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diff --git a/40902-0.txt b/40902-0.txt new file mode 100644 index 0000000..4074ea0 --- /dev/null +++ b/40902-0.txt @@ -0,0 +1,15576 @@ +*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 40902 *** + + Note de transcription: + + Les erreurs clairement introduites par le typographe ont été + corrigées. D'autres corrections ont été apportées, dont la liste + est donnée à la fin de ce volume. + + L'orthographe des noms propres dans la table alphabétique + présente certaines différences avec le reste de l'ouvrage et est + loin d'être cohérente (Bontems/Bontemps, Braguemont/Braquemont, + Créqui/Créquy, Élizabeth/Elisabeth, La Vallière/La Valière, + Levis/Lévis, Mancini/Manchini, Neuville/Neufville, etc.). Pour + les noms propres nous suivons strictement l'original imprimé. + + Les notes de bas de page sont regroupées à la fin de chaque + chapitre. + + Certaines abréviations en exposant dans l'original sont aisément + lisibles, comme Mlle. D'autres moins courantes, par exemple pour + Marquis ou sieur, sont indiquées sous la forme M{is} et s{r} + respectivement. + + La table des matières est placée à la fin de l'ouvrage. + + + + + HISTOIRE + AMOUREUSE + DES GAULES + + + Imprimerie Gouverneur, G. Daupeley à Nogent-le-Rotrou. + Caractères elzeviriens de la Librairie Daffis. + + + + + HISTOIRE + + AMOUREUSE + + DES GAULES + + PAR BUSSY RABUTIN + + revue et annotée + + PAR M. PAUL BOITEAU + + _Suivie des Romans historico-satiriques du XVIIe siècle_ + + recueillis et annotés + + PAR M. CH.-L. LIVET + + TOME IV + + + [Illustration: Globus] + + + PARIS + PAUL DAFFIS, ÉDITEUR-PROPRIÉTAIRE + DE LA BIBLIOTHÈQUE ELZEVIRIENNE + 7, rue Guénégaud + + M DCCC LXXVI + + + + +[Bandeau] + +PRÉFACE. + + +Les trois pièces que renferme ce quatrième et dernier volume de petits +romans et pamphlets historico-satiriques du XVIIe siècle ne font point +partie du Recueil connu sous le titre d'Histoire amoureuse des Gaules; +nous les y avons ajoutées, pour des motifs que nous avons le devoir de +faire connoître ici. + +D'abord, elles sont très-rares, et ce n'est pas sans difficulté que nous +avons pu nous procurer les textes que nous avons suivis. La première, +_le Grand Alcandre frustré_, a eu les honneurs d'une récente +réimpression, donnée à petit nombre par les soins de M. Paul Lacroix; +mais elle mérite d'être plus connue, sinon par les qualités d'un style +qui trahit une plume peu exercée, du moins par la finesse ingénieuse et +délicate des pensées, qui indique un homme de cour, et par l'intérêt +même que présente ce petit roman. Si les deux autres ont trouvé place à +la suite du _Grand Alcandre frustré_, ce n'est ni à leur style, ni +à l'intérêt qu'elles présentent qu'elles doivent d'entrer dans cette +collection; mais le titre en est très-familier aux bibliophiles, qui le +connoissent par les Catalogues, et qui nous auroient su mauvais gré de +ne pas en avoir reproduit le texte pour leur permettre d'en apprécier la +valeur. L'une a cependant un mérite sur lequel nous ne saurions trop +insister: c'est qu'elle est l'oeuvre d'un pamphlétaire admirablement +bien renseigné sur une des plus malheureuses périodes de notre histoire: +aussi nous sommes-nous appliqué, avec le plus grand soin, à faire +ressortir l'exactitude historique des faits consignés dans les _Amours +de Louis XIV et de Mlle du Tron_: nous espérons que nos notes, par leur +abondance et leur précision, dédommageront un peu le lecteur du +caractère insignifiant de l'ouvrage. Dans les _Entretiens_ qui composent +ce factum, tous les mots portent; il n'est pas une ligne qui n'ait pu +prêter, au temps où il parut, à de longs commentaires parmi les +courtisans ou les bourgeois, et provoquer quelque raillerie ou quelque +plainte. Ce sont ces commentaires, ces railleries, ces plaintes que nos +notes ont eu en vue de faire revivre. + +Quant au _Tombeau des Amours de Louis le Grand_, ce libelle forme en +quelque sorte le couronnement de l'oeuvre; c'est un résumé, mal écrit, +mais assez complet, de l'histoire galante de la France sous le règne du +grand Roi: nous l'avons, à ce titre, reproduit d'autant plus volontiers +qu'il est très-rare et que s'il omet quelques faits, il en relève +quelques autres dont on chercherait vainement la place ailleurs. + +Il nous reste à parler du problème historique que soulève l'étude du +_Grand Alcandre frustré_. On a dit: + + Jamais surintendant ne trouva de cruelle. + +Moins heureux que Fouquet, Louis XIV rencontra-t-il une autre Madame de +Guercheville qui mérita son estime après avoir inspiré son amour, +comme la célèbre marquise dont la résistance à la passion du roi Henri +IV fut si célèbre en son temps? Si cette femme vertueuse a réellement +vécu, qui est-elle? + +Voici, sans plus attendre, quelle est selon nous la solution de ce +problème: une femme a existé, qui a eu la réputation méritée par la +marquise de Guercheville; mais il n'est pas impossible que cette +réputation ait été usurpée. + +Ce n'est pas sans de longues recherches que nous sommes arrivé à cette +conclusion, si insuffisante qu'elle puisse paroître. Nous prions qu'on +veuille bien revenir avec nous sur le chemin que nous avons dû suivre, +non sans nous égarer bien souvent, pour fournir une réponse aux +questions posées. + +La femme vertueuse dont parle l'auteur seroit la comtesse de L...; son +rang, peut-être l'emploi de son mari lui permettoient d'être toujours à +la Cour, que le Roi fût à Versailles, à Saint-Germain ou à +Fontainebleau. Or, en dépouillant les Lettres de Mme de Sévigné, les +Mémoires de Saint-Simon, le Journal de Dangeau et les Etats de la +France, il est facile de relever tous les noms des personnages de +l'entourage du Roi faisant précéder du titre de comte un nom commençant +par l'initiale L. Nous avons fait cette revue; aucun des noms que nous +avons trouvés ne s'appliquoit à une femme réunissant à la fois toutes +les conditions exigées pour satisfaire aux termes du problème: celle-ci +étoit trop jeune, celle-là trop âgée; l'une s'étoit compromise avec +quelque galant; l'autre étoit, en 1672, dans une position effacée d'où +elle n'est jamais sortie. + +Après toutes ces tentatives vaines pour arriver à la vérité, désespérant +de la découvrir nous-même, nous avons adressé, par la voix de +l'_Intermédiaire_, un appel à de mieux informés: on nous a répondu par +le nom de Mme de Ludres, chanoinesse de Poussay; mais celle-ci, +n'ayant pas de mari, n'était pas femme du comte de L...; elle ne +fut pas toujours cruelle; elle ne conserva pas toute sa vie l'affection +du Roi, et elle n'usa pas de son influence pour avancer sa famille. Une +telle réponse ne pouvoit que nous encourager à continuer nos recherches. + +Mais, à notre grand déplaisir, après avoir épuisé toute la liste des +noms en L..., il nous fallut procéder par hypothèse, et supposer que +cette initiale avoit été choisie précisément pour dépister le lecteur. +Dès que le nom ne paroissoit pas en toutes lettres, ne pouvoit-on +penser, en effet, que l'auteur avoit pris toutes ses précautions pour +que même une initiale ne pût aider à découvrir ce qu'il vouloit cacher? + +Nous donnons cette hypothèse: elle nous paroît plausible; mais nous +admettons qu'on la repousse. + +Quoi qu'il en soit, nos recherches n'auront pas été infructueuses: si +nous n'avons trouvé aucune comtesse de L... ayant eu l'occasion de +résister aux tendresses de Louis XIV, nous avons du moins rencontré une +femme qui, à l'initiale près, réunit toutes les conditions que nous +étions en droit d'exiger, et cette femme est la princesse de Soubise. + +Mme de Soubise était femme de François de Rohan, prince de Soubise, +capitaine-lieutenant des gendarmes de la garde ordinaire du Roi, qui +était le second fils, et fils très-pauvre, d'Hercule de Rohan, duc de +Montbazon. Veuf en août 1660 de Catherine de Lyonne, il épousa, le 17 +avril 1663, Anne de Rohan-Chabot, «dame d'une vertu et d'un mérite +très-distingués», dit Moréri, qui ne prodigue pas les éloges dans ses +notices généalogiques. Née en 1648, Mme de Soubise avoit 24 ans à +l'époque où se passe notre petit roman, et avoit eu déjà trois des dix +enfants pour l'établissement desquels la bienveillance du Roi lui fut si +utile. Mme de Sévigné, après avoir constaté les inquiétudes que les +attentions du Roi pour la princesse causoient à Mme de Montespan, +montre la favorite promptement tranquillisée; elle nous apprend +aussi que Mme de Soubise, voulant échapper à la poursuite du Roi, se +crut obligée de quitter la Cour et de se réfugier à la campagne: +l'histoire de la comtesse de L... est toute semblable. + +Mis ainsi sur la voie, nous nous sommes rappelé que Mme de Soubise avoit +trouvé grâce même devant un des pamphlétaires de l'_Histoire amoureuse_ +(voy. t. III, p. 147); nous avons ensuite consulté Saint-Simon et +Dangeau. Dangeau ne nous apprend rien, sinon que, du temps où il +écrivoit son Journal, Mme de Soubise suivoit assidûment la Cour. Mais +Saint-Simon nous renseigne plus complètement; de tout ce qu'il dit de la +princesse, il ressort que Mme de Soubise fut en effet aimée du Roi, +qu'elle conserva toujours sur lui un crédit dont elle usa largement dans +l'intérêt de sa famille et d'elle-même, et qu'il ne fut porté aucune +attaque sérieuse à la réputation que lui ont faite tous ses +contemporains. Toutefois le duc ne pense pas que sa vertu ait été sans +tache: mais à qui a-t-il fait cet honneur de croire que les faveurs ne +s'obtenoient pas par des complaisances, dût-il, pour donner cours à sa +malignité, rompre en visière à l'opinion publique? + +C'est pour concilier à la fois l'estime unanime des contemporains avec +la médisance de Saint-Simon que nous avons laissé place à un doute qui +n'existe pas d'ailleurs dans notre esprit, et que, tout en admettant que +la comtesse de L... peut être la princesse de Soubise, nous avons +réservé l'opinion de ceux qui, après Saint-Simon, voudroient conserver +des doutes sur sa vertu. + +Ce n'est pas sans regret que nous avons fait cette part au doute; nous +aurions aimé placer au moins dans notre galerie une femme sûrement +honnête; mais l'histoire ne s'écrit pas avec le sentiment, et, si nous +n'avons pas trouvé un juste dans Israël, nous l'avons du moins +consciencieusement cherché. + +Notre tâche est terminée. Le long travail auquel nous nous sommes +livré pour dégager la valeur historique d'une série d'ouvrages où les +esprits superficiels ne cherchoient que le scandale, nous a fait vivre +dans la familiarité de la Cour la plus brillante du monde; nous avons +découvert bien des misères sous son éclat menteur; mais ces vices +honteux qui déshonoroient l'entourage immédiat du Roi, mais cette +corruption générale des moeurs qui se dissimuloit mal sous la galante +courtoisie des manières en existeroient-ils moins parce qu'ils ne +seroient pas découverts? Et quand il n'y auroit pas d'autre conclusion à +tirer de cette étude, ne seroit-ce pas déjà un résultat précieux que de +pouvoir dire: le progrès de la morale a accompagné le progrès de +l'instruction et le développement du bien-être général? N'est-ce rien +que de pouvoir prouver, pièces en main, aux esprits chagrins, +_laudatores temporis acti_, que nous valons mieux que nos ancêtres? + +Il nous reste un mot à ajouter. Nous désirons appeler particulièrement +l'attention sur la table qui termine ce quatrième volume. Tous les noms +cités dans l'ouvrage y figurent, et nous nous sommes appliqué à joindre +toujours aux noms de seigneurie les noms patronymiques et les prénoms. +Des difficultés matérielles ne nous ont pas permis de donner à ce +travail toute la perfection que nous aurions désiré; cependant, nous +espérons qu'il rendra quelques services même pour la lecture d'autres +ouvrages que les petits romans historiques de cette collection. + +CH.-L. LIVET. + + + + + LE GRAND + ALCANDRE FRUSTRÉ + OU LES + DERNIERS EFFORTS DE L'AMOUR ET DE LA VERTU + HISTOIRE GALANTE. + + + + +[Bandeau] + +AVERTISSEMENT. + + +On ne dira pas de cette histoire ce qu'on a dit de plusieurs autres: +c'est toujours la même viande diversement assaisonnée. Le seul titre +fait voir d'abord que c'est une pièce nouvelle. Le grand Alcandre n'a +point eu jusques ici de maîtresse qui ne se soit rendue, s'il faut ainsi +dire, après la première sommation; au lieu que cette illustre comtesse, +dont on fait ici l'histoire, se défend avec une vertu tout-à-fait +héroïque, se tire adroitement de tous les piéges que l'Amour lui tend, +et, en étouffant une passion criminelle, elle gagne l'estime et +l'admiration de celui qui la vouloit déshonorer. Il est bien juste +qu'après avoir exposé aux yeux du public les fautes de celles qui +ont fait honte à leur sexe, on lui fasse part de la vertu de cette +Héroïne, qui en relève l'honneur, et que nous pouvons mettre au nombre +des femmes fortes, puisqu'elle a triomphé de tout ce que l'Amour a de +plus tendre, de plus fort, et de plus engageant. Tout ce qu'on peut dire +de la vérité de cette histoire, c'est qu'ayant été trouvée parmi les +papiers d'un homme de qualité[1] après sa mort, on la donne telle qu'on +nous l'a envoyée de Paris. Il auroit été à souhaiter que le nom de cette +illustre femme y eût été couché tout du long; mais il n'y avoit que la +lettre L...[2] dans le manuscrit, où l'on n'a voulu rien changer. + + +NOTES. + + [1] Le duc de La Feuillade (_note de l'édit. de 1719_).--Il était + mort subitement dans la nuit du 18 au 19 septembre 1691, et non le + 12 mai 1697, comme on l'a dit dans une récente édition de cette + «histoire».--Voy. Dangeau, t. III, pp. 400-402. + + [2] Voy. la Préface, en tête de ce vol. + + + + +[Bandeau] + +LE GRAND + +ALCANDRE FRUSTRÉ + +OU LES + +DERNIERS EFFORTS DE L'AMOUR ET DE LA VERTU + +HISTOIRE GALANTE. + + +Tout le monde sait que Louis XIV, étant un jour en belle humeur, dit à +quelques-uns de ses courtisans, qu'il n'avoit trouvé dans toute sa Cour +que deux femmes chastes, et qui fussent fidèles à leurs maris[3]. Comme +les paroles des Rois sont regardées comme des oracles, personne n'osa +répliquer, ni en demander davantage; chacun se regarda, mais les mariés +baissèrent les yeux, craignant d'en apprendre plus qu'ils ne voudroient, +et que leurs épouses ne fussent pas ces deux chastes tourterelles, qui +avoient l'approbation de ce grand Monarque. + +Là-dessus, le comte de Lauzun[4], qui n'y avoit point d'intérêt, parce +qu'il n'étoit pas marié, prit la parole et dit au Roi: «Sire, vous avez +été plus heureux que Salomon, d'avoir trouvé deux femmes chastes, +puisque ce prince, tout sage qu'il étoit, n'en a pu trouver une seule.» + +Ces deux femmes, à ce qu'on a su depuis, étoient la Reine, et la +comtesse de L...[5], dont on va décrire les amours secrètes avec ce +monarque. Il avoit trop d'intérêt à croire à la fidélité de la Reine, +pour en douter tant soit peu, et véritablement c'étoit une princesse des +plus sages, et des plus vertueuses de son siècle, et le Roi son époux ne +faisoit que lui rendre la justice qui lui étoit due. Pour la comtesse, +l'intérêt de son amour auroit voulu, tout au contraire, qu'il eût pu +douter de sa fidélité pour le lien conjugal. Mais il n'avoit que trop de +raisons de la croire ferme là-dessus, et, si on peut le dire ainsi, une +invincible. + +Il y avoit longtemps que ce prince brûloit pour elle; mais il n'y avoit +encore que ses yeux qui osassent le lui dire; il la regardoit +incessamment d'un air tendre et passionné; mais on ne répondoit point à +ses regards, et quoique la comtesse comprît assez ce que cela vouloit +dire, elle fit toujours semblant de n'entendre pas ce langage +mystérieux. Comme elle est naturellement modeste, les yeux du Roi, qui +la rencontroient toujours, la faisoient quelquefois rougir, et +cette rougeur, qui se répandoit sur ses joues, ne servoit qu'à relever +l'éclat de sa beauté, et qu'à augmenter le feu de ce prince qui n'étoit +déjà que trop amoureux. Ce monarque, qui étoit expérimenté dans l'art +d'aimer, voyoit bien que cette rougeur, qu'il remarquoit sur le visage +de sa maîtresse, ne lui présageoit rien de bon, et qu'elle étoit d'une +autre espèce que celle que l'Amour peint lui-même dans un coeur +enflammé, à l'approche de l'objet qu'il aime. Il voyoit, à travers ce +voile éclatant, toutes les marques de la pudeur, de la sagesse, de la +modestie et de la chasteté; mais il y remarquoit aussi une secrète +indignation d'une vertu offensée, qui se voit attaquée par des regards +criminels. Des présages si funestes à l'amour de ce grand Roi le +faisoient trembler quelquefois, tout intrépide qu'il est. Enfin, ne +pouvant plus renfermer un feu qui devenoit tous les jours plus violent, +par le soin qu'il prenoit de le cacher, il résolut de se découvrir au +duc de La Feuillade[6], espérant par là trouver du soulagement, et d'en +recevoir quelque conseil salutaire à son amour.--«Ne suis-je pas +malheureux, dit-il un jour à ce duc, d'aimer sans oser le dire, mais +d'aimer jusqu'à la fureur[7]?--Et qui vous empêche, Sire, de parler, lui +dit ce fidèle favori?--Le respect, l'amour, la crainte de déplaire à +l'objet aimé, lui dit alors ce monarque.--S'il n'y a que cela, lui +dit le duc, Sire, parlez, et parlez bientôt, je vous réponds que vous +serez écouté. Quelle est la dame qui ne s'estimât heureuse de donner des +chaînes au plus grand monarque du monde, et qui ne se fît un plaisir de +les soulager, et de les partager même? Avez-vous trouvé jusques ici +quelque chose qui osât vous résister: villes, châteaux, forteresses, +ennemis, tout se rend à vous, tout plie sous vos lois[8], et vous +craignez que le coeur d'une femme ose tenir contre un Roi toujours +victorieux?--Ah! qu'il y a bien de la différence! dit alors le +Roi.--Oui, sans doute il y en a, lui répliqua La Feuillade, et il n'est +pas besoin ici de tant de machines; vous n'avez qu'à vous montrer, vous +n'avez qu'à paroître, vous n'avez qu'à parler, vous n'avez qu'à dire +_j'aime_, et l'on répondra d'abord[9] à votre amour. Avouez-le, Sire, +ajouta-t-il, si vous avez rencontré peu de villes qui résistent, vous +avez encore moins trouvé de femmes cruelles.--Il est vrai, lui dit le +Roi, que je n'ai pas sujet de me plaindre de ma mauvaise fortune, et, en +amour aussi bien qu'en guerre, les bons succès ont répondu toujours à +mes espérances. Mais j'ai entrepris une conquête qui me paroît +impossible; cependant, je ne puis m'en désister, et si je n'en viens à +bout, je vois bien qu'il y va du repos de ma vie, et peut-être de +ma vie même.» + +Le duc entendant parler ainsi le Roi, fut touché de son état, et ce +prince, qui l'avoit appelé pour lui faire confidence de son amour, lui +nomma l'objet qui l'avoit enflammé.--«J'avoue, Sire, lui dit alors le +duc de La Feuillade, que vous avez quelque sujet de vous défier du +succès de votre entreprise; cette dame est extrêmement fière, et d'une +vertu qui a quelque chose d'austère et de farouche; mais le temps et +l'amour viennent enfin à bout de tout, principalement lorsque tout cela +est soutenu par l'éclat d'une couronne, et d'une gloire comme la vôtre; +et quand l'amour ne regarderoit pas à toutes ces choses, vous avez outre +cela toutes les qualités du coeur et de l'esprit, et tout ce qu'il +faut pour se faire aimer.--Je veux que cela soit, dit le Roi, j'ose me +flatter que j'ai tout ce que tu dis là, mais je n'ose me flatter de +toucher une insensible.--Mais vous n'avez encore rien tenté, reprit le +duc, vous n'avez encore parlé que le langage des yeux; expliquez-vous +d'une autre manière, et vous verrez comment on y répondra.--Je ne le +vois déjà que trop, dit le Roi, et les yeux de cette cruelle, à qui les +miens ont déjà parlé mille fois, ne m'ont répondu que par un silence +froid, capable de glacer le coeur le plus enflammé, ou par des regards +terribles qui m'ont annoncé l'arrêt de ma mort.--Que savez-vous, Sire, +lui dit alors La Feuillade, si l'on ne veut pas vous rendre cette +conquête plus précieuse par la résistance, et si on ne se fait pas une +espèce de gloire et de vanité, de tenir quelque temps contre les +attaques d'un grand Roi, auquel jusqu'ici rien n'a résisté? C'est déjà +beaucoup, qu'on vous ait entendu; mais c'est encore plus qu'on vous +l'ait fait connaître; car pour le premier, il n'y a pas la moindre +difficulté, les dames entendent d'abord ce qu'on veut leur dire; mais +comme elles font semblant de ne l'entendre pas, peut-être par le plaisir +qu'elles ont de se le faire répéter souvent, elles ne veulent point +avouer qu'elles comprennent un langage qu'elles savent encore mieux que +nous. Ainsi puisque votre Majesté a déjà parlé, et qu'on lui a fait +connoître ce qu'elle vouloit dire, c'est déjà un assez grand avancement. +Mais il faut s'expliquer d'une autre manière, et les belles exigent de +nous qu'on mette tout en usage, avant que de faire la moindre avance; +elles sont comme ces gouverneurs de places, qui, ayant de l'honneur et +de la fidélité pour leur prince, ne veulent se rendre qu'à la dernière +extrémité, pour sauver au moins, en se rendant, cet honneur qui leur est +si cher, et pour ne perdre pas les bonnes grâces de leur maître. Il en +sera ici de même, et la conquête que votre Majesté entreprend ne se +pourra faire qu'à force de temps, de machines, de ruses et de +stratagêmes; mais enfin nous en viendrons à bout. C'est une femme fière, +qui se fait un point d'honneur de la fidélité qu'elle doit à son mari, +qui veut soutenir cet honneur à la pointe de l'épée, mais qui a résolu +pourtant de se rendre, quand elle aura fait tout ce que les gouverneurs +les plus braves ont accoutumé de faire pour la défense d'une place.» + +Le Roi fut charmé d'entendre raisonner si bien le duc de La Feuillade, +qui n'étoit pas moins versé dans les matières d'amour, qu'il étoit +expert dans l'art militaire. Dès lors il ne songea plus qu'à faire sa +déclaration dans les formes, et qu'à se servir de tous les moyens que +l'amour peut suggérer, pour parvenir au but où tendent tous les amants. +Mais ce premier pas, qui semble si facile, et que ce prince ne comptoit +pour rien dans toutes ses autres amours, ne fut pas tout comme il avoit +cru. Ce n'est pas que l'occasion ne s'en présentât assez souvent; mais +la crainte le retenoit, et c'est peut-être la seule fois que ce monarque +a senti cette passion qui est inconnue aux grands courages. Vingt fois +il voulut ouvrir la bouche pour parler de son amour à cette comtesse, et +vingt fois sa langue fut comme retenue par un frein qu'il n'eut jamais +la force de rompre. Il rencontroit toujours les yeux et le front de +cette comtesse, où la vertu paroissoit armée de cette sévérité qui +imprime du respect aux plus grands monarques; et quand il la vouloit +jeter sur des matières de tendresse, pour parler ensuite de la sienne, +ce silence froid et austère qu'elle savoit si bien observer rompoit +tout-à-coup cet entretien, empêchoit le Roi de le poursuivre, et lui en +faisoit chercher un autre qui fût plus du goût de celle à qui il +craignoit toujours de déplaire. + +C'est une chose qui est peut-être sans exemple, qu'un amant passionné, +et surtout un Roi, qui ose tout, ait trouvé tant d'occasions de déclarer +son amour, et en ait su si peu profiter. Mais comme j'ai dit, cette +comtesse les éludoit avec tant de dextérité, prenant son air grave et +sérieux, que le Roi ne savoit comment s'y prendre. Ce qu'il y a +d'admirable, c'est que, sans avoir recours à la fuite, qui est la +ressource ordinaire de celles qui veulent éviter de semblables +entretiens, elle n'affectoit pas de se dérober de la présence du Roi; +elle alloit son train ordinaire; que le Roi se trouvât ou ne se trouvât +pas dans les lieux où elle étoit, elle ne faisoit sa visite ni plus +courte ni plus longue qu'elle l'avoit résolu. Elle ne vouloit pas même +que le Roi crût qu'elle évitoit sa rencontre, de peur qu'il ne regardât +cette fuite comme une marque de sa foiblesse, ou de la crainte qu'elle +avoit de succomber à l'amour de ce grand Monarque. Il sembloit tout au +contraire qu'elle affectât de lui faire voir qu'elle avoit assez de +vertu pour résister à toutes ses vaines poursuites. + +Enfin, elle vivoit avec lui de telle manière, que, quoiqu'il ne pût +jamais se satisfaire en lui parlant de ce qu'il avoit dans le coeur, +il n'avoit pas sujet de se plaindre d'elle. Tous ses discours étoient +sages, retenus, et même obligeants; elle louoit sur tout les vertus du +Roi d'une manière si engageante que ce prince ne pût jamais se résoudre +à lui donner une espèce de démenti, en lui parlant d'une chose qui +alloit contre son devoir. En sorte qu'au lieu d'une maîtresse que le Roi +croyoit trouver, il rencontroit une gouvernante, qui lui faisoit des +leçons de sagesse, d'honneur, de justice, de probité, et de toutes les +vertus; mais d'une manière dont il ne pouvoit s'offenser, puisque tout +cela étoit assaisonné par des louanges que le Roi se sentoit obligé +de soutenir. + +Cet amant jugea bien par une telle conduite, qu'il n'iroit pas fort vite +dans ses amours, puisqu'il n'avoit pas encore fait le premier pas. Peu +s'en fallut qu'il ne se rebutât entièrement, et qu'il n'abandonnât le +dessein de cette conquête; il lui sembloit même quelquefois qu'il +n'étoit plus amoureux; mais son amour étoit comme ces fièvres +intermittentes, qui sont d'autant plus violentes dans leur accès, +qu'elles ont donné quelque relâche. Quand il se la représentoit avec cet +éclat, cette douceur, cette majesté, ces yeux brillants, son coeur +étoit tout de flamme. Mais quand il pensoit à cet air sévère, à cette +autorité de reine, à cette vertu constante, à cette pudeur +incorruptible, tout son amour se changeoit en estime, ou plutôt en +respect et en admiration. Quand il ne faisoit que la regarder, son +coeur étoit tout en feu; mais dès qu'il vouloit lui parler de son +amour, il se sentoit tout de glace. La beauté et la vertu de cette +comtesse, qui éclatoient également dans ses yeux, produisoient ces deux +effets contraires dans l'âme du Roi. + +Cela sembloit tenir quelque chose du charme et de l'enchantement qu'un +amant comme le Roi, qui n'étoit pas novice dans ces matières, et qui +s'étoit signalé en tant d'occasions amoureuses, s'arrêtât ainsi tout +court, sans oser hasarder la première attaque, lui qui avoit si souvent +monté à la brèche avec une intrépidité digne d'un Mars. On parle d'un +certain nouement d'aiguillettes, qui arrête quelquefois les plus +hardis, qui refroidit les plus ardents, qui amollit les plus forts sur +le point de jouir de leurs amours et les en rend tout-à-fait incapables: +il arrivoit au Roi quelque chose de semblable toutes les fois qu'il +étoit sur le point de se déclarer à madame de L...; non pas qu'il fût au +cas dont nous venons de parler, il en étoit bien éloigné; mais il +éprouvoit le même charme à l'égard de sa langue; lorsqu'il vouloit +essayer d'expliquer ses sentiments et de parler de son amour, il sentoit +d'abord sa langue liée et son esprit comme perclus. Enfin il se trouvoit +dans le même état où étoit Didon, et que Virgile nous décrit si bien +dans le quatrième livre de son Enéïde; cette reine, qui n'aimoit pas +moins Enée que notre Roi aimoit la comtesse, n'avoit jamais la force ni +la hardiesse de le dire à ce prince Troyen. Dès qu'elle commençoit de +lui parler de son amour, sa voix mouroit dans sa bouche. + + _Incipit effari, mediaque in voce resistit;_ + +c'est-à-dire, suivant la traduction de M. de Segrais, + + Au milieu d'un discours, sa langue embarrassée + Refuse sa parole à sa triste pensée. + +Mais cette passion est trop violente pour pouvoir en demeurer là; Didon +s'expliqua enfin, et le Roi fit connoître ouvertement son amour à la +Comtesse. Il crut néanmoins qu'il ne devoit pas s'exposer lui-même aux +premiers transports de colère qu'il savoit bien qu'elle feroit éclater. +Il choisit le duc de La Feuillade, qu'il avoit déjà fait son confident, +pour essuyer pour lui cette tempête qu'il craignoit si fort. Il fit +même réflexion, qu'ayant une plus grande liberté d'esprit, il pourroit +représenter mille choses à la Comtesse, qui n'auroient pas été si bien +dans la bouche du Roi, et lui faire valoir tous les avantages qu'elle +pouvoit retirer de cette conquête, et pour elle et pour les siens. + +Dans cette résolution, il mande le duc de La Feuillade, qui le vint +trouver dans le cabinet. Ce duc s'attendoit d'abord à quelque nouvelle +confidence, et que le Roi lui alloit apprendre quelques grands progrès +qu'il auroit déjà faits dans son amour. Mais il fut bien surpris quand +il apprit que Sa Majesté étoit encore aux mêmes termes où il étoit la +première fois qu'il lui fit cette confidence. Cela le surprit d'autant +plus qu'il savoit par lui-même que le Roi n'étoit pas si patient dans +ses amours, et moins encore timide quand il étoit question de se +déclarer. Il jugea d'abord que c'étoit une passion extraordinaire, qui +dureroit longtemps, et dont son maître auroit bien de la peine à +revenir. Il lui dit donc qu'il étoit en état d'exposer jusqu'à la +dernière goutte de son sang pour la satisfaction de Sa Majesté, et dans +cette affaire et dans toutes celles où il lui feroit l'honneur de +l'employer.--Le Roi lui répondit qu'il lui savoit bon gré de son zèle +pour son service, mais qu'il n'étoit pas question d'exposer son sang ni +sa vie; qu'il n'avoit besoin que de son adresse et de son esprit, et de +ce beau talent qu'il avoit pour gagner les coeurs des dames; qu'il le +prioit de mettre tout en usage pour lui gagner celui de la comtesse de +L..., remettant à sa prudence la manière dont il devoit s'y prendre +pour expliquer ses sentiments à cette fière personne; que, de peur de +l'effaroucher, il lui fît entendre que toute la grâce que le Roi +demandoit d'elle, étoit de souffrir qu'il lui parlât de sa passion; +qu'il aimeroit mieux mourir mille fois plutôt que d'avoir la moindre +pensée de la déshonorer, et qu'il ne se serviroit jamais de son autorité +pour lui faire aucune violence; qu'il bornoit tous ses désirs et toutes +ses prétentions à la voir, à l'aimer, et à lui parler quelquefois de son +amour. + +Le duc reçut cette ambassade avec autant de plaisir que si elle se fût +adressée au plus grand prince de l'Europe. Il part comme un autre +Mercure, pour exécuter les ordres de son Jupiter; et certainement le Roi +ne pouvoit pas jeter les yeux sur une personne plus propre à s'acquitter +de ce difficile emploi, que l'étoit le duc de La Feuillade. Il avoit de +l'esprit, de la politesse, un grand usage du monde, une éloquence qui +lui étoit naturelle, et une bonne mine qui persuadoit déjà avant qu'il +ouvrît la bouche. Mais ce qui le rendoit plus propre à la commission que +le Roi lui avoit donnée, c'est qu'il avoit une grande expérience dans le +commerce des femmes; il en connoissoit le fort et le faible; il avoit eu +avec elles de bonnes fortunes et plusieurs galanteries; il avoit en un +mot toutes les qualités propres pour plaire au beau sexe. Il étoit civil +et entreprenant, insinuant et hardi, libéral, soumis, complaisant, mais +aussi vigilant, pressant, actif, et ne perdant jamais une occasion +favorable aux amants, qui est ce qu'on appelle l'heure du berger. + +Cet ambassadeur, ayant reçu les instructions de son maître, prit congé +de Sa Majesté, et ne songea qu'à exécuter les ordres qu'il venoit de +recevoir. Comme il savoit, par une longue expérience, que le vrai moyen +de persuader étoit de prendre son temps, et que cela est surtout +nécessaire à l'égard des femmes, il tâcha de se servir heureusement de +cette circonstance. Il sut bientôt que la comtesse devoit être d'une +partie de plaisir dans une maison de campagne; et comme il étoit bien +reçu partout, et par son rang et par les qualités de son esprit, il ne +lui fut pas difficile d'être du nombre de ceux qui devoient composer +cette belle compagnie. Il y devoit avoir un grand nombre de messieurs et +de dames de la première qualité; mais comme la présence du comte de L... +auroit pu être un obstacle au dessein du duc, il fit connoître à Sa +Majesté, qu'il seroit nécessaire qu'il l'éloignât le jour de cette fête, +de peur que sa présence ne rompît toutes ses mesures. Le Roi, qui +n'avoit en tête que l'intérêt de son amour, trouva bientôt le moyen de +lever ce petit obstacle. Il résolut d'aller à la chasse le même jour que +la comtesse devoit aller à cette partie de plaisir, et il fit dire au +comte qu'il falloit qu'il l'y accompagnât. Quoiqu'il eût compté qu'il +seroit de la partie de sa femme, il ne se fit pas pourtant une grande +violence de suivre le Roi: c'est toujours un grand honneur à un +courtisan, que son maître le choisisse pour être le compagnon de ses +plaisirs; mais ce pauvre comte ne savoit pas que le même jour qu'il +assisteroit à la chasse du Roi, à la poursuite de quelque cerf, ce grand +Monarque avoit donné ordre à son grand veneur en fait d'amour, de +faire tous ses efforts pour faire tomber sa femme dans ses toiles. Enfin +il ignoroit, ce bon seigneur, qu'on travailloit à arborer sur sa tête +les armes de ces animaux connus, dont la chasse devoit faire le plaisir +du Roi. + +Le jour venu pour cette double chasse, le comte de L... ne manqua pas de +se rendre en diligence auprès du Roi; et le duc de La Feuillade n'eut +garde de manquer à se trouver au lieu de l'assignation[10], où se devoit +trouver cette belle compagnie. Je ne décrirai ni la magnificence de +cette fête, ni ce qui se passa dans la chasse du Roi; je ne puis +pourtant passer sous silence une particularité qui me semble +remarquable, et qui étoit d'un mauvais préjugé pour ce prince, dans le +dessein de cette journée. C'est qu'ayant tiré deux fois sur un sanglier, +il le manqua, et ne lui fit aucun mal; et le comte de L... ayant tiré +après lui, le blessa du premier coup. Quoique le Roi ne soit pas +superstitieux, cela n'empêcha pas qu'il n'eût du chagrin de cette +aventure; cela ne lui étoit jamais arrivé, car il est fort adroit à +toutes sortes d'exercices, et particulièrement à la chasse; mais ce qui +augmentoit son chagrin, c'est que le comte de L... venoit de frapper du +premier coup la bête, qu'il avoit manquée jusques à deux fois; mais que +cela lui fût arrivé précisément le même jour, et peut-être à la même +heure que le duc de La Feuillade parloit de sa passion à la comtesse, +c'est ce qui achevoit de le désoler. «Cela m'avertit assez, +disoit-il en soi-même, que le duc ne sera point écouté, que toutes ses +paroles seront regardées comme du vent, et que tous les coups qu'il +portera pour moi à la comtesse, ne feront que blanchir[11]; au lieu que +le comte, qui a blessé la bête que j'ai failli toucher, ne manquera pas +ce soir de trouver sa femme, qui le recevra d'abord avec les mêmes +empressements et les mêmes marques de tendresse qu'elle lui a données +depuis leur mariage.» C'est ainsi que le Roi s'entretenoit, et il lui +tardoit que le jour fût fini, pour apprendre bientôt son bien ou son +mal. + +Cependant le duc de La Feuillade prit le temps qu'il jugea le plus +propre pour entretenir la comtesse d'une affaire si chatouilleuse. Il +attendit qu'on eût dîné, qu'on eût pris le plaisir du jeu et de la +musique, et qu'on exécutât le dessein de prendre vers le soir le plaisir +de la promenade. C'étoit en effet le temps le plus propre à son dessein; +car, au lieu que, pendant la chaleur du jour, ils avoient été tous +ensemble occupés au jeu, lorsque le soleil commença de baisser, on alla +se promener dans un bois à haute futaie, où il y avoit plusieurs grandes +allées, diverses fontaines, plusieurs jets d'eau, des grottes, des +cabinets[12], des berceaux, des labyrinthes, et enfin tout ce qui +peut embellir un lieu champêtre. + +Quand on fut entré dans le bois, les uns prirent une route, les autres +une autre, selon que le désir, le caprice, le hasard ou quelque dessein +prémédité les conduisoit. Le duc, qui avoit toujours le sien en tête, +conduisit si bien la chose, qu'il se trouva seul avec la comtesse; et +quand il se vit assez éloigné pour n'être entendu de personne, il +commença de louer les charmes de sa beauté et de son esprit et d'exalter +le bonheur du comte, qui possédoit une femme si accomplie. + +Comme elle ne s'attendoit point à ce que le duc avoit à lui dire, elle +lui répondit sans façon comme font la plupart des femmes, quand on leur +fait de semblables compliments, qu'elle n'avoit point tous ces avantages +dont il la vouloit flatter; et que, quand cela seroit, on ne voyoit +guère de maris compter pour un grand bonheur celui d'avoir rencontré une +belle femme. Le duc qui, comme j'ai dit, savoit profiter de tout, voyant +qu'elle le mettoit, quoiqu'innocemment, en si beau chemin, ne manqua pas +de relever ce que la comtesse venoit de dire.--«Vous avez raison, +Madame, lui dit-il, de trouver que les maris ne rendent pas là-dessus +toute la justice qu'ils doivent au mérite de leurs épouses; il semble +que le mariage leur ait fait perdre toute leur beauté et tous leurs +agréments, ou qu'ils aient perdu eux-mêmes ce goût exquis que les autres +ont, et qu'ils soient devenus tout-à-fait insensibles.--Ce n'est point +cela, répondit la comtesse, qui vouloit réparer ce qu'elle avoit dit, +et qui savoit avec quel homme elle avoit à faire; mais c'est que les +maris, qui sont des autres nous-mêmes, nous disent sincèrement ce qu'ils +pensent des qualités qu'ils trouvent en nous. Ils ne les exagèrent ni ne +les atténuent, mais nous en parlent naturellement.--Croyez-moi, Madame, +répliqua le duc, ils font ce qu'ils peuvent pour les amoindrir; ce sont +des maîtres qui ne veulent pas louer leurs esclaves, ou plutôt des +gouverneurs qui veulent tenir dans la dépendance celles qui sont sous +leur conduite; ou, si vous voulez que je vous donne une plus noble idée +de l'autorité qu'ils exercent sur leurs femmes, je me servirai des +paroles d'un grand poète de notre temps, qui fait dire à sa Pauline dans +le Polyeucte, + + Tant qu'ils ne sont qu'amans, nous sommes souveraines, + Et jusqu'à la conquête ils nous traitent en Reines; + Mais après l'hyménée, ils sont Rois à leur tour. + +--Qu'ils soient Rois tant qu'il vous plaira, répondit la comtesse, nous +ne sommes pas de simples sujettes; nous partageons avec eux cette +royauté.--Cela est vrai, Madame, répliqua le duc; mais vous n'avez plus +cet encens, ces hommages, ces respects, ni même ces marques d'amour et +de tendresse...--Ce que nous avons, dit-elle, est au moins plus sincère, +plus solide et plus durable.--Dites plutôt, Madame, dit le duc en +l'interrompant, que les empressements d'un amant ont toutes ces +qualités, parce que ce n'est pas le devoir, mais l'inclination qui les +produit. Rien n'oblige un autre homme à vous dire qu'il vous adore, +qu'il meurt d'amour. C'est le coeur qui parle, c'est l'amour +lui-même qui dicte ces paroles à l'amant. Mais un homme qui est lié à +une femme par le sacrement, se sent obligé à dire qu'il l'aime, quand +même il auroit de l'aversion. Tout ce qui est un effet du devoir nous +doit paroître suspect. Et c'est pour cela qu'on dit que les Rois ont +tant de peine à distinguer les vrais amis des flatteurs, parce que, +comme nous leur devons toutes choses, et qu'ils ont un pouvoir absolu +sur nous, ils ne sauroient jamais bien connoître si c'est la crainte, ou +si c'est l'amour qui nous fait agir.--Ce que vous dites là, reprit la +comtesse, fait contre vous; car comme l'affection qu'un Roi témoigne à +son sujet doit être la plus sincère de toutes, par la raison que vous +venez de voir, qu'il n'y a rien qui l'y oblige, celle de nos maris, qui +sont nos souverains, selon vous et selon Corneille que vous venez de +citer, doit être de la même espèce.--Nous voilà d'accord, Madame, reprit +le duc, et j'entre aussi bien que vous dans ce dernier sentiment. Oui, +plus la personne qui nous aime est au-dessus de nous, plus l'amour qu'il +nous témoigne doit être sincère et véritable, et plus nous lui en devons +être obligés. Après cela pourriez-vous douter, Madame, qu'un grand Roi, +qui est adoré de tous ses sujets, redouté par ses ennemis, et qui est +l'admiration de toutes les nations étrangères, n'ait pas pour vous les +derniers attachements, puisqu'il vous l'a témoigné de la manière du +monde la plus soumise et la plus respectueuse?--Et qui vous a dit, +reprit la comtesse, avec un air fier et froid, que le Roi a de +l'attachement pour moi?--Lui-même, Madame, me l'a dit, et ce grand +Monarque n'osant vous expliquer lui-même ses sentiments, m'a ordonné de +vous dire qu'il vous aime, ou plutôt qu'il vous adore; que si l'excès de +son amour l'a fait parler si souvent par ses soupirs et par ses regards, +le grand respect qu'il a pour vous ne lui a jamais permis de vous le +dire. Il m'a choisi pour vous porter cette parole, que vous êtes son +unique souveraine, qu'il ne veut recevoir la loi que de vous seule, +qu'il met à vos pieds son sceptre et sa couronne; que vous seule pouvez +décider de sa destinée, et que sa vie ou sa mort dépendent de la réponse +que je lui dois porter de votre part.--Je vous ai écouté sans vous +interrompre, lui dit cette sage comtesse, puisque vous m'avez dit que +vous parliez de la part du Roi, et qu'étant sujette, je suis obligée +d'écouter avec respect tout ce qui vient de la part du souverain; mais +le Roi sait-il que je suis mariée?--Oui, Madame, il le sait, répliqua le +duc; il sait ce que vous devez à votre époux, et ce que vous vous devez +à vous-même. Il veut bien que vous vous en souveniez; il veut bien +oublier lui-même qu'il est votre Roi; et il m'a commandé de vous dire +par exprès, qu'il ne se servira jamais de son autorité pour vous obliger +à rien qui puisse choquer votre devoir; qu'il ne vous demande d'autre +grâce que celle de vous voir, et de vous parler quelquefois de sa +passion; et qu'enfin, sans prétendre autre chose de vous que ce que je +viens de vous dire, et que la vertu la plus austère ne sauroit refuser à +un si grand Roi, vous pouvez disposer des premières charges de la +Cour en faveur de tous les vôtres; voyez, Madame, vous pouvez contenter +le Roi, faire votre fortune et celle de vos amis sans blesser votre +devoir.--Ce que vous venez de me dire, répartit la comtesse, mérite +d'être pesé»; et prenant dans ce moment un air grave et sérieux, comme +feroit une Reine qui répondroit à un ambassadeur:--«Vous direz au Roi +votre maître que je lui suis bien obligée de toutes les offres qu'il me +fait, que je me reconnois indigne d'un si grand honneur, et, pour lui +témoigner que je reçois comme je dois des propositions si avantageuses, +vous lui direz, s'il vous plaît, que j'en conférerai tantôt avec mon +mari qui y a le même intérêt, et sans lequel je ne puis rien faire. Vous +savez, ajouta-t-elle, avec un souris malicieux, que ce sont de petits +souverains dans leur famille; ce qui fait que je me sens obligée de lui +rendre compte de tout.--Vous savez trop bien le monde, répondit le duc, +pour faire cette bévue.--Je sais mon devoir, dit-elle, et ne vous mêlez +pas, je vous prie, de me l'apprendre. Vous avez fait votre commission, +cela suffit; allez en rendre compte au Roi, et lui rapportez ma +réponse.--Mais oserai-je, Madame, répliqua le duc, lui porter une +semblable parole?--Cela ne vous regarde point, dit la comtesse; un +ambassadeur n'est pas responsable du succès de son ambassade; comme il +n'agit que conformément aux ordres qu'il a reçus de son maître, il doit +aussi rapporter fidèlement les réponses qu'on lui donne.--Vous voulez +donc, Madame, que je dise au Roi...--Que je lui sais bon gré de +l'honneur qu'il me fait, lui dit-elle en l'interrompant; mais que +la chose étant de la dernière importance, il faut que je la communique +au comte mon époux.--Je vois bien, lui dit le duc, comme il vit que le +reste de la compagnie les alloit joindre, que vous avez trop d'esprit +pour moi, et trop de vertu pour le Roi.» + +Cet amant attendoit le duc avec une extrême impatience. On peut +s'imaginer aisément de quelle manière il passa la nuit. Tantôt la +comtesse se présentoit à son imagination avec tous ses charmes, tantôt +il la voyoit avec cet air sévère dont la seule pensée le faisoit blêmir. +Quelquefois il se flattoit qu'il n'étoit pas haï de sa maîtresse, et que +ces manières réservées qu'elle affectoit avec lui n'étoient que des +mesures qu'elle vouloit prendre contre son coeur, dont elle sentoit la +faiblesse. Enfin l'habileté de son confident achevoit de le persuader +que sa négociation auroit un fort bon succès. Cependant le malheur qu'il +avoit eu à la chasse le jour précédent, lui étoit d'un mauvais présage +qui troubloit toutes ces douces pensées; et son esprit, diversement +agité, passa la plus longue de toutes les nuits, entre l'espérance et la +crainte. + +L'heure du lever du Roi ne fut pas plus tôt venue, que le duc de La +Feuillade se rendit auprès de Sa Majesté, et ce prince amoureux, +impatient d'apprendre le succès[13] de son ambassade, congédia le plus +tôt qu'il put cette foule de courtisans, qui ne faisoit alors que +l'importuner[14]. Il ne se vit pas plus tôt seul avec son fidèle +confident, qu'il lui demanda des nouvelles de sa maîtresse, et le succès +de son entreprise. «Ne me flatte pas, lui dit-il précipitamment; je +suis las de tant languir, annonce-moi bientôt la vie ou la mort.--Je ne +vous annoncerai ni l'un ni l'autre, lui dit La Feuillade; je dirai +seulement au plus grand Roi du monde, ce qu'on rapporte d'Alexandre le +Grand, sur le point d'exécuter une entreprise très-difficile: qu'il +avoit trouvé un péril digne de lui. Je dis aussi la même chose à Votre +Majesté. En fait d'amour, vous n'avez trouvé jusques ici que des places +foibles, qui se sont rendues sans résistance, et qui vous ont d'abord +ouvert les portes; les plus cruelles se sont soumises à vous avec la +même facilité que les villes se rendoient au conquérant de l'Asie, ou, +pour faire la comparaison plus juste, avec le même succès qu'elles se +rendent à Votre Majesté. Mais voici une place forte où il faut employer +toutes les ruses et toutes les forces de l'amour; en un mot, Sire, c'est +une conquête digne de vous.» + +Après cela, il raconta au Roi tout ce qui s'étoit passé, et insista +surtout sur la réponse malicieuse de cette cruelle:--«Mais, Sire, +ajouta-t-il, ne vous alarmez pas; j'en ai bien vu bien d'autres, qui +faisoient les fières comme la comtesse, et qui se sont mises à la +raison.--Mais que puis-je attendre d'une femme, lui répliqua le Roi, qui +n'aime que son mari, et qui m'oppose ce mari fâcheux quand on +l'entretient de mon amour? N'est-ce pas m'ôter absolument l'espérance; +ou, pour mieux dire, n'est-ce pas se moquer de moi, que de me faire dire +qu'il faut qu'elle en parle plutôt au comte son époux?--Je vous avoue, +répondit le duc, que sa réponse est tout-à-fait cavalière; mais, Sire, +puisqu'elle a besoin du secours de son mari pour se défendre de vos +poursuites, c'est une marque qu'elle ne se croit pas assez forte pour y +résister. Mais ne craignez pas qu'elle lui fasse une telle confidence, +dont peut-être elle seroit la première à se repentir. En un mot, je +crois que c'est un rempart qu'elle veut opposer à votre amour, et dont +elle veut appuyer cette foiblesse assez naturelle à celles de son sexe. + +Le Roi voyoit bien que le duc vouloit adoucir autant qu'il pouvoit ce +qu'il y avoit de rude dans cette entreprise; et comme ce Monarque s'est +toujours fait un point d'honneur de réussir dans tout ce qu'il +entreprend, quelques difficultés qu'il y puisse rencontrer, celles qui +se présentoient dans son dessein amoureux ne firent que l'enflammer +davantage par la résistance. Il s'en expliqua ouvertement à son +confident; il lui dit que tous les rebuts, qu'il prévoyoit bien qu'il +avoit à essuyer, n'étoient pas capables de le guérir; que son mal +étoit désormais sans remède, et qu'il n'y avoit point de milieu à +prendre; qu'il mourroit de douleur, ou contenteroit son amour. + +Pendant que le Roi s'entretenoit ainsi avec le duc de La Feuillade, la +comtesse s'entretenoit avec elle-même; elle se garda bien de faire ce +qu'elle avoit dit, et d'imiter la princesse de Clèves[15] dans une +conjoncture si délicate. Elle garda pour elle un secret si important, et +eut quelque chagrin que le Roi eût fait choix d'un confident. Ce n'est +pas qu'elle eût aucun dessein de correspondre à son amour; mais elle se +sentoit doublement offensée, et par la déclaration qui venoit de lui +être faite de sa part, et parce qu'il s'étoit servi d'un tiers dans une +affaire si chatouilleuse, et qu'elle auroit voulu cacher, par manière de +dire, à elle-même. Ce fut la cause peut-être qu'elle fit au Roi une +réponse si cavalière, pour lui faire comprendre qu'il devoit plus +ménager une femme de sa façon. Le Roi eut aussi la même pensée, +quoiqu'il ne le témoignât pas, et il ne songea qu'à réparer cette faute, +et à découvrir lui-même ses feux à celle qui les causoit. + +Mais pour revenir à la comtesse, elle ne savoit, si elle devoit +s'affliger ou se réjouir: elle ne doutoit pas de l'amour du Roi; ses +yeux le lui avoient encore mieux dit que n'avoit fait le duc de La +Feuillade; cette pensée flattoit agréablement son orgueil; il n'est +point de femme qui s'offense d'être aimée; les plus chastes s'en +font honneur, quoiqu'elles ne le témoignent pas; elles regardent cela +comme un hommage qu'on rend à leur beauté. La comtesse étoit faite comme +les autres, elle étoit naturellement fière et superbe, et l'amour d'un +si grand prince s'accordoit assez avec sa vanité. D'un autre côté, elle +en craignoit de dangereuses suites, elle en appréhendoit l'éclat. Elle +savoit qu'il n'en est pas des Souverains comme des autres hommes; que +leurs passions ne sauroient longtemps être cachées; qu'on observe toutes +leurs démarches, et qu'eux-mêmes servent à se découvrir, parce qu'ayant +droit de commander, ils se croient dispensés de garder tant de mesures. +Comme elle étoit fort délicate du côté de l'honneur et de la réputation, +ces dernières pensées la troubloient beaucoup. Enfin elle résolut de +s'en tenir à sa manière d'agir ordinaire, qui étoit de ne rien affecter, +ni de chercher à voir le Roi, ni de tâcher à l'éviter, mais de le +laisser venir et d'observer toutes ses démarches. Il semble qu'elle +s'exposoit assez, et que le plus sûr pour une femme est de fuir les +occasions. Mais celle-ci avoit un fond de vertu sur lequel peut-être +elle ne devoit pas tant compter; elle ne craignoit rien de sa propre +foiblesse; elle redoutoit seulement les langues malignes et les +jugements téméraires du public; mais elle se flatta toujours qu'elle +dissiperoit assez tous ces nuages par l'éclat de son innocence. + +Les choses étoient en ces termes, lorsque le Roi ne cherchoit qu'une +occasion favorable pour parler à la comtesse, et pour tâcher de la +persuader mieux que n'avoit fait le duc de La Feuillade. Cette +occasion s'offrit assez tôt, et la Cour étant obligée en ce temps-là +d'aller à Fontainebleau, où la Reine devoit accoucher du dernier enfant +qu'elle eut, et qui mourut peu de temps après, la comtesse de L... s'y +rendit aussi[16]. Un lieu si délicieux et si agréable fut la scène +de tous les événements que je vais décrire, où l'amour et la vertu +firent leurs derniers efforts. + +Le Roi, qui veilloit toujours sur toutes les démarches de la comtesse, +savoit qu'elle aimoit à se promener souvent dans le bois, où ce +magnifique château est bâti; et, comme l'épaisseur des arbres empêche le +soleil d'y pénétrer, on peut s'y promener à toutes les heures du jour. +La comtesse, comme je viens de dire, prenoit souvent ce plaisir, et le +Roi trouvoit ce lieu plus charmant qu'il ne lui avoit jamais paru, et +parce qu'il servoit à entretenir la douce mélancolie où l'amour l'avoit +plongé, et parce qu'il savoit que sa chère comtesse en faisoit le lieu +de sa promenade. + +Un jour qu'elle s'y promenoit, accompagnée seulement de ses femmes, le +Roi, qui le sut d'abord, ne manqua pas de s'y rendre par un autre +chemin, afin qu'il parût à la comtesse que leur rencontre n'étoit pas un +dessein prémédité de la part du Roi, mais un effet du hasard. Dès +qu'elle vit le Roi de loin, qui n'avoit que peu de gens à sa suite, elle +se prépara d'abord à soutenir un grand combat; elle rougit, elle pâlit, +elle trembla, sans savoir bien la cause de tous ces mouvements, que +la présence du Roi n'avoit pas accoutumé de lui causer auparavant. Ce +prince amoureux, qui soupiroit depuis longtemps après un tête à tête +avec la comtesse, fit connoître à ceux qui étoient à sa suite qu'il +vouloit l'entretenir en particulier pour une affaire qui la regardoit. +A ce signal chacun se retira, et les deux suivantes de la comtesse en +firent de même, quand elles virent approcher le Roi. Il ne l'eut pas +plus tôt abordée, et jugé qu'il ne pouvoit pas être entendu de personne, +qu'il lui dit d'un air passionné:--«Avouez, Madame, que ce lieu +solitaire est tout-à-fait propre pour entretenir les tristes pensées +d'un amant infortuné.--Comme je n'ai jamais éprouvé ces sortes +d'infortunes, lui dit la comtesse, je ne sais que vous en dire.--Si vous +l'ignorez par votre propre expérience, lui dit le Roi, vous devriez au +moins le savoir par celle que vous en faites faire aux autres.--Je ne +sais pas, répondit alors la comtesse, ce que les autres sentent pour +moi; mais s'il y en avoit quelqu'un qui fût dans l'état où vous dites, +il feroit fort bien, s'il me vouloit croire, de mettre son esprit en +repos, et de ne penser plus à moi.--Eh! peut-on s'empêcher de penser à +vous, répartit le Roi précipitamment, lorsqu'on a vu ces charmes que +vous ne sauriez cacher? Où peut-on avoir l'esprit en repos lorsqu'on +sait qu'on aime une inexorable?--Oui, sans doute on le peut, reprit la +comtesse, lorsqu'on veut écouter la justice et la raison.--Et quelle +justice, dit alors le Roi, nous défend d'aimer ce qui est +aimable?--Celle qu'on se doit à soi-même, et celle qu'on doit aux +autres, lui dit la comtesse.--Eh bien, Madame, répliqua le Roi, je vous +la rends cette justice en vous aimant comme je fais, puisque je ne vois +rien sous les cieux de si aimable que vous; et je me la rends à +moi-même, puisque j'ai un coeur sensible, et que la passion dont il +brûle m'est plus chère que ma vie. Ce qu'on vous a dit de ma part n'est +pas la centième partie de ce que je sens pour vous; croyez, Madame, +croyez, ajouta le Roi, que je me suis dit à moi-même tout ce que vous +pourriez me dire pour combattre ma passion; mais elle est plus forte que +tout ce qu'on pourroit lui opposer. Si quelque chose devoit la détruire, +ce seroient vos rigueurs; mais désabusez-vous, elles n'en viendront +jamais à bout; elles peuvent me faire mourir, mais elles ne sauroient +m'empêcher de vous aimer jusqu'au dernier soupir de ma vie.» + +Le Roi prononça ces dernières paroles avec tant d'émotion et tant de +véhémence que la comtesse en parut touchée, et ne put s'empêcher de +laisser couler quelques larmes. Elle ne doutoit plus de l'amour du Roi; +ses regards, ses démarches, ses actions, et ce qu'elle venoit de voir et +d'entendre, lui faisoit assez connoître, que ce monarque aimoit jusqu'à +la fureur. Elle en fut fort affligée, et pour l'amour d'elle-même, et +peut-être même pour l'amour de son amant, qu'elle ne pouvoit pas +s'empêcher de plaindre. Quand elle se fut un peu rassurée, elle dit au +Roi:--«Sire, vous pouvez juger de la surprise où je suis, après ce que +je viens d'entendre de la bouche d'un grand Roi; et s'il est vrai +que votre état soit tel que vous venez de le dire, je puis bien vous +assurer que, s'il ne falloit que ma vie pour vous rendre heureux, je +suis prête à vous la sacrifier. Mais comme Votre Majesté prétend autre +chose, je veux qu'elle sache que je renoncerois à mille vies, si je les +avois, plutôt que d'abandonner ce qui m'est plus cher que la vie, et que +le repos de mon Roi.» Elle accompagna ces paroles d'un ton si ferme, que +le coeur du Roi en trembla, voyant qu'on ôtoit à son amour toute sorte +d'espérance. Ce qu'il y avoit ici de rare, c'est que l'un et l'autre +crurent ce qu'ils se disoient d'obligeant; mais ni l'un ni l'autre n'en +furent contents. La comtesse étoit persuadée que le Roi l'aimoit autant +qu'on le peut, mais cela ne faisoit que l'inquiéter. Le Roi, de son +côté, ne douta pas que la comtesse n'eût pitié de ses maux; quelques +larmes qu'il vit couler de ses beaux yeux en étoient des témoins +fidèles; il crut sans peine que la protestation qu'elle lui faisoit de +sacrifier sa vie pour son repos, partoit du fond de son coeur; mais +aussi il ne croyoit que trop ce qu'elle avoit ajouté, que son honneur +lui étoit plus cher que tout le reste, et c'est là où il ne trouvoit pas +son compte. Il dissimula néanmoins, et, suivant la méthode qu'il avoit +déjà marquée à son confident, il confirma à cette vertueuse comtesse ce +que le duc de La Feuillade lui avoit protesté de sa part: qu'il bornoit +tous ses désirs au seul plaisir de la voir, de l'aimer, et de lui parler +de son amour.--«Vous m'offrez votre vie, pour procurer mon repos, lui +dit ce prince amoureux; c'en est trop, généreuse comtesse; vous me +puniriez au lieu de m'obliger; je ne vous demande ni cette vie qui +m'est plus chère que la mienne, ni cet honneur qui vous est plus cher +que la vie, et que vous croyez être l'unique objet de mes prétentions; +je ne veux que vous voir, vous aimer, et vous le dire.--Eh! de quoi vous +peut servir cette vue? lui dit la comtesse; pourquoi voulez-vous +entretenir une passion dont vous n'espérez aucun fruit? A quoi bon un +entretien qui ne fera que troubler votre repos et me rendre +malheureuse?--Ah! que vous savez peu, Madame, lui dit le Roi, en la +regardant avec des yeux qui marquoient toute sa tendresse, que vous +savez peu ce qui se passe dans le coeur des vrais amants! Une parole, +un souris, un regard, la plus petite chose, un rien les contente, +lorsque ce rien vient de la part de leur maîtresse. Ne me demandez donc +plus quel fruit je prétends retirer de votre vue et de votre +conversation; et n'est-ce pas beaucoup pour un amant que de voir et +d'entretenir sa maîtresse?--Mais un amant en peut-il demeurer là? reprit +la comtesse. Ne sait-on pas qu'ils ne sont jamais satisfaits; que, quand +ils ont une chose, ils en veulent obtenir une autre? Au nom de Dieu, +Sire, ne me mettez pas, et ne vous mettez pas vous-même à une si cruelle +épreuve.--Ce que vous dites-là, dit le Roi, ne se voit que dans les +passions ordinaires, et quand on aime des beautés communes; mais vous ne +devez rien craindre de semblable; et quand vous le craindriez, et que je +serois assez téméraire pour prétendre quelque chose au-delà de ce que je +vous demande, n'êtes-vous pas toujours en droit de me la refuser, +et de m'interdire même la grâce que vous m'aurez accordée, de vous voir +et de vous parler de mon amour?» + +La comtesse trouvoit cette proposition assez raisonnable; mais cela +n'empêchoit pas que l'exécution ne lui en parût difficile pour le Roi, +et l'essai périlleux pour elle. Cependant elle n'osoit trop le +témoigner, de peur que ce prince ne la soupçonnât de quelque foiblesse +dont il pourroit tirer avantage. Elle voulut donc lui laisser croire +qu'elle avoit assez de vertu pour se défendre de ses poursuites, quand +même il les voudroit pousser trop loin; mais elle prit un autre tour +pour détourner le Roi de ce dessein où il persistoit toujours. Elle dit +à ce monarque que, bien qu'elle pût s'assurer de sa discrétion, et +qu'elle ne craignît rien de sa propre vertu, elle avoit le monde à +ménager; qu'on ne manqueroit pas de mal interpréter les visites d'un +grand roi à une simple comtesse; que de quelque manière qu'il la vit, ou +chez elle ou ailleurs, on ne manqueroit pas de le remarquer et de faire +là-dessus des réflexions qui lui seroient désavantageuses; et qu'enfin +le Roi, venant à bout de toutes les dames qu'il entreprenoit, s'il en +falloit croire le bruit commun, elle se voyoit perdue de réputation, si +le Roi persistoit dans son dessein.--«Laissez parler le monde, lui dit +le Roi, croyez-vous vous mettre à couvert de la médisance, de quelque +manière que vous viviez? Les mauvaises langues n'épargnent personne; la +vertu même ne peut pas se garantir de leurs traits; ainsi ne ménageons +point un monde qui nous ménage si peu; faisons seulement notre +devoir et moquons-nous de tout le reste.» + +La comtesse, qui voyoit que le Roi lui rabattoit tous ses coups, lui +opposa son dernier retranchement, et, reprenant les dernières paroles de +ce prince:--«Je conviens, dit-elle, de ce que vous venez de dire, qu'en +faisant son devoir on peut se moquer de tout. Mais le ferai-je mon +devoir, en écoutant des discours qui blessent le lien conjugal? Une +femme mariée peut-elle entendre une déclaration d'amour d'un autre que +de son mari? Que direz-vous, Sire, là-dessus, ajouta-t-elle en souriant, +si je vous prends pour mon casuiste, et pour le directeur de ma +conscience?--Je vous dirai, dit le Roi, que vous avez l'esprit trop fort +pour vous effaroucher de ce fantôme; que vous savez trop bien le monde, +pour vous faire un crime d'une chose si innocente. Il faut laisser ces +vaines terreurs, ajouta-t-il, aux plus petites bourgeoises; mais les +dames comme vous, qui ont l'esprit épuré par l'air de la Cour, ne +s'arrêtent pas à ces bagatelles.--Vous croyez bien pourtant, dit-elle, +que le comte mon époux, qui a respiré toute sa vie ce même air, en +jugeroit autrement si je le consultois là-dessus?--Je suis sûr, Madame, +répliqua le Roi, qu'il en jugeroit comme moi, quoique peut-être il ne +vous dît pas sa pensée, et la qualité de mari qui veut faire la cour à +sa femme, lui feroit tenir un autre langage.--Mais enfin, dit la +comtesse, quand le comte, mon époux, seroit un de ces maris commodes qui +laissent faire à leurs femmes tout ce qu'elles veulent, sans s'en mettre +en peine, ne dois-je compter pour rien la modestie de mon sexe, ma +propre vertu, ma pudeur et les mouvements de ma conscience, qui +répugnent à je ne sais quel commerce que vous demandez de moi, et qui ne +peut aboutir à rien de bon? Encore une fois, Sire, je vous le demande +pour dernière grâce, si vous avez quelque considération pour moi, +demandez-moi des choses plus raisonnables.--Et que vous puis-je demander +de plus raisonnable, dit alors le Roi, dans la triste situation où je me +trouve? Je brûle d'un feu qui me dévore, j'aime sans espérance, je +soupire, je meurs d'amour pour vous, et je ne vous demande que de vous +voir et de vous parler; et vous trouvez que ce que je vous demande est +déraisonnable? Peut-on vous demander moins? et la vertu la plus sévère +s'en pourroit-elle offenser? + +La comtesse, qui vit que le Roi persistoit toujours dans le dessein de +la voir, ne voulut pas lui répliquer davantage, de peur de l'aigrir, et, +sans lui accorder sa demande, elle se contenta de cesser de lui +contredire; mais comme les amants prennent avantage de tout, le Roi ne +manqua pas d'expliquer en sa faveur le silence de la comtesse. C'est +ainsi qu'ils se séparèrent; le Roi continua sa promenade avec ceux qui +l'accompagnoient, et la comtesse reprit le chemin du château avec ses +deux femmes. + +C'est une maxime certaine en fait d'amour que les femmes vont toujours +plus loin qu'elles ne pensent, et les hommes au contraire se flattent +d'avoir fait plus de chemin qu'ils n'ont fait en effet. Cela ne manqua +pas d'arriver au Roi et à la comtesse, après leur dernier +entretien. Ce monarque fut assez satisfait de sa maîtresse, et il ne +jugea plus cette conquête aussi difficile qu'il avoit cru au +commencement; au moins il ne la jugea pas impossible. La comtesse lui +parut assez traitable, et il ne remarqua pas en elle cette même sévérité +qui lui avoit fait tant de peur. Cependant cet amant se flattoit, et +l'heure d'aimer de la comtesse n'étoit pas encore venue. Mais aussi +cette vertueuse dame, qui n'y entendoit point de finesse, s'étoit plus +avancée qu'elle ne croyoit, ce qui fut la cause de l'erreur du Roi. Ils +reconnurent bientôt l'un et l'autre qu'ils s'étoient trompés, lui de +croire qu'on le regardoit favorablement; elle, de s'imaginer qu'elle +avoit soutenu jusques au bout sa première sévérité. Ce prince impatient, +et par l'excès de son amour et par la facilité qu'il avoit trouvée dans +toutes ses autres maîtresses, et parce qu'un roi se lasse bientôt +d'attendre, chercha une nouvelle occasion de voir la comtesse, et de +pousser plus loin les affaires. + +Comme les principaux de la Cour avoient un appartement dans le grand et +magnifique palais de Fontainebleau, le comte de L... et la comtesse sa +femme y avoient aussi le leur. Cela fournissoit au Roi la commodité de +la voir, et fit naître l'occasion qu'il attendoit avec tant +d'impatience. Un jour que ce prince vit la porte de l'appartement de la +comtesse entr'ouverte, il eut la curiosité d'y regarder, et, ne voyant +personne, il entra comme à la dérobée. Il ne se fut pas plus tôt +approché d'un lit de repos qu'il y avoit dans cette chambre, qu'il vit +la comtesse tout endormie. C'étoit dans les plus grandes chaleurs +de l'été; et ses filles, voyant leur maîtresse qui reposoit, prirent ce +temps pour s'écarter un petit moment. Cette charmante personne étoit +étendue négligemment sur ce lit; elle étoit seule dans sa chambre, et on +auroit dit que tout cela s'étoit fait de concert, pour donner le moyen +au Roi de surprendre une place qu'il n'osoit attaquer ouvertement. Son +coeur fut agité de mille différentes pensées; il craignoit et il +désiroit tout à la fois. Il ne savoit s'il se contenteroit de regarder +sa maîtresse qui dormoit si tranquillement. Il ne savoit s'il ne devoit +lui dérober un baiser et profiter d'une occasion si favorable, qui +peut-être ne reviendroit jamais; d'un autre côté, il craignoit de +l'offenser, et que la comtesse venant à s'éveiller ne lui pardonnât +jamais cet attentat, et lui défendît absolument de la voir. + +Il étoit dans cette cruelle incertitude, lorsque la gorge de cette belle +comtesse venant à se découvrir par quelque mouvement qu'elle fit en +dormant, acheva de le déterminer, et n'écoutant plus que l'excès de sa +passion, il posa ses mains sur ces deux boules de neige, et les baisa +trois ou quatre fois de sa bouche royale. La comtesse, qui sentit +d'abord cet attouchement dans une partie si délicate, s'éveilla en +sursaut et fit un grand cri; et voyant que c'étoit le Roi, et que ses +filles s'en étoient allées, elle crut qu'on l'avoit trahie, et qu'on +vouloit la prostituer à ce monarque. Cette pensée lui fit tant +d'horreur, qu'elle ne put s'empêcher de le témoigner:--«Allez, lui +dit-elle, monstre exécrable, ôtez-vous pour jamais de devant mes +yeux, ou faites-moi promptement mourir, puisqu'en vous parlant ainsi, je +suis criminelle de lèse-Majesté.» + +Le Roi, qui vit bien la faute qu'il avoit faite, voulut essayer de +l'apaiser; mais elle ne lui donna pas le temps de parler, et, se +débarrassant des bras du Roi, elle gagna d'abord la porte, et laissa cet +amant plus mort que vif. Cependant le cri que la comtesse avoit fait +avoit été ouï de plusieurs personnes, et particulièrement du comte de +L... qui, reconnaissant la voix de sa femme, accourut en diligence pour +voir ce que cela pouvoit être. Il ne fut pas plus tôt à la porte de sa +chambre qu'il en vit sortir le Roi, et, ne voyant point sa femme, il ne +savoit que penser de cette aventure. Le Roi, qui ne douta pas que le +comte n'entrât dans des soupçons qui pourroient faire tort à la comtesse +et traverser son amour, aima mieux lui dire la chose comme elle étoit, +que de le laisser dans cette cruelle incertitude. Mais il n'eut garde de +lui parler de la passion qu'il avoit pour la comtesse. Il lui dit donc +sans façon:--«Comte, je vois que tu es en peine de ta femme, et que tu +veux savoir la cause de ce grand cri qu'elle a fait. Je te dirai que je +suis entré fortuitement dans sa chambre, et, la voyant endormie, j'ai +voulu lui donner un baiser, ce qui l'a fait lever en sursaut. Va, comte, +tu dois te féliciter d'avoir une femme si chatouilleuse; j'en connois +bien d'autres qui, au lieu de s'éveiller, se seroient d'abord +rendormies, ou en auroient fait le semblant.» + +Le comte, qui se crut obligé de répondre galamment au Roi, lui dit: +«Sire, ma femme n'est pas d'une meilleure trempe que les autres, et si +elle eût su que c'étoit votre Majesté, infailliblement elle auroit fait +semblant de dormir; mais son sommeil l'a trompée, et l'a empêchée de +vous reconnoître quand elle a jeté ce grand cri.--Elle m'a fort bien +reconnu, reprit le Roi, et je t'assure que si ta femme est toujours si +franche, tu n'as pas sujet d'en être jaloux.» + +La chose ne fut pas poussée plus loin; le Roi se retira dans son cabinet +et congédia le comte, qui n'eut pas le moindre soupçon de l'amour du +Roi, et la comtesse, revenue de sa frayeur, retourna dans son +appartement, après avoir bien grondé ses filles de ce qu'elles l'avoient +laissée toute seule. + +Cependant le Roi, qui voyoit que cette affaire n'auroit point de suite +fâcheuse, puisque celui qui y avoit le plus d'intérêt la traitoit de +bagatelle, et qu'il espéroit de faire bientôt la paix avec la comtesse, +ne put s'empêcher de faire un couplet de chanson sur cette aventure, et, +quoiqu'elle se chantât en ce temps-là, on n'en a su le véritable sujet +que quelques années après. Quoique ces vers soient presque connus de +tout le monde, je ne laisserai pas de les rapporter ici: + + Jamais Iris ne me parut si belle, + Que l'autre jour dans un profond sommeil; + Sa cruauté sommeilloit avec elle, + Et je baisai son teint blanc et vermeil, + Quand, par malheur, + Je vis à son réveil + Réveiller sa rigueur. + +Le comte ne vit pas plus tôt sa femme, qu'il lui fit mille railleries +sur ce qui venoit de lui arriver. Elle ne savoit d'abord comment y +répondre; elle ne traitoit point comme son mari cette affaire de +bagatelle; elle connoissoit le coeur du Roi et le motif qui le faisoit +agir ainsi; tout cela changeoit la nature de l'affaire; mais c'étoient +des mystères pour le comte. Sa femme le reconnut d'abord, quand elle vit +qu'il le prenoit sur un ton railleur. De sorte que, revenue de sa +première émotion, elle crut qu'elle devoit feindre, dissimuler son juste +ressentiment, et prendre le tour que son mari donneroit à cette +aventure. Il fallut pourtant qu'elle se fît une grande violence, la +liberté que le Roi s'étoit donnée, après les protestations qu'il lui +avoit faites, étoit une chose qu'elle ne pouvoit pas lui pardonner et +qui lui tenoit fort au coeur. Mais elle voyoit qu'il étoit pour elle +de la dernière importance de cacher à son mari une chose si délicate, et +qui auroit pu troubler le bonheur de leur mariage. Le voyant donc +heureusement prévenu par le discours que le Roi lui avoit tenu en +sortant de sa chambre, elle répondit comme elle devoit à toutes ses +railleries, et en femme qui entend son monde:--«Je vous trouve fort +plaisant, dit-elle au comte, de me railler d'une chose où vous avez pour +le moins autant d'intérêt que moi. Il falloit pour la rareté du fait que +je fisse toujours semblant de dormir, et que je laissasse pousser +l'affaire jusqu'au bout; vous auriez vu si les rieurs seroient de votre +côté.--Vous auriez agi en femme prudente, lui dit le comte, qui sait +accommoder ses plaisirs avec son honneur; car, ayant toujours dit +que vous étiez endormie, on n'avoit rien à vous reprocher; c'est la +volonté qui fait tout en ces affaires, et la vôtre n'y ayant point de +part, vous étiez innocente au jugement du monde.--Sans mentir, lui dit +la comtesse, vous me donnez là de belles leçons; il me prend envie d'en +profiter une autre fois.--Il n'est plus temps, Madame, lui dit le comte, +qui étoit toujours en humeur de railler; on sait déjà que vous êtes +extrêmement chatouilleuse, et que vous avez le dormir fort délicat, et +que le mouvement d'une mouche suffit pour vous éveiller. Et puis, +ajouta-t-il, qui osera désormais vous approcher, puisque vous ne pouvez +souffrir les caresses du Roi?--Voulez-vous que je vous dise ce qui en +est? répliqua la comtesse, qui vouloit plaisanter à son tour. Quand on +dort, on ne sait ce qu'on fait; mais si le Roi se fût présenté à moi +quand j'étois éveillée, peut-être que je n'aurois pas été si cruelle, et +que j'aurois mieux reçu ses caresses. Je vous prie, Monsieur le comte, +de lui en faire mes excuses.--Vous ferez cela mieux que moi, répondit le +comte, ou, pour mieux dire, il n'y a point ici d'excuse à faire. Que +savez-vous si le Roi trouveroit en vous les mêmes agréments quand vous +seriez éveillée, qu'il a pu y remarquer lorsque vous dormiez? vous savez +que ces sortes de choses dépendent entièrement du caprice; un certain +air négligé ravit quelquefois un coeur que toute la parure d'une dame +ne sauroit jamais attraper. Ainsi consolez-vous, vous avez manqué votre +coup; le Roi trouvoit alors de certains charmes en vous, qu'il n'y +remarquera plus; vous voilà déchue de vos prétentions, si tant est que +vous ayez aspiré à cette gloire, tant recherchée des dames, d'être la +maîtresse du Roi.» + +La confiance que le comte avoit en la vertu de sa femme le faisoit +parler ainsi. Il avoit raison de s'y confier; mais s'il avoit su que le +Roi brûloit pour elle, et qu'elle en étoit bien informée, il n'auroit +pas eu tant d'assurance, connoissant, comme il faisoit, la fragilité du +sexe. + +Cette petite aventure qui venoit d'arriver au Roi et à la comtesse, +servit d'entretien à la cour durant quelques jours; mais tout ce qui +s'en dit ne fit aucun tort à la vertu de cette dame, et personne ne +soupçonna que le Roi en fût amoureux. On crut seulement qu'il vouloit se +divertir, par l'occasion agréable qui s'offrit à lui, sans avoir d'autre +dessein. Il n'en étoit pas de même du duc de La Feuillade, qui savoit +l'attachement du Roi pour cette comtesse. Il n'ignoroit pas pourquoi le +Roi s'étoit ainsi émancipé; mais il regrettoit pour ce prince d'avoir si +mal réussi, et il blâmoit dans son coeur la cruauté de la dame. Le +lecteur peut bien juger qu'il y en avoit un assez grand nombre à la +cour, qui auroient voulu être à sa place, qui n'auroient pas eu tant de +honte qu'elle de se montrer en cet état aux yeux du Roi, ou qui, pour +cacher cette honte, auroient fait semblant de dormir. + +Tandis que les Messieurs et les Dames s'entretenoient de cette affaire, +et que chacun en jugeoit selon son humeur, le Roi étoit fort inquiet, +et il ne savoit comment se raccommoder avec sa fière maîtresse. Au +fond, l'offense n'étoit pas d'une nature qui méritât une grande +punition, et qui dût si fort irriter le coeur d'une dame. Mais il +connoissoit l'humeur de la comtesse, et il craignoit toujours cette +vertu austère qu'il avoit remarquée en elle. Avant que de se déterminer +de quelle manière il devoit se comporter avec elle, il voulut la voir en +public, et tâcher de connoître dans ses yeux et par ses manières, quel +étoit l'état de son coeur. Il ne l'eut pas plus tôt vue, qu'il jugea +d'abord qu'elle n'étoit pas si irritée qu'elle lui avoit paru lorsqu'il +s'émancipa de la manière que j'ai déjà dit, et qu'elle dit au Roi ces +grosses injures. En effet sa pensée étoit, comme je l'ai remarqué, que +ses filles l'avoient trahie et l'avoient abandonnée pour la livrer aux +desseins du Roi, et ce fut la cause qu'elle ne put pas retenir son +ressentiment. Mais quand elle eut reconnu par les discours de ses +filles, qu'elles étoient innocentes d'une si noire trahison, et que ce +qui étoit arrivé étoit un effet du hasard, sa plus grande colère fut +amortie; et, dans son âme, elle ne pouvoit condamner la liberté d'un +amant qui trouvoit une occasion si favorable. Elle joignoit à cela les +paroles choquantes qu'elle avoit dites au Roi, et que ce monarque avoit +doucement avalées. Toutes ces confidences servoient à désarmer la +comtesse. Elle étoit dans cet état, quand le Roi la vit dans une +compagnie de dames; et, comme il est bon physionomiste, comme le sont +presque tous les amants, il connut d'abord ce qui se passoit dans le +coeur de sa maîtresse. Il la vit rougir, dès qu'elle aperçut le +Roi, puis baisser doucement les yeux par une espèce de honte, tourner +quelquefois la tête d'un autre côté, parler à bâtons rompus, paroître +distraite, inquiète, interdite; avec tout cela, il n'y remarqua rien +d'ennemi, et il jugea seulement que le souvenir de ce qui s'étoit passé +le jour précédent la déconcertoit un peu. + +Ce fut la cause que le Roi se priva quelques jours de la voir, pour lui +donner le temps de se remettre. Mais ne pouvant vivre si longtemps sans +l'entretenir de quelque manière, il lui écrivit ce billet: + + «_Quelque envie que j'aie de vous parler, je n'ose pas + l'entreprendre; les derniers discours que vous me tîntes sont si + terribles pour moi, que je n'oserai jamais me présenter devant + vous, si je n'en ai une permission signée de votre main, qui + porte l'absolution de mon crime. Je l'appelle ainsi par rapport + à vous; mais si vous consultez l'amour, si vous consultez votre + miroir, au lieu de blâmer mon trop de hardiesse, vous louerez ma + discrétion et ma retenue. Je veux bien pourtant soumettre mon + jugement au vôtre, et je l'attends avec impatience afin de m'y + conformer et de régler ma conduite là-dessus._» + +La comtesse reçut ce billet, et y répondit ce peu de mots: + + «_On vous pardonne tout, parce que vous êtes Roi. Je récuse le + tribunal de l'amour, c'est un petit étourdi qui ne juge que par + caprice. Si vous me voulez voir, ne consultez plus un si méchant + conseiller. Consultez plutôt la sagesse, la justice et la + raison, et l'on vous écoutera._» + +Quoique ce billet n'eût rien de tendre, le Roi parut en être satisfait, +et c'étoit assez que la comtesse lui permît encore de la voir, sauf à +lui à tenir les conditions où elle l'engageoit. Mais en amour, on promet +tout, et souvent on ne tient rien. + +Le Roi se voyant ainsi rétabli dans les bonnes grâces de sa maîtresse, +ne songea qu'à pousser son premier dessein. Ce ne furent que bals, que +festins, que carrousels, que parties de chasse, pendant le séjour du Roi +à Fontainebleau; et tout cela se faisoit en faveur de la comtesse. +Quoiqu'elle n'eût aucun dessein de rien accorder au Roi, elle n'étoit +pas fâchée d'en être aimée; elle sentoit même que, si elle étoit capable +de quelque engagement, ce seroit plutôt pour le Roi que pour toute autre +personne; elle admiroit sa bonne mine, son port, et ces manières nobles +qui accompagnoient tout ce qu'il faisoit; elle trouvoit qu'il faisoit +tout en Roi, et ce dernier caractère étoit plus propre pour gagner une +dame qui étoit fière naturellement. Mais sa vertu lui étoit d'un grand +secours, qui arrêtoit le penchant qu'elle avoit pour le Monarque. Elle +l'aimoit peut-être autant qu'aucune de ses maîtresses, qui n'avoient +rien de réservé pour ce prince; et si le Roi eût pu voir son coeur, il +y auroit peut-être vu autant de tendresse qu'en pouvoit avoir la +Montespan et La Valière même. Mais, comme je viens de dire, sa vertu +étoit un frein qui retenoit ses désirs, et qui lui faisoit un crime +d'une tendresse qu'elle chérissoit dans le fond, et qu'elle ne put +jamais étouffer. + +Combien de fois a-t-elle souhaité de n'avoir jamais vu le Roi! Elle +cherchoit en lui des défauts qu'elle pût haïr; mais elle n'y en trouvoit +pas; de quelque manière qu'elle regardât ce Monarque, elle le trouvoit +toujours charmant. Elle l'auroit voulu voir toujours, et elle ne +craignoit rien tant que sa vue. Il lui sembloit que toute sa vertu +l'abandonnoit quand elle voyoit paroître ce prince. «Pourquoi se +contraindre, disoit-elle quelquefois en elle-même? Suivons un penchant +si doux: serai-je la seule ennemie de mon contentement? Je suis adorée +de ce que j'aime; j'ai un mari commode[17]; ma réputation est si bien +établie que je n'ai rien à craindre de la médisance, et pourquoi donc ne +suivre pas une passion qui a tant de charmes pour moi?» Mais un moment +après, elle se reprenoit, et faisant réflexion sur les suites funestes +de ce fatal engagement: «Je serai, disoit-elle, l'une des maîtresses du +Roi; j'en suis aimée, j'en suis estimée aujourd'hui, et demain j'en +serai méprisée. Il se dégoûtera de moi comme il a fait des autres; et +quand cela ne seroit pas, pourrai-je me résoudre à vivre sans honneur +dans le monde, abandonnée de mon mari, méprisée de tous les honnêtes +gens, et travaillée d'un cruel remords qui me dévorera jour et nuit? Je +mourrai plutôt, ajoutoit-elle, avant que de tomber dans ce malheur.» + +Le Roi qui ne pouvoit pas savoir ce qui se passoit dans son coeur, ne +croyoit pas être si avant dans ses bonnes grâces; il ne savoit pas +que la vertu de la comtesse étoit le seul ennemi qu'il avoit à +combattre; il ne songeoit qu'à s'en faire aimer, quoique cela fût fait +depuis longtemps; mais la comtesse appliquoit tous ses soins à le lui +cacher, et vivoit avec lui d'une manière extrêmement réservée.--«Ne me +direz-vous jamais, Madame, lui dit un jour le Roi qui la pressoit plus +qu'à l'ordinaire, de quelle manière je suis dans votre esprit? Est-ce +comme ami ou comme ennemi?--On ne traite pas les ennemis de la manière +qu'on vous traite, lui dit la comtesse d'un ton radouci.--Mais de quelle +manière me traitez-vous? lui dit le Roi; puis-je être content de toutes +ces marques extérieures de civilité qu'on rend à tout le monde? +Traitez-moi, je vous prie, avec moins de respect, et rendez-moi un peu +de cette tendresse dont mon coeur est rempli pour vous.--Je vous +rends, dit-elle, ce que je puis et ce que je dois, et je vous supplie de +ne m'en demander pas davantage.--Votre pouvoir est bien petit à ce que +je vois, lui dit cet amant; mais c'est votre rigueur qui le veut borner +ainsi, et vous vous faites un devoir à votre mode, et qui s'accommode +assez avec votre indifférence.--Je voudrois que cela fût, lui répliqua +la comtesse.--Eh! qu'est-ce donc, lui dit le Roi, qui vous fait vivre +avec moi d'une manière si réservée?--C'est que vous êtes le plus +redoutable de tous les hommes, lui dit alors la comtesse, témoin ce que +vous fîtes l'autre jour.--Il paroît bien, Madame, répliqua le Roi, que +je ne le suis pas beaucoup, et que vous l'êtes bien davantage, puisque +je n'ose vous attaquer que tout endormie, et encore est-ce en +tremblant! mais que je me soucie peu que vous me croyiez redoutable! je +ne songe qu'à me faire aimer, et non à me faire craindre.--L'un ne va +jamais sans l'autre, dit la comtesse, et vous en savez plus que moi sur +cette matière.--Eh! de quoi me sert toute ma science, dit alors le Roi, +si je n'ai pas pu encore vous l'apprendre ni vous obliger à m'aimer?--Je +voudrois employer la mienne à vous guérir et à vous mettre en repos, lui +répliqua la comtesse.--Pour guérir, lui dit le Roi, cela n'arrivera +jamais, et, pour me mettre en repos, il ne dépend que de vous.--Je vous +ai déjà dit, Sire, lui répliqua la comtesse, que s'il ne falloit que ma +vie, vous auriez ce que vous désirez; ne me reprochez donc plus que je +suis insensible, et croyez que je suis plus à plaindre que vous ne +pensez.» + +Le Roi ne voulut pas la presser davantage de peur de l'irriter; et elle +se contenta de lui parler d'une manière ambiguë, et qu'on pouvoit +également appliquer ou aux sentiments tendres qu'elle avoit pour le Roi, +ou à l'importunité que lui causoit son amour. + +Le lendemain de cette conversation, le Roi voulut se donner le plaisir +de la chasse, où un grand nombre de seigneurs et de dames devoient +accompagner Sa Majesté. Ce prince, qui avoit toujours son amour en tête, +communiqua un dessein qu'il avoit au duc de La Feuillade, qui devoit +aussi l'accompagner, afin qu'il employât toute son adresse à le faire +réussir. Le jour ne fut pas plus tôt venu que tout se disposa pour cette +chasse. On ne pouvoit rien voir de plus beau que cet équipage; tout +répondoit à l'ordre et à la magnificence du Roi. Les dames ressembloient +à de jeunes amazones, et les messieurs s'étoient ajustés d'une manière +qui avoit quelque chose de galant et de guerrier. Le Roi surtout se +distinguoit par dessus tous les autres, et, avec cette mine fière et cet +équipage de chasseur, on l'auroit pris pour un Mars ou pour un Apollon. +Il avoit toujours les yeux sur sa maîtresse, et il pensoit bien moins +aux bêtes qu'on alloit courre, qu'au coeur qu'il avoit dessein de +surprendre. On ne fut pas longtemps dans la forêt, que les chiens +lancèrent divers cerfs, et plusieurs autres bêtes fauves; les uns se +mirent à piquer[18] après les chiens, et les autres à se poster en +divers endroits, pour voir passer la bête. + +Comme je n'ai pas dessein de décrire cette chasse, je dirai seulement +qu'il se fit tant de courses, tant de tours à droite et à gauche dans +ces vastes forêts de Fontainebleau, que la plupart de ceux qui formoient +cette partie de chasse furent dispersés en divers endroits. Le Roi ne +perdoit jamais de vue la comtesse, qu'il regardoit déjà comme sa proie, +et le duc de La Feuillade, qui conduisoit toute cette affaire, la fit +réussir selon les désirs du Roi. Il le fit avec tant d'adresse, en +plaçant les chasseurs dans de certains postes, et les dames en +d'autres, sous prétexte de donner à tous le plaisir de cette agréable +chasse, que le Roi se trouva, je ne sais comment, tout seul avec la +comtesse, dans le lieu le plus écarté du bois, sans qu'elle eût eu le +temps de s'apercevoir que ses compagnes l'avoient abandonnée, et que +tout le reste de cette illustre troupe couroit, ou plutôt voloit avec +une ardeur incroyable. + +Qui pourroit décrire son étonnement de se trouver seule avec le Roi dans +un lieu désert et solitaire; ne voyant personne pour venir à son +secours, et n'ayant plus ni le son du cor, ni l'aboiement des chiens, ni +les cris des chasseurs? Le lieu où ils se trouvèrent étoit un vallon +couvert de deux petites montagnes, ombragé d'un grand nombre d'arbres à +haute futaie, au pied desquels couloit un ruisseau, dont le murmure +faisoit un bruit agréable. Cette situation fut cause qu'on perdit de vue +tous les chasseurs, et qu'on n'entendit plus ce bruit qui accompagne +ordinairement la chasse. Enfin il sembloit que Vénus et Diane s'étoient +donné le mot pour faire venir en ce lieu nos deux amants. + +Toutes choses sembloient conspirer au bonheur du Roi, et il croyoit de +toucher à ce moment heureux après lequel il avoit tant soupiré, +lorsqu'il remarqua un changement considérable sur le visage de la +comtesse. Cette pauvre dame blêmit, trembla, et fut saisie d'une sueur +froide, comme si elle alloit rendre l'âme. Le Roi lui demanda si elle se +trouvoit mal, et elle lui ayant répondu que non, il comprit d'abord +quelle étoit la cause de ce changement. C'étoit comme une innocente +colombe qui se voit déjà entre les griffes d'un vautour. Elle fit +pourtant tout ce qu'elle put pour se remettre, pour ne donner pas à +penser au Roi qu'elle se défioit de lui, et qu'elle ne se croyoit pas en +sûreté. Elle fit donc un effort sur elle-même, et, après avoir loué la +beauté du lieu, elle dit qu'elle étoit surprise de ne voir personne, et +que, si Sa Majesté le trouvoit bon, ils monteroient sur une de ces +collines, pour découvrir de quel côté pouvoient être les +chasseurs.--«N'en soyez point en peine, Madame, lui dit le Roi, nous les +trouverons assez; délassons-nous cependant, et puisque vous trouvez ce +lieu agréable, nous ferons bien d'en considérer les beautés.» + +En disant cela, il descendit promptement de cheval, et voulut aider la +comtesse pour en faire de même, à quoi elle s'opposa autant qu'elle put, +disant que ce n'étoit point la peine, et qu'elle verroit plus +commodément tous les lieux que le Roi vouloit lui faire voir, que si +elle étoit obligée de marcher.--«Eh! bien, nous nous reposerons, et nous +ferons reposer nos chevaux, dit le Roi.» Enfin il la pressa si fort de +descendre de cheval, qu'elle ne put plus s'en défendre; le Roi la prit +entre ses bras, et il ne pouvoit contenir sa joie, d'avoir en son +pouvoir ce qu'il aimoit le plus dans le monde. + +Après avoir attaché lui-même les chevaux à un arbre, il prit la comtesse +par la main, et la fit asseoir sur un gazon extrêmement vert, tel que +les poètes nous le décrivent dans leurs fables, et qui sembloit n'avoir +jamais été foulé par les hommes, tant il étoit beau et riant.--«Avouez, +Madame, lui dit le Roi, que c'est un lieu bien charmant.--Je le +trouve comme vous, répliqua la comtesse, mais il y a quelque chose de +trop sombre et même d'affreux; cela vient sans doute de ce qu'il est si +peu habité.--Et quelle habitation plus belle, peut-on lui souhaiter, dit +alors le Roi, que celle de votre charmante personne? Il suffit que vous +y êtes pour rendre ce lieu le plus beau qui soit dans l'univers; et pour +moi, je renoncerois de bon coeur à toute la magnificence de ma cour +pour y passer toute ma vie auprès de vous.» + +En disant cela, il prit une de ses belles mains qu'il serra +passionnément, et qu'il baisa plusieurs fois avec une tendresse extrême. +La comtesse n'eut pas la force de retirer sa main, soit que la crainte +se fût emparée de son coeur, soit qu'aimant véritablement le Roi, elle +ne crût pas lui devoir refuser cette petite faveur. Ce prince amoureux, +qui n'avoit pas dessein d'en demeurer là, et qui vouloit pousser plus +loin sa conquête, ne songea qu'à gagner toujours du terrain; il mit sa +main sur la gorge de la comtesse, et essaya de lui prendre quelques +baisers; mais elle le repoussa et lui dit d'un ton sévère:--«N'étoit-ce +que pour cela que vous m'arrêtiez ici? Je vous prie, Sire, remontons à +cheval, et tâchons de rejoindre notre compagnie.--Et où voulez-vous +aller, Madame? lui dit le Roi. Nous ne savons pas la route qu'ils ont +prise; au lieu d'aller où ils sont, nous prendrons peut-être un lieu +opposé; le plus sûr est de les attendre ici, et nous les verrons bientôt +paroître par quelque endroit.--Mais que dira-t-on de vous et de +moi, lui dit la comtesse, quand on saura que nous avons été tous deux +ensemble dans ce lieu désert, l'espace d'une heure?--Eh! il n'y a qu'un +moment que nous y sommes, lui dit cet amant passionné; il paroît bien +que vous ne vous plaisez guère avec moi. Et quand nous y serions deux +heures entières, que craignez-vous? la réputation de votre vertu vous +met à couvert de tout. Ne craignez rien, Madame, ne craignez rien de ce +côté-là; donnons-nous entiers à l'amour; tout nous y convie; personne ne +nous voit ici, et vous voyez un prince à vos pieds, prêt à expirer par +la violence de sa passion, si vous n'avez pitié de ses maux.--Ce n'est +pas pourtant ce que vous m'aviez promis, dit la comtesse, que vous +n'attenteriez jamais rien contre mon devoir.--Ah! cruelle, lui dit le +Roi, que vous connoissez peu les lois de l'amour? Est-ce à un esclave à +tenir ses promesses? Je ne suis plus à moi, je suis tout à vous, ma +chère comtesse; je me sens entraîné par une force irrésistible; je ne +suis plus maître de mes mouvements; je ne puis que vous aimer, je ne +puis que vous le dire, et je me sens mourir si vous ne prenez pitié d'un +malheureux.» + +Le Roi accompagna ces paroles de plusieurs soupirs et de quelques +larmes, qui attendrirent le coeur de la comtesse. Elle aimoit ce +prince; mais elle ne pouvoit jamais se résoudre à lui abandonner ce +qu'elle avoit de plus cher au monde.--«Si un amour réciproque vous peut +contenter, lui dit cette sage comtesse, je vous ferai, Sire, une +déclaration que je ne vous ai jamais faite, et que rien ne seroit +capable de m'arracher, si elle n'étoit sincère; je vous aime, mon cher +prince, car je puis bien vous nommer ainsi, avec toute l'ardeur et toute +la tendresse dont une femme comme moi peut être capable; oui, je vous +aime autant qu'on peut aimer; mais je ne puis renoncer pour vous à +l'honneur, à la vertu, ni à aucune chose qui me puisse faire perdre +votre estime.» + +Ces paroles de la comtesse ne firent qu'enflammer davantage le coeur +du Roi. Il venoit d'entendre de la bouche de sa maîtresse, qu'il en +étoit tendrement aimé; il n'est rien de si doux pour un amant passionné, +et ce prince ne pouvoit pas contenir sa joie.--«Mais seroit-il bien vrai +que vous m'aimassiez, dit-il à sa charmante comtesse, et que vous m'en +donniez si peu de marques! Non, quoique vous en veuilliez dire, vous +n'avez jamais senti les traits de l'amour.--Hélas! si je ne vous aimois, +lui répondit-elle avec un air languissant, je ne vous souffrirois pas +comme je vous souffre.--Eh! croyez-vous, Madame, lui dit le Roi, qu'un +coeur qui vous aime se puisse contenter de si peu de chose? Ah! que +vous aimez foiblement si vous en jugez ainsi!» + +Alors ce prince, devenu plus hardi par la déclaration que la comtesse +venoit de lui faire, attacha sa bouche contre la sienne, et lui donna un +baiser dont elle ne put jamais se défendre; elle se laissoit entraîner +par un si doux charme; l'honneur ne battoit déjà que d'une aile; l'amour +commençoit d'avoir le dessus, et le Roi, profitant d'un temps si +précieux à l'amour, alloit se mettre en possession d'un bien qui +lui étoit plus cher alors que sa couronne, lorsque la comtesse, revenant +comme d'un profond assoupissement, et voyant qu'elle ne pouvoit plus +résister au Roi, fit semblant de consentir à tous ses désirs, et le pria +seulement de changer de place, disant qu'elle étoit incommodée dans +cette assiette. + +Le Roi, qui voyoit qu'en procurant le plaisir de la comtesse, il ne +feroit qu'augmenter le sien, consentit sans peine à tout ce qu'elle +voulut. Ils changèrent d'abord de place, et la comtesse, prenant son +temps, saisit l'épée du Roi, qu'elle tira du fourreau, et recula trois +ou quatre pas en arrière. Le Roi qui crut qu'elle vouloit s'en servir +contre lui, s'alla jeter à ses pieds, et lui dit:--«Madame, si vous +demandez ma mort, me voici prêt à la recevoir de votre main.--Non, Sire, +lui dit la comtesse, ce n'est pas votre mort que je demande; ma main ne +vous fera jamais aucun mal, vous n'êtes point coupable. Mais c'est moi, +c'est moi que je veux punir de la foiblesse où je suis tombée par mon +malheur.» + +En disant cela, elle alloit tourner la pointe de l'épée contre son +estomac, si le Roi ne l'eût empêchée.--«Qu'allez-vous faire, dit-il, +trop vertueuse comtesse? vous n'avez rien à vous reprocher; eh! pourquoi +voulez-vous vous punir d'un crime que vous n'avez point commis?--Il est +vrai, dit-elle, mais c'est pour m'empêcher de le commettre.» + +Le Roi touché du triste état où il la voyoit, promit de ne la presser +plus; et en effet elle étoit plus propre alors à inspirer la +compassion que l'amour, et l'on voyoit dans ses yeux et sur son visage +toutes les marques d'un véritable désespoir. De sorte que le Roi, qui +l'aimoit plus que sa propre vie, et qui craignoit pour elle quelque +chose de funeste, lui redemanda son épée, la fit remonter à cheval, et, +après y être monté lui-même, ils sortirent de ce vallon, montèrent sur +une des deux collines, et découvrirent de loin leurs chasseurs qui +venoient de forcer un cerf. Ils étoient assez en peine de savoir où +pouvoit être le Roi, et il n'y avoit que le duc de La Feuillade qui +s'imaginât ce qui en étoit. Il ne les eut pas plus tôt joints, qu'il +leur dit qu'il s'étoit posté à un endroit avec la comtesse, où il +croyoit voir passer la bête, mais qu'il n'avoit pas eu tout le plaisir +qu'il s'étoit promis, ni la comtesse non plus, avec laquelle il avoit +espéré de le partager. Il n'y eut que le duc de La Feuillade, qui savoit +l'amour du Roi, qui comprit le sens caché de ces paroles. Et la +comtesse, qui vouloit bien qu'on l'entendît de la chasse, prit +incontinent la parole et dit qu'elle ne s'étoit jamais tant +ennuyée.--«Vous ne devez vous en prendre qu'à moi, lui dit ce prince, +car c'est moi qui vous ai conseillé de prendre ce méchant poste.--Je ne +m'en prends, dit-elle, qu'à ma mauvaise fortune, ou à cette maudite +bête, qui n'a pas voulu passer devant nous, et qui fuit, je crois, +devant Votre Majesté, comme tous vos autres ennemis.» + +Quoiqu'elle n'eût pas grande envie de plaisanter, elle fit pourtant un +effort sur elle-même, pour cacher le désordre de son coeur, qui étoit +encore tout troublé de ce qui venoit de lui arriver. Ce fut ainsi +que se passa cette chasse, où le Roi n'obtint pas tout ce qu'il auroit +voulu, mais où il reconnut pourtant qu'il étoit plus aimé qu'il ne +s'étoit imaginé. Il ne pouvoit comprendre qu'une femme qui l'aimoit si +tendrement, qui l'avoit dit à lui-même, et qui en avoit donné des +marques plus certaines encore que ses paroles, pût se refuser un plaisir +qui est le tribut ordinaire de l'amour, et la fin que tous les amants se +proposent. Cela le passoit, et il étoit si peu accoutumé à voir de +semblables prodiges de vertu, qu'il ne pouvoit se lasser d'admirer celle +de la comtesse, quoique ce fût cette vertu qui seule étoit contraire à +son amour et s'opposoit à tous ses désirs. + +Ce fut aussi environ en ce temps-là que le Roi dit ces paroles, que j'ai +rapportées au commencement de cette Histoire, «qu'il n'y avoit que deux +femmes à la Cour qui fussent véritablement chastes, et pour lesquelles +il feroit serment qu'elles étoient fidèles à leurs maris.» C'étoit la +Reine, comme j'ai dit, et la comtesse de L..., qu'il venoit de mettre à +une si grande épreuve. + +Cependant cette vertu, dont le Roi n'étoit que trop persuadé, ne fut pas +capable de refroidir son amour. S'il n'en eût pas été aimé, peut-être +qu'il auroit abandonné le dessein de cette conquête, qu'il auroit +regardée comme une chose impossible, ayant à combattre ces deux +redoutables ennemis, l'honneur et l'aversion de sa maîtresse. Mais, +ayant l'amour de son côté, il se flatta toujours de quelque espérance. +Il avoit vu cet honneur presqu'aux abois, et, sans ce moment fatal +qui fit faire quelque réflexion à la comtesse, il alloit être le plus +heureux de tous les amants. Enfin, on peut dire que l'amour du Roi +augmentoit par toutes ces difficultés, et que la gloire et l'ambition, +dont il est si fort touché, s'y mêloient en quelque sorte. Il se faisoit +une espèce d'honneur de triompher de la plus vertueuse dame de son +siècle; il se figuroit mille secrètes douceurs qu'il n'avoit jamais +goûtées avec ses autres maîtresses, et il se promettoit des plaisirs +infinis dans une jouissance qui lui auroit tant coûté. + +Cela fait bien voir que les plaisirs des amants ne sont que dans +l'imagination, et que, selon que cette imagination agit, ces plaisirs +sont plus ou moins grands; et comme cette faculté de notre âme supplée +au défaut des sens, pour grossir les objets que les sens n'aperçoivent +pas, celle du Roi pouvoit agir dans toute son étendue par l'extrême +sévérité de sa maîtresse, et son imagination, lui représentant des +plaisirs que ses sens n'avoient jamais goûtés avec elle, les lui +figuroit beaucoup plus grands; et tout cela, comme j'ai dit, le rendoit +plus amoureux. + +En ce temps-là, le Roi et la comtesse tombèrent malades presque en même +temps[19]. Le Roi fut attaqué d'une grosse fièvre, qui lui fut causée +par sa passion, et par la grande agitation qu'il s'étoit donnée le jour +de cette chasse; et la comtesse, de la frayeur qu'elle avoit eue, +du chagrin qu'elle avoit de s'être sitôt déclarée, et fâchée de sentir +dans son coeur une passion qui alloit contre son devoir. Toutes ces +choses jointes ensemble la firent tomber dans une maladie de langueur, +qu'on craignoit dégénérer en phthisie. La fièvre du Roi redoubla quand +il sut que la comtesse étoit malade. Et la comtesse, qui ne pouvoit haïr +le Roi, devint encore plus triste et plus abattue, dès qu'elle apprit +l'état de ce prince, dont la vie étoit en grand danger. Il ne se passoit +point de jour, que le Roi ne s'informât de la santé de la comtesse, et +cet empressement que le Roi faisoit paroître, fit ouvrir les yeux à +quelques-uns, et leur fit soupçonner avec raison qu'il avoit des +sentiments tendres pour cette dame. + +La Montespan qui venoit de prendre les eaux de Bourbon[20], et qui +n'avoit pas vu le Roi depuis quelque temps, fut la première à s'en +apercevoir; et comme elle croyoit alors posséder seule le coeur du +Roi, car La Vallière avoit renoncé au monde, elle ne pouvoit pas se +consoler qu'une autre le lui voulût disputer. Mais ce qui la fâchoit +plus que tout, c'est que l'intérêt que le Roi témoignoit prendre à +la santé de Madame de L... ne lui faisoit que trop connoître qu'il en +étoit véritablement amoureux. Ce fut alors que toute sa jalousie se +réveilla, et qu'elle chercha mille moyens pour traverser ce nouvel +engagement, pour ruiner sa rivale, et pour la détruire dans l'esprit du +Roi ou dans celui de son mari, ou pour faire tous les deux ensemble; +mais elle ne fit ni l'un ni l'autre. + +La première chose qu'elle fit, fut de tâcher de découvrir où elle en +étoit avec le Roi. Elle en fut bientôt instruite par un cas fortuit, qui +lui fit tomber entre les mains la réponse que la comtesse avoit faite à +son billet. Comme la Montespan avoit la liberté d'entrer à toutes les +heures du jour dans la chambre de ce prince, elle y fut un jour qu'il +reposoit, et comme cet amant pensoit toujours à sa nouvelle maîtresse, +il ne pouvoit se lasser de lire le billet qu'elle lui avoit écrit, +quoiqu'il ne fût pas aussi tendre qu'il l'auroit bien souhaité. Le jour +que la Montespan trouva le Roi qui dormoit, il avoit tenu ce billet +entre ses mains, et le sommeil l'ayant saisi, il l'avoit laissé tomber à +la ruelle de son lit. + +Dès qu'elle vit ce papier par terre, elle le prit pour voir ce qu'il +contenoit, et elle comprit d'abord que le Roi aimoit la comtesse avec +toute l'ardeur d'un amant, et qu'il n'avoit encore obtenu d'elle aucune +faveur considérable. Elle se contenta d'avoir satisfait sa curiosité, +et, remettant le billet où elle l'avoit trouvé, elle sortit tout +doucement de la chambre pour n'interrompre pas le sommeil du Roi, et +alla penser aux moyens de ruiner une passion qui, selon toutes les +apparences, lui devoit faire perdre son grand crédit et les bonnes +grâces du Roi. Elle fit savoir au comte, par des voies indirectes, que +sa femme recevoit des lettres d'un amant qui n'étoit pas à mépriser, et +qu'elle, à son tour, lui en écrivoit de fort tendres. + +Le comte méprisa d'abord cet avis, et, pour faire voir le peu de cas +qu'il en faisoit, il voulut le dire à sa femme, et s'en divertir avec +elle.--«Savez-vous, Madame, lui dit-il, qu'on me donne un rival, et un +rival qui n'est pas à mépriser?» La comtesse, qui ne comprit pas d'abord +ce qu'il vouloit dire, lui demanda s'il avoit quelque nouvelle +maîtresse.--«Ce n'est point cela, lui dit son mari, c'est vous-même qui +avez fait un amant.» La comtesse rougit un peu, et le comte attribua +cette rougeur à la pudeur de sa femme.--«Et quel est cet amant, +dit-elle, qu'on me donne?--On ne me l'a pas nommé, lui dit le comte, +mais on dit que c'est un amant aimé, qui vous a souvent écrit, et à qui +vous répondez d'une manière fort tendre; je ne vous croyois pas si +secrète dans vos amours.--Elles sont si secrètes, lui dit la comtesse, +que je n'en sais rien moi-même, et je vous promets que dès que cet amant +paroîtra, vous en serez averti. Mais, toute raillerie à part, +ajouta-t-elle, est-il bien vrai qu'on vous a fait un pareil rapport?--Il +est aussi vrai, lui dit le comte, comme il est vrai que je n'en crois +rien.» + +Cela remit entièrement l'esprit de sa femme, qui s'étoit un peu alarmée; +et dès aussitôt que son mari l'eut quittée, elle brûla le billet +qu'elle avoit reçu du Roi, qui étoit la seule chose qui pouvoit la +convaincre de ce qu'on avoit tâché de faire croire au comte son époux; +et pour la réponse qu'elle avoit faite à ce prince, elle étoit conçue +avec tant de retenue et tant de sagesse, qu'elle ne craignoit pas que +son mari pût lui en faire une affaire. Ainsi l'esprit jaloux de la +Montespan n'avança rien de ce côté-là pour perdre sa rivale dans +l'esprit de son mari. + +Elle attendoit que la santé du Roi fût un peu rétablie pour faire jouer +d'autres ressorts, qui pussent le dégoûter de l'amour de la comtesse. +Comme les maladies violentes ne sont pas de longue durée, celle du Roi, +qui étoit une fièvre ardente, le quitta après le huitième jour. La +Montespan le voyant déjà remis, et qu'il n'y avoit rien à craindre pour +sa santé, fit ses visites plus longues, et ne songea qu'à divertir ce +monarque, en lui apprenant tous les jours quelque nouvelle +galanterie.--«Eh! vous ne me dites rien de la comtesse de L..., dit le +Roi à la Montespan, d'un air qui marquoit qu'il prenoit beaucoup de part +à ce qui la regardoit. Est-ce qu'elle est sans intrigue? Est-ce qu'elle +manque de charmes? Est-ce enfin, comme on me l'a assuré, qu'elle est +aussi austère qu'une carmélite, et que sa vertu fait trembler tous ceux +qui osent l'approcher?» + +La Montespan, qui attendoit à toute heure une semblable question de la +bouche du Roi, fut bien aise de le satisfaire là-dessus, ou, pour mieux +dire, de se satisfaire elle-même, en disant des choses de cette +comtesse, qui pourroient empêcher le Roi de penser plus à +elle.--«Sire, lui dit la Montespan, en affectant un air ingénu, ceux qui +la connoîtront bien ne se feront pas une grande violence de renoncer à +cette conquête, et ce ne sera pas sa vertu qui les en rebutera.--On dit +pourtant, répliqua le Roi, que jamais femme n'a été plus sévère que +celle-là.--Je ne sais pas, dit la Montespan, qui se plaint de sa +sévérité; mais je sais bien que la maxime des fausses prudes, qui ne +peuvent pas avoir des amants, est d'affecter une vertu austère, afin +qu'on ne dise pas d'elles dans le monde que c'est faute d'appas qu'on +les laisse là; mais c'est qu'elles sont plus chastes que tout le reste +des femmes.--Ce que vous dites là, reprit le Roi, est bon pour celles +qui sont sur le retour de l'âge, ou qui manquent de beauté, mais cela ne +se peut pas dire de la comtesse; elle est jeune et belle, elle a +l'esprit brillant et poli, et il y a peu de femmes à la Cour qui aient +autant de charmes qu'elle.--Je conviens de ce que vous dites, répondit +la Montespan, mais Votre Majesté me permettra de lui dire que c'est une +belle pomme qui est gâtée au dedans.--Expliquez-vous, je vous prie, dit +le Roi; est-ce qu'elle a des défauts cachés?--Je ne les ai pas vus, +reprit-elle; mais il y a une femme qui la sert depuis longtemps qui a +dit à l'une des miennes que sa maîtresse avoit des ulcères en divers +endroits de son corps; qu'il n'y avoit qu'elle seule, qui les lui +pansoit, et son mari, qui le sussent; et que lui-même en étoit si fort +dégoûté, que la plupart du temps il ne couchoit pas avec elle.--Je suis +surpris, repartit le Roi, de ce que vous m'apprenez. Cependant la +comtesse a un embonpoint le plus frais et le plus beau du monde, et un +teint des plus unis.--Et c'est cela même, dit la Montespan, qui produit +cet embonpoint que vous dites; au moins c'est ce que j'entends dire tous +les jours aux médecins, que toutes les mauvaises humeurs se jettent sur +ces endroits, et que c'est pour cela que tout le reste du corps est si +net et si poli.--Mais cela l'empêcheroit-il d'avoir des amants? dit +alors le Roi. Peuvent-ils deviner une chose qui ne paroît pas du +tout?--Je ne vous ai pas dit, Sire, répliqua la Montespan, que c'étoit +cette raison qui éloignoit les amants. Mais j'ai dit à Votre Majesté, si +elle y a pris garde, que c'est ce défaut, qui n'est que trop connu +d'elle-même, qui lui fait fuir souvent le grand monde et lui fait aimer +la retraite. Que lui serviroit après tout, ajouta-t-elle, de faire des +amants qu'elle n'oseroit rendre heureux, quelque envie qu'elle en eût? +ou si elle en venoit jusque-là, elle est assurée qu'ils se dégoûteroient +d'abord, et qu'elle les perdroit de la manière la plus honteuse pour des +personnes de notre sexe.--Elle fera donc bien de s'en tenir, dit le Roi, +à ce qu'on appelle la petite oie[21], et de ne laisser prendre à ses +amants que le dehors de la place.--Cela seroit bon, dit la +Montespan, si on pouvoit s'en tenir là; mais vous savez, Sire, qu'en +amour, on va plus loin qu'on ne pense.» + +Après cela, cette malicieuse femme, qui vouloit se réjouir aux dépens de +sa rivale, dit que si son mari étoit jaloux, il n'avoit qu'à faire voir +sa femme toute nue, et qu'il ne devoit pas craindre qu'il lui arrivât +jamais ce qui arriva à cet ancien roi de Lydie. Le Roi, qui ne se pique +pas fort de lecture, pria la Montespan de lui raconter cette +histoire.--«La voici, dit-elle, Sire, en peu de mots, telle que je l'ai +lue dans Hérodote. Candaulès, qui étoit le nom de ce prince, avoit une +femme extrêmement belle, et, par une bizarrerie dont on ne sait pas la +cause, il la fit voir toute nue à Gigès son favori, qu'il avoit fait +cacher dans la chambre de la Reine.--C'étoit sans doute, dit le Roi, +pour lui faire voir que son corps étoit aussi beau que son visage.--Il +l'étoit en effet, dit la comtesse, et Gigès en devint amoureux; mais je +ne crois pas que le comte doive craindre rien de semblable, de ceux qui +verroient sa femme dans le même état.--Je n'aurai jamais cette +curiosité, dit le Roi, voulant dissimuler sa passion; mais je suis +fâché pourtant, pour l'amour de cette comtesse, que les apparences +soient si trompeuses, et que, sous un si beau dehors, il y ait des +choses si dégoûtantes.--Si Votre Majesté y prenoit la moindre part, je +serois bien fâchée, dit la Montespan, de vous avoir dit une chose qui +pût vous faire quelque chagrin. Mais en cas qu'il vous prît jamais envie +de l'aimer, ajouta-t-elle, avec un souris forcé, il est bon que votre +Majesté en soit avertie, de peur qu'elle n'allât trop avant, et qu'elle +ne voulût voir des choses qui ne lui feroient pas plaisir.--Je vous sais +gré de ce bon avis, lui dit le Roi, mais cela ne m'arrivera jamais.» + +La Montespan ne fut pas plus tôt sortie, que le Roi fit de profondes +réflexions sur ce qu'elle lui avoit dit. C'est un terrible embarras pour +un amant qui aime une femme jusques à l'adoration, quand on lui vient +dire qu'elle a des défauts cachés. Le Roi ne remarquoit rien en la +comtesse qui ne l'assurât que c'étoit une beauté achevée. Sa gorge et +son visage démentoient déjà le discours de la Montespan, et s'il n'avoit +pas vu tout le reste, il en avoit assez vu, le jour de sa dernière +chasse, pour lui faire juger que tout ce qu'on venoit de lui dire +n'étoit qu'une calomnie. Il soupçonna même que la Montespan, ayant eu +quelque connaissance de l'inclination qu'il avoit pour la comtesse, +pourroit avoir inventé toute cette fable pour l'en dégoûter. Il savoit +qu'elle étoit fort audacieuse, et d'une humeur fort jalouse. Enfin, il +alla se ressouvenir que le même jour qu'il avoit laissé tomber le +billet de la comtesse, après qu'il se fut endormi, on lui dit que la +Montespan étoit entrée dans sa chambre, et qu'après avoir demeuré +quelque temps à la ruelle du lit, elle s'étoit retirée, de peur +d'éveiller le Roi. Faisant réflexion à toutes ces choses, il ne douta +point que tout ce que la Montespan venoit de lui dire ne fût de son +invention: de sorte que tous ses stratagêmes furent inutiles, et ne +firent aucun mal à sa rivale. Elle vécut toujours le mieux du monde avec +son mari qui n'eut pas le moindre soupçon de sa fidélité, et le Roi +l'aima plus que jamais. + +Ce monarque ne pouvoit plus contenir son feu; les divers assauts qu'il +avoit donnés à sa maîtresse, et qui avoient toujours échoué, ne +servoient qu'à l'enflammer davantage, et à rendre ses désirs plus +violents. Ce beau fruit qu'il n'avoit goûté que du bout des lèvres, ne +faisoit qu'aiguiser, s'il faut ainsi dire, son appétit, et échauffer son +imagination. Enfin, il lui tardoit de savoir comment la comtesse étoit +faite, non pas pour s'éclairer de ce que la Montespan lui avoit dit, +mais pour apaiser l'ardeur de sa flamme. Quelque expert qu'il fût en +l'art d'aimer, il étoit au bout de sa science, et il ne savoit plus que +faire, après avoir manqué la plus belle occasion que l'amour puisse +offrir à un amant. Être seul avec sa maîtresse au milieu d'un bois, +apprendre de sa bouche qu'on est aimé, profiter d'un si doux aveu, +presser vivement la place, monter jusques à la brèche, et se voir +repousser à l'entrée: c'est ce qu'il ne pouvoit pas comprendre.--«Il +faut, disoit-il, ou que cette femme soit tout à fait insensible, ou +qu'elle ait une vertu plus qu'humaine. Mais puisque les charmes de +l'amour n'y peuvent rien, il faut se servir de quelque vieille ruse. +Cette femme se fait un crime de ce que l'amour a de plus doux; il faut +que l'hymen vienne ici à notre secours, et que nous nous servions du +même stratagême dont se servit Jupiter pour jouir de la chaste et belle +Alcmène. Puisqu'un amant, et un amant aimé, ne peut pas vaincre une +vertu si farouche, tâchons de nous transformer et de prendre la figure +du mari pour tromper une femme trop fidèle. Ce qui acheva de déterminer +le Roi à prendre un dessein si périlleux, fut une aventure singulière +qui venoit d'arriver depuis peu de jours, qui servit longtemps de +divertissement à la Cour, et dont le bruit se répandit assez loin. + +Deux gentilshommes, à peu près du même âge et de même taille, avoient +épousé depuis quatre ans deux femmes bien faites, qu'ils aimoient +beaucoup et dont ils étoient tendrement aimés, mais dont ils n'avoient +eu aucun enfant. Comme ils avoient de grands biens et qu'ils craignoient +de ne laisser point de successeurs, il n'est rien qu'ils ne tentassent +pour rendre leurs femmes fécondes: remèdes, purgations, eaux minérales, +tout étoit mis en usage, et, parce que les médecins leur dirent qu'il +falloit réitérer ces remèdes à diverses fois, ces Messieurs ne +manquoient pas d'aller tous les ans avec leurs épouses aux eaux de +Bourbon[22]. Ils y furent cet été que le Roi étoit à Fontainebleau. +Comme le temps étoit fort beau, il y eut plus de foule qu'à l'ordinaire: +toutes les hôtelleries étoient remplies; et ces deux gentilshommes ne +purent trouver qu'une chambre, où il y avoit pourtant deux lits; cela +suffisoit pour eux et leurs femmes; car, pour leurs valets, ils +couchèrent où ils purent. S'étant donc mis en possession de leur +chambre, et ayant soupé en très-bonne compagnie, ils proposèrent à leurs +femmes d'aller prendre un peu le frais, et de jouir du plaisir de la +promenade. Mais elles dirent qu'elles étoient fatiguées du voyage, et +qu'étant obligées de se lever de bon matin pour prendre les eaux, elles +seroient bien aises de se délasser et de se coucher bientôt; mais que +pourtant ils ne se privassent pas eux-mêmes de ce plaisir. Ces bons +maris, qui ne vouloient point contraindre leurs femmes ni se contraindre +eux-mêmes, firent tout ce qu'elles voulurent; ils allèrent se promener; +ils virent là tout ce qu'il y avoit de beau monde de l'un et de l'autre +sexe, et ce temps leur parut si court qu'il étoit près de minuit quand +ils arrivèrent à leur logis. Leurs femmes étoient couchées il y avoit +deux heures; elles dormoient profondément, et leurs maris, de peur de +les éveiller, firent le moins de bruit qu'ils purent en se couchant; ils +se déshabillèrent, ils éteignirent eux-mêmes la chandelle, et chacun +d'eux se mit le plus doucement qu'il put au lit, où il croyoit de +trouver sa femme. On ne sait pas bien si leurs épouses n'avoient pas +bien distingué les lits qui avoient été arrêtés par leurs maris, ou si +ces Messieurs eux-mêmes, distraits par les différents objets qu'ils +avoient vus à la promenade, ou peut-être accablés de sommeil, prirent un +lit pour un autre; quoi qu'il en soit, car cela ne fait rien à +l'affaire, chacun de ces deux gentilshommes, au lieu de s'aller mettre +auprès de sa femme, s'alla coucher avec celle de son ami. + +Ces quatre personnes passèrent ainsi toute la nuit, sans qu'aucune +d'elles s'aperçût de cet étrange quiproquo. On peut bien croire que ces +Messieurs, qui souhaitoient tant d'avoir des enfants, et qui étoient +allés là pour cette seule raison, ne passèrent pas toute la nuit sans +rien faire, et qu'ils travaillèrent de toute leur force à la propagation +de leur espèce. Leurs belles épouses, qui avoient le même désir, s'y +employèrent aussi avec affection et avec toute l'ardeur de leur sexe. +Enfin, le matin étant venu, on voit paroître le jour, on songe à se +lever, on tire le rideau, on se parle; mais qui pourroit exprimer la +surprise de ces deux femmes et de ces deux maris, à la vue d'une si +étrange métamorphose? Ils demeurent tout confus, ils sont tous quatre +muets et interdits, personne n'ose parler, aucun n'a la force +d'interroger son voisin ni de lui demander comment il a passé la nuit, +de peur d'en trop apprendre; chacun se flatte que son compagnon a dormi +toute la nuit; chacun se console d'avoir au moins tiré parti d'une +affaire si délicate et de n'être pas la dupe. Chacun savoit bien ce +qu'il avoit fait de son côté, mais il étoit en peine d'apprendre ce +qui s'étoit passé à l'autre bout de la chambre. Aucune de ces femmes +n'osoit regarder son mari, et encore moins celui qui venoit d'occuper sa +place, et les maris n'osoient pas regarder leurs femmes, de peur de voir +sur leur visage des marques trop certaines d'un affront irréparable. Il +se passa une scène muette qui exprima plusieurs passions différentes. +Enfin, il y en eut un plus impatient, qui, tirant brusquement sa femme +par le bras, lui dit tout en colère:--«Pourquoi vous allâtes-vous +coucher dans ce lit? Ne saviez-vous pas que c'étoit celui-ci que j'avois +arrêté pour nous deux?--J'avois cru, dit-elle, que c'étoit l'autre, et +je vous prie de ne pas me quereller pour une chose dont j'ai plus de +chagrin que vous, et dont je ne me consolerai de ma vie.--Tant pis,» lui +dit son mari, qui ne connut que trop, au langage de sa femme, ce qui +s'étoit passé entr'elle et son voisin; mais il n'étoit pas juste aussi +que les rieurs ne fussent que d'un côté. La femme de celui qui n'avoit +pas encore parlé, paroissant toute honteuse, donnoit assez à connoître +qu'elle n'étoit pas plus nette que sa voisine.--«Enfin, dit ce mari, qui +parut plus raisonnable, ce qui est fait est fait, et tous les hommes ne +le sauroient empêcher. Nous sommes à deux de jeu; nous avons fait, comme +on dit, troc de gentilhomme[23] sans nous demander de retour; laissons +passer doucement la chose; la volonté fait tout dans ces affaires; +c'est un pur effet du hasard; nous sommes assurés de la chasteté de nos +femmes; plaignons-les, et les consolons, au lieu de les porter au +désespoir. Que savons-nous si Dieu s'est voulu servir de ce moyen pour +nous donner un enfant à l'un et à l'autre, et si cela arrive, qu'y +a-t-il à faire qu'à compter de cette nuit? Et si nos femmes sont +enceintes, quand leur fruit sera mûr, et que le terme d'accoucher sera +venu, chacun prendra ce qui lui appartiendra; et ces enfants ne seront +pas moins à nous, que si nous les avions eus de nos propres femmes.» Il +y en eut une qui voulut répliquer, et qui dit que cela leur seroit bien +fâcheux qu'on leur arrachât un enfant qu'elles auroient nourri et porté +neuf mois dans leur sein, et qu'on leur en donnât un autre, où elles +n'auroient aucune part. On leur ferma la bouche, en leur disant que +c'étoit pour les punir de la bévue qu'elles avoient faite en changeant +de lit, qu'il falloit que la chose allât ainsi; que l'enfant qu'on leur +donneroit seroit celui de leur mari; que, puisque les hommes regardoient +souvent comme leurs des enfants qui n'appartenoient qu'à leurs femmes, +elles pouvoient bien une fois en recevoir un de la main de leurs maris, +et qu'elles auroient un avantage que les hommes n'avoient pas: c'est +qu'elles pourroient toujours distinguer leur propre enfant de celui +qu'on leur supposoit, et lui donner leur bien si elles le jugeoient à +propos. Un jugement si sage apaisa d'abord le tumulte; tout le monde se +tut, chacun fut content, et au bout de neuf mois ces deux femmes +accouchèrent chacune d'un garçon, qui donna bien de la joie à ces deux +familles. + +Cette affaire ne put pas être si secrète qu'elle ne vînt à la +connaissance du monde, et le Roi, qui en avoit ouï parler, trouvoit cela +si plaisant qu'il souhaita plus d'une fois de tromper ainsi la comtesse, +puisqu'il n'en pouvoit pas jouir autrement. Il communiqua son dessein au +duc de La Feuillade. Le duc lui dit que cela étoit fort bien imaginé, et +qu'il ne falloit que songer aux moyens de l'exécuter.--«Tout ce que j'y +trouve, Sire, de fâcheux pour vous, c'est d'être obligé de faire le rôle +du mari pour jouir d'une maîtresse; et comme vous avez, sans doute, +toutes les délicatesses des amants, vous ne goûterez qu'imparfaitement +un plaisir qui ne s'adressera point à vous et qu'elle croira donner à +son mari.--Je sais tout cela, dit le Roi, mais il n'importe; il faut +tirer de l'amour tout ce qu'on peut; j'ai déjà le coeur de cette fière +comtesse, et elle ne veut pas m'accorder le reste; mais si je le puis +avoir une fois, j'aurai tout ce qu'un amant peut souhaiter, et enfin +elle pourra m'accorder de son bon gré ce que j'aurai une fois obtenu par +cette ruse. Il n'est donc question que d'exécuter un dessein qui peut +seul me rendre heureux.» + +Cet habile confident dit au Roi qu'il alloit y travailler de ce pas; +qu'il savoit que le comte, comme la plupart des gens de qualité, +couchoit dans un lit séparé de sa femme, d'où il l'alloit trouver quand +il lui prenoit envie; il lui dit encore qu'il croyoit, à force d'argent, +gagner celui qui gardoit la porte de la chambre, et de l'obliger à +se défaire adroitement des autres domestiques, et d'introduire le Roi +vers les onze heures du soir à la chambre du comte de L... Et pour ce +qui est du comte, dont la présence étoit le plus grand obstacle, il +l'engageroit à une partie de jeu, où ils passeroient une bonne partie de +la nuit. Le Roi fut ravi de l'expédient que le duc lui proposoit, et il +lui sembloit déjà qu'il étoit entre deux draps avec sa chère comtesse. +Il lui commanda d'aller travailler promptement à ce dessein, et de venir +aussitôt la rendre réponse. + +Dès que le Roi eut congédié le duc, il entra dans la chambre de la +Reine, où il trouva sa chère comtesse et plusieurs autres dames de la +première qualité. Il ne l'avoit pas vue, il y avoit quelques jours, et +il fut bien aise de voir qu'elle reprenoit son embonpoint. Son mal, dont +on craignoit de fâcheuses suites, étoit tout-à-fait guéri, et il ne lui +avoit laissé qu'une certaine langueur dans les yeux et sur son visage, +qui la rendoit plus aimable, et surtout au Roi, qui n'y voyoit plus, ce +lui sembloit, cette même sévérité qu'il avoit toujours si fort +redoutée.--«A ce que je vois, Madame, lui dit le Roi tout bas, nous +sommes tombés malades en même temps, et je sens qu'à mesure que vous +guérissez, ma santé reprend de nouvelles forces.--Si cela étoit comme +vous me le dites, je prendrois encore plus de soin de ma santé que je ne +fais, répliqua cette comtesse.--Si ma santé vous étoit chère, lui dit ce +prince, en tournant sa tête vers la fenêtre, afin qu'elle en fit autant, +et qu'ils pussent parler sans être entendus, vous me traiteriez un +peu plus doucement.--Et comment voudriez-vous qu'on vous traitât, +dit-elle?--Comme on doit traiter un homme qu'on veut conserver, et que +vos rigueurs font mourir, lui dit le Roi.--Quand on fait ce qu'on peut, +ajouta-t-elle, on n'en doit pas demander davantage.--Que le comte est +heureux, dit alors le Roi, puisque vous pouvez faire pour lui ce que +vous ne sauriez faire pour moi!--C'est un bonheur, Sire, lui dit-elle, +que vous ne voudriez pas acquérir à ce prix-là.--Non-seulement à ce +prix, si je le pouvois, lui dit ce prince passionné, mais au péril de +mille vies.--Eh bien! lui dit-elle, puisque cela ne se peut pas, il n'y +faut plus penser, et nous consoler, vous et moi.» Après cela, elle se +tourna du côté de la compagnie, et le Roi trouva ces dernières paroles +si obligeantes, qu'elles le rendirent content tout le reste du jour. + +Le Roi sortit quelque temps après, et il rencontra bientôt le duc de La +Feuillade qui alloit trouver Sa Majesté pour lui rendre compte de sa +commission. Il lui dit d'abord que les choses alloient comme il auroit +pu le souhaiter; qu'il s'étoit assuré de ce domestique; que personne ne +paroîtroit que lui dans le temps qu'il lui avoit marqué, et que le Roi +pouvoit venir incognito, entrer dans la chambre du comte, et, quand il +le trouveroit à propos, dans celle de la comtesse; que, pour le comte, +ils devoient souper ensemble chez le prince de Marcillac[24], et qu'ils +avoient fait une partie de jeu, où il y auroit plusieurs +dames.--«Et comme je lui ai demandé si la comtesse son épouse en seroit, +il m'a répondu que non; que depuis sa maladie elle n'aimoit point à +veiller, mais se couchoit toujours à dix heures.--Cela va le mieux du +monde, dit le Roi; pour moi, je vais dire qu'on me laisse seul, et je me +déguiserai si bien, quand il sera nuit, que je sortirai sans qu'on s'en +aperçoive. Il n'y a que cent pas à faire pour être à l'appartement de la +comtesse. + +Toutes choses étant ainsi disposées, le Roi se prépara à cette grande +expédition; il comptoit les heures et les minutes, et jamais jour ne lui +a paru si long. Enfin, la nuit vint, cette nuit tant désirée, et qui est +si favorable aux amants. + +Quand les onze heures sonnèrent, qui étoit l'heure du signal, il sortit +de son cabinet en robe de chambre avec un simple gentilhomme qui +l'accompagnoit. Dès qu'il fut à la porte de l'appartement du comte, il +dit à ce gentilhomme de l'attendre, et de ne dire à personne où il +étoit, sous peine de la vie. Les courtisans étoient assez accoutumés à +voir faire au Roi de semblables équipées, qui marche en cela sur les +traces de son aïeul Henri le Grand. Le Roi ne paroît pas plus tôt, qu'il +rencontre un homme qui, sans lui dire «qui va là?» le fait entrer dans +la chambre du comte, comme si c'eût été son maître, et, sans s'informer +d'autre chose, ferme la porte après lui. Le Roi ne fut pas plus tôt +entré qu'il se reposa sur le lit du comte, et on auroit dit qu'il +vouloit imiter en toutes choses le mari de la comtesse. Il est vrai +qu'il ne s'amusa pas à dormir, mais il attendoit que le lièvre le fût, +afin de tirer à coup sûr et qu'il pût le prendre au gîte. Quand il jugea +que la comtesse pouvoit être endormie, il s'approcha tout doucement de +son lit, et, laissant sa robe de chambre, il se glissa dans les draps du +lit de sa maîtresse, sans qu'elle en sentît rien. Cet heureux amant, +voyant qu'il avoit si bien réussi jusques-là, commença de prendre avec +la comtesse toutes les privautés que prenoit le comte, dont il +représentoit alors le personnage; il voulut faire en tout le mari; mais +peut-être qu'il le voulut faire trop bien, comme dit La Fontaine, sur un +sujet semblable[25]. Il n'eut pas plus tôt pris sa place qu'il reconnut +d'abord que ce que la Montespan lui avoit dit de ces ulcères prétendus, +n'étoit qu'une calomnie; il trouva un corps net et uni comme le cristal, +et une peau la plus douce et la plus fine qu'il eût encore touchée. +Après avoir reconnu tous les endroits de la place, et sentant que la +comtesse étoit éveillée par le chatouillement que venoit de lui causer +ce prétendu mari, il se mit en état de pousser l'affaire jusques au +bout. La comtesse se tourna un peu de son côté, et, comme on ne s'amuse +pas à parler dans ces occasions, et qu'il ne lui seroit jamais venu en +pensée qu'autre que le comte la fût venu trouver dans son lit, elle ne +rejeta point du tout ses premières caresses; mais, les recevant +comme un doux fruit de leur mariage, elle y alloit répondre de son côté +comme une bonne et fidèle épouse; mais il arriva une chose qui troubla +les plaisirs qu'ils se préparoient de goûter. Comme elle avança un de +ses bras pour embrasser celui qu'elle avoit pris jusques-là pour son +mari, elle rencontra à l'endroit de ses reins une grosse verrue[26] +qu'elle n'avoit jamais trouvée sur le corps du comte, quoique sa main se +fût promenée mille fois en cet endroit. Cela la surprit un peu, non pas +qu'elle crût qu'un autre homme fût venu occuper sa place; mais cette +nouvelle verrue lui fit rompre un silence qu'elle avoit gardé +jusque-là.--«D'où vient, monsieur le comte, dit-elle, que vous avez là +cette verrue que je n'avois pas remarquée? Parlez, dit-elle, vous ne me +répondez point?» Ce silence parut suspect à la comtesse, et, voyant +qu'on ne lui répondoit que par des embrassements, elle fit un grand +effort pour se débarrasser de celui qui la tenoit; et, comme il la +venoit rejoindre:--«Si tu ne me laisses, dit-elle, qui que tu sois, je +t'arracherai les yeux, et je ferai venir mes gens.» Et, en disant cela, +elle lui donna un coup d'ongle entre l'oeil droit et la temple[27], +dont le Roi porta les marques qui parurent durant quelques jours, +et dont peu de gens savoient la cause. + +Quand il vit que la comtesse alloit faire du bruit et appeler du monde, +il crut que le plus sûr étoit pour lui de se retirer et de sortir comme +il étoit entré. Le même homme qui lui avoit ouvert la porte en entrant, +la lui ouvrit quand il vit qu'il vouloit sortir; et il trouva son +gentilhomme qui l'attendoit, et qui l'accompagna jusques à l'entrée de +la chambre de la reine, que le Roi fut trouver au lit, et qui profita +sans doute de ce que ce prince avoit destiné pour la comtesse. Cette +dernière ne dormit guère le reste de la nuit. Elle étoit en peine +comment elle devoit se gouverner en cette rencontre. Elle ne douta point +que ce ne fût le Roi qui l'étoit venu trouver au lit, qui, n'ayant pu +jusqu'alors satisfaire son amour, s'étoit servi de ce dernier +stratagême. Son premier dessein fut d'abord d'appeler ses domestiques, +de leur dire qu'un homme étoit entré dans sa chambre, qu'elle vouloit +savoir absolument qui l'y avoit introduit, la chose n'ayant pu se faire +sans leur participation, et que, dès que le coupable lui seroit +connu, elle en vouloit faire un exemple. Un peu après elle considéra +l'éclat que cela feroit, les conséquences malignes que quelques-uns en +pourroient tirer pour ternir sa réputation, le chagrin, et peut-être les +soupçons qu'une affaire si délicate causeroit à son mari, et l'affront +que le Roi lui-même en alloit recevoir, quand la chose seroit divulguée; +enfin, plusieurs autres considérations de cette nature la déterminèrent +à laisser passer la chose, sans en parler à personne. Cette prudente +dame savoit encore, que la réputation de celles de son sexe est +extrêmement délicate, que le plus sûr pour elles est de conserver leur +honneur et de se défendre contre tous ceux qui l'attaquent, sans en +faire tant de bruit; que l'éclat est ce qui les perd dans l'esprit des +gens, lors même qu'elles sont les plus innocentes, et qu'enfin n'ayant +rien à se reprocher, elle ne craignoit les reproches de personne, +puisque celui qui l'étoit allé trouver au lit s'en étoit retourné comme +il étoit venu, et que ceux qui lui avoient prêté la main avoient pu +juger, par son prompt retour et par le bruit qu'elle avoit fait, du peu +de succès de son entreprise. + +La comtesse donc, satisfaite de s'être bien défendue, ne voulut point +prôner sa victoire. Qui sait encore si l'Amour ne se mêla pas là-dedans, +et si la tendresse qu'elle ne pouvoit s'empêcher d'avoir pour le Roi, ne +l'empêcha pas aussi de publier une chose dont elle pourroit se repentir +un jour, n'étant pas assurée si elle n'auroit pas enfin pour ce prince +des sentiments plus humains? et, quoiqu'elle n'appuyât pas beaucoup +sur cette dernière considération, il est certain qu'elle y entra. + +Le Roi, après cette honteuse retraite, perdit entièrement l'espérance de +gagner jamais une telle dame; il résolut même de n'y penser plus; mais +il ne savoit pas bien lui-même s'il seroit capable de tenir sa +résolution. L'image de tant de beautés qui étoient répandues sur le +corps de la comtesse, et dont ses yeux et même ses mains avoient été les +témoins, lui revenoit toujours dans l'esprit. Il ne put s'empêcher de +convoiter une chair si ferme et une peau si blanche et si délicate.--«Je +vois bien, ajouta-t-il en lui-même, que la Montespan craignoit la touche +d'un bijou si précieux, qu'elle vouloit me faire passer pour une +happelourde[28]. Mais je n'ai que trop vu l'effet de sa jalousie, qui +vouloit me dégoûter de la plus charmante beauté qui soit dans l'univers. +Oui, je n'ai que trop vu que la comtesse a le plus beau corps du monde, +et il vaudroit bien mieux pour mon repos avoir ajouté foi aux discours +de la Montespan, me dégoûter de cette dame, et n'y penser jamais. Mais +mon malheur a voulu que j'aie vu, et que j'aie touché moi-même des +beautés qui m'ont charmé et dont je n'ai pu me réjouir.» + +C'est ainsi que le grand Alcandre entretenoit ses pensées. Après avoir +demeuré tout le reste de la nuit au lit de la reine[29], il s'en +retourna dans le sien, selon la coutume, qui étoit à la chambre +prochaine. L'heure de se lever étant venue, ceux que leur devoir +appeloit auprès du Roi ne manquèrent pas de s'y rendre, et +particulièrement le duc de La Feuillade, qui s'y trouva des premiers. +Dès que le Roi eut paru en robe de chambre[30], on remarqua d'abord +cette petite égratignure qu'il avoit au visage. Les courtisans se +regardèrent tous, pour se demander les uns aux autres la cause de ce +qu'ils voyoient; mais personne n'osa en parler au Roi. Ce monarque, qui +connut d'abord le sujet de leur étonnement, et qui avoit assez près de +lui le duc de La Feuillade, lui dit à l'oreille: «la belle a été +cruelle.» Ce mot fut entendu de quelques-uns des courtisans, et il fut +su à la cour et jusques dans les provinces; mais personne ne devina +quelle étoit cette cruelle qui avoit ainsi traité le Roi, et qui lui +faisoit porter des marques de sa rigueur. Il n'y eut que le duc de La +Feuillade qui comprît d'abord ce que c'étoit. + +Après que ce prince fut habillé, il témoigna qu'il vouloit être seul une +demi-heure, et il ne retint auprès de lui que le duc de La +Feuillade.--«Eh bien! lui dit le grand Alcandre, tu vois que je porte +des marques de mon dernier combat.--A la bonne heure, Sire, lui dit le +duc, pourvu que vous ayez remporté la victoire; vous savez que l'Amour, +aussi bien que Mars, aime quelquefois à se baigner dans le sang.--Je +t'assure pourtant, dit le Roi, que ce n'est pas à l'Amour que je +dois me plaindre de celui qu'on m'a fait répandre cette nuit, et dont je +porte les marques.--Mais quoi, Sire, lui dit le duc, n'alliez-vous pas +comme ami vous présenter devant cette place? D'où vient qu'on vous a +traité comme un ennemi? Vous alliez trouver cette femme non pas comme +amant, mais comme mari; est-ce que les rigueurs s'étendent jusqu'à son +époux? Car je ne puis pas comprendre que, l'étant allé trouver la nuit, +elle ait pu vous reconnoître, ni vous prendre pour un autre que pour le +comte.--Il faut donc te dire ce qui en est,» répartit le Roi, et alors +il lui raconta comment il étoit entré dans la chambre de la comtesse; de +quelle manière il s'étoit glissé dans son lit pendant qu'elle dormoit; +comment, après s'être réveillée, elle avoit souffert quelques-unes de +ses caresses, le prenant toujours pour son mari. «Enfin, ajouta-t-il, +les affaires alloient jusque-là le mieux du monde; j'allois me rendre +maître d'une place qui m'a toujours résisté, lorsqu'une maudite verrue +que j'ai aux reins, sur laquelle elle porta fortuitement la main, éventa +la mine et me découvrit.--Quoi, si peu de chose, reprit le duc, la fit +entrer en soupçon?--Cela l'obligea à parler, lui dit le Roi, et à me +demander depuis quand j'avois cette marque sur le corps; et, voyant +qu'on ne lui répondoit point, elle ne douta plus qu'on ne l'eût trahie. +Elle sauta promptement du lit, elle me repoussa, et elle alloit appeler +ses gens. Enfin, au lieu qu'avant cela, elle étoit douce comme un +mouton, après qu'elle eut touché cette fatale verrue, ce ne fut +plus qu'une tigresse et une lionne, qui ne répondit à mes caresses qu'à +coups de griffes, et qui m'a mis en l'état où tu me vois. De sorte que, +voyant qu'il n'y avoit rien à gagner que de la honte pour moi, je me +retirai tout doucement.--Il faut avouer, dit alors le duc, qu'en amour +aussi bien qu'en toute autre chose, il y a de fatales conjectures. +Qu'une petite verrue qui n'est pas, peut-être, plus grosse que la tête +d'une épingle, arrête et fasse échouer un dessein si bien concerté[31]! +Je ne m'étonne plus, après cela, si la remore[32], qui n'est qu'un petit +poisson, arrête tout court les plus grands vaisseaux, puisque si peu de +chose s'oppose au bonheur du plus grand monarque du monde.--Mais il y a +cette différence, répondit le Roi, c'est que je portois avec moi cette +maudite remore qui a rompu tous mes projets amoureux, et a repoussé +tout-à-coup mon vaisseau, qui alloit entrer à pleines voiles dans le +port[33].--Permettez-moi de dire à Votre Majesté, répliqua le duc, +qu'elle ne devoit pas sitôt abandonner son entreprise, et qu'elle auroit +peut-être bien fait de se donner à connoître à la comtesse, pour +l'empêcher de faire du bruit. Que sait-on, ajouta le duc, si, dans la +pensée où elle étoit que ce fût quelqu'un de ses domestiques, qui, +profitant de l'absence du comte, avoit eu l'audace de se glisser dans +son lit, elle a paru si transportée de rage? Ces sortes d'attentats ne +sont pas sans exemple; l'Amour hasarde tout, et ce n'est que par un +pareil stratagême que cette espèce de gens peut réussir dans une +entreprise de cette nature, ayant affaire surtout à des femmes qui sont +de l'humeur de cette comtesse. Mais toute tigresse qu'elle est en fait +d'amour, elle auroit été douce comme un mouton si elle eût reconnu +d'abord que c'étoit Votre Majesté qui la tenoit embrassée.--Ah! que me +dis-tu, répliqua le grand Alcandre, veux-tu me désespérer? N'est-ce pas +assez, pour me faire mourir, d'avoir manqué la plus belle occasion où un +amant se puisse trouver? Faut-il que tu m'assassines de plus fort, en +voulant me persuader que c'est par ma faute que je suis tombé dans ce +malheur? Mais comment pouvois-je espérer de toucher cette insensible en +me faisant connoître? elle qui m'a toujours rebuté, elle qui a méprisé +mon sceptre et ma couronne, et ma vie même, que j'ai voulu lui sacrifier +pour tâcher de la fléchir? Non, non, je ne me flatte point là-dessus; +elle ne m'a reconnu que trop, et ce n'étoit que par la voie dont je me +suis servi que je pouvois venir à bout d'une femme qui n'est pas faite +comme les autres, et qui n'aime que son mari. En puis-je douter après +ces terribles paroles, «qui que tu sois, si tu ne me laisses, je +t'arracherai les yeux, et j'appellerai mes gens?» Tu vois que je porte +les marques de cette furie; et plût à Dieu qu'elle en eût le visage +comme elle en a le coeur! je ne serois pas si malheureux. Comment +peux-tu croire, après cela, qu'elle se seroit adoucie si je me fusse +fait connoître après en avoir été rebuté tant de fois? Je crois que ma +retraite fut sage, et que le meilleur parti que j'avois à prendre, étoit +de sortir sans bruit de la chambre de la comtesse, comme j'y étois +entré. Quel affront pour moi, de me voir assiégé d'une foule de pages et +de laquais, qui eussent été les témoins de ma honte! Tout Roi que je +suis, je n'aurois pas échappé aux railleries secrètes de mes +courtisans; tu sais, cher La Feuillade, combien je suis sensible à de +pareils coups. Je n'ai jamais pu les pardonner à Vardes[34] et à +Bussi[35], qui s'étoient émancipés jusque-là. Enfin, que veux-tu que je +te dise? ajouta ce monarque affligé; je tenois entre mes bras ce que +j'aime le plus dans le monde; je me croyois au comble de mes désirs, et +je ne sais quel malheur, que je traîne après moi, m'a fait échouer tout +d'un coup de la manière du monde la plus fatale; jamais monture plus +douce et plus maniable dans mes premières approches; mais je ne sais +quelle mouche lui fait prendre aux dents[36], la met en fureur contre +moi, et m'en laisse de tristes marques.--Il n'importe, Sire, dit le duc +au Roi, pour le consoler; il faut que V. M. tâche de remonter sur sa +bête.--[37] Voilà la deuxième fois que j'ai failli la prendre, dit le +Roi, et je ne vois que trop la vérité du présage que j'eus à la chasse +où étoit le comte, lorsque je manquai deux fois un sanglier. La comtesse +est ce sanglier que je n'ai pu blesser encore, et qui m'a mis dans +l'état où tu me vois. Pour moi, je crois, ajouta-t-il, que cette femme +n'est pas faite comme les autres, et si je ne l'avois pas bien maniée, +je croirois qu'elle n'est pas de chair, mais de quelque autre +matière.--Vous verrez, Sire, qu'elle ne sera pas toujours insensible, +lui dit le duc; assurez-vous que vos coups ne seront pas perdus, +ils feront leur effet tôt ou tard. Savez-vous, ajouta-t-il, que la main +d'un amant qui manie le corps de sa maîtresse, a un certain charme +secret qui éveille en elle de certaines idées dont elle ne peut se +défendre? Qu'elle fasse la farouche tant qu'elle voudra; cela lui +revient de temps en temps dans l'esprit; son imagination en est +doucement chatouillée, et l'on peut dire que c'est un germe qui doit +produire un fruit auquel l'amant ne s'attend pas. Enfin, l'attouchement +d'un homme amoureux envers une femme qu'il aime, est comme celui d'un +chien enragé, dont la seule écume produit la rage, quoique cela n'arrive +que plusieurs années après. Ainsi je ne doute pas que ce que la comtesse +a déjà senti de votre part, et lorsque vous la trouvâtes endormie la +première fois, et lorsque vous la poussâtes de si près, au vallon de la +forêt de Fontainebleau, et les privautés que vous avez eues avec elle la +nuit passée, je ne doute pas, dis-je, que tout cela ne soit un secret +poison dans son coeur, qui fera éclater enfin la fureur de l'amour. +N'en doutez point, Sire, je sais un peu comment les femmes sont faites. +Tenez-vous seulement à l'écart, faites un peu le froid avec elle, et +vous verrez qu'elle regrettera peut-être l'occasion qu'elle a perdue. +Les femmes négligent ce qu'elles peuvent avoir à toute heure, mais elles +font bien des pas pour retenir ce qu'elles craignent de perdre. La +comtesse compte sur vous comme sur une conquête assurée, et c'est pour +cela qu'elle diffère, autant qu'elle peut, à payer le tribut qu'on doit +à l'amour. Quand vous reculerez, elle s'avancera; et, faisant +réflexion alors aux plaisirs imparfaits qu'elle a goûtés avec vous, et +craignant de ne les retrouver plus, elle désirera que vous acheviez ce +qui n'est que commencé; et peut-être même qu'elle vous en prieroit si la +pudeur de son sexe ne la retenoit. Voilà, Sire, comment les femmes sont +faites, et vous en savez plus que moi sur ces matières.» + +Le grand Alcandre fut ravi d'entendre raisonner le duc d'une manière qui +flattoit si fort sa passion. Il approuva son conseil, et, sans affecter +de fuir la comtesse, il ne témoigna plus pour elle les mêmes +empressements. Cette belle inhumaine ayant vu le Roi à la messe, fut +confirmée dans l'opinion qu'elle avoit, que c'étoit lui-même qui l'étoit +venu trouver au lit. Elle prit garde d'abord aux marques qu'il en +portoit sur son visage, et elle ne put voir sans quelque émotion ces +effets de sa cruauté. Son coeur sentit dans ce moment quelque chose de +plus tendre qu'à l'ordinaire; elle fut touchée de compassion pour cet +amant malheureux; et, faisant réflexion à toutes les basses démarches +que ce grand prince avoit faites, et qui ne pouvoient partir que d'un +coeur amoureux jusqu'à la folie, peu s'en fallut qu'elle n'eût quelque +espèce de honte d'avoir été si sévère en son endroit, dans un temps où +la cruauté, parmi les femmes du beau monde, étoit si peu à la mode. Elle +voyoit qu'elle avoit perdu la plus belle occasion du monde pour +accommoder son amour avec son devoir, en feignant de croire que celui +qui avoit pris la place de son époux étoit son époux lui-même. Mais +comme cette feinte ne la mettoit pas à couvert des reproches de sa +conscience, elle rejetoit cette pensée comme une dangereuse tentation, +et, sa vertu reprenant le dessus, elle se contenta de faire bon visage +au Roi, sans lui accorder rien de solide. Voilà quel étoit l'état de nos +deux amants: la comtesse, plus adoucie, étoit résolue de paroître moins +sévère; et Alcandre piqué de ressentiment, se voulut montrer plus froid +et plus réservé. + +Quelques jours se passèrent de cette manière, pendant lesquels le Roi +parut de plus belle humeur, et plus magnifique qu'à son ordinaire. Mais +il vivoit avec la comtesse comme un homme tout-à-fait guéri de sa +passion, ou du moins comme un amant qui n'espère plus, qui a épuisé tous +ses soins et toute sa tendresse, et qui ne cherche que les plaisirs, les +jeux et les divertissements. Cependant, bien loin de témoigner le +moindre chagrin contre elle, il lui faisoit beaucoup de civilités, mais +de la nature de celles que tous les cavaliers rendent aux dames, et où +il ne paroissoit pas que l'amour eût la moindre part. Pas le moindre +mot, pas un seul regard qui marquât quelque tendresse; et le meilleur de +tout cela, c'est qu'il n'y avoit rien de forcé ni de contraint; tout +paroissoit naturel, et qui auroit vu le Roi agir de cette manière avec +la comtesse, ne l'auroit jamais jugé amoureux. Elle-même s'y trompa +toute la première, et elle crut effectivement que le Roi ne sentoit rien +pour elle, et qu'il étoit tout-à-fait guéri. Une façon d'agir si peu +attendue la surprit étrangement. Si elle eût trouvé le Roi chagrin, ou +qu'il eût été froid avec elle, elle s'en seroit consolée; mais un +procédé si civil et si tendre faillit la déconcerter. + +Un jour qu'elle se trouva près de ce prince, elle voulut prendre un air +radouci et plus tendre qu'à l'ordinaire; le Roi, qui le vit fort bien, +fit semblant de n'y prendre pas garde, et d'avoir l'esprit ailleurs, et, +comme elle vouloit le rengager, elle le jeta insensiblement sur des +matières de galanterie, où le Roi répondit toujours fort à propos, sans +faire ni le doucereux ni le sévère.--«Pour moi, quand j'étois en état +d'avoir des amants, disoit-elle, je n'aimois pas qu'ils se rebutassent +d'abord comme plusieurs que je connois.--Vous aviez raison, Madame, lui +dit le Roi, d'être dans ce sentiment, et je trouve que n'est guère aimer +si l'on n'essuie toutes les rigueurs d'une maîtresse.--Il n'est pas +juste pourtant, ajoutoit-elle, qu'une maîtresse abuse de son pouvoir, et +exerce une autorité tyrannique sur ses amants.--Pourquoi non, Madame? +répondit le grand Alcandre; chacun peut user de ses droits; une +maîtresse ne doit rien à son amant, et c'est à lui à prendre parti +ailleurs, s'il n'est pas content.» + +La comtesse entendant parler le Roi d'une manière si désintéressée, sur +une affaire où elle avoit cru qu'il avoit tant d'intérêt, ne pouvoit +cacher le dépit secret qu'elle en avoit dans le coeur.--«Les dames +vous sont bien obligées, dit-elle au Roi, de défendre si bien leurs +droits; et que je m'estimerois heureuse d'avoir un tel avocat!--Comme +vous n'avez aucun intérêt à ces sortes de disputes, mes soins vous +seroient fort inutiles, répondit le grand Alcandre.--On ne peut pas +savoir ce qui peut arriver, lui dit la comtesse.--Alors on y pensera,» +lui dit le Roi, et en disant cela, il alla joindre la Montespan, qui +traversoit la galerie pour entrer dans la chambre de la Reine. + +Les dames, et surtout celles qui sont naturellement fières, ne +connoissent jamais bien qu'elles aiment un amant que lorsqu'elles +croient l'avoir perdu. C'est ce qu'éprouva la comtesse en cette +rencontre; cette fière personne, qui avoit reçu les hommages d'un grand +Roi sans en être fort émue, le fut beaucoup plus qu'on ne sauroit dire, +quand elle crut que cette conquête lui alloit échapper. Elle commença de +sentir le plaisir qu'il y avoit d'être aimée, lorsqu'elle ne l'étoit +plus, car elle le croyoit ainsi, et il lui arriva comme à ceux qui ne +connoissent le prix de la santé qu'après qu'ils l'ont perdue. + +Le Roi, qui lisoit dans le coeur de la comtesse, étoit charmé d'avoir +suivi le conseil que son confident lui avoit donné, puisqu'il s'en +trouvoit si bien.--«Je vois bien, dit-il à ce duc, quand il se trouva +seul avec lui, qu'il en est de l'amour comme de la guerre, et que le +plus grand coup d'un habile capitaine est de savoir battre son ennemi en +retraite. C'est ce que je fais, cher La Feuillade, à l'endroit de la +comtesse, et je vois que j'ai plus avancé mes affaires en trois jours, +en tenant cette conduite, que je n'avois fait pendant six +mois.--Continuez seulement de cette manière, lui dit cet habile +confident; faites semblant de vous retirer devant cette fière ennemie; +laissez-lui gagner du terrain tant qu'elle voudra, et quand vous +aurez assez reculé, donnez-lui un coup fourré.» Cela fit rire le Roi, +qui lui répondit d'un air content: «Je me suis si bien trouvé de tes +conseils, que je les veux suivre aveuglément.» + +La Reine ayant fait ses couches, la Cour s'en retourna à Versailles, et +le Roi résolut de faire la plus magnifique fête qu'on eût encore vue. +C'étoit au commencement de mai[38], qui est la saison de l'année la plus +belle et la plus riante, et où tout ce qu'on voit semble inviter à +l'amour. Cette fête dura neuf jours[39], pendant lesquels le Roi traita +plus de six cents personnes; le bal, la comédie, la musique, les +carrousels, les mascarades, rien n'y fut oublié. Je ne ferai pas la +description de toutes ces magnificences qu'on peut voir ailleurs; il +suffit de dire que tout cela se passa, non pas dans le château, qui +auroit été trop petit, mais dans ce beau parterre[40] qui est un +assemblage de bois, de fontaines, de viviers, d'allées, de grottes, et +de mille diversités qui surprennent agréablement la vue. On y avoit +tendu de hautes toiles, on y avoit fait un grand nombre de bâtiments de +bois, peints de diverses couleurs, et un nombre prodigieux de flambeaux +de cire blanche, qui suppléoient[41] à plus de quatre mille bougies, +rendoient les nuits plus belles et plus charmantes que les plus +beaux jours de l'année. Enfin, on peut dire que cette plaine étoit un +camp magnifique, où plusieurs palais enchantés parurent dans un moment. + +Cette grande fête commença par divers ballets, où le Roi lui-même, +Messieurs les princes du sang, et plusieurs autres seigneurs parurent +sur les rangs. Les festins, la comédie et tous les autres +divertissements suivoient tour à tour, et alloient en augmentant. La +nuit même ne les faisoit pas cesser, ou pour mieux dire, il n'y avoit +pas de nuit, à cause du grand nombre de flambeaux qui éclairoient tous +les endroits du bois. On peut juger si cet agréable mélange de tant de +différentes personnes de l'un et l'autre sexe, ce grand concours de +monde, cette confusion du jour et de la nuit, cette liberté qu'inspirent +les plaisirs champêtres, et enfin cette joie qui accompagne les grandes +fêtes, et qui fait que grands et petits, hommes et femmes, se mêlent +sans distinction; on peut, dis-je, juger si ces charmants désordres +étoient propres pour les aventures et pour les mystères d'amour. + +Le Roi qui ne songeoit qu'à se rencontrer seul avec la comtesse en +quelque lieu écarté du bois, fit naître diverses occasions, dont une lui +parut réussir enfin. Le troisième jour de cette fête, qui finit à +l'ordinaire par un magnifique festin, le Roi proposa une mascarade après +le souper, où chacun, tant hommes que femmes, pourroit se masquer à sa +fantaisie, se promener dans le bois ainsi déguisé, et faire cent petites +malices. La chose fut ainsi exécutée, chacun prit la figure qui lui plut +le plus; les uns se travestirent en bergers et en bergères, les +autres en guerriers et en amazones, d'autres en sauvages[42], et chacun +prit la forme qui lui convenoit le mieux, ou qu'il jugea la plus propre +à ses desseins. On n'a pas bien su quelle fut celle du grand Alcandre et +de la comtesse, mais on sait bien que cette dernière ne put pas se +déguiser si bien que son amant ne sût les habits et le masque qu'elle +devoit prendre. Il seroit trop long de dire tout ce qui se passa dans +cette belle mascarade. Chacun y joua son rôle à la faveur de la nuit, de +l'épaisseur des arbres, et du masque qu'il portoit sur le visage. Tout +cela rendoit aussi les dames plus hardies, et les disposoit à être plus +facilement trompées. + +La Montespan ne manqua pas de se prévaloir d'une si belle occasion pour +jouer à sa rivale quelque mauvais tour, et pour la perdre de réputation, +si elle ne pouvoit la détruire dans le coeur du grand Alcandre. Elle +sut, par le moyen d'une fille de la comtesse, qu'elle avoit gagnée, de +quelle manière sa maîtresse se déguiseroit, et quel masque elle devoit +porter. Elle pria cette fille de lui en donner un semblable, ce qu'elle +fit; et la Montespan imita si bien la comtesse dans tous ses +ajustements, qu'il n'y a personne qui ne s'y fût trompé, car leur taille +étoit à peu près la même, et quand il y auroit eu quelque différence, le +déguisement empêchoit de la remarquer. Le dessein de cette malicieuse +femme étoit de se divertir comme tous les autres, et de voir si, +sous ce déguisement tout à fait conforme à celui de sa rivale, elle +pourroit tromper le Roi, et découvrir ainsi le secret de leur intrigue. +Mais ce qu'il y avoit de plus malin, c'est qu'elle espéroit par là de +décrier la comtesse, de la perdre dans l'esprit de son mari, en faisant +courir le bruit, sous cette fausse apparence, que sa femme avoit un +commerce secret avec le Roi, et qu'on les avoit trouvés ensemble la nuit +de cette mascarade. + +Dans cette pensée, la Montespan, qui ne doutoit pas que le grand +Alcandre ne se fût informé exactement de quelle manière la comtesse +seroit habillée, fit tout ce qu'elle put pour joindre le Roi, et pour +tâcher de lui faire prendre le change. La chose ne lui fut pas +difficile, parmi cette confusion de masques qui passoient et repassoient +en divers endroits du bois. Comme chacun s'écartoit, les uns d'un côté, +les autres d'un autre, pour faire quelque bon tour, à la manière +ordinaire des masques, le hasard, ou, pour mieux dire, le dessein, fit +en sorte que le Roi se trouva seul avec la prétendue comtesse, dans un +endroit assez reculé, où il y avoit un petit cabinet et de longs siéges +de gazon en forme de lit de repos. Il n'y avoit dans cet endroit que +quelques bougies, dont le vent éteignit quelques-unes, et celles qui +restoient le furent par quelque masque qui vouloit favoriser ces deux +amants, et peut-être par le grand Alcandre lui-même. Quoi qu'il en soit, +les voilà tous deux dans une nuit sombre, abandonnés à la garde de +l'amour et sur leur bonne foi. + +La Montespan, qui craignoit que le Roi ne l'eût tout à fait oubliée, fut +la première à parler et à lui dire:--«Avouez, Sire, que vous êtes bien +attrapé, et que mon masque vous a trompé; vous avez cru d'être avec une +autre, et le hasard a voulu que vous vous trouviez avec une personne +qu'apparemment vous ne cherchiez pas.» Ce discours étoit assez ambigu, +et on pouvoit l'appliquer à la comtesse; aussi le Roi ne douta point que +ce ne fût elle-même quand il vit son masque et ses habits; et quoique la +voix de celle qui lui parloit fût un peu différente de celle de la +comtesse, il crut que le masque qu'elle avoit sur le visage faisoit cet +effet. La prenant donc pour sa nouvelle maîtresse, il répondit à ce +qu'on venoit de lui dire:--«Le hasard est quelquefois plus sage que +nous, et puisqu'il m'a mené jusqu'ici, je veux bien m'abandonner +aveuglément à sa conduite, et si vous m'en croyez, vous en userez aussi +de même: profitons de cette belle occasion, ma chère comtesse.» En +disant cela, il porta un de ses bras sur le cou de sa maîtresse, la +serra fort amoureusement, et lui prit quelques baisers. La Montespan, +qui vit que le Roi donnoit de lui-même dans le panneau, voulut se donner +le plaisir d'une si agréable aventure; et pour mieux imiter la comtesse, +elle fit quelque temps la difficile. Le grand Alcandre, qui vouloit +absolument se satisfaire, lui dit:--«Madame, vous savez à quel point je +vous aime, une si longue résistance me va porter au désespoir; votre +vertu n'a que trop longtemps combattu, et j'attends aujourd'hui de vous +la fin de toutes mes peines.--Eh! je croyois que vous ne pensiez +plus à à moi, lui dit la fausse comtesse.--Et à qui penserois-je qu'à +vous? lui dit cet amant passionné; vous êtes mon coeur et ma vie; ne +me faites donc plus languir; je meurs si vous n'avez pitié de moi.» + +La dame, à qui ce discours s'adressoit, rioit de tout son coeur, +entendant parler ainsi le Roi.--«Contentez-vous, lui dit-elle, d'avoir +un entretien secret avec moi.--Et de quoi me sert cet entretien, lui dit +le grand Alcandre, qu'à me rendre plus malheureux, si je ne puis +satisfaire mon amour? Encore un coup, ma chère comtesse, prenez pitié +d'un amant qui va expirer à vos pieds, si vous ne le soulagez +promptement. Que je sois heureux au moins dans ce moment; après cela, +faites-moi tout ce qu'il vous plaira; sacrifiez-moi, si vous voulez, à +votre ressentiment; je me figure avec vous des plaisirs infinis; ne me +les refusez pas, et s'il faut ensuite les payer de tout mon sang pour +satisfaire ce vain honneur que vous m'opposez toujours, je suis prêt à +le répandre.» + +La dame, qui n'étoit pas une roche, et qui n'avoit pas accoutumé d'être +si cruelle au grand Alcandre, l'entendant parler d'une manière si +passionnée, s'imagina aussi elle-même des douceurs nouvelles, avec un +amant si tendre et si éperdu d'amour; et, quoique cela ne s'adressât +point à elle, mais à sa rivale, elle fut bien aise d'en profiter, et de +rappeler ces doux moments qu'elle avoit passés avec le Roi, la première +fois qu'elle en fut aimée. Cependant, pour mieux jouer le rôle de la +comtesse, elle se défendit autant qu'elle put. Quand le Roi vit +qu'elle commençoit de se rendre, il la pria d'ôter son masque; elle lui +répondit qu'elle ne sauroit y consentir, qu'il perdroit lui-même +beaucoup à cela, et que ce voile la rendoit plus hardie. Enfin, après +mille petites façons, qui faisoient enrager le grand Alcandre, elle se +laisse pencher doucement entre ses bras, et voulant toujours contrefaire +une femme qui n'a jamais connu d'autre homme que son mari, elle se +défend encore, mais foiblement; et imitant les derniers abois d'une +chasteté mourante, elle pousse un profond soupir, et tombe à demi-pâmée +dans les bras de son amant. Le grand Alcandre ne se sentant plus +lui-même, et transporté d'une joie extraordinaire de se voir, après tant +d'écueils et tant de naufrages, arrivé heureusement au port, se prépare +d'y entrer avec toute la force et toute l'ardeur de l'amant le plus +passionné; lorsque, par une funeste disgrâce, il se vit arrêté tout +court: + + Près de goûter mille délices, + Ce triste et malheureux amant + Vit changer son contentement + En de très-rigoureux supplices. + +Un trop grand excès d'amour, un transport de joie, trop de +précipitation, ou peut-être une trop longue attente, l'ardeur, le désir +de bien faire, la crainte d'échouer, une grande dissipation d'esprits, +et je ne sais quelle constellation maligne qui présidoit sur son amour, +troublèrent tellement le grand Alcandre, qu'il ne se connut plus +lui-même, et, sur le point de se voir le plus heureux de tous les +amants, il tomba dans la plus cruelle disgrâce qui puisse arriver +en amour. Enfin ce malheureux amant se trouva sans armes, lorsqu'il crut +que sa maîtresse n'étoit plus en état de lui résister. + +La fausse comtesse, qui s'aperçut bien de son malheur, ne fit pas +semblant de le connoître, et revenant de son feint assoupissement, elle +dit au grand Alcandre:--«Nous nous arrêtons ici trop longtemps; que +pourra-t-on dire de nous?--Vous avez raison, Madame, lui répliqua-t-il, +nous ne faisons rien ici; mais on ne peut rien dire qui vous fasse tort, +quand on sauroit même ce qui s'est passé.» + +Comme le grand Alcandre achevoit de parler, on vit venir du monde de +divers endroits, où ils se mêlèrent eux-mêmes, sans qu'on y prît garde; +après cela, chacun alla se reposer le reste de la nuit. + +Qui pourroit représenter les inquiétudes où étoit le grand Alcandre, +après le malheur qui venoit de lui arriver? Il éprouva tout ce que le +déplaisir, la honte et le désespoir ont de plus cruel:--«Faut-il, +disoit-il, que ce moment favorable que j'avois tant désiré, soit le plus +fatal et le plus malheureux de ma vie? Que le seul moment où celle qui +m'a tant fait souffrir se vient jeter entre mes bras, me devienne +inutile par ma lâcheté! C'est un affront que je ne puis me pardonner à +moi-même. Toutes mes autres disgrâces n'étoient rien en comparaison de +cette dernière. Être rebuté par une maîtresse, c'est un malheur assez +ordinaire; mais se voir au comble de toutes les faveurs qu'on en peut +jamais espérer, et ne profiter pas d'un temps si précieux, je ne vois +rien qui puisse égaler un tel désastre.» Puis revenant à lui-même, +il disoit: «c'est pourtant quelque douceur, que cette cruelle se soit +enfin attendrie, et il n'a pas tenu à elle que je n'aie été le plus +heureux de tous les amants. Tentons encore la fortune; elle ne me sera +pas toujours contraire; celle que j'ai pu toucher, tout foible que j'ai +paru, ne sera pas peut-être insensible, quand j'aurai repris mes +forces.» + +Dans cette pensée, il reposa quelques heures assez tranquillement, et +dès que l'heure de se lever fut venue, et qu'il eut pris tout ce qu'il +jugea lui être meilleur pour lui donner du courage et de la force, il se +rendit dans le bois. L'heure du matin fut employée à la promenade, et le +grand Alcandre, qui cherchoit partout la comtesse, ne l'eut pas plus tôt +aperçue que, se dérobant insensiblement du reste de la compagnie sur +quelque léger prétexte, il l'alla d'abord accoster. Quoique les dames +qui l'accompagnoient ne soupçonnassent pas que le Roi eût le moindre +attachement pour elle, voyant néanmoins qu'il lui adressoit toujours la +parole, et qu'il témoignoit la vouloir entretenir en particulier, elles +s'écartèrent par respect et les laissèrent seuls. Le grand Alcandre, +continuant sa promenade avec elle vers l'endroit du bois qui lui parut +le plus favorable à son dessein, l'entretint d'abord de choses +indifférentes; puis, étant entrés dans une autre allée, où ils ne virent +personne, ils se trouvèrent près d'une grotte, où le grand Alcandre dit +à la comtesse qu'il vouloit lui faire voir quelques raretés qu'elle +n'avoit pas peut-être remarquées; comme il ne songea qu'à profiter +de l'occasion, il ne s'amusa pas à parler à la comtesse de ce qui +s'étoit passé le jour précédent, et moins encore à lui en faire quelques +méchantes excuses; il ne vouloit pas réveiller de si fâcheuses idées, et +il songeoit à se justifier auprès d'elle d'une manière plus forte et +plus convaincante, bien plus par les effets que par les paroles. + +Dans cette généreuse résolution, et se sentant une vigueur +extraordinaire, il embrassa sa maîtresse, et, sans lui donner le temps +de lui demander ce qu'il vouloit faire, il alloit se saisir d'un bien +qu'il avoit perdu, à ce qu'il croyoit, la nuit précédente par sa seule +faute, et qu'il prétendoit être dû à son amour. La comtesse, qui ne +savoit rien de tout cela, repoussa la main du Roi avec sa sévérité +ordinaire, et lui demanda fièrement qui l'avoit rendu si hardi. Le Roi, +qui crut qu'elle lui reprochoit sa faiblesse du jour précédent, lui +dit:--«Vous avez raison, Madame, de vouloir savoir de moi qui m'a rendu +si hardi, après la honteuse lâcheté où vous me vîtes tomber la nuit +passée.--Je ne sais de quoi vous me parlez, lui répliqua froidement la +comtesse.» Le Roi, qui crut toujours qu'elle vouloit dissimuler, et qui +se flattoit peut-être qu'elle le vouloit épargner, en faisant semblant +de ne se souvenir plus d'une chose qui le couvroit de honte:--«Je le +veux bien, Madame, lui dit-il, que nous oubliions le passé, pourvu que +vous me permettiez de profiter de ce moment favorable; ne vous opposez +donc plus à mes désirs; je suis prêt à vous donner des marques si fortes +de mon amour, qu'il ne tiendra plus qu'à vous que je ne sois le +plus heureux de tous les amants.--Je vous ai dit si souvent, lui +répliqua la comtesse, que j'ai pour vous toute l'estime et toute +l'affection que l'honneur me peut permettre; vous devez, ce me semble, +être content, et ne m'en demander pas davantage.--Il me semble pourtant, +lui dit cet amant passionné, que, la dernière fois que je vous ai vue en +masque, vous m'avez fait concevoir d'autres espérances; est-ce qu'en +reprenant vos habits ordinaires, vous avez repris cette cruauté qui me +fait mourir?--Je vous ai déjà dit, lui répliqua la comtesse, que je ne +sais de quoi vous me parlez; mais je veux bien vous apprendre que je +suis toujours la même, et que le masque peut bien déguiser mon visage, +mais non pas changer mon coeur; apparemment vous aurez pris quelque +autre pour moi.» + +Le grand Alcandre, qui crut qu'elle se repentoit des avances qu'elle lui +avoit faites la nuit précédente, ne voulut pas la presser davantage, de +peur de l'aigrir, sachant que les femmes ne veulent jamais avouer leur +défaite. Il cessa donc de lui parler d'une chose qu'elle vouloit +désavouer, et il songea à faire naître une occasion semblable à celle +qu'il avoit perdue, et surtout à en profiter mieux qu'il n'avoit fait. + +Il ne l'eut pas plus tôt quittée, qu'il forma le dessein de continuer la +mascarade dès qu'il feroit nuit, s'imaginant qu'à la faveur du masque et +des ténèbres, il trouveroit sa maîtresse dans les mêmes dispositions +pour lui, où il avoit cru la trouver la nuit précédente.--«Je vois bien, +disoit-il en soi-même, qu'un reste de pudeur ne permet pas à cette +comtesse de m'accorder pendant le jour ce qu'elle ne me refusera pas la +nuit, et ce que j'aurois déjà obtenu d'elle sans mon malheur. Peut-être, +ajouta-t-il, qu'elle craint un second affront, et que je tombe dans une +disgrâce semblable à celle qui m'est arrivée. Mais je prendrai si bien +mes mesures, qu'elle n'aura pas sujet de se plaindre de moi.» + +Flatté de cette pensée, il donna les ordres nécessaires pour une seconde +mascarade. La plupart de ceux qui s'étoient masqués le jour précédent, +changèrent d'habit et de masque, soit qu'ils voulussent plaire au Roi +par cette diversité, soit qu'ils eussent quelqu'autre dessein. La +comtesse, qui n'en avoit aucun, et qui ne se déguisa que parce qu'elle +ne pouvoit pas s'en dispenser, n'y fit aucun changement, et parut avec +les mêmes habits. La Montespan, qui la vouloit encore imiter pour les +raisons que j'ai dites, sachant le dessein de la comtesse, par cette +même fille qui étoit à sa dévotion, ne changea rien non plus à son +ajustement; et voulant achever ce qu'elle avoit commencé, elle résolut +de s'écarter quand il feroit nuit, et de se rendre dans le même endroit +où le Roi l'avoit trouvée le jour précédent, lorsqu'il l'avoit prise +pour la comtesse, s'imaginant bien qu'il ne manqueroit pas d'y aller +lui-même, dans l'espérance d'y rencontrer celle qu'il cherchoit, et +parce que c'étoit un lieu tout-à-fait propre à son dessein. + +Cependant elle fit avertir le comte, par des gens qui dépendoient +d'elle, de prendre garde à sa femme; qu'ils avoient remarqué la nuit +passée, qu'une dame, vêtue à peu près comme la comtesse, étoit +entrée dans un cabinet du bois assez écarté, avec un homme qu'ils ne +connoissoient point et qu'il pourroit bien être qu'ils continueroient le +même manége; que s'il le trouvoit bon, ils feroient garde en cet endroit +et l'iroient avertir de ce qu'ils auroient vu. Le comte leur répondit +qu'ils fissent comme ils voudroient, mais qu'il étoit assuré de la vertu +de sa femme. + +Dès que nos masques se furent mis en campagne, la Montespan, ou la +fausse comtesse, se déroba de la foule, et alla toute seule dans ce +petit cabinet où elle avoit vu le Roi le jour précédent. Ce prince, qui +venoit de voir qu'une dame, habillée à peu près comme la comtesse, +prenoit ce chemin écarté, ne douta point que ce ne fût elle-même. Et +comme il étoit aussi en masque, il n'eut pas de peine à se tirer de la +foule, et à se rendre insensiblement vers le même endroit. Il n'y fut +pas plus tôt, qu'il crut d'y voir sa chère comtesse, assise sur le lit +de gazon qui étoit dans ce petit cabinet, et c'étoit aussi la même +personne qu'il y avoit vue la nuit précédente. Il l'aborda incontinent, +et ôtant son masque, il se donna à connoître. + +La dame le reçut comme elle devoit; mais, sachant déjà par expérience +qu'un masque sur le visage déguise beaucoup la voix, elle pria le grand +Alcandre de l'excuser si elle ne levoit pas son masque, lui disant +qu'elle savoit bien le respect qu'elle devoit à Sa Majesté[43], mais +qu'elle ne voudroit pas pour rien au monde être reconnue seule avec +un homme dans cet endroit écarté. Le Roi, qui n'étoit que trop prévenu +de la délicatesse de la comtesse, pour ce qui regarde l'honneur et la +réputation, n'eut pas de peine à croire que la modestie et la honte +étoient la seule raison qui l'empêchoit de quitter son masque.--«Il +n'importe, lui dit cet amant, demeurez comme vous êtes, puisque vous le +trouvez bon, quoique je sois privé par là de la vue d'un objet si +charmant. Je suis choqué seulement de ce terme de respect dont vous +venez de vous servir; laissons là le respect, je vous en prie, et +donnez-moi quelques preuves de votre tendresse.» + +En disant cela, il se mit à baiser sa gorge, puisqu'il n'en pouvoit pas +faire autant à son visage. Elle le repoussa quelque temps, plus par ses +gestes que par ses paroles, de peur de se découvrir. Enfin, après une +feinte résistance, elle lui accorda tout ce qu'il voulut; et cet amant +qui crut posséder une nouvelle conquête, goûta des douceurs qu'il +n'avoit point encore senties: ce qui fait voir qu'en amour, c'est +l'imagination qui fait tout. Il ne pouvoit se lasser de caresser sa +chère comtesse, et se croyant victorieux de cette fière beauté, il +voulut se dédommager de tout le temps qu'il avoit perdu.--«Il faut +avouer, disoit ce crédule amant, qu'il n'est rien de si doux qu'un +bonheur qui a coûté tant de soupirs et tant de peines!» Il trouvoit en +sa maîtresse mille nouveaux charmes; et cependant c'étoit cette +même Montespan dont il avoit joui tant de fois, dont il commençoit même +à se dégoûter, et qui lui donnoit pourtant mille nouveaux plaisirs sous +cette nouvelle forme. Cette feinte comtesse profita, comme elle devoit, +de l'ardeur excessive où étoit le Roi, et, quoique cela ne s'adressât +point directement à elle, elle le recevoit à bon compte; et si la +jalousie ne s'y fût mêlée, elle n'auroit jamais été si satisfaite de +l'amour du grand Alcandre. Au fond elle étoit jalouse d'elle-même, car +la comtesse n'étoit là qu'un fantôme; elle n'y étoit qu'en idée, et les +plaisirs qu'elle goûtoit avec le Roi étoient tout-à-fait réels. Aussi +voulant y répondre de son côté, elle l'embrassoit avec beaucoup de +tendresse, et lui faisoit entendre par ses regards, plutôt que par ses +paroles, qu'elle étoit aussi contente que son amant. + +Après ces félicitations muettes qu'ils se faisoient l'un à l'autre de +leur commun bonheur, il fallut se séparer; un bruit importun, que ces +deux amants entendirent, troubla cette petite fête. La dame, qui ne +vouloit pas être découverte, sortit promptement de ce cabinet, et, +traversant l'allée qui le joignoit, vint par un autre chemin se joindre +à la compagnie. + +Elle ne sortit pas pourtant si secrètement, que le comte de L..., mari +de la comtesse, ne s'en aperçut. Il alloit avec la comtesse sa femme, +vers ce même endroit, d'où on lui avoit dit qu'une femme, qui +ressembloit à la sienne, étoit sortie assez en désordre la nuit +précédente, ayant un homme avec elle. Il vit en effet que celle qui +venoit de sortir de ce cabinet de verdure avoit le port et la taille de +la comtesse, et portoit des habits tout-à-fait semblables. Cette vue le +frappa d'abord, non pas qu'il eût aucun soupçon de sa femme, qui ne +l'avoit point quitté, mais il crut qu'il y avoit quelque chose de +mystérieux dans cette ressemblance; et, tirant dans ce moment sa femme à +l'écart, il lui fit part de ce qu'il venoit de voir, et de l'avis qu'on +lui avoit donné quelques heures auparavant. Ils ne savoient l'un et +l'autre que penser de tout cela; mais cette conformité d'habillement +leur fit soupçonner quelque malice. Alors la comtesse se ressouvenant du +discours que le Roi lui avoit tenu le matin, ne douta point que ce +prince n'eût été dupé, et qu'il n'eût pris pour elle une autre qui lui +avoit été plus favorable, comme elle en pouvoit juger par les discours +que le Roi lui avoit tenus. Ce qu'elle trouvoit de fâcheux pour elle, +c'est qu'elle voyoit que, par une noire malice, on vouloit commettre sa +réputation dans le temps qu'on trompoit le Roi, et qu'on abusoit de sa +ressemblance pour la faire passer pour ce qu'elle n'étoit pas. + +Voilà ce que la comtesse pensa de cette aventure; mais il étoit de sa +prudence de n'en rien dire à son mari, ne jugeant pas que cela fût +nécessaire. Elle lui dit seulement qu'il falloit tâcher de découvrir ce +mystère.--«Si nous savions, dit-elle, quel est l'homme qui étoit avec +cette femme, nous pourrions peut-être avoir un plus grand +éclaircissement.--Je ne sais que vous en dire, répartit le comte, mais +si j'ose vous dire ma pensée, je crois que c'est le Roi; j'ai +remarqué tantôt qu'il s'est écarté, et il alloit, ce me semble, vers +l'endroit d'où j'ai vu sortir cette femme, et je ne l'ai pas vu depuis.» + +Le comte n'eut pas plus tôt achevé de dire ces paroles, que le Roi, +qu'on ne pouvoit méconnoître, parut, venant de ce même endroit, ce qui +acheva de les confirmer dans la pensée du comte. Si ce dernier fut +surpris quand il vit sortir de ce cabinet une femme qui ressembloit si +fort à la sienne, le grand Alcandre ne le fut pas moins, quand il vit sa +chère comtesse tête à tête avec un homme.--«Je ne me trompe pas, +disoit-il, c'est elle-même, c'est elle qui vient de me quitter, ce sont +les mêmes habits.» Il avoit raison en effet de la prendre pour la +comtesse; mais il se trompa quand il crut que c'étoit celle qui venoit +de lui donner tant de plaisir dans ce petit cabinet; elle étoit bien +loin de là; car la Montespan, de peur d'être découverte, alla +incontinent changer d'habit et de masque. Croyant donc que c'étoit la +même personne, il sentit d'abord quelques mouvements de jalousie. Mais +cette passion fit bientôt place à une autre. Le comte et la comtesse +s'étant donné à connoître au grand Alcandre, ce prince fut tout remis de +voir que c'étoit le mari de la comtesse, qu'il regarda d'abord comme un +rempart à ce qu'il craignoit, et à l'aventure secrète qu'il croyoit +avoir eue avec sa femme. Dans cette pensée, il se mit en humeur de +railler, et il dit agréablement au comte et à la comtesse, +qu'apparemment ils ne s'étoient pas déguisés pour chercher quelque bonne +fortune, puisqu'il les voyoit ensemble.--«Il est vrai, répondit le +comte, que ma femme n'a jamais voulu me quitter; je ne sais si elle +a cru que j'eusse quelque dessein amoureux qu'elle ait voulu empêcher. +Mais si de son côté elle avoit eu quelque intrigue, elle pouvoit bien +cacher son jeu; car je viens de voir passer une femme vêtue et masquée +comme elle, et je suis bien sûr que je m'y serois trompé, si je ne +l'avois eue près de moi.» + +On ne sauroit exprimer la surprise et la confusion du grand Alcandre, à +l'ouïe de ces paroles; elles furent comme un coup de foudre, qui +accablèrent tout d'un coup ce pauvre amant, et le masque qu'il avoit sur +le visage lui rendit alors un bon office pour cacher le désordre où il +étoit. Revenant pourtant un peu après de sa première surprise, et ne +pouvant pas croire qu'il eût été trompé si grossièrement, il s'imagina +que le comte se pouvoit tromper lui-même, et que celle qu'il avoit près +de lui n'étoit pas sa femme; il lui tint quelques discours pour s'en +éclaircir, et comme elle ôta tout-à-fait son masque, il ne vit que trop +son malheur et la pièce qu'on lui avoit jouée. Il tâcha pourtant de +dissimuler son déplaisir, ou plutôt mille passions différentes qui +l'agitoient; et ayant dit au comte qu'il se vouloit donner le plaisir de +voir ce masque qui ressembloit si fort à sa femme, et essayer s'il s'y +tromperoit, d'abord l'ordre fut donné de les faire venir tous, et de les +faire passer en revue devant Sa Majesté. Mais la fausse comtesse ne +parut plus sous le même habit, et toute la recherche du Roi fut inutile. +Il n'osa pas en faire du bruit de peur de nuire à la réputation de la +comtesse, et de s'exposer lui-même à la raillerie secrète de sa +cour; il se contenta de dire, qu'il auroit été bien aise de satisfaire +sa curiosité là-dessus, mais que, puisque la personne qui avoit emprunté +la forme de la comtesse, n'osoit pas paroître devant elle, il n'en +falloit pas parler davantage. Après cela, tout le monde se retira pour +aller prendre quelque repos. + +Il est facile de juger que le Roi n'en prit guère de toute la nuit. Il +étoit en peine de découvrir ce fantôme qui l'avoit trompé, et qui, sous +la vaine apparence de celle qui le faisoit mourir d'amour, l'avoit fait +jouir d'un bonheur imaginaire. Mais son plus grand chagrin étoit de ne +posséder pas la comtesse, comme il l'avoit cru, et d'être toujours à +recommencer avec elle.--«Quoi, dans le temps que je me croyois le plus +heureux de tous les amants, disoit-il en lui-même, je me trouve plus +malheureux que jamais, et je me laisse duper de la manière du monde la +plus honteuse! Mais duper par une femme, moi qui les ai tant +pratiquées!» Puis se fâchant contre soi-même: «C'est moi, disoit-il, +c'est moi qui ai été ma propre dupe, en donnant si aisément dans un +panneau qui flattoit ma passion pour la comtesse. Si je pouvois au moins +jouir de mon erreur, et être heureux en idée! mais tout conspire[44] ma +perte; et lorsque je me flatte d'avoir eu entre mes bras la plus +charmante beauté du monde, on me détrompe de la manière la plus cruelle. +Fut-il jamais un amant plus malheureux? L'amour m'offre les plus +belles occasions qu'un amant pourroit souhaiter pour jouir de sa +maîtresse; elles échouent toutes, ou par son adresse ou par mon malheur; +et lorsque je crois la tenir entre mes bras, je n'embrasse qu'un +fantôme. Au moins, ajoutoit-il, si je n'avois été trompé qu'une seule +fois, j'aurois quelque consolation! A la bonne heure que je n'eusse +point encore joui de la comtesse, pourvu que ce fût celle que je trouvai +si favorable le jour de la première mascarade, lorsque je fis paroître +tant de faiblesse. Mais pour mon malheur, elle n'a aucune part ni à +l'une ni à l'autre aventure. Ses rigueurs et sa fierté ordinaire ne me +l'ont que trop appris, et si j'ai eu quelques petites libertés auprès +d'elle, ce n'est pas de son consentement; c'est la force, c'est la +supercherie, c'est la forme trompeuse d'un mari qui me les a fait +obtenir.» De sorte que le grand Alcandre fut autant ingénieux à se +tourmenter, qu'il avoit été facile à se tromper lui-même et à flatter sa +passion. + +Pour la comtesse, elle jugea bien qu'on la vouloit perdre de réputation, +et elle soupçonna la Montespan du déguisement dont elle se servit pour +tromper le Roi, et pour la faire passer pour une coquette. Elle crut +donc qu'elle ne devoit plus dissimuler à son mari la passion que le +grand Alcandre avoit pour elle et le dessein que la Montespan avoit de +la perdre; mais elle se garda bien de lui dire les mauvais pas où elle +s'étoit trouvée avec le Roi. Car, quoiqu'elle en fût sortie à son +honneur, ces sortes de choses ne sont pas bonnes à dire à un mari, qui +en pourroit tirer des conséquences fâcheuses. Elle se contenta de +le faire ressouvenir de ce qui arriva lorsque le Roi l'avoit trouvée +endormie, et de l'alarme qu'elle avoit eue, qu'il n'eût voulu attenter +quelque chose contre son honneur.--«Je m'en souviens fort bien, dit le +comte, et il me semble que j'entends encore ce grand cri que vous +fîtes.--Et moi je me souviens fort bien, lui dit la comtesse, de toutes +vos railleries que je ne trouvai point de saison; mais je vous les +pardonnai, parce que vous n'y entendiez point de finesse.» + +Ensuite, elle pria le comte son mari de lui dire de quelle manière elle +devoit se conduire dans une affaire si délicate:--«Vous le savez mieux +que moi, lui répondit le comte.--Vous avez raison, dit-elle; je sais mon +devoir et je ne l'oublierai jamais; mais je voudrois que vous me dissiez +si je dois quitter la cour sur quelque autre prétexte, ou si je dois +éviter l'entretien du Roi, ou enfin de quelle manière je me dois +conduire.--A moins que vous ne craigniez de succomber à la tentation, +lui dit le comte en riant, je ne vois pas que vous deviez vous éloigner +de la cour.--Moi succomber, dit-elle en l'interrompant? non pas, quand +le Roi me donneroit sa couronne.--Eh bien! Madame, lui dit le comte, +vous n'avez pas de plus fort rempart que votre vertu, et je ne veux pas +d'autre garant de votre fidélité. Quelque passionné que soit le grand +Alcandre, il se retirera de lui-même quand il n'aura rien à espérer.» + +Il est certain que ce prince n'étoit pas haï de la comtesse, et c'est ce +qui entretenoit son amour et ses espérances. On peut dire même que +cette dame, toute vertueuse qu'elle étoit, plaignoit ce monarque de +s'être engagé mal à propos dans une passion qu'elle ne pouvoit pas +soulager sans blesser l'honneur qui lui étoit plus cher que la vie. +Enfin cet orgueil, qui est assez naturel à toutes les belles, lui +faisoit trouver quelque douceur à être aimée du plus grand Roi du monde. +C'étoient les seules choses qu'elle avoit à se reprocher, et qui +l'avoient engagée dans de petites démarches dont le grand Alcandre +croyoit tirer un jour de grands avantages. Mais il est certain qu'à cela +près, elle fut toujours ferme dans son devoir, et qu'elle n'eut jamais +la moindre pensée de contenter une passion criminelle, comme étoit celle +du Roi. + +Cependant, ce grand monarque se flattoit quelquefois de vaincre cette +invincible; et comme l'amour grossit les objets, il regardoit les +moindres honnêtetés de sa maîtresse comme les erres[45] d'une conquête +assurée. Prévenu de cette pensée, il voulut faire un dernier effort. Il +ne cherchoit que l'occasion d'un tête à tête avec sa maîtresse. Elle se +présenta bientôt, puisqu'au lieu de l'éviter, elle-même la fit naître, +dans le dessein qu'elle avoit de désabuser entièrement le Roi, et de lui +parler plus fortement qu'elle n'avoit fait des sentiments de son +coeur. + +Le lendemain de cette mascarade, elle s'alla promener avec peu de +suite dans le bois de Versailles; et le Roi, qui la faisoit observer, +n'eut pas plus tôt su qu'elle y étoit, qu'il fit atteler un carrosse. +Dès qu'il eut joint celui de la comtesse, il lui fit dire qu'il la +vouloit entretenir en particulier; et elle, se faisant ouvrir la +portière, alla au-devant du Roi, qui étoit déjà descendu de son carrosse +pour l'aller joindre. + +Après avoir marché quelques pas, ils entrèrent dans le premier cabinet +qu'ils rencontrèrent, et étant tous deux assis, le grand Alcandre dit à +la comtesse: «Je ne vois que trop, Madame, par votre conduite, que vous +aviez raison de me dire que je vous prenois pour une autre, lorsque +j'avois cru que vous aviez pour moi des sentiments favorables; mais si +mon attente a été vaine, voulez-vous qu'elle le soit toujours?--Je ne +sais pas, lui dit-elle, ce que vous prétendez de moi; mais je sais que +je n'ai rien fait espérer à Votre Majesté, dont elle ait lieu de se +plaindre. Vous ne demandiez qu'à m'entretenir, et à me parler de je ne +sais quelle passion que vous vous êtes mise dans la tête; je l'ai +souffert, je vous ai laissé parler, peut-être plus que je ne devois, et +je ne le vois que trop aujourd'hui, puisque vous avez conçu des +espérances que je n'ai jamais eu dessein de vous donner; mais enfin, je +n'éprouve que trop ce que j'avois toujours craint, et ce que je vous +avois dit à vous-même, que vous n'en demeuriez pas là.--Eh! où en +suis-je, Madame, lui dit cet amant désespéré? Quels progrès ai-je fait +dans votre coeur?--Je vous prie, lui dit-elle, ne rappelez point le +passé, et quoique je n'aie point de crimes à me reprocher, ne me +faites point rougir de mes foiblesses.--Vous appelez foiblesses, lui dit +le Roi, une insensibilité qui me tue. Que n'ai-je pas fait pour gagner +ce coeur que vous défendez si bien, et que ne ferois-je pas encore si +j'en pouvois venir à bout?--Sire, lui dit la comtesse, il ne faut pas +vous tourmenter pour une chose qui ne mérite pas le moindre de vos +soins; mais si, telle que je suis, vous pensez encore à moi, je veux +bien vous parler à coeur ouvert, et vous dire, Sire, que tout puissant +que vous êtes, vous ne l'êtes pas assez pour me faire commettre un +crime. J'ajouterai même, que tout aimable que vous me paroissez, par +mille belles qualités dont vous brillez, je n'oublierai jamais ce que je +me dois. Enfin, je vous ferai cette confession que je vous ai déjà +faite, que j'ai pour Votre Majesté tout le respect, toute l'estime, et +si je l'ose dire, toute la tendresse qu'une sujette peut avoir pour son +Roi; mais, avec tout cela, n'attendez rien de moi qui puisse faire honte +à mon sexe.» + +Le grand Alcandre, entendant parler ainsi la comtesse, ne savoit plus +que lui répondre: «Mais quoi, Madame, lui dit-il, ne me +distinguerez-vous pas de tout le reste des hommes? N'aurez-vous aucun +égard à la passion d'un prince qui ne sauroit vivre sans vous, et qui +donneroit tout son royaume pour gagner un coeur comme le vôtre?--Je +vous distingue si bien, lui dit la comtesse, que je n'ai jamais +souffert, ni ne souffrirai jamais de personne ce que j'ai souffert de +vous; et je connois si bien le prix de votre affection, et les +témoignages de tant de bontés que vous avez pour moi, que s'il ne +falloit que ma vie, je suis prête à vous la sacrifier, pour vous marquer +ma reconnoissance. Mais, grand Roi, cessez d'attaquer mon honneur, qui +m'est plus cher que la vie, et puisque la gloire est le grand objet de +votre ambition, ne m'enviez pas cette heureuse conformité avec le plus +grand monarque du monde. Laissez-moi cet honneur qui est si cher à +toutes les belles âmes, que vous soutenez vous-même avec tant d'éclat, +et quelquefois au péril de votre vie. Souffrez qu'il tienne toujours la +première place dans mon coeur, et ne m'enviez pas le seul bien qui +peut me conserver votre estime, et un bien qu'on ne retrouve plus quand +on l'a perdu.» + +Le Roi, vaincu par de si beaux sentiments, répondit à la comtesse: «Vous +avez des qualités qui me ravissent; c'est trop peu que de l'amour, vous +méritez d'être adorée; et désormais je suis plus épris de votre vertu +que je ne le suis de vos charmes.» + +En disant cela, le Roi la prit par la main, la ramena lui-même dans son +carrosse, et, étant rentré dans le sien, il continua sa promenade. + +Depuis ce temps-là, il n'a plus parlé d'amour à la comtesse, et lui a +donné, dans toutes les occasions, des marques de son estime. + +Quand la Montespan le vit guéri de cette passion, elle lui apprit que +c'étoit elle qui l'avoit trompé jusqu'à deux fois pendant les nuits de +la mascarade; et, comme il ne pensoit plus à la comtesse, il pardonna à +la Montespan cette petite malice, et ne fit que s'en divertir avec elle. + +Ce prince a dit depuis à ses plus chers confidents qu'il trouvoit +que la victoire que cette dame avoit remportée sur son amour, étoit +quelque chose de plus difficile que toutes les conquêtes d'Alexandre. + +Il faut en effet qu'une femme ait un grand fonds de vertu, pour soutenir +les assauts qui furent livrés à cette pauvre comtesse, et dont elle +sortit toujours à son honneur. Elle eut à combattre la passion du Roi, +le doux penchant qu'elle avoit pour ce grand monarque, et tant +d'occasions périlleuses où les plus chastes succomberoient, et où +l'honneur a si souvent fait naufrage: de sorte que, surmonter tous ces +obstacles, comme a fait notre héroïne, est le plus grand effort de la +vertu d'une femme, et le plus beau triomphe que l'honneur ait remporté +sur l'amour. + + +NOTES. + + [3] Voy. la Préface. + + [4] Voy. _passim_ et à la table. + + [5] Voy. la Préface, en tête de ce vol. + + [6] Voy. t. II, pp. 74, 400, et à la table.--On connaît la + fanatique adoration du duc de La Feuillade pour Louis XIV; quant à + ses complaisances en fait d'amour, le Roi, qui avoit peu de + sympathie pour lui, ne lui auroit pas fait l'honneur de les lui + demander ou de les accepter. + + [7] Jusqu'à la folie. + + [8] Nous sommes en 1672, époque des dernières couches de la Reine, + et jusque-là, en effet, les armes de Louis XIV n'avaient pas + encore connu les revers qui devaient attrister la fin du + règne.--Voy. plus loin, p. 31, note 16. + + [9] _D'abord_, immédiatement. + + [10] Rendez-vous. + + [11] Richelet traduit: «_Blanchir_, faire des efforts + inutiles.»--Furetière dit: «_Blanchir_ se dit des coups de canon + qui ne font qu'effleurer une muraille, et y laissent une marque + blanche. En ce sens on dit au figuré de ceux... dont tous les + efforts sont inutiles que tout ce qu'ils ont fait, tout ce qu'ils + ont dit n'a fait que blanchir.» + + [12] Des cabinets de verdure. + + [13] Le texte dit: _sujet_.--_Succès_, issue, résultat. + + [14] Voici ce qui se passait au lever du Roi; nous traçons ce + tableau en nous guidant sur l'_Etat de la France_ auquel nous + avons emprunté tous les noms du _quartier_, du trimestre de + janvier:--Le Roi s'éveille. Aussitôt M. de Chamarande, chevalier + de Saint-Michel, qui, en sa qualité de valet de chambre, était + couché sur un lit étendu à terre au pied de celui du Roi, + s'approche de Sa Majesté pour lui présenter sa robe de chambre et + lui donner de l'eau si elle en demande. Le Roi voulant s'habiller, + un garçon de la chambre va avertir à la garde-robe pour faire + apporter les habits dans la toilette.--Le Roy s'assied alors sur + son fauteuil; le s{r} Roze, premier valet de garde-robe, qui a + pris les chaussons dans le coffret, en donne un au premier valet + de chambre qui prend la droite et le laisse à gauche pour habiller + Sa Majesté. Un simple valet de garde-robe, le s{r} de Lissalde, + leur présente alors le bas de soie qu'il a pris soin d'attacher au + caleçon. Alors chacun d'eux aide de son côté à chausser et vêtir + le Roi, s'il n'aime mieux le faire lui-même, ce qui arrive le plus + souvent. Ensuite six des pages de la chambre attachés au service + du gentilhomme de la chambre qui est en fonctions, non plus ce + trimestre mais cette année, le duc de Saint-Aignan, ont le + privilége de présenter les mules à Sa Majesté. Cela fait, le Roi + prend son haut-de-chausses des mains d'un valet de garde-robe qui + lui apporte premièrement des canons ou des petits bas s'il désire + en porter: le canon est cet ornement de dentelle qui s'attache + au-dessous du genou, au bas du haut-de-chausses; les petits bas ou + bas à étrier sont des bas qui ne couvrent que la jambe, et + s'arrêtent à la cheville. Le Roi met-il des souliers? le valet les + lui noue; des bottes? le valet les lui présente ou les lui met; + mais l'honneur de donner les éperons est réservé à M. Nicolas Le + Febvre, sieur de Bournonville, écuyer de service. + + Voilà le Roi chaussé. Un valet de garde-robe tient la chemise du + Roi et la présente d'abord à un prince du sang; en cas d'absence, + au duc de Bouillon, grand chambellan, au duc de Saint-Aignan, l'un + des quatre premiers gentilshommes, ou enfin à M. le marquis de + Guitry de Chaumont, l'un des deux maîtres de la garde-robe. Le Roi + ôte alors sa chemise de nuit et met celle qu'on lui donne. Les + huissiers, qui sont entrés dans la chambre royale dès que Sa + Majesté a eu pris sa robe de chambre, et qui se tiennent à la + porte pour l'ouvrir ou la fermer, ce que nul autre ne peut faire, + demandent alors au grand chambellan ou à celui des quatre premiers + gentilshommes de la chambre qui est de service, quelles sont, + parmi les personnes de condition présentes, celles qu'il peut + faire entrer. Après cette première admission de gentilshommes + favorisés, le maître de la garde-robe met au Roi son pourpoint, + lui présente ses mouchoirs, ses gants, et enfin son manteau et son + épée, s'il les veut prendre; s'il veut sortir sans épée + ni manteau, l'épée est remise à l'écuyer, le manteau au + porte-manteau; enfin s'il ne veut ni son épée ni son manteau, on + les laisse à la garde-robe. C'est quand le Roi est habillé que + l'huissier, le sieur de Rassé, par exemple, laisse entrer toute la + noblesse à son choix, et selon le discernement qu'il fait des + personnes plus ou moins qualifiées. + + [15] Voy. le roman de Mme de La Fayette. + + [16] Ce passage détermine la date de cette histoire.--Louis-François, + duc d'Anjou, né le 14 juin 1672, mourut le 4 novembre suivant. + Mais si nous connaissons la date de ce petit roman, l'auteur en + plaçant son récit à Fontainebleau nous permet de douter de sa + véracité. En effet, pendant presque tout l'été de 1672, Louis XIV + tint la campagne sur le Rhin; il assista au fameux passage du + fleuve, dans les premiers jours de juillet; il quitta le camp de + Boxtel le 26 juillet et rentra à Paris le 2, à Versailles le + 3 août. + + Pendant son voyage, dont la _Gazette de France_ a noté toutes les + étapes, la Reine accoucha du jeune prince dont il est ici + question; on écrivait de Saint-Germain-en-Laye le 17 juillet à la + Gazette: ... «Le 13, la Reyne au sortir de ses dévotions en + l'église des Récollets, commença de sentir quelques douleurs qui + l'empeschèrent d'assister au Conseil; et, sur les dix heures du + soir, ces douleurs l'ayant reprise, Sa Majesté se délivra + heureusement, environ un quart d'heure après minuit, d'un + très-beau prince, qui remplit ce lieu d'une joie extraordinaire.» + Le sieur de Villaserre (_sic_, c'est-à-dire Colbert de Villacerf) + fut chargé de porter la nouvelle au Roi, «de la part de la Reyne, + qui n'en pouvoit envoyer une meilleure à Sa Majesté, en échange de + celles qu'Elle luy mande tous les jours du champ de ses + victoires.» + + La cour passa à Versailles le reste de l'été au milieu des fêtes. + On lit dans la _Gazette_: «de Versailles, le 23 septembre:--La + Cour continue de prendre ici les divertissemens de la saison, + entre lesquels celui de la comédie a ses jours.--Le 17, la troupe + du Roy y en représenta une des plus agréables, intitulée les + _Femmes sçavantes_, et qui fut admirée d'un chacun. Le 20, les + Italiens y jouèrent l'une de leurs pièces les plus comiques. Le + 21, la seule troupe royale continua ses représentations avec + beaucoup d'applaudissement. Et l'on peut juger par là s'il y a + quelque cour en toute l'Europe qui soit divertie de cette manière + qui ne peut, aussi, convenir qu'à la grandeur de notre monarque, + qui paroît en toutes choses.» + + L'année suivante, le Roi reprit la campagne sur le Rhin et la cour + ne séjourna pas à Fontainebleau. Nous devions entrer dans ce long + détail pour montrer combien le récit de l'auteur peut paraître + suspect, puisque l'une des principales circonstances en est si + évidemment fausse. + + [17] La conversation entre la comtesse et son mari, rapportée plus + haut, permet en effet de le ranger parmi les maris commodes. Sous + son enjouement percent quelques regrets. + + [18] Terme d'équitation. «Piquer, à l'égard des chevaux, c'est, + dit Furetière, les manier avec les éperons ou le poinçon (sorte + d'aiguillon dont on piquait la croupe des chevaux). Il faut bien + _piquer_ pour aller de Paris à Rome en sept jours.»--On disait, et + l'on dit encore, en faisant usage de ce mot, _piquer des deux_. + + [19] Le _Journal de la santé du Roi_ pour les années 1672, 1673, + 1674, ne parle que de ses maladies ordinaires d'estomac, de ses + étourdissements et de ses vapeurs: maladies fréquentes et qui + demandoient de grands soins. + + [20] Ce n'est pas en 1672, mais en 1676, que Mme de Montespan alla + aux eaux de Bourbon. Le 8 avril, Mme de Sévigné annonce que la + favorite va partir; le 1er mai, qu'elle est partie; le 15 mai, + qu'elle est présentement à Bourbon; le 8 juin, qu'elle est partie + de Moulins le jeudi pour aller, en suivant le cours de l'Allier et + de la Loire, jusqu'à l'abbaye de Fontevrault, où sa soeur étoit + abbesse.--Cet anachronisme, rapproché d'autres erreurs, est de + nature à diminuer la confiance qu'on pourroit avoir en ce petit + roman. + + [21] «_Petite oye_, dit Furetière, est ce qu'on retranche d'une oye + pour la faire rôtir, comme les pieds, les bouts d'ailes, le cou, le + foye, le gesier... _Petite oye_ se dit figurément des rubans et + garnitures qui servent d'ornement à un habit, à un chapeau, etc... + La petite oye consiste aux rubans pour garnir l'habit, le chapeau, + le noeud d'épée, les bas, les gands, etc.--_Petite oye_ se dit, en + matière d'amour, des menues faveurs qu'on peut obtenir d'une + maîtresse dont on ne peut avoir la pleine jouissance, comme + baisers, attouchements, etc.»--A la p. 111 du très-curieux roman + intitulé _Araspe et Simandre_ (2 vol. très-petit in-8º, 1672), on + lit: «tel craint de donner dans une étoffe trop chère, qui, + ajustant avec beaucoup de rubans une bien moindre, ne laisse pas de + se trouver agréablement vêtu; c'est ce qu'on appelle la _petite + oye_; c'est ce que nous donnons quelquefois, et ce que (l'auteur + est une femme) nous ne devrions jamais donner.» + + [22] Les eaux de Bourbon avoient alors une vogue qu'elles n'ont + pas conservée depuis, bien que leurs effets n'aient pas changé. Le + médecin Delorme y attirait une grande clientèle. Mme de Montespan + y alla, comme nous l'avons vu plus haut, et c'est là que Lauzun, + sorti de prison mais non encore admis à la Cour, alla lui + présenter ses hommages et solliciter sa protection. + + [23] On appelle «troc de gentilhomme» celui qui se fait but à but, + _troc_ pour _troc_, sans donner de l'argent de retour. (Furetière.) + + [24] Le prince de Marcillac dont il s'agit ici est le même que + nous avons rencontré dans le 1er volume de ce recueil, et qui est + devenu duc de La Rochefoucauld en 1680, à la mort de son père, + François VI, qui lui-même avait porté le nom de Marcillac jusqu'en + 1650. + + [25] Est-ce dans le _Quiproquo_? Est-ce dans _Richard Minutolo_? + On peut hésiter entre les deux. + + [26] Le _Journal de la Santé du Roi_ ne parle pas de cette + malencontreuse verrue; mais bien qu'en 1672 «Sa Majesté ait joui + d'une santé digne d'elle», il avoit eu cependant, à plusieurs + reprises, soit sur la poitrine, soit sur d'autres parties du corps + de nombreuses tumeurs et duretés squirreuses. + + [27] La _tempe_. Cette forme s'est conservée dans le patois + normand (voy. le _glossaire_ de Du Bois); le glossaire genevois de + Gaudy l'a également relevée. Furetière, Richelet n'admettent pas + la forme _tempe_, aujourd'hui en usage.--Chapelain a dit, en + parlant d'Agnès Sorel: + + Les glaces lui font voir un front grand et modeste + Sur qui vers chaque _temple_, à bouillons séparés, + Tombent les riches flots de ses cheveux dorés. + + Le Richelet de 1719 n'admet encore que _temple_; mais le + dictionnaire de Trévoux de 1732 dit: «_tempe_, voyez _temple_.» + + [28] «_Happelourde_, faux diamant, ou toute pierre précieuse + contrefaite, ou qui n'est pas arrivée à la perfection», dit + Furetière. Le mot est pris ici dans son sens propre; on connoît + son sens figuré. + + [29] On assure que le roi Louis XIV, voulant sauver les + apparences, ne passa jamais une nuit sans aller coucher dans la + chambre de la reine. + + [30] Voyez ci-dessus, p. 25, _note_ 14. + + [31] C'est la pensée de Pascal, sur le nez de Cléopâtre et le + grain de sable de Cromwell. + + [32] Remora. Furetière conteste déjà l'opinion de Pline et de tous + les anciens qui, après lui, attribuaient au remora la force + d'arrêter un vaisseau dans sa course: «mais les modernes tiennent + que c'est une fable.» + + [33] La 1re édition de ce petit roman, reproduite par M. Paul + Lacroix, remplace le passage qui suit par un texte tout différent, + que nous reproduisons ci-dessous: + + «--Je suis bien aise, répliqua le duc, que Votre Majesté soit en + humeur de railler sur cette aventure, et si vous n'étiez pas mon + roi, je dirois encore une plaisanterie qui m'est venue dans + l'esprit sur le malheur qui vient de vous arriver. + + «Le Roi lui permit de dire tout ce qu'il voudroit, ne cherchant + qu'à dissiper son chagrin.--Je ne puis penser à la fatalité de + votre aventure, dit alors le duc, qu'il ne me souvienne de ce que + j'ai ouï dire autrefois d'un certain Martin qui, ayant un âne + noir, voulut faire une gageure qu'on n'y trouveroit pas un seul + poil d'une autre couleur. Aussi étoit-il noir depuis les pieds + jusques à la tête. Cependant il y eut un homme qui se présenta + pour faire cette gageure. Il offrit de payer le prix de l'âne s'il + n'y remarquoit aucun poil qui ne fût noir, et le maître de la bête + s'engagea à la lui livrer s'il trouvoit un seul poil d'une autre + couleur. La chose étant ainsi arrêtée entr'eux, il se trouva que + la bête avoit un poil qui étoit grisâtre, mais si menu qu'il ne + paroissoit que comme un point; ce qui fut cause que son maître la + perdit, et de là est venu ce proverbe: _pour un point, Martin + perdit son âne._ Et vous, Sire, pour quelque chose de semblable, + vous avez perdu la comtesse, qui, sans cela, ne pouvoir pas vous + échapper. + + «Le Roi ne fit que rire de cette plaisanterie, et dit + qu'effectivement il ne s'étoit jamais aperçu de cette marque sur + son corps. Cependant, ajouta-t-il, c'est ce qui m'a fait perdre la + bête que je tenois sans cela. Voilà la deuxième fois....., etc.» + + [34] Voy. t. I, p. 272, et _passim_, à la table. + + [35] Voy. t. I, préface. + + [36] Nous dirions prendre le mors aux dents. + + [37] A partir de cette réplique du Roi, les deux textes se + confondent.--Voy. p. 88, _note_ 33. + + [38] Erreur. Voir ci-dessus, page 31, note 16. + + [39] Nous sommes en 1672. Il s'agit évidemment des divertissements + donnés à Versailles par le Roi à toute sa cour à cette époque. La + relation qui en a été publiée répartit ces fêtes en six journées. + + [40] Furetière définit un parterre: «la partie d'un jardin + découverte où on entre en sortant de la maison.» + + [41] Qui s'ajoutoit à plus de... + + [42] Voir sur ces costumes l'intéressant ouvrage de M. Ludovic + Celler: _Les décors, les costumes et la mise en scène au XVIIe + siècle_, 1 vol. in-12. Paris, Liepmannsohn et Dufour, 1869. + + [43] Du temps où les loups de velours noir étaient en usage, ils + devaient tomber devant le Roi ou la Reine; à plus forte raison les + masques. + + [44] Conspirer étoit alors employé comme verbe actif ou comme + verbe neutre; on disoit également bien: _conspirer la mort de + quelqu'un, conspirer à la fortune de quelqu'un et conspirer + contre quelqu'un_. (Furetière.) + + [45] C'est-à-dire comme les arrhes, comme les gages d'une conquête + assurée. Furetière donne _erres_ comme une forme corrompue de + _arres_, mais il n'admet pas le mot _arres_. Richelet (1685) fait + une différence entre _arres_ qui s'emploie au figuré, et _erres_ + qui s'emploie dans le sens propre. + + +[Cul-de-lampe] + + + + + AMOURS + DE LOUIS LE GRAND + ET + DE MADEMOISELLE DU TRON. + + + + +[Bandeau] + +AMOURS + +DE LOUIS LE GRAND + +ET + +DE MADEMOISELLE DU TRON[46]. + + +_PRÉFACE DES ENTRETIENS._ + + VÉNUS, _reine des amours_; CUPIDON _son fils, ayant jeté ses + flèches et son flambeau par terre_. + +VÉNUS.--Que fais-tu donc, mon fils, dans ce lieu solitaire, et quelle +est donc la cause de ton chagrin? La terre, l'air et l'onde se plaignent +de toi tous les jours: les élémens ne font que murmurer depuis que tu +n'animes plus le coeur des amans. La voix des oiseaux, le chant des +Syrènes, tout languit ici bas, et les eaux du beau séjour où tu es +coulent plus doucement, et disent, par leur muet langage, que toutes +choses périssent si tu ne les soutiens. + +L'AMOUR, _en fureur_, _voulant rompre son arc et son flambeau_.--Ah! +Madame, je me désespère, et je ne veux plus servir le monde: je perds +courage depuis qu'un grand Héros, autrefois favori des Dieux, n'est plus +sensible à mes traits. C'est en vain que je frappe; son coeur +s'endurcit de plus en plus; et LOUIS LE GRAND[47], ce redoutable +vainqueur, qui triomphe si facilement de toutes les beautés du tendre +empire, semble avoir formé le dessein de ne plus aimer; j'en suis si +chagrin, que j'ai résolu de briser mes armes et d'éteindre mon flambeau +pour jamais. + +VÉNUS.--Hélas! mon enfant, que veux-tu faire? que deviendra l'Univers? +C'est toi qui par tes soins empressés fournis de matière à tout ce qui +l'anime, et sans ton secours la nature seroit aux abois. + +L'AMOUR.--Je me soucie peu d'elle, après l'affront que j'ai reçu ce +matin du Dieu des combats: Mars m'a reproché, d'un air peu agréable, que +ce monarque n'étoit plus occupé que des lauriers qu'il lui donnoit, et +que mon règne étoit achevé. + +VÉNUS.--Mars n'a pas lieu présentement de parler si haut; mais en +vérité, mon fils, j'ai honte de tes foiblesses. Si le Roi n'aime plus, à +qui en est la faute? toi qui fais toutes choses, n'as-tu pu faire durer +sa passion pour toujours? + +L'AMOUR.--Mes grandes occupations, Madame, en sont peut-être la cause: +Il est vrai que j'ai négligé la revue de son coeur, pour courir à des +conquêtes plus nouvelles, où l'on m'appelle incessamment. + +VÉNUS.--Allez, mon enfant; Mars se raille de vous mal à propos. Le Roi +est plus sensible qu'il n'a jamais été. Mercure nous dit l'autre jour au +palais de Jupiter, que le prince est fortement occupé d'une passion +naissante qui le charme tendrement. + +L'AMOUR.--Il est donc piqué? Ma foi, je ne croyois pas que mes traits +lui fussent encore si redoutables. + +VÉNUS.--Quoi! l'amour ignore ce que l'amour fait? ah! l'étrange +surprise! je vois bien que toutes choses dégénèrent: c'est le vrai moyen +de faire périr la nature et l'univers, et de les ensevelir dans un +éternel silence. + +L'AMOUR.--Ne craignez rien, aimable reine de Cythère, il ne tiendra qu'à +moi de le faire renaître; j'y vais travailler de ce pas avec des soins +assidus et dignes de vous. Calmez vos chagrins, et n'en doutez +aucunement; ma gloire y est intéressée. + +VÉNUS, _baisant son fils_.--Adieu, mon cher fils; reprens promptement +tes flèches et ton flambeau, ne vois-tu pas que tout se ressent de ton +inquiétude, et que tu es l'âme et le soutien de toutes choses? vole donc +vite dans les airs: on t'attend au palais de LOUIS, pour un dessein +nouveau. + + + AMOURS DE LOUIS LE GRAND + ET + DE MADEMOISELLE DU TRON. + + +_ENTRETIEN I._ + + LE ROI[48], _Mademoiselle_ DU TRON[49], _la marquise de_ + MAINTENON[50], _Monsieur_ BONTEMS[51], _gouverneur de Versailles_, + _étant tous dans le parc de Meudon_. + +LE ROI, _la tête nue à Mlle du Tron_.--Hé bien, Mademoiselle, que +dites-vous de la nouvelle acquisition[52] que j'ai faite pour +monsieur le Dauphin? + +Mlle DU TRON, _d'un ton précieux_.--Je dis, Sire, qu'elle est +incomparable et digne du choix de Votre Majesté. + +LE ROI.--Voilà qui est fort obligeant, Mademoiselle; mais encore, n'en +dites-vous rien de plus? n'ai-je pas bien fait de changer Choisy pour +Meudon avec la marquise de Louvois[53], moyennant le prix que j'en ai +donné de retour? + +Mlle DU TRON, _en riant_.--Admirablement, Sire; Choisy n'est point à +comparer aux beautés de Meudon, et je trouve que Votre Majesté a gagné à +cet échange, quoiqu'elle l'ait bien payé. + +LE ROI, _la regardant d'un air gracieux_.--Vous plairez-vous, +Mademoiselle, dans cet agréable séjour? + +Mlle DU TRON, _d'une manière tout engageante_.--Il n'y a pas lieu, +Sire, d'en douter; s'il m'appartenoit, j'aimerois passionnément un lieu +si rempli de charmes, où tout ne respire que le plaisir. + +LE ROI.--Vous pouvez, ma belle, compter qu'il sera à vous, si je suis +assez heureux pour vous plaire. + +Mlle DU TRON, _avec fierté_. Qui, moi, Sire? je n'ai pas assez de +mérite et de vanité pour aspirer à la conquête du plus grand Roi de +l'Univers. + +LE ROI, _en lui baisant la main_.--Que ces douceurs sont charmantes, +Mademoiselle, et en même temps dangereuses pour le coeur d'un mortel! +vous joignez aux charmes que le ciel vous a donnés, un esprit tout +divin. + +Mlle DU TRON.--Sire, Votre Majesté me raille agréablement; mais je +n'ose, par respect, lui dire que la sincérité est plus agréable et +embarrasse moins une fille comme moi, qui vient de province, que +ces délicatesses obligeantes et ces agrémens que suggère la politesse de +la cour. + +LE ROI.--Je vous trouve, Mademoiselle, plus de grâces et plus de charmes +que n'en ont toutes celles de ma cour, que l'artifice seul soutient; +cette aimable innocence qui règne chez vous, fait ressentir un des plus +grands plaisirs de la vie. + +Mlle DU TRON, _en rougissant_.--Ah! Sire, vous désarmez de tous +côtés, et je ne trouve plus d'armes pour me défendre; vous combattez si +bien tout ce que je dis à Votre Majesté, qu'il faut céder et se rendre. + +LE ROI, _à M. Bontemps_.--En vérité, Monsieur, vous avez une aimable +nièce; elle a l'esprit aussi joli que le corps, et j'éprouve que tout ce +qu'elle dit va droit au coeur. + +M. BONTEMPS.--Sire, ma nièce vous est infiniment redevable, et Votre +Majesté a de grandes bontés pour elle; qu'en dites-vous, Madame? + +Mme DE MAINTENON, _d'une manière inquiète_.--Je ne m'étonne point, +Monsieur, de voir l'encens du Roi donné à mademoiselle du Tron; ce grand +monarque aime toutes les jolies femmes, et se fait un plaisir de le leur +faire connoître. + +LE ROI, _l'interrompant_.--Il est vrai, Madame, que de tout ce qui est +au monde, c'est ce que je trouve de plus beau et de plus engageant; si +c'est un crime que d'aimer, tous les hommes en sont coupables, et seront +malheureux pour avoir suivi un chemin si doux. + +M. BONTEMPS.--Sire, je crois, sans déguiser ma pensée, que c'est le +moindre de tous les crimes que celui de l'amour. Hé! qui peut justement +condamner un penchant que la nature donne à tout ce qui respire? + +Mme DE MAINTENON.--Monsieur, vous appuyez les inclinations du Roi +avec un peu trop de complaisance. Savez-vous que la flatterie est un +péché mortel, et qu'il ne faut jamais dire plus qu'on ne pense. + +M. BONTEMPS.--Madame, je ne tais point mes sentiments, et j'ai toujours +cru que les péchés d'amour étoient bien pardonnables. + +Mme DE MAINTENON.--Ce n'est pas ce que nos Révérends Pères Jésuites +disent; car ils comptent au rang des plus grands crimes la galanterie et +les amusements de Cour. Oui, ces Saints Pères disent que Dieu y est +offensé mortellement et que l'on se ferme par cette voie peu conforme à +la morale de Notre Seigneur, la porte du paradis. + +M. BONTEMPS, _en riant_.--Quoi, Madame, croyez-vous entièrement toutes +les idées du péché que ces religieux nous donnent? Ah! croyez-moi, ces +bonnes âmes en font un nombre que l'on ne peut condamner avec justice, +et qu'en particulier ils approuvent eux-mêmes. + +LE ROI, _en frappant sur l'épaule à M. Bontemps_.--Ma foi, Monsieur, +vous êtes admirable en conclusions, et vous avez raison; ces bons Pères +ne suivent pas toujours la morale qu'ils nous présentent[54]. + +M. BONTEMPS.--Sire, souvenez-vous que la chair est foible et sujette à +rebellion; la volonté peut être, mais..... + +LE ROI.--Ce n'est pas ce que madame de Maintenon dit; la bonne +chrétienne veut que les sens obéissent à la volonté et à la raison, qui +sont les tyrans de l'homme; cette dernière ne conclut rien, quoiqu'elle +s'oppose à tout d'une manière sévère. + +Mme DE MAINTENON.--Ah! mon illustre Prince, décidez-vous de la sorte +des facultés des créatures, qui rendront compte des biens qu'elles ont +reçus du Créateur, qui ne les a créées que pour sa gloire? + +LE ROI, _riant, à M. Bontemps_.--Ne trouvez-vous pas, Monsieur, que +madame de Maintenon est extrêmement savante? Elle se perd avec un saint +plaisir dans la contemplation des mystères divins, qui la ravissent en +admiration. + +Mme DE MAINTENON, _en soupirant_.--Hélas! mon cher Monarque, je +souhaiterois n'avoir plus aucuns sentimens pour la terre qui +m'éloignassent du ciel; mais la foiblesse humaine est si grande, que +l'on ne triomphe pas toujours de soi et de la pente naturelle qui vous +mène vers le vice. + +LE ROI, _s'éclatant de rire_.--Oh, la belle âme! Oh, la divine personne, +qui est élevée jusques aux cieux par de saints et pieux transports, qui +la distinguent des autres femmes! + +Mme DE MAINTENON, _quittant le Roi_.--Je vois bien qu'il faut céder à +Votre Majesté: mais, mon Prince, ne raillez pas davantage les +personnes qui font tous leurs efforts pour parvenir à l'Eternité. + +LE ROI.--Très-volontiers, Madame; adieu, je vous la souhaite. + + +_ENTRETIEN II._ + + _Monseigneur le_ DAUPHIN[55], _et la princesse_ DE CONTI[56]. + +MONSEIGNEUR.--Ne trouvez-vous pas, Madame, ce lieu tout charmant? Pour +moi j'y vois des beautés mille fois plus grandes qu'à Choisy, +particulièrement pour la chasse, qui est ce que j'aime le plus. + +LA PRINCESSE DE CONTI.--Je ne sais, Monseigneur, quel plaisir vous +prenez dans un exercice si pénible et si peu profitable: la défaite de +vos ennemis vous seroit mille fois plus glorieuse que celle des bêtes, à +laquelle vous ne remporterez pas grands lauriers. + +MONSEIGNEUR.--Je l'avoue, Madame, j'irois les combattre si l'on étoit +sûr des victoires; mais depuis que j'ai été sur le Rhin[57] à me +morfondre, où je n'ai eu nul avantage, la guerre ne me plait plus; +et je trouve beaucoup plus de charmes à courir des loups[58] que +j'arrête quand je veux. Dernièrement, dans la forêt de Saint-Germain mes +gens prirent deux louves qui peuploient ces bois de petits loups, et, +sans le malheur qui m'arriva, j'aurois pris le mâle: le maraut se sauva +dans une île où l'on ne put le trouver. + +LA PRINCESSE DE CONTI.--Voilà qui est fâcheux, mon Prince; mais parlons +un peu du grand chemin que le Roi fait faire depuis Versailles jusqu'à +Meudon; qu'en dites-vous? La pieuse Maintenon n'en paroît pas trop +contente. + +MONSEIGNEUR.--Parbleu, Madame, la vieille bigotte a bien d'autres choses +en tête que le chemin de Meudon! Depuis que le Roi a fait jouer les +comédiens à Trianon[59] pour la nièce du gouverneur de Versailles, +elle est devenue jalouse comme un diable. + +LA PRINCESSE DE CONTI.--Ah! la vieille proscrite! l'amour +l'inquiète-t-il encore? mais je crois que le Roi ne sera jamais aimé de +mademoiselle du Tron, quoiqu'il fasse tout son possible pour parvenir à +cette conquête: la belle est prévenue d'un amant. + +MONSEIGNEUR.--Qui est donc le galant de cette aimable fille? + +LA PRINCESSE DE CONTI.--Monseigneur, c'est le duc de ***[60] qui en est +passionnément amoureux; et qu'elle aime plus que sa vie. Voilà une copie +d'une lettre en vers, qu'on prétend qu'elle lui a écrite, qui est la +plus tendre et la plus spirituelle du monde. + +MONSEIGNEUR.--Voyons les beaux sentiments de mademoiselle du Tron. + +LA PRINCESSE DE CONTI.--Ils sont délicats et fort tendres. + +MONSEIGNEUR.--C'est ce que je demande. + +(_La princesse de Conti lit:_) + + _Lettre en vers de mademoiselle du Tron au duc de *** à + l'armée_[61]. + + Ma vertu, cher amant, ne me pouvoit permettre + Le funeste plaisir de t'écrire une lettre; + Et malgré mon amour, mon devoir inhumain, + M'a cent fois arraché la plume de la main. + Mais quoi? le mal me presse, et si je l'ose dire, + Il faut absolument ou mourir ou t'écrire. + Dans cette extrémité, mon courage se rend; + Et si je fais un mal, j'en évite un plus grand: + Car enfin je veux vivre, et l'amour m'y convie + Puisque tu reviendras me faire aimer la vie, + Et que je ne sçaurois abandonner le jour, + Sans quitter mon amant et perdre mon amour. + Dis-moi donc, notre Roi veut-il, sans résistance, + Sur tous ses ennemis exercer sa vengeance? + Trouve-t-il tant d'attraits dans ces travaux guerriers? + N'est-il pas encor las de cueillir des lauriers? + Son bras victorieux, pendant une campagne, + Fait plus qu'en soixante ans n'a pu faire l'Espagne. + N'est-ce donc pas assez? veut-il que malgré moi, + J'ose me repentir d'avoir un si grand Roi; + Et que mon coeur, outré de dépit et de rage, + Autant que les Anglois déteste son courage? + Je regrette souvent le règne des Césars, + Qui se plaisoient bien moins de vivre au Champ de Mars. + Et, dans le grand désir de revoir ce que j'aime, + Je fais presque des voeux contre la France même. + Mais toi, mon cher amant, ne me déguise rien; + La guerre te plaît-elle, et t'y trouves-tu bien? + Défaire un escadron, forcer une muraille, + Prendre une ville, un fort, gagner une bataille, + Cela te charme-t-il? et ce funeste honneur + Te plait-il aux dépens de tout notre bonheur? + Aimes-tu les lauriers qui me coûtent des larmes? + Ce qui fait tous mes maux a-t-il pour toi des charmes? + Et quand tu fais trembler un peuple malheureux, + Ne te souvient-il pas que je tremble plus qu'eux? + Que malgré tous les maux que leur fait ton courage, + Je suis plus misérable et perds bien davantage? + Arrête donc, cruel, il ne t'est pas permis + De me faire du mal plus qu'à tes ennemis. + Hélas! je le sçay bien, tu n'as plus de tendresse, + Tu ne me connois plus, la gloire est ta maîtresse: + Elle occupe aujourd'hui ma place dans ton coeur + Et je mérite moins qu'un fantôme d'honneur: + Les blessures d'amour te semblent méprisables, + Et celles du Dieu Mars te sont plus agréables. + Autrefois tu jurois qu'il te seroit bien doux + De pouvoir quelque jour mourir à mes genoux. + Mais la guerre en trois mois t'a fait changer de stile; + Tu ne veux plus mourir qu'aux pieds de quelque ville, + Et le feu de l'amour qui t'a brûlé longtems, + Cède à ce noble feu qui fait les conquérans. + Tu te ris de mes yeux et de leur doux langage, + Et crois qu'être amoureux ce n'est pas être sage. + Ingrat! seroit-il vrai, ne m'abusé-je point? + Serois-tu devenu tigre jusqu'à ce point? + M'aurois-tu violé cette foi tant jurée? + Ce feu, que je croyois d'éternelle durée, + Seroit-il en trois mois étouffé dans ton sein? + N'as-tu pu sans le perdre aller jusques au Rhin? + Je pourrois bien courir sur la terre et sur l'onde, + Et porter mon amour de l'un à l'autre monde, + Sans qu'il se puisse éteindre ou bien qu'il s'altérât? + Mais ai-je le malheur d'adorer un ingrat? + Sans doute que tu crois que c'est une bassesse, + Que d'être au Champ de Mars, songer à sa maîtresse, + Et que d'y conserver de l'amour dans le coeur, + Ce n'est pas le moyen d'acquérir de l'honneur: + Ah! que tu connois mal le chemin de la gloire! + Quoi? tous les conquérans dont nous parle l'histoire, + Et dont on vante tant le courage et le bras, + Ont-ils cessé d'aimer au milieu des combats? + Regarde un Alexandre, un César, un Pompée: + Ces grands hommes jamais ont-ils tiré l'épée, + Sans songer qu'il falloit par mille beaux exploits + Mériter la beauté qui leur donnoit des loix? + Apprens donc que l'amour renverse des murailles, + Ravage des Etats, remporte des batailles. + Si dans le Champ de Mars tu veux être vainqueur, + Tu te dois efforcer de mériter mon coeur. + C'est l'unique moyen de gagner la victoire, + Que de m'avoir toujours présente en ta mémoire. + Mais pourquoi te donner ces conseils superflus? + Mon triste coeur me dit que tu ne m'aimes plus, + Qu'en vain de quelque espoir se flatte une insensée, + Que Casal et Namur occupent ta pensée, + Que, fatiguant sans cesse, et la nuit et le jour, + Tu n'as guère de temps pour penser à l'amour; + Et que, blessé peut-être, et mourant de foiblesse, + Tu n'es point en état d'aimer une maîtresse; + Que le sang et le meurtre ont changé ton esprit, + Que ton coeur est de fer, que rien ne l'attendrit. + Ah Ciel! qu'à m'affliger je suis ingénieuse, + A m'entendre, on diroit que je crains d'être heureuse. + Non, toutes ces raisons pour lui ne valent rien; + Je ne crains point cela d'un coeur comme le tien; + Et j'ai de ta constance une trop belle idée, + Pour croire que déjà tu m'ayes oubliée. + D'un feu trop violent j'eus soin de t'enflammer, + Pour croire que déjà tu cesses de m'aimer. + Il est certain moment où, seul devant la tente, + Tu fais quelques soupirs pour ta fidèle amante; + Et, malgré les appas que la guere a pour toi, + Tu souhaites la paix peut-être autant que moi; + Tu voudrois quelquefois aller comme un tonnerre + Ravager la Hollande et terminer la guerre; + Et le mortel regret d'avoir quitté mes yeux + Contre les Hollandois te rend plus furieux. + Rapporte donc à moi ta plus louable envie; + Conserve bien tes jours pour conserver ma vie, + Et, quoique ta valeur te porte à tout oser, + Ne t'expose jamais de peur de m'exposer. + +MONSEIGNEUR.--Il faut avouer, Madame, que voilà quelque chose de bien +écrit et de bien tendre. C'est en vain que le Roi tente d'attendrir un +coeur si pénétré de passion; elle n'aimera jamais Sa Majesté, quelque +protestation qu'elle lui en fasse. + +LA PRINCESSE DE CONTI.--J'en doute fort; mais que deviendra notre +vieille dévote, si le Roi continue d'aimer cette belle fille? + +MONSEIGNEUR.--Ma foi, Madame, je n'en sais rien; ses affaires sont en +mauvais état; n'en parlons pas, la voici avec son Maure qu'elle aime +beaucoup. + + +_ENTRETIEN III._ + + _La marquise_ DE MAINTENON _et son Maure_. + +LA M{ise} DE MAINTENON.--Page, va voir où est le Roi. Je suis en peine +de ce que Sa Majesté fait. + +LE MAURE.--J'y cours sans différer d'un moment. + +Mme DE MAINTENON, _après le retour du Maure_.--Hé bien que fait le +Prince? à quoi s'occupe-t-il? + +LE MAURE.--Madame, il est dans un salon, avec le gouverneur de +Versailles et sa nièce. + +Mme DE MAINTENON.--Hélas, mon enfant, ce n'est pas pour les beaux +yeux de M. Bontemps que ce grand Monarque a tant de complaisance; il a +une autre idée qui lui fait trouver ces moments agréables. Sexe +inconstant et volage, qui n'aime que les nouveautés; vieux pécheur[62], +est-ce encore à toi de sentir les appétits de la chair, qui es tout +ruiné et rendu incapable de satisfaire une jeune coquette comme est la +du Tron? + +LE MAURE.--Madame, je ne saurois qu'y faire; mais le Roi est de fort +belle humeur. + +Mme DE MAINTENON.--C'est ce qui me chagrine.--Maure, va dire à Sa +Majesté que je viens de recevoir une lettre de l'armée du maréchal +de Boufflers[63] qui se trouve fort embarrassé dans Namur à repousser +les ennemis. + +LE MAURE.--Madame, je n'ose. + +Mme DE MAINTENON.--Tu n'es qu'un animal; j'y vais moi-même. + +LE MAURE _seul_.--Allez-y si vous voulez, vieille médaille; le Roi se +moquera de vous et aura raison. + + +_ENTRETIEN IV._ + + LE ROI, _Madame_ DE MAINTENON, _et_ M. BONTEMPS. + +Mme DE MAINTENON.--Sire, voici des nouvelles, mais non pas des +meilleures. Que dites-vous du mauvais état de nos affaires? Un exprès +est venu ce matin, qui m'a dit que Casal et Namur[64] sont assiégés par +les ennemis, et que nos généraux commencent à perdre courage. + +LE ROI.--Parbleu, Madame, je n'y puis que faire; je suis si las de la +guerre que je voudrois n'y avoir jamais songé. Les inquiétudes d'amour +sont mille fois plus douces que celles de Mars, qui ne fait que des +impressions de sang et de carnage, qui ne donne point de repos; et, pour +être partout où l'on donne une bataille, cela n'est point de mon goût. + +Mme DE MAINTENON.--C'est donc pour cela, Sire, que vous avez toujours +des retours de cette passion qui rejaillissent incessamment, quelques +prières que je fasse à saint Benoît[65] pour la continence de Votre +Majesté? O sang rebelle et désobéissant au Souverain: quand +triompherons-nous de vous? + +M. BONTEMPS.--Madame, ces petits emportements sont pardonnables à notre +grand Monarque; c'est dans les bras de Vénus qu'il se délasse des +travaux de la guerre et des soins de son royaume, qui fatiguent Sa +Majesté nuit et jour. + +Mme DE MAINTENON, _peu contente et montrant un chapelet_.--Monsieur, +ne flattons pas les Princes dans leurs défauts, par politique et par +intérêt. Voilà où mon Prince doit appliquer tous ses soins, à dire +souvent son chapelet et bien prier Dieu. + +LE ROI, _d'un ton méprisant_.--Madame, cessez de me rompre la tête de +vos dévotions outrées. Allez seulement porter une chandelle de Saint-Cyr +à votre bon saint Hilaire, afin qu'il vous rende plus discrète. + +(_Madame de Maintenon s'en va._) + + +_ENTRETIEN V._ + + LE ROI _et Mademoiselle_ DU TRON, _seule au bord d'un bassin_. + +LE ROI.--Que faites-vous ici, belle rêveuse? j'étois en peine de vous. + +Mlle DU TRON.--Sire, j'admirois l'eau comme le principe de +toutes choses, suivant la pensée d'un philosophe[66]. + +LE ROI.--Quoi, Mademoiselle, vous suivez déjà les idées de ces grands +hommes à l'âge où vous êtes? Ah! défaites-vous de ces pensées obscures +et douteuses, qui ne font que fatiguer les personnes qui s'y +abandonnent. + +Mlle DU TRON, _d'une manière précieuse_.--Sire, Votre Majesté saura +aussi que je ne m'embarrasse pas beaucoup des sentiments erronés des +philosophes; je n'en parle seulement qu'en passant, et pour me divertir. + +LE ROI.--Vous faites très-bien, ma chère demoiselle, de ne vous pas +occuper l'esprit de ces fadaises qui n'ont rien de solide; l'Amour, ce +petit Dieu des coeurs, est quelque chose de bien plus doux. + +Mlle DU TRON, _poussant un grand soupir_.--Ah! Sire, ce nom me fait +trembler. Dieux, qu'il est redoutable, cet amour que Votre Majesté +trouve si charmant! + +LE ROI.--Hé! que vous a fait, Mademoiselle, ce pauvre enfant pour le +traiter de la sorte? Ce n'est pas l'amour qui fait peur aux belles comme +vous; car je sais que vous aimez, et peut-être de plus d'une manière. + +Mlle DU TRON.--Votre Majesté, mon Prince, m'apprend qu'il y a +plusieurs amours; mais j'ai toujours cru qu'il n'y en avoit qu'un qui +soutenoit l'Univers. + +LE ROI, _se passionnant_.--Il est vrai, ma charmante, c'est +justement celui-là que je souhaite qui vous puisse blesser. Aimez-moi +donc, si vous ne l'avez pas encore fait. + +Mlle DU TRON.--Ah! Sire, je crains... + +LE ROI.--Hé! que craignez-vous, Mademoiselle? ne suis-je pas Roi? + +Mlle DU TRON.--Il est vrai, Sire; mais... + +LE ROI.--Mais vous doutez, peut-être, si je vous aimerai; ah! quelle +injustice vous me faites, mon adorable! vous n'avez que trop de mérite +et de charmes pour rendre mon amour éternel. + +Mlle DU TRON.--Ah! mon Prince, Votre Majesté ne doit pas être +surprise de cette foiblesse; l'on craint toujours ce que l'on ne veut +pas voir, et l'amour est toujours occupé de plusieurs passions. + +LE ROI.--Enfin, ma belle, venons au fait: m'aimerez-vous, ou non? Si +vous le faites, vous sauverez la vie d'un prince qui va mourir à vos +pieds, et qui, sans ce charmant aveu, seroit le plus malheureux de tous +les hommes. + +Mlle DU TRON, _en rougissant_.--Sire, qu'une déclaration tendre d'un +si grand prince embarrasse une personne comme moi! je veux tout, je +crains tout; mais hélas! je ne trouve point de force pour rien résoudre, +et je flotte toujours entre l'incertitude que mon coeur m'a fait +naître..... + +LE ROI.--Bannissez cette incertitude, Mademoiselle, et me rendez +heureux. + + +_ENTRETIEN VI._ + + LE ROI, _Mademoiselle_ DU TRON, _et Madame_ DE MAINTENON, _qui + surprend le Roi aux pieds de cette belle, dans un cabinet[67] + d'orangers_. + +Mme DE MAINTENON.--Ah! ciel, que vois-je? le Roi qui ne s'est point +souillé depuis cinq ou six ans des plaisirs de la chair, et le voici aux +pieds d'une fille! Ah! Sire, je veux qu'un ange m'emporte, si vous ne +perdez la santé qui vous reste, par vos mouvements passionnés. + +LE ROI, _faisant un signe de croix_.--Madame, je remarque que vous +extravaguez. Allez vous mettre au lit; vous êtes plus malade que vous ne +pensez. Mon bel ange aura soin de me guérir. Les blessures d'amour ne +sont pas dangereuses. + +Mlle DU TRON.--Quelquefois, Sire, ce Dieu a renversé des murailles et +gagné de grandes victoires; et tout cela en faisant souffrir bien des +peines à ceux qui les défendoient[68]. + +Mme DE MAINTENON, _présentant un petit crucifix au Roi_.--Voilà, +Sire, la véritable pierre de touche; voilà quel doit être à présent +l'objet de votre adoration; c'est là où Votre Majesté doit attacher +toutes ses affections et toutes ses pensées, sans s'amuser à ternir sa +gloire aux pieds des créatures mortelles. + +LE ROI, _en colère_.--Allez, Madame, aux petites maisons; l'on y en met +de moins folles que vous. Est-il saison de m'apporter un crucifix dans +le temps que je suis aux pieds d'un ange? Attendez du moins que j'aie +commerce avec quelque lutin, afin de l'exorciser par votre dévotion. + +Mme DE MAINTENON.--Hélas! Sire, la conversation d'une fille est à +présent plus dangereuse pour Votre Majesté, que celle du plus méchant +lutin du monde[69]. M. Fagon[70], votre premier médecin, m'a +témoigné mille fois que l'exercice d'amour ne vous vaut rien, parce +qu'il ébranle et dissipe les forces naturelles de l'homme; cependant +Votre Majesté ne peut étouffer les désirs charnels qui renaissent +toujours. Brisez les chaînes du péché, et vous attachez entièrement à +votre salut. + +LE ROI, _se radoucissant_.--Je le ferai, Madame; ce sont mes affaires, +qui ne vous regardent pas. Allez seulement vous reposer, cela fera du +bien à votre esprit, qui est en mauvais état. + +(_Madame de Maintenon s'en va._) + +LE ROI.--Parbleu, Mademoiselle, cette dame-là radote, de venir ainsi +troubler nos plaisirs. Que ne demeure-t-elle à Saint-Cyr[71], pour +donner le nécessaire à ses filles? + +Mlle DU TRON.--Sire, il paroît bien à l'emportement de madame de +Maintenon qu'elle aime Votre Majesté, puisqu'elle prend tant de part +dans ses intérêts. + +LE ROI.--Je ne puis pas bien démêler le motif qui la fait agir de +la sorte; mais je vous dirai, Mademoiselle, qu'un simple gentilhomme est +plus heureux que moi, parce qu'il peut faire ses affaires en secret. + +Mlle DU TRON.--Je vous l'avoue, Sire. + +Mme DE MAINTENON, _revenant_.--Sire, je viens dire à Votre Majesté, +que voici deux lettres que je viens de recevoir; l'une est du maréchal +de Boufflers, et l'autre m'a été donnée par M. Bontemps pour +mademoiselle du Tron: c'est une de ses tantes de Normandie qui lui mande +de venir promptement. + +LE ROI, _d'un air de dépit_.--Et l'autre, Madame, que contient-elle? +Apparemment vous en savez aussi la substance? + +Mme DE MAINTENON.--Non, Sire, je n'ai osé l'ouvrir; mais je crois que +le maréchal se plaint fort de ses soldats qui désertent à tout moment: +ce général en a perdu six mille dans Namur[72]. + +LE ROI.--Depuis un temps vous ne me dites rien que de désagréable. + +Mlle DU TRON.--Sire, je prends congé de Votre Majesté. + +LE ROI.--Où allez-vous, ma belle? demeurez, je vous prie. + +Mlle DU TRON, _après avoir lu sa lettre_ [_la lettre de sa +tante_].--Sire, je viens de lire la lettre de ma tante qui me mande +absolument; Votre Majesté aura la bonté de me laisser aller. + +LE ROI, _chagrin et trépignant du pied_.--Ah! fâcheux contre-temps, ne +cesserez vous point de me persécuter. + + +_ENTRETIEN VII._ + + LE ROI, _et le_ PÈRE LA CHAISE[73], _son confesseur_. + +LE ROI, _l'apercevant_.--Approchez, mon révérend Père, j'ai bien de la +joie de vous voir. + +LE PÈRE LA CHAISE.--Ah! Sire, celle que je sens n'est pas exprimable. Il +y a plusieurs jours que je meurs d'envie d'entretenir Votre Majesté sur +quelques affaires qui me paroissent importantes. + +LE ROI.--Parlez, mon révérend Père, qu'avez-vous à me dire d'important? + +LE PÈRE LA CHAISE, _étant entré dans le cabinet du Roi_.--Sire, je +prends la liberté de dire à Votre Majesté, qu'étant il y a quelques +jours en prières, j'eus une vision qui m'étonna fort, et où je me +trouvai très-embarrassé. L'esprit qui me parla, me dit qu'il étoit l'âme +du père Bobinet[74] mon confesseur, que le conseil céleste avoit député +pour venir me dire combien les puissances souveraines des cieux étoient +fâchées contre Votre Majesté, qui met le clergé au rang des sujets +contribuables de son royaume, en les taxant comme les autres[75]. Ce qui +ne doit pas être, suivant la pensée d'un grand Saint, qui nous dit +que ceux qui servent à l'autel doivent être exempts de tous impôts et de +toutes taxes. + +LE ROI, _fort pensif_.--Cela est-il bien véritable? Mais, mon Dieu, mon +révérend Père, ce n'est pas ma faute; si j'ai péché dans cette occasion, +ce n'est que par conseil. Messieurs de Pomponne[76], de Harlay[77], et +Pontchartrain[78], ne m'ont-ils pas porté à demander à mon clergé les +dix millions de don gratuit[79] qu'il m'a fourni pour soutenir la +guerre, qui, comme vous savez, est fort difficile à supporter[80]? + +LE PÈRE LA CHAISE.--Je l'avoue, Sire; mais cependant on murmure fort à +la cour céleste de tout ce qui se passe en France et le père Bobinet dit +encore que saint Ignace prit la parole au nom de l'assemblée, et dit, +comme en colère, qu'il étoit impossible qu'un prince qui renverse le +service divin entrât en paradis. + +LE ROI, _frappant de son chapeau sur la table_.--Parbleu, mon Père, je +n'y saurois que faire, quand tous les saints du Paradis y trouveroient à +redire, et que ce seroit un crime, j'y ai été forcé; ce n'est que pour +un bien qui est la gloire de mon Etat; et, quoique j'en aie donné les +ordres, ce ne peut être au plus à mon égard qu'un péché +philosophique[81], comme vous me l'avez dit mille fois. + +LE PÈRE LA CHAISE.--Sire, ne vous emportez pas, nous tâcherons de +réconcilier Votre Majesté avec les puissances célestes, et de rendre +véniels tous les péchés qu'elle commettra par ignorance. + +LE ROI.--Vous ferez bien, car je n'aime pas les querelles, et ne veux +pas être contredit dans mes actions. Tâchez donc, mon révérend Père, de +faire ma paix avec les saintes Intelligences, et de me bien mettre dans +leurs esprits; car autrement je craindrois fort qu'il me laissent +longtemps brûler en purgatoire pour se venger. + +LE PÈRE LA CHAISE.--Ne vous alarmez point, Sire; je donnerai un bon +passe-port à Votre Majesté pour la rendre heureuse en l'autre vie; +d'ailleurs, ne doit-elle pas tout espérer de tant de belles actions +qu'elle a faites pendant son règne, et de toutes les âmes qu'elle a +converties par ses dragons[82], que nous appelons les gendarmes du ciel? + +LE ROI.--Lorsque j'ai fait chasser les huguenots, qui ne vouloient pas +se convertir, j'ai suivi en cela les conseils que vous m'aviez donnés; +car vous savez que vous m'avez toujours dit que je ne pouvois faire une +plus belle pénitence de mes fautes passées, et acquérir plus sûrement le +Paradis, qu'en donnant tous mes soins pour l'extirpation de +l'hérésie[83], et en établissant la maison de Saint-Cyr[84]. + +LE PÈRE LA CHAISE.--Cela est vrai, Sire, et c'est aussi ce que l'on +considérera toujours comme les merveilles de votre règne. Ne doutez donc +pas que vous n'en receviez la récompense dans le ciel. + +LE ROI.--Cela suffit; adieu donc, mon révérend Père; je me recommande à +vos bonnes prières et à celles des Saints Pères de votre société. + + +_ENTRETIEN VIII._ + + _Madame_ DE MAINTENON _et Monsieur_ FAGON, _premier médecin du Roi_. + +M. FAGON.--Madame, je suis votre très humble serviteur; comment vous +portez-vous? + +Mme DE MAINTENON.--Je me porterois bien, Monsieur, si je n'avois +point de chagrin qui est, comme vous savez, un poison pour la santé. + +M. FAGON.--Il est vrai, Madame, Hypocrates nous dit aussi, dans son +traité de médecine, que les personnes gaies sont rarement malades[85]. + +Mme DE MAINTENON.--Hé, comment, Monsieur, pouvoir rire? l'on a du +chagrin à tout moment. + +M. FAGON.--Quel est donc le vôtre, Madame, ose-t-on vous le demander? + +Mme DE MAINTENON, _poussant de gros soupirs_.--Oui bien, Monsieur, +c'est le Roi qui me le donne. + +M. FAGON.--Quoi, Madame, un prince si bénin, si débonnaire pourroit vous +affliger? + +Mme DE MAINTENON.--Monsieur, le déplaisir que ce monarque me cause +est qu'il veut s'attacher de nouveau à une petite beauté qui lui donnera +bien à songer. Vous savez que l'exercice amoureux ne lui vaut rien +à l'âge où il est[86]. + +M. FAGON.--J'en conviens, Madame; l'amour rend l'homme foible et +chancelant quand il ne se conduit pas sagement; mais user un peu de +cette passion sobrement, n'est pas méchant pour la santé. Nous avons +même un de nos savants docteurs qui ordonne de temps en temps de se +servir de femmes et de vin pour se bien porter[87]. + +Mme DE MAINTENON.--De grâce, Monsieur, n'allez pas dire cela au Roi. +Ce prince, qui est naturellement sensible à l'amour, en profiteroit plus +que vous ne croiriez, et Sa Majesté se perdroit dans les combats de +Vénus. + +M. FAGON, _riant_.--Est-il possible, Madame? + +Mme DE MAINTENON, _branlant la tête_.--Il n'est que trop vrai, +Monsieur; je connois ce monarque, il pousse les choses jusques à +l'excès; et c'est son penchant que les femmes. + +M. FAGON.--Quelle est donc la beauté, Madame, qui engage à présent le +Roi? je le croyois détaché de tout attachement charnel. + +Mme DE MAINTENON.--Monsieur, est-ce que vous ne le savez pas? + +M. FAGON.--Non, Madame; qui est-ce qui me l'auroit dit? + +Mme DE MAINTENON.--C'est la nièce de M. Bontemps notre gouverneur de +Versailles, qui a ravi la liberté de ce prince, pour l'avoir vue +une fois à l'Opéra. + +M. FAGON.--Quoi, Mlle du Tron! qui auroit jamais dit que cette fille +avec son air précieux et languissant[88], auroit pris le coeur d'un si +grand prince? + +Mme DE MAINTENON.--Cependant, c'est elle-même; le Roi en est si +charmé que, hors de sa présence, il ne peut trouver de repos. + +M. FAGON.--Ah! Madame, je la plains: Il faut que ce prince fasse de +grands efforts pour contenter cette jeune amante, cela détruira +infailliblement sa santé. + +Mme DE MAINTENON.--C'est ce que je dis aussi, Monsieur; je vous prie +instamment de vous servir de tout l'ascendant que vous avez sur ce +monarque, pour le détourner de cette amourette qui lui est si +désavantageuse pour le corps et pour l'esprit, qu'il n'est occupé que de +sa nouvelle passion. + +M. FAGON.--Je ferai tout mon possible, Madame, pour persuader à ce +prince que sa santé y est intéressée; et comme Sa Majesté ajoute assez +de foi à ce que je lui dis, j'espère de réussir dans mon dessein. + +Mme DE MAINTENON.--Dieu le veuille, Monsieur, pour mon repos. Il me +souvient que, quand vous dîtes au Roi dernièrement que l'air de Meudon +lui étoit meilleur que celui de Versailles, il a cru votre conseil, +puisque Sa Majesté y va une ou deux fois la semaine, et +particulièrement depuis qu'il a sa belle en tête. + +M. FAGON.--Ne vous chagrinez point, Madame, de cette amourette: c'est un +feu volant qui passera comme les autres; il est trop ardent, à ce que +vous m'avez dit, pour être de durée. + +Mme DE MAINTENON.--Cependant, Monsieur, je ne laisse pas d'en avoir +bien du chagrin. + +M. FAGON.--Madame, vous avez trop de vertu et trop de politique pour ne +pas savoir vous contraindre; un peu de complaisance sied bien, et +principalement à la Cour où il s'en faut beaucoup servir. + +Mme DE MAINTENON.--Rien de plus vrai, Monsieur, la feinte et la +dissimulation sont les qualités les plus nécessaires aux courtisans. + +M. FAGON.--Madame, je prends congé de vous; voici le Roi qui vient, je +m'en vais au-devant. + +Mme DE MAINTENON.--Adieu, Monsieur, n'oubliez pas de dire au Roi +qu'il prenne soin de sa personne. + +M. FAGON, _prenant la main de Mme de Maintenon_.--Je n'y manquerai +pas, Madame, prenez du repos. + +Mme DE MAINTENON.--Monsieur, avant que je vous quitte, tâtez un peu +mon pouls. + +M. FAGON, _lui prenant le bras_.--Il est un peu ému, mais ce ne sera +rien; et si cela continue, mon chirurgien[89] vous saignera par la veine +céphalique et basilique[90], ce qui vous guérira indubitablement; +je vous laisse, Madame. + +Mme DE MAINTENON.--Je suis votre servante, Monsieur. + + +_ENTRETIEN IX._ + + LE ROI, _et Monsieur_ FAGON. + +LE ROI, _en souriant_.--Ah! Monsieur le médecin, comment vous +portez-vous depuis avant-hier? + +M. FAGON.--Fort bien, Sire, comme un homme qui est toujours prêt à +servir Votre Majesté, avec la plus grande inclination du monde. + +LE ROI, _lui prenant la main_.--Voilà qui est fort honnête, Monsieur, +comptez aussi sur mon amitié. + +M. FAGON.--Sire, Votre Majesté me fait plus d'honneur que je ne mérite. + +LE ROI.--Monsieur, point de compliments, asseyez-vous ici. Quelles +nouvelles m'apprendrez-vous? + +M. FAGON.--Sire, je ne sais rien de nouveau, sinon, que je trouve +un grand changement en Votre Majesté. + +LE ROI, _le regardant_.--Eh! que trouvez-vous en moi de changé? est-ce à +mon avantage ou à mon désavantage? + +M. FAGON.--Non, Sire, c'est à votre avantage. + +LE ROI, _en riant_.--Parlez donc, Monsieur le docteur, et vous +expliquez; qu'est-ce que vous remarquez en moi? + +M. FAGON.--Une abondance de santé, Sire, causée par une joie qui se +répand sur toute votre personne royale. + +LE ROI.--Bon, voilà qui va bien, Monsieur; je ne laisse pas cependant +d'avoir du chagrin de toutes les pertes que je fais cette année de tous +côtés. + +M. FAGON.--C'est le sort de la guerre, Sire, qui a toujours été de la +sorte; l'amour récompense Votre Majesté de ses pertes, en lui faisant +faire des conquêtes dans son empire. + +LE ROI, _d'un air agréable_.--Monsieur, je vois bien que vous êtes aussi +savant en amour qu'en médecine; mais, dites-moi un peu, je vous prie, +avez-vous des remèdes pour les coeurs des amants? + +M. FAGON.--Oui, Sire, je les guéris à peu de frais. + +LE ROI.--Ah! Monsieur, donnez-m'en un pour un prince qui souffre +beaucoup, qui vous en saura bien du gré. + +M. FAGON.--Sire, je ne puis guérir personne si je ne le connois; mes +herbes n'ont point d'effet, si je ne vois et ne touche. + +LE ROI, _en souriant_.--C'est moi, Monsieur, qui serai votre nouveau +malade; je vous prie, guérissez-moi donc promptement. + +M. FAGON.--Votre Majesté, Sire, n'a pas besoin de mes remèdes, étant +maître de la beauté qui l'engage; mais je prends la liberté de lui dire, +qu'un grain ou deux d'amour de plus pris par excès, sont capables de lui +faire bien du mal, et même de lui affoiblir le reste du corps. + +LE ROI.--Je vous entends, Monsieur; nous n'en prendrons pas plus qu'il +n'en faut pour se bien porter. Adieu, je vous quitte, voilà M. de +Pontchartrain. + + +_ENTRETIEN X._ + + LE ROI, _et Monsieur_ DE PONTCHARTRAIN, _ministre d'Etat_. + +LE ROI.--Eh bien, Monsieur, aurons-nous de l'argent? + +M. DE PONTCHARTRAIN.--Sire, en exécution de vos ordres, nous nous sommes +assemblés extraordinairement, pour tâcher de trouver à Votre Majesté les +sommes qu'elle demande, nous avons longtemps délibéré... + +LE ROI.--Il ne falloit pas perdre tant de temps à délibérer, et passer +promptement aux effets pour remplir nos coffres. + +M. DE PONTCHARTRAIN.--Nous le souhaitons tous ardemment; mais... + +LE ROI, _se fâchant_.--Mais, mais; ne vous ai-je pas dit que quand j'ai +commandé, je ne veux pas qu'on me contredise. + +M. DE PONTCHARTRAIN.--Sire, je prends la liberté de remontrer à Votre +Majesté que l'on ne peut à présent aller si vite; la ville et la +campagne sont ruinées par les taxes, les impôts et les contributions; +vos peuples meurent de faim[91], et sont tellement accablés de misères, +qu'ils ont beaucoup plus besoin d'un prompt soulagement, que d'être +encore surchargés par de nouveaux impôts. + +LE ROI.--Qu'ils fassent comme ils l'entendront; mais il faut bien qu'ils +payent ou qu'ils crèvent. Voilà qui est admirable! doivent-ils +travailler pour d'autres que pour moi qui suis leur Roi, et tous leurs +biens ne m'appartiennent-ils pas de droit, comme madame de Maintenon +et les bons Pères Jésuites me le représentent si souvent[92]! C'est +aussi le sentiment des principaux de ma Cour, qui disent que mes sujets +doivent s'estimer fort heureux que je leur laisse la vie et l'habit, que +je pourrois leur ôter si je voulois. + +M. DE PONTCHARTRAIN.--Il ne me convient pas, Sire, d'entrer dans cet +examen; cependant je prends la liberté de vous dire, qu'encore que Votre +Majesté soit toute puissante sur la terre, elle ne peut faire trouver de +l'argent où il n'y en a pas. Il n'y a que le Créateur de l'Univers qui +puisse faire un si grand miracle. + +LE ROI.--Enfin, Monsieur, sans tant de raisons, faites ce que vous +pourrez et mettez tout en usage; mais il faut au plus tôt de l'argent, +tant pour mes dépenses ordinaires et extraordinaires, que pour celles de +la guerre[93] et de Marly[94], dont je ne prétends pas absolument [en] +rien retrancher. + +M. DE PONTCHARTRAIN.--C'est à ces grands recouvrements que je travaille +aussi avec toute l'application possible; mais en vérité, Sire, nous +avons inventé tant de nouvelles affaires, que mon imagination en est +tarie[95], et il ne nous reste plus qu'une découverte à mettre en +oeuvre. + +LE ROI.--Quelle est donc cette découverte? + +M. DE PONTCHARTRAIN.--La voici: Messieurs d'Argouges et +Barbezieux[96], ministres d'Etat, ne pouvant plus mettre de taxes, +et voyant que les finances de Votre Majesté commencent à s'épuiser, M. +d'Argouges, toujours fertile en moyens, nous en proposa un nouveau, qui +est de mettre un impôt sur les vents; ce qui attireroit, dit-on, de +grandes sommes d'argent pour soutenir la guerre dans tout le royaume; +les mariniers, les bateliers, les meuniers et autres gens semblables, ne +pouvant se servir de cet élément sans payer la somme imposée. + +LE ROI.--Cet avis me paroît assez bon, et n'est pas à négliger. + +M. DE PONTCHARTRAIN.--L'on étendroit le règlement jusques sur les +apothicaires, qui par leurs remèdes tirent un gros profit des vents du +corps humain, et sur les médecins qui n'en tirent pas moins, et y +contribuent autant par leurs ordonnances. + +LE ROI, _se frottant le front_.--Je consentirois avec joie, si cela se +pouvoit; mais chacun se révoltera d'abord contre ce nouvel impôt, +particulièrement les médecins et les apothicaires qui crieront comme des +diables. + +M. DE PONTCHARTRAIN.--Sire, il suffit d'avoir votre consentement, nous +les réduirons comme les autres. + +LE ROI.--Monsieur, je ne sais ce que je dois faire: mon confesseur m'a +rapporté que tous les saints du Paradis crient contre moi comme des +enragés d'avoir osé taxer le service divin[97]. + +M. DE PONTCHARTRAIN.--Cela se peut-il, Sire? + +LE ROI.--Il n'y a rien de plus vrai, Monsieur; mais que le Père Bobinet, +confesseur du Père de la Chaise qui est mort depuis peu, a été député de +l'assemblée céleste pour m'en avertir. + +M. DE PONTCHARTRAIN.--C'est cependant, Sire, le dernier moyen que nous +avons trouvé pour avoir de l'argent. + +LE ROI.--Morbleu, Monsieur, je suis au désespoir de voir les côtes +de France bombardées par les Anglois et les Hollandois[98]. Je voudrois +n'avoir jamais vu Tourville[99] qui m'a conseillé de mener ma flotte +dans la Méditerranée: les alliés en ont bien su profiter et n'auroient +pas fait de même[100]. + +M. DE PONTCHARTRAIN.--Sire, c'est un malheur, mais la chose est faite. + +LE ROI.--Oui, de par tous les diables, mais je n'en suis pas mieux, et +mes forces s'affoiblissent toujours de plus en plus. + +M. DE PONTCHARTRAIN.--Rien n'est plus vrai, Sire; car les trois Etats de +Votre Majesté sont aux abois et n'en peuvent plus; le Clergé, le +Parlement et la Noblesse se sont saignés jusques à la dernière goutte de +leur sang, et je ne sais par quel nouvel impôt on pourra trouver de +l'argent. + +LE ROI, _après avoir rêvé_.--Monsieur, il me semble qu'il seroit plus à +propos de taxer les heures que les vents, parce qu'elles font toujours +leur même révolution, et que chacun s'en sert généralement sans pouvoir +s'en passer, particulièrement l'heure du berger, qui est d'une nécessité +importante aux amants. + +M. DE PONTCHARTRAIN.--Mais, comment, Sire, connoître les heures +destinées à l'amour, à moins de taxer tous les jeunes gens. + +LE ROI.--Monsieur, l'on ne sauroit manquer de comprendre au rôle de +cette taxe tous les vieux et les jeunes; car je puis vous assurer que +les vieillards aiment autant à se divertir que les autres. + +M. DE PONTCHARTRAIN.--Mais, Sire, Votre Majesté ne trouveroit-elle pas +bon d'y mettre les religieux et les abbés[101], qui font... + +LE ROI.--Ah! ciel! Monsieur, vous n'y songez pas; il est vrai que les +abbés sont amis de la galanterie; mais les autres sont de saintes +âmes qui ne font que prier Dieu nuit et jour. + +M. DE PONTCHARTRAIN.--Sire, M. de Pomponne proposa encore un autre +moyen, qui semble être une dépendance de celui que Votre Majesté veut +dire: c'est de taxer toutes les filles de joie[102] de votre royaume, et +ceux qui les entretiennent. + +LE ROI, _en riant_.--Il faut donc qu'il se mette le premier en tête; car +je sais qu'il ne hait pas les femmes[103]. + +M. DE PONTCHARTRAIN.--Cela s'entend, Sire, c'est peut-être pour avoir le +plaisir de payer et vous marquer son zèle, que ce ministre a inventé ce +moyen qui n'est pas méchant. + +LE ROI.--Cela est assez sujet à caution; mais quittons la raillerie, et +pour conclusion de cet entretien, faites fond, suivant le plan que +nous venons de faire, de me trouver au plus tôt de l'argent, et surtout +n'y manquez pas. + +M. DE PONTCHARTRAIN.--Sire, j'y ferai de mon mieux. + + +_ENTRETIEN XI._ + + LE ROI, _Monsieur_ DE CHANVALON[104], _archevêque de Paris_, _et son + Page_. + +LE PAGE.--Sire, M. l'Archevêque de Paris demande s'il n'incommodera +point Votre Majesté. + +LE ROI.--Où est-il? + +LE PAGE.--Sire, il est en bas où il attend vos ordres. + +LE ROI.--Qu'on le fasse monter. + +M. L'ARCHEVÊQUE, _en entrant_.--Sire, je vous demande pardon si +j'interromps Votre Majesté. + +LE ROI, _le saluant_.--Ah! mon cousin, ne parlez pas de cela, je sens +une joie parfaite de vous voir. Page, donnez un siége. + +_M. l'Archevêque s'assied sur un siége pliant[105]._ + +LE ROI.--Eh bien, mon cousin, comment vous portez-vous? + +M. L'ARCHEVÊQUE.--Fort bien, Sire, au chagrin près. + +LE ROI.--Comment un prélat comme vous peut-il avoir du chagrin? Vous +vivez plus content dans votre diocèse que moi dans mon Louvre. + +M. L'ARCHEVÊQUE.--Sire, les apparences sont fort trompeuses, car la paix +et la tranquillité n'y règnent pas toujours. + +LE ROI.--Quel est donc le sujet de votre inquiétude? + +M. L'ARCHEVÊQUE.--Sire, c'est une dispute qui est survenue entre M. +l'Evêque de Noyon[106] et moi, qui a été fort loin, et qui nous +rendra ennemis pour la vie. + +LE ROI.--Au sujet de quoi, mon cousin? + +L'ARCHEVÊQUE.--Sire, c'est au sujet de l'abbé Quélus[107], qui fit +dernièrement son premier sermon aux grands Cordeliers[108]. Tout +l'auditoire parut content de lui, à la réserve de quelques personnes de +qualité de mes amis, qui trouvèrent à redire à plusieurs propositions +qu'il avança, condamnées par les conciles de Trente et de Vienne, et +tout-à-fait damnables, mais que cet Evêque trouva excellentes, qui sont +des sentiments nouveaux en matière de religion. Rome, jalouse de tout ce +qu'elle enseigne, ne peut souffrir une autre doctrine que la sienne. + +LE ROI.--Eh! quels sont ces sentiments nouveaux? + +L'ARCHEVÊQUE.--Sire, ce sont ceux du quiétisme[109], dont votre royaume +est rempli, tant parmi les religieux que parmi les prêtres, dont +j'ai été bien surpris. Ces hérétiques croient, et se sont fait une idée +de faire parvenir les âmes à la perfection pendant leur vie sans +pénitence, sans austérité, sans mortification; enseignant même que +l'homme se doit tenir dans l'indifférence pour ses péchés et dans +l'abandon; et qu'il ne faut pas même demander à Dieu aucune grâce du +ciel, ayant une assurance imaginaire que l'on possède Dieu en cette vie, +en lui-même et sans milieu. + +LE ROI.--Voilà une doctrine bien pernicieuse, mon cousin; il faut y +apporter du remède. + +M. L'ARCHEVÊQUE.--C'est à quoi je vais travailler, Sire, et faire +condamner les trois livres[110] qu'on a imprimés sur ce sujet. + +LE ROI.--Vous ferez très-bien, et j'y donne ma voix avec beaucoup de +chaleur, pour le bien de mes peuples. + +M. L'ARCHEVÊQUE.--Sire, ils auront une éternelle reconnoissance d'un si +grand bienfait, et je puis bien en porter parole pour eux à Votre +Majesté. Je prends congé d'Elle, de peur de lui être importun. + +LE ROI.--Adieu, mon cousin, je vous souhaite une sainte prospérité dans +vos affaires. Prions votre bon ange qu'il vous conseille bien dans vos +entreprises. + +M. L'ARCHEVÊQUE.--Je le souhaite, Sire, pour la plus grande gloire de +Dieu. + +LE ROI, _en le quittant_.--Ah! le saint personnage, ah! le digne prélat, +et qu'il sera bien récompensé dans le ciel de toutes ses vertus. + + +_ENTRETIEN XII._ + + _Madame_ DE MAINTENON, _son valet de chambre_, _et le sieur_ + BERNIER, _chirurgien du Roi_. + +Mme DE MAINTENON, _au valet de chambre_.--Mon Dieu, La Fortune[111], +je n'en puis plus, j'ai des vapeurs qui me tuent et me montent à tout +moment: Va, je te prie, chercher le chirurgien du Roi, afin qu'il me +saigne. + +LA FORTUNE.--Madame, c'est une chose assez surprenante qu'à l'âge où +vous êtes[112], les vapeurs vous incommodent si fort. + +Mme DE MAINTENON.--Tu vois, mon enfant, j'en suis plus fatiguée que +jamais, comme si je n'avois que quinze ans. + +LA FORTUNE.--Madame, c'est un mal de mère, que l'on a bien de la peine à +guérir surtout quand la matrice... + +Mme DE MAINTENON.--Ne raisonne pas davantage, va où je te dis. + +LA FORTUNE.--J'y cours, Madame. + +Mme DE MAINTENON, _seule_.--Peut-on voir un impertinent pareil à ce +garçon? est-ce à un valet de parler de mal de femme, et de matrice? Oh! +siècle avancé où toutes choses sont prématurées! chacun raisonne de +tout, sans respect et sans distinction. + +LA FORTUNE, _tout essoufflé_.--Madame, Monsieur Bernier[113] va venir +tout à l'heure, il m'a prié seulement de vous dire, que vous eussiez la +bonté d'attendre qu'il eût saigné la cavale du prince de Conti, qui +vient d'être blessée, et qu'il aime autant que lui-même. + +Mme DE MAINTENON.--Le compliment est assez honnête; la belle +comparaison qu'il fait d'une cavale à moi! de quoi s'avise-t-il d'aller +saigner une cavale? + +LA FORTUNE, _en riant_.--Madame, un chirurgien, un médecin et un +maréchal[114], ne mettent point de différence entre toutes les +bêtes et les animaux qu'ils pansent, pourvu qu'ils gagnent de l'argent. + +Mme DE MAINTENON, _en colère_.--Va, tu n'es qu'un sot, La Fortune, +avec tous tes petits raisonnements; cours dire à Bernier qu'il vienne +promptement, que le Roi en a à faire. + +LA FORTUNE, _bas_.--Peste soit de la vieille P...[115]; je voudrois +qu'il te mît la lancette si avant qu'elle n'en sortît jamais pour tes +péchés. + +M. BERNIER, _arrivant_.--Ah! Madame, mille excuses de vous avoir tant +fait attendre; j'étois occupé au service du prince de Conty. + +Mme DE MAINTENON, _d'un air fier_.--Vraiment vous lui rendez là un +beau service, de saigner sa cavale! c'est le fait d'un maréchal, mais +non pas le vôtre. + +M. BERNIER.--Madame, c'est la plus jolie bête du monde, qu'il aime comme +sa vie, et je n'ai pu me dispenser de lui rendre un tel office. + +Mme DE MAINTENON.--Je vois bien, Monsieur, que les gens de votre +trempe font tout pour de l'argent; mais quoi qu'il en soit, entrons en +matière. Je veux que vous me saigniez du pied à l'eau[116], pour +m'apaiser les vapeurs qui me montent incessamment, et qui me rendent +rouge comme vous me voyez. + +M. BERNIER.--Le remède est admirable, Madame, pour se rafraîchir le +sang. + +Mme DE MAINTENON.--Il faut que le Roi se fasse aussi saigner, car je +remarque que ce prince a le sang fort échauffé depuis qu'il... + +M. BERNIER, _en riant_.--Il n'y a point de doute, Madame, les jolies +femmes incommodent toujours la santé des hommes, parce qu'ils font plus +que leurs forces. + +Mme DE MAINTENON.--Hélas! mon cher Monsieur, le Roi se perdra. + +M. BERNIER.--Madame, notre grand monarque reviendra de cette mort. + +Mme DE MAINTENON.--Avec bien de la peine; à l'âge où il est, la +nature s'épuise. + +M. BERNIER.--Madame, voilà ma lancette prête; vous plaît-il que je vous +saigne? + +Mme DE MAINTENON.--Très-volontiers, Monsieur; tenez, voilà mon pied: +songez que je suis difficile à tirer du sang. + +M. BERNIER.--Ne craignez rien, Madame, nous en viendrons à bout; tournez +seulement la tête, et ne vous mettez point en peine du reste. + +Mme DE MAINTENON.--La Fortune, apportez un bassin et de l'eau. + +LA FORTUNE.--Madame, en voilà. + +M. BERNIER.--Madame, c'est fait. + +Mme DE MAINTENON.--Quoi, Monsieur, si promptement, sans que je l'aie +presque senti? A la vérité, vous êtes un brave homme, et ce n'est pas +sans raison que le Roi vous aime. + +M. BERNIER, _en faisant une profonde révérence_.--Madame, je suis votre +serviteur aussi bien qu'à Sa Majesté, qui a mille bontés pour moi, +sans que je les aie méritées. + +Mme DE MAINTENON.--Monsieur, sans compliment, prenez l'argent que +voici. + +M. BERNIER _s'en défend_.--Vous vous raillez de votre valet, Madame; je +vous ai bien d'autres obligations, et je n'en ferai rien. + +Mme DE MAINTENON.--Monsieur, je vous prie, mettez ce louis d'or[117] +dans votre poche. + +M. BERNIER.--Madame, c'est donc pour vous obéir; commandez à votre +très-humble serviteur quand il vous plaira. + +Mme DE MAINTENON.--Cela suffit, Monsieur, adieu, je vous quitte. + + +_ENTRETIEN XIII._ + + LE ROI _et Mademoiselle_ DU TRON. + +LE ROI, _à genoux devant cette belle_.--Enfin, adorable mignonne, +l'amour que je sens pour vous n'est plus exprimable. Ah! quels +redoublements et quels transports inconnus vous me causez! + +Mlle DU TRON.--Sire, Votre Majesté change de couleur. + +LE ROI, _se pâmant_.--Ah! mon bel ange... ma divine... je n'en puis +plus... je me pâme. + +(_Le Roi tombe évanoui._) + +Mlle DU TRON, _lui prenant la main_.--Ah! Ciel, Sire, que vous +m'embarrassez par votre foiblesse; revenez, mon cher prince, de ce +triste état, ou je vais mourir moi-même. + +_Le Roi toujours pâmé._ + +Mlle DU TRON, _lui baisant la bouche, continue_.--Mon illustre +monarque, que vous m'alarmez! vous me donnez de mortelles inquiétudes, +hélas! que dira madame de Maintenon si elle vous trouve en cet état? Que +deviendrai-je alors? + +LE ROI, _revenant de son évanouissement, dit_:--Mon petit amour, ma +charmante, où ai-je été? que le paradis des amants est un séjour +délicieux, et quel plaisir de s'y perdre avec vous! + +Mlle DU TRON, _soupirant_.--Que vous m'avez causé de peine, Sire, en +voyant Votre Majesté changée! + +LE ROI, _lui baisant la main_.--Mon Dieu, ma chère demoiselle, que vous +êtes bonne de vous affliger pour un pauvre prince qui mérite si peu de +vous adorer, mais qui vous aime plus que sa vie. + +Mlle DU TRON.--Sire, serois-je assez malheureuse pour vous avoir +causé cette foiblesse? + +LE ROI.--Appelez-vous foiblesse, mon bel ange, la chose du monde qui me +rend le plus heureux? Non, non, j'en chéris la cause comme mon unique +bien. + +Mlle DU TRON.--Mon auguste prince, ménagez donc la tendresse que vous +avez pour moi, de crainte que Votre Majesté ne devienne malade, ce qui +me mettroit au désespoir. + +LE ROI.--Peut-on, Mademoiselle, se posséder, lorsqu'on est charmé de +vous? Vous inspirez aux personnes qui vous voient des sentiments +qu'elles n'ont jamais eus, et qu'un mortel ne peut exprimer. + +Mlle DU TRON.--Mes charmes, Sire, sont donc bien extraordinaires, +puisque les mortels ne les peuvent connoître? + +LE ROI.--Ah! qu'ils sont puissants! ah! qu'ils sont merveilleux, ma +divine beauté! + +Mlle DU TRON.--Sire, Votre Majesté va retomber dans son +évanouissement, si elle y songe davantage. + +LE ROI.--Non, non, Mademoiselle, je sens quelques forces qui viennent à +mon secours. + +Mlle DU TRON.--Tant mieux, Sire, j'en suis ravie, et cela vient à +propos, car voici Madame de Maintenon qui paroît. + +LE ROI.--Eh! où va cette vieille jalouse? Elle enrage de n'être plus +jeune, et de ne pouvoir charmer. + +Mlle DU TRON.--Quoi! dans l'âge où elle est? + +LE ROI.--Oui, sans doute, et la bonne dame est plus amoureuse que +jamais. Cachez-vous, mon soleil, pour un moment. + +Mlle DU TRON.--Il le faut bien. + + +_ENTRETIEN XIV._ + + LE ROI, _Mademoiselle_ DU TRON, _cachée_, _et Madame_ DE MAINTENON. + +LE ROI, _la saluant_.--Où allez-vous donc, Madame, avec tant +d'empressement? + +Mme DE MAINTENON.--Sire, j'appréhendois que Votre Majesté fût trop +longtemps seule; c'est pourquoi je viens l'entretenir. + +LE ROI, _voulant la conduire_.--Madame, je vous quitte[118] de ces soins +obligeants; aujourd'hui j'ai des embarras en tête, qui demandent la +solitude. Un courrier m'a dit ce matin le pitoyable état où mes côtes +sont réduites, Saint-Malo, etc...[119] bombardés et réduits en cendres, +sont des choses bien sensibles pour un prince qui se voyoit il n'y +a pas longtemps maître des mers. + +Mme DE MAINTENON.--Peut-être, Sire, que le dommage n'est pas si grand +que l'on croit, et que pour peu de chose on rétablira ce désordre. + +LE ROI, _d'un ton chagrin_.--Parbleu, Madame, vous n'en savez rien; l'on +ne rétablira pas la ville de Saint-Malo pour cent mille écus. + +Mme DE MAINTENON.--Enfin, Sire, ce sont des coups du ciel que l'on +n'a pu éviter, et il faut s'y résoudre. + +LE ROI.--Je l'avoue, Madame; mais cela n'en est pas moins désagréable. + +Mme DE MAINTENON.--Mon cher prince, il me semble que ce sont vos +péchés qui sont cause de ces châtiments si touchants; n'y +réfléchissez-vous point quelquefois? + +LE ROI.--Ce n'est pas à vous, Madame, que j'en dois rendre compte; +l'homme est né pour pécher, et sans le péché la miséricorde de Dieu +seroit inconnue sur la terre. + +Mme DE MAINTENON.--Il est vrai, Sire; mais Votre Majesté croit-elle +que Dieu autorise tous les plaisirs criminels que la corruption du +siècle ne fait passer que pour bagatelles et pour de simples +passe-temps? Elle devroit éviter avec soin tous les plaisirs inutiles, +qui sont de vrais obstacles au salut. + +LE ROI.--Eh! quels sont ces plaisirs inutiles, Madame, que vous +condamnez de la sorte? La nature n'a rien fait en vain. + +Mme DE MAINTENON.--C'est la galanterie, et ces amusements de Cour par +lesquels le Seigneur est offensé. + +LE ROI, _en riant_.--Bon, n'est-ce que cela? pure bagatelle, Madame; ce +sont les actions les plus innocentes de l'homme que celles de l'amour, +et où il entre le moins de crime. N'est-ce pas la nature qui les a +formées elle-même? Est-il donc rien de plus injuste que de condamner un +penchant si doux et si universel? + +Mme DE MAINTENON.--Je sais bien, Sire, que c'est celui qui vous +entraîne. Il faut donc se rendre, sans combattre davantage vos +sentiments. Mon Dieu, que Votre Majesté me paroît changée, depuis +qu'elle voit Mademoiselle du Tron! + +LE ROI.--En quoi, Madame, me trouvez-vous si changé? + +Mme DE MAINTENON.--En toutes manières. + +LE ROI.--Mais encore, Madame? + +Mme DE MAINTENON.--En votre personne royale, en vos sentiments. +Hélas! avant la vue fatale de cette syrène, Votre Majesté avoit un +langage bien plus édifiant! + +LE ROI, _avec mépris_.--Vous êtes dans l'erreur, Madame; c'est la force +de votre dévotion qui vous inspire ces idées chagrines, qui ne viennent +que d'une bile noire qui se répand dans vos veines. Prenez médecine, si +vous m'en croyez, pour dissiper ces méchantes humeurs qui vous rendent +insupportables à vous-même. + +Mme DE MAINTENON, _se fâchant_.--Sire, je mettrai en usage ce remède +que Votre Majesté me donne; et pour ne pas l'importuner davantage, je +prends congé d'Elle. + +LE ROI.--Allez, Madame, vous ne sauriez mieux faire. + +_Madame de Maintenon s'en va._ + +LE ROI, _seul_.--O ciel, que cette femme est insupportable avec son +esprit jaloux! Tout l'incommode, tout la chagrine, et rien ne lui plaît, +sinon l'encens que l'on lui donne. Mais quel moyen de dire toujours des +douceurs à une personne comme elle, de qui les appas sont usés et dans +la dernière décadence? Non, je ne le puis faire, mon penchant ne me le +peut permettre, et la présence d'une beauté naissante me fait renaître. +Il est des moments dans lesquels, sans ce secours innocent, la vie me +seroit à charge. La vieille dévote a beau prêcher la pénitence sur ce +sujet, je ne m'en puis passer. + + +_ENTRETIEN XV._ + + LE ROI _et Mademoiselle_ DU TRON. + +LE ROI, _en souriant_.--Eh bien! Mademoiselle, vous avez entendu le beau +sermon que Madame de Maintenon m'a fait; que dites-vous de son +éloquence? + +Mlle DU TRON.--Sire, je dis que cette dame est infiniment savante, et +qu'elle a la plus belle rhétorique du monde. + +LE ROI.--Il est vrai, Mademoiselle, elle est toute sublime. + +Mlle DU TRON.--Elle est animée d'un si grand zèle, qu'elle persuade +facilement ce qu'elle dit, et rien ne touche plus que sa conversation. + +LE ROI.--La vôtre, ma chère demoiselle, est bien d'un autre prix; elle a +pour moi des charmes qui ne se trouvent point ailleurs. + +Mlle DU TRON.--Sire, Votre Majesté a trop de bonté pour moi, et je ne +mérite pas une préférence si avantageuse; mais je vois M. de +Pontchartrain qui monte l'escalier; apparemment ce ministre veut +entretenir Votre Majesté sur quelques affaires. + +LE ROI, _chagrin_.--Cela se peut bien, Mademoiselle; mais, dieux! que +cet importun vient mal à propos interrompre mes plaisirs! Je suis plus à +plaindre que le plus chétif gentilhomme de mon royaume, n'ayant pas la +liberté d'entretenir ce que j'aime; cependant je vois bien qu'il faut +encore me résoudre à l'écouter. + +Mlle DU TRON.--Sire, il ne demeurera peut-être pas longtemps. + +LE ROI.--Hélas! je le souhaite, mais je connois trop ces messieurs; leur +conversation est toujours longue. + + +_ENTRETIEN XVI._ + + LE ROI, _Mademoiselle_ DU TRON _et Monsieur_ DE PONTCHARTRAIN. + +_Mademoiselle du Tron, à l'arrivée de ce ministre, se retire comme +auparavant pour le laisser seul avec le Roi._ + +M. DE PONTCHARTRAIN, _s'en apercevant, dit_:--Sire, j'interromps sans +doute Votre Majesté, étant occupée si agréablement. + +LE ROI, _d'un air chagrin_.--Monsieur, vous êtes toujours le bien venu; +mais je ne suis pas présentement en humeur de vous entretenir. + +M. DE PONTCHARTRAIN.--Sire, je m'en vais, plutôt que d'être incommode à +Votre Majesté. + +LE ROI, _en le retenant_.--Demeurez, Monsieur, puisque vous voilà; +qu'avez-vous à me dire? + +M. DE PONTCHARTRAIN.--Sire, le sujet qui m'amène est celui des impôts +dont Votre Majesté m'a parlé l'autre jour. + +LE ROI, _d'un air sévère_.--Eh bien, Monsieur, avancez; que voulez-vous +dire? + +M. DE PONTCHARTRAIN.--Sire, je viens vous représenter que l'impôt sur +les vents qui avoit été projeté, s'étant divulgué malgré moi dans Paris, +chacun murmure contre les ordres de Votre Majesté, et que le peuple +crie, et se mutine avant qu'on lui fasse du mal. + +LE ROI.--Monsieur, je me moque du peuple et de ses cris. Il faut +soutenir la guerre à quelque prix que ce soit. + +M. DE PONTCHARTRAIN.--Je le sais bien, Sire; mais cependant on ne peut +fermer les oreilles à tout ce qui se dit. + +LE ROI.--Eh bien, il faut laisser parler le monde et continuer d'agir. +Mais enfin avançons, quel est votre but? + +M. DE PONTCHARTRAIN.--Sire, c'est de vous communiquer un avis qui paroît +être utile à votre dessein: je l'ai trouvé écrit en un papier que +quelqu'un a mis dans mon cabinet sur ma table. + +LE ROI.--Voyons-le au plus vite, je vous prie, car... + +M. DE PONTCHARTRAIN.--Un fameux pilote expérimenté a fait une nouvelle +découverte d'une probette[120], qui fait connoître la force et les +relâchements des vents, et combien par chaque air de vent on peut faire +de lieues en une heure; ce qui nous est nécessaire pour mettre un impôt +sur cet élément. + +LE ROI.--Eh bien, faites faire l'expérience de cet instrument; et s'il +se trouve bon et juste, on n'a qu'à s'en servir. + +M. DE PONTCHARTRAIN.--Auprès de ce papier j'en ai trouvé un autre, qui +vient, à ce qu'il me paroît, de quelque esprit satirique; il contient +des remontrances que les vents ont adressées à Votre Majesté; si Elle +n'y fait pas droit, elles pourront la divertir. Les voici. + +LE ROI.--Voyons donc vite, car je suis sans cesse exposé à lire et +entendre bien des sottises. + +_Le Roi lit:_ + + TRÈS-HUMBLES REMONTRANCES DES VENTS ET DES ZÉPHIRS, AU ROI. + + Puissant et souverain Monarque, Nous, Éléments, habitants de + l'air, enfants d'Éole notre Père, favoris des astres, nous + soupirons et nous nous abaissons tranquillement devant Votre + Majesté, pour lui faire connoître notre profond chagrin, et lui + demander justice. Nous voyons avec un extrême regret que ses + ministres nous veulent assujettir à un dur esclavage de + maltôte[121], honteux pour notre franchise que nous avons reçue de + la nature; comme elle nous a placés au plus éminent et au plus + beau séjour qu'elle ait formé, nous ne pouvons souffrir de + contrainte sur notre liberté. De plus, Sire, l'auteur souverain de + la nature nous a créés pour le bien et la satisfaction des hommes, + qui ne peuvent vivre sans nous. Quelle tyrannie ce seroit de nous + voir sous le joug d'un impôt infâme qui arrêteroit notre course + céleste et naturelle, en nous privant de nos avantages! + Permettez-nous donc, grand Roi, de nous retirer de France sans + être dragonnés, ni bombardés, et de nous réfugier dans des pays de + paix où les puissances souveraines ne troublent point leurs sujets + par aucune tyrannie, faute de quoi, nous déclarons à Votre Majesté + que nous serons contraires à toutes ses flottes qu'elle mettra sur + mer, et à tout ce qu'elle entreprendra sur les eaux. Nos chères + Soeurs, même nos Zéphirs qui lui ont été si favorables, ont résolu + de ne plus paroître dans ses palais, ni dans les belles solitudes + qui font ses délices. Combien de fois, Sire, avez-vous loué notre + agréable fraîcheur, étant aux pieds des beautés qui vous ont + enchanté! Tous ces bienfaits sont oubliés aussi bien que ceux des + Vents nos alliés, qui ont tant de fois favorisé vos armées + navales. Souvenez-vous donc, illustre Prince, de toutes nos + faveurs, et ne nous ôtez point notre liberté ordinaire, à faute de + quoi, nous vous quittons tous pour n'être plus occupés qu'au + service de l'Empereur[122], le grand Achille de ce siècle, qui + fait respirer le repos et la paix dans l'île Britannique et dans + les pays où il règne. + + _Signé_: LES VENTS ET LES ZÉPHIRS. + +LE ROI, _en colère_.--Je me soucie fort peu de ces menaces et de leurs +impertinents auteurs; je ne veux avoir aucun égard pour les éléments, +ils m'ont trop peu favorisé dans cette dernière guerre. + +M. DE PONTCHARTRAIN.--Sire, vous savez que les vents ne sont pas la +cause que votre flotte est dans la Méditerranée; c'est la faute d'un +ingénieur du parti ennemi, qui a trahi Votre Majesté. + +LE ROI.--Je l'avoue, Monsieur; mais cependant, malgré toutes ces +raisons, il nous faut de l'argent à quelque prix que ce soit. + +M. DE PONTCHARTRAIN.--Je le sais fort bien, Sire, aussi vos ordres +passeront; c'est ce que nous avons arrêté dans notre conseil. + +LE ROI.--Je vous en prie, Monsieur, et donnez-moi du repos, je vous +serai obligé. Adieu, jusqu'à une autre fois. + +_M. de Pontchartrain s'en va._ + + +_ENTRETIEN XVII._ + + LE ROI _et Mademoiselle_ DU TRON, _qui sort du cabinet où elle + s'étoit retirée_. + +LE ROI.--Quel chagrin pour moi, ma belle demoiselle, de ne pouvoir jouir +de la liberté qui est si commune aux hommes! toujours fatigué +d'affaires, je me vois malgré moi privé de ce doux repos, de cette +innocente paix, qui fait tout le bonheur de la vie. Oh! je suis résolu +de ne voir plus personne que mon bel enfant, et je défendrai à mes pages +et à mes gardes de laisser entrer personne lorsque nous serons ensemble. + +Mlle DU TRON.--Votre Majesté a raison, Sire; c'est une peine +effroyable que d'être sans cesse occupé du monde; il est des heures et +des moments où la solitude a bien des charmes pour les coeurs. + +LE ROI, _se passionnant_.--Il est vrai, ma divine, particulièrement +quand on est avec vous, qui donnez des agréments aux déserts les plus +affreux. + +Mlle DU TRON, _en riant_.--Sire, Votre Majesté est toujours galante. + +LE ROI, _lui donnant un baiser_.--Qui ne le seroit avec vous, ma chère +demoiselle, qui inspirez les beaux sentiments? + +Mlle DU TRON, _d'un air tendre_.--Mon illustre Monarque, que l'amour +a d'attraits pour des coeurs bien unis, et qu'il est difficile de +résister à ses coups charmants! Mon Dieu, que je sens de foible dans mon +âme, et que je me vois peu en état de les repousser. Ah! Sire, ayez +pitié de ma foiblesse! + +LE ROI, _voulant profiter de ce moment favorable à sa passion, demeure +court, et dit auparavant_:--Oui, je la vais secourir, cette foiblesse si +ravissante, adorable beauté; mais que dis-je? des charmes si +extraordinaires ne me permettent plus d'avancer, et je sens mes forces +qui m'abandonnent. Hélas! faut-il pour mon malheur, que je me trouve +incapable de vous servir? + +Mlle DU TRON, _rougissant_.--Sire, la course est trop pénible pour +Votre Majesté. + +LE ROI, _confus, en l'embrassant_.--Mon petit amour, me pardonnez-vous +cette infortune? Hélas! la nature et le trop d'amour m'ont trahi dans le +même temps. + +Mlle DU TRON.--Oui, oui, mon cher Prince, je n'y songe pas; c'est un +défaut commun aux amants sur le retour. + +LE ROI.--Ah! que votre sincérité me plaît! il est vrai, Mademoiselle, +qu'à mon âge l'on n'est plus bon soldat d'amour. Ce Dieu qui est dans sa +vigueur, n'enrôle sous ses étendards que de jeunes personnes capables de +soutenir les batailles auxquelles il les expose; je veux, et je ne puis. +O désirs inutiles et qui ne finissent rien! + +Mlle DU TRON.--Mon Prince, ne vous chagrinez pas; Votre Majesté sort +triomphante d'une attaque amoureuse. + +LE ROI.--Que vous êtes bonne, Mademoiselle, d'excuser mes défauts! + +Mlle DU TRON.--Sire, je suis obligée de vous quitter; Votre Majesté +aura, s'il lui plaît, la bonté de me le permettre. + +LE ROI.--Où allez-vous, ma Déesse? + +Mlle DU TRON.--Il faut que je sorte pour une chose indispensable. + +LE ROI.--Je serois au désespoir de vous contraindre; mais, mon cher +coeur, revenez le plus tôt que vous pourrez si vous voulez me +retrouver en vie. + +Mlle DU TRON.--C'est à quoi, Sire, je ne manquerai pas. + +LE ROI, _en la quittant_.--Ah! qu'il est dur de se séparer de ce que +l'on aime. + + +_ENTRETIEN XVIII[123]._ + + LE ROI, _le mareschal_ DE DURAS[124], _capitaine des Gardes du + corps de Sa Majesté_, _Monsieur_ DE BRISSAC[125], _major des Gardes + du corps_, _et_ DEUX PAGES _de la Chambre_. + +LE ROI.--Monsieur, je vous prie de ne laisser entrer personne +aujourd'hui; j'ai mes raisons de n'être point visible. + +M. DE DURAS.--Sire, il suffit que Votre Majesté l'ordonne. + +LE ROI.--Oui, je le veux ainsi, Monsieur; vous m'obligerez. + +M. DE BRISSAC, _à M. de Duras_.--Le Roi le commande, il faut suivre ses +ordres exactement. + +UN PAGE DE LA CHAMBRE[126], _à M. de Brissac_.--Monsieur, voici le +carrosse de Son Altesse Royale Monsieur le Duc d'Orléans, qui vient au +château. + +M. DE BRISSAC.--Dites que Sa Majesté n'est pas ici. + +LE PAGE.--Eh! où dirai-je qu'elle est, si ce Prince le veut savoir +absolument? + +M. DE DURAS.--Vous répondrez, Monsieur, que le Roi est monté à cheval, +mais que vous ne savez de quel côté Sa Majesté est allée. + +LE PAGE.--Cela suffit. + +L'AUTRE PAGE DE LA CHAMBRE, _riant, à M. de Duras_.--Monsieur, parce que +le Roi ne veut voir personne aujourd'huy, voici encore M. de Noyon, qui +vient rendre visite à Sa Majesté. + +M. DE BRISSAC, _s'éclatant de rire_.--C'est toujours de pis en pis; +faites à tous ceux qui viendront le même compliment. + + +_ENTRETIEN XIX._ + + _Monsieur le_ DUC D'ORLÉANS[127]; _Monsieur_ L'EVÊQUE DE + NOYON[128] _et les deux_ PAGES DE LA CHAMBRE. + +M. LE DUC D'ORLÉANS.--Messieurs, le Roi est-il en haut; peut-on lui +parler? + +UN DES PAGES.--Non, Monsieur, Votre Altesse saura que Sa Majesté est +montée à cheval, mais nous ne savons où Elle est allée. + +M. DE NOYON, _arrivant, dit tout haut, à l'autre Page_.--Monsieur, +peut-on voir le Roi? + +L'AUTRE PAGE.--Non, Monseigneur, il est sorti à cheval. + +M. LE DUC D'ORLÉANS, _à M. de Noyon_.--Il me paroît que nous ne sommes +pas plus heureux l'un que l'autre. + +M. DE NOYON.--Hélas! tout de même; il faut que Votre Altesse Royale se +console aussi bien que moi; la fortune nous favorisera une autre fois +davantage. + +M. LE DUC D'ORLÉANS.--Il faut l'espérer. + +M. DE NOYON.--Messieurs, vous présenterez mes respects au Roi, et direz +à Sa Majesté que j'étois venu lui faire la révérence, et en même temps +l'entretenir de quelques affaires importantes. + +LES PAGES.--Nous n'y manquerons pas, Monseigneur. + +M. LE DUC D'ORLÉANS.--Vous lui direz aussi, je vous prie, que j'étois +venu pour avoir l'honneur de La saluer. + +LES PAGES, _faisant une profonde révérence_.--C'est assez, mon Prince, +nous suivrons vos ordres. + +M. LE DUC D'ORLÉANS, _à M. de Noyon_.--Allons, mon cousin, remontons en +carrosse. + + +_ENTRETIEN XX._ + + LE ROI, _dans son cabinet, seul avec Mademoiselle_ DU TRON. + +LE ROI.--Je viens, Mademoiselle, d'éviter un grand embarras par les +ordres que... + +Mlle DU TRON.--Eh! quel est-il mon Prince? + +LE ROI.--Celui des visites qui m'auroient sans doute accablé de +complimens; mais j'en suis délivré, grâce au Ciel. + +Mlle DU TRON.--J'en suis ravie, Sire; quel chagrin de n'être point à +soi quand on le veut! En vérité, les personnes Royales sont exposées à +mille et mille inquiétudes qui les rongent à tout moment. + +LE ROI, _en riant_.--On trouve le moyen de s'en défaire quand on le +veut, ma belle; il suffit de le vouloir. + +Mlle DU TRON.--Je n'en doute pas, Sire, mais... + +LE ROI, _en s'approchant d'elle_.--Où avez-vous donc été, Mademoiselle, +depuis que j'ai eu le chagrin de vous quitter? + +Mlle DU TRON.--Sire, j'ai été prendre l'air dans le parc, où j'ai +goûté mille plaisirs. + +LE ROI.--Quoi, Mademoiselle, toute seule en cet endroit solitaire? + +Mlle DU TRON.--Oui, Sire, je l'aime passionnément, et j'en fais mes +délices; je ne trouve rien de si agréable que la rêverie. + +LE ROI.--En amour, Mademoiselle, c'est quelque chose de charmant quand +deux coeurs sympathisent bien ensemble; de petites absences ont je ne +sais quoi de ravissant; serois-je bien le motif de votre rêverie? + +Mlle DU TRON.--C'est quelque chose d'approchant, mon Prince. + +LE ROI.--Parlez, belle mignonne, parlez, m'aimez-vous? suis-je assez +fortuné pour jouir d'un si grand bien? + +Mlle DU TRON.--Mon Dieu, mon illustre Prince, qu'il est inutile de +vous le dire! un monarque comme vous, le plus aimable du monde, peut-il +en douter? Il ne faut avoir qu'un coeur et des yeux pour sentir +véritablement qu'on aime Votre Majesté, quand elle n'auroit ni sceptre +ni couronne; et l'amour se feroit un reproche sensible de ne pas faire +adorer un grand héros comme vous. + +LE ROI.--Ah! Mademoiselle, que vous êtes honnête! et qui peut +reconnoître tant de bontés! mais hélas! que ne suis-je assez pénétrant +pour démêler l'amour d'avec la civilité! Ce mot «je vous aime», est fort +facile à prononcer; mais qu'il est difficile à remplir! + +Mlle DU TRON.--Je l'avoue, Sire. + +LE ROI.--Une véritable tendresse est hors de prix; mais l'on s'en pique +rarement aujourd'hui, où la politique et l'intérêt triomphent en tyrans +des coeurs mercenaires. + +Mlle DU TRON, _rêveuse, ne répond rien_. + +LE ROI _lui dit_.--Où en êtes-vous, belle rêveuse? + +Mlle DU TRON, _en remuant la tête_.--Sire, j'en suis en l'île de +Tendresse[129], que j'ai trouvée remplie d'un nombre infini d'amants, +empressés, mais peu sincères. + +LE ROI, _en riant_.--Vous n'éprouverez pas Mademoiselle, un pareil sort; +mais ce que vous dites dans le général n'est pas une fiction, la chose +est plus réelle que vous ne pensez. + +Mlle DU TRON.--Je le sais fort bien, Sire, c'est aussi pour cela que +je le dis. + +LE ROI.--Vos rêveries, Mademoiselle, sont si spirituelles, que je suis +curieux de reconnoître cet heureux endroit de mon parc, que vous me +marquez vous en avoir fait naître de si agréables. + +Mlle DU TRON.--Sire, il est fort facile de satisfaire Votre Majesté, +il ne tiendra qu'à Elle d'en être bientôt le témoin oculaire; +d'ailleurs, le temps est fort beau pour la promenade. + +LE ROI.--Cela est vrai, et nous nous en trouverons mieux de prendre un +peu l'air. Allons-y donc promptement. + + +_ENTRETIEN XXI._ + + LE ROI, _Mademoiselle_ DU TRON, _Madame_ DE MAINTENON _et + Monsieur_ FAGON. + +_Le Roi entre dans le parc avec Mademoiselle du Tron; Madame de +Maintenon, l'apercevant, va au-devant de lui, suivie de M. Fagon, et +dit:_ + +Mme DE MAINTENON.--Quoi, Sire, toujours occupé avec les dames, +pendant que vos ennemis prennent et bombardent vos villes? Ah! +croyez-moi, Votre Majesté ne gagnera pas de batailles à Meudon, à +Versailles ni à Marly; il faut qu'elle fasse d'autres efforts pour +cueillir des lauriers cette campagne. Voyez les dépêches qu'un courrier +vient d'apporter, qui marquent que nos affaires sont en très-mauvais +état par mer et par terre. + +LE ROI, _en colère et d'un ton fort haut_.--Parbleu, Madame, de quoi +vous mêlez-vous? Vous êtes toujours sur pied. Et de qui viennent ces +dépêches? + +Mme DE MAINTENON.--Je ne sais pas bien encore, Sire; voici le paquet +que Votre Majesté aura la bonté d'ouvrir. + +LE ROI _ouvre un paquet de lettres et dit_:--Voyons d'abord, en voici +une du maréchal de Boufflers[130]; l'autre, du duc de Villeroy[131]; et +cette dernière est du comte de Montal, qui m'envoie apparemment les +étendards et les drapeaux de la garnison de Dixmude[132]; la prise de +cette place est un coup d'adresse, auquel mes louis ont eu un peu de +part. + +Mme DE MAINTENON _lit la première_.--Ah! Sire, le maréchal de +Boufflers n'est point content des alliés; il dit qu'il n'a jamais vu +pousser un siége avec tant de vigueur ni de courage. + +LE ROI.--Ne me parlez plus de lui, Madame; ce n'est qu'un étourdi +d'avoir laissé prendre Namur, qui étoit une place imprenable depuis +qu'elle m'appartenoit. + +Mme DE MAINTENON.--Sire, il ne faut pas jeter toute la faute sur le +Maréchal; il n'étoit pas le seul commandant dans la ville. Prenons +courage, nous avons encore le château. + +LE ROI.--Ma foi, Madame, je n'estime plus une chose à demi partagée; je +veux tout ou rien; qu'en dites-vous, monsieur le Médecin? + +M. FAGON.--A la vérité, Sire, les choses sont plus agréables quand on +les peut posséder entièrement. + +LE ROI.--C'est aussi ma pensée; mais passons de la guerre à la médecine. +Dites-moi, je vous prie, d'où me viennent de grandes oppressions de +rate, et des palpitations continuelles que je sens? + +M. FAGON.--Sire, Galien nous dit que les oppressions de rate viennent +d'une grande mélancolie, laquelle fait enfler cette partie interne par +les vapeurs qu'elle renvoie au coeur, qui la mettent en cet état. + +LE ROI, _soupirant_.--Galien est sans doute un habile docteur; mais quel +remède donne-t-il contre ce mal? + +M. FAGON.--Sire, ce savant ordonne contre tous les maux, et nous aussi, +tout ce qui leur est opposé. Par exemple, la joie est opposée à la +mélancolie qui fait son séjour dans la rate: pourquoi il la faut bannir +si l'on peut; et pour cet effet, on doit prendre dans la journée, deux +ou trois onces de joie bien préparées[133], qui dissipent la bile noire +que le chagrin fait naître. + +Mme DE MAINTENON.--Voilà un remède souverain, Monsieur; ne +voyez-vous pas que Sa Majesté le met en usage? + +M. FAGON, _regardant Mlle du Tron_.--Le remède est bon et agréable, +Madame, mais il faut craindre... + +LE ROI.--Qu'y a-t-il, Monsieur, à redouter? le breuvage est si doux. + +M. FAGON, _en riant_.--Il est vrai, Sire, si Votre Majesté le prend avec +modération, il ne lui fera point de mal; mais si elle passe la dose du +médicament, Elle est en risque. + +Mme DE MAINTENON.--Que je suis ravie, Monsieur, que vous avertissiez +mon cher monarque de son salut! A l'âge où il est, les efforts ne lui +valent rien, non plus que de certaines agitations d'idées et +d'imagination qui lui échauffent le cerveau. + +M. FAGON.--Rien n'est plus sûr, Madame; toutes les émotions ébranlent le +corps et les parties sensibles qui se trouvent obligées de faire leur +devoir par rapport aux passions qui les excitent, et si l'homme n'est +bien fort, il succombe indubitablement. + +Mlle DU TRON.--Quel langage parlez-vous donc, Monsieur? l'on ne peut +rien comprendre à votre discours. + +Mme DE MAINTENON.--Mademoiselle, le style vous est peut-être inconnu; +mais cependant j'en doute fort. + +Mlle DU TRON, _d'un air fier et dédaigneux_.--Je ne suis pas si +savante que vous, Madame; mais le temps m'apprendra ce que je dois +savoir. + +LE ROI.--Si bien donc, Monsieur le Docteur, que pour se bien porter +il ne faut point voir de femmes? Et comment s'en passer? Sans elles la +vie est à charge, et nous devons au beau sexe les plus doux moments que +la nature a formés. + +M. FAGON.--Cependant, Sire, ces doux moments en font quelquefois naître +de bien mauvais, et le tempérament foible et destitué de forces ne doit +se servir des femmes et du vin que très-peu, seulement pour lui réjouir +le coeur. + +LE ROI, _en riant_.--Croyez-vous, Monsieur, que j'en use autrement? + +M. FAGON.--Je ne sais, Sire, l'excès que Votre Majesté fait, mais l'un +et l'autre sont dangereux. + +LE ROI, _lui prenant la main_.--Monsieur, reposez-vous sur ma conduite, +j'ai du ménagement dans mes passions. + +Mme DE MAINTENON, _à demi bas_.--Pas trop. + +LE ROI _continue_.--Je vous suis pourtant infiniment obligé de la part +que vous prenez à ma santé. + +M. FAGON.--Sire, ce n'est pas, comme Votre Majesté le peut croire, un +autre motif qui me fait agir, que l'envie de voir régner plus longtemps +votre personne Royale, tant pour la satisfaction de ses peuples, que +pour la mienne; quel coup sensible ne seroit-ce point pour nous, si nous +avions le malheur de perdre un Roi si doux et si débonnaire? + +Mme DE MAINTENON.--Ah! Sainte-Vierge qu'entends-je? Vous avez grand +tort, Monsieur, de nous faire un tombeau de douleurs avant le +temps. Hélas! que deviendrois-je, mon Sauveur, si la mort m'enlevoit mon +cher Prince? + +LE ROI, _d'un air railleur_.--Calmez vos ennuis, Madame; eh! monsieur le +Médecin, je ne suis pas encore si près de la mort que vous pensez; il me +semble que je renais depuis quelque temps, je sens même augmenter ma +vigueur de moment en moment. + +M. FAGON, _en riant_.--Sire, Votre Majesté en a besoin. + +LE ROI.--Je vous entends, Monsieur, nous en viendrons à bout avec le +temps. + +Mme DE MAINTENON.--Saint Ignace me puisse-t-il abandonner, si avant +qu'il soit un mois, Votre Majesté ne regrette la paix et la douceur +qu'elle goûtoit dans l'indifférence. + +Mlle DU TRON, _au Roi_.--Que cette vieille dame est ridicule avec son +discours suranné, et ses expressions sanctifiées! Plût à Dieu que Saint +Ignace l'emportât d'ici, et qu'elle nous laissât en repos. + +LE ROI _lui dit tout bas_.--Un peu de complaisance, Mademoiselle, je +vais bientôt la renvoyer dire son chapelet. + +Mme DE MAINTENON.--Sire, Monsieur Erizzo[134], ambassadeur de Venise, +est arrivé à Versailles; il demande audience à Votre Majesté. + +LE ROI.--Quelle diable de figure voulez-vous que je fasse, Madame, avec +cet envoyé? J'enrage de ce que les Turcs ont été défaits[135]. + +Mme DE MAINTENON.--Sire, il faut dissimuler, et lui faire connoître +que Votre Majesté prend beaucoup de part à la victoire que la République +a remportée sur les Turcs dans la Morée. + +LE ROI.--Comment accorder ces paroles à son coeur? + +Mme DE MAINTENON.--Mon Prince, il faut s'accommoder au temps. + +LE ROI, _poussant un soupir_.--L'étrange politique! mais qui ne peut +dissimuler ne peut régner. Madame, qu'on fasse mes compliments à +l'Envoyé de Venise, et qu'on lui dise qu'en bref je lui donnerai +audience. + +Mme DE MAINTENON.--L'on suivra vos ordres, Sire; mais quand Votre +Majesté viendra-t-elle à Versailles? + +LE ROI, _d'une façon impatiente_.--Je verrai, Madame; allez seulement. + +M. FAGON.--Sire, je prends la liberté d'accompagner, Madame. + +LE ROI.--Vous ferez bien, de peur qu'elle ne s'amuse en chemin. + +Mme DE MAINTENON.--Adieu, mon cher Monarque, conservez votre santé. + +LE ROI.--Adieu, Madame, conservez votre esprit. + + +_ENTRETIEN XXII._ + + LE ROI _et Mademoiselle_ DU TRON. + +LE ROI.--La pauvre femme n'en peut plus, la jalousie l'étouffe, elle +croit que je suis mort, éloigné de ses yeux; mais de la mort dont +l'amour me menace, j'espère d'en revenir. + +Mlle DU TRON.--Ah! mon Prince, qu'une tendresse aussi outrée est peu +agréable! il y entre du dépit, de l'envie, de l'intérêt, de la rage, et +enfin tout ce qui est de plus lâche, et de plus abominable. Le coeur +de cette dame est un labyrinthe fort obscur, qu'il est bien +difficile de pénétrer. + +LE ROI, _souriant_.--Comme celui de toutes les dames, Mademoiselle, qui +sont cachées au dernier point. + +Mlle DU TRON, _d'un ton sérieux_.--Votre Majesté, Sire, doit mettre +beaucoup de différence entre une femme et une femme, comme nous en +mettons entre un homme et un homme. + +LE ROI.--Je l'avoue, Mademoiselle, elles ont plus de mérite les unes que +les autres, et sont beaucoup plus aimables; mais cependant il faut +demeurer d'accord que la feinte et la dissimulation sont toujours leur +partage. + +Mlle DU TRON.--Je ne m'aperçois point de cela, Sire. + +LE ROI.--Oh! que vous le savez pourtant bien, ma chère Demoiselle! vous +ne m'avez point encore fait un aveu tendre qui ait pu me contenter. + +Mlle DU TRON.--Ah! qu'il seroit peu à propos, mon cher Prince, de +vous dire ce que vous pouvez faire naître! de grâce, que Votre Majesté +ne m'embarrasse pas davantage sur cet effet; je sens trop la... + +LE ROI.--Et pourquoi, ma belle? expliquez-moi, je vous prie... + +Mlle DU TRON.--Sire, je ne puis à présent; permettez que je me +retire. + +LE ROI.--Adieu donc, charmante; vous voulez me quitter? + +Mlle DU TRON.--Sire, un peu de repos pour rappeler mes esprits +étonnés. + +LE ROI.--Ah Ciel! faut-il que le mien soit troublé par des doutes +si fâcheux, et si embarrassants! + + +_ENTRETIEN XXIII._ + +LE ROI, _dans son cabinet, rêveur et parlant seul_.--Ce n'est pas en +vain que je m'inquiète, cette beauté ne m'aimera jamais. Elle est +prévenue, à mon malheur, d'un autre objet qui la flatte, et qui +l'entretient jour et nuit d'autres idées plus agréables; mais que faire? +il est impossible de forcer les coeurs; peut-être que le temps m'en +rendra le maître. L'absence de cet heureux amant et mes soins assidus +pourront me procurer l'avantage auquel j'aspire. Ah! que la conquête +d'un coeur est souvent difficile à faire, surtout lorsque l'amour en a +disposé pour un autre! Il est vrai qu'elle a lieu de se plaindre de ma +foiblesse qui a si mal secondé mes désirs, et n'a pu répondre à son +attente. C'est un affront pour cette belle, qu'elle ne me pardonnera +jamais, quoiqu'elle n'ose me le témoigner, et je crains que son coeur +ne refuse de se donner à un Prince si peu capable de remplir ses devoirs +dans les occasions les plus importantes. Ah! qu'il est dur de sentir +tant d'amour, et de se trouver si peu en état d'en donner des marques +sensibles! Quelle honte n'en rejaillira-t-il point sur l'histoire de ma +vie, et à quelles railleries ne serai-je pas exposé si cette belle n'est +pas discrète? il faut tâcher de réparer au plus tôt cet affront; petit +Dieu des coeurs, viens à mon secours! hélas! pourquoi m'as-tu +cruellement abandonné? Falloit-il laisser si peu de force et de courage +à un Prince surnommé le Grand? + + +_ENTRETIEN XXIV._ + + _Madame_ DE MAINTENON, _et Monsieur_ BONTEMS. + +Mme DE MAINTENON, _venant d'écouter à la porte du cabinet_.--Monsieur, à +qui parle donc le Roi? qui est-ce qui est avec lui? + +M. BONTEMS.--Ma foi, Madame, je n'en sais rien. + +Mme DE MAINTENON.--Mais j'ai vu sortir votre nièce du cabinet. + +M. BONTEMS.--Vous êtes donc plus savante que moi, car je puis assurer +que je n'en sais rien. + +Mme DE MAINTENON.--Il faut avouer que vous avez grand tort de la +laisser davantage ici; elle trouble entièrement le repos de notre grand +Monarque. + +M. BONTEMS.--Je ne saurois qu'y faire, car c'est par l'ordre du Roi +qu'elle demeure si longtemps à Versailles. + +Mme DE MAINTENON.--O fatalité sans égale! quand elle parut à l'Opéra +et que ce Prince la vit, il en devint d'abord amoureux. Depuis ce triste +moment je ne fais que languir. + +M. BONTEMS.--J'en suis bien fâché, Madame; si j'avois prévu ce malheur, +je ne l'aurois pas fait venir de Normandie. J'entre trop dans vos +intérêts pour pouvoir jamais vous déplaire, du moins volontairement, et +je suis au désespoir que sa présence vous chagrine. + +Mme DE MAINTENON, _poussant deux ou trois gros soupirs_.--Ah! grands +Saints, qui connoissez mes pensées, vous n'ignorez pas que j'enrage +de la voir. De grâce, envoyez un de vos bons anges pour me consoler et +me soutenir dans mes douleurs. + +M. BONTEMS.--Madame, ne vous chagrinez pas, c'est un amour qui passera; +l'infidélité du Roi ne détruira rien de vos affaires; ce Prince +retournera toujours à vous comme à son souverain bien. + +Mme DE MAINTENON.--Dieu le veuille, Monsieur, c'est le voeu que je +fais tous les jours; mais hélas! que votre nièce est redoutable. + +M. BONTEMS.--Ce n'est pas, Madame, par ses caresses, car rien n'est si +indifférent qu'elle, et jamais elle n'a fait d'amitié à personne qu'au +duc de[136]... son galant, qu'elle aime assez tendrement. + +Mme DE MAINTENON.--Cependant, Monsieur, il faut vous avouer que je ne +la trouve pas déplaisante en ses manières; elle charme quand elle parle, +et le son de sa voix est incomparable; de plus, elle a beaucoup l'air de +Cour, ce qui est un grand avantage. + +M. BONTEMS.--Il est vrai, Madame; avez-vous aussi remarqué ce souris +ravissant, qui l'embellit extrêmement? + +Mme DE MAINTENON.--Oui, oui, Monsieur; ne me faites point son +portrait; elle n'est que trop peinte dans mon esprit, et vous voyez que +quelque tort qu'elle me fasse, je ne laisse pas de rendre justice à ses +bonnes qualités. Mais, pour revenir au Duc dont vous m'avez parlé, +qu'elle aime, le Roi peut-il s'accommoder d'un amour partagé, lui +qui est si délicat en tendresse? + +M. BONTEMS.--Je ne sais, Madame, comme cela va, j'en ai du chagrin aussi +bien que ses tantes; et si elle nous avoit voulu croire, elle n'auroit +jamais écouté le Roi. + +Mme DE MAINTENON.--Son motif est, Monsieur, que le Roi fera sa +fortune, et qu'il la mettra au rang de ses maîtresses, lesquelles à la +vérité il n'a pas payées d'ingratitude pour leurs bons services. + +M. BONTEMS.--La pensée est plus intéressée et plus maligne que je ne +croyois. Quoi! ma nièce, à l'âge où elle est, use de politique aussi +fine! De bonne foi je ne l'aurois jamais cru. Eh! que deviendra donc son +pauvre amant? Il formera sans doute un ruisseau de larmes à ces tristes +nouvelles. + +Mme DE MAINTENON.--Bon, le Duc s'en consolera, et l'épousera quand le +Roi en sera dégoûté. + +M. BONTEMS.--Mais cependant, Madame, son front ne s'en trouvera pas +mieux. + +Mme DE MAINTENON.--Hélas! Monsieur, comptez-vous cela pour quelque +chose? Dans le siècle où nous sommes, il n'y a point de familles +distinguées qui ne joignent, même avec plaisir, l'aigrette de Vulcain +aux armes que l'hymen leur donne, pourvu qu'elles y trouvent leur compte +du côté de la fortune. Bon, bon, l'on fait semblant d'ignorer ce que +l'on ne veut point connoître, sitôt qu'il nous apporte du bonheur. + +M. BONTEMS.--En vérité, Madame, j'ai été fort heureux sur ce +chapitre; car j'ai l'imagination fort sensible à échauffer de ce +côté-là. + +Mme DE MAINTENON.--Allez, allez, Monsieur, si votre sort avoit voulu +vous faire cornu, vous auriez porté votre charge aussi bien que les +autres; rendez-en grâces à votre étoile qui vous a préservé de ce +malheur, puisque vous l'appelez ainsi. + +M. BONTEMS.--Quoi, Madame, vous n'estimez pas un malheur d'être cocu? + +Mme DE MAINTENON.--Non, Monsieur; il y a tant d'honnêtes gens qui le +sont, que rien n'est plus à la mode. Combien avons-nous de princes, de +comtes et de ducs, qui ne se font pas un déshonneur de dire: ma mère fut +autrefois la maîtresse du Roi, ou celle du Dauphin, ou celle de +l'Empereur[137]. + +M. BONTEMS, _s'éclatant de rire_.--Sur ma foi, Madame, vous êtes +admirable en raisons convaincantes; les maris aux aigrettes n'ont qu'à +venir chez vous pour recevoir des consolations sur la démangeaison de +leur front; mais quant à moi, toute la plus belle rhétorique du monde ne +pourroit me persuader de bonheur de ce côté-là. + +Mme DE MAINTENON.--Monsieur, changeons de thèse, et concluons +que mademoiselle du Tron ne se mariera jamais, ou bien elle fera son +époux de l'ordre des Chevaliers à la Crète[138]. + +M. BONTEMS.--Tant pis pour elle, Madame; je ne veux point me mêler des +affaires de Cour. Mais quittons la place, je vois venir monseigneur le +Dauphin avec madame la princesse de Conty. + +Mme DE MAINTENON.--Mon Dieu, que je hais cette femme! Je vous prie, +Monsieur, de lui dire que je ne suis point à Meudon. + +M. BONTEMS.--Je le ferai, Madame, si elle me le demande; mais de +l'humeur qu'elle est, vous savez qu'elle ne s'en souciera point du tout. + +Mme DE MAINTENON.--Cela m'est fort indifférent; je me soucie aussi +peu d'elle qu'elle se soucie de moi. Adieu, je vous quitte; je la laisse +avec son Dauphin aller à la chasse entre deux toiles[139]. + +M. BONTEMS, _faisant un signe de croix_.--Ah! Madame, que dites-vous là? +la pauvre Princesse n'y pense pas. + +Mme DE MAINTENON, _en riant_.--Je crois qu'elle n'y pense que quand +elle s'y trouve, ou quand la bête est dans ses filets. + +M. BONTEMS.--Silence donc, Madame, s'il vous plaît, les voici. + +_Madame de Maintenon se retire._ + + +_ENTRETIEN XXV._ + + _Monseigneur le_ DAUPHIN, _la Princesse_ DE CONTI, _et Monsieur_ + BONTEMS. + +MONSEIGNEUR.--Ah! c'est vous, Monsieur Bontems, comment vous +portez-vous? + +M. BONTEMS.--Monseigneur, comme le plus humble de vos serviteurs; votre +santé me paroît aussi très-parfaite. + +MONSEIGNEUR.--Oui, Dieu merci, vous voyez un chasseur qui vient de +descendre de cheval. + +M. BONTEMS.--Eh bien, mon Prince, la chasse a-t-elle été favorable? + +MONSEIGNEUR.--Nous avons tué deux ou trois loups, ce qui nous est assez +rare dans la forêt de Saint-Germain, qui n'est pas bien féconde en ces +espèces d'animaux. + +M. BONTEMS.--Parbleu, Monseigneur, voilà une belle victoire! diable, +deux ou trois loups? la prise n'est point méchante. + +MONSEIGNEUR.--J'en suis assez content. + +M. BONTEMS, _se tournant vers la Princesse de Conti_.--Et vous, Madame, +quelle est la chasse que Votre Altesse aime le plus? + +LA PRINCESSE, _en riant_.--Monsieur, c'est celle des plats et des +verres. + +M. BONTEMS.--Ma foi, Madame, c'est la plus douce, et celle qui fatigue +moins le corps. + +MONSEIGNEUR.--Monsieur, le Roi est-il ici? + +M. BONTEMS.--Oui, mon Prince, Sa Majesté est seule dans son cabinet. + +MONSEIGNEUR, _à la Princesse_.--Madame, avançons, le Roi est sans +compagnie. + +LA PRINCESSE.--Allez toujours devant, je vous suis dans un moment. + + +_ENTRETIEN XXVI._ + + LE ROI _et_ MONSEIGNEUR. + +LE ROI.--Vous voilà donc enfin arrivé; je vous attends depuis hier. +Comment vont les affaires à Versailles? + +MONSEIGNEUR, _d'un air indifférent_.--Ma foi, je ne sais, Sire; Votre +Majesté pouvoit le demander au Gouverneur, qui vient de partir de +Meudon. + +LE ROI.--Quoi, Bontems est ici! Il y est donc venu sans que je l'aie su? + +MONSEIGNEUR.--Oui, sans doute, je viens de parler à lui. + +LE ROI.--C'est que j'étois peut-être embarrassé quand il y est venu. + +MONSEIGNEUR.--Cela se peut. + +LE ROI.--Qui est donc avec vous, mon fils? êtes-vous seul au château? + +MONSEIGNEUR.--Non, Sire, la princesse de Conty est avec moi. + +LE ROI.--Où est-elle donc, qu'elle ne paroît point? + +MONSEIGNEUR.--Sire, elle est dans l'antichambre, où elle regarde +quelques peintures de défunt Mignard[140], elle ne peut tarder à venir. + + +_ENTRETIEN XXVII._ + + LE ROI, MONSEIGNEUR, _et la Princesse_ DE CONTI. + +LA PRINCESSE, _entrant_.--Il faut avouer, Sire, que Mignard étoit un +habile peintre; il a peint ici Vénus qui pleure son Adonis[141] si au +naturel, qu'il n'y manque que la parole pour l'animer. + +LE ROI.--Il est vrai, Madame, la Cour a beaucoup perdu par sa mort. Les +derniers portraits qu'il a faits des trois jeunes Princes du sang[142], +sont admirés de tout le monde. + +LA PRINCESSE.--Particulièrement le duc de Bourgogne est si bien +représenté, qu'il ne lui manque que la parole. + +LE ROI.--C'est un bel art que la peinture; mais qu'a fait la princesse +de Lislebonne[143] du petit portrait qu'elle avoit, qui venoit de +Mignard? C'est à la vérité un chef-d'oeuvre[144], où l'on voit Lucrèce +qui se perce le coeur d'un poignard après avoir perdu sa virginité, +que Sextus lui avoit enlevée en la violant. + +LA PRINCESSE, _en riant_.--La pauvre fille étoit bien folle de se priver +de la vie pour un mal où il n'y avoit point de remède! Cette prude +farouche n'a rien emporté de sa violence, que le péché de se défaire +soi-même, lequel est criant devant Dieu. Ce n'étoit au plus qu'un +fantôme d'honneur qui lui fit commettre ce crime. + +LE ROI.--Il est vrai, Madame; mais autrefois la vertu tenoit lieu de +tout chez les Romains; présentement les dames de ce pays sont plus +apprivoisées, et l'on trouve rarement chez elles des Lucrèces dont la +vertu fasse tant de bruit. + +LA PRINCESSE.--Il en est de même parmi nous, Sire; je ne crois pas que +les femmes soient aujourd'hui moins sensibles à l'honneur, qu'elles +l'ont été du temps que les Dieux venoient se promener sur la terre, et +qu'ils avoient commerce avec elles. + +MONSEIGNEUR.--C'est aussi ma pensée, Madame. Parbleu rien n'est si +difficile à trouver qu'une fille qui ait gardé la fleur de sa virginité. + +LE ROI, _en riant_.--Eh! comment le savez-vous, Monsieur? + +LA PRINCESSE.--Sire, la dernière aventure que le Prince a eue à Marly, +confirme ce qu'il dit. Le comte de Saint-Maure l'a trompé +plaisamment[145]. + +MONSEIGNEUR, _s'approchant de la Princesse_.--Ah! la méchante! elle va +découvrir le pot aux roses. + +LE ROI.--Dites-moi donc, Madame, le tour qu'on lui a joué? + +LA PRINCESSE, _regardant Monseigneur_.--Parlerai-je, mon cher? + +MONSEIGNEUR, _en souriant_.--Tout comme il vous plaira, Madame, la chose +m'est indifférente à présent; je n'ai plus que faire de la provinciale +aux yeux charmants. + +LA PRINCESSE, _malicieusement_.--Voilà comme on parle, quand on s'est +servi des dames. + +MONSEIGNEUR.--Ma foi, Madame, la pauvre fille m'a très-peu servi; car +dès la première fois que je touchai son teton, je vis bien qu'elle +n'étoit pas pucelle. + +LE ROI.--Il vous en faut des pucelles? je gage à coup sûr que ce comte +de Saint-Maure lui avoit assuré que jamais on n'avoit forcé ses lignes. + +LA PRINCESSE.--Voilà justement l'affaire, Sire, et il s'est trouvé +que c'est la plus grande coquette du monde, qui n'a pas moins que six ou +sept galants à sa toilette. + +LE ROI, _souriant_.--C'est assez pour en être contente; mais il me +semble, mon fils, qu'il seroit plus glorieux pour vous d'aller attaquer +quelque place considérable, ou d'aller secourir le siége de Namur, que +de vous amuser à ces galanteries. + +MONSEIGNEUR.--Puis-je manquer, Sire, en suivant l'exemple qu'on me +donne? Quand Votre Majesté parle de la sorte, il me souvient d'une fable +que j'ai lue, où l'écrevisse d'Esope reprenoit sa fille de ce qu'elle +marchoit à reculons; mais cette fille plus avisée que sa mère, lui dit: +Ma mère, vous me l'avez appris de la sorte, et vous ne pouvez marcher +autrement, même sur la fin de votre vie; trouvez donc bon que je vous +imite. + +LE ROI, _confus_.--Mon fils, vous avez raison de condamner mes actions à +l'âge où je suis; je défends ce que je fais; mais aussi considérez qu'il +y a bien plus de lauriers à cueillir pour un jeune prince comme vous, +que pour moi qui suis sur le retour. + +MONSEIGNEUR.--Il est vrai, Sire; mais j'aurois eu aussi bien l'affront +de voir rendre cette place à mon nez, que le maréchal de Bouflers qui a +fait de son mieux pour la conserver. + +LE ROI.--Je goûte vos raisons; hélas! nous avons tout perdu à la mort du +maréchal de Luxembourg[146]; ce général habile et consommé dans la +guerre, auroit tout mis en usage pour préserver cette place de la fureur +des ennemis, que l'on m'écrit s'être battus en diables. + +MONSEIGNEUR.--Jamais siége n'a été poussé avec tant de violence. + +LA PRINCESSE.--Avez-vous vu le prince d'Orange[147], Monseigneur? la +renommée le fait passer pour un grand capitaine, qui même ne craint +point la mort dans les plus grands périls. + +MONSEIGNEUR.--Je l'ai vu plusieurs fois; c'est un prince fort généreux. + +LE ROI.--Il ne l'est que trop pour nous, il seroit à souhaiter qu'il eût +moins de courage, aussi bien que le prince de Vaudemont[148], qui tient +toujours tête au duc de Villeroy. + +MONSEIGNEUR.--Le dernier est vieux et n'a plus guère à vivre. + +LA PRINCESSE.--Mon Dieu, que je voudrois bien que la guerre fût finie! +Il me semble que l'âge d'or reviendroit. + +LE ROI.--Je ne ferai jamais la paix à mon désavantage, mes peuples en +dussent-ils crever. + +LA PRINCESSE.--La résolution est cruelle, Sire. + +LE ROI.--Je n'y saurois que faire, Madame; l'honneur du Roi marche à la +tête de toutes considérations politiques et chrétiennes. + +LA PRINCESSE.--Du moins c'est le sentiment des Révérends Pères Jésuites. + +LE ROI.--Je trouve que les raisons sont bonnes, et que sans elles les +Etats et les Royaumes périroient. + +LA PRINCESSE.--Sire, ces saints Pères sont admirables en moyens. + +LE ROI.--Qu'en dites-vous, Madame? ces dévots religieux sont le sel de +la terre. + +LA PRINCESSE.--Sire, j'en croirai ce qu'il vous plaira. + +LE ROI.--Madame, je vous quitte et vous laisse avec M. le Dauphin; voici +mademoiselle du Tron qui vient d'entrer dans cette chambre; j'ai à lui +parler. + +LA PRINCESSE.--Il est juste, Sire, de lui céder la place, et nous nous +retirons pour ne vous pas être incommodes. + + +_ENTRETIEN XXVIII._ + + LE ROI, _et Mademoiselle_ DU TRON. + +LE ROI.--Eh bien, ma belle demoiselle, saurons-nous aujourd'hui les +véritables sentiments de votre coeur? qu'avez-vous résolu en faveur +d'un prince qui vous adore? faut-il vivre, faut-il mourir? + +Mlle DU TRON, _en riant_.--Sire, il faut vivre; la vie d'un grand +monarque comme vous est si précieuse, que vous ne devez pas douter que +je ne contribue de tout mon possible à sa conservation. + +LE ROI.--Cela est fort obligeant; vous voyez, ma belle, qu'elle ne +dépend plus que de vous; et si vous me refusez ce que je vous demande, +qui est la préférence de votre coeur, je suis le plus malheureux de +tous les hommes. + +Mlle DU TRON.--Comme cette préférence est due au rang que tient Votre +Majesté, c'est si peu de chose pour elle, que je crois qu'elle ne s'en +inquiète pas beaucoup. + +LE ROI.--Ah! quelle injustice vous me faites, ma chère demoiselle, de me +croire indifférent pour la plus grande de toutes les conquêtes! +Désabusez-vous, de grâce, d'une telle erreur, et croyez au contraire que +c'est cette heureuse préférence qui fera toute ma félicité, si vous +voulez bien me l'accorder. Oui, c'est un bien que j'estime infiniment. A +quel désespoir ne me réduirez-vous point si vous me refusez? +Prononcez-en donc au plus tôt l'arrêt; car je ne puis vivre plus +longtemps dans cette cruelle incertitude où vous m'avez laissé. + +Mlle DU TRON.--Eh bien, Sire, puisque vous voulez que je croie que +votre déclaration est sincère, quelque sujet que j'aie de me défier de +mon peu de mérite, je consens d'y ajouter foi, et veux bien me +flatter que vous m'aimez; mais souffrez en même temps que je vous dise +que je ne donnerai mon coeur qu'avec de grandes précautions; il faut, +outre la sincérité, une longue persévérance pour l'obtenir +véritablement. + +LE ROI.--Je sais fort bien, Mademoiselle, que plus un bien est précieux, +plus il doit se faire désirer longtemps; ce seroit une grande témérité +d'oser l'espérer entièrement du premier abord; mais aussi il est +certaines dispositions favorables, sans lesquelles un amant perd courage +dès sa première poursuite. Dites-moi donc ingénuement, mon bel ange, +sentez-vous quelque chose qui vous parle en ma faveur? Ne me déguisez +point la vérité. + +Mlle DU TRON.--Hélas! Sire, qu'un pareil aveu coûte à faire à une +personne de mon humeur! est-il nécessaire de m'expliquer sur un secret +que je voudrois que l'on devinât? mes yeux, qui sont les interprètes de +mon coeur, ne vous ont-ils pas assez parlé? un prince aussi spirituel +comme vous, a dû dès le premier jour entendre leur langage à demi-mot. + +LE ROI.--Le langage des yeux trompe si souvent, que l'on ne doit pas +toujours les croire, et il est très-facile de s'y méprendre! D'ailleurs, +Mademoiselle, je vous avoue que je ne suis pas assez pénétrant pour +pouvoir me flatter de bien développer leurs mystères. Faites donc, s'il +vous plaît, comme s'ils ne m'avoient rien dit; que votre bouche +m'explique, de grâce, ce qu'ils ne m'ont pas fait comprendre assez +clairement, et qui pourroit décider de mon repos. + +Mlle DU TRON.--Souffrez, Sire, avant de vous satisfaire là-dessus, +que je vous interroge à mon tour, et vous demande s'il est bien vrai que +vous m'aimiez autant que vous le dites, si vous n'en aimez plus d'autre +que moi, et si vous avez cette noble résolution que je demande à mon +amant, qui est de m'être toujours fidèle? car malgré votre autorité +souveraine, j'ose vous déclarer que mon coeur ne se donnera +véritablement qu'à ce prix. + +LE ROI, _l'embrassant_.--Hélas! ma belle enfant, pouvez-vous encore en +douter, et ne vous l'ai-je pas fait assez connoître? Douter de mon amour +pour vous et de ma persévérance, c'est douter de la lumière du soleil. +Oui, je vous aime et vous aimerai toute ma vie avec la plus forte +passion; l'expérience vous en convaincra à loisir, et s'il est +nécessaire de vous en faire des serments... + +Mlle DU TRON, _en riant_.--Non, non. Sire, ne jurez point; j'aime +mieux vous croire de bonne foi, que de vous rendre parjure. + +LE ROI.--Si vous consentez à mon bonheur, ma chère demoiselle, sans me +faire languir davantage, dites-moi donc aussi à votre tour que vous +m'aimez véritablement, et récompensez toujours mes feux d'une ardeur +réciproque. + +Mlle DU TRON.--Je me pique, Sire, d'être judicieuse et reconnoissante +de ce que l'on a fait pour moi. Mais si Votre Majesté, par un principe +de délicatesse, ne peut souffrir le partage de mon coeur, il est juste +que je sois aussi jalouse du sien. Eh! qui me répondra que madame +de Maintenon ne le possède pas encore tout entier comme elle a fait +depuis longtemps? Si cela étoit par hasard, comme j'ai lieu de le +soupçonner, vous exigez beaucoup plus de moi que je ne puis espérer de +vous, et vous voyez bien que la partie ne seroit pas égale. + +LE ROI.--Ah! de grâce, n'ayez aucun ombrage à son égard, et rendez plus +de justice à vos charmes; croyez qu'elle est morte dans mon coeur dès +le premier moment que je vous ai connue; je ne la souffre quelquefois +que par politique; parce qu'elle sait tous les secrets de mon Etat[149], +et m'a donné assez souvent de bons conseils. + +Mlle DU TRON.--Sire, elle est fort heureuse que Votre Majesté en juge +si favorablement pour elle, car il est certain que le public en parle +tout autrement et ne regarde au contraire cette femme que comme le +fléau de la France, qui causera infailliblement sa ruine, si Votre +Majesté ne se garantit de ses artifices, et se laisse conduire plus +longtemps par ses dangereuses persuasions. + +LE ROI.--Elle dit pourtant qu'elle ne travaille que pour le bien de mon +royaume, et semble aller au-devant de tous mes souhaits. + +Mlle DU TRON.--Sire, sa politique est bien fine, elle a ses vues +particulières qui sont plus intéressées que Votre Majesté ne pense; mais +je n'en parle qu'en passant, et ce ne sont point mes affaires; je vous +dirai seulement que vous devez vous en défier, étant fort à craindre. +Pour revenir à notre sujet, il faut que vous demeuriez d'accord que +j'aurois eu peu de raison de vous avouer que vous possédez seul mon +coeur, si elle étoit encore maîtresse du vôtre. + +LE ROI, _se passionnant_.--Votre délicatesse me charme. Non, ma chère +demoiselle, mon coeur est tout à vous, et elle n'y a plus aucune part; +cessez donc de vous alarmer sur de fausses apparences, et croyez que +vous seule me tiendrez toujours lieu de tout ce que j'ai de plus cher au +monde. + +Mlle DU TRON.--Si vous ne me trompez point, mon cher prince, mon +coeur est à vous à ces conditions, et je répondrai de ma part à tous +les sentiments de tendresse que Votre Majesté aura pour moi; mais ne me +trompez pas. + +LE ROI, _la baisant_.--Non, ma charmante demoiselle, j'en suis +incapable; que nos coeurs soient donc unis pour toujours, et +goûtons en paix tous les plaisirs d'un amour réciproque. Cet +éclaircissement me redonne la vie. + +Mlle DU TRON.--Je n'ai pu le refuser à vos empressements et à la +bonne opinion que j'ai de votre constance. Mais Votre Majesté m'a +retenue ici plus longtemps que je ne pensois, et je n'ai pas fait +réflexion que l'on m'attend. + +LE ROI.--Je ne vous arrêterai donc pas plus longtemps. Adieu, ma chère +enfant! Ah! qu'il nous sera doux d'aimer toujours de même. + + +NOTES. + + [46] Voir la Préface. + + [47] Louis le Grand. Le surnom de Grand fut donné pour la première + fois à Louis XIV en 1672, après la campagne, célèbre par le + passage du Rhin, dont il fut le prudent témoin. Le président Le + Pelletier fit frapper une médaille avec ces mots: LUDOVICO MAGNO. + + [48] Louis XIV, né le 5 septembre 1638, avait alors 57 ans. Nous + sommes, en effet, en 1695, ainsi que le prouvent plusieurs détails + de ce récit, notamment la réception de l'ambassadeur vénitien + Frizzo. Voyez ci-dessous. + + [49] Nous avons fait de longues recherches pour reconstituer la + parenté qui aurait existé entre Mlle du Tron et M. Bontemps, son + oncle. Le nobiliaire de La Chesnaie des Bois fait du célèbre valet + de chambre du Roi le premier de sa race et ne lui donne ni frères + ni soeurs: donc, aucune nièce de son côté. Il épousa Marguerite + Bosc, soeur de Claude Bosc, chevalier, seigneur d'Ivry, conseiller + du Roi en ses conseils, procureur général de Sa Majesté en sa Cour + des aides, prévôt des marchands de la ville, prévôté et vicomté de + Paris: de ce côté encore, aucun lien de parenté entre Bontemps et + la famille du Tron. + + Mlle du Tron a-t-elle existé? Nous connaissons sous ce nom, mais + avec l'orthographe du Tronc et du Troncq: + + 1º Du Troncq, dont parle Dangeau (_Mémoires_, mardi 19 octobre + 1706): «Le Roi depuis quelques jours a fait brigadiers le comte de + Melun et du Troncq, qui se sont signalés en Italie.»--Ce même du + Troncq (Dangeau, 8 mars 1718), figure dans une liste de promotions + au grade de maréchal de camp. + + 2º N... du Tronc, femme de Savary, sieur de Saint Just, sur + laquelle on trouve le couplet suivant dans le _Recueil de + Maurepas_, t. XI, p. 325, année 1709: + + CHANSON sur l'air: _ne m'entendez-vous pas?_ + 2e couplet. + + De Saint Just à Paris + La Savary fait course + Pour attraper la bourse + Du beau Towienski; + Mais Luxembourg l'a pris. + + Le beau Towienski était un polonais, alors de passage à Paris, qui + avoit obtenu, d'après le chansonnier, les bonnes grâces de la + duchesse de Luxembourg. + + S'il s'agit de Mlle du Tronc, aimée de Louis XIV, elle pouvoit + avoir en 1709 de 30 à 31 ans, soit 16 à 17 ans en 1695. + + L'abbé de Choisy, dans son _Histoire de la comtesse des Barres_, + raconte que, lorsqu'il alla sous son déguisement, s'établir dans + le Berry, il acheta les glaces de la marquise du Tronc, morte dans + son château, à trois ou quatre lieues de Bourges. + + [50] Sur Mme de Maintenon, voyez t. III, pages 65 etc. + + [51] Bontemps. Voy. ci-dessus, page 128, note 49. Premier valet de + chambre ordinaire du Roi, servant par quartier, il prenoit le + titre d'écuyer et de conseiller du Roi. Ce titre de conseiller du + Roi, aussi prodigué que celui de maître d'hôtel, étoit purement + honorifique: il en étoit de même du titre de valet de chambre, que + prirent d'abord les tapissiers du Roi, et, après eux, jusqu'aux + menuisiers du Roi. (Voy. les _Etats de la France_.) + + Alexandre Bontemps fut en outre secrétaire général des Suisses et + des Grisons, gouverneur de la ville de Rennes, intendant des + châteaux, parcs, domaines et dépendances de Versailles et de + Marly. C'est à lui qu'est adressée, dans les termes les plus + respectueux, la première lettre de Ch. Perrault (_OEuvres + diverses_), qui lui demande une place pour son livre dans la + Bibliothèque du palais de Versailles et surtout la fondation d'une + Bibliothèque dans la ville. + + Alexandre Bontemps eut trois enfants, un fils aîné, Louis, qui eut + encore plus de titres et dignités que son père; Alexandre-Nicolas, + qui fut premier valet de chambre de la garde-robe; Marie-Madelaine + qui épousa le riche Lambert de Thorigny, président en la Chambre + des comptes, dont l'hôtel étoit et est encore un des plus riches + de l'île St-Louis.--Voy. l'_Erratum_ à la fin de ce pamphlet. + + [52] Meudon.--«Mardi, 1er juin (1694).--Le matin, le Roi proposa à + M. de Barbezieux l'échange de Choisy avec Meudon; il lui demanda + pour combien Mme de Louvois avoit pris Meudon dans son partage. M. + de Barbezieux lui dit qu'elle l'avoit pris pour 500,000 fr.; sur + cela, le Roi dit qu'il lui donneroit 400,000 de retour et Choisy + qu'il comptoit pour 100,000 fr., si cela accommodoit Mme de + Louvois; ... qu'il vouloit qu'elle traitât avec lui comme avec un + particulier et ne songeât qu'à ses intérêts.» (_Journal_ de + Dangeau.) L'affaire se fit, et dès le vendredi suivant M. de + Villacerf étoit choisi par le Roi et Mme de Louvois «pour régler + le prix des tableaux, des statues et des glaces qui sont à Meudon + et que Monseigneur voudra conserver.» (_Ibid._)--A partir de cette + époque, le _Journal_ de Dangeau parle fréquemment des promenades + du Roi à Meudon, et du séjour qu'y faisoit Monseigneur. + + [53] La marquise de Louvois, arrière-petite-fille du maréchal de + Souvré, petite-nièce de Mme de Sablé, mourut en 1715: «Ce fut, dit + Saint-Simon, une perte fort grande pour sa famille, pour ses amis + et pour les pauvres. Elle avoit la plus grande mine du monde, la + plus belle et la plus grande taille; une brune avec de la beauté; + peu d'esprit, mais un sens qui demeura étouffé pendant son + mariage, quoiqu'il ne se puisse rien ajouter à la considération + que Louvois eut toujours pour elle.--Au lieu de tomber à la mort + de ce ministre, elle se releva et sut s'attirer une véritable + considération personnelle...» La suite de cet éloge, surtout dans + Saint-Simon, donne la plus haute idée du mérite de Mme de Louvois, + et de l'estime qu'avoient pour elle le Roi, la cour et la ville. + + [54] Voyez ci-dessous. Ce trait paraît tout anodin si l'on se + reporte aux oeuvres des fondateurs ou des réformateurs d'ordres + religieux; il paroîtra bien plus inoffensif encore si on le + compare à tel passage du Théâtre italien que nous signalerons, + pour montrer à quelle hardiesse de langage on étoit arrivé depuis + l'époque où le Tartufe avoit été interdit. Nous en citerons un + seul exemple, tiré du _Banqueroutier_, «comédie en 3 actes, + représentée pour la première fois par les comédiens ordinaires du + Roi dans leur hostel de Bourgogne, le 19e d'avril 1687.» + + «PERRILLET.--Ne t'aperçois-tu pas d'un certain jeune abbé qui + vient fréquemment au logis, et que... + + «COLOMBINE.--Qui? l'abbé Goguette? ah! Monsieur, n'en prenez point + d'ombrage... Je me connois un peu en gens. Premièrement, c'est un + garçon de qualité qui a dix mille écus de rente en bons bénéfices, + et qui est bien aise de manger son revenu avec quelque sorte + d'éclat. Il voit tout ce qu'il y a de jolies femmes à Paris. Il + joue gros jeu; son train est leste; il a une belle maison, des + meubles magnifiques, et un cuisinier qui dame le pion au vôtre. + Ha! le joli homme d'abbé que c'est! Je voudrois que Madame vous + eût dit comme il fait bien les choses. + + «PERRILLET.--Ouf!... est-ce que ma femme sait cela? + + «COLOMBINE.--Bon, ils ne bougent d'ensemble... Rêvez-vous de + croire que cet abbé soit amoureux parce qu'il fait de la dépense? + Non moins que cela. C'est qu'il a de l'ambition: et, comme dans le + monde on ne parvient à rien sans l'estime et l'approbation des + femmes, il fait de son mieux pour les mettre de son parti. Il les + promène, il les régale, aujourd'hui à l'Opéra, demain à la + Comédie. De l'air qu'il s'y prend, c'est un drôle qui s'avancera + en fort peu de temps et qui se va mettre dans une grande + réputation. + + «PERRILLET.--Mais, Colombine, crois-tu qu'il ne se feroit pas + autant de réputation en donnant une partie de son bien aux pauvres + qu'en le mangeant avec les femmes? + + «COLOMBINE, _riant_.--Et d'où venez-vous, Monsieur? est-ce qu'on + se fait abbé pour donner l'aumône? je pense que vous perdez + l'esprit. N'est-ce pas une assez belle charité de faire vivre de + pauvres diables de parfumeurs qui ne gagnent rien avec les femmes + et qui mourroient de faim sans messieurs les abbés?» + + Cette cruelle satire est anonyme; elle n'en fut pas moins jouée à + l'hôtel de Bourgogne, vingt ans après le Tartufe, qui eut tant de + peine à paroître. + + [55] Monseigneur le Dauphin.--Cf. ci-dessous.--Voy. aussi + t. III, p. 185. + + [56] La princesse de Conti.--Cf. ci-dessous.--Voy. aussi t. III, + p. 163. + + [57] La campagne du Rhin à laquelle le Dauphin prit part fut celle + de 1694. Le _Mercure galant_ de juin 1694 (pp. 338-348) donne un + journal de la marche de M. le Dauphin en France... «Je donnerois + des louanges à Monseigneur, si je croyois pouvoir faire des éloges + dignes de ce prince. Ce qu'il fait dit plus que je ne pourrois + dire. Toutes les fois que l'armée campe, ce prince ne vient point + chez lui sans avoir examiné le camp et vu si les gardes sont bien + posées. Il donne des ordres fort exacts à tous les officiers, et + fait publier des bans pour empêcher le cavalier et le soldat de + courir, c'est-à-dire d'aller en maraude... Quoi qu'il n'aime point + le jeu, il joue pour faire plaisir à ceux qui aiment ce + divertissement.» + + [58] Le goût du Dauphin pour la chasse et surtout pour la chasse + aux loups étoit fort dispendieux; pour le satisfaire, il + entretenoit depuis 1682 une meute de cent chiens et soixante + chevaux; le personnel des chasses de la maison comprenoit six + lieutenants ordinaires, à 1500 liv. d'appointements, payés sur la + cassette par les mains du premier valet de chambre, un aumônier, + quatre veneurs ou piqueurs, huit valets de limiers, six + garde-laisse des levriers, à 1,000 liv. par an, huit valets de + chien à 800 liv., un pourvoyeur de l'écurie des chevaux pour le + loup: tout ce personnel servoit sous le commandement de M. le + marquis d'Heudicourt, grand louvetier de France. + + [59] Le 20 juin, le Roi étoit à Trianon, et c'est là qu'il + recevoit le serment du sieur de La Tresne, nommé premier président + du parlement de Bordeaux. Entre cette date et celle du 26 octobre + que nous avons indiquée plus haut (page 4, note 5), le Roi alla à + Fontainebleau. + + [60] D'après la Gazette, quatre ducs étoient alors à l'armée du + Rhin, dont les vers suivants prouvent qu'il est question ici: le + duc de Bourbon, le duc de Roquelaure, le duc de Villeroy, le duc + de Luxembourg. + + Le duc de Bourbon, né le 12 octobre 1668, marié le 24 juillet + 1685, à Mlle de Nantes, légitimée de France. + + Le duc de Villeroy étoit très-âgé; il était marié depuis 1662; son + fils ne prit le titre de duc qu'en 1696. + + Le duc de Roquelaure, marié aussi, avait épousé, le 20 mai 1683, + Marie-Louise de Laval-Montmorency. + + Le duc de Luxembourg, né le 18 février 1662, épousa, le 28 août + 1686, Marie-Thérèse d'Albert, fille aînée du duc de Chevreuse, qui + mourut le 17 septembre 1694. Le duc étoit donc veuf à l'époque où + se place ce récit; il se remaria le 15 février 1696, et épousa + Mlle de Gillier de Clérembault. + + [61] A l'armée du Rhin, comme on le voit dans la pièce de vers qui + suit: + + ... N'as-tu pu, sans le perdre, aller jusques au Rhin? + ... Tu voudrois quelquefois aller, comme un tonnerre, + Ravager la Hollande et terminer la guerre. + + [62] Le Roi, vieux pécheur tout ruiné, se seroit assez bien porté, + d'après le _Journal de la Santé_, pendant l'année 1695; cependant + on ne manque pas de signaler ses purgations habituelles et + quelques attaques de goutte, qui l'obligeoient à «se chausser d'un + soulier moucheté.»--Le portrait qu'on peut faire de lui à cette + époque ne ressemble guère à celui qu'on a pu lire, t. II, page + 4.--Louis XIV tenoit de Henri IV et de Louis XIII cette odeur _sui + generis_, qui faisoit dire au baron de Fæneste:--«Tenez, ye me + devoutonne: vous sentirez.--Ho vertubieu! quel parfum.--Et les + pieds de mesme.» En outre, on lui avoit arraché une grande partie + de la mâchoire gauche, et il en étoit résulté une plaie d'où + s'exhaloit au loin une odeur cadavérique nauséabonde; ses maux de + tête et d'estomac l'avoient rendu fort taciturne et avoient + assombri son humeur... Du brillant Louis XIV, quand on a lu le + _Journal de la Santé du Roi_, il reste alors bien peu de chose. + + [63] Voici ce que dit, à ce sujet, la _Gazette de France_...--«De + Dinant, le 5 septembre 1695: Le 30 du passé (août), à 11 heures du + matin, les ennemis donnèrent un assaut général avec 15,000 hommes + à la partie de la ville (de Namur) que les assiégés (commandés par + Boufflers) occupoient au poste de la Cassote et au fort Guillaume. + + «Le 1er de ce mois, les alliés donnèrent un autre assaut général + avec 20,000 hommes...; les brèches étoient si grandes qu'il + pouvoit y monter un bataillon de front... Le carnage fut si grand + qu'il n'y en a point eu de pareil en Europe depuis plus d'un + siècle, puisque les ennemis eurent, dans cet assaut, 9,000 hommes + tués ou blessés et les nôtres 3,000. Mais comme la garnison se + trouva réduite à 5,000 hommes, dont il ne restoit que 2,300 en + état de combattre, et que tous les ouvrages étoient presque + entièrement renversés, on jugea à propos de capituler. Les + articles furent arrêtés le 2 avec l'Electeur de Bavière. Ils + contiennent en substance que la place seroit rendue le 5, en cas + qu'elle ne fût pas secourue auparavant, et que la garnison + sortiroit par la brèche, pour être conduite à Givet sous + Charlemont, avec six pièces de canon, deux mortiers, armes et + bagages, enseignes déployées, tambour battant, et toutes les + autres conditions les plus honorables. La garnison est sortie + aujourd'hui, mais le maréchal de Boufflers a été arrêté par ordre + du prince d'Orange, au préjudice de la capitulation. Les ennemis + ont demeuré soixante-sept jours devant la place, et on n'a jamais + vu une plus courageuse défense.» + + «Du camp de Cambron le 10 septembre.»--Le maréchal de Boufflers + fut transféré le 8 à Maëstricht; la ville lui fut donnée pour + prison. + + --«De Versailles, le 9 septembre: Le Roi, pour tesmoigner de la + satisfaction qu'il eut de ses services dans la vigoureuse défense + de Namur, l'honora du titre de duc.» + + --Ce triste événement est resté complètement et sans doute + volontairement ignoré de l'abbé de La Brizardière dans son + «Histoire de Louis le Grand depuis le commencement de son règne + jusques en 1710»; il n'en dit mot. + + [64] Nous avons dit, à la note précédente, comment s'étoit terminé + le siége de Namur par les alliés, et la capitulation du maréchal + de Boufflers. Quant à Casal, assiégé en 1629 par Gonzalve de + Cordoue, délivré par les François, réassiégé en 1630, mais défendu + avec succès par le marquis de Toiras, assiégé une troisième fois + en 1640 par le marquis de Leganez et délivré par le comte + d'Harcourt (Cadet la Perle), il fut pris en 1652 par les Espagnols + et, depuis, rendu par eux au duc de Mantoue qui l'ouvrit aux + troupes du roi Louis XIV en 1682. En 1694, le duc de Savoie, le + prince Eugène et le marquis de Leganez en firent le blocus le 22 + août; au mois de novembre, malgré les conseils du marquis de + Leganez, à qui cette conduite le rendit suspect, le duc de Savoie + leva le blocus, effrayé par l'approche de l'armée de Catinat; un + incident curieux se produisit pendant le siége: les ennemis + voulurent faire sauter les magasins à poudre de la place au moyen + d'un ressort d'horlogerie caché dans la crosse d'un pistolet. + (_Mercure galant_, octobre 1694.) Le siége fut repris en avril + 1695. Trois mois après, en juillet, on lit dans le _Mercure + galant_: «Sa Majesté vient d'ordonner à M. le marquis de Crenan, + qui en étoit gouverneur, de remettre la place de Casal au duc de + Mantoue, avec tous les droits souverains qui lui appartiennent, et + de faire, pour cet effet, un traité avec M. le duc de Savoie et + les généraux des alliés. Il est réglé par ce traité que la + garnison en sera tirée aussitôt que la démolition tant de la ville + que de la citadelle et du château sera achevée; que la garnison + sera conduite en toute sûreté à Pignerol avec les provisions et + les munitions et la quantité d'artillerie stipulée; qu'il sera + permis aux François établis à Casal de sortir avec leurs effets. + En conséquence de cette capitulation, les troupes du Roi et celles + du duc de Savoie travaillent conjointement à ruiner les + fortifications.»--Cf. _Gazette de France_ du 23 juillet 1695; + lettre du 16 juillet.--Deux ans après, la fille du duc de Savoie, + âgée de 12 ans et un jour, épousoit le duc de Bourgogne, fils du + Dauphin (7 décembre 1697), âgé de quinze ans et demi. + + Il est intéressant de remarquer que, dans cette guerre, Catinat + compta parmi ses adversaires un Simiane établi en Savoie, le + marquis de Pianezza, qui, après une vie aventureuse, servit plus + tard en France avec le titre de maréchal de camp. + + [65] Prière à saint Benoît.--Ni dans les livres de proverbes, ni + dans l'_Apologie pour Hérodote_, où H. Estienne donne une assez + longue énumération des attributions données à plusieurs saints, + nous n'avons rien trouvé qui nous permette d'expliquer pourquoi + l'auteur met en avant ici saint Benoît, et, un peu plus loin, + saint Cyr et saint Hilaire. + + [66] Le philosophe Thalès prétendait que l'eau était l'origine de + toutes choses. + + [67] _Cabinet._ Ce mot, dans le sens où il est pris ici, de petite + enceinte d'arbres, est très-ancien dans la langue. On le trouve + déjà dans Nicot: _Cabinet_ ou _Gabinet en jardin_, _suffugium_. + + [68] Le texte porte: _la_;--_les_ se rapporte à _murailles_. + + [69] C'est l'idée exprimée dans la fameuse lettre adressée à + Fouquet par Mlle de Menneville, trouvée dans sa cassette et + conservée à la Bibliothèque nationale parmi les papiers de Baluze: + «Rien ne me peut consoler, lui disoit-elle, de ne vous avoir point + vu, si ce n'est quand je songe que cela vous auroit pu faire + mal.»--Chéruel, _Mém. sur Fouquet_, t. I, p. 480, _appendice_. + + [70] Fagon (Guy Crescent), né à Paris le 11 mai 1638, étoit fils + d'un commissaire ordinaire des guerres et de Louise de La Brosse, + fille de Guy de La Brosse, le célèbre médecin de Louis XIII. Reçu + docteur en 1664, il fut chargé par Mme de Maintenon des soins à + donner aux enfants du Roi et de Mme de Montespan. Médecin de la + Dauphine en 1680 et de la reine quatre mois après, il devint en + 1683, après la mort de la reine, médecin des enfants de France. En + 1693, il fut nommé premier médecin du Roi Louis XIV, en + remplacement de d'Aquin, alors exilé de la cour, peut-être par les + intrigues jalouses de Fagon lui-même. Saint-Simon, ordinairement + si sévère, lui est très-favorable. Fagon fut reçu membre de + l'Académie des sciences en 1699. Il quitta la cour en 1715, à la + mort de Louis XIV, et mourut le 11 mars 1718, dans le jardin du + Roi, où il étoit né, auprès de son grand-père maternel. + + L'éditeur du _Journal de la Santé du Roi_ lui attribue à tort le + volume intitulé: «les Admirables qualitez du Quinquina, confirmées + par plusieurs expériences... etc. Paris, Martin Jouvenel, 1689,» + in-12. Cet ouvrage, publié sans nom d'auteur, est précédé de + plusieurs approbations de médecins de la Cour, et la première est + celle de Fagon, qui, en retour, est cité plusieurs fois avec éloge + par l'auteur anonyme. + + [71] La maison de St-Cyr, à cette époque (1695), comptoit neuf + années d'existence, les lettres patentes pour sa fondation étant + du mois de juin 1686.--C'est le 3 août suivant qu'eut lieu + l'inauguration de la maison, en présence seulement de quelques + dames de la Cour et de Mme de Maintenon. «Alors, dit M. Lavallée, + commença pour elle un travail qu'elle a continué pendant toute sa + vie avec un zèle égal à sa persévérance... Durant les premières + années, elle fut obligée, à cause de l'ignorance et de + l'inhabileté des jeunes religieuses, de remplir presque toutes les + charges de la maison.» (_Mme de Maintenon et la maison royale de + St-Cyr._) + + [72] Sur le siége de Namur et la capitulation du maréchal de + Boufflers, voyez ci-dessus, p. 144, note 63, et p. 145, note 64. + + [73] Sur le Père de la Chaise, voy. t. III, p. 147. + + [74] Aucun des ouvrages biographiques ou satiriques consacrés au + Père de la Chaise ne parle du Père Bobinet. + + [75] «Quoique les Papes se soient souvent opposés aux demandes que + nos Princes ont faites au Clergé, celui-ci a, de lui-même, voulu + contribuer à l'avantage public, et il n'y a plus aujourd'hui de + difficultés, tout le corps de l'Eglise de France s'étant lui-même + soumis à payer le dixième de ses revenus, sous le titre de décime, + et de payer encore extraordinairement pour les neuf autres parts à + proportion des besoins.--La répartition de ces deux espèces + d'impositions est faite par les Prélats ecclésiastiques et autres + ecclésiastiques de réputation, ce qui porteroit à croire qu'elle + est toujours très-équitable; mais l'expérience y est contraire... + L'autorité et le crédit du clergé n'ont pas permis de penser que + cette taxe pût être imposée par les laïques; ainsi on l'a laissé + se taxer lui-même. Cependant on voit communément qu'un bénéfice de + 100,000 liv. de rente paye 1,500 liv. pour toutes décimes et + qu'une communauté de 30,000 liv. de revenu paye 6 à 7,000 liv. Les + curés sont encore plus vexés que tous les autres par proportion.» + (_Mém. de Boulainvilliers_, 6e _mém._, 1727, t. II, p. 201.) + + Dès la troisième année de la fatale guerre de 1688 à 1697 contre + le prince d'Orange, le Roi avait dû écrire à l'archevêque de + Paris: «Mon cousin..., comme j'ay esté informé qu'il y a beaucoup + d'argenterie dans les églises au-delà de celle qui est nécessaire + pour la décence du service divin, dont la valeur étant remise dans + le commerce apporteroit un grand avantage à mes sujets, je vous + fais cette lettre pour vous exhorter à examiner ce qu'il y a + d'argenterie dans chaque église de votre diocèse..., vous assurant + que vous ferez chose qui me sera fort agréable et fort utile au + bien de mon Etat, d'ordonner qu'elle soit portée dans mes monnoies + pour être converties en espèces d'or et d'argent, la valeur en + être payée comptant sur le pied porté par ma déclaration du 14 + décembre dernier à ceux qui l'apporteront, et ce qui proviendra de + ladite argenterie superflue être ensuite employé au profit des + églises à laquelle ladite argenterie appartenoit.» (8 février + 1690.)--Le 16 février suivant, l'archevêque de Paris écrivoit au + clergé tant régulier que séculier de son diocèse pour l'inviter à + se conformer aux ordres du Roi; ce qui se faisoit dans le diocèse + de Paris devait évidemment se faire dans tous les autres.--Voy. p. + 156, note 79. + + [76] M. de Pomponne. Voy. la table. + + [77] M. de Harlay. Voy. la table. + + [78] M. de Pontchartrain. La _Gazette de France_ de 1693 parle du + sieur Phelipeaux de Pontchartrain qui, déjà conseiller au + Parlement, est nommé secrétaire d'Etat en survivance de son père: + il est le septième de son nom qui ait été revêtu d'une semblable + charge (_Gazette_ du 26 décembre).--Il fut nommé chancelier et + garde des sceaux de France le 5 septembre 1699.--Né le 29 mars + 1643, Louis Phelipeaux de Pontchartrain était fils de Louis + Phelipeaux de Pontchartrain, président à la Chambre des comptes, + et de Suzanne Talon. Mme de Sévigné, Saint-Simon, Dangeau, parlent + de lui fréquemment. + + [79] Dix millions de don gratuit.--Voy. la note 75 de la page + 154.--L'assemblée du clergé s'ouvrit le 28 mai 1695. «Le 8 juin, + le sieur Pussort, doyen du Conseil d'Etat, le sieur Le Peletier, + le sieur d'Argouges, le sieur de Harlay et le sieur de + Pontchartrain, ministres et secrétaires d'Etat, commissaires du + Roi, allèrent à l'assemblée générale du clergé. Le sieur Pussort + parla avec beaucoup de dignité et d'éloquence, et fit une + proposition sur laquelle l'assemblée accorda tout d'une voix à Sa + Majesté un don gratuit de dix millions.» (_Gazette de France_ du + 11 juin 1695.)--«Le grand objet d'une assemblée, c'est le don + qu'on y fait au Roi; mais, comme avant qu'elle commence, ce don + ordinairement est réglé entre le ministre, le futur président de + cette assemblée et le receveur du clergé, il ne reste, quand elle + se tient, qu'à en faire la répartition et qu'à trouver les moyens + de payer promptement la somme que l'on a promise. Cette commission + est la plus recherchée, parce qu'elle donne occasion de témoigner + au Roi le zèle qu'on a pour son service.» (_Mém. de l'abbé Le + Gendre_, Paris, Charpentier, 1863, in-8º p. 102.)--En 1690, le + clergé à qui l'archevêque de Paris avoit fait espérer qu'on ne + demanderoit aucun nouveau sacrifice en 1695, avoit accordé 12 + millions de don gratuit: on peut juger de la pression à laquelle + il céda lorsqu'on lui demanda ces dix millions qui furent, dit la + _Gazette_, accordés tout d'une voix. La stupeur, le chagrin furent + d'autant plus grands que, lorsque parut, en janvier 1695, l'édit + imposant une capitation dont personne ne seroit exempt et qui + seroit levée tant que la guerre dureroit, l'archevêque avoit en + quelque sorte racheté cet impôt en proposant un abonnement de + quatre millions par an, supérieur de deux millions, d'après + l'évêque d'Orléans, à ce que le Roi attendoit.--(Voy. les _Mém. de + l'abbé Le Gendre_, p. 199.) + + [80] La guerre étoit fort difficile à soutenir en effet, et voici + des chiffres qui le prouvent: «Si l'on suppose que la guerre du + prince d'Orange, commencée en 1688 et terminée en 1697, a employé + au service du Roi, pendant les neuf années qu'elle a duré tant sur + mer que sur terre, six cent mille hommes qui auront coûté chacun + quinze sols par jour en vivres, en solde, habits, armes, chevaux, + équipages, vaisseaux, artillerie, le tout par proportion, depuis + le général d'armée, jusqu'au dernier tambour et au mousse du + vaisseau, la dépense de chaque année a monté à 164,250,000 liv.; + mais le revenu ordinaire ne passoit pas 116,000,000.--Cela + supposé, il fallut recouvrer de nouveaux fonds pour l'entretien de + la dignité royale, les rentes, les gages et autres dépenses + publiques. Cependant tout s'est fait; mais, pour en venir à bout, + il fallut emprunter par des créations d'office, des aliénations, + des constitutions de rentes et de nouvelles impositions sur le + public déjà chargé des impositions ordinaires, et de plus par la + capitation imposée en janvier 1695. Ainsi cette guerre a porté ces + charges à près de 600,000,000 de liv. au-dessus des revenus + ordinaires pendant les neuf années de guerre.--Il est vrai que ces + grandes sommes ne sont pas entrées en entier dans le trésor... Si, + par exemple, un traitant se charge d'un recouvrement de six + millions de liv., il en retient un pour son profit et a de plus + 600,000 liv. pour les deux sols pour livre. Il y a encore les + frais de recouvrement estimés à 20 pour cent; et enfin, quoique le + recouvrement soit souvent assez facile, si le traitant veut payer + à titre d'avance, il retire les intérêts à 10 pour cent: d'où il + arrive que le Roi ne tire que quatre millions et demi de ce dont + le peuple paye sept à huit millions de livres.» (6e _mém._ de + Boulainvilliers, t. II, pp. 128-132.) + + Du reste, plus étoient grandes les charges imposées au pays, moins + le trésor royal avoit de ressources. Le comte de Boulainvilliers + (ibid., p. 153) nous en fournit la preuve. En 1688, les tailles + étoient de 32,486,911 liv.; sur cette somme, le trésor a reçu + 29,929,240 liv.; en 1707, elles étoient de 36,755,985 liv.; sur + cette somme, le trésor n'a reçu que 23,538,408 liv.--Ainsi, les + tailles ayant augmenté de 4,269,074 liv., la recette, entre 1688 + et 1707, a diminué de 6,390,832. + + [81] «Le péché, en tant qu'il blesse la raison, est appelé + _philosophique_; et, en tant qu'il offense Dieu, il est appelé + _théologique_.» Un grand débat eut lieu dans le clergé à + l'occasion de ce _péché philosophique_; il eut pour origine une + thèse qu'un jésuite nommé Meunier, professeur au collége de Dijon, + avoit fait soutenir en 1686, thèse conçue en ces termes: «Le péché + philosophique, commis sans aucune connoissance de Dieu et sans + aucune attention à lui, n'est point une offense à Dieu ni un péché + mortel.»--La Société le désavoua; mais, en 1689, M. Arnaud la + dénonça au pape, aux évêques, aux princes et aux magistrats comme + une nouvelle hérésie; les poètes en firent des chansons, dont + quelques-unes fort jolies, dit l'abbé Le Gendre, sur l'air du + Noël: _Or, dites-nous, Marie_. Les enfants, les femmes, les + laquais apprirent par coeur ces vaudevilles; on les fit chanter + dans les rues. (_Mém. de l'abbé Le Gendre_, pp. 123-125.) + + [82] Le Roi, ayant en quelque sorte codifié, par l'édit de + révocation de l'édit de Nantes, tous les autres édits + antérieurement portés par lui et qui, d'année en année, rendoient + plus difficile en France l'exercice de la religion protestante, + compléta son oeuvre en envoyant, particulièrement dans les + Cévennes, des missionnaires dont les prédications étoient + soutenues par des dragons: «Nous envoyions dix, douze ou quinze + dragons dans une maison qui y faisoient grosse chère jusqu'à ce + que tous ceux de la maison se fussent convertis. Cette maison + s'étant faite catholique, on alloit loger dans une autre, et + partout c'étoit nouvelle aubaine.» (_Mém. de Vordac_, cités dans + le _Bulletin du protestantisme françois_, 2e année, 1854, p. + 203.--_Ibid._, _passim_.) + + [83] L'hérésie détruite: deux médailles furent frappées à cette + occasion; dans la première, la Religion couronne le Roi; + l'inscription porte: _Ob vicies centena millia calvinianæ ecclesiæ + revocata, 1685_; dans la seconde, la Religion foule aux pieds + l'Hérésie. L'inscription porte: _Hæresis exstincta; edictum + octobris 1685._ + + [84] La maison de Saint-Cyr fut fondée en 1686. Voyez p. 152, note + 71. + + [85] Les Aphorismes d'Hippocrate ne disent rien de semblable; mais + l'école de Salerne dit: + + Si vis incolumem, si vis te reddere sanum, + Curas tolle graves..... + + [86] Le Roi avoit alors cinquante-sept ans. + + [87] L'école de Salerne a, dit-on, formulé ce précepte; mais nous + l'avons vainement cherché dans son _Régime de santé_. + + [88] Il est à remarquer précisément que, excepté Mme de Montespan, + toutes les maîtresses du Roi eurent cet air «précieux et + languissant.» + + [89] «Chirurgica tota continui divisione, divisi unione et + extractione alieni comprehenditur.» La chirurgie étoit donc un + métier tout manuel, et, dans le serment que les chirurgiens + prêtoient, ils s'engageoient à ordonner seulement «quæ spectant ad + operationem chirurgiæ.» S'ils pratiquoient à Paris ou dans les + faubourgs, ils ne pouvoient le faire qu'avec un médecin, maître ou + licencié dans l'Université de Paris, ou approuvé par la Faculté. + (_Decreta, ritus... saluberrimi medicorum parisiensium ordinis + consuetudines._--Parisiis, Quillau, 1714, in-12, pp. 30 et 107.) + + [90] La veine _céphalique_ «est celle qu'on a coustume d'ouvrir + pour les douleurs de teste, d'où son nom, du grec _kephali_, + tête.--La veine _basilique_, ou _hépatique_, est une veine qui + naît du rameau axillaire, va au milieu du pli du coude où elle se + divise en deux rameaux.» (Furetière.) + + [91] Vos peuples meurent de faim.--«Si, en 1688, on se plaignoit + que les paysans n'avoient point de lits pour se coucher, + aujourd'hui plusieurs manquent de paille (1707).»--_Mém. de + Boulainvilliers_, II, 152.--«On ne sçauroit compter combien il + meurt de pauvres paysans à la porte des plus riches bénéficiers, + sans secours spirituel ou temporel, faute d'un peu de nourriture + ou du plus simple remède.» (_Ibid._, p. 126.)--«Le règne de Louis + XIV,--despotique, bursal, très-long et par conséquent odieux,--a + détruit l'abondance en tirant des sujets au-delà de leurs forces + et en détruisant la consommation intérieure... il a pareillement + détruit la confiance en découvrant un fonds de mauvaise intention + et d'artifice dans les ministres, digne d'une éternelle + exécration.» (_Ibid._, pp. 1, 8-9.)--«Les fortunes subites des + financiers ont excité plusieurs marchands à quitter le + commerce,... et une infinité d'autres à quitter l'agriculture... + De là vient que tant de fabricants et de laboureurs ou fermiers + ont été ruinés, que les terres sont incultes ou mal façonnées, et + que les banqueroutes sont si fréquentes.» (_Ibid._, p. + 16-17.)--Les extraits qui précèdent nous dispensent de citer les + passages si connus où La Bruyère, Vauban, etc., dépeignent la + misère du peuple.--Cf. Vie de Mme de Miramion, pp. 320 et sq. + + [92] Dans ses _Mémoires_, Louis XIV, parlant des souverains, dit + que «le Ciel les a faits dépositaires de la fortune publique.» + (_Édition_ Dreyss, I, p. 177);--il ajoute (t. II, p. 230) que «les + Rois sont nés pour posséder tout et commander à tout.» + + [93] La France soutenoit alors trois guerres, en Hollande, en + Savoie et dans le Palatinat,--sans parler de ses guerres navales + dans la Méditerranée, sur les côtes de France et dans les + colonies.--Nous avons donné plus haut (p. 157, note 80) un aperçu + des frais énormes de ces guerres. + + [94] Un mémoire de Marinier, commis des bâtiments du Roi, sous + Colbert, Louvois et Mansart, et reproduit en appendice dans les + Mém. de Saint-Simon (_Édition_ Hachette), nous donne l'état des + dépenses faites par Louis XIV à Versailles, Saint-Germain, Marly, + etc.--De 1679 à 1690 les dépenses pour Marly seul s'élevèrent à la + somme totale de 4,501,279 liv. 12 s. 3 d., somme qu'il faut au + moins quadrupler pour en avoir la valeur en monnoie actuelle.--A + cette somme, il faut ajouter les frais d'une cascade en forme de + rivière qui tomboit du haut de l'allée derrière le château: on + estime, dit Marinier, qu'elle passe cent mille écus. + + [95] La liste serait longue de toutes les mesures prises pour + augmenter les ressources du Trésor. Nous citerons les principales + qui furent arrêtées dans les cinq dernières années, de 1690 à + 1695. + + 1690.--_3 Janvier._--Déclaration du Roi: «... Pour mettre tout + d'un coup dans le commerce une grande quantité de matières d'or et + d'argent et la faire convertir en espèces à nos coins et armes, + nous avons fait porter aux hostels de nos monnoyes une grande + partie des ouvrages d'orfévrerie qui servoient d'ornements à nos + palais (malheureusement, d'après l'abbé Le Gendre, ces ouvrages + étoient dus au célèbre orfèvre Claude Ballin, dont on trouve la + vie et le portrait dans les _Hommes illustres_ de Perrault); et, + après avoir donné cet exemple à nos sujets, nous avons, par notre + déclaration du 14e du mois de décembre dernier, deffendu à + l'avenir la fabrication de toute sorte d'ouvrages d'argenterie de + pur ornement, et nous avons ordonné que ceux de nos sujets qui + auroient de ces ouvrages deffendus les porteroient aux hostels de + nos monnoyes..., sans aucun profit pour nous, puisque nous leur + faisons payer la matière desdits ouvrages d'argenterie deffendus à + 35 sols du marc de plus qu'elle n'est évaluée par les tarifs + arrestez en nos cours des monnoyes. Nostre prévoyance et nos soins + ont eu tant de succez que nous avons eu la satisfaction de voir + que, depuis la publication de cette déclaration, nos sujets y + obéissent avec tant de zèle et d'empressement qu'ils portent aux + hostels de nos monnoyes, non-seulement les ouvrages d'argenterie + deffendus, mais encore beaucoup de vaisselle plate (_plata_, esp., + argent) dont l'usage leur étoit permis...» + + 1690.--_8 Février._--Lettre du Roy à Mgr l'Archevêque de Paris: + «Mon cousin,... comme j'ay esté informé qu'il y a beaucoup + d'argenterie dans les Eglises au-delà de celle qui est nécessaire + pour la décence du service divin, dont la valeur estant remise + dans le commerce apporteroit un grand avantage à mes sujets, je + vous fais cette lettre pour vous exhorter à examiner ce qu'il y a + d'argenterie dans chaque église de votre diocèse..., vous + asseurant que vous ferez chose qui me sera fort agréable et fort + utile au bien de mon Etat, d'ordonner qu'elle soit portée dans mes + monnoyes pour estre converties en espèces d'or et d'argent, la + valeur en estre payée comptant sur le pied porté dans ma + déclaration du 14 décembre dernier...»--Semblable lettre dut être + envoyée à tous les Evêques de France. + + 1690.--_16 Février._--Lettre de l'Archevêque de Paris au Clergé + tant régulier que séculier de son diocèse, pour l'inviter à se + conformer aux ordres contenus dans la lettre royale du 8 février. + + 1690.--_Février._--Edit du Roi portant création en titre d'office + d'un premier président et de huit présidents au Grand Conseil, qui + payeront «en nos revenus casuels la somme à laquelle sera taxée + chaque charge...» + + 1690.--_Novembre._--Edit du Roi portant création de deux + présidents, seize conseillers et autres officiers au Parlement de + Paris, Requêtes de l'Hôtel et Requêtes du Palais... «Les dépenses + excessives que nous sommes obligez de faire pour faire garantir + notre Royaume de la multitude des ennemis qui l'attaquent, nous + engageant de suppléer par des fonds extraordinaires aux défauts de + nos revenus, nous nous trouvons obligez, après les grandes + aliénations que nous en avons fait, de recourir aux moyens dont on + peut tirer des secours plus considérables avec moins de charge + pour nos sujets et pour nos finances... + + »A ces causes..., nous avons fixé à 500,000 liv. au lieu de + 350,000 liv. le prix des charges de président, et celles de nos + advocats généraux à 350,000 liv. au lieu de 300,000 liv.»--Les + nouveaux titulaires payoient le droit annuel sur le prix de + l'évaluation des offices. D'où ce résultat que «les plus hautes + charges de l'Etat ne rapportent pas le denier quarante, et celles + des finances vont à dix et quinze pour cent, sans les autres + facilités qu'elles procurent.»--6e _Mém._ du comte de + Boulainvilliers. + + 1690.--_Décembre._--Edit du Roi portant création de deux + présidents, quatre maîtres ordinaires, quatre correcteurs, quatre + auditeurs et autres officiers en la chambre des comptes de + Paris.--La charge de premier président est taxée à 550,000 liv. au + lieu de 400,000 liv., celle de président, à 300,000 liv. au lieu + de 200,000 liv., celle de procureur général à 300,000 liv. au lieu + de 250,000 liv. + + 1691.--_Mars._--Edit du Roi portant création de maîtres et gardes + et de jurez syndics des corps des marchands et des arts et métiers + dans toutes les villes du royaume. Les droicts de marc d'or + desdits offices sont fixez pour la première classe à 30 liv.; pour + la deuxième à 24 liv.; pour la troisième à 18 liv.; pour la + quatrième à 12 liv. En outre, pour les droits de réception, selon + la classe, 15 liv., 12 liv., 9 liv. et 5 liv.; plus, pour le droit + royal rétabli en remplacement du droit domanial supprimé, les + marchands et maîtres des corps et communautés payent 40 liv. pour + la première classe, 30 liv. pour la deuxième, 20 liv. pour la + troisième, 10 liv. pour la quatrième. + + 1691.--_3 Mai._--«Les marchands bonnetiers se réunissent au bureau + de la communauté, rue des Ecrivains, paroisse + Saint-Jacques-la-Boucherie, pour délibérer sur les moyens de + trouver les fonds de la somme [de 36,000 liv.] que la communauté + doit offrir au Roi pour réunir au profit d'icelle les offices + héréditaires de six maîtres et gardes de la communauté créés, + ainsi que dans tous les autres corps et communautez des marchands + et artisans des villes du royaume par l'édit du mois de + mars...»--Il résulte d'un arrêt du Conseil du Roi en date du 8 + mai, que les bouchers, après avoir refusé d'abord, auroient fait + leur soumission. + + 1691.--_22 Mai._--Extrait des Registres du Conseil d'Etat: ... «Sa + Majesté en son Conseil a ordonné et ordonne que la déclaration du + 14 novembre 1689 sera exécutée selon sa forme et teneur; en + conséquence a fait et fait très-expresses inhibitions et défenses + à tous ouvriers de luxe de dorer ou argenter des chandeliers à + branches, girandoles, bras, chenets, grilles, brasiers, bordures + de miroirs, balustres, bois de chaises, tables, bureaux, guéridons + et autres semblables ouvrages...» + + 1691.--_14 Août._--Déclaration du Roi... «Ceux qui ont acquis + quelque domaine aliéné de bénéfices, communautez, colléges ou + hôpitaux, à la charge d'en remplacer le prix en maisons ou + héritages, seront tenus, à la réquisition des créanciers, d'en + porter les deniers à nostre trésor royal, pour estre employez en + acquisitions de rentes constituées sur l'hostel de nostre bonne + ville de Paris...» + + 1692.--_Janvier._--Edit du Roi portant création des charges de + surintendant général des postes et relais de France et de grand + maître des courriers... «A l'égard de tous les droits utiles, + profits et revenus appartenant auxdites charges..., nous les avons + unis et unissons à notre domaine pour estre reçus par nos + receveurs avec nos autres revenus, chacun dans leur + généralité.»--Cf. 6e _Mém._ de Boulainvilliers. + + 1692.--_Février._--Edit du Roi portant création de lieutenants de + S. M. dans toutes les provinces du royaume: «Si l'état florissant + où nous conservons notre royaume au milieu de la plus grande + guerre que la France ait jamais soutenue nous en a fait connoître + les forces inépuisables, le zèle ardent et empressé avec lequel + nos sujets et principalement notre noblesse sacrifient tous les + jours leurs biens et leurs vies nous fait trouver en même temps + notre puissance trop bornée, lorsque, voulant proportionner nos + bienfaits à leurs services, nous voyons à regret que nous manquons + de récompenses à mesure que les raisons d'en donner + augmentent...»--Les lieutenants du Roi ne pourront être remplacés + «sans que celuy auquel nous en aurons donné l'agrément n'ait + actuellement remboursé les sommes que lesdits lieutenants auront + financés en nos coffres...» + + 1692.--_Février._--Edit du Roi portant création de 200 notaires + royaux dans l'étendue du Parlement de Tournay, etc. + + 1693.--_17 Mars._--Tarif des droits que le Roi en son conseil veut + et ordonne être payez pour le controlle et enregistrement des + titres et autres actes qui seront reçus à l'avenir dans toute + l'étendue du royaume. Exemples: contrats de mariage, jusqu'à 500 + liv., dix sols;--de 500 à 1,000 liv., 20 sols;--de 1,000 à 5,000 + liv., 40 sols, etc. + + 1693.--_8 Mars._--Tarif des droits qui seront payez par les juges + ou officiers de justice des seigneurs qui ne se sont point fait + recevoir ou qui n'ont point esté immatriculez aux greffes de nos + cours ou juridictions. Exemple: les juges des duchés-pairies et + autres justices seigneuriales qui ressortissent immédiatement au + Parlement, chacun 150 liv.; procureurs desdits, 100 liv., etc. + + 1693.--_16 Juin._--Tarif des droits que le Roi en son conseil veut + estre payez à commencer du 1er juillet prochain par les + communautez des marchands et artisans de la ville et faubourgs de + Paris, pour avoir la faculté d'avoir chez eux des balances, + romaines et fléaux de quelque poids que ce soit. Exemple: chacun + des maîtres de la communauté des épiciers, apothicaires, + grossiers, confiseurs, ciriers, 6 liv.;--merciers, grossiers, + joailliers, 6 liv.;--bouchers, 10 liv.;--boulangers, 3 liv., etc. + + 1695.--_Janvier._--On lit dans le MERCURE GALANT: «_Enfin_ la + déclaration du Roi pour l'établissement de la capitation a esté + publié. Il y avoit longtemps que cette publication étoit + _souhaitée_, tant le zèle des sujets du Roi est grand pour + contribuer à sa gloire et au bien de l'Etat: en sorte que les + taxes ont paru fort modiques à plusieurs.» + + Comme complément de cette curieuse nouvelle, voici un extrait de + la lettre (insérée au _Mercure galant_ de mars 1695) par laquelle + les Etats de Languedoc sollicitent la faveur d'être soumis à la + capitation: «L'Assemblée des Etats de Languedoc a toujours donné + des marques de la passion qu'elle a eue pour le service du Roi et + pour le bien du royaume, en supportant les impositions dont cette + province est chargée; mais elle sent croître cette passion dans le + coeur de ceux qui la composent, en ce temps où les ennemis de + l'Etat se sont faussement persuadé que le zèle des sujets du Roi + peut diminuer ou leurs forces s'épuiser, après le don gratuit de + trois millions qu'elle vient de faire à S. M. et de plusieurs + autres sommes considérables..., elle demande à Sa Majesté qu'il + luy plaise de faire une subvention générale de capitation qui soit + supportée par tous ses sujets, et demande que l'établissement en + soit fait dans la province de Languedoc pendant la guerre...» + + 1695.--_30 Avril._--Edit du Roi, registré au Parlement, portant + aliénation de douze cent mille livres de rente au denier quatorze + sur l'hôtel-de-ville de Paris. + + Nous pourrions multiplier ces extraits; ceux qui précèdent peuvent + déjà donner l'idée des souffrances que l'état de guerre faisoit + supporter au pays. + + [96] Messire François d'Argouges, conseiller d'Etat et du Conseil + royal, ci-devant premier président du Parlement de Bretagne, + mourut à Versailles le 16 de ce mois. (_Gazette de France_, 1695: + de Versailles, le 19 août) [quelques jours avant la perte de + Namur.] + + Louvois étant mort le 16 juillet 1691, à 51 ans, son troisième + fils, le marquis de Barbezieux, fut nommé secrétaire d'Etat, et + prêta serment le 19 août entre les mains du Roi pour la charge de + chancelier et garde des sceaux qu'avoit son père, le 25 août 1693; + le 12 novembre il épousoit Mlle de Crussol, fille du duc d'Usez et + petite-fille de Montausier. Il mourut à Versailles le 5 janvier + 1701, épuisé par une vie de plaisirs, après une courte + maladie.--Lorsqu'il succéda à son père, il avoit 23 ans, + «d'ailleurs nulle expérience, et il eut ordre de ne rien faire + dans l'exercice de sa charge que par l'avis de Chanlay, qui lui + fut donné comme collègue et comme modérateur.» (_Mém._ de l'abbé + Le Gendre, p. 136.)--Voy. sur les griefs du Roi contre lui, + Saint-Simon, _édit._ Hachette en 13 vol. in-12, VIII, 457. + + [97] L'auteur veut sans doute parler du tarif imposé au Clergé le + 10 juin 1693 pour les droits à payer à l'occasion des mariages, + sépultures, baptêmes, etc.--Voici, par exemple, l'article relatif + aux mariages: bans, 30 sols; fiançailles, 40; célébration du + mariage, 6 liv.; certificat de publication des bans, 5 liv.; + honoraires de la messe de mariage, 30 sols; pour le vicaire, 30 + sols; pour le clerc des sacrements, 20 sols; la bénédiction du + lit, tant pour celui qui la fait que pour le clerc qui l'assiste, + 30 sols, soit en totalité 20 liv., soit de 60 à 80 francs de notre + monnoie. + + [98] Il y a peu de numéros de la _Gazette de France_ de cette + époque où il ne soit parlé des incessantes incursions des Anglois + sur nos côtes; mais nos nombreux corsaires leur faisoient bonne + guerre, et ce que la _Gazette_ enregistre surtout ce sont nos + succès.--Voy. les notes suiv. + + [99] Anne Hilarion de Constantin, comte de Tourville, célèbre par + ses actions sur mer, fut fait lieutenant-général des armées du Roi + et vice-amiral du Levant en 1689 (_Gaz. de France_). Souvent + vainqueur des Anglois et des Hollandois, notamment en 1690 + (_Gazette_ du 27 juillet), il fut repoussé par les Anglois le 7 + juin 1692. Maréchal de France en 1693, il mourut à Paris dans la + nuit du 7 au 8 mai 1701. + + [100] _Gazette de France_ du 19 mars 1695: «On a eu avis de + Livourne que les vaisseaux du Roy _le Content_ et _le Trident_, + commandez par le comte du Chalard et le sieur d'Aulnay, avoient + esté attaquez par six vaisseaux de guerre anglois,» et contraints + de se rendre après une résistance désespérée qui ne dura pas moins + de deux jours. + + _Gazette_ du 2 juillet (Toulon, 19 juin) 1695.--«Les ennemis ne + paroissent plus sur nos costes, et on a appris que leurs grands + préparatifs et une flotte si nombreuse n'ont abouti jusqu'à + présent qu'à transporter en sûreté quelques troupes en Catalogne.» + + _Gazette_ du 17 septembre (Marseille, 5 septembre) 1695.--«L'armée + navale des alliez, après avoir jeté inutilement 2,500 bombes dans + Palamos, partit le 27 du mois dernier et parut le 30 devant Toulon + avec environ cent bastimens, parmy lesquels il y avoit 55 + vaisseaux de guerre ou frégates.»--A Toulon, à la Ciotat, à + Marseille et dans les autres ports de la côte, le maréchal de + Tourville, en Provence le comte de Grignan prirent toutes les + mesures nécessaires pour empêcher le débarquement des ennemis qui, + fort heureusement, furent éloignés par une tempête. + + [101] Voy. ci-dessus, p. 133, note 54. + + [102] Il n'étoit point question, à cette époque, de taxer les + filles de joie, mais de les retirer du vice. C'est alors, en + effet, que Mme de Combé, hollandoise de nation, fonda le Bon + Pasteur, qui, après des commencements modestes, fut définitivement + établi en 1698. Voy. Delamare, _Traité de la police_, I, 530 et + suiv. + + [103] Ce qu'on reprochoit surtout à Pomponne c'étoit sa + négligence; l'abbé Le Gendre dit qu'il «laissoit quelquefois des + dépêches deux ou trois jours sans les ouvrir. On disoit encore + qu'il faisoit part aux jansénistes de tous les secrets de l'Etat, + qui étoient son conseil, et qu'il ne faisoit rien par lui-même.» + Ce fut là la cause avouée de sa destitution, mais «la principale + peut-être fut que son emploi faisoit envie à M. Colbert qui étoit + bien aise de l'exercer sous le nom de son frère de Croissy, à qui + il le fit tomber.» (_Mém._ de l'abbé Le Gendre, pp. + 137-138.)--Voir les _Mém._ de Louis XIV, édit. Dreyss. + + [104] Sur Harlay de Champvalon, archevêque de Paris, voy. la + table. + + [105] Grande question que la question des siéges. Chez le Roi ou + la Reine, les duchesses seules et les femmes d'ambassadeur avoient + les honneurs du tabouret. Dans le monde, les femmes de qualité + pouvoient avoir des fauteuils; mais une femme plus qualifiée, + comme la duchesse de La Meilleraie, par exemple, lorsqu'elle étoit + à Nantes dans le gouvernement de son mari, s'asseyoit volontiers + sur le dossier de son fauteuil pour être plus élevée que les + autres dames. On se rappelle la colère de la comtesse + d'Escarbagnas contre Criquet, son laquais, qui, lorsqu'elle lui + dit d'approcher un siége pour M. Thibaudier, apporte une + chaise.--«Un pliant, petit animal,» lui dit-elle tout bas. M. + Thibaudier n'est que conseiller. Voici un passage bien curieux + tiré de _Polyandre_, histoire comique (1648), attribué à Ch. + Sorel; il nous conduit au bal chez un riche financier: «... Force + chaises et tabourets avoient esté mis partout. Les dames et les + demoiselles les plus qualifiées estoient assises au premier rang, + et il y avoit quelques femmes que la beauté et la jeunesse + mettoient à l'égal des filles. Elles faisoient plus d'un demi + cercle, qui laissoit de l'espace pour danser, et derrière il y + avoit des dames plus âgées qui, par leurs ajustemens et leur + contenance estudiée, témoignoient qu'elles prétendoient encore à + la bonne mine et qu'elles ne pensoient point estre au rebut. + Quelques hommes estoient assiz en confusion parmy elles, et vers + la porte il y en avoit une grosse foule qui estoient debout. _Les + plus galands_, refusans des chaises, _quoy qu'ils fussent gens de + condition_, estendoient leurs manteaux par terre et s'alloient + coucher aux pieds des belles dames, où ils se trouvoient encore + trop honorez, et tantost les uns, tantost les autres estoient pris + pour danser,» pp. 178-180.--Voy. l'_Introduction_ à notre édition + du _Dict. des Prétieuses_, de Somaize (Bibl. elzev.), et la + préface de notre ouvrage _Précieux et Précieuses_, 1 vol. in-8º. + Paris, Didier.--Voy. aussi dans les _Mémoires_ de Louis XIV le + refus d'une «chaire à dos» sollicitée par Monsieur, pour Madame, + et les motifs de ce refus. + + [106] L'Evêque de Noyon étoit de la famille de Clermont-Tonnerre. + Saint-Simon a fait connoître la vanité de ce prélat, qui couvroit + de ses armoiries tous les murs de son évêché, qui étaloit à une + place d'honneur un tableau généalogique où on le faisoit descendre + en même temps des empereurs d'Orient et des empereurs d'Occident, + etc. Il a raconté son admission, par ordre du Roi, à l'Académie + françoise où un discours amphigourique et emphatiquement + louangeur, malignement prononcé à sa réception par l'abbé de + Caumartin, fit de lui la risée de la Cour. «M. de Paris ne + l'aimoit point. Il y avoit longtemps qu'il avoit sur le coeur une + humiliation qu'il en avoit essuyée; il n'étoit point encore duc et + la Cour étoit à Saint-Germain, où il n'y avoit point de petites + cours comme à Versailles. M. de Noyon, y entrant dans son + carrosse, rencontra M. de Paris à pied; il s'écrie, M. de Paris va + à lui et croit qu'il va mettre pied à terre; point du tout; il le + prend de son carrosse par la main et le conduit ainsi en laisse + jusqu'aux degrés, toujours parlant et complimentant l'archevêque, + qui rageoit de tout son coeur. M. de Noyon, toujours sur le même + ton, monta avec lui et fit si peu semblant de soupçonner d'avoir + rien fait de mal à propos que M. de Paris n'osa en faire une + affaire; mais il ne l'en sentit pas moins.» Premier grief; en + voici un second: «Cet archevêque... s'étoit mis peu à peu + au-dessus de faire aucune visite aux prélats, même les plus + distingués, quoique tous allassent souvent chez lui. M. de Noyon + s'en piqua et lui en parla fort intelligemment. C'étoient toujours + des excuses. Voyant que ces excuses durèrent toujours, il en parla + si bien au Roi qu'il l'engagea à ordonner à M. de Paris de l'aller + voir. Ce dernier en fut d'autant plus mortifié qu'il n'osa plus y + manquer aux occasions et aux arrivées.»--Un troisième grief, c'est + que Monseigneur de Harlay avertit charitablement M. de Noyon du + ridicule que le discours de l'abbé de Caumartin avoit jeté sur + lui. Tous ces petits événements sont de l'année 1694, à la veille + de l'Assemblée du Clergé. Quel nouveau conflit vit-on éclater dans + l'Assemblée entre les deux prélats si hautains? Ni Dangeau, ni + l'abbé Le Gendre n'en ont parlé; mais on les devine. Saint-Simon + parlant des dégoûts qui assaillirent Monseigneur de Harlay dans + ses dernières années, ajoute que «les chagrins de cette assemblée + l'achevèrent.» Le 6 août, on le trouva mort, étendu sur un canapé + dans sa maison de Conflans... «M. de Noyon eut son cordon bleu.» + + [107] L'abbé de Caylus, frère du chevalier de Caylus qui épousa + Mlle de Villette, fille du cousin-germain de Mme de Maintenon. Il + devint évêque d'Auxerre, après avoir été aumônier du Roi; il avoit + refusé l'évêché de Toul. + + [108] Les Cordeliers dits du Grand Couvent avoient leur maison + dans la rue de l'Observance, quartier du Luxembourg. Les + Cordeliers de l'_Ave Maria_ avoient leur couvent, rue des Barres, + quartier Saint-Paul, et les Cordeliers, sans épithète, rue de + Lourcine, quartier de la place Maubert. + + [109] «La dispute du quiétisme est une de ces intempérances + d'esprit et de ces subtilités théologiques qui n'auroient laissé + aucune trace dans la mémoire des hommes sans le nom des deux + illustres rivaux (Bossuet et Fénelon) qui combattirent.» (_Siècle + de Louis XIV._)--Mme Guyon, la fondatrice illuminée de cette + hérésie mort-née, s'étant mise, d'après le conseil de Fénelon, + entre les mains de Bossuet, regardé comme un père de l'Eglise, + l'Evêque de Meaux s'associa, pour l'examen de ses oeuvres, + l'Evêque de Châlons, depuis cardinal de Noailles, et l'abbé + Transon, supérieur de Saint-Sulpice. Ils s'assemblèrent + secrètement à Issy. L'Archevêque de Paris, jaloux que d'autres que + lui se portassent pour juger dans son diocèse, fit afficher une + censure publique des livres qu'on examinoit. (_Ibid._) + + [110] Ces trois livres étaient les ouvrages de Mme Guyon et + peut-être la _Guide spirituelle_ de Molinos. + + [111] Il étoit d'usage que les militaires et les valets prissent + ainsi des noms de guerre. Nous avons sous les yeux un modèle du + Registre journal du Directeur d'un hôpital militaire; la septième + colonne est destinée aux «noms de fiefs des officiers et aux noms + de guerre des soldats.» Nous y relevons les sobriquets de Va de + bon coeur, la Joie, la Grandeur, Boitout, le Tapeur, la Valeur, + Tope à tout, etc. + + [112] Mme de Maintenon, née en 1636 (voy. t. III) avoit alors 59 + ans. + + [113] Bernier, chirurgien, nous est inconnu. Il ne peut être + question, en effet, du célèbre médecin voyageur, François Bernier; + celui-ci étoit mort en 1688. Peut-être s'agit-il de Jean Bernier, + auteur d'une Histoire de la Médecine et des Médecins (1688 et + 1693); mais il n'étoit pas chirurgien du Roi. + + [114] «On prend enfin ce mot _mareschal_ pour un médecin de + chevaux..., et Nicot dit que ces mareschaux avoient soin des + chevaux du Roy, à la manière des Empereurs romains qui tenoient un + médecin pour leurs chevaux, qui, après, parvenoient à de plus + grands emplois. Ainsi Virgile fut médecin des chevaux d'Auguste et + puis son favory. Et M. Heroart fut médecin des chevaux du roy + Louis XIII, et après il le fut du Roy mesme.»--(Borel, _Trésor des + recherches et antiquités françoises_. In-4º, 1655.) + + [115] C'étoit le langage de la Reine parlant de Mme de Montespan: + «Il lui échappoit souvent de dire: cette pute me fera mourir.» + (Saint-Simon.) + + [116] Furetière admet la locution: «Saigner le pied en l'eau» et + c'est ainsi sans doute qu'il faut lire. + + [117] Le louis d'or valoit alors 12 liv., soit 60 fr. de notre + monnoie; ordinairement, le prix de la visite des médecins étoit + d'un petit écu. Voy. le _Trio de la Médecine_, de l'abbé + d'Aubignac. Les chirurgiens et les apothicaires étoient moins bien + traités; cependant, quand maître François du Tertre faisoit au Roi + une saignée au bras, il touchoit 300 liv., et 600 liv. pour une + saignée au pied. + + [118] Je vous _quitte_, pour _je vous tiens quitte_. Le _Dict._ de + Furetière donne ce sens qu'on ne trouve pas dans Richelet. Les + lexiques de la langue de Corneille par M. Godefroy et par M. + Marty-Laveaux ne le relèvent pas; mais le lexique de la langue de + Mme de Sévigné (_Collect._ des Grands Ecrivains) en cite plusieurs + exemples: «Je vous quitte de la peine de me répondre,» etc. + + [119] Saint-Malo étoit d'autant plus exposé qu'il étoit plus + redoutable aux ennemis. On lit dans la _Gazette_: «de Paris le 12 + janvier 1692: «on a reçu avis que les armateurs, principalement + ceux de Saint-Malo, continuoient d'amener incessamment un grand + nombre de prises. + + «2 février.--Deux vaisseaux du Roi, l'un de 20; l'autre de 26 + pièces de canon, attaquèrent le 24 du mois dernier à la hauteur de + Jersey deux anglois, l'un de 50 et l'autre de 60 pièces de canon: + après six heures de combat ils les obligèrent à se retirer assez + maltraitez.» + + Les années suivantes, Saint-Malo fut bombardé deux fois par les + Anglois, le 26 novembre 1693 et le 14 juillet 1695. (Cunat, + _Saint-Malo et ses marins_.) Le _Mercure galant_ (vol. de juillet) + contient, de la p. 262 à la p. 275, un Journal du bombardement de + Saint-Malo, avec des extraits de lettres sur le même sujet, de la + page 275 à la page 280. A la fin de l'hiver précédent, les + habitants qui se rappeloient le bombardement de 1693 et qui ne + prévoyoient pas celui qu'ils devoient subir, sans en souffrir + d'ailleurs, au mois de juillet suivant, avoient multiplié chez eux + les divertissements; un ballet, _le Retour des plaisirs_, dont la + musique avoit été faite par le maître de musique de la cathédrale, + fut dansé; à la seconde entrée, un choeur de Malouins chantoit + devant Neptune: + + Désormais sur ces bords vivons sans épouvante; + Neptune a de l'Anglois repoussé la fureur. + + [120] Probette, boussole. Vieux mot que n'ont recueilli les + dictionnaires ni de Nicot, ni de Cotgrave, ni de Monet, ni de + Joubert, ni les dictionnaires flamand-françois de 1618 ou de 1634, + ni le dictionn. françois-italien de 1648, etc. + + [121] «_Maletoulte_, c'est-à-dire extorsion, imposts + extraordinaires, et _maltoutiers_ sont ceux qui lèvent ces + imposts. Ce qui vient du mot _tollir_, c'est-à-dire oster. Ce nom + fut donné à l'impost de 1296, selon M. Bignon sur Marculphe. D'où + vient que _maletoste_, selon Ragneau, veut dire tout subside + extraordinaire.» (Borel, _Thresor de Recherches_.) + + [122] L'Empereur d'Allemagne était alors Léopold Ier, qui succéda + en 1657 à Ferdinand III, mourut en 1705 et laissa le trône à + Joseph Ier. + + [123] Dans l'édit. que nous reproduisons, le texte suit, divisé + par _Entretiens_; dans une édition postérieure, l'_Entretien_ + XVIII est précédé d'un nouveau titre et des mots «seconde partie», + qui ne semblent pas motivés. + + [124] Jacques-Henri de Durasfort, duc de Duras, chevalier des + trois ordres du Roi, gouverneur de Besançon et du comté de + Bourgogne, capitaine des gardes du corps, fut nommé maréchal de + France le 30 juillet 1675. Il avoit épousé Marguerite Félice de + Lévis Ventadour, dont il eut un fils. Sa terre de Duras en Guyenne + avoit été, dès 1668, érigée en duché avec cette clause que, faute + d'hoirs mâles, cette terre reprendroit son ancienne qualité et ne + retourneroit pas à la Couronne. Les lettres ne furent vérifiées en + parlement que le 1er mars 1689.--Son frère Guy de Durasfort, fut + duc de Lorge et aussi maréchal de France. Des filles de ce + dernier, l'une épousa le duc de Saint-Simon, l'auteur des + _Mémoires_, l'autre le duc de Lauzun. + + [125] M. de Brissac, major des gardes du corps, chevalier de + Saint-Louis depuis la fondation de l'ordre en avril 1693, étoit + lieutenant-général depuis le mois de mars de la même année. Il + étoit gouverneur de Guise. Saint-Simon fait de lui «un fort simple + gentilhomme tout au plus, qui n'étoit ni ne se prétendoit rien + moins que des Cossé... C'étoit de figure et d'effet une espèce de + sanglier, qui faisoit trembler les quatre compagnies des gardes du + corps, et compter avec lui les capitaines, tout grands seigneurs + et généraux d'armée qu'ils étoient... Il s'étoit acquis toute la + confiance du Roi par son inexorable exactitude... Avec tout + l'extérieur d'un méchant homme, il n'étoit rien moins, mais + serviable sans vouloir qu'on le sût.»--Voir à la suite dans + Saint-Simon le récit du tour qu'il joua aux fausses dévotes de la + Cour. Elles attendoient le Roi au Salut, toutes munies d'une + petite bougie qui éclairoit leur livre pour elles, et leur visage + pour le Roi. Brissac ayant dit tout haut aux gardes de se retirer, + les bougies s'éteignirent et les dames quittèrent la chapelle. Le + Roi arriva peu après, et rit beaucoup lorsqu'il apprit pourquoi + l'église, ordinairement trop petite, étoit déserte ce soir-là. + «Toutes ces femmes auroient voulu l'étrangler.» + + [126] Les pages de la Chambre appartenoient à de très-bonnes + familles nobles du royaume; en échange des services qu'ils lui + rendoient, le Roi se chargeoit de leur éducation et de leur + avenir. Il a daigné leur consacrer une page de ses _Mémoires_. On + lit dans l'_Etat de la France_ de 1669: «Le Roi entretient + vingt-quatre pages de sa Chambre toute l'année, dont chacun des + quatre premiers gentilshommes a six; et Sa Majesté leur entretient + des maîtres sur tous les exercices convenables à des personnes de + qualités. Les Pages entrent avec la garde-robe le matin et le soir + dans la chambre du Roi pour donner les mules à Sa Majesté.»--En + outre, la grande écurie avoit 55 pages, bien qu'il n'y eût de + fonds que pour 19; ils avoient un gouverneur, un sous-gouverneur, + un aumônier, un précepteur. On leur enseignoit les exercices de + guerre, la carte (géographie), la musique, la danse; la petite + écurie avoit 21 pages, dont deux à la vénerie, élevés dans les + mêmes conditions. + + [127] Le duc d'Orléans, frère du Roi. + + [128] Sur l'évêque de Noyon, voyez ci-dessus, page 182, _note_ + 106. + + [129] L'île de Tendresse appartient à la géographie des + précieuses, comme ce pays de l'Amour-propre où La Rochefoucauld + dit qu'il reste beaucoup de terres inconnues. Il existe un livre + italien fort singulier, intitulé: «_della Geografia trasportata al + morale_, del Padre Daniello Bartoli, della compagnia di Giesù. + Milano, 1665.» 1 vol. in-18. L'auteur, dans les Iles Fortunées + voit les espérances de Cour; dans les cataractes du Nil, le + domaine des grands parleurs qui assourdissent ceux qui les + écoutent; dans le mont Parnasse, la vie insensée de qui chante sur + autrui et pleure sur soi-même, etc. Chaque pays est le sujet d'un + long chapitre, bourré de citations et de préceptes moraux + empruntés à toute l'antiquité. + + [130] Voyez ci-dessus, page 144, note 63. + + [131] Le maréchal de Villeroy avoit confié à M. de Montal la + direction du siége de Dixmude. François de Neufville, duc de + Villeroy et de Beaupreau, pair et maréchal de France, étoit fils + de Nicolas, duc de Villeroy, aussi maréchal de France, et de + Magdelaine de Créqui. Nommé chevalier des ordres en 1688, maréchal + de France en 1693, il étoit alors commandant de l'armée de + Flandres. Il dirigea en personne le bombardement de Bruxelles, + malgré une armée de 25,000 hommes, et continua longtemps encore + ses succès militaires, interrompus cependant en 1702, qu'il fut + fait prisonnier à Crémone. Malgré la perte de la bataille de + Ramilies, en 1706, il conserva la confiance du Roi, et fut nommé, + en 1714, ministre d'Etat, chef du Conseil royal des finances; + après la mort de Louis XIV, il fut nommé gouverneur du jeune roi + Louis XV. + + [132] «En vous apprenant le siége de Dixmude, je vous apprends en + même temps sa prise [après 36 heures de tranchée], dit le _Mercure + galant_ de juillet 1695. M. de Blanchefort en apporta la nouvelle + au Roi le 30 de ce mois. M. de Montal en a fait le siége... Après + quelques contestations, le gouverneur consentit à se rendre + prisonnier de guerre avec toute la garnison, montant environ à + 5,300 hommes... J'apprends en ce moment qu'aussitôt après la prise + de Dixmude, Deinse ouvrit ses portes aux troupes du Roi, et qu'il + y avoit dans la place cinq régiments faisant environ 2,500 hommes + qui se sont rendus prisonniers de guerre.» + + [133] C'est ainsi que Citois, médecin de Richelieu, lui ordonnoit + parfois de prendre deux ou trois drachmes de Bois-Robert: _Recipe + Bois-Robert_. + + [134] Erizzo, ambassadeur de Venise, étoit reçu en audience le + mardi, comme tous les ministres étrangers. Le 15 octobre 1695, la + _Gazette de France_, d'accord avec Dangeau, rapporte que le Roi + lui accorda le 5 du même mois une faveur sans précédent: il donna + une audience à sa femme: «le Roi étoit debout auprès de sa table, + dit Dangeau, et, dès qu'il vit l'ambassadrice, il avança deux ou + trois pas à elle et la baisa; et après quelques compliments qu'ils + se firent, toujours debout, l'ambassadrice se retira.» + Saint-Simon, dans ses notes sur Dangeau, donne les règles + d'étiquette ordinairement suivies dans des occasions analogues. + + Quatre jours après, le dimanche 9 octobre «le Roi tint sur les + fonts de baptême la fille du sieur Erizzo. Sa Majesté la nomma + Louise, Madame fut la marraine, et la cérémonie fut faite dans la + chapelle du château par le cardinal de Bouillon, grand aumônier de + France. Le Roi et la Reine d'Angleterre y assistèrent.» (_Gazette + de France._) + + Erizzo ne se montra pas reconnoissant de ces faveurs répétées. Le + jeudi 13 avril 1700, il arriva, dit Dangeau, un courrier de Rome + envoyé par le cardinal d'Estrées, notre ambassadeur, pour rendre + compte de ses démêlés avec Erizzo, qui continuoit à Rome contre + lui les démêlés commencés en France; il avoit même fait un écrit + très-offensant contre le cardinal d'Estrées dont le Roi approuvoit + la conduite (Dangeau). + + [135] «_Mercredi, 27 juillet 1695._--On a eu nouvelle que les + Vénitiens dans la Morée ont repoussé les Turcs...; l'ambassadeur + en doit venir donner part au Roi mardi prochain.--_Lundi 19 + septembre_: Il court un bruit que les Vénitiens ont gagné un + grand combat naval contre les Turcs dans les mers de Chio, + qu'ils ont fait 6,000 prisonniers et entre autres l'amiral + Turc: les nouvelles de ce pays-là méritent confirmation.» + (Dangeau).--Dangeau ne dit rien des sentiments du Roi sur ce + sujet; la _Gazette_ raconte les faits avec une indifférence + marquée; il semble cependant qu'on peut lui reconnoître quelque + partialité en faveur des Turcs. + + [136] Voyez page 138, note 60. + + [137] La duchesse de Chartres, Mme la duchesse (de Bourbon-Condé), + et la princesse de Conti ajoutoient à leur nom _légitimée de + France_. La princesse seule conserva cette addition, que les + autres supprimèrent pour signer comme les princesses du sang. Elle + ne perdoit point une occasion de faire sentir aux deux autres + princesses qu'elle seule avoit une mère connue et nommée. + (_Mémoires_ de Saint-Simon, 1696.)--Elle assista à la mort de Mme + de La Valière, et obtint du Roi la permission d'en porter le + deuil. + + [138] Portant l'aigrette des chevaliers du pays de Cornouailles. + + [139] Entre deux toiles, comme les braconniers qui font usage du + drap de mort.--Entre deux draps. + + [140] La _Gazette de France_ du 4 juin 1695 dit: «Le 29 du mois + dernier, le sieur Pierre Mignard, premier peintre du Roi, fameux + par beaucoup d'excellents ouvrages, mourut en cette ville (Paris), + âgé de 84 ans.»--Dangeau: «_Dimanche, 29 mai_: le bonhomme Mignard + mourut à Paris; il avoit 84 ans; il étoit premier peintre du Roi, + charge qui vaut 12,000 francs et des logements; les ouvrages qu'il + faisoit présentement étoient les plus beaux qu'il eut faits de sa + vie.»--La charge de premier peintre fut supprimée par Louis XIV; + mais à sa mort, le Régent la rétablit en faveur de Coypel, honoré + précédemment du titre de premier peintre de Monsieur. + + [141] Ce tableau ne figure pas dans la liste des tableaux de + Mignard. + + [142] «Mignard ayant eu ordre alors de faire les portraits de la + famille royale, peignit dans le même tableau Monseigneur, Madame + la Dauphine et les trois princes leurs enfants... Il a été gravé + avec ces vers de Santeul: + + Aspice venturos futura in sæcula Reges; + Gallia, quondam orbis sentiet esse suos. + + Dans ces jeunes héros dont l'auguste naissance + Promet cent miracles divers, + Tu vois tes Rois, heureuse France, + Et peut-être y vois-tu ceux de tout l'Univers. + + (_Vie de Mignard_, par l'abbé de Monville, Paris, 1730, + in-12, p. 137.) + + [143] Voyez la table. + + [144] «Revenu à Avignon, Mignard y trouva Molière... Pendant le + temps que Mignard y passa encore avec son frère, il fit une + Lucrèce pour un conseiller au Parlement de Grenoble.» (_Vie de + Mignard_, pp. 56-57.)--C'est sans doute ce tableau qui passa aux + mains de Mme de Lislebonne. + + [145] Le comte de Sainte-Maure étoit en grande faveur auprès de + Monseigneur qui, d'après Saint-Simon, lui donna un jour jusqu'à + 2,000 louis, à la prière de la princesse de Conty, pour payer ses + dettes de jeu. Voy. t. III, p. 197. + + [146] Le maréchal de Luxembourg étoit mort le 4 janvier 1695, peu + regretté du Roi, qui ne l'aimoit point, dit Saint-Simon, et qui + lui refusa ce qu'il lui demanda à son lit de mort. + + [147] Les éloges donnés au prince d'Orange et au prince de + Vaudemont, ennemis de la France, dénotent l'origine de ce libelle. + + Guillaume Henri de Nassau, prince d'Orange, fils de Guillaume, + prince d'Orange, et de Marie d'Angleterre, laquelle étoit fille de + Charles Ier et de Henriette Marie de France, se distingua dans + toutes les guerres dirigées contre la France. Battu en 1672 à + Charleroy par le comte de Montal, en 1674 à Senef par le prince de + Condé, à Cassel en 1677 par Monsieur, en 1678 près de Mons, en + 1691 à Leuse, en 1692 à Steinkerque, en 1693 encore à Steinkerque, + toujours par le maréchal de Luxembourg, il fut, à plusieurs + reprises, forcé de lever des siéges entrepris contre nos armées. + Il mourut le 19 mars 1703. + + [148] Charles Henri, légitimé de Lorraine, prince de Vaudemont, né + en février 1649, étoit fils de Charles IV de Lorraine et de Mme de + Cantecroix, frère aîné de Mme de Lislebonne, dont il a été parlé + ailleurs. Il avoit épousé, le 27 avril 1669, Anne-Elisabeth de + Lorraine d'Elbeuf. + + [149] Nous saisissons ici l'occasion de protester contre la + prétendue influence que Mme de Maintenon auroit eue dans la + conduite des affaires de l'État; sa situation auprès de Louis XIV, + qui voulut toujours être maître absolu, auroit été impossible si + elle eût voulu le diriger; les écrivains protestants eux-mêmes + (_Bulletin de la Société du protestantisme_) reconnoissent + aujourd'hui qu'elle n'eut aucune part à la révocation de l'Édit de + Nantes, où l'on ne fit que codifier des édits et ordonnances dont + beaucoup étoient antérieurs à son entrée à la Cour. Il suffit + d'ailleurs de lire ses oeuvres pour arriver à cette conviction + d'abord qu'elle n'étoit pas bigotte, ensuite qu'elle étoit à peine + assez catholique pour n'être pas protestante. En effet, elle + conseilloit à ses jeunes élèves de Saint-Louis de soulager leur + mère dans les soins du ménage plutôt que d'aller à la messe, + excepté le dimanche; ce jour-là même, elle les dispensoit, + lorsqu'elles seroient dans leurs familles, d'assister aux vêpres: + ce qui n'est pas d'une bigotte;--elle n'admettoit ni le culte de + la Vierge ni le culte des Saints: et ceci rappelle plutôt sa + première éducation, toute protestante, que les leçons du couvent. + + POST-SCRIPTUM.--La feuille qui contient les premières pages de la + pièce qui précède étoit tirée, lorsqu'un mot, qui nous avoit + échappé dans le _Journal_ de Dangeau, est venu nous apprendre + qu'il existoit un abbé du Troncq, «neveu de Bontemps». La parenté + de Mlle du Troncq avec Bontemps nous étoit ainsi révélée, et, bien + que l'auteur du pamphlet soit le seul écrivain de l'époque qui ait + parlé de la passion tardive du Roi pour cette jeune fille, nous y + avons vu une preuve de plus qu'il étoit très-bien renseigné. + L'amourette elle-même est peut-être fausse, peut-être vraie; en + l'absence de renseignements qui confirment les dires du + pamphlétaire, nous n'osons ni la nier ni l'affirmer; mais il est + certain, et nos notes en font foi, que tous les détails groupés + autour du sujet sont d'une rigoureuse exactitude. + + +FIN. + + + + + LE + TOMBEAU DES AMOURS + DE LOUIS LE GRAND + ET SES DERNIÈRES GALANTERIES. + + + + +[Bandeau] + +LE + +TOMBEAU DES AMOURS + +DE LOUIS LE GRAND + +ET SES DERNIÈRES GALANTERIES[150]. + + +Depuis que la nature a fait naître l'amour, ce Dieu a toujours porté ses +traits par tout l'Univers. Il a foulé même à ses pieds les sceptres et +les couronnes, et tout ce qui respire le jour ressent son pouvoir, +jusqu'aux plus innocentes créatures. Les divinités n'ont point été +insensibles à cette charmante sympathie qui nous force d'aimer; +pourquoi seroit-on surpris qu'un grand Roi comme le nôtre ait fait +consister tout son bonheur dans la tendresse? L'amour est la plus noble +de toutes les passions, et sans lui la vie seroit fade et sans goût. + +Mais il faut mettre une grande différence entre l'amour brutal et le +raisonnable. Le premier fait peur et n'est point aimable, n'étant +accompagné que du crime qui est affreux dans son être; au contraire, +l'amour honnête possède des charmes qui sont opposés aux manières du +premier, qui ne consiste qu'en mille petits soins empressés, et mille +services que l'on veut rendre à l'objet aimé. Il est vrai que les bornes +qui séparent l'un et l'autre sont un peu délicates, et qu'il faut +posséder l'indifférence, pour sa sûreté; cependant, nous voyons tous les +jours bien des personnes qui ont triomphé, par le secours de la vertu, +des forces de l'amour, et, quoique cet enfant soit souvent robuste, il +ne laisse pas d'être aimable quand la modestie l'accompagne, et l'on +peut lui donner l'encens qui suit avec justice: + +_Est-il rien de si doux qu'une ardeur innocente qu'un rare mérite +fait naître dans nos âmes? Je ne vois point de bonheur à respirer le +jour, si de l'Univers on en bannissoit l'amour. Tous les plaisirs se +trouvent dans sa suite, et la vie sans aimer seroit un supplice[151]._ + +Les peintres n'ayant pu trouver des couleurs assez belles ni assez vives +pour faire des yeux au fils de Vénus, l'ont représenté aveugle; ce Dieu +auroit-il eu bonne grâce en faisant toutes les conquêtes qu'il a faites +sans voir? C'est une erreur un peu grossière, car quand l'Amour veut +s'emparer d'un coeur, il se sert toujours des yeux d'un bel objet, +pour en blesser un autre: ce qui ne seroit pas, si ce malicieux enfant +ne savoit très-bien que de tous les sens, les yeux sont les plus +susceptibles, parce qu'ils découvrent, les premiers, les redoutables +attraits des belles. Il faut donc raisonner en cet endroit +philosophiquement, et dire qu'un aveugle ne peut devenir savant quand il +est privé des facultés les plus nécessaires, comme la vue. L'on voit +aussi que ce conquérant est fort éloquent et grand rhétoricien, +puisqu'il confond les raisonnements les plus sublimes et les plus +solides. C'est donc avec raison qu'il faut défendre le tort que +l'on fait à ce pauvre enfant en lui tirant son plus bel ornement. + + Amour infortuné songe à tes intérêts; + L'on ne sent plus pour toi l'honneur et les respects. + Tout est perdu, si cela continue. + Ramène-nous des siècles plus doux, + Où l'on verra plus de retenue, + Et qui dureront toujours. + +La durée dans les choses du monde est presque impossible. On la souhaite +assez dans ses termes et ses expressions, et si nous avions un bien qui +sût une fois nous charmer sensiblement, nous ne voudrions jamais le +quitter. C'est pourquoi l'auteur de la nature a prévu cet attachement +comme criminel, et nous a donné toutes choses changeantes et variables +et de peu de durée. + +Les philosophes sont fondés sur de bons principes, quand ils regardent +tout avec indifférence, et qu'ils n'aiment que le présent. Cependant, +parmi nous, ces sentiments sont condamnés, et l'on seroit mal instruit, +si l'on vouloit les suivre. + +Laissons donc pour une autre fois ces idées, et voyons avec plaisir +toutes les galanteries de notre prince. Examinons-en le tour et la +délicatesse, et disons qu'il est le seul au monde qui a su aimer si +tendrement; mais présentement son coeur est rempli de sentiments pieux +qui ont banni la tendresse humaine de ses idées[152]. Ce qui +faisoit autrefois sa félicité, ne le charme plus que foiblement, et les +douceurs qui ont enchanté ce Monarque paroissent mourantes et sur leur +fin. Pendant qu'il languit, et que sa raison et ses transports sont de +retour, il faut faire la revue de ses amours, et voir le terrible +changement qui se trouve chez ce Prince, après avoir décrit les plus +doux moments de sa vie. + + L'on ne voit rien dans cet Univers, + Qui soit constant et solide, + Le sort des humains décide, + Selon les sentiments divers. + +Je reviens à l'ardente passion du Roi, et je laisse ma Muse pour une +autre fois; je veux suivre toutes les démarches qu'il a faites dans ses +amourettes, et dire que rien dans la vie ne l'a touché si sensiblement +que la possession d'une personne aimable. Mademoiselle de Manchini[153] +avec son air commun et sa petite taille, mais de l'esprit comme un ange, +a fait passer à ce Prince des heures charmantes[154]. Souvent madame de +Venelle[155] les surprenoit dans leurs conversations touchantes; mais il +faut dire à la vérité que leurs joies n'ont été qu'imparfaites. Notre +Prince l'auroit épousée, sans les oppositions du cardinal Mazarin[156] +qui étoit prié de la reine-mère, et qui lui fit promettre, un jour +qu'il souhaitoit d'elle des preuves de son amour[157], qu'il empêcheroit +la chose.--«Ce que je vous demande, lui disoit la Reine, n'est pas une +si grande assurance de votre passion que vous croyez. Car si le Roi +épouse votre nièce, de l'humeur que je lui connois, il ne manquera +jamais à la répudier et vous serez mal avec lui; ce qui [me] chagrinera +plus que le mariage, quoique mes desseins soient entièrement ruinés pour +la paix, si le Roi n'épouse pas la fille du Roi d'Espagne.» + +Le cardinal trouva la pensée de la Reine admirable et lui promit tout +afin de posséder son coeur[158]. Cependant le Roi a marqué toujours +une aversion si extraordinaire pour le démariage[159], et il l'a déclaré +si souvent, qu'il donne bien lieu de croire qu'il ne se seroit pas voulu +servir de ce méchant usage. Notre sublime cardinal maria enfin sa nièce +au duc de Colonna[160], dans le dessein de faire mieux sa cour proche +de[161] la reine qui l'en remercia avec les manières les plus +tendres du monde. Notre jeune Monarque pleura et cria, se jeta aux pieds +du cardinal et l'appela son papa; mais hélas! il étoit destiné que les +deux amants se sépareroient. Cette amante affligée étant pressée de +partir, et montant en carrosse, dit fort spirituellement à son amant, +qu'elle voyoit dans une douleur accablante: «Vous pleurez, et vous êtes +Roi! pourtant je suis malheureuse et je pars dès ce moment!» + +Le Roi pensa mourir de chagrin de la cruelle séparation de sa chère +mignonne; mais comme ce Prince étoit encore jeune, il se consola plus +facilement, et son coeur ne demeura pas longtemps dans la +tranquillité. Nous le verrons par la suite. + +Quand Philippe IV, roi d'Espagne, fut mort[162], notre inconsolable +Monarque forma le dessein d'aller aux Pays-Bas, pour mettre la Reine son +épouse en possession des Etats qui lui appartenoient; Sa Majesté y entra +avec toute la magnificence qui pouvoit charmer les sens[163]. Elle étoit +précédée de deux compagnies de mousquetaires richement vêtus, et leurs +chapeaux garnis de plumes blanches, comme le reste des gardes du corps. +Notre illustre Prince étoit vêtu d'un habit en broderie d'or mêlé de +perles, avec un superbe bouquet de plumes incarnates et blanches, +attaché d'un coeur de diamants. Le Roi étoit monté sur un cheval dont +la marche fière et glorieuse faisoit bien connoître qu'il portoit +le plus puissant héros de l'Univers; un nombre infini de seigneurs et de +personnes distinguées accompagnèrent Sa Majesté dans son voyage. + +Le Roi étant de retour ne demeura pas longtemps sans trouver un tendre +amusement. Mademoiselle de la Valière[164], fille de la maison de +Madame, par une sympathie inconnue s'est fait aimer passionnément de ce +Prince. La Valière qui n'étoit ni noble[165], ni belle, ni l'air fort +charmant[166], mais infiniment de l'esprit et du brillant dans tout ce +qu'elle disoit, ayant le coeur rempli de tendresse et de sincérité, +ces dernières qualités ont enchaîné le plus fier et le plus superbe +Prince de l'Europe sous ses lois, et lui ont fait dire souvent qu'il n'a +jamais aimé personne avec tant d'ardeur. + +Il est vrai[167] qu'elle aima le Roi par inclination plus d'un an avant +qu'il la connût, et qu'elle disoit souvent en soupirant à une de ses +amies, qu'elle voudroit qu'il ne fût pas d'un rang si élevé, et que la +fortune l'eût fait naître berger. La raillerie que l'on en fit donna +l'envie à notre Monarque de connoître l'aimable bergère qui lui +souhaitoit au lieu de son sceptre une houlette. Et comme il est +naturel à un coeur généreux d'aimer ceux qui nous aiment, le Roi +l'aima dès ce premier moment, et lui dit un jour en riant: «Venez, ma +belle aux yeux doux, qui ne pouvez aimer qu'un prince.» + +Ce n'est pas que sa personne lui plût; mais par reconnoissance, Sa +Majesté dit au comte de Guiche qu'il la vouloit marier à un marquis +qu'il lui nomma et qui étoit des amis du comte; ce qui lui fit répartir +au Roi que son ami aimoit les belles.--«Eh bien! dit le Roi, je sais +bien qu'elle n'est pas une incomparable beauté; mais je lui ferai assez +de bien pour la faire chérir.» + +Quelque temps après, le Roi fut chez Madame qui étoit un peu indisposée, +et s'arrêta dans l'antichambre avec La Valière à laquelle il parla +longtemps. Ce prince demeura si charmé de son esprit et de ses manières +engageantes que sa reconnoissance devint amour. Mais comme ce prince +cherchoit l'occasion de lui dire tout ce qu'il sentoit pour elle, parce +qu'il en étoit pressé et qu'il y avoit déjà du temps qu'il languissoit +secrètement, il la trouva. Il lui auroit été bien facile s'il eût +considéré qu'il étoit Roi; mais la qualité d'amant lui paroissoit trop +charmante pour n'en pas suivre les lois. Ce fut à Versailles, dans le +parc, que le Roi se plaignit tendrement que depuis plus de trois mois sa +santé n'étoit pas bonne. Mlle de La Valière[168], en parut affligée, +et en marqua du chagrin, ce qui toucha le Roi sensiblement, et lui fit +dire:--«Hélas ma belle, je serai le plus fortuné de tous les +hommes, si vous me plaignez un peu, étant à vous comme je suis.» + +La Valière rougit, et parut interdite en voyant le Roi, qu'elle aimoit, +à ses genoux, tout passionné. Elle se leva par respect, mais le Roi lui +prit la main et la baisa tendrement, en lui disant:--«Ma charmante! je +suis malheureux, puisque vous n'êtes pas sensible, et je suis à plaindre +en vous adorant comme je fais.»--«Non, Sire, répliqua-t-elle, je ne suis +point insensible à ce que vous sentez pour moi. Il y a longtemps, ajouta +cette aimable fille en poussant un soupir, que l'amour m'a fait +connoître secrètement que je devois aimer le plus parfait de tous les +Rois.» + +Notre Monarque parut touché d'entendre un aveu si doux et si favorable à +son amour; mais la pluie qui survint en abondance rompit une +conversation si tendre. Le Roi, qui n'avoit pas encore toutes les +assurances qu'il vouloit du coeur de son adorable, lui envoya ce +billet[169]. + + «Hélas! ma charmante enfant! si vous ne m'aimez en bref, il + faudra que je meure. L'on cherche avec empressement ce qui me + peut rendre rêveur comme je le suis; mais l'on ne pénètre pas + que je vous aime plus que moi-même, et que vous me mettez au + désespoir par vos manières cruelles. Ah! ma chère mignonne! + changez de sentiments, et soyez plus sensible pour un prince + qui ne respire la vie que pour vous.» + +Quelque temps après ce billet, Sa Majesté, qui ne peut souffrir +l'absence de ce qu'il aime, alla voir sa belle chez Madame, que le comte +de Guiche entretenoit. + +Les Demoiselles qui étoient avec La Valière se retirèrent par respect; +si bien que Sa Majesté demeura seule avec cette belle, et lui dit tout +ce qu'un amour tendre et violent peut faire dire à un homme qui a de +l'esprit et de la passion. Il l'assura mille fois que sa flamme seroit +éternelle et qu'il ne changeroit jamais. + +Madame, qui apprit la conversation que le Roi avoit eue avec La Valière +étoit au désespoir[170]:--«Quoi, disoit-elle, préférer une petite +bourgeoise de Tours, laide et boiteuse, à une fille de Roi, faite comme +je suis![171]» + +Elle en parla à Versailles aux deux Reines en femme vertueuse qui ne +vouloit pas servir de commode[172] aux amours du Roi. La Reine-Mère dit +qu'il en falloit parler à La Valière, ce qu'elles firent avec tant +d'aigreur que notre aimable bergère se résolut, dès ce triste moment, de +se mettre dans un couvent. Elle [y] demanda d'abord une chambre, où elle +pleura amèrement. + +Il arriva en ce temps-là à Paris des ambassadeurs pour le Roi d'Espagne +qui étoient avec le Roi dans la salle où l'on les reçoit d'ordinaire +avec plusieurs personnes de qualité. Le duc de Saint-Aignan[173] dit au +marquis de Sourdis[174], assez bas: «La Valière est en religion.» Notre +Monarque, qui avoit entendu ce nom charmant qui avoit frappé ses +oreilles, tourna la tête tout ému et tout pâle, et demanda au duc ce +qu'il disoit, qui lui répartit que Mlle de La Valière étoit en +religion à Chaillot[175]. + +Par bonheur, les ambassadeurs étoient expédiés, car dans la douleur où +étoit le Roi il n'eût eu aucune considération. Il commanda qu'on lui fit +venir un carrosse, et sans l'attendre il monta aussitôt à cheval. La +Reine qui le vit partir lui dit qu'il n'étoit pas maître de lui.--«Ah! +reprit le Roi, si je ne le suis pas de moi, Madame, je le serai de ceux +qui me chagrinent.» En disant cela, il courut à toute bride à Chaillot, +où il demanda sa jolie mignonne qui vint à la grille, avec un air tout +pénétré de langueur et de tendresse.--«Ah! lui cria le Roi, de la porte, +ma charmante enfant, vous avez peu de soin de ceux qui vous aiment!» +Elle voulut répondre, mais les larmes l'en empêchèrent. Le Roi, l'ayant +embrassée tendrement, la pria de sortir promptement. Elle s'en défendit +d'une manière fort touchante, en racontant le méchant traitement de +Madame et des Reines. Notre amoureux prince lui dit qu'il étoit +Roi, et qu'il alloit y donner ordre.--«Enfin, répondit cette adorable, +en levant les yeux au Ciel, on est bien foible quand on aime, et je ne +me sens pas la force de vous résister.» Elle sortit et se mit dans le +carrosse que le Roi avoit fait amener. Sa Majesté lui proposa en chemin +de lui donner un hôtel et un train; mais cela lui parut trop éclatant; +elle l'en remercia fort civilement. Le Roi, en arrivant, dit à Madame +qu'il la prioit de considérer Mlle de La Valière comme une fille +qu'il aimoit plus que sa vie:--«Oui, répartit Madame, en souriant, je la +regarderai comme étant à vous.» Le Roi parut mépriser cette raillerie, +et continua ses visites avec plus d'attache qu'auparavant. Il lui envoya +continuellement des présents en la présence de Madame. Le Roi donna à La +Valière le palais Brion[176], qu'il alla lui-même voir meubler le plus +richement du monde, afin de la pouvoir entretenir sans témoins[177]. + +Ce prince tomba malade à Versailles, et pendant cette maladie il rêva +toujours à sa belle qui ne vouloit pas le voir, de crainte d'irriter son +mal; mais après qu'il n'y eut plus de danger à craindre, le duc de +Saint-Aignan, par l'ordre du Roi, l'alla quérir.--«Hélas! dit-elle, en +entrant, d'un air le plus tendre du monde, la fortune me redonne encore +mon cher prince.--Oui, mon incomparable, lui répartit le Roi, pour vous +aimer avec plus d'ardeur que jamais.» Il lui montra les vers[178] +qu'elle lui avoit donnés, qu'il portoit sur son coeur. En voici les +termes: + + Il est de fortes chaînes et des sympathies, + Qui d'un charme inconnu nos âmes lient; + Et nous attache tendrement à vous aimer, + Par un revers secret qui ne se peut trouver. + +Après la maladie du Roi[179], qui fut plus violente que longue, il n'y +eut point de femme à la Cour qui ne travaillât à lui donner de l'amour. +Madame de Chevreuse présenta à Sa Majesté madame de Luynes, qui étoit la +plus belle femme du monde, mais de peu d'esprit, la duchesse de Soubise, +la princesse Palatine, madame de Soissons; mais le Roi en fit confidence +à La Valière et n'en fit que rire avec elle[180]. Toutefois elle +n'en prenoit point de jalousie, ce qui fâcha notre amant et lui fit dire +à cette mignonne:--«Ah! Mademoiselle, vous avez peu d'amour.--J'en ai +plus que vous ne croyez, Sire, répliqua La Valière, et je me confie sur +la fidélité que vous m'avez jurée.» Mais le Roi ne se contenta pas de +ces paroles, et la chagrina pendant un mois. Elle souffrit avec +patience, mais un jour étant au bois de Vincennes, comme le Roi étoit +aux genoux de La Valière, elle le traita avec la dernière indifférence, +ce qui fâcha notre Monarque sensiblement. Le lendemain le Roi vit le +marquis de Bellefonds[181] à qui il dit qu'il étoit le plus heureux de +tous les hommes de n'aimer que la gloire.--«Ah! Sire, répartit le +Marquis, la gloire est plus difficile à servir qu'une maîtresse; je +voudrois que la nature m'eût donné un coeur plus sensible à l'amour.» +Le Roi soupira et ne lui répondit rien[182]. + +Au mois de septembre[183], l'on publia dans Paris la paix entre la +France et l'Angleterre, avec les cérémonies accoutumées, et les +états-généraux des Provinces-Unies faisoient la meilleure partie de ce +traité, de quoi leur ambassadeur à la Cour de France marqua beaucoup de +joie par un beau feu d'artifice qu'il fit tirer devant l'Hôtel-de-Ville. + +La saison n'empêcha pas que le Roi ne se disposât pour se mettre en +possession de la Franche-Comté qui lui appartenoit[184]; et pour +cet effet Sa Majesté envoya le six de février le prince de Condé devant +la ville de Besançon, capitale de cette province[185]. Les habitants +témoignèrent d'abord qu'ils vouloient bien se soumettre à Sa Majesté, et +même la recevoir, mais comme dans une ville impériale[186]. Néanmoins +ils se rendirent simplement à l'obéissance du Roi. + +Sa Majesté ayant quitté le marquis de Bellefonds[187], le jour suivant, +vit mademoiselle de la Mothe[188] qui étoit une beauté enjouée et fort +charmante, et beaucoup d'esprit, à qui il dit les choses les plus +galantes du monde. Ce prince soupira même plusieurs fois en disant +à cette belle qu'il l'aimoit, et qu'il n'avoit pas encore vu une +personne si jolie. + +La maréchale de la Mothe[189] grondoit sa fille de ne pas répondre à la +passion du Roi; mais cette aimable enfant, qui avoit une secrète attache +pour monsieur de Richelieu, faisoit qu'elle voyoit sans plaisir la +tendresse du Roi, ce qui affligeoit notre Monarque, car il trouvoit +cette jeune beauté tout adorable. + +Un jour[190] que toutes les amies de mademoiselle de la Mothe s'étoient +retirées, et que Sa Majesté étoit seule avec notre incomparable, le Roi +se jeta à ses genoux, et lui dit d'un air tout de feu qu'il étoit le +plus infortuné de tous les hommes d'aimer sans retour.--«Ah! je vois +bien, continua ce prince, ma belle, que vous ne sentez rien pour moi!» +La pudeur de cette jolie enfant l'empêcha de répondre au Roi qui la +quitta, et qui fut chez La Valière, où ce prince rêvoit et lisoit[191], +et sortoit quelquefois sans lui parler. Il n'y eut que monsieur de Bussy +qui lui dit que ce n'étoit qu'un dépit amoureux, et que ce Dieu +prendroit bientôt le soin de mettre d'accord nos illustres amants. Enfin +ce malade amoureux pria son confident d'aller trouver sa maîtresse et de +lui faire un fidèle rapport de ses peines. + +Notre belle reçut le marquis avec une mélancolie touchante, et lui dit +que le caprice du Roi l'avoit affligée, et qu'elle n'étoit pas d'humeur +à lui demander pardon d'un mal qu'elle n'avoit point fait; que ce +n'étoit pas à cause qu'il étoit son prince qu'elle avoit pris le soin de +lui plaire, et que pour un autre, elle en auroit fait autant, si elle +l'avoit aimé[192]. Le duc de Saint-Aignan qui arriva rompit la +conversation, en présentant à cette charmante mignonne un sonnet que le +Roi avoit fait et qu'il lui envoyoit. En voici les expressions: + + A MON INCOMPARABLE. + SONNET. + + Percé de mille coups par une main cruelle, + Je suis au désespoir, car dans tout mon tourment, + Je ne puis recevoir aucun soulagement, + Que de celle qui rend ma blessure mortelle. + + Si le mal que me fait endurer cette belle, + Souffroit que [je] la visse en homme indifférent, + Que je serois heureux! mais mon coeur me dément, + Et veut contre mon gré que je lui sois fidèle. + + Hélas jusques à quand, poussant votre fierté, + Joindrez-vous le mépris avec la dureté? + Si pour vous aimer trop, et si par complaisance, + + J'ai desservi [pour vous] tous mes meilleurs amis, + Voulez-vous me haïr pour en tirer vengeance? + Ah! vous puniriez trop le mal que j'ai commis. + +Quand La Valière eut vu ces vers, qu'elle les eut baisés plusieurs fois, +comme venant de son prince, elle partit avec madame de Montausier[193] +pour faire visite au Roi, qui parut si charmé en voyant cette belle +qu'il lui demanda mille pardons, et l'embrassa passionnément; il lui dit +plusieurs fois: «Hélas! mon adorable! si vous n'avez pitié de moi, je +serai le plus misérable de tous les hommes. Que je vous aime, et que +vous aviez tort de me marquer de l'indifférence!» Cette visite se passa +avec toutes les expressions de tendresse que l'amour peut faire. Le +lendemain, Sa Majesté fut se promener dans les jardins de Saint-Cloud +avec La Valière, et madame d'Angoulême[194], où notre Monarque, qui +étoit de bonne humeur, parut le plus galant et le plus spirituel du +monde. La Valière, qui étoit dans une tristesse extrême, ne pouvoit +prendre grande part à l'enjouement du Roi qui lui demanda le sujet de sa +mélancolie.--«Quoi! mon cher prince, répartit notre incomparable, +croyez-vous que je n'appréhende pas que Votre Majesté ne se lasse de +m'aimer, en voyant comme je change tous les jours. Je ne trouve +plus en moi d'attraits assez puissants pour vous attacher un +moment.--Ah! lui répliqua le Roi, avec une passion extrême, ma belle +enfant! je ne trouverai jamais une personne si aimable que vous, et qui +possède un esprit si distingué. Ce sont ces divins appas qui ont su me +charmer, et qui font que, dans les déserts solitaires et sauvages, l'on +trouveroit des plaisirs charmants. Vous outragez un prince qui vous +adore, et qui fait voeu de vous aimer toute sa vie.»--«Hélas! mon +illustre prince, lui répondit La Valière, d'un air languissant, je n'ai +point de termes assez forts pour vous marquer les obligations infinies +que je vous ai. Je vous dirai sincèrement que ce n'est point l'éclat de +votre couronne, ni le brillant de votre sceptre qui vous a donné la +possession de mon coeur. Croyez, continua cette mignonne, en regardant +le Roi tendrement, que vous n'êtes que trop aimable, sans le secours des +trônes, et que les bornes de ma félicité seront celles de vous plaire.» + +Le Roi[195] ayant embrassé les genoux de sa maîtresse fut avec elle chez +madame la Princesse[196], où il y avoit une bonne partie des dames +de la Cour, et un grand nombre de seigneurs. La duchesse de Mazarin[197] +y dit des choses de si bonne foi à M. de Roquelaure[198] que le prince +de Courtenay[199] qui en étoit amoureux en rougit. Le Roi s'en aperçut +qui se leva, en riant, d'auprès le prince de Conti, et dit à +mademoiselle de La Valière mille choses malicieuses touchant le sujet de +la duchesse. + +Le jour suivant[200] madame de Créqui[201] alla trouver Madame, un jour +qu'elle lui avoit marqué pour leur partie de Saint-Cloud, où elles +parlèrent de leurs amours. La duchesse de Créqui soupiroit en secret +pour M. le cardinal Légat[202], et Madame pour le comte de Guiche[203]. +Notre Monarque, quelque temps après faisant faire la revue à ses troupes +à Vincennes devant MM. les ambassadeurs d'Angleterre, vit passer le +carrosse de La Valière; il s'avança au galop et fut plus d'une heure la +tête nue à la portière; mais voyant passer ensuite le carrosse des +Reines, Sa Majesté leur fit une grande révérence, ce qui fâcha nos +princesses et les fit souvenir de la pièce que le Roi leur avoit faite à +Versailles, au retour de la chasse, comme il pleuvoit, ayant couvert de +son chapeau la tête de La Valière pendant qu'elle se mouilloit. + +Madame au retour de Saint-Cloud[204], monta dans son cabinet, avec la +duchesse de Créqui, où elle lui montra plusieurs vers fort jolis que le +comte de Guiche faisoit, quand il ne la voyoit pas, et que sa Muse lui +inspiroit par le chemin, en venant à Saint-Cloud, avec son rival le +marquis..... + + DE LA SOLITUDE DES RIEUX. + + Quittons l'embarras de ces lieux, + Où l'on ne goûte point de volupté solide; + Marquis, malgré les envieux, + Allons où notre amour nous guide. + Retirons-nous dans ces forêts, + Où notre divine Princesse + Fait briller ses charmants attraits. + Prévalons-nous du favorable accès + De la bonté de Son Altesse. + Notre amour, quoique téméraire, + Y trouvera de quoi remplir tous ses souhaits, + Et s'il se peut, de ce lieu solitaire, + Cher ami ne sortons jamais. + Loin du bruit importun du monde de la ville, + Le coeur et les esprits contents, + Dans un repos doux et tranquille, + Nous goûterons des plaisirs fort charmants. + Nos yeux seront satisfaits de la vue + De cet objet qui fait notre souverain bien. + Nos oreilles seront émues + Des charmes de son entretien, + Et nous louerons sans retenue + De ses beaux yeux la force non connue, + Qui lie ton coeur et le mien, + Voit-on de bonheur préférable, + Cher marquis, à celui de vivre sous les lois + D'une personne tant aimable? + Les biens des Princes et des Rois + N'ont rien qui soit plus agréable. + L'éclat de leur condition + Ne nous fasse jamais d'envie, + Et bornons notre ambition + A l'aimer toute notre vie! + +La mort de Madame[205] troubla tous les plaisirs de la Cour par un +triste deuil. Cependant notre Monarque ne laissoit pas d'être tous les +jours avec madame de Montespan[206], à qui il donnoit mille marques de +sa tendresse; mais, l'amour qui fait consister son unique félicité à +courir de belle en belle, prit le soin de présenter une autre conquête +au Roi; ce fut mademoiselle de Fontanges[207] jeune et belle, dont +toutes les manières étoient si engageantes que la plus indifférente +charmoit le coeur. Le Roi prenoit un plaisir extrême de l'entendre +parler, et se formoit des idées ravissantes du bonheur qu'il auroit s'il +étoit aimé de cette aimable mignonne, qu'il voyoit tous les jours chez +la Reine ou chez Madame, et plus il la regardoit et plus ce prince +en devenoit amoureux. Il fit confidence au duc de Saint-Aignan sur le +moyen d'entretenir seul la personne qui l'occupoit si tendrement. Le duc +fut ravi de l'amitié que son prince lui faisoit, et chercha avec +empressement l'occasion de lui faire voir mademoiselle de Fontanges, qui +devoit se trouver le lendemain aux Tuileries avec madame de Maure[208]. + +Notre Monarque, qui s'étoit mis ce jour-là convenablement, eut une +conversation particulière avec son aimable maîtresse, où ses regards lui +apprirent qu'il n'étoit pas éloigné du bien charmant qui l'attendoit. Ce +fut avec tant de modestie que cette incomparable dit au Roi qu'elle +n'étoit pas insensible à tout ce qu'il sentoit pour elle, qu'à la sortie +des Tuileries, le marquis de Louvois vint au-devant de Sa Majesté pour +lui communiquer quelque affaire. Notre passionné prince lui dit, en +parlant de mademoiselle de Fontanges, qu'il n'avoit jamais vu une fille +si fière et dont la vertu fût si grande. Le marquis répartit au Roi +qu'il croyoit qu'une fille avoit de la peine à conserver sa fierté avec +un prince comme lui. + +Le jour suivant Sa Majesté donna tous les divertissements ordinaires à +toutes les dames de la Cour, où mademoiselle de Fontanges parut avec +tous ses charmes adorables. Le Roi, qui étoit le plus amoureux de tous +les hommes, fut toujours à ses pieds, d'un air à faire connoître +qu'il n'étoit plus à lui: ce qui donna beaucoup de jalousie à toutes nos +belles, qui croyoient mériter l'encens de notre Monarque. Le jour qui +suivit ce divertissement fut une partie de chasse, où notre adorable +étoit vêtue d'un juste-au-corps en broderie, et sa coiffure étoit faite +de plumes vertes qui lui tomboient sur le visage et qui lui donnoient un +air charmant. La crainte qu'avoit son amant qu'il n'arrivât quelque +malheur dans la course à cette aimable chasseresse, l'obligea de +demeurer toujours à côté d'elle. Après que l'on eut couru le cerf, Sa +Majesté descendit de cheval avec sa chère mignonne, et la mena promener +dans la sombreur[209] de la forêt, imitant les dieux champêtres qui +n'avoient point de lieu plus propre pour l'exercice de leur amour que +les antres et les bois. + +L'on ne peut passer sous silence[210] l'action hardie des François dans +une sortie qu'ils firent sur les Turcs aussitôt qu'ils furent arrivés au +siége de Candie[211]. Quoique les assiégés fussent préparés à les +recevoir, en ayant été avertis par une sentinelle qui s'étoit jetée dans +le camp le jour précédent, les François néanmoins qui avoient à +leur tête le comte de Saint-Paul[212], les ducs de Château-Thierry[213] +et de Roannez[214], donnèrent avec tant de vigueur et de courage qu'ils +se rendirent maîtres de quatre redoutes de ces infidèles; ce qui ne +s'exécuta pas sans qu'il en coutât la vie à beaucoup des nôtres; mais +les ennemis connurent que s'ils avoient toujours eu à combattre notre +nation, ils n'auroient peut-être pas fait tant de progrès dans l'île de +Candie. Ce n'est pas que les Vénitiens ne se défendirent en braves gens; +mais il faut aussi convenir que le grand nombre des ennemis qui les +attaquoient ne leur donnoit pas la facilité de se défendre, comme ils +l'auroient souhaité. Les Turcs furent surpris de voir que trois cents +hommes, en quoi consistoient les François, en attaquoient plus de trois +mille avantageusement retranchés, et que même ils les forcèrent dans +leurs retranchements; mais leur nombre n'étoit pas suffisant pour faire +un progrès assez considérable, afin de remettre les affaires des +Vénitiens qui étoient en mauvais état. Le siége de Candie étoit +trop avancé, et les ennemis s'étoient rendus maîtres d'un trop grand +nombre de places pour espérer que, sans un très-puissant secours, on pût +empêcher qu'elle ne fût entièrement réduite sous leur puissance. + +Revenons à mademoiselle de Fontanges que nous avons laissée dans la +forêt avec le Roi goûter à longs traits les plaisirs de la solitude. +L'on peut dire que notre prince n'a fait jamais paroître tant d'ardeur +et d'amour qu'il le fit ce jour à cette belle nymphe au retour de la +chasse. Mademoiselle de Fontanges qui tomba malade affligea le Roi et +toute la Cour sensiblement. Sa Majesté étoit dans une tristesse +inconcevable. Les douleurs de son amante l'agitoient mortellement. Il +craignoit toujours de perdre ce qui lui paroissoit le plus cher au +monde; et, quoique ce prince connût que ses maux ne seroient pas de +durée, il y parut néanmoins fort sensible, comme si le mal eût été +dangereux. Il ne la quitta point, agissant auprès d'elle comme le plus +passionné des amants. Les peines de cette belle mignonne le mirent dans +un abattement extraordinaire, et lui firent dire à la comtesse de +Maure[215] d'un air tout pénétré de douleur:--«Hélas, Madame, je +préférerois le bonheur de revoir en santé cette aimable enfant au prix +de ma couronne.» Le Roi disoit ces tendres paroles les larmes aux yeux. + +Notre belle malade ayant connu l'amour violent de notre Monarque, le +regarda d'une manière languissante et lui dit en soupirant:--«Ah! +mon cher prince, pourquoi faut-il que les plaisirs soient accompagnés de +suites si fâcheuses? mais cependant j'en aimerai la cause tant que je +vivrai.» Ces termes si doux et si touchants, eurent tant de pouvoir sur +le coeur du Roi, qu'il se jeta sur le lit de sa charmante, et +l'embrassa tendrement, lui jurant que jamais il m'aimeroit d'autre +qu'elle, et que sa passion seroit éternelle. Mademoiselle de Fontanges +se trouvant mieux, reçut plusieurs visites; jamais reste de journée n'a +été si bien employé que fut celui-là, on y parla de nouvelles galantes, +et des pièces d'esprit qui étoient les plus jolies. Toutes les dames +firent tous leurs efforts pour divertir la maîtresse du Roi, qui les en +remercia avec des expressions fort engageantes. La duchesse de Créqui, +qui avoit été de la chasse, tira de sa poche des vers, et en fit la +lecture[216]. + + Hélas! qu'il est bien vrai, que ce qu'on doit aimer, + Aussitôt qu'on le voit, rien ne nous peut charmer, + Et qu'un premier moment fait naître dans nos âmes + Mille doux mouvements tous passionnés et tendres. + +Notre Monarque prit ces vers des mains de la duchesse, quand elle les +eut lus, et les fit voir à sa belle, qui s'en fit une application fort +délicate, dans la première connoissance qu'elle avoit eue du Roi, +l'ayant aimé dès le précieux moment que Sa Majesté parut à ses +yeux.--«Ce jour si fortuné, disoit souvent cette aimable à notre +prince, est le plus beau de tous mes jours et le plus heureux, et la +charmante idée que je m'en fais me donne des plaisirs ravissants.» + +Le cercle étant fini, chacun se retira chez soi, à la réserve de nos +illustres amants, qui ne s'appliquèrent plus qu'à passer agréablement le +temps, à se donner les témoignages les plus tendres et les plus sincères +de leurs amours[217]. L'on peut dire que le Roi n'en a jamais marqué +davantage que pour cette adorable mignonne. Il ne peut pas être plus +ardent, et le retour avec lequel cette aimable lui témoignoit le sien, +ne pouvoit pas être plus passionné. Elle le fit paroître, lorsqu'étant à +Paris, elle apprit de Saint-Germain que le Roi qui va souvent à la +chasse avoit couru grand danger dans la poursuite d'un sanglier, que son +cheval avoit été blessé par cette bête, et que sans une force et une +adresse distinguées, Sa Majesté auroit eu de la peine à se retirer du +péril. La nouvelle en fut apportée à mademoiselle de Fontanges par un +gentilhomme de madame la princesse d'Epinoy[218], qui étoit elle-même de +la partie. Notre incomparable en fut aussi touchée, comme si le mal lui +étoit arrivé. Elle tomba dans une tristesse accablante, qui lui dura +longtemps, car elle ne pouvoit effacer de son esprit une idée si fatale +et qui avoit fait tant de peur à son amour; mais ayant un peu rassuré sa +tendre frayeur, voici ce qu'elle écrivit à Sa Majesté: + + «_Je n'ai point, mon illustre prince, de termes assez + pathétiques ni assez passionnés pour vous marquer mon + inquiétude, et les tendres émotions qui agitent mon coeur. Je + tremble encore quand je songe au malheur que mon cher prince a + évité. Si vous m'aimez autant comme je le crois, vous avez + beaucoup d'intérêt à conserver votre vie, puisque la mienne en + dépend[219]._» + +Le Roi lut ce billet avec des transports de plaisir qu'il seroit +difficile d'exprimer. Sa Majesté baisa mille fois ce joli billet, et ne +différa point à lui envoyer ce qui suit: + + «_Ah! qu'il est doux, ma mignonne, d'être aimé d'une personne + aussi charmante que vous. Ne craignez pas, le danger est passé. + Je ne veux plus présentement me conserver que pour vous seule. + Je pars dans ce moment pour vous dire combien je vous aime. + + Ah! que le souvenir en est aimable, possédant un coeur aussi + précieux que le vôtre._» + +Notre invincible Monarque suivit de bien près cette lettre, et partit de +Versailles dans le dessein d'aller assurer sa jolie maîtresse de sa +passion ordinaire.--«Que je suis heureuse, mon aimable prince! lui dit +cette belle, en le voyant, d'un air le plus engageant du monde, de vous +voir de retour! Ah! que l'absence de ce qu'on aime est une chose +difficile à supporter!--Je le sais bien, ma chère, lui répondit le Roi, +en la serrant tendrement dans ses bras, que de tous les supplices les +plus cruels, l'éloignement de ce que l'on chérit est le plus sensible.» + +Quand le Roi eut marqué à mademoiselle de Fontanges la joie qu'il avoit +de la revoir, ils partirent pour Versailles. Ce fut dans ces doux +moments, que cette charmante enfant obtint de notre Monarque la grâce +qui lui avoit inutilement été demandée par la bouche de plus d'un +prince. Il lui accorda une pension considérable en faveur d'une +demoiselle de ses amies, et l'abbaye de Chelles[220] dont sa soeur a +été pourvue, fut encore un effet de sa libéralité. Hélas! nous pouvons +bien dire que nous n'avons plus rien de cher, quand notre coeur n'est +plus à nous, et nous servir de la pensée d'Aristote qui dit que la +personne que nous aimons est un autre nous-même. + + Mon coeur a changé de séjour, + Où je suis je ne crois pas être; + Où l'on ne me voit point paroître, + Je m'y trouve par mon amour[221]. + +Cette nouvelle abbesse fut bénite avec une magnificence extraordinaire. +Il ne manqua rien à la cérémonie, étant la soeur de la maîtresse du +Roi. Aussi fut-elle honorée d'un grand nombre d'évêques. Toute la Cour y +assista, et mademoiselle de Fontanges y parut avec tous les charmes +distingués qui lui attirent les regards de tous les spectateurs. + +Comme les bois et la solitude assaisonnent souvent les plaisirs que l'on +trouveroit fades dans les grandes villes, notre Monarque ne passa pas +longtemps à Paris sans retourner à Versailles, séjour si rempli +d'enchantements et si propre à inspirer les passions. Toute la Cour +partit pour ce lieu ravissant et délicieux. Le Roi y renouvela tous les +divertissements qui avoient été interrompus par son absence. L'on fut à +la chasse tous les jours, et les dames qui accompagnent d'ordinaire Sa +Majesté dans cet exercice y parurent infatigables. La santé de la belle +mignonne de notre prince lui étoit trop chère, pour qu'il lui permît de +s'engager comme les autres dans la course. Elle en eut le plaisir, sans +se mettre au hasard, et vit de son carrosse tout ce qui pouvoit lui +donner quelque satisfaction. La chasse finie, Sa Majesté descendit de +cheval et prit place auprès de sa charmante et la conduisit dans son +appartement. Cette jolie chasseresse étoit dans la plus belle humeur du +monde. Elle dit mille galanteries à son amant sur le divertissement +qu'une de la troupe avoit donné en tombant de cheval. Le Roi rioit sans +retenue, particulièrement quand elle lui dit que cette chute devoit être +fort sensible à cette aimable Diane, ne s'étant pas pourvue de +caleçons[222]. Cela donna occasion à mademoiselle de Bonnifasse[223], +fille d'honneur de Madame[224] de dire qu'elle mourroit de chagrin +si ce malheur lui étoit arrivé.--«Je me réserve, continua-t-elle, pour +des plaisirs plus tranquilles et qui donnent moins de peine.» Madame qui +étoit présente, et qui aime passionnément la chasse, lui dit en la +regardant: «Je vois bien, ma chère, que les plaisirs de la chasse +troublent votre imagination.» Madame la Dauphine[225] fit changer la +conversation en parlant du bal que Sa Majesté devoit donner le +lendemain. Ce fut un des plus beaux de tous ceux qui ont jamais paru. +Tout y étoit charmant et magnifique. Le Roi y dansa avec son adresse +ordinaire. Mais ce qui surprit le plus, ce fut qu'il prit deux ou trois +fois une jeune demoiselle fort aimable et qui dansoit admirablement +bien. Sa Majesté ne put se défendre du mérite de cette demoiselle, et +lui dit plusieurs galanteries fort obligeantes, dont elle se tira avec +une modestie toute charmante. Le Roi soupira souvent auprès d'elle, et +lui dit[226] d'un air tendre et passionné, qu'il étoit malheureux +d'avoir le coeur si susceptible aux attraits des belles.--«Hélas! +Sire, répartit cette jolie personne, un Roi comme vous peut-il +soupirer?--Oui, Mademoiselle, répliqua notre prince, en la regardant +tendrement; l'amour ne met point de différence entre le sceptre et la +houlette. Un Roi languit aussi bien sous son empire qu'un berger. Ne +croyez pas, ma belle, continua ce prince, que c'est le pouvoir d'un +monarque qui fait son bonheur. Une douce sympathie qui lie nos coeurs +fait les délices des amours.» + +Cet entretien qui commençoit à échauffer le Roi, fut rompu par +monseigneur le Dauphin qui s'approcha de Sa Majesté pour lui conférer de +quelque affaire. + +Le lendemain notre Monarque fut au lever de son illustre maîtresse, +qu'il trouva dans une mélancolie touchante. Il lui marqua bien du +chagrin de la voir dans cet état, et lui demanda, d'une manière toute +passionnée, quel en étoit le sujet. «Ah! Sire, dit la belle, en +soupirant, si vous étiez moins aimable, on n'auroit pas tant de +tristesse!» Sa Majesté connut aussitôt que c'étoit la jalousie qui lui +donnoit cette langueur. Il n'en fut pas fâché, car ce prince veut être +aimé, quand il aime, et il n'y a rien qui l'engage si fortement que ces +sortes de craintes. Il apprit en même temps de cette jolie mignonne que +ce qui s'étoit passé au bal l'avoit affligée sensiblement, que c'étoit +la seule cause de sa douleur.--«Eh! quoi, ma belle enfant, répondit le +Roi, en se jetant à ses genoux, est-il possible que vous connoissiez si +mal les sentiments de mon coeur? Je vous aime mille fois plus que moi, +et vous outragez mon amour par vos injustes pensées.--Quel plaisir +charmant, répartit cette jolie enfant, n'ai-je point goûté, et +qu'il est doux d'entendre d'un prince si aimable des paroles si tendres +et si engageantes. Mais, hélas! qu'il est difficile de vous aimer sans +crainte et sans inquiétude. Non, je ne puis posséder un coeur d'un +prix aussi rare que le vôtre, sans en appréhender la perte.» Enfin après +des termes si touchants, notre amoureux Monarque embrassa cette +charmante, et lui jura une fidélité d'une étendue infinie, et qui seroit +toujours égale[227]. + +[228]Le Roi et toute la Cour partit de Saint-Germain au commencement du +mois de mai, pour le voyage de Flandre. Le dessein de Sa Majesté étoit +de visiter toutes les conquêtes qu'elle avoit faites les années +précédentes, et elle s'en retourna après avoir passé par Oudenarde, +Courtrai, Lille, Dunkerque et Graveline. La présence de Sa Majesté, qui +n'étoit pas attendue en ces endroits, alarma beaucoup ses ennemis; mais +leur crainte fut bientôt dissipée par l'assurance qu'il leur donna de ne +vouloir faire aucune entreprise contre eux. Madame qui avoit laissé la +Cour à Lille, en partit pour aller en Angleterre. Le désir que cette +princesse avoit de voir le Roi de la Grande-Bretagne, son frère, fut le +prétexte de son voyage. Il sembloit que Madame pressentoit qu'il n'y +avoit pas de temps à perdre pour donner à Charles second, son +frère, les dernières preuves de son amitié, puisqu'elle mourut peu de +mois après son retour de Londres en France. + +Nous voyons ordinairement que les passions les plus violentes ne sont +pas toujours de longue durée, et qu'ayant leurs bornes, comme toutes les +autres choses du monde, il faut nécessairement les voir diminuer. +Cependant celle du Roi pour mademoiselle de Fontanges nous fait +connoître que le coeur de ce prince est au-dessus de la nature, et +qu'il peut donner des lois sans les suivre. Remarquons ses manières +tendres et empressées auprès de ce qu'il aime, et l'égalité qu'il fait +paroître dans son amour, qui est aussi ardent après une conversation +d'une journée, comme s'il ne faisoit que de naître. Il est vrai que +l'esprit et la beauté de cette aimable personne servent beaucoup à +soutenir les foiblesses de l'amour qui n'aime qu'à changer. + +Le Roi ayant passé quelques semaines avec sa belle mignonne à lui donner +les dernières marques de sa tendresse, la laissa à Saint-Germain +respirer un peu la solitude. Cette charmante enfant se promenoit tous +les jours seule sous des allées de verdure, en faisant la revue de toute +la tendresse qu'elle sentoit pour le Roi; mais dans de certains moments, +son coeur paroissoit agité, et, quoique la passion de notre Monarque +eût pour elle mille attraits et mille charmes, cette jolie bergère ne +laissoit pas de regretter sa liberté et de faire entendre aux arbres +inanimés les vers qui suivent: + + Que je goûtois de bonheur dans l'indifférence, + Et de tranquilles plaisirs dans mon innocence! + Ce bien ne me sera-t-il point rendu? + Dans ces lieux doux, tout est paisible; + Hélas! que ne m'est-il possible + D'y trouver le repos que j'ai perdu! + +Après que notre belle solitaire eut goûté la douceur de sa rêverie, elle +retourna dans sa chambre, se trouvant fort abattue d'un grand mal de +tête et de coeur. Le Roi qui apprit l'indisposition de sa maîtresse, +revint promptement auprès d'elle, mais sa maladie parut si violente +qu'elle désola ce prince. La duchesse de Créqui[229] et la comtesse de +Maure[230] étoient jour et nuit occupées à rendre plusieurs services à +notre malade infortunée. Le Roi versoit des larmes continuelles et il +s'affligeoit mortellement dans la perte sensible qu'il alloit faire; +mais la mort qui n'écoute ni les soupirs ni les plaintes et qui suit +l'ordre qu'elle reçoit, ravit les plus charmantes délices de notre +prince d'entre ses bras[231]. + +Jamais coup n'a paru si rude que fut cette cruelle séparation. Sa +Majesté ne pouvoit se consoler en aucune manière, et l'aimable idée de +sa belle lui revenoit toujours dans l'esprit. Après les funérailles de +mademoiselle de Fontanges, qui furent magnifiques, et dans un grand +éclat à Saint-Denis[232], le Roi fut fort longtemps sans sortir et +même sans voir beaucoup de lumière, se voulant priver de la beauté du +jour et du soleil, comme si cet astre avoit contribué à la douleur qu'il +ressentoit. + +Nous lisons dans l'histoire de France que Henry III, après la mort de la +princesse de Condé, passa trois jours et trois nuits enfermé dans une +chambre sans manger ni boire. Ce prince étoit si pénétré de ses peines +qu'il ne vouloit voir que des visages tristes et des lieux sombres. Il +portoit sur ses rubans de petites têtes de mort qu'il faisoit broder +exprès, et qui marquoient la mélancolie de son coeur. + +Le Roi ayant perdu mademoiselle de Fontanges demeura quelque temps dans +un chagrin inconcevable; mais madame de Maintenon[233], qui a toujours +pris un soin singulier de la santé de notre Monarque, tâcha par la plus +belle morale du monde de lui faire connoître que tout passe dans cet +Univers, et que les plaisirs ne peuvent durer toujours; qu'il se trouve +même une variété perpétuelle dans les choses les plus solides, et que +les faux brillants qui accompagnent les honneurs de notre siècle ne sont +que des ombres qui se dissipent en un moment.--«Ah! Madame, s'écria le +Roi tout charmé d'un raisonnement si sublime, que je suis heureux de +trouver en vous des consolations qui adoucissent l'amertume où je suis! +Je bénis le jour fortuné auquel j'eus le bien de vous connoître, et +j'en rends grâces incessamment au Ciel.--Ah! Sire, répondit la marquise, +le souvenir charmant du précieux moment où j'ai eu le bonheur de vous +plaire m'est quelque chose de si doux que la seule idée fait tout le +plaisir de ma vie. J'ambitionnerai journellement à vous procurer quelque +satisfaction; c'est en quoi je fais consister ma plus grande +joie.--Madame, répartit notre prince, des offres si engageantes, venant +d'une personne comme vous, ne se refusent jamais: vos manières sont trop +aimables et trop spirituelles pour ne faire pas d'impression.--Hélas! +Sire, répliqua madame de Maintenon, que l'encens est d'une odeur +ravissante, quand il vient d'un prince comme vous! L'on se sent de la +vanité en respirant vos douceurs.» Le Roi alloit parler quand le duc +d'Orléans et le comte de Lauzun entrèrent qui firent changer de +conversation à nos illustres amants. + +Comme la paix donnoit quelque relâche aux grands soins que notre +invincible Monarque prenoit de son Etat, Sa Majesté pour calmer ses +ennuis fit une partie de promenade avec la marquise de Maintenon, à +Chantilly[234] où toute la Cour se trouva avec une magnificence +surprenante. Le Roi étant allé sur le soir dans le jardin trouva un +berceau de feuillages orné de festons de fleurs qui rendoient ce lieu +charmant. Trente lustres y jetoient tant de clartés qu'elles +produisoient un véritable jour. Du milieu de ces agréables +feuillages sortoit un jet d'eau qui faisoit un murmure touchant. Après +que le souper fut servi, qui fut accompagné de voix et d'instruments, +les plus aimables du monde, le souper étant fini, on eut le +divertissement d'un beau feu d'artifice, qui termina tous les plaisirs +de cette belle journée. Le lendemain, Sa Majesté avec toutes les dames +furent sur la rivière dans de petits bateaux faits d'une politesse +extraordinaire, tirés par des dauphins et par des amours qui jetoient +des filets dans l'eau pour pêcher[235]. Les jours suivants furent +occupés à la promenade, à la chasse et à tout ce qui peut charmer les +sens. + +Le Roi, qui employoit la plus considérable partie de son temps dans ce +qui pouvoit contribuer à sa gloire, ou à l'utilité de ses peuples, peu +de jours après ce régal, alla à Dunkerque[236] visiter les nouveaux +travaux qu'il y faisoit faire, et Sa Majesté vouloit être présente à +tous ces ouvrages, afin de les rendre parfaits, et aussi pour donner +courage à ceux qui y étoient employés. L'on peut dire sans hyperbole +qu'ils surpassent l'imagination, et que les fortifications de +Dunkerque[237] sont dignes de l'admiration du siècle présent et de +ceux qui sont à venir. + +Le Roi, qui vouloit voir toutes les entreprises qui se faisoient, se mit +en marche, et le vingt-huit il détacha de son armée le vicomte de +Turenne avec trois mille chevaux pour aller investir Burich[238] dans le +temps que le prince de Condé assiégeoit Vezel, ce qui fut aussitôt +exécuté par l'un et par l'autre de ces lieutenants-généraux, avec toute +la diligence possible. Au retour de l'armée, Sa Majesté tomba malade +d'une fièvre lente qui lui dura longtemps. Les médecins disoient que +cette maladie ne pouvoit venir que de mélancolie. + +Mademoiselle de La Valière, qui s'étoit retirée aux Carmélites par une +sage prévoyance, ayant pressenti, longtemps avant que le Roi la quittât, +qu'elle ne pouvoit plus plaire à Sa Majesté et que ses charmes +diminuoient de jour en jour, fut ravie[239] d'apprendre la mort de sa +rivale. Jamais nouvelle ne lui donna plus de plaisir que celle-là, et +quoique cette soeur dolente ne possédât plus le coeur de son amant, +elle ne pouvoit souffrir qu'avec une douleur mortelle, que le Roi en +aimât d'autres. La jalousie l'accompagnoit presque dans le fond de +son monastère, où elle avoit tout le temps de réfléchir sur tous les +heureux moments qu'elle avoit passés avec notre Monarque. Ces douces +pensées de plaisir nourrissoient l'amour et la tendresse qu'elle sentoit +pour son prince, qui, de son côté, ne songeoit à elle que fort +foiblement, ayant l'idée toute remplie de la belle personne que le sort +lui avoit tirée d'entre les bras. Madame de Montespan, que le Roi voyoit +encore quelquefois, ne reçut pas moins de joie[240] que La Valière du +malheur de mademoiselle de Fontanges, se trouvant en quelque façon +vengée du tort que l'amour lui avoit fait d'avoir mis une autre à sa +place. + +Le Roi qui est clairvoyant sur toutes choses, vit très-bien la joie de +madame de Montespan. Ce prince lui en sut peu de gré, et lui dit comme +il étoit avec elle, dans son cabinet:--«Ah! Madame, je suis surpris du +peu de part que vous prenez à ce qui me touche. J'aurois cru avoir rendu +votre coeur plus sensible.--Hélas! Sire, répondit madame de Montespan, +d'un air tendre, ce n'est que pour avoir trop de sensibilité pour vous +que j'ai senti du plaisir de la mort de ma rivale. Vous savez qu'un +amour délicat est toujours suivi de jalousie, et que, quand on aime +tendrement, l'on ne peut souffrir de partage.--Il est vrai, Madame, +répliqua le Roi, que j'aime les femmes qui ont ce discernement; c'est le +véritable caractère d'un sincère amour. Mais vous savez que j'ai eu +toujours pour vous des sentiments distingués et suffisants, pour vous +faire ce qui pourroit me plaire.» + +Madame de Montespan avoit envie de soutenir encore la conversation, +quand le Roi la quitta avec assez d'indifférence, ce qui l'affligea +sensiblement; car comme elle aime la gloire et l'éclat, la tendresse +d'un prince comme le nôtre faisoit le plus grand bonheur de sa vie. +Cette dame songea donc aux moyens de faire renaître la passion de son +amant, qui étoit mourante, et prête à jeter les derniers soupirs. Elle +employa pour cet effet tout ce que l'art a pu imaginer de plus aimable; +et comme la nature n'a point été avare à donner des beautés à cette +belle, il lui étoit facile de paroître charmante. + +Un jour qu'elle attendoit Sa Majesté en déshabillé de couleur de rose, +et qu'elle étoit plus jolie qu'à son ordinaire, comme elle rêvoit +profondément dans sa chambre, et que ses yeux se baignoient de larmes, +le Roi arriva dans ce triste moment, et lui demanda pourquoi elle +pleuroit:--«Hélas! Sire, répartit cette belle affligée, je vous aimerai +toujours, et vous ne m'aimez plus. Ah! que mes sentiments sont opposés +aux vôtres! L'amour, de qui dépend toute ma félicité, que ne vous a-t-il +donné la tendresse que j'ai, ou que n'ai-je en partage toute +l'indifférence possible!» Cette passionnée amante disoit ces paroles +avec des manières si engageantes, qu'elle toucha le coeur du Roi, qui +lui dit en l'embrassant: «J'ai le coeur, Madame, tendre et constant, +et je veux vous aimer toujours; mais lorsque la raison condamne ma +tendresse, je dois entendre ce qu'elle me dit, et renoncer à l'amour qui +trahit mes vertus. Ma gloire a des appas qui triomphent de tout. Vous +saurez, Madame, qu'un engagement plus long qu'il ne peut être est +ordinairement suivi de la froideur.--Je ne le reconnois que trop, Sire, +interrompit madame de Montespan, en répandant un torrent de pleurs, que +votre coeur n'est plus que de glace pour moi. C'est en quoi j'accuse +souvent mon infortune, me trouvant la plus malheureuse de toutes celles +qui respirent le jour. Ah! qu'il est dangereux de vous connoître et +difficile de vous oublier!» + +Le comte de Lauzun qui entra brusquement fit changer de discours à nos +amants. Notre Monarque demanda au comte d'où il venoit.--«Vous le savez, +Sire,» répondit Lauzun, en riant.--«Il est vrai, dit le Roi, que je sais +le lieu charmant où l'amour vous guide: comment se porte ma cousine[241] +depuis hier? Admirablement bien, Sire, répondit notre amoureux comte, +avec un transport de joie inconcevable, j'ai eu le bonheur +d'entretenir Son Altesse royale toute la matinée. C'est la plus adorable +princesse qui ait jamais été au monde. Ah! quel bonheur, continua le +comte de Lauzun, d'un air tout passionné, si un mortel avoit quelque +part à son souvenir! Ce seroit la plus grande félicité où il pourroit +aspirer.--Je vois bien, comte, dit notre Monarque en riant, que tu ne +serois pas fâché que ma cousine de Montpensier eût un peu de sensibilité +pour toi. Pousse ta fortune[242], je te promets de te servir +partout.--Ah! Sire, répartit le comte, avec un profond respect, je sais +trop ce que je dois à mon Roi pour avoir des pensées si hardies: je me +fais seulement une idée toute charmante du plaisir qu'un prince auroit +de posséder une personne aussi engageante que Mademoiselle, s'il étoit +né digne de Son Altesse royale.» + +Le Roi qui se leva interrompit le comte qui fut avec Sa Majesté au +Louvre, et qui l'entretint longtemps sur plusieurs affaires différentes, +qui firent passer d'agréables moments à notre prince; et comme le comte +de Lauzun a l'esprit fort enjoué et fort galant il a le don de plaire au +Roi plus qu'aucune personne de la Cour. Pendant que Sa Majesté étoit +absente, madame de Montespan, ayant essuyé ses beaux yeux qui étoient +baignés de larmes, prit une plume et fit ces vers, où elle +reprochoit au Roi son changement. Les voici qui suivent: + + Quand vous commenciez à m'aimer, + Vous ne pouviez pas me quitter, + Sans vous faire une peine extrême. + Le souvenir en fait ma gêne + Et le sujet de mon tourment. + Pourquoi m'aimer si tendrement? + Vous savez très-bien comme on aime; + Mais, hélas! êtes-vous le même? + +Madame de Montespan ayant fini sa poésie, fut se promener au +Cours-la-Reine, où elle rencontra le Roi dans son carrosse, qui passa à +côté d'elle fort froidement et qui se contenta de lui faire une grande +révérence. Notre belle étoit dans ce moment au désespoir de voir +l'indifférence de son amant. Après avoir fait tout son possible, pour +allumer un feu qui vouloit absolument mourir, cette dame croyoit, après +la mort de mademoiselle de Fontanges que Sa Majesté reviendroit à elle; +mais hélas! que les femmes qui sont galantes se trompent fortement dans +ces sortes d'espérances! Quand une fois l'amour a été au comble de son +bonheur, cette passion diminue de moment en moment, et ne se fait plus +connoître. Il ne reste plus que la rage et le chagrin à ces belles +courtisanes de n'être plus aimées, et de dire souvent à leurs amants qui +rient d'elles: Vous m'aimiez autrefois et vous ne m'aimez plus. Ces +tristes idées me désolent le coeur. Ah! qu'il est bien plus généreux, +selon mon sentiment, de conserver toujours sa liberté, quand on le peut, +que de la mettre dans un péril si dangereux! Les hommes voluptueux +disent ordinairement que le printemps d'une beauté passe comme une fleur +qui ne revient jamais, et qu'il faut aimer dans un si bel âge. Ce sont +des discours que l'amour-propre leur inspire, et non la raison et la +vertu qui est quelquefois éloignée de leur coeur; mais demeurons +toujours dans les bornes de l'honnêteté, et ne nous laissons point +emporter au penchant rapide de nos inclinations. C'est le moyen le plus +sûr de ne se repentir jamais de rien, et de vivre à l'abri des +inquiétudes et des chagrins. + +Revenons à notre Monarque, qui étoit dans une douleur extrême, et qui, +ne pouvant oublier mademoiselle de Fontanges, fut pour passer ses ennuis +deux ou trois jours de suite chez M. le duc d'Orléans où il trouva un +grand nombre de dames de qualité et presque toute la Cour, qui étoit +venue visiter Madame, qui avoit eu une légère indisposition. + +Le Roi qui vit entrer le prince de Turenne[243] lui demanda, en +souriant, s'il n'aimeroit jamais, et si sa malice seroit toujours égale +pour les femmes, en se faisant aimer et puis se rire d'elles.--«Cette +manière ne me charmeroit point du tout, continua le Roi. Il faut de la +bonne foi avec les dames.--Ah! répartit la duchesse de Gersay[244] qui +étoit la plus belle personne du monde, qu'il est avantageux pour +notre sexe qu'un prince aussi aimable comme est le nôtre, prenne +généreusement le parti des pauvres femmes, que l'on outrage +sensiblement!--Madame, répondit le Roi, si elles étoient toutes faites +comme vous, il ne seroit pas besoin de les défendre; mais sans +raillerie, il me souvient que M. de Guise perdit entièrement sa +réputation auprès des femmes, pour des affaires de cette nature, et que, +quand il est mort, il n'eût pas trouvé une servante de la ville qui +l'eût voulu croire.--Mais, Sire, répliqua le prince de Turenne, +quelquefois l'on y est obligé par des motifs de conscience, et par les +conseils de son curé, qui dit assez souvent qu'il faut rompre les +attachements de la chair.--Ah! l'honnête homme, s'écria le Roi, en riant +de tout son coeur. Jamais il ne s'est vu une confidence si tendre et +qui mérite si bien la rémission de ses péchés; continuez toujours +de vivre dans ces nobles sentiments, vous aurez une augmentation de +gloire.» + +Le prince fit une très-humble révérence à Sa Majesté, en la remerciant +de tout son encens; ce qui fut un sujet de plaisir à toute la compagnie. +Pendant le carnaval, toute la Cour travailla à faire diversion à la +mélancolie du Roi, qui paroissoit sans remède. La marquise de Maintenon, +qui savoit que Sa Majesté aimoit la conversation de la comtesse du +Lude[245], tâchoit par tous les moyens du monde de lui en procurer +le plaisir. Souvent que cette comtesse surprenoit le Roi dans sa +rêverie, madame de Maintenon les laissoit tête à tête moraliser. L'on +peut dire que c'étoit le fort de cette aimable femme, et qu'ayant +l'esprit aussi solide qu'elle l'avoit, rien n'étoit si charmant que de +l'entendre parler. + +Un après-dîner, comme notre Monarque étoit seul avec elle, Sa Majesté +lui fit un portrait fidèle de son chagrin, et ne le lui déguisa +aucunement.--«Ah! Madame, s'écria ce prince, si vous saviez combien +la vie m'est importune, je ne fais rien qui ne me donne de la peine; +en de certains moments ma couronne m'est incommode.--Hélas! Sire, +répondit la comtesse du Lude, l'inégalité qui se trouve dans la +vie fait naître en nous ces divers mouvements. Ce qui nous plaît +aujourd'hui nous déplaît en peu de jours. Notre humeur changeante ne +sauroit se comprendre.--Cependant, Madame, dit le Roi, l'on donne tant +d'encens à la raison, à la prudence: de quoi nous servent ces chimères, +si elles n'arrêtent pas le cours de nos passions?--Ces idées, Sire, +répartit la comtesse, mettent mon esprit au désespoir; plus j'envisage +ces talents imaginaires, et moins j'aime à m'en souvenir. Ah! prudence +importune qui ne servez qu'à faire avancer les maux que nous devons +avoir! Si cette cruelle avoit quelque secret de détourner les infortunes +qui pendent sur nos têtes, nous devrions la chérir; mais hélas! rien +n'est si trompeur que son apparence.--Ce que vous dites, Madame, +répliqua le Roi, est divinement bien pensé, mais vous m'avouerez qu'il +faut obéir à l'Etre indépendant, qui nous a donné la vie et tous les +avantages de conduite, de raison et de prudence.--Je le sais, Sire, dit +la comtesse; c'est pourquoi j'envie souvent le sort des choses +inanimées, qui durent plus longtemps que nous, et qui ne ressentent +point mille remords qui nous rongent nuit et jour, et qui ne sont utiles +à rien.--Que diriez-vous donc, Madame, continua le Roi, de ceux qui +passent le plus beau de leur âge dans des soins continuels, et qui ne +sont quelquefois pas de grand usage? Nous voyons Platon attaché à +chercher des idées; Epicure attrapant des atômes, pour ensuite les +accrocher les uns aux autres et en faire un monde en petit; Thalès au +bord d'une fontaine admirant l'eau comme principe de toutes choses; +Socrate n'osant sortir de sa gravité, de crainte de ne passer plus pour +sage; enfin tous ces grands hommes ont pris mille gênes dans la vue de +s'immortaliser.--Ah! Sire, reprit la comtesse, il n'est pas besoin de +sortir de notre siècle pour connoître les folies des humains. Ne +voyons-nous pas tous les jours parmi nous des généraux, des capitaines +qui mettent leur vie au hasard pour une idée de gloire?--La guerre, +Madame, répartit le Roi, est quelque chose de plus grand et de plus +noble que mille autres attaches dont l'homme fait ses délices, et où il +met les plus doux moments de sa vie à les acquérir.--Cependant, Sire, +dit madame du Lude, l'esprit des mortels est borné, quelque soin qu'ils +donnent à la recherche, et quelque pénétrants qu'ils puissent être. L'on +ne sait rien à fond avec certitude. Nous apportons en naissant des +ténèbres qui rendent nos lumières peu brillantes.» + +Notre Monarque prenoit un plaisir extrême d'entendre raisonner cette +aimable comtesse, quand le duc de La Feuillade[246] entra qui entretint +Sa Majesté longtemps. Le Roi ayant fait une profonde révérence à madame +du Lude, la quitta pour un moment, et revint aussitôt auprès +d'elle.--«Ah! Madame, lui dit ce prince en riant, une sympathie inconnue +m'entraîne vers vous. Je compte les heures qui me privent de votre +agréable présence [comme] perdues.--Ce que vous dites, Sire, répondit +notre belle, est quelque chose de bien glorieux pour moi. Rien n'est si +doux que l'encens d'un prince comme vous, qui connoît la valeur de ce +qu'il estime avec un discernement distingué.--Madame, si j'étois à +présent, lui répondit le Roi, encore assez heureux pour être aimé d'une +personne aussi engageante que vous, non pas de cet amour sensuel dont +j'ai fait mon bonheur autrefois, mais de celui qui ne consiste qu'en +esprit! Car je vous assure que ces plaisirs sont plus réels que ceux du +corps. J'en goûte tous les jours la différence, qui me fait +regretter mille moments que j'ai passés en bagatelles.--Il est vrai, +Sire, reprit madame du Lude, qu'après avoir fait le véritable +panégyrique de l'amour, l'on y remarque des défauts surprenants. +Qu'est-ce que cette passion, sinon un amas de peines qui ne se nourrit +que de craintes et de doutes? les plaisirs qui sont de peu de durée sont +toujours suivis d'amertumes sensibles; et l'amour, au comble de son +bonheur, comme toutes les autres choses, retourne à son néant.--Que vous +représentez justement, Madame, dit notre Monarque, le caractère de ce +Dieu! Le voilà sans ombres et sans voiles, et c'est de la manière qu'il +est plus charmant, car ses défauts ne sont point cachés.--Il est +pourtant bon, Sire, répondit notre aimable, de lui donner quelques +agréments, afin qu'il nous puisse plaire. Car quand on s'engage, si l'on +se faisoit une idée funeste d'un triste changement... Ah! Sire, continua +la comtesse, pardonnez un tendre souvenir, je ne puis oublier l'ardeur +violente que le comte d'Armagnac[247] avoit conçue pour moi, et quand je +fais la revue de toute sa passion et du changement que j'y vois, je dis: +c'est l'ouvrage d'un mortel. Il n'appartient qu'à l'homme à mettre en +usage ces foiblesses. Il y a quelque temps, comme j'étois chez moi à la +campagne, et que je rêvois solitairement dans le bois, je +considérois le peu de durée de l'aimable verdure de ce bocage, ayant +réfléchi solidement, je fis ce quatrain: + + Tout change, enfin, et le coeur le plus tendre + Ne peut faire vivre sa passion toujours. + L'on n'a point encor vu d'éternelles amours, + Et le temps à venir ne doit pas en attendre. + +--Vous faites, dit le Roi, d'une manière obligeante, la dixième Muse. Il +faut un mérite aussi charmant que le vôtre pour augmenter la beauté du +Parnasse. Apollon, ce Dieu des lumières, vous doit chérir uniquement, +puisque vous embellissez son rocher et ses fontaines; aussi Pégase vous +donne-t-il de son eau de cristal pour vous rafraîchir dans vos exercices +poétiques.--Je vous dirai, Sire, répondit la comtesse, que j'aime +passionnément la poésie. Je trouve que c'est le langage des dieux: voici +encore des vers que l'inconstance du comte d'Armagnac m'a fait faire: + + Taisez-vous, mes soupirs sensibles, + Vous me causez de la douleur, + Et mon coeur est trop susceptible + Aux doux charmes de mon vainqueur. + A quoi servent ces sentiments, + Puisque l'ingrat est un volage? + Quand on a perdu ses amants, + Les soupirs doivent être sages. + +--En vérité, Madame, interrompit le Roi, vous êtes toute divine, et +c'est un charme puissant de vous entendre parler. Un coeur peut-il se +défendre à des attraits si doux qui le demandent? Ah! je condamne +extrêmement le peu de discernement du comte d'Armagnac en vous ayant +quittée. Je sais que si vous l'aviez plus aimé, vous l'auriez +engagé davantage; car il veut qu'on l'aime tendrement, et celle qui +possède son coeur présentement est pour lui tout de feu.--Ah! Sire, +s'écria madame du Lude, que l'amour est difficile à contenter! cet +enfant crie toujours et n'est jamais content. J'ai marqué au comte +incessamment une tendresse égale; mais non pas de ces emportements qui +font perdre la raison.--C'est ce que nous demandons, Madame, dit Sa +Majesté, quand nous aimons. Nous ne pouvons souffrir des coeurs froids +qui raisonnent. Il faut aimer avec chaleur un amant, quand vous voulez +qu'il vous aime.» + +Madame de Maintenon, qui entendit en entrant ce mot d'aimer, dit en +saluant le Roi:--«Sire, c'est en vain que vous vous défendez de l'amour, +car vous le mettez toujours sur le tapis.--Ah! Madame, répartit la +comtesse du Lude, l'on ne peut parler que de ce qui plaît. Quand les +conversations commencent à mourir, ce Dieu les ressuscite par son +enjouement.--Cette vivacité, Madame, répliqua la marquise, n'est plus du +règne de notre prince. Il a renoncé aux traits de l'amour, et son +coeur est à l'épreuve de ses coups.--Madame, lui dit en riant la +comtesse du Lude, quelques efforts que nous puissions faire, notre +résistance est vaine. Quand la nature nous a donné un coeur sensible, +il aime tout ce qu'il trouve aimable, tant qu'il a de la vie. Cependant, +Madame, reprit la marquise de Maintenon, les passions diminuent avec +l'âge. Ah! Madame, répliqua madame du Lude, nous revenons toujours à +notre principe qui est cet amour naturel. Les philosophes nous le +prouvent en nous faisant connoître que tous les êtres du monde doivent +retourner au lieu d'où ils ont pris leur origine. L'homme, qui est un +être fini, est composé de deux parties qui sont l'âme et le corps. Cette +première, son règne étant achevé, retourne au ciel qui est la source +d'où elle est venue, et le dernier va au sein de la terre d'où le +premier homme est né.--Vous passez donc, Madame, interrompit notre +prince, en regardant la comtesse du Lude, de la philosophie à la +théologie? Il faut avoir autant d'esprit que vous en avez pour soutenir +les thèses que vous avancez. Qu'il est glorieux, Madame, pour votre sexe +d'avoir des personnes qui se distinguent par leur génie! Un de nos +philosophes modernes donnoit en son temps des leçons aussi bien aux +femmes qu'aux hommes; mais le savoir que vous avez, la nature vous en a +fait un don en naissant.--Sire, répondit la comtesse, si j'avois assez +de foiblesse pour tirer de la vanité des douceurs coutumières que les +galants hommes disent ordinairement aux femmes, je me perdrois en +écoutant le joli panégyrique que vous faites de moi; mais je me connois +un peu. Si quelques lumières brillent en mon esprit, un nombre infini de +ténèbres en diminuent la beauté.» + +Le Roi brûloit d'envie de pousser la conversation plus loin; mais des +affaires du Parlement qui furent apportées à Sa Majesté par M. +Talon[248], avocat-général, qui parla au Roi avec une éloquence +toute charmante pendant plus d'une heure, fit que le prince donna +audience à plusieurs autres, tout le reste du jour. Madame de Maintenon, +que le comte de Marsan[249] sollicitoit tous les jours pour mademoiselle +de Béthune[250] qui étoit à Saint-Cyr sous la domination de la marquise, +étoit journellement chez elle[251]. + +Ce comte étoit devenu éperdûment amoureux de mademoiselle de Béthune, +pour l'avoir vue un moment dans l'église de Saint-Cyr. Cette jeune +beauté se faisoit distinguer de toutes les autres, par un certain air +doux et languissant qui lui étoit naturel, et qui demandoit le coeur à +tout ce qu'elle faisoit. Il n'en falloit pas tant pour enflammer le plus +passionné de tous les hommes. Aussi dans ce premier moment, il fit +connoître à cette charmante fille, par un langage muet qui parloit dans +ses yeux, combien ses charmes avoient de pouvoir sur lui. Depuis ce jour +que le hasard avoit conduit le comte à l'abbaye de Saint-Cyr, comme il +retournoit de la chasse dans le dessein de remercier les Saints de +n'avoir point trouvé de malheur, il se vit pris, sans rien prendre dans +toute sa course. C'est ordinairement ce que fait Vénus dans ses +exercices. Elle fait quelquefois plus de conquêtes que Diane, quoique +ses armes soient bien différentes. Revenons au comte de Marsan qui se +voyoit obligé de garder de grandes mesures, dans toute la suite de son +amour. Madame de Maintenon le recevoit fort honnêtement et même avec +beaucoup de plaisir, dans la vue qu'il recherchoit en mariage +mademoiselle de Béthune, qui étoit de qualité et d'une maison +très-considérable. Le comte disoit mille douceurs à la marquise sur sa +vertu et sur sa conduite, afin d'obtenir les bonnes grâces, et d'avoir +un peu plus de liberté avec sa belle mignonne; ce que notre abbesse +remarquoit fort bien, ayant l'esprit aussi ouvert qu'elle l'a. C'est +pourquoi elle ne perdoit jamais de vue cette jeune fille, quand son +amant étoit présent, ce qui le désoloit entièrement, car il ne pouvoit +pas dire une parole que la marquise ne l'entendît. Une vie si misérable +dura quelque temps, mais comme l'amour est ingénieux, et que ce petit +Dieu découvre toujours quelque ruse à ses sujets, le comte de Marsan, +ennuyé de son martyre, pria une vieille tante qu'il avoit à Paris, et +qui étoit devenue dévote jusqu'à la fureur, et par cette raison grande +amie de madame de Maintenon (car elles alloient fort souvent ensemble à +Saint-Lazare de Jérusalem[252] faire leurs oraisons) de lui être +favorable dans son amour, et de permettre qu'il se trouvât quelquefois +chez elle avec mademoiselle de Béthune qu'il aimoit tendrement. Que la +sévérité de la marquise de Maintenon lui étoit insupportable! aussi +rendoit-elle toutes ses demoiselles comme des esclaves, qui sont privées +de la liberté humaine. Madame de La Roche[253] parut un peu surprise en +écoutant la proposition de son neveu.--«Quoi! dit-elle, Monsieur, vous +ne songez pas à ce que vous me dites? Ne savez-vous pas combien cette +dame a de haine et d'horreur pour les rendez-vous, et que, si elle +découvroit une fois votre intrigue galante, je serois perdue dans son +esprit, et elle maltraiteroit mademoiselle de Béthune comme la +dernière de toutes les filles? De plus, mon neveu, continua cette bonne +femme, vous avez un attachement qui n'est pas des plus honnêtes avec +madame de..... et qui ne plaît aucunement à tous vos amis. Retirez-vous +avec prudence de ce commerce criminel, et je ferai tout mon possible +pour vous procurer cette jolie mignonne.--Ce que vous dites, ma tante, +répondit le comte, est à peu près raisonnable; mais vous saurez que, +quand l'on a une fois donné son coeur, il est bien difficile de le +reprendre. Je vous avoue que j'aime la baronne de..., qui est la plus +belle femme de France, et qui mérite le mieux les adorations d'un galant +homme. Tant que cette adorable personne possèdera mon coeur, le +mariage me sera fort indifférent, mais non pas les galanteries.--Mon +neveu, répartit madame de La Roche, en riant, si vous aimez, autant que +vous voulez me le persuader, votre belle, vous devez lui être fidèle; ce +que vous n'êtes point, puisque vous cherchez les moyens d'en conter à +une autre.--Ah! ma tante, répliqua M. de Marsan, il ne faut point mettre +un ordre si régulier dans la conduite de la vie. L'amour se plaît dans +la variété et le changement. D'abord que cet enfant est attaché, il +meurt. C'est pourquoi, par un motif de charité qui est fort humain, l'on +doit lui donner la liberté de courir où il veut, afin de lui conserver +la vie.--Où avez-vous appris, Monsieur, dit la bonne tante, cette morale +admirable qui porte sa charité jusques à l'amour?--Ne savez-vous pas, ma +tante, répondit le comte malicieusement, que charité est +amour.--Oui, mon neveu, je le sais, mais ce n'est pas de cet amour qui +ne consiste qu'au bonheur de son prochain que vous entendez parler.--Ma +tante, répartit le comte de Marsan, en riant, je renferme dans les +bornes de la pitié ou de la compassion tous les besoins du genre humain. +Si j'aime une femme qui soit aimable et que je lui jure que je meurs +pour elle, et qu'elle soit d'assez bonne foi pour le croire, en voulant +bien soulager mes peines, n'est-ce pas vivre moralement, et d'une +manière exemplaire?--Mon neveu, interrompit la bonne femme, d'un air de +pédante, vous vous raillez de la piété et vous n'êtes qu'un indévot, qui +sacrifiez tout à vos plaisirs. Rompez votre pente criminelle et vous +attachez à la vertu et à la gloire, en faisant des actions dignes +d'elles.--Ah! ma chère tante, répliqua notre amoureux comte, en +l'embrassant, quand je combats les charmes de l'amour, je sens ses +douceurs qui triomphent de toutes mes forces, et c'est ma passion la +plus dominante.--C'est alors, Monsieur, dit madame de La Roche, qu'il +faut opposer à cette rapidité des remèdes salutaires, et résister +fortement au méchant penchant qui vous entraîne à votre perte. Nous +lisons que nos Saints n'ont pas été moins que nous sensibles à cette +foiblesse, et que saint Dominique, tout célèbre personnage qu'il étoit, +a souffert des peines cruelles pour résister aux convoitises de la +chair. Ce religieux père préparoit jour et nuit son corps rebelle afin +de le mortifier, et de tâcher de corriger les emportements de la +nature.» + +Le comte de Marsan ne put s'empêcher de rire en écoutant les belles +instructions de sa bonne tante, qui lui marquoit avec le doigt tout ce +qu'elle disoit; mais, ayant bien moralisé, la conclusion de la prière +que le comte fit à sa chère tante fut de lui procurer le bonheur de voir +quelquefois chez elle mademoiselle de Béthune, ce que madame de La Roche +eut bien de la peine à lui accorder; mais comme elle aimoit son neveu +tendrement, elle se laissa persuader plus facilement, ce qui donna une +joie inexprimable à notre passionné amant, qui brûloit d'envie +d'entretenir un instant la charmante enfant qui l'occupoit si +agréablement. Il demanda donc à sa tante quel jour cette belle pourroit +venir chez elle, et qu'il y viendroit aussi.--«Ah! mon neveu, répartit +madame de La Roche, il faut user de grande précaution dans une affaire +si délicate. La marquise de Maintenon est la plus sévère de toutes les +femmes, comme je vous l'ai déjà dit, et a beaucoup de confiance en moi; +c'est pourquoi je serois au désespoir qu'elle sût que vous venez chez +moi souvent, car elle empêcheroit bientôt que mademoiselle de Béthune ne +me vînt voir.--Ah! dit le comte, j'en serois au désespoir; mais il faut +que je vous avoue, ma tante, que j'ai de la peine à souffrir qu'une +vieille ridicule comme cette femme-là occupe encore la terre. Elle +enrage de ce que les plaisirs l'ont quittée, et qu'elle n'est plus +capable d'en inspirer. C'est pourquoi elle s'oppose si fortement aux +galanteries de la jeunesse. Vous saurez, ma chère tante, que, quand on +est sur son retour et qu'on n'a plus de mérite pour charmer les +coeurs, l'on s'en fait un de paroître bigote, et c'est la +retraite ordinaire de toutes les femmes de la Cour.--Mon neveu, ne vous +emportez pas contre cette dame; c'est la plus modeste, et la plus sage +qui fût jamais.--Il faut bien qu'elle le soit malgré elle, répliqua +notre comte, car l'on n'en veut plus.» + +Mademoiselle de Béthune, qui entra, surprit le comte qui auroit encore +dit plusieurs duretés contre la sévérité de la marquise de Maintenon; +mais la présence d'un objet si charmant rappela toute la douceur de ce +tendre galant, qui dit mille choses obligeantes à cette belle mignonne, +qui parut un peu embarrassée à répondre à toutes les galanteries du +comte. + +Madame de La Roche, qui remarquoit bien que son neveu étoit fort +amoureux de cette jeune demoiselle, et que toute la morale dont elle +s'étoit servie n'avoit pu arrêter le torrent passionné de M. de Marsan, +trouva à propos de ne se rendre point incommode à la passion de son +neveu, et que tant qu'elle le verroit dans les bornes de l'honnêteté et +de la modestie, elle n'auroit rien à dire. Mais c'est une chose bien +difficile à observer que la retenue à un homme qui aime tendrement; il +auroit bien besoin d'une chaîne pour retenir son emportement. Ce ne sera +pas la raison qui triomphera de l'amour, au contraire, elle ne fera +qu'irriter cette passion avec tous ses vains raisonnements. + +Laissons la raison, tout impuissante qu'elle est, et voyons présentement +nos amants qui goûtent à longs traits le plaisir de se voir le plus +souvent qu'il leur est possible, et qui trouvent le bonheur +incomparable, si le malheur avec son air effroyable, et qui s'oppose +toujours aux joies du monde, ne vient pas troubler leurs innocentes +caresses. Le comte de Marsan ne soupira pas longtemps aux pieds de +mademoiselle de Béthune sans faire une forte impression sur son coeur. +Cette jeune beauté, qui n'avoit pas encore aimé, s'attacha sans réserve +à chérir son amant, et lui donna toutes les preuves d'une véritable +amitié, ce qui toucha M. de Marsan sensiblement et lui fit oublier la +baronne de...., qui lui en marqua sa rage par tous les reproches +violents que la jalousie peut inspirer. Un jour, comme le comte étoit +couché au bord d'une fontaine, et qu'il attendoit mademoiselle de +Béthune qui devoit venir cette après-dîner chez madame de la Roche, on +lui apporta une lettre de la baronne de..... qu'il lut plusieurs fois, +en redisant ces mots qu'elle lui avoit écrits: «Ah! perfide, pourquoi +m'as-tu aimée si fortement, si tu ne voulois pas être fidèle?» + +Des reproches si sensibles rendirent le comte tout rêveur, et qui le +conduisit[254] dans un petit bois qui étoit au bout du jardin. Notre +amoureux solitaire ayant fait quelques tours dans la forêt, s'arrêta +pour considérer les bêtes sauvages que la fortune a condamnées à vivre +dans ces lieux, et leur dit: «Ah! innocentes créatures, que votre +destinée est heureuse! les rochers et les affreuses retraites que vous +occupez, sont plus agréables que le commerce du monde.» + + Aimable et charmante verdure, + Qui faites l'ombre de ces lieux, + Et qui suivez de la Nature + Le penchant doux, délicieux, + Hélas! je viens dans ce bocage + Vous prier couvrir mes ennuis; + Quoique j'aime, on me croit volage; + Mais vous savez ce que je suis. + +Mademoiselle de Béthune, qui attendoit depuis longtemps M. de Marsan, se +promenoit tristement dans un parterre de fleurs quand il arriva. Le +comte ressentit une joie en voyant son aimable maîtresse, et lui dit +d'un air tendre: «Ah! mon adorable, je vous ai attendue ici plus de deux +heures, mais mon impatience m'a fait prendre l'air du bois.--Je crois, +Monsieur, répartit notre belle, que la sympathie se mêle de tout, quand +on aime, car j'avois aussi une grande envie de vous voir.--Mademoiselle, +répondit le comte, d'une manière toute passionnée, si l'amour pouvoit +vous rendre le coeur aussi sensible que moi, je ne serois plus à +plaindre; mais si mon mal augmente, et que vous ne soyez pas touchée de +mes peines, hélas! c'est fait de moi.--Prenez soin de vous-même, +Monsieur, dit la charmante en souriant, car ce seroit bien dommage qu'un +homme aussi joli que vous et aussi galant n'occupât plus l'agréable +séjour des mortels. L'on n'a jamais vu personne mourir d'amour, continua +cette incomparable, si ce n'est dans des histoires, où l'on souffre +mille maux imaginaires.--Cependant, Mademoiselle, répliqua M. de Marsan, +je sais que je vous aime réellement et sans imagination, et que tout ce +que je sens pour vous ne sont pas des maux en idée.--C'est +pourtant, Monsieur, dit mademoiselle de Béthune, où les biens et les +maux font leur demeure ordinaire. L'idée nous rappelle toujours ce qui +nous plaît et ce qui nous déplaît.» + +La conversation de nos amants étant finie pour ce jour, le Roi, qui +étoit de retour du siége de Saint-Omer[255] avec M. le duc d'Orléans, +ces illustres personnes firent une partie de chasse à Saint-Cloud, où +toutes les belles de la Cour parurent en équipage de chasseresses et +vêtues comme Diane et ses Nymphes, suivies de plusieurs chiens qui +couroient dans la forêt les bêtes sauvages au milieu du bois. Sa Majesté +et les princes les plus galants attendoient ces charmantes cavalières, +déguisés comme le Dieu Pan et comme les Satyres, qui préparoient un +superbe festin à cette aimable troupe. Ce beau régal fut accompagné d'un +grand nombre d'instruments qui faisoient le plus bel effet du monde. + +Le maréchal duc de La Feuillade[256] étoit assis au pied d'un ormeau, +qui copioit Orphée en jouant de la flûte douce, qu'il touchoit dans la +dernière perfection, et qui sembloit attirer autour de lui tous les +oiseaux et tous les animaux de ce bocage. Plusieurs voix toutes +charmantes répondoient à cet aimable solitaire. + +L'on entendoit un écho fidèle qui répétoit souvent ces tendres paroles, +et qui prononçoit comme en soupirant: + + Que l'absence est cruelle + A quiconque aime tendrement! + Eloigné de sa belle, + L'on ne peut vivre heureusement. + +Tous ces plaisirs champêtres n'étoient point capables de faire renaître +la tendresse de notre monarque qui s'avançoit vers le tombeau, ne +pouvant reprendre ses premières forces. Le Roi devint jaune et ne rioit +plus comme à son ordinaire, ce qui attendrit le coeur de madame de +Maintenon, qui pressa un jour Sa Majesté, étant dans un tête à tête, de +lui découvrir toutes les routes les plus sensibles de son âme, car elle +étoit fort affligée du changement qui paroissoit en sa personne.--«Je +vous dirai, madame, lui répondit ce prince, que depuis quelques années, +je ne me connois pas moi-même. J'ai une profonde rêverie qui +m'entretient journellement et je trouve quelquefois la qualité de Roi +importune.--Ah! Sire, s'écria la marquise, d'où pourroient venir ces +sentiments inégaux qui chagrinent votre Majesté? C'est peut-être que +vous n'écoutez plus les douceurs de l'amour qui sont d'un grand secours +dans les inquiétudes de la vie. Souvent un tendre amusement nous rend +heureux et malheureux.--Aussi, madame, répartit le Roi en soupirant, +quand la mort nous retire ce que l'on aime, rien n'est au monde plus +insupportable que ces sortes de malheurs. Ah! répondit ce prince, je ne +sens plus mon coeur disposé à un nouvel engagement; même la +disposition de ma santé ne me parle plus que de retraite et de +pénitence, et cette inclination qui brûloit autrefois comme un feu à la +présence d'un bel objet, est bien présentement affoiblie.--Il faut +reprendre courage, Sire, répliqua madame de Maintenon, et l'amour +renouvelle toutes choses et redonne la vie à ce qui paroît inanimé. +Aimez encore une fois et vous revivrez. Vous savez le pouvoir que j'ai +sur plusieurs aimables jeunes filles. Si votre amour en trouve une digne +d'elle, il suffit qu'elle ait le bien de vous plaire.--Madame, répondit +le Roi en riant, je sais qu'il y a sous votre conduite de quoi occuper +ma tendresse; mais vous avez depuis peu reçu dans cette assemblée une +jolie enfant qui ne me déplairoit pas, et qui mérite bien les soupirs +d'un galant homme.--Il est vrai, Sire, je sais de quoi vous voulez +parler; c'est de mademoiselle de Grancey[257], qui est la plus jolie de +toutes celles qui sont à Saint-Cyr; outre qu'elle est très-bien née, +elle possède une douceur charmante dans tout ce qu'elle fait, qui la +fait aimer de tout le monde. Le marquis de Joyeuse et de Villars[258], +ses cousins, lui firent visite cette semaine et me prièrent avec toute +l'honnêteté qui se peut imaginer de l'aimer un peu. Je leur répartis en +souriant qu'il n'étoit pas besoin de le dire, que son mérite parloit +assez.--«Ah! madame, répondit le marquis de Joyeuse, nous n'en +attendions pas moins de votre civilité et de votre honnêteté; c'est +pourquoi ma cousine ne pouvoit jamais arriver à un degré plus heureux +que celui d'être sous une conduite si distinguée.» J'allois +répondre au marquis, quand j'en fus empêchée par les ordres de Votre +Majesté qui me prioit de venir à Versailles, et je vous puis assurer, +Sire, continua la marquise, que je conserve toujours pour cette aimable +mignonne beaucoup d'estime.--Et moi aussi, dit le Roi, depuis le premier +moment que je la vis à l'entrée de l'abbaye où j'étois en carrosse, et +je fis demander si vous étiez à Saint-Cyr. Cependant cette belle enfant +me parla avec une charmante modestie qui me toucha le coeur; mais +comme je commence à renoncer aux plaisirs des sens, j'en ai seulement +gardé l'idée.--Il n'y a pas, Sire, dit madame de Maintenon, bien loin de +l'idée au coeur; l'on peut facilement les unir ensemble.--J'entends +très-bien, madame, répliqua Sa Majesté, vos expressions; elles sont fort +sensibles; mais comment aimer les autres, quand l'on ne s'aime plus +soi-même?» + +La marquise, qui voyoit qu'une conversation d'amourette chagrinoit Notre +Majesté, changea de discours et lui parla des affaires de la guerre, et +sur les ordres de son royaume, comme de pourvoir à la subsistance des +curés et des vicaires perpétuels[259], afin qu'ils n'eussent point +d'occasion légitime de ne point satisfaire à leur devoir. Le curé de +Saint-Lazare de Jérusalem, qui étoit aimé de madame de Maintenon +pardessus les autres, la sollicitoit tous les jours qu'elle priât Sa +Majesté d'augmenter sa pension, et, pour cet effet, ce prêtre rendoit +des visites familières à madame de Maintenon, et lui disoit incessamment +que le bien que l'on faisoit aux gens d'église n'étoit jamais perdu; que +cette charité nous attiroit un nombre infini de bénédictions, par les +prières de ces bonnes âmes. Ce curé ajouta encore d'une manière toute +dévote, qu'il faisoit toutes les nuits des oraisons de quatre ou de cinq +heures pour le Roi,--«et pour vous, madame, qui êtes le refuge des +pauvres prêtres affligés. Souvenez-vous de moi, s'il vous plaît, quand +vous serez avec Sa Majesté.» La marquise promit de servir le curé de +tout son possible, dans la vue qu'il diroit plusieurs messes pour la +rémission de ses péchés, ce qu'il fit avec tout le zèle dont son âme +étoit capable. Car l'on remarqua que ce bonhomme alloit plus matin +pendant quelque temps à sa paroisse qu'à l'ordinaire. + +Quoique madame de Maintenon sollicitât notre Prince pour les affaires +d'Etat, elle ne laissoit pas de lui parler, dans de certains +intervalles, des charmes de mademoiselle de Grancey, à dessein de +réveiller sa passion et de le rendre plus enjoué, ce que le Roi essaya, +mais ce fut en vain; car ce Prince n'étoit plus propre pour la +galanterie. L'après-dîner que la marquise avoit laissé cette charmante +mignonne avec Sa Majesté à Trianon, jamais le Roi ne se trouva si +triste. Il soupira plusieurs fois en regardant cette belle, et mêla +incessamment un jeu de piquet qui étoit sur la table, à quoi +mademoiselle de Grancey lui dit en souriant: «Sire, Votre Majesté auroit +plus de plaisir si j'étois de la partie.--Je le veux, répondit ce +Monarque, ma belle enfant; mais vous perdrez, car j'ai assez la fortune +à mes gages.--Qu'importe, Sire, répondit notre aimable, en rougissant; +il me sera fort glorieux de vous être redevable.» Le Roi se trouva +embarrassé dans cette entrevue plus que jamais il n'a été; mais madame +de Maintenon, qui croyoit que la tendresse de son Prince avoit retrouvé +la vie, entra en souriant, et dit à mademoiselle de Grancey: «Eh bien! +ma mignonne, comment avez-vous passé le temps depuis mon absence?--Fort +bien, madame, répliqua-t-elle, je n'ai point trouvé de quoi m'ennuyer +aujourd'hui.--Ah! mademoiselle, répartit le Roi, vous avez bien de la +bonté, et vous êtes bien facile à excuser les défauts d'une personne qui +vous aime, mais qui n'est plus à lui comme autrefois.--A qui êtes-vous +donc, Sire? répartit la marquise; faites-moi la confidente de vos +souffrances; mademoiselle n'en sera pas jalouse, car elle a trop +d'esprit pour ne pas savoir qu'un Prince peut aimer tous les objets +qui sont aimables.» Sa Majesté se mit à rire avec notre mignonne de la +belle humeur de la marquise de Maintenon, qui tournoit toute chose en +galanterie, et qui disoit toujours mille équivoques sur la mélancolie de +son malade. + +La conversation étant finie, le Roi ramena les dames à Saint-Cyr, où Sa +Majesté fut longtemps à visiter tous les parloirs et les réfectoires de +l'abbaye, qui sont d'une propreté admirable et qui répondent bien à la +générosité et la grandeur d'âme de celle qui en est la supérieure. + +Le lendemain, mademoiselle de Grancey fit un fidèle récit de la +conversation qu'elle avoit eue avec le Roi, à madame de Maintenon, qui +demanda à cette belle jusqu'à la moindre circonstance, même les termes +dont il s'étoit servi pour lui marquer ce qu'il sentoit pour +elle.--«Quoi, madame, répondit notre jolie mignonne assez surprise, +est-ce que le Roi m'aime?--Oui, ma chère enfant, dit la marquise, je +sais que vous ne lui êtes pas indifférente, et qu'il ne tiendra qu'à +vous de faire son bonheur.--C'est ce que je ne sais point encore, +répartit mademoiselle de Grancey, car Sa Majesté ne m'a dit rien de +tendre, au contraire; elle ne m'a entretenue que de mode, que de cartes +et de mille autres choses à peu près de cette nature. Il est vrai que ce +Prince a trouvé mon habit fort propre[260] et qu'il me seyoit très-bien; +mais, hélas! n'avoit-il rien de plus doux à me dire, s'il m'aime un +peu?» Madame de Maintenon sourit de la pensée de son aimable disciple, +et lui répliqua: «Ah! ma mignonne, je ne connois plus le Roi; il +est devenu insensible à ce qui faisoit autrefois ses plus doux moments. +Un grand fond de piété, qui s'est emparé de son coeur, le rend +présentement tout de glace aux plaisirs des sens.--Je vous avoue, +répartit mademoiselle de Grancey, qu'une si grande froideur en un homme +n'est point agréable. L'on diroit dans cet état qu'il n'est point animé. +L'amour donne je ne sais quoi qui est aimable à tout ce qui respire le +jour.--Mais encore, ma belle, dit la marquise, dites-moi sincèrement si +notre Monarque vous a fait paroître tant d'indifférence?--Madame, Sa +Majesté ne m'a point surprise dans ses manières languissantes, puisque +la première fois que je l'ai vue, j'ai bien jugé que son amour se +mouroit et qu'il étoit temps de lui faire un tombeau.--Vous êtes bien +savante, ma bellotte, dit madame de Maintenon en riant, d'avoir si bien +pressenti la mort de la tendresse du Roi; je m'étois flattée que vous la +feriez renaître et que vos charmes auroient assez de force pour la +ressusciter.--En vérité, madame, répondit cette charmante, il est bien +difficile de redonner la vie à ce qui n'en a plus. Voici cependant des +vers que j'ai dits à Sa Majesté dans le dessein de la réveiller de son +assoupissement et de la divertir par cet imprévu. + + Dites-moi mon cher prince + D'où vient votre air rêveur? + Seroit-ce quelque feinte + Dans votre illustre coeur? + L'on sait que vous n'êtes pas insensible + Aux doux attraits d'une aimable beauté, + Et que, chez vous, il est du tout[261] visible + Qu'on n'y sauroit trouver de dureté. + +--Je ne savois pas, ma belle enfant, dit notre marquise, que vous étiez +poëte. C'est un exercice fort joli pour une jeune personne comme vous. +Il n'y a rien qui polisse davantage l'esprit et qui apprenne mieux les +manières du bel usage que la poésie, et qui donne une si grande +délicatesse en tout ce que nous faisons. Le Roi aime passionnément les +vers, quand ils sont bien tournés et fort tendres; c'est pourquoi, ma +mignonne, faites un sonnet fort juste et qui fasse connoître à Sa +Majesté adroitement que vous l'aimez, et que vous êtes fâchée qu'il n'y +réponde pas aussi tendrement que vous le voudriez. Il faut quelquefois +solliciter un coeur avant de s'en rendre le maître.--Ah! madame, +répartit mademoiselle de Grancey, que les ordres que vous me donnez sont +difficiles à exécuter! Je n'ai pas de penchant à faire des avances à mes +amants. Il n'y a rien de si peu à mon goût que ces sortes de +manières.--Il est vrai, mademoiselle, répondit madame de Maintenon, +quand on est faite comme vous êtes, il n'est pas besoin d'en faire; mais +il y a de la différence entre galant et galant. Être aimée, par exemple, +d'un Roi aussi charmant que le nôtre est une chose qui mérite bien un +peu de peine. Défaites-vous de cette fierté qui est si naturelle aux +jolies filles comme vous, et marquez un peu d'empressement à ce Prince. +C'est le moyen le plus sûr de lui plaire.--Madame, ne parlons plus de +cela, je vous en prie, dit la belle écolière, car je sens que mon +coeur ne s'accorde point avec les leçons que vous me donnez. Vous +savez que s'il n'est de la partie, tout ce que l'on entreprend n'est pas +bon.--Oui, ma mignonne, ce que vous dites est vrai, répliqua la +marquise; mais il faut tâcher de se rendre maître de ce coeur rebelle +et l'apprivoiser avec la raison, qui veut que vous fassiez quelque chose +pour votre fortune. Souvenez-vous, ma chère bellotte, que nous ne sommes +plus dans le temps où une fille croyoit avoir fait un crime irréparable +de songer à l'amour. L'on accommode à présent ce Dieu avec l'intérêt par +une aimable vicissitude.» + +La marquise de Maintenon n'eut pas plus tôt achevé de donner ces jolies +instructions à mademoiselle de Grancey, qu'elle la mena au lever du Roi. +Cette charmante enfant étoit ce jour belle comme un ange, et dans un +certain air de négligé qui la rendoit tout adorable. Dès que notre +Prince la vit, il lui dit:--«Ah! mademoiselle, vous ferez aujourd'hui +bien des misérables. Votre présence est redoutable aux pauvres +humains.--Qui, moi? Sire, répartit cette incomparable, en riant, j'ai +pourtant le coeur fort sensible à la compassion et n'aime pas à voir +souffrir les affligés.--Vous voyez, Sire, interrompit madame de +Maintenon, que, parmi le grand nombre des qualités éminentes qui ont été +données à mademoiselle, elle possède encore la pitié et la charité, qui +sont de toutes les vertus les plus parfaites.--A la vérité, ma belle +mignonne, dit le Roi, en la regardant assez tendrement, des mouvements +si héroïques et si nobles sont fort rares dans la jeunesse où vous +êtes. D'ordinaire, dans l'âge tendre, l'on a peu de sentiments +raisonnables.--Ah! Sire, il ne faut pas tant donner d'encens à +mademoiselle, sans lui dire aussi ses petits défauts. Elle est cruelle à +ses amants jusqu'au dernier point, leur défendant l'usage des soupirs, +qui est leur ôter la vie. Car, qu'ils soient sincères ou non, les +galants de ce siècle ne marchent jamais sans cet ornement.» + +Sa Majesté ne put s'empêcher de rire de la raillerie de la marquise, qui +dit encore plusieurs autres choses fort spirituelles sur le même sujet. +Toute la matinée se passa très-agréablement. Mademoiselle de Grancey, +qui chante parfaitement bien, dit des airs nouveaux fort tendres, que le +Roi trouva justes et bien proprement chantés.--«Mais, dit madame de +Maintenon, il ne manque rien à cette jolie enfant qu'un peu d'amour. Si +elle aimoit, elle seroit accomplie.--Le temps, répondit notre Monarque, +rendra à mademoiselle le coeur sensible. La nature n'a pas formé un +objet si charmant pour ne pas aimer.» + +Le jour suivant, le prince de Condé et le marquis de Vannes[262] furent +longtemps avec Sa Majesté à conférer sur des affaires militaires. Le Roi +nomma plusieurs nouveaux officiers, tant de cavalerie que d'infanterie, +afin de remplir les places de tant de grands guerriers qui avoient +perdu la vie à la bataille de Senef[263], qui est un village situé dans +le Brabant. + +Le prince de Vaudemont[264], qui avoit reçu quelque légère blessure, +s'étoit retiré dans le bois de Bufferay, quand la comtesse de +Souche[265], qui l'aimoit plus que sa vie, alla le trouver et lui pansa +toutes ses plaies avec des onguents qu'elle avoit faits exprès pour lui. +Jamais femme n'a tant aimé que celle-là, ce qui nous fait rejeter la +méchante opinion des hommes, qui disent généralement que le sexe féminin +est incapable d'un fort attachement. Mais revenons à notre passionnée +amante. Elle n'eut pas plus tôt appris le malheur du prince, son cher +amant, qu'elle tomba dans une foiblesse qui lui dura plus de trois +heures, avec des soupirs languissants, qui marquoient le triste état de +son âme affligée. Après le retour de cette pâmoison, elle embrassa +tendrement l'objet de son amour, le serrant avec ardeur entre ses bras, +et lui dit en tournant ses yeux vers le ciel:--«Ah! mon cher, je ne suis +revenue en ce monde que pour vous aimer plus que jamais. J'ai cru que la +mort vous avoit ravi; mais, hélas! si mon sort me sépare de vous un +moment, je ne veux plus vivre!» + +La comtesse de Souche prononça ces paroles avec tant de tendresse et +avec un si grand torrent de larmes, qu'elle attendrit le coeur de son +amant si sensiblement qu'il pleura plus d'un après-dîner avec sa +maîtresse. L'on pouvoit dire dans ces moments, que l'amour n'étoit point +joli, puisqu'il avoit les yeux mouillés. Ce petit enfant pleure +quelquefois quand il n'est pas content. C'est pourquoi Vénus, sa mère, +le prend fort souvent sur ses genoux et le caresse afin de l'apaiser; +mais si on ne lui donne pas ce qu'il veut, ce Dieu folâtre crie plus que +jamais. Le prince de Vaudemont tâcha aussi de modérer les plaintes de sa +belle, en la baisant tendrement et lui disant qu'il ne vouloit plus +respirer le jour que pour elle, que sa reconnoissance étoit +inconcevable, et qu'il faudroit être né le plus ingrat et le plus lâche +de tous les hommes pour ne pas sentir une forte amitié et un tendre +amour pour elle. + +Des paroles si touchantes charmèrent la comtesse et lui firent augmenter +ses caresses à son illustre galant, qui, de son côté, aimoit beaucoup ce +petit bavardage. Après que le prince de Vaudemont et sa maîtresse eurent +demeuré quelque temps à Senef, ils retournèrent à Paris. Le comte de +Souche, qui étoit extrêmement irrité contre sa femme, et qui lui faisoit +des reproches sensibles sur son infidélité, l'accabloit de menaces. +Quand la comtesse voulut se justifier par des feintes ordinaires aux +coquettes, elle lui dit que le voyage qu'elle avoit fait n'étoit +que pour lui, et qu'ayant été aussi bien blessé que le prince, l'amour +qu'elle avoit pour lui l'avoit obligée de partir au plus vite, et qu'il +devoit mieux juger de la solidité de son coeur, qu'elle lui avoit juré +une fidélité éternelle, ne voulant pas fausser sa foi pour une couronne; +que tout ce qu'elle avoit fait pour le prince n'étoit qu'à cause qu'il +étoit son ami, et même par un motif de charité.--«Ne croyez pas, mon +cher mari, ajouta cette dissimulée, que je préfère jamais le prince de +Vaudemont à vous. Je connois très-bien la différence qu'il y a entre +vous et lui. Vous appréhendez en vain que l'on n'ait pas assez de +tendresse pour vous. Vos charmes ont des forces suffisantes pour +conserver un coeur.» + +Peut-on pousser plus loin une trahison que celle-là et amuser un +bonhomme plus adroitement? Le comte de Souche parut content après des +assurances si pathétiques et donna la liberté à sa femme de voir le +prince de Vaudemont, pourvu qu'il fût présent. Cette réserve chagrina +longtemps la comtesse, n'ayant pas le plaisir de dire à son amant les +sentiments de son coeur, ni de lui donner des preuves de son amour. Le +comte de Souche, qui aimoit extrêmement le prince, et qui ne pouvoit +vivre sans le voir, jouoit tous les jours à l'ombre[266] avec lui, +quoiqu'il perdît tout son argent. Un soir que nos généraux avoient +joué fort tard, et qu'ils avoient bu plus qu'à l'ordinaire, le comte de +Souche s'endormit et donna tout le loisir à nos amants de renouveler +leurs tendresses, sans que le bon mari en sût rien. La nuit, qui +paraissoit jalouse du bonheur de la comtesse, disparut et fit place à +l'aurore, qui vint dans son char toute riante, avec ses doigts de rose, +annoncer l'agréable venue du jour. Alors le comte de Souche, qui avoit +dormi sans se réveiller, parut tout surpris de se voir couché sur un lit +de repos sans sa femme. Il appela cette belle plusieurs fois, qui fit +comme si elle n'entendoit point, ce qui obligea le comte de monter à la +chambre et d'aller voir si elle étoit couchée; mais l'ayant trouvée dans +un profond sommeil, il la laissa dans ce repos charmant, se contentant +seulement d'admirer ses beaux yeux, qui étoient à demi fermés, et la +beauté de sa main qu'elle avoit jetée négligemment sur sa robe; après +les avoir baisées il se retira de crainte d'éveiller sa chère moitié. + +Le prince de Vaudemont, qui connoissoit un peu la jalousie du comte, +s'étoit retiré chez lui rempli d'une joie inexprimable d'avoir eu le +temps assez favorable pour avoir goûté avec plaisir les douceurs de sa +tendresse. Ce prince repassoit encore ces charmantes idées quand il +entendit frapper à sa chambre. Il ne douta point que ce ne fût le comte +qui lui venoit demander à quelle heure il étoit sorti de sa maison; ce +qui arriva, car le comte de Souche questionna fortement le prince +sur tout ce qui s'étoit passé la nuit et il lui dit qu'il avoit été pris +d'un violent mal de tête. C'est pourquoi il s'étoit retiré chez lui de +bonne heure.--«Et ma femme, lui dit ce mari infortuné, où l'avez-vous +laissée?--Je l'ai conduite, répartit le prince d'un grand sérieux, +jusqu'à la porte de sa chambre, mais ce qu'elle a fait je ne le puis +dire.» + +Le comte de Souche, n'étant pas fort content de la conversation du +prince de Vaudemont, retourna à sa maison faire plusieurs questions à +ses valets, mais ce fut en vain, car tous ceux qui étoient au logis +avoient dormi pendant que nos tendres amants s'étoient donné les +derniers témoignages de leur amour. La comtesse, s'étant levée, alla +trouver son mari à qui elle fit mille caresses, qui ne partoient point +de son coeur, mais qui étoient seulement apparentes. Le bonhomme s'en +contentoit, ne pouvant avoir mieux, et se croyant dans des moments le +plus heureux de tous les humains. L'apparence a quelquefois bien des +charmes, mais quand on l'examine de près tous les attraits diminuent: +voyons le comte de Souche qui vit le plus agréablement qu'il peut avec +sa femme, et qui se fait des plaisirs au milieu de ses peines. + +Le printemps, qui commençoit à naître, inspira à notre comtesse le désir +d'aller à la campagne, afin de goûter à longs traits le délicieux +plaisir de la promenade. Les doux zéphirs ayant succédé aux rigueurs de +l'hiver rendoient toutes choses charmantes. Après que Mme de Souche +eût joui avec son illustre mari de ses aimables douceurs pendant +quelques semaines, elle se trouva ennuyée de posséder toujours les mêmes +objets. Le prince de Vaudemont lui écrivoit souvent, sans que le comte +le sut; c'est pourquoi cette belle solitaire lui manda son chagrin, et +le pria de venir incognito la divertir, ce que ce tendre amant fit le +plus tôt qu'il lui fut possible. Mais quand le prince fut arrivé dans le +village, la comtesse parut fort embarrassée où elle le pourroit loger +commodément, sans que son mari le pût savoir? Des pensées d'un si grand +poids occupèrent longtemps notre passionnée amante, qui trouva le moyen +de faire venir tous les jours son incomparable galant chez elle; cette +dame aimoit extrêmement la symphonie d'un clavecin et d'un tuorbe[267], +c'est pourquoi son mari lui avoit donné de ces jolis instruments pour +l'occuper agréablement; et comme elle ne les touchoit pas dans la +dernière perfection, elle avoit besoin d'un maître, ce que le comte lui +accorda avec plaisir. Il ne restoit donc plus qu'à le faire venir de +Paris. C'étoit M. Desnué[268] que l'on choisit pour le plus savant et +qui convenoit le mieux à l'âge et à la taille du prince de Vaudemont, +qui devoit jouer le personnage du maître de tuorbe, en copiant et +sa voix et ses manières, et étant travesti d'un habit d'un homme de ce +caractère. Par bonheur pour la comtesse, son époux avoit la vue fort +courte, c'est ce qui le rendoit plus défiant qu'un autre; et il falloit +même qu'il regardât les personnes de bien près pour les connoître. Le +jour étant venu que l'on devoit exercer les instruments, le comte de +Souche reçut M. Desnué fort civilement, et lui fit grande chère, ce qui +donna bien de la joie à la comtesse. L'on ne parla que d'instruments +pendant tout le dîner. Le prince de Vaudemont, afin de mieux contrefaire +le ton de sa voix, faisoit des grimaces effroyables qui firent rire +Mme de Souche de toute son âme. Quand l'on eut bien bu à la santé les +uns des autres, il fut question de commencer à jouer. Chacun prit sa +place dans un ordre fort régulier. Le comte de Souche se mit auprès de +M. Desnué, afin de le connoître, ce que le fin joueur de clavecin ne +trouva pas bon, et dit au comte fort sérieusement qu'il falloit qu'il +eut la liberté de mettre ses bras où il vouloit et qu'il ne pouvoit être +gêné en jouant. Le prince, qui se souvenoit très-peu des leçons qu'on +lui avoit apprises étant petit garçon, se trouva fort embarrassé pour +chanter quelque air. + +Après avoir passé quelque temps à raccommoder ses cordes, qu'il rompoit +exprès, il pria la comtesse de jouer la première, ce qu'elle fit +aussitôt, et comme elle touchoit assez joliment ces instruments, le +prince déguisé n'eut pas bien de la peine à l'instruire. Le comte étoit +fort content de M. Desnué, qui faisoit tout son possible pour le +tromper, et qui profitoit tous les jours de la présence de sa belle, +sans cependant pouvoir bien l'entretenir seule; mais cet amoureux prince +se contentoit de la voir, en attendant l'occasion favorable de lui +pouvoir dire les tendres sentiments de son coeur. Mme de Souche +travailloit toujours à faire naître cette occasion après laquelle elle +soupiroit avec tant d'impatience, et qui lui paroissoit le plus grand +bien de sa vie, aimant plus qu'elle-même le prince de Vaudemont qui ne +languissoit pas moins que sa belle. + +Un matin, comme l'on jouoit du tuorbe, le comte de Souche s'ennuya +d'entendre dire incessamment la même chose, ce que M. Desnué faisoit +dans le dessein de fatiguer son auditeur et de l'envoyer un peu prendre +l'air, ce que le comte fit. Après avoir plusieurs fois baillé, en +ouvrant la bouche de toute son étendue, il dit à sa chère femme qu'il +alloit faire un tour dans le bois, et que bientôt il reviendroit.--«Nous +serons encore plus d'une heure, monsieur, répliqua la comtesse, pour +accorder le dessus avec la basse. Si cela vous chagrine, vous avez du +temps à vous promener.» + +Pendant que M. de Souche étoit dans la forêt, nos amants se disoient +tout ce que l'amour peut inspirer de plus tendre, et le prince ne +pouvant s'empêcher de rire de la plaisante figure qu'il faisoit, la +comtesse lui dit, en le regardant tendrement:--«Nous devons reprendre +nos instruments, car si notre jaloux revenoit, il nous trouveroit sans +occupation, ce qui ne feroit pas bon effet.--Je le veux, madame, +répartit le prince de Vaudemont, recommençons à jouer du tuorbe +afin que, quand le bonhomme viendra, il nous voie dans un grand +attachement.» La pluie qui tomboit, avoit contraint le prince de +retourner à sa maison plus vite qu'il ne vouloit. Cela attrista M. +Desnué, qui n'avoit pas envie de toucher le clavecin, et qui aimoit bien +mieux badiner avec sa belle; l'on marqua pourtant de la joie au comte, +quand on le vit, et même on lui dit qu'il avoit été bien longtemps +absent, ce qui lui fit plaisir, car il étoit bien aise qu'on le caressât +un peu. + +Le lendemain, le comte de Souche, qui avoit vu courir plusieurs lièvres +dans le bois, fut avec ses chiens à l'affût tout le soir, ce qui plut +extrêmement au prince de Vaudemont, étant délivré de la présence +importune de celui qui le gênoit. La comtesse, qui étoit indisposée, se +retira dans son cabinet pour se reposer un peu. M. Desnué demanda à +Metillon, qui étoit la demoiselle de Mme de Souche, où étoit sa +maîtresse.--«Elle est, répliqua-t-elle, Monsieur, montée en haut, mais +je ne sais si Madame est dans la terrasse ou dans son cabinet.--Je m'en +vais voir,» répondit le prince déguisé, qui courut promptement chercher +son aimable écolière, qui dormoit à demi sur un petit lit de +Turquie[269], qui étoit fait de velours vert avec une campane[270] +d'or qui en faisoit l'ornement. Le prince, étant entré fort doucement de +crainte de l'éveiller, se mit dans une chaise à côté d'elle, en poussant +deux ou trois soupirs, qui éveillèrent la charmante enfant, qui ouvrit +ses bras à son cher amant, dans le dessein de l'embrasser, quand elle +entendit le comte de Souche en bas, qui revenoit de la chasse et qui +cherchoit sa femme pour lui faire voir sa prise. + +Pendant que le comte alloit de chambre en chambre, le prince de +Vaudemont se cacha dans une grande armoire, qui étoit ordinairement dans +le cabinet, et que Mme de Souche ferma à clé. Son cher époux étant +entré avec elle, l'entretint du bon succès de sa chasse, et lui dit le +nombre de petits levrauts que Diane, sa fidèle chienne, avoit arrêtés. Il +fit le panégyrique de cette bête, le plus avantageux qu'il put. Cela +ennuyoit beaucoup la comtesse, qui savoit le chagrin où M. Desnué se +trouvoit, étant fortement retenu dans l'armoire qui le pressoit de tous +côtés, n'osant pas même respirer. Après que la comtesse se fut servie de +toute sa politique envers son mari, elle lui demanda fort civilement, +s'il vouloit venir souper.--«Oui, mon coeur, répondit M. de Souche, +car j'ai bien faim; mais dites-moi, je vous prie, où est M. Desnué, afin +que je lui fasse part de mes lièvres?--Je ne sais, Monsieur, répliqua la +comtesse, en contrefaisant l'innocente. Je crois qu'il se promène dans +le jardin en attendant le souper. Je le trouve si occupé de ses leçons, +qu'il ne fait que rêver.--Voilà la marque d'un bon maître, ma femme, dit +le comte, puisqu'il s'attache à ce qu'il fait. Je vais le chercher +sous ces feuillages.» + +Mme de Souche courut en haut ouvrir l'armoire pour dégager le prince +de Vaudemont, pendant que son mari alloit voir dans le jardin s'il le +trouveroit; ce qui fut inutile au pauvre comte, car M. Desnué n'y avoit +pas été de la journée, ayant toujours demeuré proche de sa belle, à lui +faire voir toute la force de son amour. + +Sitôt que le prince fut sorti de prison, il courut au devant du comte et +lui dit:--«Ah! Monsieur, j'étois bien en peine de vous, ne vous ayant +pas vu depuis le matin; avez-vous fait bonne partie à la +chasse?--Monsieur, répondit le comte de Souche, en lui prenant la main, +j'ai eu la fortune à mes gages, car tous les coups que j'ai tirés ont +réussi, de sorte que je suis fort content.--Ah! Monsieur, répondit le +prince de Vaudemont, en contrefaisant toujours sa voix enrouée, c'est le +plus grand plaisir du chasseur que la prise. Courir sans rien trouver +est un exercice bien triste, mais je crois qu'il y a du bonheur à la +chasse, comme au reste des choses du monde.» + +Nos messieurs auroient encore continué leur conversation; mais un des +valets du comte lui vint dire que le souper étoit prêt, ce qui leur fit +quitter la promenade et se mettre à table, où l'on dit mille choses +galantes. + +Après le souper l'on joua de la guitare et du tuorbe, où la comtesse, +qui chantoit fort bien, mêla sa voix toute charmante, et dit plusieurs +airs fort tendres que M. Desnué lui avoit appris et qu'elle trouvoit les +plus jolis du monde, parce qu'ils exprimoient les passions de son +coeur. Les voici comme elle les chanta: + + L'on dit que la colère + Peut dégager un coeur, + Mais ce n'est qu'une erreur, + Et je sais le contraire. + Aime-t-on tendrement? + Ah! difficilement + Peut-on fuir ce qu'on aime. + Qui se fâche aisément + Doit s'apaiser de même. + +Le comte de Souche trouva tant de sincérité dans cet air qu'il pria sa +femme de le dire deux ou trois fois, ce qu'elle fit agréablement et dit +encore ce qui suit: + + Le Soleil, jaloux des plaisirs + Qu'on goûte dans la plaine, + Empêche que les doux zéphirs + Ne soufflent leur haleine. + Mais malgré toute sa chaleur, + Je chercherai l'ombrage, + Et j'aurai de la fraîcheur + Au fond de ce bocage. + +M. Desnué, qui prit la basse, chanta ces paroles avec le clavecin: + + Ah! que ce séjour est charmant + Pour la demeure des amants! + On goûte une joie parfaite + Dans cette agréable retraite. + +Le comte de Souche voulut prendre part à la charmante symphonie, et fit +ces vers impromptus: + + Mon Dieu! que vous avez d'appas! + Le doux plaisir de vous ouïr chanter! + Les dieux, s'ils étoient ici-bas, + Seroient forcés de vous aimer. + +Tout le soir se passa avec assez de délices, à la réserve de nos amants, +qui étoient observés du comte, et qui ne pouvoient rien se dire de +tendre que par le langage de leurs yeux, qui faisoient tous leurs +efforts à parler secrètement. Et comme M. de Souche avoit la vue fort +courte, le bonhomme ne pouvoit pas bien remarquer les mouvements +passionnés de ces interprètes muets, qui disent plus que l'éloquence la +plus polie. + +Le comte de Souche, qui se défioit un peu que le maître aimoit son +écolière, mais cependant qui ne faisoit aucun jugement téméraire, +sachant bien que sa femme étoit tout aimable, et qu'il étoit impossible +de la voir sans sentir quelque chose de particulier pour elle, voulut +pourtant l'éprouver. Ce mari jaloux feignit d'aller à la chasse une +après-dîner qu'il faisoit un temps admirable, et, comme dans la forêt où +il couroit toujours des bêtes sauvages, il y avoit au milieu un endroit +ravissant pour la rêverie, à cause d'un ruisseau qui couloit +agréablement sous cet ombrage, c'étoit ordinairement le lieu le plus +charmant que la comtesse trouvoit et qu'elle appeloit ses délices, quand +elle forma le dessein, avec M. Desnué, d'aller se délasser l'esprit des +leçons qu'elle prenoit, dans ce bois solitaire, espérant que le comte +étoit bien loin, et qu'elle pourroit à loisir goûter à l'écart les +charmes de l'amour. + +Tout cela étoit assez bien pris, si la jalousie n'avoit pas inspiré au +comte des soupçons, ce qui le fit cacher derrière les buissons les plus +épais, et pour entendre la conversation que Mme de Souche auroit avec +le maître déguisé, qui dit à la belle tout ce qu'un amour violent +est capable d'inspirer et de sentir. Notre belle, après un long +entretien qu'elle eut avec son galant, qui ne roula que sur les tendres +sentiments de son coeur et sur la constance de son amour, fit mille +caresses passionnées au prince de Vaudemont, qui paroissoit tout charmé +dans cet agréable moment, et qui dit à sa charmante maîtresse, d'un air +doux et sensible, que de tous les plaisirs de la vie, celui qui le +touchoit le plus étoit les aimables caresses d'une jolie femme; que même +cette qualité tenoit lieu de mérite à celle qui n'en avoit pas, et que +l'indifférence en aimant étoit quelque chose d'insupportable.--«Quoi, +mon cher, reprit la comtesse en souriant, peut-on aimer bien et avoir de +l'indifférence? Comment accommodez-vous le contraire de +l'amour?--Madame, répartit M. Desnué, il y a des femmes qui sont +dissimulées au dernier point, et qui aiment tendrement leur amant, et +qui seroient au désespoir de le leur faire connoître, soit par un motif +de honte ou par celui de la gloire, ce qui est la plus grande foiblesse +du monde; car il n'y a rien de si naturel que d'aimer, et même de toutes +les passions l'amour est le plus noble, étant l'âme de tout l'univers, +qui seroit inanimé sans ce dieu.--Il est vrai, mon cher, continua la +comtesse en l'embrassant, que les plus charmants plaisirs que la nature +a inventés sont ceux que l'on goûte en aimant. Ah! que la fin d'un +tendre amour laisse de vide dans la vie! et qu'un coeur vers la raison +fait un triste retour, quand il ne sent plus ces brûlants transports qui +l'animent! + +Monsieur de Souche, qui avoit eu la patience d'écouter tout ce langage +amoureux, et qui souffroit mortellement, étant toujours sur le point de +percer son ennemi de mille coups, ne put s'empêcher de rompre une +conversation où sa gloire étoit offensée, et qui méritoit si bien de se +venger. Il courut donc, l'épée à la main, à sa femme, et lui dit, +furieux comme un lion: «Ah! perfide, tu mérites la mort; l'honneur me +vengera de ton infidélité et de ta trahison. Quoi, lâche! ton coeur +a-t-il pu former le dessein de trahir ton mari, qui t'a aimée au-delà de +ce que tu vaux!» + +Le comte prononça toutes ces paroles avec une colère inconcevable, ce +qui fit fuir nos amants infortunés dans la forêt d'un côté et d'autre, +et le comte de Souche, qui ne pouvoit pas bien pénétrer, à cause des +lieux sombres du bois et de sa vue, où étoient les ennemis, retourna +chez lui donner ordre que jamais son infidèle épouse ne revînt à sa +maison, fit fermer toutes les portes du château, et passa quelque temps +fort tristement. + +Pendant tout ce désordre, le prince de Vaudemont et la comtesse étoient +désespérés de leur malheur, qui étoit sans remède; car il n'y avoit pas +moyen d'appaiser le comte de Souche, irrité effroyablement, et qui ne +pouvoit pas même entendre prononcer le nom de sa femme, ne la regardant +plus que comme une scélérate, qui méritoit toute sa haine. Mais ce qui +consoloit un peu cette désolée étoit l'espérance qu'elle avoit que le +déguisement du prince en M. Desnué n'avoit pas été découvert; et que ce +rusé galant avoit toujours bien joué son rôle, que même le bonhomme +croira incessamment que c'est le maître de tuorbe qu'elle aime. Ces +idées donnèrent un peu de repos à notre belle, qui pria le prince de +Vaudemont d'aller faire sa cour auprès de son mari, ce qu'il trouva fort +difficile, et dit à Mme de Souche:--«Quoi, croyez-vous, ma chère, que +le comte ne m'ait pas reconnu dans le personnage que j'ai fait? Il est +trop fin pour n'avoir pas connu que c'étoit moi qui étois le maître de +clavecin.--Ah! mon aimable, perdez ces sentiments; mon mari n'auroit +point souffert cette feinte, s'il avoit eu la moindre connoissance de la +tromperie que nous lui avons faite, mais je ne puis m'en affliger +davantage; puisque c'est vous qui en êtes la cause.--Ah! mon adorable +enfant, dit le prince, en se jetant aux pieds de la comtesse, je suis au +désespoir de vous donner de la peine; mais je prétends reconnoître +toutes les bontés que vous avez eues pour moi en sacrifiant ma vie pour +votre soulagement. Faites fond sur ma tendresse, qui sera pour vous +éternelle.» + +Des assurances si sensibles firent tomber un torrent de larmes des beaux +yeux de Mme de Souche, que son amant, qui n'étoit pas moins affligé, +prit la peine d'essuyer de son mouchoir, après l'avoir baisée mille +fois. La belle, toute languissante, dit au prince qu'elle ne vouloit +plus voir le monde, et qu'il falloit qu'elle se retirât dans un couvent, +le reste de ses jours. A quoi son cher amant ne put consentir qu'avec +une violence incroyable.--«Quoi, disoit ce tendre prince, perdre ce que +l'on a de plus cher au monde est la plus grande infortune qu'un +homme puisse recevoir. Oui, Madame, continua ce passionné galant, il n'y +a que la mort qui puisse effacer un si triste souvenir.--Ce que vous +dites est vrai, répondit la comtesse en soupirant, mais nous ne pouvons +pas nous opposer à notre destinée, qui suit les ordres reçus du premier +des êtres, sans nous demander si nous sommes contents de ce qu'elle +fait.--Il faut donc consentir à ses décrets aveuglément et sans +résistance, répliqua le prince de Vaudemont?--Oui, mon cher, nous y +devons obéir comme forcés. C'est pourquoi, si je dois finir mes jours +dans un monastère, vos efforts ne pourront l'empêcher.» + +La comtesse, qui vouloit absolument se retirer dans une abbaye de +Sainte-Claire, qui étoit composée de femmes qui avoient des différends +dans le monde, dit adieu à son amant qu'elle laissa plus mort que +vivant, et qui lui promit pourtant qu'en son absence, il alloit +travailler à la bien remettre avec son époux afin de la pouvoir encore +revoir et de lui pouvoir dire qu'il l'aimeroit jusques au tombeau. + +Ce fut les dernières paroles que nos tendres amants se dirent, après +s'être embrassés mille fois, qui furent accompagnées de tristes soupirs +et de pleurs capables d'attendrir un coeur de marbre et d'amollir les +rochers[271]. + +Le roi, depuis peu de jours, n'ayant plus rien à démêler avec le monde, +et voyant que la fortune commençoit à l'abandonner, en fit des +plaintes sensibles à son confesseur[272] et à la marquise de Maintenon, +comme à ses deux plus fidèles amis, à qui Sa Majesté confie tous ses +secrets et les fait dépositaires de ses plus chères pensées. Ce prince +leur dit, en des termes fort pathétiques, que la vie lui étoit un +supplice, depuis un espace de temps, et qu'il envioit le bonheur de ceux +qui passent leurs jours dans des monastères; qu'ils étoient exempts de +mille et mille chagrins qui travaillent les hommes, et qui leur rongent +l'esprit; que de toutes les conditions, celle des monarques et des +princes étoit la plus à plaindre; que l'éclat qui environnoit leur sort +n'étoit qu'imaginaire, et que le moindre berger goûtoit plus de douceurs +dans son petit état possible[273] que le plus grand des rois ne faisoit +dans tout son triomphe. + +Des réflexions de cette nature étonnèrent extrêmement le révérend Père, +qui regarda la marquise de Maintenon en soupirant, et qui lui dit: +«--Madame, le coeur de notre monarque est tout abattu, ce qui me +surprend assez qu'un grand prince comme lui, qui a la foudre en main +pour renverser l'univers quand il voudra, puisse concevoir des idées si +tristes.» Le Père jésuite dit ces paroles avec chaleur, comme étant +intéressé à la conversation du Roi, qui a tant de bonté pour tous les +religieux, particulièrement pour les révérends Pères de la compagnie de +Jésus, qui font tout leur possible pour enlever la tendresse de ce +prince, en lui donnant continuellement de l'encens qui ne leur coûte +rien. Le Père Bon-Ange[274], grand ami de Mme de Maintenon, a fait +battre, il n'y a pas longtemps, plusieurs belles médailles où le Roi est +représenté en diverses figures, comme un Jupiter qui renverse le monde +avec sa foudre, ou bien comme Hercule qui triomphe de plusieurs nations +et même des fleuves. Achéloüs fils de Thétis, combat en vain pour +Déjanire, quoiqu'il soit métamorphosé en taureau qui est le plus furieux +de tous les animaux; Hercule lui arrache une de ses cornes. L'on voit, +d'un autre côté, le Roi dans les airs, comme un Apollon qui fait la +guerre à ses ennemis et qui leur perce le coeur de flèches. Toutes ces +charmantes devises ont été présentées à Sa Majesté dans la vue de +l'encourager à soutenir ses conquêtes. C'est le dessein jésuitique que +ces illustres Pères de l'Église forment tous les jours. + +Pour revenir aux réflexions solides que notre Monarque fait, en ayant +bien voulu entretenir son confesseur, qui trouva bon de relever les +sentiments de ce prince, en lui faisant connoître par une morale toute +choisie, et digne de l'esprit de ces Messieurs, qu'il falloit qu'un +héros ne s'abattît jamais, quand même la fortune ne seroit plus son amie +et que le bonheur le fuiroit; et que les Rois étoient au-dessus de ces +chimères, et qu'une autre main régloit leur sort, que tout le reste des +hommes[275]; et qu'un Prince comme lui et né heureux, ayant toujours été +la terreur de toute l'Europe, il ne falloit pas écouter mille petits +sentiments qui s'élevoient dans le coeur par la sollicitation de la +chair, qui s'oppose incessamment à la juste raison, et qui est +quelquefois irraisonnable elle-même dans son désordre. Le Roi se sentit +le coeur fortifié et plus fort de courage, après de si sublimes +expressions, ce qui donna une joie inexprimable à madame de Maintenon, +et lui fit remercier le révérend Père en ces termes:--«Mon cher +conducteur, je sais que vous êtes la lumière du monde, et que sans votre +divin pouvoir nous ne pouvons rien faire, et que vous affermissez les +pas les plus glissants; c'est pourquoi je vous remets l'esprit du Roi +entre vos bras, qui est changeant comme le reste des humains; ce qu'il +veut aujourd'hui, demain ce Prince ne le veut plus. Je ne sais ce qui +fait cette inégalité chez lui.--Madame, répondit le Père, après avoir +bien rêvé, j'ai découvert, ou je me trompe, le principe des chagrins de +notre Monarque. Je crois qu'il est fâché de n'être plus sensible à +l'amour qui a été autrefois sa passion dominante; que, voyant que vous +lui présentez journellement des objets adorables, et qu'il ne +trouve plus rien chez lui qui réponde à ces offres charmantes, vous +l'irritez plutôt que de renouveler sa tendresse mourante. N'est-il pas +vrai, Madame, continua ce rusé Père, que ce que nous pouvons avoir +facilement nous rebute?--Mon père, répliqua la Marquise, vous approchez +un peu de ce qui chagrine le Roi; mais je sais que sa véritable peine +est le méchant état des affaires présentes. Sa Majesté ne voit point de +jour à trouver de l'argent pour fournir à la guerre, qui désole, comme +vous voyez, une partie du royaume de France. Les coffres du Roi sont +entièrement vides[276], et de l'humeur qu'est ce Prince, il fera comme +François Ier, c'est-à-dire que Sa Majesté se servira de sa dernière +pièce, comme fit son allié devant Pavie.--Madame, dit le jésuite, nous +avons fait tout notre possible pour l'Etat, et nous ne pouvons plus rien +donner du nôtre, ou bien nous serons réduits à la mendicité, qui est une +chose déplorable, que des religieux, qui se sont vus autrefois à leur +aise, soient aujourd'hui sur le petit pied.--Ce que vous dites est vrai, +mon cher père; mais quelquefois nous ne sommes pas nés pour être +tout-à-fait inutiles dans la vie. Notre Monarque a trouvé à propos de se +servir de vous, comme de lumière, dans les ténèbres et pour voir clair +en toutes ses entreprises.» + +La conversation sérieuse auroit encore duré, si frère Antoine[277], qui +est un novice nouvellement reçu, et par malheur qui est devenu +amoureux d'une des demoiselles de madame de Maintenon, qui est une jolie +fille, jeune et fort engageante, ne fût entré, et n'eût rompu +l'entretien, en demandant d'un air tendre et plein de feu à la marquise, +comment se portoit mademoiselle Gisson[278], qui étoit depuis peu +malade, et si le remède qu'il lui avoit donné avoit bien réussi.--«En +vérité, mon frère, répondit madame de Maintenon, en riant, et qui ne se +doutoit point de l'amour de frère Antoine, l'on m'a dit ce matin que la +pauvre enfant étoit bien mal. Elle auroit peut-être besoin d'un +consolateur.--Madame, je m'y en vais, dit le frère passionné; je +tâcherai de la consoler le mieux qu'il me sera possible.» + +Le frère étant entré dans la chambre de mademoiselle Gisson, s'approcha +de son lit et lui prit la main, pour demander d'une voix tendre si elle +dormoit bien.--«Non, mon frère, répondit la belle, je ne puis trouver de +repos. Je sens des inquiétudes mortelles.--Ah! mon aimable soeur, +répartit le frère Antoine, en lui baisant les mains tendrement, quels +pourroient être les troubles de votre coeur? faites-moi la grâce que +je sois votre confesseur; je vous pardonnerai bien des petits péchés qui +vous embarrassent et dont la présence vous fait peur.» Mademoiselle +Gisson parut toute surprise de la familiarité du frère jésuite. Cette +charmante enfant, qui avoit de l'esprit infiniment, connut d'abord que +c'étoit l'amour qui l'apprivoisoit, et que, si elle confessoit ses +péchés à un homme qui avoit le coeur si tendre, elle auroit facilement +la rémission de toutes les fautes qu'elle auroit commises, petites ou +grandes, ce qui est contre les ordres que la pénitence ordonne et les +mortifications de l'Eglise. Notre charmante dit au frère qu'elle ne se +sentoit pas encore assez bas ni assez foible, pour avoir besoin d'un +confesseur, que son mal commençoit un peu à diminuer.--«J'en suis ravi, +ma chère mignonne, répliqua le frère, en riant, car ce seroit dommage +qu'une jolie demoiselle comme vous ne fît plus l'ornement du +monde.»--Que je vous trouve obligeant, mon frère, dit cette +incomparable; vous me contez plus de douceurs que jamais l'on ne m'a +fait, et vous êtes trop galant pour le monastère. Vous avez très-mal +fait de renoncer au monde.--Hélas! ma belle enfant, ce n'est que la +rigueur de votre aimable sexe, répartit le frère, en soupirant, qui m'a +inspiré l'envie d'être religieux. Je n'ai aucune inclination au parti +que j'embrasse, mais le désespoir où je me suis trouvé en aimant +passionnément la plus cruelle qui ait jamais été sous le ciel, et la +plus adorable qui fût au monde, m'a fait jeter aveuglément, et sans +réflexion, aux Jésuites, trouvant toutes choses ennuyeuses, puisque je +ne pouvois pas me faire aimer de la jolie enfant qui me tenoit sous sa +loi. Ah! quel martyre, ma charmante, continua cet amoureux frère, quand +on n'a point de réciproque en amour!--Je vous plains extrêmement, mon +frère, répondit modestement mademoiselle Gisson, puisque ce n'est point +pour un véritable motif de piété que vous avez quitté les plaisirs +de la vie. Vous serez malheureux tout le reste de vos jours.» + +Le frère Antoine vouloit comme embrasser la belle mignonne par un +transport de passion, quand la marquise de Maintenon entra, qui trouva +au frère jésuite les yeux tout remplis d'un beau feu, que sa tendresse +amoureuse lui faisoit naître et qui le rendoit tout brillant. Madame de +Maintenon lui en sut bon gré, croyant que cette vivacité venoit de la +force de sa dévotion.--«Eh bien! mon frère, combien avez-vous dit de +prières à notre malade.»--Madame, répondit le frère tout confus, j'en ai +dit autant que Mademoiselle en a voulu. Je finissois les litanies de la +Vierge, quand vous êtes entrée.--Je suis fâchée d'avoir interrompu une +si charmante dévotion, répartit la Marquise; mais vous pouvez continuer, +je serai un de vos auditeurs.» + +Le frère, qui n'avoit point envie de dire des prières, et qui n'en +savoit peut-être pas beaucoup, aimant bien mieux lire quelque jolie +petite histoire amoureuse que ses matines, prit congé de notre abbesse, +en lui disant adroitement qu'il fît encore quelque autre visite à des +malades qui l'attendoient, et que comme le révérend père du Sort[279] ne +pouvoit plus sortir à cause de sa vieillesse, il falloit qu'il le +soulageât un peu.--«Vous avez des sentiments bien pieux et bien +charitables, mon frère, répondit madame de Maintenon; c'est un bon +commencement pour un jeune religieux. Je prierai Saint-Louis, notre +aimable patron, qu'il fortifie les bons mouvements de votre coeur.» Le +frère remercia la marquise par une inclination de tête en la quittant. + +Mademoiselle Gisson, toute malade qu'elle étoit, eut peine à s'empêcher +de rire dans son lit, de l'hypocrisie de frère Antoine, qui trompoit si +finement madame de Maintenon, en l'amusant d'oraisons imaginaires; car +le rusé jésuite aimoit bien mieux donner l'encens à Vénus ou à Bacchus, +qu'aux autres saints et aux saintes, qui n'étoient, comme il le disoit à +ses amis, que dans l'imagination des simples. + +Le lendemain, le Roi, pour charmer son chagrin, qui étoit insupportable, +fut à Saint-Cloud avec toute la Cour, où l'on donna un bal le plus +charmant qui se soit jamais vu. La duchesse de Chartres[280] n'avoit +point encore paru si aimable qu'elle le fut dans ce jour; aussi +emporta-t-elle le prix du bal, comme celle qui dansa du plus bel air, ce +qui réveilla un peu la tendresse mourante du Roi, et lui fit naître +l'envie de danser avec cette belle princesse, à qui Sa Majesté dit même +des douceurs paternelles, que la duchesse trouva fort bien pensées; à +quoi elle répondit d'un air enjoué qu'elle devoit à Sa Majesté la +lumière du jour:--«Il est vrai, mon illustre mignonne, dit le Roi +en riant, mais non pas votre mérite.--Ah! Sire, répondit la duchesse, +j'en sais bien faire la différence.» + +Notre Monarque auroit peut-être encore raisonné avec cette charmante, si +madame de Maintenon, qui ne peut souffrir que le Roi caresse personne +(quoi qu'indifféremment ce Prince le fasse quelquefois pour passer de +méchants moments, ou pour faire diversion à l'embarras où Sa Majesté se +voit aujourd'hui), ne l'eût interrompu par une lettre qu'elle présenta à +Sa Majesté, du comte de Châteaurenaud[281], qui commandoit la flotte +françoise, où il marquoit toutes les merveilles qu'un des vaisseaux que +l'on appeloit l'_Entreprenant_ faisoit; ce qui donna un grand plaisir à +ce Prince, et lui inspira la plus belle humeur du monde. + +L'on fut à la chasse le jour suivant. Mademoiselle de Bourbon[282], qui +est une des jolies cavalières qui aient jamais été, parut aussi +infatigable que les meilleurs cavaliers dans la force de leur course. +Elle fut toujours à la tête des chiens, en conduisant son cheval avec +une adresse admirable, ce qui la fit distinguer de toutes les autres +dames, et lui attira plusieurs louanges que cette charmante chasseresse +reçut modestement, particulièrement du marquis de Bordage[283], qui ne +l'avoit point abandonnée un moment, et qui étoit devenu passionnément +amoureux d'elle dans cette rencontre. Il est vrai qu'il est bien +difficile à un homme un peu délicat en mérite de conserver sa liberté en +la compagnie du sexe féminin, quand la nature a donné à ces aimables +conquérantes les dons de se faire aimer. + +Nous lisons qu'un philosophe moderne ayant fait tous ses efforts pour ne +pas sentir la foiblesse de l'amour, fit une ferme résolution de ne voir +jamais de femmes, espérant par ce moyen que leurs charmes ne +troubleroient point son repos; mais étant un jour dans sa solitude +ordinaire, qui étoit comme un petit désert, où il n'entroit +personne, deux pigeons se caressoient tendrement sur un jeune arbrisseau +que la nature avoit fait naître dans ce lieu solitaire. L'amour prit +plaisir dans ce moment à faire considérer avec attachement à ce +philosophe rêveur toutes les petites manières innocentes et toutes +charmantes dont cette aimable colombine se servoit pour faire connoître +à son galant qu'elle l'aimoit. Ces tendres pensées lui inspirèrent +l'envie d'aimer le chef-d'oeuvre que Dieu a créé pour l'homme; c'est +de la manière qu'il en parle, après son retour d'indifférence, ayant +toujours regretté les précieux moments qu'il n'a pas employés à aimer +les jolies femmes. + +Revenons au marquis du Bordage, qui ne pouvoit perdre l'idée charmante +de sa belle Diane, qui avoit pris sa liberté comme les autres conquêtes +qu'elle avoit faites. Ce passionné marquis ne pouvant trouver les moyens +de faire connoître à mademoiselle de Bourbon combien il languissoit pour +elle, lui écrivit ce qui suit dans la tablette que cette belle mignonne +avoit perdue en courant le cerf, dans le plus épais de la forêt, et que +ce tendre cavalier avoit trouvée à ses pieds; voici ce qu'il y grava en +la lui renvoyant: + + Rien ne me touche tant que mon incomparable. + Je découvre en elle plusieurs charmes secrets, + Et mille appas et mille attraits, + Dont la douce force est pourtant inévitable. + De la douceur, point de fierté, + Un air qui n'est point affecté, + Un port majestueux, un esprit agréable + Qui range tous les coeurs sous son divin pouvoir, + Et leur peut en l'aimant faire à tous concevoir + Un bonheur sans égal et même inexprimable. + +Mademoiselle de Bourbon fut toute surprise de voir dans sa tablette des +vers écrits d'une main inconnue et qui faisoient une partie de son +portrait, le marquis ne l'ayant pas voulu achever, afin d'avoir encore +un sujet une autre fois de la surprendre, ce qui lui étoit assez +difficile, car cette adorable perfection étoit fort réservée et ne +voyoit point le monde, étant très-souvent à la campagne, à un beau +château qui lui appartenoit, à deux lieues de Saint-Germain. + +Le marquis se sentant éperdûment amoureux, et ne pouvant être assez +heureux pour jouir de la présence de son incomparable, prit les habits +de la jardinière, à qui il ressembloit beaucoup, et que depuis longtemps +il ménageoit pour ce dessein. Mademoiselle de Bourbon étoit accoutumée à +venir tous les matins cueillir des fleurs dans le jardin et à passer +quelques heures dans l'entretien rustique des paysannes qui venoient +cultiver les parterres du jardin. Le marquis déguisé s'étoit mis dans un +coin pour tirer de méchantes herbes qui gâtoient des jasmins et des +orangers, quand notre belle, qui aimoit passionnément ces petits +arbrisseaux, fut trouver celle qui les accommodoit dans une propreté +sans égale, et lui dit, en riant: «Ah! ma chère, que vous êtes propre au +jardinage! je n'ai point encore vu une personne si adroite que vous.» + +Le marquis, qui se sentit le coeur ému de ces douceurs, lui répondit, +en copiant la paysanne, qu'elle se croyoit la plus fortunée de +toutes celles de son village, puisqu'elle avoit le bonheur de plaire à +une si illustre personne. Mademoiselle de Bourbon aperçut au langage de +cette fille de la différence au jargon ordinaire des bocagères. Elle lui +demanda, en la regardant fixement, d'où elle étoit, et si elle n'avoit +jamais été dans les villes. La jardinière parut si spirituelle à cette +charmante demoiselle, qu'elle entra en soupçon que ce ne fût quelqu'un +qui se fût déguisé pour lui parler. Ces pensées la firent retirer plus +tôt qu'elle n'auroit fait. Le marquis se voyant seul, et n'ayant pas +encore fait de grands progrès dans son amour, s'avisa d'écrire ces vers +sur l'écorce des arbres du jardin: + + Belle pour qui l'amour se déguise aujourd'hui, + En voyant vos beaux yeux, je demeure ravi. + Plusieurs me charment l'oeil, mais une au coeur me tire + Des traits si forts, si doux, que doux est mon martyre. + +Comme le marquis achevoit ces tendres paroles, les autres paysannes +l'appelèrent pour travailler dans les allées de verdure qui composoient +ce beau lieu. + + +NOTES. + + [150] A Cologne, chez P. Marteau, 1695. In-12 de 171 pp. + + Au frontispice, Louis XIV, l'air triste et soucieux, regarde un + Amour étendu mort à ses pieds; à sa gauche, deux Amours; à sa + droite, deux autres Amours s'empressent auprès de lui; une femme, + coiffée d'une fontange, tient par la main les Amours de droite. A + chaque extrémité du tombeau où gît l'Amour, un Amour tient son + flambeau renversé.--Le titre est donc justifié; c'est bien le + tombeau des Amours. + + Sur le devant du tombeau, on lit: «Hélas! notre règne est fini!» + au bas de la gravure, ces quatre vers informes: + + Adieu, trop aimables amours + Qui avez su me charmer si tendrement. + Ah! je ne sens plus pour vous + L'ardeur qui me touchoit si vivement. + + De la main droite du Roi se déroule une bande avec ces mots: «Il + est incomparable.» + + [151] Ces lignes en italique ont la prétention d'être des vers de + mesure inégale; ils valent ceux du frontispice. Voir page 242, + note 150. Il faut lire sans doute: + + Est-il rien de si doux qu'une ardeur innocente + Qu'un rare mérite fait naître dans nos âmes? + Je ne vois nul bonheur à respirer le jour + Si de l'univers on bannit l'amour. + Tous les plaisirs se trouvent dans sa suite + Et sans aimer la vie est un supplice. + + Voyez également ci-dessous; l'auteur a risqué d'autres vers aussi + dépourvus de sens, de mesure et de rime que le sont ceux-ci. + + [152] Ce libelle a été publié en 1695.--C'est à peu près le temps + où la pièce précédente place les amours du Roi avec Mlle du Tron. + + [153] Voy. t. II, pp. 1-24. + + [154] Les deux lignes qui précèdent et celles qui suivent jusqu'au + dernier paragraphe de la p. 10 sont copiées sur la deuxième + historiette du 2e volume de ce Recueil (pp 31-33). + + [155] Voy. t. II, p. 32. + + [156] Voy. t. II, pp. 10 et 21 (_notes_). + + [157] A cette époque (1659), la reine, née en 1601, avoit 58 ans; + Mazarin, né en 1602, avoit 57 ans. Cf. t. I, p. 184. + + [158] Ce motif n'étoit point celui qui dirigeoit la généreuse + conduite de Mazarin. Voy. t. II, p. 10 et 21 (_notes_). + + [159] Ce mot ne se trouve dans aucun dictionnaire du temps, et n'a + même jamais été admis par l'Académie françoise. Cependant on le + rencontre à la même époque dans divers autres ouvrages. + + [160] Voy. t. II, p. 22. + + [161] A cette locution, comme à plusieurs autres et à l'ignorance + déjà constatée des règles de notre versification, il est facile de + voir que cet opuscule n'a pas été écrit par un françois. Voy. t. + II, p. 7. + + [162] Le 15 septembre 1665. + + [163] Voyez sur cette campagne, Mlle de Montpensier, _Mémoires_, + collection Michaud et Poujoulat, pp. 398-402, et _Mémoires de + Louis XIV_, édition Dreyss, t. II. + + [164] Voy. t. II, _passim_; la campagne des Pays-Bas est de 1667; + les amours de Louis XIV avec Mlle de La Valière commencèrent en + 1661. + + [165] Sur sa noblesse, voy. t. II, pp. 27 et 33. + + [166] Voy. t. II, p. 34. + + [167] Tout le passage qui suit, jusqu'à: «Mlle de La Valière en + parut affligée» p. 249, est la reproduction à peu près exacte de + ce qu'on lit au t. II, dans le _Palais-Royal_ ou _l'Histoire de + Mlle de La Valière_. + + [168] A partir d'ici, le texte abrége le récit du t. II et en + diffère sur des points peu importants, par exemple le billet de la + p. 250. + + [169] Toujours les lois de la galanterie; toujours la pratique du + Cyrus et de la Clélie. Bussy lui-même s'est conformé aux usages + convenus et a inventé les billets, les petits vers et les + conversations amoureuses en honneur dans les romans du temps. + + [170] Nous rentrons ici dans le texte du _Palais-Royal_, t. II, p. + 41 et suiv. + + [171] Sur l'amour de Madame pour le Roi, voy. t. II, p. 99. + + [172] Le dictionnaire de l'Académie françoise (5e édition) admet + ce mot dans le sens où il est employé ici, c'est-à-dire de + complaisante. Ni Richelet, ni Furetière dans leurs diverses + éditions, ne l'ont enregistré. + + [173] Voy. t. II, p. 8. + + [174] Voy. t. II, p. 42. + + [175] Sur cette première retraite à Chaillot, voyez t. II, p. 42. + + [176] Le Palais Brion (et non Biron, comme on l'a imprimé par + erreur, t. II, p. 44) étoit un lieu de plaisir où tantôt le Roi, + tantôt le jeune duc d'Anjou son frère, donnoient fréquemment des + dîners et des bals, dans les plus mauvais jours de la Fronde. + Loret dans sa _Muze historique_ (1er vol.), décrit souvent des + fêtes de ce genre, et certains incidents qu'il relève donnent une + curieuse idée des moeurs du temps. + + [177] Ici l'auteur, pour abréger, passe quelques circonstances qui + se lisent dans le _Palais-Royal_. T. II, p. 44. + + [178] Dans le _Palais-Royal_ ces prétendus vers sont remplacés par + une lettre, t. II, p. 45. + + [179] Pour tout ce qui suit, voy. II, 47. + + [180] Dans son _Teatro gallico_ (Amst., 1691, 3 vol. in-4º, t. I, + pp. 524-525), Gregorio Leti dit: «Tra le donne che odiavano il più + nella corte La Valiera, vi erano la duchessa di Orleans e la + contessa di Soissons»; parmi les dames de la Cour qui détestoient + le plus La Valière, étoient la duchesse d'Orléans et la comtesse + de Soissons.--Mais il ajoute: «Fù cosa miravigliosa che, + nell'orditura di questa cabala si scontrasse che fossero senza + parte alcuna la principessa Palatina, la duchessa di Soubize, e la + signora di Luynes, che s'andava susurrando nella corte che + ciascuna di queste havesse pretentione di poter colpire agli amori + col Rè... ma potrebbe qui dirmi alcuno, e chi poteva sapere il + segreto del cuore di queste Dame, e d'altre che aspirassero agli + amori del Rè? Questo io non so,... ma un certo cavaliere in + Parigi, che mi honorava di confidar meco molte memoriette, mi + disse un giorno... che nel tempo che si erano incaloriti gli amori + del Rè con La Valiera non vi era dama alcuna nella corte di + qualche garbo e bellezza che non mostrasse gelosia visibile, e che + lui stesso haveva inteso dire a molte «La Valiera è più fortunata + di tutte noi.»--Ce fut une chose merveilleuse que, pendant que se + tramoit cette cabale, la princesse Palatine, la duchesse de + Soubise et madame de Luynes n'y prirent aucune part, bien qu'on + murmurât dans la Cour que chacune d'elles eût des prétentions à + l'amour du Roi. Mais qui pourroit me dire le secret du coeur de + ces dames et des autres qui aspiroient à l'amour du Roi? Je ne + sais, mais un gentilhomme de Paris qui m'honoroit de sa confiance + et m'a fourni quelques petits mémoires me disoit que, au temps où + les amours du Roi avec La Valière étoient dans toute leur ardeur, + il n'y avoit à la Cour aucune dame de quelque élégance et de + quelque beauté qui ne s'en montrât visiblement jalouse, et que + lui-même avoit entendu dire à plusieurs: La Valière est plus + heureuse que nous.» + + [181] Voy. t. II, p. 49. + + [182] Ici s'arrête l'emprunt fait au _Palais-Royal_, t. II, p. 49. + Il reprend, après un passage visiblement interpolé, à ces mots: + «Sa Majesté ayant quitté le marquis de Bellefonds, le jour suivant + vit,... etc.» + + [183] Le traité dont il est question ici est évidemment le Traité + de Breda, signé entre l'Angleterre, d'une part, la France, le + Danemarck et la Hollande de l'autre. Le traité, dit le P. + d'Avrigny, fut ratifié le 24 du mois d'août. Il portoit entre + autres choses que les Etats-généraux envoyeroient des commissaires + à Londres pour le règlement du commerce des Indes. + + Mais dès le mois de janvier 1668, l'Angleterre, la Suède et la + Hollande, alarmées des conquêtes que le Roi de France faisoit en + Flandre, signèrent un traité par lequel ils s'engageoient à + fournir chacune 15,000 hommes pour la défense des Pays-Bas, que le + Roi d'Espagne n'étoit pas en état de défendre... Les confédérés + firent dire à Louis XIV qu'ils ne vouloient que la paix, mais + qu'ils se déclareroient contre celui qui ne la voudroit pas avec + eux. Le Roi répondit qu'il étoit près de la conclure pourvu qu'on + lui cédât ses conquêtes. On s'assembla là-dessus à Aix-la-Chapelle, + et, pendant qu'on négocioit, il entreprit la conquête de la + Franche-Comté. + + [184] En 1668. Louis XIV revendiquoit la Franche-Comté au même + titre que la Flandre, en vertu des droits de la reine, fille de + Philippe III. + + [185] Le prince de Condé, que le marquis de Louvois vouloit, en + quelque sorte, opposer à Turenne, dont la faveur lui donnoit de + l'ombrage, prit Besançon en deux jours, malgré la saison (7 + février 1668).--Voy. _Mémoires_ du P. d'Avrigny. + + [186] La ville envoie vers Condé deux députés. Ceux-ci «se + plaignent qu'on les attaque, étant comme ils sont ville impériale, + en paix avec le Roy très-chrétien, aussi bien que tout l'Empire, + et ne luy en ayant jamais donné le sujet; offrent ensuite de le + recevoir, s'il vient, mais en cette qualité de ville impériale; + passent enfin jusques à le choisir pour protecteur, aux mêmes + conditions que Louis XI l'avoit été.» Le prince de Condé refuse, + et la ville est obligée de se rendre: «ainsi le prince qui n'avoit + paru devant cette place que le sixième février, y entra le + lendemain septième au matin.» Pellisson, _Hist. de Louis XIV_, + liv. V. + + [187] Il semble que les deux paragraphes précédents, étrangers au + récit, aient été interpolés. + + [188] Voy. t. II, p. 49 (texte et notes), pour tout ce qui suit. + Les deux textes ont cependant quelques légères différences. + + [189] _Mémoires de Montpensier_, 1662. «Le Roi se promenoit + souvent pendant l'hiver avec la Reine: il avoit été avec elle deux + ou trois fois à Saint-Germain et l'on disoit qu'il avoit regardé + La Mothe-Houdancourt, une des filles de la Reine, et que La + Valière en étoit jalouse. C'étoit la comtesse de Soissons qui + conduisoit cette affaire, et la Reine haïssoit plus La Mothe que + La Valière; elle eût eu plus de penchant à croire que le Roi en + étoit amoureux qu'à voir qu'il l'étoit de l'autre.» Suit + l'histoire des grilles posées aux fenêtres, et qui se retrouvent + au matin dans la cour, du refus de Mlle de La Mothe qui auroit osé + dire au Roi: «Je ne me soucie ni de vous ni de vos pendants + d'oreilles, puisque vous ne voulez pas quitter La Valière.»--«Or, + ajoute Mademoiselle, ceux qui voyoient le plus clair étoient + persuadés que le Roi ne s'empressoit auprès de La Mothe que pour + cacher la passion qu'il avoit pour La Valière.» + + [190] Le paragraphe suivant, jusqu'au milieu du paragraphe où l'on + voit le Roi chez La Valière, rêvant et lisant, ne se retrouve pas + dans le _Palais-Royal_. + + [191] Nous rentrons dans le texte du _Palais-Royal_, mais avec + d'assez notables différences. Cf. t. II, p. 51-52. + + [192] Ce qui suit n'est pas dans le texte du _Palais-Royal_. + + [193] Voir t. II, p. 53, les notes et le texte. Ce qui suit en + diffère notablement. + + [194] Voy. t. II, p. 73. + + [195] Le récit qui suit se retrouve t. II, pp. 87-88. + + [196] Claire-Clémence de Maillé Brézé, née en 1628, fille de + Urbain de Maillé, marquis de Brézé, maréchal de France, etc., et + de Nicole du Plessis de Richelieu, soeur puînée du cardinal. + Mariée le 11 février 1641 à Louis de Bourbon, prince de Condé, + elle mourut le 16 avril 1694. Les _Mémoires de Lenet_ parlent + longuement de sa conduite politique pendant la Fronde; après cette + bruyante époque, il est assez peu, mais assez mal parlé d'elle. + + [197] Voy. t. II, p. 69. + + [198] Voy. t. I, p. 163. + + [199] Le prince Louis-Charles de Courtenay avoit dû épouser + Hortense Mancini. Fils du prince Louis de Courtenay et de + Lucrèce-Chrétienne de Harlay, il étoit né en 1640. Après + l'expédition de Gigery, il avoit suivi le Roi en Flandre et fut + blessé à Douai (1667). Il épousa, le 9 janvier 1669, Marie de + Lameth, de qui il eut un fils tué au siége de Mons, en 1691; puis, + en secondes noces, Hélène de Besançon. Il mourut le 28 avril 1723, + âgé de 83 ans. + + [200] Tout ce paragraphe encore est un hors d'oeuvre. + + [201] Voy. sur Mme de Créqui et le légat, t. II, p. 80. + + [202] Voy. t. II, p. 80. + + [203] Voy. t. II, p. 145 et suiv.: «_la Princesse, ou les amours + de Madame._» + + [204] Encore un épisode étranger au récit principal. + + [205] Le 29 juin 1670, selon le P. Buffières, le 30 juin, suivant + le P. d'Avrigny.--Voy. Floquet, _Études sur la vie de Bossuet_, t. + III, p. 410, et une longue _note_ à la fin du 2e vol. des + _Mémoires_ de Saint-Simon, édit. en 13 vol. + + [206] Voy. t. II, p. 359, l'histoire de Mme de Montespan.--De + longues pages sur Mlle de La Valière; six lignes pour Mme de + Montespan: on voit combien ce pamphlet laisse à dire. + + [207] Voy. t. III, p. 3, _le Passe-temps royal_ ou les amours de + Mlle de Fontanges. On y retrouve tout ce qui suit; mais de + nombreux passages ont été supprimés ici, pour abréger. + + [208] _Le Passe-temps royal_ dit: «avec madame D. L. M.»--Le nom + de Mme de Maure, qui étoit morte à la fin d'avril 1663, est une + preuve, qui s'ajoute à toutes les autres, de la négligence avec + laquelle a été faite cette fade compilation. + + [209] Mot forgé par l'auteur et qui ne se trouve pas dans _le + Passe-temps royal_, d'où ce récit est tiré. + + [210] Cet épisode, comme plusieurs des précédents, ne se rattache + en aucune façon au récit. + + [211] Il ne s'agit pas encore ici de la grande expédition + commandée par les ducs de Beaufort et de Navailles à la tête de + plus de 5,500 François (25 juin 1669), mais d'une sorte de coup de + main tenté par quelques gentilshommes, nommés ici, et qui, d'après + les _Fastes de la maison de Bourbon_, abordèrent à Candie le 29 + avril 1668. + + [212] Le comte de Saint-Paul, fils de la célèbre duchesse de + Longueville, la soeur du grand Condé. Né le 29 janvier 1649, + Charles-Paris d'Orléans, duc de Longueville, comte de Saint-Paul, + fut tué au passage du Rhin le 12 juin 1672. + + [213] Henri-Ignace de La Tour d'Auvergne, neuvième enfant de + Frédéric-Maurice de La Tour d'Auvergne, duc de Bouillon et de + Eléonore-Fébronie de Bergh, neveu de Turenne. Il mourut le 20 + février 1675. + + [214] Les _Fastes de la maison de Bourbon_ le nomment comte de La + Feuillade. En effet, le comte puis duc de La Feuillade avoit bien + le duché de Roannez, que sa femme, Charlotte Gouffier lui avoit + apporté en dot en avril 1667; mais Charlotte Gouffier tenoit ce + duché de son frère Artus, qui en conserva le nom jusqu'à sa mort + en 1696. + + [215] Voy. ci-dessus, p. 265, _note_. + + [216] Dans _le Passe-temps royal_, le nom de la duchesse de Créqui + est remplacé par celui de la duchesse d'A. ou d'Arpajon, et les + vers qui suivent par un énigme digne de ceux qui figurent dans les + gaillardes poésies du capitaine Lasphrise. + + [217] Ici, nous rentrons dans le texte du _Passe-temps royal_, + III, 49. + + [218] Voy. t. III, p. 49. + + [219] Le texte de ce billet et du suivant diffère de celui des + billets écrits dans le même sens et dans les mêmes circonstances, + et reproduits dans le _Passe-temps royal_. + + [220] Voy. t. II, p. 469. + + [221] Ces vers ne se trouvent pas dans le _Passe-temps royal_. + + [222] On connoît les stances de Voiture «sur une dame dont la jupe + fut retroussée en versant dans un carosse à la campagne»; mais + c'étoit à une époque antérieure. Loret raconte une aventure + semblable et ne tarit pas en éloges sur les beautés qui furent + alors dévoilées aux curieux.--C'est à Mlle de Longueville, sage et + respectée, que Loret adressoit les _Lettres en vers_ de sa _Muze + historique_. + + [223] Le _Passe-temps royal_ nomme cette fille d'honneur Mlle de + Beauvais. Voy. t. III, p. 54. + + [224] La seconde madame, Charlotte-Elisabeth de Bavière, la + princesse Palatine, mère du Régent: elle avoit épousé le duc + d'Orléans, veuf de madame Henriette, le 16 décembre 1671. + + [225] Marie-Anne-Christine-Victoire de Bavière, qui avoit épousé + monseigneur le Dauphin, le 28 janvier 1680. Cette princesse étoit + fille de Ferdinand-Marie, duc de Bavière, et de Adelaïde-Henriette + de Savoie; elle mourut le 20 avril 1690. + + [226] Le dialogue qui suit manque dans le _Passe-temps royal_. + + [227] Le _Passe-temps royal_ arrête ici le récit des amours du Roi + et de Mlle de Fontanges. Ce qui suit ne se retrouve pas dans les + pamphlets de ce Recueil. + + [228] Encore une interpolation dans le texte. Au milieu des amours + de Mlle de Fontanges (1680), l'auteur revient sur la campagne de + Flandre (1667), dont nous avons déjà parlé. + + [229] Voy. t. II, p. 80. + + [230] Voy. ci-dessus, p. 265. + + [231] Voy. t. II, pp. 467 et suiv., t. III, p. 58. + + [232] «Le 28 du mois dernier, dit la _Gazette de France_ du 5 + juillet, Marie-Angélique de Scorailles, duchesse de Fontanges, + mourut à Port-Royal, au faubourg Saint-Jacques, après une longue + maladie, âgée de 22 ans. Son corps a été enterré dans l'église de + ce monastère, et son coeur a été porté en l'abbaye royale de + Chelles, dont sa soeur est abbesse.» + + [233] Voy. t. III, pp. 65 et suiv. + + [234] La jouissance de la terre de Chantilly avoit été donnée par + la reine Anne d'Autriche au prince de Condé; Louis XIV la lui + abandonna, en toute propriété, en 1661. + + [235] Ces fêtes mythologiques, dans le goût de la fête donnée à + Rambouillet à Cospeau, sont bien de ce temps où les femmes + aimoient à se faire peindre en déesses, surtout en Dianes.--Voy. + _Cospeau, évêque d'Aire, de Nantes et de Lisieux, sa vie et ses + oeuvres_, par Ch.-L. Livet, 1 vol. in-12. + + [236] Les nouvelles fortifications de Dunkerque étoient achevées + depuis le mois de mai 1671; le Roi, qui avoit visité la place le 2 + décembre 1662, quelques jours après la prise de possession qui est + du 27 novembre, n'y retourna point l'année qui suivit la mort de + Mlle de Fontanges. + + [237] Dunkerque put supporter, en 1694 et 1695, deux bombardements + sans en trop souffrir. Les fortifications furent détruites en + 1712, à la suite du traité d'Utrecht. + + [238] On lit dans les _Fastes des rois de la maison de Bourbon_, + sous la date du 3 juin 1672: «le Roy prend Orsay en trois jours; + le vicomte de Turenne prend Buric en deux jours;» et sous la date + du 4: «M. le Prince réduit Vesel en trois jours.» + + [239] Rien n'est plus faux que ce sentiment odieux prêté à Mlle de + La Valière, qui, depuis son entrée au couvent, fit l'admiration de + toute la Cour et de tout son couvent par son détachement sincère + des choses du monde. + + [240] L'opinion publique alla même jusqu'à accuser Mme de + Montespan d'avoir empoisonné sa rivale. Le Roi, craignant un + scandale, défendit qu'on fît l'autopsie du corps de Mlle de + Fontanges. Voy. sur cette affaire, sur les dépositions de la + Filastre, témoin dans le procès de la Voisin, etc., _Mme de + Montespan_, par P. Clément, 1 vol in-8º, Paris, Didier, pp. + 402-405. + + [241] Mlle de Montpensier. En cette année 1681, Lauzun quittoit + Pignerol, où il avoit été enfermé dans le temps où Fouquet y étoit + lui-même, et venoit prendre les eaux à Bourbon, où il rencontra + Mme de Montespan. Il ne reparut devant le Roi qu'en 1682. Toute la + conversation qui suit est imitée d'un passage analogue qu'on a pu + lire au t. II, pp. 259 et suiv. + + [242] Ces mots «poussez votre fortune» sont prêtés à Mme de + Montespan, dans _le Perroquet ou les Amours de Mademoiselle_.--Le + Roi les répète, après Mme de Montespan. Voy. II, 261. Mais, + d'après ce dernier libelle, c'est en 1670 que cet entretien auroit + eu lieu. + + [243] Voy. t. III, pp. 194 et 489. Ce n'est certainement pas avec + lui que le Roi peut avoir eu la conversation rappelée ici; et s'il + s'agit du vicomte de Turenne, il étoit mort depuis le 27 juillet + 1675. + + [244] Il n'y avoit pas de duchesse de Gerzay, mais une marquise de + Jarzé, de la famille de celui dont il a été parlé, t. I, p. 74. Le + Jarzé dont il s'agit ici acheta en 1685 le régiment d'Hamilton au + prix de 11,000 écus; en 1688 il eut le bras emporté à + Philipsbourg; il conserva cependant son régiment jusqu'en 1691, et + le vendit alors 40,000 francs au marquis de Montendre. En 1692, il + voulut racheter le régiment de dragons de Barbezières au prix de + 80,000 francs: le Roi ne lui permit pas de reprendre du service, + après l'avoir quitté. Nous le retrouvons le 18 avril 1708 nommé + ambassadeur en Suisse et autorisé à ne se rendre à son poste qu'au + mois de septembre; mais, dans l'intervalle, étant à son château de + Jarzé en Anjou, il fit une chute si malheureuse qu'il fut hors + d'état de s'acquitter de son emploi et dut donner sa démission. + Son avarice y trouvoit son compte. Sa femme et sa mère se + félicitoient fort, après qu'il eut quitté l'armée, de pouvoir le + retenir en Anjou: peut-être ne furent-elles pas étrangères au + parti qu'il prit de renoncer à son ambassade. Voyez Saint-Simon, + Dangeau, Sévigné, etc. + + [245] Il s'agit de la deuxième femme du duc, Marguerite-Louise de + Béthune, veuve du comte de Guiche, qu'il épousa le 6 février 1682. + Celle-ci, qui s'étoit mariée pour la première fois le 23 janvier + 1658, avoit alors 37 ans. Mais, en 1704 (3 mars), Mme de Coulanges + écrivoit à Mme de Grignan: «Nous avons eu la duchesse du Lude + quatre jours ici. Cela devient ridicule d'être aussi belle qu'elle + l'est; les années coulent sur elle comme l'eau sur la toile + cirée.»--Saint-Simon dément ce qu'on dit ici du plaisir que + trouvoit le Roi dans la conversation de la duchesse. Voici + d'ailleurs le portrait qu'il trace d'elle: + + «La duchesse du Lude étoit soeur du duc de Sully, fille de la + duchesse de Verneuil et petite-fille du chancelier Séguier. Elle + avoit épousé en premières noces ce galant comte de Guiche, fils + aîné du maréchal de Grammont, qui a fait en son temps tant de + bruit dans le monde, et qui fit fort peu de cas d'elle et n'en eut + pas d'enfants. Elle étoit encore fort belle (1696) et toujours + sage, sans aucun esprit que celui que donne l'usage du grand monde + et le désir de plaire à tout le monde, d'avoir des amis, des + places, de la considération, et avoir été dame du palais de la + Reine: elle eut de tout cela, parce que c'étoit la meilleure femme + du monde, riche, et qui, dans tous les temps de sa vie, tint une + bonne table et une bonne maison partout, et basse et rampante sous + la moindre faveur, et faveur de toutes les sortes. Elle se remaria + avec le duc du Lude par inclination réciproque... Elle demeura + toujours attachée à la Cour, où sa bonne maison, sa politesse et + sa bonté lui acquirent beaucoup d'amis, et où sans aucun besoin, + elle faisoit par nature sa cour au ministre, et tout ce qui étoit + en crédit, jusqu'aux valets. Le Roi n'avoit aucun goût pour elle, + ni Mme de Maintenon; elle n'étoit presque jamais des Marlys, et ne + participoit à aucune des distinctions que le Roi donnoit souvent à + un petit nombre de dames.» + + Est-il besoin de dire maintenant que la conversation qui suit + n'est ni vraie ni vraisemblable? + + [246] Voy. la table. + + [247] Louis de Lorraine, comte d'Armagnac, fils aîné du comte + d'Harcourt «cadet la Perle,» l'ami du poète Saint-Amant. Il étoit + frère du chevalier de Lorraine et du comte de Marsan. Né en 1641 + il mourut en 1718. Il avoit épousé Catherine de Neufville. La + prétendue passion dont il est parlé ici n'est connue que par ce + libelle. + + [248] Denis Talon, fils d'Omer Talon II et de Françoise Doujat, + succéda à son père dans sa charge d'avocat-général au Parlement, + en 1652. On lui attribue à tort, selon Moréri, le livre de + l'_Autorité des Rois_ qui est de Rolland Le Vayer de Boutigny. Il + avoit épousé Marie-Elisabeth-Angélique Favier du Boulay, dont il + eut Omer Talon III, marquis du Boulay, qui quitta la robe, où sa + famille s'étoit illustrée, pour l'épée. Denis Talon mourut en + 1698. + + [249] Charles de Lorraine, comte de Marsan, frère cadet du comte + d'Armagnac (p. 294, _note_) et du chevalier de Lorraine, «qui + n'avoit ni leur dignité ni leur maintien,» et dont ils ne + faisoient aucun cas, dit Saint-Simon, étoit «un extrêmement petit + homme, trapu, qui n'avoit que de la valeur, du monde, beaucoup de + politesse et du jargon des femmes, aux dépens desquelles il vécut + tant qu'il put... M. de Marsan étoit l'homme de la cour le plus + bassement prostitué à la faveur et aux places, ministres, + maîtresses, valets, et le plus lâchement avide à tirer de l'argent + de toutes mains.» Il avoit épousé, le 22 décembre 1682, la + marquise d'Albret, qui mourut sans enfants le 13 juin 1692, et, en + secondes noces, Mme de Seignelay, soeur des Matignon (21 février + 1696), qui mourut en décembre 1699, lui laissant deux fils. + + [250] Les lettres-patentes pour la fondation de Saint-Cyr sont de + juin 1686; c'est seulement du 30 juillet au 2 août de cette même + année que les jeunes filles reçues précédemment à Noisy passèrent + à Saint-Cyr, et le 3 août qu'eut lieu l'inauguration de la maison. + Dans la liste, si complète, des demoiselles élevées à Saint-Louis, + et donnée par M. Lavallée à la suite de son ouvrage _Mme de + Maintenon et la maison royale de Saint-Cyr_, on ne trouve pas le + nom de Mlle de Béthune. + + [251] L'auteur veut dire, et il l'explique plus loin, que: «le + comte de Marsan, qui sollicitoit tous les jours Mme de Maintenon + pour Mlle de Béthune..., étoit journellement chez elle, + c'est-à-dire chez la marquise.» + + [252] L'église de Saint-Lazare étoit le seul bâtiment qui fût + resté de l'ancien hôpital de Saint-Lazare, après que saint Vincent + de Paul en eut pris possession.--Saint-Lazare est devenu une + prison de femmes, rue du Faubourg-Saint-Denis. + + [253] Le comte de Marsan n'avoit pas de tante qui se nommât Mme de + La Roche, ni du côté de son père ni du côté de sa mère. + + [254] Il faudroit évidemment: «et le conduisirent»; mais nous + suivons fidèlement le texte. + + [255] Le siége de Saint-Omer, et la prise de la ville par + Monsieur, frère du Roi, après 20 jours de tranchée, est du 20 mai + 1677. On voit quelle confusion dans les dates. + + [256] Le duc de La Feuillade avoit été fait maréchal de France en + 1675. + + [257] Aucune des demoiselles de Grancey ne figure sur les listes + des demoiselles élevées à Saint-Cyr. + + [258] La famille de Grancey n'avoit aucune alliance qui pût faire + du marquis de Joyeuse ou du marquis de Villars des cousins de + mesdemoiselles de Grancey. + + [259] Quand les églises paroissiales ont été unies à des chapitres + séculiers ou réguliers ou à d'autres bénéfices, les titulaires de + ces bénéfices prennent le titre de curés primitifs. Les vicaires + qui desservent les paroisses au lieu des curés primitifs doivent + être perpétuels; par déclaration du Roi du 15 janvier 1731, les + vicaires perpétuels ont le droit de prendre en tous actes la + qualité de curés. (_Loix ecclés. de France_, par Louis + d'Héricourt, 1 vol. in-fol., 1771, p. 420, col. 1.)--Les + titulaires des bénéfices ne donnoient à leurs vicaires (ou curés) + perpétuels qu'une pension aussi peu élevée que possible, et il y + avoit, en effet, nécessité d'aviser: «Si l'on entroit, dit le + comte de Boulainvilliers, dans le détail de la pauvreté du quart + des curés du royaume, il se trouveroit qu'il n'y en a pas un qui + ne soit mercenaire sordide, et qui n'ait une subsistance + incomparablement moindre que les plus vils domestiques ne l'ont à + Paris.» (6e _mém._) + + [260] Elégant. + + [261] Tout-à-fait. + + [262] Lisez: le marquis de Rannes, Nicolas d'Argouges, + lieutenant-général des armées du Roi, colonel-général des dragons; + il avoit épousé Charlotte de Bautru. Il fut tué en Allemagne en + 1678, laissant un fils qui exerça dans l'armée des emplois + considérables. + + [263] Le 11 août 1674, le prince d'Orange fut défait, avec trois + armées, à la bataille de Senef, par le prince de Condé. Notons + toujours la même confusion dans les dates. + + [264] Voy. la table.--Charles-Henri de Lorraine, prince de + Vaudemont, fils du duc Charles IV et de Mme de Cantecroix, sa + femme de campagne, comme on l'appeloit, servoit contre + nous.--C'est donc encore un nom mis au hasard. + + [265] Personnage imaginaire. + + [266] Le jeu de l'Hombre ne figure dans _la maison des jeux + académiques_ de Lamarinière ni en 1654 ni en 1665. Mais + l'_Académie universelle des jeux_ (1718) ne consacre pas à ce jeu + moins de 65 pages, dont les huit dernières sont un glossaire des + termes employés.--Hombre, dit-on, c'est le nom du jeu; il nous + vient des Espagnols et tient beaucoup du flegme de la nation.--En + esp., _hombre_ signifie _homme_. + + [267] Le teorbe ou plutôt tuorbe (en italien _tiurba_, du nom, + dit-on, de l'inventeur), étoit une sorte de luth à deux manches. + + [268] Nous avons vainement cherché sur ce Desnué, qui cependant + n'est pas inconnu, des renseignements dans l'état des musiciens de + la chambre du Roi et de Monsieur, dans le Livre commode des + adresses (1692) parmi les professeurs de musique, dans le Parnasse + français de Titon du Tillet, dans le Dictionnaire biographique des + musiciens, de Fétis, dans Saint-Simon et Dangeau, etc. + + [269] «Les Turcs n'ont point de lits, dit Furetière, mais + seulement des matelas qu'ils étendent la nuit sur un sopha.» Vº + _lit_. + + [270] «Crespine de fil d'or, ou d'argent ou de soie, qui se + termine en petites houpes façonnées et qui représentent une cloche + (_campana_). On en met aux pentes d'un lit, aux impériales de + carosses et aux autres endroits où on veut mettre de riches + crespines.»--Furetière, vº _campane_. + + [271] Le long épisode qu'on vient de lire ne se rattache en aucune + façon ni à ce qui précède ni à ce qui suit. + + [272] Le P. de la Chaise. + + [273] Peut-être. + + [274] Il y avoit, à cette époque, un capucin nommé le P. Ange qui + s'occupoit beaucoup de médecine. Mme de Sévigné en parle assez + souvent. Il fut appelé auprès de Mme la Dauphine en 1690. On a + bien publié une _Histoire du roy Louis le Grand par les médailles, + emblèmes, devises, jetons_, etc., etc., dont la 2e édition, + augmentée de 5 pl., est de 1693. Mais l'auteur est le P. + Claude-François Ménétrier. Ce qu'on trouve le plus dans son + ouvrage, c'est le Roi en Jupiter, en Apollon, en Hercule et en + Soleil. Nous n'avons pas trouvé de fleuve Achéloüs. + + [275] C'est-à-dire: et qu'une main autre pour eux que pour le + reste des hommes réglait leur sort. + + [276] Voir plus haut les _Amours de Louis XIV et de Mlle du Tron_. + + [277] Nom imaginaire, comme celui de Mlle Gisson, qui suit. + + [278] Voy. la note précédente. + + [279] Nom imaginaire. + + [280] Le nom de Mme de Chartres nous reporte au-delà de 1692, + puisque c'est le 12 février de cette année que Philippe d'Orléans, + duc de Chartres, fils du duc d'Orléans et neveu de Louis XIV, + épousa mademoiselle de Blois, légitimée de France, fille du Roi et + de Mme de Montespan, née en juin 1677. + + [281] François-Louis de Rousselet, comte de Châteaurenaud, étoit à + cette époque un des quatre lieutenants-généraux des armées + navales. En 1661, il étoit déjà enseigne de vaisseau; en 1672, + chef d'escadre; grand'croix de l'ordre de Saint-Louis, à la + création, il fut nommé maréchal de France en 1703, et mourut en + 1716. Il eut un fils qui fut capitaine de vaisseau et chevalier de + Saint-Louis. Le dernier fait d'armes maritime que rapporte de lui + la _Gazette_, entre 1687 et 1703, consiste dans la part qu'il + prend à la défaite des flottes anglaise et hollandaise sur les + côtes d'Angleterre (_Extraord._ du 27 juillet 1690). + + [282] Une des petites-filles du Grand Condé, née du prince + Henri-Jules et d'Anne de Bavière, seconde fille d'Edouard de + Bavière, prince palatin du Rhin et d'Anne de Gonzague; deux + princesses portèrent ce nom: l'une étoit Marie-Thérèse, née en + 1666, mais qui étoit mariée à cette époque, puisqu'elle + épousa, le 29 juin 1688, le prince de Conti; l'autre étoit + Anne-Louise-Benedicte de Bourbon, née le 8 novembre 1676; le 19 + mars 1692 elle épousa le duc du Maine, un mois environ après le + mariage de Mlle de Chartres. + + [283] Un marquis du Bordage fut tué à la prise de Philisbourg, par + le Dauphin, octobre 1688: il commandoit un régiment que le Roi + donna au duc du Maine, le futur époux de mademoiselle de Bourbon. + (Voy. la note précédente.) Le fils obtint du Roi la promesse d'un + régiment, et mille écus de pension. René de Montboucher, marquis + du Bordage, ayant épousé en 1669 Elisabeth Goyon, héritière du + marquis de La Moussaye, son fils étoit bien jeune vers 1690 ou + 1692, date approximative de ce pamphlet, pour oser porter si haut + ses visées. Mais on sait combien peu de confiance mérite ce + libelle. + + +FIN. + + + + +[Bandeau] + +TABLE ALPHABÉTIQUE. + + + Acigné (d'). Voy. Assigny. + + Aiguillon (duchesse d'), I, 71, 72, 89; II, 71. + + Albemale (duchesse d'), 2e femme de Milord Montaigu, I, 257, 258. + + Albert (Marie-Thérèse d'), fille aînée du duc de Chevreuse, 1re + femme du duc de Luxembourg. Voyez Luxembourg (Marie-Thérèse + d'Albert, femme du duc de). + + Albret (Jeanne d'), reine de Navarre, III, 130. + + Albret (César-Phoebus d'), baron de Pons et de Miossens, connu + d'abord sous le nom de comte de Miossens, plus tard maréchal + d'Albret, I, 39, 62, 185, 232, 233, 318; II, 271, 273. + + Albret (Madelaine de Guénégaud, maréchale d'), III, 126. + + Albret (François-Amanieu, chevalier d'), frère puîné du maréchal, + I, 316, 318. + + Alcandre (le grand). Voy. Louis XIV. + + Alençon (mademoiselle d'), soeur [du 2e lit] de mademoiselle de + Montpensier, II, 271. + + Alens (M. d'), III, 73. + + Alets (Louise de Rabutin, comtesse d'), fille de Bussy-Rabutin, I, + XIII, XVI. + + Alexandre VII (le pape), II, 80. + + Alexis Mikhailowitch. Voy. Potemkim (Pierre), I, 137, 138. + + Alibert (d'), confident du président Cornuel, I, 89. + + Alluye (Charles d'Escoubleau de Sourdis, marquis d'), père de + Paul. On l'appeloit marquis de Sourdis, I, 299. Voy. Sourdis. + + Alluye (François d'Escoubleau de Sourdis, marquis d'), frère aîné + de Paul, I, 299 et suiv. + + Alluye (Paul d'Escoubleau, marquis d'), 2e fils de Charles, I, + 296, 301, 316. + + Alluye (Benigne de Meaux du Fouilloux, femme du marquis Paul d'), + I, 76, 263, 291, 295, 296 et suiv. + + Alphonse VI, roi de Portugal, II, 201, 296; III, 126. + + Altovitte-Castellane (Marcelle d'), I, 35. + + Alvarez, joaillier, III, 414. + + Amably (Sibylle-Angélique d'), femme du comte de Comminges. Voy. + Comminges (comtesse de). + + Ambleville (chevalier d'Albret, seigneur d'). Voy. Albret + (François-Amanieu, chevalier d'). + + Amboise (Clermont d'). Voy. Clermont (maison de). + + Amelot (Marie), femme du président de Nicolaï. Voy. Nicolaï + (madame de). + + Andelot (Gaspard IV de Coligny, d'abord marquis d'), puis duc de + Châtillon, après son frère aîné. Voy. Châtillon (duc de). + + Andoins, vicomtesse de Louvigny (Diane, dite _la belle Corisante_ + d'), femme de Philibert, comte de Gramont, aïeule de Philibert, + chevalier d'Andoins, puis comte de Gramont, qui suit, I, 49. + + Andoins (Philibert, chevalier de Gramont, connu d'abord sous le + nom d'). Voy. Gramont (le chevalier de), I, 49. + + Angennes (famille d'): + ---- de Rambouillet. Voy. Rambouillet. + ---- de Montlouet. Voy. Montlouet. + ---- du Fargis. Voy. du Fargis. + ---- de Maintenon. Voy. Maintenon. + ---- de Rochefort de Salvert. Voy. Rochefort de Salvert. + + Angennes de Rambouillet (Julie-Lucine d'), marquise de Montausier. + Voy. Montausier (marquise de). + + Angleterre (Henriette d'), _dite_ MADAME, femme de MONSIEUR, frère + du roi Louis XIV. Voy. Orléans (Henriette d'Angleterre, femme de + Philippe de France, duc d'). + + Angoulême (Louis de Lorraine, duc de Joyeuse, puis duc d'), II, + 73, 74. + + Angoulême (Françoise-Marie de Valois, duchesse d'), II, 72, 73, + 74. + + Angoulême (Louis-Emmanuel de Valois, duc d'), II, 74. + + Angoulême (Henriette de La Guiche, femme de Louis-Emmanuel de + Valois, duc d'), II, 74; IV, 260. + + Anjou (Philippe, duc d'), plus tard MONSIEUR, duc d'Orléans. Voy. + Orléans (Philippe de France, duc d'). + + Anjou (Louis-François, duc d'), dernier fils de Louis XIV et de + Marie-Thérèse, IV, 31. + + Annat (le P.), confesseur du Roi, II, 61, 70. + + Anne d'Autriche, I, 75, 115 et suiv., 144, 175, 185, 214, 216, + 223, 226, 229, 254, 256, 262, 279, 289, 291, 297, 415; II, 9 et + suiv., 32, 41 et suiv., 46, 49, 57, 60, 61, 104, 105, 106, 109, + 124, 147, 184, 201; III, 125, 126; IV, 245, 246, 251, 252, 263, + 280. + + Anne du Saint-Sacrement. Voy. Viole (Anne). + + Antin (Louis-Antoine de Pardaillan de Gondrin, duc d'), II, 374. + + Antin (Julie-Françoise de Crussol d'Usez, femme du duc d'), II, + 374. + + Antoine (Marie d'), femme de Louis de Cabre. Voy. Cabre (Marie + d'Anthoine), femme de Louis de Cabre. + + Aquin (M. d'), médecin. Voy. Daquin. + + Archevêque de Bourges (Anne de Lévis-Ventadour), II, 72. + + Archiduc d'Autriche, II, 201. + + Arcy (René Martel, sieur de Fontaine-Martel, marquis d'), I, 325 + et suiv. + + Ardier de Beauregard (le président Paul), I, 206. + + Ardier de Beauregard (Louise Ollier, femme du président Paul), I, + 206. + + Ardier de Vineuil, frère du président Ardier. Voy. Vineuil. + + Ardier (Claude), femme de Gaspard I de Fieubet, trésorier + d'Espagne. Voy. Fieubet. + + Ardier (Marie), femme de Gaspard II de Fieubet, chancelier de la + reine Marie-Thérèse, I, 206. + + Argenteuil (N. Le Bascle, s{r} d'), I, 315. + + Argouges (François d'), conseiller d'État ordinaire, conseiller au + Conseil royal des finances, IV, 156, 174, 175. + + Armagnac (maison d'), III, 253. + + Armagnac (comtesse d'), I, 218. + + Arnauld d'Antilly (Robert), II, 437. + + Arnaud (Isaac), intendant des finances, I, 410. + + Arnaud (Henri), évêque d'Angers, I, 294; III, 171. + + Arnaud (M. Barrin de la Galissonnière, veuve du président de La + Barre, femme d'Isaac). + + Arnaud (Simon), marquis de Pomponne, II, 429, 437. + + Arnaud de Pomponne (Catherine L'Avocat, femme d'), II, 429. + + Arnoux (le P.), III, 71. + + Arpajeux (madame d'), pour d'Arpajon. Voy. Arpajon. + + Arpajon (Louis d'Arpajon, marquis de Séverac, créé, en 1650, duc + d'), I, 147. + + Arpajon (Catherine-Henriette d'Harcourt-Beuvron, duchesse d'), I, + 9, 295; II, 72; III, 44; IV, 269. + + Arquien (Louison d'), II, 431, 432, 437, 442, 447; III, 223, 229, + 244, 261. + + Artagnan (Charles de Castelmar, seigneur d'), II, 398. + + Artigny (Claude-Marie du Gast, fille d'Achille du Gast, seigneur + d'Artigny et de Montgauger en Touraine et de Marie Le Coustelier; + petite-fille d'Antoinette de Montmorency Fosseuse et du fameux + marquis du Gast, dite mademoiselle d'), femme de Louis-Pierre + Scipion de Grimoard de Beauvoir. Voy. Grimoard de Beauvoir + (mademoiselle d'Artigny, femme de Louis-Pierre Scipion de). + + Aspremont (M. d'), I, 316. + + Asserac (M. d'), II, 72. + + Assigny (M. d'), ou d'Acigné, de la maison de Brissac, II, 340. + + Assigny ou d'Acigné (Anne-Marguerite d'), 2e femme du duc de + Richelieu, I, 72. + + Astérie, surnom de madame de Montespan, III, 4 et suiv. Voy. + Montespan (madame de). + + Athis (Pierre Viole, seigneur d'). Voy. Viole (Pierre). + + Attichy (Octavien Doni d'), baron, I, 170. + + Attichy (Valence de Marillac, baronne d'), I, 170. + + Attichy (Anne Doni d'), comtesse de Maure. Voy. Maure (comtesse + de). + + Attigny (mademoiselle d'Artigny et non d'), II, 54. + + Aubery (Renée-Julie), femme de Louis II de la Tremouille, marquis + de Noirmoutier. Voy. Noirmoutier (Renée-Julie Aubery, marquise + de). + + Aubigné ou d'Aubigny (maison d'), I, 226. + + Aubigny ou Aubigné (maison d'), I, 226. + + Aubigné (Agrippa d'), I, 225; III, 67, 70, 71, 130. + + Aubigné (Suzanne de Lezay, femme d'Agrippa d'), III, 70. + + Aubigné (Constant d'), baron de Surimeau, et non Surineau, III, 67 + et suiv., 466. + + Aubigné (Anne Marchand, 1re femme de Constant d'), veuve du baron + de Chatelaillon, III, 70. + + Aubigné (Jeanne de Cadillac, 2e femme de Constant d'), mère de + madame de Maintenon, III, 70, 71, 72. + + Aubigné (Charles d'), frère de madame de Maintenon, III, 69. + + Aubigné (Françoise d'). Voy. Maintenon (madame de). + + Aubigny (Claude-Maur d'), évêque de Noyon, puis archev. de Rouen, + I, 225. + + Aubigny (l'abbé d'), de la maison des Stuart, I, 225. + + Aubigny (Charles Bidault d'), I, 226. + + Aubigny (M. d'), [?], I, 225. + + Aubigny (mademoiselle de Keroualles, duchesse d'). Voy. Keroualles + (mademoiselle de). + + Aubijoux (François-Jacques d'Amboise, comte d'), I, 62. + + Aubray (le lieutenant civil d'), III, 468. + + Aubusson de La Feuillade. Voy. La Feuillade. + + Aulnay (le comte d'), capitaine commandant le vaisseau _le + Trident_, IV, 177. + + Aumale (mademoiselle d') et non mademoiselle de Nemours, III, 126. + + Aumont (hôtel d'), III, 384. + + Aumont (Antoine, duc et maréchal d'), II, 439. + + Aumont (Catherine Scarron de Vaures, femme d'Antoine, maréchal duc + d'), II, 439; III, 126. + + Aumont (Louis-Marie-Victor, duc d'), II, 438, 439, 440, 441; III, + 363 et suiv., 458, 480, 484 et suiv., 499, 509. + + Aumont (Madelaine Fare Le Tellier, fille du chancelier, 1re femme + de Louis-Marie-Victor, duc d'), II, 439; III, 363, 364, 365, 379. + + Aumont (Madeleine-Élizabeth Fare d'), femme du marquis de + Beringhen. Voy. Beringhen (Madeleine-Élizabeth Fare d'Aumont, + m{ise} de). + + Aumont (Françoise-Angélique de La Mothe-Houdancourt, 2e femme de + Louis-Marie, duc d'), I, 46, 50, 83; II, 438, 440; III, 366 et + suiv., 482 et suiv. + + Avaugour (François de Bretagne, comte de Vertus et de Goello, + baron d'), I, 252. + + Avaugour (Claude de Bretagne, baron d'), I, 207. + + Avaugour (Marie de Bretagne d'), mariée à Hercule de + Rohan-Guemené, duc de Montbazon. Voy. Montbazon (2e duchesse de). + + Avocat (L'). Voy. L'Avocat. + + + Babou de La Bourdaisière (Françoise), mère du maréchal d'Estrées. + Voy. Estrées. + + Bade (Louise-Christine de Savoie, femme de Ferdinand-Maximilien, + marquis de Bade, _dite_ princesse de), II, 79. + + Bagneux (... Chapelier, sieur de), II, 286-333. + + Bagneux (N. de Chartrain, femme de M. de), II, 285-333. + + Bailleul (Nicolas de), président au Parlement de Paris, I, 253, + 411. + + Bailleul (Elisabeth de), fille du président, mariée à Charles + Girard, sieur du Tillet. Voy. Tillet (madame du). + + Bailleul (Marie de), femme, 1º de François de Brichanteau, marquis + de Nangis; 2º de Louis Chalon du Blé, marquis d'Uxelles. Voy. + Uxelles (marquise d'). + + Balzac (Jean-Louis Guez de), I, 207. + + Barbançon (mademoiselle de) femme du prince Ulric de Wurtemberg. + Voy. Wurtemberg (Mlle de Barbançon, femme du prince de). + + Barbeaux (Basile Fouquet, abbé de). Voy. Fouquet (Basile). + + Barberin (le cardinal Antoine), II, 80. + + Barbezières (Françoise de), dame de La Bazinière. Voy. La + Bazinière. + + Barbezières (mademoiselle de), II, 54, 158, 172. + + Barbezieux (Louis-François Le Tellier, marquis de), IV, 130, 173, + 175. + + Barbezieux (Catherine-Louise-Marie de Crussol, femme du marquis + de), IV, 175. + + Barbier (qui a fait construire le Pont-Rouge ou Pont-Barbier), II, + 126. + + Barillon (Jean-Jacques de), président au Parlement, I, 294. + + Baron (Michel), acteur, I, 5, 298; II, 415-419. + + Bartet, secrétaire du Roi, I, 20, 147. + + Basque sauteur (le), II, 415, 416. + + Bassompierre (François II de), maréchal de France, I, 208. + + Bautru (Guillaume), comte de Serrant, I, 170; III, 475. + + Bautru (Nicolas), comte de Nogent. Voy. Nogent (Nicolas Bautru, + comte de). + + Bautru (Charlotte), femme, 1º du marquis de Rannes, 2º de J.-B. + Armand de Rohan, prince de Montauban. Voy. Montauban (Charlotte + Bautru, princesse de). + + Bavière (Edouard de), comte palatin du Rhin, mari d'Anne de + Gonzague, princesse palatine, I, 226; III, 430. + + Bavière (Anne de Gonzague, femme d'Edouard de), princesse + palatine, I, 226 et suiv., 295; II, 47, 48; III, 430. + + Bavière (Ferdinand-Marie, duc de), III, 54; IV, 144, 274. + + Bavière (Adelaïde-Henriette de Savoie, femme de Ferdinand-Marie, + duc de), III, 54; IV, 274. + + Bavière (Marie-Anne-Christine-Victoire de), femme du Dauphin. Voy. + Dauphine (Marie-Anne-Christine-Victoire de Bavière, madame la). + + Bazin (M. A.), I, 404. + + Beaudean (Marguerite de), femme de Charles, comte de Froulay. Voy. + Froulay (Marguerite de Beaudean, comtesse de). + + Beauchasteau (François-Mathieu Chastelet de), I, 300. + + Beaufort (François de Vendôme, duc de), I, 54, 154, 168, 169, 202, + 208, 294; II, 353; IV, 266. + + Beaumanoir-Lavardin (famille de), II, 436. + + Beauvais (N. Bellier, baron de), I, 71. + + Beauvais (Catherine Bellier, dame de), dite Catau la Borgnesse, I, + 70, 71, 72, 74, 217, 227, 414, 415; II, 31, 51, 357. + + Beauvais (Jeanne-Baptiste de), marquise de Richelieu, fille de + Catherine Bellier, dame de Beauvais, I, 66, 71, 72, 123; IV, 273. + + Beauvais (mademoiselle de), soeur de la marquise de Richelieu, I, + 71. + + Beauvais (François-Paul de la Cropte de), maréchal de camp, écuyer + de Condé, I, 72. + + Beauvais (Uranie de la Cropte de), femme de Louis-Thomas de + Savoie, comte de Soissons. Voy. Soissons (comtesse de). + + Beauvau le Rivau (famille tourangelle de), tige des Beauvau de + Rivarennes et de Montgoyer, II, 34. + + Beauvau de Rivarennes et de Montgoyer (François de), III, 53. + + Beauvau (Louise de La Baume le Blanc, femme de François de), III, + 53. + + Beauvau (Gilles de), év. de Nantes, fils de Fr. de Beauvau, III, + 53. + + Bec-Crespin (René-François du), marquis de Vardes. Voy. Vardes. + + Bechameil (Louis de), marquis de Nointel, III, 321 et suiv. + + Bechilon (Samuel de), sieur d'Erlaut, III, 71. + + Béjart (Armande), femme de Molière, I, 65. + + Belesbat (l'abbé de), II, 356. + + Belin (Antoinette de Faudoas-Averton, femme de son cousin Emmanuel + de Faudoas, comte de), III, 240. + + Bellay (famille du), II, 436. + + Bellefonds (Bernardin Gigault, maréchal de), I, 56; II, 49, 58; + IV, 255, 257. + + Bellefonds (Madelaine Fouquet, femme du maréchal de), II, 58. + + Bellegarde (Roger de Saint-Larry, duc de), II, 115, 116; III, 465. + + Bellenave (Louise de), comtesse du Plessis, marquise de + Clérambault. Voy. Clérambault (marquise de). + + Bellièvre (Pomponne de), président à mortier, I, 151. + + Benserade, I, 56, 57, 164, 169, 176, 177, 255, 293, 404; II, 79, + 352; III, 226. + + Béon (Bernard de), seigneur du Massés, I, 191. + + Bergh (Eléonore-Febronie de), femme du duc de Bouillon. Voy. + Bouillon (Eléonore-Febronie de Bergh, femme de Frédéric-Auguste de + La Tour d'Auvergne, duc de). + + Beringhen (Jacques-Louis, marquis de), III, 379. + + Beringhen (Madeleine-Elisabeth Fare d'Aumont, femme du marquis + de), III, 379. + + Bernier (François), voyageur et philosophe, IV, 186. + + Bernier, chirurgien, IV, 186 et suiv. + + Bernières (François de), III, 352. + + Beroé, I, 225. + + Bertaut (un nommé), I, 205. + + Berthod (le P.), I, 228. + + Bertillac (M. de), père de Nicolas Jehannot de Bertillac, II, + 414-419. + + Bertillac (Nicolas Jehannot de), II, 413-419. + + Bertillac (Anne-Louise Habert de Montmort, femme de Nicolas + Jehannot de), II, 413-419. + + Besançon (Hélène de), 2e femme de Louis-Charles, prince de + Courtenay. Voy. Courtenay (Hélène de Besançon, 2e femme de + Louis-Charles, prince de). + + Béthune (M. de), I, 315. + + Béthune Sully (Marguerite-Louise de), femme, 1º du comte de + Guiche, 2º du duc du Lude. Voy. Guiche (comtesse de) et Lude + (duchesse du). + + Béthune (Louis de), comte de Charrost. Voy. Charrost (Louis de + Béthune, comte de). + + Béthune Charrost (Marie de), 1re femme du maréchal d'Estrées. Voy. + Estrées (Marie de Béthune, 1re femme du maréchal d'). + + Beuvron (famille d'Harcourt de), I, 7-10. + + Beuvron et ses frères, I, 36. + + Beuvron (Jacques II d'Harcourt, marquis de), [mari, non d'Anne Le + Veneur, mais de Léonor Chabot de Saint-Gelais, comtesse de Cosnac, + et père de la comtesse de Fiesque], I, 52. + + Beuvron (Anne Le Veneur, femme de François de Fiesque, non de + Jacques II d'Harcourt de), belle-mère de Gilonne d'Harcourt, + comtesse de Fiesque, I, 52. _Erratum._--La mère de madame de + Fiesque n'était pas Anne Le Veneur, mais Léonor Chabot de + Saint-Gelais, comtesse de Cosnac. + + Beuvron (François Ier d'Harcourt de), chevalier de l'Ordre, père + du marquis François II, marquis de Beuvron, et marié à Renée + d'Espinay St-Luc, dame d'Ectot ou Hectot, I, 7. + + Beuvron (Renée d'Espinay Saint-Luc, femme de François Ier, marquis + de), I, 8. + + Beuvron (François II d'Harcourt, marquis de), marié, 1º à + Catherine Le Tellier, 2º Angelique de Fabert, veuve de Charles + Brûlart, marquis de Genlis, I, 5, 7, 15, 21, 146, 298; II, 187; + III, 281 et suiv. + + Beuvron (Charles d'Harcourt, comte de), frère de François II, + marquis de Beuvron, et mari de Lydie de Rochefort de Théobon, I, + 9. + + Beuvron (Lydie de Rochefort de Théobon, femme du comte Charles + de), I, 146. + + Beuvron (Catherine-Henriette d'Harcourt de), 3e femme du duc + d'Arpajon, fille de François Ier d'Harcourt, marquis de Beuvron et + de Renée Saint-Luc, I, 9, 147. + + Bidault (Charles) d'Aubigny. Voy. Aubigny (Charles Bidault d'). + + Bigot (Anne), 2e femme de Cornuel. Voy. Cornuel (Anne Bigot, femme + de). + + Biran, duc de Roquelaure. Voy. Roquelaure. + + Biscaras (M. de), I, 231; II, 154. + + Blainville (Jean-Armand Colbert, marquis de), II, 100. + + Blainville (Gabrielle de Rochechouart, mademoiselle de Tonnay + Charente, femme du fils de Colbert, marquis de Blainville), II, + 100. + + Blanchefort (Charles-François de Créquy, marquis de), IV, 211. + + Blé (Louis Chalon du), marquis d'Uxelles. Voy. Uxelles (marquis + d'). + + Blot, chansonnier, I, 295. + + Bobinet (le P.), IV, 154, 158, 176. + + Boesleau (comtesse de), I, 254. + + Boileau-Despréaux, I, 6. + + Bois-Dauphin (Philippe-Emmanuel de Laval, marquis de Sablé), I, 6. + + Boisfranc (Joachim Seiglière, sieur de), III, 449. + + Boisfranc (Marie-Madelaine-Louise de Seiglière de), femme de + Bernard-François Potier, duc de Gêvres. Voy. Gesvres + (Marie-Madelaine, duchesse de). + + Bois-Robert (François Le Metel, abbé de), I, 6, 16; III, 73; IV, + 212. + + Boissy (Arthur Gouffier, marquis de), I, 316; II, 74. + + Boligneux. Voy. Bouligneux. + + Bonifasse (mademoiselle), IV, 273. + + Bonne, duc de Lesdiguières (François de). Voy. Lesdiguières + (François de Bonne, duc de). + + Bonne (Madelaine de), femme du maréchal de Créquy. Voy. Créquy + (Madeleine de Bonne, femme du maréchal de). + + Bonnelle (Noël de Bullion, seigneur de), marquis de Gallardon, + fils de Bullion le surintendant, I, 82, 83, 151, 208; III, 302. + + Bonnelle (Charlotte de Prie, fille du marquis de Toussy, femme de + Noël de Bullion, seigneur de), I, 82, 91, 151, 265, 306; III, 302, + 303, 304, 337, 370, 375, 390 et suiv., 483. + + Bonneuil, Bonnoeil ou Bonoeil (Christophe-Auguste de Harlay, + seigneur de), I, 294, 295. + + Bonneuil (Françoise-Charlotte de Thou, femme du précédent de), I, + 254, 293, 294, 295. + + Bonneuil (N... de Thou, demoiselle de), soeur de la précédente, I, + 295. + + Bonneville, fille au service de madame de Bagneux, II, 296 et + suiv., _passim_. + + Bontems (Alexandre), un des quatre premiers valets de chambre de + Louis XIV, II, 46, 265; IV, 128 et suiv., 162. + + Bontemps (Marguerite Bosc, femme d'Alexandre), IV, 128. + + Bontemps (Louis), fils aîné d'Alexandre Bontemps, IV, 129. + + Bontemps (Alexandre-Nicolas), 2e fils d'Alexandre, IV, 129. + + Bontemps (Marie-Madelaine), fille d'Alexandre Bontemps, femme de + Lambert de Thorigny. Voy. Lambert de Thorigny (Marie-Madelaine + Bontemps, femme de). + + Bordeaux ou Bourdeaux (Guillaume de), intendant des finances, I, + 182, 406. + + Bordeaux ou Bourdeaux (madame de), femme d'un intendant des + finances, I, 182. + + Bordeaux ou Bourdeaux (Denise de), fille d'un intendant des + finances, femme du président de Pommereuil. Voy. Pommereuil + (madame de). + + Bordeaux ou Bourdeaux (madame de), mère de madame de + Fontaine-Martel, I, 182. + + Bordeaux ou Bourdeaux (mademoiselle de), demoiselle de Châtillon, + puis femme de Ricoux, I, 182, 183, 201, 211, 231, 237, 240, 241. + + Bosc (Claude), seigneur d'Ivry, IV, 128. + + Bosc (Marguerite), femme de Bontemps, premier valet de chambre de + Louis XIV. Voyez Bontemps (Marguerite Bosc, femme d'Alexandre). + + Bossuet, I, 226; II, 421; III, 188; IV, 183, 184. + + Bossuet (Elisabeth), femme d'Armand de Bouthillier de Chavigny. + Voy. Chavigny (Elisabeth Bossuet, femme d'Armand de). + + Du Bouchet (Jean), marquis de Sourches, comte de Montsoreau. Voy. + Sourches (marquis de). + + Du Bouchet (Dominique), fils de Jean, marquis de Sourches. Voy. + Sourches (Dominique de). + + Du Bouchet (Louis-François), marquis de Sourches. Voyez Sourches + (Louis-François). + + Bouchu (? l'abbé), I, 191. + + Boufflers (Louis-François, chevalier, puis marquis, puis maréchal + et duc de), IV, 144, 145, 153, 210, 230. + + Bouillé (Eléonore de), 1re femme de Henri de Daillon, comte, puis + duc du Lude. Voy. Lude (Eléonore de Bouillé, comtesse, puis + duchesse du). + + Bouillon (Godefroy Maurice de La Tour d'Auvergne, duc de), III, + 194, 489, 490, 491; IV, 26, 267. + + Bouillon (Marie-Anne Mancini, femme de Godefroy Maurice de La Tour + d'Auvergne, duc de), II, 23; III, 194, 489. + + Bouillon (Frédéric-Maurice de La Tour d'Auvergne, duc de), IV, 26, + 267. + + Bouillon (Eléonore-Fébronie de Bergh, femme de Frédéric-Maurice de + La Tour d'Auvergne, duc de), IV, 267. + + Bouillon (Emmanuel-Théodose de La Tour d'Auvergne, cardinal de), + IV, 216. + + Boulay-Favin (M. du), ou plutôt Favier du Boulay, I, 215. + + Bouligneux (Louis de La Palu, comte de), I, 242, 243. + + Bourbon (Louis de), fils de Louis XIV, II, 46. + + Bourbon (Marie-Anne de), fille de Louis XIV et de mademoiselle de + La Valière, II, 46. + + Bourbon (Louise de), fille du comte de Soissons, 1e femme de Henri + d'Orléans, duc de Longueville. Voy. Longueville. + + Bourbon-Condé (famille de). Voir Condé (famille de Bourbon-). + + Bourbon-Condé (Anne-Geneviève de), 2e femme de Henri d'Orléans, + duc de Longueville. Voy. Longueville. + + Bourbon (Louis III, duc de), fils du prince de Condé, Henri-Jules, + III, 472; IV, 138. + + Bourbon (Louise-Françoise, légitimée de France, _dite_ + mademoiselle de Nantes, femme du duc de), bru du prince + Henri-Jules de Condé, III, 331, 472, 475; IV, 223. + + Bourdaloue (le P.), III, 58, 137, 143. + + Bourges (de), I, 89, 90. + + Bourgogne (le duc de), fils du Dauphin, IV, 146. + + Bournonville (Nicolas Le Febvre de), IV, 26. + + Boussu (madame de), duchesse de Guise. Voyez Guise (madame de + Boussu, duchesse de). + + Boutard, I, 91. + + Bouthillier de Chavigny (Louise-Françoise), maréchale de + Clérambault. Voy. Clérambault (maréchale de). + + Boutteville (François de Montmorency, comte de Luxe, seigneur de), + I, 7, 49, 153, 215, 263; II, 187; III, 254. + + Boutteville (Elisabeth-Angélique, fille de Jean de Viennes, femme + de François de Montmorency, seigneur de), I, 154, 155, 158, 191; + II, 187. + + Boutteville (François-Henri de Montmorency), duc de + Piney-Luxembourg, maréchal de Luxembourg. Voy. Luxembourg + (maréchal de). + + Boutteville (Marie-Louise de Montmorency), femme de Dominique + d'Estampes, marquis de Valençay. Voy. Valençay (duchesse de). + + Boutteville (Isabelle-Angélique de Montmorency), duchesse de + Châtillon, puis de Mecklembourg. Voy. Chastillon (duchesse de). + + Boves (Charlotte de), 1re femme du maréchal de La Ferté, II, 403. + + Braguemont (Catherine du Tost, dame de), II, 46. + + Brancas (Georges de), 1er duc de Villars, II, 337. + + Brancas (Marie de), femme de son cousin Louis de Brancas, duc de + Villars, II, 345. + + Brancas (Charles, comte de), fils de Georges de Brancas, I, 315; + II, 337, 342 et suiv. + + Brancas (Suzanne Garnier, femme du comte Charles de), I, 274, 295; + II, 337-358. + + Brancas (Françoise de), fille de Charles de Brancas et de Suzanne + Garnier, II, 358. + + Bregy (Léonor de Flesselles, comte de), I, 253 et suiv. + + Bregy (Charlotte de Chazan, femme du comte de), I, 253 et suiv., + 306; II, 72, 74. + + Bretagne (François de), baron d'Avaugour, comte de Vertus et de + Goello. Voyez Avaugour (baron d'). + + Bretagne (Claude de), baron d'Avaugour. Voy. Avaugour. + + Brézé (Urbain de Maillé, maréchal de), IV, 261. + + Brézé (Armand de Maillé), duc de Fronsac et de Caumont, marquis de + Graville et de Brézé, comte de Beaufort en Vallée, etc., chef et + surintendant général de la navigation en France, I, 58, 213; II, + 87. + + Brézé (Nicole du Plessis, femme du maréchal de), II, 87; IV, 261. + + Briçonnet de Lessay. Voy. Lessay (Briçonnet, seigneur de). + + Brienne (Antoine de Loménie de), sieur de la Ville-aux-Clercs, I, + 223. + + Brienne (Henri-Auguste de Loménie de), fils d'Antoine, sieur de la + Ville-aux-Clercs, I, 223. + + Brienne la mère (Louise de Béon, fille de Bernard, seigneur du + Massés, _dite_ madame de), femme d'Henri-Auguste de Brienne, I, + 191. + + Brienne (Henri-Louis de Loménie de), fils d'Henri-Auguste de + Loménie de Brienne, I, 223. + + Brienne la jeune (Henriette Bouthillier de Chavigny, mariée au + comte Henri-Louis de Brienne, _dite_ madame de), I, 191, 262. + + Brinvilliers (Marie-Marguerite de Dreux d'Aubray, marquise de), + III, 468. + + Brion (François-Christophe de Levis, comte de) et plus tard duc de + Damville, I, 158, 297 et suiv. + + Brion (?) ou Biron (madame de), I, 408, 409. + + Brion (le palais) et non Biron, II, 44; IV, 253. + + Briosne (Henri de Lorraine, comte de), III, 491. + + Brisac, avocat en parlement, II, 55. + + Brissac (famille de Cossé-), IV, 204. + + Brissac (François de Cossé, comte de), I, 141. + + Brissac (Louis de Cossé, duc de), I, 413. + + Brissac (Gabrielle-Louise de Saint-Simon, femme de Henri-Albert de + Cossé, duc de Brissac, et bru du précédent de), I, 63, 64, 65, + 257. + + Brissac (Albert de Grillet de), major des gardes du corps, IV, 203 + et suiv. + + Bristol (George Kenelm Digby, comte de). Voy. Digby. + + Brouilly (Louis de), marquis de Piennes. Voy. Piennes (marquis + de). + + Brûlart (Adam), tige de la famille de Sillery, I, 151. + + Brûlart de Sillery (le chancelier). Voy. Sillery (le chancelier + Brûlart de). + + Buckingham (Georges, duc de), I, 116, 256. + + Bueil (Jacqueline de), comtesse de Moret, maîtresse de Henri IV, + puis femme de René du Bec Crespin, marquis de Vardes. Voy. Vardes + (René du Bec Crespin, marquis de). + + Bullion (Claude de), surintendant des finances, I, 83, 88, 89, + 151. + + Bullion (Noël de), seigneur de Bonnelle. Voy. Bonnelle. + + Bullion (Charles-Denys de), fils de Bullion-Bonnelle, III, 304. + + Bullion, marquis de Longchêne (François de), III, 302. + + Bullion, marquis de Longchêne (Catherine-Henriette de La Ferté, + fille du maréchal, femme de François de), III, 302. + + Bussy (Henri d'Amboise, marquis de), II, 187. + + Bussy (Roger de Rabutin, comte de), I, V-XVI, 194, 277 et suiv., + 286 et suiv., 301, 325 et suiv., 401, 408; II, 51, 88; III, 280; + IV, 91, 250, 259. + + + Cabre (Louis de), père du chevalier de Cabre, III, 414. + + Cabre (Marie d'Antoine, femme de Louis de), III, 414. + + Cabre (le chevalier Louis de), III, 414, 445. + + Cadaval (Nuño Alvarez Pereira de Mello, duc de), III, 491. + + Cadaval (Marie-Angélique-Henriette de Lorraine-Armagnac, femme du + duc de), III, 491. + + Caderousse (Juste-Joseph-François de Cadart d'Ancezune de Tournon, + duc de), II, 417; III, 370 et suiv. + + Caderousse (Claire-Bénédictine du Plessis-Guénégaud, 1e femme du + duc de), III, 370, 371. + + Caderousse (Marie-Renée de Rambures, 2e femme de Juste-Joseph, duc + de), III, 415, 416, 417, 495. + + Caderousse (Jacques-Louis d'Ancezune de Cadart de Tournon, duc + de), fils du duc Juste-Joseph, III, 409. + + Caderousse (Madelaine d'Oraison, femme de Jacques-Louis, duc de), + III, 409. + + Caderousse ou Caderoux (le chevalier de), I, 315. + + Cadet la Perle (Henri de Lorraine, comte d'Harcourt, _dit_), IV, + 145. + + Cadillac (Pierre de), seigneur de Lalanne, III, 70. + + Cadillac (Louise de Montalembert, femme de Pierre de), III, 70. + + Cadillac (Jeanne de), 2e femme de Constant d'Aubigné. Voyez + Aubigné (Jeanne de Cadillac, 2e femme de Constant d'). + + Calvoisin (madame de), I, 248, 249. + + Cambiac, prêtre, I, 160, 191, 192, 193, 205, 216, 219 et suiv. + + Camboust (Marguerite de), veuve du duc de Puylaurens, femme de + Henri de Lorraine-Armagnac. Voy. Lorraine (Marguerite de Camboust, + femme de Henri de). + + Camus de Pontcarré (Pierre), I, 280. + + Canaples (Charles III de Créquy, sire de), puis duc de Créquy, I, + 316. + + Candale (Henri de Nogaret, de La Valette et de Foix, comte, puis + duc de), frère aîné du duc d'Epernon, I, 147. + + Candale (Louis-Charles-Gaston de Nogaret et de Foix, duc de), fils + du duc d'Epernon, I, 7, 11, 12, 13, 14, 15, 19, 20 et suiv., 30 et + suiv., 37, 38, 62, 68, 75, 76, 147, 154, 231, 242, 271, 300, 318, + 405; III, 281. + + Canion (commandeur de), I, 315. + + Cantecroix (madame de), femme de Charles IV de Lorraine, III, 198; + IV, 231. + + Caravage (Michel Ange Americhi ou Morigi, _dit_ le), I, 235. + + Carignan (le prince de), _dit_ le prince Thomas, II, 71. + + Carignan (Marie de Bourbon-Soissons, princesse de), II, 71. + + Carmain ou Cramail. Voy. Cramail. + + Cassagnet (Gabriel de), marquis de Tilladet. Voy. Tilladet + (Gabriel de Cassagnet, marquis de). + + Castellane (un), I, 137. + + Castellane (Anne-Elisabeth de Rassan, marquise de, puis marquise + de Ganges). Voy. Ganges (marquise de). + + Castelnau (Marie-Charlotte de), femme du comte de Louvigny, plus + tard duc de Gramont, I, 136. + + Castelnau (Jacques, marquis et maréchal de), III, 348, 350, 465. + + Castelnau (Michel II de), III, 465. + + Castelnau (Louise-Marie Foucault, femme de Michel II de), III, + 465. + + Castelnau (Marie-Charlotte de), duchesse de Gramont. Voy. Gramont. + + Castiglione (Laurent-Onuphre Colonna de Gioëni, prince de). Voy. + Colonna (Connétable). + + Castille (Pierre), I, 24. + + Castille-Villemareuil (M. de), intendant de la maison de Monsieur + (Gaston d'Orléans), 1615, I, 25. + + Castille-Villemareuil (Marie-Madeleine de), 2e femme de Fouquet, + I, 25. + + Castille (Jeannin de). Voy. Jeannin de Castille. + + Castle-Maine (Roger Pulner, comte de), I, 238. + + Catau-la-Borgnesse. Voyez Beauvais (madame de). + + Catelan (François), partisan, I, 89. + + Catinat (Nicolas, maréchal de), I, 296; IV, 145, 146. + + Caumartin (l'abbé Le Fèvre de), IV, 182. + + Caumesnil (Alexandre de Moreuil, marquis de), I, 316. + + Caumont La Force. Voy. La Force. + + Cavoie (Louis Oger, chevalier, puis marquis de), I, 69, 277; II, + 179. + + Cavoie (Louise-Philippe de Coëtlogon, femme de Louis Oger, comte + de), II, 179. + + Caylus (Marthe-Marguerite de Villette, femme du marquis de), IV, + 183. + + Caylus (marquis de), IV, 183. + + Caylus (l'abbé de), IV, 183. + + Celoron (?), I, 90. + + Césy (Jacqueline de Bueil, comtesse de Moret, femme de Philippe de + Harlay, comte de), puis femme de François-René du Bec Crespin, + marquis de Vardes. Voy. Vardes (Jacqueline de Bueil, femme de + François-René du Bec Crespin, marquis de). + + Césy (Philippe de Harlay, comte de), I, 270. + + Chabot (Henri), duc de Rohan. Voyez Rohan (Henri Chabot, duc de). + + Chalais (Henri de Talleyrand, comte de), I, 24. + + Chalais (Charlotte Jeannin de Castille, d'abord comtesse de + Charny, puis comtesse de), I, 24, 295, 303; II, 341. + + Challard (du), V. Duchallard. + + Chalon du Blé (Louis), marquis d'Uxelles. Voyez Uxelles (marquis + d'). + + Chamanieu (Loras de), III, 352. + + Chamarante (M. de), I, 291; IV, 26.--_Erratum_, lisez: + + Chamarande, non Chamarante (Clair Gilbert d'Ornayson, seigneur de), + un des quatre premiers valets de chambre du Roi. + + Chambes (Marie-Geneviève de), comtesse de Montsoreau, femme de + Louis-François, marquis de Sourches. Voy. Sourches. + + Chamlay (Jules-Louis Baulé, marquis de), IV, 175. + + Champlatreux (Molé de). Voy. Molé de Champlatreux. + + Champré (Catherine-Henry, femme, 1º de Ferrier, fils du ministre, + 2º du conseiller Menardeau, sieur de), I, 410. + + Chandenier (François de Rochechouart, marquis de), I, 75. + + Chanleu et non Clanleu (baron de), I, 180. [N. B. _Chanleu_ est le + nom que lui donne la _Gazette de France_.] + + Chantereau (Louis Lefebvre-), procureur du cardinal Mazarin, I, + 278. + + Chapelain (Jean), de l'Académie française, I, 306; IV, 83. + + Chapelles (François de Rosmadec, comte des), II, 187; III, 254. + + Chappuzeau (Samuel), II, 30. + + Charles I, roi d'Angleterre, I, 218, 230; IV, 231. + + Charles II, roi d'Angleterre, I, 41, 42, 204, 226, 238, 240, 241, + 242, 257; II, 182, 200, 201, 213; IV, 276, 277. + + Charron (Marie), femme de J.-B. Colbert, II, 426. + + Charrost (Louis de Béthune, comte de), I, 75. + + Chartrain (Gilles de), II, 286. + + Chartrain (Jeanne de Créquy, femme de Gilles de), II, 286. + + Chartrain (M. de), fils de Gilles de Chartrain, II, 286. + + Chartres (Philippe, duc de), puis duc d'Orléans, I, 325. + + Chartres (Françoise-Marie, mademoiselle de Blois, femme de + Philippe, duc de), fille de Louis XIV et de madame de Montespan, + IV, 223. + + Chasteauneuf (M. de) ou Châteauneuf, Secrétaire d'Etat, garde des + sceaux, etc., I, 144, 148, 149, 256, 407. + + Chasteau-Thierry ou Château-Thierry (Henri-Ignace de La Tour + d'Auvergne, duc de), IV, 267. + + Chasteauvieux (M. de) ou Châteauvieux, I, 315. + + Chastillon ou Châtillon (Gaspard, comte de Coligny, puis duc et + maréchal de), I, 155, 176, 210, 405. + + Chastillon ou Châtillon (Anne de Polignac, maréchale de), I, 176. + + Chastillon ou Châtillon (Gaspard IV de Coligny, marquis d'Andelot, + puis duc de), après son frère aîné, I, 62, 154 et suiv., 176, 178, + 188, 208, 209, 403. + + Chastillon ou Châtillon (Henriette, fille aînée du maréchal de), + mariée au comte de La Suze. Voy. La Suze (comtesse de). + + Chastillon ou Châtillon, (Elisabeth-Angélique de + Montmorency-Boutteville, femme: 1º de Gaspard IV, duc de), puis 2º + du prince de Wurtemberg, I, 41, 42, 135, 144, 153 et suiv., 156, + 157, 210, 266, 273, 276, 295, 413; II, 72, 187; III, 254. Voy. + Wurtemberg. + + Chastillon ou Châtillon (Maurice de), comte de Coligny. Voy. + Coligny (Maurice de Chastillon, comte de). + + Chastillon (François de), seigneur de Bois-Rogues, père de + Claude-Elzéar de Chastillon, III, 253. + + Chastillon (Claude-Elzéar, chevalier de), III, 253. + + Chatelaillon (le baron de), III, 70. + + Chatelaillon (Anne Marchand, veuve du baron de), 1re femme de + Constant d'Aubigné, III, 70. + + Chaulnes (Charles-Honoré d'Albert, duc de), II, 59, 75. + + Chaumont (Guy de), marquis de Guitry, IV, 26. + + Chaumont (Marie de Bailleul, femme de Jean de), soeur du président + de Bailleul, I, 253. + + Chavannes (madame de), probablement bru du financier Nicolas + Rambouillet, I, 254. + + Chavigny (Léon de Bouthillier, comte de), I, 191, 214, 223, 296; + II, 346. + + Chavigny (Anne Phelippeaux, femme de Léon de), II, 346. + + Chavigny (Armand de Bouthillier de), seigneur de Pons, II, 346. + + Chavigny (Elisabeth Bossuet, femme d'Armand de Bouthillier de), + II, 346. + + Chavigny (Louise-Françoise de Bouthillier de), femme du maréchal + de Clérambault. Voy. Clérambault (maréchale de). + + Chelles (Jeanne de Scorrailles, abbesse de), II, 469; IV, 272. + + Chemerault (Geoffroy de Barbezières, comte de La Roche-), I, 294. + + Chemerault (mademoiselle de Barbezières de), nièce d'une première + mademoiselle de Chemerault qui devint madame de La Bazinière, I, + 263, 293, 294, 295. + + Chenu, rentier de Paris, ami de Guy Patin, I, 90. + + Chevreuse (hôtel de), III, 499. + + Chevreuse (Claude de Lorraine, prince de Joinville, duc de), I, + 143, 145, 208. + + Chevreuse (Marie de Rohan-Montbazon, duchesse de), femme, 1º de + Charles d'Albert de Luynes, 2º de Claude de Lorraine, duc de + Chevreuse, I, 42, 78, 143 et suiv., 193, 194, 197, 207, 409, 415; + II, 47, 48, 71, 89; III, 506. + + Chevreuse (Charlotte-Marie de), fille de la duchesse et de son + second mari Claude de Lorraine, I, 4, 145, 195; IV, 254. + + Chevreuse (Charles-Honoré d'Albert, duc de Luynes, de Chaulnes et + de), dont une fille aînée épousa le prince de Tingry, III, 491. + + Chevreuse (Marie-Anne et non Marie-Thérèse d'Albert de), princesse + de Tingry. Voyez Tingry (Marie-Thérèse d'Albert, femme de + Charles-François-Frédéric de Montmorency, duc de Luxembourg, + prince de). + + Chevreuse (Anne-Marie de), abbesse du Pont-aux-Dames, fille de la + duchesse, I, 145. + + Chevreuse (un marquis de), III, 79 et suiv. + + Choisy (Jeanne-Olympe Hurault de l'Hôpital, comtesse de), I, 37, + 111, 112; II, 28, 75, 76. + + Choisy (François-Timoléon, abbé de), fils de la précédente, I, 37. + + Christine de France, femme de Victor-Amédée, duc de Savoie, II, + 29. + + Christine, reine de Suède, I, 53, 54, 254, 294. + + Chigi (Fabio), II, 80 et suiv., 90 et suiv., 99, 109, 312. + + Chison, médecin, II, 88, 89. + + Chiverny (Cécile-Elisabeth Hurault de), marquise de Monglas. Voy. + Monglas (marquise de). + + Choiseul-Praslin (Isabelle de), femme de Henri du + Plessis-Guénégaud. Voyez Plessis-Guénégaud (Isabelle de Choiseul + Praslin, femme de Henri du Plessis-Guénégaud). + + Cinq-Mars (Henri de Coiffier, dit Ruzé, marquis de), I, 213, 293, + 294; II, 406; III, 348. + + Citois ou Sitois, médecin (M.), IV, 212. + + Clanleu (baron de). Voy. Chanleu (baron de). + + Clarendon (Anne Hyde de), duchesse d'Yorck. Voy. Yorck (duchesse + d'). + + Clément, accoucheur, II, 376, 377, 378, 379, 411. + + Clérambault (Philippe de Palluau, comte, puis maréchal de), I, 62, + 294, 295. + + Clérambault (Louise-Françoise Bouthillier de Chavigny, maréchale + de), I, 295, 296. + + Clérambault (René Gillier, baron de Puygarreau, marquis de), I, + 76, 296, 406, 410. + + Clérambault (Louise de Bellenave, comtesse du Plessis, marquise + de), I, 296. + + Clérambault (Marie-Gilonne de), fille de René de Puygarreau, + marquis de Clérambault; 2e femme de Charles-François-Frédéric de + Montmorency, duc de Piney-Luxembourg. Voy. Luxembourg + (Marie-Gilonne Gillier de Clérembault, 2e femme du duc de). + + Clère (Charles de Fontaine-Martel, comte de), I, 325. + + Clermont (maison de), d'où sont sortis les Clermont d'Amboise, + Clermont de Galerande, Clermont de Resnel, Clermont de St-Georges. + I, 329. + + Clermont (de), I, 316. + + Clermont (François de Paule de), marquis de Monglas. Voy. Monglas + (marquis de). + + Clermont-Tonnerre (Marie-Charlotte-Bonne-Thérèse de), femme du + maréchal duc de Luxembourg. Voy. Luxembourg (duchesse de). + + Clermont Tonnerre (François, marquis de), I, 315. + + Clermont Tonnerre (François de), évêque de Noyon, fils du + précédent, IV, 182, 205. + + Cleveland (duchesse de). Voy. Saint-Villiers (Barbe de). + + Coaquin (madame de). Voy. Coatquen (madame de). + + Coatquen (madame de), I, 187. + + Cochonnet, curé de Lasine (pseudonyme), III, 140. + + Coëtlogon (René-Hyacinthe, marquis de), II, 179. + + Coëtlogon (Louise-Philippe), femme de Louis Oger, comte de Cavoye, + II, 179, 184. + + Coeuvres (François-Annibal, maréchal d'Estrées, marquis de). Voy. + Estrées (maréchal d'). + + Coeuvres (Antoine, marquis de), fils du maréchal d'Estrées, père + de François-Annibal III, marquis de Coeuvres, II, 345. + + Coeuvres (François-Annibal III d'Estrées, marquis de), III, 218, + 258. + + Coeuvres (Madelaine de Lyonne, femme de François-Annibal + d'Estrées, marquis de), petit-fils du maréchal, II, 405; III, 207, + 217, 218 et suiv., 246 et suiv. + + Colbert (Jean-Baptiste), I, 131, 255; II, 100, 373, 426; III, 47, + 153, 361, 362, 454; IV, 169, 179. + + Colbert (Marie Charron, femme de Jean-Baptiste), II, 426. + + Colbert (Antoine Martin), chevalier de Malte, dit le chevalier + Colbert, II, 425, 426; III, 361, 362. + + Colbert (Louis), d'abord abbé de Bonport, puis + capitaine-lieutenant de la 2e compagnie des mousquetaires à + cheval, II, 398. + + Colbert (Jeanne-Marie), duchesse de Luynes. Voy. Luynes (duchesse + de). + + Colbert de Villacerf (Edouard), IV, 31, 130. + + Coligny (François de Chastillon, amiral de), père du maréchal de + Chastillon, I, 176. + + Coligny (Gaspard de), duc de Chastillon, après son frère aîné. + Voy. Chastillon (Gaspard IV de). + + Coligny (Maurice, comte de), frère du duc de Chastillon, I, 188. + + Colombel (...), II, 46. + + Colonna de Gioëni (Laurent-Onuphre), connétable, prince de Paliano + et de Castiglione, I, 285; II, 17, 33. + + Colonna (Marie Mancini, connétable), I, 219, 283 et suiv., 289; + III, 29; IV, 245 et suiv. + + Combé (madame de), IV, 179. + + Comminges (maison de), I, 139. + + Comminges (Gaston-Jean-Baptiste, comte de), capitaine des gardes + du Roi, I, 73, 139, 411. + + Comminges (Sybille-Angélique d'Amalby, femme du comte de), I, 411. + + Condé (Henri II de Bourbon), père du grand Condé, I, 189, 193, + 244; II, 440. + + Condé (Charlotte-Marguerite de Montmorency, princesse douairière + de), femme de Henri de Bourbon-Condé, I, 157, 160, 189, 190. + + Condé (Louis II de Bourbon, prince de), _dit_ le grand Condé, I, + VIII, IX; 31, 49, 52, 62, 68, 73, 75, 76, 130, 137, 144, 149, 154, + 155, 157 et suiv., 176, 179 et suiv., 186 et suiv., 195, 198 et + suiv., 208 et suiv., 216 et suiv., 232, 239, 249 et suiv., 292, + 297, 298, 415, 416; II, 45, 72, 168, 201, 386, 400, 440; III, 429, + 474, 475; IV, 231, 257, 261, 267, 280. + + Condé (Claire-Clémence de Maillé, femme du prince Louis II de), I, + 240; II, 87, 340. + + Condé (Henri-Jules de Bourbon, prince de), fils du précédent, II, + 48, 201, 386; III, 198, 239, 429 et suiv., 474. + + Condé (Anne de Bavière, femme du prince Henri-Jules de), III, 198, + 430. + + Congis-Moret (M. de), I, 316. + + Conrart (Valentin), de l'Académie françoise, III, 171. + + Conti (Armand de Bourbon, prince de), I, 12, 31, 56, 68, 78, 145, + 148, 186 et suiv., 271, 283 et suiv., 401, 416; II, 88; III, 163, + 474. + + Conti (Anne-Marie Martinozzi, princesse de), femme du précédent, + I, 195, 271; II, 71; III, 163, 474. + + Conti (Louis-Armand de Bourbon, prince de), fils d'Armand, III, + 163, 474, 475, 476; IV, 186, 187, 262. + + Conti (Marie-Anne, légitimée de France, femme de Louis-Armand de + B., prince de), III, 163, 192, 196, 198, 203, 471, 474, 475; IV, + 136 et suiv., 224 et suiv. + + Conti (François-Louis de Bourbon, duc de La Roche-sur-Yon, puis + prince de), III, 192. + + Cordoue (Gonzalve de), IV, 145. + + Corneille (Pierre), II, 215; III, 226; IV, 21, 22. + + Corneille (Thomas), III, 430. + + Cornouaille, prêtre, I, 6. + + Cornu (la), I, 182. + + Cornuel (famille), I, 84-96. + + Cornuel (Claude), intendant, contrôleur général des finances, puis + Président de la Chambre des comptes, I, 87. + + Cornuel (Françoise Dadien, veuve de Gabriel de Machault, 2e femme + de Claude), I, 87. + + Cornuel (Guillaume), trésorier de l'extraordinaire des guerres, I, + 87. + + Cornuel (Anne Bigot, seconde femme de Guillaume), I, 53, 300. + + Cornuel (Marguerite), fille de Guillaume Cornuel et de sa première + femme, Marie Combefort, veuve de Le Gendre, I, 99, 100, 101, 102, + 103, 110, 232. + + Cosnac (Daniel de), archevêque d'Aix, I, 195; II, 27. + + Cospeau ou Cospean (Philippe), évêque d'Aire, puis de Nantes et + enfin de Lisieux, I, 153; IV, 281. + + Cossé-Brissac (famille de), IV, 204. + + Cotin (l'abbé Charles), I, 168. + + Coulanges (Philippe-Emmanuel de), II, 266, 420. + + Coulanges (Marie-Angélique du Gué, femme de Philippe-Emmanuel de), + I, 56. + + Coulon (Jean), conseiller au parlement, III, 504. + + Coulon (Mme), fille de Claude Cornuel, femme de Jean Coulon, + conseiller au parlement, I, 87. + + Coulon (Marie), femme de Nicolas Bautru, comte de Nogent. Voyez + Nogent (Marie Coulon, femme de Nicolas Bautru, comte de). + + Courtaumer (Jeanne de Caumont, femme du marquis de Saint-Simon-). + Voy. Saint-Simon-Courtaumer (Jeanne de Caumont, marquise de). + + Courtenay (Louis, prince de), père de Louis-Charles, II, 88; III, + 404, 405; IV, 262. + + Courtenay (Louise-Chrétienne de Harlay, femme de Louis, prince + de), II, 88; IV, 262. + + Courtenay (Louis-Charles, prince de), fils de Louis, II, 88; IV, + 262. + + Courtenay (Marie de Lameth, 1re femme de Louis-Charles, prince + de), IV, 262. + + Courtenay (Hélène de Besançon, 2e femme de Louis-Charles, prince + de), IV, 262. + + Courtilz (Gatien des), II, 398; III, 412. + + Cousin (M. Victor), I, 143. + + Coypel (Antoine), peintre, IV, 227. + + Craff (Mylord René) ou Crofts, I, 39 et suiv., 218, 219, 230 et + suiv., 237, 275. + + Cramail, Cramailles ou Carmain (Adrien de Montluc, prince de + Chabanais, puis comte de), I, 300. + + Cramail (Jeanne de Montluc, comtesse de), femme de Charles + d'Escoubleau de Sourdis, marquis d'Alluye. Voyez Sourdis (Jeanne + de). + + Crenan (Pierre de Perrien, marquis de), IV, 145. + + Créqui (Madelaine de Bonne, femme de Charles Ier, premier maréchal + de), grand'mère de Charles III de Créqui, II, 404. + + Créqui (Madeleine de), fille de Charles Ier de Créqui, femme de + Nicolas de Neufville, maréchal, duc de Villeroy. Voy. Villeroy + (Madeleine de Créqui, femme de Nicolas de Neufville, maréchal, duc + de). + + Créqui (Charles-François de Bonne de), duc de Lesdiguières, fils + du premier maréchal de Créqui, III, 215. + + Créqui (Anne de La Magdelaine de Ragny, 2e femme de + Charles-François de Bonne de), III, 215. + + Créqui (Charles II de), seigneur de Ramboval, II, 286. + + Créqui (Charles III, duc de), fils de Charles III de Créqui, frère + aîné du 2e maréchal, I, 6; II, 80, 109, 271, 273, 394. + + Créqui (Armande de Saint-Gelais Lusignan de Lansac, femme de + Charles III, duc de), II, 80 et suiv., 91 et suiv., 106, 109, 380; + III, 401; IV, 262, 263, 269, 278. + + Créqui (Madelaine de), fille de Charles III de Créqui, princesse + de Tarente. Voy. Tarente (Madelaine de Créqui, femme de + Charles-Belgique-Hollande de la Trémouille, duc de Thouars, prince + de). + + Créqui (François, marquis de Marines, 2e maréchal de), 4e fils de + Charles II de Créqui, I, 62; II, 404; III, 215, 496, 499 et suiv., + 508. + + Créqui (Catherine Rougé du Plessis-Bellière, femme du 2e maréchal + de), III, 496. + + Créqui (François-Joseph, marquis de), fils aîné du 2e maréchal, + III, 379, 495 et suiv., 508, 509. + + Créqui (Anne-Charlotte d'Aumont, femme du marquis François-Joseph + de), III, 379, 496, 499 et suiv. + + Crevant (M. de), probablement un Crevant d'Humières, I, 315. Voy. + Humières. + + Crofts (Mylord René) ou Craff. Voy. Craff. + + Croissy (Colbert de), IV, 179. + + Crussol (Catherine-Louise-Marie de), fille du duc d'Usez, femme du + marquis de Barbezieux. Voy. Barbezieux (marquise de). + + Crussol (Julie-Françoise de), femme du duc d'Antin. Voy. Antin + (duchesse d'). + + Cusac (N... de Rotondis de Caheusac ou Cahusac, _dit_ de), frère + de N... de Rotondis de Biscarras et du s{r} de Rotondis, II, 154. + + + Dadien (Françoise), veuve de Gabriel de Machault, 2e femme de + Claude Cornuel, I, 87. + + Daillon (Jean de). Voy. Lude (du). + + Dampierre (Marie Fourré de), I, 213. + + Daquin, médecin, III, 127, 128; IV, 151. + + Darcy. Voy. Arcy (d'). + + Dauphin (Louis, fils de Louis XIV, _dit_ le 1er), II, 421 et + suiv.; III, 54, 163, 177, 178, 182, 185 à 204, 471, 493 et suiv.; + IV, 130, 136 et suiv., 224, 274, 275. + + Dauphine (Marie-Anne-Christine-Victoire de Bavière, femme de + Louis, dauphin de France, fils de Louis XIV), II, 465; III, 54, + 55, 186 et suiv., 471, 494 et suiv., 508; IV, 151, 274. + + Dauvet (Louise-Diane), femme de Jeannin de Castille, marquis de + Montjeu. Voy. Jeannin de Castille, marquis de Montjeu + (Louise-Diane Dauvet, femme de Gaspard). + + Deffita (M.). Voy. Effita (M. d'). + + Delorme (Marion). Voyez Marion Delorme. + + Delorme (Charles), médecin, IV, 72. + + Deodatus, sobriquet de Louis XIV. Voy. Louis XIV. + + Descartes (René), III, 46. + + Deschiens (financier), II, 420. + + Deschiens (Marie-Angélique du Liscouet, femme d'Antoine-Arthur), + II, 420. + + Desfonandrès, surnom de Desfougerais ou Desfougerets dans Molière. + Voy. Desfougerais. + + Desfontaines (?), II, 109. + + Desfougerais ou Desfougerets, I, 198, 201. + + Deshoulières (Antoinette du Ligier de La Garde, madame), I, 58. + + Despréaux (Nicolas Boileau). Voy. Boileau. + + Digby (Georges Kenelm, lord), comte de Bristol, I, 204, 205, 218, + 221, 222 et suiv., 229 et suiv., 258. + + Digby (lady Anne, 2e fille de François, comte de Bedford, femme de + lord), I, 218, 219. + + Digby (Anne), fille de Kenelm Digby et femme de Robert Spencer. + Voy. Spencer (Robert), comte de Southerland. + + Dieudonné, surnom de Louis XIV, I, 218. + + Dognon (Louis de Foucault, comte du), maréchal de France. Voyez + Foucault (le maréchal). + + Donna Anna, c'est-à-dire Anne d'Autriche. Voyez Anne d'Autriche. + + Douzenceau (Nicolas Viole). Voy. Viole (Nicolas). + + Dreux (Joachim de), conseiller au grand Conseil, III, 340. + + Dubois (Jacques), _dit_ Sylvius, II, 124. + + Duchallard, capitaine de vaisseau, commandant le _Content_, IV, + 177. + + Dumas (Alexandre), I, 143. + + Dubail, du Bail ou d'Ubail, III, 254. + + Du Mesnil (madame), III, 230 et suiv. + + Dumeter (le P.), III, 71. + + Dupré, marchand d'orviétan, II, 421. + + Dupré, joueur, III, 334, 336. + + Dupré (Madelon), courtisane, II, 448, 450, 451. + + Duras (Jacques-Henri de Durasfort, duc et maréchal de), IV, 203. + + Duras (Marguerite-Félice de Levis Ventadour, femme de + Jacques-Henri, maréchal de), IV, 203. + + Durasfort (Jacques-Henri de), duc et maréchal de Duras. Voy. Duras + (Jacques-Henri, duc et maréchal de). + + Durasfort (Guy de), duc et maréchal de Lorge. Voy. Lorge (Guy de + Durasfort, duc et maréchal de). + + Durtal (comte de). Voy. La Roche-Guyon (Roger du Plessis, duc de), + seigneur de Liancourt, comte de Durtal. + + Duryer, cabaretière à Saint-Cloud, I, 199; II, 416. + + Duval, valet de pied de la princesse de Condé, I, 240. + + Duverger (le P.), III, 73. + + + Ecquevilly (Marie-Madelaine de Chambes de Montsoreau, femme de + Louis-Anne Dauvet, comte d'), I, 199. + + Edouard de Bavière, comte Palatin du Rhin. Voy. Bavière (Edouard + de), comte palatin. + + Effiat (Martin Ruzé, marquis d'), II, 406. + + Effiat (Isabelle Escoubleau de Sourdis, femme de Martin Ruzé, + seigneur d'), II, 406. + + Effiat (Antoine Coiffier _dit_ Ruzé, marquis d'), neveu de Cinq + Mars, premier écuyer de Monsieur, frère de Louis XIV, I, 8; II, + 406 à 413; III, 309, 312. + + Effita (M. d'), II, 140; III, 362. + + Elbène (Guy, comte d'), III, 440. + + Elbeuf (Charles III de Lorraine, prince d'Harcourt, puis duc d'), + I, 139, 328; II, 346. + + Elbeuf (Anne-Elisabeth de Launoy, femme du précédent duc d'), II, + 79. + + Elbeuf (Marie-Marguerite-Ignace de Lorraine, soeur de Charles III, + duc d'Elbeuf, _dite_ mademoiselle d'), I, 303. + + Elbeuf (Anne-Elisabeth de Lorraine d'), femme du prince de + Vaudemont. Voy. Vaudemont (Anne-Elisabeth de Lorraine d'Elbeuf, + femme de Charles-Henri, légitimé de Lorraine, prince de), IV, 231. + + Elisabeth (la reine) d'Angleterre, I, 228. + + Empereur d'Allemagne (Léopold I), II, 197, 200. Voy. aussi + Ferdinand III. + + Enguien (le duc), fils du grand Condé, I, 149, 182. Voy. Condé + (Henri-Jules, prince de). + + Epinoy (princesse d'). Voy. Espinoy (princesse d'). + + Ep... ou Esp... [chercher Esp...] + + Erizzo, ambassadeur de Venise, IV, 128, 215. N. B. p. 128, lire + Erizzo au lieu de Frizzo. + + Erizzo (... femme de M.), ambassadeur de Venise, IV, 215, 216. + + Erizzo (Louise), fille de l'ambassadeur de Venise, IV, 216. + + Erlaut (Samuel de Bechilon, sieur d'). Voy. Bechilon (Samuel de). + + Escoubleau de Sourdis. Voy. Sourdis. + + Esguilly-Vassé (René d'), I, 115. Voy. Vassé. + + Esmery (Particelli d'), I, 294. + + Espagny (Maximilien Gouffier, marquis d'), II, 351. + + Espagny (Honoré Gouffier, abbé de Valseri, _dit_ l'abbé d'), II, + 351. + + Espernon (hôtel d'), III, 499. + + Espernon (Bernard de Nogaret de La Valette et de Foix, duc d'), I, + 12, 30, 62; II, 131; III, 70, 71, 475. + + Espernon (Gabrielle-Angélique, fille légitimée d'Henri IV, + duchesse d'), I, 12. + + Espernon (mademoiselle d'), fille du duc, soeur de Candale, I, + 147, 148. + + Espinay Saint-Luc (Renée d'), marquise de Beuvron, I, 8. + + Espinay Saint-Luc (Louis d'), comte d'Estelan ou Etelan. Voy. + Estelan (comte d'). + + Espinchal (Charles-Gaspard d'), I, 315. + + Espinoy (Jeanne-Pélagie de Rohan-Chabot, 2e femme d'Alexandre + Guillaume de Melun, prince d'), III, 49; IV, 270. + + Espinoy (Thérèse de Lorraine, fille de François de Lorraine, comte + de Lislebonne, femme de Louis et bru d'Alexandre-Guillaume de + Melun, prince d'), III, 198. + + Este (Marie-Béatrix-Eléonore d'), reine d'Angleterre, 2e femme de + Jacques II, IV, 216. + + Estelan (Louis d'Espinay Saint-Luc, comte d'), I, 8. + + Estève (le P.), jésuite prédicateur, I, 65. + + Estissac (François de la Rochefoucauld, 1er marquis d'), parrain + de Mme de Maintenon, III. + + Estoublon (Jacques de Grille, marquis d'), I, 256. + + Estrades (Godefroy, comte d'), ambassadeur de France à Londres, + II, 42, 72. + + Estrées (Antoine d'), père du maréchal, I, 244. + + Estrées (Françoise Babou de la Bourdaisière, femme d'Antoine d'), + mère du maréchal d'Estrées, III, 252. + + Estrées (François-Annibal d'), marquis de Coeuvres, maréchal de + France, frère de Gabrielle d'Estrées, I, 151, 244, 315; II, 354; + III, 218, 251, 252, 350. + + Estrées (Marie de Béthune-Charrost, 1re femme du maréchal d'), + III, 252. + + Estrées (Anne-Habert de Montmort, 2e femme du maréchal d'), III, + 252. + + Estrées (Gabrielle de Longueval, fille d'Achille de Manicamp, 3e + femme du maréchal d'), I, 69, 151; III, 252, 253, 349, 350. + + Estrées (Jean, comte d'), 2e fils du maréchal François-Annibal + d'Estrées, I, 244, 245. + + Estrées (César d'), d'abord évêque de Laon, puis cardinal, 3e fils + de François-Annibal d'Estrées, I, 244, 245; II, 344, 345; III, 254 + et suiv.; IV, 216. + + Estrées (Gabrielle d'), 4e fille d'Antoine d'Estrées, I, 151, 294; + III, 252. + + Estrées (Julienne-Hyppolyte d'), femme de Georges de Brancas, + marquis, puis duc de Villars, 5e fille d'Antoine d'Estrées, I, 56; + II, 345. + + Etampes de Valençay (Eléonor d'), archevêque de Reims, I, 220. + + Etampes de Valençay (Charlotte d'), madame de Puysieux. Voy. + Puysieux (madame de). + + Etampes de Valençay (le cardinal Achille d'). Voy. Valençay (le + cardinal Achille d'Etampes de). + + Eugène (le prince) de Savoie. Voy. Savoie (le prince Eugène de). + + Evrard (Perpète), peintre, III, 312. + + + Fagon (Guy Crescent), médecin, III, 150; IV, 151, 161 et suiv., + 210 et suiv. + + Fargis (famille d'Angennes du), III, 135. + + Fargues, frondeur, I, 65. + + Farsam (mademoiselle de Keroualle, comtesse de). Voy. Keroualles + (mademoiselle de). + + Faure (le P. François), évêque d'Amiens, I, 228. + + Favin ou plutôt Favier (M. du Boulai-). Voy. Boulai-Favin (M. du). + + Félix, chirurgien, III, 150. + + Fénelon (François de Salignac de La Motte-), IV, 183, 184. + + Ferdinand III, empereur d'Allemagne, IV, 200. + + Ferrier (Jérémie), ministre protestant, I, 410; III, 137. + + Fervaques (Guillaume, seigneur de), maréchal de France, III, 230, + 238. + + Fervaques (le marquis de), fils de Noel Bullion, seigneur de + Bonnelle, I, 83; III, 302 et suiv., 392 et suiv. + + Feuquières (Isaac de Pas, marquis de), I, 137. + + Feuquières (Anne-Louise de Gramont, femme d'Isaac de Pas, marquis + de), I, 263. + + Feuquières de Salins (madame de), I, 100. + + Feydeau (Marie), femme de Timoléon de Daillon du Lude, gouverneur + de Gaston d'Orléans. Voy. Lude (du). + + Fiennes (mademoiselle de Fruges, de la maison de Fiennes, femme de + Henri Garnier, comte des Chapelles, dont elle ne porta jamais le + nom, gardant celui de), I, 111, 112, 413; III, 310. + + Fiesque (Anne Le Veneur, comtesse de), mère de Charles-Léon et + belle-mère de Gilonne d'Harcourt, I, 149, 403. + + Fiesque (Charles-Léon, comte de), I, 52, 121. + + Fiesque (Charles-Léon, comte de), III, 210, 306. + + Fiesque (Gilonne d'Harcourt, marquise de Piennes, puis comtesse + de), _dite_ aussi la Reine Gillette, I, 9, 32, 49 et suiv., 70, + 83, 120, 121, 123, 130, 149, 265, 300, 328, 330, 414; II, 181; + III, 210, 240, 306, 473. + + Fiesque (Jean-Louis-Marie, comte de), fils de Charles-Léon, comte + de Fiesque, I, 52; III, 210 et suiv., 244 et suiv., 306 et suiv. + + Fiesque (François, chevalier de), I, 148. + + Fieubet (Gaspard I de), baron de Launac, trésorier de l'Epargne, + père de Gaspard de Fieubet, chancelier de la reine Anne + d'Autriche, I, 206. + + Fieubet (Claude Ardier, femme du trésorier de l'Epargne Gaspard I + de), I, 206. + + Fieubet (Gaspard II de), chancelier de la reine Marie-Thérèse, I, + 206. + + Fieubet (Marie Ardier, femme de Gaspard II de), I, 206. + + Fieubet (Claude de), femme de Jeannin, I, 206. + + Filastre (la), IV, 283. + + Fleuri (marquis de), II, 350, 351. + + Florence, une des femmes de madame de Bagneux, II, 322 et suiv. + + Foix (Henri-François de Foix de Candale, duc de), II, 447, 448, + 450. + + Foix (Marie-Charlotte de Roquelaure, femme du duc de), II, 448, + 449, 450. + + Fontaine-Martel (marquis de), père du comte de Clère et du marquis + d'Arcy, I, 325. + + Fontaine-Martel (N... de Bordeaux, femme du marquis de), I, 182. + + Fontanges (Marie-Angélique de Scorailles, duchesse de), I, 72, + 218; II, 459 et suiv.; III, 3 à 58, 66, 146, 175; IV, 264 à 272, + 276 à 283, 287, 288. + + Fontenay (M. de), I, 315. + + Forbin-Janson (Gaspard de), père du chevalier de Forbin, II, 397. + + Forbin-Janson (Claire de Libertat, femme de Gaspard, marquis de), + II, 397. + + Forbin, marquis de Janson (Laurent de), gouverneur d'Antibes, + frère aîné du chevalier, II, 397. + + Forbin (Melchior, chevalier de), I, 296; II, 397, 398. + + Forbin-Janson (le cardinal de), évêque de Beauvais, le plus jeune + frère du chevalier, II, 397. + + Fosseuse (le chevalier de), II, 288-333. + + Fosseuse (mademoiselle de), fille d'honneur de la reine, II, 288. + + Foucault (Louis, comte du Dognon, maréchal), I, 213, 300, 412. + + Foucault (Marie Fourré et non Foussé de Dampierre, femme du + maréchal), I, 213. + + Foucault (Louise-Marie), femme de Michel II de Castelnau. Voy. + Castelnau (Louise-Marie Foucault, femme de Michel II de + Castelnau). + + Fougeray (Claude de Sainte-Maure, seigneur du). Voy. Sainte-Maure + (Claude de). + + Fouilleuse ou Fouilleux (M. de), I, 298. + + Fouilloux (Benigne de Meaux du), marquise d'Alluye. Voy. Alluye + (Benigne de Meaux du Fouilloux, marquise d'). + + Fouquet (Marie de Meaupou, femme de François), mère du + surintendant et de l'abbé, I, 262; III, 125. + + Fouquet (Nicolas), surintendant des finances, I, IX, 25, 70, 145, + 148, 230 et suiv., 243; II, 47, 355, 356, 399; III, 496; IV, 151, + 285. + + Fouquet (Basile), abbé de Barbeaux et de Rigny, frère du + surintendant, I, 65, 77, 142 et suiv., 205, 206, 216 et suiv., + 230 et suiv., 265 et suiv., 405. + + Fourré [et non Foussé] de Dampierre. Voy. Foucault (maréchale). + + Foussé (Marie Fourré et non) de Dampierre, femme du maréchal + Foucault, comte du Dognon. Voyez Foucault (maréchale). + + Fromenteau. Voy. La Vauguyon. + + François de Paule (Saint), III, 200. + + François II, duc de Bretagne, I, 252. + + Frontenac (Anne de La Grange, d'abord mademoiselle de Neuville, + femme de Louis de Buade, comte de Palluau et de), I, 52. + + Froulay (le comte Charles de), I, 306, 316; II, 81. + + Froulay (Marguerite de Beaudean, femme de Charles, comte de), II, + 81. + + Froulay (Louis, comte de), fils de Charles de Froulay et + Marguerite de Beaudean, II, 79, 81, 82. + + + Gabrielle d'Estrées. Voyez Estrées (Gabrielle d'). + + Galerande (Clermont de). Voy. Clermont (maison de). + + Galles (Charles, prince de), fils de Charles Ier, II, 200. Voy. + Charles II. + + Ganges (Anne-Elisabeth de Rassan, veuve du marquis de Castellane, + puis marquise de), I, 30, 35. + + Garnier (Mathieu), II, 337, 339. + + Garnier (le chevalier), II, 31, 50. + + Garnier (Suzanne), femme de Charles de Brancas. Voy. Brancas + (Suzanne Garnier, madame de). + + Garnier (Françoise), femme de M. d'Oradour. Voy. Oradour (d'). + + Garnier (Madelaine), femme de M. d'Orgères et ensuite de Molé de + Champlatreux. Voy. Molé de Champlatreux et Orgères. + + Gassendi (Pierre), le philosophe, III, 46. + + Gaston d'Orléans, voy. Orléans (Gaston duc d'). + + Gatien des Courtilz, Voy. Courtilz (Gatien des). + + Gendarme, garde du maréchal de Grancey, III, 233 et suiv. + + Gerniou, ou plutôt Jarnioux (François Henry, sieur de), I, 410. + + Gersay. Voy. Jarzay. + + Gesvres (Léon Potier, marquis, puis duc de), I, 75; III, 119. + + Gesvres (Bernard-François Potier, duc de), fils de Léon, III, 449. + + Gesvres (Marie-Madelaine-Louise de Seiglière de Boisfranc, femme + de Bernard-François, duc de), III, 449, 450. + + Gillette (la Reine), nom _précieux_ de madame de Fiesque. Voyez + Fiesque (comtesse de). + + Gillier de Puygarreau [et non Puygarrou], marquis de Clérambault + (René). Voy. Clérambault (marquis de). + + Girard (Charles), seigneur du Tillet. Voy. Tillet (du). + + Giraud (Catherine), femme de Charles-François d'Angennes, marquis + de Maintenon. Voy. Maintenon (Catherine Giraud, femme de + Charles-François d'Angennes, marquis de Maintenon). + + Glay de la Cotardaie (Gabrielle), femme de Jean François, marquis + de La Valière, II, 44, 45. + + Gobelin (l'abbé), III, 137. + + Godeau (Antoine), évêque de Vence et de Grasse, III, 171. + + Godet Desmarets (Paul), évêque de Chartres, III, 137. + + Goello (François de Bretagne, baron d'Avaugour, comte de Bretagne + et de), I, 252. + + Gondran (Thomas Galant, sieur de Frierges et de), I, 318. + + Gondran (Charlotte Bigot, femme de Thomas Galant, sieur de + Frierges et de), I, 318. + + Gondy (Paul de). Voyez Retz (cardinal de). + + Gondy de Retz (Paule-Marguerite-Françoise de), duchesse de + Lesdiguières. Voy. Lesdiguières (duchesse de). + + Gontier (Jean-Baptiste), président en la chambre des comptes, II, + 473. + + Gonzague-Clèves (Charles de), duc de Nevers, I, 226. + + Gonzague (Marie de), femme de Jean Casimir, roi de Pologne, II, + 173. + + Gonzague (Anne de), femme d'Edouard de Bavière, prince palatin. + Voy. Bavière (Anne de Gonzague, femme d'Edouard de). + + Gonzalve de Cordoue. Voy. Cordoue (Gonzalve de). + + Gordon ou Gourdon. Voy. Gourdon. + + Gouffier (Artus ou Arthur), marquis de Boissy. Voy. Boissy. + + Gouffier (Artus), duc de Roannez avant La Feuillade, II, 400, 401; + IV, 267. + + Gouffier (Charlotte), duchesse de La Feuillade. Voy. La Feuillade. + + Goujon (Mathieu), sergent à verge, III, 71. + + Goulas (... de La Mothe, sieur de), I, 220. + + Gourdon (duc de), I, 297. + + Gourdon (Georges), marquis de Huntley, I, 296. + + Gourdon (John), I, 296. + + Gourdon (chevalier de), I, 296. + + Gourdon (mademoiselle de), I, 295 et suiv. + + Gourville (Jean Hérault de), I, 182, 215, 232, 271, 294. + + Gouville (Lucie de Cotentin de Tourville, femme de Michel + d'Argouges, sieur de), I, 20, 154, 320. + + Grammont ou Gramont. Voy. Gramont. + + Gramont (Antoine II, comte de), I, 135. + + Gramont (Louise de Roquelaure, 1re femme de Antoine II, comte de), + I, 135. + + Gramont (Claude de Montmorency-Boutteville, 2e femme de Antoine + II, comte de), I, 135. + + Gramont (Suzanne-Charlotte de), femme de Henry Mitte de Miolans, + marquis de Saint-Chaumont, fille de Antoine II, comte de Gramont. + Voy. Saint-Chaumont (marquise de). + + Gramont (Philibert, chevalier, puis comte de), fils d'Antoine II, + comte de Gramont et frère du maréchal Antoine III de Gramont et de + la marquise de Saint-Chaumont,--d'abord connu sous le nom + d'Andoins, I, 49 et suiv., 69, 149, 267, 293; II, 341. + + Gramont (Elisabeth Hamilton, femme de Philibert, chevalier, puis + comte de), I, 50. + + Gramont (Antoine III, duc de), maréchal de France, I, 49, 62, 68, + 135 et suiv., 263; II, 35, 73, 79, 177, 178, 185, 375, 391; III, + 351. + + Gramont (Françoise-Marguerite du Plessis-Chivray, 1re femme du + maréchal Antoine III de), I, 136, 245. + + Gramont (Armand de), comte de Guiche, fils aîné du maréchal + Antoine III, duc de Gramont. Voy. Guiche (comte de). + + Gramont (Antoine-Charles, comte de Louvigny, puis duc de), fils + d'Antoine III, duc de Gramont et frère du comte de Guiche et de la + duchesse de Valentinois, I, 136; III, 348 et suiv. + + Gramont (Marie-Charlotte de Castelnau, duchesse de), femme + d'Antoine-Charles, I, 136; III, 348, 350. + + Gramont (Catherine-Charlotte de), femme de Louis de Grimaldi, duc + de Valentinois et prince de Monaco, fille d'Antoine III, duc de + Gramont. Voy. Valentinois (duchesse de). + + Grancey (Pierre Rouxel de), père du maréchal, III, 230. + + Grancey (Charlotte de Hautemer, fille du maréchal de Fervaques, + femme de Pierre, comte de), III, 230, 238. + + Grancey (Jacques III Rouxel, comte de), maréchal de France, I, + 151; III, 230 et suiv., 432. + + Grancey (Catherine de Mouchy, 1re femme de Jacques Rouxel, + maréchal de), III, 230. + + Grancey (Charlotte de Mornay de Villarceaux, 2e femme de Jacques + Rouxel, maréchal de), I, 113, 151; III, 230, 234. + + Grancey (Louise-Elisabeth, dite madame de), 16e enfant du maréchal + Jacques III de Grancey, née de Charlotte de Mornay-Villarceaux, sa + 2e femme, III, 239, 432, 433. + + Grancey (Hardouin de), abbé de Rebec, etc., III, 433. + + Grandseigne (Diane de), femme de Gabriel, marquis de Mortemart. + Voy. Mortemart (Diane de Granseigne, marquise de). + + Grignan (François Adhémar de Monteil, comte de), IV, 177. + + Grignan (Françoise-Marguerite de Sévigné, femme de + François-Adhémar de Monteil, comte de), I, 141; III, 240. + + Grimaldi (Louis), prince de Monaco, duc de Valentinois. Voir + Monaco et Valentinois. + + Grimaud (Marie de La Baume de Montrevel, femme d'Esprit Alard + d'Esplan, marquis de), I, 412, 413. + + Grimoard de Beauvoir (Louis-Pierre Scipion de), père de Louis + Scipion III de Grimoard de Beauvoir, comte du Roure, III, 186. + + Grimoard de Beauvoir (Claude-Marie du Gast, _dite_ mademoiselle + d'Artigny, femme de Louis-Pierre Scipion), mère de Louis Scipion + III de Grimoard de Beauvoir, comte du Roure, II, 91, 109; III, + 186. + + Grimoard de Beauvoir (Louis Scipion III de), comte du Roure. Voy. + Roure (Louis Scipion III de Grimoard de Beauvoir, comte du). + + Guebriant (Renée du Bec Crespin, de Vardes, marquise de), I, 271. + + Guémené (Louis, prince de), fils du duc Hercule de Rohan-Guémené, + duc de Montbazon, père de Charles de Rohan, duc de Montbazon qui + épousa Jeanne de Schomberg, I, 207, 209; III, 505 et suiv. + + Guémené (Anne de Rohan, princesse de Guémené, cousine germaine et + femme de Louis de Rohan, prince de), I, 232; III, 505. + + Guémené (Charles, prince de), fils de Charles de Rohan, duc de + Montbazon et de Jeanne-Armande de Schomberg, et petit-fils de + Louis VII de Guémené, III, 505, 506. + + Guémené. Voy. aussi: 1º Montauban, 2º Montbazon, 3º Rohan. + + Guénégaud (Henri du Plessis-). Voy. Plessis-Guénégaud (Henri du). + + Guénégaud, trésorier de l'Epargne (Gabriel de), frère d'Henri du + Plessis-Guénégaud, secrétaire d'Etat, II, 414. + + Guercheville (marquisat de) Voy. La Roche-Guyon (duc de), I, 141. + + Guerchy (Marguerite du Regnier de Guerchy, _dite_ mademoiselle + de), fille de Claude du Regnier, baron de Guerchy, et de Lucie de + Brichanteau, I, 24, 155, 158, 403. + + Guiche (Armand de Gramont, comte de), I, 62 et suiv., 69, 70, 74, + 111, 136, 154, 232, 233, 263, 266 et suiv., 302, 313, 318, 321, + 339; II, 35, 36, 40, 61 et suiv., 73, 78, 79, 91, 92, 102, 145 et + suiv., 391 et suiv., 400, 401; III, 351; IV, 249, 251, 262, 263. + + Guiche (Louise-Marguerite-Suzanne de Béthune, comtesse de), puis + duchesse du Lude, I, 66, 295; II, 35, 78, 79. Voyez Lude + (Marguerite-Louise de Béthune-Sully, veuve du comte de Guiche, + puis duchesse du). + + Guillemette, surnom de madame de Maintenon, III, 76. + + Guilloire, secrétaire des commandements de mademoiselle de + Montpensier, II, 266. + + Guise (Henri II de Lorraine), archevêque de Reims, puis duc de + Guise, petit-fils de Henri I de Lorraine, duc de Guise le Balafré, + I, 35, 155, 185, 188, 226, 228, 300, 403, 405; II, 93, 107. + + Guise (Honorée de Glimes de Grimberghe, veuve d'Albert Maximilien + de Hennin, comte de Bossu ou Boussu, femme ou (par arrêt du + parlement) maîtresse de Henri II de Lorraine, duc de), I, 300. + + Guise (Marie de Lorraine, _dite_ mademoiselle de), fille de + Charles de Lorraine et soeur du duc Henri II, I, 415. + + Guise (Louis-Joseph de Lorraine, duc de), II, 271, 274. + + Guitaut (François de Pechpeyrou ou Puypeyrou-Comminges, comte de), + père de Guillaume, qui suit, I, 152. + + Guitaut (Guillaume de Pechpeyrou ou Puypeyrou-Comminges, comte + de), I, 73 et suiv., 95, 96, 152, 411, 414. + + Guitaut (Jeanne de La Grange, 1re femme de Guillaume de Pechpeyrou + ou Puypeyrou, comte de), I, 73. + + Guitry (Guy de Chaumont, marquis de), II, 271, 273, 412, 458; IV, + 26. + + Guyon (Jeanne Bouvier de la Motte, madame), IV, 183, 184. + + + Habert de Montmort (Anne), 2e femme du maréchal d'Estrées. Voy. + Estrées (Anne Habert de Montmort, 2e femme du maréchal d'). + + Habert de Montmort (Anne-Louise), femme de M. de Bertillac fils. + Voy. Bertillac (madame de). + + Habert (Pierre), évêque de Cahors, I, 186. + + Hamilton (les), I, 296. + + Hamilton (Elisabeth), femme du chevalier, puis comte de Gramont, + I, 50. + + Harcourt (d'), marquis de Beuvron. Voy. Beuvron (d'Harcourt, + marquis de). + + Harcourt (Anne d'Ornano, femme de François de Lorraine, prince + d'), mère de Alphonse-Henri-Charles qui suit, I, 408. + + Harcourt (Alphonse-Henri-Charles de Lorraine, prince d'), puis duc + d'Elbeuf, I, 139. + + Harcourt (Marie-Louise-Christine Jeannin de Castille, dame de + Moutiers, femme de Anne-Marie-Joseph de Lorraine, duc d'Harcourt, + fils d'Alphonse-Henri-Charles, duc d'), I, 24. + + Harcourt (Henri de Lorraine, comte d'), _dit_ Cadet la Perle, IV, + 145. + + Harlay (Philippe de), comte de Césy. Voy. Césy (comte de). + + Harlay de Champvallon, (François), archevêque de Rouen, puis de + Paris, I, 63, 64, 306; II, 266; III, 188; IV, 155 et suiv., 180 et + suiv. + + Harlay (Lucrèce-Chrétienne de), femme du prince Louis de + Courtenay. Voy. Courtenay (Louise-Chrétienne de Harlay, princesse + de). + + Hautefort (famille d'), II, 420. + + Hautefort (Jacques-François, marquis d'), frère de la maréchale de + Schomberg, I, 315. + + Hautefort (Marie d'), plus tard maréchale de Schomberg, I, 197. + + Hautefort (Surville, cadet d'). Voy. Surville. + + Hautemer (Charlotte de), femme de Pierre, comte de Grancey, fille + du maréchal de Fervaques. Voy. Grancey (Charlotte de Hautemer, + femme de Pierre, comte de). + + Hébert (madame), femme de chambre de Marie de Médicis, I, 253. + + Hecquetot (François de Beuvron d'), I, 199. + + Henri III, roi de France, IV, 279. + + Henri IV (le roi), I, 135, 189; II, 29, 61, 361; III, 70, 252, + 423; IV, 80, 143. + + Henri, légitimé de France, évêque de Metz, I, 294. + + Henriette de France, reine d'Angleterre, I, 257; II, 64, 70, 200; + IV, 231. + + Henriette d'Angleterre, femme du duc d'Orléans, Voy. Orléans + (Henriette, duchesse d'). + + Henry (François), sieur de Gerniou ou mieux Jarnioux. Voy. + Gerniou. + + Henry (Catherine), femme, 1º de Ferrier, fils du ministre + protestant, 2º du conseiller Menardeau, sieur de Champré. Voy. + Champré (madame de). + + Hercule (le P.), I, 12. + + Héroart (Jean), médecin de Louis XIII, IV, 187. + + Hérodote, IV, 69. + + Hervey (le chevalier), I, 258. + + Hervey (madame), soeur de lord Montaigu, I, 258. + + Hervieux (Laurent Arvio, _dit_ le chevalier d'Arvieux ou d'), III, + 369 et suiv. + + Heudicourt (Michel Sublet, marquis d'), grand louvetier, I, 185, + 212; IV, 137. + + Heudicourt (Bonne de Pons, femme de Sublet d'), I, 185, 217. + + Hippolyte (de Pommereuil), Voy. Pommereuil (Hippolyte de). + + Hocquetot ou Hecquetot. Voy. Hecquetot. + + Hocquincourt (Charles de Mouchy, maréchal, d'), I, 12, 68, 69, + 208, 234 et suiv., 242, 248 et suiv. + + Holland (comte de), I, 144. + + Hopital (? François de l'), I, 315. + + Humières (Louis Crevant III, marquis d'), père du 1er duc, Louis, + maréchal d'Humières, II, 74. + + Humières (Isabeau Phelippeaux, femme de Louis Crevant III, marquis + d'), mère du maréchal duc, II, 74, 75. + + Humières (Louis de Crevant, maréchal duc d'), I, 315, 316; II, 72, + 74. + + Humières (Louise-Antoinette-Thérèse de La Chatre, femme du + maréchal duc d'), II, 72, 74, 75. + + Huntley (Georges Gourdon, marquis de). Voy. Gourdon (Georges). + + Hurault de Chiverny (Cécile-Elisabeth), marquise de Monglas. Voy. + Monglas (marquise de). + + Hyacinthe (? Rigaud), peintre. Voy. Rigaud (Hyacinthe). + + Hyde de Clarendon (Anne), duchesse d'Yorck. Voy. Yorck (duchesse + d'). + + + Innocent XI (le Pape), I, 281. + + Isigny (François de Brecey, seigneur d'), II, 340. + + Isle (N..., comte de l'), I, 326. + + Isle (N..., vicomte de l'), I, 326. + + Isle (N..., femme de N..., vicomte de l'), I, 326 et suiv., 410. + + Ivry (Claude Bosc, seigneur d'). Voy. Bosc (Claude), seigneur + d'Ivry. + + Ivry (N... d'), I, 36, 39, 40. + + + Jacques II, roi d'Angleterre, I, 283 et suiv.; IV, 216. + + Jacques II (Marie-Béatrix-Eléonore d'Este, 2e femme de), Voy. Este + (Marie-Béatrix-Eléonore d'), reine d'Angleterre. + + Janin. Voyez Jeannin de Castille. + + Jars (François de Rochechouart, commandeur de Lagny-le-Sec, de + l'ordre de Malte, _dit_ le commandeur de), I, 404. + + Jarzay (René du Plessis de la Roche-Pichemer, marquis de), I, 13, + 62, 74 et suiv., 115, 139, 154, 271; II, 106. + + Jarzay (Marie-Urbain-René du Plessis de la Roche-Pichemer, marquis + de), fils de René, marquis de Jarzay, IV, 288. + + Jarzay (Anne-Thérèse de Goury, femme du précédent marquis de), II, + 106; IV, 288. + + Jean Casimir, roi de Pologne, II, 173, 174. + + Jeanne (la mère), carmélite, soeur du chancelier Seguier. Voyez + Seguier (Jeanne). + + Jeannin (le président Pierre), I, 24, 148. + + Jeannin de Castille (Nicolas), trésorier de l'Epargne, I, 23, 24 + et suiv., 148, 149, 206, 274, 303, 404; II, 341, 414. + + Jeannin de Castille (Claude de Fieubet, femme de Nicolas), I, 206. + + Jeannin de Castille (Gaspard), marquis de Montjeu, fils de + Nicolas, I, 149. + + Jeannin de Castille, marquise de Montjeu (Louise-Diane Dauvet des + Marets, femme de Gaspard), I, 149. + + Jeannin (Nicolas II), petit-fils de Pierre Jeannin, II, 341, 342, + 353. + + Joyeuse (Louis de Lorraine, duc de), I, 404. + + Joyeuse (valet de chambre du Dauphin), III, 494. + + + Keroualles (mademoiselle de), duchesse d'Aubigny, baronne de + Petersfield, comtesse de Farsam, duchesse de Porstmouth, I, 226, + 238. + + + La Barre (Jean de), président au Parlement, I, 410. + + La Barre (Marie Barin de la Galissonnière, veuve du président de), + femme d'Isaac Arnauld. Voyez Arnauld (Marie Barin de la + Galissonnière, femme d'Isaac). + + La Barte (Jean de) ou La Barthe, maréchal des logis des gendarmes + du duc d'Épernon, I, 20. + + La Baume (Catherine de Bonne, comtesse de Tallart, M{ise} de), I, + IX, 30. + + La Baume Le Blanc (famille de), II, 27. + + La Baume Le Blanc (Jean-Michel de), de La Valière, II, 28. + + La Baume Le Blanc (Laurent de), seigneur de La Valière. Voy. La + Valière. + + La Baume Le Blanc (Guillaume de), de La Vallière, évêque de + Nantes, III, 52, 53. + + La Baume Le Blanc (Louise), femme de François de Beauvau. Voy. + Beauvau (Louise de La Baume Le Blanc, femme de François de). + + La Bazinière (Macé Bertrand, sieur de), I, 25, 293, 295; II, 415. + + La Bazinière (Françoise de Barbezières, dame de), I, 293. + + La Boulaye (Maximilien Eschalart, marquis de), I, 76. + + La Brie, laquais de madame de Brancas, II, 344, 345. + + La Brizardière (l'abbé de), IV, 144. + + La Brosse (Guy de), médecin, IV, 151. + + La Bruyère, (Jean de), IV, 168. + + La Caze (Jean-Jacques de Pons, marquis de), I, 185. + + La Chaise (le P.), III, 137, 139, 140, 141, 143, 144, 145, 146, + 147, 150, 159 et suiv., 188, 203; IV, 154 et suiv., 176. + + La Chapelle (? Christophe Jouvenel des Ursins, seigneur de), et, + plus tard, marquis de Tresnel, I, 316. + + La Chatre (Louis, maréchal de), II, 459. + + La Chatre (Louise-Antoinette-Thérèse de), femme du maréchal duc + d'Humières. Voyez Humières (Louise-Antoinette, duchesse d'). + + La Chatre (Louise-Henriette de), femme de Claude Pot. Voyez Pot + (Louise-Henriette de La Chatre, femme de Claude). + + La Cotardaie (Gabrielle Glay de), femme du marquis de La Valière. + Voy. Glay de la Cotardaie (Gabrielle). + + La Fayette (Marie-Madelaine Pioche de La Vergne, comtesse de), I, + 4, 297; IV, 29. + + La Ferté (hôtel de), III, 312. + + La Ferté Saint-Nectaire ou Senneterre (Henri, maréchal de), I, 51; + II, 403, 410, 420; III, 279 et suiv. + + La Ferté (Charlotte de Bauves ou plutôt Boves, 1re femme du + maréchal duc de), II, 403. + + La Ferté (Madelaine d'Angennes de La Loupe, 2e femme du maréchal + de), I, 5, 9, 83, 146, 274; II, 403 et suiv., 471; III, 210, 279 à + 341. + + La Ferté (Henri-François de Saint-Nectaire, duc de), fils du + maréchal, II, 421, 424, 431, 440, 447 et suiv.; III, 338 et suiv., + 368 et suiv., 468, 475. + + La Ferté (Marie-Isabelle-Gabrielle-Angélique, mademoiselle de + Toucy, duchesse de), femme du précédent, bru du maréchal, I, 83; + II, 421 et suiv.; III, 367 et suiv., 468, 477, 482. + + La Ferté (Catherine-Henriette de), femme de François de Bullion, + marquis de Longchêne. Voy. Bullion, marquis de Longchêne + (Catherine-Henriette de La Ferté, femme de François de). + + La Feuillade (François d'Aubusson de), I, 243, 244, 293, 325 et + suiv.; II, 72, 74, 400, 401, 402, 468; III, 312; IV, 4, 7 et + suiv., 35, 46, 52, 53, 60, 77, 79, 86 et suiv., 96, 267. + + La Feuillade (Charlotte Gouffier, femme de François d'Aubusson + de), duchesse de Roannez, II, 74, 400; IV, 267. + + La Fontaine (Jean de), le fabuliste, I, 25, 258; IV, 81. + + La Force (Jacques Nompar de Caumont, duc de), III, 186, 202. + + La Force (Marie de Saint-Simon-Courtaumer, séparée du marquis de + Langeais, remariée à Jacques Nompar de Caumont, duc de). Voy. + Langeais (Marie de Saint-Simon Courtaumer, marquise de). + + La Force (Marie-Anne-Louise de Caumont), femme de Louis Scipion + III de Grimoard, comte du Roure. Voy. Roure (Marie-Anne-Louise de + Caumont La Force, femme de Louis-Scipion III, comte du). + + La Fosse (Mme de), I, 20. + + Lagarde (? Antoine-Escalin des Aimars, marquis de), III, 125. + + La Grange (M. de), intendant des troupes en Alsace, III, 441 et + suiv. + + La Grange (Mme de), femme du précédent, III, 441 et suiv. + + La Grange (Jeanne de), femme de Guillaume de Peychpeyrou ou + Puypeyrou, marquis de Guitaut. Voy. Guitaut. + + La Guiche (Henriette de), duchesse d'Angoulême. Voy. Angoulême + (Henriette de La Guiche, duchesse d'). + + La Guiche (Anne de), 2e fille de Philibert de la Guiche, grand + maître de l'artillerie, femme du 1er maréchal de Schomberg. Voy. + Schomberg (1er maréchal de), I, 209. + + La Guiche (Marie de), femme du duc de Ventadour, II, 55. + + La Loupe (famille d'Angennes de), III, 317. + + La Loupe (Mlle de). Voy. Olonne (Catherine-Henriette d'Angennes de + La Loupe, comtesse d'), et La Ferté (Madelaine d'Angennes de la + Loupe, maréchale de). + + La Magdelaine de Ragny (Anne), femme de François de Bonne, duc de + Lesdiguières. Voy. Lesdiguières (Anne de La Magdelaine de Ragny, + duchesse de). + + La Meilleraie (Charles de La Porte, duc et maréchal de), I, 164; + III, 465. + + La Meilleraie (Marie de Cossé-Brissac, 2e femme du précédent, + duchesse de), IV, 180. + + La Mesnardière (Jules Pillet de), I, 90, 92, 170. + + La Motte Argencourt (N..., fille de Pierre de Conty, seigneur de + La Motte et d'Argencourt, et de Madelaine de Chaumont, _dite_ Mlle + de), I, 218, 290 et suiv.; II, 30, 31, 49, 50. + + La Mothe-Houdancourt (Philippe, maréchal de), I, 292; II, 49; III, + 366, 368. + + La Mothe (Louise de Prie, Mlle de Toussy, maréchale de), I, 83, + 200, 292; II, 49, 50, 422, 424, 438; III, 240, 366, 368 et suiv. + _passim_; IV, 257, 258. + + La Mothe-Houdancourt (Charlotte-Eléonore-Madelaine de), femme de + Louis-Charles de Levis, duc de Ventadour. Voy. Ventadour + (Charlotte-Eléonore-Madelaine, duchesse de). + + La Mothe-Houdancourt (Françoise-Angélique de), 2e femme de + Louis-Marie-Victor, duc d'Aumont. Voy. Aumont. + + La Mothe-Houdancourt (Anne-Lucie de), nièce du maréchal, femme de + M. de La Vieuville, I, 292. + + La Moussaye (Amaury Goyon, comte de), I, 187, 199. + + La Noue Bras de Fer (François de), II, 436. + + La Porte, valet de chambre de Louis XIV, I, 184. + + La Porte (Mlle de), femme du chevalier Garnier, II, 31, 50. + + La Rivière (Louis Barbier, abbé de), puis évêque de Langres, I, + 87, 91, 186. + + La Rivière (Antoine Barbier de), commissaire de l'artillerie en + Champagne, I, 186. + + La Roche-Chemerault (Geoffroy de Barbezières, comte de). Voy. + Chemerault (Geoffroy de Barbezières, sieur de). + + La Rochefoucauld (François VI, duc de), d'abord prince de + Marsillac, I, 42 et suiv, 46, 62, 65, 75, 95, 99, 100 et suiv., + 130, 150, 182, 188, 189, 196 et suiv., 213, 232, 233, 244, 245, + 252, 258, 267, 298, 416; II, 154, 457; IV, 79, 80. + + La Rochefoucauld (Andrée de Vivonne, femme de François VI de), II, + 457. + + La Rochefoucauld (François VII de), d'abord prince de Marsillac, + II, 457; IV, 79, 80. Voy. aussi Marsillac (François VII de La R., + prince de). + + La Rochefoucauld (M. de), premier marquis d'Estissac. Voy. + Estissac (François de La Rochefoucauld, premier M{is} d'), III, + 72. + + La Roche-Guyon (Henri-Roger, comte, puis en 1663 duc de), marquis + de Liancourt et de Guercheville, comte de Durtal, I, 139, 140, + 141, 232, 233. + + La Roche-Guyon (Anne-Elisabeth de Lannoy, ou Lanoye, femme de + Henri-Roger du Plessis-Liancourt, comte de), I, 58, 210, 271. + + La Roche-Guyon (Jeanne-Charlotte, Mlle de), I, 139, 140, 141. + + La Roche-Pozay (Diane de). Voy. Saint-Loup (Mme de). + + La Roche-sur-Yon (François-Louis de Bourbon, duc de), puis prince + de Conti, après la mort de Louis-Armand de B., prince de Conti, + son frère, III, 192, 474. + + La Roquette (Henri-Gabriel de Roquette, évêque d'Autun, nommé ici + par erreur, l'abbé de), I, 189. + + La Suze (Henriette de Coligny-Chastillon, comtesse d'Adington, + puis comtesse de), I, 320, 347, 405. + + La Tour-d'Auvergne (Frédéric-Maurice de), duc de Bouillon. Voy. + Bouillon (Frédéric-Maurice de La Tour-d'Auvergne, duc de). + + La Tour-d'Auvergne (Henri-Ignace de), duc de Château-Thierry. Voy. + Château-Thierry (Henri-Ignace de La Tour-d'Auvergne, duc de). + + La Tour-Roquelaure (N... de), I, 328. + + La Tremouille (Philippe de), père de François de la + Tremouille-Noirmoutier, III, 334. + + La Tremouille-Noirmoutier. Voy. Noirmoutier. + + La Tremouille-Olonne. Voy. Olonne. + + La Tremouille-Royan. Voy. Royan. + + La Tremouille (Yolande-Julie de), M{ise} de Royan. Voy. Royan + (M{ise} de). + + La Tresne (M. de), premier président au parlement de Bordeaux, IV, + 137, 138. + + La Valette (Louis de Nogaret, cardinal de), archevêque de + Toulouse, frère du duc [Bernard] d'Epernon, I, 147, 191. + + La Valière (Laurent de la Baume le Blanc, seigneur de), II, 27. + + La Valière (Françoise Le Prévost, femme de Laurent de), II, 27, + 28, 34. + + La Valière (Gabrielle Glay de la Cotardaie, femme de Jean-Louis, + marquis de). Voy. Glay de la Cotardaie (Gabrielle), II, 44, 45. + + La Valière (Louise-Françoise de La Baume le Blanc, duchesse de), + I, 66, 185, 217, 271, 289, 292 et suiv., 301; II, 27 à 96, 99 et + suiv., 115 et suiv., 139 et suiv., 145, 148, 151, 152, 167, 168, + 180 et suiv., 363, 365, 370 et suiv., 461; III, 8, 29, 52, 57, 66, + 186; IV, 63, 223, 248 et suiv., 258 à 263, 282, 283. + + La Valière (Jean-François de la Baume le Blanc, marquis de), II, + 28, 44. + + La Valière (Louis-César de la Baume le Blanc, duc de), III, 197. + + La Vauguyon (André de Betoulat, sieur de Fromenteau, comte de), I, + 70. + + La Vergne (Marie Pena, femme d'Aymar de), mère de Mme de La + Fayette, I, 4. + + La Vergne (Mlle de), comtesse de La Fayette. Voy. La Fayette (Mlle + de La Vergne, comtesse de). + + La Vienne, barbier étuviste, III, 225, 228, 229, 236, 240. + + La Vieuville (hôtel de), III, 499. + + La Vieuville (René-François, marquis de), I, 293, 300, 315. + + La Vieuville (Anne-Lucie de La Mothe-Houdancourt, femme du marquis + de), nièce du maréchal de La Mothe-Houdancourt, I, 293. + + L'Avocat ou L'Advocat (Nicolas) de Sauveterre, II, 429. + + L'Avocat (Marguerite Rouillé, femme de Nicolas), II, 429. + + L'Avocat, maître des requêtes, fils de Nicolas L'Avocat, II, 429 + et suiv.; III, 446, 482. + + L'Avocat, maître des comptes, III, 480. + + L'Avocat (Catherine), femme d'Arnauld de Pomponne, II, 429. + + L'Avocat (N...), femme du marquis de Vins, II, 429. + + Le Camus (l'abbé Etienne), aumônier du roi Louis XIV, puis + cardinal, I, 277 et suiv. + + Le Clerc de Lesseville. Voy. Lesseville (Le Clerc de). + + Le Coigneux (le président Jacques), I, 151. + + Le Febvre de Bournonville (Nicolas), IV, 26. + + Le Large (M.), médecin, II, 348. + + Le Page, sieur de Saint-Loup. Voy. Saint-Loup. + + Le Pelletier (le président Claude), et mieux Le Peletier, IV, 126. + + Le Pelletier (Michel), ministre, _dit_ aussi Le Peletier de Sousy, + IV, 156. + + Le Petit (Claude) ou Petit, III, 227. + + Le Prevost (Jean), sieur de la Coutelaie, écuyer de la grande + écurie, II, 28. + + Le Prévost (Françoise), femme de Laurent de La Valière, veuve de + P. Bénard, seigneur de Rezay, II, 27, 28, 34. + + Le Tellier (Michel), chancelier de France, I, 47, 292; II, 22, + 131, 272, 390; III, 47, 364, 365. + + Le Tellier (François-Michel), marquis de Louvois. Voy. Louvois + (François-Michel Le Tellier, marquis de). + + Le Tellier (Anne de Souvré, femme de Fr. Michel). Voy. Louvois + (Anne de Souvré, marquise de). + + Le Tellier (Madelaine Fare), 1re femme de Louis-Marie-Victor, duc + d'Aumont. Voy. Aumont (Madelaine, duchesse d'). + + Le Tellier (Madelaine), femme de Gabriel, marquis de Tilladet. + Voy. Tilladet (Gabriel de Cassagnet, marquis de). + + Le Tellier (Charles-Maurice), archevêque de Reims, II, 266; III, + 454 et suiv., 483 et suiv., 499 et suiv., 509. + + Le Vasseur, notaire, III, 213. + + Le Vasseur (N..., femme du notaire), III, 213. + + Le Veneur (Anne), femme de François de Fiesque, et non de Jacques + II d'Harcourt de Beuvron. Voy. Beuvron. + + L..... (le comte de), mari de la comtesse de L..., aimée de Louis + XIV, IV, 17, 18, 38, 40, 42 et suiv., 50, 65, 66, 77, 78, 80 et + suiv., 108 à 122. + + L... (la comtesse de), aimée de Louis XIV, IV, 5 à 122. + + Laffemas (l'abbé N... de), I, 88. + + Laguille (le P.), III, 70, 72, 73, 117. + + Lalanne (Pierre de Cadillac, seigneur de). Voy. Cadillac (Pierre + de). + + Laigues (Geoffroy, marquis de), I, 144, 145, 195, 409; II, 89, 90. + + Lambert de Thorigny (Nicolas), IV, 129, 130. + + Lambert de Thorigny (Marie-Madelaine Bontemps, femme de), IV, 129. + + Lameth (Marie de), 1re femme de Louis-Charles, prince de + Courtenay. Voy. Courtenay (Marie de Lameth, femme de + Louis-Charles, prince de). + + Lambert, commis de l'Epargne, I, 214, 215. + + Langeais (René de Cordouan, marquis de Langeay ou), I, 361; II, + 436, 437; III, 187, 224. + + Langeais (Marie de Saint-Simon-Courtaumer, 1re femme de René de + Cordouan, marquis de), puis femme de Jacques Nompar de Caumont, + duc de La Force, II, 436, 437; III, 186, 187, 202. + + Lannoy ou Lanoye (Anne-Elisabeth de), femme de Henri-Roger Du + Plessis-Liancourt, comte de La Roche-Guyon. Voy. La Roche-Guyon + (Mme de). + + Lansac (Gille de Saint-Gelais, marquis de), I, 315. + + Lansac (Françoise de Souvré, femme de Gille de Saint-Gelais, + marquis de), I, 292. + + Lansac (Marie-Madelaine de Saint-Gelais, fille du marquis de), + femme de Vassé. Voy. Vassé (marquise de). + + Largille, I, 316. + + Lasphrise (le capitaine), IV, 269. + + Lauzun (Antoine Nompar de Caumont, marquis de Puyguilhem, comte + puis duc de), I, 65, 67, 130, 132 et suiv., 164; II, 35, 36, 72, + 73, 197 à 282, 364 à 400, 458, 459, 471 et suiv.; III, 9, 125, + 320; IV, 6, 73, 203, 280, 285, 286. + + Lauzun (François, chevalier de), frère du duc, I, 135, 138. + + Lauzun (Geneviève Marie de Durfort de Lorge, femme du duc de), IV, + 203. + + Laval (Urbain de), marquis de Lezay, II, 426. + + Laval (Françoise de Sesmaisons, femme d'Urbain de), II, 426. + + Laval-Montmorency (Marie-Louise de), femme du duc de Roquelaure. + Voy. Roquelaure (Marie-Louise de Montmorency, duchesse de). + + Lebrun (Charles), peintre, III, 20, 384. + + Leclerc du Tremblay (Marie), femme de Louis d'Angennes, marquis de + Maintenon. Voy. Maintenon (Marie Leclerc du Tremblay, femme de + Louis d'Angennes de Rochefort de Salvert, marquis de). + + Leganez (le marquis de), IV, 145. + + Legendre (Marguerite Combefort, veuve de), 1re femme de Guillaume + Cornuel, I, 87. + + Legendre (Mlle), fille de la 1re femme de Guillaume Cornuel, I, + 87. + + Lenclos (Ninon de). Voy. Ninon. + + Lenet (Pierre), conseiller d'Etat, I, 189, 214. + + Lenoncourt (Madelaine de), 1re femme de Hercule de Rohan-Guemené, + duc de Montbazon. Voy. Montbazon (1re duchesse de). + + Lenox (François-Marie Stuart, duc de Richmont et de), I, 238. + + Léopold 1er, empereur d'Allemagne, IV, 200. + + Lescalopier (Balthazar), président au parlement, I, 186, 315. + + Lescalopier (Charlotte Germain, femme du président), I, 186, 315. + + Lescuier (Claude), femme de Laurent Limosin, II, 46. + + Lesdiguières (François de Bonne, 1er duc de), I, 406; III, 262. + + Lesdiguières (Anne de La Magdelaine de Ragny, 2e femme de François + de Bonne, duc de), I, 271, 406; III, 238. + + Lesdiguières (Charles-Nicolas de Bonne de), marquis de Ragny. Voy. + Ragny (Charles-Nicolas, marquis de). + + Lesdiguières (François-Emmanuel de Bonne de Créqui, duc de), et + d'abord comte de Sault, II, 404, 405, 431; III, 188, 207, 208, 215 + et suiv. + + Lesdiguières (Paule-Marguerite-Françoise de Gondi de Retz, femme + de François-Emmanuel de Bonne de Créqui, duc de), II, 404; III, + 188, 215. + + Lesparre (Louis de Madaillan de), marquis de Montataire, comte de + Manicamp, I, 151. + + Lessay (Guillaume Briçonnet, seigneur de), III, 254. + + Lesseville (Mlles Le Clerc de), I, 149. + + Lethington, anglais, I, 296. + + Leuville (René Olivier, marquis de), I, 315. + + Levis-Charlus (famille de), II, 420. + + Lezay (Suzanne de), femme d'Agrippa d'Aubigné. Voy. Aubigné + (Suzanne de Lezay, femme d'Agrippa d'). + + Liancourt (Roger du Plessis, duc de). Voy. La Roche-Guyon. + + Libertat (Claire de), 2e femme de Gaspard, marquis de + Forbin-Janson. Voy. Forbin-Janson (marquise de). + + Lignerac (famille Robert de), II, 420. + + Lignerac (N... Robert, chevalier de), II, 451; III, 340. + + Lignerac (N... Robert, abbé de), II, 420, 447, 451. + + Ligny (? Philippe de), conseiller au parlement, I, 315. + + Limoges (Charles-François de Rochechouart, marquis de Bellenave, + appelé comte de), I, 77. + + Limosin (Laurent), sergent à verge, II, 46. + + Liscouet (Guillaume du), père du chevalier, II, 420. + + Liscouet (Marie Talhouet, femme de Guillaume du), II, 420. + + Liscouet (Philippe-Armand, vicomte de Planches, chevalier du), II, + 420. + + Liscouet (Marie-Angélique du), femme du financier Antoine-Arthur + Deschiens, II, 420. + + Lislebonne (François-Marie de Lorraine, comte de), III, 198. + + Lislebonne (Anne, légitimée de Lorraine, 2e femme de + François-Marie, comte de), III, 198; IV, 228. + + Lissalde (le sieur de), valet de garde-robe de Louis XIV, IV, 26. + + Longchêne (François de Bullion, marquis de), III, 302. + + Longueil de Maisons (René), premier président de la cour des + Aides, président à mortier au Parlement de Paris, II, 41. + + Longueil (Renée-Marie de), femme de M. de Rohan (Louis), II, 41. + + Longueval-Manicamp (Gabrielle de), 3e femme du maréchal d'Estrées. + Voy. Estrées (Gabrielle de Longueval-Manicamp, 3e femme du + maréchal d'), III, 252. + + Longueville (hôtel de), III, 499. + + Longueville (Henri II d'Orléans duc de), I, 9, 168, 184, 186 et + suiv.; II, 402 à 420. + + Longueville (Louise de Bourbon, fille du comte de Soissons, 1re + femme de Henri d'Orléans, duc de), I, 184. + + Longueville (Anne-Geneviève de Bourbon-Condé, 2e femme de Henri + d'Orléans, duc de), I, 75, 168, 184, 187 et suiv., 194, 202, 252, + 415, 416; II, 197, 198, 402; IV, 267. + + Longueville (Charles-Paris, d'abord comte de Saint-Paul, puis duc + de), II, 197, 198, 201, 219, 223, 248, 402; III, 226, 229, 305 et + suiv., 434, 465. Voy. aussi Saint-Paul (Charles-Paris + d'Orléans-Longueville, comte de). + + Longueville (Louis-Charles d'Orléans, chevalier de), fils naturel + de Charles-Paris d'Orléans-Longueville et de la maréchale de La + Ferté, II, 411, 413, 414; III, 330, 331. + + Longueville (Marie d'Orléans de Longueville, _dite_ Mlle de), qui + devint duchesse de Nemours, IV, 273. + + Loret (Jean), auteur de la _Muze historique_, II, 123, 132, 146; + III, 121, 122; IV, 253, 273. + + Lorge (Guy de Durasfort, duc et maréchal de), IV, 203. + + Lorge (Gabrielle de Durasfort, fille du maréchal duc de), femme du + duc de Saint-Simon. Voy. Saint-Simon (Gabrielle de Durasfort de + Lorge, femme du duc de). + + Lorge (Geneviève-Marie de Durasfort, fille du maréchal duc de), + femme du duc de Lauzun. Voy. Lauzun (Geneviève-Marie de Durasfort + de Lorge, femme du duc de). + + Lorraine (François II, duc de), I, 290. + + Lorraine (Marguerite de), femme de Gaston d'Orléans, fille de + François II de Lorraine. Voy. Orléans (Marguerite de Lorraine, + duchesse d'). + + Lorraine (Louis de), duc de Joyeuse, puis duc d'Angoulême, II, 73, + 74. + + Lorraine (Nicolas-François, duc de), oncle du prince Charles IV, + II, 201. + + Lorraine (Charles IV duc de), I, 144, 160; II, 201, 382; III, 198; + IV, 231. + + Lorraine (Henri de), chef de la maison d'Armagnac (qui épousa + Marguerite de Camboust), III, 253. + + Lorraine-Armagnac (Marguerite de Camboust, femme de Henri de), + III, 253. + + Lorraine (Philippe, chevalier de), fils de Henri de Lorraine, + comte d'Armagnac, I, 113, 271; II, 363, 364, 370; III, 253. + + Lorraine (Louis de), comte d'Armagnac, grand écuyer, III, 491, + 492. + + Lorraine, comte d'Armagnac (Catherine de Neufville-Villeroy, femme + de Louis de), III, 491. + + Lorraine (Henri de), comte de Briosne, fils de Louis de + Lorraine-Armagnac et de Catherine de Neuville-Villeroy. Voy. + Briosne (Henri de Lorraine, comte de). + + Lorraine-Armagnac (Marie-Angélique-Henriette de), duchesse de + Cadaval. Voy. Cadaval (duchesse de). + + Lorraine (Mlle d'Orléans, duchesse de), fille de Gaston, II, 28; + III, 240, 433. + + Lorraine (Charles-Henri, légitimé de), prince de Vaudemont. Voy. + Vaudemont (Charles-Henri, légitimé de Lorraine, prince de). + + Louis XI, III, 200, 356. + + Louis XIII, I, 68, 115, 143, 175; III, 423; IV, 143, 151. + + Louis XIV, ou le grand Alcandre ou _Deodatus_, I, VIII, 216 et + suiv., 226, 254, 255, 289 et suiv., 292, 310, 415; II, 1 à 25, 27 + à 96, 99 à 111, 147 et suiv., 206, 219, 225, 228 et suiv., + _passim_, 344, 352, 357, 361-473; III, 3 à 58, 66, 126 et suiv., + 157 à 180, 185 et suiv., 209, 210, 211, 226, 279, 298, 320, 321, + 345, 346, 347, 358, 364, 365, 378, 391, 423, 452, 453, 467, 489, + 498 et suiv., 508, 509; IV, 5 à 122, 125 et suiv., 204, 215, 216, + 241, 245 et suiv., 257. + + Louis, Dauphin de France. Voy. Dauphin. + + Louis, fils de Laurent Limosin, et peut-être Louis de Bourbon, II, + 46. + + Louis XV, IV, 211. + + Louise de la Miséricorde, nom de Mme de la Valière au couvent des + Carmélites. Voy. La Valière (Mlle de). + + Louison d'Arquien. Voy. Arquien (Louison d'). + + Louvigny (Antoine-Charles de Gramont, comte de), plus tard comte + de Guiche, puis duc de Gramont, I, 68, 136; II, 78, 173. + + Louvigny (Marie-Charlotte de Castelnau, comtesse de), puis + comtesse de Guiche, et enfin duchesse de Gramont, I, 68. + + Louvois (François-Michel Le Tellier, marquis de), I, 292; II, + 72-74, 266, 273, 344, 390, 391, 397, 398, 438, 439, 462, 463; III, + 16, 150, 358, 359, 363, 454, 488, 501 et suiv.; IV, 169, 175, 257, + 265. + + Louvois (Anne de Souvré, marquise de), I, 292; II, 72-74; IV, 130. + + Lude (Jean de Daillon du), tige de la famille, I, 320. + + Lude (François de Daillon, comte du), gouverneur de Gaston + d'Orléans, I, 320. + + Lude (Marie Feydeau, femme de François Daillon du), I, 320. + + Lude (Henri de Daillon, comte, puis duc du), I, 65, 304, 306, 320 + et suiv., 408; II, 390; III, 448, 449. + + Lude (Eléonore de Bouillé, 1re femme de Henri de Daillon, comte + du), I, 321; III, 449. + + Lude (Marguerite-Louise-Suzanne de Béthune-Sully, veuve du comte + de Guiche, 2e femme de Henri de Daillon, comte du), I, 321; III, + 449. Voy. aussi Guiche (Marguerite-Louise-Suzanne de + Béthune-Sully, femme du comte de). + + Lude (Charlotte-Marie de Daillon du), marquise puis duchesse de + Roquelaure. Voy. Roquelaure (duchesse de), II, 72. + + Ludres (Marie-Elisabeth de), chanoinesse de Poussay, I, 217; III, + 13, 29. + + Luisa de Guzman, reine de Portugal, II, 296. + + Lully (Jean-Baptiste), II, 352. + + Luxembourg (François-Henri de Montmorency, maréchal de), mort en + 1695, et non en 1655, I, 135, 153, 154, 156; II, 186, 187, 188; + III, 189, 254; IV, 230, 231. + + Luxembourg (Madelaine-Charlotte-Bonne-Thérèse de Clermont + Tonnerre, et non Catherine de Clermont Tallard, femme du maréchal + de), II, 187; III, 254. + + Luxembourg (Charles-François-Frédéric de Montmorency, d'abord + appelé prince de Tingry, puis duc de), fils du maréchal de + Luxembourg, I, 296; IV, 138. + + Luxembourg (Marie-Thérèse d'Albert, fille aînée du duc de + Chevreuse, 1re femme du précédent duc de), IV, 138. + + Luxembourg (Marie Gilonne de Gillier de Clérambault, 2e femme du + précédent duc de), IV, 129, 138. + + Luxembourg (le chevalier de), frère du prince de Tingry, et qui en + prit le nom à la mort de celui-ci. Voy. Tingry (Christian-Louis, + chevalier de Luxembourg, puis prince de), à la mort de son frère. + + Luynes (hôtel de), III, 499. + + Luynes (Charles d'Albert, duc et connétable de), I, 116, 143; II, + 47. + + Luynes (Louis-Charles d'Albert, duc de), de Chevreuse et de + Chaulnes, II, 47. + + Luynes (Anne de Rohan-Montbazon, 2e femme de Louis-Charles + d'Albert, duc de), I, 209. + + Luynes (Charles-Honoré d'Albert, duc de), II, 47. + + Luynes (Jeanne-Marie Colbert, femme de Charles-Honoré d'Albert, + duc de), II, 47, 48, 72; IV, 254, 255. + + Lyonne (Hugues de), ministre, II, 272, 415, 471; III, 47, 210, + 217, 230, 263 et suiv. + + Lyonne (Paule Payen, femme de Hugues de), III, 210 et suiv.; 279 + et suiv. + + Lyonne (Madelaine de), femme de François Annibal d'Estrées, + marquis de Coeuvres, II, 405. + + + Machault (M. de), conseiller à la Cour des Aides, I, 87. + + Maçon, joaillier, III, 414. + + Madaillan de Lesparre (Louis de), marquis de Montataire, comte de + Manicamp. Voy. Lesparre. + + Madame (princesse palatine), I, 112. + + Madame (Henriette d'Angleterre, duchesse d'Orléans, _dite_), I, + 65, 67, 138, 144, 150. + + Mademoiselle de Montpensier. Voy. Montpensier (Mlle de). + + Magdelaine de Ragny (Anne de La), femme de François de Bonne, duc + de Lesdiguières. Voy. Lesdiguières (Anne de La Magdelaine de + Ragny, duchesse de). + + Maignelay (Antoinette de), dame de Cholet, maîtresse de François + II, duc de Bretagne, I, 252. + + Maignelois. Voy. Maignelay. + + Maillé (Urbain de), maréchal de Brézé. V. Brézé (maréchal de). + + Maillé (Claire-Clémence de), princesse de Condé. Voy. Condé + (Claire-Clémence de Maillé, femme de Louis II, princesse de). + + Maine (Louis-Auguste de Bourbon, duc du), fils de Louis XIV et de + Mme de Montespan, II, 378, 471; III, 130, 134, 189, 331, 472. + + Maine (Louise-Bénédictine de Bourbon-Condé, femme de Louis-Auguste + de Bourbon, duc du), III, 198. + + Maintenon (famille d'Angennes de), III, 135. + + Maintenon (Louis d'Angennes de Rochefort de Salvert, marquis de), + baron de Meslay, père de Charles-François, III, 135. + + Maintenon (Marie Leclerc du Tremblay, femme de Louis d'Angennes de + Rochefort-Salvert, marquis de), III, 135. + + Maintenon (Charles-François d'Angennes, marquis de), fils des + précédents, III, 135. + + Maintenon (Françoise d'Aubigné, veuve de Scarron, marquise de), I, + 10, 40, 72, 146, 305, 306, 314; II, 412, 465; III, 61 et suiv., + 157 à 177, 190, 193 et suiv., 466, 470, 474; IV, 120 et suiv., + 210 et suiv., 256, 279, 283. + + Maistre (Joseph de), I, 217. + + Malebranche (le P. Nicolas), III, 47. + + Malherbe (François), I, 115. + + Malicorne (M. de), écuyer du duc de Guise, I, 185, 405. + + Mallet (?.....), I, 316. + + Mancini (Hieronyme Mazarini, femme de Michel Laurent), soeur du + cardinal Mazarin, I, 283 et suiv. + + Mancini (Hortense), duchesse de Mazarin. Voy. Mazarin (Hortense + Mancini, femme de Armand-Charles de la Porte de la Meilleraye, duc + de). + + Mancini (Olympe), femme d'Eugène-Maurice de Savoie, comte de + Soissons. Voy. Soissons (Olympe Mancini, comtesse de). + + Mancini (Laure-Victoire), femme de Louis de Vendôme, duc de + Mercoeur. Voy. Mercoeur (Laure Mancini, duchesse de). + + Mancini (Marianne). Voy. Bouillon (Marie-Anne ou Marianne Mancini, + femme de Godefroy-Maurice, duc de). + + Mancini (Marie), connétable Colonna, I, 31, 217; II, 1 à 25, 31, + 48. Voy. en outre: Colonna (Marie Mancini, connétable). + + Mancini (Alphonse), mort à 14 ans, I, 284, 285. + + Mancini (Philippe de), duc de Nevers et de Donzy. Voy. Nevers (duc + de). + + Manicamp (famille et terre de), I, 151. + + Manicamp (comte de). Voy. Lesparre (Louis de Madaillan de). + + Manicamp (Achille de Longueval, seigneur de), maréchal de camp, + père de Bernard de Manicamp, I, 68; III, 252. + + Manicamp (Bernard de Longueval, marquis de), fils d'Achille de + Manicamp, I, 13, 63 et suiv. _passim_, 79, 80, 81, 82, 124 et + suiv., 137, 277 et suiv., 301; II, 146 et suiv.; III, 253, 348 et + suiv. + + Manicamp (Gabrielle de Longueval, fille d'Achille de), 3e femme du + maréchal d'Estrées, I, 151; II, 146. + + Manicamp (... de Longueval, demoiselle de), religieuse, I, 69. + + Manneville (Louis de), seigneur d'Auzonville, de la maison de + Roncherolles, I, 301; IV, 151. + + Manneville (Catherine de), fille du précédent et de Suzanne de + Séricourt, I, 295, 297 et suiv. + + Mansart (François), architecte, III, 384; IV, 169. + + Mantoue (Ferdinand-Charles de Gonzague IV, duc de), IV, 146. + + Mar (comte de), I, 296. + + Marans (Françoise de Montallais, comtesse de), I, 264. + + Marchand (Anne), 1re femme de Constant d'Aubigné. Voy. Aubigné + (Anne Marchand, femme de Constant d'). + + Marcillac. Voy. Marsillac. + + Maré (Joseph Rouxel, comte de), III, 240. + + Maré (Marie-Louise Rouxel de Grancey, femme de Joseph Rouxel, + comte de), III, 240, 426 et suiv. + + Marginor (?) I, 316. + + Marie, entrepreneur du Pont-Marie, III, 360. + + Marie de Médicis, II, 154. + + Marie d'Angleterre, femme de Guillaume, prince d'Orange. Voy. + Orange (Marie d'Angleterre, femme de Guillaume, prince d'). + + Marie-Thérèse d'Autriche, infante d'Espagne, femme de Louis XIV, + II, 16, 24, 29, 32, 43, 49, 53, 57, 58, 60, 61, 65, 70, 71, 77, + 90, 102, 105, 107, 109, 111, 153, 219, 222, 229, 237, 239, 244, + 265, 268; III, 13, 14, 185; IV, 6, 8, 31, 61, 78, 85, 151, 252, + 258, 263, 264. + + Marillac (Louis, maréchal de), I, 170. + + Marillac (Valence de), baronne d'Attichy. Voy. Attichy (baronne + d'). + + Marsillac (François VI de La Rochefoucauld, prince de), puis, à + partir de 1650, duc de La Rochefoucauld. Voy. La Rochefoucauld. + + Marsillac (François VII de La Rochefoucauld, prince de), II, 457, + 458, 460, 461, 462, 467; IV, 79, 80. Voy. aussi La Rochefoucauld + (François VII de). + + Marion Delorme (Marie de Lou, demoiselle de l'Orme, _dite_), I, + 51. + + Marinier, commis de Colbert, IV, 169. + + Martinozzi (Anne-Marie), qui devint princesse de Conti. Voy. Conti + (Anne-Marie Martinozzi, princesse de). + + Mastas ou Matha (Charles de Bourdeilles, comte de). Voy. Matha. + + Matha ou Mastas (Charles de Bourdeilles, comte de), I, 188; II, + 341, 348. + + Matignon (famille de), I, 147. + + Maubuisson (Catherine-Angélique, abbesse de), fille naturelle + d'Henri d'Orléans, duc de Longueville, I, 184, 185. + + Maulevrier (Charles-Robert de La Marche, comte de), I, 316. + + Mauny (Charlotte Brûlart, marquise et non comtesse de), III, 251. + + Maure (Louis de Rochechouart, fils de Gaspard, frère de Gabriel de + Rochechouart, comte de), I, 170, 199; II, 100. + + Maure (Anne Doni d'Attichy, comtesse de), I, 170, 171, 172; II, + 100, 102, 103; IV, 265, 268, 278. + + Mazarin (le cardinal), I, VIII, 31, 55, 58, 69, 74, 75, 116, 137, + 141, 143, 147, 179, 180, 183 et suiv., 203, 204, 212, 217, 226, + 231, 233, 240, 248, 255, 256, 262, 263, 278, 279 et suiv., 291, + 298, 320; II, 3 et suiv., 29, 31, 32, 147, 154, 187, 200; III, + 478; IV, 245. + + Mazarin (Armand-Charles de la Porte de la Meilleraie, duc de), II, + 69; III, 465. + + Mazarin (Hortense Mancini, duchesse de), femme du précédent, I, + 37, 238, 257, 284 et suiv.; II, 3; IV, 80, 262. + + Meaux du Fouilloux (Bénigne de), marquise d'Alluye. Voy. Alluye + (Benigne de Meaux du Fouilloux, marquise d'). + + Meckelbourg ou Mecklembourg-Schwerin (Christian-Louis, duc de), I, + 157, 158, 264; III, 472. + + Mecklembourg (Isabelle-Angélique de Montmorency-Boutteville, veuve + du duc de Châtillon, puis duchesse de). Voy. Châtillon (duchesse + de). + + Medavy (... de Rouxel de), I, 315. + + Meilhan (Sénac de). Voy. Senac de Meilhan. + + Melun (le comte de), IV, 128. + + Melun (Alexandre-Guillaume de), prince d'Epinay. Voy. Epinay. + + Menage (Gilles), I, 306, 323. + + Menandor, nom patronymique de la maison de Gramont, I, 139. + + Ménardeau, sieur de Champré (Henri). I, 410. Voy. aussi Champré + (Ménardeau, sieur de). + + Meneville (Mlle de). Voy. Manneville. + + Mercoeur (Louis de Vendôme, duc de), I, 54, 68, 151; II, 354; III, + 197. + + Mercoeur (Laure-Victoire Mancini, duchesse de), I, 54, 283 et + suiv.; III, 197. + + Méré (César Brossin, chevalier de), III, 74, 352. + + Mérille (le docteur), précepteur du grand Condé, I, 32, 37. + + Meslay (Louis d'Angennes de Rochefort de Salvert, marquis de + Maintenon, baron de). Voy. Maintenon (Louis d'Angennes de + Rochefort de Salvert, marquis de). + + Mesmes (Marie de la Vallée-Fossez, marquise de), belle-mère du + comte, puis duc de Vivonne, 2e femme du président Henry de Mesmes, + sieur de Roissy, I, 286. + + Mesmes (Antoinette-Louise de), femme de Louis-Victor de + Rochechouart, comte puis duc de Vivonne. Voy. Vivonne (comtesse + de). + + Métézeau (Clément), architecte, III, 499. + + Meunier (le P.), jésuite, IV, 158. + + Mignard (Pierre), peintre, III, 312, 499; IV, 226 et suiv. + + Mignard (la), courtisane, III, 229. + + Miossens, maréchal d'Albret. Voy. Albret (maréchal d'). + + Miossens (François-Amanieu d'Albret, frère du maréchal d'Albret, + comte de), I, 185, 188; III, 73. + + Miossens (Elisabeth de Pons du Bourg, femme de François-Amanieu + d'Albret, comte de), I, 185. + + Miossens, bâtard d'Albret, I, 75. + + Modène (Alphonse d'Este IV, duc de), I, 283 et suiv. + + Modène (Laure Martinozzi, duchesse de), I, 283 et suiv. + + Modène (Marie-Béatrix de), fille du duc et de Mlle Martinozzi, + femme de Jacques II, roi d'Angleterre, I, 283 et suiv. + + Molé de Champlatreux (le président Jean-Louis), I, 231. + + Molé de Champlatreux (Madelaine Garnier, femme de), II, 337. + + Molière (Jean-Baptiste Poquelin), I, 65, 134, 193, 198, 312; III, + 226; IV, 31, 32, 228. + + Molière (Armande-Grésinde-Claire-Elisabeth Béjart, femme de), I, + 65, 134. + + Molina (la señora), II, 62, 63, 68, 167. + + Monaco (Louis Grimaldi, prince de), duc de Valentinois, II, 73. + + Monaco (Catherine-Charlotte de Gramont, duchesse de), I, 134, 136, + 138, 217; II, 78, 365 à 370. + + Monglas. Voy. Montglas. + + Monnerot, partisan, II, 349. + + Monsieur (Philippe de France, _dit_), duc d'Anjou. Voy. Orléans + (Philippe de France, duc d'Anjou, puis duc d'). + + Montaigu (Edme, lord), I, 256 et suiv. + + Montaigu (M. de), fils de mylord Montaigu, I, 256 et suiv. + + Montal (Charles de Montsaunin, comte du ou de), IV, 210, 211, 231. + + Montalais (N... de Bérard, d{lle} de) ou Montalet, II, 54, 151, + 152, 153, 155, 158, 161, 162, 163, 164, 165, 166, 172, 174, 175, + 176. + + Montalembert (Louise de), femme de P. de Cadillac, seigneur de + Lalanne. Voy. Cadillac (Louise de Montalembert, femme de Pierre + de). + + Montandré (Dubosc, s{r} de), I, 271. + + Montataire (Louis de Madaillan de Lesparre, marquis de), comte de + Manicamp, I, 151. + + Montauban (J.-B. Armand de Rohan, prince de), III, 504, 505, 506. + Voy aussi: 1º Guémené; 2º Montbazon; 3º Rohan. + + Montauban (Charlotte Bautru, veuve du marquis de Rannes, femme de + Jean-Baptiste-Armand de Rohan, prince de), III, 504, 507, 508. + + Montausier (Charles de Sainte-Maure, marquis, puis duc de), I, + 413; II, 53, 271, 272, 273, 374, 421; III, 197. + + Montausier (Julie-Lucine d'Angennes de Rambouillet, marquise, puis + duchesse de), I, 136, 413; II, 53, 60, 75 à 79, 83, 84, 379, 381; + IV, 260. + + Montbazon. Voy. aussi: 1º Guémené; 2º Montauban; 3º Rohan. + + Montbazon (Hercule de Rohan, duc de), I, 143, 145, 207 et suiv.; + II, 47; III, 146. + + Montbazon (Madeleine de Lenoncourt, 1re femme de Hercule de + Rohan-Guémené; duc de), I, 207. + + Montbazon (Marie de Bretagne d'Avaugour, 2e femme d'Hercule de + Rohan-Guémené, duc de), I, 78, 188, 207 et suiv., 235, 252; III, + 146. + + Montbazon (Louis VII de Rohan, prince de Guémené, duc de), II, 33, + 34, 41. + + Montbazon (Charles de Rohan, prince de Guémené, duc de), père du + prince de Montauban, fils de Louis VII de Guémené, III, 504, 505. + + Montbazon (Jeanne-Armande de Schomberg, fille du premier maréchal + de ce nom et d'Anne de la Guiche, femme de Charles de Rohan, + prince de Guémené, duc de), I, 209; III, 504, 505. + + Montbazon (Mlle de), fille d'Hercule et de Marie de Lenoncourt, + mariée au duc de Chevreuse. Voy. Chevreuse, et aj.: I, 209, 295. + + Montbazon (Mlle de), fille d'Hercule et de Marie d'Avaugour, I, + 209. + + Montbeliard (George, prince de Wirtemberg, baron de). Voy. + Wirtemberg. + + Montenac (N... de), I, 20. + + Montespan (Henri-Louis de Pardaillan de Gondrin, marquis de), II, + 362, 363, 374; III, 465, 467. + + Montespan (Françoise-Athénaïs de Rochechouart de Mortemart, femme + de Louis-Henri de Pardaillan de Gondrin, marquis de), dite aussi + _Astérie_, _Quanto_, etc., I, 47, 217, 285; II, 36, 74, 100, 161, + 169, 260, 261, 361 à 396, 411, 455 et suiv.; III, 4 et suiv., 20, + 29, 66, 126 et suiv., 158 à 177, 423, 467, 470, 472; IV, 63 et + suiv., 71, 73, 81, 85, 99 à 122, 151, 163, 187, 264, 283 et suiv. + + Monteval (M. de), I, 316. + + Montglas (François de Paule de Clermont, marquis de), I, 328. + + Montglas (Cécile-Elisabeth Hurault de Chiverny, marquise de), I, + VIII, 68, 182, 304, 306, 316, 320. + + Montjeu (marquisat de), I, 148. + + Montjeu ou Montdejeu (Nicolas-Jeannin de Castille, marquis de), I, + 24. Voy. Jeannin de Castille (Nicolas).--_Nota._ A la note de la + p. 24, § 4, effacer la citation de Loret, qui ne parle pas du + marquis de Montjeu dans la lettre citée. + + Montjeu (Anne Dauvet des Marets, femme de Jeannin de Castille, + marquis de), I, 149. + + Montjeu (Mlle de), fille de Jeannin de Castille, marquis de + Montjeu, I, 148. + + Montlouet (famille d'Angennes de), III, 135. + + Montluc (famille de), II, 407. + + Montluc (Henri d'Escoubleau, marquis de), frère du marquis + d'Alluye, I, 301. + + Montluc (Jeanne de), comtesse de Carmain ou Cramail. Voy. Sourdis + (Jeanne de). + + Montmorency (Henri de), père de Mme de Ventadour (femme d'Anne de + Levis-Ventadour) et de la princesse de Condé, femme d'Henri de + Bourbon, père du grand Condé, II, 440. + + Montmorency (Marguerite de), femme d'Anne de Levis, duc de + Ventadour. Voy. Ventadour (Marguerite de Montmorency, duchesse + de). + + Montmorency (Henri II, duc de), I, 115, 305, 315. + + Montmorency-Boutteville (Isabelle-Angélique de), duchesse de + Châtillon, puis de Mecklembourg et non de Wurtemberg, comme il a + été dit vº Chastillon (duchesse de). + + Montmorency (François-Henri de), qui épousa Madelaine-Claire de + Clermont-Luxembourg, III, 491. + + Montmorency (Madelaine-Claire de Clermont-Luxembourg, femme de + François-Henri de), III, 491. + + Montmorency-Laval (Marie-Louise de), femme du duc de Roquelaure. + Voy. Roquelaure (Marie-Louise de Laval-Montmorency, duchesse de). + + Montmorillon (N. de), I, 306. + + Montmoron (Charles de Sévigné, comte de), conseiller au parlement + de Rennes, I, 408. + + Montmort (Anne Habert de), veuve du maréchal de Thémines, femme de + François-Annibal d'Estrées, maréchal de France. Voy. Estrées + (maréchale d'). + + Monmouth (le duc de), I, 41. + + Montpensier (Marie-Louise d'Orléans, duchesse de), I, 4, 5, 52, + 100, 130 et suiv., 160, 215, 221, 238, 290, 295, 328, 329; II, 28, + 102, 103, 168, 197 à 282, 361, 373, 378, 381 à 400, 471 et suiv.; + IV, 286. + + Montrésor (Claude de Bourdeilles, comte de), I, 315, 415. + + Montrevel (Ferdinand de la Baume, comte de), I, 20. + + Montsoreau (Bernard, comte de), I, 212. + + Montsoreau (Marie-Geneviève de Chambes, comtesse de), femme de + Louis-François, marquis de Sourches. Voy. Sourches. + + Montsoreau (Jean du Bouchet, marquis de Sourches, comte de), I, + 212. + + Moreil (M. de), I, 316. + + Moret (Jacqueline de Bueil, comtesse de), femme de René II du + Bec-Crespin, marquis de Vardes. Voy. Vardes (René II du + Bec-Crespin, marquis de). + + Moret (Antoine de Bourbon, comte de), fils naturel de Jacqueline + de Bueil et de Henri IV, I, 146, 270; II, 61. + + Mornay (famille de), branche d'Ambleville et Villarceaux, I, 151. + + Mornay (Louis de), marquis de Villarceaux. Voy. Villarceaux. + + Mornay-Villarceaux (Charlotte de), 2e femme du maréchal de + Grancey. Voy. Grancey (Charlotte de Mornay, 2e femme du maréchal + de). + + Mortecelle (la présidente de), I, 254. + + Mortemart (Gabriel de Rochechouart, duc de), I, 170; II, 74, 362. + + Mortemart (Diane de Grandseigne, femme de Gabriel de Rochechouart, + marquis de), II, 362. + + Mortemart (Françoise-Athénaïs de Rochechouart, Mlle de). Voy. + Montespan (marquise de). + + Morus (le pasteur Alexandre), II, 30. + + Motteville (Françoise Bertaut, femme du président de), I, 263. + + Mouy ou Movy (Mme de), I, 78, 207. + + Mouchette, chevau-léger, I, 214. + + Mouchy (Catherine de), soeur du maréchal d'Hocquincourt, 1re femme + du maréchal de Grancey. Voy. Grancey (Catherine de Mouchy, 1re + femme du maréchal de). + + Moyset, neveu du partisan Catelan, I, 89. + + Munster (Christophe-Bernard van Galen, prince-évêque de), I, 77. + + + Nangis (François de Brichanteau, marquis de), I, 406. + + Nangis (Marie de Bailleul, marquise de), puis marquise d'Uxelles. + Voy. Uxelles (marquise d'). + + Nantes (Mlle de), femme du duc de Bourbon. Voy. Bourbon (duchesse + de), et ajoutez: IV, 138. + + Napoléon Ier, I, 305. + + Nardy (l'abbé), II, 348. + + Nassau (Guillaume-Henri de), prince d'Orange. Voy. Orange + (Guillaume-Henri de Nassau, prince d'). + + Navailles (Philippe de Montault-Bénac, marquis, puis, en 1658, duc + de), I, 62, 226; II, 59, 63, 168; IV, 266. + + Navailles (Suzanne de Beaudean de Neuillant, duchesse de), I, 226, + 292, 403; II, 59, 168; III, 117. + + Navailles (Diane de), 2e femme de René de Cordouan, marquis de + Langeais, II, 436, 437. + + Navarret (la Petit, femme de), I, 89. + + Nelguin (Mme), I, 238. + + Nemours (Henri II de Savoie, duc de), I, 56, 75, 160 et suiv., 166 + et suiv., 172, 175, 181, 188, 192 et suiv., 202 et suiv., 210 et + suiv., 216, 416. + + Nemours (Mlle d'Aumale et non Mlle de), III, 126. + + Nemours (Marie d'Orléans-Longueville, duchesse de), I, 160, 168. + + Nerestang (Achille, marquis de), III, 352. + + Neubourg (Philippe-Guillaume de Bavière, duc de), II, 201. + + Neubourg (Anne de), femme de François Poussart, marquis du Vigean. + Voy. Vigean (du). + + Neuillant (Françoise Tiraqueau, comtesse de), III, 72, 117. + + Neuillant (Suzanne de Beaudean, Mlle de), duchesse de Navailles, + Voy. Navailles. + + Nevelet (Marie), femme de Jean II du Bouchet, marquis de Sourches, + I, 212. + + Nevers (Charles de Gonzague-Clèves, duc de). Voy. Gonzague-Clèves + (Charles de), duc de Nevers. + + Nevers (Philippe de Mancini, duc de), I, 277 et suiv. + + Nevers (Diane-Gabrielle de Damas de Thianges, femme de Philippe de + Mancini, duc de), I, 283 et suiv. + + Nicolaï (Antoine de), président de la cour des comptes, I, 270. + + Nicolaï (Marie Amelot, femme du président Antoine de), I, 270. + + Ninon de Lenclos, I, 16, 40, 47, 62, 75, 155, 200, 271, 295, 312 + et suiv. + + Noailles (Anne, comte, puis premier duc de), II, 465; III, 58. + + Noailles (Louise Boyer, femme d'Anne, duc de), I, 295; II, 465. + + Noailles (Anne-Jules, comte d'Ayen, puis duc de), fils aîné des + précédents, II, 465. + + Noailles (Marguerite-Thérèse de Rouillé, veuve du marquis + Jean-François de), 3e femme du duc de Richelieu, I, 72. + + Noailles (Louis-Antoine, cardinal de), IV, 184. + + Nogent (Nicolas Bautru, comte de), III, 392, 504. + + Nogent (Marie Coulon, femme de Nicolas Bautru, comte de), III, + 504. Voy. Bautru. + + Nogent (Armand de Bautru, comte de), beau-frère de Lauzun, II, + 412; III, 322. + + Nogent (Diane-Charlotte de Caumont, soeur de Lauzun, femme + d'Armand de Bautru, comte de), II, 222, 248, 320, 381, 388; III, + 322, 392. + + Nointel (Louis de Bechameil, marquis de). Voy. Bechameil (Louis + de). + + Noirmoutier (Louis II de la Trémouille, marquis, puis duc de), I, + 144; III, 334. + + Noirmoutier, (Renée-Julie Aubery, femme de Louis II de La + Trémouille, marquis de), III, 334, 336. + + Northumberland (Anne Wriothesley, comtesse de), I, 257. + + Nouveau (Catherine de Gérard, femme de Jérôme de), I, 24. + + Novion (Nicolas Pothier, sieur de), premier président au + parlement, I, 25, 148. + + + Ogier (François), I, 207. + + Oignon (le comte d'). Voy. Foucault (le maréchal), comte du + Dognon. + + Ollier (Louise), femme du président Ardier. Voy. Ardier. + + Olonne (Louis de la Trémouille, comte d'), I, 6, 38, 78, 274; II, + 350, 353; III, 296 et suiv. + + Olonne (Catherine-Henriette d'Angennes de La Loupe, comtesse d'), + I, 4, 5, 69 et suiv., 146, 149, 232, 233, 243, 265 et suiv., 414; + II, 169, 403; III, 280 et suiv., 393 et suiv., 472. + + Olympe (Mme), III, 97. Voir p. 76: «une dame d'un château voisin.» + + Oradour (Georges de Bermondet, baron d'), II, 337. + + Oradour (Françoise Garnier, femme de M. d'), II, 337. + + Oraison (marquis d'), III, 409. + + Oraison (Madeleine d'), femme de Jacques-Louis, duc de Caderousse. + Voy. Caderousse. + + Orange (Guillaume de Nassau, prince d'), père de Guillaume-Henri, + IV, 231. + + Orange (Guillaume-Henri de Nassau, prince d'), IV, 144, 155, 157, + 231. + + Orgères (Madelaine Garnier, veuve d'), II, 337. + + Orléans (Gaston de France, duc d'), I, 12, 54, 75, 180, 185, 186, + 193, 208, 263, 290, 300, 303, 329, 404. + + Orléans (Marguerite de Lorraine, femme de Gaston d'), I, 290. + + Orléans (Mlle d'), duchesse de Lorraine. Voy. Lorraine (Mlle + d'Orléans, duchesse de). + + Orléans (Philippe de France, duc d'Anjou, puis duc d'), dit + _Monsieur_, I, 63, 64, 65, 111, 112 et suiv., 227, 264, 289, 297; + II, 42, 61, 99, 102, 147 et suiv., 201, 219, 236, 248, 262, 265, + 268, 363, 364, 370, 386 391; III, 9, 239, 240, 253, 309, 432, 474; + IV, 205, 231, 253, 274, 280, 288. + + Orléans (Henriette d'Angleterre, 1re femme de Philippe, duc d'), + _dite_ Madame, I, 65, 67, 138, 144, 150, 217, 263, 271, 297; II, + 28, 36, 40, 41, 42, 43, 57, 61 et suiv., 78 et suiv., 92 et suiv., + 99 et suiv., 145 et suiv., 219, 261, 391, 455; III, 13, 432; IV, + 251, 253, 262 et suiv., 276. + + Orléans (Elisabeth-Charlotte de Bavière, comtesse palatine du + Rhin, 2e femme de Philippe d'Orléans), _dite_ Madame, I, 296; III, + 13, 14, 16, 54.--N. B. A la p. 54, t. III, lire ce nom, au lieu + de Marie-Anne-Christine-Victoire de Bavière; IV, 216, 274, 288. + + Orléans (Marie-Louise d'), reine d'Espagne, III, 432, 433. + + Orléans (Philippe d'), régent de France, IV, 227, 274. + + Orval (François de Béthune, comte d'), I, 315. + + Osereux (Nicolas Viole, seigneur d'). Voy. Viole (Nicolas). + + Outrelaise (Mlle Magdeleine d'), [parente de Fiesque], I, 300. + + + Paget (Jacques), maître des requêtes, I, 16, 17, 18, 19, 21, 28, + 274; II, 349. + + Paget (Anne Gelée, femme de Jacques), I, 16. + + Palatin (Edouard de Bavière, prince). Voy. Bavière (Edouard de), + prince palatin. + + Palatine (Anne de Gonzague-Clèves, princesse). Voy. Bavière (Anne + de Gonzague, femme d'Edouard de), princesse palatine. Ajoutez: IV, + 254, 255. + + Palatine (princesse), _dite_ Madame. Voy. Orléans + (Charlotte-Elisabeth de Bavière, 2e femme de Philippe, duc d'). + + Palluau, maréchal de Clérambault. Voy. Clérambault (maréchal de). + + Pamphilio (Gerolamo), III, 48. + + Pardaillan de Gondrin (Roger-Hector de), père de Henri-Louis de + Pardaillan de Gondrin, marquis de Montespan, II, 362. + + Pardaillan de Gondrin (Marie-Christine Zamet, femme de + Roger-Hector de), II, 362. + + Pardaillan de Gondrin (Henri-Louis de), marquis de Montespan. Voy. + Montespan (marquis de). + + Pardaillan de Gondrin, (Louis-Antoine de), duc d'Antin, fils de + Henri-Louis de Pardaillan de Gondrin, marquis de Montespan. Voy. + Antin (duc d'). + + Parthenay (Charlotte de), dame de Genouillé, femme de Jean-Jacques + de Pons, marquis de La Caze, I, 185. + + Pascal, père de Blaise, I, 89. + + Pascal (Blaise), I, 95; IV, 88. + + Pegelin, et Pegevin, pour Puiguilhem. Voy. Lauzun. + + Peguilhem. Voy. Lauzun. + + Peguilin. Voy. Lauzun. + + Perrault (Charles), IV, 129. + + Perrier (François), peintre, III, 312. + + Perrot (Marthe), 1re femme de Claude Cornuel, I, 87. + + Persan (Henri de Vaudetar, baron de), I, 295. + + Petersfield (Mlle de Keroualles, baronne de). Voy. Keroualles + (Mlle de). + + Petit (Claude) ou Le Petit, Voy. Le Petit (Claude). + + Petit (la), belle-soeur du partisan Catelan, femme de Navarret, I, + 89. + + Phelippeaux (Louis), de Pontchartrain, père de Louis II; mari de + Suzanne Talon, IV, 156. + + Phelippeaux de Pontchartrain (Suzanne Talon, femme de Louis I de), + IV, 156. + + Phelippeaux (Anne), femme de Léon Le Bouthillier de Chavigny. Voy. + Chavigny (Anne Phelippeaux, femme de Léon de). + + Phelippeaux (Isabeau), femme du marquis d'Humières, mère du + maréchal duc d'Humières. Voy. Humières (Isabeau Phelippeaux, + marquise d'). + + Phelippeaux de la Vrillière (Marie), femme de Jean-Claude de + Rochechouart. Voy. Rochechouart (Marie Phelippeaux, femme de + Jean-Claude de), II, 100. + + Philippe III, roi d'Espagne, IV, 257. + + Philippe IV, roi d'Espagne, I, 62; IV, 246, 247. + + Pianezza (Charles de Simiane, marquis de), IV, 146. + + Piennes (Louis de Brouilly, marquis de), I, 52; II, 72. + + Piennes (marquise de). Voy. Fiesque (comtesse de). + + Pilou (Anne Baudesson, femme de Jean), I, 20. + + Pimentel (Antonio), ambassadeur d'Espagne, II, 29. + + Pisieux (Mme de). Voy. Puysieux. + + Plas (Aimée-Eléonore de), femme de Rigaud de Scorailles, comte de + Roussille, II, 459. + + Plessis (Louise de Bellenave, comtesse du), marquise de + Clérambault. Voy. Clérambault (marquise de). + + Plessis-Bellière (Jacques de Rougé, sieur du), III, 496. + + Plessis-Bellière (Suzanne de Bruc, femme de Jacques de Rougé, + sieur du), II, 356; III, 496. + + Plessis-Chivray (Henri du), I, 245. + + Plessis-Chivray (Françoise-Marguerite du), femme du maréchal de + Grammont, II, 35. + + Plessis-Guénégaud (Henri du), III, 371. + + Plessis-Guénégaud (Isabelle de Choiseul-Praslin, femme d'Henri + du), III, 371. + + Plessis-Guénégaud (Claire-Bénédictine du), femme du duc de + Caderousse. Voy. Caderousse (Claire-Bénédictine du + Plessis-Guénégaud, femme du duc de). + + Plessis-Liancourt (du). Voy. La Roche-Guyon (duc de). + + Plessis (du), valet de chambre du duc d'Aumont, III, 487. + + Polignac (Anne de), maréchale de Châtillon, I, 176. + + Polignac (Jacqueline du Roure, 3e femme de Louis-Armand de), mère + du suivant, III, 503, 504. + + Polignac (Sidoine-Apollinaire-Gaspard-Scipion, marquis de), III, + 503, 504, 507, 508. + + Polignac (Marie-Armande de Rambures, femme du précédent marquis + de), III, 495 et suiv., 508, 509. + + Polignac (Antoinette de), fille de Louis-Armand de Polignac et de + sa première femme, Suzanne des Serpens de Gondras, III, 503. + + Pommereuil (François de), présid{t} au Grand-Conseil, I, 328, 406. + + Pommereuil (Denise de Bordeaux, femme du président de), I, 306, + 406. + + Pommereuil (Hippolyte, fils du président de), I, 328. + + Pomponne (Simon Arnauld, marquis de). Voy. Arnauld (Simon), + marquis de Pomponne, et ajoutez: IV, 156, 179. + + Pons (Jean-Jacques de), marquis de La Caze, I, 185. + + Pons (Judith de), fille de Jean-Jacques, marquis de La Caze, et de + Charlotte de Parthenay, I, 185. + + Pons (marquis de), II, 380. + + Pons du Bourg (Elisabeth de), femme de François-Amanieu d'Albret, + comte de Miossens. Voy. Miossens. + + Pons (Anne Poussart du Vigean, veuve de François-Amanieu d'Albret, + sire de), remariée au duc de Richelieu, I, 71, 72, 295, 403, 405, + 406. + + Pons (Bonne Poussart du Vigean de), femme de Sublet d'Heudicourt, + soeur cadette d'Anne de Pons, duchesse de Richelieu. Voy. + Heudicourt. + + Pons (Mlle de) [aimée du duc de Guise], II, 93, 107. + + Pons (Armand de Bouthillier de Chavigny, seigneur de). Voy. + Chavigny (Armand de Bouthillier de). + + Pontcarré (Pierre Camus de). Voy. Camus de Pontcarré (Pierre). + + Pontchartrain (Louis Phelippeaux de), ministre, en 1695, IV, 156, + 167 et suiv., 196. + + Pont-de-Courlay (René de Vignerot, sieur du), I, 71. + + Pont-de-Courlay (Françoise du Plessis de Richelieu, femme de René + de Vignerot, sieur du), I, 71. + + Porstmouth (Mlle de Keroualles, duchesse de). Voy. Keroualles (M. + de). + + Pot (Claude), seigneur de Rhodes, II, 74. + + Pot (Anne-Louise-Henriette de La Châtre, femme de Claude), II, 74. + + Potemkin (Pierre), I, 137, 138. + + Potier (Bernard-François), duc de Gesvres. Voy. Gesvres + (Bernard-François Potier, duc de). + + Pradel (Abraham du), I, 321. + + Précy (Mme de), I, 319, 326 et suiv, 404. + + Princesse (madame la). Voy. Condé (princesse de). + + Prud'homme, barbier-étuviste, III, 225, 226. + + Puisieux, Voy. Puysieux. + + Pulner (Roger), comte de Castle-Maine. Voy. Castle-Maine. + + Pussort (Henri), conseiller d'Etat, IV, 156. + + Puygarreau (René Gillier de), sieur de Clérembault. Voy. + Clérembault (René Gillier de Puygarreau, sieur de). + + Puylaurens (Antoine de Laage, marquis, puis duc de), III, 253. + + Puysieux (Pierre Brûlart, marquis de Sillery, vicomte de), I, 43, + 220. + + Puysieux (Charlotte d'Etampes de Valençay, femme de Pierre + Brûlart, vicomte de), I, 220, 221, 223 et suiv., 258, 407; II, + 197. + + + _Quanto_, surnom de Mme de Montespan. Voy. Montespan (Mme de). + + Quentine, femme de chambre de Mme d'Olonne, I, 17, 124, 127. + + Quervalle (Mlle de). Voy. Keroualles (Mlle de). + + Quillet (l'abbé Claude), I, 183. + + Quinault (Philippe), III, 226. + + Quintin (Suzanne de Montgommery, comtesse de), II, 420. + + + Rabutin, page de la princesse de Condé, I, 240. + + Rabutin (Louise de). Voy. Alets (comtesse d'). + + Rabutin (Roger de), comte de Bussy. Voy. Bussy (Roger de Rabutin, + comte de). + + Racan (Honoré de Bueil, marquis de), I, 8. + + Racine (Jean), I, 298. + + Ragny (Anne de La Magdelaine de), duchesse de Lesdiguières. Voy. + Lesdiguières (Anne de la Magdelaine de Ragny, 2e femme de François + de Bonne de Créqui, duc de). + + Ragny (Charles-Nicolas de Bonne de Lesdiguières, marquis de), III, + 238. + + Raguenet (l'abbé François), I, 187. + + Rambouillet (hôtel de), I, 40, 136, 144, 320; III, 499. + + Rambouillet (famille d'Angennes de), III, 135. + + Rambouillet (Charles d'Angennes, marquis de), I, 244. + + Rambouillet (Catherine de Vivonne-Pisani, femme de Charles + d'Angennes, marquis de), III, 121. + + Rambouillet (Julie-Lucine d'Angennes de), marquise de Montausier. + Voy. Montausier (marquise de). + + Rambouillet (Angélique-Claire d'Angennes, Mlle de), depuis + comtesse de Grignan, I, 328. + + Rambures (René, marquis de), III, 392. + + Rambures (Marie Bautru, femme de René, marquis de), belle-mère du + duc de Caderousse, II, 417; III, 392 et suiv., _passim_. + + Rambures (Marie-Renée de), 2e femme du duc de Caderousse. Voy. + Caderousse (Marie-Renée de Rambures, 2e femme du duc de). + + Rambures (Mlle de), Mme de Polignac. Voy. Polignac (Marie-Armande + de Rambures, femme de Sidoine-Apollinaire-Gaspard-Scipion de). + + Ramsay (François de), I, 187. + + Rancé (Armand Jean de Bouthillier, abbé de), I, 209. + + Rannes (Nicolas d'Angennes, marquis de), III, 504, 505. + + Rannes (Charlotte Bautru, femme de Nicolas d'Angennes, marquis + de), puis princesse de Montauban. Voy. Montauban (Charlotte + Bautru, duchesse de). + + Rassan (Anne-Elisabeth de), marquise de Castellane, puis marquise + de Ganges. Voy. Ganges (marquise de). + + Rassé (le sieur de), un des huissiers de Louis XIV, IV, 27. + + Ravelot (Henriette-Catherine de Gramont, femme d'Alexandre de + Canonville, marquis de Raffetot et non), I, 136. + + Relabbé (M. de), II, 352. + + Renard (le jardin de), aux Tuileries, I, 76, 154; II, 4, 5. + + Renaudot (Théophraste), II, 134. + + Resnel (Clermont de). Voy. Clermont (maison de). + + Retz (Paul de Gondi, coadjuteur de Paris, cardinal de), I, 144, + 145, 166, 182, 193 et suiv., 226, 231, 306, 320, 406, 413; II, + 404; III, 215. + + Rezay (Pierre Bénard, seigneur de), conseiller au parlement, II, + 28. + + Richelieu (Armand du Plessis, cardinal de), I, 58, 83, 88, 136, + 144, 293; II, 50, 51, 341, 380; IV, 212. + + Richelieu (Françoise du Plessis), soeur du cardinal, femme de René + de Vignerot, sieur du Pont-de-Courlay. Voy. Pont-de-Courlay. + + Richelieu (J.-B. Amador de Vignerot du Plessis, marquis de), I, + 71, 290, 291; II, 50. + + Richelieu (Jeanne-Baptiste de Beauvais, marquise de), II, 51. + + Richelieu (Armand-Jean de Vignerod du Plessis, duc de), I, 58; II, + 380, 381. + + Richelieu (Anne de Pons, fille de François Poussart, sieur de Fors + ou Faure, marquis du Vigean, veuve de François Amanieu d'Albret, + sire de Pons, marquis de Marennes, puis femme d'Armand du Plessis, + duc de), I, 71, 155, 158, 184, 185, 200; II, 51, 380. + + Richelieu (Anne-Marguerite d'Acigné, 2e femme du duc de), I, 72. + + Richelieu (Marguerite-Thérèse de Rouillé, veuve du marquis de + Noailles, 3e femme du duc de), I, 72. + + Richmont (François-Marie Stuart, duc de), I, 225, 238. + + Richou (l'abbé), I, 328. + + Richou ou Richoux, I, 182. + + Ricousse ou Ricoux, mari de Mlle Bordeaux, I, 182, 201, 205, 241 + et suiv. + + Ricoux (N... Bordeaux, femme de). Voy. Bordeaux ou Bourdeaux (Mlle + de), femme de Ricoux. + + Rigaud (Hyacinthe), III, 312. + + Rigny (Basile Fouquet, abbé de). Voy. Fouquet (Basile). + + Riom (M. de), neveu de Lauzun, I, 133. + + Roannez (duché de), II, 400, 401. + + Roannez (duc de). Voy. La Feuillade et Gouffier (Artus). + + Robert (Louis), président en la Cour des comptes, III, 467. + + Robinet (Charles), _dit_ du Laurens, I, 227. + + Rochechouart (Jean-Claude de), II, 100. + + Rochechouart (René de), père de Gaspard de Rochechouart, II, 100. + + Rochechouart (Gaspard de), père de Gabriel de Rochechouart, II, + 100. + + Rochechouart (Gabriel de), père de Mme de Montespan, II, 100. + + Rochechouart (Françoise-Athénaïs de), femme de Henri-Louis de + Pardaillan de Gondrin, marquis de Montespan. Voy. Montespan + (marquise de). + + Rochechouart (Marie-Madeleine-Gabrielle de), abbesse de + Fontevrault, III, 10. + + Rochefort de Salvert (famille d'Angennes de), III, 135. + + Rochefort de Salvert (Louis d'Angennes de), marquis de Maintenon. + Voy. Maintenon (Louis d'Angennes de Rochefort de Salvert, marquis + de). + + Rochefort (Henri-Louis d'Aloigny, marquis de), III, 363. + + Rohan. Voy. aussi: 1º Guemené, 2º Montauban, 3º Montbazon. + + Rohan (Marguerite de Béthune-Sully, femme du duc Henri II de) I, + 75, 252. + + Rohan (Henri Chabot, seigneur de Saint-Aulaye et de Montlieu, mari + de Marguerite, duchesse de Rohan, et, par suite, duc de + Rohan-Chabot), I, 49; II, 47; III, 146. + + Rohan (Marguerite, duchesse de), femme de Henri Chabot, II, 47; + III, 146. + + Rohan-Guemené (Hercule de), duc de Montbazon. Voy. Montbazon (duc + de). + + Rohan (Marie de), femme de Charles d'Albert de Luynes, puis + duchesse de Chevreuse. Voy. Chevreuse (duchesse de). + + Rohan-Chabot (Louis, duc de), fils de Henri Chabot et de + Marguerite de Rohan, I, 270. + + Rohan-Chabot (Marie-Elisabeth du Bec-Crespin, fille du marquis de + Vardes, duchesse de), I, 270. + + Rohan (Tancrède de), I, 31, 147; II, 47. + + Rohan (Louis, chevalier de), grand veneur de France, fils de Louis + VII de Rohan-Guemené, duc de Montbazon, I, 209; II, 41, 464; III, + 506. + + Rohan (Renée-Marie de Longueil, femme de Louis, chevalier de + Rohan, dit monsieur de). Voy. Longueil (Renée-Marie de). + + Rohan-Montauban. Voy. Montauban. + + Roquelaure (Antoine, baron de), maréchal de France, I, 163. + + Roquelaure (Gaston-Jean-Baptiste, marquis de Biran, duc à brevet + de), fils du Maréchal, I, 68, 163, 164, 165, 179, 289, 407; II, + 71, 88, 100, 106, 107, 425, 426, 431, 447, 448 et suiv.; III, 238, + 363 et suiv. + + Roquelaure (Marie-Louise de Laval, duchesse de), femme de + Gaston-Jean-Baptiste-Antoine, marquis de Biran, puis duc de + Roquelaure, I, 165, 217; II, 426, 448; III, 451, 461; IV, 138. + + Roquelaure (Antoine, chevalier de), I, 153, 163, 164. + + Roquelaure (Gaston-Jean-Baptiste-Antoine, marquis de Biran, puis + duc de), fils de Gaston Jean-Baptiste, I, 165, 166; II, 425; III, + 353 et suiv.; IV, 138, 262. Voy. Biran. + + Roquelaure (Charlotte-Marie de Daillon du Lude, marquise, puis + duchesse de), I, 111, 112, 165, 321; II, 72, 448; III, 420. + + Roquelaure (M. de la Tour-). Voy. La Tour-Roquelaure. + + Roquette (l'abbé Gabriel de), plus tard évêque d'Autun, I, 12. + + Rosmadec (Sébastien de), II, 469. + + Rosmadec (Catherine-Gasparde de Scorailles, femme de Sébastien + de), II, 469. + + Rosny (Marie-Antoinette Servien, marquise de), I, 254. + + Rotondis (M. de), II, 154. + + Rou (Jean), II, 437; III, 227. + + Rougé (Catherine de), femme du maréchal de Créqui. Voy. Créqui + (Catherine de Rougé, maréchale de). + + Rouillé (Marguerite-Thérèse de), veuve du marquis de Noailles, 3e + femme du duc de Richelieu. Voy. Richelieu (Marguerite-Thérèse de + Rouillé, duchesse de). Voy. aussi II, 429, Rouillé (Marguerite, + femme de Nicolas L'Avocat). + + Roucy ou Roussy (François de Roye de La Rochefoucauld, comte de), + III, 366 et suiv., 426 et suiv., 461, 476. + + Roure (Louis-Scipion III de Grimoard de Beauvoir, comte du), + marquis de Grisac, etc., III, 186, 187. + + Roure (Marie-Anne-Louise de Caumont La Force, femme de Louis + Scipion, marquis du), III, 185 à 204. + + Roussille (Rigaud de Scorailles, comte de), père de Mlle de + Fontanges, II, 459. + + Roussille (Aimée-Eléonore de Plas, femme de Jean Rigaud de + Scorailles, comte de), II, 459. + + Roussillon (Nicolas de Changi, comte de), I, 315. + + Rouville (François, comte et non marquis de), I, 51, 91, 208, 315, + 316. + + Rouxel (Guillaume), père du comte de Maré et du maréchal de + Grancey, III, 240. + + Rouxel de Grancey. Voy. Grancey (Rouxel de). + + Rouxel de Maré. Voy. Maré (Rouxel de). + + Royan (François de la Tremouille, marquis de), plus tard comte + d'Olonne, I, 274; III, 334, [frère de Louis, comte d'Olonne]. Voy. + ce nom. + + Royan (César-Joseph de la Trémouille, chevalier de), frère de + Louis, comte d'Olonne, III, 334, 335. + + Royan (Yolande-Julie de La Tremouille, femme de François de La + Tremouille, marquis de), III, 334, 335, 336. + + Russell (... Wriothesley, lady), I, 257. + + + Saint-Aignan, I, XIII; II, 8, 9, 10, 17, 19, 24, 28, 40, 42, 43, + 45, 51 et suiv., 83, 84, 111; III, 14, 15, 18, 20, 21, 30, 41; IV, + 26, 252, 254, 259, 265. + + Saint-Chamans (famille de Lignerac-), II, 420. + + Saint-Charles (le P. Alexandre de), III, 158. + + Saint-Chaumont (Henry Mitte de Miolans, marquis de), I, 135. + + Saint-Chaumont (Suzanne-Charlotte de Gramont, femme de Henry Mitte + de Miolans, marquis de), fille d'Antoine II, comte de Gramont, I, + 135, 263, 295. + + Sainte-Maure (Charles de), marquis de Montausier. Voy. Montausier + (marquis de). + + Sainte-Maure (Claude de), seigneur du Fougeray, III, 197. + + Sainte-Maure (Honoré, comte de), III, 197. + + Saint-Evremont (Charles-Marguerite de Saint-Denys de), I, 6, 37, + 225; II, 73. + + Saint-Faron (Pierre de Bullion, abbé de), I, 306. + + Saint-Gelais (Marie-Madelaine de), fille du marquis de Lansac, + femme du marquis de Vassé. Voy. Vassé (marquise de). + + Saint-Georges (Clermont de), Voy. Clermont (maison de). + + Saint-Géran (Jean-François de La Guiche, seigneur de), II, 55. + + Saint-Germain-Beaupré (Henri Foucault, marquis de), I, 300. + + Saint-Germain-Beaupré (Agnès de Bailleul, marquise de), I, 300, + 412. + + Saint-Hermine (... de Villette, mariée à M. de), III, 69, 119. + + Saint-Hilaire (Mlle de), actrice, II, 159. + + Saint-Just (Savary, sieur de). Voy. Savary, sieur de Saint-Just. + + Saint-Lary (maison de), III, 465. + + Saint-Loup (Le Page, financier, sieur de), I, 405. + + Saint-Loup (Mlle de La Roche-Pozay, femme de Le Page, sieur de), + I, 11, 147, 300, 405. + + Saint-Maigrin. Voy. Saint-Mesgrin. + + Saint-Mars (M. de), gouverneur de la citadelle de Pignerolles. II, + 398. + + Saint-Mesgrin (Jacques de Stuart de Caussade, marquis de), I, 240. + + Saint-Mesgrin (Marie de Stuart de Caussade, Mlle de), I, 75, 403, + 404. + + Saint-Paul (Charles-Paris d'Orléans-Longueville, comte de), IV, + 267. Voy. Longueville (Charles-Paris, d'abord comte de Saint-Paul, + puis duc de). + + Saint-Remy (Françoise Le Prévost, veuve de Laurent de La Baume Le + Blanc, seigneur de La Valière). Voy. Le Prévost (Françoise), femme + du sieur de La Valière. + + Saint-Sacrement (Anne du). Voy. Viole (Anne). + + Saint-Simon (Claude, duc de), I, 271, 315; IV, 203. + + Saint-Simon (Louise de Crussol, veuve d'Antoine de Budos, marquis + de Portes, femme de Charles, marquis de), belle-soeur et + belle-mère du duc Claude de Saint-Simon, I, 254. + + Saint-Simon, M{is} de Courtaumer (Claude-Antoine de), III, 202. + + Saint-Simon-Courtaumer (Marie de), séparée du marquis de Langeais, + femme de Jacques Nompar de Caumont, duc de La Force. Voy. Langeais + et La Force (Marie de Saint-Simon Courtaumer, séparée du marquis + de Langeais, femme de Jacques Nompar de Caumont, duc de). + + Saint-Simon (Gabrielle de Durfort de Lorge, femme du duc de), IV, + 203. + + Sainte-Maure (le comte de), IV, 229. + + Saint-Villiers (Barbe de), femme de Roger Pulner, comte de + Castlemaine, puis comtesse de Southampton et duchesse de + Cleveland, I, 238. + + Sablé (Madeleine de Souvré, marquise de), I, 171; II, 102; IV, + 130. + + Sablé (Louis-François Servien, fils d'Abel, marquis de), III, 230 + et suiv. + + Sacrement (Anne du Saint-). Voy. Viole (Anne). + + Salins (N..., femme de Garnier de), belle-soeur de Suzanne + Garnier, comtesse de Brancas, I, 232. + + Sallé (Jacques), maître des Comptes, III, 446. + + Sallé (Jeanne Le Meusnier, femme de Jacques), III, 446, 447. + + Salm (Charles-Théodore-Othon, prince de), II, 48. + + Sarrazin ou Sarrasin (Jean-François), I, 139. + + Saucourt (marquis de). Voy. Soyecourt (marquis de). + + Sault (François-Emmanuel de Bonne de Créqui, duc de Lesdiguières, + et d'abord comte de). Voy. Lesdiguières (François-Emmanuel de + Bonne de Créqui, duc de). + + Sault (Paule-Marguerite-Françoise de Gondi de Retz, femme de + François-Emmanuel de Bonne de Créqui, comte de, puis duc de + Lesdiguières).--Voy. Lesdiguières (Paule-Marguerite-Françoise de + Gondi de Retz, femme de François-Emmanuel de Bonne de Créqui, + d'abord c{te} de Sault, puis duc de). + + Sautour (Charlotte, fille de madame de Cézy, de la maison de + Harlay, mariée à François des Essarts, sieur de), I, 91. + + Savary (Pierre-Philémond), sieur de Saint-Just et de + Boutervilliers, grand-maître des eaux et forêts de Normandie, IV, + 128. + + Savary, sieur de Saint-Just (Angélique Le Cordier du Tronc, femme + de), IV, 128. et suiv. Voy. Tron (Angélique Le Cordier du). + + Savignac (Sylvestre de Crugy, comte de Marcillac, devenu s{r} de + Savignac par son mariage avec Marie-Anne de Benevant, dame de), I, + 315. + + Savoie (Christine de France, duchesse de). Voy. Christine de + France, duchesse de Savoie. + + Savoie (Charles-Amédée de), frère de Henri II de Savoie, duc de + Nemours, I, 168; II, 201. + + Savoie (la princesse Marguerite de), II, 29. + + Savoie (le prince Eugène de). Voy. Eugène (le prince), IV, 145, + 146. + + Savoie (Adélaïde-Henriette de), femme de Ferdinand-Marie, duc de + Bavière. Voy. Bavière (Adélaïde-Henriette de Savoie, femme de + Ferdinand-Marie, duc de), IV, 274. + + Savoie (Victor-Amédée-François II, duc de), IV, 145, 146. + + Scarron de Vaures (Catherine), femme d'Antoine, maréchal duc + d'Aumont, II, 439. + + Scarron (Paul), le poète, I, 58; III, 73, 117, 118 et suiv., 169, + 171 et suiv. + + Scarron (Françoise d'Aubigné, femme de). Voy. Maintenon (Mme de). + + Scarron (Céleste), soeur du poète, III, 121. + + Scarron (N...), femme non avouée du duc de Tresmes, III, 119. + + Schomberg (Henri, comte de Nanteuil, 1er maréchal de), I, 209. + + Schomberg (Anne de La Guiche, femme du 1er maréchal de), I, 209. + + Schomberg (Jeanne-Armande de), fille du 1er maréchal de ce nom et + d'Anne de La Guiche, femme de Charles de Rohan, prince de Guéméné, + duc de Montbazon, fils du duc de Montbazon et de Marie de + Lenoncourt. Voyez Montbazon (Jeanne-Armande de Schomberg, femme de + Charles de Rohan, prince de Guéméné, duc de). + + Schomberg (Jeanne de), ép. séparée de François de Cossé, comte de + Brissac, remariée à Roger du Plessis-Liancourt, duc de La + Roche-Guyon, marquis de Liancourt et de Guercheville, I, 141. + + Schomberg (Charles, duc d'Hallewin, maréchal de), I, 140, 404. + + Sciroeste (Mlle), I, 151. + + Scorrailles (Rigaud de), comte de Roussille, père de Mlle de + Fontanges, II, 459. + + Scorrailles (Catherine-Gasparde de), femme de Sébastien de + Rosmadec. Voy. Rosmadec (Catherine-Gasparde de). + + Scorrailles (Marie-Angélique de), Mlle de Fontanges; Voy. + Fontanges. + + Scorrailles (Jeanne de), abbesse de Chelles. II, 469; III, 52. + + Scorrailles (Louis-Léger de), abbé de Valloire, II, 469. + + Scudéry (Mlle Magdeleine de), I, 290; II, 135. + + Segrais (Louis-Renaud de), I, 131, 328; II, 266. + + Seguier (Charlotte), femme de Maximilien-François de Béthune, duc + de Sully, II, 183. + + Seguier (le chancelier Pierre), I, 89, 256, 315; II, 183; III, 47. + + Seguier (la R. M. Jeanne), religieuse carmélite, soeur du + chancelier, I, 256. + + Seguier (Marie), 1re femme de Louis-Charles d'Albert, duc de + Luynes, II, 47. + + Seiglière (Joachim), sieur de Boisfranc. Voy. Boisfranc (Joachim + Seiglière, sieur de). + + Sénac de Meilhan, I, 227. + + Serignan (M. de), III, 177. + + Servien (famille), III, 47. + + Servien (Abel), III, 230. + + Sesmaisons (Françoise de), femme d'Urbain de Laval, marquis de + Lezay. + + Sévigné (Henri, marquis de), I, 312 et suiv., 408. + + Sévigné (Marie de Rabutin-Chantal, femme de Henri, marquis de), I, + 73, 152, 187, 304, 325, 408; II, 266. + + Sévigné de Montmoron (Charles de). Voy. Montmoron. + + Sévigny (Le Picard, marquis de), III, 352. + + Sezanne (Louis-François d'Harcourt de Beuvron, comte de), fils de + François d'Harcourt, marquis de Beuvron et d'Angélique Fabert, + veuve de Charles Brûlart, marquis de Genlis, I, 7. + + Sillery (Nicolas Brûlart, marquis de), garde des sceaux, + chancelier de France, I, 43, 150, 220, 232, 233. + + Sillery (Louis Roger Brûlart, marquis de), I, 39, 43, 44, 45. + + Sillery (Marie-Charlotte, fille de François V de La Rochefoucault, + femme de Louis Roger Brûlart, marquis de). + + Sillery (Fabien Brûlart de), évêque de Soissons, 6e fils du + marquis Louis Brûlart de Sillery et de Marie-Charlotte de La + Rochefoucauld, I, 44. + + Sillery (le chancelier et non le chevalier), I, 43. Voy. Sillery + (Nicolas Brûlart, marquis de). + + Sillery (Achille Brûlart, _dit_ le chevalier de), chevalier de + Malte, aide de camp de Turenne, 5e fils du marquis Louis Roger de + Sillery, I, 44. + + Sillery (Mlle de), une des quatre filles du marquis Louis Roger + Brûlart de Sillery, I, 44. + + Simiane (Charles de), marquis de Pianezza, IV, 146. + + Soissons (hôtel de), II, 293. + + Soissons (Eugène-Maurice de Savoie, comte de), I, 208, 226; II, + 71, 168, 182. + + Soissons (Olympe Mancini, femme d'Eugène-Maurice de Savoie, comte + de), I, 66, 226, 263, 283 et suiv., 292, 301; II, 47, 48, 52, 55, + 71, 104, 145, 148, 154, 161, 166, 168, 174, 180; IV, 254, 255, + 258. + + Soissons (Louis-Thomas de Savoie, comte de), fils d'Eugène-Maurice + et d'Olympe Mancini, I, 73. + + Soissons (Uranie de la Cropte de Beauvais, femme de Louis-Thomas + de Savoie, comte de), I, 72, 73; III, 54. + + Solas (le chevalier de), III, 352. + + Somon (?), I, 316. + + Sorel (Charles), IV, 181. + + Soubise (François de Rohan, prince de), 2e fils d'Hercule de + Montbazon, I, 91; II, 72, 74; III, 146. + + Soubise (Anne de Rohan-Chabot, princesse de Soubise, femme de + François de Rohan, prince de Soubise), I, 217; II, 47, 48, 72, 74; + III, 146, 147; IV, 254, 255.--Voy. _la Préface_. + + Souches (M. de), capitaine des gardes suisses de Gaston d'Orléans, + I, 212. + + Sourches (Jean du Bouchet, marquis de), comte de Montsoreau, grand + prévôt de France, I, 212, 259, 260. + + Sourches (Marie Nevelet, femme de Jean du Bouchet, marquis de), I, + 212. + + Sourches (Dominique du Bouchet, fils aîné de Jean, marquis de), I, + 212. + + Sourches (Louis-François du Bouchet, marquis de), 2e fils de Jean + du Bouchet, marquis de Sourches, I, 212. + + Sourches (Marie-Geneviève de Chambes, femme de Louis-François, + marquis de), I, 212. + + Sourdis (famille de), II, 407. + + Sourdis (François d'Escoubleau, cardinal de), III, 475. + + Sourdis (Isabelle Escoubleau de), femme de Martin Ruzé, marquis + d'Effiat, II, 406. + + Sourdis (Charles d'Escoubleau, marquis de), gouverneur d'Orléans, + I, 91, 323; II, 42, 80, 103; IV, 252. + + Sourdis (Jeanne de Montluc et de Foix, comtesse de Carmain ou + Cramail, princesse de Chabannois, femme de Charles, marquis de), + I, 91, 322, 323, 404. + + Sourdis (Paul d'Escoubleau de), marquis d'Alluye, fils de Charles, + marquis de Sourdis, I, 299. + + Sourdis (?) (Mme de), I, 404. N. B. Au lieu de Sourdis, il faut + lire Précy, Mme de Sourdis (Jeanne de Montluc) étant morte âgée en + 1657, et celui de ses fils qui porte le nom de Sourdis, François, + n'étant pas encore marié à l'époque où fut écrit ce pamphlet. + + Southampton (comtesse de). Voy. Saint-Villiers (Barbe de). + + Souvré (Gilles, maréchal de), IV, 130. + + Souvré (Anne de), maréchale d'Humières. Voy. Humières (Anne de + Souvré, maréchale d'). + + Souvré (commandeur Jacques de), I, 62. + + Soyecourt (Maximilien de Belleforière, marquis de), I, 63, 318, + 361; II, 40, 41, 464; III, 508. + + Spencer (Robert), I, 219. + + Spencer (Anne Digby, femme de Robert), I, 219. + + Spinchal (M. de). Voy. Espinchal. + + Stuart (Françoise-Thérèse), femme de Charles Stuart, duc de + Richemont et de Lenox, I, 238. + + Stuart (l'abbé d'Aubigny, de la maison des), I, 225. + + Suard (N... Panckoucke, Mme), III, 73. + + Sully (Maximilien-François de Béthune, duc de), II, 183. + + Sully (Charlotte Seguier, femme de Maximilien-François de Béthune, + duc de), II, 183. + + Sully (Marguerite de Béthune-), duchesse de Rohan, I, 75. + + Sunderland (comte de), I, 258. + + Surville (Charles-Louis d'Hautefort, marquis de), I, 316. + + Surville, cadet d'Hautefort, (Anne-Louise-Julie de Crevant + d'Humières, veuve du marquis de Vassé, vidame du Mans, femme du + marquis de), I, 316. + + + Talhouet (Marie de), femme de Guillaume du Liscouet, II, 420. + + Tallard (Maison de Clermont-). Voy. Clermont-Tallard. + + Tallard (Roger d'Hostun, comte de), père du maréchal, III, 228. + + Tallard (Catherine de Bonne, femme de Roger, comte de), III, 228. + + Tallard (Camille d'Hostun, comte de Haston, marquis de la Baume, + comte, puis maréchal de), III, 228, 229, 244, 261, 330, 352, 426 + et suiv. + + Talon (Suzanne), femme de Louis Phelippeaux de Pont-Chartrain, IV, + 156. + + Tambonneau (Michel), président de la chambre des comptes, II, 72, + 73. + + Tancrède de Rohan Voy. Rohan (Tancrède de). + + Tardieu (le lieutenant criminel), III, 362. + + Tarente (Charles-Belgique-Hollande de la Trémouille, prince de), + II, 80. + + Tarente (Madeleine de Créqui, femme de Charles-Belgique-Hollande + de la Trémouille, prince de), II, 80. + + Tarneau (... de), avocat au grand Conseil, II, 30. + + Tarneau (Elisabeth de), II, 30. + + Tartre (François du), chirurgien de Louis XIV, IV, 189. + + Tavannes (Jacques de Saulx, comte de), I, 415. + + Termes (César-Auguste de Saint-Lary, baron et marquis de), frère + du duc de Bellegarde, III, 465. + + Termes (Roger de Pardaillan de Gondrin, marquis de), I, 315; III, + 466 et suiv. + + Tessé (René de Froulay, maréchal de), II, 81. + + Théobon (Lydie de Rochefort), fille du marquis de Théobon, femme + de Charles d'Harcourt, comte de Beuvron. Voy. Beuvron. + + Thémines (Anne-Habert de Montmort, femme du maréchal de), puis, en + secondes noces, du maréchal d'Estrées. Voy. Estrées (maréchal d'). + + Thianges (Gabrielle de Rochechouart-Mortemart, femme de + Claude-Léonor de Damas, marquis de), II, 74, 412; III, 126, 322. + + Thiboust, I, 316. + + Thomas (le prince de Carignan, _dit_ le prince) Voy. Carignan. + + Thoré (Michel Particelli, sieur de), président, I, 306. + + Thorigny (Jacques de Matignon, comte de), II, 187. + + Thorigny (Lambert de). Voy. Lambert de Thorigny. + + Tilladet (Gabriel de Cassagnet, marquis de); II, 438; III, 348. + + Tilladet (Madelaine Le Tellier, femme de Gabriel de Cassagnet, + marquis de), II, 438; III, 348. + + Tilladet (Jean-Baptiste de Cassagnet, marquis de), fils de + Gabriel, II, 131 et suiv., 438, 439, 440, 441; III, 367, 368. + + Tilladet (Gabriel II de Cassagnet, chevalier de), frère du marquis + Jean-Baptiste, III, 348 et suiv., 461, 477 et suiv. + + Tillet (Jean Girard, seigneur du), I, 411. + + Tillet (Elisabeth Bailleul, femme de Jean Girard, seigneur du), I, + 411. + + Tingry (Charles-François-Frédéric de Montmorency-Luxembourg, + prince de), III, 491. Voy. aussi Luxembourg + (Charles-François-Frédéric de Montmorency-). + + Tingry, (Marie-Thérèse d'Albert de Chevreuse, femme de + Charles-François-Frédéric de Montmorency-Luxembourg, prince de), + III, 491. Voy. aussi Luxembourg (Marie-Thérèse d'Albert, femme de + Charles-François-Frédéric de Montmorency-). + + Tingry (Christian-Louis, chevalier de Luxembourg, puis, à la mort + de son frère aîné, prince de), III, 491. + + Tiraqueau (Françoise), comtesse de Neuillant. Voy. Neuillant + (Françoise Tiraqueau, comtesse de). + + Tonnay-Charente (Gabrielle de Rochechouart, Mlle de), qui épousa + le marquis de Blainville, II, 100, 102, 103, 105. Voy. Blainville. + + Tost (Catherine du), dame de Braquemont, femme de chambre d'Anne + d'Autriche. Voy. Braquemont (Catherine du Tost, dame de). + + Toulouse (Louis-Alexandre de Bourbon, comte de), I, 303; III, 189. + + Tours (Mlle de), III, 331. + + Tourville (Anne-Hilarion de Constantin, comte de), IV, 177. + + Tourville (Lucie de la Rochefoucauld, femme de César de + Constantin, comte de Fismes et de), I, 189. + + Toussy (Louis de Prie, marquis de), III, 368. + + Toussy (Françoise de Saint-Gelais Lusignan, femme de Louis de + Prie, marquis de), III, 368. + + Toussy (Françoise-Angélique de la Mothe-Houdancourt, _dite_ Mlle + de), 2e femme du duc d'Aumont. Voy. Aumont (Françoise-Angélique de + La Mothe, 2e femme du duc d'). + + Toussy (Charlotte de Prie, fille du marquis de), femme de Noël + Bullion, seigneur de Bonnelle. Voy. ce nom. + + Toussy (Louise de Prie, Mlle de), maréchale de la + Mothe-Houdancourt. Voy. La Mothe-Houdancourt. + + Towienski, polonais, IV, 129. + + Transon (l'abbé), supérieur de Saint-Sulpice, IV, 184. + + Tremouille (Charles-Belgique-Hollande de La), prince de Tarente. + Voy. Tarente (prince de). + + Tresmes (René Potier, duc de), III, 119, 303. + + Tresmes (Anne-Madelaine Potier, Mlle de), I, 315. + + Tréville (Henri-Joseph de Deyre, comte de Troisville ou), I, 300. + + Tronc (Nicolas Le Cordier, s{r} du), premier président de la + chambre des comptes de Rouen, a, de sa 2e femme Marie Bontemps: 1º + le marquis du Tronc, 2º l'abbé du Tronc, 3º Marie-Angélique, + d{lle} du Tronc (appelée ici du Tron), IV, 125, 244. + + Tron (Marie-Angélique Le Cordier du Tronc, _dite_ Mlle du), qui + épousa, en 1696, Pierre-Philémond Savary, s{r} de Saint-Just. Voy. + ce nom. IV, 125 et suiv., 244. + + Tron, Tronc ou Troncq (Louis Le Cordier, marquis du), brigadier, + puis maréchal de camp, IV, 128. + + Tron, Tronc ou Troncq (Nicolas-Alexandre Le Cordier, abbé du), IV, + 128, 238. + + Tronc (la marquise du), IV, 128, 129. + + N. B. Rectifier, à l'aide des indications qui précèdent les notes + des pp. 125, 244, t. IV, relatives à la famille du Tronc. + + Tubeuf (Charles), I, 89; II, 415. + + Turenne (Henri de la Tour-d'Auvergne, vicomte de), I, VIII, 39, + 79, 187; II, 201; III, 489, 471; IV, 257, 267, 282, 288. + + Turenne (Louis-Charles de La Tour de Bouillon, prince de), fils du + duc de Bouillon et de Marie-Anne Mancini, III, 194, 489 et suiv.; + IV, 288. + + Turenne (Anne-Geneviève de Levis-Ventadour, femme du prince de), + III, 489. + + + Ursins (Anne-Marie de la Trémouille, princesse des), I, 225. + + Usez (Emmanuel de Crussol, duc d'), IV, 175. + + Uxelles (Louis Chalon du Blé, marquis d'), I, 406. + + Uxelles (Marie de Bailleul, veuve du marquis de Nangis, marquise + d'), I, 406, 412; II, 413; III, 322. + + + Valençay (Charlotte d'Etampes de), femme de M. de Puysieux. Voy. + Puysieux (Mme de). + + Valençay (Eléonor d'Etampes de), archevêque de Reims, I, 220. + + Valençay (le cardinal Achille d'Etampes de), I, 220. + + Valençay (Marie-Louise de Montmorency-Bouteville, duchesse de), I, + 156, 158. + + Valentinois (Louis Grimaldi, prince de Monaco, duc de). + + Valentinois (Catherine-Charlotte de Gramont, femme de Louis de + Grimaldi, prince de Monaco et duc de), I, 67, 68, 134; II, 72, 73. + Voir Monaco, de. + + Valentinois (Antoine Grimaldi, duc de), III, 491. + + Valentinois (Marie de Lorraine-Armagnac, femme d'Antoine, duc de), + III, 491. + + Valloire (Louis-Léger de Scorrailles, abbé de), II, 469. + + Vallot, médecin, III, 127. + + Vandeuil (Louis de), comte de Crocq, II, 287. + + Vandeuil (Mme de), II, 287, 289, 328, 329, 330. + + Vandeuil (François de), seigneur d'Etelfay, fils de Louis de + Vandeuil, II, 287. + + Vandeuil (Alexandre de), seigneur de Forcy, neveu de Louis de + Vandeuil, II, 287. + + Vandeuil (Timoléon de), seigneur de Condé, [neveu de Louis de + Vandeuil], II, 287. + + Vandy (Jean d'Aspremont, marquis de), I, 316. + + Vandy (Catherine de), I, 92, 290. + + Vanel (Jean), auteur des _Galanteries des Rois de France_, I, 30. + + Vardes (René II du Bec Crespin, marquis de), père de François, I, + 270. + + Vardes (Jacqueline de Bueil, comtesse de Moret, femme du marquis + René II de), I, 270. + + Vardes (René-François du Bec-Crespin, marquis de), I, 47, 62, 65, + 66, 139, 165, 231, 270 et suiv., 315; II, 51, 52, 56, 61 et suiv., + 72, 79, 145, 148, 166, 168; IV, 91. + + Vardes (Catherine Nicolaï, femme de François du Bec-Crespin, + marquis de), I, 270. + + Vardes (Marie-Elisabeth du Bec-Crespin, Mlle de), femme de Louis + de Rohan-Chabot, fille de René-François. Voy. Rohan-Chabot + (Marie-Elisabeth du Bec-Crespin, duchesse de). + + Vassé (Henri-François, marquis de), I, 78, 315, 316. + + Vassé (Marie-Madelaine de Saint-Gelais, fille du marquis de + Lansac, marquise de), I, 315. + + Vassé (Louis-Alexandre, comte de), fils de François, I, 316. + + Vassé (Anne-Louise de Crevant d'Humières, femme du comte + Louis-Alexandre de), I, 316. + + Vassé (René de), sieur d'Esguilly, I, 115. + + Vauban (Sébastien Le Prestre de), IV, 168. + + Vaudemont (Charles-Henri, prince de), légitimé de Lorraine, IV, + 231. + + Vaudemont (Anne-Elisabeth de Lorraine d'Elbeuf, femme de + Charles-Henri, légitimé de Lorraine, prince de), IV, 231. + + Vaux (un nommé de), I, 249. + + Vendôme (hôtel de), II, 353. + + Vendôme (Alexandre de Bourbon, grand prieur de), I, 283. + + Vendôme (Louis de), duc de Mercoeur, Voy. Mercoeur (Louis de + Vendôme, duc de). + + Vendôme (Louis-Joseph, duc de), fils du duc de Mercoeur et de + Laure Mancini, III, 197. + + Vendôme (Philippe de), chevalier de Malte, frère de Louis-Joseph, + III, 178-182. + + Venelle (Mme de), II, 23, 32; IV, 245. + + Ventadour (Anne de Levis, duc de), grand-père du duc + Louis-Charles, II, 440. + + Ventadour (Marguerite de Montmorency, femme d'Anne de Lévis, duc + de), II, 440. + + Ventadour (Charles de Levis, marquis d'Annonai, puis duc de), II, + 55, 422. + + Ventadour (Marie de La Guiche, femme de Charles de Levis, duc de), + II, 55, 72, 422. + + Ventadour (Louis-Charles de Levis, duc de), fils de Charles, I, + 158, 293; II, 422, 438, 439, 440, 441, 447; III, 194, 367 et + suiv., 477 et suiv. + + Ventadour (Charlotte-Eléonore-Madelaine de La Mothe-Houdancourt, + duchesse de), femme de Louis-Charles, I, 83, 293; II, 438, 440, + 452 et suiv., 470; III, 194, 367 et suiv., 477 et suiv. + + Ventadour (Anne-Geneviève de Levis, dem{lle} de), femme du prince + Godefroy-Maurice de Turenne. Voy. Turenne (Anne-Geneviève de + Levis-Ventadour, princesse de). + + Ventadour (Marguerite-Félice de Lévis), femme du maréchal duc de + Duras. Voy. Duras (Marguerite-Félice de Levis-Ventadour, femme du + maréchal duc de). + + Vermandois (Louis de Bourbon, comte de), II, 76; III, 189. + + Vernet (Antoinette d'Albert, fille d'Honoré d'Albert, duc de + Luynes, soeur de Charles de Luynes et femme de Barthélemy, sieur + du), I, 116. + + Verneuil (Henriette de Balzac d'Entraigues, marquise de), I, 143. + + Vertus (François de Bretagne, comte de) et de Goello, baron + d'Avaugour. Voy. Avaugour (baron d'). + + Vertus (Catherine-Françoise de Bretagne d'Avaugour, Mlle de), I, + 252; II, 197. + + Vexin (Louis-César, comte de), 2e fils de Louis XIV et de Mme de + Montespan, II, 411; III, 189, 331. + + Vienne (? Henri de), comte Commarin, I, 315. + + Vienne (Elisabeth-Angélique de), femme de François de + Montmorency-Bouteville, II, 187. + + Vieux-Pont (... femme de Jean de), sieur de Compans, I, 254. + + Vigean (François Poussart, baron du), I, 71, 155, 185. + + Vigean (Anne de Neubourg, femme de François Poussart, sire de + Pons, baron du), I, 71, 184. + + Vigean (marquis de Fors du), [père d'Anne Poussart, duchesse de + Richelieu], II, 380. + + Vigean (Anne Poussart, D{lle} de Pons et du), femme de François + d'Albret, sire de Pons, comte de Marennes, puis d'Armand-Jean du + Plessis, duc de Richelieu. Voy. Richelieu (duchesse de). + + Vignacourt (Simon de), I, 235. + + Vignacourt (Aloph ou Olaf de), I, 235. + + Vignacourt (Adrien de), I, 235. + + Vignacourt d'Orvillé, I, 235. + + Villacerf (Colbert de). Voy. Colbert de Villacerf. + + Villarceaux (famille des Mornay d'Ambleville et de), I, 151. + + Villarceaux, (Pierre de Mornay de), I, 151. + + Villarceaux (Anne-Olivier de Leuville, femme de Pierre de Mornay + de), I, 151. + + Villarceaux (Louis, marquis de Mornay de), fils aîné de Pierre, I, + 40, 62, 151, 315. + + Villarceaux (Claude de Mornay de), 2e fils de Pierre, I, 151. + + Villarceaux (René de Mornay de), abbé de Saint-Quentin de Beauvais + (_dit_ l'abbé de), 3e fils de Pierre, I, 37, 39, 40. + + Villarceaux (Madeleine de Mornay de), abbesse de Gif, 1re fille de + Pierre, I, 151. + + Villarceaux (Charlotte de Mornay de), 2e fille de Pierre, femme de + Jacques Rouxel, maréchal de Grancey, I, 151. + + Villars (Georges de Brancas, 1er duc de), II, 337, 343. + + Villars (Georges de Brancas, marquis, puis duc de), I, 56, 76, + 151; II, 337, 343. + + Villars (Julienne-Hippolyte d'Estrées, marquise, puis duchesse + de), I, 56. + + Villars (Louis de Brancas, duc de), II, 345. + + Villars (Pierre, marquis de), d'une autre famille que Georges de + Brancas, I, 56. + + Villars (Marie Gigault de Bellefonds, femme de Pierre, marquis + de), I, 55, 56, 57. + + Villars (Henri de), archevêque de Vienne, frère puîné de Pierre, + I, 280. + + Ville (Viole de La). Voy. Viole de la Ville. + + Villefranche (le baron de), II, 296 et suiv. + + Villequier (Louis d'Aumont, marquis de), fils aîné de + Louis-Marie-Victor, duc d'Aumont, III, 379, 484, 485 et suiv., + 499. + + Villequier (Madelaine-Fare Le Tellier, femme de + Louis-Marie-Victor, duc d'Aumont, et d'abord marquis de), fille du + chancelier Le Tellier, soeur de Louvois, II, 390. Voy. Aumont. + + Villeroy (famille de), I, 147. + + Villeroi (Nicolas de Neufville, marquis, puis duc et maréchal de), + I, 64, 134; III, 491; IV, 210. + + Villeroy (Madeleine de Créqui, femme de Nicolas de Neuville, + maréchal duc de), IV, 210. + + Villeroy (Françoise ou Catherine de), l'une des deux filles du + maréchal de Villeroy, I, 295. + + Villeroy (François de Neufville, duc de), IV, 138, 210, 211. + + Villette (M. de), III, 119, 120. + + Villette-Murçay (Mme de), III, 69, 73, 75. + + Villette (Marthe-Marguerite de), femme du marquis de Caylus. Voy. + Caylus (Marthe-Marguerite de Villette, femme du marquis de). + + Vincent de Paul (saint), I, 166. + + Vineuil (Louis Ardier, sieur de), I, 78, 90, 120 et suiv., 132, + 164, 205, 206, 210, 216, 245 et suiv., 267, 268 et suiv. + + Vinnes (Mme de), II, 72, 74. + + Vins (N... l'Avocat, femme de Jean de la Garde d'Agoult, marquis + de), II, 429. + + Viole (Pierre), seigneur d'Athis, I, 213, 214. + + Viole de la Ville, I, 214. + + Viole (Nicolas, président) ou Viole Douzenceau, seigneur + d'Osereux, I, 213 et suiv. + + Viole (Anne) ou Anne du Saint-Sacrement, I, 213, 214. + + Viole (Claude de Chambon? de la Vallée, femme de Nicolas), I, 215. + + Virgile, IV, 186. + + Vitry (Lucrèce-Marie Bouhier, femme du maréchal de), I, 253. + + Vitry (François-Marie de l'Hôpital, duc de), I, 403; II, 74. + + Vitry (Marie-Louise-Elisabeth Pot, duchesse de), II, 72, 73, 74. + + Vivonne (Louis-Victor de Rochechouart, comte puis duc de), I, 47, + 277 et suiv., 301, 304, 320; II, 72, 74. + + Vivonne (Antoinette-Louise de Mesmes, comtesse, puis duchesse de), + I, 285, 286; II, 72, 74, 75. + + Vivonne (Andrée de), femme de François VI de La Rochefoucauld, II, + 457. + + Voisin (Catherine Deshayes, femme d'Antoine Montvoisin, connue + sous le nom de la), IV, 283. + + Voiture (Vincent), I, 115, 139, 144, 158, 189, 190, 296; IV, 273. + + Voltaire (François Arouet de), I, 312. + + Vordac (de), IV, 160. + + + Waldeck (Georges-Frédéric, comte de), III, 189. + + Walters (Lucy), I, 41. + + Wignacourt. Voy. Vignacourt. + + Wriothesley (Elisabeth, et non Anne), comtesse de Northumberland. + Voy. Northumberland (c{tesse} de). + + Wriothesley (Anne), lady Russell. Voy. Russell (lady). + + Wirtemberg ou Wurtemberg (le prince Ulric de), 3e fils de + Jean-Frédéric de Wirtemberg le Magnifique, de la branche dite de + Stuttgard, I, 210. + + Wirtemberg ou Wurtemberg (Isabelle d'Aremberg, fille d'Albert, + prince de Barbançon, veuve du comte d'Hochstrate, 2e femme d'Ulric + de), I, 210, 405. + + Wirtemberg ou Wurtemberg (George, prince de), baron de + Montbéliard, I, 210. + + Wirtemberg ou Wurtemberg.--_Erratum._ Lisez ce nom au lieu de + Mecklembourg au mot Chastillon (Elisabeth-Angélique de + Montmorency-Boutteville, duchesse de). + + Wirtemberg ou Wurtemberg (Anne de Coligny-Chatillon, fille cadette + du maréchal, femme de George de), I, 78, 207 et suiv. + + Witt (Jean de), II, 189, 190. + + + Yorck (duc d'), plus tard Jacques II, roi d'Angleterre, I, 257. + + Yorck (Anne Hyde de Clarendon, duchesse d'), I, 257. + + + Zamet (Marie-Christine), femme de Roger-Hector de Pardaillan de + Gondrin, mère du marquis de Montespan, II, 362. + + Zamet (Sebastien), II, 362; III, 262. + + + + +TABLE DES MATIÈRES. + + + Pages. + + Préface. v + + Le Grand Alcandre frustré + ou les derniers efforts de l'amour et de la vertu + Histoire galante. + + Avertissement. 3 + + Le Grand Alcandre frustré + ou les derniers efforts de l'amour et de la vertu + Histoire galante. 5 + + Amours de Louis le Grand et de Mademoiselle du Tron. + + Préface des entretiens. 125 + + Amours de Louis le Grand et de Mademoiselle du Tron. 128 + + Le tombeau des amours de Louis le Grand et ses dernières + galanteries. 241 + + Table alphabétique. 349 + + +FIN DE LA TABLE. + + +Imprimerie Gouverneur, G. Daupeley à Nogent-le-Rotrou. + + + + + Corrections: + + p. ix: voy. t. III, p. 47 corr.: voy. t. III, p. 147 + Note 233: p. 61 et suiv. corr.: p. 65 et suiv. + Note 244: jusqu'en 1671 corr.: jusqu'en 1691 + + Dans la Table alphabétique: + + Arnaud (M. Barrin de la Galissonnière) + N. Barrin corr.: M. Barrin + Artagnan (Charles de Castelmar d') + I, 398 corr.: II, 398 + Aubigné (Charles d') + III, 60 corr.: III, 69 + Aumont (Françoise-Angélique de la Mothe Houdancourt) + III, 336 corr.: III, 366 + Boisfranc (Joachim Seiglière) + 449 corr.: III, 449 + Boissy (Arthur Gouffier) + II, 174 corr.: II, 74 + Bontems (Alexandre) + IV, 228 et suiv. corr.: IV, 128 et suiv. + Cambiac, prêtre + I, 161 corr.: I, 160 + Cavoie (Louis Oger) + 179 corr.: II, 179 + Geloron corr.: Celoron + Dauphin (Louis, fils de Louis XIV) + 54, 163... corr.: III, 54, 163... + Espernon (Bernard de Nogaret) + I, 12, 31 corr.: I, 12, 30 + Estrées (Françoise Babou de la Bourdaisière) + III, 250 corr.: III, 252 + Estrées (Gabrielle de Longueval) + III, 252, 253, 348, 349 corr.: III, 252, 253, 349, 350 + Gouffier (Artus) + II, 400, 301 corr.: II, 400, 401 + Grancey (Charlotte de Mornay de Villarceaux) + I, 113, 151; 230, 234 corr.: I, 113, 151; III, 230, 234 + Grancey (Louise-Elisabeth, dite madame de) + Vilceaux corr.: Villarceaux + Harcourt (Marie-Louise-Christine Jeannin de Castille) + I, 34 corr.: I, 24 + Jacques II + IV, 215 corr.: IV, 216 + La Fayette + IV, 27 corr.: IV, 29 + La Feuillade (François d'Aubusson de) + IV, 1 corr.: IV, 4 + La Porte, valet de chambre de Louis XIV + I, 134 corr.: I, 184 + La Rivière (Louis Barbier, abbé de) + I, 47 corr.: I, 87 + Longueville (Anne-Geneviève de Bourbon-Condé) + (I,) 177 et suiv. corr.: (I,) 187 et suiv. + Lorraine (Charles IV duc de) + I, 44, 160 corr.: I, 144, 160 + Lorraine (Philippe, chevalier de) + I, 7, 271 corr.: I, 113, 271 + Ludres (Marie-Elisabeth de) + II, 217 corr.: I, 217 + Mazarin (Armand-Charles de la Porte de la Meilleraie) + II, 69, 465 corr.: II, 69; III, 465 + Mignard (Pierre) + III, 212, 499 corr.: III, 312, 499 + Montespan (Françoise-Athénaïs de Rochechouart) + (I,) 275 corr.: (I,) 285; + II, 162 corr.: II, 161; + Nangis (François de Brichanteau) + I, 408 corr.: I, 406 + Ninon de Lenclos + I, 6 corr.: I, 16 + Nogent (Diane-Charlotte de Caumont) + II, 222, 248, 320, corr.: II, 222, 248, 320, 381, 388; + 322, 381, 388, 390 III, 322, 392 + Richmont (François-Marie Stuart) + 225, 258 corr.: I, 225, 238 + Ricousse ou Ricoux + (I,) 251 corr.: (I,) 241 + Rochechouart (Marie-Madeleine-Gabrielle de) + III, 63 corr.: III, 10 + Roquelaure (Marie-Louise de Laval) + II, 426, 448; 451, 461 corr.: II, 426, 448; III, 451, 461 + Roquelaure (Antoine) + I, 163, 154, 164 corr.: I, 153, 163, 164 + Roquelaure (Gaston-Jean-Baptiste-Antoine) + II, 425, 353 et suiv. corr.: II, 425; III, 353 et suiv. + Savoie (Adélaïde-Henriette de) + IV, 294 corr.: IV, 274 + Scarron de Vaures (Catherine) + II, 449 corr.: II, 439 + Sévigné (Marie de Rabutin-Chantal) + (I,) 345 corr.: (I,) 325 + Somon + I, 306 corr.: I, 316. + Sourdis (Isabelle Escoubleau de) + II, 408 corr.: II, 406 + Talhouet (Marie de) + II, 428 corr.: II, 420 + Tavannes (Jacques de Saulx) + I, 415 corr.: I, 154 + Turenne (Henri de la Tour d'Auvergne) + (I,) 197 corr.: (I,) 187 + Vendôme (Philippe de) + II, 178-182 corr.: III, 178-182 + Vitry (Marie-Louise-Elisabeth Pot) + 72, 73, 74 corr.: II, 72, 73, 74 + + + + + +End of the Project Gutenberg EBook of Histoire amoureuse des Gaules suivie +des Romans historico-satiriques du XVIIe siècle (4/4), by Roger de Bussy-Rabutin + +*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 40902 *** |
