vous reprocher; eh! pourquoi -voulez-vous vous punir d'un crime que vous n'avez point commis?--Il est -vrai, dit-elle, mais c'est pour m'empêcher de le commettre.» - -Le Roi touché du triste état où il la voyoit, promit de ne la presser -plus; et en effet elle étoit plus propre alors à inspirer la -compassion que l'amour, et l'on voyoit dans ses yeux et sur son visage -toutes les marques d'un véritable désespoir. De sorte que le Roi, qui -l'aimoit plus que sa propre vie, et qui craignoit pour elle quelque -chose de funeste, lui redemanda son épée, la fit remonter à cheval, et, -après y être monté lui-même, ils sortirent de ce vallon, montèrent sur -une des deux collines, et découvrirent de loin leurs chasseurs qui -venoient de forcer un cerf. Ils étoient assez en peine de savoir où -pouvoit être le Roi, et il n'y avoit que le duc de La Feuillade qui -s'imaginât ce qui en étoit. Il ne les eut pas plus tôt joints, qu'il -leur dit qu'il s'étoit posté à un endroit avec la comtesse, où il -croyoit voir passer la bête, mais qu'il n'avoit pas eu tout le plaisir -qu'il s'étoit promis, ni la comtesse non plus, avec laquelle il avoit -espéré de le partager. Il n'y eut que le duc de La Feuillade, qui savoit -l'amour du Roi, qui comprit le sens caché de ces paroles. Et la -comtesse, qui vouloit bien qu'on l'entendît de la chasse, prit -incontinent la parole et dit qu'elle ne s'étoit jamais tant -ennuyée.--«Vous ne devez vous en prendre qu'à moi, lui dit ce prince, -car c'est moi qui vous ai conseillé de prendre ce méchant poste.--Je ne -m'en prends, dit-elle, qu'à ma mauvaise fortune, ou à cette maudite -bête, qui n'a pas voulu passer devant nous, et qui fuit, je crois, -devant Votre Majesté, comme tous vos autres ennemis.» - -Quoiqu'elle n'eût pas grande envie de plaisanter, elle fit pourtant un -effort sur elle-même, pour cacher le désordre de son coeur, qui étoit -encore tout troublé de ce qui venoit de lui arriver. Ce fut ainsi -que se passa cette chasse, où le Roi n'obtint pas tout ce qu'il auroit -voulu, mais où il reconnut pourtant qu'il étoit plus aimé qu'il ne -s'étoit imaginé. Il ne pouvoit comprendre qu'une femme qui l'aimoit si -tendrement, qui l'avoit dit à lui-même, et qui en avoit donné des -marques plus certaines encore que ses paroles, pût se refuser un plaisir -qui est le tribut ordinaire de l'amour, et la fin que tous les amants se -proposent. Cela le passoit, et il étoit si peu accoutumé à voir de -semblables prodiges de vertu, qu'il ne pouvoit se lasser d'admirer celle -de la comtesse, quoique ce fût cette vertu qui seule étoit contraire à -son amour et s'opposoit à tous ses désirs. - -Ce fut aussi environ en ce temps-là que le Roi dit ces paroles, que j'ai -rapportées au commencement de cette Histoire, «qu'il n'y avoit que deux -femmes à la Cour qui fussent véritablement chastes, et pour lesquelles -il feroit serment qu'elles étoient fidèles à leurs maris.» C'étoit la -Reine, comme j'ai dit, et la comtesse de L..., qu'il venoit de mettre à -une si grande épreuve. - -Cependant cette vertu, dont le Roi n'étoit que trop persuadé, ne fut pas -capable de refroidir son amour. S'il n'en eût pas été aimé, peut-être -qu'il auroit abandonné le dessein de cette conquête, qu'il auroit -regardée comme une chose impossible, ayant à combattre ces deux -redoutables ennemis, l'honneur et l'aversion de sa maîtresse. Mais, -ayant l'amour de son côté, il se flatta toujours de quelque espérance. -Il avoit vu cet honneur presqu'aux abois, et, sans ce moment fatal -qui fit faire quelque réflexion à la comtesse, il alloit être le plus -heureux de tous les amants. Enfin, on peut dire que l'amour du Roi -augmentoit par toutes ces difficultés, et que la gloire et l'ambition, -dont il est si fort touché, s'y mêloient en quelque sorte. Il se faisoit -une espèce d'honneur de triompher de la plus vertueuse dame de son -siècle; il se figuroit mille secrètes douceurs qu'il n'avoit jamais -goûtées avec ses autres maîtresses, et il se promettoit des plaisirs -infinis dans une jouissance qui lui auroit tant coûté. - -Cela fait bien voir que les plaisirs des amants ne sont que dans -l'imagination, et que, selon que cette imagination agit, ces plaisirs -sont plus ou moins grands; et comme cette faculté de notre âme supplée -au défaut des sens, pour grossir les objets que les sens n'aperçoivent -pas, celle du Roi pouvoit agir dans toute son étendue par l'extrême -sévérité de sa maîtresse, et son imagination, lui représentant des -plaisirs que ses sens n'avoient jamais goûtés avec elle, les lui -figuroit beaucoup plus grands; et tout cela, comme j'ai dit, le rendoit -plus amoureux. - -En ce temps-là, le Roi et la comtesse tombèrent malades presque en même -temps[19]. Le Roi fut attaqué d'une grosse fièvre, qui lui fut causée -par sa passion, et par la grande agitation qu'il s'étoit donnée le jour -de cette chasse; et la comtesse, de la frayeur qu'elle avoit eue, -du chagrin qu'elle avoit de s'être sitôt déclarée, et fâchée de sentir -dans son coeur une passion qui alloit contre son devoir. Toutes ces -choses jointes ensemble la firent tomber dans une maladie de langueur, -qu'on craignoit dégénérer en phthisie. La fièvre du Roi redoubla quand -il sut que la comtesse étoit malade. Et la comtesse, qui ne pouvoit haïr -le Roi, devint encore plus triste et plus abattue, dès qu'elle apprit -l'état de ce prince, dont la vie étoit en grand danger. Il ne se passoit -point de jour, que le Roi ne s'informât de la santé de la comtesse, et -cet empressement que le Roi faisoit paroître, fit ouvrir les yeux à -quelques-uns, et leur fit soupçonner avec raison qu'il avoit des -sentiments tendres pour cette dame. - -La Montespan qui venoit de prendre les eaux de Bourbon[20], et qui -n'avoit pas vu le Roi depuis quelque temps, fut la première à s'en -apercevoir; et comme elle croyoit alors posséder seule le coeur du -Roi, car La Vallière avoit renoncé au monde, elle ne pouvoit pas se -consoler qu'une autre le lui voulût disputer. Mais ce qui la fâchoit -plus que tout, c'est que l'intérêt que le Roi témoignoit prendre à -la santé de Madame de L... ne lui faisoit que trop connoître qu'il en -étoit véritablement amoureux. Ce fut alors que toute sa jalousie se -réveilla, et qu'elle chercha mille moyens pour traverser ce nouvel -engagement, pour ruiner sa rivale, et pour la détruire dans l'esprit du -Roi ou dans celui de son mari, ou pour faire tous les deux ensemble; -mais elle ne fit ni l'un ni l'autre. - -La première chose qu'elle fit, fut de tâcher de découvrir où elle en -étoit avec le Roi. Elle en fut bientôt instruite par un cas fortuit, qui -lui fit tomber entre les mains la réponse que la comtesse avoit faite à -son billet. Comme la Montespan avoit la liberté d'entrer à toutes les -heures du jour dans la chambre de ce prince, elle y fut un jour qu'il -reposoit, et comme cet amant pensoit toujours à sa nouvelle maîtresse, -il ne pouvoit se lasser de lire le billet qu'elle lui avoit écrit, -quoiqu'il ne fût pas aussi tendre qu'il l'auroit bien souhaité. Le jour -que la Montespan trouva le Roi qui dormoit, il avoit tenu ce billet -entre ses mains, et le sommeil l'ayant saisi, il l'avoit laissé tomber à -la ruelle de son lit. - -Dès qu'elle vit ce papier par terre, elle le prit pour voir ce qu'il -contenoit, et elle comprit d'abord que le Roi aimoit la comtesse avec -toute l'ardeur d'un amant, et qu'il n'avoit encore obtenu d'elle aucune -faveur considérable. Elle se contenta d'avoir satisfait sa curiosité, -et, remettant le billet où elle l'avoit trouvé, elle sortit tout -doucement de la chambre pour n'interrompre pas le sommeil du Roi, et -alla penser aux moyens de ruiner une passion qui, selon toutes les -apparences, lui devoit faire perdre son grand crédit et les bonnes -grâces du Roi. Elle fit savoir au comte, par des voies indirectes, que -sa femme recevoit des lettres d'un amant qui n'étoit pas à mépriser, et -qu'elle, à son tour, lui en écrivoit de fort tendres. - -Le comte méprisa d'abord cet avis, et, pour faire voir le peu de cas -qu'il en faisoit, il voulut le dire à sa femme, et s'en divertir avec -elle.--«Savez-vous, Madame, lui dit-il, qu'on me donne un rival, et un -rival qui n'est pas à mépriser?» La comtesse, qui ne comprit pas d'abord -ce qu'il vouloit dire, lui demanda s'il avoit quelque nouvelle -maîtresse.--«Ce n'est point cela, lui dit son mari, c'est vous-même qui -avez fait un amant.» La comtesse rougit un peu, et le comte attribua -cette rougeur à la pudeur de sa femme.--«Et quel est cet amant, -dit-elle, qu'on me donne?--On ne me l'a pas nommé, lui dit le comte, -mais on dit que c'est un amant aimé, qui vous a souvent écrit, et à qui -vous répondez d'une manière fort tendre; je ne vous croyois pas si -secrète dans vos amours.--Elles sont si secrètes, lui dit la comtesse, -que je n'en sais rien moi-même, et je vous promets que dès que cet amant -paroîtra, vous en serez averti. Mais, toute raillerie à part, -ajouta-t-elle, est-il bien vrai qu'on vous a fait un pareil rapport?--Il -est aussi vrai, lui dit le comte, comme il est vrai que je n'en crois -rien.» - -Cela remit entièrement l'esprit de sa femme, qui s'étoit un peu alarmée; -et dès aussitôt que son mari l'eut quittée, elle brûla le billet -qu'elle avoit reçu du Roi, qui étoit la seule chose qui pouvoit la -convaincre de ce qu'on avoit tâché de faire croire au comte son époux; -et pour la réponse qu'elle avoit faite à ce prince, elle étoit conçue -avec tant de retenue et tant de sagesse, qu'elle ne craignoit pas que -son mari pût lui en faire une affaire. Ainsi l'esprit jaloux de la -Montespan n'avança rien de ce côté-là pour perdre sa rivale dans -l'esprit de son mari. - -Elle attendoit que la santé du Roi fût un peu rétablie pour faire jouer -d'autres ressorts, qui pussent le dégoûter de l'amour de la comtesse. -Comme les maladies violentes ne sont pas de longue durée, celle du Roi, -qui étoit une fièvre ardente, le quitta après le huitième jour. La -Montespan le voyant déjà remis, et qu'il n'y avoit rien à craindre pour -sa santé, fit ses visites plus longues, et ne songea qu'à divertir ce -monarque, en lui apprenant tous les jours quelque nouvelle -galanterie.--«Eh! vous ne me dites rien de la comtesse de L..., dit le -Roi à la Montespan, d'un air qui marquoit qu'il prenoit beaucoup de part -à ce qui la regardoit. Est-ce qu'elle est sans intrigue? Est-ce qu'elle -manque de charmes? Est-ce enfin, comme on me l'a assuré, qu'elle est -aussi austère qu'une carmélite, et que sa vertu fait trembler tous ceux -qui osent l'approcher?» - -La Montespan, qui attendoit à toute heure une semblable question de la -bouche du Roi, fut bien aise de le satisfaire là-dessus, ou, pour mieux -dire, de se satisfaire elle-même, en disant des choses de cette -comtesse, qui pourroient empêcher le Roi de penser plus à -elle.--«Sire, lui dit la Montespan, en affectant un air ingénu, ceux qui -la connoîtront bien ne se feront pas une grande violence de renoncer à -cette conquête, et ce ne sera pas sa vertu qui les en rebutera.--On dit -pourtant, répliqua le Roi, que jamais femme n'a été plus sévère que -celle-là.--Je ne sais pas, dit la Montespan, qui se plaint de sa -sévérité; mais je sais bien que la maxime des fausses prudes, qui ne -peuvent pas avoir des amants, est d'affecter une vertu austère, afin -qu'on ne dise pas d'elles dans le monde que c'est faute d'appas qu'on -les laisse là; mais c'est qu'elles sont plus chastes que tout le reste -des femmes.--Ce que vous dites là, reprit le Roi, est bon pour celles -qui sont sur le retour de l'âge, ou qui manquent de beauté, mais cela ne -se peut pas dire de la comtesse; elle est jeune et belle, elle a -l'esprit brillant et poli, et il y a peu de femmes à la Cour qui aient -autant de charmes qu'elle.--Je conviens de ce que vous dites, répondit -la Montespan, mais Votre Majesté me permettra de lui dire que c'est une -belle pomme qui est gâtée au dedans.--Expliquez-vous, je vous prie, dit -le Roi; est-ce qu'elle a des défauts cachés?--Je ne les ai pas vus, -reprit-elle; mais il y a une femme qui la sert depuis longtemps qui a -dit à l'une des miennes que sa maîtresse avoit des ulcères en divers -endroits de son corps; qu'il n'y avoit qu'elle seule, qui les lui -pansoit, et son mari, qui le sussent; et que lui-même en étoit si fort -dégoûté, que la plupart du temps il ne couchoit pas avec elle.--Je suis -surpris, repartit le Roi, de ce que vous m'apprenez. Cependant la -comtesse a un embonpoint le plus frais et le plus beau du monde, et un -teint des plus unis.--Et c'est cela même, dit la Montespan, qui produit -cet embonpoint que vous dites; au moins c'est ce que j'entends dire tous -les jours aux médecins, que toutes les mauvaises humeurs se jettent sur -ces endroits, et que c'est pour cela que tout le reste du corps est si -net et si poli.--Mais cela l'empêcheroit-il d'avoir des amants? dit -alors le Roi. Peuvent-ils deviner une chose qui ne paroît pas du -tout?--Je ne vous ai pas dit, Sire, répliqua la Montespan, que c'étoit -cette raison qui éloignoit les amants. Mais j'ai dit à Votre Majesté, si -elle y a pris garde, que c'est ce défaut, qui n'est que trop connu -d'elle-même, qui lui fait fuir souvent le grand monde et lui fait aimer -la retraite. Que lui serviroit après tout, ajouta-t-elle, de faire des -amants qu'elle n'oseroit rendre heureux, quelque envie qu'elle en eût? -ou si elle en venoit jusque-là, elle est assurée qu'ils se dégoûteroient -d'abord, et qu'elle les perdroit de la manière la plus honteuse pour des -personnes de notre sexe.--Elle fera donc bien de s'en tenir, dit le Roi, -à ce qu'on appelle la petite oie[21], et de ne laisser prendre à ses -amants que le dehors de la place.--Cela seroit bon, dit la -Montespan, si on pouvoit s'en tenir là; mais vous savez, Sire, qu'en -amour, on va plus loin qu'on ne pense.» - -Après cela, cette malicieuse femme, qui vouloit se réjouir aux dépens de -sa rivale, dit que si son mari étoit jaloux, il n'avoit qu'à faire voir -sa femme toute nue, et qu'il ne devoit pas craindre qu'il lui arrivât -jamais ce qui arriva à cet ancien roi de Lydie. Le Roi, qui ne se pique -pas fort de lecture, pria la Montespan de lui raconter cette -histoire.--«La voici, dit-elle, Sire, en peu de mots, telle que je l'ai -lue dans Hérodote. Candaulès, qui étoit le nom de ce prince, avoit une -femme extrêmement belle, et, par une bizarrerie dont on ne sait pas la -cause, il la fit voir toute nue à Gigès son favori, qu'il avoit fait -cacher dans la chambre de la Reine.--C'étoit sans doute, dit le Roi, -pour lui faire voir que son corps étoit aussi beau que son visage.--Il -l'étoit en effet, dit la comtesse, et Gigès en devint amoureux; mais je -ne crois pas que le comte doive craindre rien de semblable, de ceux qui -verroient sa femme dans le même état.--Je n'aurai jamais cette -curiosité, dit le Roi, voulant dissimuler sa passion; mais je suis -fâché pourtant, pour l'amour de cette comtesse, que les apparences -soient si trompeuses, et que, sous un si beau dehors, il y ait des -choses si dégoûtantes.--Si Votre Majesté y prenoit la moindre part, je -serois bien fâchée, dit la Montespan, de vous avoir dit une chose qui -pût vous faire quelque chagrin. Mais en cas qu'il vous prît jamais envie -de l'aimer, ajouta-t-elle, avec un souris forcé, il est bon que votre -Majesté en soit avertie, de peur qu'elle n'allât trop avant, et qu'elle -ne voulût voir des choses qui ne lui feroient pas plaisir.--Je vous sais -gré de ce bon avis, lui dit le Roi, mais cela ne m'arrivera jamais.» - -La Montespan ne fut pas plus tôt sortie, que le Roi fit de profondes -réflexions sur ce qu'elle lui avoit dit. C'est un terrible embarras pour -un amant qui aime une femme jusques à l'adoration, quand on lui vient -dire qu'elle a des défauts cachés. Le Roi ne remarquoit rien en la -comtesse qui ne l'assurât que c'étoit une beauté achevée. Sa gorge et -son visage démentoient déjà le discours de la Montespan, et s'il n'avoit -pas vu tout le reste, il en avoit assez vu, le jour de sa dernière -chasse, pour lui faire juger que tout ce qu'on venoit de lui dire -n'étoit qu'une calomnie. Il soupçonna même que la Montespan, ayant eu -quelque connaissance de l'inclination qu'il avoit pour la comtesse, -pourroit avoir inventé toute cette fable pour l'en dégoûter. Il savoit -qu'elle étoit fort audacieuse, et d'une humeur fort jalouse. Enfin, il -alla se ressouvenir que le même jour qu'il avoit laissé tomber le -billet de la comtesse, après qu'il se fut endormi, on lui dit que la -Montespan étoit entrée dans sa chambre, et qu'après avoir demeuré -quelque temps à la ruelle du lit, elle s'étoit retirée, de peur -d'éveiller le Roi. Faisant réflexion à toutes ces choses, il ne douta -point que tout ce que la Montespan venoit de lui dire ne fût de son -invention: de sorte que tous ses stratagêmes furent inutiles, et ne -firent aucun mal à sa rivale. Elle vécut toujours le mieux du monde avec -son mari qui n'eut pas le moindre soupçon de sa fidélité, et le Roi -l'aima plus que jamais. - -Ce monarque ne pouvoit plus contenir son feu; les divers assauts qu'il -avoit donnés à sa maîtresse, et qui avoient toujours échoué, ne -servoient qu'à l'enflammer davantage, et à rendre ses désirs plus -violents. Ce beau fruit qu'il n'avoit goûté que du bout des lèvres, ne -faisoit qu'aiguiser, s'il faut ainsi dire, son appétit, et échauffer son -imagination. Enfin, il lui tardoit de savoir comment la comtesse étoit -faite, non pas pour s'éclairer de ce que la Montespan lui avoit dit, -mais pour apaiser l'ardeur de sa flamme. Quelque expert qu'il fût en -l'art d'aimer, il étoit au bout de sa science, et il ne savoit plus que -faire, après avoir manqué la plus belle occasion que l'amour puisse -offrir à un amant. Être seul avec sa maîtresse au milieu d'un bois, -apprendre de sa bouche qu'on est aimé, profiter d'un si doux aveu, -presser vivement la place, monter jusques à la brèche, et se voir -repousser à l'entrée: c'est ce qu'il ne pouvoit pas comprendre.--«Il -faut, disoit-il, ou que cette femme soit tout à fait insensible, ou -qu'elle ait une vertu plus qu'humaine. Mais puisque les charmes de -l'amour n'y peuvent rien, il faut se servir de quelque vieille ruse. -Cette femme se fait un crime de ce que l'amour a de plus doux; il faut -que l'hymen vienne ici à notre secours, et que nous nous servions du -même stratagême dont se servit Jupiter pour jouir de la chaste et belle -Alcmène. Puisqu'un amant, et un amant aimé, ne peut pas vaincre une -vertu si farouche, tâchons de nous transformer et de prendre la figure -du mari pour tromper une femme trop fidèle. Ce qui acheva de déterminer -le Roi à prendre un dessein si périlleux, fut une aventure singulière -qui venoit d'arriver depuis peu de jours, qui servit longtemps de -divertissement à la Cour, et dont le bruit se répandit assez loin. - -Deux gentilshommes, à peu près du même âge et de même taille, avoient -épousé depuis quatre ans deux femmes bien faites, qu'ils aimoient -beaucoup et dont ils étoient tendrement aimés, mais dont ils n'avoient -eu aucun enfant. Comme ils avoient de grands biens et qu'ils craignoient -de ne laisser point de successeurs, il n'est rien qu'ils ne tentassent -pour rendre leurs femmes fécondes: remèdes, purgations, eaux minérales, -tout étoit mis en usage, et, parce que les médecins leur dirent qu'il -falloit réitérer ces remèdes à diverses fois, ces Messieurs ne -manquoient pas d'aller tous les ans avec leurs épouses aux eaux de -Bourbon[22]. Ils y furent cet été que le Roi étoit à Fontainebleau. -Comme le temps étoit fort beau, il y eut plus de foule qu'à l'ordinaire: -toutes les hôtelleries étoient remplies; et ces deux gentilshommes ne -purent trouver qu'une chambre, où il y avoit pourtant deux lits; cela -suffisoit pour eux et leurs femmes; car, pour leurs valets, ils -couchèrent où ils purent. S'étant donc mis en possession de leur -chambre, et ayant soupé en très-bonne compagnie, ils proposèrent à leurs -femmes d'aller prendre un peu le frais, et de jouir du plaisir de la -promenade. Mais elles dirent qu'elles étoient fatiguées du voyage, et -qu'étant obligées de se lever de bon matin pour prendre les eaux, elles -seroient bien aises de se délasser et de se coucher bientôt; mais que -pourtant ils ne se privassent pas eux-mêmes de ce plaisir. Ces bons -maris, qui ne vouloient point contraindre leurs femmes ni se contraindre -eux-mêmes, firent tout ce qu'elles voulurent; ils allèrent se promener; -ils virent là tout ce qu'il y avoit de beau monde de l'un et de l'autre -sexe, et ce temps leur parut si court qu'il étoit près de minuit quand -ils arrivèrent à leur logis. Leurs femmes étoient couchées il y avoit -deux heures; elles dormoient profondément, et leurs maris, de peur de -les éveiller, firent le moins de bruit qu'ils purent en se couchant; ils -se déshabillèrent, ils éteignirent eux-mêmes la chandelle, et chacun -d'eux se mit le plus doucement qu'il put au lit, où il croyoit de -trouver sa femme. On ne sait pas bien si leurs épouses n'avoient pas -bien distingué les lits qui avoient été arrêtés par leurs maris, ou si -ces Messieurs eux-mêmes, distraits par les différents objets qu'ils -avoient vus à la promenade, ou peut-être accablés de sommeil, prirent un -lit pour un autre; quoi qu'il en soit, car cela ne fait rien à -l'affaire, chacun de ces deux gentilshommes, au lieu de s'aller mettre -auprès de sa femme, s'alla coucher avec celle de son ami. - -Ces quatre personnes passèrent ainsi toute la nuit, sans qu'aucune -d'elles s'aperçût de cet étrange quiproquo. On peut bien croire que ces -Messieurs, qui souhaitoient tant d'avoir des enfants, et qui étoient -allés là pour cette seule raison, ne passèrent pas toute la nuit sans -rien faire, et qu'ils travaillèrent de toute leur force à la propagation -de leur espèce. Leurs belles épouses, qui avoient le même désir, s'y -employèrent aussi avec affection et avec toute l'ardeur de leur sexe. -Enfin, le matin étant venu, on voit paroître le jour, on songe à se -lever, on tire le rideau, on se parle; mais qui pourroit exprimer la -surprise de ces deux femmes et de ces deux maris, à la vue d'une si -étrange métamorphose? Ils demeurent tout confus, ils sont tous quatre -muets et interdits, personne n'ose parler, aucun n'a la force -d'interroger son voisin ni de lui demander comment il a passé la nuit, -de peur d'en trop apprendre; chacun se flatte que son compagnon a dormi -toute la nuit; chacun se console d'avoir au moins tiré parti d'une -affaire si délicate et de n'être pas la dupe. Chacun savoit bien ce -qu'il avoit fait de son côté, mais il étoit en peine d'apprendre ce -qui s'étoit passé à l'autre bout de la chambre. Aucune de ces femmes -n'osoit regarder son mari, et encore moins celui qui venoit d'occuper sa -place, et les maris n'osoient pas regarder leurs femmes, de peur de voir -sur leur visage des marques trop certaines d'un affront irréparable. Il -se passa une scène muette qui exprima plusieurs passions différentes. -Enfin, il y en eut un plus impatient, qui, tirant brusquement sa femme -par le bras, lui dit tout en colère:--«Pourquoi vous allâtes-vous -coucher dans ce lit? Ne saviez-vous pas que c'étoit celui-ci que j'avois -arrêté pour nous deux?--J'avois cru, dit-elle, que c'étoit l'autre, et -je vous prie de ne pas me quereller pour une chose dont j'ai plus de -chagrin que vous, et dont je ne me consolerai de ma vie.--Tant pis,» lui -dit son mari, qui ne connut que trop, au langage de sa femme, ce qui -s'étoit passé entr'elle et son voisin; mais il n'étoit pas juste aussi -que les rieurs ne fussent que d'un côté. La femme de celui qui n'avoit -pas encore parlé, paroissant toute honteuse, donnoit assez à connoître -qu'elle n'étoit pas plus nette que sa voisine.--«Enfin, dit ce mari, qui -parut plus raisonnable, ce qui est fait est fait, et tous les hommes ne -le sauroient empêcher. Nous sommes à deux de jeu; nous avons fait, comme -on dit, troc de gentilhomme[23] sans nous demander de retour; laissons -passer doucement la chose; la volonté fait tout dans ces affaires; -c'est un pur effet du hasard; nous sommes assurés de la chasteté de nos -femmes; plaignons-les, et les consolons, au lieu de les porter au -désespoir. Que savons-nous si Dieu s'est voulu servir de ce moyen pour -nous donner un enfant à l'un et à l'autre, et si cela arrive, qu'y -a-t-il à faire qu'à compter de cette nuit? Et si nos femmes sont -enceintes, quand leur fruit sera mûr, et que le terme d'accoucher sera -venu, chacun prendra ce qui lui appartiendra; et ces enfants ne seront -pas moins à nous, que si nous les avions eus de nos propres femmes.» Il -y en eut une qui voulut répliquer, et qui dit que cela leur seroit bien -fâcheux qu'on leur arrachât un enfant qu'elles auroient nourri et porté -neuf mois dans leur sein, et qu'on leur en donnât un autre, où elles -n'auroient aucune part. On leur ferma la bouche, en leur disant que -c'étoit pour les punir de la bévue qu'elles avoient faite en changeant -de lit, qu'il falloit que la chose allât ainsi; que l'enfant qu'on leur -donneroit seroit celui de leur mari; que, puisque les hommes regardoient -souvent comme leurs des enfants qui n'appartenoient qu'à leurs femmes, -elles pouvoient bien une fois en recevoir un de la main de leurs maris, -et qu'elles auroient un avantage que les hommes n'avoient pas: c'est -qu'elles pourroient toujours distinguer leur propre enfant de celui -qu'on leur supposoit, et lui donner leur bien si elles le jugeoient à -propos. Un jugement si sage apaisa d'abord le tumulte; tout le monde se -tut, chacun fut content, et au bout de neuf mois ces deux femmes -accouchèrent chacune d'un garçon, qui donna bien de la joie à ces deux -familles. - -Cette affaire ne put pas être si secrète qu'elle ne vînt à la -connaissance du monde, et le Roi, qui en avoit ouï parler, trouvoit cela -si plaisant qu'il souhaita plus d'une fois de tromper ainsi la comtesse, -puisqu'il n'en pouvoit pas jouir autrement. Il communiqua son dessein au -duc de La Feuillade. Le duc lui dit que cela étoit fort bien imaginé, et -qu'il ne falloit que songer aux moyens de l'exécuter.--«Tout ce que j'y -trouve, Sire, de fâcheux pour vous, c'est d'être obligé de faire le rôle -du mari pour jouir d'une maîtresse; et comme vous avez, sans doute, -toutes les délicatesses des amants, vous ne goûterez qu'imparfaitement -un plaisir qui ne s'adressera point à vous et qu'elle croira donner à -son mari.--Je sais tout cela, dit le Roi, mais il n'importe; il faut -tirer de l'amour tout ce qu'on peut; j'ai déjà le coeur de cette fière -comtesse, et elle ne veut pas m'accorder le reste; mais si je le puis -avoir une fois, j'aurai tout ce qu'un amant peut souhaiter, et enfin -elle pourra m'accorder de son bon gré ce que j'aurai une fois obtenu par -cette ruse. Il n'est donc question que d'exécuter un dessein qui peut -seul me rendre heureux.» - -Cet habile confident dit au Roi qu'il alloit y travailler de ce pas; -qu'il savoit que le comte, comme la plupart des gens de qualité, -couchoit dans un lit séparé de sa femme, d'où il l'alloit trouver quand -il lui prenoit envie; il lui dit encore qu'il croyoit, à force d'argent, -gagner celui qui gardoit la porte de la chambre, et de l'obliger à -se défaire adroitement des autres domestiques, et d'introduire le Roi -vers les onze heures du soir à la chambre du comte de L... Et pour ce -qui est du comte, dont la présence étoit le plus grand obstacle, il -l'engageroit à une partie de jeu, où ils passeroient une bonne partie de -la nuit. Le Roi fut ravi de l'expédient que le duc lui proposoit, et il -lui sembloit déjà qu'il étoit entre deux draps avec sa chère comtesse. -Il lui commanda d'aller travailler promptement à ce dessein, et de venir -aussitôt la rendre réponse. - -Dès que le Roi eut congédié le duc, il entra dans la chambre de la -Reine, où il trouva sa chère comtesse et plusieurs autres dames de la -première qualité. Il ne l'avoit pas vue, il y avoit quelques jours, et -il fut bien aise de voir qu'elle reprenoit son embonpoint. Son mal, dont -on craignoit de fâcheuses suites, étoit tout-à-fait guéri, et il ne lui -avoit laissé qu'une certaine langueur dans les yeux et sur son visage, -qui la rendoit plus aimable, et surtout au Roi, qui n'y voyoit plus, ce -lui sembloit, cette même sévérité qu'il avoit toujours si fort -redoutée.--«A ce que je vois, Madame, lui dit le Roi tout bas, nous -sommes tombés malades en même temps, et je sens qu'à mesure que vous -guérissez, ma santé reprend de nouvelles forces.--Si cela étoit comme -vous me le dites, je prendrois encore plus de soin de ma santé que je ne -fais, répliqua cette comtesse.--Si ma santé vous étoit chère, lui dit ce -prince, en tournant sa tête vers la fenêtre, afin qu'elle en fit autant, -et qu'ils pussent parler sans être entendus, vous me traiteriez un -peu plus doucement.--Et comment voudriez-vous qu'on vous traitât, -dit-elle?--Comme on doit traiter un homme qu'on veut conserver, et que -vos rigueurs font mourir, lui dit le Roi.--Quand on fait ce qu'on peut, -ajouta-t-elle, on n'en doit pas demander davantage.--Que le comte est -heureux, dit alors le Roi, puisque vous pouvez faire pour lui ce que -vous ne sauriez faire pour moi!--C'est un bonheur, Sire, lui dit-elle, -que vous ne voudriez pas acquérir à ce prix-là.--Non-seulement à ce -prix, si je le pouvois, lui dit ce prince passionné, mais au péril de -mille vies.--Eh bien! lui dit-elle, puisque cela ne se peut pas, il n'y -faut plus penser, et nous consoler, vous et moi.» Après cela, elle se -tourna du côté de la compagnie, et le Roi trouva ces dernières paroles -si obligeantes, qu'elles le rendirent content tout le reste du jour. - -Le Roi sortit quelque temps après, et il rencontra bientôt le duc de La -Feuillade qui alloit trouver Sa Majesté pour lui rendre compte de sa -commission. Il lui dit d'abord que les choses alloient comme il auroit -pu le souhaiter; qu'il s'étoit assuré de ce domestique; que personne ne -paroîtroit que lui dans le temps qu'il lui avoit marqué, et que le Roi -pouvoit venir incognito, entrer dans la chambre du comte, et, quand il -le trouveroit à propos, dans celle de la comtesse; que, pour le comte, -ils devoient souper ensemble chez le prince de Marcillac[24], et qu'ils -avoient fait une partie de jeu, où il y auroit plusieurs -dames.--«Et comme je lui ai demandé si la comtesse son épouse en seroit, -il m'a répondu que non; que depuis sa maladie elle n'aimoit point à -veiller, mais se couchoit toujours à dix heures.--Cela va le mieux du -monde, dit le Roi; pour moi, je vais dire qu'on me laisse seul, et je me -déguiserai si bien, quand il sera nuit, que je sortirai sans qu'on s'en -aperçoive. Il n'y a que cent pas à faire pour être à l'appartement de la -comtesse. - -Toutes choses étant ainsi disposées, le Roi se prépara à cette grande -expédition; il comptoit les heures et les minutes, et jamais jour ne lui -a paru si long. Enfin, la nuit vint, cette nuit tant désirée, et qui est -si favorable aux amants. - -Quand les onze heures sonnèrent, qui étoit l'heure du signal, il sortit -de son cabinet en robe de chambre avec un simple gentilhomme qui -l'accompagnoit. Dès qu'il fut à la porte de l'appartement du comte, il -dit à ce gentilhomme de l'attendre, et de ne dire à personne où il -étoit, sous peine de la vie. Les courtisans étoient assez accoutumés à -voir faire au Roi de semblables équipées, qui marche en cela sur les -traces de son aïeul Henri le Grand. Le Roi ne paroît pas plus tôt, qu'il -rencontre un homme qui, sans lui dire «qui va là?» le fait entrer dans -la chambre du comte, comme si c'eût été son maître, et, sans s'informer -d'autre chose, ferme la porte après lui. Le Roi ne fut pas plus tôt -entré qu'il se reposa sur le lit du comte, et on auroit dit qu'il -vouloit imiter en toutes choses le mari de la comtesse. Il est vrai -qu'il ne s'amusa pas à dormir, mais il attendoit que le lièvre le fût, -afin de tirer à coup sûr et qu'il pût le prendre au gîte. Quand il jugea -que la comtesse pouvoit être endormie, il s'approcha tout doucement de -son lit, et, laissant sa robe de chambre, il se glissa dans les draps du -lit de sa maîtresse, sans qu'elle en sentît rien. Cet heureux amant, -voyant qu'il avoit si bien réussi jusques-là, commença de prendre avec -la comtesse toutes les privautés que prenoit le comte, dont il -représentoit alors le personnage; il voulut faire en tout le mari; mais -peut-être qu'il le voulut faire trop bien, comme dit La Fontaine, sur un -sujet semblable[25]. Il n'eut pas plus tôt pris sa place qu'il reconnut -d'abord que ce que la Montespan lui avoit dit de ces ulcères prétendus, -n'étoit qu'une calomnie; il trouva un corps net et uni comme le cristal, -et une peau la plus douce et la plus fine qu'il eût encore touchée. -Après avoir reconnu tous les endroits de la place, et sentant que la -comtesse étoit éveillée par le chatouillement que venoit de lui causer -ce prétendu mari, il se mit en état de pousser l'affaire jusques au -bout. La comtesse se tourna un peu de son côté, et, comme on ne s'amuse -pas à parler dans ces occasions, et qu'il ne lui seroit jamais venu en -pensée qu'autre que le comte la fût venu trouver dans son lit, elle ne -rejeta point du tout ses premières caresses; mais, les recevant -comme un doux fruit de leur mariage, elle y alloit répondre de son côté -comme une bonne et fidèle épouse; mais il arriva une chose qui troubla -les plaisirs qu'ils se préparoient de goûter. Comme elle avança un de -ses bras pour embrasser celui qu'elle avoit pris jusques-là pour son -mari, elle rencontra à l'endroit de ses reins une grosse verrue[26] -qu'elle n'avoit jamais trouvée sur le corps du comte, quoique sa main se -fût promenée mille fois en cet endroit. Cela la surprit un peu, non pas -qu'elle crût qu'un autre homme fût venu occuper sa place; mais cette -nouvelle verrue lui fit rompre un silence qu'elle avoit gardé -jusque-là.--«D'où vient, monsieur le comte, dit-elle, que vous avez là -cette verrue que je n'avois pas remarquée? Parlez, dit-elle, vous ne me -répondez point?» Ce silence parut suspect à la comtesse, et, voyant -qu'on ne lui répondoit que par des embrassements, elle fit un grand -effort pour se débarrasser de celui qui la tenoit; et, comme il la -venoit rejoindre:--«Si tu ne me laisses, dit-elle, qui que tu sois, je -t'arracherai les yeux, et je ferai venir mes gens.» Et, en disant cela, -elle lui donna un coup d'ongle entre l'oeil droit et la temple[27], -dont le Roi porta les marques qui parurent durant quelques jours, -et dont peu de gens savoient la cause. - -Quand il vit que la comtesse alloit faire du bruit et appeler du monde, -il crut que le plus sûr étoit pour lui de se retirer et de sortir comme -il étoit entré. Le même homme qui lui avoit ouvert la porte en entrant, -la lui ouvrit quand il vit qu'il vouloit sortir; et il trouva son -gentilhomme qui l'attendoit, et qui l'accompagna jusques à l'entrée de -la chambre de la reine, que le Roi fut trouver au lit, et qui profita -sans doute de ce que ce prince avoit destiné pour la comtesse. Cette -dernière ne dormit guère le reste de la nuit. Elle étoit en peine -comment elle devoit se gouverner en cette rencontre. Elle ne douta point -que ce ne fût le Roi qui l'étoit venu trouver au lit, qui, n'ayant pu -jusqu'alors satisfaire son amour, s'étoit servi de ce dernier -stratagême. Son premier dessein fut d'abord d'appeler ses domestiques, -de leur dire qu'un homme étoit entré dans sa chambre, qu'elle vouloit -savoir absolument qui l'y avoit introduit, la chose n'ayant pu se faire -sans leur participation, et que, dès que le coupable lui seroit -connu, elle en vouloit faire un exemple. Un peu après elle considéra -l'éclat que cela feroit, les conséquences malignes que quelques-uns en -pourroient tirer pour ternir sa réputation, le chagrin, et peut-être les -soupçons qu'une affaire si délicate causeroit à son mari, et l'affront -que le Roi lui-même en alloit recevoir, quand la chose seroit divulguée; -enfin, plusieurs autres considérations de cette nature la déterminèrent -à laisser passer la chose, sans en parler à personne. Cette prudente -dame savoit encore, que la réputation de celles de son sexe est -extrêmement délicate, que le plus sûr pour elles est de conserver leur -honneur et de se défendre contre tous ceux qui l'attaquent, sans en -faire tant de bruit; que l'éclat est ce qui les perd dans l'esprit des -gens, lors même qu'elles sont les plus innocentes, et qu'enfin n'ayant -rien à se reprocher, elle ne craignoit les reproches de personne, -puisque celui qui l'étoit allé trouver au lit s'en étoit retourné comme -il étoit venu, et que ceux qui lui avoient prêté la main avoient pu -juger, par son prompt retour et par le bruit qu'elle avoit fait, du peu -de succès de son entreprise. - -La comtesse donc, satisfaite de s'être bien défendue, ne voulut point -prôner sa victoire. Qui sait encore si l'Amour ne se mêla pas là-dedans, -et si la tendresse qu'elle ne pouvoit s'empêcher d'avoir pour le Roi, ne -l'empêcha pas aussi de publier une chose dont elle pourroit se repentir -un jour, n'étant pas assurée si elle n'auroit pas enfin pour ce prince -des sentiments plus humains? et, quoiqu'elle n'appuyât pas beaucoup -sur cette dernière considération, il est certain qu'elle y entra. - -Le Roi, après cette honteuse retraite, perdit entièrement l'espérance de -gagner jamais une telle dame; il résolut même de n'y penser plus; mais -il ne savoit pas bien lui-même s'il seroit capable de tenir sa -résolution. L'image de tant de beautés qui étoient répandues sur le -corps de la comtesse, et dont ses yeux et même ses mains avoient été les -témoins, lui revenoit toujours dans l'esprit. Il ne put s'empêcher de -convoiter une chair si ferme et une peau si blanche et si délicate.--«Je -vois bien, ajouta-t-il en lui-même, que la Montespan craignoit la touche -d'un bijou si précieux, qu'elle vouloit me faire passer pour une -happelourde[28]. Mais je n'ai que trop vu l'effet de sa jalousie, qui -vouloit me dégoûter de la plus charmante beauté qui soit dans l'univers. -Oui, je n'ai que trop vu que la comtesse a le plus beau corps du monde, -et il vaudroit bien mieux pour mon repos avoir ajouté foi aux discours -de la Montespan, me dégoûter de cette dame, et n'y penser jamais. Mais -mon malheur a voulu que j'aie vu, et que j'aie touché moi-même des -beautés qui m'ont charmé et dont je n'ai pu me réjouir.» - -C'est ainsi que le grand Alcandre entretenoit ses pensées. Après avoir -demeuré tout le reste de la nuit au lit de la reine[29], il s'en -retourna dans le sien, selon la coutume, qui étoit à la chambre -prochaine. L'heure de se lever étant venue, ceux que leur devoir -appeloit auprès du Roi ne manquèrent pas de s'y rendre, et -particulièrement le duc de La Feuillade, qui s'y trouva des premiers. -Dès que le Roi eut paru en robe de chambre[30], on remarqua d'abord -cette petite égratignure qu'il avoit au visage. Les courtisans se -regardèrent tous, pour se demander les uns aux autres la cause de ce -qu'ils voyoient; mais personne n'osa en parler au Roi. Ce monarque, qui -connut d'abord le sujet de leur étonnement, et qui avoit assez près de -lui le duc de La Feuillade, lui dit à l'oreille: «la belle a été -cruelle.» Ce mot fut entendu de quelques-uns des courtisans, et il fut -su à la cour et jusques dans les provinces; mais personne ne devina -quelle étoit cette cruelle qui avoit ainsi traité le Roi, et qui lui -faisoit porter des marques de sa rigueur. Il n'y eut que le duc de La -Feuillade qui comprît d'abord ce que c'étoit. - -Après que ce prince fut habillé, il témoigna qu'il vouloit être seul une -demi-heure, et il ne retint auprès de lui que le duc de La -Feuillade.--«Eh bien! lui dit le grand Alcandre, tu vois que je porte -des marques de mon dernier combat.--A la bonne heure, Sire, lui dit le -duc, pourvu que vous ayez remporté la victoire; vous savez que l'Amour, -aussi bien que Mars, aime quelquefois à se baigner dans le sang.--Je -t'assure pourtant, dit le Roi, que ce n'est pas à l'Amour que je -dois me plaindre de celui qu'on m'a fait répandre cette nuit, et dont je -porte les marques.--Mais quoi, Sire, lui dit le duc, n'alliez-vous pas -comme ami vous présenter devant cette place? D'où vient qu'on vous a -traité comme un ennemi? Vous alliez trouver cette femme non pas comme -amant, mais comme mari; est-ce que les rigueurs s'étendent jusqu'à son -époux? Car je ne puis pas comprendre que, l'étant allé trouver la nuit, -elle ait pu vous reconnoître, ni vous prendre pour un autre que pour le -comte.--Il faut donc te dire ce qui en est,» répartit le Roi, et alors -il lui raconta comment il étoit entré dans la chambre de la comtesse; de -quelle manière il s'étoit glissé dans son lit pendant qu'elle dormoit; -comment, après s'être réveillée, elle avoit souffert quelques-unes de -ses caresses, le prenant toujours pour son mari. «Enfin, ajouta-t-il, -les affaires alloient jusque-là le mieux du monde; j'allois me rendre -maître d'une place qui m'a toujours résisté, lorsqu'une maudite verrue -que j'ai aux reins, sur laquelle elle porta fortuitement la main, éventa -la mine et me découvrit.--Quoi, si peu de chose, reprit le duc, la fit -entrer en soupçon?--Cela l'obligea à parler, lui dit le Roi, et à me -demander depuis quand j'avois cette marque sur le corps; et, voyant -qu'on ne lui répondoit point, elle ne douta plus qu'on ne l'eût trahie. -Elle sauta promptement du lit, elle me repoussa, et elle alloit appeler -ses gens. Enfin, au lieu qu'avant cela, elle étoit douce comme un -mouton, après qu'elle eut touché cette fatale verrue, ce ne fut -plus qu'une tigresse et une lionne, qui ne répondit à mes caresses qu'à -coups de griffes, et qui m'a mis en l'état où tu me vois. De sorte que, -voyant qu'il n'y avoit rien à gagner que de la honte pour moi, je me -retirai tout doucement.--Il faut avouer, dit alors le duc, qu'en amour -aussi bien qu'en toute autre chose, il y a de fatales conjectures. -Qu'une petite verrue qui n'est pas, peut-être, plus grosse que la tête -d'une épingle, arrête et fasse échouer un dessein si bien concerté[31]! -Je ne m'étonne plus, après cela, si la remore[32], qui n'est qu'un petit -poisson, arrête tout court les plus grands vaisseaux, puisque si peu de -chose s'oppose au bonheur du plus grand monarque du monde.--Mais il y a -cette différence, répondit le Roi, c'est que je portois avec moi cette -maudite remore qui a rompu tous mes projets amoureux, et a repoussé -tout-à-coup mon vaisseau, qui alloit entrer à pleines voiles dans le -port[33].--Permettez-moi de dire à Votre Majesté, répliqua le duc, -qu'elle ne devoit pas sitôt abandonner son entreprise, et qu'elle auroit -peut-être bien fait de se donner à connoître à la comtesse, pour -l'empêcher de faire du bruit. Que sait-on, ajouta le duc, si, dans la -pensée où elle étoit que ce fût quelqu'un de ses domestiques, qui, -profitant de l'absence du comte, avoit eu l'audace de se glisser dans -son lit, elle a paru si transportée de rage? Ces sortes d'attentats ne -sont pas sans exemple; l'Amour hasarde tout, et ce n'est que par un -pareil stratagême que cette espèce de gens peut réussir dans une -entreprise de cette nature, ayant affaire surtout à des femmes qui sont -de l'humeur de cette comtesse. Mais toute tigresse qu'elle est en fait -d'amour, elle auroit été douce comme un mouton si elle eût reconnu -d'abord que c'étoit Votre Majesté qui la tenoit embrassée.--Ah! que me -dis-tu, répliqua le grand Alcandre, veux-tu me désespérer? N'est-ce pas -assez, pour me faire mourir, d'avoir manqué la plus belle occasion où un -amant se puisse trouver? Faut-il que tu m'assassines de plus fort, en -voulant me persuader que c'est par ma faute que je suis tombé dans ce -malheur? Mais comment pouvois-je espérer de toucher cette insensible en -me faisant connoître? elle qui m'a toujours rebuté, elle qui a méprisé -mon sceptre et ma couronne, et ma vie même, que j'ai voulu lui sacrifier -pour tâcher de la fléchir? Non, non, je ne me flatte point là-dessus; -elle ne m'a reconnu que trop, et ce n'étoit que par la voie dont je me -suis servi que je pouvois venir à bout d'une femme qui n'est pas faite -comme les autres, et qui n'aime que son mari. En puis-je douter après -ces terribles paroles, «qui que tu sois, si tu ne me laisses, je -t'arracherai les yeux, et j'appellerai mes gens?» Tu vois que je porte -les marques de cette furie; et plût à Dieu qu'elle en eût le visage -comme elle en a le coeur! je ne serois pas si malheureux. Comment -peux-tu croire, après cela, qu'elle se seroit adoucie si je me fusse -fait connoître après en avoir été rebuté tant de fois? Je crois que ma -retraite fut sage, et que le meilleur parti que j'avois à prendre, étoit -de sortir sans bruit de la chambre de la comtesse, comme j'y étois -entré. Quel affront pour moi, de me voir assiégé d'une foule de pages et -de laquais, qui eussent été les témoins de ma honte! Tout Roi que je -suis, je n'aurois pas échappé aux railleries secrètes de mes -courtisans; tu sais, cher La Feuillade, combien je suis sensible à de -pareils coups. Je n'ai jamais pu les pardonner à Vardes[34] et à -Bussi[35], qui s'étoient émancipés jusque-là. Enfin, que veux-tu que je -te dise? ajouta ce monarque affligé; je tenois entre mes bras ce que -j'aime le plus dans le monde; je me croyois au comble de mes désirs, et -je ne sais quel malheur, que je traîne après moi, m'a fait échouer tout -d'un coup de la manière du monde la plus fatale; jamais monture plus -douce et plus maniable dans mes premières approches; mais je ne sais -quelle mouche lui fait prendre aux dents[36], la met en fureur contre -moi, et m'en laisse de tristes marques.--Il n'importe, Sire, dit le duc -au Roi, pour le consoler; il faut que V. M. tâche de remonter sur sa -bête.--[37] Voilà la deuxième fois que j'ai failli la prendre, dit le -Roi, et je ne vois que trop la vérité du présage que j'eus à la chasse -où étoit le comte, lorsque je manquai deux fois un sanglier. La comtesse -est ce sanglier que je n'ai pu blesser encore, et qui m'a mis dans -l'état où tu me vois. Pour moi, je crois, ajouta-t-il, que cette femme -n'est pas faite comme les autres, et si je ne l'avois pas bien maniée, -je croirois qu'elle n'est pas de chair, mais de quelque autre -matière.--Vous verrez, Sire, qu'elle ne sera pas toujours insensible, -lui dit le duc; assurez-vous que vos coups ne seront pas perdus, -ils feront leur effet tôt ou tard. Savez-vous, ajouta-t-il, que la main -d'un amant qui manie le corps de sa maîtresse, a un certain charme -secret qui éveille en elle de certaines idées dont elle ne peut se -défendre? Qu'elle fasse la farouche tant qu'elle voudra; cela lui -revient de temps en temps dans l'esprit; son imagination en est -doucement chatouillée, et l'on peut dire que c'est un germe qui doit -produire un fruit auquel l'amant ne s'attend pas. Enfin, l'attouchement -d'un homme amoureux envers une femme qu'il aime, est comme celui d'un -chien enragé, dont la seule écume produit la rage, quoique cela n'arrive -que plusieurs années après. Ainsi je ne doute pas que ce que la comtesse -a déjà senti de votre part, et lorsque vous la trouvâtes endormie la -première fois, et lorsque vous la poussâtes de si près, au vallon de la -forêt de Fontainebleau, et les privautés que vous avez eues avec elle la -nuit passée, je ne doute pas, dis-je, que tout cela ne soit un secret -poison dans son coeur, qui fera éclater enfin la fureur de l'amour. -N'en doutez point, Sire, je sais un peu comment les femmes sont faites. -Tenez-vous seulement à l'écart, faites un peu le froid avec elle, et -vous verrez qu'elle regrettera peut-être l'occasion qu'elle a perdue. -Les femmes négligent ce qu'elles peuvent avoir à toute heure, mais elles -font bien des pas pour retenir ce qu'elles craignent de perdre. La -comtesse compte sur vous comme sur une conquête assurée, et c'est pour -cela qu'elle diffère, autant qu'elle peut, à payer le tribut qu'on doit -à l'amour. Quand vous reculerez, elle s'avancera; et, faisant -réflexion alors aux plaisirs imparfaits qu'elle a goûtés avec vous, et -craignant de ne les retrouver plus, elle désirera que vous acheviez ce -qui n'est que commencé; et peut-être même qu'elle vous en prieroit si la -pudeur de son sexe ne la retenoit. Voilà, Sire, comment les femmes sont -faites, et vous en savez plus que moi sur ces matières.» - -Le grand Alcandre fut ravi d'entendre raisonner le duc d'une manière qui -flattoit si fort sa passion. Il approuva son conseil, et, sans affecter -de fuir la comtesse, il ne témoigna plus pour elle les mêmes -empressements. Cette belle inhumaine ayant vu le Roi à la messe, fut -confirmée dans l'opinion qu'elle avoit, que c'étoit lui-même qui l'étoit -venu trouver au lit. Elle prit garde d'abord aux marques qu'il en -portoit sur son visage, et elle ne put voir sans quelque émotion ces -effets de sa cruauté. Son coeur sentit dans ce moment quelque chose de -plus tendre qu'à l'ordinaire; elle fut touchée de compassion pour cet -amant malheureux; et, faisant réflexion à toutes les basses démarches -que ce grand prince avoit faites, et qui ne pouvoient partir que d'un -coeur amoureux jusqu'à la folie, peu s'en fallut qu'elle n'eût quelque -espèce de honte d'avoir été si sévère en son endroit, dans un temps où -la cruauté, parmi les femmes du beau monde, étoit si peu à la mode. Elle -voyoit qu'elle avoit perdu la plus belle occasion du monde pour -accommoder son amour avec son devoir, en feignant de croire que celui -qui avoit pris la place de son époux étoit son époux lui-même. Mais -comme cette feinte ne la mettoit pas à couvert des reproches de sa -conscience, elle rejetoit cette pensée comme une dangereuse tentation, -et, sa vertu reprenant le dessus, elle se contenta de faire bon visage -au Roi, sans lui accorder rien de solide. Voilà quel étoit l'état de nos -deux amants: la comtesse, plus adoucie, étoit résolue de paroître moins -sévère; et Alcandre piqué de ressentiment, se voulut montrer plus froid -et plus réservé. - -Quelques jours se passèrent de cette manière, pendant lesquels le Roi -parut de plus belle humeur, et plus magnifique qu'à son ordinaire. Mais -il vivoit avec la comtesse comme un homme tout-à-fait guéri de sa -passion, ou du moins comme un amant qui n'espère plus, qui a épuisé tous -ses soins et toute sa tendresse, et qui ne cherche que les plaisirs, les -jeux et les divertissements. Cependant, bien loin de témoigner le -moindre chagrin contre elle, il lui faisoit beaucoup de civilités, mais -de la nature de celles que tous les cavaliers rendent aux dames, et où -il ne paroissoit pas que l'amour eût la moindre part. Pas le moindre -mot, pas un seul regard qui marquât quelque tendresse; et le meilleur de -tout cela, c'est qu'il n'y avoit rien de forcé ni de contraint; tout -paroissoit naturel, et qui auroit vu le Roi agir de cette manière avec -la comtesse, ne l'auroit jamais jugé amoureux. Elle-même s'y trompa -toute la première, et elle crut effectivement que le Roi ne sentoit rien -pour elle, et qu'il étoit tout-à-fait guéri. Une façon d'agir si peu -attendue la surprit étrangement. Si elle eût trouvé le Roi chagrin, ou -qu'il eût été froid avec elle, elle s'en seroit consolée; mais un -procédé si civil et si tendre faillit la déconcerter. - -Un jour qu'elle se trouva près de ce prince, elle voulut prendre un air -radouci et plus tendre qu'à l'ordinaire; le Roi, qui le vit fort bien, -fit semblant de n'y prendre pas garde, et d'avoir l'esprit ailleurs, et, -comme elle vouloit le rengager, elle le jeta insensiblement sur des -matières de galanterie, où le Roi répondit toujours fort à propos, sans -faire ni le doucereux ni le sévère.--«Pour moi, quand j'étois en état -d'avoir des amants, disoit-elle, je n'aimois pas qu'ils se rebutassent -d'abord comme plusieurs que je connois.--Vous aviez raison, Madame, lui -dit le Roi, d'être dans ce sentiment, et je trouve que n'est guère aimer -si l'on n'essuie toutes les rigueurs d'une maîtresse.--Il n'est pas -juste pourtant, ajoutoit-elle, qu'une maîtresse abuse de son pouvoir, et -exerce une autorité tyrannique sur ses amants.--Pourquoi non, Madame? -répondit le grand Alcandre; chacun peut user de ses droits; une -maîtresse ne doit rien à son amant, et c'est à lui à prendre parti -ailleurs, s'il n'est pas content.» - -La comtesse entendant parler le Roi d'une manière si désintéressée, sur -une affaire où elle avoit cru qu'il avoit tant d'intérêt, ne pouvoit -cacher le dépit secret qu'elle en avoit dans le coeur.--«Les dames -vous sont bien obligées, dit-elle au Roi, de défendre si bien leurs -droits; et que je m'estimerois heureuse d'avoir un tel avocat!--Comme -vous n'avez aucun intérêt à ces sortes de disputes, mes soins vous -seroient fort inutiles, répondit le grand Alcandre.--On ne peut pas -savoir ce qui peut arriver, lui dit la comtesse.--Alors on y pensera,» -lui dit le Roi, et en disant cela, il alla joindre la Montespan, qui -traversoit la galerie pour entrer dans la chambre de la Reine. - -Les dames, et surtout celles qui sont naturellement fières, ne -connoissent jamais bien qu'elles aiment un amant que lorsqu'elles -croient l'avoir perdu. C'est ce qu'éprouva la comtesse en cette -rencontre; cette fière personne, qui avoit reçu les hommages d'un grand -Roi sans en être fort émue, le fut beaucoup plus qu'on ne sauroit dire, -quand elle crut que cette conquête lui alloit échapper. Elle commença de -sentir le plaisir qu'il y avoit d'être aimée, lorsqu'elle ne l'étoit -plus, car elle le croyoit ainsi, et il lui arriva comme à ceux qui ne -connoissent le prix de la santé qu'après qu'ils l'ont perdue. - -Le Roi, qui lisoit dans le coeur de la comtesse, étoit charmé d'avoir -suivi le conseil que son confident lui avoit donné, puisqu'il s'en -trouvoit si bien.--«Je vois bien, dit-il à ce duc, quand il se trouva -seul avec lui, qu'il en est de l'amour comme de la guerre, et que le -plus grand coup d'un habile capitaine est de savoir battre son ennemi en -retraite. C'est ce que je fais, cher La Feuillade, à l'endroit de la -comtesse, et je vois que j'ai plus avancé mes affaires en trois jours, -en tenant cette conduite, que je n'avois fait pendant six -mois.--Continuez seulement de cette manière, lui dit cet habile -confident; faites semblant de vous retirer devant cette fière ennemie; -laissez-lui gagner du terrain tant qu'elle voudra, et quand vous -aurez assez reculé, donnez-lui un coup fourré.» Cela fit rire le Roi, -qui lui répondit d'un air content: «Je me suis si bien trouvé de tes -conseils, que je les veux suivre aveuglément.» - -La Reine ayant fait ses couches, la Cour s'en retourna à Versailles, et -le Roi résolut de faire la plus magnifique fête qu'on eût encore vue. -C'étoit au commencement de mai[38], qui est la saison de l'année la plus -belle et la plus riante, et où tout ce qu'on voit semble inviter à -l'amour. Cette fête dura neuf jours[39], pendant lesquels le Roi traita -plus de six cents personnes; le bal, la comédie, la musique, les -carrousels, les mascarades, rien n'y fut oublié. Je ne ferai pas la -description de toutes ces magnificences qu'on peut voir ailleurs; il -suffit de dire que tout cela se passa, non pas dans le château, qui -auroit été trop petit, mais dans ce beau parterre[40] qui est un -assemblage de bois, de fontaines, de viviers, d'allées, de grottes, et -de mille diversités qui surprennent agréablement la vue. On y avoit -tendu de hautes toiles, on y avoit fait un grand nombre de bâtiments de -bois, peints de diverses couleurs, et un nombre prodigieux de flambeaux -de cire blanche, qui suppléoient[41] à plus de quatre mille bougies, -rendoient les nuits plus belles et plus charmantes que les plus -beaux jours de l'année. Enfin, on peut dire que cette plaine étoit un -camp magnifique, où plusieurs palais enchantés parurent dans un moment. - -Cette grande fête commença par divers ballets, où le Roi lui-même, -Messieurs les princes du sang, et plusieurs autres seigneurs parurent -sur les rangs. Les festins, la comédie et tous les autres -divertissements suivoient tour à tour, et alloient en augmentant. La -nuit même ne les faisoit pas cesser, ou pour mieux dire, il n'y avoit -pas de nuit, à cause du grand nombre de flambeaux qui éclairoient tous -les endroits du bois. On peut juger si cet agréable mélange de tant de -différentes personnes de l'un et l'autre sexe, ce grand concours de -monde, cette confusion du jour et de la nuit, cette liberté qu'inspirent -les plaisirs champêtres, et enfin cette joie qui accompagne les grandes -fêtes, et qui fait que grands et petits, hommes et femmes, se mêlent -sans distinction; on peut, dis-je, juger si ces charmants désordres -étoient propres pour les aventures et pour les mystères d'amour. - -Le Roi qui ne songeoit qu'à se rencontrer seul avec la comtesse en -quelque lieu écarté du bois, fit naître diverses occasions, dont une lui -parut réussir enfin. Le troisième jour de cette fête, qui finit à -l'ordinaire par un magnifique festin, le Roi proposa une mascarade après -le souper, où chacun, tant hommes que femmes, pourroit se masquer à sa -fantaisie, se promener dans le bois ainsi déguisé, et faire cent petites -malices. La chose fut ainsi exécutée, chacun prit la figure qui lui plut -le plus; les uns se travestirent en bergers et en bergères, les -autres en guerriers et en amazones, d'autres en sauvages[42], et chacun -prit la forme qui lui convenoit le mieux, ou qu'il jugea la plus propre -à ses desseins. On n'a pas bien su quelle fut celle du grand Alcandre et -de la comtesse, mais on sait bien que cette dernière ne put pas se -déguiser si bien que son amant ne sût les habits et le masque qu'elle -devoit prendre. Il seroit trop long de dire tout ce qui se passa dans -cette belle mascarade. Chacun y joua son rôle à la faveur de la nuit, de -l'épaisseur des arbres, et du masque qu'il portoit sur le visage. Tout -cela rendoit aussi les dames plus hardies, et les disposoit à être plus -facilement trompées. - -La Montespan ne manqua pas de se prévaloir d'une si belle occasion pour -jouer à sa rivale quelque mauvais tour, et pour la perdre de réputation, -si elle ne pouvoit la détruire dans le coeur du grand Alcandre. Elle -sut, par le moyen d'une fille de la comtesse, qu'elle avoit gagnée, de -quelle manière sa maîtresse se déguiseroit, et quel masque elle devoit -porter. Elle pria cette fille de lui en donner un semblable, ce qu'elle -fit; et la Montespan imita si bien la comtesse dans tous ses -ajustements, qu'il n'y a personne qui ne s'y fût trompé, car leur taille -étoit à peu près la même, et quand il y auroit eu quelque différence, le -déguisement empêchoit de la remarquer. Le dessein de cette malicieuse -femme étoit de se divertir comme tous les autres, et de voir si, -sous ce déguisement tout à fait conforme à celui de sa rivale, elle -pourroit tromper le Roi, et découvrir ainsi le secret de leur intrigue. -Mais ce qu'il y avoit de plus malin, c'est qu'elle espéroit par là de -décrier la comtesse, de la perdre dans l'esprit de son mari, en faisant -courir le bruit, sous cette fausse apparence, que sa femme avoit un -commerce secret avec le Roi, et qu'on les avoit trouvés ensemble la nuit -de cette mascarade. - -Dans cette pensée, la Montespan, qui ne doutoit pas que le grand -Alcandre ne se fût informé exactement de quelle manière la comtesse -seroit habillée, fit tout ce qu'elle put pour joindre le Roi, et pour -tâcher de lui faire prendre le change. La chose ne lui fut pas -difficile, parmi cette confusion de masques qui passoient et repassoient -en divers endroits du bois. Comme chacun s'écartoit, les uns d'un côté, -les autres d'un autre, pour faire quelque bon tour, à la manière -ordinaire des masques, le hasard, ou, pour mieux dire, le dessein, fit -en sorte que le Roi se trouva seul avec la prétendue comtesse, dans un -endroit assez reculé, où il y avoit un petit cabinet et de longs siéges -de gazon en forme de lit de repos. Il n'y avoit dans cet endroit que -quelques bougies, dont le vent éteignit quelques-unes, et celles qui -restoient le furent par quelque masque qui vouloit favoriser ces deux -amants, et peut-être par le grand Alcandre lui-même. Quoi qu'il en soit, -les voilà tous deux dans une nuit sombre, abandonnés à la garde de -l'amour et sur leur bonne foi. - -La Montespan, qui craignoit que le Roi ne l'eût tout à fait oubliée, fut -la première à parler et à lui dire:--«Avouez, Sire, que vous êtes bien -attrapé, et que mon masque vous a trompé; vous avez cru d'être avec une -autre, et le hasard a voulu que vous vous trouviez avec une personne -qu'apparemment vous ne cherchiez pas.» Ce discours étoit assez ambigu, -et on pouvoit l'appliquer à la comtesse; aussi le Roi ne douta point que -ce ne fût elle-même quand il vit son masque et ses habits; et quoique la -voix de celle qui lui parloit fût un peu différente de celle de la -comtesse, il crut que le masque qu'elle avoit sur le visage faisoit cet -effet. La prenant donc pour sa nouvelle maîtresse, il répondit à ce -qu'on venoit de lui dire:--«Le hasard est quelquefois plus sage que -nous, et puisqu'il m'a mené jusqu'ici, je veux bien m'abandonner -aveuglément à sa conduite, et si vous m'en croyez, vous en userez aussi -de même: profitons de cette belle occasion, ma chère comtesse.» En -disant cela, il porta un de ses bras sur le cou de sa maîtresse, la -serra fort amoureusement, et lui prit quelques baisers. La Montespan, -qui vit que le Roi donnoit de lui-même dans le panneau, voulut se donner -le plaisir d'une si agréable aventure; et pour mieux imiter la comtesse, -elle fit quelque temps la difficile. Le grand Alcandre, qui vouloit -absolument se satisfaire, lui dit:--«Madame, vous savez à quel point je -vous aime, une si longue résistance me va porter au désespoir; votre -vertu n'a que trop longtemps combattu, et j'attends aujourd'hui de vous -la fin de toutes mes peines.--Eh! je croyois que vous ne pensiez -plus à à moi, lui dit la fausse comtesse.--Et à qui penserois-je qu'à -vous? lui dit cet amant passionné; vous êtes mon coeur et ma vie; ne -me faites donc plus languir; je meurs si vous n'avez pitié de moi.» - -La dame, à qui ce discours s'adressoit, rioit de tout son coeur, -entendant parler ainsi le Roi.--«Contentez-vous, lui dit-elle, d'avoir -un entretien secret avec moi.--Et de quoi me sert cet entretien, lui dit -le grand Alcandre, qu'à me rendre plus malheureux, si je ne puis -satisfaire mon amour? Encore un coup, ma chère comtesse, prenez pitié -d'un amant qui va expirer à vos pieds, si vous ne le soulagez -promptement. Que je sois heureux au moins dans ce moment; après cela, -faites-moi tout ce qu'il vous plaira; sacrifiez-moi, si vous voulez, à -votre ressentiment; je me figure avec vous des plaisirs infinis; ne me -les refusez pas, et s'il faut ensuite les payer de tout mon sang pour -satisfaire ce vain honneur que vous m'opposez toujours, je suis prêt à -le répandre.» - -La dame, qui n'étoit pas une roche, et qui n'avoit pas accoutumé d'être -si cruelle au grand Alcandre, l'entendant parler d'une manière si -passionnée, s'imagina aussi elle-même des douceurs nouvelles, avec un -amant si tendre et si éperdu d'amour; et, quoique cela ne s'adressât -point à elle, mais à sa rivale, elle fut bien aise d'en profiter, et de -rappeler ces doux moments qu'elle avoit passés avec le Roi, la première -fois qu'elle en fut aimée. Cependant, pour mieux jouer le rôle de la -comtesse, elle se défendit autant qu'elle put. Quand le Roi vit -qu'elle commençoit de se rendre, il la pria d'ôter son masque; elle lui -répondit qu'elle ne sauroit y consentir, qu'il perdroit lui-même -beaucoup à cela, et que ce voile la rendoit plus hardie. Enfin, après -mille petites façons, qui faisoient enrager le grand Alcandre, elle se -laisse pencher doucement entre ses bras, et voulant toujours contrefaire -une femme qui n'a jamais connu d'autre homme que son mari, elle se -défend encore, mais foiblement; et imitant les derniers abois d'une -chasteté mourante, elle pousse un profond soupir, et tombe à demi-pâmée -dans les bras de son amant. Le grand Alcandre ne se sentant plus -lui-même, et transporté d'une joie extraordinaire de se voir, après tant -d'écueils et tant de naufrages, arrivé heureusement au port, se prépare -d'y entrer avec toute la force et toute l'ardeur de l'amant le plus -passionné; lorsque, par une funeste disgrâce, il se vit arrêté tout -court: - - Près de goûter mille délices, - Ce triste et malheureux amant - Vit changer son contentement - En de très-rigoureux supplices. - -Un trop grand excès d'amour, un transport de joie, trop de -précipitation, ou peut-être une trop longue attente, l'ardeur, le désir -de bien faire, la crainte d'échouer, une grande dissipation d'esprits, -et je ne sais quelle constellation maligne qui présidoit sur son amour, -troublèrent tellement le grand Alcandre, qu'il ne se connut plus -lui-même, et, sur le point de se voir le plus heureux de tous les -amants, il tomba dans la plus cruelle disgrâce qui puisse arriver -en amour. Enfin ce malheureux amant se trouva sans armes, lorsqu'il crut -que sa maîtresse n'étoit plus en état de lui résister. - -La fausse comtesse, qui s'aperçut bien de son malheur, ne fit pas -semblant de le connoître, et revenant de son feint assoupissement, elle -dit au grand Alcandre:--«Nous nous arrêtons ici trop longtemps; que -pourra-t-on dire de nous?--Vous avez raison, Madame, lui répliqua-t-il, -nous ne faisons rien ici; mais on ne peut rien dire qui vous fasse tort, -quand on sauroit même ce qui s'est passé.» - -Comme le grand Alcandre achevoit de parler, on vit venir du monde de -divers endroits, où ils se mêlèrent eux-mêmes, sans qu'on y prît garde; -après cela, chacun alla se reposer le reste de la nuit. - -Qui pourroit représenter les inquiétudes où étoit le grand Alcandre, -après le malheur qui venoit de lui arriver? Il éprouva tout ce que le -déplaisir, la honte et le désespoir ont de plus cruel:--«Faut-il, -disoit-il, que ce moment favorable que j'avois tant désiré, soit le plus -fatal et le plus malheureux de ma vie? Que le seul moment où celle qui -m'a tant fait souffrir se vient jeter entre mes bras, me devienne -inutile par ma lâcheté! C'est un affront que je ne puis me pardonner à -moi-même. Toutes mes autres disgrâces n'étoient rien en comparaison de -cette dernière. Être rebuté par une maîtresse, c'est un malheur assez -ordinaire; mais se voir au comble de toutes les faveurs qu'on en peut -jamais espérer, et ne profiter pas d'un temps si précieux, je ne vois -rien qui puisse égaler un tel désastre.» Puis revenant à lui-même, -il disoit: «c'est pourtant quelque douceur, que cette cruelle se soit -enfin attendrie, et il n'a pas tenu à elle que je n'aie été le plus -heureux de tous les amants. Tentons encore la fortune; elle ne me sera -pas toujours contraire; celle que j'ai pu toucher, tout foible que j'ai -paru, ne sera pas peut-être insensible, quand j'aurai repris mes -forces.» - -Dans cette pensée, il reposa quelques heures assez tranquillement, et -dès que l'heure de se lever fut venue, et qu'il eut pris tout ce qu'il -jugea lui être meilleur pour lui donner du courage et de la force, il se -rendit dans le bois. L'heure du matin fut employée à la promenade, et le -grand Alcandre, qui cherchoit partout la comtesse, ne l'eut pas plus tôt -aperçue que, se dérobant insensiblement du reste de la compagnie sur -quelque léger prétexte, il l'alla d'abord accoster. Quoique les dames -qui l'accompagnoient ne soupçonnassent pas que le Roi eût le moindre -attachement pour elle, voyant néanmoins qu'il lui adressoit toujours la -parole, et qu'il témoignoit la vouloir entretenir en particulier, elles -s'écartèrent par respect et les laissèrent seuls. Le grand Alcandre, -continuant sa promenade avec elle vers l'endroit du bois qui lui parut -le plus favorable à son dessein, l'entretint d'abord de choses -indifférentes; puis, étant entrés dans une autre allée, où ils ne virent -personne, ils se trouvèrent près d'une grotte, où le grand Alcandre dit -à la comtesse qu'il vouloit lui faire voir quelques raretés qu'elle -n'avoit pas peut-être remarquées; comme il ne songea qu'à profiter -de l'occasion, il ne s'amusa pas à parler à la comtesse de ce qui -s'étoit passé le jour précédent, et moins encore à lui en faire quelques -méchantes excuses; il ne vouloit pas réveiller de si fâcheuses idées, et -il songeoit à se justifier auprès d'elle d'une manière plus forte et -plus convaincante, bien plus par les effets que par les paroles. - -Dans cette généreuse résolution, et se sentant une vigueur -extraordinaire, il embrassa sa maîtresse, et, sans lui donner le temps -de lui demander ce qu'il vouloit faire, il alloit se saisir d'un bien -qu'il avoit perdu, à ce qu'il croyoit, la nuit précédente par sa seule -faute, et qu'il prétendoit être dû à son amour. La comtesse, qui ne -savoit rien de tout cela, repoussa la main du Roi avec sa sévérité -ordinaire, et lui demanda fièrement qui l'avoit rendu si hardi. Le Roi, -qui crut qu'elle lui reprochoit sa faiblesse du jour précédent, lui -dit:--«Vous avez raison, Madame, de vouloir savoir de moi qui m'a rendu -si hardi, après la honteuse lâcheté où vous me vîtes tomber la nuit -passée.--Je ne sais de quoi vous me parlez, lui répliqua froidement la -comtesse.» Le Roi, qui crut toujours qu'elle vouloit dissimuler, et qui -se flattoit peut-être qu'elle le vouloit épargner, en faisant semblant -de ne se souvenir plus d'une chose qui le couvroit de honte:--«Je le -veux bien, Madame, lui dit-il, que nous oubliions le passé, pourvu que -vous me permettiez de profiter de ce moment favorable; ne vous opposez -donc plus à mes désirs; je suis prêt à vous donner des marques si fortes -de mon amour, qu'il ne tiendra plus qu'à vous que je ne sois le -plus heureux de tous les amants.--Je vous ai dit si souvent, lui -répliqua la comtesse, que j'ai pour vous toute l'estime et toute -l'affection que l'honneur me peut permettre; vous devez, ce me semble, -être content, et ne m'en demander pas davantage.--Il me semble pourtant, -lui dit cet amant passionné, que, la dernière fois que je vous ai vue en -masque, vous m'avez fait concevoir d'autres espérances; est-ce qu'en -reprenant vos habits ordinaires, vous avez repris cette cruauté qui me -fait mourir?--Je vous ai déjà dit, lui répliqua la comtesse, que je ne -sais de quoi vous me parlez; mais je veux bien vous apprendre que je -suis toujours la même, et que le masque peut bien déguiser mon visage, -mais non pas changer mon coeur; apparemment vous aurez pris quelque -autre pour moi.» - -Le grand Alcandre, qui crut qu'elle se repentoit des avances qu'elle lui -avoit faites la nuit précédente, ne voulut pas la presser davantage, de -peur de l'aigrir, sachant que les femmes ne veulent jamais avouer leur -défaite. Il cessa donc de lui parler d'une chose qu'elle vouloit -désavouer, et il songea à faire naître une occasion semblable à celle -qu'il avoit perdue, et surtout à en profiter mieux qu'il n'avoit fait. - -Il ne l'eut pas plus tôt quittée, qu'il forma le dessein de continuer la -mascarade dès qu'il feroit nuit, s'imaginant qu'à la faveur du masque et -des ténèbres, il trouveroit sa maîtresse dans les mêmes dispositions -pour lui, où il avoit cru la trouver la nuit précédente.--«Je vois bien, -disoit-il en soi-même, qu'un reste de pudeur ne permet pas à cette -comtesse de m'accorder pendant le jour ce qu'elle ne me refusera pas la -nuit, et ce que j'aurois déjà obtenu d'elle sans mon malheur. Peut-être, -ajouta-t-il, qu'elle craint un second affront, et que je tombe dans une -disgrâce semblable à celle qui m'est arrivée. Mais je prendrai si bien -mes mesures, qu'elle n'aura pas sujet de se plaindre de moi.» - -Flatté de cette pensée, il donna les ordres nécessaires pour une seconde -mascarade. La plupart de ceux qui s'étoient masqués le jour précédent, -changèrent d'habit et de masque, soit qu'ils voulussent plaire au Roi -par cette diversité, soit qu'ils eussent quelqu'autre dessein. La -comtesse, qui n'en avoit aucun, et qui ne se déguisa que parce qu'elle -ne pouvoit pas s'en dispenser, n'y fit aucun changement, et parut avec -les mêmes habits. La Montespan, qui la vouloit encore imiter pour les -raisons que j'ai dites, sachant le dessein de la comtesse, par cette -même fille qui étoit à sa dévotion, ne changea rien non plus à son -ajustement; et voulant achever ce qu'elle avoit commencé, elle résolut -de s'écarter quand il feroit nuit, et de se rendre dans le même endroit -où le Roi l'avoit trouvée le jour précédent, lorsqu'il l'avoit prise -pour la comtesse, s'imaginant bien qu'il ne manqueroit pas d'y aller -lui-même, dans l'espérance d'y rencontrer celle qu'il cherchoit, et -parce que c'étoit un lieu tout-à-fait propre à son dessein. - -Cependant elle fit avertir le comte, par des gens qui dépendoient -d'elle, de prendre garde à sa femme; qu'ils avoient remarqué la nuit -passée, qu'une dame, vêtue à peu près comme la comtesse, étoit -entrée dans un cabinet du bois assez écarté, avec un homme qu'ils ne -connoissoient point et qu'il pourroit bien être qu'ils continueroient le -même manége; que s'il le trouvoit bon, ils feroient garde en cet endroit -et l'iroient avertir de ce qu'ils auroient vu. Le comte leur répondit -qu'ils fissent comme ils voudroient, mais qu'il étoit assuré de la vertu -de sa femme. - -Dès que nos masques se furent mis en campagne, la Montespan, ou la -fausse comtesse, se déroba de la foule, et alla toute seule dans ce -petit cabinet où elle avoit vu le Roi le jour précédent. Ce prince, qui -venoit de voir qu'une dame, habillée à peu près comme la comtesse, -prenoit ce chemin écarté, ne douta point que ce ne fût elle-même. Et -comme il étoit aussi en masque, il n'eut pas de peine à se tirer de la -foule, et à se rendre insensiblement vers le même endroit. Il n'y fut -pas plus tôt, qu'il crut d'y voir sa chère comtesse, assise sur le lit -de gazon qui étoit dans ce petit cabinet, et c'étoit aussi la même -personne qu'il y avoit vue la nuit précédente. Il l'aborda incontinent, -et ôtant son masque, il se donna à connoître. - -La dame le reçut comme elle devoit; mais, sachant déjà par expérience -qu'un masque sur le visage déguise beaucoup la voix, elle pria le grand -Alcandre de l'excuser si elle ne levoit pas son masque, lui disant -qu'elle savoit bien le respect qu'elle devoit à Sa Majesté[43], mais -qu'elle ne voudroit pas pour rien au monde être reconnue seule avec -un homme dans cet endroit écarté. Le Roi, qui n'étoit que trop prévenu -de la délicatesse de la comtesse, pour ce qui regarde l'honneur et la -réputation, n'eut pas de peine à croire que la modestie et la honte -étoient la seule raison qui l'empêchoit de quitter son masque.--«Il -n'importe, lui dit cet amant, demeurez comme vous êtes, puisque vous le -trouvez bon, quoique je sois privé par là de la vue d'un objet si -charmant. Je suis choqué seulement de ce terme de respect dont vous -venez de vous servir; laissons là le respect, je vous en prie, et -donnez-moi quelques preuves de votre tendresse.» - -En disant cela, il se mit à baiser sa gorge, puisqu'il n'en pouvoit pas -faire autant à son visage. Elle le repoussa quelque temps, plus par ses -gestes que par ses paroles, de peur de se découvrir. Enfin, après une -feinte résistance, elle lui accorda tout ce qu'il voulut; et cet amant -qui crut posséder une nouvelle conquête, goûta des douceurs qu'il -n'avoit point encore senties: ce qui fait voir qu'en amour, c'est -l'imagination qui fait tout. Il ne pouvoit se lasser de caresser sa -chère comtesse, et se croyant victorieux de cette fière beauté, il -voulut se dédommager de tout le temps qu'il avoit perdu.--«Il faut -avouer, disoit ce crédule amant, qu'il n'est rien de si doux qu'un -bonheur qui a coûté tant de soupirs et tant de peines!» Il trouvoit en -sa maîtresse mille nouveaux charmes; et cependant c'étoit cette -même Montespan dont il avoit joui tant de fois, dont il commençoit même -à se dégoûter, et qui lui donnoit pourtant mille nouveaux plaisirs sous -cette nouvelle forme. Cette feinte comtesse profita, comme elle devoit, -de l'ardeur excessive où étoit le Roi, et, quoique cela ne s'adressât -point directement à elle, elle le recevoit à bon compte; et si la -jalousie ne s'y fût mêlée, elle n'auroit jamais été si satisfaite de -l'amour du grand Alcandre. Au fond elle étoit jalouse d'elle-même, car -la comtesse n'étoit là qu'un fantôme; elle n'y étoit qu'en idée, et les -plaisirs qu'elle goûtoit avec le Roi étoient tout-à-fait réels. Aussi -voulant y répondre de son côté, elle l'embrassoit avec beaucoup de -tendresse, et lui faisoit entendre par ses regards, plutôt que par ses -paroles, qu'elle étoit aussi contente que son amant. - -Après ces félicitations muettes qu'ils se faisoient l'un à l'autre de -leur commun bonheur, il fallut se séparer; un bruit importun, que ces -deux amants entendirent, troubla cette petite fête. La dame, qui ne -vouloit pas être découverte, sortit promptement de ce cabinet, et, -traversant l'allée qui le joignoit, vint par un autre chemin se joindre -à la compagnie. - -Elle ne sortit pas pourtant si secrètement, que le comte de L..., mari -de la comtesse, ne s'en aperçut. Il alloit avec la comtesse sa femme, -vers ce même endroit, d'où on lui avoit dit qu'une femme, qui -ressembloit à la sienne, étoit sortie assez en désordre la nuit -précédente, ayant un homme avec elle. Il vit en effet que celle qui -venoit de sortir de ce cabinet de verdure avoit le port et la taille de -la comtesse, et portoit des habits tout-à-fait semblables. Cette vue le -frappa d'abord, non pas qu'il eût aucun soupçon de sa femme, qui ne -l'avoit point quitté, mais il crut qu'il y avoit quelque chose de -mystérieux dans cette ressemblance; et, tirant dans ce moment sa femme à -l'écart, il lui fit part de ce qu'il venoit de voir, et de l'avis qu'on -lui avoit donné quelques heures auparavant. Ils ne savoient l'un et -l'autre que penser de tout cela; mais cette conformité d'habillement -leur fit soupçonner quelque malice. Alors la comtesse se ressouvenant du -discours que le Roi lui avoit tenu le matin, ne douta point que ce -prince n'eût été dupé, et qu'il n'eût pris pour elle une autre qui lui -avoit été plus favorable, comme elle en pouvoit juger par les discours -que le Roi lui avoit tenus. Ce qu'elle trouvoit de fâcheux pour elle, -c'est qu'elle voyoit que, par une noire malice, on vouloit commettre sa -réputation dans le temps qu'on trompoit le Roi, et qu'on abusoit de sa -ressemblance pour la faire passer pour ce qu'elle n'étoit pas. - -Voilà ce que la comtesse pensa de cette aventure; mais il étoit de sa -prudence de n'en rien dire à son mari, ne jugeant pas que cela fût -nécessaire. Elle lui dit seulement qu'il falloit tâcher de découvrir ce -mystère.--«Si nous savions, dit-elle, quel est l'homme qui étoit avec -cette femme, nous pourrions peut-être avoir un plus grand -éclaircissement.--Je ne sais que vous en dire, répartit le comte, mais -si j'ose vous dire ma pensée, je crois que c'est le Roi; j'ai -remarqué tantôt qu'il s'est écarté, et il alloit, ce me semble, vers -l'endroit d'où j'ai vu sortir cette femme, et je ne l'ai pas vu depuis.» - -Le comte n'eut pas plus tôt achevé de dire ces paroles, que le Roi, -qu'on ne pouvoit méconnoître, parut, venant de ce même endroit, ce qui -acheva de les confirmer dans la pensée du comte. Si ce dernier fut -surpris quand il vit sortir de ce cabinet une femme qui ressembloit si -fort à la sienne, le grand Alcandre ne le fut pas moins, quand il vit sa -chère comtesse tête à tête avec un homme.--«Je ne me trompe pas, -disoit-il, c'est elle-même, c'est elle qui vient de me quitter, ce sont -les mêmes habits.» Il avoit raison en effet de la prendre pour la -comtesse; mais il se trompa quand il crut que c'étoit celle qui venoit -de lui donner tant de plaisir dans ce petit cabinet; elle étoit bien -loin de là; car la Montespan, de peur d'être découverte, alla -incontinent changer d'habit et de masque. Croyant donc que c'étoit la -même personne, il sentit d'abord quelques mouvements de jalousie. Mais -cette passion fit bientôt place à une autre. Le comte et la comtesse -s'étant donné à connoître au grand Alcandre, ce prince fut tout remis de -voir que c'étoit le mari de la comtesse, qu'il regarda d'abord comme un -rempart à ce qu'il craignoit, et à l'aventure secrète qu'il croyoit -avoir eue avec sa femme. Dans cette pensée, il se mit en humeur de -railler, et il dit agréablement au comte et à la comtesse, -qu'apparemment ils ne s'étoient pas déguisés pour chercher quelque bonne -fortune, puisqu'il les voyoit ensemble.--«Il est vrai, répondit le -comte, que ma femme n'a jamais voulu me quitter; je ne sais si elle -a cru que j'eusse quelque dessein amoureux qu'elle ait voulu empêcher. -Mais si de son côté elle avoit eu quelque intrigue, elle pouvoit bien -cacher son jeu; car je viens de voir passer une femme vêtue et masquée -comme elle, et je suis bien sûr que je m'y serois trompé, si je ne -l'avois eue près de moi.» - -On ne sauroit exprimer la surprise et la confusion du grand Alcandre, à -l'ouïe de ces paroles; elles furent comme un coup de foudre, qui -accablèrent tout d'un coup ce pauvre amant, et le masque qu'il avoit sur -le visage lui rendit alors un bon office pour cacher le désordre où il -étoit. Revenant pourtant un peu après de sa première surprise, et ne -pouvant pas croire qu'il eût été trompé si grossièrement, il s'imagina -que le comte se pouvoit tromper lui-même, et que celle qu'il avoit près -de lui n'étoit pas sa femme; il lui tint quelques discours pour s'en -éclaircir, et comme elle ôta tout-à-fait son masque, il ne vit que trop -son malheur et la pièce qu'on lui avoit jouée. Il tâcha pourtant de -dissimuler son déplaisir, ou plutôt mille passions différentes qui -l'agitoient; et ayant dit au comte qu'il se vouloit donner le plaisir de -voir ce masque qui ressembloit si fort à sa femme, et essayer s'il s'y -tromperoit, d'abord l'ordre fut donné de les faire venir tous, et de les -faire passer en revue devant Sa Majesté. Mais la fausse comtesse ne -parut plus sous le même habit, et toute la recherche du Roi fut inutile. -Il n'osa pas en faire du bruit de peur de nuire à la réputation de la -comtesse, et de s'exposer lui-même à la raillerie secrète de sa -cour; il se contenta de dire, qu'il auroit été bien aise de satisfaire -sa curiosité là-dessus, mais que, puisque la personne qui avoit emprunté -la forme de la comtesse, n'osoit pas paroître devant elle, il n'en -falloit pas parler davantage. Après cela, tout le monde se retira pour -aller prendre quelque repos. - -Il est facile de juger que le Roi n'en prit guère de toute la nuit. Il -étoit en peine de découvrir ce fantôme qui l'avoit trompé, et qui, sous -la vaine apparence de celle qui le faisoit mourir d'amour, l'avoit fait -jouir d'un bonheur imaginaire. Mais son plus grand chagrin étoit de ne -posséder pas la comtesse, comme il l'avoit cru, et d'être toujours à -recommencer avec elle.--«Quoi, dans le temps que je me croyois le plus -heureux de tous les amants, disoit-il en lui-même, je me trouve plus -malheureux que jamais, et je me laisse duper de la manière du monde la -plus honteuse! Mais duper par une femme, moi qui les ai tant -pratiquées!» Puis se fâchant contre soi-même: «C'est moi, disoit-il, -c'est moi qui ai été ma propre dupe, en donnant si aisément dans un -panneau qui flattoit ma passion pour la comtesse. Si je pouvois au moins -jouir de mon erreur, et être heureux en idée! mais tout conspire[44] ma -perte; et lorsque je me flatte d'avoir eu entre mes bras la plus -charmante beauté du monde, on me détrompe de la manière la plus cruelle. -Fut-il jamais un amant plus malheureux? L'amour m'offre les plus -belles occasions qu'un amant pourroit souhaiter pour jouir de sa -maîtresse; elles échouent toutes, ou par son adresse ou par mon malheur; -et lorsque je crois la tenir entre mes bras, je n'embrasse qu'un -fantôme. Au moins, ajoutoit-il, si je n'avois été trompé qu'une seule -fois, j'aurois quelque consolation! A la bonne heure que je n'eusse -point encore joui de la comtesse, pourvu que ce fût celle que je trouvai -si favorable le jour de la première mascarade, lorsque je fis paroître -tant de faiblesse. Mais pour mon malheur, elle n'a aucune part ni à -l'une ni à l'autre aventure. Ses rigueurs et sa fierté ordinaire ne me -l'ont que trop appris, et si j'ai eu quelques petites libertés auprès -d'elle, ce n'est pas de son consentement; c'est la force, c'est la -supercherie, c'est la forme trompeuse d'un mari qui me les a fait -obtenir.» De sorte que le grand Alcandre fut autant ingénieux à se -tourmenter, qu'il avoit été facile à se tromper lui-même et à flatter sa -passion. - -Pour la comtesse, elle jugea bien qu'on la vouloit perdre de réputation, -et elle soupçonna la Montespan du déguisement dont elle se servit pour -tromper le Roi, et pour la faire passer pour une coquette. Elle crut -donc qu'elle ne devoit plus dissimuler à son mari la passion que le -grand Alcandre avoit pour elle et le dessein que la Montespan avoit de -la perdre; mais elle se garda bien de lui dire les mauvais pas où elle -s'étoit trouvée avec le Roi. Car, quoiqu'elle en fût sortie à son -honneur, ces sortes de choses ne sont pas bonnes à dire à un mari, qui -en pourroit tirer des conséquences fâcheuses. Elle se contenta de -le faire ressouvenir de ce qui arriva lorsque le Roi l'avoit trouvée -endormie, et de l'alarme qu'elle avoit eue, qu'il n'eût voulu attenter -quelque chose contre son honneur.--«Je m'en souviens fort bien, dit le -comte, et il me semble que j'entends encore ce grand cri que vous -fîtes.--Et moi je me souviens fort bien, lui dit la comtesse, de toutes -vos railleries que je ne trouvai point de saison; mais je vous les -pardonnai, parce que vous n'y entendiez point de finesse.» - -Ensuite, elle pria le comte son mari de lui dire de quelle manière elle -devoit se conduire dans une affaire si délicate:--«Vous le savez mieux -que moi, lui répondit le comte.--Vous avez raison, dit-elle; je sais mon -devoir et je ne l'oublierai jamais; mais je voudrois que vous me dissiez -si je dois quitter la cour sur quelque autre prétexte, ou si je dois -éviter l'entretien du Roi, ou enfin de quelle manière je me dois -conduire.--A moins que vous ne craigniez de succomber à la tentation, -lui dit le comte en riant, je ne vois pas que vous deviez vous éloigner -de la cour.--Moi succomber, dit-elle en l'interrompant? non pas, quand -le Roi me donneroit sa couronne.--Eh bien! Madame, lui dit le comte, -vous n'avez pas de plus fort rempart que votre vertu, et je ne veux pas -d'autre garant de votre fidélité. Quelque passionné que soit le grand -Alcandre, il se retirera de lui-même quand il n'aura rien à espérer.» - -Il est certain que ce prince n'étoit pas haï de la comtesse, et c'est ce -qui entretenoit son amour et ses espérances. On peut dire même que -cette dame, toute vertueuse qu'elle étoit, plaignoit ce monarque de -s'être engagé mal à propos dans une passion qu'elle ne pouvoit pas -soulager sans blesser l'honneur qui lui étoit plus cher que la vie. -Enfin cet orgueil, qui est assez naturel à toutes les belles, lui -faisoit trouver quelque douceur à être aimée du plus grand Roi du monde. -C'étoient les seules choses qu'elle avoit à se reprocher, et qui -l'avoient engagée dans de petites démarches dont le grand Alcandre -croyoit tirer un jour de grands avantages. Mais il est certain qu'à cela -près, elle fut toujours ferme dans son devoir, et qu'elle n'eut jamais -la moindre pensée de contenter une passion criminelle, comme étoit celle -du Roi. - -Cependant, ce grand monarque se flattoit quelquefois de vaincre cette -invincible; et comme l'amour grossit les objets, il regardoit les -moindres honnêtetés de sa maîtresse comme les erres[45] d'une conquête -assurée. Prévenu de cette pensée, il voulut faire un dernier effort. Il -ne cherchoit que l'occasion d'un tête à tête avec sa maîtresse. Elle se -présenta bientôt, puisqu'au lieu de l'éviter, elle-même la fit naître, -dans le dessein qu'elle avoit de désabuser entièrement le Roi, et de lui -parler plus fortement qu'elle n'avoit fait des sentiments de son -coeur. - -Le lendemain de cette mascarade, elle s'alla promener avec peu de -suite dans le bois de Versailles; et le Roi, qui la faisoit observer, -n'eut pas plus tôt su qu'elle y étoit, qu'il fit atteler un carrosse. -Dès qu'il eut joint celui de la comtesse, il lui fit dire qu'il la -vouloit entretenir en particulier; et elle, se faisant ouvrir la -portière, alla au-devant du Roi, qui étoit déjà descendu de son carrosse -pour l'aller joindre. - -Après avoir marché quelques pas, ils entrèrent dans le premier cabinet -qu'ils rencontrèrent, et étant tous deux assis, le grand Alcandre dit à -la comtesse: «Je ne vois que trop, Madame, par votre conduite, que vous -aviez raison de me dire que je vous prenois pour une autre, lorsque -j'avois cru que vous aviez pour moi des sentiments favorables; mais si -mon attente a été vaine, voulez-vous qu'elle le soit toujours?--Je ne -sais pas, lui dit-elle, ce que vous prétendez de moi; mais je sais que -je n'ai rien fait espérer à Votre Majesté, dont elle ait lieu de se -plaindre. Vous ne demandiez qu'à m'entretenir, et à me parler de je ne -sais quelle passion que vous vous êtes mise dans la tête; je l'ai -souffert, je vous ai laissé parler, peut-être plus que je ne devois, et -je ne le vois que trop aujourd'hui, puisque vous avez conçu des -espérances que je n'ai jamais eu dessein de vous donner; mais enfin, je -n'éprouve que trop ce que j'avois toujours craint, et ce que je vous -avois dit à vous-même, que vous n'en demeuriez pas là.--Eh! où en -suis-je, Madame, lui dit cet amant désespéré? Quels progrès ai-je fait -dans votre coeur?--Je vous prie, lui dit-elle, ne rappelez point le -passé, et quoique je n'aie point de crimes à me reprocher, ne me -faites point rougir de mes foiblesses.--Vous appelez foiblesses, lui dit -le Roi, une insensibilité qui me tue. Que n'ai-je pas fait pour gagner -ce coeur que vous défendez si bien, et que ne ferois-je pas encore si -j'en pouvois venir à bout?--Sire, lui dit la comtesse, il ne faut pas -vous tourmenter pour une chose qui ne mérite pas le moindre de vos -soins; mais si, telle que je suis, vous pensez encore à moi, je veux -bien vous parler à coeur ouvert, et vous dire, Sire, que tout puissant -que vous êtes, vous ne l'êtes pas assez pour me faire commettre un -crime. J'ajouterai même, que tout aimable que vous me paroissez, par -mille belles qualités dont vous brillez, je n'oublierai jamais ce que je -me dois. Enfin, je vous ferai cette confession que je vous ai déjà -faite, que j'ai pour Votre Majesté tout le respect, toute l'estime, et -si je l'ose dire, toute la tendresse qu'une sujette peut avoir pour son -Roi; mais, avec tout cela, n'attendez rien de moi qui puisse faire honte -à mon sexe.» - -Le grand Alcandre, entendant parler ainsi la comtesse, ne savoit plus -que lui répondre: «Mais quoi, Madame, lui dit-il, ne me -distinguerez-vous pas de tout le reste des hommes? N'aurez-vous aucun -égard à la passion d'un prince qui ne sauroit vivre sans vous, et qui -donneroit tout son royaume pour gagner un coeur comme le vôtre?--Je -vous distingue si bien, lui dit la comtesse, que je n'ai jamais -souffert, ni ne souffrirai jamais de personne ce que j'ai souffert de -vous; et je connois si bien le prix de votre affection, et les -témoignages de tant de bontés que vous avez pour moi, que s'il ne -falloit que ma vie, je suis prête à vous la sacrifier, pour vous marquer -ma reconnoissance. Mais, grand Roi, cessez d'attaquer mon honneur, qui -m'est plus cher que la vie, et puisque la gloire est le grand objet de -votre ambition, ne m'enviez pas cette heureuse conformité avec le plus -grand monarque du monde. Laissez-moi cet honneur qui est si cher à -toutes les belles âmes, que vous soutenez vous-même avec tant d'éclat, -et quelquefois au péril de votre vie. Souffrez qu'il tienne toujours la -première place dans mon coeur, et ne m'enviez pas le seul bien qui -peut me conserver votre estime, et un bien qu'on ne retrouve plus quand -on l'a perdu.» - -Le Roi, vaincu par de si beaux sentiments, répondit à la comtesse: «Vous -avez des qualités qui me ravissent; c'est trop peu que de l'amour, vous -méritez d'être adorée; et désormais je suis plus épris de votre vertu -que je ne le suis de vos charmes.» - -En disant cela, le Roi la prit par la main, la ramena lui-même dans son -carrosse, et, étant rentré dans le sien, il continua sa promenade. - -Depuis ce temps-là, il n'a plus parlé d'amour à la comtesse, et lui a -donné, dans toutes les occasions, des marques de son estime. - -Quand la Montespan le vit guéri de cette passion, elle lui apprit que -c'étoit elle qui l'avoit trompé jusqu'à deux fois pendant les nuits de -la mascarade; et, comme il ne pensoit plus à la comtesse, il pardonna à -la Montespan cette petite malice, et ne fit que s'en divertir avec elle. - -Ce prince a dit depuis à ses plus chers confidents qu'il trouvoit -que la victoire que cette dame avoit remportée sur son amour, étoit -quelque chose de plus difficile que toutes les conquêtes d'Alexandre. - -Il faut en effet qu'une femme ait un grand fonds de vertu, pour soutenir -les assauts qui furent livrés à cette pauvre comtesse, et dont elle -sortit toujours à son honneur. Elle eut à combattre la passion du Roi, -le doux penchant qu'elle avoit pour ce grand monarque, et tant -d'occasions périlleuses où les plus chastes succomberoient, et où -l'honneur a si souvent fait naufrage: de sorte que, surmonter tous ces -obstacles, comme a fait notre héroïne, est le plus grand effort de la -vertu d'une femme, et le plus beau triomphe que l'honneur ait remporté -sur l'amour. - - -NOTES. - - [3] Voy. la Préface. - - [4] Voy. _passim_ et à la table. - - [5] Voy. la Préface, en tête de ce vol. - - [6] Voy. t. II, pp. 74, 400, et à la table.--On connaît la - fanatique adoration du duc de La Feuillade pour Louis XIV; quant à - ses complaisances en fait d'amour, le Roi, qui avoit peu de - sympathie pour lui, ne lui auroit pas fait l'honneur de les lui - demander ou de les accepter. - - [7] Jusqu'à la folie. - - [8] Nous sommes en 1672, époque des dernières couches de la Reine, - et jusque-là, en effet, les armes de Louis XIV n'avaient pas - encore connu les revers qui devaient attrister la fin du - règne.--Voy. plus loin, p. 31, note 16. - - [9] _D'abord_, immédiatement. - - [10] Rendez-vous. - - [11] Richelet traduit: «_Blanchir_, faire des efforts - inutiles.»--Furetière dit: «_Blanchir_ se dit des coups de canon - qui ne font qu'effleurer une muraille, et y laissent une marque - blanche. En ce sens on dit au figuré de ceux... dont tous les - efforts sont inutiles que tout ce qu'ils ont fait, tout ce qu'ils - ont dit n'a fait que blanchir.» - - [12] Des cabinets de verdure. - - [13] Le texte dit: _sujet_.--_Succès_, issue, résultat. - - [14] Voici ce qui se passait au lever du Roi; nous traçons ce - tableau en nous guidant sur l'_Etat de la France_ auquel nous - avons emprunté tous les noms du _quartier_, du trimestre de - janvier:--Le Roi s'éveille. Aussitôt M. de Chamarande, chevalier - de Saint-Michel, qui, en sa qualité de valet de chambre, était - couché sur un lit étendu à terre au pied de celui du Roi, - s'approche de Sa Majesté pour lui présenter sa robe de chambre et - lui donner de l'eau si elle en demande. Le Roi voulant s'habiller, - un garçon de la chambre va avertir à la garde-robe pour faire - apporter les habits dans la toilette.--Le Roy s'assied alors sur - son fauteuil; le s{r} Roze, premier valet de garde-robe, qui a - pris les chaussons dans le coffret, en donne un au premier valet - de chambre qui prend la droite et le laisse à gauche pour habiller - Sa Majesté. Un simple valet de garde-robe, le s{r} de Lissalde, - leur présente alors le bas de soie qu'il a pris soin d'attacher au - caleçon. Alors chacun d'eux aide de son côté à chausser et vêtir - le Roi, s'il n'aime mieux le faire lui-même, ce qui arrive le plus - souvent. Ensuite six des pages de la chambre attachés au service - du gentilhomme de la chambre qui est en fonctions, non plus ce - trimestre mais cette année, le duc de Saint-Aignan, ont le - privilége de présenter les mules à Sa Majesté. Cela fait, le Roi - prend son haut-de-chausses des mains d'un valet de garde-robe qui - lui apporte premièrement des canons ou des petits bas s'il désire - en porter: le canon est cet ornement de dentelle qui s'attache - au-dessous du genou, au bas du haut-de-chausses; les petits bas ou - bas à étrier sont des bas qui ne couvrent que la jambe, et - s'arrêtent à la cheville. Le Roi met-il des souliers? le valet les - lui noue; des bottes? le valet les lui présente ou les lui met; - mais l'honneur de donner les éperons est réservé à M. Nicolas Le - Febvre, sieur de Bournonville, écuyer de service. - - Voilà le Roi chaussé. Un valet de garde-robe tient la chemise du - Roi et la présente d'abord à un prince du sang; en cas d'absence, - au duc de Bouillon, grand chambellan, au duc de Saint-Aignan, l'un - des quatre premiers gentilshommes, ou enfin à M. le marquis de - Guitry de Chaumont, l'un des deux maîtres de la garde-robe. Le Roi - ôte alors sa chemise de nuit et met celle qu'on lui donne. Les - huissiers, qui sont entrés dans la chambre royale dès que Sa - Majesté a eu pris sa robe de chambre, et qui se tiennent à la - porte pour l'ouvrir ou la fermer, ce que nul autre ne peut faire, - demandent alors au grand chambellan ou à celui des quatre premiers - gentilshommes de la chambre qui est de service, quelles sont, - parmi les personnes de condition présentes, celles qu'il peut - faire entrer. Après cette première admission de gentilshommes - favorisés, le maître de la garde-robe met au Roi son pourpoint, - lui présente ses mouchoirs, ses gants, et enfin son manteau et son - épée, s'il les veut prendre; s'il veut sortir sans épée - ni manteau, l'épée est remise à l'écuyer, le manteau au - porte-manteau; enfin s'il ne veut ni son épée ni son manteau, on - les laisse à la garde-robe. C'est quand le Roi est habillé que - l'huissier, le sieur de Rassé, par exemple, laisse entrer toute la - noblesse à son choix, et selon le discernement qu'il fait des - personnes plus ou moins qualifiées. - - [15] Voy. le roman de Mme de La Fayette. - - [16] Ce passage détermine la date de cette histoire.--Louis-François, - duc d'Anjou, né le 14 juin 1672, mourut le 4 novembre suivant. - Mais si nous connaissons la date de ce petit roman, l'auteur en - plaçant son récit à Fontainebleau nous permet de douter de sa - véracité. En effet, pendant presque tout l'été de 1672, Louis XIV - tint la campagne sur le Rhin; il assista au fameux passage du - fleuve, dans les premiers jours de juillet; il quitta le camp de - Boxtel le 26 juillet et rentra à Paris le 2, à Versailles le - 3 août. - - Pendant son voyage, dont la _Gazette de France_ a noté toutes les - étapes, la Reine accoucha du jeune prince dont il est ici - question; on écrivait de Saint-Germain-en-Laye le 17 juillet à la - Gazette: ... «Le 13, la Reyne au sortir de ses dévotions en - l'église des Récollets, commença de sentir quelques douleurs qui - l'empeschèrent d'assister au Conseil; et, sur les dix heures du - soir, ces douleurs l'ayant reprise, Sa Majesté se délivra - heureusement, environ un quart d'heure après minuit, d'un - très-beau prince, qui remplit ce lieu d'une joie extraordinaire.» - Le sieur de Villaserre (_sic_, c'est-à-dire Colbert de Villacerf) - fut chargé de porter la nouvelle au Roi, «de la part de la Reyne, - qui n'en pouvoit envoyer une meilleure à Sa Majesté, en échange de - celles qu'Elle luy mande tous les jours du champ de ses - victoires.» - - La cour passa à Versailles le reste de l'été au milieu des fêtes. - On lit dans la _Gazette_: «de Versailles, le 23 septembre:--La - Cour continue de prendre ici les divertissemens de la saison, - entre lesquels celui de la comédie a ses jours.--Le 17, la troupe - du Roy y en représenta une des plus agréables, intitulée les - _Femmes sçavantes_, et qui fut admirée d'un chacun. Le 20, les - Italiens y jouèrent l'une de leurs pièces les plus comiques. Le - 21, la seule troupe royale continua ses représentations avec - beaucoup d'applaudissement. Et l'on peut juger par là s'il y a - quelque cour en toute l'Europe qui soit divertie de cette manière - qui ne peut, aussi, convenir qu'à la grandeur de notre monarque, - qui paroît en toutes choses.» - - L'année suivante, le Roi reprit la campagne sur le Rhin et la cour - ne séjourna pas à Fontainebleau. Nous devions entrer dans ce long - détail pour montrer combien le récit de l'auteur peut paraître - suspect, puisque l'une des principales circonstances en est si - évidemment fausse. - - [17] La conversation entre la comtesse et son mari, rapportée plus - haut, permet en effet de le ranger parmi les maris commodes. Sous - son enjouement percent quelques regrets. - - [18] Terme d'équitation. «Piquer, à l'égard des chevaux, c'est, - dit Furetière, les manier avec les éperons ou le poinçon (sorte - d'aiguillon dont on piquait la croupe des chevaux). Il faut bien - _piquer_ pour aller de Paris à Rome en sept jours.»--On disait, et - l'on dit encore, en faisant usage de ce mot, _piquer des deux_. - - [19] Le _Journal de la santé du Roi_ pour les années 1672, 1673, - 1674, ne parle que de ses maladies ordinaires d'estomac, de ses - étourdissements et de ses vapeurs: maladies fréquentes et qui - demandoient de grands soins. - - [20] Ce n'est pas en 1672, mais en 1676, que Mme de Montespan alla - aux eaux de Bourbon. Le 8 avril, Mme de Sévigné annonce que la - favorite va partir; le 1er mai, qu'elle est partie; le 15 mai, - qu'elle est présentement à Bourbon; le 8 juin, qu'elle est partie - de Moulins le jeudi pour aller, en suivant le cours de l'Allier et - de la Loire, jusqu'à l'abbaye de Fontevrault, où sa soeur étoit - abbesse.--Cet anachronisme, rapproché d'autres erreurs, est de - nature à diminuer la confiance qu'on pourroit avoir en ce petit - roman. - - [21] «_Petite oye_, dit Furetière, est ce qu'on retranche d'une oye - pour la faire rôtir, comme les pieds, les bouts d'ailes, le cou, le - foye, le gesier... _Petite oye_ se dit figurément des rubans et - garnitures qui servent d'ornement à un habit, à un chapeau, etc... - La petite oye consiste aux rubans pour garnir l'habit, le chapeau, - le noeud d'épée, les bas, les gands, etc.--_Petite oye_ se dit, en - matière d'amour, des menues faveurs qu'on peut obtenir d'une - maîtresse dont on ne peut avoir la pleine jouissance, comme - baisers, attouchements, etc.»--A la p. 111 du très-curieux roman - intitulé _Araspe et Simandre_ (2 vol. très-petit in-8º, 1672), on - lit: «tel craint de donner dans une étoffe trop chère, qui, - ajustant avec beaucoup de rubans une bien moindre, ne laisse pas de - se trouver agréablement vêtu; c'est ce qu'on appelle la _petite - oye_; c'est ce que nous donnons quelquefois, et ce que (l'auteur - est une femme) nous ne devrions jamais donner.» - - [22] Les eaux de Bourbon avoient alors une vogue qu'elles n'ont - pas conservée depuis, bien que leurs effets n'aient pas changé. Le - médecin Delorme y attirait une grande clientèle. Mme de Montespan - y alla, comme nous l'avons vu plus haut, et c'est là que Lauzun, - sorti de prison mais non encore admis à la Cour, alla lui - présenter ses hommages et solliciter sa protection. - - [23] On appelle «troc de gentilhomme» celui qui se fait but à but, - _troc_ pour _troc_, sans donner de l'argent de retour. (Furetière.) - - [24] Le prince de Marcillac dont il s'agit ici est le même que - nous avons rencontré dans le 1er volume de ce recueil, et qui est - devenu duc de La Rochefoucauld en 1680, à la mort de son père, - François VI, qui lui-même avait porté le nom de Marcillac jusqu'en - 1650. - - [25] Est-ce dans le _Quiproquo_? Est-ce dans _Richard Minutolo_? - On peut hésiter entre les deux. - - [26] Le _Journal de la Santé du Roi_ ne parle pas de cette - malencontreuse verrue; mais bien qu'en 1672 «Sa Majesté ait joui - d'une santé digne d'elle», il avoit eu cependant, à plusieurs - reprises, soit sur la poitrine, soit sur d'autres parties du corps - de nombreuses tumeurs et duretés squirreuses. - - [27] La _tempe_. Cette forme s'est conservée dans le patois - normand (voy. le _glossaire_ de Du Bois); le glossaire genevois de - Gaudy l'a également relevée. Furetière, Richelet n'admettent pas - la forme _tempe_, aujourd'hui en usage.--Chapelain a dit, en - parlant d'Agnès Sorel: - - Les glaces lui font voir un front grand et modeste - Sur qui vers chaque _temple_, à bouillons séparés, - Tombent les riches flots de ses cheveux dorés. - - Le Richelet de 1719 n'admet encore que _temple_; mais le - dictionnaire de Trévoux de 1732 dit: «_tempe_, voyez _temple_.» - - [28] «_Happelourde_, faux diamant, ou toute pierre précieuse - contrefaite, ou qui n'est pas arrivée à la perfection», dit - Furetière. Le mot est pris ici dans son sens propre; on connoît - son sens figuré. - - [29] On assure que le roi Louis XIV, voulant sauver les - apparences, ne passa jamais une nuit sans aller coucher dans la - chambre de la reine. - - [30] Voyez ci-dessus, p. 25, _note_ 14. - - [31] C'est la pensée de Pascal, sur le nez de Cléopâtre et le - grain de sable de Cromwell. - - [32] Remora. Furetière conteste déjà l'opinion de Pline et de tous - les anciens qui, après lui, attribuaient au remora la force - d'arrêter un vaisseau dans sa course: «mais les modernes tiennent - que c'est une fable.» - - [33] La 1re édition de ce petit roman, reproduite par M. Paul - Lacroix, remplace le passage qui suit par un texte tout différent, - que nous reproduisons ci-dessous: - - «--Je suis bien aise, répliqua le duc, que Votre Majesté soit en - humeur de railler sur cette aventure, et si vous n'étiez pas mon - roi, je dirois encore une plaisanterie qui m'est venue dans - l'esprit sur le malheur qui vient de vous arriver. - - «Le Roi lui permit de dire tout ce qu'il voudroit, ne cherchant - qu'à dissiper son chagrin.--Je ne puis penser à la fatalité de - votre aventure, dit alors le duc, qu'il ne me souvienne de ce que - j'ai ouï dire autrefois d'un certain Martin qui, ayant un âne - noir, voulut faire une gageure qu'on n'y trouveroit pas un seul - poil d'une autre couleur. Aussi étoit-il noir depuis les pieds - jusques à la tête. Cependant il y eut un homme qui se présenta - pour faire cette gageure. Il offrit de payer le prix de l'âne s'il - n'y remarquoit aucun poil qui ne fût noir, et le maître de la bête - s'engagea à la lui livrer s'il trouvoit un seul poil d'une autre - couleur. La chose étant ainsi arrêtée entr'eux, il se trouva que - la bête avoit un poil qui étoit grisâtre, mais si menu qu'il ne - paroissoit que comme un point; ce qui fut cause que son maître la - perdit, et de là est venu ce proverbe: _pour un point, Martin - perdit son âne._ Et vous, Sire, pour quelque chose de semblable, - vous avez perdu la comtesse, qui, sans cela, ne pouvoir pas vous - échapper. - - «Le Roi ne fit que rire de cette plaisanterie, et dit - qu'effectivement il ne s'étoit jamais aperçu de cette marque sur - son corps. Cependant, ajouta-t-il, c'est ce qui m'a fait perdre la - bête que je tenois sans cela. Voilà la deuxième fois....., etc.» - - [34] Voy. t. I, p. 272, et _passim_, à la table. - - [35] Voy. t. I, préface. - - [36] Nous dirions prendre le mors aux dents. - - [37] A partir de cette réplique du Roi, les deux textes se - confondent.--Voy. p. 88, _note_ 33. - - [38] Erreur. Voir ci-dessus, page 31, note 16. - - [39] Nous sommes en 1672. Il s'agit évidemment des divertissements - donnés à Versailles par le Roi à toute sa cour à cette époque. La - relation qui en a été publiée répartit ces fêtes en six journées. - - [40] Furetière définit un parterre: «la partie d'un jardin - découverte où on entre en sortant de la maison.» - - [41] Qui s'ajoutoit à plus de... - - [42] Voir sur ces costumes l'intéressant ouvrage de M. Ludovic - Celler: _Les décors, les costumes et la mise en scène au XVIIe - siècle_, 1 vol. in-12. Paris, Liepmannsohn et Dufour, 1869. - - [43] Du temps où les loups de velours noir étaient en usage, ils - devaient tomber devant le Roi ou la Reine; à plus forte raison les - masques. - - [44] Conspirer étoit alors employé comme verbe actif ou comme - verbe neutre; on disoit également bien: _conspirer la mort de - quelqu'un, conspirer à la fortune de quelqu'un et conspirer - contre quelqu'un_. (Furetière.) - - [45] C'est-à-dire comme les arrhes, comme les gages d'une conquête - assurée. Furetière donne _erres_ comme une forme corrompue de - _arres_, mais il n'admet pas le mot _arres_. Richelet (1685) fait - une différence entre _arres_ qui s'emploie au figuré, et _erres_ - qui s'emploie dans le sens propre. - - -[Cul-de-lampe] - - - - - AMOURS - DE LOUIS LE GRAND - ET - DE MADEMOISELLE DU TRON. - - - - -[Bandeau] - -AMOURS - -DE LOUIS LE GRAND - -ET - -DE MADEMOISELLE DU TRON[46]. - - -_PRÉFACE DES ENTRETIENS._ - - VÉNUS, _reine des amours_; CUPIDON _son fils, ayant jeté ses - flèches et son flambeau par terre_. - -VÉNUS.--Que fais-tu donc, mon fils, dans ce lieu solitaire, et quelle -est donc la cause de ton chagrin? La terre, l'air et l'onde se plaignent -de toi tous les jours: les élémens ne font que murmurer depuis que tu -n'animes plus le coeur des amans. La voix des oiseaux, le chant des -Syrènes, tout languit ici bas, et les eaux du beau séjour où tu es -coulent plus doucement, et disent, par leur muet langage, que toutes -choses périssent si tu ne les soutiens. - -L'AMOUR, _en fureur_, _voulant rompre son arc et son flambeau_.--Ah! -Madame, je me désespère, et je ne veux plus servir le monde: je perds -courage depuis qu'un grand Héros, autrefois favori des Dieux, n'est plus -sensible à mes traits. C'est en vain que je frappe; son coeur -s'endurcit de plus en plus; et LOUIS LE GRAND[47], ce redoutable -vainqueur, qui triomphe si facilement de toutes les beautés du tendre -empire, semble avoir formé le dessein de ne plus aimer; j'en suis si -chagrin, que j'ai résolu de briser mes armes et d'éteindre mon flambeau -pour jamais. - -VÉNUS.--Hélas! mon enfant, que veux-tu faire? que deviendra l'Univers? -C'est toi qui par tes soins empressés fournis de matière à tout ce qui -l'anime, et sans ton secours la nature seroit aux abois. - -L'AMOUR.--Je me soucie peu d'elle, après l'affront que j'ai reçu ce -matin du Dieu des combats: Mars m'a reproché, d'un air peu agréable, que -ce monarque n'étoit plus occupé que des lauriers qu'il lui donnoit, et -que mon règne étoit achevé. - -VÉNUS.--Mars n'a pas lieu présentement de parler si haut; mais en -vérité, mon fils, j'ai honte de tes foiblesses. Si le Roi n'aime plus, à -qui en est la faute? toi qui fais toutes choses, n'as-tu pu faire durer -sa passion pour toujours? - -L'AMOUR.--Mes grandes occupations, Madame, en sont peut-être la cause: -Il est vrai que j'ai négligé la revue de son coeur, pour courir à des -conquêtes plus nouvelles, où l'on m'appelle incessamment. - -VÉNUS.--Allez, mon enfant; Mars se raille de vous mal à propos. Le Roi -est plus sensible qu'il n'a jamais été. Mercure nous dit l'autre jour au -palais de Jupiter, que le prince est fortement occupé d'une passion -naissante qui le charme tendrement. - -L'AMOUR.--Il est donc piqué? Ma foi, je ne croyois pas que mes traits -lui fussent encore si redoutables. - -VÉNUS.--Quoi! l'amour ignore ce que l'amour fait? ah! l'étrange -surprise! je vois bien que toutes choses dégénèrent: c'est le vrai moyen -de faire périr la nature et l'univers, et de les ensevelir dans un -éternel silence. - -L'AMOUR.--Ne craignez rien, aimable reine de Cythère, il ne tiendra qu'à -moi de le faire renaître; j'y vais travailler de ce pas avec des soins -assidus et dignes de vous. Calmez vos chagrins, et n'en doutez -aucunement; ma gloire y est intéressée. - -VÉNUS, _baisant son fils_.--Adieu, mon cher fils; reprens promptement -tes flèches et ton flambeau, ne vois-tu pas que tout se ressent de ton -inquiétude, et que tu es l'âme et le soutien de toutes choses? vole donc -vite dans les airs: on t'attend au palais de LOUIS, pour un dessein -nouveau. - - - AMOURS DE LOUIS LE GRAND - ET - DE MADEMOISELLE DU TRON. - - -_ENTRETIEN I._ - - LE ROI[48], _Mademoiselle_ DU TRON[49], _la marquise de_ - MAINTENON[50], _Monsieur_ BONTEMS[51], _gouverneur de Versailles_, - _étant tous dans le parc de Meudon_. - -LE ROI, _la tête nue à Mlle du Tron_.--Hé bien, Mademoiselle, que -dites-vous de la nouvelle acquisition[52] que j'ai faite pour -monsieur le Dauphin? - -Mlle DU TRON, _d'un ton précieux_.--Je dis, Sire, qu'elle est -incomparable et digne du choix de Votre Majesté. - -LE ROI.--Voilà qui est fort obligeant, Mademoiselle; mais encore, n'en -dites-vous rien de plus? n'ai-je pas bien fait de changer Choisy pour -Meudon avec la marquise de Louvois[53], moyennant le prix que j'en ai -donné de retour? - -Mlle DU TRON, _en riant_.--Admirablement, Sire; Choisy n'est point à -comparer aux beautés de Meudon, et je trouve que Votre Majesté a gagné à -cet échange, quoiqu'elle l'ait bien payé. - -LE ROI, _la regardant d'un air gracieux_.--Vous plairez-vous, -Mademoiselle, dans cet agréable séjour? - -Mlle DU TRON, _d'une manière tout engageante_.--Il n'y a pas lieu, -Sire, d'en douter; s'il m'appartenoit, j'aimerois passionnément un lieu -si rempli de charmes, où tout ne respire que le plaisir. - -LE ROI.--Vous pouvez, ma belle, compter qu'il sera à vous, si je suis -assez heureux pour vous plaire. - -Mlle DU TRON, _avec fierté_. Qui, moi, Sire? je n'ai pas assez de -mérite et de vanité pour aspirer à la conquête du plus grand Roi de -l'Univers. - -LE ROI, _en lui baisant la main_.--Que ces douceurs sont charmantes, -Mademoiselle, et en même temps dangereuses pour le coeur d'un mortel! -vous joignez aux charmes que le ciel vous a donnés, un esprit tout -divin. - -Mlle DU TRON.--Sire, Votre Majesté me raille agréablement; mais je -n'ose, par respect, lui dire que la sincérité est plus agréable et -embarrasse moins une fille comme moi, qui vient de province, que -ces délicatesses obligeantes et ces agrémens que suggère la politesse de -la cour. - -LE ROI.--Je vous trouve, Mademoiselle, plus de grâces et plus de charmes -que n'en ont toutes celles de ma cour, que l'artifice seul soutient; -cette aimable innocence qui règne chez vous, fait ressentir un des plus -grands plaisirs de la vie. - -Mlle DU TRON, _en rougissant_.--Ah! Sire, vous désarmez de tous -côtés, et je ne trouve plus d'armes pour me défendre; vous combattez si -bien tout ce que je dis à Votre Majesté, qu'il faut céder et se rendre. - -LE ROI, _à M. Bontemps_.--En vérité, Monsieur, vous avez une aimable -nièce; elle a l'esprit aussi joli que le corps, et j'éprouve que tout ce -qu'elle dit va droit au coeur. - -M. BONTEMPS.--Sire, ma nièce vous est infiniment redevable, et Votre -Majesté a de grandes bontés pour elle; qu'en dites-vous, Madame? - -Mme DE MAINTENON, _d'une manière inquiète_.--Je ne m'étonne point, -Monsieur, de voir l'encens du Roi donné à mademoiselle du Tron; ce grand -monarque aime toutes les jolies femmes, et se fait un plaisir de le leur -faire connoître. - -LE ROI, _l'interrompant_.--Il est vrai, Madame, que de tout ce qui est -au monde, c'est ce que je trouve de plus beau et de plus engageant; si -c'est un crime que d'aimer, tous les hommes en sont coupables, et seront -malheureux pour avoir suivi un chemin si doux. - -M. BONTEMPS.--Sire, je crois, sans déguiser ma pensée, que c'est le -moindre de tous les crimes que celui de l'amour. Hé! qui peut justement -condamner un penchant que la nature donne à tout ce qui respire? - -Mme DE MAINTENON.--Monsieur, vous appuyez les inclinations du Roi -avec un peu trop de complaisance. Savez-vous que la flatterie est un -péché mortel, et qu'il ne faut jamais dire plus qu'on ne pense. - -M. BONTEMPS.--Madame, je ne tais point mes sentiments, et j'ai toujours -cru que les péchés d'amour étoient bien pardonnables. - -Mme DE MAINTENON.--Ce n'est pas ce que nos Révérends Pères Jésuites -disent; car ils comptent au rang des plus grands crimes la galanterie et -les amusements de Cour. Oui, ces Saints Pères disent que Dieu y est -offensé mortellement et que l'on se ferme par cette voie peu conforme à -la morale de Notre Seigneur, la porte du paradis. - -M. BONTEMPS, _en riant_.--Quoi, Madame, croyez-vous entièrement toutes -les idées du péché que ces religieux nous donnent? Ah! croyez-moi, ces -bonnes âmes en font un nombre que l'on ne peut condamner avec justice, -et qu'en particulier ils approuvent eux-mêmes. - -LE ROI, _en frappant sur l'épaule à M. Bontemps_.--Ma foi, Monsieur, -vous êtes admirable en conclusions, et vous avez raison; ces bons Pères -ne suivent pas toujours la morale qu'ils nous présentent[54]. - -M. BONTEMPS.--Sire, souvenez-vous que la chair est foible et sujette à -rebellion; la volonté peut être, mais..... - -LE ROI.--Ce n'est pas ce que madame de Maintenon dit; la bonne -chrétienne veut que les sens obéissent à la volonté et à la raison, qui -sont les tyrans de l'homme; cette dernière ne conclut rien, quoiqu'elle -s'oppose à tout d'une manière sévère. - -Mme DE MAINTENON.--Ah! mon illustre Prince, décidez-vous de la sorte -des facultés des créatures, qui rendront compte des biens qu'elles ont -reçus du Créateur, qui ne les a créées que pour sa gloire? - -LE ROI, _riant, à M. Bontemps_.--Ne trouvez-vous pas, Monsieur, que -madame de Maintenon est extrêmement savante? Elle se perd avec un saint -plaisir dans la contemplation des mystères divins, qui la ravissent en -admiration. - -Mme DE MAINTENON, _en soupirant_.--Hélas! mon cher Monarque, je -souhaiterois n'avoir plus aucuns sentimens pour la terre qui -m'éloignassent du ciel; mais la foiblesse humaine est si grande, que -l'on ne triomphe pas toujours de soi et de la pente naturelle qui vous -mène vers le vice. - -LE ROI, _s'éclatant de rire_.--Oh, la belle âme! Oh, la divine personne, -qui est élevée jusques aux cieux par de saints et pieux transports, qui -la distinguent des autres femmes! - -Mme DE MAINTENON, _quittant le Roi_.--Je vois bien qu'il faut céder à -Votre Majesté: mais, mon Prince, ne raillez pas davantage les -personnes qui font tous leurs efforts pour parvenir à l'Eternité. - -LE ROI.--Très-volontiers, Madame; adieu, je vous la souhaite. - - -_ENTRETIEN II._ - - _Monseigneur le_ DAUPHIN[55], _et la princesse_ DE CONTI[56]. - -MONSEIGNEUR.--Ne trouvez-vous pas, Madame, ce lieu tout charmant? Pour -moi j'y vois des beautés mille fois plus grandes qu'à Choisy, -particulièrement pour la chasse, qui est ce que j'aime le plus. - -LA PRINCESSE DE CONTI.--Je ne sais, Monseigneur, quel plaisir vous -prenez dans un exercice si pénible et si peu profitable: la défaite de -vos ennemis vous seroit mille fois plus glorieuse que celle des bêtes, à -laquelle vous ne remporterez pas grands lauriers. - -MONSEIGNEUR.--Je l'avoue, Madame, j'irois les combattre si l'on étoit -sûr des victoires; mais depuis que j'ai été sur le Rhin[57] à me -morfondre, où je n'ai eu nul avantage, la guerre ne me plait plus; -et je trouve beaucoup plus de charmes à courir des loups[58] que -j'arrête quand je veux. Dernièrement, dans la forêt de Saint-Germain mes -gens prirent deux louves qui peuploient ces bois de petits loups, et, -sans le malheur qui m'arriva, j'aurois pris le mâle: le maraut se sauva -dans une île où l'on ne put le trouver. - -LA PRINCESSE DE CONTI.--Voilà qui est fâcheux, mon Prince; mais parlons -un peu du grand chemin que le Roi fait faire depuis Versailles jusqu'à -Meudon; qu'en dites-vous? La pieuse Maintenon n'en paroît pas trop -contente. - -MONSEIGNEUR.--Parbleu, Madame, la vieille bigotte a bien d'autres choses -en tête que le chemin de Meudon! Depuis que le Roi a fait jouer les -comédiens à Trianon[59] pour la nièce du gouverneur de Versailles, -elle est devenue jalouse comme un diable. - -LA PRINCESSE DE CONTI.--Ah! la vieille proscrite! l'amour -l'inquiète-t-il encore? mais je crois que le Roi ne sera jamais aimé de -mademoiselle du Tron, quoiqu'il fasse tout son possible pour parvenir à -cette conquête: la belle est prévenue d'un amant. - -MONSEIGNEUR.--Qui est donc le galant de cette aimable fille? - -LA PRINCESSE DE CONTI.--Monseigneur, c'est le duc de ***[60] qui en est -passionnément amoureux; et qu'elle aime plus que sa vie. Voilà une copie -d'une lettre en vers, qu'on prétend qu'elle lui a écrite, qui est la -plus tendre et la plus spirituelle du monde. - -MONSEIGNEUR.--Voyons les beaux sentiments de mademoiselle du Tron. - -LA PRINCESSE DE CONTI.--Ils sont délicats et fort tendres. - -MONSEIGNEUR.--C'est ce que je demande. - -(_La princesse de Conti lit:_) - - _Lettre en vers de mademoiselle du Tron au duc de *** à - l'armée_[61]. - - Ma vertu, cher amant, ne me pouvoit permettre - Le funeste plaisir de t'écrire une lettre; - Et malgré mon amour, mon devoir inhumain, - M'a cent fois arraché la plume de la main. - Mais quoi? le mal me presse, et si je l'ose dire, - Il faut absolument ou mourir ou t'écrire. - Dans cette extrémité, mon courage se rend; - Et si je fais un mal, j'en évite un plus grand: - Car enfin je veux vivre, et l'amour m'y convie - Puisque tu reviendras me faire aimer la vie, - Et que je ne sçaurois abandonner le jour, - Sans quitter mon amant et perdre mon amour. - Dis-moi donc, notre Roi veut-il, sans résistance, - Sur tous ses ennemis exercer sa vengeance? - Trouve-t-il tant d'attraits dans ces travaux guerriers? - N'est-il pas encor las de cueillir des lauriers? - Son bras victorieux, pendant une campagne, - Fait plus qu'en soixante ans n'a pu faire l'Espagne. - N'est-ce donc pas assez? veut-il que malgré moi, - J'ose me repentir d'avoir un si grand Roi; - Et que mon coeur, outré de dépit et de rage, - Autant que les Anglois déteste son courage? - Je regrette souvent le règne des Césars, - Qui se plaisoient bien moins de vivre au Champ de Mars. - Et, dans le grand désir de revoir ce que j'aime, - Je fais presque des voeux contre la France même. - Mais toi, mon cher amant, ne me déguise rien; - La guerre te plaît-elle, et t'y trouves-tu bien? - Défaire un escadron, forcer une muraille, - Prendre une ville, un fort, gagner une bataille, - Cela te charme-t-il? et ce funeste honneur - Te plait-il aux dépens de tout notre bonheur? - Aimes-tu les lauriers qui me coûtent des larmes? - Ce qui fait tous mes maux a-t-il pour toi des charmes? - Et quand tu fais trembler un peuple malheureux, - Ne te souvient-il pas que je tremble plus qu'eux? - Que malgré tous les maux que leur fait ton courage, - Je suis plus misérable et perds bien davantage? - Arrête donc, cruel, il ne t'est pas permis - De me faire du mal plus qu'à tes ennemis. - Hélas! je le sçay bien, tu n'as plus de tendresse, - Tu ne me connois plus, la gloire est ta maîtresse: - Elle occupe aujourd'hui ma place dans ton coeur - Et je mérite moins qu'un fantôme d'honneur: - Les blessures d'amour te semblent méprisables, - Et celles du Dieu Mars te sont plus agréables. - Autrefois tu jurois qu'il te seroit bien doux - De pouvoir quelque jour mourir à mes genoux. - Mais la guerre en trois mois t'a fait changer de stile; - Tu ne veux plus mourir qu'aux pieds de quelque ville, - Et le feu de l'amour qui t'a brûlé longtems, - Cède à ce noble feu qui fait les conquérans. - Tu te ris de mes yeux et de leur doux langage, - Et crois qu'être amoureux ce n'est pas être sage. - Ingrat! seroit-il vrai, ne m'abusé-je point? - Serois-tu devenu tigre jusqu'à ce point? - M'aurois-tu violé cette foi tant jurée? - Ce feu, que je croyois d'éternelle durée, - Seroit-il en trois mois étouffé dans ton sein? - N'as-tu pu sans le perdre aller jusques au Rhin? - Je pourrois bien courir sur la terre et sur l'onde, - Et porter mon amour de l'un à l'autre monde, - Sans qu'il se puisse éteindre ou bien qu'il s'altérât? - Mais ai-je le malheur d'adorer un ingrat? - Sans doute que tu crois que c'est une bassesse, - Que d'être au Champ de Mars, songer à sa maîtresse, - Et que d'y conserver de l'amour dans le coeur, - Ce n'est pas le moyen d'acquérir de l'honneur: - Ah! que tu connois mal le chemin de la gloire! - Quoi? tous les conquérans dont nous parle l'histoire, - Et dont on vante tant le courage et le bras, - Ont-ils cessé d'aimer au milieu des combats? - Regarde un Alexandre, un César, un Pompée: - Ces grands hommes jamais ont-ils tiré l'épée, - Sans songer qu'il falloit par mille beaux exploits - Mériter la beauté qui leur donnoit des loix? - Apprens donc que l'amour renverse des murailles, - Ravage des Etats, remporte des batailles. - Si dans le Champ de Mars tu veux être vainqueur, - Tu te dois efforcer de mériter mon coeur. - C'est l'unique moyen de gagner la victoire, - Que de m'avoir toujours présente en ta mémoire. - Mais pourquoi te donner ces conseils superflus? - Mon triste coeur me dit que tu ne m'aimes plus, - Qu'en vain de quelque espoir se flatte une insensée, - Que Casal et Namur occupent ta pensée, - Que, fatiguant sans cesse, et la nuit et le jour, - Tu n'as guère de temps pour penser à l'amour; - Et que, blessé peut-être, et mourant de foiblesse, - Tu n'es point en état d'aimer une maîtresse; - Que le sang et le meurtre ont changé ton esprit, - Que ton coeur est de fer, que rien ne l'attendrit. - Ah Ciel! qu'à m'affliger je suis ingénieuse, - A m'entendre, on diroit que je crains d'être heureuse. - Non, toutes ces raisons pour lui ne valent rien; - Je ne crains point cela d'un coeur comme le tien; - Et j'ai de ta constance une trop belle idée, - Pour croire que déjà tu m'ayes oubliée. - D'un feu trop violent j'eus soin de t'enflammer, - Pour croire que déjà tu cesses de m'aimer. - Il est certain moment où, seul devant la tente, - Tu fais quelques soupirs pour ta fidèle amante; - Et, malgré les appas que la guere a pour toi, - Tu souhaites la paix peut-être autant que moi; - Tu voudrois quelquefois aller comme un tonnerre - Ravager la Hollande et terminer la guerre; - Et le mortel regret d'avoir quitté mes yeux - Contre les Hollandois te rend plus furieux. - Rapporte donc à moi ta plus louable envie; - Conserve bien tes jours pour conserver ma vie, - Et, quoique ta valeur te porte à tout oser, - Ne t'expose jamais de peur de m'exposer. - -MONSEIGNEUR.--Il faut avouer, Madame, que voilà quelque chose de bien -écrit et de bien tendre. C'est en vain que le Roi tente d'attendrir un -coeur si pénétré de passion; elle n'aimera jamais Sa Majesté, quelque -protestation qu'elle lui en fasse. - -LA PRINCESSE DE CONTI.--J'en doute fort; mais que deviendra notre -vieille dévote, si le Roi continue d'aimer cette belle fille? - -MONSEIGNEUR.--Ma foi, Madame, je n'en sais rien; ses affaires sont en -mauvais état; n'en parlons pas, la voici avec son Maure qu'elle aime -beaucoup. - - -_ENTRETIEN III._ - - _La marquise_ DE MAINTENON _et son Maure_. - -LA M{ise} DE MAINTENON.--Page, va voir où est le Roi. Je suis en peine -de ce que Sa Majesté fait. - -LE MAURE.--J'y cours sans différer d'un moment. - -Mme DE MAINTENON, _après le retour du Maure_.--Hé bien que fait le -Prince? à quoi s'occupe-t-il? - -LE MAURE.--Madame, il est dans un salon, avec le gouverneur de -Versailles et sa nièce. - -Mme DE MAINTENON.--Hélas, mon enfant, ce n'est pas pour les beaux -yeux de M. Bontemps que ce grand Monarque a tant de complaisance; il a -une autre idée qui lui fait trouver ces moments agréables. Sexe -inconstant et volage, qui n'aime que les nouveautés; vieux pécheur[62], -est-ce encore à toi de sentir les appétits de la chair, qui es tout -ruiné et rendu incapable de satisfaire une jeune coquette comme est la -du Tron? - -LE MAURE.--Madame, je ne saurois qu'y faire; mais le Roi est de fort -belle humeur. - -Mme DE MAINTENON.--C'est ce qui me chagrine.--Maure, va dire à Sa -Majesté que je viens de recevoir une lettre de l'armée du maréchal -de Boufflers[63] qui se trouve fort embarrassé dans Namur à repousser -les ennemis. - -LE MAURE.--Madame, je n'ose. - -Mme DE MAINTENON.--Tu n'es qu'un animal; j'y vais moi-même. - -LE MAURE _seul_.--Allez-y si vous voulez, vieille médaille; le Roi se -moquera de vous et aura raison. - - -_ENTRETIEN IV._ - - LE ROI, _Madame_ DE MAINTENON, _et_ M. BONTEMPS. - -Mme DE MAINTENON.--Sire, voici des nouvelles, mais non pas des -meilleures. Que dites-vous du mauvais état de nos affaires? Un exprès -est venu ce matin, qui m'a dit que Casal et Namur[64] sont assiégés par -les ennemis, et que nos généraux commencent à perdre courage. - -LE ROI.--Parbleu, Madame, je n'y puis que faire; je suis si las de la -guerre que je voudrois n'y avoir jamais songé. Les inquiétudes d'amour -sont mille fois plus douces que celles de Mars, qui ne fait que des -impressions de sang et de carnage, qui ne donne point de repos; et, pour -être partout où l'on donne une bataille, cela n'est point de mon goût. - -Mme DE MAINTENON.--C'est donc pour cela, Sire, que vous avez toujours -des retours de cette passion qui rejaillissent incessamment, quelques -prières que je fasse à saint Benoît[65] pour la continence de Votre -Majesté? O sang rebelle et désobéissant au Souverain: quand -triompherons-nous de vous? - -M. BONTEMPS.--Madame, ces petits emportements sont pardonnables à notre -grand Monarque; c'est dans les bras de Vénus qu'il se délasse des -travaux de la guerre et des soins de son royaume, qui fatiguent Sa -Majesté nuit et jour. - -Mme DE MAINTENON, _peu contente et montrant un chapelet_.--Monsieur, -ne flattons pas les Princes dans leurs défauts, par politique et par -intérêt. Voilà où mon Prince doit appliquer tous ses soins, à dire -souvent son chapelet et bien prier Dieu. - -LE ROI, _d'un ton méprisant_.--Madame, cessez de me rompre la tête de -vos dévotions outrées. Allez seulement porter une chandelle de Saint-Cyr -à votre bon saint Hilaire, afin qu'il vous rende plus discrète. - -(_Madame de Maintenon s'en va._) - - -_ENTRETIEN V._ - - LE ROI _et Mademoiselle_ DU TRON, _seule au bord d'un bassin_. - -LE ROI.--Que faites-vous ici, belle rêveuse? j'étois en peine de vous. - -Mlle DU TRON.--Sire, j'admirois l'eau comme le principe de -toutes choses, suivant la pensée d'un philosophe[66]. - -LE ROI.--Quoi, Mademoiselle, vous suivez déjà les idées de ces grands -hommes à l'âge où vous êtes? Ah! défaites-vous de ces pensées obscures -et douteuses, qui ne font que fatiguer les personnes qui s'y -abandonnent. - -Mlle DU TRON, _d'une manière précieuse_.--Sire, Votre Majesté saura -aussi que je ne m'embarrasse pas beaucoup des sentiments erronés des -philosophes; je n'en parle seulement qu'en passant, et pour me divertir. - -LE ROI.--Vous faites très-bien, ma chère demoiselle, de ne vous pas -occuper l'esprit de ces fadaises qui n'ont rien de solide; l'Amour, ce -petit Dieu des coeurs, est quelque chose de bien plus doux. - -Mlle DU TRON, _poussant un grand soupir_.--Ah! Sire, ce nom me fait -trembler. Dieux, qu'il est redoutable, cet amour que Votre Majesté -trouve si charmant! - -LE ROI.--Hé! que vous a fait, Mademoiselle, ce pauvre enfant pour le -traiter de la sorte? Ce n'est pas l'amour qui fait peur aux belles comme -vous; car je sais que vous aimez, et peut-être de plus d'une manière. - -Mlle DU TRON.--Votre Majesté, mon Prince, m'apprend qu'il y a -plusieurs amours; mais j'ai toujours cru qu'il n'y en avoit qu'un qui -soutenoit l'Univers. - -LE ROI, _se passionnant_.--Il est vrai, ma charmante, c'est -justement celui-là que je souhaite qui vous puisse blesser. Aimez-moi -donc, si vous ne l'avez pas encore fait. - -Mlle DU TRON.--Ah! Sire, je crains... - -LE ROI.--Hé! que craignez-vous, Mademoiselle? ne suis-je pas Roi? - -Mlle DU TRON.--Il est vrai, Sire; mais... - -LE ROI.--Mais vous doutez, peut-être, si je vous aimerai; ah! quelle -injustice vous me faites, mon adorable! vous n'avez que trop de mérite -et de charmes pour rendre mon amour éternel. - -Mlle DU TRON.--Ah! mon Prince, Votre Majesté ne doit pas être -surprise de cette foiblesse; l'on craint toujours ce que l'on ne veut -pas voir, et l'amour est toujours occupé de plusieurs passions. - -LE ROI.--Enfin, ma belle, venons au fait: m'aimerez-vous, ou non? Si -vous le faites, vous sauverez la vie d'un prince qui va mourir à vos -pieds, et qui, sans ce charmant aveu, seroit le plus malheureux de tous -les hommes. - -Mlle DU TRON, _en rougissant_.--Sire, qu'une déclaration tendre d'un -si grand prince embarrasse une personne comme moi! je veux tout, je -crains tout; mais hélas! je ne trouve point de force pour rien résoudre, -et je flotte toujours entre l'incertitude que mon coeur m'a fait -naître..... - -LE ROI.--Bannissez cette incertitude, Mademoiselle, et me rendez -heureux. - - -_ENTRETIEN VI._ - - LE ROI, _Mademoiselle_ DU TRON, _et Madame_ DE MAINTENON, _qui - surprend le Roi aux pieds de cette belle, dans un cabinet[67] - d'orangers_. - -Mme DE MAINTENON.--Ah! ciel, que vois-je? le Roi qui ne s'est point -souillé depuis cinq ou six ans des plaisirs de la chair, et le voici aux -pieds d'une fille! Ah! Sire, je veux qu'un ange m'emporte, si vous ne -perdez la santé qui vous reste, par vos mouvements passionnés. - -LE ROI, _faisant un signe de croix_.--Madame, je remarque que vous -extravaguez. Allez vous mettre au lit; vous êtes plus malade que vous ne -pensez. Mon bel ange aura soin de me guérir. Les blessures d'amour ne -sont pas dangereuses. - -Mlle DU TRON.--Quelquefois, Sire, ce Dieu a renversé des murailles et -gagné de grandes victoires; et tout cela en faisant souffrir bien des -peines à ceux qui les défendoient[68]. - -Mme DE MAINTENON, _présentant un petit crucifix au Roi_.--Voilà, -Sire, la véritable pierre de touche; voilà quel doit être à présent -l'objet de votre adoration; c'est là où Votre Majesté doit attacher -toutes ses affections et toutes ses pensées, sans s'amuser à ternir sa -gloire aux pieds des créatures mortelles. - -LE ROI, _en colère_.--Allez, Madame, aux petites maisons; l'on y en met -de moins folles que vous. Est-il saison de m'apporter un crucifix dans -le temps que je suis aux pieds d'un ange? Attendez du moins que j'aie -commerce avec quelque lutin, afin de l'exorciser par votre dévotion. - -Mme DE MAINTENON.--Hélas! Sire, la conversation d'une fille est à -présent plus dangereuse pour Votre Majesté, que celle du plus méchant -lutin du monde[69]. M. Fagon[70], votre premier médecin, m'a -témoigné mille fois que l'exercice d'amour ne vous vaut rien, parce -qu'il ébranle et dissipe les forces naturelles de l'homme; cependant -Votre Majesté ne peut étouffer les désirs charnels qui renaissent -toujours. Brisez les chaînes du péché, et vous attachez entièrement à -votre salut. - -LE ROI, _se radoucissant_.--Je le ferai, Madame; ce sont mes affaires, -qui ne vous regardent pas. Allez seulement vous reposer, cela fera du -bien à votre esprit, qui est en mauvais état. - -(_Madame de Maintenon s'en va._) - -LE ROI.--Parbleu, Mademoiselle, cette dame-là radote, de venir ainsi -troubler nos plaisirs. Que ne demeure-t-elle à Saint-Cyr[71], pour -donner le nécessaire à ses filles? - -Mlle DU TRON.--Sire, il paroît bien à l'emportement de madame de -Maintenon qu'elle aime Votre Majesté, puisqu'elle prend tant de part -dans ses intérêts. - -LE ROI.--Je ne puis pas bien démêler le motif qui la fait agir de -la sorte; mais je vous dirai, Mademoiselle, qu'un simple gentilhomme est -plus heureux que moi, parce qu'il peut faire ses affaires en secret. - -Mlle DU TRON.--Je vous l'avoue, Sire. - -Mme DE MAINTENON, _revenant_.--Sire, je viens dire à Votre Majesté, -que voici deux lettres que je viens de recevoir; l'une est du maréchal -de Boufflers, et l'autre m'a été donnée par M. Bontemps pour -mademoiselle du Tron: c'est une de ses tantes de Normandie qui lui mande -de venir promptement. - -LE ROI, _d'un air de dépit_.--Et l'autre, Madame, que contient-elle? -Apparemment vous en savez aussi la substance? - -Mme DE MAINTENON.--Non, Sire, je n'ai osé l'ouvrir; mais je crois que -le maréchal se plaint fort de ses soldats qui désertent à tout moment: -ce général en a perdu six mille dans Namur[72]. - -LE ROI.--Depuis un temps vous ne me dites rien que de désagréable. - -Mlle DU TRON.--Sire, je prends congé de Votre Majesté. - -LE ROI.--Où allez-vous, ma belle? demeurez, je vous prie. - -Mlle DU TRON, _après avoir lu sa lettre_ [_la lettre de sa -tante_].--Sire, je viens de lire la lettre de ma tante qui me mande -absolument; Votre Majesté aura la bonté de me laisser aller. - -LE ROI, _chagrin et trépignant du pied_.--Ah! fâcheux contre-temps, ne -cesserez vous point de me persécuter. - - -_ENTRETIEN VII._ - - LE ROI, _et le_ PÈRE LA CHAISE[73], _son confesseur_. - -LE ROI, _l'apercevant_.--Approchez, mon révérend Père, j'ai bien de la -joie de vous voir. - -LE PÈRE LA CHAISE.--Ah! Sire, celle que je sens n'est pas exprimable. Il -y a plusieurs jours que je meurs d'envie d'entretenir Votre Majesté sur -quelques affaires qui me paroissent importantes. - -LE ROI.--Parlez, mon révérend Père, qu'avez-vous à me dire d'important? - -LE PÈRE LA CHAISE, _étant entré dans le cabinet du Roi_.--Sire, je -prends la liberté de dire à Votre Majesté, qu'étant il y a quelques -jours en prières, j'eus une vision qui m'étonna fort, et où je me -trouvai très-embarrassé. L'esprit qui me parla, me dit qu'il étoit l'âme -du père Bobinet[74] mon confesseur, que le conseil céleste avoit député -pour venir me dire combien les puissances souveraines des cieux étoient -fâchées contre Votre Majesté, qui met le clergé au rang des sujets -contribuables de son royaume, en les taxant comme les autres[75]. Ce qui -ne doit pas être, suivant la pensée d'un grand Saint, qui nous dit -que ceux qui servent à l'autel doivent être exempts de tous impôts et de -toutes taxes. - -LE ROI, _fort pensif_.--Cela est-il bien véritable? Mais, mon Dieu, mon -révérend Père, ce n'est pas ma faute; si j'ai péché dans cette occasion, -ce n'est que par conseil. Messieurs de Pomponne[76], de Harlay[77], et -Pontchartrain[78], ne m'ont-ils pas porté à demander à mon clergé les -dix millions de don gratuit[79] qu'il m'a fourni pour soutenir la -guerre, qui, comme vous savez, est fort difficile à supporter[80]? - -LE PÈRE LA CHAISE.--Je l'avoue, Sire; mais cependant on murmure fort à -la cour céleste de tout ce qui se passe en France et le père Bobinet dit -encore que saint Ignace prit la parole au nom de l'assemblée, et dit, -comme en colère, qu'il étoit impossible qu'un prince qui renverse le -service divin entrât en paradis. - -LE ROI, _frappant de son chapeau sur la table_.--Parbleu, mon Père, je -n'y saurois que faire, quand tous les saints du Paradis y trouveroient à -redire, et que ce seroit un crime, j'y ai été forcé; ce n'est que pour -un bien qui est la gloire de mon Etat; et, quoique j'en aie donné les -ordres, ce ne peut être au plus à mon égard qu'un péché -philosophique[81], comme vous me l'avez dit mille fois. - -LE PÈRE LA CHAISE.--Sire, ne vous emportez pas, nous tâcherons de -réconcilier Votre Majesté avec les puissances célestes, et de rendre -véniels tous les péchés qu'elle commettra par ignorance. - -LE ROI.--Vous ferez bien, car je n'aime pas les querelles, et ne veux -pas être contredit dans mes actions. Tâchez donc, mon révérend Père, de -faire ma paix avec les saintes Intelligences, et de me bien mettre dans -leurs esprits; car autrement je craindrois fort qu'il me laissent -longtemps brûler en purgatoire pour se venger. - -LE PÈRE LA CHAISE.--Ne vous alarmez point, Sire; je donnerai un bon -passe-port à Votre Majesté pour la rendre heureuse en l'autre vie; -d'ailleurs, ne doit-elle pas tout espérer de tant de belles actions -qu'elle a faites pendant son règne, et de toutes les âmes qu'elle a -converties par ses dragons[82], que nous appelons les gendarmes du ciel? - -LE ROI.--Lorsque j'ai fait chasser les huguenots, qui ne vouloient pas -se convertir, j'ai suivi en cela les conseils que vous m'aviez donnés; -car vous savez que vous m'avez toujours dit que je ne pouvois faire une -plus belle pénitence de mes fautes passées, et acquérir plus sûrement le -Paradis, qu'en donnant tous mes soins pour l'extirpation de -l'hérésie[83], et en établissant la maison de Saint-Cyr[84]. - -LE PÈRE LA CHAISE.--Cela est vrai, Sire, et c'est aussi ce que l'on -considérera toujours comme les merveilles de votre règne. Ne doutez donc -pas que vous n'en receviez la récompense dans le ciel. - -LE ROI.--Cela suffit; adieu donc, mon révérend Père; je me recommande à -vos bonnes prières et à celles des Saints Pères de votre société. - - -_ENTRETIEN VIII._ - - _Madame_ DE MAINTENON _et Monsieur_ FAGON, _premier médecin du Roi_. - -M. FAGON.--Madame, je suis votre très humble serviteur; comment vous -portez-vous? - -Mme DE MAINTENON.--Je me porterois bien, Monsieur, si je n'avois -point de chagrin qui est, comme vous savez, un poison pour la santé. - -M. FAGON.--Il est vrai, Madame, Hypocrates nous dit aussi, dans son -traité de médecine, que les personnes gaies sont rarement malades[85]. - -Mme DE MAINTENON.--Hé, comment, Monsieur, pouvoir rire? l'on a du -chagrin à tout moment. - -M. FAGON.--Quel est donc le vôtre, Madame, ose-t-on vous le demander? - -Mme DE MAINTENON, _poussant de gros soupirs_.--Oui bien, Monsieur, -c'est le Roi qui me le donne. - -M. FAGON.--Quoi, Madame, un prince si bénin, si débonnaire pourroit vous -affliger? - -Mme DE MAINTENON.--Monsieur, le déplaisir que ce monarque me cause -est qu'il veut s'attacher de nouveau à une petite beauté qui lui donnera -bien à songer. Vous savez que l'exercice amoureux ne lui vaut rien -à l'âge où il est[86]. - -M. FAGON.--J'en conviens, Madame; l'amour rend l'homme foible et -chancelant quand il ne se conduit pas sagement; mais user un peu de -cette passion sobrement, n'est pas méchant pour la santé. Nous avons -même un de nos savants docteurs qui ordonne de temps en temps de se -servir de femmes et de vin pour se bien porter[87]. - -Mme DE MAINTENON.--De grâce, Monsieur, n'allez pas dire cela au Roi. -Ce prince, qui est naturellement sensible à l'amour, en profiteroit plus -que vous ne croiriez, et Sa Majesté se perdroit dans les combats de -Vénus. - -M. FAGON, _riant_.--Est-il possible, Madame? - -Mme DE MAINTENON, _branlant la tête_.--Il n'est que trop vrai, -Monsieur; je connois ce monarque, il pousse les choses jusques à -l'excès; et c'est son penchant que les femmes. - -M. FAGON.--Quelle est donc la beauté, Madame, qui engage à présent le -Roi? je le croyois détaché de tout attachement charnel. - -Mme DE MAINTENON.--Monsieur, est-ce que vous ne le savez pas? - -M. FAGON.--Non, Madame; qui est-ce qui me l'auroit dit? - -Mme DE MAINTENON.--C'est la nièce de M. Bontemps notre gouverneur de -Versailles, qui a ravi la liberté de ce prince, pour l'avoir vue -une fois à l'Opéra. - -M. FAGON.--Quoi, Mlle du Tron! qui auroit jamais dit que cette fille -avec son air précieux et languissant[88], auroit pris le coeur d'un si -grand prince? - -Mme DE MAINTENON.--Cependant, c'est elle-même; le Roi en est si -charmé que, hors de sa présence, il ne peut trouver de repos. - -M. FAGON.--Ah! Madame, je la plains: Il faut que ce prince fasse de -grands efforts pour contenter cette jeune amante, cela détruira -infailliblement sa santé. - -Mme DE MAINTENON.--C'est ce que je dis aussi, Monsieur; je vous prie -instamment de vous servir de tout l'ascendant que vous avez sur ce -monarque, pour le détourner de cette amourette qui lui est si -désavantageuse pour le corps et pour l'esprit, qu'il n'est occupé que de -sa nouvelle passion. - -M. FAGON.--Je ferai tout mon possible, Madame, pour persuader à ce -prince que sa santé y est intéressée; et comme Sa Majesté ajoute assez -de foi à ce que je lui dis, j'espère de réussir dans mon dessein. - -Mme DE MAINTENON.--Dieu le veuille, Monsieur, pour mon repos. Il me -souvient que, quand vous dîtes au Roi dernièrement que l'air de Meudon -lui étoit meilleur que celui de Versailles, il a cru votre conseil, -puisque Sa Majesté y va une ou deux fois la semaine, et -particulièrement depuis qu'il a sa belle en tête. - -M. FAGON.--Ne vous chagrinez point, Madame, de cette amourette: c'est un -feu volant qui passera comme les autres; il est trop ardent, à ce que -vous m'avez dit, pour être de durée. - -Mme DE MAINTENON.--Cependant, Monsieur, je ne laisse pas d'en avoir -bien du chagrin. - -M. FAGON.--Madame, vous avez trop de vertu et trop de politique pour ne -pas savoir vous contraindre; un peu de complaisance sied bien, et -principalement à la Cour où il s'en faut beaucoup servir. - -Mme DE MAINTENON.--Rien de plus vrai, Monsieur, la feinte et la -dissimulation sont les qualités les plus nécessaires aux courtisans. - -M. FAGON.--Madame, je prends congé de vous; voici le Roi qui vient, je -m'en vais au-devant. - -Mme DE MAINTENON.--Adieu, Monsieur, n'oubliez pas de dire au Roi -qu'il prenne soin de sa personne. - -M. FAGON, _prenant la main de Mme de Maintenon_.--Je n'y manquerai -pas, Madame, prenez du repos. - -Mme DE MAINTENON.--Monsieur, avant que je vous quitte, tâtez un peu -mon pouls. - -M. FAGON, _lui prenant le bras_.--Il est un peu ému, mais ce ne sera -rien; et si cela continue, mon chirurgien[89] vous saignera par la veine -céphalique et basilique[90], ce qui vous guérira indubitablement; -je vous laisse, Madame. - -Mme DE MAINTENON.--Je suis votre servante, Monsieur. - - -_ENTRETIEN IX._ - - LE ROI, _et Monsieur_ FAGON. - -LE ROI, _en souriant_.--Ah! Monsieur le médecin, comment vous -portez-vous depuis avant-hier? - -M. FAGON.--Fort bien, Sire, comme un homme qui est toujours prêt à -servir Votre Majesté, avec la plus grande inclination du monde. - -LE ROI, _lui prenant la main_.--Voilà qui est fort honnête, Monsieur, -comptez aussi sur mon amitié. - -M. FAGON.--Sire, Votre Majesté me fait plus d'honneur que je ne mérite. - -LE ROI.--Monsieur, point de compliments, asseyez-vous ici. Quelles -nouvelles m'apprendrez-vous? - -M. FAGON.--Sire, je ne sais rien de nouveau, sinon, que je trouve -un grand changement en Votre Majesté. - -LE ROI, _le regardant_.--Eh! que trouvez-vous en moi de changé? est-ce à -mon avantage ou à mon désavantage? - -M. FAGON.--Non, Sire, c'est à votre avantage. - -LE ROI, _en riant_.--Parlez donc, Monsieur le docteur, et vous -expliquez; qu'est-ce que vous remarquez en moi? - -M. FAGON.--Une abondance de santé, Sire, causée par une joie qui se -répand sur toute votre personne royale. - -LE ROI.--Bon, voilà qui va bien, Monsieur; je ne laisse pas cependant -d'avoir du chagrin de toutes les pertes que je fais cette année de tous -côtés. - -M. FAGON.--C'est le sort de la guerre, Sire, qui a toujours été de la -sorte; l'amour récompense Votre Majesté de ses pertes, en lui faisant -faire des conquêtes dans son empire. - -LE ROI, _d'un air agréable_.--Monsieur, je vois bien que vous êtes aussi -savant en amour qu'en médecine; mais, dites-moi un peu, je vous prie, -avez-vous des remèdes pour les coeurs des amants? - -M. FAGON.--Oui, Sire, je les guéris à peu de frais. - -LE ROI.--Ah! Monsieur, donnez-m'en un pour un prince qui souffre -beaucoup, qui vous en saura bien du gré. - -M. FAGON.--Sire, je ne puis guérir personne si je ne le connois; mes -herbes n'ont point d'effet, si je ne vois et ne touche. - -LE ROI, _en souriant_.--C'est moi, Monsieur, qui serai votre nouveau -malade; je vous prie, guérissez-moi donc promptement. - -M. FAGON.--Votre Majesté, Sire, n'a pas besoin de mes remèdes, étant -maître de la beauté qui l'engage; mais je prends la liberté de lui dire, -qu'un grain ou deux d'amour de plus pris par excès, sont capables de lui -faire bien du mal, et même de lui affoiblir le reste du corps. - -LE ROI.--Je vous entends, Monsieur; nous n'en prendrons pas plus qu'il -n'en faut pour se bien porter. Adieu, je vous quitte, voilà M. de -Pontchartrain. - - -_ENTRETIEN X._ - - LE ROI, _et Monsieur_ DE PONTCHARTRAIN, _ministre d'Etat_. - -LE ROI.--Eh bien, Monsieur, aurons-nous de l'argent? - -M. DE PONTCHARTRAIN.--Sire, en exécution de vos ordres, nous nous sommes -assemblés extraordinairement, pour tâcher de trouver à Votre Majesté les -sommes qu'elle demande, nous avons longtemps délibéré... - -LE ROI.--Il ne falloit pas perdre tant de temps à délibérer, et passer -promptement aux effets pour remplir nos coffres. - -M. DE PONTCHARTRAIN.--Nous le souhaitons tous ardemment; mais... - -LE ROI, _se fâchant_.--Mais, mais; ne vous ai-je pas dit que quand j'ai -commandé, je ne veux pas qu'on me contredise. - -M. DE PONTCHARTRAIN.--Sire, je prends la liberté de remontrer à Votre -Majesté que l'on ne peut à présent aller si vite; la ville et la -campagne sont ruinées par les taxes, les impôts et les contributions; -vos peuples meurent de faim[91], et sont tellement accablés de misères, -qu'ils ont beaucoup plus besoin d'un prompt soulagement, que d'être -encore surchargés par de nouveaux impôts. - -LE ROI.--Qu'ils fassent comme ils l'entendront; mais il faut bien qu'ils -payent ou qu'ils crèvent. Voilà qui est admirable! doivent-ils -travailler pour d'autres que pour moi qui suis leur Roi, et tous leurs -biens ne m'appartiennent-ils pas de droit, comme madame de Maintenon -et les bons Pères Jésuites me le représentent si souvent[92]! C'est -aussi le sentiment des principaux de ma Cour, qui disent que mes sujets -doivent s'estimer fort heureux que je leur laisse la vie et l'habit, que -je pourrois leur ôter si je voulois. - -M. DE PONTCHARTRAIN.--Il ne me convient pas, Sire, d'entrer dans cet -examen; cependant je prends la liberté de vous dire, qu'encore que Votre -Majesté soit toute puissante sur la terre, elle ne peut faire trouver de -l'argent où il n'y en a pas. Il n'y a que le Créateur de l'Univers qui -puisse faire un si grand miracle. - -LE ROI.--Enfin, Monsieur, sans tant de raisons, faites ce que vous -pourrez et mettez tout en usage; mais il faut au plus tôt de l'argent, -tant pour mes dépenses ordinaires et extraordinaires, que pour celles de -la guerre[93] et de Marly[94], dont je ne prétends pas absolument [en] -rien retrancher. - -M. DE PONTCHARTRAIN.--C'est à ces grands recouvrements que je travaille -aussi avec toute l'application possible; mais en vérité, Sire, nous -avons inventé tant de nouvelles affaires, que mon imagination en est -tarie[95], et il ne nous reste plus qu'une découverte à mettre en -oeuvre. - -LE ROI.--Quelle est donc cette découverte? - -M. DE PONTCHARTRAIN.--La voici: Messieurs d'Argouges et -Barbezieux[96], ministres d'Etat, ne pouvant plus mettre de taxes, -et voyant que les finances de Votre Majesté commencent à s'épuiser, M. -d'Argouges, toujours fertile en moyens, nous en proposa un nouveau, qui -est de mettre un impôt sur les vents; ce qui attireroit, dit-on, de -grandes sommes d'argent pour soutenir la guerre dans tout le royaume; -les mariniers, les bateliers, les meuniers et autres gens semblables, ne -pouvant se servir de cet élément sans payer la somme imposée. - -LE ROI.--Cet avis me paroît assez bon, et n'est pas à négliger. - -M. DE PONTCHARTRAIN.--L'on étendroit le règlement jusques sur les -apothicaires, qui par leurs remèdes tirent un gros profit des vents du -corps humain, et sur les médecins qui n'en tirent pas moins, et y -contribuent autant par leurs ordonnances. - -LE ROI, _se frottant le front_.--Je consentirois avec joie, si cela se -pouvoit; mais chacun se révoltera d'abord contre ce nouvel impôt, -particulièrement les médecins et les apothicaires qui crieront comme des -diables. - -M. DE PONTCHARTRAIN.--Sire, il suffit d'avoir votre consentement, nous -les réduirons comme les autres. - -LE ROI.--Monsieur, je ne sais ce que je dois faire: mon confesseur m'a -rapporté que tous les saints du Paradis crient contre moi comme des -enragés d'avoir osé taxer le service divin[97]. - -M. DE PONTCHARTRAIN.--Cela se peut-il, Sire? - -LE ROI.--Il n'y a rien de plus vrai, Monsieur; mais que le Père Bobinet, -confesseur du Père de la Chaise qui est mort depuis peu, a été député de -l'assemblée céleste pour m'en avertir. - -M. DE PONTCHARTRAIN.--C'est cependant, Sire, le dernier moyen que nous -avons trouvé pour avoir de l'argent. - -LE ROI.--Morbleu, Monsieur, je suis au désespoir de voir les côtes -de France bombardées par les Anglois et les Hollandois[98]. Je voudrois -n'avoir jamais vu Tourville[99] qui m'a conseillé de mener ma flotte -dans la Méditerranée: les alliés en ont bien su profiter et n'auroient -pas fait de même[100]. - -M. DE PONTCHARTRAIN.--Sire, c'est un malheur, mais la chose est faite. - -LE ROI.--Oui, de par tous les diables, mais je n'en suis pas mieux, et -mes forces s'affoiblissent toujours de plus en plus. - -M. DE PONTCHARTRAIN.--Rien n'est plus vrai, Sire; car les trois Etats de -Votre Majesté sont aux abois et n'en peuvent plus; le Clergé, le -Parlement et la Noblesse se sont saignés jusques à la dernière goutte de -leur sang, et je ne sais par quel nouvel impôt on pourra trouver de -l'argent. - -LE ROI, _après avoir rêvé_.--Monsieur, il me semble qu'il seroit plus à -propos de taxer les heures que les vents, parce qu'elles font toujours -leur même révolution, et que chacun s'en sert généralement sans pouvoir -s'en passer, particulièrement l'heure du berger, qui est d'une nécessité -importante aux amants. - -M. DE PONTCHARTRAIN.--Mais, comment, Sire, connoître les heures -destinées à l'amour, à moins de taxer tous les jeunes gens. - -LE ROI.--Monsieur, l'on ne sauroit manquer de comprendre au rôle de -cette taxe tous les vieux et les jeunes; car je puis vous assurer que -les vieillards aiment autant à se divertir que les autres. - -M. DE PONTCHARTRAIN.--Mais, Sire, Votre Majesté ne trouveroit-elle pas -bon d'y mettre les religieux et les abbés[101], qui font... - -LE ROI.--Ah! ciel! Monsieur, vous n'y songez pas; il est vrai que les -abbés sont amis de la galanterie; mais les autres sont de saintes -âmes qui ne font que prier Dieu nuit et jour. - -M. DE PONTCHARTRAIN.--Sire, M. de Pomponne proposa encore un autre -moyen, qui semble être une dépendance de celui que Votre Majesté veut -dire: c'est de taxer toutes les filles de joie[102] de votre royaume, et -ceux qui les entretiennent. - -LE ROI, _en riant_.--Il faut donc qu'il se mette le premier en tête; car -je sais qu'il ne hait pas les femmes[103]. - -M. DE PONTCHARTRAIN.--Cela s'entend, Sire, c'est peut-être pour avoir le -plaisir de payer et vous marquer son zèle, que ce ministre a inventé ce -moyen qui n'est pas méchant. - -LE ROI.--Cela est assez sujet à caution; mais quittons la raillerie, et -pour conclusion de cet entretien, faites fond, suivant le plan que -nous venons de faire, de me trouver au plus tôt de l'argent, et surtout -n'y manquez pas. - -M. DE PONTCHARTRAIN.--Sire, j'y ferai de mon mieux. - - -_ENTRETIEN XI._ - - LE ROI, _Monsieur_ DE CHANVALON[104], _archevêque de Paris_, _et son - Page_. - -LE PAGE.--Sire, M. l'Archevêque de Paris demande s'il n'incommodera -point Votre Majesté. - -LE ROI.--Où est-il? - -LE PAGE.--Sire, il est en bas où il attend vos ordres. - -LE ROI.--Qu'on le fasse monter. - -M. L'ARCHEVÊQUE, _en entrant_.--Sire, je vous demande pardon si -j'interromps Votre Majesté. - -LE ROI, _le saluant_.--Ah! mon cousin, ne parlez pas de cela, je sens -une joie parfaite de vous voir. Page, donnez un siége. - -_M. l'Archevêque s'assied sur un siége pliant[105]._ - -LE ROI.--Eh bien, mon cousin, comment vous portez-vous? - -M. L'ARCHEVÊQUE.--Fort bien, Sire, au chagrin près. - -LE ROI.--Comment un prélat comme vous peut-il avoir du chagrin? Vous -vivez plus content dans votre diocèse que moi dans mon Louvre. - -M. L'ARCHEVÊQUE.--Sire, les apparences sont fort trompeuses, car la paix -et la tranquillité n'y règnent pas toujours. - -LE ROI.--Quel est donc le sujet de votre inquiétude? - -M. L'ARCHEVÊQUE.--Sire, c'est une dispute qui est survenue entre M. -l'Evêque de Noyon[106] et moi, qui a été fort loin, et qui nous -rendra ennemis pour la vie. - -LE ROI.--Au sujet de quoi, mon cousin? - -L'ARCHEVÊQUE.--Sire, c'est au sujet de l'abbé Quélus[107], qui fit -dernièrement son premier sermon aux grands Cordeliers[108]. Tout -l'auditoire parut content de lui, à la réserve de quelques personnes de -qualité de mes amis, qui trouvèrent à redire à plusieurs propositions -qu'il avança, condamnées par les conciles de Trente et de Vienne, et -tout-à-fait damnables, mais que cet Evêque trouva excellentes, qui sont -des sentiments nouveaux en matière de religion. Rome, jalouse de tout ce -qu'elle enseigne, ne peut souffrir une autre doctrine que la sienne. - -LE ROI.--Eh! quels sont ces sentiments nouveaux? - -L'ARCHEVÊQUE.--Sire, ce sont ceux du quiétisme[109], dont votre royaume -est rempli, tant parmi les religieux que parmi les prêtres, dont -j'ai été bien surpris. Ces hérétiques croient, et se sont fait une idée -de faire parvenir les âmes à la perfection pendant leur vie sans -pénitence, sans austérité, sans mortification; enseignant même que -l'homme se doit tenir dans l'indifférence pour ses péchés et dans -l'abandon; et qu'il ne faut pas même demander à Dieu aucune grâce du -ciel, ayant une assurance imaginaire que l'on possède Dieu en cette vie, -en lui-même et sans milieu. - -LE ROI.--Voilà une doctrine bien pernicieuse, mon cousin; il faut y -apporter du remède. - -M. L'ARCHEVÊQUE.--C'est à quoi je vais travailler, Sire, et faire -condamner les trois livres[110] qu'on a imprimés sur ce sujet. - -LE ROI.--Vous ferez très-bien, et j'y donne ma voix avec beaucoup de -chaleur, pour le bien de mes peuples. - -M. L'ARCHEVÊQUE.--Sire, ils auront une éternelle reconnoissance d'un si -grand bienfait, et je puis bien en porter parole pour eux à Votre -Majesté. Je prends congé d'Elle, de peur de lui être importun. - -LE ROI.--Adieu, mon cousin, je vous souhaite une sainte prospérité dans -vos affaires. Prions votre bon ange qu'il vous conseille bien dans vos -entreprises. - -M. L'ARCHEVÊQUE.--Je le souhaite, Sire, pour la plus grande gloire de -Dieu. - -LE ROI, _en le quittant_.--Ah! le saint personnage, ah! le digne prélat, -et qu'il sera bien récompensé dans le ciel de toutes ses vertus. - - -_ENTRETIEN XII._ - - _Madame_ DE MAINTENON, _son valet de chambre_, _et le sieur_ - BERNIER, _chirurgien du Roi_. - -Mme DE MAINTENON, _au valet de chambre_.--Mon Dieu, La Fortune[111], -je n'en puis plus, j'ai des vapeurs qui me tuent et me montent à tout -moment: Va, je te prie, chercher le chirurgien du Roi, afin qu'il me -saigne. - -LA FORTUNE.--Madame, c'est une chose assez surprenante qu'à l'âge où -vous êtes[112], les vapeurs vous incommodent si fort. - -Mme DE MAINTENON.--Tu vois, mon enfant, j'en suis plus fatiguée que -jamais, comme si je n'avois que quinze ans. - -LA FORTUNE.--Madame, c'est un mal de mère, que l'on a bien de la peine à -guérir surtout quand la matrice... - -Mme DE MAINTENON.--Ne raisonne pas davantage, va où je te dis. - -LA FORTUNE.--J'y cours, Madame. - -Mme DE MAINTENON, _seule_.--Peut-on voir un impertinent pareil à ce -garçon? est-ce à un valet de parler de mal de femme, et de matrice? Oh! -siècle avancé où toutes choses sont prématurées! chacun raisonne de -tout, sans respect et sans distinction. - -LA FORTUNE, _tout essoufflé_.--Madame, Monsieur Bernier[113] va venir -tout à l'heure, il m'a prié seulement de vous dire, que vous eussiez la -bonté d'attendre qu'il eût saigné la cavale du prince de Conti, qui -vient d'être blessée, et qu'il aime autant que lui-même. - -Mme DE MAINTENON.--Le compliment est assez honnête; la belle -comparaison qu'il fait d'une cavale à moi! de quoi s'avise-t-il d'aller -saigner une cavale? - -LA FORTUNE, _en riant_.--Madame, un chirurgien, un médecin et un -maréchal[114], ne mettent point de différence entre toutes les -bêtes et les animaux qu'ils pansent, pourvu qu'ils gagnent de l'argent. - -Mme DE MAINTENON, _en colère_.--Va, tu n'es qu'un sot, La Fortune, -avec tous tes petits raisonnements; cours dire à Bernier qu'il vienne -promptement, que le Roi en a à faire. - -LA FORTUNE, _bas_.--Peste soit de la vieille P...[115]; je voudrois -qu'il te mît la lancette si avant qu'elle n'en sortît jamais pour tes -péchés. - -M. BERNIER, _arrivant_.--Ah! Madame, mille excuses de vous avoir tant -fait attendre; j'étois occupé au service du prince de Conty. - -Mme DE MAINTENON, _d'un air fier_.--Vraiment vous lui rendez là un -beau service, de saigner sa cavale! c'est le fait d'un maréchal, mais -non pas le vôtre. - -M. BERNIER.--Madame, c'est la plus jolie bête du monde, qu'il aime comme -sa vie, et je n'ai pu me dispenser de lui rendre un tel office. - -Mme DE MAINTENON.--Je vois bien, Monsieur, que les gens de votre -trempe font tout pour de l'argent; mais quoi qu'il en soit, entrons en -matière. Je veux que vous me saigniez du pied à l'eau[116], pour -m'apaiser les vapeurs qui me montent incessamment, et qui me rendent -rouge comme vous me voyez. - -M. BERNIER.--Le remède est admirable, Madame, pour se rafraîchir le -sang. - -Mme DE MAINTENON.--Il faut que le Roi se fasse aussi saigner, car je -remarque que ce prince a le sang fort échauffé depuis qu'il... - -M. BERNIER, _en riant_.--Il n'y a point de doute, Madame, les jolies -femmes incommodent toujours la santé des hommes, parce qu'ils font plus -que leurs forces. - -Mme DE MAINTENON.--Hélas! mon cher Monsieur, le Roi se perdra. - -M. BERNIER.--Madame, notre grand monarque reviendra de cette mort. - -Mme DE MAINTENON.--Avec bien de la peine; à l'âge où il est, la -nature s'épuise. - -M. BERNIER.--Madame, voilà ma lancette prête; vous plaît-il que je vous -saigne? - -Mme DE MAINTENON.--Très-volontiers, Monsieur; tenez, voilà mon pied: -songez que je suis difficile à tirer du sang. - -M. BERNIER.--Ne craignez rien, Madame, nous en viendrons à bout; tournez -seulement la tête, et ne vous mettez point en peine du reste. - -Mme DE MAINTENON.--La Fortune, apportez un bassin et de l'eau. - -LA FORTUNE.--Madame, en voilà. - -M. BERNIER.--Madame, c'est fait. - -Mme DE MAINTENON.--Quoi, Monsieur, si promptement, sans que je l'aie -presque senti? A la vérité, vous êtes un brave homme, et ce n'est pas -sans raison que le Roi vous aime. - -M. BERNIER, _en faisant une profonde révérence_.--Madame, je suis votre -serviteur aussi bien qu'à Sa Majesté, qui a mille bontés pour moi, -sans que je les aie méritées. - -Mme DE MAINTENON.--Monsieur, sans compliment, prenez l'argent que -voici. - -M. BERNIER _s'en défend_.--Vous vous raillez de votre valet, Madame; je -vous ai bien d'autres obligations, et je n'en ferai rien. - -Mme DE MAINTENON.--Monsieur, je vous prie, mettez ce louis d'or[117] -dans votre poche. - -M. BERNIER.--Madame, c'est donc pour vous obéir; commandez à votre -très-humble serviteur quand il vous plaira. - -Mme DE MAINTENON.--Cela suffit, Monsieur, adieu, je vous quitte. - - -_ENTRETIEN XIII._ - - LE ROI _et Mademoiselle_ DU TRON. - -LE ROI, _à genoux devant cette belle_.--Enfin, adorable mignonne, -l'amour que je sens pour vous n'est plus exprimable. Ah! quels -redoublements et quels transports inconnus vous me causez! - -Mlle DU TRON.--Sire, Votre Majesté change de couleur. - -LE ROI, _se pâmant_.--Ah! mon bel ange... ma divine... je n'en puis -plus... je me pâme. - -(_Le Roi tombe évanoui._) - -Mlle DU TRON, _lui prenant la main_.--Ah! Ciel, Sire, que vous -m'embarrassez par votre foiblesse; revenez, mon cher prince, de ce -triste état, ou je vais mourir moi-même. - -_Le Roi toujours pâmé._ - -Mlle DU TRON, _lui baisant la bouche, continue_.--Mon illustre -monarque, que vous m'alarmez! vous me donnez de mortelles inquiétudes, -hélas! que dira madame de Maintenon si elle vous trouve en cet état? Que -deviendrai-je alors? - -LE ROI, _revenant de son évanouissement, dit_:--Mon petit amour, ma -charmante, où ai-je été? que le paradis des amants est un séjour -délicieux, et quel plaisir de s'y perdre avec vous! - -Mlle DU TRON, _soupirant_.--Que vous m'avez causé de peine, Sire, en -voyant Votre Majesté changée! - -LE ROI, _lui baisant la main_.--Mon Dieu, ma chère demoiselle, que vous -êtes bonne de vous affliger pour un pauvre prince qui mérite si peu de -vous adorer, mais qui vous aime plus que sa vie. - -Mlle DU TRON.--Sire, serois-je assez malheureuse pour vous avoir -causé cette foiblesse? - -LE ROI.--Appelez-vous foiblesse, mon bel ange, la chose du monde qui me -rend le plus heureux? Non, non, j'en chéris la cause comme mon unique -bien. - -Mlle DU TRON.--Mon auguste prince, ménagez donc la tendresse que vous -avez pour moi, de crainte que Votre Majesté ne devienne malade, ce qui -me mettroit au désespoir. - -LE ROI.--Peut-on, Mademoiselle, se posséder, lorsqu'on est charmé de -vous? Vous inspirez aux personnes qui vous voient des sentiments -qu'elles n'ont jamais eus, et qu'un mortel ne peut exprimer. - -Mlle DU TRON.--Mes charmes, Sire, sont donc bien extraordinaires, -puisque les mortels ne les peuvent connoître? - -LE ROI.--Ah! qu'ils sont puissants! ah! qu'ils sont merveilleux, ma -divine beauté! - -Mlle DU TRON.--Sire, Votre Majesté va retomber dans son -évanouissement, si elle y songe davantage. - -LE ROI.--Non, non, Mademoiselle, je sens quelques forces qui viennent à -mon secours. - -Mlle DU TRON.--Tant mieux, Sire, j'en suis ravie, et cela vient à -propos, car voici Madame de Maintenon qui paroît. - -LE ROI.--Eh! où va cette vieille jalouse? Elle enrage de n'être plus -jeune, et de ne pouvoir charmer. - -Mlle DU TRON.--Quoi! dans l'âge où elle est? - -LE ROI.--Oui, sans doute, et la bonne dame est plus amoureuse que -jamais. Cachez-vous, mon soleil, pour un moment. - -Mlle DU TRON.--Il le faut bien. - - -_ENTRETIEN XIV._ - - LE ROI, _Mademoiselle_ DU TRON, _cachée_, _et Madame_ DE MAINTENON. - -LE ROI, _la saluant_.--Où allez-vous donc, Madame, avec tant -d'empressement? - -Mme DE MAINTENON.--Sire, j'appréhendois que Votre Majesté fût trop -longtemps seule; c'est pourquoi je viens l'entretenir. - -LE ROI, _voulant la conduire_.--Madame, je vous quitte[118] de ces soins -obligeants; aujourd'hui j'ai des embarras en tête, qui demandent la -solitude. Un courrier m'a dit ce matin le pitoyable état où mes côtes -sont réduites, Saint-Malo, etc...[119] bombardés et réduits en cendres, -sont des choses bien sensibles pour un prince qui se voyoit il n'y -a pas longtemps maître des mers. - -Mme DE MAINTENON.--Peut-être, Sire, que le dommage n'est pas si grand -que l'on croit, et que pour peu de chose on rétablira ce désordre. - -LE ROI, _d'un ton chagrin_.--Parbleu, Madame, vous n'en savez rien; l'on -ne rétablira pas la ville de Saint-Malo pour cent mille écus. - -Mme DE MAINTENON.--Enfin, Sire, ce sont des coups du ciel que l'on -n'a pu éviter, et il faut s'y résoudre. - -LE ROI.--Je l'avoue, Madame; mais cela n'en est pas moins désagréable. - -Mme DE MAINTENON.--Mon cher prince, il me semble que ce sont vos -péchés qui sont cause de ces châtiments si touchants; n'y -réfléchissez-vous point quelquefois? - -LE ROI.--Ce n'est pas à vous, Madame, que j'en dois rendre compte; -l'homme est né pour pécher, et sans le péché la miséricorde de Dieu -seroit inconnue sur la terre. - -Mme DE MAINTENON.--Il est vrai, Sire; mais Votre Majesté croit-elle -que Dieu autorise tous les plaisirs criminels que la corruption du -siècle ne fait passer que pour bagatelles et pour de simples -passe-temps? Elle devroit éviter avec soin tous les plaisirs inutiles, -qui sont de vrais obstacles au salut. - -LE ROI.--Eh! quels sont ces plaisirs inutiles, Madame, que vous -condamnez de la sorte? La nature n'a rien fait en vain. - -Mme DE MAINTENON.--C'est la galanterie, et ces amusements de Cour par -lesquels le Seigneur est offensé. - -LE ROI, _en riant_.--Bon, n'est-ce que cela? pure bagatelle, Madame; ce -sont les actions les plus innocentes de l'homme que celles de l'amour, -et où il entre le moins de crime. N'est-ce pas la nature qui les a -formées elle-même? Est-il donc rien de plus injuste que de condamner un -penchant si doux et si universel? - -Mme DE MAINTENON.--Je sais bien, Sire, que c'est celui qui vous -entraîne. Il faut donc se rendre, sans combattre davantage vos -sentiments. Mon Dieu, que Votre Majesté me paroît changée, depuis -qu'elle voit Mademoiselle du Tron! - -LE ROI.--En quoi, Madame, me trouvez-vous si changé? - -Mme DE MAINTENON.--En toutes manières. - -LE ROI.--Mais encore, Madame? - -Mme DE MAINTENON.--En votre personne royale, en vos sentiments. -Hélas! avant la vue fatale de cette syrène, Votre Majesté avoit un -langage bien plus édifiant! - -LE ROI, _avec mépris_.--Vous êtes dans l'erreur, Madame; c'est la force -de votre dévotion qui vous inspire ces idées chagrines, qui ne viennent -que d'une bile noire qui se répand dans vos veines. Prenez médecine, si -vous m'en croyez, pour dissiper ces méchantes humeurs qui vous rendent -insupportables à vous-même. - -Mme DE MAINTENON, _se fâchant_.--Sire, je mettrai en usage ce remède -que Votre Majesté me donne; et pour ne pas l'importuner davantage, je -prends congé d'Elle. - -LE ROI.--Allez, Madame, vous ne sauriez mieux faire. - -_Madame de Maintenon s'en va._ - -LE ROI, _seul_.--O ciel, que cette femme est insupportable avec son -esprit jaloux! Tout l'incommode, tout la chagrine, et rien ne lui plaît, -sinon l'encens que l'on lui donne. Mais quel moyen de dire toujours des -douceurs à une personne comme elle, de qui les appas sont usés et dans -la dernière décadence? Non, je ne le puis faire, mon penchant ne me le -peut permettre, et la présence d'une beauté naissante me fait renaître. -Il est des moments dans lesquels, sans ce secours innocent, la vie me -seroit à charge. La vieille dévote a beau prêcher la pénitence sur ce -sujet, je ne m'en puis passer. - - -_ENTRETIEN XV._ - - LE ROI _et Mademoiselle_ DU TRON. - -LE ROI, _en souriant_.--Eh bien! Mademoiselle, vous avez entendu le beau -sermon que Madame de Maintenon m'a fait; que dites-vous de son -éloquence? - -Mlle DU TRON.--Sire, je dis que cette dame est infiniment savante, et -qu'elle a la plus belle rhétorique du monde. - -LE ROI.--Il est vrai, Mademoiselle, elle est toute sublime. - -Mlle DU TRON.--Elle est animée d'un si grand zèle, qu'elle persuade -facilement ce qu'elle dit, et rien ne touche plus que sa conversation. - -LE ROI.--La vôtre, ma chère demoiselle, est bien d'un autre prix; elle a -pour moi des charmes qui ne se trouvent point ailleurs. - -Mlle DU TRON.--Sire, Votre Majesté a trop de bonté pour moi, et je ne -mérite pas une préférence si avantageuse; mais je vois M. de -Pontchartrain qui monte l'escalier; apparemment ce ministre veut -entretenir Votre Majesté sur quelques affaires. - -LE ROI, _chagrin_.--Cela se peut bien, Mademoiselle; mais, dieux! que -cet importun vient mal à propos interrompre mes plaisirs! Je suis plus à -plaindre que le plus chétif gentilhomme de mon royaume, n'ayant pas la -liberté d'entretenir ce que j'aime; cependant je vois bien qu'il faut -encore me résoudre à l'écouter. - -Mlle DU TRON.--Sire, il ne demeurera peut-être pas longtemps. - -LE ROI.--Hélas! je le souhaite, mais je connois trop ces messieurs; leur -conversation est toujours longue. - - -_ENTRETIEN XVI._ - - LE ROI, _Mademoiselle_ DU TRON _et Monsieur_ DE PONTCHARTRAIN. - -_Mademoiselle du Tron, à l'arrivée de ce ministre, se retire comme -auparavant pour le laisser seul avec le Roi._ - -M. DE PONTCHARTRAIN, _s'en apercevant, dit_:--Sire, j'interromps sans -doute Votre Majesté, étant occupée si agréablement. - -LE ROI, _d'un air chagrin_.--Monsieur, vous êtes toujours le bien venu; -mais je ne suis pas présentement en humeur de vous entretenir. - -M. DE PONTCHARTRAIN.--Sire, je m'en vais, plutôt que d'être incommode à -Votre Majesté. - -LE ROI, _en le retenant_.--Demeurez, Monsieur, puisque vous voilà; -qu'avez-vous à me dire? - -M. DE PONTCHARTRAIN.--Sire, le sujet qui m'amène est celui des impôts -dont Votre Majesté m'a parlé l'autre jour. - -LE ROI, _d'un air sévère_.--Eh bien, Monsieur, avancez; que voulez-vous -dire? - -M. DE PONTCHARTRAIN.--Sire, je viens vous représenter que l'impôt sur -les vents qui avoit été projeté, s'étant divulgué malgré moi dans Paris, -chacun murmure contre les ordres de Votre Majesté, et que le peuple -crie, et se mutine avant qu'on lui fasse du mal. - -LE ROI.--Monsieur, je me moque du peuple et de ses cris. Il faut -soutenir la guerre à quelque prix que ce soit. - -M. DE PONTCHARTRAIN.--Je le sais bien, Sire; mais cependant on ne peut -fermer les oreilles à tout ce qui se dit. - -LE ROI.--Eh bien, il faut laisser parler le monde et continuer d'agir. -Mais enfin avançons, quel est votre but? - -M. DE PONTCHARTRAIN.--Sire, c'est de vous communiquer un avis qui paroît -être utile à votre dessein: je l'ai trouvé écrit en un papier que -quelqu'un a mis dans mon cabinet sur ma table. - -LE ROI.--Voyons-le au plus vite, je vous prie, car... - -M. DE PONTCHARTRAIN.--Un fameux pilote expérimenté a fait une nouvelle -découverte d'une probette[120], qui fait connoître la force et les -relâchements des vents, et combien par chaque air de vent on peut faire -de lieues en une heure; ce qui nous est nécessaire pour mettre un impôt -sur cet élément. - -LE ROI.--Eh bien, faites faire l'expérience de cet instrument; et s'il -se trouve bon et juste, on n'a qu'à s'en servir. - -M. DE PONTCHARTRAIN.--Auprès de ce papier j'en ai trouvé un autre, qui -vient, à ce qu'il me paroît, de quelque esprit satirique; il contient -des remontrances que les vents ont adressées à Votre Majesté; si Elle -n'y fait pas droit, elles pourront la divertir. Les voici. - -LE ROI.--Voyons donc vite, car je suis sans cesse exposé à lire et -entendre bien des sottises. - -_Le Roi lit:_ - - TRÈS-HUMBLES REMONTRANCES DES VENTS ET DES ZÉPHIRS, AU ROI. - - Puissant et souverain Monarque, Nous, Éléments, habitants de - l'air, enfants d'Éole notre Père, favoris des astres, nous - soupirons et nous nous abaissons tranquillement devant Votre - Majesté, pour lui faire connoître notre profond chagrin, et lui - demander justice. Nous voyons avec un extrême regret que ses - ministres nous veulent assujettir à un dur esclavage de - maltôte[121], honteux pour notre franchise que nous avons reçue de - la nature; comme elle nous a placés au plus éminent et au plus - beau séjour qu'elle ait formé, nous ne pouvons souffrir de - contrainte sur notre liberté. De plus, Sire, l'auteur souverain de - la nature nous a créés pour le bien et la satisfaction des hommes, - qui ne peuvent vivre sans nous. Quelle tyrannie ce seroit de nous - voir sous le joug d'un impôt infâme qui arrêteroit notre course - céleste et naturelle, en nous privant de nos avantages! - Permettez-nous donc, grand Roi, de nous retirer de France sans - être dragonnés, ni bombardés, et de nous réfugier dans des pays de - paix où les puissances souveraines ne troublent point leurs sujets - par aucune tyrannie, faute de quoi, nous déclarons à Votre Majesté - que nous serons contraires à toutes ses flottes qu'elle mettra sur - mer, et à tout ce qu'elle entreprendra sur les eaux. Nos chères - Soeurs, même nos Zéphirs qui lui ont été si favorables, ont résolu - de ne plus paroître dans ses palais, ni dans les belles solitudes - qui font ses délices. Combien de fois, Sire, avez-vous loué notre - agréable fraîcheur, étant aux pieds des beautés qui vous ont - enchanté! Tous ces bienfaits sont oubliés aussi bien que ceux des - Vents nos alliés, qui ont tant de fois favorisé vos armées - navales. Souvenez-vous donc, illustre Prince, de toutes nos - faveurs, et ne nous ôtez point notre liberté ordinaire, à faute de - quoi, nous vous quittons tous pour n'être plus occupés qu'au - service de l'Empereur[122], le grand Achille de ce siècle, qui - fait respirer le repos et la paix dans l'île Britannique et dans - les pays où il règne. - - _Signé_: LES VENTS ET LES ZÉPHIRS. - -LE ROI, _en colère_.--Je me soucie fort peu de ces menaces et de leurs -impertinents auteurs; je ne veux avoir aucun égard pour les éléments, -ils m'ont trop peu favorisé dans cette dernière guerre. - -M. DE PONTCHARTRAIN.--Sire, vous savez que les vents ne sont pas la -cause que votre flotte est dans la Méditerranée; c'est la faute d'un -ingénieur du parti ennemi, qui a trahi Votre Majesté. - -LE ROI.--Je l'avoue, Monsieur; mais cependant, malgré toutes ces -raisons, il nous faut de l'argent à quelque prix que ce soit. - -M. DE PONTCHARTRAIN.--Je le sais fort bien, Sire, aussi vos ordres -passeront; c'est ce que nous avons arrêté dans notre conseil. - -LE ROI.--Je vous en prie, Monsieur, et donnez-moi du repos, je vous -serai obligé. Adieu, jusqu'à une autre fois. - -_M. de Pontchartrain s'en va._ - - -_ENTRETIEN XVII._ - - LE ROI _et Mademoiselle_ DU TRON, _qui sort du cabinet où elle - s'étoit retirée_. - -LE ROI.--Quel chagrin pour moi, ma belle demoiselle, de ne pouvoir jouir -de la liberté qui est si commune aux hommes! toujours fatigué -d'affaires, je me vois malgré moi privé de ce doux repos, de cette -innocente paix, qui fait tout le bonheur de la vie. Oh! je suis résolu -de ne voir plus personne que mon bel enfant, et je défendrai à mes pages -et à mes gardes de laisser entrer personne lorsque nous serons ensemble. - -Mlle DU TRON.--Votre Majesté a raison, Sire; c'est une peine -effroyable que d'être sans cesse occupé du monde; il est des heures et -des moments où la solitude a bien des charmes pour les coeurs. - -LE ROI, _se passionnant_.--Il est vrai, ma divine, particulièrement -quand on est avec vous, qui donnez des agréments aux déserts les plus -affreux. - -Mlle DU TRON, _en riant_.--Sire, Votre Majesté est toujours galante. - -LE ROI, _lui donnant un baiser_.--Qui ne le seroit avec vous, ma chère -demoiselle, qui inspirez les beaux sentiments? - -Mlle DU TRON, _d'un air tendre_.--Mon illustre Monarque, que l'amour -a d'attraits pour des coeurs bien unis, et qu'il est difficile de -résister à ses coups charmants! Mon Dieu, que je sens de foible dans mon -âme, et que je me vois peu en état de les repousser. Ah! Sire, ayez -pitié de ma foiblesse! - -LE ROI, _voulant profiter de ce moment favorable à sa passion, demeure -court, et dit auparavant_:--Oui, je la vais secourir, cette foiblesse si -ravissante, adorable beauté; mais que dis-je? des charmes si -extraordinaires ne me permettent plus d'avancer, et je sens mes forces -qui m'abandonnent. Hélas! faut-il pour mon malheur, que je me trouve -incapable de vous servir? - -Mlle DU TRON, _rougissant_.--Sire, la course est trop pénible pour -Votre Majesté. - -LE ROI, _confus, en l'embrassant_.--Mon petit amour, me pardonnez-vous -cette infortune? Hélas! la nature et le trop d'amour m'ont trahi dans le -même temps. - -Mlle DU TRON.--Oui, oui, mon cher Prince, je n'y songe pas; c'est un -défaut commun aux amants sur le retour. - -LE ROI.--Ah! que votre sincérité me plaît! il est vrai, Mademoiselle, -qu'à mon âge l'on n'est plus bon soldat d'amour. Ce Dieu qui est dans sa -vigueur, n'enrôle sous ses étendards que de jeunes personnes capables de -soutenir les batailles auxquelles il les expose; je veux, et je ne puis. -O désirs inutiles et qui ne finissent rien! - -Mlle DU TRON.--Mon Prince, ne vous chagrinez pas; Votre Majesté sort -triomphante d'une attaque amoureuse. - -LE ROI.--Que vous êtes bonne, Mademoiselle, d'excuser mes défauts! - -Mlle DU TRON.--Sire, je suis obligée de vous quitter; Votre Majesté -aura, s'il lui plaît, la bonté de me le permettre. - -LE ROI.--Où allez-vous, ma Déesse? - -Mlle DU TRON.--Il faut que je sorte pour une chose indispensable. - -LE ROI.--Je serois au désespoir de vous contraindre; mais, mon cher -coeur, revenez le plus tôt que vous pourrez si vous voulez me -retrouver en vie. - -Mlle DU TRON.--C'est à quoi, Sire, je ne manquerai pas. - -LE ROI, _en la quittant_.--Ah! qu'il est dur de se séparer de ce que -l'on aime. - - -_ENTRETIEN XVIII[123]._ - - LE ROI, _le mareschal_ DE DURAS[124], _capitaine des Gardes du - corps de Sa Majesté_, _Monsieur_ DE BRISSAC[125], _major des Gardes - du corps_, _et_ DEUX PAGES _de la Chambre_. - -LE ROI.--Monsieur, je vous prie de ne laisser entrer personne -aujourd'hui; j'ai mes raisons de n'être point visible. - -M. DE DURAS.--Sire, il suffit que Votre Majesté l'ordonne. - -LE ROI.--Oui, je le veux ainsi, Monsieur; vous m'obligerez. - -M. DE BRISSAC, _à M. de Duras_.--Le Roi le commande, il faut suivre ses -ordres exactement. - -UN PAGE DE LA CHAMBRE[126], _à M. de Brissac_.--Monsieur, voici le -carrosse de Son Altesse Royale Monsieur le Duc d'Orléans, qui vient au -château. - -M. DE BRISSAC.--Dites que Sa Majesté n'est pas ici. - -LE PAGE.--Eh! où dirai-je qu'elle est, si ce Prince le veut savoir -absolument? - -M. DE DURAS.--Vous répondrez, Monsieur, que le Roi est monté à cheval, -mais que vous ne savez de quel côté Sa Majesté est allée. - -LE PAGE.--Cela suffit. - -L'AUTRE PAGE DE LA CHAMBRE, _riant, à M. de Duras_.--Monsieur, parce que -le Roi ne veut voir personne aujourd'huy, voici encore M. de Noyon, qui -vient rendre visite à Sa Majesté. - -M. DE BRISSAC, _s'éclatant de rire_.--C'est toujours de pis en pis; -faites à tous ceux qui viendront le même compliment. - - -_ENTRETIEN XIX._ - - _Monsieur le_ DUC D'ORLÉANS[127]; _Monsieur_ L'EVÊQUE DE - NOYON[128] _et les deux_ PAGES DE LA CHAMBRE. - -M. LE DUC D'ORLÉANS.--Messieurs, le Roi est-il en haut; peut-on lui -parler? - -UN DES PAGES.--Non, Monsieur, Votre Altesse saura que Sa Majesté est -montée à cheval, mais nous ne savons où Elle est allée. - -M. DE NOYON, _arrivant, dit tout haut, à l'autre Page_.--Monsieur, -peut-on voir le Roi? - -L'AUTRE PAGE.--Non, Monseigneur, il est sorti à cheval. - -M. LE DUC D'ORLÉANS, _à M. de Noyon_.--Il me paroît que nous ne sommes -pas plus heureux l'un que l'autre. - -M. DE NOYON.--Hélas! tout de même; il faut que Votre Altesse Royale se -console aussi bien que moi; la fortune nous favorisera une autre fois -davantage. - -M. LE DUC D'ORLÉANS.--Il faut l'espérer. - -M. DE NOYON.--Messieurs, vous présenterez mes respects au Roi, et direz -à Sa Majesté que j'étois venu lui faire la révérence, et en même temps -l'entretenir de quelques affaires importantes. - -LES PAGES.--Nous n'y manquerons pas, Monseigneur. - -M. LE DUC D'ORLÉANS.--Vous lui direz aussi, je vous prie, que j'étois -venu pour avoir l'honneur de La saluer. - -LES PAGES, _faisant une profonde révérence_.--C'est assez, mon Prince, -nous suivrons vos ordres. - -M. LE DUC D'ORLÉANS, _à M. de Noyon_.--Allons, mon cousin, remontons en -carrosse. - - -_ENTRETIEN XX._ - - LE ROI, _dans son cabinet, seul avec Mademoiselle_ DU TRON. - -LE ROI.--Je viens, Mademoiselle, d'éviter un grand embarras par les -ordres que... - -Mlle DU TRON.--Eh! quel est-il mon Prince? - -LE ROI.--Celui des visites qui m'auroient sans doute accablé de -complimens; mais j'en suis délivré, grâce au Ciel. - -Mlle DU TRON.--J'en suis ravie, Sire; quel chagrin de n'être point à -soi quand on le veut! En vérité, les personnes Royales sont exposées à -mille et mille inquiétudes qui les rongent à tout moment. - -LE ROI, _en riant_.--On trouve le moyen de s'en défaire quand on le -veut, ma belle; il suffit de le vouloir. - -Mlle DU TRON.--Je n'en doute pas, Sire, mais... - -LE ROI, _en s'approchant d'elle_.--Où avez-vous donc été, Mademoiselle, -depuis que j'ai eu le chagrin de vous quitter? - -Mlle DU TRON.--Sire, j'ai été prendre l'air dans le parc, où j'ai -goûté mille plaisirs. - -LE ROI.--Quoi, Mademoiselle, toute seule en cet endroit solitaire? - -Mlle DU TRON.--Oui, Sire, je l'aime passionnément, et j'en fais mes -délices; je ne trouve rien de si agréable que la rêverie. - -LE ROI.--En amour, Mademoiselle, c'est quelque chose de charmant quand -deux coeurs sympathisent bien ensemble; de petites absences ont je ne -sais quoi de ravissant; serois-je bien le motif de votre rêverie? - -Mlle DU TRON.--C'est quelque chose d'approchant, mon Prince. - -LE ROI.--Parlez, belle mignonne, parlez, m'aimez-vous? suis-je assez -fortuné pour jouir d'un si grand bien? - -Mlle DU TRON.--Mon Dieu, mon illustre Prince, qu'il est inutile de -vous le dire! un monarque comme vous, le plus aimable du monde, peut-il -en douter? Il ne faut avoir qu'un coeur et des yeux pour sentir -véritablement qu'on aime Votre Majesté, quand elle n'auroit ni sceptre -ni couronne; et l'amour se feroit un reproche sensible de ne pas faire -adorer un grand héros comme vous. - -LE ROI.--Ah! Mademoiselle, que vous êtes honnête! et qui peut -reconnoître tant de bontés! mais hélas! que ne suis-je assez pénétrant -pour démêler l'amour d'avec la civilité! Ce mot «je vous aime», est fort -facile à prononcer; mais qu'il est difficile à remplir! - -Mlle DU TRON.--Je l'avoue, Sire. - -LE ROI.--Une véritable tendresse est hors de prix; mais l'on s'en pique -rarement aujourd'hui, où la politique et l'intérêt triomphent en tyrans -des coeurs mercenaires. - -Mlle DU TRON, _rêveuse, ne répond rien_. - -LE ROI _lui dit_.--Où en êtes-vous, belle rêveuse? - -Mlle DU TRON, _en remuant la tête_.--Sire, j'en suis en l'île de -Tendresse[129], que j'ai trouvée remplie d'un nombre infini d'amants, -empressés, mais peu sincères. - -LE ROI, _en riant_.--Vous n'éprouverez pas Mademoiselle, un pareil sort; -mais ce que vous dites dans le général n'est pas une fiction, la chose -est plus réelle que vous ne pensez. - -Mlle DU TRON.--Je le sais fort bien, Sire, c'est aussi pour cela que -je le dis. - -LE ROI.--Vos rêveries, Mademoiselle, sont si spirituelles, que je suis -curieux de reconnoître cet heureux endroit de mon parc, que vous me -marquez vous en avoir fait naître de si agréables. - -Mlle DU TRON.--Sire, il est fort facile de satisfaire Votre Majesté, -il ne tiendra qu'à Elle d'en être bientôt le témoin oculaire; -d'ailleurs, le temps est fort beau pour la promenade. - -LE ROI.--Cela est vrai, et nous nous en trouverons mieux de prendre un -peu l'air. Allons-y donc promptement. - - -_ENTRETIEN XXI._ - - LE ROI, _Mademoiselle_ DU TRON, _Madame_ DE MAINTENON _et - Monsieur_ FAGON. - -_Le Roi entre dans le parc avec Mademoiselle du Tron; Madame de -Maintenon, l'apercevant, va au-devant de lui, suivie de M. Fagon, et -dit:_ - -Mme DE MAINTENON.--Quoi, Sire, toujours occupé avec les dames, -pendant que vos ennemis prennent et bombardent vos villes? Ah! -croyez-moi, Votre Majesté ne gagnera pas de batailles à Meudon, à -Versailles ni à Marly; il faut qu'elle fasse d'autres efforts pour -cueillir des lauriers cette campagne. Voyez les dépêches qu'un courrier -vient d'apporter, qui marquent que nos affaires sont en très-mauvais -état par mer et par terre. - -LE ROI, _en colère et d'un ton fort haut_.--Parbleu, Madame, de quoi -vous mêlez-vous? Vous êtes toujours sur pied. Et de qui viennent ces -dépêches? - -Mme DE MAINTENON.--Je ne sais pas bien encore, Sire; voici le paquet -que Votre Majesté aura la bonté d'ouvrir. - -LE ROI _ouvre un paquet de lettres et dit_:--Voyons d'abord, en voici -une du maréchal de Boufflers[130]; l'autre, du duc de Villeroy[131]; et -cette dernière est du comte de Montal, qui m'envoie apparemment les -étendards et les drapeaux de la garnison de Dixmude[132]; la prise de -cette place est un coup d'adresse, auquel mes louis ont eu un peu de -part. - -Mme DE MAINTENON _lit la première_.--Ah! Sire, le maréchal de -Boufflers n'est point content des alliés; il dit qu'il n'a jamais vu -pousser un siége avec tant de vigueur ni de courage. - -LE ROI.--Ne me parlez plus de lui, Madame; ce n'est qu'un étourdi -d'avoir laissé prendre Namur, qui étoit une place imprenable depuis -qu'elle m'appartenoit. - -Mme DE MAINTENON.--Sire, il ne faut pas jeter toute la faute sur le -Maréchal; il n'étoit pas le seul commandant dans la ville. Prenons -courage, nous avons encore le château. - -LE ROI.--Ma foi, Madame, je n'estime plus une chose à demi partagée; je -veux tout ou rien; qu'en dites-vous, monsieur le Médecin? - -M. FAGON.--A la vérité, Sire, les choses sont plus agréables quand on -les peut posséder entièrement. - -LE ROI.--C'est aussi ma pensée; mais passons de la guerre à la médecine. -Dites-moi, je vous prie, d'où me viennent de grandes oppressions de -rate, et des palpitations continuelles que je sens? - -M. FAGON.--Sire, Galien nous dit que les oppressions de rate viennent -d'une grande mélancolie, laquelle fait enfler cette partie interne par -les vapeurs qu'elle renvoie au coeur, qui la mettent en cet état. - -LE ROI, _soupirant_.--Galien est sans doute un habile docteur; mais quel -remède donne-t-il contre ce mal? - -M. FAGON.--Sire, ce savant ordonne contre tous les maux, et nous aussi, -tout ce qui leur est opposé. Par exemple, la joie est opposée à la -mélancolie qui fait son séjour dans la rate: pourquoi il la faut bannir -si l'on peut; et pour cet effet, on doit prendre dans la journée, deux -ou trois onces de joie bien préparées[133], qui dissipent la bile noire -que le chagrin fait naître. - -Mme DE MAINTENON.--Voilà un remède souverain, Monsieur; ne -voyez-vous pas que Sa Majesté le met en usage? - -M. FAGON, _regardant Mlle du Tron_.--Le remède est bon et agréable, -Madame, mais il faut craindre... - -LE ROI.--Qu'y a-t-il, Monsieur, à redouter? le breuvage est si doux. - -M. FAGON, _en riant_.--Il est vrai, Sire, si Votre Majesté le prend avec -modération, il ne lui fera point de mal; mais si elle passe la dose du -médicament, Elle est en risque. - -Mme DE MAINTENON.--Que je suis ravie, Monsieur, que vous avertissiez -mon cher monarque de son salut! A l'âge où il est, les efforts ne lui -valent rien, non plus que de certaines agitations d'idées et -d'imagination qui lui échauffent le cerveau. - -M. FAGON.--Rien n'est plus sûr, Madame; toutes les émotions ébranlent le -corps et les parties sensibles qui se trouvent obligées de faire leur -devoir par rapport aux passions qui les excitent, et si l'homme n'est -bien fort, il succombe indubitablement. - -Mlle DU TRON.--Quel langage parlez-vous donc, Monsieur? l'on ne peut -rien comprendre à votre discours. - -Mme DE MAINTENON.--Mademoiselle, le style vous est peut-être inconnu; -mais cependant j'en doute fort. - -Mlle DU TRON, _d'un air fier et dédaigneux_.--Je ne suis pas si -savante que vous, Madame; mais le temps m'apprendra ce que je dois -savoir. - -LE ROI.--Si bien donc, Monsieur le Docteur, que pour se bien porter -il ne faut point voir de femmes? Et comment s'en passer? Sans elles la -vie est à charge, et nous devons au beau sexe les plus doux moments que -la nature a formés. - -M. FAGON.--Cependant, Sire, ces doux moments en font quelquefois naître -de bien mauvais, et le tempérament foible et destitué de forces ne doit -se servir des femmes et du vin que très-peu, seulement pour lui réjouir -le coeur. - -LE ROI, _en riant_.--Croyez-vous, Monsieur, que j'en use autrement? - -M. FAGON.--Je ne sais, Sire, l'excès que Votre Majesté fait, mais l'un -et l'autre sont dangereux. - -LE ROI, _lui prenant la main_.--Monsieur, reposez-vous sur ma conduite, -j'ai du ménagement dans mes passions. - -Mme DE MAINTENON, _à demi bas_.--Pas trop. - -LE ROI _continue_.--Je vous suis pourtant infiniment obligé de la part -que vous prenez à ma santé. - -M. FAGON.--Sire, ce n'est pas, comme Votre Majesté le peut croire, un -autre motif qui me fait agir, que l'envie de voir régner plus longtemps -votre personne Royale, tant pour la satisfaction de ses peuples, que -pour la mienne; quel coup sensible ne seroit-ce point pour nous, si nous -avions le malheur de perdre un Roi si doux et si débonnaire? - -Mme DE MAINTENON.--Ah! Sainte-Vierge qu'entends-je? Vous avez grand -tort, Monsieur, de nous faire un tombeau de douleurs avant le -temps. Hélas! que deviendrois-je, mon Sauveur, si la mort m'enlevoit mon -cher Prince? - -LE ROI, _d'un air railleur_.--Calmez vos ennuis, Madame; eh! monsieur le -Médecin, je ne suis pas encore si près de la mort que vous pensez; il me -semble que je renais depuis quelque temps, je sens même augmenter ma -vigueur de moment en moment. - -M. FAGON, _en riant_.--Sire, Votre Majesté en a besoin. - -LE ROI.--Je vous entends, Monsieur, nous en viendrons à bout avec le -temps. - -Mme DE MAINTENON.--Saint Ignace me puisse-t-il abandonner, si avant -qu'il soit un mois, Votre Majesté ne regrette la paix et la douceur -qu'elle goûtoit dans l'indifférence. - -Mlle DU TRON, _au Roi_.--Que cette vieille dame est ridicule avec son -discours suranné, et ses expressions sanctifiées! Plût à Dieu que Saint -Ignace l'emportât d'ici, et qu'elle nous laissât en repos. - -LE ROI _lui dit tout bas_.--Un peu de complaisance, Mademoiselle, je -vais bientôt la renvoyer dire son chapelet. - -Mme DE MAINTENON.--Sire, Monsieur Erizzo[134], ambassadeur de Venise, -est arrivé à Versailles; il demande audience à Votre Majesté. - -LE ROI.--Quelle diable de figure voulez-vous que je fasse, Madame, avec -cet envoyé? J'enrage de ce que les Turcs ont été défaits[135]. - -Mme DE MAINTENON.--Sire, il faut dissimuler, et lui faire connoître -que Votre Majesté prend beaucoup de part à la victoire que la République -a remportée sur les Turcs dans la Morée. - -LE ROI.--Comment accorder ces paroles à son coeur? - -Mme DE MAINTENON.--Mon Prince, il faut s'accommoder au temps. - -LE ROI, _poussant un soupir_.--L'étrange politique! mais qui ne peut -dissimuler ne peut régner. Madame, qu'on fasse mes compliments à -l'Envoyé de Venise, et qu'on lui dise qu'en bref je lui donnerai -audience. - -Mme DE MAINTENON.--L'on suivra vos ordres, Sire; mais quand Votre -Majesté viendra-t-elle à Versailles? - -LE ROI, _d'une façon impatiente_.--Je verrai, Madame; allez seulement. - -M. FAGON.--Sire, je prends la liberté d'accompagner, Madame. - -LE ROI.--Vous ferez bien, de peur qu'elle ne s'amuse en chemin. - -Mme DE MAINTENON.--Adieu, mon cher Monarque, conservez votre santé. - -LE ROI.--Adieu, Madame, conservez votre esprit. - - -_ENTRETIEN XXII._ - - LE ROI _et Mademoiselle_ DU TRON. - -LE ROI.--La pauvre femme n'en peut plus, la jalousie l'étouffe, elle -croit que je suis mort, éloigné de ses yeux; mais de la mort dont -l'amour me menace, j'espère d'en revenir. - -Mlle DU TRON.--Ah! mon Prince, qu'une tendresse aussi outrée est peu -agréable! il y entre du dépit, de l'envie, de l'intérêt, de la rage, et -enfin tout ce qui est de plus lâche, et de plus abominable. Le coeur -de cette dame est un labyrinthe fort obscur, qu'il est bien -difficile de pénétrer. - -LE ROI, _souriant_.--Comme celui de toutes les dames, Mademoiselle, qui -sont cachées au dernier point. - -Mlle DU TRON, _d'un ton sérieux_.--Votre Majesté, Sire, doit mettre -beaucoup de différence entre une femme et une femme, comme nous en -mettons entre un homme et un homme. - -LE ROI.--Je l'avoue, Mademoiselle, elles ont plus de mérite les unes que -les autres, et sont beaucoup plus aimables; mais cependant il faut -demeurer d'accord que la feinte et la dissimulation sont toujours leur -partage. - -Mlle DU TRON.--Je ne m'aperçois point de cela, Sire. - -LE ROI.--Oh! que vous le savez pourtant bien, ma chère Demoiselle! vous -ne m'avez point encore fait un aveu tendre qui ait pu me contenter. - -Mlle DU TRON.--Ah! qu'il seroit peu à propos, mon cher Prince, de -vous dire ce que vous pouvez faire naître! de grâce, que Votre Majesté -ne m'embarrasse pas davantage sur cet effet; je sens trop la... - -LE ROI.--Et pourquoi, ma belle? expliquez-moi, je vous prie... - -Mlle DU TRON.--Sire, je ne puis à présent; permettez que je me -retire. - -LE ROI.--Adieu donc, charmante; vous voulez me quitter? - -Mlle DU TRON.--Sire, un peu de repos pour rappeler mes esprits -étonnés. - -LE ROI.--Ah Ciel! faut-il que le mien soit troublé par des doutes -si fâcheux, et si embarrassants! - - -_ENTRETIEN XXIII._ - -LE ROI, _dans son cabinet, rêveur et parlant seul_.--Ce n'est pas en -vain que je m'inquiète, cette beauté ne m'aimera jamais. Elle est -prévenue, à mon malheur, d'un autre objet qui la flatte, et qui -l'entretient jour et nuit d'autres idées plus agréables; mais que faire? -il est impossible de forcer les coeurs; peut-être que le temps m'en -rendra le maître. L'absence de cet heureux amant et mes soins assidus -pourront me procurer l'avantage auquel j'aspire. Ah! que la conquête -d'un coeur est souvent difficile à faire, surtout lorsque l'amour en a -disposé pour un autre! Il est vrai qu'elle a lieu de se plaindre de ma -foiblesse qui a si mal secondé mes désirs, et n'a pu répondre à son -attente. C'est un affront pour cette belle, qu'elle ne me pardonnera -jamais, quoiqu'elle n'ose me le témoigner, et je crains que son coeur -ne refuse de se donner à un Prince si peu capable de remplir ses devoirs -dans les occasions les plus importantes. Ah! qu'il est dur de sentir -tant d'amour, et de se trouver si peu en état d'en donner des marques -sensibles! Quelle honte n'en rejaillira-t-il point sur l'histoire de ma -vie, et à quelles railleries ne serai-je pas exposé si cette belle n'est -pas discrète? il faut tâcher de réparer au plus tôt cet affront; petit -Dieu des coeurs, viens à mon secours! hélas! pourquoi m'as-tu -cruellement abandonné? Falloit-il laisser si peu de force et de courage -à un Prince surnommé le Grand? - - -_ENTRETIEN XXIV._ - - _Madame_ DE MAINTENON, _et Monsieur_ BONTEMS. - -Mme DE MAINTENON, _venant d'écouter à la porte du cabinet_.--Monsieur, à -qui parle donc le Roi? qui est-ce qui est avec lui? - -M. BONTEMS.--Ma foi, Madame, je n'en sais rien. - -Mme DE MAINTENON.--Mais j'ai vu sortir votre nièce du cabinet. - -M. BONTEMS.--Vous êtes donc plus savante que moi, car je puis assurer -que je n'en sais rien. - -Mme DE MAINTENON.--Il faut avouer que vous avez grand tort de la -laisser davantage ici; elle trouble entièrement le repos de notre grand -Monarque. - -M. BONTEMS.--Je ne saurois qu'y faire, car c'est par l'ordre du Roi -qu'elle demeure si longtemps à Versailles. - -Mme DE MAINTENON.--O fatalité sans égale! quand elle parut à l'Opéra -et que ce Prince la vit, il en devint d'abord amoureux. Depuis ce triste -moment je ne fais que languir. - -M. BONTEMS.--J'en suis bien fâché, Madame; si j'avois prévu ce malheur, -je ne l'aurois pas fait venir de Normandie. J'entre trop dans vos -intérêts pour pouvoir jamais vous déplaire, du moins volontairement, et -je suis au désespoir que sa présence vous chagrine. - -Mme DE MAINTENON, _poussant deux ou trois gros soupirs_.--Ah! grands -Saints, qui connoissez mes pensées, vous n'ignorez pas que j'enrage -de la voir. De grâce, envoyez un de vos bons anges pour me consoler et -me soutenir dans mes douleurs. - -M. BONTEMS.--Madame, ne vous chagrinez pas, c'est un amour qui passera; -l'infidélité du Roi ne détruira rien de vos affaires; ce Prince -retournera toujours à vous comme à son souverain bien. - -Mme DE MAINTENON.--Dieu le veuille, Monsieur, c'est le voeu que je -fais tous les jours; mais hélas! que votre nièce est redoutable. - -M. BONTEMS.--Ce n'est pas, Madame, par ses caresses, car rien n'est si -indifférent qu'elle, et jamais elle n'a fait d'amitié à personne qu'au -duc de[136]... son galant, qu'elle aime assez tendrement. - -Mme DE MAINTENON.--Cependant, Monsieur, il faut vous avouer que je ne -la trouve pas déplaisante en ses manières; elle charme quand elle parle, -et le son de sa voix est incomparable; de plus, elle a beaucoup l'air de -Cour, ce qui est un grand avantage. - -M. BONTEMS.--Il est vrai, Madame; avez-vous aussi remarqué ce souris -ravissant, qui l'embellit extrêmement? - -Mme DE MAINTENON.--Oui, oui, Monsieur; ne me faites point son -portrait; elle n'est que trop peinte dans mon esprit, et vous voyez que -quelque tort qu'elle me fasse, je ne laisse pas de rendre justice à ses -bonnes qualités. Mais, pour revenir au Duc dont vous m'avez parlé, -qu'elle aime, le Roi peut-il s'accommoder d'un amour partagé, lui -qui est si délicat en tendresse? - -M. BONTEMS.--Je ne sais, Madame, comme cela va, j'en ai du chagrin aussi -bien que ses tantes; et si elle nous avoit voulu croire, elle n'auroit -jamais écouté le Roi. - -Mme DE MAINTENON.--Son motif est, Monsieur, que le Roi fera sa -fortune, et qu'il la mettra au rang de ses maîtresses, lesquelles à la -vérité il n'a pas payées d'ingratitude pour leurs bons services. - -M. BONTEMS.--La pensée est plus intéressée et plus maligne que je ne -croyois. Quoi! ma nièce, à l'âge où elle est, use de politique aussi -fine! De bonne foi je ne l'aurois jamais cru. Eh! que deviendra donc son -pauvre amant? Il formera sans doute un ruisseau de larmes à ces tristes -nouvelles. - -Mme DE MAINTENON.--Bon, le Duc s'en consolera, et l'épousera quand le -Roi en sera dégoûté. - -M. BONTEMS.--Mais cependant, Madame, son front ne s'en trouvera pas -mieux. - -Mme DE MAINTENON.--Hélas! Monsieur, comptez-vous cela pour quelque -chose? Dans le siècle où nous sommes, il n'y a point de familles -distinguées qui ne joignent, même avec plaisir, l'aigrette de Vulcain -aux armes que l'hymen leur donne, pourvu qu'elles y trouvent leur compte -du côté de la fortune. Bon, bon, l'on fait semblant d'ignorer ce que -l'on ne veut point connoître, sitôt qu'il nous apporte du bonheur. - -M. BONTEMS.--En vérité, Madame, j'ai été fort heureux sur ce -chapitre; car j'ai l'imagination fort sensible à échauffer de ce -côté-là. - -Mme DE MAINTENON.--Allez, allez, Monsieur, si votre sort avoit voulu -vous faire cornu, vous auriez porté votre charge aussi bien que les -autres; rendez-en grâces à votre étoile qui vous a préservé de ce -malheur, puisque vous l'appelez ainsi. - -M. BONTEMS.--Quoi, Madame, vous n'estimez pas un malheur d'être cocu? - -Mme DE MAINTENON.--Non, Monsieur; il y a tant d'honnêtes gens qui le -sont, que rien n'est plus à la mode. Combien avons-nous de princes, de -comtes et de ducs, qui ne se font pas un déshonneur de dire: ma mère fut -autrefois la maîtresse du Roi, ou celle du Dauphin, ou celle de -l'Empereur[137]. - -M. BONTEMS, _s'éclatant de rire_.--Sur ma foi, Madame, vous êtes -admirable en raisons convaincantes; les maris aux aigrettes n'ont qu'à -venir chez vous pour recevoir des consolations sur la démangeaison de -leur front; mais quant à moi, toute la plus belle rhétorique du monde ne -pourroit me persuader de bonheur de ce côté-là. - -Mme DE MAINTENON.--Monsieur, changeons de thèse, et concluons -que mademoiselle du Tron ne se mariera jamais, ou bien elle fera son -époux de l'ordre des Chevaliers à la Crète[138]. - -M. BONTEMS.--Tant pis pour elle, Madame; je ne veux point me mêler des -affaires de Cour. Mais quittons la place, je vois venir monseigneur le -Dauphin avec madame la princesse de Conty. - -Mme DE MAINTENON.--Mon Dieu, que je hais cette femme! Je vous prie, -Monsieur, de lui dire que je ne suis point à Meudon. - -M. BONTEMS.--Je le ferai, Madame, si elle me le demande; mais de -l'humeur qu'elle est, vous savez qu'elle ne s'en souciera point du tout. - -Mme DE MAINTENON.--Cela m'est fort indifférent; je me soucie aussi -peu d'elle qu'elle se soucie de moi. Adieu, je vous quitte; je la laisse -avec son Dauphin aller à la chasse entre deux toiles[139]. - -M. BONTEMS, _faisant un signe de croix_.--Ah! Madame, que dites-vous là? -la pauvre Princesse n'y pense pas. - -Mme DE MAINTENON, _en riant_.--Je crois qu'elle n'y pense que quand -elle s'y trouve, ou quand la bête est dans ses filets. - -M. BONTEMS.--Silence donc, Madame, s'il vous plaît, les voici. - -_Madame de Maintenon se retire._ - - -_ENTRETIEN XXV._ - - _Monseigneur le_ DAUPHIN, _la Princesse_ DE CONTI, _et Monsieur_ - BONTEMS. - -MONSEIGNEUR.--Ah! c'est vous, Monsieur Bontems, comment vous -portez-vous? - -M. BONTEMS.--Monseigneur, comme le plus humble de vos serviteurs; votre -santé me paroît aussi très-parfaite. - -MONSEIGNEUR.--Oui, Dieu merci, vous voyez un chasseur qui vient de -descendre de cheval. - -M. BONTEMS.--Eh bien, mon Prince, la chasse a-t-elle été favorable? - -MONSEIGNEUR.--Nous avons tué deux ou trois loups, ce qui nous est assez -rare dans la forêt de Saint-Germain, qui n'est pas bien féconde en ces -espèces d'animaux. - -M. BONTEMS.--Parbleu, Monseigneur, voilà une belle victoire! diable, -deux ou trois loups? la prise n'est point méchante. - -MONSEIGNEUR.--J'en suis assez content. - -M. BONTEMS, _se tournant vers la Princesse de Conti_.--Et vous, Madame, -quelle est la chasse que Votre Altesse aime le plus? - -LA PRINCESSE, _en riant_.--Monsieur, c'est celle des plats et des -verres. - -M. BONTEMS.--Ma foi, Madame, c'est la plus douce, et celle qui fatigue -moins le corps. - -MONSEIGNEUR.--Monsieur, le Roi est-il ici? - -M. BONTEMS.--Oui, mon Prince, Sa Majesté est seule dans son cabinet. - -MONSEIGNEUR, _à la Princesse_.--Madame, avançons, le Roi est sans -compagnie. - -LA PRINCESSE.--Allez toujours devant, je vous suis dans un moment. - - -_ENTRETIEN XXVI._ - - LE ROI _et_ MONSEIGNEUR. - -LE ROI.--Vous voilà donc enfin arrivé; je vous attends depuis hier. -Comment vont les affaires à Versailles? - -MONSEIGNEUR, _d'un air indifférent_.--Ma foi, je ne sais, Sire; Votre -Majesté pouvoit le demander au Gouverneur, qui vient de partir de -Meudon. - -LE ROI.--Quoi, Bontems est ici! Il y est donc venu sans que je l'aie su? - -MONSEIGNEUR.--Oui, sans doute, je viens de parler à lui. - -LE ROI.--C'est que j'étois peut-être embarrassé quand il y est venu. - -MONSEIGNEUR.--Cela se peut. - -LE ROI.--Qui est donc avec vous, mon fils? êtes-vous seul au château? - -MONSEIGNEUR.--Non, Sire, la princesse de Conty est avec moi. - -LE ROI.--Où est-elle donc, qu'elle ne paroît point? - -MONSEIGNEUR.--Sire, elle est dans l'antichambre, où elle regarde -quelques peintures de défunt Mignard[140], elle ne peut tarder à venir. - - -_ENTRETIEN XXVII._ - - LE ROI, MONSEIGNEUR, _et la Princesse_ DE CONTI. - -LA PRINCESSE, _entrant_.--Il faut avouer, Sire, que Mignard étoit un -habile peintre; il a peint ici Vénus qui pleure son Adonis[141] si au -naturel, qu'il n'y manque que la parole pour l'animer. - -LE ROI.--Il est vrai, Madame, la Cour a beaucoup perdu par sa mort. Les -derniers portraits qu'il a faits des trois jeunes Princes du sang[142], -sont admirés de tout le monde. - -LA PRINCESSE.--Particulièrement le duc de Bourgogne est si bien -représenté, qu'il ne lui manque que la parole. - -LE ROI.--C'est un bel art que la peinture; mais qu'a fait la princesse -de Lislebonne[143] du petit portrait qu'elle avoit, qui venoit de -Mignard? C'est à la vérité un chef-d'oeuvre[144], où l'on voit Lucrèce -qui se perce le coeur d'un poignard après avoir perdu sa virginité, -que Sextus lui avoit enlevée en la violant. - -LA PRINCESSE, _en riant_.--La pauvre fille étoit bien folle de se priver -de la vie pour un mal où il n'y avoit point de remède! Cette prude -farouche n'a rien emporté de sa violence, que le péché de se défaire -soi-même, lequel est criant devant Dieu. Ce n'étoit au plus qu'un -fantôme d'honneur qui lui fit commettre ce crime. - -LE ROI.--Il est vrai, Madame; mais autrefois la vertu tenoit lieu de -tout chez les Romains; présentement les dames de ce pays sont plus -apprivoisées, et l'on trouve rarement chez elles des Lucrèces dont la -vertu fasse tant de bruit. - -LA PRINCESSE.--Il en est de même parmi nous, Sire; je ne crois pas que -les femmes soient aujourd'hui moins sensibles à l'honneur, qu'elles -l'ont été du temps que les Dieux venoient se promener sur la terre, et -qu'ils avoient commerce avec elles. - -MONSEIGNEUR.--C'est aussi ma pensée, Madame. Parbleu rien n'est si -difficile à trouver qu'une fille qui ait gardé la fleur de sa virginité. - -LE ROI, _en riant_.--Eh! comment le savez-vous, Monsieur? - -LA PRINCESSE.--Sire, la dernière aventure que le Prince a eue à Marly, -confirme ce qu'il dit. Le comte de Saint-Maure l'a trompé -plaisamment[145]. - -MONSEIGNEUR, _s'approchant de la Princesse_.--Ah! la méchante! elle va -découvrir le pot aux roses. - -LE ROI.--Dites-moi donc, Madame, le tour qu'on lui a joué? - -LA PRINCESSE, _regardant Monseigneur_.--Parlerai-je, mon cher? - -MONSEIGNEUR, _en souriant_.--Tout comme il vous plaira, Madame, la chose -m'est indifférente à présent; je n'ai plus que faire de la provinciale -aux yeux charmants. - -LA PRINCESSE, _malicieusement_.--Voilà comme on parle, quand on s'est -servi des dames. - -MONSEIGNEUR.--Ma foi, Madame, la pauvre fille m'a très-peu servi; car -dès la première fois que je touchai son teton, je vis bien qu'elle -n'étoit pas pucelle. - -LE ROI.--Il vous en faut des pucelles? je gage à coup sûr que ce comte -de Saint-Maure lui avoit assuré que jamais on n'avoit forcé ses lignes. - -LA PRINCESSE.--Voilà justement l'affaire, Sire, et il s'est trouvé -que c'est la plus grande coquette du monde, qui n'a pas moins que six ou -sept galants à sa toilette. - -LE ROI, _souriant_.--C'est assez pour en être contente; mais il me -semble, mon fils, qu'il seroit plus glorieux pour vous d'aller attaquer -quelque place considérable, ou d'aller secourir le siége de Namur, que -de vous amuser à ces galanteries. - -MONSEIGNEUR.--Puis-je manquer, Sire, en suivant l'exemple qu'on me -donne? Quand Votre Majesté parle de la sorte, il me souvient d'une fable -que j'ai lue, où l'écrevisse d'Esope reprenoit sa fille de ce qu'elle -marchoit à reculons; mais cette fille plus avisée que sa mère, lui dit: -Ma mère, vous me l'avez appris de la sorte, et vous ne pouvez marcher -autrement, même sur la fin de votre vie; trouvez donc bon que je vous -imite. - -LE ROI, _confus_.--Mon fils, vous avez raison de condamner mes actions à -l'âge où je suis; je défends ce que je fais; mais aussi considérez qu'il -y a bien plus de lauriers à cueillir pour un jeune prince comme vous, -que pour moi qui suis sur le retour. - -MONSEIGNEUR.--Il est vrai, Sire; mais j'aurois eu aussi bien l'affront -de voir rendre cette place à mon nez, que le maréchal de Bouflers qui a -fait de son mieux pour la conserver. - -LE ROI.--Je goûte vos raisons; hélas! nous avons tout perdu à la mort du -maréchal de Luxembourg[146]; ce général habile et consommé dans la -guerre, auroit tout mis en usage pour préserver cette place de la fureur -des ennemis, que l'on m'écrit s'être battus en diables. - -MONSEIGNEUR.--Jamais siége n'a été poussé avec tant de violence. - -LA PRINCESSE.--Avez-vous vu le prince d'Orange[147], Monseigneur? la -renommée le fait passer pour un grand capitaine, qui même ne craint -point la mort dans les plus grands périls. - -MONSEIGNEUR.--Je l'ai vu plusieurs fois; c'est un prince fort généreux. - -LE ROI.--Il ne l'est que trop pour nous, il seroit à souhaiter qu'il eût -moins de courage, aussi bien que le prince de Vaudemont[148], qui tient -toujours tête au duc de Villeroy. - -MONSEIGNEUR.--Le dernier est vieux et n'a plus guère à vivre. - -LA PRINCESSE.--Mon Dieu, que je voudrois bien que la guerre fût finie! -Il me semble que l'âge d'or reviendroit. - -LE ROI.--Je ne ferai jamais la paix à mon désavantage, mes peuples en -dussent-ils crever. - -LA PRINCESSE.--La résolution est cruelle, Sire. - -LE ROI.--Je n'y saurois que faire, Madame; l'honneur du Roi marche à la -tête de toutes considérations politiques et chrétiennes. - -LA PRINCESSE.--Du moins c'est le sentiment des Révérends Pères Jésuites. - -LE ROI.--Je trouve que les raisons sont bonnes, et que sans elles les -Etats et les Royaumes périroient. - -LA PRINCESSE.--Sire, ces saints Pères sont admirables en moyens. - -LE ROI.--Qu'en dites-vous, Madame? ces dévots religieux sont le sel de -la terre. - -LA PRINCESSE.--Sire, j'en croirai ce qu'il vous plaira. - -LE ROI.--Madame, je vous quitte et vous laisse avec M. le Dauphin; voici -mademoiselle du Tron qui vient d'entrer dans cette chambre; j'ai à lui -parler. - -LA PRINCESSE.--Il est juste, Sire, de lui céder la place, et nous nous -retirons pour ne vous pas être incommodes. - - -_ENTRETIEN XXVIII._ - - LE ROI, _et Mademoiselle_ DU TRON. - -LE ROI.--Eh bien, ma belle demoiselle, saurons-nous aujourd'hui les -véritables sentiments de votre coeur? qu'avez-vous résolu en faveur -d'un prince qui vous adore? faut-il vivre, faut-il mourir? - -Mlle DU TRON, _en riant_.--Sire, il faut vivre; la vie d'un grand -monarque comme vous est si précieuse, que vous ne devez pas douter que -je ne contribue de tout mon possible à sa conservation. - -LE ROI.--Cela est fort obligeant; vous voyez, ma belle, qu'elle ne -dépend plus que de vous; et si vous me refusez ce que je vous demande, -qui est la préférence de votre coeur, je suis le plus malheureux de -tous les hommes. - -Mlle DU TRON.--Comme cette préférence est due au rang que tient Votre -Majesté, c'est si peu de chose pour elle, que je crois qu'elle ne s'en -inquiète pas beaucoup. - -LE ROI.--Ah! quelle injustice vous me faites, ma chère demoiselle, de me -croire indifférent pour la plus grande de toutes les conquêtes! -Désabusez-vous, de grâce, d'une telle erreur, et croyez au contraire que -c'est cette heureuse préférence qui fera toute ma félicité, si vous -voulez bien me l'accorder. Oui, c'est un bien que j'estime infiniment. A -quel désespoir ne me réduirez-vous point si vous me refusez? -Prononcez-en donc au plus tôt l'arrêt; car je ne puis vivre plus -longtemps dans cette cruelle incertitude où vous m'avez laissé. - -Mlle DU TRON.--Eh bien, Sire, puisque vous voulez que je croie que -votre déclaration est sincère, quelque sujet que j'aie de me défier de -mon peu de mérite, je consens d'y ajouter foi, et veux bien me -flatter que vous m'aimez; mais souffrez en même temps que je vous dise -que je ne donnerai mon coeur qu'avec de grandes précautions; il faut, -outre la sincérité, une longue persévérance pour l'obtenir -véritablement. - -LE ROI.--Je sais fort bien, Mademoiselle, que plus un bien est précieux, -plus il doit se faire désirer longtemps; ce seroit une grande témérité -d'oser l'espérer entièrement du premier abord; mais aussi il est -certaines dispositions favorables, sans lesquelles un amant perd courage -dès sa première poursuite. Dites-moi donc ingénuement, mon bel ange, -sentez-vous quelque chose qui vous parle en ma faveur? Ne me déguisez -point la vérité. - -Mlle DU TRON.--Hélas! Sire, qu'un pareil aveu coûte à faire à une -personne de mon humeur! est-il nécessaire de m'expliquer sur un secret -que je voudrois que l'on devinât? mes yeux, qui sont les interprètes de -mon coeur, ne vous ont-ils pas assez parlé? un prince aussi spirituel -comme vous, a dû dès le premier jour entendre leur langage à demi-mot. - -LE ROI.--Le langage des yeux trompe si souvent, que l'on ne doit pas -toujours les croire, et il est très-facile de s'y méprendre! D'ailleurs, -Mademoiselle, je vous avoue que je ne suis pas assez pénétrant pour -pouvoir me flatter de bien développer leurs mystères. Faites donc, s'il -vous plaît, comme s'ils ne m'avoient rien dit; que votre bouche -m'explique, de grâce, ce qu'ils ne m'ont pas fait comprendre assez -clairement, et qui pourroit décider de mon repos. - -Mlle DU TRON.--Souffrez, Sire, avant de vous satisfaire là-dessus, -que je vous interroge à mon tour, et vous demande s'il est bien vrai que -vous m'aimiez autant que vous le dites, si vous n'en aimez plus d'autre -que moi, et si vous avez cette noble résolution que je demande à mon -amant, qui est de m'être toujours fidèle? car malgré votre autorité -souveraine, j'ose vous déclarer que mon coeur ne se donnera -véritablement qu'à ce prix. - -LE ROI, _l'embrassant_.--Hélas! ma belle enfant, pouvez-vous encore en -douter, et ne vous l'ai-je pas fait assez connoître? Douter de mon amour -pour vous et de ma persévérance, c'est douter de la lumière du soleil. -Oui, je vous aime et vous aimerai toute ma vie avec la plus forte -passion; l'expérience vous en convaincra à loisir, et s'il est -nécessaire de vous en faire des serments... - -Mlle DU TRON, _en riant_.--Non, non. Sire, ne jurez point; j'aime -mieux vous croire de bonne foi, que de vous rendre parjure. - -LE ROI.--Si vous consentez à mon bonheur, ma chère demoiselle, sans me -faire languir davantage, dites-moi donc aussi à votre tour que vous -m'aimez véritablement, et récompensez toujours mes feux d'une ardeur -réciproque. - -Mlle DU TRON.--Je me pique, Sire, d'être judicieuse et reconnoissante -de ce que l'on a fait pour moi. Mais si Votre Majesté, par un principe -de délicatesse, ne peut souffrir le partage de mon coeur, il est juste -que je sois aussi jalouse du sien. Eh! qui me répondra que madame -de Maintenon ne le possède pas encore tout entier comme elle a fait -depuis longtemps? Si cela étoit par hasard, comme j'ai lieu de le -soupçonner, vous exigez beaucoup plus de moi que je ne puis espérer de -vous, et vous voyez bien que la partie ne seroit pas égale. - -LE ROI.--Ah! de grâce, n'ayez aucun ombrage à son égard, et rendez plus -de justice à vos charmes; croyez qu'elle est morte dans mon coeur dès -le premier moment que je vous ai connue; je ne la souffre quelquefois -que par politique; parce qu'elle sait tous les secrets de mon Etat[149], -et m'a donné assez souvent de bons conseils. - -Mlle DU TRON.--Sire, elle est fort heureuse que Votre Majesté en juge -si favorablement pour elle, car il est certain que le public en parle -tout autrement et ne regarde au contraire cette femme que comme le -fléau de la France, qui causera infailliblement sa ruine, si Votre -Majesté ne se garantit de ses artifices, et se laisse conduire plus -longtemps par ses dangereuses persuasions. - -LE ROI.--Elle dit pourtant qu'elle ne travaille que pour le bien de mon -royaume, et semble aller au-devant de tous mes souhaits. - -Mlle DU TRON.--Sire, sa politique est bien fine, elle a ses vues -particulières qui sont plus intéressées que Votre Majesté ne pense; mais -je n'en parle qu'en passant, et ce ne sont point mes affaires; je vous -dirai seulement que vous devez vous en défier, étant fort à craindre. -Pour revenir à notre sujet, il faut que vous demeuriez d'accord que -j'aurois eu peu de raison de vous avouer que vous possédez seul mon -coeur, si elle étoit encore maîtresse du vôtre. - -LE ROI, _se passionnant_.--Votre délicatesse me charme. Non, ma chère -demoiselle, mon coeur est tout à vous, et elle n'y a plus aucune part; -cessez donc de vous alarmer sur de fausses apparences, et croyez que -vous seule me tiendrez toujours lieu de tout ce que j'ai de plus cher au -monde. - -Mlle DU TRON.--Si vous ne me trompez point, mon cher prince, mon -coeur est à vous à ces conditions, et je répondrai de ma part à tous -les sentiments de tendresse que Votre Majesté aura pour moi; mais ne me -trompez pas. - -LE ROI, _la baisant_.--Non, ma charmante demoiselle, j'en suis -incapable; que nos coeurs soient donc unis pour toujours, et -goûtons en paix tous les plaisirs d'un amour réciproque. Cet -éclaircissement me redonne la vie. - -Mlle DU TRON.--Je n'ai pu le refuser à vos empressements et à la -bonne opinion que j'ai de votre constance. Mais Votre Majesté m'a -retenue ici plus longtemps que je ne pensois, et je n'ai pas fait -réflexion que l'on m'attend. - -LE ROI.--Je ne vous arrêterai donc pas plus longtemps. Adieu, ma chère -enfant! Ah! qu'il nous sera doux d'aimer toujours de même. - - -NOTES. - - [46] Voir la Préface. - - [47] Louis le Grand. Le surnom de Grand fut donné pour la première - fois à Louis XIV en 1672, après la campagne, célèbre par le - passage du Rhin, dont il fut le prudent témoin. Le président Le - Pelletier fit frapper une médaille avec ces mots: LUDOVICO MAGNO. - - [48] Louis XIV, né le 5 septembre 1638, avait alors 57 ans. Nous - sommes, en effet, en 1695, ainsi que le prouvent plusieurs détails - de ce récit, notamment la réception de l'ambassadeur vénitien - Frizzo. Voyez ci-dessous. - - [49] Nous avons fait de longues recherches pour reconstituer la - parenté qui aurait existé entre Mlle du Tron et M. Bontemps, son - oncle. Le nobiliaire de La Chesnaie des Bois fait du célèbre valet - de chambre du Roi le premier de sa race et ne lui donne ni frères - ni soeurs: donc, aucune nièce de son côté. Il épousa Marguerite - Bosc, soeur de Claude Bosc, chevalier, seigneur d'Ivry, conseiller - du Roi en ses conseils, procureur général de Sa Majesté en sa Cour - des aides, prévôt des marchands de la ville, prévôté et vicomté de - Paris: de ce côté encore, aucun lien de parenté entre Bontemps et - la famille du Tron. - - Mlle du Tron a-t-elle existé? Nous connaissons sous ce nom, mais - avec l'orthographe du Tronc et du Troncq: - - 1º Du Troncq, dont parle Dangeau (_Mémoires_, mardi 19 octobre - 1706): «Le Roi depuis quelques jours a fait brigadiers le comte de - Melun et du Troncq, qui se sont signalés en Italie.»--Ce même du - Troncq (Dangeau, 8 mars 1718), figure dans une liste de promotions - au grade de maréchal de camp. - - 2º N... du Tronc, femme de Savary, sieur de Saint Just, sur - laquelle on trouve le couplet suivant dans le _Recueil de - Maurepas_, t. XI, p. 325, année 1709: - - CHANSON sur l'air: _ne m'entendez-vous pas?_ - 2e couplet. - - De Saint Just à Paris - La Savary fait course - Pour attraper la bourse - Du beau Towienski; - Mais Luxembourg l'a pris. - - Le beau Towienski était un polonais, alors de passage à Paris, qui - avoit obtenu, d'après le chansonnier, les bonnes grâces de la - duchesse de Luxembourg. - - S'il s'agit de Mlle du Tronc, aimée de Louis XIV, elle pouvoit - avoir en 1709 de 30 à 31 ans, soit 16 à 17 ans en 1695. - - L'abbé de Choisy, dans son _Histoire de la comtesse des Barres_, - raconte que, lorsqu'il alla sous son déguisement, s'établir dans - le Berry, il acheta les glaces de la marquise du Tronc, morte dans - son château, à trois ou quatre lieues de Bourges. - - [50] Sur Mme de Maintenon, voyez t. III, pages 65 etc. - - [51] Bontemps. Voy. ci-dessus, page 128, note 49. Premier valet de - chambre ordinaire du Roi, servant par quartier, il prenoit le - titre d'écuyer et de conseiller du Roi. Ce titre de conseiller du - Roi, aussi prodigué que celui de maître d'hôtel, étoit purement - honorifique: il en étoit de même du titre de valet de chambre, que - prirent d'abord les tapissiers du Roi, et, après eux, jusqu'aux - menuisiers du Roi. (Voy. les _Etats de la France_.) - - Alexandre Bontemps fut en outre secrétaire général des Suisses et - des Grisons, gouverneur de la ville de Rennes, intendant des - châteaux, parcs, domaines et dépendances de Versailles et de - Marly. C'est à lui qu'est adressée, dans les termes les plus - respectueux, la première lettre de Ch. Perrault (_OEuvres - diverses_), qui lui demande une place pour son livre dans la - Bibliothèque du palais de Versailles et surtout la fondation d'une - Bibliothèque dans la ville. - - Alexandre Bontemps eut trois enfants, un fils aîné, Louis, qui eut - encore plus de titres et dignités que son père; Alexandre-Nicolas, - qui fut premier valet de chambre de la garde-robe; Marie-Madelaine - qui épousa le riche Lambert de Thorigny, président en la Chambre - des comptes, dont l'hôtel étoit et est encore un des plus riches - de l'île St-Louis.--Voy. l'_Erratum_ à la fin de ce pamphlet. - - [52] Meudon.--«Mardi, 1er juin (1694).--Le matin, le Roi proposa à - M. de Barbezieux l'échange de Choisy avec Meudon; il lui demanda - pour combien Mme de Louvois avoit pris Meudon dans son partage. M. - de Barbezieux lui dit qu'elle l'avoit pris pour 500,000 fr.; sur - cela, le Roi dit qu'il lui donneroit 400,000 de retour et Choisy - qu'il comptoit pour 100,000 fr., si cela accommodoit Mme de - Louvois; ... qu'il vouloit qu'elle traitât avec lui comme avec un - particulier et ne songeât qu'à ses intérêts.» (_Journal_ de - Dangeau.) L'affaire se fit, et dès le vendredi suivant M. de - Villacerf étoit choisi par le Roi et Mme de Louvois «pour régler - le prix des tableaux, des statues et des glaces qui sont à Meudon - et que Monseigneur voudra conserver.» (_Ibid._)--A partir de cette - époque, le _Journal_ de Dangeau parle fréquemment des promenades - du Roi à Meudon, et du séjour qu'y faisoit Monseigneur. - - [53] La marquise de Louvois, arrière-petite-fille du maréchal de - Souvré, petite-nièce de Mme de Sablé, mourut en 1715: «Ce fut, dit - Saint-Simon, une perte fort grande pour sa famille, pour ses amis - et pour les pauvres. Elle avoit la plus grande mine du monde, la - plus belle et la plus grande taille; une brune avec de la beauté; - peu d'esprit, mais un sens qui demeura étouffé pendant son - mariage, quoiqu'il ne se puisse rien ajouter à la considération - que Louvois eut toujours pour elle.--Au lieu de tomber à la mort - de ce ministre, elle se releva et sut s'attirer une véritable - considération personnelle...» La suite de cet éloge, surtout dans - Saint-Simon, donne la plus haute idée du mérite de Mme de Louvois, - et de l'estime qu'avoient pour elle le Roi, la cour et la ville. - - [54] Voyez ci-dessous. Ce trait paraît tout anodin si l'on se - reporte aux oeuvres des fondateurs ou des réformateurs d'ordres - religieux; il paroîtra bien plus inoffensif encore si on le - compare à tel passage du Théâtre italien que nous signalerons, - pour montrer à quelle hardiesse de langage on étoit arrivé depuis - l'époque où le Tartufe avoit été interdit. Nous en citerons un - seul exemple, tiré du _Banqueroutier_, «comédie en 3 actes, - représentée pour la première fois par les comédiens ordinaires du - Roi dans leur hostel de Bourgogne, le 19e d'avril 1687.» - - «PERRILLET.--Ne t'aperçois-tu pas d'un certain jeune abbé qui - vient fréquemment au logis, et que... - - «COLOMBINE.--Qui? l'abbé Goguette? ah! Monsieur, n'en prenez point - d'ombrage... Je me connois un peu en gens. Premièrement, c'est un - garçon de qualité qui a dix mille écus de rente en bons bénéfices, - et qui est bien aise de manger son revenu avec quelque sorte - d'éclat. Il voit tout ce qu'il y a de jolies femmes à Paris. Il - joue gros jeu; son train est leste; il a une belle maison, des - meubles magnifiques, et un cuisinier qui dame le pion au vôtre. - Ha! le joli homme d'abbé que c'est! Je voudrois que Madame vous - eût dit comme il fait bien les choses. - - «PERRILLET.--Ouf!... est-ce que ma femme sait cela? - - «COLOMBINE.--Bon, ils ne bougent d'ensemble... Rêvez-vous de - croire que cet abbé soit amoureux parce qu'il fait de la dépense? - Non moins que cela. C'est qu'il a de l'ambition: et, comme dans le - monde on ne parvient à rien sans l'estime et l'approbation des - femmes, il fait de son mieux pour les mettre de son parti. Il les - promène, il les régale, aujourd'hui à l'Opéra, demain à la - Comédie. De l'air qu'il s'y prend, c'est un drôle qui s'avancera - en fort peu de temps et qui se va mettre dans une grande - réputation. - - «PERRILLET.--Mais, Colombine, crois-tu qu'il ne se feroit pas - autant de réputation en donnant une partie de son bien aux pauvres - qu'en le mangeant avec les femmes? - - «COLOMBINE, _riant_.--Et d'où venez-vous, Monsieur? est-ce qu'on - se fait abbé pour donner l'aumône? je pense que vous perdez - l'esprit. N'est-ce pas une assez belle charité de faire vivre de - pauvres diables de parfumeurs qui ne gagnent rien avec les femmes - et qui mourroient de faim sans messieurs les abbés?» - - Cette cruelle satire est anonyme; elle n'en fut pas moins jouée à - l'hôtel de Bourgogne, vingt ans après le Tartufe, qui eut tant de - peine à paroître. - - [55] Monseigneur le Dauphin.--Cf. ci-dessous.--Voy. aussi - t. III, p. 185. - - [56] La princesse de Conti.--Cf. ci-dessous.--Voy. aussi t. III, - p. 163. - - [57] La campagne du Rhin à laquelle le Dauphin prit part fut celle - de 1694. Le _Mercure galant_ de juin 1694 (pp. 338-348) donne un - journal de la marche de M. le Dauphin en France... «Je donnerois - des louanges à Monseigneur, si je croyois pouvoir faire des éloges - dignes de ce prince. Ce qu'il fait dit plus que je ne pourrois - dire. Toutes les fois que l'armée campe, ce prince ne vient point - chez lui sans avoir examiné le camp et vu si les gardes sont bien - posées. Il donne des ordres fort exacts à tous les officiers, et - fait publier des bans pour empêcher le cavalier et le soldat de - courir, c'est-à-dire d'aller en maraude... Quoi qu'il n'aime point - le jeu, il joue pour faire plaisir à ceux qui aiment ce - divertissement.» - - [58] Le goût du Dauphin pour la chasse et surtout pour la chasse - aux loups étoit fort dispendieux; pour le satisfaire, il - entretenoit depuis 1682 une meute de cent chiens et soixante - chevaux; le personnel des chasses de la maison comprenoit six - lieutenants ordinaires, à 1500 liv. d'appointements, payés sur la - cassette par les mains du premier valet de chambre, un aumônier, - quatre veneurs ou piqueurs, huit valets de limiers, six - garde-laisse des levriers, à 1,000 liv. par an, huit valets de - chien à 800 liv., un pourvoyeur de l'écurie des chevaux pour le - loup: tout ce personnel servoit sous le commandement de M. le - marquis d'Heudicourt, grand louvetier de France. - - [59] Le 20 juin, le Roi étoit à Trianon, et c'est là qu'il - recevoit le serment du sieur de La Tresne, nommé premier président - du parlement de Bordeaux. Entre cette date et celle du 26 octobre - que nous avons indiquée plus haut (page 4, note 5), le Roi alla à - Fontainebleau. - - [60] D'après la Gazette, quatre ducs étoient alors à l'armée du - Rhin, dont les vers suivants prouvent qu'il est question ici: le - duc de Bourbon, le duc de Roquelaure, le duc de Villeroy, le duc - de Luxembourg. - - Le duc de Bourbon, né le 12 octobre 1668, marié le 24 juillet - 1685, à Mlle de Nantes, légitimée de France. - - Le duc de Villeroy étoit très-âgé; il était marié depuis 1662; son - fils ne prit le titre de duc qu'en 1696. - - Le duc de Roquelaure, marié aussi, avait épousé, le 20 mai 1683, - Marie-Louise de Laval-Montmorency. - - Le duc de Luxembourg, né le 18 février 1662, épousa, le 28 août - 1686, Marie-Thérèse d'Albert, fille aînée du duc de Chevreuse, qui - mourut le 17 septembre 1694. Le duc étoit donc veuf à l'époque où - se place ce récit; il se remaria le 15 février 1696, et épousa - Mlle de Gillier de Clérembault. - - [61] A l'armée du Rhin, comme on le voit dans la pièce de vers qui - suit: - - ... N'as-tu pu, sans le perdre, aller jusques au Rhin? - ... Tu voudrois quelquefois aller, comme un tonnerre, - Ravager la Hollande et terminer la guerre. - - [62] Le Roi, vieux pécheur tout ruiné, se seroit assez bien porté, - d'après le _Journal de la Santé_, pendant l'année 1695; cependant - on ne manque pas de signaler ses purgations habituelles et - quelques attaques de goutte, qui l'obligeoient à «se chausser d'un - soulier moucheté.»--Le portrait qu'on peut faire de lui à cette - époque ne ressemble guère à celui qu'on a pu lire, t. II, page - 4.--Louis XIV tenoit de Henri IV et de Louis XIII cette odeur _sui - generis_, qui faisoit dire au baron de Fæneste:--«Tenez, ye me - devoutonne: vous sentirez.--Ho vertubieu! quel parfum.--Et les - pieds de mesme.» En outre, on lui avoit arraché une grande partie - de la mâchoire gauche, et il en étoit résulté une plaie d'où - s'exhaloit au loin une odeur cadavérique nauséabonde; ses maux de - tête et d'estomac l'avoient rendu fort taciturne et avoient - assombri son humeur... Du brillant Louis XIV, quand on a lu le - _Journal de la Santé du Roi_, il reste alors bien peu de chose. - - [63] Voici ce que dit, à ce sujet, la _Gazette de France_...--«De - Dinant, le 5 septembre 1695: Le 30 du passé (août), à 11 heures du - matin, les ennemis donnèrent un assaut général avec 15,000 hommes - à la partie de la ville (de Namur) que les assiégés (commandés par - Boufflers) occupoient au poste de la Cassote et au fort Guillaume. - - «Le 1er de ce mois, les alliés donnèrent un autre assaut général - avec 20,000 hommes...; les brèches étoient si grandes qu'il - pouvoit y monter un bataillon de front... Le carnage fut si grand - qu'il n'y en a point eu de pareil en Europe depuis plus d'un - siècle, puisque les ennemis eurent, dans cet assaut, 9,000 hommes - tués ou blessés et les nôtres 3,000. Mais comme la garnison se - trouva réduite à 5,000 hommes, dont il ne restoit que 2,300 en - état de combattre, et que tous les ouvrages étoient presque - entièrement renversés, on jugea à propos de capituler. Les - articles furent arrêtés le 2 avec l'Electeur de Bavière. Ils - contiennent en substance que la place seroit rendue le 5, en cas - qu'elle ne fût pas secourue auparavant, et que la garnison - sortiroit par la brèche, pour être conduite à Givet sous - Charlemont, avec six pièces de canon, deux mortiers, armes et - bagages, enseignes déployées, tambour battant, et toutes les - autres conditions les plus honorables. La garnison est sortie - aujourd'hui, mais le maréchal de Boufflers a été arrêté par ordre - du prince d'Orange, au préjudice de la capitulation. Les ennemis - ont demeuré soixante-sept jours devant la place, et on n'a jamais - vu une plus courageuse défense.» - - «Du camp de Cambron le 10 septembre.»--Le maréchal de Boufflers - fut transféré le 8 à Maëstricht; la ville lui fut donnée pour - prison. - - --«De Versailles, le 9 septembre: Le Roi, pour tesmoigner de la - satisfaction qu'il eut de ses services dans la vigoureuse défense - de Namur, l'honora du titre de duc.» - - --Ce triste événement est resté complètement et sans doute - volontairement ignoré de l'abbé de La Brizardière dans son - «Histoire de Louis le Grand depuis le commencement de son règne - jusques en 1710»; il n'en dit mot. - - [64] Nous avons dit, à la note précédente, comment s'étoit terminé - le siége de Namur par les alliés, et la capitulation du maréchal - de Boufflers. Quant à Casal, assiégé en 1629 par Gonzalve de - Cordoue, délivré par les François, réassiégé en 1630, mais défendu - avec succès par le marquis de Toiras, assiégé une troisième fois - en 1640 par le marquis de Leganez et délivré par le comte - d'Harcourt (Cadet la Perle), il fut pris en 1652 par les Espagnols - et, depuis, rendu par eux au duc de Mantoue qui l'ouvrit aux - troupes du roi Louis XIV en 1682. En 1694, le duc de Savoie, le - prince Eugène et le marquis de Leganez en firent le blocus le 22 - août; au mois de novembre, malgré les conseils du marquis de - Leganez, à qui cette conduite le rendit suspect, le duc de Savoie - leva le blocus, effrayé par l'approche de l'armée de Catinat; un - incident curieux se produisit pendant le siége: les ennemis - voulurent faire sauter les magasins à poudre de la place au moyen - d'un ressort d'horlogerie caché dans la crosse d'un pistolet. - (_Mercure galant_, octobre 1694.) Le siége fut repris en avril - 1695. Trois mois après, en juillet, on lit dans le _Mercure - galant_: «Sa Majesté vient d'ordonner à M. le marquis de Crenan, - qui en étoit gouverneur, de remettre la place de Casal au duc de - Mantoue, avec tous les droits souverains qui lui appartiennent, et - de faire, pour cet effet, un traité avec M. le duc de Savoie et - les généraux des alliés. Il est réglé par ce traité que la - garnison en sera tirée aussitôt que la démolition tant de la ville - que de la citadelle et du château sera achevée; que la garnison - sera conduite en toute sûreté à Pignerol avec les provisions et - les munitions et la quantité d'artillerie stipulée; qu'il sera - permis aux François établis à Casal de sortir avec leurs effets. - En conséquence de cette capitulation, les troupes du Roi et celles - du duc de Savoie travaillent conjointement à ruiner les - fortifications.»--Cf. _Gazette de France_ du 23 juillet 1695; - lettre du 16 juillet.--Deux ans après, la fille du duc de Savoie, - âgée de 12 ans et un jour, épousoit le duc de Bourgogne, fils du - Dauphin (7 décembre 1697), âgé de quinze ans et demi. - - Il est intéressant de remarquer que, dans cette guerre, Catinat - compta parmi ses adversaires un Simiane établi en Savoie, le - marquis de Pianezza, qui, après une vie aventureuse, servit plus - tard en France avec le titre de maréchal de camp. - - [65] Prière à saint Benoît.--Ni dans les livres de proverbes, ni - dans l'_Apologie pour Hérodote_, où H. Estienne donne une assez - longue énumération des attributions données à plusieurs saints, - nous n'avons rien trouvé qui nous permette d'expliquer pourquoi - l'auteur met en avant ici saint Benoît, et, un peu plus loin, - saint Cyr et saint Hilaire. - - [66] Le philosophe Thalès prétendait que l'eau était l'origine de - toutes choses. - - [67] _Cabinet._ Ce mot, dans le sens où il est pris ici, de petite - enceinte d'arbres, est très-ancien dans la langue. On le trouve - déjà dans Nicot: _Cabinet_ ou _Gabinet en jardin_, _suffugium_. - - [68] Le texte porte: _la_;--_les_ se rapporte à _murailles_. - - [69] C'est l'idée exprimée dans la fameuse lettre adressée à - Fouquet par Mlle de Menneville, trouvée dans sa cassette et - conservée à la Bibliothèque nationale parmi les papiers de Baluze: - «Rien ne me peut consoler, lui disoit-elle, de ne vous avoir point - vu, si ce n'est quand je songe que cela vous auroit pu faire - mal.»--Chéruel, _Mém. sur Fouquet_, t. I, p. 480, _appendice_. - - [70] Fagon (Guy Crescent), né à Paris le 11 mai 1638, étoit fils - d'un commissaire ordinaire des guerres et de Louise de La Brosse, - fille de Guy de La Brosse, le célèbre médecin de Louis XIII. Reçu - docteur en 1664, il fut chargé par Mme de Maintenon des soins à - donner aux enfants du Roi et de Mme de Montespan. Médecin de la - Dauphine en 1680 et de la reine quatre mois après, il devint en - 1683, après la mort de la reine, médecin des enfants de France. En - 1693, il fut nommé premier médecin du Roi Louis XIV, en - remplacement de d'Aquin, alors exilé de la cour, peut-être par les - intrigues jalouses de Fagon lui-même. Saint-Simon, ordinairement - si sévère, lui est très-favorable. Fagon fut reçu membre de - l'Académie des sciences en 1699. Il quitta la cour en 1715, à la - mort de Louis XIV, et mourut le 11 mars 1718, dans le jardin du - Roi, où il étoit né, auprès de son grand-père maternel. - - L'éditeur du _Journal de la Santé du Roi_ lui attribue à tort le - volume intitulé: «les Admirables qualitez du Quinquina, confirmées - par plusieurs expériences... etc. Paris, Martin Jouvenel, 1689,» - in-12. Cet ouvrage, publié sans nom d'auteur, est précédé de - plusieurs approbations de médecins de la Cour, et la première est - celle de Fagon, qui, en retour, est cité plusieurs fois avec éloge - par l'auteur anonyme. - - [71] La maison de St-Cyr, à cette époque (1695), comptoit neuf - années d'existence, les lettres patentes pour sa fondation étant - du mois de juin 1686.--C'est le 3 août suivant qu'eut lieu - l'inauguration de la maison, en présence seulement de quelques - dames de la Cour et de Mme de Maintenon. «Alors, dit M. Lavallée, - commença pour elle un travail qu'elle a continué pendant toute sa - vie avec un zèle égal à sa persévérance... Durant les premières - années, elle fut obligée, à cause de l'ignorance et de - l'inhabileté des jeunes religieuses, de remplir presque toutes les - charges de la maison.» (_Mme de Maintenon et la maison royale de - St-Cyr._) - - [72] Sur le siége de Namur et la capitulation du maréchal de - Boufflers, voyez ci-dessus, p. 144, note 63, et p. 145, note 64. - - [73] Sur le Père de la Chaise, voy. t. III, p. 147. - - [74] Aucun des ouvrages biographiques ou satiriques consacrés au - Père de la Chaise ne parle du Père Bobinet. - - [75] «Quoique les Papes se soient souvent opposés aux demandes que - nos Princes ont faites au Clergé, celui-ci a, de lui-même, voulu - contribuer à l'avantage public, et il n'y a plus aujourd'hui de - difficultés, tout le corps de l'Eglise de France s'étant lui-même - soumis à payer le dixième de ses revenus, sous le titre de décime, - et de payer encore extraordinairement pour les neuf autres parts à - proportion des besoins.--La répartition de ces deux espèces - d'impositions est faite par les Prélats ecclésiastiques et autres - ecclésiastiques de réputation, ce qui porteroit à croire qu'elle - est toujours très-équitable; mais l'expérience y est contraire... - L'autorité et le crédit du clergé n'ont pas permis de penser que - cette taxe pût être imposée par les laïques; ainsi on l'a laissé - se taxer lui-même. Cependant on voit communément qu'un bénéfice de - 100,000 liv. de rente paye 1,500 liv. pour toutes décimes et - qu'une communauté de 30,000 liv. de revenu paye 6 à 7,000 liv. Les - curés sont encore plus vexés que tous les autres par proportion.» - (_Mém. de Boulainvilliers_, 6e _mém._, 1727, t. II, p. 201.) - - Dès la troisième année de la fatale guerre de 1688 à 1697 contre - le prince d'Orange, le Roi avait dû écrire à l'archevêque de - Paris: «Mon cousin..., comme j'ay esté informé qu'il y a beaucoup - d'argenterie dans les églises au-delà de celle qui est nécessaire - pour la décence du service divin, dont la valeur étant remise dans - le commerce apporteroit un grand avantage à mes sujets, je vous - fais cette lettre pour vous exhorter à examiner ce qu'il y a - d'argenterie dans chaque église de votre diocèse..., vous assurant - que vous ferez chose qui me sera fort agréable et fort utile au - bien de mon Etat, d'ordonner qu'elle soit portée dans mes monnoies - pour être converties en espèces d'or et d'argent, la valeur en - être payée comptant sur le pied porté par ma déclaration du 14 - décembre dernier à ceux qui l'apporteront, et ce qui proviendra de - ladite argenterie superflue être ensuite employé au profit des - églises à laquelle ladite argenterie appartenoit.» (8 février - 1690.)--Le 16 février suivant, l'archevêque de Paris écrivoit au - clergé tant régulier que séculier de son diocèse pour l'inviter à - se conformer aux ordres du Roi; ce qui se faisoit dans le diocèse - de Paris devait évidemment se faire dans tous les autres.--Voy. p. - 156, note 79. - - [76] M. de Pomponne. Voy. la table. - - [77] M. de Harlay. Voy. la table. - - [78] M. de Pontchartrain. La _Gazette de France_ de 1693 parle du - sieur Phelipeaux de Pontchartrain qui, déjà conseiller au - Parlement, est nommé secrétaire d'Etat en survivance de son père: - il est le septième de son nom qui ait été revêtu d'une semblable - charge (_Gazette_ du 26 décembre).--Il fut nommé chancelier et - garde des sceaux de France le 5 septembre 1699.--Né le 29 mars - 1643, Louis Phelipeaux de Pontchartrain était fils de Louis - Phelipeaux de Pontchartrain, président à la Chambre des comptes, - et de Suzanne Talon. Mme de Sévigné, Saint-Simon, Dangeau, parlent - de lui fréquemment. - - [79] Dix millions de don gratuit.--Voy. la note 75 de la page - 154.--L'assemblée du clergé s'ouvrit le 28 mai 1695. «Le 8 juin, - le sieur Pussort, doyen du Conseil d'Etat, le sieur Le Peletier, - le sieur d'Argouges, le sieur de Harlay et le sieur de - Pontchartrain, ministres et secrétaires d'Etat, commissaires du - Roi, allèrent à l'assemblée générale du clergé. Le sieur Pussort - parla avec beaucoup de dignité et d'éloquence, et fit une - proposition sur laquelle l'assemblée accorda tout d'une voix à Sa - Majesté un don gratuit de dix millions.» (_Gazette de France_ du - 11 juin 1695.)--«Le grand objet d'une assemblée, c'est le don - qu'on y fait au Roi; mais, comme avant qu'elle commence, ce don - ordinairement est réglé entre le ministre, le futur président de - cette assemblée et le receveur du clergé, il ne reste, quand elle - se tient, qu'à en faire la répartition et qu'à trouver les moyens - de payer promptement la somme que l'on a promise. Cette commission - est la plus recherchée, parce qu'elle donne occasion de témoigner - au Roi le zèle qu'on a pour son service.» (_Mém. de l'abbé Le - Gendre_, Paris, Charpentier, 1863, in-8º p. 102.)--En 1690, le - clergé à qui l'archevêque de Paris avoit fait espérer qu'on ne - demanderoit aucun nouveau sacrifice en 1695, avoit accordé 12 - millions de don gratuit: on peut juger de la pression à laquelle - il céda lorsqu'on lui demanda ces dix millions qui furent, dit la - _Gazette_, accordés tout d'une voix. La stupeur, le chagrin furent - d'autant plus grands que, lorsque parut, en janvier 1695, l'édit - imposant une capitation dont personne ne seroit exempt et qui - seroit levée tant que la guerre dureroit, l'archevêque avoit en - quelque sorte racheté cet impôt en proposant un abonnement de - quatre millions par an, supérieur de deux millions, d'après - l'évêque d'Orléans, à ce que le Roi attendoit.--(Voy. les _Mém. de - l'abbé Le Gendre_, p. 199.) - - [80] La guerre étoit fort difficile à soutenir en effet, et voici - des chiffres qui le prouvent: «Si l'on suppose que la guerre du - prince d'Orange, commencée en 1688 et terminée en 1697, a employé - au service du Roi, pendant les neuf années qu'elle a duré tant sur - mer que sur terre, six cent mille hommes qui auront coûté chacun - quinze sols par jour en vivres, en solde, habits, armes, chevaux, - équipages, vaisseaux, artillerie, le tout par proportion, depuis - le général d'armée, jusqu'au dernier tambour et au mousse du - vaisseau, la dépense de chaque année a monté à 164,250,000 liv.; - mais le revenu ordinaire ne passoit pas 116,000,000.--Cela - supposé, il fallut recouvrer de nouveaux fonds pour l'entretien de - la dignité royale, les rentes, les gages et autres dépenses - publiques. Cependant tout s'est fait; mais, pour en venir à bout, - il fallut emprunter par des créations d'office, des aliénations, - des constitutions de rentes et de nouvelles impositions sur le - public déjà chargé des impositions ordinaires, et de plus par la - capitation imposée en janvier 1695. Ainsi cette guerre a porté ces - charges à près de 600,000,000 de liv. au-dessus des revenus - ordinaires pendant les neuf années de guerre.--Il est vrai que ces - grandes sommes ne sont pas entrées en entier dans le trésor... Si, - par exemple, un traitant se charge d'un recouvrement de six - millions de liv., il en retient un pour son profit et a de plus - 600,000 liv. pour les deux sols pour livre. Il y a encore les - frais de recouvrement estimés à 20 pour cent; et enfin, quoique le - recouvrement soit souvent assez facile, si le traitant veut payer - à titre d'avance, il retire les intérêts à 10 pour cent: d'où il - arrive que le Roi ne tire que quatre millions et demi de ce dont - le peuple paye sept à huit millions de livres.» (6e _mém._ de - Boulainvilliers, t. II, pp. 128-132.) - - Du reste, plus étoient grandes les charges imposées au pays, moins - le trésor royal avoit de ressources. Le comte de Boulainvilliers - (ibid., p. 153) nous en fournit la preuve. En 1688, les tailles - étoient de 32,486,911 liv.; sur cette somme, le trésor a reçu - 29,929,240 liv.; en 1707, elles étoient de 36,755,985 liv.; sur - cette somme, le trésor n'a reçu que 23,538,408 liv.--Ainsi, les - tailles ayant augmenté de 4,269,074 liv., la recette, entre 1688 - et 1707, a diminué de 6,390,832. - - [81] «Le péché, en tant qu'il blesse la raison, est appelé - _philosophique_; et, en tant qu'il offense Dieu, il est appelé - _théologique_.» Un grand débat eut lieu dans le clergé à - l'occasion de ce _péché philosophique_; il eut pour origine une - thèse qu'un jésuite nommé Meunier, professeur au collége de Dijon, - avoit fait soutenir en 1686, thèse conçue en ces termes: «Le péché - philosophique, commis sans aucune connoissance de Dieu et sans - aucune attention à lui, n'est point une offense à Dieu ni un péché - mortel.»--La Société le désavoua; mais, en 1689, M. Arnaud la - dénonça au pape, aux évêques, aux princes et aux magistrats comme - une nouvelle hérésie; les poètes en firent des chansons, dont - quelques-unes fort jolies, dit l'abbé Le Gendre, sur l'air du - Noël: _Or, dites-nous, Marie_. Les enfants, les femmes, les - laquais apprirent par coeur ces vaudevilles; on les fit chanter - dans les rues. (_Mém. de l'abbé Le Gendre_, pp. 123-125.) - - [82] Le Roi, ayant en quelque sorte codifié, par l'édit de - révocation de l'édit de Nantes, tous les autres édits - antérieurement portés par lui et qui, d'année en année, rendoient - plus difficile en France l'exercice de la religion protestante, - compléta son oeuvre en envoyant, particulièrement dans les - Cévennes, des missionnaires dont les prédications étoient - soutenues par des dragons: «Nous envoyions dix, douze ou quinze - dragons dans une maison qui y faisoient grosse chère jusqu'à ce - que tous ceux de la maison se fussent convertis. Cette maison - s'étant faite catholique, on alloit loger dans une autre, et - partout c'étoit nouvelle aubaine.» (_Mém. de Vordac_, cités dans - le _Bulletin du protestantisme françois_, 2e année, 1854, p. - 203.--_Ibid._, _passim_.) - - [83] L'hérésie détruite: deux médailles furent frappées à cette - occasion; dans la première, la Religion couronne le Roi; - l'inscription porte: _Ob vicies centena millia calvinianæ ecclesiæ - revocata, 1685_; dans la seconde, la Religion foule aux pieds - l'Hérésie. L'inscription porte: _Hæresis exstincta; edictum - octobris 1685._ - - [84] La maison de Saint-Cyr fut fondée en 1686. Voyez p. 152, note - 71. - - [85] Les Aphorismes d'Hippocrate ne disent rien de semblable; mais - l'école de Salerne dit: - - Si vis incolumem, si vis te reddere sanum, - Curas tolle graves..... - - [86] Le Roi avoit alors cinquante-sept ans. - - [87] L'école de Salerne a, dit-on, formulé ce précepte; mais nous - l'avons vainement cherché dans son _Régime de santé_. - - [88] Il est à remarquer précisément que, excepté Mme de Montespan, - toutes les maîtresses du Roi eurent cet air «précieux et - languissant.» - - [89] «Chirurgica tota continui divisione, divisi unione et - extractione alieni comprehenditur.» La chirurgie étoit donc un - métier tout manuel, et, dans le serment que les chirurgiens - prêtoient, ils s'engageoient à ordonner seulement «quæ spectant ad - operationem chirurgiæ.» S'ils pratiquoient à Paris ou dans les - faubourgs, ils ne pouvoient le faire qu'avec un médecin, maître ou - licencié dans l'Université de Paris, ou approuvé par la Faculté. - (_Decreta, ritus... saluberrimi medicorum parisiensium ordinis - consuetudines._--Parisiis, Quillau, 1714, in-12, pp. 30 et 107.) - - [90] La veine _céphalique_ «est celle qu'on a coustume d'ouvrir - pour les douleurs de teste, d'où son nom, du grec _kephali_, - tête.--La veine _basilique_, ou _hépatique_, est une veine qui - naît du rameau axillaire, va au milieu du pli du coude où elle se - divise en deux rameaux.» (Furetière.) - - [91] Vos peuples meurent de faim.--«Si, en 1688, on se plaignoit - que les paysans n'avoient point de lits pour se coucher, - aujourd'hui plusieurs manquent de paille (1707).»--_Mém. de - Boulainvilliers_, II, 152.--«On ne sçauroit compter combien il - meurt de pauvres paysans à la porte des plus riches bénéficiers, - sans secours spirituel ou temporel, faute d'un peu de nourriture - ou du plus simple remède.» (_Ibid._, p. 126.)--«Le règne de Louis - XIV,--despotique, bursal, très-long et par conséquent odieux,--a - détruit l'abondance en tirant des sujets au-delà de leurs forces - et en détruisant la consommation intérieure... il a pareillement - détruit la confiance en découvrant un fonds de mauvaise intention - et d'artifice dans les ministres, digne d'une éternelle - exécration.» (_Ibid._, pp. 1, 8-9.)--«Les fortunes subites des - financiers ont excité plusieurs marchands à quitter le - commerce,... et une infinité d'autres à quitter l'agriculture... - De là vient que tant de fabricants et de laboureurs ou fermiers - ont été ruinés, que les terres sont incultes ou mal façonnées, et - que les banqueroutes sont si fréquentes.» (_Ibid._, p. - 16-17.)--Les extraits qui précèdent nous dispensent de citer les - passages si connus où La Bruyère, Vauban, etc., dépeignent la - misère du peuple.--Cf. Vie de Mme de Miramion, pp. 320 et sq. - - [92] Dans ses _Mémoires_, Louis XIV, parlant des souverains, dit - que «le Ciel les a faits dépositaires de la fortune publique.» - (_Édition_ Dreyss, I, p. 177);--il ajoute (t. II, p. 230) que «les - Rois sont nés pour posséder tout et commander à tout.» - - [93] La France soutenoit alors trois guerres, en Hollande, en - Savoie et dans le Palatinat,--sans parler de ses guerres navales - dans la Méditerranée, sur les côtes de France et dans les - colonies.--Nous avons donné plus haut (p. 157, note 80) un aperçu - des frais énormes de ces guerres. - - [94] Un mémoire de Marinier, commis des bâtiments du Roi, sous - Colbert, Louvois et Mansart, et reproduit en appendice dans les - Mém. de Saint-Simon (_Édition_ Hachette), nous donne l'état des - dépenses faites par Louis XIV à Versailles, Saint-Germain, Marly, - etc.--De 1679 à 1690 les dépenses pour Marly seul s'élevèrent à la - somme totale de 4,501,279 liv. 12 s. 3 d., somme qu'il faut au - moins quadrupler pour en avoir la valeur en monnoie actuelle.--A - cette somme, il faut ajouter les frais d'une cascade en forme de - rivière qui tomboit du haut de l'allée derrière le château: on - estime, dit Marinier, qu'elle passe cent mille écus. - - [95] La liste serait longue de toutes les mesures prises pour - augmenter les ressources du Trésor. Nous citerons les principales - qui furent arrêtées dans les cinq dernières années, de 1690 à - 1695. - - 1690.--_3 Janvier._--Déclaration du Roi: «... Pour mettre tout - d'un coup dans le commerce une grande quantité de matières d'or et - d'argent et la faire convertir en espèces à nos coins et armes, - nous avons fait porter aux hostels de nos monnoyes une grande - partie des ouvrages d'orfévrerie qui servoient d'ornements à nos - palais (malheureusement, d'après l'abbé Le Gendre, ces ouvrages - étoient dus au célèbre orfèvre Claude Ballin, dont on trouve la - vie et le portrait dans les _Hommes illustres_ de Perrault); et, - après avoir donné cet exemple à nos sujets, nous avons, par notre - déclaration du 14e du mois de décembre dernier, deffendu à - l'avenir la fabrication de toute sorte d'ouvrages d'argenterie de - pur ornement, et nous avons ordonné que ceux de nos sujets qui - auroient de ces ouvrages deffendus les porteroient aux hostels de - nos monnoyes..., sans aucun profit pour nous, puisque nous leur - faisons payer la matière desdits ouvrages d'argenterie deffendus à - 35 sols du marc de plus qu'elle n'est évaluée par les tarifs - arrestez en nos cours des monnoyes. Nostre prévoyance et nos soins - ont eu tant de succez que nous avons eu la satisfaction de voir - que, depuis la publication de cette déclaration, nos sujets y - obéissent avec tant de zèle et d'empressement qu'ils portent aux - hostels de nos monnoyes, non-seulement les ouvrages d'argenterie - deffendus, mais encore beaucoup de vaisselle plate (_plata_, esp., - argent) dont l'usage leur étoit permis...» - - 1690.--_8 Février._--Lettre du Roy à Mgr l'Archevêque de Paris: - «Mon cousin,... comme j'ay esté informé qu'il y a beaucoup - d'argenterie dans les Eglises au-delà de celle qui est nécessaire - pour la décence du service divin, dont la valeur estant remise - dans le commerce apporteroit un grand avantage à mes sujets, je - vous fais cette lettre pour vous exhorter à examiner ce qu'il y a - d'argenterie dans chaque église de votre diocèse..., vous - asseurant que vous ferez chose qui me sera fort agréable et fort - utile au bien de mon Etat, d'ordonner qu'elle soit portée dans mes - monnoyes pour estre converties en espèces d'or et d'argent, la - valeur en estre payée comptant sur le pied porté dans ma - déclaration du 14 décembre dernier...»--Semblable lettre dut être - envoyée à tous les Evêques de France. - - 1690.--_16 Février._--Lettre de l'Archevêque de Paris au Clergé - tant régulier que séculier de son diocèse, pour l'inviter à se - conformer aux ordres contenus dans la lettre royale du 8 février. - - 1690.--_Février._--Edit du Roi portant création en titre d'office - d'un premier président et de huit présidents au Grand Conseil, qui - payeront «en nos revenus casuels la somme à laquelle sera taxée - chaque charge...» - - 1690.--_Novembre._--Edit du Roi portant création de deux - présidents, seize conseillers et autres officiers au Parlement de - Paris, Requêtes de l'Hôtel et Requêtes du Palais... «Les dépenses - excessives que nous sommes obligez de faire pour faire garantir - notre Royaume de la multitude des ennemis qui l'attaquent, nous - engageant de suppléer par des fonds extraordinaires aux défauts de - nos revenus, nous nous trouvons obligez, après les grandes - aliénations que nous en avons fait, de recourir aux moyens dont on - peut tirer des secours plus considérables avec moins de charge - pour nos sujets et pour nos finances... - - »A ces causes..., nous avons fixé à 500,000 liv. au lieu de - 350,000 liv. le prix des charges de président, et celles de nos - advocats généraux à 350,000 liv. au lieu de 300,000 liv.»--Les - nouveaux titulaires payoient le droit annuel sur le prix de - l'évaluation des offices. D'où ce résultat que «les plus hautes - charges de l'Etat ne rapportent pas le denier quarante, et celles - des finances vont à dix et quinze pour cent, sans les autres - facilités qu'elles procurent.»--6e _Mém._ du comte de - Boulainvilliers. - - 1690.--_Décembre._--Edit du Roi portant création de deux - présidents, quatre maîtres ordinaires, quatre correcteurs, quatre - auditeurs et autres officiers en la chambre des comptes de - Paris.--La charge de premier président est taxée à 550,000 liv. au - lieu de 400,000 liv., celle de président, à 300,000 liv. au lieu - de 200,000 liv., celle de procureur général à 300,000 liv. au lieu - de 250,000 liv. - - 1691.--_Mars._--Edit du Roi portant création de maîtres et gardes - et de jurez syndics des corps des marchands et des arts et métiers - dans toutes les villes du royaume. Les droicts de marc d'or - desdits offices sont fixez pour la première classe à 30 liv.; pour - la deuxième à 24 liv.; pour la troisième à 18 liv.; pour la - quatrième à 12 liv. En outre, pour les droits de réception, selon - la classe, 15 liv., 12 liv., 9 liv. et 5 liv.; plus, pour le droit - royal rétabli en remplacement du droit domanial supprimé, les - marchands et maîtres des corps et communautés payent 40 liv. pour - la première classe, 30 liv. pour la deuxième, 20 liv. pour la - troisième, 10 liv. pour la quatrième. - - 1691.--_3 Mai._--«Les marchands bonnetiers se réunissent au bureau - de la communauté, rue des Ecrivains, paroisse - Saint-Jacques-la-Boucherie, pour délibérer sur les moyens de - trouver les fonds de la somme [de 36,000 liv.] que la communauté - doit offrir au Roi pour réunir au profit d'icelle les offices - héréditaires de six maîtres et gardes de la communauté créés, - ainsi que dans tous les autres corps et communautez des marchands - et artisans des villes du royaume par l'édit du mois de - mars...»--Il résulte d'un arrêt du Conseil du Roi en date du 8 - mai, que les bouchers, après avoir refusé d'abord, auroient fait - leur soumission. - - 1691.--_22 Mai._--Extrait des Registres du Conseil d'Etat: ... «Sa - Majesté en son Conseil a ordonné et ordonne que la déclaration du - 14 novembre 1689 sera exécutée selon sa forme et teneur; en - conséquence a fait et fait très-expresses inhibitions et défenses - à tous ouvriers de luxe de dorer ou argenter des chandeliers à - branches, girandoles, bras, chenets, grilles, brasiers, bordures - de miroirs, balustres, bois de chaises, tables, bureaux, guéridons - et autres semblables ouvrages...» - - 1691.--_14 Août._--Déclaration du Roi... «Ceux qui ont acquis - quelque domaine aliéné de bénéfices, communautez, colléges ou - hôpitaux, à la charge d'en remplacer le prix en maisons ou - héritages, seront tenus, à la réquisition des créanciers, d'en - porter les deniers à nostre trésor royal, pour estre employez en - acquisitions de rentes constituées sur l'hostel de nostre bonne - ville de Paris...» - - 1692.--_Janvier._--Edit du Roi portant création des charges de - surintendant général des postes et relais de France et de grand - maître des courriers... «A l'égard de tous les droits utiles, - profits et revenus appartenant auxdites charges..., nous les avons - unis et unissons à notre domaine pour estre reçus par nos - receveurs avec nos autres revenus, chacun dans leur - généralité.»--Cf. 6e _Mém._ de Boulainvilliers. - - 1692.--_Février._--Edit du Roi portant création de lieutenants de - S. M. dans toutes les provinces du royaume: «Si l'état florissant - où nous conservons notre royaume au milieu de la plus grande - guerre que la France ait jamais soutenue nous en a fait connoître - les forces inépuisables, le zèle ardent et empressé avec lequel - nos sujets et principalement notre noblesse sacrifient tous les - jours leurs biens et leurs vies nous fait trouver en même temps - notre puissance trop bornée, lorsque, voulant proportionner nos - bienfaits à leurs services, nous voyons à regret que nous manquons - de récompenses à mesure que les raisons d'en donner - augmentent...»--Les lieutenants du Roi ne pourront être remplacés - «sans que celuy auquel nous en aurons donné l'agrément n'ait - actuellement remboursé les sommes que lesdits lieutenants auront - financés en nos coffres...» - - 1692.--_Février._--Edit du Roi portant création de 200 notaires - royaux dans l'étendue du Parlement de Tournay, etc. - - 1693.--_17 Mars._--Tarif des droits que le Roi en son conseil veut - et ordonne être payez pour le controlle et enregistrement des - titres et autres actes qui seront reçus à l'avenir dans toute - l'étendue du royaume. Exemples: contrats de mariage, jusqu'à 500 - liv., dix sols;--de 500 à 1,000 liv., 20 sols;--de 1,000 à 5,000 - liv., 40 sols, etc. - - 1693.--_8 Mars._--Tarif des droits qui seront payez par les juges - ou officiers de justice des seigneurs qui ne se sont point fait - recevoir ou qui n'ont point esté immatriculez aux greffes de nos - cours ou juridictions. Exemple: les juges des duchés-pairies et - autres justices seigneuriales qui ressortissent immédiatement au - Parlement, chacun 150 liv.; procureurs desdits, 100 liv., etc. - - 1693.--_16 Juin._--Tarif des droits que le Roi en son conseil veut - estre payez à commencer du 1er juillet prochain par les - communautez des marchands et artisans de la ville et faubourgs de - Paris, pour avoir la faculté d'avoir chez eux des balances, - romaines et fléaux de quelque poids que ce soit. Exemple: chacun - des maîtres de la communauté des épiciers, apothicaires, - grossiers, confiseurs, ciriers, 6 liv.;--merciers, grossiers, - joailliers, 6 liv.;--bouchers, 10 liv.;--boulangers, 3 liv., etc. - - 1695.--_Janvier._--On lit dans le MERCURE GALANT: «_Enfin_ la - déclaration du Roi pour l'établissement de la capitation a esté - publié. Il y avoit longtemps que cette publication étoit - _souhaitée_, tant le zèle des sujets du Roi est grand pour - contribuer à sa gloire et au bien de l'Etat: en sorte que les - taxes ont paru fort modiques à plusieurs.» - - Comme complément de cette curieuse nouvelle, voici un extrait de - la lettre (insérée au _Mercure galant_ de mars 1695) par laquelle - les Etats de Languedoc sollicitent la faveur d'être soumis à la - capitation: «L'Assemblée des Etats de Languedoc a toujours donné - des marques de la passion qu'elle a eue pour le service du Roi et - pour le bien du royaume, en supportant les impositions dont cette - province est chargée; mais elle sent croître cette passion dans le - coeur de ceux qui la composent, en ce temps où les ennemis de - l'Etat se sont faussement persuadé que le zèle des sujets du Roi - peut diminuer ou leurs forces s'épuiser, après le don gratuit de - trois millions qu'elle vient de faire à S. M. et de plusieurs - autres sommes considérables..., elle demande à Sa Majesté qu'il - luy plaise de faire une subvention générale de capitation qui soit - supportée par tous ses sujets, et demande que l'établissement en - soit fait dans la province de Languedoc pendant la guerre...» - - 1695.--_30 Avril._--Edit du Roi, registré au Parlement, portant - aliénation de douze cent mille livres de rente au denier quatorze - sur l'hôtel-de-ville de Paris. - - Nous pourrions multiplier ces extraits; ceux qui précèdent peuvent - déjà donner l'idée des souffrances que l'état de guerre faisoit - supporter au pays. - - [96] Messire François d'Argouges, conseiller d'Etat et du Conseil - royal, ci-devant premier président du Parlement de Bretagne, - mourut à Versailles le 16 de ce mois. (_Gazette de France_, 1695: - de Versailles, le 19 août) [quelques jours avant la perte de - Namur.] - - Louvois étant mort le 16 juillet 1691, à 51 ans, son troisième - fils, le marquis de Barbezieux, fut nommé secrétaire d'Etat, et - prêta serment le 19 août entre les mains du Roi pour la charge de - chancelier et garde des sceaux qu'avoit son père, le 25 août 1693; - le 12 novembre il épousoit Mlle de Crussol, fille du duc d'Usez et - petite-fille de Montausier. Il mourut à Versailles le 5 janvier - 1701, épuisé par une vie de plaisirs, après une courte - maladie.--Lorsqu'il succéda à son père, il avoit 23 ans, - «d'ailleurs nulle expérience, et il eut ordre de ne rien faire - dans l'exercice de sa charge que par l'avis de Chanlay, qui lui - fut donné comme collègue et comme modérateur.» (_Mém._ de l'abbé - Le Gendre, p. 136.)--Voy. sur les griefs du Roi contre lui, - Saint-Simon, _édit._ Hachette en 13 vol. in-12, VIII, 457. - - [97] L'auteur veut sans doute parler du tarif imposé au Clergé le - 10 juin 1693 pour les droits à payer à l'occasion des mariages, - sépultures, baptêmes, etc.--Voici, par exemple, l'article relatif - aux mariages: bans, 30 sols; fiançailles, 40; célébration du - mariage, 6 liv.; certificat de publication des bans, 5 liv.; - honoraires de la messe de mariage, 30 sols; pour le vicaire, 30 - sols; pour le clerc des sacrements, 20 sols; la bénédiction du - lit, tant pour celui qui la fait que pour le clerc qui l'assiste, - 30 sols, soit en totalité 20 liv., soit de 60 à 80 francs de notre - monnoie. - - [98] Il y a peu de numéros de la _Gazette de France_ de cette - époque où il ne soit parlé des incessantes incursions des Anglois - sur nos côtes; mais nos nombreux corsaires leur faisoient bonne - guerre, et ce que la _Gazette_ enregistre surtout ce sont nos - succès.--Voy. les notes suiv. - - [99] Anne Hilarion de Constantin, comte de Tourville, célèbre par - ses actions sur mer, fut fait lieutenant-général des armées du Roi - et vice-amiral du Levant en 1689 (_Gaz. de France_). Souvent - vainqueur des Anglois et des Hollandois, notamment en 1690 - (_Gazette_ du 27 juillet), il fut repoussé par les Anglois le 7 - juin 1692. Maréchal de France en 1693, il mourut à Paris dans la - nuit du 7 au 8 mai 1701. - - [100] _Gazette de France_ du 19 mars 1695: «On a eu avis de - Livourne que les vaisseaux du Roy _le Content_ et _le Trident_, - commandez par le comte du Chalard et le sieur d'Aulnay, avoient - esté attaquez par six vaisseaux de guerre anglois,» et contraints - de se rendre après une résistance désespérée qui ne dura pas moins - de deux jours. - - _Gazette_ du 2 juillet (Toulon, 19 juin) 1695.--«Les ennemis ne - paroissent plus sur nos costes, et on a appris que leurs grands - préparatifs et une flotte si nombreuse n'ont abouti jusqu'à - présent qu'à transporter en sûreté quelques troupes en Catalogne.» - - _Gazette_ du 17 septembre (Marseille, 5 septembre) 1695.--«L'armée - navale des alliez, après avoir jeté inutilement 2,500 bombes dans - Palamos, partit le 27 du mois dernier et parut le 30 devant Toulon - avec environ cent bastimens, parmy lesquels il y avoit 55 - vaisseaux de guerre ou frégates.»--A Toulon, à la Ciotat, à - Marseille et dans les autres ports de la côte, le maréchal de - Tourville, en Provence le comte de Grignan prirent toutes les - mesures nécessaires pour empêcher le débarquement des ennemis qui, - fort heureusement, furent éloignés par une tempête. - - [101] Voy. ci-dessus, p. 133, note 54. - - [102] Il n'étoit point question, à cette époque, de taxer les - filles de joie, mais de les retirer du vice. C'est alors, en - effet, que Mme de Combé, hollandoise de nation, fonda le Bon - Pasteur, qui, après des commencements modestes, fut définitivement - établi en 1698. Voy. Delamare, _Traité de la police_, I, 530 et - suiv. - - [103] Ce qu'on reprochoit surtout à Pomponne c'étoit sa - négligence; l'abbé Le Gendre dit qu'il «laissoit quelquefois des - dépêches deux ou trois jours sans les ouvrir. On disoit encore - qu'il faisoit part aux jansénistes de tous les secrets de l'Etat, - qui étoient son conseil, et qu'il ne faisoit rien par lui-même.» - Ce fut là la cause avouée de sa destitution, mais «la principale - peut-être fut que son emploi faisoit envie à M. Colbert qui étoit - bien aise de l'exercer sous le nom de son frère de Croissy, à qui - il le fit tomber.» (_Mém._ de l'abbé Le Gendre, pp. - 137-138.)--Voir les _Mém._ de Louis XIV, édit. Dreyss. - - [104] Sur Harlay de Champvalon, archevêque de Paris, voy. la - table. - - [105] Grande question que la question des siéges. Chez le Roi ou - la Reine, les duchesses seules et les femmes d'ambassadeur avoient - les honneurs du tabouret. Dans le monde, les femmes de qualité - pouvoient avoir des fauteuils; mais une femme plus qualifiée, - comme la duchesse de La Meilleraie, par exemple, lorsqu'elle étoit - à Nantes dans le gouvernement de son mari, s'asseyoit volontiers - sur le dossier de son fauteuil pour être plus élevée que les - autres dames. On se rappelle la colère de la comtesse - d'Escarbagnas contre Criquet, son laquais, qui, lorsqu'elle lui - dit d'approcher un siége pour M. Thibaudier, apporte une - chaise.--«Un pliant, petit animal,» lui dit-elle tout bas. M. - Thibaudier n'est que conseiller. Voici un passage bien curieux - tiré de _Polyandre_, histoire comique (1648), attribué à Ch. - Sorel; il nous conduit au bal chez un riche financier: «... Force - chaises et tabourets avoient esté mis partout. Les dames et les - demoiselles les plus qualifiées estoient assises au premier rang, - et il y avoit quelques femmes que la beauté et la jeunesse - mettoient à l'égal des filles. Elles faisoient plus d'un demi - cercle, qui laissoit de l'espace pour danser, et derrière il y - avoit des dames plus âgées qui, par leurs ajustemens et leur - contenance estudiée, témoignoient qu'elles prétendoient encore à - la bonne mine et qu'elles ne pensoient point estre au rebut. - Quelques hommes estoient assiz en confusion parmy elles, et vers - la porte il y en avoit une grosse foule qui estoient debout. _Les - plus galands_, refusans des chaises, _quoy qu'ils fussent gens de - condition_, estendoient leurs manteaux par terre et s'alloient - coucher aux pieds des belles dames, où ils se trouvoient encore - trop honorez, et tantost les uns, tantost les autres estoient pris - pour danser,» pp. 178-180.--Voy. l'_Introduction_ à notre édition - du _Dict. des Prétieuses_, de Somaize (Bibl. elzev.), et la - préface de notre ouvrage _Précieux et Précieuses_, 1 vol. in-8º. - Paris, Didier.--Voy. aussi dans les _Mémoires_ de Louis XIV le - refus d'une «chaire à dos» sollicitée par Monsieur, pour Madame, - et les motifs de ce refus. - - [106] L'Evêque de Noyon étoit de la famille de Clermont-Tonnerre. - Saint-Simon a fait connoître la vanité de ce prélat, qui couvroit - de ses armoiries tous les murs de son évêché, qui étaloit à une - place d'honneur un tableau généalogique où on le faisoit descendre - en même temps des empereurs d'Orient et des empereurs d'Occident, - etc. Il a raconté son admission, par ordre du Roi, à l'Académie - françoise où un discours amphigourique et emphatiquement - louangeur, malignement prononcé à sa réception par l'abbé de - Caumartin, fit de lui la risée de la Cour. «M. de Paris ne - l'aimoit point. Il y avoit longtemps qu'il avoit sur le coeur une - humiliation qu'il en avoit essuyée; il n'étoit point encore duc et - la Cour étoit à Saint-Germain, où il n'y avoit point de petites - cours comme à Versailles. M. de Noyon, y entrant dans son - carrosse, rencontra M. de Paris à pied; il s'écrie, M. de Paris va - à lui et croit qu'il va mettre pied à terre; point du tout; il le - prend de son carrosse par la main et le conduit ainsi en laisse - jusqu'aux degrés, toujours parlant et complimentant l'archevêque, - qui rageoit de tout son coeur. M. de Noyon, toujours sur le même - ton, monta avec lui et fit si peu semblant de soupçonner d'avoir - rien fait de mal à propos que M. de Paris n'osa en faire une - affaire; mais il ne l'en sentit pas moins.» Premier grief; en - voici un second: «Cet archevêque... s'étoit mis peu à peu - au-dessus de faire aucune visite aux prélats, même les plus - distingués, quoique tous allassent souvent chez lui. M. de Noyon - s'en piqua et lui en parla fort intelligemment. C'étoient toujours - des excuses. Voyant que ces excuses durèrent toujours, il en parla - si bien au Roi qu'il l'engagea à ordonner à M. de Paris de l'aller - voir. Ce dernier en fut d'autant plus mortifié qu'il n'osa plus y - manquer aux occasions et aux arrivées.»--Un troisième grief, c'est - que Monseigneur de Harlay avertit charitablement M. de Noyon du - ridicule que le discours de l'abbé de Caumartin avoit jeté sur - lui. Tous ces petits événements sont de l'année 1694, à la veille - de l'Assemblée du Clergé. Quel nouveau conflit vit-on éclater dans - l'Assemblée entre les deux prélats si hautains? Ni Dangeau, ni - l'abbé Le Gendre n'en ont parlé; mais on les devine. Saint-Simon - parlant des dégoûts qui assaillirent Monseigneur de Harlay dans - ses dernières années, ajoute que «les chagrins de cette assemblée - l'achevèrent.» Le 6 août, on le trouva mort, étendu sur un canapé - dans sa maison de Conflans... «M. de Noyon eut son cordon bleu.» - - [107] L'abbé de Caylus, frère du chevalier de Caylus qui épousa - Mlle de Villette, fille du cousin-germain de Mme de Maintenon. Il - devint évêque d'Auxerre, après avoir été aumônier du Roi; il avoit - refusé l'évêché de Toul. - - [108] Les Cordeliers dits du Grand Couvent avoient leur maison - dans la rue de l'Observance, quartier du Luxembourg. Les - Cordeliers de l'_Ave Maria_ avoient leur couvent, rue des Barres, - quartier Saint-Paul, et les Cordeliers, sans épithète, rue de - Lourcine, quartier de la place Maubert. - - [109] «La dispute du quiétisme est une de ces intempérances - d'esprit et de ces subtilités théologiques qui n'auroient laissé - aucune trace dans la mémoire des hommes sans le nom des deux - illustres rivaux (Bossuet et Fénelon) qui combattirent.» (_Siècle - de Louis XIV._)--Mme Guyon, la fondatrice illuminée de cette - hérésie mort-née, s'étant mise, d'après le conseil de Fénelon, - entre les mains de Bossuet, regardé comme un père de l'Eglise, - l'Evêque de Meaux s'associa, pour l'examen de ses oeuvres, - l'Evêque de Châlons, depuis cardinal de Noailles, et l'abbé - Transon, supérieur de Saint-Sulpice. Ils s'assemblèrent - secrètement à Issy. L'Archevêque de Paris, jaloux que d'autres que - lui se portassent pour juger dans son diocèse, fit afficher une - censure publique des livres qu'on examinoit. (_Ibid._) - - [110] Ces trois livres étaient les ouvrages de Mme Guyon et - peut-être la _Guide spirituelle_ de Molinos. - - [111] Il étoit d'usage que les militaires et les valets prissent - ainsi des noms de guerre. Nous avons sous les yeux un modèle du - Registre journal du Directeur d'un hôpital militaire; la septième - colonne est destinée aux «noms de fiefs des officiers et aux noms - de guerre des soldats.» Nous y relevons les sobriquets de Va de - bon coeur, la Joie, la Grandeur, Boitout, le Tapeur, la Valeur, - Tope à tout, etc. - - [112] Mme de Maintenon, née en 1636 (voy. t. III) avoit alors 59 - ans. - - [113] Bernier, chirurgien, nous est inconnu. Il ne peut être - question, en effet, du célèbre médecin voyageur, François Bernier; - celui-ci étoit mort en 1688. Peut-être s'agit-il de Jean Bernier, - auteur d'une Histoire de la Médecine et des Médecins (1688 et - 1693); mais il n'étoit pas chirurgien du Roi. - - [114] «On prend enfin ce mot _mareschal_ pour un médecin de - chevaux..., et Nicot dit que ces mareschaux avoient soin des - chevaux du Roy, à la manière des Empereurs romains qui tenoient un - médecin pour leurs chevaux, qui, après, parvenoient à de plus - grands emplois. Ainsi Virgile fut médecin des chevaux d'Auguste et - puis son favory. Et M. Heroart fut médecin des chevaux du roy - Louis XIII, et après il le fut du Roy mesme.»--(Borel, _Trésor des - recherches et antiquités françoises_. In-4º, 1655.) - - [115] C'étoit le langage de la Reine parlant de Mme de Montespan: - «Il lui échappoit souvent de dire: cette pute me fera mourir.» - (Saint-Simon.) - - [116] Furetière admet la locution: «Saigner le pied en l'eau» et - c'est ainsi sans doute qu'il faut lire. - - [117] Le louis d'or valoit alors 12 liv., soit 60 fr. de notre - monnoie; ordinairement, le prix de la visite des médecins étoit - d'un petit écu. Voy. le _Trio de la Médecine_, de l'abbé - d'Aubignac. Les chirurgiens et les apothicaires étoient moins bien - traités; cependant, quand maître François du Tertre faisoit au Roi - une saignée au bras, il touchoit 300 liv., et 600 liv. pour une - saignée au pied. - - [118] Je vous _quitte_, pour _je vous tiens quitte_. Le _Dict._ de - Furetière donne ce sens qu'on ne trouve pas dans Richelet. Les - lexiques de la langue de Corneille par M. Godefroy et par M. - Marty-Laveaux ne le relèvent pas; mais le lexique de la langue de - Mme de Sévigné (_Collect._ des Grands Ecrivains) en cite plusieurs - exemples: «Je vous quitte de la peine de me répondre,» etc. - - [119] Saint-Malo étoit d'autant plus exposé qu'il étoit plus - redoutable aux ennemis. On lit dans la _Gazette_: «de Paris le 12 - janvier 1692: «on a reçu avis que les armateurs, principalement - ceux de Saint-Malo, continuoient d'amener incessamment un grand - nombre de prises. - - «2 février.--Deux vaisseaux du Roi, l'un de 20; l'autre de 26 - pièces de canon, attaquèrent le 24 du mois dernier à la hauteur de - Jersey deux anglois, l'un de 50 et l'autre de 60 pièces de canon: - après six heures de combat ils les obligèrent à se retirer assez - maltraitez.» - - Les années suivantes, Saint-Malo fut bombardé deux fois par les - Anglois, le 26 novembre 1693 et le 14 juillet 1695. (Cunat, - _Saint-Malo et ses marins_.) Le _Mercure galant_ (vol. de juillet) - contient, de la p. 262 à la p. 275, un Journal du bombardement de - Saint-Malo, avec des extraits de lettres sur le même sujet, de la - page 275 à la page 280. A la fin de l'hiver précédent, les - habitants qui se rappeloient le bombardement de 1693 et qui ne - prévoyoient pas celui qu'ils devoient subir, sans en souffrir - d'ailleurs, au mois de juillet suivant, avoient multiplié chez eux - les divertissements; un ballet, _le Retour des plaisirs_, dont la - musique avoit été faite par le maître de musique de la cathédrale, - fut dansé; à la seconde entrée, un choeur de Malouins chantoit - devant Neptune: - - Désormais sur ces bords vivons sans épouvante; - Neptune a de l'Anglois repoussé la fureur. - - [120] Probette, boussole. Vieux mot que n'ont recueilli les - dictionnaires ni de Nicot, ni de Cotgrave, ni de Monet, ni de - Joubert, ni les dictionnaires flamand-françois de 1618 ou de 1634, - ni le dictionn. françois-italien de 1648, etc. - - [121] «_Maletoulte_, c'est-à-dire extorsion, imposts - extraordinaires, et _maltoutiers_ sont ceux qui lèvent ces - imposts. Ce qui vient du mot _tollir_, c'est-à-dire oster. Ce nom - fut donné à l'impost de 1296, selon M. Bignon sur Marculphe. D'où - vient que _maletoste_, selon Ragneau, veut dire tout subside - extraordinaire.» (Borel, _Thresor de Recherches_.) - - [122] L'Empereur d'Allemagne était alors Léopold Ier, qui succéda - en 1657 à Ferdinand III, mourut en 1705 et laissa le trône à - Joseph Ier. - - [123] Dans l'édit. que nous reproduisons, le texte suit, divisé - par _Entretiens_; dans une édition postérieure, l'_Entretien_ - XVIII est précédé d'un nouveau titre et des mots «seconde partie», - qui ne semblent pas motivés. - - [124] Jacques-Henri de Durasfort, duc de Duras, chevalier des - trois ordres du Roi, gouverneur de Besançon et du comté de - Bourgogne, capitaine des gardes du corps, fut nommé maréchal de - France le 30 juillet 1675. Il avoit épousé Marguerite Félice de - Lévis Ventadour, dont il eut un fils. Sa terre de Duras en Guyenne - avoit été, dès 1668, érigée en duché avec cette clause que, faute - d'hoirs mâles, cette terre reprendroit son ancienne qualité et ne - retourneroit pas à la Couronne. Les lettres ne furent vérifiées en - parlement que le 1er mars 1689.--Son frère Guy de Durasfort, fut - duc de Lorge et aussi maréchal de France. Des filles de ce - dernier, l'une épousa le duc de Saint-Simon, l'auteur des - _Mémoires_, l'autre le duc de Lauzun. - - [125] M. de Brissac, major des gardes du corps, chevalier de - Saint-Louis depuis la fondation de l'ordre en avril 1693, étoit - lieutenant-général depuis le mois de mars de la même année. Il - étoit gouverneur de Guise. Saint-Simon fait de lui «un fort simple - gentilhomme tout au plus, qui n'étoit ni ne se prétendoit rien - moins que des Cossé... C'étoit de figure et d'effet une espèce de - sanglier, qui faisoit trembler les quatre compagnies des gardes du - corps, et compter avec lui les capitaines, tout grands seigneurs - et généraux d'armée qu'ils étoient... Il s'étoit acquis toute la - confiance du Roi par son inexorable exactitude... Avec tout - l'extérieur d'un méchant homme, il n'étoit rien moins, mais - serviable sans vouloir qu'on le sût.»--Voir à la suite dans - Saint-Simon le récit du tour qu'il joua aux fausses dévotes de la - Cour. Elles attendoient le Roi au Salut, toutes munies d'une - petite bougie qui éclairoit leur livre pour elles, et leur visage - pour le Roi. Brissac ayant dit tout haut aux gardes de se retirer, - les bougies s'éteignirent et les dames quittèrent la chapelle. Le - Roi arriva peu après, et rit beaucoup lorsqu'il apprit pourquoi - l'église, ordinairement trop petite, étoit déserte ce soir-là. - «Toutes ces femmes auroient voulu l'étrangler.» - - [126] Les pages de la Chambre appartenoient à de très-bonnes - familles nobles du royaume; en échange des services qu'ils lui - rendoient, le Roi se chargeoit de leur éducation et de leur - avenir. Il a daigné leur consacrer une page de ses _Mémoires_. On - lit dans l'_Etat de la France_ de 1669: «Le Roi entretient - vingt-quatre pages de sa Chambre toute l'année, dont chacun des - quatre premiers gentilshommes a six; et Sa Majesté leur entretient - des maîtres sur tous les exercices convenables à des personnes de - qualités. Les Pages entrent avec la garde-robe le matin et le soir - dans la chambre du Roi pour donner les mules à Sa Majesté.»--En - outre, la grande écurie avoit 55 pages, bien qu'il n'y eût de - fonds que pour 19; ils avoient un gouverneur, un sous-gouverneur, - un aumônier, un précepteur. On leur enseignoit les exercices de - guerre, la carte (géographie), la musique, la danse; la petite - écurie avoit 21 pages, dont deux à la vénerie, élevés dans les - mêmes conditions. - - [127] Le duc d'Orléans, frère du Roi. - - [128] Sur l'évêque de Noyon, voyez ci-dessus, page 182, _note_ - 106. - - [129] L'île de Tendresse appartient à la géographie des - précieuses, comme ce pays de l'Amour-propre où La Rochefoucauld - dit qu'il reste beaucoup de terres inconnues. Il existe un livre - italien fort singulier, intitulé: «_della Geografia trasportata al - morale_, del Padre Daniello Bartoli, della compagnia di Giesù. - Milano, 1665.» 1 vol. in-18. L'auteur, dans les Iles Fortunées - voit les espérances de Cour; dans les cataractes du Nil, le - domaine des grands parleurs qui assourdissent ceux qui les - écoutent; dans le mont Parnasse, la vie insensée de qui chante sur - autrui et pleure sur soi-même, etc. Chaque pays est le sujet d'un - long chapitre, bourré de citations et de préceptes moraux - empruntés à toute l'antiquité. - - [130] Voyez ci-dessus, page 144, note 63. - - [131] Le maréchal de Villeroy avoit confié à M. de Montal la - direction du siége de Dixmude. François de Neufville, duc de - Villeroy et de Beaupreau, pair et maréchal de France, étoit fils - de Nicolas, duc de Villeroy, aussi maréchal de France, et de - Magdelaine de Créqui. Nommé chevalier des ordres en 1688, maréchal - de France en 1693, il étoit alors commandant de l'armée de - Flandres. Il dirigea en personne le bombardement de Bruxelles, - malgré une armée de 25,000 hommes, et continua longtemps encore - ses succès militaires, interrompus cependant en 1702, qu'il fut - fait prisonnier à Crémone. Malgré la perte de la bataille de - Ramilies, en 1706, il conserva la confiance du Roi, et fut nommé, - en 1714, ministre d'Etat, chef du Conseil royal des finances; - après la mort de Louis XIV, il fut nommé gouverneur du jeune roi - Louis XV. - - [132] «En vous apprenant le siége de Dixmude, je vous apprends en - même temps sa prise [après 36 heures de tranchée], dit le _Mercure - galant_ de juillet 1695. M. de Blanchefort en apporta la nouvelle - au Roi le 30 de ce mois. M. de Montal en a fait le siége... Après - quelques contestations, le gouverneur consentit à se rendre - prisonnier de guerre avec toute la garnison, montant environ à - 5,300 hommes... J'apprends en ce moment qu'aussitôt après la prise - de Dixmude, Deinse ouvrit ses portes aux troupes du Roi, et qu'il - y avoit dans la place cinq régiments faisant environ 2,500 hommes - qui se sont rendus prisonniers de guerre.» - - [133] C'est ainsi que Citois, médecin de Richelieu, lui ordonnoit - parfois de prendre deux ou trois drachmes de Bois-Robert: _Recipe - Bois-Robert_. - - [134] Erizzo, ambassadeur de Venise, étoit reçu en audience le - mardi, comme tous les ministres étrangers. Le 15 octobre 1695, la - _Gazette de France_, d'accord avec Dangeau, rapporte que le Roi - lui accorda le 5 du même mois une faveur sans précédent: il donna - une audience à sa femme: «le Roi étoit debout auprès de sa table, - dit Dangeau, et, dès qu'il vit l'ambassadrice, il avança deux ou - trois pas à elle et la baisa; et après quelques compliments qu'ils - se firent, toujours debout, l'ambassadrice se retira.» - Saint-Simon, dans ses notes sur Dangeau, donne les règles - d'étiquette ordinairement suivies dans des occasions analogues. - - Quatre jours après, le dimanche 9 octobre «le Roi tint sur les - fonts de baptême la fille du sieur Erizzo. Sa Majesté la nomma - Louise, Madame fut la marraine, et la cérémonie fut faite dans la - chapelle du château par le cardinal de Bouillon, grand aumônier de - France. Le Roi et la Reine d'Angleterre y assistèrent.» (_Gazette - de France._) - - Erizzo ne se montra pas reconnoissant de ces faveurs répétées. Le - jeudi 13 avril 1700, il arriva, dit Dangeau, un courrier de Rome - envoyé par le cardinal d'Estrées, notre ambassadeur, pour rendre - compte de ses démêlés avec Erizzo, qui continuoit à Rome contre - lui les démêlés commencés en France; il avoit même fait un écrit - très-offensant contre le cardinal d'Estrées dont le Roi approuvoit - la conduite (Dangeau). - - [135] «_Mercredi, 27 juillet 1695._--On a eu nouvelle que les - Vénitiens dans la Morée ont repoussé les Turcs...; l'ambassadeur - en doit venir donner part au Roi mardi prochain.--_Lundi 19 - septembre_: Il court un bruit que les Vénitiens ont gagné un - grand combat naval contre les Turcs dans les mers de Chio, - qu'ils ont fait 6,000 prisonniers et entre autres l'amiral - Turc: les nouvelles de ce pays-là méritent confirmation.» - (Dangeau).--Dangeau ne dit rien des sentiments du Roi sur ce - sujet; la _Gazette_ raconte les faits avec une indifférence - marquée; il semble cependant qu'on peut lui reconnoître quelque - partialité en faveur des Turcs. - - [136] Voyez page 138, note 60. - - [137] La duchesse de Chartres, Mme la duchesse (de Bourbon-Condé), - et la princesse de Conti ajoutoient à leur nom _légitimée de - France_. La princesse seule conserva cette addition, que les - autres supprimèrent pour signer comme les princesses du sang. Elle - ne perdoit point une occasion de faire sentir aux deux autres - princesses qu'elle seule avoit une mère connue et nommée. - (_Mémoires_ de Saint-Simon, 1696.)--Elle assista à la mort de Mme - de La Valière, et obtint du Roi la permission d'en porter le - deuil. - - [138] Portant l'aigrette des chevaliers du pays de Cornouailles. - - [139] Entre deux toiles, comme les braconniers qui font usage du - drap de mort.--Entre deux draps. - - [140] La _Gazette de France_ du 4 juin 1695 dit: «Le 29 du mois - dernier, le sieur Pierre Mignard, premier peintre du Roi, fameux - par beaucoup d'excellents ouvrages, mourut en cette ville (Paris), - âgé de 84 ans.»--Dangeau: «_Dimanche, 29 mai_: le bonhomme Mignard - mourut à Paris; il avoit 84 ans; il étoit premier peintre du Roi, - charge qui vaut 12,000 francs et des logements; les ouvrages qu'il - faisoit présentement étoient les plus beaux qu'il eut faits de sa - vie.»--La charge de premier peintre fut supprimée par Louis XIV; - mais à sa mort, le Régent la rétablit en faveur de Coypel, honoré - précédemment du titre de premier peintre de Monsieur. - - [141] Ce tableau ne figure pas dans la liste des tableaux de - Mignard. - - [142] «Mignard ayant eu ordre alors de faire les portraits de la - famille royale, peignit dans le même tableau Monseigneur, Madame - la Dauphine et les trois princes leurs enfants... Il a été gravé - avec ces vers de Santeul: - - Aspice venturos futura in sæcula Reges; - Gallia, quondam orbis sentiet esse suos. - - Dans ces jeunes héros dont l'auguste naissance - Promet cent miracles divers, - Tu vois tes Rois, heureuse France, - Et peut-être y vois-tu ceux de tout l'Univers. - - (_Vie de Mignard_, par l'abbé de Monville, Paris, 1730, - in-12, p. 137.) - - [143] Voyez la table. - - [144] «Revenu à Avignon, Mignard y trouva Molière... Pendant le - temps que Mignard y passa encore avec son frère, il fit une - Lucrèce pour un conseiller au Parlement de Grenoble.» (_Vie de - Mignard_, pp. 56-57.)--C'est sans doute ce tableau qui passa aux - mains de Mme de Lislebonne. - - [145] Le comte de Sainte-Maure étoit en grande faveur auprès de - Monseigneur qui, d'après Saint-Simon, lui donna un jour jusqu'à - 2,000 louis, à la prière de la princesse de Conty, pour payer ses - dettes de jeu. Voy. t. III, p. 197. - - [146] Le maréchal de Luxembourg étoit mort le 4 janvier 1695, peu - regretté du Roi, qui ne l'aimoit point, dit Saint-Simon, et qui - lui refusa ce qu'il lui demanda à son lit de mort. - - [147] Les éloges donnés au prince d'Orange et au prince de - Vaudemont, ennemis de la France, dénotent l'origine de ce libelle. - - Guillaume Henri de Nassau, prince d'Orange, fils de Guillaume, - prince d'Orange, et de Marie d'Angleterre, laquelle étoit fille de - Charles Ier et de Henriette Marie de France, se distingua dans - toutes les guerres dirigées contre la France. Battu en 1672 à - Charleroy par le comte de Montal, en 1674 à Senef par le prince de - Condé, à Cassel en 1677 par Monsieur, en 1678 près de Mons, en - 1691 à Leuse, en 1692 à Steinkerque, en 1693 encore à Steinkerque, - toujours par le maréchal de Luxembourg, il fut, à plusieurs - reprises, forcé de lever des siéges entrepris contre nos armées. - Il mourut le 19 mars 1703. - - [148] Charles Henri, légitimé de Lorraine, prince de Vaudemont, né - en février 1649, étoit fils de Charles IV de Lorraine et de Mme de - Cantecroix, frère aîné de Mme de Lislebonne, dont il a été parlé - ailleurs. Il avoit épousé, le 27 avril 1669, Anne-Elisabeth de - Lorraine d'Elbeuf. - - [149] Nous saisissons ici l'occasion de protester contre la - prétendue influence que Mme de Maintenon auroit eue dans la - conduite des affaires de l'État; sa situation auprès de Louis XIV, - qui voulut toujours être maître absolu, auroit été impossible si - elle eût voulu le diriger; les écrivains protestants eux-mêmes - (_Bulletin de la Société du protestantisme_) reconnoissent - aujourd'hui qu'elle n'eut aucune part à la révocation de l'Édit de - Nantes, où l'on ne fit que codifier des édits et ordonnances dont - beaucoup étoient antérieurs à son entrée à la Cour. Il suffit - d'ailleurs de lire ses oeuvres pour arriver à cette conviction - d'abord qu'elle n'étoit pas bigotte, ensuite qu'elle étoit à peine - assez catholique pour n'être pas protestante. En effet, elle - conseilloit à ses jeunes élèves de Saint-Louis de soulager leur - mère dans les soins du ménage plutôt que d'aller à la messe, - excepté le dimanche; ce jour-là même, elle les dispensoit, - lorsqu'elles seroient dans leurs familles, d'assister aux vêpres: - ce qui n'est pas d'une bigotte;--elle n'admettoit ni le culte de - la Vierge ni le culte des Saints: et ceci rappelle plutôt sa - première éducation, toute protestante, que les leçons du couvent. - - POST-SCRIPTUM.--La feuille qui contient les premières pages de la - pièce qui précède étoit tirée, lorsqu'un mot, qui nous avoit - échappé dans le _Journal_ de Dangeau, est venu nous apprendre - qu'il existoit un abbé du Troncq, «neveu de Bontemps». La parenté - de Mlle du Troncq avec Bontemps nous étoit ainsi révélée, et, bien - que l'auteur du pamphlet soit le seul écrivain de l'époque qui ait - parlé de la passion tardive du Roi pour cette jeune fille, nous y - avons vu une preuve de plus qu'il étoit très-bien renseigné. - L'amourette elle-même est peut-être fausse, peut-être vraie; en - l'absence de renseignements qui confirment les dires du - pamphlétaire, nous n'osons ni la nier ni l'affirmer; mais il est - certain, et nos notes en font foi, que tous les détails groupés - autour du sujet sont d'une rigoureuse exactitude. - - -FIN. - - - - - LE - TOMBEAU DES AMOURS - DE LOUIS LE GRAND - ET SES DERNIÈRES GALANTERIES. - - - - -[Bandeau] - -LE - -TOMBEAU DES AMOURS - -DE LOUIS LE GRAND - -ET SES DERNIÈRES GALANTERIES[150]. - - -Depuis que la nature a fait naître l'amour, ce Dieu a toujours porté ses -traits par tout l'Univers. Il a foulé même à ses pieds les sceptres et -les couronnes, et tout ce qui respire le jour ressent son pouvoir, -jusqu'aux plus innocentes créatures. Les divinités n'ont point été -insensibles à cette charmante sympathie qui nous force d'aimer; -pourquoi seroit-on surpris qu'un grand Roi comme le nôtre ait fait -consister tout son bonheur dans la tendresse? L'amour est la plus noble -de toutes les passions, et sans lui la vie seroit fade et sans goût. - -Mais il faut mettre une grande différence entre l'amour brutal et le -raisonnable. Le premier fait peur et n'est point aimable, n'étant -accompagné que du crime qui est affreux dans son être; au contraire, -l'amour honnête possède des charmes qui sont opposés aux manières du -premier, qui ne consiste qu'en mille petits soins empressés, et mille -services que l'on veut rendre à l'objet aimé. Il est vrai que les bornes -qui séparent l'un et l'autre sont un peu délicates, et qu'il faut -posséder l'indifférence, pour sa sûreté; cependant, nous voyons tous les -jours bien des personnes qui ont triomphé, par le secours de la vertu, -des forces de l'amour, et, quoique cet enfant soit souvent robuste, il -ne laisse pas d'être aimable quand la modestie l'accompagne, et l'on -peut lui donner l'encens qui suit avec justice: - -_Est-il rien de si doux qu'une ardeur innocente qu'un rare mérite -fait naître dans nos âmes? Je ne vois point de bonheur à respirer le -jour, si de l'Univers on en bannissoit l'amour. Tous les plaisirs se -trouvent dans sa suite, et la vie sans aimer seroit un supplice[151]._ - -Les peintres n'ayant pu trouver des couleurs assez belles ni assez vives -pour faire des yeux au fils de Vénus, l'ont représenté aveugle; ce Dieu -auroit-il eu bonne grâce en faisant toutes les conquêtes qu'il a faites -sans voir? C'est une erreur un peu grossière, car quand l'Amour veut -s'emparer d'un coeur, il se sert toujours des yeux d'un bel objet, -pour en blesser un autre: ce qui ne seroit pas, si ce malicieux enfant -ne savoit très-bien que de tous les sens, les yeux sont les plus -susceptibles, parce qu'ils découvrent, les premiers, les redoutables -attraits des belles. Il faut donc raisonner en cet endroit -philosophiquement, et dire qu'un aveugle ne peut devenir savant quand il -est privé des facultés les plus nécessaires, comme la vue. L'on voit -aussi que ce conquérant est fort éloquent et grand rhétoricien, -puisqu'il confond les raisonnements les plus sublimes et les plus -solides. C'est donc avec raison qu'il faut défendre le tort que -l'on fait à ce pauvre enfant en lui tirant son plus bel ornement. - - Amour infortuné songe à tes intérêts; - L'on ne sent plus pour toi l'honneur et les respects. - Tout est perdu, si cela continue. - Ramène-nous des siècles plus doux, - Où l'on verra plus de retenue, - Et qui dureront toujours. - -La durée dans les choses du monde est presque impossible. On la souhaite -assez dans ses termes et ses expressions, et si nous avions un bien qui -sût une fois nous charmer sensiblement, nous ne voudrions jamais le -quitter. C'est pourquoi l'auteur de la nature a prévu cet attachement -comme criminel, et nous a donné toutes choses changeantes et variables -et de peu de durée. - -Les philosophes sont fondés sur de bons principes, quand ils regardent -tout avec indifférence, et qu'ils n'aiment que le présent. Cependant, -parmi nous, ces sentiments sont condamnés, et l'on seroit mal instruit, -si l'on vouloit les suivre. - -Laissons donc pour une autre fois ces idées, et voyons avec plaisir -toutes les galanteries de notre prince. Examinons-en le tour et la -délicatesse, et disons qu'il est le seul au monde qui a su aimer si -tendrement; mais présentement son coeur est rempli de sentiments pieux -qui ont banni la tendresse humaine de ses idées[152]. Ce qui -faisoit autrefois sa félicité, ne le charme plus que foiblement, et les -douceurs qui ont enchanté ce Monarque paroissent mourantes et sur leur -fin. Pendant qu'il languit, et que sa raison et ses transports sont de -retour, il faut faire la revue de ses amours, et voir le terrible -changement qui se trouve chez ce Prince, après avoir décrit les plus -doux moments de sa vie. - - L'on ne voit rien dans cet Univers, - Qui soit constant et solide, - Le sort des humains décide, - Selon les sentiments divers. - -Je reviens à l'ardente passion du Roi, et je laisse ma Muse pour une -autre fois; je veux suivre toutes les démarches qu'il a faites dans ses -amourettes, et dire que rien dans la vie ne l'a touché si sensiblement -que la possession d'une personne aimable. Mademoiselle de Manchini[153] -avec son air commun et sa petite taille, mais de l'esprit comme un ange, -a fait passer à ce Prince des heures charmantes[154]. Souvent madame de -Venelle[155] les surprenoit dans leurs conversations touchantes; mais il -faut dire à la vérité que leurs joies n'ont été qu'imparfaites. Notre -Prince l'auroit épousée, sans les oppositions du cardinal Mazarin[156] -qui étoit prié de la reine-mère, et qui lui fit promettre, un jour -qu'il souhaitoit d'elle des preuves de son amour[157], qu'il empêcheroit -la chose.--«Ce que je vous demande, lui disoit la Reine, n'est pas une -si grande assurance de votre passion que vous croyez. Car si le Roi -épouse votre nièce, de l'humeur que je lui connois, il ne manquera -jamais à la répudier et vous serez mal avec lui; ce qui [me] chagrinera -plus que le mariage, quoique mes desseins soient entièrement ruinés pour -la paix, si le Roi n'épouse pas la fille du Roi d'Espagne.» - -Le cardinal trouva la pensée de la Reine admirable et lui promit tout -afin de posséder son coeur[158]. Cependant le Roi a marqué toujours -une aversion si extraordinaire pour le démariage[159], et il l'a déclaré -si souvent, qu'il donne bien lieu de croire qu'il ne se seroit pas voulu -servir de ce méchant usage. Notre sublime cardinal maria enfin sa nièce -au duc de Colonna[160], dans le dessein de faire mieux sa cour proche -de[161] la reine qui l'en remercia avec les manières les plus -tendres du monde. Notre jeune Monarque pleura et cria, se jeta aux pieds -du cardinal et l'appela son papa; mais hélas! il étoit destiné que les -deux amants se sépareroient. Cette amante affligée étant pressée de -partir, et montant en carrosse, dit fort spirituellement à son amant, -qu'elle voyoit dans une douleur accablante: «Vous pleurez, et vous êtes -Roi! pourtant je suis malheureuse et je pars dès ce moment!» - -Le Roi pensa mourir de chagrin de la cruelle séparation de sa chère -mignonne; mais comme ce Prince étoit encore jeune, il se consola plus -facilement, et son coeur ne demeura pas longtemps dans la -tranquillité. Nous le verrons par la suite. - -Quand Philippe IV, roi d'Espagne, fut mort[162], notre inconsolable -Monarque forma le dessein d'aller aux Pays-Bas, pour mettre la Reine son -épouse en possession des Etats qui lui appartenoient; Sa Majesté y entra -avec toute la magnificence qui pouvoit charmer les sens[163]. Elle étoit -précédée de deux compagnies de mousquetaires richement vêtus, et leurs -chapeaux garnis de plumes blanches, comme le reste des gardes du corps. -Notre illustre Prince étoit vêtu d'un habit en broderie d'or mêlé de -perles, avec un superbe bouquet de plumes incarnates et blanches, -attaché d'un coeur de diamants. Le Roi étoit monté sur un cheval dont -la marche fière et glorieuse faisoit bien connoître qu'il portoit -le plus puissant héros de l'Univers; un nombre infini de seigneurs et de -personnes distinguées accompagnèrent Sa Majesté dans son voyage. - -Le Roi étant de retour ne demeura pas longtemps sans trouver un tendre -amusement. Mademoiselle de la Valière[164], fille de la maison de -Madame, par une sympathie inconnue s'est fait aimer passionnément de ce -Prince. La Valière qui n'étoit ni noble[165], ni belle, ni l'air fort -charmant[166], mais infiniment de l'esprit et du brillant dans tout ce -qu'elle disoit, ayant le coeur rempli de tendresse et de sincérité, -ces dernières qualités ont enchaîné le plus fier et le plus superbe -Prince de l'Europe sous ses lois, et lui ont fait dire souvent qu'il n'a -jamais aimé personne avec tant d'ardeur. - -Il est vrai[167] qu'elle aima le Roi par inclination plus d'un an avant -qu'il la connût, et qu'elle disoit souvent en soupirant à une de ses -amies, qu'elle voudroit qu'il ne fût pas d'un rang si élevé, et que la -fortune l'eût fait naître berger. La raillerie que l'on en fit donna -l'envie à notre Monarque de connoître l'aimable bergère qui lui -souhaitoit au lieu de son sceptre une houlette. Et comme il est -naturel à un coeur généreux d'aimer ceux qui nous aiment, le Roi -l'aima dès ce premier moment, et lui dit un jour en riant: «Venez, ma -belle aux yeux doux, qui ne pouvez aimer qu'un prince.» - -Ce n'est pas que sa personne lui plût; mais par reconnoissance, Sa -Majesté dit au comte de Guiche qu'il la vouloit marier à un marquis -qu'il lui nomma et qui étoit des amis du comte; ce qui lui fit répartir -au Roi que son ami aimoit les belles.--«Eh bien! dit le Roi, je sais -bien qu'elle n'est pas une incomparable beauté; mais je lui ferai assez -de bien pour la faire chérir.» - -Quelque temps après, le Roi fut chez Madame qui étoit un peu indisposée, -et s'arrêta dans l'antichambre avec La Valière à laquelle il parla -longtemps. Ce prince demeura si charmé de son esprit et de ses manières -engageantes que sa reconnoissance devint amour. Mais comme ce prince -cherchoit l'occasion de lui dire tout ce qu'il sentoit pour elle, parce -qu'il en étoit pressé et qu'il y avoit déjà du temps qu'il languissoit -secrètement, il la trouva. Il lui auroit été bien facile s'il eût -considéré qu'il étoit Roi; mais la qualité d'amant lui paroissoit trop -charmante pour n'en pas suivre les lois. Ce fut à Versailles, dans le -parc, que le Roi se plaignit tendrement que depuis plus de trois mois sa -santé n'étoit pas bonne. Mlle de La Valière[168], en parut affligée, -et en marqua du chagrin, ce qui toucha le Roi sensiblement, et lui fit -dire:--«Hélas ma belle, je serai le plus fortuné de tous les -hommes, si vous me plaignez un peu, étant à vous comme je suis.» - -La Valière rougit, et parut interdite en voyant le Roi, qu'elle aimoit, -à ses genoux, tout passionné. Elle se leva par respect, mais le Roi lui -prit la main et la baisa tendrement, en lui disant:--«Ma charmante! je -suis malheureux, puisque vous n'êtes pas sensible, et je suis à plaindre -en vous adorant comme je fais.»--«Non, Sire, répliqua-t-elle, je ne suis -point insensible à ce que vous sentez pour moi. Il y a longtemps, ajouta -cette aimable fille en poussant un soupir, que l'amour m'a fait -connoître secrètement que je devois aimer le plus parfait de tous les -Rois.» - -Notre Monarque parut touché d'entendre un aveu si doux et si favorable à -son amour; mais la pluie qui survint en abondance rompit une -conversation si tendre. Le Roi, qui n'avoit pas encore toutes les -assurances qu'il vouloit du coeur de son adorable, lui envoya ce -billet[169]. - - «Hélas! ma charmante enfant! si vous ne m'aimez en bref, il - faudra que je meure. L'on cherche avec empressement ce qui me - peut rendre rêveur comme je le suis; mais l'on ne pénètre pas - que je vous aime plus que moi-même, et que vous me mettez au - désespoir par vos manières cruelles. Ah! ma chère mignonne! - changez de sentiments, et soyez plus sensible pour un prince - qui ne respire la vie que pour vous.» - -Quelque temps après ce billet, Sa Majesté, qui ne peut souffrir -l'absence de ce qu'il aime, alla voir sa belle chez Madame, que le comte -de Guiche entretenoit. - -Les Demoiselles qui étoient avec La Valière se retirèrent par respect; -si bien que Sa Majesté demeura seule avec cette belle, et lui dit tout -ce qu'un amour tendre et violent peut faire dire à un homme qui a de -l'esprit et de la passion. Il l'assura mille fois que sa flamme seroit -éternelle et qu'il ne changeroit jamais. - -Madame, qui apprit la conversation que le Roi avoit eue avec La Valière -étoit au désespoir[170]:--«Quoi, disoit-elle, préférer une petite -bourgeoise de Tours, laide et boiteuse, à une fille de Roi, faite comme -je suis![171]» - -Elle en parla à Versailles aux deux Reines en femme vertueuse qui ne -vouloit pas servir de commode[172] aux amours du Roi. La Reine-Mère dit -qu'il en falloit parler à La Valière, ce qu'elles firent avec tant -d'aigreur que notre aimable bergère se résolut, dès ce triste moment, de -se mettre dans un couvent. Elle [y] demanda d'abord une chambre, où elle -pleura amèrement. - -Il arriva en ce temps-là à Paris des ambassadeurs pour le Roi d'Espagne -qui étoient avec le Roi dans la salle où l'on les reçoit d'ordinaire -avec plusieurs personnes de qualité. Le duc de Saint-Aignan[173] dit au -marquis de Sourdis[174], assez bas: «La Valière est en religion.» Notre -Monarque, qui avoit entendu ce nom charmant qui avoit frappé ses -oreilles, tourna la tête tout ému et tout pâle, et demanda au duc ce -qu'il disoit, qui lui répartit que Mlle de La Valière étoit en -religion à Chaillot[175]. - -Par bonheur, les ambassadeurs étoient expédiés, car dans la douleur où -étoit le Roi il n'eût eu aucune considération. Il commanda qu'on lui fit -venir un carrosse, et sans l'attendre il monta aussitôt à cheval. La -Reine qui le vit partir lui dit qu'il n'étoit pas maître de lui.--«Ah! -reprit le Roi, si je ne le suis pas de moi, Madame, je le serai de ceux -qui me chagrinent.» En disant cela, il courut à toute bride à Chaillot, -où il demanda sa jolie mignonne qui vint à la grille, avec un air tout -pénétré de langueur et de tendresse.--«Ah! lui cria le Roi, de la porte, -ma charmante enfant, vous avez peu de soin de ceux qui vous aiment!» -Elle voulut répondre, mais les larmes l'en empêchèrent. Le Roi, l'ayant -embrassée tendrement, la pria de sortir promptement. Elle s'en défendit -d'une manière fort touchante, en racontant le méchant traitement de -Madame et des Reines. Notre amoureux prince lui dit qu'il étoit -Roi, et qu'il alloit y donner ordre.--«Enfin, répondit cette adorable, -en levant les yeux au Ciel, on est bien foible quand on aime, et je ne -me sens pas la force de vous résister.» Elle sortit et se mit dans le -carrosse que le Roi avoit fait amener. Sa Majesté lui proposa en chemin -de lui donner un hôtel et un train; mais cela lui parut trop éclatant; -elle l'en remercia fort civilement. Le Roi, en arrivant, dit à Madame -qu'il la prioit de considérer Mlle de La Valière comme une fille -qu'il aimoit plus que sa vie:--«Oui, répartit Madame, en souriant, je la -regarderai comme étant à vous.» Le Roi parut mépriser cette raillerie, -et continua ses visites avec plus d'attache qu'auparavant. Il lui envoya -continuellement des présents en la présence de Madame. Le Roi donna à La -Valière le palais Brion[176], qu'il alla lui-même voir meubler le plus -richement du monde, afin de la pouvoir entretenir sans témoins[177]. - -Ce prince tomba malade à Versailles, et pendant cette maladie il rêva -toujours à sa belle qui ne vouloit pas le voir, de crainte d'irriter son -mal; mais après qu'il n'y eut plus de danger à craindre, le duc de -Saint-Aignan, par l'ordre du Roi, l'alla quérir.--«Hélas! dit-elle, en -entrant, d'un air le plus tendre du monde, la fortune me redonne encore -mon cher prince.--Oui, mon incomparable, lui répartit le Roi, pour vous -aimer avec plus d'ardeur que jamais.» Il lui montra les vers[178] -qu'elle lui avoit donnés, qu'il portoit sur son coeur. En voici les -termes: - - Il est de fortes chaînes et des sympathies, - Qui d'un charme inconnu nos âmes lient; - Et nous attache tendrement à vous aimer, - Par un revers secret qui ne se peut trouver. - -Après la maladie du Roi[179], qui fut plus violente que longue, il n'y -eut point de femme à la Cour qui ne travaillât à lui donner de l'amour. -Madame de Chevreuse présenta à Sa Majesté madame de Luynes, qui étoit la -plus belle femme du monde, mais de peu d'esprit, la duchesse de Soubise, -la princesse Palatine, madame de Soissons; mais le Roi en fit confidence -à La Valière et n'en fit que rire avec elle[180]. Toutefois elle -n'en prenoit point de jalousie, ce qui fâcha notre amant et lui fit dire -à cette mignonne:--«Ah! Mademoiselle, vous avez peu d'amour.--J'en ai -plus que vous ne croyez, Sire, répliqua La Valière, et je me confie sur -la fidélité que vous m'avez jurée.» Mais le Roi ne se contenta pas de -ces paroles, et la chagrina pendant un mois. Elle souffrit avec -patience, mais un jour étant au bois de Vincennes, comme le Roi étoit -aux genoux de La Valière, elle le traita avec la dernière indifférence, -ce qui fâcha notre Monarque sensiblement. Le lendemain le Roi vit le -marquis de Bellefonds[181] à qui il dit qu'il étoit le plus heureux de -tous les hommes de n'aimer que la gloire.--«Ah! Sire, répartit le -Marquis, la gloire est plus difficile à servir qu'une maîtresse; je -voudrois que la nature m'eût donné un coeur plus sensible à l'amour.» -Le Roi soupira et ne lui répondit rien[182]. - -Au mois de septembre[183], l'on publia dans Paris la paix entre la -France et l'Angleterre, avec les cérémonies accoutumées, et les -états-généraux des Provinces-Unies faisoient la meilleure partie de ce -traité, de quoi leur ambassadeur à la Cour de France marqua beaucoup de -joie par un beau feu d'artifice qu'il fit tirer devant l'Hôtel-de-Ville. - -La saison n'empêcha pas que le Roi ne se disposât pour se mettre en -possession de la Franche-Comté qui lui appartenoit[184]; et pour -cet effet Sa Majesté envoya le six de février le prince de Condé devant -la ville de Besançon, capitale de cette province[185]. Les habitants -témoignèrent d'abord qu'ils vouloient bien se soumettre à Sa Majesté, et -même la recevoir, mais comme dans une ville impériale[186]. Néanmoins -ils se rendirent simplement à l'obéissance du Roi. - -Sa Majesté ayant quitté le marquis de Bellefonds[187], le jour suivant, -vit mademoiselle de la Mothe[188] qui étoit une beauté enjouée et fort -charmante, et beaucoup d'esprit, à qui il dit les choses les plus -galantes du monde. Ce prince soupira même plusieurs fois en disant -à cette belle qu'il l'aimoit, et qu'il n'avoit pas encore vu une -personne si jolie. - -La maréchale de la Mothe[189] grondoit sa fille de ne pas répondre à la -passion du Roi; mais cette aimable enfant, qui avoit une secrète attache -pour monsieur de Richelieu, faisoit qu'elle voyoit sans plaisir la -tendresse du Roi, ce qui affligeoit notre Monarque, car il trouvoit -cette jeune beauté tout adorable. - -Un jour[190] que toutes les amies de mademoiselle de la Mothe s'étoient -retirées, et que Sa Majesté étoit seule avec notre incomparable, le Roi -se jeta à ses genoux, et lui dit d'un air tout de feu qu'il étoit le -plus infortuné de tous les hommes d'aimer sans retour.--«Ah! je vois -bien, continua ce prince, ma belle, que vous ne sentez rien pour moi!» -La pudeur de cette jolie enfant l'empêcha de répondre au Roi qui la -quitta, et qui fut chez La Valière, où ce prince rêvoit et lisoit[191], -et sortoit quelquefois sans lui parler. Il n'y eut que monsieur de Bussy -qui lui dit que ce n'étoit qu'un dépit amoureux, et que ce Dieu -prendroit bientôt le soin de mettre d'accord nos illustres amants. Enfin -ce malade amoureux pria son confident d'aller trouver sa maîtresse et de -lui faire un fidèle rapport de ses peines. - -Notre belle reçut le marquis avec une mélancolie touchante, et lui dit -que le caprice du Roi l'avoit affligée, et qu'elle n'étoit pas d'humeur -à lui demander pardon d'un mal qu'elle n'avoit point fait; que ce -n'étoit pas à cause qu'il étoit son prince qu'elle avoit pris le soin de -lui plaire, et que pour un autre, elle en auroit fait autant, si elle -l'avoit aimé[192]. Le duc de Saint-Aignan qui arriva rompit la -conversation, en présentant à cette charmante mignonne un sonnet que le -Roi avoit fait et qu'il lui envoyoit. En voici les expressions: - - A MON INCOMPARABLE. - SONNET. - - Percé de mille coups par une main cruelle, - Je suis au désespoir, car dans tout mon tourment, - Je ne puis recevoir aucun soulagement, - Que de celle qui rend ma blessure mortelle. - - Si le mal que me fait endurer cette belle, - Souffroit que [je] la visse en homme indifférent, - Que je serois heureux! mais mon coeur me dément, - Et veut contre mon gré que je lui sois fidèle. - - Hélas jusques à quand, poussant votre fierté, - Joindrez-vous le mépris avec la dureté? - Si pour vous aimer trop, et si par complaisance, - - J'ai desservi [pour vous] tous mes meilleurs amis, - Voulez-vous me haïr pour en tirer vengeance? - Ah! vous puniriez trop le mal que j'ai commis. - -Quand La Valière eut vu ces vers, qu'elle les eut baisés plusieurs fois, -comme venant de son prince, elle partit avec madame de Montausier[193] -pour faire visite au Roi, qui parut si charmé en voyant cette belle -qu'il lui demanda mille pardons, et l'embrassa passionnément; il lui dit -plusieurs fois: «Hélas! mon adorable! si vous n'avez pitié de moi, je -serai le plus misérable de tous les hommes. Que je vous aime, et que -vous aviez tort de me marquer de l'indifférence!» Cette visite se passa -avec toutes les expressions de tendresse que l'amour peut faire. Le -lendemain, Sa Majesté fut se promener dans les jardins de Saint-Cloud -avec La Valière, et madame d'Angoulême[194], où notre Monarque, qui -étoit de bonne humeur, parut le plus galant et le plus spirituel du -monde. La Valière, qui étoit dans une tristesse extrême, ne pouvoit -prendre grande part à l'enjouement du Roi qui lui demanda le sujet de sa -mélancolie.--«Quoi! mon cher prince, répartit notre incomparable, -croyez-vous que je n'appréhende pas que Votre Majesté ne se lasse de -m'aimer, en voyant comme je change tous les jours. Je ne trouve -plus en moi d'attraits assez puissants pour vous attacher un -moment.--Ah! lui répliqua le Roi, avec une passion extrême, ma belle -enfant! je ne trouverai jamais une personne si aimable que vous, et qui -possède un esprit si distingué. Ce sont ces divins appas qui ont su me -charmer, et qui font que, dans les déserts solitaires et sauvages, l'on -trouveroit des plaisirs charmants. Vous outragez un prince qui vous -adore, et qui fait voeu de vous aimer toute sa vie.»--«Hélas! mon -illustre prince, lui répondit La Valière, d'un air languissant, je n'ai -point de termes assez forts pour vous marquer les obligations infinies -que je vous ai. Je vous dirai sincèrement que ce n'est point l'éclat de -votre couronne, ni le brillant de votre sceptre qui vous a donné la -possession de mon coeur. Croyez, continua cette mignonne, en regardant -le Roi tendrement, que vous n'êtes que trop aimable, sans le secours des -trônes, et que les bornes de ma félicité seront celles de vous plaire.» - -Le Roi[195] ayant embrassé les genoux de sa maîtresse fut avec elle chez -madame la Princesse[196], où il y avoit une bonne partie des dames -de la Cour, et un grand nombre de seigneurs. La duchesse de Mazarin[197] -y dit des choses de si bonne foi à M. de Roquelaure[198] que le prince -de Courtenay[199] qui en étoit amoureux en rougit. Le Roi s'en aperçut -qui se leva, en riant, d'auprès le prince de Conti, et dit à -mademoiselle de La Valière mille choses malicieuses touchant le sujet de -la duchesse. - -Le jour suivant[200] madame de Créqui[201] alla trouver Madame, un jour -qu'elle lui avoit marqué pour leur partie de Saint-Cloud, où elles -parlèrent de leurs amours. La duchesse de Créqui soupiroit en secret -pour M. le cardinal Légat[202], et Madame pour le comte de Guiche[203]. -Notre Monarque, quelque temps après faisant faire la revue à ses troupes -à Vincennes devant MM. les ambassadeurs d'Angleterre, vit passer le -carrosse de La Valière; il s'avança au galop et fut plus d'une heure la -tête nue à la portière; mais voyant passer ensuite le carrosse des -Reines, Sa Majesté leur fit une grande révérence, ce qui fâcha nos -princesses et les fit souvenir de la pièce que le Roi leur avoit faite à -Versailles, au retour de la chasse, comme il pleuvoit, ayant couvert de -son chapeau la tête de La Valière pendant qu'elle se mouilloit. - -Madame au retour de Saint-Cloud[204], monta dans son cabinet, avec la -duchesse de Créqui, où elle lui montra plusieurs vers fort jolis que le -comte de Guiche faisoit, quand il ne la voyoit pas, et que sa Muse lui -inspiroit par le chemin, en venant à Saint-Cloud, avec son rival le -marquis..... - - DE LA SOLITUDE DES RIEUX. - - Quittons l'embarras de ces lieux, - Où l'on ne goûte point de volupté solide; - Marquis, malgré les envieux, - Allons où notre amour nous guide. - Retirons-nous dans ces forêts, - Où notre divine Princesse - Fait briller ses charmants attraits. - Prévalons-nous du favorable accès - De la bonté de Son Altesse. - Notre amour, quoique téméraire, - Y trouvera de quoi remplir tous ses souhaits, - Et s'il se peut, de ce lieu solitaire, - Cher ami ne sortons jamais. - Loin du bruit importun du monde de la ville, - Le coeur et les esprits contents, - Dans un repos doux et tranquille, - Nous goûterons des plaisirs fort charmants. - Nos yeux seront satisfaits de la vue - De cet objet qui fait notre souverain bien. - Nos oreilles seront émues - Des charmes de son entretien, - Et nous louerons sans retenue - De ses beaux yeux la force non connue, - Qui lie ton coeur et le mien, - Voit-on de bonheur préférable, - Cher marquis, à celui de vivre sous les lois - D'une personne tant aimable? - Les biens des Princes et des Rois - N'ont rien qui soit plus agréable. - L'éclat de leur condition - Ne nous fasse jamais d'envie, - Et bornons notre ambition - A l'aimer toute notre vie! - -La mort de Madame[205] troubla tous les plaisirs de la Cour par un -triste deuil. Cependant notre Monarque ne laissoit pas d'être tous les -jours avec madame de Montespan[206], à qui il donnoit mille marques de -sa tendresse; mais, l'amour qui fait consister son unique félicité à -courir de belle en belle, prit le soin de présenter une autre conquête -au Roi; ce fut mademoiselle de Fontanges[207] jeune et belle, dont -toutes les manières étoient si engageantes que la plus indifférente -charmoit le coeur. Le Roi prenoit un plaisir extrême de l'entendre -parler, et se formoit des idées ravissantes du bonheur qu'il auroit s'il -étoit aimé de cette aimable mignonne, qu'il voyoit tous les jours chez -la Reine ou chez Madame, et plus il la regardoit et plus ce prince -en devenoit amoureux. Il fit confidence au duc de Saint-Aignan sur le -moyen d'entretenir seul la personne qui l'occupoit si tendrement. Le duc -fut ravi de l'amitié que son prince lui faisoit, et chercha avec -empressement l'occasion de lui faire voir mademoiselle de Fontanges, qui -devoit se trouver le lendemain aux Tuileries avec madame de Maure[208]. - -Notre Monarque, qui s'étoit mis ce jour-là convenablement, eut une -conversation particulière avec son aimable maîtresse, où ses regards lui -apprirent qu'il n'étoit pas éloigné du bien charmant qui l'attendoit. Ce -fut avec tant de modestie que cette incomparable dit au Roi qu'elle -n'étoit pas insensible à tout ce qu'il sentoit pour elle, qu'à la sortie -des Tuileries, le marquis de Louvois vint au-devant de Sa Majesté pour -lui communiquer quelque affaire. Notre passionné prince lui dit, en -parlant de mademoiselle de Fontanges, qu'il n'avoit jamais vu une fille -si fière et dont la vertu fût si grande. Le marquis répartit au Roi -qu'il croyoit qu'une fille avoit de la peine à conserver sa fierté avec -un prince comme lui. - -Le jour suivant Sa Majesté donna tous les divertissements ordinaires à -toutes les dames de la Cour, où mademoiselle de Fontanges parut avec -tous ses charmes adorables. Le Roi, qui étoit le plus amoureux de tous -les hommes, fut toujours à ses pieds, d'un air à faire connoître -qu'il n'étoit plus à lui: ce qui donna beaucoup de jalousie à toutes nos -belles, qui croyoient mériter l'encens de notre Monarque. Le jour qui -suivit ce divertissement fut une partie de chasse, où notre adorable -étoit vêtue d'un juste-au-corps en broderie, et sa coiffure étoit faite -de plumes vertes qui lui tomboient sur le visage et qui lui donnoient un -air charmant. La crainte qu'avoit son amant qu'il n'arrivât quelque -malheur dans la course à cette aimable chasseresse, l'obligea de -demeurer toujours à côté d'elle. Après que l'on eut couru le cerf, Sa -Majesté descendit de cheval avec sa chère mignonne, et la mena promener -dans la sombreur[209] de la forêt, imitant les dieux champêtres qui -n'avoient point de lieu plus propre pour l'exercice de leur amour que -les antres et les bois. - -L'on ne peut passer sous silence[210] l'action hardie des François dans -une sortie qu'ils firent sur les Turcs aussitôt qu'ils furent arrivés au -siége de Candie[211]. Quoique les assiégés fussent préparés à les -recevoir, en ayant été avertis par une sentinelle qui s'étoit jetée dans -le camp le jour précédent, les François néanmoins qui avoient à -leur tête le comte de Saint-Paul[212], les ducs de Château-Thierry[213] -et de Roannez[214], donnèrent avec tant de vigueur et de courage qu'ils -se rendirent maîtres de quatre redoutes de ces infidèles; ce qui ne -s'exécuta pas sans qu'il en coutât la vie à beaucoup des nôtres; mais -les ennemis connurent que s'ils avoient toujours eu à combattre notre -nation, ils n'auroient peut-être pas fait tant de progrès dans l'île de -Candie. Ce n'est pas que les Vénitiens ne se défendirent en braves gens; -mais il faut aussi convenir que le grand nombre des ennemis qui les -attaquoient ne leur donnoit pas la facilité de se défendre, comme ils -l'auroient souhaité. Les Turcs furent surpris de voir que trois cents -hommes, en quoi consistoient les François, en attaquoient plus de trois -mille avantageusement retranchés, et que même ils les forcèrent dans -leurs retranchements; mais leur nombre n'étoit pas suffisant pour faire -un progrès assez considérable, afin de remettre les affaires des -Vénitiens qui étoient en mauvais état. Le siége de Candie étoit -trop avancé, et les ennemis s'étoient rendus maîtres d'un trop grand -nombre de places pour espérer que, sans un très-puissant secours, on pût -empêcher qu'elle ne fût entièrement réduite sous leur puissance. - -Revenons à mademoiselle de Fontanges que nous avons laissée dans la -forêt avec le Roi goûter à longs traits les plaisirs de la solitude. -L'on peut dire que notre prince n'a fait jamais paroître tant d'ardeur -et d'amour qu'il le fit ce jour à cette belle nymphe au retour de la -chasse. Mademoiselle de Fontanges qui tomba malade affligea le Roi et -toute la Cour sensiblement. Sa Majesté étoit dans une tristesse -inconcevable. Les douleurs de son amante l'agitoient mortellement. Il -craignoit toujours de perdre ce qui lui paroissoit le plus cher au -monde; et, quoique ce prince connût que ses maux ne seroient pas de -durée, il y parut néanmoins fort sensible, comme si le mal eût été -dangereux. Il ne la quitta point, agissant auprès d'elle comme le plus -passionné des amants. Les peines de cette belle mignonne le mirent dans -un abattement extraordinaire, et lui firent dire à la comtesse de -Maure[215] d'un air tout pénétré de douleur:--«Hélas, Madame, je -préférerois le bonheur de revoir en santé cette aimable enfant au prix -de ma couronne.» Le Roi disoit ces tendres paroles les larmes aux yeux. - -Notre belle malade ayant connu l'amour violent de notre Monarque, le -regarda d'une manière languissante et lui dit en soupirant:--«Ah! -mon cher prince, pourquoi faut-il que les plaisirs soient accompagnés de -suites si fâcheuses? mais cependant j'en aimerai la cause tant que je -vivrai.» Ces termes si doux et si touchants, eurent tant de pouvoir sur -le coeur du Roi, qu'il se jeta sur le lit de sa charmante, et -l'embrassa tendrement, lui jurant que jamais il m'aimeroit d'autre -qu'elle, et que sa passion seroit éternelle. Mademoiselle de Fontanges -se trouvant mieux, reçut plusieurs visites; jamais reste de journée n'a -été si bien employé que fut celui-là, on y parla de nouvelles galantes, -et des pièces d'esprit qui étoient les plus jolies. Toutes les dames -firent tous leurs efforts pour divertir la maîtresse du Roi, qui les en -remercia avec des expressions fort engageantes. La duchesse de Créqui, -qui avoit été de la chasse, tira de sa poche des vers, et en fit la -lecture[216]. - - Hélas! qu'il est bien vrai, que ce qu'on doit aimer, - Aussitôt qu'on le voit, rien ne nous peut charmer, - Et qu'un premier moment fait naître dans nos âmes - Mille doux mouvements tous passionnés et tendres. - -Notre Monarque prit ces vers des mains de la duchesse, quand elle les -eut lus, et les fit voir à sa belle, qui s'en fit une application fort -délicate, dans la première connoissance qu'elle avoit eue du Roi, -l'ayant aimé dès le précieux moment que Sa Majesté parut à ses -yeux.--«Ce jour si fortuné, disoit souvent cette aimable à notre -prince, est le plus beau de tous mes jours et le plus heureux, et la -charmante idée que je m'en fais me donne des plaisirs ravissants.» - -Le cercle étant fini, chacun se retira chez soi, à la réserve de nos -illustres amants, qui ne s'appliquèrent plus qu'à passer agréablement le -temps, à se donner les témoignages les plus tendres et les plus sincères -de leurs amours[217]. L'on peut dire que le Roi n'en a jamais marqué -davantage que pour cette adorable mignonne. Il ne peut pas être plus -ardent, et le retour avec lequel cette aimable lui témoignoit le sien, -ne pouvoit pas être plus passionné. Elle le fit paroître, lorsqu'étant à -Paris, elle apprit de Saint-Germain que le Roi qui va souvent à la -chasse avoit couru grand danger dans la poursuite d'un sanglier, que son -cheval avoit été blessé par cette bête, et que sans une force et une -adresse distinguées, Sa Majesté auroit eu de la peine à se retirer du -péril. La nouvelle en fut apportée à mademoiselle de Fontanges par un -gentilhomme de madame la princesse d'Epinoy[218], qui étoit elle-même de -la partie. Notre incomparable en fut aussi touchée, comme si le mal lui -étoit arrivé. Elle tomba dans une tristesse accablante, qui lui dura -longtemps, car elle ne pouvoit effacer de son esprit une idée si fatale -et qui avoit fait tant de peur à son amour; mais ayant un peu rassuré sa -tendre frayeur, voici ce qu'elle écrivit à Sa Majesté: - - «_Je n'ai point, mon illustre prince, de termes assez - pathétiques ni assez passionnés pour vous marquer mon - inquiétude, et les tendres émotions qui agitent mon coeur. Je - tremble encore quand je songe au malheur que mon cher prince a - évité. Si vous m'aimez autant comme je le crois, vous avez - beaucoup d'intérêt à conserver votre vie, puisque la mienne en - dépend[219]._» - -Le Roi lut ce billet avec des transports de plaisir qu'il seroit -difficile d'exprimer. Sa Majesté baisa mille fois ce joli billet, et ne -différa point à lui envoyer ce qui suit: - - «_Ah! qu'il est doux, ma mignonne, d'être aimé d'une personne - aussi charmante que vous. Ne craignez pas, le danger est passé. - Je ne veux plus présentement me conserver que pour vous seule. - Je pars dans ce moment pour vous dire combien je vous aime. - - Ah! que le souvenir en est aimable, possédant un coeur aussi - précieux que le vôtre._» - -Notre invincible Monarque suivit de bien près cette lettre, et partit de -Versailles dans le dessein d'aller assurer sa jolie maîtresse de sa -passion ordinaire.--«Que je suis heureuse, mon aimable prince! lui dit -cette belle, en le voyant, d'un air le plus engageant du monde, de vous -voir de retour! Ah! que l'absence de ce qu'on aime est une chose -difficile à supporter!--Je le sais bien, ma chère, lui répondit le Roi, -en la serrant tendrement dans ses bras, que de tous les supplices les -plus cruels, l'éloignement de ce que l'on chérit est le plus sensible.» - -Quand le Roi eut marqué à mademoiselle de Fontanges la joie qu'il avoit -de la revoir, ils partirent pour Versailles. Ce fut dans ces doux -moments, que cette charmante enfant obtint de notre Monarque la grâce -qui lui avoit inutilement été demandée par la bouche de plus d'un -prince. Il lui accorda une pension considérable en faveur d'une -demoiselle de ses amies, et l'abbaye de Chelles[220] dont sa soeur a -été pourvue, fut encore un effet de sa libéralité. Hélas! nous pouvons -bien dire que nous n'avons plus rien de cher, quand notre coeur n'est -plus à nous, et nous servir de la pensée d'Aristote qui dit que la -personne que nous aimons est un autre nous-même. - - Mon coeur a changé de séjour, - Où je suis je ne crois pas être; - Où l'on ne me voit point paroître, - Je m'y trouve par mon amour[221]. - -Cette nouvelle abbesse fut bénite avec une magnificence extraordinaire. -Il ne manqua rien à la cérémonie, étant la soeur de la maîtresse du -Roi. Aussi fut-elle honorée d'un grand nombre d'évêques. Toute la Cour y -assista, et mademoiselle de Fontanges y parut avec tous les charmes -distingués qui lui attirent les regards de tous les spectateurs. - -Comme les bois et la solitude assaisonnent souvent les plaisirs que l'on -trouveroit fades dans les grandes villes, notre Monarque ne passa pas -longtemps à Paris sans retourner à Versailles, séjour si rempli -d'enchantements et si propre à inspirer les passions. Toute la Cour -partit pour ce lieu ravissant et délicieux. Le Roi y renouvela tous les -divertissements qui avoient été interrompus par son absence. L'on fut à -la chasse tous les jours, et les dames qui accompagnent d'ordinaire Sa -Majesté dans cet exercice y parurent infatigables. La santé de la belle -mignonne de notre prince lui étoit trop chère, pour qu'il lui permît de -s'engager comme les autres dans la course. Elle en eut le plaisir, sans -se mettre au hasard, et vit de son carrosse tout ce qui pouvoit lui -donner quelque satisfaction. La chasse finie, Sa Majesté descendit de -cheval et prit place auprès de sa charmante et la conduisit dans son -appartement. Cette jolie chasseresse étoit dans la plus belle humeur du -monde. Elle dit mille galanteries à son amant sur le divertissement -qu'une de la troupe avoit donné en tombant de cheval. Le Roi rioit sans -retenue, particulièrement quand elle lui dit que cette chute devoit être -fort sensible à cette aimable Diane, ne s'étant pas pourvue de -caleçons[222]. Cela donna occasion à mademoiselle de Bonnifasse[223], -fille d'honneur de Madame[224] de dire qu'elle mourroit de chagrin -si ce malheur lui étoit arrivé.--«Je me réserve, continua-t-elle, pour -des plaisirs plus tranquilles et qui donnent moins de peine.» Madame qui -étoit présente, et qui aime passionnément la chasse, lui dit en la -regardant: «Je vois bien, ma chère, que les plaisirs de la chasse -troublent votre imagination.» Madame la Dauphine[225] fit changer la -conversation en parlant du bal que Sa Majesté devoit donner le -lendemain. Ce fut un des plus beaux de tous ceux qui ont jamais paru. -Tout y étoit charmant et magnifique. Le Roi y dansa avec son adresse -ordinaire. Mais ce qui surprit le plus, ce fut qu'il prit deux ou trois -fois une jeune demoiselle fort aimable et qui dansoit admirablement -bien. Sa Majesté ne put se défendre du mérite de cette demoiselle, et -lui dit plusieurs galanteries fort obligeantes, dont elle se tira avec -une modestie toute charmante. Le Roi soupira souvent auprès d'elle, et -lui dit[226] d'un air tendre et passionné, qu'il étoit malheureux -d'avoir le coeur si susceptible aux attraits des belles.--«Hélas! -Sire, répartit cette jolie personne, un Roi comme vous peut-il -soupirer?--Oui, Mademoiselle, répliqua notre prince, en la regardant -tendrement; l'amour ne met point de différence entre le sceptre et la -houlette. Un Roi languit aussi bien sous son empire qu'un berger. Ne -croyez pas, ma belle, continua ce prince, que c'est le pouvoir d'un -monarque qui fait son bonheur. Une douce sympathie qui lie nos coeurs -fait les délices des amours.» - -Cet entretien qui commençoit à échauffer le Roi, fut rompu par -monseigneur le Dauphin qui s'approcha de Sa Majesté pour lui conférer de -quelque affaire. - -Le lendemain notre Monarque fut au lever de son illustre maîtresse, -qu'il trouva dans une mélancolie touchante. Il lui marqua bien du -chagrin de la voir dans cet état, et lui demanda, d'une manière toute -passionnée, quel en étoit le sujet. «Ah! Sire, dit la belle, en -soupirant, si vous étiez moins aimable, on n'auroit pas tant de -tristesse!» Sa Majesté connut aussitôt que c'étoit la jalousie qui lui -donnoit cette langueur. Il n'en fut pas fâché, car ce prince veut être -aimé, quand il aime, et il n'y a rien qui l'engage si fortement que ces -sortes de craintes. Il apprit en même temps de cette jolie mignonne que -ce qui s'étoit passé au bal l'avoit affligée sensiblement, que c'étoit -la seule cause de sa douleur.--«Eh! quoi, ma belle enfant, répondit le -Roi, en se jetant à ses genoux, est-il possible que vous connoissiez si -mal les sentiments de mon coeur? Je vous aime mille fois plus que moi, -et vous outragez mon amour par vos injustes pensées.--Quel plaisir -charmant, répartit cette jolie enfant, n'ai-je point goûté, et -qu'il est doux d'entendre d'un prince si aimable des paroles si tendres -et si engageantes. Mais, hélas! qu'il est difficile de vous aimer sans -crainte et sans inquiétude. Non, je ne puis posséder un coeur d'un -prix aussi rare que le vôtre, sans en appréhender la perte.» Enfin après -des termes si touchants, notre amoureux Monarque embrassa cette -charmante, et lui jura une fidélité d'une étendue infinie, et qui seroit -toujours égale[227]. - -[228]Le Roi et toute la Cour partit de Saint-Germain au commencement du -mois de mai, pour le voyage de Flandre. Le dessein de Sa Majesté étoit -de visiter toutes les conquêtes qu'elle avoit faites les années -précédentes, et elle s'en retourna après avoir passé par Oudenarde, -Courtrai, Lille, Dunkerque et Graveline. La présence de Sa Majesté, qui -n'étoit pas attendue en ces endroits, alarma beaucoup ses ennemis; mais -leur crainte fut bientôt dissipée par l'assurance qu'il leur donna de ne -vouloir faire aucune entreprise contre eux. Madame qui avoit laissé la -Cour à Lille, en partit pour aller en Angleterre. Le désir que cette -princesse avoit de voir le Roi de la Grande-Bretagne, son frère, fut le -prétexte de son voyage. Il sembloit que Madame pressentoit qu'il n'y -avoit pas de temps à perdre pour donner à Charles second, son -frère, les dernières preuves de son amitié, puisqu'elle mourut peu de -mois après son retour de Londres en France. - -Nous voyons ordinairement que les passions les plus violentes ne sont -pas toujours de longue durée, et qu'ayant leurs bornes, comme toutes les -autres choses du monde, il faut nécessairement les voir diminuer. -Cependant celle du Roi pour mademoiselle de Fontanges nous fait -connoître que le coeur de ce prince est au-dessus de la nature, et -qu'il peut donner des lois sans les suivre. Remarquons ses manières -tendres et empressées auprès de ce qu'il aime, et l'égalité qu'il fait -paroître dans son amour, qui est aussi ardent après une conversation -d'une journée, comme s'il ne faisoit que de naître. Il est vrai que -l'esprit et la beauté de cette aimable personne servent beaucoup à -soutenir les foiblesses de l'amour qui n'aime qu'à changer. - -Le Roi ayant passé quelques semaines avec sa belle mignonne à lui donner -les dernières marques de sa tendresse, la laissa à Saint-Germain -respirer un peu la solitude. Cette charmante enfant se promenoit tous -les jours seule sous des allées de verdure, en faisant la revue de toute -la tendresse qu'elle sentoit pour le Roi; mais dans de certains moments, -son coeur paroissoit agité, et, quoique la passion de notre Monarque -eût pour elle mille attraits et mille charmes, cette jolie bergère ne -laissoit pas de regretter sa liberté et de faire entendre aux arbres -inanimés les vers qui suivent: - - Que je goûtois de bonheur dans l'indifférence, - Et de tranquilles plaisirs dans mon innocence! - Ce bien ne me sera-t-il point rendu? - Dans ces lieux doux, tout est paisible; - Hélas! que ne m'est-il possible - D'y trouver le repos que j'ai perdu! - -Après que notre belle solitaire eut goûté la douceur de sa rêverie, elle -retourna dans sa chambre, se trouvant fort abattue d'un grand mal de -tête et de coeur. Le Roi qui apprit l'indisposition de sa maîtresse, -revint promptement auprès d'elle, mais sa maladie parut si violente -qu'elle désola ce prince. La duchesse de Créqui[229] et la comtesse de -Maure[230] étoient jour et nuit occupées à rendre plusieurs services à -notre malade infortunée. Le Roi versoit des larmes continuelles et il -s'affligeoit mortellement dans la perte sensible qu'il alloit faire; -mais la mort qui n'écoute ni les soupirs ni les plaintes et qui suit -l'ordre qu'elle reçoit, ravit les plus charmantes délices de notre -prince d'entre ses bras[231]. - -Jamais coup n'a paru si rude que fut cette cruelle séparation. Sa -Majesté ne pouvoit se consoler en aucune manière, et l'aimable idée de -sa belle lui revenoit toujours dans l'esprit. Après les funérailles de -mademoiselle de Fontanges, qui furent magnifiques, et dans un grand -éclat à Saint-Denis[232], le Roi fut fort longtemps sans sortir et -même sans voir beaucoup de lumière, se voulant priver de la beauté du -jour et du soleil, comme si cet astre avoit contribué à la douleur qu'il -ressentoit. - -Nous lisons dans l'histoire de France que Henry III, après la mort de la -princesse de Condé, passa trois jours et trois nuits enfermé dans une -chambre sans manger ni boire. Ce prince étoit si pénétré de ses peines -qu'il ne vouloit voir que des visages tristes et des lieux sombres. Il -portoit sur ses rubans de petites têtes de mort qu'il faisoit broder -exprès, et qui marquoient la mélancolie de son coeur. - -Le Roi ayant perdu mademoiselle de Fontanges demeura quelque temps dans -un chagrin inconcevable; mais madame de Maintenon[233], qui a toujours -pris un soin singulier de la santé de notre Monarque, tâcha par la plus -belle morale du monde de lui faire connoître que tout passe dans cet -Univers, et que les plaisirs ne peuvent durer toujours; qu'il se trouve -même une variété perpétuelle dans les choses les plus solides, et que -les faux brillants qui accompagnent les honneurs de notre siècle ne sont -que des ombres qui se dissipent en un moment.--«Ah! Madame, s'écria le -Roi tout charmé d'un raisonnement si sublime, que je suis heureux de -trouver en vous des consolations qui adoucissent l'amertume où je suis! -Je bénis le jour fortuné auquel j'eus le bien de vous connoître, et -j'en rends grâces incessamment au Ciel.--Ah! Sire, répondit la marquise, -le souvenir charmant du précieux moment où j'ai eu le bonheur de vous -plaire m'est quelque chose de si doux que la seule idée fait tout le -plaisir de ma vie. J'ambitionnerai journellement à vous procurer quelque -satisfaction; c'est en quoi je fais consister ma plus grande -joie.--Madame, répartit notre prince, des offres si engageantes, venant -d'une personne comme vous, ne se refusent jamais: vos manières sont trop -aimables et trop spirituelles pour ne faire pas d'impression.--Hélas! -Sire, répliqua madame de Maintenon, que l'encens est d'une odeur -ravissante, quand il vient d'un prince comme vous! L'on se sent de la -vanité en respirant vos douceurs.» Le Roi alloit parler quand le duc -d'Orléans et le comte de Lauzun entrèrent qui firent changer de -conversation à nos illustres amants. - -Comme la paix donnoit quelque relâche aux grands soins que notre -invincible Monarque prenoit de son Etat, Sa Majesté pour calmer ses -ennuis fit une partie de promenade avec la marquise de Maintenon, à -Chantilly[234] où toute la Cour se trouva avec une magnificence -surprenante. Le Roi étant allé sur le soir dans le jardin trouva un -berceau de feuillages orné de festons de fleurs qui rendoient ce lieu -charmant. Trente lustres y jetoient tant de clartés qu'elles -produisoient un véritable jour. Du milieu de ces agréables -feuillages sortoit un jet d'eau qui faisoit un murmure touchant. Après -que le souper fut servi, qui fut accompagné de voix et d'instruments, -les plus aimables du monde, le souper étant fini, on eut le -divertissement d'un beau feu d'artifice, qui termina tous les plaisirs -de cette belle journée. Le lendemain, Sa Majesté avec toutes les dames -furent sur la rivière dans de petits bateaux faits d'une politesse -extraordinaire, tirés par des dauphins et par des amours qui jetoient -des filets dans l'eau pour pêcher[235]. Les jours suivants furent -occupés à la promenade, à la chasse et à tout ce qui peut charmer les -sens. - -Le Roi, qui employoit la plus considérable partie de son temps dans ce -qui pouvoit contribuer à sa gloire, ou à l'utilité de ses peuples, peu -de jours après ce régal, alla à Dunkerque[236] visiter les nouveaux -travaux qu'il y faisoit faire, et Sa Majesté vouloit être présente à -tous ces ouvrages, afin de les rendre parfaits, et aussi pour donner -courage à ceux qui y étoient employés. L'on peut dire sans hyperbole -qu'ils surpassent l'imagination, et que les fortifications de -Dunkerque[237] sont dignes de l'admiration du siècle présent et de -ceux qui sont à venir. - -Le Roi, qui vouloit voir toutes les entreprises qui se faisoient, se mit -en marche, et le vingt-huit il détacha de son armée le vicomte de -Turenne avec trois mille chevaux pour aller investir Burich[238] dans le -temps que le prince de Condé assiégeoit Vezel, ce qui fut aussitôt -exécuté par l'un et par l'autre de ces lieutenants-généraux, avec toute -la diligence possible. Au retour de l'armée, Sa Majesté tomba malade -d'une fièvre lente qui lui dura longtemps. Les médecins disoient que -cette maladie ne pouvoit venir que de mélancolie. - -Mademoiselle de La Valière, qui s'étoit retirée aux Carmélites par une -sage prévoyance, ayant pressenti, longtemps avant que le Roi la quittât, -qu'elle ne pouvoit plus plaire à Sa Majesté et que ses charmes -diminuoient de jour en jour, fut ravie[239] d'apprendre la mort de sa -rivale. Jamais nouvelle ne lui donna plus de plaisir que celle-là, et -quoique cette soeur dolente ne possédât plus le coeur de son amant, -elle ne pouvoit souffrir qu'avec une douleur mortelle, que le Roi en -aimât d'autres. La jalousie l'accompagnoit presque dans le fond de -son monastère, où elle avoit tout le temps de réfléchir sur tous les -heureux moments qu'elle avoit passés avec notre Monarque. Ces douces -pensées de plaisir nourrissoient l'amour et la tendresse qu'elle sentoit -pour son prince, qui, de son côté, ne songeoit à elle que fort -foiblement, ayant l'idée toute remplie de la belle personne que le sort -lui avoit tirée d'entre les bras. Madame de Montespan, que le Roi voyoit -encore quelquefois, ne reçut pas moins de joie[240] que La Valière du -malheur de mademoiselle de Fontanges, se trouvant en quelque façon -vengée du tort que l'amour lui avoit fait d'avoir mis une autre à sa -place. - -Le Roi qui est clairvoyant sur toutes choses, vit très-bien la joie de -madame de Montespan. Ce prince lui en sut peu de gré, et lui dit comme -il étoit avec elle, dans son cabinet:--«Ah! Madame, je suis surpris du -peu de part que vous prenez à ce qui me touche. J'aurois cru avoir rendu -votre coeur plus sensible.--Hélas! Sire, répondit madame de Montespan, -d'un air tendre, ce n'est que pour avoir trop de sensibilité pour vous -que j'ai senti du plaisir de la mort de ma rivale. Vous savez qu'un -amour délicat est toujours suivi de jalousie, et que, quand on aime -tendrement, l'on ne peut souffrir de partage.--Il est vrai, Madame, -répliqua le Roi, que j'aime les femmes qui ont ce discernement; c'est le -véritable caractère d'un sincère amour. Mais vous savez que j'ai eu -toujours pour vous des sentiments distingués et suffisants, pour vous -faire ce qui pourroit me plaire.» - -Madame de Montespan avoit envie de soutenir encore la conversation, -quand le Roi la quitta avec assez d'indifférence, ce qui l'affligea -sensiblement; car comme elle aime la gloire et l'éclat, la tendresse -d'un prince comme le nôtre faisoit le plus grand bonheur de sa vie. -Cette dame songea donc aux moyens de faire renaître la passion de son -amant, qui étoit mourante, et prête à jeter les derniers soupirs. Elle -employa pour cet effet tout ce que l'art a pu imaginer de plus aimable; -et comme la nature n'a point été avare à donner des beautés à cette -belle, il lui étoit facile de paroître charmante. - -Un jour qu'elle attendoit Sa Majesté en déshabillé de couleur de rose, -et qu'elle étoit plus jolie qu'à son ordinaire, comme elle rêvoit -profondément dans sa chambre, et que ses yeux se baignoient de larmes, -le Roi arriva dans ce triste moment, et lui demanda pourquoi elle -pleuroit:--«Hélas! Sire, répartit cette belle affligée, je vous aimerai -toujours, et vous ne m'aimez plus. Ah! que mes sentiments sont opposés -aux vôtres! L'amour, de qui dépend toute ma félicité, que ne vous a-t-il -donné la tendresse que j'ai, ou que n'ai-je en partage toute -l'indifférence possible!» Cette passionnée amante disoit ces paroles -avec des manières si engageantes, qu'elle toucha le coeur du Roi, qui -lui dit en l'embrassant: «J'ai le coeur, Madame, tendre et constant, -et je veux vous aimer toujours; mais lorsque la raison condamne ma -tendresse, je dois entendre ce qu'elle me dit, et renoncer à l'amour qui -trahit mes vertus. Ma gloire a des appas qui triomphent de tout. Vous -saurez, Madame, qu'un engagement plus long qu'il ne peut être est -ordinairement suivi de la froideur.--Je ne le reconnois que trop, Sire, -interrompit madame de Montespan, en répandant un torrent de pleurs, que -votre coeur n'est plus que de glace pour moi. C'est en quoi j'accuse -souvent mon infortune, me trouvant la plus malheureuse de toutes celles -qui respirent le jour. Ah! qu'il est dangereux de vous connoître et -difficile de vous oublier!» - -Le comte de Lauzun qui entra brusquement fit changer de discours à nos -amants. Notre Monarque demanda au comte d'où il venoit.--«Vous le savez, -Sire,» répondit Lauzun, en riant.--«Il est vrai, dit le Roi, que je sais -le lieu charmant où l'amour vous guide: comment se porte ma cousine[241] -depuis hier? Admirablement bien, Sire, répondit notre amoureux comte, -avec un transport de joie inconcevable, j'ai eu le bonheur -d'entretenir Son Altesse royale toute la matinée. C'est la plus adorable -princesse qui ait jamais été au monde. Ah! quel bonheur, continua le -comte de Lauzun, d'un air tout passionné, si un mortel avoit quelque -part à son souvenir! Ce seroit la plus grande félicité où il pourroit -aspirer.--Je vois bien, comte, dit notre Monarque en riant, que tu ne -serois pas fâché que ma cousine de Montpensier eût un peu de sensibilité -pour toi. Pousse ta fortune[242], je te promets de te servir -partout.--Ah! Sire, répartit le comte, avec un profond respect, je sais -trop ce que je dois à mon Roi pour avoir des pensées si hardies: je me -fais seulement une idée toute charmante du plaisir qu'un prince auroit -de posséder une personne aussi engageante que Mademoiselle, s'il étoit -né digne de Son Altesse royale.» - -Le Roi qui se leva interrompit le comte qui fut avec Sa Majesté au -Louvre, et qui l'entretint longtemps sur plusieurs affaires différentes, -qui firent passer d'agréables moments à notre prince; et comme le comte -de Lauzun a l'esprit fort enjoué et fort galant il a le don de plaire au -Roi plus qu'aucune personne de la Cour. Pendant que Sa Majesté étoit -absente, madame de Montespan, ayant essuyé ses beaux yeux qui étoient -baignés de larmes, prit une plume et fit ces vers, où elle -reprochoit au Roi son changement. Les voici qui suivent: - - Quand vous commenciez à m'aimer, - Vous ne pouviez pas me quitter, - Sans vous faire une peine extrême. - Le souvenir en fait ma gêne - Et le sujet de mon tourment. - Pourquoi m'aimer si tendrement? - Vous savez très-bien comme on aime; - Mais, hélas! êtes-vous le même? - -Madame de Montespan ayant fini sa poésie, fut se promener au -Cours-la-Reine, où elle rencontra le Roi dans son carrosse, qui passa à -côté d'elle fort froidement et qui se contenta de lui faire une grande -révérence. Notre belle étoit dans ce moment au désespoir de voir -l'indifférence de son amant. Après avoir fait tout son possible, pour -allumer un feu qui vouloit absolument mourir, cette dame croyoit, après -la mort de mademoiselle de Fontanges que Sa Majesté reviendroit à elle; -mais hélas! que les femmes qui sont galantes se trompent fortement dans -ces sortes d'espérances! Quand une fois l'amour a été au comble de son -bonheur, cette passion diminue de moment en moment, et ne se fait plus -connoître. Il ne reste plus que la rage et le chagrin à ces belles -courtisanes de n'être plus aimées, et de dire souvent à leurs amants qui -rient d'elles: Vous m'aimiez autrefois et vous ne m'aimez plus. Ces -tristes idées me désolent le coeur. Ah! qu'il est bien plus généreux, -selon mon sentiment, de conserver toujours sa liberté, quand on le peut, -que de la mettre dans un péril si dangereux! Les hommes voluptueux -disent ordinairement que le printemps d'une beauté passe comme une fleur -qui ne revient jamais, et qu'il faut aimer dans un si bel âge. Ce sont -des discours que l'amour-propre leur inspire, et non la raison et la -vertu qui est quelquefois éloignée de leur coeur; mais demeurons -toujours dans les bornes de l'honnêteté, et ne nous laissons point -emporter au penchant rapide de nos inclinations. C'est le moyen le plus -sûr de ne se repentir jamais de rien, et de vivre à l'abri des -inquiétudes et des chagrins. - -Revenons à notre Monarque, qui étoit dans une douleur extrême, et qui, -ne pouvant oublier mademoiselle de Fontanges, fut pour passer ses ennuis -deux ou trois jours de suite chez M. le duc d'Orléans où il trouva un -grand nombre de dames de qualité et presque toute la Cour, qui étoit -venue visiter Madame, qui avoit eu une légère indisposition. - -Le Roi qui vit entrer le prince de Turenne[243] lui demanda, en -souriant, s'il n'aimeroit jamais, et si sa malice seroit toujours égale -pour les femmes, en se faisant aimer et puis se rire d'elles.--«Cette -manière ne me charmeroit point du tout, continua le Roi. Il faut de la -bonne foi avec les dames.--Ah! répartit la duchesse de Gersay[244] qui -étoit la plus belle personne du monde, qu'il est avantageux pour -notre sexe qu'un prince aussi aimable comme est le nôtre, prenne -généreusement le parti des pauvres femmes, que l'on outrage -sensiblement!--Madame, répondit le Roi, si elles étoient toutes faites -comme vous, il ne seroit pas besoin de les défendre; mais sans -raillerie, il me souvient que M. de Guise perdit entièrement sa -réputation auprès des femmes, pour des affaires de cette nature, et que, -quand il est mort, il n'eût pas trouvé une servante de la ville qui -l'eût voulu croire.--Mais, Sire, répliqua le prince de Turenne, -quelquefois l'on y est obligé par des motifs de conscience, et par les -conseils de son curé, qui dit assez souvent qu'il faut rompre les -attachements de la chair.--Ah! l'honnête homme, s'écria le Roi, en riant -de tout son coeur. Jamais il ne s'est vu une confidence si tendre et -qui mérite si bien la rémission de ses péchés; continuez toujours -de vivre dans ces nobles sentiments, vous aurez une augmentation de -gloire.» - -Le prince fit une très-humble révérence à Sa Majesté, en la remerciant -de tout son encens; ce qui fut un sujet de plaisir à toute la compagnie. -Pendant le carnaval, toute la Cour travailla à faire diversion à la -mélancolie du Roi, qui paroissoit sans remède. La marquise de Maintenon, -qui savoit que Sa Majesté aimoit la conversation de la comtesse du -Lude[245], tâchoit par tous les moyens du monde de lui en procurer -le plaisir. Souvent que cette comtesse surprenoit le Roi dans sa -rêverie, madame de Maintenon les laissoit tête à tête moraliser. L'on -peut dire que c'étoit le fort de cette aimable femme, et qu'ayant -l'esprit aussi solide qu'elle l'avoit, rien n'étoit si charmant que de -l'entendre parler. - -Un après-dîner, comme notre Monarque étoit seul avec elle, Sa Majesté -lui fit un portrait fidèle de son chagrin, et ne le lui déguisa -aucunement.--«Ah! Madame, s'écria ce prince, si vous saviez combien -la vie m'est importune, je ne fais rien qui ne me donne de la peine; -en de certains moments ma couronne m'est incommode.--Hélas! Sire, -répondit la comtesse du Lude, l'inégalité qui se trouve dans la -vie fait naître en nous ces divers mouvements. Ce qui nous plaît -aujourd'hui nous déplaît en peu de jours. Notre humeur changeante ne -sauroit se comprendre.--Cependant, Madame, dit le Roi, l'on donne tant -d'encens à la raison, à la prudence: de quoi nous servent ces chimères, -si elles n'arrêtent pas le cours de nos passions?--Ces idées, Sire, -répartit la comtesse, mettent mon esprit au désespoir; plus j'envisage -ces talents imaginaires, et moins j'aime à m'en souvenir. Ah! prudence -importune qui ne servez qu'à faire avancer les maux que nous devons -avoir! Si cette cruelle avoit quelque secret de détourner les infortunes -qui pendent sur nos têtes, nous devrions la chérir; mais hélas! rien -n'est si trompeur que son apparence.--Ce que vous dites, Madame, -répliqua le Roi, est divinement bien pensé, mais vous m'avouerez qu'il -faut obéir à l'Etre indépendant, qui nous a donné la vie et tous les -avantages de conduite, de raison et de prudence.--Je le sais, Sire, dit -la comtesse; c'est pourquoi j'envie souvent le sort des choses -inanimées, qui durent plus longtemps que nous, et qui ne ressentent -point mille remords qui nous rongent nuit et jour, et qui ne sont utiles -à rien.--Que diriez-vous donc, Madame, continua le Roi, de ceux qui -passent le plus beau de leur âge dans des soins continuels, et qui ne -sont quelquefois pas de grand usage? Nous voyons Platon attaché à -chercher des idées; Epicure attrapant des atômes, pour ensuite les -accrocher les uns aux autres et en faire un monde en petit; Thalès au -bord d'une fontaine admirant l'eau comme principe de toutes choses; -Socrate n'osant sortir de sa gravité, de crainte de ne passer plus pour -sage; enfin tous ces grands hommes ont pris mille gênes dans la vue de -s'immortaliser.--Ah! Sire, reprit la comtesse, il n'est pas besoin de -sortir de notre siècle pour connoître les folies des humains. Ne -voyons-nous pas tous les jours parmi nous des généraux, des capitaines -qui mettent leur vie au hasard pour une idée de gloire?--La guerre, -Madame, répartit le Roi, est quelque chose de plus grand et de plus -noble que mille autres attaches dont l'homme fait ses délices, et où il -met les plus doux moments de sa vie à les acquérir.--Cependant, Sire, -dit madame du Lude, l'esprit des mortels est borné, quelque soin qu'ils -donnent à la recherche, et quelque pénétrants qu'ils puissent être. L'on -ne sait rien à fond avec certitude. Nous apportons en naissant des -ténèbres qui rendent nos lumières peu brillantes.» - -Notre Monarque prenoit un plaisir extrême d'entendre raisonner cette -aimable comtesse, quand le duc de La Feuillade[246] entra qui entretint -Sa Majesté longtemps. Le Roi ayant fait une profonde révérence à madame -du Lude, la quitta pour un moment, et revint aussitôt auprès -d'elle.--«Ah! Madame, lui dit ce prince en riant, une sympathie inconnue -m'entraîne vers vous. Je compte les heures qui me privent de votre -agréable présence [comme] perdues.--Ce que vous dites, Sire, répondit -notre belle, est quelque chose de bien glorieux pour moi. Rien n'est si -doux que l'encens d'un prince comme vous, qui connoît la valeur de ce -qu'il estime avec un discernement distingué.--Madame, si j'étois à -présent, lui répondit le Roi, encore assez heureux pour être aimé d'une -personne aussi engageante que vous, non pas de cet amour sensuel dont -j'ai fait mon bonheur autrefois, mais de celui qui ne consiste qu'en -esprit! Car je vous assure que ces plaisirs sont plus réels que ceux du -corps. J'en goûte tous les jours la différence, qui me fait -regretter mille moments que j'ai passés en bagatelles.--Il est vrai, -Sire, reprit madame du Lude, qu'après avoir fait le véritable -panégyrique de l'amour, l'on y remarque des défauts surprenants. -Qu'est-ce que cette passion, sinon un amas de peines qui ne se nourrit -que de craintes et de doutes? les plaisirs qui sont de peu de durée sont -toujours suivis d'amertumes sensibles; et l'amour, au comble de son -bonheur, comme toutes les autres choses, retourne à son néant.--Que vous -représentez justement, Madame, dit notre Monarque, le caractère de ce -Dieu! Le voilà sans ombres et sans voiles, et c'est de la manière qu'il -est plus charmant, car ses défauts ne sont point cachés.--Il est -pourtant bon, Sire, répondit notre aimable, de lui donner quelques -agréments, afin qu'il nous puisse plaire. Car quand on s'engage, si l'on -se faisoit une idée funeste d'un triste changement... Ah! Sire, continua -la comtesse, pardonnez un tendre souvenir, je ne puis oublier l'ardeur -violente que le comte d'Armagnac[247] avoit conçue pour moi, et quand je -fais la revue de toute sa passion et du changement que j'y vois, je dis: -c'est l'ouvrage d'un mortel. Il n'appartient qu'à l'homme à mettre en -usage ces foiblesses. Il y a quelque temps, comme j'étois chez moi à la -campagne, et que je rêvois solitairement dans le bois, je -considérois le peu de durée de l'aimable verdure de ce bocage, ayant -réfléchi solidement, je fis ce quatrain: - - Tout change, enfin, et le coeur le plus tendre - Ne peut faire vivre sa passion toujours. - L'on n'a point encor vu d'éternelles amours, - Et le temps à venir ne doit pas en attendre. - ---Vous faites, dit le Roi, d'une manière obligeante, la dixième Muse. Il -faut un mérite aussi charmant que le vôtre pour augmenter la beauté du -Parnasse. Apollon, ce Dieu des lumières, vous doit chérir uniquement, -puisque vous embellissez son rocher et ses fontaines; aussi Pégase vous -donne-t-il de son eau de cristal pour vous rafraîchir dans vos exercices -poétiques.--Je vous dirai, Sire, répondit la comtesse, que j'aime -passionnément la poésie. Je trouve que c'est le langage des dieux: voici -encore des vers que l'inconstance du comte d'Armagnac m'a fait faire: - - Taisez-vous, mes soupirs sensibles, - Vous me causez de la douleur, - Et mon coeur est trop susceptible - Aux doux charmes de mon vainqueur. - A quoi servent ces sentiments, - Puisque l'ingrat est un volage? - Quand on a perdu ses amants, - Les soupirs doivent être sages. - ---En vérité, Madame, interrompit le Roi, vous êtes toute divine, et -c'est un charme puissant de vous entendre parler. Un coeur peut-il se -défendre à des attraits si doux qui le demandent? Ah! je condamne -extrêmement le peu de discernement du comte d'Armagnac en vous ayant -quittée. Je sais que si vous l'aviez plus aimé, vous l'auriez -engagé davantage; car il veut qu'on l'aime tendrement, et celle qui -possède son coeur présentement est pour lui tout de feu.--Ah! Sire, -s'écria madame du Lude, que l'amour est difficile à contenter! cet -enfant crie toujours et n'est jamais content. J'ai marqué au comte -incessamment une tendresse égale; mais non pas de ces emportements qui -font perdre la raison.--C'est ce que nous demandons, Madame, dit Sa -Majesté, quand nous aimons. Nous ne pouvons souffrir des coeurs froids -qui raisonnent. Il faut aimer avec chaleur un amant, quand vous voulez -qu'il vous aime.» - -Madame de Maintenon, qui entendit en entrant ce mot d'aimer, dit en -saluant le Roi:--«Sire, c'est en vain que vous vous défendez de l'amour, -car vous le mettez toujours sur le tapis.--Ah! Madame, répartit la -comtesse du Lude, l'on ne peut parler que de ce qui plaît. Quand les -conversations commencent à mourir, ce Dieu les ressuscite par son -enjouement.--Cette vivacité, Madame, répliqua la marquise, n'est plus du -règne de notre prince. Il a renoncé aux traits de l'amour, et son -coeur est à l'épreuve de ses coups.--Madame, lui dit en riant la -comtesse du Lude, quelques efforts que nous puissions faire, notre -résistance est vaine. Quand la nature nous a donné un coeur sensible, -il aime tout ce qu'il trouve aimable, tant qu'il a de la vie. Cependant, -Madame, reprit la marquise de Maintenon, les passions diminuent avec -l'âge. Ah! Madame, répliqua madame du Lude, nous revenons toujours à -notre principe qui est cet amour naturel. Les philosophes nous le -prouvent en nous faisant connoître que tous les êtres du monde doivent -retourner au lieu d'où ils ont pris leur origine. L'homme, qui est un -être fini, est composé de deux parties qui sont l'âme et le corps. Cette -première, son règne étant achevé, retourne au ciel qui est la source -d'où elle est venue, et le dernier va au sein de la terre d'où le -premier homme est né.--Vous passez donc, Madame, interrompit notre -prince, en regardant la comtesse du Lude, de la philosophie à la -théologie? Il faut avoir autant d'esprit que vous en avez pour soutenir -les thèses que vous avancez. Qu'il est glorieux, Madame, pour votre sexe -d'avoir des personnes qui se distinguent par leur génie! Un de nos -philosophes modernes donnoit en son temps des leçons aussi bien aux -femmes qu'aux hommes; mais le savoir que vous avez, la nature vous en a -fait un don en naissant.--Sire, répondit la comtesse, si j'avois assez -de foiblesse pour tirer de la vanité des douceurs coutumières que les -galants hommes disent ordinairement aux femmes, je me perdrois en -écoutant le joli panégyrique que vous faites de moi; mais je me connois -un peu. Si quelques lumières brillent en mon esprit, un nombre infini de -ténèbres en diminuent la beauté.» - -Le Roi brûloit d'envie de pousser la conversation plus loin; mais des -affaires du Parlement qui furent apportées à Sa Majesté par M. -Talon[248], avocat-général, qui parla au Roi avec une éloquence -toute charmante pendant plus d'une heure, fit que le prince donna -audience à plusieurs autres, tout le reste du jour. Madame de Maintenon, -que le comte de Marsan[249] sollicitoit tous les jours pour mademoiselle -de Béthune[250] qui étoit à Saint-Cyr sous la domination de la marquise, -étoit journellement chez elle[251]. - -Ce comte étoit devenu éperdûment amoureux de mademoiselle de Béthune, -pour l'avoir vue un moment dans l'église de Saint-Cyr. Cette jeune -beauté se faisoit distinguer de toutes les autres, par un certain air -doux et languissant qui lui étoit naturel, et qui demandoit le coeur à -tout ce qu'elle faisoit. Il n'en falloit pas tant pour enflammer le plus -passionné de tous les hommes. Aussi dans ce premier moment, il fit -connoître à cette charmante fille, par un langage muet qui parloit dans -ses yeux, combien ses charmes avoient de pouvoir sur lui. Depuis ce jour -que le hasard avoit conduit le comte à l'abbaye de Saint-Cyr, comme il -retournoit de la chasse dans le dessein de remercier les Saints de -n'avoir point trouvé de malheur, il se vit pris, sans rien prendre dans -toute sa course. C'est ordinairement ce que fait Vénus dans ses -exercices. Elle fait quelquefois plus de conquêtes que Diane, quoique -ses armes soient bien différentes. Revenons au comte de Marsan qui se -voyoit obligé de garder de grandes mesures, dans toute la suite de son -amour. Madame de Maintenon le recevoit fort honnêtement et même avec -beaucoup de plaisir, dans la vue qu'il recherchoit en mariage -mademoiselle de Béthune, qui étoit de qualité et d'une maison -très-considérable. Le comte disoit mille douceurs à la marquise sur sa -vertu et sur sa conduite, afin d'obtenir les bonnes grâces, et d'avoir -un peu plus de liberté avec sa belle mignonne; ce que notre abbesse -remarquoit fort bien, ayant l'esprit aussi ouvert qu'elle l'a. C'est -pourquoi elle ne perdoit jamais de vue cette jeune fille, quand son -amant étoit présent, ce qui le désoloit entièrement, car il ne pouvoit -pas dire une parole que la marquise ne l'entendît. Une vie si misérable -dura quelque temps, mais comme l'amour est ingénieux, et que ce petit -Dieu découvre toujours quelque ruse à ses sujets, le comte de Marsan, -ennuyé de son martyre, pria une vieille tante qu'il avoit à Paris, et -qui étoit devenue dévote jusqu'à la fureur, et par cette raison grande -amie de madame de Maintenon (car elles alloient fort souvent ensemble à -Saint-Lazare de Jérusalem[252] faire leurs oraisons) de lui être -favorable dans son amour, et de permettre qu'il se trouvât quelquefois -chez elle avec mademoiselle de Béthune qu'il aimoit tendrement. Que la -sévérité de la marquise de Maintenon lui étoit insupportable! aussi -rendoit-elle toutes ses demoiselles comme des esclaves, qui sont privées -de la liberté humaine. Madame de La Roche[253] parut un peu surprise en -écoutant la proposition de son neveu.--«Quoi! dit-elle, Monsieur, vous -ne songez pas à ce que vous me dites? Ne savez-vous pas combien cette -dame a de haine et d'horreur pour les rendez-vous, et que, si elle -découvroit une fois votre intrigue galante, je serois perdue dans son -esprit, et elle maltraiteroit mademoiselle de Béthune comme la -dernière de toutes les filles? De plus, mon neveu, continua cette bonne -femme, vous avez un attachement qui n'est pas des plus honnêtes avec -madame de..... et qui ne plaît aucunement à tous vos amis. Retirez-vous -avec prudence de ce commerce criminel, et je ferai tout mon possible -pour vous procurer cette jolie mignonne.--Ce que vous dites, ma tante, -répondit le comte, est à peu près raisonnable; mais vous saurez que, -quand l'on a une fois donné son coeur, il est bien difficile de le -reprendre. Je vous avoue que j'aime la baronne de..., qui est la plus -belle femme de France, et qui mérite le mieux les adorations d'un galant -homme. Tant que cette adorable personne possèdera mon coeur, le -mariage me sera fort indifférent, mais non pas les galanteries.--Mon -neveu, répartit madame de La Roche, en riant, si vous aimez, autant que -vous voulez me le persuader, votre belle, vous devez lui être fidèle; ce -que vous n'êtes point, puisque vous cherchez les moyens d'en conter à -une autre.--Ah! ma tante, répliqua M. de Marsan, il ne faut point mettre -un ordre si régulier dans la conduite de la vie. L'amour se plaît dans -la variété et le changement. D'abord que cet enfant est attaché, il -meurt. C'est pourquoi, par un motif de charité qui est fort humain, l'on -doit lui donner la liberté de courir où il veut, afin de lui conserver -la vie.--Où avez-vous appris, Monsieur, dit la bonne tante, cette morale -admirable qui porte sa charité jusques à l'amour?--Ne savez-vous pas, ma -tante, répondit le comte malicieusement, que charité est -amour.--Oui, mon neveu, je le sais, mais ce n'est pas de cet amour qui -ne consiste qu'au bonheur de son prochain que vous entendez parler.--Ma -tante, répartit le comte de Marsan, en riant, je renferme dans les -bornes de la pitié ou de la compassion tous les besoins du genre humain. -Si j'aime une femme qui soit aimable et que je lui jure que je meurs -pour elle, et qu'elle soit d'assez bonne foi pour le croire, en voulant -bien soulager mes peines, n'est-ce pas vivre moralement, et d'une -manière exemplaire?--Mon neveu, interrompit la bonne femme, d'un air de -pédante, vous vous raillez de la piété et vous n'êtes qu'un indévot, qui -sacrifiez tout à vos plaisirs. Rompez votre pente criminelle et vous -attachez à la vertu et à la gloire, en faisant des actions dignes -d'elles.--Ah! ma chère tante, répliqua notre amoureux comte, en -l'embrassant, quand je combats les charmes de l'amour, je sens ses -douceurs qui triomphent de toutes mes forces, et c'est ma passion la -plus dominante.--C'est alors, Monsieur, dit madame de La Roche, qu'il -faut opposer à cette rapidité des remèdes salutaires, et résister -fortement au méchant penchant qui vous entraîne à votre perte. Nous -lisons que nos Saints n'ont pas été moins que nous sensibles à cette -foiblesse, et que saint Dominique, tout célèbre personnage qu'il étoit, -a souffert des peines cruelles pour résister aux convoitises de la -chair. Ce religieux père préparoit jour et nuit son corps rebelle afin -de le mortifier, et de tâcher de corriger les emportements de la -nature.» - -Le comte de Marsan ne put s'empêcher de rire en écoutant les belles -instructions de sa bonne tante, qui lui marquoit avec le doigt tout ce -qu'elle disoit; mais, ayant bien moralisé, la conclusion de la prière -que le comte fit à sa chère tante fut de lui procurer le bonheur de voir -quelquefois chez elle mademoiselle de Béthune, ce que madame de La Roche -eut bien de la peine à lui accorder; mais comme elle aimoit son neveu -tendrement, elle se laissa persuader plus facilement, ce qui donna une -joie inexprimable à notre passionné amant, qui brûloit d'envie -d'entretenir un instant la charmante enfant qui l'occupoit si -agréablement. Il demanda donc à sa tante quel jour cette belle pourroit -venir chez elle, et qu'il y viendroit aussi.--«Ah! mon neveu, répartit -madame de La Roche, il faut user de grande précaution dans une affaire -si délicate. La marquise de Maintenon est la plus sévère de toutes les -femmes, comme je vous l'ai déjà dit, et a beaucoup de confiance en moi; -c'est pourquoi je serois au désespoir qu'elle sût que vous venez chez -moi souvent, car elle empêcheroit bientôt que mademoiselle de Béthune ne -me vînt voir.--Ah! dit le comte, j'en serois au désespoir; mais il faut -que je vous avoue, ma tante, que j'ai de la peine à souffrir qu'une -vieille ridicule comme cette femme-là occupe encore la terre. Elle -enrage de ce que les plaisirs l'ont quittée, et qu'elle n'est plus -capable d'en inspirer. C'est pourquoi elle s'oppose si fortement aux -galanteries de la jeunesse. Vous saurez, ma chère tante, que, quand on -est sur son retour et qu'on n'a plus de mérite pour charmer les -coeurs, l'on s'en fait un de paroître bigote, et c'est la -retraite ordinaire de toutes les femmes de la Cour.--Mon neveu, ne vous -emportez pas contre cette dame; c'est la plus modeste, et la plus sage -qui fût jamais.--Il faut bien qu'elle le soit malgré elle, répliqua -notre comte, car l'on n'en veut plus.» - -Mademoiselle de Béthune, qui entra, surprit le comte qui auroit encore -dit plusieurs duretés contre la sévérité de la marquise de Maintenon; -mais la présence d'un objet si charmant rappela toute la douceur de ce -tendre galant, qui dit mille choses obligeantes à cette belle mignonne, -qui parut un peu embarrassée à répondre à toutes les galanteries du -comte. - -Madame de La Roche, qui remarquoit bien que son neveu étoit fort -amoureux de cette jeune demoiselle, et que toute la morale dont elle -s'étoit servie n'avoit pu arrêter le torrent passionné de M. de Marsan, -trouva à propos de ne se rendre point incommode à la passion de son -neveu, et que tant qu'elle le verroit dans les bornes de l'honnêteté et -de la modestie, elle n'auroit rien à dire. Mais c'est une chose bien -difficile à observer que la retenue à un homme qui aime tendrement; il -auroit bien besoin d'une chaîne pour retenir son emportement. Ce ne sera -pas la raison qui triomphera de l'amour, au contraire, elle ne fera -qu'irriter cette passion avec tous ses vains raisonnements. - -Laissons la raison, tout impuissante qu'elle est, et voyons présentement -nos amants qui goûtent à longs traits le plaisir de se voir le plus -souvent qu'il leur est possible, et qui trouvent le bonheur -incomparable, si le malheur avec son air effroyable, et qui s'oppose -toujours aux joies du monde, ne vient pas troubler leurs innocentes -caresses. Le comte de Marsan ne soupira pas longtemps aux pieds de -mademoiselle de Béthune sans faire une forte impression sur son coeur. -Cette jeune beauté, qui n'avoit pas encore aimé, s'attacha sans réserve -à chérir son amant, et lui donna toutes les preuves d'une véritable -amitié, ce qui toucha M. de Marsan sensiblement et lui fit oublier la -baronne de...., qui lui en marqua sa rage par tous les reproches -violents que la jalousie peut inspirer. Un jour, comme le comte étoit -couché au bord d'une fontaine, et qu'il attendoit mademoiselle de -Béthune qui devoit venir cette après-dîner chez madame de la Roche, on -lui apporta une lettre de la baronne de..... qu'il lut plusieurs fois, -en redisant ces mots qu'elle lui avoit écrits: «Ah! perfide, pourquoi -m'as-tu aimée si fortement, si tu ne voulois pas être fidèle?» - -Des reproches si sensibles rendirent le comte tout rêveur, et qui le -conduisit[254] dans un petit bois qui étoit au bout du jardin. Notre -amoureux solitaire ayant fait quelques tours dans la forêt, s'arrêta -pour considérer les bêtes sauvages que la fortune a condamnées à vivre -dans ces lieux, et leur dit: «Ah! innocentes créatures, que votre -destinée est heureuse! les rochers et les affreuses retraites que vous -occupez, sont plus agréables que le commerce du monde.» - - Aimable et charmante verdure, - Qui faites l'ombre de ces lieux, - Et qui suivez de la Nature - Le penchant doux, délicieux, - Hélas! je viens dans ce bocage - Vous prier couvrir mes ennuis; - Quoique j'aime, on me croit volage; - Mais vous savez ce que je suis. - -Mademoiselle de Béthune, qui attendoit depuis longtemps M. de Marsan, se -promenoit tristement dans un parterre de fleurs quand il arriva. Le -comte ressentit une joie en voyant son aimable maîtresse, et lui dit -d'un air tendre: «Ah! mon adorable, je vous ai attendue ici plus de deux -heures, mais mon impatience m'a fait prendre l'air du bois.--Je crois, -Monsieur, répartit notre belle, que la sympathie se mêle de tout, quand -on aime, car j'avois aussi une grande envie de vous voir.--Mademoiselle, -répondit le comte, d'une manière toute passionnée, si l'amour pouvoit -vous rendre le coeur aussi sensible que moi, je ne serois plus à -plaindre; mais si mon mal augmente, et que vous ne soyez pas touchée de -mes peines, hélas! c'est fait de moi.--Prenez soin de vous-même, -Monsieur, dit la charmante en souriant, car ce seroit bien dommage qu'un -homme aussi joli que vous et aussi galant n'occupât plus l'agréable -séjour des mortels. L'on n'a jamais vu personne mourir d'amour, continua -cette incomparable, si ce n'est dans des histoires, où l'on souffre -mille maux imaginaires.--Cependant, Mademoiselle, répliqua M. de Marsan, -je sais que je vous aime réellement et sans imagination, et que tout ce -que je sens pour vous ne sont pas des maux en idée.--C'est -pourtant, Monsieur, dit mademoiselle de Béthune, où les biens et les -maux font leur demeure ordinaire. L'idée nous rappelle toujours ce qui -nous plaît et ce qui nous déplaît.» - -La conversation de nos amants étant finie pour ce jour, le Roi, qui -étoit de retour du siége de Saint-Omer[255] avec M. le duc d'Orléans, -ces illustres personnes firent une partie de chasse à Saint-Cloud, où -toutes les belles de la Cour parurent en équipage de chasseresses et -vêtues comme Diane et ses Nymphes, suivies de plusieurs chiens qui -couroient dans la forêt les bêtes sauvages au milieu du bois. Sa Majesté -et les princes les plus galants attendoient ces charmantes cavalières, -déguisés comme le Dieu Pan et comme les Satyres, qui préparoient un -superbe festin à cette aimable troupe. Ce beau régal fut accompagné d'un -grand nombre d'instruments qui faisoient le plus bel effet du monde. - -Le maréchal duc de La Feuillade[256] étoit assis au pied d'un ormeau, -qui copioit Orphée en jouant de la flûte douce, qu'il touchoit dans la -dernière perfection, et qui sembloit attirer autour de lui tous les -oiseaux et tous les animaux de ce bocage. Plusieurs voix toutes -charmantes répondoient à cet aimable solitaire. - -L'on entendoit un écho fidèle qui répétoit souvent ces tendres paroles, -et qui prononçoit comme en soupirant: - - Que l'absence est cruelle - A quiconque aime tendrement! - Eloigné de sa belle, - L'on ne peut vivre heureusement. - -Tous ces plaisirs champêtres n'étoient point capables de faire renaître -la tendresse de notre monarque qui s'avançoit vers le tombeau, ne -pouvant reprendre ses premières forces. Le Roi devint jaune et ne rioit -plus comme à son ordinaire, ce qui attendrit le coeur de madame de -Maintenon, qui pressa un jour Sa Majesté, étant dans un tête à tête, de -lui découvrir toutes les routes les plus sensibles de son âme, car elle -étoit fort affligée du changement qui paroissoit en sa personne.--«Je -vous dirai, madame, lui répondit ce prince, que depuis quelques années, -je ne me connois pas moi-même. J'ai une profonde rêverie qui -m'entretient journellement et je trouve quelquefois la qualité de Roi -importune.--Ah! Sire, s'écria la marquise, d'où pourroient venir ces -sentiments inégaux qui chagrinent votre Majesté? C'est peut-être que -vous n'écoutez plus les douceurs de l'amour qui sont d'un grand secours -dans les inquiétudes de la vie. Souvent un tendre amusement nous rend -heureux et malheureux.--Aussi, madame, répartit le Roi en soupirant, -quand la mort nous retire ce que l'on aime, rien n'est au monde plus -insupportable que ces sortes de malheurs. Ah! répondit ce prince, je ne -sens plus mon coeur disposé à un nouvel engagement; même la -disposition de ma santé ne me parle plus que de retraite et de -pénitence, et cette inclination qui brûloit autrefois comme un feu à la -présence d'un bel objet, est bien présentement affoiblie.--Il faut -reprendre courage, Sire, répliqua madame de Maintenon, et l'amour -renouvelle toutes choses et redonne la vie à ce qui paroît inanimé. -Aimez encore une fois et vous revivrez. Vous savez le pouvoir que j'ai -sur plusieurs aimables jeunes filles. Si votre amour en trouve une digne -d'elle, il suffit qu'elle ait le bien de vous plaire.--Madame, répondit -le Roi en riant, je sais qu'il y a sous votre conduite de quoi occuper -ma tendresse; mais vous avez depuis peu reçu dans cette assemblée une -jolie enfant qui ne me déplairoit pas, et qui mérite bien les soupirs -d'un galant homme.--Il est vrai, Sire, je sais de quoi vous voulez -parler; c'est de mademoiselle de Grancey[257], qui est la plus jolie de -toutes celles qui sont à Saint-Cyr; outre qu'elle est très-bien née, -elle possède une douceur charmante dans tout ce qu'elle fait, qui la -fait aimer de tout le monde. Le marquis de Joyeuse et de Villars[258], -ses cousins, lui firent visite cette semaine et me prièrent avec toute -l'honnêteté qui se peut imaginer de l'aimer un peu. Je leur répartis en -souriant qu'il n'étoit pas besoin de le dire, que son mérite parloit -assez.--«Ah! madame, répondit le marquis de Joyeuse, nous n'en -attendions pas moins de votre civilité et de votre honnêteté; c'est -pourquoi ma cousine ne pouvoit jamais arriver à un degré plus heureux -que celui d'être sous une conduite si distinguée.» J'allois -répondre au marquis, quand j'en fus empêchée par les ordres de Votre -Majesté qui me prioit de venir à Versailles, et je vous puis assurer, -Sire, continua la marquise, que je conserve toujours pour cette aimable -mignonne beaucoup d'estime.--Et moi aussi, dit le Roi, depuis le premier -moment que je la vis à l'entrée de l'abbaye où j'étois en carrosse, et -je fis demander si vous étiez à Saint-Cyr. Cependant cette belle enfant -me parla avec une charmante modestie qui me toucha le coeur; mais -comme je commence à renoncer aux plaisirs des sens, j'en ai seulement -gardé l'idée.--Il n'y a pas, Sire, dit madame de Maintenon, bien loin de -l'idée au coeur; l'on peut facilement les unir ensemble.--J'entends -très-bien, madame, répliqua Sa Majesté, vos expressions; elles sont fort -sensibles; mais comment aimer les autres, quand l'on ne s'aime plus -soi-même?» - -La marquise, qui voyoit qu'une conversation d'amourette chagrinoit Notre -Majesté, changea de discours et lui parla des affaires de la guerre, et -sur les ordres de son royaume, comme de pourvoir à la subsistance des -curés et des vicaires perpétuels[259], afin qu'ils n'eussent point -d'occasion légitime de ne point satisfaire à leur devoir. Le curé de -Saint-Lazare de Jérusalem, qui étoit aimé de madame de Maintenon -pardessus les autres, la sollicitoit tous les jours qu'elle priât Sa -Majesté d'augmenter sa pension, et, pour cet effet, ce prêtre rendoit -des visites familières à madame de Maintenon, et lui disoit incessamment -que le bien que l'on faisoit aux gens d'église n'étoit jamais perdu; que -cette charité nous attiroit un nombre infini de bénédictions, par les -prières de ces bonnes âmes. Ce curé ajouta encore d'une manière toute -dévote, qu'il faisoit toutes les nuits des oraisons de quatre ou de cinq -heures pour le Roi,--«et pour vous, madame, qui êtes le refuge des -pauvres prêtres affligés. Souvenez-vous de moi, s'il vous plaît, quand -vous serez avec Sa Majesté.» La marquise promit de servir le curé de -tout son possible, dans la vue qu'il diroit plusieurs messes pour la -rémission de ses péchés, ce qu'il fit avec tout le zèle dont son âme -étoit capable. Car l'on remarqua que ce bonhomme alloit plus matin -pendant quelque temps à sa paroisse qu'à l'ordinaire. - -Quoique madame de Maintenon sollicitât notre Prince pour les affaires -d'Etat, elle ne laissoit pas de lui parler, dans de certains -intervalles, des charmes de mademoiselle de Grancey, à dessein de -réveiller sa passion et de le rendre plus enjoué, ce que le Roi essaya, -mais ce fut en vain; car ce Prince n'étoit plus propre pour la -galanterie. L'après-dîner que la marquise avoit laissé cette charmante -mignonne avec Sa Majesté à Trianon, jamais le Roi ne se trouva si -triste. Il soupira plusieurs fois en regardant cette belle, et mêla -incessamment un jeu de piquet qui étoit sur la table, à quoi -mademoiselle de Grancey lui dit en souriant: «Sire, Votre Majesté auroit -plus de plaisir si j'étois de la partie.--Je le veux, répondit ce -Monarque, ma belle enfant; mais vous perdrez, car j'ai assez la fortune -à mes gages.--Qu'importe, Sire, répondit notre aimable, en rougissant; -il me sera fort glorieux de vous être redevable.» Le Roi se trouva -embarrassé dans cette entrevue plus que jamais il n'a été; mais madame -de Maintenon, qui croyoit que la tendresse de son Prince avoit retrouvé -la vie, entra en souriant, et dit à mademoiselle de Grancey: «Eh bien! -ma mignonne, comment avez-vous passé le temps depuis mon absence?--Fort -bien, madame, répliqua-t-elle, je n'ai point trouvé de quoi m'ennuyer -aujourd'hui.--Ah! mademoiselle, répartit le Roi, vous avez bien de la -bonté, et vous êtes bien facile à excuser les défauts d'une personne qui -vous aime, mais qui n'est plus à lui comme autrefois.--A qui êtes-vous -donc, Sire? répartit la marquise; faites-moi la confidente de vos -souffrances; mademoiselle n'en sera pas jalouse, car elle a trop -d'esprit pour ne pas savoir qu'un Prince peut aimer tous les objets -qui sont aimables.» Sa Majesté se mit à rire avec notre mignonne de la -belle humeur de la marquise de Maintenon, qui tournoit toute chose en -galanterie, et qui disoit toujours mille équivoques sur la mélancolie de -son malade. - -La conversation étant finie, le Roi ramena les dames à Saint-Cyr, où Sa -Majesté fut longtemps à visiter tous les parloirs et les réfectoires de -l'abbaye, qui sont d'une propreté admirable et qui répondent bien à la -générosité et la grandeur d'âme de celle qui en est la supérieure. - -Le lendemain, mademoiselle de Grancey fit un fidèle récit de la -conversation qu'elle avoit eue avec le Roi, à madame de Maintenon, qui -demanda à cette belle jusqu'à la moindre circonstance, même les termes -dont il s'étoit servi pour lui marquer ce qu'il sentoit pour -elle.--«Quoi, madame, répondit notre jolie mignonne assez surprise, -est-ce que le Roi m'aime?--Oui, ma chère enfant, dit la marquise, je -sais que vous ne lui êtes pas indifférente, et qu'il ne tiendra qu'à -vous de faire son bonheur.--C'est ce que je ne sais point encore, -répartit mademoiselle de Grancey, car Sa Majesté ne m'a dit rien de -tendre, au contraire; elle ne m'a entretenue que de mode, que de cartes -et de mille autres choses à peu près de cette nature. Il est vrai que ce -Prince a trouvé mon habit fort propre[260] et qu'il me seyoit très-bien; -mais, hélas! n'avoit-il rien de plus doux à me dire, s'il m'aime un -peu?» Madame de Maintenon sourit de la pensée de son aimable disciple, -et lui répliqua: «Ah! ma mignonne, je ne connois plus le Roi; il -est devenu insensible à ce qui faisoit autrefois ses plus doux moments. -Un grand fond de piété, qui s'est emparé de son coeur, le rend -présentement tout de glace aux plaisirs des sens.--Je vous avoue, -répartit mademoiselle de Grancey, qu'une si grande froideur en un homme -n'est point agréable. L'on diroit dans cet état qu'il n'est point animé. -L'amour donne je ne sais quoi qui est aimable à tout ce qui respire le -jour.--Mais encore, ma belle, dit la marquise, dites-moi sincèrement si -notre Monarque vous a fait paroître tant d'indifférence?--Madame, Sa -Majesté ne m'a point surprise dans ses manières languissantes, puisque -la première fois que je l'ai vue, j'ai bien jugé que son amour se -mouroit et qu'il étoit temps de lui faire un tombeau.--Vous êtes bien -savante, ma bellotte, dit madame de Maintenon en riant, d'avoir si bien -pressenti la mort de la tendresse du Roi; je m'étois flattée que vous la -feriez renaître et que vos charmes auroient assez de force pour la -ressusciter.--En vérité, madame, répondit cette charmante, il est bien -difficile de redonner la vie à ce qui n'en a plus. Voici cependant des -vers que j'ai dits à Sa Majesté dans le dessein de la réveiller de son -assoupissement et de la divertir par cet imprévu. - - Dites-moi mon cher prince - D'où vient votre air rêveur? - Seroit-ce quelque feinte - Dans votre illustre coeur? - L'on sait que vous n'êtes pas insensible - Aux doux attraits d'une aimable beauté, - Et que, chez vous, il est du tout[261] visible - Qu'on n'y sauroit trouver de dureté. - ---Je ne savois pas, ma belle enfant, dit notre marquise, que vous étiez -poëte. C'est un exercice fort joli pour une jeune personne comme vous. -Il n'y a rien qui polisse davantage l'esprit et qui apprenne mieux les -manières du bel usage que la poésie, et qui donne une si grande -délicatesse en tout ce que nous faisons. Le Roi aime passionnément les -vers, quand ils sont bien tournés et fort tendres; c'est pourquoi, ma -mignonne, faites un sonnet fort juste et qui fasse connoître à Sa -Majesté adroitement que vous l'aimez, et que vous êtes fâchée qu'il n'y -réponde pas aussi tendrement que vous le voudriez. Il faut quelquefois -solliciter un coeur avant de s'en rendre le maître.--Ah! madame, -répartit mademoiselle de Grancey, que les ordres que vous me donnez sont -difficiles à exécuter! Je n'ai pas de penchant à faire des avances à mes -amants. Il n'y a rien de si peu à mon goût que ces sortes de -manières.--Il est vrai, mademoiselle, répondit madame de Maintenon, -quand on est faite comme vous êtes, il n'est pas besoin d'en faire; mais -il y a de la différence entre galant et galant. Être aimée, par exemple, -d'un Roi aussi charmant que le nôtre est une chose qui mérite bien un -peu de peine. Défaites-vous de cette fierté qui est si naturelle aux -jolies filles comme vous, et marquez un peu d'empressement à ce Prince. -C'est le moyen le plus sûr de lui plaire.--Madame, ne parlons plus de -cela, je vous en prie, dit la belle écolière, car je sens que mon -coeur ne s'accorde point avec les leçons que vous me donnez. Vous -savez que s'il n'est de la partie, tout ce que l'on entreprend n'est pas -bon.--Oui, ma mignonne, ce que vous dites est vrai, répliqua la -marquise; mais il faut tâcher de se rendre maître de ce coeur rebelle -et l'apprivoiser avec la raison, qui veut que vous fassiez quelque chose -pour votre fortune. Souvenez-vous, ma chère bellotte, que nous ne sommes -plus dans le temps où une fille croyoit avoir fait un crime irréparable -de songer à l'amour. L'on accommode à présent ce Dieu avec l'intérêt par -une aimable vicissitude.» - -La marquise de Maintenon n'eut pas plus tôt achevé de donner ces jolies -instructions à mademoiselle de Grancey, qu'elle la mena au lever du Roi. -Cette charmante enfant étoit ce jour belle comme un ange, et dans un -certain air de négligé qui la rendoit tout adorable. Dès que notre -Prince la vit, il lui dit:--«Ah! mademoiselle, vous ferez aujourd'hui -bien des misérables. Votre présence est redoutable aux pauvres -humains.--Qui, moi? Sire, répartit cette incomparable, en riant, j'ai -pourtant le coeur fort sensible à la compassion et n'aime pas à voir -souffrir les affligés.--Vous voyez, Sire, interrompit madame de -Maintenon, que, parmi le grand nombre des qualités éminentes qui ont été -données à mademoiselle, elle possède encore la pitié et la charité, qui -sont de toutes les vertus les plus parfaites.--A la vérité, ma belle -mignonne, dit le Roi, en la regardant assez tendrement, des mouvements -si héroïques et si nobles sont fort rares dans la jeunesse où vous -êtes. D'ordinaire, dans l'âge tendre, l'on a peu de sentiments -raisonnables.--Ah! Sire, il ne faut pas tant donner d'encens à -mademoiselle, sans lui dire aussi ses petits défauts. Elle est cruelle à -ses amants jusqu'au dernier point, leur défendant l'usage des soupirs, -qui est leur ôter la vie. Car, qu'ils soient sincères ou non, les -galants de ce siècle ne marchent jamais sans cet ornement.» - -Sa Majesté ne put s'empêcher de rire de la raillerie de la marquise, qui -dit encore plusieurs autres choses fort spirituelles sur le même sujet. -Toute la matinée se passa très-agréablement. Mademoiselle de Grancey, -qui chante parfaitement bien, dit des airs nouveaux fort tendres, que le -Roi trouva justes et bien proprement chantés.--«Mais, dit madame de -Maintenon, il ne manque rien à cette jolie enfant qu'un peu d'amour. Si -elle aimoit, elle seroit accomplie.--Le temps, répondit notre Monarque, -rendra à mademoiselle le coeur sensible. La nature n'a pas formé un -objet si charmant pour ne pas aimer.» - -Le jour suivant, le prince de Condé et le marquis de Vannes[262] furent -longtemps avec Sa Majesté à conférer sur des affaires militaires. Le Roi -nomma plusieurs nouveaux officiers, tant de cavalerie que d'infanterie, -afin de remplir les places de tant de grands guerriers qui avoient -perdu la vie à la bataille de Senef[263], qui est un village situé dans -le Brabant. - -Le prince de Vaudemont[264], qui avoit reçu quelque légère blessure, -s'étoit retiré dans le bois de Bufferay, quand la comtesse de -Souche[265], qui l'aimoit plus que sa vie, alla le trouver et lui pansa -toutes ses plaies avec des onguents qu'elle avoit faits exprès pour lui. -Jamais femme n'a tant aimé que celle-là, ce qui nous fait rejeter la -méchante opinion des hommes, qui disent généralement que le sexe féminin -est incapable d'un fort attachement. Mais revenons à notre passionnée -amante. Elle n'eut pas plus tôt appris le malheur du prince, son cher -amant, qu'elle tomba dans une foiblesse qui lui dura plus de trois -heures, avec des soupirs languissants, qui marquoient le triste état de -son âme affligée. Après le retour de cette pâmoison, elle embrassa -tendrement l'objet de son amour, le serrant avec ardeur entre ses bras, -et lui dit en tournant ses yeux vers le ciel:--«Ah! mon cher, je ne suis -revenue en ce monde que pour vous aimer plus que jamais. J'ai cru que la -mort vous avoit ravi; mais, hélas! si mon sort me sépare de vous un -moment, je ne veux plus vivre!» - -La comtesse de Souche prononça ces paroles avec tant de tendresse et -avec un si grand torrent de larmes, qu'elle attendrit le coeur de son -amant si sensiblement qu'il pleura plus d'un après-dîner avec sa -maîtresse. L'on pouvoit dire dans ces moments, que l'amour n'étoit point -joli, puisqu'il avoit les yeux mouillés. Ce petit enfant pleure -quelquefois quand il n'est pas content. C'est pourquoi Vénus, sa mère, -le prend fort souvent sur ses genoux et le caresse afin de l'apaiser; -mais si on ne lui donne pas ce qu'il veut, ce Dieu folâtre crie plus que -jamais. Le prince de Vaudemont tâcha aussi de modérer les plaintes de sa -belle, en la baisant tendrement et lui disant qu'il ne vouloit plus -respirer le jour que pour elle, que sa reconnoissance étoit -inconcevable, et qu'il faudroit être né le plus ingrat et le plus lâche -de tous les hommes pour ne pas sentir une forte amitié et un tendre -amour pour elle. - -Des paroles si touchantes charmèrent la comtesse et lui firent augmenter -ses caresses à son illustre galant, qui, de son côté, aimoit beaucoup ce -petit bavardage. Après que le prince de Vaudemont et sa maîtresse eurent -demeuré quelque temps à Senef, ils retournèrent à Paris. Le comte de -Souche, qui étoit extrêmement irrité contre sa femme, et qui lui faisoit -des reproches sensibles sur son infidélité, l'accabloit de menaces. -Quand la comtesse voulut se justifier par des feintes ordinaires aux -coquettes, elle lui dit que le voyage qu'elle avoit fait n'étoit -que pour lui, et qu'ayant été aussi bien blessé que le prince, l'amour -qu'elle avoit pour lui l'avoit obligée de partir au plus vite, et qu'il -devoit mieux juger de la solidité de son coeur, qu'elle lui avoit juré -une fidélité éternelle, ne voulant pas fausser sa foi pour une couronne; -que tout ce qu'elle avoit fait pour le prince n'étoit qu'à cause qu'il -étoit son ami, et même par un motif de charité.--«Ne croyez pas, mon -cher mari, ajouta cette dissimulée, que je préfère jamais le prince de -Vaudemont à vous. Je connois très-bien la différence qu'il y a entre -vous et lui. Vous appréhendez en vain que l'on n'ait pas assez de -tendresse pour vous. Vos charmes ont des forces suffisantes pour -conserver un coeur.» - -Peut-on pousser plus loin une trahison que celle-là et amuser un -bonhomme plus adroitement? Le comte de Souche parut content après des -assurances si pathétiques et donna la liberté à sa femme de voir le -prince de Vaudemont, pourvu qu'il fût présent. Cette réserve chagrina -longtemps la comtesse, n'ayant pas le plaisir de dire à son amant les -sentiments de son coeur, ni de lui donner des preuves de son amour. Le -comte de Souche, qui aimoit extrêmement le prince, et qui ne pouvoit -vivre sans le voir, jouoit tous les jours à l'ombre[266] avec lui, -quoiqu'il perdît tout son argent. Un soir que nos généraux avoient -joué fort tard, et qu'ils avoient bu plus qu'à l'ordinaire, le comte de -Souche s'endormit et donna tout le loisir à nos amants de renouveler -leurs tendresses, sans que le bon mari en sût rien. La nuit, qui -paraissoit jalouse du bonheur de la comtesse, disparut et fit place à -l'aurore, qui vint dans son char toute riante, avec ses doigts de rose, -annoncer l'agréable venue du jour. Alors le comte de Souche, qui avoit -dormi sans se réveiller, parut tout surpris de se voir couché sur un lit -de repos sans sa femme. Il appela cette belle plusieurs fois, qui fit -comme si elle n'entendoit point, ce qui obligea le comte de monter à la -chambre et d'aller voir si elle étoit couchée; mais l'ayant trouvée dans -un profond sommeil, il la laissa dans ce repos charmant, se contentant -seulement d'admirer ses beaux yeux, qui étoient à demi fermés, et la -beauté de sa main qu'elle avoit jetée négligemment sur sa robe; après -les avoir baisées il se retira de crainte d'éveiller sa chère moitié. - -Le prince de Vaudemont, qui connoissoit un peu la jalousie du comte, -s'étoit retiré chez lui rempli d'une joie inexprimable d'avoir eu le -temps assez favorable pour avoir goûté avec plaisir les douceurs de sa -tendresse. Ce prince repassoit encore ces charmantes idées quand il -entendit frapper à sa chambre. Il ne douta point que ce ne fût le comte -qui lui venoit demander à quelle heure il étoit sorti de sa maison; ce -qui arriva, car le comte de Souche questionna fortement le prince -sur tout ce qui s'étoit passé la nuit et il lui dit qu'il avoit été pris -d'un violent mal de tête. C'est pourquoi il s'étoit retiré chez lui de -bonne heure.--«Et ma femme, lui dit ce mari infortuné, où l'avez-vous -laissée?--Je l'ai conduite, répartit le prince d'un grand sérieux, -jusqu'à la porte de sa chambre, mais ce qu'elle a fait je ne le puis -dire.» - -Le comte de Souche, n'étant pas fort content de la conversation du -prince de Vaudemont, retourna à sa maison faire plusieurs questions à -ses valets, mais ce fut en vain, car tous ceux qui étoient au logis -avoient dormi pendant que nos tendres amants s'étoient donné les -derniers témoignages de leur amour. La comtesse, s'étant levée, alla -trouver son mari à qui elle fit mille caresses, qui ne partoient point -de son coeur, mais qui étoient seulement apparentes. Le bonhomme s'en -contentoit, ne pouvant avoir mieux, et se croyant dans des moments le -plus heureux de tous les humains. L'apparence a quelquefois bien des -charmes, mais quand on l'examine de près tous les attraits diminuent: -voyons le comte de Souche qui vit le plus agréablement qu'il peut avec -sa femme, et qui se fait des plaisirs au milieu de ses peines. - -Le printemps, qui commençoit à naître, inspira à notre comtesse le désir -d'aller à la campagne, afin de goûter à longs traits le délicieux -plaisir de la promenade. Les doux zéphirs ayant succédé aux rigueurs de -l'hiver rendoient toutes choses charmantes. Après que Mme de Souche -eût joui avec son illustre mari de ses aimables douceurs pendant -quelques semaines, elle se trouva ennuyée de posséder toujours les mêmes -objets. Le prince de Vaudemont lui écrivoit souvent, sans que le comte -le sut; c'est pourquoi cette belle solitaire lui manda son chagrin, et -le pria de venir incognito la divertir, ce que ce tendre amant fit le -plus tôt qu'il lui fut possible. Mais quand le prince fut arrivé dans le -village, la comtesse parut fort embarrassée où elle le pourroit loger -commodément, sans que son mari le pût savoir? Des pensées d'un si grand -poids occupèrent longtemps notre passionnée amante, qui trouva le moyen -de faire venir tous les jours son incomparable galant chez elle; cette -dame aimoit extrêmement la symphonie d'un clavecin et d'un tuorbe[267], -c'est pourquoi son mari lui avoit donné de ces jolis instruments pour -l'occuper agréablement; et comme elle ne les touchoit pas dans la -dernière perfection, elle avoit besoin d'un maître, ce que le comte lui -accorda avec plaisir. Il ne restoit donc plus qu'à le faire venir de -Paris. C'étoit M. Desnué[268] que l'on choisit pour le plus savant et -qui convenoit le mieux à l'âge et à la taille du prince de Vaudemont, -qui devoit jouer le personnage du maître de tuorbe, en copiant et -sa voix et ses manières, et étant travesti d'un habit d'un homme de ce -caractère. Par bonheur pour la comtesse, son époux avoit la vue fort -courte, c'est ce qui le rendoit plus défiant qu'un autre; et il falloit -même qu'il regardât les personnes de bien près pour les connoître. Le -jour étant venu que l'on devoit exercer les instruments, le comte de -Souche reçut M. Desnué fort civilement, et lui fit grande chère, ce qui -donna bien de la joie à la comtesse. L'on ne parla que d'instruments -pendant tout le dîner. Le prince de Vaudemont, afin de mieux contrefaire -le ton de sa voix, faisoit des grimaces effroyables qui firent rire -Mme de Souche de toute son âme. Quand l'on eut bien bu à la santé les -uns des autres, il fut question de commencer à jouer. Chacun prit sa -place dans un ordre fort régulier. Le comte de Souche se mit auprès de -M. Desnué, afin de le connoître, ce que le fin joueur de clavecin ne -trouva pas bon, et dit au comte fort sérieusement qu'il falloit qu'il -eut la liberté de mettre ses bras où il vouloit et qu'il ne pouvoit être -gêné en jouant. Le prince, qui se souvenoit très-peu des leçons qu'on -lui avoit apprises étant petit garçon, se trouva fort embarrassé pour -chanter quelque air. - -Après avoir passé quelque temps à raccommoder ses cordes, qu'il rompoit -exprès, il pria la comtesse de jouer la première, ce qu'elle fit -aussitôt, et comme elle touchoit assez joliment ces instruments, le -prince déguisé n'eut pas bien de la peine à l'instruire. Le comte étoit -fort content de M. Desnué, qui faisoit tout son possible pour le -tromper, et qui profitoit tous les jours de la présence de sa belle, -sans cependant pouvoir bien l'entretenir seule; mais cet amoureux prince -se contentoit de la voir, en attendant l'occasion favorable de lui -pouvoir dire les tendres sentiments de son coeur. Mme de Souche -travailloit toujours à faire naître cette occasion après laquelle elle -soupiroit avec tant d'impatience, et qui lui paroissoit le plus grand -bien de sa vie, aimant plus qu'elle-même le prince de Vaudemont qui ne -languissoit pas moins que sa belle. - -Un matin, comme l'on jouoit du tuorbe, le comte de Souche s'ennuya -d'entendre dire incessamment la même chose, ce que M. Desnué faisoit -dans le dessein de fatiguer son auditeur et de l'envoyer un peu prendre -l'air, ce que le comte fit. Après avoir plusieurs fois baillé, en -ouvrant la bouche de toute son étendue, il dit à sa chère femme qu'il -alloit faire un tour dans le bois, et que bientôt il reviendroit.--«Nous -serons encore plus d'une heure, monsieur, répliqua la comtesse, pour -accorder le dessus avec la basse. Si cela vous chagrine, vous avez du -temps à vous promener.» - -Pendant que M. de Souche étoit dans la forêt, nos amants se disoient -tout ce que l'amour peut inspirer de plus tendre, et le prince ne -pouvant s'empêcher de rire de la plaisante figure qu'il faisoit, la -comtesse lui dit, en le regardant tendrement:--«Nous devons reprendre -nos instruments, car si notre jaloux revenoit, il nous trouveroit sans -occupation, ce qui ne feroit pas bon effet.--Je le veux, madame, -répartit le prince de Vaudemont, recommençons à jouer du tuorbe -afin que, quand le bonhomme viendra, il nous voie dans un grand -attachement.» La pluie qui tomboit, avoit contraint le prince de -retourner à sa maison plus vite qu'il ne vouloit. Cela attrista M. -Desnué, qui n'avoit pas envie de toucher le clavecin, et qui aimoit bien -mieux badiner avec sa belle; l'on marqua pourtant de la joie au comte, -quand on le vit, et même on lui dit qu'il avoit été bien longtemps -absent, ce qui lui fit plaisir, car il étoit bien aise qu'on le caressât -un peu. - -Le lendemain, le comte de Souche, qui avoit vu courir plusieurs lièvres -dans le bois, fut avec ses chiens à l'affût tout le soir, ce qui plut -extrêmement au prince de Vaudemont, étant délivré de la présence -importune de celui qui le gênoit. La comtesse, qui étoit indisposée, se -retira dans son cabinet pour se reposer un peu. M. Desnué demanda à -Metillon, qui étoit la demoiselle de Mme de Souche, où étoit sa -maîtresse.--«Elle est, répliqua-t-elle, Monsieur, montée en haut, mais -je ne sais si Madame est dans la terrasse ou dans son cabinet.--Je m'en -vais voir,» répondit le prince déguisé, qui courut promptement chercher -son aimable écolière, qui dormoit à demi sur un petit lit de -Turquie[269], qui étoit fait de velours vert avec une campane[270] -d'or qui en faisoit l'ornement. Le prince, étant entré fort doucement de -crainte de l'éveiller, se mit dans une chaise à côté d'elle, en poussant -deux ou trois soupirs, qui éveillèrent la charmante enfant, qui ouvrit -ses bras à son cher amant, dans le dessein de l'embrasser, quand elle -entendit le comte de Souche en bas, qui revenoit de la chasse et qui -cherchoit sa femme pour lui faire voir sa prise. - -Pendant que le comte alloit de chambre en chambre, le prince de -Vaudemont se cacha dans une grande armoire, qui étoit ordinairement dans -le cabinet, et que Mme de Souche ferma à clé. Son cher époux étant -entré avec elle, l'entretint du bon succès de sa chasse, et lui dit le -nombre de petits levrauts que Diane, sa fidèle chienne, avoit arrêtés. Il -fit le panégyrique de cette bête, le plus avantageux qu'il put. Cela -ennuyoit beaucoup la comtesse, qui savoit le chagrin où M. Desnué se -trouvoit, étant fortement retenu dans l'armoire qui le pressoit de tous -côtés, n'osant pas même respirer. Après que la comtesse se fut servie de -toute sa politique envers son mari, elle lui demanda fort civilement, -s'il vouloit venir souper.--«Oui, mon coeur, répondit M. de Souche, -car j'ai bien faim; mais dites-moi, je vous prie, où est M. Desnué, afin -que je lui fasse part de mes lièvres?--Je ne sais, Monsieur, répliqua la -comtesse, en contrefaisant l'innocente. Je crois qu'il se promène dans -le jardin en attendant le souper. Je le trouve si occupé de ses leçons, -qu'il ne fait que rêver.--Voilà la marque d'un bon maître, ma femme, dit -le comte, puisqu'il s'attache à ce qu'il fait. Je vais le chercher -sous ces feuillages.» - -Mme de Souche courut en haut ouvrir l'armoire pour dégager le prince -de Vaudemont, pendant que son mari alloit voir dans le jardin s'il le -trouveroit; ce qui fut inutile au pauvre comte, car M. Desnué n'y avoit -pas été de la journée, ayant toujours demeuré proche de sa belle, à lui -faire voir toute la force de son amour. - -Sitôt que le prince fut sorti de prison, il courut au devant du comte et -lui dit:--«Ah! Monsieur, j'étois bien en peine de vous, ne vous ayant -pas vu depuis le matin; avez-vous fait bonne partie à la -chasse?--Monsieur, répondit le comte de Souche, en lui prenant la main, -j'ai eu la fortune à mes gages, car tous les coups que j'ai tirés ont -réussi, de sorte que je suis fort content.--Ah! Monsieur, répondit le -prince de Vaudemont, en contrefaisant toujours sa voix enrouée, c'est le -plus grand plaisir du chasseur que la prise. Courir sans rien trouver -est un exercice bien triste, mais je crois qu'il y a du bonheur à la -chasse, comme au reste des choses du monde.» - -Nos messieurs auroient encore continué leur conversation; mais un des -valets du comte lui vint dire que le souper étoit prêt, ce qui leur fit -quitter la promenade et se mettre à table, où l'on dit mille choses -galantes. - -Après le souper l'on joua de la guitare et du tuorbe, où la comtesse, -qui chantoit fort bien, mêla sa voix toute charmante, et dit plusieurs -airs fort tendres que M. Desnué lui avoit appris et qu'elle trouvoit les -plus jolis du monde, parce qu'ils exprimoient les passions de son -coeur. Les voici comme elle les chanta: - - L'on dit que la colère - Peut dégager un coeur, - Mais ce n'est qu'une erreur, - Et je sais le contraire. - Aime-t-on tendrement? - Ah! difficilement - Peut-on fuir ce qu'on aime. - Qui se fâche aisément - Doit s'apaiser de même. - -Le comte de Souche trouva tant de sincérité dans cet air qu'il pria sa -femme de le dire deux ou trois fois, ce qu'elle fit agréablement et dit -encore ce qui suit: - - Le Soleil, jaloux des plaisirs - Qu'on goûte dans la plaine, - Empêche que les doux zéphirs - Ne soufflent leur haleine. - Mais malgré toute sa chaleur, - Je chercherai l'ombrage, - Et j'aurai de la fraîcheur - Au fond de ce bocage. - -M. Desnué, qui prit la basse, chanta ces paroles avec le clavecin: - - Ah! que ce séjour est charmant - Pour la demeure des amants! - On goûte une joie parfaite - Dans cette agréable retraite. - -Le comte de Souche voulut prendre part à la charmante symphonie, et fit -ces vers impromptus: - - Mon Dieu! que vous avez d'appas! - Le doux plaisir de vous ouïr chanter! - Les dieux, s'ils étoient ici-bas, - Seroient forcés de vous aimer. - -Tout le soir se passa avec assez de délices, à la réserve de nos amants, -qui étoient observés du comte, et qui ne pouvoient rien se dire de -tendre que par le langage de leurs yeux, qui faisoient tous leurs -efforts à parler secrètement. Et comme M. de Souche avoit la vue fort -courte, le bonhomme ne pouvoit pas bien remarquer les mouvements -passionnés de ces interprètes muets, qui disent plus que l'éloquence la -plus polie. - -Le comte de Souche, qui se défioit un peu que le maître aimoit son -écolière, mais cependant qui ne faisoit aucun jugement téméraire, -sachant bien que sa femme étoit tout aimable, et qu'il étoit impossible -de la voir sans sentir quelque chose de particulier pour elle, voulut -pourtant l'éprouver. Ce mari jaloux feignit d'aller à la chasse une -après-dîner qu'il faisoit un temps admirable, et, comme dans la forêt où -il couroit toujours des bêtes sauvages, il y avoit au milieu un endroit -ravissant pour la rêverie, à cause d'un ruisseau qui couloit -agréablement sous cet ombrage, c'étoit ordinairement le lieu le plus -charmant que la comtesse trouvoit et qu'elle appeloit ses délices, quand -elle forma le dessein, avec M. Desnué, d'aller se délasser l'esprit des -leçons qu'elle prenoit, dans ce bois solitaire, espérant que le comte -étoit bien loin, et qu'elle pourroit à loisir goûter à l'écart les -charmes de l'amour. - -Tout cela étoit assez bien pris, si la jalousie n'avoit pas inspiré au -comte des soupçons, ce qui le fit cacher derrière les buissons les plus -épais, et pour entendre la conversation que Mme de Souche auroit avec -le maître déguisé, qui dit à la belle tout ce qu'un amour violent -est capable d'inspirer et de sentir. Notre belle, après un long -entretien qu'elle eut avec son galant, qui ne roula que sur les tendres -sentiments de son coeur et sur la constance de son amour, fit mille -caresses passionnées au prince de Vaudemont, qui paroissoit tout charmé -dans cet agréable moment, et qui dit à sa charmante maîtresse, d'un air -doux et sensible, que de tous les plaisirs de la vie, celui qui le -touchoit le plus étoit les aimables caresses d'une jolie femme; que même -cette qualité tenoit lieu de mérite à celle qui n'en avoit pas, et que -l'indifférence en aimant étoit quelque chose d'insupportable.--«Quoi, -mon cher, reprit la comtesse en souriant, peut-on aimer bien et avoir de -l'indifférence? Comment accommodez-vous le contraire de -l'amour?--Madame, répartit M. Desnué, il y a des femmes qui sont -dissimulées au dernier point, et qui aiment tendrement leur amant, et -qui seroient au désespoir de le leur faire connoître, soit par un motif -de honte ou par celui de la gloire, ce qui est la plus grande foiblesse -du monde; car il n'y a rien de si naturel que d'aimer, et même de toutes -les passions l'amour est le plus noble, étant l'âme de tout l'univers, -qui seroit inanimé sans ce dieu.--Il est vrai, mon cher, continua la -comtesse en l'embrassant, que les plus charmants plaisirs que la nature -a inventés sont ceux que l'on goûte en aimant. Ah! que la fin d'un -tendre amour laisse de vide dans la vie! et qu'un coeur vers la raison -fait un triste retour, quand il ne sent plus ces brûlants transports qui -l'animent! - -Monsieur de Souche, qui avoit eu la patience d'écouter tout ce langage -amoureux, et qui souffroit mortellement, étant toujours sur le point de -percer son ennemi de mille coups, ne put s'empêcher de rompre une -conversation où sa gloire étoit offensée, et qui méritoit si bien de se -venger. Il courut donc, l'épée à la main, à sa femme, et lui dit, -furieux comme un lion: «Ah! perfide, tu mérites la mort; l'honneur me -vengera de ton infidélité et de ta trahison. Quoi, lâche! ton coeur -a-t-il pu former le dessein de trahir ton mari, qui t'a aimée au-delà de -ce que tu vaux!» - -Le comte prononça toutes ces paroles avec une colère inconcevable, ce -qui fit fuir nos amants infortunés dans la forêt d'un côté et d'autre, -et le comte de Souche, qui ne pouvoit pas bien pénétrer, à cause des -lieux sombres du bois et de sa vue, où étoient les ennemis, retourna -chez lui donner ordre que jamais son infidèle épouse ne revînt à sa -maison, fit fermer toutes les portes du château, et passa quelque temps -fort tristement. - -Pendant tout ce désordre, le prince de Vaudemont et la comtesse étoient -désespérés de leur malheur, qui étoit sans remède; car il n'y avoit pas -moyen d'appaiser le comte de Souche, irrité effroyablement, et qui ne -pouvoit pas même entendre prononcer le nom de sa femme, ne la regardant -plus que comme une scélérate, qui méritoit toute sa haine. Mais ce qui -consoloit un peu cette désolée étoit l'espérance qu'elle avoit que le -déguisement du prince en M. Desnué n'avoit pas été découvert; et que ce -rusé galant avoit toujours bien joué son rôle, que même le bonhomme -croira incessamment que c'est le maître de tuorbe qu'elle aime. Ces -idées donnèrent un peu de repos à notre belle, qui pria le prince de -Vaudemont d'aller faire sa cour auprès de son mari, ce qu'il trouva fort -difficile, et dit à Mme de Souche:--«Quoi, croyez-vous, ma chère, que -le comte ne m'ait pas reconnu dans le personnage que j'ai fait? Il est -trop fin pour n'avoir pas connu que c'étoit moi qui étois le maître de -clavecin.--Ah! mon aimable, perdez ces sentiments; mon mari n'auroit -point souffert cette feinte, s'il avoit eu la moindre connoissance de la -tromperie que nous lui avons faite, mais je ne puis m'en affliger -davantage; puisque c'est vous qui en êtes la cause.--Ah! mon adorable -enfant, dit le prince, en se jetant aux pieds de la comtesse, je suis au -désespoir de vous donner de la peine; mais je prétends reconnoître -toutes les bontés que vous avez eues pour moi en sacrifiant ma vie pour -votre soulagement. Faites fond sur ma tendresse, qui sera pour vous -éternelle.» - -Des assurances si sensibles firent tomber un torrent de larmes des beaux -yeux de Mme de Souche, que son amant, qui n'étoit pas moins affligé, -prit la peine d'essuyer de son mouchoir, après l'avoir baisée mille -fois. La belle, toute languissante, dit au prince qu'elle ne vouloit -plus voir le monde, et qu'il falloit qu'elle se retirât dans un couvent, -le reste de ses jours. A quoi son cher amant ne put consentir qu'avec -une violence incroyable.--«Quoi, disoit ce tendre prince, perdre ce que -l'on a de plus cher au monde est la plus grande infortune qu'un -homme puisse recevoir. Oui, Madame, continua ce passionné galant, il n'y -a que la mort qui puisse effacer un si triste souvenir.--Ce que vous -dites est vrai, répondit la comtesse en soupirant, mais nous ne pouvons -pas nous opposer à notre destinée, qui suit les ordres reçus du premier -des êtres, sans nous demander si nous sommes contents de ce qu'elle -fait.--Il faut donc consentir à ses décrets aveuglément et sans -résistance, répliqua le prince de Vaudemont?--Oui, mon cher, nous y -devons obéir comme forcés. C'est pourquoi, si je dois finir mes jours -dans un monastère, vos efforts ne pourront l'empêcher.» - -La comtesse, qui vouloit absolument se retirer dans une abbaye de -Sainte-Claire, qui étoit composée de femmes qui avoient des différends -dans le monde, dit adieu à son amant qu'elle laissa plus mort que -vivant, et qui lui promit pourtant qu'en son absence, il alloit -travailler à la bien remettre avec son époux afin de la pouvoir encore -revoir et de lui pouvoir dire qu'il l'aimeroit jusques au tombeau. - -Ce fut les dernières paroles que nos tendres amants se dirent, après -s'être embrassés mille fois, qui furent accompagnées de tristes soupirs -et de pleurs capables d'attendrir un coeur de marbre et d'amollir les -rochers[271]. - -Le roi, depuis peu de jours, n'ayant plus rien à démêler avec le monde, -et voyant que la fortune commençoit à l'abandonner, en fit des -plaintes sensibles à son confesseur[272] et à la marquise de Maintenon, -comme à ses deux plus fidèles amis, à qui Sa Majesté confie tous ses -secrets et les fait dépositaires de ses plus chères pensées. Ce prince -leur dit, en des termes fort pathétiques, que la vie lui étoit un -supplice, depuis un espace de temps, et qu'il envioit le bonheur de ceux -qui passent leurs jours dans des monastères; qu'ils étoient exempts de -mille et mille chagrins qui travaillent les hommes, et qui leur rongent -l'esprit; que de toutes les conditions, celle des monarques et des -princes étoit la plus à plaindre; que l'éclat qui environnoit leur sort -n'étoit qu'imaginaire, et que le moindre berger goûtoit plus de douceurs -dans son petit état possible[273] que le plus grand des rois ne faisoit -dans tout son triomphe. - -Des réflexions de cette nature étonnèrent extrêmement le révérend Père, -qui regarda la marquise de Maintenon en soupirant, et qui lui dit: -«--Madame, le coeur de notre monarque est tout abattu, ce qui me -surprend assez qu'un grand prince comme lui, qui a la foudre en main -pour renverser l'univers quand il voudra, puisse concevoir des idées si -tristes.» Le Père jésuite dit ces paroles avec chaleur, comme étant -intéressé à la conversation du Roi, qui a tant de bonté pour tous les -religieux, particulièrement pour les révérends Pères de la compagnie de -Jésus, qui font tout leur possible pour enlever la tendresse de ce -prince, en lui donnant continuellement de l'encens qui ne leur coûte -rien. Le Père Bon-Ange[274], grand ami de Mme de Maintenon, a fait -battre, il n'y a pas longtemps, plusieurs belles médailles où le Roi est -représenté en diverses figures, comme un Jupiter qui renverse le monde -avec sa foudre, ou bien comme Hercule qui triomphe de plusieurs nations -et même des fleuves. Achéloüs fils de Thétis, combat en vain pour -Déjanire, quoiqu'il soit métamorphosé en taureau qui est le plus furieux -de tous les animaux; Hercule lui arrache une de ses cornes. L'on voit, -d'un autre côté, le Roi dans les airs, comme un Apollon qui fait la -guerre à ses ennemis et qui leur perce le coeur de flèches. Toutes ces -charmantes devises ont été présentées à Sa Majesté dans la vue de -l'encourager à soutenir ses conquêtes. C'est le dessein jésuitique que -ces illustres Pères de l'Église forment tous les jours. - -Pour revenir aux réflexions solides que notre Monarque fait, en ayant -bien voulu entretenir son confesseur, qui trouva bon de relever les -sentiments de ce prince, en lui faisant connoître par une morale toute -choisie, et digne de l'esprit de ces Messieurs, qu'il falloit qu'un -héros ne s'abattît jamais, quand même la fortune ne seroit plus son amie -et que le bonheur le fuiroit; et que les Rois étoient au-dessus de ces -chimères, et qu'une autre main régloit leur sort, que tout le reste des -hommes[275]; et qu'un Prince comme lui et né heureux, ayant toujours été -la terreur de toute l'Europe, il ne falloit pas écouter mille petits -sentiments qui s'élevoient dans le coeur par la sollicitation de la -chair, qui s'oppose incessamment à la juste raison, et qui est -quelquefois irraisonnable elle-même dans son désordre. Le Roi se sentit -le coeur fortifié et plus fort de courage, après de si sublimes -expressions, ce qui donna une joie inexprimable à madame de Maintenon, -et lui fit remercier le révérend Père en ces termes:--«Mon cher -conducteur, je sais que vous êtes la lumière du monde, et que sans votre -divin pouvoir nous ne pouvons rien faire, et que vous affermissez les -pas les plus glissants; c'est pourquoi je vous remets l'esprit du Roi -entre vos bras, qui est changeant comme le reste des humains; ce qu'il -veut aujourd'hui, demain ce Prince ne le veut plus. Je ne sais ce qui -fait cette inégalité chez lui.--Madame, répondit le Père, après avoir -bien rêvé, j'ai découvert, ou je me trompe, le principe des chagrins de -notre Monarque. Je crois qu'il est fâché de n'être plus sensible à -l'amour qui a été autrefois sa passion dominante; que, voyant que vous -lui présentez journellement des objets adorables, et qu'il ne -trouve plus rien chez lui qui réponde à ces offres charmantes, vous -l'irritez plutôt que de renouveler sa tendresse mourante. N'est-il pas -vrai, Madame, continua ce rusé Père, que ce que nous pouvons avoir -facilement nous rebute?--Mon père, répliqua la Marquise, vous approchez -un peu de ce qui chagrine le Roi; mais je sais que sa véritable peine -est le méchant état des affaires présentes. Sa Majesté ne voit point de -jour à trouver de l'argent pour fournir à la guerre, qui désole, comme -vous voyez, une partie du royaume de France. Les coffres du Roi sont -entièrement vides[276], et de l'humeur qu'est ce Prince, il fera comme -François Ier, c'est-à-dire que Sa Majesté se servira de sa dernière -pièce, comme fit son allié devant Pavie.--Madame, dit le jésuite, nous -avons fait tout notre possible pour l'Etat, et nous ne pouvons plus rien -donner du nôtre, ou bien nous serons réduits à la mendicité, qui est une -chose déplorable, que des religieux, qui se sont vus autrefois à leur -aise, soient aujourd'hui sur le petit pied.--Ce que vous dites est vrai, -mon cher père; mais quelquefois nous ne sommes pas nés pour être -tout-à-fait inutiles dans la vie. Notre Monarque a trouvé à propos de se -servir de vous, comme de lumière, dans les ténèbres et pour voir clair -en toutes ses entreprises.» - -La conversation sérieuse auroit encore duré, si frère Antoine[277], qui -est un novice nouvellement reçu, et par malheur qui est devenu -amoureux d'une des demoiselles de madame de Maintenon, qui est une jolie -fille, jeune et fort engageante, ne fût entré, et n'eût rompu -l'entretien, en demandant d'un air tendre et plein de feu à la marquise, -comment se portoit mademoiselle Gisson[278], qui étoit depuis peu -malade, et si le remède qu'il lui avoit donné avoit bien réussi.--«En -vérité, mon frère, répondit madame de Maintenon, en riant, et qui ne se -doutoit point de l'amour de frère Antoine, l'on m'a dit ce matin que la -pauvre enfant étoit bien mal. Elle auroit peut-être besoin d'un -consolateur.--Madame, je m'y en vais, dit le frère passionné; je -tâcherai de la consoler le mieux qu'il me sera possible.» - -Le frère étant entré dans la chambre de mademoiselle Gisson, s'approcha -de son lit et lui prit la main, pour demander d'une voix tendre si elle -dormoit bien.--«Non, mon frère, répondit la belle, je ne puis trouver de -repos. Je sens des inquiétudes mortelles.--Ah! mon aimable soeur, -répartit le frère Antoine, en lui baisant les mains tendrement, quels -pourroient être les troubles de votre coeur? faites-moi la grâce que -je sois votre confesseur; je vous pardonnerai bien des petits péchés qui -vous embarrassent et dont la présence vous fait peur.» Mademoiselle -Gisson parut toute surprise de la familiarité du frère jésuite. Cette -charmante enfant, qui avoit de l'esprit infiniment, connut d'abord que -c'étoit l'amour qui l'apprivoisoit, et que, si elle confessoit ses -péchés à un homme qui avoit le coeur si tendre, elle auroit facilement -la rémission de toutes les fautes qu'elle auroit commises, petites ou -grandes, ce qui est contre les ordres que la pénitence ordonne et les -mortifications de l'Eglise. Notre charmante dit au frère qu'elle ne se -sentoit pas encore assez bas ni assez foible, pour avoir besoin d'un -confesseur, que son mal commençoit un peu à diminuer.--«J'en suis ravi, -ma chère mignonne, répliqua le frère, en riant, car ce seroit dommage -qu'une jolie demoiselle comme vous ne fît plus l'ornement du -monde.»--Que je vous trouve obligeant, mon frère, dit cette -incomparable; vous me contez plus de douceurs que jamais l'on ne m'a -fait, et vous êtes trop galant pour le monastère. Vous avez très-mal -fait de renoncer au monde.--Hélas! ma belle enfant, ce n'est que la -rigueur de votre aimable sexe, répartit le frère, en soupirant, qui m'a -inspiré l'envie d'être religieux. Je n'ai aucune inclination au parti -que j'embrasse, mais le désespoir où je me suis trouvé en aimant -passionnément la plus cruelle qui ait jamais été sous le ciel, et la -plus adorable qui fût au monde, m'a fait jeter aveuglément, et sans -réflexion, aux Jésuites, trouvant toutes choses ennuyeuses, puisque je -ne pouvois pas me faire aimer de la jolie enfant qui me tenoit sous sa -loi. Ah! quel martyre, ma charmante, continua cet amoureux frère, quand -on n'a point de réciproque en amour!--Je vous plains extrêmement, mon -frère, répondit modestement mademoiselle Gisson, puisque ce n'est point -pour un véritable motif de piété que vous avez quitté les plaisirs -de la vie. Vous serez malheureux tout le reste de vos jours.» - -Le frère Antoine vouloit comme embrasser la belle mignonne par un -transport de passion, quand la marquise de Maintenon entra, qui trouva -au frère jésuite les yeux tout remplis d'un beau feu, que sa tendresse -amoureuse lui faisoit naître et qui le rendoit tout brillant. Madame de -Maintenon lui en sut bon gré, croyant que cette vivacité venoit de la -force de sa dévotion.--«Eh bien! mon frère, combien avez-vous dit de -prières à notre malade.»--Madame, répondit le frère tout confus, j'en ai -dit autant que Mademoiselle en a voulu. Je finissois les litanies de la -Vierge, quand vous êtes entrée.--Je suis fâchée d'avoir interrompu une -si charmante dévotion, répartit la Marquise; mais vous pouvez continuer, -je serai un de vos auditeurs.» - -Le frère, qui n'avoit point envie de dire des prières, et qui n'en -savoit peut-être pas beaucoup, aimant bien mieux lire quelque jolie -petite histoire amoureuse que ses matines, prit congé de notre abbesse, -en lui disant adroitement qu'il fît encore quelque autre visite à des -malades qui l'attendoient, et que comme le révérend père du Sort[279] ne -pouvoit plus sortir à cause de sa vieillesse, il falloit qu'il le -soulageât un peu.--«Vous avez des sentiments bien pieux et bien -charitables, mon frère, répondit madame de Maintenon; c'est un bon -commencement pour un jeune religieux. Je prierai Saint-Louis, notre -aimable patron, qu'il fortifie les bons mouvements de votre coeur.» Le -frère remercia la marquise par une inclination de tête en la quittant. - -Mademoiselle Gisson, toute malade qu'elle étoit, eut peine à s'empêcher -de rire dans son lit, de l'hypocrisie de frère Antoine, qui trompoit si -finement madame de Maintenon, en l'amusant d'oraisons imaginaires; car -le rusé jésuite aimoit bien mieux donner l'encens à Vénus ou à Bacchus, -qu'aux autres saints et aux saintes, qui n'étoient, comme il le disoit à -ses amis, que dans l'imagination des simples. - -Le lendemain, le Roi, pour charmer son chagrin, qui étoit insupportable, -fut à Saint-Cloud avec toute la Cour, où l'on donna un bal le plus -charmant qui se soit jamais vu. La duchesse de Chartres[280] n'avoit -point encore paru si aimable qu'elle le fut dans ce jour; aussi -emporta-t-elle le prix du bal, comme celle qui dansa du plus bel air, ce -qui réveilla un peu la tendresse mourante du Roi, et lui fit naître -l'envie de danser avec cette belle princesse, à qui Sa Majesté dit même -des douceurs paternelles, que la duchesse trouva fort bien pensées; à -quoi elle répondit d'un air enjoué qu'elle devoit à Sa Majesté la -lumière du jour:--«Il est vrai, mon illustre mignonne, dit le Roi -en riant, mais non pas votre mérite.--Ah! Sire, répondit la duchesse, -j'en sais bien faire la différence.» - -Notre Monarque auroit peut-être encore raisonné avec cette charmante, si -madame de Maintenon, qui ne peut souffrir que le Roi caresse personne -(quoi qu'indifféremment ce Prince le fasse quelquefois pour passer de -méchants moments, ou pour faire diversion à l'embarras où Sa Majesté se -voit aujourd'hui), ne l'eût interrompu par une lettre qu'elle présenta à -Sa Majesté, du comte de Châteaurenaud[281], qui commandoit la flotte -françoise, où il marquoit toutes les merveilles qu'un des vaisseaux que -l'on appeloit l'_Entreprenant_ faisoit; ce qui donna un grand plaisir à -ce Prince, et lui inspira la plus belle humeur du monde. - -L'on fut à la chasse le jour suivant. Mademoiselle de Bourbon[282], qui -est une des jolies cavalières qui aient jamais été, parut aussi -infatigable que les meilleurs cavaliers dans la force de leur course. -Elle fut toujours à la tête des chiens, en conduisant son cheval avec -une adresse admirable, ce qui la fit distinguer de toutes les autres -dames, et lui attira plusieurs louanges que cette charmante chasseresse -reçut modestement, particulièrement du marquis de Bordage[283], qui ne -l'avoit point abandonnée un moment, et qui étoit devenu passionnément -amoureux d'elle dans cette rencontre. Il est vrai qu'il est bien -difficile à un homme un peu délicat en mérite de conserver sa liberté en -la compagnie du sexe féminin, quand la nature a donné à ces aimables -conquérantes les dons de se faire aimer. - -Nous lisons qu'un philosophe moderne ayant fait tous ses efforts pour ne -pas sentir la foiblesse de l'amour, fit une ferme résolution de ne voir -jamais de femmes, espérant par ce moyen que leurs charmes ne -troubleroient point son repos; mais étant un jour dans sa solitude -ordinaire, qui étoit comme un petit désert, où il n'entroit -personne, deux pigeons se caressoient tendrement sur un jeune arbrisseau -que la nature avoit fait naître dans ce lieu solitaire. L'amour prit -plaisir dans ce moment à faire considérer avec attachement à ce -philosophe rêveur toutes les petites manières innocentes et toutes -charmantes dont cette aimable colombine se servoit pour faire connoître -à son galant qu'elle l'aimoit. Ces tendres pensées lui inspirèrent -l'envie d'aimer le chef-d'oeuvre que Dieu a créé pour l'homme; c'est -de la manière qu'il en parle, après son retour d'indifférence, ayant -toujours regretté les précieux moments qu'il n'a pas employés à aimer -les jolies femmes. - -Revenons au marquis du Bordage, qui ne pouvoit perdre l'idée charmante -de sa belle Diane, qui avoit pris sa liberté comme les autres conquêtes -qu'elle avoit faites. Ce passionné marquis ne pouvant trouver les moyens -de faire connoître à mademoiselle de Bourbon combien il languissoit pour -elle, lui écrivit ce qui suit dans la tablette que cette belle mignonne -avoit perdue en courant le cerf, dans le plus épais de la forêt, et que -ce tendre cavalier avoit trouvée à ses pieds; voici ce qu'il y grava en -la lui renvoyant: - - Rien ne me touche tant que mon incomparable. - Je découvre en elle plusieurs charmes secrets, - Et mille appas et mille attraits, - Dont la douce force est pourtant inévitable. - De la douceur, point de fierté, - Un air qui n'est point affecté, - Un port majestueux, un esprit agréable - Qui range tous les coeurs sous son divin pouvoir, - Et leur peut en l'aimant faire à tous concevoir - Un bonheur sans égal et même inexprimable. - -Mademoiselle de Bourbon fut toute surprise de voir dans sa tablette des -vers écrits d'une main inconnue et qui faisoient une partie de son -portrait, le marquis ne l'ayant pas voulu achever, afin d'avoir encore -un sujet une autre fois de la surprendre, ce qui lui étoit assez -difficile, car cette adorable perfection étoit fort réservée et ne -voyoit point le monde, étant très-souvent à la campagne, à un beau -château qui lui appartenoit, à deux lieues de Saint-Germain. - -Le marquis se sentant éperdûment amoureux, et ne pouvant être assez -heureux pour jouir de la présence de son incomparable, prit les habits -de la jardinière, à qui il ressembloit beaucoup, et que depuis longtemps -il ménageoit pour ce dessein. Mademoiselle de Bourbon étoit accoutumée à -venir tous les matins cueillir des fleurs dans le jardin et à passer -quelques heures dans l'entretien rustique des paysannes qui venoient -cultiver les parterres du jardin. Le marquis déguisé s'étoit mis dans un -coin pour tirer de méchantes herbes qui gâtoient des jasmins et des -orangers, quand notre belle, qui aimoit passionnément ces petits -arbrisseaux, fut trouver celle qui les accommodoit dans une propreté -sans égale, et lui dit, en riant: «Ah! ma chère, que vous êtes propre au -jardinage! je n'ai point encore vu une personne si adroite que vous.» - -Le marquis, qui se sentit le coeur ému de ces douceurs, lui répondit, -en copiant la paysanne, qu'elle se croyoit la plus fortunée de -toutes celles de son village, puisqu'elle avoit le bonheur de plaire à -une si illustre personne. Mademoiselle de Bourbon aperçut au langage de -cette fille de la différence au jargon ordinaire des bocagères. Elle lui -demanda, en la regardant fixement, d'où elle étoit, et si elle n'avoit -jamais été dans les villes. La jardinière parut si spirituelle à cette -charmante demoiselle, qu'elle entra en soupçon que ce ne fût quelqu'un -qui se fût déguisé pour lui parler. Ces pensées la firent retirer plus -tôt qu'elle n'auroit fait. Le marquis se voyant seul, et n'ayant pas -encore fait de grands progrès dans son amour, s'avisa d'écrire ces vers -sur l'écorce des arbres du jardin: - - Belle pour qui l'amour se déguise aujourd'hui, - En voyant vos beaux yeux, je demeure ravi. - Plusieurs me charment l'oeil, mais une au coeur me tire - Des traits si forts, si doux, que doux est mon martyre. - -Comme le marquis achevoit ces tendres paroles, les autres paysannes -l'appelèrent pour travailler dans les allées de verdure qui composoient -ce beau lieu. - - -NOTES. - - [150] A Cologne, chez P. Marteau, 1695. In-12 de 171 pp. - - Au frontispice, Louis XIV, l'air triste et soucieux, regarde un - Amour étendu mort à ses pieds; à sa gauche, deux Amours; à sa - droite, deux autres Amours s'empressent auprès de lui; une femme, - coiffée d'une fontange, tient par la main les Amours de droite. A - chaque extrémité du tombeau où gît l'Amour, un Amour tient son - flambeau renversé.--Le titre est donc justifié; c'est bien le - tombeau des Amours. - - Sur le devant du tombeau, on lit: «Hélas! notre règne est fini!» - au bas de la gravure, ces quatre vers informes: - - Adieu, trop aimables amours - Qui avez su me charmer si tendrement. - Ah! je ne sens plus pour vous - L'ardeur qui me touchoit si vivement. - - De la main droite du Roi se déroule une bande avec ces mots: «Il - est incomparable.» - - [151] Ces lignes en italique ont la prétention d'être des vers de - mesure inégale; ils valent ceux du frontispice. Voir page 242, - note 150. Il faut lire sans doute: - - Est-il rien de si doux qu'une ardeur innocente - Qu'un rare mérite fait naître dans nos âmes? - Je ne vois nul bonheur à respirer le jour - Si de l'univers on bannit l'amour. - Tous les plaisirs se trouvent dans sa suite - Et sans aimer la vie est un supplice. - - Voyez également ci-dessous; l'auteur a risqué d'autres vers aussi - dépourvus de sens, de mesure et de rime que le sont ceux-ci. - - [152] Ce libelle a été publié en 1695.--C'est à peu près le temps - où la pièce précédente place les amours du Roi avec Mlle du Tron. - - [153] Voy. t. II, pp. 1-24. - - [154] Les deux lignes qui précèdent et celles qui suivent jusqu'au - dernier paragraphe de la p. 10 sont copiées sur la deuxième - historiette du 2e volume de ce Recueil (pp 31-33). - - [155] Voy. t. II, p. 32. - - [156] Voy. t. II, pp. 10 et 21 (_notes_). - - [157] A cette époque (1659), la reine, née en 1601, avoit 58 ans; - Mazarin, né en 1602, avoit 57 ans. Cf. t. I, p. 184. - - [158] Ce motif n'étoit point celui qui dirigeoit la généreuse - conduite de Mazarin. Voy. t. II, p. 10 et 21 (_notes_). - - [159] Ce mot ne se trouve dans aucun dictionnaire du temps, et n'a - même jamais été admis par l'Académie françoise. Cependant on le - rencontre à la même époque dans divers autres ouvrages. - - [160] Voy. t. II, p. 22. - - [161] A cette locution, comme à plusieurs autres et à l'ignorance - déjà constatée des règles de notre versification, il est facile de - voir que cet opuscule n'a pas été écrit par un françois. Voy. t. - II, p. 7. - - [162] Le 15 septembre 1665. - - [163] Voyez sur cette campagne, Mlle de Montpensier, _Mémoires_, - collection Michaud et Poujoulat, pp. 398-402, et _Mémoires de - Louis XIV_, édition Dreyss, t. II. - - [164] Voy. t. II, _passim_; la campagne des Pays-Bas est de 1667; - les amours de Louis XIV avec Mlle de La Valière commencèrent en - 1661. - - [165] Sur sa noblesse, voy. t. II, pp. 27 et 33. - - [166] Voy. t. II, p. 34. - - [167] Tout le passage qui suit, jusqu'à: «Mlle de La Valière en - parut affligée» p. 249, est la reproduction à peu près exacte de - ce qu'on lit au t. II, dans le _Palais-Royal_ ou _l'Histoire de - Mlle de La Valière_. - - [168] A partir d'ici, le texte abrége le récit du t. II et en - diffère sur des points peu importants, par exemple le billet de la - p. 250. - - [169] Toujours les lois de la galanterie; toujours la pratique du - Cyrus et de la Clélie. Bussy lui-même s'est conformé aux usages - convenus et a inventé les billets, les petits vers et les - conversations amoureuses en honneur dans les romans du temps. - - [170] Nous rentrons ici dans le texte du _Palais-Royal_, t. II, p. - 41 et suiv. - - [171] Sur l'amour de Madame pour le Roi, voy. t. II, p. 99. - - [172] Le dictionnaire de l'Académie françoise (5e édition) admet - ce mot dans le sens où il est employé ici, c'est-à-dire de - complaisante. Ni Richelet, ni Furetière dans leurs diverses - éditions, ne l'ont enregistré. - - [173] Voy. t. II, p. 8. - - [174] Voy. t. II, p. 42. - - [175] Sur cette première retraite à Chaillot, voyez t. II, p. 42. - - [176] Le Palais Brion (et non Biron, comme on l'a imprimé par - erreur, t. II, p. 44) étoit un lieu de plaisir où tantôt le Roi, - tantôt le jeune duc d'Anjou son frère, donnoient fréquemment des - dîners et des bals, dans les plus mauvais jours de la Fronde. - Loret dans sa _Muze historique_ (1er vol.), décrit souvent des - fêtes de ce genre, et certains incidents qu'il relève donnent une - curieuse idée des moeurs du temps. - - [177] Ici l'auteur, pour abréger, passe quelques circonstances qui - se lisent dans le _Palais-Royal_. T. II, p. 44. - - [178] Dans le _Palais-Royal_ ces prétendus vers sont remplacés par - une lettre, t. II, p. 45. - - [179] Pour tout ce qui suit, voy. II, 47. - - [180] Dans son _Teatro gallico_ (Amst., 1691, 3 vol. in-4º, t. I, - pp. 524-525), Gregorio Leti dit: «Tra le donne che odiavano il più - nella corte La Valiera, vi erano la duchessa di Orleans e la - contessa di Soissons»; parmi les dames de la Cour qui détestoient - le plus La Valière, étoient la duchesse d'Orléans et la comtesse - de Soissons.--Mais il ajoute: «Fù cosa miravigliosa che, - nell'orditura di questa cabala si scontrasse che fossero senza - parte alcuna la principessa Palatina, la duchessa di Soubize, e la - signora di Luynes, che s'andava susurrando nella corte che - ciascuna di queste havesse pretentione di poter colpire agli amori - col Rè... ma potrebbe qui dirmi alcuno, e chi poteva sapere il - segreto del cuore di queste Dame, e d'altre che aspirassero agli - amori del Rè? Questo io non so,... ma un certo cavaliere in - Parigi, che mi honorava di confidar meco molte memoriette, mi - disse un giorno... che nel tempo che si erano incaloriti gli amori - del Rè con La Valiera non vi era dama alcuna nella corte di - qualche garbo e bellezza che non mostrasse gelosia visibile, e che - lui stesso haveva inteso dire a molte «La Valiera è più fortunata - di tutte noi.»--Ce fut une chose merveilleuse que, pendant que se - tramoit cette cabale, la princesse Palatine, la duchesse de - Soubise et madame de Luynes n'y prirent aucune part, bien qu'on - murmurât dans la Cour que chacune d'elles eût des prétentions à - l'amour du Roi. Mais qui pourroit me dire le secret du coeur de - ces dames et des autres qui aspiroient à l'amour du Roi? Je ne - sais, mais un gentilhomme de Paris qui m'honoroit de sa confiance - et m'a fourni quelques petits mémoires me disoit que, au temps où - les amours du Roi avec La Valière étoient dans toute leur ardeur, - il n'y avoit à la Cour aucune dame de quelque élégance et de - quelque beauté qui ne s'en montrât visiblement jalouse, et que - lui-même avoit entendu dire à plusieurs: La Valière est plus - heureuse que nous.» - - [181] Voy. t. II, p. 49. - - [182] Ici s'arrête l'emprunt fait au _Palais-Royal_, t. II, p. 49. - Il reprend, après un passage visiblement interpolé, à ces mots: - «Sa Majesté ayant quitté le marquis de Bellefonds, le jour suivant - vit,... etc.» - - [183] Le traité dont il est question ici est évidemment le Traité - de Breda, signé entre l'Angleterre, d'une part, la France, le - Danemarck et la Hollande de l'autre. Le traité, dit le P. - d'Avrigny, fut ratifié le 24 du mois d'août. Il portoit entre - autres choses que les Etats-généraux envoyeroient des commissaires - à Londres pour le règlement du commerce des Indes. - - Mais dès le mois de janvier 1668, l'Angleterre, la Suède et la - Hollande, alarmées des conquêtes que le Roi de France faisoit en - Flandre, signèrent un traité par lequel ils s'engageoient à - fournir chacune 15,000 hommes pour la défense des Pays-Bas, que le - Roi d'Espagne n'étoit pas en état de défendre... Les confédérés - firent dire à Louis XIV qu'ils ne vouloient que la paix, mais - qu'ils se déclareroient contre celui qui ne la voudroit pas avec - eux. Le Roi répondit qu'il étoit près de la conclure pourvu qu'on - lui cédât ses conquêtes. On s'assembla là-dessus à Aix-la-Chapelle, - et, pendant qu'on négocioit, il entreprit la conquête de la - Franche-Comté. - - [184] En 1668. Louis XIV revendiquoit la Franche-Comté au même - titre que la Flandre, en vertu des droits de la reine, fille de - Philippe III. - - [185] Le prince de Condé, que le marquis de Louvois vouloit, en - quelque sorte, opposer à Turenne, dont la faveur lui donnoit de - l'ombrage, prit Besançon en deux jours, malgré la saison (7 - février 1668).--Voy. _Mémoires_ du P. d'Avrigny. - - [186] La ville envoie vers Condé deux députés. Ceux-ci «se - plaignent qu'on les attaque, étant comme ils sont ville impériale, - en paix avec le Roy très-chrétien, aussi bien que tout l'Empire, - et ne luy en ayant jamais donné le sujet; offrent ensuite de le - recevoir, s'il vient, mais en cette qualité de ville impériale; - passent enfin jusques à le choisir pour protecteur, aux mêmes - conditions que Louis XI l'avoit été.» Le prince de Condé refuse, - et la ville est obligée de se rendre: «ainsi le prince qui n'avoit - paru devant cette place que le sixième février, y entra le - lendemain septième au matin.» Pellisson, _Hist. de Louis XIV_, - liv. V. - - [187] Il semble que les deux paragraphes précédents, étrangers au - récit, aient été interpolés. - - [188] Voy. t. II, p. 49 (texte et notes), pour tout ce qui suit. - Les deux textes ont cependant quelques légères différences. - - [189] _Mémoires de Montpensier_, 1662. «Le Roi se promenoit - souvent pendant l'hiver avec la Reine: il avoit été avec elle deux - ou trois fois à Saint-Germain et l'on disoit qu'il avoit regardé - La Mothe-Houdancourt, une des filles de la Reine, et que La - Valière en étoit jalouse. C'étoit la comtesse de Soissons qui - conduisoit cette affaire, et la Reine haïssoit plus La Mothe que - La Valière; elle eût eu plus de penchant à croire que le Roi en - étoit amoureux qu'à voir qu'il l'étoit de l'autre.» Suit - l'histoire des grilles posées aux fenêtres, et qui se retrouvent - au matin dans la cour, du refus de Mlle de La Mothe qui auroit osé - dire au Roi: «Je ne me soucie ni de vous ni de vos pendants - d'oreilles, puisque vous ne voulez pas quitter La Valière.»--«Or, - ajoute Mademoiselle, ceux qui voyoient le plus clair étoient - persuadés que le Roi ne s'empressoit auprès de La Mothe que pour - cacher la passion qu'il avoit pour La Valière.» - - [190] Le paragraphe suivant, jusqu'au milieu du paragraphe où l'on - voit le Roi chez La Valière, rêvant et lisant, ne se retrouve pas - dans le _Palais-Royal_. - - [191] Nous rentrons dans le texte du _Palais-Royal_, mais avec - d'assez notables différences. Cf. t. II, p. 51-52. - - [192] Ce qui suit n'est pas dans le texte du _Palais-Royal_. - - [193] Voir t. II, p. 53, les notes et le texte. Ce qui suit en - diffère notablement. - - [194] Voy. t. II, p. 73. - - [195] Le récit qui suit se retrouve t. II, pp. 87-88. - - [196] Claire-Clémence de Maillé Brézé, née en 1628, fille de - Urbain de Maillé, marquis de Brézé, maréchal de France, etc., et - de Nicole du Plessis de Richelieu, soeur puînée du cardinal. - Mariée le 11 février 1641 à Louis de Bourbon, prince de Condé, - elle mourut le 16 avril 1694. Les _Mémoires de Lenet_ parlent - longuement de sa conduite politique pendant la Fronde; après cette - bruyante époque, il est assez peu, mais assez mal parlé d'elle. - - [197] Voy. t. II, p. 69. - - [198] Voy. t. I, p. 163. - - [199] Le prince Louis-Charles de Courtenay avoit dû épouser - Hortense Mancini. Fils du prince Louis de Courtenay et de - Lucrèce-Chrétienne de Harlay, il étoit né en 1640. Après - l'expédition de Gigery, il avoit suivi le Roi en Flandre et fut - blessé à Douai (1667). Il épousa, le 9 janvier 1669, Marie de - Lameth, de qui il eut un fils tué au siége de Mons, en 1691; puis, - en secondes noces, Hélène de Besançon. Il mourut le 28 avril 1723, - âgé de 83 ans. - - [200] Tout ce paragraphe encore est un hors d'oeuvre. - - [201] Voy. sur Mme de Créqui et le légat, t. II, p. 80. - - [202] Voy. t. II, p. 80. - - [203] Voy. t. II, p. 145 et suiv.: «_la Princesse, ou les amours - de Madame._» - - [204] Encore un épisode étranger au récit principal. - - [205] Le 29 juin 1670, selon le P. Buffières, le 30 juin, suivant - le P. d'Avrigny.--Voy. Floquet, _Études sur la vie de Bossuet_, t. - III, p. 410, et une longue _note_ à la fin du 2e vol. des - _Mémoires_ de Saint-Simon, édit. en 13 vol. - - [206] Voy. t. II, p. 359, l'histoire de Mme de Montespan.--De - longues pages sur Mlle de La Valière; six lignes pour Mme de - Montespan: on voit combien ce pamphlet laisse à dire. - - [207] Voy. t. III, p. 3, _le Passe-temps royal_ ou les amours de - Mlle de Fontanges. On y retrouve tout ce qui suit; mais de - nombreux passages ont été supprimés ici, pour abréger. - - [208] _Le Passe-temps royal_ dit: «avec madame D. L. M.»--Le nom - de Mme de Maure, qui étoit morte à la fin d'avril 1663, est une - preuve, qui s'ajoute à toutes les autres, de la négligence avec - laquelle a été faite cette fade compilation. - - [209] Mot forgé par l'auteur et qui ne se trouve pas dans _le - Passe-temps royal_, d'où ce récit est tiré. - - [210] Cet épisode, comme plusieurs des précédents, ne se rattache - en aucune façon au récit. - - [211] Il ne s'agit pas encore ici de la grande expédition - commandée par les ducs de Beaufort et de Navailles à la tête de - plus de 5,500 François (25 juin 1669), mais d'une sorte de coup de - main tenté par quelques gentilshommes, nommés ici, et qui, d'après - les _Fastes de la maison de Bourbon_, abordèrent à Candie le 29 - avril 1668. - - [212] Le comte de Saint-Paul, fils de la célèbre duchesse de - Longueville, la soeur du grand Condé. Né le 29 janvier 1649, - Charles-Paris d'Orléans, duc de Longueville, comte de Saint-Paul, - fut tué au passage du Rhin le 12 juin 1672. - - [213] Henri-Ignace de La Tour d'Auvergne, neuvième enfant de - Frédéric-Maurice de La Tour d'Auvergne, duc de Bouillon et de - Eléonore-Fébronie de Bergh, neveu de Turenne. Il mourut le 20 - février 1675. - - [214] Les _Fastes de la maison de Bourbon_ le nomment comte de La - Feuillade. En effet, le comte puis duc de La Feuillade avoit bien - le duché de Roannez, que sa femme, Charlotte Gouffier lui avoit - apporté en dot en avril 1667; mais Charlotte Gouffier tenoit ce - duché de son frère Artus, qui en conserva le nom jusqu'à sa mort - en 1696. - - [215] Voy. ci-dessus, p. 265, _note_. - - [216] Dans _le Passe-temps royal_, le nom de la duchesse de Créqui - est remplacé par celui de la duchesse d'A. ou d'Arpajon, et les - vers qui suivent par un énigme digne de ceux qui figurent dans les - gaillardes poésies du capitaine Lasphrise. - - [217] Ici, nous rentrons dans le texte du _Passe-temps royal_, - III, 49. - - [218] Voy. t. III, p. 49. - - [219] Le texte de ce billet et du suivant diffère de celui des - billets écrits dans le même sens et dans les mêmes circonstances, - et reproduits dans le _Passe-temps royal_. - - [220] Voy. t. II, p. 469. - - [221] Ces vers ne se trouvent pas dans le _Passe-temps royal_. - - [222] On connoît les stances de Voiture «sur une dame dont la jupe - fut retroussée en versant dans un carosse à la campagne»; mais - c'étoit à une époque antérieure. Loret raconte une aventure - semblable et ne tarit pas en éloges sur les beautés qui furent - alors dévoilées aux curieux.--C'est à Mlle de Longueville, sage et - respectée, que Loret adressoit les _Lettres en vers_ de sa _Muze - historique_. - - [223] Le _Passe-temps royal_ nomme cette fille d'honneur Mlle de - Beauvais. Voy. t. III, p. 54. - - [224] La seconde madame, Charlotte-Elisabeth de Bavière, la - princesse Palatine, mère du Régent: elle avoit épousé le duc - d'Orléans, veuf de madame Henriette, le 16 décembre 1671. - - [225] Marie-Anne-Christine-Victoire de Bavière, qui avoit épousé - monseigneur le Dauphin, le 28 janvier 1680. Cette princesse étoit - fille de Ferdinand-Marie, duc de Bavière, et de Adelaïde-Henriette - de Savoie; elle mourut le 20 avril 1690. - - [226] Le dialogue qui suit manque dans le _Passe-temps royal_. - - [227] Le _Passe-temps royal_ arrête ici le récit des amours du Roi - et de Mlle de Fontanges. Ce qui suit ne se retrouve pas dans les - pamphlets de ce Recueil. - - [228] Encore une interpolation dans le texte. Au milieu des amours - de Mlle de Fontanges (1680), l'auteur revient sur la campagne de - Flandre (1667), dont nous avons déjà parlé. - - [229] Voy. t. II, p. 80. - - [230] Voy. ci-dessus, p. 265. - - [231] Voy. t. II, pp. 467 et suiv., t. III, p. 58. - - [232] «Le 28 du mois dernier, dit la _Gazette de France_ du 5 - juillet, Marie-Angélique de Scorailles, duchesse de Fontanges, - mourut à Port-Royal, au faubourg Saint-Jacques, après une longue - maladie, âgée de 22 ans. Son corps a été enterré dans l'église de - ce monastère, et son coeur a été porté en l'abbaye royale de - Chelles, dont sa soeur est abbesse.» - - [233] Voy. t. III, pp. 65 et suiv. - - [234] La jouissance de la terre de Chantilly avoit été donnée par - la reine Anne d'Autriche au prince de Condé; Louis XIV la lui - abandonna, en toute propriété, en 1661. - - [235] Ces fêtes mythologiques, dans le goût de la fête donnée à - Rambouillet à Cospeau, sont bien de ce temps où les femmes - aimoient à se faire peindre en déesses, surtout en Dianes.--Voy. - _Cospeau, évêque d'Aire, de Nantes et de Lisieux, sa vie et ses - oeuvres_, par Ch.-L. Livet, 1 vol. in-12. - - [236] Les nouvelles fortifications de Dunkerque étoient achevées - depuis le mois de mai 1671; le Roi, qui avoit visité la place le 2 - décembre 1662, quelques jours après la prise de possession qui est - du 27 novembre, n'y retourna point l'année qui suivit la mort de - Mlle de Fontanges. - - [237] Dunkerque put supporter, en 1694 et 1695, deux bombardements - sans en trop souffrir. Les fortifications furent détruites en - 1712, à la suite du traité d'Utrecht. - - [238] On lit dans les _Fastes des rois de la maison de Bourbon_, - sous la date du 3 juin 1672: «le Roy prend Orsay en trois jours; - le vicomte de Turenne prend Buric en deux jours;» et sous la date - du 4: «M. le Prince réduit Vesel en trois jours.» - - [239] Rien n'est plus faux que ce sentiment odieux prêté à Mlle de - La Valière, qui, depuis son entrée au couvent, fit l'admiration de - toute la Cour et de tout son couvent par son détachement sincère - des choses du monde. - - [240] L'opinion publique alla même jusqu'à accuser Mme de - Montespan d'avoir empoisonné sa rivale. Le Roi, craignant un - scandale, défendit qu'on fît l'autopsie du corps de Mlle de - Fontanges. Voy. sur cette affaire, sur les dépositions de la - Filastre, témoin dans le procès de la Voisin, etc., _Mme de - Montespan_, par P. Clément, 1 vol in-8º, Paris, Didier, pp. - 402-405. - - [241] Mlle de Montpensier. En cette année 1681, Lauzun quittoit - Pignerol, où il avoit été enfermé dans le temps où Fouquet y étoit - lui-même, et venoit prendre les eaux à Bourbon, où il rencontra - Mme de Montespan. Il ne reparut devant le Roi qu'en 1682. Toute la - conversation qui suit est imitée d'un passage analogue qu'on a pu - lire au t. II, pp. 259 et suiv. - - [242] Ces mots «poussez votre fortune» sont prêtés à Mme de - Montespan, dans _le Perroquet ou les Amours de Mademoiselle_.--Le - Roi les répète, après Mme de Montespan. Voy. II, 261. Mais, - d'après ce dernier libelle, c'est en 1670 que cet entretien auroit - eu lieu. - - [243] Voy. t. III, pp. 194 et 489. Ce n'est certainement pas avec - lui que le Roi peut avoir eu la conversation rappelée ici; et s'il - s'agit du vicomte de Turenne, il étoit mort depuis le 27 juillet - 1675. - - [244] Il n'y avoit pas de duchesse de Gerzay, mais une marquise de - Jarzé, de la famille de celui dont il a été parlé, t. I, p. 74. Le - Jarzé dont il s'agit ici acheta en 1685 le régiment d'Hamilton au - prix de 11,000 écus; en 1688 il eut le bras emporté à - Philipsbourg; il conserva cependant son régiment jusqu'en 1691, et - le vendit alors 40,000 francs au marquis de Montendre. En 1692, il - voulut racheter le régiment de dragons de Barbezières au prix de - 80,000 francs: le Roi ne lui permit pas de reprendre du service, - après l'avoir quitté. Nous le retrouvons le 18 avril 1708 nommé - ambassadeur en Suisse et autorisé à ne se rendre à son poste qu'au - mois de septembre; mais, dans l'intervalle, étant à son château de - Jarzé en Anjou, il fit une chute si malheureuse qu'il fut hors - d'état de s'acquitter de son emploi et dut donner sa démission. - Son avarice y trouvoit son compte. Sa femme et sa mère se - félicitoient fort, après qu'il eut quitté l'armée, de pouvoir le - retenir en Anjou: peut-être ne furent-elles pas étrangères au - parti qu'il prit de renoncer à son ambassade. Voyez Saint-Simon, - Dangeau, Sévigné, etc. - - [245] Il s'agit de la deuxième femme du duc, Marguerite-Louise de - Béthune, veuve du comte de Guiche, qu'il épousa le 6 février 1682. - Celle-ci, qui s'étoit mariée pour la première fois le 23 janvier - 1658, avoit alors 37 ans. Mais, en 1704 (3 mars), Mme de Coulanges - écrivoit à Mme de Grignan: «Nous avons eu la duchesse du Lude - quatre jours ici. Cela devient ridicule d'être aussi belle qu'elle - l'est; les années coulent sur elle comme l'eau sur la toile - cirée.»--Saint-Simon dément ce qu'on dit ici du plaisir que - trouvoit le Roi dans la conversation de la duchesse. Voici - d'ailleurs le portrait qu'il trace d'elle: - - «La duchesse du Lude étoit soeur du duc de Sully, fille de la - duchesse de Verneuil et petite-fille du chancelier Séguier. Elle - avoit épousé en premières noces ce galant comte de Guiche, fils - aîné du maréchal de Grammont, qui a fait en son temps tant de - bruit dans le monde, et qui fit fort peu de cas d'elle et n'en eut - pas d'enfants. Elle étoit encore fort belle (1696) et toujours - sage, sans aucun esprit que celui que donne l'usage du grand monde - et le désir de plaire à tout le monde, d'avoir des amis, des - places, de la considération, et avoir été dame du palais de la - Reine: elle eut de tout cela, parce que c'étoit la meilleure femme - du monde, riche, et qui, dans tous les temps de sa vie, tint une - bonne table et une bonne maison partout, et basse et rampante sous - la moindre faveur, et faveur de toutes les sortes. Elle se remaria - avec le duc du Lude par inclination réciproque... Elle demeura - toujours attachée à la Cour, où sa bonne maison, sa politesse et - sa bonté lui acquirent beaucoup d'amis, et où sans aucun besoin, - elle faisoit par nature sa cour au ministre, et tout ce qui étoit - en crédit, jusqu'aux valets. Le Roi n'avoit aucun goût pour elle, - ni Mme de Maintenon; elle n'étoit presque jamais des Marlys, et ne - participoit à aucune des distinctions que le Roi donnoit souvent à - un petit nombre de dames.» - - Est-il besoin de dire maintenant que la conversation qui suit - n'est ni vraie ni vraisemblable? - - [246] Voy. la table. - - [247] Louis de Lorraine, comte d'Armagnac, fils aîné du comte - d'Harcourt «cadet la Perle,» l'ami du poète Saint-Amant. Il étoit - frère du chevalier de Lorraine et du comte de Marsan. Né en 1641 - il mourut en 1718. Il avoit épousé Catherine de Neufville. La - prétendue passion dont il est parlé ici n'est connue que par ce - libelle. - - [248] Denis Talon, fils d'Omer Talon II et de Françoise Doujat, - succéda à son père dans sa charge d'avocat-général au Parlement, - en 1652. On lui attribue à tort, selon Moréri, le livre de - l'_Autorité des Rois_ qui est de Rolland Le Vayer de Boutigny. Il - avoit épousé Marie-Elisabeth-Angélique Favier du Boulay, dont il - eut Omer Talon III, marquis du Boulay, qui quitta la robe, où sa - famille s'étoit illustrée, pour l'épée. Denis Talon mourut en - 1698. - - [249] Charles de Lorraine, comte de Marsan, frère cadet du comte - d'Armagnac (p. 294, _note_) et du chevalier de Lorraine, «qui - n'avoit ni leur dignité ni leur maintien,» et dont ils ne - faisoient aucun cas, dit Saint-Simon, étoit «un extrêmement petit - homme, trapu, qui n'avoit que de la valeur, du monde, beaucoup de - politesse et du jargon des femmes, aux dépens desquelles il vécut - tant qu'il put... M. de Marsan étoit l'homme de la cour le plus - bassement prostitué à la faveur et aux places, ministres, - maîtresses, valets, et le plus lâchement avide à tirer de l'argent - de toutes mains.» Il avoit épousé, le 22 décembre 1682, la - marquise d'Albret, qui mourut sans enfants le 13 juin 1692, et, en - secondes noces, Mme de Seignelay, soeur des Matignon (21 février - 1696), qui mourut en décembre 1699, lui laissant deux fils. - - [250] Les lettres-patentes pour la fondation de Saint-Cyr sont de - juin 1686; c'est seulement du 30 juillet au 2 août de cette même - année que les jeunes filles reçues précédemment à Noisy passèrent - à Saint-Cyr, et le 3 août qu'eut lieu l'inauguration de la maison. - Dans la liste, si complète, des demoiselles élevées à Saint-Louis, - et donnée par M. Lavallée à la suite de son ouvrage _Mme de - Maintenon et la maison royale de Saint-Cyr_, on ne trouve pas le - nom de Mlle de Béthune. - - [251] L'auteur veut dire, et il l'explique plus loin, que: «le - comte de Marsan, qui sollicitoit tous les jours Mme de Maintenon - pour Mlle de Béthune..., étoit journellement chez elle, - c'est-à-dire chez la marquise.» - - [252] L'église de Saint-Lazare étoit le seul bâtiment qui fût - resté de l'ancien hôpital de Saint-Lazare, après que saint Vincent - de Paul en eut pris possession.--Saint-Lazare est devenu une - prison de femmes, rue du Faubourg-Saint-Denis. - - [253] Le comte de Marsan n'avoit pas de tante qui se nommât Mme de - La Roche, ni du côté de son père ni du côté de sa mère. - - [254] Il faudroit évidemment: «et le conduisirent»; mais nous - suivons fidèlement le texte. - - [255] Le siége de Saint-Omer, et la prise de la ville par - Monsieur, frère du Roi, après 20 jours de tranchée, est du 20 mai - 1677. On voit quelle confusion dans les dates. - - [256] Le duc de La Feuillade avoit été fait maréchal de France en - 1675. - - [257] Aucune des demoiselles de Grancey ne figure sur les listes - des demoiselles élevées à Saint-Cyr. - - [258] La famille de Grancey n'avoit aucune alliance qui pût faire - du marquis de Joyeuse ou du marquis de Villars des cousins de - mesdemoiselles de Grancey. - - [259] Quand les églises paroissiales ont été unies à des chapitres - séculiers ou réguliers ou à d'autres bénéfices, les titulaires de - ces bénéfices prennent le titre de curés primitifs. Les vicaires - qui desservent les paroisses au lieu des curés primitifs doivent - être perpétuels; par déclaration du Roi du 15 janvier 1731, les - vicaires perpétuels ont le droit de prendre en tous actes la - qualité de curés. (_Loix ecclés. de France_, par Louis - d'Héricourt, 1 vol. in-fol., 1771, p. 420, col. 1.)--Les - titulaires des bénéfices ne donnoient à leurs vicaires (ou curés) - perpétuels qu'une pension aussi peu élevée que possible, et il y - avoit, en effet, nécessité d'aviser: «Si l'on entroit, dit le - comte de Boulainvilliers, dans le détail de la pauvreté du quart - des curés du royaume, il se trouveroit qu'il n'y en a pas un qui - ne soit mercenaire sordide, et qui n'ait une subsistance - incomparablement moindre que les plus vils domestiques ne l'ont à - Paris.» (6e _mém._) - - [260] Elégant. - - [261] Tout-à-fait. - - [262] Lisez: le marquis de Rannes, Nicolas d'Argouges, - lieutenant-général des armées du Roi, colonel-général des dragons; - il avoit épousé Charlotte de Bautru. Il fut tué en Allemagne en - 1678, laissant un fils qui exerça dans l'armée des emplois - considérables. - - [263] Le 11 août 1674, le prince d'Orange fut défait, avec trois - armées, à la bataille de Senef, par le prince de Condé. Notons - toujours la même confusion dans les dates. - - [264] Voy. la table.--Charles-Henri de Lorraine, prince de - Vaudemont, fils du duc Charles IV et de Mme de Cantecroix, sa - femme de campagne, comme on l'appeloit, servoit contre - nous.--C'est donc encore un nom mis au hasard. - - [265] Personnage imaginaire. - - [266] Le jeu de l'Hombre ne figure dans _la maison des jeux - académiques_ de Lamarinière ni en 1654 ni en 1665. Mais - l'_Académie universelle des jeux_ (1718) ne consacre pas à ce jeu - moins de 65 pages, dont les huit dernières sont un glossaire des - termes employés.--Hombre, dit-on, c'est le nom du jeu; il nous - vient des Espagnols et tient beaucoup du flegme de la nation.--En - esp., _hombre_ signifie _homme_. - - [267] Le teorbe ou plutôt tuorbe (en italien _tiurba_, du nom, - dit-on, de l'inventeur), étoit une sorte de luth à deux manches. - - [268] Nous avons vainement cherché sur ce Desnué, qui cependant - n'est pas inconnu, des renseignements dans l'état des musiciens de - la chambre du Roi et de Monsieur, dans le Livre commode des - adresses (1692) parmi les professeurs de musique, dans le Parnasse - français de Titon du Tillet, dans le Dictionnaire biographique des - musiciens, de Fétis, dans Saint-Simon et Dangeau, etc. - - [269] «Les Turcs n'ont point de lits, dit Furetière, mais - seulement des matelas qu'ils étendent la nuit sur un sopha.» Vº - _lit_. - - [270] «Crespine de fil d'or, ou d'argent ou de soie, qui se - termine en petites houpes façonnées et qui représentent une cloche - (_campana_). On en met aux pentes d'un lit, aux impériales de - carosses et aux autres endroits où on veut mettre de riches - crespines.»--Furetière, vº _campane_. - - [271] Le long épisode qu'on vient de lire ne se rattache en aucune - façon ni à ce qui précède ni à ce qui suit. - - [272] Le P. de la Chaise. - - [273] Peut-être. - - [274] Il y avoit, à cette époque, un capucin nommé le P. Ange qui - s'occupoit beaucoup de médecine. Mme de Sévigné en parle assez - souvent. Il fut appelé auprès de Mme la Dauphine en 1690. On a - bien publié une _Histoire du roy Louis le Grand par les médailles, - emblèmes, devises, jetons_, etc., etc., dont la 2e édition, - augmentée de 5 pl., est de 1693. Mais l'auteur est le P. - Claude-François Ménétrier. Ce qu'on trouve le plus dans son - ouvrage, c'est le Roi en Jupiter, en Apollon, en Hercule et en - Soleil. Nous n'avons pas trouvé de fleuve Achéloüs. - - [275] C'est-à-dire: et qu'une main autre pour eux que pour le - reste des hommes réglait leur sort. - - [276] Voir plus haut les _Amours de Louis XIV et de Mlle du Tron_. - - [277] Nom imaginaire, comme celui de Mlle Gisson, qui suit. - - [278] Voy. la note précédente. - - [279] Nom imaginaire. - - [280] Le nom de Mme de Chartres nous reporte au-delà de 1692, - puisque c'est le 12 février de cette année que Philippe d'Orléans, - duc de Chartres, fils du duc d'Orléans et neveu de Louis XIV, - épousa mademoiselle de Blois, légitimée de France, fille du Roi et - de Mme de Montespan, née en juin 1677. - - [281] François-Louis de Rousselet, comte de Châteaurenaud, étoit à - cette époque un des quatre lieutenants-généraux des armées - navales. En 1661, il étoit déjà enseigne de vaisseau; en 1672, - chef d'escadre; grand'croix de l'ordre de Saint-Louis, à la - création, il fut nommé maréchal de France en 1703, et mourut en - 1716. Il eut un fils qui fut capitaine de vaisseau et chevalier de - Saint-Louis. Le dernier fait d'armes maritime que rapporte de lui - la _Gazette_, entre 1687 et 1703, consiste dans la part qu'il - prend à la défaite des flottes anglaise et hollandaise sur les - côtes d'Angleterre (_Extraord._ du 27 juillet 1690). - - [282] Une des petites-filles du Grand Condé, née du prince - Henri-Jules et d'Anne de Bavière, seconde fille d'Edouard de - Bavière, prince palatin du Rhin et d'Anne de Gonzague; deux - princesses portèrent ce nom: l'une étoit Marie-Thérèse, née en - 1666, mais qui étoit mariée à cette époque, puisqu'elle - épousa, le 29 juin 1688, le prince de Conti; l'autre étoit - Anne-Louise-Benedicte de Bourbon, née le 8 novembre 1676; le 19 - mars 1692 elle épousa le duc du Maine, un mois environ après le - mariage de Mlle de Chartres. - - [283] Un marquis du Bordage fut tué à la prise de Philisbourg, par - le Dauphin, octobre 1688: il commandoit un régiment que le Roi - donna au duc du Maine, le futur époux de mademoiselle de Bourbon. - (Voy. la note précédente.) Le fils obtint du Roi la promesse d'un - régiment, et mille écus de pension. René de Montboucher, marquis - du Bordage, ayant épousé en 1669 Elisabeth Goyon, héritière du - marquis de La Moussaye, son fils étoit bien jeune vers 1690 ou - 1692, date approximative de ce pamphlet, pour oser porter si haut - ses visées. Mais on sait combien peu de confiance mérite ce - libelle. - - -FIN. - - - - -[Bandeau] - -TABLE ALPHABÉTIQUE. - - - Acigné (d'). Voy. Assigny. - - Aiguillon (duchesse d'), I, 71, 72, 89; II, 71. - - Albemale (duchesse d'), 2e femme de Milord Montaigu, I, 257, 258. - - Albert (Marie-Thérèse d'), fille aînée du duc de Chevreuse, 1re - femme du duc de Luxembourg. Voyez Luxembourg (Marie-Thérèse - d'Albert, femme du duc de). - - Albret (Jeanne d'), reine de Navarre, III, 130. - - Albret (César-Phoebus d'), baron de Pons et de Miossens, connu - d'abord sous le nom de comte de Miossens, plus tard maréchal - d'Albret, I, 39, 62, 185, 232, 233, 318; II, 271, 273. - - Albret (Madelaine de Guénégaud, maréchale d'), III, 126. - - Albret (François-Amanieu, chevalier d'), frère puîné du maréchal, - I, 316, 318. - - Alcandre (le grand). Voy. Louis XIV. - - Alençon (mademoiselle d'), soeur [du 2e lit] de mademoiselle de - Montpensier, II, 271. - - Alens (M. d'), III, 73. - - Alets (Louise de Rabutin, comtesse d'), fille de Bussy-Rabutin, I, - XIII, XVI. - - Alexandre VII (le pape), II, 80. - - Alexis Mikhailowitch. Voy. Potemkim (Pierre), I, 137, 138. - - Alibert (d'), confident du président Cornuel, I, 89. - - Alluye (Charles d'Escoubleau de Sourdis, marquis d'), père de - Paul. On l'appeloit marquis de Sourdis, I, 299. Voy. Sourdis. - - Alluye (François d'Escoubleau de Sourdis, marquis d'), frère aîné - de Paul, I, 299 et suiv. - - Alluye (Paul d'Escoubleau, marquis d'), 2e fils de Charles, I, - 296, 301, 316. - - Alluye (Benigne de Meaux du Fouilloux, femme du marquis Paul d'), - I, 76, 263, 291, 295, 296 et suiv. - - Alphonse VI, roi de Portugal, II, 201, 296; III, 126. - - Altovitte-Castellane (Marcelle d'), I, 35. - - Alvarez, joaillier, III, 414. - - Amably (Sibylle-Angélique d'), femme du comte de Comminges. Voy. - Comminges (comtesse de). - - Ambleville (chevalier d'Albret, seigneur d'). Voy. Albret - (François-Amanieu, chevalier d'). - - Amboise (Clermont d'). Voy. Clermont (maison de). - - Amelot (Marie), femme du président de Nicolaï. Voy. Nicolaï - (madame de). - - Andelot (Gaspard IV de Coligny, d'abord marquis d'), puis duc de - Châtillon, après son frère aîné. Voy. Châtillon (duc de). - - Andoins, vicomtesse de Louvigny (Diane, dite _la belle Corisante_ - d'), femme de Philibert, comte de Gramont, aïeule de Philibert, - chevalier d'Andoins, puis comte de Gramont, qui suit, I, 49. - - Andoins (Philibert, chevalier de Gramont, connu d'abord sous le - nom d'). Voy. Gramont (le chevalier de), I, 49. - - Angennes (famille d'): - ---- de Rambouillet. Voy. Rambouillet. - ---- de Montlouet. Voy. Montlouet. - ---- du Fargis. Voy. du Fargis. - ---- de Maintenon. Voy. Maintenon. - ---- de Rochefort de Salvert. Voy. Rochefort de Salvert. - - Angennes de Rambouillet (Julie-Lucine d'), marquise de Montausier. - Voy. Montausier (marquise de). - - Angleterre (Henriette d'), _dite_ MADAME, femme de MONSIEUR, frère - du roi Louis XIV. Voy. Orléans (Henriette d'Angleterre, femme de - Philippe de France, duc d'). - - Angoulême (Louis de Lorraine, duc de Joyeuse, puis duc d'), II, - 73, 74. - - Angoulême (Françoise-Marie de Valois, duchesse d'), II, 72, 73, - 74. - - Angoulême (Louis-Emmanuel de Valois, duc d'), II, 74. - - Angoulême (Henriette de La Guiche, femme de Louis-Emmanuel de - Valois, duc d'), II, 74; IV, 260. - - Anjou (Philippe, duc d'), plus tard MONSIEUR, duc d'Orléans. Voy. - Orléans (Philippe de France, duc d'). - - Anjou (Louis-François, duc d'), dernier fils de Louis XIV et de - Marie-Thérèse, IV, 31. - - Annat (le P.), confesseur du Roi, II, 61, 70. - - Anne d'Autriche, I, 75, 115 et suiv., 144, 175, 185, 214, 216, - 223, 226, 229, 254, 256, 262, 279, 289, 291, 297, 415; II, 9 et - suiv., 32, 41 et suiv., 46, 49, 57, 60, 61, 104, 105, 106, 109, - 124, 147, 184, 201; III, 125, 126; IV, 245, 246, 251, 252, 263, - 280. - - Anne du Saint-Sacrement. Voy. Viole (Anne). - - Antin (Louis-Antoine de Pardaillan de Gondrin, duc d'), II, 374. - - Antin (Julie-Françoise de Crussol d'Usez, femme du duc d'), II, - 374. - - Antoine (Marie d'), femme de Louis de Cabre. Voy. Cabre (Marie - d'Anthoine), femme de Louis de Cabre. - - Aquin (M. d'), médecin. Voy. Daquin. - - Archevêque de Bourges (Anne de Lévis-Ventadour), II, 72. - - Archiduc d'Autriche, II, 201. - - Arcy (René Martel, sieur de Fontaine-Martel, marquis d'), I, 325 - et suiv. - - Ardier de Beauregard (le président Paul), I, 206. - - Ardier de Beauregard (Louise Ollier, femme du président Paul), I, - 206. - - Ardier de Vineuil, frère du président Ardier. Voy. Vineuil. - - Ardier (Claude), femme de Gaspard I de Fieubet, trésorier - d'Espagne. Voy. Fieubet. - - Ardier (Marie), femme de Gaspard II de Fieubet, chancelier de la - reine Marie-Thérèse, I, 206. - - Argenteuil (N. Le Bascle, s{r} d'), I, 315. - - Argouges (François d'), conseiller d'État ordinaire, conseiller au - Conseil royal des finances, IV, 156, 174, 175. - - Armagnac (maison d'), III, 253. - - Armagnac (comtesse d'), I, 218. - - Arnauld d'Antilly (Robert), II, 437. - - Arnaud (Isaac), intendant des finances, I, 410. - - Arnaud (Henri), évêque d'Angers, I, 294; III, 171. - - Arnaud (M. Barrin de la Galissonnière, veuve du président de La - Barre, femme d'Isaac). - - Arnaud (Simon), marquis de Pomponne, II, 429, 437. - - Arnaud de Pomponne (Catherine L'Avocat, femme d'), II, 429. - - Arnoux (le P.), III, 71. - - Arpajeux (madame d'), pour d'Arpajon. Voy. Arpajon. - - Arpajon (Louis d'Arpajon, marquis de Séverac, créé, en 1650, duc - d'), I, 147. - - Arpajon (Catherine-Henriette d'Harcourt-Beuvron, duchesse d'), I, - 9, 295; II, 72; III, 44; IV, 269. - - Arquien (Louison d'), II, 431, 432, 437, 442, 447; III, 223, 229, - 244, 261. - - Artagnan (Charles de Castelmar, seigneur d'), II, 398. - - Artigny (Claude-Marie du Gast, fille d'Achille du Gast, seigneur - d'Artigny et de Montgauger en Touraine et de Marie Le Coustelier; - petite-fille d'Antoinette de Montmorency Fosseuse et du fameux - marquis du Gast, dite mademoiselle d'), femme de Louis-Pierre - Scipion de Grimoard de Beauvoir. Voy. Grimoard de Beauvoir - (mademoiselle d'Artigny, femme de Louis-Pierre Scipion de). - - Aspremont (M. d'), I, 316. - - Asserac (M. d'), II, 72. - - Assigny (M. d'), ou d'Acigné, de la maison de Brissac, II, 340. - - Assigny ou d'Acigné (Anne-Marguerite d'), 2e femme du duc de - Richelieu, I, 72. - - Astérie, surnom de madame de Montespan, III, 4 et suiv. Voy. - Montespan (madame de). - - Athis (Pierre Viole, seigneur d'). Voy. Viole (Pierre). - - Attichy (Octavien Doni d'), baron, I, 170. - - Attichy (Valence de Marillac, baronne d'), I, 170. - - Attichy (Anne Doni d'), comtesse de Maure. Voy. Maure (comtesse - de). - - Attigny (mademoiselle d'Artigny et non d'), II, 54. - - Aubery (Renée-Julie), femme de Louis II de la Tremouille, marquis - de Noirmoutier. Voy. Noirmoutier (Renée-Julie Aubery, marquise - de). - - Aubigné ou d'Aubigny (maison d'), I, 226. - - Aubigny ou Aubigné (maison d'), I, 226. - - Aubigné (Agrippa d'), I, 225; III, 67, 70, 71, 130. - - Aubigné (Suzanne de Lezay, femme d'Agrippa d'), III, 70. - - Aubigné (Constant d'), baron de Surimeau, et non Surineau, III, 67 - et suiv., 466. - - Aubigné (Anne Marchand, 1re femme de Constant d'), veuve du baron - de Chatelaillon, III, 70. - - Aubigné (Jeanne de Cadillac, 2e femme de Constant d'), mère de - madame de Maintenon, III, 70, 71, 72. - - Aubigné (Charles d'), frère de madame de Maintenon, III, 69. - - Aubigné (Françoise d'). Voy. Maintenon (madame de). - - Aubigny (Claude-Maur d'), évêque de Noyon, puis archev. de Rouen, - I, 225. - - Aubigny (l'abbé d'), de la maison des Stuart, I, 225. - - Aubigny (Charles Bidault d'), I, 226. - - Aubigny (M. d'), [?], I, 225. - - Aubigny (mademoiselle de Keroualles, duchesse d'). Voy. Keroualles - (mademoiselle de). - - Aubijoux (François-Jacques d'Amboise, comte d'), I, 62. - - Aubray (le lieutenant civil d'), III, 468. - - Aubusson de La Feuillade. Voy. La Feuillade. - - Aulnay (le comte d'), capitaine commandant le vaisseau _le - Trident_, IV, 177. - - Aumale (mademoiselle d') et non mademoiselle de Nemours, III, 126. - - Aumont (hôtel d'), III, 384. - - Aumont (Antoine, duc et maréchal d'), II, 439. - - Aumont (Catherine Scarron de Vaures, femme d'Antoine, maréchal duc - d'), II, 439; III, 126. - - Aumont (Louis-Marie-Victor, duc d'), II, 438, 439, 440, 441; III, - 363 et suiv., 458, 480, 484 et suiv., 499, 509. - - Aumont (Madelaine Fare Le Tellier, fille du chancelier, 1re femme - de Louis-Marie-Victor, duc d'), II, 439; III, 363, 364, 365, 379. - - Aumont (Madeleine-Élizabeth Fare d'), femme du marquis de - Beringhen. Voy. Beringhen (Madeleine-Élizabeth Fare d'Aumont, - m{ise} de). - - Aumont (Françoise-Angélique de La Mothe-Houdancourt, 2e femme de - Louis-Marie, duc d'), I, 46, 50, 83; II, 438, 440; III, 366 et - suiv., 482 et suiv. - - Avaugour (François de Bretagne, comte de Vertus et de Goello, - baron d'), I, 252. - - Avaugour (Claude de Bretagne, baron d'), I, 207. - - Avaugour (Marie de Bretagne d'), mariée à Hercule de - Rohan-Guemené, duc de Montbazon. Voy. Montbazon (2e duchesse de). - - Avocat (L'). Voy. L'Avocat. - - - Babou de La Bourdaisière (Françoise), mère du maréchal d'Estrées. - Voy. Estrées. - - Bade (Louise-Christine de Savoie, femme de Ferdinand-Maximilien, - marquis de Bade, _dite_ princesse de), II, 79. - - Bagneux (... Chapelier, sieur de), II, 286-333. - - Bagneux (N. de Chartrain, femme de M. de), II, 285-333. - - Bailleul (Nicolas de), président au Parlement de Paris, I, 253, - 411. - - Bailleul (Elisabeth de), fille du président, mariée à Charles - Girard, sieur du Tillet. Voy. Tillet (madame du). - - Bailleul (Marie de), femme, 1º de François de Brichanteau, marquis - de Nangis; 2º de Louis Chalon du Blé, marquis d'Uxelles. Voy. - Uxelles (marquise d'). - - Balzac (Jean-Louis Guez de), I, 207. - - Barbançon (mademoiselle de) femme du prince Ulric de Wurtemberg. - Voy. Wurtemberg (Mlle de Barbançon, femme du prince de). - - Barbeaux (Basile Fouquet, abbé de). Voy. Fouquet (Basile). - - Barberin (le cardinal Antoine), II, 80. - - Barbezières (Françoise de), dame de La Bazinière. Voy. La - Bazinière. - - Barbezières (mademoiselle de), II, 54, 158, 172. - - Barbezieux (Louis-François Le Tellier, marquis de), IV, 130, 173, - 175. - - Barbezieux (Catherine-Louise-Marie de Crussol, femme du marquis - de), IV, 175. - - Barbier (qui a fait construire le Pont-Rouge ou Pont-Barbier), II, - 126. - - Barillon (Jean-Jacques de), président au Parlement, I, 294. - - Baron (Michel), acteur, I, 5, 298; II, 415-419. - - Bartet, secrétaire du Roi, I, 20, 147. - - Basque sauteur (le), II, 415, 416. - - Bassompierre (François II de), maréchal de France, I, 208. - - Bautru (Guillaume), comte de Serrant, I, 170; III, 475. - - Bautru (Nicolas), comte de Nogent. Voy. Nogent (Nicolas Bautru, - comte de). - - Bautru (Charlotte), femme, 1º du marquis de Rannes, 2º de J.-B. - Armand de Rohan, prince de Montauban. Voy. Montauban (Charlotte - Bautru, princesse de). - - Bavière (Edouard de), comte palatin du Rhin, mari d'Anne de - Gonzague, princesse palatine, I, 226; III, 430. - - Bavière (Anne de Gonzague, femme d'Edouard de), princesse - palatine, I, 226 et suiv., 295; II, 47, 48; III, 430. - - Bavière (Ferdinand-Marie, duc de), III, 54; IV, 144, 274. - - Bavière (Adelaïde-Henriette de Savoie, femme de Ferdinand-Marie, - duc de), III, 54; IV, 274. - - Bavière (Marie-Anne-Christine-Victoire de), femme du Dauphin. Voy. - Dauphine (Marie-Anne-Christine-Victoire de Bavière, madame la). - - Bazin (M. A.), I, 404. - - Beaudean (Marguerite de), femme de Charles, comte de Froulay. Voy. - Froulay (Marguerite de Beaudean, comtesse de). - - Beauchasteau (François-Mathieu Chastelet de), I, 300. - - Beaufort (François de Vendôme, duc de), I, 54, 154, 168, 169, 202, - 208, 294; II, 353; IV, 266. - - Beaumanoir-Lavardin (famille de), II, 436. - - Beauvais (N. Bellier, baron de), I, 71. - - Beauvais (Catherine Bellier, dame de), dite Catau la Borgnesse, I, - 70, 71, 72, 74, 217, 227, 414, 415; II, 31, 51, 357. - - Beauvais (Jeanne-Baptiste de), marquise de Richelieu, fille de - Catherine Bellier, dame de Beauvais, I, 66, 71, 72, 123; IV, 273. - - Beauvais (mademoiselle de), soeur de la marquise de Richelieu, I, - 71. - - Beauvais (François-Paul de la Cropte de), maréchal de camp, écuyer - de Condé, I, 72. - - Beauvais (Uranie de la Cropte de), femme de Louis-Thomas de - Savoie, comte de Soissons. Voy. Soissons (comtesse de). - - Beauvau le Rivau (famille tourangelle de), tige des Beauvau de - Rivarennes et de Montgoyer, II, 34. - - Beauvau de Rivarennes et de Montgoyer (François de), III, 53. - - Beauvau (Louise de La Baume le Blanc, femme de François de), III, - 53. - - Beauvau (Gilles de), év. de Nantes, fils de Fr. de Beauvau, III, - 53. - - Bec-Crespin (René-François du), marquis de Vardes. Voy. Vardes. - - Bechameil (Louis de), marquis de Nointel, III, 321 et suiv. - - Bechilon (Samuel de), sieur d'Erlaut, III, 71. - - Béjart (Armande), femme de Molière, I, 65. - - Belesbat (l'abbé de), II, 356. - - Belin (Antoinette de Faudoas-Averton, femme de son cousin Emmanuel - de Faudoas, comte de), III, 240. - - Bellay (famille du), II, 436. - - Bellefonds (Bernardin Gigault, maréchal de), I, 56; II, 49, 58; - IV, 255, 257. - - Bellefonds (Madelaine Fouquet, femme du maréchal de), II, 58. - - Bellegarde (Roger de Saint-Larry, duc de), II, 115, 116; III, 465. - - Bellenave (Louise de), comtesse du Plessis, marquise de - Clérambault. Voy. Clérambault (marquise de). - - Bellièvre (Pomponne de), président à mortier, I, 151. - - Benserade, I, 56, 57, 164, 169, 176, 177, 255, 293, 404; II, 79, - 352; III, 226. - - Béon (Bernard de), seigneur du Massés, I, 191. - - Bergh (Eléonore-Febronie de), femme du duc de Bouillon. Voy. - Bouillon (Eléonore-Febronie de Bergh, femme de Frédéric-Auguste de - La Tour d'Auvergne, duc de). - - Beringhen (Jacques-Louis, marquis de), III, 379. - - Beringhen (Madeleine-Elisabeth Fare d'Aumont, femme du marquis - de), III, 379. - - Bernier (François), voyageur et philosophe, IV, 186. - - Bernier, chirurgien, IV, 186 et suiv. - - Bernières (François de), III, 352. - - Beroé, I, 225. - - Bertaut (un nommé), I, 205. - - Berthod (le P.), I, 228. - - Bertillac (M. de), père de Nicolas Jehannot de Bertillac, II, - 414-419. - - Bertillac (Nicolas Jehannot de), II, 413-419. - - Bertillac (Anne-Louise Habert de Montmort, femme de Nicolas - Jehannot de), II, 413-419. - - Besançon (Hélène de), 2e femme de Louis-Charles, prince de - Courtenay. Voy. Courtenay (Hélène de Besançon, 2e femme de - Louis-Charles, prince de). - - Béthune (M. de), I, 315. - - Béthune Sully (Marguerite-Louise de), femme, 1º du comte de - Guiche, 2º du duc du Lude. Voy. Guiche (comtesse de) et Lude - (duchesse du). - - Béthune (Louis de), comte de Charrost. Voy. Charrost (Louis de - Béthune, comte de). - - Béthune Charrost (Marie de), 1re femme du maréchal d'Estrées. Voy. - Estrées (Marie de Béthune, 1re femme du maréchal d'). - - Beuvron (famille d'Harcourt de), I, 7-10. - - Beuvron et ses frères, I, 36. - - Beuvron (Jacques II d'Harcourt, marquis de), [mari, non d'Anne Le - Veneur, mais de Léonor Chabot de Saint-Gelais, comtesse de Cosnac, - et père de la comtesse de Fiesque], I, 52. - - Beuvron (Anne Le Veneur, femme de François de Fiesque, non de - Jacques II d'Harcourt de), belle-mère de Gilonne d'Harcourt, - comtesse de Fiesque, I, 52. _Erratum._--La mère de madame de - Fiesque n'était pas Anne Le Veneur, mais Léonor Chabot de - Saint-Gelais, comtesse de Cosnac. - - Beuvron (François Ier d'Harcourt de), chevalier de l'Ordre, père - du marquis François II, marquis de Beuvron, et marié à Renée - d'Espinay St-Luc, dame d'Ectot ou Hectot, I, 7. - - Beuvron (Renée d'Espinay Saint-Luc, femme de François Ier, marquis - de), I, 8. - - Beuvron (François II d'Harcourt, marquis de), marié, 1º à - Catherine Le Tellier, 2º Angelique de Fabert, veuve de Charles - Brûlart, marquis de Genlis, I, 5, 7, 15, 21, 146, 298; II, 187; - III, 281 et suiv. - - Beuvron (Charles d'Harcourt, comte de), frère de François II, - marquis de Beuvron, et mari de Lydie de Rochefort de Théobon, I, - 9. - - Beuvron (Lydie de Rochefort de Théobon, femme du comte Charles - de), I, 146. - - Beuvron (Catherine-Henriette d'Harcourt de), 3e femme du duc - d'Arpajon, fille de François Ier d'Harcourt, marquis de Beuvron et - de Renée Saint-Luc, I, 9, 147. - - Bidault (Charles) d'Aubigny. Voy. Aubigny (Charles Bidault d'). - - Bigot (Anne), 2e femme de Cornuel. Voy. Cornuel (Anne Bigot, femme - de). - - Biran, duc de Roquelaure. Voy. Roquelaure. - - Biscaras (M. de), I, 231; II, 154. - - Blainville (Jean-Armand Colbert, marquis de), II, 100. - - Blainville (Gabrielle de Rochechouart, mademoiselle de Tonnay - Charente, femme du fils de Colbert, marquis de Blainville), II, - 100. - - Blanchefort (Charles-François de Créquy, marquis de), IV, 211. - - Blé (Louis Chalon du), marquis d'Uxelles. Voy. Uxelles (marquis - d'). - - Blot, chansonnier, I, 295. - - Bobinet (le P.), IV, 154, 158, 176. - - Boesleau (comtesse de), I, 254. - - Boileau-Despréaux, I, 6. - - Bois-Dauphin (Philippe-Emmanuel de Laval, marquis de Sablé), I, 6. - - Boisfranc (Joachim Seiglière, sieur de), III, 449. - - Boisfranc (Marie-Madelaine-Louise de Seiglière de), femme de - Bernard-François Potier, duc de Gêvres. Voy. Gesvres - (Marie-Madelaine, duchesse de). - - Bois-Robert (François Le Metel, abbé de), I, 6, 16; III, 73; IV, - 212. - - Boissy (Arthur Gouffier, marquis de), I, 316; II, 74. - - Boligneux. Voy. Bouligneux. - - Bonifasse (mademoiselle), IV, 273. - - Bonne, duc de Lesdiguières (François de). Voy. Lesdiguières - (François de Bonne, duc de). - - Bonne (Madelaine de), femme du maréchal de Créquy. Voy. Créquy - (Madeleine de Bonne, femme du maréchal de). - - Bonnelle (Noël de Bullion, seigneur de), marquis de Gallardon, - fils de Bullion le surintendant, I, 82, 83, 151, 208; III, 302. - - Bonnelle (Charlotte de Prie, fille du marquis de Toussy, femme de - Noël de Bullion, seigneur de), I, 82, 91, 151, 265, 306; III, 302, - 303, 304, 337, 370, 375, 390 et suiv., 483. - - Bonneuil, Bonnoeil ou Bonoeil (Christophe-Auguste de Harlay, - seigneur de), I, 294, 295. - - Bonneuil (Françoise-Charlotte de Thou, femme du précédent de), I, - 254, 293, 294, 295. - - Bonneuil (N... de Thou, demoiselle de), soeur de la précédente, I, - 295. - - Bonneville, fille au service de madame de Bagneux, II, 296 et - suiv., _passim_. - - Bontems (Alexandre), un des quatre premiers valets de chambre de - Louis XIV, II, 46, 265; IV, 128 et suiv., 162. - - Bontemps (Marguerite Bosc, femme d'Alexandre), IV, 128. - - Bontemps (Louis), fils aîné d'Alexandre Bontemps, IV, 129. - - Bontemps (Alexandre-Nicolas), 2e fils d'Alexandre, IV, 129. - - Bontemps (Marie-Madelaine), fille d'Alexandre Bontemps, femme de - Lambert de Thorigny. Voy. Lambert de Thorigny (Marie-Madelaine - Bontemps, femme de). - - Bordeaux ou Bourdeaux (Guillaume de), intendant des finances, I, - 182, 406. - - Bordeaux ou Bourdeaux (madame de), femme d'un intendant des - finances, I, 182. - - Bordeaux ou Bourdeaux (Denise de), fille d'un intendant des - finances, femme du président de Pommereuil. Voy. Pommereuil - (madame de). - - Bordeaux ou Bourdeaux (madame de), mère de madame de - Fontaine-Martel, I, 182. - - Bordeaux ou Bourdeaux (mademoiselle de), demoiselle de Châtillon, - puis femme de Ricoux, I, 182, 183, 201, 211, 231, 237, 240, 241. - - Bosc (Claude), seigneur d'Ivry, IV, 128. - - Bosc (Marguerite), femme de Bontemps, premier valet de chambre de - Louis XIV. Voyez Bontemps (Marguerite Bosc, femme d'Alexandre). - - Bossuet, I, 226; II, 421; III, 188; IV, 183, 184. - - Bossuet (Elisabeth), femme d'Armand de Bouthillier de Chavigny. - Voy. Chavigny (Elisabeth Bossuet, femme d'Armand de). - - Du Bouchet (Jean), marquis de Sourches, comte de Montsoreau. Voy. - Sourches (marquis de). - - Du Bouchet (Dominique), fils de Jean, marquis de Sourches. Voy. - Sourches (Dominique de). - - Du Bouchet (Louis-François), marquis de Sourches. Voyez Sourches - (Louis-François). - - Bouchu (? l'abbé), I, 191. - - Boufflers (Louis-François, chevalier, puis marquis, puis maréchal - et duc de), IV, 144, 145, 153, 210, 230. - - Bouillé (Eléonore de), 1re femme de Henri de Daillon, comte, puis - duc du Lude. Voy. Lude (Eléonore de Bouillé, comtesse, puis - duchesse du). - - Bouillon (Godefroy Maurice de La Tour d'Auvergne, duc de), III, - 194, 489, 490, 491; IV, 26, 267. - - Bouillon (Marie-Anne Mancini, femme de Godefroy Maurice de La Tour - d'Auvergne, duc de), II, 23; III, 194, 489. - - Bouillon (Frédéric-Maurice de La Tour d'Auvergne, duc de), IV, 26, - 267. - - Bouillon (Eléonore-Fébronie de Bergh, femme de Frédéric-Maurice de - La Tour d'Auvergne, duc de), IV, 267. - - Bouillon (Emmanuel-Théodose de La Tour d'Auvergne, cardinal de), - IV, 216. - - Boulay-Favin (M. du), ou plutôt Favier du Boulay, I, 215. - - Bouligneux (Louis de La Palu, comte de), I, 242, 243. - - Bourbon (Louis de), fils de Louis XIV, II, 46. - - Bourbon (Marie-Anne de), fille de Louis XIV et de mademoiselle de - La Valière, II, 46. - - Bourbon (Louise de), fille du comte de Soissons, 1e femme de Henri - d'Orléans, duc de Longueville. Voy. Longueville. - - Bourbon-Condé (famille de). Voir Condé (famille de Bourbon-). - - Bourbon-Condé (Anne-Geneviève de), 2e femme de Henri d'Orléans, - duc de Longueville. Voy. Longueville. - - Bourbon (Louis III, duc de), fils du prince de Condé, Henri-Jules, - III, 472; IV, 138. - - Bourbon (Louise-Françoise, légitimée de France, _dite_ - mademoiselle de Nantes, femme du duc de), bru du prince - Henri-Jules de Condé, III, 331, 472, 475; IV, 223. - - Bourdaloue (le P.), III, 58, 137, 143. - - Bourges (de), I, 89, 90. - - Bourgogne (le duc de), fils du Dauphin, IV, 146. - - Bournonville (Nicolas Le Febvre de), IV, 26. - - Boussu (madame de), duchesse de Guise. Voyez Guise (madame de - Boussu, duchesse de). - - Boutard, I, 91. - - Bouthillier de Chavigny (Louise-Françoise), maréchale de - Clérambault. Voy. Clérambault (maréchale de). - - Boutteville (François de Montmorency, comte de Luxe, seigneur de), - I, 7, 49, 153, 215, 263; II, 187; III, 254. - - Boutteville (Elisabeth-Angélique, fille de Jean de Viennes, femme - de François de Montmorency, seigneur de), I, 154, 155, 158, 191; - II, 187. - - Boutteville (François-Henri de Montmorency), duc de - Piney-Luxembourg, maréchal de Luxembourg. Voy. Luxembourg - (maréchal de). - - Boutteville (Marie-Louise de Montmorency), femme de Dominique - d'Estampes, marquis de Valençay. Voy. Valençay (duchesse de). - - Boutteville (Isabelle-Angélique de Montmorency), duchesse de - Châtillon, puis de Mecklembourg. Voy. Chastillon (duchesse de). - - Boves (Charlotte de), 1re femme du maréchal de La Ferté, II, 403. - - Braguemont (Catherine du Tost, dame de), II, 46. - - Brancas (Georges de), 1er duc de Villars, II, 337. - - Brancas (Marie de), femme de son cousin Louis de Brancas, duc de - Villars, II, 345. - - Brancas (Charles, comte de), fils de Georges de Brancas, I, 315; - II, 337, 342 et suiv. - - Brancas (Suzanne Garnier, femme du comte Charles de), I, 274, 295; - II, 337-358. - - Brancas (Françoise de), fille de Charles de Brancas et de Suzanne - Garnier, II, 358. - - Bregy (Léonor de Flesselles, comte de), I, 253 et suiv. - - Bregy (Charlotte de Chazan, femme du comte de), I, 253 et suiv., - 306; II, 72, 74. - - Bretagne (François de), baron d'Avaugour, comte de Vertus et de - Goello. Voyez Avaugour (baron d'). - - Bretagne (Claude de), baron d'Avaugour. Voy. Avaugour. - - Brézé (Urbain de Maillé, maréchal de), IV, 261. - - Brézé (Armand de Maillé), duc de Fronsac et de Caumont, marquis de - Graville et de Brézé, comte de Beaufort en Vallée, etc., chef et - surintendant général de la navigation en France, I, 58, 213; II, - 87. - - Brézé (Nicole du Plessis, femme du maréchal de), II, 87; IV, 261. - - Briçonnet de Lessay. Voy. Lessay (Briçonnet, seigneur de). - - Brienne (Antoine de Loménie de), sieur de la Ville-aux-Clercs, I, - 223. - - Brienne (Henri-Auguste de Loménie de), fils d'Antoine, sieur de la - Ville-aux-Clercs, I, 223. - - Brienne la mère (Louise de Béon, fille de Bernard, seigneur du - Massés, _dite_ madame de), femme d'Henri-Auguste de Brienne, I, - 191. - - Brienne (Henri-Louis de Loménie de), fils d'Henri-Auguste de - Loménie de Brienne, I, 223. - - Brienne la jeune (Henriette Bouthillier de Chavigny, mariée au - comte Henri-Louis de Brienne, _dite_ madame de), I, 191, 262. - - Brinvilliers (Marie-Marguerite de Dreux d'Aubray, marquise de), - III, 468. - - Brion (François-Christophe de Levis, comte de) et plus tard duc de - Damville, I, 158, 297 et suiv. - - Brion (?) ou Biron (madame de), I, 408, 409. - - Brion (le palais) et non Biron, II, 44; IV, 253. - - Briosne (Henri de Lorraine, comte de), III, 491. - - Brisac, avocat en parlement, II, 55. - - Brissac (famille de Cossé-), IV, 204. - - Brissac (François de Cossé, comte de), I, 141. - - Brissac (Louis de Cossé, duc de), I, 413. - - Brissac (Gabrielle-Louise de Saint-Simon, femme de Henri-Albert de - Cossé, duc de Brissac, et bru du précédent de), I, 63, 64, 65, - 257. - - Brissac (Albert de Grillet de), major des gardes du corps, IV, 203 - et suiv. - - Bristol (George Kenelm Digby, comte de). Voy. Digby. - - Brouilly (Louis de), marquis de Piennes. Voy. Piennes (marquis - de). - - Brûlart (Adam), tige de la famille de Sillery, I, 151. - - Brûlart de Sillery (le chancelier). Voy. Sillery (le chancelier - Brûlart de). - - Buckingham (Georges, duc de), I, 116, 256. - - Bueil (Jacqueline de), comtesse de Moret, maîtresse de Henri IV, - puis femme de René du Bec Crespin, marquis de Vardes. Voy. Vardes - (René du Bec Crespin, marquis de). - - Bullion (Claude de), surintendant des finances, I, 83, 88, 89, - 151. - - Bullion (Noël de), seigneur de Bonnelle. Voy. Bonnelle. - - Bullion (Charles-Denys de), fils de Bullion-Bonnelle, III, 304. - - Bullion, marquis de Longchêne (François de), III, 302. - - Bullion, marquis de Longchêne (Catherine-Henriette de La Ferté, - fille du maréchal, femme de François de), III, 302. - - Bussy (Henri d'Amboise, marquis de), II, 187. - - Bussy (Roger de Rabutin, comte de), I, V-XVI, 194, 277 et suiv., - 286 et suiv., 301, 325 et suiv., 401, 408; II, 51, 88; III, 280; - IV, 91, 250, 259. - - - Cabre (Louis de), père du chevalier de Cabre, III, 414. - - Cabre (Marie d'Antoine, femme de Louis de), III, 414. - - Cabre (le chevalier Louis de), III, 414, 445. - - Cadaval (Nuño Alvarez Pereira de Mello, duc de), III, 491. - - Cadaval (Marie-Angélique-Henriette de Lorraine-Armagnac, femme du - duc de), III, 491. - - Caderousse (Juste-Joseph-François de Cadart d'Ancezune de Tournon, - duc de), II, 417; III, 370 et suiv. - - Caderousse (Claire-Bénédictine du Plessis-Guénégaud, 1e femme du - duc de), III, 370, 371. - - Caderousse (Marie-Renée de Rambures, 2e femme de Juste-Joseph, duc - de), III, 415, 416, 417, 495. - - Caderousse (Jacques-Louis d'Ancezune de Cadart de Tournon, duc - de), fils du duc Juste-Joseph, III, 409. - - Caderousse (Madelaine d'Oraison, femme de Jacques-Louis, duc de), - III, 409. - - Caderousse ou Caderoux (le chevalier de), I, 315. - - Cadet la Perle (Henri de Lorraine, comte d'Harcourt, _dit_), IV, - 145. - - Cadillac (Pierre de), seigneur de Lalanne, III, 70. - - Cadillac (Louise de Montalembert, femme de Pierre de), III, 70. - - Cadillac (Jeanne de), 2e femme de Constant d'Aubigné. Voyez - Aubigné (Jeanne de Cadillac, 2e femme de Constant d'). - - Calvoisin (madame de), I, 248, 249. - - Cambiac, prêtre, I, 160, 191, 192, 193, 205, 216, 219 et suiv. - - Camboust (Marguerite de), veuve du duc de Puylaurens, femme de - Henri de Lorraine-Armagnac. Voy. Lorraine (Marguerite de Camboust, - femme de Henri de). - - Camus de Pontcarré (Pierre), I, 280. - - Canaples (Charles III de Créquy, sire de), puis duc de Créquy, I, - 316. - - Candale (Henri de Nogaret, de La Valette et de Foix, comte, puis - duc de), frère aîné du duc d'Epernon, I, 147. - - Candale (Louis-Charles-Gaston de Nogaret et de Foix, duc de), fils - du duc d'Epernon, I, 7, 11, 12, 13, 14, 15, 19, 20 et suiv., 30 et - suiv., 37, 38, 62, 68, 75, 76, 147, 154, 231, 242, 271, 300, 318, - 405; III, 281. - - Canion (commandeur de), I, 315. - - Cantecroix (madame de), femme de Charles IV de Lorraine, III, 198; - IV, 231. - - Caravage (Michel Ange Americhi ou Morigi, _dit_ le), I, 235. - - Carignan (le prince de), _dit_ le prince Thomas, II, 71. - - Carignan (Marie de Bourbon-Soissons, princesse de), II, 71. - - Carmain ou Cramail. Voy. Cramail. - - Cassagnet (Gabriel de), marquis de Tilladet. Voy. Tilladet - (Gabriel de Cassagnet, marquis de). - - Castellane (un), I, 137. - - Castellane (Anne-Elisabeth de Rassan, marquise de, puis marquise - de Ganges). Voy. Ganges (marquise de). - - Castelnau (Marie-Charlotte de), femme du comte de Louvigny, plus - tard duc de Gramont, I, 136. - - Castelnau (Jacques, marquis et maréchal de), III, 348, 350, 465. - - Castelnau (Michel II de), III, 465. - - Castelnau (Louise-Marie Foucault, femme de Michel II de), III, - 465. - - Castelnau (Marie-Charlotte de), duchesse de Gramont. Voy. Gramont. - - Castiglione (Laurent-Onuphre Colonna de Gioëni, prince de). Voy. - Colonna (Connétable). - - Castille (Pierre), I, 24. - - Castille-Villemareuil (M. de), intendant de la maison de Monsieur - (Gaston d'Orléans), 1615, I, 25. - - Castille-Villemareuil (Marie-Madeleine de), 2e femme de Fouquet, - I, 25. - - Castille (Jeannin de). Voy. Jeannin de Castille. - - Castle-Maine (Roger Pulner, comte de), I, 238. - - Catau-la-Borgnesse. Voyez Beauvais (madame de). - - Catelan (François), partisan, I, 89. - - Catinat (Nicolas, maréchal de), I, 296; IV, 145, 146. - - Caumartin (l'abbé Le Fèvre de), IV, 182. - - Caumesnil (Alexandre de Moreuil, marquis de), I, 316. - - Caumont La Force. Voy. La Force. - - Cavoie (Louis Oger, chevalier, puis marquis de), I, 69, 277; II, - 179. - - Cavoie (Louise-Philippe de Coëtlogon, femme de Louis Oger, comte - de), II, 179. - - Caylus (Marthe-Marguerite de Villette, femme du marquis de), IV, - 183. - - Caylus (marquis de), IV, 183. - - Caylus (l'abbé de), IV, 183. - - Celoron (?), I, 90. - - Césy (Jacqueline de Bueil, comtesse de Moret, femme de Philippe de - Harlay, comte de), puis femme de François-René du Bec Crespin, - marquis de Vardes. Voy. Vardes (Jacqueline de Bueil, femme de - François-René du Bec Crespin, marquis de). - - Césy (Philippe de Harlay, comte de), I, 270. - - Chabot (Henri), duc de Rohan. Voyez Rohan (Henri Chabot, duc de). - - Chalais (Henri de Talleyrand, comte de), I, 24. - - Chalais (Charlotte Jeannin de Castille, d'abord comtesse de - Charny, puis comtesse de), I, 24, 295, 303; II, 341. - - Challard (du), V. Duchallard. - - Chalon du Blé (Louis), marquis d'Uxelles. Voyez Uxelles (marquis - d'). - - Chamanieu (Loras de), III, 352. - - Chamarante (M. de), I, 291; IV, 26.--_Erratum_, lisez: - - Chamarande, non Chamarante (Clair Gilbert d'Ornayson, seigneur de), - un des quatre premiers valets de chambre du Roi. - - Chambes (Marie-Geneviève de), comtesse de Montsoreau, femme de - Louis-François, marquis de Sourches. Voy. Sourches. - - Chamlay (Jules-Louis Baulé, marquis de), IV, 175. - - Champlatreux (Molé de). Voy. Molé de Champlatreux. - - Champré (Catherine-Henry, femme, 1º de Ferrier, fils du ministre, - 2º du conseiller Menardeau, sieur de), I, 410. - - Chandenier (François de Rochechouart, marquis de), I, 75. - - Chanleu et non Clanleu (baron de), I, 180. [N. B. _Chanleu_ est le - nom que lui donne la _Gazette de France_.] - - Chantereau (Louis Lefebvre-), procureur du cardinal Mazarin, I, - 278. - - Chapelain (Jean), de l'Académie française, I, 306; IV, 83. - - Chapelles (François de Rosmadec, comte des), II, 187; III, 254. - - Chappuzeau (Samuel), II, 30. - - Charles I, roi d'Angleterre, I, 218, 230; IV, 231. - - Charles II, roi d'Angleterre, I, 41, 42, 204, 226, 238, 240, 241, - 242, 257; II, 182, 200, 201, 213; IV, 276, 277. - - Charron (Marie), femme de J.-B. Colbert, II, 426. - - Charrost (Louis de Béthune, comte de), I, 75. - - Chartrain (Gilles de), II, 286. - - Chartrain (Jeanne de Créquy, femme de Gilles de), II, 286. - - Chartrain (M. de), fils de Gilles de Chartrain, II, 286. - - Chartres (Philippe, duc de), puis duc d'Orléans, I, 325. - - Chartres (Françoise-Marie, mademoiselle de Blois, femme de - Philippe, duc de), fille de Louis XIV et de madame de Montespan, - IV, 223. - - Chasteauneuf (M. de) ou Châteauneuf, Secrétaire d'Etat, garde des - sceaux, etc., I, 144, 148, 149, 256, 407. - - Chasteau-Thierry ou Château-Thierry (Henri-Ignace de La Tour - d'Auvergne, duc de), IV, 267. - - Chasteauvieux (M. de) ou Châteauvieux, I, 315. - - Chastillon ou Châtillon (Gaspard, comte de Coligny, puis duc et - maréchal de), I, 155, 176, 210, 405. - - Chastillon ou Châtillon (Anne de Polignac, maréchale de), I, 176. - - Chastillon ou Châtillon (Gaspard IV de Coligny, marquis d'Andelot, - puis duc de), après son frère aîné, I, 62, 154 et suiv., 176, 178, - 188, 208, 209, 403. - - Chastillon ou Châtillon (Henriette, fille aînée du maréchal de), - mariée au comte de La Suze. Voy. La Suze (comtesse de). - - Chastillon ou Châtillon, (Elisabeth-Angélique de - Montmorency-Boutteville, femme: 1º de Gaspard IV, duc de), puis 2º - du prince de Wurtemberg, I, 41, 42, 135, 144, 153 et suiv., 156, - 157, 210, 266, 273, 276, 295, 413; II, 72, 187; III, 254. Voy. - Wurtemberg. - - Chastillon ou Châtillon (Maurice de), comte de Coligny. Voy. - Coligny (Maurice de Chastillon, comte de). - - Chastillon (François de), seigneur de Bois-Rogues, père de - Claude-Elzéar de Chastillon, III, 253. - - Chastillon (Claude-Elzéar, chevalier de), III, 253. - - Chatelaillon (le baron de), III, 70. - - Chatelaillon (Anne Marchand, veuve du baron de), 1re femme de - Constant d'Aubigné, III, 70. - - Chaulnes (Charles-Honoré d'Albert, duc de), II, 59, 75. - - Chaumont (Guy de), marquis de Guitry, IV, 26. - - Chaumont (Marie de Bailleul, femme de Jean de), soeur du président - de Bailleul, I, 253. - - Chavannes (madame de), probablement bru du financier Nicolas - Rambouillet, I, 254. - - Chavigny (Léon de Bouthillier, comte de), I, 191, 214, 223, 296; - II, 346. - - Chavigny (Anne Phelippeaux, femme de Léon de), II, 346. - - Chavigny (Armand de Bouthillier de), seigneur de Pons, II, 346. - - Chavigny (Elisabeth Bossuet, femme d'Armand de Bouthillier de), - II, 346. - - Chavigny (Louise-Françoise de Bouthillier de), femme du maréchal - de Clérambault. Voy. Clérambault (maréchale de). - - Chelles (Jeanne de Scorrailles, abbesse de), II, 469; IV, 272. - - Chemerault (Geoffroy de Barbezières, comte de La Roche-), I, 294. - - Chemerault (mademoiselle de Barbezières de), nièce d'une première - mademoiselle de Chemerault qui devint madame de La Bazinière, I, - 263, 293, 294, 295. - - Chenu, rentier de Paris, ami de Guy Patin, I, 90. - - Chevreuse (hôtel de), III, 499. - - Chevreuse (Claude de Lorraine, prince de Joinville, duc de), I, - 143, 145, 208. - - Chevreuse (Marie de Rohan-Montbazon, duchesse de), femme, 1º de - Charles d'Albert de Luynes, 2º de Claude de Lorraine, duc de - Chevreuse, I, 42, 78, 143 et suiv., 193, 194, 197, 207, 409, 415; - II, 47, 48, 71, 89; III, 506. - - Chevreuse (Charlotte-Marie de), fille de la duchesse et de son - second mari Claude de Lorraine, I, 4, 145, 195; IV, 254. - - Chevreuse (Charles-Honoré d'Albert, duc de Luynes, de Chaulnes et - de), dont une fille aînée épousa le prince de Tingry, III, 491. - - Chevreuse (Marie-Anne et non Marie-Thérèse d'Albert de), princesse - de Tingry. Voyez Tingry (Marie-Thérèse d'Albert, femme de - Charles-François-Frédéric de Montmorency, duc de Luxembourg, - prince de). - - Chevreuse (Anne-Marie de), abbesse du Pont-aux-Dames, fille de la - duchesse, I, 145. - - Chevreuse (un marquis de), III, 79 et suiv. - - Choisy (Jeanne-Olympe Hurault de l'Hôpital, comtesse de), I, 37, - 111, 112; II, 28, 75, 76. - - Choisy (François-Timoléon, abbé de), fils de la précédente, I, 37. - - Christine de France, femme de Victor-Amédée, duc de Savoie, II, - 29. - - Christine, reine de Suède, I, 53, 54, 254, 294. - - Chigi (Fabio), II, 80 et suiv., 90 et suiv., 99, 109, 312. - - Chison, médecin, II, 88, 89. - - Chiverny (Cécile-Elisabeth Hurault de), marquise de Monglas. Voy. - Monglas (marquise de). - - Choiseul-Praslin (Isabelle de), femme de Henri du - Plessis-Guénégaud. Voyez Plessis-Guénégaud (Isabelle de Choiseul - Praslin, femme de Henri du Plessis-Guénégaud). - - Cinq-Mars (Henri de Coiffier, dit Ruzé, marquis de), I, 213, 293, - 294; II, 406; III, 348. - - Citois ou Sitois, médecin (M.), IV, 212. - - Clanleu (baron de). Voy. Chanleu (baron de). - - Clarendon (Anne Hyde de), duchesse d'Yorck. Voy. Yorck (duchesse - d'). - - Clément, accoucheur, II, 376, 377, 378, 379, 411. - - Clérambault (Philippe de Palluau, comte, puis maréchal de), I, 62, - 294, 295. - - Clérambault (Louise-Françoise Bouthillier de Chavigny, maréchale - de), I, 295, 296. - - Clérambault (René Gillier, baron de Puygarreau, marquis de), I, - 76, 296, 406, 410. - - Clérambault (Louise de Bellenave, comtesse du Plessis, marquise - de), I, 296. - - Clérambault (Marie-Gilonne de), fille de René de Puygarreau, - marquis de Clérambault; 2e femme de Charles-François-Frédéric de - Montmorency, duc de Piney-Luxembourg. Voy. Luxembourg - (Marie-Gilonne Gillier de Clérembault, 2e femme du duc de). - - Clère (Charles de Fontaine-Martel, comte de), I, 325. - - Clermont (maison de), d'où sont sortis les Clermont d'Amboise, - Clermont de Galerande, Clermont de Resnel, Clermont de St-Georges. - I, 329. - - Clermont (de), I, 316. - - Clermont (François de Paule de), marquis de Monglas. Voy. Monglas - (marquis de). - - Clermont-Tonnerre (Marie-Charlotte-Bonne-Thérèse de), femme du - maréchal duc de Luxembourg. Voy. Luxembourg (duchesse de). - - Clermont Tonnerre (François, marquis de), I, 315. - - Clermont Tonnerre (François de), évêque de Noyon, fils du - précédent, IV, 182, 205. - - Cleveland (duchesse de). Voy. Saint-Villiers (Barbe de). - - Coaquin (madame de). Voy. Coatquen (madame de). - - Coatquen (madame de), I, 187. - - Cochonnet, curé de Lasine (pseudonyme), III, 140. - - Coëtlogon (René-Hyacinthe, marquis de), II, 179. - - Coëtlogon (Louise-Philippe), femme de Louis Oger, comte de Cavoye, - II, 179, 184. - - Coeuvres (François-Annibal, maréchal d'Estrées, marquis de). Voy. - Estrées (maréchal d'). - - Coeuvres (Antoine, marquis de), fils du maréchal d'Estrées, père - de François-Annibal III, marquis de Coeuvres, II, 345. - - Coeuvres (François-Annibal III d'Estrées, marquis de), III, 218, - 258. - - Coeuvres (Madelaine de Lyonne, femme de François-Annibal - d'Estrées, marquis de), petit-fils du maréchal, II, 405; III, 207, - 217, 218 et suiv., 246 et suiv. - - Colbert (Jean-Baptiste), I, 131, 255; II, 100, 373, 426; III, 47, - 153, 361, 362, 454; IV, 169, 179. - - Colbert (Marie Charron, femme de Jean-Baptiste), II, 426. - - Colbert (Antoine Martin), chevalier de Malte, dit le chevalier - Colbert, II, 425, 426; III, 361, 362. - - Colbert (Louis), d'abord abbé de Bonport, puis - capitaine-lieutenant de la 2e compagnie des mousquetaires à - cheval, II, 398. - - Colbert (Jeanne-Marie), duchesse de Luynes. Voy. Luynes (duchesse - de). - - Colbert de Villacerf (Edouard), IV, 31, 130. - - Coligny (François de Chastillon, amiral de), père du maréchal de - Chastillon, I, 176. - - Coligny (Gaspard de), duc de Chastillon, après son frère aîné. - Voy. Chastillon (Gaspard IV de). - - Coligny (Maurice, comte de), frère du duc de Chastillon, I, 188. - - Colombel (...), II, 46. - - Colonna de Gioëni (Laurent-Onuphre), connétable, prince de Paliano - et de Castiglione, I, 285; II, 17, 33. - - Colonna (Marie Mancini, connétable), I, 219, 283 et suiv., 289; - III, 29; IV, 245 et suiv. - - Combé (madame de), IV, 179. - - Comminges (maison de), I, 139. - - Comminges (Gaston-Jean-Baptiste, comte de), capitaine des gardes - du Roi, I, 73, 139, 411. - - Comminges (Sybille-Angélique d'Amalby, femme du comte de), I, 411. - - Condé (Henri II de Bourbon), père du grand Condé, I, 189, 193, - 244; II, 440. - - Condé (Charlotte-Marguerite de Montmorency, princesse douairière - de), femme de Henri de Bourbon-Condé, I, 157, 160, 189, 190. - - Condé (Louis II de Bourbon, prince de), _dit_ le grand Condé, I, - VIII, IX; 31, 49, 52, 62, 68, 73, 75, 76, 130, 137, 144, 149, 154, - 155, 157 et suiv., 176, 179 et suiv., 186 et suiv., 195, 198 et - suiv., 208 et suiv., 216 et suiv., 232, 239, 249 et suiv., 292, - 297, 298, 415, 416; II, 45, 72, 168, 201, 386, 400, 440; III, 429, - 474, 475; IV, 231, 257, 261, 267, 280. - - Condé (Claire-Clémence de Maillé, femme du prince Louis II de), I, - 240; II, 87, 340. - - Condé (Henri-Jules de Bourbon, prince de), fils du précédent, II, - 48, 201, 386; III, 198, 239, 429 et suiv., 474. - - Condé (Anne de Bavière, femme du prince Henri-Jules de), III, 198, - 430. - - Congis-Moret (M. de), I, 316. - - Conrart (Valentin), de l'Académie françoise, III, 171. - - Conti (Armand de Bourbon, prince de), I, 12, 31, 56, 68, 78, 145, - 148, 186 et suiv., 271, 283 et suiv., 401, 416; II, 88; III, 163, - 474. - - Conti (Anne-Marie Martinozzi, princesse de), femme du précédent, - I, 195, 271; II, 71; III, 163, 474. - - Conti (Louis-Armand de Bourbon, prince de), fils d'Armand, III, - 163, 474, 475, 476; IV, 186, 187, 262. - - Conti (Marie-Anne, légitimée de France, femme de Louis-Armand de - B., prince de), III, 163, 192, 196, 198, 203, 471, 474, 475; IV, - 136 et suiv., 224 et suiv. - - Conti (François-Louis de Bourbon, duc de La Roche-sur-Yon, puis - prince de), III, 192. - - Cordoue (Gonzalve de), IV, 145. - - Corneille (Pierre), II, 215; III, 226; IV, 21, 22. - - Corneille (Thomas), III, 430. - - Cornouaille, prêtre, I, 6. - - Cornu (la), I, 182. - - Cornuel (famille), I, 84-96. - - Cornuel (Claude), intendant, contrôleur général des finances, puis - Président de la Chambre des comptes, I, 87. - - Cornuel (Françoise Dadien, veuve de Gabriel de Machault, 2e femme - de Claude), I, 87. - - Cornuel (Guillaume), trésorier de l'extraordinaire des guerres, I, - 87. - - Cornuel (Anne Bigot, seconde femme de Guillaume), I, 53, 300. - - Cornuel (Marguerite), fille de Guillaume Cornuel et de sa première - femme, Marie Combefort, veuve de Le Gendre, I, 99, 100, 101, 102, - 103, 110, 232. - - Cosnac (Daniel de), archevêque d'Aix, I, 195; II, 27. - - Cospeau ou Cospean (Philippe), évêque d'Aire, puis de Nantes et - enfin de Lisieux, I, 153; IV, 281. - - Cossé-Brissac (famille de), IV, 204. - - Cotin (l'abbé Charles), I, 168. - - Coulanges (Philippe-Emmanuel de), II, 266, 420. - - Coulanges (Marie-Angélique du Gué, femme de Philippe-Emmanuel de), - I, 56. - - Coulon (Jean), conseiller au parlement, III, 504. - - Coulon (Mme), fille de Claude Cornuel, femme de Jean Coulon, - conseiller au parlement, I, 87. - - Coulon (Marie), femme de Nicolas Bautru, comte de Nogent. Voyez - Nogent (Marie Coulon, femme de Nicolas Bautru, comte de). - - Courtaumer (Jeanne de Caumont, femme du marquis de Saint-Simon-). - Voy. Saint-Simon-Courtaumer (Jeanne de Caumont, marquise de). - - Courtenay (Louis, prince de), père de Louis-Charles, II, 88; III, - 404, 405; IV, 262. - - Courtenay (Louise-Chrétienne de Harlay, femme de Louis, prince - de), II, 88; IV, 262. - - Courtenay (Louis-Charles, prince de), fils de Louis, II, 88; IV, - 262. - - Courtenay (Marie de Lameth, 1re femme de Louis-Charles, prince - de), IV, 262. - - Courtenay (Hélène de Besançon, 2e femme de Louis-Charles, prince - de), IV, 262. - - Courtilz (Gatien des), II, 398; III, 412. - - Cousin (M. Victor), I, 143. - - Coypel (Antoine), peintre, IV, 227. - - Craff (Mylord René) ou Crofts, I, 39 et suiv., 218, 219, 230 et - suiv., 237, 275. - - Cramail, Cramailles ou Carmain (Adrien de Montluc, prince de - Chabanais, puis comte de), I, 300. - - Cramail (Jeanne de Montluc, comtesse de), femme de Charles - d'Escoubleau de Sourdis, marquis d'Alluye. Voyez Sourdis (Jeanne - de). - - Crenan (Pierre de Perrien, marquis de), IV, 145. - - Créqui (Madelaine de Bonne, femme de Charles Ier, premier maréchal - de), grand'mère de Charles III de Créqui, II, 404. - - Créqui (Madeleine de), fille de Charles Ier de Créqui, femme de - Nicolas de Neufville, maréchal, duc de Villeroy. Voy. Villeroy - (Madeleine de Créqui, femme de Nicolas de Neufville, maréchal, duc - de). - - Créqui (Charles-François de Bonne de), duc de Lesdiguières, fils - du premier maréchal de Créqui, III, 215. - - Créqui (Anne de La Magdelaine de Ragny, 2e femme de - Charles-François de Bonne de), III, 215. - - Créqui (Charles II de), seigneur de Ramboval, II, 286. - - Créqui (Charles III, duc de), fils de Charles III de Créqui, frère - aîné du 2e maréchal, I, 6; II, 80, 109, 271, 273, 394. - - Créqui (Armande de Saint-Gelais Lusignan de Lansac, femme de - Charles III, duc de), II, 80 et suiv., 91 et suiv., 106, 109, 380; - III, 401; IV, 262, 263, 269, 278. - - Créqui (Madelaine de), fille de Charles III de Créqui, princesse - de Tarente. Voy. Tarente (Madelaine de Créqui, femme de - Charles-Belgique-Hollande de la Trémouille, duc de Thouars, prince - de). - - Créqui (François, marquis de Marines, 2e maréchal de), 4e fils de - Charles II de Créqui, I, 62; II, 404; III, 215, 496, 499 et suiv., - 508. - - Créqui (Catherine Rougé du Plessis-Bellière, femme du 2e maréchal - de), III, 496. - - Créqui (François-Joseph, marquis de), fils aîné du 2e maréchal, - III, 379, 495 et suiv., 508, 509. - - Créqui (Anne-Charlotte d'Aumont, femme du marquis François-Joseph - de), III, 379, 496, 499 et suiv. - - Crevant (M. de), probablement un Crevant d'Humières, I, 315. Voy. - Humières. - - Crofts (Mylord René) ou Craff. Voy. Craff. - - Croissy (Colbert de), IV, 179. - - Crussol (Catherine-Louise-Marie de), fille du duc d'Usez, femme du - marquis de Barbezieux. Voy. Barbezieux (marquise de). - - Crussol (Julie-Françoise de), femme du duc d'Antin. Voy. Antin - (duchesse d'). - - Cusac (N... de Rotondis de Caheusac ou Cahusac, _dit_ de), frère - de N... de Rotondis de Biscarras et du s{r} de Rotondis, II, 154. - - - Dadien (Françoise), veuve de Gabriel de Machault, 2e femme de - Claude Cornuel, I, 87. - - Daillon (Jean de). Voy. Lude (du). - - Dampierre (Marie Fourré de), I, 213. - - Daquin, médecin, III, 127, 128; IV, 151. - - Darcy. Voy. Arcy (d'). - - Dauphin (Louis, fils de Louis XIV, _dit_ le 1er), II, 421 et - suiv.; III, 54, 163, 177, 178, 182, 185 à 204, 471, 493 et suiv.; - IV, 130, 136 et suiv., 224, 274, 275. - - Dauphine (Marie-Anne-Christine-Victoire de Bavière, femme de - Louis, dauphin de France, fils de Louis XIV), II, 465; III, 54, - 55, 186 et suiv., 471, 494 et suiv., 508; IV, 151, 274. - - Dauvet (Louise-Diane), femme de Jeannin de Castille, marquis de - Montjeu. Voy. Jeannin de Castille, marquis de Montjeu - (Louise-Diane Dauvet, femme de Gaspard). - - Deffita (M.). Voy. Effita (M. d'). - - Delorme (Marion). Voyez Marion Delorme. - - Delorme (Charles), médecin, IV, 72. - - Deodatus, sobriquet de Louis XIV. Voy. Louis XIV. - - Descartes (René), III, 46. - - Deschiens (financier), II, 420. - - Deschiens (Marie-Angélique du Liscouet, femme d'Antoine-Arthur), - II, 420. - - Desfonandrès, surnom de Desfougerais ou Desfougerets dans Molière. - Voy. Desfougerais. - - Desfontaines (?), II, 109. - - Desfougerais ou Desfougerets, I, 198, 201. - - Deshoulières (Antoinette du Ligier de La Garde, madame), I, 58. - - Despréaux (Nicolas Boileau). Voy. Boileau. - - Digby (Georges Kenelm, lord), comte de Bristol, I, 204, 205, 218, - 221, 222 et suiv., 229 et suiv., 258. - - Digby (lady Anne, 2e fille de François, comte de Bedford, femme de - lord), I, 218, 219. - - Digby (Anne), fille de Kenelm Digby et femme de Robert Spencer. - Voy. Spencer (Robert), comte de Southerland. - - Dieudonné, surnom de Louis XIV, I, 218. - - Dognon (Louis de Foucault, comte du), maréchal de France. Voyez - Foucault (le maréchal). - - Donna Anna, c'est-à-dire Anne d'Autriche. Voyez Anne d'Autriche. - - Douzenceau (Nicolas Viole). Voy. Viole (Nicolas). - - Dreux (Joachim de), conseiller au grand Conseil, III, 340. - - Dubois (Jacques), _dit_ Sylvius, II, 124. - - Duchallard, capitaine de vaisseau, commandant le _Content_, IV, - 177. - - Dumas (Alexandre), I, 143. - - Dubail, du Bail ou d'Ubail, III, 254. - - Du Mesnil (madame), III, 230 et suiv. - - Dumeter (le P.), III, 71. - - Dupré, marchand d'orviétan, II, 421. - - Dupré, joueur, III, 334, 336. - - Dupré (Madelon), courtisane, II, 448, 450, 451. - - Duras (Jacques-Henri de Durasfort, duc et maréchal de), IV, 203. - - Duras (Marguerite-Félice de Levis Ventadour, femme de - Jacques-Henri, maréchal de), IV, 203. - - Durasfort (Jacques-Henri de), duc et maréchal de Duras. Voy. Duras - (Jacques-Henri, duc et maréchal de). - - Durasfort (Guy de), duc et maréchal de Lorge. Voy. Lorge (Guy de - Durasfort, duc et maréchal de). - - Durtal (comte de). Voy. La Roche-Guyon (Roger du Plessis, duc de), - seigneur de Liancourt, comte de Durtal. - - Duryer, cabaretière à Saint-Cloud, I, 199; II, 416. - - Duval, valet de pied de la princesse de Condé, I, 240. - - Duverger (le P.), III, 73. - - - Ecquevilly (Marie-Madelaine de Chambes de Montsoreau, femme de - Louis-Anne Dauvet, comte d'), I, 199. - - Edouard de Bavière, comte Palatin du Rhin. Voy. Bavière (Edouard - de), comte palatin. - - Effiat (Martin Ruzé, marquis d'), II, 406. - - Effiat (Isabelle Escoubleau de Sourdis, femme de Martin Ruzé, - seigneur d'), II, 406. - - Effiat (Antoine Coiffier _dit_ Ruzé, marquis d'), neveu de Cinq - Mars, premier écuyer de Monsieur, frère de Louis XIV, I, 8; II, - 406 à 413; III, 309, 312. - - Effita (M. d'), II, 140; III, 362. - - Elbène (Guy, comte d'), III, 440. - - Elbeuf (Charles III de Lorraine, prince d'Harcourt, puis duc d'), - I, 139, 328; II, 346. - - Elbeuf (Anne-Elisabeth de Launoy, femme du précédent duc d'), II, - 79. - - Elbeuf (Marie-Marguerite-Ignace de Lorraine, soeur de Charles III, - duc d'Elbeuf, _dite_ mademoiselle d'), I, 303. - - Elbeuf (Anne-Elisabeth de Lorraine d'), femme du prince de - Vaudemont. Voy. Vaudemont (Anne-Elisabeth de Lorraine d'Elbeuf, - femme de Charles-Henri, légitimé de Lorraine, prince de), IV, 231. - - Elisabeth (la reine) d'Angleterre, I, 228. - - Empereur d'Allemagne (Léopold I), II, 197, 200. Voy. aussi - Ferdinand III. - - Enguien (le duc), fils du grand Condé, I, 149, 182. Voy. Condé - (Henri-Jules, prince de). - - Epinoy (princesse d'). Voy. Espinoy (princesse d'). - - Ep... ou Esp... [chercher Esp...] - - Erizzo, ambassadeur de Venise, IV, 128, 215. N. B. p. 128, lire - Erizzo au lieu de Frizzo. - - Erizzo (... femme de M.), ambassadeur de Venise, IV, 215, 216. - - Erizzo (Louise), fille de l'ambassadeur de Venise, IV, 216. - - Erlaut (Samuel de Bechilon, sieur d'). Voy. Bechilon (Samuel de). - - Escoubleau de Sourdis. Voy. Sourdis. - - Esguilly-Vassé (René d'), I, 115. Voy. Vassé. - - Esmery (Particelli d'), I, 294. - - Espagny (Maximilien Gouffier, marquis d'), II, 351. - - Espagny (Honoré Gouffier, abbé de Valseri, _dit_ l'abbé d'), II, - 351. - - Espernon (hôtel d'), III, 499. - - Espernon (Bernard de Nogaret de La Valette et de Foix, duc d'), I, - 12, 30, 62; II, 131; III, 70, 71, 475. - - Espernon (Gabrielle-Angélique, fille légitimée d'Henri IV, - duchesse d'), I, 12. - - Espernon (mademoiselle d'), fille du duc, soeur de Candale, I, - 147, 148. - - Espinay Saint-Luc (Renée d'), marquise de Beuvron, I, 8. - - Espinay Saint-Luc (Louis d'), comte d'Estelan ou Etelan. Voy. - Estelan (comte d'). - - Espinchal (Charles-Gaspard d'), I, 315. - - Espinoy (Jeanne-Pélagie de Rohan-Chabot, 2e femme d'Alexandre - Guillaume de Melun, prince d'), III, 49; IV, 270. - - Espinoy (Thérèse de Lorraine, fille de François de Lorraine, comte - de Lislebonne, femme de Louis et bru d'Alexandre-Guillaume de - Melun, prince d'), III, 198. - - Este (Marie-Béatrix-Eléonore d'), reine d'Angleterre, 2e femme de - Jacques II, IV, 216. - - Estelan (Louis d'Espinay Saint-Luc, comte d'), I, 8. - - Estève (le P.), jésuite prédicateur, I, 65. - - Estissac (François de la Rochefoucauld, 1er marquis d'), parrain - de Mme de Maintenon, III. - - Estoublon (Jacques de Grille, marquis d'), I, 256. - - Estrades (Godefroy, comte d'), ambassadeur de France à Londres, - II, 42, 72. - - Estrées (Antoine d'), père du maréchal, I, 244. - - Estrées (Françoise Babou de la Bourdaisière, femme d'Antoine d'), - mère du maréchal d'Estrées, III, 252. - - Estrées (François-Annibal d'), marquis de Coeuvres, maréchal de - France, frère de Gabrielle d'Estrées, I, 151, 244, 315; II, 354; - III, 218, 251, 252, 350. - - Estrées (Marie de Béthune-Charrost, 1re femme du maréchal d'), - III, 252. - - Estrées (Anne-Habert de Montmort, 2e femme du maréchal d'), III, - 252. - - Estrées (Gabrielle de Longueval, fille d'Achille de Manicamp, 3e - femme du maréchal d'), I, 69, 151; III, 252, 253, 349, 350. - - Estrées (Jean, comte d'), 2e fils du maréchal François-Annibal - d'Estrées, I, 244, 245. - - Estrées (César d'), d'abord évêque de Laon, puis cardinal, 3e fils - de François-Annibal d'Estrées, I, 244, 245; II, 344, 345; III, 254 - et suiv.; IV, 216. - - Estrées (Gabrielle d'), 4e fille d'Antoine d'Estrées, I, 151, 294; - III, 252. - - Estrées (Julienne-Hyppolyte d'), femme de Georges de Brancas, - marquis, puis duc de Villars, 5e fille d'Antoine d'Estrées, I, 56; - II, 345. - - Etampes de Valençay (Eléonor d'), archevêque de Reims, I, 220. - - Etampes de Valençay (Charlotte d'), madame de Puysieux. Voy. - Puysieux (madame de). - - Etampes de Valençay (le cardinal Achille d'). Voy. Valençay (le - cardinal Achille d'Etampes de). - - Eugène (le prince) de Savoie. Voy. Savoie (le prince Eugène de). - - Evrard (Perpète), peintre, III, 312. - - - Fagon (Guy Crescent), médecin, III, 150; IV, 151, 161 et suiv., - 210 et suiv. - - Fargis (famille d'Angennes du), III, 135. - - Fargues, frondeur, I, 65. - - Farsam (mademoiselle de Keroualle, comtesse de). Voy. Keroualles - (mademoiselle de). - - Faure (le P. François), évêque d'Amiens, I, 228. - - Favin ou plutôt Favier (M. du Boulai-). Voy. Boulai-Favin (M. du). - - Félix, chirurgien, III, 150. - - Fénelon (François de Salignac de La Motte-), IV, 183, 184. - - Ferdinand III, empereur d'Allemagne, IV, 200. - - Ferrier (Jérémie), ministre protestant, I, 410; III, 137. - - Fervaques (Guillaume, seigneur de), maréchal de France, III, 230, - 238. - - Fervaques (le marquis de), fils de Noel Bullion, seigneur de - Bonnelle, I, 83; III, 302 et suiv., 392 et suiv. - - Feuquières (Isaac de Pas, marquis de), I, 137. - - Feuquières (Anne-Louise de Gramont, femme d'Isaac de Pas, marquis - de), I, 263. - - Feuquières de Salins (madame de), I, 100. - - Feydeau (Marie), femme de Timoléon de Daillon du Lude, gouverneur - de Gaston d'Orléans. Voy. Lude (du). - - Fiennes (mademoiselle de Fruges, de la maison de Fiennes, femme de - Henri Garnier, comte des Chapelles, dont elle ne porta jamais le - nom, gardant celui de), I, 111, 112, 413; III, 310. - - Fiesque (Anne Le Veneur, comtesse de), mère de Charles-Léon et - belle-mère de Gilonne d'Harcourt, I, 149, 403. - - Fiesque (Charles-Léon, comte de), I, 52, 121. - - Fiesque (Charles-Léon, comte de), III, 210, 306. - - Fiesque (Gilonne d'Harcourt, marquise de Piennes, puis comtesse - de), _dite_ aussi la Reine Gillette, I, 9, 32, 49 et suiv., 70, - 83, 120, 121, 123, 130, 149, 265, 300, 328, 330, 414; II, 181; - III, 210, 240, 306, 473. - - Fiesque (Jean-Louis-Marie, comte de), fils de Charles-Léon, comte - de Fiesque, I, 52; III, 210 et suiv., 244 et suiv., 306 et suiv. - - Fiesque (François, chevalier de), I, 148. - - Fieubet (Gaspard I de), baron de Launac, trésorier de l'Epargne, - père de Gaspard de Fieubet, chancelier de la reine Anne - d'Autriche, I, 206. - - Fieubet (Claude Ardier, femme du trésorier de l'Epargne Gaspard I - de), I, 206. - - Fieubet (Gaspard II de), chancelier de la reine Marie-Thérèse, I, - 206. - - Fieubet (Marie Ardier, femme de Gaspard II de), I, 206. - - Fieubet (Claude de), femme de Jeannin, I, 206. - - Filastre (la), IV, 283. - - Fleuri (marquis de), II, 350, 351. - - Florence, une des femmes de madame de Bagneux, II, 322 et suiv. - - Foix (Henri-François de Foix de Candale, duc de), II, 447, 448, - 450. - - Foix (Marie-Charlotte de Roquelaure, femme du duc de), II, 448, - 449, 450. - - Fontaine-Martel (marquis de), père du comte de Clère et du marquis - d'Arcy, I, 325. - - Fontaine-Martel (N... de Bordeaux, femme du marquis de), I, 182. - - Fontanges (Marie-Angélique de Scorailles, duchesse de), I, 72, - 218; II, 459 et suiv.; III, 3 à 58, 66, 146, 175; IV, 264 à 272, - 276 à 283, 287, 288. - - Fontenay (M. de), I, 315. - - Forbin-Janson (Gaspard de), père du chevalier de Forbin, II, 397. - - Forbin-Janson (Claire de Libertat, femme de Gaspard, marquis de), - II, 397. - - Forbin, marquis de Janson (Laurent de), gouverneur d'Antibes, - frère aîné du chevalier, II, 397. - - Forbin (Melchior, chevalier de), I, 296; II, 397, 398. - - Forbin-Janson (le cardinal de), évêque de Beauvais, le plus jeune - frère du chevalier, II, 397. - - Fosseuse (le chevalier de), II, 288-333. - - Fosseuse (mademoiselle de), fille d'honneur de la reine, II, 288. - - Foucault (Louis, comte du Dognon, maréchal), I, 213, 300, 412. - - Foucault (Marie Fourré et non Foussé de Dampierre, femme du - maréchal), I, 213. - - Foucault (Louise-Marie), femme de Michel II de Castelnau. Voy. - Castelnau (Louise-Marie Foucault, femme de Michel II de - Castelnau). - - Fougeray (Claude de Sainte-Maure, seigneur du). Voy. Sainte-Maure - (Claude de). - - Fouilleuse ou Fouilleux (M. de), I, 298. - - Fouilloux (Benigne de Meaux du), marquise d'Alluye. Voy. Alluye - (Benigne de Meaux du Fouilloux, marquise d'). - - Fouquet (Marie de Meaupou, femme de François), mère du - surintendant et de l'abbé, I, 262; III, 125. - - Fouquet (Nicolas), surintendant des finances, I, IX, 25, 70, 145, - 148, 230 et suiv., 243; II, 47, 355, 356, 399; III, 496; IV, 151, - 285. - - Fouquet (Basile), abbé de Barbeaux et de Rigny, frère du - surintendant, I, 65, 77, 142 et suiv., 205, 206, 216 et suiv., - 230 et suiv., 265 et suiv., 405. - - Fourré [et non Foussé] de Dampierre. Voy. Foucault (maréchale). - - Foussé (Marie Fourré et non) de Dampierre, femme du maréchal - Foucault, comte du Dognon. Voyez Foucault (maréchale). - - Fromenteau. Voy. La Vauguyon. - - François de Paule (Saint), III, 200. - - François II, duc de Bretagne, I, 252. - - Frontenac (Anne de La Grange, d'abord mademoiselle de Neuville, - femme de Louis de Buade, comte de Palluau et de), I, 52. - - Froulay (le comte Charles de), I, 306, 316; II, 81. - - Froulay (Marguerite de Beaudean, femme de Charles, comte de), II, - 81. - - Froulay (Louis, comte de), fils de Charles de Froulay et - Marguerite de Beaudean, II, 79, 81, 82. - - - Gabrielle d'Estrées. Voyez Estrées (Gabrielle d'). - - Galerande (Clermont de). Voy. Clermont (maison de). - - Galles (Charles, prince de), fils de Charles Ier, II, 200. Voy. - Charles II. - - Ganges (Anne-Elisabeth de Rassan, veuve du marquis de Castellane, - puis marquise de), I, 30, 35. - - Garnier (Mathieu), II, 337, 339. - - Garnier (le chevalier), II, 31, 50. - - Garnier (Suzanne), femme de Charles de Brancas. Voy. Brancas - (Suzanne Garnier, madame de). - - Garnier (Françoise), femme de M. d'Oradour. Voy. Oradour (d'). - - Garnier (Madelaine), femme de M. d'Orgères et ensuite de Molé de - Champlatreux. Voy. Molé de Champlatreux et Orgères. - - Gassendi (Pierre), le philosophe, III, 46. - - Gaston d'Orléans, voy. Orléans (Gaston duc d'). - - Gatien des Courtilz, Voy. Courtilz (Gatien des). - - Gendarme, garde du maréchal de Grancey, III, 233 et suiv. - - Gerniou, ou plutôt Jarnioux (François Henry, sieur de), I, 410. - - Gersay. Voy. Jarzay. - - Gesvres (Léon Potier, marquis, puis duc de), I, 75; III, 119. - - Gesvres (Bernard-François Potier, duc de), fils de Léon, III, 449. - - Gesvres (Marie-Madelaine-Louise de Seiglière de Boisfranc, femme - de Bernard-François, duc de), III, 449, 450. - - Gillette (la Reine), nom _précieux_ de madame de Fiesque. Voyez - Fiesque (comtesse de). - - Gillier de Puygarreau [et non Puygarrou], marquis de Clérambault - (René). Voy. Clérambault (marquis de). - - Girard (Charles), seigneur du Tillet. Voy. Tillet (du). - - Giraud (Catherine), femme de Charles-François d'Angennes, marquis - de Maintenon. Voy. Maintenon (Catherine Giraud, femme de - Charles-François d'Angennes, marquis de Maintenon). - - Glay de la Cotardaie (Gabrielle), femme de Jean François, marquis - de La Valière, II, 44, 45. - - Gobelin (l'abbé), III, 137. - - Godeau (Antoine), évêque de Vence et de Grasse, III, 171. - - Godet Desmarets (Paul), évêque de Chartres, III, 137. - - Goello (François de Bretagne, baron d'Avaugour, comte de Bretagne - et de), I, 252. - - Gondran (Thomas Galant, sieur de Frierges et de), I, 318. - - Gondran (Charlotte Bigot, femme de Thomas Galant, sieur de - Frierges et de), I, 318. - - Gondy (Paul de). Voyez Retz (cardinal de). - - Gondy de Retz (Paule-Marguerite-Françoise de), duchesse de - Lesdiguières. Voy. Lesdiguières (duchesse de). - - Gontier (Jean-Baptiste), président en la chambre des comptes, II, - 473. - - Gonzague-Clèves (Charles de), duc de Nevers, I, 226. - - Gonzague (Marie de), femme de Jean Casimir, roi de Pologne, II, - 173. - - Gonzague (Anne de), femme d'Edouard de Bavière, prince palatin. - Voy. Bavière (Anne de Gonzague, femme d'Edouard de). - - Gonzalve de Cordoue. Voy. Cordoue (Gonzalve de). - - Gordon ou Gourdon. Voy. Gourdon. - - Gouffier (Artus ou Arthur), marquis de Boissy. Voy. Boissy. - - Gouffier (Artus), duc de Roannez avant La Feuillade, II, 400, 401; - IV, 267. - - Gouffier (Charlotte), duchesse de La Feuillade. Voy. La Feuillade. - - Goujon (Mathieu), sergent à verge, III, 71. - - Goulas (... de La Mothe, sieur de), I, 220. - - Gourdon (duc de), I, 297. - - Gourdon (Georges), marquis de Huntley, I, 296. - - Gourdon (John), I, 296. - - Gourdon (chevalier de), I, 296. - - Gourdon (mademoiselle de), I, 295 et suiv. - - Gourville (Jean Hérault de), I, 182, 215, 232, 271, 294. - - Gouville (Lucie de Cotentin de Tourville, femme de Michel - d'Argouges, sieur de), I, 20, 154, 320. - - Grammont ou Gramont. Voy. Gramont. - - Gramont (Antoine II, comte de), I, 135. - - Gramont (Louise de Roquelaure, 1re femme de Antoine II, comte de), - I, 135. - - Gramont (Claude de Montmorency-Boutteville, 2e femme de Antoine - II, comte de), I, 135. - - Gramont (Suzanne-Charlotte de), femme de Henry Mitte de Miolans, - marquis de Saint-Chaumont, fille de Antoine II, comte de Gramont. - Voy. Saint-Chaumont (marquise de). - - Gramont (Philibert, chevalier, puis comte de), fils d'Antoine II, - comte de Gramont et frère du maréchal Antoine III de Gramont et de - la marquise de Saint-Chaumont,--d'abord connu sous le nom - d'Andoins, I, 49 et suiv., 69, 149, 267, 293; II, 341. - - Gramont (Elisabeth Hamilton, femme de Philibert, chevalier, puis - comte de), I, 50. - - Gramont (Antoine III, duc de), maréchal de France, I, 49, 62, 68, - 135 et suiv., 263; II, 35, 73, 79, 177, 178, 185, 375, 391; III, - 351. - - Gramont (Françoise-Marguerite du Plessis-Chivray, 1re femme du - maréchal Antoine III de), I, 136, 245. - - Gramont (Armand de), comte de Guiche, fils aîné du maréchal - Antoine III, duc de Gramont. Voy. Guiche (comte de). - - Gramont (Antoine-Charles, comte de Louvigny, puis duc de), fils - d'Antoine III, duc de Gramont et frère du comte de Guiche et de la - duchesse de Valentinois, I, 136; III, 348 et suiv. - - Gramont (Marie-Charlotte de Castelnau, duchesse de), femme - d'Antoine-Charles, I, 136; III, 348, 350. - - Gramont (Catherine-Charlotte de), femme de Louis de Grimaldi, duc - de Valentinois et prince de Monaco, fille d'Antoine III, duc de - Gramont. Voy. Valentinois (duchesse de). - - Grancey (Pierre Rouxel de), père du maréchal, III, 230. - - Grancey (Charlotte de Hautemer, fille du maréchal de Fervaques, - femme de Pierre, comte de), III, 230, 238. - - Grancey (Jacques III Rouxel, comte de), maréchal de France, I, - 151; III, 230 et suiv., 432. - - Grancey (Catherine de Mouchy, 1re femme de Jacques Rouxel, - maréchal de), III, 230. - - Grancey (Charlotte de Mornay de Villarceaux, 2e femme de Jacques - Rouxel, maréchal de), I, 113, 151; III, 230, 234. - - Grancey (Louise-Elisabeth, dite madame de), 16e enfant du maréchal - Jacques III de Grancey, née de Charlotte de Mornay-Villarceaux, sa - 2e femme, III, 239, 432, 433. - - Grancey (Hardouin de), abbé de Rebec, etc., III, 433. - - Grandseigne (Diane de), femme de Gabriel, marquis de Mortemart. - Voy. Mortemart (Diane de Granseigne, marquise de). - - Grignan (François Adhémar de Monteil, comte de), IV, 177. - - Grignan (Françoise-Marguerite de Sévigné, femme de - François-Adhémar de Monteil, comte de), I, 141; III, 240. - - Grimaldi (Louis), prince de Monaco, duc de Valentinois. Voir - Monaco et Valentinois. - - Grimaud (Marie de La Baume de Montrevel, femme d'Esprit Alard - d'Esplan, marquis de), I, 412, 413. - - Grimoard de Beauvoir (Louis-Pierre Scipion de), père de Louis - Scipion III de Grimoard de Beauvoir, comte du Roure, III, 186. - - Grimoard de Beauvoir (Claude-Marie du Gast, _dite_ mademoiselle - d'Artigny, femme de Louis-Pierre Scipion), mère de Louis Scipion - III de Grimoard de Beauvoir, comte du Roure, II, 91, 109; III, - 186. - - Grimoard de Beauvoir (Louis Scipion III de), comte du Roure. Voy. - Roure (Louis Scipion III de Grimoard de Beauvoir, comte du). - - Guebriant (Renée du Bec Crespin, de Vardes, marquise de), I, 271. - - Guémené (Louis, prince de), fils du duc Hercule de Rohan-Guémené, - duc de Montbazon, père de Charles de Rohan, duc de Montbazon qui - épousa Jeanne de Schomberg, I, 207, 209; III, 505 et suiv. - - Guémené (Anne de Rohan, princesse de Guémené, cousine germaine et - femme de Louis de Rohan, prince de), I, 232; III, 505. - - Guémené (Charles, prince de), fils de Charles de Rohan, duc de - Montbazon et de Jeanne-Armande de Schomberg, et petit-fils de - Louis VII de Guémené, III, 505, 506. - - Guémené. Voy. aussi: 1º Montauban, 2º Montbazon, 3º Rohan. - - Guénégaud (Henri du Plessis-). Voy. Plessis-Guénégaud (Henri du). - - Guénégaud, trésorier de l'Epargne (Gabriel de), frère d'Henri du - Plessis-Guénégaud, secrétaire d'Etat, II, 414. - - Guercheville (marquisat de) Voy. La Roche-Guyon (duc de), I, 141. - - Guerchy (Marguerite du Regnier de Guerchy, _dite_ mademoiselle - de), fille de Claude du Regnier, baron de Guerchy, et de Lucie de - Brichanteau, I, 24, 155, 158, 403. - - Guiche (Armand de Gramont, comte de), I, 62 et suiv., 69, 70, 74, - 111, 136, 154, 232, 233, 263, 266 et suiv., 302, 313, 318, 321, - 339; II, 35, 36, 40, 61 et suiv., 73, 78, 79, 91, 92, 102, 145 et - suiv., 391 et suiv., 400, 401; III, 351; IV, 249, 251, 262, 263. - - Guiche (Louise-Marguerite-Suzanne de Béthune, comtesse de), puis - duchesse du Lude, I, 66, 295; II, 35, 78, 79. Voyez Lude - (Marguerite-Louise de Béthune-Sully, veuve du comte de Guiche, - puis duchesse du). - - Guillemette, surnom de madame de Maintenon, III, 76. - - Guilloire, secrétaire des commandements de mademoiselle de - Montpensier, II, 266. - - Guise (Henri II de Lorraine), archevêque de Reims, puis duc de - Guise, petit-fils de Henri I de Lorraine, duc de Guise le Balafré, - I, 35, 155, 185, 188, 226, 228, 300, 403, 405; II, 93, 107. - - Guise (Honorée de Glimes de Grimberghe, veuve d'Albert Maximilien - de Hennin, comte de Bossu ou Boussu, femme ou (par arrêt du - parlement) maîtresse de Henri II de Lorraine, duc de), I, 300. - - Guise (Marie de Lorraine, _dite_ mademoiselle de), fille de - Charles de Lorraine et soeur du duc Henri II, I, 415. - - Guise (Louis-Joseph de Lorraine, duc de), II, 271, 274. - - Guitaut (François de Pechpeyrou ou Puypeyrou-Comminges, comte de), - père de Guillaume, qui suit, I, 152. - - Guitaut (Guillaume de Pechpeyrou ou Puypeyrou-Comminges, comte - de), I, 73 et suiv., 95, 96, 152, 411, 414. - - Guitaut (Jeanne de La Grange, 1re femme de Guillaume de Pechpeyrou - ou Puypeyrou, comte de), I, 73. - - Guitry (Guy de Chaumont, marquis de), II, 271, 273, 412, 458; IV, - 26. - - Guyon (Jeanne Bouvier de la Motte, madame), IV, 183, 184. - - - Habert de Montmort (Anne), 2e femme du maréchal d'Estrées. Voy. - Estrées (Anne Habert de Montmort, 2e femme du maréchal d'). - - Habert de Montmort (Anne-Louise), femme de M. de Bertillac fils. - Voy. Bertillac (madame de). - - Habert (Pierre), évêque de Cahors, I, 186. - - Hamilton (les), I, 296. - - Hamilton (Elisabeth), femme du chevalier, puis comte de Gramont, - I, 50. - - Harcourt (d'), marquis de Beuvron. Voy. Beuvron (d'Harcourt, - marquis de). - - Harcourt (Anne d'Ornano, femme de François de Lorraine, prince - d'), mère de Alphonse-Henri-Charles qui suit, I, 408. - - Harcourt (Alphonse-Henri-Charles de Lorraine, prince d'), puis duc - d'Elbeuf, I, 139. - - Harcourt (Marie-Louise-Christine Jeannin de Castille, dame de - Moutiers, femme de Anne-Marie-Joseph de Lorraine, duc d'Harcourt, - fils d'Alphonse-Henri-Charles, duc d'), I, 24. - - Harcourt (Henri de Lorraine, comte d'), _dit_ Cadet la Perle, IV, - 145. - - Harlay (Philippe de), comte de Césy. Voy. Césy (comte de). - - Harlay de Champvallon, (François), archevêque de Rouen, puis de - Paris, I, 63, 64, 306; II, 266; III, 188; IV, 155 et suiv., 180 et - suiv. - - Harlay (Lucrèce-Chrétienne de), femme du prince Louis de - Courtenay. Voy. Courtenay (Louise-Chrétienne de Harlay, princesse - de). - - Hautefort (famille d'), II, 420. - - Hautefort (Jacques-François, marquis d'), frère de la maréchale de - Schomberg, I, 315. - - Hautefort (Marie d'), plus tard maréchale de Schomberg, I, 197. - - Hautefort (Surville, cadet d'). Voy. Surville. - - Hautemer (Charlotte de), femme de Pierre, comte de Grancey, fille - du maréchal de Fervaques. Voy. Grancey (Charlotte de Hautemer, - femme de Pierre, comte de). - - Hébert (madame), femme de chambre de Marie de Médicis, I, 253. - - Hecquetot (François de Beuvron d'), I, 199. - - Henri III, roi de France, IV, 279. - - Henri IV (le roi), I, 135, 189; II, 29, 61, 361; III, 70, 252, - 423; IV, 80, 143. - - Henri, légitimé de France, évêque de Metz, I, 294. - - Henriette de France, reine d'Angleterre, I, 257; II, 64, 70, 200; - IV, 231. - - Henriette d'Angleterre, femme du duc d'Orléans, Voy. Orléans - (Henriette, duchesse d'). - - Henry (François), sieur de Gerniou ou mieux Jarnioux. Voy. - Gerniou. - - Henry (Catherine), femme, 1º de Ferrier, fils du ministre - protestant, 2º du conseiller Menardeau, sieur de Champré. Voy. - Champré (madame de). - - Hercule (le P.), I, 12. - - Héroart (Jean), médecin de Louis XIII, IV, 187. - - Hérodote, IV, 69. - - Hervey (le chevalier), I, 258. - - Hervey (madame), soeur de lord Montaigu, I, 258. - - Hervieux (Laurent Arvio, _dit_ le chevalier d'Arvieux ou d'), III, - 369 et suiv. - - Heudicourt (Michel Sublet, marquis d'), grand louvetier, I, 185, - 212; IV, 137. - - Heudicourt (Bonne de Pons, femme de Sublet d'), I, 185, 217. - - Hippolyte (de Pommereuil), Voy. Pommereuil (Hippolyte de). - - Hocquetot ou Hecquetot. Voy. Hecquetot. - - Hocquincourt (Charles de Mouchy, maréchal, d'), I, 12, 68, 69, - 208, 234 et suiv., 242, 248 et suiv. - - Holland (comte de), I, 144. - - Hopital (? François de l'), I, 315. - - Humières (Louis Crevant III, marquis d'), père du 1er duc, Louis, - maréchal d'Humières, II, 74. - - Humières (Isabeau Phelippeaux, femme de Louis Crevant III, marquis - d'), mère du maréchal duc, II, 74, 75. - - Humières (Louis de Crevant, maréchal duc d'), I, 315, 316; II, 72, - 74. - - Humières (Louise-Antoinette-Thérèse de La Chatre, femme du - maréchal duc d'), II, 72, 74, 75. - - Huntley (Georges Gourdon, marquis de). Voy. Gourdon (Georges). - - Hurault de Chiverny (Cécile-Elisabeth), marquise de Monglas. Voy. - Monglas (marquise de). - - Hyacinthe (? Rigaud), peintre. Voy. Rigaud (Hyacinthe). - - Hyde de Clarendon (Anne), duchesse d'Yorck. Voy. Yorck (duchesse - d'). - - - Innocent XI (le Pape), I, 281. - - Isigny (François de Brecey, seigneur d'), II, 340. - - Isle (N..., comte de l'), I, 326. - - Isle (N..., vicomte de l'), I, 326. - - Isle (N..., femme de N..., vicomte de l'), I, 326 et suiv., 410. - - Ivry (Claude Bosc, seigneur d'). Voy. Bosc (Claude), seigneur - d'Ivry. - - Ivry (N... d'), I, 36, 39, 40. - - - Jacques II, roi d'Angleterre, I, 283 et suiv.; IV, 216. - - Jacques II (Marie-Béatrix-Eléonore d'Este, 2e femme de), Voy. Este - (Marie-Béatrix-Eléonore d'), reine d'Angleterre. - - Janin. Voyez Jeannin de Castille. - - Jars (François de Rochechouart, commandeur de Lagny-le-Sec, de - l'ordre de Malte, _dit_ le commandeur de), I, 404. - - Jarzay (René du Plessis de la Roche-Pichemer, marquis de), I, 13, - 62, 74 et suiv., 115, 139, 154, 271; II, 106. - - Jarzay (Marie-Urbain-René du Plessis de la Roche-Pichemer, marquis - de), fils de René, marquis de Jarzay, IV, 288. - - Jarzay (Anne-Thérèse de Goury, femme du précédent marquis de), II, - 106; IV, 288. - - Jean Casimir, roi de Pologne, II, 173, 174. - - Jeanne (la mère), carmélite, soeur du chancelier Seguier. Voyez - Seguier (Jeanne). - - Jeannin (le président Pierre), I, 24, 148. - - Jeannin de Castille (Nicolas), trésorier de l'Epargne, I, 23, 24 - et suiv., 148, 149, 206, 274, 303, 404; II, 341, 414. - - Jeannin de Castille (Claude de Fieubet, femme de Nicolas), I, 206. - - Jeannin de Castille (Gaspard), marquis de Montjeu, fils de - Nicolas, I, 149. - - Jeannin de Castille, marquise de Montjeu (Louise-Diane Dauvet des - Marets, femme de Gaspard), I, 149. - - Jeannin (Nicolas II), petit-fils de Pierre Jeannin, II, 341, 342, - 353. - - Joyeuse (Louis de Lorraine, duc de), I, 404. - - Joyeuse (valet de chambre du Dauphin), III, 494. - - - Keroualles (mademoiselle de), duchesse d'Aubigny, baronne de - Petersfield, comtesse de Farsam, duchesse de Porstmouth, I, 226, - 238. - - - La Barre (Jean de), président au Parlement, I, 410. - - La Barre (Marie Barin de la Galissonnière, veuve du président de), - femme d'Isaac Arnauld. Voyez Arnauld (Marie Barin de la - Galissonnière, femme d'Isaac). - - La Barte (Jean de) ou La Barthe, maréchal des logis des gendarmes - du duc d'Épernon, I, 20. - - La Baume (Catherine de Bonne, comtesse de Tallart, M{ise} de), I, - IX, 30. - - La Baume Le Blanc (famille de), II, 27. - - La Baume Le Blanc (Jean-Michel de), de La Valière, II, 28. - - La Baume Le Blanc (Laurent de), seigneur de La Valière. Voy. La - Valière. - - La Baume Le Blanc (Guillaume de), de La Vallière, évêque de - Nantes, III, 52, 53. - - La Baume Le Blanc (Louise), femme de François de Beauvau. Voy. - Beauvau (Louise de La Baume Le Blanc, femme de François de). - - La Bazinière (Macé Bertrand, sieur de), I, 25, 293, 295; II, 415. - - La Bazinière (Françoise de Barbezières, dame de), I, 293. - - La Boulaye (Maximilien Eschalart, marquis de), I, 76. - - La Brie, laquais de madame de Brancas, II, 344, 345. - - La Brizardière (l'abbé de), IV, 144. - - La Brosse (Guy de), médecin, IV, 151. - - La Bruyère, (Jean de), IV, 168. - - La Caze (Jean-Jacques de Pons, marquis de), I, 185. - - La Chaise (le P.), III, 137, 139, 140, 141, 143, 144, 145, 146, - 147, 150, 159 et suiv., 188, 203; IV, 154 et suiv., 176. - - La Chapelle (? Christophe Jouvenel des Ursins, seigneur de), et, - plus tard, marquis de Tresnel, I, 316. - - La Chatre (Louis, maréchal de), II, 459. - - La Chatre (Louise-Antoinette-Thérèse de), femme du maréchal duc - d'Humières. Voyez Humières (Louise-Antoinette, duchesse d'). - - La Chatre (Louise-Henriette de), femme de Claude Pot. Voyez Pot - (Louise-Henriette de La Chatre, femme de Claude). - - La Cotardaie (Gabrielle Glay de), femme du marquis de La Valière. - Voy. Glay de la Cotardaie (Gabrielle). - - La Fayette (Marie-Madelaine Pioche de La Vergne, comtesse de), I, - 4, 297; IV, 29. - - La Ferté (hôtel de), III, 312. - - La Ferté Saint-Nectaire ou Senneterre (Henri, maréchal de), I, 51; - II, 403, 410, 420; III, 279 et suiv. - - La Ferté (Charlotte de Bauves ou plutôt Boves, 1re femme du - maréchal duc de), II, 403. - - La Ferté (Madelaine d'Angennes de La Loupe, 2e femme du maréchal - de), I, 5, 9, 83, 146, 274; II, 403 et suiv., 471; III, 210, 279 à - 341. - - La Ferté (Henri-François de Saint-Nectaire, duc de), fils du - maréchal, II, 421, 424, 431, 440, 447 et suiv.; III, 338 et suiv., - 368 et suiv., 468, 475. - - La Ferté (Marie-Isabelle-Gabrielle-Angélique, mademoiselle de - Toucy, duchesse de), femme du précédent, bru du maréchal, I, 83; - II, 421 et suiv.; III, 367 et suiv., 468, 477, 482. - - La Ferté (Catherine-Henriette de), femme de François de Bullion, - marquis de Longchêne. Voy. Bullion, marquis de Longchêne - (Catherine-Henriette de La Ferté, femme de François de). - - La Feuillade (François d'Aubusson de), I, 243, 244, 293, 325 et - suiv.; II, 72, 74, 400, 401, 402, 468; III, 312; IV, 4, 7 et - suiv., 35, 46, 52, 53, 60, 77, 79, 86 et suiv., 96, 267. - - La Feuillade (Charlotte Gouffier, femme de François d'Aubusson - de), duchesse de Roannez, II, 74, 400; IV, 267. - - La Fontaine (Jean de), le fabuliste, I, 25, 258; IV, 81. - - La Force (Jacques Nompar de Caumont, duc de), III, 186, 202. - - La Force (Marie de Saint-Simon-Courtaumer, séparée du marquis de - Langeais, remariée à Jacques Nompar de Caumont, duc de). Voy. - Langeais (Marie de Saint-Simon Courtaumer, marquise de). - - La Force (Marie-Anne-Louise de Caumont), femme de Louis Scipion - III de Grimoard, comte du Roure. Voy. Roure (Marie-Anne-Louise de - Caumont La Force, femme de Louis-Scipion III, comte du). - - La Fosse (Mme de), I, 20. - - Lagarde (? Antoine-Escalin des Aimars, marquis de), III, 125. - - La Grange (M. de), intendant des troupes en Alsace, III, 441 et - suiv. - - La Grange (Mme de), femme du précédent, III, 441 et suiv. - - La Grange (Jeanne de), femme de Guillaume de Peychpeyrou ou - Puypeyrou, marquis de Guitaut. Voy. Guitaut. - - La Guiche (Henriette de), duchesse d'Angoulême. Voy. Angoulême - (Henriette de La Guiche, duchesse d'). - - La Guiche (Anne de), 2e fille de Philibert de la Guiche, grand - maître de l'artillerie, femme du 1er maréchal de Schomberg. Voy. - Schomberg (1er maréchal de), I, 209. - - La Guiche (Marie de), femme du duc de Ventadour, II, 55. - - La Loupe (famille d'Angennes de), III, 317. - - La Loupe (Mlle de). Voy. Olonne (Catherine-Henriette d'Angennes de - La Loupe, comtesse d'), et La Ferté (Madelaine d'Angennes de la - Loupe, maréchale de). - - La Magdelaine de Ragny (Anne), femme de François de Bonne, duc de - Lesdiguières. Voy. Lesdiguières (Anne de La Magdelaine de Ragny, - duchesse de). - - La Meilleraie (Charles de La Porte, duc et maréchal de), I, 164; - III, 465. - - La Meilleraie (Marie de Cossé-Brissac, 2e femme du précédent, - duchesse de), IV, 180. - - La Mesnardière (Jules Pillet de), I, 90, 92, 170. - - La Motte Argencourt (N..., fille de Pierre de Conty, seigneur de - La Motte et d'Argencourt, et de Madelaine de Chaumont, _dite_ Mlle - de), I, 218, 290 et suiv.; II, 30, 31, 49, 50. - - La Mothe-Houdancourt (Philippe, maréchal de), I, 292; II, 49; III, - 366, 368. - - La Mothe (Louise de Prie, Mlle de Toussy, maréchale de), I, 83, - 200, 292; II, 49, 50, 422, 424, 438; III, 240, 366, 368 et suiv. - _passim_; IV, 257, 258. - - La Mothe-Houdancourt (Charlotte-Eléonore-Madelaine de), femme de - Louis-Charles de Levis, duc de Ventadour. Voy. Ventadour - (Charlotte-Eléonore-Madelaine, duchesse de). - - La Mothe-Houdancourt (Françoise-Angélique de), 2e femme de - Louis-Marie-Victor, duc d'Aumont. Voy. Aumont. - - La Mothe-Houdancourt (Anne-Lucie de), nièce du maréchal, femme de - M. de La Vieuville, I, 292. - - La Moussaye (Amaury Goyon, comte de), I, 187, 199. - - La Noue Bras de Fer (François de), II, 436. - - La Porte, valet de chambre de Louis XIV, I, 184. - - La Porte (Mlle de), femme du chevalier Garnier, II, 31, 50. - - La Rivière (Louis Barbier, abbé de), puis évêque de Langres, I, - 87, 91, 186. - - La Rivière (Antoine Barbier de), commissaire de l'artillerie en - Champagne, I, 186. - - La Roche-Chemerault (Geoffroy de Barbezières, comte de). Voy. - Chemerault (Geoffroy de Barbezières, sieur de). - - La Rochefoucauld (François VI, duc de), d'abord prince de - Marsillac, I, 42 et suiv, 46, 62, 65, 75, 95, 99, 100 et suiv., - 130, 150, 182, 188, 189, 196 et suiv., 213, 232, 233, 244, 245, - 252, 258, 267, 298, 416; II, 154, 457; IV, 79, 80. - - La Rochefoucauld (Andrée de Vivonne, femme de François VI de), II, - 457. - - La Rochefoucauld (François VII de), d'abord prince de Marsillac, - II, 457; IV, 79, 80. Voy. aussi Marsillac (François VII de La R., - prince de). - - La Rochefoucauld (M. de), premier marquis d'Estissac. Voy. - Estissac (François de La Rochefoucauld, premier M{is} d'), III, - 72. - - La Roche-Guyon (Henri-Roger, comte, puis en 1663 duc de), marquis - de Liancourt et de Guercheville, comte de Durtal, I, 139, 140, - 141, 232, 233. - - La Roche-Guyon (Anne-Elisabeth de Lannoy, ou Lanoye, femme de - Henri-Roger du Plessis-Liancourt, comte de), I, 58, 210, 271. - - La Roche-Guyon (Jeanne-Charlotte, Mlle de), I, 139, 140, 141. - - La Roche-Pozay (Diane de). Voy. Saint-Loup (Mme de). - - La Roche-sur-Yon (François-Louis de Bourbon, duc de), puis prince - de Conti, après la mort de Louis-Armand de B., prince de Conti, - son frère, III, 192, 474. - - La Roquette (Henri-Gabriel de Roquette, évêque d'Autun, nommé ici - par erreur, l'abbé de), I, 189. - - La Suze (Henriette de Coligny-Chastillon, comtesse d'Adington, - puis comtesse de), I, 320, 347, 405. - - La Tour-d'Auvergne (Frédéric-Maurice de), duc de Bouillon. Voy. - Bouillon (Frédéric-Maurice de La Tour-d'Auvergne, duc de). - - La Tour-d'Auvergne (Henri-Ignace de), duc de Château-Thierry. Voy. - Château-Thierry (Henri-Ignace de La Tour-d'Auvergne, duc de). - - La Tour-Roquelaure (N... de), I, 328. - - La Tremouille (Philippe de), père de François de la - Tremouille-Noirmoutier, III, 334. - - La Tremouille-Noirmoutier. Voy. Noirmoutier. - - La Tremouille-Olonne. Voy. Olonne. - - La Tremouille-Royan. Voy. Royan. - - La Tremouille (Yolande-Julie de), M{ise} de Royan. Voy. Royan - (M{ise} de). - - La Tresne (M. de), premier président au parlement de Bordeaux, IV, - 137, 138. - - La Valette (Louis de Nogaret, cardinal de), archevêque de - Toulouse, frère du duc [Bernard] d'Epernon, I, 147, 191. - - La Valière (Laurent de la Baume le Blanc, seigneur de), II, 27. - - La Valière (Françoise Le Prévost, femme de Laurent de), II, 27, - 28, 34. - - La Valière (Gabrielle Glay de la Cotardaie, femme de Jean-Louis, - marquis de). Voy. Glay de la Cotardaie (Gabrielle), II, 44, 45. - - La Valière (Louise-Françoise de La Baume le Blanc, duchesse de), - I, 66, 185, 217, 271, 289, 292 et suiv., 301; II, 27 à 96, 99 et - suiv., 115 et suiv., 139 et suiv., 145, 148, 151, 152, 167, 168, - 180 et suiv., 363, 365, 370 et suiv., 461; III, 8, 29, 52, 57, 66, - 186; IV, 63, 223, 248 et suiv., 258 à 263, 282, 283. - - La Valière (Jean-François de la Baume le Blanc, marquis de), II, - 28, 44. - - La Valière (Louis-César de la Baume le Blanc, duc de), III, 197. - - La Vauguyon (André de Betoulat, sieur de Fromenteau, comte de), I, - 70. - - La Vergne (Marie Pena, femme d'Aymar de), mère de Mme de La - Fayette, I, 4. - - La Vergne (Mlle de), comtesse de La Fayette. Voy. La Fayette (Mlle - de La Vergne, comtesse de). - - La Vienne, barbier étuviste, III, 225, 228, 229, 236, 240. - - La Vieuville (hôtel de), III, 499. - - La Vieuville (René-François, marquis de), I, 293, 300, 315. - - La Vieuville (Anne-Lucie de La Mothe-Houdancourt, femme du marquis - de), nièce du maréchal de La Mothe-Houdancourt, I, 293. - - L'Avocat ou L'Advocat (Nicolas) de Sauveterre, II, 429. - - L'Avocat (Marguerite Rouillé, femme de Nicolas), II, 429. - - L'Avocat, maître des requêtes, fils de Nicolas L'Avocat, II, 429 - et suiv.; III, 446, 482. - - L'Avocat, maître des comptes, III, 480. - - L'Avocat (Catherine), femme d'Arnauld de Pomponne, II, 429. - - L'Avocat (N...), femme du marquis de Vins, II, 429. - - Le Camus (l'abbé Etienne), aumônier du roi Louis XIV, puis - cardinal, I, 277 et suiv. - - Le Clerc de Lesseville. Voy. Lesseville (Le Clerc de). - - Le Coigneux (le président Jacques), I, 151. - - Le Febvre de Bournonville (Nicolas), IV, 26. - - Le Large (M.), médecin, II, 348. - - Le Page, sieur de Saint-Loup. Voy. Saint-Loup. - - Le Pelletier (le président Claude), et mieux Le Peletier, IV, 126. - - Le Pelletier (Michel), ministre, _dit_ aussi Le Peletier de Sousy, - IV, 156. - - Le Petit (Claude) ou Petit, III, 227. - - Le Prevost (Jean), sieur de la Coutelaie, écuyer de la grande - écurie, II, 28. - - Le Prévost (Françoise), femme de Laurent de La Valière, veuve de - P. Bénard, seigneur de Rezay, II, 27, 28, 34. - - Le Tellier (Michel), chancelier de France, I, 47, 292; II, 22, - 131, 272, 390; III, 47, 364, 365. - - Le Tellier (François-Michel), marquis de Louvois. Voy. Louvois - (François-Michel Le Tellier, marquis de). - - Le Tellier (Anne de Souvré, femme de Fr. Michel). Voy. Louvois - (Anne de Souvré, marquise de). - - Le Tellier (Madelaine Fare), 1re femme de Louis-Marie-Victor, duc - d'Aumont. Voy. Aumont (Madelaine, duchesse d'). - - Le Tellier (Madelaine), femme de Gabriel, marquis de Tilladet. - Voy. Tilladet (Gabriel de Cassagnet, marquis de). - - Le Tellier (Charles-Maurice), archevêque de Reims, II, 266; III, - 454 et suiv., 483 et suiv., 499 et suiv., 509. - - Le Vasseur, notaire, III, 213. - - Le Vasseur (N..., femme du notaire), III, 213. - - Le Veneur (Anne), femme de François de Fiesque, et non de Jacques - II d'Harcourt de Beuvron. Voy. Beuvron. - - L..... (le comte de), mari de la comtesse de L..., aimée de Louis - XIV, IV, 17, 18, 38, 40, 42 et suiv., 50, 65, 66, 77, 78, 80 et - suiv., 108 à 122. - - L... (la comtesse de), aimée de Louis XIV, IV, 5 à 122. - - Laffemas (l'abbé N... de), I, 88. - - Laguille (le P.), III, 70, 72, 73, 117. - - Lalanne (Pierre de Cadillac, seigneur de). Voy. Cadillac (Pierre - de). - - Laigues (Geoffroy, marquis de), I, 144, 145, 195, 409; II, 89, 90. - - Lambert de Thorigny (Nicolas), IV, 129, 130. - - Lambert de Thorigny (Marie-Madelaine Bontemps, femme de), IV, 129. - - Lameth (Marie de), 1re femme de Louis-Charles, prince de - Courtenay. Voy. Courtenay (Marie de Lameth, femme de - Louis-Charles, prince de). - - Lambert, commis de l'Epargne, I, 214, 215. - - Langeais (René de Cordouan, marquis de Langeay ou), I, 361; II, - 436, 437; III, 187, 224. - - Langeais (Marie de Saint-Simon-Courtaumer, 1re femme de René de - Cordouan, marquis de), puis femme de Jacques Nompar de Caumont, - duc de La Force, II, 436, 437; III, 186, 187, 202. - - Lannoy ou Lanoye (Anne-Elisabeth de), femme de Henri-Roger Du - Plessis-Liancourt, comte de La Roche-Guyon. Voy. La Roche-Guyon - (Mme de). - - Lansac (Gille de Saint-Gelais, marquis de), I, 315. - - Lansac (Françoise de Souvré, femme de Gille de Saint-Gelais, - marquis de), I, 292. - - Lansac (Marie-Madelaine de Saint-Gelais, fille du marquis de), - femme de Vassé. Voy. Vassé (marquise de). - - Largille, I, 316. - - Lasphrise (le capitaine), IV, 269. - - Lauzun (Antoine Nompar de Caumont, marquis de Puyguilhem, comte - puis duc de), I, 65, 67, 130, 132 et suiv., 164; II, 35, 36, 72, - 73, 197 à 282, 364 à 400, 458, 459, 471 et suiv.; III, 9, 125, - 320; IV, 6, 73, 203, 280, 285, 286. - - Lauzun (François, chevalier de), frère du duc, I, 135, 138. - - Lauzun (Geneviève Marie de Durfort de Lorge, femme du duc de), IV, - 203. - - Laval (Urbain de), marquis de Lezay, II, 426. - - Laval (Françoise de Sesmaisons, femme d'Urbain de), II, 426. - - Laval-Montmorency (Marie-Louise de), femme du duc de Roquelaure. - Voy. Roquelaure (Marie-Louise de Montmorency, duchesse de). - - Lebrun (Charles), peintre, III, 20, 384. - - Leclerc du Tremblay (Marie), femme de Louis d'Angennes, marquis de - Maintenon. Voy. Maintenon (Marie Leclerc du Tremblay, femme de - Louis d'Angennes de Rochefort de Salvert, marquis de). - - Leganez (le marquis de), IV, 145. - - Legendre (Marguerite Combefort, veuve de), 1re femme de Guillaume - Cornuel, I, 87. - - Legendre (Mlle), fille de la 1re femme de Guillaume Cornuel, I, - 87. - - Lenclos (Ninon de). Voy. Ninon. - - Lenet (Pierre), conseiller d'Etat, I, 189, 214. - - Lenoncourt (Madelaine de), 1re femme de Hercule de Rohan-Guemené, - duc de Montbazon. Voy. Montbazon (1re duchesse de). - - Lenox (François-Marie Stuart, duc de Richmont et de), I, 238. - - Léopold 1er, empereur d'Allemagne, IV, 200. - - Lescalopier (Balthazar), président au parlement, I, 186, 315. - - Lescalopier (Charlotte Germain, femme du président), I, 186, 315. - - Lescuier (Claude), femme de Laurent Limosin, II, 46. - - Lesdiguières (François de Bonne, 1er duc de), I, 406; III, 262. - - Lesdiguières (Anne de La Magdelaine de Ragny, 2e femme de François - de Bonne, duc de), I, 271, 406; III, 238. - - Lesdiguières (Charles-Nicolas de Bonne de), marquis de Ragny. Voy. - Ragny (Charles-Nicolas, marquis de). - - Lesdiguières (François-Emmanuel de Bonne de Créqui, duc de), et - d'abord comte de Sault, II, 404, 405, 431; III, 188, 207, 208, 215 - et suiv. - - Lesdiguières (Paule-Marguerite-Françoise de Gondi de Retz, femme - de François-Emmanuel de Bonne de Créqui, duc de), II, 404; III, - 188, 215. - - Lesparre (Louis de Madaillan de), marquis de Montataire, comte de - Manicamp, I, 151. - - Lessay (Guillaume Briçonnet, seigneur de), III, 254. - - Lesseville (Mlles Le Clerc de), I, 149. - - Lethington, anglais, I, 296. - - Leuville (René Olivier, marquis de), I, 315. - - Levis-Charlus (famille de), II, 420. - - Lezay (Suzanne de), femme d'Agrippa d'Aubigné. Voy. Aubigné - (Suzanne de Lezay, femme d'Agrippa d'). - - Liancourt (Roger du Plessis, duc de). Voy. La Roche-Guyon. - - Libertat (Claire de), 2e femme de Gaspard, marquis de - Forbin-Janson. Voy. Forbin-Janson (marquise de). - - Lignerac (famille Robert de), II, 420. - - Lignerac (N... Robert, chevalier de), II, 451; III, 340. - - Lignerac (N... Robert, abbé de), II, 420, 447, 451. - - Ligny (? Philippe de), conseiller au parlement, I, 315. - - Limoges (Charles-François de Rochechouart, marquis de Bellenave, - appelé comte de), I, 77. - - Limosin (Laurent), sergent à verge, II, 46. - - Liscouet (Guillaume du), père du chevalier, II, 420. - - Liscouet (Marie Talhouet, femme de Guillaume du), II, 420. - - Liscouet (Philippe-Armand, vicomte de Planches, chevalier du), II, - 420. - - Liscouet (Marie-Angélique du), femme du financier Antoine-Arthur - Deschiens, II, 420. - - Lislebonne (François-Marie de Lorraine, comte de), III, 198. - - Lislebonne (Anne, légitimée de Lorraine, 2e femme de - François-Marie, comte de), III, 198; IV, 228. - - Lissalde (le sieur de), valet de garde-robe de Louis XIV, IV, 26. - - Longchêne (François de Bullion, marquis de), III, 302. - - Longueil de Maisons (René), premier président de la cour des - Aides, président à mortier au Parlement de Paris, II, 41. - - Longueil (Renée-Marie de), femme de M. de Rohan (Louis), II, 41. - - Longueval-Manicamp (Gabrielle de), 3e femme du maréchal d'Estrées. - Voy. Estrées (Gabrielle de Longueval-Manicamp, 3e femme du - maréchal d'), III, 252. - - Longueville (hôtel de), III, 499. - - Longueville (Henri II d'Orléans duc de), I, 9, 168, 184, 186 et - suiv.; II, 402 à 420. - - Longueville (Louise de Bourbon, fille du comte de Soissons, 1re - femme de Henri d'Orléans, duc de), I, 184. - - Longueville (Anne-Geneviève de Bourbon-Condé, 2e femme de Henri - d'Orléans, duc de), I, 75, 168, 184, 187 et suiv., 194, 202, 252, - 415, 416; II, 197, 198, 402; IV, 267. - - Longueville (Charles-Paris, d'abord comte de Saint-Paul, puis duc - de), II, 197, 198, 201, 219, 223, 248, 402; III, 226, 229, 305 et - suiv., 434, 465. Voy. aussi Saint-Paul (Charles-Paris - d'Orléans-Longueville, comte de). - - Longueville (Louis-Charles d'Orléans, chevalier de), fils naturel - de Charles-Paris d'Orléans-Longueville et de la maréchale de La - Ferté, II, 411, 413, 414; III, 330, 331. - - Longueville (Marie d'Orléans de Longueville, _dite_ Mlle de), qui - devint duchesse de Nemours, IV, 273. - - Loret (Jean), auteur de la _Muze historique_, II, 123, 132, 146; - III, 121, 122; IV, 253, 273. - - Lorge (Guy de Durasfort, duc et maréchal de), IV, 203. - - Lorge (Gabrielle de Durasfort, fille du maréchal duc de), femme du - duc de Saint-Simon. Voy. Saint-Simon (Gabrielle de Durasfort de - Lorge, femme du duc de). - - Lorge (Geneviève-Marie de Durasfort, fille du maréchal duc de), - femme du duc de Lauzun. Voy. Lauzun (Geneviève-Marie de Durasfort - de Lorge, femme du duc de). - - Lorraine (François II, duc de), I, 290. - - Lorraine (Marguerite de), femme de Gaston d'Orléans, fille de - François II de Lorraine. Voy. Orléans (Marguerite de Lorraine, - duchesse d'). - - Lorraine (Louis de), duc de Joyeuse, puis duc d'Angoulême, II, 73, - 74. - - Lorraine (Nicolas-François, duc de), oncle du prince Charles IV, - II, 201. - - Lorraine (Charles IV duc de), I, 144, 160; II, 201, 382; III, 198; - IV, 231. - - Lorraine (Henri de), chef de la maison d'Armagnac (qui épousa - Marguerite de Camboust), III, 253. - - Lorraine-Armagnac (Marguerite de Camboust, femme de Henri de), - III, 253. - - Lorraine (Philippe, chevalier de), fils de Henri de Lorraine, - comte d'Armagnac, I, 113, 271; II, 363, 364, 370; III, 253. - - Lorraine (Louis de), comte d'Armagnac, grand écuyer, III, 491, - 492. - - Lorraine, comte d'Armagnac (Catherine de Neufville-Villeroy, femme - de Louis de), III, 491. - - Lorraine (Henri de), comte de Briosne, fils de Louis de - Lorraine-Armagnac et de Catherine de Neuville-Villeroy. Voy. - Briosne (Henri de Lorraine, comte de). - - Lorraine-Armagnac (Marie-Angélique-Henriette de), duchesse de - Cadaval. Voy. Cadaval (duchesse de). - - Lorraine (Mlle d'Orléans, duchesse de), fille de Gaston, II, 28; - III, 240, 433. - - Lorraine (Charles-Henri, légitimé de), prince de Vaudemont. Voy. - Vaudemont (Charles-Henri, légitimé de Lorraine, prince de). - - Louis XI, III, 200, 356. - - Louis XIII, I, 68, 115, 143, 175; III, 423; IV, 143, 151. - - Louis XIV, ou le grand Alcandre ou _Deodatus_, I, VIII, 216 et - suiv., 226, 254, 255, 289 et suiv., 292, 310, 415; II, 1 à 25, 27 - à 96, 99 à 111, 147 et suiv., 206, 219, 225, 228 et suiv., - _passim_, 344, 352, 357, 361-473; III, 3 à 58, 66, 126 et suiv., - 157 à 180, 185 et suiv., 209, 210, 211, 226, 279, 298, 320, 321, - 345, 346, 347, 358, 364, 365, 378, 391, 423, 452, 453, 467, 489, - 498 et suiv., 508, 509; IV, 5 à 122, 125 et suiv., 204, 215, 216, - 241, 245 et suiv., 257. - - Louis, Dauphin de France. Voy. Dauphin. - - Louis, fils de Laurent Limosin, et peut-être Louis de Bourbon, II, - 46. - - Louis XV, IV, 211. - - Louise de la Miséricorde, nom de Mme de la Valière au couvent des - Carmélites. Voy. La Valière (Mlle de). - - Louison d'Arquien. Voy. Arquien (Louison d'). - - Louvigny (Antoine-Charles de Gramont, comte de), plus tard comte - de Guiche, puis duc de Gramont, I, 68, 136; II, 78, 173. - - Louvigny (Marie-Charlotte de Castelnau, comtesse de), puis - comtesse de Guiche, et enfin duchesse de Gramont, I, 68. - - Louvois (François-Michel Le Tellier, marquis de), I, 292; II, - 72-74, 266, 273, 344, 390, 391, 397, 398, 438, 439, 462, 463; III, - 16, 150, 358, 359, 363, 454, 488, 501 et suiv.; IV, 169, 175, 257, - 265. - - Louvois (Anne de Souvré, marquise de), I, 292; II, 72-74; IV, 130. - - Lude (Jean de Daillon du), tige de la famille, I, 320. - - Lude (François de Daillon, comte du), gouverneur de Gaston - d'Orléans, I, 320. - - Lude (Marie Feydeau, femme de François Daillon du), I, 320. - - Lude (Henri de Daillon, comte, puis duc du), I, 65, 304, 306, 320 - et suiv., 408; II, 390; III, 448, 449. - - Lude (Eléonore de Bouillé, 1re femme de Henri de Daillon, comte - du), I, 321; III, 449. - - Lude (Marguerite-Louise-Suzanne de Béthune-Sully, veuve du comte - de Guiche, 2e femme de Henri de Daillon, comte du), I, 321; III, - 449. Voy. aussi Guiche (Marguerite-Louise-Suzanne de - Béthune-Sully, femme du comte de). - - Lude (Charlotte-Marie de Daillon du), marquise puis duchesse de - Roquelaure. Voy. Roquelaure (duchesse de), II, 72. - - Ludres (Marie-Elisabeth de), chanoinesse de Poussay, I, 217; III, - 13, 29. - - Luisa de Guzman, reine de Portugal, II, 296. - - Lully (Jean-Baptiste), II, 352. - - Luxembourg (François-Henri de Montmorency, maréchal de), mort en - 1695, et non en 1655, I, 135, 153, 154, 156; II, 186, 187, 188; - III, 189, 254; IV, 230, 231. - - Luxembourg (Madelaine-Charlotte-Bonne-Thérèse de Clermont - Tonnerre, et non Catherine de Clermont Tallard, femme du maréchal - de), II, 187; III, 254. - - Luxembourg (Charles-François-Frédéric de Montmorency, d'abord - appelé prince de Tingry, puis duc de), fils du maréchal de - Luxembourg, I, 296; IV, 138. - - Luxembourg (Marie-Thérèse d'Albert, fille aînée du duc de - Chevreuse, 1re femme du précédent duc de), IV, 138. - - Luxembourg (Marie Gilonne de Gillier de Clérambault, 2e femme du - précédent duc de), IV, 129, 138. - - Luxembourg (le chevalier de), frère du prince de Tingry, et qui en - prit le nom à la mort de celui-ci. Voy. Tingry (Christian-Louis, - chevalier de Luxembourg, puis prince de), à la mort de son frère. - - Luynes (hôtel de), III, 499. - - Luynes (Charles d'Albert, duc et connétable de), I, 116, 143; II, - 47. - - Luynes (Louis-Charles d'Albert, duc de), de Chevreuse et de - Chaulnes, II, 47. - - Luynes (Anne de Rohan-Montbazon, 2e femme de Louis-Charles - d'Albert, duc de), I, 209. - - Luynes (Charles-Honoré d'Albert, duc de), II, 47. - - Luynes (Jeanne-Marie Colbert, femme de Charles-Honoré d'Albert, - duc de), II, 47, 48, 72; IV, 254, 255. - - Lyonne (Hugues de), ministre, II, 272, 415, 471; III, 47, 210, - 217, 230, 263 et suiv. - - Lyonne (Paule Payen, femme de Hugues de), III, 210 et suiv.; 279 - et suiv. - - Lyonne (Madelaine de), femme de François Annibal d'Estrées, - marquis de Coeuvres, II, 405. - - - Machault (M. de), conseiller à la Cour des Aides, I, 87. - - Maçon, joaillier, III, 414. - - Madaillan de Lesparre (Louis de), marquis de Montataire, comte de - Manicamp. Voy. Lesparre. - - Madame (princesse palatine), I, 112. - - Madame (Henriette d'Angleterre, duchesse d'Orléans, _dite_), I, - 65, 67, 138, 144, 150. - - Mademoiselle de Montpensier. Voy. Montpensier (Mlle de). - - Magdelaine de Ragny (Anne de La), femme de François de Bonne, duc - de Lesdiguières. Voy. Lesdiguières (Anne de La Magdelaine de - Ragny, duchesse de). - - Maignelay (Antoinette de), dame de Cholet, maîtresse de François - II, duc de Bretagne, I, 252. - - Maignelois. Voy. Maignelay. - - Maillé (Urbain de), maréchal de Brézé. V. Brézé (maréchal de). - - Maillé (Claire-Clémence de), princesse de Condé. Voy. Condé - (Claire-Clémence de Maillé, femme de Louis II, princesse de). - - Maine (Louis-Auguste de Bourbon, duc du), fils de Louis XIV et de - Mme de Montespan, II, 378, 471; III, 130, 134, 189, 331, 472. - - Maine (Louise-Bénédictine de Bourbon-Condé, femme de Louis-Auguste - de Bourbon, duc du), III, 198. - - Maintenon (famille d'Angennes de), III, 135. - - Maintenon (Louis d'Angennes de Rochefort de Salvert, marquis de), - baron de Meslay, père de Charles-François, III, 135. - - Maintenon (Marie Leclerc du Tremblay, femme de Louis d'Angennes de - Rochefort-Salvert, marquis de), III, 135. - - Maintenon (Charles-François d'Angennes, marquis de), fils des - précédents, III, 135. - - Maintenon (Françoise d'Aubigné, veuve de Scarron, marquise de), I, - 10, 40, 72, 146, 305, 306, 314; II, 412, 465; III, 61 et suiv., - 157 à 177, 190, 193 et suiv., 466, 470, 474; IV, 120 et suiv., - 210 et suiv., 256, 279, 283. - - Maistre (Joseph de), I, 217. - - Malebranche (le P. Nicolas), III, 47. - - Malherbe (François), I, 115. - - Malicorne (M. de), écuyer du duc de Guise, I, 185, 405. - - Mallet (?.....), I, 316. - - Mancini (Hieronyme Mazarini, femme de Michel Laurent), soeur du - cardinal Mazarin, I, 283 et suiv. - - Mancini (Hortense), duchesse de Mazarin. Voy. Mazarin (Hortense - Mancini, femme de Armand-Charles de la Porte de la Meilleraye, duc - de). - - Mancini (Olympe), femme d'Eugène-Maurice de Savoie, comte de - Soissons. Voy. Soissons (Olympe Mancini, comtesse de). - - Mancini (Laure-Victoire), femme de Louis de Vendôme, duc de - Mercoeur. Voy. Mercoeur (Laure Mancini, duchesse de). - - Mancini (Marianne). Voy. Bouillon (Marie-Anne ou Marianne Mancini, - femme de Godefroy-Maurice, duc de). - - Mancini (Marie), connétable Colonna, I, 31, 217; II, 1 à 25, 31, - 48. Voy. en outre: Colonna (Marie Mancini, connétable). - - Mancini (Alphonse), mort à 14 ans, I, 284, 285. - - Mancini (Philippe de), duc de Nevers et de Donzy. Voy. Nevers (duc - de). - - Manicamp (famille et terre de), I, 151. - - Manicamp (comte de). Voy. Lesparre (Louis de Madaillan de). - - Manicamp (Achille de Longueval, seigneur de), maréchal de camp, - père de Bernard de Manicamp, I, 68; III, 252. - - Manicamp (Bernard de Longueval, marquis de), fils d'Achille de - Manicamp, I, 13, 63 et suiv. _passim_, 79, 80, 81, 82, 124 et - suiv., 137, 277 et suiv., 301; II, 146 et suiv.; III, 253, 348 et - suiv. - - Manicamp (Gabrielle de Longueval, fille d'Achille de), 3e femme du - maréchal d'Estrées, I, 151; II, 146. - - Manicamp (... de Longueval, demoiselle de), religieuse, I, 69. - - Manneville (Louis de), seigneur d'Auzonville, de la maison de - Roncherolles, I, 301; IV, 151. - - Manneville (Catherine de), fille du précédent et de Suzanne de - Séricourt, I, 295, 297 et suiv. - - Mansart (François), architecte, III, 384; IV, 169. - - Mantoue (Ferdinand-Charles de Gonzague IV, duc de), IV, 146. - - Mar (comte de), I, 296. - - Marans (Françoise de Montallais, comtesse de), I, 264. - - Marchand (Anne), 1re femme de Constant d'Aubigné. Voy. Aubigné - (Anne Marchand, femme de Constant d'). - - Marcillac. Voy. Marsillac. - - Maré (Joseph Rouxel, comte de), III, 240. - - Maré (Marie-Louise Rouxel de Grancey, femme de Joseph Rouxel, - comte de), III, 240, 426 et suiv. - - Marginor (?) I, 316. - - Marie, entrepreneur du Pont-Marie, III, 360. - - Marie de Médicis, II, 154. - - Marie d'Angleterre, femme de Guillaume, prince d'Orange. Voy. - Orange (Marie d'Angleterre, femme de Guillaume, prince d'). - - Marie-Thérèse d'Autriche, infante d'Espagne, femme de Louis XIV, - II, 16, 24, 29, 32, 43, 49, 53, 57, 58, 60, 61, 65, 70, 71, 77, - 90, 102, 105, 107, 109, 111, 153, 219, 222, 229, 237, 239, 244, - 265, 268; III, 13, 14, 185; IV, 6, 8, 31, 61, 78, 85, 151, 252, - 258, 263, 264. - - Marillac (Louis, maréchal de), I, 170. - - Marillac (Valence de), baronne d'Attichy. Voy. Attichy (baronne - d'). - - Marsillac (François VI de La Rochefoucauld, prince de), puis, à - partir de 1650, duc de La Rochefoucauld. Voy. La Rochefoucauld. - - Marsillac (François VII de La Rochefoucauld, prince de), II, 457, - 458, 460, 461, 462, 467; IV, 79, 80. Voy. aussi La Rochefoucauld - (François VII de). - - Marion Delorme (Marie de Lou, demoiselle de l'Orme, _dite_), I, - 51. - - Marinier, commis de Colbert, IV, 169. - - Martinozzi (Anne-Marie), qui devint princesse de Conti. Voy. Conti - (Anne-Marie Martinozzi, princesse de). - - Mastas ou Matha (Charles de Bourdeilles, comte de). Voy. Matha. - - Matha ou Mastas (Charles de Bourdeilles, comte de), I, 188; II, - 341, 348. - - Matignon (famille de), I, 147. - - Maubuisson (Catherine-Angélique, abbesse de), fille naturelle - d'Henri d'Orléans, duc de Longueville, I, 184, 185. - - Maulevrier (Charles-Robert de La Marche, comte de), I, 316. - - Mauny (Charlotte Brûlart, marquise et non comtesse de), III, 251. - - Maure (Louis de Rochechouart, fils de Gaspard, frère de Gabriel de - Rochechouart, comte de), I, 170, 199; II, 100. - - Maure (Anne Doni d'Attichy, comtesse de), I, 170, 171, 172; II, - 100, 102, 103; IV, 265, 268, 278. - - Mazarin (le cardinal), I, VIII, 31, 55, 58, 69, 74, 75, 116, 137, - 141, 143, 147, 179, 180, 183 et suiv., 203, 204, 212, 217, 226, - 231, 233, 240, 248, 255, 256, 262, 263, 278, 279 et suiv., 291, - 298, 320; II, 3 et suiv., 29, 31, 32, 147, 154, 187, 200; III, - 478; IV, 245. - - Mazarin (Armand-Charles de la Porte de la Meilleraie, duc de), II, - 69; III, 465. - - Mazarin (Hortense Mancini, duchesse de), femme du précédent, I, - 37, 238, 257, 284 et suiv.; II, 3; IV, 80, 262. - - Meaux du Fouilloux (Bénigne de), marquise d'Alluye. Voy. Alluye - (Benigne de Meaux du Fouilloux, marquise d'). - - Meckelbourg ou Mecklembourg-Schwerin (Christian-Louis, duc de), I, - 157, 158, 264; III, 472. - - Mecklembourg (Isabelle-Angélique de Montmorency-Boutteville, veuve - du duc de Châtillon, puis duchesse de). Voy. Châtillon (duchesse - de). - - Medavy (... de Rouxel de), I, 315. - - Meilhan (Sénac de). Voy. Senac de Meilhan. - - Melun (le comte de), IV, 128. - - Melun (Alexandre-Guillaume de), prince d'Epinay. Voy. Epinay. - - Menage (Gilles), I, 306, 323. - - Menandor, nom patronymique de la maison de Gramont, I, 139. - - Ménardeau, sieur de Champré (Henri). I, 410. Voy. aussi Champré - (Ménardeau, sieur de). - - Meneville (Mlle de). Voy. Manneville. - - Mercoeur (Louis de Vendôme, duc de), I, 54, 68, 151; II, 354; III, - 197. - - Mercoeur (Laure-Victoire Mancini, duchesse de), I, 54, 283 et - suiv.; III, 197. - - Méré (César Brossin, chevalier de), III, 74, 352. - - Mérille (le docteur), précepteur du grand Condé, I, 32, 37. - - Meslay (Louis d'Angennes de Rochefort de Salvert, marquis de - Maintenon, baron de). Voy. Maintenon (Louis d'Angennes de - Rochefort de Salvert, marquis de). - - Mesmes (Marie de la Vallée-Fossez, marquise de), belle-mère du - comte, puis duc de Vivonne, 2e femme du président Henry de Mesmes, - sieur de Roissy, I, 286. - - Mesmes (Antoinette-Louise de), femme de Louis-Victor de - Rochechouart, comte puis duc de Vivonne. Voy. Vivonne (comtesse - de). - - Métézeau (Clément), architecte, III, 499. - - Meunier (le P.), jésuite, IV, 158. - - Mignard (Pierre), peintre, III, 312, 499; IV, 226 et suiv. - - Mignard (la), courtisane, III, 229. - - Miossens, maréchal d'Albret. Voy. Albret (maréchal d'). - - Miossens (François-Amanieu d'Albret, frère du maréchal d'Albret, - comte de), I, 185, 188; III, 73. - - Miossens (Elisabeth de Pons du Bourg, femme de François-Amanieu - d'Albret, comte de), I, 185. - - Miossens, bâtard d'Albret, I, 75. - - Modène (Alphonse d'Este IV, duc de), I, 283 et suiv. - - Modène (Laure Martinozzi, duchesse de), I, 283 et suiv. - - Modène (Marie-Béatrix de), fille du duc et de Mlle Martinozzi, - femme de Jacques II, roi d'Angleterre, I, 283 et suiv. - - Molé de Champlatreux (le président Jean-Louis), I, 231. - - Molé de Champlatreux (Madelaine Garnier, femme de), II, 337. - - Molière (Jean-Baptiste Poquelin), I, 65, 134, 193, 198, 312; III, - 226; IV, 31, 32, 228. - - Molière (Armande-Grésinde-Claire-Elisabeth Béjart, femme de), I, - 65, 134. - - Molina (la señora), II, 62, 63, 68, 167. - - Monaco (Louis Grimaldi, prince de), duc de Valentinois, II, 73. - - Monaco (Catherine-Charlotte de Gramont, duchesse de), I, 134, 136, - 138, 217; II, 78, 365 à 370. - - Monglas. Voy. Montglas. - - Monnerot, partisan, II, 349. - - Monsieur (Philippe de France, _dit_), duc d'Anjou. Voy. Orléans - (Philippe de France, duc d'Anjou, puis duc d'). - - Montaigu (Edme, lord), I, 256 et suiv. - - Montaigu (M. de), fils de mylord Montaigu, I, 256 et suiv. - - Montal (Charles de Montsaunin, comte du ou de), IV, 210, 211, 231. - - Montalais (N... de Bérard, d{lle} de) ou Montalet, II, 54, 151, - 152, 153, 155, 158, 161, 162, 163, 164, 165, 166, 172, 174, 175, - 176. - - Montalembert (Louise de), femme de P. de Cadillac, seigneur de - Lalanne. Voy. Cadillac (Louise de Montalembert, femme de Pierre - de). - - Montandré (Dubosc, s{r} de), I, 271. - - Montataire (Louis de Madaillan de Lesparre, marquis de), comte de - Manicamp, I, 151. - - Montauban (J.-B. Armand de Rohan, prince de), III, 504, 505, 506. - Voy aussi: 1º Guémené; 2º Montbazon; 3º Rohan. - - Montauban (Charlotte Bautru, veuve du marquis de Rannes, femme de - Jean-Baptiste-Armand de Rohan, prince de), III, 504, 507, 508. - - Montausier (Charles de Sainte-Maure, marquis, puis duc de), I, - 413; II, 53, 271, 272, 273, 374, 421; III, 197. - - Montausier (Julie-Lucine d'Angennes de Rambouillet, marquise, puis - duchesse de), I, 136, 413; II, 53, 60, 75 à 79, 83, 84, 379, 381; - IV, 260. - - Montbazon. Voy. aussi: 1º Guémené; 2º Montauban; 3º Rohan. - - Montbazon (Hercule de Rohan, duc de), I, 143, 145, 207 et suiv.; - II, 47; III, 146. - - Montbazon (Madeleine de Lenoncourt, 1re femme de Hercule de - Rohan-Guémené; duc de), I, 207. - - Montbazon (Marie de Bretagne d'Avaugour, 2e femme d'Hercule de - Rohan-Guémené, duc de), I, 78, 188, 207 et suiv., 235, 252; III, - 146. - - Montbazon (Louis VII de Rohan, prince de Guémené, duc de), II, 33, - 34, 41. - - Montbazon (Charles de Rohan, prince de Guémené, duc de), père du - prince de Montauban, fils de Louis VII de Guémené, III, 504, 505. - - Montbazon (Jeanne-Armande de Schomberg, fille du premier maréchal - de ce nom et d'Anne de la Guiche, femme de Charles de Rohan, - prince de Guémené, duc de), I, 209; III, 504, 505. - - Montbazon (Mlle de), fille d'Hercule et de Marie de Lenoncourt, - mariée au duc de Chevreuse. Voy. Chevreuse, et aj.: I, 209, 295. - - Montbazon (Mlle de), fille d'Hercule et de Marie d'Avaugour, I, - 209. - - Montbeliard (George, prince de Wirtemberg, baron de). Voy. - Wirtemberg. - - Montenac (N... de), I, 20. - - Montespan (Henri-Louis de Pardaillan de Gondrin, marquis de), II, - 362, 363, 374; III, 465, 467. - - Montespan (Françoise-Athénaïs de Rochechouart de Mortemart, femme - de Louis-Henri de Pardaillan de Gondrin, marquis de), dite aussi - _Astérie_, _Quanto_, etc., I, 47, 217, 285; II, 36, 74, 100, 161, - 169, 260, 261, 361 à 396, 411, 455 et suiv.; III, 4 et suiv., 20, - 29, 66, 126 et suiv., 158 à 177, 423, 467, 470, 472; IV, 63 et - suiv., 71, 73, 81, 85, 99 à 122, 151, 163, 187, 264, 283 et suiv. - - Monteval (M. de), I, 316. - - Montglas (François de Paule de Clermont, marquis de), I, 328. - - Montglas (Cécile-Elisabeth Hurault de Chiverny, marquise de), I, - VIII, 68, 182, 304, 306, 316, 320. - - Montjeu (marquisat de), I, 148. - - Montjeu ou Montdejeu (Nicolas-Jeannin de Castille, marquis de), I, - 24. Voy. Jeannin de Castille (Nicolas).--_Nota._ A la note de la - p. 24, § 4, effacer la citation de Loret, qui ne parle pas du - marquis de Montjeu dans la lettre citée. - - Montjeu (Anne Dauvet des Marets, femme de Jeannin de Castille, - marquis de), I, 149. - - Montjeu (Mlle de), fille de Jeannin de Castille, marquis de - Montjeu, I, 148. - - Montlouet (famille d'Angennes de), III, 135. - - Montluc (famille de), II, 407. - - Montluc (Henri d'Escoubleau, marquis de), frère du marquis - d'Alluye, I, 301. - - Montluc (Jeanne de), comtesse de Carmain ou Cramail. Voy. Sourdis - (Jeanne de). - - Montmorency (Henri de), père de Mme de Ventadour (femme d'Anne de - Levis-Ventadour) et de la princesse de Condé, femme d'Henri de - Bourbon, père du grand Condé, II, 440. - - Montmorency (Marguerite de), femme d'Anne de Levis, duc de - Ventadour. Voy. Ventadour (Marguerite de Montmorency, duchesse - de). - - Montmorency (Henri II, duc de), I, 115, 305, 315. - - Montmorency-Boutteville (Isabelle-Angélique de), duchesse de - Châtillon, puis de Mecklembourg et non de Wurtemberg, comme il a - été dit vº Chastillon (duchesse de). - - Montmorency (François-Henri de), qui épousa Madelaine-Claire de - Clermont-Luxembourg, III, 491. - - Montmorency (Madelaine-Claire de Clermont-Luxembourg, femme de - François-Henri de), III, 491. - - Montmorency-Laval (Marie-Louise de), femme du duc de Roquelaure. - Voy. Roquelaure (Marie-Louise de Laval-Montmorency, duchesse de). - - Montmorillon (N. de), I, 306. - - Montmoron (Charles de Sévigné, comte de), conseiller au parlement - de Rennes, I, 408. - - Montmort (Anne Habert de), veuve du maréchal de Thémines, femme de - François-Annibal d'Estrées, maréchal de France. Voy. Estrées - (maréchale d'). - - Monmouth (le duc de), I, 41. - - Montpensier (Marie-Louise d'Orléans, duchesse de), I, 4, 5, 52, - 100, 130 et suiv., 160, 215, 221, 238, 290, 295, 328, 329; II, 28, - 102, 103, 168, 197 à 282, 361, 373, 378, 381 à 400, 471 et suiv.; - IV, 286. - - Montrésor (Claude de Bourdeilles, comte de), I, 315, 415. - - Montrevel (Ferdinand de la Baume, comte de), I, 20. - - Montsoreau (Bernard, comte de), I, 212. - - Montsoreau (Marie-Geneviève de Chambes, comtesse de), femme de - Louis-François, marquis de Sourches. Voy. Sourches. - - Montsoreau (Jean du Bouchet, marquis de Sourches, comte de), I, - 212. - - Moreil (M. de), I, 316. - - Moret (Jacqueline de Bueil, comtesse de), femme de René II du - Bec-Crespin, marquis de Vardes. Voy. Vardes (René II du - Bec-Crespin, marquis de). - - Moret (Antoine de Bourbon, comte de), fils naturel de Jacqueline - de Bueil et de Henri IV, I, 146, 270; II, 61. - - Mornay (famille de), branche d'Ambleville et Villarceaux, I, 151. - - Mornay (Louis de), marquis de Villarceaux. Voy. Villarceaux. - - Mornay-Villarceaux (Charlotte de), 2e femme du maréchal de - Grancey. Voy. Grancey (Charlotte de Mornay, 2e femme du maréchal - de). - - Mortecelle (la présidente de), I, 254. - - Mortemart (Gabriel de Rochechouart, duc de), I, 170; II, 74, 362. - - Mortemart (Diane de Grandseigne, femme de Gabriel de Rochechouart, - marquis de), II, 362. - - Mortemart (Françoise-Athénaïs de Rochechouart, Mlle de). Voy. - Montespan (marquise de). - - Morus (le pasteur Alexandre), II, 30. - - Motteville (Françoise Bertaut, femme du président de), I, 263. - - Mouy ou Movy (Mme de), I, 78, 207. - - Mouchette, chevau-léger, I, 214. - - Mouchy (Catherine de), soeur du maréchal d'Hocquincourt, 1re femme - du maréchal de Grancey. Voy. Grancey (Catherine de Mouchy, 1re - femme du maréchal de). - - Moyset, neveu du partisan Catelan, I, 89. - - Munster (Christophe-Bernard van Galen, prince-évêque de), I, 77. - - - Nangis (François de Brichanteau, marquis de), I, 406. - - Nangis (Marie de Bailleul, marquise de), puis marquise d'Uxelles. - Voy. Uxelles (marquise d'). - - Nantes (Mlle de), femme du duc de Bourbon. Voy. Bourbon (duchesse - de), et ajoutez: IV, 138. - - Napoléon Ier, I, 305. - - Nardy (l'abbé), II, 348. - - Nassau (Guillaume-Henri de), prince d'Orange. Voy. Orange - (Guillaume-Henri de Nassau, prince d'). - - Navailles (Philippe de Montault-Bénac, marquis, puis, en 1658, duc - de), I, 62, 226; II, 59, 63, 168; IV, 266. - - Navailles (Suzanne de Beaudean de Neuillant, duchesse de), I, 226, - 292, 403; II, 59, 168; III, 117. - - Navailles (Diane de), 2e femme de René de Cordouan, marquis de - Langeais, II, 436, 437. - - Navarret (la Petit, femme de), I, 89. - - Nelguin (Mme), I, 238. - - Nemours (Henri II de Savoie, duc de), I, 56, 75, 160 et suiv., 166 - et suiv., 172, 175, 181, 188, 192 et suiv., 202 et suiv., 210 et - suiv., 216, 416. - - Nemours (Mlle d'Aumale et non Mlle de), III, 126. - - Nemours (Marie d'Orléans-Longueville, duchesse de), I, 160, 168. - - Nerestang (Achille, marquis de), III, 352. - - Neubourg (Philippe-Guillaume de Bavière, duc de), II, 201. - - Neubourg (Anne de), femme de François Poussart, marquis du Vigean. - Voy. Vigean (du). - - Neuillant (Françoise Tiraqueau, comtesse de), III, 72, 117. - - Neuillant (Suzanne de Beaudean, Mlle de), duchesse de Navailles, - Voy. Navailles. - - Nevelet (Marie), femme de Jean II du Bouchet, marquis de Sourches, - I, 212. - - Nevers (Charles de Gonzague-Clèves, duc de). Voy. Gonzague-Clèves - (Charles de), duc de Nevers. - - Nevers (Philippe de Mancini, duc de), I, 277 et suiv. - - Nevers (Diane-Gabrielle de Damas de Thianges, femme de Philippe de - Mancini, duc de), I, 283 et suiv. - - Nicolaï (Antoine de), président de la cour des comptes, I, 270. - - Nicolaï (Marie Amelot, femme du président Antoine de), I, 270. - - Ninon de Lenclos, I, 16, 40, 47, 62, 75, 155, 200, 271, 295, 312 - et suiv. - - Noailles (Anne, comte, puis premier duc de), II, 465; III, 58. - - Noailles (Louise Boyer, femme d'Anne, duc de), I, 295; II, 465. - - Noailles (Anne-Jules, comte d'Ayen, puis duc de), fils aîné des - précédents, II, 465. - - Noailles (Marguerite-Thérèse de Rouillé, veuve du marquis - Jean-François de), 3e femme du duc de Richelieu, I, 72. - - Noailles (Louis-Antoine, cardinal de), IV, 184. - - Nogent (Nicolas Bautru, comte de), III, 392, 504. - - Nogent (Marie Coulon, femme de Nicolas Bautru, comte de), III, - 504. Voy. Bautru. - - Nogent (Armand de Bautru, comte de), beau-frère de Lauzun, II, - 412; III, 322. - - Nogent (Diane-Charlotte de Caumont, soeur de Lauzun, femme - d'Armand de Bautru, comte de), II, 222, 248, 320, 381, 388; III, - 322, 392. - - Nointel (Louis de Bechameil, marquis de). Voy. Bechameil (Louis - de). - - Noirmoutier (Louis II de la Trémouille, marquis, puis duc de), I, - 144; III, 334. - - Noirmoutier, (Renée-Julie Aubery, femme de Louis II de La - Trémouille, marquis de), III, 334, 336. - - Northumberland (Anne Wriothesley, comtesse de), I, 257. - - Nouveau (Catherine de Gérard, femme de Jérôme de), I, 24. - - Novion (Nicolas Pothier, sieur de), premier président au - parlement, I, 25, 148. - - - Ogier (François), I, 207. - - Oignon (le comte d'). Voy. Foucault (le maréchal), comte du - Dognon. - - Ollier (Louise), femme du président Ardier. Voy. Ardier. - - Olonne (Louis de la Trémouille, comte d'), I, 6, 38, 78, 274; II, - 350, 353; III, 296 et suiv. - - Olonne (Catherine-Henriette d'Angennes de La Loupe, comtesse d'), - I, 4, 5, 69 et suiv., 146, 149, 232, 233, 243, 265 et suiv., 414; - II, 169, 403; III, 280 et suiv., 393 et suiv., 472. - - Olympe (Mme), III, 97. Voir p. 76: «une dame d'un château voisin.» - - Oradour (Georges de Bermondet, baron d'), II, 337. - - Oradour (Françoise Garnier, femme de M. d'), II, 337. - - Oraison (marquis d'), III, 409. - - Oraison (Madeleine d'), femme de Jacques-Louis, duc de Caderousse. - Voy. Caderousse. - - Orange (Guillaume de Nassau, prince d'), père de Guillaume-Henri, - IV, 231. - - Orange (Guillaume-Henri de Nassau, prince d'), IV, 144, 155, 157, - 231. - - Orgères (Madelaine Garnier, veuve d'), II, 337. - - Orléans (Gaston de France, duc d'), I, 12, 54, 75, 180, 185, 186, - 193, 208, 263, 290, 300, 303, 329, 404. - - Orléans (Marguerite de Lorraine, femme de Gaston d'), I, 290. - - Orléans (Mlle d'), duchesse de Lorraine. Voy. Lorraine (Mlle - d'Orléans, duchesse de). - - Orléans (Philippe de France, duc d'Anjou, puis duc d'), dit - _Monsieur_, I, 63, 64, 65, 111, 112 et suiv., 227, 264, 289, 297; - II, 42, 61, 99, 102, 147 et suiv., 201, 219, 236, 248, 262, 265, - 268, 363, 364, 370, 386 391; III, 9, 239, 240, 253, 309, 432, 474; - IV, 205, 231, 253, 274, 280, 288. - - Orléans (Henriette d'Angleterre, 1re femme de Philippe, duc d'), - _dite_ Madame, I, 65, 67, 138, 144, 150, 217, 263, 271, 297; II, - 28, 36, 40, 41, 42, 43, 57, 61 et suiv., 78 et suiv., 92 et suiv., - 99 et suiv., 145 et suiv., 219, 261, 391, 455; III, 13, 432; IV, - 251, 253, 262 et suiv., 276. - - Orléans (Elisabeth-Charlotte de Bavière, comtesse palatine du - Rhin, 2e femme de Philippe d'Orléans), _dite_ Madame, I, 296; III, - 13, 14, 16, 54.--N. B. A la p. 54, t. III, lire ce nom, au lieu - de Marie-Anne-Christine-Victoire de Bavière; IV, 216, 274, 288. - - Orléans (Marie-Louise d'), reine d'Espagne, III, 432, 433. - - Orléans (Philippe d'), régent de France, IV, 227, 274. - - Orval (François de Béthune, comte d'), I, 315. - - Osereux (Nicolas Viole, seigneur d'). Voy. Viole (Nicolas). - - Outrelaise (Mlle Magdeleine d'), [parente de Fiesque], I, 300. - - - Paget (Jacques), maître des requêtes, I, 16, 17, 18, 19, 21, 28, - 274; II, 349. - - Paget (Anne Gelée, femme de Jacques), I, 16. - - Palatin (Edouard de Bavière, prince). Voy. Bavière (Edouard de), - prince palatin. - - Palatine (Anne de Gonzague-Clèves, princesse). Voy. Bavière (Anne - de Gonzague, femme d'Edouard de), princesse palatine. Ajoutez: IV, - 254, 255. - - Palatine (princesse), _dite_ Madame. Voy. Orléans - (Charlotte-Elisabeth de Bavière, 2e femme de Philippe, duc d'). - - Palluau, maréchal de Clérambault. Voy. Clérambault (maréchal de). - - Pamphilio (Gerolamo), III, 48. - - Pardaillan de Gondrin (Roger-Hector de), père de Henri-Louis de - Pardaillan de Gondrin, marquis de Montespan, II, 362. - - Pardaillan de Gondrin (Marie-Christine Zamet, femme de - Roger-Hector de), II, 362. - - Pardaillan de Gondrin (Henri-Louis de), marquis de Montespan. Voy. - Montespan (marquis de). - - Pardaillan de Gondrin, (Louis-Antoine de), duc d'Antin, fils de - Henri-Louis de Pardaillan de Gondrin, marquis de Montespan. Voy. - Antin (duc d'). - - Parthenay (Charlotte de), dame de Genouillé, femme de Jean-Jacques - de Pons, marquis de La Caze, I, 185. - - Pascal, père de Blaise, I, 89. - - Pascal (Blaise), I, 95; IV, 88. - - Pegelin, et Pegevin, pour Puiguilhem. Voy. Lauzun. - - Peguilhem. Voy. Lauzun. - - Peguilin. Voy. Lauzun. - - Perrault (Charles), IV, 129. - - Perrier (François), peintre, III, 312. - - Perrot (Marthe), 1re femme de Claude Cornuel, I, 87. - - Persan (Henri de Vaudetar, baron de), I, 295. - - Petersfield (Mlle de Keroualles, baronne de). Voy. Keroualles - (Mlle de). - - Petit (Claude) ou Le Petit, Voy. Le Petit (Claude). - - Petit (la), belle-soeur du partisan Catelan, femme de Navarret, I, - 89. - - Phelippeaux (Louis), de Pontchartrain, père de Louis II; mari de - Suzanne Talon, IV, 156. - - Phelippeaux de Pontchartrain (Suzanne Talon, femme de Louis I de), - IV, 156. - - Phelippeaux (Anne), femme de Léon Le Bouthillier de Chavigny. Voy. - Chavigny (Anne Phelippeaux, femme de Léon de). - - Phelippeaux (Isabeau), femme du marquis d'Humières, mère du - maréchal duc d'Humières. Voy. Humières (Isabeau Phelippeaux, - marquise d'). - - Phelippeaux de la Vrillière (Marie), femme de Jean-Claude de - Rochechouart. Voy. Rochechouart (Marie Phelippeaux, femme de - Jean-Claude de), II, 100. - - Philippe III, roi d'Espagne, IV, 257. - - Philippe IV, roi d'Espagne, I, 62; IV, 246, 247. - - Pianezza (Charles de Simiane, marquis de), IV, 146. - - Piennes (Louis de Brouilly, marquis de), I, 52; II, 72. - - Piennes (marquise de). Voy. Fiesque (comtesse de). - - Pilou (Anne Baudesson, femme de Jean), I, 20. - - Pimentel (Antonio), ambassadeur d'Espagne, II, 29. - - Pisieux (Mme de). Voy. Puysieux. - - Plas (Aimée-Eléonore de), femme de Rigaud de Scorailles, comte de - Roussille, II, 459. - - Plessis (Louise de Bellenave, comtesse du), marquise de - Clérambault. Voy. Clérambault (marquise de). - - Plessis-Bellière (Jacques de Rougé, sieur du), III, 496. - - Plessis-Bellière (Suzanne de Bruc, femme de Jacques de Rougé, - sieur du), II, 356; III, 496. - - Plessis-Chivray (Henri du), I, 245. - - Plessis-Chivray (Françoise-Marguerite du), femme du maréchal de - Grammont, II, 35. - - Plessis-Guénégaud (Henri du), III, 371. - - Plessis-Guénégaud (Isabelle de Choiseul-Praslin, femme d'Henri - du), III, 371. - - Plessis-Guénégaud (Claire-Bénédictine du), femme du duc de - Caderousse. Voy. Caderousse (Claire-Bénédictine du - Plessis-Guénégaud, femme du duc de). - - Plessis-Liancourt (du). Voy. La Roche-Guyon (duc de). - - Plessis (du), valet de chambre du duc d'Aumont, III, 487. - - Polignac (Anne de), maréchale de Châtillon, I, 176. - - Polignac (Jacqueline du Roure, 3e femme de Louis-Armand de), mère - du suivant, III, 503, 504. - - Polignac (Sidoine-Apollinaire-Gaspard-Scipion, marquis de), III, - 503, 504, 507, 508. - - Polignac (Marie-Armande de Rambures, femme du précédent marquis - de), III, 495 et suiv., 508, 509. - - Polignac (Antoinette de), fille de Louis-Armand de Polignac et de - sa première femme, Suzanne des Serpens de Gondras, III, 503. - - Pommereuil (François de), présid{t} au Grand-Conseil, I, 328, 406. - - Pommereuil (Denise de Bordeaux, femme du président de), I, 306, - 406. - - Pommereuil (Hippolyte, fils du président de), I, 328. - - Pomponne (Simon Arnauld, marquis de). Voy. Arnauld (Simon), - marquis de Pomponne, et ajoutez: IV, 156, 179. - - Pons (Jean-Jacques de), marquis de La Caze, I, 185. - - Pons (Judith de), fille de Jean-Jacques, marquis de La Caze, et de - Charlotte de Parthenay, I, 185. - - Pons (marquis de), II, 380. - - Pons du Bourg (Elisabeth de), femme de François-Amanieu d'Albret, - comte de Miossens. Voy. Miossens. - - Pons (Anne Poussart du Vigean, veuve de François-Amanieu d'Albret, - sire de), remariée au duc de Richelieu, I, 71, 72, 295, 403, 405, - 406. - - Pons (Bonne Poussart du Vigean de), femme de Sublet d'Heudicourt, - soeur cadette d'Anne de Pons, duchesse de Richelieu. Voy. - Heudicourt. - - Pons (Mlle de) [aimée du duc de Guise], II, 93, 107. - - Pons (Armand de Bouthillier de Chavigny, seigneur de). Voy. - Chavigny (Armand de Bouthillier de). - - Pontcarré (Pierre Camus de). Voy. Camus de Pontcarré (Pierre). - - Pontchartrain (Louis Phelippeaux de), ministre, en 1695, IV, 156, - 167 et suiv., 196. - - Pont-de-Courlay (René de Vignerot, sieur du), I, 71. - - Pont-de-Courlay (Françoise du Plessis de Richelieu, femme de René - de Vignerot, sieur du), I, 71. - - Porstmouth (Mlle de Keroualles, duchesse de). Voy. Keroualles (M. - de). - - Pot (Claude), seigneur de Rhodes, II, 74. - - Pot (Anne-Louise-Henriette de La Châtre, femme de Claude), II, 74. - - Potemkin (Pierre), I, 137, 138. - - Potier (Bernard-François), duc de Gesvres. Voy. Gesvres - (Bernard-François Potier, duc de). - - Pradel (Abraham du), I, 321. - - Précy (Mme de), I, 319, 326 et suiv, 404. - - Princesse (madame la). Voy. Condé (princesse de). - - Prud'homme, barbier-étuviste, III, 225, 226. - - Puisieux, Voy. Puysieux. - - Pulner (Roger), comte de Castle-Maine. Voy. Castle-Maine. - - Pussort (Henri), conseiller d'Etat, IV, 156. - - Puygarreau (René Gillier de), sieur de Clérembault. Voy. - Clérembault (René Gillier de Puygarreau, sieur de). - - Puylaurens (Antoine de Laage, marquis, puis duc de), III, 253. - - Puysieux (Pierre Brûlart, marquis de Sillery, vicomte de), I, 43, - 220. - - Puysieux (Charlotte d'Etampes de Valençay, femme de Pierre - Brûlart, vicomte de), I, 220, 221, 223 et suiv., 258, 407; II, - 197. - - - _Quanto_, surnom de Mme de Montespan. Voy. Montespan (Mme de). - - Quentine, femme de chambre de Mme d'Olonne, I, 17, 124, 127. - - Quervalle (Mlle de). Voy. Keroualles (Mlle de). - - Quillet (l'abbé Claude), I, 183. - - Quinault (Philippe), III, 226. - - Quintin (Suzanne de Montgommery, comtesse de), II, 420. - - - Rabutin, page de la princesse de Condé, I, 240. - - Rabutin (Louise de). Voy. Alets (comtesse d'). - - Rabutin (Roger de), comte de Bussy. Voy. Bussy (Roger de Rabutin, - comte de). - - Racan (Honoré de Bueil, marquis de), I, 8. - - Racine (Jean), I, 298. - - Ragny (Anne de La Magdelaine de), duchesse de Lesdiguières. Voy. - Lesdiguières (Anne de la Magdelaine de Ragny, 2e femme de François - de Bonne de Créqui, duc de). - - Ragny (Charles-Nicolas de Bonne de Lesdiguières, marquis de), III, - 238. - - Raguenet (l'abbé François), I, 187. - - Rambouillet (hôtel de), I, 40, 136, 144, 320; III, 499. - - Rambouillet (famille d'Angennes de), III, 135. - - Rambouillet (Charles d'Angennes, marquis de), I, 244. - - Rambouillet (Catherine de Vivonne-Pisani, femme de Charles - d'Angennes, marquis de), III, 121. - - Rambouillet (Julie-Lucine d'Angennes de), marquise de Montausier. - Voy. Montausier (marquise de). - - Rambouillet (Angélique-Claire d'Angennes, Mlle de), depuis - comtesse de Grignan, I, 328. - - Rambures (René, marquis de), III, 392. - - Rambures (Marie Bautru, femme de René, marquis de), belle-mère du - duc de Caderousse, II, 417; III, 392 et suiv., _passim_. - - Rambures (Marie-Renée de), 2e femme du duc de Caderousse. Voy. - Caderousse (Marie-Renée de Rambures, 2e femme du duc de). - - Rambures (Mlle de), Mme de Polignac. Voy. Polignac (Marie-Armande - de Rambures, femme de Sidoine-Apollinaire-Gaspard-Scipion de). - - Ramsay (François de), I, 187. - - Rancé (Armand Jean de Bouthillier, abbé de), I, 209. - - Rannes (Nicolas d'Angennes, marquis de), III, 504, 505. - - Rannes (Charlotte Bautru, femme de Nicolas d'Angennes, marquis - de), puis princesse de Montauban. Voy. Montauban (Charlotte - Bautru, duchesse de). - - Rassan (Anne-Elisabeth de), marquise de Castellane, puis marquise - de Ganges. Voy. Ganges (marquise de). - - Rassé (le sieur de), un des huissiers de Louis XIV, IV, 27. - - Ravelot (Henriette-Catherine de Gramont, femme d'Alexandre de - Canonville, marquis de Raffetot et non), I, 136. - - Relabbé (M. de), II, 352. - - Renard (le jardin de), aux Tuileries, I, 76, 154; II, 4, 5. - - Renaudot (Théophraste), II, 134. - - Resnel (Clermont de). Voy. Clermont (maison de). - - Retz (Paul de Gondi, coadjuteur de Paris, cardinal de), I, 144, - 145, 166, 182, 193 et suiv., 226, 231, 306, 320, 406, 413; II, - 404; III, 215. - - Rezay (Pierre Bénard, seigneur de), conseiller au parlement, II, - 28. - - Richelieu (Armand du Plessis, cardinal de), I, 58, 83, 88, 136, - 144, 293; II, 50, 51, 341, 380; IV, 212. - - Richelieu (Françoise du Plessis), soeur du cardinal, femme de René - de Vignerot, sieur du Pont-de-Courlay. Voy. Pont-de-Courlay. - - Richelieu (J.-B. Amador de Vignerot du Plessis, marquis de), I, - 71, 290, 291; II, 50. - - Richelieu (Jeanne-Baptiste de Beauvais, marquise de), II, 51. - - Richelieu (Armand-Jean de Vignerod du Plessis, duc de), I, 58; II, - 380, 381. - - Richelieu (Anne de Pons, fille de François Poussart, sieur de Fors - ou Faure, marquis du Vigean, veuve de François Amanieu d'Albret, - sire de Pons, marquis de Marennes, puis femme d'Armand du Plessis, - duc de), I, 71, 155, 158, 184, 185, 200; II, 51, 380. - - Richelieu (Anne-Marguerite d'Acigné, 2e femme du duc de), I, 72. - - Richelieu (Marguerite-Thérèse de Rouillé, veuve du marquis de - Noailles, 3e femme du duc de), I, 72. - - Richmont (François-Marie Stuart, duc de), I, 225, 238. - - Richou (l'abbé), I, 328. - - Richou ou Richoux, I, 182. - - Ricousse ou Ricoux, mari de Mlle Bordeaux, I, 182, 201, 205, 241 - et suiv. - - Ricoux (N... Bordeaux, femme de). Voy. Bordeaux ou Bourdeaux (Mlle - de), femme de Ricoux. - - Rigaud (Hyacinthe), III, 312. - - Rigny (Basile Fouquet, abbé de). Voy. Fouquet (Basile). - - Riom (M. de), neveu de Lauzun, I, 133. - - Roannez (duché de), II, 400, 401. - - Roannez (duc de). Voy. La Feuillade et Gouffier (Artus). - - Robert (Louis), président en la Cour des comptes, III, 467. - - Robinet (Charles), _dit_ du Laurens, I, 227. - - Rochechouart (Jean-Claude de), II, 100. - - Rochechouart (René de), père de Gaspard de Rochechouart, II, 100. - - Rochechouart (Gaspard de), père de Gabriel de Rochechouart, II, - 100. - - Rochechouart (Gabriel de), père de Mme de Montespan, II, 100. - - Rochechouart (Françoise-Athénaïs de), femme de Henri-Louis de - Pardaillan de Gondrin, marquis de Montespan. Voy. Montespan - (marquise de). - - Rochechouart (Marie-Madeleine-Gabrielle de), abbesse de - Fontevrault, III, 10. - - Rochefort de Salvert (famille d'Angennes de), III, 135. - - Rochefort de Salvert (Louis d'Angennes de), marquis de Maintenon. - Voy. Maintenon (Louis d'Angennes de Rochefort de Salvert, marquis - de). - - Rochefort (Henri-Louis d'Aloigny, marquis de), III, 363. - - Rohan. Voy. aussi: 1º Guemené, 2º Montauban, 3º Montbazon. - - Rohan (Marguerite de Béthune-Sully, femme du duc Henri II de) I, - 75, 252. - - Rohan (Henri Chabot, seigneur de Saint-Aulaye et de Montlieu, mari - de Marguerite, duchesse de Rohan, et, par suite, duc de - Rohan-Chabot), I, 49; II, 47; III, 146. - - Rohan (Marguerite, duchesse de), femme de Henri Chabot, II, 47; - III, 146. - - Rohan-Guemené (Hercule de), duc de Montbazon. Voy. Montbazon (duc - de). - - Rohan (Marie de), femme de Charles d'Albert de Luynes, puis - duchesse de Chevreuse. Voy. Chevreuse (duchesse de). - - Rohan-Chabot (Louis, duc de), fils de Henri Chabot et de - Marguerite de Rohan, I, 270. - - Rohan-Chabot (Marie-Elisabeth du Bec-Crespin, fille du marquis de - Vardes, duchesse de), I, 270. - - Rohan (Tancrède de), I, 31, 147; II, 47. - - Rohan (Louis, chevalier de), grand veneur de France, fils de Louis - VII de Rohan-Guemené, duc de Montbazon, I, 209; II, 41, 464; III, - 506. - - Rohan (Renée-Marie de Longueil, femme de Louis, chevalier de - Rohan, dit monsieur de). Voy. Longueil (Renée-Marie de). - - Rohan-Montauban. Voy. Montauban. - - Roquelaure (Antoine, baron de), maréchal de France, I, 163. - - Roquelaure (Gaston-Jean-Baptiste, marquis de Biran, duc à brevet - de), fils du Maréchal, I, 68, 163, 164, 165, 179, 289, 407; II, - 71, 88, 100, 106, 107, 425, 426, 431, 447, 448 et suiv.; III, 238, - 363 et suiv. - - Roquelaure (Marie-Louise de Laval, duchesse de), femme de - Gaston-Jean-Baptiste-Antoine, marquis de Biran, puis duc de - Roquelaure, I, 165, 217; II, 426, 448; III, 451, 461; IV, 138. - - Roquelaure (Antoine, chevalier de), I, 153, 163, 164. - - Roquelaure (Gaston-Jean-Baptiste-Antoine, marquis de Biran, puis - duc de), fils de Gaston Jean-Baptiste, I, 165, 166; II, 425; III, - 353 et suiv.; IV, 138, 262. Voy. Biran. - - Roquelaure (Charlotte-Marie de Daillon du Lude, marquise, puis - duchesse de), I, 111, 112, 165, 321; II, 72, 448; III, 420. - - Roquelaure (M. de la Tour-). Voy. La Tour-Roquelaure. - - Roquette (l'abbé Gabriel de), plus tard évêque d'Autun, I, 12. - - Rosmadec (Sébastien de), II, 469. - - Rosmadec (Catherine-Gasparde de Scorailles, femme de Sébastien - de), II, 469. - - Rosny (Marie-Antoinette Servien, marquise de), I, 254. - - Rotondis (M. de), II, 154. - - Rou (Jean), II, 437; III, 227. - - Rougé (Catherine de), femme du maréchal de Créqui. Voy. Créqui - (Catherine de Rougé, maréchale de). - - Rouillé (Marguerite-Thérèse de), veuve du marquis de Noailles, 3e - femme du duc de Richelieu. Voy. Richelieu (Marguerite-Thérèse de - Rouillé, duchesse de). Voy. aussi II, 429, Rouillé (Marguerite, - femme de Nicolas L'Avocat). - - Roucy ou Roussy (François de Roye de La Rochefoucauld, comte de), - III, 366 et suiv., 426 et suiv., 461, 476. - - Roure (Louis-Scipion III de Grimoard de Beauvoir, comte du), - marquis de Grisac, etc., III, 186, 187. - - Roure (Marie-Anne-Louise de Caumont La Force, femme de Louis - Scipion, marquis du), III, 185 à 204. - - Roussille (Rigaud de Scorailles, comte de), père de Mlle de - Fontanges, II, 459. - - Roussille (Aimée-Eléonore de Plas, femme de Jean Rigaud de - Scorailles, comte de), II, 459. - - Roussillon (Nicolas de Changi, comte de), I, 315. - - Rouville (François, comte et non marquis de), I, 51, 91, 208, 315, - 316. - - Rouxel (Guillaume), père du comte de Maré et du maréchal de - Grancey, III, 240. - - Rouxel de Grancey. Voy. Grancey (Rouxel de). - - Rouxel de Maré. Voy. Maré (Rouxel de). - - Royan (François de la Tremouille, marquis de), plus tard comte - d'Olonne, I, 274; III, 334, [frère de Louis, comte d'Olonne]. Voy. - ce nom. - - Royan (César-Joseph de la Trémouille, chevalier de), frère de - Louis, comte d'Olonne, III, 334, 335. - - Royan (Yolande-Julie de La Tremouille, femme de François de La - Tremouille, marquis de), III, 334, 335, 336. - - Russell (... Wriothesley, lady), I, 257. - - - Saint-Aignan, I, XIII; II, 8, 9, 10, 17, 19, 24, 28, 40, 42, 43, - 45, 51 et suiv., 83, 84, 111; III, 14, 15, 18, 20, 21, 30, 41; IV, - 26, 252, 254, 259, 265. - - Saint-Chamans (famille de Lignerac-), II, 420. - - Saint-Charles (le P. Alexandre de), III, 158. - - Saint-Chaumont (Henry Mitte de Miolans, marquis de), I, 135. - - Saint-Chaumont (Suzanne-Charlotte de Gramont, femme de Henry Mitte - de Miolans, marquis de), fille d'Antoine II, comte de Gramont, I, - 135, 263, 295. - - Sainte-Maure (Charles de), marquis de Montausier. Voy. Montausier - (marquis de). - - Sainte-Maure (Claude de), seigneur du Fougeray, III, 197. - - Sainte-Maure (Honoré, comte de), III, 197. - - Saint-Evremont (Charles-Marguerite de Saint-Denys de), I, 6, 37, - 225; II, 73. - - Saint-Faron (Pierre de Bullion, abbé de), I, 306. - - Saint-Gelais (Marie-Madelaine de), fille du marquis de Lansac, - femme du marquis de Vassé. Voy. Vassé (marquise de). - - Saint-Georges (Clermont de), Voy. Clermont (maison de). - - Saint-Géran (Jean-François de La Guiche, seigneur de), II, 55. - - Saint-Germain-Beaupré (Henri Foucault, marquis de), I, 300. - - Saint-Germain-Beaupré (Agnès de Bailleul, marquise de), I, 300, - 412. - - Saint-Hermine (... de Villette, mariée à M. de), III, 69, 119. - - Saint-Hilaire (Mlle de), actrice, II, 159. - - Saint-Just (Savary, sieur de). Voy. Savary, sieur de Saint-Just. - - Saint-Lary (maison de), III, 465. - - Saint-Loup (Le Page, financier, sieur de), I, 405. - - Saint-Loup (Mlle de La Roche-Pozay, femme de Le Page, sieur de), - I, 11, 147, 300, 405. - - Saint-Maigrin. Voy. Saint-Mesgrin. - - Saint-Mars (M. de), gouverneur de la citadelle de Pignerolles. II, - 398. - - Saint-Mesgrin (Jacques de Stuart de Caussade, marquis de), I, 240. - - Saint-Mesgrin (Marie de Stuart de Caussade, Mlle de), I, 75, 403, - 404. - - Saint-Paul (Charles-Paris d'Orléans-Longueville, comte de), IV, - 267. Voy. Longueville (Charles-Paris, d'abord comte de Saint-Paul, - puis duc de). - - Saint-Remy (Françoise Le Prévost, veuve de Laurent de La Baume Le - Blanc, seigneur de La Valière). Voy. Le Prévost (Françoise), femme - du sieur de La Valière. - - Saint-Sacrement (Anne du). Voy. Viole (Anne). - - Saint-Simon (Claude, duc de), I, 271, 315; IV, 203. - - Saint-Simon (Louise de Crussol, veuve d'Antoine de Budos, marquis - de Portes, femme de Charles, marquis de), belle-soeur et - belle-mère du duc Claude de Saint-Simon, I, 254. - - Saint-Simon, M{is} de Courtaumer (Claude-Antoine de), III, 202. - - Saint-Simon-Courtaumer (Marie de), séparée du marquis de Langeais, - femme de Jacques Nompar de Caumont, duc de La Force. Voy. Langeais - et La Force (Marie de Saint-Simon Courtaumer, séparée du marquis - de Langeais, femme de Jacques Nompar de Caumont, duc de). - - Saint-Simon (Gabrielle de Durfort de Lorge, femme du duc de), IV, - 203. - - Sainte-Maure (le comte de), IV, 229. - - Saint-Villiers (Barbe de), femme de Roger Pulner, comte de - Castlemaine, puis comtesse de Southampton et duchesse de - Cleveland, I, 238. - - Sablé (Madeleine de Souvré, marquise de), I, 171; II, 102; IV, - 130. - - Sablé (Louis-François Servien, fils d'Abel, marquis de), III, 230 - et suiv. - - Sacrement (Anne du Saint-). Voy. Viole (Anne). - - Salins (N..., femme de Garnier de), belle-soeur de Suzanne - Garnier, comtesse de Brancas, I, 232. - - Sallé (Jacques), maître des Comptes, III, 446. - - Sallé (Jeanne Le Meusnier, femme de Jacques), III, 446, 447. - - Salm (Charles-Théodore-Othon, prince de), II, 48. - - Sarrazin ou Sarrasin (Jean-François), I, 139. - - Saucourt (marquis de). Voy. Soyecourt (marquis de). - - Sault (François-Emmanuel de Bonne de Créqui, duc de Lesdiguières, - et d'abord comte de). Voy. Lesdiguières (François-Emmanuel de - Bonne de Créqui, duc de). - - Sault (Paule-Marguerite-Françoise de Gondi de Retz, femme de - François-Emmanuel de Bonne de Créqui, comte de, puis duc de - Lesdiguières).--Voy. Lesdiguières (Paule-Marguerite-Françoise de - Gondi de Retz, femme de François-Emmanuel de Bonne de Créqui, - d'abord c{te} de Sault, puis duc de). - - Sautour (Charlotte, fille de madame de Cézy, de la maison de - Harlay, mariée à François des Essarts, sieur de), I, 91. - - Savary (Pierre-Philémond), sieur de Saint-Just et de - Boutervilliers, grand-maître des eaux et forêts de Normandie, IV, - 128. - - Savary, sieur de Saint-Just (Angélique Le Cordier du Tronc, femme - de), IV, 128. et suiv. Voy. Tron (Angélique Le Cordier du). - - Savignac (Sylvestre de Crugy, comte de Marcillac, devenu s{r} de - Savignac par son mariage avec Marie-Anne de Benevant, dame de), I, - 315. - - Savoie (Christine de France, duchesse de). Voy. Christine de - France, duchesse de Savoie. - - Savoie (Charles-Amédée de), frère de Henri II de Savoie, duc de - Nemours, I, 168; II, 201. - - Savoie (la princesse Marguerite de), II, 29. - - Savoie (le prince Eugène de). Voy. Eugène (le prince), IV, 145, - 146. - - Savoie (Adélaïde-Henriette de), femme de Ferdinand-Marie, duc de - Bavière. Voy. Bavière (Adélaïde-Henriette de Savoie, femme de - Ferdinand-Marie, duc de), IV, 274. - - Savoie (Victor-Amédée-François II, duc de), IV, 145, 146. - - Scarron de Vaures (Catherine), femme d'Antoine, maréchal duc - d'Aumont, II, 439. - - Scarron (Paul), le poète, I, 58; III, 73, 117, 118 et suiv., 169, - 171 et suiv. - - Scarron (Françoise d'Aubigné, femme de). Voy. Maintenon (Mme de). - - Scarron (Céleste), soeur du poète, III, 121. - - Scarron (N...), femme non avouée du duc de Tresmes, III, 119. - - Schomberg (Henri, comte de Nanteuil, 1er maréchal de), I, 209. - - Schomberg (Anne de La Guiche, femme du 1er maréchal de), I, 209. - - Schomberg (Jeanne-Armande de), fille du 1er maréchal de ce nom et - d'Anne de La Guiche, femme de Charles de Rohan, prince de Guéméné, - duc de Montbazon, fils du duc de Montbazon et de Marie de - Lenoncourt. Voyez Montbazon (Jeanne-Armande de Schomberg, femme de - Charles de Rohan, prince de Guéméné, duc de). - - Schomberg (Jeanne de), ép. séparée de François de Cossé, comte de - Brissac, remariée à Roger du Plessis-Liancourt, duc de La - Roche-Guyon, marquis de Liancourt et de Guercheville, I, 141. - - Schomberg (Charles, duc d'Hallewin, maréchal de), I, 140, 404. - - Sciroeste (Mlle), I, 151. - - Scorrailles (Rigaud de), comte de Roussille, père de Mlle de - Fontanges, II, 459. - - Scorrailles (Catherine-Gasparde de), femme de Sébastien de - Rosmadec. Voy. Rosmadec (Catherine-Gasparde de). - - Scorrailles (Marie-Angélique de), Mlle de Fontanges; Voy. - Fontanges. - - Scorrailles (Jeanne de), abbesse de Chelles. II, 469; III, 52. - - Scorrailles (Louis-Léger de), abbé de Valloire, II, 469. - - Scudéry (Mlle Magdeleine de), I, 290; II, 135. - - Segrais (Louis-Renaud de), I, 131, 328; II, 266. - - Seguier (Charlotte), femme de Maximilien-François de Béthune, duc - de Sully, II, 183. - - Seguier (le chancelier Pierre), I, 89, 256, 315; II, 183; III, 47. - - Seguier (la R. M. Jeanne), religieuse carmélite, soeur du - chancelier, I, 256. - - Seguier (Marie), 1re femme de Louis-Charles d'Albert, duc de - Luynes, II, 47. - - Seiglière (Joachim), sieur de Boisfranc. Voy. Boisfranc (Joachim - Seiglière, sieur de). - - Sénac de Meilhan, I, 227. - - Serignan (M. de), III, 177. - - Servien (famille), III, 47. - - Servien (Abel), III, 230. - - Sesmaisons (Françoise de), femme d'Urbain de Laval, marquis de - Lezay. - - Sévigné (Henri, marquis de), I, 312 et suiv., 408. - - Sévigné (Marie de Rabutin-Chantal, femme de Henri, marquis de), I, - 73, 152, 187, 304, 325, 408; II, 266. - - Sévigné de Montmoron (Charles de). Voy. Montmoron. - - Sévigny (Le Picard, marquis de), III, 352. - - Sezanne (Louis-François d'Harcourt de Beuvron, comte de), fils de - François d'Harcourt, marquis de Beuvron et d'Angélique Fabert, - veuve de Charles Brûlart, marquis de Genlis, I, 7. - - Sillery (Nicolas Brûlart, marquis de), garde des sceaux, - chancelier de France, I, 43, 150, 220, 232, 233. - - Sillery (Louis Roger Brûlart, marquis de), I, 39, 43, 44, 45. - - Sillery (Marie-Charlotte, fille de François V de La Rochefoucault, - femme de Louis Roger Brûlart, marquis de). - - Sillery (Fabien Brûlart de), évêque de Soissons, 6e fils du - marquis Louis Brûlart de Sillery et de Marie-Charlotte de La - Rochefoucauld, I, 44. - - Sillery (le chancelier et non le chevalier), I, 43. Voy. Sillery - (Nicolas Brûlart, marquis de). - - Sillery (Achille Brûlart, _dit_ le chevalier de), chevalier de - Malte, aide de camp de Turenne, 5e fils du marquis Louis Roger de - Sillery, I, 44. - - Sillery (Mlle de), une des quatre filles du marquis Louis Roger - Brûlart de Sillery, I, 44. - - Simiane (Charles de), marquis de Pianezza, IV, 146. - - Soissons (hôtel de), II, 293. - - Soissons (Eugène-Maurice de Savoie, comte de), I, 208, 226; II, - 71, 168, 182. - - Soissons (Olympe Mancini, femme d'Eugène-Maurice de Savoie, comte - de), I, 66, 226, 263, 283 et suiv., 292, 301; II, 47, 48, 52, 55, - 71, 104, 145, 148, 154, 161, 166, 168, 174, 180; IV, 254, 255, - 258. - - Soissons (Louis-Thomas de Savoie, comte de), fils d'Eugène-Maurice - et d'Olympe Mancini, I, 73. - - Soissons (Uranie de la Cropte de Beauvais, femme de Louis-Thomas - de Savoie, comte de), I, 72, 73; III, 54. - - Solas (le chevalier de), III, 352. - - Somon (?), I, 316. - - Sorel (Charles), IV, 181. - - Soubise (François de Rohan, prince de), 2e fils d'Hercule de - Montbazon, I, 91; II, 72, 74; III, 146. - - Soubise (Anne de Rohan-Chabot, princesse de Soubise, femme de - François de Rohan, prince de Soubise), I, 217; II, 47, 48, 72, 74; - III, 146, 147; IV, 254, 255.--Voy. _la Préface_. - - Souches (M. de), capitaine des gardes suisses de Gaston d'Orléans, - I, 212. - - Sourches (Jean du Bouchet, marquis de), comte de Montsoreau, grand - prévôt de France, I, 212, 259, 260. - - Sourches (Marie Nevelet, femme de Jean du Bouchet, marquis de), I, - 212. - - Sourches (Dominique du Bouchet, fils aîné de Jean, marquis de), I, - 212. - - Sourches (Louis-François du Bouchet, marquis de), 2e fils de Jean - du Bouchet, marquis de Sourches, I, 212. - - Sourches (Marie-Geneviève de Chambes, femme de Louis-François, - marquis de), I, 212. - - Sourdis (famille de), II, 407. - - Sourdis (François d'Escoubleau, cardinal de), III, 475. - - Sourdis (Isabelle Escoubleau de), femme de Martin Ruzé, marquis - d'Effiat, II, 406. - - Sourdis (Charles d'Escoubleau, marquis de), gouverneur d'Orléans, - I, 91, 323; II, 42, 80, 103; IV, 252. - - Sourdis (Jeanne de Montluc et de Foix, comtesse de Carmain ou - Cramail, princesse de Chabannois, femme de Charles, marquis de), - I, 91, 322, 323, 404. - - Sourdis (Paul d'Escoubleau de), marquis d'Alluye, fils de Charles, - marquis de Sourdis, I, 299. - - Sourdis (?) (Mme de), I, 404. N. B. Au lieu de Sourdis, il faut - lire Précy, Mme de Sourdis (Jeanne de Montluc) étant morte âgée en - 1657, et celui de ses fils qui porte le nom de Sourdis, François, - n'étant pas encore marié à l'époque où fut écrit ce pamphlet. - - Southampton (comtesse de). Voy. Saint-Villiers (Barbe de). - - Souvré (Gilles, maréchal de), IV, 130. - - Souvré (Anne de), maréchale d'Humières. Voy. Humières (Anne de - Souvré, maréchale d'). - - Souvré (commandeur Jacques de), I, 62. - - Soyecourt (Maximilien de Belleforière, marquis de), I, 63, 318, - 361; II, 40, 41, 464; III, 508. - - Spencer (Robert), I, 219. - - Spencer (Anne Digby, femme de Robert), I, 219. - - Spinchal (M. de). Voy. Espinchal. - - Stuart (Françoise-Thérèse), femme de Charles Stuart, duc de - Richemont et de Lenox, I, 238. - - Stuart (l'abbé d'Aubigny, de la maison des), I, 225. - - Suard (N... Panckoucke, Mme), III, 73. - - Sully (Maximilien-François de Béthune, duc de), II, 183. - - Sully (Charlotte Seguier, femme de Maximilien-François de Béthune, - duc de), II, 183. - - Sully (Marguerite de Béthune-), duchesse de Rohan, I, 75. - - Sunderland (comte de), I, 258. - - Surville (Charles-Louis d'Hautefort, marquis de), I, 316. - - Surville, cadet d'Hautefort, (Anne-Louise-Julie de Crevant - d'Humières, veuve du marquis de Vassé, vidame du Mans, femme du - marquis de), I, 316. - - - Talhouet (Marie de), femme de Guillaume du Liscouet, II, 420. - - Tallard (Maison de Clermont-). Voy. Clermont-Tallard. - - Tallard (Roger d'Hostun, comte de), père du maréchal, III, 228. - - Tallard (Catherine de Bonne, femme de Roger, comte de), III, 228. - - Tallard (Camille d'Hostun, comte de Haston, marquis de la Baume, - comte, puis maréchal de), III, 228, 229, 244, 261, 330, 352, 426 - et suiv. - - Talon (Suzanne), femme de Louis Phelippeaux de Pont-Chartrain, IV, - 156. - - Tambonneau (Michel), président de la chambre des comptes, II, 72, - 73. - - Tancrède de Rohan Voy. Rohan (Tancrède de). - - Tardieu (le lieutenant criminel), III, 362. - - Tarente (Charles-Belgique-Hollande de la Trémouille, prince de), - II, 80. - - Tarente (Madeleine de Créqui, femme de Charles-Belgique-Hollande - de la Trémouille, prince de), II, 80. - - Tarneau (... de), avocat au grand Conseil, II, 30. - - Tarneau (Elisabeth de), II, 30. - - Tartre (François du), chirurgien de Louis XIV, IV, 189. - - Tavannes (Jacques de Saulx, comte de), I, 415. - - Termes (César-Auguste de Saint-Lary, baron et marquis de), frère - du duc de Bellegarde, III, 465. - - Termes (Roger de Pardaillan de Gondrin, marquis de), I, 315; III, - 466 et suiv. - - Tessé (René de Froulay, maréchal de), II, 81. - - Théobon (Lydie de Rochefort), fille du marquis de Théobon, femme - de Charles d'Harcourt, comte de Beuvron. Voy. Beuvron. - - Thémines (Anne-Habert de Montmort, femme du maréchal de), puis, en - secondes noces, du maréchal d'Estrées. Voy. Estrées (maréchal d'). - - Thianges (Gabrielle de Rochechouart-Mortemart, femme de - Claude-Léonor de Damas, marquis de), II, 74, 412; III, 126, 322. - - Thiboust, I, 316. - - Thomas (le prince de Carignan, _dit_ le prince) Voy. Carignan. - - Thoré (Michel Particelli, sieur de), président, I, 306. - - Thorigny (Jacques de Matignon, comte de), II, 187. - - Thorigny (Lambert de). Voy. Lambert de Thorigny. - - Tilladet (Gabriel de Cassagnet, marquis de); II, 438; III, 348. - - Tilladet (Madelaine Le Tellier, femme de Gabriel de Cassagnet, - marquis de), II, 438; III, 348. - - Tilladet (Jean-Baptiste de Cassagnet, marquis de), fils de - Gabriel, II, 131 et suiv., 438, 439, 440, 441; III, 367, 368. - - Tilladet (Gabriel II de Cassagnet, chevalier de), frère du marquis - Jean-Baptiste, III, 348 et suiv., 461, 477 et suiv. - - Tillet (Jean Girard, seigneur du), I, 411. - - Tillet (Elisabeth Bailleul, femme de Jean Girard, seigneur du), I, - 411. - - Tingry (Charles-François-Frédéric de Montmorency-Luxembourg, - prince de), III, 491. Voy. aussi Luxembourg - (Charles-François-Frédéric de Montmorency-). - - Tingry, (Marie-Thérèse d'Albert de Chevreuse, femme de - Charles-François-Frédéric de Montmorency-Luxembourg, prince de), - III, 491. Voy. aussi Luxembourg (Marie-Thérèse d'Albert, femme de - Charles-François-Frédéric de Montmorency-). - - Tingry (Christian-Louis, chevalier de Luxembourg, puis, à la mort - de son frère aîné, prince de), III, 491. - - Tiraqueau (Françoise), comtesse de Neuillant. Voy. Neuillant - (Françoise Tiraqueau, comtesse de). - - Tonnay-Charente (Gabrielle de Rochechouart, Mlle de), qui épousa - le marquis de Blainville, II, 100, 102, 103, 105. Voy. Blainville. - - Tost (Catherine du), dame de Braquemont, femme de chambre d'Anne - d'Autriche. Voy. Braquemont (Catherine du Tost, dame de). - - Toulouse (Louis-Alexandre de Bourbon, comte de), I, 303; III, 189. - - Tours (Mlle de), III, 331. - - Tourville (Anne-Hilarion de Constantin, comte de), IV, 177. - - Tourville (Lucie de la Rochefoucauld, femme de César de - Constantin, comte de Fismes et de), I, 189. - - Toussy (Louis de Prie, marquis de), III, 368. - - Toussy (Françoise de Saint-Gelais Lusignan, femme de Louis de - Prie, marquis de), III, 368. - - Toussy (Françoise-Angélique de la Mothe-Houdancourt, _dite_ Mlle - de), 2e femme du duc d'Aumont. Voy. Aumont (Françoise-Angélique de - La Mothe, 2e femme du duc d'). - - Toussy (Charlotte de Prie, fille du marquis de), femme de Noël - Bullion, seigneur de Bonnelle. Voy. ce nom. - - Toussy (Louise de Prie, Mlle de), maréchale de la - Mothe-Houdancourt. Voy. La Mothe-Houdancourt. - - Towienski, polonais, IV, 129. - - Transon (l'abbé), supérieur de Saint-Sulpice, IV, 184. - - Tremouille (Charles-Belgique-Hollande de La), prince de Tarente. - Voy. Tarente (prince de). - - Tresmes (René Potier, duc de), III, 119, 303. - - Tresmes (Anne-Madelaine Potier, Mlle de), I, 315. - - Tréville (Henri-Joseph de Deyre, comte de Troisville ou), I, 300. - - Tronc (Nicolas Le Cordier, s{r} du), premier président de la - chambre des comptes de Rouen, a, de sa 2e femme Marie Bontemps: 1º - le marquis du Tronc, 2º l'abbé du Tronc, 3º Marie-Angélique, - d{lle} du Tronc (appelée ici du Tron), IV, 125, 244. - - Tron (Marie-Angélique Le Cordier du Tronc, _dite_ Mlle du), qui - épousa, en 1696, Pierre-Philémond Savary, s{r} de Saint-Just. Voy. - ce nom. IV, 125 et suiv., 244. - - Tron, Tronc ou Troncq (Louis Le Cordier, marquis du), brigadier, - puis maréchal de camp, IV, 128. - - Tron, Tronc ou Troncq (Nicolas-Alexandre Le Cordier, abbé du), IV, - 128, 238. - - Tronc (la marquise du), IV, 128, 129. - - N. B. Rectifier, à l'aide des indications qui précèdent les notes - des pp. 125, 244, t. IV, relatives à la famille du Tronc. - - Tubeuf (Charles), I, 89; II, 415. - - Turenne (Henri de la Tour-d'Auvergne, vicomte de), I, VIII, 39, - 79, 187; II, 201; III, 489, 471; IV, 257, 267, 282, 288. - - Turenne (Louis-Charles de La Tour de Bouillon, prince de), fils du - duc de Bouillon et de Marie-Anne Mancini, III, 194, 489 et suiv.; - IV, 288. - - Turenne (Anne-Geneviève de Levis-Ventadour, femme du prince de), - III, 489. - - - Ursins (Anne-Marie de la Trémouille, princesse des), I, 225. - - Usez (Emmanuel de Crussol, duc d'), IV, 175. - - Uxelles (Louis Chalon du Blé, marquis d'), I, 406. - - Uxelles (Marie de Bailleul, veuve du marquis de Nangis, marquise - d'), I, 406, 412; II, 413; III, 322. - - - Valençay (Charlotte d'Etampes de), femme de M. de Puysieux. Voy. - Puysieux (Mme de). - - Valençay (Eléonor d'Etampes de), archevêque de Reims, I, 220. - - Valençay (le cardinal Achille d'Etampes de), I, 220. - - Valençay (Marie-Louise de Montmorency-Bouteville, duchesse de), I, - 156, 158. - - Valentinois (Louis Grimaldi, prince de Monaco, duc de). - - Valentinois (Catherine-Charlotte de Gramont, femme de Louis de - Grimaldi, prince de Monaco et duc de), I, 67, 68, 134; II, 72, 73. - Voir Monaco, de. - - Valentinois (Antoine Grimaldi, duc de), III, 491. - - Valentinois (Marie de Lorraine-Armagnac, femme d'Antoine, duc de), - III, 491. - - Valloire (Louis-Léger de Scorrailles, abbé de), II, 469. - - Vallot, médecin, III, 127. - - Vandeuil (Louis de), comte de Crocq, II, 287. - - Vandeuil (Mme de), II, 287, 289, 328, 329, 330. - - Vandeuil (François de), seigneur d'Etelfay, fils de Louis de - Vandeuil, II, 287. - - Vandeuil (Alexandre de), seigneur de Forcy, neveu de Louis de - Vandeuil, II, 287. - - Vandeuil (Timoléon de), seigneur de Condé, [neveu de Louis de - Vandeuil], II, 287. - - Vandy (Jean d'Aspremont, marquis de), I, 316. - - Vandy (Catherine de), I, 92, 290. - - Vanel (Jean), auteur des _Galanteries des Rois de France_, I, 30. - - Vardes (René II du Bec Crespin, marquis de), père de François, I, - 270. - - Vardes (Jacqueline de Bueil, comtesse de Moret, femme du marquis - René II de), I, 270. - - Vardes (René-François du Bec-Crespin, marquis de), I, 47, 62, 65, - 66, 139, 165, 231, 270 et suiv., 315; II, 51, 52, 56, 61 et suiv., - 72, 79, 145, 148, 166, 168; IV, 91. - - Vardes (Catherine Nicolaï, femme de François du Bec-Crespin, - marquis de), I, 270. - - Vardes (Marie-Elisabeth du Bec-Crespin, Mlle de), femme de Louis - de Rohan-Chabot, fille de René-François. Voy. Rohan-Chabot - (Marie-Elisabeth du Bec-Crespin, duchesse de). - - Vassé (Henri-François, marquis de), I, 78, 315, 316. - - Vassé (Marie-Madelaine de Saint-Gelais, fille du marquis de - Lansac, marquise de), I, 315. - - Vassé (Louis-Alexandre, comte de), fils de François, I, 316. - - Vassé (Anne-Louise de Crevant d'Humières, femme du comte - Louis-Alexandre de), I, 316. - - Vassé (René de), sieur d'Esguilly, I, 115. - - Vauban (Sébastien Le Prestre de), IV, 168. - - Vaudemont (Charles-Henri, prince de), légitimé de Lorraine, IV, - 231. - - Vaudemont (Anne-Elisabeth de Lorraine d'Elbeuf, femme de - Charles-Henri, légitimé de Lorraine, prince de), IV, 231. - - Vaux (un nommé de), I, 249. - - Vendôme (hôtel de), II, 353. - - Vendôme (Alexandre de Bourbon, grand prieur de), I, 283. - - Vendôme (Louis de), duc de Mercoeur, Voy. Mercoeur (Louis de - Vendôme, duc de). - - Vendôme (Louis-Joseph, duc de), fils du duc de Mercoeur et de - Laure Mancini, III, 197. - - Vendôme (Philippe de), chevalier de Malte, frère de Louis-Joseph, - III, 178-182. - - Venelle (Mme de), II, 23, 32; IV, 245. - - Ventadour (Anne de Levis, duc de), grand-père du duc - Louis-Charles, II, 440. - - Ventadour (Marguerite de Montmorency, femme d'Anne de Lévis, duc - de), II, 440. - - Ventadour (Charles de Levis, marquis d'Annonai, puis duc de), II, - 55, 422. - - Ventadour (Marie de La Guiche, femme de Charles de Levis, duc de), - II, 55, 72, 422. - - Ventadour (Louis-Charles de Levis, duc de), fils de Charles, I, - 158, 293; II, 422, 438, 439, 440, 441, 447; III, 194, 367 et - suiv., 477 et suiv. - - Ventadour (Charlotte-Eléonore-Madelaine de La Mothe-Houdancourt, - duchesse de), femme de Louis-Charles, I, 83, 293; II, 438, 440, - 452 et suiv., 470; III, 194, 367 et suiv., 477 et suiv. - - Ventadour (Anne-Geneviève de Levis, dem{lle} de), femme du prince - Godefroy-Maurice de Turenne. Voy. Turenne (Anne-Geneviève de - Levis-Ventadour, princesse de). - - Ventadour (Marguerite-Félice de Lévis), femme du maréchal duc de - Duras. Voy. Duras (Marguerite-Félice de Levis-Ventadour, femme du - maréchal duc de). - - Vermandois (Louis de Bourbon, comte de), II, 76; III, 189. - - Vernet (Antoinette d'Albert, fille d'Honoré d'Albert, duc de - Luynes, soeur de Charles de Luynes et femme de Barthélemy, sieur - du), I, 116. - - Verneuil (Henriette de Balzac d'Entraigues, marquise de), I, 143. - - Vertus (François de Bretagne, comte de) et de Goello, baron - d'Avaugour. Voy. Avaugour (baron d'). - - Vertus (Catherine-Françoise de Bretagne d'Avaugour, Mlle de), I, - 252; II, 197. - - Vexin (Louis-César, comte de), 2e fils de Louis XIV et de Mme de - Montespan, II, 411; III, 189, 331. - - Vienne (? Henri de), comte Commarin, I, 315. - - Vienne (Elisabeth-Angélique de), femme de François de - Montmorency-Bouteville, II, 187. - - Vieux-Pont (... femme de Jean de), sieur de Compans, I, 254. - - Vigean (François Poussart, baron du), I, 71, 155, 185. - - Vigean (Anne de Neubourg, femme de François Poussart, sire de - Pons, baron du), I, 71, 184. - - Vigean (marquis de Fors du), [père d'Anne Poussart, duchesse de - Richelieu], II, 380. - - Vigean (Anne Poussart, D{lle} de Pons et du), femme de François - d'Albret, sire de Pons, comte de Marennes, puis d'Armand-Jean du - Plessis, duc de Richelieu. Voy. Richelieu (duchesse de). - - Vignacourt (Simon de), I, 235. - - Vignacourt (Aloph ou Olaf de), I, 235. - - Vignacourt (Adrien de), I, 235. - - Vignacourt d'Orvillé, I, 235. - - Villacerf (Colbert de). Voy. Colbert de Villacerf. - - Villarceaux (famille des Mornay d'Ambleville et de), I, 151. - - Villarceaux, (Pierre de Mornay de), I, 151. - - Villarceaux (Anne-Olivier de Leuville, femme de Pierre de Mornay - de), I, 151. - - Villarceaux (Louis, marquis de Mornay de), fils aîné de Pierre, I, - 40, 62, 151, 315. - - Villarceaux (Claude de Mornay de), 2e fils de Pierre, I, 151. - - Villarceaux (René de Mornay de), abbé de Saint-Quentin de Beauvais - (_dit_ l'abbé de), 3e fils de Pierre, I, 37, 39, 40. - - Villarceaux (Madeleine de Mornay de), abbesse de Gif, 1re fille de - Pierre, I, 151. - - Villarceaux (Charlotte de Mornay de), 2e fille de Pierre, femme de - Jacques Rouxel, maréchal de Grancey, I, 151. - - Villars (Georges de Brancas, 1er duc de), II, 337, 343. - - Villars (Georges de Brancas, marquis, puis duc de), I, 56, 76, - 151; II, 337, 343. - - Villars (Julienne-Hippolyte d'Estrées, marquise, puis duchesse - de), I, 56. - - Villars (Louis de Brancas, duc de), II, 345. - - Villars (Pierre, marquis de), d'une autre famille que Georges de - Brancas, I, 56. - - Villars (Marie Gigault de Bellefonds, femme de Pierre, marquis - de), I, 55, 56, 57. - - Villars (Henri de), archevêque de Vienne, frère puîné de Pierre, - I, 280. - - Ville (Viole de La). Voy. Viole de la Ville. - - Villefranche (le baron de), II, 296 et suiv. - - Villequier (Louis d'Aumont, marquis de), fils aîné de - Louis-Marie-Victor, duc d'Aumont, III, 379, 484, 485 et suiv., - 499. - - Villequier (Madelaine-Fare Le Tellier, femme de - Louis-Marie-Victor, duc d'Aumont, et d'abord marquis de), fille du - chancelier Le Tellier, soeur de Louvois, II, 390. Voy. Aumont. - - Villeroy (famille de), I, 147. - - Villeroi (Nicolas de Neufville, marquis, puis duc et maréchal de), - I, 64, 134; III, 491; IV, 210. - - Villeroy (Madeleine de Créqui, femme de Nicolas de Neuville, - maréchal duc de), IV, 210. - - Villeroy (Françoise ou Catherine de), l'une des deux filles du - maréchal de Villeroy, I, 295. - - Villeroy (François de Neufville, duc de), IV, 138, 210, 211. - - Villette (M. de), III, 119, 120. - - Villette-Murçay (Mme de), III, 69, 73, 75. - - Villette (Marthe-Marguerite de), femme du marquis de Caylus. Voy. - Caylus (Marthe-Marguerite de Villette, femme du marquis de). - - Vincent de Paul (saint), I, 166. - - Vineuil (Louis Ardier, sieur de), I, 78, 90, 120 et suiv., 132, - 164, 205, 206, 210, 216, 245 et suiv., 267, 268 et suiv. - - Vinnes (Mme de), II, 72, 74. - - Vins (N... l'Avocat, femme de Jean de la Garde d'Agoult, marquis - de), II, 429. - - Viole (Pierre), seigneur d'Athis, I, 213, 214. - - Viole de la Ville, I, 214. - - Viole (Nicolas, président) ou Viole Douzenceau, seigneur - d'Osereux, I, 213 et suiv. - - Viole (Anne) ou Anne du Saint-Sacrement, I, 213, 214. - - Viole (Claude de Chambon? de la Vallée, femme de Nicolas), I, 215. - - Virgile, IV, 186. - - Vitry (Lucrèce-Marie Bouhier, femme du maréchal de), I, 253. - - Vitry (François-Marie de l'Hôpital, duc de), I, 403; II, 74. - - Vitry (Marie-Louise-Elisabeth Pot, duchesse de), II, 72, 73, 74. - - Vivonne (Louis-Victor de Rochechouart, comte puis duc de), I, 47, - 277 et suiv., 301, 304, 320; II, 72, 74. - - Vivonne (Antoinette-Louise de Mesmes, comtesse, puis duchesse de), - I, 285, 286; II, 72, 74, 75. - - Vivonne (Andrée de), femme de François VI de La Rochefoucauld, II, - 457. - - Voisin (Catherine Deshayes, femme d'Antoine Montvoisin, connue - sous le nom de la), IV, 283. - - Voiture (Vincent), I, 115, 139, 144, 158, 189, 190, 296; IV, 273. - - Voltaire (François Arouet de), I, 312. - - Vordac (de), IV, 160. - - - Waldeck (Georges-Frédéric, comte de), III, 189. - - Walters (Lucy), I, 41. - - Wignacourt. Voy. Vignacourt. - - Wriothesley (Elisabeth, et non Anne), comtesse de Northumberland. - Voy. Northumberland (c{tesse} de). - - Wriothesley (Anne), lady Russell. Voy. Russell (lady). - - Wirtemberg ou Wurtemberg (le prince Ulric de), 3e fils de - Jean-Frédéric de Wirtemberg le Magnifique, de la branche dite de - Stuttgard, I, 210. - - Wirtemberg ou Wurtemberg (Isabelle d'Aremberg, fille d'Albert, - prince de Barbançon, veuve du comte d'Hochstrate, 2e femme d'Ulric - de), I, 210, 405. - - Wirtemberg ou Wurtemberg (George, prince de), baron de - Montbéliard, I, 210. - - Wirtemberg ou Wurtemberg.--_Erratum._ Lisez ce nom au lieu de - Mecklembourg au mot Chastillon (Elisabeth-Angélique de - Montmorency-Boutteville, duchesse de). - - Wirtemberg ou Wurtemberg (Anne de Coligny-Chatillon, fille cadette - du maréchal, femme de George de), I, 78, 207 et suiv. - - Witt (Jean de), II, 189, 190. - - - Yorck (duc d'), plus tard Jacques II, roi d'Angleterre, I, 257. - - Yorck (Anne Hyde de Clarendon, duchesse d'), I, 257. - - - Zamet (Marie-Christine), femme de Roger-Hector de Pardaillan de - Gondrin, mère du marquis de Montespan, II, 362. - - Zamet (Sebastien), II, 362; III, 262. - - - - -TABLE DES MATIÈRES. - - - Pages. - - Préface. v - - Le Grand Alcandre frustré - ou les derniers efforts de l'amour et de la vertu - Histoire galante. - - Avertissement. 3 - - Le Grand Alcandre frustré - ou les derniers efforts de l'amour et de la vertu - Histoire galante. 5 - - Amours de Louis le Grand et de Mademoiselle du Tron. - - Préface des entretiens. 125 - - Amours de Louis le Grand et de Mademoiselle du Tron. 128 - - Le tombeau des amours de Louis le Grand et ses dernières - galanteries. 241 - - Table alphabétique. 349 - - -FIN DE LA TABLE. - - -Imprimerie Gouverneur, G. Daupeley à Nogent-le-Rotrou. - - - - - Corrections: - - p. ix: voy. t. III, p. 47 corr.: voy. t. III, p. 147 - Note 233: p. 61 et suiv. corr.: p. 65 et suiv. - Note 244: jusqu'en 1671 corr.: jusqu'en 1691 - - Dans la Table alphabétique: - - Arnaud (M. Barrin de la Galissonnière) - N. Barrin corr.: M. Barrin - Artagnan (Charles de Castelmar d') - I, 398 corr.: II, 398 - Aubigné (Charles d') - III, 60 corr.: III, 69 - Aumont (Françoise-Angélique de la Mothe Houdancourt) - III, 336 corr.: III, 366 - Boisfranc (Joachim Seiglière) - 449 corr.: III, 449 - Boissy (Arthur Gouffier) - II, 174 corr.: II, 74 - Bontems (Alexandre) - IV, 228 et suiv. corr.: IV, 128 et suiv. - Cambiac, prêtre - I, 161 corr.: I, 160 - Cavoie (Louis Oger) - 179 corr.: II, 179 - Geloron corr.: Celoron - Dauphin (Louis, fils de Louis XIV) - 54, 163... corr.: III, 54, 163... - Espernon (Bernard de Nogaret) - I, 12, 31 corr.: I, 12, 30 - Estrées (Françoise Babou de la Bourdaisière) - III, 250 corr.: III, 252 - Estrées (Gabrielle de Longueval) - III, 252, 253, 348, 349 corr.: III, 252, 253, 349, 350 - Gouffier (Artus) - II, 400, 301 corr.: II, 400, 401 - Grancey (Charlotte de Mornay de Villarceaux) - I, 113, 151; 230, 234 corr.: I, 113, 151; III, 230, 234 - Grancey (Louise-Elisabeth, dite madame de) - Vilceaux corr.: Villarceaux - Harcourt (Marie-Louise-Christine Jeannin de Castille) - I, 34 corr.: I, 24 - Jacques II - IV, 215 corr.: IV, 216 - La Fayette - IV, 27 corr.: IV, 29 - La Feuillade (François d'Aubusson de) - IV, 1 corr.: IV, 4 - La Porte, valet de chambre de Louis XIV - I, 134 corr.: I, 184 - La Rivière (Louis Barbier, abbé de) - I, 47 corr.: I, 87 - Longueville (Anne-Geneviève de Bourbon-Condé) - (I,) 177 et suiv. corr.: (I,) 187 et suiv. - Lorraine (Charles IV duc de) - I, 44, 160 corr.: I, 144, 160 - Lorraine (Philippe, chevalier de) - I, 7, 271 corr.: I, 113, 271 - Ludres (Marie-Elisabeth de) - II, 217 corr.: I, 217 - Mazarin (Armand-Charles de la Porte de la Meilleraie) - II, 69, 465 corr.: II, 69; III, 465 - Mignard (Pierre) - III, 212, 499 corr.: III, 312, 499 - Montespan (Françoise-Athénaïs de Rochechouart) - (I,) 275 corr.: (I,) 285; - II, 162 corr.: II, 161; - Nangis (François de Brichanteau) - I, 408 corr.: I, 406 - Ninon de Lenclos - I, 6 corr.: I, 16 - Nogent (Diane-Charlotte de Caumont) - II, 222, 248, 320, corr.: II, 222, 248, 320, 381, 388; - 322, 381, 388, 390 III, 322, 392 - Richmont (François-Marie Stuart) - 225, 258 corr.: I, 225, 238 - Ricousse ou Ricoux - (I,) 251 corr.: (I,) 241 - Rochechouart (Marie-Madeleine-Gabrielle de) - III, 63 corr.: III, 10 - Roquelaure (Marie-Louise de Laval) - II, 426, 448; 451, 461 corr.: II, 426, 448; III, 451, 461 - Roquelaure (Antoine) - I, 163, 154, 164 corr.: I, 153, 163, 164 - Roquelaure (Gaston-Jean-Baptiste-Antoine) - II, 425, 353 et suiv. corr.: II, 425; III, 353 et suiv. - Savoie (Adélaïde-Henriette de) - IV, 294 corr.: IV, 274 - Scarron de Vaures (Catherine) - II, 449 corr.: II, 439 - Sévigné (Marie de Rabutin-Chantal) - (I,) 345 corr.: (I,) 325 - Somon - I, 306 corr.: I, 316. - Sourdis (Isabelle Escoubleau de) - II, 408 corr.: II, 406 - Talhouet (Marie de) - II, 428 corr.: II, 420 - Tavannes (Jacques de Saulx) - I, 415 corr.: I, 154 - Turenne (Henri de la Tour d'Auvergne) - (I,) 197 corr.: (I,) 187 - Vendôme (Philippe de) - II, 178-182 corr.: III, 178-182 - Vitry (Marie-Louise-Elisabeth Pot) - 72, 73, 74 corr.: II, 72, 73, 74 - - - - - -End of the Project Gutenberg EBook of Histoire amoureuse des Gaules suivie -des Romans historico-satiriques du XVIIe siècle (4/4), by Roger de Bussy-Rabutin - -*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK HISTOIRE AMOUREUSE DES GAULES, 4 *** - -***** This file should be named 40902-8.txt or 40902-8.zip ***** -This and all associated files of various formats will be found in: - http://www.gutenberg.org/4/0/9/0/40902/ - -Produced by Sébastien Blondeel, Carlo Traverso, Hans -Pieterse, and the Online Distributed Proofreading Team at -http://www.pgdp.net (This file was produced from images -generously made available by the Bibliothèque nationale -de France (BnF/Gallica) at http://gallica.bnf.fr) - - -Updated editions will replace the previous one--the old editions -will be renamed. - -Creating the works from public domain print editions means that no -one owns a United States copyright in these works, so the Foundation -(and you!) can copy and distribute it in the United States without -permission and without paying copyright royalties. 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