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+*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 40279 ***
+
+Note sur la transcription: Les erreurs clairement introduites par le
+typographe ont été corrigées. L'orthographe d'origine a été conservée
+et n'a pas été harmonisée.
+
+
+
+
+ ASSOCIATION FRANÇAISE
+ POUR
+ L'AVANCEMENT DES SCIENCES
+
+ CONGRÈS DE LILLE
+
+ 1874
+
+
+ [Illustration]
+
+ PARIS
+ AU SECRÉTARIAT DE L'ASSOCIATION
+ 76, rue de Rennes.
+
+
+
+
+ ASSOCIATION FRANÇAISE
+ POUR L'AVANCEMENT DES SCIENCES
+ --CONGRÈS DE LILLE--1874--
+
+
+M. l'Abbé DURAND
+
+Vicaire de l'église métropolitaine de Paris, Archiviste-Bibliothécaire
+de la Société de géographie.
+
+LES EXPLORATEURS DU CENTRE DE L'AFRIQUE
+
+--Séances des 24 et 26 août 1874.--
+
+
+L'Afrique centrale a certainement été connue des anciens Égyptiens.
+L'Égypte seule avec sa vallée du Nil, ses déserts de Nubie et de Libye
+n'est pas une base suffisante pour expliquer la puissance des
+pharaons, des Sésostris et des Ptolémée. L'Égypte de cette époque
+était vraisemblablement un grand empire africain dans lequel ces
+souverains trouvèrent les soldats nécessaires aux armées avec
+lesquelles ils s'avancèrent jusqu'à l'Inde. Plus tard, l'empire
+d'Éthiopie se forma des débris de celui-ci. Il possédait encore au VIe
+siècle de notre ère une partie de l'Arabie, sa puissance devait donc
+renfermer une partie de l'Afrique. Au XVe siècle, les Portugais
+s'emparèrent de tout le littoral africain depuis le Maroc jusqu'en
+Abyssinie; ils y échelonnèrent un grand nombre de colonies
+florissantes qui passèrent successivement entre les mains des
+Hollandais et des Anglais, ou retombèrent sous le pouvoir des
+musulmans. Certainement les Portugais connaissaient les grandes routes
+de l'intérieur de ce continent. Leurs missionnaires, leurs commerçants
+et leurs voyageurs allaient du Congo au Mozambique, et de la côte de
+Guinée au Zanzibar, à Monbaça et à Sofala. Après la ruine de leur
+puissance, les Anglais préoccupés par des guerres incessantes avec la
+France ou la Hollande, n'occupèrent que les points du littoral utiles
+à leurs intérêts les plus pressants, mais ils négligèrent le centre de
+l'Afrique. Alors les routes intérieures furent oubliées, et le
+commerce de ces contrées retomba entre les mains des Arabes qui en ont
+conservé le secret jusqu'à nos jours.
+
+Le centre de l'Afrique n'est pas aussi désert qu'on le croit
+ordinairement. C'est un vaste bassin au fond duquel s'étendent des
+lacs immenses aux bords ombragés de magnifiques forêts semblables à
+celles de la vallée de l'Amazone, et peuplées de troupeaux immenses
+d'éléphants, de rhinocéros, de gazelles, de girafes, de zèbres et
+autres animaux auxquels le lion fait une guerre perpétuelle.
+
+Ces lacs sont au nombre de sept principaux; ils sont alimentés par les
+eaux torrentielles de la zone équatoriale. Ce sont: le Tanganika, le
+Bangweolo, le Moero, le Moura, le lac Sans Nom, le Victoria et
+l'Albert Nyanza. Ils forment les réservoirs des grands fleuves qui
+arrosent le continent africain, tels que le Congo ou Zaïre, l'Ogovai,
+le Niger sur la côte occidentale, le Zambèse et autres sur la côte
+orientale, et enfin le Nil dont les sources multiples semblent se
+cacher à plaisir aux investigations des explorateurs.
+
+On dirait le lit d'une mer ancienne dont les eaux se retirant
+insensiblement se sont réduites aux bassins de ces lacs qui témoignent
+de son existence. Ces contrées riches et fertiles sont habitées par
+des peuples noirs très-nombreux et très-féconds. Depuis des siècles
+elles sont le réservoir principal de la traite des esclaves qui ont
+été introduits dans presque toutes les parties du monde. Les maladies,
+les guerres incessantes de tribu à tribu devraient y avoir fait le
+désert depuis des siècles.
+
+Il n'en est pas ainsi; les voyageurs modernes ont été d'étonnement en
+étonnement à mesure qu'ils avançaient vers les régions du centre, et
+l'Europe, habituée à regarder l'Afrique comme un Sahara interminable,
+crut rêver en entendant la révélation des magnificences et du nombre
+des populations de l'intérieur de ce continent.
+
+Le centre de l'Afrique a été exploré par les Portugais et évangélisé
+par les missionnaires jésuites et dominicains de cette nation. Ceux-ci
+connaissaient la région des grands lacs, ainsi que le prouve la carte
+chinoise d'Afrique construite par le père Verbiest, jésuite, directeur
+du tribunal des mathématiques de Pékin, sous le règne de Kang-Hi.
+Cette carte est exposée dans le vestibule de la maison des jésuites de
+Paris, rue de Sèvres. En 1662, l'un d'eux traversa l'Afrique d'Angola
+à Mozambique en suivant les vallées du Congo et du Zambèse.
+
+En 1797, les Portugais essayèrent de retrouver les routes suivies par
+leurs aïeux. Un marchand d'esclaves de cette nation établi à Tête, sur
+le Zambèse, noua de nouvelles relations avec l'empereur du Monomotapa.
+En conséquence, la cour de Lisbonne y envoya le docteur Lacerda,
+astronome distingué, chef de la commission des limites entre le Brésil
+et le Pérou, avec une expédition chargée d'explorer le centre Afrique.
+Le 12 mars 1797, il entrait dans le Zambèse, remontait ce fleuve
+jusqu'à Tête, atteignait le Tchambèze et venait mourir à Loucenda,
+capitale de Lounda. Quelques années après, de 1802 à 1814, deux
+_pombeiros_ d'Angola, ou esclaves marchands, firent plusieurs fois le
+voyage d'Angola à Tête. Ils traversèrent les rivières Louapoula et
+Loufiré. Leurs itinéraires donnèrent lieu à des travaux importants de
+la part des géographes.
+
+A partir de cette époque jusqu'en 1831, le silence règne complètement
+pour l'Europe sur le centre de l'Afrique. Du reste, il faut dire que
+les Portugais ont trop caché leurs découvertes et en ont gardé
+précieusement le secret.
+
+En 1831, le major Monteiro et le capitaine Gamitto reprenaient le même
+itinéraire, exploraient les monts Montchinga ou Movisa (1,200 à 2,100
+mètres d'altitude), visités par Livingstone dans ces dernières années,
+et confirmaient les travaux de leurs devanciers. Après ces expéditions
+dont les dernières ont été inspirées par les Anglais, ceux-ci prenant
+pour base les explorations portugaises, envoyèrent le docteur
+Livingstone, membre de la Société royale britannique de géographie
+reconnaître l'Afrique centrale. Cet illustre voyageur commença ses
+voyages en 1846 et succomba sous le poids de ses fatigues en 1873, à
+Lobisa.
+
+Il attaqua d'abord l'Afrique par le cap de Bonne-Espérance, et, de
+1849 à 1851, il fit, en compagnie de sa femme et de ses enfants, deux
+voyages au pays des Betchuanas au N. du cap de Bonne-Espérance. Dans
+une première excursion, au delà du désert de Kalahari, il découvrait
+le petit lac Lgami; puis, à sa seconde excursion, il entrait dans une
+contrée fertile arrosée par un grand fleuve, le Zambèse. De retour à
+la ville du Cap, il renvoya sa famille en Angleterre, et se consacra
+totalement aux explorations géographiques, à l'aide des anciens
+itinéraires portugais.
+
+D'abord, il remonta le Zambèse, et escorté d'une troupe de Malakolos,
+habitants du cours inférieur de ce fleuve, traversa en six mois le
+continent africain jusqu'à Saint-Paul de Loanda (1854) et revint à son
+point de départ. C'est un voyage de 800 à 900 lieues. A son deuxième
+voyage (1858-1864), il reconnut les contrées situées au nord de ce
+fleuve et découvrit le lac Nyassa ou Maravi, qui mesure environ 80
+lieues de longueur et communique avec lui par le Chiré, un de ses
+affluents (1859). Voulant ensuite éclaircir la question des sources du
+Nil, dans un troisième voyage (1865), il partit de la côte de
+Zanguebar et s'engagea par le fleuve Rovuma, déversoir du Maravi, dans
+l'intérieur du continent (1866). Il atteignit successivement Bemba
+(1867) par 10° 10' de lat. australe, localité située entre le Nyassa
+et le Tanganika, et Loucenda, capitale du Lounda ou Cazembé, située
+par 8° 30' de lat. N. et 26° de long. E.
+
+C'est dans cette expédition qu'il découvrit les lacs Bangweolo par 8°
+30' de lat. S. et 26° de long. E. de Paris (1860) et _Moero_ au S.-O.
+du Tanganika, signalé en 1856 par le Portugais Graça et en 1851 par le
+Hongrois Ladilas Magyar, ainsi que le système hydrographique du
+Tchambèse, du Louapoula et du Loualaba.
+
+Pendant cette période, il releva également une partie des bords des
+lacs Tanganika et Liemba. C'était toute la région inconnue des
+Manyouemas (1871) comprise entre les troisième et sixième degrés de
+lat. S. Les correspondances de Livingstone ayant été interceptées par
+les Arabes négriers, on resta trois ans sans recevoir de ses
+nouvelles; on le crut mort, on organisa des expéditions. C'est à
+Oudjidji, petit port de la rive occidentale du Tanganika, que le
+reporter américain Stanley le retrouva pendant qu'une caravane
+anglaise s'organisait lentement à Zanzibar pour aller à sa recherche.
+Pendant quatre mois, du 10 novembre 1870 au 14 mars 1872, ces deux
+voyageurs explorèrent ensemble la partie septentrionale du Tanganika
+et constatèrent que, très-probablement, ce lac avec son annexe le
+Liemba forme un bassin fermé, complètement indépendant de ceux du Nil
+et de tous les autres fleuves de l'Afrique. Après cette expédition, M.
+Stanley quitta Livingstone à Tabora, capitale de l'Unyanyembé, et
+reprit le chemin de l'Amérique (1872). Livingstone continua ses
+travaux autour du Tanganika et vint mourir des suites de la
+dyssenterie, à Lobisa, dans le bassin du Tchambéze, vers le 15 août
+1873. Son corps, salé et séché au soleil, a été rapporté par les noirs
+à Bagamoyo et envoyé en Angleterre, où il repose dans l'abbaye de
+Westminster.
+
+Pendant que Livingstone explorait l'Afrique australe, d'autres
+expéditions anglaises partaient de la côte du Zanguebar et
+s'avançaient dans l'intérieur du continent. Déjà les missionnaires
+protestants allemands de l'île de Mombaz avaient découvert les
+montagnes de Kenia et du Kilima-Njaro, gravies par le savant voyageur
+allemand, baron de Decken, et signalé d'après les récits des noirs
+l'existence de grands lacs à l'O. de celles-ci. Sur ces indications,
+le capitaine Burton et le lieutenant Specke vinrent ouvrir une
+nouvelle voie entre le Zanguebar et la région des lacs. Ils partaient
+de Bagamoyo en juin 1857 et arrivaient le 7 novembre suivant à Tabora
+ou Caseh, localité fondée par les traitants arabes, à 250 lieues
+environ de la côte. Or, le 13 février 1858, Burton, franchissant le
+sommet d'une colline, voyait se dérouler tout à coup, à 7 ou 800
+mètres sous ses pieds, une immense nappe d'eau encadrée de hautes
+montagnes vers l'O. C'était le Tanganika.
+
+Fatigués et dénués de ressources, les deux voyageurs revinrent à
+Tabora, d'où Specke, plus valide, mais atteint d'une ophthalmie,
+s'avança au N. à la recherche d'un autre lac signalé par les traitants
+arabes. A 60 lieues dans cette direction, il reconnut en effet les
+bords méridionaux d'un lac plus vaste que le précédent, appelé
+Keréoné par les noirs, et lui donna le nom de Victoria. Dès lors, il
+eut la conviction que ce lac était l'un des principaux réservoirs du
+Nil. Les deux voyageurs retournèrent en Angleterre, mais Specke,
+commissionné par la Société de géographie britannique, revint avec le
+lieutenant Grant continuer les explorations ébauchées de ce côté.
+Arrivés à Tabora le 24 janvier 1861, les deux explorateurs ne purent
+atteindre qu'à la fin de l'année le mont Karagoué, qui limite au S. O.
+et au S. E. le bassin du Victoria. Specke constata l'existence d'une
+ligne de partage au N.-O., entre ce lac et le Tanganika et lui donna
+le nom de Montagnes de la Lune, que la tradition place aux sources du
+Nil. Il suivit ensuite un cours d'eau qui s'échappe du lac par une
+cataracte de 200 mètres de hauteur et acquit la conviction par les
+récits des indigènes qu'il traversait la partie septentrionale d'un
+autre lac moins grand, le Loutan-Nzigé, situé à l'ouest du premier. Il
+le retrouva dans le pays des Baris, non loin de Gondokoro.
+
+Il avait découvert le véritable Nil. Ainsi se trouvait confirmée la
+tradition de l'antiquité consignée dans les cartes de Ptolémée. Il y a
+seize siècles, ce géographe faisait sortir le Nil de deux mers
+intérieures. Quelques jours après, Specke et Grant arrivaient à
+Gondokoro, où ils rencontraient sir Baker marchant à leur rencontre,
+mais qui les croyait encore très-éloignés de cette localité.
+
+Les tentatives d'exploration du centre Afrique par la voie du Nil
+datent de très-loin. Sans nul doute, l'antiquité a connu et pratiqué
+toute la vallée de ce fleuve. Il eût été bien étonnant que des peuples
+entreprenants comme l'histoire nous en montre, n'eussent pas été
+tentés de demander au cours du Nil les secrets des contrées où il
+prend naissance. Aussi, les Romains tentèrent-ils d'en remonter le
+cours. Sous Néron, une expédition parvenue jusqu'au lac _Nou_, à 800
+lieues de son embouchure, revint épouvantée par le spectacle de ces
+solitudes marécageuses peuplées d'éléphants, de crocodiles et
+d'hippopotames. Au IIe siècle de notre ère, Ptolémée n'affirmait-il
+pas que le Nil sortait de deux grands lacs? Les Arabes et les
+Portugais ensuite parcoururent une partie des contrées de l'Afrique
+centrale. Plus tard, en 1770, l'Écossais Jacques Bruce prit le fleuve
+Bleu pour le vrai Nil. Dès lors, toutes les indications des Portugais
+furent oubliées et les lacs de l'intérieur rayés des cartes jusque
+vers 1825. A cette époque, les Français Caillaud et Letorrec,
+lieutenants de marine, attachés à l'expédition envoyée par Mehemet
+dans le pays arrosé par cette rivière, reconnaissent que le fleuve
+Blanc est le vrai Nil et coule durant toute l'année à pleins bords,
+tandis que le lit du fleuve Bleu est desséché pendant une saison
+entière.
+
+Plus tard, les Français Arnaud et Sabatier, les Allemands Werné,
+Ruppel, Russeyger pénètrent jusqu'au lac Nou, à 200 lieues au delà de
+Khartoum; ils reconnaissent le Saubat, le Djour et le Bahr-el-Gazal,
+affluents du Nil. Ils franchissent successivement le lac, et plusieurs
+d'entre eux paient de leur vie la témérité qui les a poussés à
+s'aventurer au milieu de marécages pestilentiels et de tribus féroces
+surexcitées contre les étrangers par les négriers arabes. De 1855 à
+1861, l'Italien Bolognesi et le Français Lejean pénètrent plus loin.
+Ce dernier atteint Gondokoro, situé à 4,000 kilomètres de l'embouchure
+du fleuve.
+
+C'étaient les Anglais Specke, Burton et l'israélite Samuel Baker qui
+devaient avoir l'honneur de dévoiler l'énigme du Nil posée à l'Europe
+par le sphinx égyptien. Après avoir rejoint les deux premiers
+voyageurs, Baker compléta leurs découvertes. Il sut déjouer et éluder
+toutes les trames ourdies sur son passage par les marchands
+d'esclaves. Le 14 mars 1864, il arrivait au lac Loutan-Nzigé, qu'il
+baptisait du nom du prince Albert, suivait le Nil jusqu'au Victoria,
+d'où ce fleuve sort par une autre cataracte de 200 mètres environ
+d'élévation qui fait la différence du niveau des deux lacs. Tel fut le
+résultat de sa première exploration.
+
+En 1871, Baker fit une expédition militaire pour le compte du khédive
+avec le titre de bey (colonel). M. le comte Bisemont, lieutenant de
+vaisseau français, y fut attaché. Baker établit quelques postes entre
+Gondokoro et les lacs, puis revint après avoir échappé à une tentative
+d'empoisonnement de la part de Romanika, roi du Nyoro. Aussi
+plaça-t-il Riouga, le beau-frère de celui-ci, à la tête de ce royaume.
+Cette expédition tua le commerce de Khartoum et la plupart des
+négociants européens abandonnèrent cette ville pour se concentrer à
+El-Obeïd. Quant à la question des sources du Nil, elle n'apporta
+d'autres renseignements que ceux fournis par les noirs. D'après leurs
+récits, le lac Albert communiquerait au sud avec le nord du Tanganika
+par une série de lacs ou rivières navigables (Rouzizi) coulant à
+travers la région qui s'étend entre l'Albert et le Victoria à l'ouest
+des monts Karagoués. S'il en est ainsi, il faudrait donc encore
+reculer les sources du Nil jusque vers le 10° de latitude sud.
+
+Pendant que Baker marchait vers le S., un explorateur russe, le
+docteur Schweinfurth, se jetait à l'ouest du fleuve Blanc. Il
+remontait le Bahr-el-Gazal, pénétrait chez les Niam-Niams, atteignait
+le pays des Mombouttous et des Mitous, peuplades noires
+anthropophages. Il revint en Europe, en 1871, après trois ans et demi
+d'absence.
+
+Des explorations analogues eurent lieu également depuis le
+commencement de ce siècle sur les autres points de l'Afrique.
+
+Du côté du nord, nous voyons Mungo-Park se diriger à travers le Sahara
+jusqu'à Timboktou dans l'espérance de rencontrer le Niger. Il succomba
+à son second voyage (1805). Le major Peddie eut le même sort (1816),
+et le capitaine Lyon ne put dépasser la frontière méridionale du
+Fezzan (1819). Une autre expédition fut organisée à Tripoli; elle
+était composée du major Denham, du lieutenant Clappeston et du docteur
+Oudney. Dans les premiers jours d'avril 1822, ils arrivaient à
+Mourzouk, capitale du Fezzan, et le 17 février, ils entraient à Kouka,
+résidence du sultan du Bornou. Le lac Tchad fut reconnu dans son
+pourtour, les villes de Kano et de Sakkatou visitées. Le docteur
+Oudney mourut dans cette dernière excursion. Après les succès de cette
+première expédition, Denham revint mourir à Sakkatou sans avoir pu
+toucher le bas Niger (1826).
+
+Pendant la même année, le major anglais Laing était assassiné à
+Timboktou, ville dans laquelle notre compatriote Caillé réussissait à
+séjourner quelque temps. En 1849, le gouvernement anglais charge
+Richardson de reprendre et de continuer les explorations de Denham
+dans le Soudan occidental. Richardson s'adjoint les deux Allemands
+Overweg et Henri Barth. L'année suivante, ces voyageurs quittent
+Tripoli, traversent le Fezzan et, dans leur course à travers le
+Sahara, ils découvrent la belle oasis montagneuse d'Air, ancien pays
+d'Agisymba, regardé comme le point le plus avancé de l'Afrique sur
+lequel s'arrêtèrent les aigles romaines. A peine sont-ils entrés dans
+le Soudan que Richardson meurt emporté par une maladie rapide. Les
+deux compagnons explorent les pays au S. et au S.-O. du lac Tchad et,
+en 1852, Overweg succombe également. Barth, resté seul, s'enfonce dans
+le Sakkatou pendant deux ans et reparaît au Bornou, en 1854, après
+avoir séjourné à Timboktou de septembre 1853 à mai 1854. Il y trouva
+l'Allemand Edouard Vogel, le compagnon que la Société de géographie de
+Londres lui envoyait. Celui-ci détermina à 276 mètres au-dessus de
+l'Océan le niveau du lac Tchad. Barth fatigué revint en Angleterre en
+1855. Vogel voulant explorer le Soudan oriental; il se dirigea vers le
+Ouadaï, où il fut assassiné à Kouka (1856).
+
+Cependant, en 1860, une expédition nationale allemande s'organisait
+pour aller à la recherche de Vogel. Elle devait partir par la mer
+Rouge et prendre Khartoum pour base d'opération, pendant qu'un
+voyageur, M. de Beurman, se porterait à sa rencontre par le Fezzan, le
+Bornou et le Ouadaï. Des circonstances imprévues l'obligèrent de se
+dissoudre en arrivant à Khartoum (1862) et M. de Beurman fut également
+assassiné dans le Ouadaï. En ce moment (1874), M. le docteur Nachtigal
+a pu pénétrer dans le Ouadaï; il revient par le Darfour, et M. Gérard
+Rohlf vient de terminer ses explorations dans le désert libyque.
+
+Pendant que l'Afrique était attaquée du côté du nord, la partie
+occidentale n'était pas négligée. L'Angleterre envoyait, en 1816, le
+capitaine Tuckey remonter le Congo ou Zaïre; il fut arrêté par les
+rapides de ce fleuve à Enimbo, par 4° 40" de lat. S., à 290 kil. de
+l'Océan, soit 210 à vol d'oiseau. Il mourut des fièvres avec tout son
+équipage. Jusqu'en 1872, rien ne fut tenté dans cette voie. Or les
+missionnaires portugais des XVIe et XVIIe siècles avaient des
+résidences à 60 kil. plus haut dans les missions de Conconbella, et
+sur le Kouango, à Candi (Canga ou Penibo de Ocanga Tukouango). En ce
+moment, une expédition anglaise explore le cours de ce fleuve.
+
+Après l'insuccès du Tuckey, l'Angleterre s'attacha au cours du Niger,
+dont d'autres explorateurs cherchaient les sources au Soudan. En 1830,
+John Lander reconnut les embouchures de ce fleuve, ainsi qu'une partie
+de son cours inférieur. Laird, Oldfield, Allen (1832) et le capitaine
+Trotter (1841) revoient son itinéraire et cherchent à ouvrir, avec le
+Soudan, par cette grande artère fluviale, une voie commerciale plus
+courte et moins dangereuse que le désert. Cet honneur était réservé au
+docteur Baikie, commandant de l'expédition de _la Pléiade_ (1854). Il
+trouva cette route dans le Benoué, grand affluent du Niger qui descend
+des parties S.-O. de Bornou et prend ses sources à peu de distance du
+Chary.
+
+Au commencement de l'année courante, MM. Marche et Compiègne,
+voyageurs français, remontent l'Ogovai, dont le cours inférieur a été
+relevé par l'amiral Fleuriot de Langle. D'un autre côté, M. Bastian
+est arrivé avec une expédition allemande sur les bords du Loango et
+s'apprête à pénétrer dans le continent africain entre les 5° et 8° de
+lat. S., région explorée en partie par notre compatriote Duchaillu.
+
+La partie occidentale de l'Afrique n'a pu être explorée comme les
+régions septentrionales et orientales. Un désert aride et des tribus
+féroces semblent former une zone infranchissable à vingt lieues de la
+côte. Mais la côte orientale, ouverte par les Arabes négriers et
+marchands d'ivoire, vient d'être à nouveau franchie par le lieutenant
+Cameron, parti de Zanzibar, pour compléter les découvertes de
+Livingstone.
+
+Quant à l'Afrique australe comprise entre le Zambèse et le cap de
+Bonne-Espérance, elle vient d'être reconnue par MM. Mauch et Erskine.
+Le premier a exploré les pays qui s'étendent entre le Zambèse et le
+fleuve Orange. Le second s'est élevé au nord de la baie de Lagoa et a
+exploré le bassin du Limpopo et la zone du littoral comprise entre ce
+fleuve et le Zambèse, où il a découvert les ruines et les placers de
+Zimbaoê, l'Ophir biblique, peut-être!
+
+Si de là nous portons nos regards vers l'ancienne Éthiopie ou
+Abyssinie, nous apercevons pendant notre siècle, suivant les traces de
+Robert Bruce dans les sentiers rocailleux et desséchés de ce pays, un
+certain nombre de voyageurs intrépides. La France y envoie Rochet
+d'Héricourt, Théophile Lefebvre, Perret et Galinier, MM. Antoine et
+Arnault d'Abbadie; Specke, Harris, Ruppel, le docteur Blanc, y
+représentent l'Angleterre, dont l'expédition contre Théodoros a donné
+lieu à des travaux importants. Tel est le résumé de l'histoire des
+explorations africaines. Nous pensons que le lecteur nous saura gré de
+lui donner un tableau succinct de ces grands voyages qui reculent les
+horizons de la civilisation chrétienne.
+
+D'après ce que nous venons de dire, nous pouvons nous faire une idée
+de la configuration de l'intérieur de l'Afrique.
+
+A quelque distance de la mer, une série de chaînes ou bourrelets
+continus de montagnes entourent l'Afrique. Au N., ce bourrelet
+s'appelle l'Atlas, jusqu'au S.-O. du Maroc. Il reparaît au Sénégal,
+sous le nom de chaîne des Kong, et se prolonge jusqu'au cap de
+Bonne-Espérance. De là il suit la mer des Indes, forme le Kilima-Njaro
+(7,000 m.) le Kenia ou Mont-Blanc (6,000 m.), et se rattache aux
+chaînes méridionales du pays des Gallas. Les monts de la Lune, qui se
+détachent de celles-ci, ne courent pas de l'O. à l'E., comme on l'a
+cru pendant longtemps, mais elles descendent du N. au S.
+
+L'intérieur de l'Afrique forme donc un immense bassin dont les bords
+ne seraient interrompus d'une part que par les brèches d'où les grands
+fleuves africains s'échappent en cataractes écumantes vers les mers,
+et, d'autre part, dans la partie occidentale, par le Sahara qui vient
+confondre ses sables avec ceux de l'Océan entre le Maroc et le
+Sénégal.
+
+L'intérieur de ce bassin serait divisé par quelques plateaux en
+plusieurs régions que l'on regarde encore comme indépendantes l'une de
+l'autre, bien qu'elles puissent être réunies entre elles par des cours
+d'eau, ainsi que certains géographes le prétendent. C'est ce que de
+nouvelles explorations prouveront. La première au S. est celle du lac
+Nyassa, du Chironé et du Zambèse. Elle est séparée de la deuxième
+entre le 10e et le 12e degré de lat. S. par le plateau de Moviza ou
+Motchinga, qui a 1,100 kil. environ d'étendue et une altitude moyenne
+de 1,200 m., mais quelques points en atteignent 1,500, 1,800 et 2,100.
+Son versant nord donne naissance à un nombre si considérable de
+rivières, dit Livingstone, qu'il faudrait la vie d'un homme pour les
+compter. La seconde contient cinq lacs qui sont, en commençant par le
+plus méridional: le Bangweolo, qui s'étend de l'E. à l'O., entre 11°
+et 12° de lat. australe sur un développement de 240 kil. par 1,219 m.
+d'altitude. Il est couvert d'îles habitées et reçoit le Tchambezi,
+rivière qui prend ses sources vers 10° de lat. S., au N. du lac
+Nyassa. De sa partie septentrionale sort le Louapoula; ce cours d'eau
+va se jeter dans le lac Moero. De celui-ci s'échappe le Loualaba
+oriental. Cette rivière a de 1,800 à 5,400 m. de largeur et s'ouvre
+dans le lac Kamolondo, ou bien Oulendje. Ce lac recevrait également
+sur sa rive occidentale le Loufira, ou Loualaba central, qui
+descendrait de la région Ouest inexplorée du Moviza et des monts
+Koné. De ce même point coulerait également au N.-O. le Loualaba
+occidental, ou Louloua, lequel se réunit au Kasabi, traverse le lac
+Lincoln ou Moula et va sous le nom de Loeki, ou Lomamé, se joindre au
+Loualaba central. Tous ces Loualabas qui, dans la langue des indigènes
+signifient des lacs rivières (bassins lacustres), ne forment qu'un
+seul cours d'eau qui entre dans le lac Sans-Nom par 4° de lat.
+australe et 22° 40' de long. orientale et coule au milieu de ses
+archipels pour en sortir au N. sous le nom de Nyali, Bancaor ou
+Bakara, incliner entre 1° et 2° de lat. S. vers l'O., et se jeter dans
+l'Océan sous le nom de Zaïre ou Congo. Ce bassin serait donc celui de
+ce grand fleuve sur lequel l'un des rois chrétiens du Congo fit lancer
+deux brigantins afin d'en explorer le cours jusqu'aux lacs où il prend
+ses sources. C'est ce que nous avons trouvé dans la correspondance de
+ce prince.
+
+Les habitants du Congo et des États voisins connaissaient donc la
+région des lacs de l'Afrique centrale. C'est par eux que les Portugais
+en eurent connaissance et pratiquèrent les routes qui les conduisaient
+de leurs établissements de la Guinée méridionale à ceux de la côte
+orientale d'Afrique. Du reste, les noms de Moero et de Moura (Maure),
+dont le premier est la corruption du second, sont Portugais. Ils
+révèlent donc le passage des voyageurs de cette nation qui les leur
+ont imposés. Après les avoir retrouvés, Livingstone leur a donné des
+noms anglais.
+
+Sur le versant S. du Movitza naissent également deux cours d'eau, le
+Liambaï ou Zambèse (Palmerston) et le Kafoué, affluent de ce fleuve.
+
+A l'époque des pluies, le fond de ces différentes vallées est
+tellement inondé que les rivières et les lacs ne forment plus qu'une
+immense nappe d'eau comme dans la zone parallèle de l'Amérique
+méridionale.
+
+A l'E. de ce bassin s'étend celui du Tanganika, qui est regardé comme
+complètement indépendant des autres.
+
+Cependant, d'après les dernières explorations de Baker, il
+communiquerait avec le Victoria par le Bouzizi, dont les eaux
+couleraient vers le N. ou le S., selon l'époque différente des pluies
+ou des crues dans chacun des deux bassins. D'après cette hypothèse,
+c'est dans le Tanganika qu'il faudrait voir les sources du Nil.
+
+Le bassin le plus septentrional se compose du M'Woutan ou Albert
+N'yanza (829 m. d'altitude) et du Victoria N'yanza (1,100 m.
+d'altitude moyenne), d'où sort le Nil Blanc (Bahr-el-Abiad). A l'O. de
+ce dernier se trouve le lac Baringo.
+
+Le cinquième bassin, celui du lac Tchad, se développe dans le Soudan
+oriental. Il y a pour affluent le Chari au S. et le Fédé, autre
+Bahr-el-Gazal (fleuve des Gazelles), distinct de l'affluent du fleuve
+Blanc. Ce cours d'eau sort du lac, coule pendant 500 kilomètres vers
+le N.-E. jusqu'au 16° de lat. N. par 17° de long. E. dans le canton
+des Kreddas. Là, ses eaux disparaissent dans les dunes de sable du
+Soudan. Cette rivière est donc un exutoire du Tchad, et non un de ses
+tributaires, comme on l'a cru jusqu'aux explorations du docteur
+allemand Nachtigal. Le niveau est à 39 m. au-dessous de celui des
+mers.
+
+
+LILLE--IMPRIMERIE DANEL.
+
+
+
+
+
+End of the Project Gutenberg EBook of Les Explorateurs du Centre de l'Afrique, by
+l'Abbé Durand
+
+*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 40279 ***
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-Project Gutenberg's Les Explorateurs du Centre de l'Afrique, by l'Abbé Durand
-
-This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
-almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
-re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
-with this eBook or online at www.gutenberg.org/license
-
-
-Title: Les Explorateurs du Centre de l'Afrique
-
-Author: l'Abbé Durand
-
-Release Date: July 19, 2012 [EBook #40279]
-
-Language: French
-
-Character set encoding: ISO-8859-1
-
-*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LES EXPLORATEURS ***
-
-
-
-
-Produced by Mireille Harmelin, Hélène de Mink, and the
-Online Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net
-(This file was produced from images generously made
-available by the Bibliothèque nationale de France
-(BnF/Gallica) at http://gallica.bnf.fr)
-
-
-
-
-
-
-
-Note sur la transcription: Les erreurs clairement introduites par le
-typographe ont été corrigées. L'orthographe d'origine a été conservée
-et n'a pas été harmonisée.
-
-
-
-
- ASSOCIATION FRANÇAISE
- POUR
- L'AVANCEMENT DES SCIENCES
-
- CONGRÈS DE LILLE
-
- 1874
-
-
- [Illustration]
-
- PARIS
- AU SECRÉTARIAT DE L'ASSOCIATION
- 76, rue de Rennes.
-
-
-
-
- ASSOCIATION FRANÇAISE
- POUR L'AVANCEMENT DES SCIENCES
- --CONGRÈS DE LILLE--1874--
-
-
-M. l'Abbé DURAND
-
-Vicaire de l'église métropolitaine de Paris, Archiviste-Bibliothécaire
-de la Société de géographie.
-
-LES EXPLORATEURS DU CENTRE DE L'AFRIQUE
-
---Séances des 24 et 26 août 1874.--
-
-
-L'Afrique centrale a certainement été connue des anciens Égyptiens.
-L'Égypte seule avec sa vallée du Nil, ses déserts de Nubie et de Libye
-n'est pas une base suffisante pour expliquer la puissance des
-pharaons, des Sésostris et des Ptolémée. L'Égypte de cette époque
-était vraisemblablement un grand empire africain dans lequel ces
-souverains trouvèrent les soldats nécessaires aux armées avec
-lesquelles ils s'avancèrent jusqu'à l'Inde. Plus tard, l'empire
-d'Éthiopie se forma des débris de celui-ci. Il possédait encore au VIe
-siècle de notre ère une partie de l'Arabie, sa puissance devait donc
-renfermer une partie de l'Afrique. Au XVe siècle, les Portugais
-s'emparèrent de tout le littoral africain depuis le Maroc jusqu'en
-Abyssinie; ils y échelonnèrent un grand nombre de colonies
-florissantes qui passèrent successivement entre les mains des
-Hollandais et des Anglais, ou retombèrent sous le pouvoir des
-musulmans. Certainement les Portugais connaissaient les grandes routes
-de l'intérieur de ce continent. Leurs missionnaires, leurs commerçants
-et leurs voyageurs allaient du Congo au Mozambique, et de la côte de
-Guinée au Zanzibar, à Monbaça et à Sofala. Après la ruine de leur
-puissance, les Anglais préoccupés par des guerres incessantes avec la
-France ou la Hollande, n'occupèrent que les points du littoral utiles
-à leurs intérêts les plus pressants, mais ils négligèrent le centre de
-l'Afrique. Alors les routes intérieures furent oubliées, et le
-commerce de ces contrées retomba entre les mains des Arabes qui en ont
-conservé le secret jusqu'à nos jours.
-
-Le centre de l'Afrique n'est pas aussi désert qu'on le croit
-ordinairement. C'est un vaste bassin au fond duquel s'étendent des
-lacs immenses aux bords ombragés de magnifiques forêts semblables à
-celles de la vallée de l'Amazone, et peuplées de troupeaux immenses
-d'éléphants, de rhinocéros, de gazelles, de girafes, de zèbres et
-autres animaux auxquels le lion fait une guerre perpétuelle.
-
-Ces lacs sont au nombre de sept principaux; ils sont alimentés par les
-eaux torrentielles de la zone équatoriale. Ce sont: le Tanganika, le
-Bangweolo, le Moero, le Moura, le lac Sans Nom, le Victoria et
-l'Albert Nyanza. Ils forment les réservoirs des grands fleuves qui
-arrosent le continent africain, tels que le Congo ou Zaïre, l'Ogovai,
-le Niger sur la côte occidentale, le Zambèse et autres sur la côte
-orientale, et enfin le Nil dont les sources multiples semblent se
-cacher à plaisir aux investigations des explorateurs.
-
-On dirait le lit d'une mer ancienne dont les eaux se retirant
-insensiblement se sont réduites aux bassins de ces lacs qui témoignent
-de son existence. Ces contrées riches et fertiles sont habitées par
-des peuples noirs très-nombreux et très-féconds. Depuis des siècles
-elles sont le réservoir principal de la traite des esclaves qui ont
-été introduits dans presque toutes les parties du monde. Les maladies,
-les guerres incessantes de tribu à tribu devraient y avoir fait le
-désert depuis des siècles.
-
-Il n'en est pas ainsi; les voyageurs modernes ont été d'étonnement en
-étonnement à mesure qu'ils avançaient vers les régions du centre, et
-l'Europe, habituée à regarder l'Afrique comme un Sahara interminable,
-crut rêver en entendant la révélation des magnificences et du nombre
-des populations de l'intérieur de ce continent.
-
-Le centre de l'Afrique a été exploré par les Portugais et évangélisé
-par les missionnaires jésuites et dominicains de cette nation. Ceux-ci
-connaissaient la région des grands lacs, ainsi que le prouve la carte
-chinoise d'Afrique construite par le père Verbiest, jésuite, directeur
-du tribunal des mathématiques de Pékin, sous le règne de Kang-Hi.
-Cette carte est exposée dans le vestibule de la maison des jésuites de
-Paris, rue de Sèvres. En 1662, l'un d'eux traversa l'Afrique d'Angola
-à Mozambique en suivant les vallées du Congo et du Zambèse.
-
-En 1797, les Portugais essayèrent de retrouver les routes suivies par
-leurs aïeux. Un marchand d'esclaves de cette nation établi à Tête, sur
-le Zambèse, noua de nouvelles relations avec l'empereur du Monomotapa.
-En conséquence, la cour de Lisbonne y envoya le docteur Lacerda,
-astronome distingué, chef de la commission des limites entre le Brésil
-et le Pérou, avec une expédition chargée d'explorer le centre Afrique.
-Le 12 mars 1797, il entrait dans le Zambèse, remontait ce fleuve
-jusqu'à Tête, atteignait le Tchambèze et venait mourir à Loucenda,
-capitale de Lounda. Quelques années après, de 1802 à 1814, deux
-_pombeiros_ d'Angola, ou esclaves marchands, firent plusieurs fois le
-voyage d'Angola à Tête. Ils traversèrent les rivières Louapoula et
-Loufiré. Leurs itinéraires donnèrent lieu à des travaux importants de
-la part des géographes.
-
-A partir de cette époque jusqu'en 1831, le silence règne complètement
-pour l'Europe sur le centre de l'Afrique. Du reste, il faut dire que
-les Portugais ont trop caché leurs découvertes et en ont gardé
-précieusement le secret.
-
-En 1831, le major Monteiro et le capitaine Gamitto reprenaient le même
-itinéraire, exploraient les monts Montchinga ou Movisa (1,200 à 2,100
-mètres d'altitude), visités par Livingstone dans ces dernières années,
-et confirmaient les travaux de leurs devanciers. Après ces expéditions
-dont les dernières ont été inspirées par les Anglais, ceux-ci prenant
-pour base les explorations portugaises, envoyèrent le docteur
-Livingstone, membre de la Société royale britannique de géographie
-reconnaître l'Afrique centrale. Cet illustre voyageur commença ses
-voyages en 1846 et succomba sous le poids de ses fatigues en 1873, à
-Lobisa.
-
-Il attaqua d'abord l'Afrique par le cap de Bonne-Espérance, et, de
-1849 à 1851, il fit, en compagnie de sa femme et de ses enfants, deux
-voyages au pays des Betchuanas au N. du cap de Bonne-Espérance. Dans
-une première excursion, au delà du désert de Kalahari, il découvrait
-le petit lac Lgami; puis, à sa seconde excursion, il entrait dans une
-contrée fertile arrosée par un grand fleuve, le Zambèse. De retour à
-la ville du Cap, il renvoya sa famille en Angleterre, et se consacra
-totalement aux explorations géographiques, à l'aide des anciens
-itinéraires portugais.
-
-D'abord, il remonta le Zambèse, et escorté d'une troupe de Malakolos,
-habitants du cours inférieur de ce fleuve, traversa en six mois le
-continent africain jusqu'à Saint-Paul de Loanda (1854) et revint à son
-point de départ. C'est un voyage de 800 à 900 lieues. A son deuxième
-voyage (1858-1864), il reconnut les contrées situées au nord de ce
-fleuve et découvrit le lac Nyassa ou Maravi, qui mesure environ 80
-lieues de longueur et communique avec lui par le Chiré, un de ses
-affluents (1859). Voulant ensuite éclaircir la question des sources du
-Nil, dans un troisième voyage (1865), il partit de la côte de
-Zanguebar et s'engagea par le fleuve Rovuma, déversoir du Maravi, dans
-l'intérieur du continent (1866). Il atteignit successivement Bemba
-(1867) par 10° 10' de lat. australe, localité située entre le Nyassa
-et le Tanganika, et Loucenda, capitale du Lounda ou Cazembé, située
-par 8° 30' de lat. N. et 26° de long. E.
-
-C'est dans cette expédition qu'il découvrit les lacs Bangweolo par 8°
-30' de lat. S. et 26° de long. E. de Paris (1860) et _Moero_ au S.-O.
-du Tanganika, signalé en 1856 par le Portugais Graça et en 1851 par le
-Hongrois Ladilas Magyar, ainsi que le système hydrographique du
-Tchambèse, du Louapoula et du Loualaba.
-
-Pendant cette période, il releva également une partie des bords des
-lacs Tanganika et Liemba. C'était toute la région inconnue des
-Manyouemas (1871) comprise entre les troisième et sixième degrés de
-lat. S. Les correspondances de Livingstone ayant été interceptées par
-les Arabes négriers, on resta trois ans sans recevoir de ses
-nouvelles; on le crut mort, on organisa des expéditions. C'est à
-Oudjidji, petit port de la rive occidentale du Tanganika, que le
-reporter américain Stanley le retrouva pendant qu'une caravane
-anglaise s'organisait lentement à Zanzibar pour aller à sa recherche.
-Pendant quatre mois, du 10 novembre 1870 au 14 mars 1872, ces deux
-voyageurs explorèrent ensemble la partie septentrionale du Tanganika
-et constatèrent que, très-probablement, ce lac avec son annexe le
-Liemba forme un bassin fermé, complètement indépendant de ceux du Nil
-et de tous les autres fleuves de l'Afrique. Après cette expédition, M.
-Stanley quitta Livingstone à Tabora, capitale de l'Unyanyembé, et
-reprit le chemin de l'Amérique (1872). Livingstone continua ses
-travaux autour du Tanganika et vint mourir des suites de la
-dyssenterie, à Lobisa, dans le bassin du Tchambéze, vers le 15 août
-1873. Son corps, salé et séché au soleil, a été rapporté par les noirs
-à Bagamoyo et envoyé en Angleterre, où il repose dans l'abbaye de
-Westminster.
-
-Pendant que Livingstone explorait l'Afrique australe, d'autres
-expéditions anglaises partaient de la côte du Zanguebar et
-s'avançaient dans l'intérieur du continent. Déjà les missionnaires
-protestants allemands de l'île de Mombaz avaient découvert les
-montagnes de Kenia et du Kilima-Njaro, gravies par le savant voyageur
-allemand, baron de Decken, et signalé d'après les récits des noirs
-l'existence de grands lacs à l'O. de celles-ci. Sur ces indications,
-le capitaine Burton et le lieutenant Specke vinrent ouvrir une
-nouvelle voie entre le Zanguebar et la région des lacs. Ils partaient
-de Bagamoyo en juin 1857 et arrivaient le 7 novembre suivant à Tabora
-ou Caseh, localité fondée par les traitants arabes, à 250 lieues
-environ de la côte. Or, le 13 février 1858, Burton, franchissant le
-sommet d'une colline, voyait se dérouler tout à coup, à 7 ou 800
-mètres sous ses pieds, une immense nappe d'eau encadrée de hautes
-montagnes vers l'O. C'était le Tanganika.
-
-Fatigués et dénués de ressources, les deux voyageurs revinrent à
-Tabora, d'où Specke, plus valide, mais atteint d'une ophthalmie,
-s'avança au N. à la recherche d'un autre lac signalé par les traitants
-arabes. A 60 lieues dans cette direction, il reconnut en effet les
-bords méridionaux d'un lac plus vaste que le précédent, appelé
-Keréoné par les noirs, et lui donna le nom de Victoria. Dès lors, il
-eut la conviction que ce lac était l'un des principaux réservoirs du
-Nil. Les deux voyageurs retournèrent en Angleterre, mais Specke,
-commissionné par la Société de géographie britannique, revint avec le
-lieutenant Grant continuer les explorations ébauchées de ce côté.
-Arrivés à Tabora le 24 janvier 1861, les deux explorateurs ne purent
-atteindre qu'à la fin de l'année le mont Karagoué, qui limite au S. O.
-et au S. E. le bassin du Victoria. Specke constata l'existence d'une
-ligne de partage au N.-O., entre ce lac et le Tanganika et lui donna
-le nom de Montagnes de la Lune, que la tradition place aux sources du
-Nil. Il suivit ensuite un cours d'eau qui s'échappe du lac par une
-cataracte de 200 mètres de hauteur et acquit la conviction par les
-récits des indigènes qu'il traversait la partie septentrionale d'un
-autre lac moins grand, le Loutan-Nzigé, situé à l'ouest du premier. Il
-le retrouva dans le pays des Baris, non loin de Gondokoro.
-
-Il avait découvert le véritable Nil. Ainsi se trouvait confirmée la
-tradition de l'antiquité consignée dans les cartes de Ptolémée. Il y a
-seize siècles, ce géographe faisait sortir le Nil de deux mers
-intérieures. Quelques jours après, Specke et Grant arrivaient à
-Gondokoro, où ils rencontraient sir Baker marchant à leur rencontre,
-mais qui les croyait encore très-éloignés de cette localité.
-
-Les tentatives d'exploration du centre Afrique par la voie du Nil
-datent de très-loin. Sans nul doute, l'antiquité a connu et pratiqué
-toute la vallée de ce fleuve. Il eût été bien étonnant que des peuples
-entreprenants comme l'histoire nous en montre, n'eussent pas été
-tentés de demander au cours du Nil les secrets des contrées où il
-prend naissance. Aussi, les Romains tentèrent-ils d'en remonter le
-cours. Sous Néron, une expédition parvenue jusqu'au lac _Nou_, à 800
-lieues de son embouchure, revint épouvantée par le spectacle de ces
-solitudes marécageuses peuplées d'éléphants, de crocodiles et
-d'hippopotames. Au IIe siècle de notre ère, Ptolémée n'affirmait-il
-pas que le Nil sortait de deux grands lacs? Les Arabes et les
-Portugais ensuite parcoururent une partie des contrées de l'Afrique
-centrale. Plus tard, en 1770, l'Écossais Jacques Bruce prit le fleuve
-Bleu pour le vrai Nil. Dès lors, toutes les indications des Portugais
-furent oubliées et les lacs de l'intérieur rayés des cartes jusque
-vers 1825. A cette époque, les Français Caillaud et Letorrec,
-lieutenants de marine, attachés à l'expédition envoyée par Mehemet
-dans le pays arrosé par cette rivière, reconnaissent que le fleuve
-Blanc est le vrai Nil et coule durant toute l'année à pleins bords,
-tandis que le lit du fleuve Bleu est desséché pendant une saison
-entière.
-
-Plus tard, les Français Arnaud et Sabatier, les Allemands Werné,
-Ruppel, Russeyger pénètrent jusqu'au lac Nou, à 200 lieues au delà de
-Khartoum; ils reconnaissent le Saubat, le Djour et le Bahr-el-Gazal,
-affluents du Nil. Ils franchissent successivement le lac, et plusieurs
-d'entre eux paient de leur vie la témérité qui les a poussés à
-s'aventurer au milieu de marécages pestilentiels et de tribus féroces
-surexcitées contre les étrangers par les négriers arabes. De 1855 à
-1861, l'Italien Bolognesi et le Français Lejean pénètrent plus loin.
-Ce dernier atteint Gondokoro, situé à 4,000 kilomètres de l'embouchure
-du fleuve.
-
-C'étaient les Anglais Specke, Burton et l'israélite Samuel Baker qui
-devaient avoir l'honneur de dévoiler l'énigme du Nil posée à l'Europe
-par le sphinx égyptien. Après avoir rejoint les deux premiers
-voyageurs, Baker compléta leurs découvertes. Il sut déjouer et éluder
-toutes les trames ourdies sur son passage par les marchands
-d'esclaves. Le 14 mars 1864, il arrivait au lac Loutan-Nzigé, qu'il
-baptisait du nom du prince Albert, suivait le Nil jusqu'au Victoria,
-d'où ce fleuve sort par une autre cataracte de 200 mètres environ
-d'élévation qui fait la différence du niveau des deux lacs. Tel fut le
-résultat de sa première exploration.
-
-En 1871, Baker fit une expédition militaire pour le compte du khédive
-avec le titre de bey (colonel). M. le comte Bisemont, lieutenant de
-vaisseau français, y fut attaché. Baker établit quelques postes entre
-Gondokoro et les lacs, puis revint après avoir échappé à une tentative
-d'empoisonnement de la part de Romanika, roi du Nyoro. Aussi
-plaça-t-il Riouga, le beau-frère de celui-ci, à la tête de ce royaume.
-Cette expédition tua le commerce de Khartoum et la plupart des
-négociants européens abandonnèrent cette ville pour se concentrer à
-El-Obeïd. Quant à la question des sources du Nil, elle n'apporta
-d'autres renseignements que ceux fournis par les noirs. D'après leurs
-récits, le lac Albert communiquerait au sud avec le nord du Tanganika
-par une série de lacs ou rivières navigables (Rouzizi) coulant à
-travers la région qui s'étend entre l'Albert et le Victoria à l'ouest
-des monts Karagoués. S'il en est ainsi, il faudrait donc encore
-reculer les sources du Nil jusque vers le 10° de latitude sud.
-
-Pendant que Baker marchait vers le S., un explorateur russe, le
-docteur Schweinfurth, se jetait à l'ouest du fleuve Blanc. Il
-remontait le Bahr-el-Gazal, pénétrait chez les Niam-Niams, atteignait
-le pays des Mombouttous et des Mitous, peuplades noires
-anthropophages. Il revint en Europe, en 1871, après trois ans et demi
-d'absence.
-
-Des explorations analogues eurent lieu également depuis le
-commencement de ce siècle sur les autres points de l'Afrique.
-
-Du côté du nord, nous voyons Mungo-Park se diriger à travers le Sahara
-jusqu'à Timboktou dans l'espérance de rencontrer le Niger. Il succomba
-à son second voyage (1805). Le major Peddie eut le même sort (1816),
-et le capitaine Lyon ne put dépasser la frontière méridionale du
-Fezzan (1819). Une autre expédition fut organisée à Tripoli; elle
-était composée du major Denham, du lieutenant Clappeston et du docteur
-Oudney. Dans les premiers jours d'avril 1822, ils arrivaient à
-Mourzouk, capitale du Fezzan, et le 17 février, ils entraient à Kouka,
-résidence du sultan du Bornou. Le lac Tchad fut reconnu dans son
-pourtour, les villes de Kano et de Sakkatou visitées. Le docteur
-Oudney mourut dans cette dernière excursion. Après les succès de cette
-première expédition, Denham revint mourir à Sakkatou sans avoir pu
-toucher le bas Niger (1826).
-
-Pendant la même année, le major anglais Laing était assassiné à
-Timboktou, ville dans laquelle notre compatriote Caillé réussissait à
-séjourner quelque temps. En 1849, le gouvernement anglais charge
-Richardson de reprendre et de continuer les explorations de Denham
-dans le Soudan occidental. Richardson s'adjoint les deux Allemands
-Overweg et Henri Barth. L'année suivante, ces voyageurs quittent
-Tripoli, traversent le Fezzan et, dans leur course à travers le
-Sahara, ils découvrent la belle oasis montagneuse d'Air, ancien pays
-d'Agisymba, regardé comme le point le plus avancé de l'Afrique sur
-lequel s'arrêtèrent les aigles romaines. A peine sont-ils entrés dans
-le Soudan que Richardson meurt emporté par une maladie rapide. Les
-deux compagnons explorent les pays au S. et au S.-O. du lac Tchad et,
-en 1852, Overweg succombe également. Barth, resté seul, s'enfonce dans
-le Sakkatou pendant deux ans et reparaît au Bornou, en 1854, après
-avoir séjourné à Timboktou de septembre 1853 à mai 1854. Il y trouva
-l'Allemand Edouard Vogel, le compagnon que la Société de géographie de
-Londres lui envoyait. Celui-ci détermina à 276 mètres au-dessus de
-l'Océan le niveau du lac Tchad. Barth fatigué revint en Angleterre en
-1855. Vogel voulant explorer le Soudan oriental; il se dirigea vers le
-Ouadaï, où il fut assassiné à Kouka (1856).
-
-Cependant, en 1860, une expédition nationale allemande s'organisait
-pour aller à la recherche de Vogel. Elle devait partir par la mer
-Rouge et prendre Khartoum pour base d'opération, pendant qu'un
-voyageur, M. de Beurman, se porterait à sa rencontre par le Fezzan, le
-Bornou et le Ouadaï. Des circonstances imprévues l'obligèrent de se
-dissoudre en arrivant à Khartoum (1862) et M. de Beurman fut également
-assassiné dans le Ouadaï. En ce moment (1874), M. le docteur Nachtigal
-a pu pénétrer dans le Ouadaï; il revient par le Darfour, et M. Gérard
-Rohlf vient de terminer ses explorations dans le désert libyque.
-
-Pendant que l'Afrique était attaquée du côté du nord, la partie
-occidentale n'était pas négligée. L'Angleterre envoyait, en 1816, le
-capitaine Tuckey remonter le Congo ou Zaïre; il fut arrêté par les
-rapides de ce fleuve à Enimbo, par 4° 40" de lat. S., à 290 kil. de
-l'Océan, soit 210 à vol d'oiseau. Il mourut des fièvres avec tout son
-équipage. Jusqu'en 1872, rien ne fut tenté dans cette voie. Or les
-missionnaires portugais des XVIe et XVIIe siècles avaient des
-résidences à 60 kil. plus haut dans les missions de Conconbella, et
-sur le Kouango, à Candi (Canga ou Penibo de Ocanga Tukouango). En ce
-moment, une expédition anglaise explore le cours de ce fleuve.
-
-Après l'insuccès du Tuckey, l'Angleterre s'attacha au cours du Niger,
-dont d'autres explorateurs cherchaient les sources au Soudan. En 1830,
-John Lander reconnut les embouchures de ce fleuve, ainsi qu'une partie
-de son cours inférieur. Laird, Oldfield, Allen (1832) et le capitaine
-Trotter (1841) revoient son itinéraire et cherchent à ouvrir, avec le
-Soudan, par cette grande artère fluviale, une voie commerciale plus
-courte et moins dangereuse que le désert. Cet honneur était réservé au
-docteur Baikie, commandant de l'expédition de _la Pléiade_ (1854). Il
-trouva cette route dans le Benoué, grand affluent du Niger qui descend
-des parties S.-O. de Bornou et prend ses sources à peu de distance du
-Chary.
-
-Au commencement de l'année courante, MM. Marche et Compiègne,
-voyageurs français, remontent l'Ogovai, dont le cours inférieur a été
-relevé par l'amiral Fleuriot de Langle. D'un autre côté, M. Bastian
-est arrivé avec une expédition allemande sur les bords du Loango et
-s'apprête à pénétrer dans le continent africain entre les 5° et 8° de
-lat. S., région explorée en partie par notre compatriote Duchaillu.
-
-La partie occidentale de l'Afrique n'a pu être explorée comme les
-régions septentrionales et orientales. Un désert aride et des tribus
-féroces semblent former une zone infranchissable à vingt lieues de la
-côte. Mais la côte orientale, ouverte par les Arabes négriers et
-marchands d'ivoire, vient d'être à nouveau franchie par le lieutenant
-Cameron, parti de Zanzibar, pour compléter les découvertes de
-Livingstone.
-
-Quant à l'Afrique australe comprise entre le Zambèse et le cap de
-Bonne-Espérance, elle vient d'être reconnue par MM. Mauch et Erskine.
-Le premier a exploré les pays qui s'étendent entre le Zambèse et le
-fleuve Orange. Le second s'est élevé au nord de la baie de Lagoa et a
-exploré le bassin du Limpopo et la zone du littoral comprise entre ce
-fleuve et le Zambèse, où il a découvert les ruines et les placers de
-Zimbaoê, l'Ophir biblique, peut-être!
-
-Si de là nous portons nos regards vers l'ancienne Éthiopie ou
-Abyssinie, nous apercevons pendant notre siècle, suivant les traces de
-Robert Bruce dans les sentiers rocailleux et desséchés de ce pays, un
-certain nombre de voyageurs intrépides. La France y envoie Rochet
-d'Héricourt, Théophile Lefebvre, Perret et Galinier, MM. Antoine et
-Arnault d'Abbadie; Specke, Harris, Ruppel, le docteur Blanc, y
-représentent l'Angleterre, dont l'expédition contre Théodoros a donné
-lieu à des travaux importants. Tel est le résumé de l'histoire des
-explorations africaines. Nous pensons que le lecteur nous saura gré de
-lui donner un tableau succinct de ces grands voyages qui reculent les
-horizons de la civilisation chrétienne.
-
-D'après ce que nous venons de dire, nous pouvons nous faire une idée
-de la configuration de l'intérieur de l'Afrique.
-
-A quelque distance de la mer, une série de chaînes ou bourrelets
-continus de montagnes entourent l'Afrique. Au N., ce bourrelet
-s'appelle l'Atlas, jusqu'au S.-O. du Maroc. Il reparaît au Sénégal,
-sous le nom de chaîne des Kong, et se prolonge jusqu'au cap de
-Bonne-Espérance. De là il suit la mer des Indes, forme le Kilima-Njaro
-(7,000 m.) le Kenia ou Mont-Blanc (6,000 m.), et se rattache aux
-chaînes méridionales du pays des Gallas. Les monts de la Lune, qui se
-détachent de celles-ci, ne courent pas de l'O. à l'E., comme on l'a
-cru pendant longtemps, mais elles descendent du N. au S.
-
-L'intérieur de l'Afrique forme donc un immense bassin dont les bords
-ne seraient interrompus d'une part que par les brèches d'où les grands
-fleuves africains s'échappent en cataractes écumantes vers les mers,
-et, d'autre part, dans la partie occidentale, par le Sahara qui vient
-confondre ses sables avec ceux de l'Océan entre le Maroc et le
-Sénégal.
-
-L'intérieur de ce bassin serait divisé par quelques plateaux en
-plusieurs régions que l'on regarde encore comme indépendantes l'une de
-l'autre, bien qu'elles puissent être réunies entre elles par des cours
-d'eau, ainsi que certains géographes le prétendent. C'est ce que de
-nouvelles explorations prouveront. La première au S. est celle du lac
-Nyassa, du Chironé et du Zambèse. Elle est séparée de la deuxième
-entre le 10e et le 12e degré de lat. S. par le plateau de Moviza ou
-Motchinga, qui a 1,100 kil. environ d'étendue et une altitude moyenne
-de 1,200 m., mais quelques points en atteignent 1,500, 1,800 et 2,100.
-Son versant nord donne naissance à un nombre si considérable de
-rivières, dit Livingstone, qu'il faudrait la vie d'un homme pour les
-compter. La seconde contient cinq lacs qui sont, en commençant par le
-plus méridional: le Bangweolo, qui s'étend de l'E. à l'O., entre 11°
-et 12° de lat. australe sur un développement de 240 kil. par 1,219 m.
-d'altitude. Il est couvert d'îles habitées et reçoit le Tchambezi,
-rivière qui prend ses sources vers 10° de lat. S., au N. du lac
-Nyassa. De sa partie septentrionale sort le Louapoula; ce cours d'eau
-va se jeter dans le lac Moero. De celui-ci s'échappe le Loualaba
-oriental. Cette rivière a de 1,800 à 5,400 m. de largeur et s'ouvre
-dans le lac Kamolondo, ou bien Oulendje. Ce lac recevrait également
-sur sa rive occidentale le Loufira, ou Loualaba central, qui
-descendrait de la région Ouest inexplorée du Moviza et des monts
-Koné. De ce même point coulerait également au N.-O. le Loualaba
-occidental, ou Louloua, lequel se réunit au Kasabi, traverse le lac
-Lincoln ou Moula et va sous le nom de Loeki, ou Lomamé, se joindre au
-Loualaba central. Tous ces Loualabas qui, dans la langue des indigènes
-signifient des lacs rivières (bassins lacustres), ne forment qu'un
-seul cours d'eau qui entre dans le lac Sans-Nom par 4° de lat.
-australe et 22° 40' de long. orientale et coule au milieu de ses
-archipels pour en sortir au N. sous le nom de Nyali, Bancaor ou
-Bakara, incliner entre 1° et 2° de lat. S. vers l'O., et se jeter dans
-l'Océan sous le nom de Zaïre ou Congo. Ce bassin serait donc celui de
-ce grand fleuve sur lequel l'un des rois chrétiens du Congo fit lancer
-deux brigantins afin d'en explorer le cours jusqu'aux lacs où il prend
-ses sources. C'est ce que nous avons trouvé dans la correspondance de
-ce prince.
-
-Les habitants du Congo et des États voisins connaissaient donc la
-région des lacs de l'Afrique centrale. C'est par eux que les Portugais
-en eurent connaissance et pratiquèrent les routes qui les conduisaient
-de leurs établissements de la Guinée méridionale à ceux de la côte
-orientale d'Afrique. Du reste, les noms de Moero et de Moura (Maure),
-dont le premier est la corruption du second, sont Portugais. Ils
-révèlent donc le passage des voyageurs de cette nation qui les leur
-ont imposés. Après les avoir retrouvés, Livingstone leur a donné des
-noms anglais.
-
-Sur le versant S. du Movitza naissent également deux cours d'eau, le
-Liambaï ou Zambèse (Palmerston) et le Kafoué, affluent de ce fleuve.
-
-A l'époque des pluies, le fond de ces différentes vallées est
-tellement inondé que les rivières et les lacs ne forment plus qu'une
-immense nappe d'eau comme dans la zone parallèle de l'Amérique
-méridionale.
-
-A l'E. de ce bassin s'étend celui du Tanganika, qui est regardé comme
-complètement indépendant des autres.
-
-Cependant, d'après les dernières explorations de Baker, il
-communiquerait avec le Victoria par le Bouzizi, dont les eaux
-couleraient vers le N. ou le S., selon l'époque différente des pluies
-ou des crues dans chacun des deux bassins. D'après cette hypothèse,
-c'est dans le Tanganika qu'il faudrait voir les sources du Nil.
-
-Le bassin le plus septentrional se compose du M'Woutan ou Albert
-N'yanza (829 m. d'altitude) et du Victoria N'yanza (1,100 m.
-d'altitude moyenne), d'où sort le Nil Blanc (Bahr-el-Abiad). A l'O. de
-ce dernier se trouve le lac Baringo.
-
-Le cinquième bassin, celui du lac Tchad, se développe dans le Soudan
-oriental. Il y a pour affluent le Chari au S. et le Fédé, autre
-Bahr-el-Gazal (fleuve des Gazelles), distinct de l'affluent du fleuve
-Blanc. Ce cours d'eau sort du lac, coule pendant 500 kilomètres vers
-le N.-E. jusqu'au 16° de lat. N. par 17° de long. E. dans le canton
-des Kreddas. Là, ses eaux disparaissent dans les dunes de sable du
-Soudan. Cette rivière est donc un exutoire du Tchad, et non un de ses
-tributaires, comme on l'a cru jusqu'aux explorations du docteur
-allemand Nachtigal. Le niveau est à 39 m. au-dessous de celui des
-mers.
-
-
-LILLE--IMPRIMERIE DANEL.
-
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-
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-End of the Project Gutenberg EBook of Les Explorateurs du Centre de l'Afrique, by
-l'Abbé Durand
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- The Project Gutenberg's eBook of Les Explorateurs du Centre de l'Afrique, by l'Abbé Durand</title>
+ The Project Gutenberg's eBook of Les Explorateurs du Centre de l'Afrique, by l'Abbé Durand</title>
<link rel="coverpage" href="images/cover.jpg" />
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@@ -111,56 +111,17 @@
</style>
</head>
<body>
-
-
-<pre>
-
-Project Gutenberg's Les Explorateurs du Centre de l'Afrique, by l'Abbé Durand
-
-This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
-almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
-re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
-with this eBook or online at www.gutenberg.org/license
-
-
-Title: Les Explorateurs du Centre de l'Afrique
-
-Author: l'Abbé Durand
-
-Release Date: July 19, 2012 [EBook #40279]
-
-Language: French
-
-Character set encoding: ISO-8859-1
-
-*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LES EXPLORATEURS ***
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-
-Produced by Mireille Harmelin, Hélène de Mink, and the
-Online Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net
-(This file was produced from images generously made
-available by the Bibliothèque nationale de France
-(BnF/Gallica) at http://gallica.bnf.fr)
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-</pre>
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+<div>*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 40279 ***</div>
<div class="p4 box">
-<p>Note sur la transcription: Les erreurs clairement introduites par le typographe ont été corrigées.
-L'orthographe d'origine a été conservée et n'a pas été harmonisée.</p></div>
+<p>Note sur la transcription: Les erreurs clairement introduites par le typographe ont été corrigées.
+L'orthographe d'origine a été conservée et n'a pas été harmonisée.</p></div>
-<p class="titre">ASSOCIATION FRANÇAISE<br />
+<p class="titre">ASSOCIATION FRANÇAISE<br />
<span class="xs">POUR</span><br />
<span class="large">L'AVANCEMENT DES SCIENCES</span></p>
-<p class="p2 center">CONGRÈS DE LILLE</p>
+<p class="p2 center">CONGRÈS DE LILLE</p>
<hr class="c5" />
@@ -171,862 +132,479 @@ L'orthographe d'origine a été conservée et n'a pas été harmonisée.</p></div>
</div>
<p class="p2 center"><span class="large">PARIS</span><br />
-AU SECRÉTARIAT DE L'ASSOCIATION<br />
+AU SECRÉTARIAT DE L'ASSOCIATION<br />
<span class="small">76, rue de Rennes.</span></p>
<p><span class="pagenum"><a id="Page_1"> 1</a></span></p>
-<p class="p4 center"><span class="medium">ASSOCIATION FRANÇAISE</span><br />
+<p class="p4 center"><span class="medium">ASSOCIATION FRANÇAISE</span><br />
POUR L'AVANCEMENT DES SCIENCES<br />
-<span class="xs">CONGRÈS DE LILLE&mdash;1874</span></p>
+<span class="xs">CONGRÈS DE LILLE&mdash;1874</span></p>
-<h2 class="p4"><span class="large">M. l'Abbé DURAND</span><br />
-<span class="small">Vicaire de l'église métropolitaine de Paris, Archiviste-Bibliothécaire de la Société de géographie.</span></h2>
+<h2 class="p4"><span class="large">M. l'Abbé DURAND</span><br />
+<span class="small">Vicaire de l'église métropolitaine de Paris, Archiviste-Bibliothécaire de la Société de géographie.</span></h2>
<h1>LES EXPLORATEURS DU CENTRE DE L'AFRIQUE</h1>
-<p class="center small">&mdash;Séances des 24 et 26 août 1874.&mdash;</p>
+<p class="center small">&mdash;Séances des 24 et 26 août 1874.&mdash;</p>
-<p class="p2">L'Afrique centrale a certainement été connue des anciens Égyptiens.
-L'Égypte seule avec sa vallée du Nil, ses déserts de Nubie et de Libye
+<p class="p2">L'Afrique centrale a certainement été connue des anciens Égyptiens.
+L'Égypte seule avec sa vallée du Nil, ses déserts de Nubie et de Libye
n'est pas une base suffisante pour expliquer la puissance des pharaons,
-des Sésostris et des Ptolémée. L'Égypte de cette époque était vraisemblablement
-un grand empire africain dans lequel ces souverains trouvèrent
-les soldats nécessaires aux armées avec lesquelles ils s'avancèrent
-jusqu'à l'Inde. Plus tard, l'empire d'Éthiopie se forma des débris de
-celui-ci. Il possédait encore au VI<sup>e</sup> siècle de notre ère une partie de
+des Sésostris et des Ptolémée. L'Égypte de cette époque était vraisemblablement
+un grand empire africain dans lequel ces souverains trouvèrent
+les soldats nécessaires aux armées avec lesquelles ils s'avancèrent
+jusqu'à l'Inde. Plus tard, l'empire d'Éthiopie se forma des débris de
+celui-ci. Il possédait encore au VI<sup>e</sup> siècle de notre ère une partie de
l'Arabie, sa puissance devait donc renfermer une partie de l'Afrique.
-Au XV<sup>e</sup> siècle, les Portugais s'emparèrent de tout le littoral africain depuis
-le Maroc jusqu'en Abyssinie; ils y échelonnèrent un grand nombre
-de colonies florissantes qui passèrent successivement entre les mains des
-Hollandais et des Anglais, ou retombèrent sous le pouvoir des musulmans.
+Au XV<sup>e</sup> siècle, les Portugais s'emparèrent de tout le littoral africain depuis
+le Maroc jusqu'en Abyssinie; ils y échelonnèrent un grand nombre
+de colonies florissantes qui passèrent successivement entre les mains des
+Hollandais et des Anglais, ou retombèrent sous le pouvoir des musulmans.
Certainement les Portugais connaissaient les grandes routes de
-l'intérieur de ce continent. Leurs missionnaires, leurs commerçants et
-leurs voyageurs allaient du Congo au Mozambique, et de la côte de
-Guinée au Zanzibar, à Monbaça et à Sofala. Après la ruine de leur
-puissance, les Anglais préoccupés par des guerres incessantes avec la
-France ou la Hollande, n'occupèrent que les points du littoral utiles à
-leurs intérêts les plus pressants, mais ils négligèrent le centre de l'Afrique.
-Alors les routes intérieures furent oubliées, et le commerce de
-ces contrées retomba entre les mains des Arabes qui en ont conservé
-le secret jusqu'à nos jours.</p>
+l'intérieur de ce continent. Leurs missionnaires, leurs commerçants et
+leurs voyageurs allaient du Congo au Mozambique, et de la côte de
+Guinée au Zanzibar, à Monbaça et à Sofala. Après la ruine de leur
+puissance, les Anglais préoccupés par des guerres incessantes avec la
+France ou la Hollande, n'occupèrent que les points du littoral utiles à
+leurs intérêts les plus pressants, mais ils négligèrent le centre de l'Afrique.
+Alors les routes intérieures furent oubliées, et le commerce de
+ces contrées retomba entre les mains des Arabes qui en ont conservé
+le secret jusqu'à nos jours.</p>
<p><span class="pagenum"><a id="Page_2"> 2</a></span>
-Le centre de l'Afrique n'est pas aussi désert qu'on le croit ordinairement.
-C'est un vaste bassin au fond duquel s'étendent des lacs immenses
-aux bords ombragés de magnifiques forêts semblables à celles de la
-vallée de l'Amazone, et peuplées de troupeaux immenses d'éléphants,
-de rhinocéros, de gazelles, de girafes, de zèbres et autres animaux auxquels
-le lion fait une guerre perpétuelle.</p>
-
-<p>Ces lacs sont au nombre de sept principaux; ils sont alimentés par
-les eaux torrentielles de la zone équatoriale. Ce sont: le Tanganika,
+Le centre de l'Afrique n'est pas aussi désert qu'on le croit ordinairement.
+C'est un vaste bassin au fond duquel s'étendent des lacs immenses
+aux bords ombragés de magnifiques forêts semblables à celles de la
+vallée de l'Amazone, et peuplées de troupeaux immenses d'éléphants,
+de rhinocéros, de gazelles, de girafes, de zèbres et autres animaux auxquels
+le lion fait une guerre perpétuelle.</p>
+
+<p>Ces lacs sont au nombre de sept principaux; ils sont alimentés par
+les eaux torrentielles de la zone équatoriale. Ce sont: le Tanganika,
le Bangweolo, le Moero, le Moura, le lac Sans Nom, le Victoria et l'Albert
-Nyanza. Ils forment les réservoirs des grands fleuves qui arrosent le
-continent africain, tels que le Congo ou Zaïre, l'Ogovai, le Niger sur la
-côte occidentale, le Zambèse et autres sur la côte orientale, et enfin le
-Nil dont les sources multiples semblent se cacher à plaisir aux investigations
+Nyanza. Ils forment les réservoirs des grands fleuves qui arrosent le
+continent africain, tels que le Congo ou Zaïre, l'Ogovai, le Niger sur la
+côte occidentale, le Zambèse et autres sur la côte orientale, et enfin le
+Nil dont les sources multiples semblent se cacher à plaisir aux investigations
des explorateurs.</p>
<p>On dirait le lit d'une mer ancienne dont les eaux se retirant insensiblement
-se sont réduites aux bassins de ces lacs qui témoignent de son
-existence. Ces contrées riches et fertiles sont habitées par des peuples
-noirs très-nombreux et très-féconds. Depuis des siècles elles sont le
-réservoir principal de la traite des esclaves qui ont été introduits dans
+se sont réduites aux bassins de ces lacs qui témoignent de son
+existence. Ces contrées riches et fertiles sont habitées par des peuples
+noirs très-nombreux et très-féconds. Depuis des siècles elles sont le
+réservoir principal de la traite des esclaves qui ont été introduits dans
presque toutes les parties du monde. Les maladies, les guerres incessantes
-de tribu à tribu devraient y avoir fait le désert depuis des
-siècles.</p>
-
-<p>Il n'en est pas ainsi; les voyageurs modernes ont été d'étonnement en
-étonnement à mesure qu'ils avançaient vers les régions du centre, et
-l'Europe, habituée à regarder l'Afrique comme un Sahara interminable,
-crut rêver en entendant la révélation des magnificences et du nombre
-des populations de l'intérieur de ce continent.</p>
-
-<p>Le centre de l'Afrique a été exploré par les Portugais et évangélisé
-par les missionnaires jésuites et dominicains de cette nation. Ceux-ci
-connaissaient la région des grands lacs, ainsi que le prouve la carte
-chinoise d'Afrique construite par le père Verbiest, jésuite, directeur du
-tribunal des mathématiques de Pékin, sous le règne de Kang-Hi. Cette
-carte est exposée dans le vestibule de la maison des jésuites de Paris,
-rue de Sèvres. En 1662, l'un d'eux traversa l'Afrique d'Angola à Mozambique
-en suivant les vallées du Congo et du Zambèse.</p>
-
-<p>En 1797, les Portugais essayèrent de retrouver les routes suivies par
-leurs aïeux. Un marchand d'esclaves de cette nation établi à Tête, sur
-le Zambèse, noua de nouvelles relations avec l'empereur du Monomotapa.
-En conséquence, la cour de Lisbonne y envoya le docteur Lacerda, astronome
-distingué, chef de la commission des limites entre le Brésil et
-le Pérou, avec une expédition chargée d'explorer le centre Afrique. Le
-12 mars 1797, il entrait dans le Zambèse, remontait ce fleuve jusqu'à
+de tribu à tribu devraient y avoir fait le désert depuis des
+siècles.</p>
+
+<p>Il n'en est pas ainsi; les voyageurs modernes ont été d'étonnement en
+étonnement à mesure qu'ils avançaient vers les régions du centre, et
+l'Europe, habituée à regarder l'Afrique comme un Sahara interminable,
+crut rêver en entendant la révélation des magnificences et du nombre
+des populations de l'intérieur de ce continent.</p>
+
+<p>Le centre de l'Afrique a été exploré par les Portugais et évangélisé
+par les missionnaires jésuites et dominicains de cette nation. Ceux-ci
+connaissaient la région des grands lacs, ainsi que le prouve la carte
+chinoise d'Afrique construite par le père Verbiest, jésuite, directeur du
+tribunal des mathématiques de Pékin, sous le règne de Kang-Hi. Cette
+carte est exposée dans le vestibule de la maison des jésuites de Paris,
+rue de Sèvres. En 1662, l'un d'eux traversa l'Afrique d'Angola à Mozambique
+en suivant les vallées du Congo et du Zambèse.</p>
+
+<p>En 1797, les Portugais essayèrent de retrouver les routes suivies par
+leurs aïeux. Un marchand d'esclaves de cette nation établi à Tête, sur
+le Zambèse, noua de nouvelles relations avec l'empereur du Monomotapa.
+En conséquence, la cour de Lisbonne y envoya le docteur Lacerda, astronome
+distingué, chef de la commission des limites entre le Brésil et
+le Pérou, avec une expédition chargée d'explorer le centre Afrique. Le
+12 mars 1797, il entrait dans le Zambèse, remontait ce fleuve jusqu'à
<span class="pagenum"><a id="Page_3"> 3</a></span>
-Tête, atteignait le Tchambèze et venait mourir à Loucenda, capitale de
-Lounda. Quelques années après, de 1802 à 1814, deux <em>pombeiros</em> d'Angola,
-ou esclaves marchands, firent plusieurs fois le voyage d'Angola à
-Tête. Ils traversèrent les rivières Louapoula et Loufiré. Leurs itinéraires
-donnèrent lieu à des travaux importants de la part des géographes.</p>
+Tête, atteignait le Tchambèze et venait mourir à Loucenda, capitale de
+Lounda. Quelques années après, de 1802 à 1814, deux <em>pombeiros</em> d'Angola,
+ou esclaves marchands, firent plusieurs fois le voyage d'Angola à
+Tête. Ils traversèrent les rivières Louapoula et Loufiré. Leurs itinéraires
+donnèrent lieu à des travaux importants de la part des géographes.</p>
-<p>A partir de cette époque jusqu'en 1831, le silence règne complètement
+<p>A partir de cette époque jusqu'en 1831, le silence règne complètement
pour l'Europe sur le centre de l'Afrique. Du reste, il faut dire que
-les Portugais ont trop caché leurs découvertes et en ont gardé précieusement
+les Portugais ont trop caché leurs découvertes et en ont gardé précieusement
le secret.</p>
<p>En 1831, le major Monteiro et le capitaine Gamitto reprenaient le
-même itinéraire, exploraient les monts Montchinga ou Movisa (1,200 à
-2,100 mètres d'altitude), visités par Livingstone dans ces dernières années,
-et confirmaient les travaux de leurs devanciers. Après ces expéditions
-dont les dernières ont été inspirées par les Anglais, ceux-ci prenant
-pour base les explorations portugaises, envoyèrent le docteur
-Livingstone, membre de la Société royale britannique de géographie reconnaître
-l'Afrique centrale. Cet illustre voyageur commença ses voyages
-en 1846 et succomba sous le poids de ses fatigues en 1873, à Lobisa.</p>
-
-<p>Il attaqua d'abord l'Afrique par le cap de Bonne-Espérance, et, de
-1849 à 1851, il fit, en compagnie de sa femme et de ses enfants, deux
-voyages au pays des Betchuanas au N. du cap de Bonne-Espérance.
-Dans une première excursion, au delà du désert de Kalahari, il découvrait
-le petit lac Lgami; puis, à sa seconde excursion, il entrait dans
-une contrée fertile arrosée par un grand fleuve, le Zambèse. De retour
-à la ville du Cap, il renvoya sa famille en Angleterre, et se consacra
-totalement aux explorations géographiques, à l'aide des anciens itinéraires
+même itinéraire, exploraient les monts Montchinga ou Movisa (1,200 à
+2,100 mètres d'altitude), visités par Livingstone dans ces dernières années,
+et confirmaient les travaux de leurs devanciers. Après ces expéditions
+dont les dernières ont été inspirées par les Anglais, ceux-ci prenant
+pour base les explorations portugaises, envoyèrent le docteur
+Livingstone, membre de la Société royale britannique de géographie reconnaître
+l'Afrique centrale. Cet illustre voyageur commença ses voyages
+en 1846 et succomba sous le poids de ses fatigues en 1873, à Lobisa.</p>
+
+<p>Il attaqua d'abord l'Afrique par le cap de Bonne-Espérance, et, de
+1849 à 1851, il fit, en compagnie de sa femme et de ses enfants, deux
+voyages au pays des Betchuanas au N. du cap de Bonne-Espérance.
+Dans une première excursion, au delà du désert de Kalahari, il découvrait
+le petit lac Lgami; puis, à sa seconde excursion, il entrait dans
+une contrée fertile arrosée par un grand fleuve, le Zambèse. De retour
+à la ville du Cap, il renvoya sa famille en Angleterre, et se consacra
+totalement aux explorations géographiques, à l'aide des anciens itinéraires
portugais.</p>
-<p>D'abord, il remonta le Zambèse, et escorté d'une troupe de Malakolos,
-habitants du cours inférieur de ce fleuve, traversa en six mois le continent
-africain jusqu'à Saint-Paul de Loanda (1854) et revint à son point
-de départ. C'est un voyage de 800 à 900 lieues. A son deuxième voyage
-(1858-1864), il reconnut les contrées situées au nord de ce fleuve et découvrit
+<p>D'abord, il remonta le Zambèse, et escorté d'une troupe de Malakolos,
+habitants du cours inférieur de ce fleuve, traversa en six mois le continent
+africain jusqu'à Saint-Paul de Loanda (1854) et revint à son point
+de départ. C'est un voyage de 800 à 900 lieues. A son deuxième voyage
+(1858-1864), il reconnut les contrées situées au nord de ce fleuve et découvrit
le lac Nyassa ou Maravi, qui mesure environ 80 lieues de longueur
-et communique avec lui par le Chiré, un de ses affluents (1859).
-Voulant ensuite éclaircir la question des sources du Nil, dans un troisième
-voyage (1865), il partit de la côte de Zanguebar et s'engagea par
-le fleuve Rovuma, déversoir du Maravi, dans l'intérieur du continent
-(1866). Il atteignit successivement Bemba (1867) par 10° 10' de lat. australe,
-localité située entre le Nyassa et le Tanganika, et Loucenda, capitale
-du Lounda ou Cazembé, située par 8° 30' de lat. N. et 26° de
+et communique avec lui par le Chiré, un de ses affluents (1859).
+Voulant ensuite éclaircir la question des sources du Nil, dans un troisième
+voyage (1865), il partit de la côte de Zanguebar et s'engagea par
+le fleuve Rovuma, déversoir du Maravi, dans l'intérieur du continent
+(1866). Il atteignit successivement Bemba (1867) par 10° 10' de lat. australe,
+localité située entre le Nyassa et le Tanganika, et Loucenda, capitale
+du Lounda ou Cazembé, située par 8° 30' de lat. N. et 26° de
long. E.</p>
<p><span class="pagenum"><a id="Page_4"> 4</a></span>
-C'est dans cette expédition qu'il découvrit les lacs Bangweolo par
-8° 30' de lat. S. et 26° de long. E. de Paris (1860) et <em>Moero</em> au S.-O. du
-Tanganika, signalé en 1856 par le Portugais Graça et en 1851 par le
-Hongrois Ladilas Magyar, ainsi que le système hydrographique du
-Tchambèse, du Louapoula et du Loualaba.</p>
-
-<p>Pendant cette période, il releva également une partie des bords des
-lacs Tanganika et Liemba. C'était toute la région inconnue des Manyouemas
-(1871) comprise entre les troisième et sixième degrés de lat. S. Les
-correspondances de Livingstone ayant été interceptées par les Arabes
-négriers, on resta trois ans sans recevoir de ses nouvelles; on le crut
-mort, on organisa des expéditions. C'est à Oudjidji, petit port de la rive
-occidentale du Tanganika, que le reporter américain Stanley le retrouva
-pendant qu'une caravane anglaise s'organisait lentement à Zanzibar pour
-aller à sa recherche. Pendant quatre mois, du 10 novembre 1870 au
-14 mars 1872, ces deux voyageurs explorèrent ensemble la partie septentrionale
-du Tanganika et constatèrent que, très-probablement, ce lac
-avec son annexe le Liemba forme un bassin fermé, complètement indépendant
-de ceux du Nil et de tous les autres fleuves de l'Afrique. Après
-cette expédition, M. Stanley quitta Livingstone à Tabora, capitale de
-l'Unyanyembé, et reprit le chemin de l'Amérique (1872). Livingstone
+C'est dans cette expédition qu'il découvrit les lacs Bangweolo par
+8° 30' de lat. S. et 26° de long. E. de Paris (1860) et <em>Moero</em> au S.-O. du
+Tanganika, signalé en 1856 par le Portugais Graça et en 1851 par le
+Hongrois Ladilas Magyar, ainsi que le système hydrographique du
+Tchambèse, du Louapoula et du Loualaba.</p>
+
+<p>Pendant cette période, il releva également une partie des bords des
+lacs Tanganika et Liemba. C'était toute la région inconnue des Manyouemas
+(1871) comprise entre les troisième et sixième degrés de lat. S. Les
+correspondances de Livingstone ayant été interceptées par les Arabes
+négriers, on resta trois ans sans recevoir de ses nouvelles; on le crut
+mort, on organisa des expéditions. C'est à Oudjidji, petit port de la rive
+occidentale du Tanganika, que le reporter américain Stanley le retrouva
+pendant qu'une caravane anglaise s'organisait lentement à Zanzibar pour
+aller à sa recherche. Pendant quatre mois, du 10 novembre 1870 au
+14 mars 1872, ces deux voyageurs explorèrent ensemble la partie septentrionale
+du Tanganika et constatèrent que, très-probablement, ce lac
+avec son annexe le Liemba forme un bassin fermé, complètement indépendant
+de ceux du Nil et de tous les autres fleuves de l'Afrique. Après
+cette expédition, M. Stanley quitta Livingstone à Tabora, capitale de
+l'Unyanyembé, et reprit le chemin de l'Amérique (1872). Livingstone
continua ses travaux autour du Tanganika et vint mourir des suites de
-la dyssenterie, à Lobisa, dans le bassin du Tchambéze, vers le 15 août 1873.
-Son corps, salé et séché au soleil, a été rapporté par les noirs à Bagamoyo
-et envoyé en Angleterre, où il repose dans l'abbaye de Westminster.</p>
-
-<p>Pendant que Livingstone explorait l'Afrique australe, d'autres expéditions
-anglaises partaient de la côte du Zanguebar et s'avançaient dans
-l'intérieur du continent. Déjà les missionnaires protestants allemands de
-l'île de Mombaz avaient découvert les montagnes de Kenia et du Kilima-Njaro,
+la dyssenterie, à Lobisa, dans le bassin du Tchambéze, vers le 15 août 1873.
+Son corps, salé et séché au soleil, a été rapporté par les noirs à Bagamoyo
+et envoyé en Angleterre, où il repose dans l'abbaye de Westminster.</p>
+
+<p>Pendant que Livingstone explorait l'Afrique australe, d'autres expéditions
+anglaises partaient de la côte du Zanguebar et s'avançaient dans
+l'intérieur du continent. Déjà les missionnaires protestants allemands de
+l'île de Mombaz avaient découvert les montagnes de Kenia et du Kilima-Njaro,
gravies par le savant voyageur allemand, baron de Decken, et
-signalé d'après les récits des noirs l'existence de grands lacs à l'O. de
+signalé d'après les récits des noirs l'existence de grands lacs à l'O. de
celles-ci. Sur ces indications, le capitaine Burton et le lieutenant Specke
-vinrent ouvrir une nouvelle voie entre le Zanguebar et la région des
+vinrent ouvrir une nouvelle voie entre le Zanguebar et la région des
lacs. Ils partaient de Bagamoyo en juin 1857 et arrivaient le 7 novembre
-suivant à Tabora ou Caseh, localité fondée par les traitants arabes, à
-250 lieues environ de la côte. Or, le 13 février 1858, Burton, franchissant
-le sommet d'une colline, voyait se dérouler tout à coup, à 7 ou
-800 mètres sous ses pieds, une immense nappe d'eau encadrée de hautes
-montagnes vers l'O. C'était le Tanganika.</p>
-
-<p>Fatigués et dénués de ressources, les deux voyageurs revinrent à Tabora,
-d'où Specke, plus valide, mais atteint d'une ophthalmie, s'avança
-au N. à la recherche d'un autre lac signalé par les traitants arabes. A
-60 lieues dans cette direction, il reconnut en effet les bords méridionaux
+suivant à Tabora ou Caseh, localité fondée par les traitants arabes, à
+250 lieues environ de la côte. Or, le 13 février 1858, Burton, franchissant
+le sommet d'une colline, voyait se dérouler tout à coup, à 7 ou
+800 mètres sous ses pieds, une immense nappe d'eau encadrée de hautes
+montagnes vers l'O. C'était le Tanganika.</p>
+
+<p>Fatigués et dénués de ressources, les deux voyageurs revinrent à Tabora,
+d'où Specke, plus valide, mais atteint d'une ophthalmie, s'avança
+au N. à la recherche d'un autre lac signalé par les traitants arabes. A
+60 lieues dans cette direction, il reconnut en effet les bords méridionaux
<span class="pagenum"><a id="Page_5"> 5</a></span>
-d'un lac plus vaste que le précédent, appelé Keréoné par les noirs, et lui
-donna le nom de Victoria. Dès lors, il eut la conviction que ce lac était
-l'un des principaux réservoirs du Nil. Les deux voyageurs retournèrent
-en Angleterre, mais Specke, commissionné par la Société de géographie
+d'un lac plus vaste que le précédent, appelé Keréoné par les noirs, et lui
+donna le nom de Victoria. Dès lors, il eut la conviction que ce lac était
+l'un des principaux réservoirs du Nil. Les deux voyageurs retournèrent
+en Angleterre, mais Specke, commissionné par la Société de géographie
britannique, revint avec le lieutenant Grant continuer les explorations
-ébauchées de ce côté. Arrivés à Tabora le 24 janvier 1861, les deux explorateurs
-ne purent atteindre qu'à la fin de l'année le mont Karagoué, qui
+ébauchées de ce côté. Arrivés à Tabora le 24 janvier 1861, les deux explorateurs
+ne purent atteindre qu'à la fin de l'année le mont Karagoué, qui
limite au S. O. et au S. E. le bassin du Victoria. Specke constata l'existence
d'une ligne de partage au N.-O., entre ce lac et le Tanganika et
lui donna le nom de Montagnes de la Lune, que la tradition place aux
-sources du Nil. Il suivit ensuite un cours d'eau qui s'échappe du lac par
-une cataracte de 200 mètres de hauteur et acquit la conviction par les
-récits des indigènes qu'il traversait la partie septentrionale d'un autre
-lac moins grand, le Loutan-Nzigé, situé à l'ouest du premier. Il le
+sources du Nil. Il suivit ensuite un cours d'eau qui s'échappe du lac par
+une cataracte de 200 mètres de hauteur et acquit la conviction par les
+récits des indigènes qu'il traversait la partie septentrionale d'un autre
+lac moins grand, le Loutan-Nzigé, situé à l'ouest du premier. Il le
retrouva dans le pays des Baris, non loin de Gondokoro.</p>
-<p>Il avait découvert le véritable Nil. Ainsi se trouvait confirmée la tradition
-de l'antiquité consignée dans les cartes de Ptolémée. Il y a seize
-siècles, ce géographe faisait sortir le Nil de deux mers intérieures. Quelques
-jours après, Specke et Grant arrivaient à Gondokoro, où ils rencontraient
-sir Baker marchant à leur rencontre, mais qui les croyait encore
-très-éloignés de cette localité.</p>
+<p>Il avait découvert le véritable Nil. Ainsi se trouvait confirmée la tradition
+de l'antiquité consignée dans les cartes de Ptolémée. Il y a seize
+siècles, ce géographe faisait sortir le Nil de deux mers intérieures. Quelques
+jours après, Specke et Grant arrivaient à Gondokoro, où ils rencontraient
+sir Baker marchant à leur rencontre, mais qui les croyait encore
+très-éloignés de cette localité.</p>
<p>Les tentatives d'exploration du centre Afrique par la voie du Nil
-datent de très-loin. Sans nul doute, l'antiquité a connu et pratiqué
-toute la vallée de ce fleuve. Il eût été bien étonnant que des peuples entreprenants
-comme l'histoire nous en montre, n'eussent pas été tentés
-de demander au cours du Nil les secrets des contrées où il prend naissance.
-Aussi, les Romains tentèrent-ils d'en remonter le cours. Sous
-Néron, une expédition parvenue jusqu'au lac <em>Nou</em>, à 800 lieues de son
-embouchure, revint épouvantée par le spectacle de ces solitudes marécageuses
-peuplées d'éléphants, de crocodiles et d'hippopotames. Au
-II<sup>e</sup> siècle de notre ère, Ptolémée n'affirmait-il pas que le Nil sortait de
+datent de très-loin. Sans nul doute, l'antiquité a connu et pratiqué
+toute la vallée de ce fleuve. Il eût été bien étonnant que des peuples entreprenants
+comme l'histoire nous en montre, n'eussent pas été tentés
+de demander au cours du Nil les secrets des contrées où il prend naissance.
+Aussi, les Romains tentèrent-ils d'en remonter le cours. Sous
+Néron, une expédition parvenue jusqu'au lac <em>Nou</em>, à 800 lieues de son
+embouchure, revint épouvantée par le spectacle de ces solitudes marécageuses
+peuplées d'éléphants, de crocodiles et d'hippopotames. Au
+II<sup>e</sup> siècle de notre ère, Ptolémée n'affirmait-il pas que le Nil sortait de
deux grands lacs? Les Arabes et les Portugais ensuite parcoururent une
-partie des contrées de l'Afrique centrale. Plus tard, en 1770, l'Écossais
-Jacques Bruce prit le fleuve Bleu pour le vrai Nil. Dès lors, toutes les
-indications des Portugais furent oubliées et les lacs de l'intérieur rayés
-des cartes jusque vers 1825. A cette époque, les Français Caillaud et
-Letorrec, lieutenants de marine, attachés à l'expédition envoyée par
-Mehemet dans le pays arrosé par cette rivière, reconnaissent que le
-fleuve Blanc est le vrai Nil et coule durant toute l'année à pleins
-bords, tandis que le lit du fleuve Bleu est desséché pendant une saison
-entière.</p>
-
-<p>Plus tard, les Français Arnaud et Sabatier, les Allemands Werné,
+partie des contrées de l'Afrique centrale. Plus tard, en 1770, l'Écossais
+Jacques Bruce prit le fleuve Bleu pour le vrai Nil. Dès lors, toutes les
+indications des Portugais furent oubliées et les lacs de l'intérieur rayés
+des cartes jusque vers 1825. A cette époque, les Français Caillaud et
+Letorrec, lieutenants de marine, attachés à l'expédition envoyée par
+Mehemet dans le pays arrosé par cette rivière, reconnaissent que le
+fleuve Blanc est le vrai Nil et coule durant toute l'année à pleins
+bords, tandis que le lit du fleuve Bleu est desséché pendant une saison
+entière.</p>
+
+<p>Plus tard, les Français Arnaud et Sabatier, les Allemands Werné,
<span class="pagenum"><a id="Page_6"> 6</a></span>
-Ruppel, Russeyger pénètrent jusqu'au lac Nou, à 200 lieues au delà de
+Ruppel, Russeyger pénètrent jusqu'au lac Nou, à 200 lieues au delà de
Khartoum; ils reconnaissent le Saubat, le Djour et le Bahr-el-Gazal,
affluents du Nil. Ils franchissent successivement le lac, et plusieurs
-d'entre eux paient de leur vie la témérité qui les a poussés à s'aventurer
-au milieu de marécages pestilentiels et de tribus féroces surexcitées
-contre les étrangers par les négriers arabes. De 1855 à 1861, l'Italien
-Bolognesi et le Français Lejean pénètrent plus loin. Ce dernier atteint
-Gondokoro, situé à 4,000 kilomètres de l'embouchure du fleuve.</p>
-
-<p>C'étaient les Anglais Specke, Burton et l'israélite Samuel Baker qui
-devaient avoir l'honneur de dévoiler l'énigme du Nil posée à l'Europe
-par le sphinx égyptien. Après avoir rejoint les deux premiers voyageurs,
-Baker compléta leurs découvertes. Il sut déjouer et éluder toutes les
+d'entre eux paient de leur vie la témérité qui les a poussés à s'aventurer
+au milieu de marécages pestilentiels et de tribus féroces surexcitées
+contre les étrangers par les négriers arabes. De 1855 à 1861, l'Italien
+Bolognesi et le Français Lejean pénètrent plus loin. Ce dernier atteint
+Gondokoro, situé à 4,000 kilomètres de l'embouchure du fleuve.</p>
+
+<p>C'étaient les Anglais Specke, Burton et l'israélite Samuel Baker qui
+devaient avoir l'honneur de dévoiler l'énigme du Nil posée à l'Europe
+par le sphinx égyptien. Après avoir rejoint les deux premiers voyageurs,
+Baker compléta leurs découvertes. Il sut déjouer et éluder toutes les
trames ourdies sur son passage par les marchands d'esclaves. Le 14 mars
-1864, il arrivait au lac Loutan-Nzigé, qu'il baptisait du nom du prince
-Albert, suivait le Nil jusqu'au Victoria, d'où ce fleuve sort par une
-autre cataracte de 200 mètres environ d'élévation qui fait la différence
-du niveau des deux lacs. Tel fut le résultat de sa première exploration.</p>
+1864, il arrivait au lac Loutan-Nzigé, qu'il baptisait du nom du prince
+Albert, suivait le Nil jusqu'au Victoria, d'où ce fleuve sort par une
+autre cataracte de 200 mètres environ d'élévation qui fait la différence
+du niveau des deux lacs. Tel fut le résultat de sa première exploration.</p>
-<p>En 1871, Baker fit une expédition militaire pour le compte du khédive
+<p>En 1871, Baker fit une expédition militaire pour le compte du khédive
avec le titre de bey (colonel). M. le comte Bisemont, lieutenant de vaisseau
-français, y fut attaché. Baker établit quelques postes entre Gondokoro
-et les lacs, puis revint après avoir échappé à une tentative d'empoisonnement
-de la part de Romanika, roi du Nyoro. Aussi plaça-t-il
-Riouga, le beau-frère de celui-ci, à la tête de ce royaume. Cette expédition
-tua le commerce de Khartoum et la plupart des négociants européens
-abandonnèrent cette ville pour se concentrer à El-Obeïd. Quant à
+français, y fut attaché. Baker établit quelques postes entre Gondokoro
+et les lacs, puis revint après avoir échappé à une tentative d'empoisonnement
+de la part de Romanika, roi du Nyoro. Aussi plaça-t-il
+Riouga, le beau-frère de celui-ci, à la tête de ce royaume. Cette expédition
+tua le commerce de Khartoum et la plupart des négociants européens
+abandonnèrent cette ville pour se concentrer à El-Obeïd. Quant à
la question des sources du Nil, elle n'apporta d'autres renseignements
-que ceux fournis par les noirs. D'après leurs récits, le lac Albert communiquerait
-au sud avec le nord du Tanganika par une série de lacs
-ou rivières navigables (Rouzizi) coulant à travers la région qui s'étend
-entre l'Albert et le Victoria à l'ouest des monts Karagoués. S'il en est
+que ceux fournis par les noirs. D'après leurs récits, le lac Albert communiquerait
+au sud avec le nord du Tanganika par une série de lacs
+ou rivières navigables (Rouzizi) coulant à travers la région qui s'étend
+entre l'Albert et le Victoria à l'ouest des monts Karagoués. S'il en est
ainsi, il faudrait donc encore reculer les sources du Nil jusque vers le
-10° de latitude sud.</p>
+10° de latitude sud.</p>
<p>Pendant que Baker marchait vers le S., un explorateur russe, le
-docteur Schweinfurth, se jetait à l'ouest du fleuve Blanc. Il remontait
-le Bahr-el-Gazal, pénétrait chez les Niam-Niams, atteignait le pays des
+docteur Schweinfurth, se jetait à l'ouest du fleuve Blanc. Il remontait
+le Bahr-el-Gazal, pénétrait chez les Niam-Niams, atteignait le pays des
Mombouttous et des Mitous, peuplades noires anthropophages. Il revint
-en Europe, en 1871, après trois ans et demi d'absence.</p>
+en Europe, en 1871, après trois ans et demi d'absence.</p>
-<p>Des explorations analogues eurent lieu également depuis le commencement
-de ce siècle sur les autres points de l'Afrique.</p>
+<p>Des explorations analogues eurent lieu également depuis le commencement
+de ce siècle sur les autres points de l'Afrique.</p>
-<p>Du côté du nord, nous voyons Mungo-Park se diriger à travers le
-Sahara jusqu'à Timboktou dans l'espérance de rencontrer le Niger. Il
-succomba à son second voyage (1805). Le major Peddie eut le même
+<p>Du côté du nord, nous voyons Mungo-Park se diriger à travers le
+Sahara jusqu'à Timboktou dans l'espérance de rencontrer le Niger. Il
+succomba à son second voyage (1805). Le major Peddie eut le même
<span class="pagenum"><a id="Page_7"> 7</a></span>
-sort (1816), et le capitaine Lyon ne put dépasser la frontière méridionale
-du Fezzan (1819). Une autre expédition fut organisée à Tripoli;
-elle était composée du major Denham, du lieutenant Clappeston et du
-docteur Oudney. Dans les premiers jours d'avril 1822, ils arrivaient à
-Mourzouk, capitale du Fezzan, et le 17 février, ils entraient à Kouka,
-résidence du sultan du Bornou. Le lac Tchad fut reconnu dans son
-pourtour, les villes de Kano et de Sakkatou visitées. Le docteur Oudney
-mourut dans cette dernière excursion. Après les succès de cette première
-expédition, Denham revint mourir à Sakkatou sans avoir pu toucher le bas Niger (1826).</p>
-
-<p>Pendant la même année, le major anglais Laing était assassiné à
-Timboktou, ville dans laquelle notre compatriote Caillé réussissait à
-séjourner quelque temps. En 1849, le gouvernement anglais charge
+sort (1816), et le capitaine Lyon ne put dépasser la frontière méridionale
+du Fezzan (1819). Une autre expédition fut organisée à Tripoli;
+elle était composée du major Denham, du lieutenant Clappeston et du
+docteur Oudney. Dans les premiers jours d'avril 1822, ils arrivaient à
+Mourzouk, capitale du Fezzan, et le 17 février, ils entraient à Kouka,
+résidence du sultan du Bornou. Le lac Tchad fut reconnu dans son
+pourtour, les villes de Kano et de Sakkatou visitées. Le docteur Oudney
+mourut dans cette dernière excursion. Après les succès de cette première
+expédition, Denham revint mourir à Sakkatou sans avoir pu toucher le bas Niger (1826).</p>
+
+<p>Pendant la même année, le major anglais Laing était assassiné à
+Timboktou, ville dans laquelle notre compatriote Caillé réussissait à
+séjourner quelque temps. En 1849, le gouvernement anglais charge
Richardson de reprendre et de continuer les explorations de Denham
dans le Soudan occidental. Richardson s'adjoint les deux Allemands
-Overweg et Henri Barth. L'année suivante, ces voyageurs quittent Tripoli,
-traversent le Fezzan et, dans leur course à travers le Sahara, ils découvrent
-la belle oasis montagneuse d'Air, ancien pays d'Agisymba, regardé
-comme le point le plus avancé de l'Afrique sur lequel s'arrêtèrent les
-aigles romaines. A peine sont-ils entrés dans le Soudan que Richardson
-meurt emporté par une maladie rapide. Les deux compagnons explorent
+Overweg et Henri Barth. L'année suivante, ces voyageurs quittent Tripoli,
+traversent le Fezzan et, dans leur course à travers le Sahara, ils découvrent
+la belle oasis montagneuse d'Air, ancien pays d'Agisymba, regardé
+comme le point le plus avancé de l'Afrique sur lequel s'arrêtèrent les
+aigles romaines. A peine sont-ils entrés dans le Soudan que Richardson
+meurt emporté par une maladie rapide. Les deux compagnons explorent
les pays au S. et au S.-O. du lac Tchad et, en 1852, Overweg succombe
-également. Barth, resté seul, s'enfonce dans le Sakkatou pendant deux
-ans et reparaît au Bornou, en 1854, après avoir séjourné à Timboktou
-de septembre 1853 à mai 1854. Il y trouva l'Allemand Edouard Vogel,
-le compagnon que la Société de géographie de Londres lui envoyait.
-Celui-ci détermina à 276 mètres au-dessus de l'Océan le niveau du lac
-Tchad. Barth fatigué revint en Angleterre en 1855. Vogel voulant explorer
-le Soudan oriental; il se dirigea vers le Ouadaï, où il fut assassiné
-à Kouka (1856).</p>
-
-<p>Cependant, en 1860, une expédition nationale allemande s'organisait
-pour aller à la recherche de Vogel. Elle devait partir par la mer Rouge
-et prendre Khartoum pour base d'opération, pendant qu'un voyageur,
-M. de Beurman, se porterait à sa rencontre par le Fezzan, le Bornou
-et le Ouadaï. Des circonstances imprévues l'obligèrent de se dissoudre
-en arrivant à Khartoum (1862) et M. de Beurman fut également assassiné
-dans le Ouadaï. En ce moment (1874), M. le docteur Nachtigal a pu
-pénétrer dans le Ouadaï; il revient par le Darfour, et M. Gérard Rohlf
-vient de terminer ses explorations dans le désert libyque.</p>
-
-<p>Pendant que l'Afrique était attaquée du côté du nord, la partie occidentale
-n'était pas négligée. L'Angleterre envoyait, en 1816, le capitaine
-Tuckey remonter le Congo ou Zaïre; il fut arrêté par les rapides de ce
+également. Barth, resté seul, s'enfonce dans le Sakkatou pendant deux
+ans et reparaît au Bornou, en 1854, après avoir séjourné à Timboktou
+de septembre 1853 à mai 1854. Il y trouva l'Allemand Edouard Vogel,
+le compagnon que la Société de géographie de Londres lui envoyait.
+Celui-ci détermina à 276 mètres au-dessus de l'Océan le niveau du lac
+Tchad. Barth fatigué revint en Angleterre en 1855. Vogel voulant explorer
+le Soudan oriental; il se dirigea vers le Ouadaï, où il fut assassiné
+à Kouka (1856).</p>
+
+<p>Cependant, en 1860, une expédition nationale allemande s'organisait
+pour aller à la recherche de Vogel. Elle devait partir par la mer Rouge
+et prendre Khartoum pour base d'opération, pendant qu'un voyageur,
+M. de Beurman, se porterait à sa rencontre par le Fezzan, le Bornou
+et le Ouadaï. Des circonstances imprévues l'obligèrent de se dissoudre
+en arrivant à Khartoum (1862) et M. de Beurman fut également assassiné
+dans le Ouadaï. En ce moment (1874), M. le docteur Nachtigal a pu
+pénétrer dans le Ouadaï; il revient par le Darfour, et M. Gérard Rohlf
+vient de terminer ses explorations dans le désert libyque.</p>
+
+<p>Pendant que l'Afrique était attaquée du côté du nord, la partie occidentale
+n'était pas négligée. L'Angleterre envoyait, en 1816, le capitaine
+Tuckey remonter le Congo ou Zaïre; il fut arrêté par les rapides de ce
<span class="pagenum"><a id="Page_8"> 8</a></span>
-fleuve à Enimbo, par 4° 40" de lat. S., à 290 kil. de l'Océan, soit 210
-à vol d'oiseau. Il mourut des fièvres avec tout son équipage. Jusqu'en
-1872, rien ne fut tenté dans cette voie. Or les missionnaires portugais
-des XVI<sup>e</sup> et XVII<sup>e</sup> siècles avaient des résidences à 60 kil. plus haut dans
-les missions de Conconbella, et sur le Kouango, à Candi (Canga ou
-Penibo de Ocanga Tukouango). En ce moment, une expédition anglaise
+fleuve à Enimbo, par 4° 40" de lat. S., à 290 kil. de l'Océan, soit 210
+à vol d'oiseau. Il mourut des fièvres avec tout son équipage. Jusqu'en
+1872, rien ne fut tenté dans cette voie. Or les missionnaires portugais
+des XVI<sup>e</sup> et XVII<sup>e</sup> siècles avaient des résidences à 60 kil. plus haut dans
+les missions de Conconbella, et sur le Kouango, à Candi (Canga ou
+Penibo de Ocanga Tukouango). En ce moment, une expédition anglaise
explore le cours de ce fleuve.</p>
-<p>Après l'insuccès du Tuckey, l'Angleterre s'attacha au cours du Niger,
+<p>Après l'insuccès du Tuckey, l'Angleterre s'attacha au cours du Niger,
dont d'autres explorateurs cherchaient les sources au Soudan. En 1830,
John Lander reconnut les embouchures de ce fleuve, ainsi qu'une partie
-de son cours inférieur. Laird, Oldfield, Allen (1832) et le capitaine Trotter
-(1841) revoient son itinéraire et cherchent à ouvrir, avec le Soudan, par
-cette grande artère fluviale, une voie commerciale plus courte et moins
-dangereuse que le désert. Cet honneur était réservé au docteur Baikie,
-commandant de l'expédition de <em>la Pléiade</em> (1854). Il trouva cette route
-dans le Benoué, grand affluent du Niger qui descend des parties S.-O.
-de Bornou et prend ses sources à peu de distance du Chary.</p>
-
-<p>Au commencement de l'année courante, MM. Marche et Compiègne,
-voyageurs français, remontent l'Ogovai, dont le cours inférieur a été
-relevé par l'amiral Fleuriot de Langle. D'un autre côté, M. Bastian est
-arrivé avec une expédition allemande sur les bords du Loango et s'apprête
-à pénétrer dans le continent africain entre les 5° et 8° de lat. S.,
-région explorée en partie par notre compatriote Duchaillu.</p>
-
-<p>La partie occidentale de l'Afrique n'a pu être explorée comme les régions
-septentrionales et orientales. Un désert aride et des tribus féroces
-semblent former une zone infranchissable à vingt lieues de la côte. Mais
-la côte orientale, ouverte par les Arabes négriers et marchands d'ivoire,
-vient d'être à nouveau franchie par le lieutenant Cameron, parti de
-Zanzibar, pour compléter les découvertes de Livingstone.</p>
-
-<p>Quant à l'Afrique australe comprise entre le Zambèse et le cap de
-Bonne-Espérance, elle vient d'être reconnue par MM. Mauch et Erskine.
-Le premier a exploré les pays qui s'étendent entre le Zambèse et le
-fleuve Orange. Le second s'est élevé au nord de la baie de Lagoa et a
-exploré le bassin du Limpopo et la zone du littoral comprise entre ce
-fleuve et le Zambèse, où il a découvert les ruines et les placers de
-Zimbaoê, l'Ophir biblique, peut-être!</p>
-
-<p>Si de là nous portons nos regards vers l'ancienne Éthiopie ou Abyssinie,
-nous apercevons pendant notre siècle, suivant les traces de Robert
-Bruce dans les sentiers rocailleux et desséchés de ce pays, un certain
-nombre de voyageurs intrépides. La France y envoie Rochet d'Héricourt,
-Théophile Lefebvre, Perret et Galinier, MM. Antoine et Arnault d'Abbadie;
-Specke, Harris, Ruppel, le docteur Blanc, y représentent l'Angleterre,
+de son cours inférieur. Laird, Oldfield, Allen (1832) et le capitaine Trotter
+(1841) revoient son itinéraire et cherchent à ouvrir, avec le Soudan, par
+cette grande artère fluviale, une voie commerciale plus courte et moins
+dangereuse que le désert. Cet honneur était réservé au docteur Baikie,
+commandant de l'expédition de <em>la Pléiade</em> (1854). Il trouva cette route
+dans le Benoué, grand affluent du Niger qui descend des parties S.-O.
+de Bornou et prend ses sources à peu de distance du Chary.</p>
+
+<p>Au commencement de l'année courante, MM. Marche et Compiègne,
+voyageurs français, remontent l'Ogovai, dont le cours inférieur a été
+relevé par l'amiral Fleuriot de Langle. D'un autre côté, M. Bastian est
+arrivé avec une expédition allemande sur les bords du Loango et s'apprête
+à pénétrer dans le continent africain entre les 5° et 8° de lat. S.,
+région explorée en partie par notre compatriote Duchaillu.</p>
+
+<p>La partie occidentale de l'Afrique n'a pu être explorée comme les régions
+septentrionales et orientales. Un désert aride et des tribus féroces
+semblent former une zone infranchissable à vingt lieues de la côte. Mais
+la côte orientale, ouverte par les Arabes négriers et marchands d'ivoire,
+vient d'être à nouveau franchie par le lieutenant Cameron, parti de
+Zanzibar, pour compléter les découvertes de Livingstone.</p>
+
+<p>Quant à l'Afrique australe comprise entre le Zambèse et le cap de
+Bonne-Espérance, elle vient d'être reconnue par MM. Mauch et Erskine.
+Le premier a exploré les pays qui s'étendent entre le Zambèse et le
+fleuve Orange. Le second s'est élevé au nord de la baie de Lagoa et a
+exploré le bassin du Limpopo et la zone du littoral comprise entre ce
+fleuve et le Zambèse, où il a découvert les ruines et les placers de
+Zimbaoê, l'Ophir biblique, peut-être!</p>
+
+<p>Si de là nous portons nos regards vers l'ancienne Éthiopie ou Abyssinie,
+nous apercevons pendant notre siècle, suivant les traces de Robert
+Bruce dans les sentiers rocailleux et desséchés de ce pays, un certain
+nombre de voyageurs intrépides. La France y envoie Rochet d'Héricourt,
+Théophile Lefebvre, Perret et Galinier, MM. Antoine et Arnault d'Abbadie;
+Specke, Harris, Ruppel, le docteur Blanc, y représentent l'Angleterre,
<span class="pagenum"><a id="Page_9"> 9</a></span>
-dont l'expédition contre Théodoros a donné lieu à des travaux importants.
-Tel est le résumé de l'histoire des explorations africaines. Nous
-pensons que le lecteur nous saura gré de lui donner un tableau succinct
-de ces grands voyages qui reculent les horizons de la civilisation chrétienne.</p>
+dont l'expédition contre Théodoros a donné lieu à des travaux importants.
+Tel est le résumé de l'histoire des explorations africaines. Nous
+pensons que le lecteur nous saura gré de lui donner un tableau succinct
+de ces grands voyages qui reculent les horizons de la civilisation chrétienne.</p>
-<p>D'après ce que nous venons de dire, nous pouvons nous faire une
-idée de la configuration de l'intérieur de l'Afrique.</p>
+<p>D'après ce que nous venons de dire, nous pouvons nous faire une
+idée de la configuration de l'intérieur de l'Afrique.</p>
-<p>A quelque distance de la mer, une série de chaînes ou bourrelets
+<p>A quelque distance de la mer, une série de chaînes ou bourrelets
continus de montagnes entourent l'Afrique. Au N., ce bourrelet s'appelle
-l'Atlas, jusqu'au S.-O. du Maroc. Il reparaît au Sénégal, sous le nom
-de chaîne des Kong, et se prolonge jusqu'au cap de Bonne-Espérance.
-De là il suit la mer des Indes, forme le Kilima-Njaro (7,000 m.) le Kenia
-ou Mont-Blanc (6,000 m.), et se rattache aux chaînes méridionales du
-pays des Gallas. Les monts de la Lune, qui se détachent de celles-ci,
-ne courent pas de l'O. à l'E., comme on l'a cru pendant longtemps,
+l'Atlas, jusqu'au S.-O. du Maroc. Il reparaît au Sénégal, sous le nom
+de chaîne des Kong, et se prolonge jusqu'au cap de Bonne-Espérance.
+De là il suit la mer des Indes, forme le Kilima-Njaro (7,000 m.) le Kenia
+ou Mont-Blanc (6,000 m.), et se rattache aux chaînes méridionales du
+pays des Gallas. Les monts de la Lune, qui se détachent de celles-ci,
+ne courent pas de l'O. à l'E., comme on l'a cru pendant longtemps,
mais elles descendent du N. au S.</p>
-<p>L'intérieur de l'Afrique forme donc un immense bassin dont les
-bords ne seraient interrompus d'une part que par les brèches d'où les
-grands fleuves africains s'échappent en cataractes écumantes vers les
+<p>L'intérieur de l'Afrique forme donc un immense bassin dont les
+bords ne seraient interrompus d'une part que par les brèches d'où les
+grands fleuves africains s'échappent en cataractes écumantes vers les
mers, et, d'autre part, dans la partie occidentale, par le Sahara qui vient
-confondre ses sables avec ceux de l'Océan entre le Maroc et le
-Sénégal.</p>
-
-<p>L'intérieur de ce bassin serait divisé par quelques plateaux en plusieurs
-régions que l'on regarde encore comme indépendantes l'une de
-l'autre, bien qu'elles puissent être réunies entre elles par des cours d'eau,
-ainsi que certains géographes le prétendent. C'est ce que de nouvelles
-explorations prouveront. La première au S. est celle du lac Nyassa, du
-Chironé et du Zambèse. Elle est séparée de la deuxième entre le 10<sup>e</sup> et le
-12<sup>e</sup> degré de lat. S. par le plateau de Moviza ou Motchinga, qui a 1,100
-kil. environ d'étendue et une altitude moyenne de 1,200 m., mais quelques
+confondre ses sables avec ceux de l'Océan entre le Maroc et le
+Sénégal.</p>
+
+<p>L'intérieur de ce bassin serait divisé par quelques plateaux en plusieurs
+régions que l'on regarde encore comme indépendantes l'une de
+l'autre, bien qu'elles puissent être réunies entre elles par des cours d'eau,
+ainsi que certains géographes le prétendent. C'est ce que de nouvelles
+explorations prouveront. La première au S. est celle du lac Nyassa, du
+Chironé et du Zambèse. Elle est séparée de la deuxième entre le 10<sup>e</sup> et le
+12<sup>e</sup> degré de lat. S. par le plateau de Moviza ou Motchinga, qui a 1,100
+kil. environ d'étendue et une altitude moyenne de 1,200 m., mais quelques
points en atteignent 1,500, 1,800 et 2,100. Son versant nord donne
-naissance à un nombre si considérable de rivières, dit Livingstone, qu'il
+naissance à un nombre si considérable de rivières, dit Livingstone, qu'il
faudrait la vie d'un homme pour les compter. La seconde contient cinq
-lacs qui sont, en commençant par le plus méridional: le Bangweolo, qui
-s'étend de l'E. à l'O., entre 11° et 12° de lat. australe sur un développement
-de 240 kil. par 1,219 m. d'altitude. Il est couvert d'îles habitées
-et reçoit le Tchambezi, rivière qui prend ses sources vers 10° de
+lacs qui sont, en commençant par le plus méridional: le Bangweolo, qui
+s'étend de l'E. à l'O., entre 11° et 12° de lat. australe sur un développement
+de 240 kil. par 1,219 m. d'altitude. Il est couvert d'îles habitées
+et reçoit le Tchambezi, rivière qui prend ses sources vers 10° de
lat. S., au N. du lac Nyassa. De sa partie septentrionale sort le Louapoula;
-ce cours d'eau va se jeter dans le lac Moero. De celui-ci s'échappe
-le Loualaba oriental. Cette rivière a de 1,800 à 5,400 m. de largeur et
-s'ouvre dans le lac Kamolondo, ou bien Oulendje. Ce lac recevrait également
+ce cours d'eau va se jeter dans le lac Moero. De celui-ci s'échappe
+le Loualaba oriental. Cette rivière a de 1,800 à 5,400 m. de largeur et
+s'ouvre dans le lac Kamolondo, ou bien Oulendje. Ce lac recevrait également
sur sa rive occidentale le Loufira, ou Loualaba central, qui descendrait
<span class="pagenum"><a id="Page_10"> 10</a></span>
-de la région Ouest inexplorée du Moviza et des monts Koné. De
-ce même point coulerait également au N.-O. le Loualaba occidental,
-ou Louloua, lequel se réunit au Kasabi, traverse le lac Lincoln ou Moula
-et va sous le nom de Loeki, ou Lomamé, se joindre au Loualaba central.
-Tous ces Loualabas qui, dans la langue des indigènes signifient
-des lacs rivières (bassins lacustres), ne forment qu'un seul cours d'eau
-qui entre dans le lac Sans-Nom par 4° de lat. australe et 22° 40' de long.
+de la région Ouest inexplorée du Moviza et des monts Koné. De
+ce même point coulerait également au N.-O. le Loualaba occidental,
+ou Louloua, lequel se réunit au Kasabi, traverse le lac Lincoln ou Moula
+et va sous le nom de Loeki, ou Lomamé, se joindre au Loualaba central.
+Tous ces Loualabas qui, dans la langue des indigènes signifient
+des lacs rivières (bassins lacustres), ne forment qu'un seul cours d'eau
+qui entre dans le lac Sans-Nom par 4° de lat. australe et 22° 40' de long.
orientale et coule au milieu de ses archipels pour en sortir au N. sous
-le nom de Nyali, Bancaor ou Bakara, incliner entre 1° et 2° de lat. S.
-vers l'O., et se jeter dans l'Océan sous le nom de Zaïre ou Congo. Ce
-bassin serait donc celui de ce grand fleuve sur lequel l'un des rois chrétiens
+le nom de Nyali, Bancaor ou Bakara, incliner entre 1° et 2° de lat. S.
+vers l'O., et se jeter dans l'Océan sous le nom de Zaïre ou Congo. Ce
+bassin serait donc celui de ce grand fleuve sur lequel l'un des rois chrétiens
du Congo fit lancer deux brigantins afin d'en explorer le cours
-jusqu'aux lacs où il prend ses sources. C'est ce que nous avons trouvé
+jusqu'aux lacs où il prend ses sources. C'est ce que nous avons trouvé
dans la correspondance de ce prince.</p>
-<p>Les habitants du Congo et des États voisins connaissaient donc la
-région des lacs de l'Afrique centrale. C'est par eux que les Portugais en
-eurent connaissance et pratiquèrent les routes qui les conduisaient de
-leurs établissements de la Guinée méridionale à ceux de la côte orientale
+<p>Les habitants du Congo et des États voisins connaissaient donc la
+région des lacs de l'Afrique centrale. C'est par eux que les Portugais en
+eurent connaissance et pratiquèrent les routes qui les conduisaient de
+leurs établissements de la Guinée méridionale à ceux de la côte orientale
d'Afrique. Du reste, les noms de Moero et de Moura (Maure), dont
-le premier est la corruption du second, sont Portugais. Ils révèlent donc
-le passage des voyageurs de cette nation qui les leur ont imposés. Après
-les avoir retrouvés, Livingstone leur a donné des noms anglais.</p>
+le premier est la corruption du second, sont Portugais. Ils révèlent donc
+le passage des voyageurs de cette nation qui les leur ont imposés. Après
+les avoir retrouvés, Livingstone leur a donné des noms anglais.</p>
-<p>Sur le versant S. du Movitza naissent également deux cours d'eau, le
-Liambaï ou Zambèse (Palmerston) et le Kafoué, affluent de ce fleuve.</p>
+<p>Sur le versant S. du Movitza naissent également deux cours d'eau, le
+Liambaï ou Zambèse (Palmerston) et le Kafoué, affluent de ce fleuve.</p>
-<p>A l'époque des pluies, le fond de ces différentes vallées est tellement
-inondé que les rivières et les lacs ne forment plus qu'une immense
-nappe d'eau comme dans la zone parallèle de l'Amérique méridionale.</p>
+<p>A l'époque des pluies, le fond de ces différentes vallées est tellement
+inondé que les rivières et les lacs ne forment plus qu'une immense
+nappe d'eau comme dans la zone parallèle de l'Amérique méridionale.</p>
-<p>A l'E. de ce bassin s'étend celui du Tanganika, qui est regardé comme
-complètement indépendant des autres.</p>
+<p>A l'E. de ce bassin s'étend celui du Tanganika, qui est regardé comme
+complètement indépendant des autres.</p>
-<p>Cependant, d'après les dernières explorations de Baker, il communiquerait
+<p>Cependant, d'après les dernières explorations de Baker, il communiquerait
avec le Victoria par le Bouzizi, dont les eaux couleraient vers le
-N. ou le S., selon l'époque différente des pluies ou des crues dans chacun
-des deux bassins. D'après cette hypothèse, c'est dans le Tanganika qu'il
+N. ou le S., selon l'époque différente des pluies ou des crues dans chacun
+des deux bassins. D'après cette hypothèse, c'est dans le Tanganika qu'il
faudrait voir les sources du Nil.</p>
<p>Le bassin le plus septentrional se compose du M'Woutan ou Albert
N'yanza (829 m. d'altitude) et du Victoria N'yanza (1,100 m. d'altitude
-moyenne), d'où sort le Nil Blanc (Bahr-el-Abiad). A l'O. de ce dernier se
+moyenne), d'où sort le Nil Blanc (Bahr-el-Abiad). A l'O. de ce dernier se
trouve le lac Baringo.</p>
-<p>Le cinquième bassin, celui du lac Tchad, se développe dans le Soudan
-oriental. Il y a pour affluent le Chari au S. et le Fédé, autre Bahr-el-Gazal
+<p>Le cinquième bassin, celui du lac Tchad, se développe dans le Soudan
+oriental. Il y a pour affluent le Chari au S. et le Fédé, autre Bahr-el-Gazal
(fleuve des Gazelles), distinct de l'affluent du fleuve Blanc. Ce
-cours d'eau sort du lac, coule pendant 500 kilomètres vers le N.-E. jusqu'au
+cours d'eau sort du lac, coule pendant 500 kilomètres vers le N.-E. jusqu'au
<span class="pagenum"><a id="Page_11"> 11</a></span>
-16° de lat. N. par 17° de long. E. dans le canton des Kreddas. Là,
-ses eaux disparaissent dans les dunes de sable du Soudan. Cette rivière
+16° de lat. N. par 17° de long. E. dans le canton des Kreddas. Là,
+ses eaux disparaissent dans les dunes de sable du Soudan. Cette rivière
est donc un exutoire du Tchad, et non un de ses tributaires, comme on
l'a cru jusqu'aux explorations du docteur allemand Nachtigal. Le niveau
-est à 39 m. au-dessous de celui des mers.</p>
+est à 39 m. au-dessous de celui des mers.</p>
<p class="p4 center small">LILLE&mdash;IMPRIMERIE DANEL.</p>
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-End of the Project Gutenberg EBook of Les Explorateurs du Centre de l'Afrique, by
-l'Abbé Durand
-
-*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LES EXPLORATEURS ***
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-even without complying with the full terms of this agreement. See
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-and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm electronic
-works. See paragraph 1.E below.
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+<div>*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 40279 ***</div>
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