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-Project Gutenberg's Les Explorateurs du Centre de l'Afrique, by l'Abbé Durand
-
-This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
-almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
-re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
-with this eBook or online at www.gutenberg.org/license
-
-
-Title: Les Explorateurs du Centre de l'Afrique
-
-Author: l'Abbé Durand
-
-Release Date: July 19, 2012 [EBook #40279]
-
-Language: French
-
-Character set encoding: ISO-8859-1
-
-*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LES EXPLORATEURS ***
-
-
-
-
-Produced by Mireille Harmelin, Hélène de Mink, and the
-Online Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net
-(This file was produced from images generously made
-available by the Bibliothèque nationale de France
-(BnF/Gallica) at http://gallica.bnf.fr)
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-Note sur la transcription: Les erreurs clairement introduites par le
-typographe ont été corrigées. L'orthographe d'origine a été conservée
-et n'a pas été harmonisée.
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-
- ASSOCIATION FRANÇAISE
- POUR
- L'AVANCEMENT DES SCIENCES
-
- CONGRÈS DE LILLE
-
- 1874
-
-
- [Illustration]
-
- PARIS
- AU SECRÉTARIAT DE L'ASSOCIATION
- 76, rue de Rennes.
-
-
-
-
- ASSOCIATION FRANÇAISE
- POUR L'AVANCEMENT DES SCIENCES
- --CONGRÈS DE LILLE--1874--
-
-
-M. l'Abbé DURAND
-
-Vicaire de l'église métropolitaine de Paris, Archiviste-Bibliothécaire
-de la Société de géographie.
-
-LES EXPLORATEURS DU CENTRE DE L'AFRIQUE
-
---Séances des 24 et 26 août 1874.--
-
-
-L'Afrique centrale a certainement été connue des anciens Égyptiens.
-L'Égypte seule avec sa vallée du Nil, ses déserts de Nubie et de Libye
-n'est pas une base suffisante pour expliquer la puissance des
-pharaons, des Sésostris et des Ptolémée. L'Égypte de cette époque
-était vraisemblablement un grand empire africain dans lequel ces
-souverains trouvèrent les soldats nécessaires aux armées avec
-lesquelles ils s'avancèrent jusqu'à l'Inde. Plus tard, l'empire
-d'Éthiopie se forma des débris de celui-ci. Il possédait encore au VIe
-siècle de notre ère une partie de l'Arabie, sa puissance devait donc
-renfermer une partie de l'Afrique. Au XVe siècle, les Portugais
-s'emparèrent de tout le littoral africain depuis le Maroc jusqu'en
-Abyssinie; ils y échelonnèrent un grand nombre de colonies
-florissantes qui passèrent successivement entre les mains des
-Hollandais et des Anglais, ou retombèrent sous le pouvoir des
-musulmans. Certainement les Portugais connaissaient les grandes routes
-de l'intérieur de ce continent. Leurs missionnaires, leurs commerçants
-et leurs voyageurs allaient du Congo au Mozambique, et de la côte de
-Guinée au Zanzibar, à Monbaça et à Sofala. Après la ruine de leur
-puissance, les Anglais préoccupés par des guerres incessantes avec la
-France ou la Hollande, n'occupèrent que les points du littoral utiles
-à leurs intérêts les plus pressants, mais ils négligèrent le centre de
-l'Afrique. Alors les routes intérieures furent oubliées, et le
-commerce de ces contrées retomba entre les mains des Arabes qui en ont
-conservé le secret jusqu'à nos jours.
-
-Le centre de l'Afrique n'est pas aussi désert qu'on le croit
-ordinairement. C'est un vaste bassin au fond duquel s'étendent des
-lacs immenses aux bords ombragés de magnifiques forêts semblables à
-celles de la vallée de l'Amazone, et peuplées de troupeaux immenses
-d'éléphants, de rhinocéros, de gazelles, de girafes, de zèbres et
-autres animaux auxquels le lion fait une guerre perpétuelle.
-
-Ces lacs sont au nombre de sept principaux; ils sont alimentés par les
-eaux torrentielles de la zone équatoriale. Ce sont: le Tanganika, le
-Bangweolo, le Moero, le Moura, le lac Sans Nom, le Victoria et
-l'Albert Nyanza. Ils forment les réservoirs des grands fleuves qui
-arrosent le continent africain, tels que le Congo ou Zaïre, l'Ogovai,
-le Niger sur la côte occidentale, le Zambèse et autres sur la côte
-orientale, et enfin le Nil dont les sources multiples semblent se
-cacher à plaisir aux investigations des explorateurs.
-
-On dirait le lit d'une mer ancienne dont les eaux se retirant
-insensiblement se sont réduites aux bassins de ces lacs qui témoignent
-de son existence. Ces contrées riches et fertiles sont habitées par
-des peuples noirs très-nombreux et très-féconds. Depuis des siècles
-elles sont le réservoir principal de la traite des esclaves qui ont
-été introduits dans presque toutes les parties du monde. Les maladies,
-les guerres incessantes de tribu à tribu devraient y avoir fait le
-désert depuis des siècles.
-
-Il n'en est pas ainsi; les voyageurs modernes ont été d'étonnement en
-étonnement à mesure qu'ils avançaient vers les régions du centre, et
-l'Europe, habituée à regarder l'Afrique comme un Sahara interminable,
-crut rêver en entendant la révélation des magnificences et du nombre
-des populations de l'intérieur de ce continent.
-
-Le centre de l'Afrique a été exploré par les Portugais et évangélisé
-par les missionnaires jésuites et dominicains de cette nation. Ceux-ci
-connaissaient la région des grands lacs, ainsi que le prouve la carte
-chinoise d'Afrique construite par le père Verbiest, jésuite, directeur
-du tribunal des mathématiques de Pékin, sous le règne de Kang-Hi.
-Cette carte est exposée dans le vestibule de la maison des jésuites de
-Paris, rue de Sèvres. En 1662, l'un d'eux traversa l'Afrique d'Angola
-à Mozambique en suivant les vallées du Congo et du Zambèse.
-
-En 1797, les Portugais essayèrent de retrouver les routes suivies par
-leurs aïeux. Un marchand d'esclaves de cette nation établi à Tête, sur
-le Zambèse, noua de nouvelles relations avec l'empereur du Monomotapa.
-En conséquence, la cour de Lisbonne y envoya le docteur Lacerda,
-astronome distingué, chef de la commission des limites entre le Brésil
-et le Pérou, avec une expédition chargée d'explorer le centre Afrique.
-Le 12 mars 1797, il entrait dans le Zambèse, remontait ce fleuve
-jusqu'à Tête, atteignait le Tchambèze et venait mourir à Loucenda,
-capitale de Lounda. Quelques années après, de 1802 à 1814, deux
-_pombeiros_ d'Angola, ou esclaves marchands, firent plusieurs fois le
-voyage d'Angola à Tête. Ils traversèrent les rivières Louapoula et
-Loufiré. Leurs itinéraires donnèrent lieu à des travaux importants de
-la part des géographes.
-
-A partir de cette époque jusqu'en 1831, le silence règne complètement
-pour l'Europe sur le centre de l'Afrique. Du reste, il faut dire que
-les Portugais ont trop caché leurs découvertes et en ont gardé
-précieusement le secret.
-
-En 1831, le major Monteiro et le capitaine Gamitto reprenaient le même
-itinéraire, exploraient les monts Montchinga ou Movisa (1,200 à 2,100
-mètres d'altitude), visités par Livingstone dans ces dernières années,
-et confirmaient les travaux de leurs devanciers. Après ces expéditions
-dont les dernières ont été inspirées par les Anglais, ceux-ci prenant
-pour base les explorations portugaises, envoyèrent le docteur
-Livingstone, membre de la Société royale britannique de géographie
-reconnaître l'Afrique centrale. Cet illustre voyageur commença ses
-voyages en 1846 et succomba sous le poids de ses fatigues en 1873, à
-Lobisa.
-
-Il attaqua d'abord l'Afrique par le cap de Bonne-Espérance, et, de
-1849 à 1851, il fit, en compagnie de sa femme et de ses enfants, deux
-voyages au pays des Betchuanas au N. du cap de Bonne-Espérance. Dans
-une première excursion, au delà du désert de Kalahari, il découvrait
-le petit lac Lgami; puis, à sa seconde excursion, il entrait dans une
-contrée fertile arrosée par un grand fleuve, le Zambèse. De retour à
-la ville du Cap, il renvoya sa famille en Angleterre, et se consacra
-totalement aux explorations géographiques, à l'aide des anciens
-itinéraires portugais.
-
-D'abord, il remonta le Zambèse, et escorté d'une troupe de Malakolos,
-habitants du cours inférieur de ce fleuve, traversa en six mois le
-continent africain jusqu'à Saint-Paul de Loanda (1854) et revint à son
-point de départ. C'est un voyage de 800 à 900 lieues. A son deuxième
-voyage (1858-1864), il reconnut les contrées situées au nord de ce
-fleuve et découvrit le lac Nyassa ou Maravi, qui mesure environ 80
-lieues de longueur et communique avec lui par le Chiré, un de ses
-affluents (1859). Voulant ensuite éclaircir la question des sources du
-Nil, dans un troisième voyage (1865), il partit de la côte de
-Zanguebar et s'engagea par le fleuve Rovuma, déversoir du Maravi, dans
-l'intérieur du continent (1866). Il atteignit successivement Bemba
-(1867) par 10° 10' de lat. australe, localité située entre le Nyassa
-et le Tanganika, et Loucenda, capitale du Lounda ou Cazembé, située
-par 8° 30' de lat. N. et 26° de long. E.
-
-C'est dans cette expédition qu'il découvrit les lacs Bangweolo par 8°
-30' de lat. S. et 26° de long. E. de Paris (1860) et _Moero_ au S.-O.
-du Tanganika, signalé en 1856 par le Portugais Graça et en 1851 par le
-Hongrois Ladilas Magyar, ainsi que le système hydrographique du
-Tchambèse, du Louapoula et du Loualaba.
-
-Pendant cette période, il releva également une partie des bords des
-lacs Tanganika et Liemba. C'était toute la région inconnue des
-Manyouemas (1871) comprise entre les troisième et sixième degrés de
-lat. S. Les correspondances de Livingstone ayant été interceptées par
-les Arabes négriers, on resta trois ans sans recevoir de ses
-nouvelles; on le crut mort, on organisa des expéditions. C'est à
-Oudjidji, petit port de la rive occidentale du Tanganika, que le
-reporter américain Stanley le retrouva pendant qu'une caravane
-anglaise s'organisait lentement à Zanzibar pour aller à sa recherche.
-Pendant quatre mois, du 10 novembre 1870 au 14 mars 1872, ces deux
-voyageurs explorèrent ensemble la partie septentrionale du Tanganika
-et constatèrent que, très-probablement, ce lac avec son annexe le
-Liemba forme un bassin fermé, complètement indépendant de ceux du Nil
-et de tous les autres fleuves de l'Afrique. Après cette expédition, M.
-Stanley quitta Livingstone à Tabora, capitale de l'Unyanyembé, et
-reprit le chemin de l'Amérique (1872). Livingstone continua ses
-travaux autour du Tanganika et vint mourir des suites de la
-dyssenterie, à Lobisa, dans le bassin du Tchambéze, vers le 15 août
-1873. Son corps, salé et séché au soleil, a été rapporté par les noirs
-à Bagamoyo et envoyé en Angleterre, où il repose dans l'abbaye de
-Westminster.
-
-Pendant que Livingstone explorait l'Afrique australe, d'autres
-expéditions anglaises partaient de la côte du Zanguebar et
-s'avançaient dans l'intérieur du continent. Déjà les missionnaires
-protestants allemands de l'île de Mombaz avaient découvert les
-montagnes de Kenia et du Kilima-Njaro, gravies par le savant voyageur
-allemand, baron de Decken, et signalé d'après les récits des noirs
-l'existence de grands lacs à l'O. de celles-ci. Sur ces indications,
-le capitaine Burton et le lieutenant Specke vinrent ouvrir une
-nouvelle voie entre le Zanguebar et la région des lacs. Ils partaient
-de Bagamoyo en juin 1857 et arrivaient le 7 novembre suivant à Tabora
-ou Caseh, localité fondée par les traitants arabes, à 250 lieues
-environ de la côte. Or, le 13 février 1858, Burton, franchissant le
-sommet d'une colline, voyait se dérouler tout à coup, à 7 ou 800
-mètres sous ses pieds, une immense nappe d'eau encadrée de hautes
-montagnes vers l'O. C'était le Tanganika.
-
-Fatigués et dénués de ressources, les deux voyageurs revinrent à
-Tabora, d'où Specke, plus valide, mais atteint d'une ophthalmie,
-s'avança au N. à la recherche d'un autre lac signalé par les traitants
-arabes. A 60 lieues dans cette direction, il reconnut en effet les
-bords méridionaux d'un lac plus vaste que le précédent, appelé
-Keréoné par les noirs, et lui donna le nom de Victoria. Dès lors, il
-eut la conviction que ce lac était l'un des principaux réservoirs du
-Nil. Les deux voyageurs retournèrent en Angleterre, mais Specke,
-commissionné par la Société de géographie britannique, revint avec le
-lieutenant Grant continuer les explorations ébauchées de ce côté.
-Arrivés à Tabora le 24 janvier 1861, les deux explorateurs ne purent
-atteindre qu'à la fin de l'année le mont Karagoué, qui limite au S. O.
-et au S. E. le bassin du Victoria. Specke constata l'existence d'une
-ligne de partage au N.-O., entre ce lac et le Tanganika et lui donna
-le nom de Montagnes de la Lune, que la tradition place aux sources du
-Nil. Il suivit ensuite un cours d'eau qui s'échappe du lac par une
-cataracte de 200 mètres de hauteur et acquit la conviction par les
-récits des indigènes qu'il traversait la partie septentrionale d'un
-autre lac moins grand, le Loutan-Nzigé, situé à l'ouest du premier. Il
-le retrouva dans le pays des Baris, non loin de Gondokoro.
-
-Il avait découvert le véritable Nil. Ainsi se trouvait confirmée la
-tradition de l'antiquité consignée dans les cartes de Ptolémée. Il y a
-seize siècles, ce géographe faisait sortir le Nil de deux mers
-intérieures. Quelques jours après, Specke et Grant arrivaient à
-Gondokoro, où ils rencontraient sir Baker marchant à leur rencontre,
-mais qui les croyait encore très-éloignés de cette localité.
-
-Les tentatives d'exploration du centre Afrique par la voie du Nil
-datent de très-loin. Sans nul doute, l'antiquité a connu et pratiqué
-toute la vallée de ce fleuve. Il eût été bien étonnant que des peuples
-entreprenants comme l'histoire nous en montre, n'eussent pas été
-tentés de demander au cours du Nil les secrets des contrées où il
-prend naissance. Aussi, les Romains tentèrent-ils d'en remonter le
-cours. Sous Néron, une expédition parvenue jusqu'au lac _Nou_, à 800
-lieues de son embouchure, revint épouvantée par le spectacle de ces
-solitudes marécageuses peuplées d'éléphants, de crocodiles et
-d'hippopotames. Au IIe siècle de notre ère, Ptolémée n'affirmait-il
-pas que le Nil sortait de deux grands lacs? Les Arabes et les
-Portugais ensuite parcoururent une partie des contrées de l'Afrique
-centrale. Plus tard, en 1770, l'Écossais Jacques Bruce prit le fleuve
-Bleu pour le vrai Nil. Dès lors, toutes les indications des Portugais
-furent oubliées et les lacs de l'intérieur rayés des cartes jusque
-vers 1825. A cette époque, les Français Caillaud et Letorrec,
-lieutenants de marine, attachés à l'expédition envoyée par Mehemet
-dans le pays arrosé par cette rivière, reconnaissent que le fleuve
-Blanc est le vrai Nil et coule durant toute l'année à pleins bords,
-tandis que le lit du fleuve Bleu est desséché pendant une saison
-entière.
-
-Plus tard, les Français Arnaud et Sabatier, les Allemands Werné,
-Ruppel, Russeyger pénètrent jusqu'au lac Nou, à 200 lieues au delà de
-Khartoum; ils reconnaissent le Saubat, le Djour et le Bahr-el-Gazal,
-affluents du Nil. Ils franchissent successivement le lac, et plusieurs
-d'entre eux paient de leur vie la témérité qui les a poussés à
-s'aventurer au milieu de marécages pestilentiels et de tribus féroces
-surexcitées contre les étrangers par les négriers arabes. De 1855 à
-1861, l'Italien Bolognesi et le Français Lejean pénètrent plus loin.
-Ce dernier atteint Gondokoro, situé à 4,000 kilomètres de l'embouchure
-du fleuve.
-
-C'étaient les Anglais Specke, Burton et l'israélite Samuel Baker qui
-devaient avoir l'honneur de dévoiler l'énigme du Nil posée à l'Europe
-par le sphinx égyptien. Après avoir rejoint les deux premiers
-voyageurs, Baker compléta leurs découvertes. Il sut déjouer et éluder
-toutes les trames ourdies sur son passage par les marchands
-d'esclaves. Le 14 mars 1864, il arrivait au lac Loutan-Nzigé, qu'il
-baptisait du nom du prince Albert, suivait le Nil jusqu'au Victoria,
-d'où ce fleuve sort par une autre cataracte de 200 mètres environ
-d'élévation qui fait la différence du niveau des deux lacs. Tel fut le
-résultat de sa première exploration.
-
-En 1871, Baker fit une expédition militaire pour le compte du khédive
-avec le titre de bey (colonel). M. le comte Bisemont, lieutenant de
-vaisseau français, y fut attaché. Baker établit quelques postes entre
-Gondokoro et les lacs, puis revint après avoir échappé à une tentative
-d'empoisonnement de la part de Romanika, roi du Nyoro. Aussi
-plaça-t-il Riouga, le beau-frère de celui-ci, à la tête de ce royaume.
-Cette expédition tua le commerce de Khartoum et la plupart des
-négociants européens abandonnèrent cette ville pour se concentrer à
-El-Obeïd. Quant à la question des sources du Nil, elle n'apporta
-d'autres renseignements que ceux fournis par les noirs. D'après leurs
-récits, le lac Albert communiquerait au sud avec le nord du Tanganika
-par une série de lacs ou rivières navigables (Rouzizi) coulant à
-travers la région qui s'étend entre l'Albert et le Victoria à l'ouest
-des monts Karagoués. S'il en est ainsi, il faudrait donc encore
-reculer les sources du Nil jusque vers le 10° de latitude sud.
-
-Pendant que Baker marchait vers le S., un explorateur russe, le
-docteur Schweinfurth, se jetait à l'ouest du fleuve Blanc. Il
-remontait le Bahr-el-Gazal, pénétrait chez les Niam-Niams, atteignait
-le pays des Mombouttous et des Mitous, peuplades noires
-anthropophages. Il revint en Europe, en 1871, après trois ans et demi
-d'absence.
-
-Des explorations analogues eurent lieu également depuis le
-commencement de ce siècle sur les autres points de l'Afrique.
-
-Du côté du nord, nous voyons Mungo-Park se diriger à travers le Sahara
-jusqu'à Timboktou dans l'espérance de rencontrer le Niger. Il succomba
-à son second voyage (1805). Le major Peddie eut le même sort (1816),
-et le capitaine Lyon ne put dépasser la frontière méridionale du
-Fezzan (1819). Une autre expédition fut organisée à Tripoli; elle
-était composée du major Denham, du lieutenant Clappeston et du docteur
-Oudney. Dans les premiers jours d'avril 1822, ils arrivaient à
-Mourzouk, capitale du Fezzan, et le 17 février, ils entraient à Kouka,
-résidence du sultan du Bornou. Le lac Tchad fut reconnu dans son
-pourtour, les villes de Kano et de Sakkatou visitées. Le docteur
-Oudney mourut dans cette dernière excursion. Après les succès de cette
-première expédition, Denham revint mourir à Sakkatou sans avoir pu
-toucher le bas Niger (1826).
-
-Pendant la même année, le major anglais Laing était assassiné à
-Timboktou, ville dans laquelle notre compatriote Caillé réussissait à
-séjourner quelque temps. En 1849, le gouvernement anglais charge
-Richardson de reprendre et de continuer les explorations de Denham
-dans le Soudan occidental. Richardson s'adjoint les deux Allemands
-Overweg et Henri Barth. L'année suivante, ces voyageurs quittent
-Tripoli, traversent le Fezzan et, dans leur course à travers le
-Sahara, ils découvrent la belle oasis montagneuse d'Air, ancien pays
-d'Agisymba, regardé comme le point le plus avancé de l'Afrique sur
-lequel s'arrêtèrent les aigles romaines. A peine sont-ils entrés dans
-le Soudan que Richardson meurt emporté par une maladie rapide. Les
-deux compagnons explorent les pays au S. et au S.-O. du lac Tchad et,
-en 1852, Overweg succombe également. Barth, resté seul, s'enfonce dans
-le Sakkatou pendant deux ans et reparaît au Bornou, en 1854, après
-avoir séjourné à Timboktou de septembre 1853 à mai 1854. Il y trouva
-l'Allemand Edouard Vogel, le compagnon que la Société de géographie de
-Londres lui envoyait. Celui-ci détermina à 276 mètres au-dessus de
-l'Océan le niveau du lac Tchad. Barth fatigué revint en Angleterre en
-1855. Vogel voulant explorer le Soudan oriental; il se dirigea vers le
-Ouadaï, où il fut assassiné à Kouka (1856).
-
-Cependant, en 1860, une expédition nationale allemande s'organisait
-pour aller à la recherche de Vogel. Elle devait partir par la mer
-Rouge et prendre Khartoum pour base d'opération, pendant qu'un
-voyageur, M. de Beurman, se porterait à sa rencontre par le Fezzan, le
-Bornou et le Ouadaï. Des circonstances imprévues l'obligèrent de se
-dissoudre en arrivant à Khartoum (1862) et M. de Beurman fut également
-assassiné dans le Ouadaï. En ce moment (1874), M. le docteur Nachtigal
-a pu pénétrer dans le Ouadaï; il revient par le Darfour, et M. Gérard
-Rohlf vient de terminer ses explorations dans le désert libyque.
-
-Pendant que l'Afrique était attaquée du côté du nord, la partie
-occidentale n'était pas négligée. L'Angleterre envoyait, en 1816, le
-capitaine Tuckey remonter le Congo ou Zaïre; il fut arrêté par les
-rapides de ce fleuve à Enimbo, par 4° 40" de lat. S., à 290 kil. de
-l'Océan, soit 210 à vol d'oiseau. Il mourut des fièvres avec tout son
-équipage. Jusqu'en 1872, rien ne fut tenté dans cette voie. Or les
-missionnaires portugais des XVIe et XVIIe siècles avaient des
-résidences à 60 kil. plus haut dans les missions de Conconbella, et
-sur le Kouango, à Candi (Canga ou Penibo de Ocanga Tukouango). En ce
-moment, une expédition anglaise explore le cours de ce fleuve.
-
-Après l'insuccès du Tuckey, l'Angleterre s'attacha au cours du Niger,
-dont d'autres explorateurs cherchaient les sources au Soudan. En 1830,
-John Lander reconnut les embouchures de ce fleuve, ainsi qu'une partie
-de son cours inférieur. Laird, Oldfield, Allen (1832) et le capitaine
-Trotter (1841) revoient son itinéraire et cherchent à ouvrir, avec le
-Soudan, par cette grande artère fluviale, une voie commerciale plus
-courte et moins dangereuse que le désert. Cet honneur était réservé au
-docteur Baikie, commandant de l'expédition de _la Pléiade_ (1854). Il
-trouva cette route dans le Benoué, grand affluent du Niger qui descend
-des parties S.-O. de Bornou et prend ses sources à peu de distance du
-Chary.
-
-Au commencement de l'année courante, MM. Marche et Compiègne,
-voyageurs français, remontent l'Ogovai, dont le cours inférieur a été
-relevé par l'amiral Fleuriot de Langle. D'un autre côté, M. Bastian
-est arrivé avec une expédition allemande sur les bords du Loango et
-s'apprête à pénétrer dans le continent africain entre les 5° et 8° de
-lat. S., région explorée en partie par notre compatriote Duchaillu.
-
-La partie occidentale de l'Afrique n'a pu être explorée comme les
-régions septentrionales et orientales. Un désert aride et des tribus
-féroces semblent former une zone infranchissable à vingt lieues de la
-côte. Mais la côte orientale, ouverte par les Arabes négriers et
-marchands d'ivoire, vient d'être à nouveau franchie par le lieutenant
-Cameron, parti de Zanzibar, pour compléter les découvertes de
-Livingstone.
-
-Quant à l'Afrique australe comprise entre le Zambèse et le cap de
-Bonne-Espérance, elle vient d'être reconnue par MM. Mauch et Erskine.
-Le premier a exploré les pays qui s'étendent entre le Zambèse et le
-fleuve Orange. Le second s'est élevé au nord de la baie de Lagoa et a
-exploré le bassin du Limpopo et la zone du littoral comprise entre ce
-fleuve et le Zambèse, où il a découvert les ruines et les placers de
-Zimbaoê, l'Ophir biblique, peut-être!
-
-Si de là nous portons nos regards vers l'ancienne Éthiopie ou
-Abyssinie, nous apercevons pendant notre siècle, suivant les traces de
-Robert Bruce dans les sentiers rocailleux et desséchés de ce pays, un
-certain nombre de voyageurs intrépides. La France y envoie Rochet
-d'Héricourt, Théophile Lefebvre, Perret et Galinier, MM. Antoine et
-Arnault d'Abbadie; Specke, Harris, Ruppel, le docteur Blanc, y
-représentent l'Angleterre, dont l'expédition contre Théodoros a donné
-lieu à des travaux importants. Tel est le résumé de l'histoire des
-explorations africaines. Nous pensons que le lecteur nous saura gré de
-lui donner un tableau succinct de ces grands voyages qui reculent les
-horizons de la civilisation chrétienne.
-
-D'après ce que nous venons de dire, nous pouvons nous faire une idée
-de la configuration de l'intérieur de l'Afrique.
-
-A quelque distance de la mer, une série de chaînes ou bourrelets
-continus de montagnes entourent l'Afrique. Au N., ce bourrelet
-s'appelle l'Atlas, jusqu'au S.-O. du Maroc. Il reparaît au Sénégal,
-sous le nom de chaîne des Kong, et se prolonge jusqu'au cap de
-Bonne-Espérance. De là il suit la mer des Indes, forme le Kilima-Njaro
-(7,000 m.) le Kenia ou Mont-Blanc (6,000 m.), et se rattache aux
-chaînes méridionales du pays des Gallas. Les monts de la Lune, qui se
-détachent de celles-ci, ne courent pas de l'O. à l'E., comme on l'a
-cru pendant longtemps, mais elles descendent du N. au S.
-
-L'intérieur de l'Afrique forme donc un immense bassin dont les bords
-ne seraient interrompus d'une part que par les brèches d'où les grands
-fleuves africains s'échappent en cataractes écumantes vers les mers,
-et, d'autre part, dans la partie occidentale, par le Sahara qui vient
-confondre ses sables avec ceux de l'Océan entre le Maroc et le
-Sénégal.
-
-L'intérieur de ce bassin serait divisé par quelques plateaux en
-plusieurs régions que l'on regarde encore comme indépendantes l'une de
-l'autre, bien qu'elles puissent être réunies entre elles par des cours
-d'eau, ainsi que certains géographes le prétendent. C'est ce que de
-nouvelles explorations prouveront. La première au S. est celle du lac
-Nyassa, du Chironé et du Zambèse. Elle est séparée de la deuxième
-entre le 10e et le 12e degré de lat. S. par le plateau de Moviza ou
-Motchinga, qui a 1,100 kil. environ d'étendue et une altitude moyenne
-de 1,200 m., mais quelques points en atteignent 1,500, 1,800 et 2,100.
-Son versant nord donne naissance à un nombre si considérable de
-rivières, dit Livingstone, qu'il faudrait la vie d'un homme pour les
-compter. La seconde contient cinq lacs qui sont, en commençant par le
-plus méridional: le Bangweolo, qui s'étend de l'E. à l'O., entre 11°
-et 12° de lat. australe sur un développement de 240 kil. par 1,219 m.
-d'altitude. Il est couvert d'îles habitées et reçoit le Tchambezi,
-rivière qui prend ses sources vers 10° de lat. S., au N. du lac
-Nyassa. De sa partie septentrionale sort le Louapoula; ce cours d'eau
-va se jeter dans le lac Moero. De celui-ci s'échappe le Loualaba
-oriental. Cette rivière a de 1,800 à 5,400 m. de largeur et s'ouvre
-dans le lac Kamolondo, ou bien Oulendje. Ce lac recevrait également
-sur sa rive occidentale le Loufira, ou Loualaba central, qui
-descendrait de la région Ouest inexplorée du Moviza et des monts
-Koné. De ce même point coulerait également au N.-O. le Loualaba
-occidental, ou Louloua, lequel se réunit au Kasabi, traverse le lac
-Lincoln ou Moula et va sous le nom de Loeki, ou Lomamé, se joindre au
-Loualaba central. Tous ces Loualabas qui, dans la langue des indigènes
-signifient des lacs rivières (bassins lacustres), ne forment qu'un
-seul cours d'eau qui entre dans le lac Sans-Nom par 4° de lat.
-australe et 22° 40' de long. orientale et coule au milieu de ses
-archipels pour en sortir au N. sous le nom de Nyali, Bancaor ou
-Bakara, incliner entre 1° et 2° de lat. S. vers l'O., et se jeter dans
-l'Océan sous le nom de Zaïre ou Congo. Ce bassin serait donc celui de
-ce grand fleuve sur lequel l'un des rois chrétiens du Congo fit lancer
-deux brigantins afin d'en explorer le cours jusqu'aux lacs où il prend
-ses sources. C'est ce que nous avons trouvé dans la correspondance de
-ce prince.
-
-Les habitants du Congo et des États voisins connaissaient donc la
-région des lacs de l'Afrique centrale. C'est par eux que les Portugais
-en eurent connaissance et pratiquèrent les routes qui les conduisaient
-de leurs établissements de la Guinée méridionale à ceux de la côte
-orientale d'Afrique. Du reste, les noms de Moero et de Moura (Maure),
-dont le premier est la corruption du second, sont Portugais. Ils
-révèlent donc le passage des voyageurs de cette nation qui les leur
-ont imposés. Après les avoir retrouvés, Livingstone leur a donné des
-noms anglais.
-
-Sur le versant S. du Movitza naissent également deux cours d'eau, le
-Liambaï ou Zambèse (Palmerston) et le Kafoué, affluent de ce fleuve.
-
-A l'époque des pluies, le fond de ces différentes vallées est
-tellement inondé que les rivières et les lacs ne forment plus qu'une
-immense nappe d'eau comme dans la zone parallèle de l'Amérique
-méridionale.
-
-A l'E. de ce bassin s'étend celui du Tanganika, qui est regardé comme
-complètement indépendant des autres.
-
-Cependant, d'après les dernières explorations de Baker, il
-communiquerait avec le Victoria par le Bouzizi, dont les eaux
-couleraient vers le N. ou le S., selon l'époque différente des pluies
-ou des crues dans chacun des deux bassins. D'après cette hypothèse,
-c'est dans le Tanganika qu'il faudrait voir les sources du Nil.
-
-Le bassin le plus septentrional se compose du M'Woutan ou Albert
-N'yanza (829 m. d'altitude) et du Victoria N'yanza (1,100 m.
-d'altitude moyenne), d'où sort le Nil Blanc (Bahr-el-Abiad). A l'O. de
-ce dernier se trouve le lac Baringo.
-
-Le cinquième bassin, celui du lac Tchad, se développe dans le Soudan
-oriental. Il y a pour affluent le Chari au S. et le Fédé, autre
-Bahr-el-Gazal (fleuve des Gazelles), distinct de l'affluent du fleuve
-Blanc. Ce cours d'eau sort du lac, coule pendant 500 kilomètres vers
-le N.-E. jusqu'au 16° de lat. N. par 17° de long. E. dans le canton
-des Kreddas. Là, ses eaux disparaissent dans les dunes de sable du
-Soudan. Cette rivière est donc un exutoire du Tchad, et non un de ses
-tributaires, comme on l'a cru jusqu'aux explorations du docteur
-allemand Nachtigal. Le niveau est à 39 m. au-dessous de celui des
-mers.
-
-
-LILLE--IMPRIMERIE DANEL.
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-
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-l'Abbé Durand
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