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+*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 40902 ***
+
+ Note de transcription:
+
+ Les erreurs clairement introduites par le typographe ont été
+ corrigées. D'autres corrections ont été apportées, dont la liste
+ est donnée à la fin de ce volume.
+
+ L'orthographe des noms propres dans la table alphabétique
+ présente certaines différences avec le reste de l'ouvrage et est
+ loin d'être cohérente (Bontems/Bontemps, Braguemont/Braquemont,
+ Créqui/Créquy, Élizabeth/Elisabeth, La Vallière/La Valière,
+ Levis/Lévis, Mancini/Manchini, Neuville/Neufville, etc.). Pour
+ les noms propres nous suivons strictement l'original imprimé.
+
+ Les notes de bas de page sont regroupées à la fin de chaque
+ chapitre.
+
+ Certaines abréviations en exposant dans l'original sont aisément
+ lisibles, comme Mlle. D'autres moins courantes, par exemple pour
+ Marquis ou sieur, sont indiquées sous la forme M{is} et s{r}
+ respectivement.
+
+ La table des matières est placée à la fin de l'ouvrage.
+
+
+
+
+ HISTOIRE
+ AMOUREUSE
+ DES GAULES
+
+
+ Imprimerie Gouverneur, G. Daupeley à Nogent-le-Rotrou.
+ Caractères elzeviriens de la Librairie Daffis.
+
+
+
+
+ HISTOIRE
+
+ AMOUREUSE
+
+ DES GAULES
+
+ PAR BUSSY RABUTIN
+
+ revue et annotée
+
+ PAR M. PAUL BOITEAU
+
+ _Suivie des Romans historico-satiriques du XVIIe siècle_
+
+ recueillis et annotés
+
+ PAR M. CH.-L. LIVET
+
+ TOME IV
+
+
+ [Illustration: Globus]
+
+
+ PARIS
+ PAUL DAFFIS, ÉDITEUR-PROPRIÉTAIRE
+ DE LA BIBLIOTHÈQUE ELZEVIRIENNE
+ 7, rue Guénégaud
+
+ M DCCC LXXVI
+
+
+
+
+[Bandeau]
+
+PRÉFACE.
+
+
+Les trois pièces que renferme ce quatrième et dernier volume de petits
+romans et pamphlets historico-satiriques du XVIIe siècle ne font point
+partie du Recueil connu sous le titre d'Histoire amoureuse des Gaules;
+nous les y avons ajoutées, pour des motifs que nous avons le devoir de
+faire connoître ici.
+
+D'abord, elles sont très-rares, et ce n'est pas sans difficulté que nous
+avons pu nous procurer les textes que nous avons suivis. La première,
+_le Grand Alcandre frustré_, a eu les honneurs d'une récente
+réimpression, donnée à petit nombre par les soins de M. Paul Lacroix;
+mais elle mérite d'être plus connue, sinon par les qualités d'un style
+qui trahit une plume peu exercée, du moins par la finesse ingénieuse et
+délicate des pensées, qui indique un homme de cour, et par l'intérêt
+même que présente ce petit roman. Si les deux autres ont trouvé place à
+la suite du _Grand Alcandre frustré_, ce n'est ni à leur style, ni
+à l'intérêt qu'elles présentent qu'elles doivent d'entrer dans cette
+collection; mais le titre en est très-familier aux bibliophiles, qui le
+connoissent par les Catalogues, et qui nous auroient su mauvais gré de
+ne pas en avoir reproduit le texte pour leur permettre d'en apprécier la
+valeur. L'une a cependant un mérite sur lequel nous ne saurions trop
+insister: c'est qu'elle est l'oeuvre d'un pamphlétaire admirablement
+bien renseigné sur une des plus malheureuses périodes de notre histoire:
+aussi nous sommes-nous appliqué, avec le plus grand soin, à faire
+ressortir l'exactitude historique des faits consignés dans les _Amours
+de Louis XIV et de Mlle du Tron_: nous espérons que nos notes, par leur
+abondance et leur précision, dédommageront un peu le lecteur du
+caractère insignifiant de l'ouvrage. Dans les _Entretiens_ qui composent
+ce factum, tous les mots portent; il n'est pas une ligne qui n'ait pu
+prêter, au temps où il parut, à de longs commentaires parmi les
+courtisans ou les bourgeois, et provoquer quelque raillerie ou quelque
+plainte. Ce sont ces commentaires, ces railleries, ces plaintes que nos
+notes ont eu en vue de faire revivre.
+
+Quant au _Tombeau des Amours de Louis le Grand_, ce libelle forme en
+quelque sorte le couronnement de l'oeuvre; c'est un résumé, mal écrit,
+mais assez complet, de l'histoire galante de la France sous le règne du
+grand Roi: nous l'avons, à ce titre, reproduit d'autant plus volontiers
+qu'il est très-rare et que s'il omet quelques faits, il en relève
+quelques autres dont on chercherait vainement la place ailleurs.
+
+Il nous reste à parler du problème historique que soulève l'étude du
+_Grand Alcandre frustré_. On a dit:
+
+ Jamais surintendant ne trouva de cruelle.
+
+Moins heureux que Fouquet, Louis XIV rencontra-t-il une autre Madame de
+Guercheville qui mérita son estime après avoir inspiré son amour,
+comme la célèbre marquise dont la résistance à la passion du roi Henri
+IV fut si célèbre en son temps? Si cette femme vertueuse a réellement
+vécu, qui est-elle?
+
+Voici, sans plus attendre, quelle est selon nous la solution de ce
+problème: une femme a existé, qui a eu la réputation méritée par la
+marquise de Guercheville; mais il n'est pas impossible que cette
+réputation ait été usurpée.
+
+Ce n'est pas sans de longues recherches que nous sommes arrivé à cette
+conclusion, si insuffisante qu'elle puisse paroître. Nous prions qu'on
+veuille bien revenir avec nous sur le chemin que nous avons dû suivre,
+non sans nous égarer bien souvent, pour fournir une réponse aux
+questions posées.
+
+La femme vertueuse dont parle l'auteur seroit la comtesse de L...; son
+rang, peut-être l'emploi de son mari lui permettoient d'être toujours à
+la Cour, que le Roi fût à Versailles, à Saint-Germain ou à
+Fontainebleau. Or, en dépouillant les Lettres de Mme de Sévigné, les
+Mémoires de Saint-Simon, le Journal de Dangeau et les Etats de la
+France, il est facile de relever tous les noms des personnages de
+l'entourage du Roi faisant précéder du titre de comte un nom commençant
+par l'initiale L. Nous avons fait cette revue; aucun des noms que nous
+avons trouvés ne s'appliquoit à une femme réunissant à la fois toutes
+les conditions exigées pour satisfaire aux termes du problème: celle-ci
+étoit trop jeune, celle-là trop âgée; l'une s'étoit compromise avec
+quelque galant; l'autre étoit, en 1672, dans une position effacée d'où
+elle n'est jamais sortie.
+
+Après toutes ces tentatives vaines pour arriver à la vérité, désespérant
+de la découvrir nous-même, nous avons adressé, par la voix de
+l'_Intermédiaire_, un appel à de mieux informés: on nous a répondu par
+le nom de Mme de Ludres, chanoinesse de Poussay; mais celle-ci,
+n'ayant pas de mari, n'était pas femme du comte de L...; elle ne
+fut pas toujours cruelle; elle ne conserva pas toute sa vie l'affection
+du Roi, et elle n'usa pas de son influence pour avancer sa famille. Une
+telle réponse ne pouvoit que nous encourager à continuer nos recherches.
+
+Mais, à notre grand déplaisir, après avoir épuisé toute la liste des
+noms en L..., il nous fallut procéder par hypothèse, et supposer que
+cette initiale avoit été choisie précisément pour dépister le lecteur.
+Dès que le nom ne paroissoit pas en toutes lettres, ne pouvoit-on
+penser, en effet, que l'auteur avoit pris toutes ses précautions pour
+que même une initiale ne pût aider à découvrir ce qu'il vouloit cacher?
+
+Nous donnons cette hypothèse: elle nous paroît plausible; mais nous
+admettons qu'on la repousse.
+
+Quoi qu'il en soit, nos recherches n'auront pas été infructueuses: si
+nous n'avons trouvé aucune comtesse de L... ayant eu l'occasion de
+résister aux tendresses de Louis XIV, nous avons du moins rencontré une
+femme qui, à l'initiale près, réunit toutes les conditions que nous
+étions en droit d'exiger, et cette femme est la princesse de Soubise.
+
+Mme de Soubise était femme de François de Rohan, prince de Soubise,
+capitaine-lieutenant des gendarmes de la garde ordinaire du Roi, qui
+était le second fils, et fils très-pauvre, d'Hercule de Rohan, duc de
+Montbazon. Veuf en août 1660 de Catherine de Lyonne, il épousa, le 17
+avril 1663, Anne de Rohan-Chabot, «dame d'une vertu et d'un mérite
+très-distingués», dit Moréri, qui ne prodigue pas les éloges dans ses
+notices généalogiques. Née en 1648, Mme de Soubise avoit 24 ans à
+l'époque où se passe notre petit roman, et avoit eu déjà trois des dix
+enfants pour l'établissement desquels la bienveillance du Roi lui fut si
+utile. Mme de Sévigné, après avoir constaté les inquiétudes que les
+attentions du Roi pour la princesse causoient à Mme de Montespan,
+montre la favorite promptement tranquillisée; elle nous apprend
+aussi que Mme de Soubise, voulant échapper à la poursuite du Roi, se
+crut obligée de quitter la Cour et de se réfugier à la campagne:
+l'histoire de la comtesse de L... est toute semblable.
+
+Mis ainsi sur la voie, nous nous sommes rappelé que Mme de Soubise avoit
+trouvé grâce même devant un des pamphlétaires de l'_Histoire amoureuse_
+(voy. t. III, p. 147); nous avons ensuite consulté Saint-Simon et
+Dangeau. Dangeau ne nous apprend rien, sinon que, du temps où il
+écrivoit son Journal, Mme de Soubise suivoit assidûment la Cour. Mais
+Saint-Simon nous renseigne plus complètement; de tout ce qu'il dit de la
+princesse, il ressort que Mme de Soubise fut en effet aimée du Roi,
+qu'elle conserva toujours sur lui un crédit dont elle usa largement dans
+l'intérêt de sa famille et d'elle-même, et qu'il ne fut porté aucune
+attaque sérieuse à la réputation que lui ont faite tous ses
+contemporains. Toutefois le duc ne pense pas que sa vertu ait été sans
+tache: mais à qui a-t-il fait cet honneur de croire que les faveurs ne
+s'obtenoient pas par des complaisances, dût-il, pour donner cours à sa
+malignité, rompre en visière à l'opinion publique?
+
+C'est pour concilier à la fois l'estime unanime des contemporains avec
+la médisance de Saint-Simon que nous avons laissé place à un doute qui
+n'existe pas d'ailleurs dans notre esprit, et que, tout en admettant que
+la comtesse de L... peut être la princesse de Soubise, nous avons
+réservé l'opinion de ceux qui, après Saint-Simon, voudroient conserver
+des doutes sur sa vertu.
+
+Ce n'est pas sans regret que nous avons fait cette part au doute; nous
+aurions aimé placer au moins dans notre galerie une femme sûrement
+honnête; mais l'histoire ne s'écrit pas avec le sentiment, et, si nous
+n'avons pas trouvé un juste dans Israël, nous l'avons du moins
+consciencieusement cherché.
+
+Notre tâche est terminée. Le long travail auquel nous nous sommes
+livré pour dégager la valeur historique d'une série d'ouvrages où les
+esprits superficiels ne cherchoient que le scandale, nous a fait vivre
+dans la familiarité de la Cour la plus brillante du monde; nous avons
+découvert bien des misères sous son éclat menteur; mais ces vices
+honteux qui déshonoroient l'entourage immédiat du Roi, mais cette
+corruption générale des moeurs qui se dissimuloit mal sous la galante
+courtoisie des manières en existeroient-ils moins parce qu'ils ne
+seroient pas découverts? Et quand il n'y auroit pas d'autre conclusion à
+tirer de cette étude, ne seroit-ce pas déjà un résultat précieux que de
+pouvoir dire: le progrès de la morale a accompagné le progrès de
+l'instruction et le développement du bien-être général? N'est-ce rien
+que de pouvoir prouver, pièces en main, aux esprits chagrins,
+_laudatores temporis acti_, que nous valons mieux que nos ancêtres?
+
+Il nous reste un mot à ajouter. Nous désirons appeler particulièrement
+l'attention sur la table qui termine ce quatrième volume. Tous les noms
+cités dans l'ouvrage y figurent, et nous nous sommes appliqué à joindre
+toujours aux noms de seigneurie les noms patronymiques et les prénoms.
+Des difficultés matérielles ne nous ont pas permis de donner à ce
+travail toute la perfection que nous aurions désiré; cependant, nous
+espérons qu'il rendra quelques services même pour la lecture d'autres
+ouvrages que les petits romans historiques de cette collection.
+
+CH.-L. LIVET.
+
+
+
+
+ LE GRAND
+ ALCANDRE FRUSTRÉ
+ OU LES
+ DERNIERS EFFORTS DE L'AMOUR ET DE LA VERTU
+ HISTOIRE GALANTE.
+
+
+
+
+[Bandeau]
+
+AVERTISSEMENT.
+
+
+On ne dira pas de cette histoire ce qu'on a dit de plusieurs autres:
+c'est toujours la même viande diversement assaisonnée. Le seul titre
+fait voir d'abord que c'est une pièce nouvelle. Le grand Alcandre n'a
+point eu jusques ici de maîtresse qui ne se soit rendue, s'il faut ainsi
+dire, après la première sommation; au lieu que cette illustre comtesse,
+dont on fait ici l'histoire, se défend avec une vertu tout-à-fait
+héroïque, se tire adroitement de tous les piéges que l'Amour lui tend,
+et, en étouffant une passion criminelle, elle gagne l'estime et
+l'admiration de celui qui la vouloit déshonorer. Il est bien juste
+qu'après avoir exposé aux yeux du public les fautes de celles qui
+ont fait honte à leur sexe, on lui fasse part de la vertu de cette
+Héroïne, qui en relève l'honneur, et que nous pouvons mettre au nombre
+des femmes fortes, puisqu'elle a triomphé de tout ce que l'Amour a de
+plus tendre, de plus fort, et de plus engageant. Tout ce qu'on peut dire
+de la vérité de cette histoire, c'est qu'ayant été trouvée parmi les
+papiers d'un homme de qualité[1] après sa mort, on la donne telle qu'on
+nous l'a envoyée de Paris. Il auroit été à souhaiter que le nom de cette
+illustre femme y eût été couché tout du long; mais il n'y avoit que la
+lettre L...[2] dans le manuscrit, où l'on n'a voulu rien changer.
+
+
+NOTES.
+
+ [1] Le duc de La Feuillade (_note de l'édit. de 1719_).--Il était
+ mort subitement dans la nuit du 18 au 19 septembre 1691, et non le
+ 12 mai 1697, comme on l'a dit dans une récente édition de cette
+ «histoire».--Voy. Dangeau, t. III, pp. 400-402.
+
+ [2] Voy. la Préface, en tête de ce vol.
+
+
+
+
+[Bandeau]
+
+LE GRAND
+
+ALCANDRE FRUSTRÉ
+
+OU LES
+
+DERNIERS EFFORTS DE L'AMOUR ET DE LA VERTU
+
+HISTOIRE GALANTE.
+
+
+Tout le monde sait que Louis XIV, étant un jour en belle humeur, dit à
+quelques-uns de ses courtisans, qu'il n'avoit trouvé dans toute sa Cour
+que deux femmes chastes, et qui fussent fidèles à leurs maris[3]. Comme
+les paroles des Rois sont regardées comme des oracles, personne n'osa
+répliquer, ni en demander davantage; chacun se regarda, mais les mariés
+baissèrent les yeux, craignant d'en apprendre plus qu'ils ne voudroient,
+et que leurs épouses ne fussent pas ces deux chastes tourterelles, qui
+avoient l'approbation de ce grand Monarque.
+
+Là-dessus, le comte de Lauzun[4], qui n'y avoit point d'intérêt, parce
+qu'il n'étoit pas marié, prit la parole et dit au Roi: «Sire, vous avez
+été plus heureux que Salomon, d'avoir trouvé deux femmes chastes,
+puisque ce prince, tout sage qu'il étoit, n'en a pu trouver une seule.»
+
+Ces deux femmes, à ce qu'on a su depuis, étoient la Reine, et la
+comtesse de L...[5], dont on va décrire les amours secrètes avec ce
+monarque. Il avoit trop d'intérêt à croire à la fidélité de la Reine,
+pour en douter tant soit peu, et véritablement c'étoit une princesse des
+plus sages, et des plus vertueuses de son siècle, et le Roi son époux ne
+faisoit que lui rendre la justice qui lui étoit due. Pour la comtesse,
+l'intérêt de son amour auroit voulu, tout au contraire, qu'il eût pu
+douter de sa fidélité pour le lien conjugal. Mais il n'avoit que trop de
+raisons de la croire ferme là-dessus, et, si on peut le dire ainsi, une
+invincible.
+
+Il y avoit longtemps que ce prince brûloit pour elle; mais il n'y avoit
+encore que ses yeux qui osassent le lui dire; il la regardoit
+incessamment d'un air tendre et passionné; mais on ne répondoit point à
+ses regards, et quoique la comtesse comprît assez ce que cela vouloit
+dire, elle fit toujours semblant de n'entendre pas ce langage
+mystérieux. Comme elle est naturellement modeste, les yeux du Roi, qui
+la rencontroient toujours, la faisoient quelquefois rougir, et
+cette rougeur, qui se répandoit sur ses joues, ne servoit qu'à relever
+l'éclat de sa beauté, et qu'à augmenter le feu de ce prince qui n'étoit
+déjà que trop amoureux. Ce monarque, qui étoit expérimenté dans l'art
+d'aimer, voyoit bien que cette rougeur, qu'il remarquoit sur le visage
+de sa maîtresse, ne lui présageoit rien de bon, et qu'elle étoit d'une
+autre espèce que celle que l'Amour peint lui-même dans un coeur
+enflammé, à l'approche de l'objet qu'il aime. Il voyoit, à travers ce
+voile éclatant, toutes les marques de la pudeur, de la sagesse, de la
+modestie et de la chasteté; mais il y remarquoit aussi une secrète
+indignation d'une vertu offensée, qui se voit attaquée par des regards
+criminels. Des présages si funestes à l'amour de ce grand Roi le
+faisoient trembler quelquefois, tout intrépide qu'il est. Enfin, ne
+pouvant plus renfermer un feu qui devenoit tous les jours plus violent,
+par le soin qu'il prenoit de le cacher, il résolut de se découvrir au
+duc de La Feuillade[6], espérant par là trouver du soulagement, et d'en
+recevoir quelque conseil salutaire à son amour.--«Ne suis-je pas
+malheureux, dit-il un jour à ce duc, d'aimer sans oser le dire, mais
+d'aimer jusqu'à la fureur[7]?--Et qui vous empêche, Sire, de parler, lui
+dit ce fidèle favori?--Le respect, l'amour, la crainte de déplaire à
+l'objet aimé, lui dit alors ce monarque.--S'il n'y a que cela, lui
+dit le duc, Sire, parlez, et parlez bientôt, je vous réponds que vous
+serez écouté. Quelle est la dame qui ne s'estimât heureuse de donner des
+chaînes au plus grand monarque du monde, et qui ne se fît un plaisir de
+les soulager, et de les partager même? Avez-vous trouvé jusques ici
+quelque chose qui osât vous résister: villes, châteaux, forteresses,
+ennemis, tout se rend à vous, tout plie sous vos lois[8], et vous
+craignez que le coeur d'une femme ose tenir contre un Roi toujours
+victorieux?--Ah! qu'il y a bien de la différence! dit alors le
+Roi.--Oui, sans doute il y en a, lui répliqua La Feuillade, et il n'est
+pas besoin ici de tant de machines; vous n'avez qu'à vous montrer, vous
+n'avez qu'à paroître, vous n'avez qu'à parler, vous n'avez qu'à dire
+_j'aime_, et l'on répondra d'abord[9] à votre amour. Avouez-le, Sire,
+ajouta-t-il, si vous avez rencontré peu de villes qui résistent, vous
+avez encore moins trouvé de femmes cruelles.--Il est vrai, lui dit le
+Roi, que je n'ai pas sujet de me plaindre de ma mauvaise fortune, et, en
+amour aussi bien qu'en guerre, les bons succès ont répondu toujours à
+mes espérances. Mais j'ai entrepris une conquête qui me paroît
+impossible; cependant, je ne puis m'en désister, et si je n'en viens à
+bout, je vois bien qu'il y va du repos de ma vie, et peut-être de
+ma vie même.»
+
+Le duc entendant parler ainsi le Roi, fut touché de son état, et ce
+prince, qui l'avoit appelé pour lui faire confidence de son amour, lui
+nomma l'objet qui l'avoit enflammé.--«J'avoue, Sire, lui dit alors le
+duc de La Feuillade, que vous avez quelque sujet de vous défier du
+succès de votre entreprise; cette dame est extrêmement fière, et d'une
+vertu qui a quelque chose d'austère et de farouche; mais le temps et
+l'amour viennent enfin à bout de tout, principalement lorsque tout cela
+est soutenu par l'éclat d'une couronne, et d'une gloire comme la vôtre;
+et quand l'amour ne regarderoit pas à toutes ces choses, vous avez outre
+cela toutes les qualités du coeur et de l'esprit, et tout ce qu'il
+faut pour se faire aimer.--Je veux que cela soit, dit le Roi, j'ose me
+flatter que j'ai tout ce que tu dis là, mais je n'ose me flatter de
+toucher une insensible.--Mais vous n'avez encore rien tenté, reprit le
+duc, vous n'avez encore parlé que le langage des yeux; expliquez-vous
+d'une autre manière, et vous verrez comment on y répondra.--Je ne le
+vois déjà que trop, dit le Roi, et les yeux de cette cruelle, à qui les
+miens ont déjà parlé mille fois, ne m'ont répondu que par un silence
+froid, capable de glacer le coeur le plus enflammé, ou par des regards
+terribles qui m'ont annoncé l'arrêt de ma mort.--Que savez-vous, Sire,
+lui dit alors La Feuillade, si l'on ne veut pas vous rendre cette
+conquête plus précieuse par la résistance, et si on ne se fait pas une
+espèce de gloire et de vanité, de tenir quelque temps contre les
+attaques d'un grand Roi, auquel jusqu'ici rien n'a résisté? C'est déjà
+beaucoup, qu'on vous ait entendu; mais c'est encore plus qu'on vous
+l'ait fait connaître; car pour le premier, il n'y a pas la moindre
+difficulté, les dames entendent d'abord ce qu'on veut leur dire; mais
+comme elles font semblant de ne l'entendre pas, peut-être par le plaisir
+qu'elles ont de se le faire répéter souvent, elles ne veulent point
+avouer qu'elles comprennent un langage qu'elles savent encore mieux que
+nous. Ainsi puisque votre Majesté a déjà parlé, et qu'on lui a fait
+connoître ce qu'elle vouloit dire, c'est déjà un assez grand avancement.
+Mais il faut s'expliquer d'une autre manière, et les belles exigent de
+nous qu'on mette tout en usage, avant que de faire la moindre avance;
+elles sont comme ces gouverneurs de places, qui, ayant de l'honneur et
+de la fidélité pour leur prince, ne veulent se rendre qu'à la dernière
+extrémité, pour sauver au moins, en se rendant, cet honneur qui leur est
+si cher, et pour ne perdre pas les bonnes grâces de leur maître. Il en
+sera ici de même, et la conquête que votre Majesté entreprend ne se
+pourra faire qu'à force de temps, de machines, de ruses et de
+stratagêmes; mais enfin nous en viendrons à bout. C'est une femme fière,
+qui se fait un point d'honneur de la fidélité qu'elle doit à son mari,
+qui veut soutenir cet honneur à la pointe de l'épée, mais qui a résolu
+pourtant de se rendre, quand elle aura fait tout ce que les gouverneurs
+les plus braves ont accoutumé de faire pour la défense d'une place.»
+
+Le Roi fut charmé d'entendre raisonner si bien le duc de La Feuillade,
+qui n'étoit pas moins versé dans les matières d'amour, qu'il étoit
+expert dans l'art militaire. Dès lors il ne songea plus qu'à faire sa
+déclaration dans les formes, et qu'à se servir de tous les moyens que
+l'amour peut suggérer, pour parvenir au but où tendent tous les amants.
+Mais ce premier pas, qui semble si facile, et que ce prince ne comptoit
+pour rien dans toutes ses autres amours, ne fut pas tout comme il avoit
+cru. Ce n'est pas que l'occasion ne s'en présentât assez souvent; mais
+la crainte le retenoit, et c'est peut-être la seule fois que ce monarque
+a senti cette passion qui est inconnue aux grands courages. Vingt fois
+il voulut ouvrir la bouche pour parler de son amour à cette comtesse, et
+vingt fois sa langue fut comme retenue par un frein qu'il n'eut jamais
+la force de rompre. Il rencontroit toujours les yeux et le front de
+cette comtesse, où la vertu paroissoit armée de cette sévérité qui
+imprime du respect aux plus grands monarques; et quand il la vouloit
+jeter sur des matières de tendresse, pour parler ensuite de la sienne,
+ce silence froid et austère qu'elle savoit si bien observer rompoit
+tout-à-coup cet entretien, empêchoit le Roi de le poursuivre, et lui en
+faisoit chercher un autre qui fût plus du goût de celle à qui il
+craignoit toujours de déplaire.
+
+C'est une chose qui est peut-être sans exemple, qu'un amant passionné,
+et surtout un Roi, qui ose tout, ait trouvé tant d'occasions de déclarer
+son amour, et en ait su si peu profiter. Mais comme j'ai dit, cette
+comtesse les éludoit avec tant de dextérité, prenant son air grave et
+sérieux, que le Roi ne savoit comment s'y prendre. Ce qu'il y a
+d'admirable, c'est que, sans avoir recours à la fuite, qui est la
+ressource ordinaire de celles qui veulent éviter de semblables
+entretiens, elle n'affectoit pas de se dérober de la présence du Roi;
+elle alloit son train ordinaire; que le Roi se trouvât ou ne se trouvât
+pas dans les lieux où elle étoit, elle ne faisoit sa visite ni plus
+courte ni plus longue qu'elle l'avoit résolu. Elle ne vouloit pas même
+que le Roi crût qu'elle évitoit sa rencontre, de peur qu'il ne regardât
+cette fuite comme une marque de sa foiblesse, ou de la crainte qu'elle
+avoit de succomber à l'amour de ce grand Monarque. Il sembloit tout au
+contraire qu'elle affectât de lui faire voir qu'elle avoit assez de
+vertu pour résister à toutes ses vaines poursuites.
+
+Enfin, elle vivoit avec lui de telle manière, que, quoiqu'il ne pût
+jamais se satisfaire en lui parlant de ce qu'il avoit dans le coeur,
+il n'avoit pas sujet de se plaindre d'elle. Tous ses discours étoient
+sages, retenus, et même obligeants; elle louoit sur tout les vertus du
+Roi d'une manière si engageante que ce prince ne pût jamais se résoudre
+à lui donner une espèce de démenti, en lui parlant d'une chose qui
+alloit contre son devoir. En sorte qu'au lieu d'une maîtresse que le Roi
+croyoit trouver, il rencontroit une gouvernante, qui lui faisoit des
+leçons de sagesse, d'honneur, de justice, de probité, et de toutes les
+vertus; mais d'une manière dont il ne pouvoit s'offenser, puisque tout
+cela étoit assaisonné par des louanges que le Roi se sentoit obligé
+de soutenir.
+
+Cet amant jugea bien par une telle conduite, qu'il n'iroit pas fort vite
+dans ses amours, puisqu'il n'avoit pas encore fait le premier pas. Peu
+s'en fallut qu'il ne se rebutât entièrement, et qu'il n'abandonnât le
+dessein de cette conquête; il lui sembloit même quelquefois qu'il
+n'étoit plus amoureux; mais son amour étoit comme ces fièvres
+intermittentes, qui sont d'autant plus violentes dans leur accès,
+qu'elles ont donné quelque relâche. Quand il se la représentoit avec cet
+éclat, cette douceur, cette majesté, ces yeux brillants, son coeur
+étoit tout de flamme. Mais quand il pensoit à cet air sévère, à cette
+autorité de reine, à cette vertu constante, à cette pudeur
+incorruptible, tout son amour se changeoit en estime, ou plutôt en
+respect et en admiration. Quand il ne faisoit que la regarder, son
+coeur étoit tout en feu; mais dès qu'il vouloit lui parler de son
+amour, il se sentoit tout de glace. La beauté et la vertu de cette
+comtesse, qui éclatoient également dans ses yeux, produisoient ces deux
+effets contraires dans l'âme du Roi.
+
+Cela sembloit tenir quelque chose du charme et de l'enchantement qu'un
+amant comme le Roi, qui n'étoit pas novice dans ces matières, et qui
+s'étoit signalé en tant d'occasions amoureuses, s'arrêtât ainsi tout
+court, sans oser hasarder la première attaque, lui qui avoit si souvent
+monté à la brèche avec une intrépidité digne d'un Mars. On parle d'un
+certain nouement d'aiguillettes, qui arrête quelquefois les plus
+hardis, qui refroidit les plus ardents, qui amollit les plus forts sur
+le point de jouir de leurs amours et les en rend tout-à-fait incapables:
+il arrivoit au Roi quelque chose de semblable toutes les fois qu'il
+étoit sur le point de se déclarer à madame de L...; non pas qu'il fût au
+cas dont nous venons de parler, il en étoit bien éloigné; mais il
+éprouvoit le même charme à l'égard de sa langue; lorsqu'il vouloit
+essayer d'expliquer ses sentiments et de parler de son amour, il sentoit
+d'abord sa langue liée et son esprit comme perclus. Enfin il se trouvoit
+dans le même état où étoit Didon, et que Virgile nous décrit si bien
+dans le quatrième livre de son Enéïde; cette reine, qui n'aimoit pas
+moins Enée que notre Roi aimoit la comtesse, n'avoit jamais la force ni
+la hardiesse de le dire à ce prince Troyen. Dès qu'elle commençoit de
+lui parler de son amour, sa voix mouroit dans sa bouche.
+
+ _Incipit effari, mediaque in voce resistit;_
+
+c'est-à-dire, suivant la traduction de M. de Segrais,
+
+ Au milieu d'un discours, sa langue embarrassée
+ Refuse sa parole à sa triste pensée.
+
+Mais cette passion est trop violente pour pouvoir en demeurer là; Didon
+s'expliqua enfin, et le Roi fit connoître ouvertement son amour à la
+Comtesse. Il crut néanmoins qu'il ne devoit pas s'exposer lui-même aux
+premiers transports de colère qu'il savoit bien qu'elle feroit éclater.
+Il choisit le duc de La Feuillade, qu'il avoit déjà fait son confident,
+pour essuyer pour lui cette tempête qu'il craignoit si fort. Il fit
+même réflexion, qu'ayant une plus grande liberté d'esprit, il pourroit
+représenter mille choses à la Comtesse, qui n'auroient pas été si bien
+dans la bouche du Roi, et lui faire valoir tous les avantages qu'elle
+pouvoit retirer de cette conquête, et pour elle et pour les siens.
+
+Dans cette résolution, il mande le duc de La Feuillade, qui le vint
+trouver dans le cabinet. Ce duc s'attendoit d'abord à quelque nouvelle
+confidence, et que le Roi lui alloit apprendre quelques grands progrès
+qu'il auroit déjà faits dans son amour. Mais il fut bien surpris quand
+il apprit que Sa Majesté étoit encore aux mêmes termes où il étoit la
+première fois qu'il lui fit cette confidence. Cela le surprit d'autant
+plus qu'il savoit par lui-même que le Roi n'étoit pas si patient dans
+ses amours, et moins encore timide quand il étoit question de se
+déclarer. Il jugea d'abord que c'étoit une passion extraordinaire, qui
+dureroit longtemps, et dont son maître auroit bien de la peine à
+revenir. Il lui dit donc qu'il étoit en état d'exposer jusqu'à la
+dernière goutte de son sang pour la satisfaction de Sa Majesté, et dans
+cette affaire et dans toutes celles où il lui feroit l'honneur de
+l'employer.--Le Roi lui répondit qu'il lui savoit bon gré de son zèle
+pour son service, mais qu'il n'étoit pas question d'exposer son sang ni
+sa vie; qu'il n'avoit besoin que de son adresse et de son esprit, et de
+ce beau talent qu'il avoit pour gagner les coeurs des dames; qu'il le
+prioit de mettre tout en usage pour lui gagner celui de la comtesse de
+L..., remettant à sa prudence la manière dont il devoit s'y prendre
+pour expliquer ses sentiments à cette fière personne; que, de peur de
+l'effaroucher, il lui fît entendre que toute la grâce que le Roi
+demandoit d'elle, étoit de souffrir qu'il lui parlât de sa passion;
+qu'il aimeroit mieux mourir mille fois plutôt que d'avoir la moindre
+pensée de la déshonorer, et qu'il ne se serviroit jamais de son autorité
+pour lui faire aucune violence; qu'il bornoit tous ses désirs et toutes
+ses prétentions à la voir, à l'aimer, et à lui parler quelquefois de son
+amour.
+
+Le duc reçut cette ambassade avec autant de plaisir que si elle se fût
+adressée au plus grand prince de l'Europe. Il part comme un autre
+Mercure, pour exécuter les ordres de son Jupiter; et certainement le Roi
+ne pouvoit pas jeter les yeux sur une personne plus propre à s'acquitter
+de ce difficile emploi, que l'étoit le duc de La Feuillade. Il avoit de
+l'esprit, de la politesse, un grand usage du monde, une éloquence qui
+lui étoit naturelle, et une bonne mine qui persuadoit déjà avant qu'il
+ouvrît la bouche. Mais ce qui le rendoit plus propre à la commission que
+le Roi lui avoit donnée, c'est qu'il avoit une grande expérience dans le
+commerce des femmes; il en connoissoit le fort et le faible; il avoit eu
+avec elles de bonnes fortunes et plusieurs galanteries; il avoit en un
+mot toutes les qualités propres pour plaire au beau sexe. Il étoit civil
+et entreprenant, insinuant et hardi, libéral, soumis, complaisant, mais
+aussi vigilant, pressant, actif, et ne perdant jamais une occasion
+favorable aux amants, qui est ce qu'on appelle l'heure du berger.
+
+Cet ambassadeur, ayant reçu les instructions de son maître, prit congé
+de Sa Majesté, et ne songea qu'à exécuter les ordres qu'il venoit de
+recevoir. Comme il savoit, par une longue expérience, que le vrai moyen
+de persuader étoit de prendre son temps, et que cela est surtout
+nécessaire à l'égard des femmes, il tâcha de se servir heureusement de
+cette circonstance. Il sut bientôt que la comtesse devoit être d'une
+partie de plaisir dans une maison de campagne; et comme il étoit bien
+reçu partout, et par son rang et par les qualités de son esprit, il ne
+lui fut pas difficile d'être du nombre de ceux qui devoient composer
+cette belle compagnie. Il y devoit avoir un grand nombre de messieurs et
+de dames de la première qualité; mais comme la présence du comte de L...
+auroit pu être un obstacle au dessein du duc, il fit connoître à Sa
+Majesté, qu'il seroit nécessaire qu'il l'éloignât le jour de cette fête,
+de peur que sa présence ne rompît toutes ses mesures. Le Roi, qui
+n'avoit en tête que l'intérêt de son amour, trouva bientôt le moyen de
+lever ce petit obstacle. Il résolut d'aller à la chasse le même jour que
+la comtesse devoit aller à cette partie de plaisir, et il fit dire au
+comte qu'il falloit qu'il l'y accompagnât. Quoiqu'il eût compté qu'il
+seroit de la partie de sa femme, il ne se fit pas pourtant une grande
+violence de suivre le Roi: c'est toujours un grand honneur à un
+courtisan, que son maître le choisisse pour être le compagnon de ses
+plaisirs; mais ce pauvre comte ne savoit pas que le même jour qu'il
+assisteroit à la chasse du Roi, à la poursuite de quelque cerf, ce grand
+Monarque avoit donné ordre à son grand veneur en fait d'amour, de
+faire tous ses efforts pour faire tomber sa femme dans ses toiles. Enfin
+il ignoroit, ce bon seigneur, qu'on travailloit à arborer sur sa tête
+les armes de ces animaux connus, dont la chasse devoit faire le plaisir
+du Roi.
+
+Le jour venu pour cette double chasse, le comte de L... ne manqua pas de
+se rendre en diligence auprès du Roi; et le duc de La Feuillade n'eut
+garde de manquer à se trouver au lieu de l'assignation[10], où se devoit
+trouver cette belle compagnie. Je ne décrirai ni la magnificence de
+cette fête, ni ce qui se passa dans la chasse du Roi; je ne puis
+pourtant passer sous silence une particularité qui me semble
+remarquable, et qui étoit d'un mauvais préjugé pour ce prince, dans le
+dessein de cette journée. C'est qu'ayant tiré deux fois sur un sanglier,
+il le manqua, et ne lui fit aucun mal; et le comte de L... ayant tiré
+après lui, le blessa du premier coup. Quoique le Roi ne soit pas
+superstitieux, cela n'empêcha pas qu'il n'eût du chagrin de cette
+aventure; cela ne lui étoit jamais arrivé, car il est fort adroit à
+toutes sortes d'exercices, et particulièrement à la chasse; mais ce qui
+augmentoit son chagrin, c'est que le comte de L... venoit de frapper du
+premier coup la bête, qu'il avoit manquée jusques à deux fois; mais que
+cela lui fût arrivé précisément le même jour, et peut-être à la même
+heure que le duc de La Feuillade parloit de sa passion à la comtesse,
+c'est ce qui achevoit de le désoler. «Cela m'avertit assez,
+disoit-il en soi-même, que le duc ne sera point écouté, que toutes ses
+paroles seront regardées comme du vent, et que tous les coups qu'il
+portera pour moi à la comtesse, ne feront que blanchir[11]; au lieu que
+le comte, qui a blessé la bête que j'ai failli toucher, ne manquera pas
+ce soir de trouver sa femme, qui le recevra d'abord avec les mêmes
+empressements et les mêmes marques de tendresse qu'elle lui a données
+depuis leur mariage.» C'est ainsi que le Roi s'entretenoit, et il lui
+tardoit que le jour fût fini, pour apprendre bientôt son bien ou son
+mal.
+
+Cependant le duc de La Feuillade prit le temps qu'il jugea le plus
+propre pour entretenir la comtesse d'une affaire si chatouilleuse. Il
+attendit qu'on eût dîné, qu'on eût pris le plaisir du jeu et de la
+musique, et qu'on exécutât le dessein de prendre vers le soir le plaisir
+de la promenade. C'étoit en effet le temps le plus propre à son dessein;
+car, au lieu que, pendant la chaleur du jour, ils avoient été tous
+ensemble occupés au jeu, lorsque le soleil commença de baisser, on alla
+se promener dans un bois à haute futaie, où il y avoit plusieurs grandes
+allées, diverses fontaines, plusieurs jets d'eau, des grottes, des
+cabinets[12], des berceaux, des labyrinthes, et enfin tout ce qui
+peut embellir un lieu champêtre.
+
+Quand on fut entré dans le bois, les uns prirent une route, les autres
+une autre, selon que le désir, le caprice, le hasard ou quelque dessein
+prémédité les conduisoit. Le duc, qui avoit toujours le sien en tête,
+conduisit si bien la chose, qu'il se trouva seul avec la comtesse; et
+quand il se vit assez éloigné pour n'être entendu de personne, il
+commença de louer les charmes de sa beauté et de son esprit et d'exalter
+le bonheur du comte, qui possédoit une femme si accomplie.
+
+Comme elle ne s'attendoit point à ce que le duc avoit à lui dire, elle
+lui répondit sans façon comme font la plupart des femmes, quand on leur
+fait de semblables compliments, qu'elle n'avoit point tous ces avantages
+dont il la vouloit flatter; et que, quand cela seroit, on ne voyoit
+guère de maris compter pour un grand bonheur celui d'avoir rencontré une
+belle femme. Le duc qui, comme j'ai dit, savoit profiter de tout, voyant
+qu'elle le mettoit, quoiqu'innocemment, en si beau chemin, ne manqua pas
+de relever ce que la comtesse venoit de dire.--«Vous avez raison,
+Madame, lui dit-il, de trouver que les maris ne rendent pas là-dessus
+toute la justice qu'ils doivent au mérite de leurs épouses; il semble
+que le mariage leur ait fait perdre toute leur beauté et tous leurs
+agréments, ou qu'ils aient perdu eux-mêmes ce goût exquis que les autres
+ont, et qu'ils soient devenus tout-à-fait insensibles.--Ce n'est point
+cela, répondit la comtesse, qui vouloit réparer ce qu'elle avoit dit,
+et qui savoit avec quel homme elle avoit à faire; mais c'est que les
+maris, qui sont des autres nous-mêmes, nous disent sincèrement ce qu'ils
+pensent des qualités qu'ils trouvent en nous. Ils ne les exagèrent ni ne
+les atténuent, mais nous en parlent naturellement.--Croyez-moi, Madame,
+répliqua le duc, ils font ce qu'ils peuvent pour les amoindrir; ce sont
+des maîtres qui ne veulent pas louer leurs esclaves, ou plutôt des
+gouverneurs qui veulent tenir dans la dépendance celles qui sont sous
+leur conduite; ou, si vous voulez que je vous donne une plus noble idée
+de l'autorité qu'ils exercent sur leurs femmes, je me servirai des
+paroles d'un grand poète de notre temps, qui fait dire à sa Pauline dans
+le Polyeucte,
+
+ Tant qu'ils ne sont qu'amans, nous sommes souveraines,
+ Et jusqu'à la conquête ils nous traitent en Reines;
+ Mais après l'hyménée, ils sont Rois à leur tour.
+
+--Qu'ils soient Rois tant qu'il vous plaira, répondit la comtesse, nous
+ne sommes pas de simples sujettes; nous partageons avec eux cette
+royauté.--Cela est vrai, Madame, répliqua le duc; mais vous n'avez plus
+cet encens, ces hommages, ces respects, ni même ces marques d'amour et
+de tendresse...--Ce que nous avons, dit-elle, est au moins plus sincère,
+plus solide et plus durable.--Dites plutôt, Madame, dit le duc en
+l'interrompant, que les empressements d'un amant ont toutes ces
+qualités, parce que ce n'est pas le devoir, mais l'inclination qui les
+produit. Rien n'oblige un autre homme à vous dire qu'il vous adore,
+qu'il meurt d'amour. C'est le coeur qui parle, c'est l'amour
+lui-même qui dicte ces paroles à l'amant. Mais un homme qui est lié à
+une femme par le sacrement, se sent obligé à dire qu'il l'aime, quand
+même il auroit de l'aversion. Tout ce qui est un effet du devoir nous
+doit paroître suspect. Et c'est pour cela qu'on dit que les Rois ont
+tant de peine à distinguer les vrais amis des flatteurs, parce que,
+comme nous leur devons toutes choses, et qu'ils ont un pouvoir absolu
+sur nous, ils ne sauroient jamais bien connoître si c'est la crainte, ou
+si c'est l'amour qui nous fait agir.--Ce que vous dites là, reprit la
+comtesse, fait contre vous; car comme l'affection qu'un Roi témoigne à
+son sujet doit être la plus sincère de toutes, par la raison que vous
+venez de voir, qu'il n'y a rien qui l'y oblige, celle de nos maris, qui
+sont nos souverains, selon vous et selon Corneille que vous venez de
+citer, doit être de la même espèce.--Nous voilà d'accord, Madame, reprit
+le duc, et j'entre aussi bien que vous dans ce dernier sentiment. Oui,
+plus la personne qui nous aime est au-dessus de nous, plus l'amour qu'il
+nous témoigne doit être sincère et véritable, et plus nous lui en devons
+être obligés. Après cela pourriez-vous douter, Madame, qu'un grand Roi,
+qui est adoré de tous ses sujets, redouté par ses ennemis, et qui est
+l'admiration de toutes les nations étrangères, n'ait pas pour vous les
+derniers attachements, puisqu'il vous l'a témoigné de la manière du
+monde la plus soumise et la plus respectueuse?--Et qui vous a dit,
+reprit la comtesse, avec un air fier et froid, que le Roi a de
+l'attachement pour moi?--Lui-même, Madame, me l'a dit, et ce grand
+Monarque n'osant vous expliquer lui-même ses sentiments, m'a ordonné de
+vous dire qu'il vous aime, ou plutôt qu'il vous adore; que si l'excès de
+son amour l'a fait parler si souvent par ses soupirs et par ses regards,
+le grand respect qu'il a pour vous ne lui a jamais permis de vous le
+dire. Il m'a choisi pour vous porter cette parole, que vous êtes son
+unique souveraine, qu'il ne veut recevoir la loi que de vous seule,
+qu'il met à vos pieds son sceptre et sa couronne; que vous seule pouvez
+décider de sa destinée, et que sa vie ou sa mort dépendent de la réponse
+que je lui dois porter de votre part.--Je vous ai écouté sans vous
+interrompre, lui dit cette sage comtesse, puisque vous m'avez dit que
+vous parliez de la part du Roi, et qu'étant sujette, je suis obligée
+d'écouter avec respect tout ce qui vient de la part du souverain; mais
+le Roi sait-il que je suis mariée?--Oui, Madame, il le sait, répliqua le
+duc; il sait ce que vous devez à votre époux, et ce que vous vous devez
+à vous-même. Il veut bien que vous vous en souveniez; il veut bien
+oublier lui-même qu'il est votre Roi; et il m'a commandé de vous dire
+par exprès, qu'il ne se servira jamais de son autorité pour vous obliger
+à rien qui puisse choquer votre devoir; qu'il ne vous demande d'autre
+grâce que celle de vous voir, et de vous parler quelquefois de sa
+passion; et qu'enfin, sans prétendre autre chose de vous que ce que je
+viens de vous dire, et que la vertu la plus austère ne sauroit refuser à
+un si grand Roi, vous pouvez disposer des premières charges de la
+Cour en faveur de tous les vôtres; voyez, Madame, vous pouvez contenter
+le Roi, faire votre fortune et celle de vos amis sans blesser votre
+devoir.--Ce que vous venez de me dire, répartit la comtesse, mérite
+d'être pesé»; et prenant dans ce moment un air grave et sérieux, comme
+feroit une Reine qui répondroit à un ambassadeur:--«Vous direz au Roi
+votre maître que je lui suis bien obligée de toutes les offres qu'il me
+fait, que je me reconnois indigne d'un si grand honneur, et, pour lui
+témoigner que je reçois comme je dois des propositions si avantageuses,
+vous lui direz, s'il vous plaît, que j'en conférerai tantôt avec mon
+mari qui y a le même intérêt, et sans lequel je ne puis rien faire. Vous
+savez, ajouta-t-elle, avec un souris malicieux, que ce sont de petits
+souverains dans leur famille; ce qui fait que je me sens obligée de lui
+rendre compte de tout.--Vous savez trop bien le monde, répondit le duc,
+pour faire cette bévue.--Je sais mon devoir, dit-elle, et ne vous mêlez
+pas, je vous prie, de me l'apprendre. Vous avez fait votre commission,
+cela suffit; allez en rendre compte au Roi, et lui rapportez ma
+réponse.--Mais oserai-je, Madame, répliqua le duc, lui porter une
+semblable parole?--Cela ne vous regarde point, dit la comtesse; un
+ambassadeur n'est pas responsable du succès de son ambassade; comme il
+n'agit que conformément aux ordres qu'il a reçus de son maître, il doit
+aussi rapporter fidèlement les réponses qu'on lui donne.--Vous voulez
+donc, Madame, que je dise au Roi...--Que je lui sais bon gré de
+l'honneur qu'il me fait, lui dit-elle en l'interrompant; mais que
+la chose étant de la dernière importance, il faut que je la communique
+au comte mon époux.--Je vois bien, lui dit le duc, comme il vit que le
+reste de la compagnie les alloit joindre, que vous avez trop d'esprit
+pour moi, et trop de vertu pour le Roi.»
+
+Cet amant attendoit le duc avec une extrême impatience. On peut
+s'imaginer aisément de quelle manière il passa la nuit. Tantôt la
+comtesse se présentoit à son imagination avec tous ses charmes, tantôt
+il la voyoit avec cet air sévère dont la seule pensée le faisoit blêmir.
+Quelquefois il se flattoit qu'il n'étoit pas haï de sa maîtresse, et que
+ces manières réservées qu'elle affectoit avec lui n'étoient que des
+mesures qu'elle vouloit prendre contre son coeur, dont elle sentoit la
+faiblesse. Enfin l'habileté de son confident achevoit de le persuader
+que sa négociation auroit un fort bon succès. Cependant le malheur qu'il
+avoit eu à la chasse le jour précédent, lui étoit d'un mauvais présage
+qui troubloit toutes ces douces pensées; et son esprit, diversement
+agité, passa la plus longue de toutes les nuits, entre l'espérance et la
+crainte.
+
+L'heure du lever du Roi ne fut pas plus tôt venue, que le duc de La
+Feuillade se rendit auprès de Sa Majesté, et ce prince amoureux,
+impatient d'apprendre le succès[13] de son ambassade, congédia le plus
+tôt qu'il put cette foule de courtisans, qui ne faisoit alors que
+l'importuner[14]. Il ne se vit pas plus tôt seul avec son fidèle
+confident, qu'il lui demanda des nouvelles de sa maîtresse, et le succès
+de son entreprise. «Ne me flatte pas, lui dit-il précipitamment; je
+suis las de tant languir, annonce-moi bientôt la vie ou la mort.--Je ne
+vous annoncerai ni l'un ni l'autre, lui dit La Feuillade; je dirai
+seulement au plus grand Roi du monde, ce qu'on rapporte d'Alexandre le
+Grand, sur le point d'exécuter une entreprise très-difficile: qu'il
+avoit trouvé un péril digne de lui. Je dis aussi la même chose à Votre
+Majesté. En fait d'amour, vous n'avez trouvé jusques ici que des places
+foibles, qui se sont rendues sans résistance, et qui vous ont d'abord
+ouvert les portes; les plus cruelles se sont soumises à vous avec la
+même facilité que les villes se rendoient au conquérant de l'Asie, ou,
+pour faire la comparaison plus juste, avec le même succès qu'elles se
+rendent à Votre Majesté. Mais voici une place forte où il faut employer
+toutes les ruses et toutes les forces de l'amour; en un mot, Sire, c'est
+une conquête digne de vous.»
+
+Après cela, il raconta au Roi tout ce qui s'étoit passé, et insista
+surtout sur la réponse malicieuse de cette cruelle:--«Mais, Sire,
+ajouta-t-il, ne vous alarmez pas; j'en ai bien vu bien d'autres, qui
+faisoient les fières comme la comtesse, et qui se sont mises à la
+raison.--Mais que puis-je attendre d'une femme, lui répliqua le Roi, qui
+n'aime que son mari, et qui m'oppose ce mari fâcheux quand on
+l'entretient de mon amour? N'est-ce pas m'ôter absolument l'espérance;
+ou, pour mieux dire, n'est-ce pas se moquer de moi, que de me faire dire
+qu'il faut qu'elle en parle plutôt au comte son époux?--Je vous avoue,
+répondit le duc, que sa réponse est tout-à-fait cavalière; mais, Sire,
+puisqu'elle a besoin du secours de son mari pour se défendre de vos
+poursuites, c'est une marque qu'elle ne se croit pas assez forte pour y
+résister. Mais ne craignez pas qu'elle lui fasse une telle confidence,
+dont peut-être elle seroit la première à se repentir. En un mot, je
+crois que c'est un rempart qu'elle veut opposer à votre amour, et dont
+elle veut appuyer cette foiblesse assez naturelle à celles de son sexe.
+
+Le Roi voyoit bien que le duc vouloit adoucir autant qu'il pouvoit ce
+qu'il y avoit de rude dans cette entreprise; et comme ce Monarque s'est
+toujours fait un point d'honneur de réussir dans tout ce qu'il
+entreprend, quelques difficultés qu'il y puisse rencontrer, celles qui
+se présentoient dans son dessein amoureux ne firent que l'enflammer
+davantage par la résistance. Il s'en expliqua ouvertement à son
+confident; il lui dit que tous les rebuts, qu'il prévoyoit bien qu'il
+avoit à essuyer, n'étoient pas capables de le guérir; que son mal
+étoit désormais sans remède, et qu'il n'y avoit point de milieu à
+prendre; qu'il mourroit de douleur, ou contenteroit son amour.
+
+Pendant que le Roi s'entretenoit ainsi avec le duc de La Feuillade, la
+comtesse s'entretenoit avec elle-même; elle se garda bien de faire ce
+qu'elle avoit dit, et d'imiter la princesse de Clèves[15] dans une
+conjoncture si délicate. Elle garda pour elle un secret si important, et
+eut quelque chagrin que le Roi eût fait choix d'un confident. Ce n'est
+pas qu'elle eût aucun dessein de correspondre à son amour; mais elle se
+sentoit doublement offensée, et par la déclaration qui venoit de lui
+être faite de sa part, et parce qu'il s'étoit servi d'un tiers dans une
+affaire si chatouilleuse, et qu'elle auroit voulu cacher, par manière de
+dire, à elle-même. Ce fut la cause peut-être qu'elle fit au Roi une
+réponse si cavalière, pour lui faire comprendre qu'il devoit plus
+ménager une femme de sa façon. Le Roi eut aussi la même pensée,
+quoiqu'il ne le témoignât pas, et il ne songea qu'à réparer cette faute,
+et à découvrir lui-même ses feux à celle qui les causoit.
+
+Mais pour revenir à la comtesse, elle ne savoit, si elle devoit
+s'affliger ou se réjouir: elle ne doutoit pas de l'amour du Roi; ses
+yeux le lui avoient encore mieux dit que n'avoit fait le duc de La
+Feuillade; cette pensée flattoit agréablement son orgueil; il n'est
+point de femme qui s'offense d'être aimée; les plus chastes s'en
+font honneur, quoiqu'elles ne le témoignent pas; elles regardent cela
+comme un hommage qu'on rend à leur beauté. La comtesse étoit faite comme
+les autres, elle étoit naturellement fière et superbe, et l'amour d'un
+si grand prince s'accordoit assez avec sa vanité. D'un autre côté, elle
+en craignoit de dangereuses suites, elle en appréhendoit l'éclat. Elle
+savoit qu'il n'en est pas des Souverains comme des autres hommes; que
+leurs passions ne sauroient longtemps être cachées; qu'on observe toutes
+leurs démarches, et qu'eux-mêmes servent à se découvrir, parce qu'ayant
+droit de commander, ils se croient dispensés de garder tant de mesures.
+Comme elle étoit fort délicate du côté de l'honneur et de la réputation,
+ces dernières pensées la troubloient beaucoup. Enfin elle résolut de
+s'en tenir à sa manière d'agir ordinaire, qui étoit de ne rien affecter,
+ni de chercher à voir le Roi, ni de tâcher à l'éviter, mais de le
+laisser venir et d'observer toutes ses démarches. Il semble qu'elle
+s'exposoit assez, et que le plus sûr pour une femme est de fuir les
+occasions. Mais celle-ci avoit un fond de vertu sur lequel peut-être
+elle ne devoit pas tant compter; elle ne craignoit rien de sa propre
+foiblesse; elle redoutoit seulement les langues malignes et les
+jugements téméraires du public; mais elle se flatta toujours qu'elle
+dissiperoit assez tous ces nuages par l'éclat de son innocence.
+
+Les choses étoient en ces termes, lorsque le Roi ne cherchoit qu'une
+occasion favorable pour parler à la comtesse, et pour tâcher de la
+persuader mieux que n'avoit fait le duc de La Feuillade. Cette
+occasion s'offrit assez tôt, et la Cour étant obligée en ce temps-là
+d'aller à Fontainebleau, où la Reine devoit accoucher du dernier enfant
+qu'elle eut, et qui mourut peu de temps après, la comtesse de L... s'y
+rendit aussi[16]. Un lieu si délicieux et si agréable fut la scène
+de tous les événements que je vais décrire, où l'amour et la vertu
+firent leurs derniers efforts.
+
+Le Roi, qui veilloit toujours sur toutes les démarches de la comtesse,
+savoit qu'elle aimoit à se promener souvent dans le bois, où ce
+magnifique château est bâti; et, comme l'épaisseur des arbres empêche le
+soleil d'y pénétrer, on peut s'y promener à toutes les heures du jour.
+La comtesse, comme je viens de dire, prenoit souvent ce plaisir, et le
+Roi trouvoit ce lieu plus charmant qu'il ne lui avoit jamais paru, et
+parce qu'il servoit à entretenir la douce mélancolie où l'amour l'avoit
+plongé, et parce qu'il savoit que sa chère comtesse en faisoit le lieu
+de sa promenade.
+
+Un jour qu'elle s'y promenoit, accompagnée seulement de ses femmes, le
+Roi, qui le sut d'abord, ne manqua pas de s'y rendre par un autre
+chemin, afin qu'il parût à la comtesse que leur rencontre n'étoit pas un
+dessein prémédité de la part du Roi, mais un effet du hasard. Dès
+qu'elle vit le Roi de loin, qui n'avoit que peu de gens à sa suite, elle
+se prépara d'abord à soutenir un grand combat; elle rougit, elle pâlit,
+elle trembla, sans savoir bien la cause de tous ces mouvements, que
+la présence du Roi n'avoit pas accoutumé de lui causer auparavant. Ce
+prince amoureux, qui soupiroit depuis longtemps après un tête à tête
+avec la comtesse, fit connoître à ceux qui étoient à sa suite qu'il
+vouloit l'entretenir en particulier pour une affaire qui la regardoit.
+A ce signal chacun se retira, et les deux suivantes de la comtesse en
+firent de même, quand elles virent approcher le Roi. Il ne l'eut pas
+plus tôt abordée, et jugé qu'il ne pouvoit pas être entendu de personne,
+qu'il lui dit d'un air passionné:--«Avouez, Madame, que ce lieu
+solitaire est tout-à-fait propre pour entretenir les tristes pensées
+d'un amant infortuné.--Comme je n'ai jamais éprouvé ces sortes
+d'infortunes, lui dit la comtesse, je ne sais que vous en dire.--Si vous
+l'ignorez par votre propre expérience, lui dit le Roi, vous devriez au
+moins le savoir par celle que vous en faites faire aux autres.--Je ne
+sais pas, répondit alors la comtesse, ce que les autres sentent pour
+moi; mais s'il y en avoit quelqu'un qui fût dans l'état où vous dites,
+il feroit fort bien, s'il me vouloit croire, de mettre son esprit en
+repos, et de ne penser plus à moi.--Eh! peut-on s'empêcher de penser à
+vous, répartit le Roi précipitamment, lorsqu'on a vu ces charmes que
+vous ne sauriez cacher? Où peut-on avoir l'esprit en repos lorsqu'on
+sait qu'on aime une inexorable?--Oui, sans doute on le peut, reprit la
+comtesse, lorsqu'on veut écouter la justice et la raison.--Et quelle
+justice, dit alors le Roi, nous défend d'aimer ce qui est
+aimable?--Celle qu'on se doit à soi-même, et celle qu'on doit aux
+autres, lui dit la comtesse.--Eh bien, Madame, répliqua le Roi, je vous
+la rends cette justice en vous aimant comme je fais, puisque je ne vois
+rien sous les cieux de si aimable que vous; et je me la rends à
+moi-même, puisque j'ai un coeur sensible, et que la passion dont il
+brûle m'est plus chère que ma vie. Ce qu'on vous a dit de ma part n'est
+pas la centième partie de ce que je sens pour vous; croyez, Madame,
+croyez, ajouta le Roi, que je me suis dit à moi-même tout ce que vous
+pourriez me dire pour combattre ma passion; mais elle est plus forte que
+tout ce qu'on pourroit lui opposer. Si quelque chose devoit la détruire,
+ce seroient vos rigueurs; mais désabusez-vous, elles n'en viendront
+jamais à bout; elles peuvent me faire mourir, mais elles ne sauroient
+m'empêcher de vous aimer jusqu'au dernier soupir de ma vie.»
+
+Le Roi prononça ces dernières paroles avec tant d'émotion et tant de
+véhémence que la comtesse en parut touchée, et ne put s'empêcher de
+laisser couler quelques larmes. Elle ne doutoit plus de l'amour du Roi;
+ses regards, ses démarches, ses actions, et ce qu'elle venoit de voir et
+d'entendre, lui faisoit assez connoître, que ce monarque aimoit jusqu'à
+la fureur. Elle en fut fort affligée, et pour l'amour d'elle-même, et
+peut-être même pour l'amour de son amant, qu'elle ne pouvoit pas
+s'empêcher de plaindre. Quand elle se fut un peu rassurée, elle dit au
+Roi:--«Sire, vous pouvez juger de la surprise où je suis, après ce que
+je viens d'entendre de la bouche d'un grand Roi; et s'il est vrai
+que votre état soit tel que vous venez de le dire, je puis bien vous
+assurer que, s'il ne falloit que ma vie pour vous rendre heureux, je
+suis prête à vous la sacrifier. Mais comme Votre Majesté prétend autre
+chose, je veux qu'elle sache que je renoncerois à mille vies, si je les
+avois, plutôt que d'abandonner ce qui m'est plus cher que la vie, et que
+le repos de mon Roi.» Elle accompagna ces paroles d'un ton si ferme, que
+le coeur du Roi en trembla, voyant qu'on ôtoit à son amour toute sorte
+d'espérance. Ce qu'il y avoit ici de rare, c'est que l'un et l'autre
+crurent ce qu'ils se disoient d'obligeant; mais ni l'un ni l'autre n'en
+furent contents. La comtesse étoit persuadée que le Roi l'aimoit autant
+qu'on le peut, mais cela ne faisoit que l'inquiéter. Le Roi, de son
+côté, ne douta pas que la comtesse n'eût pitié de ses maux; quelques
+larmes qu'il vit couler de ses beaux yeux en étoient des témoins
+fidèles; il crut sans peine que la protestation qu'elle lui faisoit de
+sacrifier sa vie pour son repos, partoit du fond de son coeur; mais
+aussi il ne croyoit que trop ce qu'elle avoit ajouté, que son honneur
+lui étoit plus cher que tout le reste, et c'est là où il ne trouvoit pas
+son compte. Il dissimula néanmoins, et, suivant la méthode qu'il avoit
+déjà marquée à son confident, il confirma à cette vertueuse comtesse ce
+que le duc de La Feuillade lui avoit protesté de sa part: qu'il bornoit
+tous ses désirs au seul plaisir de la voir, de l'aimer, et de lui parler
+de son amour.--«Vous m'offrez votre vie, pour procurer mon repos, lui
+dit ce prince amoureux; c'en est trop, généreuse comtesse; vous me
+puniriez au lieu de m'obliger; je ne vous demande ni cette vie qui
+m'est plus chère que la mienne, ni cet honneur qui vous est plus cher
+que la vie, et que vous croyez être l'unique objet de mes prétentions;
+je ne veux que vous voir, vous aimer, et vous le dire.--Eh! de quoi vous
+peut servir cette vue? lui dit la comtesse; pourquoi voulez-vous
+entretenir une passion dont vous n'espérez aucun fruit? A quoi bon un
+entretien qui ne fera que troubler votre repos et me rendre
+malheureuse?--Ah! que vous savez peu, Madame, lui dit le Roi, en la
+regardant avec des yeux qui marquoient toute sa tendresse, que vous
+savez peu ce qui se passe dans le coeur des vrais amants! Une parole,
+un souris, un regard, la plus petite chose, un rien les contente,
+lorsque ce rien vient de la part de leur maîtresse. Ne me demandez donc
+plus quel fruit je prétends retirer de votre vue et de votre
+conversation; et n'est-ce pas beaucoup pour un amant que de voir et
+d'entretenir sa maîtresse?--Mais un amant en peut-il demeurer là? reprit
+la comtesse. Ne sait-on pas qu'ils ne sont jamais satisfaits; que, quand
+ils ont une chose, ils en veulent obtenir une autre? Au nom de Dieu,
+Sire, ne me mettez pas, et ne vous mettez pas vous-même à une si cruelle
+épreuve.--Ce que vous dites-là, dit le Roi, ne se voit que dans les
+passions ordinaires, et quand on aime des beautés communes; mais vous ne
+devez rien craindre de semblable; et quand vous le craindriez, et que je
+serois assez téméraire pour prétendre quelque chose au-delà de ce que je
+vous demande, n'êtes-vous pas toujours en droit de me la refuser,
+et de m'interdire même la grâce que vous m'aurez accordée, de vous voir
+et de vous parler de mon amour?»
+
+La comtesse trouvoit cette proposition assez raisonnable; mais cela
+n'empêchoit pas que l'exécution ne lui en parût difficile pour le Roi,
+et l'essai périlleux pour elle. Cependant elle n'osoit trop le
+témoigner, de peur que ce prince ne la soupçonnât de quelque foiblesse
+dont il pourroit tirer avantage. Elle voulut donc lui laisser croire
+qu'elle avoit assez de vertu pour se défendre de ses poursuites, quand
+même il les voudroit pousser trop loin; mais elle prit un autre tour
+pour détourner le Roi de ce dessein où il persistoit toujours. Elle dit
+à ce monarque que, bien qu'elle pût s'assurer de sa discrétion, et
+qu'elle ne craignît rien de sa propre vertu, elle avoit le monde à
+ménager; qu'on ne manqueroit pas de mal interpréter les visites d'un
+grand roi à une simple comtesse; que de quelque manière qu'il la vit, ou
+chez elle ou ailleurs, on ne manqueroit pas de le remarquer et de faire
+là-dessus des réflexions qui lui seroient désavantageuses; et qu'enfin
+le Roi, venant à bout de toutes les dames qu'il entreprenoit, s'il en
+falloit croire le bruit commun, elle se voyoit perdue de réputation, si
+le Roi persistoit dans son dessein.--«Laissez parler le monde, lui dit
+le Roi, croyez-vous vous mettre à couvert de la médisance, de quelque
+manière que vous viviez? Les mauvaises langues n'épargnent personne; la
+vertu même ne peut pas se garantir de leurs traits; ainsi ne ménageons
+point un monde qui nous ménage si peu; faisons seulement notre
+devoir et moquons-nous de tout le reste.»
+
+La comtesse, qui voyoit que le Roi lui rabattoit tous ses coups, lui
+opposa son dernier retranchement, et, reprenant les dernières paroles de
+ce prince:--«Je conviens, dit-elle, de ce que vous venez de dire, qu'en
+faisant son devoir on peut se moquer de tout. Mais le ferai-je mon
+devoir, en écoutant des discours qui blessent le lien conjugal? Une
+femme mariée peut-elle entendre une déclaration d'amour d'un autre que
+de son mari? Que direz-vous, Sire, là-dessus, ajouta-t-elle en souriant,
+si je vous prends pour mon casuiste, et pour le directeur de ma
+conscience?--Je vous dirai, dit le Roi, que vous avez l'esprit trop fort
+pour vous effaroucher de ce fantôme; que vous savez trop bien le monde,
+pour vous faire un crime d'une chose si innocente. Il faut laisser ces
+vaines terreurs, ajouta-t-il, aux plus petites bourgeoises; mais les
+dames comme vous, qui ont l'esprit épuré par l'air de la Cour, ne
+s'arrêtent pas à ces bagatelles.--Vous croyez bien pourtant, dit-elle,
+que le comte mon époux, qui a respiré toute sa vie ce même air, en
+jugeroit autrement si je le consultois là-dessus?--Je suis sûr, Madame,
+répliqua le Roi, qu'il en jugeroit comme moi, quoique peut-être il ne
+vous dît pas sa pensée, et la qualité de mari qui veut faire la cour à
+sa femme, lui feroit tenir un autre langage.--Mais enfin, dit la
+comtesse, quand le comte, mon époux, seroit un de ces maris commodes qui
+laissent faire à leurs femmes tout ce qu'elles veulent, sans s'en mettre
+en peine, ne dois-je compter pour rien la modestie de mon sexe, ma
+propre vertu, ma pudeur et les mouvements de ma conscience, qui
+répugnent à je ne sais quel commerce que vous demandez de moi, et qui ne
+peut aboutir à rien de bon? Encore une fois, Sire, je vous le demande
+pour dernière grâce, si vous avez quelque considération pour moi,
+demandez-moi des choses plus raisonnables.--Et que vous puis-je demander
+de plus raisonnable, dit alors le Roi, dans la triste situation où je me
+trouve? Je brûle d'un feu qui me dévore, j'aime sans espérance, je
+soupire, je meurs d'amour pour vous, et je ne vous demande que de vous
+voir et de vous parler; et vous trouvez que ce que je vous demande est
+déraisonnable? Peut-on vous demander moins? et la vertu la plus sévère
+s'en pourroit-elle offenser?
+
+La comtesse, qui vit que le Roi persistoit toujours dans le dessein de
+la voir, ne voulut pas lui répliquer davantage, de peur de l'aigrir, et,
+sans lui accorder sa demande, elle se contenta de cesser de lui
+contredire; mais comme les amants prennent avantage de tout, le Roi ne
+manqua pas d'expliquer en sa faveur le silence de la comtesse. C'est
+ainsi qu'ils se séparèrent; le Roi continua sa promenade avec ceux qui
+l'accompagnoient, et la comtesse reprit le chemin du château avec ses
+deux femmes.
+
+C'est une maxime certaine en fait d'amour que les femmes vont toujours
+plus loin qu'elles ne pensent, et les hommes au contraire se flattent
+d'avoir fait plus de chemin qu'ils n'ont fait en effet. Cela ne manqua
+pas d'arriver au Roi et à la comtesse, après leur dernier
+entretien. Ce monarque fut assez satisfait de sa maîtresse, et il ne
+jugea plus cette conquête aussi difficile qu'il avoit cru au
+commencement; au moins il ne la jugea pas impossible. La comtesse lui
+parut assez traitable, et il ne remarqua pas en elle cette même sévérité
+qui lui avoit fait tant de peur. Cependant cet amant se flattoit, et
+l'heure d'aimer de la comtesse n'étoit pas encore venue. Mais aussi
+cette vertueuse dame, qui n'y entendoit point de finesse, s'étoit plus
+avancée qu'elle ne croyoit, ce qui fut la cause de l'erreur du Roi. Ils
+reconnurent bientôt l'un et l'autre qu'ils s'étoient trompés, lui de
+croire qu'on le regardoit favorablement; elle, de s'imaginer qu'elle
+avoit soutenu jusques au bout sa première sévérité. Ce prince impatient,
+et par l'excès de son amour et par la facilité qu'il avoit trouvée dans
+toutes ses autres maîtresses, et parce qu'un roi se lasse bientôt
+d'attendre, chercha une nouvelle occasion de voir la comtesse, et de
+pousser plus loin les affaires.
+
+Comme les principaux de la Cour avoient un appartement dans le grand et
+magnifique palais de Fontainebleau, le comte de L... et la comtesse sa
+femme y avoient aussi le leur. Cela fournissoit au Roi la commodité de
+la voir, et fit naître l'occasion qu'il attendoit avec tant
+d'impatience. Un jour que ce prince vit la porte de l'appartement de la
+comtesse entr'ouverte, il eut la curiosité d'y regarder, et, ne voyant
+personne, il entra comme à la dérobée. Il ne se fut pas plus tôt
+approché d'un lit de repos qu'il y avoit dans cette chambre, qu'il vit
+la comtesse tout endormie. C'étoit dans les plus grandes chaleurs
+de l'été; et ses filles, voyant leur maîtresse qui reposoit, prirent ce
+temps pour s'écarter un petit moment. Cette charmante personne étoit
+étendue négligemment sur ce lit; elle étoit seule dans sa chambre, et on
+auroit dit que tout cela s'étoit fait de concert, pour donner le moyen
+au Roi de surprendre une place qu'il n'osoit attaquer ouvertement. Son
+coeur fut agité de mille différentes pensées; il craignoit et il
+désiroit tout à la fois. Il ne savoit s'il se contenteroit de regarder
+sa maîtresse qui dormoit si tranquillement. Il ne savoit s'il ne devoit
+lui dérober un baiser et profiter d'une occasion si favorable, qui
+peut-être ne reviendroit jamais; d'un autre côté, il craignoit de
+l'offenser, et que la comtesse venant à s'éveiller ne lui pardonnât
+jamais cet attentat, et lui défendît absolument de la voir.
+
+Il étoit dans cette cruelle incertitude, lorsque la gorge de cette belle
+comtesse venant à se découvrir par quelque mouvement qu'elle fit en
+dormant, acheva de le déterminer, et n'écoutant plus que l'excès de sa
+passion, il posa ses mains sur ces deux boules de neige, et les baisa
+trois ou quatre fois de sa bouche royale. La comtesse, qui sentit
+d'abord cet attouchement dans une partie si délicate, s'éveilla en
+sursaut et fit un grand cri; et voyant que c'étoit le Roi, et que ses
+filles s'en étoient allées, elle crut qu'on l'avoit trahie, et qu'on
+vouloit la prostituer à ce monarque. Cette pensée lui fit tant
+d'horreur, qu'elle ne put s'empêcher de le témoigner:--«Allez, lui
+dit-elle, monstre exécrable, ôtez-vous pour jamais de devant mes
+yeux, ou faites-moi promptement mourir, puisqu'en vous parlant ainsi, je
+suis criminelle de lèse-Majesté.»
+
+Le Roi, qui vit bien la faute qu'il avoit faite, voulut essayer de
+l'apaiser; mais elle ne lui donna pas le temps de parler, et, se
+débarrassant des bras du Roi, elle gagna d'abord la porte, et laissa cet
+amant plus mort que vif. Cependant le cri que la comtesse avoit fait
+avoit été ouï de plusieurs personnes, et particulièrement du comte de
+L... qui, reconnaissant la voix de sa femme, accourut en diligence pour
+voir ce que cela pouvoit être. Il ne fut pas plus tôt à la porte de sa
+chambre qu'il en vit sortir le Roi, et, ne voyant point sa femme, il ne
+savoit que penser de cette aventure. Le Roi, qui ne douta pas que le
+comte n'entrât dans des soupçons qui pourroient faire tort à la comtesse
+et traverser son amour, aima mieux lui dire la chose comme elle étoit,
+que de le laisser dans cette cruelle incertitude. Mais il n'eut garde de
+lui parler de la passion qu'il avoit pour la comtesse. Il lui dit donc
+sans façon:--«Comte, je vois que tu es en peine de ta femme, et que tu
+veux savoir la cause de ce grand cri qu'elle a fait. Je te dirai que je
+suis entré fortuitement dans sa chambre, et, la voyant endormie, j'ai
+voulu lui donner un baiser, ce qui l'a fait lever en sursaut. Va, comte,
+tu dois te féliciter d'avoir une femme si chatouilleuse; j'en connois
+bien d'autres qui, au lieu de s'éveiller, se seroient d'abord
+rendormies, ou en auroient fait le semblant.»
+
+Le comte, qui se crut obligé de répondre galamment au Roi, lui dit:
+«Sire, ma femme n'est pas d'une meilleure trempe que les autres, et si
+elle eût su que c'étoit votre Majesté, infailliblement elle auroit fait
+semblant de dormir; mais son sommeil l'a trompée, et l'a empêchée de
+vous reconnoître quand elle a jeté ce grand cri.--Elle m'a fort bien
+reconnu, reprit le Roi, et je t'assure que si ta femme est toujours si
+franche, tu n'as pas sujet d'en être jaloux.»
+
+La chose ne fut pas poussée plus loin; le Roi se retira dans son cabinet
+et congédia le comte, qui n'eut pas le moindre soupçon de l'amour du
+Roi, et la comtesse, revenue de sa frayeur, retourna dans son
+appartement, après avoir bien grondé ses filles de ce qu'elles l'avoient
+laissée toute seule.
+
+Cependant le Roi, qui voyoit que cette affaire n'auroit point de suite
+fâcheuse, puisque celui qui y avoit le plus d'intérêt la traitoit de
+bagatelle, et qu'il espéroit de faire bientôt la paix avec la comtesse,
+ne put s'empêcher de faire un couplet de chanson sur cette aventure, et,
+quoiqu'elle se chantât en ce temps-là, on n'en a su le véritable sujet
+que quelques années après. Quoique ces vers soient presque connus de
+tout le monde, je ne laisserai pas de les rapporter ici:
+
+ Jamais Iris ne me parut si belle,
+ Que l'autre jour dans un profond sommeil;
+ Sa cruauté sommeilloit avec elle,
+ Et je baisai son teint blanc et vermeil,
+ Quand, par malheur,
+ Je vis à son réveil
+ Réveiller sa rigueur.
+
+Le comte ne vit pas plus tôt sa femme, qu'il lui fit mille railleries
+sur ce qui venoit de lui arriver. Elle ne savoit d'abord comment y
+répondre; elle ne traitoit point comme son mari cette affaire de
+bagatelle; elle connoissoit le coeur du Roi et le motif qui le faisoit
+agir ainsi; tout cela changeoit la nature de l'affaire; mais c'étoient
+des mystères pour le comte. Sa femme le reconnut d'abord, quand elle vit
+qu'il le prenoit sur un ton railleur. De sorte que, revenue de sa
+première émotion, elle crut qu'elle devoit feindre, dissimuler son juste
+ressentiment, et prendre le tour que son mari donneroit à cette
+aventure. Il fallut pourtant qu'elle se fît une grande violence, la
+liberté que le Roi s'étoit donnée, après les protestations qu'il lui
+avoit faites, étoit une chose qu'elle ne pouvoit pas lui pardonner et
+qui lui tenoit fort au coeur. Mais elle voyoit qu'il étoit pour elle
+de la dernière importance de cacher à son mari une chose si délicate, et
+qui auroit pu troubler le bonheur de leur mariage. Le voyant donc
+heureusement prévenu par le discours que le Roi lui avoit tenu en
+sortant de sa chambre, elle répondit comme elle devoit à toutes ses
+railleries, et en femme qui entend son monde:--«Je vous trouve fort
+plaisant, dit-elle au comte, de me railler d'une chose où vous avez pour
+le moins autant d'intérêt que moi. Il falloit pour la rareté du fait que
+je fisse toujours semblant de dormir, et que je laissasse pousser
+l'affaire jusqu'au bout; vous auriez vu si les rieurs seroient de votre
+côté.--Vous auriez agi en femme prudente, lui dit le comte, qui sait
+accommoder ses plaisirs avec son honneur; car, ayant toujours dit
+que vous étiez endormie, on n'avoit rien à vous reprocher; c'est la
+volonté qui fait tout en ces affaires, et la vôtre n'y ayant point de
+part, vous étiez innocente au jugement du monde.--Sans mentir, lui dit
+la comtesse, vous me donnez là de belles leçons; il me prend envie d'en
+profiter une autre fois.--Il n'est plus temps, Madame, lui dit le comte,
+qui étoit toujours en humeur de railler; on sait déjà que vous êtes
+extrêmement chatouilleuse, et que vous avez le dormir fort délicat, et
+que le mouvement d'une mouche suffit pour vous éveiller. Et puis,
+ajouta-t-il, qui osera désormais vous approcher, puisque vous ne pouvez
+souffrir les caresses du Roi?--Voulez-vous que je vous dise ce qui en
+est? répliqua la comtesse, qui vouloit plaisanter à son tour. Quand on
+dort, on ne sait ce qu'on fait; mais si le Roi se fût présenté à moi
+quand j'étois éveillée, peut-être que je n'aurois pas été si cruelle, et
+que j'aurois mieux reçu ses caresses. Je vous prie, Monsieur le comte,
+de lui en faire mes excuses.--Vous ferez cela mieux que moi, répondit le
+comte, ou, pour mieux dire, il n'y a point ici d'excuse à faire. Que
+savez-vous si le Roi trouveroit en vous les mêmes agréments quand vous
+seriez éveillée, qu'il a pu y remarquer lorsque vous dormiez? vous savez
+que ces sortes de choses dépendent entièrement du caprice; un certain
+air négligé ravit quelquefois un coeur que toute la parure d'une dame
+ne sauroit jamais attraper. Ainsi consolez-vous, vous avez manqué votre
+coup; le Roi trouvoit alors de certains charmes en vous, qu'il n'y
+remarquera plus; vous voilà déchue de vos prétentions, si tant est que
+vous ayez aspiré à cette gloire, tant recherchée des dames, d'être la
+maîtresse du Roi.»
+
+La confiance que le comte avoit en la vertu de sa femme le faisoit
+parler ainsi. Il avoit raison de s'y confier; mais s'il avoit su que le
+Roi brûloit pour elle, et qu'elle en étoit bien informée, il n'auroit
+pas eu tant d'assurance, connoissant, comme il faisoit, la fragilité du
+sexe.
+
+Cette petite aventure qui venoit d'arriver au Roi et à la comtesse,
+servit d'entretien à la cour durant quelques jours; mais tout ce qui
+s'en dit ne fit aucun tort à la vertu de cette dame, et personne ne
+soupçonna que le Roi en fût amoureux. On crut seulement qu'il vouloit se
+divertir, par l'occasion agréable qui s'offrit à lui, sans avoir d'autre
+dessein. Il n'en étoit pas de même du duc de La Feuillade, qui savoit
+l'attachement du Roi pour cette comtesse. Il n'ignoroit pas pourquoi le
+Roi s'étoit ainsi émancipé; mais il regrettoit pour ce prince d'avoir si
+mal réussi, et il blâmoit dans son coeur la cruauté de la dame. Le
+lecteur peut bien juger qu'il y en avoit un assez grand nombre à la
+cour, qui auroient voulu être à sa place, qui n'auroient pas eu tant de
+honte qu'elle de se montrer en cet état aux yeux du Roi, ou qui, pour
+cacher cette honte, auroient fait semblant de dormir.
+
+Tandis que les Messieurs et les Dames s'entretenoient de cette affaire,
+et que chacun en jugeoit selon son humeur, le Roi étoit fort inquiet,
+et il ne savoit comment se raccommoder avec sa fière maîtresse. Au
+fond, l'offense n'étoit pas d'une nature qui méritât une grande
+punition, et qui dût si fort irriter le coeur d'une dame. Mais il
+connoissoit l'humeur de la comtesse, et il craignoit toujours cette
+vertu austère qu'il avoit remarquée en elle. Avant que de se déterminer
+de quelle manière il devoit se comporter avec elle, il voulut la voir en
+public, et tâcher de connoître dans ses yeux et par ses manières, quel
+étoit l'état de son coeur. Il ne l'eut pas plus tôt vue, qu'il jugea
+d'abord qu'elle n'étoit pas si irritée qu'elle lui avoit paru lorsqu'il
+s'émancipa de la manière que j'ai déjà dit, et qu'elle dit au Roi ces
+grosses injures. En effet sa pensée étoit, comme je l'ai remarqué, que
+ses filles l'avoient trahie et l'avoient abandonnée pour la livrer aux
+desseins du Roi, et ce fut la cause qu'elle ne put pas retenir son
+ressentiment. Mais quand elle eut reconnu par les discours de ses
+filles, qu'elles étoient innocentes d'une si noire trahison, et que ce
+qui étoit arrivé étoit un effet du hasard, sa plus grande colère fut
+amortie; et, dans son âme, elle ne pouvoit condamner la liberté d'un
+amant qui trouvoit une occasion si favorable. Elle joignoit à cela les
+paroles choquantes qu'elle avoit dites au Roi, et que ce monarque avoit
+doucement avalées. Toutes ces confidences servoient à désarmer la
+comtesse. Elle étoit dans cet état, quand le Roi la vit dans une
+compagnie de dames; et, comme il est bon physionomiste, comme le sont
+presque tous les amants, il connut d'abord ce qui se passoit dans le
+coeur de sa maîtresse. Il la vit rougir, dès qu'elle aperçut le
+Roi, puis baisser doucement les yeux par une espèce de honte, tourner
+quelquefois la tête d'un autre côté, parler à bâtons rompus, paroître
+distraite, inquiète, interdite; avec tout cela, il n'y remarqua rien
+d'ennemi, et il jugea seulement que le souvenir de ce qui s'étoit passé
+le jour précédent la déconcertoit un peu.
+
+Ce fut la cause que le Roi se priva quelques jours de la voir, pour lui
+donner le temps de se remettre. Mais ne pouvant vivre si longtemps sans
+l'entretenir de quelque manière, il lui écrivit ce billet:
+
+ «_Quelque envie que j'aie de vous parler, je n'ose pas
+ l'entreprendre; les derniers discours que vous me tîntes sont si
+ terribles pour moi, que je n'oserai jamais me présenter devant
+ vous, si je n'en ai une permission signée de votre main, qui
+ porte l'absolution de mon crime. Je l'appelle ainsi par rapport
+ à vous; mais si vous consultez l'amour, si vous consultez votre
+ miroir, au lieu de blâmer mon trop de hardiesse, vous louerez ma
+ discrétion et ma retenue. Je veux bien pourtant soumettre mon
+ jugement au vôtre, et je l'attends avec impatience afin de m'y
+ conformer et de régler ma conduite là-dessus._»
+
+La comtesse reçut ce billet, et y répondit ce peu de mots:
+
+ «_On vous pardonne tout, parce que vous êtes Roi. Je récuse le
+ tribunal de l'amour, c'est un petit étourdi qui ne juge que par
+ caprice. Si vous me voulez voir, ne consultez plus un si méchant
+ conseiller. Consultez plutôt la sagesse, la justice et la
+ raison, et l'on vous écoutera._»
+
+Quoique ce billet n'eût rien de tendre, le Roi parut en être satisfait,
+et c'étoit assez que la comtesse lui permît encore de la voir, sauf à
+lui à tenir les conditions où elle l'engageoit. Mais en amour, on promet
+tout, et souvent on ne tient rien.
+
+Le Roi se voyant ainsi rétabli dans les bonnes grâces de sa maîtresse,
+ne songea qu'à pousser son premier dessein. Ce ne furent que bals, que
+festins, que carrousels, que parties de chasse, pendant le séjour du Roi
+à Fontainebleau; et tout cela se faisoit en faveur de la comtesse.
+Quoiqu'elle n'eût aucun dessein de rien accorder au Roi, elle n'étoit
+pas fâchée d'en être aimée; elle sentoit même que, si elle étoit capable
+de quelque engagement, ce seroit plutôt pour le Roi que pour toute autre
+personne; elle admiroit sa bonne mine, son port, et ces manières nobles
+qui accompagnoient tout ce qu'il faisoit; elle trouvoit qu'il faisoit
+tout en Roi, et ce dernier caractère étoit plus propre pour gagner une
+dame qui étoit fière naturellement. Mais sa vertu lui étoit d'un grand
+secours, qui arrêtoit le penchant qu'elle avoit pour le Monarque. Elle
+l'aimoit peut-être autant qu'aucune de ses maîtresses, qui n'avoient
+rien de réservé pour ce prince; et si le Roi eût pu voir son coeur, il
+y auroit peut-être vu autant de tendresse qu'en pouvoit avoir la
+Montespan et La Valière même. Mais, comme je viens de dire, sa vertu
+étoit un frein qui retenoit ses désirs, et qui lui faisoit un crime
+d'une tendresse qu'elle chérissoit dans le fond, et qu'elle ne put
+jamais étouffer.
+
+Combien de fois a-t-elle souhaité de n'avoir jamais vu le Roi! Elle
+cherchoit en lui des défauts qu'elle pût haïr; mais elle n'y en trouvoit
+pas; de quelque manière qu'elle regardât ce Monarque, elle le trouvoit
+toujours charmant. Elle l'auroit voulu voir toujours, et elle ne
+craignoit rien tant que sa vue. Il lui sembloit que toute sa vertu
+l'abandonnoit quand elle voyoit paroître ce prince. «Pourquoi se
+contraindre, disoit-elle quelquefois en elle-même? Suivons un penchant
+si doux: serai-je la seule ennemie de mon contentement? Je suis adorée
+de ce que j'aime; j'ai un mari commode[17]; ma réputation est si bien
+établie que je n'ai rien à craindre de la médisance, et pourquoi donc ne
+suivre pas une passion qui a tant de charmes pour moi?» Mais un moment
+après, elle se reprenoit, et faisant réflexion sur les suites funestes
+de ce fatal engagement: «Je serai, disoit-elle, l'une des maîtresses du
+Roi; j'en suis aimée, j'en suis estimée aujourd'hui, et demain j'en
+serai méprisée. Il se dégoûtera de moi comme il a fait des autres; et
+quand cela ne seroit pas, pourrai-je me résoudre à vivre sans honneur
+dans le monde, abandonnée de mon mari, méprisée de tous les honnêtes
+gens, et travaillée d'un cruel remords qui me dévorera jour et nuit? Je
+mourrai plutôt, ajoutoit-elle, avant que de tomber dans ce malheur.»
+
+Le Roi qui ne pouvoit pas savoir ce qui se passoit dans son coeur, ne
+croyoit pas être si avant dans ses bonnes grâces; il ne savoit pas
+que la vertu de la comtesse étoit le seul ennemi qu'il avoit à
+combattre; il ne songeoit qu'à s'en faire aimer, quoique cela fût fait
+depuis longtemps; mais la comtesse appliquoit tous ses soins à le lui
+cacher, et vivoit avec lui d'une manière extrêmement réservée.--«Ne me
+direz-vous jamais, Madame, lui dit un jour le Roi qui la pressoit plus
+qu'à l'ordinaire, de quelle manière je suis dans votre esprit? Est-ce
+comme ami ou comme ennemi?--On ne traite pas les ennemis de la manière
+qu'on vous traite, lui dit la comtesse d'un ton radouci.--Mais de quelle
+manière me traitez-vous? lui dit le Roi; puis-je être content de toutes
+ces marques extérieures de civilité qu'on rend à tout le monde?
+Traitez-moi, je vous prie, avec moins de respect, et rendez-moi un peu
+de cette tendresse dont mon coeur est rempli pour vous.--Je vous
+rends, dit-elle, ce que je puis et ce que je dois, et je vous supplie de
+ne m'en demander pas davantage.--Votre pouvoir est bien petit à ce que
+je vois, lui dit cet amant; mais c'est votre rigueur qui le veut borner
+ainsi, et vous vous faites un devoir à votre mode, et qui s'accommode
+assez avec votre indifférence.--Je voudrois que cela fût, lui répliqua
+la comtesse.--Eh! qu'est-ce donc, lui dit le Roi, qui vous fait vivre
+avec moi d'une manière si réservée?--C'est que vous êtes le plus
+redoutable de tous les hommes, lui dit alors la comtesse, témoin ce que
+vous fîtes l'autre jour.--Il paroît bien, Madame, répliqua le Roi, que
+je ne le suis pas beaucoup, et que vous l'êtes bien davantage, puisque
+je n'ose vous attaquer que tout endormie, et encore est-ce en
+tremblant! mais que je me soucie peu que vous me croyiez redoutable! je
+ne songe qu'à me faire aimer, et non à me faire craindre.--L'un ne va
+jamais sans l'autre, dit la comtesse, et vous en savez plus que moi sur
+cette matière.--Eh! de quoi me sert toute ma science, dit alors le Roi,
+si je n'ai pas pu encore vous l'apprendre ni vous obliger à m'aimer?--Je
+voudrois employer la mienne à vous guérir et à vous mettre en repos, lui
+répliqua la comtesse.--Pour guérir, lui dit le Roi, cela n'arrivera
+jamais, et, pour me mettre en repos, il ne dépend que de vous.--Je vous
+ai déjà dit, Sire, lui répliqua la comtesse, que s'il ne falloit que ma
+vie, vous auriez ce que vous désirez; ne me reprochez donc plus que je
+suis insensible, et croyez que je suis plus à plaindre que vous ne
+pensez.»
+
+Le Roi ne voulut pas la presser davantage de peur de l'irriter; et elle
+se contenta de lui parler d'une manière ambiguë, et qu'on pouvoit
+également appliquer ou aux sentiments tendres qu'elle avoit pour le Roi,
+ou à l'importunité que lui causoit son amour.
+
+Le lendemain de cette conversation, le Roi voulut se donner le plaisir
+de la chasse, où un grand nombre de seigneurs et de dames devoient
+accompagner Sa Majesté. Ce prince, qui avoit toujours son amour en tête,
+communiqua un dessein qu'il avoit au duc de La Feuillade, qui devoit
+aussi l'accompagner, afin qu'il employât toute son adresse à le faire
+réussir. Le jour ne fut pas plus tôt venu que tout se disposa pour cette
+chasse. On ne pouvoit rien voir de plus beau que cet équipage; tout
+répondoit à l'ordre et à la magnificence du Roi. Les dames ressembloient
+à de jeunes amazones, et les messieurs s'étoient ajustés d'une manière
+qui avoit quelque chose de galant et de guerrier. Le Roi surtout se
+distinguoit par dessus tous les autres, et, avec cette mine fière et cet
+équipage de chasseur, on l'auroit pris pour un Mars ou pour un Apollon.
+Il avoit toujours les yeux sur sa maîtresse, et il pensoit bien moins
+aux bêtes qu'on alloit courre, qu'au coeur qu'il avoit dessein de
+surprendre. On ne fut pas longtemps dans la forêt, que les chiens
+lancèrent divers cerfs, et plusieurs autres bêtes fauves; les uns se
+mirent à piquer[18] après les chiens, et les autres à se poster en
+divers endroits, pour voir passer la bête.
+
+Comme je n'ai pas dessein de décrire cette chasse, je dirai seulement
+qu'il se fit tant de courses, tant de tours à droite et à gauche dans
+ces vastes forêts de Fontainebleau, que la plupart de ceux qui formoient
+cette partie de chasse furent dispersés en divers endroits. Le Roi ne
+perdoit jamais de vue la comtesse, qu'il regardoit déjà comme sa proie,
+et le duc de La Feuillade, qui conduisoit toute cette affaire, la fit
+réussir selon les désirs du Roi. Il le fit avec tant d'adresse, en
+plaçant les chasseurs dans de certains postes, et les dames en
+d'autres, sous prétexte de donner à tous le plaisir de cette agréable
+chasse, que le Roi se trouva, je ne sais comment, tout seul avec la
+comtesse, dans le lieu le plus écarté du bois, sans qu'elle eût eu le
+temps de s'apercevoir que ses compagnes l'avoient abandonnée, et que
+tout le reste de cette illustre troupe couroit, ou plutôt voloit avec
+une ardeur incroyable.
+
+Qui pourroit décrire son étonnement de se trouver seule avec le Roi dans
+un lieu désert et solitaire; ne voyant personne pour venir à son
+secours, et n'ayant plus ni le son du cor, ni l'aboiement des chiens, ni
+les cris des chasseurs? Le lieu où ils se trouvèrent étoit un vallon
+couvert de deux petites montagnes, ombragé d'un grand nombre d'arbres à
+haute futaie, au pied desquels couloit un ruisseau, dont le murmure
+faisoit un bruit agréable. Cette situation fut cause qu'on perdit de vue
+tous les chasseurs, et qu'on n'entendit plus ce bruit qui accompagne
+ordinairement la chasse. Enfin il sembloit que Vénus et Diane s'étoient
+donné le mot pour faire venir en ce lieu nos deux amants.
+
+Toutes choses sembloient conspirer au bonheur du Roi, et il croyoit de
+toucher à ce moment heureux après lequel il avoit tant soupiré,
+lorsqu'il remarqua un changement considérable sur le visage de la
+comtesse. Cette pauvre dame blêmit, trembla, et fut saisie d'une sueur
+froide, comme si elle alloit rendre l'âme. Le Roi lui demanda si elle se
+trouvoit mal, et elle lui ayant répondu que non, il comprit d'abord
+quelle étoit la cause de ce changement. C'étoit comme une innocente
+colombe qui se voit déjà entre les griffes d'un vautour. Elle fit
+pourtant tout ce qu'elle put pour se remettre, pour ne donner pas à
+penser au Roi qu'elle se défioit de lui, et qu'elle ne se croyoit pas en
+sûreté. Elle fit donc un effort sur elle-même, et, après avoir loué la
+beauté du lieu, elle dit qu'elle étoit surprise de ne voir personne, et
+que, si Sa Majesté le trouvoit bon, ils monteroient sur une de ces
+collines, pour découvrir de quel côté pouvoient être les
+chasseurs.--«N'en soyez point en peine, Madame, lui dit le Roi, nous les
+trouverons assez; délassons-nous cependant, et puisque vous trouvez ce
+lieu agréable, nous ferons bien d'en considérer les beautés.»
+
+En disant cela, il descendit promptement de cheval, et voulut aider la
+comtesse pour en faire de même, à quoi elle s'opposa autant qu'elle put,
+disant que ce n'étoit point la peine, et qu'elle verroit plus
+commodément tous les lieux que le Roi vouloit lui faire voir, que si
+elle étoit obligée de marcher.--«Eh! bien, nous nous reposerons, et nous
+ferons reposer nos chevaux, dit le Roi.» Enfin il la pressa si fort de
+descendre de cheval, qu'elle ne put plus s'en défendre; le Roi la prit
+entre ses bras, et il ne pouvoit contenir sa joie, d'avoir en son
+pouvoir ce qu'il aimoit le plus dans le monde.
+
+Après avoir attaché lui-même les chevaux à un arbre, il prit la comtesse
+par la main, et la fit asseoir sur un gazon extrêmement vert, tel que
+les poètes nous le décrivent dans leurs fables, et qui sembloit n'avoir
+jamais été foulé par les hommes, tant il étoit beau et riant.--«Avouez,
+Madame, lui dit le Roi, que c'est un lieu bien charmant.--Je le
+trouve comme vous, répliqua la comtesse, mais il y a quelque chose de
+trop sombre et même d'affreux; cela vient sans doute de ce qu'il est si
+peu habité.--Et quelle habitation plus belle, peut-on lui souhaiter, dit
+alors le Roi, que celle de votre charmante personne? Il suffit que vous
+y êtes pour rendre ce lieu le plus beau qui soit dans l'univers; et pour
+moi, je renoncerois de bon coeur à toute la magnificence de ma cour
+pour y passer toute ma vie auprès de vous.»
+
+En disant cela, il prit une de ses belles mains qu'il serra
+passionnément, et qu'il baisa plusieurs fois avec une tendresse extrême.
+La comtesse n'eut pas la force de retirer sa main, soit que la crainte
+se fût emparée de son coeur, soit qu'aimant véritablement le Roi, elle
+ne crût pas lui devoir refuser cette petite faveur. Ce prince amoureux,
+qui n'avoit pas dessein d'en demeurer là, et qui vouloit pousser plus
+loin sa conquête, ne songea qu'à gagner toujours du terrain; il mit sa
+main sur la gorge de la comtesse, et essaya de lui prendre quelques
+baisers; mais elle le repoussa et lui dit d'un ton sévère:--«N'étoit-ce
+que pour cela que vous m'arrêtiez ici? Je vous prie, Sire, remontons à
+cheval, et tâchons de rejoindre notre compagnie.--Et où voulez-vous
+aller, Madame? lui dit le Roi. Nous ne savons pas la route qu'ils ont
+prise; au lieu d'aller où ils sont, nous prendrons peut-être un lieu
+opposé; le plus sûr est de les attendre ici, et nous les verrons bientôt
+paroître par quelque endroit.--Mais que dira-t-on de vous et de
+moi, lui dit la comtesse, quand on saura que nous avons été tous deux
+ensemble dans ce lieu désert, l'espace d'une heure?--Eh! il n'y a qu'un
+moment que nous y sommes, lui dit cet amant passionné; il paroît bien
+que vous ne vous plaisez guère avec moi. Et quand nous y serions deux
+heures entières, que craignez-vous? la réputation de votre vertu vous
+met à couvert de tout. Ne craignez rien, Madame, ne craignez rien de ce
+côté-là; donnons-nous entiers à l'amour; tout nous y convie; personne ne
+nous voit ici, et vous voyez un prince à vos pieds, prêt à expirer par
+la violence de sa passion, si vous n'avez pitié de ses maux.--Ce n'est
+pas pourtant ce que vous m'aviez promis, dit la comtesse, que vous
+n'attenteriez jamais rien contre mon devoir.--Ah! cruelle, lui dit le
+Roi, que vous connoissez peu les lois de l'amour? Est-ce à un esclave à
+tenir ses promesses? Je ne suis plus à moi, je suis tout à vous, ma
+chère comtesse; je me sens entraîné par une force irrésistible; je ne
+suis plus maître de mes mouvements; je ne puis que vous aimer, je ne
+puis que vous le dire, et je me sens mourir si vous ne prenez pitié d'un
+malheureux.»
+
+Le Roi accompagna ces paroles de plusieurs soupirs et de quelques
+larmes, qui attendrirent le coeur de la comtesse. Elle aimoit ce
+prince; mais elle ne pouvoit jamais se résoudre à lui abandonner ce
+qu'elle avoit de plus cher au monde.--«Si un amour réciproque vous peut
+contenter, lui dit cette sage comtesse, je vous ferai, Sire, une
+déclaration que je ne vous ai jamais faite, et que rien ne seroit
+capable de m'arracher, si elle n'étoit sincère; je vous aime, mon cher
+prince, car je puis bien vous nommer ainsi, avec toute l'ardeur et toute
+la tendresse dont une femme comme moi peut être capable; oui, je vous
+aime autant qu'on peut aimer; mais je ne puis renoncer pour vous à
+l'honneur, à la vertu, ni à aucune chose qui me puisse faire perdre
+votre estime.»
+
+Ces paroles de la comtesse ne firent qu'enflammer davantage le coeur
+du Roi. Il venoit d'entendre de la bouche de sa maîtresse, qu'il en
+étoit tendrement aimé; il n'est rien de si doux pour un amant passionné,
+et ce prince ne pouvoit pas contenir sa joie.--«Mais seroit-il bien vrai
+que vous m'aimassiez, dit-il à sa charmante comtesse, et que vous m'en
+donniez si peu de marques! Non, quoique vous en veuilliez dire, vous
+n'avez jamais senti les traits de l'amour.--Hélas! si je ne vous aimois,
+lui répondit-elle avec un air languissant, je ne vous souffrirois pas
+comme je vous souffre.--Eh! croyez-vous, Madame, lui dit le Roi, qu'un
+coeur qui vous aime se puisse contenter de si peu de chose? Ah! que
+vous aimez foiblement si vous en jugez ainsi!»
+
+Alors ce prince, devenu plus hardi par la déclaration que la comtesse
+venoit de lui faire, attacha sa bouche contre la sienne, et lui donna un
+baiser dont elle ne put jamais se défendre; elle se laissoit entraîner
+par un si doux charme; l'honneur ne battoit déjà que d'une aile; l'amour
+commençoit d'avoir le dessus, et le Roi, profitant d'un temps si
+précieux à l'amour, alloit se mettre en possession d'un bien qui
+lui étoit plus cher alors que sa couronne, lorsque la comtesse, revenant
+comme d'un profond assoupissement, et voyant qu'elle ne pouvoit plus
+résister au Roi, fit semblant de consentir à tous ses désirs, et le pria
+seulement de changer de place, disant qu'elle étoit incommodée dans
+cette assiette.
+
+Le Roi, qui voyoit qu'en procurant le plaisir de la comtesse, il ne
+feroit qu'augmenter le sien, consentit sans peine à tout ce qu'elle
+voulut. Ils changèrent d'abord de place, et la comtesse, prenant son
+temps, saisit l'épée du Roi, qu'elle tira du fourreau, et recula trois
+ou quatre pas en arrière. Le Roi qui crut qu'elle vouloit s'en servir
+contre lui, s'alla jeter à ses pieds, et lui dit:--«Madame, si vous
+demandez ma mort, me voici prêt à la recevoir de votre main.--Non, Sire,
+lui dit la comtesse, ce n'est pas votre mort que je demande; ma main ne
+vous fera jamais aucun mal, vous n'êtes point coupable. Mais c'est moi,
+c'est moi que je veux punir de la foiblesse où je suis tombée par mon
+malheur.»
+
+En disant cela, elle alloit tourner la pointe de l'épée contre son
+estomac, si le Roi ne l'eût empêchée.--«Qu'allez-vous faire, dit-il,
+trop vertueuse comtesse? vous n'avez rien à vous reprocher; eh! pourquoi
+voulez-vous vous punir d'un crime que vous n'avez point commis?--Il est
+vrai, dit-elle, mais c'est pour m'empêcher de le commettre.»
+
+Le Roi touché du triste état où il la voyoit, promit de ne la presser
+plus; et en effet elle étoit plus propre alors à inspirer la
+compassion que l'amour, et l'on voyoit dans ses yeux et sur son visage
+toutes les marques d'un véritable désespoir. De sorte que le Roi, qui
+l'aimoit plus que sa propre vie, et qui craignoit pour elle quelque
+chose de funeste, lui redemanda son épée, la fit remonter à cheval, et,
+après y être monté lui-même, ils sortirent de ce vallon, montèrent sur
+une des deux collines, et découvrirent de loin leurs chasseurs qui
+venoient de forcer un cerf. Ils étoient assez en peine de savoir où
+pouvoit être le Roi, et il n'y avoit que le duc de La Feuillade qui
+s'imaginât ce qui en étoit. Il ne les eut pas plus tôt joints, qu'il
+leur dit qu'il s'étoit posté à un endroit avec la comtesse, où il
+croyoit voir passer la bête, mais qu'il n'avoit pas eu tout le plaisir
+qu'il s'étoit promis, ni la comtesse non plus, avec laquelle il avoit
+espéré de le partager. Il n'y eut que le duc de La Feuillade, qui savoit
+l'amour du Roi, qui comprit le sens caché de ces paroles. Et la
+comtesse, qui vouloit bien qu'on l'entendît de la chasse, prit
+incontinent la parole et dit qu'elle ne s'étoit jamais tant
+ennuyée.--«Vous ne devez vous en prendre qu'à moi, lui dit ce prince,
+car c'est moi qui vous ai conseillé de prendre ce méchant poste.--Je ne
+m'en prends, dit-elle, qu'à ma mauvaise fortune, ou à cette maudite
+bête, qui n'a pas voulu passer devant nous, et qui fuit, je crois,
+devant Votre Majesté, comme tous vos autres ennemis.»
+
+Quoiqu'elle n'eût pas grande envie de plaisanter, elle fit pourtant un
+effort sur elle-même, pour cacher le désordre de son coeur, qui étoit
+encore tout troublé de ce qui venoit de lui arriver. Ce fut ainsi
+que se passa cette chasse, où le Roi n'obtint pas tout ce qu'il auroit
+voulu, mais où il reconnut pourtant qu'il étoit plus aimé qu'il ne
+s'étoit imaginé. Il ne pouvoit comprendre qu'une femme qui l'aimoit si
+tendrement, qui l'avoit dit à lui-même, et qui en avoit donné des
+marques plus certaines encore que ses paroles, pût se refuser un plaisir
+qui est le tribut ordinaire de l'amour, et la fin que tous les amants se
+proposent. Cela le passoit, et il étoit si peu accoutumé à voir de
+semblables prodiges de vertu, qu'il ne pouvoit se lasser d'admirer celle
+de la comtesse, quoique ce fût cette vertu qui seule étoit contraire à
+son amour et s'opposoit à tous ses désirs.
+
+Ce fut aussi environ en ce temps-là que le Roi dit ces paroles, que j'ai
+rapportées au commencement de cette Histoire, «qu'il n'y avoit que deux
+femmes à la Cour qui fussent véritablement chastes, et pour lesquelles
+il feroit serment qu'elles étoient fidèles à leurs maris.» C'étoit la
+Reine, comme j'ai dit, et la comtesse de L..., qu'il venoit de mettre à
+une si grande épreuve.
+
+Cependant cette vertu, dont le Roi n'étoit que trop persuadé, ne fut pas
+capable de refroidir son amour. S'il n'en eût pas été aimé, peut-être
+qu'il auroit abandonné le dessein de cette conquête, qu'il auroit
+regardée comme une chose impossible, ayant à combattre ces deux
+redoutables ennemis, l'honneur et l'aversion de sa maîtresse. Mais,
+ayant l'amour de son côté, il se flatta toujours de quelque espérance.
+Il avoit vu cet honneur presqu'aux abois, et, sans ce moment fatal
+qui fit faire quelque réflexion à la comtesse, il alloit être le plus
+heureux de tous les amants. Enfin, on peut dire que l'amour du Roi
+augmentoit par toutes ces difficultés, et que la gloire et l'ambition,
+dont il est si fort touché, s'y mêloient en quelque sorte. Il se faisoit
+une espèce d'honneur de triompher de la plus vertueuse dame de son
+siècle; il se figuroit mille secrètes douceurs qu'il n'avoit jamais
+goûtées avec ses autres maîtresses, et il se promettoit des plaisirs
+infinis dans une jouissance qui lui auroit tant coûté.
+
+Cela fait bien voir que les plaisirs des amants ne sont que dans
+l'imagination, et que, selon que cette imagination agit, ces plaisirs
+sont plus ou moins grands; et comme cette faculté de notre âme supplée
+au défaut des sens, pour grossir les objets que les sens n'aperçoivent
+pas, celle du Roi pouvoit agir dans toute son étendue par l'extrême
+sévérité de sa maîtresse, et son imagination, lui représentant des
+plaisirs que ses sens n'avoient jamais goûtés avec elle, les lui
+figuroit beaucoup plus grands; et tout cela, comme j'ai dit, le rendoit
+plus amoureux.
+
+En ce temps-là, le Roi et la comtesse tombèrent malades presque en même
+temps[19]. Le Roi fut attaqué d'une grosse fièvre, qui lui fut causée
+par sa passion, et par la grande agitation qu'il s'étoit donnée le jour
+de cette chasse; et la comtesse, de la frayeur qu'elle avoit eue,
+du chagrin qu'elle avoit de s'être sitôt déclarée, et fâchée de sentir
+dans son coeur une passion qui alloit contre son devoir. Toutes ces
+choses jointes ensemble la firent tomber dans une maladie de langueur,
+qu'on craignoit dégénérer en phthisie. La fièvre du Roi redoubla quand
+il sut que la comtesse étoit malade. Et la comtesse, qui ne pouvoit haïr
+le Roi, devint encore plus triste et plus abattue, dès qu'elle apprit
+l'état de ce prince, dont la vie étoit en grand danger. Il ne se passoit
+point de jour, que le Roi ne s'informât de la santé de la comtesse, et
+cet empressement que le Roi faisoit paroître, fit ouvrir les yeux à
+quelques-uns, et leur fit soupçonner avec raison qu'il avoit des
+sentiments tendres pour cette dame.
+
+La Montespan qui venoit de prendre les eaux de Bourbon[20], et qui
+n'avoit pas vu le Roi depuis quelque temps, fut la première à s'en
+apercevoir; et comme elle croyoit alors posséder seule le coeur du
+Roi, car La Vallière avoit renoncé au monde, elle ne pouvoit pas se
+consoler qu'une autre le lui voulût disputer. Mais ce qui la fâchoit
+plus que tout, c'est que l'intérêt que le Roi témoignoit prendre à
+la santé de Madame de L... ne lui faisoit que trop connoître qu'il en
+étoit véritablement amoureux. Ce fut alors que toute sa jalousie se
+réveilla, et qu'elle chercha mille moyens pour traverser ce nouvel
+engagement, pour ruiner sa rivale, et pour la détruire dans l'esprit du
+Roi ou dans celui de son mari, ou pour faire tous les deux ensemble;
+mais elle ne fit ni l'un ni l'autre.
+
+La première chose qu'elle fit, fut de tâcher de découvrir où elle en
+étoit avec le Roi. Elle en fut bientôt instruite par un cas fortuit, qui
+lui fit tomber entre les mains la réponse que la comtesse avoit faite à
+son billet. Comme la Montespan avoit la liberté d'entrer à toutes les
+heures du jour dans la chambre de ce prince, elle y fut un jour qu'il
+reposoit, et comme cet amant pensoit toujours à sa nouvelle maîtresse,
+il ne pouvoit se lasser de lire le billet qu'elle lui avoit écrit,
+quoiqu'il ne fût pas aussi tendre qu'il l'auroit bien souhaité. Le jour
+que la Montespan trouva le Roi qui dormoit, il avoit tenu ce billet
+entre ses mains, et le sommeil l'ayant saisi, il l'avoit laissé tomber à
+la ruelle de son lit.
+
+Dès qu'elle vit ce papier par terre, elle le prit pour voir ce qu'il
+contenoit, et elle comprit d'abord que le Roi aimoit la comtesse avec
+toute l'ardeur d'un amant, et qu'il n'avoit encore obtenu d'elle aucune
+faveur considérable. Elle se contenta d'avoir satisfait sa curiosité,
+et, remettant le billet où elle l'avoit trouvé, elle sortit tout
+doucement de la chambre pour n'interrompre pas le sommeil du Roi, et
+alla penser aux moyens de ruiner une passion qui, selon toutes les
+apparences, lui devoit faire perdre son grand crédit et les bonnes
+grâces du Roi. Elle fit savoir au comte, par des voies indirectes, que
+sa femme recevoit des lettres d'un amant qui n'étoit pas à mépriser, et
+qu'elle, à son tour, lui en écrivoit de fort tendres.
+
+Le comte méprisa d'abord cet avis, et, pour faire voir le peu de cas
+qu'il en faisoit, il voulut le dire à sa femme, et s'en divertir avec
+elle.--«Savez-vous, Madame, lui dit-il, qu'on me donne un rival, et un
+rival qui n'est pas à mépriser?» La comtesse, qui ne comprit pas d'abord
+ce qu'il vouloit dire, lui demanda s'il avoit quelque nouvelle
+maîtresse.--«Ce n'est point cela, lui dit son mari, c'est vous-même qui
+avez fait un amant.» La comtesse rougit un peu, et le comte attribua
+cette rougeur à la pudeur de sa femme.--«Et quel est cet amant,
+dit-elle, qu'on me donne?--On ne me l'a pas nommé, lui dit le comte,
+mais on dit que c'est un amant aimé, qui vous a souvent écrit, et à qui
+vous répondez d'une manière fort tendre; je ne vous croyois pas si
+secrète dans vos amours.--Elles sont si secrètes, lui dit la comtesse,
+que je n'en sais rien moi-même, et je vous promets que dès que cet amant
+paroîtra, vous en serez averti. Mais, toute raillerie à part,
+ajouta-t-elle, est-il bien vrai qu'on vous a fait un pareil rapport?--Il
+est aussi vrai, lui dit le comte, comme il est vrai que je n'en crois
+rien.»
+
+Cela remit entièrement l'esprit de sa femme, qui s'étoit un peu alarmée;
+et dès aussitôt que son mari l'eut quittée, elle brûla le billet
+qu'elle avoit reçu du Roi, qui étoit la seule chose qui pouvoit la
+convaincre de ce qu'on avoit tâché de faire croire au comte son époux;
+et pour la réponse qu'elle avoit faite à ce prince, elle étoit conçue
+avec tant de retenue et tant de sagesse, qu'elle ne craignoit pas que
+son mari pût lui en faire une affaire. Ainsi l'esprit jaloux de la
+Montespan n'avança rien de ce côté-là pour perdre sa rivale dans
+l'esprit de son mari.
+
+Elle attendoit que la santé du Roi fût un peu rétablie pour faire jouer
+d'autres ressorts, qui pussent le dégoûter de l'amour de la comtesse.
+Comme les maladies violentes ne sont pas de longue durée, celle du Roi,
+qui étoit une fièvre ardente, le quitta après le huitième jour. La
+Montespan le voyant déjà remis, et qu'il n'y avoit rien à craindre pour
+sa santé, fit ses visites plus longues, et ne songea qu'à divertir ce
+monarque, en lui apprenant tous les jours quelque nouvelle
+galanterie.--«Eh! vous ne me dites rien de la comtesse de L..., dit le
+Roi à la Montespan, d'un air qui marquoit qu'il prenoit beaucoup de part
+à ce qui la regardoit. Est-ce qu'elle est sans intrigue? Est-ce qu'elle
+manque de charmes? Est-ce enfin, comme on me l'a assuré, qu'elle est
+aussi austère qu'une carmélite, et que sa vertu fait trembler tous ceux
+qui osent l'approcher?»
+
+La Montespan, qui attendoit à toute heure une semblable question de la
+bouche du Roi, fut bien aise de le satisfaire là-dessus, ou, pour mieux
+dire, de se satisfaire elle-même, en disant des choses de cette
+comtesse, qui pourroient empêcher le Roi de penser plus à
+elle.--«Sire, lui dit la Montespan, en affectant un air ingénu, ceux qui
+la connoîtront bien ne se feront pas une grande violence de renoncer à
+cette conquête, et ce ne sera pas sa vertu qui les en rebutera.--On dit
+pourtant, répliqua le Roi, que jamais femme n'a été plus sévère que
+celle-là.--Je ne sais pas, dit la Montespan, qui se plaint de sa
+sévérité; mais je sais bien que la maxime des fausses prudes, qui ne
+peuvent pas avoir des amants, est d'affecter une vertu austère, afin
+qu'on ne dise pas d'elles dans le monde que c'est faute d'appas qu'on
+les laisse là; mais c'est qu'elles sont plus chastes que tout le reste
+des femmes.--Ce que vous dites là, reprit le Roi, est bon pour celles
+qui sont sur le retour de l'âge, ou qui manquent de beauté, mais cela ne
+se peut pas dire de la comtesse; elle est jeune et belle, elle a
+l'esprit brillant et poli, et il y a peu de femmes à la Cour qui aient
+autant de charmes qu'elle.--Je conviens de ce que vous dites, répondit
+la Montespan, mais Votre Majesté me permettra de lui dire que c'est une
+belle pomme qui est gâtée au dedans.--Expliquez-vous, je vous prie, dit
+le Roi; est-ce qu'elle a des défauts cachés?--Je ne les ai pas vus,
+reprit-elle; mais il y a une femme qui la sert depuis longtemps qui a
+dit à l'une des miennes que sa maîtresse avoit des ulcères en divers
+endroits de son corps; qu'il n'y avoit qu'elle seule, qui les lui
+pansoit, et son mari, qui le sussent; et que lui-même en étoit si fort
+dégoûté, que la plupart du temps il ne couchoit pas avec elle.--Je suis
+surpris, repartit le Roi, de ce que vous m'apprenez. Cependant la
+comtesse a un embonpoint le plus frais et le plus beau du monde, et un
+teint des plus unis.--Et c'est cela même, dit la Montespan, qui produit
+cet embonpoint que vous dites; au moins c'est ce que j'entends dire tous
+les jours aux médecins, que toutes les mauvaises humeurs se jettent sur
+ces endroits, et que c'est pour cela que tout le reste du corps est si
+net et si poli.--Mais cela l'empêcheroit-il d'avoir des amants? dit
+alors le Roi. Peuvent-ils deviner une chose qui ne paroît pas du
+tout?--Je ne vous ai pas dit, Sire, répliqua la Montespan, que c'étoit
+cette raison qui éloignoit les amants. Mais j'ai dit à Votre Majesté, si
+elle y a pris garde, que c'est ce défaut, qui n'est que trop connu
+d'elle-même, qui lui fait fuir souvent le grand monde et lui fait aimer
+la retraite. Que lui serviroit après tout, ajouta-t-elle, de faire des
+amants qu'elle n'oseroit rendre heureux, quelque envie qu'elle en eût?
+ou si elle en venoit jusque-là, elle est assurée qu'ils se dégoûteroient
+d'abord, et qu'elle les perdroit de la manière la plus honteuse pour des
+personnes de notre sexe.--Elle fera donc bien de s'en tenir, dit le Roi,
+à ce qu'on appelle la petite oie[21], et de ne laisser prendre à ses
+amants que le dehors de la place.--Cela seroit bon, dit la
+Montespan, si on pouvoit s'en tenir là; mais vous savez, Sire, qu'en
+amour, on va plus loin qu'on ne pense.»
+
+Après cela, cette malicieuse femme, qui vouloit se réjouir aux dépens de
+sa rivale, dit que si son mari étoit jaloux, il n'avoit qu'à faire voir
+sa femme toute nue, et qu'il ne devoit pas craindre qu'il lui arrivât
+jamais ce qui arriva à cet ancien roi de Lydie. Le Roi, qui ne se pique
+pas fort de lecture, pria la Montespan de lui raconter cette
+histoire.--«La voici, dit-elle, Sire, en peu de mots, telle que je l'ai
+lue dans Hérodote. Candaulès, qui étoit le nom de ce prince, avoit une
+femme extrêmement belle, et, par une bizarrerie dont on ne sait pas la
+cause, il la fit voir toute nue à Gigès son favori, qu'il avoit fait
+cacher dans la chambre de la Reine.--C'étoit sans doute, dit le Roi,
+pour lui faire voir que son corps étoit aussi beau que son visage.--Il
+l'étoit en effet, dit la comtesse, et Gigès en devint amoureux; mais je
+ne crois pas que le comte doive craindre rien de semblable, de ceux qui
+verroient sa femme dans le même état.--Je n'aurai jamais cette
+curiosité, dit le Roi, voulant dissimuler sa passion; mais je suis
+fâché pourtant, pour l'amour de cette comtesse, que les apparences
+soient si trompeuses, et que, sous un si beau dehors, il y ait des
+choses si dégoûtantes.--Si Votre Majesté y prenoit la moindre part, je
+serois bien fâchée, dit la Montespan, de vous avoir dit une chose qui
+pût vous faire quelque chagrin. Mais en cas qu'il vous prît jamais envie
+de l'aimer, ajouta-t-elle, avec un souris forcé, il est bon que votre
+Majesté en soit avertie, de peur qu'elle n'allât trop avant, et qu'elle
+ne voulût voir des choses qui ne lui feroient pas plaisir.--Je vous sais
+gré de ce bon avis, lui dit le Roi, mais cela ne m'arrivera jamais.»
+
+La Montespan ne fut pas plus tôt sortie, que le Roi fit de profondes
+réflexions sur ce qu'elle lui avoit dit. C'est un terrible embarras pour
+un amant qui aime une femme jusques à l'adoration, quand on lui vient
+dire qu'elle a des défauts cachés. Le Roi ne remarquoit rien en la
+comtesse qui ne l'assurât que c'étoit une beauté achevée. Sa gorge et
+son visage démentoient déjà le discours de la Montespan, et s'il n'avoit
+pas vu tout le reste, il en avoit assez vu, le jour de sa dernière
+chasse, pour lui faire juger que tout ce qu'on venoit de lui dire
+n'étoit qu'une calomnie. Il soupçonna même que la Montespan, ayant eu
+quelque connaissance de l'inclination qu'il avoit pour la comtesse,
+pourroit avoir inventé toute cette fable pour l'en dégoûter. Il savoit
+qu'elle étoit fort audacieuse, et d'une humeur fort jalouse. Enfin, il
+alla se ressouvenir que le même jour qu'il avoit laissé tomber le
+billet de la comtesse, après qu'il se fut endormi, on lui dit que la
+Montespan étoit entrée dans sa chambre, et qu'après avoir demeuré
+quelque temps à la ruelle du lit, elle s'étoit retirée, de peur
+d'éveiller le Roi. Faisant réflexion à toutes ces choses, il ne douta
+point que tout ce que la Montespan venoit de lui dire ne fût de son
+invention: de sorte que tous ses stratagêmes furent inutiles, et ne
+firent aucun mal à sa rivale. Elle vécut toujours le mieux du monde avec
+son mari qui n'eut pas le moindre soupçon de sa fidélité, et le Roi
+l'aima plus que jamais.
+
+Ce monarque ne pouvoit plus contenir son feu; les divers assauts qu'il
+avoit donnés à sa maîtresse, et qui avoient toujours échoué, ne
+servoient qu'à l'enflammer davantage, et à rendre ses désirs plus
+violents. Ce beau fruit qu'il n'avoit goûté que du bout des lèvres, ne
+faisoit qu'aiguiser, s'il faut ainsi dire, son appétit, et échauffer son
+imagination. Enfin, il lui tardoit de savoir comment la comtesse étoit
+faite, non pas pour s'éclairer de ce que la Montespan lui avoit dit,
+mais pour apaiser l'ardeur de sa flamme. Quelque expert qu'il fût en
+l'art d'aimer, il étoit au bout de sa science, et il ne savoit plus que
+faire, après avoir manqué la plus belle occasion que l'amour puisse
+offrir à un amant. Être seul avec sa maîtresse au milieu d'un bois,
+apprendre de sa bouche qu'on est aimé, profiter d'un si doux aveu,
+presser vivement la place, monter jusques à la brèche, et se voir
+repousser à l'entrée: c'est ce qu'il ne pouvoit pas comprendre.--«Il
+faut, disoit-il, ou que cette femme soit tout à fait insensible, ou
+qu'elle ait une vertu plus qu'humaine. Mais puisque les charmes de
+l'amour n'y peuvent rien, il faut se servir de quelque vieille ruse.
+Cette femme se fait un crime de ce que l'amour a de plus doux; il faut
+que l'hymen vienne ici à notre secours, et que nous nous servions du
+même stratagême dont se servit Jupiter pour jouir de la chaste et belle
+Alcmène. Puisqu'un amant, et un amant aimé, ne peut pas vaincre une
+vertu si farouche, tâchons de nous transformer et de prendre la figure
+du mari pour tromper une femme trop fidèle. Ce qui acheva de déterminer
+le Roi à prendre un dessein si périlleux, fut une aventure singulière
+qui venoit d'arriver depuis peu de jours, qui servit longtemps de
+divertissement à la Cour, et dont le bruit se répandit assez loin.
+
+Deux gentilshommes, à peu près du même âge et de même taille, avoient
+épousé depuis quatre ans deux femmes bien faites, qu'ils aimoient
+beaucoup et dont ils étoient tendrement aimés, mais dont ils n'avoient
+eu aucun enfant. Comme ils avoient de grands biens et qu'ils craignoient
+de ne laisser point de successeurs, il n'est rien qu'ils ne tentassent
+pour rendre leurs femmes fécondes: remèdes, purgations, eaux minérales,
+tout étoit mis en usage, et, parce que les médecins leur dirent qu'il
+falloit réitérer ces remèdes à diverses fois, ces Messieurs ne
+manquoient pas d'aller tous les ans avec leurs épouses aux eaux de
+Bourbon[22]. Ils y furent cet été que le Roi étoit à Fontainebleau.
+Comme le temps étoit fort beau, il y eut plus de foule qu'à l'ordinaire:
+toutes les hôtelleries étoient remplies; et ces deux gentilshommes ne
+purent trouver qu'une chambre, où il y avoit pourtant deux lits; cela
+suffisoit pour eux et leurs femmes; car, pour leurs valets, ils
+couchèrent où ils purent. S'étant donc mis en possession de leur
+chambre, et ayant soupé en très-bonne compagnie, ils proposèrent à leurs
+femmes d'aller prendre un peu le frais, et de jouir du plaisir de la
+promenade. Mais elles dirent qu'elles étoient fatiguées du voyage, et
+qu'étant obligées de se lever de bon matin pour prendre les eaux, elles
+seroient bien aises de se délasser et de se coucher bientôt; mais que
+pourtant ils ne se privassent pas eux-mêmes de ce plaisir. Ces bons
+maris, qui ne vouloient point contraindre leurs femmes ni se contraindre
+eux-mêmes, firent tout ce qu'elles voulurent; ils allèrent se promener;
+ils virent là tout ce qu'il y avoit de beau monde de l'un et de l'autre
+sexe, et ce temps leur parut si court qu'il étoit près de minuit quand
+ils arrivèrent à leur logis. Leurs femmes étoient couchées il y avoit
+deux heures; elles dormoient profondément, et leurs maris, de peur de
+les éveiller, firent le moins de bruit qu'ils purent en se couchant; ils
+se déshabillèrent, ils éteignirent eux-mêmes la chandelle, et chacun
+d'eux se mit le plus doucement qu'il put au lit, où il croyoit de
+trouver sa femme. On ne sait pas bien si leurs épouses n'avoient pas
+bien distingué les lits qui avoient été arrêtés par leurs maris, ou si
+ces Messieurs eux-mêmes, distraits par les différents objets qu'ils
+avoient vus à la promenade, ou peut-être accablés de sommeil, prirent un
+lit pour un autre; quoi qu'il en soit, car cela ne fait rien à
+l'affaire, chacun de ces deux gentilshommes, au lieu de s'aller mettre
+auprès de sa femme, s'alla coucher avec celle de son ami.
+
+Ces quatre personnes passèrent ainsi toute la nuit, sans qu'aucune
+d'elles s'aperçût de cet étrange quiproquo. On peut bien croire que ces
+Messieurs, qui souhaitoient tant d'avoir des enfants, et qui étoient
+allés là pour cette seule raison, ne passèrent pas toute la nuit sans
+rien faire, et qu'ils travaillèrent de toute leur force à la propagation
+de leur espèce. Leurs belles épouses, qui avoient le même désir, s'y
+employèrent aussi avec affection et avec toute l'ardeur de leur sexe.
+Enfin, le matin étant venu, on voit paroître le jour, on songe à se
+lever, on tire le rideau, on se parle; mais qui pourroit exprimer la
+surprise de ces deux femmes et de ces deux maris, à la vue d'une si
+étrange métamorphose? Ils demeurent tout confus, ils sont tous quatre
+muets et interdits, personne n'ose parler, aucun n'a la force
+d'interroger son voisin ni de lui demander comment il a passé la nuit,
+de peur d'en trop apprendre; chacun se flatte que son compagnon a dormi
+toute la nuit; chacun se console d'avoir au moins tiré parti d'une
+affaire si délicate et de n'être pas la dupe. Chacun savoit bien ce
+qu'il avoit fait de son côté, mais il étoit en peine d'apprendre ce
+qui s'étoit passé à l'autre bout de la chambre. Aucune de ces femmes
+n'osoit regarder son mari, et encore moins celui qui venoit d'occuper sa
+place, et les maris n'osoient pas regarder leurs femmes, de peur de voir
+sur leur visage des marques trop certaines d'un affront irréparable. Il
+se passa une scène muette qui exprima plusieurs passions différentes.
+Enfin, il y en eut un plus impatient, qui, tirant brusquement sa femme
+par le bras, lui dit tout en colère:--«Pourquoi vous allâtes-vous
+coucher dans ce lit? Ne saviez-vous pas que c'étoit celui-ci que j'avois
+arrêté pour nous deux?--J'avois cru, dit-elle, que c'étoit l'autre, et
+je vous prie de ne pas me quereller pour une chose dont j'ai plus de
+chagrin que vous, et dont je ne me consolerai de ma vie.--Tant pis,» lui
+dit son mari, qui ne connut que trop, au langage de sa femme, ce qui
+s'étoit passé entr'elle et son voisin; mais il n'étoit pas juste aussi
+que les rieurs ne fussent que d'un côté. La femme de celui qui n'avoit
+pas encore parlé, paroissant toute honteuse, donnoit assez à connoître
+qu'elle n'étoit pas plus nette que sa voisine.--«Enfin, dit ce mari, qui
+parut plus raisonnable, ce qui est fait est fait, et tous les hommes ne
+le sauroient empêcher. Nous sommes à deux de jeu; nous avons fait, comme
+on dit, troc de gentilhomme[23] sans nous demander de retour; laissons
+passer doucement la chose; la volonté fait tout dans ces affaires;
+c'est un pur effet du hasard; nous sommes assurés de la chasteté de nos
+femmes; plaignons-les, et les consolons, au lieu de les porter au
+désespoir. Que savons-nous si Dieu s'est voulu servir de ce moyen pour
+nous donner un enfant à l'un et à l'autre, et si cela arrive, qu'y
+a-t-il à faire qu'à compter de cette nuit? Et si nos femmes sont
+enceintes, quand leur fruit sera mûr, et que le terme d'accoucher sera
+venu, chacun prendra ce qui lui appartiendra; et ces enfants ne seront
+pas moins à nous, que si nous les avions eus de nos propres femmes.» Il
+y en eut une qui voulut répliquer, et qui dit que cela leur seroit bien
+fâcheux qu'on leur arrachât un enfant qu'elles auroient nourri et porté
+neuf mois dans leur sein, et qu'on leur en donnât un autre, où elles
+n'auroient aucune part. On leur ferma la bouche, en leur disant que
+c'étoit pour les punir de la bévue qu'elles avoient faite en changeant
+de lit, qu'il falloit que la chose allât ainsi; que l'enfant qu'on leur
+donneroit seroit celui de leur mari; que, puisque les hommes regardoient
+souvent comme leurs des enfants qui n'appartenoient qu'à leurs femmes,
+elles pouvoient bien une fois en recevoir un de la main de leurs maris,
+et qu'elles auroient un avantage que les hommes n'avoient pas: c'est
+qu'elles pourroient toujours distinguer leur propre enfant de celui
+qu'on leur supposoit, et lui donner leur bien si elles le jugeoient à
+propos. Un jugement si sage apaisa d'abord le tumulte; tout le monde se
+tut, chacun fut content, et au bout de neuf mois ces deux femmes
+accouchèrent chacune d'un garçon, qui donna bien de la joie à ces deux
+familles.
+
+Cette affaire ne put pas être si secrète qu'elle ne vînt à la
+connaissance du monde, et le Roi, qui en avoit ouï parler, trouvoit cela
+si plaisant qu'il souhaita plus d'une fois de tromper ainsi la comtesse,
+puisqu'il n'en pouvoit pas jouir autrement. Il communiqua son dessein au
+duc de La Feuillade. Le duc lui dit que cela étoit fort bien imaginé, et
+qu'il ne falloit que songer aux moyens de l'exécuter.--«Tout ce que j'y
+trouve, Sire, de fâcheux pour vous, c'est d'être obligé de faire le rôle
+du mari pour jouir d'une maîtresse; et comme vous avez, sans doute,
+toutes les délicatesses des amants, vous ne goûterez qu'imparfaitement
+un plaisir qui ne s'adressera point à vous et qu'elle croira donner à
+son mari.--Je sais tout cela, dit le Roi, mais il n'importe; il faut
+tirer de l'amour tout ce qu'on peut; j'ai déjà le coeur de cette fière
+comtesse, et elle ne veut pas m'accorder le reste; mais si je le puis
+avoir une fois, j'aurai tout ce qu'un amant peut souhaiter, et enfin
+elle pourra m'accorder de son bon gré ce que j'aurai une fois obtenu par
+cette ruse. Il n'est donc question que d'exécuter un dessein qui peut
+seul me rendre heureux.»
+
+Cet habile confident dit au Roi qu'il alloit y travailler de ce pas;
+qu'il savoit que le comte, comme la plupart des gens de qualité,
+couchoit dans un lit séparé de sa femme, d'où il l'alloit trouver quand
+il lui prenoit envie; il lui dit encore qu'il croyoit, à force d'argent,
+gagner celui qui gardoit la porte de la chambre, et de l'obliger à
+se défaire adroitement des autres domestiques, et d'introduire le Roi
+vers les onze heures du soir à la chambre du comte de L... Et pour ce
+qui est du comte, dont la présence étoit le plus grand obstacle, il
+l'engageroit à une partie de jeu, où ils passeroient une bonne partie de
+la nuit. Le Roi fut ravi de l'expédient que le duc lui proposoit, et il
+lui sembloit déjà qu'il étoit entre deux draps avec sa chère comtesse.
+Il lui commanda d'aller travailler promptement à ce dessein, et de venir
+aussitôt la rendre réponse.
+
+Dès que le Roi eut congédié le duc, il entra dans la chambre de la
+Reine, où il trouva sa chère comtesse et plusieurs autres dames de la
+première qualité. Il ne l'avoit pas vue, il y avoit quelques jours, et
+il fut bien aise de voir qu'elle reprenoit son embonpoint. Son mal, dont
+on craignoit de fâcheuses suites, étoit tout-à-fait guéri, et il ne lui
+avoit laissé qu'une certaine langueur dans les yeux et sur son visage,
+qui la rendoit plus aimable, et surtout au Roi, qui n'y voyoit plus, ce
+lui sembloit, cette même sévérité qu'il avoit toujours si fort
+redoutée.--«A ce que je vois, Madame, lui dit le Roi tout bas, nous
+sommes tombés malades en même temps, et je sens qu'à mesure que vous
+guérissez, ma santé reprend de nouvelles forces.--Si cela étoit comme
+vous me le dites, je prendrois encore plus de soin de ma santé que je ne
+fais, répliqua cette comtesse.--Si ma santé vous étoit chère, lui dit ce
+prince, en tournant sa tête vers la fenêtre, afin qu'elle en fit autant,
+et qu'ils pussent parler sans être entendus, vous me traiteriez un
+peu plus doucement.--Et comment voudriez-vous qu'on vous traitât,
+dit-elle?--Comme on doit traiter un homme qu'on veut conserver, et que
+vos rigueurs font mourir, lui dit le Roi.--Quand on fait ce qu'on peut,
+ajouta-t-elle, on n'en doit pas demander davantage.--Que le comte est
+heureux, dit alors le Roi, puisque vous pouvez faire pour lui ce que
+vous ne sauriez faire pour moi!--C'est un bonheur, Sire, lui dit-elle,
+que vous ne voudriez pas acquérir à ce prix-là.--Non-seulement à ce
+prix, si je le pouvois, lui dit ce prince passionné, mais au péril de
+mille vies.--Eh bien! lui dit-elle, puisque cela ne se peut pas, il n'y
+faut plus penser, et nous consoler, vous et moi.» Après cela, elle se
+tourna du côté de la compagnie, et le Roi trouva ces dernières paroles
+si obligeantes, qu'elles le rendirent content tout le reste du jour.
+
+Le Roi sortit quelque temps après, et il rencontra bientôt le duc de La
+Feuillade qui alloit trouver Sa Majesté pour lui rendre compte de sa
+commission. Il lui dit d'abord que les choses alloient comme il auroit
+pu le souhaiter; qu'il s'étoit assuré de ce domestique; que personne ne
+paroîtroit que lui dans le temps qu'il lui avoit marqué, et que le Roi
+pouvoit venir incognito, entrer dans la chambre du comte, et, quand il
+le trouveroit à propos, dans celle de la comtesse; que, pour le comte,
+ils devoient souper ensemble chez le prince de Marcillac[24], et qu'ils
+avoient fait une partie de jeu, où il y auroit plusieurs
+dames.--«Et comme je lui ai demandé si la comtesse son épouse en seroit,
+il m'a répondu que non; que depuis sa maladie elle n'aimoit point à
+veiller, mais se couchoit toujours à dix heures.--Cela va le mieux du
+monde, dit le Roi; pour moi, je vais dire qu'on me laisse seul, et je me
+déguiserai si bien, quand il sera nuit, que je sortirai sans qu'on s'en
+aperçoive. Il n'y a que cent pas à faire pour être à l'appartement de la
+comtesse.
+
+Toutes choses étant ainsi disposées, le Roi se prépara à cette grande
+expédition; il comptoit les heures et les minutes, et jamais jour ne lui
+a paru si long. Enfin, la nuit vint, cette nuit tant désirée, et qui est
+si favorable aux amants.
+
+Quand les onze heures sonnèrent, qui étoit l'heure du signal, il sortit
+de son cabinet en robe de chambre avec un simple gentilhomme qui
+l'accompagnoit. Dès qu'il fut à la porte de l'appartement du comte, il
+dit à ce gentilhomme de l'attendre, et de ne dire à personne où il
+étoit, sous peine de la vie. Les courtisans étoient assez accoutumés à
+voir faire au Roi de semblables équipées, qui marche en cela sur les
+traces de son aïeul Henri le Grand. Le Roi ne paroît pas plus tôt, qu'il
+rencontre un homme qui, sans lui dire «qui va là?» le fait entrer dans
+la chambre du comte, comme si c'eût été son maître, et, sans s'informer
+d'autre chose, ferme la porte après lui. Le Roi ne fut pas plus tôt
+entré qu'il se reposa sur le lit du comte, et on auroit dit qu'il
+vouloit imiter en toutes choses le mari de la comtesse. Il est vrai
+qu'il ne s'amusa pas à dormir, mais il attendoit que le lièvre le fût,
+afin de tirer à coup sûr et qu'il pût le prendre au gîte. Quand il jugea
+que la comtesse pouvoit être endormie, il s'approcha tout doucement de
+son lit, et, laissant sa robe de chambre, il se glissa dans les draps du
+lit de sa maîtresse, sans qu'elle en sentît rien. Cet heureux amant,
+voyant qu'il avoit si bien réussi jusques-là, commença de prendre avec
+la comtesse toutes les privautés que prenoit le comte, dont il
+représentoit alors le personnage; il voulut faire en tout le mari; mais
+peut-être qu'il le voulut faire trop bien, comme dit La Fontaine, sur un
+sujet semblable[25]. Il n'eut pas plus tôt pris sa place qu'il reconnut
+d'abord que ce que la Montespan lui avoit dit de ces ulcères prétendus,
+n'étoit qu'une calomnie; il trouva un corps net et uni comme le cristal,
+et une peau la plus douce et la plus fine qu'il eût encore touchée.
+Après avoir reconnu tous les endroits de la place, et sentant que la
+comtesse étoit éveillée par le chatouillement que venoit de lui causer
+ce prétendu mari, il se mit en état de pousser l'affaire jusques au
+bout. La comtesse se tourna un peu de son côté, et, comme on ne s'amuse
+pas à parler dans ces occasions, et qu'il ne lui seroit jamais venu en
+pensée qu'autre que le comte la fût venu trouver dans son lit, elle ne
+rejeta point du tout ses premières caresses; mais, les recevant
+comme un doux fruit de leur mariage, elle y alloit répondre de son côté
+comme une bonne et fidèle épouse; mais il arriva une chose qui troubla
+les plaisirs qu'ils se préparoient de goûter. Comme elle avança un de
+ses bras pour embrasser celui qu'elle avoit pris jusques-là pour son
+mari, elle rencontra à l'endroit de ses reins une grosse verrue[26]
+qu'elle n'avoit jamais trouvée sur le corps du comte, quoique sa main se
+fût promenée mille fois en cet endroit. Cela la surprit un peu, non pas
+qu'elle crût qu'un autre homme fût venu occuper sa place; mais cette
+nouvelle verrue lui fit rompre un silence qu'elle avoit gardé
+jusque-là.--«D'où vient, monsieur le comte, dit-elle, que vous avez là
+cette verrue que je n'avois pas remarquée? Parlez, dit-elle, vous ne me
+répondez point?» Ce silence parut suspect à la comtesse, et, voyant
+qu'on ne lui répondoit que par des embrassements, elle fit un grand
+effort pour se débarrasser de celui qui la tenoit; et, comme il la
+venoit rejoindre:--«Si tu ne me laisses, dit-elle, qui que tu sois, je
+t'arracherai les yeux, et je ferai venir mes gens.» Et, en disant cela,
+elle lui donna un coup d'ongle entre l'oeil droit et la temple[27],
+dont le Roi porta les marques qui parurent durant quelques jours,
+et dont peu de gens savoient la cause.
+
+Quand il vit que la comtesse alloit faire du bruit et appeler du monde,
+il crut que le plus sûr étoit pour lui de se retirer et de sortir comme
+il étoit entré. Le même homme qui lui avoit ouvert la porte en entrant,
+la lui ouvrit quand il vit qu'il vouloit sortir; et il trouva son
+gentilhomme qui l'attendoit, et qui l'accompagna jusques à l'entrée de
+la chambre de la reine, que le Roi fut trouver au lit, et qui profita
+sans doute de ce que ce prince avoit destiné pour la comtesse. Cette
+dernière ne dormit guère le reste de la nuit. Elle étoit en peine
+comment elle devoit se gouverner en cette rencontre. Elle ne douta point
+que ce ne fût le Roi qui l'étoit venu trouver au lit, qui, n'ayant pu
+jusqu'alors satisfaire son amour, s'étoit servi de ce dernier
+stratagême. Son premier dessein fut d'abord d'appeler ses domestiques,
+de leur dire qu'un homme étoit entré dans sa chambre, qu'elle vouloit
+savoir absolument qui l'y avoit introduit, la chose n'ayant pu se faire
+sans leur participation, et que, dès que le coupable lui seroit
+connu, elle en vouloit faire un exemple. Un peu après elle considéra
+l'éclat que cela feroit, les conséquences malignes que quelques-uns en
+pourroient tirer pour ternir sa réputation, le chagrin, et peut-être les
+soupçons qu'une affaire si délicate causeroit à son mari, et l'affront
+que le Roi lui-même en alloit recevoir, quand la chose seroit divulguée;
+enfin, plusieurs autres considérations de cette nature la déterminèrent
+à laisser passer la chose, sans en parler à personne. Cette prudente
+dame savoit encore, que la réputation de celles de son sexe est
+extrêmement délicate, que le plus sûr pour elles est de conserver leur
+honneur et de se défendre contre tous ceux qui l'attaquent, sans en
+faire tant de bruit; que l'éclat est ce qui les perd dans l'esprit des
+gens, lors même qu'elles sont les plus innocentes, et qu'enfin n'ayant
+rien à se reprocher, elle ne craignoit les reproches de personne,
+puisque celui qui l'étoit allé trouver au lit s'en étoit retourné comme
+il étoit venu, et que ceux qui lui avoient prêté la main avoient pu
+juger, par son prompt retour et par le bruit qu'elle avoit fait, du peu
+de succès de son entreprise.
+
+La comtesse donc, satisfaite de s'être bien défendue, ne voulut point
+prôner sa victoire. Qui sait encore si l'Amour ne se mêla pas là-dedans,
+et si la tendresse qu'elle ne pouvoit s'empêcher d'avoir pour le Roi, ne
+l'empêcha pas aussi de publier une chose dont elle pourroit se repentir
+un jour, n'étant pas assurée si elle n'auroit pas enfin pour ce prince
+des sentiments plus humains? et, quoiqu'elle n'appuyât pas beaucoup
+sur cette dernière considération, il est certain qu'elle y entra.
+
+Le Roi, après cette honteuse retraite, perdit entièrement l'espérance de
+gagner jamais une telle dame; il résolut même de n'y penser plus; mais
+il ne savoit pas bien lui-même s'il seroit capable de tenir sa
+résolution. L'image de tant de beautés qui étoient répandues sur le
+corps de la comtesse, et dont ses yeux et même ses mains avoient été les
+témoins, lui revenoit toujours dans l'esprit. Il ne put s'empêcher de
+convoiter une chair si ferme et une peau si blanche et si délicate.--«Je
+vois bien, ajouta-t-il en lui-même, que la Montespan craignoit la touche
+d'un bijou si précieux, qu'elle vouloit me faire passer pour une
+happelourde[28]. Mais je n'ai que trop vu l'effet de sa jalousie, qui
+vouloit me dégoûter de la plus charmante beauté qui soit dans l'univers.
+Oui, je n'ai que trop vu que la comtesse a le plus beau corps du monde,
+et il vaudroit bien mieux pour mon repos avoir ajouté foi aux discours
+de la Montespan, me dégoûter de cette dame, et n'y penser jamais. Mais
+mon malheur a voulu que j'aie vu, et que j'aie touché moi-même des
+beautés qui m'ont charmé et dont je n'ai pu me réjouir.»
+
+C'est ainsi que le grand Alcandre entretenoit ses pensées. Après avoir
+demeuré tout le reste de la nuit au lit de la reine[29], il s'en
+retourna dans le sien, selon la coutume, qui étoit à la chambre
+prochaine. L'heure de se lever étant venue, ceux que leur devoir
+appeloit auprès du Roi ne manquèrent pas de s'y rendre, et
+particulièrement le duc de La Feuillade, qui s'y trouva des premiers.
+Dès que le Roi eut paru en robe de chambre[30], on remarqua d'abord
+cette petite égratignure qu'il avoit au visage. Les courtisans se
+regardèrent tous, pour se demander les uns aux autres la cause de ce
+qu'ils voyoient; mais personne n'osa en parler au Roi. Ce monarque, qui
+connut d'abord le sujet de leur étonnement, et qui avoit assez près de
+lui le duc de La Feuillade, lui dit à l'oreille: «la belle a été
+cruelle.» Ce mot fut entendu de quelques-uns des courtisans, et il fut
+su à la cour et jusques dans les provinces; mais personne ne devina
+quelle étoit cette cruelle qui avoit ainsi traité le Roi, et qui lui
+faisoit porter des marques de sa rigueur. Il n'y eut que le duc de La
+Feuillade qui comprît d'abord ce que c'étoit.
+
+Après que ce prince fut habillé, il témoigna qu'il vouloit être seul une
+demi-heure, et il ne retint auprès de lui que le duc de La
+Feuillade.--«Eh bien! lui dit le grand Alcandre, tu vois que je porte
+des marques de mon dernier combat.--A la bonne heure, Sire, lui dit le
+duc, pourvu que vous ayez remporté la victoire; vous savez que l'Amour,
+aussi bien que Mars, aime quelquefois à se baigner dans le sang.--Je
+t'assure pourtant, dit le Roi, que ce n'est pas à l'Amour que je
+dois me plaindre de celui qu'on m'a fait répandre cette nuit, et dont je
+porte les marques.--Mais quoi, Sire, lui dit le duc, n'alliez-vous pas
+comme ami vous présenter devant cette place? D'où vient qu'on vous a
+traité comme un ennemi? Vous alliez trouver cette femme non pas comme
+amant, mais comme mari; est-ce que les rigueurs s'étendent jusqu'à son
+époux? Car je ne puis pas comprendre que, l'étant allé trouver la nuit,
+elle ait pu vous reconnoître, ni vous prendre pour un autre que pour le
+comte.--Il faut donc te dire ce qui en est,» répartit le Roi, et alors
+il lui raconta comment il étoit entré dans la chambre de la comtesse; de
+quelle manière il s'étoit glissé dans son lit pendant qu'elle dormoit;
+comment, après s'être réveillée, elle avoit souffert quelques-unes de
+ses caresses, le prenant toujours pour son mari. «Enfin, ajouta-t-il,
+les affaires alloient jusque-là le mieux du monde; j'allois me rendre
+maître d'une place qui m'a toujours résisté, lorsqu'une maudite verrue
+que j'ai aux reins, sur laquelle elle porta fortuitement la main, éventa
+la mine et me découvrit.--Quoi, si peu de chose, reprit le duc, la fit
+entrer en soupçon?--Cela l'obligea à parler, lui dit le Roi, et à me
+demander depuis quand j'avois cette marque sur le corps; et, voyant
+qu'on ne lui répondoit point, elle ne douta plus qu'on ne l'eût trahie.
+Elle sauta promptement du lit, elle me repoussa, et elle alloit appeler
+ses gens. Enfin, au lieu qu'avant cela, elle étoit douce comme un
+mouton, après qu'elle eut touché cette fatale verrue, ce ne fut
+plus qu'une tigresse et une lionne, qui ne répondit à mes caresses qu'à
+coups de griffes, et qui m'a mis en l'état où tu me vois. De sorte que,
+voyant qu'il n'y avoit rien à gagner que de la honte pour moi, je me
+retirai tout doucement.--Il faut avouer, dit alors le duc, qu'en amour
+aussi bien qu'en toute autre chose, il y a de fatales conjectures.
+Qu'une petite verrue qui n'est pas, peut-être, plus grosse que la tête
+d'une épingle, arrête et fasse échouer un dessein si bien concerté[31]!
+Je ne m'étonne plus, après cela, si la remore[32], qui n'est qu'un petit
+poisson, arrête tout court les plus grands vaisseaux, puisque si peu de
+chose s'oppose au bonheur du plus grand monarque du monde.--Mais il y a
+cette différence, répondit le Roi, c'est que je portois avec moi cette
+maudite remore qui a rompu tous mes projets amoureux, et a repoussé
+tout-à-coup mon vaisseau, qui alloit entrer à pleines voiles dans le
+port[33].--Permettez-moi de dire à Votre Majesté, répliqua le duc,
+qu'elle ne devoit pas sitôt abandonner son entreprise, et qu'elle auroit
+peut-être bien fait de se donner à connoître à la comtesse, pour
+l'empêcher de faire du bruit. Que sait-on, ajouta le duc, si, dans la
+pensée où elle étoit que ce fût quelqu'un de ses domestiques, qui,
+profitant de l'absence du comte, avoit eu l'audace de se glisser dans
+son lit, elle a paru si transportée de rage? Ces sortes d'attentats ne
+sont pas sans exemple; l'Amour hasarde tout, et ce n'est que par un
+pareil stratagême que cette espèce de gens peut réussir dans une
+entreprise de cette nature, ayant affaire surtout à des femmes qui sont
+de l'humeur de cette comtesse. Mais toute tigresse qu'elle est en fait
+d'amour, elle auroit été douce comme un mouton si elle eût reconnu
+d'abord que c'étoit Votre Majesté qui la tenoit embrassée.--Ah! que me
+dis-tu, répliqua le grand Alcandre, veux-tu me désespérer? N'est-ce pas
+assez, pour me faire mourir, d'avoir manqué la plus belle occasion où un
+amant se puisse trouver? Faut-il que tu m'assassines de plus fort, en
+voulant me persuader que c'est par ma faute que je suis tombé dans ce
+malheur? Mais comment pouvois-je espérer de toucher cette insensible en
+me faisant connoître? elle qui m'a toujours rebuté, elle qui a méprisé
+mon sceptre et ma couronne, et ma vie même, que j'ai voulu lui sacrifier
+pour tâcher de la fléchir? Non, non, je ne me flatte point là-dessus;
+elle ne m'a reconnu que trop, et ce n'étoit que par la voie dont je me
+suis servi que je pouvois venir à bout d'une femme qui n'est pas faite
+comme les autres, et qui n'aime que son mari. En puis-je douter après
+ces terribles paroles, «qui que tu sois, si tu ne me laisses, je
+t'arracherai les yeux, et j'appellerai mes gens?» Tu vois que je porte
+les marques de cette furie; et plût à Dieu qu'elle en eût le visage
+comme elle en a le coeur! je ne serois pas si malheureux. Comment
+peux-tu croire, après cela, qu'elle se seroit adoucie si je me fusse
+fait connoître après en avoir été rebuté tant de fois? Je crois que ma
+retraite fut sage, et que le meilleur parti que j'avois à prendre, étoit
+de sortir sans bruit de la chambre de la comtesse, comme j'y étois
+entré. Quel affront pour moi, de me voir assiégé d'une foule de pages et
+de laquais, qui eussent été les témoins de ma honte! Tout Roi que je
+suis, je n'aurois pas échappé aux railleries secrètes de mes
+courtisans; tu sais, cher La Feuillade, combien je suis sensible à de
+pareils coups. Je n'ai jamais pu les pardonner à Vardes[34] et à
+Bussi[35], qui s'étoient émancipés jusque-là. Enfin, que veux-tu que je
+te dise? ajouta ce monarque affligé; je tenois entre mes bras ce que
+j'aime le plus dans le monde; je me croyois au comble de mes désirs, et
+je ne sais quel malheur, que je traîne après moi, m'a fait échouer tout
+d'un coup de la manière du monde la plus fatale; jamais monture plus
+douce et plus maniable dans mes premières approches; mais je ne sais
+quelle mouche lui fait prendre aux dents[36], la met en fureur contre
+moi, et m'en laisse de tristes marques.--Il n'importe, Sire, dit le duc
+au Roi, pour le consoler; il faut que V. M. tâche de remonter sur sa
+bête.--[37] Voilà la deuxième fois que j'ai failli la prendre, dit le
+Roi, et je ne vois que trop la vérité du présage que j'eus à la chasse
+où étoit le comte, lorsque je manquai deux fois un sanglier. La comtesse
+est ce sanglier que je n'ai pu blesser encore, et qui m'a mis dans
+l'état où tu me vois. Pour moi, je crois, ajouta-t-il, que cette femme
+n'est pas faite comme les autres, et si je ne l'avois pas bien maniée,
+je croirois qu'elle n'est pas de chair, mais de quelque autre
+matière.--Vous verrez, Sire, qu'elle ne sera pas toujours insensible,
+lui dit le duc; assurez-vous que vos coups ne seront pas perdus,
+ils feront leur effet tôt ou tard. Savez-vous, ajouta-t-il, que la main
+d'un amant qui manie le corps de sa maîtresse, a un certain charme
+secret qui éveille en elle de certaines idées dont elle ne peut se
+défendre? Qu'elle fasse la farouche tant qu'elle voudra; cela lui
+revient de temps en temps dans l'esprit; son imagination en est
+doucement chatouillée, et l'on peut dire que c'est un germe qui doit
+produire un fruit auquel l'amant ne s'attend pas. Enfin, l'attouchement
+d'un homme amoureux envers une femme qu'il aime, est comme celui d'un
+chien enragé, dont la seule écume produit la rage, quoique cela n'arrive
+que plusieurs années après. Ainsi je ne doute pas que ce que la comtesse
+a déjà senti de votre part, et lorsque vous la trouvâtes endormie la
+première fois, et lorsque vous la poussâtes de si près, au vallon de la
+forêt de Fontainebleau, et les privautés que vous avez eues avec elle la
+nuit passée, je ne doute pas, dis-je, que tout cela ne soit un secret
+poison dans son coeur, qui fera éclater enfin la fureur de l'amour.
+N'en doutez point, Sire, je sais un peu comment les femmes sont faites.
+Tenez-vous seulement à l'écart, faites un peu le froid avec elle, et
+vous verrez qu'elle regrettera peut-être l'occasion qu'elle a perdue.
+Les femmes négligent ce qu'elles peuvent avoir à toute heure, mais elles
+font bien des pas pour retenir ce qu'elles craignent de perdre. La
+comtesse compte sur vous comme sur une conquête assurée, et c'est pour
+cela qu'elle diffère, autant qu'elle peut, à payer le tribut qu'on doit
+à l'amour. Quand vous reculerez, elle s'avancera; et, faisant
+réflexion alors aux plaisirs imparfaits qu'elle a goûtés avec vous, et
+craignant de ne les retrouver plus, elle désirera que vous acheviez ce
+qui n'est que commencé; et peut-être même qu'elle vous en prieroit si la
+pudeur de son sexe ne la retenoit. Voilà, Sire, comment les femmes sont
+faites, et vous en savez plus que moi sur ces matières.»
+
+Le grand Alcandre fut ravi d'entendre raisonner le duc d'une manière qui
+flattoit si fort sa passion. Il approuva son conseil, et, sans affecter
+de fuir la comtesse, il ne témoigna plus pour elle les mêmes
+empressements. Cette belle inhumaine ayant vu le Roi à la messe, fut
+confirmée dans l'opinion qu'elle avoit, que c'étoit lui-même qui l'étoit
+venu trouver au lit. Elle prit garde d'abord aux marques qu'il en
+portoit sur son visage, et elle ne put voir sans quelque émotion ces
+effets de sa cruauté. Son coeur sentit dans ce moment quelque chose de
+plus tendre qu'à l'ordinaire; elle fut touchée de compassion pour cet
+amant malheureux; et, faisant réflexion à toutes les basses démarches
+que ce grand prince avoit faites, et qui ne pouvoient partir que d'un
+coeur amoureux jusqu'à la folie, peu s'en fallut qu'elle n'eût quelque
+espèce de honte d'avoir été si sévère en son endroit, dans un temps où
+la cruauté, parmi les femmes du beau monde, étoit si peu à la mode. Elle
+voyoit qu'elle avoit perdu la plus belle occasion du monde pour
+accommoder son amour avec son devoir, en feignant de croire que celui
+qui avoit pris la place de son époux étoit son époux lui-même. Mais
+comme cette feinte ne la mettoit pas à couvert des reproches de sa
+conscience, elle rejetoit cette pensée comme une dangereuse tentation,
+et, sa vertu reprenant le dessus, elle se contenta de faire bon visage
+au Roi, sans lui accorder rien de solide. Voilà quel étoit l'état de nos
+deux amants: la comtesse, plus adoucie, étoit résolue de paroître moins
+sévère; et Alcandre piqué de ressentiment, se voulut montrer plus froid
+et plus réservé.
+
+Quelques jours se passèrent de cette manière, pendant lesquels le Roi
+parut de plus belle humeur, et plus magnifique qu'à son ordinaire. Mais
+il vivoit avec la comtesse comme un homme tout-à-fait guéri de sa
+passion, ou du moins comme un amant qui n'espère plus, qui a épuisé tous
+ses soins et toute sa tendresse, et qui ne cherche que les plaisirs, les
+jeux et les divertissements. Cependant, bien loin de témoigner le
+moindre chagrin contre elle, il lui faisoit beaucoup de civilités, mais
+de la nature de celles que tous les cavaliers rendent aux dames, et où
+il ne paroissoit pas que l'amour eût la moindre part. Pas le moindre
+mot, pas un seul regard qui marquât quelque tendresse; et le meilleur de
+tout cela, c'est qu'il n'y avoit rien de forcé ni de contraint; tout
+paroissoit naturel, et qui auroit vu le Roi agir de cette manière avec
+la comtesse, ne l'auroit jamais jugé amoureux. Elle-même s'y trompa
+toute la première, et elle crut effectivement que le Roi ne sentoit rien
+pour elle, et qu'il étoit tout-à-fait guéri. Une façon d'agir si peu
+attendue la surprit étrangement. Si elle eût trouvé le Roi chagrin, ou
+qu'il eût été froid avec elle, elle s'en seroit consolée; mais un
+procédé si civil et si tendre faillit la déconcerter.
+
+Un jour qu'elle se trouva près de ce prince, elle voulut prendre un air
+radouci et plus tendre qu'à l'ordinaire; le Roi, qui le vit fort bien,
+fit semblant de n'y prendre pas garde, et d'avoir l'esprit ailleurs, et,
+comme elle vouloit le rengager, elle le jeta insensiblement sur des
+matières de galanterie, où le Roi répondit toujours fort à propos, sans
+faire ni le doucereux ni le sévère.--«Pour moi, quand j'étois en état
+d'avoir des amants, disoit-elle, je n'aimois pas qu'ils se rebutassent
+d'abord comme plusieurs que je connois.--Vous aviez raison, Madame, lui
+dit le Roi, d'être dans ce sentiment, et je trouve que n'est guère aimer
+si l'on n'essuie toutes les rigueurs d'une maîtresse.--Il n'est pas
+juste pourtant, ajoutoit-elle, qu'une maîtresse abuse de son pouvoir, et
+exerce une autorité tyrannique sur ses amants.--Pourquoi non, Madame?
+répondit le grand Alcandre; chacun peut user de ses droits; une
+maîtresse ne doit rien à son amant, et c'est à lui à prendre parti
+ailleurs, s'il n'est pas content.»
+
+La comtesse entendant parler le Roi d'une manière si désintéressée, sur
+une affaire où elle avoit cru qu'il avoit tant d'intérêt, ne pouvoit
+cacher le dépit secret qu'elle en avoit dans le coeur.--«Les dames
+vous sont bien obligées, dit-elle au Roi, de défendre si bien leurs
+droits; et que je m'estimerois heureuse d'avoir un tel avocat!--Comme
+vous n'avez aucun intérêt à ces sortes de disputes, mes soins vous
+seroient fort inutiles, répondit le grand Alcandre.--On ne peut pas
+savoir ce qui peut arriver, lui dit la comtesse.--Alors on y pensera,»
+lui dit le Roi, et en disant cela, il alla joindre la Montespan, qui
+traversoit la galerie pour entrer dans la chambre de la Reine.
+
+Les dames, et surtout celles qui sont naturellement fières, ne
+connoissent jamais bien qu'elles aiment un amant que lorsqu'elles
+croient l'avoir perdu. C'est ce qu'éprouva la comtesse en cette
+rencontre; cette fière personne, qui avoit reçu les hommages d'un grand
+Roi sans en être fort émue, le fut beaucoup plus qu'on ne sauroit dire,
+quand elle crut que cette conquête lui alloit échapper. Elle commença de
+sentir le plaisir qu'il y avoit d'être aimée, lorsqu'elle ne l'étoit
+plus, car elle le croyoit ainsi, et il lui arriva comme à ceux qui ne
+connoissent le prix de la santé qu'après qu'ils l'ont perdue.
+
+Le Roi, qui lisoit dans le coeur de la comtesse, étoit charmé d'avoir
+suivi le conseil que son confident lui avoit donné, puisqu'il s'en
+trouvoit si bien.--«Je vois bien, dit-il à ce duc, quand il se trouva
+seul avec lui, qu'il en est de l'amour comme de la guerre, et que le
+plus grand coup d'un habile capitaine est de savoir battre son ennemi en
+retraite. C'est ce que je fais, cher La Feuillade, à l'endroit de la
+comtesse, et je vois que j'ai plus avancé mes affaires en trois jours,
+en tenant cette conduite, que je n'avois fait pendant six
+mois.--Continuez seulement de cette manière, lui dit cet habile
+confident; faites semblant de vous retirer devant cette fière ennemie;
+laissez-lui gagner du terrain tant qu'elle voudra, et quand vous
+aurez assez reculé, donnez-lui un coup fourré.» Cela fit rire le Roi,
+qui lui répondit d'un air content: «Je me suis si bien trouvé de tes
+conseils, que je les veux suivre aveuglément.»
+
+La Reine ayant fait ses couches, la Cour s'en retourna à Versailles, et
+le Roi résolut de faire la plus magnifique fête qu'on eût encore vue.
+C'étoit au commencement de mai[38], qui est la saison de l'année la plus
+belle et la plus riante, et où tout ce qu'on voit semble inviter à
+l'amour. Cette fête dura neuf jours[39], pendant lesquels le Roi traita
+plus de six cents personnes; le bal, la comédie, la musique, les
+carrousels, les mascarades, rien n'y fut oublié. Je ne ferai pas la
+description de toutes ces magnificences qu'on peut voir ailleurs; il
+suffit de dire que tout cela se passa, non pas dans le château, qui
+auroit été trop petit, mais dans ce beau parterre[40] qui est un
+assemblage de bois, de fontaines, de viviers, d'allées, de grottes, et
+de mille diversités qui surprennent agréablement la vue. On y avoit
+tendu de hautes toiles, on y avoit fait un grand nombre de bâtiments de
+bois, peints de diverses couleurs, et un nombre prodigieux de flambeaux
+de cire blanche, qui suppléoient[41] à plus de quatre mille bougies,
+rendoient les nuits plus belles et plus charmantes que les plus
+beaux jours de l'année. Enfin, on peut dire que cette plaine étoit un
+camp magnifique, où plusieurs palais enchantés parurent dans un moment.
+
+Cette grande fête commença par divers ballets, où le Roi lui-même,
+Messieurs les princes du sang, et plusieurs autres seigneurs parurent
+sur les rangs. Les festins, la comédie et tous les autres
+divertissements suivoient tour à tour, et alloient en augmentant. La
+nuit même ne les faisoit pas cesser, ou pour mieux dire, il n'y avoit
+pas de nuit, à cause du grand nombre de flambeaux qui éclairoient tous
+les endroits du bois. On peut juger si cet agréable mélange de tant de
+différentes personnes de l'un et l'autre sexe, ce grand concours de
+monde, cette confusion du jour et de la nuit, cette liberté qu'inspirent
+les plaisirs champêtres, et enfin cette joie qui accompagne les grandes
+fêtes, et qui fait que grands et petits, hommes et femmes, se mêlent
+sans distinction; on peut, dis-je, juger si ces charmants désordres
+étoient propres pour les aventures et pour les mystères d'amour.
+
+Le Roi qui ne songeoit qu'à se rencontrer seul avec la comtesse en
+quelque lieu écarté du bois, fit naître diverses occasions, dont une lui
+parut réussir enfin. Le troisième jour de cette fête, qui finit à
+l'ordinaire par un magnifique festin, le Roi proposa une mascarade après
+le souper, où chacun, tant hommes que femmes, pourroit se masquer à sa
+fantaisie, se promener dans le bois ainsi déguisé, et faire cent petites
+malices. La chose fut ainsi exécutée, chacun prit la figure qui lui plut
+le plus; les uns se travestirent en bergers et en bergères, les
+autres en guerriers et en amazones, d'autres en sauvages[42], et chacun
+prit la forme qui lui convenoit le mieux, ou qu'il jugea la plus propre
+à ses desseins. On n'a pas bien su quelle fut celle du grand Alcandre et
+de la comtesse, mais on sait bien que cette dernière ne put pas se
+déguiser si bien que son amant ne sût les habits et le masque qu'elle
+devoit prendre. Il seroit trop long de dire tout ce qui se passa dans
+cette belle mascarade. Chacun y joua son rôle à la faveur de la nuit, de
+l'épaisseur des arbres, et du masque qu'il portoit sur le visage. Tout
+cela rendoit aussi les dames plus hardies, et les disposoit à être plus
+facilement trompées.
+
+La Montespan ne manqua pas de se prévaloir d'une si belle occasion pour
+jouer à sa rivale quelque mauvais tour, et pour la perdre de réputation,
+si elle ne pouvoit la détruire dans le coeur du grand Alcandre. Elle
+sut, par le moyen d'une fille de la comtesse, qu'elle avoit gagnée, de
+quelle manière sa maîtresse se déguiseroit, et quel masque elle devoit
+porter. Elle pria cette fille de lui en donner un semblable, ce qu'elle
+fit; et la Montespan imita si bien la comtesse dans tous ses
+ajustements, qu'il n'y a personne qui ne s'y fût trompé, car leur taille
+étoit à peu près la même, et quand il y auroit eu quelque différence, le
+déguisement empêchoit de la remarquer. Le dessein de cette malicieuse
+femme étoit de se divertir comme tous les autres, et de voir si,
+sous ce déguisement tout à fait conforme à celui de sa rivale, elle
+pourroit tromper le Roi, et découvrir ainsi le secret de leur intrigue.
+Mais ce qu'il y avoit de plus malin, c'est qu'elle espéroit par là de
+décrier la comtesse, de la perdre dans l'esprit de son mari, en faisant
+courir le bruit, sous cette fausse apparence, que sa femme avoit un
+commerce secret avec le Roi, et qu'on les avoit trouvés ensemble la nuit
+de cette mascarade.
+
+Dans cette pensée, la Montespan, qui ne doutoit pas que le grand
+Alcandre ne se fût informé exactement de quelle manière la comtesse
+seroit habillée, fit tout ce qu'elle put pour joindre le Roi, et pour
+tâcher de lui faire prendre le change. La chose ne lui fut pas
+difficile, parmi cette confusion de masques qui passoient et repassoient
+en divers endroits du bois. Comme chacun s'écartoit, les uns d'un côté,
+les autres d'un autre, pour faire quelque bon tour, à la manière
+ordinaire des masques, le hasard, ou, pour mieux dire, le dessein, fit
+en sorte que le Roi se trouva seul avec la prétendue comtesse, dans un
+endroit assez reculé, où il y avoit un petit cabinet et de longs siéges
+de gazon en forme de lit de repos. Il n'y avoit dans cet endroit que
+quelques bougies, dont le vent éteignit quelques-unes, et celles qui
+restoient le furent par quelque masque qui vouloit favoriser ces deux
+amants, et peut-être par le grand Alcandre lui-même. Quoi qu'il en soit,
+les voilà tous deux dans une nuit sombre, abandonnés à la garde de
+l'amour et sur leur bonne foi.
+
+La Montespan, qui craignoit que le Roi ne l'eût tout à fait oubliée, fut
+la première à parler et à lui dire:--«Avouez, Sire, que vous êtes bien
+attrapé, et que mon masque vous a trompé; vous avez cru d'être avec une
+autre, et le hasard a voulu que vous vous trouviez avec une personne
+qu'apparemment vous ne cherchiez pas.» Ce discours étoit assez ambigu,
+et on pouvoit l'appliquer à la comtesse; aussi le Roi ne douta point que
+ce ne fût elle-même quand il vit son masque et ses habits; et quoique la
+voix de celle qui lui parloit fût un peu différente de celle de la
+comtesse, il crut que le masque qu'elle avoit sur le visage faisoit cet
+effet. La prenant donc pour sa nouvelle maîtresse, il répondit à ce
+qu'on venoit de lui dire:--«Le hasard est quelquefois plus sage que
+nous, et puisqu'il m'a mené jusqu'ici, je veux bien m'abandonner
+aveuglément à sa conduite, et si vous m'en croyez, vous en userez aussi
+de même: profitons de cette belle occasion, ma chère comtesse.» En
+disant cela, il porta un de ses bras sur le cou de sa maîtresse, la
+serra fort amoureusement, et lui prit quelques baisers. La Montespan,
+qui vit que le Roi donnoit de lui-même dans le panneau, voulut se donner
+le plaisir d'une si agréable aventure; et pour mieux imiter la comtesse,
+elle fit quelque temps la difficile. Le grand Alcandre, qui vouloit
+absolument se satisfaire, lui dit:--«Madame, vous savez à quel point je
+vous aime, une si longue résistance me va porter au désespoir; votre
+vertu n'a que trop longtemps combattu, et j'attends aujourd'hui de vous
+la fin de toutes mes peines.--Eh! je croyois que vous ne pensiez
+plus à à moi, lui dit la fausse comtesse.--Et à qui penserois-je qu'à
+vous? lui dit cet amant passionné; vous êtes mon coeur et ma vie; ne
+me faites donc plus languir; je meurs si vous n'avez pitié de moi.»
+
+La dame, à qui ce discours s'adressoit, rioit de tout son coeur,
+entendant parler ainsi le Roi.--«Contentez-vous, lui dit-elle, d'avoir
+un entretien secret avec moi.--Et de quoi me sert cet entretien, lui dit
+le grand Alcandre, qu'à me rendre plus malheureux, si je ne puis
+satisfaire mon amour? Encore un coup, ma chère comtesse, prenez pitié
+d'un amant qui va expirer à vos pieds, si vous ne le soulagez
+promptement. Que je sois heureux au moins dans ce moment; après cela,
+faites-moi tout ce qu'il vous plaira; sacrifiez-moi, si vous voulez, à
+votre ressentiment; je me figure avec vous des plaisirs infinis; ne me
+les refusez pas, et s'il faut ensuite les payer de tout mon sang pour
+satisfaire ce vain honneur que vous m'opposez toujours, je suis prêt à
+le répandre.»
+
+La dame, qui n'étoit pas une roche, et qui n'avoit pas accoutumé d'être
+si cruelle au grand Alcandre, l'entendant parler d'une manière si
+passionnée, s'imagina aussi elle-même des douceurs nouvelles, avec un
+amant si tendre et si éperdu d'amour; et, quoique cela ne s'adressât
+point à elle, mais à sa rivale, elle fut bien aise d'en profiter, et de
+rappeler ces doux moments qu'elle avoit passés avec le Roi, la première
+fois qu'elle en fut aimée. Cependant, pour mieux jouer le rôle de la
+comtesse, elle se défendit autant qu'elle put. Quand le Roi vit
+qu'elle commençoit de se rendre, il la pria d'ôter son masque; elle lui
+répondit qu'elle ne sauroit y consentir, qu'il perdroit lui-même
+beaucoup à cela, et que ce voile la rendoit plus hardie. Enfin, après
+mille petites façons, qui faisoient enrager le grand Alcandre, elle se
+laisse pencher doucement entre ses bras, et voulant toujours contrefaire
+une femme qui n'a jamais connu d'autre homme que son mari, elle se
+défend encore, mais foiblement; et imitant les derniers abois d'une
+chasteté mourante, elle pousse un profond soupir, et tombe à demi-pâmée
+dans les bras de son amant. Le grand Alcandre ne se sentant plus
+lui-même, et transporté d'une joie extraordinaire de se voir, après tant
+d'écueils et tant de naufrages, arrivé heureusement au port, se prépare
+d'y entrer avec toute la force et toute l'ardeur de l'amant le plus
+passionné; lorsque, par une funeste disgrâce, il se vit arrêté tout
+court:
+
+ Près de goûter mille délices,
+ Ce triste et malheureux amant
+ Vit changer son contentement
+ En de très-rigoureux supplices.
+
+Un trop grand excès d'amour, un transport de joie, trop de
+précipitation, ou peut-être une trop longue attente, l'ardeur, le désir
+de bien faire, la crainte d'échouer, une grande dissipation d'esprits,
+et je ne sais quelle constellation maligne qui présidoit sur son amour,
+troublèrent tellement le grand Alcandre, qu'il ne se connut plus
+lui-même, et, sur le point de se voir le plus heureux de tous les
+amants, il tomba dans la plus cruelle disgrâce qui puisse arriver
+en amour. Enfin ce malheureux amant se trouva sans armes, lorsqu'il crut
+que sa maîtresse n'étoit plus en état de lui résister.
+
+La fausse comtesse, qui s'aperçut bien de son malheur, ne fit pas
+semblant de le connoître, et revenant de son feint assoupissement, elle
+dit au grand Alcandre:--«Nous nous arrêtons ici trop longtemps; que
+pourra-t-on dire de nous?--Vous avez raison, Madame, lui répliqua-t-il,
+nous ne faisons rien ici; mais on ne peut rien dire qui vous fasse tort,
+quand on sauroit même ce qui s'est passé.»
+
+Comme le grand Alcandre achevoit de parler, on vit venir du monde de
+divers endroits, où ils se mêlèrent eux-mêmes, sans qu'on y prît garde;
+après cela, chacun alla se reposer le reste de la nuit.
+
+Qui pourroit représenter les inquiétudes où étoit le grand Alcandre,
+après le malheur qui venoit de lui arriver? Il éprouva tout ce que le
+déplaisir, la honte et le désespoir ont de plus cruel:--«Faut-il,
+disoit-il, que ce moment favorable que j'avois tant désiré, soit le plus
+fatal et le plus malheureux de ma vie? Que le seul moment où celle qui
+m'a tant fait souffrir se vient jeter entre mes bras, me devienne
+inutile par ma lâcheté! C'est un affront que je ne puis me pardonner à
+moi-même. Toutes mes autres disgrâces n'étoient rien en comparaison de
+cette dernière. Être rebuté par une maîtresse, c'est un malheur assez
+ordinaire; mais se voir au comble de toutes les faveurs qu'on en peut
+jamais espérer, et ne profiter pas d'un temps si précieux, je ne vois
+rien qui puisse égaler un tel désastre.» Puis revenant à lui-même,
+il disoit: «c'est pourtant quelque douceur, que cette cruelle se soit
+enfin attendrie, et il n'a pas tenu à elle que je n'aie été le plus
+heureux de tous les amants. Tentons encore la fortune; elle ne me sera
+pas toujours contraire; celle que j'ai pu toucher, tout foible que j'ai
+paru, ne sera pas peut-être insensible, quand j'aurai repris mes
+forces.»
+
+Dans cette pensée, il reposa quelques heures assez tranquillement, et
+dès que l'heure de se lever fut venue, et qu'il eut pris tout ce qu'il
+jugea lui être meilleur pour lui donner du courage et de la force, il se
+rendit dans le bois. L'heure du matin fut employée à la promenade, et le
+grand Alcandre, qui cherchoit partout la comtesse, ne l'eut pas plus tôt
+aperçue que, se dérobant insensiblement du reste de la compagnie sur
+quelque léger prétexte, il l'alla d'abord accoster. Quoique les dames
+qui l'accompagnoient ne soupçonnassent pas que le Roi eût le moindre
+attachement pour elle, voyant néanmoins qu'il lui adressoit toujours la
+parole, et qu'il témoignoit la vouloir entretenir en particulier, elles
+s'écartèrent par respect et les laissèrent seuls. Le grand Alcandre,
+continuant sa promenade avec elle vers l'endroit du bois qui lui parut
+le plus favorable à son dessein, l'entretint d'abord de choses
+indifférentes; puis, étant entrés dans une autre allée, où ils ne virent
+personne, ils se trouvèrent près d'une grotte, où le grand Alcandre dit
+à la comtesse qu'il vouloit lui faire voir quelques raretés qu'elle
+n'avoit pas peut-être remarquées; comme il ne songea qu'à profiter
+de l'occasion, il ne s'amusa pas à parler à la comtesse de ce qui
+s'étoit passé le jour précédent, et moins encore à lui en faire quelques
+méchantes excuses; il ne vouloit pas réveiller de si fâcheuses idées, et
+il songeoit à se justifier auprès d'elle d'une manière plus forte et
+plus convaincante, bien plus par les effets que par les paroles.
+
+Dans cette généreuse résolution, et se sentant une vigueur
+extraordinaire, il embrassa sa maîtresse, et, sans lui donner le temps
+de lui demander ce qu'il vouloit faire, il alloit se saisir d'un bien
+qu'il avoit perdu, à ce qu'il croyoit, la nuit précédente par sa seule
+faute, et qu'il prétendoit être dû à son amour. La comtesse, qui ne
+savoit rien de tout cela, repoussa la main du Roi avec sa sévérité
+ordinaire, et lui demanda fièrement qui l'avoit rendu si hardi. Le Roi,
+qui crut qu'elle lui reprochoit sa faiblesse du jour précédent, lui
+dit:--«Vous avez raison, Madame, de vouloir savoir de moi qui m'a rendu
+si hardi, après la honteuse lâcheté où vous me vîtes tomber la nuit
+passée.--Je ne sais de quoi vous me parlez, lui répliqua froidement la
+comtesse.» Le Roi, qui crut toujours qu'elle vouloit dissimuler, et qui
+se flattoit peut-être qu'elle le vouloit épargner, en faisant semblant
+de ne se souvenir plus d'une chose qui le couvroit de honte:--«Je le
+veux bien, Madame, lui dit-il, que nous oubliions le passé, pourvu que
+vous me permettiez de profiter de ce moment favorable; ne vous opposez
+donc plus à mes désirs; je suis prêt à vous donner des marques si fortes
+de mon amour, qu'il ne tiendra plus qu'à vous que je ne sois le
+plus heureux de tous les amants.--Je vous ai dit si souvent, lui
+répliqua la comtesse, que j'ai pour vous toute l'estime et toute
+l'affection que l'honneur me peut permettre; vous devez, ce me semble,
+être content, et ne m'en demander pas davantage.--Il me semble pourtant,
+lui dit cet amant passionné, que, la dernière fois que je vous ai vue en
+masque, vous m'avez fait concevoir d'autres espérances; est-ce qu'en
+reprenant vos habits ordinaires, vous avez repris cette cruauté qui me
+fait mourir?--Je vous ai déjà dit, lui répliqua la comtesse, que je ne
+sais de quoi vous me parlez; mais je veux bien vous apprendre que je
+suis toujours la même, et que le masque peut bien déguiser mon visage,
+mais non pas changer mon coeur; apparemment vous aurez pris quelque
+autre pour moi.»
+
+Le grand Alcandre, qui crut qu'elle se repentoit des avances qu'elle lui
+avoit faites la nuit précédente, ne voulut pas la presser davantage, de
+peur de l'aigrir, sachant que les femmes ne veulent jamais avouer leur
+défaite. Il cessa donc de lui parler d'une chose qu'elle vouloit
+désavouer, et il songea à faire naître une occasion semblable à celle
+qu'il avoit perdue, et surtout à en profiter mieux qu'il n'avoit fait.
+
+Il ne l'eut pas plus tôt quittée, qu'il forma le dessein de continuer la
+mascarade dès qu'il feroit nuit, s'imaginant qu'à la faveur du masque et
+des ténèbres, il trouveroit sa maîtresse dans les mêmes dispositions
+pour lui, où il avoit cru la trouver la nuit précédente.--«Je vois bien,
+disoit-il en soi-même, qu'un reste de pudeur ne permet pas à cette
+comtesse de m'accorder pendant le jour ce qu'elle ne me refusera pas la
+nuit, et ce que j'aurois déjà obtenu d'elle sans mon malheur. Peut-être,
+ajouta-t-il, qu'elle craint un second affront, et que je tombe dans une
+disgrâce semblable à celle qui m'est arrivée. Mais je prendrai si bien
+mes mesures, qu'elle n'aura pas sujet de se plaindre de moi.»
+
+Flatté de cette pensée, il donna les ordres nécessaires pour une seconde
+mascarade. La plupart de ceux qui s'étoient masqués le jour précédent,
+changèrent d'habit et de masque, soit qu'ils voulussent plaire au Roi
+par cette diversité, soit qu'ils eussent quelqu'autre dessein. La
+comtesse, qui n'en avoit aucun, et qui ne se déguisa que parce qu'elle
+ne pouvoit pas s'en dispenser, n'y fit aucun changement, et parut avec
+les mêmes habits. La Montespan, qui la vouloit encore imiter pour les
+raisons que j'ai dites, sachant le dessein de la comtesse, par cette
+même fille qui étoit à sa dévotion, ne changea rien non plus à son
+ajustement; et voulant achever ce qu'elle avoit commencé, elle résolut
+de s'écarter quand il feroit nuit, et de se rendre dans le même endroit
+où le Roi l'avoit trouvée le jour précédent, lorsqu'il l'avoit prise
+pour la comtesse, s'imaginant bien qu'il ne manqueroit pas d'y aller
+lui-même, dans l'espérance d'y rencontrer celle qu'il cherchoit, et
+parce que c'étoit un lieu tout-à-fait propre à son dessein.
+
+Cependant elle fit avertir le comte, par des gens qui dépendoient
+d'elle, de prendre garde à sa femme; qu'ils avoient remarqué la nuit
+passée, qu'une dame, vêtue à peu près comme la comtesse, étoit
+entrée dans un cabinet du bois assez écarté, avec un homme qu'ils ne
+connoissoient point et qu'il pourroit bien être qu'ils continueroient le
+même manége; que s'il le trouvoit bon, ils feroient garde en cet endroit
+et l'iroient avertir de ce qu'ils auroient vu. Le comte leur répondit
+qu'ils fissent comme ils voudroient, mais qu'il étoit assuré de la vertu
+de sa femme.
+
+Dès que nos masques se furent mis en campagne, la Montespan, ou la
+fausse comtesse, se déroba de la foule, et alla toute seule dans ce
+petit cabinet où elle avoit vu le Roi le jour précédent. Ce prince, qui
+venoit de voir qu'une dame, habillée à peu près comme la comtesse,
+prenoit ce chemin écarté, ne douta point que ce ne fût elle-même. Et
+comme il étoit aussi en masque, il n'eut pas de peine à se tirer de la
+foule, et à se rendre insensiblement vers le même endroit. Il n'y fut
+pas plus tôt, qu'il crut d'y voir sa chère comtesse, assise sur le lit
+de gazon qui étoit dans ce petit cabinet, et c'étoit aussi la même
+personne qu'il y avoit vue la nuit précédente. Il l'aborda incontinent,
+et ôtant son masque, il se donna à connoître.
+
+La dame le reçut comme elle devoit; mais, sachant déjà par expérience
+qu'un masque sur le visage déguise beaucoup la voix, elle pria le grand
+Alcandre de l'excuser si elle ne levoit pas son masque, lui disant
+qu'elle savoit bien le respect qu'elle devoit à Sa Majesté[43], mais
+qu'elle ne voudroit pas pour rien au monde être reconnue seule avec
+un homme dans cet endroit écarté. Le Roi, qui n'étoit que trop prévenu
+de la délicatesse de la comtesse, pour ce qui regarde l'honneur et la
+réputation, n'eut pas de peine à croire que la modestie et la honte
+étoient la seule raison qui l'empêchoit de quitter son masque.--«Il
+n'importe, lui dit cet amant, demeurez comme vous êtes, puisque vous le
+trouvez bon, quoique je sois privé par là de la vue d'un objet si
+charmant. Je suis choqué seulement de ce terme de respect dont vous
+venez de vous servir; laissons là le respect, je vous en prie, et
+donnez-moi quelques preuves de votre tendresse.»
+
+En disant cela, il se mit à baiser sa gorge, puisqu'il n'en pouvoit pas
+faire autant à son visage. Elle le repoussa quelque temps, plus par ses
+gestes que par ses paroles, de peur de se découvrir. Enfin, après une
+feinte résistance, elle lui accorda tout ce qu'il voulut; et cet amant
+qui crut posséder une nouvelle conquête, goûta des douceurs qu'il
+n'avoit point encore senties: ce qui fait voir qu'en amour, c'est
+l'imagination qui fait tout. Il ne pouvoit se lasser de caresser sa
+chère comtesse, et se croyant victorieux de cette fière beauté, il
+voulut se dédommager de tout le temps qu'il avoit perdu.--«Il faut
+avouer, disoit ce crédule amant, qu'il n'est rien de si doux qu'un
+bonheur qui a coûté tant de soupirs et tant de peines!» Il trouvoit en
+sa maîtresse mille nouveaux charmes; et cependant c'étoit cette
+même Montespan dont il avoit joui tant de fois, dont il commençoit même
+à se dégoûter, et qui lui donnoit pourtant mille nouveaux plaisirs sous
+cette nouvelle forme. Cette feinte comtesse profita, comme elle devoit,
+de l'ardeur excessive où étoit le Roi, et, quoique cela ne s'adressât
+point directement à elle, elle le recevoit à bon compte; et si la
+jalousie ne s'y fût mêlée, elle n'auroit jamais été si satisfaite de
+l'amour du grand Alcandre. Au fond elle étoit jalouse d'elle-même, car
+la comtesse n'étoit là qu'un fantôme; elle n'y étoit qu'en idée, et les
+plaisirs qu'elle goûtoit avec le Roi étoient tout-à-fait réels. Aussi
+voulant y répondre de son côté, elle l'embrassoit avec beaucoup de
+tendresse, et lui faisoit entendre par ses regards, plutôt que par ses
+paroles, qu'elle étoit aussi contente que son amant.
+
+Après ces félicitations muettes qu'ils se faisoient l'un à l'autre de
+leur commun bonheur, il fallut se séparer; un bruit importun, que ces
+deux amants entendirent, troubla cette petite fête. La dame, qui ne
+vouloit pas être découverte, sortit promptement de ce cabinet, et,
+traversant l'allée qui le joignoit, vint par un autre chemin se joindre
+à la compagnie.
+
+Elle ne sortit pas pourtant si secrètement, que le comte de L..., mari
+de la comtesse, ne s'en aperçut. Il alloit avec la comtesse sa femme,
+vers ce même endroit, d'où on lui avoit dit qu'une femme, qui
+ressembloit à la sienne, étoit sortie assez en désordre la nuit
+précédente, ayant un homme avec elle. Il vit en effet que celle qui
+venoit de sortir de ce cabinet de verdure avoit le port et la taille de
+la comtesse, et portoit des habits tout-à-fait semblables. Cette vue le
+frappa d'abord, non pas qu'il eût aucun soupçon de sa femme, qui ne
+l'avoit point quitté, mais il crut qu'il y avoit quelque chose de
+mystérieux dans cette ressemblance; et, tirant dans ce moment sa femme à
+l'écart, il lui fit part de ce qu'il venoit de voir, et de l'avis qu'on
+lui avoit donné quelques heures auparavant. Ils ne savoient l'un et
+l'autre que penser de tout cela; mais cette conformité d'habillement
+leur fit soupçonner quelque malice. Alors la comtesse se ressouvenant du
+discours que le Roi lui avoit tenu le matin, ne douta point que ce
+prince n'eût été dupé, et qu'il n'eût pris pour elle une autre qui lui
+avoit été plus favorable, comme elle en pouvoit juger par les discours
+que le Roi lui avoit tenus. Ce qu'elle trouvoit de fâcheux pour elle,
+c'est qu'elle voyoit que, par une noire malice, on vouloit commettre sa
+réputation dans le temps qu'on trompoit le Roi, et qu'on abusoit de sa
+ressemblance pour la faire passer pour ce qu'elle n'étoit pas.
+
+Voilà ce que la comtesse pensa de cette aventure; mais il étoit de sa
+prudence de n'en rien dire à son mari, ne jugeant pas que cela fût
+nécessaire. Elle lui dit seulement qu'il falloit tâcher de découvrir ce
+mystère.--«Si nous savions, dit-elle, quel est l'homme qui étoit avec
+cette femme, nous pourrions peut-être avoir un plus grand
+éclaircissement.--Je ne sais que vous en dire, répartit le comte, mais
+si j'ose vous dire ma pensée, je crois que c'est le Roi; j'ai
+remarqué tantôt qu'il s'est écarté, et il alloit, ce me semble, vers
+l'endroit d'où j'ai vu sortir cette femme, et je ne l'ai pas vu depuis.»
+
+Le comte n'eut pas plus tôt achevé de dire ces paroles, que le Roi,
+qu'on ne pouvoit méconnoître, parut, venant de ce même endroit, ce qui
+acheva de les confirmer dans la pensée du comte. Si ce dernier fut
+surpris quand il vit sortir de ce cabinet une femme qui ressembloit si
+fort à la sienne, le grand Alcandre ne le fut pas moins, quand il vit sa
+chère comtesse tête à tête avec un homme.--«Je ne me trompe pas,
+disoit-il, c'est elle-même, c'est elle qui vient de me quitter, ce sont
+les mêmes habits.» Il avoit raison en effet de la prendre pour la
+comtesse; mais il se trompa quand il crut que c'étoit celle qui venoit
+de lui donner tant de plaisir dans ce petit cabinet; elle étoit bien
+loin de là; car la Montespan, de peur d'être découverte, alla
+incontinent changer d'habit et de masque. Croyant donc que c'étoit la
+même personne, il sentit d'abord quelques mouvements de jalousie. Mais
+cette passion fit bientôt place à une autre. Le comte et la comtesse
+s'étant donné à connoître au grand Alcandre, ce prince fut tout remis de
+voir que c'étoit le mari de la comtesse, qu'il regarda d'abord comme un
+rempart à ce qu'il craignoit, et à l'aventure secrète qu'il croyoit
+avoir eue avec sa femme. Dans cette pensée, il se mit en humeur de
+railler, et il dit agréablement au comte et à la comtesse,
+qu'apparemment ils ne s'étoient pas déguisés pour chercher quelque bonne
+fortune, puisqu'il les voyoit ensemble.--«Il est vrai, répondit le
+comte, que ma femme n'a jamais voulu me quitter; je ne sais si elle
+a cru que j'eusse quelque dessein amoureux qu'elle ait voulu empêcher.
+Mais si de son côté elle avoit eu quelque intrigue, elle pouvoit bien
+cacher son jeu; car je viens de voir passer une femme vêtue et masquée
+comme elle, et je suis bien sûr que je m'y serois trompé, si je ne
+l'avois eue près de moi.»
+
+On ne sauroit exprimer la surprise et la confusion du grand Alcandre, à
+l'ouïe de ces paroles; elles furent comme un coup de foudre, qui
+accablèrent tout d'un coup ce pauvre amant, et le masque qu'il avoit sur
+le visage lui rendit alors un bon office pour cacher le désordre où il
+étoit. Revenant pourtant un peu après de sa première surprise, et ne
+pouvant pas croire qu'il eût été trompé si grossièrement, il s'imagina
+que le comte se pouvoit tromper lui-même, et que celle qu'il avoit près
+de lui n'étoit pas sa femme; il lui tint quelques discours pour s'en
+éclaircir, et comme elle ôta tout-à-fait son masque, il ne vit que trop
+son malheur et la pièce qu'on lui avoit jouée. Il tâcha pourtant de
+dissimuler son déplaisir, ou plutôt mille passions différentes qui
+l'agitoient; et ayant dit au comte qu'il se vouloit donner le plaisir de
+voir ce masque qui ressembloit si fort à sa femme, et essayer s'il s'y
+tromperoit, d'abord l'ordre fut donné de les faire venir tous, et de les
+faire passer en revue devant Sa Majesté. Mais la fausse comtesse ne
+parut plus sous le même habit, et toute la recherche du Roi fut inutile.
+Il n'osa pas en faire du bruit de peur de nuire à la réputation de la
+comtesse, et de s'exposer lui-même à la raillerie secrète de sa
+cour; il se contenta de dire, qu'il auroit été bien aise de satisfaire
+sa curiosité là-dessus, mais que, puisque la personne qui avoit emprunté
+la forme de la comtesse, n'osoit pas paroître devant elle, il n'en
+falloit pas parler davantage. Après cela, tout le monde se retira pour
+aller prendre quelque repos.
+
+Il est facile de juger que le Roi n'en prit guère de toute la nuit. Il
+étoit en peine de découvrir ce fantôme qui l'avoit trompé, et qui, sous
+la vaine apparence de celle qui le faisoit mourir d'amour, l'avoit fait
+jouir d'un bonheur imaginaire. Mais son plus grand chagrin étoit de ne
+posséder pas la comtesse, comme il l'avoit cru, et d'être toujours à
+recommencer avec elle.--«Quoi, dans le temps que je me croyois le plus
+heureux de tous les amants, disoit-il en lui-même, je me trouve plus
+malheureux que jamais, et je me laisse duper de la manière du monde la
+plus honteuse! Mais duper par une femme, moi qui les ai tant
+pratiquées!» Puis se fâchant contre soi-même: «C'est moi, disoit-il,
+c'est moi qui ai été ma propre dupe, en donnant si aisément dans un
+panneau qui flattoit ma passion pour la comtesse. Si je pouvois au moins
+jouir de mon erreur, et être heureux en idée! mais tout conspire[44] ma
+perte; et lorsque je me flatte d'avoir eu entre mes bras la plus
+charmante beauté du monde, on me détrompe de la manière la plus cruelle.
+Fut-il jamais un amant plus malheureux? L'amour m'offre les plus
+belles occasions qu'un amant pourroit souhaiter pour jouir de sa
+maîtresse; elles échouent toutes, ou par son adresse ou par mon malheur;
+et lorsque je crois la tenir entre mes bras, je n'embrasse qu'un
+fantôme. Au moins, ajoutoit-il, si je n'avois été trompé qu'une seule
+fois, j'aurois quelque consolation! A la bonne heure que je n'eusse
+point encore joui de la comtesse, pourvu que ce fût celle que je trouvai
+si favorable le jour de la première mascarade, lorsque je fis paroître
+tant de faiblesse. Mais pour mon malheur, elle n'a aucune part ni à
+l'une ni à l'autre aventure. Ses rigueurs et sa fierté ordinaire ne me
+l'ont que trop appris, et si j'ai eu quelques petites libertés auprès
+d'elle, ce n'est pas de son consentement; c'est la force, c'est la
+supercherie, c'est la forme trompeuse d'un mari qui me les a fait
+obtenir.» De sorte que le grand Alcandre fut autant ingénieux à se
+tourmenter, qu'il avoit été facile à se tromper lui-même et à flatter sa
+passion.
+
+Pour la comtesse, elle jugea bien qu'on la vouloit perdre de réputation,
+et elle soupçonna la Montespan du déguisement dont elle se servit pour
+tromper le Roi, et pour la faire passer pour une coquette. Elle crut
+donc qu'elle ne devoit plus dissimuler à son mari la passion que le
+grand Alcandre avoit pour elle et le dessein que la Montespan avoit de
+la perdre; mais elle se garda bien de lui dire les mauvais pas où elle
+s'étoit trouvée avec le Roi. Car, quoiqu'elle en fût sortie à son
+honneur, ces sortes de choses ne sont pas bonnes à dire à un mari, qui
+en pourroit tirer des conséquences fâcheuses. Elle se contenta de
+le faire ressouvenir de ce qui arriva lorsque le Roi l'avoit trouvée
+endormie, et de l'alarme qu'elle avoit eue, qu'il n'eût voulu attenter
+quelque chose contre son honneur.--«Je m'en souviens fort bien, dit le
+comte, et il me semble que j'entends encore ce grand cri que vous
+fîtes.--Et moi je me souviens fort bien, lui dit la comtesse, de toutes
+vos railleries que je ne trouvai point de saison; mais je vous les
+pardonnai, parce que vous n'y entendiez point de finesse.»
+
+Ensuite, elle pria le comte son mari de lui dire de quelle manière elle
+devoit se conduire dans une affaire si délicate:--«Vous le savez mieux
+que moi, lui répondit le comte.--Vous avez raison, dit-elle; je sais mon
+devoir et je ne l'oublierai jamais; mais je voudrois que vous me dissiez
+si je dois quitter la cour sur quelque autre prétexte, ou si je dois
+éviter l'entretien du Roi, ou enfin de quelle manière je me dois
+conduire.--A moins que vous ne craigniez de succomber à la tentation,
+lui dit le comte en riant, je ne vois pas que vous deviez vous éloigner
+de la cour.--Moi succomber, dit-elle en l'interrompant? non pas, quand
+le Roi me donneroit sa couronne.--Eh bien! Madame, lui dit le comte,
+vous n'avez pas de plus fort rempart que votre vertu, et je ne veux pas
+d'autre garant de votre fidélité. Quelque passionné que soit le grand
+Alcandre, il se retirera de lui-même quand il n'aura rien à espérer.»
+
+Il est certain que ce prince n'étoit pas haï de la comtesse, et c'est ce
+qui entretenoit son amour et ses espérances. On peut dire même que
+cette dame, toute vertueuse qu'elle étoit, plaignoit ce monarque de
+s'être engagé mal à propos dans une passion qu'elle ne pouvoit pas
+soulager sans blesser l'honneur qui lui étoit plus cher que la vie.
+Enfin cet orgueil, qui est assez naturel à toutes les belles, lui
+faisoit trouver quelque douceur à être aimée du plus grand Roi du monde.
+C'étoient les seules choses qu'elle avoit à se reprocher, et qui
+l'avoient engagée dans de petites démarches dont le grand Alcandre
+croyoit tirer un jour de grands avantages. Mais il est certain qu'à cela
+près, elle fut toujours ferme dans son devoir, et qu'elle n'eut jamais
+la moindre pensée de contenter une passion criminelle, comme étoit celle
+du Roi.
+
+Cependant, ce grand monarque se flattoit quelquefois de vaincre cette
+invincible; et comme l'amour grossit les objets, il regardoit les
+moindres honnêtetés de sa maîtresse comme les erres[45] d'une conquête
+assurée. Prévenu de cette pensée, il voulut faire un dernier effort. Il
+ne cherchoit que l'occasion d'un tête à tête avec sa maîtresse. Elle se
+présenta bientôt, puisqu'au lieu de l'éviter, elle-même la fit naître,
+dans le dessein qu'elle avoit de désabuser entièrement le Roi, et de lui
+parler plus fortement qu'elle n'avoit fait des sentiments de son
+coeur.
+
+Le lendemain de cette mascarade, elle s'alla promener avec peu de
+suite dans le bois de Versailles; et le Roi, qui la faisoit observer,
+n'eut pas plus tôt su qu'elle y étoit, qu'il fit atteler un carrosse.
+Dès qu'il eut joint celui de la comtesse, il lui fit dire qu'il la
+vouloit entretenir en particulier; et elle, se faisant ouvrir la
+portière, alla au-devant du Roi, qui étoit déjà descendu de son carrosse
+pour l'aller joindre.
+
+Après avoir marché quelques pas, ils entrèrent dans le premier cabinet
+qu'ils rencontrèrent, et étant tous deux assis, le grand Alcandre dit à
+la comtesse: «Je ne vois que trop, Madame, par votre conduite, que vous
+aviez raison de me dire que je vous prenois pour une autre, lorsque
+j'avois cru que vous aviez pour moi des sentiments favorables; mais si
+mon attente a été vaine, voulez-vous qu'elle le soit toujours?--Je ne
+sais pas, lui dit-elle, ce que vous prétendez de moi; mais je sais que
+je n'ai rien fait espérer à Votre Majesté, dont elle ait lieu de se
+plaindre. Vous ne demandiez qu'à m'entretenir, et à me parler de je ne
+sais quelle passion que vous vous êtes mise dans la tête; je l'ai
+souffert, je vous ai laissé parler, peut-être plus que je ne devois, et
+je ne le vois que trop aujourd'hui, puisque vous avez conçu des
+espérances que je n'ai jamais eu dessein de vous donner; mais enfin, je
+n'éprouve que trop ce que j'avois toujours craint, et ce que je vous
+avois dit à vous-même, que vous n'en demeuriez pas là.--Eh! où en
+suis-je, Madame, lui dit cet amant désespéré? Quels progrès ai-je fait
+dans votre coeur?--Je vous prie, lui dit-elle, ne rappelez point le
+passé, et quoique je n'aie point de crimes à me reprocher, ne me
+faites point rougir de mes foiblesses.--Vous appelez foiblesses, lui dit
+le Roi, une insensibilité qui me tue. Que n'ai-je pas fait pour gagner
+ce coeur que vous défendez si bien, et que ne ferois-je pas encore si
+j'en pouvois venir à bout?--Sire, lui dit la comtesse, il ne faut pas
+vous tourmenter pour une chose qui ne mérite pas le moindre de vos
+soins; mais si, telle que je suis, vous pensez encore à moi, je veux
+bien vous parler à coeur ouvert, et vous dire, Sire, que tout puissant
+que vous êtes, vous ne l'êtes pas assez pour me faire commettre un
+crime. J'ajouterai même, que tout aimable que vous me paroissez, par
+mille belles qualités dont vous brillez, je n'oublierai jamais ce que je
+me dois. Enfin, je vous ferai cette confession que je vous ai déjà
+faite, que j'ai pour Votre Majesté tout le respect, toute l'estime, et
+si je l'ose dire, toute la tendresse qu'une sujette peut avoir pour son
+Roi; mais, avec tout cela, n'attendez rien de moi qui puisse faire honte
+à mon sexe.»
+
+Le grand Alcandre, entendant parler ainsi la comtesse, ne savoit plus
+que lui répondre: «Mais quoi, Madame, lui dit-il, ne me
+distinguerez-vous pas de tout le reste des hommes? N'aurez-vous aucun
+égard à la passion d'un prince qui ne sauroit vivre sans vous, et qui
+donneroit tout son royaume pour gagner un coeur comme le vôtre?--Je
+vous distingue si bien, lui dit la comtesse, que je n'ai jamais
+souffert, ni ne souffrirai jamais de personne ce que j'ai souffert de
+vous; et je connois si bien le prix de votre affection, et les
+témoignages de tant de bontés que vous avez pour moi, que s'il ne
+falloit que ma vie, je suis prête à vous la sacrifier, pour vous marquer
+ma reconnoissance. Mais, grand Roi, cessez d'attaquer mon honneur, qui
+m'est plus cher que la vie, et puisque la gloire est le grand objet de
+votre ambition, ne m'enviez pas cette heureuse conformité avec le plus
+grand monarque du monde. Laissez-moi cet honneur qui est si cher à
+toutes les belles âmes, que vous soutenez vous-même avec tant d'éclat,
+et quelquefois au péril de votre vie. Souffrez qu'il tienne toujours la
+première place dans mon coeur, et ne m'enviez pas le seul bien qui
+peut me conserver votre estime, et un bien qu'on ne retrouve plus quand
+on l'a perdu.»
+
+Le Roi, vaincu par de si beaux sentiments, répondit à la comtesse: «Vous
+avez des qualités qui me ravissent; c'est trop peu que de l'amour, vous
+méritez d'être adorée; et désormais je suis plus épris de votre vertu
+que je ne le suis de vos charmes.»
+
+En disant cela, le Roi la prit par la main, la ramena lui-même dans son
+carrosse, et, étant rentré dans le sien, il continua sa promenade.
+
+Depuis ce temps-là, il n'a plus parlé d'amour à la comtesse, et lui a
+donné, dans toutes les occasions, des marques de son estime.
+
+Quand la Montespan le vit guéri de cette passion, elle lui apprit que
+c'étoit elle qui l'avoit trompé jusqu'à deux fois pendant les nuits de
+la mascarade; et, comme il ne pensoit plus à la comtesse, il pardonna à
+la Montespan cette petite malice, et ne fit que s'en divertir avec elle.
+
+Ce prince a dit depuis à ses plus chers confidents qu'il trouvoit
+que la victoire que cette dame avoit remportée sur son amour, étoit
+quelque chose de plus difficile que toutes les conquêtes d'Alexandre.
+
+Il faut en effet qu'une femme ait un grand fonds de vertu, pour soutenir
+les assauts qui furent livrés à cette pauvre comtesse, et dont elle
+sortit toujours à son honneur. Elle eut à combattre la passion du Roi,
+le doux penchant qu'elle avoit pour ce grand monarque, et tant
+d'occasions périlleuses où les plus chastes succomberoient, et où
+l'honneur a si souvent fait naufrage: de sorte que, surmonter tous ces
+obstacles, comme a fait notre héroïne, est le plus grand effort de la
+vertu d'une femme, et le plus beau triomphe que l'honneur ait remporté
+sur l'amour.
+
+
+NOTES.
+
+ [3] Voy. la Préface.
+
+ [4] Voy. _passim_ et à la table.
+
+ [5] Voy. la Préface, en tête de ce vol.
+
+ [6] Voy. t. II, pp. 74, 400, et à la table.--On connaît la
+ fanatique adoration du duc de La Feuillade pour Louis XIV; quant à
+ ses complaisances en fait d'amour, le Roi, qui avoit peu de
+ sympathie pour lui, ne lui auroit pas fait l'honneur de les lui
+ demander ou de les accepter.
+
+ [7] Jusqu'à la folie.
+
+ [8] Nous sommes en 1672, époque des dernières couches de la Reine,
+ et jusque-là, en effet, les armes de Louis XIV n'avaient pas
+ encore connu les revers qui devaient attrister la fin du
+ règne.--Voy. plus loin, p. 31, note 16.
+
+ [9] _D'abord_, immédiatement.
+
+ [10] Rendez-vous.
+
+ [11] Richelet traduit: «_Blanchir_, faire des efforts
+ inutiles.»--Furetière dit: «_Blanchir_ se dit des coups de canon
+ qui ne font qu'effleurer une muraille, et y laissent une marque
+ blanche. En ce sens on dit au figuré de ceux... dont tous les
+ efforts sont inutiles que tout ce qu'ils ont fait, tout ce qu'ils
+ ont dit n'a fait que blanchir.»
+
+ [12] Des cabinets de verdure.
+
+ [13] Le texte dit: _sujet_.--_Succès_, issue, résultat.
+
+ [14] Voici ce qui se passait au lever du Roi; nous traçons ce
+ tableau en nous guidant sur l'_Etat de la France_ auquel nous
+ avons emprunté tous les noms du _quartier_, du trimestre de
+ janvier:--Le Roi s'éveille. Aussitôt M. de Chamarande, chevalier
+ de Saint-Michel, qui, en sa qualité de valet de chambre, était
+ couché sur un lit étendu à terre au pied de celui du Roi,
+ s'approche de Sa Majesté pour lui présenter sa robe de chambre et
+ lui donner de l'eau si elle en demande. Le Roi voulant s'habiller,
+ un garçon de la chambre va avertir à la garde-robe pour faire
+ apporter les habits dans la toilette.--Le Roy s'assied alors sur
+ son fauteuil; le s{r} Roze, premier valet de garde-robe, qui a
+ pris les chaussons dans le coffret, en donne un au premier valet
+ de chambre qui prend la droite et le laisse à gauche pour habiller
+ Sa Majesté. Un simple valet de garde-robe, le s{r} de Lissalde,
+ leur présente alors le bas de soie qu'il a pris soin d'attacher au
+ caleçon. Alors chacun d'eux aide de son côté à chausser et vêtir
+ le Roi, s'il n'aime mieux le faire lui-même, ce qui arrive le plus
+ souvent. Ensuite six des pages de la chambre attachés au service
+ du gentilhomme de la chambre qui est en fonctions, non plus ce
+ trimestre mais cette année, le duc de Saint-Aignan, ont le
+ privilége de présenter les mules à Sa Majesté. Cela fait, le Roi
+ prend son haut-de-chausses des mains d'un valet de garde-robe qui
+ lui apporte premièrement des canons ou des petits bas s'il désire
+ en porter: le canon est cet ornement de dentelle qui s'attache
+ au-dessous du genou, au bas du haut-de-chausses; les petits bas ou
+ bas à étrier sont des bas qui ne couvrent que la jambe, et
+ s'arrêtent à la cheville. Le Roi met-il des souliers? le valet les
+ lui noue; des bottes? le valet les lui présente ou les lui met;
+ mais l'honneur de donner les éperons est réservé à M. Nicolas Le
+ Febvre, sieur de Bournonville, écuyer de service.
+
+ Voilà le Roi chaussé. Un valet de garde-robe tient la chemise du
+ Roi et la présente d'abord à un prince du sang; en cas d'absence,
+ au duc de Bouillon, grand chambellan, au duc de Saint-Aignan, l'un
+ des quatre premiers gentilshommes, ou enfin à M. le marquis de
+ Guitry de Chaumont, l'un des deux maîtres de la garde-robe. Le Roi
+ ôte alors sa chemise de nuit et met celle qu'on lui donne. Les
+ huissiers, qui sont entrés dans la chambre royale dès que Sa
+ Majesté a eu pris sa robe de chambre, et qui se tiennent à la
+ porte pour l'ouvrir ou la fermer, ce que nul autre ne peut faire,
+ demandent alors au grand chambellan ou à celui des quatre premiers
+ gentilshommes de la chambre qui est de service, quelles sont,
+ parmi les personnes de condition présentes, celles qu'il peut
+ faire entrer. Après cette première admission de gentilshommes
+ favorisés, le maître de la garde-robe met au Roi son pourpoint,
+ lui présente ses mouchoirs, ses gants, et enfin son manteau et son
+ épée, s'il les veut prendre; s'il veut sortir sans épée
+ ni manteau, l'épée est remise à l'écuyer, le manteau au
+ porte-manteau; enfin s'il ne veut ni son épée ni son manteau, on
+ les laisse à la garde-robe. C'est quand le Roi est habillé que
+ l'huissier, le sieur de Rassé, par exemple, laisse entrer toute la
+ noblesse à son choix, et selon le discernement qu'il fait des
+ personnes plus ou moins qualifiées.
+
+ [15] Voy. le roman de Mme de La Fayette.
+
+ [16] Ce passage détermine la date de cette histoire.--Louis-François,
+ duc d'Anjou, né le 14 juin 1672, mourut le 4 novembre suivant.
+ Mais si nous connaissons la date de ce petit roman, l'auteur en
+ plaçant son récit à Fontainebleau nous permet de douter de sa
+ véracité. En effet, pendant presque tout l'été de 1672, Louis XIV
+ tint la campagne sur le Rhin; il assista au fameux passage du
+ fleuve, dans les premiers jours de juillet; il quitta le camp de
+ Boxtel le 26 juillet et rentra à Paris le 2, à Versailles le
+ 3 août.
+
+ Pendant son voyage, dont la _Gazette de France_ a noté toutes les
+ étapes, la Reine accoucha du jeune prince dont il est ici
+ question; on écrivait de Saint-Germain-en-Laye le 17 juillet à la
+ Gazette: ... «Le 13, la Reyne au sortir de ses dévotions en
+ l'église des Récollets, commença de sentir quelques douleurs qui
+ l'empeschèrent d'assister au Conseil; et, sur les dix heures du
+ soir, ces douleurs l'ayant reprise, Sa Majesté se délivra
+ heureusement, environ un quart d'heure après minuit, d'un
+ très-beau prince, qui remplit ce lieu d'une joie extraordinaire.»
+ Le sieur de Villaserre (_sic_, c'est-à-dire Colbert de Villacerf)
+ fut chargé de porter la nouvelle au Roi, «de la part de la Reyne,
+ qui n'en pouvoit envoyer une meilleure à Sa Majesté, en échange de
+ celles qu'Elle luy mande tous les jours du champ de ses
+ victoires.»
+
+ La cour passa à Versailles le reste de l'été au milieu des fêtes.
+ On lit dans la _Gazette_: «de Versailles, le 23 septembre:--La
+ Cour continue de prendre ici les divertissemens de la saison,
+ entre lesquels celui de la comédie a ses jours.--Le 17, la troupe
+ du Roy y en représenta une des plus agréables, intitulée les
+ _Femmes sçavantes_, et qui fut admirée d'un chacun. Le 20, les
+ Italiens y jouèrent l'une de leurs pièces les plus comiques. Le
+ 21, la seule troupe royale continua ses représentations avec
+ beaucoup d'applaudissement. Et l'on peut juger par là s'il y a
+ quelque cour en toute l'Europe qui soit divertie de cette manière
+ qui ne peut, aussi, convenir qu'à la grandeur de notre monarque,
+ qui paroît en toutes choses.»
+
+ L'année suivante, le Roi reprit la campagne sur le Rhin et la cour
+ ne séjourna pas à Fontainebleau. Nous devions entrer dans ce long
+ détail pour montrer combien le récit de l'auteur peut paraître
+ suspect, puisque l'une des principales circonstances en est si
+ évidemment fausse.
+
+ [17] La conversation entre la comtesse et son mari, rapportée plus
+ haut, permet en effet de le ranger parmi les maris commodes. Sous
+ son enjouement percent quelques regrets.
+
+ [18] Terme d'équitation. «Piquer, à l'égard des chevaux, c'est,
+ dit Furetière, les manier avec les éperons ou le poinçon (sorte
+ d'aiguillon dont on piquait la croupe des chevaux). Il faut bien
+ _piquer_ pour aller de Paris à Rome en sept jours.»--On disait, et
+ l'on dit encore, en faisant usage de ce mot, _piquer des deux_.
+
+ [19] Le _Journal de la santé du Roi_ pour les années 1672, 1673,
+ 1674, ne parle que de ses maladies ordinaires d'estomac, de ses
+ étourdissements et de ses vapeurs: maladies fréquentes et qui
+ demandoient de grands soins.
+
+ [20] Ce n'est pas en 1672, mais en 1676, que Mme de Montespan alla
+ aux eaux de Bourbon. Le 8 avril, Mme de Sévigné annonce que la
+ favorite va partir; le 1er mai, qu'elle est partie; le 15 mai,
+ qu'elle est présentement à Bourbon; le 8 juin, qu'elle est partie
+ de Moulins le jeudi pour aller, en suivant le cours de l'Allier et
+ de la Loire, jusqu'à l'abbaye de Fontevrault, où sa soeur étoit
+ abbesse.--Cet anachronisme, rapproché d'autres erreurs, est de
+ nature à diminuer la confiance qu'on pourroit avoir en ce petit
+ roman.
+
+ [21] «_Petite oye_, dit Furetière, est ce qu'on retranche d'une oye
+ pour la faire rôtir, comme les pieds, les bouts d'ailes, le cou, le
+ foye, le gesier... _Petite oye_ se dit figurément des rubans et
+ garnitures qui servent d'ornement à un habit, à un chapeau, etc...
+ La petite oye consiste aux rubans pour garnir l'habit, le chapeau,
+ le noeud d'épée, les bas, les gands, etc.--_Petite oye_ se dit, en
+ matière d'amour, des menues faveurs qu'on peut obtenir d'une
+ maîtresse dont on ne peut avoir la pleine jouissance, comme
+ baisers, attouchements, etc.»--A la p. 111 du très-curieux roman
+ intitulé _Araspe et Simandre_ (2 vol. très-petit in-8º, 1672), on
+ lit: «tel craint de donner dans une étoffe trop chère, qui,
+ ajustant avec beaucoup de rubans une bien moindre, ne laisse pas de
+ se trouver agréablement vêtu; c'est ce qu'on appelle la _petite
+ oye_; c'est ce que nous donnons quelquefois, et ce que (l'auteur
+ est une femme) nous ne devrions jamais donner.»
+
+ [22] Les eaux de Bourbon avoient alors une vogue qu'elles n'ont
+ pas conservée depuis, bien que leurs effets n'aient pas changé. Le
+ médecin Delorme y attirait une grande clientèle. Mme de Montespan
+ y alla, comme nous l'avons vu plus haut, et c'est là que Lauzun,
+ sorti de prison mais non encore admis à la Cour, alla lui
+ présenter ses hommages et solliciter sa protection.
+
+ [23] On appelle «troc de gentilhomme» celui qui se fait but à but,
+ _troc_ pour _troc_, sans donner de l'argent de retour. (Furetière.)
+
+ [24] Le prince de Marcillac dont il s'agit ici est le même que
+ nous avons rencontré dans le 1er volume de ce recueil, et qui est
+ devenu duc de La Rochefoucauld en 1680, à la mort de son père,
+ François VI, qui lui-même avait porté le nom de Marcillac jusqu'en
+ 1650.
+
+ [25] Est-ce dans le _Quiproquo_? Est-ce dans _Richard Minutolo_?
+ On peut hésiter entre les deux.
+
+ [26] Le _Journal de la Santé du Roi_ ne parle pas de cette
+ malencontreuse verrue; mais bien qu'en 1672 «Sa Majesté ait joui
+ d'une santé digne d'elle», il avoit eu cependant, à plusieurs
+ reprises, soit sur la poitrine, soit sur d'autres parties du corps
+ de nombreuses tumeurs et duretés squirreuses.
+
+ [27] La _tempe_. Cette forme s'est conservée dans le patois
+ normand (voy. le _glossaire_ de Du Bois); le glossaire genevois de
+ Gaudy l'a également relevée. Furetière, Richelet n'admettent pas
+ la forme _tempe_, aujourd'hui en usage.--Chapelain a dit, en
+ parlant d'Agnès Sorel:
+
+ Les glaces lui font voir un front grand et modeste
+ Sur qui vers chaque _temple_, à bouillons séparés,
+ Tombent les riches flots de ses cheveux dorés.
+
+ Le Richelet de 1719 n'admet encore que _temple_; mais le
+ dictionnaire de Trévoux de 1732 dit: «_tempe_, voyez _temple_.»
+
+ [28] «_Happelourde_, faux diamant, ou toute pierre précieuse
+ contrefaite, ou qui n'est pas arrivée à la perfection», dit
+ Furetière. Le mot est pris ici dans son sens propre; on connoît
+ son sens figuré.
+
+ [29] On assure que le roi Louis XIV, voulant sauver les
+ apparences, ne passa jamais une nuit sans aller coucher dans la
+ chambre de la reine.
+
+ [30] Voyez ci-dessus, p. 25, _note_ 14.
+
+ [31] C'est la pensée de Pascal, sur le nez de Cléopâtre et le
+ grain de sable de Cromwell.
+
+ [32] Remora. Furetière conteste déjà l'opinion de Pline et de tous
+ les anciens qui, après lui, attribuaient au remora la force
+ d'arrêter un vaisseau dans sa course: «mais les modernes tiennent
+ que c'est une fable.»
+
+ [33] La 1re édition de ce petit roman, reproduite par M. Paul
+ Lacroix, remplace le passage qui suit par un texte tout différent,
+ que nous reproduisons ci-dessous:
+
+ «--Je suis bien aise, répliqua le duc, que Votre Majesté soit en
+ humeur de railler sur cette aventure, et si vous n'étiez pas mon
+ roi, je dirois encore une plaisanterie qui m'est venue dans
+ l'esprit sur le malheur qui vient de vous arriver.
+
+ «Le Roi lui permit de dire tout ce qu'il voudroit, ne cherchant
+ qu'à dissiper son chagrin.--Je ne puis penser à la fatalité de
+ votre aventure, dit alors le duc, qu'il ne me souvienne de ce que
+ j'ai ouï dire autrefois d'un certain Martin qui, ayant un âne
+ noir, voulut faire une gageure qu'on n'y trouveroit pas un seul
+ poil d'une autre couleur. Aussi étoit-il noir depuis les pieds
+ jusques à la tête. Cependant il y eut un homme qui se présenta
+ pour faire cette gageure. Il offrit de payer le prix de l'âne s'il
+ n'y remarquoit aucun poil qui ne fût noir, et le maître de la bête
+ s'engagea à la lui livrer s'il trouvoit un seul poil d'une autre
+ couleur. La chose étant ainsi arrêtée entr'eux, il se trouva que
+ la bête avoit un poil qui étoit grisâtre, mais si menu qu'il ne
+ paroissoit que comme un point; ce qui fut cause que son maître la
+ perdit, et de là est venu ce proverbe: _pour un point, Martin
+ perdit son âne._ Et vous, Sire, pour quelque chose de semblable,
+ vous avez perdu la comtesse, qui, sans cela, ne pouvoir pas vous
+ échapper.
+
+ «Le Roi ne fit que rire de cette plaisanterie, et dit
+ qu'effectivement il ne s'étoit jamais aperçu de cette marque sur
+ son corps. Cependant, ajouta-t-il, c'est ce qui m'a fait perdre la
+ bête que je tenois sans cela. Voilà la deuxième fois....., etc.»
+
+ [34] Voy. t. I, p. 272, et _passim_, à la table.
+
+ [35] Voy. t. I, préface.
+
+ [36] Nous dirions prendre le mors aux dents.
+
+ [37] A partir de cette réplique du Roi, les deux textes se
+ confondent.--Voy. p. 88, _note_ 33.
+
+ [38] Erreur. Voir ci-dessus, page 31, note 16.
+
+ [39] Nous sommes en 1672. Il s'agit évidemment des divertissements
+ donnés à Versailles par le Roi à toute sa cour à cette époque. La
+ relation qui en a été publiée répartit ces fêtes en six journées.
+
+ [40] Furetière définit un parterre: «la partie d'un jardin
+ découverte où on entre en sortant de la maison.»
+
+ [41] Qui s'ajoutoit à plus de...
+
+ [42] Voir sur ces costumes l'intéressant ouvrage de M. Ludovic
+ Celler: _Les décors, les costumes et la mise en scène au XVIIe
+ siècle_, 1 vol. in-12. Paris, Liepmannsohn et Dufour, 1869.
+
+ [43] Du temps où les loups de velours noir étaient en usage, ils
+ devaient tomber devant le Roi ou la Reine; à plus forte raison les
+ masques.
+
+ [44] Conspirer étoit alors employé comme verbe actif ou comme
+ verbe neutre; on disoit également bien: _conspirer la mort de
+ quelqu'un, conspirer à la fortune de quelqu'un et conspirer
+ contre quelqu'un_. (Furetière.)
+
+ [45] C'est-à-dire comme les arrhes, comme les gages d'une conquête
+ assurée. Furetière donne _erres_ comme une forme corrompue de
+ _arres_, mais il n'admet pas le mot _arres_. Richelet (1685) fait
+ une différence entre _arres_ qui s'emploie au figuré, et _erres_
+ qui s'emploie dans le sens propre.
+
+
+[Cul-de-lampe]
+
+
+
+
+ AMOURS
+ DE LOUIS LE GRAND
+ ET
+ DE MADEMOISELLE DU TRON.
+
+
+
+
+[Bandeau]
+
+AMOURS
+
+DE LOUIS LE GRAND
+
+ET
+
+DE MADEMOISELLE DU TRON[46].
+
+
+_PRÉFACE DES ENTRETIENS._
+
+ VÉNUS, _reine des amours_; CUPIDON _son fils, ayant jeté ses
+ flèches et son flambeau par terre_.
+
+VÉNUS.--Que fais-tu donc, mon fils, dans ce lieu solitaire, et quelle
+est donc la cause de ton chagrin? La terre, l'air et l'onde se plaignent
+de toi tous les jours: les élémens ne font que murmurer depuis que tu
+n'animes plus le coeur des amans. La voix des oiseaux, le chant des
+Syrènes, tout languit ici bas, et les eaux du beau séjour où tu es
+coulent plus doucement, et disent, par leur muet langage, que toutes
+choses périssent si tu ne les soutiens.
+
+L'AMOUR, _en fureur_, _voulant rompre son arc et son flambeau_.--Ah!
+Madame, je me désespère, et je ne veux plus servir le monde: je perds
+courage depuis qu'un grand Héros, autrefois favori des Dieux, n'est plus
+sensible à mes traits. C'est en vain que je frappe; son coeur
+s'endurcit de plus en plus; et LOUIS LE GRAND[47], ce redoutable
+vainqueur, qui triomphe si facilement de toutes les beautés du tendre
+empire, semble avoir formé le dessein de ne plus aimer; j'en suis si
+chagrin, que j'ai résolu de briser mes armes et d'éteindre mon flambeau
+pour jamais.
+
+VÉNUS.--Hélas! mon enfant, que veux-tu faire? que deviendra l'Univers?
+C'est toi qui par tes soins empressés fournis de matière à tout ce qui
+l'anime, et sans ton secours la nature seroit aux abois.
+
+L'AMOUR.--Je me soucie peu d'elle, après l'affront que j'ai reçu ce
+matin du Dieu des combats: Mars m'a reproché, d'un air peu agréable, que
+ce monarque n'étoit plus occupé que des lauriers qu'il lui donnoit, et
+que mon règne étoit achevé.
+
+VÉNUS.--Mars n'a pas lieu présentement de parler si haut; mais en
+vérité, mon fils, j'ai honte de tes foiblesses. Si le Roi n'aime plus, à
+qui en est la faute? toi qui fais toutes choses, n'as-tu pu faire durer
+sa passion pour toujours?
+
+L'AMOUR.--Mes grandes occupations, Madame, en sont peut-être la cause:
+Il est vrai que j'ai négligé la revue de son coeur, pour courir à des
+conquêtes plus nouvelles, où l'on m'appelle incessamment.
+
+VÉNUS.--Allez, mon enfant; Mars se raille de vous mal à propos. Le Roi
+est plus sensible qu'il n'a jamais été. Mercure nous dit l'autre jour au
+palais de Jupiter, que le prince est fortement occupé d'une passion
+naissante qui le charme tendrement.
+
+L'AMOUR.--Il est donc piqué? Ma foi, je ne croyois pas que mes traits
+lui fussent encore si redoutables.
+
+VÉNUS.--Quoi! l'amour ignore ce que l'amour fait? ah! l'étrange
+surprise! je vois bien que toutes choses dégénèrent: c'est le vrai moyen
+de faire périr la nature et l'univers, et de les ensevelir dans un
+éternel silence.
+
+L'AMOUR.--Ne craignez rien, aimable reine de Cythère, il ne tiendra qu'à
+moi de le faire renaître; j'y vais travailler de ce pas avec des soins
+assidus et dignes de vous. Calmez vos chagrins, et n'en doutez
+aucunement; ma gloire y est intéressée.
+
+VÉNUS, _baisant son fils_.--Adieu, mon cher fils; reprens promptement
+tes flèches et ton flambeau, ne vois-tu pas que tout se ressent de ton
+inquiétude, et que tu es l'âme et le soutien de toutes choses? vole donc
+vite dans les airs: on t'attend au palais de LOUIS, pour un dessein
+nouveau.
+
+
+ AMOURS DE LOUIS LE GRAND
+ ET
+ DE MADEMOISELLE DU TRON.
+
+
+_ENTRETIEN I._
+
+ LE ROI[48], _Mademoiselle_ DU TRON[49], _la marquise de_
+ MAINTENON[50], _Monsieur_ BONTEMS[51], _gouverneur de Versailles_,
+ _étant tous dans le parc de Meudon_.
+
+LE ROI, _la tête nue à Mlle du Tron_.--Hé bien, Mademoiselle, que
+dites-vous de la nouvelle acquisition[52] que j'ai faite pour
+monsieur le Dauphin?
+
+Mlle DU TRON, _d'un ton précieux_.--Je dis, Sire, qu'elle est
+incomparable et digne du choix de Votre Majesté.
+
+LE ROI.--Voilà qui est fort obligeant, Mademoiselle; mais encore, n'en
+dites-vous rien de plus? n'ai-je pas bien fait de changer Choisy pour
+Meudon avec la marquise de Louvois[53], moyennant le prix que j'en ai
+donné de retour?
+
+Mlle DU TRON, _en riant_.--Admirablement, Sire; Choisy n'est point à
+comparer aux beautés de Meudon, et je trouve que Votre Majesté a gagné à
+cet échange, quoiqu'elle l'ait bien payé.
+
+LE ROI, _la regardant d'un air gracieux_.--Vous plairez-vous,
+Mademoiselle, dans cet agréable séjour?
+
+Mlle DU TRON, _d'une manière tout engageante_.--Il n'y a pas lieu,
+Sire, d'en douter; s'il m'appartenoit, j'aimerois passionnément un lieu
+si rempli de charmes, où tout ne respire que le plaisir.
+
+LE ROI.--Vous pouvez, ma belle, compter qu'il sera à vous, si je suis
+assez heureux pour vous plaire.
+
+Mlle DU TRON, _avec fierté_. Qui, moi, Sire? je n'ai pas assez de
+mérite et de vanité pour aspirer à la conquête du plus grand Roi de
+l'Univers.
+
+LE ROI, _en lui baisant la main_.--Que ces douceurs sont charmantes,
+Mademoiselle, et en même temps dangereuses pour le coeur d'un mortel!
+vous joignez aux charmes que le ciel vous a donnés, un esprit tout
+divin.
+
+Mlle DU TRON.--Sire, Votre Majesté me raille agréablement; mais je
+n'ose, par respect, lui dire que la sincérité est plus agréable et
+embarrasse moins une fille comme moi, qui vient de province, que
+ces délicatesses obligeantes et ces agrémens que suggère la politesse de
+la cour.
+
+LE ROI.--Je vous trouve, Mademoiselle, plus de grâces et plus de charmes
+que n'en ont toutes celles de ma cour, que l'artifice seul soutient;
+cette aimable innocence qui règne chez vous, fait ressentir un des plus
+grands plaisirs de la vie.
+
+Mlle DU TRON, _en rougissant_.--Ah! Sire, vous désarmez de tous
+côtés, et je ne trouve plus d'armes pour me défendre; vous combattez si
+bien tout ce que je dis à Votre Majesté, qu'il faut céder et se rendre.
+
+LE ROI, _à M. Bontemps_.--En vérité, Monsieur, vous avez une aimable
+nièce; elle a l'esprit aussi joli que le corps, et j'éprouve que tout ce
+qu'elle dit va droit au coeur.
+
+M. BONTEMPS.--Sire, ma nièce vous est infiniment redevable, et Votre
+Majesté a de grandes bontés pour elle; qu'en dites-vous, Madame?
+
+Mme DE MAINTENON, _d'une manière inquiète_.--Je ne m'étonne point,
+Monsieur, de voir l'encens du Roi donné à mademoiselle du Tron; ce grand
+monarque aime toutes les jolies femmes, et se fait un plaisir de le leur
+faire connoître.
+
+LE ROI, _l'interrompant_.--Il est vrai, Madame, que de tout ce qui est
+au monde, c'est ce que je trouve de plus beau et de plus engageant; si
+c'est un crime que d'aimer, tous les hommes en sont coupables, et seront
+malheureux pour avoir suivi un chemin si doux.
+
+M. BONTEMPS.--Sire, je crois, sans déguiser ma pensée, que c'est le
+moindre de tous les crimes que celui de l'amour. Hé! qui peut justement
+condamner un penchant que la nature donne à tout ce qui respire?
+
+Mme DE MAINTENON.--Monsieur, vous appuyez les inclinations du Roi
+avec un peu trop de complaisance. Savez-vous que la flatterie est un
+péché mortel, et qu'il ne faut jamais dire plus qu'on ne pense.
+
+M. BONTEMPS.--Madame, je ne tais point mes sentiments, et j'ai toujours
+cru que les péchés d'amour étoient bien pardonnables.
+
+Mme DE MAINTENON.--Ce n'est pas ce que nos Révérends Pères Jésuites
+disent; car ils comptent au rang des plus grands crimes la galanterie et
+les amusements de Cour. Oui, ces Saints Pères disent que Dieu y est
+offensé mortellement et que l'on se ferme par cette voie peu conforme à
+la morale de Notre Seigneur, la porte du paradis.
+
+M. BONTEMPS, _en riant_.--Quoi, Madame, croyez-vous entièrement toutes
+les idées du péché que ces religieux nous donnent? Ah! croyez-moi, ces
+bonnes âmes en font un nombre que l'on ne peut condamner avec justice,
+et qu'en particulier ils approuvent eux-mêmes.
+
+LE ROI, _en frappant sur l'épaule à M. Bontemps_.--Ma foi, Monsieur,
+vous êtes admirable en conclusions, et vous avez raison; ces bons Pères
+ne suivent pas toujours la morale qu'ils nous présentent[54].
+
+M. BONTEMPS.--Sire, souvenez-vous que la chair est foible et sujette à
+rebellion; la volonté peut être, mais.....
+
+LE ROI.--Ce n'est pas ce que madame de Maintenon dit; la bonne
+chrétienne veut que les sens obéissent à la volonté et à la raison, qui
+sont les tyrans de l'homme; cette dernière ne conclut rien, quoiqu'elle
+s'oppose à tout d'une manière sévère.
+
+Mme DE MAINTENON.--Ah! mon illustre Prince, décidez-vous de la sorte
+des facultés des créatures, qui rendront compte des biens qu'elles ont
+reçus du Créateur, qui ne les a créées que pour sa gloire?
+
+LE ROI, _riant, à M. Bontemps_.--Ne trouvez-vous pas, Monsieur, que
+madame de Maintenon est extrêmement savante? Elle se perd avec un saint
+plaisir dans la contemplation des mystères divins, qui la ravissent en
+admiration.
+
+Mme DE MAINTENON, _en soupirant_.--Hélas! mon cher Monarque, je
+souhaiterois n'avoir plus aucuns sentimens pour la terre qui
+m'éloignassent du ciel; mais la foiblesse humaine est si grande, que
+l'on ne triomphe pas toujours de soi et de la pente naturelle qui vous
+mène vers le vice.
+
+LE ROI, _s'éclatant de rire_.--Oh, la belle âme! Oh, la divine personne,
+qui est élevée jusques aux cieux par de saints et pieux transports, qui
+la distinguent des autres femmes!
+
+Mme DE MAINTENON, _quittant le Roi_.--Je vois bien qu'il faut céder à
+Votre Majesté: mais, mon Prince, ne raillez pas davantage les
+personnes qui font tous leurs efforts pour parvenir à l'Eternité.
+
+LE ROI.--Très-volontiers, Madame; adieu, je vous la souhaite.
+
+
+_ENTRETIEN II._
+
+ _Monseigneur le_ DAUPHIN[55], _et la princesse_ DE CONTI[56].
+
+MONSEIGNEUR.--Ne trouvez-vous pas, Madame, ce lieu tout charmant? Pour
+moi j'y vois des beautés mille fois plus grandes qu'à Choisy,
+particulièrement pour la chasse, qui est ce que j'aime le plus.
+
+LA PRINCESSE DE CONTI.--Je ne sais, Monseigneur, quel plaisir vous
+prenez dans un exercice si pénible et si peu profitable: la défaite de
+vos ennemis vous seroit mille fois plus glorieuse que celle des bêtes, à
+laquelle vous ne remporterez pas grands lauriers.
+
+MONSEIGNEUR.--Je l'avoue, Madame, j'irois les combattre si l'on étoit
+sûr des victoires; mais depuis que j'ai été sur le Rhin[57] à me
+morfondre, où je n'ai eu nul avantage, la guerre ne me plait plus;
+et je trouve beaucoup plus de charmes à courir des loups[58] que
+j'arrête quand je veux. Dernièrement, dans la forêt de Saint-Germain mes
+gens prirent deux louves qui peuploient ces bois de petits loups, et,
+sans le malheur qui m'arriva, j'aurois pris le mâle: le maraut se sauva
+dans une île où l'on ne put le trouver.
+
+LA PRINCESSE DE CONTI.--Voilà qui est fâcheux, mon Prince; mais parlons
+un peu du grand chemin que le Roi fait faire depuis Versailles jusqu'à
+Meudon; qu'en dites-vous? La pieuse Maintenon n'en paroît pas trop
+contente.
+
+MONSEIGNEUR.--Parbleu, Madame, la vieille bigotte a bien d'autres choses
+en tête que le chemin de Meudon! Depuis que le Roi a fait jouer les
+comédiens à Trianon[59] pour la nièce du gouverneur de Versailles,
+elle est devenue jalouse comme un diable.
+
+LA PRINCESSE DE CONTI.--Ah! la vieille proscrite! l'amour
+l'inquiète-t-il encore? mais je crois que le Roi ne sera jamais aimé de
+mademoiselle du Tron, quoiqu'il fasse tout son possible pour parvenir à
+cette conquête: la belle est prévenue d'un amant.
+
+MONSEIGNEUR.--Qui est donc le galant de cette aimable fille?
+
+LA PRINCESSE DE CONTI.--Monseigneur, c'est le duc de ***[60] qui en est
+passionnément amoureux; et qu'elle aime plus que sa vie. Voilà une copie
+d'une lettre en vers, qu'on prétend qu'elle lui a écrite, qui est la
+plus tendre et la plus spirituelle du monde.
+
+MONSEIGNEUR.--Voyons les beaux sentiments de mademoiselle du Tron.
+
+LA PRINCESSE DE CONTI.--Ils sont délicats et fort tendres.
+
+MONSEIGNEUR.--C'est ce que je demande.
+
+(_La princesse de Conti lit:_)
+
+ _Lettre en vers de mademoiselle du Tron au duc de *** à
+ l'armée_[61].
+
+ Ma vertu, cher amant, ne me pouvoit permettre
+ Le funeste plaisir de t'écrire une lettre;
+ Et malgré mon amour, mon devoir inhumain,
+ M'a cent fois arraché la plume de la main.
+ Mais quoi? le mal me presse, et si je l'ose dire,
+ Il faut absolument ou mourir ou t'écrire.
+ Dans cette extrémité, mon courage se rend;
+ Et si je fais un mal, j'en évite un plus grand:
+ Car enfin je veux vivre, et l'amour m'y convie
+ Puisque tu reviendras me faire aimer la vie,
+ Et que je ne sçaurois abandonner le jour,
+ Sans quitter mon amant et perdre mon amour.
+ Dis-moi donc, notre Roi veut-il, sans résistance,
+ Sur tous ses ennemis exercer sa vengeance?
+ Trouve-t-il tant d'attraits dans ces travaux guerriers?
+ N'est-il pas encor las de cueillir des lauriers?
+ Son bras victorieux, pendant une campagne,
+ Fait plus qu'en soixante ans n'a pu faire l'Espagne.
+ N'est-ce donc pas assez? veut-il que malgré moi,
+ J'ose me repentir d'avoir un si grand Roi;
+ Et que mon coeur, outré de dépit et de rage,
+ Autant que les Anglois déteste son courage?
+ Je regrette souvent le règne des Césars,
+ Qui se plaisoient bien moins de vivre au Champ de Mars.
+ Et, dans le grand désir de revoir ce que j'aime,
+ Je fais presque des voeux contre la France même.
+ Mais toi, mon cher amant, ne me déguise rien;
+ La guerre te plaît-elle, et t'y trouves-tu bien?
+ Défaire un escadron, forcer une muraille,
+ Prendre une ville, un fort, gagner une bataille,
+ Cela te charme-t-il? et ce funeste honneur
+ Te plait-il aux dépens de tout notre bonheur?
+ Aimes-tu les lauriers qui me coûtent des larmes?
+ Ce qui fait tous mes maux a-t-il pour toi des charmes?
+ Et quand tu fais trembler un peuple malheureux,
+ Ne te souvient-il pas que je tremble plus qu'eux?
+ Que malgré tous les maux que leur fait ton courage,
+ Je suis plus misérable et perds bien davantage?
+ Arrête donc, cruel, il ne t'est pas permis
+ De me faire du mal plus qu'à tes ennemis.
+ Hélas! je le sçay bien, tu n'as plus de tendresse,
+ Tu ne me connois plus, la gloire est ta maîtresse:
+ Elle occupe aujourd'hui ma place dans ton coeur
+ Et je mérite moins qu'un fantôme d'honneur:
+ Les blessures d'amour te semblent méprisables,
+ Et celles du Dieu Mars te sont plus agréables.
+ Autrefois tu jurois qu'il te seroit bien doux
+ De pouvoir quelque jour mourir à mes genoux.
+ Mais la guerre en trois mois t'a fait changer de stile;
+ Tu ne veux plus mourir qu'aux pieds de quelque ville,
+ Et le feu de l'amour qui t'a brûlé longtems,
+ Cède à ce noble feu qui fait les conquérans.
+ Tu te ris de mes yeux et de leur doux langage,
+ Et crois qu'être amoureux ce n'est pas être sage.
+ Ingrat! seroit-il vrai, ne m'abusé-je point?
+ Serois-tu devenu tigre jusqu'à ce point?
+ M'aurois-tu violé cette foi tant jurée?
+ Ce feu, que je croyois d'éternelle durée,
+ Seroit-il en trois mois étouffé dans ton sein?
+ N'as-tu pu sans le perdre aller jusques au Rhin?
+ Je pourrois bien courir sur la terre et sur l'onde,
+ Et porter mon amour de l'un à l'autre monde,
+ Sans qu'il se puisse éteindre ou bien qu'il s'altérât?
+ Mais ai-je le malheur d'adorer un ingrat?
+ Sans doute que tu crois que c'est une bassesse,
+ Que d'être au Champ de Mars, songer à sa maîtresse,
+ Et que d'y conserver de l'amour dans le coeur,
+ Ce n'est pas le moyen d'acquérir de l'honneur:
+ Ah! que tu connois mal le chemin de la gloire!
+ Quoi? tous les conquérans dont nous parle l'histoire,
+ Et dont on vante tant le courage et le bras,
+ Ont-ils cessé d'aimer au milieu des combats?
+ Regarde un Alexandre, un César, un Pompée:
+ Ces grands hommes jamais ont-ils tiré l'épée,
+ Sans songer qu'il falloit par mille beaux exploits
+ Mériter la beauté qui leur donnoit des loix?
+ Apprens donc que l'amour renverse des murailles,
+ Ravage des Etats, remporte des batailles.
+ Si dans le Champ de Mars tu veux être vainqueur,
+ Tu te dois efforcer de mériter mon coeur.
+ C'est l'unique moyen de gagner la victoire,
+ Que de m'avoir toujours présente en ta mémoire.
+ Mais pourquoi te donner ces conseils superflus?
+ Mon triste coeur me dit que tu ne m'aimes plus,
+ Qu'en vain de quelque espoir se flatte une insensée,
+ Que Casal et Namur occupent ta pensée,
+ Que, fatiguant sans cesse, et la nuit et le jour,
+ Tu n'as guère de temps pour penser à l'amour;
+ Et que, blessé peut-être, et mourant de foiblesse,
+ Tu n'es point en état d'aimer une maîtresse;
+ Que le sang et le meurtre ont changé ton esprit,
+ Que ton coeur est de fer, que rien ne l'attendrit.
+ Ah Ciel! qu'à m'affliger je suis ingénieuse,
+ A m'entendre, on diroit que je crains d'être heureuse.
+ Non, toutes ces raisons pour lui ne valent rien;
+ Je ne crains point cela d'un coeur comme le tien;
+ Et j'ai de ta constance une trop belle idée,
+ Pour croire que déjà tu m'ayes oubliée.
+ D'un feu trop violent j'eus soin de t'enflammer,
+ Pour croire que déjà tu cesses de m'aimer.
+ Il est certain moment où, seul devant la tente,
+ Tu fais quelques soupirs pour ta fidèle amante;
+ Et, malgré les appas que la guere a pour toi,
+ Tu souhaites la paix peut-être autant que moi;
+ Tu voudrois quelquefois aller comme un tonnerre
+ Ravager la Hollande et terminer la guerre;
+ Et le mortel regret d'avoir quitté mes yeux
+ Contre les Hollandois te rend plus furieux.
+ Rapporte donc à moi ta plus louable envie;
+ Conserve bien tes jours pour conserver ma vie,
+ Et, quoique ta valeur te porte à tout oser,
+ Ne t'expose jamais de peur de m'exposer.
+
+MONSEIGNEUR.--Il faut avouer, Madame, que voilà quelque chose de bien
+écrit et de bien tendre. C'est en vain que le Roi tente d'attendrir un
+coeur si pénétré de passion; elle n'aimera jamais Sa Majesté, quelque
+protestation qu'elle lui en fasse.
+
+LA PRINCESSE DE CONTI.--J'en doute fort; mais que deviendra notre
+vieille dévote, si le Roi continue d'aimer cette belle fille?
+
+MONSEIGNEUR.--Ma foi, Madame, je n'en sais rien; ses affaires sont en
+mauvais état; n'en parlons pas, la voici avec son Maure qu'elle aime
+beaucoup.
+
+
+_ENTRETIEN III._
+
+ _La marquise_ DE MAINTENON _et son Maure_.
+
+LA M{ise} DE MAINTENON.--Page, va voir où est le Roi. Je suis en peine
+de ce que Sa Majesté fait.
+
+LE MAURE.--J'y cours sans différer d'un moment.
+
+Mme DE MAINTENON, _après le retour du Maure_.--Hé bien que fait le
+Prince? à quoi s'occupe-t-il?
+
+LE MAURE.--Madame, il est dans un salon, avec le gouverneur de
+Versailles et sa nièce.
+
+Mme DE MAINTENON.--Hélas, mon enfant, ce n'est pas pour les beaux
+yeux de M. Bontemps que ce grand Monarque a tant de complaisance; il a
+une autre idée qui lui fait trouver ces moments agréables. Sexe
+inconstant et volage, qui n'aime que les nouveautés; vieux pécheur[62],
+est-ce encore à toi de sentir les appétits de la chair, qui es tout
+ruiné et rendu incapable de satisfaire une jeune coquette comme est la
+du Tron?
+
+LE MAURE.--Madame, je ne saurois qu'y faire; mais le Roi est de fort
+belle humeur.
+
+Mme DE MAINTENON.--C'est ce qui me chagrine.--Maure, va dire à Sa
+Majesté que je viens de recevoir une lettre de l'armée du maréchal
+de Boufflers[63] qui se trouve fort embarrassé dans Namur à repousser
+les ennemis.
+
+LE MAURE.--Madame, je n'ose.
+
+Mme DE MAINTENON.--Tu n'es qu'un animal; j'y vais moi-même.
+
+LE MAURE _seul_.--Allez-y si vous voulez, vieille médaille; le Roi se
+moquera de vous et aura raison.
+
+
+_ENTRETIEN IV._
+
+ LE ROI, _Madame_ DE MAINTENON, _et_ M. BONTEMPS.
+
+Mme DE MAINTENON.--Sire, voici des nouvelles, mais non pas des
+meilleures. Que dites-vous du mauvais état de nos affaires? Un exprès
+est venu ce matin, qui m'a dit que Casal et Namur[64] sont assiégés par
+les ennemis, et que nos généraux commencent à perdre courage.
+
+LE ROI.--Parbleu, Madame, je n'y puis que faire; je suis si las de la
+guerre que je voudrois n'y avoir jamais songé. Les inquiétudes d'amour
+sont mille fois plus douces que celles de Mars, qui ne fait que des
+impressions de sang et de carnage, qui ne donne point de repos; et, pour
+être partout où l'on donne une bataille, cela n'est point de mon goût.
+
+Mme DE MAINTENON.--C'est donc pour cela, Sire, que vous avez toujours
+des retours de cette passion qui rejaillissent incessamment, quelques
+prières que je fasse à saint Benoît[65] pour la continence de Votre
+Majesté? O sang rebelle et désobéissant au Souverain: quand
+triompherons-nous de vous?
+
+M. BONTEMPS.--Madame, ces petits emportements sont pardonnables à notre
+grand Monarque; c'est dans les bras de Vénus qu'il se délasse des
+travaux de la guerre et des soins de son royaume, qui fatiguent Sa
+Majesté nuit et jour.
+
+Mme DE MAINTENON, _peu contente et montrant un chapelet_.--Monsieur,
+ne flattons pas les Princes dans leurs défauts, par politique et par
+intérêt. Voilà où mon Prince doit appliquer tous ses soins, à dire
+souvent son chapelet et bien prier Dieu.
+
+LE ROI, _d'un ton méprisant_.--Madame, cessez de me rompre la tête de
+vos dévotions outrées. Allez seulement porter une chandelle de Saint-Cyr
+à votre bon saint Hilaire, afin qu'il vous rende plus discrète.
+
+(_Madame de Maintenon s'en va._)
+
+
+_ENTRETIEN V._
+
+ LE ROI _et Mademoiselle_ DU TRON, _seule au bord d'un bassin_.
+
+LE ROI.--Que faites-vous ici, belle rêveuse? j'étois en peine de vous.
+
+Mlle DU TRON.--Sire, j'admirois l'eau comme le principe de
+toutes choses, suivant la pensée d'un philosophe[66].
+
+LE ROI.--Quoi, Mademoiselle, vous suivez déjà les idées de ces grands
+hommes à l'âge où vous êtes? Ah! défaites-vous de ces pensées obscures
+et douteuses, qui ne font que fatiguer les personnes qui s'y
+abandonnent.
+
+Mlle DU TRON, _d'une manière précieuse_.--Sire, Votre Majesté saura
+aussi que je ne m'embarrasse pas beaucoup des sentiments erronés des
+philosophes; je n'en parle seulement qu'en passant, et pour me divertir.
+
+LE ROI.--Vous faites très-bien, ma chère demoiselle, de ne vous pas
+occuper l'esprit de ces fadaises qui n'ont rien de solide; l'Amour, ce
+petit Dieu des coeurs, est quelque chose de bien plus doux.
+
+Mlle DU TRON, _poussant un grand soupir_.--Ah! Sire, ce nom me fait
+trembler. Dieux, qu'il est redoutable, cet amour que Votre Majesté
+trouve si charmant!
+
+LE ROI.--Hé! que vous a fait, Mademoiselle, ce pauvre enfant pour le
+traiter de la sorte? Ce n'est pas l'amour qui fait peur aux belles comme
+vous; car je sais que vous aimez, et peut-être de plus d'une manière.
+
+Mlle DU TRON.--Votre Majesté, mon Prince, m'apprend qu'il y a
+plusieurs amours; mais j'ai toujours cru qu'il n'y en avoit qu'un qui
+soutenoit l'Univers.
+
+LE ROI, _se passionnant_.--Il est vrai, ma charmante, c'est
+justement celui-là que je souhaite qui vous puisse blesser. Aimez-moi
+donc, si vous ne l'avez pas encore fait.
+
+Mlle DU TRON.--Ah! Sire, je crains...
+
+LE ROI.--Hé! que craignez-vous, Mademoiselle? ne suis-je pas Roi?
+
+Mlle DU TRON.--Il est vrai, Sire; mais...
+
+LE ROI.--Mais vous doutez, peut-être, si je vous aimerai; ah! quelle
+injustice vous me faites, mon adorable! vous n'avez que trop de mérite
+et de charmes pour rendre mon amour éternel.
+
+Mlle DU TRON.--Ah! mon Prince, Votre Majesté ne doit pas être
+surprise de cette foiblesse; l'on craint toujours ce que l'on ne veut
+pas voir, et l'amour est toujours occupé de plusieurs passions.
+
+LE ROI.--Enfin, ma belle, venons au fait: m'aimerez-vous, ou non? Si
+vous le faites, vous sauverez la vie d'un prince qui va mourir à vos
+pieds, et qui, sans ce charmant aveu, seroit le plus malheureux de tous
+les hommes.
+
+Mlle DU TRON, _en rougissant_.--Sire, qu'une déclaration tendre d'un
+si grand prince embarrasse une personne comme moi! je veux tout, je
+crains tout; mais hélas! je ne trouve point de force pour rien résoudre,
+et je flotte toujours entre l'incertitude que mon coeur m'a fait
+naître.....
+
+LE ROI.--Bannissez cette incertitude, Mademoiselle, et me rendez
+heureux.
+
+
+_ENTRETIEN VI._
+
+ LE ROI, _Mademoiselle_ DU TRON, _et Madame_ DE MAINTENON, _qui
+ surprend le Roi aux pieds de cette belle, dans un cabinet[67]
+ d'orangers_.
+
+Mme DE MAINTENON.--Ah! ciel, que vois-je? le Roi qui ne s'est point
+souillé depuis cinq ou six ans des plaisirs de la chair, et le voici aux
+pieds d'une fille! Ah! Sire, je veux qu'un ange m'emporte, si vous ne
+perdez la santé qui vous reste, par vos mouvements passionnés.
+
+LE ROI, _faisant un signe de croix_.--Madame, je remarque que vous
+extravaguez. Allez vous mettre au lit; vous êtes plus malade que vous ne
+pensez. Mon bel ange aura soin de me guérir. Les blessures d'amour ne
+sont pas dangereuses.
+
+Mlle DU TRON.--Quelquefois, Sire, ce Dieu a renversé des murailles et
+gagné de grandes victoires; et tout cela en faisant souffrir bien des
+peines à ceux qui les défendoient[68].
+
+Mme DE MAINTENON, _présentant un petit crucifix au Roi_.--Voilà,
+Sire, la véritable pierre de touche; voilà quel doit être à présent
+l'objet de votre adoration; c'est là où Votre Majesté doit attacher
+toutes ses affections et toutes ses pensées, sans s'amuser à ternir sa
+gloire aux pieds des créatures mortelles.
+
+LE ROI, _en colère_.--Allez, Madame, aux petites maisons; l'on y en met
+de moins folles que vous. Est-il saison de m'apporter un crucifix dans
+le temps que je suis aux pieds d'un ange? Attendez du moins que j'aie
+commerce avec quelque lutin, afin de l'exorciser par votre dévotion.
+
+Mme DE MAINTENON.--Hélas! Sire, la conversation d'une fille est à
+présent plus dangereuse pour Votre Majesté, que celle du plus méchant
+lutin du monde[69]. M. Fagon[70], votre premier médecin, m'a
+témoigné mille fois que l'exercice d'amour ne vous vaut rien, parce
+qu'il ébranle et dissipe les forces naturelles de l'homme; cependant
+Votre Majesté ne peut étouffer les désirs charnels qui renaissent
+toujours. Brisez les chaînes du péché, et vous attachez entièrement à
+votre salut.
+
+LE ROI, _se radoucissant_.--Je le ferai, Madame; ce sont mes affaires,
+qui ne vous regardent pas. Allez seulement vous reposer, cela fera du
+bien à votre esprit, qui est en mauvais état.
+
+(_Madame de Maintenon s'en va._)
+
+LE ROI.--Parbleu, Mademoiselle, cette dame-là radote, de venir ainsi
+troubler nos plaisirs. Que ne demeure-t-elle à Saint-Cyr[71], pour
+donner le nécessaire à ses filles?
+
+Mlle DU TRON.--Sire, il paroît bien à l'emportement de madame de
+Maintenon qu'elle aime Votre Majesté, puisqu'elle prend tant de part
+dans ses intérêts.
+
+LE ROI.--Je ne puis pas bien démêler le motif qui la fait agir de
+la sorte; mais je vous dirai, Mademoiselle, qu'un simple gentilhomme est
+plus heureux que moi, parce qu'il peut faire ses affaires en secret.
+
+Mlle DU TRON.--Je vous l'avoue, Sire.
+
+Mme DE MAINTENON, _revenant_.--Sire, je viens dire à Votre Majesté,
+que voici deux lettres que je viens de recevoir; l'une est du maréchal
+de Boufflers, et l'autre m'a été donnée par M. Bontemps pour
+mademoiselle du Tron: c'est une de ses tantes de Normandie qui lui mande
+de venir promptement.
+
+LE ROI, _d'un air de dépit_.--Et l'autre, Madame, que contient-elle?
+Apparemment vous en savez aussi la substance?
+
+Mme DE MAINTENON.--Non, Sire, je n'ai osé l'ouvrir; mais je crois que
+le maréchal se plaint fort de ses soldats qui désertent à tout moment:
+ce général en a perdu six mille dans Namur[72].
+
+LE ROI.--Depuis un temps vous ne me dites rien que de désagréable.
+
+Mlle DU TRON.--Sire, je prends congé de Votre Majesté.
+
+LE ROI.--Où allez-vous, ma belle? demeurez, je vous prie.
+
+Mlle DU TRON, _après avoir lu sa lettre_ [_la lettre de sa
+tante_].--Sire, je viens de lire la lettre de ma tante qui me mande
+absolument; Votre Majesté aura la bonté de me laisser aller.
+
+LE ROI, _chagrin et trépignant du pied_.--Ah! fâcheux contre-temps, ne
+cesserez vous point de me persécuter.
+
+
+_ENTRETIEN VII._
+
+ LE ROI, _et le_ PÈRE LA CHAISE[73], _son confesseur_.
+
+LE ROI, _l'apercevant_.--Approchez, mon révérend Père, j'ai bien de la
+joie de vous voir.
+
+LE PÈRE LA CHAISE.--Ah! Sire, celle que je sens n'est pas exprimable. Il
+y a plusieurs jours que je meurs d'envie d'entretenir Votre Majesté sur
+quelques affaires qui me paroissent importantes.
+
+LE ROI.--Parlez, mon révérend Père, qu'avez-vous à me dire d'important?
+
+LE PÈRE LA CHAISE, _étant entré dans le cabinet du Roi_.--Sire, je
+prends la liberté de dire à Votre Majesté, qu'étant il y a quelques
+jours en prières, j'eus une vision qui m'étonna fort, et où je me
+trouvai très-embarrassé. L'esprit qui me parla, me dit qu'il étoit l'âme
+du père Bobinet[74] mon confesseur, que le conseil céleste avoit député
+pour venir me dire combien les puissances souveraines des cieux étoient
+fâchées contre Votre Majesté, qui met le clergé au rang des sujets
+contribuables de son royaume, en les taxant comme les autres[75]. Ce qui
+ne doit pas être, suivant la pensée d'un grand Saint, qui nous dit
+que ceux qui servent à l'autel doivent être exempts de tous impôts et de
+toutes taxes.
+
+LE ROI, _fort pensif_.--Cela est-il bien véritable? Mais, mon Dieu, mon
+révérend Père, ce n'est pas ma faute; si j'ai péché dans cette occasion,
+ce n'est que par conseil. Messieurs de Pomponne[76], de Harlay[77], et
+Pontchartrain[78], ne m'ont-ils pas porté à demander à mon clergé les
+dix millions de don gratuit[79] qu'il m'a fourni pour soutenir la
+guerre, qui, comme vous savez, est fort difficile à supporter[80]?
+
+LE PÈRE LA CHAISE.--Je l'avoue, Sire; mais cependant on murmure fort à
+la cour céleste de tout ce qui se passe en France et le père Bobinet dit
+encore que saint Ignace prit la parole au nom de l'assemblée, et dit,
+comme en colère, qu'il étoit impossible qu'un prince qui renverse le
+service divin entrât en paradis.
+
+LE ROI, _frappant de son chapeau sur la table_.--Parbleu, mon Père, je
+n'y saurois que faire, quand tous les saints du Paradis y trouveroient à
+redire, et que ce seroit un crime, j'y ai été forcé; ce n'est que pour
+un bien qui est la gloire de mon Etat; et, quoique j'en aie donné les
+ordres, ce ne peut être au plus à mon égard qu'un péché
+philosophique[81], comme vous me l'avez dit mille fois.
+
+LE PÈRE LA CHAISE.--Sire, ne vous emportez pas, nous tâcherons de
+réconcilier Votre Majesté avec les puissances célestes, et de rendre
+véniels tous les péchés qu'elle commettra par ignorance.
+
+LE ROI.--Vous ferez bien, car je n'aime pas les querelles, et ne veux
+pas être contredit dans mes actions. Tâchez donc, mon révérend Père, de
+faire ma paix avec les saintes Intelligences, et de me bien mettre dans
+leurs esprits; car autrement je craindrois fort qu'il me laissent
+longtemps brûler en purgatoire pour se venger.
+
+LE PÈRE LA CHAISE.--Ne vous alarmez point, Sire; je donnerai un bon
+passe-port à Votre Majesté pour la rendre heureuse en l'autre vie;
+d'ailleurs, ne doit-elle pas tout espérer de tant de belles actions
+qu'elle a faites pendant son règne, et de toutes les âmes qu'elle a
+converties par ses dragons[82], que nous appelons les gendarmes du ciel?
+
+LE ROI.--Lorsque j'ai fait chasser les huguenots, qui ne vouloient pas
+se convertir, j'ai suivi en cela les conseils que vous m'aviez donnés;
+car vous savez que vous m'avez toujours dit que je ne pouvois faire une
+plus belle pénitence de mes fautes passées, et acquérir plus sûrement le
+Paradis, qu'en donnant tous mes soins pour l'extirpation de
+l'hérésie[83], et en établissant la maison de Saint-Cyr[84].
+
+LE PÈRE LA CHAISE.--Cela est vrai, Sire, et c'est aussi ce que l'on
+considérera toujours comme les merveilles de votre règne. Ne doutez donc
+pas que vous n'en receviez la récompense dans le ciel.
+
+LE ROI.--Cela suffit; adieu donc, mon révérend Père; je me recommande à
+vos bonnes prières et à celles des Saints Pères de votre société.
+
+
+_ENTRETIEN VIII._
+
+ _Madame_ DE MAINTENON _et Monsieur_ FAGON, _premier médecin du Roi_.
+
+M. FAGON.--Madame, je suis votre très humble serviteur; comment vous
+portez-vous?
+
+Mme DE MAINTENON.--Je me porterois bien, Monsieur, si je n'avois
+point de chagrin qui est, comme vous savez, un poison pour la santé.
+
+M. FAGON.--Il est vrai, Madame, Hypocrates nous dit aussi, dans son
+traité de médecine, que les personnes gaies sont rarement malades[85].
+
+Mme DE MAINTENON.--Hé, comment, Monsieur, pouvoir rire? l'on a du
+chagrin à tout moment.
+
+M. FAGON.--Quel est donc le vôtre, Madame, ose-t-on vous le demander?
+
+Mme DE MAINTENON, _poussant de gros soupirs_.--Oui bien, Monsieur,
+c'est le Roi qui me le donne.
+
+M. FAGON.--Quoi, Madame, un prince si bénin, si débonnaire pourroit vous
+affliger?
+
+Mme DE MAINTENON.--Monsieur, le déplaisir que ce monarque me cause
+est qu'il veut s'attacher de nouveau à une petite beauté qui lui donnera
+bien à songer. Vous savez que l'exercice amoureux ne lui vaut rien
+à l'âge où il est[86].
+
+M. FAGON.--J'en conviens, Madame; l'amour rend l'homme foible et
+chancelant quand il ne se conduit pas sagement; mais user un peu de
+cette passion sobrement, n'est pas méchant pour la santé. Nous avons
+même un de nos savants docteurs qui ordonne de temps en temps de se
+servir de femmes et de vin pour se bien porter[87].
+
+Mme DE MAINTENON.--De grâce, Monsieur, n'allez pas dire cela au Roi.
+Ce prince, qui est naturellement sensible à l'amour, en profiteroit plus
+que vous ne croiriez, et Sa Majesté se perdroit dans les combats de
+Vénus.
+
+M. FAGON, _riant_.--Est-il possible, Madame?
+
+Mme DE MAINTENON, _branlant la tête_.--Il n'est que trop vrai,
+Monsieur; je connois ce monarque, il pousse les choses jusques à
+l'excès; et c'est son penchant que les femmes.
+
+M. FAGON.--Quelle est donc la beauté, Madame, qui engage à présent le
+Roi? je le croyois détaché de tout attachement charnel.
+
+Mme DE MAINTENON.--Monsieur, est-ce que vous ne le savez pas?
+
+M. FAGON.--Non, Madame; qui est-ce qui me l'auroit dit?
+
+Mme DE MAINTENON.--C'est la nièce de M. Bontemps notre gouverneur de
+Versailles, qui a ravi la liberté de ce prince, pour l'avoir vue
+une fois à l'Opéra.
+
+M. FAGON.--Quoi, Mlle du Tron! qui auroit jamais dit que cette fille
+avec son air précieux et languissant[88], auroit pris le coeur d'un si
+grand prince?
+
+Mme DE MAINTENON.--Cependant, c'est elle-même; le Roi en est si
+charmé que, hors de sa présence, il ne peut trouver de repos.
+
+M. FAGON.--Ah! Madame, je la plains: Il faut que ce prince fasse de
+grands efforts pour contenter cette jeune amante, cela détruira
+infailliblement sa santé.
+
+Mme DE MAINTENON.--C'est ce que je dis aussi, Monsieur; je vous prie
+instamment de vous servir de tout l'ascendant que vous avez sur ce
+monarque, pour le détourner de cette amourette qui lui est si
+désavantageuse pour le corps et pour l'esprit, qu'il n'est occupé que de
+sa nouvelle passion.
+
+M. FAGON.--Je ferai tout mon possible, Madame, pour persuader à ce
+prince que sa santé y est intéressée; et comme Sa Majesté ajoute assez
+de foi à ce que je lui dis, j'espère de réussir dans mon dessein.
+
+Mme DE MAINTENON.--Dieu le veuille, Monsieur, pour mon repos. Il me
+souvient que, quand vous dîtes au Roi dernièrement que l'air de Meudon
+lui étoit meilleur que celui de Versailles, il a cru votre conseil,
+puisque Sa Majesté y va une ou deux fois la semaine, et
+particulièrement depuis qu'il a sa belle en tête.
+
+M. FAGON.--Ne vous chagrinez point, Madame, de cette amourette: c'est un
+feu volant qui passera comme les autres; il est trop ardent, à ce que
+vous m'avez dit, pour être de durée.
+
+Mme DE MAINTENON.--Cependant, Monsieur, je ne laisse pas d'en avoir
+bien du chagrin.
+
+M. FAGON.--Madame, vous avez trop de vertu et trop de politique pour ne
+pas savoir vous contraindre; un peu de complaisance sied bien, et
+principalement à la Cour où il s'en faut beaucoup servir.
+
+Mme DE MAINTENON.--Rien de plus vrai, Monsieur, la feinte et la
+dissimulation sont les qualités les plus nécessaires aux courtisans.
+
+M. FAGON.--Madame, je prends congé de vous; voici le Roi qui vient, je
+m'en vais au-devant.
+
+Mme DE MAINTENON.--Adieu, Monsieur, n'oubliez pas de dire au Roi
+qu'il prenne soin de sa personne.
+
+M. FAGON, _prenant la main de Mme de Maintenon_.--Je n'y manquerai
+pas, Madame, prenez du repos.
+
+Mme DE MAINTENON.--Monsieur, avant que je vous quitte, tâtez un peu
+mon pouls.
+
+M. FAGON, _lui prenant le bras_.--Il est un peu ému, mais ce ne sera
+rien; et si cela continue, mon chirurgien[89] vous saignera par la veine
+céphalique et basilique[90], ce qui vous guérira indubitablement;
+je vous laisse, Madame.
+
+Mme DE MAINTENON.--Je suis votre servante, Monsieur.
+
+
+_ENTRETIEN IX._
+
+ LE ROI, _et Monsieur_ FAGON.
+
+LE ROI, _en souriant_.--Ah! Monsieur le médecin, comment vous
+portez-vous depuis avant-hier?
+
+M. FAGON.--Fort bien, Sire, comme un homme qui est toujours prêt à
+servir Votre Majesté, avec la plus grande inclination du monde.
+
+LE ROI, _lui prenant la main_.--Voilà qui est fort honnête, Monsieur,
+comptez aussi sur mon amitié.
+
+M. FAGON.--Sire, Votre Majesté me fait plus d'honneur que je ne mérite.
+
+LE ROI.--Monsieur, point de compliments, asseyez-vous ici. Quelles
+nouvelles m'apprendrez-vous?
+
+M. FAGON.--Sire, je ne sais rien de nouveau, sinon, que je trouve
+un grand changement en Votre Majesté.
+
+LE ROI, _le regardant_.--Eh! que trouvez-vous en moi de changé? est-ce à
+mon avantage ou à mon désavantage?
+
+M. FAGON.--Non, Sire, c'est à votre avantage.
+
+LE ROI, _en riant_.--Parlez donc, Monsieur le docteur, et vous
+expliquez; qu'est-ce que vous remarquez en moi?
+
+M. FAGON.--Une abondance de santé, Sire, causée par une joie qui se
+répand sur toute votre personne royale.
+
+LE ROI.--Bon, voilà qui va bien, Monsieur; je ne laisse pas cependant
+d'avoir du chagrin de toutes les pertes que je fais cette année de tous
+côtés.
+
+M. FAGON.--C'est le sort de la guerre, Sire, qui a toujours été de la
+sorte; l'amour récompense Votre Majesté de ses pertes, en lui faisant
+faire des conquêtes dans son empire.
+
+LE ROI, _d'un air agréable_.--Monsieur, je vois bien que vous êtes aussi
+savant en amour qu'en médecine; mais, dites-moi un peu, je vous prie,
+avez-vous des remèdes pour les coeurs des amants?
+
+M. FAGON.--Oui, Sire, je les guéris à peu de frais.
+
+LE ROI.--Ah! Monsieur, donnez-m'en un pour un prince qui souffre
+beaucoup, qui vous en saura bien du gré.
+
+M. FAGON.--Sire, je ne puis guérir personne si je ne le connois; mes
+herbes n'ont point d'effet, si je ne vois et ne touche.
+
+LE ROI, _en souriant_.--C'est moi, Monsieur, qui serai votre nouveau
+malade; je vous prie, guérissez-moi donc promptement.
+
+M. FAGON.--Votre Majesté, Sire, n'a pas besoin de mes remèdes, étant
+maître de la beauté qui l'engage; mais je prends la liberté de lui dire,
+qu'un grain ou deux d'amour de plus pris par excès, sont capables de lui
+faire bien du mal, et même de lui affoiblir le reste du corps.
+
+LE ROI.--Je vous entends, Monsieur; nous n'en prendrons pas plus qu'il
+n'en faut pour se bien porter. Adieu, je vous quitte, voilà M. de
+Pontchartrain.
+
+
+_ENTRETIEN X._
+
+ LE ROI, _et Monsieur_ DE PONTCHARTRAIN, _ministre d'Etat_.
+
+LE ROI.--Eh bien, Monsieur, aurons-nous de l'argent?
+
+M. DE PONTCHARTRAIN.--Sire, en exécution de vos ordres, nous nous sommes
+assemblés extraordinairement, pour tâcher de trouver à Votre Majesté les
+sommes qu'elle demande, nous avons longtemps délibéré...
+
+LE ROI.--Il ne falloit pas perdre tant de temps à délibérer, et passer
+promptement aux effets pour remplir nos coffres.
+
+M. DE PONTCHARTRAIN.--Nous le souhaitons tous ardemment; mais...
+
+LE ROI, _se fâchant_.--Mais, mais; ne vous ai-je pas dit que quand j'ai
+commandé, je ne veux pas qu'on me contredise.
+
+M. DE PONTCHARTRAIN.--Sire, je prends la liberté de remontrer à Votre
+Majesté que l'on ne peut à présent aller si vite; la ville et la
+campagne sont ruinées par les taxes, les impôts et les contributions;
+vos peuples meurent de faim[91], et sont tellement accablés de misères,
+qu'ils ont beaucoup plus besoin d'un prompt soulagement, que d'être
+encore surchargés par de nouveaux impôts.
+
+LE ROI.--Qu'ils fassent comme ils l'entendront; mais il faut bien qu'ils
+payent ou qu'ils crèvent. Voilà qui est admirable! doivent-ils
+travailler pour d'autres que pour moi qui suis leur Roi, et tous leurs
+biens ne m'appartiennent-ils pas de droit, comme madame de Maintenon
+et les bons Pères Jésuites me le représentent si souvent[92]! C'est
+aussi le sentiment des principaux de ma Cour, qui disent que mes sujets
+doivent s'estimer fort heureux que je leur laisse la vie et l'habit, que
+je pourrois leur ôter si je voulois.
+
+M. DE PONTCHARTRAIN.--Il ne me convient pas, Sire, d'entrer dans cet
+examen; cependant je prends la liberté de vous dire, qu'encore que Votre
+Majesté soit toute puissante sur la terre, elle ne peut faire trouver de
+l'argent où il n'y en a pas. Il n'y a que le Créateur de l'Univers qui
+puisse faire un si grand miracle.
+
+LE ROI.--Enfin, Monsieur, sans tant de raisons, faites ce que vous
+pourrez et mettez tout en usage; mais il faut au plus tôt de l'argent,
+tant pour mes dépenses ordinaires et extraordinaires, que pour celles de
+la guerre[93] et de Marly[94], dont je ne prétends pas absolument [en]
+rien retrancher.
+
+M. DE PONTCHARTRAIN.--C'est à ces grands recouvrements que je travaille
+aussi avec toute l'application possible; mais en vérité, Sire, nous
+avons inventé tant de nouvelles affaires, que mon imagination en est
+tarie[95], et il ne nous reste plus qu'une découverte à mettre en
+oeuvre.
+
+LE ROI.--Quelle est donc cette découverte?
+
+M. DE PONTCHARTRAIN.--La voici: Messieurs d'Argouges et
+Barbezieux[96], ministres d'Etat, ne pouvant plus mettre de taxes,
+et voyant que les finances de Votre Majesté commencent à s'épuiser, M.
+d'Argouges, toujours fertile en moyens, nous en proposa un nouveau, qui
+est de mettre un impôt sur les vents; ce qui attireroit, dit-on, de
+grandes sommes d'argent pour soutenir la guerre dans tout le royaume;
+les mariniers, les bateliers, les meuniers et autres gens semblables, ne
+pouvant se servir de cet élément sans payer la somme imposée.
+
+LE ROI.--Cet avis me paroît assez bon, et n'est pas à négliger.
+
+M. DE PONTCHARTRAIN.--L'on étendroit le règlement jusques sur les
+apothicaires, qui par leurs remèdes tirent un gros profit des vents du
+corps humain, et sur les médecins qui n'en tirent pas moins, et y
+contribuent autant par leurs ordonnances.
+
+LE ROI, _se frottant le front_.--Je consentirois avec joie, si cela se
+pouvoit; mais chacun se révoltera d'abord contre ce nouvel impôt,
+particulièrement les médecins et les apothicaires qui crieront comme des
+diables.
+
+M. DE PONTCHARTRAIN.--Sire, il suffit d'avoir votre consentement, nous
+les réduirons comme les autres.
+
+LE ROI.--Monsieur, je ne sais ce que je dois faire: mon confesseur m'a
+rapporté que tous les saints du Paradis crient contre moi comme des
+enragés d'avoir osé taxer le service divin[97].
+
+M. DE PONTCHARTRAIN.--Cela se peut-il, Sire?
+
+LE ROI.--Il n'y a rien de plus vrai, Monsieur; mais que le Père Bobinet,
+confesseur du Père de la Chaise qui est mort depuis peu, a été député de
+l'assemblée céleste pour m'en avertir.
+
+M. DE PONTCHARTRAIN.--C'est cependant, Sire, le dernier moyen que nous
+avons trouvé pour avoir de l'argent.
+
+LE ROI.--Morbleu, Monsieur, je suis au désespoir de voir les côtes
+de France bombardées par les Anglois et les Hollandois[98]. Je voudrois
+n'avoir jamais vu Tourville[99] qui m'a conseillé de mener ma flotte
+dans la Méditerranée: les alliés en ont bien su profiter et n'auroient
+pas fait de même[100].
+
+M. DE PONTCHARTRAIN.--Sire, c'est un malheur, mais la chose est faite.
+
+LE ROI.--Oui, de par tous les diables, mais je n'en suis pas mieux, et
+mes forces s'affoiblissent toujours de plus en plus.
+
+M. DE PONTCHARTRAIN.--Rien n'est plus vrai, Sire; car les trois Etats de
+Votre Majesté sont aux abois et n'en peuvent plus; le Clergé, le
+Parlement et la Noblesse se sont saignés jusques à la dernière goutte de
+leur sang, et je ne sais par quel nouvel impôt on pourra trouver de
+l'argent.
+
+LE ROI, _après avoir rêvé_.--Monsieur, il me semble qu'il seroit plus à
+propos de taxer les heures que les vents, parce qu'elles font toujours
+leur même révolution, et que chacun s'en sert généralement sans pouvoir
+s'en passer, particulièrement l'heure du berger, qui est d'une nécessité
+importante aux amants.
+
+M. DE PONTCHARTRAIN.--Mais, comment, Sire, connoître les heures
+destinées à l'amour, à moins de taxer tous les jeunes gens.
+
+LE ROI.--Monsieur, l'on ne sauroit manquer de comprendre au rôle de
+cette taxe tous les vieux et les jeunes; car je puis vous assurer que
+les vieillards aiment autant à se divertir que les autres.
+
+M. DE PONTCHARTRAIN.--Mais, Sire, Votre Majesté ne trouveroit-elle pas
+bon d'y mettre les religieux et les abbés[101], qui font...
+
+LE ROI.--Ah! ciel! Monsieur, vous n'y songez pas; il est vrai que les
+abbés sont amis de la galanterie; mais les autres sont de saintes
+âmes qui ne font que prier Dieu nuit et jour.
+
+M. DE PONTCHARTRAIN.--Sire, M. de Pomponne proposa encore un autre
+moyen, qui semble être une dépendance de celui que Votre Majesté veut
+dire: c'est de taxer toutes les filles de joie[102] de votre royaume, et
+ceux qui les entretiennent.
+
+LE ROI, _en riant_.--Il faut donc qu'il se mette le premier en tête; car
+je sais qu'il ne hait pas les femmes[103].
+
+M. DE PONTCHARTRAIN.--Cela s'entend, Sire, c'est peut-être pour avoir le
+plaisir de payer et vous marquer son zèle, que ce ministre a inventé ce
+moyen qui n'est pas méchant.
+
+LE ROI.--Cela est assez sujet à caution; mais quittons la raillerie, et
+pour conclusion de cet entretien, faites fond, suivant le plan que
+nous venons de faire, de me trouver au plus tôt de l'argent, et surtout
+n'y manquez pas.
+
+M. DE PONTCHARTRAIN.--Sire, j'y ferai de mon mieux.
+
+
+_ENTRETIEN XI._
+
+ LE ROI, _Monsieur_ DE CHANVALON[104], _archevêque de Paris_, _et son
+ Page_.
+
+LE PAGE.--Sire, M. l'Archevêque de Paris demande s'il n'incommodera
+point Votre Majesté.
+
+LE ROI.--Où est-il?
+
+LE PAGE.--Sire, il est en bas où il attend vos ordres.
+
+LE ROI.--Qu'on le fasse monter.
+
+M. L'ARCHEVÊQUE, _en entrant_.--Sire, je vous demande pardon si
+j'interromps Votre Majesté.
+
+LE ROI, _le saluant_.--Ah! mon cousin, ne parlez pas de cela, je sens
+une joie parfaite de vous voir. Page, donnez un siége.
+
+_M. l'Archevêque s'assied sur un siége pliant[105]._
+
+LE ROI.--Eh bien, mon cousin, comment vous portez-vous?
+
+M. L'ARCHEVÊQUE.--Fort bien, Sire, au chagrin près.
+
+LE ROI.--Comment un prélat comme vous peut-il avoir du chagrin? Vous
+vivez plus content dans votre diocèse que moi dans mon Louvre.
+
+M. L'ARCHEVÊQUE.--Sire, les apparences sont fort trompeuses, car la paix
+et la tranquillité n'y règnent pas toujours.
+
+LE ROI.--Quel est donc le sujet de votre inquiétude?
+
+M. L'ARCHEVÊQUE.--Sire, c'est une dispute qui est survenue entre M.
+l'Evêque de Noyon[106] et moi, qui a été fort loin, et qui nous
+rendra ennemis pour la vie.
+
+LE ROI.--Au sujet de quoi, mon cousin?
+
+L'ARCHEVÊQUE.--Sire, c'est au sujet de l'abbé Quélus[107], qui fit
+dernièrement son premier sermon aux grands Cordeliers[108]. Tout
+l'auditoire parut content de lui, à la réserve de quelques personnes de
+qualité de mes amis, qui trouvèrent à redire à plusieurs propositions
+qu'il avança, condamnées par les conciles de Trente et de Vienne, et
+tout-à-fait damnables, mais que cet Evêque trouva excellentes, qui sont
+des sentiments nouveaux en matière de religion. Rome, jalouse de tout ce
+qu'elle enseigne, ne peut souffrir une autre doctrine que la sienne.
+
+LE ROI.--Eh! quels sont ces sentiments nouveaux?
+
+L'ARCHEVÊQUE.--Sire, ce sont ceux du quiétisme[109], dont votre royaume
+est rempli, tant parmi les religieux que parmi les prêtres, dont
+j'ai été bien surpris. Ces hérétiques croient, et se sont fait une idée
+de faire parvenir les âmes à la perfection pendant leur vie sans
+pénitence, sans austérité, sans mortification; enseignant même que
+l'homme se doit tenir dans l'indifférence pour ses péchés et dans
+l'abandon; et qu'il ne faut pas même demander à Dieu aucune grâce du
+ciel, ayant une assurance imaginaire que l'on possède Dieu en cette vie,
+en lui-même et sans milieu.
+
+LE ROI.--Voilà une doctrine bien pernicieuse, mon cousin; il faut y
+apporter du remède.
+
+M. L'ARCHEVÊQUE.--C'est à quoi je vais travailler, Sire, et faire
+condamner les trois livres[110] qu'on a imprimés sur ce sujet.
+
+LE ROI.--Vous ferez très-bien, et j'y donne ma voix avec beaucoup de
+chaleur, pour le bien de mes peuples.
+
+M. L'ARCHEVÊQUE.--Sire, ils auront une éternelle reconnoissance d'un si
+grand bienfait, et je puis bien en porter parole pour eux à Votre
+Majesté. Je prends congé d'Elle, de peur de lui être importun.
+
+LE ROI.--Adieu, mon cousin, je vous souhaite une sainte prospérité dans
+vos affaires. Prions votre bon ange qu'il vous conseille bien dans vos
+entreprises.
+
+M. L'ARCHEVÊQUE.--Je le souhaite, Sire, pour la plus grande gloire de
+Dieu.
+
+LE ROI, _en le quittant_.--Ah! le saint personnage, ah! le digne prélat,
+et qu'il sera bien récompensé dans le ciel de toutes ses vertus.
+
+
+_ENTRETIEN XII._
+
+ _Madame_ DE MAINTENON, _son valet de chambre_, _et le sieur_
+ BERNIER, _chirurgien du Roi_.
+
+Mme DE MAINTENON, _au valet de chambre_.--Mon Dieu, La Fortune[111],
+je n'en puis plus, j'ai des vapeurs qui me tuent et me montent à tout
+moment: Va, je te prie, chercher le chirurgien du Roi, afin qu'il me
+saigne.
+
+LA FORTUNE.--Madame, c'est une chose assez surprenante qu'à l'âge où
+vous êtes[112], les vapeurs vous incommodent si fort.
+
+Mme DE MAINTENON.--Tu vois, mon enfant, j'en suis plus fatiguée que
+jamais, comme si je n'avois que quinze ans.
+
+LA FORTUNE.--Madame, c'est un mal de mère, que l'on a bien de la peine à
+guérir surtout quand la matrice...
+
+Mme DE MAINTENON.--Ne raisonne pas davantage, va où je te dis.
+
+LA FORTUNE.--J'y cours, Madame.
+
+Mme DE MAINTENON, _seule_.--Peut-on voir un impertinent pareil à ce
+garçon? est-ce à un valet de parler de mal de femme, et de matrice? Oh!
+siècle avancé où toutes choses sont prématurées! chacun raisonne de
+tout, sans respect et sans distinction.
+
+LA FORTUNE, _tout essoufflé_.--Madame, Monsieur Bernier[113] va venir
+tout à l'heure, il m'a prié seulement de vous dire, que vous eussiez la
+bonté d'attendre qu'il eût saigné la cavale du prince de Conti, qui
+vient d'être blessée, et qu'il aime autant que lui-même.
+
+Mme DE MAINTENON.--Le compliment est assez honnête; la belle
+comparaison qu'il fait d'une cavale à moi! de quoi s'avise-t-il d'aller
+saigner une cavale?
+
+LA FORTUNE, _en riant_.--Madame, un chirurgien, un médecin et un
+maréchal[114], ne mettent point de différence entre toutes les
+bêtes et les animaux qu'ils pansent, pourvu qu'ils gagnent de l'argent.
+
+Mme DE MAINTENON, _en colère_.--Va, tu n'es qu'un sot, La Fortune,
+avec tous tes petits raisonnements; cours dire à Bernier qu'il vienne
+promptement, que le Roi en a à faire.
+
+LA FORTUNE, _bas_.--Peste soit de la vieille P...[115]; je voudrois
+qu'il te mît la lancette si avant qu'elle n'en sortît jamais pour tes
+péchés.
+
+M. BERNIER, _arrivant_.--Ah! Madame, mille excuses de vous avoir tant
+fait attendre; j'étois occupé au service du prince de Conty.
+
+Mme DE MAINTENON, _d'un air fier_.--Vraiment vous lui rendez là un
+beau service, de saigner sa cavale! c'est le fait d'un maréchal, mais
+non pas le vôtre.
+
+M. BERNIER.--Madame, c'est la plus jolie bête du monde, qu'il aime comme
+sa vie, et je n'ai pu me dispenser de lui rendre un tel office.
+
+Mme DE MAINTENON.--Je vois bien, Monsieur, que les gens de votre
+trempe font tout pour de l'argent; mais quoi qu'il en soit, entrons en
+matière. Je veux que vous me saigniez du pied à l'eau[116], pour
+m'apaiser les vapeurs qui me montent incessamment, et qui me rendent
+rouge comme vous me voyez.
+
+M. BERNIER.--Le remède est admirable, Madame, pour se rafraîchir le
+sang.
+
+Mme DE MAINTENON.--Il faut que le Roi se fasse aussi saigner, car je
+remarque que ce prince a le sang fort échauffé depuis qu'il...
+
+M. BERNIER, _en riant_.--Il n'y a point de doute, Madame, les jolies
+femmes incommodent toujours la santé des hommes, parce qu'ils font plus
+que leurs forces.
+
+Mme DE MAINTENON.--Hélas! mon cher Monsieur, le Roi se perdra.
+
+M. BERNIER.--Madame, notre grand monarque reviendra de cette mort.
+
+Mme DE MAINTENON.--Avec bien de la peine; à l'âge où il est, la
+nature s'épuise.
+
+M. BERNIER.--Madame, voilà ma lancette prête; vous plaît-il que je vous
+saigne?
+
+Mme DE MAINTENON.--Très-volontiers, Monsieur; tenez, voilà mon pied:
+songez que je suis difficile à tirer du sang.
+
+M. BERNIER.--Ne craignez rien, Madame, nous en viendrons à bout; tournez
+seulement la tête, et ne vous mettez point en peine du reste.
+
+Mme DE MAINTENON.--La Fortune, apportez un bassin et de l'eau.
+
+LA FORTUNE.--Madame, en voilà.
+
+M. BERNIER.--Madame, c'est fait.
+
+Mme DE MAINTENON.--Quoi, Monsieur, si promptement, sans que je l'aie
+presque senti? A la vérité, vous êtes un brave homme, et ce n'est pas
+sans raison que le Roi vous aime.
+
+M. BERNIER, _en faisant une profonde révérence_.--Madame, je suis votre
+serviteur aussi bien qu'à Sa Majesté, qui a mille bontés pour moi,
+sans que je les aie méritées.
+
+Mme DE MAINTENON.--Monsieur, sans compliment, prenez l'argent que
+voici.
+
+M. BERNIER _s'en défend_.--Vous vous raillez de votre valet, Madame; je
+vous ai bien d'autres obligations, et je n'en ferai rien.
+
+Mme DE MAINTENON.--Monsieur, je vous prie, mettez ce louis d'or[117]
+dans votre poche.
+
+M. BERNIER.--Madame, c'est donc pour vous obéir; commandez à votre
+très-humble serviteur quand il vous plaira.
+
+Mme DE MAINTENON.--Cela suffit, Monsieur, adieu, je vous quitte.
+
+
+_ENTRETIEN XIII._
+
+ LE ROI _et Mademoiselle_ DU TRON.
+
+LE ROI, _à genoux devant cette belle_.--Enfin, adorable mignonne,
+l'amour que je sens pour vous n'est plus exprimable. Ah! quels
+redoublements et quels transports inconnus vous me causez!
+
+Mlle DU TRON.--Sire, Votre Majesté change de couleur.
+
+LE ROI, _se pâmant_.--Ah! mon bel ange... ma divine... je n'en puis
+plus... je me pâme.
+
+(_Le Roi tombe évanoui._)
+
+Mlle DU TRON, _lui prenant la main_.--Ah! Ciel, Sire, que vous
+m'embarrassez par votre foiblesse; revenez, mon cher prince, de ce
+triste état, ou je vais mourir moi-même.
+
+_Le Roi toujours pâmé._
+
+Mlle DU TRON, _lui baisant la bouche, continue_.--Mon illustre
+monarque, que vous m'alarmez! vous me donnez de mortelles inquiétudes,
+hélas! que dira madame de Maintenon si elle vous trouve en cet état? Que
+deviendrai-je alors?
+
+LE ROI, _revenant de son évanouissement, dit_:--Mon petit amour, ma
+charmante, où ai-je été? que le paradis des amants est un séjour
+délicieux, et quel plaisir de s'y perdre avec vous!
+
+Mlle DU TRON, _soupirant_.--Que vous m'avez causé de peine, Sire, en
+voyant Votre Majesté changée!
+
+LE ROI, _lui baisant la main_.--Mon Dieu, ma chère demoiselle, que vous
+êtes bonne de vous affliger pour un pauvre prince qui mérite si peu de
+vous adorer, mais qui vous aime plus que sa vie.
+
+Mlle DU TRON.--Sire, serois-je assez malheureuse pour vous avoir
+causé cette foiblesse?
+
+LE ROI.--Appelez-vous foiblesse, mon bel ange, la chose du monde qui me
+rend le plus heureux? Non, non, j'en chéris la cause comme mon unique
+bien.
+
+Mlle DU TRON.--Mon auguste prince, ménagez donc la tendresse que vous
+avez pour moi, de crainte que Votre Majesté ne devienne malade, ce qui
+me mettroit au désespoir.
+
+LE ROI.--Peut-on, Mademoiselle, se posséder, lorsqu'on est charmé de
+vous? Vous inspirez aux personnes qui vous voient des sentiments
+qu'elles n'ont jamais eus, et qu'un mortel ne peut exprimer.
+
+Mlle DU TRON.--Mes charmes, Sire, sont donc bien extraordinaires,
+puisque les mortels ne les peuvent connoître?
+
+LE ROI.--Ah! qu'ils sont puissants! ah! qu'ils sont merveilleux, ma
+divine beauté!
+
+Mlle DU TRON.--Sire, Votre Majesté va retomber dans son
+évanouissement, si elle y songe davantage.
+
+LE ROI.--Non, non, Mademoiselle, je sens quelques forces qui viennent à
+mon secours.
+
+Mlle DU TRON.--Tant mieux, Sire, j'en suis ravie, et cela vient à
+propos, car voici Madame de Maintenon qui paroît.
+
+LE ROI.--Eh! où va cette vieille jalouse? Elle enrage de n'être plus
+jeune, et de ne pouvoir charmer.
+
+Mlle DU TRON.--Quoi! dans l'âge où elle est?
+
+LE ROI.--Oui, sans doute, et la bonne dame est plus amoureuse que
+jamais. Cachez-vous, mon soleil, pour un moment.
+
+Mlle DU TRON.--Il le faut bien.
+
+
+_ENTRETIEN XIV._
+
+ LE ROI, _Mademoiselle_ DU TRON, _cachée_, _et Madame_ DE MAINTENON.
+
+LE ROI, _la saluant_.--Où allez-vous donc, Madame, avec tant
+d'empressement?
+
+Mme DE MAINTENON.--Sire, j'appréhendois que Votre Majesté fût trop
+longtemps seule; c'est pourquoi je viens l'entretenir.
+
+LE ROI, _voulant la conduire_.--Madame, je vous quitte[118] de ces soins
+obligeants; aujourd'hui j'ai des embarras en tête, qui demandent la
+solitude. Un courrier m'a dit ce matin le pitoyable état où mes côtes
+sont réduites, Saint-Malo, etc...[119] bombardés et réduits en cendres,
+sont des choses bien sensibles pour un prince qui se voyoit il n'y
+a pas longtemps maître des mers.
+
+Mme DE MAINTENON.--Peut-être, Sire, que le dommage n'est pas si grand
+que l'on croit, et que pour peu de chose on rétablira ce désordre.
+
+LE ROI, _d'un ton chagrin_.--Parbleu, Madame, vous n'en savez rien; l'on
+ne rétablira pas la ville de Saint-Malo pour cent mille écus.
+
+Mme DE MAINTENON.--Enfin, Sire, ce sont des coups du ciel que l'on
+n'a pu éviter, et il faut s'y résoudre.
+
+LE ROI.--Je l'avoue, Madame; mais cela n'en est pas moins désagréable.
+
+Mme DE MAINTENON.--Mon cher prince, il me semble que ce sont vos
+péchés qui sont cause de ces châtiments si touchants; n'y
+réfléchissez-vous point quelquefois?
+
+LE ROI.--Ce n'est pas à vous, Madame, que j'en dois rendre compte;
+l'homme est né pour pécher, et sans le péché la miséricorde de Dieu
+seroit inconnue sur la terre.
+
+Mme DE MAINTENON.--Il est vrai, Sire; mais Votre Majesté croit-elle
+que Dieu autorise tous les plaisirs criminels que la corruption du
+siècle ne fait passer que pour bagatelles et pour de simples
+passe-temps? Elle devroit éviter avec soin tous les plaisirs inutiles,
+qui sont de vrais obstacles au salut.
+
+LE ROI.--Eh! quels sont ces plaisirs inutiles, Madame, que vous
+condamnez de la sorte? La nature n'a rien fait en vain.
+
+Mme DE MAINTENON.--C'est la galanterie, et ces amusements de Cour par
+lesquels le Seigneur est offensé.
+
+LE ROI, _en riant_.--Bon, n'est-ce que cela? pure bagatelle, Madame; ce
+sont les actions les plus innocentes de l'homme que celles de l'amour,
+et où il entre le moins de crime. N'est-ce pas la nature qui les a
+formées elle-même? Est-il donc rien de plus injuste que de condamner un
+penchant si doux et si universel?
+
+Mme DE MAINTENON.--Je sais bien, Sire, que c'est celui qui vous
+entraîne. Il faut donc se rendre, sans combattre davantage vos
+sentiments. Mon Dieu, que Votre Majesté me paroît changée, depuis
+qu'elle voit Mademoiselle du Tron!
+
+LE ROI.--En quoi, Madame, me trouvez-vous si changé?
+
+Mme DE MAINTENON.--En toutes manières.
+
+LE ROI.--Mais encore, Madame?
+
+Mme DE MAINTENON.--En votre personne royale, en vos sentiments.
+Hélas! avant la vue fatale de cette syrène, Votre Majesté avoit un
+langage bien plus édifiant!
+
+LE ROI, _avec mépris_.--Vous êtes dans l'erreur, Madame; c'est la force
+de votre dévotion qui vous inspire ces idées chagrines, qui ne viennent
+que d'une bile noire qui se répand dans vos veines. Prenez médecine, si
+vous m'en croyez, pour dissiper ces méchantes humeurs qui vous rendent
+insupportables à vous-même.
+
+Mme DE MAINTENON, _se fâchant_.--Sire, je mettrai en usage ce remède
+que Votre Majesté me donne; et pour ne pas l'importuner davantage, je
+prends congé d'Elle.
+
+LE ROI.--Allez, Madame, vous ne sauriez mieux faire.
+
+_Madame de Maintenon s'en va._
+
+LE ROI, _seul_.--O ciel, que cette femme est insupportable avec son
+esprit jaloux! Tout l'incommode, tout la chagrine, et rien ne lui plaît,
+sinon l'encens que l'on lui donne. Mais quel moyen de dire toujours des
+douceurs à une personne comme elle, de qui les appas sont usés et dans
+la dernière décadence? Non, je ne le puis faire, mon penchant ne me le
+peut permettre, et la présence d'une beauté naissante me fait renaître.
+Il est des moments dans lesquels, sans ce secours innocent, la vie me
+seroit à charge. La vieille dévote a beau prêcher la pénitence sur ce
+sujet, je ne m'en puis passer.
+
+
+_ENTRETIEN XV._
+
+ LE ROI _et Mademoiselle_ DU TRON.
+
+LE ROI, _en souriant_.--Eh bien! Mademoiselle, vous avez entendu le beau
+sermon que Madame de Maintenon m'a fait; que dites-vous de son
+éloquence?
+
+Mlle DU TRON.--Sire, je dis que cette dame est infiniment savante, et
+qu'elle a la plus belle rhétorique du monde.
+
+LE ROI.--Il est vrai, Mademoiselle, elle est toute sublime.
+
+Mlle DU TRON.--Elle est animée d'un si grand zèle, qu'elle persuade
+facilement ce qu'elle dit, et rien ne touche plus que sa conversation.
+
+LE ROI.--La vôtre, ma chère demoiselle, est bien d'un autre prix; elle a
+pour moi des charmes qui ne se trouvent point ailleurs.
+
+Mlle DU TRON.--Sire, Votre Majesté a trop de bonté pour moi, et je ne
+mérite pas une préférence si avantageuse; mais je vois M. de
+Pontchartrain qui monte l'escalier; apparemment ce ministre veut
+entretenir Votre Majesté sur quelques affaires.
+
+LE ROI, _chagrin_.--Cela se peut bien, Mademoiselle; mais, dieux! que
+cet importun vient mal à propos interrompre mes plaisirs! Je suis plus à
+plaindre que le plus chétif gentilhomme de mon royaume, n'ayant pas la
+liberté d'entretenir ce que j'aime; cependant je vois bien qu'il faut
+encore me résoudre à l'écouter.
+
+Mlle DU TRON.--Sire, il ne demeurera peut-être pas longtemps.
+
+LE ROI.--Hélas! je le souhaite, mais je connois trop ces messieurs; leur
+conversation est toujours longue.
+
+
+_ENTRETIEN XVI._
+
+ LE ROI, _Mademoiselle_ DU TRON _et Monsieur_ DE PONTCHARTRAIN.
+
+_Mademoiselle du Tron, à l'arrivée de ce ministre, se retire comme
+auparavant pour le laisser seul avec le Roi._
+
+M. DE PONTCHARTRAIN, _s'en apercevant, dit_:--Sire, j'interromps sans
+doute Votre Majesté, étant occupée si agréablement.
+
+LE ROI, _d'un air chagrin_.--Monsieur, vous êtes toujours le bien venu;
+mais je ne suis pas présentement en humeur de vous entretenir.
+
+M. DE PONTCHARTRAIN.--Sire, je m'en vais, plutôt que d'être incommode à
+Votre Majesté.
+
+LE ROI, _en le retenant_.--Demeurez, Monsieur, puisque vous voilà;
+qu'avez-vous à me dire?
+
+M. DE PONTCHARTRAIN.--Sire, le sujet qui m'amène est celui des impôts
+dont Votre Majesté m'a parlé l'autre jour.
+
+LE ROI, _d'un air sévère_.--Eh bien, Monsieur, avancez; que voulez-vous
+dire?
+
+M. DE PONTCHARTRAIN.--Sire, je viens vous représenter que l'impôt sur
+les vents qui avoit été projeté, s'étant divulgué malgré moi dans Paris,
+chacun murmure contre les ordres de Votre Majesté, et que le peuple
+crie, et se mutine avant qu'on lui fasse du mal.
+
+LE ROI.--Monsieur, je me moque du peuple et de ses cris. Il faut
+soutenir la guerre à quelque prix que ce soit.
+
+M. DE PONTCHARTRAIN.--Je le sais bien, Sire; mais cependant on ne peut
+fermer les oreilles à tout ce qui se dit.
+
+LE ROI.--Eh bien, il faut laisser parler le monde et continuer d'agir.
+Mais enfin avançons, quel est votre but?
+
+M. DE PONTCHARTRAIN.--Sire, c'est de vous communiquer un avis qui paroît
+être utile à votre dessein: je l'ai trouvé écrit en un papier que
+quelqu'un a mis dans mon cabinet sur ma table.
+
+LE ROI.--Voyons-le au plus vite, je vous prie, car...
+
+M. DE PONTCHARTRAIN.--Un fameux pilote expérimenté a fait une nouvelle
+découverte d'une probette[120], qui fait connoître la force et les
+relâchements des vents, et combien par chaque air de vent on peut faire
+de lieues en une heure; ce qui nous est nécessaire pour mettre un impôt
+sur cet élément.
+
+LE ROI.--Eh bien, faites faire l'expérience de cet instrument; et s'il
+se trouve bon et juste, on n'a qu'à s'en servir.
+
+M. DE PONTCHARTRAIN.--Auprès de ce papier j'en ai trouvé un autre, qui
+vient, à ce qu'il me paroît, de quelque esprit satirique; il contient
+des remontrances que les vents ont adressées à Votre Majesté; si Elle
+n'y fait pas droit, elles pourront la divertir. Les voici.
+
+LE ROI.--Voyons donc vite, car je suis sans cesse exposé à lire et
+entendre bien des sottises.
+
+_Le Roi lit:_
+
+ TRÈS-HUMBLES REMONTRANCES DES VENTS ET DES ZÉPHIRS, AU ROI.
+
+ Puissant et souverain Monarque, Nous, Éléments, habitants de
+ l'air, enfants d'Éole notre Père, favoris des astres, nous
+ soupirons et nous nous abaissons tranquillement devant Votre
+ Majesté, pour lui faire connoître notre profond chagrin, et lui
+ demander justice. Nous voyons avec un extrême regret que ses
+ ministres nous veulent assujettir à un dur esclavage de
+ maltôte[121], honteux pour notre franchise que nous avons reçue de
+ la nature; comme elle nous a placés au plus éminent et au plus
+ beau séjour qu'elle ait formé, nous ne pouvons souffrir de
+ contrainte sur notre liberté. De plus, Sire, l'auteur souverain de
+ la nature nous a créés pour le bien et la satisfaction des hommes,
+ qui ne peuvent vivre sans nous. Quelle tyrannie ce seroit de nous
+ voir sous le joug d'un impôt infâme qui arrêteroit notre course
+ céleste et naturelle, en nous privant de nos avantages!
+ Permettez-nous donc, grand Roi, de nous retirer de France sans
+ être dragonnés, ni bombardés, et de nous réfugier dans des pays de
+ paix où les puissances souveraines ne troublent point leurs sujets
+ par aucune tyrannie, faute de quoi, nous déclarons à Votre Majesté
+ que nous serons contraires à toutes ses flottes qu'elle mettra sur
+ mer, et à tout ce qu'elle entreprendra sur les eaux. Nos chères
+ Soeurs, même nos Zéphirs qui lui ont été si favorables, ont résolu
+ de ne plus paroître dans ses palais, ni dans les belles solitudes
+ qui font ses délices. Combien de fois, Sire, avez-vous loué notre
+ agréable fraîcheur, étant aux pieds des beautés qui vous ont
+ enchanté! Tous ces bienfaits sont oubliés aussi bien que ceux des
+ Vents nos alliés, qui ont tant de fois favorisé vos armées
+ navales. Souvenez-vous donc, illustre Prince, de toutes nos
+ faveurs, et ne nous ôtez point notre liberté ordinaire, à faute de
+ quoi, nous vous quittons tous pour n'être plus occupés qu'au
+ service de l'Empereur[122], le grand Achille de ce siècle, qui
+ fait respirer le repos et la paix dans l'île Britannique et dans
+ les pays où il règne.
+
+ _Signé_: LES VENTS ET LES ZÉPHIRS.
+
+LE ROI, _en colère_.--Je me soucie fort peu de ces menaces et de leurs
+impertinents auteurs; je ne veux avoir aucun égard pour les éléments,
+ils m'ont trop peu favorisé dans cette dernière guerre.
+
+M. DE PONTCHARTRAIN.--Sire, vous savez que les vents ne sont pas la
+cause que votre flotte est dans la Méditerranée; c'est la faute d'un
+ingénieur du parti ennemi, qui a trahi Votre Majesté.
+
+LE ROI.--Je l'avoue, Monsieur; mais cependant, malgré toutes ces
+raisons, il nous faut de l'argent à quelque prix que ce soit.
+
+M. DE PONTCHARTRAIN.--Je le sais fort bien, Sire, aussi vos ordres
+passeront; c'est ce que nous avons arrêté dans notre conseil.
+
+LE ROI.--Je vous en prie, Monsieur, et donnez-moi du repos, je vous
+serai obligé. Adieu, jusqu'à une autre fois.
+
+_M. de Pontchartrain s'en va._
+
+
+_ENTRETIEN XVII._
+
+ LE ROI _et Mademoiselle_ DU TRON, _qui sort du cabinet où elle
+ s'étoit retirée_.
+
+LE ROI.--Quel chagrin pour moi, ma belle demoiselle, de ne pouvoir jouir
+de la liberté qui est si commune aux hommes! toujours fatigué
+d'affaires, je me vois malgré moi privé de ce doux repos, de cette
+innocente paix, qui fait tout le bonheur de la vie. Oh! je suis résolu
+de ne voir plus personne que mon bel enfant, et je défendrai à mes pages
+et à mes gardes de laisser entrer personne lorsque nous serons ensemble.
+
+Mlle DU TRON.--Votre Majesté a raison, Sire; c'est une peine
+effroyable que d'être sans cesse occupé du monde; il est des heures et
+des moments où la solitude a bien des charmes pour les coeurs.
+
+LE ROI, _se passionnant_.--Il est vrai, ma divine, particulièrement
+quand on est avec vous, qui donnez des agréments aux déserts les plus
+affreux.
+
+Mlle DU TRON, _en riant_.--Sire, Votre Majesté est toujours galante.
+
+LE ROI, _lui donnant un baiser_.--Qui ne le seroit avec vous, ma chère
+demoiselle, qui inspirez les beaux sentiments?
+
+Mlle DU TRON, _d'un air tendre_.--Mon illustre Monarque, que l'amour
+a d'attraits pour des coeurs bien unis, et qu'il est difficile de
+résister à ses coups charmants! Mon Dieu, que je sens de foible dans mon
+âme, et que je me vois peu en état de les repousser. Ah! Sire, ayez
+pitié de ma foiblesse!
+
+LE ROI, _voulant profiter de ce moment favorable à sa passion, demeure
+court, et dit auparavant_:--Oui, je la vais secourir, cette foiblesse si
+ravissante, adorable beauté; mais que dis-je? des charmes si
+extraordinaires ne me permettent plus d'avancer, et je sens mes forces
+qui m'abandonnent. Hélas! faut-il pour mon malheur, que je me trouve
+incapable de vous servir?
+
+Mlle DU TRON, _rougissant_.--Sire, la course est trop pénible pour
+Votre Majesté.
+
+LE ROI, _confus, en l'embrassant_.--Mon petit amour, me pardonnez-vous
+cette infortune? Hélas! la nature et le trop d'amour m'ont trahi dans le
+même temps.
+
+Mlle DU TRON.--Oui, oui, mon cher Prince, je n'y songe pas; c'est un
+défaut commun aux amants sur le retour.
+
+LE ROI.--Ah! que votre sincérité me plaît! il est vrai, Mademoiselle,
+qu'à mon âge l'on n'est plus bon soldat d'amour. Ce Dieu qui est dans sa
+vigueur, n'enrôle sous ses étendards que de jeunes personnes capables de
+soutenir les batailles auxquelles il les expose; je veux, et je ne puis.
+O désirs inutiles et qui ne finissent rien!
+
+Mlle DU TRON.--Mon Prince, ne vous chagrinez pas; Votre Majesté sort
+triomphante d'une attaque amoureuse.
+
+LE ROI.--Que vous êtes bonne, Mademoiselle, d'excuser mes défauts!
+
+Mlle DU TRON.--Sire, je suis obligée de vous quitter; Votre Majesté
+aura, s'il lui plaît, la bonté de me le permettre.
+
+LE ROI.--Où allez-vous, ma Déesse?
+
+Mlle DU TRON.--Il faut que je sorte pour une chose indispensable.
+
+LE ROI.--Je serois au désespoir de vous contraindre; mais, mon cher
+coeur, revenez le plus tôt que vous pourrez si vous voulez me
+retrouver en vie.
+
+Mlle DU TRON.--C'est à quoi, Sire, je ne manquerai pas.
+
+LE ROI, _en la quittant_.--Ah! qu'il est dur de se séparer de ce que
+l'on aime.
+
+
+_ENTRETIEN XVIII[123]._
+
+ LE ROI, _le mareschal_ DE DURAS[124], _capitaine des Gardes du
+ corps de Sa Majesté_, _Monsieur_ DE BRISSAC[125], _major des Gardes
+ du corps_, _et_ DEUX PAGES _de la Chambre_.
+
+LE ROI.--Monsieur, je vous prie de ne laisser entrer personne
+aujourd'hui; j'ai mes raisons de n'être point visible.
+
+M. DE DURAS.--Sire, il suffit que Votre Majesté l'ordonne.
+
+LE ROI.--Oui, je le veux ainsi, Monsieur; vous m'obligerez.
+
+M. DE BRISSAC, _à M. de Duras_.--Le Roi le commande, il faut suivre ses
+ordres exactement.
+
+UN PAGE DE LA CHAMBRE[126], _à M. de Brissac_.--Monsieur, voici le
+carrosse de Son Altesse Royale Monsieur le Duc d'Orléans, qui vient au
+château.
+
+M. DE BRISSAC.--Dites que Sa Majesté n'est pas ici.
+
+LE PAGE.--Eh! où dirai-je qu'elle est, si ce Prince le veut savoir
+absolument?
+
+M. DE DURAS.--Vous répondrez, Monsieur, que le Roi est monté à cheval,
+mais que vous ne savez de quel côté Sa Majesté est allée.
+
+LE PAGE.--Cela suffit.
+
+L'AUTRE PAGE DE LA CHAMBRE, _riant, à M. de Duras_.--Monsieur, parce que
+le Roi ne veut voir personne aujourd'huy, voici encore M. de Noyon, qui
+vient rendre visite à Sa Majesté.
+
+M. DE BRISSAC, _s'éclatant de rire_.--C'est toujours de pis en pis;
+faites à tous ceux qui viendront le même compliment.
+
+
+_ENTRETIEN XIX._
+
+ _Monsieur le_ DUC D'ORLÉANS[127]; _Monsieur_ L'EVÊQUE DE
+ NOYON[128] _et les deux_ PAGES DE LA CHAMBRE.
+
+M. LE DUC D'ORLÉANS.--Messieurs, le Roi est-il en haut; peut-on lui
+parler?
+
+UN DES PAGES.--Non, Monsieur, Votre Altesse saura que Sa Majesté est
+montée à cheval, mais nous ne savons où Elle est allée.
+
+M. DE NOYON, _arrivant, dit tout haut, à l'autre Page_.--Monsieur,
+peut-on voir le Roi?
+
+L'AUTRE PAGE.--Non, Monseigneur, il est sorti à cheval.
+
+M. LE DUC D'ORLÉANS, _à M. de Noyon_.--Il me paroît que nous ne sommes
+pas plus heureux l'un que l'autre.
+
+M. DE NOYON.--Hélas! tout de même; il faut que Votre Altesse Royale se
+console aussi bien que moi; la fortune nous favorisera une autre fois
+davantage.
+
+M. LE DUC D'ORLÉANS.--Il faut l'espérer.
+
+M. DE NOYON.--Messieurs, vous présenterez mes respects au Roi, et direz
+à Sa Majesté que j'étois venu lui faire la révérence, et en même temps
+l'entretenir de quelques affaires importantes.
+
+LES PAGES.--Nous n'y manquerons pas, Monseigneur.
+
+M. LE DUC D'ORLÉANS.--Vous lui direz aussi, je vous prie, que j'étois
+venu pour avoir l'honneur de La saluer.
+
+LES PAGES, _faisant une profonde révérence_.--C'est assez, mon Prince,
+nous suivrons vos ordres.
+
+M. LE DUC D'ORLÉANS, _à M. de Noyon_.--Allons, mon cousin, remontons en
+carrosse.
+
+
+_ENTRETIEN XX._
+
+ LE ROI, _dans son cabinet, seul avec Mademoiselle_ DU TRON.
+
+LE ROI.--Je viens, Mademoiselle, d'éviter un grand embarras par les
+ordres que...
+
+Mlle DU TRON.--Eh! quel est-il mon Prince?
+
+LE ROI.--Celui des visites qui m'auroient sans doute accablé de
+complimens; mais j'en suis délivré, grâce au Ciel.
+
+Mlle DU TRON.--J'en suis ravie, Sire; quel chagrin de n'être point à
+soi quand on le veut! En vérité, les personnes Royales sont exposées à
+mille et mille inquiétudes qui les rongent à tout moment.
+
+LE ROI, _en riant_.--On trouve le moyen de s'en défaire quand on le
+veut, ma belle; il suffit de le vouloir.
+
+Mlle DU TRON.--Je n'en doute pas, Sire, mais...
+
+LE ROI, _en s'approchant d'elle_.--Où avez-vous donc été, Mademoiselle,
+depuis que j'ai eu le chagrin de vous quitter?
+
+Mlle DU TRON.--Sire, j'ai été prendre l'air dans le parc, où j'ai
+goûté mille plaisirs.
+
+LE ROI.--Quoi, Mademoiselle, toute seule en cet endroit solitaire?
+
+Mlle DU TRON.--Oui, Sire, je l'aime passionnément, et j'en fais mes
+délices; je ne trouve rien de si agréable que la rêverie.
+
+LE ROI.--En amour, Mademoiselle, c'est quelque chose de charmant quand
+deux coeurs sympathisent bien ensemble; de petites absences ont je ne
+sais quoi de ravissant; serois-je bien le motif de votre rêverie?
+
+Mlle DU TRON.--C'est quelque chose d'approchant, mon Prince.
+
+LE ROI.--Parlez, belle mignonne, parlez, m'aimez-vous? suis-je assez
+fortuné pour jouir d'un si grand bien?
+
+Mlle DU TRON.--Mon Dieu, mon illustre Prince, qu'il est inutile de
+vous le dire! un monarque comme vous, le plus aimable du monde, peut-il
+en douter? Il ne faut avoir qu'un coeur et des yeux pour sentir
+véritablement qu'on aime Votre Majesté, quand elle n'auroit ni sceptre
+ni couronne; et l'amour se feroit un reproche sensible de ne pas faire
+adorer un grand héros comme vous.
+
+LE ROI.--Ah! Mademoiselle, que vous êtes honnête! et qui peut
+reconnoître tant de bontés! mais hélas! que ne suis-je assez pénétrant
+pour démêler l'amour d'avec la civilité! Ce mot «je vous aime», est fort
+facile à prononcer; mais qu'il est difficile à remplir!
+
+Mlle DU TRON.--Je l'avoue, Sire.
+
+LE ROI.--Une véritable tendresse est hors de prix; mais l'on s'en pique
+rarement aujourd'hui, où la politique et l'intérêt triomphent en tyrans
+des coeurs mercenaires.
+
+Mlle DU TRON, _rêveuse, ne répond rien_.
+
+LE ROI _lui dit_.--Où en êtes-vous, belle rêveuse?
+
+Mlle DU TRON, _en remuant la tête_.--Sire, j'en suis en l'île de
+Tendresse[129], que j'ai trouvée remplie d'un nombre infini d'amants,
+empressés, mais peu sincères.
+
+LE ROI, _en riant_.--Vous n'éprouverez pas Mademoiselle, un pareil sort;
+mais ce que vous dites dans le général n'est pas une fiction, la chose
+est plus réelle que vous ne pensez.
+
+Mlle DU TRON.--Je le sais fort bien, Sire, c'est aussi pour cela que
+je le dis.
+
+LE ROI.--Vos rêveries, Mademoiselle, sont si spirituelles, que je suis
+curieux de reconnoître cet heureux endroit de mon parc, que vous me
+marquez vous en avoir fait naître de si agréables.
+
+Mlle DU TRON.--Sire, il est fort facile de satisfaire Votre Majesté,
+il ne tiendra qu'à Elle d'en être bientôt le témoin oculaire;
+d'ailleurs, le temps est fort beau pour la promenade.
+
+LE ROI.--Cela est vrai, et nous nous en trouverons mieux de prendre un
+peu l'air. Allons-y donc promptement.
+
+
+_ENTRETIEN XXI._
+
+ LE ROI, _Mademoiselle_ DU TRON, _Madame_ DE MAINTENON _et
+ Monsieur_ FAGON.
+
+_Le Roi entre dans le parc avec Mademoiselle du Tron; Madame de
+Maintenon, l'apercevant, va au-devant de lui, suivie de M. Fagon, et
+dit:_
+
+Mme DE MAINTENON.--Quoi, Sire, toujours occupé avec les dames,
+pendant que vos ennemis prennent et bombardent vos villes? Ah!
+croyez-moi, Votre Majesté ne gagnera pas de batailles à Meudon, à
+Versailles ni à Marly; il faut qu'elle fasse d'autres efforts pour
+cueillir des lauriers cette campagne. Voyez les dépêches qu'un courrier
+vient d'apporter, qui marquent que nos affaires sont en très-mauvais
+état par mer et par terre.
+
+LE ROI, _en colère et d'un ton fort haut_.--Parbleu, Madame, de quoi
+vous mêlez-vous? Vous êtes toujours sur pied. Et de qui viennent ces
+dépêches?
+
+Mme DE MAINTENON.--Je ne sais pas bien encore, Sire; voici le paquet
+que Votre Majesté aura la bonté d'ouvrir.
+
+LE ROI _ouvre un paquet de lettres et dit_:--Voyons d'abord, en voici
+une du maréchal de Boufflers[130]; l'autre, du duc de Villeroy[131]; et
+cette dernière est du comte de Montal, qui m'envoie apparemment les
+étendards et les drapeaux de la garnison de Dixmude[132]; la prise de
+cette place est un coup d'adresse, auquel mes louis ont eu un peu de
+part.
+
+Mme DE MAINTENON _lit la première_.--Ah! Sire, le maréchal de
+Boufflers n'est point content des alliés; il dit qu'il n'a jamais vu
+pousser un siége avec tant de vigueur ni de courage.
+
+LE ROI.--Ne me parlez plus de lui, Madame; ce n'est qu'un étourdi
+d'avoir laissé prendre Namur, qui étoit une place imprenable depuis
+qu'elle m'appartenoit.
+
+Mme DE MAINTENON.--Sire, il ne faut pas jeter toute la faute sur le
+Maréchal; il n'étoit pas le seul commandant dans la ville. Prenons
+courage, nous avons encore le château.
+
+LE ROI.--Ma foi, Madame, je n'estime plus une chose à demi partagée; je
+veux tout ou rien; qu'en dites-vous, monsieur le Médecin?
+
+M. FAGON.--A la vérité, Sire, les choses sont plus agréables quand on
+les peut posséder entièrement.
+
+LE ROI.--C'est aussi ma pensée; mais passons de la guerre à la médecine.
+Dites-moi, je vous prie, d'où me viennent de grandes oppressions de
+rate, et des palpitations continuelles que je sens?
+
+M. FAGON.--Sire, Galien nous dit que les oppressions de rate viennent
+d'une grande mélancolie, laquelle fait enfler cette partie interne par
+les vapeurs qu'elle renvoie au coeur, qui la mettent en cet état.
+
+LE ROI, _soupirant_.--Galien est sans doute un habile docteur; mais quel
+remède donne-t-il contre ce mal?
+
+M. FAGON.--Sire, ce savant ordonne contre tous les maux, et nous aussi,
+tout ce qui leur est opposé. Par exemple, la joie est opposée à la
+mélancolie qui fait son séjour dans la rate: pourquoi il la faut bannir
+si l'on peut; et pour cet effet, on doit prendre dans la journée, deux
+ou trois onces de joie bien préparées[133], qui dissipent la bile noire
+que le chagrin fait naître.
+
+Mme DE MAINTENON.--Voilà un remède souverain, Monsieur; ne
+voyez-vous pas que Sa Majesté le met en usage?
+
+M. FAGON, _regardant Mlle du Tron_.--Le remède est bon et agréable,
+Madame, mais il faut craindre...
+
+LE ROI.--Qu'y a-t-il, Monsieur, à redouter? le breuvage est si doux.
+
+M. FAGON, _en riant_.--Il est vrai, Sire, si Votre Majesté le prend avec
+modération, il ne lui fera point de mal; mais si elle passe la dose du
+médicament, Elle est en risque.
+
+Mme DE MAINTENON.--Que je suis ravie, Monsieur, que vous avertissiez
+mon cher monarque de son salut! A l'âge où il est, les efforts ne lui
+valent rien, non plus que de certaines agitations d'idées et
+d'imagination qui lui échauffent le cerveau.
+
+M. FAGON.--Rien n'est plus sûr, Madame; toutes les émotions ébranlent le
+corps et les parties sensibles qui se trouvent obligées de faire leur
+devoir par rapport aux passions qui les excitent, et si l'homme n'est
+bien fort, il succombe indubitablement.
+
+Mlle DU TRON.--Quel langage parlez-vous donc, Monsieur? l'on ne peut
+rien comprendre à votre discours.
+
+Mme DE MAINTENON.--Mademoiselle, le style vous est peut-être inconnu;
+mais cependant j'en doute fort.
+
+Mlle DU TRON, _d'un air fier et dédaigneux_.--Je ne suis pas si
+savante que vous, Madame; mais le temps m'apprendra ce que je dois
+savoir.
+
+LE ROI.--Si bien donc, Monsieur le Docteur, que pour se bien porter
+il ne faut point voir de femmes? Et comment s'en passer? Sans elles la
+vie est à charge, et nous devons au beau sexe les plus doux moments que
+la nature a formés.
+
+M. FAGON.--Cependant, Sire, ces doux moments en font quelquefois naître
+de bien mauvais, et le tempérament foible et destitué de forces ne doit
+se servir des femmes et du vin que très-peu, seulement pour lui réjouir
+le coeur.
+
+LE ROI, _en riant_.--Croyez-vous, Monsieur, que j'en use autrement?
+
+M. FAGON.--Je ne sais, Sire, l'excès que Votre Majesté fait, mais l'un
+et l'autre sont dangereux.
+
+LE ROI, _lui prenant la main_.--Monsieur, reposez-vous sur ma conduite,
+j'ai du ménagement dans mes passions.
+
+Mme DE MAINTENON, _à demi bas_.--Pas trop.
+
+LE ROI _continue_.--Je vous suis pourtant infiniment obligé de la part
+que vous prenez à ma santé.
+
+M. FAGON.--Sire, ce n'est pas, comme Votre Majesté le peut croire, un
+autre motif qui me fait agir, que l'envie de voir régner plus longtemps
+votre personne Royale, tant pour la satisfaction de ses peuples, que
+pour la mienne; quel coup sensible ne seroit-ce point pour nous, si nous
+avions le malheur de perdre un Roi si doux et si débonnaire?
+
+Mme DE MAINTENON.--Ah! Sainte-Vierge qu'entends-je? Vous avez grand
+tort, Monsieur, de nous faire un tombeau de douleurs avant le
+temps. Hélas! que deviendrois-je, mon Sauveur, si la mort m'enlevoit mon
+cher Prince?
+
+LE ROI, _d'un air railleur_.--Calmez vos ennuis, Madame; eh! monsieur le
+Médecin, je ne suis pas encore si près de la mort que vous pensez; il me
+semble que je renais depuis quelque temps, je sens même augmenter ma
+vigueur de moment en moment.
+
+M. FAGON, _en riant_.--Sire, Votre Majesté en a besoin.
+
+LE ROI.--Je vous entends, Monsieur, nous en viendrons à bout avec le
+temps.
+
+Mme DE MAINTENON.--Saint Ignace me puisse-t-il abandonner, si avant
+qu'il soit un mois, Votre Majesté ne regrette la paix et la douceur
+qu'elle goûtoit dans l'indifférence.
+
+Mlle DU TRON, _au Roi_.--Que cette vieille dame est ridicule avec son
+discours suranné, et ses expressions sanctifiées! Plût à Dieu que Saint
+Ignace l'emportât d'ici, et qu'elle nous laissât en repos.
+
+LE ROI _lui dit tout bas_.--Un peu de complaisance, Mademoiselle, je
+vais bientôt la renvoyer dire son chapelet.
+
+Mme DE MAINTENON.--Sire, Monsieur Erizzo[134], ambassadeur de Venise,
+est arrivé à Versailles; il demande audience à Votre Majesté.
+
+LE ROI.--Quelle diable de figure voulez-vous que je fasse, Madame, avec
+cet envoyé? J'enrage de ce que les Turcs ont été défaits[135].
+
+Mme DE MAINTENON.--Sire, il faut dissimuler, et lui faire connoître
+que Votre Majesté prend beaucoup de part à la victoire que la République
+a remportée sur les Turcs dans la Morée.
+
+LE ROI.--Comment accorder ces paroles à son coeur?
+
+Mme DE MAINTENON.--Mon Prince, il faut s'accommoder au temps.
+
+LE ROI, _poussant un soupir_.--L'étrange politique! mais qui ne peut
+dissimuler ne peut régner. Madame, qu'on fasse mes compliments à
+l'Envoyé de Venise, et qu'on lui dise qu'en bref je lui donnerai
+audience.
+
+Mme DE MAINTENON.--L'on suivra vos ordres, Sire; mais quand Votre
+Majesté viendra-t-elle à Versailles?
+
+LE ROI, _d'une façon impatiente_.--Je verrai, Madame; allez seulement.
+
+M. FAGON.--Sire, je prends la liberté d'accompagner, Madame.
+
+LE ROI.--Vous ferez bien, de peur qu'elle ne s'amuse en chemin.
+
+Mme DE MAINTENON.--Adieu, mon cher Monarque, conservez votre santé.
+
+LE ROI.--Adieu, Madame, conservez votre esprit.
+
+
+_ENTRETIEN XXII._
+
+ LE ROI _et Mademoiselle_ DU TRON.
+
+LE ROI.--La pauvre femme n'en peut plus, la jalousie l'étouffe, elle
+croit que je suis mort, éloigné de ses yeux; mais de la mort dont
+l'amour me menace, j'espère d'en revenir.
+
+Mlle DU TRON.--Ah! mon Prince, qu'une tendresse aussi outrée est peu
+agréable! il y entre du dépit, de l'envie, de l'intérêt, de la rage, et
+enfin tout ce qui est de plus lâche, et de plus abominable. Le coeur
+de cette dame est un labyrinthe fort obscur, qu'il est bien
+difficile de pénétrer.
+
+LE ROI, _souriant_.--Comme celui de toutes les dames, Mademoiselle, qui
+sont cachées au dernier point.
+
+Mlle DU TRON, _d'un ton sérieux_.--Votre Majesté, Sire, doit mettre
+beaucoup de différence entre une femme et une femme, comme nous en
+mettons entre un homme et un homme.
+
+LE ROI.--Je l'avoue, Mademoiselle, elles ont plus de mérite les unes que
+les autres, et sont beaucoup plus aimables; mais cependant il faut
+demeurer d'accord que la feinte et la dissimulation sont toujours leur
+partage.
+
+Mlle DU TRON.--Je ne m'aperçois point de cela, Sire.
+
+LE ROI.--Oh! que vous le savez pourtant bien, ma chère Demoiselle! vous
+ne m'avez point encore fait un aveu tendre qui ait pu me contenter.
+
+Mlle DU TRON.--Ah! qu'il seroit peu à propos, mon cher Prince, de
+vous dire ce que vous pouvez faire naître! de grâce, que Votre Majesté
+ne m'embarrasse pas davantage sur cet effet; je sens trop la...
+
+LE ROI.--Et pourquoi, ma belle? expliquez-moi, je vous prie...
+
+Mlle DU TRON.--Sire, je ne puis à présent; permettez que je me
+retire.
+
+LE ROI.--Adieu donc, charmante; vous voulez me quitter?
+
+Mlle DU TRON.--Sire, un peu de repos pour rappeler mes esprits
+étonnés.
+
+LE ROI.--Ah Ciel! faut-il que le mien soit troublé par des doutes
+si fâcheux, et si embarrassants!
+
+
+_ENTRETIEN XXIII._
+
+LE ROI, _dans son cabinet, rêveur et parlant seul_.--Ce n'est pas en
+vain que je m'inquiète, cette beauté ne m'aimera jamais. Elle est
+prévenue, à mon malheur, d'un autre objet qui la flatte, et qui
+l'entretient jour et nuit d'autres idées plus agréables; mais que faire?
+il est impossible de forcer les coeurs; peut-être que le temps m'en
+rendra le maître. L'absence de cet heureux amant et mes soins assidus
+pourront me procurer l'avantage auquel j'aspire. Ah! que la conquête
+d'un coeur est souvent difficile à faire, surtout lorsque l'amour en a
+disposé pour un autre! Il est vrai qu'elle a lieu de se plaindre de ma
+foiblesse qui a si mal secondé mes désirs, et n'a pu répondre à son
+attente. C'est un affront pour cette belle, qu'elle ne me pardonnera
+jamais, quoiqu'elle n'ose me le témoigner, et je crains que son coeur
+ne refuse de se donner à un Prince si peu capable de remplir ses devoirs
+dans les occasions les plus importantes. Ah! qu'il est dur de sentir
+tant d'amour, et de se trouver si peu en état d'en donner des marques
+sensibles! Quelle honte n'en rejaillira-t-il point sur l'histoire de ma
+vie, et à quelles railleries ne serai-je pas exposé si cette belle n'est
+pas discrète? il faut tâcher de réparer au plus tôt cet affront; petit
+Dieu des coeurs, viens à mon secours! hélas! pourquoi m'as-tu
+cruellement abandonné? Falloit-il laisser si peu de force et de courage
+à un Prince surnommé le Grand?
+
+
+_ENTRETIEN XXIV._
+
+ _Madame_ DE MAINTENON, _et Monsieur_ BONTEMS.
+
+Mme DE MAINTENON, _venant d'écouter à la porte du cabinet_.--Monsieur, à
+qui parle donc le Roi? qui est-ce qui est avec lui?
+
+M. BONTEMS.--Ma foi, Madame, je n'en sais rien.
+
+Mme DE MAINTENON.--Mais j'ai vu sortir votre nièce du cabinet.
+
+M. BONTEMS.--Vous êtes donc plus savante que moi, car je puis assurer
+que je n'en sais rien.
+
+Mme DE MAINTENON.--Il faut avouer que vous avez grand tort de la
+laisser davantage ici; elle trouble entièrement le repos de notre grand
+Monarque.
+
+M. BONTEMS.--Je ne saurois qu'y faire, car c'est par l'ordre du Roi
+qu'elle demeure si longtemps à Versailles.
+
+Mme DE MAINTENON.--O fatalité sans égale! quand elle parut à l'Opéra
+et que ce Prince la vit, il en devint d'abord amoureux. Depuis ce triste
+moment je ne fais que languir.
+
+M. BONTEMS.--J'en suis bien fâché, Madame; si j'avois prévu ce malheur,
+je ne l'aurois pas fait venir de Normandie. J'entre trop dans vos
+intérêts pour pouvoir jamais vous déplaire, du moins volontairement, et
+je suis au désespoir que sa présence vous chagrine.
+
+Mme DE MAINTENON, _poussant deux ou trois gros soupirs_.--Ah! grands
+Saints, qui connoissez mes pensées, vous n'ignorez pas que j'enrage
+de la voir. De grâce, envoyez un de vos bons anges pour me consoler et
+me soutenir dans mes douleurs.
+
+M. BONTEMS.--Madame, ne vous chagrinez pas, c'est un amour qui passera;
+l'infidélité du Roi ne détruira rien de vos affaires; ce Prince
+retournera toujours à vous comme à son souverain bien.
+
+Mme DE MAINTENON.--Dieu le veuille, Monsieur, c'est le voeu que je
+fais tous les jours; mais hélas! que votre nièce est redoutable.
+
+M. BONTEMS.--Ce n'est pas, Madame, par ses caresses, car rien n'est si
+indifférent qu'elle, et jamais elle n'a fait d'amitié à personne qu'au
+duc de[136]... son galant, qu'elle aime assez tendrement.
+
+Mme DE MAINTENON.--Cependant, Monsieur, il faut vous avouer que je ne
+la trouve pas déplaisante en ses manières; elle charme quand elle parle,
+et le son de sa voix est incomparable; de plus, elle a beaucoup l'air de
+Cour, ce qui est un grand avantage.
+
+M. BONTEMS.--Il est vrai, Madame; avez-vous aussi remarqué ce souris
+ravissant, qui l'embellit extrêmement?
+
+Mme DE MAINTENON.--Oui, oui, Monsieur; ne me faites point son
+portrait; elle n'est que trop peinte dans mon esprit, et vous voyez que
+quelque tort qu'elle me fasse, je ne laisse pas de rendre justice à ses
+bonnes qualités. Mais, pour revenir au Duc dont vous m'avez parlé,
+qu'elle aime, le Roi peut-il s'accommoder d'un amour partagé, lui
+qui est si délicat en tendresse?
+
+M. BONTEMS.--Je ne sais, Madame, comme cela va, j'en ai du chagrin aussi
+bien que ses tantes; et si elle nous avoit voulu croire, elle n'auroit
+jamais écouté le Roi.
+
+Mme DE MAINTENON.--Son motif est, Monsieur, que le Roi fera sa
+fortune, et qu'il la mettra au rang de ses maîtresses, lesquelles à la
+vérité il n'a pas payées d'ingratitude pour leurs bons services.
+
+M. BONTEMS.--La pensée est plus intéressée et plus maligne que je ne
+croyois. Quoi! ma nièce, à l'âge où elle est, use de politique aussi
+fine! De bonne foi je ne l'aurois jamais cru. Eh! que deviendra donc son
+pauvre amant? Il formera sans doute un ruisseau de larmes à ces tristes
+nouvelles.
+
+Mme DE MAINTENON.--Bon, le Duc s'en consolera, et l'épousera quand le
+Roi en sera dégoûté.
+
+M. BONTEMS.--Mais cependant, Madame, son front ne s'en trouvera pas
+mieux.
+
+Mme DE MAINTENON.--Hélas! Monsieur, comptez-vous cela pour quelque
+chose? Dans le siècle où nous sommes, il n'y a point de familles
+distinguées qui ne joignent, même avec plaisir, l'aigrette de Vulcain
+aux armes que l'hymen leur donne, pourvu qu'elles y trouvent leur compte
+du côté de la fortune. Bon, bon, l'on fait semblant d'ignorer ce que
+l'on ne veut point connoître, sitôt qu'il nous apporte du bonheur.
+
+M. BONTEMS.--En vérité, Madame, j'ai été fort heureux sur ce
+chapitre; car j'ai l'imagination fort sensible à échauffer de ce
+côté-là.
+
+Mme DE MAINTENON.--Allez, allez, Monsieur, si votre sort avoit voulu
+vous faire cornu, vous auriez porté votre charge aussi bien que les
+autres; rendez-en grâces à votre étoile qui vous a préservé de ce
+malheur, puisque vous l'appelez ainsi.
+
+M. BONTEMS.--Quoi, Madame, vous n'estimez pas un malheur d'être cocu?
+
+Mme DE MAINTENON.--Non, Monsieur; il y a tant d'honnêtes gens qui le
+sont, que rien n'est plus à la mode. Combien avons-nous de princes, de
+comtes et de ducs, qui ne se font pas un déshonneur de dire: ma mère fut
+autrefois la maîtresse du Roi, ou celle du Dauphin, ou celle de
+l'Empereur[137].
+
+M. BONTEMS, _s'éclatant de rire_.--Sur ma foi, Madame, vous êtes
+admirable en raisons convaincantes; les maris aux aigrettes n'ont qu'à
+venir chez vous pour recevoir des consolations sur la démangeaison de
+leur front; mais quant à moi, toute la plus belle rhétorique du monde ne
+pourroit me persuader de bonheur de ce côté-là.
+
+Mme DE MAINTENON.--Monsieur, changeons de thèse, et concluons
+que mademoiselle du Tron ne se mariera jamais, ou bien elle fera son
+époux de l'ordre des Chevaliers à la Crète[138].
+
+M. BONTEMS.--Tant pis pour elle, Madame; je ne veux point me mêler des
+affaires de Cour. Mais quittons la place, je vois venir monseigneur le
+Dauphin avec madame la princesse de Conty.
+
+Mme DE MAINTENON.--Mon Dieu, que je hais cette femme! Je vous prie,
+Monsieur, de lui dire que je ne suis point à Meudon.
+
+M. BONTEMS.--Je le ferai, Madame, si elle me le demande; mais de
+l'humeur qu'elle est, vous savez qu'elle ne s'en souciera point du tout.
+
+Mme DE MAINTENON.--Cela m'est fort indifférent; je me soucie aussi
+peu d'elle qu'elle se soucie de moi. Adieu, je vous quitte; je la laisse
+avec son Dauphin aller à la chasse entre deux toiles[139].
+
+M. BONTEMS, _faisant un signe de croix_.--Ah! Madame, que dites-vous là?
+la pauvre Princesse n'y pense pas.
+
+Mme DE MAINTENON, _en riant_.--Je crois qu'elle n'y pense que quand
+elle s'y trouve, ou quand la bête est dans ses filets.
+
+M. BONTEMS.--Silence donc, Madame, s'il vous plaît, les voici.
+
+_Madame de Maintenon se retire._
+
+
+_ENTRETIEN XXV._
+
+ _Monseigneur le_ DAUPHIN, _la Princesse_ DE CONTI, _et Monsieur_
+ BONTEMS.
+
+MONSEIGNEUR.--Ah! c'est vous, Monsieur Bontems, comment vous
+portez-vous?
+
+M. BONTEMS.--Monseigneur, comme le plus humble de vos serviteurs; votre
+santé me paroît aussi très-parfaite.
+
+MONSEIGNEUR.--Oui, Dieu merci, vous voyez un chasseur qui vient de
+descendre de cheval.
+
+M. BONTEMS.--Eh bien, mon Prince, la chasse a-t-elle été favorable?
+
+MONSEIGNEUR.--Nous avons tué deux ou trois loups, ce qui nous est assez
+rare dans la forêt de Saint-Germain, qui n'est pas bien féconde en ces
+espèces d'animaux.
+
+M. BONTEMS.--Parbleu, Monseigneur, voilà une belle victoire! diable,
+deux ou trois loups? la prise n'est point méchante.
+
+MONSEIGNEUR.--J'en suis assez content.
+
+M. BONTEMS, _se tournant vers la Princesse de Conti_.--Et vous, Madame,
+quelle est la chasse que Votre Altesse aime le plus?
+
+LA PRINCESSE, _en riant_.--Monsieur, c'est celle des plats et des
+verres.
+
+M. BONTEMS.--Ma foi, Madame, c'est la plus douce, et celle qui fatigue
+moins le corps.
+
+MONSEIGNEUR.--Monsieur, le Roi est-il ici?
+
+M. BONTEMS.--Oui, mon Prince, Sa Majesté est seule dans son cabinet.
+
+MONSEIGNEUR, _à la Princesse_.--Madame, avançons, le Roi est sans
+compagnie.
+
+LA PRINCESSE.--Allez toujours devant, je vous suis dans un moment.
+
+
+_ENTRETIEN XXVI._
+
+ LE ROI _et_ MONSEIGNEUR.
+
+LE ROI.--Vous voilà donc enfin arrivé; je vous attends depuis hier.
+Comment vont les affaires à Versailles?
+
+MONSEIGNEUR, _d'un air indifférent_.--Ma foi, je ne sais, Sire; Votre
+Majesté pouvoit le demander au Gouverneur, qui vient de partir de
+Meudon.
+
+LE ROI.--Quoi, Bontems est ici! Il y est donc venu sans que je l'aie su?
+
+MONSEIGNEUR.--Oui, sans doute, je viens de parler à lui.
+
+LE ROI.--C'est que j'étois peut-être embarrassé quand il y est venu.
+
+MONSEIGNEUR.--Cela se peut.
+
+LE ROI.--Qui est donc avec vous, mon fils? êtes-vous seul au château?
+
+MONSEIGNEUR.--Non, Sire, la princesse de Conty est avec moi.
+
+LE ROI.--Où est-elle donc, qu'elle ne paroît point?
+
+MONSEIGNEUR.--Sire, elle est dans l'antichambre, où elle regarde
+quelques peintures de défunt Mignard[140], elle ne peut tarder à venir.
+
+
+_ENTRETIEN XXVII._
+
+ LE ROI, MONSEIGNEUR, _et la Princesse_ DE CONTI.
+
+LA PRINCESSE, _entrant_.--Il faut avouer, Sire, que Mignard étoit un
+habile peintre; il a peint ici Vénus qui pleure son Adonis[141] si au
+naturel, qu'il n'y manque que la parole pour l'animer.
+
+LE ROI.--Il est vrai, Madame, la Cour a beaucoup perdu par sa mort. Les
+derniers portraits qu'il a faits des trois jeunes Princes du sang[142],
+sont admirés de tout le monde.
+
+LA PRINCESSE.--Particulièrement le duc de Bourgogne est si bien
+représenté, qu'il ne lui manque que la parole.
+
+LE ROI.--C'est un bel art que la peinture; mais qu'a fait la princesse
+de Lislebonne[143] du petit portrait qu'elle avoit, qui venoit de
+Mignard? C'est à la vérité un chef-d'oeuvre[144], où l'on voit Lucrèce
+qui se perce le coeur d'un poignard après avoir perdu sa virginité,
+que Sextus lui avoit enlevée en la violant.
+
+LA PRINCESSE, _en riant_.--La pauvre fille étoit bien folle de se priver
+de la vie pour un mal où il n'y avoit point de remède! Cette prude
+farouche n'a rien emporté de sa violence, que le péché de se défaire
+soi-même, lequel est criant devant Dieu. Ce n'étoit au plus qu'un
+fantôme d'honneur qui lui fit commettre ce crime.
+
+LE ROI.--Il est vrai, Madame; mais autrefois la vertu tenoit lieu de
+tout chez les Romains; présentement les dames de ce pays sont plus
+apprivoisées, et l'on trouve rarement chez elles des Lucrèces dont la
+vertu fasse tant de bruit.
+
+LA PRINCESSE.--Il en est de même parmi nous, Sire; je ne crois pas que
+les femmes soient aujourd'hui moins sensibles à l'honneur, qu'elles
+l'ont été du temps que les Dieux venoient se promener sur la terre, et
+qu'ils avoient commerce avec elles.
+
+MONSEIGNEUR.--C'est aussi ma pensée, Madame. Parbleu rien n'est si
+difficile à trouver qu'une fille qui ait gardé la fleur de sa virginité.
+
+LE ROI, _en riant_.--Eh! comment le savez-vous, Monsieur?
+
+LA PRINCESSE.--Sire, la dernière aventure que le Prince a eue à Marly,
+confirme ce qu'il dit. Le comte de Saint-Maure l'a trompé
+plaisamment[145].
+
+MONSEIGNEUR, _s'approchant de la Princesse_.--Ah! la méchante! elle va
+découvrir le pot aux roses.
+
+LE ROI.--Dites-moi donc, Madame, le tour qu'on lui a joué?
+
+LA PRINCESSE, _regardant Monseigneur_.--Parlerai-je, mon cher?
+
+MONSEIGNEUR, _en souriant_.--Tout comme il vous plaira, Madame, la chose
+m'est indifférente à présent; je n'ai plus que faire de la provinciale
+aux yeux charmants.
+
+LA PRINCESSE, _malicieusement_.--Voilà comme on parle, quand on s'est
+servi des dames.
+
+MONSEIGNEUR.--Ma foi, Madame, la pauvre fille m'a très-peu servi; car
+dès la première fois que je touchai son teton, je vis bien qu'elle
+n'étoit pas pucelle.
+
+LE ROI.--Il vous en faut des pucelles? je gage à coup sûr que ce comte
+de Saint-Maure lui avoit assuré que jamais on n'avoit forcé ses lignes.
+
+LA PRINCESSE.--Voilà justement l'affaire, Sire, et il s'est trouvé
+que c'est la plus grande coquette du monde, qui n'a pas moins que six ou
+sept galants à sa toilette.
+
+LE ROI, _souriant_.--C'est assez pour en être contente; mais il me
+semble, mon fils, qu'il seroit plus glorieux pour vous d'aller attaquer
+quelque place considérable, ou d'aller secourir le siége de Namur, que
+de vous amuser à ces galanteries.
+
+MONSEIGNEUR.--Puis-je manquer, Sire, en suivant l'exemple qu'on me
+donne? Quand Votre Majesté parle de la sorte, il me souvient d'une fable
+que j'ai lue, où l'écrevisse d'Esope reprenoit sa fille de ce qu'elle
+marchoit à reculons; mais cette fille plus avisée que sa mère, lui dit:
+Ma mère, vous me l'avez appris de la sorte, et vous ne pouvez marcher
+autrement, même sur la fin de votre vie; trouvez donc bon que je vous
+imite.
+
+LE ROI, _confus_.--Mon fils, vous avez raison de condamner mes actions à
+l'âge où je suis; je défends ce que je fais; mais aussi considérez qu'il
+y a bien plus de lauriers à cueillir pour un jeune prince comme vous,
+que pour moi qui suis sur le retour.
+
+MONSEIGNEUR.--Il est vrai, Sire; mais j'aurois eu aussi bien l'affront
+de voir rendre cette place à mon nez, que le maréchal de Bouflers qui a
+fait de son mieux pour la conserver.
+
+LE ROI.--Je goûte vos raisons; hélas! nous avons tout perdu à la mort du
+maréchal de Luxembourg[146]; ce général habile et consommé dans la
+guerre, auroit tout mis en usage pour préserver cette place de la fureur
+des ennemis, que l'on m'écrit s'être battus en diables.
+
+MONSEIGNEUR.--Jamais siége n'a été poussé avec tant de violence.
+
+LA PRINCESSE.--Avez-vous vu le prince d'Orange[147], Monseigneur? la
+renommée le fait passer pour un grand capitaine, qui même ne craint
+point la mort dans les plus grands périls.
+
+MONSEIGNEUR.--Je l'ai vu plusieurs fois; c'est un prince fort généreux.
+
+LE ROI.--Il ne l'est que trop pour nous, il seroit à souhaiter qu'il eût
+moins de courage, aussi bien que le prince de Vaudemont[148], qui tient
+toujours tête au duc de Villeroy.
+
+MONSEIGNEUR.--Le dernier est vieux et n'a plus guère à vivre.
+
+LA PRINCESSE.--Mon Dieu, que je voudrois bien que la guerre fût finie!
+Il me semble que l'âge d'or reviendroit.
+
+LE ROI.--Je ne ferai jamais la paix à mon désavantage, mes peuples en
+dussent-ils crever.
+
+LA PRINCESSE.--La résolution est cruelle, Sire.
+
+LE ROI.--Je n'y saurois que faire, Madame; l'honneur du Roi marche à la
+tête de toutes considérations politiques et chrétiennes.
+
+LA PRINCESSE.--Du moins c'est le sentiment des Révérends Pères Jésuites.
+
+LE ROI.--Je trouve que les raisons sont bonnes, et que sans elles les
+Etats et les Royaumes périroient.
+
+LA PRINCESSE.--Sire, ces saints Pères sont admirables en moyens.
+
+LE ROI.--Qu'en dites-vous, Madame? ces dévots religieux sont le sel de
+la terre.
+
+LA PRINCESSE.--Sire, j'en croirai ce qu'il vous plaira.
+
+LE ROI.--Madame, je vous quitte et vous laisse avec M. le Dauphin; voici
+mademoiselle du Tron qui vient d'entrer dans cette chambre; j'ai à lui
+parler.
+
+LA PRINCESSE.--Il est juste, Sire, de lui céder la place, et nous nous
+retirons pour ne vous pas être incommodes.
+
+
+_ENTRETIEN XXVIII._
+
+ LE ROI, _et Mademoiselle_ DU TRON.
+
+LE ROI.--Eh bien, ma belle demoiselle, saurons-nous aujourd'hui les
+véritables sentiments de votre coeur? qu'avez-vous résolu en faveur
+d'un prince qui vous adore? faut-il vivre, faut-il mourir?
+
+Mlle DU TRON, _en riant_.--Sire, il faut vivre; la vie d'un grand
+monarque comme vous est si précieuse, que vous ne devez pas douter que
+je ne contribue de tout mon possible à sa conservation.
+
+LE ROI.--Cela est fort obligeant; vous voyez, ma belle, qu'elle ne
+dépend plus que de vous; et si vous me refusez ce que je vous demande,
+qui est la préférence de votre coeur, je suis le plus malheureux de
+tous les hommes.
+
+Mlle DU TRON.--Comme cette préférence est due au rang que tient Votre
+Majesté, c'est si peu de chose pour elle, que je crois qu'elle ne s'en
+inquiète pas beaucoup.
+
+LE ROI.--Ah! quelle injustice vous me faites, ma chère demoiselle, de me
+croire indifférent pour la plus grande de toutes les conquêtes!
+Désabusez-vous, de grâce, d'une telle erreur, et croyez au contraire que
+c'est cette heureuse préférence qui fera toute ma félicité, si vous
+voulez bien me l'accorder. Oui, c'est un bien que j'estime infiniment. A
+quel désespoir ne me réduirez-vous point si vous me refusez?
+Prononcez-en donc au plus tôt l'arrêt; car je ne puis vivre plus
+longtemps dans cette cruelle incertitude où vous m'avez laissé.
+
+Mlle DU TRON.--Eh bien, Sire, puisque vous voulez que je croie que
+votre déclaration est sincère, quelque sujet que j'aie de me défier de
+mon peu de mérite, je consens d'y ajouter foi, et veux bien me
+flatter que vous m'aimez; mais souffrez en même temps que je vous dise
+que je ne donnerai mon coeur qu'avec de grandes précautions; il faut,
+outre la sincérité, une longue persévérance pour l'obtenir
+véritablement.
+
+LE ROI.--Je sais fort bien, Mademoiselle, que plus un bien est précieux,
+plus il doit se faire désirer longtemps; ce seroit une grande témérité
+d'oser l'espérer entièrement du premier abord; mais aussi il est
+certaines dispositions favorables, sans lesquelles un amant perd courage
+dès sa première poursuite. Dites-moi donc ingénuement, mon bel ange,
+sentez-vous quelque chose qui vous parle en ma faveur? Ne me déguisez
+point la vérité.
+
+Mlle DU TRON.--Hélas! Sire, qu'un pareil aveu coûte à faire à une
+personne de mon humeur! est-il nécessaire de m'expliquer sur un secret
+que je voudrois que l'on devinât? mes yeux, qui sont les interprètes de
+mon coeur, ne vous ont-ils pas assez parlé? un prince aussi spirituel
+comme vous, a dû dès le premier jour entendre leur langage à demi-mot.
+
+LE ROI.--Le langage des yeux trompe si souvent, que l'on ne doit pas
+toujours les croire, et il est très-facile de s'y méprendre! D'ailleurs,
+Mademoiselle, je vous avoue que je ne suis pas assez pénétrant pour
+pouvoir me flatter de bien développer leurs mystères. Faites donc, s'il
+vous plaît, comme s'ils ne m'avoient rien dit; que votre bouche
+m'explique, de grâce, ce qu'ils ne m'ont pas fait comprendre assez
+clairement, et qui pourroit décider de mon repos.
+
+Mlle DU TRON.--Souffrez, Sire, avant de vous satisfaire là-dessus,
+que je vous interroge à mon tour, et vous demande s'il est bien vrai que
+vous m'aimiez autant que vous le dites, si vous n'en aimez plus d'autre
+que moi, et si vous avez cette noble résolution que je demande à mon
+amant, qui est de m'être toujours fidèle? car malgré votre autorité
+souveraine, j'ose vous déclarer que mon coeur ne se donnera
+véritablement qu'à ce prix.
+
+LE ROI, _l'embrassant_.--Hélas! ma belle enfant, pouvez-vous encore en
+douter, et ne vous l'ai-je pas fait assez connoître? Douter de mon amour
+pour vous et de ma persévérance, c'est douter de la lumière du soleil.
+Oui, je vous aime et vous aimerai toute ma vie avec la plus forte
+passion; l'expérience vous en convaincra à loisir, et s'il est
+nécessaire de vous en faire des serments...
+
+Mlle DU TRON, _en riant_.--Non, non. Sire, ne jurez point; j'aime
+mieux vous croire de bonne foi, que de vous rendre parjure.
+
+LE ROI.--Si vous consentez à mon bonheur, ma chère demoiselle, sans me
+faire languir davantage, dites-moi donc aussi à votre tour que vous
+m'aimez véritablement, et récompensez toujours mes feux d'une ardeur
+réciproque.
+
+Mlle DU TRON.--Je me pique, Sire, d'être judicieuse et reconnoissante
+de ce que l'on a fait pour moi. Mais si Votre Majesté, par un principe
+de délicatesse, ne peut souffrir le partage de mon coeur, il est juste
+que je sois aussi jalouse du sien. Eh! qui me répondra que madame
+de Maintenon ne le possède pas encore tout entier comme elle a fait
+depuis longtemps? Si cela étoit par hasard, comme j'ai lieu de le
+soupçonner, vous exigez beaucoup plus de moi que je ne puis espérer de
+vous, et vous voyez bien que la partie ne seroit pas égale.
+
+LE ROI.--Ah! de grâce, n'ayez aucun ombrage à son égard, et rendez plus
+de justice à vos charmes; croyez qu'elle est morte dans mon coeur dès
+le premier moment que je vous ai connue; je ne la souffre quelquefois
+que par politique; parce qu'elle sait tous les secrets de mon Etat[149],
+et m'a donné assez souvent de bons conseils.
+
+Mlle DU TRON.--Sire, elle est fort heureuse que Votre Majesté en juge
+si favorablement pour elle, car il est certain que le public en parle
+tout autrement et ne regarde au contraire cette femme que comme le
+fléau de la France, qui causera infailliblement sa ruine, si Votre
+Majesté ne se garantit de ses artifices, et se laisse conduire plus
+longtemps par ses dangereuses persuasions.
+
+LE ROI.--Elle dit pourtant qu'elle ne travaille que pour le bien de mon
+royaume, et semble aller au-devant de tous mes souhaits.
+
+Mlle DU TRON.--Sire, sa politique est bien fine, elle a ses vues
+particulières qui sont plus intéressées que Votre Majesté ne pense; mais
+je n'en parle qu'en passant, et ce ne sont point mes affaires; je vous
+dirai seulement que vous devez vous en défier, étant fort à craindre.
+Pour revenir à notre sujet, il faut que vous demeuriez d'accord que
+j'aurois eu peu de raison de vous avouer que vous possédez seul mon
+coeur, si elle étoit encore maîtresse du vôtre.
+
+LE ROI, _se passionnant_.--Votre délicatesse me charme. Non, ma chère
+demoiselle, mon coeur est tout à vous, et elle n'y a plus aucune part;
+cessez donc de vous alarmer sur de fausses apparences, et croyez que
+vous seule me tiendrez toujours lieu de tout ce que j'ai de plus cher au
+monde.
+
+Mlle DU TRON.--Si vous ne me trompez point, mon cher prince, mon
+coeur est à vous à ces conditions, et je répondrai de ma part à tous
+les sentiments de tendresse que Votre Majesté aura pour moi; mais ne me
+trompez pas.
+
+LE ROI, _la baisant_.--Non, ma charmante demoiselle, j'en suis
+incapable; que nos coeurs soient donc unis pour toujours, et
+goûtons en paix tous les plaisirs d'un amour réciproque. Cet
+éclaircissement me redonne la vie.
+
+Mlle DU TRON.--Je n'ai pu le refuser à vos empressements et à la
+bonne opinion que j'ai de votre constance. Mais Votre Majesté m'a
+retenue ici plus longtemps que je ne pensois, et je n'ai pas fait
+réflexion que l'on m'attend.
+
+LE ROI.--Je ne vous arrêterai donc pas plus longtemps. Adieu, ma chère
+enfant! Ah! qu'il nous sera doux d'aimer toujours de même.
+
+
+NOTES.
+
+ [46] Voir la Préface.
+
+ [47] Louis le Grand. Le surnom de Grand fut donné pour la première
+ fois à Louis XIV en 1672, après la campagne, célèbre par le
+ passage du Rhin, dont il fut le prudent témoin. Le président Le
+ Pelletier fit frapper une médaille avec ces mots: LUDOVICO MAGNO.
+
+ [48] Louis XIV, né le 5 septembre 1638, avait alors 57 ans. Nous
+ sommes, en effet, en 1695, ainsi que le prouvent plusieurs détails
+ de ce récit, notamment la réception de l'ambassadeur vénitien
+ Frizzo. Voyez ci-dessous.
+
+ [49] Nous avons fait de longues recherches pour reconstituer la
+ parenté qui aurait existé entre Mlle du Tron et M. Bontemps, son
+ oncle. Le nobiliaire de La Chesnaie des Bois fait du célèbre valet
+ de chambre du Roi le premier de sa race et ne lui donne ni frères
+ ni soeurs: donc, aucune nièce de son côté. Il épousa Marguerite
+ Bosc, soeur de Claude Bosc, chevalier, seigneur d'Ivry, conseiller
+ du Roi en ses conseils, procureur général de Sa Majesté en sa Cour
+ des aides, prévôt des marchands de la ville, prévôté et vicomté de
+ Paris: de ce côté encore, aucun lien de parenté entre Bontemps et
+ la famille du Tron.
+
+ Mlle du Tron a-t-elle existé? Nous connaissons sous ce nom, mais
+ avec l'orthographe du Tronc et du Troncq:
+
+ 1º Du Troncq, dont parle Dangeau (_Mémoires_, mardi 19 octobre
+ 1706): «Le Roi depuis quelques jours a fait brigadiers le comte de
+ Melun et du Troncq, qui se sont signalés en Italie.»--Ce même du
+ Troncq (Dangeau, 8 mars 1718), figure dans une liste de promotions
+ au grade de maréchal de camp.
+
+ 2º N... du Tronc, femme de Savary, sieur de Saint Just, sur
+ laquelle on trouve le couplet suivant dans le _Recueil de
+ Maurepas_, t. XI, p. 325, année 1709:
+
+ CHANSON sur l'air: _ne m'entendez-vous pas?_
+ 2e couplet.
+
+ De Saint Just à Paris
+ La Savary fait course
+ Pour attraper la bourse
+ Du beau Towienski;
+ Mais Luxembourg l'a pris.
+
+ Le beau Towienski était un polonais, alors de passage à Paris, qui
+ avoit obtenu, d'après le chansonnier, les bonnes grâces de la
+ duchesse de Luxembourg.
+
+ S'il s'agit de Mlle du Tronc, aimée de Louis XIV, elle pouvoit
+ avoir en 1709 de 30 à 31 ans, soit 16 à 17 ans en 1695.
+
+ L'abbé de Choisy, dans son _Histoire de la comtesse des Barres_,
+ raconte que, lorsqu'il alla sous son déguisement, s'établir dans
+ le Berry, il acheta les glaces de la marquise du Tronc, morte dans
+ son château, à trois ou quatre lieues de Bourges.
+
+ [50] Sur Mme de Maintenon, voyez t. III, pages 65 etc.
+
+ [51] Bontemps. Voy. ci-dessus, page 128, note 49. Premier valet de
+ chambre ordinaire du Roi, servant par quartier, il prenoit le
+ titre d'écuyer et de conseiller du Roi. Ce titre de conseiller du
+ Roi, aussi prodigué que celui de maître d'hôtel, étoit purement
+ honorifique: il en étoit de même du titre de valet de chambre, que
+ prirent d'abord les tapissiers du Roi, et, après eux, jusqu'aux
+ menuisiers du Roi. (Voy. les _Etats de la France_.)
+
+ Alexandre Bontemps fut en outre secrétaire général des Suisses et
+ des Grisons, gouverneur de la ville de Rennes, intendant des
+ châteaux, parcs, domaines et dépendances de Versailles et de
+ Marly. C'est à lui qu'est adressée, dans les termes les plus
+ respectueux, la première lettre de Ch. Perrault (_OEuvres
+ diverses_), qui lui demande une place pour son livre dans la
+ Bibliothèque du palais de Versailles et surtout la fondation d'une
+ Bibliothèque dans la ville.
+
+ Alexandre Bontemps eut trois enfants, un fils aîné, Louis, qui eut
+ encore plus de titres et dignités que son père; Alexandre-Nicolas,
+ qui fut premier valet de chambre de la garde-robe; Marie-Madelaine
+ qui épousa le riche Lambert de Thorigny, président en la Chambre
+ des comptes, dont l'hôtel étoit et est encore un des plus riches
+ de l'île St-Louis.--Voy. l'_Erratum_ à la fin de ce pamphlet.
+
+ [52] Meudon.--«Mardi, 1er juin (1694).--Le matin, le Roi proposa à
+ M. de Barbezieux l'échange de Choisy avec Meudon; il lui demanda
+ pour combien Mme de Louvois avoit pris Meudon dans son partage. M.
+ de Barbezieux lui dit qu'elle l'avoit pris pour 500,000 fr.; sur
+ cela, le Roi dit qu'il lui donneroit 400,000 de retour et Choisy
+ qu'il comptoit pour 100,000 fr., si cela accommodoit Mme de
+ Louvois; ... qu'il vouloit qu'elle traitât avec lui comme avec un
+ particulier et ne songeât qu'à ses intérêts.» (_Journal_ de
+ Dangeau.) L'affaire se fit, et dès le vendredi suivant M. de
+ Villacerf étoit choisi par le Roi et Mme de Louvois «pour régler
+ le prix des tableaux, des statues et des glaces qui sont à Meudon
+ et que Monseigneur voudra conserver.» (_Ibid._)--A partir de cette
+ époque, le _Journal_ de Dangeau parle fréquemment des promenades
+ du Roi à Meudon, et du séjour qu'y faisoit Monseigneur.
+
+ [53] La marquise de Louvois, arrière-petite-fille du maréchal de
+ Souvré, petite-nièce de Mme de Sablé, mourut en 1715: «Ce fut, dit
+ Saint-Simon, une perte fort grande pour sa famille, pour ses amis
+ et pour les pauvres. Elle avoit la plus grande mine du monde, la
+ plus belle et la plus grande taille; une brune avec de la beauté;
+ peu d'esprit, mais un sens qui demeura étouffé pendant son
+ mariage, quoiqu'il ne se puisse rien ajouter à la considération
+ que Louvois eut toujours pour elle.--Au lieu de tomber à la mort
+ de ce ministre, elle se releva et sut s'attirer une véritable
+ considération personnelle...» La suite de cet éloge, surtout dans
+ Saint-Simon, donne la plus haute idée du mérite de Mme de Louvois,
+ et de l'estime qu'avoient pour elle le Roi, la cour et la ville.
+
+ [54] Voyez ci-dessous. Ce trait paraît tout anodin si l'on se
+ reporte aux oeuvres des fondateurs ou des réformateurs d'ordres
+ religieux; il paroîtra bien plus inoffensif encore si on le
+ compare à tel passage du Théâtre italien que nous signalerons,
+ pour montrer à quelle hardiesse de langage on étoit arrivé depuis
+ l'époque où le Tartufe avoit été interdit. Nous en citerons un
+ seul exemple, tiré du _Banqueroutier_, «comédie en 3 actes,
+ représentée pour la première fois par les comédiens ordinaires du
+ Roi dans leur hostel de Bourgogne, le 19e d'avril 1687.»
+
+ «PERRILLET.--Ne t'aperçois-tu pas d'un certain jeune abbé qui
+ vient fréquemment au logis, et que...
+
+ «COLOMBINE.--Qui? l'abbé Goguette? ah! Monsieur, n'en prenez point
+ d'ombrage... Je me connois un peu en gens. Premièrement, c'est un
+ garçon de qualité qui a dix mille écus de rente en bons bénéfices,
+ et qui est bien aise de manger son revenu avec quelque sorte
+ d'éclat. Il voit tout ce qu'il y a de jolies femmes à Paris. Il
+ joue gros jeu; son train est leste; il a une belle maison, des
+ meubles magnifiques, et un cuisinier qui dame le pion au vôtre.
+ Ha! le joli homme d'abbé que c'est! Je voudrois que Madame vous
+ eût dit comme il fait bien les choses.
+
+ «PERRILLET.--Ouf!... est-ce que ma femme sait cela?
+
+ «COLOMBINE.--Bon, ils ne bougent d'ensemble... Rêvez-vous de
+ croire que cet abbé soit amoureux parce qu'il fait de la dépense?
+ Non moins que cela. C'est qu'il a de l'ambition: et, comme dans le
+ monde on ne parvient à rien sans l'estime et l'approbation des
+ femmes, il fait de son mieux pour les mettre de son parti. Il les
+ promène, il les régale, aujourd'hui à l'Opéra, demain à la
+ Comédie. De l'air qu'il s'y prend, c'est un drôle qui s'avancera
+ en fort peu de temps et qui se va mettre dans une grande
+ réputation.
+
+ «PERRILLET.--Mais, Colombine, crois-tu qu'il ne se feroit pas
+ autant de réputation en donnant une partie de son bien aux pauvres
+ qu'en le mangeant avec les femmes?
+
+ «COLOMBINE, _riant_.--Et d'où venez-vous, Monsieur? est-ce qu'on
+ se fait abbé pour donner l'aumône? je pense que vous perdez
+ l'esprit. N'est-ce pas une assez belle charité de faire vivre de
+ pauvres diables de parfumeurs qui ne gagnent rien avec les femmes
+ et qui mourroient de faim sans messieurs les abbés?»
+
+ Cette cruelle satire est anonyme; elle n'en fut pas moins jouée à
+ l'hôtel de Bourgogne, vingt ans après le Tartufe, qui eut tant de
+ peine à paroître.
+
+ [55] Monseigneur le Dauphin.--Cf. ci-dessous.--Voy. aussi
+ t. III, p. 185.
+
+ [56] La princesse de Conti.--Cf. ci-dessous.--Voy. aussi t. III,
+ p. 163.
+
+ [57] La campagne du Rhin à laquelle le Dauphin prit part fut celle
+ de 1694. Le _Mercure galant_ de juin 1694 (pp. 338-348) donne un
+ journal de la marche de M. le Dauphin en France... «Je donnerois
+ des louanges à Monseigneur, si je croyois pouvoir faire des éloges
+ dignes de ce prince. Ce qu'il fait dit plus que je ne pourrois
+ dire. Toutes les fois que l'armée campe, ce prince ne vient point
+ chez lui sans avoir examiné le camp et vu si les gardes sont bien
+ posées. Il donne des ordres fort exacts à tous les officiers, et
+ fait publier des bans pour empêcher le cavalier et le soldat de
+ courir, c'est-à-dire d'aller en maraude... Quoi qu'il n'aime point
+ le jeu, il joue pour faire plaisir à ceux qui aiment ce
+ divertissement.»
+
+ [58] Le goût du Dauphin pour la chasse et surtout pour la chasse
+ aux loups étoit fort dispendieux; pour le satisfaire, il
+ entretenoit depuis 1682 une meute de cent chiens et soixante
+ chevaux; le personnel des chasses de la maison comprenoit six
+ lieutenants ordinaires, à 1500 liv. d'appointements, payés sur la
+ cassette par les mains du premier valet de chambre, un aumônier,
+ quatre veneurs ou piqueurs, huit valets de limiers, six
+ garde-laisse des levriers, à 1,000 liv. par an, huit valets de
+ chien à 800 liv., un pourvoyeur de l'écurie des chevaux pour le
+ loup: tout ce personnel servoit sous le commandement de M. le
+ marquis d'Heudicourt, grand louvetier de France.
+
+ [59] Le 20 juin, le Roi étoit à Trianon, et c'est là qu'il
+ recevoit le serment du sieur de La Tresne, nommé premier président
+ du parlement de Bordeaux. Entre cette date et celle du 26 octobre
+ que nous avons indiquée plus haut (page 4, note 5), le Roi alla à
+ Fontainebleau.
+
+ [60] D'après la Gazette, quatre ducs étoient alors à l'armée du
+ Rhin, dont les vers suivants prouvent qu'il est question ici: le
+ duc de Bourbon, le duc de Roquelaure, le duc de Villeroy, le duc
+ de Luxembourg.
+
+ Le duc de Bourbon, né le 12 octobre 1668, marié le 24 juillet
+ 1685, à Mlle de Nantes, légitimée de France.
+
+ Le duc de Villeroy étoit très-âgé; il était marié depuis 1662; son
+ fils ne prit le titre de duc qu'en 1696.
+
+ Le duc de Roquelaure, marié aussi, avait épousé, le 20 mai 1683,
+ Marie-Louise de Laval-Montmorency.
+
+ Le duc de Luxembourg, né le 18 février 1662, épousa, le 28 août
+ 1686, Marie-Thérèse d'Albert, fille aînée du duc de Chevreuse, qui
+ mourut le 17 septembre 1694. Le duc étoit donc veuf à l'époque où
+ se place ce récit; il se remaria le 15 février 1696, et épousa
+ Mlle de Gillier de Clérembault.
+
+ [61] A l'armée du Rhin, comme on le voit dans la pièce de vers qui
+ suit:
+
+ ... N'as-tu pu, sans le perdre, aller jusques au Rhin?
+ ... Tu voudrois quelquefois aller, comme un tonnerre,
+ Ravager la Hollande et terminer la guerre.
+
+ [62] Le Roi, vieux pécheur tout ruiné, se seroit assez bien porté,
+ d'après le _Journal de la Santé_, pendant l'année 1695; cependant
+ on ne manque pas de signaler ses purgations habituelles et
+ quelques attaques de goutte, qui l'obligeoient à «se chausser d'un
+ soulier moucheté.»--Le portrait qu'on peut faire de lui à cette
+ époque ne ressemble guère à celui qu'on a pu lire, t. II, page
+ 4.--Louis XIV tenoit de Henri IV et de Louis XIII cette odeur _sui
+ generis_, qui faisoit dire au baron de Fæneste:--«Tenez, ye me
+ devoutonne: vous sentirez.--Ho vertubieu! quel parfum.--Et les
+ pieds de mesme.» En outre, on lui avoit arraché une grande partie
+ de la mâchoire gauche, et il en étoit résulté une plaie d'où
+ s'exhaloit au loin une odeur cadavérique nauséabonde; ses maux de
+ tête et d'estomac l'avoient rendu fort taciturne et avoient
+ assombri son humeur... Du brillant Louis XIV, quand on a lu le
+ _Journal de la Santé du Roi_, il reste alors bien peu de chose.
+
+ [63] Voici ce que dit, à ce sujet, la _Gazette de France_...--«De
+ Dinant, le 5 septembre 1695: Le 30 du passé (août), à 11 heures du
+ matin, les ennemis donnèrent un assaut général avec 15,000 hommes
+ à la partie de la ville (de Namur) que les assiégés (commandés par
+ Boufflers) occupoient au poste de la Cassote et au fort Guillaume.
+
+ «Le 1er de ce mois, les alliés donnèrent un autre assaut général
+ avec 20,000 hommes...; les brèches étoient si grandes qu'il
+ pouvoit y monter un bataillon de front... Le carnage fut si grand
+ qu'il n'y en a point eu de pareil en Europe depuis plus d'un
+ siècle, puisque les ennemis eurent, dans cet assaut, 9,000 hommes
+ tués ou blessés et les nôtres 3,000. Mais comme la garnison se
+ trouva réduite à 5,000 hommes, dont il ne restoit que 2,300 en
+ état de combattre, et que tous les ouvrages étoient presque
+ entièrement renversés, on jugea à propos de capituler. Les
+ articles furent arrêtés le 2 avec l'Electeur de Bavière. Ils
+ contiennent en substance que la place seroit rendue le 5, en cas
+ qu'elle ne fût pas secourue auparavant, et que la garnison
+ sortiroit par la brèche, pour être conduite à Givet sous
+ Charlemont, avec six pièces de canon, deux mortiers, armes et
+ bagages, enseignes déployées, tambour battant, et toutes les
+ autres conditions les plus honorables. La garnison est sortie
+ aujourd'hui, mais le maréchal de Boufflers a été arrêté par ordre
+ du prince d'Orange, au préjudice de la capitulation. Les ennemis
+ ont demeuré soixante-sept jours devant la place, et on n'a jamais
+ vu une plus courageuse défense.»
+
+ «Du camp de Cambron le 10 septembre.»--Le maréchal de Boufflers
+ fut transféré le 8 à Maëstricht; la ville lui fut donnée pour
+ prison.
+
+ --«De Versailles, le 9 septembre: Le Roi, pour tesmoigner de la
+ satisfaction qu'il eut de ses services dans la vigoureuse défense
+ de Namur, l'honora du titre de duc.»
+
+ --Ce triste événement est resté complètement et sans doute
+ volontairement ignoré de l'abbé de La Brizardière dans son
+ «Histoire de Louis le Grand depuis le commencement de son règne
+ jusques en 1710»; il n'en dit mot.
+
+ [64] Nous avons dit, à la note précédente, comment s'étoit terminé
+ le siége de Namur par les alliés, et la capitulation du maréchal
+ de Boufflers. Quant à Casal, assiégé en 1629 par Gonzalve de
+ Cordoue, délivré par les François, réassiégé en 1630, mais défendu
+ avec succès par le marquis de Toiras, assiégé une troisième fois
+ en 1640 par le marquis de Leganez et délivré par le comte
+ d'Harcourt (Cadet la Perle), il fut pris en 1652 par les Espagnols
+ et, depuis, rendu par eux au duc de Mantoue qui l'ouvrit aux
+ troupes du roi Louis XIV en 1682. En 1694, le duc de Savoie, le
+ prince Eugène et le marquis de Leganez en firent le blocus le 22
+ août; au mois de novembre, malgré les conseils du marquis de
+ Leganez, à qui cette conduite le rendit suspect, le duc de Savoie
+ leva le blocus, effrayé par l'approche de l'armée de Catinat; un
+ incident curieux se produisit pendant le siége: les ennemis
+ voulurent faire sauter les magasins à poudre de la place au moyen
+ d'un ressort d'horlogerie caché dans la crosse d'un pistolet.
+ (_Mercure galant_, octobre 1694.) Le siége fut repris en avril
+ 1695. Trois mois après, en juillet, on lit dans le _Mercure
+ galant_: «Sa Majesté vient d'ordonner à M. le marquis de Crenan,
+ qui en étoit gouverneur, de remettre la place de Casal au duc de
+ Mantoue, avec tous les droits souverains qui lui appartiennent, et
+ de faire, pour cet effet, un traité avec M. le duc de Savoie et
+ les généraux des alliés. Il est réglé par ce traité que la
+ garnison en sera tirée aussitôt que la démolition tant de la ville
+ que de la citadelle et du château sera achevée; que la garnison
+ sera conduite en toute sûreté à Pignerol avec les provisions et
+ les munitions et la quantité d'artillerie stipulée; qu'il sera
+ permis aux François établis à Casal de sortir avec leurs effets.
+ En conséquence de cette capitulation, les troupes du Roi et celles
+ du duc de Savoie travaillent conjointement à ruiner les
+ fortifications.»--Cf. _Gazette de France_ du 23 juillet 1695;
+ lettre du 16 juillet.--Deux ans après, la fille du duc de Savoie,
+ âgée de 12 ans et un jour, épousoit le duc de Bourgogne, fils du
+ Dauphin (7 décembre 1697), âgé de quinze ans et demi.
+
+ Il est intéressant de remarquer que, dans cette guerre, Catinat
+ compta parmi ses adversaires un Simiane établi en Savoie, le
+ marquis de Pianezza, qui, après une vie aventureuse, servit plus
+ tard en France avec le titre de maréchal de camp.
+
+ [65] Prière à saint Benoît.--Ni dans les livres de proverbes, ni
+ dans l'_Apologie pour Hérodote_, où H. Estienne donne une assez
+ longue énumération des attributions données à plusieurs saints,
+ nous n'avons rien trouvé qui nous permette d'expliquer pourquoi
+ l'auteur met en avant ici saint Benoît, et, un peu plus loin,
+ saint Cyr et saint Hilaire.
+
+ [66] Le philosophe Thalès prétendait que l'eau était l'origine de
+ toutes choses.
+
+ [67] _Cabinet._ Ce mot, dans le sens où il est pris ici, de petite
+ enceinte d'arbres, est très-ancien dans la langue. On le trouve
+ déjà dans Nicot: _Cabinet_ ou _Gabinet en jardin_, _suffugium_.
+
+ [68] Le texte porte: _la_;--_les_ se rapporte à _murailles_.
+
+ [69] C'est l'idée exprimée dans la fameuse lettre adressée à
+ Fouquet par Mlle de Menneville, trouvée dans sa cassette et
+ conservée à la Bibliothèque nationale parmi les papiers de Baluze:
+ «Rien ne me peut consoler, lui disoit-elle, de ne vous avoir point
+ vu, si ce n'est quand je songe que cela vous auroit pu faire
+ mal.»--Chéruel, _Mém. sur Fouquet_, t. I, p. 480, _appendice_.
+
+ [70] Fagon (Guy Crescent), né à Paris le 11 mai 1638, étoit fils
+ d'un commissaire ordinaire des guerres et de Louise de La Brosse,
+ fille de Guy de La Brosse, le célèbre médecin de Louis XIII. Reçu
+ docteur en 1664, il fut chargé par Mme de Maintenon des soins à
+ donner aux enfants du Roi et de Mme de Montespan. Médecin de la
+ Dauphine en 1680 et de la reine quatre mois après, il devint en
+ 1683, après la mort de la reine, médecin des enfants de France. En
+ 1693, il fut nommé premier médecin du Roi Louis XIV, en
+ remplacement de d'Aquin, alors exilé de la cour, peut-être par les
+ intrigues jalouses de Fagon lui-même. Saint-Simon, ordinairement
+ si sévère, lui est très-favorable. Fagon fut reçu membre de
+ l'Académie des sciences en 1699. Il quitta la cour en 1715, à la
+ mort de Louis XIV, et mourut le 11 mars 1718, dans le jardin du
+ Roi, où il étoit né, auprès de son grand-père maternel.
+
+ L'éditeur du _Journal de la Santé du Roi_ lui attribue à tort le
+ volume intitulé: «les Admirables qualitez du Quinquina, confirmées
+ par plusieurs expériences... etc. Paris, Martin Jouvenel, 1689,»
+ in-12. Cet ouvrage, publié sans nom d'auteur, est précédé de
+ plusieurs approbations de médecins de la Cour, et la première est
+ celle de Fagon, qui, en retour, est cité plusieurs fois avec éloge
+ par l'auteur anonyme.
+
+ [71] La maison de St-Cyr, à cette époque (1695), comptoit neuf
+ années d'existence, les lettres patentes pour sa fondation étant
+ du mois de juin 1686.--C'est le 3 août suivant qu'eut lieu
+ l'inauguration de la maison, en présence seulement de quelques
+ dames de la Cour et de Mme de Maintenon. «Alors, dit M. Lavallée,
+ commença pour elle un travail qu'elle a continué pendant toute sa
+ vie avec un zèle égal à sa persévérance... Durant les premières
+ années, elle fut obligée, à cause de l'ignorance et de
+ l'inhabileté des jeunes religieuses, de remplir presque toutes les
+ charges de la maison.» (_Mme de Maintenon et la maison royale de
+ St-Cyr._)
+
+ [72] Sur le siége de Namur et la capitulation du maréchal de
+ Boufflers, voyez ci-dessus, p. 144, note 63, et p. 145, note 64.
+
+ [73] Sur le Père de la Chaise, voy. t. III, p. 147.
+
+ [74] Aucun des ouvrages biographiques ou satiriques consacrés au
+ Père de la Chaise ne parle du Père Bobinet.
+
+ [75] «Quoique les Papes se soient souvent opposés aux demandes que
+ nos Princes ont faites au Clergé, celui-ci a, de lui-même, voulu
+ contribuer à l'avantage public, et il n'y a plus aujourd'hui de
+ difficultés, tout le corps de l'Eglise de France s'étant lui-même
+ soumis à payer le dixième de ses revenus, sous le titre de décime,
+ et de payer encore extraordinairement pour les neuf autres parts à
+ proportion des besoins.--La répartition de ces deux espèces
+ d'impositions est faite par les Prélats ecclésiastiques et autres
+ ecclésiastiques de réputation, ce qui porteroit à croire qu'elle
+ est toujours très-équitable; mais l'expérience y est contraire...
+ L'autorité et le crédit du clergé n'ont pas permis de penser que
+ cette taxe pût être imposée par les laïques; ainsi on l'a laissé
+ se taxer lui-même. Cependant on voit communément qu'un bénéfice de
+ 100,000 liv. de rente paye 1,500 liv. pour toutes décimes et
+ qu'une communauté de 30,000 liv. de revenu paye 6 à 7,000 liv. Les
+ curés sont encore plus vexés que tous les autres par proportion.»
+ (_Mém. de Boulainvilliers_, 6e _mém._, 1727, t. II, p. 201.)
+
+ Dès la troisième année de la fatale guerre de 1688 à 1697 contre
+ le prince d'Orange, le Roi avait dû écrire à l'archevêque de
+ Paris: «Mon cousin..., comme j'ay esté informé qu'il y a beaucoup
+ d'argenterie dans les églises au-delà de celle qui est nécessaire
+ pour la décence du service divin, dont la valeur étant remise dans
+ le commerce apporteroit un grand avantage à mes sujets, je vous
+ fais cette lettre pour vous exhorter à examiner ce qu'il y a
+ d'argenterie dans chaque église de votre diocèse..., vous assurant
+ que vous ferez chose qui me sera fort agréable et fort utile au
+ bien de mon Etat, d'ordonner qu'elle soit portée dans mes monnoies
+ pour être converties en espèces d'or et d'argent, la valeur en
+ être payée comptant sur le pied porté par ma déclaration du 14
+ décembre dernier à ceux qui l'apporteront, et ce qui proviendra de
+ ladite argenterie superflue être ensuite employé au profit des
+ églises à laquelle ladite argenterie appartenoit.» (8 février
+ 1690.)--Le 16 février suivant, l'archevêque de Paris écrivoit au
+ clergé tant régulier que séculier de son diocèse pour l'inviter à
+ se conformer aux ordres du Roi; ce qui se faisoit dans le diocèse
+ de Paris devait évidemment se faire dans tous les autres.--Voy. p.
+ 156, note 79.
+
+ [76] M. de Pomponne. Voy. la table.
+
+ [77] M. de Harlay. Voy. la table.
+
+ [78] M. de Pontchartrain. La _Gazette de France_ de 1693 parle du
+ sieur Phelipeaux de Pontchartrain qui, déjà conseiller au
+ Parlement, est nommé secrétaire d'Etat en survivance de son père:
+ il est le septième de son nom qui ait été revêtu d'une semblable
+ charge (_Gazette_ du 26 décembre).--Il fut nommé chancelier et
+ garde des sceaux de France le 5 septembre 1699.--Né le 29 mars
+ 1643, Louis Phelipeaux de Pontchartrain était fils de Louis
+ Phelipeaux de Pontchartrain, président à la Chambre des comptes,
+ et de Suzanne Talon. Mme de Sévigné, Saint-Simon, Dangeau, parlent
+ de lui fréquemment.
+
+ [79] Dix millions de don gratuit.--Voy. la note 75 de la page
+ 154.--L'assemblée du clergé s'ouvrit le 28 mai 1695. «Le 8 juin,
+ le sieur Pussort, doyen du Conseil d'Etat, le sieur Le Peletier,
+ le sieur d'Argouges, le sieur de Harlay et le sieur de
+ Pontchartrain, ministres et secrétaires d'Etat, commissaires du
+ Roi, allèrent à l'assemblée générale du clergé. Le sieur Pussort
+ parla avec beaucoup de dignité et d'éloquence, et fit une
+ proposition sur laquelle l'assemblée accorda tout d'une voix à Sa
+ Majesté un don gratuit de dix millions.» (_Gazette de France_ du
+ 11 juin 1695.)--«Le grand objet d'une assemblée, c'est le don
+ qu'on y fait au Roi; mais, comme avant qu'elle commence, ce don
+ ordinairement est réglé entre le ministre, le futur président de
+ cette assemblée et le receveur du clergé, il ne reste, quand elle
+ se tient, qu'à en faire la répartition et qu'à trouver les moyens
+ de payer promptement la somme que l'on a promise. Cette commission
+ est la plus recherchée, parce qu'elle donne occasion de témoigner
+ au Roi le zèle qu'on a pour son service.» (_Mém. de l'abbé Le
+ Gendre_, Paris, Charpentier, 1863, in-8º p. 102.)--En 1690, le
+ clergé à qui l'archevêque de Paris avoit fait espérer qu'on ne
+ demanderoit aucun nouveau sacrifice en 1695, avoit accordé 12
+ millions de don gratuit: on peut juger de la pression à laquelle
+ il céda lorsqu'on lui demanda ces dix millions qui furent, dit la
+ _Gazette_, accordés tout d'une voix. La stupeur, le chagrin furent
+ d'autant plus grands que, lorsque parut, en janvier 1695, l'édit
+ imposant une capitation dont personne ne seroit exempt et qui
+ seroit levée tant que la guerre dureroit, l'archevêque avoit en
+ quelque sorte racheté cet impôt en proposant un abonnement de
+ quatre millions par an, supérieur de deux millions, d'après
+ l'évêque d'Orléans, à ce que le Roi attendoit.--(Voy. les _Mém. de
+ l'abbé Le Gendre_, p. 199.)
+
+ [80] La guerre étoit fort difficile à soutenir en effet, et voici
+ des chiffres qui le prouvent: «Si l'on suppose que la guerre du
+ prince d'Orange, commencée en 1688 et terminée en 1697, a employé
+ au service du Roi, pendant les neuf années qu'elle a duré tant sur
+ mer que sur terre, six cent mille hommes qui auront coûté chacun
+ quinze sols par jour en vivres, en solde, habits, armes, chevaux,
+ équipages, vaisseaux, artillerie, le tout par proportion, depuis
+ le général d'armée, jusqu'au dernier tambour et au mousse du
+ vaisseau, la dépense de chaque année a monté à 164,250,000 liv.;
+ mais le revenu ordinaire ne passoit pas 116,000,000.--Cela
+ supposé, il fallut recouvrer de nouveaux fonds pour l'entretien de
+ la dignité royale, les rentes, les gages et autres dépenses
+ publiques. Cependant tout s'est fait; mais, pour en venir à bout,
+ il fallut emprunter par des créations d'office, des aliénations,
+ des constitutions de rentes et de nouvelles impositions sur le
+ public déjà chargé des impositions ordinaires, et de plus par la
+ capitation imposée en janvier 1695. Ainsi cette guerre a porté ces
+ charges à près de 600,000,000 de liv. au-dessus des revenus
+ ordinaires pendant les neuf années de guerre.--Il est vrai que ces
+ grandes sommes ne sont pas entrées en entier dans le trésor... Si,
+ par exemple, un traitant se charge d'un recouvrement de six
+ millions de liv., il en retient un pour son profit et a de plus
+ 600,000 liv. pour les deux sols pour livre. Il y a encore les
+ frais de recouvrement estimés à 20 pour cent; et enfin, quoique le
+ recouvrement soit souvent assez facile, si le traitant veut payer
+ à titre d'avance, il retire les intérêts à 10 pour cent: d'où il
+ arrive que le Roi ne tire que quatre millions et demi de ce dont
+ le peuple paye sept à huit millions de livres.» (6e _mém._ de
+ Boulainvilliers, t. II, pp. 128-132.)
+
+ Du reste, plus étoient grandes les charges imposées au pays, moins
+ le trésor royal avoit de ressources. Le comte de Boulainvilliers
+ (ibid., p. 153) nous en fournit la preuve. En 1688, les tailles
+ étoient de 32,486,911 liv.; sur cette somme, le trésor a reçu
+ 29,929,240 liv.; en 1707, elles étoient de 36,755,985 liv.; sur
+ cette somme, le trésor n'a reçu que 23,538,408 liv.--Ainsi, les
+ tailles ayant augmenté de 4,269,074 liv., la recette, entre 1688
+ et 1707, a diminué de 6,390,832.
+
+ [81] «Le péché, en tant qu'il blesse la raison, est appelé
+ _philosophique_; et, en tant qu'il offense Dieu, il est appelé
+ _théologique_.» Un grand débat eut lieu dans le clergé à
+ l'occasion de ce _péché philosophique_; il eut pour origine une
+ thèse qu'un jésuite nommé Meunier, professeur au collége de Dijon,
+ avoit fait soutenir en 1686, thèse conçue en ces termes: «Le péché
+ philosophique, commis sans aucune connoissance de Dieu et sans
+ aucune attention à lui, n'est point une offense à Dieu ni un péché
+ mortel.»--La Société le désavoua; mais, en 1689, M. Arnaud la
+ dénonça au pape, aux évêques, aux princes et aux magistrats comme
+ une nouvelle hérésie; les poètes en firent des chansons, dont
+ quelques-unes fort jolies, dit l'abbé Le Gendre, sur l'air du
+ Noël: _Or, dites-nous, Marie_. Les enfants, les femmes, les
+ laquais apprirent par coeur ces vaudevilles; on les fit chanter
+ dans les rues. (_Mém. de l'abbé Le Gendre_, pp. 123-125.)
+
+ [82] Le Roi, ayant en quelque sorte codifié, par l'édit de
+ révocation de l'édit de Nantes, tous les autres édits
+ antérieurement portés par lui et qui, d'année en année, rendoient
+ plus difficile en France l'exercice de la religion protestante,
+ compléta son oeuvre en envoyant, particulièrement dans les
+ Cévennes, des missionnaires dont les prédications étoient
+ soutenues par des dragons: «Nous envoyions dix, douze ou quinze
+ dragons dans une maison qui y faisoient grosse chère jusqu'à ce
+ que tous ceux de la maison se fussent convertis. Cette maison
+ s'étant faite catholique, on alloit loger dans une autre, et
+ partout c'étoit nouvelle aubaine.» (_Mém. de Vordac_, cités dans
+ le _Bulletin du protestantisme françois_, 2e année, 1854, p.
+ 203.--_Ibid._, _passim_.)
+
+ [83] L'hérésie détruite: deux médailles furent frappées à cette
+ occasion; dans la première, la Religion couronne le Roi;
+ l'inscription porte: _Ob vicies centena millia calvinianæ ecclesiæ
+ revocata, 1685_; dans la seconde, la Religion foule aux pieds
+ l'Hérésie. L'inscription porte: _Hæresis exstincta; edictum
+ octobris 1685._
+
+ [84] La maison de Saint-Cyr fut fondée en 1686. Voyez p. 152, note
+ 71.
+
+ [85] Les Aphorismes d'Hippocrate ne disent rien de semblable; mais
+ l'école de Salerne dit:
+
+ Si vis incolumem, si vis te reddere sanum,
+ Curas tolle graves.....
+
+ [86] Le Roi avoit alors cinquante-sept ans.
+
+ [87] L'école de Salerne a, dit-on, formulé ce précepte; mais nous
+ l'avons vainement cherché dans son _Régime de santé_.
+
+ [88] Il est à remarquer précisément que, excepté Mme de Montespan,
+ toutes les maîtresses du Roi eurent cet air «précieux et
+ languissant.»
+
+ [89] «Chirurgica tota continui divisione, divisi unione et
+ extractione alieni comprehenditur.» La chirurgie étoit donc un
+ métier tout manuel, et, dans le serment que les chirurgiens
+ prêtoient, ils s'engageoient à ordonner seulement «quæ spectant ad
+ operationem chirurgiæ.» S'ils pratiquoient à Paris ou dans les
+ faubourgs, ils ne pouvoient le faire qu'avec un médecin, maître ou
+ licencié dans l'Université de Paris, ou approuvé par la Faculté.
+ (_Decreta, ritus... saluberrimi medicorum parisiensium ordinis
+ consuetudines._--Parisiis, Quillau, 1714, in-12, pp. 30 et 107.)
+
+ [90] La veine _céphalique_ «est celle qu'on a coustume d'ouvrir
+ pour les douleurs de teste, d'où son nom, du grec _kephali_,
+ tête.--La veine _basilique_, ou _hépatique_, est une veine qui
+ naît du rameau axillaire, va au milieu du pli du coude où elle se
+ divise en deux rameaux.» (Furetière.)
+
+ [91] Vos peuples meurent de faim.--«Si, en 1688, on se plaignoit
+ que les paysans n'avoient point de lits pour se coucher,
+ aujourd'hui plusieurs manquent de paille (1707).»--_Mém. de
+ Boulainvilliers_, II, 152.--«On ne sçauroit compter combien il
+ meurt de pauvres paysans à la porte des plus riches bénéficiers,
+ sans secours spirituel ou temporel, faute d'un peu de nourriture
+ ou du plus simple remède.» (_Ibid._, p. 126.)--«Le règne de Louis
+ XIV,--despotique, bursal, très-long et par conséquent odieux,--a
+ détruit l'abondance en tirant des sujets au-delà de leurs forces
+ et en détruisant la consommation intérieure... il a pareillement
+ détruit la confiance en découvrant un fonds de mauvaise intention
+ et d'artifice dans les ministres, digne d'une éternelle
+ exécration.» (_Ibid._, pp. 1, 8-9.)--«Les fortunes subites des
+ financiers ont excité plusieurs marchands à quitter le
+ commerce,... et une infinité d'autres à quitter l'agriculture...
+ De là vient que tant de fabricants et de laboureurs ou fermiers
+ ont été ruinés, que les terres sont incultes ou mal façonnées, et
+ que les banqueroutes sont si fréquentes.» (_Ibid._, p.
+ 16-17.)--Les extraits qui précèdent nous dispensent de citer les
+ passages si connus où La Bruyère, Vauban, etc., dépeignent la
+ misère du peuple.--Cf. Vie de Mme de Miramion, pp. 320 et sq.
+
+ [92] Dans ses _Mémoires_, Louis XIV, parlant des souverains, dit
+ que «le Ciel les a faits dépositaires de la fortune publique.»
+ (_Édition_ Dreyss, I, p. 177);--il ajoute (t. II, p. 230) que «les
+ Rois sont nés pour posséder tout et commander à tout.»
+
+ [93] La France soutenoit alors trois guerres, en Hollande, en
+ Savoie et dans le Palatinat,--sans parler de ses guerres navales
+ dans la Méditerranée, sur les côtes de France et dans les
+ colonies.--Nous avons donné plus haut (p. 157, note 80) un aperçu
+ des frais énormes de ces guerres.
+
+ [94] Un mémoire de Marinier, commis des bâtiments du Roi, sous
+ Colbert, Louvois et Mansart, et reproduit en appendice dans les
+ Mém. de Saint-Simon (_Édition_ Hachette), nous donne l'état des
+ dépenses faites par Louis XIV à Versailles, Saint-Germain, Marly,
+ etc.--De 1679 à 1690 les dépenses pour Marly seul s'élevèrent à la
+ somme totale de 4,501,279 liv. 12 s. 3 d., somme qu'il faut au
+ moins quadrupler pour en avoir la valeur en monnoie actuelle.--A
+ cette somme, il faut ajouter les frais d'une cascade en forme de
+ rivière qui tomboit du haut de l'allée derrière le château: on
+ estime, dit Marinier, qu'elle passe cent mille écus.
+
+ [95] La liste serait longue de toutes les mesures prises pour
+ augmenter les ressources du Trésor. Nous citerons les principales
+ qui furent arrêtées dans les cinq dernières années, de 1690 à
+ 1695.
+
+ 1690.--_3 Janvier._--Déclaration du Roi: «... Pour mettre tout
+ d'un coup dans le commerce une grande quantité de matières d'or et
+ d'argent et la faire convertir en espèces à nos coins et armes,
+ nous avons fait porter aux hostels de nos monnoyes une grande
+ partie des ouvrages d'orfévrerie qui servoient d'ornements à nos
+ palais (malheureusement, d'après l'abbé Le Gendre, ces ouvrages
+ étoient dus au célèbre orfèvre Claude Ballin, dont on trouve la
+ vie et le portrait dans les _Hommes illustres_ de Perrault); et,
+ après avoir donné cet exemple à nos sujets, nous avons, par notre
+ déclaration du 14e du mois de décembre dernier, deffendu à
+ l'avenir la fabrication de toute sorte d'ouvrages d'argenterie de
+ pur ornement, et nous avons ordonné que ceux de nos sujets qui
+ auroient de ces ouvrages deffendus les porteroient aux hostels de
+ nos monnoyes..., sans aucun profit pour nous, puisque nous leur
+ faisons payer la matière desdits ouvrages d'argenterie deffendus à
+ 35 sols du marc de plus qu'elle n'est évaluée par les tarifs
+ arrestez en nos cours des monnoyes. Nostre prévoyance et nos soins
+ ont eu tant de succez que nous avons eu la satisfaction de voir
+ que, depuis la publication de cette déclaration, nos sujets y
+ obéissent avec tant de zèle et d'empressement qu'ils portent aux
+ hostels de nos monnoyes, non-seulement les ouvrages d'argenterie
+ deffendus, mais encore beaucoup de vaisselle plate (_plata_, esp.,
+ argent) dont l'usage leur étoit permis...»
+
+ 1690.--_8 Février._--Lettre du Roy à Mgr l'Archevêque de Paris:
+ «Mon cousin,... comme j'ay esté informé qu'il y a beaucoup
+ d'argenterie dans les Eglises au-delà de celle qui est nécessaire
+ pour la décence du service divin, dont la valeur estant remise
+ dans le commerce apporteroit un grand avantage à mes sujets, je
+ vous fais cette lettre pour vous exhorter à examiner ce qu'il y a
+ d'argenterie dans chaque église de votre diocèse..., vous
+ asseurant que vous ferez chose qui me sera fort agréable et fort
+ utile au bien de mon Etat, d'ordonner qu'elle soit portée dans mes
+ monnoyes pour estre converties en espèces d'or et d'argent, la
+ valeur en estre payée comptant sur le pied porté dans ma
+ déclaration du 14 décembre dernier...»--Semblable lettre dut être
+ envoyée à tous les Evêques de France.
+
+ 1690.--_16 Février._--Lettre de l'Archevêque de Paris au Clergé
+ tant régulier que séculier de son diocèse, pour l'inviter à se
+ conformer aux ordres contenus dans la lettre royale du 8 février.
+
+ 1690.--_Février._--Edit du Roi portant création en titre d'office
+ d'un premier président et de huit présidents au Grand Conseil, qui
+ payeront «en nos revenus casuels la somme à laquelle sera taxée
+ chaque charge...»
+
+ 1690.--_Novembre._--Edit du Roi portant création de deux
+ présidents, seize conseillers et autres officiers au Parlement de
+ Paris, Requêtes de l'Hôtel et Requêtes du Palais... «Les dépenses
+ excessives que nous sommes obligez de faire pour faire garantir
+ notre Royaume de la multitude des ennemis qui l'attaquent, nous
+ engageant de suppléer par des fonds extraordinaires aux défauts de
+ nos revenus, nous nous trouvons obligez, après les grandes
+ aliénations que nous en avons fait, de recourir aux moyens dont on
+ peut tirer des secours plus considérables avec moins de charge
+ pour nos sujets et pour nos finances...
+
+ »A ces causes..., nous avons fixé à 500,000 liv. au lieu de
+ 350,000 liv. le prix des charges de président, et celles de nos
+ advocats généraux à 350,000 liv. au lieu de 300,000 liv.»--Les
+ nouveaux titulaires payoient le droit annuel sur le prix de
+ l'évaluation des offices. D'où ce résultat que «les plus hautes
+ charges de l'Etat ne rapportent pas le denier quarante, et celles
+ des finances vont à dix et quinze pour cent, sans les autres
+ facilités qu'elles procurent.»--6e _Mém._ du comte de
+ Boulainvilliers.
+
+ 1690.--_Décembre._--Edit du Roi portant création de deux
+ présidents, quatre maîtres ordinaires, quatre correcteurs, quatre
+ auditeurs et autres officiers en la chambre des comptes de
+ Paris.--La charge de premier président est taxée à 550,000 liv. au
+ lieu de 400,000 liv., celle de président, à 300,000 liv. au lieu
+ de 200,000 liv., celle de procureur général à 300,000 liv. au lieu
+ de 250,000 liv.
+
+ 1691.--_Mars._--Edit du Roi portant création de maîtres et gardes
+ et de jurez syndics des corps des marchands et des arts et métiers
+ dans toutes les villes du royaume. Les droicts de marc d'or
+ desdits offices sont fixez pour la première classe à 30 liv.; pour
+ la deuxième à 24 liv.; pour la troisième à 18 liv.; pour la
+ quatrième à 12 liv. En outre, pour les droits de réception, selon
+ la classe, 15 liv., 12 liv., 9 liv. et 5 liv.; plus, pour le droit
+ royal rétabli en remplacement du droit domanial supprimé, les
+ marchands et maîtres des corps et communautés payent 40 liv. pour
+ la première classe, 30 liv. pour la deuxième, 20 liv. pour la
+ troisième, 10 liv. pour la quatrième.
+
+ 1691.--_3 Mai._--«Les marchands bonnetiers se réunissent au bureau
+ de la communauté, rue des Ecrivains, paroisse
+ Saint-Jacques-la-Boucherie, pour délibérer sur les moyens de
+ trouver les fonds de la somme [de 36,000 liv.] que la communauté
+ doit offrir au Roi pour réunir au profit d'icelle les offices
+ héréditaires de six maîtres et gardes de la communauté créés,
+ ainsi que dans tous les autres corps et communautez des marchands
+ et artisans des villes du royaume par l'édit du mois de
+ mars...»--Il résulte d'un arrêt du Conseil du Roi en date du 8
+ mai, que les bouchers, après avoir refusé d'abord, auroient fait
+ leur soumission.
+
+ 1691.--_22 Mai._--Extrait des Registres du Conseil d'Etat: ... «Sa
+ Majesté en son Conseil a ordonné et ordonne que la déclaration du
+ 14 novembre 1689 sera exécutée selon sa forme et teneur; en
+ conséquence a fait et fait très-expresses inhibitions et défenses
+ à tous ouvriers de luxe de dorer ou argenter des chandeliers à
+ branches, girandoles, bras, chenets, grilles, brasiers, bordures
+ de miroirs, balustres, bois de chaises, tables, bureaux, guéridons
+ et autres semblables ouvrages...»
+
+ 1691.--_14 Août._--Déclaration du Roi... «Ceux qui ont acquis
+ quelque domaine aliéné de bénéfices, communautez, colléges ou
+ hôpitaux, à la charge d'en remplacer le prix en maisons ou
+ héritages, seront tenus, à la réquisition des créanciers, d'en
+ porter les deniers à nostre trésor royal, pour estre employez en
+ acquisitions de rentes constituées sur l'hostel de nostre bonne
+ ville de Paris...»
+
+ 1692.--_Janvier._--Edit du Roi portant création des charges de
+ surintendant général des postes et relais de France et de grand
+ maître des courriers... «A l'égard de tous les droits utiles,
+ profits et revenus appartenant auxdites charges..., nous les avons
+ unis et unissons à notre domaine pour estre reçus par nos
+ receveurs avec nos autres revenus, chacun dans leur
+ généralité.»--Cf. 6e _Mém._ de Boulainvilliers.
+
+ 1692.--_Février._--Edit du Roi portant création de lieutenants de
+ S. M. dans toutes les provinces du royaume: «Si l'état florissant
+ où nous conservons notre royaume au milieu de la plus grande
+ guerre que la France ait jamais soutenue nous en a fait connoître
+ les forces inépuisables, le zèle ardent et empressé avec lequel
+ nos sujets et principalement notre noblesse sacrifient tous les
+ jours leurs biens et leurs vies nous fait trouver en même temps
+ notre puissance trop bornée, lorsque, voulant proportionner nos
+ bienfaits à leurs services, nous voyons à regret que nous manquons
+ de récompenses à mesure que les raisons d'en donner
+ augmentent...»--Les lieutenants du Roi ne pourront être remplacés
+ «sans que celuy auquel nous en aurons donné l'agrément n'ait
+ actuellement remboursé les sommes que lesdits lieutenants auront
+ financés en nos coffres...»
+
+ 1692.--_Février._--Edit du Roi portant création de 200 notaires
+ royaux dans l'étendue du Parlement de Tournay, etc.
+
+ 1693.--_17 Mars._--Tarif des droits que le Roi en son conseil veut
+ et ordonne être payez pour le controlle et enregistrement des
+ titres et autres actes qui seront reçus à l'avenir dans toute
+ l'étendue du royaume. Exemples: contrats de mariage, jusqu'à 500
+ liv., dix sols;--de 500 à 1,000 liv., 20 sols;--de 1,000 à 5,000
+ liv., 40 sols, etc.
+
+ 1693.--_8 Mars._--Tarif des droits qui seront payez par les juges
+ ou officiers de justice des seigneurs qui ne se sont point fait
+ recevoir ou qui n'ont point esté immatriculez aux greffes de nos
+ cours ou juridictions. Exemple: les juges des duchés-pairies et
+ autres justices seigneuriales qui ressortissent immédiatement au
+ Parlement, chacun 150 liv.; procureurs desdits, 100 liv., etc.
+
+ 1693.--_16 Juin._--Tarif des droits que le Roi en son conseil veut
+ estre payez à commencer du 1er juillet prochain par les
+ communautez des marchands et artisans de la ville et faubourgs de
+ Paris, pour avoir la faculté d'avoir chez eux des balances,
+ romaines et fléaux de quelque poids que ce soit. Exemple: chacun
+ des maîtres de la communauté des épiciers, apothicaires,
+ grossiers, confiseurs, ciriers, 6 liv.;--merciers, grossiers,
+ joailliers, 6 liv.;--bouchers, 10 liv.;--boulangers, 3 liv., etc.
+
+ 1695.--_Janvier._--On lit dans le MERCURE GALANT: «_Enfin_ la
+ déclaration du Roi pour l'établissement de la capitation a esté
+ publié. Il y avoit longtemps que cette publication étoit
+ _souhaitée_, tant le zèle des sujets du Roi est grand pour
+ contribuer à sa gloire et au bien de l'Etat: en sorte que les
+ taxes ont paru fort modiques à plusieurs.»
+
+ Comme complément de cette curieuse nouvelle, voici un extrait de
+ la lettre (insérée au _Mercure galant_ de mars 1695) par laquelle
+ les Etats de Languedoc sollicitent la faveur d'être soumis à la
+ capitation: «L'Assemblée des Etats de Languedoc a toujours donné
+ des marques de la passion qu'elle a eue pour le service du Roi et
+ pour le bien du royaume, en supportant les impositions dont cette
+ province est chargée; mais elle sent croître cette passion dans le
+ coeur de ceux qui la composent, en ce temps où les ennemis de
+ l'Etat se sont faussement persuadé que le zèle des sujets du Roi
+ peut diminuer ou leurs forces s'épuiser, après le don gratuit de
+ trois millions qu'elle vient de faire à S. M. et de plusieurs
+ autres sommes considérables..., elle demande à Sa Majesté qu'il
+ luy plaise de faire une subvention générale de capitation qui soit
+ supportée par tous ses sujets, et demande que l'établissement en
+ soit fait dans la province de Languedoc pendant la guerre...»
+
+ 1695.--_30 Avril._--Edit du Roi, registré au Parlement, portant
+ aliénation de douze cent mille livres de rente au denier quatorze
+ sur l'hôtel-de-ville de Paris.
+
+ Nous pourrions multiplier ces extraits; ceux qui précèdent peuvent
+ déjà donner l'idée des souffrances que l'état de guerre faisoit
+ supporter au pays.
+
+ [96] Messire François d'Argouges, conseiller d'Etat et du Conseil
+ royal, ci-devant premier président du Parlement de Bretagne,
+ mourut à Versailles le 16 de ce mois. (_Gazette de France_, 1695:
+ de Versailles, le 19 août) [quelques jours avant la perte de
+ Namur.]
+
+ Louvois étant mort le 16 juillet 1691, à 51 ans, son troisième
+ fils, le marquis de Barbezieux, fut nommé secrétaire d'Etat, et
+ prêta serment le 19 août entre les mains du Roi pour la charge de
+ chancelier et garde des sceaux qu'avoit son père, le 25 août 1693;
+ le 12 novembre il épousoit Mlle de Crussol, fille du duc d'Usez et
+ petite-fille de Montausier. Il mourut à Versailles le 5 janvier
+ 1701, épuisé par une vie de plaisirs, après une courte
+ maladie.--Lorsqu'il succéda à son père, il avoit 23 ans,
+ «d'ailleurs nulle expérience, et il eut ordre de ne rien faire
+ dans l'exercice de sa charge que par l'avis de Chanlay, qui lui
+ fut donné comme collègue et comme modérateur.» (_Mém._ de l'abbé
+ Le Gendre, p. 136.)--Voy. sur les griefs du Roi contre lui,
+ Saint-Simon, _édit._ Hachette en 13 vol. in-12, VIII, 457.
+
+ [97] L'auteur veut sans doute parler du tarif imposé au Clergé le
+ 10 juin 1693 pour les droits à payer à l'occasion des mariages,
+ sépultures, baptêmes, etc.--Voici, par exemple, l'article relatif
+ aux mariages: bans, 30 sols; fiançailles, 40; célébration du
+ mariage, 6 liv.; certificat de publication des bans, 5 liv.;
+ honoraires de la messe de mariage, 30 sols; pour le vicaire, 30
+ sols; pour le clerc des sacrements, 20 sols; la bénédiction du
+ lit, tant pour celui qui la fait que pour le clerc qui l'assiste,
+ 30 sols, soit en totalité 20 liv., soit de 60 à 80 francs de notre
+ monnoie.
+
+ [98] Il y a peu de numéros de la _Gazette de France_ de cette
+ époque où il ne soit parlé des incessantes incursions des Anglois
+ sur nos côtes; mais nos nombreux corsaires leur faisoient bonne
+ guerre, et ce que la _Gazette_ enregistre surtout ce sont nos
+ succès.--Voy. les notes suiv.
+
+ [99] Anne Hilarion de Constantin, comte de Tourville, célèbre par
+ ses actions sur mer, fut fait lieutenant-général des armées du Roi
+ et vice-amiral du Levant en 1689 (_Gaz. de France_). Souvent
+ vainqueur des Anglois et des Hollandois, notamment en 1690
+ (_Gazette_ du 27 juillet), il fut repoussé par les Anglois le 7
+ juin 1692. Maréchal de France en 1693, il mourut à Paris dans la
+ nuit du 7 au 8 mai 1701.
+
+ [100] _Gazette de France_ du 19 mars 1695: «On a eu avis de
+ Livourne que les vaisseaux du Roy _le Content_ et _le Trident_,
+ commandez par le comte du Chalard et le sieur d'Aulnay, avoient
+ esté attaquez par six vaisseaux de guerre anglois,» et contraints
+ de se rendre après une résistance désespérée qui ne dura pas moins
+ de deux jours.
+
+ _Gazette_ du 2 juillet (Toulon, 19 juin) 1695.--«Les ennemis ne
+ paroissent plus sur nos costes, et on a appris que leurs grands
+ préparatifs et une flotte si nombreuse n'ont abouti jusqu'à
+ présent qu'à transporter en sûreté quelques troupes en Catalogne.»
+
+ _Gazette_ du 17 septembre (Marseille, 5 septembre) 1695.--«L'armée
+ navale des alliez, après avoir jeté inutilement 2,500 bombes dans
+ Palamos, partit le 27 du mois dernier et parut le 30 devant Toulon
+ avec environ cent bastimens, parmy lesquels il y avoit 55
+ vaisseaux de guerre ou frégates.»--A Toulon, à la Ciotat, à
+ Marseille et dans les autres ports de la côte, le maréchal de
+ Tourville, en Provence le comte de Grignan prirent toutes les
+ mesures nécessaires pour empêcher le débarquement des ennemis qui,
+ fort heureusement, furent éloignés par une tempête.
+
+ [101] Voy. ci-dessus, p. 133, note 54.
+
+ [102] Il n'étoit point question, à cette époque, de taxer les
+ filles de joie, mais de les retirer du vice. C'est alors, en
+ effet, que Mme de Combé, hollandoise de nation, fonda le Bon
+ Pasteur, qui, après des commencements modestes, fut définitivement
+ établi en 1698. Voy. Delamare, _Traité de la police_, I, 530 et
+ suiv.
+
+ [103] Ce qu'on reprochoit surtout à Pomponne c'étoit sa
+ négligence; l'abbé Le Gendre dit qu'il «laissoit quelquefois des
+ dépêches deux ou trois jours sans les ouvrir. On disoit encore
+ qu'il faisoit part aux jansénistes de tous les secrets de l'Etat,
+ qui étoient son conseil, et qu'il ne faisoit rien par lui-même.»
+ Ce fut là la cause avouée de sa destitution, mais «la principale
+ peut-être fut que son emploi faisoit envie à M. Colbert qui étoit
+ bien aise de l'exercer sous le nom de son frère de Croissy, à qui
+ il le fit tomber.» (_Mém._ de l'abbé Le Gendre, pp.
+ 137-138.)--Voir les _Mém._ de Louis XIV, édit. Dreyss.
+
+ [104] Sur Harlay de Champvalon, archevêque de Paris, voy. la
+ table.
+
+ [105] Grande question que la question des siéges. Chez le Roi ou
+ la Reine, les duchesses seules et les femmes d'ambassadeur avoient
+ les honneurs du tabouret. Dans le monde, les femmes de qualité
+ pouvoient avoir des fauteuils; mais une femme plus qualifiée,
+ comme la duchesse de La Meilleraie, par exemple, lorsqu'elle étoit
+ à Nantes dans le gouvernement de son mari, s'asseyoit volontiers
+ sur le dossier de son fauteuil pour être plus élevée que les
+ autres dames. On se rappelle la colère de la comtesse
+ d'Escarbagnas contre Criquet, son laquais, qui, lorsqu'elle lui
+ dit d'approcher un siége pour M. Thibaudier, apporte une
+ chaise.--«Un pliant, petit animal,» lui dit-elle tout bas. M.
+ Thibaudier n'est que conseiller. Voici un passage bien curieux
+ tiré de _Polyandre_, histoire comique (1648), attribué à Ch.
+ Sorel; il nous conduit au bal chez un riche financier: «... Force
+ chaises et tabourets avoient esté mis partout. Les dames et les
+ demoiselles les plus qualifiées estoient assises au premier rang,
+ et il y avoit quelques femmes que la beauté et la jeunesse
+ mettoient à l'égal des filles. Elles faisoient plus d'un demi
+ cercle, qui laissoit de l'espace pour danser, et derrière il y
+ avoit des dames plus âgées qui, par leurs ajustemens et leur
+ contenance estudiée, témoignoient qu'elles prétendoient encore à
+ la bonne mine et qu'elles ne pensoient point estre au rebut.
+ Quelques hommes estoient assiz en confusion parmy elles, et vers
+ la porte il y en avoit une grosse foule qui estoient debout. _Les
+ plus galands_, refusans des chaises, _quoy qu'ils fussent gens de
+ condition_, estendoient leurs manteaux par terre et s'alloient
+ coucher aux pieds des belles dames, où ils se trouvoient encore
+ trop honorez, et tantost les uns, tantost les autres estoient pris
+ pour danser,» pp. 178-180.--Voy. l'_Introduction_ à notre édition
+ du _Dict. des Prétieuses_, de Somaize (Bibl. elzev.), et la
+ préface de notre ouvrage _Précieux et Précieuses_, 1 vol. in-8º.
+ Paris, Didier.--Voy. aussi dans les _Mémoires_ de Louis XIV le
+ refus d'une «chaire à dos» sollicitée par Monsieur, pour Madame,
+ et les motifs de ce refus.
+
+ [106] L'Evêque de Noyon étoit de la famille de Clermont-Tonnerre.
+ Saint-Simon a fait connoître la vanité de ce prélat, qui couvroit
+ de ses armoiries tous les murs de son évêché, qui étaloit à une
+ place d'honneur un tableau généalogique où on le faisoit descendre
+ en même temps des empereurs d'Orient et des empereurs d'Occident,
+ etc. Il a raconté son admission, par ordre du Roi, à l'Académie
+ françoise où un discours amphigourique et emphatiquement
+ louangeur, malignement prononcé à sa réception par l'abbé de
+ Caumartin, fit de lui la risée de la Cour. «M. de Paris ne
+ l'aimoit point. Il y avoit longtemps qu'il avoit sur le coeur une
+ humiliation qu'il en avoit essuyée; il n'étoit point encore duc et
+ la Cour étoit à Saint-Germain, où il n'y avoit point de petites
+ cours comme à Versailles. M. de Noyon, y entrant dans son
+ carrosse, rencontra M. de Paris à pied; il s'écrie, M. de Paris va
+ à lui et croit qu'il va mettre pied à terre; point du tout; il le
+ prend de son carrosse par la main et le conduit ainsi en laisse
+ jusqu'aux degrés, toujours parlant et complimentant l'archevêque,
+ qui rageoit de tout son coeur. M. de Noyon, toujours sur le même
+ ton, monta avec lui et fit si peu semblant de soupçonner d'avoir
+ rien fait de mal à propos que M. de Paris n'osa en faire une
+ affaire; mais il ne l'en sentit pas moins.» Premier grief; en
+ voici un second: «Cet archevêque... s'étoit mis peu à peu
+ au-dessus de faire aucune visite aux prélats, même les plus
+ distingués, quoique tous allassent souvent chez lui. M. de Noyon
+ s'en piqua et lui en parla fort intelligemment. C'étoient toujours
+ des excuses. Voyant que ces excuses durèrent toujours, il en parla
+ si bien au Roi qu'il l'engagea à ordonner à M. de Paris de l'aller
+ voir. Ce dernier en fut d'autant plus mortifié qu'il n'osa plus y
+ manquer aux occasions et aux arrivées.»--Un troisième grief, c'est
+ que Monseigneur de Harlay avertit charitablement M. de Noyon du
+ ridicule que le discours de l'abbé de Caumartin avoit jeté sur
+ lui. Tous ces petits événements sont de l'année 1694, à la veille
+ de l'Assemblée du Clergé. Quel nouveau conflit vit-on éclater dans
+ l'Assemblée entre les deux prélats si hautains? Ni Dangeau, ni
+ l'abbé Le Gendre n'en ont parlé; mais on les devine. Saint-Simon
+ parlant des dégoûts qui assaillirent Monseigneur de Harlay dans
+ ses dernières années, ajoute que «les chagrins de cette assemblée
+ l'achevèrent.» Le 6 août, on le trouva mort, étendu sur un canapé
+ dans sa maison de Conflans... «M. de Noyon eut son cordon bleu.»
+
+ [107] L'abbé de Caylus, frère du chevalier de Caylus qui épousa
+ Mlle de Villette, fille du cousin-germain de Mme de Maintenon. Il
+ devint évêque d'Auxerre, après avoir été aumônier du Roi; il avoit
+ refusé l'évêché de Toul.
+
+ [108] Les Cordeliers dits du Grand Couvent avoient leur maison
+ dans la rue de l'Observance, quartier du Luxembourg. Les
+ Cordeliers de l'_Ave Maria_ avoient leur couvent, rue des Barres,
+ quartier Saint-Paul, et les Cordeliers, sans épithète, rue de
+ Lourcine, quartier de la place Maubert.
+
+ [109] «La dispute du quiétisme est une de ces intempérances
+ d'esprit et de ces subtilités théologiques qui n'auroient laissé
+ aucune trace dans la mémoire des hommes sans le nom des deux
+ illustres rivaux (Bossuet et Fénelon) qui combattirent.» (_Siècle
+ de Louis XIV._)--Mme Guyon, la fondatrice illuminée de cette
+ hérésie mort-née, s'étant mise, d'après le conseil de Fénelon,
+ entre les mains de Bossuet, regardé comme un père de l'Eglise,
+ l'Evêque de Meaux s'associa, pour l'examen de ses oeuvres,
+ l'Evêque de Châlons, depuis cardinal de Noailles, et l'abbé
+ Transon, supérieur de Saint-Sulpice. Ils s'assemblèrent
+ secrètement à Issy. L'Archevêque de Paris, jaloux que d'autres que
+ lui se portassent pour juger dans son diocèse, fit afficher une
+ censure publique des livres qu'on examinoit. (_Ibid._)
+
+ [110] Ces trois livres étaient les ouvrages de Mme Guyon et
+ peut-être la _Guide spirituelle_ de Molinos.
+
+ [111] Il étoit d'usage que les militaires et les valets prissent
+ ainsi des noms de guerre. Nous avons sous les yeux un modèle du
+ Registre journal du Directeur d'un hôpital militaire; la septième
+ colonne est destinée aux «noms de fiefs des officiers et aux noms
+ de guerre des soldats.» Nous y relevons les sobriquets de Va de
+ bon coeur, la Joie, la Grandeur, Boitout, le Tapeur, la Valeur,
+ Tope à tout, etc.
+
+ [112] Mme de Maintenon, née en 1636 (voy. t. III) avoit alors 59
+ ans.
+
+ [113] Bernier, chirurgien, nous est inconnu. Il ne peut être
+ question, en effet, du célèbre médecin voyageur, François Bernier;
+ celui-ci étoit mort en 1688. Peut-être s'agit-il de Jean Bernier,
+ auteur d'une Histoire de la Médecine et des Médecins (1688 et
+ 1693); mais il n'étoit pas chirurgien du Roi.
+
+ [114] «On prend enfin ce mot _mareschal_ pour un médecin de
+ chevaux..., et Nicot dit que ces mareschaux avoient soin des
+ chevaux du Roy, à la manière des Empereurs romains qui tenoient un
+ médecin pour leurs chevaux, qui, après, parvenoient à de plus
+ grands emplois. Ainsi Virgile fut médecin des chevaux d'Auguste et
+ puis son favory. Et M. Heroart fut médecin des chevaux du roy
+ Louis XIII, et après il le fut du Roy mesme.»--(Borel, _Trésor des
+ recherches et antiquités françoises_. In-4º, 1655.)
+
+ [115] C'étoit le langage de la Reine parlant de Mme de Montespan:
+ «Il lui échappoit souvent de dire: cette pute me fera mourir.»
+ (Saint-Simon.)
+
+ [116] Furetière admet la locution: «Saigner le pied en l'eau» et
+ c'est ainsi sans doute qu'il faut lire.
+
+ [117] Le louis d'or valoit alors 12 liv., soit 60 fr. de notre
+ monnoie; ordinairement, le prix de la visite des médecins étoit
+ d'un petit écu. Voy. le _Trio de la Médecine_, de l'abbé
+ d'Aubignac. Les chirurgiens et les apothicaires étoient moins bien
+ traités; cependant, quand maître François du Tertre faisoit au Roi
+ une saignée au bras, il touchoit 300 liv., et 600 liv. pour une
+ saignée au pied.
+
+ [118] Je vous _quitte_, pour _je vous tiens quitte_. Le _Dict._ de
+ Furetière donne ce sens qu'on ne trouve pas dans Richelet. Les
+ lexiques de la langue de Corneille par M. Godefroy et par M.
+ Marty-Laveaux ne le relèvent pas; mais le lexique de la langue de
+ Mme de Sévigné (_Collect._ des Grands Ecrivains) en cite plusieurs
+ exemples: «Je vous quitte de la peine de me répondre,» etc.
+
+ [119] Saint-Malo étoit d'autant plus exposé qu'il étoit plus
+ redoutable aux ennemis. On lit dans la _Gazette_: «de Paris le 12
+ janvier 1692: «on a reçu avis que les armateurs, principalement
+ ceux de Saint-Malo, continuoient d'amener incessamment un grand
+ nombre de prises.
+
+ «2 février.--Deux vaisseaux du Roi, l'un de 20; l'autre de 26
+ pièces de canon, attaquèrent le 24 du mois dernier à la hauteur de
+ Jersey deux anglois, l'un de 50 et l'autre de 60 pièces de canon:
+ après six heures de combat ils les obligèrent à se retirer assez
+ maltraitez.»
+
+ Les années suivantes, Saint-Malo fut bombardé deux fois par les
+ Anglois, le 26 novembre 1693 et le 14 juillet 1695. (Cunat,
+ _Saint-Malo et ses marins_.) Le _Mercure galant_ (vol. de juillet)
+ contient, de la p. 262 à la p. 275, un Journal du bombardement de
+ Saint-Malo, avec des extraits de lettres sur le même sujet, de la
+ page 275 à la page 280. A la fin de l'hiver précédent, les
+ habitants qui se rappeloient le bombardement de 1693 et qui ne
+ prévoyoient pas celui qu'ils devoient subir, sans en souffrir
+ d'ailleurs, au mois de juillet suivant, avoient multiplié chez eux
+ les divertissements; un ballet, _le Retour des plaisirs_, dont la
+ musique avoit été faite par le maître de musique de la cathédrale,
+ fut dansé; à la seconde entrée, un choeur de Malouins chantoit
+ devant Neptune:
+
+ Désormais sur ces bords vivons sans épouvante;
+ Neptune a de l'Anglois repoussé la fureur.
+
+ [120] Probette, boussole. Vieux mot que n'ont recueilli les
+ dictionnaires ni de Nicot, ni de Cotgrave, ni de Monet, ni de
+ Joubert, ni les dictionnaires flamand-françois de 1618 ou de 1634,
+ ni le dictionn. françois-italien de 1648, etc.
+
+ [121] «_Maletoulte_, c'est-à-dire extorsion, imposts
+ extraordinaires, et _maltoutiers_ sont ceux qui lèvent ces
+ imposts. Ce qui vient du mot _tollir_, c'est-à-dire oster. Ce nom
+ fut donné à l'impost de 1296, selon M. Bignon sur Marculphe. D'où
+ vient que _maletoste_, selon Ragneau, veut dire tout subside
+ extraordinaire.» (Borel, _Thresor de Recherches_.)
+
+ [122] L'Empereur d'Allemagne était alors Léopold Ier, qui succéda
+ en 1657 à Ferdinand III, mourut en 1705 et laissa le trône à
+ Joseph Ier.
+
+ [123] Dans l'édit. que nous reproduisons, le texte suit, divisé
+ par _Entretiens_; dans une édition postérieure, l'_Entretien_
+ XVIII est précédé d'un nouveau titre et des mots «seconde partie»,
+ qui ne semblent pas motivés.
+
+ [124] Jacques-Henri de Durasfort, duc de Duras, chevalier des
+ trois ordres du Roi, gouverneur de Besançon et du comté de
+ Bourgogne, capitaine des gardes du corps, fut nommé maréchal de
+ France le 30 juillet 1675. Il avoit épousé Marguerite Félice de
+ Lévis Ventadour, dont il eut un fils. Sa terre de Duras en Guyenne
+ avoit été, dès 1668, érigée en duché avec cette clause que, faute
+ d'hoirs mâles, cette terre reprendroit son ancienne qualité et ne
+ retourneroit pas à la Couronne. Les lettres ne furent vérifiées en
+ parlement que le 1er mars 1689.--Son frère Guy de Durasfort, fut
+ duc de Lorge et aussi maréchal de France. Des filles de ce
+ dernier, l'une épousa le duc de Saint-Simon, l'auteur des
+ _Mémoires_, l'autre le duc de Lauzun.
+
+ [125] M. de Brissac, major des gardes du corps, chevalier de
+ Saint-Louis depuis la fondation de l'ordre en avril 1693, étoit
+ lieutenant-général depuis le mois de mars de la même année. Il
+ étoit gouverneur de Guise. Saint-Simon fait de lui «un fort simple
+ gentilhomme tout au plus, qui n'étoit ni ne se prétendoit rien
+ moins que des Cossé... C'étoit de figure et d'effet une espèce de
+ sanglier, qui faisoit trembler les quatre compagnies des gardes du
+ corps, et compter avec lui les capitaines, tout grands seigneurs
+ et généraux d'armée qu'ils étoient... Il s'étoit acquis toute la
+ confiance du Roi par son inexorable exactitude... Avec tout
+ l'extérieur d'un méchant homme, il n'étoit rien moins, mais
+ serviable sans vouloir qu'on le sût.»--Voir à la suite dans
+ Saint-Simon le récit du tour qu'il joua aux fausses dévotes de la
+ Cour. Elles attendoient le Roi au Salut, toutes munies d'une
+ petite bougie qui éclairoit leur livre pour elles, et leur visage
+ pour le Roi. Brissac ayant dit tout haut aux gardes de se retirer,
+ les bougies s'éteignirent et les dames quittèrent la chapelle. Le
+ Roi arriva peu après, et rit beaucoup lorsqu'il apprit pourquoi
+ l'église, ordinairement trop petite, étoit déserte ce soir-là.
+ «Toutes ces femmes auroient voulu l'étrangler.»
+
+ [126] Les pages de la Chambre appartenoient à de très-bonnes
+ familles nobles du royaume; en échange des services qu'ils lui
+ rendoient, le Roi se chargeoit de leur éducation et de leur
+ avenir. Il a daigné leur consacrer une page de ses _Mémoires_. On
+ lit dans l'_Etat de la France_ de 1669: «Le Roi entretient
+ vingt-quatre pages de sa Chambre toute l'année, dont chacun des
+ quatre premiers gentilshommes a six; et Sa Majesté leur entretient
+ des maîtres sur tous les exercices convenables à des personnes de
+ qualités. Les Pages entrent avec la garde-robe le matin et le soir
+ dans la chambre du Roi pour donner les mules à Sa Majesté.»--En
+ outre, la grande écurie avoit 55 pages, bien qu'il n'y eût de
+ fonds que pour 19; ils avoient un gouverneur, un sous-gouverneur,
+ un aumônier, un précepteur. On leur enseignoit les exercices de
+ guerre, la carte (géographie), la musique, la danse; la petite
+ écurie avoit 21 pages, dont deux à la vénerie, élevés dans les
+ mêmes conditions.
+
+ [127] Le duc d'Orléans, frère du Roi.
+
+ [128] Sur l'évêque de Noyon, voyez ci-dessus, page 182, _note_
+ 106.
+
+ [129] L'île de Tendresse appartient à la géographie des
+ précieuses, comme ce pays de l'Amour-propre où La Rochefoucauld
+ dit qu'il reste beaucoup de terres inconnues. Il existe un livre
+ italien fort singulier, intitulé: «_della Geografia trasportata al
+ morale_, del Padre Daniello Bartoli, della compagnia di Giesù.
+ Milano, 1665.» 1 vol. in-18. L'auteur, dans les Iles Fortunées
+ voit les espérances de Cour; dans les cataractes du Nil, le
+ domaine des grands parleurs qui assourdissent ceux qui les
+ écoutent; dans le mont Parnasse, la vie insensée de qui chante sur
+ autrui et pleure sur soi-même, etc. Chaque pays est le sujet d'un
+ long chapitre, bourré de citations et de préceptes moraux
+ empruntés à toute l'antiquité.
+
+ [130] Voyez ci-dessus, page 144, note 63.
+
+ [131] Le maréchal de Villeroy avoit confié à M. de Montal la
+ direction du siége de Dixmude. François de Neufville, duc de
+ Villeroy et de Beaupreau, pair et maréchal de France, étoit fils
+ de Nicolas, duc de Villeroy, aussi maréchal de France, et de
+ Magdelaine de Créqui. Nommé chevalier des ordres en 1688, maréchal
+ de France en 1693, il étoit alors commandant de l'armée de
+ Flandres. Il dirigea en personne le bombardement de Bruxelles,
+ malgré une armée de 25,000 hommes, et continua longtemps encore
+ ses succès militaires, interrompus cependant en 1702, qu'il fut
+ fait prisonnier à Crémone. Malgré la perte de la bataille de
+ Ramilies, en 1706, il conserva la confiance du Roi, et fut nommé,
+ en 1714, ministre d'Etat, chef du Conseil royal des finances;
+ après la mort de Louis XIV, il fut nommé gouverneur du jeune roi
+ Louis XV.
+
+ [132] «En vous apprenant le siége de Dixmude, je vous apprends en
+ même temps sa prise [après 36 heures de tranchée], dit le _Mercure
+ galant_ de juillet 1695. M. de Blanchefort en apporta la nouvelle
+ au Roi le 30 de ce mois. M. de Montal en a fait le siége... Après
+ quelques contestations, le gouverneur consentit à se rendre
+ prisonnier de guerre avec toute la garnison, montant environ à
+ 5,300 hommes... J'apprends en ce moment qu'aussitôt après la prise
+ de Dixmude, Deinse ouvrit ses portes aux troupes du Roi, et qu'il
+ y avoit dans la place cinq régiments faisant environ 2,500 hommes
+ qui se sont rendus prisonniers de guerre.»
+
+ [133] C'est ainsi que Citois, médecin de Richelieu, lui ordonnoit
+ parfois de prendre deux ou trois drachmes de Bois-Robert: _Recipe
+ Bois-Robert_.
+
+ [134] Erizzo, ambassadeur de Venise, étoit reçu en audience le
+ mardi, comme tous les ministres étrangers. Le 15 octobre 1695, la
+ _Gazette de France_, d'accord avec Dangeau, rapporte que le Roi
+ lui accorda le 5 du même mois une faveur sans précédent: il donna
+ une audience à sa femme: «le Roi étoit debout auprès de sa table,
+ dit Dangeau, et, dès qu'il vit l'ambassadrice, il avança deux ou
+ trois pas à elle et la baisa; et après quelques compliments qu'ils
+ se firent, toujours debout, l'ambassadrice se retira.»
+ Saint-Simon, dans ses notes sur Dangeau, donne les règles
+ d'étiquette ordinairement suivies dans des occasions analogues.
+
+ Quatre jours après, le dimanche 9 octobre «le Roi tint sur les
+ fonts de baptême la fille du sieur Erizzo. Sa Majesté la nomma
+ Louise, Madame fut la marraine, et la cérémonie fut faite dans la
+ chapelle du château par le cardinal de Bouillon, grand aumônier de
+ France. Le Roi et la Reine d'Angleterre y assistèrent.» (_Gazette
+ de France._)
+
+ Erizzo ne se montra pas reconnoissant de ces faveurs répétées. Le
+ jeudi 13 avril 1700, il arriva, dit Dangeau, un courrier de Rome
+ envoyé par le cardinal d'Estrées, notre ambassadeur, pour rendre
+ compte de ses démêlés avec Erizzo, qui continuoit à Rome contre
+ lui les démêlés commencés en France; il avoit même fait un écrit
+ très-offensant contre le cardinal d'Estrées dont le Roi approuvoit
+ la conduite (Dangeau).
+
+ [135] «_Mercredi, 27 juillet 1695._--On a eu nouvelle que les
+ Vénitiens dans la Morée ont repoussé les Turcs...; l'ambassadeur
+ en doit venir donner part au Roi mardi prochain.--_Lundi 19
+ septembre_: Il court un bruit que les Vénitiens ont gagné un
+ grand combat naval contre les Turcs dans les mers de Chio,
+ qu'ils ont fait 6,000 prisonniers et entre autres l'amiral
+ Turc: les nouvelles de ce pays-là méritent confirmation.»
+ (Dangeau).--Dangeau ne dit rien des sentiments du Roi sur ce
+ sujet; la _Gazette_ raconte les faits avec une indifférence
+ marquée; il semble cependant qu'on peut lui reconnoître quelque
+ partialité en faveur des Turcs.
+
+ [136] Voyez page 138, note 60.
+
+ [137] La duchesse de Chartres, Mme la duchesse (de Bourbon-Condé),
+ et la princesse de Conti ajoutoient à leur nom _légitimée de
+ France_. La princesse seule conserva cette addition, que les
+ autres supprimèrent pour signer comme les princesses du sang. Elle
+ ne perdoit point une occasion de faire sentir aux deux autres
+ princesses qu'elle seule avoit une mère connue et nommée.
+ (_Mémoires_ de Saint-Simon, 1696.)--Elle assista à la mort de Mme
+ de La Valière, et obtint du Roi la permission d'en porter le
+ deuil.
+
+ [138] Portant l'aigrette des chevaliers du pays de Cornouailles.
+
+ [139] Entre deux toiles, comme les braconniers qui font usage du
+ drap de mort.--Entre deux draps.
+
+ [140] La _Gazette de France_ du 4 juin 1695 dit: «Le 29 du mois
+ dernier, le sieur Pierre Mignard, premier peintre du Roi, fameux
+ par beaucoup d'excellents ouvrages, mourut en cette ville (Paris),
+ âgé de 84 ans.»--Dangeau: «_Dimanche, 29 mai_: le bonhomme Mignard
+ mourut à Paris; il avoit 84 ans; il étoit premier peintre du Roi,
+ charge qui vaut 12,000 francs et des logements; les ouvrages qu'il
+ faisoit présentement étoient les plus beaux qu'il eut faits de sa
+ vie.»--La charge de premier peintre fut supprimée par Louis XIV;
+ mais à sa mort, le Régent la rétablit en faveur de Coypel, honoré
+ précédemment du titre de premier peintre de Monsieur.
+
+ [141] Ce tableau ne figure pas dans la liste des tableaux de
+ Mignard.
+
+ [142] «Mignard ayant eu ordre alors de faire les portraits de la
+ famille royale, peignit dans le même tableau Monseigneur, Madame
+ la Dauphine et les trois princes leurs enfants... Il a été gravé
+ avec ces vers de Santeul:
+
+ Aspice venturos futura in sæcula Reges;
+ Gallia, quondam orbis sentiet esse suos.
+
+ Dans ces jeunes héros dont l'auguste naissance
+ Promet cent miracles divers,
+ Tu vois tes Rois, heureuse France,
+ Et peut-être y vois-tu ceux de tout l'Univers.
+
+ (_Vie de Mignard_, par l'abbé de Monville, Paris, 1730,
+ in-12, p. 137.)
+
+ [143] Voyez la table.
+
+ [144] «Revenu à Avignon, Mignard y trouva Molière... Pendant le
+ temps que Mignard y passa encore avec son frère, il fit une
+ Lucrèce pour un conseiller au Parlement de Grenoble.» (_Vie de
+ Mignard_, pp. 56-57.)--C'est sans doute ce tableau qui passa aux
+ mains de Mme de Lislebonne.
+
+ [145] Le comte de Sainte-Maure étoit en grande faveur auprès de
+ Monseigneur qui, d'après Saint-Simon, lui donna un jour jusqu'à
+ 2,000 louis, à la prière de la princesse de Conty, pour payer ses
+ dettes de jeu. Voy. t. III, p. 197.
+
+ [146] Le maréchal de Luxembourg étoit mort le 4 janvier 1695, peu
+ regretté du Roi, qui ne l'aimoit point, dit Saint-Simon, et qui
+ lui refusa ce qu'il lui demanda à son lit de mort.
+
+ [147] Les éloges donnés au prince d'Orange et au prince de
+ Vaudemont, ennemis de la France, dénotent l'origine de ce libelle.
+
+ Guillaume Henri de Nassau, prince d'Orange, fils de Guillaume,
+ prince d'Orange, et de Marie d'Angleterre, laquelle étoit fille de
+ Charles Ier et de Henriette Marie de France, se distingua dans
+ toutes les guerres dirigées contre la France. Battu en 1672 à
+ Charleroy par le comte de Montal, en 1674 à Senef par le prince de
+ Condé, à Cassel en 1677 par Monsieur, en 1678 près de Mons, en
+ 1691 à Leuse, en 1692 à Steinkerque, en 1693 encore à Steinkerque,
+ toujours par le maréchal de Luxembourg, il fut, à plusieurs
+ reprises, forcé de lever des siéges entrepris contre nos armées.
+ Il mourut le 19 mars 1703.
+
+ [148] Charles Henri, légitimé de Lorraine, prince de Vaudemont, né
+ en février 1649, étoit fils de Charles IV de Lorraine et de Mme de
+ Cantecroix, frère aîné de Mme de Lislebonne, dont il a été parlé
+ ailleurs. Il avoit épousé, le 27 avril 1669, Anne-Elisabeth de
+ Lorraine d'Elbeuf.
+
+ [149] Nous saisissons ici l'occasion de protester contre la
+ prétendue influence que Mme de Maintenon auroit eue dans la
+ conduite des affaires de l'État; sa situation auprès de Louis XIV,
+ qui voulut toujours être maître absolu, auroit été impossible si
+ elle eût voulu le diriger; les écrivains protestants eux-mêmes
+ (_Bulletin de la Société du protestantisme_) reconnoissent
+ aujourd'hui qu'elle n'eut aucune part à la révocation de l'Édit de
+ Nantes, où l'on ne fit que codifier des édits et ordonnances dont
+ beaucoup étoient antérieurs à son entrée à la Cour. Il suffit
+ d'ailleurs de lire ses oeuvres pour arriver à cette conviction
+ d'abord qu'elle n'étoit pas bigotte, ensuite qu'elle étoit à peine
+ assez catholique pour n'être pas protestante. En effet, elle
+ conseilloit à ses jeunes élèves de Saint-Louis de soulager leur
+ mère dans les soins du ménage plutôt que d'aller à la messe,
+ excepté le dimanche; ce jour-là même, elle les dispensoit,
+ lorsqu'elles seroient dans leurs familles, d'assister aux vêpres:
+ ce qui n'est pas d'une bigotte;--elle n'admettoit ni le culte de
+ la Vierge ni le culte des Saints: et ceci rappelle plutôt sa
+ première éducation, toute protestante, que les leçons du couvent.
+
+ POST-SCRIPTUM.--La feuille qui contient les premières pages de la
+ pièce qui précède étoit tirée, lorsqu'un mot, qui nous avoit
+ échappé dans le _Journal_ de Dangeau, est venu nous apprendre
+ qu'il existoit un abbé du Troncq, «neveu de Bontemps». La parenté
+ de Mlle du Troncq avec Bontemps nous étoit ainsi révélée, et, bien
+ que l'auteur du pamphlet soit le seul écrivain de l'époque qui ait
+ parlé de la passion tardive du Roi pour cette jeune fille, nous y
+ avons vu une preuve de plus qu'il étoit très-bien renseigné.
+ L'amourette elle-même est peut-être fausse, peut-être vraie; en
+ l'absence de renseignements qui confirment les dires du
+ pamphlétaire, nous n'osons ni la nier ni l'affirmer; mais il est
+ certain, et nos notes en font foi, que tous les détails groupés
+ autour du sujet sont d'une rigoureuse exactitude.
+
+
+FIN.
+
+
+
+
+ LE
+ TOMBEAU DES AMOURS
+ DE LOUIS LE GRAND
+ ET SES DERNIÈRES GALANTERIES.
+
+
+
+
+[Bandeau]
+
+LE
+
+TOMBEAU DES AMOURS
+
+DE LOUIS LE GRAND
+
+ET SES DERNIÈRES GALANTERIES[150].
+
+
+Depuis que la nature a fait naître l'amour, ce Dieu a toujours porté ses
+traits par tout l'Univers. Il a foulé même à ses pieds les sceptres et
+les couronnes, et tout ce qui respire le jour ressent son pouvoir,
+jusqu'aux plus innocentes créatures. Les divinités n'ont point été
+insensibles à cette charmante sympathie qui nous force d'aimer;
+pourquoi seroit-on surpris qu'un grand Roi comme le nôtre ait fait
+consister tout son bonheur dans la tendresse? L'amour est la plus noble
+de toutes les passions, et sans lui la vie seroit fade et sans goût.
+
+Mais il faut mettre une grande différence entre l'amour brutal et le
+raisonnable. Le premier fait peur et n'est point aimable, n'étant
+accompagné que du crime qui est affreux dans son être; au contraire,
+l'amour honnête possède des charmes qui sont opposés aux manières du
+premier, qui ne consiste qu'en mille petits soins empressés, et mille
+services que l'on veut rendre à l'objet aimé. Il est vrai que les bornes
+qui séparent l'un et l'autre sont un peu délicates, et qu'il faut
+posséder l'indifférence, pour sa sûreté; cependant, nous voyons tous les
+jours bien des personnes qui ont triomphé, par le secours de la vertu,
+des forces de l'amour, et, quoique cet enfant soit souvent robuste, il
+ne laisse pas d'être aimable quand la modestie l'accompagne, et l'on
+peut lui donner l'encens qui suit avec justice:
+
+_Est-il rien de si doux qu'une ardeur innocente qu'un rare mérite
+fait naître dans nos âmes? Je ne vois point de bonheur à respirer le
+jour, si de l'Univers on en bannissoit l'amour. Tous les plaisirs se
+trouvent dans sa suite, et la vie sans aimer seroit un supplice[151]._
+
+Les peintres n'ayant pu trouver des couleurs assez belles ni assez vives
+pour faire des yeux au fils de Vénus, l'ont représenté aveugle; ce Dieu
+auroit-il eu bonne grâce en faisant toutes les conquêtes qu'il a faites
+sans voir? C'est une erreur un peu grossière, car quand l'Amour veut
+s'emparer d'un coeur, il se sert toujours des yeux d'un bel objet,
+pour en blesser un autre: ce qui ne seroit pas, si ce malicieux enfant
+ne savoit très-bien que de tous les sens, les yeux sont les plus
+susceptibles, parce qu'ils découvrent, les premiers, les redoutables
+attraits des belles. Il faut donc raisonner en cet endroit
+philosophiquement, et dire qu'un aveugle ne peut devenir savant quand il
+est privé des facultés les plus nécessaires, comme la vue. L'on voit
+aussi que ce conquérant est fort éloquent et grand rhétoricien,
+puisqu'il confond les raisonnements les plus sublimes et les plus
+solides. C'est donc avec raison qu'il faut défendre le tort que
+l'on fait à ce pauvre enfant en lui tirant son plus bel ornement.
+
+ Amour infortuné songe à tes intérêts;
+ L'on ne sent plus pour toi l'honneur et les respects.
+ Tout est perdu, si cela continue.
+ Ramène-nous des siècles plus doux,
+ Où l'on verra plus de retenue,
+ Et qui dureront toujours.
+
+La durée dans les choses du monde est presque impossible. On la souhaite
+assez dans ses termes et ses expressions, et si nous avions un bien qui
+sût une fois nous charmer sensiblement, nous ne voudrions jamais le
+quitter. C'est pourquoi l'auteur de la nature a prévu cet attachement
+comme criminel, et nous a donné toutes choses changeantes et variables
+et de peu de durée.
+
+Les philosophes sont fondés sur de bons principes, quand ils regardent
+tout avec indifférence, et qu'ils n'aiment que le présent. Cependant,
+parmi nous, ces sentiments sont condamnés, et l'on seroit mal instruit,
+si l'on vouloit les suivre.
+
+Laissons donc pour une autre fois ces idées, et voyons avec plaisir
+toutes les galanteries de notre prince. Examinons-en le tour et la
+délicatesse, et disons qu'il est le seul au monde qui a su aimer si
+tendrement; mais présentement son coeur est rempli de sentiments pieux
+qui ont banni la tendresse humaine de ses idées[152]. Ce qui
+faisoit autrefois sa félicité, ne le charme plus que foiblement, et les
+douceurs qui ont enchanté ce Monarque paroissent mourantes et sur leur
+fin. Pendant qu'il languit, et que sa raison et ses transports sont de
+retour, il faut faire la revue de ses amours, et voir le terrible
+changement qui se trouve chez ce Prince, après avoir décrit les plus
+doux moments de sa vie.
+
+ L'on ne voit rien dans cet Univers,
+ Qui soit constant et solide,
+ Le sort des humains décide,
+ Selon les sentiments divers.
+
+Je reviens à l'ardente passion du Roi, et je laisse ma Muse pour une
+autre fois; je veux suivre toutes les démarches qu'il a faites dans ses
+amourettes, et dire que rien dans la vie ne l'a touché si sensiblement
+que la possession d'une personne aimable. Mademoiselle de Manchini[153]
+avec son air commun et sa petite taille, mais de l'esprit comme un ange,
+a fait passer à ce Prince des heures charmantes[154]. Souvent madame de
+Venelle[155] les surprenoit dans leurs conversations touchantes; mais il
+faut dire à la vérité que leurs joies n'ont été qu'imparfaites. Notre
+Prince l'auroit épousée, sans les oppositions du cardinal Mazarin[156]
+qui étoit prié de la reine-mère, et qui lui fit promettre, un jour
+qu'il souhaitoit d'elle des preuves de son amour[157], qu'il empêcheroit
+la chose.--«Ce que je vous demande, lui disoit la Reine, n'est pas une
+si grande assurance de votre passion que vous croyez. Car si le Roi
+épouse votre nièce, de l'humeur que je lui connois, il ne manquera
+jamais à la répudier et vous serez mal avec lui; ce qui [me] chagrinera
+plus que le mariage, quoique mes desseins soient entièrement ruinés pour
+la paix, si le Roi n'épouse pas la fille du Roi d'Espagne.»
+
+Le cardinal trouva la pensée de la Reine admirable et lui promit tout
+afin de posséder son coeur[158]. Cependant le Roi a marqué toujours
+une aversion si extraordinaire pour le démariage[159], et il l'a déclaré
+si souvent, qu'il donne bien lieu de croire qu'il ne se seroit pas voulu
+servir de ce méchant usage. Notre sublime cardinal maria enfin sa nièce
+au duc de Colonna[160], dans le dessein de faire mieux sa cour proche
+de[161] la reine qui l'en remercia avec les manières les plus
+tendres du monde. Notre jeune Monarque pleura et cria, se jeta aux pieds
+du cardinal et l'appela son papa; mais hélas! il étoit destiné que les
+deux amants se sépareroient. Cette amante affligée étant pressée de
+partir, et montant en carrosse, dit fort spirituellement à son amant,
+qu'elle voyoit dans une douleur accablante: «Vous pleurez, et vous êtes
+Roi! pourtant je suis malheureuse et je pars dès ce moment!»
+
+Le Roi pensa mourir de chagrin de la cruelle séparation de sa chère
+mignonne; mais comme ce Prince étoit encore jeune, il se consola plus
+facilement, et son coeur ne demeura pas longtemps dans la
+tranquillité. Nous le verrons par la suite.
+
+Quand Philippe IV, roi d'Espagne, fut mort[162], notre inconsolable
+Monarque forma le dessein d'aller aux Pays-Bas, pour mettre la Reine son
+épouse en possession des Etats qui lui appartenoient; Sa Majesté y entra
+avec toute la magnificence qui pouvoit charmer les sens[163]. Elle étoit
+précédée de deux compagnies de mousquetaires richement vêtus, et leurs
+chapeaux garnis de plumes blanches, comme le reste des gardes du corps.
+Notre illustre Prince étoit vêtu d'un habit en broderie d'or mêlé de
+perles, avec un superbe bouquet de plumes incarnates et blanches,
+attaché d'un coeur de diamants. Le Roi étoit monté sur un cheval dont
+la marche fière et glorieuse faisoit bien connoître qu'il portoit
+le plus puissant héros de l'Univers; un nombre infini de seigneurs et de
+personnes distinguées accompagnèrent Sa Majesté dans son voyage.
+
+Le Roi étant de retour ne demeura pas longtemps sans trouver un tendre
+amusement. Mademoiselle de la Valière[164], fille de la maison de
+Madame, par une sympathie inconnue s'est fait aimer passionnément de ce
+Prince. La Valière qui n'étoit ni noble[165], ni belle, ni l'air fort
+charmant[166], mais infiniment de l'esprit et du brillant dans tout ce
+qu'elle disoit, ayant le coeur rempli de tendresse et de sincérité,
+ces dernières qualités ont enchaîné le plus fier et le plus superbe
+Prince de l'Europe sous ses lois, et lui ont fait dire souvent qu'il n'a
+jamais aimé personne avec tant d'ardeur.
+
+Il est vrai[167] qu'elle aima le Roi par inclination plus d'un an avant
+qu'il la connût, et qu'elle disoit souvent en soupirant à une de ses
+amies, qu'elle voudroit qu'il ne fût pas d'un rang si élevé, et que la
+fortune l'eût fait naître berger. La raillerie que l'on en fit donna
+l'envie à notre Monarque de connoître l'aimable bergère qui lui
+souhaitoit au lieu de son sceptre une houlette. Et comme il est
+naturel à un coeur généreux d'aimer ceux qui nous aiment, le Roi
+l'aima dès ce premier moment, et lui dit un jour en riant: «Venez, ma
+belle aux yeux doux, qui ne pouvez aimer qu'un prince.»
+
+Ce n'est pas que sa personne lui plût; mais par reconnoissance, Sa
+Majesté dit au comte de Guiche qu'il la vouloit marier à un marquis
+qu'il lui nomma et qui étoit des amis du comte; ce qui lui fit répartir
+au Roi que son ami aimoit les belles.--«Eh bien! dit le Roi, je sais
+bien qu'elle n'est pas une incomparable beauté; mais je lui ferai assez
+de bien pour la faire chérir.»
+
+Quelque temps après, le Roi fut chez Madame qui étoit un peu indisposée,
+et s'arrêta dans l'antichambre avec La Valière à laquelle il parla
+longtemps. Ce prince demeura si charmé de son esprit et de ses manières
+engageantes que sa reconnoissance devint amour. Mais comme ce prince
+cherchoit l'occasion de lui dire tout ce qu'il sentoit pour elle, parce
+qu'il en étoit pressé et qu'il y avoit déjà du temps qu'il languissoit
+secrètement, il la trouva. Il lui auroit été bien facile s'il eût
+considéré qu'il étoit Roi; mais la qualité d'amant lui paroissoit trop
+charmante pour n'en pas suivre les lois. Ce fut à Versailles, dans le
+parc, que le Roi se plaignit tendrement que depuis plus de trois mois sa
+santé n'étoit pas bonne. Mlle de La Valière[168], en parut affligée,
+et en marqua du chagrin, ce qui toucha le Roi sensiblement, et lui fit
+dire:--«Hélas ma belle, je serai le plus fortuné de tous les
+hommes, si vous me plaignez un peu, étant à vous comme je suis.»
+
+La Valière rougit, et parut interdite en voyant le Roi, qu'elle aimoit,
+à ses genoux, tout passionné. Elle se leva par respect, mais le Roi lui
+prit la main et la baisa tendrement, en lui disant:--«Ma charmante! je
+suis malheureux, puisque vous n'êtes pas sensible, et je suis à plaindre
+en vous adorant comme je fais.»--«Non, Sire, répliqua-t-elle, je ne suis
+point insensible à ce que vous sentez pour moi. Il y a longtemps, ajouta
+cette aimable fille en poussant un soupir, que l'amour m'a fait
+connoître secrètement que je devois aimer le plus parfait de tous les
+Rois.»
+
+Notre Monarque parut touché d'entendre un aveu si doux et si favorable à
+son amour; mais la pluie qui survint en abondance rompit une
+conversation si tendre. Le Roi, qui n'avoit pas encore toutes les
+assurances qu'il vouloit du coeur de son adorable, lui envoya ce
+billet[169].
+
+ «Hélas! ma charmante enfant! si vous ne m'aimez en bref, il
+ faudra que je meure. L'on cherche avec empressement ce qui me
+ peut rendre rêveur comme je le suis; mais l'on ne pénètre pas
+ que je vous aime plus que moi-même, et que vous me mettez au
+ désespoir par vos manières cruelles. Ah! ma chère mignonne!
+ changez de sentiments, et soyez plus sensible pour un prince
+ qui ne respire la vie que pour vous.»
+
+Quelque temps après ce billet, Sa Majesté, qui ne peut souffrir
+l'absence de ce qu'il aime, alla voir sa belle chez Madame, que le comte
+de Guiche entretenoit.
+
+Les Demoiselles qui étoient avec La Valière se retirèrent par respect;
+si bien que Sa Majesté demeura seule avec cette belle, et lui dit tout
+ce qu'un amour tendre et violent peut faire dire à un homme qui a de
+l'esprit et de la passion. Il l'assura mille fois que sa flamme seroit
+éternelle et qu'il ne changeroit jamais.
+
+Madame, qui apprit la conversation que le Roi avoit eue avec La Valière
+étoit au désespoir[170]:--«Quoi, disoit-elle, préférer une petite
+bourgeoise de Tours, laide et boiteuse, à une fille de Roi, faite comme
+je suis![171]»
+
+Elle en parla à Versailles aux deux Reines en femme vertueuse qui ne
+vouloit pas servir de commode[172] aux amours du Roi. La Reine-Mère dit
+qu'il en falloit parler à La Valière, ce qu'elles firent avec tant
+d'aigreur que notre aimable bergère se résolut, dès ce triste moment, de
+se mettre dans un couvent. Elle [y] demanda d'abord une chambre, où elle
+pleura amèrement.
+
+Il arriva en ce temps-là à Paris des ambassadeurs pour le Roi d'Espagne
+qui étoient avec le Roi dans la salle où l'on les reçoit d'ordinaire
+avec plusieurs personnes de qualité. Le duc de Saint-Aignan[173] dit au
+marquis de Sourdis[174], assez bas: «La Valière est en religion.» Notre
+Monarque, qui avoit entendu ce nom charmant qui avoit frappé ses
+oreilles, tourna la tête tout ému et tout pâle, et demanda au duc ce
+qu'il disoit, qui lui répartit que Mlle de La Valière étoit en
+religion à Chaillot[175].
+
+Par bonheur, les ambassadeurs étoient expédiés, car dans la douleur où
+étoit le Roi il n'eût eu aucune considération. Il commanda qu'on lui fit
+venir un carrosse, et sans l'attendre il monta aussitôt à cheval. La
+Reine qui le vit partir lui dit qu'il n'étoit pas maître de lui.--«Ah!
+reprit le Roi, si je ne le suis pas de moi, Madame, je le serai de ceux
+qui me chagrinent.» En disant cela, il courut à toute bride à Chaillot,
+où il demanda sa jolie mignonne qui vint à la grille, avec un air tout
+pénétré de langueur et de tendresse.--«Ah! lui cria le Roi, de la porte,
+ma charmante enfant, vous avez peu de soin de ceux qui vous aiment!»
+Elle voulut répondre, mais les larmes l'en empêchèrent. Le Roi, l'ayant
+embrassée tendrement, la pria de sortir promptement. Elle s'en défendit
+d'une manière fort touchante, en racontant le méchant traitement de
+Madame et des Reines. Notre amoureux prince lui dit qu'il étoit
+Roi, et qu'il alloit y donner ordre.--«Enfin, répondit cette adorable,
+en levant les yeux au Ciel, on est bien foible quand on aime, et je ne
+me sens pas la force de vous résister.» Elle sortit et se mit dans le
+carrosse que le Roi avoit fait amener. Sa Majesté lui proposa en chemin
+de lui donner un hôtel et un train; mais cela lui parut trop éclatant;
+elle l'en remercia fort civilement. Le Roi, en arrivant, dit à Madame
+qu'il la prioit de considérer Mlle de La Valière comme une fille
+qu'il aimoit plus que sa vie:--«Oui, répartit Madame, en souriant, je la
+regarderai comme étant à vous.» Le Roi parut mépriser cette raillerie,
+et continua ses visites avec plus d'attache qu'auparavant. Il lui envoya
+continuellement des présents en la présence de Madame. Le Roi donna à La
+Valière le palais Brion[176], qu'il alla lui-même voir meubler le plus
+richement du monde, afin de la pouvoir entretenir sans témoins[177].
+
+Ce prince tomba malade à Versailles, et pendant cette maladie il rêva
+toujours à sa belle qui ne vouloit pas le voir, de crainte d'irriter son
+mal; mais après qu'il n'y eut plus de danger à craindre, le duc de
+Saint-Aignan, par l'ordre du Roi, l'alla quérir.--«Hélas! dit-elle, en
+entrant, d'un air le plus tendre du monde, la fortune me redonne encore
+mon cher prince.--Oui, mon incomparable, lui répartit le Roi, pour vous
+aimer avec plus d'ardeur que jamais.» Il lui montra les vers[178]
+qu'elle lui avoit donnés, qu'il portoit sur son coeur. En voici les
+termes:
+
+ Il est de fortes chaînes et des sympathies,
+ Qui d'un charme inconnu nos âmes lient;
+ Et nous attache tendrement à vous aimer,
+ Par un revers secret qui ne se peut trouver.
+
+Après la maladie du Roi[179], qui fut plus violente que longue, il n'y
+eut point de femme à la Cour qui ne travaillât à lui donner de l'amour.
+Madame de Chevreuse présenta à Sa Majesté madame de Luynes, qui étoit la
+plus belle femme du monde, mais de peu d'esprit, la duchesse de Soubise,
+la princesse Palatine, madame de Soissons; mais le Roi en fit confidence
+à La Valière et n'en fit que rire avec elle[180]. Toutefois elle
+n'en prenoit point de jalousie, ce qui fâcha notre amant et lui fit dire
+à cette mignonne:--«Ah! Mademoiselle, vous avez peu d'amour.--J'en ai
+plus que vous ne croyez, Sire, répliqua La Valière, et je me confie sur
+la fidélité que vous m'avez jurée.» Mais le Roi ne se contenta pas de
+ces paroles, et la chagrina pendant un mois. Elle souffrit avec
+patience, mais un jour étant au bois de Vincennes, comme le Roi étoit
+aux genoux de La Valière, elle le traita avec la dernière indifférence,
+ce qui fâcha notre Monarque sensiblement. Le lendemain le Roi vit le
+marquis de Bellefonds[181] à qui il dit qu'il étoit le plus heureux de
+tous les hommes de n'aimer que la gloire.--«Ah! Sire, répartit le
+Marquis, la gloire est plus difficile à servir qu'une maîtresse; je
+voudrois que la nature m'eût donné un coeur plus sensible à l'amour.»
+Le Roi soupira et ne lui répondit rien[182].
+
+Au mois de septembre[183], l'on publia dans Paris la paix entre la
+France et l'Angleterre, avec les cérémonies accoutumées, et les
+états-généraux des Provinces-Unies faisoient la meilleure partie de ce
+traité, de quoi leur ambassadeur à la Cour de France marqua beaucoup de
+joie par un beau feu d'artifice qu'il fit tirer devant l'Hôtel-de-Ville.
+
+La saison n'empêcha pas que le Roi ne se disposât pour se mettre en
+possession de la Franche-Comté qui lui appartenoit[184]; et pour
+cet effet Sa Majesté envoya le six de février le prince de Condé devant
+la ville de Besançon, capitale de cette province[185]. Les habitants
+témoignèrent d'abord qu'ils vouloient bien se soumettre à Sa Majesté, et
+même la recevoir, mais comme dans une ville impériale[186]. Néanmoins
+ils se rendirent simplement à l'obéissance du Roi.
+
+Sa Majesté ayant quitté le marquis de Bellefonds[187], le jour suivant,
+vit mademoiselle de la Mothe[188] qui étoit une beauté enjouée et fort
+charmante, et beaucoup d'esprit, à qui il dit les choses les plus
+galantes du monde. Ce prince soupira même plusieurs fois en disant
+à cette belle qu'il l'aimoit, et qu'il n'avoit pas encore vu une
+personne si jolie.
+
+La maréchale de la Mothe[189] grondoit sa fille de ne pas répondre à la
+passion du Roi; mais cette aimable enfant, qui avoit une secrète attache
+pour monsieur de Richelieu, faisoit qu'elle voyoit sans plaisir la
+tendresse du Roi, ce qui affligeoit notre Monarque, car il trouvoit
+cette jeune beauté tout adorable.
+
+Un jour[190] que toutes les amies de mademoiselle de la Mothe s'étoient
+retirées, et que Sa Majesté étoit seule avec notre incomparable, le Roi
+se jeta à ses genoux, et lui dit d'un air tout de feu qu'il étoit le
+plus infortuné de tous les hommes d'aimer sans retour.--«Ah! je vois
+bien, continua ce prince, ma belle, que vous ne sentez rien pour moi!»
+La pudeur de cette jolie enfant l'empêcha de répondre au Roi qui la
+quitta, et qui fut chez La Valière, où ce prince rêvoit et lisoit[191],
+et sortoit quelquefois sans lui parler. Il n'y eut que monsieur de Bussy
+qui lui dit que ce n'étoit qu'un dépit amoureux, et que ce Dieu
+prendroit bientôt le soin de mettre d'accord nos illustres amants. Enfin
+ce malade amoureux pria son confident d'aller trouver sa maîtresse et de
+lui faire un fidèle rapport de ses peines.
+
+Notre belle reçut le marquis avec une mélancolie touchante, et lui dit
+que le caprice du Roi l'avoit affligée, et qu'elle n'étoit pas d'humeur
+à lui demander pardon d'un mal qu'elle n'avoit point fait; que ce
+n'étoit pas à cause qu'il étoit son prince qu'elle avoit pris le soin de
+lui plaire, et que pour un autre, elle en auroit fait autant, si elle
+l'avoit aimé[192]. Le duc de Saint-Aignan qui arriva rompit la
+conversation, en présentant à cette charmante mignonne un sonnet que le
+Roi avoit fait et qu'il lui envoyoit. En voici les expressions:
+
+ A MON INCOMPARABLE.
+ SONNET.
+
+ Percé de mille coups par une main cruelle,
+ Je suis au désespoir, car dans tout mon tourment,
+ Je ne puis recevoir aucun soulagement,
+ Que de celle qui rend ma blessure mortelle.
+
+ Si le mal que me fait endurer cette belle,
+ Souffroit que [je] la visse en homme indifférent,
+ Que je serois heureux! mais mon coeur me dément,
+ Et veut contre mon gré que je lui sois fidèle.
+
+ Hélas jusques à quand, poussant votre fierté,
+ Joindrez-vous le mépris avec la dureté?
+ Si pour vous aimer trop, et si par complaisance,
+
+ J'ai desservi [pour vous] tous mes meilleurs amis,
+ Voulez-vous me haïr pour en tirer vengeance?
+ Ah! vous puniriez trop le mal que j'ai commis.
+
+Quand La Valière eut vu ces vers, qu'elle les eut baisés plusieurs fois,
+comme venant de son prince, elle partit avec madame de Montausier[193]
+pour faire visite au Roi, qui parut si charmé en voyant cette belle
+qu'il lui demanda mille pardons, et l'embrassa passionnément; il lui dit
+plusieurs fois: «Hélas! mon adorable! si vous n'avez pitié de moi, je
+serai le plus misérable de tous les hommes. Que je vous aime, et que
+vous aviez tort de me marquer de l'indifférence!» Cette visite se passa
+avec toutes les expressions de tendresse que l'amour peut faire. Le
+lendemain, Sa Majesté fut se promener dans les jardins de Saint-Cloud
+avec La Valière, et madame d'Angoulême[194], où notre Monarque, qui
+étoit de bonne humeur, parut le plus galant et le plus spirituel du
+monde. La Valière, qui étoit dans une tristesse extrême, ne pouvoit
+prendre grande part à l'enjouement du Roi qui lui demanda le sujet de sa
+mélancolie.--«Quoi! mon cher prince, répartit notre incomparable,
+croyez-vous que je n'appréhende pas que Votre Majesté ne se lasse de
+m'aimer, en voyant comme je change tous les jours. Je ne trouve
+plus en moi d'attraits assez puissants pour vous attacher un
+moment.--Ah! lui répliqua le Roi, avec une passion extrême, ma belle
+enfant! je ne trouverai jamais une personne si aimable que vous, et qui
+possède un esprit si distingué. Ce sont ces divins appas qui ont su me
+charmer, et qui font que, dans les déserts solitaires et sauvages, l'on
+trouveroit des plaisirs charmants. Vous outragez un prince qui vous
+adore, et qui fait voeu de vous aimer toute sa vie.»--«Hélas! mon
+illustre prince, lui répondit La Valière, d'un air languissant, je n'ai
+point de termes assez forts pour vous marquer les obligations infinies
+que je vous ai. Je vous dirai sincèrement que ce n'est point l'éclat de
+votre couronne, ni le brillant de votre sceptre qui vous a donné la
+possession de mon coeur. Croyez, continua cette mignonne, en regardant
+le Roi tendrement, que vous n'êtes que trop aimable, sans le secours des
+trônes, et que les bornes de ma félicité seront celles de vous plaire.»
+
+Le Roi[195] ayant embrassé les genoux de sa maîtresse fut avec elle chez
+madame la Princesse[196], où il y avoit une bonne partie des dames
+de la Cour, et un grand nombre de seigneurs. La duchesse de Mazarin[197]
+y dit des choses de si bonne foi à M. de Roquelaure[198] que le prince
+de Courtenay[199] qui en étoit amoureux en rougit. Le Roi s'en aperçut
+qui se leva, en riant, d'auprès le prince de Conti, et dit à
+mademoiselle de La Valière mille choses malicieuses touchant le sujet de
+la duchesse.
+
+Le jour suivant[200] madame de Créqui[201] alla trouver Madame, un jour
+qu'elle lui avoit marqué pour leur partie de Saint-Cloud, où elles
+parlèrent de leurs amours. La duchesse de Créqui soupiroit en secret
+pour M. le cardinal Légat[202], et Madame pour le comte de Guiche[203].
+Notre Monarque, quelque temps après faisant faire la revue à ses troupes
+à Vincennes devant MM. les ambassadeurs d'Angleterre, vit passer le
+carrosse de La Valière; il s'avança au galop et fut plus d'une heure la
+tête nue à la portière; mais voyant passer ensuite le carrosse des
+Reines, Sa Majesté leur fit une grande révérence, ce qui fâcha nos
+princesses et les fit souvenir de la pièce que le Roi leur avoit faite à
+Versailles, au retour de la chasse, comme il pleuvoit, ayant couvert de
+son chapeau la tête de La Valière pendant qu'elle se mouilloit.
+
+Madame au retour de Saint-Cloud[204], monta dans son cabinet, avec la
+duchesse de Créqui, où elle lui montra plusieurs vers fort jolis que le
+comte de Guiche faisoit, quand il ne la voyoit pas, et que sa Muse lui
+inspiroit par le chemin, en venant à Saint-Cloud, avec son rival le
+marquis.....
+
+ DE LA SOLITUDE DES RIEUX.
+
+ Quittons l'embarras de ces lieux,
+ Où l'on ne goûte point de volupté solide;
+ Marquis, malgré les envieux,
+ Allons où notre amour nous guide.
+ Retirons-nous dans ces forêts,
+ Où notre divine Princesse
+ Fait briller ses charmants attraits.
+ Prévalons-nous du favorable accès
+ De la bonté de Son Altesse.
+ Notre amour, quoique téméraire,
+ Y trouvera de quoi remplir tous ses souhaits,
+ Et s'il se peut, de ce lieu solitaire,
+ Cher ami ne sortons jamais.
+ Loin du bruit importun du monde de la ville,
+ Le coeur et les esprits contents,
+ Dans un repos doux et tranquille,
+ Nous goûterons des plaisirs fort charmants.
+ Nos yeux seront satisfaits de la vue
+ De cet objet qui fait notre souverain bien.
+ Nos oreilles seront émues
+ Des charmes de son entretien,
+ Et nous louerons sans retenue
+ De ses beaux yeux la force non connue,
+ Qui lie ton coeur et le mien,
+ Voit-on de bonheur préférable,
+ Cher marquis, à celui de vivre sous les lois
+ D'une personne tant aimable?
+ Les biens des Princes et des Rois
+ N'ont rien qui soit plus agréable.
+ L'éclat de leur condition
+ Ne nous fasse jamais d'envie,
+ Et bornons notre ambition
+ A l'aimer toute notre vie!
+
+La mort de Madame[205] troubla tous les plaisirs de la Cour par un
+triste deuil. Cependant notre Monarque ne laissoit pas d'être tous les
+jours avec madame de Montespan[206], à qui il donnoit mille marques de
+sa tendresse; mais, l'amour qui fait consister son unique félicité à
+courir de belle en belle, prit le soin de présenter une autre conquête
+au Roi; ce fut mademoiselle de Fontanges[207] jeune et belle, dont
+toutes les manières étoient si engageantes que la plus indifférente
+charmoit le coeur. Le Roi prenoit un plaisir extrême de l'entendre
+parler, et se formoit des idées ravissantes du bonheur qu'il auroit s'il
+étoit aimé de cette aimable mignonne, qu'il voyoit tous les jours chez
+la Reine ou chez Madame, et plus il la regardoit et plus ce prince
+en devenoit amoureux. Il fit confidence au duc de Saint-Aignan sur le
+moyen d'entretenir seul la personne qui l'occupoit si tendrement. Le duc
+fut ravi de l'amitié que son prince lui faisoit, et chercha avec
+empressement l'occasion de lui faire voir mademoiselle de Fontanges, qui
+devoit se trouver le lendemain aux Tuileries avec madame de Maure[208].
+
+Notre Monarque, qui s'étoit mis ce jour-là convenablement, eut une
+conversation particulière avec son aimable maîtresse, où ses regards lui
+apprirent qu'il n'étoit pas éloigné du bien charmant qui l'attendoit. Ce
+fut avec tant de modestie que cette incomparable dit au Roi qu'elle
+n'étoit pas insensible à tout ce qu'il sentoit pour elle, qu'à la sortie
+des Tuileries, le marquis de Louvois vint au-devant de Sa Majesté pour
+lui communiquer quelque affaire. Notre passionné prince lui dit, en
+parlant de mademoiselle de Fontanges, qu'il n'avoit jamais vu une fille
+si fière et dont la vertu fût si grande. Le marquis répartit au Roi
+qu'il croyoit qu'une fille avoit de la peine à conserver sa fierté avec
+un prince comme lui.
+
+Le jour suivant Sa Majesté donna tous les divertissements ordinaires à
+toutes les dames de la Cour, où mademoiselle de Fontanges parut avec
+tous ses charmes adorables. Le Roi, qui étoit le plus amoureux de tous
+les hommes, fut toujours à ses pieds, d'un air à faire connoître
+qu'il n'étoit plus à lui: ce qui donna beaucoup de jalousie à toutes nos
+belles, qui croyoient mériter l'encens de notre Monarque. Le jour qui
+suivit ce divertissement fut une partie de chasse, où notre adorable
+étoit vêtue d'un juste-au-corps en broderie, et sa coiffure étoit faite
+de plumes vertes qui lui tomboient sur le visage et qui lui donnoient un
+air charmant. La crainte qu'avoit son amant qu'il n'arrivât quelque
+malheur dans la course à cette aimable chasseresse, l'obligea de
+demeurer toujours à côté d'elle. Après que l'on eut couru le cerf, Sa
+Majesté descendit de cheval avec sa chère mignonne, et la mena promener
+dans la sombreur[209] de la forêt, imitant les dieux champêtres qui
+n'avoient point de lieu plus propre pour l'exercice de leur amour que
+les antres et les bois.
+
+L'on ne peut passer sous silence[210] l'action hardie des François dans
+une sortie qu'ils firent sur les Turcs aussitôt qu'ils furent arrivés au
+siége de Candie[211]. Quoique les assiégés fussent préparés à les
+recevoir, en ayant été avertis par une sentinelle qui s'étoit jetée dans
+le camp le jour précédent, les François néanmoins qui avoient à
+leur tête le comte de Saint-Paul[212], les ducs de Château-Thierry[213]
+et de Roannez[214], donnèrent avec tant de vigueur et de courage qu'ils
+se rendirent maîtres de quatre redoutes de ces infidèles; ce qui ne
+s'exécuta pas sans qu'il en coutât la vie à beaucoup des nôtres; mais
+les ennemis connurent que s'ils avoient toujours eu à combattre notre
+nation, ils n'auroient peut-être pas fait tant de progrès dans l'île de
+Candie. Ce n'est pas que les Vénitiens ne se défendirent en braves gens;
+mais il faut aussi convenir que le grand nombre des ennemis qui les
+attaquoient ne leur donnoit pas la facilité de se défendre, comme ils
+l'auroient souhaité. Les Turcs furent surpris de voir que trois cents
+hommes, en quoi consistoient les François, en attaquoient plus de trois
+mille avantageusement retranchés, et que même ils les forcèrent dans
+leurs retranchements; mais leur nombre n'étoit pas suffisant pour faire
+un progrès assez considérable, afin de remettre les affaires des
+Vénitiens qui étoient en mauvais état. Le siége de Candie étoit
+trop avancé, et les ennemis s'étoient rendus maîtres d'un trop grand
+nombre de places pour espérer que, sans un très-puissant secours, on pût
+empêcher qu'elle ne fût entièrement réduite sous leur puissance.
+
+Revenons à mademoiselle de Fontanges que nous avons laissée dans la
+forêt avec le Roi goûter à longs traits les plaisirs de la solitude.
+L'on peut dire que notre prince n'a fait jamais paroître tant d'ardeur
+et d'amour qu'il le fit ce jour à cette belle nymphe au retour de la
+chasse. Mademoiselle de Fontanges qui tomba malade affligea le Roi et
+toute la Cour sensiblement. Sa Majesté étoit dans une tristesse
+inconcevable. Les douleurs de son amante l'agitoient mortellement. Il
+craignoit toujours de perdre ce qui lui paroissoit le plus cher au
+monde; et, quoique ce prince connût que ses maux ne seroient pas de
+durée, il y parut néanmoins fort sensible, comme si le mal eût été
+dangereux. Il ne la quitta point, agissant auprès d'elle comme le plus
+passionné des amants. Les peines de cette belle mignonne le mirent dans
+un abattement extraordinaire, et lui firent dire à la comtesse de
+Maure[215] d'un air tout pénétré de douleur:--«Hélas, Madame, je
+préférerois le bonheur de revoir en santé cette aimable enfant au prix
+de ma couronne.» Le Roi disoit ces tendres paroles les larmes aux yeux.
+
+Notre belle malade ayant connu l'amour violent de notre Monarque, le
+regarda d'une manière languissante et lui dit en soupirant:--«Ah!
+mon cher prince, pourquoi faut-il que les plaisirs soient accompagnés de
+suites si fâcheuses? mais cependant j'en aimerai la cause tant que je
+vivrai.» Ces termes si doux et si touchants, eurent tant de pouvoir sur
+le coeur du Roi, qu'il se jeta sur le lit de sa charmante, et
+l'embrassa tendrement, lui jurant que jamais il m'aimeroit d'autre
+qu'elle, et que sa passion seroit éternelle. Mademoiselle de Fontanges
+se trouvant mieux, reçut plusieurs visites; jamais reste de journée n'a
+été si bien employé que fut celui-là, on y parla de nouvelles galantes,
+et des pièces d'esprit qui étoient les plus jolies. Toutes les dames
+firent tous leurs efforts pour divertir la maîtresse du Roi, qui les en
+remercia avec des expressions fort engageantes. La duchesse de Créqui,
+qui avoit été de la chasse, tira de sa poche des vers, et en fit la
+lecture[216].
+
+ Hélas! qu'il est bien vrai, que ce qu'on doit aimer,
+ Aussitôt qu'on le voit, rien ne nous peut charmer,
+ Et qu'un premier moment fait naître dans nos âmes
+ Mille doux mouvements tous passionnés et tendres.
+
+Notre Monarque prit ces vers des mains de la duchesse, quand elle les
+eut lus, et les fit voir à sa belle, qui s'en fit une application fort
+délicate, dans la première connoissance qu'elle avoit eue du Roi,
+l'ayant aimé dès le précieux moment que Sa Majesté parut à ses
+yeux.--«Ce jour si fortuné, disoit souvent cette aimable à notre
+prince, est le plus beau de tous mes jours et le plus heureux, et la
+charmante idée que je m'en fais me donne des plaisirs ravissants.»
+
+Le cercle étant fini, chacun se retira chez soi, à la réserve de nos
+illustres amants, qui ne s'appliquèrent plus qu'à passer agréablement le
+temps, à se donner les témoignages les plus tendres et les plus sincères
+de leurs amours[217]. L'on peut dire que le Roi n'en a jamais marqué
+davantage que pour cette adorable mignonne. Il ne peut pas être plus
+ardent, et le retour avec lequel cette aimable lui témoignoit le sien,
+ne pouvoit pas être plus passionné. Elle le fit paroître, lorsqu'étant à
+Paris, elle apprit de Saint-Germain que le Roi qui va souvent à la
+chasse avoit couru grand danger dans la poursuite d'un sanglier, que son
+cheval avoit été blessé par cette bête, et que sans une force et une
+adresse distinguées, Sa Majesté auroit eu de la peine à se retirer du
+péril. La nouvelle en fut apportée à mademoiselle de Fontanges par un
+gentilhomme de madame la princesse d'Epinoy[218], qui étoit elle-même de
+la partie. Notre incomparable en fut aussi touchée, comme si le mal lui
+étoit arrivé. Elle tomba dans une tristesse accablante, qui lui dura
+longtemps, car elle ne pouvoit effacer de son esprit une idée si fatale
+et qui avoit fait tant de peur à son amour; mais ayant un peu rassuré sa
+tendre frayeur, voici ce qu'elle écrivit à Sa Majesté:
+
+ «_Je n'ai point, mon illustre prince, de termes assez
+ pathétiques ni assez passionnés pour vous marquer mon
+ inquiétude, et les tendres émotions qui agitent mon coeur. Je
+ tremble encore quand je songe au malheur que mon cher prince a
+ évité. Si vous m'aimez autant comme je le crois, vous avez
+ beaucoup d'intérêt à conserver votre vie, puisque la mienne en
+ dépend[219]._»
+
+Le Roi lut ce billet avec des transports de plaisir qu'il seroit
+difficile d'exprimer. Sa Majesté baisa mille fois ce joli billet, et ne
+différa point à lui envoyer ce qui suit:
+
+ «_Ah! qu'il est doux, ma mignonne, d'être aimé d'une personne
+ aussi charmante que vous. Ne craignez pas, le danger est passé.
+ Je ne veux plus présentement me conserver que pour vous seule.
+ Je pars dans ce moment pour vous dire combien je vous aime.
+
+ Ah! que le souvenir en est aimable, possédant un coeur aussi
+ précieux que le vôtre._»
+
+Notre invincible Monarque suivit de bien près cette lettre, et partit de
+Versailles dans le dessein d'aller assurer sa jolie maîtresse de sa
+passion ordinaire.--«Que je suis heureuse, mon aimable prince! lui dit
+cette belle, en le voyant, d'un air le plus engageant du monde, de vous
+voir de retour! Ah! que l'absence de ce qu'on aime est une chose
+difficile à supporter!--Je le sais bien, ma chère, lui répondit le Roi,
+en la serrant tendrement dans ses bras, que de tous les supplices les
+plus cruels, l'éloignement de ce que l'on chérit est le plus sensible.»
+
+Quand le Roi eut marqué à mademoiselle de Fontanges la joie qu'il avoit
+de la revoir, ils partirent pour Versailles. Ce fut dans ces doux
+moments, que cette charmante enfant obtint de notre Monarque la grâce
+qui lui avoit inutilement été demandée par la bouche de plus d'un
+prince. Il lui accorda une pension considérable en faveur d'une
+demoiselle de ses amies, et l'abbaye de Chelles[220] dont sa soeur a
+été pourvue, fut encore un effet de sa libéralité. Hélas! nous pouvons
+bien dire que nous n'avons plus rien de cher, quand notre coeur n'est
+plus à nous, et nous servir de la pensée d'Aristote qui dit que la
+personne que nous aimons est un autre nous-même.
+
+ Mon coeur a changé de séjour,
+ Où je suis je ne crois pas être;
+ Où l'on ne me voit point paroître,
+ Je m'y trouve par mon amour[221].
+
+Cette nouvelle abbesse fut bénite avec une magnificence extraordinaire.
+Il ne manqua rien à la cérémonie, étant la soeur de la maîtresse du
+Roi. Aussi fut-elle honorée d'un grand nombre d'évêques. Toute la Cour y
+assista, et mademoiselle de Fontanges y parut avec tous les charmes
+distingués qui lui attirent les regards de tous les spectateurs.
+
+Comme les bois et la solitude assaisonnent souvent les plaisirs que l'on
+trouveroit fades dans les grandes villes, notre Monarque ne passa pas
+longtemps à Paris sans retourner à Versailles, séjour si rempli
+d'enchantements et si propre à inspirer les passions. Toute la Cour
+partit pour ce lieu ravissant et délicieux. Le Roi y renouvela tous les
+divertissements qui avoient été interrompus par son absence. L'on fut à
+la chasse tous les jours, et les dames qui accompagnent d'ordinaire Sa
+Majesté dans cet exercice y parurent infatigables. La santé de la belle
+mignonne de notre prince lui étoit trop chère, pour qu'il lui permît de
+s'engager comme les autres dans la course. Elle en eut le plaisir, sans
+se mettre au hasard, et vit de son carrosse tout ce qui pouvoit lui
+donner quelque satisfaction. La chasse finie, Sa Majesté descendit de
+cheval et prit place auprès de sa charmante et la conduisit dans son
+appartement. Cette jolie chasseresse étoit dans la plus belle humeur du
+monde. Elle dit mille galanteries à son amant sur le divertissement
+qu'une de la troupe avoit donné en tombant de cheval. Le Roi rioit sans
+retenue, particulièrement quand elle lui dit que cette chute devoit être
+fort sensible à cette aimable Diane, ne s'étant pas pourvue de
+caleçons[222]. Cela donna occasion à mademoiselle de Bonnifasse[223],
+fille d'honneur de Madame[224] de dire qu'elle mourroit de chagrin
+si ce malheur lui étoit arrivé.--«Je me réserve, continua-t-elle, pour
+des plaisirs plus tranquilles et qui donnent moins de peine.» Madame qui
+étoit présente, et qui aime passionnément la chasse, lui dit en la
+regardant: «Je vois bien, ma chère, que les plaisirs de la chasse
+troublent votre imagination.» Madame la Dauphine[225] fit changer la
+conversation en parlant du bal que Sa Majesté devoit donner le
+lendemain. Ce fut un des plus beaux de tous ceux qui ont jamais paru.
+Tout y étoit charmant et magnifique. Le Roi y dansa avec son adresse
+ordinaire. Mais ce qui surprit le plus, ce fut qu'il prit deux ou trois
+fois une jeune demoiselle fort aimable et qui dansoit admirablement
+bien. Sa Majesté ne put se défendre du mérite de cette demoiselle, et
+lui dit plusieurs galanteries fort obligeantes, dont elle se tira avec
+une modestie toute charmante. Le Roi soupira souvent auprès d'elle, et
+lui dit[226] d'un air tendre et passionné, qu'il étoit malheureux
+d'avoir le coeur si susceptible aux attraits des belles.--«Hélas!
+Sire, répartit cette jolie personne, un Roi comme vous peut-il
+soupirer?--Oui, Mademoiselle, répliqua notre prince, en la regardant
+tendrement; l'amour ne met point de différence entre le sceptre et la
+houlette. Un Roi languit aussi bien sous son empire qu'un berger. Ne
+croyez pas, ma belle, continua ce prince, que c'est le pouvoir d'un
+monarque qui fait son bonheur. Une douce sympathie qui lie nos coeurs
+fait les délices des amours.»
+
+Cet entretien qui commençoit à échauffer le Roi, fut rompu par
+monseigneur le Dauphin qui s'approcha de Sa Majesté pour lui conférer de
+quelque affaire.
+
+Le lendemain notre Monarque fut au lever de son illustre maîtresse,
+qu'il trouva dans une mélancolie touchante. Il lui marqua bien du
+chagrin de la voir dans cet état, et lui demanda, d'une manière toute
+passionnée, quel en étoit le sujet. «Ah! Sire, dit la belle, en
+soupirant, si vous étiez moins aimable, on n'auroit pas tant de
+tristesse!» Sa Majesté connut aussitôt que c'étoit la jalousie qui lui
+donnoit cette langueur. Il n'en fut pas fâché, car ce prince veut être
+aimé, quand il aime, et il n'y a rien qui l'engage si fortement que ces
+sortes de craintes. Il apprit en même temps de cette jolie mignonne que
+ce qui s'étoit passé au bal l'avoit affligée sensiblement, que c'étoit
+la seule cause de sa douleur.--«Eh! quoi, ma belle enfant, répondit le
+Roi, en se jetant à ses genoux, est-il possible que vous connoissiez si
+mal les sentiments de mon coeur? Je vous aime mille fois plus que moi,
+et vous outragez mon amour par vos injustes pensées.--Quel plaisir
+charmant, répartit cette jolie enfant, n'ai-je point goûté, et
+qu'il est doux d'entendre d'un prince si aimable des paroles si tendres
+et si engageantes. Mais, hélas! qu'il est difficile de vous aimer sans
+crainte et sans inquiétude. Non, je ne puis posséder un coeur d'un
+prix aussi rare que le vôtre, sans en appréhender la perte.» Enfin après
+des termes si touchants, notre amoureux Monarque embrassa cette
+charmante, et lui jura une fidélité d'une étendue infinie, et qui seroit
+toujours égale[227].
+
+[228]Le Roi et toute la Cour partit de Saint-Germain au commencement du
+mois de mai, pour le voyage de Flandre. Le dessein de Sa Majesté étoit
+de visiter toutes les conquêtes qu'elle avoit faites les années
+précédentes, et elle s'en retourna après avoir passé par Oudenarde,
+Courtrai, Lille, Dunkerque et Graveline. La présence de Sa Majesté, qui
+n'étoit pas attendue en ces endroits, alarma beaucoup ses ennemis; mais
+leur crainte fut bientôt dissipée par l'assurance qu'il leur donna de ne
+vouloir faire aucune entreprise contre eux. Madame qui avoit laissé la
+Cour à Lille, en partit pour aller en Angleterre. Le désir que cette
+princesse avoit de voir le Roi de la Grande-Bretagne, son frère, fut le
+prétexte de son voyage. Il sembloit que Madame pressentoit qu'il n'y
+avoit pas de temps à perdre pour donner à Charles second, son
+frère, les dernières preuves de son amitié, puisqu'elle mourut peu de
+mois après son retour de Londres en France.
+
+Nous voyons ordinairement que les passions les plus violentes ne sont
+pas toujours de longue durée, et qu'ayant leurs bornes, comme toutes les
+autres choses du monde, il faut nécessairement les voir diminuer.
+Cependant celle du Roi pour mademoiselle de Fontanges nous fait
+connoître que le coeur de ce prince est au-dessus de la nature, et
+qu'il peut donner des lois sans les suivre. Remarquons ses manières
+tendres et empressées auprès de ce qu'il aime, et l'égalité qu'il fait
+paroître dans son amour, qui est aussi ardent après une conversation
+d'une journée, comme s'il ne faisoit que de naître. Il est vrai que
+l'esprit et la beauté de cette aimable personne servent beaucoup à
+soutenir les foiblesses de l'amour qui n'aime qu'à changer.
+
+Le Roi ayant passé quelques semaines avec sa belle mignonne à lui donner
+les dernières marques de sa tendresse, la laissa à Saint-Germain
+respirer un peu la solitude. Cette charmante enfant se promenoit tous
+les jours seule sous des allées de verdure, en faisant la revue de toute
+la tendresse qu'elle sentoit pour le Roi; mais dans de certains moments,
+son coeur paroissoit agité, et, quoique la passion de notre Monarque
+eût pour elle mille attraits et mille charmes, cette jolie bergère ne
+laissoit pas de regretter sa liberté et de faire entendre aux arbres
+inanimés les vers qui suivent:
+
+ Que je goûtois de bonheur dans l'indifférence,
+ Et de tranquilles plaisirs dans mon innocence!
+ Ce bien ne me sera-t-il point rendu?
+ Dans ces lieux doux, tout est paisible;
+ Hélas! que ne m'est-il possible
+ D'y trouver le repos que j'ai perdu!
+
+Après que notre belle solitaire eut goûté la douceur de sa rêverie, elle
+retourna dans sa chambre, se trouvant fort abattue d'un grand mal de
+tête et de coeur. Le Roi qui apprit l'indisposition de sa maîtresse,
+revint promptement auprès d'elle, mais sa maladie parut si violente
+qu'elle désola ce prince. La duchesse de Créqui[229] et la comtesse de
+Maure[230] étoient jour et nuit occupées à rendre plusieurs services à
+notre malade infortunée. Le Roi versoit des larmes continuelles et il
+s'affligeoit mortellement dans la perte sensible qu'il alloit faire;
+mais la mort qui n'écoute ni les soupirs ni les plaintes et qui suit
+l'ordre qu'elle reçoit, ravit les plus charmantes délices de notre
+prince d'entre ses bras[231].
+
+Jamais coup n'a paru si rude que fut cette cruelle séparation. Sa
+Majesté ne pouvoit se consoler en aucune manière, et l'aimable idée de
+sa belle lui revenoit toujours dans l'esprit. Après les funérailles de
+mademoiselle de Fontanges, qui furent magnifiques, et dans un grand
+éclat à Saint-Denis[232], le Roi fut fort longtemps sans sortir et
+même sans voir beaucoup de lumière, se voulant priver de la beauté du
+jour et du soleil, comme si cet astre avoit contribué à la douleur qu'il
+ressentoit.
+
+Nous lisons dans l'histoire de France que Henry III, après la mort de la
+princesse de Condé, passa trois jours et trois nuits enfermé dans une
+chambre sans manger ni boire. Ce prince étoit si pénétré de ses peines
+qu'il ne vouloit voir que des visages tristes et des lieux sombres. Il
+portoit sur ses rubans de petites têtes de mort qu'il faisoit broder
+exprès, et qui marquoient la mélancolie de son coeur.
+
+Le Roi ayant perdu mademoiselle de Fontanges demeura quelque temps dans
+un chagrin inconcevable; mais madame de Maintenon[233], qui a toujours
+pris un soin singulier de la santé de notre Monarque, tâcha par la plus
+belle morale du monde de lui faire connoître que tout passe dans cet
+Univers, et que les plaisirs ne peuvent durer toujours; qu'il se trouve
+même une variété perpétuelle dans les choses les plus solides, et que
+les faux brillants qui accompagnent les honneurs de notre siècle ne sont
+que des ombres qui se dissipent en un moment.--«Ah! Madame, s'écria le
+Roi tout charmé d'un raisonnement si sublime, que je suis heureux de
+trouver en vous des consolations qui adoucissent l'amertume où je suis!
+Je bénis le jour fortuné auquel j'eus le bien de vous connoître, et
+j'en rends grâces incessamment au Ciel.--Ah! Sire, répondit la marquise,
+le souvenir charmant du précieux moment où j'ai eu le bonheur de vous
+plaire m'est quelque chose de si doux que la seule idée fait tout le
+plaisir de ma vie. J'ambitionnerai journellement à vous procurer quelque
+satisfaction; c'est en quoi je fais consister ma plus grande
+joie.--Madame, répartit notre prince, des offres si engageantes, venant
+d'une personne comme vous, ne se refusent jamais: vos manières sont trop
+aimables et trop spirituelles pour ne faire pas d'impression.--Hélas!
+Sire, répliqua madame de Maintenon, que l'encens est d'une odeur
+ravissante, quand il vient d'un prince comme vous! L'on se sent de la
+vanité en respirant vos douceurs.» Le Roi alloit parler quand le duc
+d'Orléans et le comte de Lauzun entrèrent qui firent changer de
+conversation à nos illustres amants.
+
+Comme la paix donnoit quelque relâche aux grands soins que notre
+invincible Monarque prenoit de son Etat, Sa Majesté pour calmer ses
+ennuis fit une partie de promenade avec la marquise de Maintenon, à
+Chantilly[234] où toute la Cour se trouva avec une magnificence
+surprenante. Le Roi étant allé sur le soir dans le jardin trouva un
+berceau de feuillages orné de festons de fleurs qui rendoient ce lieu
+charmant. Trente lustres y jetoient tant de clartés qu'elles
+produisoient un véritable jour. Du milieu de ces agréables
+feuillages sortoit un jet d'eau qui faisoit un murmure touchant. Après
+que le souper fut servi, qui fut accompagné de voix et d'instruments,
+les plus aimables du monde, le souper étant fini, on eut le
+divertissement d'un beau feu d'artifice, qui termina tous les plaisirs
+de cette belle journée. Le lendemain, Sa Majesté avec toutes les dames
+furent sur la rivière dans de petits bateaux faits d'une politesse
+extraordinaire, tirés par des dauphins et par des amours qui jetoient
+des filets dans l'eau pour pêcher[235]. Les jours suivants furent
+occupés à la promenade, à la chasse et à tout ce qui peut charmer les
+sens.
+
+Le Roi, qui employoit la plus considérable partie de son temps dans ce
+qui pouvoit contribuer à sa gloire, ou à l'utilité de ses peuples, peu
+de jours après ce régal, alla à Dunkerque[236] visiter les nouveaux
+travaux qu'il y faisoit faire, et Sa Majesté vouloit être présente à
+tous ces ouvrages, afin de les rendre parfaits, et aussi pour donner
+courage à ceux qui y étoient employés. L'on peut dire sans hyperbole
+qu'ils surpassent l'imagination, et que les fortifications de
+Dunkerque[237] sont dignes de l'admiration du siècle présent et de
+ceux qui sont à venir.
+
+Le Roi, qui vouloit voir toutes les entreprises qui se faisoient, se mit
+en marche, et le vingt-huit il détacha de son armée le vicomte de
+Turenne avec trois mille chevaux pour aller investir Burich[238] dans le
+temps que le prince de Condé assiégeoit Vezel, ce qui fut aussitôt
+exécuté par l'un et par l'autre de ces lieutenants-généraux, avec toute
+la diligence possible. Au retour de l'armée, Sa Majesté tomba malade
+d'une fièvre lente qui lui dura longtemps. Les médecins disoient que
+cette maladie ne pouvoit venir que de mélancolie.
+
+Mademoiselle de La Valière, qui s'étoit retirée aux Carmélites par une
+sage prévoyance, ayant pressenti, longtemps avant que le Roi la quittât,
+qu'elle ne pouvoit plus plaire à Sa Majesté et que ses charmes
+diminuoient de jour en jour, fut ravie[239] d'apprendre la mort de sa
+rivale. Jamais nouvelle ne lui donna plus de plaisir que celle-là, et
+quoique cette soeur dolente ne possédât plus le coeur de son amant,
+elle ne pouvoit souffrir qu'avec une douleur mortelle, que le Roi en
+aimât d'autres. La jalousie l'accompagnoit presque dans le fond de
+son monastère, où elle avoit tout le temps de réfléchir sur tous les
+heureux moments qu'elle avoit passés avec notre Monarque. Ces douces
+pensées de plaisir nourrissoient l'amour et la tendresse qu'elle sentoit
+pour son prince, qui, de son côté, ne songeoit à elle que fort
+foiblement, ayant l'idée toute remplie de la belle personne que le sort
+lui avoit tirée d'entre les bras. Madame de Montespan, que le Roi voyoit
+encore quelquefois, ne reçut pas moins de joie[240] que La Valière du
+malheur de mademoiselle de Fontanges, se trouvant en quelque façon
+vengée du tort que l'amour lui avoit fait d'avoir mis une autre à sa
+place.
+
+Le Roi qui est clairvoyant sur toutes choses, vit très-bien la joie de
+madame de Montespan. Ce prince lui en sut peu de gré, et lui dit comme
+il étoit avec elle, dans son cabinet:--«Ah! Madame, je suis surpris du
+peu de part que vous prenez à ce qui me touche. J'aurois cru avoir rendu
+votre coeur plus sensible.--Hélas! Sire, répondit madame de Montespan,
+d'un air tendre, ce n'est que pour avoir trop de sensibilité pour vous
+que j'ai senti du plaisir de la mort de ma rivale. Vous savez qu'un
+amour délicat est toujours suivi de jalousie, et que, quand on aime
+tendrement, l'on ne peut souffrir de partage.--Il est vrai, Madame,
+répliqua le Roi, que j'aime les femmes qui ont ce discernement; c'est le
+véritable caractère d'un sincère amour. Mais vous savez que j'ai eu
+toujours pour vous des sentiments distingués et suffisants, pour vous
+faire ce qui pourroit me plaire.»
+
+Madame de Montespan avoit envie de soutenir encore la conversation,
+quand le Roi la quitta avec assez d'indifférence, ce qui l'affligea
+sensiblement; car comme elle aime la gloire et l'éclat, la tendresse
+d'un prince comme le nôtre faisoit le plus grand bonheur de sa vie.
+Cette dame songea donc aux moyens de faire renaître la passion de son
+amant, qui étoit mourante, et prête à jeter les derniers soupirs. Elle
+employa pour cet effet tout ce que l'art a pu imaginer de plus aimable;
+et comme la nature n'a point été avare à donner des beautés à cette
+belle, il lui étoit facile de paroître charmante.
+
+Un jour qu'elle attendoit Sa Majesté en déshabillé de couleur de rose,
+et qu'elle étoit plus jolie qu'à son ordinaire, comme elle rêvoit
+profondément dans sa chambre, et que ses yeux se baignoient de larmes,
+le Roi arriva dans ce triste moment, et lui demanda pourquoi elle
+pleuroit:--«Hélas! Sire, répartit cette belle affligée, je vous aimerai
+toujours, et vous ne m'aimez plus. Ah! que mes sentiments sont opposés
+aux vôtres! L'amour, de qui dépend toute ma félicité, que ne vous a-t-il
+donné la tendresse que j'ai, ou que n'ai-je en partage toute
+l'indifférence possible!» Cette passionnée amante disoit ces paroles
+avec des manières si engageantes, qu'elle toucha le coeur du Roi, qui
+lui dit en l'embrassant: «J'ai le coeur, Madame, tendre et constant,
+et je veux vous aimer toujours; mais lorsque la raison condamne ma
+tendresse, je dois entendre ce qu'elle me dit, et renoncer à l'amour qui
+trahit mes vertus. Ma gloire a des appas qui triomphent de tout. Vous
+saurez, Madame, qu'un engagement plus long qu'il ne peut être est
+ordinairement suivi de la froideur.--Je ne le reconnois que trop, Sire,
+interrompit madame de Montespan, en répandant un torrent de pleurs, que
+votre coeur n'est plus que de glace pour moi. C'est en quoi j'accuse
+souvent mon infortune, me trouvant la plus malheureuse de toutes celles
+qui respirent le jour. Ah! qu'il est dangereux de vous connoître et
+difficile de vous oublier!»
+
+Le comte de Lauzun qui entra brusquement fit changer de discours à nos
+amants. Notre Monarque demanda au comte d'où il venoit.--«Vous le savez,
+Sire,» répondit Lauzun, en riant.--«Il est vrai, dit le Roi, que je sais
+le lieu charmant où l'amour vous guide: comment se porte ma cousine[241]
+depuis hier? Admirablement bien, Sire, répondit notre amoureux comte,
+avec un transport de joie inconcevable, j'ai eu le bonheur
+d'entretenir Son Altesse royale toute la matinée. C'est la plus adorable
+princesse qui ait jamais été au monde. Ah! quel bonheur, continua le
+comte de Lauzun, d'un air tout passionné, si un mortel avoit quelque
+part à son souvenir! Ce seroit la plus grande félicité où il pourroit
+aspirer.--Je vois bien, comte, dit notre Monarque en riant, que tu ne
+serois pas fâché que ma cousine de Montpensier eût un peu de sensibilité
+pour toi. Pousse ta fortune[242], je te promets de te servir
+partout.--Ah! Sire, répartit le comte, avec un profond respect, je sais
+trop ce que je dois à mon Roi pour avoir des pensées si hardies: je me
+fais seulement une idée toute charmante du plaisir qu'un prince auroit
+de posséder une personne aussi engageante que Mademoiselle, s'il étoit
+né digne de Son Altesse royale.»
+
+Le Roi qui se leva interrompit le comte qui fut avec Sa Majesté au
+Louvre, et qui l'entretint longtemps sur plusieurs affaires différentes,
+qui firent passer d'agréables moments à notre prince; et comme le comte
+de Lauzun a l'esprit fort enjoué et fort galant il a le don de plaire au
+Roi plus qu'aucune personne de la Cour. Pendant que Sa Majesté étoit
+absente, madame de Montespan, ayant essuyé ses beaux yeux qui étoient
+baignés de larmes, prit une plume et fit ces vers, où elle
+reprochoit au Roi son changement. Les voici qui suivent:
+
+ Quand vous commenciez à m'aimer,
+ Vous ne pouviez pas me quitter,
+ Sans vous faire une peine extrême.
+ Le souvenir en fait ma gêne
+ Et le sujet de mon tourment.
+ Pourquoi m'aimer si tendrement?
+ Vous savez très-bien comme on aime;
+ Mais, hélas! êtes-vous le même?
+
+Madame de Montespan ayant fini sa poésie, fut se promener au
+Cours-la-Reine, où elle rencontra le Roi dans son carrosse, qui passa à
+côté d'elle fort froidement et qui se contenta de lui faire une grande
+révérence. Notre belle étoit dans ce moment au désespoir de voir
+l'indifférence de son amant. Après avoir fait tout son possible, pour
+allumer un feu qui vouloit absolument mourir, cette dame croyoit, après
+la mort de mademoiselle de Fontanges que Sa Majesté reviendroit à elle;
+mais hélas! que les femmes qui sont galantes se trompent fortement dans
+ces sortes d'espérances! Quand une fois l'amour a été au comble de son
+bonheur, cette passion diminue de moment en moment, et ne se fait plus
+connoître. Il ne reste plus que la rage et le chagrin à ces belles
+courtisanes de n'être plus aimées, et de dire souvent à leurs amants qui
+rient d'elles: Vous m'aimiez autrefois et vous ne m'aimez plus. Ces
+tristes idées me désolent le coeur. Ah! qu'il est bien plus généreux,
+selon mon sentiment, de conserver toujours sa liberté, quand on le peut,
+que de la mettre dans un péril si dangereux! Les hommes voluptueux
+disent ordinairement que le printemps d'une beauté passe comme une fleur
+qui ne revient jamais, et qu'il faut aimer dans un si bel âge. Ce sont
+des discours que l'amour-propre leur inspire, et non la raison et la
+vertu qui est quelquefois éloignée de leur coeur; mais demeurons
+toujours dans les bornes de l'honnêteté, et ne nous laissons point
+emporter au penchant rapide de nos inclinations. C'est le moyen le plus
+sûr de ne se repentir jamais de rien, et de vivre à l'abri des
+inquiétudes et des chagrins.
+
+Revenons à notre Monarque, qui étoit dans une douleur extrême, et qui,
+ne pouvant oublier mademoiselle de Fontanges, fut pour passer ses ennuis
+deux ou trois jours de suite chez M. le duc d'Orléans où il trouva un
+grand nombre de dames de qualité et presque toute la Cour, qui étoit
+venue visiter Madame, qui avoit eu une légère indisposition.
+
+Le Roi qui vit entrer le prince de Turenne[243] lui demanda, en
+souriant, s'il n'aimeroit jamais, et si sa malice seroit toujours égale
+pour les femmes, en se faisant aimer et puis se rire d'elles.--«Cette
+manière ne me charmeroit point du tout, continua le Roi. Il faut de la
+bonne foi avec les dames.--Ah! répartit la duchesse de Gersay[244] qui
+étoit la plus belle personne du monde, qu'il est avantageux pour
+notre sexe qu'un prince aussi aimable comme est le nôtre, prenne
+généreusement le parti des pauvres femmes, que l'on outrage
+sensiblement!--Madame, répondit le Roi, si elles étoient toutes faites
+comme vous, il ne seroit pas besoin de les défendre; mais sans
+raillerie, il me souvient que M. de Guise perdit entièrement sa
+réputation auprès des femmes, pour des affaires de cette nature, et que,
+quand il est mort, il n'eût pas trouvé une servante de la ville qui
+l'eût voulu croire.--Mais, Sire, répliqua le prince de Turenne,
+quelquefois l'on y est obligé par des motifs de conscience, et par les
+conseils de son curé, qui dit assez souvent qu'il faut rompre les
+attachements de la chair.--Ah! l'honnête homme, s'écria le Roi, en riant
+de tout son coeur. Jamais il ne s'est vu une confidence si tendre et
+qui mérite si bien la rémission de ses péchés; continuez toujours
+de vivre dans ces nobles sentiments, vous aurez une augmentation de
+gloire.»
+
+Le prince fit une très-humble révérence à Sa Majesté, en la remerciant
+de tout son encens; ce qui fut un sujet de plaisir à toute la compagnie.
+Pendant le carnaval, toute la Cour travailla à faire diversion à la
+mélancolie du Roi, qui paroissoit sans remède. La marquise de Maintenon,
+qui savoit que Sa Majesté aimoit la conversation de la comtesse du
+Lude[245], tâchoit par tous les moyens du monde de lui en procurer
+le plaisir. Souvent que cette comtesse surprenoit le Roi dans sa
+rêverie, madame de Maintenon les laissoit tête à tête moraliser. L'on
+peut dire que c'étoit le fort de cette aimable femme, et qu'ayant
+l'esprit aussi solide qu'elle l'avoit, rien n'étoit si charmant que de
+l'entendre parler.
+
+Un après-dîner, comme notre Monarque étoit seul avec elle, Sa Majesté
+lui fit un portrait fidèle de son chagrin, et ne le lui déguisa
+aucunement.--«Ah! Madame, s'écria ce prince, si vous saviez combien
+la vie m'est importune, je ne fais rien qui ne me donne de la peine;
+en de certains moments ma couronne m'est incommode.--Hélas! Sire,
+répondit la comtesse du Lude, l'inégalité qui se trouve dans la
+vie fait naître en nous ces divers mouvements. Ce qui nous plaît
+aujourd'hui nous déplaît en peu de jours. Notre humeur changeante ne
+sauroit se comprendre.--Cependant, Madame, dit le Roi, l'on donne tant
+d'encens à la raison, à la prudence: de quoi nous servent ces chimères,
+si elles n'arrêtent pas le cours de nos passions?--Ces idées, Sire,
+répartit la comtesse, mettent mon esprit au désespoir; plus j'envisage
+ces talents imaginaires, et moins j'aime à m'en souvenir. Ah! prudence
+importune qui ne servez qu'à faire avancer les maux que nous devons
+avoir! Si cette cruelle avoit quelque secret de détourner les infortunes
+qui pendent sur nos têtes, nous devrions la chérir; mais hélas! rien
+n'est si trompeur que son apparence.--Ce que vous dites, Madame,
+répliqua le Roi, est divinement bien pensé, mais vous m'avouerez qu'il
+faut obéir à l'Etre indépendant, qui nous a donné la vie et tous les
+avantages de conduite, de raison et de prudence.--Je le sais, Sire, dit
+la comtesse; c'est pourquoi j'envie souvent le sort des choses
+inanimées, qui durent plus longtemps que nous, et qui ne ressentent
+point mille remords qui nous rongent nuit et jour, et qui ne sont utiles
+à rien.--Que diriez-vous donc, Madame, continua le Roi, de ceux qui
+passent le plus beau de leur âge dans des soins continuels, et qui ne
+sont quelquefois pas de grand usage? Nous voyons Platon attaché à
+chercher des idées; Epicure attrapant des atômes, pour ensuite les
+accrocher les uns aux autres et en faire un monde en petit; Thalès au
+bord d'une fontaine admirant l'eau comme principe de toutes choses;
+Socrate n'osant sortir de sa gravité, de crainte de ne passer plus pour
+sage; enfin tous ces grands hommes ont pris mille gênes dans la vue de
+s'immortaliser.--Ah! Sire, reprit la comtesse, il n'est pas besoin de
+sortir de notre siècle pour connoître les folies des humains. Ne
+voyons-nous pas tous les jours parmi nous des généraux, des capitaines
+qui mettent leur vie au hasard pour une idée de gloire?--La guerre,
+Madame, répartit le Roi, est quelque chose de plus grand et de plus
+noble que mille autres attaches dont l'homme fait ses délices, et où il
+met les plus doux moments de sa vie à les acquérir.--Cependant, Sire,
+dit madame du Lude, l'esprit des mortels est borné, quelque soin qu'ils
+donnent à la recherche, et quelque pénétrants qu'ils puissent être. L'on
+ne sait rien à fond avec certitude. Nous apportons en naissant des
+ténèbres qui rendent nos lumières peu brillantes.»
+
+Notre Monarque prenoit un plaisir extrême d'entendre raisonner cette
+aimable comtesse, quand le duc de La Feuillade[246] entra qui entretint
+Sa Majesté longtemps. Le Roi ayant fait une profonde révérence à madame
+du Lude, la quitta pour un moment, et revint aussitôt auprès
+d'elle.--«Ah! Madame, lui dit ce prince en riant, une sympathie inconnue
+m'entraîne vers vous. Je compte les heures qui me privent de votre
+agréable présence [comme] perdues.--Ce que vous dites, Sire, répondit
+notre belle, est quelque chose de bien glorieux pour moi. Rien n'est si
+doux que l'encens d'un prince comme vous, qui connoît la valeur de ce
+qu'il estime avec un discernement distingué.--Madame, si j'étois à
+présent, lui répondit le Roi, encore assez heureux pour être aimé d'une
+personne aussi engageante que vous, non pas de cet amour sensuel dont
+j'ai fait mon bonheur autrefois, mais de celui qui ne consiste qu'en
+esprit! Car je vous assure que ces plaisirs sont plus réels que ceux du
+corps. J'en goûte tous les jours la différence, qui me fait
+regretter mille moments que j'ai passés en bagatelles.--Il est vrai,
+Sire, reprit madame du Lude, qu'après avoir fait le véritable
+panégyrique de l'amour, l'on y remarque des défauts surprenants.
+Qu'est-ce que cette passion, sinon un amas de peines qui ne se nourrit
+que de craintes et de doutes? les plaisirs qui sont de peu de durée sont
+toujours suivis d'amertumes sensibles; et l'amour, au comble de son
+bonheur, comme toutes les autres choses, retourne à son néant.--Que vous
+représentez justement, Madame, dit notre Monarque, le caractère de ce
+Dieu! Le voilà sans ombres et sans voiles, et c'est de la manière qu'il
+est plus charmant, car ses défauts ne sont point cachés.--Il est
+pourtant bon, Sire, répondit notre aimable, de lui donner quelques
+agréments, afin qu'il nous puisse plaire. Car quand on s'engage, si l'on
+se faisoit une idée funeste d'un triste changement... Ah! Sire, continua
+la comtesse, pardonnez un tendre souvenir, je ne puis oublier l'ardeur
+violente que le comte d'Armagnac[247] avoit conçue pour moi, et quand je
+fais la revue de toute sa passion et du changement que j'y vois, je dis:
+c'est l'ouvrage d'un mortel. Il n'appartient qu'à l'homme à mettre en
+usage ces foiblesses. Il y a quelque temps, comme j'étois chez moi à la
+campagne, et que je rêvois solitairement dans le bois, je
+considérois le peu de durée de l'aimable verdure de ce bocage, ayant
+réfléchi solidement, je fis ce quatrain:
+
+ Tout change, enfin, et le coeur le plus tendre
+ Ne peut faire vivre sa passion toujours.
+ L'on n'a point encor vu d'éternelles amours,
+ Et le temps à venir ne doit pas en attendre.
+
+--Vous faites, dit le Roi, d'une manière obligeante, la dixième Muse. Il
+faut un mérite aussi charmant que le vôtre pour augmenter la beauté du
+Parnasse. Apollon, ce Dieu des lumières, vous doit chérir uniquement,
+puisque vous embellissez son rocher et ses fontaines; aussi Pégase vous
+donne-t-il de son eau de cristal pour vous rafraîchir dans vos exercices
+poétiques.--Je vous dirai, Sire, répondit la comtesse, que j'aime
+passionnément la poésie. Je trouve que c'est le langage des dieux: voici
+encore des vers que l'inconstance du comte d'Armagnac m'a fait faire:
+
+ Taisez-vous, mes soupirs sensibles,
+ Vous me causez de la douleur,
+ Et mon coeur est trop susceptible
+ Aux doux charmes de mon vainqueur.
+ A quoi servent ces sentiments,
+ Puisque l'ingrat est un volage?
+ Quand on a perdu ses amants,
+ Les soupirs doivent être sages.
+
+--En vérité, Madame, interrompit le Roi, vous êtes toute divine, et
+c'est un charme puissant de vous entendre parler. Un coeur peut-il se
+défendre à des attraits si doux qui le demandent? Ah! je condamne
+extrêmement le peu de discernement du comte d'Armagnac en vous ayant
+quittée. Je sais que si vous l'aviez plus aimé, vous l'auriez
+engagé davantage; car il veut qu'on l'aime tendrement, et celle qui
+possède son coeur présentement est pour lui tout de feu.--Ah! Sire,
+s'écria madame du Lude, que l'amour est difficile à contenter! cet
+enfant crie toujours et n'est jamais content. J'ai marqué au comte
+incessamment une tendresse égale; mais non pas de ces emportements qui
+font perdre la raison.--C'est ce que nous demandons, Madame, dit Sa
+Majesté, quand nous aimons. Nous ne pouvons souffrir des coeurs froids
+qui raisonnent. Il faut aimer avec chaleur un amant, quand vous voulez
+qu'il vous aime.»
+
+Madame de Maintenon, qui entendit en entrant ce mot d'aimer, dit en
+saluant le Roi:--«Sire, c'est en vain que vous vous défendez de l'amour,
+car vous le mettez toujours sur le tapis.--Ah! Madame, répartit la
+comtesse du Lude, l'on ne peut parler que de ce qui plaît. Quand les
+conversations commencent à mourir, ce Dieu les ressuscite par son
+enjouement.--Cette vivacité, Madame, répliqua la marquise, n'est plus du
+règne de notre prince. Il a renoncé aux traits de l'amour, et son
+coeur est à l'épreuve de ses coups.--Madame, lui dit en riant la
+comtesse du Lude, quelques efforts que nous puissions faire, notre
+résistance est vaine. Quand la nature nous a donné un coeur sensible,
+il aime tout ce qu'il trouve aimable, tant qu'il a de la vie. Cependant,
+Madame, reprit la marquise de Maintenon, les passions diminuent avec
+l'âge. Ah! Madame, répliqua madame du Lude, nous revenons toujours à
+notre principe qui est cet amour naturel. Les philosophes nous le
+prouvent en nous faisant connoître que tous les êtres du monde doivent
+retourner au lieu d'où ils ont pris leur origine. L'homme, qui est un
+être fini, est composé de deux parties qui sont l'âme et le corps. Cette
+première, son règne étant achevé, retourne au ciel qui est la source
+d'où elle est venue, et le dernier va au sein de la terre d'où le
+premier homme est né.--Vous passez donc, Madame, interrompit notre
+prince, en regardant la comtesse du Lude, de la philosophie à la
+théologie? Il faut avoir autant d'esprit que vous en avez pour soutenir
+les thèses que vous avancez. Qu'il est glorieux, Madame, pour votre sexe
+d'avoir des personnes qui se distinguent par leur génie! Un de nos
+philosophes modernes donnoit en son temps des leçons aussi bien aux
+femmes qu'aux hommes; mais le savoir que vous avez, la nature vous en a
+fait un don en naissant.--Sire, répondit la comtesse, si j'avois assez
+de foiblesse pour tirer de la vanité des douceurs coutumières que les
+galants hommes disent ordinairement aux femmes, je me perdrois en
+écoutant le joli panégyrique que vous faites de moi; mais je me connois
+un peu. Si quelques lumières brillent en mon esprit, un nombre infini de
+ténèbres en diminuent la beauté.»
+
+Le Roi brûloit d'envie de pousser la conversation plus loin; mais des
+affaires du Parlement qui furent apportées à Sa Majesté par M.
+Talon[248], avocat-général, qui parla au Roi avec une éloquence
+toute charmante pendant plus d'une heure, fit que le prince donna
+audience à plusieurs autres, tout le reste du jour. Madame de Maintenon,
+que le comte de Marsan[249] sollicitoit tous les jours pour mademoiselle
+de Béthune[250] qui étoit à Saint-Cyr sous la domination de la marquise,
+étoit journellement chez elle[251].
+
+Ce comte étoit devenu éperdûment amoureux de mademoiselle de Béthune,
+pour l'avoir vue un moment dans l'église de Saint-Cyr. Cette jeune
+beauté se faisoit distinguer de toutes les autres, par un certain air
+doux et languissant qui lui étoit naturel, et qui demandoit le coeur à
+tout ce qu'elle faisoit. Il n'en falloit pas tant pour enflammer le plus
+passionné de tous les hommes. Aussi dans ce premier moment, il fit
+connoître à cette charmante fille, par un langage muet qui parloit dans
+ses yeux, combien ses charmes avoient de pouvoir sur lui. Depuis ce jour
+que le hasard avoit conduit le comte à l'abbaye de Saint-Cyr, comme il
+retournoit de la chasse dans le dessein de remercier les Saints de
+n'avoir point trouvé de malheur, il se vit pris, sans rien prendre dans
+toute sa course. C'est ordinairement ce que fait Vénus dans ses
+exercices. Elle fait quelquefois plus de conquêtes que Diane, quoique
+ses armes soient bien différentes. Revenons au comte de Marsan qui se
+voyoit obligé de garder de grandes mesures, dans toute la suite de son
+amour. Madame de Maintenon le recevoit fort honnêtement et même avec
+beaucoup de plaisir, dans la vue qu'il recherchoit en mariage
+mademoiselle de Béthune, qui étoit de qualité et d'une maison
+très-considérable. Le comte disoit mille douceurs à la marquise sur sa
+vertu et sur sa conduite, afin d'obtenir les bonnes grâces, et d'avoir
+un peu plus de liberté avec sa belle mignonne; ce que notre abbesse
+remarquoit fort bien, ayant l'esprit aussi ouvert qu'elle l'a. C'est
+pourquoi elle ne perdoit jamais de vue cette jeune fille, quand son
+amant étoit présent, ce qui le désoloit entièrement, car il ne pouvoit
+pas dire une parole que la marquise ne l'entendît. Une vie si misérable
+dura quelque temps, mais comme l'amour est ingénieux, et que ce petit
+Dieu découvre toujours quelque ruse à ses sujets, le comte de Marsan,
+ennuyé de son martyre, pria une vieille tante qu'il avoit à Paris, et
+qui étoit devenue dévote jusqu'à la fureur, et par cette raison grande
+amie de madame de Maintenon (car elles alloient fort souvent ensemble à
+Saint-Lazare de Jérusalem[252] faire leurs oraisons) de lui être
+favorable dans son amour, et de permettre qu'il se trouvât quelquefois
+chez elle avec mademoiselle de Béthune qu'il aimoit tendrement. Que la
+sévérité de la marquise de Maintenon lui étoit insupportable! aussi
+rendoit-elle toutes ses demoiselles comme des esclaves, qui sont privées
+de la liberté humaine. Madame de La Roche[253] parut un peu surprise en
+écoutant la proposition de son neveu.--«Quoi! dit-elle, Monsieur, vous
+ne songez pas à ce que vous me dites? Ne savez-vous pas combien cette
+dame a de haine et d'horreur pour les rendez-vous, et que, si elle
+découvroit une fois votre intrigue galante, je serois perdue dans son
+esprit, et elle maltraiteroit mademoiselle de Béthune comme la
+dernière de toutes les filles? De plus, mon neveu, continua cette bonne
+femme, vous avez un attachement qui n'est pas des plus honnêtes avec
+madame de..... et qui ne plaît aucunement à tous vos amis. Retirez-vous
+avec prudence de ce commerce criminel, et je ferai tout mon possible
+pour vous procurer cette jolie mignonne.--Ce que vous dites, ma tante,
+répondit le comte, est à peu près raisonnable; mais vous saurez que,
+quand l'on a une fois donné son coeur, il est bien difficile de le
+reprendre. Je vous avoue que j'aime la baronne de..., qui est la plus
+belle femme de France, et qui mérite le mieux les adorations d'un galant
+homme. Tant que cette adorable personne possèdera mon coeur, le
+mariage me sera fort indifférent, mais non pas les galanteries.--Mon
+neveu, répartit madame de La Roche, en riant, si vous aimez, autant que
+vous voulez me le persuader, votre belle, vous devez lui être fidèle; ce
+que vous n'êtes point, puisque vous cherchez les moyens d'en conter à
+une autre.--Ah! ma tante, répliqua M. de Marsan, il ne faut point mettre
+un ordre si régulier dans la conduite de la vie. L'amour se plaît dans
+la variété et le changement. D'abord que cet enfant est attaché, il
+meurt. C'est pourquoi, par un motif de charité qui est fort humain, l'on
+doit lui donner la liberté de courir où il veut, afin de lui conserver
+la vie.--Où avez-vous appris, Monsieur, dit la bonne tante, cette morale
+admirable qui porte sa charité jusques à l'amour?--Ne savez-vous pas, ma
+tante, répondit le comte malicieusement, que charité est
+amour.--Oui, mon neveu, je le sais, mais ce n'est pas de cet amour qui
+ne consiste qu'au bonheur de son prochain que vous entendez parler.--Ma
+tante, répartit le comte de Marsan, en riant, je renferme dans les
+bornes de la pitié ou de la compassion tous les besoins du genre humain.
+Si j'aime une femme qui soit aimable et que je lui jure que je meurs
+pour elle, et qu'elle soit d'assez bonne foi pour le croire, en voulant
+bien soulager mes peines, n'est-ce pas vivre moralement, et d'une
+manière exemplaire?--Mon neveu, interrompit la bonne femme, d'un air de
+pédante, vous vous raillez de la piété et vous n'êtes qu'un indévot, qui
+sacrifiez tout à vos plaisirs. Rompez votre pente criminelle et vous
+attachez à la vertu et à la gloire, en faisant des actions dignes
+d'elles.--Ah! ma chère tante, répliqua notre amoureux comte, en
+l'embrassant, quand je combats les charmes de l'amour, je sens ses
+douceurs qui triomphent de toutes mes forces, et c'est ma passion la
+plus dominante.--C'est alors, Monsieur, dit madame de La Roche, qu'il
+faut opposer à cette rapidité des remèdes salutaires, et résister
+fortement au méchant penchant qui vous entraîne à votre perte. Nous
+lisons que nos Saints n'ont pas été moins que nous sensibles à cette
+foiblesse, et que saint Dominique, tout célèbre personnage qu'il étoit,
+a souffert des peines cruelles pour résister aux convoitises de la
+chair. Ce religieux père préparoit jour et nuit son corps rebelle afin
+de le mortifier, et de tâcher de corriger les emportements de la
+nature.»
+
+Le comte de Marsan ne put s'empêcher de rire en écoutant les belles
+instructions de sa bonne tante, qui lui marquoit avec le doigt tout ce
+qu'elle disoit; mais, ayant bien moralisé, la conclusion de la prière
+que le comte fit à sa chère tante fut de lui procurer le bonheur de voir
+quelquefois chez elle mademoiselle de Béthune, ce que madame de La Roche
+eut bien de la peine à lui accorder; mais comme elle aimoit son neveu
+tendrement, elle se laissa persuader plus facilement, ce qui donna une
+joie inexprimable à notre passionné amant, qui brûloit d'envie
+d'entretenir un instant la charmante enfant qui l'occupoit si
+agréablement. Il demanda donc à sa tante quel jour cette belle pourroit
+venir chez elle, et qu'il y viendroit aussi.--«Ah! mon neveu, répartit
+madame de La Roche, il faut user de grande précaution dans une affaire
+si délicate. La marquise de Maintenon est la plus sévère de toutes les
+femmes, comme je vous l'ai déjà dit, et a beaucoup de confiance en moi;
+c'est pourquoi je serois au désespoir qu'elle sût que vous venez chez
+moi souvent, car elle empêcheroit bientôt que mademoiselle de Béthune ne
+me vînt voir.--Ah! dit le comte, j'en serois au désespoir; mais il faut
+que je vous avoue, ma tante, que j'ai de la peine à souffrir qu'une
+vieille ridicule comme cette femme-là occupe encore la terre. Elle
+enrage de ce que les plaisirs l'ont quittée, et qu'elle n'est plus
+capable d'en inspirer. C'est pourquoi elle s'oppose si fortement aux
+galanteries de la jeunesse. Vous saurez, ma chère tante, que, quand on
+est sur son retour et qu'on n'a plus de mérite pour charmer les
+coeurs, l'on s'en fait un de paroître bigote, et c'est la
+retraite ordinaire de toutes les femmes de la Cour.--Mon neveu, ne vous
+emportez pas contre cette dame; c'est la plus modeste, et la plus sage
+qui fût jamais.--Il faut bien qu'elle le soit malgré elle, répliqua
+notre comte, car l'on n'en veut plus.»
+
+Mademoiselle de Béthune, qui entra, surprit le comte qui auroit encore
+dit plusieurs duretés contre la sévérité de la marquise de Maintenon;
+mais la présence d'un objet si charmant rappela toute la douceur de ce
+tendre galant, qui dit mille choses obligeantes à cette belle mignonne,
+qui parut un peu embarrassée à répondre à toutes les galanteries du
+comte.
+
+Madame de La Roche, qui remarquoit bien que son neveu étoit fort
+amoureux de cette jeune demoiselle, et que toute la morale dont elle
+s'étoit servie n'avoit pu arrêter le torrent passionné de M. de Marsan,
+trouva à propos de ne se rendre point incommode à la passion de son
+neveu, et que tant qu'elle le verroit dans les bornes de l'honnêteté et
+de la modestie, elle n'auroit rien à dire. Mais c'est une chose bien
+difficile à observer que la retenue à un homme qui aime tendrement; il
+auroit bien besoin d'une chaîne pour retenir son emportement. Ce ne sera
+pas la raison qui triomphera de l'amour, au contraire, elle ne fera
+qu'irriter cette passion avec tous ses vains raisonnements.
+
+Laissons la raison, tout impuissante qu'elle est, et voyons présentement
+nos amants qui goûtent à longs traits le plaisir de se voir le plus
+souvent qu'il leur est possible, et qui trouvent le bonheur
+incomparable, si le malheur avec son air effroyable, et qui s'oppose
+toujours aux joies du monde, ne vient pas troubler leurs innocentes
+caresses. Le comte de Marsan ne soupira pas longtemps aux pieds de
+mademoiselle de Béthune sans faire une forte impression sur son coeur.
+Cette jeune beauté, qui n'avoit pas encore aimé, s'attacha sans réserve
+à chérir son amant, et lui donna toutes les preuves d'une véritable
+amitié, ce qui toucha M. de Marsan sensiblement et lui fit oublier la
+baronne de...., qui lui en marqua sa rage par tous les reproches
+violents que la jalousie peut inspirer. Un jour, comme le comte étoit
+couché au bord d'une fontaine, et qu'il attendoit mademoiselle de
+Béthune qui devoit venir cette après-dîner chez madame de la Roche, on
+lui apporta une lettre de la baronne de..... qu'il lut plusieurs fois,
+en redisant ces mots qu'elle lui avoit écrits: «Ah! perfide, pourquoi
+m'as-tu aimée si fortement, si tu ne voulois pas être fidèle?»
+
+Des reproches si sensibles rendirent le comte tout rêveur, et qui le
+conduisit[254] dans un petit bois qui étoit au bout du jardin. Notre
+amoureux solitaire ayant fait quelques tours dans la forêt, s'arrêta
+pour considérer les bêtes sauvages que la fortune a condamnées à vivre
+dans ces lieux, et leur dit: «Ah! innocentes créatures, que votre
+destinée est heureuse! les rochers et les affreuses retraites que vous
+occupez, sont plus agréables que le commerce du monde.»
+
+ Aimable et charmante verdure,
+ Qui faites l'ombre de ces lieux,
+ Et qui suivez de la Nature
+ Le penchant doux, délicieux,
+ Hélas! je viens dans ce bocage
+ Vous prier couvrir mes ennuis;
+ Quoique j'aime, on me croit volage;
+ Mais vous savez ce que je suis.
+
+Mademoiselle de Béthune, qui attendoit depuis longtemps M. de Marsan, se
+promenoit tristement dans un parterre de fleurs quand il arriva. Le
+comte ressentit une joie en voyant son aimable maîtresse, et lui dit
+d'un air tendre: «Ah! mon adorable, je vous ai attendue ici plus de deux
+heures, mais mon impatience m'a fait prendre l'air du bois.--Je crois,
+Monsieur, répartit notre belle, que la sympathie se mêle de tout, quand
+on aime, car j'avois aussi une grande envie de vous voir.--Mademoiselle,
+répondit le comte, d'une manière toute passionnée, si l'amour pouvoit
+vous rendre le coeur aussi sensible que moi, je ne serois plus à
+plaindre; mais si mon mal augmente, et que vous ne soyez pas touchée de
+mes peines, hélas! c'est fait de moi.--Prenez soin de vous-même,
+Monsieur, dit la charmante en souriant, car ce seroit bien dommage qu'un
+homme aussi joli que vous et aussi galant n'occupât plus l'agréable
+séjour des mortels. L'on n'a jamais vu personne mourir d'amour, continua
+cette incomparable, si ce n'est dans des histoires, où l'on souffre
+mille maux imaginaires.--Cependant, Mademoiselle, répliqua M. de Marsan,
+je sais que je vous aime réellement et sans imagination, et que tout ce
+que je sens pour vous ne sont pas des maux en idée.--C'est
+pourtant, Monsieur, dit mademoiselle de Béthune, où les biens et les
+maux font leur demeure ordinaire. L'idée nous rappelle toujours ce qui
+nous plaît et ce qui nous déplaît.»
+
+La conversation de nos amants étant finie pour ce jour, le Roi, qui
+étoit de retour du siége de Saint-Omer[255] avec M. le duc d'Orléans,
+ces illustres personnes firent une partie de chasse à Saint-Cloud, où
+toutes les belles de la Cour parurent en équipage de chasseresses et
+vêtues comme Diane et ses Nymphes, suivies de plusieurs chiens qui
+couroient dans la forêt les bêtes sauvages au milieu du bois. Sa Majesté
+et les princes les plus galants attendoient ces charmantes cavalières,
+déguisés comme le Dieu Pan et comme les Satyres, qui préparoient un
+superbe festin à cette aimable troupe. Ce beau régal fut accompagné d'un
+grand nombre d'instruments qui faisoient le plus bel effet du monde.
+
+Le maréchal duc de La Feuillade[256] étoit assis au pied d'un ormeau,
+qui copioit Orphée en jouant de la flûte douce, qu'il touchoit dans la
+dernière perfection, et qui sembloit attirer autour de lui tous les
+oiseaux et tous les animaux de ce bocage. Plusieurs voix toutes
+charmantes répondoient à cet aimable solitaire.
+
+L'on entendoit un écho fidèle qui répétoit souvent ces tendres paroles,
+et qui prononçoit comme en soupirant:
+
+ Que l'absence est cruelle
+ A quiconque aime tendrement!
+ Eloigné de sa belle,
+ L'on ne peut vivre heureusement.
+
+Tous ces plaisirs champêtres n'étoient point capables de faire renaître
+la tendresse de notre monarque qui s'avançoit vers le tombeau, ne
+pouvant reprendre ses premières forces. Le Roi devint jaune et ne rioit
+plus comme à son ordinaire, ce qui attendrit le coeur de madame de
+Maintenon, qui pressa un jour Sa Majesté, étant dans un tête à tête, de
+lui découvrir toutes les routes les plus sensibles de son âme, car elle
+étoit fort affligée du changement qui paroissoit en sa personne.--«Je
+vous dirai, madame, lui répondit ce prince, que depuis quelques années,
+je ne me connois pas moi-même. J'ai une profonde rêverie qui
+m'entretient journellement et je trouve quelquefois la qualité de Roi
+importune.--Ah! Sire, s'écria la marquise, d'où pourroient venir ces
+sentiments inégaux qui chagrinent votre Majesté? C'est peut-être que
+vous n'écoutez plus les douceurs de l'amour qui sont d'un grand secours
+dans les inquiétudes de la vie. Souvent un tendre amusement nous rend
+heureux et malheureux.--Aussi, madame, répartit le Roi en soupirant,
+quand la mort nous retire ce que l'on aime, rien n'est au monde plus
+insupportable que ces sortes de malheurs. Ah! répondit ce prince, je ne
+sens plus mon coeur disposé à un nouvel engagement; même la
+disposition de ma santé ne me parle plus que de retraite et de
+pénitence, et cette inclination qui brûloit autrefois comme un feu à la
+présence d'un bel objet, est bien présentement affoiblie.--Il faut
+reprendre courage, Sire, répliqua madame de Maintenon, et l'amour
+renouvelle toutes choses et redonne la vie à ce qui paroît inanimé.
+Aimez encore une fois et vous revivrez. Vous savez le pouvoir que j'ai
+sur plusieurs aimables jeunes filles. Si votre amour en trouve une digne
+d'elle, il suffit qu'elle ait le bien de vous plaire.--Madame, répondit
+le Roi en riant, je sais qu'il y a sous votre conduite de quoi occuper
+ma tendresse; mais vous avez depuis peu reçu dans cette assemblée une
+jolie enfant qui ne me déplairoit pas, et qui mérite bien les soupirs
+d'un galant homme.--Il est vrai, Sire, je sais de quoi vous voulez
+parler; c'est de mademoiselle de Grancey[257], qui est la plus jolie de
+toutes celles qui sont à Saint-Cyr; outre qu'elle est très-bien née,
+elle possède une douceur charmante dans tout ce qu'elle fait, qui la
+fait aimer de tout le monde. Le marquis de Joyeuse et de Villars[258],
+ses cousins, lui firent visite cette semaine et me prièrent avec toute
+l'honnêteté qui se peut imaginer de l'aimer un peu. Je leur répartis en
+souriant qu'il n'étoit pas besoin de le dire, que son mérite parloit
+assez.--«Ah! madame, répondit le marquis de Joyeuse, nous n'en
+attendions pas moins de votre civilité et de votre honnêteté; c'est
+pourquoi ma cousine ne pouvoit jamais arriver à un degré plus heureux
+que celui d'être sous une conduite si distinguée.» J'allois
+répondre au marquis, quand j'en fus empêchée par les ordres de Votre
+Majesté qui me prioit de venir à Versailles, et je vous puis assurer,
+Sire, continua la marquise, que je conserve toujours pour cette aimable
+mignonne beaucoup d'estime.--Et moi aussi, dit le Roi, depuis le premier
+moment que je la vis à l'entrée de l'abbaye où j'étois en carrosse, et
+je fis demander si vous étiez à Saint-Cyr. Cependant cette belle enfant
+me parla avec une charmante modestie qui me toucha le coeur; mais
+comme je commence à renoncer aux plaisirs des sens, j'en ai seulement
+gardé l'idée.--Il n'y a pas, Sire, dit madame de Maintenon, bien loin de
+l'idée au coeur; l'on peut facilement les unir ensemble.--J'entends
+très-bien, madame, répliqua Sa Majesté, vos expressions; elles sont fort
+sensibles; mais comment aimer les autres, quand l'on ne s'aime plus
+soi-même?»
+
+La marquise, qui voyoit qu'une conversation d'amourette chagrinoit Notre
+Majesté, changea de discours et lui parla des affaires de la guerre, et
+sur les ordres de son royaume, comme de pourvoir à la subsistance des
+curés et des vicaires perpétuels[259], afin qu'ils n'eussent point
+d'occasion légitime de ne point satisfaire à leur devoir. Le curé de
+Saint-Lazare de Jérusalem, qui étoit aimé de madame de Maintenon
+pardessus les autres, la sollicitoit tous les jours qu'elle priât Sa
+Majesté d'augmenter sa pension, et, pour cet effet, ce prêtre rendoit
+des visites familières à madame de Maintenon, et lui disoit incessamment
+que le bien que l'on faisoit aux gens d'église n'étoit jamais perdu; que
+cette charité nous attiroit un nombre infini de bénédictions, par les
+prières de ces bonnes âmes. Ce curé ajouta encore d'une manière toute
+dévote, qu'il faisoit toutes les nuits des oraisons de quatre ou de cinq
+heures pour le Roi,--«et pour vous, madame, qui êtes le refuge des
+pauvres prêtres affligés. Souvenez-vous de moi, s'il vous plaît, quand
+vous serez avec Sa Majesté.» La marquise promit de servir le curé de
+tout son possible, dans la vue qu'il diroit plusieurs messes pour la
+rémission de ses péchés, ce qu'il fit avec tout le zèle dont son âme
+étoit capable. Car l'on remarqua que ce bonhomme alloit plus matin
+pendant quelque temps à sa paroisse qu'à l'ordinaire.
+
+Quoique madame de Maintenon sollicitât notre Prince pour les affaires
+d'Etat, elle ne laissoit pas de lui parler, dans de certains
+intervalles, des charmes de mademoiselle de Grancey, à dessein de
+réveiller sa passion et de le rendre plus enjoué, ce que le Roi essaya,
+mais ce fut en vain; car ce Prince n'étoit plus propre pour la
+galanterie. L'après-dîner que la marquise avoit laissé cette charmante
+mignonne avec Sa Majesté à Trianon, jamais le Roi ne se trouva si
+triste. Il soupira plusieurs fois en regardant cette belle, et mêla
+incessamment un jeu de piquet qui étoit sur la table, à quoi
+mademoiselle de Grancey lui dit en souriant: «Sire, Votre Majesté auroit
+plus de plaisir si j'étois de la partie.--Je le veux, répondit ce
+Monarque, ma belle enfant; mais vous perdrez, car j'ai assez la fortune
+à mes gages.--Qu'importe, Sire, répondit notre aimable, en rougissant;
+il me sera fort glorieux de vous être redevable.» Le Roi se trouva
+embarrassé dans cette entrevue plus que jamais il n'a été; mais madame
+de Maintenon, qui croyoit que la tendresse de son Prince avoit retrouvé
+la vie, entra en souriant, et dit à mademoiselle de Grancey: «Eh bien!
+ma mignonne, comment avez-vous passé le temps depuis mon absence?--Fort
+bien, madame, répliqua-t-elle, je n'ai point trouvé de quoi m'ennuyer
+aujourd'hui.--Ah! mademoiselle, répartit le Roi, vous avez bien de la
+bonté, et vous êtes bien facile à excuser les défauts d'une personne qui
+vous aime, mais qui n'est plus à lui comme autrefois.--A qui êtes-vous
+donc, Sire? répartit la marquise; faites-moi la confidente de vos
+souffrances; mademoiselle n'en sera pas jalouse, car elle a trop
+d'esprit pour ne pas savoir qu'un Prince peut aimer tous les objets
+qui sont aimables.» Sa Majesté se mit à rire avec notre mignonne de la
+belle humeur de la marquise de Maintenon, qui tournoit toute chose en
+galanterie, et qui disoit toujours mille équivoques sur la mélancolie de
+son malade.
+
+La conversation étant finie, le Roi ramena les dames à Saint-Cyr, où Sa
+Majesté fut longtemps à visiter tous les parloirs et les réfectoires de
+l'abbaye, qui sont d'une propreté admirable et qui répondent bien à la
+générosité et la grandeur d'âme de celle qui en est la supérieure.
+
+Le lendemain, mademoiselle de Grancey fit un fidèle récit de la
+conversation qu'elle avoit eue avec le Roi, à madame de Maintenon, qui
+demanda à cette belle jusqu'à la moindre circonstance, même les termes
+dont il s'étoit servi pour lui marquer ce qu'il sentoit pour
+elle.--«Quoi, madame, répondit notre jolie mignonne assez surprise,
+est-ce que le Roi m'aime?--Oui, ma chère enfant, dit la marquise, je
+sais que vous ne lui êtes pas indifférente, et qu'il ne tiendra qu'à
+vous de faire son bonheur.--C'est ce que je ne sais point encore,
+répartit mademoiselle de Grancey, car Sa Majesté ne m'a dit rien de
+tendre, au contraire; elle ne m'a entretenue que de mode, que de cartes
+et de mille autres choses à peu près de cette nature. Il est vrai que ce
+Prince a trouvé mon habit fort propre[260] et qu'il me seyoit très-bien;
+mais, hélas! n'avoit-il rien de plus doux à me dire, s'il m'aime un
+peu?» Madame de Maintenon sourit de la pensée de son aimable disciple,
+et lui répliqua: «Ah! ma mignonne, je ne connois plus le Roi; il
+est devenu insensible à ce qui faisoit autrefois ses plus doux moments.
+Un grand fond de piété, qui s'est emparé de son coeur, le rend
+présentement tout de glace aux plaisirs des sens.--Je vous avoue,
+répartit mademoiselle de Grancey, qu'une si grande froideur en un homme
+n'est point agréable. L'on diroit dans cet état qu'il n'est point animé.
+L'amour donne je ne sais quoi qui est aimable à tout ce qui respire le
+jour.--Mais encore, ma belle, dit la marquise, dites-moi sincèrement si
+notre Monarque vous a fait paroître tant d'indifférence?--Madame, Sa
+Majesté ne m'a point surprise dans ses manières languissantes, puisque
+la première fois que je l'ai vue, j'ai bien jugé que son amour se
+mouroit et qu'il étoit temps de lui faire un tombeau.--Vous êtes bien
+savante, ma bellotte, dit madame de Maintenon en riant, d'avoir si bien
+pressenti la mort de la tendresse du Roi; je m'étois flattée que vous la
+feriez renaître et que vos charmes auroient assez de force pour la
+ressusciter.--En vérité, madame, répondit cette charmante, il est bien
+difficile de redonner la vie à ce qui n'en a plus. Voici cependant des
+vers que j'ai dits à Sa Majesté dans le dessein de la réveiller de son
+assoupissement et de la divertir par cet imprévu.
+
+ Dites-moi mon cher prince
+ D'où vient votre air rêveur?
+ Seroit-ce quelque feinte
+ Dans votre illustre coeur?
+ L'on sait que vous n'êtes pas insensible
+ Aux doux attraits d'une aimable beauté,
+ Et que, chez vous, il est du tout[261] visible
+ Qu'on n'y sauroit trouver de dureté.
+
+--Je ne savois pas, ma belle enfant, dit notre marquise, que vous étiez
+poëte. C'est un exercice fort joli pour une jeune personne comme vous.
+Il n'y a rien qui polisse davantage l'esprit et qui apprenne mieux les
+manières du bel usage que la poésie, et qui donne une si grande
+délicatesse en tout ce que nous faisons. Le Roi aime passionnément les
+vers, quand ils sont bien tournés et fort tendres; c'est pourquoi, ma
+mignonne, faites un sonnet fort juste et qui fasse connoître à Sa
+Majesté adroitement que vous l'aimez, et que vous êtes fâchée qu'il n'y
+réponde pas aussi tendrement que vous le voudriez. Il faut quelquefois
+solliciter un coeur avant de s'en rendre le maître.--Ah! madame,
+répartit mademoiselle de Grancey, que les ordres que vous me donnez sont
+difficiles à exécuter! Je n'ai pas de penchant à faire des avances à mes
+amants. Il n'y a rien de si peu à mon goût que ces sortes de
+manières.--Il est vrai, mademoiselle, répondit madame de Maintenon,
+quand on est faite comme vous êtes, il n'est pas besoin d'en faire; mais
+il y a de la différence entre galant et galant. Être aimée, par exemple,
+d'un Roi aussi charmant que le nôtre est une chose qui mérite bien un
+peu de peine. Défaites-vous de cette fierté qui est si naturelle aux
+jolies filles comme vous, et marquez un peu d'empressement à ce Prince.
+C'est le moyen le plus sûr de lui plaire.--Madame, ne parlons plus de
+cela, je vous en prie, dit la belle écolière, car je sens que mon
+coeur ne s'accorde point avec les leçons que vous me donnez. Vous
+savez que s'il n'est de la partie, tout ce que l'on entreprend n'est pas
+bon.--Oui, ma mignonne, ce que vous dites est vrai, répliqua la
+marquise; mais il faut tâcher de se rendre maître de ce coeur rebelle
+et l'apprivoiser avec la raison, qui veut que vous fassiez quelque chose
+pour votre fortune. Souvenez-vous, ma chère bellotte, que nous ne sommes
+plus dans le temps où une fille croyoit avoir fait un crime irréparable
+de songer à l'amour. L'on accommode à présent ce Dieu avec l'intérêt par
+une aimable vicissitude.»
+
+La marquise de Maintenon n'eut pas plus tôt achevé de donner ces jolies
+instructions à mademoiselle de Grancey, qu'elle la mena au lever du Roi.
+Cette charmante enfant étoit ce jour belle comme un ange, et dans un
+certain air de négligé qui la rendoit tout adorable. Dès que notre
+Prince la vit, il lui dit:--«Ah! mademoiselle, vous ferez aujourd'hui
+bien des misérables. Votre présence est redoutable aux pauvres
+humains.--Qui, moi? Sire, répartit cette incomparable, en riant, j'ai
+pourtant le coeur fort sensible à la compassion et n'aime pas à voir
+souffrir les affligés.--Vous voyez, Sire, interrompit madame de
+Maintenon, que, parmi le grand nombre des qualités éminentes qui ont été
+données à mademoiselle, elle possède encore la pitié et la charité, qui
+sont de toutes les vertus les plus parfaites.--A la vérité, ma belle
+mignonne, dit le Roi, en la regardant assez tendrement, des mouvements
+si héroïques et si nobles sont fort rares dans la jeunesse où vous
+êtes. D'ordinaire, dans l'âge tendre, l'on a peu de sentiments
+raisonnables.--Ah! Sire, il ne faut pas tant donner d'encens à
+mademoiselle, sans lui dire aussi ses petits défauts. Elle est cruelle à
+ses amants jusqu'au dernier point, leur défendant l'usage des soupirs,
+qui est leur ôter la vie. Car, qu'ils soient sincères ou non, les
+galants de ce siècle ne marchent jamais sans cet ornement.»
+
+Sa Majesté ne put s'empêcher de rire de la raillerie de la marquise, qui
+dit encore plusieurs autres choses fort spirituelles sur le même sujet.
+Toute la matinée se passa très-agréablement. Mademoiselle de Grancey,
+qui chante parfaitement bien, dit des airs nouveaux fort tendres, que le
+Roi trouva justes et bien proprement chantés.--«Mais, dit madame de
+Maintenon, il ne manque rien à cette jolie enfant qu'un peu d'amour. Si
+elle aimoit, elle seroit accomplie.--Le temps, répondit notre Monarque,
+rendra à mademoiselle le coeur sensible. La nature n'a pas formé un
+objet si charmant pour ne pas aimer.»
+
+Le jour suivant, le prince de Condé et le marquis de Vannes[262] furent
+longtemps avec Sa Majesté à conférer sur des affaires militaires. Le Roi
+nomma plusieurs nouveaux officiers, tant de cavalerie que d'infanterie,
+afin de remplir les places de tant de grands guerriers qui avoient
+perdu la vie à la bataille de Senef[263], qui est un village situé dans
+le Brabant.
+
+Le prince de Vaudemont[264], qui avoit reçu quelque légère blessure,
+s'étoit retiré dans le bois de Bufferay, quand la comtesse de
+Souche[265], qui l'aimoit plus que sa vie, alla le trouver et lui pansa
+toutes ses plaies avec des onguents qu'elle avoit faits exprès pour lui.
+Jamais femme n'a tant aimé que celle-là, ce qui nous fait rejeter la
+méchante opinion des hommes, qui disent généralement que le sexe féminin
+est incapable d'un fort attachement. Mais revenons à notre passionnée
+amante. Elle n'eut pas plus tôt appris le malheur du prince, son cher
+amant, qu'elle tomba dans une foiblesse qui lui dura plus de trois
+heures, avec des soupirs languissants, qui marquoient le triste état de
+son âme affligée. Après le retour de cette pâmoison, elle embrassa
+tendrement l'objet de son amour, le serrant avec ardeur entre ses bras,
+et lui dit en tournant ses yeux vers le ciel:--«Ah! mon cher, je ne suis
+revenue en ce monde que pour vous aimer plus que jamais. J'ai cru que la
+mort vous avoit ravi; mais, hélas! si mon sort me sépare de vous un
+moment, je ne veux plus vivre!»
+
+La comtesse de Souche prononça ces paroles avec tant de tendresse et
+avec un si grand torrent de larmes, qu'elle attendrit le coeur de son
+amant si sensiblement qu'il pleura plus d'un après-dîner avec sa
+maîtresse. L'on pouvoit dire dans ces moments, que l'amour n'étoit point
+joli, puisqu'il avoit les yeux mouillés. Ce petit enfant pleure
+quelquefois quand il n'est pas content. C'est pourquoi Vénus, sa mère,
+le prend fort souvent sur ses genoux et le caresse afin de l'apaiser;
+mais si on ne lui donne pas ce qu'il veut, ce Dieu folâtre crie plus que
+jamais. Le prince de Vaudemont tâcha aussi de modérer les plaintes de sa
+belle, en la baisant tendrement et lui disant qu'il ne vouloit plus
+respirer le jour que pour elle, que sa reconnoissance étoit
+inconcevable, et qu'il faudroit être né le plus ingrat et le plus lâche
+de tous les hommes pour ne pas sentir une forte amitié et un tendre
+amour pour elle.
+
+Des paroles si touchantes charmèrent la comtesse et lui firent augmenter
+ses caresses à son illustre galant, qui, de son côté, aimoit beaucoup ce
+petit bavardage. Après que le prince de Vaudemont et sa maîtresse eurent
+demeuré quelque temps à Senef, ils retournèrent à Paris. Le comte de
+Souche, qui étoit extrêmement irrité contre sa femme, et qui lui faisoit
+des reproches sensibles sur son infidélité, l'accabloit de menaces.
+Quand la comtesse voulut se justifier par des feintes ordinaires aux
+coquettes, elle lui dit que le voyage qu'elle avoit fait n'étoit
+que pour lui, et qu'ayant été aussi bien blessé que le prince, l'amour
+qu'elle avoit pour lui l'avoit obligée de partir au plus vite, et qu'il
+devoit mieux juger de la solidité de son coeur, qu'elle lui avoit juré
+une fidélité éternelle, ne voulant pas fausser sa foi pour une couronne;
+que tout ce qu'elle avoit fait pour le prince n'étoit qu'à cause qu'il
+étoit son ami, et même par un motif de charité.--«Ne croyez pas, mon
+cher mari, ajouta cette dissimulée, que je préfère jamais le prince de
+Vaudemont à vous. Je connois très-bien la différence qu'il y a entre
+vous et lui. Vous appréhendez en vain que l'on n'ait pas assez de
+tendresse pour vous. Vos charmes ont des forces suffisantes pour
+conserver un coeur.»
+
+Peut-on pousser plus loin une trahison que celle-là et amuser un
+bonhomme plus adroitement? Le comte de Souche parut content après des
+assurances si pathétiques et donna la liberté à sa femme de voir le
+prince de Vaudemont, pourvu qu'il fût présent. Cette réserve chagrina
+longtemps la comtesse, n'ayant pas le plaisir de dire à son amant les
+sentiments de son coeur, ni de lui donner des preuves de son amour. Le
+comte de Souche, qui aimoit extrêmement le prince, et qui ne pouvoit
+vivre sans le voir, jouoit tous les jours à l'ombre[266] avec lui,
+quoiqu'il perdît tout son argent. Un soir que nos généraux avoient
+joué fort tard, et qu'ils avoient bu plus qu'à l'ordinaire, le comte de
+Souche s'endormit et donna tout le loisir à nos amants de renouveler
+leurs tendresses, sans que le bon mari en sût rien. La nuit, qui
+paraissoit jalouse du bonheur de la comtesse, disparut et fit place à
+l'aurore, qui vint dans son char toute riante, avec ses doigts de rose,
+annoncer l'agréable venue du jour. Alors le comte de Souche, qui avoit
+dormi sans se réveiller, parut tout surpris de se voir couché sur un lit
+de repos sans sa femme. Il appela cette belle plusieurs fois, qui fit
+comme si elle n'entendoit point, ce qui obligea le comte de monter à la
+chambre et d'aller voir si elle étoit couchée; mais l'ayant trouvée dans
+un profond sommeil, il la laissa dans ce repos charmant, se contentant
+seulement d'admirer ses beaux yeux, qui étoient à demi fermés, et la
+beauté de sa main qu'elle avoit jetée négligemment sur sa robe; après
+les avoir baisées il se retira de crainte d'éveiller sa chère moitié.
+
+Le prince de Vaudemont, qui connoissoit un peu la jalousie du comte,
+s'étoit retiré chez lui rempli d'une joie inexprimable d'avoir eu le
+temps assez favorable pour avoir goûté avec plaisir les douceurs de sa
+tendresse. Ce prince repassoit encore ces charmantes idées quand il
+entendit frapper à sa chambre. Il ne douta point que ce ne fût le comte
+qui lui venoit demander à quelle heure il étoit sorti de sa maison; ce
+qui arriva, car le comte de Souche questionna fortement le prince
+sur tout ce qui s'étoit passé la nuit et il lui dit qu'il avoit été pris
+d'un violent mal de tête. C'est pourquoi il s'étoit retiré chez lui de
+bonne heure.--«Et ma femme, lui dit ce mari infortuné, où l'avez-vous
+laissée?--Je l'ai conduite, répartit le prince d'un grand sérieux,
+jusqu'à la porte de sa chambre, mais ce qu'elle a fait je ne le puis
+dire.»
+
+Le comte de Souche, n'étant pas fort content de la conversation du
+prince de Vaudemont, retourna à sa maison faire plusieurs questions à
+ses valets, mais ce fut en vain, car tous ceux qui étoient au logis
+avoient dormi pendant que nos tendres amants s'étoient donné les
+derniers témoignages de leur amour. La comtesse, s'étant levée, alla
+trouver son mari à qui elle fit mille caresses, qui ne partoient point
+de son coeur, mais qui étoient seulement apparentes. Le bonhomme s'en
+contentoit, ne pouvant avoir mieux, et se croyant dans des moments le
+plus heureux de tous les humains. L'apparence a quelquefois bien des
+charmes, mais quand on l'examine de près tous les attraits diminuent:
+voyons le comte de Souche qui vit le plus agréablement qu'il peut avec
+sa femme, et qui se fait des plaisirs au milieu de ses peines.
+
+Le printemps, qui commençoit à naître, inspira à notre comtesse le désir
+d'aller à la campagne, afin de goûter à longs traits le délicieux
+plaisir de la promenade. Les doux zéphirs ayant succédé aux rigueurs de
+l'hiver rendoient toutes choses charmantes. Après que Mme de Souche
+eût joui avec son illustre mari de ses aimables douceurs pendant
+quelques semaines, elle se trouva ennuyée de posséder toujours les mêmes
+objets. Le prince de Vaudemont lui écrivoit souvent, sans que le comte
+le sut; c'est pourquoi cette belle solitaire lui manda son chagrin, et
+le pria de venir incognito la divertir, ce que ce tendre amant fit le
+plus tôt qu'il lui fut possible. Mais quand le prince fut arrivé dans le
+village, la comtesse parut fort embarrassée où elle le pourroit loger
+commodément, sans que son mari le pût savoir? Des pensées d'un si grand
+poids occupèrent longtemps notre passionnée amante, qui trouva le moyen
+de faire venir tous les jours son incomparable galant chez elle; cette
+dame aimoit extrêmement la symphonie d'un clavecin et d'un tuorbe[267],
+c'est pourquoi son mari lui avoit donné de ces jolis instruments pour
+l'occuper agréablement; et comme elle ne les touchoit pas dans la
+dernière perfection, elle avoit besoin d'un maître, ce que le comte lui
+accorda avec plaisir. Il ne restoit donc plus qu'à le faire venir de
+Paris. C'étoit M. Desnué[268] que l'on choisit pour le plus savant et
+qui convenoit le mieux à l'âge et à la taille du prince de Vaudemont,
+qui devoit jouer le personnage du maître de tuorbe, en copiant et
+sa voix et ses manières, et étant travesti d'un habit d'un homme de ce
+caractère. Par bonheur pour la comtesse, son époux avoit la vue fort
+courte, c'est ce qui le rendoit plus défiant qu'un autre; et il falloit
+même qu'il regardât les personnes de bien près pour les connoître. Le
+jour étant venu que l'on devoit exercer les instruments, le comte de
+Souche reçut M. Desnué fort civilement, et lui fit grande chère, ce qui
+donna bien de la joie à la comtesse. L'on ne parla que d'instruments
+pendant tout le dîner. Le prince de Vaudemont, afin de mieux contrefaire
+le ton de sa voix, faisoit des grimaces effroyables qui firent rire
+Mme de Souche de toute son âme. Quand l'on eut bien bu à la santé les
+uns des autres, il fut question de commencer à jouer. Chacun prit sa
+place dans un ordre fort régulier. Le comte de Souche se mit auprès de
+M. Desnué, afin de le connoître, ce que le fin joueur de clavecin ne
+trouva pas bon, et dit au comte fort sérieusement qu'il falloit qu'il
+eut la liberté de mettre ses bras où il vouloit et qu'il ne pouvoit être
+gêné en jouant. Le prince, qui se souvenoit très-peu des leçons qu'on
+lui avoit apprises étant petit garçon, se trouva fort embarrassé pour
+chanter quelque air.
+
+Après avoir passé quelque temps à raccommoder ses cordes, qu'il rompoit
+exprès, il pria la comtesse de jouer la première, ce qu'elle fit
+aussitôt, et comme elle touchoit assez joliment ces instruments, le
+prince déguisé n'eut pas bien de la peine à l'instruire. Le comte étoit
+fort content de M. Desnué, qui faisoit tout son possible pour le
+tromper, et qui profitoit tous les jours de la présence de sa belle,
+sans cependant pouvoir bien l'entretenir seule; mais cet amoureux prince
+se contentoit de la voir, en attendant l'occasion favorable de lui
+pouvoir dire les tendres sentiments de son coeur. Mme de Souche
+travailloit toujours à faire naître cette occasion après laquelle elle
+soupiroit avec tant d'impatience, et qui lui paroissoit le plus grand
+bien de sa vie, aimant plus qu'elle-même le prince de Vaudemont qui ne
+languissoit pas moins que sa belle.
+
+Un matin, comme l'on jouoit du tuorbe, le comte de Souche s'ennuya
+d'entendre dire incessamment la même chose, ce que M. Desnué faisoit
+dans le dessein de fatiguer son auditeur et de l'envoyer un peu prendre
+l'air, ce que le comte fit. Après avoir plusieurs fois baillé, en
+ouvrant la bouche de toute son étendue, il dit à sa chère femme qu'il
+alloit faire un tour dans le bois, et que bientôt il reviendroit.--«Nous
+serons encore plus d'une heure, monsieur, répliqua la comtesse, pour
+accorder le dessus avec la basse. Si cela vous chagrine, vous avez du
+temps à vous promener.»
+
+Pendant que M. de Souche étoit dans la forêt, nos amants se disoient
+tout ce que l'amour peut inspirer de plus tendre, et le prince ne
+pouvant s'empêcher de rire de la plaisante figure qu'il faisoit, la
+comtesse lui dit, en le regardant tendrement:--«Nous devons reprendre
+nos instruments, car si notre jaloux revenoit, il nous trouveroit sans
+occupation, ce qui ne feroit pas bon effet.--Je le veux, madame,
+répartit le prince de Vaudemont, recommençons à jouer du tuorbe
+afin que, quand le bonhomme viendra, il nous voie dans un grand
+attachement.» La pluie qui tomboit, avoit contraint le prince de
+retourner à sa maison plus vite qu'il ne vouloit. Cela attrista M.
+Desnué, qui n'avoit pas envie de toucher le clavecin, et qui aimoit bien
+mieux badiner avec sa belle; l'on marqua pourtant de la joie au comte,
+quand on le vit, et même on lui dit qu'il avoit été bien longtemps
+absent, ce qui lui fit plaisir, car il étoit bien aise qu'on le caressât
+un peu.
+
+Le lendemain, le comte de Souche, qui avoit vu courir plusieurs lièvres
+dans le bois, fut avec ses chiens à l'affût tout le soir, ce qui plut
+extrêmement au prince de Vaudemont, étant délivré de la présence
+importune de celui qui le gênoit. La comtesse, qui étoit indisposée, se
+retira dans son cabinet pour se reposer un peu. M. Desnué demanda à
+Metillon, qui étoit la demoiselle de Mme de Souche, où étoit sa
+maîtresse.--«Elle est, répliqua-t-elle, Monsieur, montée en haut, mais
+je ne sais si Madame est dans la terrasse ou dans son cabinet.--Je m'en
+vais voir,» répondit le prince déguisé, qui courut promptement chercher
+son aimable écolière, qui dormoit à demi sur un petit lit de
+Turquie[269], qui étoit fait de velours vert avec une campane[270]
+d'or qui en faisoit l'ornement. Le prince, étant entré fort doucement de
+crainte de l'éveiller, se mit dans une chaise à côté d'elle, en poussant
+deux ou trois soupirs, qui éveillèrent la charmante enfant, qui ouvrit
+ses bras à son cher amant, dans le dessein de l'embrasser, quand elle
+entendit le comte de Souche en bas, qui revenoit de la chasse et qui
+cherchoit sa femme pour lui faire voir sa prise.
+
+Pendant que le comte alloit de chambre en chambre, le prince de
+Vaudemont se cacha dans une grande armoire, qui étoit ordinairement dans
+le cabinet, et que Mme de Souche ferma à clé. Son cher époux étant
+entré avec elle, l'entretint du bon succès de sa chasse, et lui dit le
+nombre de petits levrauts que Diane, sa fidèle chienne, avoit arrêtés. Il
+fit le panégyrique de cette bête, le plus avantageux qu'il put. Cela
+ennuyoit beaucoup la comtesse, qui savoit le chagrin où M. Desnué se
+trouvoit, étant fortement retenu dans l'armoire qui le pressoit de tous
+côtés, n'osant pas même respirer. Après que la comtesse se fut servie de
+toute sa politique envers son mari, elle lui demanda fort civilement,
+s'il vouloit venir souper.--«Oui, mon coeur, répondit M. de Souche,
+car j'ai bien faim; mais dites-moi, je vous prie, où est M. Desnué, afin
+que je lui fasse part de mes lièvres?--Je ne sais, Monsieur, répliqua la
+comtesse, en contrefaisant l'innocente. Je crois qu'il se promène dans
+le jardin en attendant le souper. Je le trouve si occupé de ses leçons,
+qu'il ne fait que rêver.--Voilà la marque d'un bon maître, ma femme, dit
+le comte, puisqu'il s'attache à ce qu'il fait. Je vais le chercher
+sous ces feuillages.»
+
+Mme de Souche courut en haut ouvrir l'armoire pour dégager le prince
+de Vaudemont, pendant que son mari alloit voir dans le jardin s'il le
+trouveroit; ce qui fut inutile au pauvre comte, car M. Desnué n'y avoit
+pas été de la journée, ayant toujours demeuré proche de sa belle, à lui
+faire voir toute la force de son amour.
+
+Sitôt que le prince fut sorti de prison, il courut au devant du comte et
+lui dit:--«Ah! Monsieur, j'étois bien en peine de vous, ne vous ayant
+pas vu depuis le matin; avez-vous fait bonne partie à la
+chasse?--Monsieur, répondit le comte de Souche, en lui prenant la main,
+j'ai eu la fortune à mes gages, car tous les coups que j'ai tirés ont
+réussi, de sorte que je suis fort content.--Ah! Monsieur, répondit le
+prince de Vaudemont, en contrefaisant toujours sa voix enrouée, c'est le
+plus grand plaisir du chasseur que la prise. Courir sans rien trouver
+est un exercice bien triste, mais je crois qu'il y a du bonheur à la
+chasse, comme au reste des choses du monde.»
+
+Nos messieurs auroient encore continué leur conversation; mais un des
+valets du comte lui vint dire que le souper étoit prêt, ce qui leur fit
+quitter la promenade et se mettre à table, où l'on dit mille choses
+galantes.
+
+Après le souper l'on joua de la guitare et du tuorbe, où la comtesse,
+qui chantoit fort bien, mêla sa voix toute charmante, et dit plusieurs
+airs fort tendres que M. Desnué lui avoit appris et qu'elle trouvoit les
+plus jolis du monde, parce qu'ils exprimoient les passions de son
+coeur. Les voici comme elle les chanta:
+
+ L'on dit que la colère
+ Peut dégager un coeur,
+ Mais ce n'est qu'une erreur,
+ Et je sais le contraire.
+ Aime-t-on tendrement?
+ Ah! difficilement
+ Peut-on fuir ce qu'on aime.
+ Qui se fâche aisément
+ Doit s'apaiser de même.
+
+Le comte de Souche trouva tant de sincérité dans cet air qu'il pria sa
+femme de le dire deux ou trois fois, ce qu'elle fit agréablement et dit
+encore ce qui suit:
+
+ Le Soleil, jaloux des plaisirs
+ Qu'on goûte dans la plaine,
+ Empêche que les doux zéphirs
+ Ne soufflent leur haleine.
+ Mais malgré toute sa chaleur,
+ Je chercherai l'ombrage,
+ Et j'aurai de la fraîcheur
+ Au fond de ce bocage.
+
+M. Desnué, qui prit la basse, chanta ces paroles avec le clavecin:
+
+ Ah! que ce séjour est charmant
+ Pour la demeure des amants!
+ On goûte une joie parfaite
+ Dans cette agréable retraite.
+
+Le comte de Souche voulut prendre part à la charmante symphonie, et fit
+ces vers impromptus:
+
+ Mon Dieu! que vous avez d'appas!
+ Le doux plaisir de vous ouïr chanter!
+ Les dieux, s'ils étoient ici-bas,
+ Seroient forcés de vous aimer.
+
+Tout le soir se passa avec assez de délices, à la réserve de nos amants,
+qui étoient observés du comte, et qui ne pouvoient rien se dire de
+tendre que par le langage de leurs yeux, qui faisoient tous leurs
+efforts à parler secrètement. Et comme M. de Souche avoit la vue fort
+courte, le bonhomme ne pouvoit pas bien remarquer les mouvements
+passionnés de ces interprètes muets, qui disent plus que l'éloquence la
+plus polie.
+
+Le comte de Souche, qui se défioit un peu que le maître aimoit son
+écolière, mais cependant qui ne faisoit aucun jugement téméraire,
+sachant bien que sa femme étoit tout aimable, et qu'il étoit impossible
+de la voir sans sentir quelque chose de particulier pour elle, voulut
+pourtant l'éprouver. Ce mari jaloux feignit d'aller à la chasse une
+après-dîner qu'il faisoit un temps admirable, et, comme dans la forêt où
+il couroit toujours des bêtes sauvages, il y avoit au milieu un endroit
+ravissant pour la rêverie, à cause d'un ruisseau qui couloit
+agréablement sous cet ombrage, c'étoit ordinairement le lieu le plus
+charmant que la comtesse trouvoit et qu'elle appeloit ses délices, quand
+elle forma le dessein, avec M. Desnué, d'aller se délasser l'esprit des
+leçons qu'elle prenoit, dans ce bois solitaire, espérant que le comte
+étoit bien loin, et qu'elle pourroit à loisir goûter à l'écart les
+charmes de l'amour.
+
+Tout cela étoit assez bien pris, si la jalousie n'avoit pas inspiré au
+comte des soupçons, ce qui le fit cacher derrière les buissons les plus
+épais, et pour entendre la conversation que Mme de Souche auroit avec
+le maître déguisé, qui dit à la belle tout ce qu'un amour violent
+est capable d'inspirer et de sentir. Notre belle, après un long
+entretien qu'elle eut avec son galant, qui ne roula que sur les tendres
+sentiments de son coeur et sur la constance de son amour, fit mille
+caresses passionnées au prince de Vaudemont, qui paroissoit tout charmé
+dans cet agréable moment, et qui dit à sa charmante maîtresse, d'un air
+doux et sensible, que de tous les plaisirs de la vie, celui qui le
+touchoit le plus étoit les aimables caresses d'une jolie femme; que même
+cette qualité tenoit lieu de mérite à celle qui n'en avoit pas, et que
+l'indifférence en aimant étoit quelque chose d'insupportable.--«Quoi,
+mon cher, reprit la comtesse en souriant, peut-on aimer bien et avoir de
+l'indifférence? Comment accommodez-vous le contraire de
+l'amour?--Madame, répartit M. Desnué, il y a des femmes qui sont
+dissimulées au dernier point, et qui aiment tendrement leur amant, et
+qui seroient au désespoir de le leur faire connoître, soit par un motif
+de honte ou par celui de la gloire, ce qui est la plus grande foiblesse
+du monde; car il n'y a rien de si naturel que d'aimer, et même de toutes
+les passions l'amour est le plus noble, étant l'âme de tout l'univers,
+qui seroit inanimé sans ce dieu.--Il est vrai, mon cher, continua la
+comtesse en l'embrassant, que les plus charmants plaisirs que la nature
+a inventés sont ceux que l'on goûte en aimant. Ah! que la fin d'un
+tendre amour laisse de vide dans la vie! et qu'un coeur vers la raison
+fait un triste retour, quand il ne sent plus ces brûlants transports qui
+l'animent!
+
+Monsieur de Souche, qui avoit eu la patience d'écouter tout ce langage
+amoureux, et qui souffroit mortellement, étant toujours sur le point de
+percer son ennemi de mille coups, ne put s'empêcher de rompre une
+conversation où sa gloire étoit offensée, et qui méritoit si bien de se
+venger. Il courut donc, l'épée à la main, à sa femme, et lui dit,
+furieux comme un lion: «Ah! perfide, tu mérites la mort; l'honneur me
+vengera de ton infidélité et de ta trahison. Quoi, lâche! ton coeur
+a-t-il pu former le dessein de trahir ton mari, qui t'a aimée au-delà de
+ce que tu vaux!»
+
+Le comte prononça toutes ces paroles avec une colère inconcevable, ce
+qui fit fuir nos amants infortunés dans la forêt d'un côté et d'autre,
+et le comte de Souche, qui ne pouvoit pas bien pénétrer, à cause des
+lieux sombres du bois et de sa vue, où étoient les ennemis, retourna
+chez lui donner ordre que jamais son infidèle épouse ne revînt à sa
+maison, fit fermer toutes les portes du château, et passa quelque temps
+fort tristement.
+
+Pendant tout ce désordre, le prince de Vaudemont et la comtesse étoient
+désespérés de leur malheur, qui étoit sans remède; car il n'y avoit pas
+moyen d'appaiser le comte de Souche, irrité effroyablement, et qui ne
+pouvoit pas même entendre prononcer le nom de sa femme, ne la regardant
+plus que comme une scélérate, qui méritoit toute sa haine. Mais ce qui
+consoloit un peu cette désolée étoit l'espérance qu'elle avoit que le
+déguisement du prince en M. Desnué n'avoit pas été découvert; et que ce
+rusé galant avoit toujours bien joué son rôle, que même le bonhomme
+croira incessamment que c'est le maître de tuorbe qu'elle aime. Ces
+idées donnèrent un peu de repos à notre belle, qui pria le prince de
+Vaudemont d'aller faire sa cour auprès de son mari, ce qu'il trouva fort
+difficile, et dit à Mme de Souche:--«Quoi, croyez-vous, ma chère, que
+le comte ne m'ait pas reconnu dans le personnage que j'ai fait? Il est
+trop fin pour n'avoir pas connu que c'étoit moi qui étois le maître de
+clavecin.--Ah! mon aimable, perdez ces sentiments; mon mari n'auroit
+point souffert cette feinte, s'il avoit eu la moindre connoissance de la
+tromperie que nous lui avons faite, mais je ne puis m'en affliger
+davantage; puisque c'est vous qui en êtes la cause.--Ah! mon adorable
+enfant, dit le prince, en se jetant aux pieds de la comtesse, je suis au
+désespoir de vous donner de la peine; mais je prétends reconnoître
+toutes les bontés que vous avez eues pour moi en sacrifiant ma vie pour
+votre soulagement. Faites fond sur ma tendresse, qui sera pour vous
+éternelle.»
+
+Des assurances si sensibles firent tomber un torrent de larmes des beaux
+yeux de Mme de Souche, que son amant, qui n'étoit pas moins affligé,
+prit la peine d'essuyer de son mouchoir, après l'avoir baisée mille
+fois. La belle, toute languissante, dit au prince qu'elle ne vouloit
+plus voir le monde, et qu'il falloit qu'elle se retirât dans un couvent,
+le reste de ses jours. A quoi son cher amant ne put consentir qu'avec
+une violence incroyable.--«Quoi, disoit ce tendre prince, perdre ce que
+l'on a de plus cher au monde est la plus grande infortune qu'un
+homme puisse recevoir. Oui, Madame, continua ce passionné galant, il n'y
+a que la mort qui puisse effacer un si triste souvenir.--Ce que vous
+dites est vrai, répondit la comtesse en soupirant, mais nous ne pouvons
+pas nous opposer à notre destinée, qui suit les ordres reçus du premier
+des êtres, sans nous demander si nous sommes contents de ce qu'elle
+fait.--Il faut donc consentir à ses décrets aveuglément et sans
+résistance, répliqua le prince de Vaudemont?--Oui, mon cher, nous y
+devons obéir comme forcés. C'est pourquoi, si je dois finir mes jours
+dans un monastère, vos efforts ne pourront l'empêcher.»
+
+La comtesse, qui vouloit absolument se retirer dans une abbaye de
+Sainte-Claire, qui étoit composée de femmes qui avoient des différends
+dans le monde, dit adieu à son amant qu'elle laissa plus mort que
+vivant, et qui lui promit pourtant qu'en son absence, il alloit
+travailler à la bien remettre avec son époux afin de la pouvoir encore
+revoir et de lui pouvoir dire qu'il l'aimeroit jusques au tombeau.
+
+Ce fut les dernières paroles que nos tendres amants se dirent, après
+s'être embrassés mille fois, qui furent accompagnées de tristes soupirs
+et de pleurs capables d'attendrir un coeur de marbre et d'amollir les
+rochers[271].
+
+Le roi, depuis peu de jours, n'ayant plus rien à démêler avec le monde,
+et voyant que la fortune commençoit à l'abandonner, en fit des
+plaintes sensibles à son confesseur[272] et à la marquise de Maintenon,
+comme à ses deux plus fidèles amis, à qui Sa Majesté confie tous ses
+secrets et les fait dépositaires de ses plus chères pensées. Ce prince
+leur dit, en des termes fort pathétiques, que la vie lui étoit un
+supplice, depuis un espace de temps, et qu'il envioit le bonheur de ceux
+qui passent leurs jours dans des monastères; qu'ils étoient exempts de
+mille et mille chagrins qui travaillent les hommes, et qui leur rongent
+l'esprit; que de toutes les conditions, celle des monarques et des
+princes étoit la plus à plaindre; que l'éclat qui environnoit leur sort
+n'étoit qu'imaginaire, et que le moindre berger goûtoit plus de douceurs
+dans son petit état possible[273] que le plus grand des rois ne faisoit
+dans tout son triomphe.
+
+Des réflexions de cette nature étonnèrent extrêmement le révérend Père,
+qui regarda la marquise de Maintenon en soupirant, et qui lui dit:
+«--Madame, le coeur de notre monarque est tout abattu, ce qui me
+surprend assez qu'un grand prince comme lui, qui a la foudre en main
+pour renverser l'univers quand il voudra, puisse concevoir des idées si
+tristes.» Le Père jésuite dit ces paroles avec chaleur, comme étant
+intéressé à la conversation du Roi, qui a tant de bonté pour tous les
+religieux, particulièrement pour les révérends Pères de la compagnie de
+Jésus, qui font tout leur possible pour enlever la tendresse de ce
+prince, en lui donnant continuellement de l'encens qui ne leur coûte
+rien. Le Père Bon-Ange[274], grand ami de Mme de Maintenon, a fait
+battre, il n'y a pas longtemps, plusieurs belles médailles où le Roi est
+représenté en diverses figures, comme un Jupiter qui renverse le monde
+avec sa foudre, ou bien comme Hercule qui triomphe de plusieurs nations
+et même des fleuves. Achéloüs fils de Thétis, combat en vain pour
+Déjanire, quoiqu'il soit métamorphosé en taureau qui est le plus furieux
+de tous les animaux; Hercule lui arrache une de ses cornes. L'on voit,
+d'un autre côté, le Roi dans les airs, comme un Apollon qui fait la
+guerre à ses ennemis et qui leur perce le coeur de flèches. Toutes ces
+charmantes devises ont été présentées à Sa Majesté dans la vue de
+l'encourager à soutenir ses conquêtes. C'est le dessein jésuitique que
+ces illustres Pères de l'Église forment tous les jours.
+
+Pour revenir aux réflexions solides que notre Monarque fait, en ayant
+bien voulu entretenir son confesseur, qui trouva bon de relever les
+sentiments de ce prince, en lui faisant connoître par une morale toute
+choisie, et digne de l'esprit de ces Messieurs, qu'il falloit qu'un
+héros ne s'abattît jamais, quand même la fortune ne seroit plus son amie
+et que le bonheur le fuiroit; et que les Rois étoient au-dessus de ces
+chimères, et qu'une autre main régloit leur sort, que tout le reste des
+hommes[275]; et qu'un Prince comme lui et né heureux, ayant toujours été
+la terreur de toute l'Europe, il ne falloit pas écouter mille petits
+sentiments qui s'élevoient dans le coeur par la sollicitation de la
+chair, qui s'oppose incessamment à la juste raison, et qui est
+quelquefois irraisonnable elle-même dans son désordre. Le Roi se sentit
+le coeur fortifié et plus fort de courage, après de si sublimes
+expressions, ce qui donna une joie inexprimable à madame de Maintenon,
+et lui fit remercier le révérend Père en ces termes:--«Mon cher
+conducteur, je sais que vous êtes la lumière du monde, et que sans votre
+divin pouvoir nous ne pouvons rien faire, et que vous affermissez les
+pas les plus glissants; c'est pourquoi je vous remets l'esprit du Roi
+entre vos bras, qui est changeant comme le reste des humains; ce qu'il
+veut aujourd'hui, demain ce Prince ne le veut plus. Je ne sais ce qui
+fait cette inégalité chez lui.--Madame, répondit le Père, après avoir
+bien rêvé, j'ai découvert, ou je me trompe, le principe des chagrins de
+notre Monarque. Je crois qu'il est fâché de n'être plus sensible à
+l'amour qui a été autrefois sa passion dominante; que, voyant que vous
+lui présentez journellement des objets adorables, et qu'il ne
+trouve plus rien chez lui qui réponde à ces offres charmantes, vous
+l'irritez plutôt que de renouveler sa tendresse mourante. N'est-il pas
+vrai, Madame, continua ce rusé Père, que ce que nous pouvons avoir
+facilement nous rebute?--Mon père, répliqua la Marquise, vous approchez
+un peu de ce qui chagrine le Roi; mais je sais que sa véritable peine
+est le méchant état des affaires présentes. Sa Majesté ne voit point de
+jour à trouver de l'argent pour fournir à la guerre, qui désole, comme
+vous voyez, une partie du royaume de France. Les coffres du Roi sont
+entièrement vides[276], et de l'humeur qu'est ce Prince, il fera comme
+François Ier, c'est-à-dire que Sa Majesté se servira de sa dernière
+pièce, comme fit son allié devant Pavie.--Madame, dit le jésuite, nous
+avons fait tout notre possible pour l'Etat, et nous ne pouvons plus rien
+donner du nôtre, ou bien nous serons réduits à la mendicité, qui est une
+chose déplorable, que des religieux, qui se sont vus autrefois à leur
+aise, soient aujourd'hui sur le petit pied.--Ce que vous dites est vrai,
+mon cher père; mais quelquefois nous ne sommes pas nés pour être
+tout-à-fait inutiles dans la vie. Notre Monarque a trouvé à propos de se
+servir de vous, comme de lumière, dans les ténèbres et pour voir clair
+en toutes ses entreprises.»
+
+La conversation sérieuse auroit encore duré, si frère Antoine[277], qui
+est un novice nouvellement reçu, et par malheur qui est devenu
+amoureux d'une des demoiselles de madame de Maintenon, qui est une jolie
+fille, jeune et fort engageante, ne fût entré, et n'eût rompu
+l'entretien, en demandant d'un air tendre et plein de feu à la marquise,
+comment se portoit mademoiselle Gisson[278], qui étoit depuis peu
+malade, et si le remède qu'il lui avoit donné avoit bien réussi.--«En
+vérité, mon frère, répondit madame de Maintenon, en riant, et qui ne se
+doutoit point de l'amour de frère Antoine, l'on m'a dit ce matin que la
+pauvre enfant étoit bien mal. Elle auroit peut-être besoin d'un
+consolateur.--Madame, je m'y en vais, dit le frère passionné; je
+tâcherai de la consoler le mieux qu'il me sera possible.»
+
+Le frère étant entré dans la chambre de mademoiselle Gisson, s'approcha
+de son lit et lui prit la main, pour demander d'une voix tendre si elle
+dormoit bien.--«Non, mon frère, répondit la belle, je ne puis trouver de
+repos. Je sens des inquiétudes mortelles.--Ah! mon aimable soeur,
+répartit le frère Antoine, en lui baisant les mains tendrement, quels
+pourroient être les troubles de votre coeur? faites-moi la grâce que
+je sois votre confesseur; je vous pardonnerai bien des petits péchés qui
+vous embarrassent et dont la présence vous fait peur.» Mademoiselle
+Gisson parut toute surprise de la familiarité du frère jésuite. Cette
+charmante enfant, qui avoit de l'esprit infiniment, connut d'abord que
+c'étoit l'amour qui l'apprivoisoit, et que, si elle confessoit ses
+péchés à un homme qui avoit le coeur si tendre, elle auroit facilement
+la rémission de toutes les fautes qu'elle auroit commises, petites ou
+grandes, ce qui est contre les ordres que la pénitence ordonne et les
+mortifications de l'Eglise. Notre charmante dit au frère qu'elle ne se
+sentoit pas encore assez bas ni assez foible, pour avoir besoin d'un
+confesseur, que son mal commençoit un peu à diminuer.--«J'en suis ravi,
+ma chère mignonne, répliqua le frère, en riant, car ce seroit dommage
+qu'une jolie demoiselle comme vous ne fît plus l'ornement du
+monde.»--Que je vous trouve obligeant, mon frère, dit cette
+incomparable; vous me contez plus de douceurs que jamais l'on ne m'a
+fait, et vous êtes trop galant pour le monastère. Vous avez très-mal
+fait de renoncer au monde.--Hélas! ma belle enfant, ce n'est que la
+rigueur de votre aimable sexe, répartit le frère, en soupirant, qui m'a
+inspiré l'envie d'être religieux. Je n'ai aucune inclination au parti
+que j'embrasse, mais le désespoir où je me suis trouvé en aimant
+passionnément la plus cruelle qui ait jamais été sous le ciel, et la
+plus adorable qui fût au monde, m'a fait jeter aveuglément, et sans
+réflexion, aux Jésuites, trouvant toutes choses ennuyeuses, puisque je
+ne pouvois pas me faire aimer de la jolie enfant qui me tenoit sous sa
+loi. Ah! quel martyre, ma charmante, continua cet amoureux frère, quand
+on n'a point de réciproque en amour!--Je vous plains extrêmement, mon
+frère, répondit modestement mademoiselle Gisson, puisque ce n'est point
+pour un véritable motif de piété que vous avez quitté les plaisirs
+de la vie. Vous serez malheureux tout le reste de vos jours.»
+
+Le frère Antoine vouloit comme embrasser la belle mignonne par un
+transport de passion, quand la marquise de Maintenon entra, qui trouva
+au frère jésuite les yeux tout remplis d'un beau feu, que sa tendresse
+amoureuse lui faisoit naître et qui le rendoit tout brillant. Madame de
+Maintenon lui en sut bon gré, croyant que cette vivacité venoit de la
+force de sa dévotion.--«Eh bien! mon frère, combien avez-vous dit de
+prières à notre malade.»--Madame, répondit le frère tout confus, j'en ai
+dit autant que Mademoiselle en a voulu. Je finissois les litanies de la
+Vierge, quand vous êtes entrée.--Je suis fâchée d'avoir interrompu une
+si charmante dévotion, répartit la Marquise; mais vous pouvez continuer,
+je serai un de vos auditeurs.»
+
+Le frère, qui n'avoit point envie de dire des prières, et qui n'en
+savoit peut-être pas beaucoup, aimant bien mieux lire quelque jolie
+petite histoire amoureuse que ses matines, prit congé de notre abbesse,
+en lui disant adroitement qu'il fît encore quelque autre visite à des
+malades qui l'attendoient, et que comme le révérend père du Sort[279] ne
+pouvoit plus sortir à cause de sa vieillesse, il falloit qu'il le
+soulageât un peu.--«Vous avez des sentiments bien pieux et bien
+charitables, mon frère, répondit madame de Maintenon; c'est un bon
+commencement pour un jeune religieux. Je prierai Saint-Louis, notre
+aimable patron, qu'il fortifie les bons mouvements de votre coeur.» Le
+frère remercia la marquise par une inclination de tête en la quittant.
+
+Mademoiselle Gisson, toute malade qu'elle étoit, eut peine à s'empêcher
+de rire dans son lit, de l'hypocrisie de frère Antoine, qui trompoit si
+finement madame de Maintenon, en l'amusant d'oraisons imaginaires; car
+le rusé jésuite aimoit bien mieux donner l'encens à Vénus ou à Bacchus,
+qu'aux autres saints et aux saintes, qui n'étoient, comme il le disoit à
+ses amis, que dans l'imagination des simples.
+
+Le lendemain, le Roi, pour charmer son chagrin, qui étoit insupportable,
+fut à Saint-Cloud avec toute la Cour, où l'on donna un bal le plus
+charmant qui se soit jamais vu. La duchesse de Chartres[280] n'avoit
+point encore paru si aimable qu'elle le fut dans ce jour; aussi
+emporta-t-elle le prix du bal, comme celle qui dansa du plus bel air, ce
+qui réveilla un peu la tendresse mourante du Roi, et lui fit naître
+l'envie de danser avec cette belle princesse, à qui Sa Majesté dit même
+des douceurs paternelles, que la duchesse trouva fort bien pensées; à
+quoi elle répondit d'un air enjoué qu'elle devoit à Sa Majesté la
+lumière du jour:--«Il est vrai, mon illustre mignonne, dit le Roi
+en riant, mais non pas votre mérite.--Ah! Sire, répondit la duchesse,
+j'en sais bien faire la différence.»
+
+Notre Monarque auroit peut-être encore raisonné avec cette charmante, si
+madame de Maintenon, qui ne peut souffrir que le Roi caresse personne
+(quoi qu'indifféremment ce Prince le fasse quelquefois pour passer de
+méchants moments, ou pour faire diversion à l'embarras où Sa Majesté se
+voit aujourd'hui), ne l'eût interrompu par une lettre qu'elle présenta à
+Sa Majesté, du comte de Châteaurenaud[281], qui commandoit la flotte
+françoise, où il marquoit toutes les merveilles qu'un des vaisseaux que
+l'on appeloit l'_Entreprenant_ faisoit; ce qui donna un grand plaisir à
+ce Prince, et lui inspira la plus belle humeur du monde.
+
+L'on fut à la chasse le jour suivant. Mademoiselle de Bourbon[282], qui
+est une des jolies cavalières qui aient jamais été, parut aussi
+infatigable que les meilleurs cavaliers dans la force de leur course.
+Elle fut toujours à la tête des chiens, en conduisant son cheval avec
+une adresse admirable, ce qui la fit distinguer de toutes les autres
+dames, et lui attira plusieurs louanges que cette charmante chasseresse
+reçut modestement, particulièrement du marquis de Bordage[283], qui ne
+l'avoit point abandonnée un moment, et qui étoit devenu passionnément
+amoureux d'elle dans cette rencontre. Il est vrai qu'il est bien
+difficile à un homme un peu délicat en mérite de conserver sa liberté en
+la compagnie du sexe féminin, quand la nature a donné à ces aimables
+conquérantes les dons de se faire aimer.
+
+Nous lisons qu'un philosophe moderne ayant fait tous ses efforts pour ne
+pas sentir la foiblesse de l'amour, fit une ferme résolution de ne voir
+jamais de femmes, espérant par ce moyen que leurs charmes ne
+troubleroient point son repos; mais étant un jour dans sa solitude
+ordinaire, qui étoit comme un petit désert, où il n'entroit
+personne, deux pigeons se caressoient tendrement sur un jeune arbrisseau
+que la nature avoit fait naître dans ce lieu solitaire. L'amour prit
+plaisir dans ce moment à faire considérer avec attachement à ce
+philosophe rêveur toutes les petites manières innocentes et toutes
+charmantes dont cette aimable colombine se servoit pour faire connoître
+à son galant qu'elle l'aimoit. Ces tendres pensées lui inspirèrent
+l'envie d'aimer le chef-d'oeuvre que Dieu a créé pour l'homme; c'est
+de la manière qu'il en parle, après son retour d'indifférence, ayant
+toujours regretté les précieux moments qu'il n'a pas employés à aimer
+les jolies femmes.
+
+Revenons au marquis du Bordage, qui ne pouvoit perdre l'idée charmante
+de sa belle Diane, qui avoit pris sa liberté comme les autres conquêtes
+qu'elle avoit faites. Ce passionné marquis ne pouvant trouver les moyens
+de faire connoître à mademoiselle de Bourbon combien il languissoit pour
+elle, lui écrivit ce qui suit dans la tablette que cette belle mignonne
+avoit perdue en courant le cerf, dans le plus épais de la forêt, et que
+ce tendre cavalier avoit trouvée à ses pieds; voici ce qu'il y grava en
+la lui renvoyant:
+
+ Rien ne me touche tant que mon incomparable.
+ Je découvre en elle plusieurs charmes secrets,
+ Et mille appas et mille attraits,
+ Dont la douce force est pourtant inévitable.
+ De la douceur, point de fierté,
+ Un air qui n'est point affecté,
+ Un port majestueux, un esprit agréable
+ Qui range tous les coeurs sous son divin pouvoir,
+ Et leur peut en l'aimant faire à tous concevoir
+ Un bonheur sans égal et même inexprimable.
+
+Mademoiselle de Bourbon fut toute surprise de voir dans sa tablette des
+vers écrits d'une main inconnue et qui faisoient une partie de son
+portrait, le marquis ne l'ayant pas voulu achever, afin d'avoir encore
+un sujet une autre fois de la surprendre, ce qui lui étoit assez
+difficile, car cette adorable perfection étoit fort réservée et ne
+voyoit point le monde, étant très-souvent à la campagne, à un beau
+château qui lui appartenoit, à deux lieues de Saint-Germain.
+
+Le marquis se sentant éperdûment amoureux, et ne pouvant être assez
+heureux pour jouir de la présence de son incomparable, prit les habits
+de la jardinière, à qui il ressembloit beaucoup, et que depuis longtemps
+il ménageoit pour ce dessein. Mademoiselle de Bourbon étoit accoutumée à
+venir tous les matins cueillir des fleurs dans le jardin et à passer
+quelques heures dans l'entretien rustique des paysannes qui venoient
+cultiver les parterres du jardin. Le marquis déguisé s'étoit mis dans un
+coin pour tirer de méchantes herbes qui gâtoient des jasmins et des
+orangers, quand notre belle, qui aimoit passionnément ces petits
+arbrisseaux, fut trouver celle qui les accommodoit dans une propreté
+sans égale, et lui dit, en riant: «Ah! ma chère, que vous êtes propre au
+jardinage! je n'ai point encore vu une personne si adroite que vous.»
+
+Le marquis, qui se sentit le coeur ému de ces douceurs, lui répondit,
+en copiant la paysanne, qu'elle se croyoit la plus fortunée de
+toutes celles de son village, puisqu'elle avoit le bonheur de plaire à
+une si illustre personne. Mademoiselle de Bourbon aperçut au langage de
+cette fille de la différence au jargon ordinaire des bocagères. Elle lui
+demanda, en la regardant fixement, d'où elle étoit, et si elle n'avoit
+jamais été dans les villes. La jardinière parut si spirituelle à cette
+charmante demoiselle, qu'elle entra en soupçon que ce ne fût quelqu'un
+qui se fût déguisé pour lui parler. Ces pensées la firent retirer plus
+tôt qu'elle n'auroit fait. Le marquis se voyant seul, et n'ayant pas
+encore fait de grands progrès dans son amour, s'avisa d'écrire ces vers
+sur l'écorce des arbres du jardin:
+
+ Belle pour qui l'amour se déguise aujourd'hui,
+ En voyant vos beaux yeux, je demeure ravi.
+ Plusieurs me charment l'oeil, mais une au coeur me tire
+ Des traits si forts, si doux, que doux est mon martyre.
+
+Comme le marquis achevoit ces tendres paroles, les autres paysannes
+l'appelèrent pour travailler dans les allées de verdure qui composoient
+ce beau lieu.
+
+
+NOTES.
+
+ [150] A Cologne, chez P. Marteau, 1695. In-12 de 171 pp.
+
+ Au frontispice, Louis XIV, l'air triste et soucieux, regarde un
+ Amour étendu mort à ses pieds; à sa gauche, deux Amours; à sa
+ droite, deux autres Amours s'empressent auprès de lui; une femme,
+ coiffée d'une fontange, tient par la main les Amours de droite. A
+ chaque extrémité du tombeau où gît l'Amour, un Amour tient son
+ flambeau renversé.--Le titre est donc justifié; c'est bien le
+ tombeau des Amours.
+
+ Sur le devant du tombeau, on lit: «Hélas! notre règne est fini!»
+ au bas de la gravure, ces quatre vers informes:
+
+ Adieu, trop aimables amours
+ Qui avez su me charmer si tendrement.
+ Ah! je ne sens plus pour vous
+ L'ardeur qui me touchoit si vivement.
+
+ De la main droite du Roi se déroule une bande avec ces mots: «Il
+ est incomparable.»
+
+ [151] Ces lignes en italique ont la prétention d'être des vers de
+ mesure inégale; ils valent ceux du frontispice. Voir page 242,
+ note 150. Il faut lire sans doute:
+
+ Est-il rien de si doux qu'une ardeur innocente
+ Qu'un rare mérite fait naître dans nos âmes?
+ Je ne vois nul bonheur à respirer le jour
+ Si de l'univers on bannit l'amour.
+ Tous les plaisirs se trouvent dans sa suite
+ Et sans aimer la vie est un supplice.
+
+ Voyez également ci-dessous; l'auteur a risqué d'autres vers aussi
+ dépourvus de sens, de mesure et de rime que le sont ceux-ci.
+
+ [152] Ce libelle a été publié en 1695.--C'est à peu près le temps
+ où la pièce précédente place les amours du Roi avec Mlle du Tron.
+
+ [153] Voy. t. II, pp. 1-24.
+
+ [154] Les deux lignes qui précèdent et celles qui suivent jusqu'au
+ dernier paragraphe de la p. 10 sont copiées sur la deuxième
+ historiette du 2e volume de ce Recueil (pp 31-33).
+
+ [155] Voy. t. II, p. 32.
+
+ [156] Voy. t. II, pp. 10 et 21 (_notes_).
+
+ [157] A cette époque (1659), la reine, née en 1601, avoit 58 ans;
+ Mazarin, né en 1602, avoit 57 ans. Cf. t. I, p. 184.
+
+ [158] Ce motif n'étoit point celui qui dirigeoit la généreuse
+ conduite de Mazarin. Voy. t. II, p. 10 et 21 (_notes_).
+
+ [159] Ce mot ne se trouve dans aucun dictionnaire du temps, et n'a
+ même jamais été admis par l'Académie françoise. Cependant on le
+ rencontre à la même époque dans divers autres ouvrages.
+
+ [160] Voy. t. II, p. 22.
+
+ [161] A cette locution, comme à plusieurs autres et à l'ignorance
+ déjà constatée des règles de notre versification, il est facile de
+ voir que cet opuscule n'a pas été écrit par un françois. Voy. t.
+ II, p. 7.
+
+ [162] Le 15 septembre 1665.
+
+ [163] Voyez sur cette campagne, Mlle de Montpensier, _Mémoires_,
+ collection Michaud et Poujoulat, pp. 398-402, et _Mémoires de
+ Louis XIV_, édition Dreyss, t. II.
+
+ [164] Voy. t. II, _passim_; la campagne des Pays-Bas est de 1667;
+ les amours de Louis XIV avec Mlle de La Valière commencèrent en
+ 1661.
+
+ [165] Sur sa noblesse, voy. t. II, pp. 27 et 33.
+
+ [166] Voy. t. II, p. 34.
+
+ [167] Tout le passage qui suit, jusqu'à: «Mlle de La Valière en
+ parut affligée» p. 249, est la reproduction à peu près exacte de
+ ce qu'on lit au t. II, dans le _Palais-Royal_ ou _l'Histoire de
+ Mlle de La Valière_.
+
+ [168] A partir d'ici, le texte abrége le récit du t. II et en
+ diffère sur des points peu importants, par exemple le billet de la
+ p. 250.
+
+ [169] Toujours les lois de la galanterie; toujours la pratique du
+ Cyrus et de la Clélie. Bussy lui-même s'est conformé aux usages
+ convenus et a inventé les billets, les petits vers et les
+ conversations amoureuses en honneur dans les romans du temps.
+
+ [170] Nous rentrons ici dans le texte du _Palais-Royal_, t. II, p.
+ 41 et suiv.
+
+ [171] Sur l'amour de Madame pour le Roi, voy. t. II, p. 99.
+
+ [172] Le dictionnaire de l'Académie françoise (5e édition) admet
+ ce mot dans le sens où il est employé ici, c'est-à-dire de
+ complaisante. Ni Richelet, ni Furetière dans leurs diverses
+ éditions, ne l'ont enregistré.
+
+ [173] Voy. t. II, p. 8.
+
+ [174] Voy. t. II, p. 42.
+
+ [175] Sur cette première retraite à Chaillot, voyez t. II, p. 42.
+
+ [176] Le Palais Brion (et non Biron, comme on l'a imprimé par
+ erreur, t. II, p. 44) étoit un lieu de plaisir où tantôt le Roi,
+ tantôt le jeune duc d'Anjou son frère, donnoient fréquemment des
+ dîners et des bals, dans les plus mauvais jours de la Fronde.
+ Loret dans sa _Muze historique_ (1er vol.), décrit souvent des
+ fêtes de ce genre, et certains incidents qu'il relève donnent une
+ curieuse idée des moeurs du temps.
+
+ [177] Ici l'auteur, pour abréger, passe quelques circonstances qui
+ se lisent dans le _Palais-Royal_. T. II, p. 44.
+
+ [178] Dans le _Palais-Royal_ ces prétendus vers sont remplacés par
+ une lettre, t. II, p. 45.
+
+ [179] Pour tout ce qui suit, voy. II, 47.
+
+ [180] Dans son _Teatro gallico_ (Amst., 1691, 3 vol. in-4º, t. I,
+ pp. 524-525), Gregorio Leti dit: «Tra le donne che odiavano il più
+ nella corte La Valiera, vi erano la duchessa di Orleans e la
+ contessa di Soissons»; parmi les dames de la Cour qui détestoient
+ le plus La Valière, étoient la duchesse d'Orléans et la comtesse
+ de Soissons.--Mais il ajoute: «Fù cosa miravigliosa che,
+ nell'orditura di questa cabala si scontrasse che fossero senza
+ parte alcuna la principessa Palatina, la duchessa di Soubize, e la
+ signora di Luynes, che s'andava susurrando nella corte che
+ ciascuna di queste havesse pretentione di poter colpire agli amori
+ col Rè... ma potrebbe qui dirmi alcuno, e chi poteva sapere il
+ segreto del cuore di queste Dame, e d'altre che aspirassero agli
+ amori del Rè? Questo io non so,... ma un certo cavaliere in
+ Parigi, che mi honorava di confidar meco molte memoriette, mi
+ disse un giorno... che nel tempo che si erano incaloriti gli amori
+ del Rè con La Valiera non vi era dama alcuna nella corte di
+ qualche garbo e bellezza che non mostrasse gelosia visibile, e che
+ lui stesso haveva inteso dire a molte «La Valiera è più fortunata
+ di tutte noi.»--Ce fut une chose merveilleuse que, pendant que se
+ tramoit cette cabale, la princesse Palatine, la duchesse de
+ Soubise et madame de Luynes n'y prirent aucune part, bien qu'on
+ murmurât dans la Cour que chacune d'elles eût des prétentions à
+ l'amour du Roi. Mais qui pourroit me dire le secret du coeur de
+ ces dames et des autres qui aspiroient à l'amour du Roi? Je ne
+ sais, mais un gentilhomme de Paris qui m'honoroit de sa confiance
+ et m'a fourni quelques petits mémoires me disoit que, au temps où
+ les amours du Roi avec La Valière étoient dans toute leur ardeur,
+ il n'y avoit à la Cour aucune dame de quelque élégance et de
+ quelque beauté qui ne s'en montrât visiblement jalouse, et que
+ lui-même avoit entendu dire à plusieurs: La Valière est plus
+ heureuse que nous.»
+
+ [181] Voy. t. II, p. 49.
+
+ [182] Ici s'arrête l'emprunt fait au _Palais-Royal_, t. II, p. 49.
+ Il reprend, après un passage visiblement interpolé, à ces mots:
+ «Sa Majesté ayant quitté le marquis de Bellefonds, le jour suivant
+ vit,... etc.»
+
+ [183] Le traité dont il est question ici est évidemment le Traité
+ de Breda, signé entre l'Angleterre, d'une part, la France, le
+ Danemarck et la Hollande de l'autre. Le traité, dit le P.
+ d'Avrigny, fut ratifié le 24 du mois d'août. Il portoit entre
+ autres choses que les Etats-généraux envoyeroient des commissaires
+ à Londres pour le règlement du commerce des Indes.
+
+ Mais dès le mois de janvier 1668, l'Angleterre, la Suède et la
+ Hollande, alarmées des conquêtes que le Roi de France faisoit en
+ Flandre, signèrent un traité par lequel ils s'engageoient à
+ fournir chacune 15,000 hommes pour la défense des Pays-Bas, que le
+ Roi d'Espagne n'étoit pas en état de défendre... Les confédérés
+ firent dire à Louis XIV qu'ils ne vouloient que la paix, mais
+ qu'ils se déclareroient contre celui qui ne la voudroit pas avec
+ eux. Le Roi répondit qu'il étoit près de la conclure pourvu qu'on
+ lui cédât ses conquêtes. On s'assembla là-dessus à Aix-la-Chapelle,
+ et, pendant qu'on négocioit, il entreprit la conquête de la
+ Franche-Comté.
+
+ [184] En 1668. Louis XIV revendiquoit la Franche-Comté au même
+ titre que la Flandre, en vertu des droits de la reine, fille de
+ Philippe III.
+
+ [185] Le prince de Condé, que le marquis de Louvois vouloit, en
+ quelque sorte, opposer à Turenne, dont la faveur lui donnoit de
+ l'ombrage, prit Besançon en deux jours, malgré la saison (7
+ février 1668).--Voy. _Mémoires_ du P. d'Avrigny.
+
+ [186] La ville envoie vers Condé deux députés. Ceux-ci «se
+ plaignent qu'on les attaque, étant comme ils sont ville impériale,
+ en paix avec le Roy très-chrétien, aussi bien que tout l'Empire,
+ et ne luy en ayant jamais donné le sujet; offrent ensuite de le
+ recevoir, s'il vient, mais en cette qualité de ville impériale;
+ passent enfin jusques à le choisir pour protecteur, aux mêmes
+ conditions que Louis XI l'avoit été.» Le prince de Condé refuse,
+ et la ville est obligée de se rendre: «ainsi le prince qui n'avoit
+ paru devant cette place que le sixième février, y entra le
+ lendemain septième au matin.» Pellisson, _Hist. de Louis XIV_,
+ liv. V.
+
+ [187] Il semble que les deux paragraphes précédents, étrangers au
+ récit, aient été interpolés.
+
+ [188] Voy. t. II, p. 49 (texte et notes), pour tout ce qui suit.
+ Les deux textes ont cependant quelques légères différences.
+
+ [189] _Mémoires de Montpensier_, 1662. «Le Roi se promenoit
+ souvent pendant l'hiver avec la Reine: il avoit été avec elle deux
+ ou trois fois à Saint-Germain et l'on disoit qu'il avoit regardé
+ La Mothe-Houdancourt, une des filles de la Reine, et que La
+ Valière en étoit jalouse. C'étoit la comtesse de Soissons qui
+ conduisoit cette affaire, et la Reine haïssoit plus La Mothe que
+ La Valière; elle eût eu plus de penchant à croire que le Roi en
+ étoit amoureux qu'à voir qu'il l'étoit de l'autre.» Suit
+ l'histoire des grilles posées aux fenêtres, et qui se retrouvent
+ au matin dans la cour, du refus de Mlle de La Mothe qui auroit osé
+ dire au Roi: «Je ne me soucie ni de vous ni de vos pendants
+ d'oreilles, puisque vous ne voulez pas quitter La Valière.»--«Or,
+ ajoute Mademoiselle, ceux qui voyoient le plus clair étoient
+ persuadés que le Roi ne s'empressoit auprès de La Mothe que pour
+ cacher la passion qu'il avoit pour La Valière.»
+
+ [190] Le paragraphe suivant, jusqu'au milieu du paragraphe où l'on
+ voit le Roi chez La Valière, rêvant et lisant, ne se retrouve pas
+ dans le _Palais-Royal_.
+
+ [191] Nous rentrons dans le texte du _Palais-Royal_, mais avec
+ d'assez notables différences. Cf. t. II, p. 51-52.
+
+ [192] Ce qui suit n'est pas dans le texte du _Palais-Royal_.
+
+ [193] Voir t. II, p. 53, les notes et le texte. Ce qui suit en
+ diffère notablement.
+
+ [194] Voy. t. II, p. 73.
+
+ [195] Le récit qui suit se retrouve t. II, pp. 87-88.
+
+ [196] Claire-Clémence de Maillé Brézé, née en 1628, fille de
+ Urbain de Maillé, marquis de Brézé, maréchal de France, etc., et
+ de Nicole du Plessis de Richelieu, soeur puînée du cardinal.
+ Mariée le 11 février 1641 à Louis de Bourbon, prince de Condé,
+ elle mourut le 16 avril 1694. Les _Mémoires de Lenet_ parlent
+ longuement de sa conduite politique pendant la Fronde; après cette
+ bruyante époque, il est assez peu, mais assez mal parlé d'elle.
+
+ [197] Voy. t. II, p. 69.
+
+ [198] Voy. t. I, p. 163.
+
+ [199] Le prince Louis-Charles de Courtenay avoit dû épouser
+ Hortense Mancini. Fils du prince Louis de Courtenay et de
+ Lucrèce-Chrétienne de Harlay, il étoit né en 1640. Après
+ l'expédition de Gigery, il avoit suivi le Roi en Flandre et fut
+ blessé à Douai (1667). Il épousa, le 9 janvier 1669, Marie de
+ Lameth, de qui il eut un fils tué au siége de Mons, en 1691; puis,
+ en secondes noces, Hélène de Besançon. Il mourut le 28 avril 1723,
+ âgé de 83 ans.
+
+ [200] Tout ce paragraphe encore est un hors d'oeuvre.
+
+ [201] Voy. sur Mme de Créqui et le légat, t. II, p. 80.
+
+ [202] Voy. t. II, p. 80.
+
+ [203] Voy. t. II, p. 145 et suiv.: «_la Princesse, ou les amours
+ de Madame._»
+
+ [204] Encore un épisode étranger au récit principal.
+
+ [205] Le 29 juin 1670, selon le P. Buffières, le 30 juin, suivant
+ le P. d'Avrigny.--Voy. Floquet, _Études sur la vie de Bossuet_, t.
+ III, p. 410, et une longue _note_ à la fin du 2e vol. des
+ _Mémoires_ de Saint-Simon, édit. en 13 vol.
+
+ [206] Voy. t. II, p. 359, l'histoire de Mme de Montespan.--De
+ longues pages sur Mlle de La Valière; six lignes pour Mme de
+ Montespan: on voit combien ce pamphlet laisse à dire.
+
+ [207] Voy. t. III, p. 3, _le Passe-temps royal_ ou les amours de
+ Mlle de Fontanges. On y retrouve tout ce qui suit; mais de
+ nombreux passages ont été supprimés ici, pour abréger.
+
+ [208] _Le Passe-temps royal_ dit: «avec madame D. L. M.»--Le nom
+ de Mme de Maure, qui étoit morte à la fin d'avril 1663, est une
+ preuve, qui s'ajoute à toutes les autres, de la négligence avec
+ laquelle a été faite cette fade compilation.
+
+ [209] Mot forgé par l'auteur et qui ne se trouve pas dans _le
+ Passe-temps royal_, d'où ce récit est tiré.
+
+ [210] Cet épisode, comme plusieurs des précédents, ne se rattache
+ en aucune façon au récit.
+
+ [211] Il ne s'agit pas encore ici de la grande expédition
+ commandée par les ducs de Beaufort et de Navailles à la tête de
+ plus de 5,500 François (25 juin 1669), mais d'une sorte de coup de
+ main tenté par quelques gentilshommes, nommés ici, et qui, d'après
+ les _Fastes de la maison de Bourbon_, abordèrent à Candie le 29
+ avril 1668.
+
+ [212] Le comte de Saint-Paul, fils de la célèbre duchesse de
+ Longueville, la soeur du grand Condé. Né le 29 janvier 1649,
+ Charles-Paris d'Orléans, duc de Longueville, comte de Saint-Paul,
+ fut tué au passage du Rhin le 12 juin 1672.
+
+ [213] Henri-Ignace de La Tour d'Auvergne, neuvième enfant de
+ Frédéric-Maurice de La Tour d'Auvergne, duc de Bouillon et de
+ Eléonore-Fébronie de Bergh, neveu de Turenne. Il mourut le 20
+ février 1675.
+
+ [214] Les _Fastes de la maison de Bourbon_ le nomment comte de La
+ Feuillade. En effet, le comte puis duc de La Feuillade avoit bien
+ le duché de Roannez, que sa femme, Charlotte Gouffier lui avoit
+ apporté en dot en avril 1667; mais Charlotte Gouffier tenoit ce
+ duché de son frère Artus, qui en conserva le nom jusqu'à sa mort
+ en 1696.
+
+ [215] Voy. ci-dessus, p. 265, _note_.
+
+ [216] Dans _le Passe-temps royal_, le nom de la duchesse de Créqui
+ est remplacé par celui de la duchesse d'A. ou d'Arpajon, et les
+ vers qui suivent par un énigme digne de ceux qui figurent dans les
+ gaillardes poésies du capitaine Lasphrise.
+
+ [217] Ici, nous rentrons dans le texte du _Passe-temps royal_,
+ III, 49.
+
+ [218] Voy. t. III, p. 49.
+
+ [219] Le texte de ce billet et du suivant diffère de celui des
+ billets écrits dans le même sens et dans les mêmes circonstances,
+ et reproduits dans le _Passe-temps royal_.
+
+ [220] Voy. t. II, p. 469.
+
+ [221] Ces vers ne se trouvent pas dans le _Passe-temps royal_.
+
+ [222] On connoît les stances de Voiture «sur une dame dont la jupe
+ fut retroussée en versant dans un carosse à la campagne»; mais
+ c'étoit à une époque antérieure. Loret raconte une aventure
+ semblable et ne tarit pas en éloges sur les beautés qui furent
+ alors dévoilées aux curieux.--C'est à Mlle de Longueville, sage et
+ respectée, que Loret adressoit les _Lettres en vers_ de sa _Muze
+ historique_.
+
+ [223] Le _Passe-temps royal_ nomme cette fille d'honneur Mlle de
+ Beauvais. Voy. t. III, p. 54.
+
+ [224] La seconde madame, Charlotte-Elisabeth de Bavière, la
+ princesse Palatine, mère du Régent: elle avoit épousé le duc
+ d'Orléans, veuf de madame Henriette, le 16 décembre 1671.
+
+ [225] Marie-Anne-Christine-Victoire de Bavière, qui avoit épousé
+ monseigneur le Dauphin, le 28 janvier 1680. Cette princesse étoit
+ fille de Ferdinand-Marie, duc de Bavière, et de Adelaïde-Henriette
+ de Savoie; elle mourut le 20 avril 1690.
+
+ [226] Le dialogue qui suit manque dans le _Passe-temps royal_.
+
+ [227] Le _Passe-temps royal_ arrête ici le récit des amours du Roi
+ et de Mlle de Fontanges. Ce qui suit ne se retrouve pas dans les
+ pamphlets de ce Recueil.
+
+ [228] Encore une interpolation dans le texte. Au milieu des amours
+ de Mlle de Fontanges (1680), l'auteur revient sur la campagne de
+ Flandre (1667), dont nous avons déjà parlé.
+
+ [229] Voy. t. II, p. 80.
+
+ [230] Voy. ci-dessus, p. 265.
+
+ [231] Voy. t. II, pp. 467 et suiv., t. III, p. 58.
+
+ [232] «Le 28 du mois dernier, dit la _Gazette de France_ du 5
+ juillet, Marie-Angélique de Scorailles, duchesse de Fontanges,
+ mourut à Port-Royal, au faubourg Saint-Jacques, après une longue
+ maladie, âgée de 22 ans. Son corps a été enterré dans l'église de
+ ce monastère, et son coeur a été porté en l'abbaye royale de
+ Chelles, dont sa soeur est abbesse.»
+
+ [233] Voy. t. III, pp. 65 et suiv.
+
+ [234] La jouissance de la terre de Chantilly avoit été donnée par
+ la reine Anne d'Autriche au prince de Condé; Louis XIV la lui
+ abandonna, en toute propriété, en 1661.
+
+ [235] Ces fêtes mythologiques, dans le goût de la fête donnée à
+ Rambouillet à Cospeau, sont bien de ce temps où les femmes
+ aimoient à se faire peindre en déesses, surtout en Dianes.--Voy.
+ _Cospeau, évêque d'Aire, de Nantes et de Lisieux, sa vie et ses
+ oeuvres_, par Ch.-L. Livet, 1 vol. in-12.
+
+ [236] Les nouvelles fortifications de Dunkerque étoient achevées
+ depuis le mois de mai 1671; le Roi, qui avoit visité la place le 2
+ décembre 1662, quelques jours après la prise de possession qui est
+ du 27 novembre, n'y retourna point l'année qui suivit la mort de
+ Mlle de Fontanges.
+
+ [237] Dunkerque put supporter, en 1694 et 1695, deux bombardements
+ sans en trop souffrir. Les fortifications furent détruites en
+ 1712, à la suite du traité d'Utrecht.
+
+ [238] On lit dans les _Fastes des rois de la maison de Bourbon_,
+ sous la date du 3 juin 1672: «le Roy prend Orsay en trois jours;
+ le vicomte de Turenne prend Buric en deux jours;» et sous la date
+ du 4: «M. le Prince réduit Vesel en trois jours.»
+
+ [239] Rien n'est plus faux que ce sentiment odieux prêté à Mlle de
+ La Valière, qui, depuis son entrée au couvent, fit l'admiration de
+ toute la Cour et de tout son couvent par son détachement sincère
+ des choses du monde.
+
+ [240] L'opinion publique alla même jusqu'à accuser Mme de
+ Montespan d'avoir empoisonné sa rivale. Le Roi, craignant un
+ scandale, défendit qu'on fît l'autopsie du corps de Mlle de
+ Fontanges. Voy. sur cette affaire, sur les dépositions de la
+ Filastre, témoin dans le procès de la Voisin, etc., _Mme de
+ Montespan_, par P. Clément, 1 vol in-8º, Paris, Didier, pp.
+ 402-405.
+
+ [241] Mlle de Montpensier. En cette année 1681, Lauzun quittoit
+ Pignerol, où il avoit été enfermé dans le temps où Fouquet y étoit
+ lui-même, et venoit prendre les eaux à Bourbon, où il rencontra
+ Mme de Montespan. Il ne reparut devant le Roi qu'en 1682. Toute la
+ conversation qui suit est imitée d'un passage analogue qu'on a pu
+ lire au t. II, pp. 259 et suiv.
+
+ [242] Ces mots «poussez votre fortune» sont prêtés à Mme de
+ Montespan, dans _le Perroquet ou les Amours de Mademoiselle_.--Le
+ Roi les répète, après Mme de Montespan. Voy. II, 261. Mais,
+ d'après ce dernier libelle, c'est en 1670 que cet entretien auroit
+ eu lieu.
+
+ [243] Voy. t. III, pp. 194 et 489. Ce n'est certainement pas avec
+ lui que le Roi peut avoir eu la conversation rappelée ici; et s'il
+ s'agit du vicomte de Turenne, il étoit mort depuis le 27 juillet
+ 1675.
+
+ [244] Il n'y avoit pas de duchesse de Gerzay, mais une marquise de
+ Jarzé, de la famille de celui dont il a été parlé, t. I, p. 74. Le
+ Jarzé dont il s'agit ici acheta en 1685 le régiment d'Hamilton au
+ prix de 11,000 écus; en 1688 il eut le bras emporté à
+ Philipsbourg; il conserva cependant son régiment jusqu'en 1691, et
+ le vendit alors 40,000 francs au marquis de Montendre. En 1692, il
+ voulut racheter le régiment de dragons de Barbezières au prix de
+ 80,000 francs: le Roi ne lui permit pas de reprendre du service,
+ après l'avoir quitté. Nous le retrouvons le 18 avril 1708 nommé
+ ambassadeur en Suisse et autorisé à ne se rendre à son poste qu'au
+ mois de septembre; mais, dans l'intervalle, étant à son château de
+ Jarzé en Anjou, il fit une chute si malheureuse qu'il fut hors
+ d'état de s'acquitter de son emploi et dut donner sa démission.
+ Son avarice y trouvoit son compte. Sa femme et sa mère se
+ félicitoient fort, après qu'il eut quitté l'armée, de pouvoir le
+ retenir en Anjou: peut-être ne furent-elles pas étrangères au
+ parti qu'il prit de renoncer à son ambassade. Voyez Saint-Simon,
+ Dangeau, Sévigné, etc.
+
+ [245] Il s'agit de la deuxième femme du duc, Marguerite-Louise de
+ Béthune, veuve du comte de Guiche, qu'il épousa le 6 février 1682.
+ Celle-ci, qui s'étoit mariée pour la première fois le 23 janvier
+ 1658, avoit alors 37 ans. Mais, en 1704 (3 mars), Mme de Coulanges
+ écrivoit à Mme de Grignan: «Nous avons eu la duchesse du Lude
+ quatre jours ici. Cela devient ridicule d'être aussi belle qu'elle
+ l'est; les années coulent sur elle comme l'eau sur la toile
+ cirée.»--Saint-Simon dément ce qu'on dit ici du plaisir que
+ trouvoit le Roi dans la conversation de la duchesse. Voici
+ d'ailleurs le portrait qu'il trace d'elle:
+
+ «La duchesse du Lude étoit soeur du duc de Sully, fille de la
+ duchesse de Verneuil et petite-fille du chancelier Séguier. Elle
+ avoit épousé en premières noces ce galant comte de Guiche, fils
+ aîné du maréchal de Grammont, qui a fait en son temps tant de
+ bruit dans le monde, et qui fit fort peu de cas d'elle et n'en eut
+ pas d'enfants. Elle étoit encore fort belle (1696) et toujours
+ sage, sans aucun esprit que celui que donne l'usage du grand monde
+ et le désir de plaire à tout le monde, d'avoir des amis, des
+ places, de la considération, et avoir été dame du palais de la
+ Reine: elle eut de tout cela, parce que c'étoit la meilleure femme
+ du monde, riche, et qui, dans tous les temps de sa vie, tint une
+ bonne table et une bonne maison partout, et basse et rampante sous
+ la moindre faveur, et faveur de toutes les sortes. Elle se remaria
+ avec le duc du Lude par inclination réciproque... Elle demeura
+ toujours attachée à la Cour, où sa bonne maison, sa politesse et
+ sa bonté lui acquirent beaucoup d'amis, et où sans aucun besoin,
+ elle faisoit par nature sa cour au ministre, et tout ce qui étoit
+ en crédit, jusqu'aux valets. Le Roi n'avoit aucun goût pour elle,
+ ni Mme de Maintenon; elle n'étoit presque jamais des Marlys, et ne
+ participoit à aucune des distinctions que le Roi donnoit souvent à
+ un petit nombre de dames.»
+
+ Est-il besoin de dire maintenant que la conversation qui suit
+ n'est ni vraie ni vraisemblable?
+
+ [246] Voy. la table.
+
+ [247] Louis de Lorraine, comte d'Armagnac, fils aîné du comte
+ d'Harcourt «cadet la Perle,» l'ami du poète Saint-Amant. Il étoit
+ frère du chevalier de Lorraine et du comte de Marsan. Né en 1641
+ il mourut en 1718. Il avoit épousé Catherine de Neufville. La
+ prétendue passion dont il est parlé ici n'est connue que par ce
+ libelle.
+
+ [248] Denis Talon, fils d'Omer Talon II et de Françoise Doujat,
+ succéda à son père dans sa charge d'avocat-général au Parlement,
+ en 1652. On lui attribue à tort, selon Moréri, le livre de
+ l'_Autorité des Rois_ qui est de Rolland Le Vayer de Boutigny. Il
+ avoit épousé Marie-Elisabeth-Angélique Favier du Boulay, dont il
+ eut Omer Talon III, marquis du Boulay, qui quitta la robe, où sa
+ famille s'étoit illustrée, pour l'épée. Denis Talon mourut en
+ 1698.
+
+ [249] Charles de Lorraine, comte de Marsan, frère cadet du comte
+ d'Armagnac (p. 294, _note_) et du chevalier de Lorraine, «qui
+ n'avoit ni leur dignité ni leur maintien,» et dont ils ne
+ faisoient aucun cas, dit Saint-Simon, étoit «un extrêmement petit
+ homme, trapu, qui n'avoit que de la valeur, du monde, beaucoup de
+ politesse et du jargon des femmes, aux dépens desquelles il vécut
+ tant qu'il put... M. de Marsan étoit l'homme de la cour le plus
+ bassement prostitué à la faveur et aux places, ministres,
+ maîtresses, valets, et le plus lâchement avide à tirer de l'argent
+ de toutes mains.» Il avoit épousé, le 22 décembre 1682, la
+ marquise d'Albret, qui mourut sans enfants le 13 juin 1692, et, en
+ secondes noces, Mme de Seignelay, soeur des Matignon (21 février
+ 1696), qui mourut en décembre 1699, lui laissant deux fils.
+
+ [250] Les lettres-patentes pour la fondation de Saint-Cyr sont de
+ juin 1686; c'est seulement du 30 juillet au 2 août de cette même
+ année que les jeunes filles reçues précédemment à Noisy passèrent
+ à Saint-Cyr, et le 3 août qu'eut lieu l'inauguration de la maison.
+ Dans la liste, si complète, des demoiselles élevées à Saint-Louis,
+ et donnée par M. Lavallée à la suite de son ouvrage _Mme de
+ Maintenon et la maison royale de Saint-Cyr_, on ne trouve pas le
+ nom de Mlle de Béthune.
+
+ [251] L'auteur veut dire, et il l'explique plus loin, que: «le
+ comte de Marsan, qui sollicitoit tous les jours Mme de Maintenon
+ pour Mlle de Béthune..., étoit journellement chez elle,
+ c'est-à-dire chez la marquise.»
+
+ [252] L'église de Saint-Lazare étoit le seul bâtiment qui fût
+ resté de l'ancien hôpital de Saint-Lazare, après que saint Vincent
+ de Paul en eut pris possession.--Saint-Lazare est devenu une
+ prison de femmes, rue du Faubourg-Saint-Denis.
+
+ [253] Le comte de Marsan n'avoit pas de tante qui se nommât Mme de
+ La Roche, ni du côté de son père ni du côté de sa mère.
+
+ [254] Il faudroit évidemment: «et le conduisirent»; mais nous
+ suivons fidèlement le texte.
+
+ [255] Le siége de Saint-Omer, et la prise de la ville par
+ Monsieur, frère du Roi, après 20 jours de tranchée, est du 20 mai
+ 1677. On voit quelle confusion dans les dates.
+
+ [256] Le duc de La Feuillade avoit été fait maréchal de France en
+ 1675.
+
+ [257] Aucune des demoiselles de Grancey ne figure sur les listes
+ des demoiselles élevées à Saint-Cyr.
+
+ [258] La famille de Grancey n'avoit aucune alliance qui pût faire
+ du marquis de Joyeuse ou du marquis de Villars des cousins de
+ mesdemoiselles de Grancey.
+
+ [259] Quand les églises paroissiales ont été unies à des chapitres
+ séculiers ou réguliers ou à d'autres bénéfices, les titulaires de
+ ces bénéfices prennent le titre de curés primitifs. Les vicaires
+ qui desservent les paroisses au lieu des curés primitifs doivent
+ être perpétuels; par déclaration du Roi du 15 janvier 1731, les
+ vicaires perpétuels ont le droit de prendre en tous actes la
+ qualité de curés. (_Loix ecclés. de France_, par Louis
+ d'Héricourt, 1 vol. in-fol., 1771, p. 420, col. 1.)--Les
+ titulaires des bénéfices ne donnoient à leurs vicaires (ou curés)
+ perpétuels qu'une pension aussi peu élevée que possible, et il y
+ avoit, en effet, nécessité d'aviser: «Si l'on entroit, dit le
+ comte de Boulainvilliers, dans le détail de la pauvreté du quart
+ des curés du royaume, il se trouveroit qu'il n'y en a pas un qui
+ ne soit mercenaire sordide, et qui n'ait une subsistance
+ incomparablement moindre que les plus vils domestiques ne l'ont à
+ Paris.» (6e _mém._)
+
+ [260] Elégant.
+
+ [261] Tout-à-fait.
+
+ [262] Lisez: le marquis de Rannes, Nicolas d'Argouges,
+ lieutenant-général des armées du Roi, colonel-général des dragons;
+ il avoit épousé Charlotte de Bautru. Il fut tué en Allemagne en
+ 1678, laissant un fils qui exerça dans l'armée des emplois
+ considérables.
+
+ [263] Le 11 août 1674, le prince d'Orange fut défait, avec trois
+ armées, à la bataille de Senef, par le prince de Condé. Notons
+ toujours la même confusion dans les dates.
+
+ [264] Voy. la table.--Charles-Henri de Lorraine, prince de
+ Vaudemont, fils du duc Charles IV et de Mme de Cantecroix, sa
+ femme de campagne, comme on l'appeloit, servoit contre
+ nous.--C'est donc encore un nom mis au hasard.
+
+ [265] Personnage imaginaire.
+
+ [266] Le jeu de l'Hombre ne figure dans _la maison des jeux
+ académiques_ de Lamarinière ni en 1654 ni en 1665. Mais
+ l'_Académie universelle des jeux_ (1718) ne consacre pas à ce jeu
+ moins de 65 pages, dont les huit dernières sont un glossaire des
+ termes employés.--Hombre, dit-on, c'est le nom du jeu; il nous
+ vient des Espagnols et tient beaucoup du flegme de la nation.--En
+ esp., _hombre_ signifie _homme_.
+
+ [267] Le teorbe ou plutôt tuorbe (en italien _tiurba_, du nom,
+ dit-on, de l'inventeur), étoit une sorte de luth à deux manches.
+
+ [268] Nous avons vainement cherché sur ce Desnué, qui cependant
+ n'est pas inconnu, des renseignements dans l'état des musiciens de
+ la chambre du Roi et de Monsieur, dans le Livre commode des
+ adresses (1692) parmi les professeurs de musique, dans le Parnasse
+ français de Titon du Tillet, dans le Dictionnaire biographique des
+ musiciens, de Fétis, dans Saint-Simon et Dangeau, etc.
+
+ [269] «Les Turcs n'ont point de lits, dit Furetière, mais
+ seulement des matelas qu'ils étendent la nuit sur un sopha.» Vº
+ _lit_.
+
+ [270] «Crespine de fil d'or, ou d'argent ou de soie, qui se
+ termine en petites houpes façonnées et qui représentent une cloche
+ (_campana_). On en met aux pentes d'un lit, aux impériales de
+ carosses et aux autres endroits où on veut mettre de riches
+ crespines.»--Furetière, vº _campane_.
+
+ [271] Le long épisode qu'on vient de lire ne se rattache en aucune
+ façon ni à ce qui précède ni à ce qui suit.
+
+ [272] Le P. de la Chaise.
+
+ [273] Peut-être.
+
+ [274] Il y avoit, à cette époque, un capucin nommé le P. Ange qui
+ s'occupoit beaucoup de médecine. Mme de Sévigné en parle assez
+ souvent. Il fut appelé auprès de Mme la Dauphine en 1690. On a
+ bien publié une _Histoire du roy Louis le Grand par les médailles,
+ emblèmes, devises, jetons_, etc., etc., dont la 2e édition,
+ augmentée de 5 pl., est de 1693. Mais l'auteur est le P.
+ Claude-François Ménétrier. Ce qu'on trouve le plus dans son
+ ouvrage, c'est le Roi en Jupiter, en Apollon, en Hercule et en
+ Soleil. Nous n'avons pas trouvé de fleuve Achéloüs.
+
+ [275] C'est-à-dire: et qu'une main autre pour eux que pour le
+ reste des hommes réglait leur sort.
+
+ [276] Voir plus haut les _Amours de Louis XIV et de Mlle du Tron_.
+
+ [277] Nom imaginaire, comme celui de Mlle Gisson, qui suit.
+
+ [278] Voy. la note précédente.
+
+ [279] Nom imaginaire.
+
+ [280] Le nom de Mme de Chartres nous reporte au-delà de 1692,
+ puisque c'est le 12 février de cette année que Philippe d'Orléans,
+ duc de Chartres, fils du duc d'Orléans et neveu de Louis XIV,
+ épousa mademoiselle de Blois, légitimée de France, fille du Roi et
+ de Mme de Montespan, née en juin 1677.
+
+ [281] François-Louis de Rousselet, comte de Châteaurenaud, étoit à
+ cette époque un des quatre lieutenants-généraux des armées
+ navales. En 1661, il étoit déjà enseigne de vaisseau; en 1672,
+ chef d'escadre; grand'croix de l'ordre de Saint-Louis, à la
+ création, il fut nommé maréchal de France en 1703, et mourut en
+ 1716. Il eut un fils qui fut capitaine de vaisseau et chevalier de
+ Saint-Louis. Le dernier fait d'armes maritime que rapporte de lui
+ la _Gazette_, entre 1687 et 1703, consiste dans la part qu'il
+ prend à la défaite des flottes anglaise et hollandaise sur les
+ côtes d'Angleterre (_Extraord._ du 27 juillet 1690).
+
+ [282] Une des petites-filles du Grand Condé, née du prince
+ Henri-Jules et d'Anne de Bavière, seconde fille d'Edouard de
+ Bavière, prince palatin du Rhin et d'Anne de Gonzague; deux
+ princesses portèrent ce nom: l'une étoit Marie-Thérèse, née en
+ 1666, mais qui étoit mariée à cette époque, puisqu'elle
+ épousa, le 29 juin 1688, le prince de Conti; l'autre étoit
+ Anne-Louise-Benedicte de Bourbon, née le 8 novembre 1676; le 19
+ mars 1692 elle épousa le duc du Maine, un mois environ après le
+ mariage de Mlle de Chartres.
+
+ [283] Un marquis du Bordage fut tué à la prise de Philisbourg, par
+ le Dauphin, octobre 1688: il commandoit un régiment que le Roi
+ donna au duc du Maine, le futur époux de mademoiselle de Bourbon.
+ (Voy. la note précédente.) Le fils obtint du Roi la promesse d'un
+ régiment, et mille écus de pension. René de Montboucher, marquis
+ du Bordage, ayant épousé en 1669 Elisabeth Goyon, héritière du
+ marquis de La Moussaye, son fils étoit bien jeune vers 1690 ou
+ 1692, date approximative de ce pamphlet, pour oser porter si haut
+ ses visées. Mais on sait combien peu de confiance mérite ce
+ libelle.
+
+
+FIN.
+
+
+
+
+[Bandeau]
+
+TABLE ALPHABÉTIQUE.
+
+
+ Acigné (d'). Voy. Assigny.
+
+ Aiguillon (duchesse d'), I, 71, 72, 89; II, 71.
+
+ Albemale (duchesse d'), 2e femme de Milord Montaigu, I, 257, 258.
+
+ Albert (Marie-Thérèse d'), fille aînée du duc de Chevreuse, 1re
+ femme du duc de Luxembourg. Voyez Luxembourg (Marie-Thérèse
+ d'Albert, femme du duc de).
+
+ Albret (Jeanne d'), reine de Navarre, III, 130.
+
+ Albret (César-Phoebus d'), baron de Pons et de Miossens, connu
+ d'abord sous le nom de comte de Miossens, plus tard maréchal
+ d'Albret, I, 39, 62, 185, 232, 233, 318; II, 271, 273.
+
+ Albret (Madelaine de Guénégaud, maréchale d'), III, 126.
+
+ Albret (François-Amanieu, chevalier d'), frère puîné du maréchal,
+ I, 316, 318.
+
+ Alcandre (le grand). Voy. Louis XIV.
+
+ Alençon (mademoiselle d'), soeur [du 2e lit] de mademoiselle de
+ Montpensier, II, 271.
+
+ Alens (M. d'), III, 73.
+
+ Alets (Louise de Rabutin, comtesse d'), fille de Bussy-Rabutin, I,
+ XIII, XVI.
+
+ Alexandre VII (le pape), II, 80.
+
+ Alexis Mikhailowitch. Voy. Potemkim (Pierre), I, 137, 138.
+
+ Alibert (d'), confident du président Cornuel, I, 89.
+
+ Alluye (Charles d'Escoubleau de Sourdis, marquis d'), père de
+ Paul. On l'appeloit marquis de Sourdis, I, 299. Voy. Sourdis.
+
+ Alluye (François d'Escoubleau de Sourdis, marquis d'), frère aîné
+ de Paul, I, 299 et suiv.
+
+ Alluye (Paul d'Escoubleau, marquis d'), 2e fils de Charles, I,
+ 296, 301, 316.
+
+ Alluye (Benigne de Meaux du Fouilloux, femme du marquis Paul d'),
+ I, 76, 263, 291, 295, 296 et suiv.
+
+ Alphonse VI, roi de Portugal, II, 201, 296; III, 126.
+
+ Altovitte-Castellane (Marcelle d'), I, 35.
+
+ Alvarez, joaillier, III, 414.
+
+ Amably (Sibylle-Angélique d'), femme du comte de Comminges. Voy.
+ Comminges (comtesse de).
+
+ Ambleville (chevalier d'Albret, seigneur d'). Voy. Albret
+ (François-Amanieu, chevalier d').
+
+ Amboise (Clermont d'). Voy. Clermont (maison de).
+
+ Amelot (Marie), femme du président de Nicolaï. Voy. Nicolaï
+ (madame de).
+
+ Andelot (Gaspard IV de Coligny, d'abord marquis d'), puis duc de
+ Châtillon, après son frère aîné. Voy. Châtillon (duc de).
+
+ Andoins, vicomtesse de Louvigny (Diane, dite _la belle Corisante_
+ d'), femme de Philibert, comte de Gramont, aïeule de Philibert,
+ chevalier d'Andoins, puis comte de Gramont, qui suit, I, 49.
+
+ Andoins (Philibert, chevalier de Gramont, connu d'abord sous le
+ nom d'). Voy. Gramont (le chevalier de), I, 49.
+
+ Angennes (famille d'):
+ ---- de Rambouillet. Voy. Rambouillet.
+ ---- de Montlouet. Voy. Montlouet.
+ ---- du Fargis. Voy. du Fargis.
+ ---- de Maintenon. Voy. Maintenon.
+ ---- de Rochefort de Salvert. Voy. Rochefort de Salvert.
+
+ Angennes de Rambouillet (Julie-Lucine d'), marquise de Montausier.
+ Voy. Montausier (marquise de).
+
+ Angleterre (Henriette d'), _dite_ MADAME, femme de MONSIEUR, frère
+ du roi Louis XIV. Voy. Orléans (Henriette d'Angleterre, femme de
+ Philippe de France, duc d').
+
+ Angoulême (Louis de Lorraine, duc de Joyeuse, puis duc d'), II,
+ 73, 74.
+
+ Angoulême (Françoise-Marie de Valois, duchesse d'), II, 72, 73,
+ 74.
+
+ Angoulême (Louis-Emmanuel de Valois, duc d'), II, 74.
+
+ Angoulême (Henriette de La Guiche, femme de Louis-Emmanuel de
+ Valois, duc d'), II, 74; IV, 260.
+
+ Anjou (Philippe, duc d'), plus tard MONSIEUR, duc d'Orléans. Voy.
+ Orléans (Philippe de France, duc d').
+
+ Anjou (Louis-François, duc d'), dernier fils de Louis XIV et de
+ Marie-Thérèse, IV, 31.
+
+ Annat (le P.), confesseur du Roi, II, 61, 70.
+
+ Anne d'Autriche, I, 75, 115 et suiv., 144, 175, 185, 214, 216,
+ 223, 226, 229, 254, 256, 262, 279, 289, 291, 297, 415; II, 9 et
+ suiv., 32, 41 et suiv., 46, 49, 57, 60, 61, 104, 105, 106, 109,
+ 124, 147, 184, 201; III, 125, 126; IV, 245, 246, 251, 252, 263,
+ 280.
+
+ Anne du Saint-Sacrement. Voy. Viole (Anne).
+
+ Antin (Louis-Antoine de Pardaillan de Gondrin, duc d'), II, 374.
+
+ Antin (Julie-Françoise de Crussol d'Usez, femme du duc d'), II,
+ 374.
+
+ Antoine (Marie d'), femme de Louis de Cabre. Voy. Cabre (Marie
+ d'Anthoine), femme de Louis de Cabre.
+
+ Aquin (M. d'), médecin. Voy. Daquin.
+
+ Archevêque de Bourges (Anne de Lévis-Ventadour), II, 72.
+
+ Archiduc d'Autriche, II, 201.
+
+ Arcy (René Martel, sieur de Fontaine-Martel, marquis d'), I, 325
+ et suiv.
+
+ Ardier de Beauregard (le président Paul), I, 206.
+
+ Ardier de Beauregard (Louise Ollier, femme du président Paul), I,
+ 206.
+
+ Ardier de Vineuil, frère du président Ardier. Voy. Vineuil.
+
+ Ardier (Claude), femme de Gaspard I de Fieubet, trésorier
+ d'Espagne. Voy. Fieubet.
+
+ Ardier (Marie), femme de Gaspard II de Fieubet, chancelier de la
+ reine Marie-Thérèse, I, 206.
+
+ Argenteuil (N. Le Bascle, s{r} d'), I, 315.
+
+ Argouges (François d'), conseiller d'État ordinaire, conseiller au
+ Conseil royal des finances, IV, 156, 174, 175.
+
+ Armagnac (maison d'), III, 253.
+
+ Armagnac (comtesse d'), I, 218.
+
+ Arnauld d'Antilly (Robert), II, 437.
+
+ Arnaud (Isaac), intendant des finances, I, 410.
+
+ Arnaud (Henri), évêque d'Angers, I, 294; III, 171.
+
+ Arnaud (M. Barrin de la Galissonnière, veuve du président de La
+ Barre, femme d'Isaac).
+
+ Arnaud (Simon), marquis de Pomponne, II, 429, 437.
+
+ Arnaud de Pomponne (Catherine L'Avocat, femme d'), II, 429.
+
+ Arnoux (le P.), III, 71.
+
+ Arpajeux (madame d'), pour d'Arpajon. Voy. Arpajon.
+
+ Arpajon (Louis d'Arpajon, marquis de Séverac, créé, en 1650, duc
+ d'), I, 147.
+
+ Arpajon (Catherine-Henriette d'Harcourt-Beuvron, duchesse d'), I,
+ 9, 295; II, 72; III, 44; IV, 269.
+
+ Arquien (Louison d'), II, 431, 432, 437, 442, 447; III, 223, 229,
+ 244, 261.
+
+ Artagnan (Charles de Castelmar, seigneur d'), II, 398.
+
+ Artigny (Claude-Marie du Gast, fille d'Achille du Gast, seigneur
+ d'Artigny et de Montgauger en Touraine et de Marie Le Coustelier;
+ petite-fille d'Antoinette de Montmorency Fosseuse et du fameux
+ marquis du Gast, dite mademoiselle d'), femme de Louis-Pierre
+ Scipion de Grimoard de Beauvoir. Voy. Grimoard de Beauvoir
+ (mademoiselle d'Artigny, femme de Louis-Pierre Scipion de).
+
+ Aspremont (M. d'), I, 316.
+
+ Asserac (M. d'), II, 72.
+
+ Assigny (M. d'), ou d'Acigné, de la maison de Brissac, II, 340.
+
+ Assigny ou d'Acigné (Anne-Marguerite d'), 2e femme du duc de
+ Richelieu, I, 72.
+
+ Astérie, surnom de madame de Montespan, III, 4 et suiv. Voy.
+ Montespan (madame de).
+
+ Athis (Pierre Viole, seigneur d'). Voy. Viole (Pierre).
+
+ Attichy (Octavien Doni d'), baron, I, 170.
+
+ Attichy (Valence de Marillac, baronne d'), I, 170.
+
+ Attichy (Anne Doni d'), comtesse de Maure. Voy. Maure (comtesse
+ de).
+
+ Attigny (mademoiselle d'Artigny et non d'), II, 54.
+
+ Aubery (Renée-Julie), femme de Louis II de la Tremouille, marquis
+ de Noirmoutier. Voy. Noirmoutier (Renée-Julie Aubery, marquise
+ de).
+
+ Aubigné ou d'Aubigny (maison d'), I, 226.
+
+ Aubigny ou Aubigné (maison d'), I, 226.
+
+ Aubigné (Agrippa d'), I, 225; III, 67, 70, 71, 130.
+
+ Aubigné (Suzanne de Lezay, femme d'Agrippa d'), III, 70.
+
+ Aubigné (Constant d'), baron de Surimeau, et non Surineau, III, 67
+ et suiv., 466.
+
+ Aubigné (Anne Marchand, 1re femme de Constant d'), veuve du baron
+ de Chatelaillon, III, 70.
+
+ Aubigné (Jeanne de Cadillac, 2e femme de Constant d'), mère de
+ madame de Maintenon, III, 70, 71, 72.
+
+ Aubigné (Charles d'), frère de madame de Maintenon, III, 69.
+
+ Aubigné (Françoise d'). Voy. Maintenon (madame de).
+
+ Aubigny (Claude-Maur d'), évêque de Noyon, puis archev. de Rouen,
+ I, 225.
+
+ Aubigny (l'abbé d'), de la maison des Stuart, I, 225.
+
+ Aubigny (Charles Bidault d'), I, 226.
+
+ Aubigny (M. d'), [?], I, 225.
+
+ Aubigny (mademoiselle de Keroualles, duchesse d'). Voy. Keroualles
+ (mademoiselle de).
+
+ Aubijoux (François-Jacques d'Amboise, comte d'), I, 62.
+
+ Aubray (le lieutenant civil d'), III, 468.
+
+ Aubusson de La Feuillade. Voy. La Feuillade.
+
+ Aulnay (le comte d'), capitaine commandant le vaisseau _le
+ Trident_, IV, 177.
+
+ Aumale (mademoiselle d') et non mademoiselle de Nemours, III, 126.
+
+ Aumont (hôtel d'), III, 384.
+
+ Aumont (Antoine, duc et maréchal d'), II, 439.
+
+ Aumont (Catherine Scarron de Vaures, femme d'Antoine, maréchal duc
+ d'), II, 439; III, 126.
+
+ Aumont (Louis-Marie-Victor, duc d'), II, 438, 439, 440, 441; III,
+ 363 et suiv., 458, 480, 484 et suiv., 499, 509.
+
+ Aumont (Madelaine Fare Le Tellier, fille du chancelier, 1re femme
+ de Louis-Marie-Victor, duc d'), II, 439; III, 363, 364, 365, 379.
+
+ Aumont (Madeleine-Élizabeth Fare d'), femme du marquis de
+ Beringhen. Voy. Beringhen (Madeleine-Élizabeth Fare d'Aumont,
+ m{ise} de).
+
+ Aumont (Françoise-Angélique de La Mothe-Houdancourt, 2e femme de
+ Louis-Marie, duc d'), I, 46, 50, 83; II, 438, 440; III, 366 et
+ suiv., 482 et suiv.
+
+ Avaugour (François de Bretagne, comte de Vertus et de Goello,
+ baron d'), I, 252.
+
+ Avaugour (Claude de Bretagne, baron d'), I, 207.
+
+ Avaugour (Marie de Bretagne d'), mariée à Hercule de
+ Rohan-Guemené, duc de Montbazon. Voy. Montbazon (2e duchesse de).
+
+ Avocat (L'). Voy. L'Avocat.
+
+
+ Babou de La Bourdaisière (Françoise), mère du maréchal d'Estrées.
+ Voy. Estrées.
+
+ Bade (Louise-Christine de Savoie, femme de Ferdinand-Maximilien,
+ marquis de Bade, _dite_ princesse de), II, 79.
+
+ Bagneux (... Chapelier, sieur de), II, 286-333.
+
+ Bagneux (N. de Chartrain, femme de M. de), II, 285-333.
+
+ Bailleul (Nicolas de), président au Parlement de Paris, I, 253,
+ 411.
+
+ Bailleul (Elisabeth de), fille du président, mariée à Charles
+ Girard, sieur du Tillet. Voy. Tillet (madame du).
+
+ Bailleul (Marie de), femme, 1º de François de Brichanteau, marquis
+ de Nangis; 2º de Louis Chalon du Blé, marquis d'Uxelles. Voy.
+ Uxelles (marquise d').
+
+ Balzac (Jean-Louis Guez de), I, 207.
+
+ Barbançon (mademoiselle de) femme du prince Ulric de Wurtemberg.
+ Voy. Wurtemberg (Mlle de Barbançon, femme du prince de).
+
+ Barbeaux (Basile Fouquet, abbé de). Voy. Fouquet (Basile).
+
+ Barberin (le cardinal Antoine), II, 80.
+
+ Barbezières (Françoise de), dame de La Bazinière. Voy. La
+ Bazinière.
+
+ Barbezières (mademoiselle de), II, 54, 158, 172.
+
+ Barbezieux (Louis-François Le Tellier, marquis de), IV, 130, 173,
+ 175.
+
+ Barbezieux (Catherine-Louise-Marie de Crussol, femme du marquis
+ de), IV, 175.
+
+ Barbier (qui a fait construire le Pont-Rouge ou Pont-Barbier), II,
+ 126.
+
+ Barillon (Jean-Jacques de), président au Parlement, I, 294.
+
+ Baron (Michel), acteur, I, 5, 298; II, 415-419.
+
+ Bartet, secrétaire du Roi, I, 20, 147.
+
+ Basque sauteur (le), II, 415, 416.
+
+ Bassompierre (François II de), maréchal de France, I, 208.
+
+ Bautru (Guillaume), comte de Serrant, I, 170; III, 475.
+
+ Bautru (Nicolas), comte de Nogent. Voy. Nogent (Nicolas Bautru,
+ comte de).
+
+ Bautru (Charlotte), femme, 1º du marquis de Rannes, 2º de J.-B.
+ Armand de Rohan, prince de Montauban. Voy. Montauban (Charlotte
+ Bautru, princesse de).
+
+ Bavière (Edouard de), comte palatin du Rhin, mari d'Anne de
+ Gonzague, princesse palatine, I, 226; III, 430.
+
+ Bavière (Anne de Gonzague, femme d'Edouard de), princesse
+ palatine, I, 226 et suiv., 295; II, 47, 48; III, 430.
+
+ Bavière (Ferdinand-Marie, duc de), III, 54; IV, 144, 274.
+
+ Bavière (Adelaïde-Henriette de Savoie, femme de Ferdinand-Marie,
+ duc de), III, 54; IV, 274.
+
+ Bavière (Marie-Anne-Christine-Victoire de), femme du Dauphin. Voy.
+ Dauphine (Marie-Anne-Christine-Victoire de Bavière, madame la).
+
+ Bazin (M. A.), I, 404.
+
+ Beaudean (Marguerite de), femme de Charles, comte de Froulay. Voy.
+ Froulay (Marguerite de Beaudean, comtesse de).
+
+ Beauchasteau (François-Mathieu Chastelet de), I, 300.
+
+ Beaufort (François de Vendôme, duc de), I, 54, 154, 168, 169, 202,
+ 208, 294; II, 353; IV, 266.
+
+ Beaumanoir-Lavardin (famille de), II, 436.
+
+ Beauvais (N. Bellier, baron de), I, 71.
+
+ Beauvais (Catherine Bellier, dame de), dite Catau la Borgnesse, I,
+ 70, 71, 72, 74, 217, 227, 414, 415; II, 31, 51, 357.
+
+ Beauvais (Jeanne-Baptiste de), marquise de Richelieu, fille de
+ Catherine Bellier, dame de Beauvais, I, 66, 71, 72, 123; IV, 273.
+
+ Beauvais (mademoiselle de), soeur de la marquise de Richelieu, I,
+ 71.
+
+ Beauvais (François-Paul de la Cropte de), maréchal de camp, écuyer
+ de Condé, I, 72.
+
+ Beauvais (Uranie de la Cropte de), femme de Louis-Thomas de
+ Savoie, comte de Soissons. Voy. Soissons (comtesse de).
+
+ Beauvau le Rivau (famille tourangelle de), tige des Beauvau de
+ Rivarennes et de Montgoyer, II, 34.
+
+ Beauvau de Rivarennes et de Montgoyer (François de), III, 53.
+
+ Beauvau (Louise de La Baume le Blanc, femme de François de), III,
+ 53.
+
+ Beauvau (Gilles de), év. de Nantes, fils de Fr. de Beauvau, III,
+ 53.
+
+ Bec-Crespin (René-François du), marquis de Vardes. Voy. Vardes.
+
+ Bechameil (Louis de), marquis de Nointel, III, 321 et suiv.
+
+ Bechilon (Samuel de), sieur d'Erlaut, III, 71.
+
+ Béjart (Armande), femme de Molière, I, 65.
+
+ Belesbat (l'abbé de), II, 356.
+
+ Belin (Antoinette de Faudoas-Averton, femme de son cousin Emmanuel
+ de Faudoas, comte de), III, 240.
+
+ Bellay (famille du), II, 436.
+
+ Bellefonds (Bernardin Gigault, maréchal de), I, 56; II, 49, 58;
+ IV, 255, 257.
+
+ Bellefonds (Madelaine Fouquet, femme du maréchal de), II, 58.
+
+ Bellegarde (Roger de Saint-Larry, duc de), II, 115, 116; III, 465.
+
+ Bellenave (Louise de), comtesse du Plessis, marquise de
+ Clérambault. Voy. Clérambault (marquise de).
+
+ Bellièvre (Pomponne de), président à mortier, I, 151.
+
+ Benserade, I, 56, 57, 164, 169, 176, 177, 255, 293, 404; II, 79,
+ 352; III, 226.
+
+ Béon (Bernard de), seigneur du Massés, I, 191.
+
+ Bergh (Eléonore-Febronie de), femme du duc de Bouillon. Voy.
+ Bouillon (Eléonore-Febronie de Bergh, femme de Frédéric-Auguste de
+ La Tour d'Auvergne, duc de).
+
+ Beringhen (Jacques-Louis, marquis de), III, 379.
+
+ Beringhen (Madeleine-Elisabeth Fare d'Aumont, femme du marquis
+ de), III, 379.
+
+ Bernier (François), voyageur et philosophe, IV, 186.
+
+ Bernier, chirurgien, IV, 186 et suiv.
+
+ Bernières (François de), III, 352.
+
+ Beroé, I, 225.
+
+ Bertaut (un nommé), I, 205.
+
+ Berthod (le P.), I, 228.
+
+ Bertillac (M. de), père de Nicolas Jehannot de Bertillac, II,
+ 414-419.
+
+ Bertillac (Nicolas Jehannot de), II, 413-419.
+
+ Bertillac (Anne-Louise Habert de Montmort, femme de Nicolas
+ Jehannot de), II, 413-419.
+
+ Besançon (Hélène de), 2e femme de Louis-Charles, prince de
+ Courtenay. Voy. Courtenay (Hélène de Besançon, 2e femme de
+ Louis-Charles, prince de).
+
+ Béthune (M. de), I, 315.
+
+ Béthune Sully (Marguerite-Louise de), femme, 1º du comte de
+ Guiche, 2º du duc du Lude. Voy. Guiche (comtesse de) et Lude
+ (duchesse du).
+
+ Béthune (Louis de), comte de Charrost. Voy. Charrost (Louis de
+ Béthune, comte de).
+
+ Béthune Charrost (Marie de), 1re femme du maréchal d'Estrées. Voy.
+ Estrées (Marie de Béthune, 1re femme du maréchal d').
+
+ Beuvron (famille d'Harcourt de), I, 7-10.
+
+ Beuvron et ses frères, I, 36.
+
+ Beuvron (Jacques II d'Harcourt, marquis de), [mari, non d'Anne Le
+ Veneur, mais de Léonor Chabot de Saint-Gelais, comtesse de Cosnac,
+ et père de la comtesse de Fiesque], I, 52.
+
+ Beuvron (Anne Le Veneur, femme de François de Fiesque, non de
+ Jacques II d'Harcourt de), belle-mère de Gilonne d'Harcourt,
+ comtesse de Fiesque, I, 52. _Erratum._--La mère de madame de
+ Fiesque n'était pas Anne Le Veneur, mais Léonor Chabot de
+ Saint-Gelais, comtesse de Cosnac.
+
+ Beuvron (François Ier d'Harcourt de), chevalier de l'Ordre, père
+ du marquis François II, marquis de Beuvron, et marié à Renée
+ d'Espinay St-Luc, dame d'Ectot ou Hectot, I, 7.
+
+ Beuvron (Renée d'Espinay Saint-Luc, femme de François Ier, marquis
+ de), I, 8.
+
+ Beuvron (François II d'Harcourt, marquis de), marié, 1º à
+ Catherine Le Tellier, 2º Angelique de Fabert, veuve de Charles
+ Brûlart, marquis de Genlis, I, 5, 7, 15, 21, 146, 298; II, 187;
+ III, 281 et suiv.
+
+ Beuvron (Charles d'Harcourt, comte de), frère de François II,
+ marquis de Beuvron, et mari de Lydie de Rochefort de Théobon, I,
+ 9.
+
+ Beuvron (Lydie de Rochefort de Théobon, femme du comte Charles
+ de), I, 146.
+
+ Beuvron (Catherine-Henriette d'Harcourt de), 3e femme du duc
+ d'Arpajon, fille de François Ier d'Harcourt, marquis de Beuvron et
+ de Renée Saint-Luc, I, 9, 147.
+
+ Bidault (Charles) d'Aubigny. Voy. Aubigny (Charles Bidault d').
+
+ Bigot (Anne), 2e femme de Cornuel. Voy. Cornuel (Anne Bigot, femme
+ de).
+
+ Biran, duc de Roquelaure. Voy. Roquelaure.
+
+ Biscaras (M. de), I, 231; II, 154.
+
+ Blainville (Jean-Armand Colbert, marquis de), II, 100.
+
+ Blainville (Gabrielle de Rochechouart, mademoiselle de Tonnay
+ Charente, femme du fils de Colbert, marquis de Blainville), II,
+ 100.
+
+ Blanchefort (Charles-François de Créquy, marquis de), IV, 211.
+
+ Blé (Louis Chalon du), marquis d'Uxelles. Voy. Uxelles (marquis
+ d').
+
+ Blot, chansonnier, I, 295.
+
+ Bobinet (le P.), IV, 154, 158, 176.
+
+ Boesleau (comtesse de), I, 254.
+
+ Boileau-Despréaux, I, 6.
+
+ Bois-Dauphin (Philippe-Emmanuel de Laval, marquis de Sablé), I, 6.
+
+ Boisfranc (Joachim Seiglière, sieur de), III, 449.
+
+ Boisfranc (Marie-Madelaine-Louise de Seiglière de), femme de
+ Bernard-François Potier, duc de Gêvres. Voy. Gesvres
+ (Marie-Madelaine, duchesse de).
+
+ Bois-Robert (François Le Metel, abbé de), I, 6, 16; III, 73; IV,
+ 212.
+
+ Boissy (Arthur Gouffier, marquis de), I, 316; II, 74.
+
+ Boligneux. Voy. Bouligneux.
+
+ Bonifasse (mademoiselle), IV, 273.
+
+ Bonne, duc de Lesdiguières (François de). Voy. Lesdiguières
+ (François de Bonne, duc de).
+
+ Bonne (Madelaine de), femme du maréchal de Créquy. Voy. Créquy
+ (Madeleine de Bonne, femme du maréchal de).
+
+ Bonnelle (Noël de Bullion, seigneur de), marquis de Gallardon,
+ fils de Bullion le surintendant, I, 82, 83, 151, 208; III, 302.
+
+ Bonnelle (Charlotte de Prie, fille du marquis de Toussy, femme de
+ Noël de Bullion, seigneur de), I, 82, 91, 151, 265, 306; III, 302,
+ 303, 304, 337, 370, 375, 390 et suiv., 483.
+
+ Bonneuil, Bonnoeil ou Bonoeil (Christophe-Auguste de Harlay,
+ seigneur de), I, 294, 295.
+
+ Bonneuil (Françoise-Charlotte de Thou, femme du précédent de), I,
+ 254, 293, 294, 295.
+
+ Bonneuil (N... de Thou, demoiselle de), soeur de la précédente, I,
+ 295.
+
+ Bonneville, fille au service de madame de Bagneux, II, 296 et
+ suiv., _passim_.
+
+ Bontems (Alexandre), un des quatre premiers valets de chambre de
+ Louis XIV, II, 46, 265; IV, 128 et suiv., 162.
+
+ Bontemps (Marguerite Bosc, femme d'Alexandre), IV, 128.
+
+ Bontemps (Louis), fils aîné d'Alexandre Bontemps, IV, 129.
+
+ Bontemps (Alexandre-Nicolas), 2e fils d'Alexandre, IV, 129.
+
+ Bontemps (Marie-Madelaine), fille d'Alexandre Bontemps, femme de
+ Lambert de Thorigny. Voy. Lambert de Thorigny (Marie-Madelaine
+ Bontemps, femme de).
+
+ Bordeaux ou Bourdeaux (Guillaume de), intendant des finances, I,
+ 182, 406.
+
+ Bordeaux ou Bourdeaux (madame de), femme d'un intendant des
+ finances, I, 182.
+
+ Bordeaux ou Bourdeaux (Denise de), fille d'un intendant des
+ finances, femme du président de Pommereuil. Voy. Pommereuil
+ (madame de).
+
+ Bordeaux ou Bourdeaux (madame de), mère de madame de
+ Fontaine-Martel, I, 182.
+
+ Bordeaux ou Bourdeaux (mademoiselle de), demoiselle de Châtillon,
+ puis femme de Ricoux, I, 182, 183, 201, 211, 231, 237, 240, 241.
+
+ Bosc (Claude), seigneur d'Ivry, IV, 128.
+
+ Bosc (Marguerite), femme de Bontemps, premier valet de chambre de
+ Louis XIV. Voyez Bontemps (Marguerite Bosc, femme d'Alexandre).
+
+ Bossuet, I, 226; II, 421; III, 188; IV, 183, 184.
+
+ Bossuet (Elisabeth), femme d'Armand de Bouthillier de Chavigny.
+ Voy. Chavigny (Elisabeth Bossuet, femme d'Armand de).
+
+ Du Bouchet (Jean), marquis de Sourches, comte de Montsoreau. Voy.
+ Sourches (marquis de).
+
+ Du Bouchet (Dominique), fils de Jean, marquis de Sourches. Voy.
+ Sourches (Dominique de).
+
+ Du Bouchet (Louis-François), marquis de Sourches. Voyez Sourches
+ (Louis-François).
+
+ Bouchu (? l'abbé), I, 191.
+
+ Boufflers (Louis-François, chevalier, puis marquis, puis maréchal
+ et duc de), IV, 144, 145, 153, 210, 230.
+
+ Bouillé (Eléonore de), 1re femme de Henri de Daillon, comte, puis
+ duc du Lude. Voy. Lude (Eléonore de Bouillé, comtesse, puis
+ duchesse du).
+
+ Bouillon (Godefroy Maurice de La Tour d'Auvergne, duc de), III,
+ 194, 489, 490, 491; IV, 26, 267.
+
+ Bouillon (Marie-Anne Mancini, femme de Godefroy Maurice de La Tour
+ d'Auvergne, duc de), II, 23; III, 194, 489.
+
+ Bouillon (Frédéric-Maurice de La Tour d'Auvergne, duc de), IV, 26,
+ 267.
+
+ Bouillon (Eléonore-Fébronie de Bergh, femme de Frédéric-Maurice de
+ La Tour d'Auvergne, duc de), IV, 267.
+
+ Bouillon (Emmanuel-Théodose de La Tour d'Auvergne, cardinal de),
+ IV, 216.
+
+ Boulay-Favin (M. du), ou plutôt Favier du Boulay, I, 215.
+
+ Bouligneux (Louis de La Palu, comte de), I, 242, 243.
+
+ Bourbon (Louis de), fils de Louis XIV, II, 46.
+
+ Bourbon (Marie-Anne de), fille de Louis XIV et de mademoiselle de
+ La Valière, II, 46.
+
+ Bourbon (Louise de), fille du comte de Soissons, 1e femme de Henri
+ d'Orléans, duc de Longueville. Voy. Longueville.
+
+ Bourbon-Condé (famille de). Voir Condé (famille de Bourbon-).
+
+ Bourbon-Condé (Anne-Geneviève de), 2e femme de Henri d'Orléans,
+ duc de Longueville. Voy. Longueville.
+
+ Bourbon (Louis III, duc de), fils du prince de Condé, Henri-Jules,
+ III, 472; IV, 138.
+
+ Bourbon (Louise-Françoise, légitimée de France, _dite_
+ mademoiselle de Nantes, femme du duc de), bru du prince
+ Henri-Jules de Condé, III, 331, 472, 475; IV, 223.
+
+ Bourdaloue (le P.), III, 58, 137, 143.
+
+ Bourges (de), I, 89, 90.
+
+ Bourgogne (le duc de), fils du Dauphin, IV, 146.
+
+ Bournonville (Nicolas Le Febvre de), IV, 26.
+
+ Boussu (madame de), duchesse de Guise. Voyez Guise (madame de
+ Boussu, duchesse de).
+
+ Boutard, I, 91.
+
+ Bouthillier de Chavigny (Louise-Françoise), maréchale de
+ Clérambault. Voy. Clérambault (maréchale de).
+
+ Boutteville (François de Montmorency, comte de Luxe, seigneur de),
+ I, 7, 49, 153, 215, 263; II, 187; III, 254.
+
+ Boutteville (Elisabeth-Angélique, fille de Jean de Viennes, femme
+ de François de Montmorency, seigneur de), I, 154, 155, 158, 191;
+ II, 187.
+
+ Boutteville (François-Henri de Montmorency), duc de
+ Piney-Luxembourg, maréchal de Luxembourg. Voy. Luxembourg
+ (maréchal de).
+
+ Boutteville (Marie-Louise de Montmorency), femme de Dominique
+ d'Estampes, marquis de Valençay. Voy. Valençay (duchesse de).
+
+ Boutteville (Isabelle-Angélique de Montmorency), duchesse de
+ Châtillon, puis de Mecklembourg. Voy. Chastillon (duchesse de).
+
+ Boves (Charlotte de), 1re femme du maréchal de La Ferté, II, 403.
+
+ Braguemont (Catherine du Tost, dame de), II, 46.
+
+ Brancas (Georges de), 1er duc de Villars, II, 337.
+
+ Brancas (Marie de), femme de son cousin Louis de Brancas, duc de
+ Villars, II, 345.
+
+ Brancas (Charles, comte de), fils de Georges de Brancas, I, 315;
+ II, 337, 342 et suiv.
+
+ Brancas (Suzanne Garnier, femme du comte Charles de), I, 274, 295;
+ II, 337-358.
+
+ Brancas (Françoise de), fille de Charles de Brancas et de Suzanne
+ Garnier, II, 358.
+
+ Bregy (Léonor de Flesselles, comte de), I, 253 et suiv.
+
+ Bregy (Charlotte de Chazan, femme du comte de), I, 253 et suiv.,
+ 306; II, 72, 74.
+
+ Bretagne (François de), baron d'Avaugour, comte de Vertus et de
+ Goello. Voyez Avaugour (baron d').
+
+ Bretagne (Claude de), baron d'Avaugour. Voy. Avaugour.
+
+ Brézé (Urbain de Maillé, maréchal de), IV, 261.
+
+ Brézé (Armand de Maillé), duc de Fronsac et de Caumont, marquis de
+ Graville et de Brézé, comte de Beaufort en Vallée, etc., chef et
+ surintendant général de la navigation en France, I, 58, 213; II,
+ 87.
+
+ Brézé (Nicole du Plessis, femme du maréchal de), II, 87; IV, 261.
+
+ Briçonnet de Lessay. Voy. Lessay (Briçonnet, seigneur de).
+
+ Brienne (Antoine de Loménie de), sieur de la Ville-aux-Clercs, I,
+ 223.
+
+ Brienne (Henri-Auguste de Loménie de), fils d'Antoine, sieur de la
+ Ville-aux-Clercs, I, 223.
+
+ Brienne la mère (Louise de Béon, fille de Bernard, seigneur du
+ Massés, _dite_ madame de), femme d'Henri-Auguste de Brienne, I,
+ 191.
+
+ Brienne (Henri-Louis de Loménie de), fils d'Henri-Auguste de
+ Loménie de Brienne, I, 223.
+
+ Brienne la jeune (Henriette Bouthillier de Chavigny, mariée au
+ comte Henri-Louis de Brienne, _dite_ madame de), I, 191, 262.
+
+ Brinvilliers (Marie-Marguerite de Dreux d'Aubray, marquise de),
+ III, 468.
+
+ Brion (François-Christophe de Levis, comte de) et plus tard duc de
+ Damville, I, 158, 297 et suiv.
+
+ Brion (?) ou Biron (madame de), I, 408, 409.
+
+ Brion (le palais) et non Biron, II, 44; IV, 253.
+
+ Briosne (Henri de Lorraine, comte de), III, 491.
+
+ Brisac, avocat en parlement, II, 55.
+
+ Brissac (famille de Cossé-), IV, 204.
+
+ Brissac (François de Cossé, comte de), I, 141.
+
+ Brissac (Louis de Cossé, duc de), I, 413.
+
+ Brissac (Gabrielle-Louise de Saint-Simon, femme de Henri-Albert de
+ Cossé, duc de Brissac, et bru du précédent de), I, 63, 64, 65,
+ 257.
+
+ Brissac (Albert de Grillet de), major des gardes du corps, IV, 203
+ et suiv.
+
+ Bristol (George Kenelm Digby, comte de). Voy. Digby.
+
+ Brouilly (Louis de), marquis de Piennes. Voy. Piennes (marquis
+ de).
+
+ Brûlart (Adam), tige de la famille de Sillery, I, 151.
+
+ Brûlart de Sillery (le chancelier). Voy. Sillery (le chancelier
+ Brûlart de).
+
+ Buckingham (Georges, duc de), I, 116, 256.
+
+ Bueil (Jacqueline de), comtesse de Moret, maîtresse de Henri IV,
+ puis femme de René du Bec Crespin, marquis de Vardes. Voy. Vardes
+ (René du Bec Crespin, marquis de).
+
+ Bullion (Claude de), surintendant des finances, I, 83, 88, 89,
+ 151.
+
+ Bullion (Noël de), seigneur de Bonnelle. Voy. Bonnelle.
+
+ Bullion (Charles-Denys de), fils de Bullion-Bonnelle, III, 304.
+
+ Bullion, marquis de Longchêne (François de), III, 302.
+
+ Bullion, marquis de Longchêne (Catherine-Henriette de La Ferté,
+ fille du maréchal, femme de François de), III, 302.
+
+ Bussy (Henri d'Amboise, marquis de), II, 187.
+
+ Bussy (Roger de Rabutin, comte de), I, V-XVI, 194, 277 et suiv.,
+ 286 et suiv., 301, 325 et suiv., 401, 408; II, 51, 88; III, 280;
+ IV, 91, 250, 259.
+
+
+ Cabre (Louis de), père du chevalier de Cabre, III, 414.
+
+ Cabre (Marie d'Antoine, femme de Louis de), III, 414.
+
+ Cabre (le chevalier Louis de), III, 414, 445.
+
+ Cadaval (Nuño Alvarez Pereira de Mello, duc de), III, 491.
+
+ Cadaval (Marie-Angélique-Henriette de Lorraine-Armagnac, femme du
+ duc de), III, 491.
+
+ Caderousse (Juste-Joseph-François de Cadart d'Ancezune de Tournon,
+ duc de), II, 417; III, 370 et suiv.
+
+ Caderousse (Claire-Bénédictine du Plessis-Guénégaud, 1e femme du
+ duc de), III, 370, 371.
+
+ Caderousse (Marie-Renée de Rambures, 2e femme de Juste-Joseph, duc
+ de), III, 415, 416, 417, 495.
+
+ Caderousse (Jacques-Louis d'Ancezune de Cadart de Tournon, duc
+ de), fils du duc Juste-Joseph, III, 409.
+
+ Caderousse (Madelaine d'Oraison, femme de Jacques-Louis, duc de),
+ III, 409.
+
+ Caderousse ou Caderoux (le chevalier de), I, 315.
+
+ Cadet la Perle (Henri de Lorraine, comte d'Harcourt, _dit_), IV,
+ 145.
+
+ Cadillac (Pierre de), seigneur de Lalanne, III, 70.
+
+ Cadillac (Louise de Montalembert, femme de Pierre de), III, 70.
+
+ Cadillac (Jeanne de), 2e femme de Constant d'Aubigné. Voyez
+ Aubigné (Jeanne de Cadillac, 2e femme de Constant d').
+
+ Calvoisin (madame de), I, 248, 249.
+
+ Cambiac, prêtre, I, 160, 191, 192, 193, 205, 216, 219 et suiv.
+
+ Camboust (Marguerite de), veuve du duc de Puylaurens, femme de
+ Henri de Lorraine-Armagnac. Voy. Lorraine (Marguerite de Camboust,
+ femme de Henri de).
+
+ Camus de Pontcarré (Pierre), I, 280.
+
+ Canaples (Charles III de Créquy, sire de), puis duc de Créquy, I,
+ 316.
+
+ Candale (Henri de Nogaret, de La Valette et de Foix, comte, puis
+ duc de), frère aîné du duc d'Epernon, I, 147.
+
+ Candale (Louis-Charles-Gaston de Nogaret et de Foix, duc de), fils
+ du duc d'Epernon, I, 7, 11, 12, 13, 14, 15, 19, 20 et suiv., 30 et
+ suiv., 37, 38, 62, 68, 75, 76, 147, 154, 231, 242, 271, 300, 318,
+ 405; III, 281.
+
+ Canion (commandeur de), I, 315.
+
+ Cantecroix (madame de), femme de Charles IV de Lorraine, III, 198;
+ IV, 231.
+
+ Caravage (Michel Ange Americhi ou Morigi, _dit_ le), I, 235.
+
+ Carignan (le prince de), _dit_ le prince Thomas, II, 71.
+
+ Carignan (Marie de Bourbon-Soissons, princesse de), II, 71.
+
+ Carmain ou Cramail. Voy. Cramail.
+
+ Cassagnet (Gabriel de), marquis de Tilladet. Voy. Tilladet
+ (Gabriel de Cassagnet, marquis de).
+
+ Castellane (un), I, 137.
+
+ Castellane (Anne-Elisabeth de Rassan, marquise de, puis marquise
+ de Ganges). Voy. Ganges (marquise de).
+
+ Castelnau (Marie-Charlotte de), femme du comte de Louvigny, plus
+ tard duc de Gramont, I, 136.
+
+ Castelnau (Jacques, marquis et maréchal de), III, 348, 350, 465.
+
+ Castelnau (Michel II de), III, 465.
+
+ Castelnau (Louise-Marie Foucault, femme de Michel II de), III,
+ 465.
+
+ Castelnau (Marie-Charlotte de), duchesse de Gramont. Voy. Gramont.
+
+ Castiglione (Laurent-Onuphre Colonna de Gioëni, prince de). Voy.
+ Colonna (Connétable).
+
+ Castille (Pierre), I, 24.
+
+ Castille-Villemareuil (M. de), intendant de la maison de Monsieur
+ (Gaston d'Orléans), 1615, I, 25.
+
+ Castille-Villemareuil (Marie-Madeleine de), 2e femme de Fouquet,
+ I, 25.
+
+ Castille (Jeannin de). Voy. Jeannin de Castille.
+
+ Castle-Maine (Roger Pulner, comte de), I, 238.
+
+ Catau-la-Borgnesse. Voyez Beauvais (madame de).
+
+ Catelan (François), partisan, I, 89.
+
+ Catinat (Nicolas, maréchal de), I, 296; IV, 145, 146.
+
+ Caumartin (l'abbé Le Fèvre de), IV, 182.
+
+ Caumesnil (Alexandre de Moreuil, marquis de), I, 316.
+
+ Caumont La Force. Voy. La Force.
+
+ Cavoie (Louis Oger, chevalier, puis marquis de), I, 69, 277; II,
+ 179.
+
+ Cavoie (Louise-Philippe de Coëtlogon, femme de Louis Oger, comte
+ de), II, 179.
+
+ Caylus (Marthe-Marguerite de Villette, femme du marquis de), IV,
+ 183.
+
+ Caylus (marquis de), IV, 183.
+
+ Caylus (l'abbé de), IV, 183.
+
+ Celoron (?), I, 90.
+
+ Césy (Jacqueline de Bueil, comtesse de Moret, femme de Philippe de
+ Harlay, comte de), puis femme de François-René du Bec Crespin,
+ marquis de Vardes. Voy. Vardes (Jacqueline de Bueil, femme de
+ François-René du Bec Crespin, marquis de).
+
+ Césy (Philippe de Harlay, comte de), I, 270.
+
+ Chabot (Henri), duc de Rohan. Voyez Rohan (Henri Chabot, duc de).
+
+ Chalais (Henri de Talleyrand, comte de), I, 24.
+
+ Chalais (Charlotte Jeannin de Castille, d'abord comtesse de
+ Charny, puis comtesse de), I, 24, 295, 303; II, 341.
+
+ Challard (du), V. Duchallard.
+
+ Chalon du Blé (Louis), marquis d'Uxelles. Voyez Uxelles (marquis
+ d').
+
+ Chamanieu (Loras de), III, 352.
+
+ Chamarante (M. de), I, 291; IV, 26.--_Erratum_, lisez:
+
+ Chamarande, non Chamarante (Clair Gilbert d'Ornayson, seigneur de),
+ un des quatre premiers valets de chambre du Roi.
+
+ Chambes (Marie-Geneviève de), comtesse de Montsoreau, femme de
+ Louis-François, marquis de Sourches. Voy. Sourches.
+
+ Chamlay (Jules-Louis Baulé, marquis de), IV, 175.
+
+ Champlatreux (Molé de). Voy. Molé de Champlatreux.
+
+ Champré (Catherine-Henry, femme, 1º de Ferrier, fils du ministre,
+ 2º du conseiller Menardeau, sieur de), I, 410.
+
+ Chandenier (François de Rochechouart, marquis de), I, 75.
+
+ Chanleu et non Clanleu (baron de), I, 180. [N. B. _Chanleu_ est le
+ nom que lui donne la _Gazette de France_.]
+
+ Chantereau (Louis Lefebvre-), procureur du cardinal Mazarin, I,
+ 278.
+
+ Chapelain (Jean), de l'Académie française, I, 306; IV, 83.
+
+ Chapelles (François de Rosmadec, comte des), II, 187; III, 254.
+
+ Chappuzeau (Samuel), II, 30.
+
+ Charles I, roi d'Angleterre, I, 218, 230; IV, 231.
+
+ Charles II, roi d'Angleterre, I, 41, 42, 204, 226, 238, 240, 241,
+ 242, 257; II, 182, 200, 201, 213; IV, 276, 277.
+
+ Charron (Marie), femme de J.-B. Colbert, II, 426.
+
+ Charrost (Louis de Béthune, comte de), I, 75.
+
+ Chartrain (Gilles de), II, 286.
+
+ Chartrain (Jeanne de Créquy, femme de Gilles de), II, 286.
+
+ Chartrain (M. de), fils de Gilles de Chartrain, II, 286.
+
+ Chartres (Philippe, duc de), puis duc d'Orléans, I, 325.
+
+ Chartres (Françoise-Marie, mademoiselle de Blois, femme de
+ Philippe, duc de), fille de Louis XIV et de madame de Montespan,
+ IV, 223.
+
+ Chasteauneuf (M. de) ou Châteauneuf, Secrétaire d'Etat, garde des
+ sceaux, etc., I, 144, 148, 149, 256, 407.
+
+ Chasteau-Thierry ou Château-Thierry (Henri-Ignace de La Tour
+ d'Auvergne, duc de), IV, 267.
+
+ Chasteauvieux (M. de) ou Châteauvieux, I, 315.
+
+ Chastillon ou Châtillon (Gaspard, comte de Coligny, puis duc et
+ maréchal de), I, 155, 176, 210, 405.
+
+ Chastillon ou Châtillon (Anne de Polignac, maréchale de), I, 176.
+
+ Chastillon ou Châtillon (Gaspard IV de Coligny, marquis d'Andelot,
+ puis duc de), après son frère aîné, I, 62, 154 et suiv., 176, 178,
+ 188, 208, 209, 403.
+
+ Chastillon ou Châtillon (Henriette, fille aînée du maréchal de),
+ mariée au comte de La Suze. Voy. La Suze (comtesse de).
+
+ Chastillon ou Châtillon, (Elisabeth-Angélique de
+ Montmorency-Boutteville, femme: 1º de Gaspard IV, duc de), puis 2º
+ du prince de Wurtemberg, I, 41, 42, 135, 144, 153 et suiv., 156,
+ 157, 210, 266, 273, 276, 295, 413; II, 72, 187; III, 254. Voy.
+ Wurtemberg.
+
+ Chastillon ou Châtillon (Maurice de), comte de Coligny. Voy.
+ Coligny (Maurice de Chastillon, comte de).
+
+ Chastillon (François de), seigneur de Bois-Rogues, père de
+ Claude-Elzéar de Chastillon, III, 253.
+
+ Chastillon (Claude-Elzéar, chevalier de), III, 253.
+
+ Chatelaillon (le baron de), III, 70.
+
+ Chatelaillon (Anne Marchand, veuve du baron de), 1re femme de
+ Constant d'Aubigné, III, 70.
+
+ Chaulnes (Charles-Honoré d'Albert, duc de), II, 59, 75.
+
+ Chaumont (Guy de), marquis de Guitry, IV, 26.
+
+ Chaumont (Marie de Bailleul, femme de Jean de), soeur du président
+ de Bailleul, I, 253.
+
+ Chavannes (madame de), probablement bru du financier Nicolas
+ Rambouillet, I, 254.
+
+ Chavigny (Léon de Bouthillier, comte de), I, 191, 214, 223, 296;
+ II, 346.
+
+ Chavigny (Anne Phelippeaux, femme de Léon de), II, 346.
+
+ Chavigny (Armand de Bouthillier de), seigneur de Pons, II, 346.
+
+ Chavigny (Elisabeth Bossuet, femme d'Armand de Bouthillier de),
+ II, 346.
+
+ Chavigny (Louise-Françoise de Bouthillier de), femme du maréchal
+ de Clérambault. Voy. Clérambault (maréchale de).
+
+ Chelles (Jeanne de Scorrailles, abbesse de), II, 469; IV, 272.
+
+ Chemerault (Geoffroy de Barbezières, comte de La Roche-), I, 294.
+
+ Chemerault (mademoiselle de Barbezières de), nièce d'une première
+ mademoiselle de Chemerault qui devint madame de La Bazinière, I,
+ 263, 293, 294, 295.
+
+ Chenu, rentier de Paris, ami de Guy Patin, I, 90.
+
+ Chevreuse (hôtel de), III, 499.
+
+ Chevreuse (Claude de Lorraine, prince de Joinville, duc de), I,
+ 143, 145, 208.
+
+ Chevreuse (Marie de Rohan-Montbazon, duchesse de), femme, 1º de
+ Charles d'Albert de Luynes, 2º de Claude de Lorraine, duc de
+ Chevreuse, I, 42, 78, 143 et suiv., 193, 194, 197, 207, 409, 415;
+ II, 47, 48, 71, 89; III, 506.
+
+ Chevreuse (Charlotte-Marie de), fille de la duchesse et de son
+ second mari Claude de Lorraine, I, 4, 145, 195; IV, 254.
+
+ Chevreuse (Charles-Honoré d'Albert, duc de Luynes, de Chaulnes et
+ de), dont une fille aînée épousa le prince de Tingry, III, 491.
+
+ Chevreuse (Marie-Anne et non Marie-Thérèse d'Albert de), princesse
+ de Tingry. Voyez Tingry (Marie-Thérèse d'Albert, femme de
+ Charles-François-Frédéric de Montmorency, duc de Luxembourg,
+ prince de).
+
+ Chevreuse (Anne-Marie de), abbesse du Pont-aux-Dames, fille de la
+ duchesse, I, 145.
+
+ Chevreuse (un marquis de), III, 79 et suiv.
+
+ Choisy (Jeanne-Olympe Hurault de l'Hôpital, comtesse de), I, 37,
+ 111, 112; II, 28, 75, 76.
+
+ Choisy (François-Timoléon, abbé de), fils de la précédente, I, 37.
+
+ Christine de France, femme de Victor-Amédée, duc de Savoie, II,
+ 29.
+
+ Christine, reine de Suède, I, 53, 54, 254, 294.
+
+ Chigi (Fabio), II, 80 et suiv., 90 et suiv., 99, 109, 312.
+
+ Chison, médecin, II, 88, 89.
+
+ Chiverny (Cécile-Elisabeth Hurault de), marquise de Monglas. Voy.
+ Monglas (marquise de).
+
+ Choiseul-Praslin (Isabelle de), femme de Henri du
+ Plessis-Guénégaud. Voyez Plessis-Guénégaud (Isabelle de Choiseul
+ Praslin, femme de Henri du Plessis-Guénégaud).
+
+ Cinq-Mars (Henri de Coiffier, dit Ruzé, marquis de), I, 213, 293,
+ 294; II, 406; III, 348.
+
+ Citois ou Sitois, médecin (M.), IV, 212.
+
+ Clanleu (baron de). Voy. Chanleu (baron de).
+
+ Clarendon (Anne Hyde de), duchesse d'Yorck. Voy. Yorck (duchesse
+ d').
+
+ Clément, accoucheur, II, 376, 377, 378, 379, 411.
+
+ Clérambault (Philippe de Palluau, comte, puis maréchal de), I, 62,
+ 294, 295.
+
+ Clérambault (Louise-Françoise Bouthillier de Chavigny, maréchale
+ de), I, 295, 296.
+
+ Clérambault (René Gillier, baron de Puygarreau, marquis de), I,
+ 76, 296, 406, 410.
+
+ Clérambault (Louise de Bellenave, comtesse du Plessis, marquise
+ de), I, 296.
+
+ Clérambault (Marie-Gilonne de), fille de René de Puygarreau,
+ marquis de Clérambault; 2e femme de Charles-François-Frédéric de
+ Montmorency, duc de Piney-Luxembourg. Voy. Luxembourg
+ (Marie-Gilonne Gillier de Clérembault, 2e femme du duc de).
+
+ Clère (Charles de Fontaine-Martel, comte de), I, 325.
+
+ Clermont (maison de), d'où sont sortis les Clermont d'Amboise,
+ Clermont de Galerande, Clermont de Resnel, Clermont de St-Georges.
+ I, 329.
+
+ Clermont (de), I, 316.
+
+ Clermont (François de Paule de), marquis de Monglas. Voy. Monglas
+ (marquis de).
+
+ Clermont-Tonnerre (Marie-Charlotte-Bonne-Thérèse de), femme du
+ maréchal duc de Luxembourg. Voy. Luxembourg (duchesse de).
+
+ Clermont Tonnerre (François, marquis de), I, 315.
+
+ Clermont Tonnerre (François de), évêque de Noyon, fils du
+ précédent, IV, 182, 205.
+
+ Cleveland (duchesse de). Voy. Saint-Villiers (Barbe de).
+
+ Coaquin (madame de). Voy. Coatquen (madame de).
+
+ Coatquen (madame de), I, 187.
+
+ Cochonnet, curé de Lasine (pseudonyme), III, 140.
+
+ Coëtlogon (René-Hyacinthe, marquis de), II, 179.
+
+ Coëtlogon (Louise-Philippe), femme de Louis Oger, comte de Cavoye,
+ II, 179, 184.
+
+ Coeuvres (François-Annibal, maréchal d'Estrées, marquis de). Voy.
+ Estrées (maréchal d').
+
+ Coeuvres (Antoine, marquis de), fils du maréchal d'Estrées, père
+ de François-Annibal III, marquis de Coeuvres, II, 345.
+
+ Coeuvres (François-Annibal III d'Estrées, marquis de), III, 218,
+ 258.
+
+ Coeuvres (Madelaine de Lyonne, femme de François-Annibal
+ d'Estrées, marquis de), petit-fils du maréchal, II, 405; III, 207,
+ 217, 218 et suiv., 246 et suiv.
+
+ Colbert (Jean-Baptiste), I, 131, 255; II, 100, 373, 426; III, 47,
+ 153, 361, 362, 454; IV, 169, 179.
+
+ Colbert (Marie Charron, femme de Jean-Baptiste), II, 426.
+
+ Colbert (Antoine Martin), chevalier de Malte, dit le chevalier
+ Colbert, II, 425, 426; III, 361, 362.
+
+ Colbert (Louis), d'abord abbé de Bonport, puis
+ capitaine-lieutenant de la 2e compagnie des mousquetaires à
+ cheval, II, 398.
+
+ Colbert (Jeanne-Marie), duchesse de Luynes. Voy. Luynes (duchesse
+ de).
+
+ Colbert de Villacerf (Edouard), IV, 31, 130.
+
+ Coligny (François de Chastillon, amiral de), père du maréchal de
+ Chastillon, I, 176.
+
+ Coligny (Gaspard de), duc de Chastillon, après son frère aîné.
+ Voy. Chastillon (Gaspard IV de).
+
+ Coligny (Maurice, comte de), frère du duc de Chastillon, I, 188.
+
+ Colombel (...), II, 46.
+
+ Colonna de Gioëni (Laurent-Onuphre), connétable, prince de Paliano
+ et de Castiglione, I, 285; II, 17, 33.
+
+ Colonna (Marie Mancini, connétable), I, 219, 283 et suiv., 289;
+ III, 29; IV, 245 et suiv.
+
+ Combé (madame de), IV, 179.
+
+ Comminges (maison de), I, 139.
+
+ Comminges (Gaston-Jean-Baptiste, comte de), capitaine des gardes
+ du Roi, I, 73, 139, 411.
+
+ Comminges (Sybille-Angélique d'Amalby, femme du comte de), I, 411.
+
+ Condé (Henri II de Bourbon), père du grand Condé, I, 189, 193,
+ 244; II, 440.
+
+ Condé (Charlotte-Marguerite de Montmorency, princesse douairière
+ de), femme de Henri de Bourbon-Condé, I, 157, 160, 189, 190.
+
+ Condé (Louis II de Bourbon, prince de), _dit_ le grand Condé, I,
+ VIII, IX; 31, 49, 52, 62, 68, 73, 75, 76, 130, 137, 144, 149, 154,
+ 155, 157 et suiv., 176, 179 et suiv., 186 et suiv., 195, 198 et
+ suiv., 208 et suiv., 216 et suiv., 232, 239, 249 et suiv., 292,
+ 297, 298, 415, 416; II, 45, 72, 168, 201, 386, 400, 440; III, 429,
+ 474, 475; IV, 231, 257, 261, 267, 280.
+
+ Condé (Claire-Clémence de Maillé, femme du prince Louis II de), I,
+ 240; II, 87, 340.
+
+ Condé (Henri-Jules de Bourbon, prince de), fils du précédent, II,
+ 48, 201, 386; III, 198, 239, 429 et suiv., 474.
+
+ Condé (Anne de Bavière, femme du prince Henri-Jules de), III, 198,
+ 430.
+
+ Congis-Moret (M. de), I, 316.
+
+ Conrart (Valentin), de l'Académie françoise, III, 171.
+
+ Conti (Armand de Bourbon, prince de), I, 12, 31, 56, 68, 78, 145,
+ 148, 186 et suiv., 271, 283 et suiv., 401, 416; II, 88; III, 163,
+ 474.
+
+ Conti (Anne-Marie Martinozzi, princesse de), femme du précédent,
+ I, 195, 271; II, 71; III, 163, 474.
+
+ Conti (Louis-Armand de Bourbon, prince de), fils d'Armand, III,
+ 163, 474, 475, 476; IV, 186, 187, 262.
+
+ Conti (Marie-Anne, légitimée de France, femme de Louis-Armand de
+ B., prince de), III, 163, 192, 196, 198, 203, 471, 474, 475; IV,
+ 136 et suiv., 224 et suiv.
+
+ Conti (François-Louis de Bourbon, duc de La Roche-sur-Yon, puis
+ prince de), III, 192.
+
+ Cordoue (Gonzalve de), IV, 145.
+
+ Corneille (Pierre), II, 215; III, 226; IV, 21, 22.
+
+ Corneille (Thomas), III, 430.
+
+ Cornouaille, prêtre, I, 6.
+
+ Cornu (la), I, 182.
+
+ Cornuel (famille), I, 84-96.
+
+ Cornuel (Claude), intendant, contrôleur général des finances, puis
+ Président de la Chambre des comptes, I, 87.
+
+ Cornuel (Françoise Dadien, veuve de Gabriel de Machault, 2e femme
+ de Claude), I, 87.
+
+ Cornuel (Guillaume), trésorier de l'extraordinaire des guerres, I,
+ 87.
+
+ Cornuel (Anne Bigot, seconde femme de Guillaume), I, 53, 300.
+
+ Cornuel (Marguerite), fille de Guillaume Cornuel et de sa première
+ femme, Marie Combefort, veuve de Le Gendre, I, 99, 100, 101, 102,
+ 103, 110, 232.
+
+ Cosnac (Daniel de), archevêque d'Aix, I, 195; II, 27.
+
+ Cospeau ou Cospean (Philippe), évêque d'Aire, puis de Nantes et
+ enfin de Lisieux, I, 153; IV, 281.
+
+ Cossé-Brissac (famille de), IV, 204.
+
+ Cotin (l'abbé Charles), I, 168.
+
+ Coulanges (Philippe-Emmanuel de), II, 266, 420.
+
+ Coulanges (Marie-Angélique du Gué, femme de Philippe-Emmanuel de),
+ I, 56.
+
+ Coulon (Jean), conseiller au parlement, III, 504.
+
+ Coulon (Mme), fille de Claude Cornuel, femme de Jean Coulon,
+ conseiller au parlement, I, 87.
+
+ Coulon (Marie), femme de Nicolas Bautru, comte de Nogent. Voyez
+ Nogent (Marie Coulon, femme de Nicolas Bautru, comte de).
+
+ Courtaumer (Jeanne de Caumont, femme du marquis de Saint-Simon-).
+ Voy. Saint-Simon-Courtaumer (Jeanne de Caumont, marquise de).
+
+ Courtenay (Louis, prince de), père de Louis-Charles, II, 88; III,
+ 404, 405; IV, 262.
+
+ Courtenay (Louise-Chrétienne de Harlay, femme de Louis, prince
+ de), II, 88; IV, 262.
+
+ Courtenay (Louis-Charles, prince de), fils de Louis, II, 88; IV,
+ 262.
+
+ Courtenay (Marie de Lameth, 1re femme de Louis-Charles, prince
+ de), IV, 262.
+
+ Courtenay (Hélène de Besançon, 2e femme de Louis-Charles, prince
+ de), IV, 262.
+
+ Courtilz (Gatien des), II, 398; III, 412.
+
+ Cousin (M. Victor), I, 143.
+
+ Coypel (Antoine), peintre, IV, 227.
+
+ Craff (Mylord René) ou Crofts, I, 39 et suiv., 218, 219, 230 et
+ suiv., 237, 275.
+
+ Cramail, Cramailles ou Carmain (Adrien de Montluc, prince de
+ Chabanais, puis comte de), I, 300.
+
+ Cramail (Jeanne de Montluc, comtesse de), femme de Charles
+ d'Escoubleau de Sourdis, marquis d'Alluye. Voyez Sourdis (Jeanne
+ de).
+
+ Crenan (Pierre de Perrien, marquis de), IV, 145.
+
+ Créqui (Madelaine de Bonne, femme de Charles Ier, premier maréchal
+ de), grand'mère de Charles III de Créqui, II, 404.
+
+ Créqui (Madeleine de), fille de Charles Ier de Créqui, femme de
+ Nicolas de Neufville, maréchal, duc de Villeroy. Voy. Villeroy
+ (Madeleine de Créqui, femme de Nicolas de Neufville, maréchal, duc
+ de).
+
+ Créqui (Charles-François de Bonne de), duc de Lesdiguières, fils
+ du premier maréchal de Créqui, III, 215.
+
+ Créqui (Anne de La Magdelaine de Ragny, 2e femme de
+ Charles-François de Bonne de), III, 215.
+
+ Créqui (Charles II de), seigneur de Ramboval, II, 286.
+
+ Créqui (Charles III, duc de), fils de Charles III de Créqui, frère
+ aîné du 2e maréchal, I, 6; II, 80, 109, 271, 273, 394.
+
+ Créqui (Armande de Saint-Gelais Lusignan de Lansac, femme de
+ Charles III, duc de), II, 80 et suiv., 91 et suiv., 106, 109, 380;
+ III, 401; IV, 262, 263, 269, 278.
+
+ Créqui (Madelaine de), fille de Charles III de Créqui, princesse
+ de Tarente. Voy. Tarente (Madelaine de Créqui, femme de
+ Charles-Belgique-Hollande de la Trémouille, duc de Thouars, prince
+ de).
+
+ Créqui (François, marquis de Marines, 2e maréchal de), 4e fils de
+ Charles II de Créqui, I, 62; II, 404; III, 215, 496, 499 et suiv.,
+ 508.
+
+ Créqui (Catherine Rougé du Plessis-Bellière, femme du 2e maréchal
+ de), III, 496.
+
+ Créqui (François-Joseph, marquis de), fils aîné du 2e maréchal,
+ III, 379, 495 et suiv., 508, 509.
+
+ Créqui (Anne-Charlotte d'Aumont, femme du marquis François-Joseph
+ de), III, 379, 496, 499 et suiv.
+
+ Crevant (M. de), probablement un Crevant d'Humières, I, 315. Voy.
+ Humières.
+
+ Crofts (Mylord René) ou Craff. Voy. Craff.
+
+ Croissy (Colbert de), IV, 179.
+
+ Crussol (Catherine-Louise-Marie de), fille du duc d'Usez, femme du
+ marquis de Barbezieux. Voy. Barbezieux (marquise de).
+
+ Crussol (Julie-Françoise de), femme du duc d'Antin. Voy. Antin
+ (duchesse d').
+
+ Cusac (N... de Rotondis de Caheusac ou Cahusac, _dit_ de), frère
+ de N... de Rotondis de Biscarras et du s{r} de Rotondis, II, 154.
+
+
+ Dadien (Françoise), veuve de Gabriel de Machault, 2e femme de
+ Claude Cornuel, I, 87.
+
+ Daillon (Jean de). Voy. Lude (du).
+
+ Dampierre (Marie Fourré de), I, 213.
+
+ Daquin, médecin, III, 127, 128; IV, 151.
+
+ Darcy. Voy. Arcy (d').
+
+ Dauphin (Louis, fils de Louis XIV, _dit_ le 1er), II, 421 et
+ suiv.; III, 54, 163, 177, 178, 182, 185 à 204, 471, 493 et suiv.;
+ IV, 130, 136 et suiv., 224, 274, 275.
+
+ Dauphine (Marie-Anne-Christine-Victoire de Bavière, femme de
+ Louis, dauphin de France, fils de Louis XIV), II, 465; III, 54,
+ 55, 186 et suiv., 471, 494 et suiv., 508; IV, 151, 274.
+
+ Dauvet (Louise-Diane), femme de Jeannin de Castille, marquis de
+ Montjeu. Voy. Jeannin de Castille, marquis de Montjeu
+ (Louise-Diane Dauvet, femme de Gaspard).
+
+ Deffita (M.). Voy. Effita (M. d').
+
+ Delorme (Marion). Voyez Marion Delorme.
+
+ Delorme (Charles), médecin, IV, 72.
+
+ Deodatus, sobriquet de Louis XIV. Voy. Louis XIV.
+
+ Descartes (René), III, 46.
+
+ Deschiens (financier), II, 420.
+
+ Deschiens (Marie-Angélique du Liscouet, femme d'Antoine-Arthur),
+ II, 420.
+
+ Desfonandrès, surnom de Desfougerais ou Desfougerets dans Molière.
+ Voy. Desfougerais.
+
+ Desfontaines (?), II, 109.
+
+ Desfougerais ou Desfougerets, I, 198, 201.
+
+ Deshoulières (Antoinette du Ligier de La Garde, madame), I, 58.
+
+ Despréaux (Nicolas Boileau). Voy. Boileau.
+
+ Digby (Georges Kenelm, lord), comte de Bristol, I, 204, 205, 218,
+ 221, 222 et suiv., 229 et suiv., 258.
+
+ Digby (lady Anne, 2e fille de François, comte de Bedford, femme de
+ lord), I, 218, 219.
+
+ Digby (Anne), fille de Kenelm Digby et femme de Robert Spencer.
+ Voy. Spencer (Robert), comte de Southerland.
+
+ Dieudonné, surnom de Louis XIV, I, 218.
+
+ Dognon (Louis de Foucault, comte du), maréchal de France. Voyez
+ Foucault (le maréchal).
+
+ Donna Anna, c'est-à-dire Anne d'Autriche. Voyez Anne d'Autriche.
+
+ Douzenceau (Nicolas Viole). Voy. Viole (Nicolas).
+
+ Dreux (Joachim de), conseiller au grand Conseil, III, 340.
+
+ Dubois (Jacques), _dit_ Sylvius, II, 124.
+
+ Duchallard, capitaine de vaisseau, commandant le _Content_, IV,
+ 177.
+
+ Dumas (Alexandre), I, 143.
+
+ Dubail, du Bail ou d'Ubail, III, 254.
+
+ Du Mesnil (madame), III, 230 et suiv.
+
+ Dumeter (le P.), III, 71.
+
+ Dupré, marchand d'orviétan, II, 421.
+
+ Dupré, joueur, III, 334, 336.
+
+ Dupré (Madelon), courtisane, II, 448, 450, 451.
+
+ Duras (Jacques-Henri de Durasfort, duc et maréchal de), IV, 203.
+
+ Duras (Marguerite-Félice de Levis Ventadour, femme de
+ Jacques-Henri, maréchal de), IV, 203.
+
+ Durasfort (Jacques-Henri de), duc et maréchal de Duras. Voy. Duras
+ (Jacques-Henri, duc et maréchal de).
+
+ Durasfort (Guy de), duc et maréchal de Lorge. Voy. Lorge (Guy de
+ Durasfort, duc et maréchal de).
+
+ Durtal (comte de). Voy. La Roche-Guyon (Roger du Plessis, duc de),
+ seigneur de Liancourt, comte de Durtal.
+
+ Duryer, cabaretière à Saint-Cloud, I, 199; II, 416.
+
+ Duval, valet de pied de la princesse de Condé, I, 240.
+
+ Duverger (le P.), III, 73.
+
+
+ Ecquevilly (Marie-Madelaine de Chambes de Montsoreau, femme de
+ Louis-Anne Dauvet, comte d'), I, 199.
+
+ Edouard de Bavière, comte Palatin du Rhin. Voy. Bavière (Edouard
+ de), comte palatin.
+
+ Effiat (Martin Ruzé, marquis d'), II, 406.
+
+ Effiat (Isabelle Escoubleau de Sourdis, femme de Martin Ruzé,
+ seigneur d'), II, 406.
+
+ Effiat (Antoine Coiffier _dit_ Ruzé, marquis d'), neveu de Cinq
+ Mars, premier écuyer de Monsieur, frère de Louis XIV, I, 8; II,
+ 406 à 413; III, 309, 312.
+
+ Effita (M. d'), II, 140; III, 362.
+
+ Elbène (Guy, comte d'), III, 440.
+
+ Elbeuf (Charles III de Lorraine, prince d'Harcourt, puis duc d'),
+ I, 139, 328; II, 346.
+
+ Elbeuf (Anne-Elisabeth de Launoy, femme du précédent duc d'), II,
+ 79.
+
+ Elbeuf (Marie-Marguerite-Ignace de Lorraine, soeur de Charles III,
+ duc d'Elbeuf, _dite_ mademoiselle d'), I, 303.
+
+ Elbeuf (Anne-Elisabeth de Lorraine d'), femme du prince de
+ Vaudemont. Voy. Vaudemont (Anne-Elisabeth de Lorraine d'Elbeuf,
+ femme de Charles-Henri, légitimé de Lorraine, prince de), IV, 231.
+
+ Elisabeth (la reine) d'Angleterre, I, 228.
+
+ Empereur d'Allemagne (Léopold I), II, 197, 200. Voy. aussi
+ Ferdinand III.
+
+ Enguien (le duc), fils du grand Condé, I, 149, 182. Voy. Condé
+ (Henri-Jules, prince de).
+
+ Epinoy (princesse d'). Voy. Espinoy (princesse d').
+
+ Ep... ou Esp... [chercher Esp...]
+
+ Erizzo, ambassadeur de Venise, IV, 128, 215. N. B. p. 128, lire
+ Erizzo au lieu de Frizzo.
+
+ Erizzo (... femme de M.), ambassadeur de Venise, IV, 215, 216.
+
+ Erizzo (Louise), fille de l'ambassadeur de Venise, IV, 216.
+
+ Erlaut (Samuel de Bechilon, sieur d'). Voy. Bechilon (Samuel de).
+
+ Escoubleau de Sourdis. Voy. Sourdis.
+
+ Esguilly-Vassé (René d'), I, 115. Voy. Vassé.
+
+ Esmery (Particelli d'), I, 294.
+
+ Espagny (Maximilien Gouffier, marquis d'), II, 351.
+
+ Espagny (Honoré Gouffier, abbé de Valseri, _dit_ l'abbé d'), II,
+ 351.
+
+ Espernon (hôtel d'), III, 499.
+
+ Espernon (Bernard de Nogaret de La Valette et de Foix, duc d'), I,
+ 12, 30, 62; II, 131; III, 70, 71, 475.
+
+ Espernon (Gabrielle-Angélique, fille légitimée d'Henri IV,
+ duchesse d'), I, 12.
+
+ Espernon (mademoiselle d'), fille du duc, soeur de Candale, I,
+ 147, 148.
+
+ Espinay Saint-Luc (Renée d'), marquise de Beuvron, I, 8.
+
+ Espinay Saint-Luc (Louis d'), comte d'Estelan ou Etelan. Voy.
+ Estelan (comte d').
+
+ Espinchal (Charles-Gaspard d'), I, 315.
+
+ Espinoy (Jeanne-Pélagie de Rohan-Chabot, 2e femme d'Alexandre
+ Guillaume de Melun, prince d'), III, 49; IV, 270.
+
+ Espinoy (Thérèse de Lorraine, fille de François de Lorraine, comte
+ de Lislebonne, femme de Louis et bru d'Alexandre-Guillaume de
+ Melun, prince d'), III, 198.
+
+ Este (Marie-Béatrix-Eléonore d'), reine d'Angleterre, 2e femme de
+ Jacques II, IV, 216.
+
+ Estelan (Louis d'Espinay Saint-Luc, comte d'), I, 8.
+
+ Estève (le P.), jésuite prédicateur, I, 65.
+
+ Estissac (François de la Rochefoucauld, 1er marquis d'), parrain
+ de Mme de Maintenon, III.
+
+ Estoublon (Jacques de Grille, marquis d'), I, 256.
+
+ Estrades (Godefroy, comte d'), ambassadeur de France à Londres,
+ II, 42, 72.
+
+ Estrées (Antoine d'), père du maréchal, I, 244.
+
+ Estrées (Françoise Babou de la Bourdaisière, femme d'Antoine d'),
+ mère du maréchal d'Estrées, III, 252.
+
+ Estrées (François-Annibal d'), marquis de Coeuvres, maréchal de
+ France, frère de Gabrielle d'Estrées, I, 151, 244, 315; II, 354;
+ III, 218, 251, 252, 350.
+
+ Estrées (Marie de Béthune-Charrost, 1re femme du maréchal d'),
+ III, 252.
+
+ Estrées (Anne-Habert de Montmort, 2e femme du maréchal d'), III,
+ 252.
+
+ Estrées (Gabrielle de Longueval, fille d'Achille de Manicamp, 3e
+ femme du maréchal d'), I, 69, 151; III, 252, 253, 349, 350.
+
+ Estrées (Jean, comte d'), 2e fils du maréchal François-Annibal
+ d'Estrées, I, 244, 245.
+
+ Estrées (César d'), d'abord évêque de Laon, puis cardinal, 3e fils
+ de François-Annibal d'Estrées, I, 244, 245; II, 344, 345; III, 254
+ et suiv.; IV, 216.
+
+ Estrées (Gabrielle d'), 4e fille d'Antoine d'Estrées, I, 151, 294;
+ III, 252.
+
+ Estrées (Julienne-Hyppolyte d'), femme de Georges de Brancas,
+ marquis, puis duc de Villars, 5e fille d'Antoine d'Estrées, I, 56;
+ II, 345.
+
+ Etampes de Valençay (Eléonor d'), archevêque de Reims, I, 220.
+
+ Etampes de Valençay (Charlotte d'), madame de Puysieux. Voy.
+ Puysieux (madame de).
+
+ Etampes de Valençay (le cardinal Achille d'). Voy. Valençay (le
+ cardinal Achille d'Etampes de).
+
+ Eugène (le prince) de Savoie. Voy. Savoie (le prince Eugène de).
+
+ Evrard (Perpète), peintre, III, 312.
+
+
+ Fagon (Guy Crescent), médecin, III, 150; IV, 151, 161 et suiv.,
+ 210 et suiv.
+
+ Fargis (famille d'Angennes du), III, 135.
+
+ Fargues, frondeur, I, 65.
+
+ Farsam (mademoiselle de Keroualle, comtesse de). Voy. Keroualles
+ (mademoiselle de).
+
+ Faure (le P. François), évêque d'Amiens, I, 228.
+
+ Favin ou plutôt Favier (M. du Boulai-). Voy. Boulai-Favin (M. du).
+
+ Félix, chirurgien, III, 150.
+
+ Fénelon (François de Salignac de La Motte-), IV, 183, 184.
+
+ Ferdinand III, empereur d'Allemagne, IV, 200.
+
+ Ferrier (Jérémie), ministre protestant, I, 410; III, 137.
+
+ Fervaques (Guillaume, seigneur de), maréchal de France, III, 230,
+ 238.
+
+ Fervaques (le marquis de), fils de Noel Bullion, seigneur de
+ Bonnelle, I, 83; III, 302 et suiv., 392 et suiv.
+
+ Feuquières (Isaac de Pas, marquis de), I, 137.
+
+ Feuquières (Anne-Louise de Gramont, femme d'Isaac de Pas, marquis
+ de), I, 263.
+
+ Feuquières de Salins (madame de), I, 100.
+
+ Feydeau (Marie), femme de Timoléon de Daillon du Lude, gouverneur
+ de Gaston d'Orléans. Voy. Lude (du).
+
+ Fiennes (mademoiselle de Fruges, de la maison de Fiennes, femme de
+ Henri Garnier, comte des Chapelles, dont elle ne porta jamais le
+ nom, gardant celui de), I, 111, 112, 413; III, 310.
+
+ Fiesque (Anne Le Veneur, comtesse de), mère de Charles-Léon et
+ belle-mère de Gilonne d'Harcourt, I, 149, 403.
+
+ Fiesque (Charles-Léon, comte de), I, 52, 121.
+
+ Fiesque (Charles-Léon, comte de), III, 210, 306.
+
+ Fiesque (Gilonne d'Harcourt, marquise de Piennes, puis comtesse
+ de), _dite_ aussi la Reine Gillette, I, 9, 32, 49 et suiv., 70,
+ 83, 120, 121, 123, 130, 149, 265, 300, 328, 330, 414; II, 181;
+ III, 210, 240, 306, 473.
+
+ Fiesque (Jean-Louis-Marie, comte de), fils de Charles-Léon, comte
+ de Fiesque, I, 52; III, 210 et suiv., 244 et suiv., 306 et suiv.
+
+ Fiesque (François, chevalier de), I, 148.
+
+ Fieubet (Gaspard I de), baron de Launac, trésorier de l'Epargne,
+ père de Gaspard de Fieubet, chancelier de la reine Anne
+ d'Autriche, I, 206.
+
+ Fieubet (Claude Ardier, femme du trésorier de l'Epargne Gaspard I
+ de), I, 206.
+
+ Fieubet (Gaspard II de), chancelier de la reine Marie-Thérèse, I,
+ 206.
+
+ Fieubet (Marie Ardier, femme de Gaspard II de), I, 206.
+
+ Fieubet (Claude de), femme de Jeannin, I, 206.
+
+ Filastre (la), IV, 283.
+
+ Fleuri (marquis de), II, 350, 351.
+
+ Florence, une des femmes de madame de Bagneux, II, 322 et suiv.
+
+ Foix (Henri-François de Foix de Candale, duc de), II, 447, 448,
+ 450.
+
+ Foix (Marie-Charlotte de Roquelaure, femme du duc de), II, 448,
+ 449, 450.
+
+ Fontaine-Martel (marquis de), père du comte de Clère et du marquis
+ d'Arcy, I, 325.
+
+ Fontaine-Martel (N... de Bordeaux, femme du marquis de), I, 182.
+
+ Fontanges (Marie-Angélique de Scorailles, duchesse de), I, 72,
+ 218; II, 459 et suiv.; III, 3 à 58, 66, 146, 175; IV, 264 à 272,
+ 276 à 283, 287, 288.
+
+ Fontenay (M. de), I, 315.
+
+ Forbin-Janson (Gaspard de), père du chevalier de Forbin, II, 397.
+
+ Forbin-Janson (Claire de Libertat, femme de Gaspard, marquis de),
+ II, 397.
+
+ Forbin, marquis de Janson (Laurent de), gouverneur d'Antibes,
+ frère aîné du chevalier, II, 397.
+
+ Forbin (Melchior, chevalier de), I, 296; II, 397, 398.
+
+ Forbin-Janson (le cardinal de), évêque de Beauvais, le plus jeune
+ frère du chevalier, II, 397.
+
+ Fosseuse (le chevalier de), II, 288-333.
+
+ Fosseuse (mademoiselle de), fille d'honneur de la reine, II, 288.
+
+ Foucault (Louis, comte du Dognon, maréchal), I, 213, 300, 412.
+
+ Foucault (Marie Fourré et non Foussé de Dampierre, femme du
+ maréchal), I, 213.
+
+ Foucault (Louise-Marie), femme de Michel II de Castelnau. Voy.
+ Castelnau (Louise-Marie Foucault, femme de Michel II de
+ Castelnau).
+
+ Fougeray (Claude de Sainte-Maure, seigneur du). Voy. Sainte-Maure
+ (Claude de).
+
+ Fouilleuse ou Fouilleux (M. de), I, 298.
+
+ Fouilloux (Benigne de Meaux du), marquise d'Alluye. Voy. Alluye
+ (Benigne de Meaux du Fouilloux, marquise d').
+
+ Fouquet (Marie de Meaupou, femme de François), mère du
+ surintendant et de l'abbé, I, 262; III, 125.
+
+ Fouquet (Nicolas), surintendant des finances, I, IX, 25, 70, 145,
+ 148, 230 et suiv., 243; II, 47, 355, 356, 399; III, 496; IV, 151,
+ 285.
+
+ Fouquet (Basile), abbé de Barbeaux et de Rigny, frère du
+ surintendant, I, 65, 77, 142 et suiv., 205, 206, 216 et suiv.,
+ 230 et suiv., 265 et suiv., 405.
+
+ Fourré [et non Foussé] de Dampierre. Voy. Foucault (maréchale).
+
+ Foussé (Marie Fourré et non) de Dampierre, femme du maréchal
+ Foucault, comte du Dognon. Voyez Foucault (maréchale).
+
+ Fromenteau. Voy. La Vauguyon.
+
+ François de Paule (Saint), III, 200.
+
+ François II, duc de Bretagne, I, 252.
+
+ Frontenac (Anne de La Grange, d'abord mademoiselle de Neuville,
+ femme de Louis de Buade, comte de Palluau et de), I, 52.
+
+ Froulay (le comte Charles de), I, 306, 316; II, 81.
+
+ Froulay (Marguerite de Beaudean, femme de Charles, comte de), II,
+ 81.
+
+ Froulay (Louis, comte de), fils de Charles de Froulay et
+ Marguerite de Beaudean, II, 79, 81, 82.
+
+
+ Gabrielle d'Estrées. Voyez Estrées (Gabrielle d').
+
+ Galerande (Clermont de). Voy. Clermont (maison de).
+
+ Galles (Charles, prince de), fils de Charles Ier, II, 200. Voy.
+ Charles II.
+
+ Ganges (Anne-Elisabeth de Rassan, veuve du marquis de Castellane,
+ puis marquise de), I, 30, 35.
+
+ Garnier (Mathieu), II, 337, 339.
+
+ Garnier (le chevalier), II, 31, 50.
+
+ Garnier (Suzanne), femme de Charles de Brancas. Voy. Brancas
+ (Suzanne Garnier, madame de).
+
+ Garnier (Françoise), femme de M. d'Oradour. Voy. Oradour (d').
+
+ Garnier (Madelaine), femme de M. d'Orgères et ensuite de Molé de
+ Champlatreux. Voy. Molé de Champlatreux et Orgères.
+
+ Gassendi (Pierre), le philosophe, III, 46.
+
+ Gaston d'Orléans, voy. Orléans (Gaston duc d').
+
+ Gatien des Courtilz, Voy. Courtilz (Gatien des).
+
+ Gendarme, garde du maréchal de Grancey, III, 233 et suiv.
+
+ Gerniou, ou plutôt Jarnioux (François Henry, sieur de), I, 410.
+
+ Gersay. Voy. Jarzay.
+
+ Gesvres (Léon Potier, marquis, puis duc de), I, 75; III, 119.
+
+ Gesvres (Bernard-François Potier, duc de), fils de Léon, III, 449.
+
+ Gesvres (Marie-Madelaine-Louise de Seiglière de Boisfranc, femme
+ de Bernard-François, duc de), III, 449, 450.
+
+ Gillette (la Reine), nom _précieux_ de madame de Fiesque. Voyez
+ Fiesque (comtesse de).
+
+ Gillier de Puygarreau [et non Puygarrou], marquis de Clérambault
+ (René). Voy. Clérambault (marquis de).
+
+ Girard (Charles), seigneur du Tillet. Voy. Tillet (du).
+
+ Giraud (Catherine), femme de Charles-François d'Angennes, marquis
+ de Maintenon. Voy. Maintenon (Catherine Giraud, femme de
+ Charles-François d'Angennes, marquis de Maintenon).
+
+ Glay de la Cotardaie (Gabrielle), femme de Jean François, marquis
+ de La Valière, II, 44, 45.
+
+ Gobelin (l'abbé), III, 137.
+
+ Godeau (Antoine), évêque de Vence et de Grasse, III, 171.
+
+ Godet Desmarets (Paul), évêque de Chartres, III, 137.
+
+ Goello (François de Bretagne, baron d'Avaugour, comte de Bretagne
+ et de), I, 252.
+
+ Gondran (Thomas Galant, sieur de Frierges et de), I, 318.
+
+ Gondran (Charlotte Bigot, femme de Thomas Galant, sieur de
+ Frierges et de), I, 318.
+
+ Gondy (Paul de). Voyez Retz (cardinal de).
+
+ Gondy de Retz (Paule-Marguerite-Françoise de), duchesse de
+ Lesdiguières. Voy. Lesdiguières (duchesse de).
+
+ Gontier (Jean-Baptiste), président en la chambre des comptes, II,
+ 473.
+
+ Gonzague-Clèves (Charles de), duc de Nevers, I, 226.
+
+ Gonzague (Marie de), femme de Jean Casimir, roi de Pologne, II,
+ 173.
+
+ Gonzague (Anne de), femme d'Edouard de Bavière, prince palatin.
+ Voy. Bavière (Anne de Gonzague, femme d'Edouard de).
+
+ Gonzalve de Cordoue. Voy. Cordoue (Gonzalve de).
+
+ Gordon ou Gourdon. Voy. Gourdon.
+
+ Gouffier (Artus ou Arthur), marquis de Boissy. Voy. Boissy.
+
+ Gouffier (Artus), duc de Roannez avant La Feuillade, II, 400, 401;
+ IV, 267.
+
+ Gouffier (Charlotte), duchesse de La Feuillade. Voy. La Feuillade.
+
+ Goujon (Mathieu), sergent à verge, III, 71.
+
+ Goulas (... de La Mothe, sieur de), I, 220.
+
+ Gourdon (duc de), I, 297.
+
+ Gourdon (Georges), marquis de Huntley, I, 296.
+
+ Gourdon (John), I, 296.
+
+ Gourdon (chevalier de), I, 296.
+
+ Gourdon (mademoiselle de), I, 295 et suiv.
+
+ Gourville (Jean Hérault de), I, 182, 215, 232, 271, 294.
+
+ Gouville (Lucie de Cotentin de Tourville, femme de Michel
+ d'Argouges, sieur de), I, 20, 154, 320.
+
+ Grammont ou Gramont. Voy. Gramont.
+
+ Gramont (Antoine II, comte de), I, 135.
+
+ Gramont (Louise de Roquelaure, 1re femme de Antoine II, comte de),
+ I, 135.
+
+ Gramont (Claude de Montmorency-Boutteville, 2e femme de Antoine
+ II, comte de), I, 135.
+
+ Gramont (Suzanne-Charlotte de), femme de Henry Mitte de Miolans,
+ marquis de Saint-Chaumont, fille de Antoine II, comte de Gramont.
+ Voy. Saint-Chaumont (marquise de).
+
+ Gramont (Philibert, chevalier, puis comte de), fils d'Antoine II,
+ comte de Gramont et frère du maréchal Antoine III de Gramont et de
+ la marquise de Saint-Chaumont,--d'abord connu sous le nom
+ d'Andoins, I, 49 et suiv., 69, 149, 267, 293; II, 341.
+
+ Gramont (Elisabeth Hamilton, femme de Philibert, chevalier, puis
+ comte de), I, 50.
+
+ Gramont (Antoine III, duc de), maréchal de France, I, 49, 62, 68,
+ 135 et suiv., 263; II, 35, 73, 79, 177, 178, 185, 375, 391; III,
+ 351.
+
+ Gramont (Françoise-Marguerite du Plessis-Chivray, 1re femme du
+ maréchal Antoine III de), I, 136, 245.
+
+ Gramont (Armand de), comte de Guiche, fils aîné du maréchal
+ Antoine III, duc de Gramont. Voy. Guiche (comte de).
+
+ Gramont (Antoine-Charles, comte de Louvigny, puis duc de), fils
+ d'Antoine III, duc de Gramont et frère du comte de Guiche et de la
+ duchesse de Valentinois, I, 136; III, 348 et suiv.
+
+ Gramont (Marie-Charlotte de Castelnau, duchesse de), femme
+ d'Antoine-Charles, I, 136; III, 348, 350.
+
+ Gramont (Catherine-Charlotte de), femme de Louis de Grimaldi, duc
+ de Valentinois et prince de Monaco, fille d'Antoine III, duc de
+ Gramont. Voy. Valentinois (duchesse de).
+
+ Grancey (Pierre Rouxel de), père du maréchal, III, 230.
+
+ Grancey (Charlotte de Hautemer, fille du maréchal de Fervaques,
+ femme de Pierre, comte de), III, 230, 238.
+
+ Grancey (Jacques III Rouxel, comte de), maréchal de France, I,
+ 151; III, 230 et suiv., 432.
+
+ Grancey (Catherine de Mouchy, 1re femme de Jacques Rouxel,
+ maréchal de), III, 230.
+
+ Grancey (Charlotte de Mornay de Villarceaux, 2e femme de Jacques
+ Rouxel, maréchal de), I, 113, 151; III, 230, 234.
+
+ Grancey (Louise-Elisabeth, dite madame de), 16e enfant du maréchal
+ Jacques III de Grancey, née de Charlotte de Mornay-Villarceaux, sa
+ 2e femme, III, 239, 432, 433.
+
+ Grancey (Hardouin de), abbé de Rebec, etc., III, 433.
+
+ Grandseigne (Diane de), femme de Gabriel, marquis de Mortemart.
+ Voy. Mortemart (Diane de Granseigne, marquise de).
+
+ Grignan (François Adhémar de Monteil, comte de), IV, 177.
+
+ Grignan (Françoise-Marguerite de Sévigné, femme de
+ François-Adhémar de Monteil, comte de), I, 141; III, 240.
+
+ Grimaldi (Louis), prince de Monaco, duc de Valentinois. Voir
+ Monaco et Valentinois.
+
+ Grimaud (Marie de La Baume de Montrevel, femme d'Esprit Alard
+ d'Esplan, marquis de), I, 412, 413.
+
+ Grimoard de Beauvoir (Louis-Pierre Scipion de), père de Louis
+ Scipion III de Grimoard de Beauvoir, comte du Roure, III, 186.
+
+ Grimoard de Beauvoir (Claude-Marie du Gast, _dite_ mademoiselle
+ d'Artigny, femme de Louis-Pierre Scipion), mère de Louis Scipion
+ III de Grimoard de Beauvoir, comte du Roure, II, 91, 109; III,
+ 186.
+
+ Grimoard de Beauvoir (Louis Scipion III de), comte du Roure. Voy.
+ Roure (Louis Scipion III de Grimoard de Beauvoir, comte du).
+
+ Guebriant (Renée du Bec Crespin, de Vardes, marquise de), I, 271.
+
+ Guémené (Louis, prince de), fils du duc Hercule de Rohan-Guémené,
+ duc de Montbazon, père de Charles de Rohan, duc de Montbazon qui
+ épousa Jeanne de Schomberg, I, 207, 209; III, 505 et suiv.
+
+ Guémené (Anne de Rohan, princesse de Guémené, cousine germaine et
+ femme de Louis de Rohan, prince de), I, 232; III, 505.
+
+ Guémené (Charles, prince de), fils de Charles de Rohan, duc de
+ Montbazon et de Jeanne-Armande de Schomberg, et petit-fils de
+ Louis VII de Guémené, III, 505, 506.
+
+ Guémené. Voy. aussi: 1º Montauban, 2º Montbazon, 3º Rohan.
+
+ Guénégaud (Henri du Plessis-). Voy. Plessis-Guénégaud (Henri du).
+
+ Guénégaud, trésorier de l'Epargne (Gabriel de), frère d'Henri du
+ Plessis-Guénégaud, secrétaire d'Etat, II, 414.
+
+ Guercheville (marquisat de) Voy. La Roche-Guyon (duc de), I, 141.
+
+ Guerchy (Marguerite du Regnier de Guerchy, _dite_ mademoiselle
+ de), fille de Claude du Regnier, baron de Guerchy, et de Lucie de
+ Brichanteau, I, 24, 155, 158, 403.
+
+ Guiche (Armand de Gramont, comte de), I, 62 et suiv., 69, 70, 74,
+ 111, 136, 154, 232, 233, 263, 266 et suiv., 302, 313, 318, 321,
+ 339; II, 35, 36, 40, 61 et suiv., 73, 78, 79, 91, 92, 102, 145 et
+ suiv., 391 et suiv., 400, 401; III, 351; IV, 249, 251, 262, 263.
+
+ Guiche (Louise-Marguerite-Suzanne de Béthune, comtesse de), puis
+ duchesse du Lude, I, 66, 295; II, 35, 78, 79. Voyez Lude
+ (Marguerite-Louise de Béthune-Sully, veuve du comte de Guiche,
+ puis duchesse du).
+
+ Guillemette, surnom de madame de Maintenon, III, 76.
+
+ Guilloire, secrétaire des commandements de mademoiselle de
+ Montpensier, II, 266.
+
+ Guise (Henri II de Lorraine), archevêque de Reims, puis duc de
+ Guise, petit-fils de Henri I de Lorraine, duc de Guise le Balafré,
+ I, 35, 155, 185, 188, 226, 228, 300, 403, 405; II, 93, 107.
+
+ Guise (Honorée de Glimes de Grimberghe, veuve d'Albert Maximilien
+ de Hennin, comte de Bossu ou Boussu, femme ou (par arrêt du
+ parlement) maîtresse de Henri II de Lorraine, duc de), I, 300.
+
+ Guise (Marie de Lorraine, _dite_ mademoiselle de), fille de
+ Charles de Lorraine et soeur du duc Henri II, I, 415.
+
+ Guise (Louis-Joseph de Lorraine, duc de), II, 271, 274.
+
+ Guitaut (François de Pechpeyrou ou Puypeyrou-Comminges, comte de),
+ père de Guillaume, qui suit, I, 152.
+
+ Guitaut (Guillaume de Pechpeyrou ou Puypeyrou-Comminges, comte
+ de), I, 73 et suiv., 95, 96, 152, 411, 414.
+
+ Guitaut (Jeanne de La Grange, 1re femme de Guillaume de Pechpeyrou
+ ou Puypeyrou, comte de), I, 73.
+
+ Guitry (Guy de Chaumont, marquis de), II, 271, 273, 412, 458; IV,
+ 26.
+
+ Guyon (Jeanne Bouvier de la Motte, madame), IV, 183, 184.
+
+
+ Habert de Montmort (Anne), 2e femme du maréchal d'Estrées. Voy.
+ Estrées (Anne Habert de Montmort, 2e femme du maréchal d').
+
+ Habert de Montmort (Anne-Louise), femme de M. de Bertillac fils.
+ Voy. Bertillac (madame de).
+
+ Habert (Pierre), évêque de Cahors, I, 186.
+
+ Hamilton (les), I, 296.
+
+ Hamilton (Elisabeth), femme du chevalier, puis comte de Gramont,
+ I, 50.
+
+ Harcourt (d'), marquis de Beuvron. Voy. Beuvron (d'Harcourt,
+ marquis de).
+
+ Harcourt (Anne d'Ornano, femme de François de Lorraine, prince
+ d'), mère de Alphonse-Henri-Charles qui suit, I, 408.
+
+ Harcourt (Alphonse-Henri-Charles de Lorraine, prince d'), puis duc
+ d'Elbeuf, I, 139.
+
+ Harcourt (Marie-Louise-Christine Jeannin de Castille, dame de
+ Moutiers, femme de Anne-Marie-Joseph de Lorraine, duc d'Harcourt,
+ fils d'Alphonse-Henri-Charles, duc d'), I, 24.
+
+ Harcourt (Henri de Lorraine, comte d'), _dit_ Cadet la Perle, IV,
+ 145.
+
+ Harlay (Philippe de), comte de Césy. Voy. Césy (comte de).
+
+ Harlay de Champvallon, (François), archevêque de Rouen, puis de
+ Paris, I, 63, 64, 306; II, 266; III, 188; IV, 155 et suiv., 180 et
+ suiv.
+
+ Harlay (Lucrèce-Chrétienne de), femme du prince Louis de
+ Courtenay. Voy. Courtenay (Louise-Chrétienne de Harlay, princesse
+ de).
+
+ Hautefort (famille d'), II, 420.
+
+ Hautefort (Jacques-François, marquis d'), frère de la maréchale de
+ Schomberg, I, 315.
+
+ Hautefort (Marie d'), plus tard maréchale de Schomberg, I, 197.
+
+ Hautefort (Surville, cadet d'). Voy. Surville.
+
+ Hautemer (Charlotte de), femme de Pierre, comte de Grancey, fille
+ du maréchal de Fervaques. Voy. Grancey (Charlotte de Hautemer,
+ femme de Pierre, comte de).
+
+ Hébert (madame), femme de chambre de Marie de Médicis, I, 253.
+
+ Hecquetot (François de Beuvron d'), I, 199.
+
+ Henri III, roi de France, IV, 279.
+
+ Henri IV (le roi), I, 135, 189; II, 29, 61, 361; III, 70, 252,
+ 423; IV, 80, 143.
+
+ Henri, légitimé de France, évêque de Metz, I, 294.
+
+ Henriette de France, reine d'Angleterre, I, 257; II, 64, 70, 200;
+ IV, 231.
+
+ Henriette d'Angleterre, femme du duc d'Orléans, Voy. Orléans
+ (Henriette, duchesse d').
+
+ Henry (François), sieur de Gerniou ou mieux Jarnioux. Voy.
+ Gerniou.
+
+ Henry (Catherine), femme, 1º de Ferrier, fils du ministre
+ protestant, 2º du conseiller Menardeau, sieur de Champré. Voy.
+ Champré (madame de).
+
+ Hercule (le P.), I, 12.
+
+ Héroart (Jean), médecin de Louis XIII, IV, 187.
+
+ Hérodote, IV, 69.
+
+ Hervey (le chevalier), I, 258.
+
+ Hervey (madame), soeur de lord Montaigu, I, 258.
+
+ Hervieux (Laurent Arvio, _dit_ le chevalier d'Arvieux ou d'), III,
+ 369 et suiv.
+
+ Heudicourt (Michel Sublet, marquis d'), grand louvetier, I, 185,
+ 212; IV, 137.
+
+ Heudicourt (Bonne de Pons, femme de Sublet d'), I, 185, 217.
+
+ Hippolyte (de Pommereuil), Voy. Pommereuil (Hippolyte de).
+
+ Hocquetot ou Hecquetot. Voy. Hecquetot.
+
+ Hocquincourt (Charles de Mouchy, maréchal, d'), I, 12, 68, 69,
+ 208, 234 et suiv., 242, 248 et suiv.
+
+ Holland (comte de), I, 144.
+
+ Hopital (? François de l'), I, 315.
+
+ Humières (Louis Crevant III, marquis d'), père du 1er duc, Louis,
+ maréchal d'Humières, II, 74.
+
+ Humières (Isabeau Phelippeaux, femme de Louis Crevant III, marquis
+ d'), mère du maréchal duc, II, 74, 75.
+
+ Humières (Louis de Crevant, maréchal duc d'), I, 315, 316; II, 72,
+ 74.
+
+ Humières (Louise-Antoinette-Thérèse de La Chatre, femme du
+ maréchal duc d'), II, 72, 74, 75.
+
+ Huntley (Georges Gourdon, marquis de). Voy. Gourdon (Georges).
+
+ Hurault de Chiverny (Cécile-Elisabeth), marquise de Monglas. Voy.
+ Monglas (marquise de).
+
+ Hyacinthe (? Rigaud), peintre. Voy. Rigaud (Hyacinthe).
+
+ Hyde de Clarendon (Anne), duchesse d'Yorck. Voy. Yorck (duchesse
+ d').
+
+
+ Innocent XI (le Pape), I, 281.
+
+ Isigny (François de Brecey, seigneur d'), II, 340.
+
+ Isle (N..., comte de l'), I, 326.
+
+ Isle (N..., vicomte de l'), I, 326.
+
+ Isle (N..., femme de N..., vicomte de l'), I, 326 et suiv., 410.
+
+ Ivry (Claude Bosc, seigneur d'). Voy. Bosc (Claude), seigneur
+ d'Ivry.
+
+ Ivry (N... d'), I, 36, 39, 40.
+
+
+ Jacques II, roi d'Angleterre, I, 283 et suiv.; IV, 216.
+
+ Jacques II (Marie-Béatrix-Eléonore d'Este, 2e femme de), Voy. Este
+ (Marie-Béatrix-Eléonore d'), reine d'Angleterre.
+
+ Janin. Voyez Jeannin de Castille.
+
+ Jars (François de Rochechouart, commandeur de Lagny-le-Sec, de
+ l'ordre de Malte, _dit_ le commandeur de), I, 404.
+
+ Jarzay (René du Plessis de la Roche-Pichemer, marquis de), I, 13,
+ 62, 74 et suiv., 115, 139, 154, 271; II, 106.
+
+ Jarzay (Marie-Urbain-René du Plessis de la Roche-Pichemer, marquis
+ de), fils de René, marquis de Jarzay, IV, 288.
+
+ Jarzay (Anne-Thérèse de Goury, femme du précédent marquis de), II,
+ 106; IV, 288.
+
+ Jean Casimir, roi de Pologne, II, 173, 174.
+
+ Jeanne (la mère), carmélite, soeur du chancelier Seguier. Voyez
+ Seguier (Jeanne).
+
+ Jeannin (le président Pierre), I, 24, 148.
+
+ Jeannin de Castille (Nicolas), trésorier de l'Epargne, I, 23, 24
+ et suiv., 148, 149, 206, 274, 303, 404; II, 341, 414.
+
+ Jeannin de Castille (Claude de Fieubet, femme de Nicolas), I, 206.
+
+ Jeannin de Castille (Gaspard), marquis de Montjeu, fils de
+ Nicolas, I, 149.
+
+ Jeannin de Castille, marquise de Montjeu (Louise-Diane Dauvet des
+ Marets, femme de Gaspard), I, 149.
+
+ Jeannin (Nicolas II), petit-fils de Pierre Jeannin, II, 341, 342,
+ 353.
+
+ Joyeuse (Louis de Lorraine, duc de), I, 404.
+
+ Joyeuse (valet de chambre du Dauphin), III, 494.
+
+
+ Keroualles (mademoiselle de), duchesse d'Aubigny, baronne de
+ Petersfield, comtesse de Farsam, duchesse de Porstmouth, I, 226,
+ 238.
+
+
+ La Barre (Jean de), président au Parlement, I, 410.
+
+ La Barre (Marie Barin de la Galissonnière, veuve du président de),
+ femme d'Isaac Arnauld. Voyez Arnauld (Marie Barin de la
+ Galissonnière, femme d'Isaac).
+
+ La Barte (Jean de) ou La Barthe, maréchal des logis des gendarmes
+ du duc d'Épernon, I, 20.
+
+ La Baume (Catherine de Bonne, comtesse de Tallart, M{ise} de), I,
+ IX, 30.
+
+ La Baume Le Blanc (famille de), II, 27.
+
+ La Baume Le Blanc (Jean-Michel de), de La Valière, II, 28.
+
+ La Baume Le Blanc (Laurent de), seigneur de La Valière. Voy. La
+ Valière.
+
+ La Baume Le Blanc (Guillaume de), de La Vallière, évêque de
+ Nantes, III, 52, 53.
+
+ La Baume Le Blanc (Louise), femme de François de Beauvau. Voy.
+ Beauvau (Louise de La Baume Le Blanc, femme de François de).
+
+ La Bazinière (Macé Bertrand, sieur de), I, 25, 293, 295; II, 415.
+
+ La Bazinière (Françoise de Barbezières, dame de), I, 293.
+
+ La Boulaye (Maximilien Eschalart, marquis de), I, 76.
+
+ La Brie, laquais de madame de Brancas, II, 344, 345.
+
+ La Brizardière (l'abbé de), IV, 144.
+
+ La Brosse (Guy de), médecin, IV, 151.
+
+ La Bruyère, (Jean de), IV, 168.
+
+ La Caze (Jean-Jacques de Pons, marquis de), I, 185.
+
+ La Chaise (le P.), III, 137, 139, 140, 141, 143, 144, 145, 146,
+ 147, 150, 159 et suiv., 188, 203; IV, 154 et suiv., 176.
+
+ La Chapelle (? Christophe Jouvenel des Ursins, seigneur de), et,
+ plus tard, marquis de Tresnel, I, 316.
+
+ La Chatre (Louis, maréchal de), II, 459.
+
+ La Chatre (Louise-Antoinette-Thérèse de), femme du maréchal duc
+ d'Humières. Voyez Humières (Louise-Antoinette, duchesse d').
+
+ La Chatre (Louise-Henriette de), femme de Claude Pot. Voyez Pot
+ (Louise-Henriette de La Chatre, femme de Claude).
+
+ La Cotardaie (Gabrielle Glay de), femme du marquis de La Valière.
+ Voy. Glay de la Cotardaie (Gabrielle).
+
+ La Fayette (Marie-Madelaine Pioche de La Vergne, comtesse de), I,
+ 4, 297; IV, 29.
+
+ La Ferté (hôtel de), III, 312.
+
+ La Ferté Saint-Nectaire ou Senneterre (Henri, maréchal de), I, 51;
+ II, 403, 410, 420; III, 279 et suiv.
+
+ La Ferté (Charlotte de Bauves ou plutôt Boves, 1re femme du
+ maréchal duc de), II, 403.
+
+ La Ferté (Madelaine d'Angennes de La Loupe, 2e femme du maréchal
+ de), I, 5, 9, 83, 146, 274; II, 403 et suiv., 471; III, 210, 279 à
+ 341.
+
+ La Ferté (Henri-François de Saint-Nectaire, duc de), fils du
+ maréchal, II, 421, 424, 431, 440, 447 et suiv.; III, 338 et suiv.,
+ 368 et suiv., 468, 475.
+
+ La Ferté (Marie-Isabelle-Gabrielle-Angélique, mademoiselle de
+ Toucy, duchesse de), femme du précédent, bru du maréchal, I, 83;
+ II, 421 et suiv.; III, 367 et suiv., 468, 477, 482.
+
+ La Ferté (Catherine-Henriette de), femme de François de Bullion,
+ marquis de Longchêne. Voy. Bullion, marquis de Longchêne
+ (Catherine-Henriette de La Ferté, femme de François de).
+
+ La Feuillade (François d'Aubusson de), I, 243, 244, 293, 325 et
+ suiv.; II, 72, 74, 400, 401, 402, 468; III, 312; IV, 4, 7 et
+ suiv., 35, 46, 52, 53, 60, 77, 79, 86 et suiv., 96, 267.
+
+ La Feuillade (Charlotte Gouffier, femme de François d'Aubusson
+ de), duchesse de Roannez, II, 74, 400; IV, 267.
+
+ La Fontaine (Jean de), le fabuliste, I, 25, 258; IV, 81.
+
+ La Force (Jacques Nompar de Caumont, duc de), III, 186, 202.
+
+ La Force (Marie de Saint-Simon-Courtaumer, séparée du marquis de
+ Langeais, remariée à Jacques Nompar de Caumont, duc de). Voy.
+ Langeais (Marie de Saint-Simon Courtaumer, marquise de).
+
+ La Force (Marie-Anne-Louise de Caumont), femme de Louis Scipion
+ III de Grimoard, comte du Roure. Voy. Roure (Marie-Anne-Louise de
+ Caumont La Force, femme de Louis-Scipion III, comte du).
+
+ La Fosse (Mme de), I, 20.
+
+ Lagarde (? Antoine-Escalin des Aimars, marquis de), III, 125.
+
+ La Grange (M. de), intendant des troupes en Alsace, III, 441 et
+ suiv.
+
+ La Grange (Mme de), femme du précédent, III, 441 et suiv.
+
+ La Grange (Jeanne de), femme de Guillaume de Peychpeyrou ou
+ Puypeyrou, marquis de Guitaut. Voy. Guitaut.
+
+ La Guiche (Henriette de), duchesse d'Angoulême. Voy. Angoulême
+ (Henriette de La Guiche, duchesse d').
+
+ La Guiche (Anne de), 2e fille de Philibert de la Guiche, grand
+ maître de l'artillerie, femme du 1er maréchal de Schomberg. Voy.
+ Schomberg (1er maréchal de), I, 209.
+
+ La Guiche (Marie de), femme du duc de Ventadour, II, 55.
+
+ La Loupe (famille d'Angennes de), III, 317.
+
+ La Loupe (Mlle de). Voy. Olonne (Catherine-Henriette d'Angennes de
+ La Loupe, comtesse d'), et La Ferté (Madelaine d'Angennes de la
+ Loupe, maréchale de).
+
+ La Magdelaine de Ragny (Anne), femme de François de Bonne, duc de
+ Lesdiguières. Voy. Lesdiguières (Anne de La Magdelaine de Ragny,
+ duchesse de).
+
+ La Meilleraie (Charles de La Porte, duc et maréchal de), I, 164;
+ III, 465.
+
+ La Meilleraie (Marie de Cossé-Brissac, 2e femme du précédent,
+ duchesse de), IV, 180.
+
+ La Mesnardière (Jules Pillet de), I, 90, 92, 170.
+
+ La Motte Argencourt (N..., fille de Pierre de Conty, seigneur de
+ La Motte et d'Argencourt, et de Madelaine de Chaumont, _dite_ Mlle
+ de), I, 218, 290 et suiv.; II, 30, 31, 49, 50.
+
+ La Mothe-Houdancourt (Philippe, maréchal de), I, 292; II, 49; III,
+ 366, 368.
+
+ La Mothe (Louise de Prie, Mlle de Toussy, maréchale de), I, 83,
+ 200, 292; II, 49, 50, 422, 424, 438; III, 240, 366, 368 et suiv.
+ _passim_; IV, 257, 258.
+
+ La Mothe-Houdancourt (Charlotte-Eléonore-Madelaine de), femme de
+ Louis-Charles de Levis, duc de Ventadour. Voy. Ventadour
+ (Charlotte-Eléonore-Madelaine, duchesse de).
+
+ La Mothe-Houdancourt (Françoise-Angélique de), 2e femme de
+ Louis-Marie-Victor, duc d'Aumont. Voy. Aumont.
+
+ La Mothe-Houdancourt (Anne-Lucie de), nièce du maréchal, femme de
+ M. de La Vieuville, I, 292.
+
+ La Moussaye (Amaury Goyon, comte de), I, 187, 199.
+
+ La Noue Bras de Fer (François de), II, 436.
+
+ La Porte, valet de chambre de Louis XIV, I, 184.
+
+ La Porte (Mlle de), femme du chevalier Garnier, II, 31, 50.
+
+ La Rivière (Louis Barbier, abbé de), puis évêque de Langres, I,
+ 87, 91, 186.
+
+ La Rivière (Antoine Barbier de), commissaire de l'artillerie en
+ Champagne, I, 186.
+
+ La Roche-Chemerault (Geoffroy de Barbezières, comte de). Voy.
+ Chemerault (Geoffroy de Barbezières, sieur de).
+
+ La Rochefoucauld (François VI, duc de), d'abord prince de
+ Marsillac, I, 42 et suiv, 46, 62, 65, 75, 95, 99, 100 et suiv.,
+ 130, 150, 182, 188, 189, 196 et suiv., 213, 232, 233, 244, 245,
+ 252, 258, 267, 298, 416; II, 154, 457; IV, 79, 80.
+
+ La Rochefoucauld (Andrée de Vivonne, femme de François VI de), II,
+ 457.
+
+ La Rochefoucauld (François VII de), d'abord prince de Marsillac,
+ II, 457; IV, 79, 80. Voy. aussi Marsillac (François VII de La R.,
+ prince de).
+
+ La Rochefoucauld (M. de), premier marquis d'Estissac. Voy.
+ Estissac (François de La Rochefoucauld, premier M{is} d'), III,
+ 72.
+
+ La Roche-Guyon (Henri-Roger, comte, puis en 1663 duc de), marquis
+ de Liancourt et de Guercheville, comte de Durtal, I, 139, 140,
+ 141, 232, 233.
+
+ La Roche-Guyon (Anne-Elisabeth de Lannoy, ou Lanoye, femme de
+ Henri-Roger du Plessis-Liancourt, comte de), I, 58, 210, 271.
+
+ La Roche-Guyon (Jeanne-Charlotte, Mlle de), I, 139, 140, 141.
+
+ La Roche-Pozay (Diane de). Voy. Saint-Loup (Mme de).
+
+ La Roche-sur-Yon (François-Louis de Bourbon, duc de), puis prince
+ de Conti, après la mort de Louis-Armand de B., prince de Conti,
+ son frère, III, 192, 474.
+
+ La Roquette (Henri-Gabriel de Roquette, évêque d'Autun, nommé ici
+ par erreur, l'abbé de), I, 189.
+
+ La Suze (Henriette de Coligny-Chastillon, comtesse d'Adington,
+ puis comtesse de), I, 320, 347, 405.
+
+ La Tour-d'Auvergne (Frédéric-Maurice de), duc de Bouillon. Voy.
+ Bouillon (Frédéric-Maurice de La Tour-d'Auvergne, duc de).
+
+ La Tour-d'Auvergne (Henri-Ignace de), duc de Château-Thierry. Voy.
+ Château-Thierry (Henri-Ignace de La Tour-d'Auvergne, duc de).
+
+ La Tour-Roquelaure (N... de), I, 328.
+
+ La Tremouille (Philippe de), père de François de la
+ Tremouille-Noirmoutier, III, 334.
+
+ La Tremouille-Noirmoutier. Voy. Noirmoutier.
+
+ La Tremouille-Olonne. Voy. Olonne.
+
+ La Tremouille-Royan. Voy. Royan.
+
+ La Tremouille (Yolande-Julie de), M{ise} de Royan. Voy. Royan
+ (M{ise} de).
+
+ La Tresne (M. de), premier président au parlement de Bordeaux, IV,
+ 137, 138.
+
+ La Valette (Louis de Nogaret, cardinal de), archevêque de
+ Toulouse, frère du duc [Bernard] d'Epernon, I, 147, 191.
+
+ La Valière (Laurent de la Baume le Blanc, seigneur de), II, 27.
+
+ La Valière (Françoise Le Prévost, femme de Laurent de), II, 27,
+ 28, 34.
+
+ La Valière (Gabrielle Glay de la Cotardaie, femme de Jean-Louis,
+ marquis de). Voy. Glay de la Cotardaie (Gabrielle), II, 44, 45.
+
+ La Valière (Louise-Françoise de La Baume le Blanc, duchesse de),
+ I, 66, 185, 217, 271, 289, 292 et suiv., 301; II, 27 à 96, 99 et
+ suiv., 115 et suiv., 139 et suiv., 145, 148, 151, 152, 167, 168,
+ 180 et suiv., 363, 365, 370 et suiv., 461; III, 8, 29, 52, 57, 66,
+ 186; IV, 63, 223, 248 et suiv., 258 à 263, 282, 283.
+
+ La Valière (Jean-François de la Baume le Blanc, marquis de), II,
+ 28, 44.
+
+ La Valière (Louis-César de la Baume le Blanc, duc de), III, 197.
+
+ La Vauguyon (André de Betoulat, sieur de Fromenteau, comte de), I,
+ 70.
+
+ La Vergne (Marie Pena, femme d'Aymar de), mère de Mme de La
+ Fayette, I, 4.
+
+ La Vergne (Mlle de), comtesse de La Fayette. Voy. La Fayette (Mlle
+ de La Vergne, comtesse de).
+
+ La Vienne, barbier étuviste, III, 225, 228, 229, 236, 240.
+
+ La Vieuville (hôtel de), III, 499.
+
+ La Vieuville (René-François, marquis de), I, 293, 300, 315.
+
+ La Vieuville (Anne-Lucie de La Mothe-Houdancourt, femme du marquis
+ de), nièce du maréchal de La Mothe-Houdancourt, I, 293.
+
+ L'Avocat ou L'Advocat (Nicolas) de Sauveterre, II, 429.
+
+ L'Avocat (Marguerite Rouillé, femme de Nicolas), II, 429.
+
+ L'Avocat, maître des requêtes, fils de Nicolas L'Avocat, II, 429
+ et suiv.; III, 446, 482.
+
+ L'Avocat, maître des comptes, III, 480.
+
+ L'Avocat (Catherine), femme d'Arnauld de Pomponne, II, 429.
+
+ L'Avocat (N...), femme du marquis de Vins, II, 429.
+
+ Le Camus (l'abbé Etienne), aumônier du roi Louis XIV, puis
+ cardinal, I, 277 et suiv.
+
+ Le Clerc de Lesseville. Voy. Lesseville (Le Clerc de).
+
+ Le Coigneux (le président Jacques), I, 151.
+
+ Le Febvre de Bournonville (Nicolas), IV, 26.
+
+ Le Large (M.), médecin, II, 348.
+
+ Le Page, sieur de Saint-Loup. Voy. Saint-Loup.
+
+ Le Pelletier (le président Claude), et mieux Le Peletier, IV, 126.
+
+ Le Pelletier (Michel), ministre, _dit_ aussi Le Peletier de Sousy,
+ IV, 156.
+
+ Le Petit (Claude) ou Petit, III, 227.
+
+ Le Prevost (Jean), sieur de la Coutelaie, écuyer de la grande
+ écurie, II, 28.
+
+ Le Prévost (Françoise), femme de Laurent de La Valière, veuve de
+ P. Bénard, seigneur de Rezay, II, 27, 28, 34.
+
+ Le Tellier (Michel), chancelier de France, I, 47, 292; II, 22,
+ 131, 272, 390; III, 47, 364, 365.
+
+ Le Tellier (François-Michel), marquis de Louvois. Voy. Louvois
+ (François-Michel Le Tellier, marquis de).
+
+ Le Tellier (Anne de Souvré, femme de Fr. Michel). Voy. Louvois
+ (Anne de Souvré, marquise de).
+
+ Le Tellier (Madelaine Fare), 1re femme de Louis-Marie-Victor, duc
+ d'Aumont. Voy. Aumont (Madelaine, duchesse d').
+
+ Le Tellier (Madelaine), femme de Gabriel, marquis de Tilladet.
+ Voy. Tilladet (Gabriel de Cassagnet, marquis de).
+
+ Le Tellier (Charles-Maurice), archevêque de Reims, II, 266; III,
+ 454 et suiv., 483 et suiv., 499 et suiv., 509.
+
+ Le Vasseur, notaire, III, 213.
+
+ Le Vasseur (N..., femme du notaire), III, 213.
+
+ Le Veneur (Anne), femme de François de Fiesque, et non de Jacques
+ II d'Harcourt de Beuvron. Voy. Beuvron.
+
+ L..... (le comte de), mari de la comtesse de L..., aimée de Louis
+ XIV, IV, 17, 18, 38, 40, 42 et suiv., 50, 65, 66, 77, 78, 80 et
+ suiv., 108 à 122.
+
+ L... (la comtesse de), aimée de Louis XIV, IV, 5 à 122.
+
+ Laffemas (l'abbé N... de), I, 88.
+
+ Laguille (le P.), III, 70, 72, 73, 117.
+
+ Lalanne (Pierre de Cadillac, seigneur de). Voy. Cadillac (Pierre
+ de).
+
+ Laigues (Geoffroy, marquis de), I, 144, 145, 195, 409; II, 89, 90.
+
+ Lambert de Thorigny (Nicolas), IV, 129, 130.
+
+ Lambert de Thorigny (Marie-Madelaine Bontemps, femme de), IV, 129.
+
+ Lameth (Marie de), 1re femme de Louis-Charles, prince de
+ Courtenay. Voy. Courtenay (Marie de Lameth, femme de
+ Louis-Charles, prince de).
+
+ Lambert, commis de l'Epargne, I, 214, 215.
+
+ Langeais (René de Cordouan, marquis de Langeay ou), I, 361; II,
+ 436, 437; III, 187, 224.
+
+ Langeais (Marie de Saint-Simon-Courtaumer, 1re femme de René de
+ Cordouan, marquis de), puis femme de Jacques Nompar de Caumont,
+ duc de La Force, II, 436, 437; III, 186, 187, 202.
+
+ Lannoy ou Lanoye (Anne-Elisabeth de), femme de Henri-Roger Du
+ Plessis-Liancourt, comte de La Roche-Guyon. Voy. La Roche-Guyon
+ (Mme de).
+
+ Lansac (Gille de Saint-Gelais, marquis de), I, 315.
+
+ Lansac (Françoise de Souvré, femme de Gille de Saint-Gelais,
+ marquis de), I, 292.
+
+ Lansac (Marie-Madelaine de Saint-Gelais, fille du marquis de),
+ femme de Vassé. Voy. Vassé (marquise de).
+
+ Largille, I, 316.
+
+ Lasphrise (le capitaine), IV, 269.
+
+ Lauzun (Antoine Nompar de Caumont, marquis de Puyguilhem, comte
+ puis duc de), I, 65, 67, 130, 132 et suiv., 164; II, 35, 36, 72,
+ 73, 197 à 282, 364 à 400, 458, 459, 471 et suiv.; III, 9, 125,
+ 320; IV, 6, 73, 203, 280, 285, 286.
+
+ Lauzun (François, chevalier de), frère du duc, I, 135, 138.
+
+ Lauzun (Geneviève Marie de Durfort de Lorge, femme du duc de), IV,
+ 203.
+
+ Laval (Urbain de), marquis de Lezay, II, 426.
+
+ Laval (Françoise de Sesmaisons, femme d'Urbain de), II, 426.
+
+ Laval-Montmorency (Marie-Louise de), femme du duc de Roquelaure.
+ Voy. Roquelaure (Marie-Louise de Montmorency, duchesse de).
+
+ Lebrun (Charles), peintre, III, 20, 384.
+
+ Leclerc du Tremblay (Marie), femme de Louis d'Angennes, marquis de
+ Maintenon. Voy. Maintenon (Marie Leclerc du Tremblay, femme de
+ Louis d'Angennes de Rochefort de Salvert, marquis de).
+
+ Leganez (le marquis de), IV, 145.
+
+ Legendre (Marguerite Combefort, veuve de), 1re femme de Guillaume
+ Cornuel, I, 87.
+
+ Legendre (Mlle), fille de la 1re femme de Guillaume Cornuel, I,
+ 87.
+
+ Lenclos (Ninon de). Voy. Ninon.
+
+ Lenet (Pierre), conseiller d'Etat, I, 189, 214.
+
+ Lenoncourt (Madelaine de), 1re femme de Hercule de Rohan-Guemené,
+ duc de Montbazon. Voy. Montbazon (1re duchesse de).
+
+ Lenox (François-Marie Stuart, duc de Richmont et de), I, 238.
+
+ Léopold 1er, empereur d'Allemagne, IV, 200.
+
+ Lescalopier (Balthazar), président au parlement, I, 186, 315.
+
+ Lescalopier (Charlotte Germain, femme du président), I, 186, 315.
+
+ Lescuier (Claude), femme de Laurent Limosin, II, 46.
+
+ Lesdiguières (François de Bonne, 1er duc de), I, 406; III, 262.
+
+ Lesdiguières (Anne de La Magdelaine de Ragny, 2e femme de François
+ de Bonne, duc de), I, 271, 406; III, 238.
+
+ Lesdiguières (Charles-Nicolas de Bonne de), marquis de Ragny. Voy.
+ Ragny (Charles-Nicolas, marquis de).
+
+ Lesdiguières (François-Emmanuel de Bonne de Créqui, duc de), et
+ d'abord comte de Sault, II, 404, 405, 431; III, 188, 207, 208, 215
+ et suiv.
+
+ Lesdiguières (Paule-Marguerite-Françoise de Gondi de Retz, femme
+ de François-Emmanuel de Bonne de Créqui, duc de), II, 404; III,
+ 188, 215.
+
+ Lesparre (Louis de Madaillan de), marquis de Montataire, comte de
+ Manicamp, I, 151.
+
+ Lessay (Guillaume Briçonnet, seigneur de), III, 254.
+
+ Lesseville (Mlles Le Clerc de), I, 149.
+
+ Lethington, anglais, I, 296.
+
+ Leuville (René Olivier, marquis de), I, 315.
+
+ Levis-Charlus (famille de), II, 420.
+
+ Lezay (Suzanne de), femme d'Agrippa d'Aubigné. Voy. Aubigné
+ (Suzanne de Lezay, femme d'Agrippa d').
+
+ Liancourt (Roger du Plessis, duc de). Voy. La Roche-Guyon.
+
+ Libertat (Claire de), 2e femme de Gaspard, marquis de
+ Forbin-Janson. Voy. Forbin-Janson (marquise de).
+
+ Lignerac (famille Robert de), II, 420.
+
+ Lignerac (N... Robert, chevalier de), II, 451; III, 340.
+
+ Lignerac (N... Robert, abbé de), II, 420, 447, 451.
+
+ Ligny (? Philippe de), conseiller au parlement, I, 315.
+
+ Limoges (Charles-François de Rochechouart, marquis de Bellenave,
+ appelé comte de), I, 77.
+
+ Limosin (Laurent), sergent à verge, II, 46.
+
+ Liscouet (Guillaume du), père du chevalier, II, 420.
+
+ Liscouet (Marie Talhouet, femme de Guillaume du), II, 420.
+
+ Liscouet (Philippe-Armand, vicomte de Planches, chevalier du), II,
+ 420.
+
+ Liscouet (Marie-Angélique du), femme du financier Antoine-Arthur
+ Deschiens, II, 420.
+
+ Lislebonne (François-Marie de Lorraine, comte de), III, 198.
+
+ Lislebonne (Anne, légitimée de Lorraine, 2e femme de
+ François-Marie, comte de), III, 198; IV, 228.
+
+ Lissalde (le sieur de), valet de garde-robe de Louis XIV, IV, 26.
+
+ Longchêne (François de Bullion, marquis de), III, 302.
+
+ Longueil de Maisons (René), premier président de la cour des
+ Aides, président à mortier au Parlement de Paris, II, 41.
+
+ Longueil (Renée-Marie de), femme de M. de Rohan (Louis), II, 41.
+
+ Longueval-Manicamp (Gabrielle de), 3e femme du maréchal d'Estrées.
+ Voy. Estrées (Gabrielle de Longueval-Manicamp, 3e femme du
+ maréchal d'), III, 252.
+
+ Longueville (hôtel de), III, 499.
+
+ Longueville (Henri II d'Orléans duc de), I, 9, 168, 184, 186 et
+ suiv.; II, 402 à 420.
+
+ Longueville (Louise de Bourbon, fille du comte de Soissons, 1re
+ femme de Henri d'Orléans, duc de), I, 184.
+
+ Longueville (Anne-Geneviève de Bourbon-Condé, 2e femme de Henri
+ d'Orléans, duc de), I, 75, 168, 184, 187 et suiv., 194, 202, 252,
+ 415, 416; II, 197, 198, 402; IV, 267.
+
+ Longueville (Charles-Paris, d'abord comte de Saint-Paul, puis duc
+ de), II, 197, 198, 201, 219, 223, 248, 402; III, 226, 229, 305 et
+ suiv., 434, 465. Voy. aussi Saint-Paul (Charles-Paris
+ d'Orléans-Longueville, comte de).
+
+ Longueville (Louis-Charles d'Orléans, chevalier de), fils naturel
+ de Charles-Paris d'Orléans-Longueville et de la maréchale de La
+ Ferté, II, 411, 413, 414; III, 330, 331.
+
+ Longueville (Marie d'Orléans de Longueville, _dite_ Mlle de), qui
+ devint duchesse de Nemours, IV, 273.
+
+ Loret (Jean), auteur de la _Muze historique_, II, 123, 132, 146;
+ III, 121, 122; IV, 253, 273.
+
+ Lorge (Guy de Durasfort, duc et maréchal de), IV, 203.
+
+ Lorge (Gabrielle de Durasfort, fille du maréchal duc de), femme du
+ duc de Saint-Simon. Voy. Saint-Simon (Gabrielle de Durasfort de
+ Lorge, femme du duc de).
+
+ Lorge (Geneviève-Marie de Durasfort, fille du maréchal duc de),
+ femme du duc de Lauzun. Voy. Lauzun (Geneviève-Marie de Durasfort
+ de Lorge, femme du duc de).
+
+ Lorraine (François II, duc de), I, 290.
+
+ Lorraine (Marguerite de), femme de Gaston d'Orléans, fille de
+ François II de Lorraine. Voy. Orléans (Marguerite de Lorraine,
+ duchesse d').
+
+ Lorraine (Louis de), duc de Joyeuse, puis duc d'Angoulême, II, 73,
+ 74.
+
+ Lorraine (Nicolas-François, duc de), oncle du prince Charles IV,
+ II, 201.
+
+ Lorraine (Charles IV duc de), I, 144, 160; II, 201, 382; III, 198;
+ IV, 231.
+
+ Lorraine (Henri de), chef de la maison d'Armagnac (qui épousa
+ Marguerite de Camboust), III, 253.
+
+ Lorraine-Armagnac (Marguerite de Camboust, femme de Henri de),
+ III, 253.
+
+ Lorraine (Philippe, chevalier de), fils de Henri de Lorraine,
+ comte d'Armagnac, I, 113, 271; II, 363, 364, 370; III, 253.
+
+ Lorraine (Louis de), comte d'Armagnac, grand écuyer, III, 491,
+ 492.
+
+ Lorraine, comte d'Armagnac (Catherine de Neufville-Villeroy, femme
+ de Louis de), III, 491.
+
+ Lorraine (Henri de), comte de Briosne, fils de Louis de
+ Lorraine-Armagnac et de Catherine de Neuville-Villeroy. Voy.
+ Briosne (Henri de Lorraine, comte de).
+
+ Lorraine-Armagnac (Marie-Angélique-Henriette de), duchesse de
+ Cadaval. Voy. Cadaval (duchesse de).
+
+ Lorraine (Mlle d'Orléans, duchesse de), fille de Gaston, II, 28;
+ III, 240, 433.
+
+ Lorraine (Charles-Henri, légitimé de), prince de Vaudemont. Voy.
+ Vaudemont (Charles-Henri, légitimé de Lorraine, prince de).
+
+ Louis XI, III, 200, 356.
+
+ Louis XIII, I, 68, 115, 143, 175; III, 423; IV, 143, 151.
+
+ Louis XIV, ou le grand Alcandre ou _Deodatus_, I, VIII, 216 et
+ suiv., 226, 254, 255, 289 et suiv., 292, 310, 415; II, 1 à 25, 27
+ à 96, 99 à 111, 147 et suiv., 206, 219, 225, 228 et suiv.,
+ _passim_, 344, 352, 357, 361-473; III, 3 à 58, 66, 126 et suiv.,
+ 157 à 180, 185 et suiv., 209, 210, 211, 226, 279, 298, 320, 321,
+ 345, 346, 347, 358, 364, 365, 378, 391, 423, 452, 453, 467, 489,
+ 498 et suiv., 508, 509; IV, 5 à 122, 125 et suiv., 204, 215, 216,
+ 241, 245 et suiv., 257.
+
+ Louis, Dauphin de France. Voy. Dauphin.
+
+ Louis, fils de Laurent Limosin, et peut-être Louis de Bourbon, II,
+ 46.
+
+ Louis XV, IV, 211.
+
+ Louise de la Miséricorde, nom de Mme de la Valière au couvent des
+ Carmélites. Voy. La Valière (Mlle de).
+
+ Louison d'Arquien. Voy. Arquien (Louison d').
+
+ Louvigny (Antoine-Charles de Gramont, comte de), plus tard comte
+ de Guiche, puis duc de Gramont, I, 68, 136; II, 78, 173.
+
+ Louvigny (Marie-Charlotte de Castelnau, comtesse de), puis
+ comtesse de Guiche, et enfin duchesse de Gramont, I, 68.
+
+ Louvois (François-Michel Le Tellier, marquis de), I, 292; II,
+ 72-74, 266, 273, 344, 390, 391, 397, 398, 438, 439, 462, 463; III,
+ 16, 150, 358, 359, 363, 454, 488, 501 et suiv.; IV, 169, 175, 257,
+ 265.
+
+ Louvois (Anne de Souvré, marquise de), I, 292; II, 72-74; IV, 130.
+
+ Lude (Jean de Daillon du), tige de la famille, I, 320.
+
+ Lude (François de Daillon, comte du), gouverneur de Gaston
+ d'Orléans, I, 320.
+
+ Lude (Marie Feydeau, femme de François Daillon du), I, 320.
+
+ Lude (Henri de Daillon, comte, puis duc du), I, 65, 304, 306, 320
+ et suiv., 408; II, 390; III, 448, 449.
+
+ Lude (Eléonore de Bouillé, 1re femme de Henri de Daillon, comte
+ du), I, 321; III, 449.
+
+ Lude (Marguerite-Louise-Suzanne de Béthune-Sully, veuve du comte
+ de Guiche, 2e femme de Henri de Daillon, comte du), I, 321; III,
+ 449. Voy. aussi Guiche (Marguerite-Louise-Suzanne de
+ Béthune-Sully, femme du comte de).
+
+ Lude (Charlotte-Marie de Daillon du), marquise puis duchesse de
+ Roquelaure. Voy. Roquelaure (duchesse de), II, 72.
+
+ Ludres (Marie-Elisabeth de), chanoinesse de Poussay, I, 217; III,
+ 13, 29.
+
+ Luisa de Guzman, reine de Portugal, II, 296.
+
+ Lully (Jean-Baptiste), II, 352.
+
+ Luxembourg (François-Henri de Montmorency, maréchal de), mort en
+ 1695, et non en 1655, I, 135, 153, 154, 156; II, 186, 187, 188;
+ III, 189, 254; IV, 230, 231.
+
+ Luxembourg (Madelaine-Charlotte-Bonne-Thérèse de Clermont
+ Tonnerre, et non Catherine de Clermont Tallard, femme du maréchal
+ de), II, 187; III, 254.
+
+ Luxembourg (Charles-François-Frédéric de Montmorency, d'abord
+ appelé prince de Tingry, puis duc de), fils du maréchal de
+ Luxembourg, I, 296; IV, 138.
+
+ Luxembourg (Marie-Thérèse d'Albert, fille aînée du duc de
+ Chevreuse, 1re femme du précédent duc de), IV, 138.
+
+ Luxembourg (Marie Gilonne de Gillier de Clérambault, 2e femme du
+ précédent duc de), IV, 129, 138.
+
+ Luxembourg (le chevalier de), frère du prince de Tingry, et qui en
+ prit le nom à la mort de celui-ci. Voy. Tingry (Christian-Louis,
+ chevalier de Luxembourg, puis prince de), à la mort de son frère.
+
+ Luynes (hôtel de), III, 499.
+
+ Luynes (Charles d'Albert, duc et connétable de), I, 116, 143; II,
+ 47.
+
+ Luynes (Louis-Charles d'Albert, duc de), de Chevreuse et de
+ Chaulnes, II, 47.
+
+ Luynes (Anne de Rohan-Montbazon, 2e femme de Louis-Charles
+ d'Albert, duc de), I, 209.
+
+ Luynes (Charles-Honoré d'Albert, duc de), II, 47.
+
+ Luynes (Jeanne-Marie Colbert, femme de Charles-Honoré d'Albert,
+ duc de), II, 47, 48, 72; IV, 254, 255.
+
+ Lyonne (Hugues de), ministre, II, 272, 415, 471; III, 47, 210,
+ 217, 230, 263 et suiv.
+
+ Lyonne (Paule Payen, femme de Hugues de), III, 210 et suiv.; 279
+ et suiv.
+
+ Lyonne (Madelaine de), femme de François Annibal d'Estrées,
+ marquis de Coeuvres, II, 405.
+
+
+ Machault (M. de), conseiller à la Cour des Aides, I, 87.
+
+ Maçon, joaillier, III, 414.
+
+ Madaillan de Lesparre (Louis de), marquis de Montataire, comte de
+ Manicamp. Voy. Lesparre.
+
+ Madame (princesse palatine), I, 112.
+
+ Madame (Henriette d'Angleterre, duchesse d'Orléans, _dite_), I,
+ 65, 67, 138, 144, 150.
+
+ Mademoiselle de Montpensier. Voy. Montpensier (Mlle de).
+
+ Magdelaine de Ragny (Anne de La), femme de François de Bonne, duc
+ de Lesdiguières. Voy. Lesdiguières (Anne de La Magdelaine de
+ Ragny, duchesse de).
+
+ Maignelay (Antoinette de), dame de Cholet, maîtresse de François
+ II, duc de Bretagne, I, 252.
+
+ Maignelois. Voy. Maignelay.
+
+ Maillé (Urbain de), maréchal de Brézé. V. Brézé (maréchal de).
+
+ Maillé (Claire-Clémence de), princesse de Condé. Voy. Condé
+ (Claire-Clémence de Maillé, femme de Louis II, princesse de).
+
+ Maine (Louis-Auguste de Bourbon, duc du), fils de Louis XIV et de
+ Mme de Montespan, II, 378, 471; III, 130, 134, 189, 331, 472.
+
+ Maine (Louise-Bénédictine de Bourbon-Condé, femme de Louis-Auguste
+ de Bourbon, duc du), III, 198.
+
+ Maintenon (famille d'Angennes de), III, 135.
+
+ Maintenon (Louis d'Angennes de Rochefort de Salvert, marquis de),
+ baron de Meslay, père de Charles-François, III, 135.
+
+ Maintenon (Marie Leclerc du Tremblay, femme de Louis d'Angennes de
+ Rochefort-Salvert, marquis de), III, 135.
+
+ Maintenon (Charles-François d'Angennes, marquis de), fils des
+ précédents, III, 135.
+
+ Maintenon (Françoise d'Aubigné, veuve de Scarron, marquise de), I,
+ 10, 40, 72, 146, 305, 306, 314; II, 412, 465; III, 61 et suiv.,
+ 157 à 177, 190, 193 et suiv., 466, 470, 474; IV, 120 et suiv.,
+ 210 et suiv., 256, 279, 283.
+
+ Maistre (Joseph de), I, 217.
+
+ Malebranche (le P. Nicolas), III, 47.
+
+ Malherbe (François), I, 115.
+
+ Malicorne (M. de), écuyer du duc de Guise, I, 185, 405.
+
+ Mallet (?.....), I, 316.
+
+ Mancini (Hieronyme Mazarini, femme de Michel Laurent), soeur du
+ cardinal Mazarin, I, 283 et suiv.
+
+ Mancini (Hortense), duchesse de Mazarin. Voy. Mazarin (Hortense
+ Mancini, femme de Armand-Charles de la Porte de la Meilleraye, duc
+ de).
+
+ Mancini (Olympe), femme d'Eugène-Maurice de Savoie, comte de
+ Soissons. Voy. Soissons (Olympe Mancini, comtesse de).
+
+ Mancini (Laure-Victoire), femme de Louis de Vendôme, duc de
+ Mercoeur. Voy. Mercoeur (Laure Mancini, duchesse de).
+
+ Mancini (Marianne). Voy. Bouillon (Marie-Anne ou Marianne Mancini,
+ femme de Godefroy-Maurice, duc de).
+
+ Mancini (Marie), connétable Colonna, I, 31, 217; II, 1 à 25, 31,
+ 48. Voy. en outre: Colonna (Marie Mancini, connétable).
+
+ Mancini (Alphonse), mort à 14 ans, I, 284, 285.
+
+ Mancini (Philippe de), duc de Nevers et de Donzy. Voy. Nevers (duc
+ de).
+
+ Manicamp (famille et terre de), I, 151.
+
+ Manicamp (comte de). Voy. Lesparre (Louis de Madaillan de).
+
+ Manicamp (Achille de Longueval, seigneur de), maréchal de camp,
+ père de Bernard de Manicamp, I, 68; III, 252.
+
+ Manicamp (Bernard de Longueval, marquis de), fils d'Achille de
+ Manicamp, I, 13, 63 et suiv. _passim_, 79, 80, 81, 82, 124 et
+ suiv., 137, 277 et suiv., 301; II, 146 et suiv.; III, 253, 348 et
+ suiv.
+
+ Manicamp (Gabrielle de Longueval, fille d'Achille de), 3e femme du
+ maréchal d'Estrées, I, 151; II, 146.
+
+ Manicamp (... de Longueval, demoiselle de), religieuse, I, 69.
+
+ Manneville (Louis de), seigneur d'Auzonville, de la maison de
+ Roncherolles, I, 301; IV, 151.
+
+ Manneville (Catherine de), fille du précédent et de Suzanne de
+ Séricourt, I, 295, 297 et suiv.
+
+ Mansart (François), architecte, III, 384; IV, 169.
+
+ Mantoue (Ferdinand-Charles de Gonzague IV, duc de), IV, 146.
+
+ Mar (comte de), I, 296.
+
+ Marans (Françoise de Montallais, comtesse de), I, 264.
+
+ Marchand (Anne), 1re femme de Constant d'Aubigné. Voy. Aubigné
+ (Anne Marchand, femme de Constant d').
+
+ Marcillac. Voy. Marsillac.
+
+ Maré (Joseph Rouxel, comte de), III, 240.
+
+ Maré (Marie-Louise Rouxel de Grancey, femme de Joseph Rouxel,
+ comte de), III, 240, 426 et suiv.
+
+ Marginor (?) I, 316.
+
+ Marie, entrepreneur du Pont-Marie, III, 360.
+
+ Marie de Médicis, II, 154.
+
+ Marie d'Angleterre, femme de Guillaume, prince d'Orange. Voy.
+ Orange (Marie d'Angleterre, femme de Guillaume, prince d').
+
+ Marie-Thérèse d'Autriche, infante d'Espagne, femme de Louis XIV,
+ II, 16, 24, 29, 32, 43, 49, 53, 57, 58, 60, 61, 65, 70, 71, 77,
+ 90, 102, 105, 107, 109, 111, 153, 219, 222, 229, 237, 239, 244,
+ 265, 268; III, 13, 14, 185; IV, 6, 8, 31, 61, 78, 85, 151, 252,
+ 258, 263, 264.
+
+ Marillac (Louis, maréchal de), I, 170.
+
+ Marillac (Valence de), baronne d'Attichy. Voy. Attichy (baronne
+ d').
+
+ Marsillac (François VI de La Rochefoucauld, prince de), puis, à
+ partir de 1650, duc de La Rochefoucauld. Voy. La Rochefoucauld.
+
+ Marsillac (François VII de La Rochefoucauld, prince de), II, 457,
+ 458, 460, 461, 462, 467; IV, 79, 80. Voy. aussi La Rochefoucauld
+ (François VII de).
+
+ Marion Delorme (Marie de Lou, demoiselle de l'Orme, _dite_), I,
+ 51.
+
+ Marinier, commis de Colbert, IV, 169.
+
+ Martinozzi (Anne-Marie), qui devint princesse de Conti. Voy. Conti
+ (Anne-Marie Martinozzi, princesse de).
+
+ Mastas ou Matha (Charles de Bourdeilles, comte de). Voy. Matha.
+
+ Matha ou Mastas (Charles de Bourdeilles, comte de), I, 188; II,
+ 341, 348.
+
+ Matignon (famille de), I, 147.
+
+ Maubuisson (Catherine-Angélique, abbesse de), fille naturelle
+ d'Henri d'Orléans, duc de Longueville, I, 184, 185.
+
+ Maulevrier (Charles-Robert de La Marche, comte de), I, 316.
+
+ Mauny (Charlotte Brûlart, marquise et non comtesse de), III, 251.
+
+ Maure (Louis de Rochechouart, fils de Gaspard, frère de Gabriel de
+ Rochechouart, comte de), I, 170, 199; II, 100.
+
+ Maure (Anne Doni d'Attichy, comtesse de), I, 170, 171, 172; II,
+ 100, 102, 103; IV, 265, 268, 278.
+
+ Mazarin (le cardinal), I, VIII, 31, 55, 58, 69, 74, 75, 116, 137,
+ 141, 143, 147, 179, 180, 183 et suiv., 203, 204, 212, 217, 226,
+ 231, 233, 240, 248, 255, 256, 262, 263, 278, 279 et suiv., 291,
+ 298, 320; II, 3 et suiv., 29, 31, 32, 147, 154, 187, 200; III,
+ 478; IV, 245.
+
+ Mazarin (Armand-Charles de la Porte de la Meilleraie, duc de), II,
+ 69; III, 465.
+
+ Mazarin (Hortense Mancini, duchesse de), femme du précédent, I,
+ 37, 238, 257, 284 et suiv.; II, 3; IV, 80, 262.
+
+ Meaux du Fouilloux (Bénigne de), marquise d'Alluye. Voy. Alluye
+ (Benigne de Meaux du Fouilloux, marquise d').
+
+ Meckelbourg ou Mecklembourg-Schwerin (Christian-Louis, duc de), I,
+ 157, 158, 264; III, 472.
+
+ Mecklembourg (Isabelle-Angélique de Montmorency-Boutteville, veuve
+ du duc de Châtillon, puis duchesse de). Voy. Châtillon (duchesse
+ de).
+
+ Medavy (... de Rouxel de), I, 315.
+
+ Meilhan (Sénac de). Voy. Senac de Meilhan.
+
+ Melun (le comte de), IV, 128.
+
+ Melun (Alexandre-Guillaume de), prince d'Epinay. Voy. Epinay.
+
+ Menage (Gilles), I, 306, 323.
+
+ Menandor, nom patronymique de la maison de Gramont, I, 139.
+
+ Ménardeau, sieur de Champré (Henri). I, 410. Voy. aussi Champré
+ (Ménardeau, sieur de).
+
+ Meneville (Mlle de). Voy. Manneville.
+
+ Mercoeur (Louis de Vendôme, duc de), I, 54, 68, 151; II, 354; III,
+ 197.
+
+ Mercoeur (Laure-Victoire Mancini, duchesse de), I, 54, 283 et
+ suiv.; III, 197.
+
+ Méré (César Brossin, chevalier de), III, 74, 352.
+
+ Mérille (le docteur), précepteur du grand Condé, I, 32, 37.
+
+ Meslay (Louis d'Angennes de Rochefort de Salvert, marquis de
+ Maintenon, baron de). Voy. Maintenon (Louis d'Angennes de
+ Rochefort de Salvert, marquis de).
+
+ Mesmes (Marie de la Vallée-Fossez, marquise de), belle-mère du
+ comte, puis duc de Vivonne, 2e femme du président Henry de Mesmes,
+ sieur de Roissy, I, 286.
+
+ Mesmes (Antoinette-Louise de), femme de Louis-Victor de
+ Rochechouart, comte puis duc de Vivonne. Voy. Vivonne (comtesse
+ de).
+
+ Métézeau (Clément), architecte, III, 499.
+
+ Meunier (le P.), jésuite, IV, 158.
+
+ Mignard (Pierre), peintre, III, 312, 499; IV, 226 et suiv.
+
+ Mignard (la), courtisane, III, 229.
+
+ Miossens, maréchal d'Albret. Voy. Albret (maréchal d').
+
+ Miossens (François-Amanieu d'Albret, frère du maréchal d'Albret,
+ comte de), I, 185, 188; III, 73.
+
+ Miossens (Elisabeth de Pons du Bourg, femme de François-Amanieu
+ d'Albret, comte de), I, 185.
+
+ Miossens, bâtard d'Albret, I, 75.
+
+ Modène (Alphonse d'Este IV, duc de), I, 283 et suiv.
+
+ Modène (Laure Martinozzi, duchesse de), I, 283 et suiv.
+
+ Modène (Marie-Béatrix de), fille du duc et de Mlle Martinozzi,
+ femme de Jacques II, roi d'Angleterre, I, 283 et suiv.
+
+ Molé de Champlatreux (le président Jean-Louis), I, 231.
+
+ Molé de Champlatreux (Madelaine Garnier, femme de), II, 337.
+
+ Molière (Jean-Baptiste Poquelin), I, 65, 134, 193, 198, 312; III,
+ 226; IV, 31, 32, 228.
+
+ Molière (Armande-Grésinde-Claire-Elisabeth Béjart, femme de), I,
+ 65, 134.
+
+ Molina (la señora), II, 62, 63, 68, 167.
+
+ Monaco (Louis Grimaldi, prince de), duc de Valentinois, II, 73.
+
+ Monaco (Catherine-Charlotte de Gramont, duchesse de), I, 134, 136,
+ 138, 217; II, 78, 365 à 370.
+
+ Monglas. Voy. Montglas.
+
+ Monnerot, partisan, II, 349.
+
+ Monsieur (Philippe de France, _dit_), duc d'Anjou. Voy. Orléans
+ (Philippe de France, duc d'Anjou, puis duc d').
+
+ Montaigu (Edme, lord), I, 256 et suiv.
+
+ Montaigu (M. de), fils de mylord Montaigu, I, 256 et suiv.
+
+ Montal (Charles de Montsaunin, comte du ou de), IV, 210, 211, 231.
+
+ Montalais (N... de Bérard, d{lle} de) ou Montalet, II, 54, 151,
+ 152, 153, 155, 158, 161, 162, 163, 164, 165, 166, 172, 174, 175,
+ 176.
+
+ Montalembert (Louise de), femme de P. de Cadillac, seigneur de
+ Lalanne. Voy. Cadillac (Louise de Montalembert, femme de Pierre
+ de).
+
+ Montandré (Dubosc, s{r} de), I, 271.
+
+ Montataire (Louis de Madaillan de Lesparre, marquis de), comte de
+ Manicamp, I, 151.
+
+ Montauban (J.-B. Armand de Rohan, prince de), III, 504, 505, 506.
+ Voy aussi: 1º Guémené; 2º Montbazon; 3º Rohan.
+
+ Montauban (Charlotte Bautru, veuve du marquis de Rannes, femme de
+ Jean-Baptiste-Armand de Rohan, prince de), III, 504, 507, 508.
+
+ Montausier (Charles de Sainte-Maure, marquis, puis duc de), I,
+ 413; II, 53, 271, 272, 273, 374, 421; III, 197.
+
+ Montausier (Julie-Lucine d'Angennes de Rambouillet, marquise, puis
+ duchesse de), I, 136, 413; II, 53, 60, 75 à 79, 83, 84, 379, 381;
+ IV, 260.
+
+ Montbazon. Voy. aussi: 1º Guémené; 2º Montauban; 3º Rohan.
+
+ Montbazon (Hercule de Rohan, duc de), I, 143, 145, 207 et suiv.;
+ II, 47; III, 146.
+
+ Montbazon (Madeleine de Lenoncourt, 1re femme de Hercule de
+ Rohan-Guémené; duc de), I, 207.
+
+ Montbazon (Marie de Bretagne d'Avaugour, 2e femme d'Hercule de
+ Rohan-Guémené, duc de), I, 78, 188, 207 et suiv., 235, 252; III,
+ 146.
+
+ Montbazon (Louis VII de Rohan, prince de Guémené, duc de), II, 33,
+ 34, 41.
+
+ Montbazon (Charles de Rohan, prince de Guémené, duc de), père du
+ prince de Montauban, fils de Louis VII de Guémené, III, 504, 505.
+
+ Montbazon (Jeanne-Armande de Schomberg, fille du premier maréchal
+ de ce nom et d'Anne de la Guiche, femme de Charles de Rohan,
+ prince de Guémené, duc de), I, 209; III, 504, 505.
+
+ Montbazon (Mlle de), fille d'Hercule et de Marie de Lenoncourt,
+ mariée au duc de Chevreuse. Voy. Chevreuse, et aj.: I, 209, 295.
+
+ Montbazon (Mlle de), fille d'Hercule et de Marie d'Avaugour, I,
+ 209.
+
+ Montbeliard (George, prince de Wirtemberg, baron de). Voy.
+ Wirtemberg.
+
+ Montenac (N... de), I, 20.
+
+ Montespan (Henri-Louis de Pardaillan de Gondrin, marquis de), II,
+ 362, 363, 374; III, 465, 467.
+
+ Montespan (Françoise-Athénaïs de Rochechouart de Mortemart, femme
+ de Louis-Henri de Pardaillan de Gondrin, marquis de), dite aussi
+ _Astérie_, _Quanto_, etc., I, 47, 217, 285; II, 36, 74, 100, 161,
+ 169, 260, 261, 361 à 396, 411, 455 et suiv.; III, 4 et suiv., 20,
+ 29, 66, 126 et suiv., 158 à 177, 423, 467, 470, 472; IV, 63 et
+ suiv., 71, 73, 81, 85, 99 à 122, 151, 163, 187, 264, 283 et suiv.
+
+ Monteval (M. de), I, 316.
+
+ Montglas (François de Paule de Clermont, marquis de), I, 328.
+
+ Montglas (Cécile-Elisabeth Hurault de Chiverny, marquise de), I,
+ VIII, 68, 182, 304, 306, 316, 320.
+
+ Montjeu (marquisat de), I, 148.
+
+ Montjeu ou Montdejeu (Nicolas-Jeannin de Castille, marquis de), I,
+ 24. Voy. Jeannin de Castille (Nicolas).--_Nota._ A la note de la
+ p. 24, § 4, effacer la citation de Loret, qui ne parle pas du
+ marquis de Montjeu dans la lettre citée.
+
+ Montjeu (Anne Dauvet des Marets, femme de Jeannin de Castille,
+ marquis de), I, 149.
+
+ Montjeu (Mlle de), fille de Jeannin de Castille, marquis de
+ Montjeu, I, 148.
+
+ Montlouet (famille d'Angennes de), III, 135.
+
+ Montluc (famille de), II, 407.
+
+ Montluc (Henri d'Escoubleau, marquis de), frère du marquis
+ d'Alluye, I, 301.
+
+ Montluc (Jeanne de), comtesse de Carmain ou Cramail. Voy. Sourdis
+ (Jeanne de).
+
+ Montmorency (Henri de), père de Mme de Ventadour (femme d'Anne de
+ Levis-Ventadour) et de la princesse de Condé, femme d'Henri de
+ Bourbon, père du grand Condé, II, 440.
+
+ Montmorency (Marguerite de), femme d'Anne de Levis, duc de
+ Ventadour. Voy. Ventadour (Marguerite de Montmorency, duchesse
+ de).
+
+ Montmorency (Henri II, duc de), I, 115, 305, 315.
+
+ Montmorency-Boutteville (Isabelle-Angélique de), duchesse de
+ Châtillon, puis de Mecklembourg et non de Wurtemberg, comme il a
+ été dit vº Chastillon (duchesse de).
+
+ Montmorency (François-Henri de), qui épousa Madelaine-Claire de
+ Clermont-Luxembourg, III, 491.
+
+ Montmorency (Madelaine-Claire de Clermont-Luxembourg, femme de
+ François-Henri de), III, 491.
+
+ Montmorency-Laval (Marie-Louise de), femme du duc de Roquelaure.
+ Voy. Roquelaure (Marie-Louise de Laval-Montmorency, duchesse de).
+
+ Montmorillon (N. de), I, 306.
+
+ Montmoron (Charles de Sévigné, comte de), conseiller au parlement
+ de Rennes, I, 408.
+
+ Montmort (Anne Habert de), veuve du maréchal de Thémines, femme de
+ François-Annibal d'Estrées, maréchal de France. Voy. Estrées
+ (maréchale d').
+
+ Monmouth (le duc de), I, 41.
+
+ Montpensier (Marie-Louise d'Orléans, duchesse de), I, 4, 5, 52,
+ 100, 130 et suiv., 160, 215, 221, 238, 290, 295, 328, 329; II, 28,
+ 102, 103, 168, 197 à 282, 361, 373, 378, 381 à 400, 471 et suiv.;
+ IV, 286.
+
+ Montrésor (Claude de Bourdeilles, comte de), I, 315, 415.
+
+ Montrevel (Ferdinand de la Baume, comte de), I, 20.
+
+ Montsoreau (Bernard, comte de), I, 212.
+
+ Montsoreau (Marie-Geneviève de Chambes, comtesse de), femme de
+ Louis-François, marquis de Sourches. Voy. Sourches.
+
+ Montsoreau (Jean du Bouchet, marquis de Sourches, comte de), I,
+ 212.
+
+ Moreil (M. de), I, 316.
+
+ Moret (Jacqueline de Bueil, comtesse de), femme de René II du
+ Bec-Crespin, marquis de Vardes. Voy. Vardes (René II du
+ Bec-Crespin, marquis de).
+
+ Moret (Antoine de Bourbon, comte de), fils naturel de Jacqueline
+ de Bueil et de Henri IV, I, 146, 270; II, 61.
+
+ Mornay (famille de), branche d'Ambleville et Villarceaux, I, 151.
+
+ Mornay (Louis de), marquis de Villarceaux. Voy. Villarceaux.
+
+ Mornay-Villarceaux (Charlotte de), 2e femme du maréchal de
+ Grancey. Voy. Grancey (Charlotte de Mornay, 2e femme du maréchal
+ de).
+
+ Mortecelle (la présidente de), I, 254.
+
+ Mortemart (Gabriel de Rochechouart, duc de), I, 170; II, 74, 362.
+
+ Mortemart (Diane de Grandseigne, femme de Gabriel de Rochechouart,
+ marquis de), II, 362.
+
+ Mortemart (Françoise-Athénaïs de Rochechouart, Mlle de). Voy.
+ Montespan (marquise de).
+
+ Morus (le pasteur Alexandre), II, 30.
+
+ Motteville (Françoise Bertaut, femme du président de), I, 263.
+
+ Mouy ou Movy (Mme de), I, 78, 207.
+
+ Mouchette, chevau-léger, I, 214.
+
+ Mouchy (Catherine de), soeur du maréchal d'Hocquincourt, 1re femme
+ du maréchal de Grancey. Voy. Grancey (Catherine de Mouchy, 1re
+ femme du maréchal de).
+
+ Moyset, neveu du partisan Catelan, I, 89.
+
+ Munster (Christophe-Bernard van Galen, prince-évêque de), I, 77.
+
+
+ Nangis (François de Brichanteau, marquis de), I, 406.
+
+ Nangis (Marie de Bailleul, marquise de), puis marquise d'Uxelles.
+ Voy. Uxelles (marquise d').
+
+ Nantes (Mlle de), femme du duc de Bourbon. Voy. Bourbon (duchesse
+ de), et ajoutez: IV, 138.
+
+ Napoléon Ier, I, 305.
+
+ Nardy (l'abbé), II, 348.
+
+ Nassau (Guillaume-Henri de), prince d'Orange. Voy. Orange
+ (Guillaume-Henri de Nassau, prince d').
+
+ Navailles (Philippe de Montault-Bénac, marquis, puis, en 1658, duc
+ de), I, 62, 226; II, 59, 63, 168; IV, 266.
+
+ Navailles (Suzanne de Beaudean de Neuillant, duchesse de), I, 226,
+ 292, 403; II, 59, 168; III, 117.
+
+ Navailles (Diane de), 2e femme de René de Cordouan, marquis de
+ Langeais, II, 436, 437.
+
+ Navarret (la Petit, femme de), I, 89.
+
+ Nelguin (Mme), I, 238.
+
+ Nemours (Henri II de Savoie, duc de), I, 56, 75, 160 et suiv., 166
+ et suiv., 172, 175, 181, 188, 192 et suiv., 202 et suiv., 210 et
+ suiv., 216, 416.
+
+ Nemours (Mlle d'Aumale et non Mlle de), III, 126.
+
+ Nemours (Marie d'Orléans-Longueville, duchesse de), I, 160, 168.
+
+ Nerestang (Achille, marquis de), III, 352.
+
+ Neubourg (Philippe-Guillaume de Bavière, duc de), II, 201.
+
+ Neubourg (Anne de), femme de François Poussart, marquis du Vigean.
+ Voy. Vigean (du).
+
+ Neuillant (Françoise Tiraqueau, comtesse de), III, 72, 117.
+
+ Neuillant (Suzanne de Beaudean, Mlle de), duchesse de Navailles,
+ Voy. Navailles.
+
+ Nevelet (Marie), femme de Jean II du Bouchet, marquis de Sourches,
+ I, 212.
+
+ Nevers (Charles de Gonzague-Clèves, duc de). Voy. Gonzague-Clèves
+ (Charles de), duc de Nevers.
+
+ Nevers (Philippe de Mancini, duc de), I, 277 et suiv.
+
+ Nevers (Diane-Gabrielle de Damas de Thianges, femme de Philippe de
+ Mancini, duc de), I, 283 et suiv.
+
+ Nicolaï (Antoine de), président de la cour des comptes, I, 270.
+
+ Nicolaï (Marie Amelot, femme du président Antoine de), I, 270.
+
+ Ninon de Lenclos, I, 16, 40, 47, 62, 75, 155, 200, 271, 295, 312
+ et suiv.
+
+ Noailles (Anne, comte, puis premier duc de), II, 465; III, 58.
+
+ Noailles (Louise Boyer, femme d'Anne, duc de), I, 295; II, 465.
+
+ Noailles (Anne-Jules, comte d'Ayen, puis duc de), fils aîné des
+ précédents, II, 465.
+
+ Noailles (Marguerite-Thérèse de Rouillé, veuve du marquis
+ Jean-François de), 3e femme du duc de Richelieu, I, 72.
+
+ Noailles (Louis-Antoine, cardinal de), IV, 184.
+
+ Nogent (Nicolas Bautru, comte de), III, 392, 504.
+
+ Nogent (Marie Coulon, femme de Nicolas Bautru, comte de), III,
+ 504. Voy. Bautru.
+
+ Nogent (Armand de Bautru, comte de), beau-frère de Lauzun, II,
+ 412; III, 322.
+
+ Nogent (Diane-Charlotte de Caumont, soeur de Lauzun, femme
+ d'Armand de Bautru, comte de), II, 222, 248, 320, 381, 388; III,
+ 322, 392.
+
+ Nointel (Louis de Bechameil, marquis de). Voy. Bechameil (Louis
+ de).
+
+ Noirmoutier (Louis II de la Trémouille, marquis, puis duc de), I,
+ 144; III, 334.
+
+ Noirmoutier, (Renée-Julie Aubery, femme de Louis II de La
+ Trémouille, marquis de), III, 334, 336.
+
+ Northumberland (Anne Wriothesley, comtesse de), I, 257.
+
+ Nouveau (Catherine de Gérard, femme de Jérôme de), I, 24.
+
+ Novion (Nicolas Pothier, sieur de), premier président au
+ parlement, I, 25, 148.
+
+
+ Ogier (François), I, 207.
+
+ Oignon (le comte d'). Voy. Foucault (le maréchal), comte du
+ Dognon.
+
+ Ollier (Louise), femme du président Ardier. Voy. Ardier.
+
+ Olonne (Louis de la Trémouille, comte d'), I, 6, 38, 78, 274; II,
+ 350, 353; III, 296 et suiv.
+
+ Olonne (Catherine-Henriette d'Angennes de La Loupe, comtesse d'),
+ I, 4, 5, 69 et suiv., 146, 149, 232, 233, 243, 265 et suiv., 414;
+ II, 169, 403; III, 280 et suiv., 393 et suiv., 472.
+
+ Olympe (Mme), III, 97. Voir p. 76: «une dame d'un château voisin.»
+
+ Oradour (Georges de Bermondet, baron d'), II, 337.
+
+ Oradour (Françoise Garnier, femme de M. d'), II, 337.
+
+ Oraison (marquis d'), III, 409.
+
+ Oraison (Madeleine d'), femme de Jacques-Louis, duc de Caderousse.
+ Voy. Caderousse.
+
+ Orange (Guillaume de Nassau, prince d'), père de Guillaume-Henri,
+ IV, 231.
+
+ Orange (Guillaume-Henri de Nassau, prince d'), IV, 144, 155, 157,
+ 231.
+
+ Orgères (Madelaine Garnier, veuve d'), II, 337.
+
+ Orléans (Gaston de France, duc d'), I, 12, 54, 75, 180, 185, 186,
+ 193, 208, 263, 290, 300, 303, 329, 404.
+
+ Orléans (Marguerite de Lorraine, femme de Gaston d'), I, 290.
+
+ Orléans (Mlle d'), duchesse de Lorraine. Voy. Lorraine (Mlle
+ d'Orléans, duchesse de).
+
+ Orléans (Philippe de France, duc d'Anjou, puis duc d'), dit
+ _Monsieur_, I, 63, 64, 65, 111, 112 et suiv., 227, 264, 289, 297;
+ II, 42, 61, 99, 102, 147 et suiv., 201, 219, 236, 248, 262, 265,
+ 268, 363, 364, 370, 386 391; III, 9, 239, 240, 253, 309, 432, 474;
+ IV, 205, 231, 253, 274, 280, 288.
+
+ Orléans (Henriette d'Angleterre, 1re femme de Philippe, duc d'),
+ _dite_ Madame, I, 65, 67, 138, 144, 150, 217, 263, 271, 297; II,
+ 28, 36, 40, 41, 42, 43, 57, 61 et suiv., 78 et suiv., 92 et suiv.,
+ 99 et suiv., 145 et suiv., 219, 261, 391, 455; III, 13, 432; IV,
+ 251, 253, 262 et suiv., 276.
+
+ Orléans (Elisabeth-Charlotte de Bavière, comtesse palatine du
+ Rhin, 2e femme de Philippe d'Orléans), _dite_ Madame, I, 296; III,
+ 13, 14, 16, 54.--N. B. A la p. 54, t. III, lire ce nom, au lieu
+ de Marie-Anne-Christine-Victoire de Bavière; IV, 216, 274, 288.
+
+ Orléans (Marie-Louise d'), reine d'Espagne, III, 432, 433.
+
+ Orléans (Philippe d'), régent de France, IV, 227, 274.
+
+ Orval (François de Béthune, comte d'), I, 315.
+
+ Osereux (Nicolas Viole, seigneur d'). Voy. Viole (Nicolas).
+
+ Outrelaise (Mlle Magdeleine d'), [parente de Fiesque], I, 300.
+
+
+ Paget (Jacques), maître des requêtes, I, 16, 17, 18, 19, 21, 28,
+ 274; II, 349.
+
+ Paget (Anne Gelée, femme de Jacques), I, 16.
+
+ Palatin (Edouard de Bavière, prince). Voy. Bavière (Edouard de),
+ prince palatin.
+
+ Palatine (Anne de Gonzague-Clèves, princesse). Voy. Bavière (Anne
+ de Gonzague, femme d'Edouard de), princesse palatine. Ajoutez: IV,
+ 254, 255.
+
+ Palatine (princesse), _dite_ Madame. Voy. Orléans
+ (Charlotte-Elisabeth de Bavière, 2e femme de Philippe, duc d').
+
+ Palluau, maréchal de Clérambault. Voy. Clérambault (maréchal de).
+
+ Pamphilio (Gerolamo), III, 48.
+
+ Pardaillan de Gondrin (Roger-Hector de), père de Henri-Louis de
+ Pardaillan de Gondrin, marquis de Montespan, II, 362.
+
+ Pardaillan de Gondrin (Marie-Christine Zamet, femme de
+ Roger-Hector de), II, 362.
+
+ Pardaillan de Gondrin (Henri-Louis de), marquis de Montespan. Voy.
+ Montespan (marquis de).
+
+ Pardaillan de Gondrin, (Louis-Antoine de), duc d'Antin, fils de
+ Henri-Louis de Pardaillan de Gondrin, marquis de Montespan. Voy.
+ Antin (duc d').
+
+ Parthenay (Charlotte de), dame de Genouillé, femme de Jean-Jacques
+ de Pons, marquis de La Caze, I, 185.
+
+ Pascal, père de Blaise, I, 89.
+
+ Pascal (Blaise), I, 95; IV, 88.
+
+ Pegelin, et Pegevin, pour Puiguilhem. Voy. Lauzun.
+
+ Peguilhem. Voy. Lauzun.
+
+ Peguilin. Voy. Lauzun.
+
+ Perrault (Charles), IV, 129.
+
+ Perrier (François), peintre, III, 312.
+
+ Perrot (Marthe), 1re femme de Claude Cornuel, I, 87.
+
+ Persan (Henri de Vaudetar, baron de), I, 295.
+
+ Petersfield (Mlle de Keroualles, baronne de). Voy. Keroualles
+ (Mlle de).
+
+ Petit (Claude) ou Le Petit, Voy. Le Petit (Claude).
+
+ Petit (la), belle-soeur du partisan Catelan, femme de Navarret, I,
+ 89.
+
+ Phelippeaux (Louis), de Pontchartrain, père de Louis II; mari de
+ Suzanne Talon, IV, 156.
+
+ Phelippeaux de Pontchartrain (Suzanne Talon, femme de Louis I de),
+ IV, 156.
+
+ Phelippeaux (Anne), femme de Léon Le Bouthillier de Chavigny. Voy.
+ Chavigny (Anne Phelippeaux, femme de Léon de).
+
+ Phelippeaux (Isabeau), femme du marquis d'Humières, mère du
+ maréchal duc d'Humières. Voy. Humières (Isabeau Phelippeaux,
+ marquise d').
+
+ Phelippeaux de la Vrillière (Marie), femme de Jean-Claude de
+ Rochechouart. Voy. Rochechouart (Marie Phelippeaux, femme de
+ Jean-Claude de), II, 100.
+
+ Philippe III, roi d'Espagne, IV, 257.
+
+ Philippe IV, roi d'Espagne, I, 62; IV, 246, 247.
+
+ Pianezza (Charles de Simiane, marquis de), IV, 146.
+
+ Piennes (Louis de Brouilly, marquis de), I, 52; II, 72.
+
+ Piennes (marquise de). Voy. Fiesque (comtesse de).
+
+ Pilou (Anne Baudesson, femme de Jean), I, 20.
+
+ Pimentel (Antonio), ambassadeur d'Espagne, II, 29.
+
+ Pisieux (Mme de). Voy. Puysieux.
+
+ Plas (Aimée-Eléonore de), femme de Rigaud de Scorailles, comte de
+ Roussille, II, 459.
+
+ Plessis (Louise de Bellenave, comtesse du), marquise de
+ Clérambault. Voy. Clérambault (marquise de).
+
+ Plessis-Bellière (Jacques de Rougé, sieur du), III, 496.
+
+ Plessis-Bellière (Suzanne de Bruc, femme de Jacques de Rougé,
+ sieur du), II, 356; III, 496.
+
+ Plessis-Chivray (Henri du), I, 245.
+
+ Plessis-Chivray (Françoise-Marguerite du), femme du maréchal de
+ Grammont, II, 35.
+
+ Plessis-Guénégaud (Henri du), III, 371.
+
+ Plessis-Guénégaud (Isabelle de Choiseul-Praslin, femme d'Henri
+ du), III, 371.
+
+ Plessis-Guénégaud (Claire-Bénédictine du), femme du duc de
+ Caderousse. Voy. Caderousse (Claire-Bénédictine du
+ Plessis-Guénégaud, femme du duc de).
+
+ Plessis-Liancourt (du). Voy. La Roche-Guyon (duc de).
+
+ Plessis (du), valet de chambre du duc d'Aumont, III, 487.
+
+ Polignac (Anne de), maréchale de Châtillon, I, 176.
+
+ Polignac (Jacqueline du Roure, 3e femme de Louis-Armand de), mère
+ du suivant, III, 503, 504.
+
+ Polignac (Sidoine-Apollinaire-Gaspard-Scipion, marquis de), III,
+ 503, 504, 507, 508.
+
+ Polignac (Marie-Armande de Rambures, femme du précédent marquis
+ de), III, 495 et suiv., 508, 509.
+
+ Polignac (Antoinette de), fille de Louis-Armand de Polignac et de
+ sa première femme, Suzanne des Serpens de Gondras, III, 503.
+
+ Pommereuil (François de), présid{t} au Grand-Conseil, I, 328, 406.
+
+ Pommereuil (Denise de Bordeaux, femme du président de), I, 306,
+ 406.
+
+ Pommereuil (Hippolyte, fils du président de), I, 328.
+
+ Pomponne (Simon Arnauld, marquis de). Voy. Arnauld (Simon),
+ marquis de Pomponne, et ajoutez: IV, 156, 179.
+
+ Pons (Jean-Jacques de), marquis de La Caze, I, 185.
+
+ Pons (Judith de), fille de Jean-Jacques, marquis de La Caze, et de
+ Charlotte de Parthenay, I, 185.
+
+ Pons (marquis de), II, 380.
+
+ Pons du Bourg (Elisabeth de), femme de François-Amanieu d'Albret,
+ comte de Miossens. Voy. Miossens.
+
+ Pons (Anne Poussart du Vigean, veuve de François-Amanieu d'Albret,
+ sire de), remariée au duc de Richelieu, I, 71, 72, 295, 403, 405,
+ 406.
+
+ Pons (Bonne Poussart du Vigean de), femme de Sublet d'Heudicourt,
+ soeur cadette d'Anne de Pons, duchesse de Richelieu. Voy.
+ Heudicourt.
+
+ Pons (Mlle de) [aimée du duc de Guise], II, 93, 107.
+
+ Pons (Armand de Bouthillier de Chavigny, seigneur de). Voy.
+ Chavigny (Armand de Bouthillier de).
+
+ Pontcarré (Pierre Camus de). Voy. Camus de Pontcarré (Pierre).
+
+ Pontchartrain (Louis Phelippeaux de), ministre, en 1695, IV, 156,
+ 167 et suiv., 196.
+
+ Pont-de-Courlay (René de Vignerot, sieur du), I, 71.
+
+ Pont-de-Courlay (Françoise du Plessis de Richelieu, femme de René
+ de Vignerot, sieur du), I, 71.
+
+ Porstmouth (Mlle de Keroualles, duchesse de). Voy. Keroualles (M.
+ de).
+
+ Pot (Claude), seigneur de Rhodes, II, 74.
+
+ Pot (Anne-Louise-Henriette de La Châtre, femme de Claude), II, 74.
+
+ Potemkin (Pierre), I, 137, 138.
+
+ Potier (Bernard-François), duc de Gesvres. Voy. Gesvres
+ (Bernard-François Potier, duc de).
+
+ Pradel (Abraham du), I, 321.
+
+ Précy (Mme de), I, 319, 326 et suiv, 404.
+
+ Princesse (madame la). Voy. Condé (princesse de).
+
+ Prud'homme, barbier-étuviste, III, 225, 226.
+
+ Puisieux, Voy. Puysieux.
+
+ Pulner (Roger), comte de Castle-Maine. Voy. Castle-Maine.
+
+ Pussort (Henri), conseiller d'Etat, IV, 156.
+
+ Puygarreau (René Gillier de), sieur de Clérembault. Voy.
+ Clérembault (René Gillier de Puygarreau, sieur de).
+
+ Puylaurens (Antoine de Laage, marquis, puis duc de), III, 253.
+
+ Puysieux (Pierre Brûlart, marquis de Sillery, vicomte de), I, 43,
+ 220.
+
+ Puysieux (Charlotte d'Etampes de Valençay, femme de Pierre
+ Brûlart, vicomte de), I, 220, 221, 223 et suiv., 258, 407; II,
+ 197.
+
+
+ _Quanto_, surnom de Mme de Montespan. Voy. Montespan (Mme de).
+
+ Quentine, femme de chambre de Mme d'Olonne, I, 17, 124, 127.
+
+ Quervalle (Mlle de). Voy. Keroualles (Mlle de).
+
+ Quillet (l'abbé Claude), I, 183.
+
+ Quinault (Philippe), III, 226.
+
+ Quintin (Suzanne de Montgommery, comtesse de), II, 420.
+
+
+ Rabutin, page de la princesse de Condé, I, 240.
+
+ Rabutin (Louise de). Voy. Alets (comtesse d').
+
+ Rabutin (Roger de), comte de Bussy. Voy. Bussy (Roger de Rabutin,
+ comte de).
+
+ Racan (Honoré de Bueil, marquis de), I, 8.
+
+ Racine (Jean), I, 298.
+
+ Ragny (Anne de La Magdelaine de), duchesse de Lesdiguières. Voy.
+ Lesdiguières (Anne de la Magdelaine de Ragny, 2e femme de François
+ de Bonne de Créqui, duc de).
+
+ Ragny (Charles-Nicolas de Bonne de Lesdiguières, marquis de), III,
+ 238.
+
+ Raguenet (l'abbé François), I, 187.
+
+ Rambouillet (hôtel de), I, 40, 136, 144, 320; III, 499.
+
+ Rambouillet (famille d'Angennes de), III, 135.
+
+ Rambouillet (Charles d'Angennes, marquis de), I, 244.
+
+ Rambouillet (Catherine de Vivonne-Pisani, femme de Charles
+ d'Angennes, marquis de), III, 121.
+
+ Rambouillet (Julie-Lucine d'Angennes de), marquise de Montausier.
+ Voy. Montausier (marquise de).
+
+ Rambouillet (Angélique-Claire d'Angennes, Mlle de), depuis
+ comtesse de Grignan, I, 328.
+
+ Rambures (René, marquis de), III, 392.
+
+ Rambures (Marie Bautru, femme de René, marquis de), belle-mère du
+ duc de Caderousse, II, 417; III, 392 et suiv., _passim_.
+
+ Rambures (Marie-Renée de), 2e femme du duc de Caderousse. Voy.
+ Caderousse (Marie-Renée de Rambures, 2e femme du duc de).
+
+ Rambures (Mlle de), Mme de Polignac. Voy. Polignac (Marie-Armande
+ de Rambures, femme de Sidoine-Apollinaire-Gaspard-Scipion de).
+
+ Ramsay (François de), I, 187.
+
+ Rancé (Armand Jean de Bouthillier, abbé de), I, 209.
+
+ Rannes (Nicolas d'Angennes, marquis de), III, 504, 505.
+
+ Rannes (Charlotte Bautru, femme de Nicolas d'Angennes, marquis
+ de), puis princesse de Montauban. Voy. Montauban (Charlotte
+ Bautru, duchesse de).
+
+ Rassan (Anne-Elisabeth de), marquise de Castellane, puis marquise
+ de Ganges. Voy. Ganges (marquise de).
+
+ Rassé (le sieur de), un des huissiers de Louis XIV, IV, 27.
+
+ Ravelot (Henriette-Catherine de Gramont, femme d'Alexandre de
+ Canonville, marquis de Raffetot et non), I, 136.
+
+ Relabbé (M. de), II, 352.
+
+ Renard (le jardin de), aux Tuileries, I, 76, 154; II, 4, 5.
+
+ Renaudot (Théophraste), II, 134.
+
+ Resnel (Clermont de). Voy. Clermont (maison de).
+
+ Retz (Paul de Gondi, coadjuteur de Paris, cardinal de), I, 144,
+ 145, 166, 182, 193 et suiv., 226, 231, 306, 320, 406, 413; II,
+ 404; III, 215.
+
+ Rezay (Pierre Bénard, seigneur de), conseiller au parlement, II,
+ 28.
+
+ Richelieu (Armand du Plessis, cardinal de), I, 58, 83, 88, 136,
+ 144, 293; II, 50, 51, 341, 380; IV, 212.
+
+ Richelieu (Françoise du Plessis), soeur du cardinal, femme de René
+ de Vignerot, sieur du Pont-de-Courlay. Voy. Pont-de-Courlay.
+
+ Richelieu (J.-B. Amador de Vignerot du Plessis, marquis de), I,
+ 71, 290, 291; II, 50.
+
+ Richelieu (Jeanne-Baptiste de Beauvais, marquise de), II, 51.
+
+ Richelieu (Armand-Jean de Vignerod du Plessis, duc de), I, 58; II,
+ 380, 381.
+
+ Richelieu (Anne de Pons, fille de François Poussart, sieur de Fors
+ ou Faure, marquis du Vigean, veuve de François Amanieu d'Albret,
+ sire de Pons, marquis de Marennes, puis femme d'Armand du Plessis,
+ duc de), I, 71, 155, 158, 184, 185, 200; II, 51, 380.
+
+ Richelieu (Anne-Marguerite d'Acigné, 2e femme du duc de), I, 72.
+
+ Richelieu (Marguerite-Thérèse de Rouillé, veuve du marquis de
+ Noailles, 3e femme du duc de), I, 72.
+
+ Richmont (François-Marie Stuart, duc de), I, 225, 238.
+
+ Richou (l'abbé), I, 328.
+
+ Richou ou Richoux, I, 182.
+
+ Ricousse ou Ricoux, mari de Mlle Bordeaux, I, 182, 201, 205, 241
+ et suiv.
+
+ Ricoux (N... Bordeaux, femme de). Voy. Bordeaux ou Bourdeaux (Mlle
+ de), femme de Ricoux.
+
+ Rigaud (Hyacinthe), III, 312.
+
+ Rigny (Basile Fouquet, abbé de). Voy. Fouquet (Basile).
+
+ Riom (M. de), neveu de Lauzun, I, 133.
+
+ Roannez (duché de), II, 400, 401.
+
+ Roannez (duc de). Voy. La Feuillade et Gouffier (Artus).
+
+ Robert (Louis), président en la Cour des comptes, III, 467.
+
+ Robinet (Charles), _dit_ du Laurens, I, 227.
+
+ Rochechouart (Jean-Claude de), II, 100.
+
+ Rochechouart (René de), père de Gaspard de Rochechouart, II, 100.
+
+ Rochechouart (Gaspard de), père de Gabriel de Rochechouart, II,
+ 100.
+
+ Rochechouart (Gabriel de), père de Mme de Montespan, II, 100.
+
+ Rochechouart (Françoise-Athénaïs de), femme de Henri-Louis de
+ Pardaillan de Gondrin, marquis de Montespan. Voy. Montespan
+ (marquise de).
+
+ Rochechouart (Marie-Madeleine-Gabrielle de), abbesse de
+ Fontevrault, III, 10.
+
+ Rochefort de Salvert (famille d'Angennes de), III, 135.
+
+ Rochefort de Salvert (Louis d'Angennes de), marquis de Maintenon.
+ Voy. Maintenon (Louis d'Angennes de Rochefort de Salvert, marquis
+ de).
+
+ Rochefort (Henri-Louis d'Aloigny, marquis de), III, 363.
+
+ Rohan. Voy. aussi: 1º Guemené, 2º Montauban, 3º Montbazon.
+
+ Rohan (Marguerite de Béthune-Sully, femme du duc Henri II de) I,
+ 75, 252.
+
+ Rohan (Henri Chabot, seigneur de Saint-Aulaye et de Montlieu, mari
+ de Marguerite, duchesse de Rohan, et, par suite, duc de
+ Rohan-Chabot), I, 49; II, 47; III, 146.
+
+ Rohan (Marguerite, duchesse de), femme de Henri Chabot, II, 47;
+ III, 146.
+
+ Rohan-Guemené (Hercule de), duc de Montbazon. Voy. Montbazon (duc
+ de).
+
+ Rohan (Marie de), femme de Charles d'Albert de Luynes, puis
+ duchesse de Chevreuse. Voy. Chevreuse (duchesse de).
+
+ Rohan-Chabot (Louis, duc de), fils de Henri Chabot et de
+ Marguerite de Rohan, I, 270.
+
+ Rohan-Chabot (Marie-Elisabeth du Bec-Crespin, fille du marquis de
+ Vardes, duchesse de), I, 270.
+
+ Rohan (Tancrède de), I, 31, 147; II, 47.
+
+ Rohan (Louis, chevalier de), grand veneur de France, fils de Louis
+ VII de Rohan-Guemené, duc de Montbazon, I, 209; II, 41, 464; III,
+ 506.
+
+ Rohan (Renée-Marie de Longueil, femme de Louis, chevalier de
+ Rohan, dit monsieur de). Voy. Longueil (Renée-Marie de).
+
+ Rohan-Montauban. Voy. Montauban.
+
+ Roquelaure (Antoine, baron de), maréchal de France, I, 163.
+
+ Roquelaure (Gaston-Jean-Baptiste, marquis de Biran, duc à brevet
+ de), fils du Maréchal, I, 68, 163, 164, 165, 179, 289, 407; II,
+ 71, 88, 100, 106, 107, 425, 426, 431, 447, 448 et suiv.; III, 238,
+ 363 et suiv.
+
+ Roquelaure (Marie-Louise de Laval, duchesse de), femme de
+ Gaston-Jean-Baptiste-Antoine, marquis de Biran, puis duc de
+ Roquelaure, I, 165, 217; II, 426, 448; III, 451, 461; IV, 138.
+
+ Roquelaure (Antoine, chevalier de), I, 153, 163, 164.
+
+ Roquelaure (Gaston-Jean-Baptiste-Antoine, marquis de Biran, puis
+ duc de), fils de Gaston Jean-Baptiste, I, 165, 166; II, 425; III,
+ 353 et suiv.; IV, 138, 262. Voy. Biran.
+
+ Roquelaure (Charlotte-Marie de Daillon du Lude, marquise, puis
+ duchesse de), I, 111, 112, 165, 321; II, 72, 448; III, 420.
+
+ Roquelaure (M. de la Tour-). Voy. La Tour-Roquelaure.
+
+ Roquette (l'abbé Gabriel de), plus tard évêque d'Autun, I, 12.
+
+ Rosmadec (Sébastien de), II, 469.
+
+ Rosmadec (Catherine-Gasparde de Scorailles, femme de Sébastien
+ de), II, 469.
+
+ Rosny (Marie-Antoinette Servien, marquise de), I, 254.
+
+ Rotondis (M. de), II, 154.
+
+ Rou (Jean), II, 437; III, 227.
+
+ Rougé (Catherine de), femme du maréchal de Créqui. Voy. Créqui
+ (Catherine de Rougé, maréchale de).
+
+ Rouillé (Marguerite-Thérèse de), veuve du marquis de Noailles, 3e
+ femme du duc de Richelieu. Voy. Richelieu (Marguerite-Thérèse de
+ Rouillé, duchesse de). Voy. aussi II, 429, Rouillé (Marguerite,
+ femme de Nicolas L'Avocat).
+
+ Roucy ou Roussy (François de Roye de La Rochefoucauld, comte de),
+ III, 366 et suiv., 426 et suiv., 461, 476.
+
+ Roure (Louis-Scipion III de Grimoard de Beauvoir, comte du),
+ marquis de Grisac, etc., III, 186, 187.
+
+ Roure (Marie-Anne-Louise de Caumont La Force, femme de Louis
+ Scipion, marquis du), III, 185 à 204.
+
+ Roussille (Rigaud de Scorailles, comte de), père de Mlle de
+ Fontanges, II, 459.
+
+ Roussille (Aimée-Eléonore de Plas, femme de Jean Rigaud de
+ Scorailles, comte de), II, 459.
+
+ Roussillon (Nicolas de Changi, comte de), I, 315.
+
+ Rouville (François, comte et non marquis de), I, 51, 91, 208, 315,
+ 316.
+
+ Rouxel (Guillaume), père du comte de Maré et du maréchal de
+ Grancey, III, 240.
+
+ Rouxel de Grancey. Voy. Grancey (Rouxel de).
+
+ Rouxel de Maré. Voy. Maré (Rouxel de).
+
+ Royan (François de la Tremouille, marquis de), plus tard comte
+ d'Olonne, I, 274; III, 334, [frère de Louis, comte d'Olonne]. Voy.
+ ce nom.
+
+ Royan (César-Joseph de la Trémouille, chevalier de), frère de
+ Louis, comte d'Olonne, III, 334, 335.
+
+ Royan (Yolande-Julie de La Tremouille, femme de François de La
+ Tremouille, marquis de), III, 334, 335, 336.
+
+ Russell (... Wriothesley, lady), I, 257.
+
+
+ Saint-Aignan, I, XIII; II, 8, 9, 10, 17, 19, 24, 28, 40, 42, 43,
+ 45, 51 et suiv., 83, 84, 111; III, 14, 15, 18, 20, 21, 30, 41; IV,
+ 26, 252, 254, 259, 265.
+
+ Saint-Chamans (famille de Lignerac-), II, 420.
+
+ Saint-Charles (le P. Alexandre de), III, 158.
+
+ Saint-Chaumont (Henry Mitte de Miolans, marquis de), I, 135.
+
+ Saint-Chaumont (Suzanne-Charlotte de Gramont, femme de Henry Mitte
+ de Miolans, marquis de), fille d'Antoine II, comte de Gramont, I,
+ 135, 263, 295.
+
+ Sainte-Maure (Charles de), marquis de Montausier. Voy. Montausier
+ (marquis de).
+
+ Sainte-Maure (Claude de), seigneur du Fougeray, III, 197.
+
+ Sainte-Maure (Honoré, comte de), III, 197.
+
+ Saint-Evremont (Charles-Marguerite de Saint-Denys de), I, 6, 37,
+ 225; II, 73.
+
+ Saint-Faron (Pierre de Bullion, abbé de), I, 306.
+
+ Saint-Gelais (Marie-Madelaine de), fille du marquis de Lansac,
+ femme du marquis de Vassé. Voy. Vassé (marquise de).
+
+ Saint-Georges (Clermont de), Voy. Clermont (maison de).
+
+ Saint-Géran (Jean-François de La Guiche, seigneur de), II, 55.
+
+ Saint-Germain-Beaupré (Henri Foucault, marquis de), I, 300.
+
+ Saint-Germain-Beaupré (Agnès de Bailleul, marquise de), I, 300,
+ 412.
+
+ Saint-Hermine (... de Villette, mariée à M. de), III, 69, 119.
+
+ Saint-Hilaire (Mlle de), actrice, II, 159.
+
+ Saint-Just (Savary, sieur de). Voy. Savary, sieur de Saint-Just.
+
+ Saint-Lary (maison de), III, 465.
+
+ Saint-Loup (Le Page, financier, sieur de), I, 405.
+
+ Saint-Loup (Mlle de La Roche-Pozay, femme de Le Page, sieur de),
+ I, 11, 147, 300, 405.
+
+ Saint-Maigrin. Voy. Saint-Mesgrin.
+
+ Saint-Mars (M. de), gouverneur de la citadelle de Pignerolles. II,
+ 398.
+
+ Saint-Mesgrin (Jacques de Stuart de Caussade, marquis de), I, 240.
+
+ Saint-Mesgrin (Marie de Stuart de Caussade, Mlle de), I, 75, 403,
+ 404.
+
+ Saint-Paul (Charles-Paris d'Orléans-Longueville, comte de), IV,
+ 267. Voy. Longueville (Charles-Paris, d'abord comte de Saint-Paul,
+ puis duc de).
+
+ Saint-Remy (Françoise Le Prévost, veuve de Laurent de La Baume Le
+ Blanc, seigneur de La Valière). Voy. Le Prévost (Françoise), femme
+ du sieur de La Valière.
+
+ Saint-Sacrement (Anne du). Voy. Viole (Anne).
+
+ Saint-Simon (Claude, duc de), I, 271, 315; IV, 203.
+
+ Saint-Simon (Louise de Crussol, veuve d'Antoine de Budos, marquis
+ de Portes, femme de Charles, marquis de), belle-soeur et
+ belle-mère du duc Claude de Saint-Simon, I, 254.
+
+ Saint-Simon, M{is} de Courtaumer (Claude-Antoine de), III, 202.
+
+ Saint-Simon-Courtaumer (Marie de), séparée du marquis de Langeais,
+ femme de Jacques Nompar de Caumont, duc de La Force. Voy. Langeais
+ et La Force (Marie de Saint-Simon Courtaumer, séparée du marquis
+ de Langeais, femme de Jacques Nompar de Caumont, duc de).
+
+ Saint-Simon (Gabrielle de Durfort de Lorge, femme du duc de), IV,
+ 203.
+
+ Sainte-Maure (le comte de), IV, 229.
+
+ Saint-Villiers (Barbe de), femme de Roger Pulner, comte de
+ Castlemaine, puis comtesse de Southampton et duchesse de
+ Cleveland, I, 238.
+
+ Sablé (Madeleine de Souvré, marquise de), I, 171; II, 102; IV,
+ 130.
+
+ Sablé (Louis-François Servien, fils d'Abel, marquis de), III, 230
+ et suiv.
+
+ Sacrement (Anne du Saint-). Voy. Viole (Anne).
+
+ Salins (N..., femme de Garnier de), belle-soeur de Suzanne
+ Garnier, comtesse de Brancas, I, 232.
+
+ Sallé (Jacques), maître des Comptes, III, 446.
+
+ Sallé (Jeanne Le Meusnier, femme de Jacques), III, 446, 447.
+
+ Salm (Charles-Théodore-Othon, prince de), II, 48.
+
+ Sarrazin ou Sarrasin (Jean-François), I, 139.
+
+ Saucourt (marquis de). Voy. Soyecourt (marquis de).
+
+ Sault (François-Emmanuel de Bonne de Créqui, duc de Lesdiguières,
+ et d'abord comte de). Voy. Lesdiguières (François-Emmanuel de
+ Bonne de Créqui, duc de).
+
+ Sault (Paule-Marguerite-Françoise de Gondi de Retz, femme de
+ François-Emmanuel de Bonne de Créqui, comte de, puis duc de
+ Lesdiguières).--Voy. Lesdiguières (Paule-Marguerite-Françoise de
+ Gondi de Retz, femme de François-Emmanuel de Bonne de Créqui,
+ d'abord c{te} de Sault, puis duc de).
+
+ Sautour (Charlotte, fille de madame de Cézy, de la maison de
+ Harlay, mariée à François des Essarts, sieur de), I, 91.
+
+ Savary (Pierre-Philémond), sieur de Saint-Just et de
+ Boutervilliers, grand-maître des eaux et forêts de Normandie, IV,
+ 128.
+
+ Savary, sieur de Saint-Just (Angélique Le Cordier du Tronc, femme
+ de), IV, 128. et suiv. Voy. Tron (Angélique Le Cordier du).
+
+ Savignac (Sylvestre de Crugy, comte de Marcillac, devenu s{r} de
+ Savignac par son mariage avec Marie-Anne de Benevant, dame de), I,
+ 315.
+
+ Savoie (Christine de France, duchesse de). Voy. Christine de
+ France, duchesse de Savoie.
+
+ Savoie (Charles-Amédée de), frère de Henri II de Savoie, duc de
+ Nemours, I, 168; II, 201.
+
+ Savoie (la princesse Marguerite de), II, 29.
+
+ Savoie (le prince Eugène de). Voy. Eugène (le prince), IV, 145,
+ 146.
+
+ Savoie (Adélaïde-Henriette de), femme de Ferdinand-Marie, duc de
+ Bavière. Voy. Bavière (Adélaïde-Henriette de Savoie, femme de
+ Ferdinand-Marie, duc de), IV, 274.
+
+ Savoie (Victor-Amédée-François II, duc de), IV, 145, 146.
+
+ Scarron de Vaures (Catherine), femme d'Antoine, maréchal duc
+ d'Aumont, II, 439.
+
+ Scarron (Paul), le poète, I, 58; III, 73, 117, 118 et suiv., 169,
+ 171 et suiv.
+
+ Scarron (Françoise d'Aubigné, femme de). Voy. Maintenon (Mme de).
+
+ Scarron (Céleste), soeur du poète, III, 121.
+
+ Scarron (N...), femme non avouée du duc de Tresmes, III, 119.
+
+ Schomberg (Henri, comte de Nanteuil, 1er maréchal de), I, 209.
+
+ Schomberg (Anne de La Guiche, femme du 1er maréchal de), I, 209.
+
+ Schomberg (Jeanne-Armande de), fille du 1er maréchal de ce nom et
+ d'Anne de La Guiche, femme de Charles de Rohan, prince de Guéméné,
+ duc de Montbazon, fils du duc de Montbazon et de Marie de
+ Lenoncourt. Voyez Montbazon (Jeanne-Armande de Schomberg, femme de
+ Charles de Rohan, prince de Guéméné, duc de).
+
+ Schomberg (Jeanne de), ép. séparée de François de Cossé, comte de
+ Brissac, remariée à Roger du Plessis-Liancourt, duc de La
+ Roche-Guyon, marquis de Liancourt et de Guercheville, I, 141.
+
+ Schomberg (Charles, duc d'Hallewin, maréchal de), I, 140, 404.
+
+ Sciroeste (Mlle), I, 151.
+
+ Scorrailles (Rigaud de), comte de Roussille, père de Mlle de
+ Fontanges, II, 459.
+
+ Scorrailles (Catherine-Gasparde de), femme de Sébastien de
+ Rosmadec. Voy. Rosmadec (Catherine-Gasparde de).
+
+ Scorrailles (Marie-Angélique de), Mlle de Fontanges; Voy.
+ Fontanges.
+
+ Scorrailles (Jeanne de), abbesse de Chelles. II, 469; III, 52.
+
+ Scorrailles (Louis-Léger de), abbé de Valloire, II, 469.
+
+ Scudéry (Mlle Magdeleine de), I, 290; II, 135.
+
+ Segrais (Louis-Renaud de), I, 131, 328; II, 266.
+
+ Seguier (Charlotte), femme de Maximilien-François de Béthune, duc
+ de Sully, II, 183.
+
+ Seguier (le chancelier Pierre), I, 89, 256, 315; II, 183; III, 47.
+
+ Seguier (la R. M. Jeanne), religieuse carmélite, soeur du
+ chancelier, I, 256.
+
+ Seguier (Marie), 1re femme de Louis-Charles d'Albert, duc de
+ Luynes, II, 47.
+
+ Seiglière (Joachim), sieur de Boisfranc. Voy. Boisfranc (Joachim
+ Seiglière, sieur de).
+
+ Sénac de Meilhan, I, 227.
+
+ Serignan (M. de), III, 177.
+
+ Servien (famille), III, 47.
+
+ Servien (Abel), III, 230.
+
+ Sesmaisons (Françoise de), femme d'Urbain de Laval, marquis de
+ Lezay.
+
+ Sévigné (Henri, marquis de), I, 312 et suiv., 408.
+
+ Sévigné (Marie de Rabutin-Chantal, femme de Henri, marquis de), I,
+ 73, 152, 187, 304, 325, 408; II, 266.
+
+ Sévigné de Montmoron (Charles de). Voy. Montmoron.
+
+ Sévigny (Le Picard, marquis de), III, 352.
+
+ Sezanne (Louis-François d'Harcourt de Beuvron, comte de), fils de
+ François d'Harcourt, marquis de Beuvron et d'Angélique Fabert,
+ veuve de Charles Brûlart, marquis de Genlis, I, 7.
+
+ Sillery (Nicolas Brûlart, marquis de), garde des sceaux,
+ chancelier de France, I, 43, 150, 220, 232, 233.
+
+ Sillery (Louis Roger Brûlart, marquis de), I, 39, 43, 44, 45.
+
+ Sillery (Marie-Charlotte, fille de François V de La Rochefoucault,
+ femme de Louis Roger Brûlart, marquis de).
+
+ Sillery (Fabien Brûlart de), évêque de Soissons, 6e fils du
+ marquis Louis Brûlart de Sillery et de Marie-Charlotte de La
+ Rochefoucauld, I, 44.
+
+ Sillery (le chancelier et non le chevalier), I, 43. Voy. Sillery
+ (Nicolas Brûlart, marquis de).
+
+ Sillery (Achille Brûlart, _dit_ le chevalier de), chevalier de
+ Malte, aide de camp de Turenne, 5e fils du marquis Louis Roger de
+ Sillery, I, 44.
+
+ Sillery (Mlle de), une des quatre filles du marquis Louis Roger
+ Brûlart de Sillery, I, 44.
+
+ Simiane (Charles de), marquis de Pianezza, IV, 146.
+
+ Soissons (hôtel de), II, 293.
+
+ Soissons (Eugène-Maurice de Savoie, comte de), I, 208, 226; II,
+ 71, 168, 182.
+
+ Soissons (Olympe Mancini, femme d'Eugène-Maurice de Savoie, comte
+ de), I, 66, 226, 263, 283 et suiv., 292, 301; II, 47, 48, 52, 55,
+ 71, 104, 145, 148, 154, 161, 166, 168, 174, 180; IV, 254, 255,
+ 258.
+
+ Soissons (Louis-Thomas de Savoie, comte de), fils d'Eugène-Maurice
+ et d'Olympe Mancini, I, 73.
+
+ Soissons (Uranie de la Cropte de Beauvais, femme de Louis-Thomas
+ de Savoie, comte de), I, 72, 73; III, 54.
+
+ Solas (le chevalier de), III, 352.
+
+ Somon (?), I, 316.
+
+ Sorel (Charles), IV, 181.
+
+ Soubise (François de Rohan, prince de), 2e fils d'Hercule de
+ Montbazon, I, 91; II, 72, 74; III, 146.
+
+ Soubise (Anne de Rohan-Chabot, princesse de Soubise, femme de
+ François de Rohan, prince de Soubise), I, 217; II, 47, 48, 72, 74;
+ III, 146, 147; IV, 254, 255.--Voy. _la Préface_.
+
+ Souches (M. de), capitaine des gardes suisses de Gaston d'Orléans,
+ I, 212.
+
+ Sourches (Jean du Bouchet, marquis de), comte de Montsoreau, grand
+ prévôt de France, I, 212, 259, 260.
+
+ Sourches (Marie Nevelet, femme de Jean du Bouchet, marquis de), I,
+ 212.
+
+ Sourches (Dominique du Bouchet, fils aîné de Jean, marquis de), I,
+ 212.
+
+ Sourches (Louis-François du Bouchet, marquis de), 2e fils de Jean
+ du Bouchet, marquis de Sourches, I, 212.
+
+ Sourches (Marie-Geneviève de Chambes, femme de Louis-François,
+ marquis de), I, 212.
+
+ Sourdis (famille de), II, 407.
+
+ Sourdis (François d'Escoubleau, cardinal de), III, 475.
+
+ Sourdis (Isabelle Escoubleau de), femme de Martin Ruzé, marquis
+ d'Effiat, II, 406.
+
+ Sourdis (Charles d'Escoubleau, marquis de), gouverneur d'Orléans,
+ I, 91, 323; II, 42, 80, 103; IV, 252.
+
+ Sourdis (Jeanne de Montluc et de Foix, comtesse de Carmain ou
+ Cramail, princesse de Chabannois, femme de Charles, marquis de),
+ I, 91, 322, 323, 404.
+
+ Sourdis (Paul d'Escoubleau de), marquis d'Alluye, fils de Charles,
+ marquis de Sourdis, I, 299.
+
+ Sourdis (?) (Mme de), I, 404. N. B. Au lieu de Sourdis, il faut
+ lire Précy, Mme de Sourdis (Jeanne de Montluc) étant morte âgée en
+ 1657, et celui de ses fils qui porte le nom de Sourdis, François,
+ n'étant pas encore marié à l'époque où fut écrit ce pamphlet.
+
+ Southampton (comtesse de). Voy. Saint-Villiers (Barbe de).
+
+ Souvré (Gilles, maréchal de), IV, 130.
+
+ Souvré (Anne de), maréchale d'Humières. Voy. Humières (Anne de
+ Souvré, maréchale d').
+
+ Souvré (commandeur Jacques de), I, 62.
+
+ Soyecourt (Maximilien de Belleforière, marquis de), I, 63, 318,
+ 361; II, 40, 41, 464; III, 508.
+
+ Spencer (Robert), I, 219.
+
+ Spencer (Anne Digby, femme de Robert), I, 219.
+
+ Spinchal (M. de). Voy. Espinchal.
+
+ Stuart (Françoise-Thérèse), femme de Charles Stuart, duc de
+ Richemont et de Lenox, I, 238.
+
+ Stuart (l'abbé d'Aubigny, de la maison des), I, 225.
+
+ Suard (N... Panckoucke, Mme), III, 73.
+
+ Sully (Maximilien-François de Béthune, duc de), II, 183.
+
+ Sully (Charlotte Seguier, femme de Maximilien-François de Béthune,
+ duc de), II, 183.
+
+ Sully (Marguerite de Béthune-), duchesse de Rohan, I, 75.
+
+ Sunderland (comte de), I, 258.
+
+ Surville (Charles-Louis d'Hautefort, marquis de), I, 316.
+
+ Surville, cadet d'Hautefort, (Anne-Louise-Julie de Crevant
+ d'Humières, veuve du marquis de Vassé, vidame du Mans, femme du
+ marquis de), I, 316.
+
+
+ Talhouet (Marie de), femme de Guillaume du Liscouet, II, 420.
+
+ Tallard (Maison de Clermont-). Voy. Clermont-Tallard.
+
+ Tallard (Roger d'Hostun, comte de), père du maréchal, III, 228.
+
+ Tallard (Catherine de Bonne, femme de Roger, comte de), III, 228.
+
+ Tallard (Camille d'Hostun, comte de Haston, marquis de la Baume,
+ comte, puis maréchal de), III, 228, 229, 244, 261, 330, 352, 426
+ et suiv.
+
+ Talon (Suzanne), femme de Louis Phelippeaux de Pont-Chartrain, IV,
+ 156.
+
+ Tambonneau (Michel), président de la chambre des comptes, II, 72,
+ 73.
+
+ Tancrède de Rohan Voy. Rohan (Tancrède de).
+
+ Tardieu (le lieutenant criminel), III, 362.
+
+ Tarente (Charles-Belgique-Hollande de la Trémouille, prince de),
+ II, 80.
+
+ Tarente (Madeleine de Créqui, femme de Charles-Belgique-Hollande
+ de la Trémouille, prince de), II, 80.
+
+ Tarneau (... de), avocat au grand Conseil, II, 30.
+
+ Tarneau (Elisabeth de), II, 30.
+
+ Tartre (François du), chirurgien de Louis XIV, IV, 189.
+
+ Tavannes (Jacques de Saulx, comte de), I, 415.
+
+ Termes (César-Auguste de Saint-Lary, baron et marquis de), frère
+ du duc de Bellegarde, III, 465.
+
+ Termes (Roger de Pardaillan de Gondrin, marquis de), I, 315; III,
+ 466 et suiv.
+
+ Tessé (René de Froulay, maréchal de), II, 81.
+
+ Théobon (Lydie de Rochefort), fille du marquis de Théobon, femme
+ de Charles d'Harcourt, comte de Beuvron. Voy. Beuvron.
+
+ Thémines (Anne-Habert de Montmort, femme du maréchal de), puis, en
+ secondes noces, du maréchal d'Estrées. Voy. Estrées (maréchal d').
+
+ Thianges (Gabrielle de Rochechouart-Mortemart, femme de
+ Claude-Léonor de Damas, marquis de), II, 74, 412; III, 126, 322.
+
+ Thiboust, I, 316.
+
+ Thomas (le prince de Carignan, _dit_ le prince) Voy. Carignan.
+
+ Thoré (Michel Particelli, sieur de), président, I, 306.
+
+ Thorigny (Jacques de Matignon, comte de), II, 187.
+
+ Thorigny (Lambert de). Voy. Lambert de Thorigny.
+
+ Tilladet (Gabriel de Cassagnet, marquis de); II, 438; III, 348.
+
+ Tilladet (Madelaine Le Tellier, femme de Gabriel de Cassagnet,
+ marquis de), II, 438; III, 348.
+
+ Tilladet (Jean-Baptiste de Cassagnet, marquis de), fils de
+ Gabriel, II, 131 et suiv., 438, 439, 440, 441; III, 367, 368.
+
+ Tilladet (Gabriel II de Cassagnet, chevalier de), frère du marquis
+ Jean-Baptiste, III, 348 et suiv., 461, 477 et suiv.
+
+ Tillet (Jean Girard, seigneur du), I, 411.
+
+ Tillet (Elisabeth Bailleul, femme de Jean Girard, seigneur du), I,
+ 411.
+
+ Tingry (Charles-François-Frédéric de Montmorency-Luxembourg,
+ prince de), III, 491. Voy. aussi Luxembourg
+ (Charles-François-Frédéric de Montmorency-).
+
+ Tingry, (Marie-Thérèse d'Albert de Chevreuse, femme de
+ Charles-François-Frédéric de Montmorency-Luxembourg, prince de),
+ III, 491. Voy. aussi Luxembourg (Marie-Thérèse d'Albert, femme de
+ Charles-François-Frédéric de Montmorency-).
+
+ Tingry (Christian-Louis, chevalier de Luxembourg, puis, à la mort
+ de son frère aîné, prince de), III, 491.
+
+ Tiraqueau (Françoise), comtesse de Neuillant. Voy. Neuillant
+ (Françoise Tiraqueau, comtesse de).
+
+ Tonnay-Charente (Gabrielle de Rochechouart, Mlle de), qui épousa
+ le marquis de Blainville, II, 100, 102, 103, 105. Voy. Blainville.
+
+ Tost (Catherine du), dame de Braquemont, femme de chambre d'Anne
+ d'Autriche. Voy. Braquemont (Catherine du Tost, dame de).
+
+ Toulouse (Louis-Alexandre de Bourbon, comte de), I, 303; III, 189.
+
+ Tours (Mlle de), III, 331.
+
+ Tourville (Anne-Hilarion de Constantin, comte de), IV, 177.
+
+ Tourville (Lucie de la Rochefoucauld, femme de César de
+ Constantin, comte de Fismes et de), I, 189.
+
+ Toussy (Louis de Prie, marquis de), III, 368.
+
+ Toussy (Françoise de Saint-Gelais Lusignan, femme de Louis de
+ Prie, marquis de), III, 368.
+
+ Toussy (Françoise-Angélique de la Mothe-Houdancourt, _dite_ Mlle
+ de), 2e femme du duc d'Aumont. Voy. Aumont (Françoise-Angélique de
+ La Mothe, 2e femme du duc d').
+
+ Toussy (Charlotte de Prie, fille du marquis de), femme de Noël
+ Bullion, seigneur de Bonnelle. Voy. ce nom.
+
+ Toussy (Louise de Prie, Mlle de), maréchale de la
+ Mothe-Houdancourt. Voy. La Mothe-Houdancourt.
+
+ Towienski, polonais, IV, 129.
+
+ Transon (l'abbé), supérieur de Saint-Sulpice, IV, 184.
+
+ Tremouille (Charles-Belgique-Hollande de La), prince de Tarente.
+ Voy. Tarente (prince de).
+
+ Tresmes (René Potier, duc de), III, 119, 303.
+
+ Tresmes (Anne-Madelaine Potier, Mlle de), I, 315.
+
+ Tréville (Henri-Joseph de Deyre, comte de Troisville ou), I, 300.
+
+ Tronc (Nicolas Le Cordier, s{r} du), premier président de la
+ chambre des comptes de Rouen, a, de sa 2e femme Marie Bontemps: 1º
+ le marquis du Tronc, 2º l'abbé du Tronc, 3º Marie-Angélique,
+ d{lle} du Tronc (appelée ici du Tron), IV, 125, 244.
+
+ Tron (Marie-Angélique Le Cordier du Tronc, _dite_ Mlle du), qui
+ épousa, en 1696, Pierre-Philémond Savary, s{r} de Saint-Just. Voy.
+ ce nom. IV, 125 et suiv., 244.
+
+ Tron, Tronc ou Troncq (Louis Le Cordier, marquis du), brigadier,
+ puis maréchal de camp, IV, 128.
+
+ Tron, Tronc ou Troncq (Nicolas-Alexandre Le Cordier, abbé du), IV,
+ 128, 238.
+
+ Tronc (la marquise du), IV, 128, 129.
+
+ N. B. Rectifier, à l'aide des indications qui précèdent les notes
+ des pp. 125, 244, t. IV, relatives à la famille du Tronc.
+
+ Tubeuf (Charles), I, 89; II, 415.
+
+ Turenne (Henri de la Tour-d'Auvergne, vicomte de), I, VIII, 39,
+ 79, 187; II, 201; III, 489, 471; IV, 257, 267, 282, 288.
+
+ Turenne (Louis-Charles de La Tour de Bouillon, prince de), fils du
+ duc de Bouillon et de Marie-Anne Mancini, III, 194, 489 et suiv.;
+ IV, 288.
+
+ Turenne (Anne-Geneviève de Levis-Ventadour, femme du prince de),
+ III, 489.
+
+
+ Ursins (Anne-Marie de la Trémouille, princesse des), I, 225.
+
+ Usez (Emmanuel de Crussol, duc d'), IV, 175.
+
+ Uxelles (Louis Chalon du Blé, marquis d'), I, 406.
+
+ Uxelles (Marie de Bailleul, veuve du marquis de Nangis, marquise
+ d'), I, 406, 412; II, 413; III, 322.
+
+
+ Valençay (Charlotte d'Etampes de), femme de M. de Puysieux. Voy.
+ Puysieux (Mme de).
+
+ Valençay (Eléonor d'Etampes de), archevêque de Reims, I, 220.
+
+ Valençay (le cardinal Achille d'Etampes de), I, 220.
+
+ Valençay (Marie-Louise de Montmorency-Bouteville, duchesse de), I,
+ 156, 158.
+
+ Valentinois (Louis Grimaldi, prince de Monaco, duc de).
+
+ Valentinois (Catherine-Charlotte de Gramont, femme de Louis de
+ Grimaldi, prince de Monaco et duc de), I, 67, 68, 134; II, 72, 73.
+ Voir Monaco, de.
+
+ Valentinois (Antoine Grimaldi, duc de), III, 491.
+
+ Valentinois (Marie de Lorraine-Armagnac, femme d'Antoine, duc de),
+ III, 491.
+
+ Valloire (Louis-Léger de Scorrailles, abbé de), II, 469.
+
+ Vallot, médecin, III, 127.
+
+ Vandeuil (Louis de), comte de Crocq, II, 287.
+
+ Vandeuil (Mme de), II, 287, 289, 328, 329, 330.
+
+ Vandeuil (François de), seigneur d'Etelfay, fils de Louis de
+ Vandeuil, II, 287.
+
+ Vandeuil (Alexandre de), seigneur de Forcy, neveu de Louis de
+ Vandeuil, II, 287.
+
+ Vandeuil (Timoléon de), seigneur de Condé, [neveu de Louis de
+ Vandeuil], II, 287.
+
+ Vandy (Jean d'Aspremont, marquis de), I, 316.
+
+ Vandy (Catherine de), I, 92, 290.
+
+ Vanel (Jean), auteur des _Galanteries des Rois de France_, I, 30.
+
+ Vardes (René II du Bec Crespin, marquis de), père de François, I,
+ 270.
+
+ Vardes (Jacqueline de Bueil, comtesse de Moret, femme du marquis
+ René II de), I, 270.
+
+ Vardes (René-François du Bec-Crespin, marquis de), I, 47, 62, 65,
+ 66, 139, 165, 231, 270 et suiv., 315; II, 51, 52, 56, 61 et suiv.,
+ 72, 79, 145, 148, 166, 168; IV, 91.
+
+ Vardes (Catherine Nicolaï, femme de François du Bec-Crespin,
+ marquis de), I, 270.
+
+ Vardes (Marie-Elisabeth du Bec-Crespin, Mlle de), femme de Louis
+ de Rohan-Chabot, fille de René-François. Voy. Rohan-Chabot
+ (Marie-Elisabeth du Bec-Crespin, duchesse de).
+
+ Vassé (Henri-François, marquis de), I, 78, 315, 316.
+
+ Vassé (Marie-Madelaine de Saint-Gelais, fille du marquis de
+ Lansac, marquise de), I, 315.
+
+ Vassé (Louis-Alexandre, comte de), fils de François, I, 316.
+
+ Vassé (Anne-Louise de Crevant d'Humières, femme du comte
+ Louis-Alexandre de), I, 316.
+
+ Vassé (René de), sieur d'Esguilly, I, 115.
+
+ Vauban (Sébastien Le Prestre de), IV, 168.
+
+ Vaudemont (Charles-Henri, prince de), légitimé de Lorraine, IV,
+ 231.
+
+ Vaudemont (Anne-Elisabeth de Lorraine d'Elbeuf, femme de
+ Charles-Henri, légitimé de Lorraine, prince de), IV, 231.
+
+ Vaux (un nommé de), I, 249.
+
+ Vendôme (hôtel de), II, 353.
+
+ Vendôme (Alexandre de Bourbon, grand prieur de), I, 283.
+
+ Vendôme (Louis de), duc de Mercoeur, Voy. Mercoeur (Louis de
+ Vendôme, duc de).
+
+ Vendôme (Louis-Joseph, duc de), fils du duc de Mercoeur et de
+ Laure Mancini, III, 197.
+
+ Vendôme (Philippe de), chevalier de Malte, frère de Louis-Joseph,
+ III, 178-182.
+
+ Venelle (Mme de), II, 23, 32; IV, 245.
+
+ Ventadour (Anne de Levis, duc de), grand-père du duc
+ Louis-Charles, II, 440.
+
+ Ventadour (Marguerite de Montmorency, femme d'Anne de Lévis, duc
+ de), II, 440.
+
+ Ventadour (Charles de Levis, marquis d'Annonai, puis duc de), II,
+ 55, 422.
+
+ Ventadour (Marie de La Guiche, femme de Charles de Levis, duc de),
+ II, 55, 72, 422.
+
+ Ventadour (Louis-Charles de Levis, duc de), fils de Charles, I,
+ 158, 293; II, 422, 438, 439, 440, 441, 447; III, 194, 367 et
+ suiv., 477 et suiv.
+
+ Ventadour (Charlotte-Eléonore-Madelaine de La Mothe-Houdancourt,
+ duchesse de), femme de Louis-Charles, I, 83, 293; II, 438, 440,
+ 452 et suiv., 470; III, 194, 367 et suiv., 477 et suiv.
+
+ Ventadour (Anne-Geneviève de Levis, dem{lle} de), femme du prince
+ Godefroy-Maurice de Turenne. Voy. Turenne (Anne-Geneviève de
+ Levis-Ventadour, princesse de).
+
+ Ventadour (Marguerite-Félice de Lévis), femme du maréchal duc de
+ Duras. Voy. Duras (Marguerite-Félice de Levis-Ventadour, femme du
+ maréchal duc de).
+
+ Vermandois (Louis de Bourbon, comte de), II, 76; III, 189.
+
+ Vernet (Antoinette d'Albert, fille d'Honoré d'Albert, duc de
+ Luynes, soeur de Charles de Luynes et femme de Barthélemy, sieur
+ du), I, 116.
+
+ Verneuil (Henriette de Balzac d'Entraigues, marquise de), I, 143.
+
+ Vertus (François de Bretagne, comte de) et de Goello, baron
+ d'Avaugour. Voy. Avaugour (baron d').
+
+ Vertus (Catherine-Françoise de Bretagne d'Avaugour, Mlle de), I,
+ 252; II, 197.
+
+ Vexin (Louis-César, comte de), 2e fils de Louis XIV et de Mme de
+ Montespan, II, 411; III, 189, 331.
+
+ Vienne (? Henri de), comte Commarin, I, 315.
+
+ Vienne (Elisabeth-Angélique de), femme de François de
+ Montmorency-Bouteville, II, 187.
+
+ Vieux-Pont (... femme de Jean de), sieur de Compans, I, 254.
+
+ Vigean (François Poussart, baron du), I, 71, 155, 185.
+
+ Vigean (Anne de Neubourg, femme de François Poussart, sire de
+ Pons, baron du), I, 71, 184.
+
+ Vigean (marquis de Fors du), [père d'Anne Poussart, duchesse de
+ Richelieu], II, 380.
+
+ Vigean (Anne Poussart, D{lle} de Pons et du), femme de François
+ d'Albret, sire de Pons, comte de Marennes, puis d'Armand-Jean du
+ Plessis, duc de Richelieu. Voy. Richelieu (duchesse de).
+
+ Vignacourt (Simon de), I, 235.
+
+ Vignacourt (Aloph ou Olaf de), I, 235.
+
+ Vignacourt (Adrien de), I, 235.
+
+ Vignacourt d'Orvillé, I, 235.
+
+ Villacerf (Colbert de). Voy. Colbert de Villacerf.
+
+ Villarceaux (famille des Mornay d'Ambleville et de), I, 151.
+
+ Villarceaux, (Pierre de Mornay de), I, 151.
+
+ Villarceaux (Anne-Olivier de Leuville, femme de Pierre de Mornay
+ de), I, 151.
+
+ Villarceaux (Louis, marquis de Mornay de), fils aîné de Pierre, I,
+ 40, 62, 151, 315.
+
+ Villarceaux (Claude de Mornay de), 2e fils de Pierre, I, 151.
+
+ Villarceaux (René de Mornay de), abbé de Saint-Quentin de Beauvais
+ (_dit_ l'abbé de), 3e fils de Pierre, I, 37, 39, 40.
+
+ Villarceaux (Madeleine de Mornay de), abbesse de Gif, 1re fille de
+ Pierre, I, 151.
+
+ Villarceaux (Charlotte de Mornay de), 2e fille de Pierre, femme de
+ Jacques Rouxel, maréchal de Grancey, I, 151.
+
+ Villars (Georges de Brancas, 1er duc de), II, 337, 343.
+
+ Villars (Georges de Brancas, marquis, puis duc de), I, 56, 76,
+ 151; II, 337, 343.
+
+ Villars (Julienne-Hippolyte d'Estrées, marquise, puis duchesse
+ de), I, 56.
+
+ Villars (Louis de Brancas, duc de), II, 345.
+
+ Villars (Pierre, marquis de), d'une autre famille que Georges de
+ Brancas, I, 56.
+
+ Villars (Marie Gigault de Bellefonds, femme de Pierre, marquis
+ de), I, 55, 56, 57.
+
+ Villars (Henri de), archevêque de Vienne, frère puîné de Pierre,
+ I, 280.
+
+ Ville (Viole de La). Voy. Viole de la Ville.
+
+ Villefranche (le baron de), II, 296 et suiv.
+
+ Villequier (Louis d'Aumont, marquis de), fils aîné de
+ Louis-Marie-Victor, duc d'Aumont, III, 379, 484, 485 et suiv.,
+ 499.
+
+ Villequier (Madelaine-Fare Le Tellier, femme de
+ Louis-Marie-Victor, duc d'Aumont, et d'abord marquis de), fille du
+ chancelier Le Tellier, soeur de Louvois, II, 390. Voy. Aumont.
+
+ Villeroy (famille de), I, 147.
+
+ Villeroi (Nicolas de Neufville, marquis, puis duc et maréchal de),
+ I, 64, 134; III, 491; IV, 210.
+
+ Villeroy (Madeleine de Créqui, femme de Nicolas de Neuville,
+ maréchal duc de), IV, 210.
+
+ Villeroy (Françoise ou Catherine de), l'une des deux filles du
+ maréchal de Villeroy, I, 295.
+
+ Villeroy (François de Neufville, duc de), IV, 138, 210, 211.
+
+ Villette (M. de), III, 119, 120.
+
+ Villette-Murçay (Mme de), III, 69, 73, 75.
+
+ Villette (Marthe-Marguerite de), femme du marquis de Caylus. Voy.
+ Caylus (Marthe-Marguerite de Villette, femme du marquis de).
+
+ Vincent de Paul (saint), I, 166.
+
+ Vineuil (Louis Ardier, sieur de), I, 78, 90, 120 et suiv., 132,
+ 164, 205, 206, 210, 216, 245 et suiv., 267, 268 et suiv.
+
+ Vinnes (Mme de), II, 72, 74.
+
+ Vins (N... l'Avocat, femme de Jean de la Garde d'Agoult, marquis
+ de), II, 429.
+
+ Viole (Pierre), seigneur d'Athis, I, 213, 214.
+
+ Viole de la Ville, I, 214.
+
+ Viole (Nicolas, président) ou Viole Douzenceau, seigneur
+ d'Osereux, I, 213 et suiv.
+
+ Viole (Anne) ou Anne du Saint-Sacrement, I, 213, 214.
+
+ Viole (Claude de Chambon? de la Vallée, femme de Nicolas), I, 215.
+
+ Virgile, IV, 186.
+
+ Vitry (Lucrèce-Marie Bouhier, femme du maréchal de), I, 253.
+
+ Vitry (François-Marie de l'Hôpital, duc de), I, 403; II, 74.
+
+ Vitry (Marie-Louise-Elisabeth Pot, duchesse de), II, 72, 73, 74.
+
+ Vivonne (Louis-Victor de Rochechouart, comte puis duc de), I, 47,
+ 277 et suiv., 301, 304, 320; II, 72, 74.
+
+ Vivonne (Antoinette-Louise de Mesmes, comtesse, puis duchesse de),
+ I, 285, 286; II, 72, 74, 75.
+
+ Vivonne (Andrée de), femme de François VI de La Rochefoucauld, II,
+ 457.
+
+ Voisin (Catherine Deshayes, femme d'Antoine Montvoisin, connue
+ sous le nom de la), IV, 283.
+
+ Voiture (Vincent), I, 115, 139, 144, 158, 189, 190, 296; IV, 273.
+
+ Voltaire (François Arouet de), I, 312.
+
+ Vordac (de), IV, 160.
+
+
+ Waldeck (Georges-Frédéric, comte de), III, 189.
+
+ Walters (Lucy), I, 41.
+
+ Wignacourt. Voy. Vignacourt.
+
+ Wriothesley (Elisabeth, et non Anne), comtesse de Northumberland.
+ Voy. Northumberland (c{tesse} de).
+
+ Wriothesley (Anne), lady Russell. Voy. Russell (lady).
+
+ Wirtemberg ou Wurtemberg (le prince Ulric de), 3e fils de
+ Jean-Frédéric de Wirtemberg le Magnifique, de la branche dite de
+ Stuttgard, I, 210.
+
+ Wirtemberg ou Wurtemberg (Isabelle d'Aremberg, fille d'Albert,
+ prince de Barbançon, veuve du comte d'Hochstrate, 2e femme d'Ulric
+ de), I, 210, 405.
+
+ Wirtemberg ou Wurtemberg (George, prince de), baron de
+ Montbéliard, I, 210.
+
+ Wirtemberg ou Wurtemberg.--_Erratum._ Lisez ce nom au lieu de
+ Mecklembourg au mot Chastillon (Elisabeth-Angélique de
+ Montmorency-Boutteville, duchesse de).
+
+ Wirtemberg ou Wurtemberg (Anne de Coligny-Chatillon, fille cadette
+ du maréchal, femme de George de), I, 78, 207 et suiv.
+
+ Witt (Jean de), II, 189, 190.
+
+
+ Yorck (duc d'), plus tard Jacques II, roi d'Angleterre, I, 257.
+
+ Yorck (Anne Hyde de Clarendon, duchesse d'), I, 257.
+
+
+ Zamet (Marie-Christine), femme de Roger-Hector de Pardaillan de
+ Gondrin, mère du marquis de Montespan, II, 362.
+
+ Zamet (Sebastien), II, 362; III, 262.
+
+
+
+
+TABLE DES MATIÈRES.
+
+
+ Pages.
+
+ Préface. v
+
+ Le Grand Alcandre frustré
+ ou les derniers efforts de l'amour et de la vertu
+ Histoire galante.
+
+ Avertissement. 3
+
+ Le Grand Alcandre frustré
+ ou les derniers efforts de l'amour et de la vertu
+ Histoire galante. 5
+
+ Amours de Louis le Grand et de Mademoiselle du Tron.
+
+ Préface des entretiens. 125
+
+ Amours de Louis le Grand et de Mademoiselle du Tron. 128
+
+ Le tombeau des amours de Louis le Grand et ses dernières
+ galanteries. 241
+
+ Table alphabétique. 349
+
+
+FIN DE LA TABLE.
+
+
+Imprimerie Gouverneur, G. Daupeley à Nogent-le-Rotrou.
+
+
+
+
+ Corrections:
+
+ p. ix: voy. t. III, p. 47 corr.: voy. t. III, p. 147
+ Note 233: p. 61 et suiv. corr.: p. 65 et suiv.
+ Note 244: jusqu'en 1671 corr.: jusqu'en 1691
+
+ Dans la Table alphabétique:
+
+ Arnaud (M. Barrin de la Galissonnière)
+ N. Barrin corr.: M. Barrin
+ Artagnan (Charles de Castelmar d')
+ I, 398 corr.: II, 398
+ Aubigné (Charles d')
+ III, 60 corr.: III, 69
+ Aumont (Françoise-Angélique de la Mothe Houdancourt)
+ III, 336 corr.: III, 366
+ Boisfranc (Joachim Seiglière)
+ 449 corr.: III, 449
+ Boissy (Arthur Gouffier)
+ II, 174 corr.: II, 74
+ Bontems (Alexandre)
+ IV, 228 et suiv. corr.: IV, 128 et suiv.
+ Cambiac, prêtre
+ I, 161 corr.: I, 160
+ Cavoie (Louis Oger)
+ 179 corr.: II, 179
+ Geloron corr.: Celoron
+ Dauphin (Louis, fils de Louis XIV)
+ 54, 163... corr.: III, 54, 163...
+ Espernon (Bernard de Nogaret)
+ I, 12, 31 corr.: I, 12, 30
+ Estrées (Françoise Babou de la Bourdaisière)
+ III, 250 corr.: III, 252
+ Estrées (Gabrielle de Longueval)
+ III, 252, 253, 348, 349 corr.: III, 252, 253, 349, 350
+ Gouffier (Artus)
+ II, 400, 301 corr.: II, 400, 401
+ Grancey (Charlotte de Mornay de Villarceaux)
+ I, 113, 151; 230, 234 corr.: I, 113, 151; III, 230, 234
+ Grancey (Louise-Elisabeth, dite madame de)
+ Vilceaux corr.: Villarceaux
+ Harcourt (Marie-Louise-Christine Jeannin de Castille)
+ I, 34 corr.: I, 24
+ Jacques II
+ IV, 215 corr.: IV, 216
+ La Fayette
+ IV, 27 corr.: IV, 29
+ La Feuillade (François d'Aubusson de)
+ IV, 1 corr.: IV, 4
+ La Porte, valet de chambre de Louis XIV
+ I, 134 corr.: I, 184
+ La Rivière (Louis Barbier, abbé de)
+ I, 47 corr.: I, 87
+ Longueville (Anne-Geneviève de Bourbon-Condé)
+ (I,) 177 et suiv. corr.: (I,) 187 et suiv.
+ Lorraine (Charles IV duc de)
+ I, 44, 160 corr.: I, 144, 160
+ Lorraine (Philippe, chevalier de)
+ I, 7, 271 corr.: I, 113, 271
+ Ludres (Marie-Elisabeth de)
+ II, 217 corr.: I, 217
+ Mazarin (Armand-Charles de la Porte de la Meilleraie)
+ II, 69, 465 corr.: II, 69; III, 465
+ Mignard (Pierre)
+ III, 212, 499 corr.: III, 312, 499
+ Montespan (Françoise-Athénaïs de Rochechouart)
+ (I,) 275 corr.: (I,) 285;
+ II, 162 corr.: II, 161;
+ Nangis (François de Brichanteau)
+ I, 408 corr.: I, 406
+ Ninon de Lenclos
+ I, 6 corr.: I, 16
+ Nogent (Diane-Charlotte de Caumont)
+ II, 222, 248, 320, corr.: II, 222, 248, 320, 381, 388;
+ 322, 381, 388, 390 III, 322, 392
+ Richmont (François-Marie Stuart)
+ 225, 258 corr.: I, 225, 238
+ Ricousse ou Ricoux
+ (I,) 251 corr.: (I,) 241
+ Rochechouart (Marie-Madeleine-Gabrielle de)
+ III, 63 corr.: III, 10
+ Roquelaure (Marie-Louise de Laval)
+ II, 426, 448; 451, 461 corr.: II, 426, 448; III, 451, 461
+ Roquelaure (Antoine)
+ I, 163, 154, 164 corr.: I, 153, 163, 164
+ Roquelaure (Gaston-Jean-Baptiste-Antoine)
+ II, 425, 353 et suiv. corr.: II, 425; III, 353 et suiv.
+ Savoie (Adélaïde-Henriette de)
+ IV, 294 corr.: IV, 274
+ Scarron de Vaures (Catherine)
+ II, 449 corr.: II, 439
+ Sévigné (Marie de Rabutin-Chantal)
+ (I,) 345 corr.: (I,) 325
+ Somon
+ I, 306 corr.: I, 316.
+ Sourdis (Isabelle Escoubleau de)
+ II, 408 corr.: II, 406
+ Talhouet (Marie de)
+ II, 428 corr.: II, 420
+ Tavannes (Jacques de Saulx)
+ I, 415 corr.: I, 154
+ Turenne (Henri de la Tour d'Auvergne)
+ (I,) 197 corr.: (I,) 187
+ Vendôme (Philippe de)
+ II, 178-182 corr.: III, 178-182
+ Vitry (Marie-Louise-Elisabeth Pot)
+ 72, 73, 74 corr.: II, 72, 73, 74
+
+
+
+
+
+End of the Project Gutenberg EBook of Histoire amoureuse des Gaules suivie
+des Romans historico-satiriques du XVIIe siècle (4/4), by Roger de Bussy-Rabutin
+
+*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 40902 ***