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+The Project Gutenberg EBook of Tableau historique et pittoresque de Paris
+depuis les Gaulois jusqu'à  nos jours (Volume 1/8), by Jacques-Maximilien Benjamin Bins de Saint-Victor
+
+This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
+almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
+re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
+with this eBook or online at www.gutenberg.org/license
+
+
+Title: Tableau historique et pittoresque de Paris depuis les Gaulois jusqu'à  nos jours (Volume 1/8)
+
+Author: Jacques-Maximilien Benjamin Bins de Saint-Victor
+
+Release Date: June 1, 2012 [EBook #39880]
+
+Language: French
+
+Character set encoding: ISO-8859-1
+
+*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK TABLEAU HISTORIQUE ET ***
+
+
+
+
+Produced by Mireille Harmelin, Guy de Montpellier, Christine
+P. Travers and the Online Distributed Proofreading Team
+at http://www.pgdp.net (This file was produced from images
+generously made available by the Bibliothèque nationale
+de France (BnF/Gallica) at http://gallica.bnf.fr)
+
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+
+
+ TABLEAU
+
+ HISTORIQUE ET PITTORESQUE
+
+ DE PARIS.
+
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+
+IMPRIMERIE DE COSSON, RUE GARENCIÈRE, Nº 5.
+
+
+
+
+ TABLEAU
+ HISTORIQUE ET PITTORESQUE
+ DE PARIS,
+
+ DEPUIS LES GAULOIS JUSQU'À NOS JOURS.
+
+
+ Dédié au Roi
+ Par J. B. de Saint-Victor.
+
+
+ _Seconde Édition_,
+ REVUE, CORRIGÉE ET AUGMENTÉE.
+
+ TOME PREMIER.--PREMIÈRE PARTIE.
+
+
+ _Miratur molem..... Magalia quondam._
+ ÆNEID., lib. 1.
+
+
+
+
+ PARIS,
+ LIBRAIRIE DE CHARLES GOSSELIN,
+ RUE DE SEINE, Nº 12.
+
+ M DCCC XXII.
+
+
+
+
+AVERTISSEMENT.
+
+
+Il y a plus de deux siècles qu'on écrit sur Paris et sur ses
+antiquités. Ce sujet a fait naître une foule d'ouvrages où toutes les
+recherches semblent avoir été épuisées; et cependant il restoit encore
+un bon livre à faire sur cette cité célèbre, un livre sinon plus
+savant, du moins plus utile et mieux conçu que tous ceux qui ont été
+faits jusqu'à présent.
+
+Paris peut être considéré sous les rapports divers de ses antiquités
+religieuses, de ses institutions civiles et politiques, des
+révolutions qu'il a éprouvées, des moeurs et des coutumes de ses
+habitants, des faits historiques dont il a été le théâtre, des
+monuments des arts qu'il renferme, etc. L'ensemble de ces rapports
+dans ce qu'ils ont de plus curieux et de plus important peut seul
+constituer une description intéressante d'une ville que tous les
+peuples de l'Europe, toutes les classes de la société sont avides de
+connoître; et jusqu'ici cependant aucun de ceux qui en ont écrit
+l'histoire, ne l'a conçue sur ce plan général, n'en a même rempli
+quelques parties à la fois d'une manière satisfaisante.
+
+On ne connoît sur Paris aucun livre qui ait été écrit avant le règne
+de François Ier. À cette époque[1] un libraire, nommé _Corrozet_,
+publia un ouvrage ayant pour titre: _La Fleur des antiquités,
+singularités et excellences de la ville de Paris._ Ce livre fut
+réimprimé environ cinquante ans après, avec quelques augmentations,
+par un autre libraire, nommé _Bonfons_. Il n'a maintenant d'autre
+mérite que celui de son ancienneté; et ces deux auteurs ne s'y
+montrent exacts que lorsqu'ils parlent de l'état des choses, telles
+qu'elles étoient alors, et qu'elles se présentoient à leurs yeux.
+
+[Note 1: 1532.]
+
+L'un et l'autre manquoient de lumières et de critique. Un religieux
+bénédictin de Saint-Germain-des-Prés, dom Jacques du Breul, revit
+leur travail, consulta les titres, fit des recherches, corrigea leurs
+erreurs, et perfectionnant cette informe ébauche, en fit un livre
+nouveau[2], qu'il fit paroître au commencement du dix-septième siècle.
+On trouve dans cet ouvrage des renseignements précieux, et qui ont été
+d'une grande utilité à ceux qui ont écrit après lui: cependant, sans
+compter que Paris a entièrement changé de face depuis cette époque,
+son livre contient encore beaucoup d'erreurs, qu'il lui étoit sans
+doute impossible d'éviter, parce que la matière étoit trop vaste pour
+qu'un seul homme pût d'abord tout débrouiller et tout arranger.
+
+[Note 2: _Théâtre des Antiquités de Paris_, in-4º, 1612. L'auteur y
+ajouta un supplément en 1614; il fut réimprimé avec quelques additions
+en 1639.]
+
+Ces premiers ouvrages donnèrent naissance à des compilations, à des
+abrégés plus ou moins médiocres qui n'apprenoient rien de nouveau. Une
+dispute qui s'éleva quelques années après, entre deux savants[3], sur
+nos anciennes églises, sans éclaircir beaucoup la question qu'ils
+traitoient, répandit quelques nouvelles lumières sur les antiquités de
+Paris. Pendant ce temps, Henri Sauval, avocat au parlement,
+travailloit à nous donner des connoissances plus exactes et plus
+étendues sur un sujet aussi important. Il recueillit, dans les dépôts
+publics et dans les archives particulières, une quantité prodigieuse
+de documents et de titres sur l'état ancien et moderne de la ville de
+Paris, les lut, les dépouilla avec une patience infatigable; mais
+n'eut ni le temps ni peut-être le talent de les mettre en ordre, de
+les comparer, de les vérifier. Il en est résulté que son immense
+recueil n'est qu'un amas informe de matériaux confondus ensemble, et
+dont il est impossible d'user sans y apporter les plus grandes
+précautions. Il est plein de répétitions, de détails fatigants, de
+trivialités, inexact dans les faits, peu judicieux dans les
+réflexions; et ses erreurs sur une foule de matières, principalement
+sur l'appréciation des monuments, sont telles, qu'elles seroient
+insupportables aujourd'hui aux personnes même les moins éclairées.
+
+[Note 3: MM. de Valois et de Launoy.]
+
+Cependant tant d'éléments divers, amassés par ce laborieux écrivain,
+pouvoient servir à construire un édifice régulier, et il n'étoit
+besoin que d'un esprit sage et patient qui sût choisir et ordonner,
+pour en tirer une bonne histoire de Paris. D. D. Félibien et Lobineau,
+deux religieux bénédictins, l'entreprirent avec succès, mais plutôt
+en savants qu'en littérateurs. Leur compilation est exacte,
+méthodique, mais sèche et minutieuse: les grands et les petits
+événements y sont racontés du même style, avec la même prolixité; et
+ces récits diffus et monotones ne peuvent être lus avec fruit et
+patience que par des érudits. Saint-Foix, au contraire, dans ses
+_Essais sur Paris_, a moins voulu faire une description exacte de
+cette ville, que produire, à l'occasion de quelques-uns de ses
+quartiers, de quelques rues, qu'il trouve tout simple de présenter par
+ordre alphabétique, des opinions nouvelles et bizarres, des traits
+hardis, satiriques et licencieux. Son livre, qui eut beaucoup de
+succès dans un temps où un esprit de mutinerie et d'insolence contre
+toute autorité étoit un sûr moyen de réussir dans toute production
+littéraire, est justement considéré aujourd'hui comme l'ouvrage d'un
+homme qui joignoit à quelque vivacité d'esprit, un jugement faux et
+une inexpérience complète sur les grandes questions de morale et de
+politique qu'il a l'audace de traiter à chaque instant. C'est de tous
+les écrivains sur Paris celui que nous avons lu et consulté avec le
+plus de défiance et de précaution; il nous a été d'ailleurs d'un
+très-foible secours, ayant puisé lui-même dans Sauval, et le plus
+souvent sans critique, presque toutes les particularités dont se
+compose la compilation très-incomplète qu'il a publiée.
+
+Nous ne parlerons point de Piganiol de la Force, le compilateur
+peut-être le plus ennuyeux, le plus dépourvu de discernement et de
+goût, parmi tous ceux qui ont entrepris de faire l'inventaire des
+monuments de Paris, de ses rues, et des curiosités dont il est rempli.
+Il n'est presque rien dans son livre qu'on ne trouve ailleurs plus
+exactement présenté et plus clairement décrit.
+
+Le commissaire Delamare dans son Traité de la Police, Jaillot dans ses
+_Recherches_, l'abbé Lebeuf dans son _Histoire du Diocèse de Paris_,
+se sont montrés fort supérieurs à ceux qui les avoient précédés et à
+ceux qui les ont suivis. On diroit qu'ils se sont partagés entre eux
+un si vaste sujet, chacun en ayant traité plus spécialement une des
+parties dont il se compose; et tous les trois ayant porté, dans leurs
+travaux, une érudition et un discernement qui semblent ne pouvoir être
+surpassés. Sur la topographie ancienne et nouvelle de Paris, sur
+l'origine de ses monuments, sur ses institutions civiles et
+religieuses, sur toutes les parties de son administration, on peut
+dire qu'ils ont en quelque sorte épuisé la matière, et que leurs
+savants travaux laissent peu de choses à désirer; mais ce seroit
+vainement encore qu'on y chercheroit cet ensemble, cet accord de
+toutes les parties, sans lequel un ouvrage ne peut être bon, et
+quelques-uns de ces agréments du langage qui seuls font lire les bons
+ouvrages et en assurent le succès et la durée. Ils ont rassemblé
+d'excellents matériaux pour une histoire de Paris; mais cette
+histoire, aucun d'eux ne l'a faite, et n'a même pensé à la faire.
+
+Toutefois ici finit la liste des écrivains qu'il nous est permis de
+citer. Après eux viennent en foule des compilateurs sans jugement,
+sans goût, dépourvus de toute critique, qui ramassent indistinctement
+tout ce qu'ont recueilli leurs devanciers, et en composent des
+rapsodies, dont pas une ne mérite même l'honneur d'être nommée[4].
+
+[Note 4: Il est un grand nombre de savants recommandables dont les
+excellents travaux ont jeté de grandes lumières sur les antiquités de
+Paris, tels que Adrien de Valois, les auteurs de _la France
+chrétienne_, le savant académicien M. Bonami, etc., etc. Nous en avons
+tiré de grands secours, et nous aurons souvent occasion de les citer;
+mais ils ne peuvent être comptés au nombre des historiens de cette
+capitale.]
+
+Nous ne craignons donc pas de le dire, il n'existe pas encore un seul
+ouvrage où Paris soit considéré sous tous les rapports qui peuvent le
+faire bien connoître; où la description de ses monuments soit
+accompagnée d'une critique judicieuse sur leur véritable mérite; où
+les faits historiques, se liant aux peintures de moeurs, soient
+présentés dans cette juste mesure qui les rend curieux et attachants.
+On ne trouve dans aucun une marche claire et méthodique; aucun n'a
+donné un tableau complet et bien ordonné des diverses révolutions que
+cette ville célèbre a éprouvées.
+
+Ce qu'ils n'ont point fait nous avons essayé de le faire: voici donc
+le plan que nous nous sommes tracé, et qu'autant qu'il est en nous,
+nous nous sommes efforcés de remplir.
+
+Adoptant une division depuis long-temps consacrée, nous avons partagé
+en ses vingt quartiers la ville immense que nous avions à décrire;
+passant de là, et dans un ordre également consacré à la description
+particulière de chacun de ces quartiers, nous en avons d'abord
+présenté le tableau topographique, puis nous avons indiqué les
+accroissements qu'il a pu successivement recevoir. Viennent ensuite
+les institutions et les monuments, dans lesquels ce qui est religieux
+précède, autant qu'il est possible, ce qui n'est que civil et
+politique; de même que les origines et les antiquités sont discutées
+et expliquées avant que nous traitions de ce qui touche les
+productions des beaux-arts et les autres objets de détail purement
+matériels; et ces objets, dont l'importance sans doute est beaucoup
+moindre, sans être séparés de l'historique du monument ou de
+l'institution à laquelle ils appartiennent, y reçoivent une place et
+un classement tout particulier. Par un semblable motif, tout ce qui
+concerne les rues, les places publiques, leurs origines et leurs
+étymologies, est rejeté à la fin de chaque division; et là, rangé
+suivant l'ordre alphabétique, peut y être ou lu ou simplement
+consulté. Au milieu de tant de descriptions et de récits divers qui se
+suivent ainsi (nous le croyons du moins), sans embarras et sans
+confusion, nous avons introduit, lorsqu'il nous a semblé convenable de
+le faire et que l'occasion s'en est naturellement présentée, des
+dissertations générales sur plusieurs points les plus intéressants de
+nos anciennes traditions, tels que l'origine des églises et des
+monastères, celles des confréries, des corps de métiers, de
+l'université, des parlements, etc, etc.
+
+Ce n'étoit point assez: le récit des grands événements dont Paris a
+été le théâtre pendant une si longue suite de siècles, pouvoit seul
+animer une semblable composition, en lier entre elles toutes les
+parties naturellement incohérentes, rompre la monotonie sans doute
+inévitable de tant de descriptions accumulées, mettre enfin dans leur
+véritable jour l'ensemble et les détails de cet immense tableau.
+C'étoit là une difficulté que n'avoit essayé de vaincre aucun de ceux
+qui ont écrit l'histoire de Paris: nous avons cru toutefois qu'elle
+n'étoit pas invincible. Ayant donc ainsi distribué la ville en ses
+vingt quartiers, nous avons imaginé de partager en dix époques
+l'histoire de ses révolutions; et nous les avons tellement disposées,
+que chacune d'elles s'est presque toujours rattachée par quelques
+circonstances frappantes et singulières aux deux quartiers auxquels
+elle sert, pour ainsi dire, d'introduction; et cette disposition nous
+l'avons combinée de manière que les trois principales époques de cette
+histoire se trouvant placées à la tête de chacun des trois volumes
+dont se compose l'ouvrage entier, elles sont ainsi devenues pour
+chacun de ces volumes une sorte d'introduction d'une importance plus
+grande, d'un plus vif intérêt, et celle en effet qu'il devoit avoir.
+En tête du premier volume est placée l'histoire de Paris sous les deux
+premières races, alors que la ville étoit circonscrite et renfermée
+dans cette île que l'on appelle aujourd'hui le _quartier de la Cité_,
+quartier le plus ancien de tous, et le premier dans l'ordre des
+descriptions. Au commencement du second volume, nous racontons les
+querelles sanglantes des _Armagnacs_ et des _Bourguignons_, sous le
+malheureux règne de Charles VI, querelles dont la partie
+septentrionale de Paris, qui occupe tout ce volume, fut le théâtre
+principal. Enfin le récit des guerres de religion, depuis le règne de
+François II jusqu'à la prise de Paris par Henri IV, commence le
+troisième volume, consacré tout entier à la description de la partie
+méridionale de Paris; et l'on sait que ce fut dans cette partie de la
+ville que se passèrent les scènes les plus tragiques et les plus
+tumultueuses de cette époque de calamités; qu'elles s'y renouvelèrent
+même si fréquemment et pendant un si long espace de temps, que le
+faubourg Saint-Germain en avoit reçu le nom de _Petite Genève_[5].
+
+[Note 5: Nous avons conservé, dans cette nouvelle édition, la division
+de trois volumes, consacrée en quelque sorte par cette disposition des
+matières, division qu'il eût été impossible de changer, sans détruire
+l'accord des parties et l'ensemble de l'ouvrage. Mais comme ces
+volumes eussent été d'une grosseur démesurée dans le format in-8º, que
+nous avons adopté, il a été nécessaire de les diviser chacun en deux
+parties, séparées par des titres, et réunies par la suite de la
+pagination; de cette manière l'ouvrage, qui, dans la première édition,
+se composoit de 3 volumes in-4º, offrira, dans la deuxième, six
+demi-volumes in-8º.]
+
+Ce plan a obtenu les suffrages du public; on a de même approuvé le
+parti que nous avons pris de faire une simple énumération des
+innombrables productions des arts dont jadis étoient ornés les églises
+et autres monuments que nous avons décrits, indiquant ensuite dans
+des notes plus ou moins étendues, celles qui méritoient d'être
+remarquées, soit par l'excellence de l'exécution, soit par quelque
+singularité ou circonstance particulière qui pouvoit leur donner une
+sorte d'intérêt. C'étoit en effet le seul moyen de ne rien oublier et
+cependant de ne rien confondre; d'éviter l'examen fastidieux et la
+critique fatigante de tant de peintures et sculptures, ou mauvaises ou
+du moins médiocres, et par conséquent au-dessous de toute critique et
+de tout examen; et au milieu de cet amas d'objets si peu dignes
+d'occuper le lecteur, de lui faire distinguer nettement et promptement
+ce qui devoit arrêter sa pensée et ses regards. Nous ne craignons pas
+de dire que rien n'a plus contribué que cette disposition si simple,
+si facile, et que cependant aucun historien de Paris n'avoit imaginée
+avant nous, à répandre l'ordre et la clarté dans ce qui n'avoit été
+jusqu'alors que désordre et confusion. Au reste, nous ne nous ferons
+point un mérite d'avoir mieux apprécié ces productions des arts que
+nos devanciers; sur ce point tout étoit à faire: les plus habiles
+eux-mêmes n'y entendoient rien; les autres ont servilement copié ce
+qui avoit été écrit avant eux; et de tous les jugements qui ont été
+portés sur un si grand nombre de statues, de tableaux, de monuments
+d'architecture, il n'en étoit peut-être pas un seul qui ne fût à
+réformer.
+
+Ce n'étoit point encore assez: un ouvrage du genre de celui-ci
+devient, presque à chaque page, obscur et quelquefois inintelligible,
+s'il n'est accompagné de cartes, de plans, de vues perspectives qui,
+au milieu de tant de descriptions purement matérielles, font saisir
+aux yeux ce que la parole est souvent impuissante à exprimer, et en
+sont alors l'indispensable complément. Sous ce rapport, notre première
+édition ne laissoit rien à désirer: elle étoit enrichie d'une
+collection de trois cents planches ou vignettes, qui offroient
+non-seulement la topographie complète de Paris dans tous ses détails,
+à toutes ses époques et avec tous ses développements, mais encore tous
+ses monuments actuellement existants, tous ceux que la révolution a
+détruits, tous ceux qui n'existoient déjà plus avant cette époque
+désastreuse, et dont quelques traces nous ont été conservées, ou dans
+des gravures extrêmement rares, ou dans des dessins inédits. Cette
+collection précieuse et jusqu'à présent unique en son espèce, étoit
+jointe au texte de cette première édition: elle accompagne la seconde
+dans un atlas in-4º, où elle a été arrangée dans l'ordre le plus
+méthodique, chaque planche portant un numéro qui correspond exactement
+aux renvois indiqués dans le texte.
+
+Dans cette édition nouvelle, de même que dans l'autre, nous nous
+arrêtons à l'année 1789, époque à laquelle commence _matériellement_
+la révolution, époque que nous considérions, lorsque nous conçûmes la
+première idée de cet ouvrage, comme la fin de la monarchie. Nous nous
+y arrêtons, parce que l'histoire de cette révolution ne peut être
+traitée ni légèrement ni aussi succinctement qu'il le faudroit pour
+pouvoir trouver place dans un livre tel que le nôtre. Peut-être même,
+malgré l'heureux événement qui nous a rendu nos princes légitimes, ne
+sommes-nous point arrivés au moment où il est possible d'en tracer le
+tableau hideux avec toutes les couleurs qui peuvent le rendre
+ressemblant, et où il soit permis de dire toute la vérité sur les
+hommes et sur les choses. Plus nous sommes pénétrés d'horreur pour les
+crimes inouïs qui ont amené et consommé ce grand bouleversement de la
+société, plus nous nous sentons timides à entamer de pareils récits;
+et ainsi que nous le disions alors, et que nous le répétons encore
+aujourd'hui: _ces récits sont réservés à d'autres temps et à des
+plumes plus éloquentes que la nôtre._
+
+Mais du moins avons-nous profité de l'expérience que ce grand
+événement dont le triste spectacle a passé tout entier sous nos yeux,
+nous a en quelque sorte forcé d'acquérir, pour rectifier les erreurs
+et les négligences dans lesquelles nous étions tombé sur un grand
+nombre de points très-importants de nos origines, sur le vrai
+caractère de certaines institutions, sur les causes secrètes de
+certains événements, sur ce qui a pu se faire de juste ou d'injuste,
+d'utile ou de pernicieux dans cette longue suite de siècles qu'il nous
+a fallu parcourir. Ces erreurs étoient celles des écrivains qui nous
+avoient précédé: presque tous ont écrit notre histoire avec les
+préjugés funestes qui ont amené notre ruine, et nous nous étions
+légèrement et malheureusement engagé sur les traces de ces historiens
+ou passionnés ou superficiels. La révolution française semble avoir
+été envoyée par la Providence pour _enseigner toute vérité_[6] aux
+hommes de coeur droit et _de bonne volonté_[7]. Arrivé à cette
+maturité de l'âge où il est donné de mieux voir et de mieux
+comprendre, nous avons fait en sorte de profiter de cet avertissement
+du ciel; et c'est une véritable satisfaction pour nous d'avoir cette
+occasion de protester contre ce que nous écrivions, il y a quinze
+ans, sur la féodalité, sur le gouvernement de la France pendant la
+durée des deux premières races, sur plusieurs attributions du clergé
+dont nous n'avions point assez apprécié l'influence salutaire, sur nos
+parlements dont nous n'avions point assez fait connoître les fautes et
+les torts, sur l'université qui méritoit plus de blâme encore que nous
+ne lui en avons donné, sur les jésuites que nous n'avons point assez
+défendus contre leurs ennemis et leurs calomniateurs, etc., etc., et
+nous osons espérer que tous les honnêtes gens protesteront avec nous
+contre ce que nous écrivions alors, en faveur de ce que nous écrivons
+aujourd'hui.
+
+[Note 6: Joan., XVI, 13.]
+
+[Note 7: Luc., II, 14.]
+
+Enfin, dans cette seconde édition, il y a plus d'ordre et de clarté
+dans l'arrangement des matières: beaucoup de détails qui nous étoient
+échappés dans la première, y ont été soigneusement recueillis;
+quelques passages qui avoient semblé obscurs ont été éclaircis et
+développés; et ce qui lui donne principalement sur l'autre un immense
+avantage, c'est qu'ici nous ne marchons au milieu de tant de souvenirs
+confus, de tant de ruines accumulées, qu'appuyés sur l'_autorité_, ce
+que d'abord nous n'avions point fait avec un aussi grand soin; que
+nous ne présentons pas un fait seul sans citer tous les témoignages
+que la saine critique nous permet d'appeler comme garants de ce que
+nous croyons devoir en nier ou en affirmer; de manière que les choses
+même les plus vraies que nous avons pu dire dans la première édition,
+ont ici un caractère beaucoup plus frappant de vérité.
+
+
+
+
+[Illustration: Lutetia Parisiorum]
+
+DISCOURS PRÉLIMINAIRE.
+
+
+On a vu de puissants monarques, conquérants ou législateurs, élever
+tout à coup des villes superbes, et depuis devenues fameuses, soit
+qu'ils fussent séduits par les avantages que présentoient les lieux
+pour y établir le centre de leur gouvernement, soit qu'ils n'eussent
+d'autres vues que celle de donner un nouvel éclat à leur nom en
+l'attachant à d'aussi grands monuments. L'antiquité nous offre
+plusieurs exemples de ces prodigieuses entreprises: c'est ainsi que
+furent fondées Alexandrie et Constantinople; et le commencement du
+siècle dernier fut surtout mémorable par l'exécution hardie d'un
+semblable projet. Un souverain législateur, sous le ciel le plus
+rigoureux, et au milieu d'un marais jusqu'alors impraticable, jeta les
+fondements d'une ville[8] qui, dans moins de cinquante ans, s'est
+couverte de palais magnifiques, de monuments publics d'une grandeur
+toute royale, et qui déjà rivalise en étendue et en beauté, avec les
+villes les plus florissantes de l'Europe.
+
+[Note 8: Saint-Pétersbourg.]
+
+Mais de tels événements sont rares, et les capitales des empires n'ont
+point ordinairement des commencements aussi illustres. Dans l'origine
+des sociétés, un concours de circonstances fait que telle ville, qui
+d'abord n'étoit ni plus puissante ni plus remarquable que celles qui
+l'environnoient, remporte sur ses voisins des avantages qui lui en
+assujettissent plusieurs; ou, par sa position, semble offrir une
+retraite plus sûre au premier conquérant qui s'élève au milieu de ces
+petites peuplades barbares. L'État s'agrandit, et ses richesses
+s'accumulent dans cette ville; les ressorts du gouvernement se
+multiplient; des communications s'établissent avec les peuples
+policés; l'opulence fait naître le luxe, et le luxe appelle les arts;
+la population s'accroît, les moeurs se polissent, les monuments
+s'élèvent: alors la grande cité, parvenue à son dernier degré de
+splendeur, décline insensiblement par ce retour inévitable des choses
+d'ici-bas, et finit par des ruines après avoir commencé par des
+cabanes.
+
+La ville la plus fameuse des temps anciens, Rome, eut des
+commencements aussi misérables. Paris qui, dans nos temps modernes,
+tient parmi les peuples le même rang que Rome occupoit dans
+l'antiquité, Paris, dont la célébrité, déjà si grande depuis plusieurs
+siècles, devient incomparable par les événements inouïs, uniques dans
+l'histoire, dont il a été le théâtre pendant trente ans, ne fut, dans
+son origine, qu'une habitation de sauvages, comme la reine du monde
+n'avoit été d'abord qu'un repaire de brigands; et son origine, sur
+laquelle on s'est vainement épuisé en recherches, est même tout-à-fait
+inconnue. Aucune des hypothèses imaginées à ce sujet ne peut supporter
+le moindre examen, parce qu'aucune ne repose sur des monuments qui
+jouissent de quelque autorité; et généralement toutes les origines des
+peuples barbares se confondent dans cette obscurité impénétrable[9],
+résultat nécessaire de leur profonde ignorance. Nous nous garderons
+donc bien de rappeler ici l'histoire de ce fils d'Hector échappé à
+l'embrasement de Troie, et mille autres contes non moins puérils,
+tels, par exemple, que celui d'un monstre né en Franconie, que de
+vieux légendaires historiques ont présenté sérieusement comme le
+premier fondateur de l'ancienne _Lutèce_. Cette suite imaginaire de
+rois que d'autres savants presque aussi peu sensés ont jugé à propos
+de faire régner dans les Gaules, depuis _Samothès_, fils de _Japhet_,
+jusqu'au Troyen _Francus_, qu'ils assurent gravement avoir succédé à
+_Rémus_, son beau-père, dernier roi de la race d'Hercule, nous semble
+également ridicule, et indigne d'occuper un seul instant des esprits
+raisonnables.
+
+[Note 9: Les Gaulois, bien qu'ils eussent quelque connoissance de
+l'écriture, ne vouloient rien écrire de leur histoire et des mystères
+de leur religion; ils les faisoient apprendre de mémoire à leurs
+enfans, et eux-mêmes ne les savoient que par les traditions et les
+chants guerriers de leurs ancêtres.]
+
+Ce qu'il y a de très-certain c'est que la ville de Paris est une des
+plus anciennes des Gaules; et cette obscurité même de son origine en
+est une preuve aussi glorieuse qu'incontestable. Jules-César, qui en a
+parlé le premier, la nomme _Lutetia_, et la présente comme la ville
+principale des peuples qu'il désigne sous le nom de _Parisiens_.
+Strabon et Ptolomée en font mention, d'après lui, sous les noms de
+_Loucototia_ et _Loucotetia_, ce qui a donné lieu à diverses
+étymologies également fausses et fabuleuses. Les noms de _Lutèce_ et
+de Paris ne sont ni grecs ni latins; ils sont celtiques, et il y a
+grande apparence que nous en ignorerons toujours la véritable
+signification.
+
+Cependant, lorsque le général romain vint dans les Gaules, cette
+capitale des Parisiens n'étoit encore qu'un amas de chétives
+cabanes[10] renfermées dans une île au milieu de la Seine[11]. Cette
+île, connue aujourd'hui sous le nom de quartier de la Cité,
+communiquoit avec la terre ferme au moyen de deux ponts de bois. Les
+deux rives du fleuve, maintenant couvertes d'édifices somptueux, et
+d'une population si nombreuse et si animée, n'étoient alors que
+d'affreuses forêts, qu'entouroient des marais fétides, et dont les
+solitudes étoient consacrées à des divinités sanguinaires[12]. Car les
+anciens Gaulois n'avoient point de temples, et ils ne commencèrent à
+en bâtir que sous la domination des Romains. Des bois obscurs et
+mystérieux étoient les sanctuaires redoutables des dieux qu'ils
+adoroient; et ces horribles enceintes furent souvent arrosées de sang
+humain par leurs druides.
+
+[Note 10: Leurs maisons étoient construites de bois et de terre,
+couvertes de paille et de chaume, et sans cheminées. Ils se servoient
+de fourneaux pour faire cuire leurs aliments et pour se garantir du
+froid, usage qu'ils ont conservé long-temps, et qui subsistoit encore
+du temps de l'empereur Julien. Vers ce même temps, ils commençoient à
+élever des figuiers autour de la ville, et y cultivoient des vignes,
+qui produisoient d'excellent vin. (JUL. MISOPOG).]
+
+[Note 11: _Lutetia oppidum est Parisiorum positum in insulâ fluminis
+Sequanæ._ César, C.]
+
+[Note 12: Ils adoroient Mars[12-A], Isis, Cybèle et d'autres divinités
+du paganisme. Le collége des prêtres d'Isis étoit à _Issi_; et
+l'église de Saint-Vincent, depuis Saint-Germain-des-Prés, fut bâtie
+sur les ruines de son temple. Mercure, ou Pluton (car c'étoit le même
+chez les Gaulois), avoit le sien sur le mont _Leucolitius_, sur lequel
+s'élèvent maintenant les Carmélites de la rue Saint-Jacques; et vers
+l'endroit où est Saint-Eustache, il existoit un édifice consacré à
+Cybèle. Tous ces temples n'étoient, avant les Romains, que des
+bocages; et ces dieux _avoient alors d'autres noms_.]
+
+[Note 12-A: Le temple de ce dieu étoit à _Montmartre_ qui en a retenu
+le nom. Cependant Hilduin, qui écrivoit sous le règne de
+Louis-le-Débonnaire, l'appelle aussi _Mons Martyrum_, d'après une
+ancienne tradition qui veut que saint Denis et ses compagnons aient
+souffert le martyre en cet endroit.]
+
+Les Parisiens ont été célèbres parmi les peuples de leur nation pour
+leur courage et leur haine de toute domination étrangère; et lorsque
+César, maître d'une grande partie des Gaules, voulut subjuguer leur
+ville capitale, son lieutenant Labiénus, qu'il avoit chargé de cette
+expédition, y trouva une résistance à laquelle il ne s'attendoit pas:
+ces braves insulaires, craignant d'être forcés dans leur retraite,
+prirent la résolution héroïque de mettre le feu à leurs habitations,
+et marchèrent au-devant de l'ennemi, sous la conduite de Camulogène,
+vieux guerrier plein de bravoure et d'expérience. Le Romain, aussi
+courageux et plus habile, les trompa par une fausse marche, prit une
+position avantageuse dans la plaine qui est au-dessous de Meudon, et
+là les força à recevoir la bataille. La victoire y fut long-temps
+disputée, et ce peuple s'y défendit avec une opiniâtreté qui tenoit du
+désespoir; mais enfin la valeur aveugle fut forcée de céder au
+courage soutenu de la science militaire. Les Parisiens furent vaincus,
+le plus grand nombre y perdit la vie, et Camulogène justifia leur
+choix en périssant avec eux.
+
+César, maître de Paris, ordonna aux Gaulois de le rebâtir; et
+considérant la situation avantageuse de cette ville au milieu d'un
+fleuve qui séparoit la Gaule celtique de la Belgique[13], situation
+qui pouvoit en faire un point de jonction très-avantageux pour les
+deux provinces, s'il leur prenoit envie de se révolter; n'ayant point
+oublié, d'ailleurs, la résistance vigoureuse que lui avoient opposée
+ses premiers habitants, il résolut de la faire entourer de murailles,
+de la fortifier, et d'y entretenir continuellement une garnison
+romaine. Il l'embellit en outre d'une grande quantité d'édifices, et
+la remit dans un état tellement florissant, que, peu de temps après,
+elle put secouer le joug, pour entrer dans la ligue des villes qui se
+réunirent au fameux Vercingetorix, dans l'espoir d'affranchir les
+Gaules du pouvoir de l'étranger. César, qui, depuis sa première
+conquête, ne parle que cette seule fois de la ville de Paris, dit
+qu'elle envoya huit mille hommes à l'assemblée des peuples confédérés.
+Ce fut là, comme on sait, le dernier effort des Gaulois pour la
+liberté; et la défaite de leur innombrable armée sous les murs
+d'Alexia les assujettit sans retour aux Romains.
+
+[Note 13: Boëce, qui écrivoit peu de siècles après ce grand événement,
+et qui étoit sénateur romain, dit: _Lutetiam Cæsar usque adeò
+ædificiis adauxit, tamque fortiter moenibus cinxit, ut Julii Cæsaris
+civitas vocetur._]
+
+Dès ce moment cette vaste contrée, dépouillée pour toujours de ses
+coutumes et de ses lois, se vit soumise à la même forme de
+gouvernement que les autres provinces de la république, et chaque
+ville fut traitée[14] suivant le degré de haine ou d'affection qu'elle
+avoit témoigné pour le vainqueur. Ce fut principalement sur la Gaule
+celtique que les Romains crurent devoir appesantir leur joug. À
+l'exception de quelques villes qui furent épargnées, ils la soumirent
+tout entière au tribut, et Paris, qui avoit opposé une si longue
+résistance, fut au nombre de ces cités appelées _vectigales_ ou
+tributaires. Avec les lois romaines s'introduisit aussi la langue
+latine parmi les peuples conquis, et l'ancien langage celtique se
+perdit peu à peu. Quant à la religion, elle resta la même: vainqueurs
+et vaincus étoient également plongés dans les ténèbres du paganisme.
+Toutefois les sacrifices humains furent abolis, et ce fut un des
+bienfaits qu'apporta à ces nations barbares la police des Romains.
+
+[Note 14: Ils mirent entre ces villes de grandes distinctions:
+quelques-unes furent regardées comme _alliées_; il y en eut qui furent
+honorées du nom de _colonies_, d'autres de celui de _municipales_; ils
+établirent des _préfectures_ au milieu des peuples les plus mutins; et
+toutes les villes qui avoient fortement résisté, furent réduites à la
+condition des _vectigales_.]
+
+Un auteur[15] a avancé, sans autorité suffisante, que les deux
+forteresses, connues sous le nom de grand et de petit Châtelet, qui,
+des deux côtés de la rivière, défendoient la tête des ponts, étoient
+un ouvrage de César. Cette opinion a été victorieusement combattue:
+les Romains fortifièrent sans doute Paris lorsqu'ils y eurent
+entièrement établi leur domination; mais ils durent employer, pour s'y
+maintenir, le genre de fortification qui étoit en usage dans toutes
+les villes de leur vaste empire. Il est donc probable qu'ils élevèrent
+de chaque côté de la Seine deux tours en bois, l'une à la tête du
+pont, l'autre à l'entrée de la Cité; ces tours durent avoir une
+circonférence suffisante pour contenir les machines de guerre et les
+soldats nécessaires à leur défense; et le passage de Boëce, déjà cité,
+prouve que l'île elle-même étoit entourée de murs et flanquée de
+tours. Il est naturel aussi de penser que Paris, comme toutes les
+villes de l'Empire, eut des temples, des places, des édifices
+publics, et que, tranquille sous la protection d'un gouvernement aussi
+puissant, cette ville commença à étendre ses faubourgs sur les deux
+rives du fleuve. Toutefois il est impossible de donner aucun
+renseignement sur l'état de sa topographie intérieure pendant la
+domination des Romains, ni sur les accroissements progressifs qu'elle
+put alors éprouver; car il n'est plus question de Paris dans les
+historiens pendant près de quatre siècles, jusqu'à l'empereur Julien,
+qui y passa plusieurs hivers, avant et après son expédition contre les
+Allemands. L'affection qu'il portoit à cette ville, qu'il appelle _sa
+chère Lutèce_, le séjour qu'y firent après lui les empereurs
+Valentinien et Gratien, donnent lieu de croire que dès lors elle
+possédoit tout ce qui étoit nécessaire pour loger des empereurs et
+cette suite nombreuse d'officiers de toute espèce dont ils étoient
+sans cesse accompagnés, un palais, des thermes, une place d'armes, des
+arènes, un cirque, un amphithéâtre; mais si l'on considère les
+dimensions de l'île qui composoit la ville proprement dite, on se
+convaincra facilement qu'il est impossible que de tels édifices[16]
+aient existé dans un si petit espace. Ammien Marcellin, quoique fort
+embrouillé dans tout ce qu'il dit sur Paris, le fait cependant
+entendre assez clairement; les débris du palais des Thermes en sont
+une preuve encore plus incontestable, et leur construction toute
+romaine donne l'idée d'un grand et magnifique édifice. A-t-il été
+élevé avant Julien? est-ce lui qui l'a fait bâtir? C'est une question
+qu'il est impossible de décider, et d'ailleurs peu important
+d'éclaircir, puisqu'enfin de tout ce qui existoit alors à Paris du
+temps des Romains, si l'on en excepte une salle des Thermes, les
+ruines d'un aquéduc et quelques autres foibles débris, il ne reste
+plus absolument le moindre vestige.
+
+[Note 15: Le commissaire Delamare. Le nom de _Chambre de César_ qu'a
+conservé une des chambres du grand Châtelet, et l'inscription
+_Tributum Cæsaris_ qu'on lisoit sous l'arcade, lui avoient fait
+adopter cette opinion, soutenue d'ailleurs avant lui par divers
+historiens de Paris. Lorsque nous parlerons en détail de ce monument,
+nous donnerons les raisons qui nous déterminent à la rejeter.]
+
+[Note 16: On ne peut douter qu'il n'y ait eu un palais dans l'île
+même; mais aucun de nos historiens ne nous apprend ni quand ni comment
+il fut bâti, ni quel étoit alors son usage. Nous y reviendrons
+incessamment.]
+
+Jusqu'au règne de Clovis, les rois francs, possesseurs d'une partie
+des Gaules qu'ils avoient envahie, n'avoient point encore étendu leur
+domination jusqu'au territoire et à la ville de Paris[17]: ce prince,
+que l'on doit considérer comme le véritable fondateur de la monarchie
+française, fut le premier qui s'en rendit maître; et il en fit la
+capitale de son empire[18]. Mais ce fut dans le palais des empereurs
+qu'il établit sa résidence, et non dans l'intérieur de la cité, car
+les Francs avoient un grand mépris pour ceux qui habitoient les
+villes. Ce mépris qui tenoit à leurs moeurs, le préjugé national qui
+les portoit à n'honorer aucune autre profession que celle des armes,
+les dévastations qu'ils commirent en pénétrant dans le pays conquis,
+les guerres sanglantes que Clovis fut forcé d'entreprendre et de
+soutenir pour former son établissement, le partage de ses conquêtes
+après sa mort, et les nouvelles capitales que fit naître cette
+division impolitique, toutes ces causes réunies empêchèrent Paris de
+s'agrandir sous la première race. Sous la seconde, on le voit presque
+abandonné: Pépin, Charlemagne, Louis-le-Débonnaire, Charles-le-Chauve
+n'y demeurèrent qu'en passant; et vers la fin de cette époque fatale,
+cette ville, assiégée sans cesse par les Normands, se trouva réduite,
+par la dévastation et l'incendie de ses faubourgs, à cette enceinte
+entourée d'eau, qui avoit été l'habitation des premiers Gaulois.
+
+[Note 17: «Paris étoit dès lors une ville commerçante, dit le
+président Hénault, et les _Nautæ Parisiaci_ étoient une compagnie de
+négociants», mais il se trompe lorsqu'il ajoute _qu'on y venoit de
+tout l'Orient, les Syriens surtout, qui donnèrent leur nom à la rue
+des Arcis_. Cette étymologie est fausse; nous donnerons ailleurs sur
+ce corps des _Nautæ Parisiaci_ tous les renseignements les plus exacts
+qu'il a été possible de se procurer jusqu'à présent.]
+
+[Note 18: _Egressus Clodoveus à Turonis Parisios venit, ibique
+cathedram regni constituit._ Greg. Tur., Hist. Franc., lib. 1.]
+
+Ce n'est donc que sous le gouvernement plus ferme et moins troublé des
+rois de la troisième race, que Paris a commencé à prendre, par degrés,
+ces accroissements qui l'ont amené enfin au point où nous le voyons
+aujourd'hui. C'est à cette époque seulement que ses faubourgs du nord
+et du midi, composés de quelques maisons éparses, d'églises et de
+couvents isolés, commencèrent à se réunir par des constructions
+intermédiaires, furent renfermés dans des enceintes qui s'accrurent
+presque de siècle en siècle, et formèrent enfin ces deux parties
+nouvelles de Paris, connues sous le nom de la _Ville_ et de
+l'_Université_, dont l'ensemble immense, renfermé dans sa dernière
+enceinte sous le règne de Louis XVI, compose cette ville superbe que
+l'on admire aujourd'hui.
+
+Toutes les topographies qui ont été faites de l'ancien Paris
+s'accordent à présenter Philippe-Auguste comme auteur de la première
+enceinte de Paris, hors de la cité. Cependant, avant ce roi, il
+existoit déjà une clôture du côté du nord, qu'un historien[19],
+d'ailleurs exact et judicieux, a prétendu être un ouvrage des Romains.
+Cette opinion a été victorieusement combattue; et tout porte à croire
+que cette clôture, dont il est fait mention dans une ancienne charte,
+et dont il restoit encore quelques vestiges dans le dix-septième
+siècle, n'a été élevée que sous les derniers rois de la seconde race.
+«Alors, dit Félibien, tout le terrain où est à présent la ville étoit
+couvert d'une forêt.» La tour octogone qui subsistoit encore dans le
+siècle dernier au coin du cimetière des Innocents, servoit, dit-on, de
+corps-de-garde contre les bandes de voleurs dont cette forêt étoit
+infestée, et contre les incursions subites des Normands, qui s'y
+embusquoient par troupes détachées, et qui, plus d'une fois, en
+étoient sortis, pour se précipiter dans la place de Grève, piller le
+port et emmener des esclaves. La muraille fut sans doute construite
+dans la même intention, et pour une plus grande sûreté. Les juifs,
+qui, à cette époque de la fin de la seconde race, reparoissent en
+France, obtinrent la permission de bâtir dans cette enceinte[20], où
+se trouvoit une grande étendue de terrains vagues et de cultures,
+qu'ils acquirent sans doute à grands frais; et dès le commencement de
+la troisième race, on voit qu'ils y avoient des écoles et une
+synagogue. Ce qui ne leur avoit point été cédé fut long-temps désert,
+et ce ne fut que sous le règne de Louis-le-Jeune qu'on commença à
+élever des maisons dans Champeaux[21] et aux environs de
+Sainte-Opportune, qu'on appeloit auparavant l'_Ermitage de
+Notre-Dame-des-Bois_, parce que cette église étoit à l'entrée de la
+forêt.
+
+[Note 19: Le commissaire Delamare.]
+
+[Note 20: Les maisons qu'ils construisirent formèrent, dit-on, ces
+rues sales et étroites de Saint-Bon, de la Tacherie, du Pet-au-Diable,
+et autres adjacentes.]
+
+[Note 21: Quartier des Halles.]
+
+«Entre le boulevart et la rivière au nord, dit Saint-Foix, depuis le
+terrain où est à présent l'Arsenal jusqu'au bout des Tuileries,
+représentons-nous donc les restes d'un bois marécageux, de petits
+champs, des _cultures_[22], des haies, des fossés et quatre ou cinq
+bourgs[23] plus ou moins éloignés les uns des autres; quelques rues
+bien boueuses autour du Grand-Châtelet et de la Grève; un grand pont
+(_le pont au Change_), pour arriver dans une petite île (_la Cité_),
+qui n'étoit habitée que par des prêtres, quelques marchands et des
+ouvriers; un autre pont (_le Petit-Pont_), pour en sortir du côté du
+midi; et au-delà de ce pont et du Petit-Châtelet, trois ou quatre
+cents maisons[24] éparses çà et là sur le bord de la rivière et dans
+les vignes qui couvroient la montagne Sainte-Geneviève: tel étoit
+Paris sous nos premiers rois de la troisième race; et je crois que, si
+l'on veut réfléchir sur les moeurs de ce temps-là, et sur les causes
+de ses accroissements dans la suite, on conviendra qu'il ne devoit pas
+être plus grand ni plus considérable. Tous ces tribunaux que nous
+voyons aujourd'hui, et dont les dépendances sont si nombreuses,
+n'existoient point encore; le roi, le comte ou le vicomte écoutoient
+les parties, jugeoient sommairement, ou bien ordonnoient le combat, si
+le cas étoit trop embarrassant. Il n'y avoit point aussi de colléges;
+l'évêque et les chanoines entretenoient quelques écoles, auprès de la
+cathédrale, pour ceux qui se destinoient à la cléricature. Les nobles
+se piquoient d'ignorance, et souvent ne savoient pas signer leur nom:
+ils vivoient sur leurs terres; et s'ils étoient obligés de passer
+trois ou quatre jours à la ville, ils affectoient de paroître toujours
+bottés pour qu'on ne les prît pas pour des _vilains_. Dix hommes
+suffisoient pour la perception des impôts; il n'y avoit que deux
+portes: et sous Louis-le-Gros, les droits de la porte du Nord ne
+rapportoient que douze francs par an[25]. Les arts les plus
+nécessaires ne se présentoient pas même à l'imagination, et l'on peut
+juger des divertissements et des spectacles par la grossièreté des
+moeurs; enfin rien dans Paris ne pouvoit engager l'étranger à y venir,
+l'homme industrieux à s'y établir.»
+
+[Note 22: Les rues Culture-Sainte-Catherine et Culture-Saint-Gervais
+(on prononçoit _Coulture_) s'appellent ainsi de ce mot, qui signifie
+des endroits propres à être cultivés. Il y avoit une grande quantité
+de ces terrains appartenants à des églises, à des abbayes, tant au
+dedans de Paris qu'au dehors, la Coulture-Saint-Éloi, la Coulture du
+Temple, celle de Saint-Martin, celle de Saint-Lazare, celle de
+Saint-Magloire, etc., etc.]
+
+[Note 23: Au nord, du côté de la ville, le bourg Thiboust, les
+bourgs l'Abbé et Beaubourg, et l'ancien et le nouveau bourg
+Saint-Germain-l'Auxerrois. Ils furent en partie renfermés dans
+l'enceinte que fit faire Philippe-Auguste, et qui fut achevée en
+1121. Les rues de ces bourgs en ont toujours conservé les noms. Le
+commissaire Delamare convient qu'ils étoient séparés de Paris et de
+ses faubourgs par des prés, des marais et des terres labourées; on
+peut juger par là du peu d'étendue des faubourgs.
+
+(_Note de_ SAINT-FOIX.)]
+
+[Note 24: Les premiers faubourgs, du temps des Romains, furent élevés
+du côté de l'Université. Saint-Ouen et Frédégaire font aussi mention
+de deux faubourgs bâtis également de ce côté; l'un qui environnoit
+l'église Saint-Vincent, depuis Saint-Germain-des-Prés; l'autre, qui
+étoit situé près de Saint-Pierre, depuis Sainte-Geneviève.]
+
+[Note 25: La livre _numéraire_ de France doit son institution à
+Charlemagne; ce fut lui qui fit tailler, dans une livre d'argent,
+vingt pièces qu'on nomma sous, et dans un de ces sous, douze pièces
+qu'on nomma deniers; en sorte que la livre d'alors, comme celle
+d'aujourd'hui, étoit composée de deux cent quarante deniers. Les sous
+et les deniers ont été d'argent fin jusqu'au règne de Philippe Ier,
+père de Louis-le-Gros; on y mêla un tiers de cuivre en 1103, moitié
+dix ans après, les deux tiers sous Philippe-le-Bel, et les trois
+quarts sous Philippe de Valois. Cet affoiblissement a été porté au
+point que vingt sols, qui, avant le règne de Philippe Ier, faisoient
+une livre réelle d'argent, n'en renferment pas aujourd'hui le tiers
+d'une once. On prétend que Charlemagne étoit aussi riche, avec un
+million de revenu, que Louis XV avec soixante-douze millions.
+Vingt-quatre livres de pain blanc coûtoient un denier sous le règne de
+Charlemagne: ce denier étoit d'argent fin sans alliage. On peut voir,
+par la valeur qu'il auroit dans ce temps-ci, si le pain et les autres
+denrées étoient plus ou moins chères alors qu'à présent. Douze livres,
+du temps de Louis-le-Gros, feroient, je crois, environ douze fois
+trente-quatre livres de ce temps-ci. (_Note de_ SAINT-FOIX.)
+
+Suger, abbé de Saint-Denis, et ministre d'état de Louis-le-Gros et de
+Louis-le-Jeune, se glorifie, dans le livre qu'il a écrit sur son
+administration, d'avoir élevé les produits de cette porte de douze
+francs à cinquante.]
+
+L'établissement de l'Université[26], sous Louis-le-Jeune, fut une des
+premières causes de l'agrandissement de Paris. La protection éclatante
+que Philippe-Auguste, son successeur, accorda à cette institution,
+l'estime singulière qu'il faisoit des savants, et les distinctions
+flatteuses dont il les honoroit, rendirent bientôt les écoles de Paris
+célèbres dans toute l'Europe. On y accourut des provinces et des pays
+étrangers; et le quartier appelé depuis l'_Université_, se peupla
+tellement, que la multitude des étudiants égaloit celle des citoyens.
+Ce prince, qui, parmi les grands projets qu'il avoit conçus, mettoit
+au premier rang l'embellissement de sa capitale, la fit entourer de
+murs, et dans cette clôture (la première dont on puisse parler avec
+certitude), non seulement il renferma une partie des bourgs déjà
+existants, mais encore une grande quantité de terrains vagues, dans
+lesquels il excita ses sujets à bâtir, par tous les avantages et les
+encouragements qu'il put imaginer. La noblesse et le clergé l'aidèrent
+puissamment dans des vues si utiles, et dans moins de quarante ans ces
+places vides et désertes furent couvertes d'édifices. Philippe-le-Bel
+augmenta encore l'importance et la population de Paris, en rendant le
+parlement sédentaire; et par la défense qu'il fit du duel en matière
+civile, les gens de loi se multiplièrent presque autant que les
+étudiants.
+
+[Note 26: Les écoles de Paris étoient, de temps immémorial, autour du
+parvis de Notre-Dame, et dépendoient du chapitre de cette église. Sous
+Louis-le-Jeune, la foule des étudiants devint si grande, à cause du
+mérite et de la réputation des maîtres qui professoient alors, qu'il
+fut permis à plusieurs facultés d'aller s'établir au-delà de la
+rivière. En 1244 cette permission devint générale et sans restriction
+pour tous ceux qui se livroient à l'enseignement des sciences.]
+
+Cependant de nouveaux faubourgs s'étoient formés hors des murs. Les
+guerres désastreuses qui survinrent avec les Anglais, à qui leurs
+possessions sur le continent donnoient la facilité de pénétrer jusque
+dans le coeur du royaume, et d'en insulter à tous moments la capitale,
+obligèrent de pourvoir à la sûreté tant de la ville que des dehors.
+Les conjonctures dans lesquelles on se trouvoit étoient si pressantes,
+que d'abord on se contenta de creuser autour une double enceinte de
+fossés. Charles V, parvenu au trône, ordonna bientôt une nouvelle
+clôture du côté de la ville, depuis le bord de la rivière où est
+maintenant l'Arsenal, jusqu'au-delà du Louvre, et les derniers
+faubourgs furent renfermés dans cette seconde enceinte. Ces nouveaux
+accroissements obligèrent de bâtir deux autres ponts, pour la
+communication des quartiers.
+
+Jusqu'au règne de François Ier, on ne voit aucune entreprise nouvelle
+pour l'accroissement de Paris. Ce roi, restaurateur des lettres et des
+arts, reprit tous les projets qui avoient été conçus pour
+l'embellissement d'une ville déjà si peuplée et si florissante. Il
+n'agrandit pas son enceinte, mais il augmenta ses dehors, et y éleva
+des monuments d'architecture qui sont encore au nombre des plus
+excellents qu'elle possède. Le vieux Louvre abattu fut remplacé par un
+édifice magnifique et régulier; de nouvelles rues s'ouvrirent sur les
+débris d'une quantité de vieilles constructions. Bientôt après Charles
+IX fit bâtir le château des Tuileries; le pont Neuf, commencé sous
+Henri III, fut achevé par Henri IV, et ce roi fut le premier qui orna
+Paris de places décorées d'une architecture uniforme; mais toutes ces
+constructions nouvelles furent faites dans l'ancienne enceinte, qui
+resta toujours la même jusqu'à Louis XIII. Sous ce prince, une
+nouvelle muraille fut élevée depuis la porte Saint-Denis, qu'on plaça
+alors à l'endroit où nous la voyons aujourd'hui, jusqu'à l'extrémité
+du faubourg Saint-Honoré; et le château des Tuileries se trouva
+renfermé dans cette troisième enceinte.
+
+Enfin sous le règne brillant et majestueux de Louis XIV, sous ce
+règne où se développèrent à la fois toute la force du gouvernement
+monarchique et toutes les ressources du plus beau royaume de la
+chrétienté, Paris s'éleva rapidement au plus haut degré de richesse et
+de splendeur. Ses enceintes furent abattues; ses portes furent
+changées en arcs de triomphe; et ses fossés, comblés et plantés
+d'arbres, devinrent des promenades. Des places immenses, des rues
+superbes, des temples, des édifices publics naquirent de tous côtés,
+comme par enchantement; le chef-d'oeuvre de l'architecture française,
+le Louvre, fut bâti; le dôme des Invalides s'éleva, etc. Enfin sous ce
+règne, où il se fit tant de choses si dignes d'être admirées, la ville
+qu'habitoit le monarque le plus puissant et le plus magnifique de
+l'Europe, obtint la plus grande part de tant d'éclat que son
+gouvernement répandoit sur la France entière, c'est-à-dire qu'elle
+pouvoit déjà être considérée comme la plus belle ville du monde[27].
+
+[Note 27: À tant d'éclat et de prospérité, il faut joindre l'avantage
+d'une des plus belles positions qu'il soit possible d'imaginer. Paris,
+presque entièrement situé dans une plaine, environné de campagnes
+cultivées, de bois, de prairies, de vallées, de collines, que couvrent
+une foule de châteaux, de maisons de plaisance, de bourgs, de
+villages, et dont les productions sont chaque jour étalées dans ses
+marchés, reçoit encore, au moyen du grand fleuve qui le traverse, les
+tributs des provinces les plus fertiles de la France. L'Yonne, la
+Marne, l'Oise, l'Aisne, un grand nombre de canaux qui s'y jettent, les
+lui apportent continuellement, et la Seine elle-même, facile à
+remonter, le fait jouir de toutes les richesses de la Normandie et de
+l'Océan.]
+
+Cette capitale s'est encore agrandie et embellie sous ses deux
+successeurs. Sous Louis XVI, les faubourgs immenses qui environnoient
+les boulevarts furent réunis dans une nouvelle enceinte, qui renferme
+aujourd'hui toute cette immense cité, et qui probablement sera la
+dernière[28].
+
+[Note 28: Cette ville occupe aujourd'hui environ deux lieues de
+diamètre sur six de circonférence.]
+
+
+
+
+ENCEINTES DE PARIS.
+
+
+_Enceintes sous les deux premières races et sous Louis-le-Jeune._
+
+Dans l'origine, l'île de la Cité n'étoit, selon Julien, environnée
+d'aucune muraille: «Lutèce, dit-il dans son Mysopogon, Lutèce,
+entièrement entourée par les eaux de la Seine, est située dans une
+île peu étendue où l'on aborde des deux côtés par des ponts en bois.»
+
+On croit que ce fut seulement vers le quatrième siècle qu'une enceinte
+fut élevée; en 885, lors du siége fait par les Normands, on défendit
+cette enceinte par quelques fortifications.
+
+«Cité de Paris, s'écrie le poète Abbon, tu es heureuse de t'élever au
+milieu d'une île: un fleuve te presse doucement dans ses bras, et
+baigne tes murailles de ses eaux. Des ponts jetés à ta droite et à ta
+gauche, et qui touchent tes deux rives, sont fermés par des portes, et
+de l'un et de l'autre côté s'élèvent des tours qui en protégent
+l'entrée»[29].
+
+[Note 29: _Abbon: poem. de bello Paris. lib. I, vers. 15._]
+
+En rejetant cette opinion qu'il y avoit, du côté de la _ville_, une
+première enceinte bâtie par les Romains, nous sommes convenus
+cependant que cette enceinte avoit réellement existé. En effet, des
+titres qui remontent jusqu'au règne de Lothaire en indiquent le
+circuit, et l'on en voyoit encore des débris long-temps après le règne
+de Philippe-Auguste.
+
+La première enceinte, hors de la Cité, sur laquelle on possède des
+renseignemens authentiques[30], et qui subsistoit encore du temps de
+Louis-le-Jeune, commençoit à peu près à la porte de Paris[31],
+continuoit le long de la rue Saint-Denis jusqu'à la rue des Lombards
+où il y avoit une porte, passoit ensuite entre cette rue et la rue
+Trousse-Vache, jusqu'au cloître Saint-Médéric; il y avoit là une
+seconde porte dont il existoit encore un jambage sous Charles V. La
+muraille tournoit ensuite par la rue de la Verrerie, entre les rues
+Bardubec et des Billettes, descendoit rue des Deux-Portes, traversoit
+la rue de la Tixeranderie et le cloître Saint-Jean, proche duquel
+étoit une troisième porte, et finissoit sur le bord de la rivière,
+entre Saint-Jean et Saint-Gervais[32]. Le midi de la Cité, dit depuis
+le quartier de l'Université, n'étoit point encore entouré de murs.
+
+[Note 30: _V._ pl. 1. Il est probable qu'elle fut élevée après cette
+dernière et furieuse attaque des Normands, à laquelle les habitants de
+Paris opposèrent une si longue et si belle résistance; on voulut
+préserver d'une nouvelle invasion les faubourgs que ces barbares
+avoient déjà tant de fois saccagés, et dont les plus considérables
+étoient du côté de la _ville_.]
+
+[Note 31: On voudra bien observer qu'on se sert ici de noms de rues,
+de couvents et de maisons dont une partie n'existoit point alors. Les
+cartes mêmes qui offrent ici la position exacte des principaux
+monuments, ne peuvent donner une idée satisfaisante des rues, dont
+plusieurs ont changé de nom deux ou trois fois dans un siècle, dont
+quelques-unes ont été comblées et couvertes d'édifices, tandis que de
+nouvelles étoient percées à côté. Il n'y a aucun moyen d'éclaircir des
+choses dont on a perdu toutes les traces; et, du reste, il est ici peu
+intéressant de le faire.]
+
+[Note 32: Les murs de cette ancienne clôture subsistoient encore
+proche la porte des Baudets, du temps de Saint-Louis. (DELAMARE).]
+
+
+_Enceinte sous Philippe-Auguste[33]._
+
+[Note 33: _Voyez_ pl. 2.]
+
+Les choses étoient en cet état, lorsque Philippe-Auguste forma le
+projet vraiment royal de renfermer dans une nouvelle enceinte tous les
+bourgs, toutes les cultures éparses autour de l'ancienne ville, et de
+faire ainsi de Paris une des plus grandes et des plus belles villes du
+monde. Cette entreprise coûta vingt ans de travaux continuels; car non
+seulement on éleva une muraille du côté du nord, mais encore les
+maisons qui, au midi, étoient éparses autour du petit Châtelet, furent
+pour la première fois environnées d'une enceinte.
+
+La nouvelle muraille, au nord, passoit près du Louvre, le laissant en
+dehors[34]; traversoit les rues Saint-Honoré et des Deux-Écus,
+l'emplacement de l'hôtel de Soissons, les rues Coquillière,
+Montmartre, Montorgueil, le terrain où est à présent la halle aux
+cuirs, les rues Française, Saint-Denis, Bourg-l'Abbé, Saint-Martin;
+continuoit le long de la rue Grenier-Saint-Lazare; traversoit la rue
+Beaubourg, la rue Saint-Avoye, et passant sur le terrain des
+Blancs-Manteaux, et ensuite entre les rues des Francs-Bourgeois et des
+Rosiers, alloit aboutir au bord de la rivière, à travers les bâtimens
+de la maison professe des Jésuites et le couvent de l'_Ave-Maria_, où
+l'on voyoit encore, il n'y a pas long-temps, des restes de ses
+murailles. Elle avoit huit portes principales: la première, près du
+Louvre, au bord de la rivière; la seconde, à l'endroit où est
+maintenant l'église de l'Oratoire; la troisième, vis-à-vis de
+Saint-Eustache, entre la rue Plâtrière[35] et la rue du Jour; la
+quatrième, rue Saint-Denis, appelée la Porte-aux-Peintres; la
+cinquième, rue Saint-Martin, au coin de la rue Grenier-Saint-Lazare;
+la sixième, appelée la porte Barbette[36], entre le couvent des
+Blancs-Manteaux et la rue des Francs-Bourgeois; la septième, près de
+la maison professe des Jésuites; et la huitième, au bord de la
+rivière, entre le port Saint-Paul et le pont Marie[37].
+
+[Note 34: Saint-Foix et Delamare.]
+
+[Note 35: Depuis J.-J. Rousseau.]
+
+[Note 36: Du nom d'une famille de Paris.]
+
+[Note 37: Il y avoit en outre sept autres portes moins grandes, dites
+fausses portes, sans compter les portes particulières, que plusieurs
+personnes de distinction, dont les maisons étoient accolées aux
+murailles, obtinrent la permission de faire percer dans leur enclos,
+pour pouvoir sortir plus facilement de la ville.]
+
+Du côté de la rivière, au midi, l'autre moitié de cette enceinte, qui
+commençoit à la porte Saint-Bernard, est à peu près tracée[38] par
+les rues des Fossés-Saint-Bernard, des Fossés-Saint-Victor, des
+Fossés-Saint-Michel ou rue Saint-Hyacinthe, des Fossés-M.-le-Prince,
+des Fossés-Saint-Germain ou rue de la Comédie Française, et des
+Fossés-de-Nesle, à présent rue Mazarine. Il y avoit sept portes dans
+ce circuit: la porte Saint-Bernard ou de la Tournelle; les portes
+Saint-Victor, Saint-Marcel et Saint-Jacques[39]; la porte Gibard,
+d'Enfer ou de Saint-Michel, au haut de la rue de la Harpe; la porte de
+Buci[40], au haut de la rue Saint-André-des-Arcs, vis-à-vis de la rue
+Contrescarpe; et la porte de Nesle, où est à présent le collége des
+Quatre-Nations. Dans la rue des Cordeliers, il y eut encore une porte
+appelée la porte Saint-Germain; et lorsque la rue Dauphine fut bâtie,
+on en fit une vis-à-vis de l'autre bout de la rue Contrescarpe, et
+qu'on appela la porte Dauphine[41].
+
+[Note 38: Nous disons _à peu près tracée_; il est aisé de se figurer
+où passoit précisément cette enceinte, en pensant que ces rues ont été
+bâties sur les fossés, et que ces fossés étoient devant les
+murailles.]
+
+[Note 39: Abattues en 1684.]
+
+[Note 40: Ainsi nommée de Simon de Buci, le premier qui ait porté le
+titre de premier président.]
+
+[Note 41: Abattues l'une et l'autre en 1672. Une inscription en
+lettres d'or sur un marbre noir indique, dans la rue Dauphine,
+l'endroit où étoit située la porte désignée sous le même nom. C'est à
+la maison nº 50 qu'est attachée cette inscription.]
+
+Un devis extrait d'un registre de Philippe-Auguste nous apprend que la
+partie méridionale de l'enceinte avoit 1260 toises d'étendue, et
+qu'elle avoit coûté 7020 livres, monnoie du temps.
+
+
+_Enceinte sous Charles V et Charles VI[42]._
+
+[Note 42: _Voy._ pl. 3.]
+
+La perte de la bataille de Poitiers et la prison du roi Jean faisant
+appréhender que les Anglais ne pénétrassent jusqu'au coeur de la
+France, le dauphin songea à fortifier la capitale du côté du midi. Il
+ne changea rien à l'enceinte de Philippe-Auguste, parce que les
+nouveaux faubourgs s'y trouvèrent si petits qu'il ne jugea pas à
+propos de les mettre à couvert; il se contenta de les ruiner, pour
+empêcher l'ennemi de s'y loger; et le rempart déjà existant fut
+entouré d'un fossé. Du côté du nord, les faubourgs étant beaucoup plus
+considérables et plus près des murs, il fut résolu de les renfermer
+dans les nouvelles fortifications. C'étoient d'abord de simples
+fossés, qui furent depuis changés en murailles flanquées de tours.
+Cette entreprise, commencée sous Charles V, ne fut achevée que sous
+Charles VI. Elle coûta 162,520 livres, somme équivalente aujourd'hui à
+1,170,000 fr.; à cette occasion 750 guérites en bois furent attachées
+aux créneaux des murailles.
+
+Nous avons dit que l'enceinte précédente aboutissoit d'un côté entre
+le port Saint-Paul et le pont Marie, vis-à-vis la rue de l'Étoile. Ce
+prince la fit reculer jusqu'à l'endroit où est l'Arsenal; et les
+portes Saint-Antoine[43], Saint-Martin et Saint-Denis furent placées
+où nous les voyons aujourd'hui. Depuis la porte Saint-Denis, ces
+nouveaux murs continuoient le long de la rue de Bourbon, traversoient
+les rues du Petit-Carreau et Montmartre, la place des Victoires,
+l'hôtel de Toulouse, le jardin du Palais-Royal, la rue Saint-Honoré
+près l'ancien hospice des Quinze-Vingts, et alloient finir au bord de
+la rivière, par la rue Saint-Nicaise. Aux quatre extrémités de
+l'enceinte générale, comme à celle de Philippe-Auguste, il y avoit
+quatre grosses tours: la tour _du Bois_, près du Louvre; la tour de
+_Nesle_, où est le collége des Quatre-Nations; la tour de _Tournelle_,
+près de la porte Saint-Bernard; et la tour de _Billi_, près des
+Célestins. Elles défendoient, des deux côtés de la rivière, l'entrée
+et la sortie de Paris par de grosses chaînes attachées d'une tour à
+l'autre, et qui traversoient la Seine, portées sur des bateaux placés
+de distance en distance. L'approche de l'île Saint-Louis étoit
+défendue par un fort[44].
+
+[Note 43: Cette porte a été abattue quelque temps avant la
+révolution.]
+
+[Note 44: Cette île, sur laquelle on n'éleva des maisons que sous le
+règne de Henri IV, est formée de la réunion de deux îles, dont la plus
+grande se nommoit anciennement l'_île Notre Dame_, et la plus petite
+l'_île aux Vaches_.]
+
+Jusqu'à Louis XIII, ces enceintes ne furent point augmentées;
+cependant la ville s'accrut considérablement, tant par les
+constructions qui s'élevèrent par degrés dans les terrains vagues[45]
+qu'on y avait renfermés, que par[46] les nouveaux faubourgs qui se
+formèrent à ses portes. Ces faubourgs s'étoient tellement étendus,
+que, sous Henri II, on commença à s'en inquiéter, et à craindre
+l'excessive grandeur de Paris. Une ordonnance du roi défendit de bâtir
+davantage dans ses environs; et le projet fut formé de construire une
+nouvelle muraille qui renfermeroit définitivement cette ville dans ses
+dernières limites. Le plan en fut arrêté au conseil en 1550, et des
+bornes furent plantées du côté de l'Université; mais cette entreprise
+resta sans exécution.
+
+[Note 45: Au commencement du règne de Henri IV, les îles Saint-Louis
+et du Palais n'étoient encore que des prairies. Une partie des
+environs du Temple _étoit en terres labourables_, et le parc du palais
+des Tournelles, au quartier Saint-Antoine, en friche et inhabité.]
+
+[Note 46: Les guerres qui désolèrent la France sous les règnes qui
+précédèrent ce prince ayant mis dans la nécessité d'augmenter les
+tailles, plusieurs habitants de la campagne vinrent s'établir à Paris;
+ce qui engagea les propriétaires des terres qui environnoient ses murs
+à élever de nouvelles constructions, et on accrut ainsi les faubourgs.
+(DELAMARE.)]
+
+La seule addition qui fut faite alors aux fortifications de Paris fut
+la construction d'un rempart qui commençoit au bord de la rivière,
+au-dessous de la Bastille, et se prolongeoit jusqu'au delà de la porte
+Saint-Antoine. François Ier avoit déjà tenté plusieurs fois ce
+travail, lorsque les guerres qu'il avoit à soutenir contre l'empereur
+lui faisoient craindre que les armées d'Allemagne, qui venoient
+jusqu'en Picardie, n'insultassent sa capitale; et il ne l'avoit point
+achevé. Cette fortification, plus solidement construite que les
+autres, subsistoit encore dans ces derniers temps. C'étoit une
+courtine flanquée de bastions, et bordée de larges fossés à fond de
+cuve.
+
+Sous Charles IX, la porte Neuve, qui étoit près du Louvre, fut reculée
+jusque derrière les Tuileries; et un nouveau bastion fut construit à
+cette place, pour y élever une clôture nouvelle, laquelle auroit
+renfermé dans la ville ce château et la partie du quartier
+Saint-Honoré qui, depuis la rue Saint-Nicaise où étoit encore
+l'ancienne porte, étoit alors appelée faubourg Saint-Honoré. Toutefois
+cette portion de clôture ne fut achevée que sous Henri III, qui fit
+continuer les nouveaux murs depuis le bastion de la porte Neuve,
+nommée depuis porte de la Conférence, jusqu'à l'extrémité de ce
+faubourg, en traversant le terrain où est maintenant la place Louis
+XV[47].
+
+[Note 47: _Voyez_ pl. 4.]
+
+
+_Enceinte sous Louis XIII[48]._
+
+[Note 48: _Voy._ pl. 5.]
+
+L'île[49] du Palais, l'île Notre-Dame, le marais du Temple ayant été
+couverts d'édifices sous le règne précédent, il ne restoit plus de
+grands vides dans Paris; mais il y avoit encore un grand espace hors
+des murs, entre les faubourgs Saint-Honoré et Montmartre, qui n'étoit
+rempli que de _cultures_, et demandoit à être renfermé dans la ville
+pour en rendre l'enceinte plus régulière. Dès le temps de Charles IX,
+on avoit projeté de le faire, et des fossés avoient été creusés;
+cependant, jusqu'en 1630, les murs de la ville passoient encore de ce
+côté sur le terrain où est à présent la place des Victoires. Les rues
+des Petits-Champs et des Bons-Enfants y aboutissoient, et ce quartier
+étoit même si retiré, qu'on y voloit en plein jour, et qu'on
+l'appeloit le quartier _Vide-Gousset_[50]. Les bâtiments du
+Palais-Royal, que le cardinal de Richelieu avoit fait commencer en
+1629, furent l'occasion d'une nouvelle enceinte: la porte
+Saint-Honoré, alors située où est à présent le marché des
+Quinze-Vingts, fut reculée, en 1631, jusqu'à cet emplacement qui
+garde[51] encore son nom, et se joignit ainsi aux fortifications qui,
+sous Henri III, avoient été élevées pour entourer le château des
+Tuileries; depuis cette porte, on bâtit de nouveaux remparts dont les
+boulevarts actuels nous tracent à peu près le contour. Une nouvelle
+porte fut construite à l'extrémité du faubourg Montmartre, à plus de
+deux cents toises de l'ancienne; et l'enceinte continuée derrière la
+Ville-Neuve alla aboutir à la porte Saint-Denis. Pendant ce temps, le
+quartier de l'Université recevoit de grands accroissements par les
+bâtiments qui s'élevoient de toutes parts, principalement au faubourg
+Saint-Germain.
+
+[Note 49: À la pointe occidentale de la Cité.]
+
+[Note 50: La rue qui aboutit du carrefour des Petits-Pères à la place
+des Victoires, en a conservé le nom.]
+
+[Note 51: Vis-à-vis la rue Royale.]
+
+Ce fut la dernière enceinte fortifiée de la ville de Paris. Nous avons
+déjà dit que Louis XIV en fit abattre les remparts; Louis XV et Louis
+XVI y réunirent les nouveaux faubourgs; et, sous le règne de ce
+dernier roi, elle fut entourée de la clôture que nous voyons
+aujourd'hui[52].
+
+[Note 52: _Voy._ les pl. 6 et 7. Cette clôture vient d'être agrandie
+sur un point de sa partie méridionale, à partir de la barrière
+Fontainebleau jusqu'au bord de l'eau. Par ce moyen on a renfermé dans
+Paris le village d'Austerlitz, situé dans la plaine d'Issy.]
+
+
+
+
+QUARTIERS DE PARIS.
+
+
+Les accroissements successifs dont nous venons d'offrir le tableau
+mirent dans la nécessité de diviser Paris en divers quartiers, pour
+pouvoir y maintenir plus facilement l'ordre et la police. Au dixième
+siècle on n'en comptoit que quatre; il y en avoit déjà huit sous le
+règne de Philippe-Auguste. Sous Charles V et Charles VI on se vit
+forcé de faire une nouvelle division qui en doubla le nombre; Henri
+III y ajouta un dix-septième quartier. Enfin, depuis cette époque
+jusqu'à la fin du règne de Louis XIV, cette grande cité n'ayant cessé
+d'être l'objet principal des affections de ses souverains, et
+acquérant chaque jour une étendue plus considérable, une déclaration
+du roi, donnée en 1702, établit une dernière division en vingt
+quartiers, dont elle détermina les limites: les allées d'arbres qui
+avoient remplacé les anciennes murailles permirent alors d'unir Paris
+avec ses faubourgs. Ces nouvelles parties de la ville, encore remplies
+de marais et de cultures, se couvrirent bientôt d'édifices, et
+renfermées maintenant dans sa dernière enceinte, elles en sont
+devenues les quartiers les plus brillants ou les plus populeux.
+
+Voici les vingt quartiers de Paris dans l'ordre où les a établis la
+déclaration du roi[53].
+
+ 1er Quartier. La Cité.
+
+ 2e ---- Saint-Jacques-de-la-Boucherie.
+
+ 3e ---- Sainte-Opportune.
+
+ 4e ---- Le Louvre, ou St.-Germain-l'Auxerrois.
+
+ 5e ---- Le Palais Royal.
+
+ 6e ---- Montmartre.
+
+ 7e ---- Saint-Eustache.
+
+ 8e ---- Les Halles.
+
+ 9e ---- Saint-Denis.
+
+ 10e ---- Saint-Martin-des-Champs.
+
+ 11e ---- La Grève.
+
+ 12e ---- Saint-Paul, ou la Mortellerie.
+
+ 13e ---- Sainte-Avoie, ou la Verrerie.
+
+ 14e ---- Le Temple, ou le Marais.
+
+ 15e ---- Saint-Antoine.
+
+ 16e ---- La place Maubert.
+
+ 17e ---- Saint-Benoît.
+
+ 18e ---- Saint-André-des-Arcs.
+
+ 19e ---- Le Luxembourg.
+
+ 20e ---- St.-Germain-des-Prés.
+
+[Note 53: Donnée le 12 décembre 1702, et enregistrée le 5 janvier
+1703.]
+
+
+
+
+TABLEAU
+
+HISTORIQUE ET PITTORESQUE
+
+DE PARIS.
+
+
+
+
+QUARTIER DE LA CITÉ.
+
+ Ce quartier comprend les îles du Palais, de la Cité,
+ Saint-Louis et Louvier, depuis la pointe orientale de l'île
+ Louvier jusqu'à la pointe occidentale de l'île du Palais,
+ avec tous les ponts qui y aboutissent, y compris la culée du
+ pont au Change.
+
+
+PARIS SOUS LES DEUX PREMIÈRES RACES.
+
+Ceux qui n'ont point assez pénétré dans l'histoire des modernes
+habitants des Gaules, s'étonneront sans doute que la ville capitale
+d'un aussi grand royaume que la France, ait été pendant une si longue
+suite de siècles dans un tel état de foiblesse et de misère, que, loin
+de prendre de l'accroissement, on la voit au contraire devenir, à
+certaines[54] époques, plus misérable encore qu'elle n'avoit été. Ils
+ne s'étonneront pas moins de la voir sortir tout à coup de cette
+détresse et de cette obscurité, s'accroître par des degrés
+très-rapides, et s'embellissant plus lentement d'abord, devenir enfin,
+sous un petit nombre de rois, la première et la plus belle des cités.
+
+[Note 54: Un moine de Fleuri-sur-Loire, nommé Asdrevald, déplorant le
+triste état auquel les incursions des Normands avoient réduit Paris,
+dit que cette ville n'étoit plus alors qu'_un monceau de cendres_.]
+
+Ces deux différents états, dont le brusque passage est si remarquable,
+s'expliquent facilement par le changement qui se fit, au commencement
+de la troisième race, dans le gouvernement de la monarchie françoise,
+changement dont l'effet fut de faire passer cette monarchie, de l'état
+de société domestique que les vainqueurs y avoient jusqu'alors, et
+pour ainsi dire, exclusivement maintenu, à l'état de société politique
+qui avoit été celui des Gaules sous la domination romaine; de faire
+enfin triompher le gouvernement monarchique de la police féodale, qui,
+à quelques variations près, avoit été, sous les deux premières races,
+le droit public de l'Europe entière.
+
+Que n'a-t-on point dit sur le régime féodal, et avec combien
+d'ignorance et de mauvaise foi! Si l'on en croit les déclamateurs
+politiques de nos jours, c'est la révolte et l'usurpation qui lui ont
+donné naissance; c'est par la tyrannie qu'il s'est accru et fortifié;
+et toutefois, en même temps qu'ils s'élèvent contre les prétendus abus
+et l'oppression _intolérable_ de cette espèce de gouvernement, ils
+s'indignent aussi contre les rois, qui, par degrés, sont parvenus à le
+détruire. Nous ne nous chargeons point de concilier de semblables
+contradictions; mais peut-être les monuments historiques nous
+fourniront-ils quelques moyens de constater à la fois l'origine, le
+caractère et les modifications diverses du gouvernement féodal.
+
+Si l'on veut en trouver la véritable origine, ce n'est point à
+l'invasion des Francs qu'il convient de s'arrêter: il faut aller la
+chercher jusque sous les empereurs, et remonter même jusqu'aux temps
+qui ont précédé l'établissement du christianisme comme religion
+dominante de l'État. En effet nous trouvons dans Lampride et
+Vopiscus[55] qu'Alexandre Sévère, Aurélien et Probus donnèrent aux
+ducs et aux soldats des frontières, des champs et des maisons dans les
+pays conquis sur l'ennemi. Ces terres ainsi concédées étoient
+ordinairement situées sur le bord des fleuves ou entre les montagnes
+qui servoient de limites; on y joignit des esclaves et les animaux
+nécessaires à l'exploitation; et la propriété entière en fut accordée
+à ceux qui les reçurent, sous la condition expresse que les héritiers
+se consacreroient comme les pères au service militaire, et que jamais
+des personnes privées ne pourroient posséder ces terres ni par
+succession ni par contrat de vente[56].
+
+[Note 55: Lamprid. in Alex; Vopis. in Aurel; _id._ in Prob.]
+
+[Note 56: Pour de telles donations, les empereurs préféroient
+d'ordinaire les _gentils_ ou _nationaux_ aux Romains, les jugeant plus
+propres à garder des frontières qui étoient en même temps leur propre
+pays, et où ils avoient leur famille, leurs propriétés, tous leurs
+intérêts. De là l'origine du mot _gentilhomme_. (Voyez le Cod. Theod.,
+liv. 7, tit. 15.)]
+
+Les établissemens de ce genre se multiplièrent; nous apprenons
+d'Ammien Marcellin[57] que long-temps avant la chute de l'empire des
+légions avoient été fixées dans certains postes pour y tenir lieu de
+garnison perpétuelle. On appeloit _stations agraires_ les terres
+qu'occupoient ces légions[58], et l'on en établissoit sur toutes les
+frontières dont la garde sembloit difficile. On ne peut douter que ces
+stations ne fussent fortifiées[59], et que, gardées par un nombre plus
+ou moins grand de soldats, en raison de leur _importance_, c'étoit sur
+ce degré d'importance que se régloit la dignité du chef à qui le
+commandement en avoit été donné. Les stations agraires occupoient
+ordinairement les environs d'un château, qui en étoit le chef-lieu et
+que l'on appeloit simplement _station_[60]. Bientôt les soldats
+_stationnaires_ obtinrent tous les avantages des possesseurs de fonds
+limitrophes, et se confondirent avec eux. Cette milice sédentaire
+reçut le nom de troupe _riparienne_, parce qu'elle faisoit son séjour
+sur la frontière, que l'on nommoit _ripa_[61], et fut ainsi distinguée
+des _Comitatenses_ ou troupes de la cour, corps d'élite avec lequel
+les empereurs et leurs généraux se portoient sur les frontières
+menacées, lorsque les troupes sédentaires ne suffisoient pas pour les
+défendre.
+
+[Note 57: Lib. 18, et _ib._ 19.]
+
+[Note 58: On les appeloit aussi _prétentures_, parce qu'elles
+formoient une chaîne, derrière laquelle les provinces étoient en
+sûreté.]
+
+[Note 59: Amm. Marcell., lib. 16.]
+
+[Note 60: Amm. Marcell., lib. 29.]
+
+[Note 61: Cod. Theod., lib. 7, tit. 22, leg. 8.]
+
+Bientôt ces troupes de la cour prétendirent partager les avantages
+dont jouissoient les troupes _ripariennes_; elles ne voulurent plus
+quitter les cantonnements où elles avoient été placées temporairement,
+lorsqu'elles y eurent été assez long-temps pour y prendre des
+habitudes et y former des établissements avantageux[62]; et ce fut une
+nécessité, dans la foiblesse extrême où étoit tombé le pouvoir, de
+leur accorder dans les provinces intérieures de l'empire des quartiers
+permanents dont l'organisation fut la même que celle de ces postes
+que l'on avoit créés sur les frontières.
+
+[Note 62: Amm. Marcell., lib. 20.]
+
+Et qu'on ne pense pas que de telles faveurs, soit dans les provinces
+intérieures, soit dans les terres limitrophes, fussent uniquement
+réservées aux sujets de l'empire, à ceux qui étoient naturellement
+intéressés à sa défense et à sa conservation: tout parti goth, franc
+ou germain qui, se détachant de cette multitude de barbares dont le
+territoire romain étoit pressé de toutes parts, demandoit à y être
+reçu et à servir l'empereur en qualité d'auxiliaire, étoit accueilli
+sous cette seule condition, et y recevoit de semblables
+établissements[63]. C'est ainsi que, soit par la violence, soit par
+les concessions des empereurs, la Gaule se vit successivement remplie
+de ces peuples du Nord. Ils avoient envahi la Belgique; ils
+possédoient la Bourgogne; leurs quartiers occupoient toutes les
+provinces qui sont entre la Loire et les Pyrénées; les provinces
+maritimes étoient devenues leur conquête. Toutefois il restoit encore
+dans le centre de cette vaste contrée des troupes romaines
+_stationnaires_, foibles débris sans doute des anciennes troupes
+_ripariennes_ qui avoient été autrefois répandues sur les
+frontières[64]; et pendant long-temps ces troupes ne voulurent
+reconnoître que des généraux romains; mais un barbare devenoit tel à
+leurs yeux, dès qu'il avoit été revêtu par l'empereur de quelque
+grande dignité impériale[65]. C'est ainsi qu'elles ne répugnèrent
+point à combattre sous les ordres de Childéric, dès qu'il eut été fait
+_duc_ ou _comte militaire_; c'est par la même raison qu'elles
+s'attachèrent à Clovis, aussitôt qu'il eut été revêtu de semblables
+dignités, considérant alors ce chef guerrier, dont les victoires
+avoient déjà jeté un grand éclat, comme un homme que la Providence
+avoit destiné à être le restaurateur de l'empire.
+
+[Note 63: C'est ce qu'on appeloit terres _létiques_. On nommoit _Leti_
+les barbares qui les avoient obtenues, et ils formoient dans l'empire
+des corps particuliers qui devinrent une partie considérable de la
+milice romaine. (Cod. Theod., lib. 13, tit. 4, leg. 9.)]
+
+[Note 64: Procop., _De bell. goth._, lib. 1.]
+
+[Note 65: Il n'étoit pas rare de voir des barbares à la fois rois de
+leur nation et officiers de l'empire (Amm. Marc., lib. 26, 29, 31);
+et, loin de se croire avilis par l'exercice de ces dignités romaines,
+ces chefs de peuplades n'ambitionnoient rien tant que de s'en voir
+revêtus. Pour les obtenir, ils prêtoient serment aux empereurs; mais
+autant qu'il leur étoit possible, ils _ne se faisoient point ses
+clients_; ils _ne se dévouoient point_. (_Ibid._, lib. 17.) Ils
+auroient regardé ce dévouement comme une espèce de dégradation. Il est
+probable qu'ils se servirent à l'égard des Romains de la même formule,
+dont usoient chez eux les hommes _libres_, lorsqu'ils s'engageoient au
+service d'un de leurs chefs, d'où résultoit un engagement qui, sous le
+moindre prétexte, pouvoit être rompu.]
+
+Ce fut aussi ce qui rendit ce roi franc si empressé de recevoir ces
+mêmes dignités; en lui donnant le titre d'_Ami de l'empire_ et de
+_Patrice des Romains_, l'empereur Anastase lui aplanissoit les voies
+qui devoient le conduire à la conquête entière des Gaules. Déjà
+Clodion, qui, le premier parmi les chefs des Francs, avoit passé le
+Rhin en se déclarant ennemi de l'empire, n'avoit rencontré que de
+foibles obstacles[66]: sa première entreprise avoit été sur Cambrai;
+et loin de défendre cette frontière, les barbares à qui elle avoit été
+confiée, et qui eux-mêmes étoient Francs, se réunirent à lui et le
+reconnurent pour leur roi. Cet exemple entraîna les autres barbares
+établis sur les terres romaines dans le voisinage de cette frontière;
+et un passage de Procope[67] nous apprend que les soldats romains qui
+étoient stationnaires dans cette extrémité de la Gaule, se voyant dans
+l'impossibilité de retourner en Italie, et ne voulant pas subir le
+joug, ni s'exposer aux violences des barbares _ariens_ qui occupoient
+la partie méridionale de cette vaste province, se livrèrent aux
+_Armoriques_ et aux _Germains_ avec tout le pays qu'ils avoient
+jusqu'alors gardé pour l'empereur, et qu'ils obtinrent de _conserver
+toutes leurs coutumes_ sous cette nouvelle domination. Or, si des
+soldats romains, tout-à-fait étrangers au pays où ils étoient
+cantonnés, se montroient ainsi disposés à traiter avec des barbares, à
+combien plus forte raison devoient être empressés de le faire des
+soldats nés dans la province même, anciens compagnons d'armes des
+Francs, vivant sous la même loi civile et accoutumés à la même
+discipline? Et rien ne prouve plus que, dans toutes les Gaules, tant
+de peuples si différents avoient fini par ne plus faire qu'un seul
+peuple gouverné par les mêmes lois, et presque entièrement détaché de
+l'empire, que de voir le Romain Egidius devenir roi d'une peuplade de
+Francs, comme on avoit vu des rois francs compter des Romains parmi
+leurs sujets. Mais il n'est pas moins remarquable qu'il ne fut choisi
+pour chef par ces barbares, que parce qu'il étoit alors _maître de la
+milice romaine_. C'est ainsi que ce grand nom de Rome et d'empire
+romain imposoit encore même à ceux qui s'en partageoient la puissance
+et les débris.
+
+[Note 66: Greg. Tur., lib. 2, cap. 9.]
+
+[Note 67: _De bell. goth._]
+
+Arrêtons-nous ici un moment; il ne peut plus y avoir d'incertitude sur
+l'origine des fiefs: elle est toute romaine, et les monumens qui nous
+attestent cette origine sont irrécusables. Mais si, de ces documents
+que nous offre l'histoire, nous nous élevons à des considérations d'un
+autre ordre sur les causes qui amenèrent de tels changements dans
+l'administration des principales provinces de l'empire, il nous sera
+facile de reconnoître que ces changements étoient la suite nécessaire
+et inévitable de la situation où se trouvoit alors le pouvoir
+politique; et que, dans cette situation presque désespérée, il sut
+habilement saisir le seul moyen de salut qui lui restât et le seul en
+même temps qui pût sauver la société.
+
+Dès le temps des empereurs que nous venons de nommer, les barbares
+pressoient l'empire de toutes parts; tous les points de ses immenses
+frontières étoient menacés à la fois, tandis qu'à l'intérieur les
+factions militaires le déchiroient, se disputant sans cesse le pouvoir
+politique, devenu par ces disputes sanglantes et acharnées le fléau
+des peuples dont il devroit être le protecteur. Et quelle protection
+pouvoient leur offrir des princes dont la vie étoit sans cesse à la
+merci de leurs soldats, et qui passoient à étouffer les révoltes et à
+combattre leurs compétiteurs, le temps qu'ils auraient dû donner au
+gouvernement de l'État? Dans cet état de foiblesse, de désordre, de
+péril imminent, les plus habiles d'entre eux reconnurent que tout
+étoit perdu, s'ils ne trouvoient un moyen d'attacher par quelque
+intérêt qui leur fut propre, à la défense de la société, des hommes
+qui ne tenoient plus que par de foibles liens, toujours prêts à se
+briser, à l'autorité suprême, autorité à qui seule il auroit appartenu
+de conserver et de défendre les intérêts communs. Parmi tous les
+intérêts particuliers, il n'en étoit point sans doute de plus puissant
+que celui de la _propriété_; et ce fut une combinaison aussi heureuse
+que le malheur des temps permettoit de la concevoir, que de faire
+partout les soldats propriétaires des frontières qu'ils étoient
+chargés de défendre: ainsi la société politique, prête à se dissoudre,
+appeloit à son secours la société domestique ou la _famille_, qui, de
+même que dans l'enfance de la civilisation, se trouvoit ainsi chargée
+de pourvoir à sa propre défense; mais de telle manière cependant que,
+de l'agrégation d'un nombre considérable de petites sociétés de ce
+genre, à la fois distinctes et réunies, ce pouvoir politique composoit
+un système de défense générale pour la société entière, usant ainsi
+dans l'intérêt de tous, que lui seul pouvoit connoître, diriger et
+défendre, de tant d'intérêts particuliers, et en quelque sorte
+indépendants les uns des autres, qu'il s'étoit vu forcé de créer. Par
+ce moyen, il avoit su se faire, dans un grand état qui penchoit vers
+sa ruine, tout ce qu'il lui étoit possible d'avoir de force et
+d'unité.
+
+Mais les barbares succédoient aux barbares; ils se précipitoient en
+quelque sorte les uns sur les autres, avides d'une si riche proie; et
+ce système de défense, qui long-temps arrêta leurs continuels efforts,
+ne put empêcher ce torrent de se déborder enfin de toutes parts sur
+ces provinces malheureuses. Ce fut au cinquième siècle que se fit
+l'irruption la plus terrible de ces féroces sauvages du Nord; et
+l'histoire nous en présente le souvenir comme celui de la plus
+effroyable calamité qui ait jamais désolé les peuples. Mais des
+irruptions partielles avoient précédé, et à diverses reprises, ce
+débordement général; et une fois entrées sur la terre de la
+civilisation, ces hordes n'en sortoient que très-rarement: il falloit
+les y établir ou les exterminer. Lorsqu'elle jugea impossible de les
+vaincre, la politique des empereurs chercha donc à se les attacher; et
+ainsi que nous l'avons déjà dit, créant pour eux des fiefs dans les
+pays dont ils s'étoient emparés, et par ce moyen opposant barbares à
+barbares, elle essaya de se faire des défenseurs nouveaux de ses plus
+redoutables ennemis.
+
+De ce mouvement continuel des barbares et de cette calamité sans cesse
+renaissante des invasions, il résulta que toutes les provinces de
+l'empire, et particulièrement toutes les parties des Gaules, devinrent
+successivement _frontières_; que les troupes romaines qui les
+défendoient furent toutes _stationnaires_; que l'intérieur du pays se
+remplit de _camps_ et de _châteaux_, ce qui jusque là n'étoit point
+encore arrivé; et qu'ainsi, avant la révolution qui devoit en faire le
+royaume de France, cette province tout entière étoit déjà divisée en
+bénéfices militaires. Avant la conquête, les Romains s'étoient
+associés les barbares: après la conquête, et lorsqu'ils furent las de
+violences et de ravages, les barbares composèrent avec ce qui restoit
+de Romains dans le pays dont ils s'étoient rendus maîtres, et qui
+s'étoient le plus vaillamment défendus; et voulant conserver ce qu'ils
+avoient acquis, ils adoptèrent les lois romaines, dont beaucoup
+d'entre eux connoissoient les avantages et avoient déjà éprouvé les
+bienfaits. Ce mélange d'un vieux peuple et d'un peuple enfant n'a
+peut-être point été assez remarqué, ainsi que les degrés divers par
+lesquels il a plu à la Providence de le produire. Ainsi se conserva ce
+qu'il existait d'ordre social dans le monde, héritage légué en quelque
+sorte par la grande nation mourante à cette foule de petites nations
+encore au berceau.
+
+Les exploits, la conversion et la fortune de Clovis sont trop connus
+pour que nous les rappelions ici; et le règne de ce prince est une des
+époques les plus grandes et les plus éclatantes de l'histoire. On sait
+qu'il n'entra point dans la Gaule comme les farouches vainqueurs qui
+l'avoient précédé, mais qu'il y fut appelé par le voeu de toutes les
+classes de ses habitants, et que les évêques lui livrèrent pour ainsi
+dire le royaume que les Goths avoient formé dans ses provinces
+méridionales[68]; il y vint donc pour conserver et non pour détruire;
+et en effet rien ne fut changé dans l'organisation civile et politique
+du pays. De même que les autres barbares dont ils avoient suivi les
+traces, les Francs reçurent les lois et la police des Romains; ils
+adoptèrent leurs magistratures et jusqu'à ces dénominations purement
+honorifiques inventées par la cour de Bysance, et au moyen desquelles
+elle suppléoit aux récompenses réelles qu'il n'étoit plus en son
+pouvoir de donner. Il y eut donc comme par le passé des comtes, des
+ducs, des préfets militaires[69]. L'économie fiscale, civile et
+militaire des provinces fut la même[70]; le gouvernement des villes
+municipales et des cités ne changea point[71]; on y retrouva, comme
+sous les Romains, des colléges ou corps d'artisans, de marchands,
+chacun avec sa police particulière, ses usages et ses priviléges[72];
+le _serf_ représenta chez eux le _colon_ romain: et cette espèce de
+servitude, bien différente de ce qu'étoit l'esclavage chez les peuples
+païens, fut la seule qu'ils conservèrent depuis la conquête[73]; les
+vainqueurs, prenant par degré le goût de l'agriculture, profitèrent
+dans l'administration et l'exploitation de leurs terres de
+l'expérience des vaincus[74]; si l'on considère en quoi consistèrent
+chez eux les revenus du fisc, on trouve qu'ils répondoient à autant de
+branches des finances de l'empire: ces revenus présentent de même les
+contributions des villes qui, chez les Romains, entroient dans le
+trésor des largesses, les parties casuelles, et le produit des terres
+fiscales dont se composoit l'épargne du prince[75]; quant à
+l'administration de la justice, aux diverses juridictions des
+tribunaux, depuis le conseil suprême du monarque jusqu'à la justice
+des propriétaires, il ne peut entrer dans notre sujet d'en développer
+l'organisation admirable et toutes les formes prévoyantes et
+protectrices: qu'il nous suffise de dire que le droit romain fut
+conservé par les rois francs partout où il étoit établi avant la
+conquête, et que le clergé ne cessa pas de vivre un seul instant sous
+la protection de la loi romaine qui étoit sa loi nationale[76].
+
+[Note 68: Sur cette intelligence des évêques avec Clovis, les
+soi-disant philosophes n'ont pas manqué de leur reprocher d'avoir
+trahi leurs maîtres _légitimes_. Et cette sottise est répétée, chaque
+fois que l'occasion s'en présente, par des gens qui ne reconnoissent
+ni _maîtres_ ni _légitimité._ Nous aurons bientôt occasion d'examiner
+si en effet les barbares goths et ariens étoient les _maîtres
+légitimes_ des évêques catholiques et romains; et cet examen ne sera
+pas long. (Voyez l'article _Églises et Monastères_.)]
+
+[Note 69: Aim., lib. 3, c. 88, et lib. 4, c. 61. Greg. Tur. _append._
+c. 20 et 108. _Hist._, lib. 9, c. 10. _Cap. Car. calv._, tit. 14,
+etc.]
+
+[Note 70: Greg. Tur. _hist._, lib. 6, c. 2, lib. 8, c. 43.--Aim. lib.
+3, c. 46. Cap., _De villis._]
+
+[Note 71: _Voyez_ de Buat, t. 2, p. 169 et suivantes.]
+
+[Note 72: Cap., _De villis_, c. 43, 45, 64, _leg. alam._, tit. 19, c.
+7 et tit. 30.]
+
+[Note 73: Ce n'est point sans doute ici le lieu de réfuter tout ce qui
+se débite, dans nos tribunes publiques et dans nos journaux, de
+niaiseries et d'absurdités sur la servitude, ni de chercher quelle en
+est la nature et l'origine. Toutefois un ancien auteur (Albert de
+Staden) nous indique ce qu'elle étoit chez les peuples du Nord,
+lorsqu'il fait dériver le nom de _Lides_ ou _Litons_, qu'on y donnoit
+aux esclaves, du mot qui signifie _la permission_ qu'un vainqueur
+donne aux vaincus de _continuer de vivre_; et nous apprenons de Tacite
+(_De mor Germ._) que, beaucoup plus humains que les Grecs et les
+Romains si fiers de leur police et de leurs lois, ces peuples ne
+condamnoient point leurs captifs aux pénibles services de la
+domesticité; mais que, leur distribuant des terres, ils exigeoient
+seulement d'eux un tribut en blé, en étoffes, en bétail, redevance qui
+en faisoit des espèces de fermiers, et au-delà de laquelle on ne leur
+demandoit plus rien. Tels avoient été les colons chez les Romains, de
+même attachés à la glèbe, mais protégés par des lois infiniment plus
+douces que celles des esclaves, et qui les mettoient à l'abri des
+caprices et des violences de leurs maîtres. (S. August., _De civ.
+Dei_, lib. 10, c. 2. Cod. Theod. tit. _De colonis_.) De même que ces
+colons romains, les serfs des Germains pouvoient acquérir un _propre_
+et posséder un _pécule_. La loi des Lombards les appela serfs
+_rustiques_, par opposition aux serfs _ministériaux_ qui étoient des
+espèces d'esclaves (_Cap. addit. ad leg. Long._ an. 801, c. 6.), mais
+qui furent toujours peu nombreux chez les Francs. Et lorsqu'ils eurent
+pénétré dans les Gaules, ils les remplacèrent par le _vasselage_, qui,
+sans détruire la liberté et même une sorte d'égalité, emportoit avec
+lui certains devoirs de domesticité. Ainsi le serf continua d'être
+attaché à la culture des terres, et les hommes libres vécurent avec
+des hommes libres, jusqu'à ce que le Christianisme, source de toute
+liberté, eût opéré ce prodige, nouveau dans le monde, d'une _société
+sans esclaves_.]
+
+[Note 74: _Voyez_ de Buat. t. 2, p. 303 et seqq.]
+
+[Note 75: De Buat, t. 2, p. 444 et seqq.
+
+Les monuments anciens nous apprennent que le produit de ces terres
+fiscales suffisoit à l'entretien de la maison du prince, à sa
+représentation, et au soulagement de ceux qui étoient dans
+l'indigence; et l'on peut croire que ce dernier emploi en étoit le
+plus considérable, puisque l'on appeloit _aumôniers_ plusieurs des
+trésoriers des finances royales, et _aumône du roi_, le trésor dans
+lequel certains revenus étoient déposés. Ces mêmes actes nous offrent
+des témoignages authentiques de cette charité admirable des rois des
+deux premières races envers les malheureux. Les sommes qu'ils
+consacroient annuellement au soulagement des pauvres étoient immenses,
+et la partie la plus considérable de l'argent monnoyé qui entroit dans
+leurs coffres y étoit destinée. (_Cap. Car. calv._, tit. 27, 53. _Cap.
+syn. Vernens._, an. 755, c. 23. _Cap._, an. 802, c. 29.)]
+
+[Note 76: _Cap. Car. calv._, tit. 36, c. 20.--Les Francs étoient de
+même jugés selon leur loi, quelque part qu'ils se trouvassent (Cap.,
+_De Villis_); mais il est certain que, dans la punition des crimes,
+lorsque les parties intéressées étoient de _loi différente_, on
+suivoit toujours la loi de l'offensé. (_Cap. Car. calv._, tit. 36, c.
+20.)]
+
+Cependant, au milieu de tant de lois et de coutumes anciennes, fut
+introduite une loi politique nouvelle que les Romains n'avoient point
+connue: c'est le _vasselage_, loi dont l'origine est toute barbare, et
+qui devint le perfectionnement de la police des fiefs. Comme bénéfice,
+le fief n'étoit autre chose que la récompense des vétérans; comme
+terre frontière, il imposoit seulement l'obligation de défendre une
+tour, un château, ou toute autre espèce de retranchement. Le vasselage
+faisoit d'un barbare l'_homme_ de son seigneur; par la cérémonie de la
+_recommandation_, il lui vouoit un attachement et un service
+personnel; et comme il fut établi, sous les rois francs, qu'on ne
+pourroit obtenir un fief et devenir bénéficier sans être vassal, il en
+résulta que tout propriétaire de bénéfice fut attaché par un double
+lien, et à la terre qu'il étoit de son intérêt de conserver et de
+défendre, et au prince que l'honneur, le devoir, son serment,
+l'obligeoient en toutes circonstances de servir et d'assister[77]. Le
+soldat romain défendoit le sol de l'empire, mais non pas l'empereur,
+prêt à recevoir pour maître quiconque se présentoit à lui avec la
+faveur de l'armée, reconnoissant pour Romain tout chef barbare, dès
+qu'il étoit revêtu des dignités romaines; et ce fut là le vice radical
+du système militaire fondé sur la création des bénéfices. Le vassal
+défendoit à la fois la terre et son seigneur, ou pour mieux dire, sa
+propriété et l'État; et la loi du vasselage, essentiellement
+monarchique, contribua puissamment à fonder la véritable monarchie
+dans les Gaules, et à la sauver dans ses plus grands périls.
+
+[Note 77: Toutefois il est important de remarquer que, dans le
+principe, tous les grands seigneurs n'étoient pas vassaux. Les
+ordonnances des rois carlovingiens distinguent le _cantonnier_ ou
+possesseur d'un bénéfice militaire, du _libre propriétaire_, et par
+conséquent le serf _propre_ du serf _cantonnier_. (Agobard, _De
+privileg. et jure sacerdot., c. 2._) Le noble franc qui n'avoit point
+voulu joindre de grands fiefs aux propriétés qu'il avoit reçues de ses
+ancêtres, et déroger par un _hommage_ à la liberté qui étoit le
+privilége de sa naissance, n'étoit obligé de prendre les armes que
+pour _la défense de la patrie_. Ce fut la raison pour laquelle Clovis,
+lorsqu'il voulut se faire chrétien, se vit abandonné par un grand
+nombre des _hommes libres_ qui l'avoient suivi. Ses vassaux seuls
+crurent que le devoir du _vasselage_ les obligeoit d'embrasser la
+religion de leur prince. Ce fut à ces _fidèles_ qu'il donna, après la
+conquête, de grandes propriétés dont la possession étoit _indépendante
+du vasselage_; après sa mort, ils devinrent donc _libres
+propriétaires_, et formèrent cette haute noblesse qui, comme nous le
+dirons tout à l'heure, partageoit _avec les rois l'exercice de
+l'autorité souveraine_.]
+
+C'est là cette _féodalité_ qui signifie la _fidélité_, et dont on
+parle de nos jours avec tant d'ignorance et de fureur; institution
+plus naturelle qu'on ne pense, dit M. de Bonald, puisque, selon
+Condorcet, «on la retrouve à la même époque chez tous les peuples.»
+Elle n'étoit autre chose, dans son principe, que la plus noble
+relation d'autorité et d'obéissance, de protection et de dévouement,
+de foi gardée et d'assistance réciproque; elle offroit dans les
+nombreux rapports qu'elle établissoit entre les citoyens de toutes les
+classes de la société, et dans tous les degrés de sa hiérarchie, une
+image touchante de la famille[78]. Au milieu d'une nation si
+turbulente, si fière, livrée à des passions si violentes et si
+guerrières, s'ils n'eussent eu des vassaux _fidèles_, certes, jamais
+les rois de France n'eussent pu contenir tant de vassaux qui se
+révoltoient; et l'anarchie qui troubla trop souvent leur empire n'eût
+cessé qu'avec l'entier anéantissement de cette nation, qui portoit en
+elle-même un principe de destruction auquel jamais gouvernement
+monarchique n'a pu résister.
+
+[Note 78: «Le vassal doit porter honneur à son seigneur, sa femme et
+son fils aîné, _comme aussi_ les frères puînés doivent porter
+_honneur_ à leur frère aîné[78-A]. Si le vassal est convaincu par
+justice avoir mis la main violentement sur son seigneur, il perd le
+fief; et toute la droiture qu'il y a revient au seigneur. Pareillement
+le seigneur qui met la main sur son homme et vassal pour l'outrager,
+perd l'hommage et tenures, rentes et devoirs à lui dus à cause du fief
+de son vassal, et sont _ses foi et hommage dévolus et acquis au
+seigneur supérieur_; et ne paie le vassal outragé rentes de son fief,
+fors ce qui en est dû au chef-seigneur.» (Cout. de Normand., art 124,
+125, 126.)]
+
+[Note 78-A: Le respect que les cadets devoient à leur frère aîné étoit
+tellement le modèle de celui que les vassaux devoient à leur suzerain,
+que ce droit d'aînesse se confondit long-temps avec la suzeraineté.
+C'étoit là ce qu'on appeloit le _parage_, que le président Hénault a
+mal entendu et dont il a donné une fausse définition (Otton de
+Freisingen, lib. 1. _De gest. Freder._ _Voyez_ aussi le président
+Hénault, règne de Charles-le-Chauve.) Tout ce que cet écrivain a dit
+sur les fiefs, sur le vasselage et sur la féodalité en général, est
+obscur, incomplet, inexact, et prouve qu'il n'avoit ni bien étudié ni
+bien compris cette matière. (_Voyez_ ses remarques particulières sur
+la seconde race.)]
+
+Ce principe de destruction étoit l'incertitude de l'hérédité et de la
+succession au trône dans la famille du souverain. Attachés au sang de
+leurs rois, les Francs ne connoissoient point encore la loi salutaire
+qui désigne un seul héritier et qui reconnoît pour tel l'aîné des
+enfans, ou, à défaut d'enfans, le parent le plus proche: ils
+choisissoient le prince qui leur sembloit le plus digne de commander,
+parce que la principale attribution de leurs rois étoit d'être leurs
+chefs militaires, le plus beau de leurs droits et le premier de leurs
+devoirs celui de commander les armées; d'où il résultoit que des
+collatéraux, des bâtards mêmes, pouvoient obtenir une juste préférence
+sur la postérité du prince régnant. Ce fut pour leur ôter la _liberté
+du choix_, que Clovis, retrouvant cette férocité première que le
+christianisme sembloit avoir adoucie et même entièrement détruite en
+lui, poursuivit jusqu'à leur entière extermination tous les princes de
+son sang[79]. Et toutefois, après tant de crimes, il ne sut faire
+autre chose[80] que démembrer et partager entre ses quatre fils le
+royaume qu'il avoit créé et qu'il n'avoit su maintenir dans l'ordre et
+dans la paix que parce qu'il y avoit régné sans partage. Alors
+commencèrent ces guerres funestes et continuelles entre des frères
+avides et jaloux, cette effroyable suite de vengeances et de
+trahisons, de violences, d'empoisonnements, d'assassinats dont
+l'histoire des deux premières dynasties nous présente trop souvent
+l'odieux et dégoûtant tableau. La race de Clovis ayant commencé à
+dégénérer, les maires du palais s'emparèrent de l'autorité, et ce
+changement produisit des guerres et des dissensions nouvelles. Une
+confusion horrible bouleversa l'empire français; et dans ce désordre
+général chacun put méconnoître une autorité qui n'avoit plus la force
+ni de punir ni de protéger. Elle ne fut point cependant tellement
+méconnue, cette autorité suprême, qu'une main vigoureuse ne pût encore
+rassembler ces parties éparses d'un grand état, et leur imprimer, de
+nouveau, le mouvement et la vie. C'est ce que fit Charlemagne, le plus
+grand homme de son temps, et l'un des hommes les plus étonnants qui
+aient paru dans aucun temps. Mais après sa mort, la foiblesse de ses
+successeurs, et surtout la loi désastreuse du partage de l'autorité,
+amenèrent des troubles nouveaux et peut-être encore une plus grande
+confusion. À ces calamités domestiques se joignit une autre calamité,
+les incursions terribles des Normands, nouveaux barbares qui, pendant
+près d'un siècle, ne cessèrent de traverser la France en tous sens,
+ravageant les campagnes, saccageant les villes, massacrant leurs
+habitants ou les emmenant en esclavage. La foiblesse des descendants
+de Charlemagne, plus grande encore que celle de la postérité de
+Clovis, les fit bientôt tomber d'un trône dont ils s'étoient rendus
+indignes; et ils tombèrent aux acclamations de toute une nation qui
+alors, on ne doit point se lasser de le redire, n'avoit ni sur
+l'hérédité légitime, ni sur l'ordre de la succession au pouvoir
+politique, les idées plus salutaires et plus justes que depuis elle a
+su acquérir, et qu'un long usage a consacrées au milieu d'elle, pour
+son bonheur et pour sa gloire. Dans ces premiers temps de la monarchie
+française ce n'étoit pas un droit suffisant au trône que d'être du
+sang royal: il falloit encore _être utile à la nation_ pour prétendre
+à devenir son roi.[81]
+
+[Note 79: Greg. Tur., lib. 2., cap. 40 et 42. Aim., lib. 1, cap. 25.]
+
+[Note 80: Il seroit plus exact de dire: _il ne put faire autre chose_.
+Que l'on veuille bien pénétrer un moment avec nous, et avec les
+écrivains qui ont le mieux connu les antiquités de notre nation,
+jusqu'à l'origine du pouvoir royal parmi les Francs, afin d'en bien
+concevoir la nature, et de bien saisir le caractère qu'il dut avoir
+dans les premiers temps de la monarchie: ce sera pour plusieurs
+l'occasion de s'en faire une idée plus juste, et de se débarrasser de
+beaucoup d'erreurs et de préjugés que tant d'écrivains superficiels
+ont répandus sur cette époque de notre histoire.
+
+Chez les Francs, tous les princes de la maison royale naissoient avec
+le titre de _roi_; et tous avoient droit à l'hommage des personnes
+libres. Ce droit fut égal et sans partage entre eux, avant la
+conquête, parce qu'il étoit alors l'unique domaine de la famille. Ce
+fut autre chose quand le chef de cette famille eut acquis des
+provinces et des trésors: ces biens nouveaux purent être partagés
+entre ses enfants; mais on ne put de même partager les hommes libres,
+alors trop fiers et trop indépendants pour se soumettre à un semblable
+partage.
+
+Il en résultoit donc que, lorsqu'un roi n'avoit pas pris de
+précautions pour assurer l'état de ses enfants, celui d'entre eux qui
+avoit su s'attacher un plus grand nombre d'_hommes libres_, étoit en
+mesure de se faire donner un plus grand nombre de provinces, et même
+de se rendre maître du royaume entier, à l'exclusion de ses
+co-partageants. Un trésor étoit un moyen sûr d'y parvenir; et ce fut
+pour avoir su s'emparer de celui de son père Clotaire (Grég., Tur.
+_hist._, lib. 4, cap. 22) que Chilpéric s'assura l'hommage des
+seigneurs puissants, de ceux qui _commandoient les nations_, à qui
+l'_administration militaire_ avoit été confiée, et qui étoient en
+possession _de partager avec le roi l'exercice de l'autorité
+souveraine_. (Aim. lib. 4, cap. 17.) Ce ne fut point autrement que
+Dagobert se rendit maître du pouvoir suprême, dont son frère Aribert
+fut exclu.
+
+On conçoit maintenant que les rois francs n'avoient qu'un seul moyen
+d'assurer à leurs enfants leur part de royauté: c'étoit de leur donner
+_partage_ dès leur vivant, et de leur faire rendre hommage par les
+seigneurs des terres dont se composoit le partage, en prenant
+toutefois la précaution de se faire comprendre eux-mêmes dans le
+serment de fidélité que l'on exigeoit à cette occasion. (Marculph.
+_Form._ lib. 1., tit. 2.) Les reines qui, comme Frédégonde,
+craignoient de voir exclure leurs enfants par les enfants d'un autre
+lit, avoient surtout un grand intérêt à les faire déclarer rois; et
+comme le moyen le plus efficace de soutenir de pareils droits à la
+royauté étoit de faire des largesses aux grands, elles avoient soin de
+leur assigner un trésor, alors qu'ils étoient encore au berceau.
+
+Ainsi les frères étoient les concurrents et les rivaux de leurs
+frères, les oncles de leurs neveux, souvent même les cousins de leurs
+cousins; et cette confusion de droits et les désordres qui
+s'ensuivirent, venoient de ce que la famille _publique_ se gouvernoit
+par les lois domestiques qui ne sont applicables qu'aux familles
+privées. Elle partageoit l'État, comme s'il lui eût appartenu, ne
+sachant pas encore qu'elle appartenoit à l'État.
+
+Les rois carlovingiens imitèrent les rois francs; et ils avoient un
+motif de plus pour faire ces élections anticipées: c'est qu'alors le
+vasselage ayant pris des formes plus fixes, plus régulières, et étant
+nécessairement attaché à tout bénéfice militaire, il s'ensuivoit que,
+donnant partage à l'un de leurs enfants, ils lui transportèrent ainsi
+l'hommage d'un grand nombre de leurs vassaux, qu'ils n'auroient pu
+leur léguer, parce que _la mort du suzerain délioit le vassal_, ce que
+nous prouverons tout à l'heure et ce qu'il est important de remarquer:
+c'étoit le seul moyen efficace qu'ils eussent de fixer la royauté dans
+leur maison, qui fut toujours moins respectée que celle des rois
+francs.
+
+«Lorsqu'ensuite, dit de Buat, dont les savantes et judicieuses
+recherches nous ont été très-utiles dans cette dissertation, la Maison
+carlovingienne se fut partagée en plusieurs branches, la même
+précaution fut absolument nécessaire pour assurer au fils unique d'un
+roi la succession de son père, à laquelle un oncle et un cousin
+_croyoient avoir autant de droit que lui_. Tel fut le motif des
+élections éventuelles et des désignations, dont l'usage fut encore
+plus fréquent sous la seconde race qu'il ne l'avoit été sous la
+première.» (_Origines_, t. 1).]
+
+[Note 81: (Aim., lib. V, cap. 70.) «La coutume des Francs fut toujours
+de choisir leurs rois dans la race ou dans la succession des rois
+derniers morts. Ils n'élurent pas Charles-le-Simple aussitôt après
+Louis-le-Gros, parce qu'il étoit alors _enfant et de corps et
+d'esprit_; qu'il n'étoit pas encore capable de gouverner un royaume,
+et qu'il eût, par conséquent, été _dangereux de l'élire_, tandis que
+la nation étoit exposée à la cruelle persécution des Normands.»
+(Flodoard, liv. 15., _Hist. Remens._, cap. 5.)
+
+Ceci se passoit sous la seconde race. Écoutons maintenant Grégoire de
+Tours, faisant raconter à Gondoald, fils de Clotaire Ier, les motifs qui
+l'avoient porté à venir dans les Gaules pour y faire valoir les droits
+qu'ils prétendoit avoir à la couronne: «Lorsque j'étois à Constantinople,
+disoit ce prince, je m'informai de Boson en quel état étoit ma famille,
+et j'appris de lui qu'elle étoit réduite à fort peu de chose. Il me dit
+que, de tous mes parents, il ne restoit que Gontram et Childebert; que
+les fils de Chilpéric étoient morts aussi bien que lui, à l'exception
+d'un enfant qui _étoit encore au berceau_; que Gontram mon frère n'avoit
+point d'enfants, et que mon neveu Childebert étoit encore très-foible
+(_minime fortis_); que par cette raison tous les princes du royaume
+avoient pris la résolution _de me rappeler_, et que personne n'avoit osé
+parler contre moi. Car nous savons tous, ajouta-t-il, que vous êtes fils
+de Clotaire, et que si vous ne venez pas dans les Gaules, _il n'y est
+resté personne qui puisse les gouverner_.» (Hist., lib. VII, cap. 36.)
+Gontram lui-même, s'adressant au _peuple_ après la mort de Chilpéric, ne
+fait point valoir d'autres motifs pour obtenir le pouvoir suprême. «Je
+vous conjure, lui dit-il, de me garder une foi inviolable, de ne pas me
+tuer comme ont été tués mes frères; qu'au moins je puisse élever mes
+neveux, qui sont devenus mes enfants adoptifs. Ma mort, si elle arrive
+pendant qu'ils sont en bas âge, entraînera nécessairement votre ruine,
+puisqu'il ne restera de notre race _aucune personne robuste_ qui puisse
+vous défendre.» (_Ibid._, lib. VII, cap. 8.)
+
+Ceci prouve encore que le peuple concouroit à l'élection du monarque;
+et en effet, dans la charte où Louis-le-Débonnaire règle l'état de ses
+enfants, il ordonne expressément «que tout _le peuple assemblé_[81-A]
+élise celui des princes _qu'il plaira à Dieu_.» (Cart. division., an
+817.) On pourroit citer beaucoup d'autres exemples de cette confusion
+d'idées qui régnoit alors au sujet de la succession au trône,
+principale cause de tous les désordres qui éclatèrent en France sous
+les deux premières races.]
+
+[Note 81-A: Par _peuple_ il faut entendre ici tout ce qui avoit la
+_noblesse_ ou du moins l'_ingénuité_, depuis les grands vassaux de la
+couronne jusqu'aux simples propriétaires et aux bourgeois des cités.
+Les _serfs_ ou esclaves et les colons attachés à la glèbe en étoient
+exclus: c'est cette classe nombreuse de la société que nous appelons
+_peuple_ aujourd'hui, et dont le christianisme a, par degré, brisé les
+fers.]
+
+Ainsi s'explique ce qu'on appelle l'usurpation des maires du palais
+sous la première race et celle des comtes de Paris sous la seconde:
+les deux races étoient tombées dans le mépris[82]. Sous des princes
+foibles s'étoient élevés des chefs guerriers devenus par leurs hautes
+qualités des objets d'estime, d'attachement et d'espérance pour une
+nation toute guerrière: elle choisit pour la commander celui qui lui
+sembla le plus digne; et en rejetant de même qu'en remplaçant des
+races dégénérées, ni la nation qui choisissoit le nouveau roi, ni les
+chefs qui avoient dirigé et confirmé son choix, ne pensoient avoir
+commis une action coupable devant Dieu et devant les hommes. Il n'est
+rien de plus déraisonnable que cette disposition qui nous porte à
+juger les siècles passés avec les idées et d'après les lois, les
+coutumes et les préjugés du siècle où nous vivons, rien qui indique
+davantage une profonde ignorance et les vues étroites de l'esprit:
+c'est là une des principales sources de tant d'erreurs et d'absurdités
+dont se compose la politique des sophistes de nos jours.
+
+[Note 82: La haute noblesse, celle qui se composoit presque toute de
+libres propriétaires, étoit peu nombreuse, et d'une telle fierté
+qu'elle ne voyoit rien au-dessus d'elle, pas même la famille des rois.
+«Remplis de mépris pour la race de Charlemagne, dit le moine de
+Saint-Gal[82-A], chacun de ces nobles de la première classe tâchoit de
+s'emparer du gouvernement, et ne prétendoit à rien moins qu'à mettre
+la couronne sur sa tête.» Ceci se passoit immédiatement après la mort
+de Charlemagne; et l'on peut juger des dispositions où elle dut se
+trouver, lorsque, après deux siècles de règne, cette race eut donné
+des preuves si multipliées de sa dégénération.]
+
+[Note 82-A: (Mon. Sanct. Gall., lib. II., cap. 27.)]
+
+Au milieu de tant de désordres et de calamités publiques, les liens de
+la subordination féodale s'étoient sans doute fort relâchés: profitant
+de cette extrême foiblesse du pouvoir politique, chacun cherchoit à se
+rendre indépendant; et c'est une tendance naturelle et malheureuse de
+l'esprit humain. Toutefois le principe monarchique que le _vasselage_
+avoit si long-temps contribué à maintenir, restoit encore comme gravé
+dans le fond des coeurs; ce fut le _vasselage_ lui-même qui rassembla
+en quelque sorte les membres épars de la monarchie pour la constituer
+de nouveau; car Hugues Capet n'étoit ni plus illustre par sa
+naissance, ni plus puissant par ses domaines que beaucoup d'autres
+grands vassaux de la couronne; et ce fut uniquement parce que ceux-ci
+lui prêtèrent foi et hommage et le reconnurent pour leur seigneur,
+qu'il fut roi[83]. Ici commence le temps _des grandes polices_, comme
+dit Mézeray: une loi de l'hérédité au trône plus régulière, plus
+monarchique, affermit la puissance des princes, et leur fournit les
+moyens de reconquérir par degrés ce que le malheur des temps leur
+avoit fait perdre d'influence et d'autorité; et peut-être allèrent-ils
+depuis trop loin dans une route où si long-temps ils s'étoient vus
+forcés de rétrograder: c'est ce que nous aurons occasion d'examiner.
+Il n'est question ici que de chercher si le régime féodal fut un bien
+ou un mal pour la France; et sur ce sujet nous croyons avoir déjà
+rempli une partie de la tâche que nous nous sommes imposée.
+
+[Note 83: On a beaucoup déclamé et l'on déclame encore sur
+l'usurpation que firent du pouvoir souverain les chefs de la seconde
+et de la troisième race de nos rois: dans tout ce que l'on a dit à ce
+sujet, il y a eu souvent de la passion, et toujours beaucoup
+d'ignorance de la constitution politique de la France, dans ces
+premiers siècles de la monarchie. Que devons-nous voir dans la race
+des rois francs? une famille plus honorée sans doute que les autres,
+où la nation a coutume de choisir ses chefs, mais de telle manière
+cependant que tous les membres qui la composent peuvent prétendre à
+l'être, et souvent tous à la fois, et quel que puisse être leur degré
+de consanguinité. Quels sont ceux qui élisent ces rois? d'une part des
+seigneurs _libres propriétaires_, qui ne leur ont jamais _engagé leur
+foi_, qui se croient les égaux de cette famille, qui le sont en effet;
+de l'autre, des vassaux que la mort de leur suzerain a _déliés de tout
+engagement_; car le vasselage étoit _personnel_, et rien n'est plus
+attesté. Qu'exigeoient-ils de ces rois? qu'ils fussent capables de les
+commander, de les défendre; et ils étoient jugés indignes du trône,
+lorsqu'ils étoient _inutiles_ à la nation. Que devoit-il résulter de
+droits établis sur des conditions aussi rigoureuses d'une part, et sur
+des obligations aussi légères de l'autre? que la race entière seroit
+nécessairement rejetée, dès qu'elle auroit dégénéré au point de ne
+plus offrir que des princes incapables et imbéciles, parce que, il ne
+faut point se lasser de le répéter, selon la maxime fondamentale des
+Francs, un prince _inutile_ ne pouvoit être roi. C'est ainsi que la
+famille des Carlovingiens fut substituée à celle de Clovis, qui ne fut
+dépossédée qu'en raison de son _inutilité_; et c'est ce qui fit que
+Pépin, dont l'élévation supposoit la nullité de tout droit à conserver
+le pouvoir dans une même famille, essaya de sortir de cette situation
+fausse et incertaine, en faisant intervenir la puissance spirituelle,
+seule capable en effet de donner de la fixité à toute institution
+politique. Le pape Étienne en le sacrant sacra aussi ses deux fils, et
+prononça l'excommunication contre ceux «qui entreprendroient d'élire
+un roi qui ne descendit pas de ceux que la bonté divine avoit daigné
+élever à ce rang suprême.» Mais les coutumes de la nation, le partage
+impolitique qui continua d'être fait de la puissance royale, le
+malheur des temps qui rendit la noblesse plus indépendante encore
+qu'elle ne l'avoit été, surtout le mépris dans lequel tomba la seconde
+race, qui ne fut jamais aussi respectée que la première, tout se
+réunit pour légitimer le choix d'une nouvelle famille royale: «car,
+comme le dit fort bien de Buat, les princes auxquels Hugues Capet fut
+substitué étoient au moins _inutiles_; et l'un d'eux _avoit fait un
+hommage_ qui le rendoit étranger à la nation et peut-être son ennemi.»
+De telles coutumes et de tels préjugés composoient sans doute une fort
+mauvaise loi d'hérédité au trône: on ne prétend point le nier; on
+soutient seulement que ces coutumes et ces préjugés existoient, et que
+tant qu'on ne comprendra point ces choses, on ne dira que des
+absurdités sur les deux premières races de nos rois.]
+
+Que l'on se fasse une juste idée de ce qu'étoit la Gaule sous ces deux
+premières races, ainsi livrée à des peuples, féroces et grossiers qui
+l'avoient si long-temps ravagée, et qui, partagés sous différents
+chefs décorés du nom de roi, se la disputoient encore plusieurs
+siècles après l'avoir conquise; qu'on se la représente soumise à un
+pouvoir monarchique si mal constitué, à l'action duquel on échappoit
+de toutes parts par la difficulté des communications[84], par
+l'insuffisance des moyens d'administration matérielle, depuis si
+prodigieusement perfectionnés, et parvenus de nos jours à une
+perfection que l'on peut appeler _désespérante_; que l'on considère
+cette vaste contrée, si long-temps désolée, tourmentée par cette race
+d'hommes turbulents et impatients du joug; de nouveau tourmentée,
+désolée, et pendant plus d'un siècle, par d'autres barbares[85], qui,
+dans leurs continuelles incursions, en attaquent et en isolent les
+unes après les autres toutes les parties; et qu'ensuite on essaie
+d'imaginer une forme d'administration, nous ne dirons pas plus propre
+à conserver un tel pays que l'administration féodale, mais au moyen de
+laquelle il eût été même possible de le conserver: on ne la trouvera
+point. Dans un grand empire, presque toujours mal gouverné, qui
+très-souvent même n'_étoit point gouverné_, tout grand propriétaire
+se trouvoit naturellement substitué à ce gouvernement suprême qui
+sembloit l'avoir abandonné; et devenu lui-même _souverain_,
+protégeoit, défendoit, punissoit, récompensoit, encourageoit,
+maintenoit dans l'ordre et dans la subordination, la population plus
+ou moins nombreuse que la loi de la féodalité avoit mise sous sa
+dépendance: c'étoit, nous le répétons, une vivante image de la
+famille; et pour louer une telle institution autant qu'elle mérite de
+l'être, nous appellerons en témoignage l'un de ses plus grands
+ennemis: «Le gouvernement féodal, dit Mably, étoit sans doute ce que
+la licence a imaginé de plus contraire à la fin que les hommes _se
+sont proposée en se réunissant en société_[86]. Cependant, malgré ses
+pillages, son anarchie, ses violences et ses guerres privées, nos
+campagnes _n'étoient pas dévastées_ comme elles le sont _aujourd'hui_.
+L'espèce de point d'honneur qu'on se faisoit de compter beaucoup de
+vassaux dans sa terre _servoit de contre-poids_ à la tyrannie des
+fiefs. Loin de dévorer tout ce qui l'entouroit, le seigneur principal
+_faisoit des démembrements de ses terres_ pour se faire des vassaux,
+et les familles _se multipliaient sous sa protection_.»
+
+[Note 84: Sous le règne de Hugues-Capet, un abbé de Cluni
+invité par Bouchard, comte de Paris, d'amener des religieux à
+Saint-Maur-des-Fossés, s'excusa de faire un si long voyage dans
+un pays étranger et inconnu.]
+
+[Note 85: Les Normands.]
+
+[Note 86: Remarquez que tous ces malheureux discoureurs, dans tous les
+systèmes politiques et religieux qu'ils ont rêvés, supposent, avant
+toutes choses, _l'isolement_ absolu de l'homme, qui _se réunit_
+ensuite à d'autres hommes pour composer des sociétés et fabriquer des
+religions. C'est au moyen de cette extravagance monstrueuse, qu'ils
+sont parvenus à bouleverser le monde civilisé.]
+
+«Je le demande à tout homme sensé et impartial, s'écrie un illustre
+écrivain de nos jours[87]: si le régime qui _multiplie_ les hommes,
+protége les familles, les appelle à la propriété, et préserve les
+campagnes de la dévastation, est contraire _à la fin_ de la société,
+quelle est donc la fin de la société, et quel est le régime qui lui
+convient? Si c'est là de l'anarchie et de la tyrannie, quel nom
+donnerons-nous à l'anarchie et à la tyrannie dont nous avons été les
+témoins et les victimes? À des seigneurs guerroyans ont succédé des
+gens d'affaires avides, des procès ruineux à des incursions
+passagères, et des impôts excessifs à des redevances ridicules. Les
+campagnes n'y ont pas gagné; et à part celles que vivifie, en les
+corrompant, le voisinage des villes, les autres se sont appauvries et
+dépeuplées.
+
+[Note 87: M. le vicomte de Bonald, oeuv. compl., III, p. 413.]
+
+«Il faut le dire, puisque la force de la vérité en arrache l'aveu à
+l'inconséquent écrivain que nous venons de citer[88], le régime féodal
+a peuplé les campagnes; le régime fiscal, commercial, philosophique a
+agrandi les villes: l'un appelle le peuple à la propriété par des
+démembrements et des inféodations de terres; l'autre le fait subsister
+par des fabriques, en attendant de l'enrichir par des pillages.
+Celui-ci procure à l'homme une subsistance précaire et variable, comme
+les chances du commerce, et qu'il reçoit tous les jours sous la forme
+d'une aumône du fabricant qui l'occupe; celui-là donne à la famille un
+établissement indépendant de l'homme et fixe comme la nature; l'un en
+un mot donne des citoyens à l'état, l'autre élève des prolétaires
+pour les révolutions; et quelle que soit la manie de la déclamation,
+comme il faut toujours revenir aux faits, il est à remarquer que
+l'établissement des manoirs champêtres date presque toujours du temps
+de la féodalité, et que la destruction des nombreux hameaux, dont on
+retrouve les vestiges dans les campagnes et le nom dans les chartes, a
+concouru avec les progrès du commerce et l'accroissement des cités.»
+
+[Note 88: Mably, que M. de Bonald avoit cité lui-même. (_Ibid._)]
+
+Mais de grands abus, dira-t-on, firent dégénérer une institution dont
+le principe étoit bon peut-être; et l'histoire des temps de la
+féodalité signale des actes oppressifs et tyranniques, des guerres
+intestines et sans cesse renaissantes, des trahisons, des révoltes, et
+surtout, dans ses derniers siècles, un système général d'indépendance
+qui ressembloit au désordre et à l'anarchie. Qui prétend nier ces
+choses? certes, le plus grand des prodiges eût été que, dans des
+siècles aussi grossiers, une race d'hommes qui n'avoit d'autre passion
+que celle de la guerre, d'autre occupation que les exercices violents
+qui en sont l'image, n'eût pas abusé d'un pouvoir qui lui étoit en
+quelque sorte abandonné, n'eût pas considéré toutes ses usurpations
+comme des _droits_, lorsque ses chefs étoient impuissants à réclamer
+d'elle aucun _devoir_. Voit-on autre chose parmi les nations qui
+s'enorgueillissent le plus de leur civilisation, dès que la main qui
+les gouverne laisse un moment flotter les rênes, et ne se montre plus
+assez ferme pour les ressaisir? Sied-il bien aux hommes du
+dix-huitième siècle, du siècle de l'industrie, du commerce, des
+sciences exactes, du siècle qui s'est donné lui-même le nom de siècle
+_des lumières_, et qui en conservera éternellement le _sobriquet_,
+sied-il bien à ces hommes de s'indigner en parlant de révoltes, de
+trahisons, de tyrannie, d'anarchie, d'oppression des peuples, de
+guerres intestines, de mépris pour le sang et la dignité de l'homme,
+de violation de toutes les lois naturelles de la société? Quel
+spectacle nous a-t-il offert, sans compter tout le reste, ce siècle
+follement orgueilleux et lâchement cruel? la force violant la
+propriété, afin d'exercer sans nul obstacle sa fureur de détruire. Que
+voyons-nous dans ces siècles qu'il ose poursuivre de son insolent
+dédain? la force devenue _conservatrice_, parce qu'elle avoit été
+rendue _propriétaire_; et par suite de ces institutions que l'on
+appelle sottement _stupides_ et _barbares_, une société qui compte
+quatorze siècles d'existence, ce qui ne s'est jamais vu ni dans aucun
+temps ni dans aucun pays.
+
+Toutefois gardons-nous d'attribuer uniquement au régime féodal ce
+prodige sans exemple de durée et de prospérité. Ce régime avoit en
+lui-même, comme tout ce qui est purement humain, son principe de
+destruction; et ce principe eût sans doute prévalu, si la puissance
+au-dessus de l'homme qui avoit formé cette société naissante ne l'eût
+soutenue en perfectionnant et affermissant ce qu'elle avoit de bon et
+de naturel dans ses institutions. Nous ferons voir bientôt comment,
+sans la religion chrétienne, ce même régime féodal, qui devint un
+instrument de conservation, auroit, au contraire, tout divisé et tout
+détruit.
+
+Un tel gouvernement, au moyen duquel la puissance et les honneurs
+étoient dévolus à celui qui possédoit la terre et qui la faisoit
+cultiver, n'étoit point favorable sans doute à l'accroissement des
+villes: la noblesse française dédaignoit d'y séjourner; elle habitoit
+constamment la campagne, «et son séjour, dit l'écrivain que nous
+venons de citer[89], y étoit utile pour elle et pour le peuple par
+mille raisons domestiques et politiques.» Mais pour expliquer
+clairement un tel usage, et montrer que non-seulement il étoit utile,
+mais nécessaire, il convient de remonter encore jusqu'à
+l'établissement des bénéfices, c'est-à-dire jusqu'aux temps qui
+précédèrent la conquête.
+
+[Note 89: T. III, p. 411: «Les bois et les champs forment plus la
+noblesse que les villes. _Plus rura et nemus conforunt ad consequendam
+nobilitatem_, dit Poge, qui écrivoit sur le droit public au quinzième
+siècle.» (_Ibid._)]
+
+Toutes les provinces de la Gaule étant successivement devenues
+frontières, ainsi que nous l'avons déjà dit, les troupes
+_stationnaires_ en avoient ainsi occupé successivement toutes les
+parties; et les _camps_ ainsi que _les châteaux_ s'étoient multipliés
+dans l'intérieur du pays. Ils furent toujours établis dans le
+voisinage des cités; et par suite de ces établissements se formèrent
+des _cantons_ qui, dans l'origine, n'étoient que des démembrements du
+territoire de ces cités, dont on avoit composé des propriétés pour les
+comtes, les ducs, les soldats _châtelains_, qui commandoient et
+défendoient la contrée. Ces terres reçurent bientôt une sorte
+d'anoblissement de la noble profession de ceux qui les possédoient:
+dès lors on mit une grande différence entre les cantons et les
+domaines des cités; et les habitants de ces terres privilégiées furent
+long-temps les seuls que l'on nommât _cantonniers_[90].
+
+[Note 90: 3. _Synod. Aurel._, can. 5.]
+
+Cette disposition ne fut point changée sous les rois francs, et ne
+pouvoit l'être. Les bénéfices _cantonniers_ continuèrent d'être
+possédés uniquement par les familles militaires[91]; il y eut des
+cantonniers francs, romains et barbares[92], parce qu'en effet, après
+la conquête, l'armée du conquérant se trouva composée d'un mélange de
+soldats de ces diverses nations; et tant que les chefs furent
+amovibles, ils prêtèrent hommage au roi comme vassaux de la
+couronne[93]. Quant aux bourgades et cités, elles étoient la demeure
+des bourgeois et plébéiens et de toute personne qui n'étoit point
+assujettie au service militaire. L'histoire nous apprend qu'elles
+appartenoient en toute propriété aux rois, qui se les partageoient
+lorsqu'ils régnoient conjointement ensemble, ou qui en faisoient don
+aux personnes qu'ils vouloient gratifier; qu'une telle possession
+n'avoit rien de commun avec le commandement militaire de la province,
+puisque des femmes pouvoient y prétendre, et que plusieurs reines
+reçurent de semblables donations à titre de douaire; que ces bourgeois
+et plébéiens, désignés sous le titre commun de _provinciaux_, bien
+qu'ils fussent distingués en plusieurs ordres de citoyens, étoient
+cependant, et quel que pût être leur rang, fort au-dessous des _hommes
+militaires_; qu'ils payoient des tributs comme sujets du fisc, et que,
+sous ce rapport, comme sous plusieurs autres, ils étoient soumis à la
+juridiction du comte[94]. On y apprend encore que, dans les environs
+des maisons royales, que ces provinciaux[95], sujets du fisc, étoient
+tenus de bâtir et d'entretenir, s'élevèrent des habitations où
+affluèrent des plébéiens de toutes les classes, attirés auprès de ces
+demeures privilégiées par diverses causes qu'il n'est point de notre
+sujet de rappeler ici: ainsi se formèrent _les villes_, qui reçurent
+ce nom de celui de _villa_, que portoit tout manoir royal; et elles
+devinrent plus ou moins considérables, selon que le souverain faisoit
+plus ou moins de séjour dans le palais autour duquel elles s'étoient
+formées; mais elles n'en restèrent pas moins soumises aux mêmes
+redevances que les bourgs et les cités; et l'on peut concevoir
+maintenant pourquoi la noblesse resta confinée dans ses terres où elle
+jouissoit, au milieu de ses vassaux, de tous les honneurs et
+prérogatives qui lui appartenoient, et comment elle tint à déshonneur
+d'habiter des lieux où elle eût été confondue avec les classes
+inférieures de la société.
+
+[Note 91: _Decretal. prec. Bal._, t. I, p. 199.]
+
+[Note 92: Parmi les habitants des Gaules, tout ce qui n'étoit point
+Franc ou Romain étoit désigné sous cette dénomination commune de
+_barbares_.]
+
+[Note 93: _Marculf. form._, lib. I, tit. 40.]
+
+[Note 94: _Convent. apud Andelan._ an. 587. Aim., lib. I, 7; lib.
+III., c. 48. _Ibid._ c. 4, 6. _Cap._ an. 819, tit. II, c. 19.]
+
+[Note 95: _Cap. Car. calv._, tit. 27, cap. 14.]
+
+Un capitulaire de Charlemagne établit une distinction entre ces
+maisons royales: celles qui se nommoient _villæ capitaneæ_ étoient le
+séjour des rois pendant la paix. C'était là qu'ils déployoient toute
+la magnificence de leur représentation. Elles se composoient d'un
+palais pour le monarque et de bâtiments suffisants pour loger la suite
+nombreuse de ses domestiques et de ses officiers; et il n'y en avoit
+aucune qui n'eût un château fortifié, ce qui, par la suite, fit de ces
+demeures l'asile de toute la contrée environnante, pendant les longues
+incursions des Normands. Les autres manoirs royaux désignés sous le
+nom de _villæ mansionales_, _hébergements_, _parements_ se composoient
+de simples bâtimens militaires[96] établis dans diverses parties du
+royaume, où les rois étoient reçus lorsqu'ils voyageoient, ou qu'ils
+se portoient sur le théâtre de la guerre. Telles étoient les
+habitations royales sous les deux premières races, et l'on peut dire
+qu'il n'y eut point de capitale du royaume, avant qu'un comte de Paris
+fût devenu roi[97].
+
+[Note 96: Ceux-ci étoient à la charge des fidèles, dont le devoir
+étoit de les bâtir, de les entretenir et de les fournir de toutes les
+provisions nécessaires, lorsque les rois venoient y établir leur
+résidence momentanée. (Cap. Car. calv., tit. 36, cap. 37.)]
+
+[Note 97: On comptoit dans les diverses provinces qui composoient le
+royaume cent soixante habitations de ce genre. Les monnoies des rois
+francs, leurs chartes, leurs synodes portent souvent le nom de
+quelques-unes de ces forteresses ou maisons de campagne qu'ils
+habitoient successivement.]
+
+Cependant, en raison de l'avantage de sa position au milieu d'un grand
+fleuve qui étoit pour elle une sorte de fortification naturelle, la
+ville de Paris fut toujours considérée comme un des points les plus
+importants du royaume, et ce fut l'un de ceux où se passèrent, dans les
+moments les plus critiques, ses plus mémorables événements. Nous
+trouvons que les rois de la première race y firent des séjours assez
+fréquents, entre autres Chilpéric et la reine Frédégonde; sous la
+seconde race, nous voyons Paris pillé par les Normands en 845; pillé
+une seconde fois et brûlé en 856 par ces mêmes barbares; en 862 ils
+pénètrent sur son territoire par sa partie méridionale, dévastent
+l'abbaye Saint-Germain-des-Prés, abordent ensuite dans la Cité dont ils
+surprennent les habitants sans défense; pillent encore la ville et la
+réduisent de nouveau en cendres. Ce fut alors que Charles-le-Chauve,
+sous le règne duquel arrivèrent tous ces désastres, ordonna que les
+fortifications de Paris fussent relevées et augmentées, qu'on rétablît
+et qu'on réparât les châteaux situés sur le bord de la Seine, et
+notamment celui de Saint-Denis[98]. Avec ces nouveaux moyens de défense,
+et grâce aux dispositions prévoyantes et au courage intrépide de son
+évêque Goslin et du comte Eudes, cette ville put soutenir de la part des
+Normands un dernier siége plus long et plus acharné que les précédents.
+Constamment repoussés dans toutes leurs attaques, ils l'abandonnèrent
+enfin après treize mois de tentatives inutiles, et après lui avoir donné
+huit assauts consécutifs. Personne n'ignore qu'Eudes monta sur le trône
+après la mort de Charles-le-Gros, et qu'en lui auroit commencé la
+troisième race de nos rois, s'il n'étoit mort sans enfants. Cette
+circonstance rendit pour un moment la couronne aux princes de la famille
+carlovingienne.
+
+[Note 98: Baluze. _Capit._ t. II, p. 267.]
+
+Ce fut probablement encore la défense de Paris qui valut la royauté à
+son petit neveu Hugues Capet, et qui fit remonter sur le trône de
+France cette famille nouvelle qui ne devoit plus en descendre.
+L'empereur Othon II, en guerre contre Lothaire qui régnoit alors,
+s'étoit avancé en 978 jusque sous les murs de Paris, à la tête d'une
+armée de soixante mille combattants; il avoit brûlé un de ses
+faubourgs et insulté l'une de ses portes, lorsqu'il se vit attaqué sur
+les hauteurs de Montmartre par les forces réunies du comte Hugues
+Capet et de Henri, duc de Bourgogne, qui remportèrent sur lui une
+victoire décisive, s'emparèrent de tous ses bagages et le
+poursuivirent jusqu'à Soissons.
+
+On peut donc comprendre maintenant pourquoi la ville de Paris, au
+commencement de la troisième dynastie, étoit encore, comme du temps de
+César, renfermée dans la Cité proprement dite. Elle avoit, sur les
+deux rives du fleuve, et dès la fin de la première race, quatre
+abbayes considérables aux quatre points cardinaux et presque à une
+égale distance: Saint-Laurent à l'orient, Sainte-Geneviève au midi,
+Saint-Germain-des-Prés au couchant, et Saint-Germain-l'Auxerrois vers
+le nord. Autour de ces monastères, s'élevoient les habitations des
+serfs et autres personnes qui en dépendoient, et ce fut là l'origine
+de ces faubourgs qui depuis ont tant contribué à l'embellissement et
+à l'agrandissement de cette capitale. Quant à la Cité, voici à peu
+près l'idée qu'on doit s'en faire: la cathédrale au levant, le grand
+et le petit Châtelet au nord et au midi, et le Palais des rois ou des
+comtes au couchant, en faisoient les quatre extrémités. On y voyoit
+aussi un palais pour l'évêque et une place publique ou marché. Des
+rues étroites et sales, des maisons[99] construites en bois, des
+églises d'une architecture lourde et gothique, remplissoient
+l'intervalle qui séparoit les grands édifices. Ces églises, dont
+plusieurs étoient des monastères, avoient des enclos assez
+considérables; et si l'on considère que l'île entière, bien qu'elle
+ait été agrandie par la réunion de deux autres petites îles qui
+étoient à sa pointe occidentale, n'a aujourd'hui que cinq cents toises
+de long sur cent quarante dans sa plus grande largeur, on pourra juger
+qu'elle contenoit alors une bien foible population[100]. En effet,
+quoiqu'on eût déjà abattu plusieurs vieilles églises avant la
+révolution, cet étroit espace renfermoit encore la cathédrale, le
+palais archiépiscopal, le palais de justice, dix paroisses, deux
+hôpitaux, deux communautés d'hommes, quatre chapelles, un marché,
+quatre places publiques, une bibliothèque et une prison. La plupart
+des églises ont été détruites; d'autres, à moitié ruinées, ont changé
+de destination; mais quelques-uns des principaux monuments, qui sont
+au nombre des plus remarquables de Paris, n'ont éprouvé aucune
+dégradation.
+
+[Note 99: Paris ayant été brûlé tant de fois, et les historiens
+n'ayant laissé aucune tradition sur les édifices de ce temps-là, on
+ignore entièrement non-seulement quelle étoit la forme de leur
+construction, mais encore quelles étoient les matières qui y étoient
+employées. À peine savons-nous comment cette ville étoit bâtie il y a
+deux ou trois siècles. Cependant ces nombreux incendies portent à
+croire que toutes les maisons étoient en bois; et il est certain que,
+sous Henri IV, elles étoient encore formées de charpentes couvertes
+d'un enduit de plâtre. On cite, comme une chose remarquable, que, sous
+Louis XII, les maisons du pont Notre-Dame étoient bâties en briques.]
+
+[Note 100: Il est impossible de donner à ce sujet aucun renseignement
+exact. Le premier recensement dont parlent les historiens fut fait en
+1323, sous Philippe-le-Bel, et alors Paris s'étoit fort étendu sur les
+deux rives de la Seine.]
+
+
+
+
+LE PONT NEUF.
+
+
+Paris, renfermé dans l'enceinte étroite d'une île, défendu par sa
+situation et par les fortifications qui l'environnoient, fut, pendant
+plusieurs siècles, une des places les plus fortes du royaume[101].
+Abbon, déjà cité, nous apprend qu'en 886, lors de la dernière attaque
+des Normands, cette ville étoit encore entourée de murailles et
+flanquée de tours grandes et petites. Toutes ces tours étoient en
+bois.
+
+[Note 101: Sous le règne de Lothaire, l'évêque d'Aleth (aujourd'hui
+Saint-Malo), craignant la profanation des reliques de son église par
+les Normands qui infestoient tout le royaume, résolut de les apporter
+à Paris, alors le seul lieu de sûreté qu'il y eût en France. Les
+ecclésiastiques et les moines de Bagneux et de Dol, craignant
+également pour leurs reliques, conçurent le même dessein, et se
+joignirent à ce prélat pour faire le voyage de Paris. (FÉLIB.)]
+
+Ce fut au moyen de ces fortifications déjà détruites par les Normands,
+et rétablies par Charles-le-Chauve, qu'elle put soutenir contre ces
+hordes barbares ce dernier siége si mémorable et qui devint le sujet
+d'une épopée[102]. On n'y entroit alors que par le Grand et le Petit
+pont. Quelques historiens ont confondu le Grand pont avec un autre
+pont que le même roi avoit fait construire à l'extrémité occidentale
+de la Cité, qui fut détruit pendant le siége même[103], et que
+remplaça le pont _aux Colombes_, ainsi appelé parce qu'on y vendoit
+des oiseaux. Ce dernier pont existoit encore dans le dix-septième
+siècle; mais on ignore la date de sa construction, et il est
+très-incertain qu'il ait succédé à celui de Charles-le-Chauve, sur
+lequel on n'a d'ailleurs que de très-obscurs renseignements. Tout ce
+qu'on sait de ce pont _aux Colombes_, c'est que ses piles étoient en
+maçonnerie, et portoient un plancher de bois; il aboutissoit d'un côté
+au quai de la Mégisserie, et de l'autre à celui de l'Horloge. Ayant
+été détruit par la violence des glaces[104], on le reconstruisit, et
+l'on y plaça des moulins, ce qui lui fit donner le nom de pont _aux
+Meuniers_. S'étant écroulé une seconde fois en 1596, Charles Marchand,
+capitaine des trois cents arquebusiers et archers de la ville, proposa
+de le faire reconstruire à ses dépens, sous la condition qu'il
+porteroit son nom. Sa proposition fut acceptée, et il obtint des
+lettres-patentes à ce sujet. Ce pont fut achevé en 1609, et procura
+une commodité au public par le passage qui fut ménagé au milieu, et
+dont il ne jouissoit pas auparavant; car le pont _aux Meuniers_ étant
+possédé à titre de cens, étoit fermé à ses deux extrémités, et ne
+s'ouvroit que pour l'usage de ceux qui l'habitoient. Le pont
+_Marchand_ fut détruit en 1621 par un incendie. Le Grand pont, après
+avoir changé plusieurs fois de nom, porte maintenant celui de pont au
+Change; le Petit pont a conservé le sien.
+
+[Note 102: Le moine _Abbon_ est l'auteur de ce poëme. Il étoit normand
+lui-même, et avoit été témoin de ce siége qu'il décrit avec une grande
+exactitude de détails. Son ouvrage, écrit en latin barbare, est loin
+d'être un chef-d'oeuvre de poésie, mais doit être considéré comme un
+monument historique extrêmement curieux; il contient environ douze
+cents vers divisés en deux livres, et fut composé vers la fin du
+neuvième siècle.]
+
+[Note 103: Abbon, v. 504 _et seqq._ Il fut renversé en partie par un
+débordement de la rivière, la nuit du 6 février 886. Ceux qui ont
+confondu le Grand pont avec ce pont de Charles-le-Chauve, attribuent
+au Petit pont ce qui arriva en effet à celui de ce prince, V. Jaillot,
+tom. 1, p. 167.]
+
+[Note 104: Sauval et D. Félibien disent qu'on ne trouve aucuns
+documents sur ce pont avant l'année 1323; et le premier de ces deux
+historiens, par une de ces contradictions dans lesquelles il lui
+arrive si souvent de tomber, rapporte presque au même endroit que ce
+pont fut emporté par les glaces en 1196, 1280, etc., tom. 1, p. 225.]
+
+Ces deux derniers ponts étoient encore, dans le quatorzième siècle,
+les seuls points de communication entre la Cité et les autres parties
+de la ville. Les divers ponts qui y aboutissent maintenant furent
+élevés à différentes époques, jusque vers le milieu du dix-septième
+siècle; et le pont Neuf est, sans contredit, le plus considérable de
+ces utiles monuments.
+
+L'île de la Cité n'a pas toujours été telle qu'elle est aujourd'hui:
+elle finissoit anciennement à l'endroit où est la rue de Harlay. Le
+jardin du palais s'étendoit jusqu'à cette extrémité; et là, un petit
+bras de rivière le séparoit de deux îles, dont la plus grande, sur
+laquelle fut construite depuis la place Dauphine, se nommoit
+l'île _aux Bureaux_[105]. La plus petite, située du côté de
+Saint-Germain-l'Auxerrois, étoit appelée l'île _à la Gourdaine_, et
+l'on y voyoit un moulin à eau qui fut, sous François II, employé au
+service de la monnoie; à la pointe de l'île _aux Bureaux_, il y
+avoit une maison ou hôtel des _Étuves_[106]. Ces deux îles furent
+réunies à celle de la Cité, long-temps avant qu'on pensât à élever
+le pont Neuf, et changèrent alors leur nom en celui d'_île du
+Palais_.
+
+[Note 105: Jaillot prouve sans réplique que tous les historiens de
+Paris se sont trompés, en appelant la plus grande de ces îles l'_île
+aux Treilles_, et la plus petite l'_île de Bucy_ ou du _Pasteur aux
+vaches_. Ces noms appartenoient à des îles ou atterrissemens que la
+Seine avoit formés plus bas, parce qu'alors elle n'étoit pas retenue
+dans son lit comme elle l'est aujourd'hui. Ces îles ont disparu, soit
+qu'elles aient été emportées par la violence des débordements, soit
+qu'en construisant les quais on les ait détruites pour laisser un
+cours plus libre à la navigation. Toutefois l'_île aux Bureaux_ ne
+reçut ce nom qu'en 1462, de Hugues Bureau, à qui l'abbé de
+Saint-Germain la concéda cette même année, moyennant une rente
+annuelle. On ignore si l'_île à la Gourdaine_ avoit donné son nom au
+moulin qui étoit placé au-dessus, ou si elle en avoit reçu ce nom, que
+ce moulin portoit aussi.]
+
+[Note 106: Cette maison est mal placée sur les plans du commissaire
+Delamare, qui sont ceux que nous avons copiés; elle s'y trouve à
+l'endroit où est située aujourd'hui la cour Neuve; et Jaillot prouve
+qu'elle s'élevoit à l'entrée de la place Dauphine. Ces plans ne
+représentent aussi qu'une seule île, et il y en avoit deux.]
+
+Jusqu'au règne de Henri III, il n'y avoit point encore de bâtiments
+considérables dans le faubourg Saint-Germain, et tous les palais des
+princes, ainsi que les hôtels des grands seigneurs, étoient situés
+dans le quartier de la ville où s'élevoit le palais même du roi,
+autour duquel les personnes qui fréquentoient la cour devoient
+naturellement établir leur demeure. Vers ce temps, on commença à
+ouvrir quelques rues nouvelles dans ce faubourg, et l'on y bâtit
+plusieurs belles maisons que des gens de qualité habitèrent. À cette
+même époque, la partie de la _ville_ proprement dite, qu'on nommoit
+alors le faubourg Saint-Honoré, se couvrit aussi de magnifiques hôtels
+jusqu'à la clôture nouvelle commencée, de ce côté, sous Charles IX. Il
+en résulta que les relations entre ces deux grands quartiers de Paris
+devinrent beaucoup plus fréquentes qu'auparavant, et qu'on sentit
+davantage l'incommodité d'une communication qui ne pouvoit se faire
+que par le pont Saint-Michel ou par bateau. Pour la rendre plus
+facile, le roi résolut donc de faire bâtir un nouveau pont à la pointe
+de l'île du Palais: la première pierre en fut posée le 31 mai 1578, du
+côté des Augustins, et l'on commença dès lors à y travailler; mais
+l'ouvrage étoit encore peu avancé, lorsque les guerres civiles
+forcèrent de le suspendre.
+
+Il ne fut achevé que sous le règne suivant. Henri IV, conquérant et
+pacificateur de son royaume, au milieu des grands et utiles projets
+qu'il formoit pour le bien de son peuple, n'oublia point
+l'embellissement de sa capitale, et mit au nombre des premières
+constructions qu'il y fit exécuter la continuation des travaux du pont
+Neuf: ils furent achevés en 1604.
+
+Ce pont, qui diffère des ponts[107] modernes par la courbe de ses arcs
+et par sa construction en dos d'âne, que les architectes d'alors
+jugeoient nécessaire pour la durée, fut long-temps considéré comme un
+des plus beaux de l'Europe, et n'est en effet qu'une construction
+lourde, irrégulière, et qui n'a d'autre mérite que celui de sa
+solidité. Il avoit été commencé sur les dessins et sous la direction
+d'un architecte nommé Androuet du Cerceau[108]; ce fut Guillaume
+Marchand qui le termina. Il est porté sur douze arches de plein
+cintre, qui se partagent inégalement des deux côtés de la pointe de
+l'île du Palais. On en compte sept sur le grand cours de l'eau, cinq
+sur le bras de la Seine du côté des Augustins, et la partie de l'île à
+laquelle ils aboutissent contient encore l'espace de deux arcades.
+
+[Note 107: Dans ceux-ci on a surbaissé les arcs, ce qui donne plus
+d'élégance, sans nuire à la solidité.]
+
+[Note 108: Ce fut lui qui donna les dessins de la galerie du Louvre.]
+
+Au-dessus des arches règne une double corniche d'un pied et demi de
+large, soutenue par des mascarons. Ce pont a plus de cent
+quarante-quatre toises de longueur[109]: sa largeur est de douze,
+qu'on a partagées en trois parties, dont les dimensions n'ont pas
+toujours été les mêmes. Celle du milieu, qui sert au passage des
+voitures, n'avoit autrefois que cinq toises: des deux côtés
+s'élevoient pour les gens de pied des trottoirs qui s'étendoient sur
+les demi-lunes que forment les piles du pont; et dans ces espaces,
+vides alors, on tendoit, les jours ouvriers, de misérables tentes qui
+interceptoient la belle vue qu'offre Paris de ce côté, et
+embarrassoient le passage. Lors des réparations qui furent faites en
+1776, les trottoirs furent baissés et rétrécis, et l'on construisit
+des boutiques en pierre de taille dans les demi-lunes[110].
+
+[Note 109: _Voy._ pl. 9.]
+
+[Note 110: Le produit de la location de ces boutiques, qui sont au
+nombre de vingt, avoit été donné par Louis XVI à l'académie de
+Saint-Luc, pour être employé au paiement des pensions des pauvres
+veuves de cette académie.]
+
+La pointe de l'île du Palais, située vis-à-vis la place Dauphine,
+forme une espèce de môle carré, qu'on appeloit, avant la révolution,
+_place de Henri IV_, et au milieu duquel étoit placée la statue
+équestre de ce grand monarque[111]. C'est le premier monument de ce
+genre qu'on eût encore élevé à nos souverains. Avant cette époque, si
+l'on faisoit la statue d'un roi, c'étoit pour la mettre sur son
+tombeau, au portail de quelque église ou de quelque maison royale
+qu'il avoit fait bâtir ou réparer. Cette statue y fut placée[112] en
+1613, sous la régence de Marie de Médicis. Elle étoit posée sur un
+piédestal de marbre blanc; aux quatre coins étoient attachés des
+trophées d'armes et des esclaves en bronze, de grandeur naturelle,
+représentant, dit Sauval, les quatre parties du monde, le tout
+soutenu par un soubassement de marbre bleu turquin. Dans toutes les
+descriptions de Paris, on trouve que la statue du roi avoit été
+exécutée par un sculpteur françois nommé _Dupré_, et que le cheval
+seul étoit l'ouvrage de _Jean de Bologne_, sculpteur italien: c'est
+une erreur qu'ont accréditée certaines circonstances qui jusqu'à
+présent n'avoient pas été assez connues. La vérité est que cet
+artiste, qui jouissoit d'une grande célébrité et qui étoit attaché au
+grand-duc de Toscane Ferdinand Ier, reçut de la cour de France la
+commission d'exécuter en entier ce grand monument et commença le
+cheval. Il ne l'avoit point entièrement achevé, lorsqu'il mourut en
+1608. Alors Pierre Tacca, son élève, fut chargé de mettre la dernière
+main aux travaux que son maître avoit laissés imparfaits. Ce sculpteur
+acheva donc le cheval, fit la statue du roi[113], et le monument
+entier fut terminé en 1613. Il avoit été embarqué le 13 avril de cette
+même année à Livourne pour être rendu à Paris par le Havre; mais le
+navire sur lequel il étoit chargé ayant fait naufrage sur les côtes de
+Sardaigne, ce ne fut qu'avec beaucoup de peine que l'on parvint à
+retirer la statue du sable où elle étoit enfoncée et à la charger sur
+un autre navire. Elle n'arriva à Paris qu'en 1614. Un architecte nommé
+_Marchand_ avoit déjà disposé l'emplacement et construit le piédestal
+sur lequel elle devoit être placée, et la première pierre en avoit été
+posée par Louis XIII le 2 juin de la même année. Enfin le 23 août de
+la même année l'inauguration du monument fut faite par les principaux
+magistrats de la ville de Paris, le jeune monarque étant alors absent
+de sa capitale. Les esclaves qui décoroient les quatre coins de ce
+piédestal étoient réellement l'ouvrage de trois sculpteurs françois,
+Francavilla, Bordone et Tremblay.
+
+[Note 111: _Voy._ pl. 25.]
+
+[Note 112: Renversée le 11 août 1792.]
+
+[Note 113: Ce qui donne lieu sans doute à la méprise qui a fait
+attribuer si long-temps cette figure à un sculpteur françois, c'est
+qu'en effet le sieur de Franqueville, architecte et premier sculpteur
+du roi, fut chargé d'envoyer un modèle _de la statue du roi_ à
+Florence. C'étoit probablement le portrait de Henri IV, modelé d'après
+nature, dont il étoit difficile sans doute que l'artiste italien pût
+se passer; et ce portrait fut effectivement envoyé. (_Voyez_ Mémoires
+historiques relatifs à la fonte de la statue équestre de Henri IV, par
+M. Ch. J. Lafolie.)]
+
+Toutefois ce ne fut qu'en 1635, vingt et un ans après cette érection
+de la statue équestre de Henri IV, que furent achevés, sous le
+ministère du cardinal de Richelieu, les ornemens et bas-reliefs qui
+achevèrent la décoration du piédestal. Ce fut ce ministre qui en
+ordonna lui-même les inscriptions[114] et qui fit construire le carré
+ou massif de maçonnerie, au milieu duquel s'élevoit toute cette
+composition. Ces inscriptions expliquoient le sujet des bas-reliefs,
+qui étoient au nombre de cinq et représentoient plusieurs événements
+remarquables ou glorieux de la vie du grand roi. À droite, la prise
+d'Amiens par les Espagnols, et celle de Montmélian en Savoie; à
+gauche, les batailles d'Arques et d'Ivry; sur la face de derrière,
+l'entrée triomphante de ce prince dans la ville de Paris.
+
+[Note 114: Inscription sur la table principale du piédestal:
+
+ ERRICO IV, _Galliarum imperatori, Navar. R. Ludovicus XIII,
+ filius ejus opus incho. et intermissum, pro dignitate
+ pietatis et imperii, pleniùs et ampliùs absolvit._ Emin. D.
+ C. RICHELIUS _commune votum populi promovit, super illust.
+ viri_ de Bullion, Bouthillier, P. Ærarii F. _faciendum
+ curaverunt_. MDCXXXV.
+
+Sur la table au-dessous:
+
+ _Quisquis hæc leges, ita legito: uti optimo Regi precaberis
+ exercitum fortem, populum fidelem, imperium securum et annos
+ de nostris._ B. B. F.
+
+Sur la table du côté du faubourg Saint-Germain:
+
+ PREMIÈRE INSCRIPTION.
+
+ _Genio Galliarum S. et invictissimo R. qui, Arquensi prælio,
+ magnas conjuratorum copias parvâ manu fudit._
+
+ DEUXIÈME INSCRIPTION.
+
+ _Victori triumphatori feretrio, Perduelles ad Evariacum
+ coesi, malis vicinis indignantibus et faventibus,
+ clementiss. imper. Hispano duci optima reliquit._
+
+Sur la table du côté du pont Royal:
+
+ N. M. _Regis rerum humanarum optimi, qui sine cæde urbem
+ ingressus, vindicatâ rebellione, extinctis factionibus,
+ Gallias optatâ pace composuit._
+
+Enfin sur la table du côté de la Samaritaine:
+
+ _Ambianum Hispanorum fraude intercepta, Errici M. virtute
+ asserta, Ludovicus XIII, M. P. F. iisdem ab hostibus fraude
+ ac scelere tentatus, semper justitiâ et fortitudine superior
+ fuit._
+
+Sur la table au-dessous:
+
+ _Mons omnibus ante se ducibus regibusque frustrà petitus,
+ Errici M. felicitate sub imperium redactus, ad æternam
+ securitatem ac gloriam Gallici nominis._
+
+Sur la grille de fer qui renfermoit ce monument, étoit l'inscription
+qui suit:
+
+ _Ludovicus XIII. P. F. F. imperii, virtutis et fortunæ
+ obsequentiss. hæres, J. L. D. D. Richelius C. vir supra
+ titulos et consilia omnium retrò principum, opus absolvendum
+ censuit. N. N. II. VV._ de Bullion, Bouthillier, _S. A. P.
+ dignitati et regno pares, ære, ingenio, curâ, difficillimis
+ temporibus P. P._]
+
+Il n'y a rien autre chose à dire de toutes ces sculptures, sinon que
+les meilleures étoient d'une grande médiocrité. On pouvoit en
+considérant cette statue et ce cheval, d'un style à la fois roide,
+lourd et mesquin, s'étonner de la réputation dont avoient joui Jean de
+Bologne et son élève; les captifs de bronze[115] ne valoient pas mieux
+que le monument qu'ils décoroient, mais n'étoient peut-être pas plus
+mauvais, et l'on en peut dire autant des bas-reliefs.
+
+[Note 115: Ces figures ont été sauvées de la destruction et déposées
+au Musée royal, où elles sont encore maintenant.]
+
+Ce fut sur le pont Neuf et devant la statue de Henri IV qu'une
+populace effrénée, après avoir exercé mille indignités sur le cadavre
+de _Concini_, si connu sous le nom de maréchal d'Ancre, vint en
+brûler les restes défigurés. Il est remarquable que cette même
+populace, si furieuse contre lui, après sa mort, avoit cependant
+beaucoup aimé, au temps de sa faveur, cet Italien, qui, avant les
+troubles, lui donnoit des fêtes, des tournois, des carrousels, dans
+lesquels il brilloit, disent quelques mémoires du temps, étant _beau
+cavalier et adroit à tous les exercices_. Un tel exemple montre pour
+la millième fois ce qu'est le peuple, et ce que valent ses affections.
+Cependant tant de preuves accumulées n'empêcheront point de malheureux
+insensés de rechercher encore ses vains applaudissements; et les
+leçons de l'histoire seront toujours perdues pour l'orgueil et pour
+l'ambition[116].
+
+[Note 116: Ce monument lui-même est une preuve plus frappante encore
+de l'inconstance de la multitude, et du mépris que méritent également
+sa haine et son amour. Pendant près de deux siècles, le souvenir de
+Henri IV fut cher au peuple de Paris; et sa statue étoit pour ce
+peuple l'objet d'une sorte de culte. Dans les premiers jours de la
+révolution, on l'avoit vu forcer les passants à s'agenouiller devant
+l'image de ce bon roi; environ deux ans après, il l'abattit avec des
+cris de rage, comme celle du plus affreux des tyrans.
+
+Ce fut le 23 avril 1814, peu de jours après le retour d'un Bourbon
+dans les murs de Paris, que le conseil municipal de cette ville
+arrêta, par une délibération, que la statue de bronze de Henri IV
+seroit rétablie à l'endroit même où elle avoit été abattue, et qu'elle
+le seroit au moyen d'une souscription à laquelle tous les François
+seroient appelés à concourir. À peine cette souscription fut-elle
+ouverte que de toutes les parties de la France, arrivèrent
+d'innombrables offrandes, et de la part de toutes les classes de ses
+habitants. L'exécution de la statue avoit été confiée à M. Lemot,
+déjà célèbre par l'exécution de plusieurs grandes compositions
+monumentales, parmi lesquelles se fait remarquer le fronton du Louvre,
+l'un des plus beaux ouvrages de sculpture qu'aient produits les temps
+modernes. Il commença sur-le-champ son petit modèle, qui ne fut achevé
+et moulé en plâtre qu'au mois de janvier 1815, peu de semaines avant
+le funeste retour de Buonaparte. M. Lemot n'en continua pas moins,
+pendant l'époque dite des _cent jours_, et avec autant de courage que
+de persévérance, le travail qu'il avoit commencé. Le modèle en grand
+du cheval étoit déjà fort avancé lors de la rentrée du Roi; et à la
+fin de décembre 1815, il étoit moulé, coulé et monté en plâtre, enfin
+au mois d'avril 1816, l'oeuvre de l'artiste étoit entièrement achevée.
+Le 18 mars 1817, on fondit, dans la fonderie de Saint-Laurent, la tête
+et le torse de la figure; et ce fut le 6 octobre suivant que le cheval
+et la partie inférieure du cavalier qui y étoit attenante furent
+coulés en bronze et avec le succès le plus complet dans les ateliers
+du Roule, et dans le même fourneau où avoit été fondue la statue de
+Louis XV, le 5 mai 1758.
+
+Le 28 du même mois d'octobre, S. M. Louis XVIII posa la première
+pierre du monument, et le 25 août de l'année suivante elle en fit
+l'inauguration avec une pompe toute royale, et au milieu des
+acclamations et des transports de joie de l'immense population de
+Paris. Cette population avait offert quelques jours auparavant (le 14
+août) un spectacle encore plus touchant, lorsqu'on l'avoit vue,
+pendant le transport de la statue, se précipiter sur les traits de
+l'équipage que dix-huit paires de boeufs ne pouvoient plus ébranler,
+offrir ses bras par milliers pour traîner un si cher fardeau, et le
+conduire, comme dans une marche triomphale, jusqu'au pont des Arts, où
+la statue demeura trois jours. Le 17, soixante-dix chevaux l'amenèrent
+enfin au terre-plein, où elle fut placée très-heureusement sur son
+piédestal, par M. _Guillaume_, charpentier, qui fit cette opération _à
+ses frais_, ainsi qu'il l'avoit généreusement proposé, voulant ainsi
+payer le tribut d'un bon François à la mémoire du bon Henri.
+
+C'est un monument d'un grand style, d'un dessin correct et savant:
+l'artiste a su allier la beauté des formes à la vérité de l'attitude;
+la noblesse et la ressemblance parfaite des traits avec la franchise
+et la naïveté de l'expression. Il s'est montré d'une exactitude
+scrupuleuse dans tous les détails du costume et jusque dans les
+moindres accessoires, sans jamais descendre à l'imitation servile d'un
+copiste; le mouvement du cheval est neuf et vraiment admirable; toutes
+les parties en sont étudiées avec le plus grand soin, et traitées dans
+la plus grande manière; enfin, à la place d'une statue médiocre, s'est
+élevée une statue digne d'un de nos plus grands rois, digne des plus
+beaux temps de l'art parmi les modernes, et qui attestera à la
+postérité à quel point, au commencement du 19e siècle, la sculpture
+étoit florissante.
+
+Les bas-reliefs qui ornent le piédestal, exécutés par la main savante
+du même artiste, présentent dans des compositions ingénieuses et
+pleines de sentiment, au côté méridional, Henri IV faisant distribuer
+des vivres aux habitants de Paris qui, pendant le siége de cette
+ville, s'étoient réfugiés dans son camp; au côté méridional, le roi,
+déjà entré en vainqueur dans sa capitale, s'arrêtant au Parvis de
+Notre-Dame, et là donnant ordre au prévôt de Paris de porter à ses
+habitants des paroles de paix, et de les inviter tous à reprendre
+leurs travaux accoutumés.
+
+Sur la façade du piédestal qui regarde le pont Neuf, on avoit peint
+l'inscription suivante, composée par l'académie des belles lettres:
+
+ «_HENRICI MAGNI ob paternum in populos animum notissimi
+ principis sacram effigiem, inter civilium furorum procellas,
+ Galliâ indignante, dejectam, post optatissimum LUDOVICI
+ XVIII reditum, ex omnibus ordinibus cives, ære collato;
+ restituerunt, nec non et elogium quod simul cum effigie
+ abolitum fuerat, lapidi rursùs inscribi curaverunt._»
+
+Sur la face qui regarde le pont des Arts doit être placée
+l'inscription que portoit la face principale de l'ancien piédestal, et
+que nous avons déjà citée:
+
+ _ERRICO IV, Galliarum imperatori_, etc.]
+
+
+
+
+LA SAMARITAINE.
+
+
+Près de la seconde arche du pont Neuf, du côté du Louvre, s'élevoit
+sur une charpente le bâtiment dit de la Samaritaine. Ce petit monument
+renfermoit une pompe au moyen de laquelle l'eau étoit distribuée, par
+divers canaux, au Louvre, aux Tuileries et au Palais-Royal. On ignore
+l'époque de sa construction, que quelques historiens attribuent à
+Henri III; mais il est probable qu'il fut l'ouvrage de son successeur.
+Quoi qu'il en soit de ce fait historique peu important à vérifier, cet
+édifice, qui tomboit en ruines au commencement du siècle dernier, fut
+détruit en 1712, et rétabli aussitôt au même endroit et dans une forme
+plus élégante. Il se composoit de trois étages, dont le second étoit
+au niveau du pont. Les faces latérales étoient percées de cinq
+croisées; sur la face principale, et dans un enfoncement en forme
+d'arcade, avoit été placé le cadran d'une horloge à carillon. On
+voyoit au-dessous, avant la révolution, un groupe en plomb doré qui
+représentoit Jésus-Christ, et la Samaritaine auprès du puits de
+Jacob. Ce puits étoit figuré par un bassin dans lequel tomboit une
+nappe d'eau sortant d'une coquille. La pompe en avoit été reconstruite
+en 1772[117].
+
+[Note 117: _Voy._ pl. 25.]
+
+Les deux figures, plus grandes que nature et d'une exécution assez
+médiocre, étoient de deux sculpteurs de l'académie, Bertrand et
+Frémin. On lisoit au-dessous l'inscription suivante, tirée de
+l'Écriture:
+
+ _Fons hortorum,_
+ _Puteus aquarum viventium._
+
+Cette inscription très-heureuse indiquoit à la fois le sujet du groupe
+et la destination du monument.
+
+Au-dessus du cintre, s'élevoit un campanille en charpente, revêtu de
+plomb également doré, dont la lanterne renfermoit les timbres de
+l'horloge et ceux qui composoient le carillon.
+
+Ce petit bâtiment avoit un gouverneur, parce qu'il étoit considéré
+comme maison royale; il a été entièrement démoli, il y a quelques
+années.
+
+
+
+
+PLACE DAUPHINE.
+
+
+Avant Henri IV, il existoit à Paris de beaux monumens; mais aucun de
+nos rois n'avoit songé à embellir la ville elle-même, en y faisant
+construire une suite d'édifices sur un plan régulier. L'enceinte des
+murs contenoit encore une grande quantité de marais, de terres
+labourables, et il n'y avoit alors de places publiques que la Grève,
+les Halles, le Parvis-Notre-Dame, la place Maubert, celles du
+Chevalier-du-Guet, de Sainte-Opportune et de la Croix-du-Tiroir.
+
+Lorsque le projet de bâtir le pont Neuf avoit été conçu, on avoit
+coupé l'île de la Gourdaine du côté du grand cours de l'eau; le moulin
+de la Monnoie avoit été détruit; et sur les deux côtés du triangle que
+forme ce terrain avoient été construits les deux quais que nous y
+voyons aujourd'hui. Commencés en 1580, ensuite interrompus, ils furent
+repris vers le temps où l'on finissoit le pont, et achevés en 1611.
+Tout l'espace qui s'étendoit depuis l'Éperon jusqu'au jardin[118] du
+Palais étoit encore en prairies. «C'étoit, dit Sauval, une solitude
+stérile, déserte et abandonnée, qui, tous les ans, étoit noyée et
+cachée sous l'eau.» Henri IV en fit don, l'an 1607, au premier
+président de Harlay, à la charge d'y faire bâtir suivant les plans et
+devis qui lui seroient donnés par le grand-voyer, et sous la condition
+de quelques redevances. Ce magistrat fit construire d'abord, le long
+des murs du jardin, une rue de maisons uniformes qui aboutit aux deux
+quais du grand et du petit cours d'eau, et qui fut nommée rue de
+Harlay.
+
+[Note 118: Appelé alors jardin du premier président.]
+
+Sur le plateau triangulaire que formoit le reste de l'île, on fit une
+place qui fut environnée de maisons à double corps de logis, dont l'un
+a vue sur la place, et l'autre sur les quais. Le plan en fut donné par
+le roi, qui la nomma Place Dauphine, en mémoire de la naissance de son
+fils Louis XIII. Cette place, dont la forme est aussi triangulaire,
+n'a que deux ouvertures, l'une au milieu de la basse du triangle,
+l'autre à son sommet, du côté du pont Neuf. Les maisons qui en forment
+l'enceinte furent construites dans un ordre régulier, et sur le même
+plan que celles de la rue de Harlay. Elles étoient toutes alors à
+quatre étages, couvertes d'ardoises, bâties de briques, et liées
+ensemble par des chaînes de pierre en bossage. Une corniche saillante
+et ornée de dentelures régnoit autour de la place et en couronnoit
+tous les édifices. Ce mélange de couleurs et cette régularité
+pouvoient produire à la vue un effet assez agréable; mais il n'en est
+pas moins vrai qu'une telle construction étoit mesquine et de mauvais
+goût, ce dont il est facile de juger par les grandes parties qui en
+subsistent encore[119]; elles prouvent que l'architecture, florissante
+sous François Ier et Henri II, avoit alors beaucoup perdu de son
+premier éclat: ce qu'il faut attribuer aux agitations des guerres
+civiles et au malheur des temps.
+
+[Note 119: _Voyez_ pl. 10.]
+
+Lorsque ces édifices commencèrent à se dégrader, on permit aux
+propriétaires de faire reconstruire leurs maisons suivant leur goût et
+leurs idées particulières, d'où il est résulté que cette place a même
+perdu cette symétrie qui en faisoit le seul mérite[120].
+
+[Note 120: Au milieu de cette place est une fontaine en forme de
+piédestal, laquelle soutient un petit monument élevé en l'honneur du
+général Desaix, tué à la bataille de Marengo.]
+
+Ce fut sur l'île dite depuis l'île _aux Bureaux_[121], et sur laquelle
+s'élève aujourd'hui cette place, que furent brûlés Jacques Molay,
+grand-maître des Templiers, et le maître de Normandie, le 18 mars
+1313. Ce grand événement et la destruction de cet ordre célèbre,
+auquel on reprochoit des crimes et des abominations jusqu'alors
+inouïes, sont trop connus pour que nous en rappelions ici les
+circonstances. Ces moines étoient-ils innocens ou coupables? Cette
+question, sur laquelle aucun historien raisonnable n'avoit rien osé
+affirmer jusqu'à nos jours, est sans contredit la plus difficile, la
+plus obscure de toute l'histoire moderne; et les ténèbres qui la
+couvrent sembloient, avant la révolution françoise, ne pouvoir jamais
+être éclaircies. Cependant Saint-Foix, avec son audace et sa légèreté
+ordinaires, ne manque point, à l'occasion du supplice de ces deux
+personnages, de renouveler en leur faveur les allégations vagues et
+les déclamations furieuses de cette tourbe de prétendus philosophes
+dont il étoit le contemporain, déclamations et allégations dont le but
+étoit moins de prouver l'innocence des Templiers, que d'insulter, avec
+quelque apparence de raison, à toute autorité politique et religieuse.
+Ces apologistes hypocrites ont dit, dans leurs plaidoyers, beaucoup de
+mal des papes et des rois, et c'est là surtout ce qu'ils vouloient:
+quant à l'innocence de ces prétendues victimes de l'avarice et du
+despotisme, ils ne l'ont point prouvée, parce qu'il étoit impossible
+de le faire de manière à ne point laisser de réplique; et leurs
+adversaires les ont, plus d'une fois, extrêmement embarrassés,
+lorsqu'ils leur ont présenté les preuves si fortes, si singulières,
+que des actes et des témoignages authentiques élèvent contre ces
+moines, reconnus universellement pour des hommes livrés à tous les
+vices, à toutes les débauches, pour des séditieux, par cela seul
+dignes de punition. Ceux qui les défendent ont souvent allégué en leur
+faveur l'invraisemblance des crimes qu'on leur reproche: «Est-il
+probable, s'écrient-ils, que tant d'illustres guerriers, tant d'hommes
+d'une si haute qualité fussent coupables de crimes aussi atroces,
+d'aussi grossières, d'aussi honteuses turpitudes?--Est-il
+vraisemblable, pourroit-on leur répondre avec un auteur contemporain,
+que ces personnages si nobles eussent jamais avoué de telles infamies,
+si l'accusation n'eût été vraie? _Non est verisimile quòd viri tam
+nobiles, sicut multi inter eos erant, unquàm tantam vilitatem
+recognoscerent, nisi veraciter ità esset...._» (Baluze.) Si les
+apologistes répliquoient que la torture leur arracha beaucoup d'aveux,
+il seroit facile de donner la preuve que la plupart d'entre eux firent
+des aveux sans qu'on les eût torturés. Au reste nous aurons occasion
+d'examiner avec plus de détails cette grande question historique, et
+nous espérons y répandre quelques lumières que les travaux de
+plusieurs savants modernes nous ont procurées[122].
+
+[Note 121: Cette île, ainsi que celle à la Gourdaine, appartenoit alors,
+ainsi que nous l'avons déjà dit, à l'abbaye Saint-Germain-des-Prés; et
+l'on n'a point trouvé qu'elles eussent de dénomination particulière avant
+la fin du quinzième siècle.]
+
+[Note 122: _Voy._ dans le deuxième volume, l'article _Temple_.]
+
+Cet événement présente une petite circonstance qui montre à quel point
+le droit de propriété étoit alors respecté, nos rois donnant alors
+eux-mêmes le premier exemple de ce respect, fondement le plus solide
+de toute société. Philippe-le-Bel, aussitôt après le supplice des
+Templiers, écrivit aux religieux de Saint-Germain, pour leur déclarer
+que, par cette exécution, il n'avoit point prétendu porter atteinte
+aux droits qu'ils avoient sur le terrain où elle s'étoit faite. Cette
+déclaration se trouvoit dans les registres de la chambre des comptes
+et dans le trésor de chartes.
+
+
+
+
+LA SAINTE-CHAPELLE.
+
+
+Dans l'espace qui est borné au midi par le pont Saint-Michel, au nord
+par le pont au Change, se trouvent plusieurs édifices, dont les plus
+remarquables sont le Palais et la Sainte-Chapelle.
+
+Pour bien faire entendre l'histoire des églises, il est nécessaire que
+nous jetions un coup d'oeil général sur l'établissement de la religion
+chrétienne en France, que nous examinions l'influence qu'elle a
+exercée sur l'esprit de la nation, et quelle fut l'existence civile
+et politique de ses ministres aux différentes époques de la monarchie.
+Ces observations nous conduiront à une explication claire de l'origine
+et de l'accroissement de tant d'établissements religieux, de tant de
+pieuses fondations que Paris renfermoit dans son sein, et qui, pendant
+une si longue suite de siècles, ont produit des effets si salutaires
+sur sa police et ses moeurs.
+
+Toutefois, avant d'offrir un semblable tableau, qui se place
+naturellement à l'endroit où nous traiterons des paroisses et des
+monastères de la Cité, nous croyons devoir faire la description de la
+Sainte-Chapelle[123], non seulement parce que, dans l'ordre itinéraire
+que nous suivons, elle est la première église que l'on rencontre en
+sortant de la place Dauphine, mais par la raison plus forte que cette
+église séculière n'avoit de rapport avec aucune autre église de
+Paris, et fut bâtie par un saint roi pour une destination toute
+particulière.
+
+[Note 123: Le mot _chapelle_ a diverses acceptions: il signifie
+quelquefois une église particulière, qui n'est ni cathédrale, ni
+collégiale, ni paroisse, ni abbaye, ni prieuré. Ces sortes de
+chapelles sont celles que les canonistes appellent _sub dio_.
+
+On désigne aussi sous le nom de _chapelle_ une partie d'une grande
+église dans laquelle il y a un autel, et où l'on dit la messe.
+Celles-ci sont appelées _sub tecto_.
+
+Enfin il y a des chapelles domestiques dans l'intérieur des
+monastères, hôpitaux, communautés, dans les palais des princes et
+autres maisons particulières. Ce sont proprement des oratoires privés,
+dans lesquels on a obtenu la permission de faire célébrer le saint
+sacrifice. On appelle spécialement _saintes chapelles_ celles qui sont
+établies dans les palais des rois.]
+
+Les croisades avoient apporté de grands changements dans la situation
+de l'Europe et de l'Asie. Après de longs combats, les croisés, maîtres
+des saints lieux et de toute la Palestine, s'étoient emparés de
+Constantinople, par une suite des divisions qui, dès le commencement,
+n'avoient cessé de régner entre eux et les Grecs; et ils y avoient
+fondé un nouvel empire. Il ne fut pas de longue durée. Après plusieurs
+règnes, tous malheureux et continuellement agités, les affaires en
+vinrent à une telle extrémité, que les Latins, manquant de vivres,
+assiégés par terre et par mer, abandonnés par un grand nombre de leurs
+principaux chefs, n'ayant plus enfin aucune ressource, se virent dans
+la triste nécessité d'engager une partie des reliques du trésor
+impérial, pour subvenir à leurs besoins les plus pressants; et les
+Vénitiens sembloient disposés à recevoir un tel gage pour sûreté d'une
+somme considérable qu'ils consentoient à prêter. Baudouin, héritier de
+l'empire, que l'empereur Jean de Brienne avoit envoyé solliciter des
+secours auprès de saint Louis, le supplia, ainsi que la reine Blanche
+sa mère, de ne pas permettre que la Couronne d'épines, la plus vénérée
+de ses reliques, fût portée ailleurs qu'en France; et lui proposa,
+s'il vouloit l'empêcher de tomber entre les mains de ces insulaires,
+d'accepter le don qu'il lui en faisoit. Le monarque écouta avec joie
+une proposition si flatteuse pour sa piété, et envoya des ambassadeurs
+à Constantinople, avec tout pouvoir pour acquérir la sainte Couronne,
+et la retirer des mains des Vénitiens, si elle étoit déjà engagée. Ces
+envoyés s'acquittèrent avec succès de leur mission, trouvèrent aide et
+protection par tous les pays où ils passèrent, et revinrent
+heureusement en France. Dès que le roi fut informé de leur retour, il
+alla jusqu'à Troyes au-devant de la précieuse relique, avec la reine
+sa mère, ses frères et un nombreux cortége de seigneurs, entra avec
+elle à Sens, portant lui-même le brancard sur lequel elle étoit
+déposée, et l'accompagna jusqu'à Paris, où l'on arriva, après huit
+jours de marche, le 18 août 1239[124]. Une foule immense de peuple
+l'attendoit hors de la ville, près l'église Saint-Antoine-des-Champs,
+impatiente de jouir d'un spectacle aussi auguste. Là, sur un échafaud
+qui avoit été dressé à l'avance pour cette cérémonie, la sainte
+Couronne fut exposée à tous les yeux. Tout le clergé vint
+processionnellement au-devant d'elle, et chaque église apporta ses
+plus précieux reliquaires. Alors le roi, déposant ses habits royaux,
+les pieds nus, et revêtu d'une simple tunique, se chargea de nouveau
+du brancard avec le comte d'Artois son frère. Un grand nombre
+d'évêques, d'abbés, de seigneurs marchoient devant, tête et pieds nus;
+dans ce touchant appareil, la sainte Couronne fut portée à la
+cathédrale, et de là déposée à la chapelle du Palais, dédiée alors
+sous le nom de Saint-Nicolas.
+
+[Note 124: Duchesne, t. V, p. 411.]
+
+Cette chapelle avoit été bâtie par le roi Robert, deux cents ans avant
+saint Louis[125]. Les historiens ne sont point d'accord sur l'endroit
+où elle étoit située; cependant tout porte à croire que c'étoit dans
+l'emplacement même où s'élève l'édifice que nous voyons aujourd'hui:
+et déjà cette chapelle de Saint-Nicolas avoit remplacé une première
+chapelle bâtie par les rois de la première race, et dédiée sous le nom
+de saint Barthélemi. On croit que nos monarques avoient en outre des
+oratoires particuliers dans l'intérieur de leur palais, un entre
+autres au titre de la Vierge, dans lequel saint Louis transporta les
+reliques qu'il avoit acquises, tandis qu'il faisoit bâtir un monument
+plus digne de les recevoir.
+
+[Note 125: Duchesne, t. IV, p. 77. Un mémoire manuscrit, conservé dans
+les archives de la Sainte-Chapelle, reculoit cette fondation jusqu'à
+l'année 922. Quoi qu'il en soit, il est hors de doute que cette
+chapelle fut rebâtie par Louis-le-Gros, et la preuve en est dans les
+lettres de Louis VII de l'an 1160. (Dubois, Hist. ecclés.; Par., t. 1,
+p. 154.)]
+
+Il en avoit conçu le projet aussitôt que la sainte Couronne avoit été
+entre ses mains: un événement nouveau, qui le rendit maître de
+presque toutes les reliques de la chapelle impériale de
+Constantinople, le confirma dans cette résolution. Baudouin, parvenu à
+l'empire, et non moins malheureux que son prédécesseur, n'avoit pu
+faire autrement que d'engager encore ces restes sacrés pour une somme
+considérable: il en fit l'abandon au roi dont il attendoit de nouveaux
+secours, aux mêmes conditions que la sainte Couronne. Ces saintes
+reliques dont nous allons donner le détail furent énoncées dans un
+acte authentique, daté du mois de juin 1247, signé de ce prince, acte
+par lequel il confirmoit la donation qu'il en avoit faite. Cette pièce
+étoit conservée, avant la révolution, dans les archives de la
+Sainte-Chapelle.
+
+Un célèbre architecte de ce temps, nommé Eudes de Montreuil, fut
+chargé de la construction de la nouvelle chapelle; et l'on croit que
+ce fut en 1240 qu'en furent jetés les premiers fondements. Il y
+déploya une grande habileté, et y employa tout le luxe d'ornement,
+toute la légèreté de construction que l'architecture gothique avoit
+empruntée des Arabes, et qui en faisoit alors le principal caractère.
+Ce monument est travaillé avec toute la délicatesse d'une châsse en
+orfévrerie; et après six cents ans, c'est encore un des édifices les
+plus curieux et les plus élégants de Paris. Il fut achevé et dédié en
+1248.
+
+Cette église est double, et formée d'une seule nef: la chapelle
+supérieure, à laquelle on monte par un escalier de quarante-quatre
+degrés, est précédée d'un vestibule en forme d'ogives, que couronne
+une plate-forme. Cette plate-forme, qui se trouve au niveau de la
+rose, est terminée par une balustrade ornée d'aiguilles; une seconde
+balustrade règne à la base du fronton qu'accompagnent deux autres
+aiguilles, dont la hauteur surpasse son sommet. Le corps entier de
+l'édifice se compose de jambages très-légers, qui se rapprochent les
+uns des autres dans la partie du rond-point, et que surmontent
+également des aiguilles extrêmement délicates. Les intervalles en sont
+remplis par de longues croisées en ogives, au-dessus desquelles
+s'élève encore un mur d'appui qui parcourt toute l'étendue du
+monument[126].
+
+[Note 126: La gravure extrêmement fidèle que nous donnons de la
+Sainte-Chapelle (_voy._ pl. 11) offrira sur-le-champ une idée plus
+exacte de cet édifice que tout ce que nous pourrions en dire; et
+généralement la description des monuments gothiques par le simple
+discours a toujours quelque chose de vague, parce que les termes
+consacrés à l'architecture ne peuvent y être employés que dans une
+acception détournée, et par conséquent arbitraire.]
+
+Le portail de la chapelle supérieure, dont l'arcade est aussi en forme
+d'ogive, est dépouillé de tous les ornements de sculpture dont il
+étoit décoré, et la place qu'ils occupoient se trouve maintenant
+recouverte d'un enduit de maçonnerie. Ces sculptures, suivant l'usage
+des douzième et treizième siècles, représentoient le jugement dernier.
+Au pilier qui sépare les deux battants de la porte étoit une statue de
+Jésus-Christ bénissant de la main droite, et tenant un globe de la
+gauche. Dans le support on avoit sculpté les Prophètes; des deux côtés
+on voyoit des hiéroglyphes (ce qui étoit encore un usage de ces
+temps-là), et quelques traits de l'Écriture sainte, entre autres
+l'histoire de Jonas. Au-dessous un écusson offroit la fleur de lys
+mêlée aux armes de Castille, par allusion à Blanche, mère du
+fondateur[127].
+
+[Note 127: _Voy._ pl. 25.]
+
+Les vitraux, qui existent encore, sont un monument précieux de ce
+qu'étoit la peinture sur verre à l'époque du treizième siècle.
+L'état de barbarie où languissoient alors tous les arts qui
+dépendent du dessin, porte à croire que, dans ces temps-là, elle ne
+différoit guère de ce qu'elle avoit été dans son origine, laquelle
+toutefois remonte en France à une époque beaucoup plus reculée; car,
+dès le sixième siècle, il est question de vitres peintes dans les
+vieilles chroniques. Celles de la Sainte-Chapelle sont remarquables
+par leur hauteur, la variété et la vivacité de leurs teintes.
+L'ordonnance des tableaux qu'elles représentent est bizarre, leur
+fabrication plate et sans effet; le dessin des figures, tracé sur un
+fond uni, est accompagné seulement de quelques hachures, afin de
+donner un peu de relief au sujet, et ce dessin est tout-à-fait
+barbare; mais cette vivacité éblouissante des couleurs, que tant de
+siècles n'ont pu altérer, fait encore l'étonnement et l'admiration
+des connoisseurs[128]. Nous verrons, dans les âges suivants, l'art
+de la peinture sur verre se perfectionner sous le rapport du style
+et du dessin, mais sans jamais surpasser ni peut-être égaler cet
+admirable coloris. Ces vitraux, qui représentent divers traits de
+l'Ancien et du Nouveau Testament, sont tous du temps de la
+construction de l'église, à l'exception de celui qui est au-dessus
+de la porte, et qui a pour sujet les visions de l'Apocalypse. On le
+croit de la fin du quatorzième siècle.
+
+[Note 128: De là le proverbe: _Vin de la couleur des vitres de la
+Sainte-Chapelle._]
+
+L'édifice inférieur, qu'on nomme _basse Sainte-Chapelle_, servoit
+autrefois de paroisse aux domestiques des chanoines et chapelains, aux
+habitants de la cour du Palais, et à toutes les personnes attachées au
+service de la Sainte-Chapelle[129]; on y entroit par une porte
+latérale, maintenant obstruée par des échoppes. Les épitaphes d'un
+grand nombre de chanoines et dignitaires qui ont été enterrés dans ses
+caveaux en formoient le pavé; et dans ces mêmes caveaux étoit déposé
+le corps du célèbre Boileau: le poète reposoit auprès de ses héros,
+et, dit-on, sous la place même du lutrin qu'il avoit chanté[130]. Sur
+le portail étoit une image de la Vierge, qui a été renversée et
+détruite[131], ainsi que toutes les figures placées dans les niches
+extérieures latérales. Autour des murs intérieurs règne un rang de
+colonnes extrêmement déliées, qui sont les seuls supports de l'édifice
+supérieur.
+
+[Note 129: Ce privilége lui avoit été accordé par une bulle de Jean
+XXII du 5 août 1320.]
+
+[Note 130: Ses restes avoient été transportés, pendant la révolution,
+dans le jardin du Musée des monuments français, rue des
+Petits-Augustins; et dans la première édition de cet ouvrage, nous
+avions laissé entrevoir ce que nous trouvions d'indécent dans cette
+étrange translation. Depuis le retour du Roi, ils ont été portés à
+Saint-Étienne-du-Mont, et déposés dans une chapelle de cette église.]
+
+[Note 131: Dans l'origine, la Sainte-Chapelle avoit un clocher, qui
+fut brûlé en 1630, avec le comble de l'édifice, par la négligence d'un
+plombier qui y travailloit; à sa place on éleva une flèche que l'on
+considéroit comme un modèle de hardiesse et de légèreté. Elle a été
+démolie dans les premiers temps de la révolution.]
+
+Cette église basse étoit desservie par un curé vicaire perpétuel, à la
+nomination du trésorier à qui appartenoit la place de curé primitif.
+
+Dans les titres de fondation de la Sainte-Chapelle, il n'est fait
+mention que de _chapelains_; et saint Louis, qui porta le nombre total
+des desservants jusqu'à vingt et un, en établit en effet cinq
+principaux[132]. Cependant on ne peut douter que les membres
+supérieurs de ce chapitre n'aient été honorés du titre de _chanoines_
+dès les premiers temps[133]; et un réglement de Charles V, du mois de
+janvier 1371, ne laisse aucun doute à ce sujet[134]. Leur chef, qui
+dans l'origine étoit appelé _maître chapelain_ ou _maître gouverneur
+de la Sainte-Chapelle_, reçut, en 1314, le titre de _trésorier_, dans
+le testament de Philippe-le-Bel, comme étant spécialement chargé de la
+garde du trésor des saintes reliques. En 1379, Clément VII lui accorda
+le privilége de porter la mitre et l'anneau. La dignité de _chantre_
+avoit déjà été fondée, en 1319, par Philippe-le-Long. Du reste, cette
+basilique, qui jouissoit de tous les priviléges et prérogatives
+accordés aux églises de fondation royale, avoit encore l'avantage
+d'être exempte de la juridiction épiscopale, et de relever
+immédiatement du saint Siége.
+
+[Note 132: Après ces cinq principaux chapelains, on comptoit cinq
+sous-chapelains-prêtres, cinq clercs, diacres ou sous-diacres, et deux
+marguilliers, aussi diacres ou sous-diacres. En 1248, le saint roi
+ajouta un troisième marguillier, ordonna que tous les marguilliers
+fussent prêtres, et qu'ils eussent chacun un clerc, diacre ou
+sous-diacre. Leur nombre s'augmenta sous ses successeurs jusqu'à
+quarante-cinq. Celui des chapelains fut réduit à vingt par arrêt du
+réglement du 19 mai 1681. (Duchesne, t. V, p. 533.)]
+
+[Note 133: Il y est dit que «lesdits trésorier et chanoines porteront
+à l'avenir des aumusses de petit-gris, fourrées de menu-vair, au lieu
+des noires qu'ils portoient avant, parce qu'à peine on pouvoit les
+distinguer des chapelains, et que très-souvent on leur donnoit ce
+dernier nom, au lieu de celui qui leur appartenoit.» _Quia vix possunt
+propriè recognosci vel distingui, et sæpissimè dicuntur capellani et
+non canonici._]
+
+[Note 134: Duchesne, t. V, p. 533.]
+
+ CURIOSITÉS DE LA SAINTE-CHAPELLE.
+
+ RELIQUES ET AUTRES OBJETS PRÉCIEUX.
+
+ Dans une grande arche de bronze doré appelée _la grande
+ châsse_ de la Sainte-Chapelle, et qui étoit placée sur une
+ voûte gothique, derrière le maître autel, étoient renfermées
+ les reliques données à saint Louis par l'empereur Baudouin;
+ elles y étoient conservées dans des tableaux et des vases de
+ cristal. En voici le détail:
+
+ 1º La couronne d'épines de Notre-Seigneur; 2º une grande
+ partie du bois de la vraie croix; 3º un morceau du fer de la
+ lance; 4º une portion du manteau de pourpre; 5º des morceaux
+ du roseau et de l'éponge; 6º des drapeaux de son enfance; 7º
+ le linge dont il se servit au lavement des pieds; 8º des
+ cheveux de la sainte Vierge; 9º une portion de son voile;
+ 10º le haut du chef de saint Jean-Baptiste; 11º un morceau
+ de la pierre du sépulcre, et plusieurs autres reliques non
+ moins précieuses[135].
+
+ [Note 135: Presque toutes ces reliques étoient accompagnées
+ de leurs pièces justificatives. L'auteur de l'histoire de la
+ Sainte-Chapelle ne les considère pas toutes néanmoins comme
+ authentiques; et nous partageons les doutes qu'il élève à ce
+ sujet.]
+
+ Dans deux grandes armoires placées dans la sacristie, un
+ grand nombre de reliquaires en or et en argent, enrichis de
+ pierres précieuses, et contenant les reliques d'un grand
+ nombre de saints, apôtres, martyrs, confesseurs, etc., entre
+ autres, de St. Pierre, de St. Matthieu, de St.
+ Jacques-le-Mineur, de St. Siméon, de St. Philippe, de St.
+ Étienne, premier martyr, de St. Jérôme, de St. Martin, de
+ St. Dominique, de St. Georges, de Ste. Barbe, de Ste.
+ Ursule, etc.
+
+ Une croix qui fut faite par ordre de Henri III, et en vertu
+ de lettres-patentes données à Paris en 1575. Elle étoit
+ d'argent doré ainsi que son pied supporté par quatre figures
+ de lions. Le bois de la _vraie croix_[136] en couvroit tout
+ le milieu; et cette croix, toute chargée de pierres
+ précieuses, portoit un Christ en or massif.
+
+ [Note 136: Il étoit partagé en douze morceaux plaqués,
+ formant une croix d'un pouce de large sur neuf pouces une
+ ligne de haut, et de sept pouces neuf lignes dans la
+ traverse.]
+
+ Le chef de saint Louis en or, de grandeur naturelle, soutenu
+ par quatre anges, et garni de pierres précieuses.
+
+ L'étui dans lequel avoit été apporté en France le principal
+ morceau de la vraie croix donné par saint Louis à la
+ Sainte-Chapelle. Cet étui, garni en dedans d'une lame
+ d'argent doré, paroissoit, par les creux intérieurs qui y
+ avoient été pratiqués, avoir contenu trois morceaux de la
+ vraie croix, sous la forme de trois croix grecques de
+ différentes proportions. Le plus considérable, celui qui fut
+ déposé dans la _grande châsse_, et qui étoit le plus grand
+ que l'on connût, avoit, lorsqu'il fut apporté à la
+ Sainte-Chapelle, de largeur deux pouces sur un pouce et demi
+ d'épaisseur, et deux pieds six pouces sept lignes de
+ hauteur. Dans la partie supérieure de ces creux intérieurs
+ de l'étui, étoient représentés quatre anges en adoration, et
+ dans la partie inférieure, sainte Hélène et son fils
+ Constantin debout au pied de la croix.
+
+ Deux manuscrits contenant des textes d'Évangiles, ornés de
+ vignettes, recouverts de plaques d'or et d'argent ciselées,
+ d'émaux, de pierres précieuses; l'un du 14e siècle, l'autre
+ d'une très-haute antiquité.
+
+ Trois croix, désignées sous les noms de croix de Bourbon,
+ croix de Venise, croix de Bavière, enrichies de pierres du
+ plus grand prix.
+
+ Des calices, des soleils, des figures en ivoire, en or, en
+ argent; d'anciens missels, d'anciens ornemens, etc., etc.
+ Tous ces objets étoient remarquables à la fois par leur
+ richesse et par leur haute antiquité.
+
+ Un buste d'agate-onyx qui servoit d'ornement au bâton
+ cantoral dans les grandes solennités. On avoit cru que ce
+ buste offroit une image de l'empereur Valentinien III; et
+ l'on y avoit adapté une draperie en vermeil et deux bras en
+ argent qui portoient, de la main droite, une couronne
+ d'épines, de la gauche, une croix grecque en vermeil. Depuis
+ on a reconnu que ce buste étoit celui de l'empereur
+ Titus[137].
+
+ [Note 137: Il est déposé au cabinet des antiquités de la
+ bibliothèque Royale.]
+
+ La fameuse sardoine-onyx à trois couleurs, représentant
+ l'apothéose d'Auguste: cette pierre gravée, unique dans le
+ monde par son volume, et dans laquelle la beauté du travail
+ répond au prix de la matière, avoit été donnée à la
+ Sainte-Chapelle en 1379, ainsi que l'attestoit une
+ inscription gravée sur le socle. On ignore comment et à
+ quelle époque cette agate a été apportée en France. Il
+ paroît, par les ornements dont elle étoit entourée, que, dès
+ le temps où elle appartenoit aux empereurs grecs,
+ l'ignorance en avoit fait un sujet de piété[138]. On croyoit
+ qu'elle représentoit le triomphe de Joseph. Le piédestal en
+ étoit orné de reliques; il étoit d'usage de l'exposer aux
+ bonnes fêtes, et il arrivoit quelquefois de la porter
+ processionnellement[139]. Ceci dura jusqu'en 1619, que le
+ savant M. Peiresc reconnut le véritable sujet de ce
+ bas-relief qui est l'apothéose d'Auguste[140].
+
+ [Note 138: Les Grecs avoient fait peindre en émail les
+ quatre Évangélistes aux quatre coins de la plaque dont elle
+ étoit entourée.]
+
+ [Note 139: On l'appeloit alors le _grand camaïeu_.]
+
+ [Note 140: Déposé au cabinet d'antiquités de la bibliothèque
+ Royale, ainsi qu'un grand nombre des antiquités dont nous
+ venons de donner l'énumération.]
+
+ Au-dessous du maître-d'autel, sous la crosse de l'ostensoir,
+ le modèle de la Sainte-Chapelle en vermeil et dans la
+ proportion de 3 à 4 pieds. Cet ouvrage, d'un travail
+ extrêmement délicat, que plusieurs ont cru aussi ancien que
+ l'édifice même, n'avoit été exécuté qu'en 1630 par Pijard,
+ orfèvre, garde des reliques de la Sainte-Chapelle, et étoit
+ un don de Louis XIII.
+
+
+ TABLEAUX.
+
+ Sur deux petits autels séparés par la porte du choeur, deux
+ petits tableaux en émail, formant différents cartouches où
+ étoient représentés des sujets de la passion de
+ Notre-Seigneur. Dans celui de la droite, on voyoit Henri II
+ et Catherine de Médicis; dans celui de la gauche, François
+ Ier et la reine Éléonore son épouse. Ces deux tableaux,
+ exécutés en 1553, étoient de Léonard Limosin, émailleur,
+ peintre de la chapelle du roi.
+
+ Du côté de l'épître, et dans une petite chapelle, appelée
+ oratoire de saint Louis, où ce monarque se retiroit pour
+ entendre l'office, un grand tableau représentant l'intérieur
+ de la grande châsse, avec toutes les reliques dans l'ordre
+ où elles y étoient rangées, et saint Louis à genoux devant
+ ces reliques.
+
+ Sur la croisée, saint Louis à genoux devant une croix
+ entrelacée d'une couronne d'épines.
+
+
+ SCULPTURES.
+
+ Un modèle en terre cuite de la Notre-Dame-de-Pitié que
+ _Germain Pilon_ avoit exécutée en marbre pour le roi. La
+ Vierge y est représentée assise, la tête voilée, les mains
+ croisées. On admire surtout l'expression de la tête[141].
+
+ [Note 141: Déposé au Musée des Petits-Augustins.]
+
+ Sur des trumeaux autour de l'église, les figures des douze
+ apôtres, d'un gothique meilleur que celui des figures du
+ portail, ce qui a fait présumer qu'elles étoient d'un temps
+ postérieur à la construction de l'édifice.
+
+
+ TOMBEAUX ET SÉPULTURES.
+
+ Le célèbre Montreuil, architecte de la Sainte-Chapelle et
+ mort en 1266, avoit été enterré dans le choeur de cette
+ église. On le voyoit représenté sur sa tombe, tenant une
+ règle et un compas à la main.
+
+ Dans un caveau sous l'arcade la plus proche du grand autel,
+ étoit la sépulture des trésoriers et chanoines de la
+ Sainte-Chapelle. Le collége de la Sainte-Chapelle a été
+ pendant long-temps une pépinière de prélats illustres, de
+ magistrats et d'hommes de lettres distingués.
+
+Dans cette description que nous venons de donner de la
+Sainte-Chapelle, nous n'avons pu indiquer que sommairement toutes les
+richesses qui y étoient renfermées. Toutefois le zèle religieux du
+saint roi qui en étoit le fondateur ne se borna point à ces actes
+d'une magnificence toute royale[142]: tous les ans, le jour du
+vendredi saint, il se rendoit en grand appareil à la Sainte-Chapelle;
+et là, revêtu de ses habits royaux, il exposoit lui-même les
+monuments de la passion à la vénération du peuple. Cet exemple fut
+suivi par plusieurs de ses successeurs[143], auxquels il laissa les
+plus grands exemples de courage et de piété qu'aucun monarque ait
+jamais donnés. Il semble que le président Hénault n'a point assez
+senti tout ce qu'il y avoit d'admirable dans ce pieux et grand roi. Il
+l'admire sans doute lorsqu'il le voit réduisant les rebelles,
+combattant les ennemis de son royaume, rendant à ses peuples une
+justice exacte et vigilante; mais cet historien, abusant ensuite d'un
+mot employé par le père Daniel, le trouve _singulier_, lorsqu'il le
+voit, dans son intérieur, donnant à la prière le temps qu'il pouvoit
+dérober aux affaires, témoignant une entière déférence à sa mère, une
+douceur paternelle à ses domestiques. Peu s'en faut qu'il ne le
+présente alors comme tombé dans un état d'imbécillité. «Dans ces
+moments, dit-il, ses domestiques devenoient ses maîtres, sa mère lui
+commandoit, et les pratiques de la dévotion la plus simple
+remplissoient ses journées.» Ce qui semble petit au président Hénault,
+à nos yeux est sublime; et comme, d'après son propre aveu, les vertus
+solides et la noble fermeté qui composoient le caractère de saint
+Louis _ne se sont jamais démenties_, ce mélange touchant de grandeur
+et d'humilité nous offre un être presque au-dessus de l'humanité, un
+héros tel que le paganisme n'en pouvoit produire, en un mot, le
+véritable héros chrétien[144].
+
+[Note 142: La construction de la Sainte-Chapelle avoit coûté 40,000
+liv., qui valoient 800,000 liv. de notre monnoie. Les reliques et les
+châsses avoient coûté 100,000 liv. (2,000,000.)]
+
+[Note 143: En 1306, Philippe-le-Bel nomma les religieux augustins pour
+faire chaque année à la Sainte-Chapelle l'office de la translation des
+saintes reliques; il accorda la même prérogative aux jacobins et aux
+cordeliers en 1309; les carmes obtinrent le même avantage de
+Charles-le-Bel en 1322.]
+
+[Note 144: La Sainte-Chapelle est maintenant un dépôt d'archives.]
+
+
+_Trésor des Chartes._
+
+C'étoit dans deux salles voûtées qui faisoient partie des bâtiments de
+la Saint-Chapelle, qu'étoit placé le _trésor des chartes_, ou le dépôt
+des titres de la couronne, des diplômes de nos rois, des traités de
+paix et d'alliance, des ventes, dons, échanges, etc. Autrefois, et
+jusque dans les premiers temps de la troisième race, ces princes
+avoient coutume de faire porter avec eux, dans leurs voyages, leurs
+titres, leurs reliques et tout ce qu'ils avoient de plus précieux.
+Philippe-Auguste ayant eu le malheur d'être surpris un jour au milieu
+de cet attirail, et de tomber dans une embuscade que les Anglois lui
+avoient dressée à Bellefosse, entre Blois et Fréteval, le _trésor des
+chartes_ fut la proie du vainqueur qui le fit transporter en
+Angleterre, où il est encore. Philippe ordonna qu'il fût rétabli, tant
+sur les notes que sa mémoire put lui fournir, que sur les copies des
+actes qu'on put retrouver. Depuis ce fatal événement, les chartes ne
+sortirent plus du palais, où, après avoir été placées en divers lieux,
+elles furent enfin renfermées dans ce dernier dépôt, vers la fin du
+quatorzième siècle.
+
+
+
+
+LE PALAIS DE JUSTICE.
+
+
+À chaque pas que nous faisons dans Paris, nous éprouvons de nouveaux
+effets de la nuit profonde dont les antiquités de cette ville ont été si
+long-temps enveloppées; nous sentons davantage combien il est difficile
+de dire quelque chose de satisfaisant sur des origines qui ne sont
+connues que par des traditions vagues, souvent contradictoires, la
+plupart transmises par des chroniqueurs éloignés des sources, et presque
+tous dépourvus de lumières et de critique dans tout ce qu'ils ont écrit.
+La discussion de ces vieux récits, des chartes, des titres qui s'y
+rapportent, seroit inutile et fastidieuse; et c'est pour y avoir attaché
+trop d'importance que les anciens historiens de Paris ont ôté tout
+intérêt à leurs volumineuses compilations. Il vaut mieux, choisissant
+dans ces lambeaux épars, en rassembler les faits qui semblent les plus
+probables, et toutefois ne les offrir que pour ce qu'ils sont, pour de
+simples probabilités.
+
+Par exemple, l'origine du Palais est tout-à-fait inconnue, et aucun
+écrivain ne nous fait connoître ni quand ni comment il fut bâti. Ceux
+qui ont parlé du séjour de quelques empereurs romains à Paris,
+s'accordent tous à dire qu'ils habitoient le palais des Thermes: mais
+peut-on en conclure qu'il n'y avoit point alors d'édifice du même
+genre dans la Cité? César nous apprend lui-même qu'il avoit transporté
+le conseil souverain des Gaules dans Lutèce, «_summum Galliæ concilium
+in Lutetiam Parisiorum transtulit;_» et c'est une opinion généralement
+reçue, que le proconsul, gouverneur général de toute la province,
+avoit son séjour ordinaire dans cette ville. Est-il probable qu'il ait
+demeuré hors de ses murs, lorsqu'il s'agissoit de veiller sur un
+peuple nouvellement soumis, toujours disposé à secouer le joug, et
+dont la révolte, dans un lieu aussi fortifié, eût été plus dangereuse
+que partout ailleurs? On ne peut raisonnablement le penser; et
+Ammien-Marcellin donne effectivement à entendre que la _forteresse des
+Parisiens_ (c'est ainsi qu'il appelle l'île de la Cité)[145] avoit,
+dès ce temps-là, un palais et une place publique.
+
+[Note 145: Am. Marc., lib. XV, cap. 11.]
+
+Il ne seroit pas même impossible de déterminer où devoit être ce
+palais. Une ancienne tradition[146], appuyée de plusieurs auteurs
+graves, nous apprend qu'aussitôt que les premiers chrétiens eurent
+obtenu des empereurs le libre exercice de leur religion, les habitants
+de Paris firent bâtir une église cathédrale à la pointe orientale de
+l'île, où leur ville étoit alors renfermée. On peut conclure de là que
+le palais ou château dont parle Ammien-Marcellin étoit situé à l'autre
+extrémité, c'est-à-dire à la place où il est encore aujourd'hui; car
+ces deux situations ont été constamment celles qui ont présenté le
+plus de commodités et les aspects les plus agréables.
+
+[Note 146: Delamare, tome I.]
+
+Si nous cherchons ensuite dans notre propre histoire, nous y
+trouverons des témoignages qui ne nous permettront pas de douter que,
+bien que nos rois de la première dynastie demeurassent habituellement
+au palais des Thermes, il existoit cependant une maison royale dans la
+Cité. Sur ce sujet, voici ce que dit Grégoire de Tours, racontant la
+mort tragique des petits-fils de Clovis. «Childebert[147] envoya une
+personne de confiance à Clotaire, roi de Soissons, pour l'engager à
+venir le trouver, afin de résoudre ensemble s'ils feroient mourir
+leurs neveux, ou s'ils se contenteroient de les dégrader en leur
+coupant les cheveux..... Clotaire ne tarda pas à se rendre à
+Paris..... Ils firent courir le bruit que le résultat de leur entrevue
+avoit été de faire proclamer rois les fils de Clodomir, et envoyèrent
+les demander à Clotilde, qui demeuroit alors dans la ville (_quæ tunc
+in ipsâ urbe morabatur_), pour les élever sur le pavois. Cette bonne
+reine, transportée de joie, fit venir les petits princes dans son
+appartement, et après avoir eu l'attention de les faire manger: Allez,
+mes enfans, leur dit-elle en les embrassant, allez trouver vos oncles;
+si je puis vous voir sur le trône de votre père, j'oublierai que j'ai
+perdu ce cher fils..... Clotaire, après les avoir poignardés de sa
+propre main, monta tranquillement à cheval pour retourner à Soissons;
+Childebert se retira dans le faubourg (_in suburbana concessit_).» Il
+y avoit donc dans la Cité un palais où l'on élevoit ces jeunes
+princes, et cette demeure est ici bien clairement distinguée de
+l'édifice qui étoit sur la rive méridionale du fleuve[148].
+
+[Note 147: Greg. Tur., _Hist._, lib. III, cap. 18.]
+
+[Note 148: Le même historien nous apprend que Caribert étoit logé dans
+la Cité, et qu'un prêtre de Bordeaux vint l'y trouver. _Presbiter,
+Parisiacæ urbis portas ingressus, regis præsentiam adiit_ (Lib. IV,
+cap. 26). On en pourroit citer encore d'autres exemples.]
+
+Le palais fut successivement agrandi, réparé ou rebâti par les maires,
+qui s'emparèrent de l'autorité sous la première race; et Hugues-Capet,
+comte de Paris, ayant succédé aux rois de la seconde, abandonna
+entièrement le palais des Thermes, pour établir dans celui-ci sa
+résidence ordinaire[149]. Robert, son fils, le fit rebâtir en entier;
+et quoique Philippe-Auguste eût fait depuis reconstruire le Louvre, on
+voit que ses successeurs, saint Louis, Philippe-le-Hardi et
+Philippe-le-Bel demeuroient au Palais. Saint Louis, qui l'orna de la
+chapelle magnifique dont nous avons déjà parlé, fit encore dans son
+intérieur des augmentations et des embellissements considérables; et
+sous Philippe-le-Bel, il fut de nouveau reconstruit presque en entier.
+«Ce roi, dit du Haillan, fit bâtir dedans l'île du Palais, au lieu
+même où étoit l'ancien château de la demeure des rois, le Palais tel
+qu'il est aujourd'hui.... étant conducteur de cette oeuvre, messire
+Enguerrand de Marigny.» Belleforest s'exprime encore plus fortement,
+et dit «que Philippe-le-Bel fit construire un autre palais tout à
+neuf, tel que nous le voyons, et qu'il fut achevé l'an 1313, le 28e et
+dernier an du règne de ce bon roi.» Toutefois ces deux écrivains si
+inexacts et si embrouillés ne doivent pas être crus entièrement, et
+ceci ne doit s'entendre que de quelque augmentation considérable que
+Philippe auroit fait faire à cet édifice; car il est constant que la
+chambre qui porte encore le nom de saint Louis, et la salle appelée
+depuis la _grand'chambre_ ont été bâties par ce roi. Il y restoit même
+encore quelques-unes des anciennes constructions faites par le roi
+Robert, entre autres la chambre dite depuis de la Chancellerie, dans
+laquelle on prétend que saint Louis consomma son mariage. Charles
+VIII, Louis XI et Louis XII y ajoutèrent encore de nouveaux bâtiments.
+
+[Note 149: Il y avoit encore une maison royale dans le cloître
+Notre-Dame, où Louis VII passa ses premières années, comme il le
+témoigne lui-même. On ignore où étoit cette demeure, mais il est
+certain qu'il y retourna souvent, et qu'il alla l'habiter lorsqu'il
+céda le palais à Henri II, roi d'Angleterre. (SAUVAL.)]
+
+Lorsque Charles V abandonna la Cité pour aller occuper l'hôtel
+Saint-Paul, à l'extrémité orientale de la ville, ce palais, dont les
+anciens historiens ont tant vanté la magnificence, n'étoit encore
+qu'un assemblage de grosses tours qui communiquoient entre elles par
+des galeries; les deux tours parallèles que l'on voit encore sur le
+quai de l'horloge sont des restes de cet édifice, et peuvent donner
+une idée du genre de sa construction. Des fenêtres de ces tristes
+demeures la vue s'étendoit au loin sur Issi, Meudon et Saint-Cloud. Le
+jardin qu'on appeloit _Jardin du Roi_ occupoit tout l'espace où sont
+aujourd'hui le cours Neuve et de Lamoignon; il se prolongeoit jusqu'au
+bras de la rivière qui couloit, comme nous l'avons déjà dit, à
+l'endroit où est aujourd'hui la rue de Harlay. Ce jardin, du temps de
+Charles V, étoit encore, comme tous les jardins royaux, d'une
+simplicité extrême: il étoit environné de haies que couvroient des
+treilles enlacées en losange, et disposées, à chaque extrémité et au
+milieu, en forme de tourelle ou pavillon. On y voyoit des prés que
+l'on fauchoit, des vignes dont on recueilloit le vin, des légumes qui
+servoient pour la table du roi[150]. Les appartements du château
+étoient immenses et couverts de dorure; mais le luxe, encore sans art
+et mal entendu, n'y avoit rien fait pour l'agrément et les commodités
+de la vie; des barreaux de fer qui se croisoient sur les fenêtres,
+donnoient à cette demeure royale l'aspect d'une prison, et les vitraux
+colorés et chargés d'images de saints, de devises et d'écussons
+achevoient d'y intercepter la lumière. On aura peine à croire que, du
+temps même de François Ier, on ne s'y asseyoit encore que sur des
+bancs et des escabelles, et que la reine seule avoit le droit d'avoir
+des chaises de bois, pliantes et rembourrées; mais il ne faut point
+oublier que nos premiers rois, ceux mêmes de la troisième race jusqu'à
+Louis XI, considérés comme chefs des grands plutôt que comme
+souverains de la nation, n'eurent pendant long-temps, et sauf quelques
+exceptions, ni opulence ni autorité. Maîtres seulement de leurs
+domaines, leur cour n'étoit composée que de leurs domestiques, et les
+revenus souvent très-bornés de ces possessions étoient les seuls
+moyens qu'ils eussent de soutenir l'élévation de leur rang; car les
+impositions qu'on demandoit aux peuples n'étoient que momentanées, et
+levées seulement dans les grands besoins de l'État, et du consentement
+général. Ce n'étoit que dans les réunions solennelles des grands
+vassaux, et au milieu de leurs armées, que ces monarques paroissoient
+avec tout l'éclat de la majesté royale; hors de là, leur vie simple et
+patriarcale ne différoit guère de celle d'un seigneur de château; et
+dans Paris même leur souveraineté se trouvoit à tout moment en conflit
+avec la juridiction de l'évêque, des monastères, des divers corps, et
+les priviléges des bourgeois.
+
+[Note 150: Dans ce jardin-là même, dit Sauval, saint Louis, vêtu d'une
+cotte de camelot, d'un surcot de tirretaine sans manches, et d'un
+manteau par-dessus de sandal noir, y rendoit justice, couché sur des
+tapis, avec Joinville et d'autres, qu'il choisissoit pour
+conseillers.]
+
+Ces assemblées de grands vassaux, dont nous venons de parler, et que
+l'on voit consacrées dès les premiers temps de la monarchie sous le
+nom de _plaids généraux_, n'étoient point d'institution royale: elles
+existoient de temps immémorial parmi les Francs, et ils en avoient
+apporté la coutume de leur pays[151]. Tous les hommes libres avoient
+le droit de s'y rendre et de prendre part aux délibérations, soit
+qu'elles eussent pour objet quelque expédition militaire, soit qu'il
+ne fût question que de traiter des affaires générales de la nation
+pendant la paix; et le soin extrême qu'avoient les rois francs de
+convoquer ces assemblées dans toutes les occasions importantes, prouve
+à quel point elles leur étoient nécessaires pour légitimer leurs
+actes, et combien grande étoit leur autorité[152]. «On y régloit, dit
+Hincmar, l'état de tout le royaume pour le courant de la nouvelle
+année; et ce qui avoit été réglé, rien ne pouvoit le déranger. Il
+n'étoit jamais permis de s'en écarter, sans une extrême nécessité qui
+fût commune à la totalité du royaume»[153]. À ce _plaid_, ajoute cet
+écrivain, assistoient les _majeurs_ clercs et laïques, et les
+_mineurs_: c'est-à-dire que les seigneurs s'y faisoient accompagner de
+leurs vassaux[154].
+
+[Note 151: Aim., lib. I, c. 12.]
+
+[Note 152: Aimoni nous apprend (lib. 4, c. 1) que Brunchaut ayant
+envoyé sommer Clotaire de sortir du royaume d'Austrasie où elle
+prétendoit établir Sigebert, bâtard de Thierri, Clotaire lui fit
+répondre «qu'elle devoit convoquer l'assemblée des nobles francs, et
+soumettre à une délibération commune ce qui étoit de l'intérêt commun;
+que pour lui, il se soumettroit en tout à ce qu'ils auroient jugé,
+promettant de n'y faire aucune opposition.»
+
+Gontram fit une réponse semblable aux ambassadeurs de Childebert, qui
+demandoient qu'il lui livrât Frédégonde, la meurtrière de son père et
+de son oncle. «C'est dans le plaid que nous tenons, que nous ordonnons
+et traitons de tout ce qui se doit faire.» (Greg. Tur. _Hist._, lib.
+7, c. 7.)]
+
+[Note 153: Hinem. _ep._, tit. 14.]
+
+[Note 154: Ces vassaux ou _mineurs_ donnoient leur avis quand il leur
+étoit demandé, mais n'avoient aucune autorité dans ces assemblées; et
+le même écrivain le dit formellement. (_Loc. cit._)]
+
+Le _plaid général_ se tenoit au printemps. On le nommoit _Champ de
+Mars_, parce que c'étoit là que se rassembloient toutes les troupes
+qui devoient, en cas de guerre, entrer en campagne, immédiatement
+après la séparation de l'assemblée[155]. Tout nous prouve que, sous
+la première race, il n'étoit point au pouvoir des rois d'entreprendre
+la guerre, sans l'assentiment de la nation[156], c'est-à-dire de tous
+les _hommes libres_, de tous ceux qui avoient le droit de porter les
+armes. On voit ces princes employer, dans ces grandes occasions, les
+discours les plus pathétiques pour arracher à la _multitude_[157] le
+cri d'_indignation_ qui la faisoit courir aux armes et décidoit ainsi
+la question[158]. Les mêmes maximes et les mêmes usages se
+conservèrent sous les Carlovingiens; et Charlemagne lui-même n'entroit
+jamais en campagne sans avoir tenu l'assemblée générale de ses
+_fidèles_. Là il rendoit compte des négociations qu'il avoit pu faire
+pour conserver la paix, et démontroit la nécessité et la justice des
+guerres qu'il alloit entreprendre[159]. Puisqu'un si grand monarque
+n'avoit le pouvoir qu'au même titre que l'avoient possédé ses
+prédécesseurs, on peut croire que ses successeurs immédiats ne
+l'augmentèrent point; et en effet, sous la seconde race, le pouvoir
+politique ne sortit point de ces bornes étroites où les Francs
+avoient, si malheureusement pour eux-mêmes, renfermé leurs premiers
+rois.
+
+[Note 155: Lorsque le temps étoit beau, dit encore Hincmar, on
+s'assembloit dans la campagne (et l'ancienneté de cet usage est
+attestée par quelques lois de Childebert, rédigées vers l'an 595);
+mais lorsque le temps ne le permettoit pas, on se retiroit dans des
+lieux couverts où l'on avoit pratiqué des séparations, afin que les
+seigneurs pussent s'assembler en particulier, et que la _multitude_
+eût aussi un asile et un lieu d'assemblée dans lequel le _menu peuple_
+ne pût point entrer et se confondre avec les fidèles: il y avoit deux
+chambres particulières pour les seigneurs; l'une où s'assembloient les
+évêques, les abbés et les autres ecclésiastiques d'un ordre éminent,
+l'autre où se tenoient les comtes et autres seigneurs du premier rang.
+C'est là qu'ils attendoient l'heure des délibérations, et qu'ils
+étoient ensuite introduits dans le lieu appelé _Curia_, lequel se
+composoit également de deux salles, l'une pour les laïques, l'autre
+pour les gens d'église. Il étoit libre alors aux prélats et aux
+seigneurs de se réunir ou de se rassembler, selon qu'ils le jugeoient
+à propos, et selon la nature des affaires qu'ils avoient à traiter. On
+leur remettoit de la part du roi les _chapitres_ sur lesquels ils
+avoient à délibérer, et ils en délibéroient. Au roi seul appartenoit
+de proposer aux seigneurs l'objet de leur délibération; on appeloit
+_chapitre_ ou _capitule_ les différents points sur lesquels elle
+devoit rouler, et collectivement ces matières étoient appelées
+_capitulaires d'interrogation_, _avertissements_ ou _décrets_. Le roi
+n'assistoit point ordinairement aux délibérations des seigneurs
+temporels et spirituels. «Il profitoit de ce temps, dit encore
+Hincmar, pour faire accueil à toute la multitude, tant aux seigneurs
+qu'aux particuliers et aux subalternes. Il recevoit leurs présents,
+saluoit les grands, s'entretenoit avec eux, suivant l'âge et l'état
+des personnes, etc.» (_Loc. cit._, cap. 35, 36.)
+
+De tels passages montrent quelle est encore l'erreur de ceux qui se
+représentent ces _champs de mars_ comme des assemblées tumultueuses et
+populaires, peu différentes de celles de la populace des petites
+_démocraties_ de la Grèce. Non seulement elles ne se composoient que
+de l'élite de la nation, mais il n'y avoit encore dans ces premières
+classes que les plus élevés qui eussent véritablement le droit de
+délibération.
+
+Lorsque l'usage de la cavalerie se fut introduit dans les armées,
+comme il arrivoit souvent qu'au sortir de ces assemblés on entroit en
+campagne, on crut devoir ne les convoquer qu'au mois de mai, parce
+qu'alors les fourrages étoient plus abondants. Elles prirent donc sous
+la seconde race le nom de _champ de mai_.]
+
+[Note 156: Aim., lib. IV, c. 41.]
+
+[Note 157: Cette _multitude_, ainsi que l'appelle Hincmar, se
+composoit des guerriers qui n'étoient pas comtes, c'est-à-dire des
+vassaux du roi, de ceux des autres vassaux qui n'étoient pas
+_domestiques_, de leurs suzerains, des vicomtes, des centeniers, des
+dixainiers, des prélats du second ordre et des propriétaires, qui tous
+n'entroient point dans le grand comité où les grands vassaux avoient
+seuls le droit de siéger. Telle étoit cette _multitude_: c'est là ce
+qu'on appeloit le _peuple_; et il est important de le bien remarquer
+pour éviter les erreurs grossières où sont tombés ceux qui ne s'en
+sont pas fait cette juste idée.]
+
+[Note 158: Greg. Tur. _Hist._, lib. III, cap. 7.]
+
+[Note 159: Aim., lib. IV, c. 79.]
+
+Mais, outre ce conseil public, nos rois de la première et de la
+seconde race, suivant une autre coutume des Francs, avoient une cour
+particulière composée de plusieurs grands du royaume, prélats et
+principaux officiers de la couronne. C'étoit là leur conseil
+ordinaire, où se traitoient les affaires les plus urgentes, et celles
+qui demandoient du secret; où se préparoient les matières qui
+devoient être portées à l'assemblée générale. Entrons à ce sujet dans
+quelques détails.
+
+Il faut aller chercher l'origine de ces conseillers des rois francs
+jusque dans les forêts de la Germanie; et Tacite nous apprend que les
+cent _compagnons_ que les Germains avoient donnés à leurs princes
+avoient pour fonction spéciale de les _conseiller_ dans
+l'administration de la justice[160]. Après la conquête, ces
+conseillers du roi continuèrent d'être avec lui, l'aidant également à
+rendre la justice, ou la rendant eux-mêmes en son nom; on trouve en
+effet qu'ils jugeoient en son absence comme en sa présence, et que le
+comte _palatin_[161], qui avoit son tribunal, sa juridiction
+particulière, n'étoit plus que rapporteur auprès d'eux, parce que les
+causes qui se portoient devant cette cour étoient au-dessus de sa
+compétence. Il y avoit deux classes de ces conseillers du roi: les
+conseillers _éminents_ ou _principaux_, qui étoient toujours choisis
+parmi les plus grands personnages de l'État; et les conseillers
+_ordinaires_ ou _inférieurs_. Leur réunion composoit ce qu'on appeloit
+le _Palais du roi_, ou _la cour de justice_.
+
+[Note 160: _De morib. Germ._, § 5.]
+
+[Note 161: Le comte _palatin_ paroît avoir remplacé dans la cour des
+rois francs le grand dignitaire que l'on nommoit _maître des offices_
+à celle des empereurs. C'étoit lui qui faisoit la police dans le
+palais, et même dans tout le canton où résidoit la cour; il recevoit
+toutes les causes qui étoient portées au palais, et décidoit de celles
+qui devoient être jugées en présence du roi; il étoit l'introducteur
+de ceux qui vouloient en obtenir audience, et faisoit auprès de lui
+les fonctions du ministère public; enfin il présidoit au tribunal où
+étoient jugées toutes les causes qui ressortissoient de son
+département. La dignité de comte palatin existoit encore sous
+Louis-le-Gros en 1136, et l'histoire ne marque point à quelle époque
+elle fut abolie.]
+
+Lorsqu'elle étoit ainsi réunie, la juridiction de cette cour étoit
+fort étendue. D'après les monuments qui nous en sont restés, il paroît
+que toutes les causes criminelles pouvoient être jugées par le roi
+dans son _Palais_; et l'histoire de la première race nous offre en
+effet des exemples de semblables causes plaidées devant les _grands_
+ou les _conseillers_, quoiqu'elles intéressassent des personnes du
+plus haut rang[162]: mais il semble aussi qu'alors c'étoient seulement
+les conseillers _éminents_, ou de première classe, qui jugeoient; et
+que les conseillers _ordinaires_ n'avoient point, dans ces causes
+importantes, le droit de siéger avec eux.
+
+[Note 162: Aim. lib. IV, c. 7.]
+
+Le _Palais du roi_, ou sa cour de justice, étoit très-distinct de sa
+_cour_ proprement dite; et les anciennes chroniques distinguent
+très-bien les officiers de la _cour du roi_ ou de _sa maison_, des
+officiers de _son Palais_. Cela est tellement vrai, que le lieu où
+siégeoit cette cour de justice n'étoit pas toujours une dépendance du
+manoir royal; et qu'alors les rois se rendoient de leur demeure au
+palais, lorsque leur présence y étoit absolument nécessaire, ce qui
+arriva surtout sous les rois fainéants[163].
+
+[Note 163: (Eginard., _In princip._)]
+
+La _cour du Palais_ subsista dans les premiers temps de la troisième
+race, fort peu différente de ce qu'elle avoit été sous la première et
+sous la seconde, mais il paroît qu'alors elle changea moins souvent de
+lieu, et que Paris fut sa résidence la plus ordinaire[164]. Un
+monument du règne de Louis VI nous apprend qu'elle s'appeloit alors,
+la _suprême cour royale_, et que les _conseillers_ qui la composoient
+rendoient la justice avec le roi ou en son nom[165].
+
+[Note 164: Bal., tome II. C'est que Paris devint alors la capitale du
+royaume et le centre de toute l'administration.]
+
+[Note 165: Aim., lib. V, c. 49.]
+
+Lorsque, dans les nombreux tribunaux qui rendoient la justice dans
+toutes les parties de la France, une affaire étoit de nature à être
+_ajournée_, c'étoit toujours en la cour du roi que se faisoit
+l'_ajournement_. C'étoit là le tribunal permanent de l'État, celui à
+qui appartenoit l'instruction de toute espèce de cause, sans qu'il fût
+nécessaire d'y adjoindre d'autres juges, si ce n'est dans quelques cas
+extraordinaires et prévus.
+
+En établissant que la cour ou le _Palais_ du roi avoit compétence pour
+juger toutes les causes, nous avons néanmoins fait cette distinction
+importante, et qu'il ne faut point oublier, que, parmi ces causes,
+celles qui intéressoient les barons et les grands vassaux n'entroient
+dans ses attributions que lorsque cette cour se trouvoit complétée par
+la présence à ses délibérations des conseillers _éminents_, et alors
+sa juridiction étoit fort étendue[166]; mais comme ces grands
+personnages ne faisoient pas leur séjour ordinaire à la cour du roi,
+il en résultoit que, dès qu'ils l'avoient désertée, elle perdoit la
+partie la plus importante de sa juridiction, et se voyoit forcée de
+renvoyer un grand nombre de causes au _plaid général_ du
+Champ-de-Mars, où elles étoient jugées, non par l'assemblée entière
+dont ce plaid étoit composé, mais par quelques-uns de ces conseillers
+_principaux_ qu'on ne manquoit point d'y trouver, et dont la présence
+eût été nécessaire pour valider, dans ces mêmes causes, le jugement de
+la cour. Ceci toutefois n'empêchoit point que ce tribunal ne fût dans
+une activité continuelle; et en effet plusieurs capitulaires font foi
+que la cour du Palais tenoit tous les jours ses audiences, et
+prononçoit tous les jours des jugements. Elle se maintint en cet état,
+tant que le gouvernement féodal conserva lui-même sa hiérarchie
+primitive et ses justes rapports de subordination envers le
+souverain; mais à mesure que le malheur des temps fournit aux
+seigneurs l'occasion de se rendre plus indépendants, la puissance de
+cette cour de justice fut aussi par degrés renfermée dans des bornes
+plus étroites, parce que tout seigneur étant devenu _propriétaire_, et
+tout homme libre ayant été forcé de se rendre vassal, toute
+appellation dut être jugée dans le _plaid général_, où chaque suzerain
+étoit dans l'obligation de présenter son vassal en _la cour du
+roi_[167]. Alors les fonctions de la cour du Palais se bornèrent à
+préparer le jugement des plus grandes causes par des enquêtes, à
+prononcer sur les questions incidentes, à juger de quelques affaires
+de peu d'importance et entre gens de médiocre condition.
+
+[Note 166: On y procédoit alors contre le roi lui-même, comme il
+procédoit lui-même à l'égard des particuliers. On s'adressoit à sa
+cour, et la cour assignoit un jour au roi et à sa partie pour dire
+leurs raisons et s'entendre juger.]
+
+[Note 167: C'est la raison pour laquelle les grands vassaux se
+montrèrent si mécontents de ce qu'on _appeloit_ de leurs sentences, et
+se portèrent quelquefois aux derniers excès contre les _appelants_.]
+
+Toutes ces variations dans les attributions de la cour royale de
+justice prenoient leur source dans cet antique usage qu'une pratique
+constante et les préjugés les plus chers de la nation avoient consacré
+de temps immémorial, «qu'un _homme_ libre ne pouvoit être jugé que par
+ses pairs, du moins dans tout ce qui touchoit à ses droits les plus
+essentiels, tels que les biens, l'honneur et la vie.» Ainsi la
+puissance qu'avoit la cour de juger s'étendoit ou se rétrécissoit,
+selon que la qualité de ceux qui la composoient augmentoit ou
+diminuoit le nombre de ceux qui en étoient justiciables. C'est dans
+cette coutume qu'il faut chercher l'institution de la pairie[168],
+institution qui donna plus de fixité à la compétence de ce tribunal
+suprême. Tout porte à croire que la pairie commença sous
+Philippe-Auguste; et il résulta de cet heureux établissement que les
+barons et les pairs eux-mêmes devinrent justiciables de la cour
+_suffisamment garnie de pairs_, sans que les autres conseillers
+pussent en être exclus.
+
+[Note 168: La création des douze pairs tire aussi son origine de deux
+autres coutumes: l'une qui établissoit qu'aucun tribunal ne pouvoit
+être complet, s'il n'étoit composé de douze juges; l'autre, que tous
+les tribunaux devoient être _mi-partis_, c'est-à-dire composés d'un
+nombre égal de juges clercs et laïques: ce fut donc une nécessité pour
+les grands barons de partager la pairie avec six ecclésiastiques; et
+comme il falloit que les pairs laïques fussent aussi au nombre de six,
+cette circonstance fut favorable à quelques-uns des seigneurs qui
+l'obtinrent, bien que leur puissance fût loin d'égaler celle des ducs
+de Guienne, de Normandie, etc.]
+
+Cette première disposition en amena une autre; et l'autorité de la
+cour acquit un nouveau degré de solidité par une ordonnance de
+Philippe-le-Bel[169], qui établit qu'elle seroit continuellement
+présidée par deux prélats ou deux personnes laïques _bonnes et
+suffisantes_, c'est-à-dire deux conseillers _principaux_; et il est
+très-remarquable que, tout le temps que ces personnages _éminents_ la
+présidoient, la cour prenoit le nom de _parlement_, terme générique
+qui ne signifie autre chose qu'assemblée[170]. La durée de cette
+assemblée étoit dans le principe de deux mois; et dès que ce terme
+étoit expiré et que les présidents s'étoient retirés, ce tribunal
+n'étoit plus _parlement_, mais prenoit alors le nom tantôt de _cour
+des enquêtes_, tantôt de _cour des requêtes_; parce qu'elle rentroit
+alors dans les anciennes limites où l'avoit de tout temps renfermée
+l'absence des conseillers principaux, le même principe amenant
+constamment les mêmes conséquences.
+
+[Note 169: Donnée en 1302.]
+
+[Note 170: Par cette même ordonnance de Philippe-le-Bel (art. 62), il
+est dit qu'il sera tenu des _parlements_ dans diverses villes du
+royaume, et ainsi s'explique la véritable signification de ce mot:
+«c'est une _assemblée_, un _pour-parler_ de juges ou d'autres
+personnes.» On comptait les _parlements_; ils se convoquoient, ils se
+séparoient, et la cour du roi étoit toujours la même. Elle existoit
+hors du _parlement_; elle prorogea même le _parlement_, lorsqu'elle
+fut seule assemblée en parlement; c'est-à-dire qu'elle prorogea ses
+séances solennelles. Tout _parlement_ n'étoit pas une cour souveraine,
+puisque l'on donna ce nom aux séances d'une cour qu'Alphonse, frère de
+saint Louis, avoit autrefois tenue à Toulouse. (De Buat., t. IV, p.
+71.)]
+
+Puisque la qualité de son président décidoit de la compétence plus ou
+moins grande de la cour, il est facile de concevoir qu'il suffisoit
+d'établir un grand président qui dût siéger pendant tout le cours de
+l'année, pour faire de la cour royale un _parlement perpétuel_. C'est
+ce qui fut enfin établi par une ordonnance de 1320; et dès lors il
+n'y eut plus d'autre intervalle pour la tenue des _parlements_, que le
+temps des _vacations_, où ce qui restoit de conseillers, et les
+fonctions qu'ils exerçoient, offroient une image exacte de ce qu'avoit
+été autrefois la cour du roi pendant l'absence de ses conseillers
+_principaux_.
+
+Dans cette organisation définitive, le _parlement_ conserva tous les
+droits qu'il avoit comme _cour de justice_ du roi, tous ceux qu'il
+avoit comme _conseil du roi_, et nous allons bientôt parler de
+ceux-ci; et toutefois ces droits varioient suivant que le roi
+assistoit ou n'assistoit pas à ses séances[171].
+
+[Note 171: Quand le roi y assistoit, c'étoit la _cour_ ou le _plaid du
+roi_; c'étoit la _cour du palais_, quand un autre que lui la
+présidoit. Le _parlement_, tel qu'il étoit dans les derniers temps de
+la monarchie, n'étoit qu'une émanation de cette cour suprême, laquelle
+forma, par la distribution de ses conseillers, toutes les autres cours
+supérieures.]
+
+Quant aux droits qui ne lui avoient appartenu que dans le cas où il
+avoit été garni d'un nombre suffisant de pairs et de barons, ils ne
+lui restèrent qu'aux mêmes conditions; et la noblesse conserva le
+privilége de n'être jugée que par ses pairs, et dans l'audience
+solennelle du parlement. Du reste le parlement, devenu sédentaire,
+n'eut jamais aucun des droits qu'avoient eus les _parlements_
+considérés comme _assemblée générale de la nation_; il n'est point de
+faits historiques plus attestés que ceux qui établissent cette
+différence essentielle, et il n'y a qu'une grande ignorance des
+_origines_ de notre monarchie qui ait pu faire confondre des
+institutions d'une nature et d'un caractère si différents[172].
+
+[Note 172: Il est très-remarquable que ce fut la foiblesse même à
+laquelle fut réduit le pouvoir des rois à la fin de la seconde race,
+qui fit tomber en désuétude le _plaid général_, accrut l'influence de
+leur propre cour, et finit par les rendre plus puissants qu'ils
+n'avoient jamais été. En effet, les grands vassaux, s'étant rendus
+presque indépendants, et réunissant dans leurs fiefs, qui étoient
+devenus de petites principautés, le pouvoir politique à
+l'administration civile et judiciaire, se soucièrent peu, dès ce
+moment, de consacrer par leur présence l'autorité d'une assemblée où
+leurs vassaux pouvoient se rendre _appelants_ contre eux, où toutes
+les usurpations que le malheur des temps leur avoit procuré l'occasion
+de faire, pouvoient leur être si facilement contestées. La pauvreté
+des rois les éloignoit également de leur cour, alors beaucoup moins
+magnifique que celle de quelques-uns d'entre eux, et leur absence du
+manoir royal contribua à accroître l'autorité des grands officiers de
+cette cour suprême, qui délibéroient alors de toutes les grandes
+affaires dont la discussion n'étoit pas exclusivement réservée au
+_plaid général_. Dès ce moment le _plaid du roi_ fut plus rare et se
+tint avec plus de solennité; et comme le nombre des vassaux
+_immédiats_, qui étoit extrêmement diminué, avoit fini par confondre
+ensemble toutes les classes de la noblesse, autrefois si distinctes,
+ce _plaid du roi_ devint insensiblement celui de la nation, et en
+obtint toutes les prérogatives. Par cela même que les grands vassaux,
+maîtres chez eux, ne s'inquiétoient nullement du gouvernement des
+provinces, villes et fiefs qui étoient sous le pouvoir immédiat du
+roi, il arriva que celui-ci put avoir des conseillers fort inférieurs
+en puissance _personnelle_ aux premiers conseillers, et que leur
+autorité fut cependant plus absolue, parce qu'elle s'exerça sur des
+sujets et vassaux d'une condition moins élevée, et qui par cette
+raison se montraient moins indociles. Le pouvoir royal s'accroissoit
+en outre de jour en jour par la réunion d'un grand nombre de fiefs qui
+rentroient dans le domaine du Roi, et fortifioient ainsi les droits de
+souverain de ceux de duc, de comte, de marquis, etc. Ceci finit par
+s'étendre à tout le royaume; et alors commencèrent _les grandes
+polices_ dont parle Mézerai.]
+
+Heureux lui-même le parlement de Paris s'il eût toujours respecté ces
+vraies bornes d'une autorité qui, prenant sa source dans le pouvoir
+souverain, ne pouvoit avoir d'existence légitime qu'en lui et par lui;
+s'il n'eût point, abusant des priviléges que lui avoit accordés, dans
+l'intérêt des peuples, la bonté paternelle de nos rois, considéré et
+défendu comme des _droits_ ce qu'il n'avoit obtenu que comme des
+_concessions_; s'il n'eût point follement rêvé qu'il étoit la VRAIE
+COUR DE FRANCE, le PARLEMENT DE LA NATION, et qu'il lui appartenoit de
+lutter contre la volonté de ces mêmes rois dont il n'étoit que le
+CONSEILLER et le SERVITEUR! Il existeroit encore; et l'ancienne
+monarchie françoise, à la ruine de laquelle il a si aveuglément
+contribué, existeroit tout entière avec lui. Nous aurons occasion de
+signaler, dans la suite de cette histoire, ces empiétements successifs
+de la _cour de justice du roi_ sur l'autorité royale; cet esprit
+d'indépendance, d'opposition, de mutinerie, qui rendit quelquefois le
+parlement ridicule, même alors qu'il étoit dangereux, esprit de
+jalousie et d'orgueil qui n'avoit de force que lorsque le pouvoir
+montroit de la foiblesse, qui le poussa d'abord à s'unir à des
+rebelles contre le roi, qui l'unit ensuite à des sectaires contre
+l'Église, et finit par en faire le fléau de l'Église et du roi.
+
+Maintenant que nous avons éclairci, autant qu'il étoit en nous de le
+faire, le point le plus obscur et le plus intéressant de cette
+question importante, il nous suffira de présenter un tableau des
+modifications diverses qu'éprouva, dans son organisation intérieure,
+le parlement de Paris, depuis le moment où l'ordonnance de
+Philippe-le-Bel eut rendu son autorité moins variable, et son
+existence plus assurée.
+
+Avant cette ordonnance fameuse de 1302, une autre ordonnance du même
+prince, de l'année 1291, avoit déjà fixé ce qui avoit rapport à cette
+organisation intérieure de sa cour de justice. Suivant cette
+ordonnance, elle devoit être composée d'une cour ou chambre des
+plaids[173], de deux chambres des requêtes[174], et d'une chambre des
+enquêtes. Dans la première chambre des requêtes, instituée pour les
+sénéchaussées et les pays de droit écrit, on comptoit cinq membres du
+conseil du roi, et trois seulement dans la seconde, qui régloit les
+affaires des autres provinces. Il y avoit dans la même chambre des
+enquêtes[175] huit membres du conseil, moitié clercs et moitié
+laïques, qui siégeoient alternativement, partagés en deux compagnies.
+Le nombre des membres de la chambre des plaids n'étoit point marqué.
+
+[Note 173: Cette chambre des _plaids_ étoit appelée _la
+grand'chambre_[173-A]. C'étoit là le _parlement_ proprement dit; là
+seulement étoit la plénitude de la juridiction, parce que là seulement
+siégeoient les grands personnages à qui seuls il appartenoit de
+l'établir.
+
+C'est en la grand'chambre que le roi tenoit son lit de justice, et que
+le chancelier, les princes et les pairs venoient siéger quand ils le
+jugeoient à propos. Elle seule étoit compétente pour connoître des
+crimes; et ce droit elle le conserva exclusivement jusqu'en 1515 qu'il
+fut aussi accordé à la chambre des Tournelles.
+
+Les ecclésiastiques, les nobles, les magistrats des cours supérieures
+avoient conservé, comme nous venons de le dire, le privilége de n'être
+jugés qu'en la grand'chambre, lorsqu'ils étoient prévenus de quelque
+crime. La présentation de toutes lettres de grâce, pardon et
+abolition, lui appartenoit, encore que le procès fût pendant à la
+tournelle ou aux enquêtes. On y plaidoit les requêtes civiles, même
+contre les arrêts de la tournelle. Elle connoissoit des appellations
+verbales interjetées des sentences des juges qui étoient du ressort du
+parlement de Paris; des causes auxquelles le procureur-général étoit
+partie pour les droits du roi et de la couronne; des causes des pairs
+pour ce qui regardoit leurs pairies; des causes de l'université en
+corps et de plusieurs autres communautés. Elle recevoit le serment des
+ducs et pairs, des baillis et sénéchaux, et de tous les juges et
+magistrats, dont les appellations se relevoient immédiatement au
+parlement de Paris.]
+
+[Note 173-A: On l'a aussi appelée la _grand'voûte_, et, depuis Louis
+XII, la _chambre dorée_, à cause d'un plafond orné de culs-de-lampe
+dorés dont ce prince l'avoit enrichie.]
+
+[Note 174: Ces deux chambres se nommoient alors _chambres des requêtes
+de l'hôtel_. On les appeloit anciennement _les plaids de la porte_,
+parce que, dans les lieux où séjournoit le roi, il y avoit toujours à
+la porte de son palais un ou deux officiers chargés par lui de
+recevoir les requêtes, et d'y répondre sur-le-champ, à moins que
+l'affaire ne méritât d'être portée au prince. Lorsque Philippe-le-Bel
+eut rendu le parlement sédentaire, il fit un réglement pour les
+maîtres des requêtes de l'hôtel, par lequel il fut établi qu'ils
+serviroient par quartier aux lieux où seroit le roi, et le reste du
+temps au parlement. La chambre des requêtes du palais fut établie par
+Philippe-le-Long, à l'instar de celle des requêtes de l'hôtel, et on
+lui attribua, à l'égard du parlement, les mêmes fonctions
+qu'exerçoient les autres à l'égard du roi, c'est-à-dire qu'elle avoit
+le pouvoir de prendre et de juger les requêtes présentées à cette
+compagnie, à l'exception des plus importantes qui devoient lui être
+rapportées, et sur lesquelles elle avoit seule le droit de prononcer.
+Henri III créa une seconde chambre des requêtes du palais, par son
+édit du mois de juin 1580.]
+
+[Note 175: Cette chambre jugeoit les appellations des procès par
+écrit, pour connoître s'il avoit été bien ou mal appelé à la cour.
+Depuis Philippe-le-Long, qui en créa une seconde, jusqu'en 1483, on
+n'en compte que deux; la première étoit appelée _la grand'chambre des
+enquêtes_, et l'autre _la petite_. François Ier, par lettres du
+dernier jour de janvier 1521, créa vingt conseillers au parlement,
+dont fut faite et composée _la troisième chambre des enquêtes_; il en
+érigea en 1543 une quatrième, qui fut d'abord nommée _chambre du
+domaine_, pour connoître des appellations des procès concernant le
+domaine et les eaux et forêts du royaume, et depuis _quatrième chambre
+des enquêtes_. Enfin Charles IX, par édit du mois de juillet 1568,
+créa une _cinquième chambre des enquêtes_, à l'instar des quatre
+autres.]
+
+En 1304, deux ans après l'ordonnance dont nous venons de parler, on
+trouve que la chambre des plaids étoit composée de treize clercs et
+d'un pareil nombre de laïques, au-dessus desquels étoient les deux
+prélats et les deux seigneurs de la cour nommés par le roi, qui
+devoient la présider. Les deux chambres des requêtes pour la _langue
+d'oc_ et pour la _langue française_ comptoient chacune cinq membres,
+et c'étoit toujours un évêque qui présidoit celle des enquêtes.
+L'établissement du parlement de Toulouse fut cause que peu de temps
+après on supprima une des chambres des requêtes. Celle qui resta ne
+fut composée que de quatre _maîtres_; c'étoit ainsi qu'on appeloit les
+membres de cette chambre et de celle des plaids, dite la
+_grand'chambre_; tandis que ceux de la chambre des enquêtes étoient
+nommés _jugeurs_ et _rapporteurs_.
+
+Cet ordre fut observé jusqu'en 1319, que Philippe-le-Long y apporta
+quelque changement, en réduisant à huit le nombre des clercs[176] dans
+la grand'chambre, tandis qu'il y laissa douze laïques, sans compter le
+chancelier. En créant une seconde chambre des enquêtes, il ordonna
+que, sur les deux, l'une devoit connoître des enquêtes du temps passé
+jusqu'au jour de son ordonnance; et l'autre, des enquêtes qui
+_adviendroient de ce jour en avant_. Il voulut qu'en ces deux chambres
+il y eût vingt conseillers clercs et trente laïques, dont seize
+seroient _jugeurs_ et les autres _rapporteurs_. Il établit aussi la
+chambre des requêtes du palais, laquelle ne fut d'abord composée que
+de cinq membres, trois clercs qualifiés du titre de _maîtres_, et deux
+laïques désignés sous celui de _messires_.
+
+[Note 176: Il déclara qu'il ne députeroit plus de prélats, parce qu'il
+faisoit conscience _de eus empeschier au gouvernement de leurs
+experituautes_. L'évêque de Paris et l'abbé de Saint-Denis
+continuèrent seuls d'y être admis.]
+
+Il y avoit dès lors, et même dès 1318, au moins deux des laïques de
+grand'chambre revêtus de la qualité de président; il y en avoit trois
+en 1342. Philippe de Valois ordonna cette année qu'à la fin de chaque
+séance ces trois maîtres présidents et dix membres de son conseil
+nommés par lui s'assembleroient pour régler le nombre des conseillers
+dont les diverses chambres du parlement seroient composées dans la
+séance suivante; ce qui prouve qu'il n'y avoit encore rien de fixe à
+cet égard.
+
+Tel fut le premier état du parlement. Nos rois s'y rendoient alors
+très-souvent, soit pour juger des causes particulières, soit pour
+faire des réglements généraux; et ils y étoient suivis des gens du
+conseil et de ceux des comptes. L'usage de faire des rôles à la fin de
+chaque séance pour la composition du parlement suivant, dura sans
+interruption jusqu'au règne de Charles VI, qu'à la faveur des troubles
+qui agitèrent alors le royaume, ceux qui se trouvèrent en place de
+présidents et de conseillers se continuèrent d'eux-mêmes dans leurs
+fonctions.
+
+Cependant les membres de cette cour souveraine continuèrent à être
+pourvus gratuitement de leurs offices par le roi, d'après la
+nomination qui en avoit été faite par le corps entier, lorsque
+quelque place venoit à vaquer; ce fut François Ier qui introduisit
+la vénalité des charges. Les remontrances que le parlement fit si
+inutilement à ce sujet sous le règne de ce prince furent
+renouvelées par les états d'Orléans en 1560, et par l'assemblée des
+notables en 1583, avec aussi peu de succès. Comme il y avoit déjà
+long-temps que les élections étoient abolies, et que les rois,
+disposant à leur gré des places vacantes, donnoient souvent à des
+gens mariés celles qui étoient, dans le principe, affectées aux
+clercs, il se trouva que le nombre des laïques finit par l'emporter
+de beaucoup sur celui des ecclésiastiques. Enfin Henri III fixa, en
+1589, le nombre de ces derniers à quarante, y compris les présidents
+des enquêtes.
+
+François Ier, qui introduisit de si grandes nouveautés dans le
+parlement, y rendit _perpétuelle_ la _tournelle_[177], déjà érigée en
+chambre particulière dès 1436; il confirma aussi la chambre des
+_vacations_[178], créée en 1405 par Charles VI, et maintenue par une
+ordonnance de Louis XII, de 1499.
+
+[Note 177: On y jugeoit des affaires criminelles qui n'emportoient pas
+condamnation à mort. Celles-ci étoient renvoyées à la grand'chambre
+qui prononçoit. L'ordonnance de François Ier, qui la rendit
+perpétuelle, lui donna en même temps le droit de condamner à mort
+comme à toute autre peine corporelle.
+
+En 1667, il fut érigé une tournelle civile qui jugeoit certaines
+affaires à l'audience. Il falloit tous les ans une nouvelle commission
+pour cette chambre, qui fut supprimée depuis 1698 jusqu'en 1735, et
+rétablie alors pour cette année seulement. Depuis il ne fut point
+donné de commissions.]
+
+[Note 178: Elle avoit été établie pour siéger pendant les vacances du
+parlement, et faire l'expédition des procès criminels, des matières
+provisoires et autres qui demandoient de la célérité.]
+
+Pendant long-temps il n'est point fait mention du procureur général et
+des avocats généraux du roi au parlement. Les procureurs du roi,
+établis dans les bailliages et sénéchaussées, venoient alors à Paris
+pour les causes dont il avoit été appelé au parlement. Ce n'est qu'en
+1331 qu'il est parlé pour la première fois du procureur général, dont
+les attributions étoient de poursuivre les criminels et les
+usurpateurs soit des biens de la couronne, soit de ceux des
+particuliers. Les avocats généraux furent créés ensuite pour lui
+servir d'auxiliaires. C'étoit à ce magistrat qu'appartenoit le droit
+de tenir les _mercuriales_[179], assemblées ainsi nommées parce
+qu'elles se tenoient le mercredi.
+
+[Note 179: On examinoit dans ces assemblées la conduite des
+conseillers du parlement; et les membres qui les composoient
+exerçoient dans le principe une autorité qui leur permettoit de
+destituer ou du moins de suspendre de leurs fonctions ceux qui étoient
+convaincus de négligence ou de prévarication. Les _Mercuriales_, qui,
+du temps de François Ier, se tenoient une fois par mois, furent
+réduites à quatre par an, par l'ordonnance de Moulins, et dans la
+suite à deux. Depuis long-temps les droits du procureur ou du premier
+avocat général se bornoient à faire alternativement un discours pour
+la réformation de la compagnie en général, et spécialement pour la
+censure des défauts dans lesquels quelques magistrats pouvoient être
+tombés.]
+
+Dans les derniers temps, le parlement étoit composé de la
+grand'chambre, de trois chambres des enquêtes et d'une des requêtes.
+
+Il y avoit dans la grand'chambre, outre le premier président, neuf
+présidents à mortier, vingt-cinq conseillers laïques, douze
+conseillers clercs, trois avocats généraux et un procureur général.
+Les cinq présidents les plus nouveaux servoient à la tournelle; les
+conseillers laïques y servoient aussi par semestre; mais les
+conseillers clercs ne quittoient jamais la grand'chambre; et s'ils
+alloient à la tournelle, c'étoit seulement dans certains cas où il y
+avoit assemblée de tournelle et de grand'chambre réunies.
+
+La tournelle criminelle étoit composée de cinq présidents à mortier,
+de six conseillers laïques de la grand'chambre, et de deux de chacune
+des enquêtes.
+
+Les trois chambres des enquêtes étoient composées chacune de deux
+présidents et de soixante-six conseillers.
+
+Celle des requêtes du palais avoit deux présidents et quatorze
+conseillers.
+
+La chambre des requêtes de l'hôtel étoit composée de maîtres des
+requêtes. Elle connoissoit des causes des officiers privilégiés.
+
+Anciennement il n'y avoit au parlement de Paris qu'un greffier en chef
+civil; un édit du roi, de l'an 1709, créa quatre offices de greffiers
+en chef, lesquels furent de nouveau abolis en 1716, pour remettre les
+choses sur l'ancien pied. On y comptoit, en outre, un greffier en chef
+au criminel, un greffier des présentations, un des affirmations de
+voyage; des greffiers plumitifs de la grand'chambre, des greffiers
+garde-sacs de la tournelle, etc., un grand nombre d'huissiers, de
+procureurs, d'avocats, etc., etc.
+
+Les ducs et pairs[180], dit Sauval, soit qu'ils fussent princes ou
+même fils de France, les rois et reines de Navarre, etc., étoient
+jadis obligés de donner des roses au parlement, en avril, mai et juin.
+On ignore la cause d'une semblable coutume, et l'on n'est pas non plus
+fort instruit sur la manière dont elle s'observoit. Nous sommes
+seulement certains que le pair qui étoit appelé à faire cette
+cérémonie faisoit joncher de roses, de fleurs et d'herbes
+odoriférantes toutes les chambres du parlement, et avant l'audience
+réunissoit dans un déjeuner splendide les présidents, les conseillers,
+et même les greffiers et huissiers de la cour. Il alloit ensuite dans
+chaque chambre, faisant porter devant lui un grand bassin d'argent,
+lequel contenoit autant de bouquets de roses, d'oeillets, et d'autres
+fleurs de soie ou naturelles, qu'il y avoit d'officiers, avec un
+pareil nombre de couronnes composées des mêmes fleurs et rehaussées de
+ses armes. On lui donnoit ensuite audience dans la grand'chambre, puis
+il assistoit à la messe avec le parlement entier. Tant que duroit la
+cérémonie, l'audience exceptée, il y avoit un concert de haut bois qui
+alloit ensuite donner des sérénades aux présidents avant leur dîner.
+Il faut observer de plus, 1º que celui qui écrivoit sous le greffier
+avoit son droit de roses; 2º que le parlement avoit son faiseur de
+roses, appelé le _rosier de la cour_; 3º que les pairs devoient
+acheter de lui celles dont se composoient leurs présents. La
+présentation des roses se faisoit généralement par tous ceux qui
+avoient des pairies dans le ressort du parlement de Paris.
+
+[Note 180: Lorsque les grands fiefs eurent été réunis à la couronne,
+les rois créèrent de nouvelles pairies par lettres-patentes, ce qui ne
+s'étoit point pratiqué jusqu'alors. Les premières furent faites sous
+Philippe-le-Bel, en faveur des princes du sang seulement, et
+long-temps après on en créa pour les princes étrangers, ce qui fut
+continué jusqu'au règne de François Ier. Alors toutes les anciennes
+pairies laïques étant éteintes, on en créa aussi de nouvelles pour
+d'autres seigneurs, qui n'étoient ni princes du sang ni princes
+étrangers; et depuis ce temps les créations de duchés-pairies ont été
+multipliées à mesure que nos rois ont voulu illustrer des seigneurs de
+leur cour.
+
+Les droits et les honneurs des pairs étoient très-étendus. Ils
+assistoient au sacre du roi, la couronne en tête, y faisant _fonction
+royale_, c'est-à-dire représentant la monarchie, et soutenant tous
+ensemble la couronne du roi. Chacun d'eux y exerçoit en outre des
+fonctions particulières attachées à sa pairie. En qualité de plus
+anciens et de principaux membres de la cour, ils avoient entrée,
+séance et voix délibérative en la grand'chambre et aux chambres
+assemblées du parlement, chaque fois qu'ils le jugeoient à propos.
+Dans leurs causes, tant civiles que criminelles, ils avoient le droit
+de n'être jugés que par la cour _suffisamment garnie de pairs_, etc.,
+etc., etc.]
+
+Sous le règne de François Ier, il y eut, dit Hénault, dispute entre le
+duc de Montpensier et le duc de Nevers, sur la _baillée des roses_ au
+parlement. Le parlement ordonna que le duc de Montpensier les
+bailleroit le premier, à cause de sa qualité de prince du sang,
+quoique le duc de Nevers fût plus ancien pair que lui. Parmi les
+princes du sang qui se soumirent à cette cérémonie, on compte encore
+les ducs de Vendôme, de Beaumont, d'Angoulême, et beaucoup d'autres.
+On trouve même qu'Antoine de Bourbon, roi de Navarre, s'y assujettit
+en qualité de duc de Vendôme. Henri IV, n'étant encore que roi de
+Navarre, justifia au procureur général que ni lui, ni ses
+prédécesseurs, n'avoient jamais manqué de satisfaire à cette
+redevance. Elle a cessé entièrement dans le dix-septième siècle, sans
+qu'on en puisse fixer précisément l'époque. Il y a quelque apparence
+que ce fut sous le ministère du cardinal de Richelieu.
+
+Le costume des membres du parlement varioit suivant leur rang et leur
+qualité. Les princes du sang, les pairs laïques et le gouverneur de
+Paris s'y rendoient, vêtus d'un habit de drap d'or ou de velours, ou
+de drap noir recouvert d'un manteau, coiffés d'une toque ou bonnet de
+velours garni de plumes, et l'épée au côté; l'habit des pairs
+ecclésiastiques se composoit d'un rochet et d'une robe de satin
+violet, fourrée d'hermine.
+
+Les présidents à mortier portoient le manteau d'écarlate fourré
+d'hermine, et le mortier de velours noir[181]. Le premier président
+avoit deux galons d'or à son mortier: les autres n'en avoient qu'un.
+Les conseillers, avocats et procureurs généraux étoient revêtus d'une
+robe écarlate, et coiffés d'un chaperon rouge fourré d'hermine. Les
+greffiers en chef portoient la robe rouge avec l'épitoge; et cette
+robe étoit également affectée au greffier criminel, aux quatre
+secrétaires de la cour et au premier huissier. Celui-ci étoit
+distingué par un bonnet de drap d'or, fourré d'hermine et enrichi de
+perles. Ces costumes n'ont subi depuis leur origine que peu de
+changements, et peuvent, ainsi que celui des ecclésiastiques, nous
+donner quelque idée des anciens costumes françois empruntés au
+vêtement romain dont ils retracent en effet les formes principales.
+
+[Note 181: Ce mortier indiquoit que, dans leur origine, ils furent
+barons, parce qu'il faisoit partie du costume des seigneurs qui
+portoient ce titre. Le mortier est encore aujourd'hui la _couronne de
+baron_, en termes de blason.]
+
+Nous avons dit que, sous la troisième race, le parlement tenoit
+habituellement ses séances à Paris; à cet effet, saint Louis lui
+avoit accordé à perpétuité plusieurs salles de son palais, et la
+chambre où se tenoit la tournelle criminelle en avoit conservé le
+nom de chambre de Saint-Louis. La grand'chambre, à laquelle le
+vulgaire donnoit le nom de _chambre dorée_, depuis qu'elle avoit été
+réparée par Louis XII, étoit déjà le lieu d'assemblée du parlement
+avant Philippe-le-Bel, et on l'appeloit la CHAMBRE DES PLAIDS,
+_camera placitorum_. C'est ainsi que le Palais, qui d'abord avoit
+été la demeure exclusive de nos rois, se trouva successivement
+partagé entre eux et leur _conseil_ ou _cour de justice_.
+
+Après que Charles V l'eut quitté pour aller habiter l'hôtel
+Saint-Paul, nous voyons Charles VI y revenir, et y demeurer à diverses
+époques. En 1410, lorsque les querelles entre les ducs d'Orléans et de
+Bourgogne remplissoient Paris de désordres et de séditions, ce prince
+malheureux, qu'une maladie funeste réduisoit à la situation la plus
+affreuse où puisse se trouver un roi, à cette extrémité de voir son
+autorité impunément envahie par ceux qui étoient nés pour la défendre,
+et son peuple victime de leurs dissensions ambitieuses, quitta de
+nouveau l'hôtel Saint-Paul, où il ne se croyoit pas en sûreté, pour
+venir s'établir au Palais. François Ier y demeuroit encore 1531; et,
+cette année-là, il rendit le pain bénit dans l'église de
+Saint-Barthélemi, en qualité de premier paroissien.
+
+Charles V, encore dauphin et régent du royaume, habitoit le Palais,
+lorsque Étienne Marcel, prévôt de Paris, et chef de la faction appelée
+_la Jacquerie_, pénétra jusque dans sa chambre, et y fit massacrer
+sous ses yeux Robert de Clermont, maréchal de Normandie, et Jean de
+Conflans, maréchal de Champagne. Les corps de ces deux seigneurs
+furent traînés dans la cour, devant la pierre de marbre[182], et là
+abandonnés à tous les outrages d'une populace aveugle et révoltée.
+
+[Note 182: Cette pierre énorme étoit dans la cour, et ne doit pas être
+confondue avec une autre table de marbre qu'on voyoit dans la
+grand'salle, et dont nous parlerons tout à l'heure. Toutes les deux
+ont disparu dans l'incendie de 1618.]
+
+En 1383, avant l'accident terrible qui le priva entièrement de sa
+raison, Charles VI, vainqueur des Flamands, ayant résolu de châtier
+sévèrement la faction dite des _Maillotins_, qui, pendant son absence,
+s'étoit livrée dans Paris aux plus horribles excès, parut dans cette
+même cour aux yeux du peuple, au milieu de l'appareil le plus
+majestueux et le plus formidable. Son trône avoit été placé sur un
+échafaud, où il monta, accompagné des princes de son sang et des plus
+grands seigneurs de sa cour, pour y prononcer sur le sort des
+factieux, qui étoient encore dans les prisons; car les plus coupables
+avoient été exécutés sur-le-champ. Cette cérémonie effraya tellement
+les familles de ces malheureux, qu'on les vit accourir en foule lui
+criant _merci_, les hommes, têtes nues, et les femmes échevelées. Le
+chancelier d'Orgemont fit un long discours, dans lequel il reprocha à
+cette multitude ses révoltes, ses insolences, ses cruautés, et les
+outrages qu'elle avoit faits à la majesté royale. Sa harangue finie,
+le roi pardonna, à la prière de ses oncles, qui l'en supplièrent à
+genoux; et le supplice que les coupables avoient mérité fut changé en
+une amende pécuniaire.
+
+Cette place sembloit être destinée aux représentations solennelles;
+car long-temps auparavant, en 1314, Philippe-le-Bel y avoit également
+paru sur son trône, et dans tout l'appareil de sa puissance, pour
+demander un emprunt aux députés des principales villes de son royaume,
+qu'il avoit fait assembler[183].
+
+[Note 183: Ce fut la seconde assemblée de ce genre où le _tiers-état_
+eût été admis à délibérer des affaires publiques; et la première avoit
+été tenue sous le même roi. Avant cette époque, il n'y avoit eu
+d'autre assemblée représentative de la nation que le _parlement
+général_; et l'on ne connoissoit que deux ordres dans l'État, le
+clergé et la noblesse.]
+
+La grand'salle de ce palais étoit aussi consacrée à des solennités
+extraordinaires. C'étoit là qu'étoient reçus les ambassadeurs, que se
+donnoient les festins d'apparat, que l'on faisoit les noces des
+enfants de France. En 1378, Charles V y reçut l'empereur Charles IV,
+qui étoit venu le visiter avec son fils Venceslas, roi des Romains.
+Les trois souverains dînèrent dans la grand'salle, au milieu d'une
+foule de seigneurs; et après le repas on y joua devant eux une espèce
+de tragédie, représentant la prise de Jérusalem par Godefroi de
+Bouillon. L'empereur grec, Manuel Paléologue, et l'empereur Sigismond,
+roi de Hongrie, y furent accueillis depuis par Charles VI, avec cette
+grandeur et cette noblesse qui a toujours éclaté dans les procédés de
+nos rois envers les souverains étrangers. Le dernier de ces deux
+princes en abusa par d'étranges indiscrétions. Ayant eu la curiosité
+de voir plaider une cause au parlement, il s'y assit sur le siége du
+roi, ce qui déplut d'abord à tout le monde; mais le mécontentement fut
+à son comble lorsqu'on le vit, au milieu de la séance, faire approcher
+une des deux parties, à qui son adversaire reprochoit de ne pas être
+chevalier, et lui faire gagner sa cause en lui donnant l'accolade et
+les éperons. Toutefois on dissimula, «parce qu'il étoit, dit Sauval,
+partisan du duc de Bourgogne, qui gouvernoit alors la France, et dont
+le parti étoit tout-puissant.»
+
+Les voûtes de la grand'salle étoient autrefois en bois, et soutenues
+par des piliers de même matière, enrichis de dorures, sur un fond
+couleur d'azur; dans les espaces qui les séparoient, s'élevoient les
+statues de nos rois, depuis Pharamond, avec une inscription qui
+apprenoit le nom de chaque roi, la durée de son règne et l'année de
+sa mort. À l'un des bouts s'élevoit une chapelle que Louis XI avoit
+fait bâtir, et qui fut reconstruite depuis. On voyoit à l'autre
+extrémité une table de marbre de la plus grande dimension, sur
+laquelle se faisoient les festins royaux. Les empereurs, les rois, les
+princes du sang, les pairs de France et leurs femmes avoient seuls le
+droit d'y manger; on dressoit d'autres tables pour le reste de la
+cour. Par un contraste assez singulier, les clercs de la Basoche
+eurent, pendant près de trois siècles, le privilége de faire de cette
+table le théâtre des _farces_, _moralités_ et _sotties_ qu'ils
+représentoient dans le Palais.
+
+Le 7 mai de l'an 1618, un incendie, dont on n'a jamais pu connoître la
+cause, détruisit cette salle antique et magnifique, la chapelle et une
+grande partie des bâtiments du Palais. Ce fut alors que fut construite
+la grand'salle que nous y voyons aujourd'hui. Un nouvel incendie,
+arrivé le 10 janvier 1776, ayant consumé tous les bâtiments qui
+s'étendoient depuis la galerie des prisonniers jusqu'à la
+Sainte-Chapelle, on acheva d'en abattre les débris, pour y établir une
+construction nouvelle et régulière, qui, accordant entre elles tant de
+parties incohérentes, annonçât, avec quelque dignité, un édifice de
+cette importance. La description de ces deux parties modernes du
+Palais est la seule qu'il soit possible de faire; car on tenteroit
+vainement de donner l'histoire de tous les changements survenus dans
+ce labyrinthe inextricable de bâtisses, qui n'offrent plus que des
+fragments informes, des souvenirs incertains, et dont deux accidents
+si terribles ont achevé de rendre méconnoissables les plans primitifs.
+
+L'architecte du palais du Luxembourg, le célèbre Desbrosses, fut
+chargé de la reconstruction de la grand'salle, et la termina en 1622.
+Elle se compose de deux immenses nefs collatérales, voûtées en pierres
+de taille, et séparées entre elles par un rang d'arcades qui portent
+sur des piliers. De grands cintres vitrés, pratiqués à l'extrémité de
+chaque nef, y répandent une lumière peut-être insuffisante; mais il
+n'en est pas moins vrai que cette manière d'éclairer a quelque chose
+de noble et d'imposant. La décoration en est d'ordre dorique, et cette
+sévérité d'ornement convient à son caractère. Desbrosses s'y est
+permis, tant dans l'ajustement de l'ordre lui-même que dans sa frise,
+des disparates qu'on n'aime pas à rencontrer dans un genre
+d'architecture dont la régularité fait la principale condition; les
+deux arcades du bout de la salle présentent aussi quelque chose
+d'irrégulier, et l'on remarque qu'il y a un demi-pilastre de moins du
+côté de la plus petite. Quoi qu'il en soit, ce monument fait honneur
+au génie de l'architecte et à celui de son siècle. Il présente dans sa
+disposition générale un caractère de grandeur, une manière large et
+bien prononcée qui ne s'est plus retrouvée depuis, même dans les
+édifices du siècle de Louis XIV[184].
+
+[Note 184: _Voy._ pl. 13.]
+
+Le dépôt des archives, placé dans le comble au-dessus de ses voûtes,
+et d'une construction beaucoup plus moderne, mérite d'être remarqué.
+Cette pièce, qui renferme des registres et des manuscrits précieux
+échappés aux précédents incendies, est d'une fabrication extrêmement
+ingénieuse, et fait honneur à M. Antoine, son inventeur. La
+grand'salle, qu'on appelle aussi _salle des pas perdus_, sert de
+promenoir aux gens du Palais, et donne entrée dans diverses pièces
+plus ou moins étendues, qui, de même que dans l'ancien ordre,
+renferment les tribunaux, les greffes et autres services. Au reste,
+leurs distributions, qui se sont opérées successivement, ne tiennent à
+aucun plan général, et n'offrent aucun ensemble qui mérite d'être
+décrit.
+
+Il nous reste à faire connoître les nouveaux travaux qui ont été
+exécutés pour opérer le raccordement des diverses parties du Palais,
+après le dernier incendie, et avec l'intention d'y joindre une
+décoration extérieure. La direction en fut confiée à MM. Moreau,
+Desmaisons, Couture et Antoine, membres de l'Académie d'architecture;
+et leur plan embrassa non-seulement la cour actuelle, mais un projet
+d'alignement dans les rues adjacentes, ainsi que la place
+demi-circulaire qui fait face au principal corps-de-logis.
+
+Celui-ci est bâti au fond de la cour, sur un perron formé par un grand
+escalier, dont l'élévation donne assez de noblesse à cette masse, peu
+remarquable d'ailleurs par son caractère. Un corps avancé de quatre
+colonnes doriques en orne la façade, composée du reste d'un rang
+d'arcades à rez-de-chaussée, et de fenêtres en attique; une sorte de
+dôme quadrangulaire couronne l'édifice. Au bas du perron, et de chaque
+côté, sont deux arcades, dont l'une sert de passage, et l'autre donne
+entrée dans la _Conciergerie_, prison bâtie sur le terrain où étoit
+autrefois le jardin de nos rois. On le nommoit alors _le Préau du
+Palais_.
+
+Les deux ailes de la cour sont composées d'un étage d'arcades à
+rez-de-chaussée, servant de soubassement sur la rue à une ordonnance
+dorique, dans la hauteur de laquelle sont compris deux étages. Dans
+l'aile à droite est un grand escalier richement orné, par lequel on
+entre dans la grand'salle du Palais. Une grille de fer qui ferme la
+cour réunit ces deux ailes. Cet ouvrage est vanté, et peut avoir du
+mérite sous le rapport de la serrurerie; mais les gens de goût voient
+avec peine qu'on ait consacré une dépense considérable à un genre de
+travail peu intéressant en lui-même, lorsqu'on pouvoit produire, à
+moins de frais, et par les moyens de l'architecture, une clôture plus
+noble et plus analogue au monument. Les ornements, d'ailleurs, en sont
+lourds et d'un mauvais choix[185].
+
+[Note 185: _Voy._ pl. 12.]
+
+Cette cour se nomme encore _cour du Mai_, à cause de l'ancien usage où
+étoient les suppôts de la Basoche d'y planter tous les ans, le dernier
+samedi du mois de mai, un arbre très-élevé, après avoir abattu celui
+de l'année précédente. Des deux côtés de cet arbre étoient attachées
+les armes de ce corps burlesque, lesquelles étoient d'azur à trois
+écritoires d'or, avec deux anges pour support. On sait que la Basoche,
+dont l'origine est très-ancienne, étoit une espèce de juridiction
+composée de la communauté des clercs du parlement de Paris. Ils y
+jugeoient les différends qui pouvoient naître entre eux, et
+quelquefois même ils s'y exerçoient à plaider des causes sur des
+questions difficiles et singulières. Ce tribunal avoit une foule
+d'offices et de dignités, entre autres un chancelier, un trésorier,
+des maîtres des requêtes. Il y avoit même autrefois un roi de la
+Basoche.
+
+ CURIOSITÉS DU PALAIS DE JUSTICE.
+
+
+ TABLEAUX.
+
+ Dans la chapelle de la cour, laquelle occupoit tout
+ l'avant-corps du milieu, les quatre Évangélistes, par
+ _Brenet_; la Foi, l'Espérance et la Charité, par _Renou_.
+
+ Dans la deuxième chambre, un Christ par _Beauvoisin_.
+
+ Dans la troisième chambre, un Christ, et le portrait de
+ Louis XIV, d'après _Largillière_, par _Giroux_.
+
+ Dans la salle du conseil, un Christ, et le portrait de Louis
+ XVI, par _Guérin_.
+
+ Dans les bâtimens de la chambre des comptes, plusieurs
+ tableaux du Christ par _Dumont le Romain_; la Madelaine au
+ pied de la croix, par _Bourdon_.
+
+
+ SCULPTURES.
+
+ Sur l'escalier qui conduisoit à la cour des aides, la statue
+ de la justice par _Gois_.
+
+ Sur l'autel de la chapelle, un Christ par _Bouchardon_; les
+ médaillons de Charlemagne et de saint Louis par le même.
+
+ Au-dessus de l'archivolte de l'entrée de la galerie
+ Mercière, le médaillon de Louis XVI; et deux statues
+ représentant l'Étude des lois et l'Éloquence, par _Lecomte_.
+
+Tel est l'état actuel du Palais: le nouveau plan que les circonstances
+n'ont pas permis d'achever entièrement, en auroit coordonné toutes les
+parties, dans lesquelles on remarque encore des irrégularités[186].
+
+[Note 186: On projette, dit-on, de nouvelles additions à la
+restauration de la partie de cet édifice qui donne sur le quai de
+l'Horloge. Déjà une partie des échoppes qui l'obstruoient du côté du
+pont au Change ont été abattues; on y a fait, de ce même côté,
+quelques réparations; et dans ce moment on y élève des constructions
+destinées à masquer l'aspect irrégulier et désagréable de ces vieux
+bâtiments; on y fait entre autres une nouvelle porte d'entrée.]
+
+Vis-à-vis le pont au Change est une tour carrée qui, de ce côté, forme
+l'angle des bâtiments du Palais, et en est une dépendance. C'est là
+que fut placée la première grosse horloge qu'il y ait eu à Paris. Elle
+fut faite en 1370, par un horloger allemand nommé Henri de Vic, que
+Charles V fit venir en France. Le cadran en fut réparé sous le règne
+de Henri III, décoré des figures de la Force et de la Justice; et un
+même écusson y offroit réunies les armes de France et celles de
+Pologne[187]. La cloche qu'on nommoit _tocsin du Palais_, et qui étoit
+au sommet de cette tour, fut fondue à la même époque; et l'on voit
+encore, dans la partie la plus élevée, le petit _lanternon_ au milieu
+duquel elle étoit suspendue.
+
+[Note 187: Ces armoiries furent détruites pendant la révolution: les
+figures ont été épargnées.]
+
+Dans l'enceinte de la cour du Palais, et vis-à-vis la Sainte-Chapelle,
+étoit une petite église sous l'invocation de Saint-Michel, dont
+l'érection remonte au-delà du règne de Philippe-Auguste. Elle a donné
+son nom au pont du petit cours de l'eau qui lui étoit parallèle, et à
+la partie de la rue de la Barillerie qui aboutit à ce pont. Cette
+église a été démolie lors des nouvelles constructions.
+
+Dans la même cour, vis-à-vis la façade de la même chapelle, est le
+bâtiment nouveau de la chambre des comptes, lequel n'a rien de
+remarquable dans son architecture; l'ancien qu'il a remplacé avoit été
+élevé sous Louis XI, et fut aussi détruit par un incendie en 1737; de
+manière que tous les monuments que renferme cette enceinte ont été
+tour à tour la proie des flammes. Une arcade placée sur le flanc
+gauche de cet édifice, et dont les ornements ont été sculptés par le
+célèbre _Jean Goujon_, sert de communication avec l'hôtel dans lequel
+demeuroit autrefois le premier président de cette cour.
+
+Derrière ces édifices sont encore l'hôtel et le jardin de la première
+présidence du parlement[188]. Un passage ouvert dans le milieu de la
+rue de Harlay conduit dans la cour Neuve[189], par laquelle on entre
+dans la partie postérieure du Palais, et de là, dans la galerie dite
+des _Merciers_; la communication avec la Sainte-Chapelle se fait par
+une galerie latérale en face du perron.
+
+[Note 188: Maintenant hôtel de la préfecture de police.]
+
+[Note 189: Maintenant cour de Harlay.]
+
+
+
+
+GRAND CONSEIL, CHAMBRE DES COMPTES, COUR DES AIDES.
+
+
+GRAND CONSEIL.
+
+Par tout ce que nous avons dit sur l'origine du parlement, nous
+croyons avoir assez prouvé que la plus grande de toutes les erreurs
+seroit de supposer que tous les droits et toutes les fonctions qui
+avoient appartenu à la totalité des conseillers royaux, formant ce que
+nous avons appelé _la cour du roi_, eussent été transportés à cette
+portion de son conseil qui fut députée pour tenir _sa cour de
+justice_. Et en effet nous avons vu que, suivant que le roi y
+assistoit, ou qu'elle étoit suffisamment garnie de pairs, ou qu'elle
+étoit présidée par des conseillers _principaux_, ou qu'elle se
+composoit seulement de ses conseillers _ordinaires_, cette cour
+changeoit de caractère, de compétence et d'attributions. Ces
+distinctions ne cessèrent point d'être observées, après que nos rois
+eurent établi la permanence du parlement.
+
+La cour de justice ou _parlement_ n'étoit donc, nous le répétons,
+qu'une _députation_ de conseillers du roi. Cette députation ne fut
+certainement pas unique; et la multiplicité des affaires obligea le
+souverain de partager son conseil en plusieurs chambres, à chacune
+desquelles furent attribuées la connoissance et la discussion d'une
+certaine espèce d'affaires. Ainsi émanèrent de la même source toutes
+les cours ayant suprême juridiction; ainsi, dans l'administration
+générale du royaume, suivant les temps et selon que la prérogative
+royale étoit plus ou moins étendue, tout sortoit du roi et tout y
+retournoit.
+
+Le parlement n'étoit donc point le conseil suprême ou _grand conseil_
+du roi, puisque l'on trouve des ordonnances rendues par ce _grand
+conseil_, hors de Paris, et lorsque le parlement étoit déjà sédentaire
+dans cette capitale[190]. Il nous sera facile de faire comprendre ce
+qu'il étoit.
+
+[Note 190: L'ordonnance de Philippe-le-Bel qui établit la députation
+des requêtes de l'hôtel fut rendue à Bourges, dans le _grand conseil_,
+le parlement siégeant dès lors à Paris: on pourroit citer d'autres
+exemples.]
+
+Nous avons dit que le parlement n'étoit qu'une députation de
+conseillers royaux: il faut ajouter qu'il ne se composoit même que de
+la moindre partie de ces conseillers. Presque tous les autres
+demeuroient auprès de la personne du monarque; et il arrivoit souvent
+que lorsque le parlement ne tenoit point ses séances, la plupart des
+conseillers qui formoient cette cour de justice étoient appelés
+auprès de lui. Quelquefois le roi lui-même se rendoit à la chambre;
+et dans l'un et l'autre cas, les conseillers, réunis en sa présence,
+se formoient en conseil, _ponebant se ad concilium_[191]; et cette
+réunion étoit appelée le _grand conseil_, où les membres du parlement
+étoient admis au même titre que les autres membres du conseil, et en
+raison de leur seule qualité de _conseillers_[192].
+
+[Note 191: _Olim._ an. 1317.]
+
+[Note 192: Nos rois avoient encore un autre conseil, dont l'origine
+remonte jusqu'à celle de la monarchie, et qui étoit connu sous le nom
+de _Conseil étroit_ (Am. lib. IV, c. 7). Clotaire avoit pour
+_conseillers intimes_ trois seigneurs dont Grégoire de Tours nous
+raconte la trahison. (App. c. 45.) Il est dit que Charlemagne se
+faisoit toujours accompagner de ses conseillers les plus _éminents_ et
+les plus sages; et l'on voit ses successeurs avoir toujours auprès
+d'eux un semblable conseil, dans lequel ils faisoient entrer telle
+personne qu'il leur plaisoit, sans avoir là-dessus d'autre règle que
+leur volonté.]
+
+Ainsi varioient, il faut le dire encore, les droits de toute
+assemblée de ce genre, selon que le roi étoit absent ou présent; et
+soit qu'il assistât au conseil _commun, toutes les chambres
+assemblées_, et tînt ce que depuis on a appelé _lit de justice_,
+soit qu'il présidât lui-même son conseil, ce n'étoit que dans ces
+circonstances solennelles que se pouvoient faire ces actes
+d'autorité souveraine que l'on nommoit _ordonnances_. En un tel cas,
+la formule étoit: _le roi et son conseil veulent. Le roi et son
+conseil entendent. Ordonnance faite par la cour de notre_ SEIGNEUR
+ROI _et de son commandement_[193].
+
+[Note 193: De là étoit venu cet usage que le parlement donnât des
+_conseils_ au roi lorsqu'il faisoit des règlements nouveaux, usage
+dont cette compagnie a depuis si étrangement abusé. Anciennement,
+lorsque le souverain vouloit rendre publique une ordonnance nouvelle,
+il appeloit devant lui les membres du parlement, ou se rendoit
+lui-même au milieu d'eux, pour en délibérer de nouveau avec cette
+portion nombreuse de ses _conseillers_. De cet acte de condescendance
+le parlement prétendit faire un droit. Il avoit aussi été établi que
+lorsqu'une ordonnance auroit été rendue dans le _grand conseil_, elle
+seroit _relue et reconnue_ dans le Palais, pour y être ensuite
+déposée. De là les _refus d'enregistrement_, qui n'étoient autre chose
+qu'un appel au peuple et à la révolte. C'est ainsi que cette belle
+institution avoit dégénéré au point de devenir aussi fatale à la
+France qu'elle lui avoit été utile et glorieuse dans de meilleurs
+temps.]
+
+Du temps où la législation appartenoit aux assemblées de la nation, ce
+conseil du roi n'avoit, en ce qui touchoit l'administration générale
+du royaume, qu'une autorité très-foible et très-bornée; mais il
+reprenoit naturellement l'autorité suprême dans tout ce qui concernoit
+l'administration particulière des domaines du roi, ses finances, la
+bourgeoisie et la police de ses villes. Sur ces points qui n'étoient
+pas d'un intérêt général, il faisoit tout réglement qu'il lui plaisoit
+de faire. Ce même droit, le roi et son conseil l'avoient encore en ce
+qui concernoit l'administration de la justice: c'est-à-dire qu'ils
+pouvoient faire, sans déroger toutefois au droit de chacun, tel
+réglement qu'ils jugeoient le meilleur pour en assurer l'exécution.
+Ces réglements, compris d'abord sous le titre générique de
+_capitulaires_, reçurent par la suite le nom particulier
+d'_établissements_[194] et d'_ordonnances_, ce dernier mot n'ayant
+point alors toute l'acception qu'on lui a donnée depuis. Ce fut par
+une _ordonnance_ que, sans déroger aux droits des pairs et de la
+noblesse, Philippe-le-Bel détermina la forme qu'il prétendoit donner à
+sa cour de justice séante à Paris. L'interprétation des lois
+appartenoit encore au conseil du roi, pourvu que, dans cette
+interprétation, il fît simplement un acte judiciaire, l'_explication_
+d'un doute, et non un acte de législation. C'est là l'origine de ce
+que l'on a depuis appelé _déclaration_. En un mot, tant qu'il y eut
+des barons de la couronne, le roi ne put faire avec son conseil aucune
+_ordonnance_ ou _établissement_ qui dût être reçu dans le royaume
+entier. «Tels réglements, dit Beaumanoir; estoient espéciaument pour
+son domaine; et li barons ne laissoient pas à user en leurs terres
+selon les anchiennes coutumes[195]. Mais quand li establissement est
+généraux[196], il doit _courre_ dans tout le royaume; et nous devons
+croire que tel establissement est fait par _très-grand conseil_ et
+pour le commun pourfit....» Ainsi donc, lorsque les grandes baronnies
+eurent été réunies au domaine de la couronne, les _établissements_ et
+_ordonnances_ du roi durent _courir_ dans la France entière; et le
+pouvoir législatif se trouva de droit réuni dans la personne du
+monarque, assisté de son conseil.
+
+[Note 194: Il ne faut pas confondre ce genre d'établissements avec
+ceux que fit saint Louis. Les _établissements_ de ce roi ne sont pour
+la plupart que la rédaction des coutumes générales qui étoient passées
+en lois. Ils ressembloient beaucoup à la collection des capitulaires
+de Charlemagne et de Louis-le-Débonnaire, que l'acceptation de
+l'assemblée générale des Francs fit passer en lois.]
+
+[Note 195: C'est-à-dire que les ordonnances que le roi faisoit dans
+_sa terre_ (_in terrâ suâ_), ainsi que l'on parloit alors, les barons,
+par le même droit, les faisoient aussi dans _leurs terres_.]
+
+[Note 196: C'est-à-dire fait dans l'assemblée générale de la nation.
+(Cout. de Beauv. cap. 4, p. 265.)]
+
+Il en fut de même de l'administration de la justice: et en effet la
+réunion des trois grandes pairies, qui étoient les trois plus grands
+fiefs de la couronne, ayant rendu le roi seigneur immédiat de trois
+grandes provinces, la Normandie, le comté de Toulouse ou le Languedoc,
+et le comté de Champagne, la justice dut y être rendue au nom du
+nouveau seigneur. Il fallut donc y pourvoir, et y remplacer les cours
+provinciales qu'y avoient formées les barons avec leurs conseillers ou
+assesseurs. Que fit le roi de France pour les remplacer? rien autre
+chose que _députer_ des conseillers, les uns pour tenir l'_échiquier_
+de Normandie, les autres pour tenir les _grands jours_ de Troyes,
+d'autres encore pour former le parlement de Toulouse; puis, par des
+réglements nouveaux, ces députations devinrent par la suite des cours
+souveraines et permanentes. L'érection successive des autres
+parlements dans différentes villes du royaume a partout la même
+origine. Sur la demande expresse ou présumée des habitants de ne plus
+relever leurs appellations par-devant la cour de justice qui avoit été
+rendue sédentaire à Paris, les rois créoient un certain nombre de
+conseillers avec attribution des fonctions essentielles à une cour
+royale; et la justice se rendoit par eux dans les provinces, au même
+titre que le faisoit le parlement de Paris, parce que les conseillers
+qui formoient ces cours souveraines étoient _conseillers_ au même
+titre que ceux dont se composoit ce parlement, qui n'avoit sur eux
+d'autre avantage que celui d'une plus grande ancienneté.
+
+De même il plut à nos rois d'employer à des fonctions particulières,
+de donner une attribution spéciale à cette portion de leurs
+conseillers qui demeuroient auprès d'eux sans emploi particulier, et
+dont ils s'étoient servis comme de leur _conseil suprême_ ou _grand
+conseil_, chaque fois qu'il leur avoit plu de leur communiquer la
+plénitude du pouvoir souverain en présidant à leurs séances; car, dans
+un tel cas, ce conseil avoit l'administration générale des affaires,
+faisoit des _établissements_ et des _ordonnances_, soit que le
+parlement fût appelé à y délibérer, soit qu'il ne le fût pas; et, on
+ne sauroit se lasser de le répéter, la présence du roi faisoit seule
+toute leur compétence, quel que fût leur nombre, et même, quelle que
+fût leur qualité. Charles VIII fut le premier qui donna une forme
+permanente à ce conseil[197], l'érigeant en compagnie avec cour
+souveraine et collége d'officiers, lui conservant le nom de _grand
+conseil_, et lui attribuant la connoissance et la décision d'une
+partie des affaires dont il étoit appelé à connoître lorsqu'il avoit
+été _conseil du roi_, et délibérant sous sa présidence.
+
+[Note 197: Avant l'établissement du _Conseil du roi_, qui a duré
+jusqu'à la révolution, le grand conseil, qu'il avoit remplacé,
+connoissoit, comme nous l'avons dit, d'une foule d'affaires, rarement
+contentieuses, dans toutes les branches de l'administration, domaines,
+finances, marine, commerce, lesquelles furent depuis attribuées à
+d'autres officiers successivement institués par nos rois; mais comme
+il résultoit de la part de ceux qui se croyoient lésés dans les
+jugements rendus par ces institutions, de continuelles _évocations_ au
+grand conseil, cette circonstance détermina Charles VIII à le rendre
+permanent.]
+
+Louis XII confirma depuis cet établissement, et augmenta le nombre de
+ses membres, le portant à vingt conseillers, qu'il distribua en deux
+semestres.
+
+Le grand conseil, ainsi composé et réformé par Louis XII, continua de
+connoître de toutes les mêmes affaires qui auparavant avoient été de
+son ressort. Son occupation la plus continuelle étoit celle du
+réglement des cours et des officiers; il connoissoit aussi de tous les
+dons et brevets du roi, de l'administration de ses domaines, de toutes
+les matières qui étoient sous la direction des grands et des
+principaux officiers, et des affaires, tant de justice que de police
+de la maison du roi; beaucoup d'affaires particulières y étoient aussi
+introduites, soit par le renvoi que le roi lui faisoit des placets qui
+lui étoient présentés, soit par le consentement des parties.
+
+Depuis ce temps, nos rois lui ont attribué exclusivement la
+connoissance de plusieurs matières presque toutes relatives à sa
+première institution, telles que de décider des contrariétés et
+nullités d'arrêts, d'être conservateur de la juridiction des
+présidiaux et des prévôts des maréchaux, de veiller à l'exécution des
+brevets dans la nomination accordée au prince de tous les grands
+bénéfices, d'être chargé exclusivement des procès concernant les
+archevêchés, évêchés et abbayes, etc., etc.
+
+Le roi a encore employé de tout temps le grand conseil pour établir
+une jurisprudence uniforme dans tout le royaume sur certaines
+matières, telles que les usures, les banqueroutes, etc.
+
+C'est par une raison à peu près semblable que la plupart des grands
+ordres avoient obtenu le droit d'évocation au grand conseil, afin que
+le régime et la discipline de ces grands corps ne fussent pas
+intervertis par la diversité de jurisprudence, et qu'ils ne se vissent
+pas obligés de disperser leurs membres dans tous les tribunaux. Les
+secrétaires du roi et les trésoriers de France jouissoient de la même
+prérogative.
+
+Enfin le grand conseil a souvent suppléé les cours souveraines pour le
+jugement de plusieurs affaires qui en ont été évoquées.
+
+Il seroit impossible d'entrer ici dans le détail de toutes les
+attributions diverses dont le grand conseil a joui plus ou moins
+long-temps. Il suffit d'avoir, par quelques exemples, donné une idée
+de celles qui conviennent à son institution.
+
+Le chancelier étoit, depuis l'origine, seul chef et président né de
+cette compagnie. Un conseiller d'état commis par lettres-patentes du
+roi y présidoit à sa place pendant un an.
+
+Le grand conseil se composoit, dans les derniers temps de la
+monarchie, 1º de huit maîtres des requêtes qui étoient aussi
+présidents par commission pendant quatre années; 2º des anciens
+présidents honoraires, dont les offices avoient été supprimés; 3º de
+conseillers d'honneur, dont le nombre n'étoit pas fixé; 4º de
+cinquante-quatre conseillers, distribués, ainsi que les officiers
+précédents, en deux semestres. Il y avoit en outre deux avocats
+généraux, un procureur général et douze substituts; un greffier en
+chef, plusieurs greffiers pour la chambre, les présentations et
+affirmations, les dépôts civils et criminels; cinq secrétaires du roi
+servant près le grand conseil; un trésorier, des huissiers,
+contrôleurs, procureurs, et autres officiers subalternes. Tous ces
+officiers jouissoient de plusieurs priviléges, notamment de ceux de
+_commensaux_ de la maison du roi. L'habit de cérémonie des membres du
+grand conseil étoit la robe de satin noir.
+
+Cette compagnie étoit la seule de son espèce, et sa devise
+l'indiquoit: _Unico universus_. Elle a tenu ses séances à Paris en
+divers endroits, notamment au Louvre, aux Augustins, dans le cloître
+Saint-Germain-l'Auxerrois. Enfin, par un arrêt du conseil d'état donné
+en 1686, elle eut la permission de s'établir dans l'hôtel d'Aligre, où
+elle est restée jusqu'au moment de la révolution.
+
+Toutefois nous en parlons ici, non-seulement parce que l'ordre et la
+clarté des matières semblent le demander, mais encore parce que le
+grand conseil, lorsqu'il était _conseil du roi_, se tenoit souvent à
+la chambre des comptes; les résolutions qui y furent prises formèrent
+le recueil d'ordonnances connu sous le titre d'_ordonnances rendues
+par le conseil tenu en la chambre des comptes_.
+
+
+CHAMBRE DES COMPTES.
+
+Du même principe découlent constamment les mêmes conséquences. Nous
+avons montré que, de tout temps, le _conseil du roi_ partagea avec lui
+le fardeau des affaires dans toutes les branches de l'administration;
+et il n'est pas besoin de dire que les finances n'en furent point
+exceptées. Nos souverains l'établirent eux-mêmes juge entre eux et
+leurs sujets, dans les contestations qui s'élevoient à l'occasion de
+la répartition et de la levée des impôts. C'étoit le conseil du roi
+qui gardoit son trésor, qui examinoit les comptes des baillis,
+sénéchaux et autres receveurs royaux; et[198] l'on députoit à cet
+effet des maîtres de la cour[199]. Dans la suite, on érigea cette
+députation en chambre perpétuelle: il ne faut point chercher d'autre
+origine à la chambre des comptes.
+
+[Note 198: _Olim._ an 1291.--Secousse, t. Ier, p. 803 et 805.]
+
+[Note 199: Les membres de cette députation étoient si bien les
+collègues des conseillers au parlement, que, dans certaines occasions,
+ils remplacèrent la cour et jugèrent des causes qui n'étoient pas dans
+leur département ordinaire, avec ceux des conseillers qu'ils purent
+rassembler. (_Olim._, an. 1314.)]
+
+Il paroît, par une ordonnance de saint Louis, que, dès le règne de ce
+prince, la chambre des comptes étoit sédentaire à Paris. Depuis, nos
+rois ne cessèrent de combler cette cour de marques de confiance et
+d'honneur, auxquelles ils ajoutèrent des priviléges considérables: la
+noblesse au premier degré, les droits de _commensaux_ de leur maison;
+l'exemption des décimes, de tous droits seigneuriaux, charges
+publiques, ban, arrière-ban, tailles, corvées, péages, aides,
+gabelles, etc., etc.
+
+Les titres dont le dépôt étoit confié à cette compagnie étoient si
+importants, que l'ordonnance de décembre 1460 expose que les rois se
+rendoient souvent en personne à la _chambre_, pour y examiner
+eux-mêmes les registres et états du domaine, «afin, y est-il dit,
+d'obvier aux inconvénients qui pourroient s'ensuivre de la révélation
+et portation d'iceux.»
+
+On sait que les chambres des comptes étoient des cours établies
+principalement pour connoître et juger en dernier ressort de ce qui
+concernoit la manutention des finances et la conservation du domaine
+de la couronne. On doit considérer dans celle de Paris 1º les
+officiers dont elle étoit composée; 2º la forme dont on y procédoit à
+l'instruction et au jugement des affaires; 3º le caractère de la
+juridiction qu'elle exerçoit.
+
+Elle avoit, comme le parlement, divers ordres d'officiers: un premier
+président, douze présidents ordinaires, soixante-dix-huit maîtres,
+trente-huit correcteurs, quatre-vingt-deux auditeurs, un avocat et un
+procureur général; des greffiers, commis, contrôleurs du greffe,
+huissiers, etc., etc.
+
+Les officiers de la chambre servoient par semestre, à l'exception du
+premier président, des gens du roi et des greffiers en chef dont le
+service étoit perpétuel. Il y avoit assemblée générale pour
+enregistrer les édits et déclarations d'une grande importance,
+procéder à la réception des officiers, etc. À l'égard du service
+ordinaire, la chambre étoit partagée en deux bureaux: au second bureau
+se jugeoient tous les comptes, à l'exception de celui du trésor royal,
+de celui des monnoies et de ceux qui se présentoient pour la première
+fois. Toutes les autres affaires s'expédioient au grand bureau:
+c'étoit là aussi que se donnoient les audiences.
+
+On peut distinguer en trois parties les fonctions qu'exerçoient les
+officiers de la chambre, ce qui concernoit 1º l'ordre public; 2º
+l'administration des finances; 3º la conservation des domaines du roi
+et des droits régaliens. Chacune de ces divisions renfermoit un nombre
+infini d'objets, dont l'énumération seroit ici inutile et même
+fastidieuse. D'ailleurs, dans une analyse aussi succincte que celle où
+nous sommes forcés de nous renfermer, il seroit toujours impossible de
+donner autre chose qu'une idée incomplète d'une compagnie dont
+l'établissement remonte aux temps les plus reculés, qui jouissoit des
+prérogatives les plus éminentes, et dont les attributions étoient
+aussi variées qu'étendues.
+
+Les plus grands personnages du royaume ont tenu à honneur de remplir
+la charge de _premier président de la chambre_. Plusieurs de ces
+magistrats ont été chanceliers de France, ce qui est arrivé aussi
+plusieurs fois dans le parlement; mais on cite l'exemple unique d'un
+chancelier, Pierre Doriole, devenu ensuite premier président de la
+chambre des comptes. Cet événement est arrivé sous Louis XI. Ce
+magistrat suprême jouissoit de beaucoup de droits honorifiques, et la
+garde du grand trésor de la Sainte-Chapelle lui étoit confiée. Sa
+robe de cérémonie étoit de velours noir, ainsi que celle des autres
+présidents de sa compagnie.
+
+La chambre des comptes occupoit un grand bâtiment situé dans
+l'enceinte du Palais, presque en face de la Sainte-Chapelle. Ce
+monument, élevé en 1504 par _Jean Joconde_, religieux de l'ordre de
+Saint-Dominique, offroit une façade d'un gothique élégant, et chargée
+d'ornements très-délicats. Les arcades qui bordoient le grand escalier
+étoient estimées pour leur dessin et leur exécution. Cinq statues, de
+grandeur naturelle, posées dans des niches, représentoient Louis XII
+entouré des quatre Vertus cardinales, et l'on voyoit en divers
+endroits les armes et la devise de ce bon roi[200]. Un incendie qui
+éclata dans cet édifice, et dont il fut impossible d'arrêter la
+violence, le consuma entièrement dans la nuit du 27 octobre 1737[201].
+
+[Note 200: Un porc-épic composoit le corps de cette devise; et ces
+deux mots, _et cominùs et eminùs_, en faisaient l'âme.]
+
+[Note 201: Voyez pl. 14. La gravure qui représente ce monument a été
+exécutée d'après un dessin unique appartenant au cabinet des gravures
+de la bibliothèque.]
+
+C'est alors que fut commencé, sur les dessins de M. _Gabriel_, premier
+architecte du roi, l'édifice qui subsiste encore aujourd'hui. Jusqu'en
+1740, qu'il fut achevé, la chambre des comptes tint ses séances aux
+Grands-Augustins, où partie de ses archives avoit été transportée.
+
+Les deux statues placées sur le portail, représentant la Justice et la
+Prudence, ont été exécutées par _Adam_ aîné[202].
+
+[Note 202: Ce bâtiment servoit de dépôt à tous les anciens comptes du
+royaume. Les registres de la cour contenoient d'ailleurs une infinité
+de choses très-curieuses pour l'histoire, les généalogies, et des
+titres importants pour l'état d'un grand nombre de familles.]
+
+
+COUR DES AIDES.
+
+La cour des aides ne fut point formée autrement que le grand conseil
+et la chambre des comptes. Elle s'établit de même par la permanence
+qui fut donnée à une députation jusque là amovible et momentanée.
+
+Cette cour étoit unique dans l'origine, et son ressort s'étendoit par
+tout le royaume. Elle avoit été instituée par nos rois, à l'instar des
+parlements, pour juger et décider, sans appel, tous procès, tant
+civils que criminels, au sujet des aides, gabelles, tailles et autres
+matières du même genre. Ses jugements, dès l'instant de sa création,
+marchoient de pair avec ceux du parlement, auquel elle a toujours été
+assimilée; car sa juridiction ne peut être considérée comme un
+démembrement de celle des autres cours souveraines. En effet, dès le
+commencement de la levée des aides ou subsides, qui ne s'accordoient
+alors que pour un temps limité, les rois nommoient, soit pour établir
+et imposer ces droits, soit pour décider des contestations qui
+pouvoient naître à l'occasion de leur perception, des commissaires
+dont le pouvoir finissoit avec la levée de ces impositions. Ces droits
+étant devenus perpétuels et ordinaires, la fonction de ces juges s'est
+également perpétuée; mais jamais la connoissance des aides ou subsides
+n'a été donnée à aucun autre tribunal du royaume.
+
+On peut faire remonter la véritable institution de la cour des aides
+jusqu'à l'année 1355, que le roi Jean ayant assemblé à Paris les états
+du royaume de _la languedoil_ ou _pays coutumier_, et en ayant obtenu
+une _gabelle_ sur le sel et quelques autres impositions, ordonna
+qu'elles seroient recueillies par des receveurs qu'établiroient les
+députés des trois états dans chaque province. La même ordonnance
+portoit création de _généraux superintendants_, tirés des trois états,
+formant un tribunal auquel seroient cités, pour être jugés en dernier
+ressort, tous les contrevenants et rebelles à la perception des
+impôts. De là le nom d'_élu_ donné aux receveurs particuliers, et
+celui de _généraux des aides_, lequel est resté aux _députés généraux_
+préposés pour en avoir la direction dans la ville de Paris, et
+recevoir l'appel des députés particuliers ou élus distribués dans les
+provinces. Les malheurs de la guerre ayant rendu nécessaires des
+levées successives d'impôts, les généraux des aides devinrent
+permanents et ordinaires avant la fin de ce règne, ainsi qu'on le voit
+par une des lettres du même roi, adressée en 1361, «à nos amés et
+féaux les généraux trésoriers à Paris sur le fait des aides, etc.»
+
+Ces _généraux superintendants_, nommés sous les deux règnes suivants
+_généraux conseillers_, étoient, comme nous l'avons dit, choisis et
+établis par les trois états; mais depuis le roi s'en réserva la
+nomination, ce qui n'a point varié jusque dans les derniers temps.
+Leur origine, qu'ils tiroient de l'assemblée des états-généraux, fit
+que pendant long-temps ils comptèrent parmi eux les personnes les plus
+distinguées dans les deux premiers ordres du royaume, et eurent même
+l'honneur d'être présidés par des princes du sang. Aussi n'est-il
+point de marques de considération que nos souverains n'aient données à
+cette compagnie. C'étoit entre les mains du roi que ses membres
+prêtoient serment, et souvent ils assistoient à ses conseils.
+
+Le nombre de ces _généraux conseillers_ n'étoit pas fixé, et a
+beaucoup varié jusqu'au règne de Louis XI, sans cependant passer celui
+de neuf, arrêté d'abord en 1355. Ce dernier prince voulut que cette
+cour fût composée d'un président, de quatre généraux conseillers,
+trois conseillers, un avocat et un procureur du roi, un greffier, un
+receveur des amendes et deux huissiers.
+
+Henri II abolit la distinction qui existoit entre les généraux et les
+conseillers, créa une seconde chambre en la cour des aides, confirma
+et augmenta la juridiction de cette compagnie.
+
+Louis XIII, par un édit de 1635, établit une troisième chambre, et
+créa douze offices de _conseillers_, auxquels il ne donna que ce
+titre, sans y ajouter celui de _général_, qui ne fut conservé qu'aux
+anciens offices, et qui même s'abolit tout-à-fait par la suite. Dans
+les derniers temps, la cour des aides étoit composée d'un premier
+président, de neuf autres présidents, de conseillers d'honneur, dont
+le nombre étoit indéterminé, de cinquante-deux conseillers, trois
+avocats-généraux, un procureur-général avec quatre substituts, cinq
+secrétaires du roi servant près ladite cour, deux greffiers en chef,
+etc., etc.
+
+L'habit de cérémonie des membres de la cour des aides étoit, pour le
+premier président, la robe de velours noir avec le chaperon pareil,
+doublé d'hermine. Les conseillers, gens du roi et greffiers en chef
+portoient la robe rouge, et, suivant un ancien usage, ils devoient
+mettre sur cette robe un chaperon noir à longue cornette.
+
+La cour des aides avoit le droit de connoître et de décider en dernier
+ressort de tous procès, tant civils que criminels, au sujet des aides,
+gabelles, tailles, octrois, et de tous subsides et impositions. Elle
+recevoit les appels interjetés des sentences des élections et autres
+tribunaux et siéges de provinces, pour toutes matières de sa
+compétence. Elle étoit seule compétente pour juger du titre de
+noblesse et des exemptions ou priviléges qu'il portoit relativement
+aux impôts, etc., etc. Ses officiers étoient commensaux de la maison
+du roi, jouissoient du franc salé, de la noblesse au premier degré, et
+à peu près de tous les priviléges accordés aux autres cours
+souveraines.
+
+Sous Charles VII, l'auditoire de la cour des aides étoit situé vers la
+chambre des comptes, à côté de la chapelle basse. Ce lieu ayant paru
+incommode, Louis XI lui accorda, en 1477, des salles appelées
+_chambres de la reine_, situées au-dessus de la galerie des Merciers,
+où l'on établit les seconde, troisième chambre, salle et chapelle de
+cette cour; quant à la première chambre, elle put rester dans l'ancien
+bâtiment, au moyen d'une porte de communication que l'on ouvrit entre
+cet édifice et le nouveau local. Cette première chambre fut démolie en
+1620, et rebâtie sur le même emplacement.
+
+La cour des aides avoit rang, dans les cérémonies, après le parlement
+et la chambre des comptes, mais seulement parce qu'elle étoit de moins
+ancienne création que ces deux compagnies. Quelques-uns de ses
+officiers ont eu l'honneur d'être élevés, ainsi que ceux des autres
+cours souveraines, à la suprême dignité de la magistrature.
+
+
+_Bailliage du Palais._
+
+Renfermé depuis 1551 dans l'enclos du Palais, la grand'salle étoit
+son tribunal. Ce siége connoissoit de tout ce qui concernoit le
+civil, le criminel et la police dans les cours et salle du Palais,
+la juridiction en étoit exercée par un bailli d'épée, un
+lieutenant-général, un procureur du roi; un premier huissier, un
+huissier audiencier et un doyen. Les causes en étoient portées par
+appel au parlement.
+
+
+_Chancellerie du Palais._
+
+Elle étoit tenue par les maîtres des requêtes, et avoit, ainsi que le
+grand sceau, ses officiers, savoir: quatre conseillers secrétaires du
+roi audienciers, quatre conseillers contrôleurs, douze conseillers
+rapporteurs référendaires, quatre conseillers trésoriers receveurs,
+etc.
+
+
+_Chambre du domaine et du trésor._
+
+Cette chambre connoissoit en première instance de tout ce qui
+concernoit le domaine du roi et les droits qui lui appartenoient dans
+l'étendue de la généralité de Paris.
+
+
+_Siége général de la table de marbre._
+
+Il comprenoit trois juridictions: 1º la connétablie et maréchaussée de
+France; 2º l'amirauté; 3º les eaux et forêts.
+
+
+
+
+ÉGLISES ET MONASTÈRES.
+
+
+L'origine de la plupart de ces monuments, surtout de ceux qui
+remplissoient autrefois la Cité, offre de plus grandes obscurités que
+celle d'aucune autre antiquité de Paris. Il n'en est point sur
+laquelle les historiens se soient plus exercés; et la plus belle
+victoire que les plus habiles d'entre eux aient remportée dans les
+contestations qu'un tel sujet a fait naître, a été d'apprendre à leurs
+adversaires à douter dans des matières où ils croyoient être arrivés à
+quelque certitude.
+
+Toutes les églises de ce quartier y existoient de temps immémorial,
+c'est-à-dire que celles qu'on y voyoit encore dans le siècle dernier,
+et dont aucune n'avoit plus de six cents ans d'antiquité, avoient été
+bâties sur les ruines de semblables édifices. «Il y a apparence, dit
+Delamare, que les fidèles des premiers temps convertirent en églises
+toutes les maisons particulières où ils avoient coutume de se retirer
+pour y faire en secret leurs exercices pendant les persécutions; et
+que c'est de là que sont venues toutes ces petites paroisses du
+quartier de la Cité, dont on ne sait point l'origine.» Depuis ces
+premières fondations, Paris fut brûlé plusieurs fois[203], et chaque
+fois sans doute ses monumens furent renouvelés. À ces désastres, qui
+ont détruit pour nous jusqu'aux moindres vestiges de ces anciens
+édifices, il faut joindre cette terreur singulière qui s'empara des
+chrétiens vers les dernières années du neuvième siècle: ils
+attendoient la fin du monde précisément en l'an mille de Jésus-Christ;
+et cette fausse opinion répandue partout leur faisoit négliger
+l'entretien des églises, qui, de tous côtés, tomboient en ruines.
+Lorsque cette année fatale fut passée, les peuples, revenus de leur
+effroi, s'empressèrent partout de les rebâtir avec plus de
+magnificence qu'auparavant. On fit des fondations nouvelles, et le
+culte reprit toute sa solennité. C'est aussi à partir de cette époque
+que les traditions deviennent moins obscures, que les titres qui
+établissent les origines ont plus d'authenticité. Toutefois, si l'on
+n'a quelque connoissance de ce qui a précédé les temps de la troisième
+race, en ce qui concerne le clergé, des révolutions diverses qu'il
+avoit éprouvées dans son état et dans ses biens, de ce qu'il avoit
+perdu, acquis ou recouvré avant ces temps mémorables qui
+consolidèrent son existence, en assurant celle de la société, on
+comprendroit difficilement encore ce que nous pourrions dire sur cette
+partie la plus intéressante des antiquités de Paris: nous allons donc
+essayer d'en tracer un rapide tableau.
+
+[Note 203: Deux fois sous Childebert et sous Gontram, dit Sauval; deux
+fois par les Normands; brûlé de nouveau en 1034, sous Henri Ier.]
+
+On ne sait si c'est bien sérieusement que certains écrivains que déjà
+nous avons signalés comme ne reconnoissant aucune légitimité, ont
+accusé les évêques romains qui habitoient l'Aquitaine et la Septimanie
+d'avoir trahi leurs souverains _légitimes_, parce qu'ils se
+déclarèrent pour les Francs contre les Goths, usurpateurs depuis moins
+de cent ans de cette belle portion des Gaules: ce seroit montrer par
+trop d'ignorance, et il est plus naturel de supposer qu'ils sont
+encore ici de mauvaise foi. Qui peut ignorer que, dans cette province
+encore toute romaine, où vivoit une population nombreuse de sujets
+romains, séparée de ses grossiers vainqueurs par ses moeurs, par ses
+lois, par ses préjugés et ses traditions; où des troupes romaines
+occupoient et défendoient encore, en invoquant le nom de la ville
+éternelle, les points divers au milieu desquels ils étoient cantonnés,
+nul devoir, nul lien ne pouvoit attacher les anciens habitants du pays
+à des barbares qu'ils méprisoient et dont ils étoient opprimés? Cette
+oppression étoit à la fois politique et religieuse sous les Goths,
+qui, ayant embrassé l'arianisme, exerçoient une persécution violente
+contre le clergé catholique, et punissoient par la prison, l'exil, la
+confiscation, souvent même par le martyre, le zèle que montroient les
+prélats romains pour la saine et pure doctrine de l'Église[204]. Un
+roi barbare se présente à eux, qui avoit embrassé la foi orthodoxe:
+trouvant ainsi en lui la seule garantie qui pouvoit leur rendre
+supportable une domination étrangère, ils préfèrent son joug à celui
+qu'un roi barbare et hérétique faisoit peser sur eux, sans cesser pour
+cela de se considérer, dans le secret de leur pensée, comme sujets de
+l'empire et des empereurs. La victoire des Francs ratifie leur choix;
+l'approbation de la cour de Bysance le légitime[205]: le reste suit
+naturellement; et dans cette grande et heureuse révolution que ces
+pasteurs des _fidèles_ favorisèrent de toute leur influence, il n'y
+avoit nulle raison pour que leur conscience fût, un seul instant,
+troublée; et leur existence, ainsi que celle de leurs ouailles, cessa
+de l'être.
+
+[Note 204: Sidon, lib. VII, cap. 6; Grég. Tur. _Hist._, lib. II, c.
+25.]
+
+[Note 205: Nous avons déjà dit que l'empereur Anastase envoya à Clovis
+les _insignes_ des premières dignités romaines. Voyez p. 49.]
+
+De quelque manière que Clovis, ses compagnons d'armes et ses
+successeurs aient entendu le christianisme, il n'en est pas moins vrai
+qu'ils se convertirent de bonne foi, c'est-à-dire qu'ils reçurent tous
+les dogmes du christianisme, qu'ils se soumirent à ses lois, et que
+les prêtres chrétiens ne tardèrent point à jouir auprès de leurs
+vainqueurs de la plus haute considération.
+
+Ils la durent à des vertus dont ces barbares n'avoient sans doute
+qu'une idée très-imparfaite, mais qui cependant ne leur étoient point
+tout-à-fait étrangères. Moins éloignés des traditions primitives que
+le vieux peuple qu'ils remplaçoient, ces peuples enfants avoient des
+moeurs pures, un caractère hospitalier; et c'est ce qui leur fit
+admirer une pureté de moeurs qu'ils étoient encore si loin d'égaler,
+et une charité qui surpassoit tous leurs sentiments les plus généreux.
+Ce fut surtout cette dernière vertu qu'il n'appartient qu'au
+christianisme d'exalter jusqu'à ses degrés les plus sublimes, qui leur
+fit une impression plus profonde, et qui leur rendit si vénérables les
+hommes qui la pratiquoient. En même temps que les prêtres chrétiens
+prêchoient de toutes parts et sous leurs yeux la justice,
+l'obéissance, la résignation et toutes ces autres lois évangéliques
+qui sont la garantie la plus sûre de l'ordre dans la société, la
+source de toute paix et de toute consolation pour les membres qui la
+composent, ils les voyoient s'associer à toutes les souffrances de
+ceux qu'ils éclairoient de leurs doctrines, à toutes leurs misères, se
+dépouiller de tout ce qu'ils possédoient pour les soulager, et
+prouver, non pas seulement par des paroles édifiantes, mais par de
+continuels et touchants exemples, que le patrimoine de l'Église est
+celui des pauvres, et que ce n'est pas ici-bas qu'elle a placé son
+véritable trésor. Ce fut ainsi que, gagnant l'estime et la confiance
+des vainqueurs, les prêtres chrétiens purent, dès le commencement,
+exercer une influence salutaire sur le sort des vaincus. Les évêques
+furent, en effet, le principal refuge des Romains désarmés; ils se
+rendirent leurs intercesseurs auprès des rois, leurs médiateurs auprès
+des seigneurs, leurs patrons auprès des juges; et devenus ainsi le
+lien qui rapprochoit les deux peuples, et le principal instrument de
+cette concorde qui devoit les confondre en un seul peuple, leur crédit
+s'affermit au point de devenir en très-peu de temps une autorité
+régulière et légitime, qui, dès les premiers siècles de la monarchie,
+étoit déjà la plus considérable dans l'État. Il n'étoit pas rare qu'un
+duc quittât son duché pour devenir évêque; et un ministre
+superstitieux à qui une devineresse avoit prédit son élévation à
+l'épiscopat, considéroit une telle prédiction comme la plus heureuse
+qui pût jamais se réaliser en sa faveur[206]. Ce même esprit de
+conciliation et de paix, les prêtres chrétiens le portèrent au milieu
+des guerres civiles dont la nation ne cessa point d'être déchirée,
+aussitôt que se furent développés au milieu d'elle les vices et la
+foiblesse de son pouvoir politique; et ainsi s'accrut encore, sous la
+seconde race, la puissance des évêques[207].
+
+[Note 206: Grég. Tur. _Hist._, lib. IV, c. 14 et 18.]
+
+[Note 207: Grég. Tur. _Hist._, lib. IX, cap. 20.]
+
+Ainsi s'accrurent aussi ses richesses que la conquête avoit
+extrêmement diminuées. Encore que le clergé romain eût été d'un grand
+secours aux Francs dans la conquête des Gaules, et que Clovis, déjà
+chrétien, l'eût traité avec beaucoup de ménagements, il est vrai de
+dire que les Romains armés, qui étoient en mesure de composer avec lui
+en avoient reçu des conditions bien plus favorables; et comme l'Église
+n'avoit point de résistance à opposer à l'avidité et la rapacité des
+vainqueurs, ses biens et ses trésors furent une proie facile que le
+roi barbare distribua, ou peut-être se vit forcé d'abandonner à
+l'avarice de ses compagnons d'armes, qui prétendoient sans doute avoir
+leur part du butin. Ce que la violence lui avoit enlevé, la vertu de
+ses ministres le lui rendit: lorsque les nouveaux maîtres des Gaules
+virent le noble et saint usage qu'ils savoient faire du peu qui leur
+étoit resté, princes et sujets s'empressèrent d'accroître des
+richesses dont la dispensation devenoit la ressource principale des
+malheureux et rétablissoit ainsi doucement et régulièrement dans
+l'état l'équilibre rompu sans cesse par l'inégalité nécessaire et
+inévitable des fortunes; et les vrais chrétiens crurent aussi amasser
+un trésor pour le ciel en partageant ce qu'ils possédoient avec ceux
+dont les biens «étoient le voeu des fidèles, le patrimoine des
+pauvres, la rançon des âmes, le prix des péchés, la solde des
+serviteurs et des servantes de Dieu[208].» Ce fut ainsi que le clergé
+acquit en peu de temps d'immenses propriétés.
+
+Dans le même temps s'élevoient de toutes parts des monastères où se
+retiroient des Justes dégoûtés du monde et qui aspiroient à une vie
+plus parfaite. Ces pieux cénobites, ainsi réunis, offrirent une image
+encore plus frappante de toutes les vertus chrétiennes: partageant
+toutes leurs heures entre la prière et le travail des mains, ils
+consacroient au soulagement des malheureux tout ce que pouvoit leur
+fournir ce travail au-delà de l'absolu nécessaire. Ce fut cette
+charité ardente, infatigable, qui fertilisa les solitudes où ils
+avoient fait voeu de vivre et de mourir: ce fut donc au profit des
+pauvres et uniquement à leur profit que, de leur côté, les moines
+devinrent légitimes propriétaires d'une partie considérable de la
+France que leurs sueurs avoient fécondée[209].
+
+[Note 208: Cap. Car. tit. 3, c. 12.]
+
+[Note 209: Art de vérif. les dates, ép. déd.; _ibid._, préf. p. ix.]
+
+Il est certain, au reste, qu'après la conquête, l'Église avoit continué
+de posséder, selon la loi romaine, ce qui lui étoit resté de ses biens,
+et ce que, dans les temps postérieurs, elle en avoit pu acquérir; toute
+la suite des monuments historiques nous prouve qu'exempts des charges
+publiques lorsqu'ils étoient médiocres et à peine suffisants pour
+l'entretien de ses ministres, ces biens perdoient leur immunité, dès
+qu'ils devenoient plus considérables[210]. Cette loi continua d'être
+observée sous les rois francs, et elle y fut même très-souvent exécutée
+avec une plus grande rigueur que sous les romains[211]. Nous voyons que
+les terres de l'Église payoient un cens, des tributs, que ses serfs ou
+colons devoient au fisc des corvées, et que l'immunité même n'exemptoit
+pas les églises des dons annuels qu'elles étoient tenues d'acquitter
+envers le roi[212].
+
+[Note 210: Cod. Theod., lib. XVI, tit. 2, l. 15.]
+
+[Note 211: Aim., lib. II., c. 27.]
+
+[Note 212: Hincm., t. II., epist. ad Episc., c. 38.]
+
+Une autre loi romaine (et cette loi extrêmement remarquable jette un
+grand jour sur la matière que nous traitons) vouloit que l'Église
+possédât ses biens aux mêmes titres que les donateurs qui les lui
+avoient concédés. Or ces biens étoient nécessairement ou civils ou
+militaires: le possesseur d'un bien militaire devoit un service
+personnel, ou s'il ne pouvoit servir lui-même, il étoit tenu de se
+faire remplacer par ses enfants; le propriétaire d'un bien civil
+fournissoit des miliciens. Le clergé se vit donc, en sa qualité de
+propriétaire, obligé de remplir ces conditions de la propriété, et de
+fournir des soldats à l'état.
+
+Ces miliciens qu'entretenoit l'Église devoient être toujours sur pied;
+et dans ces temps de périls continuels, il falloit qu'ils fussent
+prêts à marcher au premier signal. C'étoient des _hommes libres_ et
+non des _vassaux_; car des prêtres désarmés ne pouvoient en avoir, le
+vasselage étant, ainsi que nous l'avons déjà dit, une condition
+particulière et exclusive du bénéfice militaire. Pour obtenir le
+service d'un homme libre, il falloit pourvoir à sa solde et à sa
+subsistance: il fut créé à cet effet sur les biens ecclésiastiques des
+bénéfices à vie qui devinrent la paie de ces soldats de l'Église. Ces
+biens, dont elle ne leur donnoit que l'usufruit, n'étoient point
+séparés, quant à la propriété du fonds, des autres biens qu'elle
+possédoit, et devoient y rentrer après la mort de l'usufruitier[213].
+Cette loi, selon laquelle étoit réglé le service militaire de
+l'Église, paroît avoir été aussi ancienne que la monarchie[214].
+
+[Note 213: Aim., lib. V, c. 10.]
+
+[Note 214: Grég. Tur. _Hist._, lib. V, c. 26. Il parle, en cet
+endroit, des _hommes_ de saint Martin à qui Chilpéric fit payer le
+_ban_ pour les punir de n'avoir point été à l'armée, après en avoir
+été requis.]
+
+Or il étoit difficile que, dans un semblable système, il ne
+s'introduisît pas de grands abus; et que, dans des siècles grossiers
+où celui qui avoit la force se plioit si difficilement à la règle et
+aux lois, le plus foible ne fût pas le seul à souffrir de ces abus. Il
+arriva donc que les ecclésiastiques ne furent pas toujours libres de
+choisir leurs _hommes_, et qu'on les obligea de concéder leurs
+bénéfices à de vieux soldats que l'on vouloit récompenser, et qui
+considéroient ainsi ce qu'ils recevoient de l'Église comme un don du
+souverain qui le leur avoit fait obtenir. Il arriva encore que les
+capitaines auxquels les évêques ou plutôt le prince donnoit la
+conduite des _hommes libres_, lorsqu'il falloit marcher à l'ennemi,
+acquérant sur eux cet ascendant irrésistible que donne le commandement
+militaire, les déterminèrent facilement à se faire leurs propres
+_vassaux_, et s'attribuèrent par ce moyen la disposition de leurs
+bénéfices qui se trouvèrent ainsi séparés des biens dont ils tiroient
+leur origine[215]. Les guerres dangereuses des Sarrasins dans
+lesquelles l'Église étoit spécialement menacée, le péril extrême
+auquel l'état fut exposé par leurs invasions, multiplièrent ces
+usurpations. Charles Martel, que l'on accuse d'avoir dépouillé le
+clergé, n'eut effectivement d'autre tort que d'autoriser ce qui étoit
+déjà fait, ce qui probablement se faisoit encore; et c'est ainsi que
+ces biens, reconquis par l'Église sous la première race, rentrèrent,
+au commencement de la seconde, dans le domaine des rois, et
+redevinrent le patrimoine des Francs.
+
+[Note 215: Cap. Car., cal. tit. 27.]
+
+Il fallut bientôt réparer cette grande injustice: Pépin, qui vouloit
+affermir son pouvoir, sentit qu'il n'appartenoit qu'à la religion de
+lui donner la force et la stabilité; le ciel même parut se déclarer
+contre les spoliations impies que son père avoit permises et
+protégées[216], et poussé à la fois par le cri de sa conscience et par
+les conseils d'une politique sage et prévoyante, il voulut que
+l'Église recouvrât ce qui lui avoit été enlevé, et reprît ainsi dans
+l'état le rang et l'influence qu'elle avoit perdus. Toutefois, vu la
+qualité et la puissance de la plupart de ceux qui avoient usurpé ces
+biens, une restitution entière eût été dangereuse, étoit même
+impossible: des transactions avec ces propriétaires illégitimes
+étoient un moyen qui s'offroit de lui-même, et que l'on sut employer
+de manière à concilier ensemble l'intérêt des familles, le repos des
+consciences et les lois de l'équité. On rendit à l'Église une partie
+de ses biens; et elle concéda l'autre à ceux qui en étoient
+actuellement possesseurs, sous la condition qu'ils tiendroient d'elle
+ces biens à titre de bénéfice et qu'ils lui paieroient à cet effet une
+redevance[217].
+
+[Note 216: Cap. Car. cal., tit. 27. Il s'agit ici de la vision de
+saint Eucher.]
+
+[Note 217: Cap. Metens., an. 756, c. 14. Ces bénéfices furent appelés
+_précaires_.]
+
+Ces bénéfices différoient peu, relativement aux bénéficiers, de ceux
+que l'Église avoit autrefois donnés à ses hommes libres; mais l'Église
+n'en étoit plus propriétaire, ni même des biens dont la jouissance
+lui étoit réservée, au même titre et avec la même plénitude. Il
+paroîtroit que la plus grande partie de ces biens, avant de lui être
+rendus, passèrent entre les mains du roi qui dut ensuite les lui
+transmettre; et que, par cette transmission, ils prirent la nature des
+_bénéfices royaux_: c'est-à-dire qu'ils devinrent une propriété du
+prince dont il se saisissoit de nouveau, à la mort de chaque
+titulaire, toutefois avec cette différence qu'il ne pouvoit les réunir
+au fisc, comme il l'auroit fait d'un fief vacant par le défaut
+d'héritier mâle, parce que ces biens étoient consacrés au service de
+Dieu, et exempts des conditions du vasselage; mais qu'il en jouissoit
+à titre de propriétaire, jusqu'au moment où il lui plaisoit d'y placer
+un nouvel usufruitier[218]. De même pour les domaines qui furent
+concédés par le clergé à des bénéficiers, le roi se réserva d'en
+former de nouveaux bénéfices à la mort de l'usufruitier et aux mêmes
+conditions, s'il le jugeoit nécessaire, de telle sorte qu'un bénéfice
+ecclésiastique ne pouvoit jamais être réuni à l'église de laquelle il
+dépendoit, tant qu'il convenoit au roi d'y nommer un nouveau
+bénéficier. Ces biens entrèrent donc aussi dans la classe des
+bénéfices royaux et furent soumis à la même juridiction; mais si la
+première disposition étoit favorable au clergé et conservatrice des
+biens dont il avoit la jouissance, comme nous le prouverons tout à
+l'heure, la seconde lui fut très-nuisible; et l'on conçoit facilement
+que de tels bénéfices obtenus de la munificence royale durent être
+bientôt considérés comme des fiefs par ceux qui les possédèrent, et,
+lorsque l'hérédité s'y fut établie, devenir aussi des fiefs
+héréditaires: c'est ce qui arriva en effet de tous ces bénéfices
+ecclésiastiques dont l'Église se vit une seconde fois et
+successivement dépouillée.
+
+[Note 218: Grég. Tur. _Hist._ lib. IV, c. 7. C'est là ce qu'on
+appeloit le _droit de régale_.]
+
+Il arriva donc qu'à peine rentrée dans la possession de ses biens,
+l'Église fut de nouveau menacée de les perdre. Entourés de bénéficiers
+armés, beaucoup plus puissants qu'eux, qui, ne supportant qu'avec
+impatience une dépendance dont ils étoient humiliés et importunés,
+profitoient du moindre prétexte pour s'en affranchir[219], les
+titulaires des propriétés ecclésiastiques étoient en danger
+non-seulement d'être privés de toute espèce de droit sur les bénéfices
+qu'ils avoient concédés, mais encore de se voir enlever la propriété
+de ce qui leur avoit été rendu, et avec plus de facilité peut-être
+qu'auparavant, parce qu'ils étoient plus foibles encore, presque tous
+leurs hommes libres étant devenus vassaux de leurs bénéficiers.
+
+[Note 219: Cap. Car. cal. tit. 7, c. 65. Dans ce capitulaire, qui est
+celui d'Épernay, les évêques demandoient qu'on renouvelât à l'égard
+des redevances des bénéficiers ecclésiastiques les lois de
+Louis-le-Débonnaire et de Charles-le-Chauve; mais ces bénéficiers, qui
+étoient tous puissants seigneurs, rejetèrent cette demande, refusèrent
+les corvées et gardèrent les _précaires_.]
+
+Dans ce péril imminent, dans cette situation extraordinaire où son
+existence étoit sans cesse menacée par ces hommes violents, qui se
+souvenoient encore d'avoir été les vainqueurs des Gaules, et qui se
+montroient toujours prêts à agir comme du temps de la conquête, le
+clergé, réduit en quelque sorte au droit de la _défense naturelle_, ne
+crut pas, et sans doute avec quelque raison, devoir rester
+scrupuleusement soumis aux capitulaires et aux canons qui défendoient
+aux ecclésiastiques de porter les armes. Il demanda et obtint les
+honneurs du _baudrier_[220]; les évêques prirent l'épée, l'habit
+militaire, les éperons; et devenus guerriers et seigneurs de la
+nation, ils purent avoir des vassaux, puisqu'ils alloient à la guerre
+où tout homme libre pouvoit aller; ils se firent rendre hommage par
+leurs hommes libres, conservèrent la propriété des _manoirs nobles_,
+qui étoient sous leur redevance, et s'épargnèrent ainsi la solde
+ruineuse des capitaines qu'ils avoient été obligés de mettre, avec
+tant de danger pour eux, à la tête de leurs soldats. C'est ainsi que
+le _vasselage_, le seul lien de la société temporelle qui fût assez
+fort pour n'être point encore rompu, contribuoit à raffermir et à
+conserver la société spirituelle qui seule pouvoit ensuite tout sauver
+et tout conserver.
+
+[Note 220: Aim., lib. V, cap. 2. Les _honneurs_, chez les Francs comme
+chez les Romains, étoient indiqués par des marques extérieures,
+_insignia_. Tout homme libre chez les Francs avoit un _honneur_, et
+cet honneur commun à tous étoit la _ceinture militaire_ ou le
+_baudrier_. Il le perdoit quand il entroit dans l'état monastique, et
+ne pouvoit plus le reprendre, même lorsqu'il lui plaisoit de rentrer
+dans la vie séculière. Cap. addit., c. III, 66; Cap. Met., an. 716, c.
+2; I. Cap. an. 819, c. 16.]
+
+Ainsi s'expliquent ces habitudes guerrières que ne cessent de
+reprocher à ces hommes de paix tant de petits esprits qui ne voient
+rien au-delà du temps où ils vivent et des objets qui sont sous leurs
+yeux; et ce qui prouve à quel point ce parti extrême qu'avoit pris le
+clergé étoit justifié par les circonstances extraordinaires dans
+lesquelles il se trouvoit, c'est que Charlemagne ayant porté à
+l'_assemblée générale_ de la nation une requête qui lui avoit été
+présentée à l'effet d'interdire aux ecclésiastiques le service
+militaire, et cette interdiction y ayant été décidée[221], les
+partisans du clergé éclatèrent en murmures et répandirent le bruit que
+c'étoit dans l'intention de dépouiller l'Église de ses _honneurs_ et
+de ses _biens_ que l'empereur avoit présenté cette requête et obtenu
+ce réglement.
+
+[Note 221: III. Cap. 20, an. 803.]
+
+Au reste la loi nouvelle fut mal observée sous le règne de ce prince,
+parce que l'on continua d'envahir les biens du clergé, quoiqu'une
+autre loi eût prononcé la peine du sacrilége contre ceux qui les
+envahiroient[222]. Ce ne fut que sous Louis-le-Débonnaire que «les
+évêques et les clercs déposèrent les ceinturons et baudriers d'or, les
+glaives ornés de pierreries, les éperons et les habits précieux[223].»
+Essayant alors de revenir au premier moyen qu'ils avoient employé pour
+leur défense, ils imaginèrent de choisir parmi les _fidèles_ du roi
+des chefs auxquels ils confioient la conduite de leurs vassaux; ces
+chefs reçurent le nom d'_avoués_[224] des églises. Ce moyen, sans
+doute plus conforme aux maximes de l'Évangile, et le seul que, dans
+des circonstances ordinaires et communes, il leur eût été permis
+d'employer, ne pouvoit suffire encore à protéger leur foiblesse, au
+milieu de l'impuissance des lois et de ce désordre politique où la
+France continuoit d'être plongée. La création des _avoueries_ eut un
+résultat à peu près semblable à la séparation qui avoit été opérée
+sous Charles Martel; et ces _avoués_ n'étoient en effet, sous un
+autre nom, que ces capitaines qui l'avoient alors si violemment
+dépouillée. Le même principe amena donc et nécessairement des
+conséquences toutes semblables. Les bénéficiers cessèrent de rendre
+hommage aux évêques, dès que ceux-ci eurent cessé de porter les armes,
+et ne reconnurent plus que leurs _avoués_; l'hérédité des fiefs ayant
+commencé à s'introduire, vers cette époque, un grand nombre d'avoués
+se firent les suzerains de ces vassaux qui ne leur appartenoient pas;
+et ce ne fut que par l'extinction des familles qui possédoient les
+_avoueries_, et par les donations qui lui furent faites
+postérieurement à l'établissement de l'hérédité, que les églises
+recouvrèrent les biens et les vassaux qui leur avoient été une seconde
+fois enlevés.
+
+[Note 222: III. Cap. 20, an 803.]
+
+[Note 223: Aim., lib. V, c. 2.]
+
+[Note 224: On leur donnoit encore le nom de _gonfalonnier_, parce
+qu'ils portoient la bannière des églises appelée _gonfanum_. C'est
+ainsi que l'_oriflamme_, bannière et enseigne dont l'abbaye royale de
+Saint-Denis se servoit dans ses guerres particulières, c'est-à-dire
+dans celles qu'elle entreprenoit pour retirer ses biens des mains des
+usurpateurs, ou pour empêcher qu'ils ne fussent enlevés, devint la
+bannière des rois de France, lorsqu'ils furent devenus maîtres des
+comtés de Pontoise et du Vexin, dont les seigneurs avoient été
+jusqu'alors _avoués_ et protecteurs de cette abbaye. Ceci dut arriver
+sous le règne de Philippe Ier ou de son fils Louis-le-Gros. (_Voyez_
+dissert. de Ducange sur l'hist. de saint Louis.)]
+
+Nous avons dit que la circonstance qui avoit fait des _bénéfices
+royaux_ de cette autre partie des biens enlevés au clergé, et dont la
+jouissance lui avoit été rendue, avoit été favorable aux propriétaires
+de ces biens; et en effet les rois, protecteurs nés de l'Église et de
+ses ministres, et qui voyoient en eux l'appui le plus sûr et le plus
+ferme de leur couronne, loin d'avoir aucun intérêt à les dépouiller,
+trouvoient au contraire un avantage véritable à accroître leur crédit
+et leur influence, et leur conservoient ainsi fidèlement ces biens,
+comme un dépôt qui leur avoit été commis. C'étoit là ce qu'on appeloit
+le privilége de l'_immunité_, que n'avoient pas les fondations faites
+par de simples particuliers, fondations dont l'administration revenoit
+aux familles après la mort des fondateurs, en raison du même droit qui
+les faisoit _vacquer en régale_, quand elles étoient faites ou
+supposées faites par le roi. De cette disposition de la loi en faveur
+de ces familles, résultoient mille inconvénients, et tous au détriment
+du clergé, qui voyoit souvent des héritiers avides et peu scrupuleux
+dissiper des biens dont la piété de leurs ancêtres avoit voulu faire
+le patrimoine des pauvres et des églises; et les nouveaux fondateurs,
+témoins de ces désordres, n'eurent qu'un moyen de s'assurer que les
+intentions qu'ils avoient eues, en faisant de semblables dons,
+seroient remplies: ce fut de remettre leurs fondations entre les mains
+du roi, qui, les confirmant alors par des chartes, leur donnoit la
+nature d'_aleu_ ou de _propre_, et tous les avantages de l'_immunité_.
+Ainsi prirent le caractère de fondations royales, un grand nombre de
+bénéfices qui n'avoient point été donnés à l'église par les rois.
+
+Tout porte à croire que ce fut de même dans l'intention de s'assurer
+la conservation des biens qui leur avoient été donnés, ou qu'ils
+s'étoient créés eux-mêmes par leurs travaux, que les monastères
+voulurent jouir aussi des avantages attachés aux fondations royales,
+et s'affranchir de la juridiction des évêques, qui d'abord étoient les
+dispensateurs de ces biens au même titre que de ceux des autres
+églises, et avoient ainsi le droit d'en appliquer l'usage selon qu'ils
+le jugeoient à propos; ce qui ne se faisoit pas toujours avec justice
+et discernement. Et il faut bien supposer que ce privilége des évêques
+n'étoit pas sans de graves inconvénients, puisque ce fut un saint
+évêque qui lui-même établit le premier un abbé dans un monastère, et
+l'affranchit de la juridiction de l'_ordinaire_, «dans la crainte
+qu'il eut, dit l'annaliste qui rapporte ce fait, que ses successeurs
+n'envahissent les biens de ce monastère[225].» Un monastère remis
+ainsi entre les mains du roi recevoit le nom d'abbaye; et dès ce
+moment, son abbé prenoit rang parmi les seigneurs ou grands vassaux,
+administrant lui-même ses biens, en acquittant les charges,
+fournissant directement à l'état les soldats dont auparavant il
+grossissoit le contingent des évêques, et ne reconnoissant plus
+d'autre autorité que celle de Dieu et du roi.
+
+[Note 225: Aim. lib. VIII, c. 2. Cet évêque étoit saint Germain, qui
+tenoit le siége de Paris; et le monastère qu'il affranchit ainsi étoit
+celui de Saint-Vincent, depuis l'abbaye Saint-Germain-des-Prés.]
+
+Mais il n'en étoit pas des moines comme des prêtres séculiers. Ceux-ci
+avoient leur part des biens des églises; les autres, soumis à la vie
+commune, ne possédoient rien en propre, n'avoient droit qu'au simple
+nécessaire, fixé par la règle qu'ils avoient embrassée. Tout le reste
+étoit à la disposition de leurs abbés, qui trop souvent ne faisoient
+pas de ces richesses ainsi accumulées dans leurs mains, l'usage auquel
+elles avoient été destinées, et les dissipant dans les folles dépenses
+d'un luxe scandaleux, excitoient ainsi la cupidité des laïques dont
+ils imitoient la manière de vivre, et qui, témoins de leur vie
+mondaine, durent se croire très-propres à les remplacer dans cette
+manière d'administrer des biens ecclésiastiques. C'est ainsi que se
+formèrent et se multiplièrent les _commendes_, qui n'étoient autre
+chose que le droit d'usufruit et d'administration réservé à tout
+fondateur, droit que le roi étendit des monastères _simples_, qui, à
+ce titre, avoient pu, de tout temps, être administrés par des laïques,
+aux abbayes de fondation royale, et dont il étoit le suprême
+administrateur. Or cette disposition particulière que l'on faisoit du
+bien des abbayes, sembloit ne pas avoir des inconvénients aussi graves
+que la dilapidation des biens du clergé séculier, parce que l'on ne
+dépouilloit en apparence qu'un seul homme, qui étoit l'abbé, les
+moines n'ayant droit, nous le répétons, qu'à l'absolu nécessaire, fixé
+par les statuts de leur communauté. On vit donc s'élever de toutes
+parts des commendes au profit des gens de la cour et des nobles de
+province; et sous la seule condition de pourvoir à l'entretien des
+lieux réguliers, et à la nourriture des religieux, les commendataires
+purent dissiper à leur gré, prodiguer à tel usage profane qu'il leur
+plaisoit, l'immense superflu des biens confiés à leur gestion. Ce fut
+un nouveau genre de spoliation qui n'eut point de bornes: on se
+partagea les biens des monastères comme des terres conquises; les rois
+donnèrent des abbayes aux reines, à leurs fils, à leurs filles, ils en
+gardèrent pour eux-mêmes; il n'y eut point de vassal un peu puissant
+qui ne s'en fît donner, et plusieurs mirent leur fidélité au prix de
+semblables dons. Vainement les évêques s'élevèrent contre cette
+dissipation impie et souvent inhumaine des biens des monastères, et
+menacèrent les spoliateurs des jugements de Dieu[226]: ils n'y
+gagnèrent autre chose que la vaine formalité à laquelle se soumirent
+les rois et les seigneurs de faire tonsurer ceux de leurs enfants
+qu'ils vouloient enrichir ainsi, sans rien diminuer de leurs domaines;
+et l'on conçoit que sous de tels abbés, le sort des moines n'étoit pas
+plus assuré, ni le voeu des fondateurs plus respecté que sous
+l'administration des laïques. Enfin les choses en vinrent au point que
+l'on crut nécessaire de faire des arrangements pour que la communauté
+ne manquât pas du moins des premiers besoins de la vie, et de séparer
+à cet effet de la _mense_ abbatiale la portion de bien strictement
+nécessaire à la subsistance des religieux et à la réparation des
+églises, portion à laquelle les abbés et les commendataires n'eurent
+pas le droit de toucher. Un tel remède fut pire peut-être que le mal;
+parce que délivrés, par de tels arrangements, de toute responsabilité
+sur ce qui touchoit les moines et le monastère, ces administrateurs
+disposèrent plus librement encore et avec moins de scrupule de la part
+de biens, incomparablement plus grande, qui leur étoit restée. Par
+exemple, les comtes de Paris s'étant établis commendataires de presque
+toutes les abbayes que renfermoit leur comté, une fois ce partage fait
+avec la communauté, distribuèrent à leurs gens de guerre toutes les
+terres restantes, qui furent ainsi pour toujours soustraites à la
+juridiction ecclésiastique. Ce qu'ils avoient fait, d'autres seigneurs
+le firent également dans toutes les parties de la France; et un grand
+nombre de menses abbatiales se trouvèrent ainsi sécularisées.
+
+[Note 226: Ce n'étoit pas contre les commendes en général qu'ils
+s'élevoient, puisqu'ils en possédoient eux-mêmes, mais contre la
+nomination abusive et scandaleuse des laïques à de semblables offices;
+c'étoit la dilapidation des biens des abbayes, souvent même
+l'expulsion des religieux de ces saintes demeures, qu'ils signaloient
+à la justice et à la religion du monarque: «Il y a des lieux sacrés,
+disoient-ils, qui sont devenus en entier la possession des laïques; il
+en est d'autres, qu'ils se sont en partie appropriés; il en est dont
+ils se sont donné les métairies comme leur propre héritage.» (Cap.
+Car. cal., tit. 3, c. 12, tit. 52.)]
+
+Telle est l'histoire des propriétés de l'église sous les deux
+premières races; et cette histoire n'est autre chose que le récit du
+pillage perpétuel de ces propriétés par une race d'hommes violente et
+guerrière, dont ses ministres travailloient sans cesse à adoucir les
+moeurs et à éclairer l'intelligence. Ce que lui enlevoit l'avidité des
+vainqueurs dans les moments de désordre, on voit que la piété des
+fidèles le lui rendoit dans des temps moins agités, au risque de le
+lui voir enlever encore; et que, dans ce combat sans relâche de la
+cité de Dieu contre la cité du monde, la charité et la patience de
+l'une triomphèrent à la fin de l'avarice et de la violence de l'autre.
+C'est qu'il falloit que l'église de France subsistât, Dieu ayant
+visiblement de grands desseins sur un royaume qui fut toujours le
+premier de la chrétienté; et peut-être touchons-nous au dernier
+accomplissement de ces desseins, après la dernière spoliation plus
+inique sans doute, plus funeste, plus barbare que toutes les autres,
+dont elle vient d'être la victime; spoliation qui, malgré tous les
+efforts de l'impiété, ne peut manquer d'être réparée par les mêmes
+moyens.
+
+On peut maintenant apprécier à leur juste valeur ces cris stupides de
+l'impiété, de toutes parts répétés par la prévention et par
+l'ignorance, qui accusent d'usurpation du bien d'autrui, un clergé
+sans cesse dépouillé de son propre bien; qui nous présentent comme
+plongé dans toutes les jouissances du luxe et de la mollesse des
+cénobites que leurs administrateurs laïques laissoient mourir de faim,
+comme des hommes turbulents et sanguinaires des évêques qu'une triste
+nécessité forçoit à prendre les armes, afin d'opposer quelques
+résistances à un brigandage qui s'exerçoit sur le patrimoine des
+pauvres, qui menaçoit la religion elle-même dans l'existence de ses
+ministres. L'impiété ne s'arrête point là: dévorée d'une rage que rien
+ne peut éteindre, elle va chercher dans la fange des chroniques les
+plus obscures et les plus méprisées[227], ce que ses suppôts de tous
+les âges (car elle n'a jamais cessé d'en avoir) ont pu écrire de plus
+infâme, de plus grossièrement mensonger contre les moines et les
+prêtres; et opposant avec impudence ce vil fatras de turpitude aux
+témoignages de l'histoire les plus graves, les plus avérés, les plus
+éclatants, elle ne craint pas de dépeindre comme des scélérats
+abominables, des hommes qui, d'âge en âge et jusqu'à nos jours, n'ont
+cessé de transmettre aux générations, les croyances, les préceptes, la
+morale de l'Évangile; supposant que, par un miracle plus grand, plus
+inconcevable que tous ceux qu'elle rejette, ces hommes ont pu et
+voulu, dans cette longue succession qui ne s'est pas interrompue un
+seul instant, perpétuer des croyances auxquelles ils ne croyoient pas,
+annoncer des préceptes auxquels ils n'obéissoient pas, prêcher une
+morale qu'ils ne pratiquoient pas; créant ainsi, au gré de sa haine
+extravagante, une société de nobles toujours furieux et de prêtres
+toujours hypocrites, société impossible, qui cependant a duré
+_quatorze siècles_, société la plus tyrannique qui ait jamais opprimé
+les peuples, et qui cependant a donné pour la première fois au monde
+le spectacle d'une nation où il n'y avoit plus de _maîtres ni
+d'esclaves_. La race guerrière qui subjugua les Gaules et qui y
+établit son empire fut long-temps sans doute rude et grossière dans
+ses moeurs: cependant, dès les premiers moments de la conquête, elle
+se montre pleine de respect et d'admiration pour la doctrine et la
+vertu des prêtres chrétiens; elle écoute avec docilité leurs
+avertissements les plus sévères, elle s'effraye de leurs saintes
+menaces: si, malgré cette admiration et ce respect, ces barbares
+demeurèrent encore long-temps légers, changeants, livrés à mille
+passions impétueuses, à quel excès ne se fussent point livrés des
+caractères aussi indomptables, sans ce frein que la religion sut leur
+imposer, frein salutaire qu'ils n'osèrent jamais briser, quoiqu'il ne
+suffît pas toujours pour les diriger et les retenir? car ce temps où
+il se commit de grands crimes, fut aussi celui des grandes expiations.
+Dans nos temps plus policés, nous avons surpassé les crimes et
+rarement imité le repentir: «C'est qu'alors, comme l'a dit un illustre
+écrivain que nous nous plaisons à citer, l'homme étoit emporté et
+qu'aujourd'hui il est corrompu[228].» L'ignorance étoit grande dans
+ces temps orageux, et d'autant plus profonde, d'autant plus incurable
+que ceux qui y étoient livrés se plaisoient au milieu de ses
+ténèbres[229]. Où se conservoient les dernières lueurs des lettres et
+des connoissances humaines prêtes à s'éteindre, si ce n'est dans les
+cloîtres qui rendirent ensuite à la société moderne ce qu'ils avoient
+sauvé du grand naufrage de l'ancienne société? où étoient les seules
+écoles qu'il y eût alors? auprès de la cathédrale et de la demeure des
+évêques: là étoient encore l'hôpital pour les malades, l'hospice pour
+les pélerins et les pauvres voyageurs[230]; et dans ces asiles de paix
+«la _science_ et la miséricorde s'étoient rencontrées et
+embrassées[231].» Lorsque le pouvoir politique, si foible alors sous
+des rois foibles, parce qu'il n'étoit pas naturellement constitué,
+reprenoit un peu de vigueur sous quelques princes guerriers ou d'un
+ferme caractère, à qui s'adressoit le monarque pour le rétablissement
+de l'ordre et le maintien de la justice, si ce n'est aux évêques,
+protecteurs naturels des peuples, et qui recevoient alors la noble
+mission de porter au pied du trône le cri des opprimés et de demander
+en leur nom que justice fût rendue[232]? Qu'étoit le vasselage, seul
+lieu de cette société naissante, qui, comme nous l'avons déjà dit, ne
+fut jamais entièrement rompu, sinon le respect pour la foi jurée? et
+quel autre garant pouvoit-on avoir que la religion, de la foi du
+serment? Lorsque tout n'étoit que trouble et confusion dans l'état, où
+étoient l'ordre et l'unité, sinon dans la société des _fidèles_, qui
+seule demeuroit immuable dans ses dogmes, dans ses traditions, dans sa
+discipline? Pour cette multitude que divisoient sans cesse des
+intérêts si opposés, des usurpations si manifestes, des préjugés
+d'indépendance si fortement enracinés, quel autre signe de ralliement
+que la CROIX qui, s'élevant de toutes parts, sur le sommet de leurs
+tours et sur la pointe de leurs clochers, réveilloit à tous moments
+dans leur coeur des sentiments qui leur étoient communs, de croyances
+qui pour tous étoient les mêmes, et sembloit rappeler à ne former
+qu'une seule patrie sur la terre, des hommes destinés à n'avoir qu'une
+même patrie dans le ciel? et nous pouvons défier toute la subtilité
+sophistique des incrédules de nos jours, d'expliquer comment il eût
+été possible que ce royaume de France, _formé par des évêques_; ainsi
+que l'a dit un écrivain dont sans doute ils ne récuseront pas le
+témoignage[233], eût pu être sauvé de sa ruine autrement que _par des
+évêques_; c'est-à-dire comment, sans la religion et ses ministres, il
+eût pu rester en France, après la fin de la seconde race, vestige de
+société.
+
+[Note 227: C'est ainsi que l'auteur d'un livre abominable, intitulé
+_Histoire physique, civile et morale de Paris_, présente impudemment
+comme autorités irréfragables de toutes les ordures dégoûtantes, de
+toutes les calomnies odieuses qu'il a accumulées dans son informe
+compilation, l'_Enfer des chicaneurs_, par Louis Vervin; les _Variétés
+sérieuses et amusantes_, par Sablier; les _Caquets de l'Accouchée_; la
+_Pourmenade du Pré-aux-Clercs_, poëme burlesque de Bertrand;
+l'_Espadon satirique_ de d'Esternod: la satire du poète Sigognes
+_contre son haut de chausses_, etc., etc. S'il lui arrive de consulter
+quelquefois des autorités plus graves, ce sont des _exceptions_ qu'il
+y cherche, afin de les présenter comme _règles générales_; expliquant
+ainsi très-facilement en faveur de son système de dénigrement, ce que
+l'on emploîroit précisément pour le combattre et le renverser de fond
+en comble. Au reste l'école philosophique et révolutionnaire n'a
+jamais eu d'autre méthode, depuis qu'elle a commencé sa guerre de
+plume contre la société; et cet auteur suit fidèlement la route que
+ses maîtres lui ont tracée. Avec de telles règles de critique et la
+conscience qu'elles supposent, il seroit facile de présenter saint
+Louis comme un chef de brigands, et saint Vincent de Paule comme un
+échappé des galères.]
+
+[Note 228: M. de Bonald, t. III, p. 412.]
+
+[Note 229: Les _Fidèles_ descendus des anciens _Francs_ méprisoient
+les lettres, parloient très-peu latin, n'estimoient que la profession
+des armes, et ne quittoient les camps que pour aller se confiner dans
+leurs terres; pendant près de deux siècles, leur ignorance les rendit
+incapables d'exercer aucune fonction ecclésiastique; tous les clercs
+étoient Romains.]
+
+[Note 230: _Voyez_ l'art. _Hôtel-Dieu._]
+
+[Note 231: _Misericordia et veritas obviaverunt sibi: justitia et pax
+osculatæ sunt._ (Ps. LXXXIV, II.)]
+
+[Note 232: «Les évêques parvenus à l'épiscopat par de bonnes voies,
+dit un capitulaire, doivent montrer le chemin du ciel par leur bon
+exemple et par la prédication. Ils doivent, autant qu'il est en eux,
+et tant par eux-mêmes que par leurs subalternes, assister le roi dans
+l'administration qui lui en est confiée; et quand la négligence ou la
+mauvaise volonté d'un abbé ou d'une abbesse, d'un comte ou d'un vassal
+de la couronne, leur fait rencontrer des obstacles à l'accomplissement
+de leurs devoirs, ils sont obligés d'en avertir le roi, afin
+qu'appuyés de son assistance ils puissent avoir un libre exercice de
+l'autorité qui leur appartient.» (Cap. an 823, c. 4)
+
+Agobard, archevêque de Lyon, témoin des vexations et des injustices
+dont le peuple étoit accablé de la part de ses magistrats, se croyoit
+obligé d'en avertir le chef de la justice. (Agobard. _Epist. ad
+Marfrid. procer. palat._)]
+
+[Note 233: Gibbon.]
+
+Sous les rois de la troisième race, le clergé put espérer enfin des
+jours moins agités, et pour ses propriétés des garanties et une
+protection dont, jusqu'alors, lui seul avoit été privé. Il put, de
+même que les autres membres de la société, conserver ce qui lui
+appartenoit, et opposer avec succès, aux nouveaux envahissements que
+l'on tenta contre lui, ses titres et ses priviléges. Or, dans cet
+espace de quelques lieues sur lequel ont été successivement tracées et
+élevées les diverses enceintes de Paris, et qui s'est couvert aussi
+par degrés d'un si grand nombre d'édifices et d'une population,
+jusqu'au temps où nous vivons, toujours croissante, les évêques et les
+abbés avoient beaucoup de possessions, et eurent plus à combattre que
+partout ailleurs pour maintenir leurs droits sur un coin de terre que
+la multitude des habitants d'une ville devenue capitale du royaume,
+leur disputoit, pour ainsi dire, pied à pied; et ces droits, ils
+surent cependant les abandonner, selon que l'exigeoit l'intérêt
+public, auquel il est rare qu'ils n'aient pas toujours sacrifié leurs
+propres intérêts.
+
+Par exemple les évêques de Paris possédoient, comme les autres
+prélats, des terres autour du siége de leur église, dans un temps où
+cette ville étoit presque tout entière renfermée dans la Cité, et où
+il étoit impossible de prévoir l'agrandissement immense qu'un jour
+elle devoit recevoir. Sous le règne de Louis-le-Jeune, une partie de
+ces propriétés, situées au couchant de la _ville_, étoit désignée sous
+le nom de _Culture-l'Évêque_, et prenoit naissance aux limites de
+l'ancien et du nouveau bourg Saint-Germain-l'Auxerrois. Dans ces
+terres, qui étoient devenues de la nature des fiefs, l'évêque, sous la
+seule condition de l'hommage et des redevances féodales, avoit presque
+tous les droits d'un souverain, haute et basse justice, propriété des
+serfs, perception de certains impôts, pouvoir de donner des terres à
+cens, d'établir des arrière-fiefs, etc.
+
+Les monastères fondés dans les environs de la ville avoient
+également des propriétés dans les terrains ou cultures qui, de tous
+côtés, entouroient son enceinte; et, comme nous l'avons dit, les
+abbés, affranchis de la juridiction de l'_ordinaire_, étoient, ainsi
+que les évêques, maîtres absolus dans ces propriétés, et vassaux
+immédiats de la couronne. Ils donnoient, comme propriétaires de
+fiefs, les terres dépendantes de leurs abbayes à cens ou à rentes,
+sous la condition d'y faire des cultures ou d'y élever des
+bâtiments; et c'est ainsi que s'étoient formés les bourgs
+Saint-Germain-des-Prés, Saint-Germain-l'Auxerrois, Saint-Marcel,
+etc. Dans l'intérieur, des monastères avoient été aussi fondés,
+dotés et soustraits également à la juridiction épiscopale. Il
+résultoit, de cet état de choses, une foule de droits, de
+prérogatives, de prétentions opposées, que l'on a peine à concevoir,
+et dont cependant les traces se sont conservées jusqu'à nos jours.
+Les évêques défendoient leurs priviléges contre le roi, les moines
+contre l'évêque. À mesure que la ville s'étendoit, les droits de
+_censives_ étoient réclamés sur les divers territoires qu'on y
+faisoit entrer; le roi n'obtenoit rien que par transaction, soit des
+couvents, soit des prélats, et ne devoit en effet rien obtenir que
+de cette manière; si une chapelle se trouvoit placée dans
+l'arrondissement d'un monastère, et que les besoins du culte ou tout
+autre considération portât à l'ériger en paroisse, les moines, et
+cela étoit juste encore, conservoient le droit de nommer à la cure;
+ils ne cédoient point ce droit, même lorsqu'ils abandonnoient, de
+leur propre mouvement, leur église pour quelqu'autre demeure qui
+leur sembloit plus convenable, fût-ce l'extrémité opposée de la
+ville; ces droits de patronage, trop souvent exercés par des
+laïques, se transmettoient, se cédoient par vente ou par échange; on
+les obtenoit même lorsqu'une église étoit bâtie sur une terre
+accordée _avec amortissement_[234], et c'est ainsi que se sont
+établies les diverses censives qui existoient dans la Cité, censives
+qui se sont insensiblement augmentées par les adjonctions qu'y ont
+faites les communautés, des biens qu'elles acquéroient ou de ceux
+qui leur étoient légués.
+
+[Note 234: On appelle _amortissement_ une aliénation d'immeubles faite
+au profit de gens de _main-morte_, comme de couvents, de confréries et
+autres communautés.]
+
+Nous pensons que cette histoire succincte des biens du clergé suffira
+pour faire bien entendre ce que nous avons à dire des églises et des
+fondations nombreuses que Paris renfermoit dans ses murs, des
+mutations diverses qu'elles ont éprouvées, et des rapports qui se sont
+établis entre elles et des églises situées dans d'autres quartiers de
+cette capitale.
+
+
+
+
+COUVENT DES BARNABITES.
+
+
+Cette église, bâtie au fond d'une cour, et masquée par un rang de
+maisons, est située dans la rue de la Barillerie, laquelle communique
+de la place du Palais au pont Saint-Michel. Son origine est
+très-ancienne, et remonte jusqu'à saint Éloi, orfèvre et monétaire des
+rois Clotaire et Dagobert. Ce pieux personnage ayant mérité, par ses
+vertus, l'estime et la confiance de ces deux princes, Dagobert lui fit
+don d'une maison assez vaste, située vis-à-vis du Palais. Saint Éloi
+eut d'abord le projet d'y faire construire un hôpital, mais, par des
+considérations particulières, il en fit une communauté de filles, sous
+l'invocation de saint Martial, évêque de Limoges. Plusieurs savants
+ont cru que l'église de ce dernier saint existoit déjà depuis
+long-temps[235]; mais cette opinion a été combattue, et ne semble pas
+fondée. La fondation de Saint-Éloi fut achevée vers l'an 632 ou
+633[236]. L'espace se trouvant bientôt trop étroit pour contenir le
+grand nombre de vierges qu'attiroit la célébrité du lieu, le saint eut
+recours à la bonté du roi, qui lui accorda tout le terrain que
+renferment aujourd'hui les rues _de la Barillerie_, _de la Calendre_,
+_aux Fèves_ et _de la Vieille-Draperie_. Dans tous les titres, cet
+espace est appelé _la Ceinture de Saint-Éloi_.
+
+[Note 235: L'abbé Lebeuf, Hist. du diocèse de Paris, t. I.]
+
+[Note 236: Ann. eccl., t. II, p. 856. Gall. Christ, 27. Av. 218.]
+
+Ce monastère, qui garda long-temps le nom de Saint-Martial, prit
+ensuite celui de son fondateur; et dans le neuvième siècle on ne le
+connoissoit plus que sous ce dernier titre[237]. Avant le règne de
+Charles-le-Chauve il n'étoit point encore sous la juridiction _de
+l'ordinaire_[238]; et ce fut ce prince qui l'y fit entrer, à la prière
+d'Ingelvin, évêque de Paris. Cette charte fut confirmée par
+Louis-le-Bègue en 878[239].
+
+[Note 237: Hist. eccl., Paris, t. I, p. 498.]
+
+[Note 238: On appelle ainsi la juridiction de l'évêque.]
+
+[Note 239: Baluze, Capit., t. II, col. 1493.]
+
+Le relâchement s'introduisit parmi les religieuses qui l'habitoient, et
+au commencement du douzième siècle il fut porté à un tel point, que
+l'évêque se vit forcé d'employer la rigueur pour en arrêter le scandale;
+ces religieuses furent dispersées en divers monastères éloignés, et l'on
+donna l'abbaye à Thibaud, abbé de Saint-Pierre-des-Fossés, sous la
+condition d'y mettre un prieur[240] et douze religieux de son ordre. Ces
+changements arrivèrent en 1107[241]. Dix-huit ans après, ce même abbé la
+remit entre les mains de l'évêque de Paris, Étienne de Senlis, qui la
+garda neuf ans. Pendant cet intervalle, l'église, qui étoit immense, et
+qui tomboit en ruines, fut séparée en deux par une rue qui subsiste
+encore sous le nom de Saint-Éloi. Le _chevet_ ou choeur forma une église
+nouvelle, sous le nom de l'ancien patron, Saint-Martial[242], et de la
+nef on en fit une autre, sur partie de laquelle a été bâtie celle que
+l'on voit aujourd'hui.
+
+[Note 240: Un prieur est un ecclésiastique préposé sur un monastère ou
+bénéfice qui a le titre de prieuré. Les _réguliers_ ayant acquis, par
+la libéralité des fidèles, des biens éloignés de leurs monastères,
+envoyoient dans ces domaines un certain nombre de leurs religieux,
+pour régir le temporel et desservir l'église. Le chef de cette colonie
+avoit le nom de prieur ou prévôt, et ces établissements se nommoient
+_celles_ ou _obédiences_.]
+
+[Note 241: Cart. S. Eligii.--Hist. eccl., Paris, t. I, p. 766.]
+
+[Note 242: Cette église étant entièrement ruinée, le roi avoit
+accordé, en 1715, une loterie pour la faire rebâtir; mais le peu
+d'étendue de sa paroisse fut un motif pour en empêcher la
+reconstruction: elle fut démolie en entier; on changea l'emplacement
+en presbytère, et l'on réunit ses paroissiens à ceux de
+Saint-Pierre-des-Arcis.]
+
+En 1134, l'évêque fit, de nouveau, le don de ce monastère aux mêmes
+religieux, et sous les mêmes conditions, y ajoutant toutefois celle de
+rendre à l'évêque et au chapitre de Notre-Dame les mêmes devoirs qui
+avoient été imposés aux religieuses. Ils s'y sont maintenus jusqu'en
+1530, que leur principale abbaye, nommée alors Saint-Maur-des-Fossés,
+fut réunie, avec toutes ses dépendances, à l'évêché de Paris. L'office
+y fut alors célébré par quelques prêtres séculiers. Enfin cet édifice
+tomboit de vétusté, lorsqu'en 1629 M. de Gondi, premier archevêque de
+Paris, le destina à la congrégation des clercs réguliers de
+Saint-Paul, dits Barnabites, que Henri IV avoit appelés en France en
+1608. Ces religieux, qui se consacroient aux missions et à toutes les
+autres fonctions sacerdotales, firent successivement rebâtir l'église
+et la maison qu'ils occupoient[243]. Ces constructions n'offrent rien
+de remarquable dans leur architecture.
+
+[Note 243: Le portail, élevé en 1704, est décoré de pilastres d'ordres
+dorique et ionique, et construit dans la forme pyramidale, qui étoit
+alors en usage. On a établi dans son intérieur un atelier de
+fonderie.]
+
+ CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE DES BARNABITES.
+
+ TABLEAUX.
+
+ Dans le cloître, quelques peintures, sujets tirés des Actes
+ des apôtres, par _de Berge_. Dans un parloir, la Prédication
+ de Saint-Pierre; dans l'Église, un _Ecce Homo_, et quelques
+ autres tableaux par des peintres inconnus.
+
+La bibliothèque de ces pères contenoit environ seize mille volumes, et
+une collection d'estampes assez considérable.
+
+
+
+
+PYRAMIDE DE JEAN CHÂTEL.
+
+
+Quelques années avant la révolution, on voyoit encore, devant l'église
+des Barnabites, une petite place, que, depuis, l'on a fait entrer dans
+le plan général de celle du Palais de justice. C'étoit sur cette place
+qu'avoit été autrefois située la maison du père de Jean Châtel, qui,
+le 27 décembre 1594, tenta d'assassiner Henri IV. «Sur la fin de cette
+année, dit Péréfixe, un jeune écolier âgé de dix-huit ans, fils d'un
+marchand drapier de Paris, s'étant coulé avec ses courtisans dans la
+chambre de la belle Gabrielle où étoit le roi, le voulut frapper d'un
+coup de couteau dans le ventre; mais de bonne fortune, le roi s'étant
+baissé en ce moment pour saluer quelqu'un, il ne l'atteignit qu'au
+visage, lui perça la lèvre d'en haut et lui rompit une dent.... Le
+parlement condamna le parricide à avoir le poing droit brûlé et à
+être tenaillé, puis tiré à quatre chevaux.... Le père de ce misérable
+fut banni, sa maison de devant le Palais démolie, et une pyramide
+élevée en la place»[244].
+
+[Note 244: _Extrait d'une lettre de Henri IV, écrite à différentes
+villes, aussitôt après cet attentat._
+
+«Il n'y avoit pas plus d'une heure que nous étions arrivé à Paris du
+retour de notre voyage de Picardie, et étions encore tout botté,
+qu'ayant autour de nous nos cousins le prince de Conti, comte de
+Soissons et comte de Saint-Paul, et plus de trente ou quarante des
+principaux seigneurs et gentilshommes de notre cour, comme nous
+recevions les sieurs de Ragni et de Montigny, qui ne nous avoient pas
+encore salué, un jeune garçon, nommé Jean Châtel, fort petit, et âgé
+au plus de dix-huit à dix-neuf ans, s'étant glissé avec la troupe dans
+la chambre, s'avança sans être quasi aperçu, et nous pensant donner
+dans le corps du couteau qu'il avoit, le coup (parce que nous nous
+étions baissé pour relever lesdits sieurs de Ragni et de Montigny, qui
+nous saluoient) ne nous a porté que dans la lèvre supérieure du côté
+droit, et nous a entamé et coupé une dent....... Il y a, Dieu merci,
+si peu de mal, que pour cela nous ne nous en mettrons pas au lit de
+meilleure heure.»]
+
+Personne n'ignore que les jésuites furent impliqués dans la procédure
+de cet assassin, et que ce fut l'occasion de la première persécution
+qui ait été exercée contre leur société. Il y a long-temps que cette
+oeuvre d'iniquité a été pénétrée dans toutes ses profondeurs et mise à
+découvert, de manière que, pour les esprits droits et éclairés, il
+n'est rien de plus évident que l'innocence de ces religieux, et de
+plus démontré que la malice de leurs persécuteurs. Néanmoins tant de
+calomnies atroces ont été répandues sur cette société célèbre; tant
+d'ennemis acharnés, et qui semblent se succéder contre elle d'âge en
+âge, comme une génération malfaisante, les ont répétées et propagées;
+elles ont été renouvelées avec tant de fureur, lors de la dernière
+persécution, plus odieuse que toutes les autres, dont elle a été la
+victime, et qui en a amené l'entière destruction, qu'encore que sa
+ruine ait entraîné avec elle ses ennemis eux-mêmes, et la religion, et
+la monarchie, il en est resté contre les jésuites beaucoup
+d'impressions défavorables et d'injustes préventions, qui ne nous
+permettent pas de passer légèrement sur l'une des accusations les plus
+capitales qu'on ait jamais osé élever contre eux.
+
+Les ennemis de la compagnie de Jésus étoient les huguenots, le
+parlement, et tous ceux qui étoient liés avec cette cour de
+prétentions et d'intérêts. Les huguenots avoient raison de détester
+les jésuites, puisque ceux-ci étoient, en effet, leurs plus
+redoutables adversaires; le parlement, tout plein encore du venin de
+la ligue, et qui s'étoit mis en opposition ouverte contre l'autorité
+royale, long-temps avant l'époque de la ligue et celle de la réforme,
+avoit également sujet de haïr une société uniquement formée pour
+propager et défendre les principes du catholicisme, source de toute
+autorité, et qui en est le plus ferme appui. Ligueurs et huguenots,
+en apparence si opposés les uns aux autres, étoient, en effet, animés
+d'un même esprit, celui de révolte et d'indépendance; et la perte des
+jésuites avoit été également jurée par l'un et l'autre parti.
+Douteroit-on de cette haine commune à tous les deux? Elle va nous être
+attestée par un écrivain contemporain.
+
+«Après l'attentat de Jean Châtel, dit l'historiographe Dupleix, les
+_huguenots_ et les _libertins_, sous prétexte d'un fervent zèle pour
+le salut du roi, sur le bruit que cet escolier débauché avoit estudié
+sous les jésuites, publièrent qu'il estudioit encore sous eux, et
+qu'il avoit confessé qu'ils l'avoient induit à commettre un parricide
+exécrable en la personne de Sa Majesté par diverses persuasions et
+artifices, dont les bons François _trop crédules_ furent grandement
+esmeus, et sur l'heure lancèrent mille exécrations, maudiçons et
+imprécations contre les jésuites, plusieurs criant qu'il les falloit
+égorger et jeter dans la rivière... Les jésuites étoient haïs
+_d'aucuns des_ JUGES mêmes; mais ni PREUVE NI PRÉSOMPTION ne pouvant
+être _arrachée_ de la bouche de l'assassin, par la violence de la
+torture, pour _rendre_ les jésuites _complices_ de son forfait, des
+commissaires furent députés pour aller fouiller tous les livres et
+écrits de cette compagnie[245]».
+
+[Note 245: Hist. de Henri-le-Grand, page 163.]
+
+Suivons toutes les traces de cette affaire, et ne marchons qu'appuyés
+sur des autorités irrécusables. «Ni _preuve ni présomption_ contre les
+jésuites n'avoient pu être arrachées de la bouche de l'assassin.»
+Douteroit-on de la véracité de l'historien qui nous a transmis cette
+circonstance? Écoutons de l'Étoile, ennemi mortel des jésuites. «Jean
+Châtel, dit-il, par son interrogatoire, _déchargea du tout_ les
+jésuites, même le père Guéret, son _précepteur_[246].» Matthieu,
+Cayet, les Mémoires de la ligue, M. de Thou, sont, sur ce point, d'un
+accord unanime, et reconnoissent avec de l'Étoile que Châtel disculpa
+formellement les jésuites, non-seulement de lui avoir conseillé
+d'assassiner le roi, mais même d'avoir eu la moindre connoissance de
+son dessein[247].
+
+[Note 246: Journ. de l'Étoile. An 1595.]
+
+[Note 247: Matth., t. II, liv. 1, p. 182.--Cayet, liv. VI, p.
+430.--Mém. de Sully, t. II, p. 457. Éd. de 1763.--De Thou, liv.
+3.--Cependant on n'avoit rien négligé pour lui arracher son secret; et
+pour y parvenir, on avoit employé jusqu'au sacrilége; car nous
+apprenons de l'Étoile que Lugoly, lieutenant de la maréchaussée,
+s'étoit déguisé en ecclésiastique, et avoit été introduit en qualité
+de confesseur auprès de J. Châtel.]
+
+Cependant des commissaires sont députés pour aller _fouiller les
+livres et écrits de cette compagnie_, et cela uniquement parce que le
+régicide avoit étudié pendant trois ans sous un jésuite, le père
+Guéret; et bien «qu'en DERNIER LIEU, il eût étudié aux écoles de droit
+de l'université[248],» on ne pensa point à aller fouiller, ni les
+livres, ni les écrits de l'université. Quatre conseillers se
+transportèrent donc au collége des jésuites, où ils firent la visite
+de plusieurs chambres. «On trouva dans celle du père Guignard (qui
+étoit le bibliothécaire de la maison), parmi plusieurs écrits, un
+papier écrit de sa main, en 1589, dans le temps qu'on assassina Henri
+III: c'étoit de ces libelles que les troubles avoient enfantés, et
+qu'une _curiosité indiscrète_ faisoit garder[249].» Ajoutons que
+c'étoient de ces libelles tels que, cinq ans auparavant, on en
+composoit en faveur du parlement, peut-être même par ses ordres, et
+bien certainement dans ses vues, et avec son approbation[250].
+
+[Note 248: Voyez le continuateur _janséniste_ de Fleury, Hist.
+ecclésias., t. XXXVI.]
+
+[Note 249: Ibid.]
+
+[Note 250: «Une chose notable, c'est que les juges qui condamnèrent
+Guignard, parce que Louis MASURE, _ennemi déclaré des jésuites et
+député_ de la cour, avoit trouvé des anciens écrits de ce jésuite, ces
+mêmes juges étoient, _pour la plupart_, de ceux qui avoient assisté au
+jugement _de l'arrêt donné contre le feu roi_, l'an 1589, qui est une
+CHOSE ÉTRANGE.» (De l'Étoile. Journ. d'Henri IV,--t. II, p. 155 et
+suiv.)]
+
+La découverte d'un tel écrit, au milieu des papiers du bibliothécaire
+d'un collége, lorsqu'on sortoit à peine d'un temps de guerres civiles,
+qui avoit vu naître des milliers de semblables productions que l'on
+conservoit impunément partout, dont les collections existoient sans
+doute alors, puisqu'on les trouve encore aujourd'hui dans nos
+bibliothèques, constituoit-elle un délit suffisant, nous ne dirons pas
+pour faire arrêter ce bibliothécaire et lui faire subir le dernier
+supplice, mais seulement pour le faire réprimander et admonester par
+ceux qui avoient trouvé cette pièce et qui s'en étoient saisis[251]?
+Non, sans doute. Que sera-ce donc si le témoignage le plus grave nous
+force à douter de l'existence même de ce prétendu délit? Écoutons
+l'illustre chancelier de Chiverny, par l'ordre duquel fut instruit le
+procès de Jean Châtel:
+
+[Note 251: Si le père Guignard avoit seulement conservé cet écrit, il
+n'étoit pas plus coupable que les autres gardiens de bibliothèques.
+S'il l'avoit composé lui-même, c'étoit pendant les égaremens de la
+ligue; et il y avoit eu amnistie pour tous les ligueurs, y _compris_
+le parlement.]
+
+«Sur l'occasion que Jean Châtel avoit estudié quelques années au
+collége des jésuites, et que les PREMIERS du parlement _leur vouloient
+mal_ d'assez long-temps, ne cherchant qu'un prétexte _pour ruiner
+cette société_, trouvant celui-ci _plausible_ à tout le monde, ils
+ordonnèrent et commirent quelques-uns d'entre eux qui étoient LEURS
+VRAIS ENNEMIS, pour aller chercher et fouiller partout dans le collége
+de Clermont, où ils trouvèrent véritablement, ou peut-être
+SUPPOSÈRENT, _ainsi que quelques-uns l'ont cru_, certains écrits
+particuliers contre la dignité des rois, et quelques mémoires contre
+le feu roi Henri III[252].
+
+Le père Guignard ayant été mis en jugement et appliqué à la question,
+on lui produit cet écrit trouvé peut-être véritablement dans sa
+chambre, _peut-être supposé_. Sur cet attentat d'un nouveau genre, il
+est déclaré coupable du crime de lèse-majesté par des juges qui, cinq
+ans auparavant, avoient porté contre le roi _un arrêt régicide et
+sacrilége_, et condamné par eux à mourir attaché à un gibet. Il marche
+à cette mort infâme avec un admirable courage; prêt de monter à
+l'échelle ses dernières paroles sont des paroles de paix; il y
+proteste de nouveau avec douceur et tranquillité de son innocence et
+de celle de sa compagnie, et meurt avec la résignation d'un
+martyr[253].
+
+[Note 252: Mém. d'Est., etc., p. 241.]
+
+[Note 253: «Guignard, étant conduit au supplice, soutint toujours
+qu'il avoit _toujours_ été d'avis de prier Dieu pour Sa Majesté. Il ne
+voulut jamais crier _merci_ au roi, disant que depuis qu'il s'étoit
+converti, il ne l'avoit jamais oublié au _Memento_ de la messe. Étant
+venu au lieu du supplice, il protesta de son innocence, et néanmoins
+ne laissa _d'exhorter_ le peuple à l'_obéissance_ au roi, et
+_révérence_ au magistrat; même fit une prière tout haut pour Sa
+Majesté, à ce qu'il plût à Dieu lui donner son saint esprit..... puis
+pria le peuple de prier Dieu pour les jésuites, et n'ajouter foi
+_légèrement aux faux rapports_ que l'on faisoit courir d'eux; qu'ils
+n'étoient point _assassins des rois_, comme on vouloit le leur faire
+entendre, ni fauteurs de telles gens _qu'ils détestoient_; et que
+_jamais_ les jésuites n'avoient _procuré_ ni _approuvé_ la mort de roi
+_quelconque_. Ce furent ses dernières paroles avant de monter à
+l'échelle.» (Mém. d'Estat. _Loc. cit._)]
+
+On n'avoit point trouvé d'écrit chez le père Guéret. Tout son crime
+étoit d'avoir été pendant trois ans le RÉGENT de Jean Châtel. Le
+parlement jugea, dans sa sagesse, que tout jésuite devoit répondre de
+tout élève qui avoit étudié sous lui, à quelque époque que ce pût être;
+et le régent du régicide fut aussi arrêté, interrogé et appliqué à la
+question. Ce fut encore un spectacle bien touchant que celui de la
+constance et de la résignation de ce bon père au milieu des traitements
+barbares qu'on lui faisoit éprouver[254]. Comme il n'avoua rien, qu'il
+n'y avoit contre lui aucun indice et qu'il n'avoit point d'accusateurs,
+ses juges crurent devoir y mettre de la _modération_[255], et le
+condamnèrent seulement à être banni à perpétuité, «pour avoir été, dit
+l'arrêt, le PRÉCEPTEUR de Jean Châtel.» «Le _précepteur_ de Jean
+Châtel!» s'écrie un apologiste des jésuites au sujet de cette
+qualification étrange inusitée, que l'on employa en cette occasion avec
+une affectation si marquée; «certes la qualité de précepteur décèle ici
+la passion des juges, qui affectoient de confondre celui qui donne des
+leçons publiques à tous ceux qui viennent l'entendre, avec celui qui
+forme en particulier l'esprit et le coeur d'un élève dont il est chargé
+spécialement. Il est vrai que Châtel avoit fait sa philosophie sous le
+père Guéret; mais Calvin et Bèze n'avoient-ils pas fait toutes leurs
+études en Sorbonne? s'est-on avisé d'imputer à cette célèbre école les
+guerres civiles dont le calvinisme a été la source? mais Châtel lui-même
+n'avoit-il pas fait toutes ses classes à l'université, avant de faire sa
+philosophie au collége? Et après être sorti du collége, n'avoit-il pas
+repris ses études à l'université? Que la haine est inconséquente! on ne
+dit rien aux premiers maîtres de Châtel, dont les leçons devoient
+paroître plus suspectes à toutes sortes de titres; on ne dit rien aux
+derniers maîtres de Châtel, au professeur en droit, sous lequel ce
+monstre étudioit actuellement, et l'on applique à la question, et on
+livre au supplice et à l'infamie, et on extermine les jésuites, parce
+que Châtel, dans l'intervalle de ses études, commencées et reprises à
+l'université, avoit étudié quelque temps sous les jésuites qu'il
+_déchargea de tout_ dans ses interrogatoires[256]!
+
+[Note 254: «Guéret ne confessa jamais rien, dit de l'Étoile, et
+_pourtant_ fut mis à la question où il se montra fort constant, et
+devant fit cette prière en latin tout haut: _Jesu-Christe, fili Dei
+vivi, qui passus es pro me, miserere mei et fac ut sufferam patienter
+tormentum hoc quod mihi præparatum est, quod merui et majus adhuc_;
+ATTAMEN TU SCIS, Domine, quòd mundus sum et innocens ab hoc peccato».
+«Ce qui signifie: Jésus-Christ, fils du Dieu vivant, qui avez souffert
+pour moi, ayez pitié de moi, et faites que je souffre avec patience le
+tourment qui m'est préparé; je l'ai mérité et un plus grand encore;
+_cependant vous savez_, Seigneur, que _je suis pur et innocent_ du
+péché qu'on m'impute. Après cette prière étant tiré, il ne jeta aucun
+soupir ni plainte de douleur: seulement réitéra cette prière: _Jesu
+Christe, fili Dei vivi_, etc.». (Journ. d'Henri IV, t. II, page 168.)]
+
+[Note 255: À l'égard du père Guignard, le procureur général avoit
+conclu de même au bannissement, «et il y a grande apparence, dit le
+même de l'Étoile, que _s'il ne fût venu à mauvaise heure_, comme on
+dit, il en auroit été quitte pour cela.» (_Ibid._) Il étoit assez
+fâcheux sans doute pour des jésuites, qui ne pouvoient choisir ni
+deviner la _bonne heure_ du parlement, d'être pendus pour être venus à
+_sa mauvaise heure_.]
+
+[Note 256: Compte rendu au public des comptes rendus aux divers
+parlemens, etc., t. II.]
+
+Mais supposons même un instant coupables ces deux religieux, dont le
+témoignage uniforme de tous les historiens, les interrogatoires
+juridiques du régicide, leurs propres interrogatoires, le caractère
+connu de leurs juges, les formes rapides et violentes de la procédure
+élevée contre eux, tout, jusqu'aux pièces de conviction et aux motifs
+dérisoires de leur condamnation, rend l'innocence plus évidente et
+plus claire que la lumière du jour: étoit-il raisonnable de rendre la
+société des jésuites responsable du crime de deux de ses membres, de
+l'envelopper tout entière dans leur ruine; et une sorte de pudeur ne
+devoit-elle pas empêcher le parlement de concevoir même l'idée d'une
+aussi monstrueuse injustice? Non-seulement il put en concevoir l'idée,
+mais encore la consommer. Un arrêt qu'il rendit chassa de France tous
+les jésuites, comme _complices_ du père Guéret, auquel, peu de jours
+après, ce même parlement ouvrit les portes de sa prison, pour n'avoir
+pu lui découvrir ni crime ni accusateur. Tel fut le dénoûment de cette
+intrigue qu'on ne sait comment qualifier, qui affligea et déconcerta
+tous les gens de bien, même parmi ceux qui n'aimoient pas les
+jésuites; qui fut la joie, le triomphe et en partie l'ouvrage des
+sectaires protestants[257], qui montre à tous les yeux, et plus
+clairement qu'on ne l'avoit pu voir encore, quel étoit l'esprit
+_parlementaire_, et s'il n'étoit comprimé, de quels dangers il
+menaçoit la monarchie et la religion.
+
+[Note 257: Mém. de du Plessis, t. II, p. 500.--Journal de Henri III,
+t. V, p. 424.]
+
+La pyramide fut élevée, «et ès diverses faces furent gravées diverses
+inscriptions à l'opprobre des jésuites.... Car ceux qui inventoient
+les plus satiriques et poignantes contre leur société, étoient les
+_mieux venus_ de ceux qui _avoient pris la direction de cet
+ouvrage_[258].» C'est-à-dire des magistrats.
+
+[Note 258: Dupleix, Hist. de Henri-le-Grand.]
+
+Cependant quelle étoit l'opinion de Henri IV sur tous ces actes si
+violents et si passionnés de son parlement? Considéroit-il
+effectivement les jésuites comme ses ennemis? Appuyoit-il ces mesures
+que l'on sembloit prendre pour sa sûreté et pour rendre sacrée et
+inviolable aux yeux des peuples la personne des rois? En 1762, lorsque
+le parlement _philosophe_ acheva si heureusement ce qu'avoit commencé
+le parlement _ligueur_[259], on produisit comme extrait de ses
+registres un édit de ce roi, qui confirmoit l'arrêt de bannissement
+porté en 1595 contre la compagnie de Jésus, et apposoit ainsi le sceau
+de l'autorité royale au grand et mémorable jugement qui avoit été
+rendu à l'égard de cette compagnie; mais l'apologiste des jésuites
+déjà cité[260] prouva, de manière à couvrir d'une éternelle confusion
+ceux qui faisoient valoir une semblable pièce, que cet édit avoit été
+inconnu à tous les écrivains qui ont pu et dû le connoître; inconnu
+aux historiographes de Henri IV, à ses ministres, à ses ambassadeurs,
+à ses négociateurs dans les cours étrangères, aux magistrats, gens du
+roi et parlements qui ont dû l'enregistrer; inconnu au chancelier de
+France qui auroit dû le dresser, le sceller et l'expédier, inconnu au
+pape qui devoit s'y intéresser si vivement, inconnu aux jésuites qu'il
+proscrivoit et au roi lui-même qui l'avoit rendu; que, considéré en
+lui-même, il étoit contradictoire dans le fond, et choquoit tous les
+caractères de la législation; qu'il étoit irrégulier dans sa forme,
+barbare dans son style, ridicule par son orthographe, évidemment faux
+par sa date et par les variantes des différents textes qui en ont été
+produits; enfin que de toutes les impostures historiques et
+politiques, et de toutes les pièces fabriquées, il n'y en eut jamais
+de plus grossière et de plus impudente.
+
+[Note 259: C'est-à-dire leur entière destruction projetée dès le
+premier moment de leur existence, préparée par les efforts combinés de
+toutes les sectes de la prétendue réforme, hautement provoquée depuis
+et même prédite par les jansénistes et par tous les suppôts de la
+moderne philosophie.]
+
+[Note 260: Compte rendu déjà cité.]
+
+Mais si Henri IV n'a point confirmé cet arrêt, l'a-t-il approuvé? Nous
+trouvons que le 14 janvier 1595, c'est-à-dire peu de jours après le
+départ des jésuites, M. de Villeroi, ministre du roi, écrivit une
+longue lettre à d'Ossat[261], alors chargé d'affaires de la cour de
+France à Rome, dans laquelle, lui rendant compte de tous ces
+événements, il lui explique les motifs qui ont engagé le roi _à
+souffrir l'exécution de l'arrêt_; et ces motifs, nous les ferons
+connoître toute à l'heure. Le 31 du même mois, d'Ossat, répondant au
+ministre, lui fait un récit détaillé de ce qui s'est passé dans
+l'audience qu'il a obtenue du Pape à ce sujet, audience dans laquelle
+le pontife se montre très-instruit du fond de l'affaire et fort
+affligé de la conduite inique du parlement; et sur les paroles assez
+vives que lui adresse à cette occasion Sa Sainteté, M. d'Ossat ne peut
+dire autre chose sinon qu'_à tout événement_, si le parlement avoit
+_excédé_ en quelque chose, _ce ne seroit point la faute du roi_. Puis
+il prouve que, dans la circonstance présente, il est plus sage et plus
+utile pour la cour de Rome de prendre en _bonne part_ ce qui s'est
+passé, que «de se mettre en nécessité d'en demander réparation, et en
+danger plus certain de _ne l'avoir jamais_...., et corroborer de plus
+en plus le SCHISME qui n'est déjà _que trop avancé_[262].»
+
+[Note 261: Depuis le cardinal d'Ossat.]
+
+[Note 262: Lettres du cardinal d'Ossat., 16 et 17.]
+
+L'ambassadeur de France n'a point d'autre réponse à faire aux
+ministres du saint Père, lorsqu'ils reviennent avec lui sur ce fâcheux
+événement, que de leur faire part de cette lettre de M. de Villeroi,
+dans laquelle celui-ci «rejette la résolution et exécution dudit
+arrêt, principalement _sur la force et nécessité du temps et des
+choses_ qui n'avoient permis d'en user autrement[263].»
+
+[Note 263: _Ibid._ Lett. 23.]
+
+Sur les plaintes _modestes_ que lui porte le général des jésuites de
+cet injuste arrêt, que répond-il encore? «Qu'il en étoit marry, mais
+qu'il pouvoit l'assurer que _le roi n'y avoit aucune part_;» puis il
+ajoute, et ceci est très-remarquable: «Que la cour du parlement
+faisoit des arrests _sans en demander congé ni advis_ à Sa Majesté; et
+quand le roi eût été dans Paris même, il _n'en eût rien sçu_ avant que
+ledit arrest eust été donné: _beaucoup moins l'avoit-il pu sçavoir_ en
+étant loin, et en un siége[264].» Du Perron confirme dans une autre
+occasion ce qu'avoit dit d'Ossat, que le bannissement des jésuites _ne
+provenoit d'aucune impulsion de Sa Majesté_[265]. Le duc de
+Luxembourg, ambassadeur à la cour de Rome quelques années après, fait
+de même tous ses efforts pour persuader au pape que le roi n'avoit
+aucune part aux arrêts portés contre les jésuites; enfin, l'année même
+de leur bannissement, on propose à Henri IV un jésuite pour légat en
+France[266]: il l'accepte volontiers. Ce jésuite meurt l'année
+suivante; le roi se montre très-sensible à sa perte, et lui fait
+rendre après sa mort des honneurs qui témoignent l'estime singulière
+qu'il en faisoit[267].
+
+[Note 264: _Ibid._ Lett. 118.]
+
+[Note 265: Dupleix, Hist. de Henri-le-Grand.]
+
+[Note 266: Le jésuite Tolet.]
+
+[Note 267: Ce monarque ordonna, en 1596, qu'on fit par toutes les
+villes de son royaume, un service solennel pour le repos de l'âme, du
+jésuite Tolet; et il assista lui-même à celui qui fut fait dans la
+cathédrale de Rouen, où il étoit alors.]
+
+Quels motifs pouvoient donc déterminer un prince qui, dans la bonne et
+la mauvaise fortune, avoit constamment montré tant de pénétration
+d'esprit et de force de caractère, à souffrir que, contre sa volonté,
+et même contre ses propres affections, une injustice aussi criante fût
+consommée dans ses états, par des gens qui n'avoient d'autre pouvoir
+que celui que ses prédécesseurs et lui-même leur avoient concédé, et
+qui ne pouvoient légitimement l'exercer qu'avec leur bon plaisir et
+sous leur protection? On a déjà pu voir par les diverses paroles
+échappées aux ministres et aux agents de Henri, à quel point
+l'embarrassoit ce parlement, si long-temps le foyer de la révolte et
+des guerres civiles; et qui, dans ces premiers moments où la paix
+venoit d'être faite entre le roi et ses sujets, demeuroit encore le
+point de ralliement de tous les mécontents, c'est-à-dire, tout à la
+fois des impies et des fanatiques. D'un côté, abusant lâchement de
+cette situation périlleuse où se trouvoit encore _son maître et
+seigneur_, il rendoit des arrêts, _sans lui en demander congé ni
+advis_, sans daigner même _lui en donner connoissance_; de l'autre, si
+Rome eût osé se plaindre, il levoit l'étendard du SCHISME qui _n'étoit
+déjà que trop avancé_. La politique exigeoit donc que son insolence
+fût soufferte, et l'abus qu'il faisoit de son pouvoir, toléré; et les
+considérations qui faisoient différer au roi le rappel des jésuites,
+sont très-bien présentées par l'historiographe déjà cité:
+«premièrement, dit-il, il ne le pouvoit, sans annuler l'arrêt donné
+_fraîchement_ par son parlement, ce qui eût semblé _alors_ injurieux;
+et avec le temps qui _donne diverses faces aux affaires_, l'action en
+pouvoit être moins odieuse. En second lieu, le roi étant aux prises
+avec l'Espagnol, ne se pouvoit passer du service de ses subjets
+religionnaires, lesquels, déjà outrés de sa conversion, _l'eussent
+abandonné_, s'il eût rappelé les jésuites.... Par une troisième
+considération, le roi craignoit d'offenser la reine d'Angleterre,
+l'alliance de laquelle lui étoit grandement nécessaire; mais après
+avoir mis fin aux guerres étrangères, rangé le Savoyard à la raison,
+étouffé la conjuration du maréchal Biron, renouvelé son alliance avec
+les Suisses, fermement établi la paix en son royaume, et le roi
+d'Écosse ayant succédé à la couronne d'Angleterre, il se résolut
+_facilement_ à rappeler les jésuites[268].»
+
+[Note 268: Dupleix, Hist. de Henri-le-Grand.]
+
+«C'est alors en effet que, véritablement maître dans son royaume,
+connoissant l'INNOCENCE des jésuites et les services qu'ils rendoient
+à l'Église[269];» «sachant que le commun désir des catholiques étoit
+de les revoir, leur absence n'ayant servi qu'à mieux faire connoître
+le _bien et le profit de leur présence_[270]; cédant à son propre
+désir et à ce voeu général exprimé par ce qu'il y avoit de plus grand
+dans le royaume. Car il y avoit peu de princes officiers de la
+couronne et seigneurs catholiques qui ne contribuassent leur
+recommandation en faveur des jésuites[271].» C'est alors, disons-nous,
+que ce grand roi ordonna le rappel tant désiré de cette illustre
+société; et cet acte éclatant de justice et de haute et prévoyante
+politique, il le fit, «malgré les artifices d'_aucuns de ce grand
+sénat_ qui avoient _une étrange aversion_ au rappel des jésuites.....
+malgré les libertins et les religionnaires qui _faillirent en forcener
+de rage_[272].» Cet oeil si perçant et si sûr avoit su pénétrer tout
+ce qu'il y avoit de profond et d'admirable dans la législation des
+jésuites qu'il considéroit comme le chef-d'oeuvre de la politique
+chrétienne[273]; et jamais il n'y eut d'apologie plus énergique et
+plus éloquente de cet institut, que la réponse à jamais mémorable
+qu'il fit aux remontrances que le parlement osa lui adresser au sujet
+de son rétablissement, par l'organe de son premier président, M. de
+Harlay. Henri IV y prouve par des paroles aussi pleines de franchise
+et de vie que celles de l'orateur du parlement étoient embarrassées et
+captieuses, l'innocence, le désintéressement, l'humilité, la pureté
+des moeurs, la charité, le dévouement, l'habileté des jésuites, leur
+fidélité envers le roi, d'autant plus grande qu'ils étoient plus
+fidèles envers l'Église de Dieu; combien étoient vils et odieux les
+motifs de la jalousie qui animoit contre eux leurs ennemis et leurs
+rivaux; combien étoit excellente leur règle monastique, ayant en
+elle-même tous les caractères qui pouvoient en assurer l'utilité, la
+force et la durée; et à travers cette noble et vigoureuse réponse,
+perce un mépris assez grand pour ces gens de robe qui pouvoient
+s'honorer en remplissant leur charge, laquelle étoit de rendre la
+justice, et qui se rendoient en effet méprisables en se mêlant de
+faire les politiques: «J'ai toutes vos conceptions et services en la
+mienne, leur dit-il; mais vous n'avez pas la mienne en la vôtre. Vous
+m'avez proposé des difficultés qui vous semblent grandes et
+considérables, et n'avez cette considération que tout ce qu'avez dit,
+a été pesé par moi, il y a huit ou neuf ans; _vous faites les
+entendus_ en matière d'état; et vous n'y entendez non plus que moi à
+rapporter un procès[274].»
+
+[Note 269: Choisy, Hist. de l'Égl., 1743, in-4º, t. X, liv. 31, ch.
+4.]
+
+[Note 270: Dupleix, Hist. de Henri-le-Grand.]
+
+[Note 271: _Ibid._]
+
+[Note 272: _Ibid._]
+
+[Note 273: Il disoit, en parlant des fondations faites en faveur de la
+société, «que les fondateurs auroient de la joie, s'ils revenoient au
+monde, de voir faire un si bon emploi de leurs biens. Ils ont _de
+bonnes lois_, ajoutoit-il, parlant encore des jésuites à ses ministres
+assemblés; laissons-les vivre selon leur règle, et qu'on ne me parle
+plus d'y rien changer.» (Vie du père Cotton, liv. II.)]
+
+[Note 274: C'est dans ce discours qu'il déclara que tant s'en falloit
+qu'un jésuite eût trempé dans le projet d'assassinat de Barrière, que
+ce fut un jésuite qui l'_avertit de son entreprise_; et qu'un autre
+assura ce misérable qu'il seroit _damné_, s'il osoit l'entreprendre,
+etc. Enfin lorsque les jésuites vinrent apporter aux pieds de leur
+bienfaiteur l'hommage de leur vive reconnoissance, voici le discours
+que leur tint ce grand roi: nous le rapportons en entier sans y
+changer un seul mot.
+
+«L'assurance suit la confiance, dit Henri IV; je me _confie en vous_,
+assurez-vous de moi; avec ce papier (le catalogue des colléges qu'ils
+tenoient de sa munificence), je reçois les coeurs de toute votre
+compagnie, et avec les effets, je vous témoignerai le mien. J'ai
+toujours dit que ceux qui craignent et aiment bien Dieu, ne peuvent
+faire que bien, et sont _toujours les plus fideles à leur prince_.
+Nous nous sommes _détrompés_; je vous estimois _autres que vous
+n'êtes_, et vous m'avez trouvé _autre que vous ne m'estimiez_. Je
+voudrois que _c'eût été plus tôt_, mais il y a moyen de récompenser le
+passé: _aymez-moi, car je vous ayme_.» (Matth., panégyr. de Henri
+IV.)]
+
+La pyramide, ce monument que _l'impudence_ et _la malignité_ avoient
+consacré[275], que le parlement avoit fait élever aux dépens des
+jésuites dont il avoit confisqué les biens, fut renversée par ordre de
+ce grand roi; elle le fut en plein jour, malgré les alarmes hypocrites
+des ennemis des jésuites, qui, affectant de craindre un soulèvement
+populaire, conseilloient de ne l'abattre que la nuit[276], «et la
+gloire du rappel des jésuites, dit Mézeray lui-même, résulta de
+l'ignominie de leur bannissement.»
+
+[Note 275: Ces expressions, nous les empruntons à un membre même de la
+magistrature, le président de Grammond: _pyramidam dirui mandat_,
+vetus in jesuitas monumentum procacitate respersum et satirâ. (_Hist.
+gall._, p. 107.)]
+
+[Note 276: Le père Cotton, confesseur du roi, qui vit l'artifice
+«soutint que la pyramide devoit être démolie pendant le jour, disant
+tout haut que Henri IV n'étoit point _un roi de ténèbres_». (Journal
+de Henri IV, t. III.) Son avis prévalut comme le plus judicieux: le
+pilier «fut renversé en plein jour, au mois de mai, par le lieutenant
+civil Miron, envoyé pour ce sujet par Sa Majesté.» (Mém. de Sully,
+liv. XX).]
+
+N'ayant pu empêcher la destruction de la pyramide, les mécontents
+voulurent du moins en conserver l'image, et recueillir surtout les
+inscriptions[277] dont elle étoit chargée. On en reproduisit donc
+l'estampe gravée depuis long-temps; et les calvinistes ainsi que les
+magistrats en ornèrent à l'envi leurs cabinets, jusqu'à ce que le roi,
+«pour oster du tout la mémoire à l'advenir de ce pilier, en envoya
+enlever la planche de cuivre chez l'imprimeur Leclerc, qui l'avoit
+faite dès l'an 1595[278].»
+
+[Note 277: L'auteur de l'_Histoire physique, civile et morale de
+Paris_, rapporte exactement dans son livre (t. III, p. 420) toutes ces
+longues et fastidieuses inscriptions, où la même idée est répétée
+jusqu'au dégoût; et cette idée n'est pas autre chose que l'expression
+d'une haine contre les jésuites, furieuse jusqu'au délire. Au reste,
+dans tout ce que sa propre rage a pu inspirer à cet écrivain contre
+ces religieux, il n'y a pas un mot qui ne soit une bévue, un mensonge
+ou une calomnie; et cependant, telle est la puissance de la vérité,
+qu'à l'occasion du supplice du père Guignard, il ne peut s'empêcher
+d'avouer que le parlement poussa la rigueur _jusqu'à l'iniquité_. (T.
+III, p. 418.)]
+
+[Note 278: Mercure françois, an 1605.]
+
+C'est d'après une de ces gravures devenues extrêmement rares que nous
+donnons ici la représentation exacte de ce monument. L'architecture en
+est singulière: l'édifice s'élevoit sur un plan carré d'ordre ionique;
+il étoit composé, sur chacune de ses faces, de deux pilastres, avec
+entablement et fronton, une attique, un second fronton, quatre
+acrotères ornés de figures, et une aiguille en pierre surmontée d'une
+croix[279]. Cette construction, dans laquelle on reconnoît le goût
+déjà corrompu de ce temps-là, n'offre aucun caractère décidé; elle
+est, comme tous les monuments de la même époque, surchargée
+d'ornements, et composée de parties incohérentes.
+
+[Note 279: Voyez pl. 25.]
+
+
+
+
+ÉGLISE ROYALE ET PAROISSIALE
+
+DE SAINT-BARTHÉLEMI.
+
+
+Cette église, qui étoit située vis-à-vis le Palais, dans la rue qui
+porte son nom, est une de celles qui servent à faire connoître, par
+leur situation et leurs dépendances, l'ancien état de la Cité et même
+de la ville de Paris. Son origine remonte jusqu'aux rois de la
+première race, ce qui est prouvé par un fragment d'un auteur anonyme,
+lequel écrivoit sous le roi Robert[280]. Cet auteur nous apprend
+qu'elle avoit été _anciennement_ bâtie par nos rois, et comme le mot
+_antiquitùs_ qu'il emploie ne peut être entendu que d'une longue suite
+d'années, et même de plusieurs siècles, MM. Jaillot et Lebeuf en ont
+conclu avec raison qu'elle existait avant les rois de la seconde race.
+
+[Note 280: Duch. t. III, p. 344.--Dubois, t. I, p. 547.--Ann. Bened.,
+t. III, p. 719.]
+
+Une autre particularité que l'on trouve dans le même anonyme, c'est
+que «les fidèles, de même que les rois, y avoient fait transporter les
+reliques et corps de plusieurs saints, pour enrichir, ainsi qu'il
+convenoit, une chapelle _royale_.» Or, un grand nombre de témoignages
+ne permettant pas de douter qu'il n'y ait eu, dès les premiers temps,
+un palais dans la Cité, ce passage porte à croire que cette église en
+étoit la chapelle; et sans doute elle avoit pris le nom de
+_Saint-Barthélemi_, à l'occasion de quelques reliques de ce saint
+qu'on y avoit apportées de l'Orient sous le règne de Clovis ou de
+Childebert, comme on peut le conjecturer d'un passage de Grégoire de
+Tours.
+
+Cette chapelle étoit desservie par des chanoines: outre les biens dont
+ils jouissoient par la libéralité de nos rois, ils avoient encore, sur
+le chemin de Saint-Denis, un oratoire sous le titre de _Saint-Georges_,
+avec un terrain assez considérable qui l'environnoit, et dont une partie
+leur servoit de cimetière. Cet oratoire, qui prit depuis le nom de
+_Saint-Magloire_, ne se trouva renfermé dans la _ville_ que lors de
+l'enceinte que fit faire Philippe-Auguste.
+
+Vers l'an 963, ou, selon d'autres, en 965, il arriva qu'un évêque
+d'Aleth[281] et plusieurs autres prêtres et religieux transportèrent à
+Paris un grand nombre de reliques, qu'ils vouloient soustraire aux
+insultes des Normands, qui ravageoient alors l'Armorique. Parmi ces
+reliques étoit le corps de saint Magloire: Hugues Capet, à cette
+époque duc de France, les fit solennellement déposer dans la chapelle
+de Saint-Barthélemi. La guerre étant terminée, chacun de ces exilés
+voulut s'en retourner dans son pays avec son trésor; Hugues, qui n'y
+consentit qu'à regret, obtint d'eux, pour prix de l'hospitalité qu'il
+leur avoit accordée, le corps entier de saint Magloire, et quelques
+autres parties des corps saints qu'ils avoient apportés. Il conçut
+aussitôt le projet d'agrandir cette chapelle, et d'y fonder une
+abbaye, pour honorer davantage des reliques aussi précieuses. Ce
+projet ne tarda pas à être exécuté; un monastère fut bâti, et aux
+chanoines il substitua des religieux de la règle de Saint-Benoît. Ces
+moines entrèrent également en possession de l'oratoire Saint-Georges,
+auquel le pieux fondateur ajouta encore de nouvelles concessions de
+terres, et l'église fut dédiée sous le titre de _Saint-Barthélemi_ et
+_Saint-Magloire_; mais le nom de ce dernier saint, beaucoup plus
+célèbre que l'autre, ayant bientôt prévalu parmi le peuple, pendant
+près d'un siècle elle ne fut appelée que l'église de Saint-Magloire.
+Tous ces faits sont également constatés par l'écrivain anonyme déjà
+cité.
+
+[Note 281: _Voyez_ la note, page 85.]
+
+Les religieux de Saint-Benoît restèrent dans cette abbaye jusqu'en
+1138, que, s'y trouvant trop resserrés, ils se transportèrent avec
+leurs reliques dans leur chapelle de Saint-Georges, qu'ils avoient
+fait reconstruire, augmenter, et qu'ils consacrèrent sous le titre de
+l'autre saint. Alors l'église de la Cité reprit son ancien nom de
+Saint-Barthélemi, et devint une paroisse soumise au patronage des
+moines de Saint-Magloire, qui nommoient à la cure, et en outre y
+plaçoient un de leurs membres en qualité de prieur. Ils jouirent de ce
+droit jusqu'en 1564, que le titre abbatial fut supprimé, et l'abbaye
+réunie à l'évêché de Paris.
+
+À l'exception des dépendances de la Sainte-Chapelle, tout l'enclos du
+Palais étoit dans la juridiction de cette paroisse, qui s'étendoit
+d'ailleurs depuis la rue de la Barillerie jusqu'au pont Neuf.
+
+Au quatorzième siècle, l'église, presque ruinée, avoit été réparée,
+par un accord fait entre le curé et les religieux; depuis elle a été
+agrandie à diverses reprises, et reconstruite presque en entier dans
+les années qui ont précédé la révolution[282].
+
+[Note 282: Sur le terrain de cette église, démolie peu de temps après,
+on avoit bâti une salle de spectacle, connue sous le nom de _Théâtre
+de la Cité_. Elle a été depuis changée en une vaste maison habitée
+maintenant par des particuliers.]
+
+ CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE SAINT-BARTHÉLEMI.
+
+
+ TABLEAUX.
+
+ Le Mariage de sainte Catherine, par _Loir_; sainte
+ Geneviève, saint Guillaume et saint Charles Borromée, par
+ _Hérault_.
+
+
+ SCULPTURES.
+
+ De chaque côté du portail, saint Barthélemi et sainte
+ Catherine, par Barthélemi _de Mélo_.
+
+
+ TOMBEAUX.
+
+ Dans cette église avoient été enterrés: Claude Clersellier,
+ savant philosophe cartésien, mort en 1684. Sur son tombeau
+ étoit représentée la Religion; à ses pieds un génie, entouré
+ d'instrumens de mathématiques, tenoit entre ses mains une
+ tête de mort qu'il regardoit attentivement. Ce monument
+ avoit été exécuté par le même Barthélemi _de Mélo_.
+
+ Louis Servin, avocat général au parlement de Paris, célèbre
+ dans l'histoire de cette cour, et qui mourut en 1626 aux
+ pieds de Louis XIII, tenant son lit de justice, au moment
+ même où il faisoit à ce prince des remontrances sur quelques
+ édits bursaux.
+
+Toute la décoration de cette église, très-surchargée d'ornements où
+étoit empreint le mauvais goût du dix-huitième siècle, avoit été
+exécutée en 1736, sur les dessins des frères _Slodtz_.
+
+Il y avoit dans cette église trois confréries, dont la plus ancienne
+datoit de 1353.
+
+
+
+
+SAINT-PIERRE-DES-ARCIS.
+
+
+On ne voit presque point d'anciennes abbayes, sous la première race de
+nos rois, qui n'eussent, outre l'église principale, des oratoires
+détachés et dispersés en différents lieux de leur enclos. Il est
+probable que l'église de _Saint-Pierre-des-Arcis_ et celle de
+_Sainte-Croix-de-la-Cité_, dont nous allons parler immédiatement
+après, étoient des chapelles situées d'abord dans l'enceinte du
+monastère de Saint-Éloi, et qu'elles doivent leur origine à la
+dévotion du fondateur ou de quelques-unes des abbesses qui lui ont
+succédé.
+
+L'abbé Lebeuf pense qu'après l'incendie qui consuma Paris en 1034, ces
+deux oratoires furent rebâtis dans le voisinage de l'ancienne clôture,
+et qu'alors les religieuses, dont l'enclos étoit fort diminué,
+permirent qu'on élevât sur leur terrain des maisons, dont les
+habitants furent ensuite attribués à ces églises, lorsqu'on les érigea
+en paroisses. Cette érection dut avoir lieu vers le temps où les
+religieuses furent chassées de leur monastère, circonstance qui
+donnoit plus de liberté pour faire ces nouveaux arrangements[283].
+
+[Note 283: Hist. du dioc. de Par., t. I, 2e p., p. 498.]
+
+Quoi qu'il en soit de ces conjectures, qui sont ingénieuses et
+vraisemblables, la paroisse de Saint-Pierre-des-Arcis étoit
+effectivement une des dépendances du prieuré de Saint-Éloi dans la
+Cité. Au reste, l'étymologie de ce surnom (_des Arcis_) a beaucoup
+exercé l'imagination des savants, et quelques-uns d'entre eux l'ont
+expliqué d'une manière tout-à-fait ridicule.
+
+M. de Launoy, dont Sauval suit aveuglément les opinions, prétendoit,
+d'après un passage mal interprété de Grégoire de Tours, qu'il y avoit
+eu autrefois beaucoup de _Syriens_ à Paris; et les confondant ensuite
+avec les _Assyriens_, comme si ce n'eût été qu'un même peuple, il
+conjecturoit de là qu'ils avoient pour leur nation une église nommée
+_Saint-Pierre-des-Assyriens_, laquelle ayant été brûlée par les
+Normands, fut ensuite rebâtie dans la Cité; et de là est venu, selon
+lui, le nom de Saint-Pierre-des-_Assis_ ou _Arcis_.
+
+M. de Valois, qui a combattu cette opinion plus sérieusement et avec
+plus de chaleur qu'elle ne méritoit, en présente une autre qui ne
+semble guère mieux fondée, prétendant faire dériver ce nom de la
+maladie _des ardents_ ou _feu sacré_, dans laquelle on eut recours à
+l'intercession de saint Pierre. Celle de l'abbé Lebeuf, adoptée par
+Jaillot, paroît la plus raisonnable: il veut que ce mot vienne
+d'_arcisterium_, synonyme de _monasterium_, et qu'il ait été donné à
+cette église située entre deux monastères[284], pour rappeler son
+origine et sa première destination.
+
+[Note 284: Derrière Saint-Barthélemi et vis-à-vis Saint-Éloi.]
+
+ CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE SAINT-PIERRE-DES-ARCIS.
+
+
+ TABLEAUX.
+
+ Sur le maître-autel, saint Pierre guérissant les boiteux,
+ par _Vanloo_.
+
+ Le Lavement des pieds, par le même; une Cène, par _Lafond_.
+
+
+ SÉPULTURES.
+
+ Dans cette église avoit été enterré Guillaume De Mai,
+ capitaine de six vingts hommes d'armes, mort en 1480. Il
+ étoit représenté, sur son tombeau, dans le costume militaire
+ de son siècle. Ce monument, rare dans son espèce, fut déposé
+ au Musée des Petits-Augustins.
+
+Saint-Pierre-des-Arcis fut érigé en paroisse vers le commencement du
+douzième siècle; en 1424, on rebâtit entièrement l'église; en 1711, on
+y fit des augmentations, des réparations et un nouveau portail, lequel
+fut élevé sur les dessins de _Lanchenu_[285].
+
+[Note 285: Cette église a été démolie en 1800; et sur son emplacement
+on a ouvert une rue qui communique à celle de la Pelleterie.]
+
+Cette église embrassoit dans ses droits curiaux presque toutes les
+maisons de la rue de la Vieille-Draperie, en allant vers le Palais;
+ils s'augmentèrent encore, en 1720, par l'adjonction qu'on lui fit des
+paroissiens de Saint-Martial. De l'autre côté, en allant vers l'église
+de la Magdeleine, elle avoit encore un certain nombre de maisons; de
+plus, une partie de celles qui faisoient l'entrée de la cour de
+Saint-Éloi, les cinq branches de la rue qui porte le même nom, le
+cul-de-sac Saint-Martial presque en entier, quelques maisons dans la
+rue aux Fèves, et enfin quelques-unes de celles qui composent la rue
+de la Juiverie[286].
+
+[Note 286: Lebeuf, Hist. du dioc. de Paris, t. I, 2e p., p. 511.]
+
+
+
+
+SAINTE-CROIX-DE-LA-CITÉ.
+
+
+L'origine de cette église, qui étoit à l'extrémité de la rue de la
+Vieille-Draperie, dans la partie de cette rue la plus éloignée du
+Palais, est aussi obscure que celle de Saint-Pierre-des-Arcis; et sans
+se mettre en peine de ce qu'en ont imaginé MM. de Launoy, Dubreul et
+leurs copistes, il faut s'en tenir à cette opinion déjà mentionnée,
+qu'elle étoit d'abord une dépendance de Saint-Éloi, et qu'elle en fut
+détachée, puis ensuite rebâtie hors de la _ceinture_, lorsque ce
+monastère eut été donné à l'évêque. On ajoute qu'au milieu du douzième
+siècle, la dévotion à saint Hildevert, évêque de Meaux, s'étant
+introduite à Paris, cette chapelle lui fut dédiée, et qu'un bâtiment
+qui en dépendoit fut alors changé en hôpital pour les frénétiques et
+les malades attaqués de l'épilepsie. Cet hôpital ayant été depuis
+transféré à Saint-Laurent, l'église reprit son premier nom, et fut
+érigée en paroisse.
+
+L'abbé Lebeuf présume que ce nom tiroit son origine de quelques morceaux
+de bois de la vraie croix que saint Éloi, dont les mains habiles ont
+fabriqué tant de précieux reliquaires, aura pu obtenir pour prix de
+quelques-uns de ses travaux, et qu'il aura ensuite déposés dans un des
+oratoires renfermés dans l'enclos de son monastère. Au reste, avant que
+l'église de Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie existât, celle-ci étoit
+appelée simplement _Sainte-Croix_ dans les anciens titres, sans aucun
+caractère distinctif.
+
+Il ne restoit plus depuis long-temps aucun vestige du bâtiment qui
+existoit dans les douzième, treizième et quatorzième siècles; et le
+dernier, commencé en 1450, n'avoit été entièrement terminé qu'en
+1529[287]. La cure, dont les droits étoient médiocres et d'une
+très-petite étendue, étoit à la collation de l'archevêque de Paris,
+depuis la destruction du titre abbatial de Saint-Maur-des-Fossés[288].
+
+[Note 287: L'abbé Lebeuf, t. I, 2e. part., p. 507.]
+
+[Note 288: Cette église a été démolie, et une maison la remplace. Une
+partie des murs extérieurs subsiste encore du côté de la petite rue
+Sainte-Croix.]
+
+ CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE SAINTE-CROIX-DE-LA-CITÉ.
+
+ SÉPULTURES.
+
+ Dans cette église avoit été enterré:
+
+ Pierre Danet, long-temps curé de cette paroisse et depuis
+ abbé de Saint-Nicolas de Verdun, mort en 1709. Il est auteur
+ de deux dictionnaires de la langue latine, qui jouirent
+ autrefois de quelque estime, et de plusieurs autres ouvrages
+ d'érudition.
+
+Il existoit dans cette église une confrérie en l'honneur des cinq
+plaies de Notre-Dame: elle fut érigée en 1498, et on croit que c'est
+la première église de Paris où cette dévotion ait été admise.
+
+Le territoire de la paroisse de Sainte-Croix embrassoit tout le carré
+sur lequel l'église étoit bâtie, une grande partie de la rue
+Gervais-Laurent, quelques maisons dans la rue de la Vieille-Draperie
+et dans la rue aux Fèves.
+
+
+
+
+SAINT-GERMAIN-LE-VIEUX.
+
+
+Vis-à-vis Sainte-Croix, et de l'autre côté de la Cité, étoit la
+paroisse de Saint-Germain-_le-Vieux_.
+
+Il y a bien des traditions sur l'origine de cette ancienne église; et
+l'on a expliqué de bien des manières le patronage qu'y ont exercé
+pendant long-temps les moines de Saint-Germain-des-Prés: son nom de
+Saint-Germain-_le-Vieux_ a fait naître également plusieurs opinions
+contradictoires.
+
+Tous les historiens conviennent que c'étoit, dans le principe, une
+chapelle baptismale dépendante de la cathédrale, sous le titre de
+Saint-Jean-Baptiste, et qu'elle existoit dès le cinquième siècle.
+L'auteur de la vie de sainte Geneviève vient à l'appui de cette
+tradition, en nous apprenant que la maison où la sainte décéda étoit
+sur le bord de la rivière, et voisine de l'oratoire de Saint-Jean,
+qu'il prétend même avoir été bâti sur un terrain dont elle avoit la
+propriété. Il ajoute cette particularité, qu'elle avoit fait
+rassembler les dames de Paris dans cet oratoire, comme dans un lieu
+sûr, pour s'y mettre en prières, lors du faux bruit de l'arrivée
+d'Attila à Paris.
+
+Dans le neuvième siècle, cette même chapelle servit d'asile, contre
+les Normands, aux religieux de Saint-Germain-des-Prés, qui y
+déposèrent le corps de leur patron. L'abbé Lebeuf pense que, dès ce
+temps-là, cet hospice leur appartenoit. Jaillot contredit cette
+opinion, et convenant cependant, avec son docte adversaire, que,
+lorsque les religieux retournèrent à leur monastère, ils laissèrent
+dans l'oratoire de Saint-Jean un bras de saint Germain, il soutient
+que cette église ne prit le nom du dernier saint que lorsque le
+baptistère eut été transporté plus près de la cathédrale, à
+Saint-Jean-le-Rond; et qu'alors seulement l'évêque et le chapitre de
+Paris donnèrent le patronage de l'ancienne chapelle à l'abbaye
+Saint-Germain-des-Prés. De telles questions sont aussi difficiles que
+peu importantes à éclaircir.
+
+Son titre n'offre pas moins de difficultés: dès le douzième siècle, on
+trouve des actes qui font mention de l'église de Saint-Germain-le-Vieux,
+_Sanctus Germanus Vetus_; mais il n'en est aucun qui donne la raison de
+ce surnom. L'abbé Lebeuf ne semble pas heureux dans ses conjectures,
+lorsqu'il fait dériver ce mot d'_aquosus_, en françois barbare, _evieux_
+ou _aivieux_; d'où, par corruption, on auroit fait _le vieux_, parce
+que, dit-il, cette église étoit située dans un endroit _aquatique_,
+duquel le marché _Palu_ a aussi tiré son nom[289]. Il paroîtroit plus
+probable que ce surnom lui étoit venu d'une ancienne tradition qui
+portoit que le saint patron s'y étoit retiré dans le sixième siècle.
+
+[Note 289: Jaillot a démontré la fausseté de cette étymologie, en
+prouvant qu'au dixième et même au quatorzième siècle, on ne disoit
+point Saint-Germain _le Vieux_, mais _le Viel_ et _le Vieil_. Tous les
+titres, d'ailleurs, qui parlent d'églises situées dans des endroits
+marécageux, et il en existe un grand nombre, ne les désignent jamais
+que sous le nom de _la Palud_, ou _Palu_, du mot latin _palus_.]
+
+En 1368, l'abbaye de Saint-Germain céda son droit sur la petite église
+de Saint-Germain-le-Vieux à l'Université de Paris; et depuis ce
+temps-là son recteur nommoit à la cure, qui s'étendoit, d'un côté, le
+long de la rue du Marché-Palu jusqu'au milieu du Petit-Pont, de
+l'autre, presque jusqu'à l'extrémité de celle de la Calendre. Elle
+possédoit en outre quelques maisons dans les rues Saint-Éloi, aux
+Fèves, toutes celles du Marché-Neuf et les édifices qui environnoient
+la paroisse.
+
+ CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE SAINT-GERMAIN-LE-VIEUX.
+
+ TABLEAUX.
+
+ Sur le maître-autel, décoré de quatre colonnes de marbre de
+ Dinan, le Baptême de Jésus-Christ, par _Stella_.
+
+ Dans la chapelle de la Vierge, une Assomption, par le même.
+
+ Dans une autre chapelle, le Lavement des pieds, par _Vouet_.
+
+ Derrière la chaire, tous les Saints du Paradis, par un
+ peintre inconnu.
+
+ On exposoit dans cette église, aux grandes fêtes, une
+ tapisserie faite du temps de Charles V, où étoit représentée
+ la vie de saint Germain. Les personnages en étoient, dit-on,
+ assez correctement dessinés, et offroient une image exacte
+ et naïve des modes de ce temps-là, pour l'un et l'autre
+ sexe.
+
+Cette église fut rebâtie en entier et agrandie dans le seizième
+siècle. Le portail et le clocher n'étoient que de 1560[290].
+
+[Note 290: Cette église, est restée long-temps en ruine; on en a
+achevé la démolition depuis quelques années, et sur le terrain qu'elle
+occupoit on a élevé des maisons.]
+
+On prétend que saint Marcel, évêque de Paris, vint au monde dans la
+cinquième maison de la rue de la Calendre, à droite en entrant par
+celle de la Juiverie. D'après cette ancienne tradition, qui cependant
+n'est pas moins contestée que les autres, le clergé de Notre-Dame y
+faisoit une station le jour de l'Ascension, où il avoit coutume de
+porter processionnellement la châsse du saint.
+
+Le territoire de Saint-Germain-le-Vieux commençoit du côté du petit
+Châtelet et sur le Petit-Pont; il continuoit à gauche, renfermant
+toutes les maisons qui étoient de ce côté; cette paroisse avoit
+quelques maisons dans la rue du Marché-Neuf, toutes celles du
+Marché-Neuf, le côté gauche de la rue Marché Palu, presque toute la
+rue de la Calendre, quelques maisons éparses dans les rues Saint-Éloi,
+aux Fèves, de la Juiverie et Saint-Christophe[291].
+
+[Note 291: Lebeuf, Hist. du Dioc. de Paris.]
+
+
+
+
+LA MAGDELEINE.
+
+
+En sortant de Saint-Germain-le-Vieux, on entre dans la rue de la
+_Juiverie_, qui traverse la Cité dans toute sa largeur, et aboutit
+d'un côté au Petit-Pont, et de l'autre à celui de Notre-Dame. Au
+milieu de cette rue, dont le nom vient des Juifs qui l'ont autrefois
+habitée, étoit une église dédiée sous le titre de la Magdeleine.
+
+Plusieurs compilateurs ont prétendu que dans l'origine c'étoit une
+chapelle sous l'invocation de Saint-Nicolas, où les bateliers et
+poissonniers avoient établi leur confrérie[292]; mais un titre du
+douzième siècle, rapporté par l'abbé Lebeuf, prouve que cette église
+avoit été autrefois une des synagogues des Juifs[293]. Philippe-Auguste
+les ayant chassés de France en 1182, donna, l'année suivante, tous leurs
+édifices publics à Maurice de Sully, évêque de Paris, avec permission de
+les consacrer au culte catholique, suivant le témoignage de Guillaume
+Lebreton.
+
+[Note 292: Du Breul, Sauval, Piganiol, Le Maire, Brice, etc.]
+
+[Note 293: Lebeuf, t. II, p. 575.]
+
+ «_Ecclesias fecit sacrari pro synagogis_
+ _In quocumque loco schola vel synagoga fuisset._»
+
+Telle fut l'origine de la paroisse de la Magdeleine.
+
+On ignore dans quelle année cette église fut décorée du titre
+d'_archipresbytérale_ qu'elle possédoit: les archives de
+Saint-Magloire indiquent qu'elle en jouissoit dès 1232[294];
+auparavant, c'étoit le curé de Saint-Jacques-de-la-Boucherie qui étoit
+un des archiprêtres de Paris. Il y a apparence qu'alors cette dignité
+n'appartenoit privativement à aucun des curés de Paris, et que
+l'évêque en disposoit à son choix: depuis ce temps, elle est restée
+sans interruption dans l'église de la Magdeleine[295].
+
+[Note 294: Lebeuf, t. I, p. 345.]
+
+[Note 295: Il y avoit un autre archiprêtre, qui étoit le curé de
+Saint-Séverin; et il avoit même joui de cette dignité avant le curé de
+la Magdeleine, bien que cette église prît le nom de _Première
+archipresbytérale_. C'étoit à ces dignitaires que l'archevêque
+adressoit ses mandemens, pour les faire passer aux églises du ressort
+de leur archiprêtré. On pouvoit les regarder comme les _doyens_ des
+curés. Il y avoit aussi des archiprêtres _ruraux_.]
+
+C'étoit dans cette église que s'étoit fixée la _grande confrérie des
+Bourgeois_, l'une des plus célèbres de Paris. Nous en parlerons avec
+plus de détails lorsque nous traiterons de ces sortes d'associations;
+il nous suffira de remarquer ici que cette confrérie, suivant l'abbé
+Lebeuf, y avoit succédé à celle des _Mercatorum aquæ parisiensium_; ce
+qui a pu faire naître l'opinion que saint Nicolas, patron de cette
+dernière corporation, l'étoit aussi de l'église.
+
+ CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE DE LA MAGDELEINE.
+
+ TABLEAUX.
+
+ Dans le choeur.--Les Noces de Cana. La Visitation.
+ Jésus-Christ au milieu des docteurs. La Mort de la Vierge,
+ par _Philippe de Champagne_.
+
+ Dans la nef.--Tobie, par un peintre inconnu.
+
+Le bâtiment de la Magdeleine fut agrandi à plusieurs reprises, et
+notamment en 1749, lorsqu'on y réunit les paroisses de Saint-Gilles et
+Saint-Leu, de Saint-Christophe et de Sainte-Geneviève des-_Ardents_.
+Alors on y voyoit encore des constructions qui étoient du quatorzième
+siècle, entre autres le portail et quelques arcades de la nef.
+
+Cette paroisse embrassoit presque tout le carré long que forme la
+partie de la Cité qui est entre la rue de la Juiverie et le parvis
+Notre-Dame, depuis le côté droit de la rue du Marché-Palu jusqu'à
+Saint-Denis-de-la-Chartre. Elle ne dépendoit d'aucune église ni
+séculière ni régulière[296].
+
+[Note 296: L'emplacement de cette église, dont il ne reste pas le
+moindre vestige, est maintenant une espèce de cul-de-sac.]
+
+
+
+
+SAINT-DENIS-DE-LA-CHARTRE.
+
+
+Les traditions populaires, quelquefois si difficiles à détruire, sont
+souvent appuyées sur les fondements les plus légers. Le nom de cette
+église a fait naître l'idée que saint Denis et ses compagnons avoient
+été renfermés dans une prison ou _chartre_, qu'elle a remplacée, et
+qu'ils y ont souffert diverses tortures, dont on montroit même les
+instruments[297]. Loin qu'une telle opinion soit appuyée sur aucun
+titre, les monuments les plus anciens la détruisent; et Grégoire de
+Tours faisant le récit de l'incendie qui, en 586, consuma Paris,
+indique clairement que la prison de cette ville étoit alors près de la
+porte méridionale[298]. Soit que cette prison eût été détruite par ce
+désastre, soit que son ancienneté l'eût mise hors d'état de servir, il
+paroît que, peu de temps après, on en rebâtit une autre dans le
+quartier opposé. En effet, l'auteur de la vie de saint Éloi, qui
+écrivoit au septième siècle, dit qu'il y avoit alors une prison du
+côté du septentrion, dans un endroit un peu écarté, situation qui
+convient assez à celle de Saint-Denis-de-la-Chartre.
+
+[Note 297: Cette tradition, adoptée par Du Breul, a été répétée par un
+grand nombre de compilateurs modernes.]
+
+[Note 298: Lib. 8, cap. 33.]
+
+En adoptant cette tradition, tout s'explique facilement. L'église
+Saint-Denis aura été appelée _Sanctus Dyonisius de Carcere_, à cause
+de son voisinage de la prison publique[299]; et ce qui le prouve,
+c'est que la petite chapelle Saint-Symphorien, située dans le même
+lieu, est aussi appelée _Sanctus Symphorianus de Carcere_ dans les
+titres primordiaux. Or, on ne peut dire que ce martyr d'Autun ait été
+renfermé dans une prison de Paris; et ce n'est pas là d'ailleurs le
+seul exemple de cette espèce de dénomination employée dans de
+semblables circonstances.
+
+[Note 299: Cependant on ne peut disconvenir que, dans le titre de
+fondation, il ne soit parlé de la prison de saint Denis, ainsi que
+dans quelques autres qui y ont rapport; mais la manière dont on en
+parle prouve que l'on ne s'appuyoit que sur la foi très-incertaine de
+la tradition. On suppose que cette prison étoit située en cet endroit,
+et on ne le suppose que sur un ouï-dire: _locum illum in quo
+incarceratus_ DICITUR _beatus Dionysius... in quo gloriosus martyr in
+carcere_ TRADITUR _fuisse detentum_.]
+
+Ce qui est très-certain, c'est qu'au commencement du onzième siècle,
+et sous le règne du roi Robert, cette église subsistoit près de
+l'édifice qu'on appeloit _prison_ de Paris, _carcer Parisiacus_, et
+qu'elle étoit alors nommée _Ecclesia Sancti Dyonisii de Parisiaco
+carcere_[300]. Des chanoines séculiers en étoient alors les
+desservants; et ils jouirent paisiblement et de l'église et des biens
+qui y étoient attachés jusqu'en 1122. Alors l'administration en tomba
+entre des mains laïques, espèce d'usurpation dont on ne voit que trop
+d'exemples dans l'histoire de ces premiers temps. Henri, troisième
+fils de Louis-le-Gros, fut un de ces administrateurs de Saint-Denis
+substitués aux gens d'église, et il en percevoit les revenus en 1133,
+sous le titre d'_abbé_.
+
+[Note 300: _Hist. sancti Martini de Campis_, p. 313 _et seq._]
+
+En cette même année, le même roi Louis-le-Gros et la reine Adelaïde,
+voulant fonder un monastère de religieuses de l'ordre de Saint-Benoît,
+jetèrent les yeux sur Montmartre, comme sur le lieu le plus propre à
+l'exécution de leur dessein. Les religieux de Saint-Martin, qui
+jouissoient de ce terrain en vertu d'une donation qui leur en avoit
+été faite environ quarante ans auparavant (en 1096), le cédèrent au
+roi par une transaction, où intervint l'évêque, et par laquelle
+Saint-Denis-de-la-_Chartre_ leur fut donné comme indemnité. Telle est
+l'origine de ce prieuré de _fondation royale_, et membre dépendant de
+Saint-Martin. Les priviléges, immunités, franchises et exemptions qui
+lui furent alors accordés furent depuis confirmés par Charles V et
+Charles VI; et ces religieux le possédèrent jusqu'au commencement du
+dix-septième siècle, où la _mense_[301] priorale fut unie à la
+communauté de Saint-François-de-Sales, établie, vers ce temps-là, pour
+la retraite des prêtres pauvres et infirmes.
+
+[Note 301: _Mense_ signifie la part que quelqu'un a dans les revenus
+d'une église.]
+
+On voyoit, par l'épitaphe d'un de ses prieurs, que cette église avoit
+été rebâtie vers le milieu du quatorzième siècle. Elle étoit double,
+suivant un usage assez fréquent dans les constructions de ce
+temps-là, et dans un des côtés de la nef étoit une paroisse sous le
+titre de _Saint-Gilles et Saint-Leu_, dont la cure fut transférée, en
+1618, dans l'église de Saint-Symphorien[302].
+
+[Note 302: Sauval donne la description d'une statue qui fut découverte
+en 1743, dans l'épaisseur du mur de cette église, du côté du couvent
+et sous les débris du vieux cloître. Cette statue, qui étoit couchée,
+représentoit un prêtre revêtu d'une chasuble retroussée d'un manipule
+long et étroit, sur lequel étoient gravées les lettres O. I. B. N. Sur
+l'étole aussi très-étroite étoient les deux lettres S. A. Ce
+personnage portoit la barbe longue, la tête nue, les cheveux courts
+comme les anciens cordeliers; il avoit les mains jointes; au-dessus de
+sa tête étoit une main qui le bénissoit, et de chaque côté des anges
+qui l'encensoient. On suppose que cette figure, dont le travail
+annonçoit le XIIe siècle, étoit celle de quelque ancien prélat.
+
+Le pavé de l'église de Saint-Denis-de-la-Chartre étoit beaucoup plus
+bas que le pavé extérieur, ce qui prouve l'exhaussement considérable
+qu'a éprouvé le terrain de la Cité. Il ne restoit plus dans cette
+église aucun vestige d'antiquité, si ce n'est dans le sanctuaire, dont
+les piliers devoient être du 12e ou du 13e siècle. Le reste avoit été
+successivement renouvelé.]
+
+ CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE SAINT-DENIS DE LA CHARTRE.
+
+ SCULPTURE.
+
+ Dans une grande niche, au-dessus du maître-autel, saint
+ Denis, saint Rustique et saint Eleuthère recevant la
+ communion des mains de Jésus Christ, par _Michel Anguier_.
+
+Il y avoit dans cette église, une confrérie de Drapiers-chaussetiers
+sous le nom de Notre-Dame-_des-Voûtes_, à cause des voûtes
+souterraines qui étoient pratiquées sous le pavé de cet édifice.
+
+Sur les vitrages de Saint-Denis-de-la-Chartre, on voyoit autrefois le
+portrait de Jean de la Grange, cardinal d'Amiens, qui en avoit été
+prieur; il y étoit représenté avec ses armoiries. Il est probable que
+cette peinture fut détruite en 1665, époque à laquelle cette église
+fut réparée par la libéralité de la reine Anne d'Autriche, et le
+maître-autel refait à neuf[303].
+
+[Note 303: Voy. pl. 26. Cette église a été démolie dans les dernières
+années de la révolution, et sur l'emplacement qu'elle occupoit, ainsi
+que sur celui de ses dépendances, on a élevé des maisons et pratiqué
+l'ouverture du nouveau quai septentrional de la Cité.]
+
+L'enceinte des maisons qui l'environnoient, et qu'on appeloit _le bas
+de Saint-Denis_, étoit un lieu privilégié, dépendant du prieuré, et
+dans lequel, avant la révolution, les ouvriers qui n'étoient point
+maîtres, pouvoient travailler avec toute sûreté et franchise.
+
+
+
+
+SAINT-SYMPHORIEN,
+
+DEPUIS CHAPELLE SAINT-LUC.
+
+
+Cette église, située derrière le prieuré de Saint-Denis-de-la-Chartre,
+dont elle n'est séparée que par une rue étroite, est celle dont nous
+avons parlé en donnant l'explication du surnom _de Carcere_ qui étoit
+commun à ces deux édifices. L'histoire d'ailleurs en sera courte. À la
+place qu'elle occupe existoit autrefois une ancienne chapelle, sous le
+titre de Sainte-Catherine, dont l'origine et le fondateur sont
+également inconnus. Comme cette chapelle, par négligence ou succession
+de temps, tomboit en ruines, Mathieu de Montmorenci, comte de
+Beaumont, qui n'avoit pu accomplir le voeu qu'il avoit fait d'aller à
+Jérusalem, voulant expier cette faute, abandonna à l'évêque de Paris
+les droits qu'il avoit sur elle; et celui-ci, de son côté, s'engagea à
+la faire rebâtir. Cet acte est de 1206[304], et cet évêque étoit Eudes
+de Sully. Éliénor, comtesse de Vermandois, et quelques autres pieux
+personnages, y ajoutèrent bientôt plusieurs dotations, qui permirent
+d'y établir quatre chapelains desservants; et quelques années après,
+elle quitta le nom de Saint-Denis, qu'on lui avoit donné d'abord, pour
+prendre celui de Saint-Symphorien. Ces chapelains obtinrent le titre
+de chanoines en 1422. Depuis on y transporta, comme nous l'avons dit,
+la paroisse de Saint-Gilles et Saint-Leu, laquelle y fut unie
+jusqu'en 1698, que le chapitre et la paroisse passèrent, avec leurs
+biens et leurs paroissiens, à l'église de la Magdeleine. Peu de temps
+après, cette chapelle fut cédée à la communauté des peintres,
+sculpteurs et graveurs, qui la rétablirent, la décorèrent[305], et lui
+firent donner le nom de Saint-Luc leur patron.
+
+[Note 304: Du Breul, p. 117.]
+
+[Note 305: Cette communauté, connue sous le nom d'_Académie de
+Saint-Luc_ ou des maîtres peintres et sculpteurs, fut fondée pour
+relever l'art de la peinture, et pour corriger les abus qui s'y
+étoient introduits. Les réglements et statuts en furent dressés le 12
+d'août 1391, sur le modèle de ceux qui avoient été établis pour les
+corps de métiers; et l'on créa des jurés et gardes pour visiter et
+examiner la matière des ouvrages de peinture, avec pouvoir d'empêcher
+de travailler ceux qui ne seroient pas de la communauté. Dans ces
+statuts on rappeloit huit articles d'un ancien règlement, qui
+remontoit jusqu'au commencement de la troisième race. Ce corps fut
+depuis favorisé par plusieurs de nos rois, et vers le commencement du
+dix-septième siècle, la communauté des sculpteurs y fut réunie. Mais
+des abus et des désordres troublèrent cet établissement, dès que l'art
+eut fait quelques progrès. Les plus habiles, voyant que les fonctions
+de la jurande les détournoient de leurs travaux, les abandonnèrent à
+des gens sans talent, qui en firent bientôt une tyrannie insupportable
+et un moyen de vexation contre tous ceux qui n'étoient pas de leur
+communauté, de laquelle ils rendoient en même temps l'entrée difficile
+et entièrement vénale. Les peintres habiles se lassèrent enfin d'un
+joug si honteux; et leurs réclamations donnèrent naissance à
+l'académie royale de peinture et de sculpture, dont nous parlerons
+dans la suite.
+
+Toutefois, l'académie de Saint-Luc continua ses fonctions, et obtint,
+en 1705, la permission d'ouvrir une école de dessin, et d'y entretenir
+un modèle. Elle faisoit tous les ans des distributions de prix, et n'a
+été détruite qu'au commencement de la révolution. La chapelle, qui
+existe encore, est abandonnée, et l'on a élevé au-dessus plusieurs
+étages habités par des particuliers.]
+
+ CURIOSITÉS DE LA CHAPELLE SAINT-LUC.
+
+ Sur le maître-autel, un tableau représentant saint Luc,
+ patron de la communauté.
+
+
+
+
+SAINT-LANDRI.
+
+
+Derrière Saint-Denis-de-la-Chartre, et dans une rue qui porte le nom
+de Saint-Landri, est l'église consacrée à ce saint. C'est encore un de
+ces monuments dont l'origine inconnue et les traditions incertaines
+ont donné lieu à une foule de conjectures et d'opinions fastidieuses.
+Quoique plusieurs titres authentiques prouvent que cette église
+existoit sous ce nom au douzième siècle, on a poussé la témérité
+jusqu'à douter et même à nier qu'il y ait jamais eu un évêque de Paris
+nommé _Landri_. L'abbé Lebeuf, qui rejette justement une semblable
+opinion, croit que cet édifice étoit d'abord un lieu de sûreté
+appartenant à l'abbaye Saint-Germain-l'Auxerrois, dans lequel ses
+moines venoient déposer leurs effets les plus précieux, lors des
+invasions des Normands; ce qui lui semble d'autant plus probable, que
+les abbayes de Sainte-Geneviève et de Saint-Germain-des-Prés avoient
+de semblables hospices. Il pense qu'on y aura bâti une chapelle,
+desservie par le prébendaire que ce chapitre avoit à la cathédrale, et
+qu'ensuite l'élévation du corps de saint Landri, au douzième siècle,
+l'ayant enrichie de quelques-unes de ses reliques, la chapelle aura
+pris le nom du saint.
+
+Un autre savant combat cette conjecture par celle-ci[306]: il imagine
+que cette église pourroit bien avoir été l'oratoire de saint Landri
+lui-même, les évêques ayant eu une maison à cet endroit; qu'il n'est
+pas même impossible que ce fût alors la chapelle dédiée sous le nom de
+Saint-Nicolas, qu'on a confondue avec l'église de la Magdeleine; ce
+qu'il essaie de prouver d'abord parce qu'elle reconnoissoit saint
+Nicolas pour l'un de ses patrons, ensuite parce qu'il est
+vraisemblable que les poissonniers et bateliers l'érigèrent plutôt à
+cette place, qui est la plus voisine du port où abordoient les vivres
+et les marchandises; enfin il ajoute qu'après la mort de saint Landri,
+elle a dû prendre le nom de ce bienheureux évêque: _adhuc sub judice
+lis est_.
+
+[Note 306: Jaillot, t. I, p. 62.]
+
+Ce qu'il y a de certain sur cette église, c'est qu'elle étoit
+paroissiale dès le douzième siècle[307], et que le chapitre de
+Saint-Germain-l'Auxerrois avoit le droit de présenter à sa cure, par
+la raison qu'elle étoit bâtie sur sa censive; et cette censive il
+l'avoit obtenue par l'amortissement d'une portion de terrain que les
+chanoines de Notre-Dame lui avoient donnée pour loger le vicaire qui
+desservoit la prébende dont il étoit possesseur dans l'église
+cathédrale. Nous avons déjà fait observer que c'est ainsi que se
+formèrent le plus grand nombre des censives qu'on trouve dans la Cité.
+
+[Note 307: Hist. de Paris, t. III, p. 73. Arch. de
+Saint-Germain-des-Prés, cartul. de Guillaume III, fol. 36.]
+
+L'église Saint-Landri, qui est très-petite et presque carrée[308], fut
+rebâtie vers la fin du quinzième siècle, et dédiée seulement en 1660.
+On trouve qu'en 1408 Pierre d'Orgemont, évêque de Paris, lui avoit
+accordé quelques reliques de son patron, lesquelles furent tirées de
+sa châsse conservée dans l'église Saint-Germain-l'Auxerrois[309].
+
+[Note 308: Voy. pl. 26.]
+
+[Note 309: Cette église, abandonnée depuis long-temps, est occupée
+aujourd'hui par un teinturier.]
+
+ CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE SAINT-LANDRI.
+
+ TOMBEAUX ET SÉPULTURES.
+
+ Dans cette église avoient été enterrés:
+
+ Catherine Duchemin, épouse de Girardon, célèbre sculpteur du
+ siècle de Louis XIV. Ses restes mortels avoient été déposés
+ dans un monument exécuté, sur les dessins de son époux, par
+ deux de ses élèves, _Lorrain et Nourrisson_[310]. Vingt-cinq
+ ans après, Girardon fut placé à côté d'elle dans le même
+ tombeau.
+
+ [Note 310: Ce monument, long-temps déposé au Musée des
+ Petits-Augustins, et transporté en 1817 dans l'église
+ Sainte-Marguerite, se compose d'un sarcophage de marbre
+ vert, surmonté d'une croix, au pied de laquelle on voit une
+ vierge debout, levant les yeux au ciel avec l'expression de
+ la douleur et de la résignation. Plus bas est étendu le
+ corps du Christ, et des anges sont groupés autour de
+ l'instrument de son supplice, dans l'attitude de
+ l'adoration. On trouve dans cette sculpture les défauts et
+ quelques-unes des beautés qu'offrent les nombreux ouvrages
+ de cet artiste. Élève de Le Brun, il en a l'exagération et
+ l'enflure, lorsqu'il cherche la noblesse des formes; et pour
+ n'avoir pas assez étudié l'antique, et ne s'être point fait
+ sur la véritable beauté, des principes assez sûrs, il
+ devient trivial quand il veut être naïf. Les deux figures
+ principales de ce groupe présentent un exemple assez
+ frappant de cette manière vague qui fait le caractère de
+ toutes les productions de cette école. Cependant elles ne
+ sont point dépourvues de mérite, et les expressions en sont
+ vraies, si les formes en sont médiocres. Il y a même dans
+ les petits anges de la grâce et un assez bon goût de dessin.
+ La croix et toutes les figures sont en marbre blanc.]
+
+ À côté du choeur, on voyoit un monument orné de quatre
+ colonnes de marbre et décoré des armes du chancelier
+ Boucherat. Ce ministre, qui l'avoit fait élever pour
+ lui-même, fut enterré, quelques années après, à
+ Saint-Gervais (en 1686).
+
+ On y lisoit l'épitaphe du magistrat Broussel, surnommé le
+ _patriarche de la Fronde_ et _le père du peuple_.
+
+ * * *
+
+ Les fonts baptismaux de Saint-Landri passoient pour les plus
+ beaux de Paris; ils se composoient d'une cuvette de porphyre
+ de très-grande dimension enrichie de bronze doré, et avoient
+ été donnés à cette église par son curé, M. Garçon.
+
+
+
+
+LA CHAPELLE SAINT-AGNAN.
+
+
+On entroit dans cette chapelle par la rue de la Colombe, laquelle
+commence au bout oriental de la rue des Marmousets. C'étoit un édifice
+très-ancien, le plus ancien peut-être de toute la Cité, la solidité de
+sa construction, toute en pierres, l'ayant préservé des changements et
+des réparations que le temps a fait subir aux autres églises. Celle-ci
+étoit du reste très-peu connue, parce que les maisons qui
+l'entouroient la couvroient entièrement, et qu'on n'y faisoit point un
+service régulier.
+
+Ce petit monument fut fondé, au commencement du douzième siècle, par
+Étienne de Garlande, archidiacre de Paris, et doyen de Saint-Agnan
+d'Orléans[311]; il donna pour sa dotation la maison qu'il possédoit
+dans le cloître Notre-Dame, et trois clos de vignes, dont deux étoient
+situés au bas de la montagne Sainte-Geneviève, et l'autre à Vitry.
+Lorsqu'il en eut ainsi assuré les revenus, il y établit, du
+consentement de l'évêque, deux titulaires, lesquels se partageoient la
+prébende canoniale, avoient place au choeur comme au chapitre, et
+faisoient à la fois le service dans la chapelle et à la cathédrale.
+Cette fondation s'est maintenue jusque dans les derniers temps. La
+chapelle Saint-Agnan n'étoit ouverte que le 17 novembre, jour auquel
+l'église célébroit la fête du patron.
+
+[Note 311: Pastoraux, A, fol. 667; B, fol. 177; D, fol. 166.]
+
+On lit, dans une vie de saint Bernard, que ce saint étant allé un jour
+aux écoles de Paris, avec le projet d'y attirer, par ses exhortations,
+quelques écoliers à la vie monastique, il y prêcha sans succès, et en
+sortit sans qu'aucun d'eux eût voulu le suivre. L'historien ajoute
+qu'un archidiacre de Paris l'ayant emmené dans sa maison, le pieux
+abbé se retira, navré de douleur, au fond de la chapelle qui étoit
+attenante à ce logis, et là se répandit en larmes et en gémissements,
+persuadé que Dieu étoit irrité contre lui, puisqu'il avoit recueilli
+si peu de fruit de son sermon. L'abbé Lebeuf pense que ceci ne peut
+convenir qu'à l'archidiacre Étienne de Garlande, contemporain de saint
+Bernard, et par conséquent que c'est dans cette chapelle, telle
+qu'elle subsistoit encore dans le siècle dernier, que ce petit
+événement s'est passé.
+
+Un fait plus curieux est ce qui arriva, peu de temps avant son
+érection, dans la rue _des Marmousets_, qui y conduit. Louis VI, dit
+le Gros, y avoit fait abattre, de sa propre autorité, une maison
+située près de la porte du cloître, laquelle appartenoit à un
+chanoine: il trouvoit que cette maison, trop saillante, rendoit le
+passage incommode. Le chapitre aussitôt réclama ses droits et ses
+immunités, et le fit avec une telle vivacité, que Louis reconnut son
+tort, promit de ne plus rien attenter de semblable, et consentit même
+à payer un denier d'or d'amende. Bien plus, afin que cette réparation
+fût aussi authentique que les chanoines le désiroient, il la fit le
+jour même qu'il épousoit Adélaïde de Savoie, et avant de recevoir la
+bénédiction nuptiale; enfin le monarque alla jusqu'à permettre qu'il
+en fût fait mention dans les registres du chapitre. Il eût mieux valu
+peut-être que le pouvoir royal eût été renfermé dans des bornes moins
+étroites; mais il est beau de voir un prince aussi religieux à
+maintenir les priviléges des citoyens, et les lois qu'il a juré
+d'observer[312].
+
+[Note 312: La chapelle de Saint-Agnan a été démolie en 1795, et, sur
+le terrain qu'elle occupoit, on a bâti une maison particulière.]
+
+Le pavé de cette chapelle étoit beaucoup plus bas que celui de la rue;
+et c'étoit une preuve de plus de l'exhaussement considérable qu'avoit
+éprouvé le sol de la Cité.
+
+
+
+
+SAINTE-MARINE.
+
+
+En revenant vers Notre-Dame, on trouve cette petite église dans un
+cul-de-sac qui a son entrée par la rue Saint-Pierre-aux-Boeufs.
+Quelques historiens ont cru qu'elle n'avoit été bâtie qu'au
+commencement du treizième siècle, lorsque les reliques de sainte
+Marine furent transportées de l'Orient à Venise[313]. L'abbé Lebeuf
+pense que cette église a pu être construite à cette époque par les
+soins de quelque Vénitien; et ce qui le fortifie dans cette opinion,
+c'est qu'il y avoit de son temps, dans le voisinage, une rue dite _la
+rue de Venise_. Ce savant s'est trompé: la rue en question devoit son
+nom à une enseigne de l'écu de Venise, sans qu'il soit nécessaire
+d'avoir recours à un homme de cette nation; et elle n'étoit appelée
+ainsi que depuis deux cents ans. Auparavant et du temps même de
+François Ier, on la nommoit rue des _Dix-Huit_, à cause d'un petit
+hôpital ou collége dont il sera question à l'article de la Sorbonne.
+Quant à l'église dont nous parlons, l'origine en est tout-à-fait
+inconnue; on sait seulement qu'elle existoit long-temps avant le
+treizième siècle, et Jaillot prétend avoir lu un diplôme, sans date,
+de Henri Ier, mais qu'on estime être de l'an 1036[314], par lequel ce
+prince fait don de l'église de Sainte-Marine à Imbert, évêque de
+Paris.
+
+[Note 313: L'abbé Lebeuf, et Baillet.]
+
+[Note 314: Past., A., p. 588; B, p. 94; et D, p. 59.]
+
+C'étoit, avant la révolution, la paroisse du palais archiépiscopal et
+des cours, et celle où se faisoient les mariages ordonnés par
+l'officialité. Anciennement, ceux que ce tribunal avoit condamnés,
+étoient mariés avec un anneau de paille. Nous ignorons l'origine de
+cet usage, et nous ne jugeons pas à propos de rapporter l'explication
+bouffonne que Saint-Foix en a donnée[315].
+
+[Note 315: Cette chapelle existe encore en partie: sur ses voûtes,
+composées d'arcs surbaissés, on a élevé une maison à plusieurs
+étages.]
+
+
+
+
+SAINT-PIERRE-AUX-BOEUFS.
+
+
+Plus près encore de la cathédrale, et dans la rue qui porte son nom,
+est l'église de Saint-Pierre-aux-Boeufs.
+
+On peut aussi la mettre au nombre de ces édifices très-anciens, dont
+l'origine incertaine et la dénomination singulière ont fort exercé
+l'imagination des érudits. Plusieurs ont cru qu'elle avoit été
+autrefois la paroisse des bouchers de la Cité, ou le lieu de leur
+confrérie, et vouloient expliquer par là et son surnom et les deux
+têtes de boeufs qui étoient sculptées sur son portail[316]. D'autres
+ont pensé qu'on y marquoit les boeufs avec une clef ardente, pour les
+préserver de certaines maladies; quelques-uns ont eu recours à un
+miracle. L'abbé Lebeuf considéroit ces deux têtes comme les armes
+parlantes d'une ancienne famille de Paris[317]. Toutes ces opinions
+diverses, qui ne reposent sur aucun monument historique, ne méritent
+point d'être discutées, et il est permis à chacun de faire ses
+conjectures.
+
+[Note 316: Hist. de Paris, t. I, p. 163. Piganiol, t. I, p. 144.]
+
+[Note 317: T. II, p. 513.]
+
+Cette église étoit sans doute dans la censive du monastère de
+Saint-Éloi, puisqu'elle fait partie de ses dépendances, et qu'on la
+trouve au nombre des chapelles qui furent données, en 1107, au
+monastère de Saint-Pierre-des-Fossés. Elle fut érigée, quelque temps
+après, en paroisse, ainsi que Saint-Pierre-des-Arcis et Sainte-Croix;
+et l'évêque de Paris, devenu l'héritier des droits de ce monastère,
+nommoit à la cure. Cette cure étoit modique, et n'embrassoit qu'une
+partie des rues environnantes[318].
+
+[Note 318: Le portail existe encore tel que nous le représentons.
+(Voy. pl. 26) La construction moderne élevée au-dessus des croisées
+qui le couronnent a été faite depuis la révolution.]
+
+
+
+
+SAINT-CHRISTOPHE.
+
+
+Dans la rue Saint-Christophe, qui aboutit au parvis Notre-Dame, étoit
+une église sous l'invocation de ce saint: on l'abattit en 1747, pour
+agrandir le parvis et reconstruire la chapelle des Enfants-Trouvés.
+
+Cette église existoit déjà au septième siècle. Quelques auteurs ont
+avancé qu'elle étoit la chapelle des comtes de Paris; et pour soutenir
+cette assertion, ils ont produit des titres qu'ils avoient mal
+entendus. Sauval, surtout, s'est trompé sur les noms, les faits et les
+dates qu'il rapporte en parlant de cette église[319].
+
+[Note 319: Voyez Jaillot, t. I, p. 39.]
+
+Une ancienne charte[320] prouve qu'en 690 l'église Saint-Christophe
+étoit la chapelle d'un monastère de filles, dont l'abbesse se nommoit
+Landetrude: quel étoit ce monastère? on l'ignore; on ne sait pas même
+ce que devinrent ces religieuses, qui durent en sortir dans le siècle
+suivant; car au commencement du neuvième siècle cette maison devint un
+hôpital dans lequel on recueilloit les indigents[321].
+
+[Note 320: Diplom. lib. 6, num. 14, p. 472.]
+
+[Note 321: Hist. eccl. Paris, t. I, p. 350.]
+
+Elle étoit alors desservie alternativement, et de semaine en semaine,
+par deux prêtres que nommoient les chanoines de Notre-Dame. Mais ce
+chapitre étant devenu seul possesseur de l'hospice, comme nous le
+dirons par la suite, on bâtit une autre chapelle, qui reçut aussi le
+nom de Saint-Christophe, et fut érigée en paroisse au douzième siècle.
+Elle fut ensuite rebâtie vers la fin du quinzième. Cette dernière
+église a subsisté jusqu'en 1747.
+
+
+
+
+Ste-GENEVIÈVE-DES-ARDENTS.
+
+
+Derrière Saint-Christophe, et à peu de distance de cette église, étoit
+celle de Sainte-Geneviève-des-Ardents, dont l'origine est absolument
+inconnue.
+
+L'histoire de cette fille admirable, que ses vertus et sa piété
+rendirent respectable même à des rois païens, et célèbre, sans qu'elle
+cherchât à sortir de l'obscurité où la Providence l'avoit placée; qui,
+tant qu'elle vécut, fut le conseil, le refuge et la consolation des
+habitants de Paris, et mérita, après sa mort, cet honneur insigne
+d'être regardée comme la patronne d'une ville appelée à de si hautes
+destinées; cette histoire si extraordinaire et si touchante est trop
+connue pour que nous croyions devoir la répéter. La tradition s'en est
+transmise d'âge en âge; et jusque dans les derniers temps de la
+monarchie, on a vu le peuple de cette capitale, au milieu de ses plus
+grandes calamités, tourner d'abord ses regards vers son ancienne
+protectrice, implorer la clémence du ciel par son intercession, suivre
+avec transport ses reliques vénérées au milieu des rues et des places
+publiques, et attribuer à cette protection puissante la cessation des
+fléaux dont il étoit affligé.
+
+En 1129 ou 1130, Paris et ses environs se virent en proie à une
+maladie terrible, qu'aucun remède ne pouvoit vaincre, et que l'on
+nomma _le feu sacré_ ou _le mal des ardents_. Ses ravages furent si
+rapides et si terribles, l'impossibilité de les arrêter par aucun
+secours humain tellement démontrée, qu'on ne chercha plus que celui du
+ciel, dont la colère avoit envoyé ce fléau. On eut recours, pour
+l'apaiser, aux jeûnes, aux prières, et surtout à l'intercession de la
+bienheureuse Geneviève. La châsse de la sainte fut descendue et portée
+processionnellement à la cathédrale. On prétend que la nef et le
+parvis étoient remplis de malades qui, en passant sous ces reliques
+miraculeuses, furent guéris à l'instant, à l'exception de trois, dont
+l'incrédulité servit à rehausser l'éclat du prodige et la gloire de la
+sainte patronne. On ajoute que le pape Innocent II, alors à Paris,
+ayant fait vérifier ce miracle, ordonna qu'on en feroit la fête tous
+les ans, sous le titre d'_Excellence de la bienheureuse vierge
+Geneviève_. Depuis elle a été célébrée sous celui de _Miracle des
+Ardents_.
+
+Toutefois l'église dont nous parlons existoit long-temps avant la
+procession célèbre de l'année 1139. Ceux qui se sont imaginé que cette
+procession passa le long de ses murs, se sont néanmoins trompés, car
+la rue Notre-Dame n'étoit point encore ouverte. On arrivoit alors à la
+cathédrale par une rue nommée des _Sablons_ ou _Vieille rue
+Notre-Dame_, qui étoit proche de la rivière, et aboutissoit
+directement au portail de l'ancien édifice qu'a remplacé la cathédrale
+d'aujourd'hui. Ce portail étoit situé à l'endroit où est maintenant le
+milieu de la nouvelle nef, en tirant un peu vers le midi[322].
+
+[Note 322: Lebeuf, Hist. du Dioc. de Par. t. I, p. 389.]
+
+Il est certain, comme nous l'avons déjà dit, que sainte Geneviève
+avoit une habitation et un oratoire dans la Cité. Il n'est pas moins
+constant que les chanoines du monastère élevé en son honneur sur le
+bord méridional, possédoient dans l'île une censive, un hospice et une
+petite chapelle; qu'ils jouissoient d'une prébende et d'une vicairie
+dans l'église cathédrale, et qu'à l'exemple des autres religieux qui
+habitoient sur les deux rives de la Seine, ils se retirèrent dans leur
+hospice, pour se soustraire, eux et leurs richesses, à la fureur des
+Normands. Dans l'enceinte de cet hospice étoit une chapelle qui en
+dépendoit: cette chapelle devint dans la suite l'église dont nous
+faisons l'histoire. On l'appela _Sainte-Geneviève-la-Petite_; et même,
+long-temps après le miracle dont nous venons de parler, elle n'avoit
+point d'autre nom. Il est probable que la fête établie en mémoire
+d'un aussi grand événement se célébrant avec plus de solennité dans
+une église qui portoit le nom de la sainte et près de laquelle il
+étoit arrivé, par suite des temps la dévotion des fidèles fit donner à
+cette église le surnom des _Ardents_.
+
+Voilà ce que nous avons pu recueillir de plus authentique sur ce vieux
+monument. En 1202 les chanoines cédèrent la chapelle de
+Sainte-Geneviève ainsi que la prébende et la vicairie qu'ils avoient à
+Notre-Dame, à Eudes de Sully, évêque de Paris; et il y a apparence que
+c'est alors qu'elle fut érigée en paroisse[323]. Elle a subsisté
+jusqu'en 1747, qu'elle fut détruite pour agrandir l'hôpital des
+Enfants-Trouvés. La structure du sanctuaire ressembloit aux
+constructions du temps de Louis-le-Jeune; ce qui fait présumer qu'elle
+étoit de cette époque. Le portail en fut refait en 1402. On voyoit au
+milieu l'image de sainte Geneviève entre saint Jean-Baptiste et saint
+Jacques-le-Majeur; à côté, dans une niche, étoit la statue d'un homme
+agenouillé, ayant les cheveux courts et le capuchon abattu. On prétend
+que c'étoit l'image du célèbre _Nicolas Flamel_[324], lequel avoit
+contribué à cette réparation par ses libéralités.
+
+[Note 323: Arch. S. Genov.--Gall. Christ., t. VII.]
+
+[Note 324: _Voy._ pl. 15.--Sur cet homme singulier, _Voy._ les
+articles _Église de Saint-Jacques de la Boucherie et Cimetière des
+Innocents_.]
+
+Il nous reste à faire connoître encore deux anciennes églises qui,
+comme celle-ci, ne subsistent plus, _Saint-Jean-le-Rond_ et
+_Saint-Denis-du-Pas_; mais leur histoire étant plus intimement liée à
+celle de l'église cathédrale, nous croyons devoir parler auparavant de
+ce grand et antique édifice.
+
+
+
+
+NOTRE-DAME.
+
+
+On est naturellement porté à croire qu'un monument de cette
+importance, que la première église de Paris offrira des traditions
+plus sûres et dans son origine et dans les révolutions qu'elle a
+éprouvées, que cette foule de chapelles obscures dont nous venons
+d'exposer si péniblement l'histoire. Cependant cette origine est
+enveloppée de ténèbres encore plus épaisses; et aucun point de
+l'histoire de Paris n'offre plus de difficultés, n'a excité plus
+d'opinions diverses parmi ceux qui ont écrit de ses antiquités.
+
+Ils ne sont d'accord ni sur le nom, ni sur l'origine, ni même sur la
+position de cette première basilique des Parisiens. Les uns l'ont
+placée dans la Cité, les autres dans les faubourgs; et ceux qui
+s'accordent dans l'une de ces deux opinions, se divisent ensuite
+lorsqu'il est question de fixer le véritable lieu qu'elle occupoit.
+Parmi ceux qui la mettent dans la Cité, quelques-uns croient que sa
+situation fut celle de Saint-Denis-du-Pas; ceux-ci veulent qu'elle
+s'éleva à l'endroit même où est aujourd'hui Notre-Dame; ceux-là, dans
+un lieu voisin, sous le nom de Saint-Étienne. Les partisans de l'autre
+système offrent la même variété dans leurs conjectures: les uns
+pensent qu'elle étoit à la place où l'on a bâti depuis l'église
+Saint-Marcel; d'autres à la Trinité, depuis Saint-Benoît; plusieurs à
+Notre-Dame-des-Champs, qui fut ensuite le monastère des Carmélites. Il
+n'y a pas moins de contradictions sur son fondateur: on ne sait si
+c'est saint Denis ou quelqu'un de ses successeurs, ni lequel de
+ceux-ci. Enfin cette obscurité s'est étendue jusque sur l'édifice
+actuellement existant, que ces mêmes historiens, toujours divisés,
+attribuent à Childebert, au roi Robert, à Erkenrad, évêque de Paris, à
+Maurice et Eudes de Sully, deux de ses successeurs.
+
+Depuis que la science et la critique ont fait de véritables progrès,
+il n'est plus permis de soutenir des opinions aussi visiblement
+fausses que celle par laquelle on a prétendu que, même après la paix
+accordée à l'église par Constantin, les évêques avoient eu les siéges
+de leurs églises hors des cités, et par conséquent que la cathédrale
+de Paris a été autrefois à la place de Saint-Marcel ou de toute autre
+église sur la rive méridionale.
+
+Il est également impossible de supposer, avec quelque vraisemblance,
+que saint Denis ait fondé un oratoire dans l'enceinte de la Cité; il
+est vrai que les actes de ce saint en font mention, ainsi que du
+clergé qu'il institua: «_Ecclesiam illis quæ necdùm in locis erat, et
+populis illis novam construxit, ac officia servientium clericorum ex
+more instituit_[325].» Mais les historiens de la ville et de l'église
+de Paris, qui se sont appuyés d'un semblable témoignage, n'ont pas
+réfléchi que ces actes n'ont été rédigés qu'à la fin du sixième
+siècle, et peut-être plus tard, sur la foi d'une simple tradition, et
+l'auteur en convient lui-même: «_Sicut fidelium relatione didicimus._»
+Une semblable autorité peut-elle donc balancer celle de tant de
+monuments historiques, qui nous apprennent que, jusqu'au commencement
+du quatrième siècle, les chrétiens n'ont cessé d'être en butte à des
+persécutions qui ne sembloient se ralentir quelques instants que pour
+se rallumer avec plus de fureur; que, loin d'avoir des temples
+publics, ces premiers fidèles trouvoient à peine des asiles assez
+secrets pour se dérober aux recherches de leurs aveugles ennemis? On
+sait d'ailleurs que les progrès assez lents que l'Évangile avoit faits
+dans les Gaules[326], et dont on ne trouve de monuments remarquables
+qu'en 177, dans les actes des célèbres martyrs de Lyon et de Vienne,
+furent arrêtés tout à coup par les persécutions nouvelles de
+Marc-Aurèle et de Sévère: depuis ce temps, soit que les pasteurs
+eussent été tous immolés, soit que la peur eût dispersé le troupeau
+des chrétiens, on n'en trouve plus de vestiges jusque sous l'empire de
+Dèce, au milieu du troisième siècle. À cette époque, selon Grégoire de
+Tours[327], de nouveaux apôtres, au nombre desquels étoit saint Denis,
+furent envoyés dans les Gaules. Alors on persécutoit plus que jamais
+les chrétiens; et Paris, où l'ardeur de son zèle conduisit ce saint
+évêque, étoit, comme toutes les autres villes de cette vaste contrée,
+soumis aux Romains, imbu de leurs préjugés et adorateurs de leurs faux
+dieux. Étoit-il possible que, dans des circonstances aussi difficiles,
+saint Denis pût bâtir sans obstacle une église dans le sein de la
+ville et même dans les faubourgs? N'est-il pas plus raisonnable de
+croire que, se conformant à cette prudence prescrite par Jésus-Christ
+même, laquelle ne permettoit ni de s'offrir au martyre, ni de
+l'éviter, et réglant sa conduite sur celle des hommes apostoliques qui
+l'avoient précédé, il réunit ses néophytes dans des _cryptes_ ou lieux
+souterrains écartés, tant pour les instruire dans la parole de Dieu,
+que pour les faire participer aux mystères de la religion? Ainsi, sans
+rejeter entièrement cette tradition, qu'il forma une église à Paris,
+il faudra l'entendre seulement d'une _assemblée de fidèles_, avec
+laquelle il célébra ces mystères augustes. On peut même accorder qu'il
+choisit pour cette célébration les lieux où furent depuis
+Saint-Marcel, Saint-Benoît et les Carmélites; mais, comme nous l'avons
+déjà dit, il faut absolument rejeter l'idée qu'aucune de ces églises
+ait été la première cathédrale de Paris.
+
+[Note 325: Hist. de saint Denis, 2e. part. des preuv., p. clxiv.]
+
+[Note 326: Sulp. Sev. hist. lib. II.]
+
+[Note 327: Lib. I, cap. 30.]
+
+Les successeurs immédiats de saint Denis vinrent eux-mêmes dans des
+temps non moins orageux[328], et prêchèrent dans des lieux encore
+arrosés de son sang. Ce ne fut qu'en 313, lorsque Constantin eut placé
+la religion à côté du trône des Césars, et fait restituer aux
+chrétiens les biens dont ils avoient été dépouillés, qu'il fut
+possible de rebâtir les basiliques ruinées, et d'en élever de
+nouvelles. Les évêques de Paris durent profiter d'une circonstance
+aussi favorable pour faire construire une église dans la Cité; et l'on
+en trouve enfin des indices certains sous l'épiscopat de _Prudentius_,
+vers la fin du quatrième siècle[329]. Cette église étoit située sur le
+bord de la Seine, à peu près à l'endroit où est la chapelle inférieure
+et la dernière cour de l'archevêché; et comme on étoit très-exact à
+tourner le _chevet_ ou _rond-point_ de ces édifices vers l'orient,
+sans avoir égard à l'alignement des rues, dont le désordre d'ailleurs
+alors étoit très-grand, il est probable que le _fond_ de cette petite
+église étoit dans la direction du lieu où est située maintenant
+l'église de Saint-Gervais.
+
+[Note 328: La persécution, qui s'étoit ralentie un moment après la
+mort de Dèce, recommença, plus violente encore, sous Gallus et
+Valérius.]
+
+[Note 329: Val. _de Basil_. Paris, cap. I, p. 15. Le premier concile
+de Paris fut tenu dans cette ville en 360.]
+
+Sur cette ancienne disposition des rues, il est difficile de rien dire
+que de conjectural, et d'indiquer autre chose que ce qui pouvoit être,
+d'après la connoissance que l'on a des principaux monuments qui, à
+cette époque, existoient dans la Cité. Il faut se figurer qu'alors la
+pointe de l'île se terminoit à peu près à l'endroit où étoit autrefois
+le pont Rouge; car l'espace appelé le _Terrain_[330] ne s'est formé
+que, par succession de temps, des décombres que produisit la
+démolition des vieilles églises auxquelles a succédé la cathédrale que
+nous voyons à présent. Comme le pont Notre-Dame n'existoit point
+encore, il ne pouvoit y avoir une rue qui continuât en _droite ligne_,
+à partir du Petit-Pont; mais elle devoit suivre une _diagonale_ pour
+arriver à la porte du septentrion, où étoit le Grand-Pont, seule issue
+que l'île eût alors de ce côté. Il est facile, d'après cela, de se
+faire une idée de la manière dont devoient être tournées les rues
+aboutissantes à cette grande rue qui conduisoit d'un pont à l'autre.
+Quant aux chapelles et monastères qu'on a vu s'élever de tous côtés au
+milieu de cet espace, ils ne doivent point embarrasser, parce que,
+jusqu'au règne de Childebert, fils de Clovis, il n'y eut qu'une seule
+église à Paris, et déjà ce n'étoit plus la même qui avoit existé du
+temps de l'évêque _Prudentius_. Le nombre des habitants de Paris, et
+par conséquent des chrétiens s'étant fort augmenté, on en avoit rebâti
+une plus grande et plus magnifique au même endroit. Fortunat[331], qui
+vivoit peu de temps après, parle des colonnes de marbre, des vitraux
+superbes dont elle étoit décorée, de la hauteur de ses voûtes, et
+donne à entendre que c'étoit au roi Childebert qu'elle devoit tant de
+magnificence.
+
+[Note 330: Le Terrain s'appeloit, en 1258, LA MOTTE AUX PAPELARDS,
+_Motta Papelardorum_; en 1343 et 1356, LE TERRAIL, _Domus de
+Terralio_. C'étoit encore, au quinzième siècle, un espace inculte qui
+se terminoit en pente douce. En 1407, Charlotte de Savoie, seconde
+femme de Louis XI, y débarqua, lors de son entrée à Paris, et y fut
+complimentée par l'évêque et par le parlement.
+
+Vers le milieu du dix-septième siècle, les habitants de l'île
+Saint-Louis, ayant contracté l'obligation de faire revêtir le
+_Terrain_ d'un mur de pierres de taille, et voulant rompre ce contrat,
+offrirent au chapitre une somme de 50,000 liv., qu'il accepta et
+employa à faire construire ce revêtement. On en fit depuis un jardin,
+uniquement destiné aux chanoines, et dans lequel ils n'admettoient que
+des hommes. Il a été, pendant la révolution, le dépôt des eaux
+filtrées de la Seine: depuis il est rentré dans les dépendances de
+l'archevêché.]
+
+[Note 331: Fortunat, évêque de Poitiers, et secrétaire de la reine
+Radegonde, vivoit dans le sixième siècle. On a de lui un poëme en
+quatre livres sur la vie de saint Martin, et diverses autres poésies,
+entre autres une pièce de vers intitulée _de Ecclesiâ Parisiacâ_, dans
+laquelle ces particularités ont été recueillies. (Voyez Lebeuf, Hist.
+du Dioc. de Par., t. I, p. 4.)]
+
+Plusieurs titres incontestables, parmi lesquels il en est un qui
+remonte à l'an 860[332], nous apprennent que cette ancienne cathédrale
+a d'abord porté le nom de Saint-Étienne. C'est en vain que quelques
+érudits ont prétendu qu'il étoit question, dans ces anciens écrits, de
+Saint-Étienne-des-Grés, de Saint-Étienne-du-Mont et même de l'abbaye
+Saint-Germain-des-Prés, dont ce premier martyr étoit un ancien patron:
+il a été prouvé que les deux premières églises n'existoient pas encore
+à cette époque, et quant à la troisième, que non-seulement l'église
+de Saint-Germain-des-Prés n'a jamais été connue sous le nom de
+Saint-Étienne, mais que ce dernier titre ne lui a même jamais été
+donné par _adjonction_, tandis qu'on y a joint quelquefois le nom de
+Saint-Vincent.
+
+[Note 332: Abbon, lib. II, v. 310. Diplomat., p. 472. Greg. Tur., lib.
+VIII ch. 33.]
+
+Toutefois, par un titre qui n'est guère postérieur aux premiers[333],
+on voit que cette église étoit composée de deux édifices, dont l'un
+étoit la basilique de Notre-Dame, et l'autre celle de Saint-Étienne.
+Aussi Grégoire de Tours, parlant de l'incendie qui réduisit en cendres
+toutes les maisons de l'île de Paris en l'an 586, dit que _les seules
+églises furent exceptées_. Cette pluralité des églises dans la Cité ne
+peut s'entendre que des édifices qui en formoient depuis peu la
+cathédrale. Saint-Étienne avoit été le premier de ces édifices;
+ensuite, suivant l'ancien usage où l'on étoit de bâtir de petites
+églises autour des grandes basiliques, il est à présumer qu'on en
+avoit élevé une à côté, sous l'invocation de la Vierge. Ce monument
+s'étant trouvé trop petit par l'augmentation du nombre des fidèles, on
+l'aura rebâti et agrandi sous le règne de Childebert; et c'est alors
+sans doute que la basilique nouvelle sera devenue la cathédrale, par
+une autre coutume assez fréquente dans ces temps-là, de donner aux
+églises neuves qui remplaçoient les anciennes, ou ruinées ou trop
+petites, un _vocable_ différent du premier patron. Voilà ce que nous
+avons pu recueillir de plus vraisemblable sur la première origine de
+Notre-Dame de Paris.
+
+[Note 333: Le testament d'Ermentrude. Voyez Jaillot, t. I, p. 123 et
+131.]
+
+Quelles que soient les objections que l'on imagine d'élever contre
+cette hypothèse, on ne peut nier du moins que, sans compter un grand
+nombre d'autres autorités, il n'existe une charte authentique de
+Childebert lui-même, par laquelle il donne la terre de Celle, près
+Montereau-Faut-Yonne, à l'église mère de Paris, _qui est dédiée en
+l'honneur de sainte Marie_, etc.[334], et que par conséquent cette
+église ne fût déjà bâtie sous la première race de nos rois: du reste,
+on n'a que des traditions confuses sur les révolutions[335] qu'elle a
+pu éprouver jusqu'au moment où elle fit place au monument qu'on voit
+aujourd'hui. A-t-elle été rebâtie depuis Childebert par l'évêque
+Erkenrad, comme on l'a prétendu? l'abbé Lebeuf est porté à le croire,
+et cette opinion n'a rien qui la rende invraisemblable. Il n'en est
+pas de même de celle par laquelle on veut établir que l'édifice
+actuel, commencé par le roi Robert, fut continué par ses successeurs
+jusqu'à Philippe-Auguste, sous le règne duquel Maurice de Sully eut la
+gloire de l'achever: non-seulement l'architecture de cette église
+n'offre aucun caractère qui puisse la faire attribuer aux siècles qui
+ont précédé cet évêque, mais il existe plusieurs témoignages qui
+prouvent qu'il le fit édifier dès ses fondements[336]. Toutefois il
+est probable que les anciennes fondations avoient été conservées, et
+que ce fut sur ces fondations que fut élevé le choeur de l'église
+nouvelle[337]. En effet, il est remarquable que cette partie, trop
+étroite pour la hauteur et la largeur du monument entier, n'est point
+dans l'alignement de la nef, et que celle-ci fait un coude léger.
+Cette irrégularité semble être le résultat d'un plan par lequel
+Maurice auroit voulu que le portail se trouvât en face de la rue
+nouvelle qu'il avoit fait ouvrir, et à laquelle il donna le nom de rue
+Notre-Dame, qu'elle porte encore aujourd'hui.
+
+[Note 334: _Hist. eccl._ Paris., t. I, p. 82.]
+
+[Note 335: On lit, dans le Nécrologe de l'église de Paris, qu'Étienne
+de Garlande, archidiacre, mort en 1142, y avoit fait beaucoup de
+réparations; et l'auteur de l'Éloge de Suger dit que cet abbé de
+Saint-Denis fit présent à la même église d'un vitrage d'une grande
+beauté. On l'appeloit, vers l'an 1110, _Nova ecclesia_, par opposition
+à l'église de Saint-Étienne, qui étoit beaucoup plus ancienne. C'est
+dans cette église de Notre-Dame que nos rois avoient coutume de
+célébrer le service divin avec le clergé. Un évêque de Senlis, dit une
+vieille chronique, étant venu à Paris, en 1041, pour demander une
+grâce au roi Henri, _trouva ce prince à la grand messe à Notre-Dame_.
+On a aussi des preuves que le roi Louis-le-Jeune y alloit souvent.]
+
+[Note 336: _Speculum hist. ad an. 1177. Hist. eccl. Paris._, t. II, p.
+123. _In app. Chron. Sigelb._ Memor. hist.]
+
+[Note 337: L'abbé Lebeuf, t. I, p. 9.]
+
+Ce fut vers l'an 1160 que cet évêque entreprit de faire une seule
+basilique des deux églises, et de leur donner une étendue beaucoup
+plus considérable du côté de l'occident. Celle de Notre-Dame fut
+d'abord abattue jusqu'aux fondements, comme nous venons de le dire, et
+l'on éleva sur le champ le nouveau sanctuaire. Ce ne fut qu'environ
+cinquante ans après, que la vieille église de Saint-Étienne fut
+détruite[338], lorsque l'on commença la construction des ailes,
+qu'elle auroit gênée du côté méridional. Une inscription qu'on lit sur
+les pierres du portail de la croisée fait foi qu'on travailloit encore
+à cette partie de l'église en 1257. Le portail et les chapelles du
+côté du nord ne furent achevés que dans le quatorzième siècle, de
+manière que cette immense construction fut le résultat de près de
+trois siècles de travaux non interrompus. Cependant on n'avoit pas
+attendu son entier achèvement pour y réunir les fidèles; et lorsque le
+sanctuaire eut été achevé, la simple bénédiction du lieu et des
+autels[339] parut suffisante pour y célébrer les saints mystères. La
+dédicace solennelle de l'édifice n'a même jamais été faite.
+
+[Note 338: Lebeuf, Hist. du dioc. de Par., t. I, p. 10.]
+
+[Note 339: Le grand autel fut consacré quatre jours après la
+Pentecôte, en 1182. (JAILLOT.)]
+
+La forme du plan de cette église est une croix latine, dont les
+principales dimensions, dans oeuvre, sont, pour la longueur,
+soixante-cinq toises, pour la largeur, vingt-quatre. La hauteur, sous
+clef de la voûte, est de dix-sept toises deux pieds. La disposition
+générale du plan est grande et noble, les proportions en sont
+heureuses, et ce monument gothique passe, avec raison, pour un des
+plus vastes et des plus beaux qui existent dans la chrétienté[340].
+
+[Note 340: Voyez pl. 16 et 17.]
+
+La façade, qui fut élevée dès le règne de Philippe-Auguste, est
+remarquable par ses sculptures et par son élévation. Elle est terminée
+par deux grosses tours, hautes de deux cent quatre pieds; elles sont
+carrées, et offrent une largeur de quarante pieds sur chaque
+dimension. L'intervalle qui les sépare étant égale à leur diamètre, il
+en résulte que la façade entière du portail est de cent vingt pieds.
+On communique de l'une à l'autre tour par deux galeries hors d'oeuvre.
+
+Cette façade est percée de trois portes, au-dessus desquelles étoient
+rangées, sur une seule ligne, les statues[341] de vingt-sept de nos
+rois, dont le premier étoit Childebert, et le dernier Philippe-Auguste.
+On y voyoit Pépin-le-Bref monté sur un lion, ce qui étoit un monument de
+la victoire éclatante qu'il remporta sur un de ces terribles animaux.
+
+[Note 341: Ces statues colossales avoient quatorze pieds de hauteur.
+Elles ont été renversées pendant l'anarchie de 1793.]
+
+Les sculptures placées dans les voussures ogives[342] de ces trois
+portes et dans les niches au-dessous, offrent cette multiplicité, cet
+entassement d'objets qui fait le caractère de la barbarie gothique. Au
+portail du milieu est représenté Jésus-Christ sous plusieurs aspects
+avec les apôtres, les symboles des quatre évangélistes, les prophètes
+et même les sibylles. Dans les côtés sont figurés les vertus et les
+vices sous l'emblème de divers animaux. On y remarque encore une
+représentation grossière du jugement dernier, et dans les pilastres
+qui séparent ce portail d'avec les deux autres, sont placées deux
+grandes statues de femmes, dont l'une est la Foi et l'autre la
+Religion.
+
+[Note 342: Le mot _ogive_ vient de l'allemand _aug_, qui signifie
+_oeil_, parce que les arcs des cintres, dans les voûtes gothiques,
+font des angles curvilignes semblables à ceux des coins de l'oeil,
+quoique dans une position différente. _Voussure_ signifie toute sorte
+de courbure en voûte.]
+
+Au portail de la tour voisine du cloître, on voit la statue de la
+Vierge, celles des prophètes qui l'ont prédite, sa mort, son
+couronnement; à droite et à gauche, saint Jean-Baptiste, saint
+Étienne, sainte Geneviève, saint Germain, saint Denis, et un roi qu'on
+ne peut désigner. Ces figures sont du treizième siècle.
+
+Celles du portail à droite, qui paroissent plus anciennes, offrent une
+réunion d'objets encore plus incohérents. La Vierge y figure de
+nouveau avec la crèche, les trois mages, des rois, des apôtres, des
+évêques de Paris; et parmi ces derniers, saint Marcel, reconnoissable
+à sa crosse, à sa mitre et au dragon qu'il a sous les pieds. Toutes
+ces sculptures, dont la plus grande partie existe encore, ont éprouvé
+de grandes dégradations, ainsi que celles qui ornent les portails des
+deux croisées, lesquelles sont à peu près du même style et de la même
+composition[343].
+
+[Note 343: Un gentilhomme chartrain, nommé Gobineau de Montluisant, a
+donné une explication extravagante des figures de cette façade. Il y
+avoit vu une histoire complète de la science _hermétique_, dont il
+étoit entêté. Le Père éternel étendant ses bras, et tenant un ange de
+chacune de ses mains, représentoit le créateur qui tire du néant le
+soufre incombustible et le mercure de vie, figurés par ces deux anges;
+le dragon qui est sous les pieds de saint Marcel figuroit la pierre
+philosophale, composée de deux substances, la fixe et la volatile; la
+gueule du dragon dénote le sel fixe, qui, par sa siccité, dévore le
+volatil, désigné par la queue glissante de l'animal, etc., etc. Tout
+le reste étoit aussi judicieusement conçu et expliqué.]
+
+On entre par toutes ces portes dans l'église dont la nef et le choeur
+sont accompagnés de doubles ailes voûtées, au-dessus desquelles
+s'élèvent des galeries spacieuses, et qui règnent tout à l'entour de
+l'édifice. Toutes ces constructions sont soutenues par cent vingt
+piliers et cent huit colonnes. On compte encore dans ce vaste contour
+quarante-cinq chapelles[344].
+
+Les différentes voûtes de cet édifice sont contre-butées à l'extérieur
+par un grand nombre d'arcs-boutants de différentes hauteurs, lesquels
+opposent leur résistance à l'effort de la _poussée_. Ce moyen,
+constamment employé par les Goths, leur ayant permis d'élever à une
+hauteur excessive des murs auxquels ils ont conservé peu d'épaisseur,
+donne à leur architecture cette apparence de légèreté encore augmentée
+par la subdivision infinie de ces faisceaux de colonnes d'un
+très-petit diamètre qui composent leurs piliers, et qu'ils ont eu
+l'adresse de figurer jusque dans les nervures croisées et intérieures
+de ces voûtes.
+
+[Note 344: Voyez pl. 17.]
+
+Quant à l'extérieur, ces piliers sont la plupart terminés en
+obélisques. Les pignons[345] en forme de frontons sont évidés au
+milieu par des roses[346] à jour, d'un travail très-délicat, et dont
+les plus grandes ont quarante pieds de diamètre. Celle qui est du côté
+de l'archevêché a été reconstruite en entier sur le même dessin, en
+1726, par Claude Pinet, appareilleur, sous les ordres de M. Boffraud,
+architecte. On admire les anciens vitraux colorés qui remplissent la
+rose du grand portail et celles des croisées. Ils ont été réparés, en
+1752, par Pierre Leviel, vitrier, auteur d'un traité sur ce genre de
+peinture, que l'on croyoit perdu, et dont il a retrouvé les divers
+procédés.
+
+[Note 345: Le _pignon_ est la partie supérieure d'un mur qui a la
+forme d'un triangle, et où se termine la couverture d'un comble à deux
+égouts.
+
+Les maisons de Paris, comme on peut encore en juger par quelques-unes
+des plus anciennes, présentoient sur leur façade, en forme de
+_pignon_, le mur qui, dans les constructions modernes, est devenu mur
+_latéral_. C'est de là qu'étoit venue cette locution populaire, _avoir
+pignon sur rue_, pour exprimer qu'on étoit propriétaire d'une maison.]
+
+[Note 346: C'est, dans une église gothique, un grand vitrail rond avec
+croisillon et nervures de pierre, qui forment un compartiment dont la
+forme imite celle de la rose.]
+
+Trois galeries en dehors forment, à diverses hauteurs, des espèces de
+_ceintures d'entrelas_[347] qui unissent ensemble toutes ces formes
+pyramidales, et rassurent l'oeil sur leur solidité, en même temps
+qu'elles présentent, par la richesse et la variété de leurs ornements,
+une heureuse opposition avec le _lisse_ des murs et des contreforts.
+La première est placée au-dessus des chapelles, la deuxième surmonte
+les galeries de la nef et du choeur, et la troisième règne autour du
+grand comble. Celle-ci, par sa disposition, sert pour faire
+extérieurement la visite de l'église, et contribue à sa conservation
+en facilitant la conduite et l'écoulement des eaux pluviales, ce qui
+s'opère par une multitude de canaux et de gouttières qui les font
+parvenir jusqu'au pied de l'édifice. La charpente, qui a trente pieds
+d'élévation, est en bois de châtaignier.
+
+[Note 347: Ce sont des ornements composés de _listeaux_ et de
+_fleurons_, liés et croisés les uns avec les autres. Le _listeau_ est
+une petite moulure carrée et unie qui accompagne ou couronne une autre
+moulure plus grande, ou qui sépare les cannelures d'une colonne ou
+d'un pilastre. Les _fleurons_ sont des feuilles ou fleurs dessinées de
+caprice et sans imitation de la nature, entrelacées quelquefois de
+figures humaines et d'animaux, soit en entier soit en partie.]
+
+Lorsqu'il s'agit d'un monument aussi célèbre, on ne doit négliger
+aucun des détails qui semblent intéressants. Avant que le choeur eût
+été orné d'une décoration moderne, il étoit chargé de sculptures
+gothiques représentant, du côté intérieur, l'histoire de la Genèse.
+Elles avoient été exécutées en 1303, aux frais du chanoine Fayet.
+Celles de l'extérieur, qui existent encore, offrent toute la suite du
+Nouveau Testament. Autrefois on lisoit au bas les noms de _Jean Ravy_
+et _Jean Bouthelier_ son neveu, maçons de Notre-Dame; ce dernier avoit
+achevé ces ouvrages en 1351.
+
+Il faut encore remarquer la ferrure des deux portes latérales de la
+façade. Elle est composée d'enroulements exécutés en fonte de fer,
+dans un style d'ornements qui rappelle le goût grec du Bas-Empire; ce
+qui peut faire présumer que ces pentures, travaillées en arabesques
+très-légères, et ornées de rinceaux[348] et d'animaux, ont été
+enlevées de quelque autre monument, et appliquées à celui-ci. Cette
+conjecture prend plus de force si l'on observe que ces pentures ne
+sont point pareilles, et que ni la porte du milieu ni les portes des
+croisées ne présentent rien de semblable ou d'analogue. On les
+attribue cependant à un célèbre serrurier nommé _Biscornet_.
+
+[Note 348: _Rinceau_, espèce de branche formée de grandes feuilles
+naturelles ou imaginaires, et refendues comme l'acanthe et le persil,
+avec fleurons, roses, boutons et graines; cet ornement entre dans la
+décoration des gorges, des frises, des panneaux, etc.]
+
+Ce portail est de niveau avec la place: on prétend que du temps de
+Louis XII il s'élevoit beaucoup au-dessus d'elle, et qu'il falloit
+monter plusieurs marches pour entrer dans l'église. On remarque en
+effet que les anciens monuments bâtis dans la plaine s'enterrent
+successivement par l'exhaussement du sol environnant. Il arrive que le
+temps dépose chaque année à leur pied une couche insensible de terre
+ou de matériaux étrangers qui, n'étant point enlevés lorsqu'on
+renouvelle le pavement des rues, surmontent insensiblement les socles
+et les marches, de manière qu'on finit par descendre dans les édifices
+où l'on montoit plusieurs siècles auparavant.
+
+Cette cathédrale avoit été magnifiquement décorée par Louis XIV, qui
+accomplit aussi le voeu qu'avoit fait son père, d'y élever un maître
+autel digne d'un temple aussi auguste et de la puissance d'un grand
+roi. Malgré les dégradations, les brigandages horribles exécutés sur
+tant de matériaux précieux, de sculptures, de peintures, de boiseries
+artistement travaillées, qui étoient entrés dans la décoration de ce
+grand monument, il reste cependant encore quelques traces de tant de
+richesses; et le groupe de la Mère de douleur, placé dans la niche de
+l'arcade qui est derrière le grand autel, est demeuré intact. La
+Vierge y est représentée les bras étendus vers le ciel; la tête et une
+partie du corps de son fils reposent sur ses genoux; un ange soutient
+une main du Christ, un autre porte sa couronne d'épines. Ce groupe,
+exécuté en marbre blanc par _Coustou_ l'aîné, quoique loin sans doute
+du style grand et pur de la sculpture antique, n'est pas cependant
+dépourvu de beautés, et l'expression y est surtout remarquable. Du
+reste, l'autel, entièrement dégradé, a été refait sur les dessins de
+feu M. Legrand, architecte distingué, et même la décoration intérieure
+de la totalité du sanctuaire est devenue plus noble et plus régulière
+par la suppression du jubé et des chapelles adossées aux deux premiers
+piliers du choeur: ces chapelles, par leur disposition, empêchoient de
+jouir de l'ensemble de ce monument.
+
+Il a été fait trois fouilles remarquables dans cette église; la
+première en 1699, lorsqu'on commença la construction du grand autel.
+On découvrit alors, sous les payés du sanctuaire, les tombes d'un
+grand nombre d'évêques et autres personnages éminents, dont plusieurs
+y avoient été enterrés dès les premiers temps de l'édification du
+monument.
+
+Dans la seconde fouille, entreprise en 1711, pour creuser la _crypte_
+qui sert de sépulture aux archevêques, furent trouvées neuf pierres
+antiques chargées de sculptures et d'inscriptions en caractères
+romains. Nous donnerons quelques détails sur ces débris d'antiquités
+en finissant de décrire ce quartier[349].
+
+[Note 349: Nous y joindrons la description de quelques autres
+fragments antiques, découverts à diverses époques dans différentes
+parties de la Cité.]
+
+Enfin, la troisième fouille, que l'on fit en 1756, pour édifier la
+sacristie et le bâtiment du trésor du côté du midi, détruisit
+entièrement cette ancienne opinion, que les fondations de Notre-Dame
+avoient été bâties sur pilotis. Cette fouille, poussée jusqu'à
+vingt-quatre pieds de profondeur, deux pieds au-dessous de ces
+fondations, a fait voir qu'elles posent sur un gravier solide. Elles
+sont composées de gros moellons liés avec du mortier et du sable. Il
+n'y a que quatre assises de pierre de taille bien équarries, et posées
+en retraite les unes sur les autres, qui terminent cette fondation
+jusqu'au sol. L'ancienne sacristie, qu'on abattit alors, parce qu'elle
+menaçoit ruine, avoit été construite à la place d'une galerie qui
+communiquoit de l'église aux chapelles de l'archevêché. L'édifice qui
+a remplacé ces deux anciennes constructions a été fait sous la
+direction du célèbre architecte Soufflot.
+
+Telles sont les particularités les plus intéressantes que nous avons
+pu recueillir sur ce monument célèbre dans toute la chrétienté, que
+tant de mains royales se sont plu à décorer, et qui, tout dépouillé
+qu'il est de son antique splendeur, rappellera toujours les plus
+grands, les plus touchants souvenirs de la monarchie françoise. C'est
+dans l'église de Notre-Dame que nos rois ont le plus souvent donné des
+preuves éclatantes de cette piété si noble et si sincère qui les
+distingue parmi tous les souverains, et dont l'exemple salutaire, en
+raffermissant le principe religieux dans l'âme de leurs sujets,
+contribua, plus que toute autre chose, à soutenir un ordre politique,
+fragile de sa nature, et menacé à chaque instant de se changer en
+désordre et en anarchie. À chaque avénement, le nouveau monarque
+alloit dans ce temple auguste déposer sa couronne aux pieds de celui
+qui juge les rois; avant de marcher à l'ennemi, il y retournoit
+demander la protection du ciel pour ses armes; et dans la gloire du
+triomphe, il y revenoit encore humilier son front, et consacrer les
+marques de sa victoire[350]. Il n'étoit point de fêtes solennelles,
+soit pour remercier le ciel des succès, soit pour l'implorer dans les
+calamités, où l'on ne marchât d'abord vers la cathédrale; et les
+pompes de la religion se mêloient sans cesse aux affections les plus
+vives des peuples, aux intérêts les plus grands des princes. Un de nos
+rois[351], délivré d'une longue captivité, alla porter à Notre-Dame le
+tribut de ses actions de grâces avant de rentrer dans son palais; un
+autre[352] y fit élever le monument d'une victoire qu'il croyoit
+n'avoir obtenue que par une protection signalée de la Vierge; Henri
+IV, le meilleur des princes, saint Louis, le plus grand des rois, ont
+prié sous ces voûtes; et la suite de cette histoire nous fournira une
+foule d'exemples non moins remarquables de ce zèle religieux qui, dans
+ces souverains, sembloit se transmettre d'âge en âge avec la valeur et
+les droits du trône.
+
+[Note 350: C'étoit aux balcons des galeries qu'étoient attachés et
+exposés, pendant la guerre, les drapeaux pris sur les ennemis de la
+France. On les ôtoit en temps de paix.]
+
+[Note 351: Le roi Jean.]
+
+[Note 352: Philippe-le-Bel, vainqueur des Flamands à la bataille de
+Mons-en-Puelle, le 18 août 1304, entra à Notre-Dame, monté sur le même
+cheval, et armé des mêmes armes avec lesquelles il avoit soutenu le
+premier choc de l'ennemi, qui avoit pénétré, par surprise, jusqu'à sa
+tente. Persuadé qu'il devoit à la protection signalée de la Vierge
+d'être échappé à un aussi grand danger, il fonda une rente de cent
+livres à l'église de Notre-Dame, et voulut que sa statue équestre y
+fût élevée, le casque en tête, et armée seulement de l'épée, tel qu'il
+étoit lorsqu'il fut surpris par les Flamands. Cette statue, que l'on
+voyoit près du dernier pilier de la nef, du côté de la chapelle de la
+Vierge, a été détruite probablement avec tant d'autres monuments de la
+monarchie; car elle n'existe point au dépôt des Monuments français.
+Saint-Foix prétend qu'elle fut érigée par Philippe de Valois, après la
+bataille de Cassel, et non par Philippe-le-Bel. Il donne, pour
+soutenir son opinion, des raisons qui semblent spécieuses: cependant
+elle n'a point prévalu.]
+
+La cathédrale de Paris ayant été, dans tous les temps, l'objet de la
+dévotion particulière de nos rois, fut, dès les commencements, comblée
+de leurs présents, et décorée avec une magnificence digne d'aussi
+grands souverains. Elle étoit riche en peintures, en sculptures, en
+reliques, en vases antiques et précieux, en ornements de tous genres;
+et le culte n'étoit célébré dans aucune église de France avec un
+appareil aussi auguste[353].
+
+[Note 353: La Chronique d'_Albéric de Troisfontaines_ rapporte un fait
+qui peut donner une idée de la manière dont on ornoit, dès le
+treizième siècle, cette superbe basilique. Un voleur ayant formé le
+projet de s'emparer des bassins et des chandeliers d'argent qui
+étoient devant l'autel, imagina, la nuit de l'Assomption de l'année
+1218, de les tirer à lui du haut des voûtes, où il s'étoit caché; les
+cierges, qui étoient encore allumés, ayant été enlevés avec les
+chandeliers, mirent le feu aux riches tentures dont l'église étoit
+tapissée, et il en brûla, avant qu'on pût l'éteindre, pour la valeur
+de neuf cents marcs d'argent (45,000 livres).
+
+Dans ces temps-là on avoit coutume, à cette même fête de l'Assomption,
+de joncher le pavé de cette église d'herbes odoriférantes; deux
+siècles après, on se contentoit d'y répandre de l'herbe tirée des prés
+de Gentilli.
+
+Le jour de la Pentecôte, c'étoit encore l'usage à Notre-Dame de jeter,
+par les voûtes, des pigeons, des oiseaux, des fleurs et des étoupes
+enflammées, pendant qu'on célébroit l'office divin.]
+
+Non-seulement les rois et les princes, mais le corps des bourgeois,
+plusieurs confréries, des communautés d'artisans, de simples
+particuliers se sont plu à l'envi à l'enrichir de leurs offrandes. On
+voyoit devant l'autel de la Vierge un lampadaire d'argent remarquable,
+en ce qu'il étoit composé de sept lampes, dont six avoient été données
+par Louis XIV et la reine son épouse. Celle du milieu, qui avoit la
+forme d'un navire, étoit un présent de la ville de Paris, et rappeloit
+un voeu singulier qu'elle avoit fait dans un danger imminent[354]. Un
+chanoine de cette église en avoit fait entièrement reblanchir
+l'intérieur à ses frais. Un autre avoit donné les peintures qui
+ornoient le choeur; enfin la nombreuse collection de tableaux qui
+garnissoit l'immense étendue de la nef, les croisées et les
+chapelles, étoit le résultat d'une offrande annuelle que, pendant près
+d'un siècle, firent à Notre-Dame la communauté des orfèvres, et la
+confrérie de Sainte-Anne et de Saint-Marcel.
+
+[Note 354: La captivité du roi Jean, fait prisonnier à la bataille de
+Poitiers, en 1356, avoit livré Paris à l'anarchie la plus violente, et
+à tous les maux qui en sont la suite. Pour toucher le ciel en leur
+faveur, les bourgeois firent voeu d'offrir tous les ans, à Notre-Dame,
+une bougie de la longueur du tour de la ville. Cette offrande se fit
+régulièrement pendant deux cent cinquante ans, jusqu'en 1605, que
+Paris, prenant chaque jour de nouveaux accroissements, elle devint,
+d'année en année, plus difficile à remplir. Alors le don annuel de la
+bougie leur fut remis, et celui de cette lampe d'argent le remplaça.]
+
+ CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE NOTRE-DAME.
+
+ TABLEAUX DE LA NEF.
+
+ _À droite en entrant._
+
+ 1. Le Boiteux guéri par saint Pierre à la porte du temple,
+ par _D. Sylvestre_.
+
+ 2. Saint Pierre délivré de prison, par _Jean-Baptiste
+ Corneille_.
+
+ 3. Le départ de saint Paul, de Milet pour Jérusalem, par
+ _Galloche_.
+
+ 4. Le martyre de saint Simon en Perse, par _Louis Boullogne_
+ père.
+
+ 5. Le martyre de saint Jean l'évangéliste près la porte
+ Latine à Rome, par _C. Hallé_ père.
+
+ 6. L'apparition de Jésus-Christ à saint Pierre, par _J.
+ Sourlay_[355].
+
+ 7. Saint Pierre ressuscitant la veuve, par _Louis Tetelin_.
+
+ 8. Saint Paul prêchant les Gentils, par _Eustache Le
+ Sueur_[356].
+
+ [Note 355: On croit ce tableau de _Mignard_, dont _Sourlay_
+ étoit l'élève.]
+
+ [Note 356: Le chef-d'oeuvre de ce grand peintre est l'un des
+ tableaux les plus parfaits de l'école françoise.]
+
+
+ _À gauche en entrant._
+
+ 1. Jésus-Christ chez Marthe et Marie, par _Simpol_.
+
+ 2. La multiplication des pains, par _J. Christophe_.
+
+ 3. La vocation de saint Pierre et de saint André, par _M.
+ Corneille_.
+
+ 4. Les Vendeurs chassés du temple, par _Claude-Guy Hallé_.
+
+ 5. La guérison du Paralytique, par _Jouvenet_.
+
+ 6. L'entretien de Jésus-Christ avec la Samaritaine, par
+ _Boullogne_ jeune.
+
+ 7. Jésus-Christ guérissant le Paralytique à la piscine, par
+ _Boullogne_.
+
+
+ _Sur la partie du pilier qui faisoit face à la chapelle de
+ la Vierge, laquelle étoit au côté droit de la principale
+ entrée du choeur._
+
+ 1. Le voeu de Louis XIII, par _Philippe de Champagne_.
+
+ 2. À côté, et un peu plus bas, vis-à-vis la chapelle, saint
+ Paul et Silas flagellés dans la ville de Philippes en
+ Macédoine, par _Louis Tetelin_.
+
+ 3. Au-dessus, saint André à genoux devant la croix, par
+ _Jacques Blanchard_.
+
+ 4. Sur la même ligne, en tournant, saint Jacques conduit au
+ martyre, par _Noël Coypel_ père.
+
+ 5. Immédiatement après, la guérison de la femme affligée
+ d'un flux de sang, par _Cazes_.
+
+ 6. À côté, saint Paul lapidé à Listres, par _Jean-Baptiste
+ Champagne_ neveu.
+
+ 7. Au-dessus de la chapelle, saint Pierre prêchant à
+ Jérusalem, par _Charles Poërson_ père.
+
+
+ _En tournant à la croisée gauche du cloître, en face de la
+ chapelle Saint-Denis, qui étoit également à la porte du
+ choeur._
+
+ 1. La descente du Saint-Esprit, par _Blanchard_.
+
+ 2. À côté, vis-à-vis la chapelle Saint-Marcel, saint Paul
+ guérissant un boiteux, par _Michel Corneille_.
+
+ 3. Au-dessus, l'enlèvement de saint Philippe, par _Thomas
+ Blanchet_.
+
+ 4. De suite, en tournant, le martyre de saint Étienne, par
+ _Charles Le Brun_.
+
+ 5. Le martyre de saint Pierre, par _Sébastien Bourdon_.
+
+ 6. Le martyre de saint André, par _Charles Le Brun_.
+
+ 7. Au-dessus de la chapelle, la conversion de saint Paul,
+ par _Laurent de la Hire_[357].
+
+ [Note 357: Ces deux chapelles, de la Vierge et de
+ Saint-Denis, construites sur les dessins de _Decotte_,
+ architecte du roi, avoient été magnifiquement décorées aux
+ frais du cardinal de Noailles, inhumé au pied de celle de la
+ Vierge. La statue en marbre de saint Denis étoit de
+ _Coustou_ l'aîné, celle de la Vierge, de _Vassé_.]
+
+
+ TABLEAUX PLACÉS AU-DESSUS DES STALLES DU CHOEUR.
+
+ _À droite._
+
+ 1. L'annonciation, par _Hallé_.
+
+ 2. La Visitation (le _Magnificat_), par _Jouvenet_.
+
+ 3. La nativité de Jésus-Christ, par _Lafosse_.
+
+ 4. L'adoration des Mages, par _le même_.
+
+
+ _À gauche._
+
+ 1. La présentation de Jésus-Christ au temple, par Louis
+ _Boullogne_.
+
+ 2. La fuite en Égypte, par _le même_.
+
+ 3. Jésus-Christ dans le temple au milieu des docteurs, par
+ _A. Coypel_.
+
+ 4. L'assomption de la Vierge, par _le même_.
+
+
+ AU-DESSUS DU POURTOUR EXTÉRIEUR DU CHOEUR.
+
+ _En entrant par la grille de la croisée, du côté de
+ l'archevêché._
+
+ 1. La décollation de saint Jean et l'enlèvement de son corps
+ par ses disciples, par _Cl. Audran_.
+
+ 2. Saint Paul ressuscitant Eutique, par _Courtin_.
+
+ 3. Le repentir de saint Pierre, par _Tavernier_.
+
+ 4. Saint Paul devant Agrippa, par _Villequin_.
+
+
+ _En tournant du côté du sanctuaire pour passer au côté
+ gauche._
+
+ 1. Saint Paul convertissant saint Denis dans l'Aréopage, par
+ _Cestin_.
+
+ 2. Agabus prédisant à saint Paul ce qu'il doit souffrir pour
+ Jésus-Christ, par _Chéron_.
+
+ 3. Saint Jean prêchant dans le désert, par _Parrocel_ père.
+
+ 4. L'adoration des rois, par _Vivien_.
+
+
+ CHAPELLES DES BAS-CÔTÉS AUTOUR DU CHOEUR.
+
+ _Après la petite porte de l'escalier qui conduit aux
+ tribunes du choeur._
+
+ 1. _Chapelle de Saint-Pierre et Saint-Paul._ Un tableau
+ ovale représentant ces deux saints accompagnés de leurs
+ disciples, par _Beaugin_, et une Descente de croix.
+
+ 2. _Chapelle de Saint-Pierre martyr._ Saint Pierre
+ guérissant les malades par son ombre, par _La Hire_.
+ Vis-à-vis, le Naufrage de saint Paul à Malte, par _Poërson_.
+
+ 3. Ensuite la sacristie renfermant le trésor[358].
+
+ 4. _Chapelle de Saint-Denis et Saint-Georges._ Une
+ Notre-Dame de Pitié, de l'école de _Vouet_; saint Pierre
+ visité par un ange dans sa prison, par _Vouet_.
+
+ 5. _Chapelle de Saint-Gérald._ La mort de la Vierge, par _N.
+ Poussin_. Vis-à-vis, un voeu à la Vierge sur un champ de
+ bataille.
+
+ 6. _Chapelle de Saint-Remi_, dite _des Ursins_. Saint
+ Claude, par _Galloche_. Portrait de Jouvenel des Ursins avec
+ sa famille.
+
+ 7. La _Chapelle d'Harcourt_.
+
+ 8. _Chapelle de Saint-Crépin, Saint-Crépinien et
+ Saint-Étienne._ Un Christ, l'Ascension et la Résurrection,
+ par _Beaugin_. Hérodiade à table avec Hérode, par _L.
+ Chéron_. Saint Pierre baptisant le Centenier, par _M.
+ Corneille_.
+
+ 9. _Chapelle de Saint-Nicaise._ Le jugement dernier, peint
+ sur bois par _de Hery_.
+
+ 10. _Chapelle de Saint-Louis et de Saint-Rigobert._ Un
+ Christ, d'après Michel-Ange; Saint-Étienne conduit au
+ martyre, par _Houasse_.
+
+ 11. _Chapelle de la Décollation de Saint-Jean-Baptiste._ Le
+ martyre de saint Barthélemi, par _Paillet_. La décollation
+ de saint Jean, par _Louis Boullogne_. Une Assomption, par
+ _Hurel_.
+
+ 12. _Chapelle de Vintimille_, sous le titre de _Sainte-Foi
+ et de Saint-Eutrope_. Saint Charles Borromée communiant les
+ pestiférés, par _Vanloo_. Une Sainte Famille, par _Paillet_.
+
+ 13. _Chapelle de Saint-Michel_, dite de _Noailles_.
+ L'apparition de l'ange aux trois Maries, par _C. Natoire_.
+
+ 14. _Chapelle de Saint-Ferréol._ Saint Michel, par _Vignon_.
+ L'annonciation, par _Champagne_.
+
+ 15. _Chapelle de Saint-Jean-Baptiste et de la Madeleine_ ou
+ _chapelle de Beaumont_. Un Christ en croix.
+
+ 16. Dans l'embrasure de la porte rouge, la mort d'Ananie et
+ Saphire, et le centenier Corneille aux pieds de saint
+ Pierre, par _Aubin Vouet_.
+
+ 17. _Chapelle de Saint-Eustache._ La transfiguration,
+ d'après _Raphaël_. Le voeu du marquis de Locmaria, par _Le
+ Monnier_.
+
+ 18. _Chapelle de Sainte-Agnès._ La Vierge allaitant l'enfant
+ Jésus.
+
+ [Note 358: Cette sacristie est le bâtiment nouveau qui
+ remplace l'ancienne galerie dont nous avons parlé page 312.]
+
+
+ _En redescendant des bas-côtés de la nef, du même côté._
+
+ 1. _Chapelle Saint-Nicolas._ Ce saint sauvant des pénitents
+ du naufrage, par _Thiersonnier_. Le miracle de saint Paul et
+ de Sylas en prison, par _N. de Plattemontagne_.
+
+ 2. _Chapelle de Sainte-Catherine._ Le martyre de cette
+ sainte, par _M. Vien_.
+
+ 3. _Chapelle de Saint-Julien-Zozime._ Ce saint donnant la
+ communion à sainte Marie Égyptienne, par _Beaugin_. Les
+ noces de Cana, par _Cotelle_.
+
+ 4. _Chapelle de Saint-Laurent._ Le martyre de ce saint, par
+ un élève de _Le Sueur_. L'apparition de Jésus-Christ aux
+ trois Maries, par _Marot_.
+
+ 5. _Chapelle de Sainte-Geneviève._ Une Vierge et l'enfant
+ Jésus, avec saint Jean et sainte Geneviève, par _Beaugin_.
+ La guérison des démoniaques.
+
+ 6. _Chapelle de Saint-Georges et de Saint-Blaise._ Une mère
+ de douleur consolée par les anges, par _Beaugin_. Les
+ miracles de saint Paul à Éphèse, par _L. Boullogne_.
+
+ 7. _Chapelle de Saint-Léonard._ Ce saint en habit guerrier,
+ par _Champagne_. Le voeu de madame la Grande-Duchesse, pour
+ sa maladie, par _Dumesnil_.
+
+
+ CHAPELLES DES BAS-CÔTÉS DE LA NEF.
+
+ _En entrant à droite._
+
+ 1. _Chapelle de Sainte-Anne._ Sainte Anne et la Vierge, par
+ _Vouet_. La présentation de la Vierge, par _La Hire_.
+
+ 2. _Chapelle de Saint-Barthélemy et de Saint-Vincent._ Le
+ martyre de ce dernier saint, par _Beaugin_. Notre Seigneur
+ sur la montagne, par _Poërson_.
+
+ 3. _Chapelle de Saint-Jacques._ Un Christ, par _Le Nain_. La
+ femme adultère, par _Renaut_.
+
+ 4. _Chapelle de Saint-Antoine et de Saint-Michel._ Saint
+ Michel à genoux devant la Vierge, par _Champagne_.
+ Jésus-Christ guérissant un possédé, par _Vernansal_.
+
+ 5. _Chapelle de Saint-Thomas de Cantorbéry._ Saint Dominique
+ et saint Thomas à genoux devant la Vierge, manière de
+ _Lanfranc_. La résurrection du fils de la veuve de Naïm, par
+ _Guillebaut_.
+
+ 6. _Chapelles de Saint-Augustin et de
+ Sainte-Marie-Magdeleine._ Dans la première, la Piscine, par
+ _Alexandre_. L'aveuglement de Barjésu, par _Loir_. Dans la
+ deuxième, l'incrédulité de saint Thomas, par _Arnould_; la
+ résurrection de la fille de Jaïre, par _Vernansal_[359].
+
+ [Note 359: Nous ignorons ce que sont devenus la plupart de
+ ces tableaux qui étoient conservés, dit-on, pendant la
+ révolution, dans les divers dépôts du gouvernement. La
+ prédication de saint Paul, par _Lesueur_, le martyre de
+ saint Pierre, par _Bourdon_, la mort de la Vierge, par _le
+ Poussin_, le _magnificat_, par _Jouvenet_, et quelques
+ autres, ont été placés dans le musée du Roi: on les verroit
+ avec plus de plaisir encore dans l'église à laquelle ils
+ appartiennent.]
+
+
+ SCULPTURES[360].
+
+ [Note 360: Nous ne faisons point entrer dans ce catalogue la
+ statue colossale de saint Christophe, que l'on voyoit au
+ premier pilier de la nef près de la porte principale. Elle
+ avoit été élevée par Antoine Desessarts, frère de Pierre
+ Desessarts, surintendant des finances, qui eut la tête
+ tranchée en 1413. Il rêva la nuit que saint Christophe
+ rompoit les grilles de la fenêtre de sa prison, et
+ l'emportoit dans ses bras. Ayant été déclaré innocent
+ quelques jours après, il fit exécuter cette statue, devant
+ laquelle il étoit représenté à genoux. Cette figure
+ gigantesque[360-A], d'un aspect désagréable, fut abattue en
+ 1784.]
+
+ [Note 360-A: Elle étoit haute de 28 pieds.]
+
+ L'ancien grand-autel, élevé sur les dessins de _Decotte_,
+ étoit décoré de plusieurs statues en bronze, et surchargé
+ d'ornements ciselés et dorés, où il y avoit plus d'éclat et
+ de richesse que de bon style et de bon goût. On y remarquoit
+ un bas-relief en bronze doré par _Vassé_; deux anges
+ adorateurs par _Cayot_.
+
+ Dans le choeur, on remarquoit encore:
+
+ À gauche, la statue en marbre blanc de Louis XIII, à genoux,
+ revêtu de ses habits royaux, offrant son sceptre et sa
+ couronne à la Sainte-Vierge, et mettant son royaume sous sa
+ protection, par _Coustou_ jeune.
+
+ À gauche, celle de Louis XIV, par _Coyzevoz_. Elle
+ représentoit ce monarque revêtu pareillement de ses habits
+ royaux et accomplissant le voeu du roi son père[361].
+
+ [Note 361: Ces deux statues étoient déposées au Musée des
+ monuments français.]
+
+ Dans les tympans des arcades du rond-point, des anges en
+ bas-relief représentant des vertus avec leurs attributs,
+ savoir: la Charité et la Persévérance, par _Poultier_; la
+ Prudence et la Tempérance, par _Frémin_; l'Innocence et
+ l'Humilité, par _Le Pautre_; la Foi et l'Espérance, par _Le
+ Moine_; la Virginité et la Pureté, par _Thiéry_; la Justice
+ et la Force, par _Bertrand_. Au bas des pilastres et sur des
+ culs-de-lampe, six anges en bronze portant les instruments
+ de la passion, et modelés par _Hurtrelle_, _Vanclève_,
+ _Poirier_, _Magnier_ et _Flamen_.
+
+ Au milieu du choeur, un aigle en bronze, accompagné des
+ trois vertus cardinales, par _Duplessis_.
+
+ Aux deux portes latérales du choeur, deux chaires
+ épiscopales, enrichies d'ornements et de bas-reliefs
+ représentant l'histoire du martyre de saint Denis, et la
+ guérison du roi Childebert, par l'intervention de saint
+ Germain, évêque de Paris.
+
+ Dans la chapelle Saint-Christophe, la statue du saint, par
+ _Gois_; celle de saint Denis, par _Mouchy_, dans la chapelle
+ qui lui étoit consacrée; dans celle de Saint-Michel, dite
+ _de Noailles_, saint Louis et saint Maurice, par _Rousseau_.
+
+ Sur la menuiserie des stalles du choeur, des bas-reliefs,
+ par _Goullon_, offrant des sujets pris dans le Nouveau
+ Testament.
+
+
+ TOMBEAUX ET SÉPULTURES.
+
+ Au pied du sanctuaire avoient été déposées les entrailles de
+ Louis XIII et de Louis XIV.
+
+ Dans cette église avoient été inhumés:
+
+ Étienne II, dit _Tempier_, évêque de Paris, mort en 1279.
+
+ Simon de Bucy, évêque de Paris, mort en 1304 (enterré dans
+ la chapelle Saint-Nicaise).
+
+ Aymérie de Magniac, cardinal et évêque de Paris, mort en
+ 1384.
+
+ Pierre d'Orgemont, évêque de Paris, mort en 1409.
+
+ Dans la chapelle Saint-Remi, Juvénal des Ursins, chancelier
+ de France sous Louis XI, et Michelle de Vitry sa femme,
+ morte en 1456[362].
+
+ [Note 362: Leurs statues, d'un gothique médiocre, étoient
+ placées sur leur tombeau; et, depuis, on a pu les voir au
+ Musée des Petits-Augustins. On y voyoit aussi un tableau
+ également enlevé de Notre-Dame, où ce magistrat étoit
+ représenté avec toute sa famille. Cette peinture, plus
+ médiocre encore que les statues, même pour le temps où elle
+ avoit été faite, offroit une image précieuse et naïve des
+ costumes alors en usage. La postérité masculine de ce
+ personnage s'étant éteinte dans le seizième siècle, ses
+ biens furent transférés dans la famille de _Harville_, qui
+ hérita en même temps de cette chapelle, où plusieurs de ses
+ membres étoient enterrés.]
+
+ Henri Dumoulin, évêque de Paris, mort en 1447.
+
+ Sous la croisée, Paul Émile de Véronne, chanoine de cette
+ église et auteur d'une Histoire de France, mort en 1529.
+
+ Joachim du Belloy, chanoine et archidiacre de Paris, l'un
+ des poètes les plus estimés de la cour de François Ier, mort
+ en 1559.
+
+ Jean-Baptiste de Chatelier, nonce du pape, mort en 1583.
+
+ Albert de Gondi, duc de Retz, marquis de Belle-Isle,
+ maréchal de France, mort en 1602.
+
+ Renaud de Beaune, archevêque de Bourges, de Sens, et
+ grand-aumônier de France, mort en 1616.
+
+ Dans la chapelle de Saint-Louis et Saint-Rigobert, le
+ cardinal Pierre de Gondi, évêque de Paris, mort en
+ 1616[363]. Cette chapelle, magnifiquement décorée, étoit
+ destinée à la sépulture de cette illustre famille.
+
+ [Note 363: Le cardinal y étoit représenté à genoux devant un
+ prie-Dieu. Cette statue, d'un travail médiocre, est placée
+ sur un entablement posé sur quatre colonnes, au milieu
+ desquelles s'élève un grand cénotaphe en marbre noir (déposé
+ pendant la révolution au Musée des monuments français).]
+
+ Dans la chapelle de Saint-Eustache, Jean-Baptiste Budes de
+ Guébriant, maréchal de France, mort en 1643, et Renée de
+ Bec-Crepin sa femme.
+
+ Pierre de Marca, archevêque de Paris, et célèbre par son
+ traité _de Concordiâ sacerdotii et imperii_, mort en 1662.
+
+ Hardouin de Péréfixe de Beaumont, archevêque de Paris, mort
+ en 1671.
+
+ François de Harlay, archevêque de Paris, mort en 1695.
+
+ Anne-Jules de Noailles, pair et maréchal de France, mort en
+ 1708.
+
+ Claude Chastelin, chanoine de cette église, auteur de
+ plusieurs ouvrages de piété, mort en 1712.
+
+ Le cardinal de Noailles, archevêque de Paris, mort en 1729.
+
+ Charles-Gaspard-Guillaume de Vintimille, archevêque de
+ Paris, mort en 1746. Charles-François de Vintimille son
+ frère, mort en 1740.
+
+ L'abbé de la Porte, chanoine _jubilé_[364] de cette église
+ et l'un de ses bienfaiteurs.
+
+ [Note 364: Les chanoines _jubilés_ étoient ceux qui avoient
+ desservi leurs prébendes pendant cinquante ans.]
+
+ Dans la chapelle d'Harcourt, le mausolée de Claude-Henri,
+ comte d'Harcourt, mort en 1769. Ce monument avoit été
+ exécuté par _Pigalle_, d'après un songe où madame d'Harcourt
+ avoit vu son mari tel qu'il y étoit représenté[365].
+
+ [Note 365: Du fond d'un grand sarcophage, qu'ouvre un
+ squelette couvert de draperies, on voit se lever le comte
+ d'Harcourt, qui semble se débarrasser de son linceul et
+ adresser la parole à sa femme, représentée à genoux au bas
+ du monument; derrière, l'Hymen éploré éteint son flambeau.
+ Ce groupe, d'une exécution maniérée, d'un dessin pauvre et
+ incorrect, étoit aussi déposé, pendant la révolution, au
+ musée des monuments françois.
+
+ Ce monument, et toutes les autres statues enlevées à
+ Notre-Dame, ont été rendus à cette église.]
+
+ Lorsque l'on creusa le _crypte_ qui sert de sépulture aux
+ archevêques de Paris, on y découvrit le tombeau d'une reine
+ d'Angleterre dont le nom est inconnu, et celui de Louis de
+ France, dauphin, fils de Charles VI et d'Isabeau de Bavière.
+ Au bas des degrés du grand autel étoit déposé le coeur de
+ Louise de Savoie, mère de François Ier.
+
+
+ RELIQUES ET AUTRES OBJETS PRÉCIEUX.
+
+ Derrière le choeur étoit la châsse de Saint-Marcel, en or et
+ en vermeil, enrichie de perles fines et de pierres
+ précieuses.
+
+ L'autel de la chapelle de Saint-Denis contenoit quatre
+ châsses, où l'on conservoit quelques reliques inconnues.
+
+ La salle du _Trésor_ contenoit entre autres richesses:
+
+ Le chef de saint Philippe, apôtre; ce chef de vermeil étoit
+ couvert de pierres précieuses du plus grand prix.
+
+ Une reliquaire de vermeil représentant saint Louis, et
+ renfermant plusieurs parcelles de la sainte couronne, des
+ fragments de l'éponge, du suaire et du tombeau de
+ Jésus-Christ.
+
+ La tunique de Saint-Germain, renfermée dans une châsse en
+ vermeil; des vêtements de la Vierge et une partie du crâne
+ de saint Denis, etc., etc.; une quantité considérable de
+ ciboires, de calices, de croix, de vases, de chandeliers, de
+ soleils en vermeil enrichis de diamants, de pierres fines,
+ monuments précieux de la piété des plus illustres
+ personnages de la France, et dont le brigandage de 1793 a
+ fait disparoître jusqu'aux moindres vestiges.
+
+ On y conservoit aussi des monuments curieux relatifs à la
+ manière dont se faisoient les investitures par le moyen du
+ couteau; les réparations des dommages par l'offrande d'un
+ morceau de bois sur lequel l'acte étoit écrit, ou par celle
+ d'une baguette d'argent, lorsque la réparation venoit d'un
+ prince, etc., etc.
+
+
+
+
+ARCHEVÊCHÉ.
+
+
+La maison de l'évêque étoit située, de temps immémorial, près de
+Saint-Étienne[366]. Elle s'élevoit vis-à-vis de la nef de l'église
+d'aujourd'hui, et se terminoit à la double chapelle qui se voit encore
+dans la seconde cour de l'archevêché; le reste, du côté de l'orient,
+est une augmentation de bâtiments, dont le plus ancien n'a pas plus de
+deux cents ans.
+
+[Note 366: On a prétendu qu'elle avoit été d'abord près de
+Saint-Landri, et que cette église en étoit la chapelle. Cette erreur
+vient de ce qu'effectivement les évêques possédoient une maison dans
+cette partie de la Cité.]
+
+Lorsque les évêques cessèrent de faire les ordinations dans leur
+cathédrale, ce qui arriva vers le temps où la multiplication des
+offices, et surtout des fondations, les empêcha de s'y rendre aussi
+assidûment que les anciens l'avoient fait, ils conçurent le dessein de
+faire construire une ou deux chapelles dans leur maison. La principale
+de ces chapelles fut décorée avec la magnificence que l'on déployoit
+alors dans les monuments de ce genre, quand on les élevoit dans les
+maisons des grands seigneurs; l'autre servit aux jugements
+ecclésiastiques, dès qu'on eut cessé de les prononcer aux portiques
+des cathédrales.
+
+Maurice de Sully, dans le temps même qu'il faisoit bâtir l'église de
+Notre-Dame, fit construire, sur une ligne parallèle, le palais
+épiscopal et la double chapelle dont nous venons de parler. Dans la
+chapelle basse étoient des chapelains établis par les évêques; le
+jeudi-saint on y lavoit les pieds des enfants de choeur, et tous les
+dimanches on y célébroit la messe pour les prisonniers de
+l'archevêché. La chapelle supérieure servoit aux ordinations, aux
+sacres d'évêques, à certaines thèses de théologie, et à d'autres
+assemblées solennelles. Il est constaté que toutes ces constructions
+sont de ce temps-là, par le nécrologe de Paris et par les historiens
+contemporains[367].
+
+[Note 367: Nécrol. Paris. ld. sept. Dans ces anciens bâtiments étoient
+les salles des officialités métropolitaine et diocésaine, du bailliage
+de la duché-pairie de l'archevêque, la chambre ecclésiastique du
+diocèse, et la bibliothèque des avocats[367-A]. Toute cette partie de
+l'archevêché a été abattue, à l'exception de la double chapelle. La
+vue pittoresque que nous joignons ici présente très-exactement l'état
+actuel de ce palais.]
+
+[Note 367-A: Cette bibliothèque étoit située dans le pavillon à droite
+de l'avant-cour de l'archevêché. Étienne _Gabrian_, seigneur de
+_Riparfonds_, l'un des plus célèbres jurisconsultes de son temps,
+l'avoit léguée en 1704 à ses confrères, avec des fonds pour
+l'entretenir, et sous la condition de la rendre publique. On y
+faisoit, une fois par semaine, des consultations gratuites pour les
+pauvres; et, tous les samedis non fêtés, des avocats distingués y
+tenoient des conférences sur la jurisprudence.]
+
+On arrive dans la seconde cour par une arcade placée sous le bâtiment
+du trésor; et c'est là qu'est le nouveau palais archiépiscopal. Il
+doit son agrandissement à plusieurs prélats qui ont gouverné l'église
+de Paris, et principalement au cardinal de Noailles, qui y fit faire
+de grandes augmentations et beaucoup d'embellissements en 1697. C'est
+un grand hôtel, dont la situation est belle et la vue agréable, mais
+qui n'offre dans toute sa construction qu'une architecture mesquine et
+sans caractère[368].
+
+[Note 368: Voyez pl. 18.]
+
+Le peu de séjour que nos premiers rois firent dans la ville de Paris
+fut cause que son siége épiscopal parut trop peu considérable pour
+qu'on l'érigeât en métropole, et qu'il fut long-temps soumis à la
+juridiction de l'archevêché de Sens. Les deux premières races ayant
+été le temps des grandes dotations, Paris, qui ne s'accrut que sous
+les rois de la troisième, étoit un des évêchés les moins riches de la
+France; toutefois, lorsque cette ville fut devenue la capitale du
+royaume, son siége acquit bientôt une grande importance, plutôt par la
+position que par l'étendue des propriétés de l'évêque[369]. Ajoutons
+ici quelques développements nouveaux à ce que nous avons déjà dit de
+la situation de l'Église de France, pendant les premiers siècles de la
+monarchie, et de ce que furent en effet, à cette époque, le crédit et
+l'autorité des évêques.
+
+[Note 369: Dans un diplôme du roi Louis VI, de l'an 1110, les
+seigneuries de cet évêque, après celle de sa censive dans la Cité,
+sont dites être _Saint-Germain_, _Saint-Éloi_, _Saint-Marcel_,
+_Saint-Cloud et Saint-Martin-de-Champeaux en Brie_. Il avoit aussi,
+dès le sixième siècle, des possessions dans le diocèse de Sens, et une
+terre en Touraine, dans les environs d'Amboise. (LEBEUF.)]
+
+Il ne paroît pas que, dans les premiers temps de la conquête, les
+évêques aient joui, sous les rois francs, d'une autorité plus grande
+que sous le gouvernement des empereurs. Or le caractère épiscopal
+étoit alors étranger à toutes les magistratures civiles[370]; et le
+seul privilége qu'eussent obtenu ces premiers pasteurs des églises,
+c'étoit de ne pouvoir être accusés que devant un tribunal
+ecclésiastique composé de leurs pairs, et d'être les premiers juges de
+leurs subalternes, qui ne pouvoient de même être accusés que devant
+eux[371].
+
+[Note 370: _Cap. Sues._, an. 744.--C. 3.]
+
+[Note 371: _Cod. Theod._, lib. XVI, tit. II, _Leg._ 2, 39, 41, 47.
+_Edict. Clot._, an. 615, c. 4.]
+
+De même les Romains n'ayant jamais eu l'idée d'attacher aux terres
+des titres honorifiques, et les évêques ayant continué de posséder
+leurs biens selon la loi romaine, jusqu'après le règne de
+Louis-le-Débonnaire[372], il y a grande apparence que les dignités
+ecclésiastiques ne devinrent des _honneurs_, selon le sens que les
+Francs attachoient à ce mot, qu'à l'époque où les évêques et les
+abbés prirent le _baudrier_[373], et devenus chefs de leur milice,
+vassaux des rois, seigneurs suzerains, durent nécessairement
+participer à tous les avantages que donnoit le service militaire
+chez une nation qui n'estimoit que la profession des armes, et où il
+n'y avoit de noble que l'homme libre et armé.
+
+[Note 372: _Cap. Lud._ Pii. Bal.]
+
+[Note 373: Voyez p. 205.]
+
+Toutefois la conquête de la Gaule fut favorable à l'épiscopat; et bien
+que l'autorité des évêques n'en fût point en apparence augmentée, elle
+reçut un accroissement réel, par cette circonstance qui en fit des
+médiateurs entre les vainqueurs et les vaincus, ce qui leur donna pour
+clients tout ce qu'il y avoit de Romains désarmés. Ce patronage qu'ils
+surent exercer de manière à satisfaire les princes et à les rendre
+plus assurés de la soumission de leurs nouveaux sujets, devint, par
+degrés, une autorité régulière que le pouvoir souverain se plut à
+légitimer. Ils ne tardèrent donc point à avoir une entière juridiction
+sur tout ce qui étoit romain, et l'on voit que, dès la première race,
+ils l'exerçoient absolument et sans la moindre contestation[374].
+
+[Note 374: Nous apprenons de Grégoire de Tours qu'à la suite d'un
+désordre dont les juifs d'Auvergne avoient été l'occasion, et qui
+avoit amené la destruction de leur synagogue, le bienheureux Avitus,
+évêque de cette ville, leur fit dire «qu'il ne forçoit point, mais
+qu'il prêchoit; qu'il étoit leur pasteur, et que, s'ils vouloient se
+conformer à sa croyance, il les réuniroit au reste de son troupeau;
+que s'ils ne le vouloient pas, _ils eussent à sortir de la ville_.»
+Après trois jours de délibération, de doute et de perplexité, une
+partie des juifs fit dire à l'évêque qu'elle croyoit en Jésus-Christ;
+et ceux-là furent baptisés. Ceux qui ne voulurent pas recevoir le
+baptême sortirent de la ville, et allèrent s'établir à Marseille.
+(Hist., lib. V, c. 2.)]
+
+Ils surent conserver ce précieux avantage qu'ils devoient à leur
+modération et à leurs vertus; et, par une contradiction qui ne doit
+point étonner dans des hommes tels que les conquérants des Gaules,
+rudes et violents dans leurs moeurs, mais sincèrement religieux, les
+Francs, qui souvent abusoient, envers les évêques du droit du plus
+fort, et ne se faisoient point un scrupule de leur ravir leurs biens,
+chaque fois qu'il s'en présentoit quelque occasion favorable[375],
+respectoient en eux et le sacré caractère dont ils étoient revêtus, et
+cette autorité salutaire pour tous, à l'ombre de laquelle vivoit une
+population innombrable, et qui auroit pu se faire redouter, si elle
+n'eût été façonnée à l'obéissance par leurs préceptes, protégée contre
+une trop grande oppression par leur crédit et par leur influence. Loin
+de diminuer, cette autorité des évêques sembla s'accroître: au milieu
+de la fureur des guerres civiles et des troubles qui accompagnèrent
+le premier changement de dynastie, elle étoit la seule qui fût
+demeurée solide et vénérable; et tellement que le chef de la nouvelle
+famille régnante[376] crut n'avoir d'autre moyen de cimenter sa
+puissance que de s'assurer les suffrages de ces mêmes prélats que son
+père avoit dépouillés, ou dont il avoit permis que l'on se partageât
+les dépouilles. En recevant l'onction sainte qui consacroit son
+pouvoir, il consacra lui-même l'alliance désormais nécessaire et
+inviolable de l'autel et du trône; et c'est de ce moment seulement que
+commença à se développer en France la société chrétienne, qui
+jusqu'alors y avoit été foible, et, pour ainsi parler, à peine
+ébauchée.
+
+[Note 375: Voyez ci-dessus, p. 201 et suiv.]
+
+[Note 376: Pépin.]
+
+L'influence des évêques devint alors plus grande que jamais; et elle
+eut son caractère propre, fort différent de celui du pouvoir
+politique, caractère qu'exprime parfaitement le mot _autorité_, sous
+lequel nous l'avons désignée, et qui lui fut en effet spécialement
+consacré. Ce mot conservant en cette circonstance le sens qu'il avoit
+eu chez les Latins, signifia cette puissance que donnent la gravité
+des moeurs et la sagesse des conseils; et tout ce qu'il y avoit de
+lumière et de science tant sacrée que profane, étant alors renfermé
+dans la société spirituelle ou religieuse, la société matérielle ou
+politique en qui tout étoit à peu près éteint, excepté la FOI, sembla
+reconnoître que le principe de son existence n'étoit pas en elle,
+puisque dans l'intelligence seule est la _vie_ des sociétés. En effet,
+s'il est incontestable que la loi de Dieu est le principe et la règle
+de toute loi humaine, de même que le pouvoir divin est la source et le
+modèle de tout pouvoir établi au milieu des hommes, il en résulte que
+cette loi divine n'étant _positive_ que dans le christianisme, puisque
+c'est dans le christianisme seul que la révélation l'a promulguée, la
+religion, pour un peuple chrétien, plus que pour aucun autre peuple,
+est éminemment la _raison_ de la société; et comme il n'appartient
+qu'à ceux qui l'ont étudiée et comprise, de pouvoir juger de ce qui
+s'accorde avec elle, ou de ce qui lui est contraire, par conséquent de
+modérer, de diriger la force aveugle de tout pouvoir matériel, en lui
+communiquant cette lumière céleste dont il est privé, il en résulte
+encore que c'est uniquement dans ces hommes divinement éclairés et
+quels qu'ils puissent être, qu'est la _conscience_ de la société. Or,
+nous le répétons, au clergé seul appartenoient alors la science et
+l'intelligence: il étoit donc nécessaire que son action s'étendît sur
+toutes les parties du corps social pour y combattre sans cesse
+l'action de cette autre puissance de désordre, pour réprimer et
+protéger, récompenser et punir, conserver l'ordre dans l'état et par
+conséquent la _vie_; il le falloit jusqu'à ce que les vérités dont il
+avoit reçu le précieux dépôt, qu'il portoit partout avec lui et
+répandoit sans mesure, pénétrant ainsi le fond même de la société, y
+rendissent tout pouvoir _intelligent_ et _consciencieux_; ce qui se
+fit de telle manière qu'à mesure que s'éclairoit ainsi le pouvoir dans
+la société temporelle, cet usage extraordinaire que la société
+spirituelle avoit fait du sien pour le salut de tous, devenant par
+degré moins nécessaire, elle rentra aussi par degré dans les limites
+des attributions qui lui sont propres, lorsque, dans le corps social
+entier, tout est complet et bien ordonné. Qui ne comprend point ces
+choses, ne comprend point ce qu'étoit la France dans le moyen âge, et
+vivant au milieu des sociétés chrétiennes, n'a pas même l'idée de ce
+que sont ou doivent être ces sociétés.
+
+Les Francs barbares surent les comprendre; et parmi eux, la société
+matérielle se soumettant par un instinct sublime de conservation et
+comme pour se sauver d'elle-même aux lois paternelles et sévères de la
+société spirituelle, et la foi devenant le lien ferme et indissoluble
+qui unissoit l'une à l'autre, cette société offrit, même au milieu de
+ses désordres et de ses violences, une image de la _communion_ des
+fidèles, moins imparfaite, nous ne craignons pas de le dire, qu'on ne
+l'avoit vue jusqu'alors. Car, sous les empereurs romains et au milieu
+de cette vieille société où avoit si long-temps triomphé la
+philosophie païenne, il étoit resté des faux systèmes de cette
+philosophie et de ses erreurs orgueilleuses, je ne sais quelle
+subtilité dans les esprits et quelle révolte au fond des coeurs qui
+n'avoient cessé de troubler la paix de cette _communion_ sainte; et
+l'hérésie y étoit née, presque au moment même où l'on avoit prêché
+l'Évangile; et en effet, c'est dans la simplicité de l'ignorance et
+dans les hauteurs de la science les plus sublimes que triomphe
+ordinairement la foi: le demi-savoir mène au doute et à l'incrédulité.
+
+Ainsi s'explique, pendant ces premiers âges de la monarchie, l'action
+du clergé ou de la puissance spirituelle dans les choses qui, en nos
+temps modernes, semblent devoir être uniquement du ressort du
+magistrat ou de la puissance temporelle. Or, l'Église avoit eu, de
+tout temps, sa juridiction particulière, sa force répressive, sa
+police: considérée comme société visible, tous ces signes extérieurs
+étoient des conditions nécessaires de son existence; et il lui eût été
+sans doute impossible d'exister, si, de même que toute autre société,
+elle n'eût eu le droit de surveiller ses membres, d'examiner leur
+conduite, et de leur infliger des châtiments, lorsqu'ils
+contrevenoient à ses lois. Tous ces châtiments, au fond purement
+spirituels, puisqu'ils n'obligeoient que celui dont la volonté étoit
+de rester ou de rentrer dans la communion des fidèles, étoient compris
+sous le titre général de _censures_: la nature n'en fut point
+changée; et l'on ne fit autre chose que les appliquer aux délits qui,
+jusqu'alors, avoient uniquement dépendu de la justice séculière, et
+rendre toute punition canonique _obligatoire_, indépendamment de la
+volonté de celui qui avoit été condamné. Dans le cas de rébellion, il
+y avoit intervention de la puissance civile; et la justice du prince
+se trouvoit ainsi, et en un grand nombre de cas, confondue avec celle
+de l'Église, ou pour mieux dire suspendoit alors ses coups pour la
+laisser seule frapper les coupables avec plus de douceur, et néanmoins
+avec plus d'efficacité[377].
+
+[Note 377: On appela _cour de chrétienté_ le tribunal ecclésiastique
+où l'on jugeoit les cas _mixtes_ et les autres délits publics qui
+étoient susceptibles d'être punis par les censures de l'Église. Toute
+pénitence publique emportoit avec elle l'interdiction du port d'armes;
+et une loi de Charlemagne ordonne que les pénitents qui avoient commis
+quelque crime énorme et capital, seroient enfermés dans une
+prison[377-A], où, privés de tout commerce avec les fidèles, ils
+devoient être occupés à quelque travail utile, et accomplir ainsi,
+selon les canons, la peine qui leur avoit été imposée; ce qui
+constituoit non-seulement une séparation entière de la société, mais
+comme une espèce de servitude. Il paroît que le jeûne au pain et à
+l'eau, qui étoit une des punitions les plus légères, et que l'on
+appliquoit ordinairement aux fautes les moins graves, étoit
+rigoureusement imposé à ceux qui subissoient un tel emprisonnement.]
+
+[Note 377-A: Pendant long-temps ceux qu'on avoit ainsi dégradés
+parcoururent les provinces comme des vagabonds, _nus_, et armés
+seulement d'une épée (Cap. Aquis gran., an. 789, c. 77.)]
+
+Les évêques reçurent donc, dans leurs attributions, une partie
+considérable de la police temporelle, et en outre cette espèce de
+surveillance qui en est la fonction la plus noble, la plus utile, et
+qu'ils pouvoient exercer sans déroger à la sainteté et à la gravité de
+leur caractère. Ils furent chargés de veiller à l'observation des
+ordonnances du prince et de lui rendre compte de la manière dont elles
+étoient exécutées[378]; ils avoient une inspection particulière sur
+_les comtes_ ou principaux magistrats des provinces; les serfs ou
+colons, et généralement toutes les classes inférieures de la société,
+étoient placés sous leur protection spéciale; ils les défendoient
+contre les abus du pouvoir, et avoient le droit de modérer à leur
+égard la trop grande rigueur des châtiments[379]; ils devoient avertir
+le roi de la négligence de ses agents dans l'exercice de leurs
+fonctions; ils étoient encore ses _Commissaires_ dans leurs diocèses,
+et jouissoient de tous les priviléges attachés à cette dignité.
+
+[Note 378: Cap. Car. cal., tit. 36.]
+
+[Note 379: _Ibid._, c. 15.]
+
+En vertu de cette extension qu'avoit reçue leur juridiction, ils
+tenoient, quand il étoit nécessaire, des plaids auxquels se rendoient
+tous les habitants qui dépendoient de leur évêché, tant clercs que
+laïques. On faisoit paroître les coupables devant eux: ils les
+prêchoient, les exhortoient, les admonestoient, et lorsque le cas
+l'exigeoit, prononçoient contre eux la peine canonique que comportoit
+la nature de leur délit. Le juge royal assistoit à ces espèces
+d'assises, soit pour concourir au jugement, lorsque le châtiment étoit
+grave, et que son concours étoit nécessaire, soit pour forcer le
+coupable à subir toute pénitence plus légère qui lui avoit été
+imposée, et à laquelle il auroit refusé de se soumettre[380]. C'étoit
+par un semblable motif que le comte accompagnoit ordinairement
+l'évêque dans la visite qu'il faisoit de son diocèse, afin d'amener
+par la force à la pénitence et à la satisfaction ceux que les censures
+de leur premier pasteur n'avoient pu toucher et corriger[381].
+
+[Note 380: S'il arrivoit, au contraire, que le pénitent, touché des
+avis paternels de son évêque, se soumît à la pénitence qui lui avoit
+été imposée, le magistrat ne prenoit aucune connoissance de son crime,
+si ce n'est pour exiger l'amende qu'il avoit encourue en le
+commettant.]
+
+[Note 381: Lorsque Carloman confia l'administration de la police aux
+évêques, il ne leur donna d'autres armes que les _censures_ et leur
+_autorité_. «Mais cette autorité, ajoutoit-il, a besoin d'être aidée
+par la puissance judiciaire; ainsi il a plu à nous et à nos fidèles,
+_en commun_, que les commissaires royaux, chacun dans son district,
+les assistent fidèlement; et que le comte ordonne à son vicomte, à ses
+centeniers et aux autres ministres de la république, de même qu'aux
+Francs qui sont instruits des lois civiles, que, pour l'amour de Dieu,
+la paix de l'Église et la fidélité qu'ils nous doivent, ils les aident
+en cela du mieux qu'ils pourront» (3. _Cap. Carlom._, c. 9.)]
+
+Ce seroit une grande erreur de croire, comme on l'a souvent avancé
+sans en donner aucune preuve, que les punitions canoniques, et
+particulièrement _l'excommunication_, peine capitale qui répondoit à
+la peine de mort dans les tribunaux séculiers[382], fussent
+arbitrairement infligées par les évêques au gré de leurs caprices et
+de leurs intérêts. Non-seulement il falloit un jugement pour
+retrancher un chrétien de la communion des fidèles ou le soumettre à
+une pénitence publique, mais ce jugement devoit être rendu
+publiquement dans des formes régulières, et qui fournissoient à
+l'accusé tous moyens de prouver son innocence, si, en effet, il étoit
+innocent. Diverses autres formalités prescrites par la loi précédoient
+d'ailleurs ce jugement: le coupable recevoit d'abord un avertissement;
+s'il s'y montroit insensible, et qu'il ne se retirât point de son
+désordre, l'évêque s'adressoit alors au roi ou au magistrat, afin
+qu'il essayât d'interposer son autorité[383]; enfin, si ce dernier
+moyen n'avoit pu réussir, on commençoit la procédure, et
+l'excommunication n'étoit ainsi lancée qu'à la dernière extrémité. Les
+effets en étoient terribles: la société entière concouroit en quelque
+sorte à son exécution[384]; et il étoit rare que les plus rebelles et
+les plus endurcis ne finissent par s'y soumettre et par donner
+satisfaction; mais il est hors de doute qu'ils eussent résisté et que
+beaucoup se fussent assuré l'impunité par leur résistance, si la
+justice temporelle eût seule été chargée de les punir.
+
+[Note 382: Par l'excommunication du prêtre, le coupable étoit
+retranché de la société spirituelle, comme par la mort, le bourreau le
+retranche de la société matérielle; avec cette différence que le
+repentir et l'expiation pouvoient le faire rentrer dans la première,
+tandis que la rigueur inexorable de l'autre société le rejette ainsi
+pour jamais de son sein.]
+
+[Note 383: _Cap. apud Confluent._, c. b. Un autre capitulaire offre
+les paroles suivantes: «Qu'aucun évêque ni prêtre n'excommunie aucune
+personne avant de prouver que, dans le cas où elle se trouve, les
+canons ordonnent de le faire, et à moins d'avoir _averti_ celui qui a
+avoué ou qui est convaincu du délit. (_Cap. Car. Calv._, tit. XL, c.
+10). Le même capitulaire prouve que les laïques pouvoient avoir
+recours à la justice du roi, lorsqu'ils croyoient avoir été
+injustement condamnés par leurs évêques. (_Ibid._, c. 7.)]
+
+[Note 384: Il étoit défendu à celui qui en avoit été frappé d'entrer
+dans l'église, et de s'asseoir à table avec aucun chrétien; on ne
+devoit ni recevoir des présens de lui, ni lui donner le salut et le
+baiser, ni s'unir à lui dans la prière, jusqu'à ce qu'il eût été
+réconcilié (_Cap. synod. Vern._, an. 755.) S'il ne faisoit aucun
+compte de l'excommunication lancée contre lui, le juge séculier y
+joignoit ses sommations; si elles étoient également inutiles, le juge
+ordinaire le faisoit conduire en prison, de sa propre autorité,
+lorsque le coupable étoit un homme de la _multitude_, ou prenoit les
+ordres du roi avant de l'enfermer, s'il étoit du nombre de ses
+vassaux; si c'étoit un comte, l'évêque lui-même devoit rendre compte
+au monarque de sa désobéissance. Mais il est facile de concevoir
+qu'abandonnés ainsi de tous ceux qui les environnoient, et qui, dans
+tout autre cas, les auroient défendus, à cause de cette terreur
+religieuse dont leur sentence saisissoit tous les esprits, les plus
+puissants et les plus endurcis se voyoient forcés de plier sous la
+main paternelle qui les châtioit, et de venir à résipiscence.]
+
+Quelques-uns, même en reconnoissant que c'étoit le pouvoir politique
+lui-même qui, dans l'impuissance où il étoit de gouverner, avoit
+imploré le secours de l'autorité religieuse, ont prétendu qu'ensuite
+les gens d'église allèrent beaucoup trop loin, et que, partant de ce
+principe que tout délit contre les hommes est un péché envers Dieu,
+ils se crurent en droit de connoître de toutes les affaires
+criminelles, et même d'étendre leur juridiction sur ce qui étoit
+purement civil[385]. Mais étoit-il bien facile, dans de semblables
+temps, et au milieu de tant de dangers qui menaçoient à tout moment
+l'existence même de la société, d'établir une ligne de démarcation
+bien exacte? étoit-il même possible de s'en faire une bien juste idée,
+et le principe une fois admis par l'une et l'autre puissance
+n'entraînoit-il pas avec lui, et sans exception, toutes ses
+conséquences? Quels inconvénients pouvoit d'ailleurs entraîner avec
+elle l'extension plus grande d'une juridiction moins rigoureuse dans
+ses châtiments, et cependant plus puissante dans ses effets? Ils
+excommunièrent, dit-on, les princes eux-mêmes qui les avoient appelés
+à leur aide: pour établir qu'ils ne devoient point le faire, alors
+que ces princes s'étoient mis dans le cas de l'excommunication, il
+faudroit prouver que la loi suprême par laquelle ceux-ci prétendoient
+_obliger_ leurs sujets n'étoit point _obligatoire_ pour eux, qu'un
+prince est au-dessus de la religion et un homme au-dessus de Dieu. Les
+évêques abusèrent-ils de ce dernier droit, que ces mêmes princes, dans
+la noble simplicité de leur esprit et dans la droiture de leur coeur,
+ne pensèrent point à leur contester, droit que les décisions de
+l'Église ont si solennellement confirmé et rendu à jamais
+inattaquable? Nous ne croyons pas qu'il soit possible d'en citer un
+seul exemple contre lequel il n'y eût rien à répliquer[386]. Peut-être
+pourroit-on plus justement dire que ce que la puissance temporelle
+leur avoit concédé, ils voulurent le garder plus long-temps qu'il ne
+falloit; qu'il y eut, dans les âges postérieurs, quelque conflit de
+juridiction, et par conséquent quelque abus de ce qui avoit été si
+utile et si salutaire. Mais si les ministres de la religion, en
+défendant avec trop de chaleur ce qu'ils considéroient comme des
+droits acquis, et en ne rendant qu'à regret, dans des temps plus
+paisibles, ce que le malheur des temps avoit fait leur accorder,
+montrèrent ainsi qu'ils étoient hommes et sujets aux foiblesses de
+l'humanité, on n'en est pas moins forcé de convenir que ce fut grâce à
+l'heureux changement qu'ils avoient opéré dans les moeurs de la
+nation, que les princes se trouvèrent en mesure de leur reprendre
+_sans danger_ le pouvoir et les attributions qu'auparavant ils
+s'étoient estimés heureux de leur faire accepter[387].
+
+[Note 385: On a fait un crime au clergé d'avoir employé
+l'excommunication contre les ravisseurs de ses biens: quoi de plus
+juste cependant, puisque, dans la position où se trouvoit alors
+l'Église, comme société visible et constituée dans l'État, lui ravir
+ses biens, c'étoit attaquer son existence même, et par conséquent
+encourir la peine capitale, dont on a puni de tout temps, et dans tous
+les lieux, les crimes qui compromettent le salut de la société?]
+
+[Note 386: Tous les monuments témoignent, au contraire, de la
+confiance sans bornes que les rois avoient dans leur sainteté et leurs
+lumières, et le noble usage qu'ils faisoient de cette confiance et de
+leurs fréquentes interventions dans les affaires les plus importantes
+de l'État. Clotaire et son fils Dagobert les prirent pour arbitres
+dans les contestations qui s'élevèrent entre eux au sujet des limites
+de leurs États. «Chilpéric et Gontram, dit Grégoire de Tours, étant
+divisés entre eux, ce denier fit assembler les évêques de ses États,
+afin qu'ils fussent arbitres entre son père et lui. Mais le ciel, qui
+vouloit punir ces princes de leurs péchés par le fléau de la guerre
+civile, permit qu'ils ne déférassent point alors au jugement des
+prélats.» Cet historien en parlant de la paix que ce même Gontram fit
+avec Childebert son neveu: «Voilà, dit-il, ce qui fut conclu entre ces
+princes, par l'entremise des prélats et des autres grands du
+royaume.»]
+
+[Note 387: «La monarchie, dit l'abbé Dubos, eût été renversée de fond
+en comble dans ces temps d'affliction, si l'Église de France n'avoit
+point eu l'autorité et les richesses qu'on lui a tant reprochées. Mais
+la puissance que les ecclésiastiques avoient dans ces temps-là, mit
+ceux d'entre eux qui avoient de la vertu en état de s'opposer avec
+fruit à ces hommes de sang, dont les Gaules étoient remplies alors, et
+qui cherchoient sans cesse à faire augmenter les désordres et à
+multiplier les guerres civiles, pour usurper dans quelque canton
+l'autorité du prince, et s'y approprier ensuite le bien du peuple. Les
+bons ecclésiastiques empêchèrent ces cantonnements dans plusieurs
+endroits, et y conservèrent assez de droits et assez de domaines à la
+couronne pour mettre les princes qui la portèrent dans la suite en
+situation de recouvrer, avec le temps, du moins une grande partie des
+joyaux qu'on en avoit arrachés. C'est ainsi qu'un mur solide qui se
+rencontre dans un édifice mal construit, lui sert comme d'étai, et
+que, par sa résistance, il donne aux architectes le loisir de faire à
+ce bâtiment des réparations à l'aide desquelles il dure encore
+plusieurs siècles.»
+
+Ces réflexions sont, au fond, d'une grande vérité, quoiqu'il y ait
+beaucoup d'inexactitude dans la manière dont elles sont présentées.]
+
+Nous avons dit comment les bénéfices ecclésiastiques institués sous
+le titre de _précaires_, étoient devenus des fiefs par l'usurpation de
+ceux qui en avoient été faits bénéficiers, et comment les _avoués_ des
+églises s'étoient de même emparé des biens qu'elles leur avoient
+concédés à de certaines conditions, et sans prétendre aliéner la
+propriété du fonds[388]. L'extinction successive des familles qui
+avoient usurpé ces biens, les ayant fait en partie rentrer dans les
+domaines de clergé, et leur in_féodation_ y ayant attaché tous les
+priviléges qui appartenoient alors à la féodalité, il en résulta pour
+les évêques de nouveaux droits comme vassaux de la couronne, ou
+seigneurs suzerains, droits qui ajoutèrent encore à leur importance
+politique; car lorsque, vers la fin de la seconde race, les seigneurs,
+profitant de la foiblesse du gouvernement et du malheur des temps,
+s'arrogèrent, dans leurs terres, tous les droits de la souveraineté,
+et que cette usurpation eût été légitimée par les rois de la
+troisième race, il étoit difficile sans doute que les gens d'église,
+devenus possesseurs de terres inféodées, ne les maintinssent pas
+telles qu'ils les avoient reçues, et ne se missent pas, sous tous les
+rapports, au lieu et place des anciens possesseurs[389].
+
+[Note 388: _Voy._ p. 208.]
+
+[Note 389: Il nous semble qu'en traitant cette question, M. de Bonald
+n'a pas fait preuve de son exactitude accoutumée, lorsqu'il met au
+nombre des causes qui changèrent ainsi la nature des biens du clergé,
+les _donations multipliées_ qui lui furent faites. (Voy. _OEuvres
+complètes, t. III, p. 274._) Ce n'est point par _donations_, mais par
+_restitutions_, qu'il devint propriétaire de terres inféodées. Le même
+écrivain pense aussi que ce fut comme _possesseurs de fiefs_, que les
+gens d'église se virent forcés de lever des soldats et souvent de
+combattre eux-mêmes (_ibid._, p. 275): nous avons prouvé que ce fut
+pour eux une triste nécessité de le faire, long-temps avant qu'ils
+eussent des biens de cette espèce; et nous ajoutons que cette dernière
+révolution qui rendit ainsi au clergé, avec les priviléges immenses de
+l'inféodation, tant de propriétés dont il avoit été violemment
+dépouillé, loin de nuire à son existence, servit au contraire à la
+consolider.]
+
+Ils le firent en effet; et en ce qui concerne les évêques de Paris, il
+arriva que, lorsque cette ville fut devenue, sous la domination des
+Capétiens, la seule capitale du royaume, ces prélats acquirent, par
+cette situation nouvelle, un degré de puissance et de considération
+qu'ils n'avoient point eu jusque-là; et l'on peut concevoir que cette
+défense de leurs priviléges, alors si légitime, les mit naturellement
+en opposition avec le pouvoir et les volontés du monarque. Nous avons
+dit qu'ils possédoient au couchant de la _ville_ un terrain
+considérable, sous le nom de _Culture-l'Évêque_. C'est la plus
+ancienne concession qui leur ait été faite; et l'on n'en peut fixer
+l'origine, qui remonte jusqu'aux rois de la première race. Ils
+jouissoient donc dans ce domaine de tous les droits seigneuriaux.
+C'étoit là qu'étoit leur maison de plaisance, et qu'ils avoient leurs
+greniers dans un lieu nommé _Ville-l'Évêque_; vis-à-vis étoit un port
+qui dépendoit également d'eux, et qui avoit le même nom. Par
+l'agrandissement rapide de Paris hors de sa première enceinte de ce
+côté, il se trouva qu'on fut forcé d'empiéter sur leur terrain, et
+qu'on voulut bâtir sur leur censive: ces projets nouveaux ne
+s'exécutèrent point sans obstacle de leur part, et firent naître entre
+eux et les rois une foule de contestations et de transactions, dont
+nous aurons occasion de parler dans la suite de cet ouvrage.
+
+Les droits de l'évêque étoient tels, que, du temps de saint Louis, la
+ville de Paris étoit pour ainsi dire partagée en deux parties, dont
+l'une étoit sous la domination du roi, l'autre sous celle du prélat;
+et les bourgeois qui reconnoissoient la juridiction de ce dernier
+refusoient souvent d'obéir aux ordonnances du monarque. Les choses en
+vinrent au point que le roi crut nécessaire d'assembler un parlement,
+pour faire examiner si les vassaux de l'évêque n'étoient point tenus
+de se soumettre à ses commandements. La décision de l'assemblée fut
+en sa faveur, malgré les efforts de sa partie adverse, qui produisit
+pour sa défense les transactions faites entre les rois précédents et
+l'église de Paris. Voyant qu'on n'y avoit point égard, il mit en
+interdit toutes les églises de son diocèse, et défendit qu'on y
+célébrât le service divin. Cette démarche eut un tel éclat, que le
+roi, appréhendant les suites qu'elle pouvoit avoir pour la religion,
+fit sa paix avec l'évêque, qui continua de jouir de ses anciens
+priviléges.
+
+Cependant de telles résistances, qui, nous ne nous lassons point de le
+répéter, ne peuvent être jugées selon les règles de la politique
+moderne qu'avec une extrême injustice et même une grande absurdité,
+n'eurent point d'effets véritablement fâcheux; et depuis
+l'établissement de la troisième race, le pouvoir des rois s'étant
+élevé par degré sur les ruines de la féodalité, l'évêque de Paris,
+malgré l'influence que lui donnoit en effet l'avantage nouveau de sa
+position, se vit insensiblement forcé de céder à une autorité qui,
+chaque jour, prenoit un nouvel ascendant. Ses efforts pour maintenir
+sa juridiction temporelle n'empêchèrent point que, peu à peu, elle ne
+lui échappât, pour aller se perdre, avec tant d'autres droits, dans
+ceux de la couronne. Dès le règne de Louis-le-Gros, et principalement
+sous Philippe-Auguste, elle avoit reçu des atteintes dans les
+transactions qui furent faites entre ces monarques et l'Église[390];
+saint Louis lui porta de nouveaux coups, et successivement elle
+diminua, ainsi que nous l'avons déjà dit, à mesure qu'elle devint
+moins nécessaire au maintien de l'ordre et à l'existence de la
+société[391].
+
+[Note 390: Le territoire de Saint-Germain-l'Auxerrois, qui étoit dans
+la censive de l'évêque, devint si considérable par son commerce, que
+l'évêque Étienne crut devoir, pour en maintenir la prospérité,
+associer le roi Louis-le-Gros aux deux tiers du profit dans tout le
+clos fermé de fossés qu'on appeloit Champeau, _Campellus_ ou
+_Campelli_, et ne s'en réserver qu'un tiers pour lui et son église,
+_le prévôt du roi restant tenu de prêter fidélité à l'évêque, et celui
+de l'évêque au roi_. Ce fameux traité, fait du consentement du
+chapitre, est daté de l'an 1136, vingt-neuvième de Louis VI, et
+quatrième de Louis VII son fils.
+
+Mais ce qui contribua le plus à diminuer les anciens droits de
+l'évêque, fut un autre traité que Guillaume de Seignelay, évêque en
+1222, fit avec Philippe-Auguste. Ce prince fut reconnu avoir la
+justice du rapt et du meurtre dans le bourg Saint-Germain et dans la
+Culture-l'Évêque, qui en étoit voisine; le droit de lever des impôts
+sur les habitants pour dépenses de guerre et _chevauchées_, de même
+que celui de justice sur les marchands, dans tout ce qui étoit relatif
+aux marchandises. Lorsqu'il sera question du Louvre, nous parlerons
+des dédommagements qui furent alors accordés à l'Église pour compenser
+le tort que lui fit l'érection de cette maison royale.]
+
+[Note 391: L'exemple suivant pourra faire comprendre quels étoient
+alors les priviléges des seigneurs suzerains, priviléges contre
+lesquels venoit se briser toute l'autorité des rois, et qui avoient
+tout l'effet d'une loi fondamentale de l'État: les évêques de Paris, à
+leur installation, faisoient leur entrée solennelle à Notre-Dame,
+portés par quatre seigneurs feudataires de l'Église; et ce qu'on aura
+peine à croire, c'est que le roi étoit un des vassaux soumis à ce
+devoir, en qualité de seigneur de Corbeil, de Montlhéry et de la
+Ferté-Aleps. L'histoire nous apprend que Philippe-Auguste et saint
+Louis nommèrent des chevaliers qui les représentèrent dans cette
+cérémonie. Dans la suite, il y eut quatre barons françois destinés à
+remplir cette obligation; c'étoient les barons de Maci, de Montgeron,
+de Chevreuse et de Luzarches. Le baron de Montmorency, qui d'abord
+étoit de ce nombre, cessa d'en être lorsque sa terre eut été érigée en
+duché-pairie. On ignore quand et comment a fini cette servitude,
+depuis long-temps abolie; mais les rois, en même temps qu'ils étoient
+soumis envers les évêques à de tels devoirs, pouvoient à leur tour, et
+en vertu du droit de régale, s'emparer, à leur mort, de tous les
+meubles de bois et de fer qui se trouvoient dans leurs maisons; et ces
+prélats, qu'un tel droit contrarioit beaucoup, ne purent s'en racheter
+qu'à force de sacrifices et de prières, choisissant pour y parvenir
+une occasion où Louis-le-Jeune, prêt à faire son voyage d'outre-mer,
+se trouvoit dans une grande disette d'argent.]
+
+Bien que la juridiction ecclésiastique fût infiniment plus parfaite
+que celle des barons[392], qu'elle fût même réglée sur les principes
+de toute bonne jurisprudence, sur des lois fixes, sur la gradation
+des tribunaux, cependant l'Église, qui dans tous les temps ne cessa
+point de s'élever contre les coutumes injustes et barbares, se voyoit
+quelquefois obligée de les tolérer. Par exemple, l'usage des duels
+juridiques appelés _jugement de Dieu_[393], étoit si généralement
+adopté et tellement conforme aux goûts et aux moeurs de la nation
+françoise, que les juges ecclésiastiques ne pouvoient pas toujours
+rejeter cette manière étrange de décider du bon droit entre deux
+contendants. C'étoit dans la cour même de l'évêché que se faisoient
+ces _monomachies_ ou duels ordonnés par le tribunal de l'église de
+Paris; ce que nous apprend Pierre-le-Chantre, qui écrivoit vers l'an
+1180. _Quædam ecclesiæ habent monomachias, et judicant monomachiam
+debere fieri quandoquè inter rusticos suos: et faciunt eos pugnare in
+curiâ ecclesiæ, in atrio episcopi vel archidiaconi, sicut fit
+Parisius._ Le même auteur ajoute que le pape Eugène (sans doute Eugène
+III) ayant été consulté au sujet de ces combats, répondit: «Suivez vos
+coutumes» _utimini consuetudine vestrâ_; mais il n'en est pas moins
+vrai que l'Église condamnoit et cette épreuve et toutes les autres.
+Les papes, les évêques, les conciles ont prononcé anathème contre les
+_duellistes_[394]. Agobard, dans ses livres contre la loi
+_Gombette_[395], réfuta avec force _la damnable opinion_ de ceux qui
+prétendent que Dieu fait connoître sa volonté et son jugement par les
+épreuves de l'eau, du feu et autres semblables. Il se récrie vivement
+contre le nom de _Jugement de Dieu_ qu'on osoit donner à ces épreuves.
+«Comme si, dit-il, Dieu les avoit ordonnées, et s'il devoit se
+soumettre à nos préjugés et à nos sentiments particuliers pour nous
+révéler tout ce qu'il nous plaît de savoir.» Les mêmes opinions furent
+soutenues dans le onzième siècle par Yves de Chartres, par saint
+Thomas et par tous les théologiens les plus sages et les plus
+éclairés; et généralement, dans ces temps d'une ignorance et d'une
+corruption si profonde, il n'est pas une seule de ces maximes fondées
+sur le bon sens et la morale, qui font maintenant la règle des
+sociétés chrétiennes les plus civilisées, que n'ait alors professée
+l'église, seule juste et seule éclairée au milieu des vices et des
+ténèbres dont elle étoit entourée.
+
+[Note 392: Cette juridiction des barons devint surtout vicieuse et
+abusive vers la fin de la seconde race, lorsque les malheurs du temps
+ayant légitimé les usurpations des grands vassaux, ils détruisirent
+toute _appellation_ à un tribunal supérieur. Auparavant, ainsi que
+nous l'avons déjà dit, et que nous aurons occasion de le redire
+encore[392-A], l'administration de la justice, malgré beaucoup
+d'imperfections qu'avoient introduites l'ignorance des barbares et la
+grossièreté de leurs moeurs, étoit bonne dans son principe qui ne
+demandoit qu'à être bien compris et raisonnablement développé; et ce
+qui le prouve, c'est qu'il suffit de revenir à ce principe, pour
+donner à la France la hiérarchie judiciaire la plus parfaite du monde
+civilisé, et un corps de magistrature auquel rien en Europe ne pouvoit
+être comparé.]
+
+[Note 392-A: _Voyez_ ci-dessus, p. 58, et ci-après l'article
+_Châtelet_.]
+
+[Note 393: C'est dans la jurisprudence des tribunaux francs qu'il faut
+aller chercher l'institution barbare du _jury_, conservée par la
+nation anglaise, chez qui elle a été une des causes les plus actives
+de corruption pour toutes les classes de la société; institution
+depuis si follement adoptée en France avec tant d'autres qui ont fait
+sa honte et son malheur. Dans toute affaire, soit civile, soit
+criminelle, on procédoit par audition de témoins, les uns oculaires,
+et ceux-ci étoient produits par les parties, les autres simples
+_examinateurs_ ou _jurés_, et ceux-là étoient choisis par le juge.
+Lorsque l'accusé pouvoit réunir en sa faveur la plus grande partie de
+ces témoins, dont le nombre varioit suivant la nature et la gravité du
+délit, son innocence étoit _prouvée_; que si les témoins lui étoient
+contraires, alors il avoit la ressource de se purger ou par le serment
+ou par le combat, auquel il provoquoit son accusateur. Toutefois, le
+serment n'étoit valable que lorsque cet accusé pouvoit déterminer un
+nombre plus ou moins grand de personnes d'une condition égale à la
+sienne, à _jurer_ avec lui. C'étoit là ce qu'on appeloit les
+_conjurateurs_. Quant à l'accusateur, il ne pouvoit refuser le combat,
+lorsque l'accusé n'avoit pu réunir le nombre de ces _conjurateurs_,
+fixé par la loi. Les combats de cette espèce, si connus sous le nom de
+_jugement de Dieu_, étoient très-meurtriers sous la première race
+(Greg. Tur., lib. X, cap. 10); ils le furent moins sous la seconde, et
+les capitulaires paroissent n'y autoriser que l'usage de l'écu et du
+_bâton_. (_Ibid._, lib. IV, c. 23.) En 1215 une ordonnance de
+Philippe-Auguste fixa à trois pieds la plus grande longueur des bâtons
+dont les champions devoient être armés. (Ordonn. du Louv., t. I, p.
+36.)
+
+Il étoit une autre sorte d'épreuves nommée _ordalie_, ou épreuve par
+les élémens; mais il n'y avoit que les personnes de condition servile
+qui y fussent sujettes. (I. Cap., an. 809, c. 28.)]
+
+[Note 394: Entre autres, le concile de Valence, tenu en 855; Nicolas
+Ier, dans une épître à Charles-le-Chauve; les papes Célestin III,
+Innocent III, Honorius III. On les voit condamnés dans quatre conciles
+assemblés par Louis-le-Débonnaire, et dans le neuvième général de
+Latran, etc.]
+
+[Note 395: Par cette loi, dont étoit auteur Gondebaud, roi des
+Bourguignons, il étoit ordonné que ceux qui ne voudroient pas se tenir
+à la déposition des témoins ou au serment de leur adversaire,
+pourroient prendre la voie du duel. (_Voy._ la note p. 351.)]
+
+On ne s'étonnera donc plus maintenant si, malgré tout ce que
+l'histoire de Paris raconte des démêlés des rois avec les évêques,
+nous ne craignons point d'avancer qu'il n'est point de siége dans la
+chrétienté qui offre une suite plus remarquable de grands et pieux
+personnages. On y compte, jusqu'à Jean-François de Gondi, une
+succession de cent sept évêques, parmi lesquels il en est six que
+l'Église révère comme des saints, neuf qui ont été cardinaux, et
+quelques-uns chanceliers de France.
+
+En 1622, cet évêché, soumis à la métropole de Sens, en fut séparé par
+Grégoire XV, et érigé en archevêché. Cette érection fut faite en
+faveur de M. Jean-François de Gondi; il fut peu après nommé commandeur
+des ordres du roi, honneur dont avoient joui presque tous ses
+successeurs. Louis XIV accorda une distinction encore plus glorieuse à
+M. de Harlai de Chanvalon, en érigeant, pour lui et les archevêques de
+Paris, la terre de Saint-Cloud en duché-pairie[396].
+
+[Note 396: Elle étoit composée des seigneuries de _Saint-Cloud_,
+_Maisons_, _Créteil_, _Ozoir-la-Ferrière_ et _Armentières_.
+
+La juridiction ecclésiastique de l'archevêque, dite l'_Officialité_,
+tenoit son audience à l'entrée de la chapelle épiscopale inférieure.
+Ce tribunal étoit composé d'un official, un vice-gérent, et
+quelquefois plusieurs assesseurs, un greffier, un promoteur, des
+appariteurs.
+
+Ce prélat avoit encore une autre justice, que l'on nommoit la
+_Temporalité_. Elle étoit exercée par un juge qui connoissoit des
+appellations de sentences rendues en matière civile par les officiers
+des justices des terres de l'archevêché.
+
+Il possédoit en outre le droit de justice de fief et de voirie dans
+neuf fiefs situés dans la ville de Paris.]
+
+On compte dix archevêques depuis M. de Gondi jusqu'à M. de Juigné, qui
+gouvernoit l'église de Paris en 1789.
+
+
+
+
+LE CHAPITRE DE NOTRE-DAME.
+
+
+On entend par _Chapitre_, dans une église cathédrale ou collégiale, la
+communauté des ecclésiastiques qui la desservent, lesquels sont
+appelés _chanoines_[397], et doivent vivre suivant la règle
+particulière de la congrégation dont ils sont membres.
+
+[Note 397: Ce mot chanoine, _canonicus_, vient de _à canone_, qui
+signifie _règle_.]
+
+Quelques-uns font remonter l'origine des chanoines jusqu'aux apôtres,
+qui, d'après toutes les traditions, vécurent réunis avec les
+disciples, et donnèrent les règles de la vie commune. En effet,
+quoique les noms de clercs et de chanoines ne fussent pas usités dans
+les premiers temps, il paroît que les prêtres-diacres de chaque église
+formoient entre eux un collége; et cette expression se trouve souvent
+dans les pères des trois premiers siècles.
+
+On trouve aussi que cet ordre et ces réunions furent souvent troublés
+par les persécutions; mais dans ces maux qui affligeoient les églises,
+les clercs, séparés les uns des autres, continuoient du moins à mettre
+leurs biens en commun; les plus riches venoient ainsi au secours des
+plus pauvres, et chacun se contentoit de la _sportule_ ou portion[398]
+qu'il recevoit tous les mois de l'évêque, seul dispensateur de cette
+commune propriété.
+
+[Note 398: On nommoit ces portions _divisiones mensurnas_, et ils
+furent appelés _fratres sportulantes_.]
+
+Cependant la distinction que l'on fit, en 324, des églises cathédrales
+d'avec les églises particulières, peut être regardée comme la
+véritable origine des colléges et des communautés de clercs appelés
+_chanoines_. Du temps de saint Basile et de saint Cyrille, ils étoient
+déjà désignés sous ce nom en Orient; on l'employa plus tard en
+Occident. Vers le milieu du quatrième siècle, saint Eusèbe, évêque de
+Verceil, rassembla le premier ses clercs, et les soumit à toute la
+rigidité de la vie monastique; mais c'est surtout saint Augustin qu'on
+peut considérer comme le restaurateur de la vie commune dans cette
+partie de la chrétienté. Lorsqu'il fut devenu évêque d'Hippone, il
+forma une communauté des prêtres de son église, avec lesquels il
+vivoit dans un entier détachement des choses du monde. Cet exemple fut
+imité dans les Gaules, comme dans les autres parties de la chrétienté;
+mais les troubles qui, sous la domination des rois francs, ne
+cessèrent d'agiter cette contrée, faisant naître partout la licence et
+le désordre, n'épargnèrent point ces asiles de la piété et de la paix.
+La discipline ne tarda point à s'y altérer; il y eut déréglement et
+scandale dans les moeurs, et souvent ce scandale fut porté à son
+comble. Enfin saint Chrodegand, évêque de Metz, qui vivoit sous le
+règne de Pépin, conçut le projet d'en arrêter le cours, ce qu'il fit
+et par ses leçons et par ses exemples. Les réglements qu'il donna à
+ses chanoines furent adoptés par un grand nombre d'églises; et l'on
+vit de nouveau les clercs attachés aux cathédrales vivre suivant les
+règles austères des anciens canons.
+
+Quoique l'histoire ne nous laisse pas même soupçonner que le chapitre
+de Notre-Dame, entraîné par le torrent, ou séduit par les exemples,
+soit jamais tombé dans les écarts qui, dans ces siècles malheureux,
+furent l'affliction de l'Église, et sont devenus l'injuste et éternel
+reproche de ses adversaires, cependant on peut se persuader qu'il
+n'aura pas été des derniers à adopter les réglements de saint
+Chrodegand; parce que, dans tout ce que nous en disent les traditions,
+on le voit zélé pour ses devoirs, animé d'une véritable piété, et
+tendant sans cesse vers une plus grande perfection. Ces témoignages
+ont fait penser à l'historien de l'église de Paris que l'institution
+ou plutôt la réforme du chapitre de la cathédrale avoit été faite par
+Erkenrad Ier, sous le règne de Charlemagne: on n'en trouve cependant
+de monuments authentiques que sous celui de Louis-le-Débonnaire. Ce
+prince, profitant de l'occasion d'un concile qu'il avoit convoqué à
+Aix-la-Chapelle en 816[399], y fit rédiger une règle fixe pour les
+chanoines: un diacre nommé Amalarius fut chargé de ce soin par les
+pères du concile. Cette règle prescrivoit l'habitation et la vie
+commune dans des cloîtres fermés; mais elle n'exigeoit point la
+désappropriation ni certaines abstinences qui étoient de précepte et
+d'usage dans les monastères. L'empereur ordonna qu'elle fût observée
+dans les différents États soumis à sa domination; et ce fut là,
+suivant les plus sûres apparences, l'époque de l'institution des
+chanoines de Notre-Dame dans la forme qui s'est conservée presque
+entière jusqu'aux derniers temps. C'est depuis cette réforme qu'on les
+voit appelés si souvent dans les actes _les frères de Sainte-Marie_,
+et qu'il est parlé de _cloître_, de _règle_ et de _chapitre_[400].
+
+[Note 399: _Chron. Ademar. ad. ann. 816._]
+
+[Note 400: Sous la première et la seconde race, on les voit désignés
+sous le titre de _fratres et seniores, vel primores Sanctæ Mariæ_.
+Depuis le concile d'Aix-la-Chapelle, le chapitre est nommé
+_Congregatio vel conventus fratrum aut canonicorum Beatæ Mariæ_. Ce
+n'est qu'en 1073 qu'on lit, pour la première fois, le mot _Capitulum_.
+
+Ces mots de _frères_ et de _règle_ ont fait croire à quelques auteurs
+que le chapitre de Notre-Dame étoit, dans les commencements, une
+communauté de _chanoines réguliers_, et qu'ils suivoient la règle de
+saint Augustin. Le culte particulier qu'ils rendoient à ce saint
+docteur n'est pas une preuve assez forte pour appuyer ce sentiment; et
+sa fête est célébrée avec solennité dans plusieurs églises qui n'ont
+jamais reçu sa règle.]
+
+Le concile de Paris, tenu en 829, ayant ordonné que les chefs des
+communautés séculières et régulières pourvoiroient aux besoins
+temporels de ceux qui les composoient, l'évêque Inchade céda pour lors
+aux chanoines, en toute propriété, plusieurs terres et villages qui
+appartenoient à l'église de Paris, avec toutes leurs dépendances.
+C'est de la division qui se fit de ces mêmes biens dans des temps
+postérieurs, que se sont formées les prébendes canoniales dont
+jouissoient encore les chanoines de Notre-Dame au moment où l'église a
+été dépouillée de son patrimoine.
+
+Ce chapitre étoit non-seulement le plus considérable de Paris[401],
+mais encore de la France entière; et il devoit moins cet avantage au
+grand nombre de bénéfices qui en dépendoient, qu'au mérite, à la
+science et aux vertus en quelque sorte héréditaires des dignes
+ecclésiastiques qui le composoient. Il a joui dans tous les temps de
+cette haute réputation; dans tous les temps on le prit pour modèle, on
+le consulta avec confiance, on reçut ses décisions avec respect. Il a
+la gloire d'avoir donné à l'Église six papes, trente-neuf cardinaux et
+un nombre considérable d'évêques. On voit un pontife illustre,
+Alexandre III, demander comme une faveur que ses neveux fussent élevés
+dans le cloître Notre-Dame; Louis VII et plusieurs de nos princes y
+puisèrent l'esprit de la religion et le goût de la science; enfin un
+fils de Louis-le-Gros, Henri, fut chanoine de Notre-Dame; et Philippe,
+son frère, préféra le simple titre d'archidiacre de l'église de Paris
+aux évêchés auxquels sa haute naissance et ses vertus lui donnoient le
+droit de prétendre.
+
+[Note 401: Il y avoit anciennement treize chapitres à Paris, qui étoient:
+1º le chapitre de Notre-Dame; 2º ceux de Saint-Jean-le-Rond; 3º de
+Saint-Denis-du-Pas; 4º de Saint-Marcel; 5º de Saint-Honoré; 6º de
+Sainte-Opportune; 7º de Saint-Méry; 8º du Saint-Sépulcre; 9º de
+Saint-Benoît; 10º de Saint-Étienne-des-Grés; 11º de Saint-Thomas-du-Louvre;
+12º de Saint-Nicolas-du-Louvre; 13º de Saint-Germain-l'Auxerrois. Le nombre
+de ces chapitres avoit été diminué par la réunion qui s'étoit faite de
+plusieurs d'entre eux, ainsi qu'on le verra par la suite.]
+
+Ce chapitre étoit composé de huit dignités qui pouvoient être
+possédées par d'autres que par les chanoines, et de cinquante-deux
+canonicats. Il y avoit en outre six vicaires perpétuels, dont deux
+titres avoient été unis au chapitre; deux vicaires de Saint-Agnan et
+un chapelain; huit bénéficiers chanoines de Saint-Jean-le-Rond, et
+dix de Saint-Denis-du-Pas. Ces bénéficiers, ainsi que tous les
+chapelains attachés à Notre-Dame, ne faisoient qu'un seul corps avec
+l'église de Paris[402].
+
+[Note 402: Ce chapitre étoit indépendant de la juridiction de
+l'archevêque. Il avoit, ainsi que lui, son officialité et une justice
+séculière, appelée _la Barre du Chapitre_. De lui dépendoient aussi
+les chapitres de Saint-Méry ou Médéric, du Saint-Sépulcre, de
+Saint-Benoît et de Saint-Étienne-des-Grés. On appeloit vulgairement
+ces chapitres _les quatre filles de Notre-Dame_; comme ceux de
+Saint-Marcel, de Saint-Honoré, de Sainte-Opportune, et celui de
+Saint-Germain-l'Auxerrois, avant sa réunion au chapitre de Notre-Dame,
+étoient nommés _les filles de l'Archevêque_. Nous en parlerons à
+l'article de ces diverses églises.]
+
+La principale entrée du cloître étoit à côté de l'église cathédrale.
+On y voyoit, avant la révolution, une porte, laquelle avoit été
+construite en 1751[403], avec les matériaux et en partie sur
+l'emplacement de la petite église de Saint-Jean-le-Rond, dont nous
+allons parler.
+
+[Note 403: Elle a été abattue.]
+
+
+
+
+SAINT-JEAN-LE-ROND.
+
+
+On sait que les fonts baptismaux de l'église de Paris étoient jadis à
+Saint-Germain-le-Vieux, qui avoit alors le nom de Saint-Jean-Baptiste,
+et qu'ils furent depuis transportés plus près de la cathédrale, dans une
+chapelle bâtie pour cet usage. Cette chapelle, que l'on abattit en même
+temps que les anciennes églises de Notre-Dame et de Saint-Étienne, fut
+ensuite rebâtie et placée au bas de la tour septentrionale de la
+nouvelle basilique. On présume, que dans l'origine, elle étoit moins
+avancée vers l'occident; on sait du reste que le surnom qu'elle portoit
+ne venoit que de la forme ronde employée dans ces sortes d'édifices.
+
+La bâtisse de Saint-Jean-le-Rond de Paris ne paroissoit être que du
+treizième siècle, et même le portail étoit beaucoup plus nouveau. Ce
+baptistère, que desservoient deux prêtres[404], fut pendant long-temps
+le seul qu'il y eût dans cette capitale; mais lorsque le nombre des
+citoyens eut fait multiplier celui des églises, et que chacune eut
+obtenu d'avoir son baptistère particulier, ces deux prêtres furent
+chargés de visiter les malades, d'inhumer les morts, et de célébrer,
+pendant une année, la messe pour les chanoines décédés. Ils
+jouissoient à cet effet du revenu annuel de la prébende de chaque
+chanoine défunt. Ces dispositions changèrent depuis: l'annuel fut
+transporté aux chanoines de Saint-Victor, et l'on indemnisa les deux
+prêtres par le don d'une prébende dans l'église de Notre-Dame, sous
+certaines conditions qui les maintenoient dans la dépendance du
+chapitre[405]. Dans la suite le nombre de ces desservants fut
+augmenté.
+
+[Note 404: _Hist. eccl. Paris._, t. II, p. 22 et 23.]
+
+[Note 405: Ces conditions étoient qu'ils s'acquitteroient des mêmes
+fonctions, l'anniversaire excepté; qu'ils ne pourvoient se qualifier
+chanoines de Sainte-Marie, mais seulement de Saint-Jean, et que le
+chapitre conserveroit le droit de les nommer et de les destituer.]
+
+On a remarqué que cette église, et peut-être même l'entrée de la
+cathédrale étoient les lieux où se terminoient juridiquement certaines
+affaires ecclésiastiques, coutume qui rappeloit ce qui s'étoit
+pratiqué plus anciennement aux portiques des grandes églises. Il
+existe un ancien acte finissant par ces mots: _Actæ sunt hæc in
+ecclesiâ Parisiensi apud cupas_[406]. On lit aussi que les médecins se
+sont assemblés autrefois _ad cupam nostræ Dominæ_. Cette même église
+servoit de paroisse aux laïques logés dans le cloître Notre-Dame.
+
+[Note 406: Cartul. S. Magl., fol. 178.]
+
+ SÉPULTURES.
+
+ Dans cette église avoient été inhumés: Henri Boileau, avocat
+ général, mort en 1491; Gilles Ménage, savant célèbre, mort
+ en 1692; Jean-Baptiste Duhamel, habile théologien, mort en
+ 1706.
+
+On démolit Saint-Jean-le-Rond en 1748; alors les fonts baptismaux, les
+fondations et le service divin furent transférés à Saint-Denis-du-Pas,
+qui, depuis cette époque, s'appela _Saint-Denis et Saint-Jean-Baptiste_.
+
+
+
+
+SAINT-DENIS-DU-PAS.
+
+
+Le surnom de cette église fit naître, dans le dix-septième siècle, une
+contestation si vive entre deux savants, qu'elle en devint ridicule,
+par l'importance qu'ils mirent à une question d'un si foible intérêt,
+et surtout par l'amertume qu'ils répandirent dans leur discussion. M.
+Delaunoy prétendoit que cette église étoit ainsi surnommée par la
+raison que le premier apôtre des Parisiens y avoit souffert le
+martyre, _à passione_. M. de Valois, qui combattit son sentiment avec
+humeur et même avec emportement, le réfuta toutefois avec beaucoup de
+solidité; et il n'est plus question ni de cette étymologie évidemment
+fausse, ni de cette vieille querelle.
+
+Ce terme de _passus_ a été employé à l'égard de plusieurs saints[407]
+qui certainement n'ont jamais souffert le martyre; et l'on ne peut
+raisonnablement l'expliquer que par la situation de leur église. Celle
+de Saint-Denis n'étoit séparée de la cathédrale que par un chemin
+étroit nommé _pas_, et d'ailleurs étoit située auprès du petit bras de
+la rivière qui coule entre l'île Saint-Louis et la Cité. Il ne faut
+donc point chercher une autre origine à ce surnom, puisqu'autrefois on
+appeloit ainsi tout chemin étroit et tout courant d'eau qui est entre
+deux terres; et que, dans l'ancien langage françois, _pas_ et
+_passage_ sont synonymes.
+
+[Note 407: À l'abbaye de Saint-Denis, il y avoit une chapelle de
+Saint-Nicolas qui est désignée dans les titres, _Sanctus Nicolaus de
+Passu_. Au diocèse de Chartres étoit une paroisse appelée _le Pas de
+Saint-Lomer_.]
+
+Cette chapelle, qui existoit avant le douzième siècle, étoit depuis
+long-temps négligée, et il y a apparence qu'on n'y faisoit plus le
+service divin. En 1164 et jusqu'à la fin de ce même siècle, plusieurs
+pieux personnages y fondèrent des prébendes, au nombre de cinq. Elles
+furent ensuite divisées, par une ordonnance du chapitre de Notre-Dame,
+entre dix chanoines[408], qui les ont conservées jusqu'au moment de la
+révolution. En 1182, le pape Luce III donna à Saint-Denis-du-Pas la
+qualité d'église[409].
+
+[Note 408: Cinq de ces prébendes étoient sacerdotales, trois
+diaconales et deux sous-diaconales.]
+
+[Note 409: Cette église a été abattue.]
+
+
+
+
+HÔTEL-DIEU.
+
+
+L'institution des hôpitaux est un des bienfaits du christianisme. La
+police des païens, qui savoit réprimer la fainéantise, qui empêchoit
+le mendiant valide de dérober à la pitié le pain qu'il pouvoit obtenir
+par son travail, n'alloit point jusqu'à s'inquiéter du sort de
+l'infortuné dont l'âge et la maladie avoient épuisé les forces. On
+croyoit qu'il valoit mieux que le pauvre mourût que de vivre inutile
+et souffrant. La vertu purement humaine n'étoit point capable d'un si
+grand dévouement: il n'y avoit qu'une charité toute céleste qui pût
+embrasser dans sa tendre prévoyance tous les âges, toutes les misères,
+toutes les souffrances; et, parmi tant de maux qui affligent les
+hommes, regarder comme les plus dignes de ses soins les infirmités les
+plus horribles et les misères les plus repoussantes.
+
+Dès les premiers temps, une partie considérable des biens que les
+églises avoient obtenus de la libéralité des empereurs fut consacrée à
+ces pieux établissements. Des prêtres les administroient, sous la
+direction de l'évêque; et l'on y recevoit sans distinction et les
+pauvres chrétiens et le païen indigent que ceux de sa religion
+continuoient à repousser. Julien l'Apostat lui-même ne put s'empêcher
+de rendre témoignage à cette vertu surnaturelle des premiers fidèles;
+et la confusion qu'il en ressent éclate dans une lettre qu'il écrit à
+un pontife de Galatie, auquel il recommande d'établir, à leur
+imitation, des hôpitaux et des contributions pour les pauvres. Dans
+cet écrit très-remarquable, il attribue l'accroissement du
+christianisme principalement à trois causes, à l'hospitalité, au soin
+des sépultures, à la gravité des moeurs.
+
+Dès les commencements de la monarchie française, on voit des hôpitaux
+établis dans différentes villes par la piété de nos rois; et l'on ne
+peut douter que l'Hôtel-Dieu ne soit une des fondations les plus
+anciennes de ce genre. Néanmoins toutes les recherches de nos
+historiens n'ont pu nous procurer à ce sujet que des notions vagues et
+incertaines. C'est sans doute de cette incertitude qu'est venue la
+tradition qui fait honneur à saint Landri de la création de ce pieux
+établissement, tradition vers laquelle semblent pencher plusieurs
+savants distingués[410] qui se sont occupés des antiquités de Paris.
+Cependant on ne trouve dans les anciens titres qui prouvent
+incontestablement que saint Landri a existé, aucune particularité sur
+ses actions et sa vie. Son culte n'a commencé que sous l'épiscopat de
+Maurice de Sully; et c'est seulement dans une légende insérée dans un
+bréviaire de 1492, qu'on lit pour la première fois que ce saint évêque
+étoit particulièrement recommandable par sa grande charité. Un éloge
+aussi vague ne pouvoit suffire pour faire conclure qu'il est le
+fondateur de l'Hôtel-Dieu, et c'est cependant sur ce seul titre que la
+légende du dix-septième siècle lui en attribue la fondation, malgré le
+silence absolu de tous les historiens et de tous les martyrologes. Il
+est donc impossible de ne pas rejeter cette assertion jusqu'à ce qu'on
+en ait donné des preuves raisonnables et suffisantes.
+
+[Note 410: L'historien de l'église de Paris, D. Félibien; M. de
+Mautour; Mém. de l'Acad. des Inscrip., t. III, p. 299.]
+
+Saint Landri est mort vers l'an 656; et tout porte à croire qu'à cette
+époque l'Hôtel-Dieu n'existoit point encore. On trouve même qu'en 690
+il y avoit sur l'emplacement où il est situé un monastère de filles,
+dont _Landetrude_ étoit abbesse[411]. Alors c'étoit la maison de
+l'évêque qui étoit l'asile des malheureux, de la veuve et de
+l'orphelin. Le pauvre et le malade y trouvoient des secours et des
+consolations; elle servoit encore de retraite aux pélerins et aux
+voyageurs; et les annales de l'église, celles de la monarchie, les
+actes, les récits les plus authentiques nous représentent les évêques
+de Paris, dignes successeurs des apôtres, livrés par-dessus tout à ces
+pieux devoirs. On les voyoit, excitant le clergé par l'ardeur de leur
+zèle et de leur charité, se faire un plaisir et une gloire de recevoir
+tous ceux que leur affliction ou leurs besoins conduisoient vers eux,
+leur laver les pieds, les servir eux-mêmes à table, leur administrer
+les sacrements, et leur prodiguer ainsi tous les secours de l'âme et
+du corps.
+
+[Note 411: Voyez pag. 287.]
+
+Le premier titre où il est question de l'Hôtel-Dieu est un acte de
+l'an 829, par lequel l'évêque Inchade assigne à cette maison les dîmes
+des biens dont il avoit gratifié son chapitre, pour se conformer à une
+décision du concile d'Aix-la-Chapelle, dont nous avons déjà parlé. On
+voit, par cet acte de donation, que, dans certains temps, _les
+chanoines y lavoient les pieds aux pauvres_; d'où il résulte que
+l'Hôtel-Dieu existoit sous le règne de Charlemagne, et que l'évêque et
+son chapitre y avoient des droits, soit pour l'avoir fondé, soit pour
+avoir contribué à le doter.
+
+Les chanoines possédoient, et sans doute à ce dernier titre, la moitié
+de cet établissement[412]; l'autre leur fut cédée, en 1002, par
+Renaud, évêque de Paris; et vers la fin du même siècle, un autre
+évêque, nommé Guillaume Montfort, leur fit don de l'église
+Saint-Christophe. Depuis cette dernière époque, on voit l'Hôtel-Dieu,
+entièrement sous l'administration du chapitre, gouverné par des
+chanoines proviseurs choisis dans son sein, et la chapelle
+Saint-Christophe desservie par deux prêtres de la cathédrale.
+
+[Note 412: Nécrol. de N. D., 27 août et 12 sept.]
+
+L'accroissement rapide de la population ayant considérablement
+augmenté le nombre des pauvres, il fallut bientôt multiplier celui des
+personnes employées au service de l'Hôtel-Dieu, et fixer les fonctions
+de chacun de ces ministres. Dès l'an 1217, des statuts nouveaux furent
+dressés par Étienne, doyen de Paris, conjointement avec le chapitre.
+Par ces statuts il est établi pour l'administration de cette maison
+quatre prêtres, quatre clercs, trente frères laïques, et vingt-cinq
+soeurs: ils portent qu'on ne peut en admettre davantage, qu'ils sont
+tenus de garder la chasteté, de vivre dans la désappropriation et en
+commun, d'être soumis au chapitre, aux proviseurs, et à celui des
+prêtres qualifié du titre de _maître de la maison de Dieu_[413].
+
+[Note 413: _Hist. eccl. Paris_, t. II, p. 482.]
+
+Quoique ce nom de _Maison de Dieu_, employé dans ces réglements et
+dans une infinité de titres de la même époque, ne signifie pas une
+_maladrerie_, mais une maison d'hospitalité, et que l'Hôtel-Dieu ne
+soit pas autrement désigné dans le testament de saint Louis[414] et
+dans plusieurs auteurs contemporains, il est certain cependant
+qu'avant la fin du douzième siècle, on y prenoit déjà soin des
+malades, comme on l'a toujours fait depuis[415]. En cherchant
+l'origine de cette nouvelle destination de l'Hôtel-Dieu, un
+auteur[416] a pensé qu'elle pourroit bien venir d'un statut du
+chapitre de Notre-Dame, donné en 1168, par lequel il fut réglé que
+tous les chanoines qui décéderoient ou quitteroient leurs prébendes,
+donneroient à cet hôpital un lit garni[417]. Cette multiplication des
+lits facilita sans doute la réception des malades; et trente ans
+après, on lit dans un acte par lequel Adam, clerc du roi, lègue à
+l'Hôtel-Dieu deux maisons dans Paris, qu'il ne fait ce don que sous la
+condition qu'au jour de son anniversaire il sera accordé, sur leur
+produit, à ceux seulement qui seront malades, tout ce qu'il leur
+viendra dans la pensée de manger, _pourvu qu'on en puisse trouver_,
+ajoute naïvement le donataire. _Eâ conditione, quòd ægrotantibus
+tantùm prædicti hospitalis quicquid cibariorum in eorum venerit
+desiderio, si tamen possit inveniri, de totali proventu domorum, in
+die anniversarii ejus detur._
+
+[Note 414: _Hist. eccl. Paris_, t. III, p. 249.]
+
+[Note 415: Pastor. A., fol. 804.]
+
+[Note 416: L'abbé Lebeuf.]
+
+[Note 417: L'an 1413, les tours de lit commençant à n'être plus de
+simple toile comme auparavant, et étant formés d'ailleurs d'un bien
+plus grand nombre de pièces, les chanoines ordonnèrent que leurs
+héritiers, en donnant cent livres, somme en ces temps-là
+très-considérable, seroient quittes, s'ils vouloient, de cette
+charité. Cette disposition nouvelle a duré jusqu'en 1592, que les
+directeurs séculiers de cet hôpital se plaignirent au parlement, et
+prétendirent que le ciel, les rideaux, la courtepointe et autres
+accompagnements des lits des chanoines, soit qu'ils fussent de soie,
+d'argent, d'or ou de telle autre étoffe que le luxe avoit ajoutée à la
+simplicité des siècles précédents, devoient leur appartenir. Sur les
+conclusions des gens du roi, la cour leur accorda leur demande. L'an
+1654, elle condamna les héritiers de M. de Gondi, archevêque de Paris,
+à délivrer aux administrateurs de l'Hôtel-Dieu son lit et tout ce qui
+en dépendoit.]
+
+La forme du gouvernement de cette maison fut changée dans la suite,
+soit que le nombre des pauvres fût augmenté, soit que les revenus ne
+fussent pas suffisants, ou qu'il se fût glissé quelque abus dans
+l'emploi qu'on en faisoit. Toutefois ce ne fut que long-temps après;
+et pendant plusieurs siècles elle fut gouvernée suivant les anciens
+statuts dont nous venons de parler. On appeloit alors _frères_ et
+_soeurs_ de la maison ou de l'Hôtel-Dieu, les personnes des deux sexes
+qui s'y consacroient au service des pauvres et des malades; et cet
+institut étoit une communauté, et non un ordre religieux[418]. Ce
+n'est qu'en 1505 qu'on voit un changement remarquable dans la double
+administration de ce grand établissement. Le soin des affaires
+temporelles fut alors confié à huit bourgeois notables et à un
+receveur nommé par le prévôt des marchands et des échevins[419]. On
+créa ensuite des commissaires pour la réformation du gouvernement
+spirituel; et en exécution d'un statut donné en 1536, huit chanoines
+réguliers de l'ordre de Saint-Augustin y furent introduits. Les
+réglements qu'ils firent y établirent l'observance régulière de
+l'abbaye de Saint-Victor, avec la forme des habits et les pratiques
+religieuses qui sont en usage dans cette communauté. Cette réforme
+devint encore plus parfaite vers 1630, par les travaux et l'exemple de
+Geneviève Bouquet, dite du _Saint nom de Jésus_. Élevée malgré elle et
+par l'éclat de ses vertus au rang de prieure, cette sainte fille
+établit un noviciat régulier et la vie commune parmi les soeurs de
+l'hôpital; elle fit ordonner la rénovation des voeux, et engagea les
+religieuses à quitter le nom de leur famille pour adopter celui de
+quelque saint ou sainte. Cet usage ainsi que la régularité s'est
+toujours maintenu dans cette maison jusqu'à l'époque qui a tout
+détruit, sans en excepter l'asile du pauvre.
+
+[Note 418: Rec. des tit. de l'Hôtel-Dieu.]
+
+[Note 419: Leur nombre fut ensuite porté jusqu'à douze, en 1654, sous
+l'inspection et l'autorité de l'archevêque et des premiers
+magistrats.]
+
+L'Hôtel-Dieu étoit desservi, pour le spirituel, par vingt-quatre
+ecclésiastiques, dont le premier avoit la qualité de _maître_; ils
+étoient sous la direction immédiate du chapitre, qui la faisoit
+exercer par quatre députés réélus tous les ans, sous le titre
+d'_administrateurs_ ou _visiteurs de l'Hôtel-Dieu_.
+
+Les malades de tout âge, de tout sexe, de toute condition, de tout
+pays, de toute religion, y étoient indistinctement reçus, à
+l'exception de ceux qui étoient attaqués de certaines maladies, pour
+lesquelles d'autres hôpitaux ont été institués. On y comptoit douze
+cents lits dans vingt et une salles; et là, les malades, au nombre de
+trois mille au moins (et ce nombre étoit quelquefois doublé), étoient
+servis avec un zèle, une attention et une charité presque
+inconcevables, par plus de cent religieuses de l'ordre de
+Saint-Augustin[420]. Le spectacle de ces saintes filles, renonçant au
+monde, à leurs familles, à leurs biens, à toutes les espérances de la
+vie, ne conservant de toutes les affections du coeur qu'une pitié plus
+courageuse et plus tendre que n'étoient horribles les souffrances qui
+les environnoient, a toujours étonné et attendri tous ceux qui en ont
+été les témoins; et ce n'est que dans notre siècle, où d'odieux et
+vils systèmes ont flétri toutes les âmes et calomnié toutes les
+vertus, qu'on a cessé un moment d'admirer ce que la charité chrétienne
+offrit jamais de plus admirable. «Le cardinal de Vitry, dit Helyot, a
+voulu sans doute parler des religieuses de l'Hôtel-Dieu, lorsqu'il dit
+qu'il y en avoit qui se faisoient violence, souffroient avec joie et
+sans répugnance l'aspect hideux de toutes les misères humaines, et
+qu'il lui sembloit qu'aucun genre de pénitence ne pouvoit être comparé
+à cette espèce de martyre.»
+
+[Note 420: Elles étoient aidées dans leurs fonctions par un grand
+nombre de personnes, tant du dehors que de l'intérieur de
+l'Hôtel-Dieu. L'état journalier de cette maison en portoit le nombre à
+plus de cinq cents.]
+
+«Il n'y a personne, continue le même auteur dans son langage naïf,
+qui, en voyant les religieuses de l'Hôtel-Dieu, non-seulement panser,
+nettoyer les malades, faire leurs lits, mais encore, au plus fort de
+l'hiver, casser la glace de la rivière qui passe au milieu de cet
+hôpital, et y entrer jusqu'à la moitié du corps, pour laver leurs
+linges pleins d'ordures et de vilenies, ne les regarde comme autant de
+saintes victimes, qui, par un excès d'amour et de charité pour
+secourir leur prochain, courent volontiers à la mort qu'elles
+affrontent, pour ainsi dire, au milieu de tant de puanteur et
+d'infection causées par le grand nombre des malades[421].»
+
+[Note 421: La communauté de ces religieuses étoit toujours
+très-nombreuse, malgré l'austérité de leur règle et les pénibles
+travaux qui y étoient attachés; elles étoient ordinairement cent
+trente. Leur noviciat duroit sept ans, à dater du jour de la prise de
+l'habit, et il ne falloit pas moins de temps pour éprouver une
+vocation si difficile.
+
+L'administration de cet hôpital a éprouvé bien des changements pendant
+la révolution; et c'est alors qu'on a pu se convaincre que des
+dispositions purement humaines et des agents salariés ne pouvoient
+suffire à des travaux, à des sacrifices qui sont tels qu'aucun prix
+sur la terre ne peut les payer. Il n'appartient qu'à la religion et
+aux immortelles espérances qu'elle porte avec elle, de produire de
+tels prodiges de dévouement et de charité; et ils périroient avec
+elle, s'il étoit possible qu'elle périt jamais. Les soeurs de
+l'Hôtel-Dieu ont donc été rappelées, parce que l'on a reconnu qu'il
+étoit impossible de se passer de leur assistance.]
+
+Philippe-Auguste est le premier de nos rois qui ait fait des dons à
+l'Hôtel-Dieu; après lui saint Louis le combla tellement de ses pieuses
+libéralités, qu'il mérita d'en être appelé le fondateur. Non-seulement
+ce prince en accrut les revenus, mais il en augmenta considérablement
+les bâtiments, qui, avant lui, ne consistoient que dans trois ou quatre
+corps-de-logis, avec l'ancienne chapelle de Saint-Christophe[422].
+Depuis, les bâtiments se multiplièrent entre la rivière et la rue des
+Sablons, et vinrent aboutir au Petit-Pont, où il y avoit une autre
+chapelle, sous le nom de Sainte-Agnès. En 1463, les frères et soeurs de
+l'Hôtel-Dieu acquirent plusieurs places autour de cette dernière
+chapelle, et y firent construire une entrée nouvelle et un portail. Par
+un arrêt de l'année 1511, ils firent fermer la rue des Sablons, après y
+avoir fait l'acquisition de sept maisons qui appartenoient à l'abbaye de
+Sainte-Geneviève.
+
+[Note 422: Cette chapelle, différente de l'église du même nom, située
+à l'autre extrémité du parvis, fut rebâtie vers 1380, par les soins
+d'Oudard de Maucreux, bourgeois de Paris. Elle a été démolie pendant
+la révolution.]
+
+En suivant la progression des accroissements de cet hospice, nous
+trouvons qu'en 1531 les administrateurs traitèrent d'une maison située
+sur le Petit-Pont, laquelle joignoit le portail dont nous venons de
+faire mention. Sur l'emplacement de cette maison, qui avoit appartenu
+à la Sainte-Chapelle, le cardinal Antoine Duprat, légat en France, fit
+construire la salle qu'on appeloit, avant la révolution, _salle du
+Légat_. À l'extrémité orientale, ils avoient déjà fait précédemment
+plusieurs acquisitions, entre autres celle d'une grande maison connue
+sous le nom du _Chantier_, et située entre l'Hôtel-Dieu et
+l'Archevêché. Ils s'étoient aussi rendus propriétaires de plusieurs
+bâtiments dans la rue de la Bûcherie[423]. En 1606, Henri IV fit
+rebâtir la salle de Saint-Thomas, et construire les piliers d'un pont
+où devoient aboutir ces nouvelles propriétés. La même année, la salle
+dite de Saint-Charles, qui donna son nom à ce pont, fut achevée par
+la libéralité de M. Pomponne de Bellièvre. Les administrateurs
+agrandirent encore l'Hôtel-Dieu, en faisant construire, le long de la
+rivière, une voûte, sur laquelle, ils élevèrent une salle
+nouvelle[424]. Ils obtinrent en même temps la permission de bâtir un
+second pont aux limites de leur maison, du côté de l'Archevêché. Ce
+pont, qui fut fini en 1634, aboutit d'un côté à la rue l'Évêque, et de
+l'autre à un portail construit sur l'autre bord de la rivière, dans la
+rue de la Bûcherie; on le nomma _Pont-aux-Doubles_, parce que, dans
+l'origine, les gens de pied payoient un double tournois pour y
+passer[425]. Ce péage, fixé par des lettres-patentes de Louis XIII,
+n'a cessé de subsister qu'au moment de la révolution; les deniers
+n'ayant plus cours alors, on payoit un liard pour le droit de passage.
+
+[Note 423: Sur la rive méridionale.]
+
+[Note 424: Voy. pl. 20.]
+
+[Note 425: L'édit portoit aussi _que les gens à cheval paieroient six
+deniers_; mais ils n'y ont jamais passé, car il y avoit une barrière
+ou tourniquet qui n'en laissoit l'entrée libre qu'aux piétons.]
+
+Les salles dont nous venons de parler furent encore prolongées depuis.
+En 1714 on pensa à construire des bâtiments nouveaux, et pour subvenir
+à cette dépense, l'Hôtel-Dieu obtint sur les entrées aux spectacles un
+droit dont il a joui long-temps[426]. Le Petit-Châtelet lui fut même
+adjugé à cet effet en 1724; mais il ne put alors ni depuis mettre à
+profit ce don du roi pour accroître ses bâtiments.
+
+[Note 426: Ce droit étoit d'un neuvième.]
+
+Depuis cette dernière époque, il ne reste plus rien à dire de
+l'Hôtel-Dieu, sinon qu'il a été successivement dévasté par deux
+incendies, dont le dernier surtout avoit causé de grands ravages et
+laissé des traces profondes, qui, même après vingt ans, n'étoient
+point encore effacées. En 1789, la piété et l'humanité de Louis XVI
+lui avoient fait concevoir le projet de faire de grandes améliorations
+dans cette maison, et même, dit-on, de faire construire plusieurs
+Hôtels-Dieu en différents quartiers de la ville. Une partie de ce plan
+avoit déjà commencé à recevoir son exécution.
+
+On a élevé, depuis la révolution, un nouveau portail à l'Hôtel-Dieu,
+du côté du parvis[427]. Cette décoration, qu'écrase la masse imposante
+du portail de Notre-Dame, mérite cependant d'être remarquée.
+L'architecte lui a donné un caractère mixte qui tient des temples et
+des monuments consacrés à la bienfaisance et à l'utilité publique; des
+croisées en forme d'arcades remplacent, aux deux côtés du péristyle,
+les niches qui, dans une église, eussent contenu les statues des
+saints patrons, et annoncent les logements et les bureaux nécessaires
+à l'entrée d'une semblable maison.
+
+[Note 427: L'ancien portail étoit d'un gothique très-élégant. _Voyez_
+la pl. 19, qui offre aussi une vue de l'archevêché, tel qu'il était
+dans les temps anciens.]
+
+Une extrême simplicité convenoit à une telle construction, et l'auteur
+s'y est assujetti dans toutes les parties. Il ne s'est pas même permis
+les cannelures, ornement usité par les anciens dans l'ordre dorique,
+et qui le mettent en harmonie avec les triglyphes dont sa frise est
+ornée. La sculpture qui doit décorer le tympan du fronton n'est point
+encore exécutée.
+
+
+
+
+PARVIS DE NOTRE-DAME.
+
+
+C'est ainsi qu'est nommée la place qui est devant l'église cathédrale.
+Il n'y a pas de doute que ce mot ne vienne de celui de _paradisus_,
+dont on se servoit anciennement pour exprimer l'_aire_ ou place qui
+étoit devant les basiliques, souvent même le cimetière qui occupoit
+cet espace, comme il l'occupe encore dans plusieurs endroits. On
+donnoit aussi quelquefois le même nom au cloître qui régnoit autour;
+mais il étoit plus particulièrement affecté au _porche_, _vestibule_
+ou _portique_ des grandes églises. Il n'étoit pas rare de voir des
+autels dans cette première partie de ces édifices sacrés; et c'étoit
+là qu'étoient placées les cuves baptismales.
+
+La place dont nous parlons a été successivement agrandie, et
+principalement en 1748, lorsqu'on abattit l'église Saint-Christophe,
+et qu'on supprima la rue de la Huchette. À cette époque on en baissa
+aussi le sol, afin de procurer une descente plus facile à l'église
+Notre-Dame, alors au-dessous du niveau de la place, et à laquelle,
+dans l'origine, on montoit par un escalier de treize degrés.
+
+On détruisit en même temps une fontaine construite en 1639, devant
+laquelle étoit une ancienne statue, dont les symboles singuliers et
+équivoques ont fort exercé la sagacité des antiquaires. Elle
+représentoit une figure longue et d'un travail très-grossier, qui
+tenoit un livre d'une main, et de l'autre un bâton entouré d'un
+serpent. Plusieurs ont cru y voir une représentation d'Esculape, dieu
+de la médecine; d'autres, celle de Mercure; quelques-uns l'ont prise
+pour l'image d'Erchinoald ou Archambauld, qui, dit-on, fit présent à
+l'église de son hôtel et de sa chapelle Saint-Christophe. Il y en
+avoit qui vouloient que ce fût la figure de Guillaume d'Auvergne,
+évêque de Paris, sous l'épiscopat duquel on a cru que le grand portail
+de Notre-Dame avoit été achevé. L'abbé Lebeuf a présenté une opinion
+plus vraisemblable en disant que cette statue pouvoit bien être celle
+de Jésus-Christ, que l'on auroit détachée de l'ancienne église lors de
+la reconstruction, et placée par respect en face de la nouvelle.
+Jaillot offre aussi ses conjectures, qui ne sont point à dédaigner: il
+pense que cette figure étoit une représentation de sainte Geneviève.
+«Le visage, dit-il, étoit sans barbe, et ne portoit point les traits
+d'un homme; le reste d'un cierge qu'elle tenoit d'une main, un livre
+qu'elle portoit de l'autre, sont ses attributs ordinaires; le serpent,
+symbole de la santé, en est un nouveau que la reconnaissance a pu
+faire donner à l'occasion des guérisons miraculeuses que Dieu avoit
+accordées en cet endroit par son intercession; enfin la maladie
+personnifiée et foulée à ses pieds annonce la victoire que cette
+sainte avoit remportée sur elle.» On doit regretter que cette statue,
+qui étoit de plâtre recouvert en plomb, ait été détruite. Elle étoit
+également curieuse et par son antiquité et par l'obscurité qui
+l'environnoit.
+
+C'étoit dans une maison du Parvis que se tenoient les écoles publiques
+avant l'établissement des colléges et de l'université. Elles avoient
+d'abord été placées dans le cloître Notre-Dame, à gauche en entrant,
+dans un endroit que les anciens titres nomment _tres antiæ_. Mais
+comme les chanoines étoient importunés du bruit inévitable que
+faisoient les écoliers, il fut convenu, après quelques contestations
+entre le chapitre et l'évêque, que les écoles seroient transférées
+dans un autre emplacement, et plus près de la maison épiscopale[428].
+Elles furent en conséquence établies dans le lieu nommé le _Chantier_,
+situé entre le port l'Évêque et l'Hôtel-Dieu.
+
+[Note 428: Past. B., p. 194.--Et D., p. 201.]
+
+L'évêque avoit au Parvis une échelle patibulaire, qui étoit la marque
+de sa justice. Piganiol dit qu'il en avoit encore une au port
+Saint-Landri; mais c'est une erreur: il a confondu la justice de
+l'évêque avec celle du chapitre, à qui ce port appartenoit de temps
+immémorial.
+
+Ce fut au parvis Notre-Dame que Bérenger et Étienne, cardinaux et
+légats du pape Clément V, firent dresser, le 11 mars 1314, un
+échafaud, sur lequel montèrent, après eux, le grand-maître des
+Templiers, le maître de Normandie et deux autres frères, pour y
+entendre le récit des crimes qu'on imputoit à leur ordre, et la
+sentence qui les condamnoit à une prison perpétuelle[429].
+
+[Note 429: On sait que le grand-maître, sommé par le légat de
+confirmer les aveux qu'il avoit faits à Poitiers, s'avança sur le bord
+de l'échafaud, et y fit à haute voix une rétractation, à laquelle le
+maître de Normandie donna son adhésion; ce qui fut cause qu'ils furent
+brûlés vifs, le soir même, sur l'île _aux Bureaux_. Voyez page 104.]
+
+
+
+
+MAISON DES ENFANTS-TROUVÉS.
+
+
+Voici encore une de ces institutions que la charité chrétienne pouvoit
+seule imaginer. Dans cette Rome païenne, si fière de sa police et de
+ses lois, des pères dénaturés exposoient leurs enfants, et un
+gouvernement non moins barbare les laissoit impitoyablement périr. Des
+hommes qui exerçoient un métier infâme alloient quelquefois recueillir
+ces innocentes victimes, et les élevoient pour les prostituer; on
+rencontroit par toutes les nations de ces enfants malheureux, nourris
+comme de vils troupeaux, et destinés aux plus exécrables usages.
+Non-seulement de telles horreurs étoient tolérées, mais les empereurs
+ne rougissoient point de lever un tribut sur ces enfants; et saint
+Justin le philosophe ne craint pas de le leur reprocher dans sa
+première apologie.
+
+L'Église primitive avoit établi des hospices pour les enfants à la
+mamelle et pour les orphelins. Ces asiles, comme tous ceux qu'elle
+avoit élevés au malheur et à la souffrance, étoient dirigés par ses
+ministres, et sans doute la Gaule possédoit, ainsi que tout le reste
+de la chrétienté, de ces pieuses fondations; mais les révolutions
+qu'éprouvèrent ces contrées en changèrent la forme: et après
+l'établissement des Francs, on trouve, sans pouvoir en démêler
+l'origine, que le soin de ces enfants étoit confié aux seigneurs sur
+les fiefs desquels ils avoient été abandonnés. Leur zèle fut loin
+d'égaler celui des ministres de l'évangile; et dans Paris surtout, où
+la misère, la débauche et une plus grande population multiplioient ces
+expositions, le mal vint à un tel degré, que l'on sentit la nécessité
+de créer un asile pour ces pauvres et innocentes victimes. Ce fut
+encore l'Église qui en donna les premiers exemples: l'évêque et le
+chapitre de Notre-Dame destinèrent à cet usage une maison située au
+bas du Port-l'Évêque[430]; et l'on mit dans l'église même une espèce
+de berceau, où l'on plaçoit ces enfants, pour exciter la pitié et la
+libéralité des fidèles, coutume qui s'est conservée jusqu'aux temps
+qui ont précédé la révolution. Ils étoient alors appelés _les pauvres
+Enfants Trouvés de Notre-Dame_; et c'est sous ce nom qu'Isabelle de
+Bavière, femme de Charles VI, leur fit un legs de 8 francs, par son
+testament du 2 septembre 1431.
+
+[Note 430: Cette maison fut nommée _la Couche_.]
+
+La libéralité du chapitre étoit entièrement gratuite, et faite
+uniquement pour _l'honneur de Dieu_, ainsi que le déclarèrent des
+lettres-patentes de François Ier données en 1536[431]. Cependant les
+seigneurs haut-justiciers, pour s'exempter de contribuer aux frais de
+la nourriture et de l'éducation des Enfants-Trouvés, prétendirent,
+quelques années après, faire passer cet usage pour une charge de
+_fondation faite sous cette condition_, en faveur du chapitre. Le
+parlement n'eut aucun égard à ces vaines allégations; et par un arrêt
+du 13 août 1552[432], il ordonna que les enfants seroient mis à
+l'hôpital de la Trinité, et que les seigneurs contribueroient d'une
+somme de 960 livres par an, répartie entre eux à proportion de
+l'étendue de leur justice. Toutefois on conserva à Notre-Dame le
+bureau établi pour recevoir ces enfants et les aumônes qu'on leur
+faisoit.
+
+[Note 431: Reg. du parl.]
+
+[Note 432: _Ibid._]
+
+Un réglement aussi sage et aussi juste n'eut cependant qu'une
+exécution imparfaite et momentanée; et ces enfants ne tardèrent pas à
+retomber dans l'état de dénûment d'où l'on avoit tenté de les retirer.
+Le chapitre de Notre-Dame, toujours touché de compassion pour eux,
+offrit encore, pour les recevoir, deux maisons situées au port
+Saint-Landri, et ils y furent transférés par un arrêt du 12 juillet
+1570. Cependant, malgré tant de précautions prises pour sauver la vie
+à ces infortunés, malgré les taxes imposées sur les hauts-justiciers
+pour leur procurer les premières nécessités, ils étoient encore dans
+un état qui fait frémir l'humanité; et le détail qu'en donne l'auteur
+de la vie de saint Vincent de Paule est si horrible, qu'on seroit
+tenté de le soupçonner de quelque exagération[433]. C'est à cet homme
+apostolique, à cette âme ardente et vraiment chrétienne, que l'on doit
+la révolution totale qui se fit dans le sort de ces pauvres enfants,
+et l'établissement fixe et durable de cette touchante institution. On
+ne peut répéter, sans être attendri jusqu'aux larmes, les paroles si
+naïvement éloquentes qu'il adressa aux dames que son zèle avoit
+rassemblées pour qu'elles l'aidassent dans les charités qu'il faisoit
+à ces petits malheureux. Il en avoit fait placer un grand nombre dans
+l'église; et voyant ces femmes chrétiennes déjà émues par ce
+spectacle: «Or sus, mesdames, s'écria l'homme de Dieu, voyez si vous
+voulez délaisser à votre tour ces petits innocents, dont vous êtes
+devenues les mères suivant la grâce, après qu'ils ont été abandonnés
+par leurs mères suivant la nature.» Les nobles et pieuses Françaises
+ne répondirent à ce discours que par des sanglots; et le même jour,
+dans la même église, au même instant, l'hôpital des Enfants-Trouvés
+fut fondé et doté.
+
+[Note 433: On les vendoit, dit-il, vingt sous la pièce dans la rue
+Saint-Landri; et quelquefois on les donnoit par charité à des femmes
+malades par suite de couches, qui s'en servoient pour se débarrasser
+d'un lait corrompu.]
+
+Saint Vincent de Paule engagea les dames de la Charité qu'il avoit
+établies à se charger du gouvernement des Enfants-Trouvés, qu'il
+logea, en 1638, dans une maison à la porte Saint-Victor. Trois ans
+après Louis XIII leur assigna 3,000 liv. de rente sur le domaine de
+Gonesse, et y ajouta 1,000 liv. pour ceux qui en avoient soin. Leur
+zélé protecteur obtint encore de Louis XIV une rente de 8,000 liv., et
+la reine Anne d'Autriche lui céda pour eux son château de Bicêtre.
+Mais une situation si éloignée de la ville, et l'air trop vif qu'on y
+respire, étant nuisibles à ces enfants, on les fit revenir auprès de
+Saint-Lazare, où ils rentrèrent sous la surveillance des soeurs de la
+Charité. Cependant leur nombre augmenta tellement, que les aumônes et
+les revenus devinrent de nouveau insuffisants. Alors le parlement
+jugea qu'il étoit nécessaire de changer en une rente annuelle
+l'obligation où étoient les seigneurs hauts-justiciers de fournir à
+l'entretien des enfants exposés dans leur justice. Cette taxe fut
+enfin fixée à 15,000 livres réparties sur eux dans la proportion de
+leurs fiefs[434]. On fit à ce moyen l'acquisition, rue du faubourg
+Saint-Antoine, d'un grand emplacement et d'une maison, laquelle fut
+érigée en hôpital par une déclaration du roi, et unie à l'hôpital
+général. Ce ne fut qu'après tant de mutations qu'on put parvenir à un
+établissement commode et permanent.
+
+[Note 434: Cette répartition fut faite de la manière suivante: 3.000
+l. par an pour toutes les justices dépendantes de l'archevêché; 2,000
+liv. pour celle de l'église du chapitre de Paris; 3,000 liv. pour
+celle de l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés; 1200 liv. pour celle de
+l'abbaye de Saint-Victor; 1500 liv. pour celle de l'abbaye de
+Sainte-Geneviève; 1500 liv. pour celle du Grand-Prieuré de France;
+2,500 liv. pour celle du prieuré de Saint-Martin; 600 liv. pour celle
+du prieuré de Saint-Denis-de-la-Chartre; 100 liv. pour celle que
+l'abbaye de Tiron a dans Paris; 50 liv. pour celle de l'abbaye de
+Montmartre; 100 liv. pour celle du prieuré de Saint-Marcel; 150 liv.
+pour celle du chapitre de Saint-Médéric; 100 liv. pour celle du
+chapitre de Saint-Benoît; 100 liv. pour celle de l'abbaye de
+Saint-Denis.]
+
+Peu de temps après, en 1672, on leur acheta encore une maison vis-à-vis
+l'Hôtel-Dieu, et l'on y construisit une chapelle. Ces bâtiments
+subsistèrent jusqu'en 1746, qu'on les fit abattre, en même temps que
+les églises de Saint-Christophe et de Sainte-Geneviève-des-Ardents, pour
+en construire de plus spacieux. On éleva aussi une nouvelle chapelle,
+laquelle fut décorée de peintures par Brunetti et Natoire[435]. Nous
+n'entrerons dans aucun détail sur cet édifice, dont l'architecture
+n'offre ni défaut ni beautés remarquables. La distribution intérieure en
+est heureuse, et fait honneur à l'architecte Boffrand, qui fut chargé de
+bâtir ce monument[436].
+
+[Note 435: Ce dernier avoit peint tout ce qui remplissoit les arcades
+du rez-de-chaussée et toute la partie du fond jusqu'à la voûte. Il y
+avoit représenté la Nativité, l'Adoration des mages et des bergers;
+une gloire d'anges couronnoit cette composition. Par une singularité
+assez remarquable, il avoit imaginé de représenter sur le plafond les
+débris d'une riche voûte entièrement ruinée, soutenue par d'énormes
+étais, et menaçant d'une chute prochaine.]
+
+[Note 436: Il sert maintenant de pharmacie centrale à tous les
+hospices civils de Paris.]
+
+On y recevoit les enfants en tout temps, à toutes les heures du jour
+et de la nuit, sans question et sans formalité; seulement un
+commissaire du quartier dressoit _gratis_ un procès-verbal qui
+constatoit le jour et l'heure où l'enfant avoit été trouvé, et le nom
+de la personne qui le présentoit, laquelle d'ailleurs n'étoit obligée
+de s'expliquer sur aucune circonstance. Ces pauvres orphelins étoient
+élevés avec un soin paternel dans l'amour du travail et dans la
+piété; et on les y gardoit jusqu'à ce qu'ils fussent en âge de faire
+leur première communion et d'apprendre un métier.
+
+
+
+
+PONTS DE LA CITÉ.
+
+
+En donnant l'historique du pont Neuf, nous avons parlé du pont de
+Charles-le-Chauve, dont il ne reste plus que des traditions obscures,
+et du pont _Marchand_, qui fut détruit en 1631. Dans la description de
+l'Hôtel-Dieu est comprise celle du pont Saint-Charles et du pont aux
+Doubles. Il nous reste encore à parler de quatre ponts qui
+communiquent de la Cité aux deux autres parties de la ville, et d'un
+dernier pont établi sur le détroit qui la sépare de l'île Notre-Dame
+ou Saint-Louis.
+
+
+LE PONT AU CHANGE.
+
+Ce pont, qui aboutit d'un côté au quai de l'Horloge, et de l'autre au
+quai de la Mégisserie, a remplacé celui qu'on appeloit anciennement le
+_Grand pont_, et qui fut pendant long-temps la seule communication de
+la Cité avec la rive septentrionale. Dans son origine, et pendant
+plusieurs siècles, ce pont n'étoit qu'en bois. Louis VII y établit le
+change en 1141, et défendit de le faire ailleurs; ce qui lui fit
+donner le nom de _pont aux Changeurs_, _au Change et de la
+Marchandise_. Il a conservé le second de ces noms.
+
+Ce pont, suivant un ancien usage qui n'a cessé que de nos jours, étoit
+couvert de maisons dans toute sa longueur: les changeurs en occupoient
+un côté et les orfèvres l'autre. Les grandes inondations l'ayant
+emporté plusieurs fois, il fut successivement rebâti, mais non pas
+précisément à la place où nous le voyons aujourd'hui[437]. Si nous
+examinons ensuite les diverses révolutions qu'il a éprouvées, nous
+trouvons qu'au onzième siècle il étoit construit partie en pierres et
+partie en bois; en 1296 il étoit entièrement en pierres, et seulement
+en bois en 1621, lorsqu'il fut brûlé avec le pont Marchand. Le feu
+ayant pris à ce dernier pont, qui n'en étoit séparé que par un espace
+d'environ cinq toises, la flamme se communiqua en un instant au pont
+au Change; et l'incendie fut si violent, que tous les deux furent
+brûlés, et s'écroulèrent en moins de trois heures. Celui-ci fut seul
+rebâti: on commença à le reconstruire en pierres en 1639, et il fut
+achevé en 1647.
+
+[Note 437: Il paroit qu'originairement il étoit plus près de
+l'emplacement où l'on a bâti depuis le pont Notre-Dame. (JAILLOT.)]
+
+Le quai des Morfondus étoit autrefois beaucoup plus étroit qu'il ne
+l'est aujourd'hui; et, vu la grande population de Paris et le
+mouvement continuel qui se fait dans ce passage, il en résultoit des
+embarras très-incommodes, souvent même dangereux pour les gens de
+pied. On y remédia en 1738, au moyen de deux angles saillants que
+l'on pratiqua, l'un vis-à-vis la tour de l'horloge, et l'autre au
+pont Neuf, presque vis-à-vis la statue équestre de Henri IV. Pour
+exécuter ces travaux, la ville avoit acheté les quatre dernières
+maisons du pont au Change; et les ayant fait abattre, elle put former
+à cet endroit une petite place, où commence le trottoir en saillie qui
+règne le long du parapet jusqu'à l'autre extrémité.
+
+Du côté opposé à la Cité on avoit placé au bout de ce pont et au
+sommet du triangle un monument qui représentoit Louis XIV à l'âge de
+dix ans, couronné par la Victoire, et élevé sur un piédestal, auprès
+duquel on voyoit Louis XIII et Anne d'Autriche, debout et en habits
+royaux. Ces figures, d'une exécution très-remarquable, et qu'on peut
+mettre au nombre des meilleures productions de l'école françoise, sont
+en bronze sur un fond de marbre noir; au-dessous un bas-relief cintré
+offre des captifs enchaînés. _François Guillain_, artiste françois,
+étoit l'auteur de toutes ces sculptures[438].
+
+[Note 438: Voyez pl. 25. Ce monument est déposé aux Petits-Augustins.]
+
+Mézerai, et Germain Brice qui l'a cité, n'ont point été exacts,
+lorsqu'ils ont dit que la reine Isabeau de Bavière, femme de Charles
+VI, passant, lors de son entrée à Paris[439], sur le pont Notre-Dame,
+un homme descendit sur une corde du haut des tours de la cathédrale,
+et lui posa une couronne sur la tête. Ce fut sur le _pont au Change_
+que la chose arriva; et ce pont étoit celui sur lequel les rois et les
+reines avoient coutume de passer[440]. D'ailleurs, Isabeau de Bavière
+fit son entrée à Paris en 1389, et le pont Notre-Dame ne fut construit
+qu'en 1413.
+
+[Note 439: À l'article de la porte Saint-Denis nous parlerons avec
+plus de détail de cette entrée, qui présente plusieurs particularités
+remarquables.]
+
+[Note 440: Les fêtes et dimanches, les oiseliers y venoient vendre
+toutes sortes d'oiseaux, ce qui leur avoit été permis sous la
+condition d'en lâcher deux cents douzaines au moment où nos rois et
+nos reines passeroient sur ce pont dans leurs entrées solennelles.]
+
+Le pont au Change s'élève sur sept arches de plein cintre; la
+construction en est solide, mais sans élégance[441].
+
+[Note 441: Voyez pl. 21.]
+
+
+LE PONT SAINT-MICHEL.
+
+Ce pont, situé à l'opposite du pont au Change, sur le petit cours de
+l'eau, aboutit d'un côté à la place qui en a pris le nom, et de
+l'autre aux rues de la Barillerie, Saint-Louis et du Marché-Neuf. Il
+est impossible de donner la date précise de sa construction, et les
+historiens varient à ce sujet depuis 1378 jusqu'à 1387. Jaillot pense
+que le pont de Charles-le-Chauve étoit de ce côté, et que ce fut
+celui-ci qui lui succéda. Il fut d'abord appelé le _petit Pont_,
+ensuite _petit pont Neuf_, et simplement _pont Neuf_; mais dès 1424 on
+le nommoit _pont Saint-Michel_, et ce nom lui vint sans doute de la
+place et de la chapelle dont nous avons déjà fait mention[442].
+
+[Note 442: Voyez p. 168.]
+
+Il avoit été renversé par les glaces en 1407; il éprouva le même
+accident en 1547; et, malgré les réparations qu'on y fit à cette
+époque, il fut presque totalement emporté en 1616. On pensa alors à le
+rebâtir avec plus de solidité: des habitants de Paris offrirent de
+faire cette construction en pierres, et d'élever sur sa surface
+trente-deux maisons d'égale structure, dont ils demandoient à jouir
+seulement pendant soixante années, s'obligeant en outre à payer une
+redevance annuelle pour chaque maison. Cet accord fut accepté, et la
+jouissance prolongée jusqu'à quatre-vingt-dix-neuf ans. À la fin de ce
+bail, ceux qui possédoient ces maisons en obtinrent la propriété
+perpétuelle, au moyen d'un nouveau contrat et de nouvelles
+redevances[443].
+
+[Note 443: Ces maisons ont été abattues pendant la révolution, ainsi
+que celles qui couvraient le petit Pont.]
+
+Ce pont est composé de quatre arches de plein cintre, et n'a rien de
+remarquable dans sa construction.
+
+
+PONT NOTRE-DAME.
+
+Ce pont aboutit aux rues de la Lanterne et Planche-Mibrai, et fournit
+ainsi une communication en droite ligne de la porte Saint-Jacques à la
+porte Saint-Martin.
+
+Plusieurs historiens de Paris[444] ont prétendu qu'il n'avoit été
+construit qu'en 1412, par un accord fait entre la ville et les
+religieux de Saint-Magloire, qui, disent ces historiens, étoient
+propriétaires de la rivière depuis l'île Notre-Dame (ou Saint-Louis)
+jusqu'au grand Pont. Cette opinion a été victorieusement réfutée. On a
+prouvé, par plusieurs pièces authentiques, 1º qu'il existoit sous
+Charles V un pont de _fust_ ou de bois à cet endroit[445]; 2º que les
+religieux de Saint-Magloire n'avoient que le droit de pêche sur la
+rivière dans l'espace déjà indiqué[446]; 3º enfin que le roi, en
+permettant à la ville de bâtir des maisons sur ce pont, s'y réserva
+justice haute, moyenne et basse, et un denier de cens entre deux
+palées.
+
+[Note 444: Du Breul, Sauval, les historiens de Paris, Piganiol.]
+
+[Note 445: Raoul de Presle.]
+
+[Note 446: Ann. Bened., t. VI, p. 180; et Anecd., t. I, col. 371.]
+
+Toutefois l'abbaye Saint-Magloire, qui sans doute entendoit mal les
+droits qu'elle avoit eus en cet endroit, jugea à propos, lors de la
+reconstruction de ce pont, de mettre opposition à l'enregistrement des
+lettres du roi; mais elle fut déboutée de ses prétentions par un acte
+du parlement, de l'année 1412; et ce sont sans doute ces contestations
+qui ont fait naître les méprises des historiens.
+
+Cette reconstruction fut faite en bois[447]. Le dernier mai 1413, le
+roi y mit le premier pieu, étant accompagné, dans cette cérémonie, du
+dauphin, des ducs de Berry et de Bourgogne, et du sieur de La
+Trémoille. Ce fut alors qu'il fut nommé _pont Notre-Dame_[448]. Il
+paroît que ces travaux furent faits avec peu de solidité, car en 1440
+on voit qu'il avoit déjà besoin de réparations; et en 1499, le 25
+octobre, à neuf heures du matin, il fut emporté en entier, par la
+négligence du prévôt des marchands et des échevins, à qui les experts
+avoient inutilement prédit cet accident. Cinq personnes seulement y
+périrent. On n'en exerça pas moins une très-grande rigueur contre ces
+magistrats imprudents: le prévôt et les échevins furent arrêtés, et un
+arrêt du parlement les condamna à une amende considérable et à la
+réparation du dommage envers les intéressés. Ils moururent en prison,
+n'ayant pas assez de bien pour satisfaire à ce qu'on exigeoit d'eux.
+
+[Note 447: Le Laboureur, liv. XXXIII, chap. VI.]
+
+[Note 448: Le journal de Paris, sous le règne de Charles VI, l'appelle
+le _pont de la Planche-de-Mibrai_.]
+
+Cependant on songea à rétablir le pont, dont les décombres
+embarrassoient le cours de la rivière; mais la ville manquoit
+d'argent. Louis XII, qui régnoit alors, lui accorda, pendant six ans,
+la perception de plusieurs droits sur les denrées qui se consommoient
+dans Paris; et, au moyen de ces secours, on commença la construction
+du nouveau pont dans la même année. Cette construction fut longue. On
+voit qu'en 1508 le roi accorda un _nouvel aide pour la réparation et
+parachèvement du pont Notre-Dame_, et qu'en 1510 et 1511 le parlement
+permit encore à la ville de lever de nouveaux octrois pour le même
+objet; ainsi, quoique une inscription placée sous une arche de ce pont
+porte que la dernière pierre y fut mise en 1507, on peut dire qu'il ne
+fut entièrement terminé qu'en 1512, temps auquel on acheva les
+maisons dont il a été long-temps couvert. On en comptoit trente d'un
+côté et trente et une de l'autre, toutes de la même architecture, et
+ornées, dans l'origine, de grands termes d'hommes et de femmes. On
+voyoit dans les entre-deux les portraits de nos rois en médaillons; et
+aux quatre extrémités, étoient placées, dans des niches, les statues
+de saint Louis, de Henri IV, de Louis XIII et de Louis XIV. Il restoit
+encore quelques vestiges de toutes ces décorations lorsque ces maisons
+furent abattues[449].
+
+[Note 449: La démolition en fut commencée en 1787.]
+
+Ce pont fut construit sur les dessins du célèbre _Giocondo_[450], dit
+_Joconde_ ou _Juconde_, qui, après la mort du Bramante, fut choisi
+pour continuer, avec _Raphaël_, les travaux de l'église de
+Saint-Pierre de Rome. Il est porté sur cinq arches de plein cintre, et
+les gens de l'art l'estiment pour le caractère grand et simple de son
+architecture[451]. Deux pompes, placées sur une charpente vis-à-vis
+l'arche du milieu, élèvent l'eau de la rivière pour la distribuer à
+plusieurs fontaines de la ville. Elles en fournissent, dit-on, cent
+pouces par minute. À cet endroit il y avoit autrefois une porte
+d'ordre ionique, dont l'arc étoit décoré d'un très-beau bas-relief, de
+la main du célèbre _Jean Goujon_[452], représentant un fleuve et une
+naïade. Au-dessus étoit le portrait de Louis XIV, avec une inscription
+par Santeuil.
+
+[Note 450: C'étoit un dominicain, né à Vérone vers le milieu du
+quinzième siècle, et qui se rendit également célèbre dans les sciences
+et dans les arts. Indépendamment des beaux monuments qu'il a élevés,
+il est auteur de remarques très-curieuses sur les commentaires de
+Jules-César; on a de lui des éditions de Vitruve et de Frontin; et
+c'est à ses soins que l'on doit la découverte de la plupart des
+épîtres de Pline. Il fut le maître de Jules Scaliger.]
+
+[Note 451: Voyez pl. 22. Ce pont est d'un fort beau dessin; mais il
+laissoit sans doute beaucoup à désirer pour la solidité, car on voit
+qu'en 1540 il avoit besoin de réparation; qu'en 1577 deux de ses
+arches étoient fort endommagées, et qu'il fut encore réparé en 1659,
+ainsi que le témoigne l'inscription qu'on y mit alors.
+
+ _Jucundus celebrem posuit tibi, Sequana, pontem;_
+ _Invito oediles flumine restituunt._
+ _An. N. S. M.DC.LIX._]
+
+[Note 452: Déposé au Musée des Petits-Augustins.]
+
+Ce fut sur ce pont que passa la fameuse procession de la Ligue, le 3
+juin 1590.
+
+
+LE PETIT PONT.
+
+Ce pont aboutit d'un côté à l'emplacement du Petit-Châtelet, et de
+l'autre au carrefour des rues Neuve-de-Notre-Dame, du Marché-Palu et
+du Marché-Neuf. Il étoit anciennement, comme nous l'avons dit, la
+seule communication qu'eût la Cité avec la rive méridionale, et
+Grégoire de Tours en fait mention en plusieurs endroits. On n'en sait
+aucune particularité jusqu'à l'an 1185, qu'il fut rebâti, sans doute
+en bois, par la libéralité de Maurice de Sully, évêque de Paris[453].
+En 1196 il fut emporté par un débordement, et éprouva depuis plusieurs
+fois le même désastre[454]. En 1394 on le rebâtit, pour la septième ou
+huitième fois, avec le produit de quelques amendes auxquelles les
+juifs avoient été condamnés[455]. Il tomba encore en 1405, et fut
+reconstruit de nouveau en 1409. Cette même année, le roi Charles VI en
+fit don à la ville, et lui permit d'y élever des maisons[456]. Ces
+édifices, qui d'abord n'étoient point symétriques, furent rebâtis sur
+un même plan en 1552 et en 1603. De nouveaux débordements causèrent
+d'autres désastres à ce pont en 1649, 1651 et 1658; et une
+inscription indiquoit qu'en 1659 il avoit été rétabli à grands frais,
+sous la prévôté de M. de Sève. Enfin il fut entièrement consumé en
+1718, par deux bateaux de foin auxquels un accident inconnu avoit mis
+le feu, et dont on avoit eu l'imprudence de couper les cordes. Ils
+s'arrêtèrent sous le petit Pont; et l'incendie se communiqua aux
+charpentes et aux maisons avec une rapidité que rien ne put arrêter.
+Ce pont fut alors rebâti en pierres, tel que nous le voyons
+aujourd'hui; mais les maisons ne furent point relevées.
+
+[Note 453: Nécrol. de N. D.]
+
+[Note 454: En 1206, 1280, 1296, 1325, 1376, 1393 et autres années.
+(JAILLOT.)]
+
+[Note 455: Hist. de Paris, t. II, p. 714.]
+
+[Note 456: Compte de Marcel, IVe liv., fol. 62. Cependant l'abbaye
+Saint-Germain-des-Prés conserva les droits qu'elle avoit sur ce pont;
+et l'on trouve qu'au milieu du seizième siècle elle y possédoit encore
+trois maisons dont elle jouissoit de toute ancienneté; elle étoit en
+outre propriétaire de plusieurs moulins établis sous ses arches; et
+cette possession n'étoit pas moins ancienne, puisque ces moulins lui
+avoient été donnés par Childebert. D'autres moulins, situés du côté de
+l'Hôtel-Dieu, appartenoient à l'évêque, et étoient nommés les
+_chambres de l'évêque_.]
+
+Le petit Pont est porté sur trois arches d'une construction lourde et
+irrégulière.
+
+
+LE PONT ROUGE.
+
+Il servoit de communication entre la Cité et l'île Saint-Louis. Tant
+que cette île n'a pas été couverte de maisons, il n'y avoit point de
+pont en cet endroit. Sauval prétend qu'il ne fut construit qu'en 1642,
+après l'arrangement définitif conclu entre le chapitre et les
+habitants de l'île, pour les diverses constructions qu'ils s'étoient
+engagés d'y faire; cependant les mémoires du temps[457] rapportent
+que, le 5 juin 1634, trois processions passant ensemble sur ce pont
+pour se rendre à l'église Notre-Dame, occasionnèrent une si grande
+foule, que deux balustrades du côté de la Grève furent rompues, et que
+le pont entier fut sur le point de s'écrouler. En 1636, à l'occasion
+du jubilé, le parlement, pour prévenir de semblables accidents,
+ordonna qu'on mettroit des barrières aux ponts de bois.
+
+[Note 457: Hist. de Paris, t. II, p. 1361.]
+
+Celui-ci fut si fort endommagé par les glaces dans l'hiver de 1709,
+qu'on se vit obligé, l'année suivante, de le détruire. Il ne fut
+rétabli qu'en 1717; et comme on le peignit alors en rouge, il prit son
+nom de cette couleur nouvelle qu'on lui avoit donnée. Il n'y avoit
+point de maisons dessus, et il n'y passoit aucune voiture.
+
+On avoit accordé pour sa construction un péage, que le roi céda à la
+ville, pour la dédommager de la destruction de quelques maisons
+qu'elle possédoit au Marché-Neuf, et que l'utilité publique avoit fait
+abattre[458].
+
+[Note 458: Ce pont a été abattu et reconstruit, pendant la révolution,
+un peu plus au midi de la Cité, vis-à-vis la rue Saint-Louis et le
+cloître Notre-Dame. Voyez, à la fin de ce quartier, l'article
+_Monuments nouveaux_.]
+
+
+
+
+HÔTELS DE LA CITÉ.
+
+
+HÔTEL DES URSINS.
+
+Près du port Saint-Landri étoit l'hôtel des Ursins, qui avoit reçu ce
+nom de Juvénal des Ursins, chancelier de France sous Louis XI, auquel
+il appartenoit à cette époque.
+
+Cet hôtel, tombant en ruine, fut rebâti au seizième siècle sur un plan
+moins étendu; et sur une partie du terrain qu'il occupoit, on ouvrit
+une rue qui fut appelée rue _du Milieu_[459].
+
+[Note 459: Voyez l'article _Rues de la Cité_.]
+
+
+HÔTEL dit DU TRÉSORIER.
+
+C'est ainsi qu'est désigné, sur le plan de Jaillot, cet hôtel dont la
+façade est dans la cour de la Sainte-Chapelle et vis-à-vis de ce
+monument. Cette façade se compose de quatre colonnes qu'accompagnent
+de chaque côté deux pilastres, et de trois ordres qui s'élèvent les
+uns au-dessus des autres, le dorique, l'ionique et le corinthien.
+Quoique l'ordre ionique y soit trop écrasé et d'une mauvaise
+proportion, cet ensemble a une sorte de magnificence, et semble
+indiquer une ancienne demeure de quelque personnage distingué.
+
+D'après le plan que nous venons de citer cet hôtel auroit été
+autrefois la demeure du trésorier de la Sainte-Chapelle: cependant il
+n'en est fait mention dans aucun des historiens de Paris. Il est dit
+seulement qu'en 1624 le roi avoit permis de faire démolir deux maisons
+dans l'enclos de la Sainte-Chapelle, afin d'y ouvrir un passage qui
+communiqueroit à la rue Saint-Louis; que cette démolition fut faite,
+et que le passage fut ouvert. Or, il se trouve que ce passage, qui est
+aujourd'hui la rue Sainte-Anne, est pratiqué justement au milieu de
+l'hôtel que nous venons de décrire.
+
+
+ARCADE DE LA CHAMBRE DES COMPTES.
+
+Nous avons parlé trop succinctement de cette construction, l'une des
+plus remarquables que présente la Cité, par la richesse et la
+perfection des ornements dont elle est décorée[460].
+
+[Note 460: Voyez p. 169.]
+
+Au-dessus de la voûte s'élève, de chaque côté, une croisée en arcade,
+accompagnée de deux pilastres ioniques accouplés, dont les bandes de
+chapiteaux sont sculptées en petites feuilles, ce que nous croyons
+sans exemple dans les ornements de cet ordre. Sur la clef de
+l'archivolte sont sculptées deux têtes de faunes, l'une desquelles est
+remarquable, en ce qu'elle porte des oreilles de porc pendantes, et
+des serpents entrelacés dans ses cheveux. Au-dessus des croisées sont
+d'autres têtes couronnées de fleurs; et les tympans offrent des
+figures de génies portant des palmes, exécutées avec toute l'élégance
+de formes, la grâce et la délicatesse que l'on admire dans les
+meilleurs ouvrages de Jean Goujon. Toutefois ces figures étant
+exactement les mêmes des deux côtés, et se trouvant d'une proportion
+trop petite pour l'espace où elles sont renfermées, il y a quelque
+lieu de croire qu'elles y ont été appliquées par quelque opération de
+moulage, qui a permis de répéter et de multiplier ainsi la même
+figure.
+
+La corniche qui porte l'arcade est soutenue par huit consoles
+richement décorées de feuillages, et terminées extérieurement par
+quatre têtes de femmes remarquables en ce que, différant entre elles
+de pose, de physionomie et même de coiffure, toutes portent un
+croissant dans leurs cheveux. Les quatre têtes intérieures,
+c'est-à-dire, placées sous l'arcade, sont des têtes de faunes,
+accompagnées de cornes d'abondance. Tous ces ornements se font
+remarquer par un style et une délicatesse d'exécution qui rappelle les
+plus beaux temps de la sculpture en France; et en effet, ils ont dû
+être exécutés à l'époque où vivoit le grand artiste que nous venons de
+citer: car dans des caissons qui ornent la partie inférieure de la
+corniche, on retrouve le monogramme de Henri II et de Diane de
+Poitiers, si souvent répété sur les monuments que ce prince a fait
+élever. Ce monogramme est ici accompagné d'une fleur de lis et d'un
+croissant.
+
+Enfin sur le mur sont des encadrements dont le panneau est resté vide;
+ils sont supportés par des cornes d'abondance qui soutiennent des
+têtes d'enfants. Le travail en est fort inférieur à celui des autres
+ornements.
+
+Tous les historiens se taisent sur la destination d'un monument
+exécuté avec tant de soins, avec une magnificence aussi recherchée, et
+dont la construction est néanmoins très-moderne, si on le compare à
+tant d'autres édifices dont l'origine nous est bien connue.
+
+
+ÎLE SAINT-LOUIS.
+
+Cette île, située à l'orient de la Cité dont elle n'est séparée que
+par un bras de rivière très-étroit, étoit autrefois divisée en deux
+îles d'inégale grandeur, par un petit canal qui la traversent vers sa
+partie orientale, à l'endroit où est aujourd'hui l'église Saint-Louis.
+Toutes les deux étoient en prairies.
+
+Ces deux îles appartenoient originairement à l'évêque et au chapitre
+de l'église de Paris, ce qui fit donner à la plus grande le nom d'île
+Notre-Dame; la plus petite étoit nommée l'île aux Vaches.
+
+On ignore à la libéralité de qui cette église étoit redevable de la
+possession de ces îles; mais on lit dans les anciens historiens que,
+du temps de Charles-Martel, les comtes de Paris les avoient usurpées
+sur elle, et que, sous le règne de Pépin, elle n'y jouissoit plus que
+d'un neuvième et d'un dixième. En 867, Charles-le-Chauve les lui
+rendit, et confirma, par un diplôme, la propriété et la juridiction
+qu'elle y avoit eues autrefois[461]. Depuis, la propriété en étoit
+restée au chapitre seul, qui n'a cessé d'en jouir paisiblement.
+
+[Note 461: _Hist. eccl. Paris._, t. II, p. 461. Pastor. D., fol. 39.]
+
+Il y a lieu de croire qu'il y avoit, au nord et au midi, des ponts qui
+communiquoient à ces îles, et qu'ils furent emportés par le
+débordement de 1296; car on trouve dans les archives de
+Notre-Dame[462] qu'au mois de mars de cette même année Philippe-le-Bel
+fit faire deux _charrières_, l'une allant de la rue Saint-Bernard dans
+l'île, l'autre de la rue de Bièvre au Terrail, et qu'il établit un
+droit de péage pour la réparation des ponts. On lit aussi qu'en 1313
+ce monarque ayant rassemblé à Paris ce qu'il y avoit de plus distingué
+dans la noblesse française et étrangère, lui donna, pendant cinq
+jours, des fêtes brillantes, au milieu desquelles il arma ses fils
+chevaliers[463]; et que, le quatrième jour de la fête, on passa dans
+l'île Notre-Dame sur un pont de bateaux qui fut fait à cette occasion.
+Ce fut là que le cardinal Nicolas, légat en France, prêcha la croisade
+aux deux rois d'Angleterre et de France[464]. Ces princes et Louis de
+Navarre, fils aîné de Philippe, prirent la croix, et un grand nombre
+de seigneurs la prirent à leur exemple. Les dames mêmes, entraînées,
+dit-on, par l'enthousiasme général, se croisèrent aussi, et promirent
+d'accompagner leurs maris dans le voyage d'outre-mer. Depuis on y
+éleva deux ponts de bois, pour établir une communication permanente
+entre cette île et les quartiers environnants.
+
+[Note 462: Gr. Cart., fol. 11, ch. 18.]
+
+[Note 463: Cette fête, dont les historiens du temps nous ont laissé le
+détail, peut donner une idée de l'espèce de luxe et du genre de
+divertissemens qui étoient alors en usage à la cour de France. Edouard
+II, roi d'Angleterre, s'y trouva, avec Isabeau de France sa femme, et
+les seigneurs les plus distingués de son royaume. Les deux cours se
+piquèrent de rivaliser entre elles de magnificence: on changeoit
+d'habits trois et quatre fois par jour; et les rois donnoient
+l'exemple à leurs courtisans, en étalant à l'envi tout ce que le faste
+a de plus éclatant. Le peuple prit part à la joie de ses maîtres par
+des festins et des réjouissances publiques. Elles durèrent huit jours,
+pendant lesquels les Parisiens donnèrent des représentations de pièces
+de théâtre, dont Dieu, la vierge Marie, Lucifer, les anges et les
+diables étoient toujours le sujet. On jouoit, sur un échafaud dressé
+au bout d'une rue, les récompenses dont jouissoient les élus dans le
+ciel; et au bout opposé, les peines des âmes damnées. On donna ensuite
+le spectacle d'une marche de beaucoup d'animaux, et ce spectacle fut
+nommé _la procession du renard_, on ne sait pourquoi. Le cinquième
+jour, les habitans de Paris, les uns à pied, les autres à cheval,
+passèrent en revue devant les deux rois. Un auteur contemporain assure
+qu'il y avoit cinquante mille hommes, vingt mille cavaliers et trente
+mille fantassins, ce qui peut donner une idée du grand nombre
+d'habitants que contenoit dès lors cette capitale.]
+
+[Note 464: _Hist. eccl. Paris_, t. II, p. 562.--Sauval, t. 1, p. 90.]
+
+La prison du roi Jean et les suites qu'elle faisoit appréhender ayant
+déterminé les Parisiens à fortifier leur ville, on crut devoir ne pas
+négliger l'île Notre-Dame. Des fossés furent creusés autour, et l'on
+planta des pieux dans la rivière entre l'île et les murs du côté de
+Saint-Victor. Les lettres du dauphin Charles, alors régent du royaume,
+à l'effet de conserver, dans cette circonstance, les droits du
+chapitre, sont du 30 novembre 1359[465]:
+
+[Note 465: _Hist. eccl. Paris._, t. III, p. 124.]
+
+Elle resta inhabitée jusqu'au règne de Henri IV, qui la comprit dans les
+projets qu'il avoit formés pour l'accroissement et l'embellissement de
+Paris. Toutefois on ne commença à y élever des bâtiments que sous son
+successeur. Des commissaires nommés par le roi pour acquérir les deux
+îles du chapitre passèrent contrat avec le sieur Marie, architecte, le
+19 avril 1714; et par cet acte, celui-ci s'engagea à joindre ensemble
+les deux îles, à les couvrir de maisons, et à y établir des rues et des
+quais[466]. Le chapitre, avec lequel on n'avoit point encore pris
+d'arrangements définitifs, s'opposa aux travaux déjà commencés; mais
+cette opposition fut levée par deux arrêts du conseil, et Marie, qui
+s'étoit associé les sieurs Le Regratier et Poulletier, continua
+d'exécuter son marché. Toutefois ces trois entrepreneurs n'allèrent pas
+jusqu'à la fin: en 1623 ils cédèrent leur traité au sieur La Grange,
+secrétaire du roi, et le reprirent en 1627; mais leurs travaux ne
+finissant point, les habitants et propriétaires des diverses portions de
+l'île se pourvurent au conseil en 1643, et obtinrent de leur être
+subrogés aux mêmes charges et conditions, s'engageant en outre à achever
+les constructions en trois ans: ce qui fut exécuté.
+
+[Note 466: Voyez pl. 23.]
+
+
+
+
+L'ÉGLISE SAINT-LOUIS.
+
+
+C'est la seule église qu'il y ait dans cette île: ce n'étoit, dans
+l'origine, qu'une petite chapelle qu'un maître couvreur, nommé Nicolas
+Le Jeune, qui le premier avoit commencé à bâtir sur ce terrain en 1600,
+y fit construire quelques années après. Alors elle n'étoit point
+orientée comme les autres églises, et le _chevet_ en étoit tourné au
+midi. Le nombre des bâtiments et la population de l'île s'étant
+rapidement augmentés, la chapelle fut agrandie à la fin de 1622[467]; et
+M. de Gondi, sur la demande des habitants de l'île, l'érigea en
+paroisse l'année suivante, sous le titre de _Notre-Dame-de-l'Île_[468].
+Elle ne le conserva pas long-temps; car, vingt ans après, on disoit le
+_curé de Saint-Louis-en-l'Île_. Lorsque ces mêmes habitants eurent fait
+l'acquisition du traité du sieur Marie, ils pensèrent à faire rebâtir
+leur église. Toutefois ils se contentèrent de construire d'abord le
+choeur, auquel ils donnèrent vers l'orient la situation qu'il devoit
+avoir; et l'ancienne chapelle servit de nef. Commencé en 1664, le
+nouveau choeur ne fut achevé qu'en 1679; et ce ne fut qu'en 1702 qu'on
+résolut de détruire cette chapelle, qui, réunie à cette autre
+construction, faisoit une disparate choquante, et d'ailleurs tomboit en
+ruine. En 1702, M. le cardinal de Noailles posa la première pierre de la
+nouvelle nef; et ces derniers travaux ayant été achevés en 1725,
+l'église entière fut dédiée sous l'invocation de saint Louis. La cure en
+étoit à la collation du chapitre de Notre-Dame.
+
+[Note 467: Le procès-verbal que l'archevêque de Paris en fit dresser
+alors, porte qu'elle étoit large de six à sept toises sur douze de
+longueur, vitrée, couverte d'ardoises, et ornée d'un tableau
+représentant saint Louis et sainte Cécile.]
+
+[Note 468: Il fallut obtenir à cet effet le consentement des curés de
+Saint-Paul, de Saint-Gervais, de Saint-Jean-le-Rond et de
+Saint-Nicolas-du-Chardonnet.]
+
+Ce monument avoit été commencé sur un plan donné par Levau, premier
+architecte du roi; il fut continué par un autre architecte nommé
+Leduc, et ce fut sur les dessins de ce dernier que l'on éleva le
+grand portail. Il est décoré de quatre colonnes ioniques isolées, qui
+supportent un entablement couronné d'un fronton. La coupole a été
+construite par un autre architecte nommé Doucet; et les sculptures qui
+ornoient cet édifice avoient été exécutées sur les dessins de
+Jean-Baptiste de Champagne, peintre, et neveu de Philippe de
+Champagne.
+
+Quelques écrivains ont mis cette église au nombre des plus belles de
+Paris: l'architecture en est cependant très-médiocre. La distribution
+intérieure est la même que dans la plupart des monuments de ce genre:
+elle forme une croix latine; la grande nef est accompagnée de deux
+nefs latérales plus étroites, et ouvertes par des arcades, entre
+lesquelles s'élèvent des pilastres jusqu'à la naissance de la voûte;
+en face de chaque arcade on a pratiqué des chapelles. Il n'y a rien
+là-dedans qui mérite tant d'admiration; et d'ailleurs ses dimensions
+la mettent au rang des petites églises[469]. Quant à l'extérieur, il
+est tel qu'on ne pourroit y reconnoître un édifice sacré, s'il n'étoit
+surmonté d'un petit campanille qui, par sa forme bizarre et par la
+manière dont il est placé, fait un effet presque ridicule.
+
+[Note 469: Voyez pl. 24.]
+
+ SÉPULTURES.
+
+ _Dans cette église avoient été enterrés:_
+
+ Philippe Quinault, auditeur en la chambre des comptes,
+ célèbre par ses ouvrages lyriques, mort en 1688.
+
+ Antoine Uyon d'Hérouval, aussi auditeur en la chambre des
+ comptes, auteur de Recherches sur l'histoire de France, mort
+ en 1689.
+
+Vis-à-vis cette église étoit un établissement des soeurs de la
+Charité.
+
+
+
+
+HÔTELS DE L'ÎLE SAINT-LOUIS.
+
+
+Parmi le grand nombre d'hôtels que contient la ville de Paris, et qui
+sont répandus dans ses divers quartiers, nous décrirons seulement ceux
+qui nous sembleront remarquables, ou par la beauté de leur
+architecture, ou par l'ancienneté de leur construction, ou par les
+souvenirs qui y sont attachés. C'est ce que nous avons déjà fait pour
+les hôtels qui existoient jadis, ou qui existent encore dans l'île de
+la Cité. Celle de Saint-Louis renferme un assez grand nombre
+d'édifices de ce genre, parmi lesquels on ne peut distinguer que
+l'hôtel Lambert et l'hôtel Bretonvilliers.
+
+
+HÔTEL LAMBERT.
+
+L'architecte de l'hôtel Lambert est le même Levau qui avoit donné les
+plans de l'église Saint-Louis; mais il a mieux réussi dans cette
+maison particulière que dans l'édifice public. L'emplacement qui lui
+étoit donné pour la bâtir étant irrégulier, il en prit une portion
+régulière pour la cour; et les parties non symétriques, séparées de
+cette cour par une aile de bâtiment, furent destinées à faire un
+jardin. En face de la principale porte qui donne dans la rue
+Saint-Louis, on aperçoit dans le fond un escalier à deux rampes d'une
+construction simple et majestueuse: l'extérieur en est décoré de
+colonnes et de pilastres d'ordre dorique, élevés sur des piédestaux,
+accompagnés de l'entablement modillonaire[470], de triglyphes et de
+boucliers dans les métopes. Au-dessus s'élève un attique, avec des
+pilastres ioniques qui supportent un fronton, dans lequel devoient
+être exécutées des sculptures; ce qu'on peut présumer par la saillie
+d'une grande partie du tympan. Au milieu du renfoncement cintré qui
+est au bas de l'escalier, on voit un fleuve et une naïade peints en
+grisaille par Le Sueur[471].
+
+[Note 470: Les _modillons_ sont de petites consoles renversées dans la
+forme d'un S sous le plafond de la corniche; ils semblent soutenir le
+larmier, toutefois ils ne servent que d'ornements. On appelle _métope_
+l'intervalle qu'on laisse entre les triglyphes de la frise dans
+l'ordre dorique. Les _triglyphes_ sont une espèce de bossage, par
+intervalles égaux, qui, dans la frise dorique, a des gravures entières
+en angles, appelées _glyphes_ ou _canaux_, et séparées par trois côtés
+d'avec les deux demi-canaux des côtés.]
+
+[Note 471: Voyez pl. 26.]
+
+Les bâtiments qui environnent la cour sont d'ordre dorique comme
+l'entrée de l'escalier; et tous les ornements de détail qui couvrent
+les diverses parties de ces constructions sont d'une bonne exécution.
+La distribution des principaux appartements pratiqués dans l'aile qui
+sépare la cour du jardin, a été faite avec intelligence, et l'on y
+jouit d'une très-belle vue sur la Seine et sur les rives
+environnantes. Toute cette partie est décorée d'un ordre ionique qui
+comprend les deux étages, et au-dessus duquel règne une balustrade
+ornée de vases. Le tout est d'une proportion noble et élégante.
+
+L'intérieur de cette magnifique maison étoit digne de ces dehors
+imposants; et l'on y admiroit surtout les belles peintures dont
+l'avoient enrichie Le Sueur et Le Brun, qui cherchèrent à se surpasser
+dans une circonstance qui réunissoit leurs travaux, et excitoit encore
+plus vivement leur rivalité. Ce dernier fut chargé de peindre la
+galerie dont se compose l'aile du bâtiment en retour de la rivière, et
+y traita plusieurs sujets de la fable d'une manière très-remarquable;
+mais on admiroit surtout le salon où Le Sueur avoit représenté les
+neuf Muses dans cinq tableaux qui en ornoient le pourtour. Cet
+artiste, dont l'heureux génie surpassoit de beaucoup celui de son
+rival, avoit peint, dans le plafond de cette même pièce, Apollon
+écoutant la prière de Phaëton, et lui mettant sur la tête sa couronne
+de laurier[472]. Ce morceau fut détaché et vendu à la mort de M.
+Delahaye, fermier général, et dernier propriétaire de cette maison.
+Les tableaux des Muses y restèrent encore long-temps, et jusqu'au
+moment de la révolution[473].
+
+[Note 472: Ce plafond orne maintenant une des pièces du palais du
+Luxembourg.]
+
+[Note 473: Ils sont actuellement dans le Musée du Roi. Le plafond
+qu'avoit peint Le Brun n'a point été enlevé de cet hôtel.]
+
+
+HÔTEL BRETONVILLIERS.
+
+En sortant de l'hôtel Lambert, et passant sous l'arcade qui est
+presque en face, on arrive à l'hôtel Bretonvilliers, bâti par
+Ducerceau pour le président Le Ragois de Bretonvilliers, auquel on
+doit la construction du quai qui environne la pointe de l'île. Cet
+hôtel, dont les appartements étoient d'une grande magnificence, avoit
+été également décoré de peintures par les plus habiles artistes: on y
+remarquoit toute l'histoire de Phaëton, peinte par Bourdon, dans une
+vaste galerie qui occupoit tout le corps du bâtiment en retour sur le
+jardin; quelques peintures de Vouet, des fleurs de Baptiste,
+d'excellentes copies de Raphaël, par Mignard, etc.; mais ce qu'on y
+voyoit de plus précieux, c'étoient quatre grands tableaux du plus
+illustre peintre que la France ait produit, quatre chefs-d'oeuvre de
+Poussin. Ils représentoient le passage de la mer Rouge, l'adoration du
+Veau d'or, l'enlèvement des Sabines et le triomphe de Vénus[474].
+
+[Note 474: Plusieurs de ces tableaux appartiennent maintenant à la
+collection des rois.]
+
+En 1719, les fermiers généraux transférèrent dans cet hôtel le bureau
+des aides et du papier timbré, qui étoit à l'hôtel de Charni, rue des
+Barres. On y a fait, jusqu'au moment de la révolution, la régie de
+toutes les entrées de la ville, ainsi que de tout le plat pays de
+Paris[475].
+
+[Note 475: Dans cet hôtel à moitié démoli, il y a maintenant une
+brasserie et un atelier de teinture.
+
+L'hôtel Lambert est devenu le dépôt général des lits de la garde
+royale.]
+
+
+
+
+PONTS DE L'ÎLE SAINT-LOUIS.
+
+
+PONT MARIE.
+
+Ce pont sert de communication du port Saint-Paul à l'île Saint-Louis.
+Il paroît, par un acte cité par Sauval[476], qu'en 1371 il en existoit
+un à peu près au même endroit, sous le nom de _pont de Fust_ (de bois)
+_d'emprès Saint-Bernard-aux-Barrés_. Ce ne fut qu'en 1614 que le
+contrat du sieur Marie pour la construction des édifices de l'île
+Saint-Louis ayant été ratifié par le roi, ce pont, aux termes du
+traité, fut commencé en pierres, et dans la direction de la rue des
+Nonandières. Louis XIII et la reine y posèrent la première pierre le
+11 décembre. Ce pont, discontinué et repris à diverses époques, fut
+achevé et couvert de maisons en 1635. Les débordements des eaux y
+causèrent plusieurs fois de grands dommages: celui de 1658 entraîna
+les deux arches qui étoient du côté de l'île avec les maisons
+qu'elles portoient. L'année suivante, le roi ordonna que la pile et
+les deux arches fussent rétablies jusqu'au rez-de-chaussée, et que
+l'on construisît, en attendant, un pont de bois aboutissant au reste
+du pont de pierre, lequel devoit être de la même largeur, et suffisant
+pour le passage des voitures. Pour faciliter la reconstruction des
+parties détruites, il fut établi un droit de péage pendant dix ans; et
+c'est par cette raison qu'il est indiqué dans quelques actes sous le
+nom de _pont au Double_. En 1664 le dommage n'étoit pas encore réparé.
+Enfin on rétablit ce pont tel qu'il étoit auparavant, à l'exception
+des maisons, qui ne furent point rebâties sur les constructions
+nouvelles.
+
+[Note 476: T. III., p. 124.]
+
+Ce pont est porté sur cinq arches de plein cintre.
+
+
+PONT DE LA TOURNELLE.
+
+Il communique du quai de ce nom à l'île Notre-Dame. Par un acte que
+rapporte Sauval[477], il paroît que vers cet endroit de l'île il y
+avoit, en 1371, un pont appelé _le pont de Fust de l'île Notre-Dame_;
+que le _pont de Fust d'entre l'île Notre-Dame et Saint-Bernard fut
+planchié en septembre 1370_; qu'en 1369 on y fit _une tournelle
+quarrée et une porte, qui fut étoupée l'année suivante_. Ce pont fut
+sans doute détruit par les glaces ou par les débordements, car on n'en
+voit aucune trace sur un plan postérieur au règne de François
+Ier[478]; et il n'existoit pas en 1577 puisqu'alors on proposa de
+construire deux ponts, qui des Célestins iroient dans l'île aux
+Vaches, et de cette île vers les Bernardins, sur le port de la
+Tournelle. Le sieur Marie se chargea, par son traité, de l'exécution
+de ce projet. Celui qu'il fit construire de ce côté étoit en bois; et
+les historiens de Paris disent que les glaces l'emportèrent en 1637,
+et que ce ne fut qu'en 1654 que l'on prit la résolution de le
+reconstruire en pierres. Cependant entre ces deux époques on trouve
+qu'un nouveau pont de bois avoit été élevé à la place de l'ancien;
+qu'en 1648 il tomboit de caducité, et que le 4 août de la même année
+on rendit un arrêt qui ordonnoit de l'abattre. Sauval, qui vivoit
+alors, se contente de dire qu'en 1651 une partie de ce pont fut
+emportée...... _et depuis si bien réparée qu'il n'y paroît pas_[479].
+Il y a toute apparence que déjà il avoit été rebâti en pierres; car
+les divers arrêts du conseil portés à ce sujet[480] ordonnent au
+prévôt des marchands de faire _rétablir_ incessamment _le pont de
+pierre_ de la Tournelle, ce qui fut exécuté en 1656, comme le porte
+une inscription placée sous une des arches de ce pont.
+
+[Note 477: T. III, p. 124.]
+
+[Note 478: Le plan de Dheulland.]
+
+[Note 479: T. I, p. 239.]
+
+[Note 480: Hist. de Paris, t. V, p, 138.]
+
+Il est composé de six arches solidement bâties, et sur lesquelles on
+n'éleva point de maisons.
+
+
+
+
+L'ÎLE LOUVIER.
+
+
+Toutes les recherches qu'on a faites sur cette île ont été
+infructueuses: Sauval dit qu'en 1370 on la nommoit l'île _des
+Javiaux_; en 1445, l'île _aux Meules des Javeaux_[481]; depuis, l'île
+_aux Meules_; et de son temps, l'île _Louvier_. Ce dernier nom lui
+venoit peut-être de quelque particulier qui en étoit propriétaire.
+
+[Note 481: T. I, p. 89. _Javeau_ est un terme des eaux et forêts, qui
+signifie une île nouvellement faite au milieu d'une rivière, par
+alluvion ou amas de limon et de sable.]
+
+Cette île a environ deux cent vingt toises de longueur, et est située
+vis-à-vis l'endroit où étoit le mail de l'Arsenal. Le bras de la
+rivière qui la sépare du rivage est si peu considérable, et la Seine
+y charrie tant de gravier, qu'en été on la passoit à pied sec, ce qui
+fut cause qu'on proposa plusieurs fois de combler ce détroit et d'y
+bâtir des maisons; mais les grands-maîtres de l'artillerie ont
+toujours empêché qu'on acceptât ces propositions. Cette île
+appartenoit, dans le dix-septième siècle, au sieur d'Antrague. En 1671
+la ville l'avoit prise à bail judiciaire, dans le dessein d'en faire
+un port pour la décharge des marchandises. Elle en fit ensuite
+l'acquisition le 2 octobre de la même année, et depuis y fit
+construire en bois un pont de communication.
+
+Cette île servoit, en 1714, de dépôt pour le foin et pour le fruit,
+ainsi que pour le bois de charpente et de menuiserie; depuis elle a
+été destinée aux chantiers de bois de chauffage. Pour la conservation
+de ces chantiers, la ville, en 1730, fit soutenir cette île par des
+pieux, élargir le canal qui la séparoit du mail, et construire une
+_estacade_ ou digue pour rompre les glaces, laquelle est ouverte au
+milieu afin de laisser passer les bateaux, qui y trouvent un abri
+commode. En 1735 cette digue fut allongée; et en même temps on
+agrandit et l'on exhaussa l'île. Enfin l'année suivante on y rapporta
+encore des terres; on aligna, on borna les places que devoient occuper
+les chantiers, et l'on élargit le pont pour la facilité des gens de
+pied.
+
+En 1549, les prévôt des marchands et échevins de Paris y avoient fait
+construire une espèce de havre pour donner à Henri II et à Catherine
+de Médicis le spectacle d'un combat naval et de la prise d'un fort.
+
+Le bras qui sépare cette île de celle de Saint-Louis a soixante-quinze
+ou soixante-dix toises de largeur; et le grand canal la sépare du
+faubourg Saint-Victor.
+
+
+
+
+RUES.
+
+
+Il n'est rien de plus obscur et de plus embrouillé dans les antiquités
+de Paris que la matière que nous allons traiter. Les plans que nous
+avons donnés de cette capitale désignent avec précision la place de
+ses monuments publics, mais n'offrent qu'une idée imparfaite de ses
+rues, qui, dans une si longue suite de siècles, ont changé plusieurs
+fois et de forme et de nom. Après les nombreux incendies qui
+consumèrent la Cité, et les ravages que les Normands firent dans les
+faubourgs, on ne sait si les maisons furent relevées dans leurs
+anciens alignements ou sur des plans nouveaux; et les traditions les
+plus anciennes qui nous en restent datent de plus d'un siècle après
+le dernier incendie[482]. Mais ce dont on ne peut douter, c'est que,
+jusqu'au seizième siècle, elles étoient étroites, sales et
+irrégulières; plusieurs rues de la Cité et des quartiers environnants,
+où trois personnes peuvent à peine passer de front, et dont quelques
+maisons ont encore conservé l'ancien toit en forme de pignon, nous
+présentent une image assez juste de ce qu'étoit alors la ville
+entière. Sauval, qui vivoit dans le dix-septième siècle, prétend que
+les rues _larges_ qui existoient à cette époque, avoient été élargies
+de son temps ou vers la fin du siècle précédent.
+
+[Note 482: En 1034, sous Henri Ier.]
+
+Cependant ces rues si étroites, où la lumière pénétroit à peine, où
+l'air ne pouvoit circuler, ne furent pavées que sous Philippe-Auguste.
+Jusque là elles n'avoient été que d'affreux chemins, inondés d'une
+boue noire et infecte, dont les exhalaisons rendoient le séjour de
+Paris désagréable et funeste à ses habitants. L'historiographe de
+Philippe, qui étoit en même temps son médecin, dit que la puanteur en
+étoit si insupportable, qu'elle pénétroit jusque dans le palais du
+roi, et le rendoit presque inhabitable. Il raconte que ce prince
+s'étant un jour approché des fenêtres qui donnoient sur la rivière, il
+arriva que des chariots, qui dans ce moment traversoient la Cité, en
+ayant remué les boues, l'odeur qui s'en éleva fut si horrible, qu'à
+peine le roi put-il la supporter[483]. _Factum est autem post aliquot
+dies quòd Philippus rex, Parisiis moram faciens, dùm sollicitus pro
+negotiis regni agendis in aulam regiam deambularet, veniens ad palatii
+fenestras, undè fluvium Sequanæ, pro recreatione animi, quandoquè
+inspicere consueverat; rhedæ, equis trahentibus, per civitatem
+transeuntes, foetores intolerabiles lutum revolvendo procreaverant,
+quos rex in aulâ deambulans, ferre non sustinuit._
+
+[Note 483: _Rigord. vita Philipp. Aug._]
+
+S'il faut en croire cet auteur, ce fut ce petit événement qui
+détermina le monarque à porter sur-le-champ remède à un mal aussi
+dangereux; et sans être rebuté ni de la difficulté de l'entreprise, ni
+d'une dépense qui avoit effrayé tous ses prédécesseurs, il donna
+ordre, en 1148, au prévôt de Paris, d'en faire paver toutes les rues
+et places publiques[484]. Le séjour de cette ville devint, dès ce
+moment, plus sain et plus commode. Cependant un établissement si utile
+fut souvent négligé dans les âges suivants, quelquefois même
+totalement abandonné; et il falloit que des maladies contagieuses, qui
+suivoient presque toujours une semblable négligence, vinssent
+réveiller l'attention des magistrats, et faire reprendre des travaux
+presque toujours imparfaits jusqu'à Louis XIV. C'est à ce grand roi
+que l'on doit le bel ordre qui règne maintenant dans cette partie si
+essentielle de la police[485].
+
+[Note 484: Il paroît toutefois qu'on se contenta de paver ce qu'on
+appeloit alors la _croisée de Paris_, c'est-à-dire deux rues qui se
+croisoient au centre de cette ville, et dont l'une se dirigeoit du
+midi au nord, et l'autre de l'est à l'ouest; ce pavé étoit composé de
+grosses dalles de grès, carrées et de la dimension de trois pieds et
+demi environ sur toutes leurs faces. L'abbé Lebeuf dit avoir vu
+plusieurs pierres de cet ancien pavé, au bas de la rue Saint-Jacques,
+et à une profondeur de sept à huit pieds. Il ajoute qu'on apercevoit,
+entre le pavé de Philippe-Auguste et le pavé actuel, des débris d'un
+pavé intermédiaire, preuve nouvelle de l'élévation successive du sol
+de la ville de Paris.]
+
+[Note 485: Ce que rapporte à ce sujet le commissaire Delamarre peut
+donner une idée de l'importance d'un tel bienfait. «Ceux d'entre nous,
+dit-il, qui ont vu le commencement du règne de Sa Majesté, se
+souviennent encore que les rues de Paris étoient si remplies de fange,
+que la nécessité avoit introduit l'usage de ne sortir qu'en bottes; et
+quant à l'infection que cela causoit dans l'air, le sieur Courtois,
+médecin, qui demeuroit alors rue des Marmouzets, a fait cette petite
+expérience, par laquelle on jugera du reste. Il avoit dans sa salle,
+sur la rue, de gros chenets à pommes de cuivre; et il a dit plusieurs
+fois aux magistrats et à ses amis que, tous les matins, il les
+trouvoit couverts d'une teinture assez épaisse de vert-de-gris, qu'il
+faisoit nettoyer pour faire l'expérience du jour suivant; et que
+depuis l'an 1663, que la police du nettoiement des rues a été
+rétablie, ces taches n'avoient plus paru. Il en tiroit cette
+conséquence que l'air corrompu que nous respirons continuellement
+faisoit d'autant plus d'impressions malignes sur les poumons et les
+autres viscères, que ces parties sont incomparablement plus délicates
+que le cuivre, et que c'étoit la cause immédiate de plusieurs
+maladies. Aussi est-il certain que, depuis ce rétablissement, il n'a
+plus paru à Paris de contagions, et beaucoup moins de ces maladies
+populaires dont la ville étoit si souvent affligée dans les temps que
+le nettoiement des rues a été négligé.»]
+
+Ce n'est qu'en 1728 que l'on commença à écrire aux coins des rues et
+des places publiques les noms qu'elles portoient, et ces noms n'ont
+pas varié depuis jusqu'au moment de la révolution. Avant cette époque,
+il n'est presque pas une rue de Paris, qui, à partir du douzième
+siècle, n'ait changé plusieurs fois de dénomination, et ces
+changements se ressentoient de la barbarie de ces temps grossiers. Les
+origines en sont souvent frivoles et bizarres: elles proviennent ou du
+nom de quelque personnage distingué qui y possédoit une maison
+remarquable, ou de quelque enseigne singulière qui avoit frappé les
+yeux du peuple, ou de quelque événement extraordinaire qui y étoit
+arrivé. Plusieurs devoient leur titre à leur mal-propreté habituelle,
+d'autres aux vols et assassinats qui s'y commettoient; quelques-unes
+enfin ont des noms dont le sens et l'origine sont entièrement
+inconnus.
+
+Nous avons essayé de débrouiller ce chaos, et de donner, autant qu'il
+est possible, les étymologies et les mutations de ces noms divers.
+Nous nous sommes aidés, pour y parvenir, de la critique des écrivains
+les plus laborieux et les plus exacts qui aient approfondi cette
+matière, et nous espérons qu'elle ne sera pas la moins curieuse de
+notre travail. Mais pour rendre ce travail complet, et même pour le
+faire bien comprendre, nous croyons nécessaire de donner d'abord une
+pièce très-singulière et unique dans son genre, qui a été mise au jour
+pour la première fois par le savant abbé Lebeuf. C'est une description
+en vers des rues de Paris, faite par un poète du treizième siècle,
+nommé Guillot: on y trouve la plus grande partie des noms de celles
+qui étoient renfermées dans l'enceinte de Philippe-Auguste; elle
+indique celles qui sont les plus anciennes, et le nom qu'on leur
+donnoit quatre-vingts ans après que cette enceinte eut été terminée.
+L'explication que nous donnerons, à la fin de chaque quartier, de
+l'origine de ces rues, servira de commentaire à cet ancien écrit, et
+éclaircira autant qu'il est possible ce qu'il peut avoir d'obscur ou
+d'inintelligible[486].
+
+[Note 486: Nous avons eu soin de faire mettre en _italique_ les noms
+dont l'usage s'est perdu, soit que les rues qui les portoient aient
+été couvertes de maisons, soit que la fantaisie du peuple ait changé
+ces noms. Nous donnons aussi une explication des vieilles locutions
+les plus difficiles à entendre.
+
+Le lecteur observera que dans cette pièce _au_ est écrit par _o_,
+_aux_ par _as_, _qu'on_ par _con_, _un_ par la lettre _i_, le nom de
+_Dieu_ par _Diex_.]
+
+
+
+
+_Ci commence le Dit des Rues_[487]
+
+DE PARIS.
+
+[Note 487: On mettoit en vers, aux treizième et quatorzième siècles,
+certains sujets qui seroient regardés aujourd'hui comme peu
+susceptibles des agrémens de la poésie: aussi les poètes d'alors se
+gênoient-ils peu sur la rime et sur les autres règles de la
+versification. Leur licence étoit telle, que, pour remplir la mesure,
+ils fabriquoient des termes nouveaux, ajoutoient des circonstances
+bizarres et étrangères à leur sujet, et même y inséroient des sermens
+au nom de tel ou tel saint, qui souvent n'avoit jamais existé, mais
+dont le nom, imaginé sur-le-champ, achevoit leurs vers, ou pour la
+rime, ou pour la quantité.]
+
+ Maint dit a fait de Rois, de Conte
+ Guillot de Paris en son conte;
+ Les rues de Paris briément
+ A mis en rime, oyez comment.
+
+ L'auteur commence par le quartier qu'on appeloit
+ d'Outre-Petit-Pont, aujourd'hui L'UNIVERSITÉ.
+
+ La rue de la Huchette à Paris
+ Premiere, dont pas n'a mespris.
+ Assez tost trouva Sacalie
+ Et la petite Bouclerie
+ Et la grand Bouclerie après
+ Et Herondale tout en près.
+ En la rue Pavée alé
+ Où à maint visage halé:
+ _La rue à l'Abbé Saint-Denis._
+ Siet asez près de Saint Denis,
+ De la grant rue Saint Germain
+ Des Prez, si fait _rue Cauvin_,
+ Et puis la rue Saint Andri
+ Dehors mon chemin s'estendi
+ Jusques en la rue Poupée,
+ A donc ai ma voie adrécée.
+ En la _rue de la Barre_ vins
+ Et en la rue a Poitevins,
+ En la rue de la Serpent,
+ De ce de rien ne me repent;
+ En la _rue de la Platriere_
+ La maint une Dame loudière[488]
+ Qui maint chapel a fait de feuille.
+ Par la rue de Hautefeuille
+ Ving en la rue de _Champ-petit_,
+ Et au-dessus est un petit[489]
+ La rue du Paon vraiement:
+ _Je descendi tout bellement_
+ Droit à la rue des Cordeles:
+ Dame i a[490]; le descort d'elles
+ Ne voudroie avoir nullement.
+ Je m'en allai tout simplement
+ D'iluecques[491] _au Palais de Thermes_
+ Où il a celiers et citernes
+ En cette rue a mainte court.
+ La _rue aux hoirs de Harecourt_.
+ La rue Pierre Sarrazin
+ Ou l'en essaie maint roncin
+ Chascun an, comment on le hape[492].
+ Contreval[493] rue de la Harpe
+ Ving en la rue Saint Sevring,
+ Et tant fis qu'au carefour ving:
+ La Grant rue trouvai briément;
+ De la entrai premierement
+ Trouvai la _rue as Ecrivains_;
+ De cheminer ne fu pas vains[494]
+ En _la petite ruelette_
+ _S. Sevrin_; mainte meschinette[495]
+
+ Les vers que nous omettons en cet endroit
+ et autres où l'on trouvera du blanc,
+ ne contiennent que des descriptions de
+ lieux qui étoient tolérés alors, et qui sont
+ autorisés aujourd'hui.
+ . . . . . . . . . . . . . . . . .
+ En la rue _Erembourc_ de Brie
+ Alai, et en la rue o Fain;
+ De cheminer ne fu pas vain,
+ Une _femme vi_ battre lin,
+ Par la rue Saint Mathelin.
+ En l'encloistre m'en retourné
+ Saint Benoît le bestourné[496];
+ En _la rue as hoirs de Sabonnes_
+ A deux portes belles et bonnes.
+ La rue à _l'Abbé_ de Cligny
+ Et la _rue au Seigneur d'Igny_
+ Sont près de la _rue o Corbel_;
+ Desus siet la _rue o Ponel_
+ Y la rue à Cordiers après
+ Qui des Jacopins siet bien près:
+ Encontre[497] est rue Saint Estienne;
+ Que Dieu en sa grace nous tiegne,
+ Que de s'amour ayons mantel[498].
+ Lors _descendis en Fresmantel_
+ En la _rue de l'Oseroie_;
+ Ne sai comment je desvoueroie[499]
+ Ce conques nul jour[500] ne voué
+ Ne a Pasques ne a Noué[501]
+ En la _rue de l'Ospital_
+ Ving; une femme i d'espital
+ Une autre femme folement
+ De sa parole moult vilement[502].
+ La rue de la Chaveterie
+ Trouvai; n'alai pas chiés Marie
+ En la _rue Saint Syphorien_
+ Ou maingnent li logiptien[503]
+ En pres est la _rue du Moine_
+ Et la _rue au Duc de Bourgongne_
+ Et la rue des Amandiers près
+ Siet en une autre rue exprès
+ Qui a non rue de Savoie.
+ Guillot de Paris tint sa voie
+ Droit en la rue Saint Ylaire
+ Ou une Dame debonnaire
+ [504]Maint, con apele Gietedas:
+ Encontre est la rue Judas,
+ Puis la rue du _Petit_-Four,
+ Qu'on appele le Petit-Four:
+ Saint Ylaire, et puis _clos Burniau_
+ Ou l'on a rosti maint bruliau[505]:
+ Et puis la rue du Noyer.
+ . . . . . . . . . . . . . .
+ . . . . . . . . . . . . . .
+ Enprès est la rue à Plastriers
+ Et parmi[506] la rue as Englais
+ Ving à grand feste et à grand glais[507]
+ La rue à Lavandieres tost
+ Trouvai; près d'iluec[508] assez tost
+ La rue qui est belle et grant,
+ Sainte Geneviéve la grant,
+ Et la petite ruelete
+ Dequoi l'un des bouts chien sur l'être[509]
+ Et l'autre bout si se rapporte
+ Droit à la _rue de la Porte_
+ _De Saint Marcel_; par _Saint Copin_
+ Encontre est la rue Clopin,
+ Et puis la rue Traversainne
+ Qui siet en haut bien loin de Sainne[510].
+ Enprès est la _rue des Murs_:
+ De cheminer ne fut pas mus[511],
+ Jusqu'à la rue Saint Victor
+ Ne trouvai ne porc ne butor[512],
+ Mes femmes qui autre conseille[513]:
+ Puis truis[514] la rue de Verseille
+ Et puis la rue du Bon puis;
+ La maint la femme à i chapuis[515]
+ Qui de maint home a fait ses glais[516].
+ La _rue Alexandre l'Anglais_
+ Et la _rue Paveegoire_:
+ La bui-ge[517] du bon vin de beire.
+ En la rue Saint Nicolas
+ Du Chardonnai ne fut pas las
+ En la rue de Bievre vins
+ Ilueques i petit[518] m'assis.
+ D'iluec[519] en la rue Perdue:
+ Ma voie ne fut pas perdue.
+ Je m'en reving droit en la Place
+ Maubert, et bien trouvai la trace
+ D'iluec en la rue à Trois-portes,
+ Dont l'une le chemin rapporte
+ Droit à la rue de Gallande
+ Ou il n'a ne forest ne lande,
+ Et l'autre en la _rue d'Aras_
+ Ou se nourrissent maint grant ras.
+ Enprès est _rue de l'Ecole_,
+ La demeure Dame Nicole;
+ En celle rue ce me semble
+ Vent on et fain et fuerre[520] ensemble.
+ Puis la rue Saint Julien
+ Qui nous gart de mauvais lien.
+ M'en reving en la Bucherie,
+ Et puis en _la Poissonnerie_.
+ C'est verité que vous despont[521],
+ Les rues d'Outre-Petit-Pont
+ Avons nommées toutes par nom
+ Guillot qui de Paris, ot[522] nom:
+ Quatre-vingt par conte en y a.
+ Certes plus ne mains[523] n'en y a.
+ En la Cité isnelement[524]
+ M'en ving après privéement.
+
+[Note 488: Demeure une faiseuse de couvertures.]
+
+[Note 489: Un peu au-dessus.]
+
+[Note 490: Il y demeure des Dames.]
+
+[Note 491: De là.]
+
+[Note 492: De quelque façon qu'on le prenne.]
+
+[Note 493: En descendant.]
+
+[Note 494: Je ne marchai pas en vain.]
+
+[Note 495: Plusieurs jeunes filles.]
+
+[Note 496: Le mal tourné, le renversé.]
+
+[Note 497: Vis-à-vis.]
+
+[Note 498: Que de son amour nous soyons protégés.]
+
+[Note 499: Je désavouerai.]
+
+[Note 500: Que onques, jamais.]
+
+[Note 501: Noël.]
+
+[Note 502: Il y vit une querelle de femmes.]
+
+[Note 503: Demeurent les égyptiens ou diseurs de bonne aventure.]
+
+[Note 504: Demeure, qu'on.]
+
+[Note 505: Fagot, broussaille, bourrée.]
+
+[Note 506: Au milieu de.]
+
+[Note 507: bruit.]
+
+[Note 508: Près de là]
+
+[Note 509: _Atrium_, l'aitre ou place de Sainte-Geneviève.]
+
+[Note 510: Loin de la rivière de Seine.]
+
+[Note 511: Fatigué, las.]
+
+[Note 512: Oiseau choisi pour la rime.]
+
+[Note 513: Qui conseille les autres.]
+
+[Note 514: Trouvai.]
+
+[Note 515: _Manet_, demeure la femme d'un charpentier.]
+
+[Note 516: Ses plaintes.]
+
+[Note 517: Je bus.]
+
+[Note 518: Là un peu.]
+
+[Note 519: De là.]
+
+[Note 520: On vend foin et paille.]
+
+[Note 521: Je vous expose.]
+
+[Note 522: Eut nom.]
+
+[Note 523: Moins.]
+
+[Note 524: Promptement.]
+
+
+_Les Rues de la Cité._
+
+ La _rue du Sablon_ par m'ame[525];
+ Puis rue neuve Notre Dame.
+ En près est la _rue à Coulons_
+ D'iluec ne fu pas mon cuer lons[526],
+ La ruele trouvai briement
+ De S. Christophe et ensement[527]
+ La rue du Parvis bien près,
+ Et la rue du Cloistre après,
+ Et la grant rue S. Christofle:
+ Je vis par le trelis d'un coffre
+ En la rue Saint Pere à beus
+ Oisiaus qui avoient piez beus[528]
+ Qui furent pris sur la marine[529].
+ De la rue Sainte Marine
+ En la rue Cocatris vins,
+ Où l'en boit souvent de bons vins,
+ Dont maint homs souvent se varie[530]
+ La _rue de la Confrairie
+ Nostre-Dame_; et _en Charoui_
+ Bonne taverne achiez[531] ovri.
+ La _rue de la Pomme_ assez tost
+ Trouvai, et puis après tantost
+ Ce fu la _rue as Oubloiers_;
+ La maint Guillebert a braiés.
+ Marcé Palu, la Juerie
+ Et puis la _petite Orberie_
+ Qui en la Juerie siet.
+ Et me semble que l'autre chief
+ Descent droit en la rue à Feves
+ Par deça la maison o fevre.
+ La Kalendre et _la Ganterie_
+ Trouvai, et _la grant Orberie_.
+ Après, la grant Bariszerie;
+ Et puis après la Draperie
+ Trouvai et la Chaveterie,
+ Et la ruele Sainte Croix
+ Ou l'en chengle[532] souvent des cios.
+ La rue Gervese Lorens
+ Ou maintes Dames ygnorents
+ Y maignent[533] qui de leur quiterne[534]
+ En pres rue de la Lanterne.
+ En la rue du Marmouset
+ Trouvai[535] homme qui mu fet
+ Une muse corne bellourde.
+ Par la rue de la Coulombe
+ Alai droit o port Saint-Landri:
+ La demeure Guiart Andri.
+ Femmes qui vont[536] tout le chevez
+ Maignent[537] en la rue de Chevés.
+ Saint Landri est de l'autre part,
+ La _rue de l'Ymage_ départ[538]
+ La ruele par Saint Vincent[539]
+ En bout de la rue descent
+ De Glateingni, ou bonne gent
+ Maingnent, (_manent_) et Dames o corps gent[540]
+ . . . . . . . . . . . .
+ La _rue Saint-Denis de la Chartre_.
+ . . . . . . . . . . . .
+ . . . . . . . . . . . .
+ . . . . . . . . . . . .
+ En ving en la Peleterie
+ Mainte peine y vi esterie[541].
+ En la faute[542] du pont m'assis.
+ Certes il n'a que trentesix
+ Rues contables[543] en Cité
+ Foi que doi Benedicite[544].
+
+[Note 525: Mon âme.]
+
+[Note 526: Tardif.]
+
+[Note 527: Pareillement.]
+
+[Note 528: raccourcis.]
+
+[Note 529: sur le bord de la mer.]
+
+[Note 530: s'enivre.]
+
+[Note 531: assez ouvri.]
+
+[Note 532: Où l'on sangle des coups, apparemment qu'il y avoit des
+Flagellants.]
+
+[Note 533: Y demeurent.]
+
+[Note 534: guitare.]
+
+[Note 535: C'est-à-dire _un homme qui m'eut fait une espèce de
+cornemuse_.]
+
+[Note 536: environnent.]
+
+[Note 537: habitent.]
+
+[Note 538: sépare.]
+
+[Note 539: Espèce de serment placé là pour rimer.]
+
+[Note 540: gracieux.]
+
+[Note 541: J'y vis beaucoup d'étoffes historiées; peine _Pannus_.]
+
+[Note 542: au bout.]
+
+[Note 543: Comptables, qu'on puisse compter.]
+
+[Note 544: Espèce de serment.]
+
+
+_Les rues du quartier d'outre le Grand pont, dit aujourd'hui LA
+VILLE._
+
+ Par deça Grant pont erraument[545]
+ M'en ving, sçachiez bien vraiment
+ N'avoie alenas[546] ne poinson.
+ Premiere, la rue o Poisson
+ La rue de la Saunerie
+ Trouvai, et la Mesguiscerie
+ L'Escole et rue Saint Germain
+ A Couroiers bien vint à main
+ Tantost la rue a Lavendiere
+ Ou il a maintes lavendieres.
+ La _rue à moignes de Jenvau_
+ Porte à mont et porte à vau;
+ En près rue Jean Lointier
+ Là ne fu je pas trop lointier[547]
+ De la rue Bertin Porée.
+ Sans faire nulle eschauffourée
+ Ving en _la rue Jean l'Eveiller_;
+ Là demeure Perriaus Goullier.
+ La _rue Guillaume Porée_ près
+ Siet, et Maleparole en près,
+ Ou demeure Jean Asselin.
+ Parmi[548] le Berrin Gasselin;
+ Et parmi[549] la Hedengerie,
+ M'en ving en la Tableterie
+ En la _rue à petit soulers_
+ _De bazenne_ tout fut souillés
+ D'esrer[550] ce ne (fu) mie fortune.
+ Par la _rue Sainte Opportune_
+ Alai en _la Charonnerie_,
+ Et puis en la Féronnerie;
+ Tantost trouvai _la Mancherie_,
+ Et puis _la Cordoüanerie_,
+ Près demeure Henry Bourgaie;
+ La _rue Baudouin Prengaie_
+ Qui de boire n'est pas lanier[551].
+ Par la _rue Raoul l'Avenier_[552]
+ Alai o siege a Descarcheeurs.
+ D'ileuc[553] m'en allai tantost ciex[554]
+ Un tavernier en la viez place
+ A Pourciaux, bien trouvai ma trace
+ Guillot qui point d'eur bon n'as[555].
+ Parmi la rue a Bourdonnas
+ Ving en la rue Thibaut a dez,
+ Un hons trouvai en ribaudez[556]
+ En la rue de Bethisi
+ Entré, ne fus pas ethisi[557]:
+ Assez tost trouvai Tire chape;
+ N'ai garde que rue m'eschape
+ Que je ne sache bien nommer
+ Par nom, sans nul mesnommer[558].
+ Sans passer guichet ne postis[559]
+ En la _rue au Quains de Pontis_
+ Fis un chapia[560] de violete.
+ La _rue o serf et Glorïete_
+ Et la _rue de l'arbre sel_
+ Qui descent sur un biau ruissel[561]
+ Trouvai et puis _Col de Bacon_
+ . . . . . . . . . . . . .
+ Et puis _le Fossé Saint Germain_
+ Trou-Bernard trouvai main à main,
+ Part ne compaigne[562] n'attendi,
+ Mon chemin a val s'estendi
+ Par le saint Esperit[563], de rue
+ Sus la riviere en _la Grant-rue_
+ Seigneur de la porte du Louvre;
+ Dames y a gentes et bonnes,
+ De leurs denrées sont trop riches.
+ Droitement parmi _Osteriche_
+ Ving en la rue saint Honouré,
+ La rue trouvai-je Mestre Huré,
+ Lez lui[564] seant Dames polies.
+ Parmi la rue des Poulies
+ Ving en la _rue Daveron_
+ Il y demeure un Gentis-hon.
+ Par la rue Jehan Tison
+ N'avoie talent de proier[565],
+ Mès par la Croix de Tiroüer
+ Ving en la rue de Neele
+ Navoie tabour ne viele:
+ En la _rue Raoul Menuicet_
+ Trouvai un homme qui mucet[566]
+ Une femme en terre et ensiet,
+ La rue des Estuves en près siet.
+ En près est la rue du Four:
+ Lors entrai en un carefour,
+ Trouvai la rue des Escus
+ Un homs à grans ongles locus[567]
+ Demanda, Guillot, que fais tu?
+ Droitement de _Chastiau-Festu_
+ M'en ving à la rue a Prouvoires
+ Ou il a maintes pennes vaires[568];
+ Mon cuer si a bien ferme veue.
+ Par la _rue de la Croix neuve_
+ Ving en la _rue Raoul Roissole_,
+ N'avoie ne plais[569] ne sole
+ La rue de Montmartre trouvai
+ Il est bien seu et prové
+ Ma voie fut delivre[570] et preste
+ Tout droit par la ruelle e piestre[571]
+ Ving à la pointe Saint Huitasse
+ Droit et avant sui[572] ma trace
+ Jusques en la Tonnellerie
+ Ne sui pas cil qui trueve lie.
+ Mais par devant la Halle au blé
+ Ou l'en a mainte fois lobé[573]
+ M'en ving en la Poissonnerie
+ Des Halles, et en la Formagerie,
+ Tantost trouvai _la Ganterie_,
+ A l'encontre est la Lingerie
+ La rue o Fevre siet bien près
+ Et la Cossonnerie après.
+ Et por moi mieux garder des Halles
+ Par dessous les avans des Halles
+ Ving en la rue à Prescheeurs
+ La bui[574] avec Freres Meneurs
+ Dont je n'ai pas chiere marie[575]
+ Puis alai en la Chanvrerie
+ Assez près trouvai Maudestour
+ Et _le carrefour de la Tour_,
+ Ou l'on giete mainte sentence
+ En la maison à Dam[576] Sequence
+ Le puis le carrefour départ[577]:
+ Jehan Pincheclou d'autre part
+ Demeura tout droit a l'encontre.
+ Or dirai sans faire lonc conte[578]
+ La petite Truanderie
+ Es rues des Halles s'alie
+ La rue au Cingne ce me samble
+ Encontre Maudestour assamble
+ Droit à la grant Truanderie
+ Et _Merderiau_ n'obli-je mie,
+ Ne _la petite ruéléte
+ Jehan Bingne_ par saint-Clerc[573]suréte[580].
+ Mon chemin ne fut pas trop rogue[581]
+ En la _rue Nicolas Arode_
+ Alai, et puis en Mauconseil.
+ Une Dame vi sur un seil[582]
+ Qui moult se portoit noblement;
+ Je la saluai simplement,
+ Et elle moi par saint Loys.
+ Par la sainte rue Saint Denis
+ Ving en la rue as Oües droit
+ Pris mon chemin et mon adroit
+ Droit en la rue Saint-artin
+ Ou j'oi chanter en latin
+ De Nostre Dame un si dous chans.
+ Par la rue des Petits Champs
+ Alai droitement en Biaubourc
+ Ne chassoie chievre ne bouc:
+ Puis truit la _rue a Jongleeurs_
+ Con ne me tienne à jeugleeurs[583].
+ De la rue Gieffroi l'Angevin
+ En la rue des Estuves vin,
+ Et en la _rue Lingariere_
+ La ou leva mainte plastriere
+ D'archal mise en oeuvr pour voir[584]
+ Plusieurs gens pour leur vie avoir
+ Et puis la _rue Sendebours
+ La Trefilliere_ a l'un des bous,
+ Et Quiquenpoit que j'ai moult chier,
+ La rue Auberi le Bouchier
+ Et puis la Conreerie aussi,
+ La _rue Amauri de Roussi_,
+ En contre Troussevache chiet,
+ Que Diex gart qu'il ne nous meschiet[585],
+ Et la _rue du Vin-le-Roy_,
+ Dieu grace on n'a point de desroy[586]
+ En la _Viez Monnoie_ par sens
+ M'en ving aussi conpar à sens[587].
+ Au-dessus d'iluec un petit
+ Trouvai le Grand et le Petit
+ Marivaux, si comme il me samble;
+ Li uns à l'autre bien s'assamble;
+ Au dessous siet la Hiaumerie
+ Et assez prez _la Lormerie_
+ Et parmi _la Basennerie_
+ Ving en la _rue Jehan le Conte_;
+ La Savonnerie en mon conte
+ Ai mise: Par la Pierre o let
+ Ving en la rue Jehan Pain molet,
+ Puis truis[588] la rue des Arsis;
+ Sus un siege un petit m'assis
+ Pour ce que le repos fu bon:
+ Puis truis les _deux rues_ Saint Bon.
+ Lors ving en _la Buffeterie_,
+ Tantost trouvai _la Lamperie_,
+ Et puis la _rue de la Porte
+ Saint Mesri_; mon chemin s'apporte
+ Droit en _la rue à Bouvetins_.
+ Par la _rue a Chavetiers_ tins
+ Ma voie en _la rue de l'Estable
+ Du Cloistre_ qui est honestable
+ De Saint Mesri en Baillehoe
+ Ou je trouvai beaucoup de boe
+ Et une rue de renon.
+ Rue neuve Saint Mesri a non.
+ Tantost trouvai _la Cour Robert
+ De Paris_. Mes par saint Lambert
+ Rue Pierre o lart siet près,
+ Et puis _la Bouclerie_ après:
+ Ne la rue n'oublige pas
+ Symon le Franc. Mon petit pas
+ Alai vers _la Porte du Temple;_
+ Pensis ma main de lez[589] ma temple.
+ En la rue des Blans Mantiaux
+ Entrai, où je vis mainte piaux
+ Mettre en conroi[590] et blanche et noire;
+ Puis truis la _rue Perrenelle
+ De Saint Pol_, la rue du Plastre
+ . . . . . . . . . . . . .
+ . . . . . . . . . . . . .
+ . . . . . . . . . . . . .
+ En près est la rue du Puis.
+ La rue à Singes après pris
+ Contreval[591] la Bretonnerie
+ M'en ving plain de mirencolie[592]:
+ Trouvai la _rue des Jardins_
+ Ou les Juifs maintrent[593] jadis;
+ O _carrefour du Temple_ vins
+ Ou je bui plain henap de vin
+ Pour ce que moult grand soif avoie.
+ A donc me remis a la voie,
+ La _rue de l'Abbaye_ du Bec.
+ Hellouin trouvai par abec[594],
+ M'en allai en la Verrerie
+ Tout contreval la Poterie
+ Ving au carrefour Guillori
+ Li un di ho, l'autre hari,
+ Ne perdit pas mon essien[595].
+ _La ruelete Gencien_
+ Alai, ou maint un biau varlet[596],
+ Et puis la _rue Andri Mallet_,
+ Trouvai la rue du Martrai,
+ En une ruelle tournai
+ Qui de Saint Jehan voie à porte[597]
+ En contre la rue des Deux Portes.
+ De la viez Tisseranderie
+ Alai droit _en l'Esculerie_
+ Fit en la _rue de Chartron_
+ . . . . . . . . . . . . .
+ . . . . . . . . . . . . .
+ En la _rue du Franc-Monrier_
+ Alai, et vieux-cimetiere
+ Saint Jehan meisme en cotiere[598]
+ Trouvai tost la rue du Bourg--
+ Tibout, et droit a l'un des bous
+ La _rue Anquetil le Faucheur_
+ La _maint un compain tencheeur_[599].
+ En la rue du Temple alai
+ Isnelement[600] sans nul délai:
+ En la rue au Roi de Sezille
+ Entrai; tantost trouvai Sedile[601],
+ En la rue Renaut le Fevre
+ Maint, ou el vent et pois et feves
+ En la _rue de Pute-y-muce_
+ Y entrai en la maison Luce
+ Qui maint en rue de Tyron
+ Des Dames ymes[602] vous diron
+ La rue de l'Escoufle est près
+ Et la rue des Rosiers près
+ Et _la grant-rue de la Porte
+ Baudeer_ si con se comporte
+ M'en allai en rue Percié
+ Une femme vi destrecié[603]
+ Pour soi pignier[604], qui me donna
+ De bon vin. Ma voie adonna
+ En la _rue des Poulies Saint Pou_
+ Et au dessus d'iluec un pou[605]
+ Trouvai la rue a Fauconniers.
+ . . . . . . . . . . . . .
+ . . . . . . . . . . . . .
+ Parmi la rue du Figuier
+ Et parmi la rue a Nonains
+ D'Iere, vi chevaucher deux nains
+ Qui moult estoient esjoi.
+ Puis truis la rue de Joy
+ Et la rue _Forgier_ l'Anier,
+ [606]Je ving en la Mortellerie
+ Ou a mainte tainturerie
+ La _rue Ermeline Boiliaue_
+ La rue Garnier sus l'yaue
+ Trouvay, à ce mon cuyer s'atyre[607]:
+ Puis la _rue du Cimetire
+ Saint Gervais_, et _l'Ourmeciau_,
+ Sans passer fosse ne ruisseau
+ Ne sans passer planche ne pont
+ La rue _a Moines_ de Lonc-pont
+ Trouvai, et _rue Saint Jehan
+ De Greve_, ou demeure Jouan
+ Un homs qu' n'a pas vue saine
+ Près de _la ruele de Saine_
+ En _la rue sus la riviere_
+ Trouvai une fausse estriviere[608].
+ Si m'en reving tout droit en Gréve
+ Le chemin de rien ne me gréve
+ Tantost trouvai la Tannerie
+ Et puis après la Vannerie
+ La _rue de la Coifferie_
+ Et puis après la Tacherie
+ Et la _rue aux Commenderesses_
+ Ou il a maintes tencheresses[609]
+ Qui ont maint homme pris o brai[610]
+ Par le _Carefour_ de Mibrai
+ En la rue Saint Jacque et ou porce[611]
+ M'en ving, n'avois sac ni poce[612]:
+ Puis alai en la Boucherie
+ La _rue de l'Escorcherie_
+ Tournai; parmi _la Triperie_
+ M'en ving en _la Poulaillerie_,
+ Car c'est la dernière rue
+ Et si siet droit sur la Grant-rue.
+
+ Guillot si fait à tous sçavoir,
+ Que par deça Grand pont pour voir[613]
+ N'a que deux cent rues mains six:
+ Outre Petit-pont quatre-vingt
+ Dedans les murs non pas dehors.
+ Les autres rues ai mis hors
+ De sa rime puisqu'il n'ont chief[614].
+ Ci vout faire de son Dit chief[615]
+ Guillot, qui a fait maint bias dits,
+ Dit qu'il n'a que trois cent et dix
+ Rues à Paris vraiement
+ Le dous Seigneur du Firmament
+ Et sa tres douce chiere Mere
+ Nous défende de mort amere.
+
+[Note 545: promptement.]
+
+[Note 546: alène.]
+
+[Note 547: éloigné.]
+
+[Note 548: au milieu de.]
+
+[Note 549: à travers.]
+
+[Note 550: D'aller et venir.]
+
+[Note 551: lent, paresseux.]
+
+[Note 552: Vendeur d'avoine.]
+
+[Note 553: De là.]
+
+[Note 554: chez.]
+
+[Note 555: qui n'a point de bonheur.]
+
+[Note 556: En joie.]
+
+[Note 557: Je ne tombe pas en éthisie.]
+
+[Note 558: sans en mal nommer aucune.]
+
+[Note 559: porte fausse.]
+
+[Note 560: chapeau.]
+
+[Note 561: La rivière de Seine.]
+
+[Note 562: camarade.]
+
+[Note 563: Serment.]
+
+[Note 564: À côté de lui.]
+
+[Note 565: prier.]
+
+[Note 566: cachoit et enfouissoit.]
+
+[Note 567: C'est-à-dire comme des pieds de sauterelles.]
+
+[Note 568: Plusieurs étoffes de diverses couleurs.]
+
+[Note 569: Plie, poisson de mer.]
+
+[Note 570: facile.]
+
+[Note 571: vitement.]
+
+[Note 572: suivi.]
+
+[Note 573: trompé ou moqué.]
+
+[Note 574: Là je bus.]
+
+[Note 575: Dont je ne suis pas fâché.]
+
+[Note 576: Dom, ou Monsieur.]
+
+[Note 577: Le puits sépare le carrefour.]
+
+[Note 578: Longue narration.]
+
+[Note 579: Manière de serment.]
+
+[Note 580: Un peu sûre.]
+
+[Note 581: âpre, rude.]
+
+[Note 582: Seuil de porte.]
+
+[Note 583: Qu'on ne me regarde pas comme un railleur.]
+
+[Note 584: pour vrai.]
+
+[Note 585: arrive.]
+
+[Note 586: détour.]
+
+[Note 587: de dessein formel.]
+
+[Note 588: Trouvai.]
+
+[Note 589: proche.]
+
+[Note 590: pour être corroyées.]
+
+[Note 591: Par le bas de.]
+
+[Note 592: mélancolie.]
+
+[Note 593: demeurèrent.]
+
+[Note 594: tout juste en commençant.]
+
+[Note 595: ma connoissance.]
+
+[Note 596: demeure.... un jeune homme.]
+
+[Note 597: Qui conduit à la porte St.-Jean.]
+
+[Note 598: Mot fabriqué pour la rime.]
+
+[Note 599: demeure un compagnon querelleur.]
+
+[Note 600: promptement.]
+
+[Note 601: C'est le nom d'une femme.]
+
+[Note 602: hymnes, cantiques.]
+
+[Note 603: embarrassée.]
+
+[Note 604: se peigner.]
+
+[Note 605: un peu au-dessus de là.]
+
+[Note 606: Il manque ici un vers dans le manuscrit.]
+
+[Note 607: Se portant.]
+
+[Note 608: Un éperon de terre ou bout d'île.]
+
+[Note 609: querelleuses.]
+
+[Note 610: à la pipée.]
+
+[Note 611: au porche.]
+
+[Note 612: poche.]
+
+[Note 613: pour vrai.]
+
+[Note 614: _Rues sans chiefe_, fermées par le fond.]
+
+[Note 615: Il veut faire ici la fin de ses vers.]
+
+ _Explicit le Dit des Rues de Paris._
+
+
+Guillot marque expressément qu'il a exclu de son ouvrage le nom des
+_rues sans chief_, c'est-à-dire qu'il ne fait aucune mention des
+_culs-de-sac_, de manière que si les noms de quelques-uns de ceux qui
+existent aujourd'hui se trouvent dans cette nomenclature, c'est qu'ils
+auront été formés depuis par la construction de quelque édifice, ce
+qui est arrivé quelquefois, et même dans le siècle dernier.
+
+Il résulte de son calcul qu'il n'y avoit alors que trois cent dix rues
+à Paris. L'abbé Lebeuf observe que, dans le quartier d'au-delà du
+Grand pont[616], ce poète compte cent quatre-vingt-quatorze rues, et
+n'en nomme que cent quatre-vingt-quatre dans ses vers. Ce savant
+présume que cette différence vient de quelque erreur de copiste, et
+l'on voit en effet, dans Sauval, qu'en 1300 il existoit plusieurs rues
+de ce quartier-là qui ne sont point spécifiées dans ce poëme. Il y
+avoit, par exemple, sur la paroisse de Saint-Germain-l'Auxerrois, la
+rue _gui d'Aucerre_, la rue _gui le Braolier_, la rue _Gilbert
+l'Anglois_; sur celle de Saint-Eustache, la rue _de Verneuil_, la rue
+_Alain de Dampierre_; sur celle de Saint-Jacques-de-la-Boucherie, la
+rue _Jean Bonne Fille_; sur celle de Saint-Jean, _la cour Harchier_;
+sur celle de Saint-Méri, la rue _Guillaume Espaulart_.
+
+[Note 616: Paris, jusque vers le milieu du quatorzième siècle, étoit
+divisé en trois parties: le quartier d'_Outre-Petit pont_, la Cité; le
+quartier d'_Outre-Grand pont_. Le premier de ces quartiers a depuis
+été désigné sous le nom de _ville_, en raison sans doute de ce que
+l'Hôtel-de-Ville y étoit situé. Le dernier fut nommé quartier de
+l'_Université_, parce que toutes les écoles de cette institution
+célèbre y étoient renfermées.]
+
+Gilles Corrozet, qui vivoit vers le milieu du seizième siècle, ne
+compte encore dans cette ville que _quatre cents_ rues ou ruelles.
+Aujourd'hui il y en a plus de mille.
+
+
+
+
+RUES DE L'ÎLE DE LA CITÉ.
+
+
+_Rue de l'Abreuvoir._ Elle alloit du cloître Notre-Dame à la Seine.
+Lorsque l'endroit vulgairement appelé _le Terrain_ eut été environné
+de murs, on y laissa un côté ouvert pour conduire les chevaux à la
+rivière, et c'est de là que cette rue a pris son nom[617].
+
+[Note 617: L'espace qu'occupoit cette rue a été renfermé dans le
+jardin de l'archevêché.]
+
+_Rue Sainte-Anne._ Elle commence à la rue Saint-Louis, et aboutit à
+l'une des portes du Palais. Cette rue fut ouverte en 1631, et nommée
+ainsi en l'honneur de la reine Anne d'Autriche. C'étoit par cette rue
+que le roi passoit chaque fois qu'il alloit au Palais.
+
+_Rue de l'Arcade._ Elle donne d'un bout dans la rue de Nazareth, de
+l'autre dans la cour du Palais, et doit son nom à la voûte qui sert de
+communication aux bâtiments de la chambre des comptes. Elle se nommoit
+autrefois _rue de Jérusalem_, et l'on présume que ce nom lui venoit de
+l'hospice où saint Louis logeoit les pélerins qui alloient à Jérusalem
+ou qui en revenoient[618].
+
+[Note 618: Cette rue porte maintenant le nom de rue de _Nazareth_.]
+
+_Rue de la Barillerie._ Elle commence à la descente du pont
+Saint-Michel, et finit à la rue Saint-Barthélemi. En 1398, la partie
+de cette rue qui commence à celle de la Calendre se nommoit _rue du
+Pont-Saint-Michel_[619]. Dès l'an 1280 elle est appelée _Barilleria_.
+Guillot la nomme la _grant Bariszerie_. Ce surnom de _grande_ a pu lui
+être donné pour la distinguer d'une ruelle de la _Barillerie_ qui lui
+étoit parallèle, et alloit de la rue de la Calendre à la rivière.
+Celle-ci est maintenant coupée et couverte de maisons.
+
+[Note 619: Cens. de S. Éloi.]
+
+_Rue Saint-Barthélemi._ Elle continue la rue de la Barillerie, et
+finit à la place du pont au Change. On ne la distinguoit point de
+cette dernière au quatorzième siècle. Cependant dès 1220 on lui trouve
+le nom qu'elle porte encore aujourd'hui[620].
+
+[Note 620: Cart. Episc. Il y avoit autrefois derrière Saint-Barthélemi
+un cul-de-sac nommé rue des _Cordouagners_. Cette rue avoit été
+bouchée dès 1315. Le nom s'en perdit par la suite, et on l'indiquoit
+simplement sous celui de ruelle du _Prieuré_, ruelle _par où l'on va à
+Notre-Dame des Voûtes_. Notre-Dame des Voûtes étoit une chapelle
+située au chevet de Saint-Barthélemi. Elle fut depuis réunie à
+l'église.]
+
+_Rue de Basville._ On a donné ce nom à une communication de la cour
+Neuve à celle de Lamoignon, construite par les ordres de Guillaume de
+Lamoignon, premier président et seigneur de Basville.
+
+_Rue de la Calendre._ Elle donne d'un bout dans la rue de la
+Barillerie, et de l'autre dans la rue du Marché-Palu, vis-à-vis celle
+de Saint-Christophe. Elle portoit ce nom dès 1280; mais on ignore s'il
+lui venoit d'une enseigne ou si elle le devoit à quelque famille[621].
+On trouve dans le censier de saint Éloi de 1343, une maison qui fut à
+_Jean de la Kalendre_[622]; une autre indiquée sous le même nom en
+1351; et dans celui de 1367, la maison à _Nicolas le Kalendreur, où
+souloient être les lions du roi_. Cependant elle n'a pris ce nom que
+vers le milieu du treizième siècle, et avant cette époque on la voit
+désignée dans les titres sous la dénomination générale de _Via quâ
+itur à Parvo ponte ad plateam Sancti-Michaelis_.
+
+[Note 621: Ceux qui sont pour la première opinion ne s'accordent point
+sur la représentation de cette enseigne. Les uns disent que c'étoit un
+de ces insectes qui rongent le froment, et qu'on nomme aussi
+_charançon_; d'autres, une espèce d'oiseau (grive ou alouette), que
+les Parisiens appeloient _calandre_; le plus grand nombre, que c'est
+une machine avec laquelle on tabise et polit les draps, étoffes de
+soie, etc. Sauval dit que c'est là la véritable origine de ce nom.
+Au-dessus de la boutique d'une lingère, qui faisoit le coin de cette
+rue et de celle de la Cité, on lisoit autrefois une inscription, dont
+la solution a été inutilement proposée aux antiquaires.
+
+ _Urbs me decolavit,_
+ _Rex me instituit,_
+ _Medicus amplificavit._]
+
+[Note 622: Fol. 88, _verso_.]
+
+_Rue des Trois-Canettes._ Elle donne d'un bout dans la rue de la
+Licorne, et de l'autre dans celle de Saint-Christophe. Elle est
+désignée sous les deux noms de la _Pomme Rouge_ et des _Canettes_,
+dans un arrêt du 4 juillet 1480[623]. Sauval rapporte l'extrait d'un
+compte de 1421[624], où est indiquée une rue de _l'Homme Sauvage_,
+dont la situation annonce de l'identité avec celle-ci. Le peuple a
+souvent substitué à l'ancien nom des rues celui d'une enseigne ou
+d'une maison plus remarquable.
+
+[Note 623: Regist. du Parl., et ord. roy. de la Ville, p. 259.]
+
+[Note 624: T. III, p. 319.]
+
+_Rue des Carcaisons._ Elle aboutit à la rue de la Calendre et au
+Marché-Neuf. Ce nom, dont on ne peut découvrir l'origine, n'a jamais
+varié que dans la manière de l'écrire, Sauval l'appelle
+d'_Escarcuissons_, d'autres, _des Carquillons_, _des Carcuissons_ ou
+_Carcaissons_. Il y a dans cette rue un cul-de-sac du même nom.
+
+_Rues Chanoinesse, des Chantres et du Chapitre._ On a donné ces noms à
+trois rues qui sont dans le cloître Notre-Dame. La rue du _Chapitre_ a
+reçu depuis peu le nom de rue _Massillon_.
+
+_Rue Saint-Christophe._ Elle commence au coin de la rue de la Juiverie
+et du Marché-Palu, et aboutit au Parvis. Elle doit son nom à l'église
+qui existoit en cet endroit. Dans les anciens titres elle est indiquée
+sous celui de la _Regraterie_[625]. Guillot l'appelle _grant rue
+Saint-Christophe_ pour la distinguer d'une ruelle qui portoit le même
+nom et qui n'existe plus. Cette ruelle, désignée depuis sous le nom de
+rue de la _Huchette_, fut comprise dans le Parvis Notre-Dame.
+
+[Note 625: Cartul. de N. D. des Champs.--Cens. de Sainte-Genev.--Cart.
+de Sorbonne.]
+
+Dans la rue Saint-Christophe est un cul-de-sac qui porte le nom de
+cul-de-sac de _Jérusalem_.
+
+_Cloître Notre-Dame._ On entend sous ce nom tout l'espace compris
+depuis le _Terrain_ jusqu'au pont Rouge; de là en suivant les rues
+d'Enfer et de la Colombe, jusqu'à l'extrémité de la rue des
+Marmousets, puis en retour l'alignement qui alloit rejoindre la porte
+placée, avant la révolution, auprès de l'église Notre-Dame. Dans cet
+espace étoient situées la chapelle de Saint-Agnan, l'église de
+Saint-Denis-du-Pas et celle de Saint-Jean-le-Rond[626].
+
+[Note 626: La partie de cet espace qui longe le côté nord de la
+cathédrale forme aujourd'hui une rue que l'on nomme _Rue du Cloître
+Notre-Dame_; et de l'autre côté, le passage qui conduit au pont au
+Double, s'appelle _rue de l'Évêché_.]
+
+_Rue Cocatrix._ Elle aboutit à la rue Saint-Pierre-aux-Boeufs et à
+celle des Canettes. Le nom de _Cocatrix_ est celui d'une famille fort
+connue au treizième siècle, et du fief qui lui appartenoit[627]. Il
+étoit situé entre la rue Saint-Pierre-aux-Boeufs et celle des
+Deux-Ermites. Un acte de 1300 l'indique ainsi: _Domus Cocatricis quæ
+contigit domui Marmosetorum._
+
+[Note 627: Sauval, t. I, p. 126.]
+
+_Rue de la Colombe._ Elle traverse de la rue des Marmousets dans la
+rue d'Enfer. On voit dans un acte d'amortissement de deux maisons,
+fait à l'Hôtel-Dieu[628], qu'elle portoit ce nom en 1223. Cependant
+Sauval dit qu'elle se nommoit rue _de la Couronne_ en 1408. Jaillot
+pense qu'il s'est trompé, et que ce nom n'a été donné qu'à la rue du
+_Chevet Saint-Landri_.
+
+[Note 628: Arch. de S. Germ., A. 3, 7, 8.]
+
+_Rue Sainte-Croix._ Elle aboutit aux rues de la Vieille-Draperie et
+Gervais-Laurent. Au douzième siècle on la nommoit _petite rue
+Sainte-Croix_, et dans les siècles suivants, _ruelle Sainte-Croix_[629].
+
+[Note 629: Past., A. fol. 804.]
+
+_Rue de la Vieille-Draperie._ Elle va de la rue de la Barillerie à
+celle de la Juiverie, vis-à-vis la rue des Marmousets. C'est une des
+plus anciennes rues de la Cité: elle étoit en partie habitée par des
+Juifs; et lorsqu'ils en furent chassés en 1183, Philippe-Auguste y
+établit des drapiers, auxquels il donna vingt-quatre maisons,
+moyennant cent livres de rente[630]: c'est ce qui lui fit donner le
+nom de _Judæaria Pannificorum_[631]. En 1293 on l'appeloit _la
+Draperie_, et en 1313 _la Viez-Draperie_[632]. Tous les titres du
+quinzième siècle l'appellent rue de la _Vieille-Draperie_, et depuis,
+ce nom n'a pas varié; elle fut élargie à ses deux extrémités dans le
+dix-septième siècle[633].
+
+[Note 630: Regist. de la Ville, f. 3.]
+
+[Note 631: Cart. S. Magl., fol. 104 et 238.]
+
+[Note 632: Hist. de Paris, t. V, p. 620.]
+
+[Note 633: Sauval, t. I, p. 132.]
+
+_Rue Saint-Éloi._ Elle traverse de la rue de la Calendre dans celle de
+la Vieille-Draperie. En 1280 cette rue s'appeloit _Cavateria_; Guillot
+la nomme _la Chavaterie_, et les censives de Saint-Éloi de 1343 et
+1367, _la Cavaterie_ et _la Saveterie_. Enfin elle fut nommée _de
+Saint-Éloi_, parce qu'elle fut ouverte sur la partie de l'église et du
+choeur du monastère de ce saint.
+
+Dans cette rue est un cul-de-sac nommé de _Saint-Martial_, parce qu'il
+conduisoit à l'église de ce nom. On disoit _ruelle Saint-Macial_ en
+1398[634], _ruelle du Porche Saint-Martial_ en 1404, et _rue
+Saint-Martial_ en 1459.
+
+[Note 634: Cens. S. Élig.]
+
+_Rue d'Enfer._ Elle commence à la rue Basse-des-Ursins, et aboutit à
+la porte du cloître de Notre-Dame et au pont Rouge. On ne doit
+chercher l'étymologie de ce nom que dans l'ancienne situation de cette
+rue, qui n'étoit pas alors séparée de la rivière par un quai[635]. Les
+registres capitulaires de Notre-Dame la nomment _via inferior, portus
+Sancti-Landerici_. En 1300, 1313 et depuis, on la nommoit _le port
+Saint-Landri_, _rue Saint-Landri_, _du port Saint-Landri_, et _grant
+rue Saint Landri-sur-l'Yaue_. Vers le milieu du seizième siècle, elle
+a pris le nom de rue _d'Enfer_[636]; et dernièrement le nom de cette
+rue a été changé en celui de _rue Basse-des-Ursins_.
+
+[Note 635: Quelques auteurs ont pensé qu'il venoit, par corruption, du
+mot latin _inferior_ ou _infera_, inférieure, parce qu'elle étoit la
+dernière rue vers le port Saint-Landri.]
+
+[Note 636: Reg. capit. 1555.]
+
+_Rue l'Évêque._ Elle commence à la première porte de l'Archevêché, et
+aboutit à la rivière et au pont de l'Hôtel-Dieu. C'étoit en cet
+endroit que commençoit le port l'Évêque, c'est-à-dire le rivage qui
+règne le long du jardin de l'Archevêché, jusqu'au _Terrain_. On la
+nommoit, en 1282, rue _du port l'Évêque_ et rue _des Bateaux, vicus ad
+Batellos_[637]. La justice du chapitre s'étendoit jusque là, ainsi que
+le prouvent une de ses ordonnances, et la transaction passée entre
+Étienne Tempier, évêque de Paris, et le chapitre de Notre-Dame en
+1272[638]. Plusieurs autres titres en font également foi.
+
+[Note 637: Ord. du chap. de N. D.]
+
+[Note 638: Gall. Christ., t. VII, col. 3.]
+
+_Rue aux Fèves._ Elle va de la rue de la Vieille-Draperie à celle de
+la Calendre. On n'a guère varié que sur l'orthographe de son nom, mais
+les différentes façons de l'écrire ont donné lieu à différentes
+étymologies. Elle est nommée rue _aux Fèves_ dans un titre de
+1291[639], ainsi que dans Guillot; et dans les actes du chapitre du
+quatorzième siècle, etc., _vicus Fabarum_. D'autres l'ont appelée rue
+_au Feure_, mot qui signifie _de la paille_; ce qui paroîtroit assez
+plausible, à cause du marché au blé qui en étoit voisin[640]. Enfin il
+y en a qui ont écrit: rue _aux Febvres_, _aux Fevres_ (_via ad
+Fabros_)[641]. Ce dernier nom paroît le véritable, parce qu'elle est
+indiquée ainsi dans le plus ancien titre qui en fasse mention. Ce sont
+des lettres de saint Louis de 1260, par lesquelles il cède trente sous
+de cens sur une maison; _in vico Fabrorum, prope S. Martialem_[642].
+
+[Note 639: Manusc. des Coutumes de la Marchand., fol. 39.]
+
+[Note 640: Cens. S. Élig., 1495.]
+
+[Note 641: En effet, ce quartier étant occupé par des drapiers et des
+ouvriers qui donnoient le lustre aux étoffes, on peut croire qu'il
+renfermoit aussi des _fabricants_, dont le nom aura été transporté à
+la rue. Celui de _feure_ ne doit point embarrasser: personne n'ignore
+que nos anciens écrivains employoient souvent l'_u_ consonne pour
+l'_v_ voyelle.]
+
+[Note 642: Cart. S. German. Autiss., fol. 10, _recto_.]
+
+_Rue du Four-Basset._ C'étoit un passage qui communiquoit de la rue de
+la Juiverie dans la rue aux Fèves, et qui est fermé depuis long-temps.
+Guillot le nomme en 1300 la _petite Orberie_. Dans le rôle des taxes
+de 1313 il est indiqué rue du _Four-Basset_, soit que ce nom lui vînt
+d'un four bâti en cet endroit, soit qu'il le dût à une grande maison
+nommée la _Cour-Basset_, dont il est fait mention dans un censier de
+Saint-Éloi[643].
+
+[Note 643: Cens. S. Élig., 1367.]
+
+_Rue Gervais-Laurent._ Elle donne d'un bout dans la rue de la
+Lanterne, et de l'autre dans celle de la Vieille-Draperie. En 1248,
+1250, etc., on la nommoit _vicus Gervasii Loorandi_, _vicus de
+Loorens_, _Lohorens_[644]; en 1300 et 1313, rue _Gervese-Lorens_. On a
+dit depuis _Gervais-Laurent_.
+
+[Note 644: Cens. S. Genovefæ.]
+
+_Rue de Glatigny._ Elle commence à la rue des Marmousets, et aboutit à
+la rivière. On donnoit le nom de _Glateingni_ à cette rue et aux
+environs de Saint-Denis-de-la-Chartre jusqu'à l'hôtel des Ursins. Des
+titres disent qu'on y voyoit une maison de _Glategni_, qui, en 1241,
+appartenoit à Robert et Guillaume de Glatigni[645]. En 1266 on trouve
+des maisons indiquées _in Glatigniaco_[646]. Dès le quatorzième
+siècle, cette rue étoit habitée par des femmes publiques, et on la
+nommoit _le val d'Amour_. En 1380 elle avoit aussi le nom de rue _au
+Chevet de Saint-Denis-de-la-Chartre_. Mais alors même on la nommoit,
+comme avant et après, _rue de Glatigny_.
+
+[Note 645: Cens. S. Genovef.--Arch. de S. Martin.]
+
+[Note 646: Past., A., fol. 702 et 801.]
+
+_Rue de Harlay._ Elle traverse du quai de l'Horloge à celui des
+Orfèvres, et doit son nom, comme nous l'avons déjà dit, au premier
+président de Harlay, à qui le roi avoit donnée, en 1607, les deux
+petites îles qui étoient au bout du jardin du Palais. En 1672 on
+abattit une maison, afin d'y pratiquer une porte et un passage qui
+communiquât à la cour Neuve.
+
+_Rue des Deux-Ermites._ Elle donne d'un bout dans la rue Cocatrix, et
+de l'autre dans celle des Marmouzets. En 1220 on la nommoit _la cour
+Ferri de Paris, proprisia Ferrici dicti Paris_. On la nomma ensuite
+rue _de la Confrérie Notre-Dame_, parce que la maison de la
+_Communalité des Chapelains_ y étoit située[647], et au seizième
+siècle, rue _de l'Armite_, ensuite _des Ermites_, et _des
+Deux-Ermites_, à cause d'une maison qui avoit cette enseigne. En 1640
+elle est indiquée dans le rôle des commissaires de ce quartier, sous
+le nom des _Deux Serviteurs_[648].
+
+[Note 647: Cens. S. Élig., 1367 et 1398.]
+
+[Note 648: Arch. de S. Germ. des Prés, nº 1575.]
+
+_Rue de la Juiverie._ Elle continue la rue du Marché-Palu, et aboutit
+à celle de la Lanterne. Les juifs qui y demeuroient lui ont fait
+donner ce nom, qui n'a varié que dans l'orthographe. Guillot écrit _la
+Juerie_; en 1313, _la Juyrie_; _la Juisvie en_ 1405, _Juiferie_ et
+_Juifrie_ en 1450 et 1560. Il y avoit dans cette rue un marché au blé,
+qu'on appeloit _la halle de Beauce_. Un titre nous apprend que
+Philippe-Auguste la donna à son échanson[649].
+
+[Note 649: Traité de la Police, t. II, p. 727. La portion de cette rue
+qui s'étend vers le Marché-Neuf et en face de la rue Neuve-Notre-Dame,
+s'appelle aujourd'hui _rue du Marché-Neuf_. En 1507 cette rue fut
+élargie de vingt pieds entre les deux ponts.]
+
+_Rue Saint-Landri._ Elle commence à la rue des Marmouzets, et finit à
+la rivière. Elle étoit anciennement désignée sous le nom de _port
+Notre-Dame_[650], et confondue avec la rue d'Enfer et celle des
+Ursins. En 1267 on la nommoit _Terra ad Batellos_[651]. L'évêque, vers
+ce même temps, y avoit une maison, nommée _de la Lavanderie_[652]. Le
+bout de ce chemin, vers le pont Rouge, se nommoit _Fimus_ en 1213;
+_Firmarium_ et _vicus Firmarii_ en 1219 et 1222; rue _du Fumer_ en
+1248[653].
+
+[Note 650: Past., A., fol. 725.]
+
+[Note 651: Past., D., fol. 401; et I, fol. 147 et 152.]
+
+[Note 652: Past., A., fol. 794.]
+
+[Note 653: Past., D., fol. 300. _Ibid._, fol. 291; A., fol. 381 et
+585; B., fol. 305. Le corps d'Isabeau de Bavière, femme de Charles VI,
+morte le dernier jour de septembre 1435, fut porté à Saint-Denis d'une
+façon singulière: on l'embarqua au port Saint-Landri, dans un petit
+bateau, et l'on dit au batelier de le remettre au prieur de
+l'abbaye.]
+
+Au bout de cette rue étoit une petite ruelle qui aboutissoit à la
+rivière et qui depuis a été fermée à ses deux extrémités. En 1265 on
+la nommoit rue _Percée_[654].
+
+[Note 654: Cens S. Élig.]
+
+_Rue du Chevet-Saint-Landri._ Elle donne d'un bout dans la rue des
+Marmouzets, et de l'autre dans la rue d'Enfer; dès le treizième siècle
+on disoit _le Chevez-Saint-Landri_, parce que le fond de cette église,
+qu'on nomme _le Chevet_, donnoit dans cette rue. Dans un bail fait en
+1451 par l'abbé de Saint-Victor, elle est nommée _rue de la
+Couronne_[655]. Il y a dans cette rue un cul-de-sac qui porte le même
+nom.
+
+[Note 655: Arch. de S. Victor.]
+
+_Rue de la Lanterne._ Elle continue la rue de la Juiverie, et aboutit au
+pont Notre-Dame. Elle est appelée, dans les cartulaires de
+Saint-Denis-de-la-Chartre, rue _de la place de Saint-Denis-de-la-Chartre_,
+rue _devant la place et l'église Saint-Denis_, rue _devant la Croix
+Saint-Denis_, rue _du Pont-Notre-Dame_[656]. Son dernier nom lui vient
+d'une enseigne; et on le trouve dès 1326[657], puis dans la liste des rues
+du quinzième siècle, dans Corrozet, et sur tous les plans.
+
+[Note 656: Cart. S. Dionys. de Carc.]
+
+[Note 657: Cens. S. Élig.]
+
+_Rue de la Licorne._ Elle traverse de la rue Saint-Christophe à celle
+des Marmouzets. En 1269 elle étoit appelée rue _près le Chevet de la
+Madeleine_; mais elle étoit déjà connue sous le nom de _vicus
+Nebulariorum_, rue _as Oubloyers_, _des Oublayers_, _Oblayers_, _aux
+Obléeurs_ et _Oublieurs_[658]. Elle prit le nom qu'elle porte encore
+aujourd'hui, d'une ruelle qui y aboutissoit, et dans laquelle pendoit
+une enseigne de la Licorne.
+
+[Note 658: Gens qui faisoient une espèce de pâtisserie.]
+
+_Rue Saint-Louis._ Elle aboutissoit au pont Saint-Michel et au quai
+des Orfèvres. On commença à l'ouvrir sous le règne de Henri IV, pour
+faciliter la communication avec le pont Neuf. On l'appela d'abord la
+rue _Neuve_, et ensuite la rue _Neuve-Saint-Louis_[659].
+
+[Note 659: La partie de cette rue qui bordoit la rivière, a été
+abattue lorsque l'on a construit la suite des quais qui entourent
+maintenant la Cité.]
+
+_Rue du Marché-Neuf._ Elle commence au bout du pont Saint-Michel, et
+aboutit à la rue du Marché-Palu, en face de la rue Neuve-Notre-Dame.
+On comprend sous ce nom le marché et les deux petites rues qui y
+conduisent. Guillot l'appelle _la grant Orberie_. Elle étoit autrefois
+bouchée du côté du _Marché-Palu_, et ce ne fut qu'en 1557 qu'on
+l'ouvrit pour en faire un marché[660]. En 1560 le quai Saint-Michel
+fut construit[661], et l'on bâtit, quelques années après, dix-sept
+boutiques, une halle au poisson et deux boucheries aux deux
+extrémités, vers les deux ponts. Ces travaux ayant été terminés en
+1568, les marchands de poissons et d'herbes qui se tenoient près le
+Petit-Châtelet eurent ordre de s'établir dans ce marché. En 1734,
+douze maisons furent démolies; on ne conserva qu'une boucherie, et
+l'on établit un corps-de-garde à l'autre extrémité[662].
+
+[Note 660: Du Breul, p. 97 et 201.]
+
+[Note 661: Reg. de la Ville.]
+
+[Note 662: Il a été ouvert, sur l'emplacement de
+Saint-Germain-le-Vieux, un passage fermé de deux grilles qui conduit
+de cette rue dans celle de la Calendre.]
+
+_Rue du Marché-Palu._ Elle commence au petit Pont et finit au coin
+des rues de la Calendre et de Saint-Christophe. Elle étoit connue sous
+ce nom au treizième siècle, et il ne paroît pas qu'elle en ait changé
+depuis[663]. Elle doit sans doute ce titre de _Marché_ à celui qui s'y
+voyoit de toute ancienneté, et qui s'étendoit dans la rue de la
+Juiverie. On y vendoit du blé, des herbes et des légumes. Le surnom de
+_Palu_ lui vient de ce que cet endroit étoit humide et non pavé. Il ne
+faut pas croire cependant que ce terrain, quoiqu'il ait été depuis
+considérablement exhaussé, fût alors un marais. Il y avoit une
+enceinte de murs autour de la Cité, qui en mettoit l'intérieur à
+l'abri des inondations, et le marché étoit à une certaine distance du
+rivage; mais les eaux pluviales et toutes celles de la Cité qui
+passoient par cet endroit pour se rendre à la rivière, comme elles y
+passent encore aujourd'hui, le rendoient extrêmement marécageux[664].
+
+[Note 663: Arch. de S. Germ., A., 3, 1, 13.]
+
+[Note 664: La _Morgue_, autrefois dans une des cours du
+Grand-Châtelet, a été transportée en cet endroit. (V. _monuments
+nouveaux_.)]
+
+_Rue des Marmouzets_[665]. Elle commence à la rue de la Juiverie, et
+aboutit au cloître Notre-Dame, au coin de la rue de la Colombe. Elle
+doit ce nom à une grande maison appelée, dans les anciens titres,
+_domus Marmosetorum_[666]; ce nom n'a guère varié. Guillot la nomme
+_du Marmouzet_; le rôle des taxes de 1313, _des Marmozets_; la liste
+des rues du quinzième siècle, _des Marmouzettes_.
+
+[Note 665: Une tradition populaire veut que cette rue doive son nom à
+un pâtissier qui faisoit des pâtés avec la chair des enfants qu'il
+attiroit chez lui, ou des victimes que son voisin le barbier égorgeoit
+pour son compte. Cette tradition est rapportée par Du Breul[665-A],
+qui ajoute que la maison dite des _Marmouzets_ fut rasée à cette
+occasion, avec défense de jamais rebâtir au même lieu, et qu'une
+pyramide fut élevée en sa place.
+
+On n'a aucune preuve positive de ces faits, qui semblent bien
+invraisemblables; mais il est constant que, pendant plus de cent ans,
+il y a eu, dans cette rue, une place vide, sur laquelle le
+propriétaire ne croyoit pas qu'il fût permis de bâtir. Pierre Belut,
+conseiller au parlement, à qui elle appartenoit, en demanda la
+permission à François Ier; et ce prince, par des lettres-patentes du
+mois de janvier 1536, permit d'y faire réédifier une maison pour être
+habitée, ainsi que les autres maisons de Paris, nonobstant tout arrêt
+qui pourroit être intervenu, y dérogeant par ces lettres, et imposant
+silence perpétuel à son procureur présent et à venir. Quoiqu'on ne
+trouve nulle part ni informations ni arrêts qui parlent de ce prétendu
+crime, il ne s'ensuivroit pas de là qu'il fût faux. On sait que dans
+les crimes atroces et extraordinaires, il a toujours été d'usage, et
+même dans les derniers temps de la monarchie, de jeter au feu les
+informations et la procédure, pour les rendre en quelque sorte
+incroyables. _Nam sunt crimina quæ, ipsâ magnitudine, fidem non
+impetrant._]
+
+[Note 665-A: page 111.]
+
+[Note 666: Arch. de S. Éloi et de l'archevêché.--Past., A., p. 341 et
+718.--Cart. Sorb., an 1284.]
+
+_Rue du Haut-Moulin._ Elle aboutit aux rues de la Lanterne et de
+Glatigny. Guillot la nomme _rue Saint-Denis-de-la-Chartre_. Il paroît,
+par les titres de ce prieuré, que, dès 1204, elle s'appeloit _rue
+Neuve Saint-Denis_[667]; cependant, dans un acte de 1206, elle n'est
+indiquée que sous le nom de _Strata anterior_. Au milieu du seizième
+siècle, cette rue étoit partagée en deux parties; l'une s'appeloit rue
+_Saint-Symphorien_, et l'autre _des Hauts-Moulins_[668].
+
+[Note 667: Cens. S. Dionys., de Carc.]
+
+[Note 668: Corrozet, fol. 204, _verso_.]
+
+_Rue de Nazareth._ Elle commence au quai des Orfèvres, et aboutit à
+l'hôtel du premier président[669]. Anciennement elle se nommoit rue
+_de Galilée_.
+
+[Note 669: Maintenant la préfecture de police. Cette rue est
+aujourd'hui désignée sous le nom de rue de _Jérusalem_.]
+
+_Rue Neuve Notre-Dame._ Elle aboutit au Marché-Palu et au Parvis de la
+cathédrale. Elle fut ouverte par Maurice de Sully, évêque de Paris;
+avant lui il n'y avoit point de rue en cet endroit, et l'on se rendoit
+de ce coté à Notre-Dame par la rue _des Sablons_, qui étoit située
+entre les maisons de cette rue et les bâtiments de l'Hôtel-Dieu. La
+rue nouvelle prit d'abord le nom de _Neuve_, qu'elle portoit encore en
+1250. On y ajouta ensuite celui de Notre-Dame, qu'elle a toujours
+conservé depuis.
+
+Il y avoit anciennement quatre rues qui aboutissoient à celle-ci, et
+qui ne subsistent plus. La première forme un cul-de-sac appelé _de
+Jérusalem_; les trois autres s'appeloient rues _du Coulon_[670], _de
+Venise_[671] et _du Parvis_[672]. Ces trois dernières rues ont été
+comprises dans l'agrandissement du Parvis et dans les bâtiments des
+Enfants-Trouvés.
+
+[Note 670: Compte des Matines.]
+
+[Note 671: Avant, _des Dix-Huit_, à cause du collége de ce nom.]
+
+[Note 672: Auparavant, _de la Huchette_, à cause d'une maison ainsi
+appelée, qui faisoit le coin de cette rue et de celle de
+Saint-Christophe.]
+
+_Place du Palais._ Elle fut construite, par ordre de Louis XVI, en
+1787. Avant cette époque, la rue de la Vieille-Draperie se prolongeoit
+jusqu'à celle de la Barillerie, à l'exception du vide que formoit
+l'emplacement de la maison de Jean-Châtel.
+
+_Rue de la Pelleterie._ Elle aboutissoit d'un côté à la rue
+Saint-Barthélemi, et de l'autre à la rue de la Lanterne, vis-à-vis
+Saint-Denis-de-la-Chartre. Au douzième siècle elle étoit occupée par
+les juifs; et après leur expulsion, Philippe-Auguste, par ses lettres
+de 1183, donna, moyennant 73 livres de cens, dix-huit de leurs maisons
+aux Pelletiers, qui s'y établirent, et lui donnèrent leur nom[673].
+Auparavant, elle est indiquée sous celui de _Macra-Madiana_, dont on
+n'a pu trouver la signification[674]. Depuis 1300, elle a pris le nom
+de la Vieille-Pelleterie, et ce nom n'a pas changé.
+
+[Note 673: Rég. de la vill., fol. 3.]
+
+[Note 674: Cart. S. Genovef. an. 1243, fol. 15, _verso_. Ces mêmes
+titres nous apprennent que les juifs y avoient des bains et des
+étuves, _domus quæ fuit stupa judæorum_; _ibid._, 1248, fol. 37.]
+
+Il y avoit quatre ruelles dans cette rue, l'une étoit désignée sous le
+nom de _Port-aux-OEufs_ (_Voy._ ci-après); les trois autres n'étoient
+connues que sous la dénomination générale de _ruelles allant à la
+Seine_[675]. Le côté de la rue de la Pelleterie qui longeoit la
+rivière a été abattu, et sur l'espace qu'il occupoit on a établi le
+_Marché-aux-Fleurs_; l'autre côté de la rue existe, et a conservé son
+ancien nom.
+
+[Note 675: Cens. de S. Éloi, 1367.]
+
+_Rue Perpignan._ Elle traverse de la rue des Trois-Canettes dans
+celle des Marmouzets. Elle s'appeloit au douzième siècle rue
+_Charauri_[676], rue de _Champrosai_ en 1399[677]. Ce nom a été
+altéré depuis, et changé en ceux _de Champron_, _de Champourri_,
+_de Champrousiers_, _des Champs-Rousiers_, _du Champ-Flori_ et _de
+Champrosy_. Le nom de Perpignan vient de celui d'un jeu de paume
+qui s'y trouvoit au commencement du seizième siècle.
+
+[Note 676: Part. A. p. 633, 707, 819, 825 et 836.--Hist. S. Mart., p.
+210.]
+
+[Note 677: Reg. capit. 5, p. 41.--Reg. capit., 1541.]
+
+_Rue Saint-Pierre-aux-Boeufs._ Elle donne d'un côté dans la rue des
+Marmouzets, et de l'autre elle aboutit au Parvis. On la trouve
+indiquée, dès 1206, sous le nom de la rue Saint-Pierre-aux-Boeufs.
+Guillot l'appelle rue _Saint-Pierre-à-Beus_. Les prisons du chapitre
+étoient anciennement situées dans cette rue.
+
+Le cul-de-sac Sainte-Marine est ouvert dans cette rue. Il portoit au
+douzième siècle le nom de _ruelle Sainte-Marine_. Une ordonnance du
+chapitre de Notre-Dame, du 26 août 1417, ordonna de fermer cette
+ruelle à l'une de ses extrémités[678]. Elle y est simplement désignée
+par ces mots: _Viculus contiguus Januæ claustris ante S. Johannem
+Rotundum._
+
+[Note 678: Reg., capit. 8, p. 165.]
+
+_Rue du Port-aux-OEufs._ Le Port-aux-OEufs est un des plus anciens de
+Paris. On en connoît l'emplacement par cette rue ou ruelle qui
+aboutissoit d'un côté dans la rue de la Pelleterie, et de l'autre à la
+rivière. En 1259 on la nommoit _ruelle Jean-Notteau_[679], en 1398
+elle s'appeloit _rue Garnier-Marcel_[680]. Le terrain de cette rue qui
+a été détruite est maintenant renfermé dans celui qu'occupe le marché
+aux Fleurs.
+
+[Note 679: Arch. de l'archev.]
+
+[Note 680: Cens. S. Élig., 1398.]
+
+_Le Terrain._ _Voy._ p. 208.
+
+_Rues Haute, Basse et du Milieu des Ursins._ Les deux premières sont
+traversées par celle qu'on appelle _du Milieu_, et aboutissent d'un
+côté dans la rue de Glatigny, et de l'autre dans celle de
+Saint-Landri. Elles tirent leur nom de Juvénal des Ursins, prévôt des
+marchands, qui occupoit un hôtel au port Saint-Landri. Cet hôtel étant
+tombé en ruines, fut rebâti vers le milieu du seizième siècle; et on
+ouvrit sur le terrain qu'il occupoit une rue qui fut appelée _rue du
+Milieu_. On croit reconnoître dans la rue Haute celle que Guillot
+appelle rue _de l'Ymage_.
+
+
+
+
+QUAIS DE LA CITÉ.
+
+
+_Quai des Orfèvres._ Il borde la partie méridionale de la cité, depuis
+le pont Neuf jusqu'au pont Saint-Michel. Dans le projet de
+construction du premier de ces deux ponts, on fit entrer celui
+d'ouvrir une rue qui allât au pont Saint-Michel, et de là à
+Notre-Dame. Pour l'exécuter, on coupa en partie l'île de la Gourdaine,
+du côté du grand cours de l'eau; on détruisit le moulin, et sur les
+deux côtés du triangle on construisit les deux quais que nous y voyons
+aujourd'hui. Ils furent commencés en 1580, ensuite interrompus, puis
+repris vers le temps où l'on achevoit le pont Neuf, enfin terminés en
+1611. L'année suivante, le président Jeannin obtint la permission d'y
+faire bâtir des maisons ou boutiques, partie sur le quai, partie sur
+la rivière, et des échoppes le long des murs du Palais: il n'y eut de
+construit que les échoppes qui viennent d'être abattues.
+
+_Quai de l'Horloge ou des Morfondus._ Il s'étend du côté septentrional
+de la Cité, depuis le pont Neuf jusqu'au pont au Change. Le nom de
+quai de l'Horloge lui vint de l'horloge du Palais, située à son
+extrémité; celui de quai _des Morfondus_ de sa situation qui est
+exposée au vent du nord.
+
+
+
+
+RUES DE L'ÎLE SAINT-LOUIS.
+
+
+_Rue de Bretonvilliers._ Elle aboutit à la rue Saint-Louis et sur le
+quai Dauphin. Elle doit son nom à l'hôtel qui est situé à l'extrémité
+méridionale de l'île.
+
+_Rue de la Femme-sans-Tête._ Elle aboutit d'un côté dans la rue
+Saint-Louis, et de l'autre sur le quai de Bourbon. Elle portoit dans
+toute sa longueur le nom de rue _Regrattier_. Une enseigne
+représentant une femme sans tête lui fit donner ce nom.
+
+_Rue Guillaume._ Elle aboutit d'un côté dans la rue Saint-Louis, de
+l'autre sur le quai d'Orléans, et doit son nom à Guillaume, père d'un
+des derniers entrepreneurs des bâtiments de l'île Saint-Louis.
+
+_Rue Saint-Louis._ Elle traverse l'île dans toute sa longueur, et doit
+ce nom à l'église qui s'y trouve située. Suivant le plan de Messager,
+elle porta d'abord le nom de _Palatine_ jusqu'à celle des Deux-Ponts;
+depuis celle-ci jusqu'au bout on l'appeloit rue _Carelle_. En 1654 on
+la nommoit rue _Marie_.
+
+_Rue des Deux-Ponts._ Elle est ainsi nommée à cause de sa situation
+entre le pont de la Tournelle et le pont Marie, auxquels elle
+communique par ses deux extrémités. Elle est appelée _rue Saint-Louis_
+sur le plan de Messager.
+
+_Rue Poulletier._ Elle traverse l'île Saint-Louis, et aboutit aux
+quais d'Alençon et des Balcons. Sur le plan de Messager elle est
+indiquée sous le nom _de Florentine_. Elle doit celui qu'elle porte à
+M. Le Poulletier, trésorier des Cent-Suisses, l'un des associés du
+sieur Marie.
+
+_Rue Regrattier._ C'est la prolongation de la rue de la
+Femme-sans-Tête. Elle aboutit au quai d'Orléans. Messager la nomme
+_rue Angélique_. Le nom qu'elle porte vient de celui de M. Le
+Regrattier, autre associé du sieur Marie. Elle porta d'abord ce nom
+dans toute sa longueur jusqu'au quai Bourbon.
+
+
+QUAIS DE L'ÎLE SAINT-LOUIS.
+
+_Quai de Bourbon._ Il s'étend sur le côté septentrional de l'île, à
+partir de la pointe qui regarde la Cité jusqu'au pont Marie.
+
+_Quai d'Anjou._ Ce quai fait la continuation du précédent, et du même
+côté jusqu'à l'extrémité orientale de l'île.
+
+_Quai d'Orléans._ Il commence, de même que le quai Bourbon, à la
+pointe de l'île, et s'étend, du côté méridional jusqu'au pont de la
+Tournelle.
+
+_Quai Dauphin_ ou _des Balcons_. C'est la continuation du quai
+d'Orléans; et de même que le quai d'Anjou, il vient finir à la pointe
+orientale de l'île.
+
+
+ANTIQUITÉS ROMAINES ET CELTIQUES
+
+DÉCOUVERTES DANS LA CITÉ.
+
+
+AUTEL DE JUPITER.
+
+Les plus connues de ces antiquités sont les pierres cubiques
+découvertes en 1712, sous le choeur de l'église cathédrale, elles sont
+au nombre de neuf, et toutes chargées sur leurs diverses faces de
+bas-reliefs et d'inscriptions. La plus grande a trois pieds et
+quelques pouces de hauteur, la plus petite environ un pied et demi.
+
+Sur l'une de ces pierres on lit l'inscription suivante:
+
+ TIB. CAESARE. AUG. JOVI. OPTUMO
+ MAXSUMO . . . . M. NAUTAE. PARISIAC.
+ PUBLICE POSIERUNT.
+
+En restituant les quatre lettres qui manquent dans l'espace fruste qui
+précède la lettre M, on traduit ainsi cette inscription: _Sous Tibère
+César Auguste, les_ NAUTES _parisiens ont publiquement élevé cet autel
+à Jupiter très-bon, très-grand._ Ainsi, le sujet du monument se trouve
+expliqué; et nous apprenons en même temps qu'il y avoit à Paris, sous
+le règne de Tibère, une association de gens qui y faisoient le
+commerce ou le transport des marchandises par eau.
+
+Ces pierres, toutes couvertes de bas-reliefs, présentent d'abord
+plusieurs divinités du paganisme indiquées par leurs noms: IOVIS
+(Jupiter), VOLCANVS (Vulcain), CASTOR (Castor); une autre figure
+placée à côté de celle-ci, et dont l'inscription a été effacée, est
+évidemment POLLVX. On a cru y reconnoître encore Vénus et Mercure;
+puis viennent ensuite deux divinités gauloises indiquées par ces deux
+mots: ESVS et CERNVNNOS, que l'on croit être le dieu de la guerre et
+celui qui présidoit aux forêts, le Mars et le Pan des Grecs et des
+Romains.
+
+On y voit encore un taureau surmonté de trois grues avec cette
+inscription: TARVOS TRIGARANVS (taureau à trois grues), animal
+mystique qui étoit pour les Gaulois un objet de vénération; puis des
+soldats armés de piques et de boucliers, un prêtre gaulois et
+plusieurs autres figures qui ont exercé la sagacité des antiquaires,
+et sur lesquelles on n'a pu présenter jusqu'à présent que des
+conjectures d'un assez médiocre intérêt.
+
+
+CIPPE ANTIQUE.
+
+Ce Cippe quadrangulaire fut découvert en 1784, et à une assez grande
+profondeur, dans une fouille que l'on fit en face de la rue de la
+Barillerie, pour établir les fondations d'une partie des bâtiments du
+Palais de Justice: il a cinq pieds dix pouces de hauteur, ne porte
+aucune inscription, et présente, sur ses quatre faces, des figures de
+trois pieds et demi de hauteur, parmi lesquelles on reconnoît
+facilement Mercure qui s'y montre accompagné de tous ses attributs.
+Une autre figure armée de l'arc et du carquois semble être une image
+d'Apollon; mais elle tient d'une main un poisson, et de l'autre
+s'appuie sur un gouvernail, ce qui pourroit aussi indiquer une
+divinité qui présidoit à la navigation; la troisième figure est celle
+d'une femme, et cette femme porte un caducée, attribut qui ne nous
+paroît pas pouvoir être facilement expliqué; enfin une quatrième
+figure a des ailes au dos, tient un globe à la main, et est coiffée du
+pétase ailé, symbole spécialement consacré au fils de _Maïa_. On s'est
+encore épuisé en conjectures sur ce monument, beaucoup plus qu'il ne
+méritoit; et nous nous garderons bien d'ennuyer nos lecteurs de cette
+obscure et stérile érudition.
+
+Au reste toutes ces sculptures, tant sur le cippe que sur l'autel,
+sont du travail le plus barbare[681].
+
+[Note 681: Elles sont déposées, partie au musée du Roi, partie au
+cabinet d'antiquités de la bibliothèque Royale.]
+
+
+MONUMENTS NOUVEAUX
+
+ET AUTRES CONSTRUCTIONS FAITES DEPUIS 1789.
+
+_Pont Neuf._ Ce pont vient d'être réparé et surbaissé à ses deux
+extrémités, ce qui en rend la pente plus douce. À côté du terre-plein
+qui porte la statue d'Henri IV, est placé l'un de ces établissemens
+publics connus sous le nom de _Bains-Vigier_. L'escalier qui conduit à
+ces bains est un morceau de charpente qui mérite d'être remarqué.
+
+_Place Dauphine._ Au milieu de cette place on a construit une
+fontaine, espèce de monument consacré à la mémoire du général Desaix,
+tué à la bataille de Marengo. Cette fontaine, dont la forme est ronde,
+s'élève sur un soubassement, composé d'assise de pierres en retraite,
+et orné d'inscriptions. Quatre têtes de lions versent l'eau dans des
+bassins circulaires; deux génies, une couronne de lauriers, des
+médaillons, des sphinx, deux fleuves, le Nil et le Pô, ornent la
+surface du piédestal, que surmonte le portrait du général français, en
+forme d'Hermès. Un jeune guerrier coiffé d'un casque et costumé à la
+grecque, lui pose une couronne sur la tête. Ce monument, d'un beau
+style, mais d'une exécution sèche et roide, a été sculpté par M.
+_Fortin_, sur les dessins de M. _Percier_.
+
+_Sainte-Chapelle._ La couverture de l'escalier extérieur de ce
+monument a été abattue: on répare, en ce moment, cet escalier qui
+restera découvert.
+
+_Grand'salle du Palais._ On y construit maintenant, dans la partie
+latérale, une grande niche qui sans doute est destinée à recevoir une
+statue colossale.
+
+_La Morgue._ C'est un lieu ouvert au public, où l'on dépose les
+cadavres des personnes mortes de mort violente, que la police a fait
+recueillir, et dont aucun signe ne constate l'identité. La Morgue,
+située autrefois dans les bâtimens du Grand-Châtelet, a été
+transportée, depuis la révolution, dans le quartier de la Cité, et
+dans un édifice que l'on a construit exprès pour cette destination.
+C'est un petit bâtiment carré, d'un bon style, orné de quatre
+pilastres doriques et de bossages. Il s'élève sur la place du Marché
+neuf, à l'un des angles du pont Saint-Michel.
+
+_Marché aux Fleurs._ Il a été construit, comme nous l'avons dit, sur
+le terrain qu'occupoit cette partie de la rue de la Pelleterie dont
+les maisons étoient situées sur le bord de l'eau; et il s'étend dans
+tout l'espace qui sépare le pont au Change du pont Notre-Dame. Cet
+espace a été planté d'arbres, et au milieu sont deux coupes
+circulaires, recevant l'eau d'une gerbe qui s'élève au milieu.
+
+_Église Saint-Pierre-des-Arcis._ C'est par erreur que nous avons dit
+qu'elle existoit encore. Elle vient d'être abattue; et sur la place
+qu'elle occupoit, on a ouvert une rue nouvelle qui porte le nom de rue
+_Neuve-du-Quai-aux-Fleurs_.
+
+_Parvis Notre-Dame._ Deux fontaines ornent cette place: elles sont
+formées par deux niches pratiquées dans le bâtiment des
+Enfants-Trouvés. Ces deux niches sont ornées de coquilles; et deux
+têtes de lions versent de l'eau dans des cuvettes que surmontent deux
+vases enrichis de feuillages et de bas reliefs.
+
+_Église Notre-Dame._ On a fait à cette église des réparations
+considérables, principalement au portail latéral nord, qui est
+remarquable par la richesse et la beauté de ses ornemens. Dans
+l'intérieur la nef a été garnie de nouveau, des deux côtés et dans
+toute son étendue, des tableaux dont on l'avoit dépouillée, à
+l'exception de deux ou trois des plus excellents qui sont restés dans
+le musée du Roi. Une nouvelle grille en fer, ornée de bronzes dorés et
+d'un très-beau travail, ferme l'entrée du choeur et les arcades du
+rond-point; et tous les lambris extérieurs de cette partie de l'église
+sont revêtus de marbres précieux, parsemés de fleurs de lys en bronze
+doré. Sur le toit de l'église, du côté du rond-point, on a élevé une
+croix dorée.
+
+La chapelle de la Vierge et celle qui la suit, sont ornées de trois
+tableaux donnés par la ville, et exécutés par des artistes modernes:
+la Mort de la Vierge, par M. _A. Pujol_; la Résurrection du fils de la
+veuve de Naïm, par M. _Gauterot_; la descente de Jésus-Christ aux
+Limbes, par M. _Delorme_. Deux de ces tableaux doivent surtout être
+remarqués pour le mérite de la composition et de l'exécution.
+
+Dans la chapelle située à gauche de celle de la Vierge, est le
+monument du cardinal de Belloy, archevêque de Paris, mort en 1808. Ce
+mausolée, d'une grande dimension, représente le prélat assis sur son
+sarcophage; d'une main il donne une bourse à des femmes qui la
+reçoivent avec l'expression d'une vive reconnoissance; de l'autre il
+tient le livre des Psaumes ouvert sur ce verset: _Beatus qui
+intelligit super egenum et pauperem; in die malâ liberabit eum
+Dominus_ (Ps. XL, I); à ses côtés un prêtre porte la crosse cardinale
+à double bec; à ses pieds sont placés d'autres attributs de sa
+dignité. M. _Desenne_ est l'auteur de ce groupe dont la composition
+est digne d'éloge, et qui présente, surtout dans les draperies, de
+véritables beautés d'exécution.
+
+_Archevêché._ Tout ce qui restoit encore des anciennes constructions
+du palais épiscopal, depuis et non compris la chapelle jusqu'à
+l'Hôtel-Dieu, a été démoli; ce terrain a été clos de murs, et des deux
+côtés on a placé des loges de portier. Du côté où est le bâtiment neuf
+qui sert maintenant de demeure aux archevêques, il a été ouvert une
+porte d'entrée et élevé un mur qui sert d'enclos à ce bâtiment. Le
+jardin qui se prolonge ensuite jusqu'au quai est en partie entouré
+d'une grille en fer; et dans ce jardin on a renfermé le terrain
+qu'occupoit la rue dite _de l'Abreuvoir_.
+
+_Pont de la Cité._ Ce pont, qui a remplacé le pont Rouge, est formé de
+deux arches en bois, lesquelles sont portées sur un pilier de
+maçonnerie, placé au milieu du petit-bras de la Seine qui sépare les
+deux îles de la Cité et de Saint-Louis. Ce pont, recouvert en
+fer-blanc peint, avoit toutes les apparences d'un pont en pierres;
+mais il avoit été construit avec si peu de solidité, que, quoiqu'il
+n'y passât que des gens de pied, il menaçoit ruine au bout de quelques
+années, et qu'il a fallu le réédifier. Les nouveaux arceaux, composés
+de plusieurs pièces de bois liées ensemble par des bandes de fer,
+offrent l'aspect d'une charpente solide et bien exécutée. Cette
+charpente est restée à découvert.
+
+
+QUAIS NOUVEAUX.
+
+_Quais Nouveaux._ Ils font la continuation des deux quais des
+_Orfèvres_ et _de l'Horloge_, et entourent l'île entière de la Cité, à
+l'exception de l'Hôtel-Dieu, et du groupe de maisons qui touche
+l'angle du Petit pont vers le marché Neuf.
+
+Au côté méridional, le quai qui a pris la place de la rue Saint-Louis,
+et qui se prolonge jusqu'au Marché-Neuf, a pris le nom du quai des
+Orfèvres dont il est la continuation.
+
+Au côté septentrional, la partie du quai qui suit celui de l'Horloge,
+porte depuis le pont au Change jusqu'au pont Notre-Dame le nom de
+_quai aux Fleurs_; depuis ce dernier pont jusqu'à celui de la Cité, on
+le nomme _quai de la Cité_; en retour et jusqu'au pont au Double, il
+n'a point encore de dénomination: il est probable qu'on le nommera
+_quai de l'Archevêché_.
+
+
+FIN DU QUARTIER DE LA CITÉ,
+
+ET DE LA PREMIÈRE PARTIE DU PREMIER VOLUME.
+
+
+
+
+TABLE DES MATIÈRES.
+
+
+PREMIER VOLUME.--PREMIÈRE PARTIE.
+
+ Pages.
+
+ Dédicace au Roi.
+
+ Avertissement de l'auteur. j
+
+ Discours préliminaire. 1
+
+ Enceintes de Paris. 28
+
+
+QUARTIER DE LA CITÉ.
+
+ Paris sous les deux premières races. 43
+
+ Le pont Neuf. 85
+
+ La Samaritaine. 100
+
+ La place Dauphine. 102
+
+ La Sainte-Chapelle. 107
+
+ Le Trésor des chartes. 123
+
+ Le Palais de Justice. 124
+
+ Le Grand Conseil. 170
+
+ La Chambre des Comptes. 180
+
+ La Cour des Aides. 185
+
+ Bailliage du palais, Chancellerie du palais, Chambre
+ du domaine et du trésor, Siége général de la Table
+ de marbre. 190
+
+ Églises et Monastères. 191
+
+ Couvent des Barnabites. 224
+
+ Pyramide de Jean Châtel. 228
+
+ Saint-Barthélemi. 250
+
+ Saint-Pierre-des-Arcis. 255
+
+ Sainte-Croix de la Cité. 259
+
+ Saint-Germain-le-Vieux. 261
+
+ La Magdeleine. 265
+
+ Saint-Denis-de-la-Chartre. 268
+
+ Saint-Symphorien _ou_ Chapelle Saint-Luc. 273
+
+ Saint-Landri. 276
+
+ La chapelle Saint-Agnan. 280
+
+ Sainte-Marine. 283
+
+ Saint-Pierre-aux-Boeufs. 285
+
+ Saint-Christophe. 286
+
+ Sainte-Geneviève-des-Ardents. 288
+
+ Notre-Dame. 292
+
+ Archevêché. 327
+
+ Le chapitre de Notre-Dame. 355
+
+ Saint-Jean-le-Rond. 361
+
+ Saint-Denis-du-Pas. 364
+
+ Hôtel-Dieu. 366
+
+ Parvis de Notre-Dame. 380
+
+ Maison des Enfants-Trouvés. 384
+
+ Ponts de la Cité. 391
+
+ Pont au Change. _ibid._
+
+ Pont Saint-Michel. 395
+
+ Pont Notre-Dame. 396
+
+ Petit pont. 400
+
+ Pont Rouge. 402
+
+ Hôtels de la Cité. 404
+
+ Arcade de la Chambre des Comptes. 405
+
+ Île Saint-Louis. 408
+
+ Saint-Louis. 412
+
+ Hôtels de l'île Saint-Louis. 415
+
+ Pont Marie. 420
+
+ Pont de la Tournelle. 421
+
+ L'île Louvier. 423
+
+ Rues. 425
+
+ Rues et quais de la Cité. 442
+
+ Rues et quais de l'île Saint-Louis. 460
+
+ Antiquités romaines et celtiques. 461
+
+ Monuments nouveaux. 464
+
+
+_Erratum._ P. 57, ligne 6 de la note, _Ledis_; lisez _Lides_.
+
+
+
+
+
+End of the Project Gutenberg EBook of Tableau historique et pittoresque de
+Paris depuis les Gaulois jusqu'à  nos jours (Volume 1/8), by Jacques-Maximilien Benjamin Bins de Saint-Victor
+
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+including obsolete, old, middle-aged and new computers. It exists
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+Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
+and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
+To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
+and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
+and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.
+
+
+Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive
+Foundation
+
+The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
+501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
+state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
+Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
+number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at
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+Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
+permitted by U.S. federal laws and your state's laws.
+
+The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
+Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
+throughout numerous locations. Its business office is located at
+809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
+business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact
+information can be found at the Foundation's web site and official
+page at http://pglaf.org
+
+For additional contact information:
+ Dr. Gregory B. Newby
+ Chief Executive and Director
+ gbnewby@pglaf.org
+
+
+Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation
+
+Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
+spread public support and donations to carry out its mission of
+increasing the number of public domain and licensed works that can be
+freely distributed in machine readable form accessible by the widest
+array of equipment including outdated equipment. Many small donations
+($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
+status with the IRS.
+
+The Foundation is committed to complying with the laws regulating
+charities and charitable donations in all 50 states of the United
+States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
+considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
+with these requirements. We do not solicit donations in locations
+where we have not received written confirmation of compliance. To
+SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
+particular state visit http://pglaf.org
+
+While we cannot and do not solicit contributions from states where we
+have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
+against accepting unsolicited donations from donors in such states who
+approach us with offers to donate.
+
+International donations are gratefully accepted, but we cannot make
+any statements concerning tax treatment of donations received from
+outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff.
+
+Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
+methods and addresses. Donations are accepted in a number of other
+ways including checks, online payments and credit card donations.
+To donate, please visit: http://pglaf.org/donate
+
+
+Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic
+works.
+
+Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
+concept of a library of electronic works that could be freely shared
+with anyone. For thirty years, he produced and distributed Project
+Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.
+
+
+Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
+editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
+unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily
+keep eBooks in compliance with any particular paper edition.
+
+
+Most people start at our Web site which has the main PG search facility:
+
+ http://www.gutenberg.org
+
+This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
+including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
+Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
+subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.
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+<!DOCTYPE html PUBLIC "-//W3C//DTD HTML 4.01 Transitional//EN">
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+<head>
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+<title>The Project Gutenberg e-Book of Tableau Historique et Pittoresque de Paris (1/8); Author: J. B. de Saint-Victor.</title>
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+<body>
+
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+<pre>
+
+The Project Gutenberg EBook of Tableau historique et pittoresque de Paris
+depuis les Gaulois jusqu'à  nos jours (Volume 1/8), by Jacques-Maximilien Benjamin Bins de Saint-Victor
+
+This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
+almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
+re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
+with this eBook or online at www.gutenberg.org/license
+
+
+Title: Tableau historique et pittoresque de Paris depuis les Gaulois jusqu'à  nos jours (Volume 1/8)
+
+Author: Jacques-Maximilien Benjamin Bins de Saint-Victor
+
+Release Date: June 1, 2012 [EBook #39880]
+
+Language: French
+
+Character set encoding: ISO-8859-1
+
+*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK TABLEAU HISTORIQUE ET ***
+
+
+
+
+Produced by Mireille Harmelin, Guy de Montpellier, Christine
+P. Travers and the Online Distributed Proofreading Team
+at http://www.pgdp.net (This file was produced from images
+generously made available by the Bibliothèque nationale
+de France (BnF/Gallica) at http://gallica.bnf.fr)
+
+
+
+
+
+
+</pre>
+
+
+<p class="p4 center">TABLEAU<br>
+ HISTORIQUE ET PITTORESQUE<br>
+ DE PARIS.</p>
+
+<p class="p4 center small">IMPRIMERIE DE COSSON, RUE GARENCIÈRE, N<sup>o</sup> 5.</p>
+
+<h1>TABLEAU<br>
+<span class="smaller">HISTORIQUE ET PITTORESQUE</span><br>
+ DE PARIS,<br>
+<span class="smaller">DEPUIS LES GAULOIS JUSQU'À NOS JOURS.</span></h1>
+
+<p class="p2 center">Dédié au Roi<br>
+ Par J. B. de Saint-Victor.</p>
+
+<p class="p2 center"><i>Seconde Édition</i>,<br>
+ <span class="smcap small">REVUE, CORRIGÉE ET AUGMENTÉE</span>.<br>
+ TOME PREMIER.&mdash;PREMIÈRE PARTIE.</p>
+
+<p class="right15"><i>Miratur molem..... Magalia quondam.</i><br>
+ <span class="smcap">Æneid.</span>, lib. 1.</p>
+
+<a id="img001" name="img001"></a>
+<div class="figcenter">
+<img src="images/img001.jpg" width="100" height="93" alt="Enseigne" title="">
+</div>
+
+<p class="p4 center smaller">PARIS,<br>
+ LIBRAIRIE DE CHARLES GOSSELIN,<br>
+ <span class="smcap">RUE DE SEINE, N<sup>o</sup> 12.</span></p>
+
+<p class="center">M DCCC XXII.</p>
+
+<h2><span class="pagenum"><a id="pagei" name="pagei"></a>(p. i)</span> AVERTISSEMENT.</h2>
+
+<p>Il y a plus de deux siècles qu'on écrit sur Paris et sur ses antiquités.
+Ce sujet a fait naître une foule d'ouvrages où toutes les recherches
+semblent avoir été épuisées; et cependant il restoit encore un bon livre
+à faire sur cette cité célèbre, un livre sinon plus savant, du moins
+plus utile et mieux conçu que tous ceux qui ont été faits jusqu'à
+présent.</p>
+
+<p>Paris peut être considéré sous les rapports divers de ses antiquités
+religieuses, de ses institutions <span class="pagenum"><a id="pageii" name="pageii"></a>(p. ii)</span> civiles et politiques, des
+révolutions qu'il a éprouvées, des m&oelig;urs et des coutumes de ses
+habitants, des faits historiques dont il a été le théâtre, des monuments
+des arts qu'il renferme, etc. L'ensemble de ces rapports dans ce qu'ils
+ont de plus curieux et de plus important peut seul constituer une
+description intéressante d'une ville que tous les peuples de l'Europe,
+toutes les classes de la société sont avides de connoître; et jusqu'ici
+cependant aucun de ceux qui en ont écrit l'histoire, ne l'a conçue sur
+ce plan général, n'en a même rempli quelques parties à la fois d'une
+manière satisfaisante.</p>
+
+<p>On ne connoît sur Paris aucun livre qui ait été écrit avant le règne
+<span class="pagenum"><a id="pageiii" name="pageiii"></a>(p. iii)</span> de François I<sup>er</sup>. À cette époque<a id="footnotetag1" name="footnotetag1"></a><a href="#footnote1" title="Go to footnote 1"><span class="smaller normal">[1]</span></a> un libraire, nommé
+<i>Corrozet</i>, publia un ouvrage ayant pour titre: <i>La Fleur des
+antiquités, singularités et excellences de la ville de Paris.</i> Ce livre
+fut réimprimé environ cinquante ans après, avec quelques augmentations,
+par un autre libraire, nommé <i>Bonfons</i>. Il n'a maintenant d'autre mérite
+que celui de son ancienneté; et ces deux auteurs ne s'y montrent exacts
+que lorsqu'ils parlent de l'état des choses, telles qu'elles étoient
+alors, et qu'elles se présentoient à leurs yeux.</p>
+
+<p>L'un et l'autre manquoient de lumières et de critique. Un religieux
+<span class="pagenum"><a id="pageiv" name="pageiv"></a>(p. iv)</span> bénédictin de Saint-Germain-des-Prés, dom Jacques du Breul,
+revit leur travail, consulta les titres, fit des recherches, corrigea
+leurs erreurs, et perfectionnant cette informe ébauche, en fit un livre
+nouveau<a id="footnotetag2" name="footnotetag2"></a><a href="#footnote2" title="Go to footnote 2"><span class="smaller normal">[2]</span></a>, qu'il fit paroître au commencement du dix-septième siècle.
+On trouve dans cet ouvrage des renseignements précieux, et qui ont été
+d'une grande utilité à ceux qui ont écrit après lui: cependant, sans
+compter que Paris a entièrement changé de face depuis cette époque, son
+livre contient encore <span class="pagenum"><a id="pagev" name="pagev"></a>(p. v)</span> beaucoup d'erreurs, qu'il lui étoit sans
+doute impossible d'éviter, parce que la matière étoit trop vaste pour
+qu'un seul homme pût d'abord tout débrouiller et tout arranger.</p>
+
+<p>Ces premiers ouvrages donnèrent naissance à des compilations, à des
+abrégés plus ou moins médiocres qui n'apprenoient rien de nouveau. Une
+dispute qui s'éleva quelques années après, entre deux savants<a id="footnotetag3" name="footnotetag3"></a><a href="#footnote3" title="Go to footnote 3"><span class="smaller normal">[3]</span></a>, sur
+nos anciennes églises, sans éclaircir beaucoup la question qu'ils
+traitoient, répandit quelques nouvelles lumières sur les antiquités de
+Paris. <span class="pagenum"><a id="pagevi" name="pagevi"></a>(p. vi)</span> Pendant ce temps, Henri Sauval, avocat au parlement,
+travailloit à nous donner des connoissances plus exactes et plus
+étendues sur un sujet aussi important. Il recueillit, dans les dépôts
+publics et dans les archives particulières, une quantité prodigieuse de
+documents et de titres sur l'état ancien et moderne de la ville de
+Paris, les lut, les dépouilla avec une patience infatigable; mais n'eut
+ni le temps ni peut-être le talent de les mettre en ordre, de les
+comparer, de les vérifier. Il en est résulté que son immense recueil
+n'est qu'un amas informe de matériaux confondus ensemble, et dont il est
+impossible d'user sans y apporter les plus grandes précautions.
+<span class="pagenum"><a id="pagevii" name="pagevii"></a>(p. vii)</span> Il est plein de répétitions, de détails fatigants, de
+trivialités, inexact dans les faits, peu judicieux dans les réflexions;
+et ses erreurs sur une foule de matières, principalement sur
+l'appréciation des monuments, sont telles, qu'elles seroient
+insupportables aujourd'hui aux personnes même les moins éclairées.</p>
+
+<p>Cependant tant d'éléments divers, amassés par ce laborieux écrivain,
+pouvoient servir à construire un édifice régulier, et il n'étoit besoin
+que d'un esprit sage et patient qui sût choisir et ordonner, pour en
+tirer une bonne histoire de Paris. D. D. Félibien et Lobineau, deux
+religieux bénédictins, <span class="pagenum"><a id="pageviii" name="pageviii"></a>(p. viii)</span> l'entreprirent avec succès, mais
+plutôt en savants qu'en littérateurs. Leur compilation est exacte,
+méthodique, mais sèche et minutieuse: les grands et les petits
+événements y sont racontés du même style, avec la même prolixité; et ces
+récits diffus et monotones ne peuvent être lus avec fruit et patience
+que par des érudits. Saint-Foix, au contraire, dans ses <i>Essais sur
+Paris</i>, a moins voulu faire une description exacte de cette ville, que
+produire, à l'occasion de quelques-uns de ses quartiers, de quelques
+rues, qu'il trouve tout simple de présenter par ordre alphabétique, des
+opinions nouvelles et bizarres, des traits hardis, satiriques et
+licencieux. <span class="pagenum"><a id="pageix" name="pageix"></a>(p. ix)</span> Son livre, qui eut beaucoup de succès dans un temps
+où un esprit de mutinerie et d'insolence contre toute autorité étoit un
+sûr moyen de réussir dans toute production littéraire, est justement
+considéré aujourd'hui comme l'ouvrage d'un homme qui joignoit à quelque
+vivacité d'esprit, un jugement faux et une inexpérience complète sur les
+grandes questions de morale et de politique qu'il a l'audace de traiter
+à chaque instant. C'est de tous les écrivains sur Paris celui que nous
+avons lu et consulté avec le plus de défiance et de précaution; il nous
+a été d'ailleurs d'un très-foible secours, ayant puisé lui-même dans
+Sauval, et le plus souvent sans critique, <span class="pagenum"><a id="pagex" name="pagex"></a>(p. x)</span> presque toutes les
+particularités dont se compose la compilation très-incomplète qu'il a
+publiée.</p>
+
+<p>Nous ne parlerons point de Piganiol de la Force, le compilateur
+peut-être le plus ennuyeux, le plus dépourvu de discernement et de goût,
+parmi tous ceux qui ont entrepris de faire l'inventaire des monuments de
+Paris, de ses rues, et des curiosités dont il est rempli. Il n'est
+presque rien dans son livre qu'on ne trouve ailleurs plus exactement
+présenté et plus clairement décrit.</p>
+
+<p>Le commissaire Delamare dans son Traité de la Police, Jaillot dans ses
+<i>Recherches</i>, l'abbé Lebeuf dans son <i>Histoire du Diocèse <span class="pagenum"><a id="pagexi" name="pagexi"></a>(p. xi)</span> de
+Paris</i>, se sont montrés fort supérieurs à ceux qui les avoient précédés
+et à ceux qui les ont suivis. On diroit qu'ils se sont partagés entre
+eux un si vaste sujet, chacun en ayant traité plus spécialement une des
+parties dont il se compose; et tous les trois ayant porté, dans leurs
+travaux, une érudition et un discernement qui semblent ne pouvoir être
+surpassés. Sur la topographie ancienne et nouvelle de Paris, sur
+l'origine de ses monuments, sur ses institutions civiles et religieuses,
+sur toutes les parties de son administration, on peut dire qu'ils ont en
+quelque sorte épuisé la matière, et que leurs savants travaux laissent
+peu de choses à <span class="pagenum"><a id="pagexii" name="pagexii"></a>(p. xii)</span> désirer; mais ce seroit vainement encore qu'on
+y chercheroit cet ensemble, cet accord de toutes les parties, sans
+lequel un ouvrage ne peut être bon, et quelques-uns de ces agréments du
+langage qui seuls font lire les bons ouvrages et en assurent le succès
+et la durée. Ils ont rassemblé d'excellents matériaux pour une histoire
+de Paris; mais cette histoire, aucun d'eux ne l'a faite, et n'a même
+pensé à la faire.</p>
+
+<p>Toutefois ici finit la liste des écrivains qu'il nous est permis de
+citer. Après eux viennent en foule des compilateurs sans jugement, sans
+goût, dépourvus de toute critique, qui ramassent indistinctement tout ce
+qu'ont recueilli <span class="pagenum"><a id="pagexiii" name="pagexiii"></a>(p. xiii)</span> leurs devanciers, et en composent des
+rapsodies, dont pas une ne mérite même l'honneur d'être nommée<a id="footnotetag4" name="footnotetag4"></a><a href="#footnote4" title="Go to footnote 4"><span class="smaller normal">[4]</span></a>.</p>
+
+<p>Nous ne craignons donc pas de le dire, il n'existe pas encore un seul
+ouvrage où Paris soit considéré sous tous les rapports qui peuvent le
+faire bien connoître; où la description de ses monuments soit
+accompagnée d'une critique judicieuse sur leur véritable <span class="pagenum"><a id="pagexiv" name="pagexiv"></a>(p. xiv)</span>
+mérite; où les faits historiques, se liant aux peintures de m&oelig;urs,
+soient présentés dans cette juste mesure qui les rend curieux et
+attachants. On ne trouve dans aucun une marche claire et méthodique;
+aucun n'a donné un tableau complet et bien ordonné des diverses
+révolutions que cette ville célèbre a éprouvées.</p>
+
+<p>Ce qu'ils n'ont point fait nous avons essayé de le faire: voici donc le
+plan que nous nous sommes tracé, et qu'autant qu'il est en nous, nous
+nous sommes efforcés de remplir.</p>
+
+<p>Adoptant une division depuis long-temps consacrée, nous avons partagé en
+ses vingt quartiers la ville immense que nous avions à <span class="pagenum"><a id="pagexv" name="pagexv"></a>(p. xv)</span> décrire;
+passant de là, et dans un ordre également consacré à la description
+particulière de chacun de ces quartiers, nous en avons d'abord présenté
+le tableau topographique, puis nous avons indiqué les accroissements
+qu'il a pu successivement recevoir. Viennent ensuite les institutions et
+les monuments, dans lesquels ce qui est religieux précède, autant qu'il
+est possible, ce qui n'est que civil et politique; de même que les
+origines et les antiquités sont discutées et expliquées avant que nous
+traitions de ce qui touche les productions des beaux-arts et les autres
+objets de détail purement matériels; et ces objets, dont l'importance
+sans doute est beaucoup <span class="pagenum"><a id="pagexvi" name="pagexvi"></a>(p. xvi)</span> moindre, sans être séparés de
+l'historique du monument ou de l'institution à laquelle ils
+appartiennent, y reçoivent une place et un classement tout particulier.
+Par un semblable motif, tout ce qui concerne les rues, les places
+publiques, leurs origines et leurs étymologies, est rejeté à la fin de
+chaque division; et là, rangé suivant l'ordre alphabétique, peut y être
+ou lu ou simplement consulté. Au milieu de tant de descriptions et de
+récits divers qui se suivent ainsi (nous le croyons du moins), sans
+embarras et sans confusion, nous avons introduit, lorsqu'il nous a
+semblé convenable de le faire et que l'occasion s'en est naturellement
+présentée, des dissertations <span class="pagenum"><a id="pagexvii" name="pagexvii"></a>(p. xvii)</span> générales sur plusieurs points
+les plus intéressants de nos anciennes traditions, tels que l'origine
+des églises et des monastères, celles des confréries, des corps de
+métiers, de l'université, des parlements, etc, etc.</p>
+
+<p>Ce n'étoit point assez: le récit des grands événements dont Paris a été
+le théâtre pendant une si longue suite de siècles, pouvoit seul animer
+une semblable composition, en lier entre elles toutes les parties
+naturellement incohérentes, rompre la monotonie sans doute inévitable de
+tant de descriptions accumulées, mettre enfin dans leur véritable jour
+l'ensemble et les détails de cet immense tableau. C'étoit là une
+difficulté <span class="pagenum"><a id="pagexviii" name="pagexviii"></a>(p. xviii)</span> que n'avoit essayé de vaincre aucun de ceux qui
+ont écrit l'histoire de Paris: nous avons cru toutefois qu'elle n'étoit
+pas invincible. Ayant donc ainsi distribué la ville en ses vingt
+quartiers, nous avons imaginé de partager en dix époques l'histoire de
+ses révolutions; et nous les avons tellement disposées, que chacune
+d'elles s'est presque toujours rattachée par quelques circonstances
+frappantes et singulières aux deux quartiers auxquels elle sert, pour
+ainsi dire, d'introduction; et cette disposition nous l'avons combinée
+de manière que les trois principales époques de cette histoire se
+trouvant placées à la tête de chacun <span class="pagenum"><a id="pagexix" name="pagexix"></a>(p. xix)</span> des trois volumes dont se
+compose l'ouvrage entier, elles sont ainsi devenues pour chacun de ces
+volumes une sorte d'introduction d'une importance plus grande, d'un plus
+vif intérêt, et celle en effet qu'il devoit avoir. En tête du premier
+volume est placée l'histoire de Paris sous les deux premières races,
+alors que la ville étoit circonscrite et renfermée dans cette île que
+l'on appelle aujourd'hui le <i>quartier de la Cité</i>, quartier le plus
+ancien de tous, et le premier dans l'ordre des descriptions. Au
+commencement du second volume, nous racontons les querelles sanglantes
+des <i>Armagnacs</i> et des <i>Bourguignons</i>, sous le malheureux <span class="pagenum"><a id="pagexx" name="pagexx"></a>(p. xx)</span> règne
+de Charles VI, querelles dont la partie septentrionale de Paris, qui
+occupe tout ce volume, fut le théâtre principal. Enfin le récit des
+guerres de religion, depuis le règne de François II jusqu'à la prise de
+Paris par Henri IV, commence le troisième volume, consacré tout entier à
+la description de la partie méridionale de Paris; et l'on sait que ce
+fut dans cette partie de la ville que se passèrent les scènes les plus
+tragiques et les plus tumultueuses de cette époque de calamités;
+qu'elles s'y renouvelèrent même si fréquemment et pendant un si long
+espace de temps, que le faubourg Saint-Germain <span class="pagenum"><a id="pagexxi" name="pagexxi"></a>(p. xxi)</span> en avoit reçu
+le nom de <i>Petite Genève</i><a id="footnotetag5" name="footnotetag5"></a><a href="#footnote5" title="Go to footnote 5"><span class="smaller normal">[5]</span></a>.</p>
+
+<p>Ce plan a obtenu les suffrages du public; on a de même approuvé le parti
+que nous avons pris de faire une simple énumération des innombrables
+productions des arts dont jadis étoient ornés les églises et autres
+monuments que nous <span class="pagenum"><a id="pagexxii" name="pagexxii"></a>(p. xxii)</span> avons décrits, indiquant ensuite dans des
+notes plus ou moins étendues, celles qui méritoient d'être remarquées,
+soit par l'excellence de l'exécution, soit par quelque singularité ou
+circonstance particulière qui pouvoit leur donner une sorte d'intérêt.
+C'étoit en effet le seul moyen de ne rien oublier et cependant de ne
+rien confondre; d'éviter l'examen fastidieux et la critique fatigante de
+tant de peintures et sculptures, ou mauvaises ou du moins médiocres, et
+par conséquent au-dessous de toute critique et de tout examen; et au
+milieu de cet amas d'objets si peu dignes d'occuper le lecteur, de lui
+faire distinguer nettement et promptement ce qui <span class="pagenum"><a id="pagexxiii" name="pagexxiii"></a>(p. xxiii)</span> devoit
+arrêter sa pensée et ses regards. Nous ne craignons pas de dire que rien
+n'a plus contribué que cette disposition si simple, si facile, et que
+cependant aucun historien de Paris n'avoit imaginée avant nous, à
+répandre l'ordre et la clarté dans ce qui n'avoit été jusqu'alors que
+désordre et confusion. Au reste, nous ne nous ferons point un mérite
+d'avoir mieux apprécié ces productions des arts que nos devanciers; sur
+ce point tout étoit à faire: les plus habiles eux-mêmes n'y entendoient
+rien; les autres ont servilement copié ce qui avoit été écrit avant eux;
+et de tous les jugements qui ont été portés sur un si grand nombre
+<span class="pagenum"><a id="pagexxiv" name="pagexxiv"></a>(p. xxiv)</span> de statues, de tableaux, de monuments d'architecture, il n'en
+étoit peut-être pas un seul qui ne fût à réformer.</p>
+
+<p>Ce n'étoit point encore assez: un ouvrage du genre de celui-ci devient,
+presque à chaque page, obscur et quelquefois inintelligible, s'il n'est
+accompagné de cartes, de plans, de vues perspectives qui, au milieu de
+tant de descriptions purement matérielles, font saisir aux yeux ce que
+la parole est souvent impuissante à exprimer, et en sont alors
+l'indispensable complément. Sous ce rapport, notre première édition ne
+laissoit rien à désirer: elle étoit enrichie d'une collection de trois
+cents planches ou vignettes, qui <span class="pagenum"><a id="pagexxv" name="pagexxv"></a>(p. xxv)</span> offroient non-seulement la
+topographie complète de Paris dans tous ses détails, à toutes ses
+époques et avec tous ses développements, mais encore tous ses monuments
+actuellement existants, tous ceux que la révolution a détruits, tous
+ceux qui n'existoient déjà plus avant cette époque désastreuse, et dont
+quelques traces nous ont été conservées, ou dans des gravures
+extrêmement rares, ou dans des dessins inédits. Cette collection
+précieuse et jusqu'à présent unique en son espèce, étoit jointe au texte
+de cette première édition: elle accompagne la seconde dans un atlas
+in-4<sup>o</sup>, où elle a été arrangée dans l'ordre le <span class="pagenum"><a id="pagexxvi" name="pagexxvi"></a>(p. xxvi)</span> plus
+méthodique, chaque planche portant un numéro qui correspond exactement
+aux renvois indiqués dans le texte.</p>
+
+<p>Dans cette édition nouvelle, de même que dans l'autre, nous nous
+arrêtons à l'année 1789, époque à laquelle commence <i>matériellement</i> la
+révolution, époque que nous considérions, lorsque nous conçûmes la
+première idée de cet ouvrage, comme la fin de la monarchie. Nous nous y
+arrêtons, parce que l'histoire de cette révolution ne peut être traitée
+ni légèrement ni aussi succinctement qu'il le faudroit pour pouvoir
+trouver place dans un livre tel que le nôtre. Peut-être même, malgré
+l'heureux événement qui nous a <span class="pagenum"><a id="pagexxvii" name="pagexxvii"></a>(p. xxvii)</span> rendu nos princes légitimes,
+ne sommes-nous point arrivés au moment où il est possible d'en tracer le
+tableau hideux avec toutes les couleurs qui peuvent le rendre
+ressemblant, et où il soit permis de dire toute la vérité sur les hommes
+et sur les choses. Plus nous sommes pénétrés d'horreur pour les crimes
+inouïs qui ont amené et consommé ce grand bouleversement de la société,
+plus nous nous sentons timides à entamer de pareils récits; et ainsi que
+nous le disions alors, et que nous le répétons encore aujourd'hui: <i>ces
+récits sont réservés à d'autres temps et à des plumes plus éloquentes
+que la nôtre.</i></p>
+
+<p>Mais du moins avons-nous <span class="pagenum"><a id="pagexxviii" name="pagexxviii"></a>(p. xxviii)</span> profité de l'expérience que ce
+grand événement dont le triste spectacle a passé tout entier sous nos
+yeux, nous a en quelque sorte forcé d'acquérir, pour rectifier les
+erreurs et les négligences dans lesquelles nous étions tombé sur un
+grand nombre de points très-importants de nos origines, sur le vrai
+caractère de certaines institutions, sur les causes secrètes de certains
+événements, sur ce qui a pu se faire de juste ou d'injuste, d'utile ou
+de pernicieux dans cette longue suite de siècles qu'il nous a fallu
+parcourir. Ces erreurs étoient celles des écrivains qui nous avoient
+précédé: presque tous ont écrit notre histoire avec les préjugés
+funestes qui ont amené <span class="pagenum"><a id="pagexxix" name="pagexxix"></a>(p. xxix)</span> notre ruine, et nous nous étions
+légèrement et malheureusement engagé sur les traces de ces historiens ou
+passionnés ou superficiels. La révolution française semble avoir été
+envoyée par la Providence pour <i>enseigner toute vérité</i><a id="footnotetag6" name="footnotetag6"></a><a href="#footnote6" title="Go to footnote 6"><span class="smaller normal">[6]</span></a> aux hommes de
+c&oelig;ur droit et <i>de bonne volonté</i><a id="footnotetag7" name="footnotetag7"></a><a href="#footnote7" title="Go to footnote 7"><span class="smaller normal">[7]</span></a>. Arrivé à cette maturité de l'âge
+où il est donné de mieux voir et de mieux comprendre, nous avons fait en
+sorte de profiter de cet avertissement du ciel; et c'est une véritable
+satisfaction pour nous d'avoir cette occasion de protester contre ce que
+nous écrivions, il <span class="pagenum"><a id="pagexxx" name="pagexxx"></a>(p. xxx)</span> y a quinze ans, sur la féodalité, sur le
+gouvernement de la France pendant la durée des deux premières races, sur
+plusieurs attributions du clergé dont nous n'avions point assez apprécié
+l'influence salutaire, sur nos parlements dont nous n'avions point assez
+fait connoître les fautes et les torts, sur l'université qui méritoit
+plus de blâme encore que nous ne lui en avons donné, sur les jésuites
+que nous n'avons point assez défendus contre leurs ennemis et leurs
+calomniateurs, etc., etc., et nous osons espérer que tous les honnêtes
+gens protesteront avec nous contre ce que nous écrivions alors, en
+faveur <span class="pagenum"><a id="pagexxxi" name="pagexxxi"></a>(p. xxxi)</span> de ce que nous écrivons aujourd'hui.</p>
+
+<p>Enfin, dans cette seconde édition, il y a plus d'ordre et de clarté dans
+l'arrangement des matières: beaucoup de détails qui nous étoient
+échappés dans la première, y ont été soigneusement recueillis; quelques
+passages qui avoient semblé obscurs ont été éclaircis et développés; et
+ce qui lui donne principalement sur l'autre un immense avantage, c'est
+qu'ici nous ne marchons au milieu de tant de souvenirs confus, de tant
+de ruines accumulées, qu'appuyés sur l'<i>autorité</i>, ce que d'abord nous
+n'avions point fait avec un aussi grand soin; que nous ne présentons
+<span class="pagenum"><a id="pagexxxii" name="pagexxxii"></a>(p. xxxii)</span> pas un fait seul sans citer tous les témoignages que la
+saine critique nous permet d'appeler comme garants de ce que nous
+croyons devoir en nier ou en affirmer; de manière que les choses même
+les plus vraies que nous avons pu dire dans la première édition, ont ici
+un caractère beaucoup plus frappant de vérité.</p>
+
+<span class="pagenum"><a id="page1" name="page1"></a>(p. 1)</span>
+
+<a id="img002" name="img002"></a>
+<div class="p4 figcenter">
+<img src="images/img002.jpg" width="400" height="384" alt="Lutetia Parisiorum" title="">
+</div>
+
+<h2>DISCOURS PRÉLIMINAIRE.</h2>
+
+<p>On a vu de puissants monarques, conquérants ou législateurs, élever tout
+à coup des villes superbes, et depuis devenues fameuses, soit qu'ils
+fussent séduits par les <span class="pagenum"><a id="page2" name="page2"></a>(p. 2)</span> avantages que présentoient les lieux
+pour y établir le centre de leur gouvernement, soit qu'ils n'eussent
+d'autres vues que celle de donner un nouvel éclat à leur nom en
+l'attachant à d'aussi grands monuments. L'antiquité nous offre plusieurs
+exemples de ces prodigieuses entreprises: c'est ainsi que furent fondées
+Alexandrie et Constantinople; et le commencement du siècle dernier fut
+surtout mémorable par l'exécution hardie d'un semblable projet. Un
+souverain législateur, sous le ciel le plus rigoureux, et au milieu d'un
+marais jusqu'alors impraticable, jeta les fondements d'une ville<a id="footnotetag8" name="footnotetag8"></a><a href="#footnote8" title="Go to footnote 8"><span class="smaller normal">[8]</span></a> qui,
+dans moins de cinquante ans, s'est couverte de palais magnifiques, de
+monuments publics d'une grandeur toute royale, et qui déjà rivalise en
+étendue et en beauté, avec les villes les plus florissantes de l'Europe.</p>
+
+<p>Mais de tels événements sont rares, et les capitales des empires n'ont
+point ordinairement des commencements aussi illustres. <span class="pagenum"><a id="page3" name="page3"></a>(p. 3)</span> Dans
+l'origine des sociétés, un concours de circonstances fait que telle
+ville, qui d'abord n'étoit ni plus puissante ni plus remarquable que
+celles qui l'environnoient, remporte sur ses voisins des avantages qui
+lui en assujettissent plusieurs; ou, par sa position, semble offrir une
+retraite plus sûre au premier conquérant qui s'élève au milieu de ces
+petites peuplades barbares. L'État s'agrandit, et ses richesses
+s'accumulent dans cette ville; les ressorts du gouvernement se
+multiplient; des communications s'établissent avec les peuples policés;
+l'opulence fait naître le luxe, et le luxe appelle les arts; la
+population s'accroît, les m&oelig;urs se polissent, les monuments
+s'élèvent: alors la grande cité, parvenue à son dernier degré de
+splendeur, décline insensiblement par ce retour inévitable des choses
+d'ici-bas, et finit par des ruines après avoir commencé par des cabanes.</p>
+
+<p>La ville la plus fameuse des temps anciens, Rome, eut des commencements
+aussi misérables. Paris qui, dans nos temps modernes, <span class="pagenum"><a id="page4" name="page4"></a>(p. 4)</span> tient
+parmi les peuples le même rang que Rome occupoit dans l'antiquité,
+Paris, dont la célébrité, déjà si grande depuis plusieurs siècles,
+devient incomparable par les événements inouïs, uniques dans l'histoire,
+dont il a été le théâtre pendant trente ans, ne fut, dans son origine,
+qu'une habitation de sauvages, comme la reine du monde n'avoit été
+d'abord qu'un repaire de brigands; et son origine, sur laquelle on s'est
+vainement épuisé en recherches, est même tout-à-fait inconnue. Aucune
+des hypothèses imaginées à ce sujet ne peut supporter le moindre examen,
+parce qu'aucune ne repose sur des monuments qui jouissent de quelque
+autorité; et généralement toutes les origines des peuples barbares se
+confondent dans cette obscurité impénétrable<a id="footnotetag9" name="footnotetag9"></a><a href="#footnote9" title="Go to footnote 9"><span class="smaller normal">[9]</span></a>, résultat nécessaire de
+leur profonde ignorance. Nous <span class="pagenum"><a id="page5" name="page5"></a>(p. 5)</span> nous garderons donc bien de
+rappeler ici l'histoire de ce fils d'Hector échappé à l'embrasement de
+Troie, et mille autres contes non moins puérils, tels, par exemple, que
+celui d'un monstre né en Franconie, que de vieux légendaires historiques
+ont présenté sérieusement comme le premier fondateur de l'ancienne
+<i>Lutèce</i>. Cette suite imaginaire de rois que d'autres savants presque
+aussi peu sensés ont jugé à propos de faire régner dans les Gaules,
+depuis <i>Samothès</i>, fils de <i>Japhet</i>, jusqu'au Troyen <i>Francus</i>, qu'ils
+assurent gravement avoir succédé à <i>Rémus</i>, son beau-père, dernier roi
+de la race d'Hercule, nous semble également ridicule, et indigne
+d'occuper un seul instant des esprits raisonnables.</p>
+
+<p>Ce qu'il y a de très-certain c'est que la ville de Paris est une des
+plus anciennes des Gaules; et cette obscurité même de son origine en est
+une preuve aussi glorieuse qu'incontestable. Jules-César, qui en a parlé
+le premier, la nomme <i>Lutetia</i>, et la présente comme la ville principale
+des peuples qu'il désigne sous le nom de <i>Parisiens</i>. <span class="pagenum"><a id="page6" name="page6"></a>(p. 6)</span> Strabon et
+Ptolomée en font mention, d'après lui, sous les noms de <i>Loucototia</i> et
+<i>Loucotetia</i>, ce qui a donné lieu à diverses étymologies également
+fausses et fabuleuses. Les noms de <i>Lutèce</i> et de Paris ne sont ni grecs
+ni latins; ils sont celtiques, et il y a grande apparence que nous en
+ignorerons toujours la véritable signification.</p>
+
+<p>Cependant, lorsque le général romain vint dans les Gaules, cette
+capitale des Parisiens n'étoit encore qu'un amas de chétives cabanes<a id="footnotetag10" name="footnotetag10"></a><a href="#footnote10" title="Go to footnote 10"><span class="smaller normal">[10]</span></a>
+renfermées dans une île au milieu de la Seine<a id="footnotetag11" name="footnotetag11"></a><a href="#footnote11" title="Go to footnote 11"><span class="smaller normal">[11]</span></a>. Cette île, connue
+aujourd'hui sous le nom de quartier de la Cité, communiquoit avec la
+terre ferme au <span class="pagenum"><a id="page7" name="page7"></a>(p. 7)</span> moyen de deux ponts de bois. Les deux rives du
+fleuve, maintenant couvertes d'édifices somptueux, et d'une population
+si nombreuse et si animée, n'étoient alors que d'affreuses forêts,
+qu'entouroient des marais fétides, et dont les solitudes étoient
+consacrées à des divinités sanguinaires<a id="footnotetag12" name="footnotetag12"></a><a href="#footnote12" title="Go to footnote 12"><span class="smaller normal">[12]</span></a>. Car les anciens Gaulois
+n'avoient point de temples, et ils ne commencèrent à en bâtir que sous
+la domination des Romains. Des bois obscurs et mystérieux étoient les
+sanctuaires redoutables des dieux qu'ils adoroient; <span class="pagenum"><a id="page8" name="page8"></a>(p. 8)</span> et ces
+horribles enceintes furent souvent arrosées de sang humain par leurs
+druides.</p>
+
+<p>Les Parisiens ont été célèbres parmi les peuples de leur nation pour
+leur courage et leur haine de toute domination étrangère; et lorsque
+César, maître d'une grande partie des Gaules, voulut subjuguer leur
+ville capitale, son lieutenant Labiénus, qu'il avoit chargé de cette
+expédition, y trouva une résistance à laquelle il ne s'attendoit pas:
+ces braves insulaires, craignant d'être forcés dans leur retraite,
+prirent la résolution héroïque de mettre le feu à leurs habitations, et
+marchèrent au-devant de l'ennemi, sous la conduite de Camulogène, vieux
+guerrier plein de bravoure et d'expérience. Le Romain, aussi courageux
+et plus habile, les trompa par une fausse marche, prit une position
+avantageuse dans la plaine qui est au-dessous de Meudon, et là les força
+à recevoir la bataille. La victoire y fut long-temps disputée, et ce
+peuple s'y défendit avec une opiniâtreté qui tenoit du désespoir; mais
+enfin la valeur <span class="pagenum"><a id="page9" name="page9"></a>(p. 9)</span> aveugle fut forcée de céder au courage soutenu
+de la science militaire. Les Parisiens furent vaincus, le plus grand
+nombre y perdit la vie, et Camulogène justifia leur choix en périssant
+avec eux.</p>
+
+<p>César, maître de Paris, ordonna aux Gaulois de le rebâtir; et
+considérant la situation avantageuse de cette ville au milieu d'un
+fleuve qui séparoit la Gaule celtique de la Belgique<a id="footnotetag13" name="footnotetag13"></a><a href="#footnote13" title="Go to footnote 13"><span class="smaller normal">[13]</span></a>, situation qui
+pouvoit en faire un point de jonction très-avantageux pour les deux
+provinces, s'il leur prenoit envie de se révolter; n'ayant point oublié,
+d'ailleurs, la résistance vigoureuse que lui avoient opposée ses
+premiers habitants, il résolut de la faire entourer de murailles, de la
+fortifier, et d'y entretenir continuellement une garnison romaine. Il
+l'embellit en outre d'une grande quantité d'édifices, et la remit dans
+un état tellement florissant, que, peu de temps après, elle put <span class="pagenum"><a id="page10" name="page10"></a>(p. 10)</span>
+secouer le joug, pour entrer dans la ligue des villes qui se réunirent
+au fameux Vercingetorix, dans l'espoir d'affranchir les Gaules du
+pouvoir de l'étranger. César, qui, depuis sa première conquête, ne parle
+que cette seule fois de la ville de Paris, dit qu'elle envoya huit mille
+hommes à l'assemblée des peuples confédérés. Ce fut là, comme on sait,
+le dernier effort des Gaulois pour la liberté; et la défaite de leur
+innombrable armée sous les murs d'Alexia les assujettit sans retour aux
+Romains.</p>
+
+<p>Dès ce moment cette vaste contrée, dépouillée pour toujours de ses
+coutumes et de ses lois, se vit soumise à la même forme de gouvernement
+que les autres provinces de la république, et chaque ville fut
+traitée<a id="footnotetag14" name="footnotetag14"></a><a href="#footnote14" title="Go to footnote 14"><span class="smaller normal">[14]</span></a> suivant le degré de haine ou d'affection qu'elle avoit
+témoigné pour le vainqueur. <span class="pagenum"><a id="page11" name="page11"></a>(p. 11)</span> Ce fut principalement sur la Gaule
+celtique que les Romains crurent devoir appesantir leur joug. À
+l'exception de quelques villes qui furent épargnées, ils la soumirent
+tout entière au tribut, et Paris, qui avoit opposé une si longue
+résistance, fut au nombre de ces cités appelées <i>vectigales</i> ou
+tributaires. Avec les lois romaines s'introduisit aussi la langue latine
+parmi les peuples conquis, et l'ancien langage celtique se perdit peu à
+peu. Quant à la religion, elle resta la même: vainqueurs et vaincus
+étoient également plongés dans les ténèbres du paganisme. Toutefois les
+sacrifices humains furent abolis, et ce fut un des bienfaits qu'apporta
+à ces nations barbares la police des Romains.</p>
+
+<p>Un auteur<a id="footnotetag15" name="footnotetag15"></a><a href="#footnote15" title="Go to footnote 15"><span class="smaller normal">[15]</span></a> a avancé, sans autorité <span class="pagenum"><a id="page12" name="page12"></a>(p. 12)</span> suffisante, que les deux
+forteresses, connues sous le nom de grand et de petit Châtelet, qui, des
+deux côtés de la rivière, défendoient la tête des ponts, étoient un
+ouvrage de César. Cette opinion a été victorieusement combattue: les
+Romains fortifièrent sans doute Paris lorsqu'ils y eurent entièrement
+établi leur domination; mais ils durent employer, pour s'y maintenir, le
+genre de fortification qui étoit en usage dans toutes les villes de leur
+vaste empire. Il est donc probable qu'ils élevèrent de chaque côté de la
+Seine deux tours en bois, l'une à la tête du pont, l'autre à l'entrée de
+la Cité; ces tours durent avoir une circonférence suffisante pour
+contenir les machines de guerre et les soldats nécessaires à leur
+défense; et le passage de Boëce, déjà cité, prouve que l'île elle-même
+étoit entourée de murs et flanquée de tours. Il est naturel aussi de
+penser que Paris, comme toutes les villes de l'Empire, eut des temples,
+<span class="pagenum"><a id="page13" name="page13"></a>(p. 13)</span> des places, des édifices publics, et que, tranquille sous la
+protection d'un gouvernement aussi puissant, cette ville commença à
+étendre ses faubourgs sur les deux rives du fleuve. Toutefois il est
+impossible de donner aucun renseignement sur l'état de sa topographie
+intérieure pendant la domination des Romains, ni sur les accroissements
+progressifs qu'elle put alors éprouver; car il n'est plus question de
+Paris dans les historiens pendant près de quatre siècles, jusqu'à
+l'empereur Julien, qui y passa plusieurs hivers, avant et après son
+expédition contre les Allemands. L'affection qu'il portoit à cette
+ville, qu'il appelle <i>sa chère Lutèce</i>, le séjour qu'y firent après lui
+les empereurs Valentinien et Gratien, donnent lieu de croire que dès
+lors elle possédoit tout ce qui étoit nécessaire pour loger des
+empereurs et cette suite nombreuse d'officiers de toute espèce dont ils
+étoient sans cesse accompagnés, un palais, des thermes, une place
+d'armes, des arènes, un cirque, un amphithéâtre; mais si l'on considère
+les dimensions de l'île qui composoit <span class="pagenum"><a id="page14" name="page14"></a>(p. 14)</span> la ville proprement dite,
+on se convaincra facilement qu'il est impossible que de tels
+édifices<a id="footnotetag16" name="footnotetag16"></a><a href="#footnote16" title="Go to footnote 16"><span class="smaller normal">[16]</span></a> aient existé dans un si petit espace. Ammien Marcellin,
+quoique fort embrouillé dans tout ce qu'il dit sur Paris, le fait
+cependant entendre assez clairement; les débris du palais des Thermes en
+sont une preuve encore plus incontestable, et leur construction toute
+romaine donne l'idée d'un grand et magnifique édifice. A-t-il été élevé
+avant Julien? est-ce lui qui l'a fait bâtir? C'est une question qu'il
+est impossible de décider, et d'ailleurs peu important d'éclaircir,
+puisqu'enfin de tout ce qui existoit alors à Paris du temps des Romains,
+si l'on en excepte une salle des Thermes, les ruines d'un aquéduc et
+quelques autres foibles débris, il ne reste plus absolument le moindre
+vestige.</p>
+
+<p>Jusqu'au règne de Clovis, les rois francs, possesseurs d'une partie des
+Gaules qu'ils <span class="pagenum"><a id="page15" name="page15"></a>(p. 15)</span> avoient envahie, n'avoient point encore étendu
+leur domination jusqu'au territoire et à la ville de Paris<a id="footnotetag17" name="footnotetag17"></a><a href="#footnote17" title="Go to footnote 17"><span class="smaller normal">[17]</span></a>: ce
+prince, que l'on doit considérer comme le véritable fondateur de la
+monarchie française, fut le premier qui s'en rendit maître; et il en fit
+la capitale de son empire<a id="footnotetag18" name="footnotetag18"></a><a href="#footnote18" title="Go to footnote 18"><span class="smaller normal">[18]</span></a>. Mais ce fut dans le palais des empereurs
+qu'il établit sa résidence, et non dans l'intérieur de la cité, car les
+Francs avoient un grand mépris pour ceux qui habitoient les villes. Ce
+mépris qui tenoit à leurs m&oelig;urs, le préjugé national qui les portoit
+à n'honorer aucune autre profession que celle des armes, les
+dévastations qu'ils commirent en pénétrant dans le pays <span class="pagenum"><a id="page16" name="page16"></a>(p. 16)</span>
+conquis, les guerres sanglantes que Clovis fut forcé d'entreprendre et
+de soutenir pour former son établissement, le partage de ses conquêtes
+après sa mort, et les nouvelles capitales que fit naître cette division
+impolitique, toutes ces causes réunies empêchèrent Paris de s'agrandir
+sous la première race. Sous la seconde, on le voit presque abandonné:
+Pépin, Charlemagne, Louis-le-Débonnaire, Charles-le-Chauve n'y
+demeurèrent qu'en passant; et vers la fin de cette époque fatale, cette
+ville, assiégée sans cesse par les Normands, se trouva réduite, par la
+dévastation et l'incendie de ses faubourgs, à cette enceinte entourée
+d'eau, qui avoit été l'habitation des premiers Gaulois.</p>
+
+<p>Ce n'est donc que sous le gouvernement plus ferme et moins troublé des
+rois de la troisième race, que Paris a commencé à prendre, par degrés,
+ces accroissements qui l'ont amené enfin au point où nous le voyons
+aujourd'hui. C'est à cette époque seulement que ses faubourgs du nord et
+du <span class="pagenum"><a id="page17" name="page17"></a>(p. 17)</span> midi, composés de quelques maisons éparses, d'églises et de
+couvents isolés, commencèrent à se réunir par des constructions
+intermédiaires, furent renfermés dans des enceintes qui s'accrurent
+presque de siècle en siècle, et formèrent enfin ces deux parties
+nouvelles de Paris, connues sous le nom de la <i>Ville</i> et de
+l'<i>Université</i>, dont l'ensemble immense, renfermé dans sa dernière
+enceinte sous le règne de Louis XVI, compose cette ville superbe que
+l'on admire aujourd'hui.</p>
+
+<p>Toutes les topographies qui ont été faites de l'ancien Paris s'accordent
+à présenter Philippe-Auguste comme auteur de la première enceinte de
+Paris, hors de la cité. Cependant, avant ce roi, il existoit déjà une
+clôture du côté du nord, qu'un historien<a id="footnotetag19" name="footnotetag19"></a><a href="#footnote19" title="Go to footnote 19"><span class="smaller normal">[19]</span></a>, d'ailleurs exact et
+judicieux, a prétendu être un ouvrage des Romains. Cette opinion a été
+victorieusement combattue; et tout porte à croire que cette clôture,
+dont il est fait mention dans une ancienne charte, et dont il restoit
+encore <span class="pagenum"><a id="page18" name="page18"></a>(p. 18)</span> quelques vestiges dans le dix-septième siècle, n'a été
+élevée que sous les derniers rois de la seconde race. «Alors, dit
+Félibien, tout le terrain où est à présent la ville étoit couvert d'une
+forêt.» La tour octogone qui subsistoit encore dans le siècle dernier au
+coin du cimetière des Innocents, servoit, dit-on, de corps-de-garde
+contre les bandes de voleurs dont cette forêt étoit infestée, et contre
+les incursions subites des Normands, qui s'y embusquoient par troupes
+détachées, et qui, plus d'une fois, en étoient sortis, pour se
+précipiter dans la place de Grève, piller le port et emmener des
+esclaves. La muraille fut sans doute construite dans la même intention,
+et pour une plus grande sûreté. Les juifs, qui, à cette époque de la fin
+de la seconde race, reparoissent en France, obtinrent la permission de
+bâtir dans cette enceinte<a id="footnotetag20" name="footnotetag20"></a><a href="#footnote20" title="Go to footnote 20"><span class="smaller normal">[20]</span></a>, où se trouvoit une grande étendue de
+terrains vagues et de cultures, qu'ils acquirent sans doute <span class="pagenum"><a id="page19" name="page19"></a>(p. 19)</span> à
+grands frais; et dès le commencement de la troisième race, on voit
+qu'ils y avoient des écoles et une synagogue. Ce qui ne leur avoit point
+été cédé fut long-temps désert, et ce ne fut que sous le règne de
+Louis-le-Jeune qu'on commença à élever des maisons dans Champeaux<a id="footnotetag21" name="footnotetag21"></a><a href="#footnote21" title="Go to footnote 21"><span class="smaller normal">[21]</span></a> et
+aux environs de Sainte-Opportune, qu'on appeloit auparavant l'<i>Ermitage
+de Notre-Dame-des-Bois</i>, parce que cette église étoit à l'entrée de la
+forêt.</p>
+
+<p>«Entre le boulevart et la rivière au nord, dit Saint-Foix, depuis le
+terrain où est à présent l'Arsenal jusqu'au bout des Tuileries,
+représentons-nous donc les restes d'un bois marécageux, de petits
+champs, des <i>cultures</i><a id="footnotetag22" name="footnotetag22"></a><a href="#footnote22" title="Go to footnote 22"><span class="smaller normal">[22]</span></a>, des haies, des fossés et <span class="pagenum"><a id="page20" name="page20"></a>(p. 20)</span> quatre ou
+cinq bourgs<a id="footnotetag23" name="footnotetag23"></a><a href="#footnote23" title="Go to footnote 23"><span class="smaller normal">[23]</span></a> plus ou moins éloignés les uns des autres; quelques rues
+bien boueuses autour du Grand-Châtelet et de la Grève; un grand pont
+(<i>le pont au Change</i>), pour arriver dans une petite île (<i>la Cité</i>), qui
+n'étoit habitée que par des prêtres, quelques marchands et des ouvriers;
+un autre pont (<i>le Petit-Pont</i>), pour en sortir du côté du midi; et
+au-delà de ce pont et du Petit-Châtelet, trois ou quatre cents
+maisons<a id="footnotetag24" name="footnotetag24"></a><a href="#footnote24" title="Go to footnote 24"><span class="smaller normal">[24]</span></a> éparses <span class="pagenum"><a id="page21" name="page21"></a>(p. 21)</span> çà et là sur le bord de la rivière et dans
+les vignes qui couvroient la montagne Sainte-Geneviève: tel étoit Paris
+sous nos premiers rois de la troisième race; et je crois que, si l'on
+veut réfléchir sur les m&oelig;urs de ce temps-là, et sur les causes de ses
+accroissements dans la suite, on conviendra qu'il ne devoit pas être
+plus grand ni plus considérable. Tous ces tribunaux que nous voyons
+aujourd'hui, et dont les dépendances sont si nombreuses, n'existoient
+point encore; le roi, le comte ou le vicomte écoutoient les parties,
+jugeoient sommairement, ou bien ordonnoient le combat, si le cas étoit
+trop embarrassant. Il n'y avoit point aussi de colléges; l'évêque et les
+chanoines entretenoient quelques écoles, auprès de la cathédrale, pour
+ceux qui se destinoient à la cléricature. Les nobles se piquoient
+d'ignorance, et souvent ne savoient pas signer leur nom: ils vivoient
+sur leurs terres; et s'ils étoient obligés de passer trois ou quatre
+jours à la ville, ils affectoient de paroître toujours bottés pour
+<span class="pagenum"><a id="page22" name="page22"></a>(p. 22)</span> qu'on ne les prît pas pour des <i>vilains</i>. Dix hommes
+suffisoient pour la perception des impôts; il n'y avoit que deux portes:
+et sous Louis-le-Gros, les droits de la porte du Nord ne rapportoient
+que douze francs par an<a id="footnotetag25" name="footnotetag25"></a><a href="#footnote25" title="Go to footnote 25"><span class="smaller normal">[25]</span></a>. Les arts les plus nécessaires ne se
+présentoient pas même à l'imagination, et l'on peut juger des
+divertissements et des spectacles par la grossièreté des m&oelig;urs; enfin
+rien dans Paris ne pouvoit engager l'étranger à y venir, l'homme
+industrieux à s'y établir.»</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page23" name="page23"></a>(p. 23)</span> L'établissement de l'Université<a id="footnotetag26" name="footnotetag26"></a><a href="#footnote26" title="Go to footnote 26"><span class="smaller normal">[26]</span></a>, sous Louis-le-Jeune, fut
+une des premières causes de l'agrandissement de Paris. La protection
+éclatante que Philippe-Auguste, son successeur, accorda à cette
+institution, l'estime singulière qu'il faisoit des savants, et les
+distinctions flatteuses dont il les honoroit, rendirent bientôt les
+écoles de Paris <span class="pagenum"><a id="page24" name="page24"></a>(p. 24)</span> célèbres dans toute l'Europe. On y accourut des
+provinces et des pays étrangers; et le quartier appelé depuis
+l'<i>Université</i>, se peupla tellement, que la multitude des étudiants
+égaloit celle des citoyens. Ce prince, qui, parmi les grands projets
+qu'il avoit conçus, mettoit au premier rang l'embellissement de sa
+capitale, la fit entourer de murs, et dans cette clôture (la première
+dont on puisse parler avec certitude), non seulement il renferma une
+partie des bourgs déjà existants, mais encore une grande quantité de
+terrains vagues, dans lesquels il excita ses sujets à bâtir, par tous
+les avantages et les encouragements qu'il put imaginer. La noblesse et
+le clergé l'aidèrent puissamment dans des vues si utiles, et dans moins
+de quarante ans ces places vides et désertes furent couvertes
+d'édifices. Philippe-le-Bel augmenta encore l'importance et la
+population de Paris, en rendant le parlement sédentaire; et par la
+défense qu'il fit du duel en matière civile, les gens de loi se
+multiplièrent presque autant que les étudiants.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page25" name="page25"></a>(p. 25)</span> Cependant de nouveaux faubourgs s'étoient formés hors des murs.
+Les guerres désastreuses qui survinrent avec les Anglais, à qui leurs
+possessions sur le continent donnoient la facilité de pénétrer jusque
+dans le c&oelig;ur du royaume, et d'en insulter à tous moments la capitale,
+obligèrent de pourvoir à la sûreté tant de la ville que des dehors. Les
+conjonctures dans lesquelles on se trouvoit étoient si pressantes, que
+d'abord on se contenta de creuser autour une double enceinte de fossés.
+Charles V, parvenu au trône, ordonna bientôt une nouvelle clôture du
+côté de la ville, depuis le bord de la rivière où est maintenant
+l'Arsenal, jusqu'au-delà du Louvre, et les derniers faubourgs furent
+renfermés dans cette seconde enceinte. Ces nouveaux accroissements
+obligèrent de bâtir deux autres ponts, pour la communication des
+quartiers.</p>
+
+<p>Jusqu'au règne de François I<sup>er</sup>, on ne voit aucune entreprise nouvelle
+pour l'accroissement de Paris. Ce roi, restaurateur des lettres et des
+arts, reprit tous les projets qui avoient été conçus pour
+l'embellissement <span class="pagenum"><a id="page26" name="page26"></a>(p. 26)</span> d'une ville déjà si peuplée et si florissante.
+Il n'agrandit pas son enceinte, mais il augmenta ses dehors, et y éleva
+des monuments d'architecture qui sont encore au nombre des plus
+excellents qu'elle possède. Le vieux Louvre abattu fut remplacé par un
+édifice magnifique et régulier; de nouvelles rues s'ouvrirent sur les
+débris d'une quantité de vieilles constructions. Bientôt après Charles
+IX fit bâtir le château des Tuileries; le pont Neuf, commencé sous Henri
+III, fut achevé par Henri IV, et ce roi fut le premier qui orna Paris de
+places décorées d'une architecture uniforme; mais toutes ces
+constructions nouvelles furent faites dans l'ancienne enceinte, qui
+resta toujours la même jusqu'à Louis XIII. Sous ce prince, une nouvelle
+muraille fut élevée depuis la porte Saint-Denis, qu'on plaça alors à
+l'endroit où nous la voyons aujourd'hui, jusqu'à l'extrémité du faubourg
+Saint-Honoré; et le château des Tuileries se trouva renfermé dans cette
+troisième enceinte.</p>
+
+<p>Enfin sous le règne brillant et majestueux <span class="pagenum"><a id="page27" name="page27"></a>(p. 27)</span> de Louis XIV, sous
+ce règne où se développèrent à la fois toute la force du gouvernement
+monarchique et toutes les ressources du plus beau royaume de la
+chrétienté, Paris s'éleva rapidement au plus haut degré de richesse et
+de splendeur. Ses enceintes furent abattues; ses portes furent changées
+en arcs de triomphe; et ses fossés, comblés et plantés d'arbres,
+devinrent des promenades. Des places immenses, des rues superbes, des
+temples, des édifices publics naquirent de tous côtés, comme par
+enchantement; le chef-d'&oelig;uvre de l'architecture française, le Louvre,
+fut bâti; le dôme des Invalides s'éleva, etc. Enfin sous ce règne, où il
+se fit tant de choses si dignes d'être admirées, la ville qu'habitoit le
+monarque le plus puissant et le plus magnifique de l'Europe, obtint la
+plus grande part de tant d'éclat que son gouvernement répandoit sur la
+France entière, c'est-à-dire qu'elle pouvoit déjà être considérée comme
+la plus belle ville du monde<a id="footnotetag27" name="footnotetag27"></a><a href="#footnote27" title="Go to footnote 27"><span class="smaller normal">[27]</span></a>.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page28" name="page28"></a>(p. 28)</span> Cette capitale s'est encore agrandie et embellie sous ses deux
+successeurs. Sous Louis XVI, les faubourgs immenses qui environnoient
+les boulevarts furent réunis dans une nouvelle enceinte, qui renferme
+aujourd'hui toute cette immense cité, et qui probablement sera la
+dernière<a id="footnotetag28" name="footnotetag28"></a><a href="#footnote28" title="Go to footnote 28"><span class="smaller normal">[28]</span></a>.</p>
+
+<h3>ENCEINTES DE PARIS.</h3>
+
+<h4><i>Enceintes sous les deux premières races et sous Louis-le-Jeune.</i></h4>
+
+<p>Dans l'origine, l'île de la Cité n'étoit, selon Julien, environnée
+d'aucune muraille: «Lutèce, dit-il dans son Mysopogon, Lutèce,
+entièrement <span class="pagenum"><a id="page29" name="page29"></a>(p. 29)</span> entourée par les eaux de la Seine, est située dans
+une île peu étendue où l'on aborde des deux côtés par des ponts en
+bois.»</p>
+
+<p>On croit que ce fut seulement vers le quatrième siècle qu'une enceinte
+fut élevée; en 885, lors du siége fait par les Normands, on défendit
+cette enceinte par quelques fortifications.</p>
+
+<p>«Cité de Paris, s'écrie le poète Abbon, tu es heureuse de t'élever au
+milieu d'une île: un fleuve te presse doucement dans ses bras, et baigne
+tes murailles de ses eaux. Des ponts jetés à ta droite et à ta gauche,
+et qui touchent tes deux rives, sont fermés par des portes, et de l'un
+et de l'autre côté s'élèvent des tours qui en protégent l'entrée»<a id="footnotetag29" name="footnotetag29"></a><a href="#footnote29" title="Go to footnote 29"><span class="smaller normal">[29]</span></a>.</p>
+
+<p>En rejetant cette opinion qu'il y avoit, du côté de la <i>ville</i>, une
+première enceinte bâtie par les Romains, nous sommes convenus cependant
+que cette enceinte avoit réellement existé. En effet, des titres qui
+remontent jusqu'au règne de Lothaire en indiquent le circuit, et l'on en
+voyoit encore des débris long-temps après le règne de Philippe-Auguste.</p>
+
+<p>La première enceinte, hors de la Cité, sur laquelle on possède des
+renseignemens authentiques<a id="footnotetag30" name="footnotetag30"></a><a href="#footnote30" title="Go to footnote 30"><span class="smaller normal">[30]</span></a>, <span class="pagenum"><a id="page30" name="page30"></a>(p. 30)</span> et qui subsistoit encore du
+temps de Louis-le-Jeune, commençoit à peu près à la porte de Paris<a id="footnotetag31" name="footnotetag31"></a><a href="#footnote31" title="Go to footnote 31"><span class="smaller normal">[31]</span></a>,
+continuoit le long de la rue Saint-Denis jusqu'à la rue des Lombards où
+il y avoit une porte, passoit ensuite entre cette rue et la rue
+Trousse-Vache, jusqu'au cloître Saint-Médéric; il y avoit là une seconde
+porte dont il existoit encore un jambage sous Charles V. La muraille
+tournoit ensuite par la rue de la Verrerie, entre les rues Bardubec et
+des Billettes, descendoit rue des Deux-Portes, traversoit la rue de la
+Tixeranderie et le cloître Saint-Jean, proche duquel étoit une troisième
+porte, et finissoit sur le bord de la rivière, entre Saint-Jean et
+Saint-Gervais<a id="footnotetag32" name="footnotetag32"></a><a href="#footnote32" title="Go to footnote 32"><span class="smaller normal">[32]</span></a>. Le midi de la Cité, dit <span class="pagenum"><a id="page31" name="page31"></a>(p. 31)</span> depuis le quartier
+de l'Université, n'étoit point encore entouré de murs.</p>
+
+<h4><i>Enceinte sous Philippe-Auguste<a id="footnotetag33" name="footnotetag33"></a><a href="#footnote33" title="Go to footnote 33"><span class="smaller normal">[33]</span></a>.</i></h4>
+
+<p>Les choses étoient en cet état, lorsque Philippe-Auguste forma le projet
+vraiment royal de renfermer dans une nouvelle enceinte tous les bourgs,
+toutes les cultures éparses autour de l'ancienne ville, et de faire
+ainsi de Paris une des plus grandes et des plus belles villes du monde.
+Cette entreprise coûta vingt ans de travaux continuels; car non
+seulement on éleva une muraille du côté du nord, mais encore les maisons
+qui, au midi, étoient éparses autour du petit Châtelet, furent pour la
+première fois environnées d'une enceinte.</p>
+
+<p>La nouvelle muraille, au nord, passoit près du Louvre, le laissant en
+dehors<a id="footnotetag34" name="footnotetag34"></a><a href="#footnote34" title="Go to footnote 34"><span class="smaller normal">[34]</span></a>; traversoit les rues Saint-Honoré et des Deux-Écus,
+l'emplacement de l'hôtel de Soissons, les rues Coquillière, Montmartre,
+Montorgueil, le terrain où est à présent la halle aux cuirs, les rues
+Française, Saint-Denis, Bourg-l'Abbé, Saint-Martin; continuoit le long
+de la rue Grenier-Saint-Lazare; traversoit la rue Beaubourg, la rue
+Saint-Avoye, <span class="pagenum"><a id="page32" name="page32"></a>(p. 32)</span> et passant sur le terrain des Blancs-Manteaux, et
+ensuite entre les rues des Francs-Bourgeois et des Rosiers, alloit
+aboutir au bord de la rivière, à travers les bâtimens de la maison
+professe des Jésuites et le couvent de l'<i>Ave-Maria</i>, où l'on voyoit
+encore, il n'y a pas long-temps, des restes de ses murailles. Elle avoit
+huit portes principales: la première, près du Louvre, au bord de la
+rivière; la seconde, à l'endroit où est maintenant l'église de
+l'Oratoire; la troisième, vis-à-vis de Saint-Eustache, entre la rue
+Plâtrière<a id="footnotetag35" name="footnotetag35"></a><a href="#footnote35" title="Go to footnote 35"><span class="smaller normal">[35]</span></a> et la rue du Jour; la quatrième, rue Saint-Denis, appelée
+la Porte-aux-Peintres; la cinquième, rue Saint-Martin, au coin de la rue
+Grenier-Saint-Lazare; la sixième, appelée la porte Barbette<a id="footnotetag36" name="footnotetag36"></a><a href="#footnote36" title="Go to footnote 36"><span class="smaller normal">[36]</span></a>, entre
+le couvent des Blancs-Manteaux et la rue des Francs-Bourgeois; la
+septième, près de la maison professe des Jésuites; et la huitième, au
+bord de la rivière, entre le port Saint-Paul et le pont Marie<a id="footnotetag37" name="footnotetag37"></a><a href="#footnote37" title="Go to footnote 37"><span class="smaller normal">[37]</span></a>.</p>
+
+<p>Du côté de la rivière, au midi, l'autre moitié de cette enceinte, qui
+commençoit à la porte <span class="pagenum"><a id="page33" name="page33"></a>(p. 33)</span> Saint-Bernard, est à peu près tracée<a id="footnotetag38" name="footnotetag38"></a><a href="#footnote38" title="Go to footnote 38"><span class="smaller normal">[38]</span></a>
+par les rues des Fossés-Saint-Bernard, des Fossés-Saint-Victor, des
+Fossés-Saint-Michel ou rue Saint-Hyacinthe, des Fossés-M.-le-Prince, des
+Fossés-Saint-Germain ou rue de la Comédie Française, et des
+Fossés-de-Nesle, à présent rue Mazarine. Il y avoit sept portes dans ce
+circuit: la porte Saint-Bernard ou de la Tournelle; les portes
+Saint-Victor, Saint-Marcel et Saint-Jacques<a id="footnotetag39" name="footnotetag39"></a><a href="#footnote39" title="Go to footnote 39"><span class="smaller normal">[39]</span></a>; la porte Gibard,
+d'Enfer ou de Saint-Michel, au haut de la rue de la Harpe; la porte de
+Buci<a id="footnotetag40" name="footnotetag40"></a><a href="#footnote40" title="Go to footnote 40"><span class="smaller normal">[40]</span></a>, au haut de la rue Saint-André-des-Arcs, vis-à-vis de la rue
+Contrescarpe; et la porte de Nesle, où est à présent le collége des
+Quatre-Nations. Dans la rue des Cordeliers, il y eut encore une porte
+appelée la porte Saint-Germain; et lorsque la rue Dauphine fut bâtie, on
+en fit une vis-à-vis de l'autre bout de la rue Contrescarpe, et qu'on
+appela la porte Dauphine<a id="footnotetag41" name="footnotetag41"></a><a href="#footnote41" title="Go to footnote 41"><span class="smaller normal">[41]</span></a>.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page34" name="page34"></a>(p. 34)</span> Un devis extrait d'un registre de Philippe-Auguste nous apprend
+que la partie méridionale de l'enceinte avoit 1260 toises d'étendue, et
+qu'elle avoit coûté 7020 livres, monnoie du temps.</p>
+
+<h4><i>Enceinte sous Charles V et Charles VI<a id="footnotetag42" name="footnotetag42"></a><a href="#footnote42" title="Go to footnote 42"><span class="smaller normal">[42]</span></a>.</i></h4>
+
+<p>La perte de la bataille de Poitiers et la prison du roi Jean faisant
+appréhender que les Anglais ne pénétrassent jusqu'au c&oelig;ur de la
+France, le dauphin songea à fortifier la capitale du côté du midi. Il ne
+changea rien à l'enceinte de Philippe-Auguste, parce que les nouveaux
+faubourgs s'y trouvèrent si petits qu'il ne jugea pas à propos de les
+mettre à couvert; il se contenta de les ruiner, pour empêcher l'ennemi
+de s'y loger; et le rempart déjà existant fut entouré d'un fossé. Du
+côté du nord, les faubourgs étant beaucoup plus considérables et plus
+près des murs, il fut résolu de les renfermer dans les nouvelles
+fortifications. C'étoient d'abord de simples fossés, qui furent depuis
+changés en murailles flanquées de tours. Cette entreprise, commencée
+sous Charles V, ne fut achevée que sous Charles VI. Elle coûta 162,520
+livres, somme équivalente aujourd'hui à 1,170,000 fr.; à cette occasion
+750 guérites en bois furent attachées aux créneaux des murailles.</p>
+
+<p>Nous avons dit que l'enceinte précédente aboutissoit <span class="pagenum"><a id="page35" name="page35"></a>(p. 35)</span> d'un côté
+entre le port Saint-Paul et le pont Marie, vis-à-vis la rue de l'Étoile.
+Ce prince la fit reculer jusqu'à l'endroit où est l'Arsenal; et les
+portes Saint-Antoine<a id="footnotetag43" name="footnotetag43"></a><a href="#footnote43" title="Go to footnote 43"><span class="smaller normal">[43]</span></a>, Saint-Martin et Saint-Denis furent placées où
+nous les voyons aujourd'hui. Depuis la porte Saint-Denis, ces nouveaux
+murs continuoient le long de la rue de Bourbon, traversoient les rues du
+Petit-Carreau et Montmartre, la place des Victoires, l'hôtel de
+Toulouse, le jardin du Palais-Royal, la rue Saint-Honoré près l'ancien
+hospice des Quinze-Vingts, et alloient finir au bord de la rivière, par
+la rue Saint-Nicaise. Aux quatre extrémités de l'enceinte générale,
+comme à celle de Philippe-Auguste, il y avoit quatre grosses tours: la
+tour <i>du Bois</i>, près du Louvre; la tour de <i>Nesle</i>, où est le collége
+des Quatre-Nations; la tour de <i>Tournelle</i>, près de la porte
+Saint-Bernard; et la tour de <i>Billi</i>, près des Célestins. Elles
+défendoient, des deux côtés de la rivière, l'entrée et la sortie de
+Paris par de grosses chaînes attachées d'une tour à l'autre, et qui
+traversoient la Seine, portées sur des bateaux placés de distance en
+distance. L'approche de l'île Saint-Louis étoit défendue par un
+fort<a id="footnotetag44" name="footnotetag44"></a><a href="#footnote44" title="Go to footnote 44"><span class="smaller normal">[44]</span></a>.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page36" name="page36"></a>(p. 36)</span> Jusqu'à Louis XIII, ces enceintes ne furent point augmentées;
+cependant la ville s'accrut considérablement, tant par les constructions
+qui s'élevèrent par degrés dans les terrains vagues<a id="footnotetag45" name="footnotetag45"></a><a href="#footnote45" title="Go to footnote 45"><span class="smaller normal">[45]</span></a> qu'on y avait
+renfermés, que par<a id="footnotetag46" name="footnotetag46"></a><a href="#footnote46" title="Go to footnote 46"><span class="smaller normal">[46]</span></a> les nouveaux faubourgs qui se formèrent à ses
+portes. Ces faubourgs s'étoient tellement étendus, que, sous Henri II,
+on commença à s'en inquiéter, et à craindre l'excessive grandeur de
+Paris. Une ordonnance du roi défendit de bâtir davantage dans ses
+environs; et le projet fut formé de construire une nouvelle muraille qui
+renfermeroit définitivement cette ville dans ses dernières limites. Le
+plan en fut arrêté au conseil en 1550, et des bornes furent plantées du
+côté de l'Université; mais cette entreprise resta sans exécution.</p>
+
+<p>La seule addition qui fut faite alors aux fortifications de Paris fut la
+construction d'un rempart <span class="pagenum"><a id="page37" name="page37"></a>(p. 37)</span> qui commençoit au bord de la rivière,
+au-dessous de la Bastille, et se prolongeoit jusqu'au delà de la porte
+Saint-Antoine. François I<sup>er</sup> avoit déjà tenté plusieurs fois ce
+travail, lorsque les guerres qu'il avoit à soutenir contre l'empereur
+lui faisoient craindre que les armées d'Allemagne, qui venoient jusqu'en
+Picardie, n'insultassent sa capitale; et il ne l'avoit point achevé.
+Cette fortification, plus solidement construite que les autres,
+subsistoit encore dans ces derniers temps. C'étoit une courtine flanquée
+de bastions, et bordée de larges fossés à fond de cuve.</p>
+
+<p>Sous Charles IX, la porte Neuve, qui étoit près du Louvre, fut reculée
+jusque derrière les Tuileries; et un nouveau bastion fut construit à
+cette place, pour y élever une clôture nouvelle, laquelle auroit
+renfermé dans la ville ce château et la partie du quartier Saint-Honoré
+qui, depuis la rue Saint-Nicaise où étoit encore l'ancienne porte, étoit
+alors appelée faubourg Saint-Honoré. Toutefois cette portion de clôture
+ne fut achevée que sous Henri III, qui fit continuer les nouveaux murs
+depuis le bastion de la porte Neuve, nommée depuis porte de la
+Conférence, jusqu'à l'extrémité de ce faubourg, en traversant le terrain
+où est maintenant la place Louis XV<a id="footnotetag47" name="footnotetag47"></a><a href="#footnote47" title="Go to footnote 47"><span class="smaller normal">[47]</span></a>.</p>
+
+<h4><span class="pagenum"><a id="page38" name="page38"></a>(p. 38)</span> <i>Enceinte sous Louis XIII<a id="footnotetag48" name="footnotetag48"></a><a href="#footnote48" title="Go to footnote 48"><span class="smaller normal">[48]</span></a>.</i></h4>
+
+<p>L'île<a id="footnotetag49" name="footnotetag49"></a><a href="#footnote49" title="Go to footnote 49"><span class="smaller normal">[49]</span></a> du Palais, l'île Notre-Dame, le marais du Temple ayant été
+couverts d'édifices sous le règne précédent, il ne restoit plus de
+grands vides dans Paris; mais il y avoit encore un grand espace hors des
+murs, entre les faubourgs Saint-Honoré et Montmartre, qui n'étoit rempli
+que de <i>cultures</i>, et demandoit à être renfermé dans la ville pour en
+rendre l'enceinte plus régulière. Dès le temps de Charles IX, on avoit
+projeté de le faire, et des fossés avoient été creusés; cependant,
+jusqu'en 1630, les murs de la ville passoient encore de ce côté sur le
+terrain où est à présent la place des Victoires. Les rues des
+Petits-Champs et des Bons-Enfants y aboutissoient, et ce quartier étoit
+même si retiré, qu'on y voloit en plein jour, et qu'on l'appeloit le
+quartier <i>Vide-Gousset</i><a id="footnotetag50" name="footnotetag50"></a><a href="#footnote50" title="Go to footnote 50"><span class="smaller normal">[50]</span></a>. Les bâtiments du Palais-Royal, que le
+cardinal de Richelieu avoit fait commencer en 1629, furent l'occasion
+d'une nouvelle enceinte: la porte Saint-Honoré, alors située où est à
+présent le marché des Quinze-Vingts, fut reculée, en 1631, jusqu'à cet
+emplacement <span class="pagenum"><a id="page39" name="page39"></a>(p. 39)</span> qui garde<a id="footnotetag51" name="footnotetag51"></a><a href="#footnote51" title="Go to footnote 51"><span class="smaller normal">[51]</span></a> encore son nom, et se joignit ainsi
+aux fortifications qui, sous Henri III, avoient été élevées pour
+entourer le château des Tuileries; depuis cette porte, on bâtit de
+nouveaux remparts dont les boulevarts actuels nous tracent à peu près le
+contour. Une nouvelle porte fut construite à l'extrémité du faubourg
+Montmartre, à plus de deux cents toises de l'ancienne; et l'enceinte
+continuée derrière la Ville-Neuve alla aboutir à la porte Saint-Denis.
+Pendant ce temps, le quartier de l'Université recevoit de grands
+accroissements par les bâtiments qui s'élevoient de toutes parts,
+principalement au faubourg Saint-Germain.</p>
+
+<p>Ce fut la dernière enceinte fortifiée de la ville de Paris. Nous avons
+déjà dit que Louis XIV en fit abattre les remparts; Louis XV et Louis
+XVI y réunirent les nouveaux faubourgs; et, sous le règne de ce dernier
+roi, elle fut entourée de la clôture que nous voyons aujourd'hui<a id="footnotetag52" name="footnotetag52"></a><a href="#footnote52" title="Go to footnote 52"><span class="smaller normal">[52]</span></a>.</p>
+
+<h2><span class="pagenum"><a id="page40" name="page40"></a>(p. 40)</span> QUARTIERS DE PARIS.</h2>
+
+<p>Les accroissements successifs dont nous venons d'offrir le tableau
+mirent dans la nécessité de diviser Paris en divers quartiers, pour
+pouvoir y maintenir plus facilement l'ordre et la police. Au dixième
+siècle on n'en comptoit que quatre; il y en avoit déjà huit sous le
+règne de Philippe-Auguste. Sous Charles V et Charles VI on se vit forcé
+de faire une nouvelle division qui en doubla le nombre; Henri III y
+ajouta un dix-septième quartier. Enfin, depuis cette époque jusqu'à la
+fin du règne de Louis XIV, cette grande cité n'ayant cessé d'être
+l'objet principal des affections de ses souverains, et acquérant chaque
+jour une étendue plus considérable, une déclaration du roi, donnée en
+1702, établit une dernière division en vingt quartiers, dont elle
+détermina les limites: les allées d'arbres qui avoient remplacé les
+anciennes murailles permirent alors d'unir Paris avec ses faubourgs. Ces
+nouvelles parties de la ville, encore remplies de marais et de cultures,
+se couvrirent bientôt d'édifices, et renfermées maintenant dans sa
+dernière enceinte, elles en sont devenues les quartiers les plus
+brillants ou les plus populeux.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page41" name="page41"></a>(p. 41)</span> Voici les vingt quartiers de Paris dans l'ordre où les a établis
+la déclaration du roi<a id="footnotetag53" name="footnotetag53"></a><a href="#footnote53" title="Go to footnote 53"><span class="smaller normal">[53]</span></a>.</p>
+
+<table border="0" cellpadding="0" summary="Ordre des quartiers.">
+
+<tr>
+<td class="right">1<sup>er</sup></td>
+<td class="center">Quartier.</td>
+<td>La Cité.</td>
+</tr>
+<tr>
+<td class="right">2<sup>e</sup></td>
+<td class="center">&mdash;&mdash;</td>
+<td>Saint-Jacques-de-la-Boucherie.</td>
+</tr>
+<tr>
+<td class="right">3<sup>e</sup></td>
+<td class="center">&mdash;&mdash;</td>
+<td>Sainte-Opportune.</td>
+</tr>
+<tr>
+<td class="right">4<sup>e</sup></td>
+<td class="center">&mdash;&mdash;</td>
+<td>Le Louvre, ou St.-Germain-l'Auxerrois.</td>
+</tr>
+<tr>
+<td class="right">5<sup>e</sup></td>
+<td class="center">&mdash;&mdash;</td>
+<td>Le Palais Royal.</td>
+</tr>
+<tr>
+<td class="right">6<sup>e</sup></td>
+<td class="center">&mdash;&mdash;</td>
+<td>Montmartre.</td>
+</tr>
+<tr>
+<td class="right">7<sup>e</sup></td>
+<td class="center">&mdash;&mdash;</td>
+<td>Saint-Eustache.</td>
+</tr>
+<tr>
+<td class="right">8<sup>e</sup></td>
+<td class="center">&mdash;&mdash;</td>
+<td>Les Halles.</td>
+</tr>
+<tr>
+<td class="right">9<sup>e</sup></td>
+<td class="center">&mdash;&mdash;</td>
+<td>Saint-Denis.</td>
+</tr>
+<tr>
+<td class="right">10<sup>e</sup></td>
+<td class="center">&mdash;&mdash;</td>
+<td>Saint-Martin-des-Champs.</td>
+</tr>
+<tr>
+<td class="right">11<sup>e</sup></td>
+<td class="center">&mdash;&mdash;</td>
+<td>La Grève.</td>
+</tr>
+<tr>
+<td class="right">12<sup>e</sup></td>
+<td class="center">&mdash;&mdash;</td>
+<td>Saint-Paul, ou la Mortellerie.</td>
+</tr>
+<tr>
+<td class="right">13<sup>e</sup></td>
+<td class="center">&mdash;&mdash;</td>
+<td>Sainte-Avoie, ou la Verrerie.</td>
+</tr>
+<tr>
+<td class="right">14<sup>e</sup></td>
+<td class="center">&mdash;&mdash;</td>
+<td>Le Temple, ou le Marais.</td>
+</tr>
+<tr>
+<td class="right">15<sup>e</sup></td>
+<td class="center">&mdash;&mdash;</td>
+<td>Saint-Antoine.</td>
+</tr>
+<tr>
+<td class="right">16<sup>e</sup></td>
+<td class="center">&mdash;&mdash;</td>
+<td>La place Maubert.</td>
+</tr>
+<tr>
+<td class="right">17<sup>e</sup></td>
+<td class="center">&mdash;&mdash;</td>
+<td>Saint-Benoît.</td>
+</tr>
+<tr>
+<td class="right">18<sup>e</sup></td>
+<td class="center">&mdash;&mdash;</td>
+<td>Saint-André-des-Arcs.</td>
+</tr>
+<tr>
+<td class="right">19<sup>e</sup></td>
+<td class="center">&mdash;&mdash;</td>
+<td>Le Luxembourg.</td>
+</tr>
+<tr>
+<td class="right">20<sup>e</sup></td>
+<td class="center">&mdash;&mdash;</td>
+<td>St.-Germain-des-Prés.</td>
+</tr>
+</table>
+
+<h1><span class="pagenum"><a id="page43" name="page43"></a>(p. 43)</span> TABLEAU<br>
+<span class="smaller">HISTORIQUE ET PITTORESQUE</span><br>
+DE PARIS.</h1>
+
+<h2>QUARTIER DE LA CITÉ.</h2>
+
+<p class="resume">
+ Ce quartier comprend les îles du Palais, de la Cité,
+ Saint-Louis et Louvier, depuis la pointe orientale de l'île
+ Louvier jusqu'à la pointe occidentale de l'île du Palais,
+ avec tous les ponts qui y aboutissent, y compris la culée du
+ pont au Change.</p>
+
+<h3>PARIS SOUS LES DEUX PREMIÈRES RACES.</h3>
+
+<p>Ceux qui n'ont point assez pénétré dans l'histoire des modernes
+habitants des Gaules, s'étonneront sans doute que la ville capitale d'un
+aussi grand royaume que la France, ait été pendant une si longue suite
+de siècles dans un tel état de foiblesse et de misère, que, loin de
+prendre de l'accroissement, on la voit au contraire devenir, à
+certaines<a id="footnotetag54" name="footnotetag54"></a><a href="#footnote54" title="Go to footnote 54"><span class="smaller normal">[54]</span></a> époques, plus misérable encore <span class="pagenum"><a id="page44" name="page44"></a>(p. 44)</span> qu'elle n'avoit
+été. Ils ne s'étonneront pas moins de la voir sortir tout à coup de
+cette détresse et de cette obscurité, s'accroître par des degrés
+très-rapides, et s'embellissant plus lentement d'abord, devenir enfin,
+sous un petit nombre de rois, la première et la plus belle des cités.</p>
+
+<p>Ces deux différents états, dont le brusque passage est si remarquable,
+s'expliquent facilement par le changement qui se fit, au commencement de
+la troisième race, dans le gouvernement de la monarchie françoise,
+changement dont l'effet fut de faire passer cette monarchie, de l'état
+de société domestique que les vainqueurs y avoient jusqu'alors, et pour
+ainsi dire, exclusivement maintenu, à l'état de société politique qui
+avoit été celui des Gaules sous la domination romaine; de faire enfin
+triompher le gouvernement monarchique de la police féodale, qui, à
+quelques variations près, avoit été, sous les deux premières races, le
+droit public de l'Europe entière.</p>
+
+<p>Que n'a-t-on point dit sur le régime féodal, et avec combien d'ignorance
+et de mauvaise foi! Si l'on en croit les déclamateurs politiques de nos
+jours, c'est la révolte et l'usurpation qui <span class="pagenum"><a id="page45" name="page45"></a>(p. 45)</span> lui ont donné
+naissance; c'est par la tyrannie qu'il s'est accru et fortifié; et
+toutefois, en même temps qu'ils s'élèvent contre les prétendus abus et
+l'oppression <i>intolérable</i> de cette espèce de gouvernement, ils
+s'indignent aussi contre les rois, qui, par degrés, sont parvenus à le
+détruire. Nous ne nous chargeons point de concilier de semblables
+contradictions; mais peut-être les monuments historiques nous
+fourniront-ils quelques moyens de constater à la fois l'origine, le
+caractère et les modifications diverses du gouvernement féodal.</p>
+
+<p>Si l'on veut en trouver la véritable origine, ce n'est point à
+l'invasion des Francs qu'il convient de s'arrêter: il faut aller la
+chercher jusque sous les empereurs, et remonter même jusqu'aux temps qui
+ont précédé l'établissement du christianisme comme religion dominante de
+l'État. En effet nous trouvons dans Lampride et Vopiscus<a id="footnotetag55" name="footnotetag55"></a><a href="#footnote55" title="Go to footnote 55"><span class="smaller normal">[55]</span></a>
+qu'Alexandre Sévère, Aurélien et Probus donnèrent aux ducs et aux
+soldats des frontières, des champs et des maisons dans les pays conquis
+sur l'ennemi. Ces terres ainsi concédées étoient ordinairement situées
+sur le bord des fleuves ou entre les montagnes qui servoient de limites;
+on y joignit des esclaves et les animaux nécessaires <span class="pagenum"><a id="page46" name="page46"></a>(p. 46)</span> à
+l'exploitation; et la propriété entière en fut accordée à ceux qui les
+reçurent, sous la condition expresse que les héritiers se consacreroient
+comme les pères au service militaire, et que jamais des personnes
+privées ne pourroient posséder ces terres ni par succession ni par
+contrat de vente<a id="footnotetag56" name="footnotetag56"></a><a href="#footnote56" title="Go to footnote 56"><span class="smaller normal">[56]</span></a>.</p>
+
+<p>Les établissemens de ce genre se multiplièrent; nous apprenons d'Ammien
+Marcellin<a id="footnotetag57" name="footnotetag57"></a><a href="#footnote57" title="Go to footnote 57"><span class="smaller normal">[57]</span></a> que long-temps avant la chute de l'empire des légions
+avoient été fixées dans certains postes pour y tenir lieu de garnison
+perpétuelle. On appeloit <i>stations agraires</i> les terres qu'occupoient
+ces légions<a id="footnotetag58" name="footnotetag58"></a><a href="#footnote58" title="Go to footnote 58"><span class="smaller normal">[58]</span></a>, et l'on en établissoit sur toutes les frontières dont
+la garde sembloit difficile. On ne peut douter que ces stations ne
+fussent fortifiées<a id="footnotetag59" name="footnotetag59"></a><a href="#footnote59" title="Go to footnote 59"><span class="smaller normal">[59]</span></a>, et que, gardées par un nombre plus ou moins
+grand de soldats, en raison de leur <i>importance</i>, c'étoit sur ce degré
+d'importance que se régloit la dignité du chef à qui le commandement
+<span class="pagenum"><a id="page47" name="page47"></a>(p. 47)</span> en avoit été donné. Les stations agraires occupoient
+ordinairement les environs d'un château, qui en étoit le chef-lieu et
+que l'on appeloit simplement <i>station</i><a id="footnotetag60" name="footnotetag60"></a><a href="#footnote60" title="Go to footnote 60"><span class="smaller normal">[60]</span></a>. Bientôt les soldats
+<i>stationnaires</i> obtinrent tous les avantages des possesseurs de fonds
+limitrophes, et se confondirent avec eux. Cette milice sédentaire reçut
+le nom de troupe <i>riparienne</i>, parce qu'elle faisoit son séjour sur la
+frontière, que l'on nommoit <i>ripa</i><a id="footnotetag61" name="footnotetag61"></a><a href="#footnote61" title="Go to footnote 61"><span class="smaller normal">[61]</span></a>, et fut ainsi distinguée des
+<i>Comitatenses</i> ou troupes de la cour, corps d'élite avec lequel les
+empereurs et leurs généraux se portoient sur les frontières menacées,
+lorsque les troupes sédentaires ne suffisoient pas pour les défendre.</p>
+
+<p>Bientôt ces troupes de la cour prétendirent partager les avantages dont
+jouissoient les troupes <i>ripariennes</i>; elles ne voulurent plus quitter
+les cantonnements où elles avoient été placées temporairement,
+lorsqu'elles y eurent été assez long-temps pour y prendre des habitudes
+et y former des établissements avantageux<a id="footnotetag62" name="footnotetag62"></a><a href="#footnote62" title="Go to footnote 62"><span class="smaller normal">[62]</span></a>; et ce fut une nécessité,
+dans la foiblesse extrême où étoit tombé le pouvoir, de leur accorder
+dans les provinces intérieures de l'empire des quartiers permanents dont
+l'organisation fut la même que celle <span class="pagenum"><a id="page48" name="page48"></a>(p. 48)</span> de ces postes que l'on
+avoit créés sur les frontières.</p>
+
+<p>Et qu'on ne pense pas que de telles faveurs, soit dans les provinces
+intérieures, soit dans les terres limitrophes, fussent uniquement
+réservées aux sujets de l'empire, à ceux qui étoient naturellement
+intéressés à sa défense et à sa conservation: tout parti goth, franc ou
+germain qui, se détachant de cette multitude de barbares dont le
+territoire romain étoit pressé de toutes parts, demandoit à y être reçu
+et à servir l'empereur en qualité d'auxiliaire, étoit accueilli sous
+cette seule condition, et y recevoit de semblables établissements<a id="footnotetag63" name="footnotetag63"></a><a href="#footnote63" title="Go to footnote 63"><span class="smaller normal">[63]</span></a>.
+C'est ainsi que, soit par la violence, soit par les concessions des
+empereurs, la Gaule se vit successivement remplie de ces peuples du
+Nord. Ils avoient envahi la Belgique; ils possédoient la Bourgogne;
+leurs quartiers occupoient toutes les provinces qui sont entre la Loire
+et les Pyrénées; les provinces maritimes étoient devenues leur conquête.
+Toutefois il restoit encore dans le centre de cette vaste contrée des
+troupes romaines <i>stationnaires</i>, foibles débris sans doute des
+anciennes troupes <i>ripariennes</i> qui avoient <span class="pagenum"><a id="page49" name="page49"></a>(p. 49)</span> été autrefois
+répandues sur les frontières<a id="footnotetag64" name="footnotetag64"></a><a href="#footnote64" title="Go to footnote 64"><span class="smaller normal">[64]</span></a>; et pendant long-temps ces troupes ne
+voulurent reconnoître que des généraux romains; mais un barbare devenoit
+tel à leurs yeux, dès qu'il avoit été revêtu par l'empereur de quelque
+grande dignité impériale<a id="footnotetag65" name="footnotetag65"></a><a href="#footnote65" title="Go to footnote 65"><span class="smaller normal">[65]</span></a>. C'est ainsi qu'elles ne répugnèrent point
+à combattre sous les ordres de Childéric, dès qu'il eut été fait <i>duc</i>
+ou <i>comte militaire</i>; c'est par la même raison qu'elles s'attachèrent à
+Clovis, aussitôt qu'il eut été revêtu de semblables dignités,
+considérant alors ce chef guerrier, dont les victoires avoient déjà jeté
+un grand éclat, comme un homme que la Providence avoit destiné à être le
+restaurateur de l'empire.</p>
+
+<p>Ce fut aussi ce qui rendit ce roi franc si empressé de recevoir ces
+mêmes dignités; en lui donnant le titre d'<i>Ami de l'empire</i> et de
+<i>Patrice des Romains</i>, <span class="pagenum"><a id="page50" name="page50"></a>(p. 50)</span> l'empereur Anastase lui aplanissoit les
+voies qui devoient le conduire à la conquête entière des Gaules. Déjà
+Clodion, qui, le premier parmi les chefs des Francs, avoit passé le Rhin
+en se déclarant ennemi de l'empire, n'avoit rencontré que de foibles
+obstacles<a id="footnotetag66" name="footnotetag66"></a><a href="#footnote66" title="Go to footnote 66"><span class="smaller normal">[66]</span></a>: sa première entreprise avoit été sur Cambrai; et loin de
+défendre cette frontière, les barbares à qui elle avoit été confiée, et
+qui eux-mêmes étoient Francs, se réunirent à lui et le reconnurent pour
+leur roi. Cet exemple entraîna les autres barbares établis sur les
+terres romaines dans le voisinage de cette frontière; et un passage de
+Procope<a id="footnotetag67" name="footnotetag67"></a><a href="#footnote67" title="Go to footnote 67"><span class="smaller normal">[67]</span></a> nous apprend que les soldats romains qui étoient
+stationnaires dans cette extrémité de la Gaule, se voyant dans
+l'impossibilité de retourner en Italie, et ne voulant pas subir le joug,
+ni s'exposer aux violences des barbares <i>ariens</i> qui occupoient la
+partie méridionale de cette vaste province, se livrèrent aux
+<i>Armoriques</i> et aux <i>Germains</i> avec tout le pays qu'ils avoient
+jusqu'alors gardé pour l'empereur, et qu'ils obtinrent de <i>conserver
+toutes leurs coutumes</i> sous cette nouvelle domination. Or, si des
+soldats romains, tout-à-fait étrangers au pays où ils étoient cantonnés,
+se montroient ainsi disposés à traiter avec des barbares, à combien plus
+forte <span class="pagenum"><a id="page51" name="page51"></a>(p. 51)</span> raison devoient être empressés de le faire des soldats
+nés dans la province même, anciens compagnons d'armes des Francs, vivant
+sous la même loi civile et accoutumés à la même discipline? Et rien ne
+prouve plus que, dans toutes les Gaules, tant de peuples si différents
+avoient fini par ne plus faire qu'un seul peuple gouverné par les mêmes
+lois, et presque entièrement détaché de l'empire, que de voir le Romain
+Egidius devenir roi d'une peuplade de Francs, comme on avoit vu des rois
+francs compter des Romains parmi leurs sujets. Mais il n'est pas moins
+remarquable qu'il ne fut choisi pour chef par ces barbares, que parce
+qu'il étoit alors <i>maître de la milice romaine</i>. C'est ainsi que ce
+grand nom de Rome et d'empire romain imposoit encore même à ceux qui
+s'en partageoient la puissance et les débris.</p>
+
+<p>Arrêtons-nous ici un moment; il ne peut plus y avoir d'incertitude sur
+l'origine des fiefs: elle est toute romaine, et les monumens qui nous
+attestent cette origine sont irrécusables. Mais si, de ces documents que
+nous offre l'histoire, nous nous élevons à des considérations d'un autre
+ordre sur les causes qui amenèrent de tels changements dans
+l'administration des principales provinces de l'empire, il nous sera
+facile de reconnoître que ces changements étoient la suite nécessaire et
+inévitable de la situation où se trouvoit alors le pouvoir politique; et
+que, dans cette situation <span class="pagenum"><a id="page52" name="page52"></a>(p. 52)</span> presque désespérée, il sut habilement
+saisir le seul moyen de salut qui lui restât et le seul en même temps
+qui pût sauver la société.</p>
+
+<p>Dès le temps des empereurs que nous venons de nommer, les barbares
+pressoient l'empire de toutes parts; tous les points de ses immenses
+frontières étoient menacés à la fois, tandis qu'à l'intérieur les
+factions militaires le déchiroient, se disputant sans cesse le pouvoir
+politique, devenu par ces disputes sanglantes et acharnées le fléau des
+peuples dont il devroit être le protecteur. Et quelle protection
+pouvoient leur offrir des princes dont la vie étoit sans cesse à la
+merci de leurs soldats, et qui passoient à étouffer les révoltes et à
+combattre leurs compétiteurs, le temps qu'ils auraient dû donner au
+gouvernement de l'État? Dans cet état de foiblesse, de désordre, de
+péril imminent, les plus habiles d'entre eux reconnurent que tout étoit
+perdu, s'ils ne trouvoient un moyen d'attacher par quelque intérêt qui
+leur fut propre, à la défense de la société, des hommes qui ne tenoient
+plus que par de foibles liens, toujours prêts à se briser, à l'autorité
+suprême, autorité à qui seule il auroit appartenu de conserver et de
+défendre les intérêts communs. Parmi tous les intérêts particuliers, il
+n'en étoit point sans doute de plus puissant que celui de la
+<i>propriété</i>; et ce fut une combinaison aussi heureuse que le malheur des
+temps permettoit de la concevoir, que de faire partout les <span class="pagenum"><a id="page53" name="page53"></a>(p. 53)</span>
+soldats propriétaires des frontières qu'ils étoient chargés de défendre:
+ainsi la société politique, prête à se dissoudre, appeloit à son secours
+la société domestique ou la <i>famille</i>, qui, de même que dans l'enfance
+de la civilisation, se trouvoit ainsi chargée de pourvoir à sa propre
+défense; mais de telle manière cependant que, de l'agrégation d'un
+nombre considérable de petites sociétés de ce genre, à la fois
+distinctes et réunies, ce pouvoir politique composoit un système de
+défense générale pour la société entière, usant ainsi dans l'intérêt de
+tous, que lui seul pouvoit connoître, diriger et défendre, de tant
+d'intérêts particuliers, et en quelque sorte indépendants les uns des
+autres, qu'il s'étoit vu forcé de créer. Par ce moyen, il avoit su se
+faire, dans un grand état qui penchoit vers sa ruine, tout ce qu'il lui
+étoit possible d'avoir de force et d'unité.</p>
+
+<p>Mais les barbares succédoient aux barbares; ils se précipitoient en
+quelque sorte les uns sur les autres, avides d'une si riche proie; et ce
+système de défense, qui long-temps arrêta leurs continuels efforts, ne
+put empêcher ce torrent de se déborder enfin de toutes parts sur ces
+provinces malheureuses. Ce fut au cinquième siècle que se fit
+l'irruption la plus terrible de ces féroces sauvages du Nord; et
+l'histoire nous en présente le souvenir comme celui de la plus
+effroyable calamité qui ait jamais désolé les peuples. Mais des <span class="pagenum"><a id="page54" name="page54"></a>(p. 54)</span>
+irruptions partielles avoient précédé, et à diverses reprises, ce
+débordement général; et une fois entrées sur la terre de la
+civilisation, ces hordes n'en sortoient que très-rarement: il falloit
+les y établir ou les exterminer. Lorsqu'elle jugea impossible de les
+vaincre, la politique des empereurs chercha donc à se les attacher; et
+ainsi que nous l'avons déjà dit, créant pour eux des fiefs dans les pays
+dont ils s'étoient emparés, et par ce moyen opposant barbares à
+barbares, elle essaya de se faire des défenseurs nouveaux de ses plus
+redoutables ennemis.</p>
+
+<p>De ce mouvement continuel des barbares et de cette calamité sans cesse
+renaissante des invasions, il résulta que toutes les provinces de
+l'empire, et particulièrement toutes les parties des Gaules, devinrent
+successivement <i>frontières</i>; que les troupes romaines qui les
+défendoient furent toutes <i>stationnaires</i>; que l'intérieur du pays se
+remplit de <i>camps</i> et de <i>châteaux</i>, ce qui jusque là n'étoit point
+encore arrivé; et qu'ainsi, avant la révolution qui devoit en faire le
+royaume de France, cette province tout entière étoit déjà divisée en
+bénéfices militaires. Avant la conquête, les Romains s'étoient associés
+les barbares: après la conquête, et lorsqu'ils furent las de violences
+et de ravages, les barbares composèrent avec ce qui restoit de Romains
+dans le pays dont ils s'étoient rendus <span class="pagenum"><a id="page55" name="page55"></a>(p. 55)</span> maîtres, et qui
+s'étoient le plus vaillamment défendus; et voulant conserver ce qu'ils
+avoient acquis, ils adoptèrent les lois romaines, dont beaucoup d'entre
+eux connoissoient les avantages et avoient déjà éprouvé les bienfaits.
+Ce mélange d'un vieux peuple et d'un peuple enfant n'a peut-être point
+été assez remarqué, ainsi que les degrés divers par lesquels il a plu à
+la Providence de le produire. Ainsi se conserva ce qu'il existait
+d'ordre social dans le monde, héritage légué en quelque sorte par la
+grande nation mourante à cette foule de petites nations encore au
+berceau.</p>
+
+<p>Les exploits, la conversion et la fortune de Clovis sont trop connus
+pour que nous les rappelions ici; et le règne de ce prince est une des
+époques les plus grandes et les plus éclatantes de l'histoire. On sait
+qu'il n'entra point dans la Gaule comme les farouches vainqueurs qui
+l'avoient précédé, mais qu'il y fut appelé par le v&oelig;u de toutes les
+classes de ses habitants, et que les évêques lui livrèrent pour ainsi
+dire le royaume que les Goths avoient formé dans ses provinces
+méridionales<a id="footnotetag68" name="footnotetag68"></a><a href="#footnote68" title="Go to footnote 68"><span class="smaller normal">[68]</span></a>; il y vint donc pour <span class="pagenum"><a id="page56" name="page56"></a>(p. 56)</span> conserver et non pour
+détruire; et en effet rien ne fut changé dans l'organisation civile et
+politique du pays. De même que les autres barbares dont ils avoient
+suivi les traces, les Francs reçurent les lois et la police des Romains;
+ils adoptèrent leurs magistratures et jusqu'à ces dénominations purement
+honorifiques inventées par la cour de Bysance, et au moyen desquelles
+elle suppléoit aux récompenses réelles qu'il n'étoit plus en son pouvoir
+de donner. Il y eut donc comme par le passé des comtes, des ducs, des
+préfets militaires<a id="footnotetag69" name="footnotetag69"></a><a href="#footnote69" title="Go to footnote 69"><span class="smaller normal">[69]</span></a>. L'économie fiscale, civile et militaire des
+provinces fut la même<a id="footnotetag70" name="footnotetag70"></a><a href="#footnote70" title="Go to footnote 70"><span class="smaller normal">[70]</span></a>; le gouvernement des villes municipales et des
+cités ne changea point<a id="footnotetag71" name="footnotetag71"></a><a href="#footnote71" title="Go to footnote 71"><span class="smaller normal">[71]</span></a>; on y retrouva, comme sous les Romains, des
+colléges ou corps d'artisans, de marchands, chacun avec sa police
+particulière, ses usages et ses priviléges<a id="footnotetag72" name="footnotetag72"></a><a href="#footnote72" title="Go to footnote 72"><span class="smaller normal">[72]</span></a>; le <i>serf</i> représenta
+chez eux le <i>colon</i> romain: et cette espèce de servitude, bien
+différente de ce qu'étoit l'esclavage chez les peuples païens, fut la
+seule qu'ils conservèrent depuis <span class="pagenum"><a id="page57" name="page57"></a>(p. 57)</span> la conquête<a id="footnotetag73" name="footnotetag73"></a><a href="#footnote73" title="Go to footnote 73"><span class="smaller normal">[73]</span></a>; les
+vainqueurs, prenant par degré le goût de l'agriculture, profitèrent dans
+l'administration et l'exploitation de leurs terres de l'expérience des
+vaincus<a id="footnotetag74" name="footnotetag74"></a><a href="#footnote74" title="Go to footnote 74"><span class="smaller normal">[74]</span></a>; si l'on considère <span class="pagenum"><a id="page58" name="page58"></a>(p. 58)</span> en quoi consistèrent chez eux
+les revenus du fisc, on trouve qu'ils répondoient à autant de branches
+des finances de l'empire: ces revenus présentent de même les
+contributions des villes qui, chez les Romains, entroient dans le trésor
+des largesses, les parties casuelles, et le produit des terres fiscales
+dont se composoit l'épargne du prince<a id="footnotetag75" name="footnotetag75"></a><a href="#footnote75" title="Go to footnote 75"><span class="smaller normal">[75]</span></a>; quant à l'administration de
+la justice, aux diverses juridictions des tribunaux, depuis le conseil
+suprême du monarque jusqu'à la justice des propriétaires, il ne peut
+entrer dans notre sujet d'en développer l'organisation admirable et
+toutes les formes prévoyantes et protectrices: qu'il nous suffise de
+dire que le droit romain fut conservé par les rois francs partout où il
+étoit établi avant la conquête, et que le clergé ne cessa pas de vivre
+un <span class="pagenum"><a id="page59" name="page59"></a>(p. 59)</span> seul instant sous la protection de la loi romaine qui étoit
+sa loi nationale<a id="footnotetag76" name="footnotetag76"></a><a href="#footnote76" title="Go to footnote 76"><span class="smaller normal">[76]</span></a>.</p>
+
+<p>Cependant, au milieu de tant de lois et de coutumes anciennes, fut
+introduite une loi politique nouvelle que les Romains n'avoient point
+connue: c'est le <i>vasselage</i>, loi dont l'origine est toute barbare, et
+qui devint le perfectionnement de la police des fiefs. Comme bénéfice,
+le fief n'étoit autre chose que la récompense des vétérans; comme terre
+frontière, il imposoit seulement l'obligation de défendre une tour, un
+château, ou toute autre espèce de retranchement. Le vasselage faisoit
+d'un barbare l'<i>homme</i> de son seigneur; par la cérémonie de la
+<i>recommandation</i>, il lui vouoit un attachement et un service personnel;
+et comme il fut établi, sous les rois francs, qu'on ne pourroit obtenir
+un fief et devenir bénéficier sans être vassal, il en résulta que tout
+propriétaire de bénéfice fut attaché par un double lien, et à la terre
+qu'il étoit de son intérêt de conserver et de défendre, et au prince que
+l'honneur, le devoir, son serment, l'obligeoient en toutes circonstances
+de servir et d'assister<a id="footnotetag77" name="footnotetag77"></a><a href="#footnote77" title="Go to footnote 77"><span class="smaller normal">[77]</span></a>. Le soldat <span class="pagenum"><a id="page60" name="page60"></a>(p. 60)</span> romain défendoit le sol
+de l'empire, mais non pas l'empereur, prêt à recevoir pour maître
+quiconque se présentoit à lui avec la faveur de l'armée, reconnoissant
+pour Romain tout chef barbare, dès qu'il étoit revêtu des dignités
+romaines; et ce fut là le vice radical du système militaire fondé sur la
+création des bénéfices. Le vassal défendoit à la fois la terre et son
+seigneur, ou pour mieux dire, sa propriété et l'État; et la loi du
+vasselage, essentiellement monarchique, contribua puissamment à fonder
+la véritable monarchie dans les Gaules, et à la sauver dans ses plus
+grands périls.</p>
+
+<p>C'est là cette <i>féodalité</i> qui signifie la <i>fidélité</i>, et dont on parle
+de nos jours avec tant d'ignorance <span class="pagenum"><a id="page61" name="page61"></a>(p. 61)</span> et de fureur; institution
+plus naturelle qu'on ne pense, dit M. de Bonald, puisque, selon
+Condorcet, «on la retrouve à la même époque chez tous les peuples.» Elle
+n'étoit autre chose, dans son principe, que la plus noble relation
+d'autorité et d'obéissance, de protection et de dévouement, de foi
+gardée et d'assistance réciproque; elle offroit dans les nombreux
+rapports qu'elle établissoit entre les citoyens de toutes les classes de
+la société, et dans tous les degrés de sa hiérarchie, une image
+touchante de la famille<a id="footnotetag78" name="footnotetag78"></a><a href="#footnote78" title="Go to footnote 78"><span class="smaller normal">[78]</span></a>. Au milieu d'une nation si turbulente, si
+fière, livrée à des passions si violentes et si guerrières, s'ils
+n'eussent eu des vassaux <span class="pagenum"><a id="page62" name="page62"></a>(p. 62)</span> <i>fidèles</i>, certes, jamais les rois de
+France n'eussent pu contenir tant de vassaux qui se révoltoient; et
+l'anarchie qui troubla trop souvent leur empire n'eût cessé qu'avec
+l'entier anéantissement de cette nation, qui portoit en elle-même un
+principe de destruction auquel jamais gouvernement monarchique n'a pu
+résister.</p>
+
+<p>Ce principe de destruction étoit l'incertitude de l'hérédité et de la
+succession au trône dans la famille du souverain. Attachés au sang de
+leurs rois, les Francs ne connoissoient point encore la loi salutaire
+qui désigne un seul héritier et qui reconnoît pour tel l'aîné des
+enfans, ou, à défaut d'enfans, le parent le plus proche: ils
+choisissoient le prince qui leur sembloit le plus digne de commander,
+parce que la principale attribution de leurs rois étoit d'être leurs
+chefs militaires, le plus beau de leurs droits et le premier de leurs
+devoirs celui de commander les armées; d'où il résultoit que des
+collatéraux, des bâtards mêmes, pouvoient obtenir une juste préférence
+sur la postérité du prince régnant. Ce fut pour leur ôter la <i>liberté du
+choix</i>, que Clovis, retrouvant cette férocité première que le
+christianisme sembloit avoir adoucie et même entièrement détruite en
+lui, poursuivit jusqu'à leur entière extermination tous les princes de
+son sang<a id="footnotetag79" name="footnotetag79"></a><a href="#footnote79" title="Go to footnote 79"><span class="smaller normal">[79]</span></a>. Et toutefois, après tant de crimes, il <span class="pagenum"><a id="page63" name="page63"></a>(p. 63)</span> ne sut
+faire autre chose<a id="footnotetag80" name="footnotetag80"></a><a href="#footnote80" title="Go to footnote 80"><span class="smaller normal">[80]</span></a> que démembrer et partager entre ses quatre fils le
+royaume qu'il avoit créé et qu'il n'avoit su maintenir dans l'ordre et
+dans la paix que parce qu'il y avoit régné sans partage. Alors
+commencèrent ces guerres funestes et continuelles entre des frères
+avides et <span class="pagenum"><a id="page64" name="page64"></a>(p. 64)</span> jaloux, cette effroyable suite de vengeances et de
+trahisons, de violences, d'empoisonnements, d'assassinats dont
+l'histoire des deux premières dynasties nous présente trop souvent
+l'odieux et dégoûtant tableau. La race de Clovis ayant commencé à
+dégénérer, les maires du palais s'emparèrent de <span class="pagenum"><a id="page65" name="page65"></a>(p. 65)</span> l'autorité, et
+ce changement produisit des guerres et des dissensions nouvelles. Une
+confusion horrible bouleversa l'empire français; et dans ce désordre
+général chacun put méconnoître une autorité qui n'avoit plus la force ni
+de punir ni de protéger. Elle ne fut point cependant tellement méconnue,
+cette autorité suprême, qu'une main vigoureuse ne pût encore rassembler
+ces parties éparses d'un grand état, et leur imprimer, de nouveau, le
+mouvement et la vie. C'est ce que fit Charlemagne, le plus grand homme
+de son temps, et l'un des hommes les plus étonnants qui aient paru dans
+aucun temps. Mais après sa mort, la foiblesse de ses successeurs, et
+surtout la loi désastreuse du partage de l'autorité, amenèrent des
+troubles nouveaux et peut-être encore une plus grande confusion. À ces
+calamités domestiques se <span class="pagenum"><a id="page66" name="page66"></a>(p. 66)</span> joignit une autre calamité, les
+incursions terribles des Normands, nouveaux barbares qui, pendant près
+d'un siècle, ne cessèrent de traverser la France en tous sens, ravageant
+les campagnes, saccageant les villes, massacrant leurs habitants ou les
+emmenant en esclavage. La foiblesse des descendants de Charlemagne, plus
+grande encore que celle de la postérité de Clovis, les fit bientôt
+tomber d'un trône dont ils s'étoient rendus indignes; et ils tombèrent
+aux acclamations de toute une nation qui alors, on ne doit point se
+lasser de le redire, n'avoit ni sur l'hérédité légitime, ni sur l'ordre
+de la succession au pouvoir politique, les idées plus salutaires et plus
+justes que depuis elle a su acquérir, et qu'un long usage a consacrées
+au milieu d'elle, pour son bonheur et pour sa gloire. Dans ces premiers
+temps de la monarchie française ce n'étoit pas un droit suffisant au
+trône que d'être du sang royal: il falloit encore <i>être utile à la
+nation</i> pour prétendre à devenir son roi.<a id="footnotetag81" name="footnotetag81"></a><a href="#footnote81" title="Go to footnote 81"><span class="smaller normal">[81]</span></a></p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page67" name="page67"></a>(p. 67)</span> Ainsi s'explique ce qu'on appelle l'usurpation des maires du
+palais sous la première race et celle des comtes de Paris sous la
+seconde: les deux <span class="pagenum"><a id="page68" name="page68"></a>(p. 68)</span> races étoient tombées dans le mépris<a id="footnotetag82" name="footnotetag82"></a><a href="#footnote82" title="Go to footnote 82"><span class="smaller normal">[82]</span></a>.
+Sous des princes foibles s'étoient élevés des chefs guerriers devenus
+par leurs hautes qualités des objets d'estime, d'attachement et
+d'espérance pour une nation toute guerrière: elle choisit pour la
+commander celui qui lui sembla le plus digne; et en rejetant de même
+qu'en remplaçant des races dégénérées, ni la nation qui choisissoit le
+nouveau roi, ni les chefs qui avoient dirigé et confirmé son choix, ne
+pensoient avoir commis une action coupable devant Dieu et devant les
+hommes. Il n'est rien de plus déraisonnable que cette disposition qui
+nous porte à juger les siècles passés avec les idées et d'après les
+lois, les coutumes et les préjugés du siècle où nous vivons, rien qui
+indique davantage une profonde ignorance et les vues étroites de
+<span class="pagenum"><a id="page69" name="page69"></a>(p. 69)</span> l'esprit: c'est là une des principales sources de tant
+d'erreurs et d'absurdités dont se compose la politique des sophistes de
+nos jours.</p>
+
+<p>Au milieu de tant de désordres et de calamités publiques, les liens de
+la subordination féodale s'étoient sans doute fort relâchés: profitant
+de cette extrême foiblesse du pouvoir politique, chacun cherchoit à se
+rendre indépendant; et c'est une tendance naturelle et malheureuse de
+l'esprit humain. Toutefois le principe monarchique que le <i>vasselage</i>
+avoit si long-temps contribué à maintenir, restoit encore comme gravé
+dans le fond des c&oelig;urs; ce fut le <i>vasselage</i> lui-même qui rassembla
+en quelque sorte les membres épars de la monarchie pour la constituer de
+nouveau; car Hugues Capet n'étoit ni plus illustre par sa naissance, ni
+plus puissant par ses domaines que beaucoup d'autres grands vassaux de
+la couronne; et ce fut uniquement parce que ceux-ci lui prêtèrent foi et
+hommage et le reconnurent pour leur seigneur, qu'il fut roi<a id="footnotetag83" name="footnotetag83"></a><a href="#footnote83" title="Go to footnote 83"><span class="smaller normal">[83]</span></a>. Ici
+commence le <span class="pagenum"><a id="page70" name="page70"></a>(p. 70)</span> temps <i>des grandes polices</i>, comme dit Mézeray: une
+loi de l'hérédité au trône plus régulière, plus monarchique, affermit la
+puissance des princes, et leur fournit les moyens de reconquérir par
+degrés ce que le malheur des temps leur avoit fait perdre d'influence et
+d'autorité; et peut-être allèrent-ils depuis trop loin dans une route où
+si long-temps ils s'étoient vus forcés de rétrograder: c'est ce que nous
+aurons occasion d'examiner. Il n'est question ici que de chercher si le
+régime féodal fut un bien ou un mal pour la France; <span class="pagenum"><a id="page71" name="page71"></a>(p. 71)</span> et sur ce
+sujet nous croyons avoir déjà rempli une partie de la tâche que nous
+nous sommes imposée.</p>
+
+<p>Que l'on se fasse une juste idée de ce qu'étoit la Gaule sous ces deux
+premières races, ainsi livrée à des peuples, féroces et grossiers qui
+l'avoient si long-temps ravagée, et qui, partagés sous différents chefs
+décorés du nom de roi, se la disputoient encore plusieurs siècles après
+l'avoir conquise; qu'on se la représente soumise à un pouvoir
+monarchique si mal constitué, à l'action duquel on échappoit de toutes
+parts par la difficulté des communications<a id="footnotetag84" name="footnotetag84"></a><a href="#footnote84" title="Go to footnote 84"><span class="smaller normal">[84]</span></a>, par l'insuffisance des
+moyens d'administration matérielle, depuis si <span class="pagenum"><a id="page72" name="page72"></a>(p. 72)</span> prodigieusement
+perfectionnés, et parvenus de nos jours à une perfection que l'on peut
+appeler <i>désespérante</i>; que l'on considère cette vaste contrée, si
+long-temps désolée, tourmentée par cette race d'hommes turbulents et
+impatients du joug; de nouveau tourmentée, désolée, et pendant plus d'un
+siècle, par d'autres barbares<a id="footnotetag85" name="footnotetag85"></a><a href="#footnote85" title="Go to footnote 85"><span class="smaller normal">[85]</span></a>, qui, dans leurs continuelles
+incursions, en attaquent et en isolent les unes après les autres toutes
+les parties; et qu'ensuite on essaie d'imaginer une forme
+d'administration, nous ne dirons pas plus propre à conserver un tel pays
+que l'administration féodale, mais au moyen de laquelle il eût été même
+possible de le conserver: on ne la trouvera point. Dans un grand empire,
+presque toujours mal gouverné, qui très-souvent même n'<i>étoit point
+gouverné</i>, tout grand propriétaire se trouvoit naturellement substitué
+à ce gouvernement suprême qui sembloit l'avoir abandonné; et devenu
+lui-même <i>souverain</i>, protégeoit, défendoit, punissoit, récompensoit,
+encourageoit, maintenoit dans l'ordre et dans la subordination, la
+population plus ou moins nombreuse que la loi de la féodalité avoit mise
+sous sa dépendance: c'étoit, nous le répétons, une vivante image de la
+famille; et pour louer une telle <span class="pagenum"><a id="page73" name="page73"></a>(p. 73)</span> institution autant qu'elle
+mérite de l'être, nous appellerons en témoignage l'un de ses plus grands
+ennemis: «Le gouvernement féodal, dit Mably, étoit sans doute ce que la
+licence a imaginé de plus contraire à la fin que les hommes <i>se sont
+proposée en se réunissant en société</i><a id="footnotetag86" name="footnotetag86"></a><a href="#footnote86" title="Go to footnote 86"><span class="smaller normal">[86]</span></a>. Cependant, malgré ses
+pillages, son anarchie, ses violences et ses guerres privées, nos
+campagnes <i>n'étoient pas dévastées</i> comme elles le sont <i>aujourd'hui</i>.
+L'espèce de point d'honneur qu'on se faisoit de compter beaucoup de
+vassaux dans sa terre <i>servoit de contre-poids</i> à la tyrannie des fiefs.
+Loin de dévorer tout ce qui l'entouroit, le seigneur principal <i>faisoit
+des démembrements de ses terres</i> pour se faire des vassaux, et les
+familles <i>se multipliaient sous sa protection</i>.»</p>
+
+<p>«Je le demande à tout homme sensé et impartial, s'écrie un illustre
+écrivain de nos jours<a id="footnotetag87" name="footnotetag87"></a><a href="#footnote87" title="Go to footnote 87"><span class="smaller normal">[87]</span></a>: si le régime qui <i>multiplie</i> les hommes,
+protége les familles, les appelle à la propriété, et préserve les
+campagnes de la dévastation, est contraire <i>à la <span class="pagenum"><a id="page74" name="page74"></a>(p. 74)</span> fin</i> de la
+société, quelle est donc la fin de la société, et quel est le régime qui
+lui convient? Si c'est là de l'anarchie et de la tyrannie, quel nom
+donnerons-nous à l'anarchie et à la tyrannie dont nous avons été les
+témoins et les victimes? À des seigneurs guerroyans ont succédé des gens
+d'affaires avides, des procès ruineux à des incursions passagères, et
+des impôts excessifs à des redevances ridicules. Les campagnes n'y ont
+pas gagné; et à part celles que vivifie, en les corrompant, le voisinage
+des villes, les autres se sont appauvries et dépeuplées.</p>
+
+<p>«Il faut le dire, puisque la force de la vérité en arrache l'aveu à
+l'inconséquent écrivain que nous venons de citer<a id="footnotetag88" name="footnotetag88"></a><a href="#footnote88" title="Go to footnote 88"><span class="smaller normal">[88]</span></a>, le régime féodal a
+peuplé les campagnes; le régime fiscal, commercial, philosophique a
+agrandi les villes: l'un appelle le peuple à la propriété par des
+démembrements et des inféodations de terres; l'autre le fait subsister
+par des fabriques, en attendant de l'enrichir par des pillages. Celui-ci
+procure à l'homme une subsistance précaire et variable, comme les
+chances du commerce, et qu'il reçoit tous les jours sous la forme d'une
+aumône du fabricant qui l'occupe; celui-là donne à la famille un
+établissement indépendant de l'homme et fixe comme la nature; l'un en un
+mot donne des <span class="pagenum"><a id="page75" name="page75"></a>(p. 75)</span> citoyens à l'état, l'autre élève des prolétaires
+pour les révolutions; et quelle que soit la manie de la déclamation,
+comme il faut toujours revenir aux faits, il est à remarquer que
+l'établissement des manoirs champêtres date presque toujours du temps de
+la féodalité, et que la destruction des nombreux hameaux, dont on
+retrouve les vestiges dans les campagnes et le nom dans les chartes, a
+concouru avec les progrès du commerce et l'accroissement des cités.»</p>
+
+<p>Mais de grands abus, dira-t-on, firent dégénérer une institution dont le
+principe étoit bon peut-être; et l'histoire des temps de la féodalité
+signale des actes oppressifs et tyranniques, des guerres intestines et
+sans cesse renaissantes, des trahisons, des révoltes, et surtout, dans
+ses derniers siècles, un système général d'indépendance qui ressembloit
+au désordre et à l'anarchie. Qui prétend nier ces choses? certes, le
+plus grand des prodiges eût été que, dans des siècles aussi grossiers,
+une race d'hommes qui n'avoit d'autre passion que celle de la guerre,
+d'autre occupation que les exercices violents qui en sont l'image, n'eût
+pas abusé d'un pouvoir qui lui étoit en quelque sorte abandonné, n'eût
+pas considéré toutes ses usurpations comme des <i>droits</i>, lorsque ses
+chefs étoient impuissants à réclamer d'elle aucun <i>devoir</i>. Voit-on
+autre chose parmi les nations qui s'enorgueillissent le plus de leur
+civilisation, dès <span class="pagenum"><a id="page76" name="page76"></a>(p. 76)</span> que la main qui les gouverne laisse un moment
+flotter les rênes, et ne se montre plus assez ferme pour les ressaisir?
+Sied-il bien aux hommes du dix-huitième siècle, du siècle de
+l'industrie, du commerce, des sciences exactes, du siècle qui s'est
+donné lui-même le nom de siècle <i>des lumières</i>, et qui en conservera
+éternellement le <i>sobriquet</i>, sied-il bien à ces hommes de s'indigner en
+parlant de révoltes, de trahisons, de tyrannie, d'anarchie, d'oppression
+des peuples, de guerres intestines, de mépris pour le sang et la dignité
+de l'homme, de violation de toutes les lois naturelles de la société?
+Quel spectacle nous a-t-il offert, sans compter tout le reste, ce siècle
+follement orgueilleux et lâchement cruel? la force violant la propriété,
+afin d'exercer sans nul obstacle sa fureur de détruire. Que voyons-nous
+dans ces siècles qu'il ose poursuivre de son insolent dédain? la force
+devenue <i>conservatrice</i>, parce qu'elle avoit été rendue <i>propriétaire</i>;
+et par suite de ces institutions que l'on appelle sottement <i>stupides</i>
+et <i>barbares</i>, une société qui compte quatorze siècles d'existence, ce
+qui ne s'est jamais vu ni dans aucun temps ni dans aucun pays.</p>
+
+<p>Toutefois gardons-nous d'attribuer uniquement au régime féodal ce
+prodige sans exemple de durée et de prospérité. Ce régime avoit en
+lui-même, comme tout ce qui est purement humain, son principe de
+destruction; et ce principe eût <span class="pagenum"><a id="page77" name="page77"></a>(p. 77)</span> sans doute prévalu, si la
+puissance au-dessus de l'homme qui avoit formé cette société naissante
+ne l'eût soutenue en perfectionnant et affermissant ce qu'elle avoit de
+bon et de naturel dans ses institutions. Nous ferons voir bientôt
+comment, sans la religion chrétienne, ce même régime féodal, qui devint
+un instrument de conservation, auroit, au contraire, tout divisé et tout
+détruit.</p>
+
+<p>Un tel gouvernement, au moyen duquel la puissance et les honneurs
+étoient dévolus à celui qui possédoit la terre et qui la faisoit
+cultiver, n'étoit point favorable sans doute à l'accroissement des
+villes: la noblesse française dédaignoit d'y séjourner; elle habitoit
+constamment la campagne, «et son séjour, dit l'écrivain que nous venons
+de citer<a id="footnotetag89" name="footnotetag89"></a><a href="#footnote89" title="Go to footnote 89"><span class="smaller normal">[89]</span></a>, y étoit utile pour elle et pour le peuple par mille
+raisons domestiques et politiques.» Mais pour expliquer clairement un
+tel usage, et montrer que non-seulement il étoit utile, mais nécessaire,
+il convient de remonter encore jusqu'à l'établissement des bénéfices,
+c'est-à-dire jusqu'aux temps qui précédèrent la conquête.</p>
+
+<p>Toutes les provinces de la Gaule étant successivement devenues
+frontières, ainsi que nous l'avons déjà dit, les troupes <i>stationnaires</i>
+en <span class="pagenum"><a id="page78" name="page78"></a>(p. 78)</span> avoient ainsi occupé successivement toutes les parties; et
+les <i>camps</i> ainsi que <i>les châteaux</i> s'étoient multipliés dans
+l'intérieur du pays. Ils furent toujours établis dans le voisinage des
+cités; et par suite de ces établissements se formèrent des <i>cantons</i>
+qui, dans l'origine, n'étoient que des démembrements du territoire de
+ces cités, dont on avoit composé des propriétés pour les comtes, les
+ducs, les soldats <i>châtelains</i>, qui commandoient et défendoient la
+contrée. Ces terres reçurent bientôt une sorte d'anoblissement de la
+noble profession de ceux qui les possédoient: dès lors on mit une grande
+différence entre les cantons et les domaines des cités; et les habitants
+de ces terres privilégiées furent long-temps les seuls que l'on nommât
+<i>cantonniers</i><a id="footnotetag90" name="footnotetag90"></a><a href="#footnote90" title="Go to footnote 90"><span class="smaller normal">[90]</span></a>.</p>
+
+<p>Cette disposition ne fut point changée sous les rois francs, et ne
+pouvoit l'être. Les bénéfices <i>cantonniers</i> continuèrent d'être possédés
+uniquement par les familles militaires<a id="footnotetag91" name="footnotetag91"></a><a href="#footnote91" title="Go to footnote 91"><span class="smaller normal">[91]</span></a>; il y eut des cantonniers
+francs, romains et barbares<a id="footnotetag92" name="footnotetag92"></a><a href="#footnote92" title="Go to footnote 92"><span class="smaller normal">[92]</span></a>, parce qu'en effet, après la conquête,
+l'armée du conquérant se trouva composée d'un mélange de soldats de ces
+diverses nations; et tant que <span class="pagenum"><a id="page79" name="page79"></a>(p. 79)</span> les chefs furent amovibles, ils
+prêtèrent hommage au roi comme vassaux de la couronne<a id="footnotetag93" name="footnotetag93"></a><a href="#footnote93" title="Go to footnote 93"><span class="smaller normal">[93]</span></a>. Quant aux
+bourgades et cités, elles étoient la demeure des bourgeois et plébéiens
+et de toute personne qui n'étoit point assujettie au service militaire.
+L'histoire nous apprend qu'elles appartenoient en toute propriété aux
+rois, qui se les partageoient lorsqu'ils régnoient conjointement
+ensemble, ou qui en faisoient don aux personnes qu'ils vouloient
+gratifier; qu'une telle possession n'avoit rien de commun avec le
+commandement militaire de la province, puisque des femmes pouvoient y
+prétendre, et que plusieurs reines reçurent de semblables donations à
+titre de douaire; que ces bourgeois et plébéiens, désignés sous le titre
+commun de <i>provinciaux</i>, bien qu'ils fussent distingués en plusieurs
+ordres de citoyens, étoient cependant, et quel que pût être leur rang,
+fort au-dessous des <i>hommes militaires</i>; qu'ils payoient des tributs
+comme sujets du fisc, et que, sous ce rapport, comme sous plusieurs
+autres, ils étoient soumis à la juridiction du comte<a id="footnotetag94" name="footnotetag94"></a><a href="#footnote94" title="Go to footnote 94"><span class="smaller normal">[94]</span></a>. On y apprend
+encore que, dans les environs des maisons royales, que ces
+provinciaux<a id="footnotetag95" name="footnotetag95"></a><a href="#footnote95" title="Go to footnote 95"><span class="smaller normal">[95]</span></a>, sujets du fisc, étoient tenus de bâtir et d'entretenir,
+<span class="pagenum"><a id="page80" name="page80"></a>(p. 80)</span> s'élevèrent des habitations où affluèrent des plébéiens de
+toutes les classes, attirés auprès de ces demeures privilégiées par
+diverses causes qu'il n'est point de notre sujet de rappeler ici: ainsi
+se formèrent <i>les villes</i>, qui reçurent ce nom de celui de <i>villa</i>, que
+portoit tout manoir royal; et elles devinrent plus ou moins
+considérables, selon que le souverain faisoit plus ou moins de séjour
+dans le palais autour duquel elles s'étoient formées; mais elles n'en
+restèrent pas moins soumises aux mêmes redevances que les bourgs et les
+cités; et l'on peut concevoir maintenant pourquoi la noblesse resta
+confinée dans ses terres où elle jouissoit, au milieu de ses vassaux, de
+tous les honneurs et prérogatives qui lui appartenoient, et comment elle
+tint à déshonneur d'habiter des lieux où elle eût été confondue avec les
+classes inférieures de la société.</p>
+
+<p>Un capitulaire de Charlemagne établit une distinction entre ces maisons
+royales: celles qui se nommoient <i>villæ capitaneæ</i> étoient le séjour des
+rois pendant la paix. C'était là qu'ils déployoient toute la
+magnificence de leur représentation. Elles se composoient d'un palais
+pour le monarque et de bâtiments suffisants pour loger la suite
+nombreuse de ses domestiques et de ses officiers; et il n'y en avoit
+aucune qui n'eût un château fortifié, ce qui, par la suite, fit de ces
+demeures l'asile de toute la contrée environnante, pendant les longues
+incursions des Normands. <span class="pagenum"><a id="page81" name="page81"></a>(p. 81)</span> Les autres manoirs royaux désignés
+sous le nom de <i>villæ mansionales</i>, <i>hébergements</i>, <i>parements</i> se
+composoient de simples bâtimens militaires<a id="footnotetag96" name="footnotetag96"></a><a href="#footnote96" title="Go to footnote 96"><span class="smaller normal">[96]</span></a> établis dans diverses
+parties du royaume, où les rois étoient reçus lorsqu'ils voyageoient, ou
+qu'ils se portoient sur le théâtre de la guerre. Telles étoient les
+habitations royales sous les deux premières races, et l'on peut dire
+qu'il n'y eut point de capitale du royaume, avant qu'un comte de Paris
+fût devenu roi<a id="footnotetag97" name="footnotetag97"></a><a href="#footnote97" title="Go to footnote 97"><span class="smaller normal">[97]</span></a>.</p>
+
+<p>Cependant, en raison de l'avantage de sa position au milieu d'un grand
+fleuve qui étoit pour elle une sorte de fortification naturelle, la
+ville de Paris fut toujours considérée comme un des points les plus
+importants du royaume, et ce fut l'un de ceux où se passèrent, dans les
+moments les plus critiques, ses plus mémorables événements. Nous
+trouvons que les rois de la première race y firent des séjours assez
+fréquents, entre autres Chilpéric et la reine Frédégonde; sous la
+seconde race, nous voyons Paris pillé par les Normands <span class="pagenum"><a id="page82" name="page82"></a>(p. 82)</span> en 845;
+pillé une seconde fois et brûlé en 856 par ces mêmes barbares; en 862
+ils pénètrent sur son territoire par sa partie méridionale, dévastent
+l'abbaye Saint-Germain-des-Prés, abordent ensuite dans la Cité dont ils
+surprennent les habitants sans défense; pillent encore la ville et la
+réduisent de nouveau en cendres. Ce fut alors que Charles-le-Chauve,
+sous le règne duquel arrivèrent tous ces désastres, ordonna que les
+fortifications de Paris fussent relevées et augmentées, qu'on rétablît
+et qu'on réparât les châteaux situés sur le bord de la Seine, et
+notamment celui de Saint-Denis<a id="footnotetag98" name="footnotetag98"></a><a href="#footnote98" title="Go to footnote 98"><span class="smaller normal">[98]</span></a>. Avec ces nouveaux moyens de défense,
+et grâce aux dispositions prévoyantes et au courage intrépide de son
+évêque Goslin et du comte Eudes, cette ville put soutenir de la part des
+Normands un dernier siége plus long et plus acharné que les précédents.
+Constamment repoussés dans toutes leurs attaques, ils l'abandonnèrent
+enfin après treize mois de tentatives inutiles, et après lui avoir donné
+huit assauts consécutifs. Personne n'ignore qu'Eudes monta sur le trône
+après la mort de Charles-le-Gros, et qu'en lui auroit commencé la
+troisième race de nos rois, s'il n'étoit mort sans enfants. Cette
+circonstance rendit pour un moment la couronne aux princes de la famille
+carlovingienne.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page83" name="page83"></a>(p. 83)</span> Ce fut probablement encore la défense de Paris qui valut la
+royauté à son petit neveu Hugues Capet, et qui fit remonter sur le trône
+de France cette famille nouvelle qui ne devoit plus en descendre.
+L'empereur Othon II, en guerre contre Lothaire qui régnoit alors,
+s'étoit avancé en 978 jusque sous les murs de Paris, à la tête d'une
+armée de soixante mille combattants; il avoit brûlé un de ses faubourgs
+et insulté l'une de ses portes, lorsqu'il se vit attaqué sur les
+hauteurs de Montmartre par les forces réunies du comte Hugues Capet et
+de Henri, duc de Bourgogne, qui remportèrent sur lui une victoire
+décisive, s'emparèrent de tous ses bagages et le poursuivirent jusqu'à
+Soissons.</p>
+
+<p>On peut donc comprendre maintenant pourquoi la ville de Paris, au
+commencement de la troisième dynastie, étoit encore, comme du temps de
+César, renfermée dans la Cité proprement dite. Elle avoit, sur les deux
+rives du fleuve, et dès la fin de la première race, quatre abbayes
+considérables aux quatre points cardinaux et presque à une égale
+distance: Saint-Laurent à l'orient, Sainte-Geneviève au midi,
+Saint-Germain-des-Prés au couchant, et Saint-Germain-l'Auxerrois vers le
+nord. Autour de ces monastères, s'élevoient les habitations des serfs et
+autres personnes qui en dépendoient, et ce fut là l'origine de ces
+faubourgs qui depuis ont tant contribué <span class="pagenum"><a id="page84" name="page84"></a>(p. 84)</span> à l'embellissement et à
+l'agrandissement de cette capitale. Quant à la Cité, voici à peu près
+l'idée qu'on doit s'en faire: la cathédrale au levant, le grand et le
+petit Châtelet au nord et au midi, et le Palais des rois ou des comtes
+au couchant, en faisoient les quatre extrémités. On y voyoit aussi un
+palais pour l'évêque et une place publique ou marché. Des rues étroites
+et sales, des maisons<a id="footnotetag99" name="footnotetag99"></a><a href="#footnote99" title="Go to footnote 99"><span class="smaller normal">[99]</span></a> construites en bois, des églises d'une
+architecture lourde et gothique, remplissoient l'intervalle qui séparoit
+les grands édifices. Ces églises, dont plusieurs étoient des monastères,
+avoient des enclos assez considérables; et si l'on considère que l'île
+entière, bien qu'elle ait été agrandie par la réunion de deux autres
+petites îles qui étoient à sa pointe occidentale, n'a aujourd'hui que
+cinq cents toises de long sur cent quarante dans sa plus grande largeur,
+on pourra juger qu'elle contenoit alors une bien foible population<a id="footnotetag100" name="footnotetag100"></a><a href="#footnote100" title="Go to footnote 100"><span class="smaller normal">[100]</span></a>.
+<span class="pagenum"><a id="page85" name="page85"></a>(p. 85)</span> En effet, quoiqu'on eût déjà abattu plusieurs vieilles églises
+avant la révolution, cet étroit espace renfermoit encore la cathédrale,
+le palais archiépiscopal, le palais de justice, dix paroisses, deux
+hôpitaux, deux communautés d'hommes, quatre chapelles, un marché, quatre
+places publiques, une bibliothèque et une prison. La plupart des églises
+ont été détruites; d'autres, à moitié ruinées, ont changé de
+destination; mais quelques-uns des principaux monuments, qui sont au
+nombre des plus remarquables de Paris, n'ont éprouvé aucune dégradation.</p>
+
+<h2>LE PONT NEUF.</h2>
+
+<p>Paris, renfermé dans l'enceinte étroite d'une île, défendu par sa
+situation et par les fortifications qui l'environnoient, fut, pendant
+plusieurs siècles, une des places les plus fortes du royaume<a id="footnotetag101" name="footnotetag101"></a><a href="#footnote101" title="Go to footnote 101"><span class="smaller normal">[101]</span></a>.
+Abbon, déjà cité, nous apprend qu'en 886, lors de la dernière attaque
+des Normands, <span class="pagenum"><a id="page86" name="page86"></a>(p. 86)</span> cette ville étoit encore entourée de murailles et
+flanquée de tours grandes et petites. Toutes ces tours étoient en bois.</p>
+
+<p>Ce fut au moyen de ces fortifications déjà détruites par les Normands,
+et rétablies par Charles-le-Chauve, qu'elle put soutenir contre ces
+hordes barbares ce dernier siége si mémorable et qui devint le sujet
+d'une épopée<a id="footnotetag102" name="footnotetag102"></a><a href="#footnote102" title="Go to footnote 102"><span class="smaller normal">[102]</span></a>. On n'y entroit alors que par le Grand et le Petit
+pont. Quelques historiens ont confondu le Grand pont avec un autre pont
+que le même roi avoit fait construire à l'extrémité occidentale de la
+Cité, qui fut détruit pendant le siége même<a id="footnotetag103" name="footnotetag103"></a><a href="#footnote103" title="Go to footnote 103"><span class="smaller normal">[103]</span></a>, et que remplaça le
+pont <i>aux Colombes</i>, ainsi appelé parce qu'on y vendoit des oiseaux. Ce
+dernier pont existoit <span class="pagenum"><a id="page87" name="page87"></a>(p. 87)</span> encore dans le dix-septième siècle; mais
+on ignore la date de sa construction, et il est très-incertain qu'il ait
+succédé à celui de Charles-le-Chauve, sur lequel on n'a d'ailleurs que
+de très-obscurs renseignements. Tout ce qu'on sait de ce pont <i>aux
+Colombes</i>, c'est que ses piles étoient en maçonnerie, et portoient un
+plancher de bois; il aboutissoit d'un côté au quai de la Mégisserie, et
+de l'autre à celui de l'Horloge. Ayant été détruit par la violence des
+glaces<a id="footnotetag104" name="footnotetag104"></a><a href="#footnote104" title="Go to footnote 104"><span class="smaller normal">[104]</span></a>, on le reconstruisit, et l'on y plaça des moulins, ce qui
+lui fit donner le nom de pont <i>aux Meuniers</i>. S'étant écroulé une
+seconde fois en 1596, Charles Marchand, capitaine des trois cents
+arquebusiers et archers de la ville, proposa de le faire reconstruire à
+ses dépens, sous la condition qu'il porteroit son nom. Sa proposition
+fut acceptée, et il obtint des lettres-patentes à ce sujet. Ce pont fut
+achevé en 1609, et procura une commodité au public par le passage qui
+fut ménagé au milieu, et dont il ne jouissoit pas auparavant; car le
+pont <i>aux Meuniers</i> étant possédé à titre de cens, étoit fermé à ses
+deux extrémités, et ne s'ouvroit que pour l'usage de ceux qui
+l'habitoient. Le pont <span class="pagenum"><a id="page88" name="page88"></a>(p. 88)</span> <i>Marchand</i> fut détruit en 1621 par un
+incendie. Le Grand pont, après avoir changé plusieurs fois de nom, porte
+maintenant celui de pont au Change; le Petit pont a conservé le sien.</p>
+
+<p>Ces deux derniers ponts étoient encore, dans le quatorzième siècle, les
+seuls points de communication entre la Cité et les autres parties de la
+ville. Les divers ponts qui y aboutissent maintenant furent élevés à
+différentes époques, jusque vers le milieu du dix-septième siècle; et le
+pont Neuf est, sans contredit, le plus considérable de ces utiles
+monuments.</p>
+
+<p>L'île de la Cité n'a pas toujours été telle qu'elle est aujourd'hui:
+elle finissoit anciennement à l'endroit où est la rue de Harlay. Le
+jardin du palais s'étendoit jusqu'à cette extrémité; et là, un petit
+bras de rivière le séparoit de deux îles, dont la plus grande, sur
+laquelle fut construite depuis la place Dauphine, se nommoit l'île <i>aux
+Bureaux</i><a id="footnotetag105" name="footnotetag105"></a><a href="#footnote105" title="Go to footnote 105"><span class="smaller normal">[105]</span></a>. La plus petite, située du côté de <span class="pagenum"><a id="page89" name="page89"></a>(p. 89)</span>
+Saint-Germain-l'Auxerrois, étoit appelée l'île <i>à la Gourdaine</i>, et l'on
+y voyoit un moulin à eau qui fut, sous François II, employé au service
+de la monnoie; à la pointe de l'île <i>aux Bureaux</i>, il y avoit une maison
+ou hôtel des <i>Étuves</i><a id="footnotetag106" name="footnotetag106"></a><a href="#footnote106" title="Go to footnote 106"><span class="smaller normal">[106]</span></a>. Ces deux îles furent réunies à celle de la
+Cité, long-temps avant qu'on pensât à élever le pont Neuf, et changèrent
+alors leur nom en celui d'<i>île du Palais</i>.</p>
+
+<p>Jusqu'au règne de Henri III, il n'y avoit point encore de bâtiments
+considérables dans le faubourg Saint-Germain, et tous les palais des
+princes, ainsi que les hôtels des grands seigneurs, étoient situés dans
+le quartier de la ville où s'élevoit le palais même du roi, autour
+duquel les personnes qui fréquentoient la cour devoient naturellement
+établir leur demeure. Vers ce temps, on commença à ouvrir quelques rues
+nouvelles dans ce faubourg, et l'on y bâtit plusieurs belles maisons que
+des gens de qualité habitèrent. À cette même époque, la partie de la
+<i>ville</i> proprement <span class="pagenum"><a id="page90" name="page90"></a>(p. 90)</span> dite, qu'on nommoit alors le faubourg
+Saint-Honoré, se couvrit aussi de magnifiques hôtels jusqu'à la clôture
+nouvelle commencée, de ce côté, sous Charles IX. Il en résulta que les
+relations entre ces deux grands quartiers de Paris devinrent beaucoup
+plus fréquentes qu'auparavant, et qu'on sentit davantage l'incommodité
+d'une communication qui ne pouvoit se faire que par le pont Saint-Michel
+ou par bateau. Pour la rendre plus facile, le roi résolut donc de faire
+bâtir un nouveau pont à la pointe de l'île du Palais: la première pierre
+en fut posée le 31 mai 1578, du côté des Augustins, et l'on commença dès
+lors à y travailler; mais l'ouvrage étoit encore peu avancé, lorsque les
+guerres civiles forcèrent de le suspendre.</p>
+
+<p>Il ne fut achevé que sous le règne suivant. Henri IV, conquérant et
+pacificateur de son royaume, au milieu des grands et utiles projets
+qu'il formoit pour le bien de son peuple, n'oublia point
+l'embellissement de sa capitale, et mit au nombre des premières
+constructions qu'il y fit exécuter la continuation des travaux du pont
+Neuf: ils furent achevés en 1604.</p>
+
+<p>Ce pont, qui diffère des ponts<a id="footnotetag107" name="footnotetag107"></a><a href="#footnote107" title="Go to footnote 107"><span class="smaller normal">[107]</span></a> modernes par la courbe de ses arcs
+et par sa construction <span class="pagenum"><a id="page91" name="page91"></a>(p. 91)</span> en dos d'âne, que les architectes
+d'alors jugeoient nécessaire pour la durée, fut long-temps considéré
+comme un des plus beaux de l'Europe, et n'est en effet qu'une
+construction lourde, irrégulière, et qui n'a d'autre mérite que celui de
+sa solidité. Il avoit été commencé sur les dessins et sous la direction
+d'un architecte nommé Androuet du Cerceau<a id="footnotetag108" name="footnotetag108"></a><a href="#footnote108" title="Go to footnote 108"><span class="smaller normal">[108]</span></a>; ce fut Guillaume
+Marchand qui le termina. Il est porté sur douze arches de plein cintre,
+qui se partagent inégalement des deux côtés de la pointe de l'île du
+Palais. On en compte sept sur le grand cours de l'eau, cinq sur le bras
+de la Seine du côté des Augustins, et la partie de l'île à laquelle ils
+aboutissent contient encore l'espace de deux arcades.</p>
+
+<p>Au-dessus des arches règne une double corniche d'un pied et demi de
+large, soutenue par des mascarons. Ce pont a plus de cent
+quarante-quatre toises de longueur<a id="footnotetag109" name="footnotetag109"></a><a href="#footnote109" title="Go to footnote 109"><span class="smaller normal">[109]</span></a>: sa largeur est de douze, qu'on
+a partagées en trois parties, dont les dimensions n'ont pas toujours été
+les mêmes. Celle du milieu, qui sert au passage des voitures, n'avoit
+autrefois que cinq toises: des deux côtés s'élevoient pour les gens de
+pied des trottoirs qui s'étendoient sur les demi-lunes que forment les
+piles du pont; et dans ces espaces, <span class="pagenum"><a id="page92" name="page92"></a>(p. 92)</span> vides alors, on tendoit,
+les jours ouvriers, de misérables tentes qui interceptoient la belle vue
+qu'offre Paris de ce côté, et embarrassoient le passage. Lors des
+réparations qui furent faites en 1776, les trottoirs furent baissés et
+rétrécis, et l'on construisit des boutiques en pierre de taille dans les
+demi-lunes<a id="footnotetag110" name="footnotetag110"></a><a href="#footnote110" title="Go to footnote 110"><span class="smaller normal">[110]</span></a>.</p>
+
+<p>La pointe de l'île du Palais, située vis-à-vis la place Dauphine, forme
+une espèce de môle carré, qu'on appeloit, avant la révolution, <i>place de
+Henri IV</i>, et au milieu duquel étoit placée la statue équestre de ce
+grand monarque<a id="footnotetag111" name="footnotetag111"></a><a href="#footnote111" title="Go to footnote 111"><span class="smaller normal">[111]</span></a>. C'est le premier monument de ce genre qu'on eût
+encore élevé à nos souverains. Avant cette époque, si l'on faisoit la
+statue d'un roi, c'étoit pour la mettre sur son tombeau, au portail de
+quelque église ou de quelque maison royale qu'il avoit fait bâtir ou
+réparer. Cette statue y fut placée<a id="footnotetag112" name="footnotetag112"></a><a href="#footnote112" title="Go to footnote 112"><span class="smaller normal">[112]</span></a> en 1613, sous la régence de
+Marie de Médicis. Elle étoit posée sur un piédestal de marbre blanc; aux
+quatre coins étoient attachés des trophées d'armes et des esclaves en
+bronze, de grandeur naturelle, représentant, dit Sauval, les quatre
+<span class="pagenum"><a id="page93" name="page93"></a>(p. 93)</span> parties du monde, le tout soutenu par un soubassement de marbre
+bleu turquin. Dans toutes les descriptions de Paris, on trouve que la
+statue du roi avoit été exécutée par un sculpteur françois nommé
+<i>Dupré</i>, et que le cheval seul étoit l'ouvrage de <i>Jean de Bologne</i>,
+sculpteur italien: c'est une erreur qu'ont accréditée certaines
+circonstances qui jusqu'à présent n'avoient pas été assez connues. La
+vérité est que cet artiste, qui jouissoit d'une grande célébrité et qui
+étoit attaché au grand-duc de Toscane Ferdinand I<sup>er</sup>, reçut de la cour
+de France la commission d'exécuter en entier ce grand monument et
+commença le cheval. Il ne l'avoit point entièrement achevé, lorsqu'il
+mourut en 1608. Alors Pierre Tacca, son élève, fut chargé de mettre la
+dernière main aux travaux que son maître avoit laissés imparfaits. Ce
+sculpteur acheva donc le cheval, fit la statue du roi<a id="footnotetag113" name="footnotetag113"></a><a href="#footnote113" title="Go to footnote 113"><span class="smaller normal">[113]</span></a>, et le
+monument entier fut terminé en 1613. Il avoit été embarqué le 13 avril
+de cette même année à Livourne pour être rendu à Paris par <span class="pagenum"><a id="page94" name="page94"></a>(p. 94)</span> le
+Havre; mais le navire sur lequel il étoit chargé ayant fait naufrage sur
+les côtes de Sardaigne, ce ne fut qu'avec beaucoup de peine que l'on
+parvint à retirer la statue du sable où elle étoit enfoncée et à la
+charger sur un autre navire. Elle n'arriva à Paris qu'en 1614. Un
+architecte nommé <i>Marchand</i> avoit déjà disposé l'emplacement et
+construit le piédestal sur lequel elle devoit être placée, et la
+première pierre en avoit été posée par Louis XIII le 2 juin de la même
+année. Enfin le 23 août de la même année l'inauguration du monument fut
+faite par les principaux magistrats de la ville de Paris, le jeune
+monarque étant alors absent de sa capitale. Les esclaves qui décoroient
+les quatre coins de ce piédestal étoient réellement l'ouvrage de trois
+sculpteurs françois, Francavilla, Bordone et Tremblay.</p>
+
+<p>Toutefois ce ne fut qu'en 1635, vingt et un ans après cette érection de
+la statue équestre de Henri IV, que furent achevés, sous le ministère du
+cardinal de Richelieu, les ornemens et bas-reliefs qui achevèrent la
+décoration du piédestal. Ce fut ce ministre qui en ordonna lui-même les
+inscriptions<a id="footnotetag114" name="footnotetag114"></a><a href="#footnote114" title="Go to footnote 114"><span class="smaller normal">[114]</span></a> et qui fit construire le carré ou <span class="pagenum"><a id="page95" name="page95"></a>(p. 95)</span> massif de
+maçonnerie, au milieu duquel s'élevoit toute cette composition. Ces
+inscriptions expliquoient le sujet des bas-reliefs, qui étoient au
+nombre de cinq et représentoient plusieurs événements remarquables ou
+glorieux de la vie du grand roi. À droite, la prise d'Amiens par les
+<span class="pagenum"><a id="page96" name="page96"></a>(p. 96)</span> Espagnols, et celle de Montmélian en Savoie; à gauche, les
+batailles d'Arques et d'Ivry; sur la face de derrière, l'entrée
+triomphante de ce prince dans la ville de Paris.</p>
+
+<p>Il n'y a rien autre chose à dire de toutes ces sculptures, sinon que les
+meilleures étoient d'une grande médiocrité. On pouvoit en considérant
+cette statue et ce cheval, d'un style à la fois roide, lourd et mesquin,
+s'étonner de la réputation dont avoient joui Jean de Bologne et son
+élève; les captifs de bronze<a id="footnotetag115" name="footnotetag115"></a><a href="#footnote115" title="Go to footnote 115"><span class="smaller normal">[115]</span></a> ne valoient pas mieux que le monument
+qu'ils décoroient, mais n'étoient peut-être pas plus mauvais, et l'on en
+peut dire autant des bas-reliefs.</p>
+
+<p>Ce fut sur le pont Neuf et devant la statue de Henri IV qu'une populace
+effrénée, après avoir exercé mille indignités sur le cadavre de
+<i>Concini</i>, si connu sous le nom de maréchal d'Ancre, vint <span class="pagenum"><a id="page97" name="page97"></a>(p. 97)</span> en
+brûler les restes défigurés. Il est remarquable que cette même populace,
+si furieuse contre lui, après sa mort, avoit cependant beaucoup aimé, au
+temps de sa faveur, cet Italien, qui, avant les troubles, lui donnoit
+des fêtes, des tournois, des carrousels, dans lesquels il brilloit,
+disent quelques mémoires du temps, étant <i>beau cavalier et adroit à tous
+les exercices</i>. Un tel exemple montre pour la millième fois ce qu'est le
+peuple, et ce que valent ses affections. Cependant tant de preuves
+accumulées n'empêcheront point de malheureux insensés de rechercher
+encore ses vains applaudissements; et les leçons de l'histoire seront
+toujours perdues pour l'orgueil et pour l'ambition<a id="footnotetag116" name="footnotetag116"></a><a href="#footnote116" title="Go to footnote 116"><span class="smaller normal">[116]</span></a>.</p>
+
+<h2><span class="pagenum"><a id="page100" name="page100"></a>(p. 100)</span> LA SAMARITAINE.</h2>
+
+<p>Près de la seconde arche du pont Neuf, du côté du Louvre, s'élevoit sur
+une charpente le bâtiment dit de la Samaritaine. Ce petit monument
+renfermoit une pompe au moyen de laquelle l'eau étoit distribuée, par
+divers canaux, au Louvre, aux Tuileries et au Palais-Royal. On ignore
+l'époque de sa construction, que quelques historiens attribuent à Henri
+III; mais il est probable qu'il fut l'ouvrage de son successeur. Quoi
+qu'il en soit de ce fait historique peu important à vérifier, cet
+édifice, qui tomboit en ruines au commencement du siècle dernier, fut
+détruit en 1712, et rétabli aussitôt au même endroit et dans une forme
+plus élégante. Il se composoit de trois étages, dont le second étoit au
+niveau du pont. Les faces latérales étoient percées de cinq croisées;
+sur la face principale, et dans un enfoncement en forme d'arcade, avoit
+été placé le cadran d'une horloge à carillon. On voyoit au-dessous,
+avant la révolution, un groupe en plomb doré qui représentoit
+Jésus-Christ, et la Samaritaine auprès du <span class="pagenum"><a id="page101" name="page101"></a>(p. 101)</span> puits de Jacob. Ce
+puits étoit figuré par un bassin dans lequel tomboit une nappe d'eau
+sortant d'une coquille. La pompe en avoit été reconstruite en 1772<a id="footnotetag117" name="footnotetag117"></a><a href="#footnote117" title="Go to footnote 117"><span class="smaller normal">[117]</span></a>.</p>
+
+<p>Les deux figures, plus grandes que nature et d'une exécution assez
+médiocre, étoient de deux sculpteurs de l'académie, Bertrand et Frémin.
+On lisoit au-dessous l'inscription suivante, tirée de l'Écriture:</p>
+
+<p class="poem10">
+<span class="add2em"><i>Fons hortorum,</i></span><br>
+ <i>Puteus aquarum viventium.</i></p>
+
+<p>Cette inscription très-heureuse indiquoit à la fois le sujet du groupe
+et la destination du monument.</p>
+
+<p>Au-dessus du cintre, s'élevoit un campanille en charpente, revêtu de
+plomb également doré, dont la lanterne renfermoit les timbres de
+l'horloge et ceux qui composoient le carillon.</p>
+
+<p>Ce petit bâtiment avoit un gouverneur, parce qu'il étoit considéré comme
+maison royale; il a été entièrement démoli, il y a quelques années.</p>
+
+<h2><span class="pagenum"><a id="page102" name="page102"></a>(p. 102)</span> PLACE DAUPHINE.</h2>
+
+<p>Avant Henri IV, il existoit à Paris de beaux monumens; mais aucun de nos
+rois n'avoit songé à embellir la ville elle-même, en y faisant
+construire une suite d'édifices sur un plan régulier. L'enceinte des
+murs contenoit encore une grande quantité de marais, de terres
+labourables, et il n'y avoit alors de places publiques que la Grève, les
+Halles, le Parvis-Notre-Dame, la place Maubert, celles du
+Chevalier-du-Guet, de Sainte-Opportune et de la Croix-du-Tiroir.</p>
+
+<p>Lorsque le projet de bâtir le pont Neuf avoit été conçu, on avoit coupé
+l'île de la Gourdaine du côté du grand cours de l'eau; le moulin de la
+Monnoie avoit été détruit; et sur les deux côtés du triangle que forme
+ce terrain avoient été construits les deux quais que nous y voyons
+aujourd'hui. Commencés en 1580, ensuite interrompus, ils furent repris
+vers le temps où l'on finissoit le pont, et achevés en 1611. Tout
+l'espace qui s'étendoit depuis l'Éperon jusqu'au jardin<a id="footnotetag118" name="footnotetag118"></a><a href="#footnote118" title="Go to footnote 118"><span class="smaller normal">[118]</span></a> du
+<span class="pagenum"><a id="page103" name="page103"></a>(p. 103)</span> Palais étoit encore en prairies. «C'étoit, dit Sauval, une
+solitude stérile, déserte et abandonnée, qui, tous les ans, étoit noyée
+et cachée sous l'eau.» Henri IV en fit don, l'an 1607, au premier
+président de Harlay, à la charge d'y faire bâtir suivant les plans et
+devis qui lui seroient donnés par le grand-voyer, et sous la condition
+de quelques redevances. Ce magistrat fit construire d'abord, le long des
+murs du jardin, une rue de maisons uniformes qui aboutit aux deux quais
+du grand et du petit cours d'eau, et qui fut nommée rue de Harlay.</p>
+
+<p>Sur le plateau triangulaire que formoit le reste de l'île, on fit une
+place qui fut environnée de maisons à double corps de logis, dont l'un a
+vue sur la place, et l'autre sur les quais. Le plan en fut donné par le
+roi, qui la nomma Place Dauphine, en mémoire de la naissance de son fils
+Louis XIII. Cette place, dont la forme est aussi triangulaire, n'a que
+deux ouvertures, l'une au milieu de la basse du triangle, l'autre à son
+sommet, du côté du pont Neuf. Les maisons qui en forment l'enceinte
+furent construites dans un ordre régulier, et sur le même plan que
+celles de la rue de Harlay. Elles étoient toutes alors à quatre étages,
+couvertes d'ardoises, bâties de briques, et liées ensemble par des
+chaînes de pierre en bossage. Une corniche saillante et ornée de
+dentelures régnoit autour de la place et en couronnoit <span class="pagenum"><a id="page104" name="page104"></a>(p. 104)</span> tous
+les édifices. Ce mélange de couleurs et cette régularité pouvoient
+produire à la vue un effet assez agréable; mais il n'en est pas moins
+vrai qu'une telle construction étoit mesquine et de mauvais goût, ce
+dont il est facile de juger par les grandes parties qui en subsistent
+encore<a id="footnotetag119" name="footnotetag119"></a><a href="#footnote119" title="Go to footnote 119"><span class="smaller normal">[119]</span></a>; elles prouvent que l'architecture, florissante sous
+François I<sup>er</sup> et Henri II, avoit alors beaucoup perdu de son premier
+éclat: ce qu'il faut attribuer aux agitations des guerres civiles et au
+malheur des temps.</p>
+
+<p>Lorsque ces édifices commencèrent à se dégrader, on permit aux
+propriétaires de faire reconstruire leurs maisons suivant leur goût et
+leurs idées particulières, d'où il est résulté que cette place a même
+perdu cette symétrie qui en faisoit le seul mérite<a id="footnotetag120" name="footnotetag120"></a><a href="#footnote120" title="Go to footnote 120"><span class="smaller normal">[120]</span></a>.</p>
+
+<p>Ce fut sur l'île dite depuis l'île <i>aux Bureaux</i><a id="footnotetag121" name="footnotetag121"></a><a href="#footnote121" title="Go to footnote 121"><span class="smaller normal">[121]</span></a>, et sur laquelle
+s'élève aujourd'hui cette place, que furent brûlés Jacques Molay,
+grand-maître des Templiers, et le maître de Normandie, le 18 mars 1313.
+Ce grand événement et la destruction de cet ordre célèbre, auquel on
+reprochoit des <span class="pagenum"><a id="page105" name="page105"></a>(p. 105)</span> crimes et des abominations jusqu'alors inouïes,
+sont trop connus pour que nous en rappelions ici les circonstances. Ces
+moines étoient-ils innocens ou coupables? Cette question, sur laquelle
+aucun historien raisonnable n'avoit rien osé affirmer jusqu'à nos jours,
+est sans contredit la plus difficile, la plus obscure de toute
+l'histoire moderne; et les ténèbres qui la couvrent sembloient, avant la
+révolution françoise, ne pouvoir jamais être éclaircies. Cependant
+Saint-Foix, avec son audace et sa légèreté ordinaires, ne manque point,
+à l'occasion du supplice de ces deux personnages, de renouveler en leur
+faveur les allégations vagues et les déclamations furieuses de cette
+tourbe de prétendus philosophes dont il étoit le contemporain,
+déclamations et allégations dont le but étoit moins de prouver
+l'innocence des Templiers, que d'insulter, avec quelque apparence de
+raison, à toute autorité politique et religieuse. Ces apologistes
+hypocrites ont dit, dans leurs plaidoyers, beaucoup de mal des papes et
+des rois, et c'est là surtout ce qu'ils vouloient: quant à l'innocence
+de ces prétendues victimes de l'avarice et du despotisme, ils ne l'ont
+point prouvée, parce qu'il étoit impossible de le faire de manière à ne
+point laisser de réplique; et leurs adversaires les ont, plus d'une
+fois, extrêmement embarrassés, lorsqu'ils leur ont présenté les preuves
+si fortes, si singulières, que des actes et des témoignages authentiques
+élèvent contre ces moines, <span class="pagenum"><a id="page106" name="page106"></a>(p. 106)</span> reconnus universellement pour des
+hommes livrés à tous les vices, à toutes les débauches, pour des
+séditieux, par cela seul dignes de punition. Ceux qui les défendent ont
+souvent allégué en leur faveur l'invraisemblance des crimes qu'on leur
+reproche: «Est-il probable, s'écrient-ils, que tant d'illustres
+guerriers, tant d'hommes d'une si haute qualité fussent coupables de
+crimes aussi atroces, d'aussi grossières, d'aussi honteuses
+turpitudes?&mdash;Est-il vraisemblable, pourroit-on leur répondre avec un
+auteur contemporain, que ces personnages si nobles eussent jamais avoué
+de telles infamies, si l'accusation n'eût été vraie? <i>Non est verisimile
+quòd viri tam nobiles, sicut multi inter eos erant, unquàm tantam
+vilitatem recognoscerent, nisi veraciter ità esset....</i>» (Baluze.) Si
+les apologistes répliquoient que la torture leur arracha beaucoup
+d'aveux, il seroit facile de donner la preuve que la plupart d'entre eux
+firent des aveux sans qu'on les eût torturés. Au reste nous aurons
+occasion d'examiner avec plus de détails cette grande question
+historique, et nous espérons y répandre quelques lumières que les
+travaux de plusieurs savants modernes nous ont procurées<a id="footnotetag122" name="footnotetag122"></a><a href="#footnote122" title="Go to footnote 122"><span class="smaller normal">[122]</span></a>.</p>
+
+<p>Cet événement présente une petite circonstance qui montre à quel point
+le droit de propriété <span class="pagenum"><a id="page107" name="page107"></a>(p. 107)</span> étoit alors respecté, nos rois donnant
+alors eux-mêmes le premier exemple de ce respect, fondement le plus
+solide de toute société. Philippe-le-Bel, aussitôt après le supplice des
+Templiers, écrivit aux religieux de Saint-Germain, pour leur déclarer
+que, par cette exécution, il n'avoit point prétendu porter atteinte aux
+droits qu'ils avoient sur le terrain où elle s'étoit faite. Cette
+déclaration se trouvoit dans les registres de la chambre des comptes et
+dans le trésor de chartes.</p>
+
+<h2>LA SAINTE-CHAPELLE.</h2>
+
+<p>Dans l'espace qui est borné au midi par le pont Saint-Michel, au nord
+par le pont au Change, se trouvent plusieurs édifices, dont les plus
+remarquables sont le Palais et la Sainte-Chapelle.</p>
+
+<p>Pour bien faire entendre l'histoire des églises, il est nécessaire que
+nous jetions un coup d'&oelig;il général sur l'établissement de la religion
+chrétienne en France, que nous examinions l'influence qu'elle a exercée
+sur l'esprit de la nation, <span class="pagenum"><a id="page108" name="page108"></a>(p. 108)</span> et quelle fut l'existence civile et
+politique de ses ministres aux différentes époques de la monarchie. Ces
+observations nous conduiront à une explication claire de l'origine et de
+l'accroissement de tant d'établissements religieux, de tant de pieuses
+fondations que Paris renfermoit dans son sein, et qui, pendant une si
+longue suite de siècles, ont produit des effets si salutaires sur sa
+police et ses m&oelig;urs.</p>
+
+<p>Toutefois, avant d'offrir un semblable tableau, qui se place
+naturellement à l'endroit où nous traiterons des paroisses et des
+monastères de la Cité, nous croyons devoir faire la description de la
+Sainte-Chapelle<a id="footnotetag123" name="footnotetag123"></a><a href="#footnote123" title="Go to footnote 123"><span class="smaller normal">[123]</span></a>, non seulement parce que, dans l'ordre itinéraire
+que nous suivons, elle est la première église que l'on rencontre en
+sortant de la place Dauphine, mais par la raison plus forte que cette
+église séculière n'avoit de rapport avec <span class="pagenum"><a id="page109" name="page109"></a>(p. 109)</span> aucune autre église
+de Paris, et fut bâtie par un saint roi pour une destination toute
+particulière.</p>
+
+<p>Les croisades avoient apporté de grands changements dans la situation de
+l'Europe et de l'Asie. Après de longs combats, les croisés, maîtres des
+saints lieux et de toute la Palestine, s'étoient emparés de
+Constantinople, par une suite des divisions qui, dès le commencement,
+n'avoient cessé de régner entre eux et les Grecs; et ils y avoient fondé
+un nouvel empire. Il ne fut pas de longue durée. Après plusieurs règnes,
+tous malheureux et continuellement agités, les affaires en vinrent à une
+telle extrémité, que les Latins, manquant de vivres, assiégés par terre
+et par mer, abandonnés par un grand nombre de leurs principaux chefs,
+n'ayant plus enfin aucune ressource, se virent dans la triste nécessité
+d'engager une partie des reliques du trésor impérial, pour subvenir à
+leurs besoins les plus pressants; et les Vénitiens sembloient disposés à
+recevoir un tel gage pour sûreté d'une somme considérable qu'ils
+consentoient à prêter. Baudouin, héritier de l'empire, que l'empereur
+Jean de Brienne avoit envoyé solliciter des secours auprès de saint
+Louis, le supplia, ainsi que la reine Blanche sa mère, de ne pas
+permettre que la Couronne d'épines, la plus vénérée de ses reliques, fût
+portée ailleurs qu'en France; et lui proposa, s'il vouloit l'empêcher de
+tomber entre les mains de ces insulaires, d'accepter <span class="pagenum"><a id="page110" name="page110"></a>(p. 110)</span> le don
+qu'il lui en faisoit. Le monarque écouta avec joie une proposition si
+flatteuse pour sa piété, et envoya des ambassadeurs à Constantinople,
+avec tout pouvoir pour acquérir la sainte Couronne, et la retirer des
+mains des Vénitiens, si elle étoit déjà engagée. Ces envoyés
+s'acquittèrent avec succès de leur mission, trouvèrent aide et
+protection par tous les pays où ils passèrent, et revinrent heureusement
+en France. Dès que le roi fut informé de leur retour, il alla jusqu'à
+Troyes au-devant de la précieuse relique, avec la reine sa mère, ses
+frères et un nombreux cortége de seigneurs, entra avec elle à Sens,
+portant lui-même le brancard sur lequel elle étoit déposée, et
+l'accompagna jusqu'à Paris, où l'on arriva, après huit jours de marche,
+le 18 août 1239<a id="footnotetag124" name="footnotetag124"></a><a href="#footnote124" title="Go to footnote 124"><span class="smaller normal">[124]</span></a>. Une foule immense de peuple l'attendoit hors de la
+ville, près l'église Saint-Antoine-des-Champs, impatiente de jouir d'un
+spectacle aussi auguste. Là, sur un échafaud qui avoit été dressé à
+l'avance pour cette cérémonie, la sainte Couronne fut exposée à tous les
+yeux. Tout le clergé vint processionnellement au-devant d'elle, et
+chaque église apporta ses plus précieux reliquaires. Alors le roi,
+déposant ses habits royaux, les pieds nus, et revêtu d'une simple
+tunique, se chargea de nouveau du brancard avec <span class="pagenum"><a id="page111" name="page111"></a>(p. 111)</span> le comte
+d'Artois son frère. Un grand nombre d'évêques, d'abbés, de seigneurs
+marchoient devant, tête et pieds nus; dans ce touchant appareil, la
+sainte Couronne fut portée à la cathédrale, et de là déposée à la
+chapelle du Palais, dédiée alors sous le nom de Saint-Nicolas.</p>
+
+<p>Cette chapelle avoit été bâtie par le roi Robert, deux cents ans avant
+saint Louis<a id="footnotetag125" name="footnotetag125"></a><a href="#footnote125" title="Go to footnote 125"><span class="smaller normal">[125]</span></a>. Les historiens ne sont point d'accord sur l'endroit où
+elle étoit située; cependant tout porte à croire que c'étoit dans
+l'emplacement même où s'élève l'édifice que nous voyons aujourd'hui: et
+déjà cette chapelle de Saint-Nicolas avoit remplacé une première
+chapelle bâtie par les rois de la première race, et dédiée sous le nom
+de saint Barthélemi. On croit que nos monarques avoient en outre des
+oratoires particuliers dans l'intérieur de leur palais, un entre autres
+au titre de la Vierge, dans lequel saint Louis transporta les reliques
+qu'il avoit acquises, tandis qu'il faisoit bâtir un monument plus digne
+de les recevoir.</p>
+
+<p>Il en avoit conçu le projet aussitôt que la sainte Couronne avoit été
+entre ses mains: un événement <span class="pagenum"><a id="page112" name="page112"></a>(p. 112)</span> nouveau, qui le rendit maître de
+presque toutes les reliques de la chapelle impériale de Constantinople,
+le confirma dans cette résolution. Baudouin, parvenu à l'empire, et non
+moins malheureux que son prédécesseur, n'avoit pu faire autrement que
+d'engager encore ces restes sacrés pour une somme considérable: il en
+fit l'abandon au roi dont il attendoit de nouveaux secours, aux mêmes
+conditions que la sainte Couronne. Ces saintes reliques dont nous allons
+donner le détail furent énoncées dans un acte authentique, daté du mois
+de juin 1247, signé de ce prince, acte par lequel il confirmoit la
+donation qu'il en avoit faite. Cette pièce étoit conservée, avant la
+révolution, dans les archives de la Sainte-Chapelle.</p>
+
+<p>Un célèbre architecte de ce temps, nommé Eudes de Montreuil, fut chargé
+de la construction de la nouvelle chapelle; et l'on croit que ce fut en
+1240 qu'en furent jetés les premiers fondements. Il y déploya une grande
+habileté, et y employa tout le luxe d'ornement, toute la légèreté de
+construction que l'architecture gothique avoit empruntée des Arabes, et
+qui en faisoit alors le principal caractère. Ce monument est travaillé
+avec toute la délicatesse d'une châsse en orfévrerie; et après six cents
+ans, c'est encore un des édifices les plus curieux et les plus élégants
+de Paris. Il fut achevé et dédié en 1248.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page113" name="page113"></a>(p. 113)</span> Cette église est double, et formée d'une seule nef: la chapelle
+supérieure, à laquelle on monte par un escalier de quarante-quatre
+degrés, est précédée d'un vestibule en forme d'ogives, que couronne une
+plate-forme. Cette plate-forme, qui se trouve au niveau de la rose, est
+terminée par une balustrade ornée d'aiguilles; une seconde balustrade
+règne à la base du fronton qu'accompagnent deux autres aiguilles, dont
+la hauteur surpasse son sommet. Le corps entier de l'édifice se compose
+de jambages très-légers, qui se rapprochent les uns des autres dans la
+partie du rond-point, et que surmontent également des aiguilles
+extrêmement délicates. Les intervalles en sont remplis par de longues
+croisées en ogives, au-dessus desquelles s'élève encore un mur d'appui
+qui parcourt toute l'étendue du monument<a id="footnotetag126" name="footnotetag126"></a><a href="#footnote126" title="Go to footnote 126"><span class="smaller normal">[126]</span></a>.</p>
+
+<p>Le portail de la chapelle supérieure, dont l'arcade est aussi en forme
+d'ogive, est dépouillé de tous les ornements de sculpture dont il étoit
+décoré, et la place qu'ils occupoient se trouve maintenant recouverte
+d'un enduit de maçonnerie. Ces sculptures, <span class="pagenum"><a id="page114" name="page114"></a>(p. 114)</span> suivant l'usage des
+douzième et treizième siècles, représentoient le jugement dernier. Au
+pilier qui sépare les deux battants de la porte étoit une statue de
+Jésus-Christ bénissant de la main droite, et tenant un globe de la
+gauche. Dans le support on avoit sculpté les Prophètes; des deux côtés
+on voyoit des hiéroglyphes (ce qui étoit encore un usage de ces
+temps-là), et quelques traits de l'Écriture sainte, entre autres
+l'histoire de Jonas. Au-dessous un écusson offroit la fleur de lys mêlée
+aux armes de Castille, par allusion à Blanche, mère du fondateur<a id="footnotetag127" name="footnotetag127"></a><a href="#footnote127" title="Go to footnote 127"><span class="smaller normal">[127]</span></a>.</p>
+
+<p>Les vitraux, qui existent encore, sont un monument précieux de ce
+qu'étoit la peinture sur verre à l'époque du treizième siècle. L'état de
+barbarie où languissoient alors tous les arts qui dépendent du dessin,
+porte à croire que, dans ces temps-là, elle ne différoit guère de ce
+qu'elle avoit été dans son origine, laquelle toutefois remonte en France
+à une époque beaucoup plus reculée; car, dès le sixième siècle, il est
+question de vitres peintes dans les vieilles chroniques. Celles de la
+Sainte-Chapelle sont remarquables par leur hauteur, la variété et la
+vivacité de leurs teintes. L'ordonnance des tableaux qu'elles
+représentent est bizarre, leur fabrication plate et sans effet; le
+dessin des figures, tracé sur un fond uni, <span class="pagenum"><a id="page115" name="page115"></a>(p. 115)</span> est accompagné
+seulement de quelques hachures, afin de donner un peu de relief au
+sujet, et ce dessin est tout-à-fait barbare; mais cette vivacité
+éblouissante des couleurs, que tant de siècles n'ont pu altérer, fait
+encore l'étonnement et l'admiration des connoisseurs<a id="footnotetag128" name="footnotetag128"></a><a href="#footnote128" title="Go to footnote 128"><span class="smaller normal">[128]</span></a>. Nous verrons,
+dans les âges suivants, l'art de la peinture sur verre se perfectionner
+sous le rapport du style et du dessin, mais sans jamais surpasser ni
+peut-être égaler cet admirable coloris. Ces vitraux, qui représentent
+divers traits de l'Ancien et du Nouveau Testament, sont tous du temps de
+la construction de l'église, à l'exception de celui qui est au-dessus de
+la porte, et qui a pour sujet les visions de l'Apocalypse. On le croit
+de la fin du quatorzième siècle.</p>
+
+<p>L'édifice inférieur, qu'on nomme <i>basse Sainte-Chapelle</i>, servoit
+autrefois de paroisse aux domestiques des chanoines et chapelains, aux
+habitants de la cour du Palais, et à toutes les personnes attachées au
+service de la Sainte-Chapelle<a id="footnotetag129" name="footnotetag129"></a><a href="#footnote129" title="Go to footnote 129"><span class="smaller normal">[129]</span></a>; on y entroit par une porte latérale,
+maintenant obstruée par des échoppes. Les épitaphes d'un grand nombre de
+chanoines et dignitaires qui ont été enterrés dans ses caveaux en
+formoient le pavé; et dans ces mêmes caveaux <span class="pagenum"><a id="page116" name="page116"></a>(p. 116)</span> étoit déposé le
+corps du célèbre Boileau: le poète reposoit auprès de ses héros, et,
+dit-on, sous la place même du lutrin qu'il avoit chanté<a id="footnotetag130" name="footnotetag130"></a><a href="#footnote130" title="Go to footnote 130"><span class="smaller normal">[130]</span></a>. Sur le
+portail étoit une image de la Vierge, qui a été renversée et
+détruite<a id="footnotetag131" name="footnotetag131"></a><a href="#footnote131" title="Go to footnote 131"><span class="smaller normal">[131]</span></a>, ainsi que toutes les figures placées dans les niches
+extérieures latérales. Autour des murs intérieurs règne un rang de
+colonnes extrêmement déliées, qui sont les seuls supports de l'édifice
+supérieur.</p>
+
+<p>Cette église basse étoit desservie par un curé vicaire perpétuel, à la
+nomination du trésorier à qui appartenoit la place de curé primitif.</p>
+
+<p>Dans les titres de fondation de la Sainte-Chapelle, il n'est fait
+mention que de <i>chapelains</i>; et saint Louis, qui porta le nombre total
+des desservants jusqu'à vingt et un, en établit en effet cinq
+principaux<a id="footnotetag132" name="footnotetag132"></a><a href="#footnote132" title="Go to footnote 132"><span class="smaller normal">[132]</span></a>. Cependant on ne peut douter que <span class="pagenum"><a id="page117" name="page117"></a>(p. 117)</span> les membres
+supérieurs de ce chapitre n'aient été honorés du titre de <i>chanoines</i>
+dès les premiers temps<a id="footnotetag133" name="footnotetag133"></a><a href="#footnote133" title="Go to footnote 133"><span class="smaller normal">[133]</span></a>; et un réglement de Charles V, du mois de
+janvier 1371, ne laisse aucun doute à ce sujet<a id="footnotetag134" name="footnotetag134"></a><a href="#footnote134" title="Go to footnote 134"><span class="smaller normal">[134]</span></a>. Leur chef, qui dans
+l'origine étoit appelé <i>maître chapelain</i> ou <i>maître gouverneur de la
+Sainte-Chapelle</i>, reçut, en 1314, le titre de <i>trésorier</i>, dans le
+testament de Philippe-le-Bel, comme étant spécialement chargé de la
+garde du trésor des saintes reliques. En 1379, Clément VII lui accorda
+le privilége de porter la mitre et l'anneau. La dignité de <i>chantre</i>
+avoit déjà été fondée, en 1319, par Philippe-le-Long. Du reste, cette
+basilique, qui jouissoit de tous les priviléges et prérogatives accordés
+aux églises de fondation royale, avoit encore l'avantage d'être exempte
+de la juridiction épiscopale, et de relever immédiatement du saint
+Siége.</p>
+
+<div class="descript">
+<p class="center"><span class="pagenum"><a id="page118" name="page118"></a>(p. 118)</span> CURIOSITÉS DE LA SAINTE-CHAPELLE.<br>
+<span class="smaller">RELIQUES ET AUTRES OBJETS PRÉCIEUX.</span></p>
+
+ <p>Dans une grande arche de bronze doré appelée <i>la grande
+ châsse</i> de la Sainte-Chapelle, et qui étoit placée sur une
+ voûte gothique, derrière le maître autel, étoient renfermées
+ les reliques données à saint Louis par l'empereur Baudouin;
+ elles y étoient conservées dans des tableaux et des vases de
+ cristal. En voici le détail:</p>
+
+ <p>1<sup>o</sup> La couronne d'épines de Notre-Seigneur; 2<sup>o</sup> une grande
+ partie du bois de la vraie croix; 3<sup>o</sup> un morceau du fer de
+ la lance; 4<sup>o</sup> une portion du manteau de pourpre; 5<sup>o</sup> des
+ morceaux du roseau et de l'éponge; 6<sup>o</sup> des drapeaux de son
+ enfance; 7<sup>o</sup> le linge dont il se servit au lavement des
+ pieds; 8<sup>o</sup> des cheveux de la sainte Vierge; 9<sup>o</sup> une portion
+ de son voile; 10<sup>o</sup> le haut du chef de saint Jean-Baptiste;
+ 11<sup>o</sup> un morceau de la pierre du sépulcre, et plusieurs
+ autres reliques non moins précieuses<a id="footnotetag135" name="footnotetag135"></a><a href="#footnote135" title="Go to footnote 135"><span class="smaller normal">[135]</span></a>.</p>
+
+ <p>Dans deux grandes armoires placées dans la sacristie, un
+ grand nombre de reliquaires en or et en argent, enrichis de
+ pierres précieuses, et contenant les reliques d'un grand
+ nombre de saints, apôtres, martyrs, confesseurs, etc., entre
+ autres, de St. Pierre, de St. Matthieu, de St.
+ Jacques-le-Mineur, de St. Siméon, de St. Philippe, de St.
+ Étienne, premier martyr, de St. Jérôme, de St. Martin, de
+ St. Dominique, de St. Georges, de S<sup>te</sup>. Barbe, de S<sup>te</sup>.
+ Ursule, etc.</p>
+
+ <p>Une croix qui fut faite par ordre de Henri III, et en vertu
+ de lettres-patentes données à Paris en 1575. Elle étoit
+ d'argent doré ainsi que son pied supporté par quatre figures
+ de lions. Le bois de la <i>vraie croix</i><a id="footnotetag136" name="footnotetag136"></a><a href="#footnote136" title="Go to footnote 136"><span class="smaller normal">[136]</span></a> en couvroit tout
+ le milieu; et cette croix, toute chargée de pierres
+ précieuses, portoit un Christ en or massif.</p>
+
+ <p><span class="pagenum"><a id="page119" name="page119"></a>(p. 119)</span> Le chef de saint Louis en or, de grandeur
+ naturelle, soutenu par quatre anges, et garni de pierres
+ précieuses.</p>
+
+ <p>L'étui dans lequel avoit été apporté en France le principal
+ morceau de la vraie croix donné par saint Louis à la
+ Sainte-Chapelle. Cet étui, garni en dedans d'une lame
+ d'argent doré, paroissoit, par les creux intérieurs qui y
+ avoient été pratiqués, avoir contenu trois morceaux de la
+ vraie croix, sous la forme de trois croix grecques de
+ différentes proportions. Le plus considérable, celui qui fut
+ déposé dans la <i>grande châsse</i>, et qui étoit le plus grand
+ que l'on connût, avoit, lorsqu'il fut apporté à la
+ Sainte-Chapelle, de largeur deux pouces sur un pouce et demi
+ d'épaisseur, et deux pieds six pouces sept lignes de
+ hauteur. Dans la partie supérieure de ces creux intérieurs
+ de l'étui, étoient représentés quatre anges en adoration, et
+ dans la partie inférieure, sainte Hélène et son fils
+ Constantin debout au pied de la croix.</p>
+
+ <p>Deux manuscrits contenant des textes d'Évangiles, ornés de
+ vignettes, recouverts de plaques d'or et d'argent ciselées,
+ d'émaux, de pierres précieuses; l'un du 14<sup>e</sup> siècle, l'autre
+ d'une très-haute antiquité.</p>
+
+ <p>Trois croix, désignées sous les noms de croix de Bourbon,
+ croix de Venise, croix de Bavière, enrichies de pierres du
+ plus grand prix.</p>
+
+ <p>Des calices, des soleils, des figures en ivoire, en or, en
+ argent; d'anciens missels, d'anciens ornemens, etc., etc.
+ Tous ces objets étoient remarquables à la fois par leur
+ richesse et par leur haute antiquité.</p>
+
+ <p>Un buste d'agate-onyx qui servoit d'ornement au bâton
+ cantoral dans les grandes solennités. On avoit cru que ce
+ buste offroit une image de l'empereur Valentinien III; et
+ l'on y avoit adapté une draperie en vermeil et deux bras en
+ argent qui portoient, de la main droite, une couronne
+ d'épines, de la gauche, une croix grecque en vermeil. Depuis
+ on a reconnu que ce buste étoit celui de l'empereur
+ Titus<a id="footnotetag137" name="footnotetag137"></a><a href="#footnote137" title="Go to footnote 137"><span class="smaller normal">[137]</span></a>.</p>
+
+ <p>La fameuse sardoine-onyx à trois couleurs, représentant
+ l'apothéose d'Auguste: cette pierre gravée, unique dans le
+ monde par son volume, et dans laquelle la beauté du travail
+ répond au prix de la matière, avoit été donnée à la
+ Sainte-Chapelle en 1379, <span class="pagenum"><a id="page120" name="page120"></a>(p. 120)</span> ainsi que l'attestoit une
+ inscription gravée sur le socle. On ignore comment et à
+ quelle époque cette agate a été apportée en France. Il
+ paroît, par les ornements dont elle étoit entourée, que, dès
+ le temps où elle appartenoit aux empereurs grecs,
+ l'ignorance en avoit fait un sujet de piété<a id="footnotetag138" name="footnotetag138"></a><a href="#footnote138" title="Go to footnote 138"><span class="smaller normal">[138]</span></a>. On croyoit
+ qu'elle représentoit le triomphe de Joseph. Le piédestal en
+ étoit orné de reliques; il étoit d'usage de l'exposer aux
+ bonnes fêtes, et il arrivoit quelquefois de la porter
+ processionnellement<a id="footnotetag139" name="footnotetag139"></a><a href="#footnote139" title="Go to footnote 139"><span class="smaller normal">[139]</span></a>. Ceci dura jusqu'en 1619, que le
+ savant M. Peiresc reconnut le véritable sujet de ce
+ bas-relief qui est l'apothéose d'Auguste<a id="footnotetag140" name="footnotetag140"></a><a href="#footnote140" title="Go to footnote 140"><span class="smaller normal">[140]</span></a>.</p>
+
+ <p>Au-dessous du maître-d'autel, sous la crosse de l'ostensoir,
+ le modèle de la Sainte-Chapelle en vermeil et dans la
+ proportion de 3 à 4 pieds. Cet ouvrage, d'un travail
+ extrêmement délicat, que plusieurs ont cru aussi ancien que
+ l'édifice même, n'avoit été exécuté qu'en 1630 par Pijard,
+ orfèvre, garde des reliques de la Sainte-Chapelle, et étoit
+ un don de Louis XIII.</p>
+
+<p class="p2 center">TABLEAUX.</p>
+
+ <p>Sur deux petits autels séparés par la porte du ch&oelig;ur,
+ deux petits tableaux en émail, formant différents cartouches
+ où étoient représentés des sujets de la passion de
+ Notre-Seigneur. Dans celui de la droite, on voyoit Henri II
+ et Catherine de Médicis; dans celui de la gauche, François
+ I<sup>er</sup> et la reine Éléonore son épouse. Ces deux tableaux,
+ exécutés en 1553, étoient de Léonard Limosin, émailleur,
+ peintre de la chapelle du roi.</p>
+
+ <p>Du côté de l'épître, et dans une petite chapelle, appelée
+ oratoire de saint Louis, où ce monarque se retiroit pour
+ entendre l'office, un grand tableau représentant l'intérieur
+ de la grande châsse, avec toutes les reliques dans l'ordre
+ où elles y étoient rangées, et saint Louis à genoux devant
+ ces reliques.</p>
+
+ <p>Sur la croisée, saint Louis à genoux devant une croix
+ entrelacée d'une couronne d'épines.</p>
+
+<p class="p2 center"><span class="pagenum"><a id="page121" name="page121"></a>(p. 121)</span> SCULPTURES.</p>
+
+ <p>Un modèle en terre cuite de la Notre-Dame-de-Pitié que
+ <i>Germain Pilon</i> avoit exécutée en marbre pour le roi. La
+ Vierge y est représentée assise, la tête voilée, les mains
+ croisées. On admire surtout l'expression de la tête<a id="footnotetag141" name="footnotetag141"></a><a href="#footnote141" title="Go to footnote 141"><span class="smaller normal">[141]</span></a>.</p>
+
+ <p>Sur des trumeaux autour de l'église, les figures des douze
+ apôtres, d'un gothique meilleur que celui des figures du
+ portail, ce qui a fait présumer qu'elles étoient d'un temps
+ postérieur à la construction de l'édifice.</p>
+
+<p class="p2 center">TOMBEAUX ET SÉPULTURES.</p>
+
+ <p>Le célèbre Montreuil, architecte de la Sainte-Chapelle et
+ mort en 1266, avoit été enterré dans le ch&oelig;ur de cette
+ église. On le voyoit représenté sur sa tombe, tenant une
+ règle et un compas à la main.</p>
+
+ <p>Dans un caveau sous l'arcade la plus proche du grand autel,
+ étoit la sépulture des trésoriers et chanoines de la
+ Sainte-Chapelle. Le collége de la Sainte-Chapelle a été
+ pendant long-temps une pépinière de prélats illustres, de
+ magistrats et d'hommes de lettres distingués.</p>
+</div>
+
+<p>Dans cette description que nous venons de donner de la Sainte-Chapelle,
+nous n'avons pu indiquer que sommairement toutes les richesses qui y
+étoient renfermées. Toutefois le zèle religieux du saint roi qui en
+étoit le fondateur ne se borna point à ces actes d'une magnificence
+toute royale<a id="footnotetag142" name="footnotetag142"></a><a href="#footnote142" title="Go to footnote 142"><span class="smaller normal">[142]</span></a>: tous les ans, le jour du vendredi saint, il se
+rendoit en grand appareil à la Sainte-Chapelle; <span class="pagenum"><a id="page122" name="page122"></a>(p. 122)</span> et là, revêtu
+de ses habits royaux, il exposoit lui-même les monuments de la passion à
+la vénération du peuple. Cet exemple fut suivi par plusieurs de ses
+successeurs<a id="footnotetag143" name="footnotetag143"></a><a href="#footnote143" title="Go to footnote 143"><span class="smaller normal">[143]</span></a>, auxquels il laissa les plus grands exemples de courage
+et de piété qu'aucun monarque ait jamais donnés. Il semble que le
+président Hénault n'a point assez senti tout ce qu'il y avoit
+d'admirable dans ce pieux et grand roi. Il l'admire sans doute lorsqu'il
+le voit réduisant les rebelles, combattant les ennemis de son royaume,
+rendant à ses peuples une justice exacte et vigilante; mais cet
+historien, abusant ensuite d'un mot employé par le père Daniel, le
+trouve <i>singulier</i>, lorsqu'il le voit, dans son intérieur, donnant à la
+prière le temps qu'il pouvoit dérober aux affaires, témoignant une
+entière déférence à sa mère, une douceur paternelle à ses domestiques.
+Peu s'en faut qu'il ne le présente alors comme tombé dans un état
+d'imbécillité. «Dans ces moments, dit-il, ses domestiques devenoient ses
+maîtres, sa mère lui commandoit, et les pratiques de la dévotion la plus
+simple remplissoient ses journées.» Ce qui semble petit au président
+Hénault, à nos yeux est sublime; <span class="pagenum"><a id="page123" name="page123"></a>(p. 123)</span> et comme, d'après son propre
+aveu, les vertus solides et la noble fermeté qui composoient le
+caractère de saint Louis <i>ne se sont jamais démenties</i>, ce mélange
+touchant de grandeur et d'humilité nous offre un être presque au-dessus
+de l'humanité, un héros tel que le paganisme n'en pouvoit produire, en
+un mot, le véritable héros chrétien<a id="footnotetag144" name="footnotetag144"></a><a href="#footnote144" title="Go to footnote 144"><span class="smaller normal">[144]</span></a>.</p>
+
+<h3><i>Trésor des Chartes.</i></h3>
+
+<p>C'étoit dans deux salles voûtées qui faisoient partie des bâtiments de
+la Saint-Chapelle, qu'étoit placé le <i>trésor des chartes</i>, ou le dépôt
+des titres de la couronne, des diplômes de nos rois, des traités de paix
+et d'alliance, des ventes, dons, échanges, etc. Autrefois, et jusque
+dans les premiers temps de la troisième race, ces princes avoient
+coutume de faire porter avec eux, dans leurs voyages, leurs titres,
+leurs reliques et tout ce qu'ils avoient de plus précieux.
+Philippe-Auguste ayant eu le malheur d'être surpris un jour au milieu de
+cet attirail, et de tomber dans une embuscade que les Anglois lui
+avoient dressée à Bellefosse, entre Blois et Fréteval, le <i>trésor des
+chartes</i> fut la proie du vainqueur qui le fit transporter en Angleterre,
+où il est encore. Philippe ordonna qu'il fût rétabli, tant sur les notes
+que <span class="pagenum"><a id="page124" name="page124"></a>(p. 124)</span> sa mémoire put lui fournir, que sur les copies des actes
+qu'on put retrouver. Depuis ce fatal événement, les chartes ne sortirent
+plus du palais, où, après avoir été placées en divers lieux, elles
+furent enfin renfermées dans ce dernier dépôt, vers la fin du
+quatorzième siècle.</p>
+
+<h2>LE PALAIS DE JUSTICE.</h2>
+
+<p>À chaque pas que nous faisons dans Paris, nous éprouvons de nouveaux
+effets de la nuit profonde dont les antiquités de cette ville ont été si
+long-temps enveloppées; nous sentons davantage combien il est difficile
+de dire quelque chose de satisfaisant sur des origines qui ne sont
+connues que par des traditions vagues, souvent contradictoires, la
+plupart transmises par des chroniqueurs éloignés des sources, et presque
+tous dépourvus de lumières et de critique dans tout ce qu'ils ont écrit.
+La discussion de ces vieux récits, des chartes, des titres qui s'y
+rapportent, seroit inutile et fastidieuse; et c'est pour y avoir attaché
+trop d'importance que les anciens historiens <span class="pagenum"><a id="page125" name="page125"></a>(p. 125)</span> de Paris ont ôté
+tout intérêt à leurs volumineuses compilations. Il vaut mieux,
+choisissant dans ces lambeaux épars, en rassembler les faits qui
+semblent les plus probables, et toutefois ne les offrir que pour ce
+qu'ils sont, pour de simples probabilités.</p>
+
+<p>Par exemple, l'origine du Palais est tout-à-fait inconnue, et aucun
+écrivain ne nous fait connoître ni quand ni comment il fut bâti. Ceux
+qui ont parlé du séjour de quelques empereurs romains à Paris,
+s'accordent tous à dire qu'ils habitoient le palais des Thermes: mais
+peut-on en conclure qu'il n'y avoit point alors d'édifice du même genre
+dans la Cité? César nous apprend lui-même qu'il avoit transporté le
+conseil souverain des Gaules dans Lutèce, «<i>summum Galliæ concilium in
+Lutetiam Parisiorum transtulit;</i>» et c'est une opinion généralement
+reçue, que le proconsul, gouverneur général de toute la province, avoit
+son séjour ordinaire dans cette ville. Est-il probable qu'il ait demeuré
+hors de ses murs, lorsqu'il s'agissoit de veiller sur un peuple
+nouvellement soumis, toujours disposé à secouer le joug, et dont la
+révolte, dans un lieu aussi fortifié, eût été plus dangereuse que
+partout ailleurs? On ne peut raisonnablement le penser; et
+Ammien-Marcellin donne effectivement à entendre que la <i>forteresse des
+Parisiens</i> <span class="pagenum"><a id="page126" name="page126"></a>(p. 126)</span> (c'est ainsi qu'il appelle l'île de la Cité)<a id="footnotetag145" name="footnotetag145"></a><a href="#footnote145" title="Go to footnote 145"><span class="smaller normal">[145]</span></a>
+avoit, dès ce temps-là, un palais et une place publique.</p>
+
+<p>Il ne seroit pas même impossible de déterminer où devoit être ce palais.
+Une ancienne tradition<a id="footnotetag146" name="footnotetag146"></a><a href="#footnote146" title="Go to footnote 146"><span class="smaller normal">[146]</span></a>, appuyée de plusieurs auteurs graves, nous
+apprend qu'aussitôt que les premiers chrétiens eurent obtenu des
+empereurs le libre exercice de leur religion, les habitants de Paris
+firent bâtir une église cathédrale à la pointe orientale de l'île, où
+leur ville étoit alors renfermée. On peut conclure de là que le palais
+ou château dont parle Ammien-Marcellin étoit situé à l'autre extrémité,
+c'est-à-dire à la place où il est encore aujourd'hui; car ces deux
+situations ont été constamment celles qui ont présenté le plus de
+commodités et les aspects les plus agréables.</p>
+
+<p>Si nous cherchons ensuite dans notre propre histoire, nous y trouverons
+des témoignages qui ne nous permettront pas de douter que, bien que nos
+rois de la première dynastie demeurassent habituellement au palais des
+Thermes, il existoit cependant une maison royale dans la Cité. Sur ce
+sujet, voici ce que dit Grégoire de Tours, racontant la mort tragique
+des petits-fils de Clovis. «Childebert<a id="footnotetag147" name="footnotetag147"></a><a href="#footnote147" title="Go to footnote 147"><span class="smaller normal">[147]</span></a> envoya une personne de
+confiance <span class="pagenum"><a id="page127" name="page127"></a>(p. 127)</span> à Clotaire, roi de Soissons, pour l'engager à venir
+le trouver, afin de résoudre ensemble s'ils feroient mourir leurs
+neveux, ou s'ils se contenteroient de les dégrader en leur coupant les
+cheveux..... Clotaire ne tarda pas à se rendre à Paris..... Ils firent
+courir le bruit que le résultat de leur entrevue avoit été de faire
+proclamer rois les fils de Clodomir, et envoyèrent les demander à
+Clotilde, qui demeuroit alors dans la ville (<i>quæ tunc in ipsâ urbe
+morabatur</i>), pour les élever sur le pavois. Cette bonne reine,
+transportée de joie, fit venir les petits princes dans son appartement,
+et après avoir eu l'attention de les faire manger: Allez, mes enfans,
+leur dit-elle en les embrassant, allez trouver vos oncles; si je puis
+vous voir sur le trône de votre père, j'oublierai que j'ai perdu ce cher
+fils..... Clotaire, après les avoir poignardés de sa propre main, monta
+tranquillement à cheval pour retourner à Soissons; Childebert se retira
+dans le faubourg (<i>in suburbana concessit</i>).» Il y avoit donc dans la
+Cité un palais où l'on élevoit ces jeunes princes, et cette demeure est
+ici bien clairement distinguée de l'édifice qui étoit sur la rive
+méridionale du fleuve<a id="footnotetag148" name="footnotetag148"></a><a href="#footnote148" title="Go to footnote 148"><span class="smaller normal">[148]</span></a>.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page128" name="page128"></a>(p. 128)</span> Le palais fut successivement agrandi, réparé ou rebâti par les
+maires, qui s'emparèrent de l'autorité sous la première race; et
+Hugues-Capet, comte de Paris, ayant succédé aux rois de la seconde,
+abandonna entièrement le palais des Thermes, pour établir dans celui-ci
+sa résidence ordinaire<a id="footnotetag149" name="footnotetag149"></a><a href="#footnote149" title="Go to footnote 149"><span class="smaller normal">[149]</span></a>. Robert, son fils, le fit rebâtir en entier;
+et quoique Philippe-Auguste eût fait depuis reconstruire le Louvre, on
+voit que ses successeurs, saint Louis, Philippe-le-Hardi et
+Philippe-le-Bel demeuroient au Palais. Saint Louis, qui l'orna de la
+chapelle magnifique dont nous avons déjà parlé, fit encore dans son
+intérieur des augmentations et des embellissements considérables; et
+sous Philippe-le-Bel, il fut de nouveau reconstruit presque en entier.
+«Ce roi, dit du Haillan, fit bâtir dedans l'île du Palais, au lieu même
+où étoit l'ancien château de la demeure des rois, le Palais tel qu'il
+est aujourd'hui.... étant conducteur de cette &oelig;uvre, messire
+Enguerrand de Marigny.» Belleforest s'exprime encore plus fortement, et
+dit «que Philippe-le-Bel <span class="pagenum"><a id="page129" name="page129"></a>(p. 129)</span> fit construire un autre palais tout à
+neuf, tel que nous le voyons, et qu'il fut achevé l'an 1313, le 28<sup>e</sup> et
+dernier an du règne de ce bon roi.» Toutefois ces deux écrivains si
+inexacts et si embrouillés ne doivent pas être crus entièrement, et ceci
+ne doit s'entendre que de quelque augmentation considérable que Philippe
+auroit fait faire à cet édifice; car il est constant que la chambre qui
+porte encore le nom de saint Louis, et la salle appelée depuis la
+<i>grand'chambre</i> ont été bâties par ce roi. Il y restoit même encore
+quelques-unes des anciennes constructions faites par le roi Robert,
+entre autres la chambre dite depuis de la Chancellerie, dans laquelle on
+prétend que saint Louis consomma son mariage. Charles VIII, Louis XI et
+Louis XII y ajoutèrent encore de nouveaux bâtiments.</p>
+
+<p>Lorsque Charles V abandonna la Cité pour aller occuper l'hôtel
+Saint-Paul, à l'extrémité orientale de la ville, ce palais, dont les
+anciens historiens ont tant vanté la magnificence, n'étoit encore qu'un
+assemblage de grosses tours qui communiquoient entre elles par des
+galeries; les deux tours parallèles que l'on voit encore sur le quai de
+l'horloge sont des restes de cet édifice, et peuvent donner une idée du
+genre de sa construction. Des fenêtres de ces tristes demeures la vue
+s'étendoit au loin sur Issi, Meudon et Saint-Cloud. Le jardin qu'on
+appeloit <i>Jardin du <span class="pagenum"><a id="page130" name="page130"></a>(p. 130)</span> Roi</i> occupoit tout l'espace où sont
+aujourd'hui le cours Neuve et de Lamoignon; il se prolongeoit jusqu'au
+bras de la rivière qui couloit, comme nous l'avons déjà dit, à l'endroit
+où est aujourd'hui la rue de Harlay. Ce jardin, du temps de Charles V,
+étoit encore, comme tous les jardins royaux, d'une simplicité extrême:
+il étoit environné de haies que couvroient des treilles enlacées en
+losange, et disposées, à chaque extrémité et au milieu, en forme de
+tourelle ou pavillon. On y voyoit des prés que l'on fauchoit, des vignes
+dont on recueilloit le vin, des légumes qui servoient pour la table du
+roi<a id="footnotetag150" name="footnotetag150"></a><a href="#footnote150" title="Go to footnote 150"><span class="smaller normal">[150]</span></a>. Les appartements du château étoient immenses et couverts de
+dorure; mais le luxe, encore sans art et mal entendu, n'y avoit rien
+fait pour l'agrément et les commodités de la vie; des barreaux de fer
+qui se croisoient sur les fenêtres, donnoient à cette demeure royale
+l'aspect d'une prison, et les vitraux colorés et chargés d'images de
+saints, de devises et d'écussons achevoient d'y intercepter la lumière.
+On aura peine à croire que, du temps même de François I<sup>er</sup>, on ne s'y
+asseyoit encore que sur des bancs et des escabelles, et que la reine
+seule avoit le <span class="pagenum"><a id="page131" name="page131"></a>(p. 131)</span> droit d'avoir des chaises de bois, pliantes et
+rembourrées; mais il ne faut point oublier que nos premiers rois, ceux
+mêmes de la troisième race jusqu'à Louis XI, considérés comme chefs des
+grands plutôt que comme souverains de la nation, n'eurent pendant
+long-temps, et sauf quelques exceptions, ni opulence ni autorité.
+Maîtres seulement de leurs domaines, leur cour n'étoit composée que de
+leurs domestiques, et les revenus souvent très-bornés de ces possessions
+étoient les seuls moyens qu'ils eussent de soutenir l'élévation de leur
+rang; car les impositions qu'on demandoit aux peuples n'étoient que
+momentanées, et levées seulement dans les grands besoins de l'État, et
+du consentement général. Ce n'étoit que dans les réunions solennelles
+des grands vassaux, et au milieu de leurs armées, que ces monarques
+paroissoient avec tout l'éclat de la majesté royale; hors de là, leur
+vie simple et patriarcale ne différoit guère de celle d'un seigneur de
+château; et dans Paris même leur souveraineté se trouvoit à tout moment
+en conflit avec la juridiction de l'évêque, des monastères, des divers
+corps, et les priviléges des bourgeois.</p>
+
+<p>Ces assemblées de grands vassaux, dont nous venons de parler, et que
+l'on voit consacrées dès les premiers temps de la monarchie sous le nom
+de <i>plaids généraux</i>, n'étoient point d'institution royale: elles
+existoient de temps immémorial parmi les Francs, et ils en avoient
+apporté la coutume <span class="pagenum"><a id="page132" name="page132"></a>(p. 132)</span> de leur pays<a id="footnotetag151" name="footnotetag151"></a><a href="#footnote151" title="Go to footnote 151"><span class="smaller normal">[151]</span></a>. Tous les hommes libres
+avoient le droit de s'y rendre et de prendre part aux délibérations,
+soit qu'elles eussent pour objet quelque expédition militaire, soit
+qu'il ne fût question que de traiter des affaires générales de la nation
+pendant la paix; et le soin extrême qu'avoient les rois francs de
+convoquer ces assemblées dans toutes les occasions importantes, prouve à
+quel point elles leur étoient nécessaires pour légitimer leurs actes, et
+combien grande étoit leur autorité<a id="footnotetag152" name="footnotetag152"></a><a href="#footnote152" title="Go to footnote 152"><span class="smaller normal">[152]</span></a>. «On y régloit, dit Hincmar,
+l'état de tout le royaume pour le courant de la nouvelle année; et ce
+qui avoit été réglé, rien ne pouvoit le déranger. Il n'étoit jamais
+permis de s'en écarter, sans une extrême nécessité qui fût commune à la
+totalité du royaume»<a id="footnotetag153" name="footnotetag153"></a><a href="#footnote153" title="Go to footnote 153"><span class="smaller normal">[153]</span></a>. À ce <i>plaid</i>, ajoute cet écrivain,
+assistoient les <span class="pagenum"><a id="page133" name="page133"></a>(p. 133)</span> <i>majeurs</i> clercs et laïques, et les <i>mineurs</i>:
+c'est-à-dire que les seigneurs s'y faisoient accompagner de leurs
+vassaux<a id="footnotetag154" name="footnotetag154"></a><a href="#footnote154" title="Go to footnote 154"><span class="smaller normal">[154]</span></a>.</p>
+
+<p>Le <i>plaid général</i> se tenoit au printemps. On le nommoit <i>Champ de
+Mars</i>, parce que c'étoit là que se rassembloient toutes les troupes qui
+devoient, en cas de guerre, entrer en campagne, immédiatement après la
+séparation de l'assemblée<a id="footnotetag155" name="footnotetag155"></a><a href="#footnote155" title="Go to footnote 155"><span class="smaller normal">[155]</span></a>. <span class="pagenum"><a id="page134" name="page134"></a>(p. 134)</span> Tout nous prouve que, sous la
+première race, il n'étoit point au pouvoir des rois d'entreprendre la
+guerre, sans l'assentiment de la nation<a id="footnotetag156" name="footnotetag156"></a><a href="#footnote156" title="Go to footnote 156"><span class="smaller normal">[156]</span></a>, c'est-à-dire de tous les
+<i>hommes libres</i>, de tous ceux qui avoient le droit de porter les armes.
+On voit ces princes employer, dans ces grandes occasions, les discours
+les plus pathétiques pour arracher à la <i>multitude</i><a id="footnotetag157" name="footnotetag157"></a><a href="#footnote157" title="Go to footnote 157"><span class="smaller normal">[157]</span></a> le cri
+d'<i>indignation</i> qui <span class="pagenum"><a id="page135" name="page135"></a>(p. 135)</span> la faisoit courir aux armes et décidoit
+ainsi la question<a id="footnotetag158" name="footnotetag158"></a><a href="#footnote158" title="Go to footnote 158"><span class="smaller normal">[158]</span></a>. Les mêmes maximes et les mêmes usages se
+conservèrent sous les Carlovingiens; et Charlemagne lui-même n'entroit
+jamais en campagne sans avoir tenu l'assemblée générale de ses
+<i>fidèles</i>. Là il rendoit compte des négociations qu'il avoit pu faire
+pour conserver la paix, et démontroit la nécessité et la justice des
+guerres qu'il alloit entreprendre<a id="footnotetag159" name="footnotetag159"></a><a href="#footnote159" title="Go to footnote 159"><span class="smaller normal">[159]</span></a>. Puisqu'un si grand monarque
+n'avoit le pouvoir qu'au même titre que l'avoient possédé ses
+prédécesseurs, on peut croire que ses successeurs immédiats ne
+l'augmentèrent point; et en effet, sous la seconde race, le pouvoir
+politique ne sortit point de ces bornes étroites où les Francs avoient,
+si malheureusement pour eux-mêmes, renfermé leurs premiers rois.</p>
+
+<p>Mais, outre ce conseil public, nos rois de la première et de la seconde
+race, suivant une autre coutume des Francs, avoient une cour
+particulière composée de plusieurs grands du royaume, prélats et
+principaux officiers de la couronne. C'étoit là leur conseil ordinaire,
+où se traitoient les affaires les plus urgentes, et celles qui
+demandoient du secret; où se préparoient les matières <span class="pagenum"><a id="page136" name="page136"></a>(p. 136)</span> qui
+devoient être portées à l'assemblée générale. Entrons à ce sujet dans
+quelques détails.</p>
+
+<p>Il faut aller chercher l'origine de ces conseillers des rois francs
+jusque dans les forêts de la Germanie; et Tacite nous apprend que les
+cent <i>compagnons</i> que les Germains avoient donnés à leurs princes
+avoient pour fonction spéciale de les <i>conseiller</i> dans l'administration
+de la justice<a id="footnotetag160" name="footnotetag160"></a><a href="#footnote160" title="Go to footnote 160"><span class="smaller normal">[160]</span></a>. Après la conquête, ces conseillers du roi
+continuèrent d'être avec lui, l'aidant également à rendre la justice, ou
+la rendant eux-mêmes en son nom; on trouve en effet qu'ils jugeoient en
+son absence comme en sa présence, et que le comte <i>palatin</i><a id="footnotetag161" name="footnotetag161"></a><a href="#footnote161" title="Go to footnote 161"><span class="smaller normal">[161]</span></a>, qui
+avoit son tribunal, sa juridiction particulière, n'étoit plus que
+rapporteur auprès d'eux, parce que les causes qui se portoient devant
+cette cour étoient au-dessus de sa compétence. Il y avoit deux classes
+de ces conseillers du roi: les conseillers <i>éminents</i> <span class="pagenum"><a id="page137" name="page137"></a>(p. 137)</span> ou
+<i>principaux</i>, qui étoient toujours choisis parmi les plus grands
+personnages de l'État; et les conseillers <i>ordinaires</i> ou <i>inférieurs</i>.
+Leur réunion composoit ce qu'on appeloit le <i>Palais du roi</i>, ou <i>la cour
+de justice</i>.</p>
+
+<p>Lorsqu'elle étoit ainsi réunie, la juridiction de cette cour étoit fort
+étendue. D'après les monuments qui nous en sont restés, il paroît que
+toutes les causes criminelles pouvoient être jugées par le roi dans son
+<i>Palais</i>; et l'histoire de la première race nous offre en effet des
+exemples de semblables causes plaidées devant les <i>grands</i> ou les
+<i>conseillers</i>, quoiqu'elles intéressassent des personnes du plus haut
+rang<a id="footnotetag162" name="footnotetag162"></a><a href="#footnote162" title="Go to footnote 162"><span class="smaller normal">[162]</span></a>: mais il semble aussi qu'alors c'étoient seulement les
+conseillers <i>éminents</i>, ou de première classe, qui jugeoient; et que les
+conseillers <i>ordinaires</i> n'avoient point, dans ces causes importantes,
+le droit de siéger avec eux.</p>
+
+<p>Le <i>Palais du roi</i>, ou sa cour de justice, étoit très-distinct de sa
+<i>cour</i> proprement dite; et les anciennes chroniques distinguent
+très-bien les officiers de la <i>cour du roi</i> ou de <i>sa maison</i>, des
+officiers de <i>son Palais</i>. Cela est tellement vrai, que le lieu où
+siégeoit cette cour de justice n'étoit pas toujours une dépendance du
+manoir royal; et qu'alors les rois se rendoient de leur demeure au
+palais, lorsque leur présence y étoit absolument <span class="pagenum"><a id="page138" name="page138"></a>(p. 138)</span> nécessaire,
+ce qui arriva surtout sous les rois fainéants<a id="footnotetag163" name="footnotetag163"></a><a href="#footnote163" title="Go to footnote 163"><span class="smaller normal">[163]</span></a>.</p>
+
+<p>La <i>cour du Palais</i> subsista dans les premiers temps de la troisième
+race, fort peu différente de ce qu'elle avoit été sous la première et
+sous la seconde, mais il paroît qu'alors elle changea moins souvent de
+lieu, et que Paris fut sa résidence la plus ordinaire<a id="footnotetag164" name="footnotetag164"></a><a href="#footnote164" title="Go to footnote 164"><span class="smaller normal">[164]</span></a>. Un monument
+du règne de Louis VI nous apprend qu'elle s'appeloit alors, la <i>suprême
+cour royale</i>, et que les <i>conseillers</i> qui la composoient rendoient la
+justice avec le roi ou en son nom<a id="footnotetag165" name="footnotetag165"></a><a href="#footnote165" title="Go to footnote 165"><span class="smaller normal">[165]</span></a>.</p>
+
+<p>Lorsque, dans les nombreux tribunaux qui rendoient la justice dans
+toutes les parties de la France, une affaire étoit de nature à être
+<i>ajournée</i>, c'étoit toujours en la cour du roi que se faisoit
+l'<i>ajournement</i>. C'étoit là le tribunal permanent de l'État, celui à qui
+appartenoit l'instruction de toute espèce de cause, sans qu'il fût
+nécessaire d'y adjoindre d'autres juges, si ce n'est dans quelques cas
+extraordinaires et prévus.</p>
+
+<p>En établissant que la cour ou le <i>Palais</i> du roi avoit compétence pour
+juger toutes les causes, nous avons néanmoins fait cette distinction
+importante, et qu'il ne faut point oublier, que, parmi <span class="pagenum"><a id="page139" name="page139"></a>(p. 139)</span> ces
+causes, celles qui intéressoient les barons et les grands vassaux
+n'entroient dans ses attributions que lorsque cette cour se trouvoit
+complétée par la présence à ses délibérations des conseillers
+<i>éminents</i>, et alors sa juridiction étoit fort étendue<a id="footnotetag166" name="footnotetag166"></a><a href="#footnote166" title="Go to footnote 166"><span class="smaller normal">[166]</span></a>; mais comme
+ces grands personnages ne faisoient pas leur séjour ordinaire à la cour
+du roi, il en résultoit que, dès qu'ils l'avoient désertée, elle perdoit
+la partie la plus importante de sa juridiction, et se voyoit forcée de
+renvoyer un grand nombre de causes au <i>plaid général</i> du Champ-de-Mars,
+où elles étoient jugées, non par l'assemblée entière dont ce plaid étoit
+composé, mais par quelques-uns de ces conseillers <i>principaux</i> qu'on ne
+manquoit point d'y trouver, et dont la présence eût été nécessaire pour
+valider, dans ces mêmes causes, le jugement de la cour. Ceci toutefois
+n'empêchoit point que ce tribunal ne fût dans une activité continuelle;
+et en effet plusieurs capitulaires font foi que la cour du Palais tenoit
+tous les jours ses audiences, et prononçoit tous les jours des
+jugements. Elle se maintint en cet état, tant que le gouvernement féodal
+conserva lui-même sa hiérarchie primitive <span class="pagenum"><a id="page140" name="page140"></a>(p. 140)</span> et ses justes
+rapports de subordination envers le souverain; mais à mesure que le
+malheur des temps fournit aux seigneurs l'occasion de se rendre plus
+indépendants, la puissance de cette cour de justice fut aussi par degrés
+renfermée dans des bornes plus étroites, parce que tout seigneur étant
+devenu <i>propriétaire</i>, et tout homme libre ayant été forcé de se rendre
+vassal, toute appellation dut être jugée dans le <i>plaid général</i>, où
+chaque suzerain étoit dans l'obligation de présenter son vassal en <i>la
+cour du roi</i><a id="footnotetag167" name="footnotetag167"></a><a href="#footnote167" title="Go to footnote 167"><span class="smaller normal">[167]</span></a>. Alors les fonctions de la cour du Palais se bornèrent
+à préparer le jugement des plus grandes causes par des enquêtes, à
+prononcer sur les questions incidentes, à juger de quelques affaires de
+peu d'importance et entre gens de médiocre condition.</p>
+
+<p>Toutes ces variations dans les attributions de la cour royale de justice
+prenoient leur source dans cet antique usage qu'une pratique constante
+et les préjugés les plus chers de la nation avoient consacré de temps
+immémorial, «qu'un <i>homme</i> libre ne pouvoit être jugé que par ses pairs,
+du moins dans tout ce qui touchoit à ses droits les plus essentiels,
+tels que les biens, l'honneur et la vie.» Ainsi la puissance qu'avoit la
+cour <span class="pagenum"><a id="page141" name="page141"></a>(p. 141)</span> de juger s'étendoit ou se rétrécissoit, selon que la
+qualité de ceux qui la composoient augmentoit ou diminuoit le nombre de
+ceux qui en étoient justiciables. C'est dans cette coutume qu'il faut
+chercher l'institution de la pairie<a id="footnotetag168" name="footnotetag168"></a><a href="#footnote168" title="Go to footnote 168"><span class="smaller normal">[168]</span></a>, institution qui donna plus de
+fixité à la compétence de ce tribunal suprême. Tout porte à croire que
+la pairie commença sous Philippe-Auguste; et il résulta de cet heureux
+établissement que les barons et les pairs eux-mêmes devinrent
+justiciables de la cour <i>suffisamment garnie de pairs</i>, sans que les
+autres conseillers pussent en être exclus.</p>
+
+<p>Cette première disposition en amena une autre; et l'autorité de la cour
+acquit un nouveau degré de solidité par une ordonnance de
+Philippe-le-Bel<a id="footnotetag169" name="footnotetag169"></a><a href="#footnote169" title="Go to footnote 169"><span class="smaller normal">[169]</span></a>, qui établit qu'elle seroit continuellement
+présidée par deux prélats ou deux personnes laïques <i>bonnes et
+suffisantes</i>, c'est-à-dire deux conseillers <i>principaux</i>; et il est
+très-remarquable que, <span class="pagenum"><a id="page142" name="page142"></a>(p. 142)</span> tout le temps que ces personnages
+<i>éminents</i> la présidoient, la cour prenoit le nom de <i>parlement</i>, terme
+générique qui ne signifie autre chose qu'assemblée<a id="footnotetag170" name="footnotetag170"></a><a href="#footnote170" title="Go to footnote 170"><span class="smaller normal">[170]</span></a>. La durée de
+cette assemblée étoit dans le principe de deux mois; et dès que ce terme
+étoit expiré et que les présidents s'étoient retirés, ce tribunal
+n'étoit plus <i>parlement</i>, mais prenoit alors le nom tantôt de <i>cour des
+enquêtes</i>, tantôt de <i>cour des requêtes</i>; parce qu'elle rentroit alors
+dans les anciennes limites où l'avoit de tout temps renfermée l'absence
+des conseillers principaux, le même principe amenant constamment les
+mêmes conséquences.</p>
+
+<p>Puisque la qualité de son président décidoit de la compétence plus ou
+moins grande de la cour, il est facile de concevoir qu'il suffisoit
+d'établir un grand président qui dût siéger pendant tout le cours de
+l'année, pour faire de la cour royale un <i>parlement perpétuel</i>. C'est ce
+qui fut enfin <span class="pagenum"><a id="page143" name="page143"></a>(p. 143)</span> établi par une ordonnance de 1320; et dès lors
+il n'y eut plus d'autre intervalle pour la tenue des <i>parlements</i>, que
+le temps des <i>vacations</i>, où ce qui restoit de conseillers, et les
+fonctions qu'ils exerçoient, offroient une image exacte de ce qu'avoit
+été autrefois la cour du roi pendant l'absence de ses conseillers
+<i>principaux</i>.</p>
+
+<p>Dans cette organisation définitive, le <i>parlement</i> conserva tous les
+droits qu'il avoit comme <i>cour de justice</i> du roi, tous ceux qu'il avoit
+comme <i>conseil du roi</i>, et nous allons bientôt parler de ceux-ci; et
+toutefois ces droits varioient suivant que le roi assistoit ou
+n'assistoit pas à ses séances<a id="footnotetag171" name="footnotetag171"></a><a href="#footnote171" title="Go to footnote 171"><span class="smaller normal">[171]</span></a>.</p>
+
+<p>Quant aux droits qui ne lui avoient appartenu que dans le cas où il
+avoit été garni d'un nombre suffisant de pairs et de barons, ils ne lui
+restèrent qu'aux mêmes conditions; et la noblesse conserva le privilége
+de n'être jugée que par ses pairs, et dans l'audience solennelle du
+parlement. Du reste le parlement, devenu sédentaire, n'eut jamais aucun
+des droits qu'avoient eus les <i>parlements</i> considérés comme <i>assemblée
+générale de la nation</i>; il n'est point de faits historiques <span class="pagenum"><a id="page144" name="page144"></a>(p. 144)</span>
+plus attestés que ceux qui établissent cette différence essentielle, et
+il n'y a qu'une grande ignorance des <i>origines</i> de notre monarchie qui
+ait pu faire confondre des institutions d'une nature et d'un caractère
+si différents<a id="footnotetag172" name="footnotetag172"></a><a href="#footnote172" title="Go to footnote 172"><span class="smaller normal">[172]</span></a>.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page145" name="page145"></a>(p. 145)</span> Heureux lui-même le parlement de Paris s'il eût toujours
+respecté ces vraies bornes d'une autorité qui, prenant sa source dans le
+pouvoir souverain, ne pouvoit avoir d'existence légitime qu'en lui et
+par lui; s'il n'eût point, abusant des priviléges que lui avoit
+accordés, dans l'intérêt des peuples, la bonté paternelle de nos rois,
+considéré et défendu comme des <i>droits</i> ce qu'il n'avoit obtenu que
+comme des <i>concessions</i>; s'il n'eût point follement rêvé qu'il étoit la
+<span class="smcap">vraie cour de France</span>, le <span class="smcap">PARLEMENT DE LA NATION</span>, et qu'il lui
+appartenoit de lutter contre la volonté de ces mêmes rois dont il
+n'étoit que le <span class="smcap">CONSEILLER</span> et le <span class="smcap">SERVITEUR</span>! Il existeroit encore; et
+l'ancienne monarchie françoise, à la ruine de laquelle il a si
+aveuglément contribué, existeroit tout entière avec lui. Nous aurons
+occasion de signaler, dans la suite de cette histoire, ces empiétements
+successifs de la <i>cour de justice du roi</i> sur l'autorité royale; cet
+esprit d'indépendance, d'opposition, de mutinerie, qui rendit
+quelquefois le parlement ridicule, même alors qu'il étoit dangereux,
+esprit de jalousie et d'orgueil qui n'avoit de force que lorsque le
+pouvoir montroit de la foiblesse, qui le <span class="pagenum"><a id="page146" name="page146"></a>(p. 146)</span> poussa d'abord à
+s'unir à des rebelles contre le roi, qui l'unit ensuite à des sectaires
+contre l'Église, et finit par en faire le fléau de l'Église et du roi.</p>
+
+<p>Maintenant que nous avons éclairci, autant qu'il étoit en nous de le
+faire, le point le plus obscur et le plus intéressant de cette question
+importante, il nous suffira de présenter un tableau des modifications
+diverses qu'éprouva, dans son organisation intérieure, le parlement de
+Paris, depuis le moment où l'ordonnance de Philippe-le-Bel eut rendu son
+autorité moins variable, et son existence plus assurée.</p>
+
+<p>Avant cette ordonnance fameuse de 1302, une autre ordonnance du même
+prince, de l'année 1291, avoit déjà fixé ce qui avoit rapport à cette
+organisation intérieure de sa cour de justice. Suivant cette ordonnance,
+elle devoit être composée d'une cour ou chambre des plaids<a id="footnotetag173" name="footnotetag173"></a><a href="#footnote173" title="Go to footnote 173"><span class="smaller normal">[173]</span></a>, de deux
+<span class="pagenum"><a id="page147" name="page147"></a>(p. 147)</span> chambres des requêtes<a id="footnotetag174" name="footnotetag174"></a><a href="#footnote174" title="Go to footnote 174"><span class="smaller normal">[174]</span></a>, et d'une chambre des enquêtes.
+Dans la première chambre des requêtes, instituée pour les sénéchaussées
+et les pays de droit <span class="pagenum"><a id="page148" name="page148"></a>(p. 148)</span> écrit, on comptoit cinq membres du
+conseil du roi, et trois seulement dans la seconde, qui régloit les
+affaires des autres provinces. Il y avoit dans la même chambre des
+enquêtes<a id="footnotetag175" name="footnotetag175"></a><a href="#footnote175" title="Go to footnote 175"><span class="smaller normal">[175]</span></a> huit membres du conseil, moitié clercs et moitié laïques,
+qui siégeoient alternativement, partagés en deux compagnies. Le nombre
+des membres de la chambre des plaids n'étoit point marqué.</p>
+
+<p>En 1304, deux ans après l'ordonnance dont nous venons de parler, on
+trouve que la chambre des plaids étoit composée de treize clercs et d'un
+pareil nombre de laïques, au-dessus desquels étoient les deux prélats et
+les deux seigneurs de la cour nommés par le roi, qui devoient la
+présider. Les deux chambres des requêtes pour la <i>langue d'oc</i> et pour
+la <i>langue française</i> comptoient chacune cinq membres, et c'étoit
+toujours un évêque qui présidoit celle des enquêtes. L'établissement
+<span class="pagenum"><a id="page149" name="page149"></a>(p. 149)</span> du parlement de Toulouse fut cause que peu de temps après on
+supprima une des chambres des requêtes. Celle qui resta ne fut composée
+que de quatre <i>maîtres</i>; c'étoit ainsi qu'on appeloit les membres de
+cette chambre et de celle des plaids, dite la <i>grand'chambre</i>; tandis
+que ceux de la chambre des enquêtes étoient nommés <i>jugeurs</i> et
+<i>rapporteurs</i>.</p>
+
+<p>Cet ordre fut observé jusqu'en 1319, que Philippe-le-Long y apporta
+quelque changement, en réduisant à huit le nombre des clercs<a id="footnotetag176" name="footnotetag176"></a><a href="#footnote176" title="Go to footnote 176"><span class="smaller normal">[176]</span></a> dans
+la grand'chambre, tandis qu'il y laissa douze laïques, sans compter le
+chancelier. En créant une seconde chambre des enquêtes, il ordonna que,
+sur les deux, l'une devoit connoître des enquêtes du temps passé
+jusqu'au jour de son ordonnance; et l'autre, des enquêtes qui
+<i>adviendroient de ce jour en avant</i>. Il voulut qu'en ces deux chambres
+il y eût vingt conseillers clercs et trente laïques, dont seize seroient
+<i>jugeurs</i> et les autres <i>rapporteurs</i>. Il établit aussi la chambre des
+requêtes du palais, laquelle ne fut d'abord composée que de cinq
+membres, trois clercs qualifiés du titre de <i>maîtres</i>, et deux laïques
+désignés sous celui de <i>messires</i>.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page150" name="page150"></a>(p. 150)</span> Il y avoit dès lors, et même dès 1318, au moins deux des
+laïques de grand'chambre revêtus de la qualité de président; il y en
+avoit trois en 1342. Philippe de Valois ordonna cette année qu'à la fin
+de chaque séance ces trois maîtres présidents et dix membres de son
+conseil nommés par lui s'assembleroient pour régler le nombre des
+conseillers dont les diverses chambres du parlement seroient composées
+dans la séance suivante; ce qui prouve qu'il n'y avoit encore rien de
+fixe à cet égard.</p>
+
+<p>Tel fut le premier état du parlement. Nos rois s'y rendoient alors
+très-souvent, soit pour juger des causes particulières, soit pour faire
+des réglements généraux; et ils y étoient suivis des gens du conseil et
+de ceux des comptes. L'usage de faire des rôles à la fin de chaque
+séance pour la composition du parlement suivant, dura sans interruption
+jusqu'au règne de Charles VI, qu'à la faveur des troubles qui agitèrent
+alors le royaume, ceux qui se trouvèrent en place de présidents et de
+conseillers se continuèrent d'eux-mêmes dans leurs fonctions.</p>
+
+<p>Cependant les membres de cette cour souveraine continuèrent à être
+pourvus gratuitement de leurs offices par le roi, d'après la nomination
+qui en avoit été faite par le corps entier, lorsque quelque place venoit
+à vaquer; ce fut François I<sup>er</sup> qui introduisit la vénalité des
+charges. Les remontrances que le parlement fit si inutilement <span class="pagenum"><a id="page151" name="page151"></a>(p. 151)</span>
+à ce sujet sous le règne de ce prince furent renouvelées par les états
+d'Orléans en 1560, et par l'assemblée des notables en 1583, avec aussi
+peu de succès. Comme il y avoit déjà long-temps que les élections
+étoient abolies, et que les rois, disposant à leur gré des places
+vacantes, donnoient souvent à des gens mariés celles qui étoient, dans
+le principe, affectées aux clercs, il se trouva que le nombre des
+laïques finit par l'emporter de beaucoup sur celui des ecclésiastiques.
+Enfin Henri III fixa, en 1589, le nombre de ces derniers à quarante, y
+compris les présidents des enquêtes.</p>
+
+<p>François I<sup>er</sup>, qui introduisit de si grandes nouveautés dans le
+parlement, y rendit <i>perpétuelle</i> la <i>tournelle</i><a id="footnotetag177" name="footnotetag177"></a><a href="#footnote177" title="Go to footnote 177"><span class="smaller normal">[177]</span></a>, déjà érigée en
+chambre particulière dès 1436; il confirma aussi la chambre des
+<i>vacations</i><a id="footnotetag178" name="footnotetag178"></a><a href="#footnote178" title="Go to footnote 178"><span class="smaller normal">[178]</span></a>, créée en 1405 par Charles VI, et maintenue par une
+ordonnance de Louis XII, de 1499.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page152" name="page152"></a>(p. 152)</span> Pendant long-temps il n'est point fait mention du procureur
+général et des avocats généraux du roi au parlement. Les procureurs du
+roi, établis dans les bailliages et sénéchaussées, venoient alors à
+Paris pour les causes dont il avoit été appelé au parlement. Ce n'est
+qu'en 1331 qu'il est parlé pour la première fois du procureur général,
+dont les attributions étoient de poursuivre les criminels et les
+usurpateurs soit des biens de la couronne, soit de ceux des
+particuliers. Les avocats généraux furent créés ensuite pour lui servir
+d'auxiliaires. C'étoit à ce magistrat qu'appartenoit le droit de tenir
+les <i>mercuriales</i><a id="footnotetag179" name="footnotetag179"></a><a href="#footnote179" title="Go to footnote 179"><span class="smaller normal">[179]</span></a>, assemblées ainsi nommées parce qu'elles se
+tenoient le mercredi.</p>
+
+<p>Dans les derniers temps, le parlement étoit composé de la grand'chambre,
+de trois chambres des enquêtes et d'une des requêtes.</p>
+
+<p>Il y avoit dans la grand'chambre, outre le <span class="pagenum"><a id="page153" name="page153"></a>(p. 153)</span> premier président,
+neuf présidents à mortier, vingt-cinq conseillers laïques, douze
+conseillers clercs, trois avocats généraux et un procureur général. Les
+cinq présidents les plus nouveaux servoient à la tournelle; les
+conseillers laïques y servoient aussi par semestre; mais les conseillers
+clercs ne quittoient jamais la grand'chambre; et s'ils alloient à la
+tournelle, c'étoit seulement dans certains cas où il y avoit assemblée
+de tournelle et de grand'chambre réunies.</p>
+
+<p>La tournelle criminelle étoit composée de cinq présidents à mortier, de
+six conseillers laïques de la grand'chambre, et de deux de chacune des
+enquêtes.</p>
+
+<p>Les trois chambres des enquêtes étoient composées chacune de deux
+présidents et de soixante-six conseillers.</p>
+
+<p>Celle des requêtes du palais avoit deux présidents et quatorze
+conseillers.</p>
+
+<p>La chambre des requêtes de l'hôtel étoit composée de maîtres des
+requêtes. Elle connoissoit des causes des officiers privilégiés.</p>
+
+<p>Anciennement il n'y avoit au parlement de Paris qu'un greffier en chef
+civil; un édit du roi, de l'an 1709, créa quatre offices de greffiers en
+chef, lesquels furent de nouveau abolis en 1716, pour remettre les
+choses sur l'ancien pied. On y comptoit, en outre, un greffier en chef
+au criminel, un greffier des présentations, un des affirmations
+<span class="pagenum"><a id="page154" name="page154"></a>(p. 154)</span> de voyage; des greffiers plumitifs de la grand'chambre, des
+greffiers garde-sacs de la tournelle, etc., un grand nombre d'huissiers,
+de procureurs, d'avocats, etc., etc.</p>
+
+<p>Les ducs et pairs<a id="footnotetag180" name="footnotetag180"></a><a href="#footnote180" title="Go to footnote 180"><span class="smaller normal">[180]</span></a>, dit Sauval, soit qu'ils fussent princes ou même
+fils de France, les rois et reines de Navarre, etc., étoient jadis
+obligés de donner des roses au parlement, en avril, mai et juin. On
+ignore la cause d'une semblable coutume, et l'on n'est pas non plus fort
+instruit sur la manière dont elle s'observoit. Nous sommes seulement
+<span class="pagenum"><a id="page155" name="page155"></a>(p. 155)</span> certains que le pair qui étoit appelé à faire cette cérémonie
+faisoit joncher de roses, de fleurs et d'herbes odoriférantes toutes les
+chambres du parlement, et avant l'audience réunissoit dans un déjeuner
+splendide les présidents, les conseillers, et même les greffiers et
+huissiers de la cour. Il alloit ensuite dans chaque chambre, faisant
+porter devant lui un grand bassin d'argent, lequel contenoit autant de
+bouquets de roses, d'&oelig;illets, et d'autres fleurs de soie ou
+naturelles, qu'il y avoit d'officiers, avec un pareil nombre de
+couronnes composées des mêmes fleurs et rehaussées de ses armes. On lui
+donnoit ensuite audience dans la grand'chambre, puis il assistoit à la
+messe avec le parlement entier. Tant que duroit la cérémonie, l'audience
+exceptée, il y avoit un concert de haut bois qui alloit ensuite donner
+des sérénades aux présidents avant leur dîner. Il faut observer de plus,
+1<sup>o</sup> que celui qui écrivoit sous le greffier avoit son droit de roses;
+2<sup>o</sup> que le parlement avoit son faiseur de roses, appelé le <i>rosier de la
+cour</i>; 3<sup>o</sup> que les pairs devoient acheter de lui celles dont se
+composoient leurs présents. La présentation des roses se faisoit
+généralement par tous ceux qui avoient des pairies dans le ressort du
+parlement de Paris.</p>
+
+<p>Sous le règne de François I<sup>er</sup>, il y eut, dit Hénault, dispute entre
+le duc de Montpensier et le duc de Nevers, sur la <i>baillée des roses</i> au
+parlement. <span class="pagenum"><a id="page156" name="page156"></a>(p. 156)</span> Le parlement ordonna que le duc de Montpensier les
+bailleroit le premier, à cause de sa qualité de prince du sang, quoique
+le duc de Nevers fût plus ancien pair que lui. Parmi les princes du sang
+qui se soumirent à cette cérémonie, on compte encore les ducs de
+Vendôme, de Beaumont, d'Angoulême, et beaucoup d'autres. On trouve même
+qu'Antoine de Bourbon, roi de Navarre, s'y assujettit en qualité de duc
+de Vendôme. Henri IV, n'étant encore que roi de Navarre, justifia au
+procureur général que ni lui, ni ses prédécesseurs, n'avoient jamais
+manqué de satisfaire à cette redevance. Elle a cessé entièrement dans le
+dix-septième siècle, sans qu'on en puisse fixer précisément l'époque. Il
+y a quelque apparence que ce fut sous le ministère du cardinal de
+Richelieu.</p>
+
+<p>Le costume des membres du parlement varioit suivant leur rang et leur
+qualité. Les princes du sang, les pairs laïques et le gouverneur de
+Paris s'y rendoient, vêtus d'un habit de drap d'or ou de velours, ou de
+drap noir recouvert d'un manteau, coiffés d'une toque ou bonnet de
+velours garni de plumes, et l'épée au côté; l'habit des pairs
+ecclésiastiques se composoit d'un rochet et d'une robe de satin violet,
+fourrée d'hermine.</p>
+
+<p>Les présidents à mortier portoient le manteau <span class="pagenum"><a id="page157" name="page157"></a>(p. 157)</span> d'écarlate
+fourré d'hermine, et le mortier de velours noir<a id="footnotetag181" name="footnotetag181"></a><a href="#footnote181" title="Go to footnote 181"><span class="smaller normal">[181]</span></a>. Le premier
+président avoit deux galons d'or à son mortier: les autres n'en avoient
+qu'un. Les conseillers, avocats et procureurs généraux étoient revêtus
+d'une robe écarlate, et coiffés d'un chaperon rouge fourré d'hermine.
+Les greffiers en chef portoient la robe rouge avec l'épitoge; et cette
+robe étoit également affectée au greffier criminel, aux quatre
+secrétaires de la cour et au premier huissier. Celui-ci étoit distingué
+par un bonnet de drap d'or, fourré d'hermine et enrichi de perles. Ces
+costumes n'ont subi depuis leur origine que peu de changements, et
+peuvent, ainsi que celui des ecclésiastiques, nous donner quelque idée
+des anciens costumes françois empruntés au vêtement romain dont ils
+retracent en effet les formes principales.</p>
+
+<p>Nous avons dit que, sous la troisième race, le parlement tenoit
+habituellement ses séances à Paris; à cet effet, saint Louis lui avoit
+accordé à perpétuité plusieurs salles de son palais, et la chambre où se
+tenoit la tournelle criminelle en avoit conservé le nom de chambre de
+Saint-Louis. <span class="pagenum"><a id="page158" name="page158"></a>(p. 158)</span> La grand'chambre, à laquelle le vulgaire donnoit
+le nom de <i>chambre dorée</i>, depuis qu'elle avoit été réparée par Louis
+XII, étoit déjà le lieu d'assemblée du parlement avant Philippe-le-Bel,
+et on l'appeloit la <span class="smcap">CHAMBRE DES PLAIDS</span>, <i>camera placitorum</i>. C'est ainsi
+que le Palais, qui d'abord avoit été la demeure exclusive de nos rois,
+se trouva successivement partagé entre eux et leur <i>conseil</i> ou <i>cour de
+justice</i>.</p>
+
+<p>Après que Charles V l'eut quitté pour aller habiter l'hôtel Saint-Paul,
+nous voyons Charles VI y revenir, et y demeurer à diverses époques. En
+1410, lorsque les querelles entre les ducs d'Orléans et de Bourgogne
+remplissoient Paris de désordres et de séditions, ce prince malheureux,
+qu'une maladie funeste réduisoit à la situation la plus affreuse où
+puisse se trouver un roi, à cette extrémité de voir son autorité
+impunément envahie par ceux qui étoient nés pour la défendre, et son
+peuple victime de leurs dissensions ambitieuses, quitta de nouveau
+l'hôtel Saint-Paul, où il ne se croyoit pas en sûreté, pour venir
+s'établir au Palais. François I<sup>er</sup> y demeuroit encore 1531; et, cette
+année-là, il rendit le pain bénit dans l'église de Saint-Barthélemi, en
+qualité de premier paroissien.</p>
+
+<p>Charles V, encore dauphin et régent du royaume, habitoit le Palais,
+lorsque Étienne Marcel, prévôt de Paris, et chef de la faction appelée
+<span class="pagenum"><a id="page159" name="page159"></a>(p. 159)</span> <i>la Jacquerie</i>, pénétra jusque dans sa chambre, et y fit
+massacrer sous ses yeux Robert de Clermont, maréchal de Normandie, et
+Jean de Conflans, maréchal de Champagne. Les corps de ces deux seigneurs
+furent traînés dans la cour, devant la pierre de marbre<a id="footnotetag182" name="footnotetag182"></a><a href="#footnote182" title="Go to footnote 182"><span class="smaller normal">[182]</span></a>, et là
+abandonnés à tous les outrages d'une populace aveugle et révoltée.</p>
+
+<p>En 1383, avant l'accident terrible qui le priva entièrement de sa
+raison, Charles VI, vainqueur des Flamands, ayant résolu de châtier
+sévèrement la faction dite des <i>Maillotins</i>, qui, pendant son absence,
+s'étoit livrée dans Paris aux plus horribles excès, parut dans cette
+même cour aux yeux du peuple, au milieu de l'appareil le plus majestueux
+et le plus formidable. Son trône avoit été placé sur un échafaud, où il
+monta, accompagné des princes de son sang et des plus grands seigneurs
+de sa cour, pour y prononcer sur le sort des factieux, qui étoient
+encore dans les prisons; car les plus coupables avoient été exécutés
+sur-le-champ. Cette cérémonie effraya tellement les familles de ces
+malheureux, qu'on les vit accourir en foule lui criant <i>merci</i>, les
+hommes, têtes nues, et les femmes échevelées. Le chancelier <span class="pagenum"><a id="page160" name="page160"></a>(p. 160)</span>
+d'Orgemont fit un long discours, dans lequel il reprocha à cette
+multitude ses révoltes, ses insolences, ses cruautés, et les outrages
+qu'elle avoit faits à la majesté royale. Sa harangue finie, le roi
+pardonna, à la prière de ses oncles, qui l'en supplièrent à genoux; et
+le supplice que les coupables avoient mérité fut changé en une amende
+pécuniaire.</p>
+
+<p>Cette place sembloit être destinée aux représentations solennelles; car
+long-temps auparavant, en 1314, Philippe-le-Bel y avoit également paru
+sur son trône, et dans tout l'appareil de sa puissance, pour demander un
+emprunt aux députés des principales villes de son royaume, qu'il avoit
+fait assembler<a id="footnotetag183" name="footnotetag183"></a><a href="#footnote183" title="Go to footnote 183"><span class="smaller normal">[183]</span></a>.</p>
+
+<p>La grand'salle de ce palais étoit aussi consacrée à des solennités
+extraordinaires. C'étoit là qu'étoient reçus les ambassadeurs, que se
+donnoient les festins d'apparat, que l'on faisoit les noces des enfants
+de France. En 1378, Charles V y reçut l'empereur Charles IV, qui étoit
+venu le visiter avec son fils Venceslas, roi des Romains. Les trois
+souverains dînèrent dans la grand'salle, <span class="pagenum"><a id="page161" name="page161"></a>(p. 161)</span> au milieu d'une foule
+de seigneurs; et après le repas on y joua devant eux une espèce de
+tragédie, représentant la prise de Jérusalem par Godefroi de Bouillon.
+L'empereur grec, Manuel Paléologue, et l'empereur Sigismond, roi de
+Hongrie, y furent accueillis depuis par Charles VI, avec cette grandeur
+et cette noblesse qui a toujours éclaté dans les procédés de nos rois
+envers les souverains étrangers. Le dernier de ces deux princes en abusa
+par d'étranges indiscrétions. Ayant eu la curiosité de voir plaider une
+cause au parlement, il s'y assit sur le siége du roi, ce qui déplut
+d'abord à tout le monde; mais le mécontentement fut à son comble
+lorsqu'on le vit, au milieu de la séance, faire approcher une des deux
+parties, à qui son adversaire reprochoit de ne pas être chevalier, et
+lui faire gagner sa cause en lui donnant l'accolade et les éperons.
+Toutefois on dissimula, «parce qu'il étoit, dit Sauval, partisan du duc
+de Bourgogne, qui gouvernoit alors la France, et dont le parti étoit
+tout-puissant.»</p>
+
+<p>Les voûtes de la grand'salle étoient autrefois en bois, et soutenues par
+des piliers de même matière, enrichis de dorures, sur un fond couleur
+d'azur; dans les espaces qui les séparoient, s'élevoient les statues de
+nos rois, depuis Pharamond, avec une inscription qui apprenoit le nom de
+chaque roi, la durée de son règne <span class="pagenum"><a id="page162" name="page162"></a>(p. 162)</span> et l'année de sa mort. À
+l'un des bouts s'élevoit une chapelle que Louis XI avoit fait bâtir, et
+qui fut reconstruite depuis. On voyoit à l'autre extrémité une table de
+marbre de la plus grande dimension, sur laquelle se faisoient les
+festins royaux. Les empereurs, les rois, les princes du sang, les pairs
+de France et leurs femmes avoient seuls le droit d'y manger; on dressoit
+d'autres tables pour le reste de la cour. Par un contraste assez
+singulier, les clercs de la Basoche eurent, pendant près de trois
+siècles, le privilége de faire de cette table le théâtre des <i>farces</i>,
+<i>moralités</i> et <i>sotties</i> qu'ils représentoient dans le Palais.</p>
+
+<p>Le 7 mai de l'an 1618, un incendie, dont on n'a jamais pu connoître la
+cause, détruisit cette salle antique et magnifique, la chapelle et une
+grande partie des bâtiments du Palais. Ce fut alors que fut construite
+la grand'salle que nous y voyons aujourd'hui. Un nouvel incendie, arrivé
+le 10 janvier 1776, ayant consumé tous les bâtiments qui s'étendoient
+depuis la galerie des prisonniers jusqu'à la Sainte-Chapelle, on acheva
+d'en abattre les débris, pour y établir une construction nouvelle et
+régulière, qui, accordant entre elles tant de parties incohérentes,
+annonçât, avec quelque dignité, un édifice de cette importance. La
+description de ces deux parties modernes du Palais est la seule qu'il
+soit possible de faire; car on tenteroit vainement de donner l'histoire
+<span class="pagenum"><a id="page163" name="page163"></a>(p. 163)</span> de tous les changements survenus dans ce labyrinthe
+inextricable de bâtisses, qui n'offrent plus que des fragments informes,
+des souvenirs incertains, et dont deux accidents si terribles ont achevé
+de rendre méconnoissables les plans primitifs.</p>
+
+<p>L'architecte du palais du Luxembourg, le célèbre Desbrosses, fut chargé
+de la reconstruction de la grand'salle, et la termina en 1622. Elle se
+compose de deux immenses nefs collatérales, voûtées en pierres de
+taille, et séparées entre elles par un rang d'arcades qui portent sur
+des piliers. De grands cintres vitrés, pratiqués à l'extrémité de chaque
+nef, y répandent une lumière peut-être insuffisante; mais il n'en est
+pas moins vrai que cette manière d'éclairer a quelque chose de noble et
+d'imposant. La décoration en est d'ordre dorique, et cette sévérité
+d'ornement convient à son caractère. Desbrosses s'y est permis, tant
+dans l'ajustement de l'ordre lui-même que dans sa frise, des disparates
+qu'on n'aime pas à rencontrer dans un genre d'architecture dont la
+régularité fait la principale condition; les deux arcades du bout de la
+salle présentent aussi quelque chose d'irrégulier, et l'on remarque
+qu'il y a un demi-pilastre de moins du côté de la plus petite. Quoi
+qu'il en soit, ce monument fait honneur au génie de l'architecte et à
+celui de son siècle. Il présente dans sa disposition générale un
+caractère de grandeur, une manière large et bien prononcée qui ne s'est
+<span class="pagenum"><a id="page164" name="page164"></a>(p. 164)</span> plus retrouvée depuis, même dans les édifices du siècle de
+Louis XIV<a id="footnotetag184" name="footnotetag184"></a><a href="#footnote184" title="Go to footnote 184"><span class="smaller normal">[184]</span></a>.</p>
+
+<p>Le dépôt des archives, placé dans le comble au-dessus de ses voûtes, et
+d'une construction beaucoup plus moderne, mérite d'être remarqué. Cette
+pièce, qui renferme des registres et des manuscrits précieux échappés
+aux précédents incendies, est d'une fabrication extrêmement ingénieuse,
+et fait honneur à M. Antoine, son inventeur. La grand'salle, qu'on
+appelle aussi <i>salle des pas perdus</i>, sert de promenoir aux gens du
+Palais, et donne entrée dans diverses pièces plus ou moins étendues,
+qui, de même que dans l'ancien ordre, renferment les tribunaux, les
+greffes et autres services. Au reste, leurs distributions, qui se sont
+opérées successivement, ne tiennent à aucun plan général, et n'offrent
+aucun ensemble qui mérite d'être décrit.</p>
+
+<p>Il nous reste à faire connoître les nouveaux travaux qui ont été
+exécutés pour opérer le raccordement des diverses parties du Palais,
+après le dernier incendie, et avec l'intention d'y joindre une
+décoration extérieure. La direction en fut confiée à MM. Moreau,
+Desmaisons, Couture et Antoine, membres de l'Académie d'architecture; et
+leur plan embrassa non-seulement la cour actuelle, mais un projet
+d'alignement dans les rues <span class="pagenum"><a id="page165" name="page165"></a>(p. 165)</span> adjacentes, ainsi que la place
+demi-circulaire qui fait face au principal corps-de-logis.</p>
+
+<p>Celui-ci est bâti au fond de la cour, sur un perron formé par un grand
+escalier, dont l'élévation donne assez de noblesse à cette masse, peu
+remarquable d'ailleurs par son caractère. Un corps avancé de quatre
+colonnes doriques en orne la façade, composée du reste d'un rang
+d'arcades à rez-de-chaussée, et de fenêtres en attique; une sorte de
+dôme quadrangulaire couronne l'édifice. Au bas du perron, et de chaque
+côté, sont deux arcades, dont l'une sert de passage, et l'autre donne
+entrée dans la <i>Conciergerie</i>, prison bâtie sur le terrain où étoit
+autrefois le jardin de nos rois. On le nommoit alors <i>le Préau du
+Palais</i>.</p>
+
+<p>Les deux ailes de la cour sont composées d'un étage d'arcades à
+rez-de-chaussée, servant de soubassement sur la rue à une ordonnance
+dorique, dans la hauteur de laquelle sont compris deux étages. Dans
+l'aile à droite est un grand escalier richement orné, par lequel on
+entre dans la grand'salle du Palais. Une grille de fer qui ferme la cour
+réunit ces deux ailes. Cet ouvrage est vanté, et peut avoir du mérite
+sous le rapport de la serrurerie; mais les gens de goût voient avec
+peine qu'on ait consacré une dépense considérable à un genre de travail
+peu intéressant en lui-même, lorsqu'on pouvoit produire, à moins de
+frais, et <span class="pagenum"><a id="page166" name="page166"></a>(p. 166)</span> par les moyens de l'architecture, une clôture plus
+noble et plus analogue au monument. Les ornements, d'ailleurs, en sont
+lourds et d'un mauvais choix<a id="footnotetag185" name="footnotetag185"></a><a href="#footnote185" title="Go to footnote 185"><span class="smaller normal">[185]</span></a>.</p>
+
+<p>Cette cour se nomme encore <i>cour du Mai</i>, à cause de l'ancien usage où
+étoient les suppôts de la Basoche d'y planter tous les ans, le dernier
+samedi du mois de mai, un arbre très-élevé, après avoir abattu celui de
+l'année précédente. Des deux côtés de cet arbre étoient attachées les
+armes de ce corps burlesque, lesquelles étoient d'azur à trois
+écritoires d'or, avec deux anges pour support. On sait que la Basoche,
+dont l'origine est très-ancienne, étoit une espèce de juridiction
+composée de la communauté des clercs du parlement de Paris. Ils y
+jugeoient les différends qui pouvoient naître entre eux, et quelquefois
+même ils s'y exerçoient à plaider des causes sur des questions
+difficiles et singulières. Ce tribunal avoit une foule d'offices et de
+dignités, entre autres un chancelier, un trésorier, des maîtres des
+requêtes. Il y avoit même autrefois un roi de la Basoche.</p>
+
+<div class="descript">
+<p class="center"><span class="pagenum"><a id="page167" name="page167"></a>(p. 167)</span> CURIOSITÉS DU PALAIS DE JUSTICE.</p>
+
+<p class="center">TABLEAUX.</p>
+
+ <p>Dans la chapelle de la cour, laquelle occupoit tout
+ l'avant-corps du milieu, les quatre Évangélistes, par
+ <i>Brenet</i>; la Foi, l'Espérance et la Charité, par <i>Renou</i>.</p>
+
+ <p>Dans la deuxième chambre, un Christ par <i>Beauvoisin</i>.</p>
+
+ <p>Dans la troisième chambre, un Christ, et le portrait de
+ Louis XIV, d'après <i>Largillière</i>, par <i>Giroux</i>.</p>
+
+ <p>Dans la salle du conseil, un Christ, et le portrait de Louis
+ XVI, par <i>Guérin</i>.</p>
+
+ <p>Dans les bâtimens de la chambre des comptes, plusieurs
+ tableaux du Christ par <i>Dumont le Romain</i>; la Madelaine au
+ pied de la croix, par <i>Bourdon</i>.</p>
+
+<p class="p2 center">SCULPTURES.</p>
+
+ <p>Sur l'escalier qui conduisoit à la cour des aides, la statue
+ de la justice par <i>Gois</i>.</p>
+
+ <p>Sur l'autel de la chapelle, un Christ par <i>Bouchardon</i>; les
+ médaillons de Charlemagne et de saint Louis par le même.</p>
+
+ <p>Au-dessus de l'archivolte de l'entrée de la galerie
+ Mercière, le médaillon de Louis XVI; et deux statues
+ représentant l'Étude des lois et l'Éloquence, par <i>Lecomte</i>.</p>
+</div>
+
+<p>Tel est l'état actuel du Palais: le nouveau plan que les circonstances
+n'ont pas permis d'achever entièrement, en auroit coordonné toutes les
+parties, dans lesquelles on remarque encore des irrégularités<a id="footnotetag186" name="footnotetag186"></a><a href="#footnote186" title="Go to footnote 186"><span class="smaller normal">[186]</span></a>.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page168" name="page168"></a>(p. 168)</span> Vis-à-vis le pont au Change est une tour carrée qui, de ce
+côté, forme l'angle des bâtiments du Palais, et en est une dépendance.
+C'est là que fut placée la première grosse horloge qu'il y ait eu à
+Paris. Elle fut faite en 1370, par un horloger allemand nommé Henri de
+Vic, que Charles V fit venir en France. Le cadran en fut réparé sous le
+règne de Henri III, décoré des figures de la Force et de la Justice; et
+un même écusson y offroit réunies les armes de France et celles de
+Pologne<a id="footnotetag187" name="footnotetag187"></a><a href="#footnote187" title="Go to footnote 187"><span class="smaller normal">[187]</span></a>. La cloche qu'on nommoit <i>tocsin du Palais</i>, et qui étoit
+au sommet de cette tour, fut fondue à la même époque; et l'on voit
+encore, dans la partie la plus élevée, le petit <i>lanternon</i> au milieu
+duquel elle étoit suspendue.</p>
+
+<p>Dans l'enceinte de la cour du Palais, et vis-à-vis la Sainte-Chapelle,
+étoit une petite église sous l'invocation de Saint-Michel, dont
+l'érection remonte au-delà du règne de Philippe-Auguste. Elle a donné
+son nom au pont du petit cours de l'eau qui lui étoit parallèle, et à la
+partie de la rue de la Barillerie qui aboutit à ce pont. Cette église a
+été démolie lors des nouvelles constructions.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page169" name="page169"></a>(p. 169)</span> Dans la même cour, vis-à-vis la façade de la même chapelle, est
+le bâtiment nouveau de la chambre des comptes, lequel n'a rien de
+remarquable dans son architecture; l'ancien qu'il a remplacé avoit été
+élevé sous Louis XI, et fut aussi détruit par un incendie en 1737; de
+manière que tous les monuments que renferme cette enceinte ont été tour
+à tour la proie des flammes. Une arcade placée sur le flanc gauche de
+cet édifice, et dont les ornements ont été sculptés par le célèbre <i>Jean
+Goujon</i>, sert de communication avec l'hôtel dans lequel demeuroit
+autrefois le premier président de cette cour.</p>
+
+<p>Derrière ces édifices sont encore l'hôtel et le jardin de la première
+présidence du parlement<a id="footnotetag188" name="footnotetag188"></a><a href="#footnote188" title="Go to footnote 188"><span class="smaller normal">[188]</span></a>. Un passage ouvert dans le milieu de la rue
+de Harlay conduit dans la cour Neuve<a id="footnotetag189" name="footnotetag189"></a><a href="#footnote189" title="Go to footnote 189"><span class="smaller normal">[189]</span></a>, par laquelle on entre dans la
+partie postérieure du Palais, et de là, dans la galerie dite des
+<i>Merciers</i>; la communication avec la Sainte-Chapelle se fait par une
+galerie latérale en face du perron.</p>
+
+<h2><span class="pagenum"><a id="page170" name="page170"></a>(p. 170)</span> GRAND CONSEIL, CHAMBRE DES COMPTES, COUR DES AIDES.</h2>
+
+<h3>GRAND CONSEIL.</h3>
+
+<p>Par tout ce que nous avons dit sur l'origine du parlement, nous croyons
+avoir assez prouvé que la plus grande de toutes les erreurs seroit de
+supposer que tous les droits et toutes les fonctions qui avoient
+appartenu à la totalité des conseillers royaux, formant ce que nous
+avons appelé <i>la cour du roi</i>, eussent été transportés à cette portion
+de son conseil qui fut députée pour tenir <i>sa cour de justice</i>. Et en
+effet nous avons vu que, suivant que le roi y assistoit, ou qu'elle
+étoit suffisamment garnie de pairs, ou qu'elle étoit présidée par des
+conseillers <i>principaux</i>, ou qu'elle se composoit seulement de ses
+conseillers <i>ordinaires</i>, cette cour changeoit de caractère, de
+compétence et d'attributions. Ces distinctions ne cessèrent point d'être
+observées, après que nos rois eurent établi la permanence du parlement.</p>
+
+<p>La cour de justice ou <i>parlement</i> n'étoit donc, nous le répétons, qu'une
+<i>députation</i> de conseillers du roi. Cette députation ne fut certainement
+<span class="pagenum"><a id="page171" name="page171"></a>(p. 171)</span> pas unique; et la multiplicité des affaires obligea le
+souverain de partager son conseil en plusieurs chambres, à chacune
+desquelles furent attribuées la connoissance et la discussion d'une
+certaine espèce d'affaires. Ainsi émanèrent de la même source toutes les
+cours ayant suprême juridiction; ainsi, dans l'administration générale
+du royaume, suivant les temps et selon que la prérogative royale étoit
+plus ou moins étendue, tout sortoit du roi et tout y retournoit.</p>
+
+<p>Le parlement n'étoit donc point le conseil suprême ou <i>grand conseil</i> du
+roi, puisque l'on trouve des ordonnances rendues par ce <i>grand conseil</i>,
+hors de Paris, et lorsque le parlement étoit déjà sédentaire dans cette
+capitale<a id="footnotetag190" name="footnotetag190"></a><a href="#footnote190" title="Go to footnote 190"><span class="smaller normal">[190]</span></a>. Il nous sera facile de faire comprendre ce qu'il étoit.</p>
+
+<p>Nous avons dit que le parlement n'étoit qu'une députation de conseillers
+royaux: il faut ajouter qu'il ne se composoit même que de la moindre
+partie de ces conseillers. Presque tous les autres demeuroient auprès de
+la personne du monarque; et il arrivoit souvent que lorsque le parlement
+ne tenoit point ses séances, la plupart des conseillers qui formoient
+cette cour de justice étoient appelés <span class="pagenum"><a id="page172" name="page172"></a>(p. 172)</span> auprès de lui.
+Quelquefois le roi lui-même se rendoit à la chambre; et dans l'un et
+l'autre cas, les conseillers, réunis en sa présence, se formoient en
+conseil, <i>ponebant se ad concilium</i><a id="footnotetag191" name="footnotetag191"></a><a href="#footnote191" title="Go to footnote 191"><span class="smaller normal">[191]</span></a>; et cette réunion étoit appelée
+le <i>grand conseil</i>, où les membres du parlement étoient admis au même
+titre que les autres membres du conseil, et en raison de leur seule
+qualité de <i>conseillers</i><a id="footnotetag192" name="footnotetag192"></a><a href="#footnote192" title="Go to footnote 192"><span class="smaller normal">[192]</span></a>.</p>
+
+<p>Ainsi varioient, il faut le dire encore, les droits de toute assemblée
+de ce genre, selon que le roi étoit absent ou présent; et soit qu'il
+assistât au conseil <i>commun, toutes les chambres assemblées</i>, et tînt ce
+que depuis on a appelé <i>lit de justice</i>, soit qu'il présidât lui-même
+son conseil, ce n'étoit que dans ces circonstances solennelles que se
+pouvoient faire ces actes d'autorité souveraine que l'on nommoit
+<i>ordonnances</i>. En un tel cas, la formule étoit: <i>le roi et son conseil
+veulent. Le roi et son conseil entendent. Ordonnance faite par <span class="pagenum"><a id="page173" name="page173"></a>(p. 173)</span>
+la cour de notre</i> <span class="smcap">SEIGNEUR ROI</span> <i>et de son commandement</i><a id="footnotetag193" name="footnotetag193"></a><a href="#footnote193" title="Go to footnote 193"><span class="smaller normal">[193]</span></a>.</p>
+
+<p>Du temps où la législation appartenoit aux assemblées de la nation, ce
+conseil du roi n'avoit, en ce qui touchoit l'administration générale du
+royaume, qu'une autorité très-foible et très-bornée; mais il reprenoit
+naturellement l'autorité suprême dans tout ce qui concernoit
+l'administration particulière des domaines du roi, ses finances, la
+bourgeoisie et la police de ses villes. Sur ces points qui n'étoient pas
+d'un intérêt général, il faisoit tout réglement qu'il lui plaisoit de
+faire. Ce même droit, le roi et son conseil l'avoient encore en ce qui
+concernoit l'administration de la justice: c'est-à-dire qu'ils pouvoient
+faire, sans déroger toutefois au droit de chacun, tel réglement qu'ils
+jugeoient le meilleur pour en assurer l'exécution. <span class="pagenum"><a id="page174" name="page174"></a>(p. 174)</span> Ces
+réglements, compris d'abord sous le titre générique de <i>capitulaires</i>,
+reçurent par la suite le nom particulier d'<i>établissements</i><a id="footnotetag194" name="footnotetag194"></a><a href="#footnote194" title="Go to footnote 194"><span class="smaller normal">[194]</span></a> et
+d'<i>ordonnances</i>, ce dernier mot n'ayant point alors toute l'acception
+qu'on lui a donnée depuis. Ce fut par une <i>ordonnance</i> que, sans déroger
+aux droits des pairs et de la noblesse, Philippe-le-Bel détermina la
+forme qu'il prétendoit donner à sa cour de justice séante à Paris.
+L'interprétation des lois appartenoit encore au conseil du roi, pourvu
+que, dans cette interprétation, il fît simplement un acte judiciaire,
+l'<i>explication</i> d'un doute, et non un acte de législation. C'est là
+l'origine de ce que l'on a depuis appelé <i>déclaration</i>. En un mot, tant
+qu'il y eut des barons de la couronne, le roi ne put faire avec son
+conseil aucune <i>ordonnance</i> ou <i>établissement</i> qui dût être reçu dans le
+royaume entier. «Tels réglements, dit Beaumanoir; estoient espéciaument
+pour son domaine; et li barons ne laissoient pas à user en leurs terres
+selon les anchiennes coutumes<a id="footnotetag195" name="footnotetag195"></a><a href="#footnote195" title="Go to footnote 195"><span class="smaller normal">[195]</span></a>. Mais quand li establissement
+<span class="pagenum"><a id="page175" name="page175"></a>(p. 175)</span> est généraux<a id="footnotetag196" name="footnotetag196"></a><a href="#footnote196" title="Go to footnote 196"><span class="smaller normal">[196]</span></a>, il doit <i>courre</i> dans tout le royaume; et
+nous devons croire que tel establissement est fait par <i>très-grand
+conseil</i> et pour le commun pourfit....» Ainsi donc, lorsque les grandes
+baronnies eurent été réunies au domaine de la couronne, les
+<i>établissements</i> et <i>ordonnances</i> du roi durent <i>courir</i> dans la France
+entière; et le pouvoir législatif se trouva de droit réuni dans la
+personne du monarque, assisté de son conseil.</p>
+
+<p>Il en fut de même de l'administration de la justice: et en effet la
+réunion des trois grandes pairies, qui étoient les trois plus grands
+fiefs de la couronne, ayant rendu le roi seigneur immédiat de trois
+grandes provinces, la Normandie, le comté de Toulouse ou le Languedoc,
+et le comté de Champagne, la justice dut y être rendue au nom du nouveau
+seigneur. Il fallut donc y pourvoir, et y remplacer les cours
+provinciales qu'y avoient formées les barons avec leurs conseillers ou
+assesseurs. Que fit le roi de France pour les remplacer? rien autre
+chose que <i>députer</i> des conseillers, les uns pour tenir l'<i>échiquier</i> de
+Normandie, les autres pour tenir les <i>grands jours</i> de Troyes, d'autres
+encore pour former le parlement de Toulouse; <span class="pagenum"><a id="page176" name="page176"></a>(p. 176)</span> puis, par des
+réglements nouveaux, ces députations devinrent par la suite des cours
+souveraines et permanentes. L'érection successive des autres parlements
+dans différentes villes du royaume a partout la même origine. Sur la
+demande expresse ou présumée des habitants de ne plus relever leurs
+appellations par-devant la cour de justice qui avoit été rendue
+sédentaire à Paris, les rois créoient un certain nombre de conseillers
+avec attribution des fonctions essentielles à une cour royale; et la
+justice se rendoit par eux dans les provinces, au même titre que le
+faisoit le parlement de Paris, parce que les conseillers qui formoient
+ces cours souveraines étoient <i>conseillers</i> au même titre que ceux dont
+se composoit ce parlement, qui n'avoit sur eux d'autre avantage que
+celui d'une plus grande ancienneté.</p>
+
+<p>De même il plut à nos rois d'employer à des fonctions particulières, de
+donner une attribution spéciale à cette portion de leurs conseillers qui
+demeuroient auprès d'eux sans emploi particulier, et dont ils s'étoient
+servis comme de leur <i>conseil suprême</i> ou <i>grand conseil</i>, chaque fois
+qu'il leur avoit plu de leur communiquer la plénitude du pouvoir
+souverain en présidant à leurs séances; car, dans un tel cas, ce conseil
+avoit l'administration générale des affaires, faisoit des
+<i>établissements</i> et des <i>ordonnances</i>, soit que le parlement fût appelé
+à y délibérer, soit qu'il ne le fût pas; et, on ne sauroit <span class="pagenum"><a id="page177" name="page177"></a>(p. 177)</span> se
+lasser de le répéter, la présence du roi faisoit seule toute leur
+compétence, quel que fût leur nombre, et même, quelle que fût leur
+qualité. Charles VIII fut le premier qui donna une forme permanente à ce
+conseil<a id="footnotetag197" name="footnotetag197"></a><a href="#footnote197" title="Go to footnote 197"><span class="smaller normal">[197]</span></a>, l'érigeant en compagnie avec cour souveraine et collége
+d'officiers, lui conservant le nom de <i>grand conseil</i>, et lui attribuant
+la connoissance et la décision d'une partie des affaires dont il étoit
+appelé à connoître lorsqu'il avoit été <i>conseil du roi</i>, et délibérant
+sous sa présidence.</p>
+
+<p>Louis XII confirma depuis cet établissement, et augmenta le nombre de
+ses membres, le portant à vingt conseillers, qu'il distribua en deux
+semestres.</p>
+
+<p>Le grand conseil, ainsi composé et réformé par Louis XII, continua de
+connoître de toutes les mêmes affaires qui auparavant avoient été de son
+ressort. Son occupation la plus continuelle étoit celle du réglement des
+cours et des officiers; il connoissoit aussi de tous les dons et brevets
+du roi, de l'administration de ses domaines, de toutes les <span class="pagenum"><a id="page178" name="page178"></a>(p. 178)</span>
+matières qui étoient sous la direction des grands et des principaux
+officiers, et des affaires, tant de justice que de police de la maison
+du roi; beaucoup d'affaires particulières y étoient aussi introduites,
+soit par le renvoi que le roi lui faisoit des placets qui lui étoient
+présentés, soit par le consentement des parties.</p>
+
+<p>Depuis ce temps, nos rois lui ont attribué exclusivement la connoissance
+de plusieurs matières presque toutes relatives à sa première
+institution, telles que de décider des contrariétés et nullités
+d'arrêts, d'être conservateur de la juridiction des présidiaux et des
+prévôts des maréchaux, de veiller à l'exécution des brevets dans la
+nomination accordée au prince de tous les grands bénéfices, d'être
+chargé exclusivement des procès concernant les archevêchés, évêchés et
+abbayes, etc., etc.</p>
+
+<p>Le roi a encore employé de tout temps le grand conseil pour établir une
+jurisprudence uniforme dans tout le royaume sur certaines matières,
+telles que les usures, les banqueroutes, etc.</p>
+
+<p>C'est par une raison à peu près semblable que la plupart des grands
+ordres avoient obtenu le droit d'évocation au grand conseil, afin que le
+régime et la discipline de ces grands corps ne fussent pas intervertis
+par la diversité de jurisprudence, et qu'ils ne se vissent pas obligés
+de disperser leurs membres dans tous les tribunaux. Les secrétaires du
+roi et les trésoriers de France jouissoient de la même prérogative.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page179" name="page179"></a>(p. 179)</span> Enfin le grand conseil a souvent suppléé les cours souveraines
+pour le jugement de plusieurs affaires qui en ont été évoquées.</p>
+
+<p>Il seroit impossible d'entrer ici dans le détail de toutes les
+attributions diverses dont le grand conseil a joui plus ou moins
+long-temps. Il suffit d'avoir, par quelques exemples, donné une idée de
+celles qui conviennent à son institution.</p>
+
+<p>Le chancelier étoit, depuis l'origine, seul chef et président né de
+cette compagnie. Un conseiller d'état commis par lettres-patentes du roi
+y présidoit à sa place pendant un an.</p>
+
+<p>Le grand conseil se composoit, dans les derniers temps de la monarchie,
+1<sup>o</sup> de huit maîtres des requêtes qui étoient aussi présidents par
+commission pendant quatre années; 2<sup>o</sup> des anciens présidents honoraires,
+dont les offices avoient été supprimés; 3<sup>o</sup> de conseillers d'honneur,
+dont le nombre n'étoit pas fixé; 4<sup>o</sup> de cinquante-quatre conseillers,
+distribués, ainsi que les officiers précédents, en deux semestres. Il y
+avoit en outre deux avocats généraux, un procureur général et douze
+substituts; un greffier en chef, plusieurs greffiers pour la chambre,
+les présentations et affirmations, les dépôts civils et criminels; cinq
+secrétaires du roi servant près le grand conseil; un trésorier, des
+huissiers, contrôleurs, procureurs, et autres officiers subalternes.
+Tous ces officiers jouissoient de plusieurs priviléges, notamment de
+ceux de <i>commensaux</i> <span class="pagenum"><a id="page180" name="page180"></a>(p. 180)</span> de la maison du roi. L'habit de cérémonie
+des membres du grand conseil étoit la robe de satin noir.</p>
+
+<p>Cette compagnie étoit la seule de son espèce, et sa devise l'indiquoit:
+<i>Unico universus</i>. Elle a tenu ses séances à Paris en divers endroits,
+notamment au Louvre, aux Augustins, dans le cloître
+Saint-Germain-l'Auxerrois. Enfin, par un arrêt du conseil d'état donné
+en 1686, elle eut la permission de s'établir dans l'hôtel d'Aligre, où
+elle est restée jusqu'au moment de la révolution.</p>
+
+<p>Toutefois nous en parlons ici, non-seulement parce que l'ordre et la
+clarté des matières semblent le demander, mais encore parce que le grand
+conseil, lorsqu'il était <i>conseil du roi</i>, se tenoit souvent à la
+chambre des comptes; les résolutions qui y furent prises formèrent le
+recueil d'ordonnances connu sous le titre d'<i>ordonnances rendues par le
+conseil tenu en la chambre des comptes</i>.</p>
+
+<h3>CHAMBRE DES COMPTES.</h3>
+
+<p>Du même principe découlent constamment les mêmes conséquences. Nous
+avons montré que, de tout temps, le <i>conseil du roi</i> partagea avec lui
+le fardeau des affaires dans toutes les branches de l'administration; et
+il n'est pas besoin de dire que les finances n'en furent point
+exceptées. Nos souverains l'établirent eux-mêmes juge entre eux et
+<span class="pagenum"><a id="page181" name="page181"></a>(p. 181)</span> leurs sujets, dans les contestations qui s'élevoient à
+l'occasion de la répartition et de la levée des impôts. C'étoit le
+conseil du roi qui gardoit son trésor, qui examinoit les comptes des
+baillis, sénéchaux et autres receveurs royaux; et<a id="footnotetag198" name="footnotetag198"></a><a href="#footnote198" title="Go to footnote 198"><span class="smaller normal">[198]</span></a> l'on députoit à
+cet effet des maîtres de la cour<a id="footnotetag199" name="footnotetag199"></a><a href="#footnote199" title="Go to footnote 199"><span class="smaller normal">[199]</span></a>. Dans la suite, on érigea cette
+députation en chambre perpétuelle: il ne faut point chercher d'autre
+origine à la chambre des comptes.</p>
+
+<p>Il paroît, par une ordonnance de saint Louis, que, dès le règne de ce
+prince, la chambre des comptes étoit sédentaire à Paris. Depuis, nos
+rois ne cessèrent de combler cette cour de marques de confiance et
+d'honneur, auxquelles ils ajoutèrent des priviléges considérables: la
+noblesse au premier degré, les droits de <i>commensaux</i> de leur maison;
+l'exemption des décimes, de tous droits seigneuriaux, charges publiques,
+ban, arrière-ban, tailles, corvées, péages, aides, gabelles, etc., etc.</p>
+
+<p>Les titres dont le dépôt étoit confié à cette compagnie étoient si
+importants, que l'ordonnance de décembre 1460 expose que les rois se
+rendoient souvent en personne à la <i>chambre</i>, pour <span class="pagenum"><a id="page182" name="page182"></a>(p. 182)</span> y examiner
+eux-mêmes les registres et états du domaine, «afin, y est-il dit,
+d'obvier aux inconvénients qui pourroient s'ensuivre de la révélation et
+portation d'iceux.»</p>
+
+<p>On sait que les chambres des comptes étoient des cours établies
+principalement pour connoître et juger en dernier ressort de ce qui
+concernoit la manutention des finances et la conservation du domaine de
+la couronne. On doit considérer dans celle de Paris 1<sup>o</sup> les officiers
+dont elle étoit composée; 2<sup>o</sup> la forme dont on y procédoit à
+l'instruction et au jugement des affaires; 3<sup>o</sup> le caractère de la
+juridiction qu'elle exerçoit.</p>
+
+<p>Elle avoit, comme le parlement, divers ordres d'officiers: un premier
+président, douze présidents ordinaires, soixante-dix-huit maîtres,
+trente-huit correcteurs, quatre-vingt-deux auditeurs, un avocat et un
+procureur général; des greffiers, commis, contrôleurs du greffe,
+huissiers, etc., etc.</p>
+
+<p>Les officiers de la chambre servoient par semestre, à l'exception du
+premier président, des gens du roi et des greffiers en chef dont le
+service étoit perpétuel. Il y avoit assemblée générale pour enregistrer
+les édits et déclarations d'une grande importance, procéder à la
+réception des officiers, etc. À l'égard du service ordinaire, la chambre
+étoit partagée en deux bureaux: au second bureau se jugeoient tous les
+comptes, à l'exception de celui du trésor royal, de celui des monnoies
+<span class="pagenum"><a id="page183" name="page183"></a>(p. 183)</span> et de ceux qui se présentoient pour la première fois. Toutes
+les autres affaires s'expédioient au grand bureau: c'étoit là aussi que
+se donnoient les audiences.</p>
+
+<p>On peut distinguer en trois parties les fonctions qu'exerçoient les
+officiers de la chambre, ce qui concernoit 1<sup>o</sup> l'ordre public; 2<sup>o</sup>
+l'administration des finances; 3<sup>o</sup> la conservation des domaines du roi
+et des droits régaliens. Chacune de ces divisions renfermoit un nombre
+infini d'objets, dont l'énumération seroit ici inutile et même
+fastidieuse. D'ailleurs, dans une analyse aussi succincte que celle où
+nous sommes forcés de nous renfermer, il seroit toujours impossible de
+donner autre chose qu'une idée incomplète d'une compagnie dont
+l'établissement remonte aux temps les plus reculés, qui jouissoit des
+prérogatives les plus éminentes, et dont les attributions étoient aussi
+variées qu'étendues.</p>
+
+<p>Les plus grands personnages du royaume ont tenu à honneur de remplir la
+charge de <i>premier président de la chambre</i>. Plusieurs de ces magistrats
+ont été chanceliers de France, ce qui est arrivé aussi plusieurs fois
+dans le parlement; mais on cite l'exemple unique d'un chancelier, Pierre
+Doriole, devenu ensuite premier président de la chambre des comptes. Cet
+événement est arrivé sous Louis XI. Ce magistrat suprême jouissoit de
+beaucoup de droits honorifiques, et la garde du <span class="pagenum"><a id="page184" name="page184"></a>(p. 184)</span> grand trésor
+de la Sainte-Chapelle lui étoit confiée. Sa robe de cérémonie étoit de
+velours noir, ainsi que celle des autres présidents de sa compagnie.</p>
+
+<p>La chambre des comptes occupoit un grand bâtiment situé dans l'enceinte
+du Palais, presque en face de la Sainte-Chapelle. Ce monument, élevé en
+1504 par <i>Jean Joconde</i>, religieux de l'ordre de Saint-Dominique,
+offroit une façade d'un gothique élégant, et chargée d'ornements
+très-délicats. Les arcades qui bordoient le grand escalier étoient
+estimées pour leur dessin et leur exécution. Cinq statues, de grandeur
+naturelle, posées dans des niches, représentoient Louis XII entouré des
+quatre Vertus cardinales, et l'on voyoit en divers endroits les armes et
+la devise de ce bon roi<a id="footnotetag200" name="footnotetag200"></a><a href="#footnote200" title="Go to footnote 200"><span class="smaller normal">[200]</span></a>. Un incendie qui éclata dans cet édifice,
+et dont il fut impossible d'arrêter la violence, le consuma entièrement
+dans la nuit du 27 octobre 1737<a id="footnotetag201" name="footnotetag201"></a><a href="#footnote201" title="Go to footnote 201"><span class="smaller normal">[201]</span></a>.</p>
+
+<p>C'est alors que fut commencé, sur les dessins de M. <i>Gabriel</i>, premier
+architecte du roi, l'édifice qui subsiste encore aujourd'hui. Jusqu'en
+1740, qu'il fut achevé, la chambre des comptes tint ses <span class="pagenum"><a id="page185" name="page185"></a>(p. 185)</span>
+séances aux Grands-Augustins, où partie de ses archives avoit été
+transportée.</p>
+
+<p>Les deux statues placées sur le portail, représentant la Justice et la
+Prudence, ont été exécutées par <i>Adam</i> aîné<a id="footnotetag202" name="footnotetag202"></a><a href="#footnote202" title="Go to footnote 202"><span class="smaller normal">[202]</span></a>.</p>
+
+<h3>COUR DES AIDES.</h3>
+
+<p>La cour des aides ne fut point formée autrement que le grand conseil et
+la chambre des comptes. Elle s'établit de même par la permanence qui fut
+donnée à une députation jusque là amovible et momentanée.</p>
+
+<p>Cette cour étoit unique dans l'origine, et son ressort s'étendoit par
+tout le royaume. Elle avoit été instituée par nos rois, à l'instar des
+parlements, pour juger et décider, sans appel, tous procès, tant civils
+que criminels, au sujet des aides, gabelles, tailles et autres matières
+du même genre. Ses jugements, dès l'instant de sa création, marchoient
+de pair avec ceux du parlement, auquel elle a toujours été assimilée;
+car sa juridiction ne peut être considérée comme un démembrement de
+celle des autres cours souveraines. En effet, dès le commencement de la
+levée des aides ou <span class="pagenum"><a id="page186" name="page186"></a>(p. 186)</span> subsides, qui ne s'accordoient alors que
+pour un temps limité, les rois nommoient, soit pour établir et imposer
+ces droits, soit pour décider des contestations qui pouvoient naître à
+l'occasion de leur perception, des commissaires dont le pouvoir
+finissoit avec la levée de ces impositions. Ces droits étant devenus
+perpétuels et ordinaires, la fonction de ces juges s'est également
+perpétuée; mais jamais la connoissance des aides ou subsides n'a été
+donnée à aucun autre tribunal du royaume.</p>
+
+<p>On peut faire remonter la véritable institution de la cour des aides
+jusqu'à l'année 1355, que le roi Jean ayant assemblé à Paris les états
+du royaume de <i>la languedoil</i> ou <i>pays coutumier</i>, et en ayant obtenu
+une <i>gabelle</i> sur le sel et quelques autres impositions, ordonna
+qu'elles seroient recueillies par des receveurs qu'établiroient les
+députés des trois états dans chaque province. La même ordonnance portoit
+création de <i>généraux superintendants</i>, tirés des trois états, formant
+un tribunal auquel seroient cités, pour être jugés en dernier ressort,
+tous les contrevenants et rebelles à la perception des impôts. De là le
+nom d'<i>élu</i> donné aux receveurs particuliers, et celui de <i>généraux des
+aides</i>, lequel est resté aux <i>députés généraux</i> préposés pour en avoir
+la direction dans la ville de Paris, et recevoir l'appel des députés
+particuliers ou élus distribués dans les provinces. Les malheurs de la
+guerre ayant rendu nécessaires <span class="pagenum"><a id="page187" name="page187"></a>(p. 187)</span> des levées successives
+d'impôts, les généraux des aides devinrent permanents et ordinaires
+avant la fin de ce règne, ainsi qu'on le voit par une des lettres du
+même roi, adressée en 1361, «à nos amés et féaux les généraux trésoriers
+à Paris sur le fait des aides, etc.»</p>
+
+<p>Ces <i>généraux superintendants</i>, nommés sous les deux règnes suivants
+<i>généraux conseillers</i>, étoient, comme nous l'avons dit, choisis et
+établis par les trois états; mais depuis le roi s'en réserva la
+nomination, ce qui n'a point varié jusque dans les derniers temps. Leur
+origine, qu'ils tiroient de l'assemblée des états-généraux, fit que
+pendant long-temps ils comptèrent parmi eux les personnes les plus
+distinguées dans les deux premiers ordres du royaume, et eurent même
+l'honneur d'être présidés par des princes du sang. Aussi n'est-il point
+de marques de considération que nos souverains n'aient données à cette
+compagnie. C'étoit entre les mains du roi que ses membres prêtoient
+serment, et souvent ils assistoient à ses conseils.</p>
+
+<p>Le nombre de ces <i>généraux conseillers</i> n'étoit pas fixé, et a beaucoup
+varié jusqu'au règne de Louis XI, sans cependant passer celui de neuf,
+arrêté d'abord en 1355. Ce dernier prince voulut que cette cour fût
+composée d'un président, de quatre généraux conseillers, trois
+conseillers, un avocat et un procureur du roi, un greffier, un receveur
+des amendes et deux huissiers.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page188" name="page188"></a>(p. 188)</span> Henri II abolit la distinction qui existoit entre les généraux
+et les conseillers, créa une seconde chambre en la cour des aides,
+confirma et augmenta la juridiction de cette compagnie.</p>
+
+<p>Louis XIII, par un édit de 1635, établit une troisième chambre, et créa
+douze offices de <i>conseillers</i>, auxquels il ne donna que ce titre, sans
+y ajouter celui de <i>général</i>, qui ne fut conservé qu'aux anciens
+offices, et qui même s'abolit tout-à-fait par la suite. Dans les
+derniers temps, la cour des aides étoit composée d'un premier président,
+de neuf autres présidents, de conseillers d'honneur, dont le nombre
+étoit indéterminé, de cinquante-deux conseillers, trois
+avocats-généraux, un procureur-général avec quatre substituts, cinq
+secrétaires du roi servant près ladite cour, deux greffiers en chef,
+etc., etc.</p>
+
+<p>L'habit de cérémonie des membres de la cour des aides étoit, pour le
+premier président, la robe de velours noir avec le chaperon pareil,
+doublé d'hermine. Les conseillers, gens du roi et greffiers en chef
+portoient la robe rouge, et, suivant un ancien usage, ils devoient
+mettre sur cette robe un chaperon noir à longue cornette.</p>
+
+<p>La cour des aides avoit le droit de connoître et de décider en dernier
+ressort de tous procès, tant civils que criminels, au sujet des aides,
+gabelles, tailles, octrois, et de tous subsides et impositions. Elle
+recevoit les appels interjetés des sentences <span class="pagenum"><a id="page189" name="page189"></a>(p. 189)</span> des élections et
+autres tribunaux et siéges de provinces, pour toutes matières de sa
+compétence. Elle étoit seule compétente pour juger du titre de noblesse
+et des exemptions ou priviléges qu'il portoit relativement aux impôts,
+etc., etc. Ses officiers étoient commensaux de la maison du roi,
+jouissoient du franc salé, de la noblesse au premier degré, et à peu
+près de tous les priviléges accordés aux autres cours souveraines.</p>
+
+<p>Sous Charles VII, l'auditoire de la cour des aides étoit situé vers la
+chambre des comptes, à côté de la chapelle basse. Ce lieu ayant paru
+incommode, Louis XI lui accorda, en 1477, des salles appelées <i>chambres
+de la reine</i>, situées au-dessus de la galerie des Merciers, où l'on
+établit les seconde, troisième chambre, salle et chapelle de cette cour;
+quant à la première chambre, elle put rester dans l'ancien bâtiment, au
+moyen d'une porte de communication que l'on ouvrit entre cet édifice et
+le nouveau local. Cette première chambre fut démolie en 1620, et rebâtie
+sur le même emplacement.</p>
+
+<p>La cour des aides avoit rang, dans les cérémonies, après le parlement et
+la chambre des comptes, mais seulement parce qu'elle étoit de moins
+ancienne création que ces deux compagnies. Quelques-uns de ses officiers
+ont eu l'honneur d'être élevés, ainsi que ceux des autres cours
+souveraines, à la suprême dignité de la magistrature.</p>
+
+<h4><span class="pagenum"><a id="page190" name="page190"></a>(p. 190)</span> <i>Bailliage du Palais.</i></h4>
+
+<p>Renfermé depuis 1551 dans l'enclos du Palais, la grand'salle étoit son
+tribunal. Ce siége connoissoit de tout ce qui concernoit le civil, le
+criminel et la police dans les cours et salle du Palais, la juridiction
+en étoit exercée par un bailli d'épée, un lieutenant-général, un
+procureur du roi; un premier huissier, un huissier audiencier et un
+doyen. Les causes en étoient portées par appel au parlement.</p>
+
+<h4><i>Chancellerie du Palais.</i></h4>
+
+<p>Elle étoit tenue par les maîtres des requêtes, et avoit, ainsi que le
+grand sceau, ses officiers, savoir: quatre conseillers secrétaires du
+roi audienciers, quatre conseillers contrôleurs, douze conseillers
+rapporteurs référendaires, quatre conseillers trésoriers receveurs, etc.</p>
+
+<h4><i>Chambre du domaine et du trésor.</i></h4>
+
+<p>Cette chambre connoissoit en première instance de tout ce qui concernoit
+le domaine du roi et les droits qui lui appartenoient dans l'étendue de
+la généralité de Paris.</p>
+
+<h4><i>Siége général de la table de marbre.</i></h4>
+
+<p>Il comprenoit trois juridictions: 1<sup>o</sup> la connétablie et maréchaussée de
+France; 2<sup>o</sup> l'amirauté; 3<sup>o</sup> les eaux et forêts.</p>
+
+<a id="eglmonastere" name="eglmonastere"></a>
+<h2><span class="pagenum"><a id="page191" name="page191"></a>(p. 191)</span> ÉGLISES ET MONASTÈRES.</h2>
+
+<p>L'origine de la plupart de ces monuments, surtout de ceux qui
+remplissoient autrefois la Cité, offre de plus grandes obscurités que
+celle d'aucune autre antiquité de Paris. Il n'en est point sur laquelle
+les historiens se soient plus exercés; et la plus belle victoire que les
+plus habiles d'entre eux aient remportée dans les contestations qu'un
+tel sujet a fait naître, a été d'apprendre à leurs adversaires à douter
+dans des matières où ils croyoient être arrivés à quelque certitude.</p>
+
+<p>Toutes les églises de ce quartier y existoient de temps immémorial,
+c'est-à-dire que celles qu'on y voyoit encore dans le siècle dernier, et
+dont aucune n'avoit plus de six cents ans d'antiquité, avoient été
+bâties sur les ruines de semblables édifices. «Il y a apparence, dit
+Delamare, que les fidèles des premiers temps convertirent en églises
+toutes les maisons particulières où ils avoient coutume de se retirer
+pour y faire en secret leurs exercices pendant les persécutions; et que
+c'est de là que sont venues toutes ces <span class="pagenum"><a id="page192" name="page192"></a>(p. 192)</span> petites paroisses du
+quartier de la Cité, dont on ne sait point l'origine.» Depuis ces
+premières fondations, Paris fut brûlé plusieurs fois<a id="footnotetag203" name="footnotetag203"></a><a href="#footnote203" title="Go to footnote 203"><span class="smaller normal">[203]</span></a>, et chaque
+fois sans doute ses monumens furent renouvelés. À ces désastres, qui ont
+détruit pour nous jusqu'aux moindres vestiges de ces anciens édifices,
+il faut joindre cette terreur singulière qui s'empara des chrétiens vers
+les dernières années du neuvième siècle: ils attendoient la fin du monde
+précisément en l'an mille de Jésus-Christ; et cette fausse opinion
+répandue partout leur faisoit négliger l'entretien des églises, qui, de
+tous côtés, tomboient en ruines. Lorsque cette année fatale fut passée,
+les peuples, revenus de leur effroi, s'empressèrent partout de les
+rebâtir avec plus de magnificence qu'auparavant. On fit des fondations
+nouvelles, et le culte reprit toute sa solennité. C'est aussi à partir
+de cette époque que les traditions deviennent moins obscures, que les
+titres qui établissent les origines ont plus d'authenticité. Toutefois,
+si l'on n'a quelque connoissance de ce qui a précédé les temps de la
+troisième race, en ce qui concerne le clergé, des révolutions diverses
+qu'il avoit éprouvées dans son état et dans ses biens, de ce qu'il avoit
+perdu, acquis ou <span class="pagenum"><a id="page193" name="page193"></a>(p. 193)</span> recouvré avant ces temps mémorables qui
+consolidèrent son existence, en assurant celle de la société, on
+comprendroit difficilement encore ce que nous pourrions dire sur cette
+partie la plus intéressante des antiquités de Paris: nous allons donc
+essayer d'en tracer un rapide tableau.</p>
+
+<p>On ne sait si c'est bien sérieusement que certains écrivains que déjà
+nous avons signalés comme ne reconnoissant aucune légitimité, ont accusé
+les évêques romains qui habitoient l'Aquitaine et la Septimanie d'avoir
+trahi leurs souverains <i>légitimes</i>, parce qu'ils se déclarèrent pour les
+Francs contre les Goths, usurpateurs depuis moins de cent ans de cette
+belle portion des Gaules: ce seroit montrer par trop d'ignorance, et il
+est plus naturel de supposer qu'ils sont encore ici de mauvaise foi. Qui
+peut ignorer que, dans cette province encore toute romaine, où vivoit
+une population nombreuse de sujets romains, séparée de ses grossiers
+vainqueurs par ses m&oelig;urs, par ses lois, par ses préjugés et ses
+traditions; où des troupes romaines occupoient et défendoient encore, en
+invoquant le nom de la ville éternelle, les points divers au milieu
+desquels ils étoient cantonnés, nul devoir, nul lien ne pouvoit attacher
+les anciens habitants du pays à des barbares qu'ils méprisoient et dont
+ils étoient opprimés? Cette oppression étoit à la fois politique et
+religieuse sous les Goths, qui, ayant embrassé l'arianisme, exerçoient
+une <span class="pagenum"><a id="page194" name="page194"></a>(p. 194)</span> persécution violente contre le clergé catholique, et
+punissoient par la prison, l'exil, la confiscation, souvent même par le
+martyre, le zèle que montroient les prélats romains pour la saine et
+pure doctrine de l'Église<a id="footnotetag204" name="footnotetag204"></a><a href="#footnote204" title="Go to footnote 204"><span class="smaller normal">[204]</span></a>. Un roi barbare se présente à eux, qui
+avoit embrassé la foi orthodoxe: trouvant ainsi en lui la seule garantie
+qui pouvoit leur rendre supportable une domination étrangère, ils
+préfèrent son joug à celui qu'un roi barbare et hérétique faisoit peser
+sur eux, sans cesser pour cela de se considérer, dans le secret de leur
+pensée, comme sujets de l'empire et des empereurs. La victoire des
+Francs ratifie leur choix; l'approbation de la cour de Bysance le
+légitime<a id="footnotetag205" name="footnotetag205"></a><a href="#footnote205" title="Go to footnote 205"><span class="smaller normal">[205]</span></a>: le reste suit naturellement; et dans cette grande et
+heureuse révolution que ces pasteurs des <i>fidèles</i> favorisèrent de toute
+leur influence, il n'y avoit nulle raison pour que leur conscience fût,
+un seul instant, troublée; et leur existence, ainsi que celle de leurs
+ouailles, cessa de l'être.</p>
+
+<p>De quelque manière que Clovis, ses compagnons d'armes et ses successeurs
+aient entendu le christianisme, il n'en est pas moins vrai qu'ils se
+convertirent de bonne foi, c'est-à-dire qu'ils reçurent tous les dogmes
+du christianisme, qu'ils se soumirent <span class="pagenum"><a id="page195" name="page195"></a>(p. 195)</span> à ses lois, et que les
+prêtres chrétiens ne tardèrent point à jouir auprès de leurs vainqueurs
+de la plus haute considération.</p>
+
+<p>Ils la durent à des vertus dont ces barbares n'avoient sans doute qu'une
+idée très-imparfaite, mais qui cependant ne leur étoient point
+tout-à-fait étrangères. Moins éloignés des traditions primitives que le
+vieux peuple qu'ils remplaçoient, ces peuples enfants avoient des
+m&oelig;urs pures, un caractère hospitalier; et c'est ce qui leur fit
+admirer une pureté de m&oelig;urs qu'ils étoient encore si loin d'égaler,
+et une charité qui surpassoit tous leurs sentiments les plus généreux.
+Ce fut surtout cette dernière vertu qu'il n'appartient qu'au
+christianisme d'exalter jusqu'à ses degrés les plus sublimes, qui leur
+fit une impression plus profonde, et qui leur rendit si vénérables les
+hommes qui la pratiquoient. En même temps que les prêtres chrétiens
+prêchoient de toutes parts et sous leurs yeux la justice, l'obéissance,
+la résignation et toutes ces autres lois évangéliques qui sont la
+garantie la plus sûre de l'ordre dans la société, la source de toute
+paix et de toute consolation pour les membres qui la composent, ils les
+voyoient s'associer à toutes les souffrances de ceux qu'ils éclairoient
+de leurs doctrines, à toutes leurs misères, se dépouiller de tout ce
+qu'ils possédoient pour les soulager, et prouver, non pas seulement par
+des paroles édifiantes, mais par de continuels <span class="pagenum"><a id="page196" name="page196"></a>(p. 196)</span> et touchants
+exemples, que le patrimoine de l'Église est celui des pauvres, et que ce
+n'est pas ici-bas qu'elle a placé son véritable trésor. Ce fut ainsi
+que, gagnant l'estime et la confiance des vainqueurs, les prêtres
+chrétiens purent, dès le commencement, exercer une influence salutaire
+sur le sort des vaincus. Les évêques furent, en effet, le principal
+refuge des Romains désarmés; ils se rendirent leurs intercesseurs auprès
+des rois, leurs médiateurs auprès des seigneurs, leurs patrons auprès
+des juges; et devenus ainsi le lien qui rapprochoit les deux peuples, et
+le principal instrument de cette concorde qui devoit les confondre en un
+seul peuple, leur crédit s'affermit au point de devenir en très-peu de
+temps une autorité régulière et légitime, qui, dès les premiers siècles
+de la monarchie, étoit déjà la plus considérable dans l'État. Il n'étoit
+pas rare qu'un duc quittât son duché pour devenir évêque; et un ministre
+superstitieux à qui une devineresse avoit prédit son élévation à
+l'épiscopat, considéroit une telle prédiction comme la plus heureuse qui
+pût jamais se réaliser en sa faveur<a id="footnotetag206" name="footnotetag206"></a><a href="#footnote206" title="Go to footnote 206"><span class="smaller normal">[206]</span></a>. Ce même esprit de conciliation
+et de paix, les prêtres chrétiens le portèrent au milieu des guerres
+civiles dont la nation ne cessa point d'être déchirée, aussitôt que se
+furent développés au milieu d'elle les vices et la foiblesse <span class="pagenum"><a id="page197" name="page197"></a>(p. 197)</span>
+de son pouvoir politique; et ainsi s'accrut encore, sous la seconde
+race, la puissance des évêques<a id="footnotetag207" name="footnotetag207"></a><a href="#footnote207" title="Go to footnote 207"><span class="smaller normal">[207]</span></a>.</p>
+
+<p>Ainsi s'accrurent aussi ses richesses que la conquête avoit extrêmement
+diminuées. Encore que le clergé romain eût été d'un grand secours aux
+Francs dans la conquête des Gaules, et que Clovis, déjà chrétien, l'eût
+traité avec beaucoup de ménagements, il est vrai de dire que les Romains
+armés, qui étoient en mesure de composer avec lui en avoient reçu des
+conditions bien plus favorables; et comme l'Église n'avoit point de
+résistance à opposer à l'avidité et la rapacité des vainqueurs, ses
+biens et ses trésors furent une proie facile que le roi barbare
+distribua, ou peut-être se vit forcé d'abandonner à l'avarice de ses
+compagnons d'armes, qui prétendoient sans doute avoir leur part du
+butin. Ce que la violence lui avoit enlevé, la vertu de ses ministres le
+lui rendit: lorsque les nouveaux maîtres des Gaules virent le noble et
+saint usage qu'ils savoient faire du peu qui leur étoit resté, princes
+et sujets s'empressèrent d'accroître des richesses dont la dispensation
+devenoit la ressource principale des malheureux et rétablissoit ainsi
+doucement et régulièrement dans l'état l'équilibre rompu sans cesse par
+l'inégalité nécessaire et inévitable des fortunes; et les vrais
+chrétiens crurent aussi amasser un trésor pour le ciel <span class="pagenum"><a id="page198" name="page198"></a>(p. 198)</span> en
+partageant ce qu'ils possédoient avec ceux dont les biens «étoient le
+v&oelig;u des fidèles, le patrimoine des pauvres, la rançon des âmes, le
+prix des péchés, la solde des serviteurs et des servantes de Dieu<a id="footnotetag208" name="footnotetag208"></a><a href="#footnote208" title="Go to footnote 208"><span class="smaller normal">[208]</span></a>.»
+Ce fut ainsi que le clergé acquit en peu de temps d'immenses propriétés.</p>
+
+<p>Dans le même temps s'élevoient de toutes parts des monastères où se
+retiroient des Justes dégoûtés du monde et qui aspiroient à une vie plus
+parfaite. Ces pieux cénobites, ainsi réunis, offrirent une image encore
+plus frappante de toutes les vertus chrétiennes: partageant toutes leurs
+heures entre la prière et le travail des mains, ils consacroient au
+soulagement des malheureux tout ce que pouvoit leur fournir ce travail
+au-delà de l'absolu nécessaire. Ce fut cette charité ardente,
+infatigable, qui fertilisa les solitudes où ils avoient fait v&oelig;u de
+vivre et de mourir: ce fut donc au profit des pauvres et uniquement à
+leur profit que, de leur côté, les moines devinrent légitimes
+propriétaires d'une partie considérable de la France que leurs sueurs
+avoient fécondée<a id="footnotetag209" name="footnotetag209"></a><a href="#footnote209" title="Go to footnote 209"><span class="smaller normal">[209]</span></a>.</p>
+
+<p>Il est certain, au reste, qu'après la conquête, l'Église avoit continué
+de posséder, selon la loi romaine, ce qui lui étoit resté de ses biens,
+et ce que, dans les temps postérieurs, elle en avoit pu acquérir;
+<span class="pagenum"><a id="page199" name="page199"></a>(p. 199)</span> toute la suite des monuments historiques nous prouve
+qu'exempts des charges publiques lorsqu'ils étoient médiocres et à peine
+suffisants pour l'entretien de ses ministres, ces biens perdoient leur
+immunité, dès qu'ils devenoient plus considérables<a id="footnotetag210" name="footnotetag210"></a><a href="#footnote210" title="Go to footnote 210"><span class="smaller normal">[210]</span></a>. Cette loi
+continua d'être observée sous les rois francs, et elle y fut même
+très-souvent exécutée avec une plus grande rigueur que sous les
+romains<a id="footnotetag211" name="footnotetag211"></a><a href="#footnote211" title="Go to footnote 211"><span class="smaller normal">[211]</span></a>. Nous voyons que les terres de l'Église payoient un cens,
+des tributs, que ses serfs ou colons devoient au fisc des corvées, et
+que l'immunité même n'exemptoit pas les églises des dons annuels
+qu'elles étoient tenues d'acquitter envers le roi<a id="footnotetag212" name="footnotetag212"></a><a href="#footnote212" title="Go to footnote 212"><span class="smaller normal">[212]</span></a>.</p>
+
+<p>Une autre loi romaine (et cette loi extrêmement remarquable jette un
+grand jour sur la matière que nous traitons) vouloit que l'Église
+possédât ses biens aux mêmes titres que les donateurs qui les lui
+avoient concédés. Or ces biens étoient nécessairement ou civils ou
+militaires: le possesseur d'un bien militaire devoit un service
+personnel, ou s'il ne pouvoit servir lui-même, il étoit tenu de se faire
+remplacer par ses enfants; le propriétaire d'un bien civil fournissoit
+des miliciens. Le clergé se vit donc, en sa qualité de propriétaire,
+obligé de remplir ces conditions de la propriété, et de fournir des
+soldats à l'état.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page200" name="page200"></a>(p. 200)</span> Ces miliciens qu'entretenoit l'Église devoient être toujours
+sur pied; et dans ces temps de périls continuels, il falloit qu'ils
+fussent prêts à marcher au premier signal. C'étoient des <i>hommes libres</i>
+et non des <i>vassaux</i>; car des prêtres désarmés ne pouvoient en avoir, le
+vasselage étant, ainsi que nous l'avons déjà dit, une condition
+particulière et exclusive du bénéfice militaire. Pour obtenir le service
+d'un homme libre, il falloit pourvoir à sa solde et à sa subsistance: il
+fut créé à cet effet sur les biens ecclésiastiques des bénéfices à vie
+qui devinrent la paie de ces soldats de l'Église. Ces biens, dont elle
+ne leur donnoit que l'usufruit, n'étoient point séparés, quant à la
+propriété du fonds, des autres biens qu'elle possédoit, et devoient y
+rentrer après la mort de l'usufruitier<a id="footnotetag213" name="footnotetag213"></a><a href="#footnote213" title="Go to footnote 213"><span class="smaller normal">[213]</span></a>. Cette loi, selon laquelle
+étoit réglé le service militaire de l'Église, paroît avoir été aussi
+ancienne que la monarchie<a id="footnotetag214" name="footnotetag214"></a><a href="#footnote214" title="Go to footnote 214"><span class="smaller normal">[214]</span></a>.</p>
+
+<p>Or il étoit difficile que, dans un semblable système, il ne
+s'introduisît pas de grands abus; et que, dans des siècles grossiers où
+celui qui avoit la force se plioit si difficilement à la règle et aux
+lois, le plus foible ne fût pas le seul à souffrir de ces abus. Il
+arriva donc que les ecclésiastiques ne <span class="pagenum"><a id="page201" name="page201"></a>(p. 201)</span> furent pas toujours
+libres de choisir leurs <i>hommes</i>, et qu'on les obligea de concéder leurs
+bénéfices à de vieux soldats que l'on vouloit récompenser, et qui
+considéroient ainsi ce qu'ils recevoient de l'Église comme un don du
+souverain qui le leur avoit fait obtenir. Il arriva encore que les
+capitaines auxquels les évêques ou plutôt le prince donnoit la conduite
+des <i>hommes libres</i>, lorsqu'il falloit marcher à l'ennemi, acquérant sur
+eux cet ascendant irrésistible que donne le commandement militaire, les
+déterminèrent facilement à se faire leurs propres <i>vassaux</i>, et
+s'attribuèrent par ce moyen la disposition de leurs bénéfices qui se
+trouvèrent ainsi séparés des biens dont ils tiroient leur origine<a id="footnotetag215" name="footnotetag215"></a><a href="#footnote215" title="Go to footnote 215"><span class="smaller normal">[215]</span></a>.
+Les guerres dangereuses des Sarrasins dans lesquelles l'Église étoit
+spécialement menacée, le péril extrême auquel l'état fut exposé par
+leurs invasions, multiplièrent ces usurpations. Charles Martel, que l'on
+accuse d'avoir dépouillé le clergé, n'eut effectivement d'autre tort que
+d'autoriser ce qui étoit déjà fait, ce qui probablement se faisoit
+encore; et c'est ainsi que ces biens, reconquis par l'Église sous la
+première race, rentrèrent, au commencement de la seconde, dans le
+domaine des rois, et redevinrent le patrimoine des Francs.</p>
+
+<p>Il fallut bientôt réparer cette grande injustice: <span class="pagenum"><a id="page202" name="page202"></a>(p. 202)</span> Pépin, qui
+vouloit affermir son pouvoir, sentit qu'il n'appartenoit qu'à la
+religion de lui donner la force et la stabilité; le ciel même parut se
+déclarer contre les spoliations impies que son père avoit permises et
+protégées<a id="footnotetag216" name="footnotetag216"></a><a href="#footnote216" title="Go to footnote 216"><span class="smaller normal">[216]</span></a>, et poussé à la fois par le cri de sa conscience et par
+les conseils d'une politique sage et prévoyante, il voulut que l'Église
+recouvrât ce qui lui avoit été enlevé, et reprît ainsi dans l'état le
+rang et l'influence qu'elle avoit perdus. Toutefois, vu la qualité et la
+puissance de la plupart de ceux qui avoient usurpé ces biens, une
+restitution entière eût été dangereuse, étoit même impossible: des
+transactions avec ces propriétaires illégitimes étoient un moyen qui
+s'offroit de lui-même, et que l'on sut employer de manière à concilier
+ensemble l'intérêt des familles, le repos des consciences et les lois de
+l'équité. On rendit à l'Église une partie de ses biens; et elle concéda
+l'autre à ceux qui en étoient actuellement possesseurs, sous la
+condition qu'ils tiendroient d'elle ces biens à titre de bénéfice et
+qu'ils lui paieroient à cet effet une redevance<a id="footnotetag217" name="footnotetag217"></a><a href="#footnote217" title="Go to footnote 217"><span class="smaller normal">[217]</span></a>.</p>
+
+<p>Ces bénéfices différoient peu, relativement aux bénéficiers, de ceux que
+l'Église avoit autrefois donnés à ses hommes libres; mais l'Église n'en
+étoit <span class="pagenum"><a id="page203" name="page203"></a>(p. 203)</span> plus propriétaire, ni même des biens dont la jouissance
+lui étoit réservée, au même titre et avec la même plénitude. Il
+paroîtroit que la plus grande partie de ces biens, avant de lui être
+rendus, passèrent entre les mains du roi qui dut ensuite les lui
+transmettre; et que, par cette transmission, ils prirent la nature des
+<i>bénéfices royaux</i>: c'est-à-dire qu'ils devinrent une propriété du
+prince dont il se saisissoit de nouveau, à la mort de chaque titulaire,
+toutefois avec cette différence qu'il ne pouvoit les réunir au fisc,
+comme il l'auroit fait d'un fief vacant par le défaut d'héritier mâle,
+parce que ces biens étoient consacrés au service de Dieu, et exempts des
+conditions du vasselage; mais qu'il en jouissoit à titre de
+propriétaire, jusqu'au moment où il lui plaisoit d'y placer un nouvel
+usufruitier<a id="footnotetag218" name="footnotetag218"></a><a href="#footnote218" title="Go to footnote 218"><span class="smaller normal">[218]</span></a>. De même pour les domaines qui furent concédés par le
+clergé à des bénéficiers, le roi se réserva d'en former de nouveaux
+bénéfices à la mort de l'usufruitier et aux mêmes conditions, s'il le
+jugeoit nécessaire, de telle sorte qu'un bénéfice ecclésiastique ne
+pouvoit jamais être réuni à l'église de laquelle il dépendoit, tant
+qu'il convenoit au roi d'y nommer un nouveau bénéficier. Ces biens
+entrèrent donc aussi dans la classe des bénéfices royaux et furent
+soumis à la <span class="pagenum"><a id="page204" name="page204"></a>(p. 204)</span> même juridiction; mais si la première disposition
+étoit favorable au clergé et conservatrice des biens dont il avoit la
+jouissance, comme nous le prouverons tout à l'heure, la seconde lui fut
+très-nuisible; et l'on conçoit facilement que de tels bénéfices obtenus
+de la munificence royale durent être bientôt considérés comme des fiefs
+par ceux qui les possédèrent, et, lorsque l'hérédité s'y fut établie,
+devenir aussi des fiefs héréditaires: c'est ce qui arriva en effet de
+tous ces bénéfices ecclésiastiques dont l'Église se vit une seconde fois
+et successivement dépouillée.</p>
+
+<p>Il arriva donc qu'à peine rentrée dans la possession de ses biens,
+l'Église fut de nouveau menacée de les perdre. Entourés de bénéficiers
+armés, beaucoup plus puissants qu'eux, qui, ne supportant qu'avec
+impatience une dépendance dont ils étoient humiliés et importunés,
+profitoient du moindre prétexte pour s'en affranchir<a id="footnotetag219" name="footnotetag219"></a><a href="#footnote219" title="Go to footnote 219"><span class="smaller normal">[219]</span></a>, les
+titulaires des propriétés ecclésiastiques étoient en danger
+non-seulement d'être privés de toute espèce de droit sur les bénéfices
+qu'ils avoient concédés, mais encore de se voir enlever la propriété
+<span class="pagenum"><a id="page205" name="page205"></a>(p. 205)</span> de ce qui leur avoit été rendu, et avec plus de facilité
+peut-être qu'auparavant, parce qu'ils étoient plus foibles encore,
+presque tous leurs hommes libres étant devenus vassaux de leurs
+bénéficiers.</p>
+
+<p>Dans ce péril imminent, dans cette situation extraordinaire où son
+existence étoit sans cesse menacée par ces hommes violents, qui se
+souvenoient encore d'avoir été les vainqueurs des Gaules, et qui se
+montroient toujours prêts à agir comme du temps de la conquête, le
+clergé, réduit en quelque sorte au droit de la <i>défense naturelle</i>, ne
+crut pas, et sans doute avec quelque raison, devoir rester
+scrupuleusement soumis aux capitulaires et aux canons qui défendoient
+aux ecclésiastiques de porter les armes. Il demanda et obtint les
+honneurs du <i>baudrier</i><a id="footnotetag220" name="footnotetag220"></a><a href="#footnote220" title="Go to footnote 220"><span class="smaller normal">[220]</span></a>; les évêques prirent l'épée, l'habit
+militaire, les éperons; et devenus guerriers et seigneurs de la nation,
+ils purent avoir des vassaux, puisqu'ils alloient à la guerre où tout
+homme libre pouvoit aller; ils se firent rendre hommage par leurs hommes
+libres, conservèrent <span class="pagenum"><a id="page206" name="page206"></a>(p. 206)</span> la propriété des <i>manoirs nobles</i>, qui
+étoient sous leur redevance, et s'épargnèrent ainsi la solde ruineuse
+des capitaines qu'ils avoient été obligés de mettre, avec tant de danger
+pour eux, à la tête de leurs soldats. C'est ainsi que le <i>vasselage</i>, le
+seul lien de la société temporelle qui fût assez fort pour n'être point
+encore rompu, contribuoit à raffermir et à conserver la société
+spirituelle qui seule pouvoit ensuite tout sauver et tout conserver.</p>
+
+<p>Ainsi s'expliquent ces habitudes guerrières que ne cessent de reprocher
+à ces hommes de paix tant de petits esprits qui ne voient rien au-delà
+du temps où ils vivent et des objets qui sont sous leurs yeux; et ce qui
+prouve à quel point ce parti extrême qu'avoit pris le clergé étoit
+justifié par les circonstances extraordinaires dans lesquelles il se
+trouvoit, c'est que Charlemagne ayant porté à l'<i>assemblée générale</i> de
+la nation une requête qui lui avoit été présentée à l'effet d'interdire
+aux ecclésiastiques le service militaire, et cette interdiction y ayant
+été décidée<a id="footnotetag221" name="footnotetag221"></a><a href="#footnote221" title="Go to footnote 221"><span class="smaller normal">[221]</span></a>, les partisans du clergé éclatèrent en murmures et
+répandirent le bruit que c'étoit dans l'intention de dépouiller l'Église
+de ses <i>honneurs</i> et de ses <i>biens</i> que l'empereur avoit présenté cette
+requête et obtenu ce réglement.</p>
+
+<p>Au reste la loi nouvelle fut mal observée sous le <span class="pagenum"><a id="page207" name="page207"></a>(p. 207)</span> règne de ce
+prince, parce que l'on continua d'envahir les biens du clergé,
+quoiqu'une autre loi eût prononcé la peine du sacrilége contre ceux qui
+les envahiroient<a id="footnotetag222" name="footnotetag222"></a><a href="#footnote222" title="Go to footnote 222"><span class="smaller normal">[222]</span></a>. Ce ne fut que sous Louis-le-Débonnaire que «les
+évêques et les clercs déposèrent les ceinturons et baudriers d'or, les
+glaives ornés de pierreries, les éperons et les habits précieux<a id="footnotetag223" name="footnotetag223"></a><a href="#footnote223" title="Go to footnote 223"><span class="smaller normal">[223]</span></a>.»
+Essayant alors de revenir au premier moyen qu'ils avoient employé pour
+leur défense, ils imaginèrent de choisir parmi les <i>fidèles</i> du roi des
+chefs auxquels ils confioient la conduite de leurs vassaux; ces chefs
+reçurent le nom d'<i>avoués</i><a id="footnotetag224" name="footnotetag224"></a><a href="#footnote224" title="Go to footnote 224"><span class="smaller normal">[224]</span></a> des églises. Ce moyen, sans doute plus
+conforme aux maximes de l'Évangile, et le seul que, dans des
+circonstances ordinaires et communes, il leur eût été permis d'employer,
+ne pouvoit suffire encore à protéger leur foiblesse, au milieu de
+l'impuissance des lois et de ce désordre politique où la France
+continuoit d'être plongée. La création des <i>avoueries</i> eut un résultat à
+peu près semblable à la séparation qui avoit été opérée <span class="pagenum"><a id="page208" name="page208"></a>(p. 208)</span> sous
+Charles Martel; et ces <i>avoués</i> n'étoient en effet, sous un autre nom,
+que ces capitaines qui l'avoient alors si violemment dépouillée. Le même
+principe amena donc et nécessairement des conséquences toutes
+semblables. Les bénéficiers cessèrent de rendre hommage aux évêques, dès
+que ceux-ci eurent cessé de porter les armes, et ne reconnurent plus que
+leurs <i>avoués</i>; l'hérédité des fiefs ayant commencé à s'introduire, vers
+cette époque, un grand nombre d'avoués se firent les suzerains de ces
+vassaux qui ne leur appartenoient pas; et ce ne fut que par l'extinction
+des familles qui possédoient les <i>avoueries</i>, et par les donations qui
+lui furent faites postérieurement à l'établissement de l'hérédité, que
+les églises recouvrèrent les biens et les vassaux qui leur avoient été
+une seconde fois enlevés.</p>
+
+<p>Nous avons dit que la circonstance qui avoit fait des <i>bénéfices royaux</i>
+de cette autre partie des biens enlevés au clergé, et dont la jouissance
+lui avoit été rendue, avoit été favorable aux propriétaires de ces
+biens; et en effet les rois, protecteurs nés de l'Église et de ses
+ministres, et qui voyoient en eux l'appui le plus sûr et le plus ferme
+de leur couronne, loin d'avoir aucun <span class="pagenum"><a id="page209" name="page209"></a>(p. 209)</span> intérêt à les dépouiller,
+trouvoient au contraire un avantage véritable à accroître leur crédit et
+leur influence, et leur conservoient ainsi fidèlement ces biens, comme
+un dépôt qui leur avoit été commis. C'étoit là ce qu'on appeloit le
+privilége de l'<i>immunité</i>, que n'avoient pas les fondations faites par
+de simples particuliers, fondations dont l'administration revenoit aux
+familles après la mort des fondateurs, en raison du même droit qui les
+faisoit <i>vacquer en régale</i>, quand elles étoient faites ou supposées
+faites par le roi. De cette disposition de la loi en faveur de ces
+familles, résultoient mille inconvénients, et tous au détriment du
+clergé, qui voyoit souvent des héritiers avides et peu scrupuleux
+dissiper des biens dont la piété de leurs ancêtres avoit voulu faire le
+patrimoine des pauvres et des églises; et les nouveaux fondateurs,
+témoins de ces désordres, n'eurent qu'un moyen de s'assurer que les
+intentions qu'ils avoient eues, en faisant de semblables dons, seroient
+remplies: ce fut de remettre leurs fondations entre les mains du roi,
+qui, les confirmant alors par des chartes, leur donnoit la nature
+d'<i>aleu</i> ou de <i>propre</i>, et tous les avantages de l'<i>immunité</i>. Ainsi
+prirent le caractère de fondations royales, un grand nombre de bénéfices
+qui n'avoient point été donnés à l'église par les rois.</p>
+
+<p>Tout porte à croire que ce fut de même dans l'intention de s'assurer la
+conservation des biens <span class="pagenum"><a id="page210" name="page210"></a>(p. 210)</span> qui leur avoient été donnés, ou qu'ils
+s'étoient créés eux-mêmes par leurs travaux, que les monastères
+voulurent jouir aussi des avantages attachés aux fondations royales, et
+s'affranchir de la juridiction des évêques, qui d'abord étoient les
+dispensateurs de ces biens au même titre que de ceux des autres églises,
+et avoient ainsi le droit d'en appliquer l'usage selon qu'ils le
+jugeoient à propos; ce qui ne se faisoit pas toujours avec justice et
+discernement. Et il faut bien supposer que ce privilége des évêques
+n'étoit pas sans de graves inconvénients, puisque ce fut un saint évêque
+qui lui-même établit le premier un abbé dans un monastère, et
+l'affranchit de la juridiction de l'<i>ordinaire</i>, «dans la crainte qu'il
+eut, dit l'annaliste qui rapporte ce fait, que ses successeurs
+n'envahissent les biens de ce monastère<a id="footnotetag225" name="footnotetag225"></a><a href="#footnote225" title="Go to footnote 225"><span class="smaller normal">[225]</span></a>.» Un monastère remis ainsi
+entre les mains du roi recevoit le nom d'abbaye; et dès ce moment, son
+abbé prenoit rang parmi les seigneurs ou grands vassaux, administrant
+lui-même ses biens, en acquittant les charges, fournissant directement à
+l'état les soldats dont auparavant il grossissoit le contingent des
+évêques, et ne reconnoissant plus d'autre autorité que celle de Dieu et
+du roi.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page211" name="page211"></a>(p. 211)</span> Mais il n'en étoit pas des moines comme des prêtres séculiers.
+Ceux-ci avoient leur part des biens des églises; les autres, soumis à la
+vie commune, ne possédoient rien en propre, n'avoient droit qu'au simple
+nécessaire, fixé par la règle qu'ils avoient embrassée. Tout le reste
+étoit à la disposition de leurs abbés, qui trop souvent ne faisoient pas
+de ces richesses ainsi accumulées dans leurs mains, l'usage auquel elles
+avoient été destinées, et les dissipant dans les folles dépenses d'un
+luxe scandaleux, excitoient ainsi la cupidité des laïques dont ils
+imitoient la manière de vivre, et qui, témoins de leur vie mondaine,
+durent se croire très-propres à les remplacer dans cette manière
+d'administrer des biens ecclésiastiques. C'est ainsi que se formèrent et
+se multiplièrent les <i>commendes</i>, qui n'étoient autre chose que le droit
+d'usufruit et d'administration réservé à tout fondateur, droit que le
+roi étendit des monastères <i>simples</i>, qui, à ce titre, avoient pu, de
+tout temps, être administrés par des laïques, aux abbayes de fondation
+royale, et dont il étoit le suprême administrateur. Or cette disposition
+particulière que l'on faisoit du bien des abbayes, sembloit ne pas avoir
+des inconvénients aussi graves que la dilapidation des biens du clergé
+séculier, parce que l'on ne dépouilloit en apparence qu'un seul homme,
+qui étoit l'abbé, les moines n'ayant droit, nous le répétons, qu'à
+l'absolu nécessaire, fixé par les <span class="pagenum"><a id="page212" name="page212"></a>(p. 212)</span> statuts de leur communauté.
+On vit donc s'élever de toutes parts des commendes au profit des gens de
+la cour et des nobles de province; et sous la seule condition de
+pourvoir à l'entretien des lieux réguliers, et à la nourriture des
+religieux, les commendataires purent dissiper à leur gré, prodiguer à
+tel usage profane qu'il leur plaisoit, l'immense superflu des biens
+confiés à leur gestion. Ce fut un nouveau genre de spoliation qui n'eut
+point de bornes: on se partagea les biens des monastères comme des
+terres conquises; les rois donnèrent des abbayes aux reines, à leurs
+fils, à leurs filles, ils en gardèrent pour eux-mêmes; il n'y eut point
+de vassal un peu puissant qui ne s'en fît donner, et plusieurs mirent
+leur fidélité au prix de semblables dons. Vainement les évêques
+s'élevèrent contre cette dissipation impie et souvent inhumaine des
+biens des monastères, et menacèrent les spoliateurs des jugements de
+Dieu<a id="footnotetag226" name="footnotetag226"></a><a href="#footnote226" title="Go to footnote 226"><span class="smaller normal">[226]</span></a>: ils n'y gagnèrent autre chose que la <span class="pagenum"><a id="page213" name="page213"></a>(p. 213)</span> vaine
+formalité à laquelle se soumirent les rois et les seigneurs de faire
+tonsurer ceux de leurs enfants qu'ils vouloient enrichir ainsi, sans
+rien diminuer de leurs domaines; et l'on conçoit que sous de tels abbés,
+le sort des moines n'étoit pas plus assuré, ni le v&oelig;u des fondateurs
+plus respecté que sous l'administration des laïques. Enfin les choses en
+vinrent au point que l'on crut nécessaire de faire des arrangements pour
+que la communauté ne manquât pas du moins des premiers besoins de la
+vie, et de séparer à cet effet de la <i>mense</i> abbatiale la portion de
+bien strictement nécessaire à la subsistance des religieux et à la
+réparation des églises, portion à laquelle les abbés et les
+commendataires n'eurent pas le droit de toucher. Un tel remède fut pire
+peut-être que le mal; parce que délivrés, par de tels arrangements, de
+toute responsabilité sur ce qui touchoit les moines et le monastère, ces
+administrateurs disposèrent plus librement encore et avec moins de
+scrupule de la part de biens, incomparablement plus grande, qui leur
+étoit restée. Par exemple, les comtes de Paris s'étant établis
+commendataires de presque toutes les abbayes que renfermoit leur comté,
+une fois ce partage fait avec la communauté, distribuèrent à leurs gens
+de guerre toutes les terres restantes, qui furent ainsi pour toujours
+soustraites à la juridiction ecclésiastique. Ce qu'ils avoient fait,
+d'autres seigneurs le firent également <span class="pagenum"><a id="page214" name="page214"></a>(p. 214)</span> dans toutes les parties
+de la France; et un grand nombre de menses abbatiales se trouvèrent
+ainsi sécularisées.</p>
+
+<p>Telle est l'histoire des propriétés de l'église sous les deux premières
+races; et cette histoire n'est autre chose que le récit du pillage
+perpétuel de ces propriétés par une race d'hommes violente et guerrière,
+dont ses ministres travailloient sans cesse à adoucir les m&oelig;urs et à
+éclairer l'intelligence. Ce que lui enlevoit l'avidité des vainqueurs
+dans les moments de désordre, on voit que la piété des fidèles le lui
+rendoit dans des temps moins agités, au risque de le lui voir enlever
+encore; et que, dans ce combat sans relâche de la cité de Dieu contre la
+cité du monde, la charité et la patience de l'une triomphèrent à la fin
+de l'avarice et de la violence de l'autre. C'est qu'il falloit que
+l'église de France subsistât, Dieu ayant visiblement de grands desseins
+sur un royaume qui fut toujours le premier de la chrétienté; et
+peut-être touchons-nous au dernier accomplissement de ces desseins,
+après la dernière spoliation plus inique sans doute, plus funeste, plus
+barbare que toutes les autres, dont elle vient d'être la victime;
+spoliation qui, malgré tous les efforts de l'impiété, ne peut manquer
+d'être réparée par les mêmes moyens.</p>
+
+<p>On peut maintenant apprécier à leur juste valeur ces cris stupides de
+l'impiété, de toutes parts <span class="pagenum"><a id="page215" name="page215"></a>(p. 215)</span> répétés par la prévention et par
+l'ignorance, qui accusent d'usurpation du bien d'autrui, un clergé sans
+cesse dépouillé de son propre bien; qui nous présentent comme plongé
+dans toutes les jouissances du luxe et de la mollesse des cénobites que
+leurs administrateurs laïques laissoient mourir de faim, comme des
+hommes turbulents et sanguinaires des évêques qu'une triste nécessité
+forçoit à prendre les armes, afin d'opposer quelques résistances à un
+brigandage qui s'exerçoit sur le patrimoine des pauvres, qui menaçoit la
+religion elle-même dans l'existence de ses ministres. L'impiété ne
+s'arrête point là: dévorée d'une rage que rien ne peut éteindre, elle va
+chercher dans la fange des chroniques les plus obscures et les plus
+méprisées<a id="footnotetag227" name="footnotetag227"></a><a href="#footnote227" title="Go to footnote 227"><span class="smaller normal">[227]</span></a>, ce que ses suppôts de tous les âges (car elle n'a jamais
+cessé d'en avoir) <span class="pagenum"><a id="page216" name="page216"></a>(p. 216)</span> ont pu écrire de plus infâme, de plus
+grossièrement mensonger contre les moines et les prêtres; et opposant
+avec impudence ce vil fatras de turpitude aux témoignages de l'histoire
+les plus graves, les plus avérés, les plus éclatants, elle ne craint pas
+de dépeindre comme des scélérats abominables, des hommes qui, d'âge en
+âge et jusqu'à nos jours, n'ont cessé de transmettre aux générations,
+les croyances, les préceptes, la morale de l'Évangile; supposant que,
+par un miracle plus grand, plus inconcevable que tous ceux qu'elle
+rejette, ces hommes ont pu et voulu, dans cette longue succession qui ne
+s'est pas interrompue un seul instant, perpétuer des croyances
+auxquelles ils ne croyoient pas, annoncer des préceptes auxquels ils
+n'obéissoient pas, prêcher une morale qu'ils ne pratiquoient pas; créant
+ainsi, au gré de sa haine extravagante, une société de nobles toujours
+furieux et de prêtres toujours hypocrites, société impossible, qui
+cependant a duré <i>quatorze siècles</i>, société la plus tyrannique qui ait
+jamais opprimé les peuples, et <span class="pagenum"><a id="page217" name="page217"></a>(p. 217)</span> qui cependant a donné pour la
+première fois au monde le spectacle d'une nation où il n'y avoit plus de
+<i>maîtres ni d'esclaves</i>. La race guerrière qui subjugua les Gaules et
+qui y établit son empire fut long-temps sans doute rude et grossière
+dans ses m&oelig;urs: cependant, dès les premiers moments de la conquête,
+elle se montre pleine de respect et d'admiration pour la doctrine et la
+vertu des prêtres chrétiens; elle écoute avec docilité leurs
+avertissements les plus sévères, elle s'effraye de leurs saintes
+menaces: si, malgré cette admiration et ce respect, ces barbares
+demeurèrent encore long-temps légers, changeants, livrés à mille
+passions impétueuses, à quel excès ne se fussent point livrés des
+caractères aussi indomptables, sans ce frein que la religion sut leur
+imposer, frein salutaire qu'ils n'osèrent jamais briser, quoiqu'il ne
+suffît pas toujours pour les diriger et les retenir? car ce temps où il
+se commit de grands crimes, fut aussi celui des grandes expiations. Dans
+nos temps plus policés, nous avons surpassé les crimes et rarement imité
+le repentir: «C'est qu'alors, comme l'a dit un illustre écrivain que
+nous nous plaisons à citer, l'homme étoit emporté et qu'aujourd'hui il
+est corrompu<a id="footnotetag228" name="footnotetag228"></a><a href="#footnote228" title="Go to footnote 228"><span class="smaller normal">[228]</span></a>.» L'ignorance étoit grande dans ces temps orageux, et
+d'autant plus profonde, d'autant plus incurable que ceux qui <span class="pagenum"><a id="page218" name="page218"></a>(p. 218)</span> y
+étoient livrés se plaisoient au milieu de ses ténèbres<a id="footnotetag229" name="footnotetag229"></a><a href="#footnote229" title="Go to footnote 229"><span class="smaller normal">[229]</span></a>. Où se
+conservoient les dernières lueurs des lettres et des connoissances
+humaines prêtes à s'éteindre, si ce n'est dans les cloîtres qui
+rendirent ensuite à la société moderne ce qu'ils avoient sauvé du grand
+naufrage de l'ancienne société? où étoient les seules écoles qu'il y eût
+alors? auprès de la cathédrale et de la demeure des évêques: là étoient
+encore l'hôpital pour les malades, l'hospice pour les pélerins et les
+pauvres voyageurs<a id="footnotetag230" name="footnotetag230"></a><a href="#footnote230" title="Go to footnote 230"><span class="smaller normal">[230]</span></a>; et dans ces asiles de paix «la <i>science</i> et la
+miséricorde s'étoient rencontrées et embrassées<a id="footnotetag231" name="footnotetag231"></a><a href="#footnote231" title="Go to footnote 231"><span class="smaller normal">[231]</span></a>.» Lorsque le
+pouvoir politique, si foible alors sous des rois foibles, parce qu'il
+n'étoit pas naturellement constitué, reprenoit un peu de vigueur sous
+quelques princes guerriers ou d'un ferme caractère, à qui s'adressoit le
+monarque pour le rétablissement de l'ordre et le maintien de la justice,
+si ce n'est aux évêques, protecteurs naturels des peuples, et qui
+recevoient alors la noble mission de porter <span class="pagenum"><a id="page219" name="page219"></a>(p. 219)</span> au pied du trône
+le cri des opprimés et de demander en leur nom que justice fût
+rendue<a id="footnotetag232" name="footnotetag232"></a><a href="#footnote232" title="Go to footnote 232"><span class="smaller normal">[232]</span></a>? Qu'étoit le vasselage, seul lieu de cette société
+naissante, qui, comme nous l'avons déjà dit, ne fut jamais entièrement
+rompu, sinon le respect pour la foi jurée? et quel autre garant
+pouvoit-on avoir que la religion, de la foi du serment? Lorsque tout
+n'étoit que trouble et confusion dans l'état, où étoient l'ordre et
+l'unité, sinon dans la société des <i>fidèles</i>, qui seule demeuroit
+immuable dans ses dogmes, dans ses traditions, dans sa discipline? Pour
+cette multitude que divisoient sans cesse des intérêts si opposés, des
+usurpations si manifestes, des préjugés d'indépendance si fortement
+enracinés, quel autre signe de ralliement que la <span class="smcap">CROIX</span> qui, s'élevant de
+toutes parts, sur <span class="pagenum"><a id="page220" name="page220"></a>(p. 220)</span> le sommet de leurs tours et sur la pointe de
+leurs clochers, réveilloit à tous moments dans leur c&oelig;ur des
+sentiments qui leur étoient communs, de croyances qui pour tous étoient
+les mêmes, et sembloit rappeler à ne former qu'une seule patrie sur la
+terre, des hommes destinés à n'avoir qu'une même patrie dans le ciel? et
+nous pouvons défier toute la subtilité sophistique des incrédules de nos
+jours, d'expliquer comment il eût été possible que ce royaume de France,
+<i>formé par des évêques</i>; ainsi que l'a dit un écrivain dont sans doute
+ils ne récuseront pas le témoignage<a id="footnotetag233" name="footnotetag233"></a><a href="#footnote233" title="Go to footnote 233"><span class="smaller normal">[233]</span></a>, eût pu être sauvé de sa ruine
+autrement que <i>par des évêques</i>; c'est-à-dire comment, sans la religion
+et ses ministres, il eût pu rester en France, après la fin de la seconde
+race, vestige de société.</p>
+
+<p>Sous les rois de la troisième race, le clergé put espérer enfin des
+jours moins agités, et pour ses propriétés des garanties et une
+protection dont, jusqu'alors, lui seul avoit été privé. Il put, de même
+que les autres membres de la société, conserver ce qui lui appartenoit,
+et opposer avec succès, aux nouveaux envahissements que l'on tenta
+contre lui, ses titres et ses priviléges. Or, dans cet espace de
+quelques lieues sur lequel ont été successivement tracées et élevées les
+diverses enceintes de <span class="pagenum"><a id="page221" name="page221"></a>(p. 221)</span> Paris, et qui s'est couvert aussi par
+degrés d'un si grand nombre d'édifices et d'une population, jusqu'au
+temps où nous vivons, toujours croissante, les évêques et les abbés
+avoient beaucoup de possessions, et eurent plus à combattre que partout
+ailleurs pour maintenir leurs droits sur un coin de terre que la
+multitude des habitants d'une ville devenue capitale du royaume, leur
+disputoit, pour ainsi dire, pied à pied; et ces droits, ils surent
+cependant les abandonner, selon que l'exigeoit l'intérêt public, auquel
+il est rare qu'ils n'aient pas toujours sacrifié leurs propres intérêts.</p>
+
+<p>Par exemple les évêques de Paris possédoient, comme les autres prélats,
+des terres autour du siége de leur église, dans un temps où cette ville
+étoit presque tout entière renfermée dans la Cité, et où il étoit
+impossible de prévoir l'agrandissement immense qu'un jour elle devoit
+recevoir. Sous le règne de Louis-le-Jeune, une partie de ces propriétés,
+situées au couchant de la <i>ville</i>, étoit désignée sous le nom de
+<i>Culture-l'Évêque</i>, et prenoit naissance aux limites de l'ancien et du
+nouveau bourg Saint-Germain-l'Auxerrois. Dans ces terres, qui étoient
+devenues de la nature des fiefs, l'évêque, sous la seule condition de
+l'hommage et des redevances féodales, avoit presque tous les droits d'un
+souverain, haute et basse justice, propriété des serfs, perception de
+certains <span class="pagenum"><a id="page222" name="page222"></a>(p. 222)</span> impôts, pouvoir de donner des terres à cens,
+d'établir des arrière-fiefs, etc.</p>
+
+<p>Les monastères fondés dans les environs de la ville avoient également
+des propriétés dans les terrains ou cultures qui, de tous côtés,
+entouroient son enceinte; et, comme nous l'avons dit, les abbés,
+affranchis de la juridiction de l'<i>ordinaire</i>, étoient, ainsi que les
+évêques, maîtres absolus dans ces propriétés, et vassaux immédiats de la
+couronne. Ils donnoient, comme propriétaires de fiefs, les terres
+dépendantes de leurs abbayes à cens ou à rentes, sous la condition d'y
+faire des cultures ou d'y élever des bâtiments; et c'est ainsi que
+s'étoient formés les bourgs Saint-Germain-des-Prés,
+Saint-Germain-l'Auxerrois, Saint-Marcel, etc. Dans l'intérieur, des
+monastères avoient été aussi fondés, dotés et soustraits également à la
+juridiction épiscopale. Il résultoit, de cet état de choses, une foule
+de droits, de prérogatives, de prétentions opposées, que l'on a peine à
+concevoir, et dont cependant les traces se sont conservées jusqu'à nos
+jours. Les évêques défendoient leurs priviléges contre le roi, les
+moines contre l'évêque. À mesure que la ville s'étendoit, les droits de
+<i>censives</i> étoient réclamés sur les divers territoires qu'on y faisoit
+entrer; le roi n'obtenoit rien que par transaction, soit des couvents,
+soit des prélats, et ne devoit en effet <span class="pagenum"><a id="page223" name="page223"></a>(p. 223)</span> rien obtenir que de
+cette manière; si une chapelle se trouvoit placée dans l'arrondissement
+d'un monastère, et que les besoins du culte ou tout autre considération
+portât à l'ériger en paroisse, les moines, et cela étoit juste encore,
+conservoient le droit de nommer à la cure; ils ne cédoient point ce
+droit, même lorsqu'ils abandonnoient, de leur propre mouvement, leur
+église pour quelqu'autre demeure qui leur sembloit plus convenable,
+fût-ce l'extrémité opposée de la ville; ces droits de patronage, trop
+souvent exercés par des laïques, se transmettoient, se cédoient par
+vente ou par échange; on les obtenoit même lorsqu'une église étoit bâtie
+sur une terre accordée <i>avec amortissement</i><a id="footnotetag234" name="footnotetag234"></a><a href="#footnote234" title="Go to footnote 234"><span class="smaller normal">[234]</span></a>, et c'est ainsi que se
+sont établies les diverses censives qui existoient dans la Cité,
+censives qui se sont insensiblement augmentées par les adjonctions qu'y
+ont faites les communautés, des biens qu'elles acquéroient ou de ceux
+qui leur étoient légués.</p>
+
+<p>Nous pensons que cette histoire succincte des biens du clergé suffira
+pour faire bien entendre ce que nous avons à dire des églises et des
+fondations nombreuses que Paris renfermoit dans ses <span class="pagenum"><a id="page224" name="page224"></a>(p. 224)</span> murs, des
+mutations diverses qu'elles ont éprouvées, et des rapports qui se sont
+établis entre elles et des églises situées dans d'autres quartiers de
+cette capitale.</p>
+
+<h2>COUVENT DES BARNABITES.</h2>
+
+<p>Cette église, bâtie au fond d'une cour, et masquée par un rang de
+maisons, est située dans la rue de la Barillerie, laquelle communique de
+la place du Palais au pont Saint-Michel. Son origine est très-ancienne,
+et remonte jusqu'à saint Éloi, orfèvre et monétaire des rois Clotaire et
+Dagobert. Ce pieux personnage ayant mérité, par ses vertus, l'estime et
+la confiance de ces deux princes, Dagobert lui fit don d'une maison
+assez vaste, située vis-à-vis du Palais. Saint Éloi eut d'abord le
+projet d'y faire construire un hôpital, mais, par des considérations
+particulières, il en fit une communauté de filles, sous l'invocation de
+saint Martial, évêque de Limoges. Plusieurs savants ont cru que l'église
+de ce dernier saint existoit déjà depuis long-temps<a id="footnotetag235" name="footnotetag235"></a><a href="#footnote235" title="Go to footnote 235"><span class="smaller normal">[235]</span></a>; mais cette
+opinion a <span class="pagenum"><a id="page225" name="page225"></a>(p. 225)</span> été combattue, et ne semble pas fondée. La fondation
+de Saint-Éloi fut achevée vers l'an 632 ou 633<a id="footnotetag236" name="footnotetag236"></a><a href="#footnote236" title="Go to footnote 236"><span class="smaller normal">[236]</span></a>. L'espace se
+trouvant bientôt trop étroit pour contenir le grand nombre de vierges
+qu'attiroit la célébrité du lieu, le saint eut recours à la bonté du
+roi, qui lui accorda tout le terrain que renferment aujourd'hui les rues
+<i>de la Barillerie</i>, <i>de la Calendre</i>, <i>aux Fèves</i> et <i>de la
+Vieille-Draperie</i>. Dans tous les titres, cet espace est appelé <i>la
+Ceinture de Saint-Éloi</i>.</p>
+
+<p>Ce monastère, qui garda long-temps le nom de Saint-Martial, prit ensuite
+celui de son fondateur; et dans le neuvième siècle on ne le connoissoit
+plus que sous ce dernier titre<a id="footnotetag237" name="footnotetag237"></a><a href="#footnote237" title="Go to footnote 237"><span class="smaller normal">[237]</span></a>. Avant le règne de Charles-le-Chauve
+il n'étoit point encore sous la juridiction <i>de l'ordinaire</i><a id="footnotetag238" name="footnotetag238"></a><a href="#footnote238" title="Go to footnote 238"><span class="smaller normal">[238]</span></a>; et ce
+fut ce prince qui l'y fit entrer, à la prière d'Ingelvin, évêque de
+Paris. Cette charte fut confirmée par Louis-le-Bègue en 878<a id="footnotetag239" name="footnotetag239"></a><a href="#footnote239" title="Go to footnote 239"><span class="smaller normal">[239]</span></a>.</p>
+
+<p>Le relâchement s'introduisit parmi les religieuses qui l'habitoient, et
+au commencement du douzième siècle il fut porté à un tel point, que
+l'évêque se vit forcé d'employer la rigueur pour en arrêter le scandale;
+ces religieuses furent dispersées en divers monastères éloignés, et l'on
+<span class="pagenum"><a id="page226" name="page226"></a>(p. 226)</span> donna l'abbaye à Thibaud, abbé de Saint-Pierre-des-Fossés,
+sous la condition d'y mettre un prieur<a id="footnotetag240" name="footnotetag240"></a><a href="#footnote240" title="Go to footnote 240"><span class="smaller normal">[240]</span></a> et douze religieux de son
+ordre. Ces changements arrivèrent en 1107<a id="footnotetag241" name="footnotetag241"></a><a href="#footnote241" title="Go to footnote 241"><span class="smaller normal">[241]</span></a>. Dix-huit ans après, ce
+même abbé la remit entre les mains de l'évêque de Paris, Étienne de
+Senlis, qui la garda neuf ans. Pendant cet intervalle, l'église, qui
+étoit immense, et qui tomboit en ruines, fut séparée en deux par une rue
+qui subsiste encore sous le nom de Saint-Éloi. Le <i>chevet</i> ou ch&oelig;ur
+forma une église nouvelle, sous le nom de l'ancien patron,
+Saint-Martial<a id="footnotetag242" name="footnotetag242"></a><a href="#footnote242" title="Go to footnote 242"><span class="smaller normal">[242]</span></a>, et de la nef on en fit une autre, sur partie de
+laquelle a été bâtie celle que l'on voit aujourd'hui.</p>
+
+<p>En 1134, l'évêque fit, de nouveau, le don de ce monastère aux mêmes
+religieux, et sous les mêmes conditions, y ajoutant toutefois celle de
+rendre à l'évêque et au chapitre de Notre-Dame <span class="pagenum"><a id="page227" name="page227"></a>(p. 227)</span> les mêmes
+devoirs qui avoient été imposés aux religieuses. Ils s'y sont maintenus
+jusqu'en 1530, que leur principale abbaye, nommée alors
+Saint-Maur-des-Fossés, fut réunie, avec toutes ses dépendances, à
+l'évêché de Paris. L'office y fut alors célébré par quelques prêtres
+séculiers. Enfin cet édifice tomboit de vétusté, lorsqu'en 1629 M. de
+Gondi, premier archevêque de Paris, le destina à la congrégation des
+clercs réguliers de Saint-Paul, dits Barnabites, que Henri IV avoit
+appelés en France en 1608. Ces religieux, qui se consacroient aux
+missions et à toutes les autres fonctions sacerdotales, firent
+successivement rebâtir l'église et la maison qu'ils occupoient<a id="footnotetag243" name="footnotetag243"></a><a href="#footnote243" title="Go to footnote 243"><span class="smaller normal">[243]</span></a>. Ces
+constructions n'offrent rien de remarquable dans leur architecture.</p>
+
+<div class="descript">
+<p class="center">CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE DES BARNABITES.</p>
+
+<p class="center">TABLEAUX.</p>
+
+ <p>Dans le cloître, quelques peintures, sujets tirés des Actes
+ des apôtres, par <i>de Berge</i>. Dans un parloir, la Prédication
+ de Saint-Pierre; dans l'Église, un <i>Ecce Homo</i>, et quelques
+ autres tableaux par des peintres inconnus.</p>
+</div>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page228" name="page228"></a>(p. 228)</span> La bibliothèque de ces pères contenoit environ seize mille
+volumes, et une collection d'estampes assez considérable.</p>
+
+<h2>PYRAMIDE DE JEAN CHÂTEL.</h2>
+
+<p>Quelques années avant la révolution, on voyoit encore, devant l'église
+des Barnabites, une petite place, que, depuis, l'on a fait entrer dans
+le plan général de celle du Palais de justice. C'étoit sur cette place
+qu'avoit été autrefois située la maison du père de Jean Châtel, qui, le
+27 décembre 1594, tenta d'assassiner Henri IV. «Sur la fin de cette
+année, dit Péréfixe, un jeune écolier âgé de dix-huit ans, fils d'un
+marchand drapier de Paris, s'étant coulé avec ses courtisans dans la
+chambre de la belle Gabrielle où étoit le roi, le voulut frapper d'un
+coup de couteau dans le ventre; mais de bonne fortune, le roi s'étant
+baissé en ce moment pour saluer quelqu'un, il ne l'atteignit qu'au
+visage, lui perça la lèvre d'en haut et lui rompit une dent.... Le
+parlement condamna le parricide à avoir le poing droit <span class="pagenum"><a id="page229" name="page229"></a>(p. 229)</span> brûlé
+et à être tenaillé, puis tiré à quatre chevaux.... Le père de ce
+misérable fut banni, sa maison de devant le Palais démolie, et une
+pyramide élevée en la place»<a id="footnotetag244" name="footnotetag244"></a><a href="#footnote244" title="Go to footnote 244"><span class="smaller normal">[244]</span></a>.</p>
+
+<p>Personne n'ignore que les jésuites furent impliqués dans la procédure de
+cet assassin, et que ce fut l'occasion de la première persécution qui
+ait été exercée contre leur société. Il y a long-temps que cette
+&oelig;uvre d'iniquité a été pénétrée dans toutes ses profondeurs et mise à
+découvert, de manière que, pour les esprits droits et éclairés, il n'est
+rien de plus évident que l'innocence de ces religieux, et de plus
+démontré que la malice de <span class="pagenum"><a id="page230" name="page230"></a>(p. 230)</span> leurs persécuteurs. Néanmoins tant
+de calomnies atroces ont été répandues sur cette société célèbre; tant
+d'ennemis acharnés, et qui semblent se succéder contre elle d'âge en
+âge, comme une génération malfaisante, les ont répétées et propagées;
+elles ont été renouvelées avec tant de fureur, lors de la dernière
+persécution, plus odieuse que toutes les autres, dont elle a été la
+victime, et qui en a amené l'entière destruction, qu'encore que sa ruine
+ait entraîné avec elle ses ennemis eux-mêmes, et la religion, et la
+monarchie, il en est resté contre les jésuites beaucoup d'impressions
+défavorables et d'injustes préventions, qui ne nous permettent pas de
+passer légèrement sur l'une des accusations les plus capitales qu'on ait
+jamais osé élever contre eux.</p>
+
+<p>Les ennemis de la compagnie de Jésus étoient les huguenots, le
+parlement, et tous ceux qui étoient liés avec cette cour de prétentions
+et d'intérêts. Les huguenots avoient raison de détester les jésuites,
+puisque ceux-ci étoient, en effet, leurs plus redoutables adversaires;
+le parlement, tout plein encore du venin de la ligue, et qui s'étoit mis
+en opposition ouverte contre l'autorité royale, long-temps avant
+l'époque de la ligue et celle de la réforme, avoit également sujet de
+haïr une société uniquement formée pour propager et défendre les
+principes du catholicisme, source de toute autorité, et qui <span class="pagenum"><a id="page231" name="page231"></a>(p. 231)</span> en
+est le plus ferme appui. Ligueurs et huguenots, en apparence si opposés
+les uns aux autres, étoient, en effet, animés d'un même esprit, celui de
+révolte et d'indépendance; et la perte des jésuites avoit été également
+jurée par l'un et l'autre parti. Douteroit-on de cette haine commune à
+tous les deux? Elle va nous être attestée par un écrivain contemporain.</p>
+
+<p>«Après l'attentat de Jean Châtel, dit l'historiographe Dupleix, les
+<i>huguenots</i> et les <i>libertins</i>, sous prétexte d'un fervent zèle pour le
+salut du roi, sur le bruit que cet escolier débauché avoit estudié sous
+les jésuites, publièrent qu'il estudioit encore sous eux, et qu'il avoit
+confessé qu'ils l'avoient induit à commettre un parricide exécrable en
+la personne de Sa Majesté par diverses persuasions et artifices, dont
+les bons François <i>trop crédules</i> furent grandement esmeus, et sur
+l'heure lancèrent mille exécrations, maudiçons et imprécations contre
+les jésuites, plusieurs criant qu'il les falloit égorger et jeter dans
+la rivière... Les jésuites étoient haïs <i>d'aucuns des</i> <span class="smcap">JUGES</span> mêmes; mais
+ni <span class="smcap">PREUVE NI PRÉSOMPTION</span> ne pouvant être <i>arrachée</i> de la bouche de
+l'assassin, par la violence de la torture, pour <i>rendre</i> les jésuites
+<i>complices</i> de son forfait, des commissaires furent députés <span class="pagenum"><a id="page232" name="page232"></a>(p. 232)</span>
+pour aller fouiller tous les livres et écrits de cette compagnie<a id="footnotetag245" name="footnotetag245"></a><a href="#footnote245" title="Go to footnote 245"><span class="smaller normal">[245]</span></a>».</p>
+
+<p>Suivons toutes les traces de cette affaire, et ne marchons qu'appuyés
+sur des autorités irrécusables. «Ni <i>preuve ni présomption</i> contre les
+jésuites n'avoient pu être arrachées de la bouche de l'assassin.»
+Douteroit-on de la véracité de l'historien qui nous a transmis cette
+circonstance? Écoutons de l'Étoile, ennemi mortel des jésuites. «Jean
+Châtel, dit-il, par son interrogatoire, <i>déchargea du tout</i> les
+jésuites, même le père Guéret, son <i>précepteur</i><a id="footnotetag246" name="footnotetag246"></a><a href="#footnote246" title="Go to footnote 246"><span class="smaller normal">[246]</span></a>.» Matthieu, Cayet,
+les Mémoires de la ligue, M. de Thou, sont, sur ce point, d'un accord
+unanime, et reconnoissent avec de l'Étoile que Châtel disculpa
+formellement les jésuites, non-seulement de lui avoir conseillé
+d'assassiner le roi, mais même d'avoir eu la moindre connoissance de son
+dessein<a id="footnotetag247" name="footnotetag247"></a><a href="#footnote247" title="Go to footnote 247"><span class="smaller normal">[247]</span></a>.</p>
+
+<p>Cependant des commissaires sont députés pour aller <i>fouiller les livres
+et écrits de cette compagnie</i>, et cela uniquement parce que le régicide
+<span class="pagenum"><a id="page233" name="page233"></a>(p. 233)</span> avoit étudié pendant trois ans sous un jésuite, le père
+Guéret; et bien «qu'en <span class="smcap">DERNIER LIEU</span>, il eût étudié aux écoles de droit
+de l'université<a id="footnotetag248" name="footnotetag248"></a><a href="#footnote248" title="Go to footnote 248"><span class="smaller normal">[248]</span></a>,» on ne pensa point à aller fouiller, ni les
+livres, ni les écrits de l'université. Quatre conseillers se
+transportèrent donc au collége des jésuites, où ils firent la visite de
+plusieurs chambres. «On trouva dans celle du père Guignard (qui étoit le
+bibliothécaire de la maison), parmi plusieurs écrits, un papier écrit de
+sa main, en 1589, dans le temps qu'on assassina Henri III: c'étoit de
+ces libelles que les troubles avoient enfantés, et qu'une <i>curiosité
+indiscrète</i> faisoit garder<a id="footnotetag249" name="footnotetag249"></a><a href="#footnote249" title="Go to footnote 249"><span class="smaller normal">[249]</span></a>.» Ajoutons que c'étoient de ces libelles
+tels que, cinq ans auparavant, on en composoit en faveur du parlement,
+peut-être même par ses ordres, et bien certainement dans ses vues, et
+avec son approbation<a id="footnotetag250" name="footnotetag250"></a><a href="#footnote250" title="Go to footnote 250"><span class="smaller normal">[250]</span></a>.</p>
+
+<p>La découverte d'un tel écrit, au milieu des papiers du bibliothécaire
+d'un collége, lorsqu'on sortoit à peine d'un temps de guerres civiles,
+qui <span class="pagenum"><a id="page234" name="page234"></a>(p. 234)</span> avoit vu naître des milliers de semblables productions que
+l'on conservoit impunément partout, dont les collections existoient sans
+doute alors, puisqu'on les trouve encore aujourd'hui dans nos
+bibliothèques, constituoit-elle un délit suffisant, nous ne dirons pas
+pour faire arrêter ce bibliothécaire et lui faire subir le dernier
+supplice, mais seulement pour le faire réprimander et admonester par
+ceux qui avoient trouvé cette pièce et qui s'en étoient saisis<a id="footnotetag251" name="footnotetag251"></a><a href="#footnote251" title="Go to footnote 251"><span class="smaller normal">[251]</span></a>?
+Non, sans doute. Que sera-ce donc si le témoignage le plus grave nous
+force à douter de l'existence même de ce prétendu délit? Écoutons
+l'illustre chancelier de Chiverny, par l'ordre duquel fut instruit le
+procès de Jean Châtel:</p>
+
+<p>«Sur l'occasion que Jean Châtel avoit estudié quelques années au collége
+des jésuites, et que les <span class="smcap">PREMIERS</span> du parlement <i>leur vouloient mal</i>
+d'assez long-temps, ne cherchant qu'un prétexte <i>pour ruiner cette
+société</i>, trouvant celui-ci <i>plausible</i> à tout le monde, ils ordonnèrent
+et commirent quelques-uns d'entre eux qui étoient <span class="smcap">LEURS VRAIS ENNEMIS</span>,
+pour aller chercher et fouiller partout dans le collége de Clermont,
+<span class="pagenum"><a id="page235" name="page235"></a>(p. 235)</span> où ils trouvèrent véritablement, ou peut-être <span class="smcap">SUPPOSÈRENT</span>,
+<i>ainsi que quelques-uns l'ont cru</i>, certains écrits particuliers contre
+la dignité des rois, et quelques mémoires contre le feu roi Henri
+III<a id="footnotetag252" name="footnotetag252"></a><a href="#footnote252" title="Go to footnote 252"><span class="smaller normal">[252]</span></a>.</p>
+
+<p>Le père Guignard ayant été mis en jugement et appliqué à la question, on
+lui produit cet écrit trouvé peut-être véritablement dans sa chambre,
+<i>peut-être supposé</i>. Sur cet attentat d'un nouveau genre, il est déclaré
+coupable du crime de lèse-majesté par des juges qui, cinq ans
+auparavant, avoient porté contre le roi <i>un arrêt régicide et
+sacrilége</i>, et condamné par eux à mourir attaché à un gibet. Il marche à
+cette mort infâme avec un admirable courage; prêt de monter à l'échelle
+ses dernières paroles sont des paroles de paix; il y proteste de nouveau
+avec douceur et tranquillité de son innocence et de celle de sa
+compagnie, et meurt avec la résignation d'un martyr<a id="footnotetag253" name="footnotetag253"></a><a href="#footnote253" title="Go to footnote 253"><span class="smaller normal">[253]</span></a>.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page236" name="page236"></a>(p. 236)</span> On n'avoit point trouvé d'écrit chez le père Guéret. Tout son
+crime étoit d'avoir été pendant trois ans le <span class="smcap">RÉGENT</span> de Jean Châtel. Le
+parlement jugea, dans sa sagesse, que tout jésuite devoit répondre de
+tout élève qui avoit étudié sous lui, à quelque époque que ce pût être;
+et le régent du régicide fut aussi arrêté, interrogé et appliqué à la
+question. Ce fut encore un spectacle bien touchant que celui de la
+constance et de la résignation de ce bon père au milieu des traitements
+barbares qu'on lui faisoit éprouver<a id="footnotetag254" name="footnotetag254"></a><a href="#footnote254" title="Go to footnote 254"><span class="smaller normal">[254]</span></a>. Comme il n'avoua rien, qu'il
+n'y avoit contre lui aucun <span class="pagenum"><a id="page237" name="page237"></a>(p. 237)</span> indice et qu'il n'avoit point
+d'accusateurs, ses juges crurent devoir y mettre de la
+<i>modération</i><a id="footnotetag255" name="footnotetag255"></a><a href="#footnote255" title="Go to footnote 255"><span class="smaller normal">[255]</span></a>, et le condamnèrent seulement à être banni à
+perpétuité, «pour avoir été, dit l'arrêt, le <span class="smcap">PRÉCEPTEUR</span> de Jean Châtel.»
+«Le <i>précepteur</i> de Jean Châtel!» s'écrie un apologiste des jésuites au
+sujet de cette qualification étrange inusitée, que l'on employa en cette
+occasion avec une affectation si marquée; «certes la qualité de
+précepteur décèle ici la passion des juges, qui affectoient de confondre
+celui qui donne des leçons publiques à tous ceux qui viennent
+l'entendre, avec celui qui forme en particulier l'esprit et le c&oelig;ur
+d'un élève dont il est chargé spécialement. Il est vrai que Châtel avoit
+fait sa philosophie sous le père Guéret; mais Calvin et Bèze
+n'avoient-ils pas fait toutes leurs études en Sorbonne? s'est-on avisé
+d'imputer à cette célèbre école les guerres civiles dont le calvinisme a
+été la source? mais Châtel lui-même n'avoit-il pas fait toutes ses
+classes à l'université, avant de faire sa philosophie au collége? Et
+après <span class="pagenum"><a id="page238" name="page238"></a>(p. 238)</span> être sorti du collége, n'avoit-il pas repris ses études
+à l'université? Que la haine est inconséquente! on ne dit rien aux
+premiers maîtres de Châtel, dont les leçons devoient paroître plus
+suspectes à toutes sortes de titres; on ne dit rien aux derniers maîtres
+de Châtel, au professeur en droit, sous lequel ce monstre étudioit
+actuellement, et l'on applique à la question, et on livre au supplice et
+à l'infamie, et on extermine les jésuites, parce que Châtel, dans
+l'intervalle de ses études, commencées et reprises à l'université, avoit
+étudié quelque temps sous les jésuites qu'il <i>déchargea de tout</i> dans
+ses interrogatoires<a id="footnotetag256" name="footnotetag256"></a><a href="#footnote256" title="Go to footnote 256"><span class="smaller normal">[256]</span></a>!</p>
+
+<p>Mais supposons même un instant coupables ces deux religieux, dont le
+témoignage uniforme de tous les historiens, les interrogatoires
+juridiques du régicide, leurs propres interrogatoires, le caractère
+connu de leurs juges, les formes rapides et violentes de la procédure
+élevée contre eux, tout, jusqu'aux pièces de conviction et aux motifs
+dérisoires de leur condamnation, rend l'innocence plus évidente et plus
+claire que la lumière du jour: étoit-il raisonnable de rendre la société
+des jésuites responsable du crime de deux de ses membres, de
+l'envelopper tout entière dans leur ruine; et <span class="pagenum"><a id="page239" name="page239"></a>(p. 239)</span> une sorte de
+pudeur ne devoit-elle pas empêcher le parlement de concevoir même l'idée
+d'une aussi monstrueuse injustice? Non-seulement il put en concevoir
+l'idée, mais encore la consommer. Un arrêt qu'il rendit chassa de France
+tous les jésuites, comme <i>complices</i> du père Guéret, auquel, peu de
+jours après, ce même parlement ouvrit les portes de sa prison, pour
+n'avoir pu lui découvrir ni crime ni accusateur. Tel fut le dénoûment de
+cette intrigue qu'on ne sait comment qualifier, qui affligea et
+déconcerta tous les gens de bien, même parmi ceux qui n'aimoient pas les
+jésuites; qui fut la joie, le triomphe et en partie l'ouvrage des
+sectaires protestants<a id="footnotetag257" name="footnotetag257"></a><a href="#footnote257" title="Go to footnote 257"><span class="smaller normal">[257]</span></a>, qui montre à tous les yeux, et plus
+clairement qu'on ne l'avoit pu voir encore, quel étoit l'esprit
+<i>parlementaire</i>, et s'il n'étoit comprimé, de quels dangers il menaçoit
+la monarchie et la religion.</p>
+
+<p>La pyramide fut élevée, «et ès diverses faces furent gravées diverses
+inscriptions à l'opprobre des jésuites.... Car ceux qui inventoient les
+plus satiriques et poignantes contre leur société, étoient les <i>mieux
+venus</i> de ceux qui <i>avoient pris la direction de cet ouvrage</i><a id="footnotetag258" name="footnotetag258"></a><a href="#footnote258" title="Go to footnote 258"><span class="smaller normal">[258]</span></a>.»
+C'est-à-dire des magistrats.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page240" name="page240"></a>(p. 240)</span> Cependant quelle étoit l'opinion de Henri IV sur tous ces actes
+si violents et si passionnés de son parlement? Considéroit-il
+effectivement les jésuites comme ses ennemis? Appuyoit-il ces mesures
+que l'on sembloit prendre pour sa sûreté et pour rendre sacrée et
+inviolable aux yeux des peuples la personne des rois? En 1762, lorsque
+le parlement <i>philosophe</i> acheva si heureusement ce qu'avoit commencé le
+parlement <i>ligueur</i><a id="footnotetag259" name="footnotetag259"></a><a href="#footnote259" title="Go to footnote 259"><span class="smaller normal">[259]</span></a>, on produisit comme extrait de ses registres un
+édit de ce roi, qui confirmoit l'arrêt de bannissement porté en 1595
+contre la compagnie de Jésus, et apposoit ainsi le sceau de l'autorité
+royale au grand et mémorable jugement qui avoit été rendu à l'égard de
+cette compagnie; mais l'apologiste des jésuites déjà cité<a id="footnotetag260" name="footnotetag260"></a><a href="#footnote260" title="Go to footnote 260"><span class="smaller normal">[260]</span></a> prouva,
+de manière à couvrir d'une éternelle confusion ceux qui faisoient valoir
+une semblable pièce, que cet édit avoit été inconnu à tous les écrivains
+qui ont pu et dû le connoître; inconnu aux historiographes de Henri IV,
+à ses ministres, à ses ambassadeurs, à ses négociateurs dans les cours
+étrangères, aux magistrats, gens du roi et parlements qui ont dû
+l'enregistrer; inconnu au <span class="pagenum"><a id="page241" name="page241"></a>(p. 241)</span> chancelier de France qui auroit dû
+le dresser, le sceller et l'expédier, inconnu au pape qui devoit s'y
+intéresser si vivement, inconnu aux jésuites qu'il proscrivoit et au roi
+lui-même qui l'avoit rendu; que, considéré en lui-même, il étoit
+contradictoire dans le fond, et choquoit tous les caractères de la
+législation; qu'il étoit irrégulier dans sa forme, barbare dans son
+style, ridicule par son orthographe, évidemment faux par sa date et par
+les variantes des différents textes qui en ont été produits; enfin que
+de toutes les impostures historiques et politiques, et de toutes les
+pièces fabriquées, il n'y en eut jamais de plus grossière et de plus
+impudente.</p>
+
+<p>Mais si Henri IV n'a point confirmé cet arrêt, l'a-t-il approuvé? Nous
+trouvons que le 14 janvier 1595, c'est-à-dire peu de jours après le
+départ des jésuites, M. de Villeroi, ministre du roi, écrivit une longue
+lettre à d'Ossat<a id="footnotetag261" name="footnotetag261"></a><a href="#footnote261" title="Go to footnote 261"><span class="smaller normal">[261]</span></a>, alors chargé d'affaires de la cour de France à
+Rome, dans laquelle, lui rendant compte de tous ces événements, il lui
+explique les motifs qui ont engagé le roi <i>à souffrir l'exécution de
+l'arrêt</i>; et ces motifs, nous les ferons connoître toute à l'heure. Le
+31 du même mois, d'Ossat, répondant au ministre, lui fait un récit
+détaillé de ce qui s'est passé dans l'audience qu'il a obtenue du Pape à
+<span class="pagenum"><a id="page242" name="page242"></a>(p. 242)</span> ce sujet, audience dans laquelle le pontife se montre
+très-instruit du fond de l'affaire et fort affligé de la conduite inique
+du parlement; et sur les paroles assez vives que lui adresse à cette
+occasion Sa Sainteté, M. d'Ossat ne peut dire autre chose sinon qu'<i>à
+tout événement</i>, si le parlement avoit <i>excédé</i> en quelque chose, <i>ce ne
+seroit point la faute du roi</i>. Puis il prouve que, dans la circonstance
+présente, il est plus sage et plus utile pour la cour de Rome de prendre
+en <i>bonne part</i> ce qui s'est passé, que «de se mettre en nécessité d'en
+demander réparation, et en danger plus certain de <i>ne l'avoir
+jamais</i>...., et corroborer de plus en plus le <span class="smcap">SCHISME</span> qui n'est déjà
+<i>que trop avancé</i><a id="footnotetag262" name="footnotetag262"></a><a href="#footnote262" title="Go to footnote 262"><span class="smaller normal">[262]</span></a>.»</p>
+
+<p>L'ambassadeur de France n'a point d'autre réponse à faire aux ministres
+du saint Père, lorsqu'ils reviennent avec lui sur ce fâcheux événement,
+que de leur faire part de cette lettre de M. de Villeroi, dans laquelle
+celui-ci «rejette la résolution et exécution dudit arrêt, principalement
+<i>sur la force et nécessité du temps et des choses</i> qui n'avoient permis
+d'en user autrement<a id="footnotetag263" name="footnotetag263"></a><a href="#footnote263" title="Go to footnote 263"><span class="smaller normal">[263]</span></a>.»</p>
+
+<p>Sur les plaintes <i>modestes</i> que lui porte le général des jésuites de cet
+injuste arrêt, que répond-il encore? «Qu'il en étoit marry, mais qu'il
+<span class="pagenum"><a id="page243" name="page243"></a>(p. 243)</span> pouvoit l'assurer que <i>le roi n'y avoit aucune part</i>;» puis il
+ajoute, et ceci est très-remarquable: «Que la cour du parlement faisoit
+des arrests <i>sans en demander congé ni advis</i> à Sa Majesté; et quand le
+roi eût été dans Paris même, il <i>n'en eût rien sçu</i> avant que ledit
+arrest eust été donné: <i>beaucoup moins l'avoit-il pu sçavoir</i> en étant
+loin, et en un siége<a id="footnotetag264" name="footnotetag264"></a><a href="#footnote264" title="Go to footnote 264"><span class="smaller normal">[264]</span></a>.» Du Perron confirme dans une autre occasion
+ce qu'avoit dit d'Ossat, que le bannissement des jésuites <i>ne provenoit
+d'aucune impulsion de Sa Majesté</i><a id="footnotetag265" name="footnotetag265"></a><a href="#footnote265" title="Go to footnote 265"><span class="smaller normal">[265]</span></a>. Le duc de Luxembourg,
+ambassadeur à la cour de Rome quelques années après, fait de même tous
+ses efforts pour persuader au pape que le roi n'avoit aucune part aux
+arrêts portés contre les jésuites; enfin, l'année même de leur
+bannissement, on propose à Henri IV un jésuite pour légat en
+France<a id="footnotetag266" name="footnotetag266"></a><a href="#footnote266" title="Go to footnote 266"><span class="smaller normal">[266]</span></a>: il l'accepte volontiers. Ce jésuite meurt l'année suivante;
+le roi se montre très-sensible à sa perte, et lui fait rendre après sa
+mort des honneurs qui témoignent l'estime singulière qu'il en
+faisoit<a id="footnotetag267" name="footnotetag267"></a><a href="#footnote267" title="Go to footnote 267"><span class="smaller normal">[267]</span></a>.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page244" name="page244"></a>(p. 244)</span> Quels motifs pouvoient donc déterminer un prince qui, dans la
+bonne et la mauvaise fortune, avoit constamment montré tant de
+pénétration d'esprit et de force de caractère, à souffrir que, contre sa
+volonté, et même contre ses propres affections, une injustice aussi
+criante fût consommée dans ses états, par des gens qui n'avoient d'autre
+pouvoir que celui que ses prédécesseurs et lui-même leur avoient
+concédé, et qui ne pouvoient légitimement l'exercer qu'avec leur bon
+plaisir et sous leur protection? On a déjà pu voir par les diverses
+paroles échappées aux ministres et aux agents de Henri, à quel point
+l'embarrassoit ce parlement, si long-temps le foyer de la révolte et des
+guerres civiles; et qui, dans ces premiers moments où la paix venoit
+d'être faite entre le roi et ses sujets, demeuroit encore le point de
+ralliement de tous les mécontents, c'est-à-dire, tout à la fois des
+impies et des fanatiques. D'un côté, abusant lâchement de cette
+situation périlleuse où se trouvoit encore <i>son maître et seigneur</i>, il
+rendoit des arrêts, <i>sans lui en demander congé ni advis</i>, sans daigner
+même <i>lui en donner connoissance</i>; de l'autre, si Rome eût osé se
+plaindre, il levoit l'étendard du <span class="smcap">SCHISME</span> qui <i>n'étoit déjà que trop
+avancé</i>. La politique exigeoit donc que son insolence fût soufferte, et
+l'abus qu'il faisoit de son pouvoir, toléré; et les considérations qui
+faisoient différer au roi le rappel des jésuites, sont <span class="pagenum"><a id="page245" name="page245"></a>(p. 245)</span>
+très-bien présentées par l'historiographe déjà cité: «premièrement,
+dit-il, il ne le pouvoit, sans annuler l'arrêt donné <i>fraîchement</i> par
+son parlement, ce qui eût semblé <i>alors</i> injurieux; et avec le temps qui
+<i>donne diverses faces aux affaires</i>, l'action en pouvoit être moins
+odieuse. En second lieu, le roi étant aux prises avec l'Espagnol, ne se
+pouvoit passer du service de ses subjets religionnaires, lesquels, déjà
+outrés de sa conversion, <i>l'eussent abandonné</i>, s'il eût rappelé les
+jésuites.... Par une troisième considération, le roi craignoit
+d'offenser la reine d'Angleterre, l'alliance de laquelle lui étoit
+grandement nécessaire; mais après avoir mis fin aux guerres étrangères,
+rangé le Savoyard à la raison, étouffé la conjuration du maréchal Biron,
+renouvelé son alliance avec les Suisses, fermement établi la paix en son
+royaume, et le roi d'Écosse ayant succédé à la couronne d'Angleterre, il
+se résolut <i>facilement</i> à rappeler les jésuites<a id="footnotetag268" name="footnotetag268"></a><a href="#footnote268" title="Go to footnote 268"><span class="smaller normal">[268]</span></a>.»</p>
+
+<p>«C'est alors en effet que, véritablement maître dans son royaume,
+connoissant l'<span class="smcap">INNOCENCE</span> des jésuites et les services qu'ils rendoient à
+l'Église<a id="footnotetag269" name="footnotetag269"></a><a href="#footnote269" title="Go to footnote 269"><span class="smaller normal">[269]</span></a>;» «sachant que le commun désir des catholiques étoit de
+les revoir, leur absence n'ayant servi qu'à mieux faire connoître
+<span class="pagenum"><a id="page246" name="page246"></a>(p. 246)</span> le <i>bien et le profit de leur présence</i><a id="footnotetag270" name="footnotetag270"></a><a href="#footnote270" title="Go to footnote 270"><span class="smaller normal">[270]</span></a>; cédant à son
+propre désir et à ce v&oelig;u général exprimé par ce qu'il y avoit de plus
+grand dans le royaume. Car il y avoit peu de princes officiers de la
+couronne et seigneurs catholiques qui ne contribuassent leur
+recommandation en faveur des jésuites<a id="footnotetag271" name="footnotetag271"></a><a href="#footnote271" title="Go to footnote 271"><span class="smaller normal">[271]</span></a>.» C'est alors, disons-nous,
+que ce grand roi ordonna le rappel tant désiré de cette illustre
+société; et cet acte éclatant de justice et de haute et prévoyante
+politique, il le fit, «malgré les artifices d'<i>aucuns de ce grand sénat</i>
+qui avoient <i>une étrange aversion</i> au rappel des jésuites..... malgré
+les libertins et les religionnaires qui <i>faillirent en forcener de
+rage</i><a id="footnotetag272" name="footnotetag272"></a><a href="#footnote272" title="Go to footnote 272"><span class="smaller normal">[272]</span></a>.» Cet &oelig;il si perçant et si sûr avoit su pénétrer tout ce
+qu'il y avoit de profond et d'admirable dans la législation des jésuites
+qu'il considéroit comme le chef-d'&oelig;uvre de la politique
+chrétienne<a id="footnotetag273" name="footnotetag273"></a><a href="#footnote273" title="Go to footnote 273"><span class="smaller normal">[273]</span></a>; et jamais il n'y eut d'apologie plus énergique et plus
+éloquente de cet <span class="pagenum"><a id="page247" name="page247"></a>(p. 247)</span> institut, que la réponse à jamais mémorable
+qu'il fit aux remontrances que le parlement osa lui adresser au sujet de
+son rétablissement, par l'organe de son premier président, M. de Harlay.
+Henri IV y prouve par des paroles aussi pleines de franchise et de vie
+que celles de l'orateur du parlement étoient embarrassées et captieuses,
+l'innocence, le désintéressement, l'humilité, la pureté des m&oelig;urs, la
+charité, le dévouement, l'habileté des jésuites, leur fidélité envers le
+roi, d'autant plus grande qu'ils étoient plus fidèles envers l'Église de
+Dieu; combien étoient vils et odieux les motifs de la jalousie qui
+animoit contre eux leurs ennemis et leurs rivaux; combien étoit
+excellente leur règle monastique, ayant en elle-même tous les caractères
+qui pouvoient en assurer l'utilité, la force et la durée; et à travers
+cette noble et vigoureuse réponse, perce un mépris assez grand pour ces
+gens de robe qui pouvoient s'honorer en remplissant leur charge,
+laquelle étoit de rendre la justice, et qui se rendoient en effet
+méprisables en se mêlant de faire les politiques: «J'ai toutes vos
+conceptions et services en la mienne, leur dit-il; mais vous n'avez pas
+la mienne en la vôtre. Vous m'avez proposé des difficultés qui vous
+semblent grandes et considérables, et n'avez cette considération que
+tout ce qu'avez dit, a été pesé par moi, il y a huit ou neuf ans; <i>vous
+faites les <span class="pagenum"><a id="page248" name="page248"></a>(p. 248)</span> entendus</i> en matière d'état; et vous n'y entendez
+non plus que moi à rapporter un procès<a id="footnotetag274" name="footnotetag274"></a><a href="#footnote274" title="Go to footnote 274"><span class="smaller normal">[274]</span></a>.»</p>
+
+<p>La pyramide, ce monument que <i>l'impudence</i> et <i>la malignité</i> avoient
+consacré<a id="footnotetag275" name="footnotetag275"></a><a href="#footnote275" title="Go to footnote 275"><span class="smaller normal">[275]</span></a>, que le parlement avoit fait élever aux dépens des
+jésuites dont il avoit confisqué les biens, fut renversée par ordre de
+ce grand roi; elle le fut en plein jour, malgré les alarmes hypocrites
+des ennemis des jésuites, qui, affectant de craindre un soulèvement
+populaire, conseilloient de ne l'abattre que la <span class="pagenum"><a id="page249" name="page249"></a>(p. 249)</span> nuit<a id="footnotetag276" name="footnotetag276"></a><a href="#footnote276" title="Go to footnote 276"><span class="smaller normal">[276]</span></a>, «et
+la gloire du rappel des jésuites, dit Mézeray lui-même, résulta de
+l'ignominie de leur bannissement.»</p>
+
+<p>N'ayant pu empêcher la destruction de la pyramide, les mécontents
+voulurent du moins en conserver l'image, et recueillir surtout les
+inscriptions<a id="footnotetag277" name="footnotetag277"></a><a href="#footnote277" title="Go to footnote 277"><span class="smaller normal">[277]</span></a> dont elle étoit chargée. On en reproduisit donc
+l'estampe gravée depuis long-temps; et les calvinistes ainsi que les
+magistrats en ornèrent à l'envi leurs cabinets, jusqu'à ce que le roi,
+«pour oster du tout la mémoire à l'advenir de ce pilier, en envoya
+enlever la planche de cuivre chez l'imprimeur Leclerc, qui l'avoit faite
+dès l'an 1595<a id="footnotetag278" name="footnotetag278"></a><a href="#footnote278" title="Go to footnote 278"><span class="smaller normal">[278]</span></a>.»</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page250" name="page250"></a>(p. 250)</span> C'est d'après une de ces gravures devenues extrêmement rares
+que nous donnons ici la représentation exacte de ce monument.
+L'architecture en est singulière: l'édifice s'élevoit sur un plan carré
+d'ordre ionique; il étoit composé, sur chacune de ses faces, de deux
+pilastres, avec entablement et fronton, une attique, un second fronton,
+quatre acrotères ornés de figures, et une aiguille en pierre surmontée
+d'une croix<a id="footnotetag279" name="footnotetag279"></a><a href="#footnote279" title="Go to footnote 279"><span class="smaller normal">[279]</span></a>. Cette construction, dans laquelle on reconnoît le goût
+déjà corrompu de ce temps-là, n'offre aucun caractère décidé; elle est,
+comme tous les monuments de la même époque, surchargée d'ornements, et
+composée de parties incohérentes.</p>
+
+<h2>ÉGLISE ROYALE ET PAROISSIALE<br>
+DE SAINT-BARTHÉLEMI.</h2>
+
+<p>Cette église, qui étoit située vis-à-vis le Palais, dans la rue qui
+porte son nom, est une de celles qui servent à faire connoître, par leur
+situation <span class="pagenum"><a id="page251" name="page251"></a>(p. 251)</span> et leurs dépendances, l'ancien état de la Cité et
+même de la ville de Paris. Son origine remonte jusqu'aux rois de la
+première race, ce qui est prouvé par un fragment d'un auteur anonyme,
+lequel écrivoit sous le roi Robert<a id="footnotetag280" name="footnotetag280"></a><a href="#footnote280" title="Go to footnote 280"><span class="smaller normal">[280]</span></a>. Cet auteur nous apprend qu'elle
+avoit été <i>anciennement</i> bâtie par nos rois, et comme le mot
+<i>antiquitùs</i> qu'il emploie ne peut être entendu que d'une longue suite
+d'années, et même de plusieurs siècles, MM. Jaillot et Lebeuf en ont
+conclu avec raison qu'elle existait avant les rois de la seconde race.</p>
+
+<p>Une autre particularité que l'on trouve dans le même anonyme, c'est que
+«les fidèles, de même que les rois, y avoient fait transporter les
+reliques et corps de plusieurs saints, pour enrichir, ainsi qu'il
+convenoit, une chapelle <i>royale</i>.» Or, un grand nombre de témoignages ne
+permettant pas de douter qu'il n'y ait eu, dès les premiers temps, un
+palais dans la Cité, ce passage porte à croire que cette église en étoit
+la chapelle; et sans doute elle avoit pris le nom de <i>Saint-Barthélemi</i>,
+à l'occasion de quelques reliques de ce saint qu'on y avoit apportées de
+l'Orient sous le règne de Clovis ou de Childebert, comme on peut le
+conjecturer d'un passage de Grégoire de Tours.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page252" name="page252"></a>(p. 252)</span> Cette chapelle étoit desservie par des chanoines: outre les
+biens dont ils jouissoient par la libéralité de nos rois, ils avoient
+encore, sur le chemin de Saint-Denis, un oratoire sous le titre de
+<i>Saint-Georges</i>, avec un terrain assez considérable qui l'environnoit,
+et dont une partie leur servoit de cimetière. Cet oratoire, qui prit
+depuis le nom de <i>Saint-Magloire</i>, ne se trouva renfermé dans la <i>ville</i>
+que lors de l'enceinte que fit faire Philippe-Auguste.</p>
+
+<p>Vers l'an 963, ou, selon d'autres, en 965, il arriva qu'un évêque
+d'Aleth<a id="footnotetag281" name="footnotetag281"></a><a href="#footnote281" title="Go to footnote 281"><span class="smaller normal">[281]</span></a> et plusieurs autres prêtres et religieux transportèrent à
+Paris un grand nombre de reliques, qu'ils vouloient soustraire aux
+insultes des Normands, qui ravageoient alors l'Armorique. Parmi ces
+reliques étoit le corps de saint Magloire: Hugues Capet, à cette époque
+duc de France, les fit solennellement déposer dans la chapelle de
+Saint-Barthélemi. La guerre étant terminée, chacun de ces exilés voulut
+s'en retourner dans son pays avec son trésor; Hugues, qui n'y consentit
+qu'à regret, obtint d'eux, pour prix de l'hospitalité qu'il leur avoit
+accordée, le corps entier de saint Magloire, et quelques autres parties
+des corps saints qu'ils avoient apportés. Il conçut aussitôt le projet
+d'agrandir cette chapelle, et d'y fonder une abbaye, pour honorer
+<span class="pagenum"><a id="page253" name="page253"></a>(p. 253)</span> davantage des reliques aussi précieuses. Ce projet ne tarda
+pas à être exécuté; un monastère fut bâti, et aux chanoines il substitua
+des religieux de la règle de Saint-Benoît. Ces moines entrèrent
+également en possession de l'oratoire Saint-Georges, auquel le pieux
+fondateur ajouta encore de nouvelles concessions de terres, et l'église
+fut dédiée sous le titre de <i>Saint-Barthélemi</i> et <i>Saint-Magloire</i>; mais
+le nom de ce dernier saint, beaucoup plus célèbre que l'autre, ayant
+bientôt prévalu parmi le peuple, pendant près d'un siècle elle ne fut
+appelée que l'église de Saint-Magloire. Tous ces faits sont également
+constatés par l'écrivain anonyme déjà cité.</p>
+
+<p>Les religieux de Saint-Benoît restèrent dans cette abbaye jusqu'en 1138,
+que, s'y trouvant trop resserrés, ils se transportèrent avec leurs
+reliques dans leur chapelle de Saint-Georges, qu'ils avoient fait
+reconstruire, augmenter, et qu'ils consacrèrent sous le titre de l'autre
+saint. Alors l'église de la Cité reprit son ancien nom de
+Saint-Barthélemi, et devint une paroisse soumise au patronage des moines
+de Saint-Magloire, qui nommoient à la cure, et en outre y plaçoient un
+de leurs membres en qualité de prieur. Ils jouirent de ce droit jusqu'en
+1564, que le titre abbatial fut supprimé, et l'abbaye réunie à l'évêché
+de Paris.</p>
+
+<p>À l'exception des dépendances de la Sainte-Chapelle, tout l'enclos du
+Palais étoit dans la juridiction <span class="pagenum"><a id="page254" name="page254"></a>(p. 254)</span> de cette paroisse, qui
+s'étendoit d'ailleurs depuis la rue de la Barillerie jusqu'au pont Neuf.</p>
+
+<p>Au quatorzième siècle, l'église, presque ruinée, avoit été réparée, par
+un accord fait entre le curé et les religieux; depuis elle a été
+agrandie à diverses reprises, et reconstruite presque en entier dans les
+années qui ont précédé la révolution<a id="footnotetag282" name="footnotetag282"></a><a href="#footnote282" title="Go to footnote 282"><span class="smaller normal">[282]</span></a>.</p>
+
+<div class="descript">
+<p class="center">CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE SAINT-BARTHÉLEMI.</p>
+
+<p class="center">TABLEAUX.</p>
+
+ <p>Le Mariage de sainte Catherine, par <i>Loir</i>; sainte
+ Geneviève, saint Guillaume et saint Charles Borromée, par
+ <i>Hérault</i>.</p>
+
+<p class="p2 center">SCULPTURES.</p>
+
+ <p>De chaque côté du portail, saint Barthélemi et sainte
+ Catherine, par Barthélemi <i>de Mélo</i>.</p>
+
+<p class="p2 center">TOMBEAUX.</p>
+
+ <p>Dans cette église avoient été enterrés: Claude Clersellier,
+ savant philosophe cartésien, mort en 1684. Sur son tombeau
+ étoit représentée la Religion; à ses pieds un génie, entouré
+ d'instrumens de mathématiques, tenoit entre ses mains une
+ tête de mort qu'il regardoit attentivement. Ce monument
+ avoit été exécuté par le même Barthélemi <i>de Mélo</i>.</p>
+
+ <p><span class="pagenum"><a id="page255" name="page255"></a>(p. 255)</span> Louis Servin, avocat général au parlement de Paris,
+ célèbre dans l'histoire de cette cour, et qui mourut en 1626
+ aux pieds de Louis XIII, tenant son lit de justice, au
+ moment même où il faisoit à ce prince des remontrances sur
+ quelques édits bursaux.</p>
+</div>
+
+<p>Toute la décoration de cette église, très-surchargée d'ornements où
+étoit empreint le mauvais goût du dix-huitième siècle, avoit été
+exécutée en 1736, sur les dessins des frères <i>Slodtz</i>.</p>
+
+<p>Il y avoit dans cette église trois confréries, dont la plus ancienne
+datoit de 1353.</p>
+
+<h2>SAINT-PIERRE-DES-ARCIS.</h2>
+
+<p>On ne voit presque point d'anciennes abbayes, sous la première race de
+nos rois, qui n'eussent, outre l'église principale, des oratoires
+détachés et dispersés en différents lieux de leur enclos. Il est
+probable que l'église de <i>Saint-Pierre-des-Arcis</i> et celle de
+<i>Sainte-Croix-de-la-Cité</i>, dont nous allons parler immédiatement après,
+étoient des chapelles situées d'abord dans l'enceinte du monastère de
+Saint-Éloi, et qu'elles doivent leur origine à la dévotion du fondateur
+ou de quelques-unes des abbesses qui lui ont succédé.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page256" name="page256"></a>(p. 256)</span> L'abbé Lebeuf pense qu'après l'incendie qui consuma Paris en
+1034, ces deux oratoires furent rebâtis dans le voisinage de l'ancienne
+clôture, et qu'alors les religieuses, dont l'enclos étoit fort diminué,
+permirent qu'on élevât sur leur terrain des maisons, dont les habitants
+furent ensuite attribués à ces églises, lorsqu'on les érigea en
+paroisses. Cette érection dut avoir lieu vers le temps où les
+religieuses furent chassées de leur monastère, circonstance qui donnoit
+plus de liberté pour faire ces nouveaux arrangements<a id="footnotetag283" name="footnotetag283"></a><a href="#footnote283" title="Go to footnote 283"><span class="smaller normal">[283]</span></a>.</p>
+
+<p>Quoi qu'il en soit de ces conjectures, qui sont ingénieuses et
+vraisemblables, la paroisse de Saint-Pierre-des-Arcis étoit
+effectivement une des dépendances du prieuré de Saint-Éloi dans la Cité.
+Au reste, l'étymologie de ce surnom (<i>des Arcis</i>) a beaucoup exercé
+l'imagination des savants, et quelques-uns d'entre eux l'ont expliqué
+d'une manière tout-à-fait ridicule.</p>
+
+<p>M. de Launoy, dont Sauval suit aveuglément les opinions, prétendoit,
+d'après un passage mal interprété de Grégoire de Tours, qu'il y avoit eu
+autrefois beaucoup de <i>Syriens</i> à Paris; et les confondant ensuite avec
+les <i>Assyriens</i>, comme si ce n'eût été qu'un même peuple, il
+conjecturoit de là qu'ils avoient pour leur nation une église nommée
+<span class="pagenum"><a id="page257" name="page257"></a>(p. 257)</span> <i>Saint-Pierre-des-Assyriens</i>, laquelle ayant été brûlée par
+les Normands, fut ensuite rebâtie dans la Cité; et de là est venu, selon
+lui, le nom de Saint-Pierre-des-<i>Assis</i> ou <i>Arcis</i>.</p>
+
+<p>M. de Valois, qui a combattu cette opinion plus sérieusement et avec
+plus de chaleur qu'elle ne méritoit, en présente une autre qui ne semble
+guère mieux fondée, prétendant faire dériver ce nom de la maladie <i>des
+ardents</i> ou <i>feu sacré</i>, dans laquelle on eut recours à l'intercession
+de saint Pierre. Celle de l'abbé Lebeuf, adoptée par Jaillot, paroît la
+plus raisonnable: il veut que ce mot vienne d'<i>arcisterium</i>, synonyme de
+<i>monasterium</i>, et qu'il ait été donné à cette église située entre deux
+monastères<a id="footnotetag284" name="footnotetag284"></a><a href="#footnote284" title="Go to footnote 284"><span class="smaller normal">[284]</span></a>, pour rappeler son origine et sa première destination.</p>
+
+<div class="descript">
+<p class="center">CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE SAINT-PIERRE-DES-ARCIS.</p>
+
+<p class="center">TABLEAUX.</p>
+
+ <p>Sur le maître-autel, saint Pierre guérissant les boiteux,
+ par <i>Vanloo</i>.</p>
+
+ <p>Le Lavement des pieds, par le même; une Cène, par <i>Lafond</i>.</p>
+
+<p class="p2 center">SÉPULTURES.</p>
+
+ <p>Dans cette église avoit été enterré Guillaume De Mai,
+ capitaine de six vingts hommes d'armes, mort en 1480. Il
+ étoit représenté, sur son tombeau, dans le costume militaire
+ de son siècle. Ce monument, rare dans son espèce, fut déposé
+ au Musée des Petits-Augustins.</p>
+</div>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page258" name="page258"></a>(p. 258)</span> Saint-Pierre-des-Arcis fut érigé en paroisse vers le
+commencement du douzième siècle; en 1424, on rebâtit entièrement
+l'église; en 1711, on y fit des augmentations, des réparations et un
+nouveau portail, lequel fut élevé sur les dessins de <i>Lanchenu</i><a id="footnotetag285" name="footnotetag285"></a><a href="#footnote285" title="Go to footnote 285"><span class="smaller normal">[285]</span></a>.</p>
+
+<p>Cette église embrassoit dans ses droits curiaux presque toutes les
+maisons de la rue de la Vieille-Draperie, en allant vers le Palais; ils
+s'augmentèrent encore, en 1720, par l'adjonction qu'on lui fit des
+paroissiens de Saint-Martial. De l'autre côté, en allant vers l'église
+de la Magdeleine, elle avoit encore un certain nombre de maisons; de
+plus, une partie de celles qui faisoient l'entrée de la cour de
+Saint-Éloi, les cinq branches de la rue qui porte le même nom, le
+cul-de-sac Saint-Martial presque en entier, quelques maisons dans la rue
+aux Fèves, et enfin quelques-unes de celles qui composent la rue de la
+Juiverie<a id="footnotetag286" name="footnotetag286"></a><a href="#footnote286" title="Go to footnote 286"><span class="smaller normal">[286]</span></a>.</p>
+
+<h2><span class="pagenum"><a id="page259" name="page259"></a>(p. 259)</span> SAINTE-CROIX-DE-LA-CITÉ.</h2>
+
+<p>L'origine de cette église, qui étoit à l'extrémité de la rue de la
+Vieille-Draperie, dans la partie de cette rue la plus éloignée du
+Palais, est aussi obscure que celle de Saint-Pierre-des-Arcis; et sans
+se mettre en peine de ce qu'en ont imaginé MM. de Launoy, Dubreul et
+leurs copistes, il faut s'en tenir à cette opinion déjà mentionnée,
+qu'elle étoit d'abord une dépendance de Saint-Éloi, et qu'elle en fut
+détachée, puis ensuite rebâtie hors de la <i>ceinture</i>, lorsque ce
+monastère eut été donné à l'évêque. On ajoute qu'au milieu du douzième
+siècle, la dévotion à saint Hildevert, évêque de Meaux, s'étant
+introduite à Paris, cette chapelle lui fut dédiée, et qu'un bâtiment qui
+en dépendoit fut alors changé en hôpital pour les frénétiques et les
+malades attaqués de l'épilepsie. Cet hôpital ayant été depuis transféré
+à Saint-Laurent, l'église reprit son premier nom, et fut érigée en
+paroisse.</p>
+
+<p>L'abbé Lebeuf présume que ce nom tiroit son origine de quelques morceaux
+de bois de la vraie croix que saint Éloi, dont les mains habiles ont
+<span class="pagenum"><a id="page260" name="page260"></a>(p. 260)</span> fabriqué tant de précieux reliquaires, aura pu obtenir pour
+prix de quelques-uns de ses travaux, et qu'il aura ensuite déposés dans
+un des oratoires renfermés dans l'enclos de son monastère. Au reste,
+avant que l'église de Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie existât, celle-ci
+étoit appelée simplement <i>Sainte-Croix</i> dans les anciens titres, sans
+aucun caractère distinctif.</p>
+
+<p>Il ne restoit plus depuis long-temps aucun vestige du bâtiment qui
+existoit dans les douzième, treizième et quatorzième siècles; et le
+dernier, commencé en 1450, n'avoit été entièrement terminé qu'en
+1529<a id="footnotetag287" name="footnotetag287"></a><a href="#footnote287" title="Go to footnote 287"><span class="smaller normal">[287]</span></a>. La cure, dont les droits étoient médiocres et d'une
+très-petite étendue, étoit à la collation de l'archevêque de Paris,
+depuis la destruction du titre abbatial de Saint-Maur-des-Fossés<a id="footnotetag288" name="footnotetag288"></a><a href="#footnote288" title="Go to footnote 288"><span class="smaller normal">[288]</span></a>.</p>
+
+<div class="descript">
+<p class="center">CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE SAINTE-CROIX-DE-LA-CITÉ.</p>
+
+<p class="center">SÉPULTURES.</p>
+
+ <p>Dans cette église avoit été enterré:</p>
+
+ <p>Pierre Danet, long-temps curé de cette paroisse et depuis
+ abbé de Saint-Nicolas de Verdun, mort en 1709. Il est auteur
+ de deux dictionnaires de la langue latine, qui jouirent
+ autrefois de quelque estime, et de plusieurs autres ouvrages
+ d'érudition.</p>
+</div>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page261" name="page261"></a>(p. 261)</span> Il existoit dans cette église une confrérie en l'honneur des
+cinq plaies de Notre-Dame: elle fut érigée en 1498, et on croit que
+c'est la première église de Paris où cette dévotion ait été admise.</p>
+
+<p>Le territoire de la paroisse de Sainte-Croix embrassoit tout le carré
+sur lequel l'église étoit bâtie, une grande partie de la rue
+Gervais-Laurent, quelques maisons dans la rue de la Vieille-Draperie et
+dans la rue aux Fèves.</p>
+
+<h2>SAINT-GERMAIN-LE-VIEUX.</h2>
+
+<p>Vis-à-vis Sainte-Croix, et de l'autre côté de la Cité, étoit la paroisse
+de Saint-Germain-<i>le-Vieux</i>.</p>
+
+<p>Il y a bien des traditions sur l'origine de cette ancienne église; et
+l'on a expliqué de bien des manières le patronage qu'y ont exercé
+pendant long-temps les moines de Saint-Germain-des-Prés: son nom de
+Saint-Germain-<i>le-Vieux</i> a fait naître également plusieurs opinions
+contradictoires.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page262" name="page262"></a>(p. 262)</span> Tous les historiens conviennent que c'étoit, dans le principe,
+une chapelle baptismale dépendante de la cathédrale, sous le titre de
+Saint-Jean-Baptiste, et qu'elle existoit dès le cinquième siècle.
+L'auteur de la vie de sainte Geneviève vient à l'appui de cette
+tradition, en nous apprenant que la maison où la sainte décéda étoit sur
+le bord de la rivière, et voisine de l'oratoire de Saint-Jean, qu'il
+prétend même avoir été bâti sur un terrain dont elle avoit la propriété.
+Il ajoute cette particularité, qu'elle avoit fait rassembler les dames
+de Paris dans cet oratoire, comme dans un lieu sûr, pour s'y mettre en
+prières, lors du faux bruit de l'arrivée d'Attila à Paris.</p>
+
+<p>Dans le neuvième siècle, cette même chapelle servit d'asile, contre les
+Normands, aux religieux de Saint-Germain-des-Prés, qui y déposèrent le
+corps de leur patron. L'abbé Lebeuf pense que, dès ce temps-là, cet
+hospice leur appartenoit. Jaillot contredit cette opinion, et convenant
+cependant, avec son docte adversaire, que, lorsque les religieux
+retournèrent à leur monastère, ils laissèrent dans l'oratoire de
+Saint-Jean un bras de saint Germain, il soutient que cette église ne
+prit le nom du dernier saint que lorsque le baptistère eut été
+transporté plus près de la cathédrale, à Saint-Jean-le-Rond; et qu'alors
+seulement l'évêque et le chapitre de Paris donnèrent le patronage de
+l'ancienne chapelle à l'abbaye Saint-Germain-des-Prés. <span class="pagenum"><a id="page263" name="page263"></a>(p. 263)</span> De
+telles questions sont aussi difficiles que peu importantes à éclaircir.</p>
+
+<p>Son titre n'offre pas moins de difficultés: dès le douzième siècle, on
+trouve des actes qui font mention de l'église de Saint-Germain-le-Vieux,
+<i>Sanctus Germanus Vetus</i>; mais il n'en est aucun qui donne la raison de
+ce surnom. L'abbé Lebeuf ne semble pas heureux dans ses conjectures,
+lorsqu'il fait dériver ce mot d'<i>aquosus</i>, en françois barbare, <i>evieux</i>
+ou <i>aivieux</i>; d'où, par corruption, on auroit fait <i>le vieux</i>, parce
+que, dit-il, cette église étoit située dans un endroit <i>aquatique</i>,
+duquel le marché <i>Palu</i> a aussi tiré son nom<a id="footnotetag289" name="footnotetag289"></a><a href="#footnote289" title="Go to footnote 289"><span class="smaller normal">[289]</span></a>. Il paroîtroit plus
+probable que ce surnom lui étoit venu d'une ancienne tradition qui
+portoit que le saint patron s'y étoit retiré dans le sixième siècle.</p>
+
+<p>En 1368, l'abbaye de Saint-Germain céda son droit sur la petite église
+de Saint-Germain-le-Vieux à l'Université de Paris; et depuis ce temps-là
+son recteur nommoit à la cure, qui s'étendoit, d'un côté, le long de la
+rue du Marché-Palu jusqu'au milieu du Petit-Pont, de l'autre, presque
+<span class="pagenum"><a id="page264" name="page264"></a>(p. 264)</span> jusqu'à l'extrémité de celle de la Calendre. Elle possédoit en
+outre quelques maisons dans les rues Saint-Éloi, aux Fèves, toutes
+celles du Marché-Neuf et les édifices qui environnoient la paroisse.</p>
+
+<div class="descript">
+<p class="center">CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE SAINT-GERMAIN-LE-VIEUX.</p>
+
+<p class="center">TABLEAUX.</p>
+
+ <p>Sur le maître-autel, décoré de quatre colonnes de marbre de
+ Dinan, le Baptême de Jésus-Christ, par <i>Stella</i>.</p>
+
+ <p>Dans la chapelle de la Vierge, une Assomption, par le même.</p>
+
+ <p>Dans une autre chapelle, le Lavement des pieds, par <i>Vouet</i>.</p>
+
+ <p>Derrière la chaire, tous les Saints du Paradis, par un
+ peintre inconnu.</p>
+
+ <p>On exposoit dans cette église, aux grandes fêtes, une
+ tapisserie faite du temps de Charles V, où étoit représentée
+ la vie de saint Germain. Les personnages en étoient, dit-on,
+ assez correctement dessinés, et offroient une image exacte
+ et naïve des modes de ce temps-là, pour l'un et l'autre
+ sexe.</p>
+</div>
+
+<p>Cette église fut rebâtie en entier et agrandie dans le seizième siècle.
+Le portail et le clocher n'étoient que de 1560<a id="footnotetag290" name="footnotetag290"></a><a href="#footnote290" title="Go to footnote 290"><span class="smaller normal">[290]</span></a>.</p>
+
+<p>On prétend que saint Marcel, évêque de Paris, vint au monde dans la
+cinquième maison de la rue de la Calendre, à droite en entrant par celle
+de la Juiverie. D'après cette ancienne tradition, qui cependant n'est
+pas moins contestée que les <span class="pagenum"><a id="page265" name="page265"></a>(p. 265)</span> autres, le clergé de Notre-Dame y
+faisoit une station le jour de l'Ascension, où il avoit coutume de
+porter processionnellement la châsse du saint.</p>
+
+<p>Le territoire de Saint-Germain-le-Vieux commençoit du côté du petit
+Châtelet et sur le Petit-Pont; il continuoit à gauche, renfermant toutes
+les maisons qui étoient de ce côté; cette paroisse avoit quelques
+maisons dans la rue du Marché-Neuf, toutes celles du Marché-Neuf, le
+côté gauche de la rue Marché Palu, presque toute la rue de la Calendre,
+quelques maisons éparses dans les rues Saint-Éloi, aux Fèves, de la
+Juiverie et Saint-Christophe<a id="footnotetag291" name="footnotetag291"></a><a href="#footnote291" title="Go to footnote 291"><span class="smaller normal">[291]</span></a>.</p>
+
+<h2>LA MAGDELEINE.</h2>
+
+<p>En sortant de Saint-Germain-le-Vieux, on entre dans la rue de la
+<i>Juiverie</i>, qui traverse la Cité dans toute sa largeur, et aboutit d'un
+côté au Petit-Pont, et de l'autre à celui de Notre-Dame. Au milieu de
+cette rue, dont le nom vient des <span class="pagenum"><a id="page266" name="page266"></a>(p. 266)</span> Juifs qui l'ont autrefois
+habitée, étoit une église dédiée sous le titre de la Magdeleine.</p>
+
+<p>Plusieurs compilateurs ont prétendu que dans l'origine c'étoit une
+chapelle sous l'invocation de Saint-Nicolas, où les bateliers et
+poissonniers avoient établi leur confrérie<a id="footnotetag292" name="footnotetag292"></a><a href="#footnote292" title="Go to footnote 292"><span class="smaller normal">[292]</span></a>; mais un titre du
+douzième siècle, rapporté par l'abbé Lebeuf, prouve que cette église
+avoit été autrefois une des synagogues des Juifs<a id="footnotetag293" name="footnotetag293"></a><a href="#footnote293" title="Go to footnote 293"><span class="smaller normal">[293]</span></a>. Philippe-Auguste
+les ayant chassés de France en 1182, donna, l'année suivante, tous leurs
+édifices publics à Maurice de Sully, évêque de Paris, avec permission de
+les consacrer au culte catholique, suivant le témoignage de Guillaume
+Lebreton.</p>
+
+<p class="poem10">
+<span class="min33em">«</span><i>Ecclesias fecit sacrari pro synagogis</i><br>
+ <i>In quocumque loco schola vel synagoga fuisset.</i>»</p>
+
+<p>Telle fut l'origine de la paroisse de la Magdeleine.</p>
+
+<p>On ignore dans quelle année cette église fut décorée du titre
+d'<i>archipresbytérale</i> qu'elle possédoit: les archives de Saint-Magloire
+indiquent qu'elle en jouissoit dès 1232<a id="footnotetag294" name="footnotetag294"></a><a href="#footnote294" title="Go to footnote 294"><span class="smaller normal">[294]</span></a>; auparavant, c'étoit le
+curé de Saint-Jacques-de-la-Boucherie qui étoit un des archiprêtres de
+Paris. Il y a apparence qu'alors cette dignité n'appartenoit
+privativement <span class="pagenum"><a id="page267" name="page267"></a>(p. 267)</span> à aucun des curés de Paris, et que l'évêque en
+disposoit à son choix: depuis ce temps, elle est restée sans
+interruption dans l'église de la Magdeleine<a id="footnotetag295" name="footnotetag295"></a><a href="#footnote295" title="Go to footnote 295"><span class="smaller normal">[295]</span></a>.</p>
+
+<p>C'étoit dans cette église que s'étoit fixée la <i>grande confrérie des
+Bourgeois</i>, l'une des plus célèbres de Paris. Nous en parlerons avec
+plus de détails lorsque nous traiterons de ces sortes d'associations; il
+nous suffira de remarquer ici que cette confrérie, suivant l'abbé
+Lebeuf, y avoit succédé à celle des <i>Mercatorum aquæ parisiensium</i>; ce
+qui a pu faire naître l'opinion que saint Nicolas, patron de cette
+dernière corporation, l'étoit aussi de l'église.</p>
+
+<div class="descript">
+<p class="center">CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE DE LA MAGDELEINE.</p>
+
+<p class="center">TABLEAUX.</p>
+
+ <p>Dans le ch&oelig;ur.&mdash;Les Noces de Cana. La Visitation.
+ Jésus-Christ au milieu des docteurs. La Mort de la Vierge,
+ par <i>Philippe de Champagne</i>.</p>
+
+ <p>Dans la nef.&mdash;Tobie, par un peintre inconnu.</p>
+</div>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page268" name="page268"></a>(p. 268)</span> Le bâtiment de la Magdeleine fut agrandi à plusieurs reprises,
+et notamment en 1749, lorsqu'on y réunit les paroisses de Saint-Gilles
+et Saint-Leu, de Saint-Christophe et de Sainte-Geneviève des-<i>Ardents</i>.
+Alors on y voyoit encore des constructions qui étoient du quatorzième
+siècle, entre autres le portail et quelques arcades de la nef.</p>
+
+<p>Cette paroisse embrassoit presque tout le carré long que forme la partie
+de la Cité qui est entre la rue de la Juiverie et le parvis Notre-Dame,
+depuis le côté droit de la rue du Marché-Palu jusqu'à
+Saint-Denis-de-la-Chartre. Elle ne dépendoit d'aucune église ni
+séculière ni régulière<a id="footnotetag296" name="footnotetag296"></a><a href="#footnote296" title="Go to footnote 296"><span class="smaller normal">[296]</span></a>.</p>
+
+<h2>SAINT-DENIS-DE-LA-CHARTRE.</h2>
+
+<p>Les traditions populaires, quelquefois si difficiles à détruire, sont
+souvent appuyées sur les fondements les plus légers. Le nom de cette
+église a fait naître l'idée que saint Denis et ses compagnons avoient
+été renfermés dans une prison ou <i>chartre</i>, qu'elle a remplacée, et
+qu'ils y <span class="pagenum"><a id="page269" name="page269"></a>(p. 269)</span> ont souffert diverses tortures, dont on montroit même
+les instruments<a id="footnotetag297" name="footnotetag297"></a><a href="#footnote297" title="Go to footnote 297"><span class="smaller normal">[297]</span></a>. Loin qu'une telle opinion soit appuyée sur aucun
+titre, les monuments les plus anciens la détruisent; et Grégoire de
+Tours faisant le récit de l'incendie qui, en 586, consuma Paris, indique
+clairement que la prison de cette ville étoit alors près de la porte
+méridionale<a id="footnotetag298" name="footnotetag298"></a><a href="#footnote298" title="Go to footnote 298"><span class="smaller normal">[298]</span></a>. Soit que cette prison eût été détruite par ce
+désastre, soit que son ancienneté l'eût mise hors d'état de servir, il
+paroît que, peu de temps après, on en rebâtit une autre dans le quartier
+opposé. En effet, l'auteur de la vie de saint Éloi, qui écrivoit au
+septième siècle, dit qu'il y avoit alors une prison du côté du
+septentrion, dans un endroit un peu écarté, situation qui convient assez
+à celle de Saint-Denis-de-la-Chartre.</p>
+
+<p>En adoptant cette tradition, tout s'explique facilement. L'église
+Saint-Denis aura été appelée <i>Sanctus Dyonisius de Carcere</i>, à cause de
+son voisinage de la prison publique<a id="footnotetag299" name="footnotetag299"></a><a href="#footnote299" title="Go to footnote 299"><span class="smaller normal">[299]</span></a>; et ce qui le <span class="pagenum"><a id="page270" name="page270"></a>(p. 270)</span> prouve,
+c'est que la petite chapelle Saint-Symphorien, située dans le même lieu,
+est aussi appelée <i>Sanctus Symphorianus de Carcere</i> dans les titres
+primordiaux. Or, on ne peut dire que ce martyr d'Autun ait été renfermé
+dans une prison de Paris; et ce n'est pas là d'ailleurs le seul exemple
+de cette espèce de dénomination employée dans de semblables
+circonstances.</p>
+
+<p>Ce qui est très-certain, c'est qu'au commencement du onzième siècle, et
+sous le règne du roi Robert, cette église subsistoit près de l'édifice
+qu'on appeloit <i>prison</i> de Paris, <i>carcer Parisiacus</i>, et qu'elle étoit
+alors nommée <i>Ecclesia Sancti Dyonisii de Parisiaco carcere</i><a id="footnotetag300" name="footnotetag300"></a><a href="#footnote300" title="Go to footnote 300"><span class="smaller normal">[300]</span></a>. Des
+chanoines séculiers en étoient alors les desservants; et ils jouirent
+paisiblement et de l'église et des biens qui y étoient attachés jusqu'en
+1122. Alors l'administration en tomba entre des mains laïques, espèce
+d'usurpation dont on ne voit que trop d'exemples dans l'histoire de ces
+premiers temps. Henri, troisième fils de Louis-le-Gros, fut un de ces
+administrateurs de Saint-Denis substitués aux gens d'église, et il en
+percevoit les revenus en 1133, sous le titre d'<i>abbé</i>.</p>
+
+<p>En cette même année, le même roi Louis-le-Gros <span class="pagenum"><a id="page271" name="page271"></a>(p. 271)</span> et la reine
+Adelaïde, voulant fonder un monastère de religieuses de l'ordre de
+Saint-Benoît, jetèrent les yeux sur Montmartre, comme sur le lieu le
+plus propre à l'exécution de leur dessein. Les religieux de
+Saint-Martin, qui jouissoient de ce terrain en vertu d'une donation qui
+leur en avoit été faite environ quarante ans auparavant (en 1096), le
+cédèrent au roi par une transaction, où intervint l'évêque, et par
+laquelle Saint-Denis-de-la-<i>Chartre</i> leur fut donné comme indemnité.
+Telle est l'origine de ce prieuré de <i>fondation royale</i>, et membre
+dépendant de Saint-Martin. Les priviléges, immunités, franchises et
+exemptions qui lui furent alors accordés furent depuis confirmés par
+Charles V et Charles VI; et ces religieux le possédèrent jusqu'au
+commencement du dix-septième siècle, où la <i>mense</i><a id="footnotetag301" name="footnotetag301"></a><a href="#footnote301" title="Go to footnote 301"><span class="smaller normal">[301]</span></a> priorale fut
+unie à la communauté de Saint-François-de-Sales, établie, vers ce
+temps-là, pour la retraite des prêtres pauvres et infirmes.</p>
+
+<p>On voyoit, par l'épitaphe d'un de ses prieurs, que cette église avoit
+été rebâtie vers le milieu du quatorzième siècle. Elle étoit double,
+suivant un usage assez fréquent dans les constructions de ce <span class="pagenum"><a id="page272" name="page272"></a>(p. 272)</span>
+temps-là, et dans un des côtés de la nef étoit une paroisse sous le
+titre de <i>Saint-Gilles et Saint-Leu</i>, dont la cure fut transférée, en
+1618, dans l'église de Saint-Symphorien<a id="footnotetag302" name="footnotetag302"></a><a href="#footnote302" title="Go to footnote 302"><span class="smaller normal">[302]</span></a>.</p>
+
+<div class="descript">
+<p class="center">CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE SAINT-DENIS DE LA CHARTRE.</p>
+
+<p class="center">SCULPTURE.</p>
+
+ <p>Dans une grande niche, au-dessus du maître-autel, saint
+ Denis, saint Rustique et saint Eleuthère recevant la
+ communion des mains de Jésus Christ, par <i>Michel Anguier</i>.</p>
+</div>
+
+<p>Il y avoit dans cette église, une confrérie <span class="pagenum"><a id="page273" name="page273"></a>(p. 273)</span> de
+Drapiers-chaussetiers sous le nom de Notre-Dame-<i>des-Voûtes</i>, à cause
+des voûtes souterraines qui étoient pratiquées sous le pavé de cet
+édifice.</p>
+
+<p>Sur les vitrages de Saint-Denis-de-la-Chartre, on voyoit autrefois le
+portrait de Jean de la Grange, cardinal d'Amiens, qui en avoit été
+prieur; il y étoit représenté avec ses armoiries. Il est probable que
+cette peinture fut détruite en 1665, époque à laquelle cette église fut
+réparée par la libéralité de la reine Anne d'Autriche, et le
+maître-autel refait à neuf<a id="footnotetag303" name="footnotetag303"></a><a href="#footnote303" title="Go to footnote 303"><span class="smaller normal">[303]</span></a>.</p>
+
+<p>L'enceinte des maisons qui l'environnoient, et qu'on appeloit <i>le bas de
+Saint-Denis</i>, étoit un lieu privilégié, dépendant du prieuré, et dans
+lequel, avant la révolution, les ouvriers qui n'étoient point maîtres,
+pouvoient travailler avec toute sûreté et franchise.</p>
+
+<h2>SAINT-SYMPHORIEN,<br>
+DEPUIS CHAPELLE SAINT-LUC.</h2>
+
+<p>Cette église, située derrière le prieuré de Saint-Denis-de-la-Chartre,
+dont elle n'est séparée <span class="pagenum"><a id="page274" name="page274"></a>(p. 274)</span> que par une rue étroite, est celle
+dont nous avons parlé en donnant l'explication du surnom <i>de Carcere</i>
+qui étoit commun à ces deux édifices. L'histoire d'ailleurs en sera
+courte. À la place qu'elle occupe existoit autrefois une ancienne
+chapelle, sous le titre de Sainte-Catherine, dont l'origine et le
+fondateur sont également inconnus. Comme cette chapelle, par négligence
+ou succession de temps, tomboit en ruines, Mathieu de Montmorenci, comte
+de Beaumont, qui n'avoit pu accomplir le v&oelig;u qu'il avoit fait d'aller
+à Jérusalem, voulant expier cette faute, abandonna à l'évêque de Paris
+les droits qu'il avoit sur elle; et celui-ci, de son côté, s'engagea à
+la faire rebâtir. Cet acte est de 1206<a id="footnotetag304" name="footnotetag304"></a><a href="#footnote304" title="Go to footnote 304"><span class="smaller normal">[304]</span></a>, et cet évêque étoit Eudes
+de Sully. Éliénor, comtesse de Vermandois, et quelques autres pieux
+personnages, y ajoutèrent bientôt plusieurs dotations, qui permirent d'y
+établir quatre chapelains desservants; et quelques années après, elle
+quitta le nom de Saint-Denis, qu'on lui avoit donné d'abord, pour
+prendre celui de Saint-Symphorien. Ces chapelains obtinrent le titre de
+chanoines en 1422. Depuis on y transporta, comme nous l'avons dit, la
+paroisse de Saint-Gilles et Saint-Leu, laquelle y fut unie <span class="pagenum"><a id="page275" name="page275"></a>(p. 275)</span>
+jusqu'en 1698, que le chapitre et la paroisse passèrent, avec leurs
+biens et leurs paroissiens, à l'église de la Magdeleine. Peu de temps
+après, cette chapelle fut cédée à la communauté des peintres, sculpteurs
+et graveurs, qui la rétablirent, la décorèrent<a id="footnotetag305" name="footnotetag305"></a><a href="#footnote305" title="Go to footnote 305"><span class="smaller normal">[305]</span></a>, et lui firent
+donner le nom de Saint-Luc leur patron.</p>
+
+<div class="descript">
+<p class="center">CURIOSITÉS DE LA CHAPELLE SAINT-LUC.</p>
+
+ <p>Sur le maître-autel, un tableau représentant saint Luc,
+ patron de la communauté.</p>
+</div>
+
+<h2><span class="pagenum"><a id="page276" name="page276"></a>(p. 276)</span> SAINT-LANDRI.</h2>
+
+<p>Derrière Saint-Denis-de-la-Chartre, et dans une rue qui porte le nom de
+Saint-Landri, est l'église consacrée à ce saint. C'est encore un de ces
+monuments dont l'origine inconnue et les traditions incertaines ont
+donné lieu à une foule de conjectures et d'opinions fastidieuses.
+Quoique plusieurs titres authentiques prouvent que cette église existoit
+sous ce nom au douzième siècle, on a poussé la témérité jusqu'à douter
+et même à nier qu'il y ait jamais eu un évêque de Paris nommé <i>Landri</i>.
+L'abbé Lebeuf, qui rejette justement une semblable opinion, croit que
+cet édifice étoit d'abord un lieu de sûreté appartenant à l'abbaye
+Saint-Germain-l'Auxerrois, dans lequel ses <span class="pagenum"><a id="page277" name="page277"></a>(p. 277)</span> moines venoient
+déposer leurs effets les plus précieux, lors des invasions des Normands;
+ce qui lui semble d'autant plus probable, que les abbayes de
+Sainte-Geneviève et de Saint-Germain-des-Prés avoient de semblables
+hospices. Il pense qu'on y aura bâti une chapelle, desservie par le
+prébendaire que ce chapitre avoit à la cathédrale, et qu'ensuite
+l'élévation du corps de saint Landri, au douzième siècle, l'ayant
+enrichie de quelques-unes de ses reliques, la chapelle aura pris le nom
+du saint.</p>
+
+<p>Un autre savant combat cette conjecture par celle-ci<a id="footnotetag306" name="footnotetag306"></a><a href="#footnote306" title="Go to footnote 306"><span class="smaller normal">[306]</span></a>: il imagine
+que cette église pourroit bien avoir été l'oratoire de saint Landri
+lui-même, les évêques ayant eu une maison à cet endroit; qu'il n'est pas
+même impossible que ce fût alors la chapelle dédiée sous le nom de
+Saint-Nicolas, qu'on a confondue avec l'église de la Magdeleine; ce
+qu'il essaie de prouver d'abord parce qu'elle reconnoissoit saint
+Nicolas pour l'un de ses patrons, ensuite parce qu'il est vraisemblable
+que les poissonniers et bateliers l'érigèrent plutôt à cette place, qui
+est la plus voisine du port où abordoient les vivres et les
+marchandises; enfin il ajoute qu'après la mort de saint Landri, elle a
+dû prendre le nom de ce bienheureux évêque: <i>adhuc sub judice lis est</i>.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page278" name="page278"></a>(p. 278)</span> Ce qu'il y a de certain sur cette église, c'est qu'elle étoit
+paroissiale dès le douzième siècle<a id="footnotetag307" name="footnotetag307"></a><a href="#footnote307" title="Go to footnote 307"><span class="smaller normal">[307]</span></a>, et que le chapitre de
+Saint-Germain-l'Auxerrois avoit le droit de présenter à sa cure, par la
+raison qu'elle étoit bâtie sur sa censive; et cette censive il l'avoit
+obtenue par l'amortissement d'une portion de terrain que les chanoines
+de Notre-Dame lui avoient donnée pour loger le vicaire qui desservoit la
+prébende dont il étoit possesseur dans l'église cathédrale. Nous avons
+déjà fait observer que c'est ainsi que se formèrent le plus grand nombre
+des censives qu'on trouve dans la Cité.</p>
+
+<p>L'église Saint-Landri, qui est très-petite et presque carrée<a id="footnotetag308" name="footnotetag308"></a><a href="#footnote308" title="Go to footnote 308"><span class="smaller normal">[308]</span></a>, fut
+rebâtie vers la fin du quinzième siècle, et dédiée seulement en 1660. On
+trouve qu'en 1408 Pierre d'Orgemont, évêque de Paris, lui avoit accordé
+quelques reliques de son patron, lesquelles furent tirées de sa châsse
+conservée dans l'église Saint-Germain-l'Auxerrois<a id="footnotetag309" name="footnotetag309"></a><a href="#footnote309" title="Go to footnote 309"><span class="smaller normal">[309]</span></a>.</p>
+
+<div class="descript">
+<p class="center"><span class="pagenum"><a id="page279" name="page279"></a>(p. 279)</span> CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE SAINT-LANDRI.</p>
+
+<p class="center">TOMBEAUX ET SÉPULTURES.</p>
+
+ <p>Dans cette église avoient été enterrés:</p>
+
+ <p>Catherine Duchemin, épouse de Girardon, célèbre sculpteur du
+ siècle de Louis XIV. Ses restes mortels avoient été déposés
+ dans un monument exécuté, sur les dessins de son époux, par
+ deux de ses élèves, <i>Lorrain et Nourrisson</i><a id="footnotetag310" name="footnotetag310"></a><a href="#footnote310" title="Go to footnote 310"><span class="smaller normal">[310]</span></a>. Vingt-cinq
+ ans après, Girardon fut placé à côté d'elle dans le même
+ tombeau.</p>
+
+ <p>À côté du ch&oelig;ur, on voyoit un monument orné de quatre
+ colonnes de marbre et décoré des armes du chancelier
+ Boucherat. Ce ministre, qui l'avoit fait élever pour
+ lui-même, fut enterré, quelques années après, à
+ Saint-Gervais (en 1686).</p>
+
+ <p>On y lisoit l'épitaphe du magistrat Broussel, surnommé le
+ <i>patriarche de la Fronde</i> et <i>le père du peuple</i>.</p>
+
+ <p class="p2">Les fonts baptismaux de Saint-Landri passoient pour les plus
+ beaux de Paris; ils se composoient d'une cuvette de porphyre
+ de très-grande dimension enrichie de bronze doré, et avoient
+ été donnés à cette église par son curé, M. Garçon.</p>
+</div>
+
+<h2><span class="pagenum"><a id="page280" name="page280"></a>(p. 280)</span> LA CHAPELLE SAINT-AGNAN.</h2>
+
+<p>On entroit dans cette chapelle par la rue de la Colombe, laquelle
+commence au bout oriental de la rue des Marmousets. C'étoit un édifice
+très-ancien, le plus ancien peut-être de toute la Cité, la solidité de
+sa construction, toute en pierres, l'ayant préservé des changements et
+des réparations que le temps a fait subir aux autres églises. Celle-ci
+étoit du reste très-peu connue, parce que les maisons qui l'entouroient
+la couvroient entièrement, et qu'on n'y faisoit point un service
+régulier.</p>
+
+<p>Ce petit monument fut fondé, au commencement du douzième siècle, par
+Étienne de Garlande, archidiacre de Paris, et doyen de Saint-Agnan
+d'Orléans<a id="footnotetag311" name="footnotetag311"></a><a href="#footnote311" title="Go to footnote 311"><span class="smaller normal">[311]</span></a>; il donna pour sa dotation la maison qu'il possédoit dans
+le cloître Notre-Dame, et trois clos de vignes, dont deux étoient situés
+au bas de la montagne Sainte-Geneviève, et l'autre à Vitry. Lorsqu'il en
+eut ainsi assuré <span class="pagenum"><a id="page281" name="page281"></a>(p. 281)</span> les revenus, il y établit, du consentement de
+l'évêque, deux titulaires, lesquels se partageoient la prébende
+canoniale, avoient place au ch&oelig;ur comme au chapitre, et faisoient à
+la fois le service dans la chapelle et à la cathédrale. Cette fondation
+s'est maintenue jusque dans les derniers temps. La chapelle Saint-Agnan
+n'étoit ouverte que le 17 novembre, jour auquel l'église célébroit la
+fête du patron.</p>
+
+<p>On lit, dans une vie de saint Bernard, que ce saint étant allé un jour
+aux écoles de Paris, avec le projet d'y attirer, par ses exhortations,
+quelques écoliers à la vie monastique, il y prêcha sans succès, et en
+sortit sans qu'aucun d'eux eût voulu le suivre. L'historien ajoute qu'un
+archidiacre de Paris l'ayant emmené dans sa maison, le pieux abbé se
+retira, navré de douleur, au fond de la chapelle qui étoit attenante à
+ce logis, et là se répandit en larmes et en gémissements, persuadé que
+Dieu étoit irrité contre lui, puisqu'il avoit recueilli si peu de fruit
+de son sermon. L'abbé Lebeuf pense que ceci ne peut convenir qu'à
+l'archidiacre Étienne de Garlande, contemporain de saint Bernard, et par
+conséquent que c'est dans cette chapelle, telle qu'elle subsistoit
+encore dans le siècle dernier, que ce petit événement s'est passé.</p>
+
+<p>Un fait plus curieux est ce qui arriva, peu de temps avant son érection,
+dans la rue <i>des Marmousets</i>, <span class="pagenum"><a id="page282" name="page282"></a>(p. 282)</span> qui y conduit. Louis VI, dit le
+Gros, y avoit fait abattre, de sa propre autorité, une maison située
+près de la porte du cloître, laquelle appartenoit à un chanoine: il
+trouvoit que cette maison, trop saillante, rendoit le passage incommode.
+Le chapitre aussitôt réclama ses droits et ses immunités, et le fit avec
+une telle vivacité, que Louis reconnut son tort, promit de ne plus rien
+attenter de semblable, et consentit même à payer un denier d'or
+d'amende. Bien plus, afin que cette réparation fût aussi authentique que
+les chanoines le désiroient, il la fit le jour même qu'il épousoit
+Adélaïde de Savoie, et avant de recevoir la bénédiction nuptiale; enfin
+le monarque alla jusqu'à permettre qu'il en fût fait mention dans les
+registres du chapitre. Il eût mieux valu peut-être que le pouvoir royal
+eût été renfermé dans des bornes moins étroites; mais il est beau de
+voir un prince aussi religieux à maintenir les priviléges des citoyens,
+et les lois qu'il a juré d'observer<a id="footnotetag312" name="footnotetag312"></a><a href="#footnote312" title="Go to footnote 312"><span class="smaller normal">[312]</span></a>.</p>
+
+<p>Le pavé de cette chapelle étoit beaucoup plus bas que celui de la rue;
+et c'étoit une preuve de plus de l'exhaussement considérable qu'avoit
+éprouvé le sol de la Cité.</p>
+
+<h2><span class="pagenum"><a id="page283" name="page283"></a>(p. 283)</span> SAINTE-MARINE.</h2>
+
+<p>En revenant vers Notre-Dame, on trouve cette petite église dans un
+cul-de-sac qui a son entrée par la rue Saint-Pierre-aux-B&oelig;ufs.
+Quelques historiens ont cru qu'elle n'avoit été bâtie qu'au commencement
+du treizième siècle, lorsque les reliques de sainte Marine furent
+transportées de l'Orient à Venise<a id="footnotetag313" name="footnotetag313"></a><a href="#footnote313" title="Go to footnote 313"><span class="smaller normal">[313]</span></a>. L'abbé Lebeuf pense que cette
+église a pu être construite à cette époque par les soins de quelque
+Vénitien; et ce qui le fortifie dans cette opinion, c'est qu'il y avoit
+de son temps, dans le voisinage, une rue dite <i>la rue de Venise</i>. Ce
+savant s'est trompé: la rue en question devoit son nom à une enseigne de
+l'écu de Venise, sans qu'il soit nécessaire d'avoir recours à un homme
+de cette nation; et elle n'étoit appelée ainsi que depuis deux cents
+ans. Auparavant <span class="pagenum"><a id="page284" name="page284"></a>(p. 284)</span> et du temps même de François I<sup>er</sup>, on la
+nommoit rue des <i>Dix-Huit</i>, à cause d'un petit hôpital ou collége dont
+il sera question à l'article de la Sorbonne. Quant à l'église dont nous
+parlons, l'origine en est tout-à-fait inconnue; on sait seulement
+qu'elle existoit long-temps avant le treizième siècle, et Jaillot
+prétend avoir lu un diplôme, sans date, de Henri I<sup>er</sup>, mais qu'on
+estime être de l'an 1036<a id="footnotetag314" name="footnotetag314"></a><a href="#footnote314" title="Go to footnote 314"><span class="smaller normal">[314]</span></a>, par lequel ce prince fait don de l'église
+de Sainte-Marine à Imbert, évêque de Paris.</p>
+
+<p>C'étoit, avant la révolution, la paroisse du palais archiépiscopal et
+des cours, et celle où se faisoient les mariages ordonnés par
+l'officialité. Anciennement, ceux que ce tribunal avoit condamnés,
+étoient mariés avec un anneau de paille. Nous ignorons l'origine de cet
+usage, et nous ne jugeons pas à propos de rapporter l'explication
+bouffonne que Saint-Foix en a donnée<a id="footnotetag315" name="footnotetag315"></a><a href="#footnote315" title="Go to footnote 315"><span class="smaller normal">[315]</span></a>.</p>
+
+<h2><span class="pagenum"><a id="page285" name="page285"></a>(p. 285)</span> SAINT-PIERRE-AUX-B&OElig;UFS.</h2>
+
+<p>Plus près encore de la cathédrale, et dans la rue qui porte son nom, est
+l'église de Saint-Pierre-aux-B&oelig;ufs.</p>
+
+<p>On peut aussi la mettre au nombre de ces édifices très-anciens, dont
+l'origine incertaine et la dénomination singulière ont fort exercé
+l'imagination des érudits. Plusieurs ont cru qu'elle avoit été autrefois
+la paroisse des bouchers de la Cité, ou le lieu de leur confrérie, et
+vouloient expliquer par là et son surnom et les deux têtes de b&oelig;ufs
+qui étoient sculptées sur son portail<a id="footnotetag316" name="footnotetag316"></a><a href="#footnote316" title="Go to footnote 316"><span class="smaller normal">[316]</span></a>. D'autres ont pensé qu'on y
+marquoit les b&oelig;ufs avec une clef ardente, pour les préserver de
+certaines maladies; quelques-uns ont eu recours à un miracle. L'abbé
+Lebeuf considéroit ces deux têtes comme les armes parlantes d'une
+ancienne famille de Paris<a id="footnotetag317" name="footnotetag317"></a><a href="#footnote317" title="Go to footnote 317"><span class="smaller normal">[317]</span></a>. Toutes ces opinions diverses, qui ne
+reposent sur aucun monument historique, ne méritent <span class="pagenum"><a id="page286" name="page286"></a>(p. 286)</span> point
+d'être discutées, et il est permis à chacun de faire ses conjectures.</p>
+
+<p>Cette église étoit sans doute dans la censive du monastère de
+Saint-Éloi, puisqu'elle fait partie de ses dépendances, et qu'on la
+trouve au nombre des chapelles qui furent données, en 1107, au monastère
+de Saint-Pierre-des-Fossés. Elle fut érigée, quelque temps après, en
+paroisse, ainsi que Saint-Pierre-des-Arcis et Sainte-Croix; et l'évêque
+de Paris, devenu l'héritier des droits de ce monastère, nommoit à la
+cure. Cette cure étoit modique, et n'embrassoit qu'une partie des rues
+environnantes<a id="footnotetag318" name="footnotetag318"></a><a href="#footnote318" title="Go to footnote 318"><span class="smaller normal">[318]</span></a>.</p>
+
+<h2>SAINT-CHRISTOPHE.</h2>
+
+<p>Dans la rue Saint-Christophe, qui aboutit au parvis Notre-Dame, étoit
+une église sous l'invocation de ce saint: on l'abattit en 1747, pour
+agrandir le parvis et reconstruire la chapelle des Enfants-Trouvés.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page287" name="page287"></a>(p. 287)</span> Cette église existoit déjà au septième siècle. Quelques auteurs
+ont avancé qu'elle étoit la chapelle des comtes de Paris; et pour
+soutenir cette assertion, ils ont produit des titres qu'ils avoient mal
+entendus. Sauval, surtout, s'est trompé sur les noms, les faits et les
+dates qu'il rapporte en parlant de cette église<a id="footnotetag319" name="footnotetag319"></a><a href="#footnote319" title="Go to footnote 319"><span class="smaller normal">[319]</span></a>.</p>
+
+<p>Une ancienne charte<a id="footnotetag320" name="footnotetag320"></a><a href="#footnote320" title="Go to footnote 320"><span class="smaller normal">[320]</span></a> prouve qu'en 690 l'église Saint-Christophe
+étoit la chapelle d'un monastère de filles, dont l'abbesse se nommoit
+Landetrude: quel étoit ce monastère? on l'ignore; on ne sait pas même ce
+que devinrent ces religieuses, qui durent en sortir dans le siècle
+suivant; car au commencement du neuvième siècle cette maison devint un
+hôpital dans lequel on recueilloit les indigents<a id="footnotetag321" name="footnotetag321"></a><a href="#footnote321" title="Go to footnote 321"><span class="smaller normal">[321]</span></a>.</p>
+
+<p>Elle étoit alors desservie alternativement, et de semaine en semaine,
+par deux prêtres que nommoient les chanoines de Notre-Dame. Mais ce
+chapitre étant devenu seul possesseur de l'hospice, comme nous le dirons
+par la suite, on bâtit une autre chapelle, qui reçut aussi le nom de
+Saint-Christophe, et fut érigée en paroisse au douzième siècle. Elle fut
+ensuite rebâtie vers la fin du quinzième. Cette dernière église a
+subsisté jusqu'en 1747.</p>
+
+<h2><span class="pagenum"><a id="page288" name="page288"></a>(p. 288)</span> S<sup>te</sup>-GENEVIÈVE-DES-ARDENTS.</h2>
+
+<p>Derrière Saint-Christophe, et à peu de distance de cette église, étoit
+celle de Sainte-Geneviève-des-Ardents, dont l'origine est absolument
+inconnue.</p>
+
+<p>L'histoire de cette fille admirable, que ses vertus et sa piété
+rendirent respectable même à des rois païens, et célèbre, sans qu'elle
+cherchât à sortir de l'obscurité où la Providence l'avoit placée; qui,
+tant qu'elle vécut, fut le conseil, le refuge et la consolation des
+habitants de Paris, et mérita, après sa mort, cet honneur insigne d'être
+regardée comme la patronne d'une ville appelée à de si hautes destinées;
+cette histoire si extraordinaire et si touchante est trop connue pour
+que nous croyions devoir la répéter. La tradition s'en est transmise
+d'âge en âge; et jusque dans les derniers temps de la monarchie, on a vu
+le peuple de cette capitale, au milieu de ses plus grandes calamités,
+tourner d'abord ses regards vers son ancienne protectrice, implorer la
+clémence du ciel par son intercession, suivre avec transport ses
+reliques <span class="pagenum"><a id="page289" name="page289"></a>(p. 289)</span> vénérées au milieu des rues et des places publiques,
+et attribuer à cette protection puissante la cessation des fléaux dont
+il étoit affligé.</p>
+
+<p>En 1129 ou 1130, Paris et ses environs se virent en proie à une maladie
+terrible, qu'aucun remède ne pouvoit vaincre, et que l'on nomma <i>le feu
+sacré</i> ou <i>le mal des ardents</i>. Ses ravages furent si rapides et si
+terribles, l'impossibilité de les arrêter par aucun secours humain
+tellement démontrée, qu'on ne chercha plus que celui du ciel, dont la
+colère avoit envoyé ce fléau. On eut recours, pour l'apaiser, aux
+jeûnes, aux prières, et surtout à l'intercession de la bienheureuse
+Geneviève. La châsse de la sainte fut descendue et portée
+processionnellement à la cathédrale. On prétend que la nef et le parvis
+étoient remplis de malades qui, en passant sous ces reliques
+miraculeuses, furent guéris à l'instant, à l'exception de trois, dont
+l'incrédulité servit à rehausser l'éclat du prodige et la gloire de la
+sainte patronne. On ajoute que le pape Innocent II, alors à Paris, ayant
+fait vérifier ce miracle, ordonna qu'on en feroit la fête tous les ans,
+sous le titre d'<i>Excellence de la bienheureuse vierge Geneviève</i>. Depuis
+elle a été célébrée sous celui de <i>Miracle des Ardents</i>.</p>
+
+<p>Toutefois l'église dont nous parlons existoit long-temps avant la
+procession célèbre de l'année 1139. Ceux qui se sont imaginé que cette
+procession passa <span class="pagenum"><a id="page290" name="page290"></a>(p. 290)</span> le long de ses murs, se sont néanmoins
+trompés, car la rue Notre-Dame n'étoit point encore ouverte. On arrivoit
+alors à la cathédrale par une rue nommée des <i>Sablons</i> ou <i>Vieille rue
+Notre-Dame</i>, qui étoit proche de la rivière, et aboutissoit directement
+au portail de l'ancien édifice qu'a remplacé la cathédrale
+d'aujourd'hui. Ce portail étoit situé à l'endroit où est maintenant le
+milieu de la nouvelle nef, en tirant un peu vers le midi<a id="footnotetag322" name="footnotetag322"></a><a href="#footnote322" title="Go to footnote 322"><span class="smaller normal">[322]</span></a>.</p>
+
+<p>Il est certain, comme nous l'avons déjà dit, que sainte Geneviève avoit
+une habitation et un oratoire dans la Cité. Il n'est pas moins constant
+que les chanoines du monastère élevé en son honneur sur le bord
+méridional, possédoient dans l'île une censive, un hospice et une petite
+chapelle; qu'ils jouissoient d'une prébende et d'une vicairie dans
+l'église cathédrale, et qu'à l'exemple des autres religieux qui
+habitoient sur les deux rives de la Seine, ils se retirèrent dans leur
+hospice, pour se soustraire, eux et leurs richesses, à la fureur des
+Normands. Dans l'enceinte de cet hospice étoit une chapelle qui en
+dépendoit: cette chapelle devint dans la suite l'église dont nous
+faisons l'histoire. On l'appela <i>Sainte-Geneviève-la-Petite</i>; et même,
+long-temps après le miracle dont nous venons de parler, elle n'avoit
+point <span class="pagenum"><a id="page291" name="page291"></a>(p. 291)</span> d'autre nom. Il est probable que la fête établie en
+mémoire d'un aussi grand événement se célébrant avec plus de solennité
+dans une église qui portoit le nom de la sainte et près de laquelle il
+étoit arrivé, par suite des temps la dévotion des fidèles fit donner à
+cette église le surnom des <i>Ardents</i>.</p>
+
+<p>Voilà ce que nous avons pu recueillir de plus authentique sur ce vieux
+monument. En 1202 les chanoines cédèrent la chapelle de Sainte-Geneviève
+ainsi que la prébende et la vicairie qu'ils avoient à Notre-Dame, à
+Eudes de Sully, évêque de Paris; et il y a apparence que c'est alors
+qu'elle fut érigée en paroisse<a id="footnotetag323" name="footnotetag323"></a><a href="#footnote323" title="Go to footnote 323"><span class="smaller normal">[323]</span></a>. Elle a subsisté jusqu'en 1747,
+qu'elle fut détruite pour agrandir l'hôpital des Enfants-Trouvés. La
+structure du sanctuaire ressembloit aux constructions du temps de
+Louis-le-Jeune; ce qui fait présumer qu'elle étoit de cette époque. Le
+portail en fut refait en 1402. On voyoit au milieu l'image de sainte
+Geneviève entre saint Jean-Baptiste et saint Jacques-le-Majeur; à côté,
+dans une niche, étoit la statue d'un homme agenouillé, ayant les cheveux
+courts et le capuchon abattu. On prétend que c'étoit l'image du célèbre
+<i>Nicolas Flamel</i><a id="footnotetag324" name="footnotetag324"></a><a href="#footnote324" title="Go to footnote 324"><span class="smaller normal">[324]</span></a>, lequel avoit contribué à cette réparation par ses
+libéralités.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page292" name="page292"></a>(p. 292)</span> Il nous reste à faire connoître encore deux anciennes églises
+qui, comme celle-ci, ne subsistent plus, <i>Saint-Jean-le-Rond</i> et
+<i>Saint-Denis-du-Pas</i>; mais leur histoire étant plus intimement liée à
+celle de l'église cathédrale, nous croyons devoir parler auparavant de
+ce grand et antique édifice.</p>
+
+<h2>NOTRE-DAME.</h2>
+
+<p>On est naturellement porté à croire qu'un monument de cette importance,
+que la première église de Paris offrira des traditions plus sûres et
+dans son origine et dans les révolutions qu'elle a éprouvées, que cette
+foule de chapelles obscures dont nous venons d'exposer si péniblement
+l'histoire. Cependant cette origine est enveloppée de ténèbres encore
+plus épaisses; et aucun point de l'histoire de Paris n'offre plus de
+difficultés, n'a excité plus d'opinions diverses parmi ceux qui ont
+écrit de ses antiquités.</p>
+
+<p>Ils ne sont d'accord ni sur le nom, ni sur l'origine, <span class="pagenum"><a id="page293" name="page293"></a>(p. 293)</span> ni même
+sur la position de cette première basilique des Parisiens. Les uns l'ont
+placée dans la Cité, les autres dans les faubourgs; et ceux qui
+s'accordent dans l'une de ces deux opinions, se divisent ensuite
+lorsqu'il est question de fixer le véritable lieu qu'elle occupoit.
+Parmi ceux qui la mettent dans la Cité, quelques-uns croient que sa
+situation fut celle de Saint-Denis-du-Pas; ceux-ci veulent qu'elle
+s'éleva à l'endroit même où est aujourd'hui Notre-Dame; ceux-là, dans un
+lieu voisin, sous le nom de Saint-Étienne. Les partisans de l'autre
+système offrent la même variété dans leurs conjectures: les uns pensent
+qu'elle étoit à la place où l'on a bâti depuis l'église Saint-Marcel;
+d'autres à la Trinité, depuis Saint-Benoît; plusieurs à
+Notre-Dame-des-Champs, qui fut ensuite le monastère des Carmélites. Il
+n'y a pas moins de contradictions sur son fondateur: on ne sait si c'est
+saint Denis ou quelqu'un de ses successeurs, ni lequel de ceux-ci. Enfin
+cette obscurité s'est étendue jusque sur l'édifice actuellement
+existant, que ces mêmes historiens, toujours divisés, attribuent à
+Childebert, au roi Robert, à Erkenrad, évêque de Paris, à Maurice et
+Eudes de Sully, deux de ses successeurs.</p>
+
+<p>Depuis que la science et la critique ont fait de véritables progrès, il
+n'est plus permis de soutenir des opinions aussi visiblement fausses que
+celle par laquelle on a prétendu que, même après <span class="pagenum"><a id="page294" name="page294"></a>(p. 294)</span> la paix
+accordée à l'église par Constantin, les évêques avoient eu les siéges de
+leurs églises hors des cités, et par conséquent que la cathédrale de
+Paris a été autrefois à la place de Saint-Marcel ou de toute autre
+église sur la rive méridionale.</p>
+
+<p>Il est également impossible de supposer, avec quelque vraisemblance, que
+saint Denis ait fondé un oratoire dans l'enceinte de la Cité; il est
+vrai que les actes de ce saint en font mention, ainsi que du clergé
+qu'il institua: «<i>Ecclesiam illis quæ necdùm in locis erat, et populis
+illis novam construxit, ac officia servientium clericorum ex more
+instituit</i><a id="footnotetag325" name="footnotetag325"></a><a href="#footnote325" title="Go to footnote 325"><span class="smaller normal">[325]</span></a>.» Mais les historiens de la ville et de l'église de
+Paris, qui se sont appuyés d'un semblable témoignage, n'ont pas réfléchi
+que ces actes n'ont été rédigés qu'à la fin du sixième siècle, et
+peut-être plus tard, sur la foi d'une simple tradition, et l'auteur en
+convient lui-même: «<i>Sicut fidelium relatione didicimus.</i>» Une semblable
+autorité peut-elle donc balancer celle de tant de monuments historiques,
+qui nous apprennent que, jusqu'au commencement du quatrième siècle, les
+chrétiens n'ont cessé d'être en butte à des persécutions qui ne
+sembloient se ralentir quelques instants que pour se rallumer avec plus
+de fureur; que, loin d'avoir <span class="pagenum"><a id="page295" name="page295"></a>(p. 295)</span> des temples publics, ces premiers
+fidèles trouvoient à peine des asiles assez secrets pour se dérober aux
+recherches de leurs aveugles ennemis? On sait d'ailleurs que les progrès
+assez lents que l'Évangile avoit faits dans les Gaules<a id="footnotetag326" name="footnotetag326"></a><a href="#footnote326" title="Go to footnote 326"><span class="smaller normal">[326]</span></a>, et dont on
+ne trouve de monuments remarquables qu'en 177, dans les actes des
+célèbres martyrs de Lyon et de Vienne, furent arrêtés tout à coup par
+les persécutions nouvelles de Marc-Aurèle et de Sévère: depuis ce temps,
+soit que les pasteurs eussent été tous immolés, soit que la peur eût
+dispersé le troupeau des chrétiens, on n'en trouve plus de vestiges
+jusque sous l'empire de Dèce, au milieu du troisième siècle. À cette
+époque, selon Grégoire de Tours<a id="footnotetag327" name="footnotetag327"></a><a href="#footnote327" title="Go to footnote 327"><span class="smaller normal">[327]</span></a>, de nouveaux apôtres, au nombre
+desquels étoit saint Denis, furent envoyés dans les Gaules. Alors on
+persécutoit plus que jamais les chrétiens; et Paris, où l'ardeur de son
+zèle conduisit ce saint évêque, étoit, comme toutes les autres villes de
+cette vaste contrée, soumis aux Romains, imbu de leurs préjugés et
+adorateurs de leurs faux dieux. Étoit-il possible que, dans des
+circonstances aussi difficiles, saint Denis pût bâtir sans obstacle une
+église dans le sein de la ville et même dans les faubourgs? N'est-il pas
+plus raisonnable de croire que, se conformant à <span class="pagenum"><a id="page296" name="page296"></a>(p. 296)</span> cette prudence
+prescrite par Jésus-Christ même, laquelle ne permettoit ni de s'offrir
+au martyre, ni de l'éviter, et réglant sa conduite sur celle des hommes
+apostoliques qui l'avoient précédé, il réunit ses néophytes dans des
+<i>cryptes</i> ou lieux souterrains écartés, tant pour les instruire dans la
+parole de Dieu, que pour les faire participer aux mystères de la
+religion? Ainsi, sans rejeter entièrement cette tradition, qu'il forma
+une église à Paris, il faudra l'entendre seulement d'une <i>assemblée de
+fidèles</i>, avec laquelle il célébra ces mystères augustes. On peut même
+accorder qu'il choisit pour cette célébration les lieux où furent depuis
+Saint-Marcel, Saint-Benoît et les Carmélites; mais, comme nous l'avons
+déjà dit, il faut absolument rejeter l'idée qu'aucune de ces églises ait
+été la première cathédrale de Paris.</p>
+
+<p>Les successeurs immédiats de saint Denis vinrent eux-mêmes dans des
+temps non moins orageux<a id="footnotetag328" name="footnotetag328"></a><a href="#footnote328" title="Go to footnote 328"><span class="smaller normal">[328]</span></a>, et prêchèrent dans des lieux encore
+arrosés de son sang. Ce ne fut qu'en 313, lorsque Constantin eut placé
+la religion à côté du trône des Césars, et fait restituer aux chrétiens
+les biens dont ils avoient été dépouillés, qu'il fut possible de rebâtir
+<span class="pagenum"><a id="page297" name="page297"></a>(p. 297)</span> les basiliques ruinées, et d'en élever de nouvelles. Les
+évêques de Paris durent profiter d'une circonstance aussi favorable pour
+faire construire une église dans la Cité; et l'on en trouve enfin des
+indices certains sous l'épiscopat de <i>Prudentius</i>, vers la fin du
+quatrième siècle<a id="footnotetag329" name="footnotetag329"></a><a href="#footnote329" title="Go to footnote 329"><span class="smaller normal">[329]</span></a>. Cette église étoit située sur le bord de la
+Seine, à peu près à l'endroit où est la chapelle inférieure et la
+dernière cour de l'archevêché; et comme on étoit très-exact à tourner le
+<i>chevet</i> ou <i>rond-point</i> de ces édifices vers l'orient, sans avoir égard
+à l'alignement des rues, dont le désordre d'ailleurs alors étoit
+très-grand, il est probable que le <i>fond</i> de cette petite église étoit
+dans la direction du lieu où est située maintenant l'église de
+Saint-Gervais.</p>
+
+<p>Sur cette ancienne disposition des rues, il est difficile de rien dire
+que de conjectural, et d'indiquer autre chose que ce qui pouvoit être,
+d'après la connoissance que l'on a des principaux monuments qui, à cette
+époque, existoient dans la Cité. Il faut se figurer qu'alors la pointe
+de l'île se terminoit à peu près à l'endroit où étoit autrefois le pont
+Rouge; car l'espace appelé le <span class="pagenum"><a id="page298" name="page298"></a>(p. 298)</span> <i>Terrain</i><a id="footnotetag330" name="footnotetag330"></a><a href="#footnote330" title="Go to footnote 330"><span class="smaller normal">[330]</span></a> ne s'est formé
+que, par succession de temps, des décombres que produisit la démolition
+des vieilles églises auxquelles a succédé la cathédrale que nous voyons
+à présent. Comme le pont Notre-Dame n'existoit point encore, il ne
+pouvoit y avoir une rue qui continuât en <i>droite ligne</i>, à partir du
+Petit-Pont; mais elle devoit suivre une <i>diagonale</i> pour arriver à la
+porte du septentrion, où étoit le Grand-Pont, seule issue que l'île eût
+alors de ce côté. Il est facile, d'après cela, de se faire une idée de
+la manière dont devoient être tournées les rues aboutissantes à cette
+grande rue qui conduisoit d'un pont à l'autre. Quant aux chapelles et
+monastères qu'on a vu s'élever de tous côtés au milieu de cet espace,
+ils ne doivent point embarrasser, parce que, jusqu'au <span class="pagenum"><a id="page299" name="page299"></a>(p. 299)</span> règne de
+Childebert, fils de Clovis, il n'y eut qu'une seule église à Paris, et
+déjà ce n'étoit plus la même qui avoit existé du temps de l'évêque
+<i>Prudentius</i>. Le nombre des habitants de Paris, et par conséquent des
+chrétiens s'étant fort augmenté, on en avoit rebâti une plus grande et
+plus magnifique au même endroit. Fortunat<a id="footnotetag331" name="footnotetag331"></a><a href="#footnote331" title="Go to footnote 331"><span class="smaller normal">[331]</span></a>, qui vivoit peu de temps
+après, parle des colonnes de marbre, des vitraux superbes dont elle
+étoit décorée, de la hauteur de ses voûtes, et donne à entendre que
+c'étoit au roi Childebert qu'elle devoit tant de magnificence.</p>
+
+<p>Plusieurs titres incontestables, parmi lesquels il en est un qui remonte
+à l'an 860<a id="footnotetag332" name="footnotetag332"></a><a href="#footnote332" title="Go to footnote 332"><span class="smaller normal">[332]</span></a>, nous apprennent que cette ancienne cathédrale a d'abord
+porté le nom de Saint-Étienne. C'est en vain que quelques érudits ont
+prétendu qu'il étoit question, dans ces anciens écrits, de
+Saint-Étienne-des-Grés, de Saint-Étienne-du-Mont et même de l'abbaye
+Saint-Germain-des-Prés, dont ce premier martyr étoit un ancien patron:
+il a été prouvé que les deux premières églises n'existoient pas encore
+<span class="pagenum"><a id="page300" name="page300"></a>(p. 300)</span> à cette époque, et quant à la troisième, que non-seulement
+l'église de Saint-Germain-des-Prés n'a jamais été connue sous le nom de
+Saint-Étienne, mais que ce dernier titre ne lui a même jamais été donné
+par <i>adjonction</i>, tandis qu'on y a joint quelquefois le nom de
+Saint-Vincent.</p>
+
+<p>Toutefois, par un titre qui n'est guère postérieur aux premiers<a id="footnotetag333" name="footnotetag333"></a><a href="#footnote333" title="Go to footnote 333"><span class="smaller normal">[333]</span></a>, on
+voit que cette église étoit composée de deux édifices, dont l'un étoit
+la basilique de Notre-Dame, et l'autre celle de Saint-Étienne. Aussi
+Grégoire de Tours, parlant de l'incendie qui réduisit en cendres toutes
+les maisons de l'île de Paris en l'an 586, dit que <i>les seules églises
+furent exceptées</i>. Cette pluralité des églises dans la Cité ne peut
+s'entendre que des édifices qui en formoient depuis peu la cathédrale.
+Saint-Étienne avoit été le premier de ces édifices; ensuite, suivant
+l'ancien usage où l'on étoit de bâtir de petites églises autour des
+grandes basiliques, il est à présumer qu'on en avoit élevé une à côté,
+sous l'invocation de la Vierge. Ce monument s'étant trouvé trop petit
+par l'augmentation du nombre des fidèles, on l'aura rebâti et agrandi
+sous le règne de Childebert; et c'est alors sans doute que la basilique
+nouvelle sera devenue <span class="pagenum"><a id="page301" name="page301"></a>(p. 301)</span> la cathédrale, par une autre coutume
+assez fréquente dans ces temps-là, de donner aux églises neuves qui
+remplaçoient les anciennes, ou ruinées ou trop petites, un <i>vocable</i>
+différent du premier patron. Voilà ce que nous avons pu recueillir de
+plus vraisemblable sur la première origine de Notre-Dame de Paris.</p>
+
+<p>Quelles que soient les objections que l'on imagine d'élever contre cette
+hypothèse, on ne peut nier du moins que, sans compter un grand nombre
+d'autres autorités, il n'existe une charte authentique de Childebert
+lui-même, par laquelle il donne la terre de Celle, près
+Montereau-Faut-Yonne, à l'église mère de Paris, <i>qui est dédiée en
+l'honneur de sainte Marie</i>, etc.<a id="footnotetag334" name="footnotetag334"></a><a href="#footnote334" title="Go to footnote 334"><span class="smaller normal">[334]</span></a>, et que par conséquent cette
+église ne fût déjà bâtie sous la première race de nos rois: du reste, on
+n'a que des traditions confuses sur les révolutions<a id="footnotetag335" name="footnotetag335"></a><a href="#footnote335" title="Go to footnote 335"><span class="smaller normal">[335]</span></a> <span class="pagenum"><a id="page302" name="page302"></a>(p. 302)</span>
+qu'elle a pu éprouver jusqu'au moment où elle fit place au monument
+qu'on voit aujourd'hui. A-t-elle été rebâtie depuis Childebert par
+l'évêque Erkenrad, comme on l'a prétendu? l'abbé Lebeuf est porté à le
+croire, et cette opinion n'a rien qui la rende invraisemblable. Il n'en
+est pas de même de celle par laquelle on veut établir que l'édifice
+actuel, commencé par le roi Robert, fut continué par ses successeurs
+jusqu'à Philippe-Auguste, sous le règne duquel Maurice de Sully eut la
+gloire de l'achever: non-seulement l'architecture de cette église
+n'offre aucun caractère qui puisse la faire attribuer aux siècles qui
+ont précédé cet évêque, mais il existe plusieurs témoignages qui
+prouvent qu'il le fit édifier dès ses fondements<a id="footnotetag336" name="footnotetag336"></a><a href="#footnote336" title="Go to footnote 336"><span class="smaller normal">[336]</span></a>. Toutefois il est
+probable que les anciennes fondations avoient été conservées, et que ce
+fut sur ces fondations que fut élevé le ch&oelig;ur de l'église
+nouvelle<a id="footnotetag337" name="footnotetag337"></a><a href="#footnote337" title="Go to footnote 337"><span class="smaller normal">[337]</span></a>. En effet, il est remarquable que cette partie, trop
+étroite pour la hauteur et la largeur du monument entier, n'est point
+dans l'alignement de la nef, et que celle-ci fait un coude léger. Cette
+irrégularité semble être le résultat d'un plan par lequel Maurice auroit
+voulu que le portail se trouvât en face de la <span class="pagenum"><a id="page303" name="page303"></a>(p. 303)</span> rue nouvelle
+qu'il avoit fait ouvrir, et à laquelle il donna le nom de rue
+Notre-Dame, qu'elle porte encore aujourd'hui.</p>
+
+<p>Ce fut vers l'an 1160 que cet évêque entreprit de faire une seule
+basilique des deux églises, et de leur donner une étendue beaucoup plus
+considérable du côté de l'occident. Celle de Notre-Dame fut d'abord
+abattue jusqu'aux fondements, comme nous venons de le dire, et l'on
+éleva sur le champ le nouveau sanctuaire. Ce ne fut qu'environ cinquante
+ans après, que la vieille église de Saint-Étienne fut détruite<a id="footnotetag338" name="footnotetag338"></a><a href="#footnote338" title="Go to footnote 338"><span class="smaller normal">[338]</span></a>,
+lorsque l'on commença la construction des ailes, qu'elle auroit gênée du
+côté méridional. Une inscription qu'on lit sur les pierres du portail de
+la croisée fait foi qu'on travailloit encore à cette partie de l'église
+en 1257. Le portail et les chapelles du côté du nord ne furent achevés
+que dans le quatorzième siècle, de manière que cette immense
+construction fut le résultat de près de trois siècles de travaux non
+interrompus. Cependant on n'avoit pas attendu son entier achèvement pour
+y réunir les fidèles; et lorsque le sanctuaire eut été achevé, la simple
+bénédiction du lieu et des autels<a id="footnotetag339" name="footnotetag339"></a><a href="#footnote339" title="Go to footnote 339"><span class="smaller normal">[339]</span></a> parut suffisante pour y célébrer
+les saints mystères. <span class="pagenum"><a id="page304" name="page304"></a>(p. 304)</span> La dédicace solennelle de l'édifice n'a
+même jamais été faite.</p>
+
+<p>La forme du plan de cette église est une croix latine, dont les
+principales dimensions, dans &oelig;uvre, sont, pour la longueur,
+soixante-cinq toises, pour la largeur, vingt-quatre. La hauteur, sous
+clef de la voûte, est de dix-sept toises deux pieds. La disposition
+générale du plan est grande et noble, les proportions en sont heureuses,
+et ce monument gothique passe, avec raison, pour un des plus vastes et
+des plus beaux qui existent dans la chrétienté<a id="footnotetag340" name="footnotetag340"></a><a href="#footnote340" title="Go to footnote 340"><span class="smaller normal">[340]</span></a>.</p>
+
+<p>La façade, qui fut élevée dès le règne de Philippe-Auguste, est
+remarquable par ses sculptures et par son élévation. Elle est terminée
+par deux grosses tours, hautes de deux cent quatre pieds; elles sont
+carrées, et offrent une largeur de quarante pieds sur chaque dimension.
+L'intervalle qui les sépare étant égale à leur diamètre, il en résulte
+que la façade entière du portail est de cent vingt pieds. On communique
+de l'une à l'autre tour par deux galeries hors d'&oelig;uvre.</p>
+
+<p>Cette façade est percée de trois portes, au-dessus desquelles étoient
+rangées, sur une seule ligne, les statues<a id="footnotetag341" name="footnotetag341"></a><a href="#footnote341" title="Go to footnote 341"><span class="smaller normal">[341]</span></a> de vingt-sept de nos
+rois, dont le <span class="pagenum"><a id="page305" name="page305"></a>(p. 305)</span> premier étoit Childebert, et le dernier
+Philippe-Auguste. On y voyoit Pépin-le-Bref monté sur un lion, ce qui
+étoit un monument de la victoire éclatante qu'il remporta sur un de ces
+terribles animaux.</p>
+
+<p>Les sculptures placées dans les voussures ogives<a id="footnotetag342" name="footnotetag342"></a><a href="#footnote342" title="Go to footnote 342"><span class="smaller normal">[342]</span></a> de ces trois
+portes et dans les niches au-dessous, offrent cette multiplicité, cet
+entassement d'objets qui fait le caractère de la barbarie gothique. Au
+portail du milieu est représenté Jésus-Christ sous plusieurs aspects
+avec les apôtres, les symboles des quatre évangélistes, les prophètes et
+même les sibylles. Dans les côtés sont figurés les vertus et les vices
+sous l'emblème de divers animaux. On y remarque encore une
+représentation grossière du jugement dernier, et dans les pilastres qui
+séparent ce portail d'avec les deux autres, sont placées deux grandes
+statues de femmes, dont l'une est la Foi et l'autre la Religion.</p>
+
+<p>Au portail de la tour voisine du cloître, on voit la statue de la
+Vierge, celles des prophètes qui l'ont prédite, sa mort, son
+couronnement; à droite et à gauche, saint Jean-Baptiste, saint <span class="pagenum"><a id="page306" name="page306"></a>(p. 306)</span>
+Étienne, sainte Geneviève, saint Germain, saint Denis, et un roi qu'on
+ne peut désigner. Ces figures sont du treizième siècle.</p>
+
+<p>Celles du portail à droite, qui paroissent plus anciennes, offrent une
+réunion d'objets encore plus incohérents. La Vierge y figure de nouveau
+avec la crèche, les trois mages, des rois, des apôtres, des évêques de
+Paris; et parmi ces derniers, saint Marcel, reconnoissable à sa crosse,
+à sa mitre et au dragon qu'il a sous les pieds. Toutes ces sculptures,
+dont la plus grande partie existe encore, ont éprouvé de grandes
+dégradations, ainsi que celles qui ornent les portails des deux
+croisées, lesquelles sont à peu près du même style et de la même
+composition<a id="footnotetag343" name="footnotetag343"></a><a href="#footnote343" title="Go to footnote 343"><span class="smaller normal">[343]</span></a>.</p>
+
+<p>On entre par toutes ces portes dans l'église dont la nef et le ch&oelig;ur
+sont accompagnés de doubles ailes voûtées, au-dessus desquelles
+s'élèvent <span class="pagenum"><a id="page307" name="page307"></a>(p. 307)</span> des galeries spacieuses, et qui règnent tout à
+l'entour de l'édifice. Toutes ces constructions sont soutenues par cent
+vingt piliers et cent huit colonnes. On compte encore dans ce vaste
+contour quarante-cinq chapelles<a id="footnotetag344" name="footnotetag344"></a><a href="#footnote344" title="Go to footnote 344"><span class="smaller normal">[344]</span></a>.</p>
+
+<p>Les différentes voûtes de cet édifice sont contre-butées à l'extérieur
+par un grand nombre d'arcs-boutants de différentes hauteurs, lesquels
+opposent leur résistance à l'effort de la <i>poussée</i>. Ce moyen,
+constamment employé par les Goths, leur ayant permis d'élever à une
+hauteur excessive des murs auxquels ils ont conservé peu d'épaisseur,
+donne à leur architecture cette apparence de légèreté encore augmentée
+par la subdivision infinie de ces faisceaux de colonnes d'un très-petit
+diamètre qui composent leurs piliers, et qu'ils ont eu l'adresse de
+figurer jusque dans les nervures croisées et intérieures de ces voûtes.</p>
+
+<p>Quant à l'extérieur, ces piliers sont la plupart terminés en obélisques.
+Les pignons<a id="footnotetag345" name="footnotetag345"></a><a href="#footnote345" title="Go to footnote 345"><span class="smaller normal">[345]</span></a> en forme <span class="pagenum"><a id="page308" name="page308"></a>(p. 308)</span> de frontons sont évidés au milieu
+par des roses<a id="footnotetag346" name="footnotetag346"></a><a href="#footnote346" title="Go to footnote 346"><span class="smaller normal">[346]</span></a> à jour, d'un travail très-délicat, et dont les plus
+grandes ont quarante pieds de diamètre. Celle qui est du côté de
+l'archevêché a été reconstruite en entier sur le même dessin, en 1726,
+par Claude Pinet, appareilleur, sous les ordres de M. Boffraud,
+architecte. On admire les anciens vitraux colorés qui remplissent la
+rose du grand portail et celles des croisées. Ils ont été réparés, en
+1752, par Pierre Leviel, vitrier, auteur d'un traité sur ce genre de
+peinture, que l'on croyoit perdu, et dont il a retrouvé les divers
+procédés.</p>
+
+<p>Trois galeries en dehors forment, à diverses hauteurs, des espèces de
+<i>ceintures d'entrelas</i><a id="footnotetag347" name="footnotetag347"></a><a href="#footnote347" title="Go to footnote 347"><span class="smaller normal">[347]</span></a> qui unissent ensemble toutes ces formes
+pyramidales, et rassurent l'&oelig;il sur leur solidité, en même temps
+qu'elles présentent, par la richesse et la variété de leurs ornements,
+une heureuse opposition avec le <i>lisse</i> des murs et des contreforts. La
+<span class="pagenum"><a id="page309" name="page309"></a>(p. 309)</span> première est placée au-dessus des chapelles, la deuxième
+surmonte les galeries de la nef et du ch&oelig;ur, et la troisième règne
+autour du grand comble. Celle-ci, par sa disposition, sert pour faire
+extérieurement la visite de l'église, et contribue à sa conservation en
+facilitant la conduite et l'écoulement des eaux pluviales, ce qui
+s'opère par une multitude de canaux et de gouttières qui les font
+parvenir jusqu'au pied de l'édifice. La charpente, qui a trente pieds
+d'élévation, est en bois de châtaignier.</p>
+
+<p>Lorsqu'il s'agit d'un monument aussi célèbre, on ne doit négliger aucun
+des détails qui semblent intéressants. Avant que le ch&oelig;ur eût été
+orné d'une décoration moderne, il étoit chargé de sculptures gothiques
+représentant, du côté intérieur, l'histoire de la Genèse. Elles avoient
+été exécutées en 1303, aux frais du chanoine Fayet. Celles de
+l'extérieur, qui existent encore, offrent toute la suite du Nouveau
+Testament. Autrefois on lisoit au bas les noms de <i>Jean Ravy</i> et <i>Jean
+Bouthelier</i> son neveu, maçons de Notre-Dame; ce dernier avoit achevé ces
+ouvrages en 1351.</p>
+
+<p>Il faut encore remarquer la ferrure des deux portes latérales de la
+façade. Elle est composée d'enroulements exécutés en fonte de fer, dans
+un style d'ornements qui rappelle le goût grec du Bas-Empire; ce qui
+peut faire présumer que ces pentures, travaillées en arabesques
+très-légères, et <span class="pagenum"><a id="page310" name="page310"></a>(p. 310)</span> ornées de rinceaux<a id="footnotetag348" name="footnotetag348"></a><a href="#footnote348" title="Go to footnote 348"><span class="smaller normal">[348]</span></a> et d'animaux, ont été
+enlevées de quelque autre monument, et appliquées à celui-ci. Cette
+conjecture prend plus de force si l'on observe que ces pentures ne sont
+point pareilles, et que ni la porte du milieu ni les portes des croisées
+ne présentent rien de semblable ou d'analogue. On les attribue cependant
+à un célèbre serrurier nommé <i>Biscornet</i>.</p>
+
+<p>Ce portail est de niveau avec la place: on prétend que du temps de Louis
+XII il s'élevoit beaucoup au-dessus d'elle, et qu'il falloit monter
+plusieurs marches pour entrer dans l'église. On remarque en effet que
+les anciens monuments bâtis dans la plaine s'enterrent successivement
+par l'exhaussement du sol environnant. Il arrive que le temps dépose
+chaque année à leur pied une couche insensible de terre ou de matériaux
+étrangers qui, n'étant point enlevés lorsqu'on renouvelle le pavement
+des rues, surmontent insensiblement les socles et les marches, de
+manière qu'on finit par descendre dans les édifices où l'on montoit
+plusieurs siècles auparavant.</p>
+
+<p>Cette cathédrale avoit été magnifiquement décorée par Louis XIV, qui
+accomplit aussi le v&oelig;u <span class="pagenum"><a id="page311" name="page311"></a>(p. 311)</span> qu'avoit fait son père, d'y élever
+un maître autel digne d'un temple aussi auguste et de la puissance d'un
+grand roi. Malgré les dégradations, les brigandages horribles exécutés
+sur tant de matériaux précieux, de sculptures, de peintures, de
+boiseries artistement travaillées, qui étoient entrés dans la décoration
+de ce grand monument, il reste cependant encore quelques traces de tant
+de richesses; et le groupe de la Mère de douleur, placé dans la niche de
+l'arcade qui est derrière le grand autel, est demeuré intact. La Vierge
+y est représentée les bras étendus vers le ciel; la tête et une partie
+du corps de son fils reposent sur ses genoux; un ange soutient une main
+du Christ, un autre porte sa couronne d'épines. Ce groupe, exécuté en
+marbre blanc par <i>Coustou</i> l'aîné, quoique loin sans doute du style
+grand et pur de la sculpture antique, n'est pas cependant dépourvu de
+beautés, et l'expression y est surtout remarquable. Du reste, l'autel,
+entièrement dégradé, a été refait sur les dessins de feu M. Legrand,
+architecte distingué, et même la décoration intérieure de la totalité du
+sanctuaire est devenue plus noble et plus régulière par la suppression
+du jubé et des chapelles adossées aux deux premiers piliers du ch&oelig;ur:
+ces chapelles, par leur disposition, empêchoient de jouir de l'ensemble
+de ce monument.</p>
+
+<p>Il a été fait trois fouilles remarquables dans <span class="pagenum"><a id="page312" name="page312"></a>(p. 312)</span> cette église;
+la première en 1699, lorsqu'on commença la construction du grand autel.
+On découvrit alors, sous les payés du sanctuaire, les tombes d'un grand
+nombre d'évêques et autres personnages éminents, dont plusieurs y
+avoient été enterrés dès les premiers temps de l'édification du
+monument.</p>
+
+<p>Dans la seconde fouille, entreprise en 1711, pour creuser la <i>crypte</i>
+qui sert de sépulture aux archevêques, furent trouvées neuf pierres
+antiques chargées de sculptures et d'inscriptions en caractères romains.
+Nous donnerons quelques détails sur ces débris d'antiquités en finissant
+de décrire ce quartier<a id="footnotetag349" name="footnotetag349"></a><a href="#footnote349" title="Go to footnote 349"><span class="smaller normal">[349]</span></a>.</p>
+
+<p>Enfin, la troisième fouille, que l'on fit en 1756, pour édifier la
+sacristie et le bâtiment du trésor du côté du midi, détruisit
+entièrement cette ancienne opinion, que les fondations de Notre-Dame
+avoient été bâties sur pilotis. Cette fouille, poussée jusqu'à
+vingt-quatre pieds de profondeur, deux pieds au-dessous de ces
+fondations, a fait voir qu'elles posent sur un gravier solide. Elles
+sont composées de gros moellons liés avec du mortier et du sable. Il n'y
+a que quatre assises de pierre de taille bien équarries, et posées en
+retraite <span class="pagenum"><a id="page313" name="page313"></a>(p. 313)</span> les unes sur les autres, qui terminent cette
+fondation jusqu'au sol. L'ancienne sacristie, qu'on abattit alors, parce
+qu'elle menaçoit ruine, avoit été construite à la place d'une galerie
+qui communiquoit de l'église aux chapelles de l'archevêché. L'édifice
+qui a remplacé ces deux anciennes constructions a été fait sous la
+direction du célèbre architecte Soufflot.</p>
+
+<p>Telles sont les particularités les plus intéressantes que nous avons pu
+recueillir sur ce monument célèbre dans toute la chrétienté, que tant de
+mains royales se sont plu à décorer, et qui, tout dépouillé qu'il est de
+son antique splendeur, rappellera toujours les plus grands, les plus
+touchants souvenirs de la monarchie françoise. C'est dans l'église de
+Notre-Dame que nos rois ont le plus souvent donné des preuves éclatantes
+de cette piété si noble et si sincère qui les distingue parmi tous les
+souverains, et dont l'exemple salutaire, en raffermissant le principe
+religieux dans l'âme de leurs sujets, contribua, plus que toute autre
+chose, à soutenir un ordre politique, fragile de sa nature, et menacé à
+chaque instant de se changer en désordre et en anarchie. À chaque
+avénement, le nouveau monarque alloit dans ce temple auguste déposer sa
+couronne aux pieds de celui qui juge les rois; avant de marcher à
+l'ennemi, il y retournoit demander la protection du ciel pour ses armes;
+et dans la gloire du triomphe, il y <span class="pagenum"><a id="page314" name="page314"></a>(p. 314)</span> revenoit encore humilier
+son front, et consacrer les marques de sa victoire<a id="footnotetag350" name="footnotetag350"></a><a href="#footnote350" title="Go to footnote 350"><span class="smaller normal">[350]</span></a>. Il n'étoit
+point de fêtes solennelles, soit pour remercier le ciel des succès, soit
+pour l'implorer dans les calamités, où l'on ne marchât d'abord vers la
+cathédrale; et les pompes de la religion se mêloient sans cesse aux
+affections les plus vives des peuples, aux intérêts les plus grands des
+princes. Un de nos rois<a id="footnotetag351" name="footnotetag351"></a><a href="#footnote351" title="Go to footnote 351"><span class="smaller normal">[351]</span></a>, délivré d'une longue captivité, alla
+porter à Notre-Dame le tribut de ses actions de grâces avant de rentrer
+dans son palais; un autre<a id="footnotetag352" name="footnotetag352"></a><a href="#footnote352" title="Go to footnote 352"><span class="smaller normal">[352]</span></a> y fit élever le monument d'une victoire
+<span class="pagenum"><a id="page315" name="page315"></a>(p. 315)</span> qu'il croyoit n'avoir obtenue que par une protection signalée
+de la Vierge; Henri IV, le meilleur des princes, saint Louis, le plus
+grand des rois, ont prié sous ces voûtes; et la suite de cette histoire
+nous fournira une foule d'exemples non moins remarquables de ce zèle
+religieux qui, dans ces souverains, sembloit se transmettre d'âge en âge
+avec la valeur et les droits du trône.</p>
+
+<p>La cathédrale de Paris ayant été, dans tous les temps, l'objet de la
+dévotion particulière de nos rois, fut, dès les commencements, comblée
+de leurs présents, et décorée avec une magnificence digne d'aussi grands
+souverains. Elle étoit riche en peintures, en sculptures, en reliques,
+en vases antiques et précieux, en ornements de tous genres; et le culte
+n'étoit célébré dans aucune église de France avec un appareil aussi
+auguste<a id="footnotetag353" name="footnotetag353"></a><a href="#footnote353" title="Go to footnote 353"><span class="smaller normal">[353]</span></a>.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page316" name="page316"></a>(p. 316)</span> Non-seulement les rois et les princes, mais le corps des
+bourgeois, plusieurs confréries, des communautés d'artisans, de simples
+particuliers se sont plu à l'envi à l'enrichir de leurs offrandes. On
+voyoit devant l'autel de la Vierge un lampadaire d'argent remarquable,
+en ce qu'il étoit composé de sept lampes, dont six avoient été données
+par Louis XIV et la reine son épouse. Celle du milieu, qui avoit la
+forme d'un navire, étoit un présent de la ville de Paris, et rappeloit
+un v&oelig;u singulier qu'elle avoit fait dans un danger imminent<a id="footnotetag354" name="footnotetag354"></a><a href="#footnote354" title="Go to footnote 354"><span class="smaller normal">[354]</span></a>. Un
+chanoine de cette église en avoit fait entièrement reblanchir
+l'intérieur à ses frais. Un autre avoit donné les peintures qui ornoient
+le ch&oelig;ur; enfin la nombreuse collection de tableaux qui garnissoit
+l'immense étendue de la nef, les <span class="pagenum"><a id="page317" name="page317"></a>(p. 317)</span> croisées et les chapelles,
+étoit le résultat d'une offrande annuelle que, pendant près d'un siècle,
+firent à Notre-Dame la communauté des orfèvres, et la confrérie de
+Sainte-Anne et de Saint-Marcel.</p>
+
+<div class="descript">
+<p class="center">CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE NOTRE-DAME.</p>
+
+<p class="center">TABLEAUX DE LA NEF.</p>
+
+ <p><i>À droite en entrant.</i></p>
+
+<div class="list">
+ <p>1. Le Boiteux guéri par saint Pierre à la porte du temple,
+ par <i>D. Sylvestre</i>.</p>
+
+ <p>2. Saint Pierre délivré de prison, par <i>Jean-Baptiste
+ Corneille</i>.</p>
+
+ <p>3. Le départ de saint Paul, de Milet pour Jérusalem, par
+ <i>Galloche</i>.</p>
+
+ <p>4. Le martyre de saint Simon en Perse, par <i>Louis Boullogne</i>
+ père.</p>
+
+ <p>5. Le martyre de saint Jean l'évangéliste près la porte
+ Latine à Rome, par <i>C. Hallé</i> père.</p>
+
+ <p>6. L'apparition de Jésus-Christ à saint Pierre, par <i>J.
+ Sourlay</i><a id="footnotetag355" name="footnotetag355"></a><a href="#footnote355" title="Go to footnote 355"><span class="smaller normal">[355]</span></a>.</p>
+
+ <p>7. Saint Pierre ressuscitant la veuve, par <i>Louis Tetelin</i>.</p>
+
+ <p>8. Saint Paul prêchant les Gentils, par <i>Eustache Le
+ Sueur</i><a id="footnotetag356" name="footnotetag356"></a><a href="#footnote356" title="Go to footnote 356"><span class="smaller normal">[356]</span></a>.</p>
+</div>
+
+ <p class="p2"><i>À gauche en entrant.</i></p>
+
+<div class="list">
+ <p>1. Jésus-Christ chez Marthe et Marie, par <i>Simpol</i>.</p>
+
+ <p>2. La multiplication des pains, par <i>J. Christophe</i>.</p>
+
+ <p>3. La vocation de saint Pierre et de saint André, par <i>M.
+ Corneille</i>.</p>
+
+ <p>4. Les Vendeurs chassés du temple, par <i>Claude-Guy Hallé</i>.</p>
+
+ <p>5. La guérison du Paralytique, par <i>Jouvenet</i>.</p>
+
+ <p>6. L'entretien de Jésus-Christ avec la Samaritaine, par
+ <i>Boullogne</i> jeune.</p>
+
+ <p>7. Jésus-Christ guérissant le Paralytique à la piscine, par
+ <i>Boullogne</i>.</p>
+</div>
+
+ <p class="p2"><span class="pagenum"><a id="page318" name="page318"></a>(p. 318)</span> <i>Sur la partie du pilier qui faisoit face à la
+ chapelle de la Vierge, laquelle étoit au côté droit de la
+ principale entrée du ch&oelig;ur.</i></p>
+
+<div class="list">
+ <p>1. Le v&oelig;u de Louis XIII, par <i>Philippe de Champagne</i>.</p>
+
+ <p>2. À côté, et un peu plus bas, vis-à-vis la chapelle, saint
+ Paul et Silas flagellés dans la ville de Philippes en
+ Macédoine, par <i>Louis Tetelin</i>.</p>
+
+ <p>3. Au-dessus, saint André à genoux devant la croix, par
+ <i>Jacques Blanchard</i>.</p>
+
+ <p>4. Sur la même ligne, en tournant, saint Jacques conduit au
+ martyre, par <i>Noël Coypel</i> père.</p>
+
+ <p>5. Immédiatement après, la guérison de la femme affligée
+ d'un flux de sang, par <i>Cazes</i>.</p>
+
+ <p>6. À côté, saint Paul lapidé à Listres, par <i>Jean-Baptiste
+ Champagne</i> neveu.</p>
+
+ <p>7. Au-dessus de la chapelle, saint Pierre prêchant à
+ Jérusalem, par <i>Charles Poërson</i> père.</p>
+</div>
+
+ <p class="p2"><i>En tournant à la croisée gauche du cloître, en face de la
+ chapelle Saint-Denis, qui étoit également à la porte du
+ ch&oelig;ur.</i></p>
+
+<div class="list">
+ <p>1. La descente du Saint-Esprit, par <i>Blanchard</i>.</p>
+
+ <p>2. À côté, vis-à-vis la chapelle Saint-Marcel, saint Paul
+ guérissant un boiteux, par <i>Michel Corneille</i>.</p>
+
+ <p>3. Au-dessus, l'enlèvement de saint Philippe, par <i>Thomas
+ Blanchet</i>.</p>
+
+ <p>4. De suite, en tournant, le martyre de saint Étienne, par
+ <i>Charles Le Brun</i>.</p>
+
+ <p>5. Le martyre de saint Pierre, par <i>Sébastien Bourdon</i>.</p>
+
+ <p>6. Le martyre de saint André, par <i>Charles Le Brun</i>.</p>
+
+ <p>7. Au-dessus de la chapelle, la conversion de saint Paul,
+ par <i>Laurent de la Hire</i><a id="footnotetag357" name="footnotetag357"></a><a href="#footnote357" title="Go to footnote 357"><span class="smaller normal">[357]</span></a>.</p>
+</div>
+
+<p class="p2 center"><span class="pagenum"><a id="page319" name="page319"></a>(p. 319)</span> TABLEAUX PLACÉS AU-DESSUS DES STALLES DU CH&OElig;UR.</p>
+
+ <p><i>À droite.</i></p>
+
+<div class="list">
+ <p>1. L'annonciation, par <i>Hallé</i>.</p>
+
+ <p>2. La Visitation (le <i>Magnificat</i>), par <i>Jouvenet</i>.</p>
+
+ <p>3. La nativité de Jésus-Christ, par <i>Lafosse</i>.</p>
+
+ <p>4. L'adoration des Mages, par <i>le même</i>.</p>
+</div>
+
+ <p class="p2"><i>À gauche.</i></p>
+
+<div class="list">
+ <p>1. La présentation de Jésus-Christ au temple, par Louis
+ <i>Boullogne</i>.</p>
+
+ <p>2. La fuite en Égypte, par <i>le même</i>.</p>
+
+ <p>3. Jésus-Christ dans le temple au milieu des docteurs, par
+ <i>A. Coypel</i>.</p>
+
+ <p>4. L'assomption de la Vierge, par <i>le même</i>.</p>
+</div>
+
+<p class="p2 center">AU-DESSUS DU POURTOUR EXTÉRIEUR DU CH&OElig;UR.</p>
+
+ <p><i>En entrant par la grille de la croisée, du côté de
+ l'archevêché.</i></p>
+
+<div class="list">
+ <p>1. La décollation de saint Jean et l'enlèvement de son corps
+ par ses disciples, par <i>Cl. Audran</i>.</p>
+
+ <p>2. Saint Paul ressuscitant Eutique, par <i>Courtin</i>.</p>
+
+ <p>3. Le repentir de saint Pierre, par <i>Tavernier</i>.</p>
+
+ <p>4. Saint Paul devant Agrippa, par <i>Villequin</i>.</p>
+</div>
+
+ <p class="p2"><i>En tournant du côté du sanctuaire pour passer au côté
+ gauche.</i></p>
+
+<div class="list">
+ <p>1. Saint Paul convertissant saint Denis dans l'Aréopage, par
+ <i>Cestin</i>.</p>
+
+ <p><span class="pagenum"><a id="page320" name="page320"></a>(p. 320)</span> 2. Agabus prédisant à saint Paul ce qu'il doit
+ souffrir pour Jésus-Christ, par <i>Chéron</i>.</p>
+
+ <p>3. Saint Jean prêchant dans le désert, par <i>Parrocel</i> père.</p>
+
+ <p>4. L'adoration des rois, par <i>Vivien</i>.</p>
+</div>
+
+<p class="p2 center">CHAPELLES DES BAS-CÔTÉS AUTOUR DU CH&OElig;UR.</p>
+
+ <p><i>Après la petite porte de l'escalier qui conduit aux
+ tribunes du ch&oelig;ur.</i></p>
+
+<div class="list">
+ <p>1. <i>Chapelle de Saint-Pierre et Saint-Paul.</i> Un tableau
+ ovale représentant ces deux saints accompagnés de leurs
+ disciples, par <i>Beaugin</i>, et une Descente de croix.</p>
+
+ <p>2. <i>Chapelle de Saint-Pierre martyr.</i> Saint Pierre
+ guérissant les malades par son ombre, par <i>La Hire</i>.
+ Vis-à-vis, le Naufrage de saint Paul à Malte, par <i>Poërson</i>.</p>
+
+ <p>3. Ensuite la sacristie renfermant le trésor<a id="footnotetag358" name="footnotetag358"></a><a href="#footnote358" title="Go to footnote 358"><span class="smaller normal">[358]</span></a>.</p>
+
+ <p>4. <i>Chapelle de Saint-Denis et Saint-Georges.</i> Une
+ Notre-Dame de Pitié, de l'école de <i>Vouet</i>; saint Pierre
+ visité par un ange dans sa prison, par <i>Vouet</i>.</p>
+
+ <p>5. <i>Chapelle de Saint-Gérald.</i> La mort de la Vierge, par <i>N.
+ Poussin</i>. Vis-à-vis, un v&oelig;u à la Vierge sur un champ de
+ bataille.</p>
+
+ <p>6. <i>Chapelle de Saint-Remi</i>, dite <i>des Ursins</i>. Saint
+ Claude, par <i>Galloche</i>. Portrait de Jouvenel des Ursins avec
+ sa famille.</p>
+
+ <p>7. La <i>Chapelle d'Harcourt</i>.</p>
+
+ <p>8. <i>Chapelle de Saint-Crépin, Saint-Crépinien et
+ Saint-Étienne.</i> Un Christ, l'Ascension et la Résurrection,
+ par <i>Beaugin</i>. Hérodiade à table avec Hérode, par <i>L.
+ Chéron</i>. Saint Pierre baptisant le Centenier, par <i>M.
+ Corneille</i>.</p>
+
+ <p>9. <i>Chapelle de Saint-Nicaise.</i> Le jugement dernier, peint
+ sur bois par <i>de Hery</i>.</p>
+
+ <p>10. <i>Chapelle de Saint-Louis et de Saint-Rigobert.</i> Un
+ Christ, d'après Michel-Ange; Saint-Étienne conduit au
+ martyre, par <i>Houasse</i>.</p>
+
+ <p><span class="pagenum"><a id="page321" name="page321"></a>(p. 321)</span> 11. <i>Chapelle de la Décollation de
+ Saint-Jean-Baptiste.</i> Le martyre de saint Barthélemi, par
+ <i>Paillet</i>. La décollation de saint Jean, par <i>Louis
+ Boullogne</i>. Une Assomption, par <i>Hurel</i>.</p>
+
+ <p>12. <i>Chapelle de Vintimille</i>, sous le titre de <i>Sainte-Foi
+ et de Saint-Eutrope</i>. Saint Charles Borromée communiant les
+ pestiférés, par <i>Vanloo</i>. Une Sainte Famille, par <i>Paillet</i>.</p>
+
+ <p>13. <i>Chapelle de Saint-Michel</i>, dite de <i>Noailles</i>.
+ L'apparition de l'ange aux trois Maries, par <i>C. Natoire</i>.</p>
+
+ <p>14. <i>Chapelle de Saint-Ferréol.</i> Saint Michel, par <i>Vignon</i>.
+ L'annonciation, par <i>Champagne</i>.</p>
+
+ <p>15. <i>Chapelle de Saint-Jean-Baptiste et de la Madeleine</i> ou
+ <i>chapelle de Beaumont</i>. Un Christ en croix.</p>
+
+ <p>16. Dans l'embrasure de la porte rouge, la mort d'Ananie et
+ Saphire, et le centenier Corneille aux pieds de saint
+ Pierre, par <i>Aubin Vouet</i>.</p>
+
+ <p>17. <i>Chapelle de Saint-Eustache.</i> La transfiguration,
+ d'après <i>Raphaël</i>. Le v&oelig;u du marquis de Locmaria, par <i>Le
+ Monnier</i>.</p>
+
+ <p>18. <i>Chapelle de Sainte-Agnès.</i> La Vierge allaitant l'enfant
+ Jésus.</p>
+</div>
+
+ <p class="p2"><i>En redescendant des bas-côtés de la nef, du même côté.</i></p>
+
+<div class="list">
+ <p>1. <i>Chapelle Saint-Nicolas.</i> Ce saint sauvant des pénitents
+ du naufrage, par <i>Thiersonnier</i>. Le miracle de saint Paul et
+ de Sylas en prison, par <i>N. de Plattemontagne</i>.</p>
+
+ <p>2. <i>Chapelle de Sainte-Catherine.</i> Le martyre de cette
+ sainte, par <i>M. Vien</i>.</p>
+
+ <p>3. <i>Chapelle de Saint-Julien-Zozime.</i> Ce saint donnant la
+ communion à sainte Marie Égyptienne, par <i>Beaugin</i>. Les
+ noces de Cana, par <i>Cotelle</i>.</p>
+
+ <p>4. <i>Chapelle de Saint-Laurent.</i> Le martyre de ce saint, par
+ un élève de <i>Le Sueur</i>. L'apparition de Jésus-Christ aux
+ trois Maries, par <i>Marot</i>.</p>
+
+ <p>5. <i>Chapelle de Sainte-Geneviève.</i> Une Vierge et l'enfant
+ Jésus, avec saint Jean et sainte Geneviève, par <i>Beaugin</i>.
+ La guérison des démoniaques.</p>
+
+ <p>6. <i>Chapelle de Saint-Georges et de Saint-Blaise.</i> Une mère
+ de <span class="pagenum"><a id="page322" name="page322"></a>(p. 322)</span> douleur consolée par les anges, par <i>Beaugin</i>.
+ Les miracles de saint Paul à Éphèse, par <i>L. Boullogne</i>.</p>
+
+ <p>7. <i>Chapelle de Saint-Léonard.</i> Ce saint en habit guerrier,
+ par <i>Champagne</i>. Le v&oelig;u de madame la Grande-Duchesse,
+ pour sa maladie, par <i>Dumesnil</i>.</p>
+</div>
+
+<p class="p2 center">CHAPELLES DES BAS-CÔTÉS DE LA NEF.</p>
+
+ <p><i>En entrant à droite.</i></p>
+
+<div class="list">
+ <p>1. <i>Chapelle de Sainte-Anne.</i> Sainte Anne et la Vierge, par
+ <i>Vouet</i>. La présentation de la Vierge, par <i>La Hire</i>.</p>
+
+ <p>2. <i>Chapelle de Saint-Barthélemy et de Saint-Vincent.</i> Le
+ martyre de ce dernier saint, par <i>Beaugin</i>. Notre Seigneur
+ sur la montagne, par <i>Poërson</i>.</p>
+
+ <p>3. <i>Chapelle de Saint-Jacques.</i> Un Christ, par <i>Le Nain</i>. La
+ femme adultère, par <i>Renaut</i>.</p>
+
+ <p>4. <i>Chapelle de Saint-Antoine et de Saint-Michel.</i> Saint
+ Michel à genoux devant la Vierge, par <i>Champagne</i>.
+ Jésus-Christ guérissant un possédé, par <i>Vernansal</i>.</p>
+
+ <p>5. <i>Chapelle de Saint-Thomas de Cantorbéry.</i> Saint Dominique
+ et saint Thomas à genoux devant la Vierge, manière de
+ <i>Lanfranc</i>. La résurrection du fils de la veuve de Naïm, par
+ <i>Guillebaut</i>.</p>
+
+ <p>6. <i>Chapelles de Saint-Augustin et de
+ Sainte-Marie-Magdeleine.</i> Dans la première, la Piscine, par
+ <i>Alexandre</i>. L'aveuglement de Barjésu, par <i>Loir</i>. Dans la
+ deuxième, l'incrédulité de saint Thomas, par <i>Arnould</i>; la
+ résurrection de la fille de Jaïre, par <i>Vernansal</i><a id="footnotetag359" name="footnotetag359"></a><a href="#footnote359" title="Go to footnote 359"><span class="smaller normal">[359]</span></a>.</p>
+</div>
+
+<p class="p2 center"><span class="pagenum"><a id="page323" name="page323"></a>(p. 323)</span> SCULPTURES<a id="footnotetag360" name="footnotetag360"></a><a href="#footnote360" title="Go to footnote 360"><span class="smaller normal">[360]</span></a>.</p>
+
+ <p>L'ancien grand-autel, élevé sur les dessins de <i>Decotte</i>,
+ étoit décoré de plusieurs statues en bronze, et surchargé
+ d'ornements ciselés et dorés, où il y avoit plus d'éclat et
+ de richesse que de bon style et de bon goût. On y remarquoit
+ un bas-relief en bronze doré par <i>Vassé</i>; deux anges
+ adorateurs par <i>Cayot</i>.</p>
+
+ <p>Dans le ch&oelig;ur, on remarquoit encore:</p>
+
+ <p>À gauche, la statue en marbre blanc de Louis XIII, à genoux,
+ revêtu de ses habits royaux, offrant son sceptre et sa
+ couronne à la Sainte-Vierge, et mettant son royaume sous sa
+ protection, par <i>Coustou</i> jeune.</p>
+
+ <p>À gauche, celle de Louis XIV, par <i>Coyzevoz</i>. Elle
+ représentoit ce monarque revêtu pareillement de ses habits
+ royaux et accomplissant le v&oelig;u du roi son père<a id="footnotetag361" name="footnotetag361"></a><a href="#footnote361" title="Go to footnote 361"><span class="smaller normal">[361]</span></a>.</p>
+
+ <p>Dans les tympans des arcades du rond-point, des anges en
+ bas-relief représentant des vertus avec leurs attributs,
+ savoir: la Charité et la Persévérance, par <i>Poultier</i>; la
+ Prudence et la Tempérance, par <i>Frémin</i>; l'Innocence et
+ l'Humilité, par <i>Le Pautre</i>; la Foi et l'Espérance, par <i>Le
+ Moine</i>; la Virginité et la Pureté, par <i>Thiéry</i>; la Justice
+ et la Force, par <i>Bertrand</i>. Au bas des pilastres et sur des
+ culs-de-lampe, six anges en bronze portant les instruments
+ de la passion, et modelés par <i>Hurtrelle</i>, <i>Vanclève</i>,
+ <i>Poirier</i>, <i>Magnier</i> et <i>Flamen</i>.</p>
+
+ <p><span class="pagenum"><a id="page324" name="page324"></a>(p. 324)</span> Au milieu du ch&oelig;ur, un aigle en bronze,
+ accompagné des trois vertus cardinales, par <i>Duplessis</i>.</p>
+
+ <p>Aux deux portes latérales du ch&oelig;ur, deux chaires
+ épiscopales, enrichies d'ornements et de bas-reliefs
+ représentant l'histoire du martyre de saint Denis, et la
+ guérison du roi Childebert, par l'intervention de saint
+ Germain, évêque de Paris.</p>
+
+ <p>Dans la chapelle Saint-Christophe, la statue du saint, par
+ <i>Gois</i>; celle de saint Denis, par <i>Mouchy</i>, dans la chapelle
+ qui lui étoit consacrée; dans celle de Saint-Michel, dite
+ <i>de Noailles</i>, saint Louis et saint Maurice, par <i>Rousseau</i>.</p>
+
+ <p>Sur la menuiserie des stalles du ch&oelig;ur, des bas-reliefs,
+ par <i>Goullon</i>, offrant des sujets pris dans le Nouveau
+ Testament.</p>
+
+
+<p class="p2 center">TOMBEAUX ET SÉPULTURES.</p>
+
+ <p>Au pied du sanctuaire avoient été déposées les entrailles de
+ Louis XIII et de Louis XIV.</p>
+
+ <p>Dans cette église avoient été inhumés:</p>
+
+ <p>Étienne II, dit <i>Tempier</i>, évêque de Paris, mort en 1279.</p>
+
+ <p>Simon de Bucy, évêque de Paris, mort en 1304 (enterré dans
+ la chapelle Saint-Nicaise).</p>
+
+ <p>Aymérie de Magniac, cardinal et évêque de Paris, mort en
+ 1384.</p>
+
+ <p>Pierre d'Orgemont, évêque de Paris, mort en 1409.</p>
+
+ <p>Dans la chapelle Saint-Remi, Juvénal des Ursins, chancelier
+ de France sous Louis XI, et Michelle de Vitry sa femme,
+ morte en 1456<a id="footnotetag362" name="footnotetag362"></a><a href="#footnote362" title="Go to footnote 362"><span class="smaller normal">[362]</span></a>.</p>
+
+ <p>Henri Dumoulin, évêque de Paris, mort en 1447.</p>
+
+ <p>Sous la croisée, Paul Émile de Véronne, chanoine de cette
+ église et auteur d'une Histoire de France, mort en 1529.</p>
+
+ <p>Joachim du Belloy, chanoine et archidiacre de Paris, l'un
+ des poètes les plus estimés de la cour de François I<sup>er</sup>,
+ mort en 1559.</p>
+
+ <p><span class="pagenum"><a id="page325" name="page325"></a>(p. 325)</span> Jean-Baptiste de Chatelier, nonce du pape, mort en
+ 1583.</p>
+
+ <p>Albert de Gondi, duc de Retz, marquis de Belle-Isle,
+ maréchal de France, mort en 1602.</p>
+
+ <p>Renaud de Beaune, archevêque de Bourges, de Sens, et
+ grand-aumônier de France, mort en 1616.</p>
+
+ <p>Dans la chapelle de Saint-Louis et Saint-Rigobert, le
+ cardinal Pierre de Gondi, évêque de Paris, mort en
+ 1616<a id="footnotetag363" name="footnotetag363"></a><a href="#footnote363" title="Go to footnote 363"><span class="smaller normal">[363]</span></a>. Cette chapelle, magnifiquement décorée, étoit
+ destinée à la sépulture de cette illustre famille.</p>
+
+ <p>Dans la chapelle de Saint-Eustache, Jean-Baptiste Budes de
+ Guébriant, maréchal de France, mort en 1643, et Renée de
+ Bec-Crepin sa femme.</p>
+
+ <p>Pierre de Marca, archevêque de Paris, et célèbre par son
+ traité <i>de Concordiâ sacerdotii et imperii</i>, mort en 1662.</p>
+
+ <p>Hardouin de Péréfixe de Beaumont, archevêque de Paris, mort
+ en 1671.</p>
+
+ <p>François de Harlay, archevêque de Paris, mort en 1695.</p>
+
+ <p>Anne-Jules de Noailles, pair et maréchal de France, mort en
+ 1708.</p>
+
+ <p>Claude Chastelin, chanoine de cette église, auteur de
+ plusieurs ouvrages de piété, mort en 1712.</p>
+
+ <p>Le cardinal de Noailles, archevêque de Paris, mort en 1729.</p>
+
+ <p>Charles-Gaspard-Guillaume de Vintimille, archevêque de
+ Paris, mort en 1746. Charles-François de Vintimille son
+ frère, mort en 1740.</p>
+
+ <p>L'abbé de la Porte, chanoine <i>jubilé</i><a id="footnotetag364" name="footnotetag364"></a><a href="#footnote364" title="Go to footnote 364"><span class="smaller normal">[364]</span></a> de cette église
+ et l'un de ses bienfaiteurs.</p>
+
+ <p>Dans la chapelle d'Harcourt, le mausolée de Claude-Henri,
+ comte d'Harcourt, mort en 1769. Ce monument avoit été
+ exécuté par <i>Pigalle</i>, d'après un songe où madame d'Harcourt
+ avoit vu son mari tel qu'il y étoit représenté<a id="footnotetag365" name="footnotetag365"></a><a href="#footnote365" title="Go to footnote 365"><span class="smaller normal">[365]</span></a>.</p>
+
+ <p><span class="pagenum"><a id="page326" name="page326"></a>(p. 326)</span> Lorsque l'on creusa le <i>crypte</i> qui sert de
+ sépulture aux archevêques de Paris, on y découvrit le
+ tombeau d'une reine d'Angleterre dont le nom est inconnu, et
+ celui de Louis de France, dauphin, fils de Charles VI et
+ d'Isabeau de Bavière. Au bas des degrés du grand autel étoit
+ déposé le c&oelig;ur de Louise de Savoie, mère de François
+ I<sup>er</sup>.</p>
+
+
+<p class="p2 center">RELIQUES ET AUTRES OBJETS PRÉCIEUX.</p>
+
+ <p>Derrière le ch&oelig;ur étoit la châsse de Saint-Marcel, en or
+ et en vermeil, enrichie de perles fines et de pierres
+ précieuses.</p>
+
+ <p>L'autel de la chapelle de Saint-Denis contenoit quatre
+ châsses, où l'on conservoit quelques reliques inconnues.</p>
+
+ <p>La salle du <i>Trésor</i> contenoit entre autres richesses:</p>
+
+ <p>Le chef de saint Philippe, apôtre; ce chef de vermeil étoit
+ couvert de pierres précieuses du plus grand prix.</p>
+
+ <p>Une reliquaire de vermeil représentant saint Louis, et
+ renfermant plusieurs parcelles de la sainte couronne, des
+ fragments de l'éponge, du suaire et du tombeau de
+ Jésus-Christ.</p>
+
+ <p>La tunique de Saint-Germain, renfermée dans une châsse en
+ vermeil; des vêtements de la Vierge et une partie du crâne
+ de saint Denis, etc., etc.; une quantité considérable de
+ ciboires, de calices, de croix, de vases, de chandeliers, de
+ soleils en vermeil enrichis de diamants, de pierres fines,
+ monuments précieux de la piété des plus illustres
+ personnages de la France, et dont le brigandage de 1793 a
+ fait disparoître jusqu'aux moindres vestiges.</p>
+
+ <p>On y conservoit aussi des monuments curieux relatifs à la
+ manière dont se faisoient les investitures par le moyen du
+ couteau; les réparations des dommages par l'offrande d'un
+ morceau de bois sur lequel l'acte étoit écrit, ou par celle
+ d'une baguette d'argent, lorsque la réparation venoit d'un
+ prince, etc., etc.</p>
+</div>
+
+<h2><span class="pagenum"><a id="page327" name="page327"></a>(p. 327)</span> ARCHEVÊCHÉ.</h2>
+
+<p>La maison de l'évêque étoit située, de temps immémorial, près de
+Saint-Étienne<a id="footnotetag366" name="footnotetag366"></a><a href="#footnote366" title="Go to footnote 366"><span class="smaller normal">[366]</span></a>. Elle s'élevoit vis-à-vis de la nef de l'église
+d'aujourd'hui, et se terminoit à la double chapelle qui se voit encore
+dans la seconde cour de l'archevêché; le reste, du côté de l'orient, est
+une augmentation de bâtiments, dont le plus ancien n'a pas plus de deux
+cents ans.</p>
+
+<p>Lorsque les évêques cessèrent de faire les ordinations dans leur
+cathédrale, ce qui arriva vers le temps où la multiplication des
+offices, et surtout des fondations, les empêcha de s'y rendre aussi
+assidûment que les anciens l'avoient fait, ils conçurent le dessein de
+faire construire une ou deux chapelles dans leur maison. La principale
+de ces chapelles fut décorée avec la magnificence que l'on déployoit
+alors dans les monuments de ce <span class="pagenum"><a id="page328" name="page328"></a>(p. 328)</span> genre, quand on les élevoit
+dans les maisons des grands seigneurs; l'autre servit aux jugements
+ecclésiastiques, dès qu'on eut cessé de les prononcer aux portiques des
+cathédrales.</p>
+
+<p>Maurice de Sully, dans le temps même qu'il faisoit bâtir l'église de
+Notre-Dame, fit construire, sur une ligne parallèle, le palais épiscopal
+et la double chapelle dont nous venons de parler. Dans la chapelle basse
+étoient des chapelains établis par les évêques; le jeudi-saint on y
+lavoit les pieds des enfants de ch&oelig;ur, et tous les dimanches on y
+célébroit la messe pour les prisonniers de l'archevêché. La chapelle
+supérieure servoit aux ordinations, aux sacres d'évêques, à certaines
+thèses de théologie, et à d'autres assemblées solennelles. Il est
+constaté que toutes ces constructions sont de ce temps-là, par le
+nécrologe de Paris et par les historiens contemporains<a id="footnotetag367" name="footnotetag367"></a><a href="#footnote367" title="Go to footnote 367"><span class="smaller normal">[367]</span></a>.</p>
+
+<p>On arrive dans la seconde cour par une arcade placée sous le bâtiment du
+trésor; et c'est là qu'est le nouveau palais archiépiscopal. Il doit son
+agrandissement à plusieurs prélats qui ont gouverné l'église de Paris,
+et principalement au cardinal de Noailles, qui y fit faire de grandes
+augmentations et beaucoup d'embellissements en 1697. C'est un <span class="pagenum"><a id="page329" name="page329"></a>(p. 329)</span>
+grand hôtel, dont la situation est belle et la vue agréable, mais qui
+n'offre dans toute sa construction qu'une architecture mesquine et sans
+caractère<a id="footnotetag368" name="footnotetag368"></a><a href="#footnote368" title="Go to footnote 368"><span class="smaller normal">[368]</span></a>.</p>
+
+<p>Le peu de séjour que nos premiers rois firent dans la ville de Paris fut
+cause que son siége épiscopal parut trop peu considérable pour qu'on
+l'érigeât en métropole, et qu'il fut long-temps soumis à la juridiction
+de l'archevêché de Sens. Les deux premières races ayant été le temps des
+grandes dotations, Paris, qui ne s'accrut que sous les rois de la
+troisième, étoit un des évêchés les moins riches de la France;
+toutefois, lorsque cette ville fut devenue la capitale du royaume, son
+siége acquit bientôt une grande importance, plutôt par la position que
+par l'étendue des propriétés de l'évêque<a id="footnotetag369" name="footnotetag369"></a><a href="#footnote369" title="Go to footnote 369"><span class="smaller normal">[369]</span></a>. Ajoutons ici quelques
+développements <span class="pagenum"><a id="page330" name="page330"></a>(p. 330)</span> nouveaux à ce que nous avons déjà dit de la
+situation de l'Église de France, pendant les premiers siècles de la
+monarchie, et de ce que furent en effet, à cette époque, le crédit et
+l'autorité des évêques.</p>
+
+<p>Il ne paroît pas que, dans les premiers temps de la conquête, les
+évêques aient joui, sous les rois francs, d'une autorité plus grande que
+sous le gouvernement des empereurs. Or le caractère épiscopal étoit
+alors étranger à toutes les magistratures civiles<a id="footnotetag370" name="footnotetag370"></a><a href="#footnote370" title="Go to footnote 370"><span class="smaller normal">[370]</span></a>; et le seul
+privilége qu'eussent obtenu ces premiers pasteurs des églises, c'étoit
+de ne pouvoir être accusés que devant un tribunal ecclésiastique composé
+de leurs pairs, et d'être les premiers juges de leurs subalternes, qui
+ne pouvoient de même être accusés que devant eux<a id="footnotetag371" name="footnotetag371"></a><a href="#footnote371" title="Go to footnote 371"><span class="smaller normal">[371]</span></a>.</p>
+
+<p>De même les Romains n'ayant jamais eu l'idée d'attacher aux terres des
+titres honorifiques, et les évêques ayant continué de posséder leurs
+biens selon la loi romaine, jusqu'après le règne de
+Louis-le-Débonnaire<a id="footnotetag372" name="footnotetag372"></a><a href="#footnote372" title="Go to footnote 372"><span class="smaller normal">[372]</span></a>, il y a grande apparence que <span class="pagenum"><a id="page331" name="page331"></a>(p. 331)</span> les
+dignités ecclésiastiques ne devinrent des <i>honneurs</i>, selon le sens que
+les Francs attachoient à ce mot, qu'à l'époque où les évêques et les
+abbés prirent le <i>baudrier</i><a id="footnotetag373" name="footnotetag373"></a><a href="#footnote373" title="Go to footnote 373"><span class="smaller normal">[373]</span></a>, et devenus chefs de leur milice,
+vassaux des rois, seigneurs suzerains, durent nécessairement participer
+à tous les avantages que donnoit le service militaire chez une nation
+qui n'estimoit que la profession des armes, et où il n'y avoit de noble
+que l'homme libre et armé.</p>
+
+<p>Toutefois la conquête de la Gaule fut favorable à l'épiscopat; et bien
+que l'autorité des évêques n'en fût point en apparence augmentée, elle
+reçut un accroissement réel, par cette circonstance qui en fit des
+médiateurs entre les vainqueurs et les vaincus, ce qui leur donna pour
+clients tout ce qu'il y avoit de Romains désarmés. Ce patronage qu'ils
+surent exercer de manière à satisfaire les princes et à les rendre plus
+assurés de la soumission de leurs nouveaux sujets, devint, par degrés,
+une autorité régulière que le pouvoir souverain se plut à légitimer. Ils
+ne tardèrent donc point à avoir une entière juridiction sur tout ce qui
+étoit romain, et l'on voit que, dès la première race, ils l'exerçoient
+absolument et sans la moindre contestation<a id="footnotetag374" name="footnotetag374"></a><a href="#footnote374" title="Go to footnote 374"><span class="smaller normal">[374]</span></a>.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page332" name="page332"></a>(p. 332)</span> Ils surent conserver ce précieux avantage qu'ils devoient à
+leur modération et à leurs vertus; et, par une contradiction qui ne doit
+point étonner dans des hommes tels que les conquérants des Gaules, rudes
+et violents dans leurs m&oelig;urs, mais sincèrement religieux, les Francs,
+qui souvent abusoient, envers les évêques du droit du plus fort, et ne
+se faisoient point un scrupule de leur ravir leurs biens, chaque fois
+qu'il s'en présentoit quelque occasion favorable<a id="footnotetag375" name="footnotetag375"></a><a href="#footnote375" title="Go to footnote 375"><span class="smaller normal">[375]</span></a>, respectoient en
+eux et le sacré caractère dont ils étoient revêtus, et cette autorité
+salutaire pour tous, à l'ombre de laquelle vivoit une population
+innombrable, et qui auroit pu se faire redouter, si elle n'eût été
+façonnée à l'obéissance par leurs préceptes, protégée contre une trop
+grande oppression par leur crédit et par leur influence. Loin de
+diminuer, cette autorité des évêques sembla s'accroître: au milieu de la
+fureur des guerres civiles et des troubles qui accompagnèrent <span class="pagenum"><a id="page333" name="page333"></a>(p. 333)</span>
+le premier changement de dynastie, elle étoit la seule qui fût demeurée
+solide et vénérable; et tellement que le chef de la nouvelle famille
+régnante<a id="footnotetag376" name="footnotetag376"></a><a href="#footnote376" title="Go to footnote 376"><span class="smaller normal">[376]</span></a> crut n'avoir d'autre moyen de cimenter sa puissance que de
+s'assurer les suffrages de ces mêmes prélats que son père avoit
+dépouillés, ou dont il avoit permis que l'on se partageât les
+dépouilles. En recevant l'onction sainte qui consacroit son pouvoir, il
+consacra lui-même l'alliance désormais nécessaire et inviolable de
+l'autel et du trône; et c'est de ce moment seulement que commença à se
+développer en France la société chrétienne, qui jusqu'alors y avoit été
+foible, et, pour ainsi parler, à peine ébauchée.</p>
+
+<p>L'influence des évêques devint alors plus grande que jamais; et elle eut
+son caractère propre, fort différent de celui du pouvoir politique,
+caractère qu'exprime parfaitement le mot <i>autorité</i>, sous lequel nous
+l'avons désignée, et qui lui fut en effet spécialement consacré. Ce mot
+conservant en cette circonstance le sens qu'il avoit eu chez les Latins,
+signifia cette puissance que donnent la gravité des m&oelig;urs et la
+sagesse des conseils; et tout ce qu'il y avoit de lumière et de science
+tant sacrée que profane, étant alors renfermé dans la société
+spirituelle ou religieuse, la société matérielle ou politique en qui
+tout étoit à peu près <span class="pagenum"><a id="page334" name="page334"></a>(p. 334)</span> éteint, excepté la FOI, sembla
+reconnoître que le principe de son existence n'étoit pas en elle,
+puisque dans l'intelligence seule est la <i>vie</i> des sociétés. En effet,
+s'il est incontestable que la loi de Dieu est le principe et la règle de
+toute loi humaine, de même que le pouvoir divin est la source et le
+modèle de tout pouvoir établi au milieu des hommes, il en résulte que
+cette loi divine n'étant <i>positive</i> que dans le christianisme, puisque
+c'est dans le christianisme seul que la révélation l'a promulguée, la
+religion, pour un peuple chrétien, plus que pour aucun autre peuple, est
+éminemment la <i>raison</i> de la société; et comme il n'appartient qu'à ceux
+qui l'ont étudiée et comprise, de pouvoir juger de ce qui s'accorde avec
+elle, ou de ce qui lui est contraire, par conséquent de modérer, de
+diriger la force aveugle de tout pouvoir matériel, en lui communiquant
+cette lumière céleste dont il est privé, il en résulte encore que c'est
+uniquement dans ces hommes divinement éclairés et quels qu'ils puissent
+être, qu'est la <i>conscience</i> de la société. Or, nous le répétons, au
+clergé seul appartenoient alors la science et l'intelligence: il étoit
+donc nécessaire que son action s'étendît sur toutes les parties du corps
+social pour y combattre sans cesse l'action de cette autre puissance de
+désordre, pour réprimer et protéger, récompenser et punir, conserver
+l'ordre dans l'état et par conséquent la <i>vie</i>; il le falloit jusqu'à ce
+que <span class="pagenum"><a id="page335" name="page335"></a>(p. 335)</span> les vérités dont il avoit reçu le précieux dépôt, qu'il
+portoit partout avec lui et répandoit sans mesure, pénétrant ainsi le
+fond même de la société, y rendissent tout pouvoir <i>intelligent</i> et
+<i>consciencieux</i>; ce qui se fit de telle manière qu'à mesure que
+s'éclairoit ainsi le pouvoir dans la société temporelle, cet usage
+extraordinaire que la société spirituelle avoit fait du sien pour le
+salut de tous, devenant par degré moins nécessaire, elle rentra aussi
+par degré dans les limites des attributions qui lui sont propres,
+lorsque, dans le corps social entier, tout est complet et bien ordonné.
+Qui ne comprend point ces choses, ne comprend point ce qu'étoit la
+France dans le moyen âge, et vivant au milieu des sociétés chrétiennes,
+n'a pas même l'idée de ce que sont ou doivent être ces sociétés.</p>
+
+<p>Les Francs barbares surent les comprendre; et parmi eux, la société
+matérielle se soumettant par un instinct sublime de conservation et
+comme pour se sauver d'elle-même aux lois paternelles et sévères de la
+société spirituelle, et la foi devenant le lien ferme et indissoluble
+qui unissoit l'une à l'autre, cette société offrit, même au milieu de
+ses désordres et de ses violences, une image de la <i>communion</i> des
+fidèles, moins imparfaite, nous ne craignons pas de le dire, qu'on ne
+l'avoit vue jusqu'alors. Car, sous les empereurs romains et au milieu de
+cette vieille société où avoit si long-temps triomphé la philosophie
+païenne, il étoit <span class="pagenum"><a id="page336" name="page336"></a>(p. 336)</span> resté des faux systèmes de cette philosophie
+et de ses erreurs orgueilleuses, je ne sais quelle subtilité dans les
+esprits et quelle révolte au fond des c&oelig;urs qui n'avoient cessé de
+troubler la paix de cette <i>communion</i> sainte; et l'hérésie y étoit née,
+presque au moment même où l'on avoit prêché l'Évangile; et en effet,
+c'est dans la simplicité de l'ignorance et dans les hauteurs de la
+science les plus sublimes que triomphe ordinairement la foi: le
+demi-savoir mène au doute et à l'incrédulité.</p>
+
+<p>Ainsi s'explique, pendant ces premiers âges de la monarchie, l'action du
+clergé ou de la puissance spirituelle dans les choses qui, en nos temps
+modernes, semblent devoir être uniquement du ressort du magistrat ou de
+la puissance temporelle. Or, l'Église avoit eu, de tout temps, sa
+juridiction particulière, sa force répressive, sa police: considérée
+comme société visible, tous ces signes extérieurs étoient des conditions
+nécessaires de son existence; et il lui eût été sans doute impossible
+d'exister, si, de même que toute autre société, elle n'eût eu le droit
+de surveiller ses membres, d'examiner leur conduite, et de leur infliger
+des châtiments, lorsqu'ils contrevenoient à ses lois. Tous ces
+châtiments, au fond purement spirituels, puisqu'ils n'obligeoient que
+celui dont la volonté étoit de rester ou de rentrer dans la communion
+des fidèles, étoient compris sous le titre général de <i>censures</i>:
+<span class="pagenum"><a id="page337" name="page337"></a>(p. 337)</span> la nature n'en fut point changée; et l'on ne fit autre chose
+que les appliquer aux délits qui, jusqu'alors, avoient uniquement
+dépendu de la justice séculière, et rendre toute punition canonique
+<i>obligatoire</i>, indépendamment de la volonté de celui qui avoit été
+condamné. Dans le cas de rébellion, il y avoit intervention de la
+puissance civile; et la justice du prince se trouvoit ainsi, et en un
+grand nombre de cas, confondue avec celle de l'Église, ou pour mieux
+dire suspendoit alors ses coups pour la laisser seule frapper les
+coupables avec plus de douceur, et néanmoins avec plus
+d'efficacité<a id="footnotetag377" name="footnotetag377"></a><a href="#footnote377" title="Go to footnote 377"><span class="smaller normal">[377]</span></a>.</p>
+
+<p>Les évêques reçurent donc, dans leurs attributions, une partie
+considérable de la police temporelle, et en outre cette espèce de
+surveillance qui en est la fonction la plus noble, la plus utile, et
+qu'ils pouvoient exercer sans déroger à la sainteté et à la gravité de
+leur caractère. Ils furent chargés de <span class="pagenum"><a id="page338" name="page338"></a>(p. 338)</span> veiller à l'observation
+des ordonnances du prince et de lui rendre compte de la manière dont
+elles étoient exécutées<a id="footnotetag378" name="footnotetag378"></a><a href="#footnote378" title="Go to footnote 378"><span class="smaller normal">[378]</span></a>; ils avoient une inspection particulière
+sur <i>les comtes</i> ou principaux magistrats des provinces; les serfs ou
+colons, et généralement toutes les classes inférieures de la société,
+étoient placés sous leur protection spéciale; ils les défendoient contre
+les abus du pouvoir, et avoient le droit de modérer à leur égard la trop
+grande rigueur des châtiments<a id="footnotetag379" name="footnotetag379"></a><a href="#footnote379" title="Go to footnote 379"><span class="smaller normal">[379]</span></a>; ils devoient avertir le roi de la
+négligence de ses agents dans l'exercice de leurs fonctions; ils étoient
+encore ses <i>Commissaires</i> dans leurs diocèses, et jouissoient de tous
+les priviléges attachés à cette dignité.</p>
+
+<p>En vertu de cette extension qu'avoit reçue leur juridiction, ils
+tenoient, quand il étoit nécessaire, des plaids auxquels se rendoient
+tous les habitants qui dépendoient de leur évêché, tant clercs que
+laïques. On faisoit paroître les coupables devant eux: ils les
+prêchoient, les exhortoient, les admonestoient, et lorsque le cas
+l'exigeoit, prononçoient <span class="pagenum"><a id="page339" name="page339"></a>(p. 339)</span> contre eux la peine canonique que
+comportoit la nature de leur délit. Le juge royal assistoit à ces
+espèces d'assises, soit pour concourir au jugement, lorsque le châtiment
+étoit grave, et que son concours étoit nécessaire, soit pour forcer le
+coupable à subir toute pénitence plus légère qui lui avoit été imposée,
+et à laquelle il auroit refusé de se soumettre<a id="footnotetag380" name="footnotetag380"></a><a href="#footnote380" title="Go to footnote 380"><span class="smaller normal">[380]</span></a>. C'étoit par un
+semblable motif que le comte accompagnoit ordinairement l'évêque dans la
+visite qu'il faisoit de son diocèse, afin d'amener par la force à la
+pénitence et à la satisfaction ceux que les censures de leur premier
+pasteur n'avoient pu toucher et corriger<a id="footnotetag381" name="footnotetag381"></a><a href="#footnote381" title="Go to footnote 381"><span class="smaller normal">[381]</span></a>.</p>
+
+<p>Ce seroit une grande erreur de croire, comme on l'a souvent avancé sans
+en donner aucune preuve, que les punitions canoniques, et
+particulièrement <span class="pagenum"><a id="page340" name="page340"></a>(p. 340)</span> <i>l'excommunication</i>, peine capitale qui
+répondoit à la peine de mort dans les tribunaux séculiers<a id="footnotetag382" name="footnotetag382"></a><a href="#footnote382" title="Go to footnote 382"><span class="smaller normal">[382]</span></a>, fussent
+arbitrairement infligées par les évêques au gré de leurs caprices et de
+leurs intérêts. Non-seulement il falloit un jugement pour retrancher un
+chrétien de la communion des fidèles ou le soumettre à une pénitence
+publique, mais ce jugement devoit être rendu publiquement dans des
+formes régulières, et qui fournissoient à l'accusé tous moyens de
+prouver son innocence, si, en effet, il étoit innocent. Diverses autres
+formalités prescrites par la loi précédoient d'ailleurs ce jugement: le
+coupable recevoit d'abord un avertissement; s'il s'y montroit
+insensible, et qu'il ne se retirât point de son désordre, l'évêque
+s'adressoit alors au roi ou au magistrat, afin qu'il essayât
+d'interposer son autorité<a id="footnotetag383" name="footnotetag383"></a><a href="#footnote383" title="Go to footnote 383"><span class="smaller normal">[383]</span></a>; enfin, si ce dernier moyen n'avoit pu
+réussir, on commençoit <span class="pagenum"><a id="page341" name="page341"></a>(p. 341)</span> la procédure, et l'excommunication
+n'étoit ainsi lancée qu'à la dernière extrémité. Les effets en étoient
+terribles: la société entière concouroit en quelque sorte à son
+exécution<a id="footnotetag384" name="footnotetag384"></a><a href="#footnote384" title="Go to footnote 384"><span class="smaller normal">[384]</span></a>; et il étoit rare que les plus rebelles et les plus
+endurcis ne finissent par s'y soumettre et par donner satisfaction; mais
+il est hors de doute qu'ils eussent résisté et que beaucoup se fussent
+assuré l'impunité par leur résistance, si la justice temporelle eût
+seule été chargée de les punir.</p>
+
+<p>Quelques-uns, même en reconnoissant que c'étoit le pouvoir politique
+lui-même qui, dans l'impuissance <span class="pagenum"><a id="page342" name="page342"></a>(p. 342)</span> où il étoit de gouverner,
+avoit imploré le secours de l'autorité religieuse, ont prétendu
+qu'ensuite les gens d'église allèrent beaucoup trop loin, et que,
+partant de ce principe que tout délit contre les hommes est un péché
+envers Dieu, ils se crurent en droit de connoître de toutes les affaires
+criminelles, et même d'étendre leur juridiction sur ce qui étoit
+purement civil<a id="footnotetag385" name="footnotetag385"></a><a href="#footnote385" title="Go to footnote 385"><span class="smaller normal">[385]</span></a>. Mais étoit-il bien facile, dans de semblables
+temps, et au milieu de tant de dangers qui menaçoient à tout moment
+l'existence même de la société, d'établir une ligne de démarcation bien
+exacte? étoit-il même possible de s'en faire une bien juste idée, et le
+principe une fois admis par l'une et l'autre puissance n'entraînoit-il
+pas avec lui, et sans exception, toutes ses conséquences? Quels
+inconvénients pouvoit d'ailleurs entraîner avec elle l'extension plus
+grande d'une juridiction moins rigoureuse dans ses châtiments, et
+cependant plus puissante dans ses effets? Ils excommunièrent, dit-on,
+les princes eux-mêmes qui les avoient appelés à leur aide: pour établir
+qu'ils ne devoient point <span class="pagenum"><a id="page343" name="page343"></a>(p. 343)</span> le faire, alors que ces princes
+s'étoient mis dans le cas de l'excommunication, il faudroit prouver que
+la loi suprême par laquelle ceux-ci prétendoient <i>obliger</i> leurs sujets
+n'étoit point <i>obligatoire</i> pour eux, qu'un prince est au-dessus de la
+religion et un homme au-dessus de Dieu. Les évêques abusèrent-ils de ce
+dernier droit, que ces mêmes princes, dans la noble simplicité de leur
+esprit et dans la droiture de leur c&oelig;ur, ne pensèrent point à leur
+contester, droit que les décisions de l'Église ont si solennellement
+confirmé et rendu à jamais inattaquable? Nous ne croyons pas qu'il soit
+possible d'en citer un seul exemple contre lequel il n'y eût rien à
+répliquer<a id="footnotetag386" name="footnotetag386"></a><a href="#footnote386" title="Go to footnote 386"><span class="smaller normal">[386]</span></a>. Peut-être pourroit-on plus justement dire que ce que la
+puissance temporelle <span class="pagenum"><a id="page344" name="page344"></a>(p. 344)</span> leur avoit concédé, ils voulurent le
+garder plus long-temps qu'il ne falloit; qu'il y eut, dans les âges
+postérieurs, quelque conflit de juridiction, et par conséquent quelque
+abus de ce qui avoit été si utile et si salutaire. Mais si les ministres
+de la religion, en défendant avec trop de chaleur ce qu'ils
+considéroient comme des droits acquis, et en ne rendant qu'à regret,
+dans des temps plus paisibles, ce que le malheur des temps avoit fait
+leur accorder, montrèrent ainsi qu'ils étoient hommes et sujets aux
+foiblesses de l'humanité, on n'en est pas moins forcé de convenir que ce
+fut grâce à l'heureux changement qu'ils avoient opéré dans les m&oelig;urs
+de la nation, que les princes se trouvèrent en mesure de leur reprendre
+<i>sans danger</i> le pouvoir et les attributions qu'auparavant ils s'étoient
+estimés heureux de leur faire accepter<a id="footnotetag387" name="footnotetag387"></a><a href="#footnote387" title="Go to footnote 387"><span class="smaller normal">[387]</span></a>.</p>
+
+<p>Nous avons dit comment les bénéfices ecclésiastiques <span class="pagenum"><a id="page345" name="page345"></a>(p. 345)</span> institués
+sous le titre de <i>précaires</i>, étoient devenus des fiefs par l'usurpation
+de ceux qui en avoient été faits bénéficiers, et comment les <i>avoués</i>
+des églises s'étoient de même emparé des biens qu'elles leur avoient
+concédés à de certaines conditions, et sans prétendre aliéner la
+propriété du fonds<a id="footnotetag388" name="footnotetag388"></a><a href="#footnote388" title="Go to footnote 388"><span class="smaller normal">[388]</span></a>. L'extinction successive des familles qui
+avoient usurpé ces biens, les ayant fait en partie rentrer dans les
+domaines de clergé, et leur in<i>féodation</i> y ayant attaché tous les
+priviléges qui appartenoient alors à la féodalité, il en résulta pour
+les évêques de nouveaux droits comme vassaux de la couronne, ou
+seigneurs suzerains, droits qui ajoutèrent encore à leur importance
+politique; car lorsque, vers la fin de la seconde race, les seigneurs,
+profitant de la foiblesse du gouvernement et du malheur des temps,
+s'arrogèrent, dans leurs terres, tous les droits de la souveraineté, et
+que cette usurpation eût été légitimée par les <span class="pagenum"><a id="page346" name="page346"></a>(p. 346)</span> rois de la
+troisième race, il étoit difficile sans doute que les gens d'église,
+devenus possesseurs de terres inféodées, ne les maintinssent pas telles
+qu'ils les avoient reçues, et ne se missent pas, sous tous les rapports,
+au lieu et place des anciens possesseurs<a id="footnotetag389" name="footnotetag389"></a><a href="#footnote389" title="Go to footnote 389"><span class="smaller normal">[389]</span></a>.</p>
+
+<p>Ils le firent en effet; et en ce qui concerne les évêques de Paris, il
+arriva que, lorsque cette ville fut devenue, sous la domination des
+Capétiens, la seule capitale du royaume, ces prélats acquirent, par
+cette situation nouvelle, un degré de puissance et de considération
+qu'ils n'avoient point eu jusque-là; et l'on peut concevoir que cette
+défense de leurs priviléges, alors si légitime, les mit naturellement en
+opposition avec le pouvoir et les volontés du monarque. Nous avons dit
+qu'ils possédoient au <span class="pagenum"><a id="page347" name="page347"></a>(p. 347)</span> couchant de la <i>ville</i> un terrain
+considérable, sous le nom de <i>Culture-l'Évêque</i>. C'est la plus ancienne
+concession qui leur ait été faite; et l'on n'en peut fixer l'origine,
+qui remonte jusqu'aux rois de la première race. Ils jouissoient donc
+dans ce domaine de tous les droits seigneuriaux. C'étoit là qu'étoit
+leur maison de plaisance, et qu'ils avoient leurs greniers dans un lieu
+nommé <i>Ville-l'Évêque</i>; vis-à-vis étoit un port qui dépendoit également
+d'eux, et qui avoit le même nom. Par l'agrandissement rapide de Paris
+hors de sa première enceinte de ce côté, il se trouva qu'on fut forcé
+d'empiéter sur leur terrain, et qu'on voulut bâtir sur leur censive: ces
+projets nouveaux ne s'exécutèrent point sans obstacle de leur part, et
+firent naître entre eux et les rois une foule de contestations et de
+transactions, dont nous aurons occasion de parler dans la suite de cet
+ouvrage.</p>
+
+<p>Les droits de l'évêque étoient tels, que, du temps de saint Louis, la
+ville de Paris étoit pour ainsi dire partagée en deux parties, dont
+l'une étoit sous la domination du roi, l'autre sous celle du prélat; et
+les bourgeois qui reconnoissoient la juridiction de ce dernier
+refusoient souvent d'obéir aux ordonnances du monarque. Les choses en
+vinrent au point que le roi crut nécessaire d'assembler un parlement,
+pour faire examiner si les vassaux de l'évêque n'étoient point tenus de
+se soumettre à ses commandements. La décision de <span class="pagenum"><a id="page348" name="page348"></a>(p. 348)</span> l'assemblée
+fut en sa faveur, malgré les efforts de sa partie adverse, qui produisit
+pour sa défense les transactions faites entre les rois précédents et
+l'église de Paris. Voyant qu'on n'y avoit point égard, il mit en
+interdit toutes les églises de son diocèse, et défendit qu'on y célébrât
+le service divin. Cette démarche eut un tel éclat, que le roi,
+appréhendant les suites qu'elle pouvoit avoir pour la religion, fit sa
+paix avec l'évêque, qui continua de jouir de ses anciens priviléges.</p>
+
+<p>Cependant de telles résistances, qui, nous ne nous lassons point de le
+répéter, ne peuvent être jugées selon les règles de la politique moderne
+qu'avec une extrême injustice et même une grande absurdité, n'eurent
+point d'effets véritablement fâcheux; et depuis l'établissement de la
+troisième race, le pouvoir des rois s'étant élevé par degré sur les
+ruines de la féodalité, l'évêque de Paris, malgré l'influence que lui
+donnoit en effet l'avantage nouveau de sa position, se vit
+insensiblement forcé de céder à une autorité qui, chaque jour, prenoit
+un nouvel ascendant. Ses efforts pour maintenir sa juridiction
+temporelle n'empêchèrent point que, peu à peu, elle ne lui échappât,
+pour aller se perdre, avec tant d'autres droits, dans ceux de la
+couronne. Dès le règne de Louis-le-Gros, et principalement sous
+Philippe-Auguste, elle avoit reçu des atteintes dans les transactions
+<span class="pagenum"><a id="page349" name="page349"></a>(p. 349)</span> qui furent faites entre ces monarques et l'Église<a id="footnotetag390" name="footnotetag390"></a><a href="#footnote390" title="Go to footnote 390"><span class="smaller normal">[390]</span></a>; saint
+Louis lui porta de nouveaux coups, et successivement elle diminua, ainsi
+que nous l'avons déjà dit, à mesure qu'elle devint moins nécessaire au
+maintien de l'ordre et à l'existence de la société<a id="footnotetag391" name="footnotetag391"></a><a href="#footnote391" title="Go to footnote 391"><span class="smaller normal">[391]</span></a>.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page350" name="page350"></a>(p. 350)</span> Bien que la juridiction ecclésiastique fût infiniment plus
+parfaite que celle des barons<a id="footnotetag392" name="footnotetag392"></a><a href="#footnote392" title="Go to footnote 392"><span class="smaller normal">[392]</span></a>, qu'elle fût même réglée sur les
+principes de toute bonne <span class="pagenum"><a id="page351" name="page351"></a>(p. 351)</span> jurisprudence, sur des lois fixes,
+sur la gradation des tribunaux, cependant l'Église, qui dans tous les
+temps ne cessa point de s'élever contre les coutumes injustes et
+barbares, se voyoit quelquefois obligée de les tolérer. Par exemple,
+l'usage des duels juridiques appelés <i>jugement de Dieu</i><a id="footnotetag393" name="footnotetag393"></a><a href="#footnote393" title="Go to footnote 393"><span class="smaller normal">[393]</span></a>, <span class="pagenum"><a id="page352" name="page352"></a>(p. 352)</span>
+étoit si généralement adopté et tellement conforme aux goûts et aux
+m&oelig;urs de la nation françoise, que les juges ecclésiastiques ne
+pouvoient pas toujours rejeter cette manière étrange de décider du bon
+droit entre deux contendants. C'étoit dans la cour même de l'évêché que
+se faisoient ces <i>monomachies</i> ou duels ordonnés par le tribunal de
+l'église de Paris; ce que nous apprend Pierre-le-Chantre, qui écrivoit
+vers l'an 1180. <i>Quædam ecclesiæ habent monomachias, et judicant
+monomachiam debere fieri quandoquè inter rusticos suos: et faciunt eos
+pugnare in curiâ ecclesiæ, in atrio episcopi vel archidiaconi, sicut fit
+Parisius.</i> Le même auteur ajoute que le pape Eugène (sans doute Eugène
+III) ayant été consulté au sujet de ces combats, répondit: «Suivez vos
+coutumes» <i>utimini consuetudine vestrâ</i>; mais il n'en est pas moins vrai
+que l'Église condamnoit et cette épreuve et toutes les autres. Les
+papes, les évêques, les conciles ont prononcé anathème contre les
+<i>duellistes</i><a id="footnotetag394" name="footnotetag394"></a><a href="#footnote394" title="Go to footnote 394"><span class="smaller normal">[394]</span></a>. Agobard, dans ses livres contre la loi <span class="pagenum"><a id="page353" name="page353"></a>(p. 353)</span>
+<i>Gombette</i><a id="footnotetag395" name="footnotetag395"></a><a href="#footnote395" title="Go to footnote 395"><span class="smaller normal">[395]</span></a>, réfuta avec force <i>la damnable opinion</i> de ceux qui
+prétendent que Dieu fait connoître sa volonté et son jugement par les
+épreuves de l'eau, du feu et autres semblables. Il se récrie vivement
+contre le nom de <i>Jugement de Dieu</i> qu'on osoit donner à ces épreuves.
+«Comme si, dit-il, Dieu les avoit ordonnées, et s'il devoit se soumettre
+à nos préjugés et à nos sentiments particuliers pour nous révéler tout
+ce qu'il nous plaît de savoir.» Les mêmes opinions furent soutenues dans
+le onzième siècle par Yves de Chartres, par saint Thomas et par tous les
+théologiens les plus sages et les plus éclairés; et généralement, dans
+ces temps d'une ignorance et d'une corruption si profonde, il n'est pas
+une seule de ces maximes fondées sur le bon sens et la morale, qui font
+maintenant la règle des sociétés chrétiennes les plus civilisées, que
+n'ait alors professée l'église, seule juste et seule éclairée au milieu
+des vices et des ténèbres dont elle étoit entourée.</p>
+
+<p>On ne s'étonnera donc plus maintenant si, malgré tout ce que l'histoire
+de Paris raconte des démêlés des rois avec les évêques, nous ne
+craignons point d'avancer qu'il n'est point de siége dans la <span class="pagenum"><a id="page354" name="page354"></a>(p. 354)</span>
+chrétienté qui offre une suite plus remarquable de grands et pieux
+personnages. On y compte, jusqu'à Jean-François de Gondi, une succession
+de cent sept évêques, parmi lesquels il en est six que l'Église révère
+comme des saints, neuf qui ont été cardinaux, et quelques-uns
+chanceliers de France.</p>
+
+<p>En 1622, cet évêché, soumis à la métropole de Sens, en fut séparé par
+Grégoire XV, et érigé en archevêché. Cette érection fut faite en faveur
+de M. Jean-François de Gondi; il fut peu après nommé commandeur des
+ordres du roi, honneur dont avoient joui presque tous ses successeurs.
+Louis XIV accorda une distinction encore plus glorieuse à M. de Harlai
+de Chanvalon, en érigeant, pour lui et les archevêques de Paris, la
+terre de Saint-Cloud en duché-pairie<a id="footnotetag396" name="footnotetag396"></a><a href="#footnote396" title="Go to footnote 396"><span class="smaller normal">[396]</span></a>.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page355" name="page355"></a>(p. 355)</span> On compte dix archevêques depuis M. de Gondi jusqu'à M. de
+Juigné, qui gouvernoit l'église de Paris en 1789.</p>
+
+<h2>LE CHAPITRE DE NOTRE-DAME.</h2>
+
+<p>On entend par <i>Chapitre</i>, dans une église cathédrale ou collégiale, la
+communauté des ecclésiastiques qui la desservent, lesquels sont appelés
+<i>chanoines</i><a id="footnotetag397" name="footnotetag397"></a><a href="#footnote397" title="Go to footnote 397"><span class="smaller normal">[397]</span></a>, et doivent vivre suivant la règle particulière de la
+congrégation dont ils sont membres.</p>
+
+<p>Quelques-uns font remonter l'origine des chanoines jusqu'aux apôtres,
+qui, d'après toutes les traditions, vécurent réunis avec les disciples,
+et donnèrent les règles de la vie commune. En effet, quoique les noms de
+clercs et de chanoines ne fussent pas usités dans les premiers temps, il
+paroît que les prêtres-diacres de chaque église formoient entre eux un
+collége; et cette expression <span class="pagenum"><a id="page356" name="page356"></a>(p. 356)</span> se trouve souvent dans les pères
+des trois premiers siècles.</p>
+
+<p>On trouve aussi que cet ordre et ces réunions furent souvent troublés
+par les persécutions; mais dans ces maux qui affligeoient les églises,
+les clercs, séparés les uns des autres, continuoient du moins à mettre
+leurs biens en commun; les plus riches venoient ainsi au secours des
+plus pauvres, et chacun se contentoit de la <i>sportule</i> ou portion<a id="footnotetag398" name="footnotetag398"></a><a href="#footnote398" title="Go to footnote 398"><span class="smaller normal">[398]</span></a>
+qu'il recevoit tous les mois de l'évêque, seul dispensateur de cette
+commune propriété.</p>
+
+<p>Cependant la distinction que l'on fit, en 324, des églises cathédrales
+d'avec les églises particulières, peut être regardée comme la véritable
+origine des colléges et des communautés de clercs appelés <i>chanoines</i>.
+Du temps de saint Basile et de saint Cyrille, ils étoient déjà désignés
+sous ce nom en Orient; on l'employa plus tard en Occident. Vers le
+milieu du quatrième siècle, saint Eusèbe, évêque de Verceil, rassembla
+le premier ses clercs, et les soumit à toute la rigidité de la vie
+monastique; mais c'est surtout saint Augustin qu'on peut considérer
+comme le restaurateur de la vie commune dans cette partie de la
+chrétienté. Lorsqu'il fut devenu évêque d'Hippone, il forma une
+communauté des prêtres de son église, avec lesquels <span class="pagenum"><a id="page357" name="page357"></a>(p. 357)</span> il vivoit
+dans un entier détachement des choses du monde. Cet exemple fut imité
+dans les Gaules, comme dans les autres parties de la chrétienté; mais
+les troubles qui, sous la domination des rois francs, ne cessèrent
+d'agiter cette contrée, faisant naître partout la licence et le
+désordre, n'épargnèrent point ces asiles de la piété et de la paix. La
+discipline ne tarda point à s'y altérer; il y eut déréglement et
+scandale dans les m&oelig;urs, et souvent ce scandale fut porté à son
+comble. Enfin saint Chrodegand, évêque de Metz, qui vivoit sous le règne
+de Pépin, conçut le projet d'en arrêter le cours, ce qu'il fit et par
+ses leçons et par ses exemples. Les réglements qu'il donna à ses
+chanoines furent adoptés par un grand nombre d'églises; et l'on vit de
+nouveau les clercs attachés aux cathédrales vivre suivant les règles
+austères des anciens canons.</p>
+
+<p>Quoique l'histoire ne nous laisse pas même soupçonner que le chapitre de
+Notre-Dame, entraîné par le torrent, ou séduit par les exemples, soit
+jamais tombé dans les écarts qui, dans ces siècles malheureux, furent
+l'affliction de l'Église, et sont devenus l'injuste et éternel reproche
+de ses adversaires, cependant on peut se persuader qu'il n'aura pas été
+des derniers à adopter les réglements de saint Chrodegand; parce que,
+dans tout ce que nous en disent les traditions, on le voit zélé pour ses
+devoirs, animé d'une véritable piété, <span class="pagenum"><a id="page358" name="page358"></a>(p. 358)</span> et tendant sans cesse
+vers une plus grande perfection. Ces témoignages ont fait penser à
+l'historien de l'église de Paris que l'institution ou plutôt la réforme
+du chapitre de la cathédrale avoit été faite par Erkenrad I<sup>er</sup>, sous
+le règne de Charlemagne: on n'en trouve cependant de monuments
+authentiques que sous celui de Louis-le-Débonnaire. Ce prince, profitant
+de l'occasion d'un concile qu'il avoit convoqué à Aix-la-Chapelle en
+816<a id="footnotetag399" name="footnotetag399"></a><a href="#footnote399" title="Go to footnote 399"><span class="smaller normal">[399]</span></a>, y fit rédiger une règle fixe pour les chanoines: un diacre
+nommé Amalarius fut chargé de ce soin par les pères du concile. Cette
+règle prescrivoit l'habitation et la vie commune dans des cloîtres
+fermés; mais elle n'exigeoit point la désappropriation ni certaines
+abstinences qui étoient de précepte et d'usage dans les monastères.
+L'empereur ordonna qu'elle fût observée dans les différents États soumis
+à sa domination; et ce fut là, suivant les plus sûres apparences,
+l'époque de l'institution des chanoines de Notre-Dame dans la forme qui
+s'est conservée presque entière jusqu'aux derniers temps. C'est depuis
+cette réforme qu'on les voit appelés si souvent dans les actes <i>les
+frères de Sainte-Marie</i>, et qu'il est parlé de <i>cloître</i>, de <i>règle</i> et
+de <i>chapitre</i><a id="footnotetag400" name="footnotetag400"></a><a href="#footnote400" title="Go to footnote 400"><span class="smaller normal">[400]</span></a>.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page359" name="page359"></a>(p. 359)</span> Le concile de Paris, tenu en 829, ayant ordonné que les chefs
+des communautés séculières et régulières pourvoiroient aux besoins
+temporels de ceux qui les composoient, l'évêque Inchade céda pour lors
+aux chanoines, en toute propriété, plusieurs terres et villages qui
+appartenoient à l'église de Paris, avec toutes leurs dépendances. C'est
+de la division qui se fit de ces mêmes biens dans des temps postérieurs,
+que se sont formées les prébendes canoniales dont jouissoient encore les
+chanoines de Notre-Dame au moment où l'église a été dépouillée de son
+patrimoine.</p>
+
+<p>Ce chapitre étoit non-seulement le plus considérable de Paris<a id="footnotetag401" name="footnotetag401"></a><a href="#footnote401" title="Go to footnote 401"><span class="smaller normal">[401]</span></a>, mais
+encore de la France <span class="pagenum"><a id="page360" name="page360"></a>(p. 360)</span> entière; et il devoit moins cet avantage
+au grand nombre de bénéfices qui en dépendoient, qu'au mérite, à la
+science et aux vertus en quelque sorte héréditaires des dignes
+ecclésiastiques qui le composoient. Il a joui dans tous les temps de
+cette haute réputation; dans tous les temps on le prit pour modèle, on
+le consulta avec confiance, on reçut ses décisions avec respect. Il a la
+gloire d'avoir donné à l'Église six papes, trente-neuf cardinaux et un
+nombre considérable d'évêques. On voit un pontife illustre, Alexandre
+III, demander comme une faveur que ses neveux fussent élevés dans le
+cloître Notre-Dame; Louis VII et plusieurs de nos princes y puisèrent
+l'esprit de la religion et le goût de la science; enfin un fils de
+Louis-le-Gros, Henri, fut chanoine de Notre-Dame; et Philippe, son
+frère, préféra le simple titre d'archidiacre de l'église de Paris aux
+évêchés auxquels sa haute naissance et ses vertus lui donnoient le droit
+de prétendre.</p>
+
+<p>Ce chapitre étoit composé de huit dignités qui pouvoient être possédées
+par d'autres que par les chanoines, et de cinquante-deux canonicats. Il
+y avoit en outre six vicaires perpétuels, dont deux titres avoient été
+unis au chapitre; deux vicaires de Saint-Agnan et un chapelain; huit
+bénéficiers <span class="pagenum"><a id="page361" name="page361"></a>(p. 361)</span> chanoines de Saint-Jean-le-Rond, et dix de
+Saint-Denis-du-Pas. Ces bénéficiers, ainsi que tous les chapelains
+attachés à Notre-Dame, ne faisoient qu'un seul corps avec l'église de
+Paris<a id="footnotetag402" name="footnotetag402"></a><a href="#footnote402" title="Go to footnote 402"><span class="smaller normal">[402]</span></a>.</p>
+
+<p>La principale entrée du cloître étoit à côté de l'église cathédrale. On
+y voyoit, avant la révolution, une porte, laquelle avoit été construite
+en 1751<a id="footnotetag403" name="footnotetag403"></a><a href="#footnote403" title="Go to footnote 403"><span class="smaller normal">[403]</span></a>, avec les matériaux et en partie sur l'emplacement de la
+petite église de Saint-Jean-le-Rond, dont nous allons parler.</p>
+
+<h2>SAINT-JEAN-LE-ROND.</h2>
+
+<p>On sait que les fonts baptismaux de l'église de Paris étoient jadis à
+Saint-Germain-le-Vieux, <span class="pagenum"><a id="page362" name="page362"></a>(p. 362)</span> qui avoit alors le nom de
+Saint-Jean-Baptiste, et qu'ils furent depuis transportés plus près de la
+cathédrale, dans une chapelle bâtie pour cet usage. Cette chapelle, que
+l'on abattit en même temps que les anciennes églises de Notre-Dame et de
+Saint-Étienne, fut ensuite rebâtie et placée au bas de la tour
+septentrionale de la nouvelle basilique. On présume, que dans l'origine,
+elle étoit moins avancée vers l'occident; on sait du reste que le surnom
+qu'elle portoit ne venoit que de la forme ronde employée dans ces sortes
+d'édifices.</p>
+
+<p>La bâtisse de Saint-Jean-le-Rond de Paris ne paroissoit être que du
+treizième siècle, et même le portail étoit beaucoup plus nouveau. Ce
+baptistère, que desservoient deux prêtres<a id="footnotetag404" name="footnotetag404"></a><a href="#footnote404" title="Go to footnote 404"><span class="smaller normal">[404]</span></a>, fut pendant long-temps
+le seul qu'il y eût dans cette capitale; mais lorsque le nombre des
+citoyens eut fait multiplier celui des églises, et que chacune eut
+obtenu d'avoir son baptistère particulier, ces deux prêtres furent
+chargés de visiter les malades, d'inhumer les morts, et de célébrer,
+pendant une année, la messe pour les chanoines décédés. Ils jouissoient
+à cet effet du revenu annuel de la prébende de chaque chanoine défunt.
+Ces dispositions changèrent depuis: l'annuel fut transporté aux
+chanoines de Saint-Victor, et l'on indemnisa les deux prêtres par le don
+d'une prébende dans <span class="pagenum"><a id="page363" name="page363"></a>(p. 363)</span> l'église de Notre-Dame, sous certaines
+conditions qui les maintenoient dans la dépendance du chapitre<a id="footnotetag405" name="footnotetag405"></a><a href="#footnote405" title="Go to footnote 405"><span class="smaller normal">[405]</span></a>.
+Dans la suite le nombre de ces desservants fut augmenté.</p>
+
+<p>On a remarqué que cette église, et peut-être même l'entrée de la
+cathédrale étoient les lieux où se terminoient juridiquement certaines
+affaires ecclésiastiques, coutume qui rappeloit ce qui s'étoit pratiqué
+plus anciennement aux portiques des grandes églises. Il existe un ancien
+acte finissant par ces mots: <i>Actæ sunt hæc in ecclesiâ Parisiensi apud
+cupas</i><a id="footnotetag406" name="footnotetag406"></a><a href="#footnote406" title="Go to footnote 406"><span class="smaller normal">[406]</span></a>. On lit aussi que les médecins se sont assemblés autrefois
+<i>ad cupam nostræ Dominæ</i>. Cette même église servoit de paroisse aux
+laïques logés dans le cloître Notre-Dame.</p>
+
+<div class="descript">
+<p class="center">SÉPULTURES.</p>
+
+ <p>Dans cette église avoient été inhumés: Henri Boileau, avocat
+ général, mort en 1491; Gilles Ménage, savant célèbre, mort
+ en 1692; Jean-Baptiste Duhamel, habile théologien, mort en
+ 1706.</p>
+</div>
+
+<p>On démolit Saint-Jean-le-Rond en 1748; alors les fonts baptismaux, les
+fondations et le service <span class="pagenum"><a id="page364" name="page364"></a>(p. 364)</span> divin furent transférés à
+Saint-Denis-du-Pas, qui, depuis cette époque, s'appela <i>Saint-Denis et
+Saint-Jean-Baptiste</i>.</p>
+
+<h2>SAINT-DENIS-DU-PAS.</h2>
+
+<p>Le surnom de cette église fit naître, dans le dix-septième siècle, une
+contestation si vive entre deux savants, qu'elle en devint ridicule, par
+l'importance qu'ils mirent à une question d'un si foible intérêt, et
+surtout par l'amertume qu'ils répandirent dans leur discussion. M.
+Delaunoy prétendoit que cette église étoit ainsi surnommée par la raison
+que le premier apôtre des Parisiens y avoit souffert le martyre, <i>à
+passione</i>. M. de Valois, qui combattit son sentiment avec humeur et même
+avec emportement, le réfuta toutefois avec beaucoup de solidité; et il
+n'est plus question ni de cette étymologie évidemment fausse, ni de
+cette vieille querelle.</p>
+
+<p>Ce terme de <i>passus</i> a été employé à l'égard de plusieurs saints<a id="footnotetag407" name="footnotetag407"></a><a href="#footnote407" title="Go to footnote 407"><span class="smaller normal">[407]</span></a>
+qui certainement n'ont jamais <span class="pagenum"><a id="page365" name="page365"></a>(p. 365)</span> souffert le martyre; et l'on ne
+peut raisonnablement l'expliquer que par la situation de leur église.
+Celle de Saint-Denis n'étoit séparée de la cathédrale que par un chemin
+étroit nommé <i>pas</i>, et d'ailleurs étoit située auprès du petit bras de
+la rivière qui coule entre l'île Saint-Louis et la Cité. Il ne faut donc
+point chercher une autre origine à ce surnom, puisqu'autrefois on
+appeloit ainsi tout chemin étroit et tout courant d'eau qui est entre
+deux terres; et que, dans l'ancien langage françois, <i>pas</i> et <i>passage</i>
+sont synonymes.</p>
+
+<p>Cette chapelle, qui existoit avant le douzième siècle, étoit depuis
+long-temps négligée, et il y a apparence qu'on n'y faisoit plus le
+service divin. En 1164 et jusqu'à la fin de ce même siècle, plusieurs
+pieux personnages y fondèrent des prébendes, au nombre de cinq. Elles
+furent ensuite divisées, par une ordonnance du chapitre de Notre-Dame,
+entre dix chanoines<a id="footnotetag408" name="footnotetag408"></a><a href="#footnote408" title="Go to footnote 408"><span class="smaller normal">[408]</span></a>, qui les ont conservées jusqu'au moment de la
+révolution. En 1182, le pape Luce III donna à Saint-Denis-du-Pas la
+qualité d'église<a id="footnotetag409" name="footnotetag409"></a><a href="#footnote409" title="Go to footnote 409"><span class="smaller normal">[409]</span></a>.</p>
+
+<a id="hoteldieu" name="hoteldieu"></a>
+<h2><span class="pagenum"><a id="page366" name="page366"></a>(p. 366)</span> HÔTEL-DIEU.</h2>
+
+<p>L'institution des hôpitaux est un des bienfaits du christianisme. La
+police des païens, qui savoit réprimer la fainéantise, qui empêchoit le
+mendiant valide de dérober à la pitié le pain qu'il pouvoit obtenir par
+son travail, n'alloit point jusqu'à s'inquiéter du sort de l'infortuné
+dont l'âge et la maladie avoient épuisé les forces. On croyoit qu'il
+valoit mieux que le pauvre mourût que de vivre inutile et souffrant. La
+vertu purement humaine n'étoit point capable d'un si grand dévouement:
+il n'y avoit qu'une charité toute céleste qui pût embrasser dans sa
+tendre prévoyance tous les âges, toutes les misères, toutes les
+souffrances; et, parmi tant de maux qui affligent les hommes, regarder
+comme les plus dignes de ses soins les infirmités les plus horribles et
+les misères les plus repoussantes.</p>
+
+<p>Dès les premiers temps, une partie considérable des biens que les
+églises avoient obtenus de la libéralité des empereurs fut consacrée à
+ces pieux <span class="pagenum"><a id="page367" name="page367"></a>(p. 367)</span> établissements. Des prêtres les administroient, sous
+la direction de l'évêque; et l'on y recevoit sans distinction et les
+pauvres chrétiens et le païen indigent que ceux de sa religion
+continuoient à repousser. Julien l'Apostat lui-même ne put s'empêcher de
+rendre témoignage à cette vertu surnaturelle des premiers fidèles; et la
+confusion qu'il en ressent éclate dans une lettre qu'il écrit à un
+pontife de Galatie, auquel il recommande d'établir, à leur imitation,
+des hôpitaux et des contributions pour les pauvres. Dans cet écrit
+très-remarquable, il attribue l'accroissement du christianisme
+principalement à trois causes, à l'hospitalité, au soin des sépultures,
+à la gravité des m&oelig;urs.</p>
+
+<p>Dès les commencements de la monarchie française, on voit des hôpitaux
+établis dans différentes villes par la piété de nos rois; et l'on ne
+peut douter que l'Hôtel-Dieu ne soit une des fondations les plus
+anciennes de ce genre. Néanmoins toutes les recherches de nos historiens
+n'ont pu nous procurer à ce sujet que des notions vagues et incertaines.
+C'est sans doute de cette incertitude qu'est venue la tradition qui fait
+honneur à saint Landri de la création de ce pieux établissement,
+tradition vers laquelle semblent pencher plusieurs savants
+distingués<a id="footnotetag410" name="footnotetag410"></a><a href="#footnote410" title="Go to footnote 410"><span class="smaller normal">[410]</span></a> qui se sont occupés des antiquités <span class="pagenum"><a id="page368" name="page368"></a>(p. 368)</span> de Paris.
+Cependant on ne trouve dans les anciens titres qui prouvent
+incontestablement que saint Landri a existé, aucune particularité sur
+ses actions et sa vie. Son culte n'a commencé que sous l'épiscopat de
+Maurice de Sully; et c'est seulement dans une légende insérée dans un
+bréviaire de 1492, qu'on lit pour la première fois que ce saint évêque
+étoit particulièrement recommandable par sa grande charité. Un éloge
+aussi vague ne pouvoit suffire pour faire conclure qu'il est le
+fondateur de l'Hôtel-Dieu, et c'est cependant sur ce seul titre que la
+légende du dix-septième siècle lui en attribue la fondation, malgré le
+silence absolu de tous les historiens et de tous les martyrologes. Il
+est donc impossible de ne pas rejeter cette assertion jusqu'à ce qu'on
+en ait donné des preuves raisonnables et suffisantes.</p>
+
+<p>Saint Landri est mort vers l'an 656; et tout porte à croire qu'à cette
+époque l'Hôtel-Dieu n'existoit point encore. On trouve même qu'en 690 il
+y avoit sur l'emplacement où il est situé un monastère de filles, dont
+<i>Landetrude</i> étoit abbesse<a id="footnotetag411" name="footnotetag411"></a><a href="#footnote411" title="Go to footnote 411"><span class="smaller normal">[411]</span></a>. Alors c'étoit la maison de l'évêque qui
+étoit l'asile des malheureux, de la veuve et de l'orphelin. Le pauvre et
+le malade y trouvoient des secours et des consolations; elle servoit
+encore de retraite aux pélerins et aux voyageurs; et les annales
+<span class="pagenum"><a id="page369" name="page369"></a>(p. 369)</span> de l'église, celles de la monarchie, les actes, les récits les
+plus authentiques nous représentent les évêques de Paris, dignes
+successeurs des apôtres, livrés par-dessus tout à ces pieux devoirs. On
+les voyoit, excitant le clergé par l'ardeur de leur zèle et de leur
+charité, se faire un plaisir et une gloire de recevoir tous ceux que
+leur affliction ou leurs besoins conduisoient vers eux, leur laver les
+pieds, les servir eux-mêmes à table, leur administrer les sacrements, et
+leur prodiguer ainsi tous les secours de l'âme et du corps.</p>
+
+<p>Le premier titre où il est question de l'Hôtel-Dieu est un acte de l'an
+829, par lequel l'évêque Inchade assigne à cette maison les dîmes des
+biens dont il avoit gratifié son chapitre, pour se conformer à une
+décision du concile d'Aix-la-Chapelle, dont nous avons déjà parlé. On
+voit, par cet acte de donation, que, dans certains temps, <i>les chanoines
+y lavoient les pieds aux pauvres</i>; d'où il résulte que l'Hôtel-Dieu
+existoit sous le règne de Charlemagne, et que l'évêque et son chapitre y
+avoient des droits, soit pour l'avoir fondé, soit pour avoir contribué à
+le doter.</p>
+
+<p>Les chanoines possédoient, et sans doute à ce dernier titre, la moitié
+de cet établissement<a id="footnotetag412" name="footnotetag412"></a><a href="#footnote412" title="Go to footnote 412"><span class="smaller normal">[412]</span></a>; <span class="pagenum"><a id="page370" name="page370"></a>(p. 370)</span> l'autre leur fut cédée, en 1002,
+par Renaud, évêque de Paris; et vers la fin du même siècle, un autre
+évêque, nommé Guillaume Montfort, leur fit don de l'église
+Saint-Christophe. Depuis cette dernière époque, on voit l'Hôtel-Dieu,
+entièrement sous l'administration du chapitre, gouverné par des
+chanoines proviseurs choisis dans son sein, et la chapelle
+Saint-Christophe desservie par deux prêtres de la cathédrale.</p>
+
+<p>L'accroissement rapide de la population ayant considérablement augmenté
+le nombre des pauvres, il fallut bientôt multiplier celui des personnes
+employées au service de l'Hôtel-Dieu, et fixer les fonctions de chacun
+de ces ministres. Dès l'an 1217, des statuts nouveaux furent dressés par
+Étienne, doyen de Paris, conjointement avec le chapitre. Par ces statuts
+il est établi pour l'administration de cette maison quatre prêtres,
+quatre clercs, trente frères laïques, et vingt-cinq s&oelig;urs: ils
+portent qu'on ne peut en admettre davantage, qu'ils sont tenus de garder
+la chasteté, de vivre dans la désappropriation et en commun, d'être
+soumis au chapitre, aux proviseurs, et à celui des prêtres qualifié du
+titre de <i>maître de la maison de Dieu</i><a id="footnotetag413" name="footnotetag413"></a><a href="#footnote413" title="Go to footnote 413"><span class="smaller normal">[413]</span></a>.</p>
+
+<p>Quoique ce nom de <i>Maison de Dieu</i>, employé dans ces réglements et dans
+une infinité de titres <span class="pagenum"><a id="page371" name="page371"></a>(p. 371)</span> de la même époque, ne signifie pas une
+<i>maladrerie</i>, mais une maison d'hospitalité, et que l'Hôtel-Dieu ne soit
+pas autrement désigné dans le testament de saint Louis<a id="footnotetag414" name="footnotetag414"></a><a href="#footnote414" title="Go to footnote 414"><span class="smaller normal">[414]</span></a> et dans
+plusieurs auteurs contemporains, il est certain cependant qu'avant la
+fin du douzième siècle, on y prenoit déjà soin des malades, comme on l'a
+toujours fait depuis<a id="footnotetag415" name="footnotetag415"></a><a href="#footnote415" title="Go to footnote 415"><span class="smaller normal">[415]</span></a>. En cherchant l'origine de cette nouvelle
+destination de l'Hôtel-Dieu, un auteur<a id="footnotetag416" name="footnotetag416"></a><a href="#footnote416" title="Go to footnote 416"><span class="smaller normal">[416]</span></a> a pensé qu'elle pourroit
+bien venir d'un statut du chapitre de Notre-Dame, donné en 1168, par
+lequel il fut réglé que tous les chanoines qui décéderoient ou
+quitteroient leurs prébendes, donneroient à cet hôpital un lit
+garni<a id="footnotetag417" name="footnotetag417"></a><a href="#footnote417" title="Go to footnote 417"><span class="smaller normal">[417]</span></a>. Cette multiplication des lits facilita sans doute la
+<span class="pagenum"><a id="page372" name="page372"></a>(p. 372)</span> réception des malades; et trente ans après, on lit dans un
+acte par lequel Adam, clerc du roi, lègue à l'Hôtel-Dieu deux maisons
+dans Paris, qu'il ne fait ce don que sous la condition qu'au jour de son
+anniversaire il sera accordé, sur leur produit, à ceux seulement qui
+seront malades, tout ce qu'il leur viendra dans la pensée de manger,
+<i>pourvu qu'on en puisse trouver</i>, ajoute naïvement le donataire. <i>Eâ
+conditione, quòd ægrotantibus tantùm prædicti hospitalis quicquid
+cibariorum in eorum venerit desiderio, si tamen possit inveniri, de
+totali proventu domorum, in die anniversarii ejus detur.</i></p>
+
+<p>La forme du gouvernement de cette maison fut changée dans la suite, soit
+que le nombre des pauvres fût augmenté, soit que les revenus ne fussent
+pas suffisants, ou qu'il se fût glissé quelque abus dans l'emploi qu'on
+en faisoit. Toutefois ce ne fut que long-temps après; et pendant
+plusieurs siècles elle fut gouvernée suivant les anciens statuts dont
+nous venons de parler. On appeloit alors <i>frères</i> et <i>s&oelig;urs</i> de la
+maison ou de l'Hôtel-Dieu, les personnes des deux sexes qui s'y
+consacroient au service des pauvres et des malades; et cet institut
+étoit une communauté, et non un ordre <span class="pagenum"><a id="page373" name="page373"></a>(p. 373)</span> religieux<a id="footnotetag418" name="footnotetag418"></a><a href="#footnote418" title="Go to footnote 418"><span class="smaller normal">[418]</span></a>. Ce n'est
+qu'en 1505 qu'on voit un changement remarquable dans la double
+administration de ce grand établissement. Le soin des affaires
+temporelles fut alors confié à huit bourgeois notables et à un receveur
+nommé par le prévôt des marchands et des échevins<a id="footnotetag419" name="footnotetag419"></a><a href="#footnote419" title="Go to footnote 419"><span class="smaller normal">[419]</span></a>. On créa ensuite
+des commissaires pour la réformation du gouvernement spirituel; et en
+exécution d'un statut donné en 1536, huit chanoines réguliers de l'ordre
+de Saint-Augustin y furent introduits. Les réglements qu'ils firent y
+établirent l'observance régulière de l'abbaye de Saint-Victor, avec la
+forme des habits et les pratiques religieuses qui sont en usage dans
+cette communauté. Cette réforme devint encore plus parfaite vers 1630,
+par les travaux et l'exemple de Geneviève Bouquet, dite du <i>Saint nom de
+Jésus</i>. Élevée malgré elle et par l'éclat de ses vertus au rang de
+prieure, cette sainte fille établit un noviciat régulier et la vie
+commune parmi les s&oelig;urs de l'hôpital; elle fit ordonner la rénovation
+des v&oelig;ux, et engagea les religieuses à quitter le nom de leur famille
+pour adopter celui de quelque saint ou sainte. Cet usage ainsi que la
+régularité s'est toujours maintenu <span class="pagenum"><a id="page374" name="page374"></a>(p. 374)</span> dans cette maison jusqu'à
+l'époque qui a tout détruit, sans en excepter l'asile du pauvre.</p>
+
+<p>L'Hôtel-Dieu étoit desservi, pour le spirituel, par vingt-quatre
+ecclésiastiques, dont le premier avoit la qualité de <i>maître</i>; ils
+étoient sous la direction immédiate du chapitre, qui la faisoit exercer
+par quatre députés réélus tous les ans, sous le titre
+d'<i>administrateurs</i> ou <i>visiteurs de l'Hôtel-Dieu</i>.</p>
+
+<p>Les malades de tout âge, de tout sexe, de toute condition, de tout pays,
+de toute religion, y étoient indistinctement reçus, à l'exception de
+ceux qui étoient attaqués de certaines maladies, pour lesquelles
+d'autres hôpitaux ont été institués. On y comptoit douze cents lits dans
+vingt et une salles; et là, les malades, au nombre de trois mille au
+moins (et ce nombre étoit quelquefois doublé), étoient servis avec un
+zèle, une attention et une charité presque inconcevables, par plus de
+cent religieuses de l'ordre de Saint-Augustin<a id="footnotetag420" name="footnotetag420"></a><a href="#footnote420" title="Go to footnote 420"><span class="smaller normal">[420]</span></a>. Le spectacle de ces
+saintes filles, renonçant au monde, à leurs familles, à leurs biens, à
+toutes les espérances de la vie, ne conservant de toutes les affections
+du c&oelig;ur qu'une pitié plus courageuse et plus <span class="pagenum"><a id="page375" name="page375"></a>(p. 375)</span> tendre que
+n'étoient horribles les souffrances qui les environnoient, a toujours
+étonné et attendri tous ceux qui en ont été les témoins; et ce n'est que
+dans notre siècle, où d'odieux et vils systèmes ont flétri toutes les
+âmes et calomnié toutes les vertus, qu'on a cessé un moment d'admirer ce
+que la charité chrétienne offrit jamais de plus admirable. «Le cardinal
+de Vitry, dit Helyot, a voulu sans doute parler des religieuses de
+l'Hôtel-Dieu, lorsqu'il dit qu'il y en avoit qui se faisoient violence,
+souffroient avec joie et sans répugnance l'aspect hideux de toutes les
+misères humaines, et qu'il lui sembloit qu'aucun genre de pénitence ne
+pouvoit être comparé à cette espèce de martyre.»</p>
+
+<p>«Il n'y a personne, continue le même auteur dans son langage naïf, qui,
+en voyant les religieuses de l'Hôtel-Dieu, non-seulement panser,
+nettoyer les malades, faire leurs lits, mais encore, au plus fort de
+l'hiver, casser la glace de la rivière qui passe au milieu de cet
+hôpital, et y entrer jusqu'à la moitié du corps, pour laver leurs linges
+pleins d'ordures et de vilenies, ne les regarde comme autant de saintes
+victimes, qui, par un excès d'amour et de charité pour secourir leur
+prochain, courent volontiers à la mort qu'elles affrontent, pour ainsi
+dire, au <span class="pagenum"><a id="page376" name="page376"></a>(p. 376)</span> milieu de tant de puanteur et d'infection causées par
+le grand nombre des malades<a id="footnotetag421" name="footnotetag421"></a><a href="#footnote421" title="Go to footnote 421"><span class="smaller normal">[421]</span></a>.»</p>
+
+<p>Philippe-Auguste est le premier de nos rois qui ait fait des dons à
+l'Hôtel-Dieu; après lui saint Louis le combla tellement de ses pieuses
+libéralités, qu'il mérita d'en être appelé le fondateur. Non-seulement
+ce prince en accrut les revenus, mais il en augmenta considérablement
+les bâtiments, qui, avant lui, ne consistoient que dans trois ou quatre
+corps-de-logis, avec l'ancienne chapelle de Saint-Christophe<a id="footnotetag422" name="footnotetag422"></a><a href="#footnote422" title="Go to footnote 422"><span class="smaller normal">[422]</span></a>.
+Depuis, les bâtiments se multiplièrent entre la rivière et la rue
+<span class="pagenum"><a id="page377" name="page377"></a>(p. 377)</span> des Sablons, et vinrent aboutir au Petit-Pont, où il y avoit
+une autre chapelle, sous le nom de Sainte-Agnès. En 1463, les frères et
+s&oelig;urs de l'Hôtel-Dieu acquirent plusieurs places autour de cette
+dernière chapelle, et y firent construire une entrée nouvelle et un
+portail. Par un arrêt de l'année 1511, ils firent fermer la rue des
+Sablons, après y avoir fait l'acquisition de sept maisons qui
+appartenoient à l'abbaye de Sainte-Geneviève.</p>
+
+<p>En suivant la progression des accroissements de cet hospice, nous
+trouvons qu'en 1531 les administrateurs traitèrent d'une maison située
+sur le Petit-Pont, laquelle joignoit le portail dont nous venons de
+faire mention. Sur l'emplacement de cette maison, qui avoit appartenu à
+la Sainte-Chapelle, le cardinal Antoine Duprat, légat en France, fit
+construire la salle qu'on appeloit, avant la révolution, <i>salle du
+Légat</i>. À l'extrémité orientale, ils avoient déjà fait précédemment
+plusieurs acquisitions, entre autres celle d'une grande maison connue
+sous le nom du <i>Chantier</i>, et située entre l'Hôtel-Dieu et l'Archevêché.
+Ils s'étoient aussi rendus propriétaires de plusieurs bâtiments dans la
+rue de la Bûcherie<a id="footnotetag423" name="footnotetag423"></a><a href="#footnote423" title="Go to footnote 423"><span class="smaller normal">[423]</span></a>. En 1606, Henri IV fit rebâtir la salle de
+Saint-Thomas, et construire les piliers d'un pont où devoient aboutir
+ces nouvelles propriétés. La même année, la salle <span class="pagenum"><a id="page378" name="page378"></a>(p. 378)</span> dite de
+Saint-Charles, qui donna son nom à ce pont, fut achevée par la
+libéralité de M. Pomponne de Bellièvre. Les administrateurs agrandirent
+encore l'Hôtel-Dieu, en faisant construire, le long de la rivière, une
+voûte, sur laquelle, ils élevèrent une salle nouvelle<a id="footnotetag424" name="footnotetag424"></a><a href="#footnote424" title="Go to footnote 424"><span class="smaller normal">[424]</span></a>. Ils
+obtinrent en même temps la permission de bâtir un second pont aux
+limites de leur maison, du côté de l'Archevêché. Ce pont, qui fut fini
+en 1634, aboutit d'un côté à la rue l'Évêque, et de l'autre à un portail
+construit sur l'autre bord de la rivière, dans la rue de la Bûcherie; on
+le nomma <i>Pont-aux-Doubles</i>, parce que, dans l'origine, les gens de pied
+payoient un double tournois pour y passer<a id="footnotetag425" name="footnotetag425"></a><a href="#footnote425" title="Go to footnote 425"><span class="smaller normal">[425]</span></a>. Ce péage, fixé par des
+lettres-patentes de Louis XIII, n'a cessé de subsister qu'au moment de
+la révolution; les deniers n'ayant plus cours alors, on payoit un liard
+pour le droit de passage.</p>
+
+<p>Les salles dont nous venons de parler furent encore prolongées depuis.
+En 1714 on pensa à construire des bâtiments nouveaux, et pour subvenir à
+cette dépense, l'Hôtel-Dieu obtint sur les entrées aux spectacles un
+droit dont il a joui long-temps<a id="footnotetag426" name="footnotetag426"></a><a href="#footnote426" title="Go to footnote 426"><span class="smaller normal">[426]</span></a>. Le Petit-Châtelet lui fut même
+<span class="pagenum"><a id="page379" name="page379"></a>(p. 379)</span> adjugé à cet effet en 1724; mais il ne put alors ni depuis
+mettre à profit ce don du roi pour accroître ses bâtiments.</p>
+
+<p>Depuis cette dernière époque, il ne reste plus rien à dire de
+l'Hôtel-Dieu, sinon qu'il a été successivement dévasté par deux
+incendies, dont le dernier surtout avoit causé de grands ravages et
+laissé des traces profondes, qui, même après vingt ans, n'étoient point
+encore effacées. En 1789, la piété et l'humanité de Louis XVI lui
+avoient fait concevoir le projet de faire de grandes améliorations dans
+cette maison, et même, dit-on, de faire construire plusieurs Hôtels-Dieu
+en différents quartiers de la ville. Une partie de ce plan avoit déjà
+commencé à recevoir son exécution.</p>
+
+<p>On a élevé, depuis la révolution, un nouveau portail à l'Hôtel-Dieu, du
+côté du parvis<a id="footnotetag427" name="footnotetag427"></a><a href="#footnote427" title="Go to footnote 427"><span class="smaller normal">[427]</span></a>. Cette décoration, qu'écrase la masse imposante du
+portail de Notre-Dame, mérite cependant d'être remarquée. L'architecte
+lui a donné un caractère mixte qui tient des temples et des monuments
+consacrés à la bienfaisance et à l'utilité publique; des croisées
+<span class="pagenum"><a id="page380" name="page380"></a>(p. 380)</span> en forme d'arcades remplacent, aux deux côtés du péristyle,
+les niches qui, dans une église, eussent contenu les statues des saints
+patrons, et annoncent les logements et les bureaux nécessaires à
+l'entrée d'une semblable maison.</p>
+
+<p>Une extrême simplicité convenoit à une telle construction, et l'auteur
+s'y est assujetti dans toutes les parties. Il ne s'est pas même permis
+les cannelures, ornement usité par les anciens dans l'ordre dorique, et
+qui le mettent en harmonie avec les triglyphes dont sa frise est ornée.
+La sculpture qui doit décorer le tympan du fronton n'est point encore
+exécutée.</p>
+
+<h2>PARVIS DE NOTRE-DAME.</h2>
+
+<p>C'est ainsi qu'est nommée la place qui est devant l'église cathédrale.
+Il n'y a pas de doute que ce mot ne vienne de celui de <i>paradisus</i>, dont
+on se servoit anciennement pour exprimer l'<i>aire</i> ou place qui étoit
+devant les basiliques, souvent même <span class="pagenum"><a id="page381" name="page381"></a>(p. 381)</span> le cimetière qui occupoit
+cet espace, comme il l'occupe encore dans plusieurs endroits. On donnoit
+aussi quelquefois le même nom au cloître qui régnoit autour; mais il
+étoit plus particulièrement affecté au <i>porche</i>, <i>vestibule</i> ou
+<i>portique</i> des grandes églises. Il n'étoit pas rare de voir des autels
+dans cette première partie de ces édifices sacrés; et c'étoit là
+qu'étoient placées les cuves baptismales.</p>
+
+<p>La place dont nous parlons a été successivement agrandie, et
+principalement en 1748, lorsqu'on abattit l'église Saint-Christophe, et
+qu'on supprima la rue de la Huchette. À cette époque on en baissa aussi
+le sol, afin de procurer une descente plus facile à l'église Notre-Dame,
+alors au-dessous du niveau de la place, et à laquelle, dans l'origine,
+on montoit par un escalier de treize degrés.</p>
+
+<p>On détruisit en même temps une fontaine construite en 1639, devant
+laquelle étoit une ancienne statue, dont les symboles singuliers et
+équivoques ont fort exercé la sagacité des antiquaires. Elle
+représentoit une figure longue et d'un travail très-grossier, qui tenoit
+un livre d'une main, et de l'autre un bâton entouré d'un serpent.
+Plusieurs ont cru y voir une représentation d'Esculape, dieu de la
+médecine; d'autres, celle <span class="pagenum"><a id="page382" name="page382"></a>(p. 382)</span> de Mercure; quelques-uns l'ont prise
+pour l'image d'Erchinoald ou Archambauld, qui, dit-on, fit présent à
+l'église de son hôtel et de sa chapelle Saint-Christophe. Il y en avoit
+qui vouloient que ce fût la figure de Guillaume d'Auvergne, évêque de
+Paris, sous l'épiscopat duquel on a cru que le grand portail de
+Notre-Dame avoit été achevé. L'abbé Lebeuf a présenté une opinion plus
+vraisemblable en disant que cette statue pouvoit bien être celle de
+Jésus-Christ, que l'on auroit détachée de l'ancienne église lors de la
+reconstruction, et placée par respect en face de la nouvelle. Jaillot
+offre aussi ses conjectures, qui ne sont point à dédaigner: il pense que
+cette figure étoit une représentation de sainte Geneviève. «Le visage,
+dit-il, étoit sans barbe, et ne portoit point les traits d'un homme; le
+reste d'un cierge qu'elle tenoit d'une main, un livre qu'elle portoit de
+l'autre, sont ses attributs ordinaires; le serpent, symbole de la santé,
+en est un nouveau que la reconnaissance a pu faire donner à l'occasion
+des guérisons miraculeuses que Dieu avoit accordées en cet endroit par
+son intercession; enfin la maladie personnifiée et foulée à ses pieds
+annonce la victoire que cette sainte avoit remportée sur elle.» On doit
+regretter que cette statue, qui étoit de plâtre recouvert en plomb, ait
+été détruite. Elle étoit également curieuse <span class="pagenum"><a id="page383" name="page383"></a>(p. 383)</span> et par son
+antiquité et par l'obscurité qui l'environnoit.</p>
+
+<p>C'étoit dans une maison du Parvis que se tenoient les écoles publiques
+avant l'établissement des colléges et de l'université. Elles avoient
+d'abord été placées dans le cloître Notre-Dame, à gauche en entrant,
+dans un endroit que les anciens titres nomment <i>tres antiæ</i>. Mais comme
+les chanoines étoient importunés du bruit inévitable que faisoient les
+écoliers, il fut convenu, après quelques contestations entre le chapitre
+et l'évêque, que les écoles seroient transférées dans un autre
+emplacement, et plus près de la maison épiscopale<a id="footnotetag428" name="footnotetag428"></a><a href="#footnote428" title="Go to footnote 428"><span class="smaller normal">[428]</span></a>. Elles furent en
+conséquence établies dans le lieu nommé le <i>Chantier</i>, situé entre le
+port l'Évêque et l'Hôtel-Dieu.</p>
+
+<p>L'évêque avoit au Parvis une échelle patibulaire, qui étoit la marque de
+sa justice. Piganiol dit qu'il en avoit encore une au port Saint-Landri;
+mais c'est une erreur: il a confondu la justice de l'évêque avec celle
+du chapitre, à qui ce port appartenoit de temps immémorial.</p>
+
+<p>Ce fut au parvis Notre-Dame que Bérenger et Étienne, cardinaux et légats
+du pape Clément V, firent dresser, le 11 mars 1314, un échafaud, sur
+lequel montèrent, après eux, le grand-maître des Templiers, le maître de
+Normandie et deux autres <span class="pagenum"><a id="page384" name="page384"></a>(p. 384)</span> frères, pour y entendre le récit des
+crimes qu'on imputoit à leur ordre, et la sentence qui les condamnoit à
+une prison perpétuelle<a id="footnotetag429" name="footnotetag429"></a><a href="#footnote429" title="Go to footnote 429"><span class="smaller normal">[429]</span></a>.</p>
+
+<h2>MAISON DES ENFANTS-TROUVÉS.</h2>
+
+<p>Voici encore une de ces institutions que la charité chrétienne pouvoit
+seule imaginer. Dans cette Rome païenne, si fière de sa police et de ses
+lois, des pères dénaturés exposoient leurs enfants, et un gouvernement
+non moins barbare les laissoit impitoyablement périr. Des hommes qui
+exerçoient un métier infâme alloient quelquefois recueillir ces
+innocentes victimes, et les élevoient pour les prostituer; on
+rencontroit par toutes les nations de ces enfants malheureux, nourris
+comme de vils troupeaux, et destinés aux plus exécrables <span class="pagenum"><a id="page385" name="page385"></a>(p. 385)</span>
+usages. Non-seulement de telles horreurs étoient tolérées, mais les
+empereurs ne rougissoient point de lever un tribut sur ces enfants; et
+saint Justin le philosophe ne craint pas de le leur reprocher dans sa
+première apologie.</p>
+
+<p>L'Église primitive avoit établi des hospices pour les enfants à la
+mamelle et pour les orphelins. Ces asiles, comme tous ceux qu'elle avoit
+élevés au malheur et à la souffrance, étoient dirigés par ses ministres,
+et sans doute la Gaule possédoit, ainsi que tout le reste de la
+chrétienté, de ces pieuses fondations; mais les révolutions
+qu'éprouvèrent ces contrées en changèrent la forme: et après
+l'établissement des Francs, on trouve, sans pouvoir en démêler
+l'origine, que le soin de ces enfants étoit confié aux seigneurs sur les
+fiefs desquels ils avoient été abandonnés. Leur zèle fut loin d'égaler
+celui des ministres de l'évangile; et dans Paris surtout, où la misère,
+la débauche et une plus grande population multiplioient ces expositions,
+le mal vint à un tel degré, que l'on sentit la nécessité de créer un
+asile pour ces pauvres et innocentes victimes. Ce fut encore l'Église
+qui en donna les premiers exemples: l'évêque et le chapitre de
+Notre-Dame destinèrent à cet usage une maison située au bas du
+Port-l'Évêque<a id="footnotetag430" name="footnotetag430"></a><a href="#footnote430" title="Go to footnote 430"><span class="smaller normal">[430]</span></a>; et l'on mit dans l'église <span class="pagenum"><a id="page386" name="page386"></a>(p. 386)</span> même une espèce
+de berceau, où l'on plaçoit ces enfants, pour exciter la pitié et la
+libéralité des fidèles, coutume qui s'est conservée jusqu'aux temps qui
+ont précédé la révolution. Ils étoient alors appelés <i>les pauvres
+Enfants Trouvés de Notre-Dame</i>; et c'est sous ce nom qu'Isabelle de
+Bavière, femme de Charles VI, leur fit un legs de 8 francs, par son
+testament du 2 septembre 1431.</p>
+
+<p>La libéralité du chapitre étoit entièrement gratuite, et faite
+uniquement pour <i>l'honneur de Dieu</i>, ainsi que le déclarèrent des
+lettres-patentes de François I<sup>er</sup> données en 1536<a id="footnotetag431" name="footnotetag431"></a><a href="#footnote431" title="Go to footnote 431"><span class="smaller normal">[431]</span></a>. Cependant les
+seigneurs haut-justiciers, pour s'exempter de contribuer aux frais de la
+nourriture et de l'éducation des Enfants-Trouvés, prétendirent, quelques
+années après, faire passer cet usage pour une charge de <i>fondation faite
+sous cette condition</i>, en faveur du chapitre. Le parlement n'eut aucun
+égard à ces vaines allégations; et par un arrêt du 13 août 1552<a id="footnotetag432" name="footnotetag432"></a><a href="#footnote432" title="Go to footnote 432"><span class="smaller normal">[432]</span></a>, il
+ordonna que les enfants seroient mis à l'hôpital de la Trinité, et que
+les seigneurs contribueroient d'une somme de 960 livres par an, répartie
+entre eux à proportion de l'étendue de leur justice. Toutefois on
+conserva à Notre-Dame le bureau établi pour recevoir ces enfants et les
+aumônes qu'on leur faisoit.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page387" name="page387"></a>(p. 387)</span> Un réglement aussi sage et aussi juste n'eut cependant qu'une
+exécution imparfaite et momentanée; et ces enfants ne tardèrent pas à
+retomber dans l'état de dénûment d'où l'on avoit tenté de les retirer.
+Le chapitre de Notre-Dame, toujours touché de compassion pour eux,
+offrit encore, pour les recevoir, deux maisons situées au port
+Saint-Landri, et ils y furent transférés par un arrêt du 12 juillet
+1570. Cependant, malgré tant de précautions prises pour sauver la vie à
+ces infortunés, malgré les taxes imposées sur les hauts-justiciers pour
+leur procurer les premières nécessités, ils étoient encore dans un état
+qui fait frémir l'humanité; et le détail qu'en donne l'auteur de la vie
+de saint Vincent de Paule est si horrible, qu'on seroit tenté de le
+soupçonner de quelque exagération<a id="footnotetag433" name="footnotetag433"></a><a href="#footnote433" title="Go to footnote 433"><span class="smaller normal">[433]</span></a>. C'est à cet homme apostolique, à
+cette âme ardente et vraiment chrétienne, que l'on doit la révolution
+totale qui se fit dans le sort de ces pauvres enfants, et
+l'établissement fixe et durable de cette touchante institution. On ne
+peut répéter, sans être attendri jusqu'aux larmes, les paroles si
+naïvement éloquentes qu'il adressa aux dames que son zèle <span class="pagenum"><a id="page388" name="page388"></a>(p. 388)</span>
+avoit rassemblées pour qu'elles l'aidassent dans les charités qu'il
+faisoit à ces petits malheureux. Il en avoit fait placer un grand nombre
+dans l'église; et voyant ces femmes chrétiennes déjà émues par ce
+spectacle: «Or sus, mesdames, s'écria l'homme de Dieu, voyez si vous
+voulez délaisser à votre tour ces petits innocents, dont vous êtes
+devenues les mères suivant la grâce, après qu'ils ont été abandonnés par
+leurs mères suivant la nature.» Les nobles et pieuses Françaises ne
+répondirent à ce discours que par des sanglots; et le même jour, dans la
+même église, au même instant, l'hôpital des Enfants-Trouvés fut fondé et
+doté.</p>
+
+<p>Saint Vincent de Paule engagea les dames de la Charité qu'il avoit
+établies à se charger du gouvernement des Enfants-Trouvés, qu'il logea,
+en 1638, dans une maison à la porte Saint-Victor. Trois ans après Louis
+XIII leur assigna 3,000 liv. de rente sur le domaine de Gonesse, et y
+ajouta 1,000 liv. pour ceux qui en avoient soin. Leur zélé protecteur
+obtint encore de Louis XIV une rente de 8,000 liv., et la reine Anne
+d'Autriche lui céda pour eux son château de Bicêtre. Mais une situation
+si éloignée de la ville, et l'air trop vif qu'on y respire, étant
+nuisibles à ces enfants, on les fit revenir auprès de Saint-Lazare, où
+ils rentrèrent sous la surveillance des s&oelig;urs de la Charité.
+Cependant leur nombre augmenta tellement, <span class="pagenum"><a id="page389" name="page389"></a>(p. 389)</span> que les aumônes et
+les revenus devinrent de nouveau insuffisants. Alors le parlement jugea
+qu'il étoit nécessaire de changer en une rente annuelle l'obligation où
+étoient les seigneurs hauts-justiciers de fournir à l'entretien des
+enfants exposés dans leur justice. Cette taxe fut enfin fixée à 15,000
+livres réparties sur eux dans la proportion de leurs fiefs<a id="footnotetag434" name="footnotetag434"></a><a href="#footnote434" title="Go to footnote 434"><span class="smaller normal">[434]</span></a>. On fit
+à ce moyen l'acquisition, rue du faubourg Saint-Antoine, d'un grand
+emplacement et d'une maison, laquelle fut érigée en hôpital par une
+déclaration du roi, et unie à l'hôpital général. Ce ne fut qu'après tant
+de mutations qu'on put parvenir à un établissement commode et permanent.</p>
+
+<p>Peu de temps après, en 1672, on leur acheta encore une maison vis-à-vis
+l'Hôtel-Dieu, et l'on y construisit une chapelle. Ces bâtiments
+subsistèrent jusqu'en 1746, qu'on les fit abattre, en même temps
+<span class="pagenum"><a id="page390" name="page390"></a>(p. 390)</span> que les églises de Saint-Christophe et de
+Sainte-Geneviève-des-Ardents, pour en construire de plus spacieux. On
+éleva aussi une nouvelle chapelle, laquelle fut décorée de peintures par
+Brunetti et Natoire<a id="footnotetag435" name="footnotetag435"></a><a href="#footnote435" title="Go to footnote 435"><span class="smaller normal">[435]</span></a>. Nous n'entrerons dans aucun détail sur cet
+édifice, dont l'architecture n'offre ni défaut ni beautés remarquables.
+La distribution intérieure en est heureuse, et fait honneur à
+l'architecte Boffrand, qui fut chargé de bâtir ce monument<a id="footnotetag436" name="footnotetag436"></a><a href="#footnote436" title="Go to footnote 436"><span class="smaller normal">[436]</span></a>.</p>
+
+<p>On y recevoit les enfants en tout temps, à toutes les heures du jour et
+de la nuit, sans question et sans formalité; seulement un commissaire du
+quartier dressoit <i>gratis</i> un procès-verbal qui constatoit le jour et
+l'heure où l'enfant avoit été trouvé, et le nom de la personne qui le
+présentoit, laquelle d'ailleurs n'étoit obligée de s'expliquer sur
+aucune circonstance. Ces pauvres orphelins étoient élevés avec un soin
+paternel dans l'amour du travail et <span class="pagenum"><a id="page391" name="page391"></a>(p. 391)</span> dans la piété; et on les y
+gardoit jusqu'à ce qu'ils fussent en âge de faire leur première
+communion et d'apprendre un métier.</p>
+
+<h2>PONTS DE LA CITÉ.</h2>
+
+<p>En donnant l'historique du pont Neuf, nous avons parlé du pont de
+Charles-le-Chauve, dont il ne reste plus que des traditions obscures, et
+du pont <i>Marchand</i>, qui fut détruit en 1631. Dans la description de
+l'Hôtel-Dieu est comprise celle du pont Saint-Charles et du pont aux
+Doubles. Il nous reste encore à parler de quatre ponts qui communiquent
+de la Cité aux deux autres parties de la ville, et d'un dernier pont
+établi sur le détroit qui la sépare de l'île Notre-Dame ou Saint-Louis.</p>
+
+<h3>LE PONT AU CHANGE.</h3>
+
+<p>Ce pont, qui aboutit d'un côté au quai de l'Horloge, et de l'autre au
+quai de la Mégisserie, a remplacé celui qu'on appeloit anciennement le
+<span class="pagenum"><a id="page392" name="page392"></a>(p. 392)</span> <i>Grand pont</i>, et qui fut pendant long-temps la seule
+communication de la Cité avec la rive septentrionale. Dans son origine,
+et pendant plusieurs siècles, ce pont n'étoit qu'en bois. Louis VII y
+établit le change en 1141, et défendit de le faire ailleurs; ce qui lui
+fit donner le nom de <i>pont aux Changeurs</i>, <i>au Change et de la
+Marchandise</i>. Il a conservé le second de ces noms.</p>
+
+<p>Ce pont, suivant un ancien usage qui n'a cessé que de nos jours, étoit
+couvert de maisons dans toute sa longueur: les changeurs en occupoient
+un côté et les orfèvres l'autre. Les grandes inondations l'ayant emporté
+plusieurs fois, il fut successivement rebâti, mais non pas précisément à
+la place où nous le voyons aujourd'hui<a id="footnotetag437" name="footnotetag437"></a><a href="#footnote437" title="Go to footnote 437"><span class="smaller normal">[437]</span></a>. Si nous examinons ensuite
+les diverses révolutions qu'il a éprouvées, nous trouvons qu'au onzième
+siècle il étoit construit partie en pierres et partie en bois; en 1296
+il étoit entièrement en pierres, et seulement en bois en 1621, lorsqu'il
+fut brûlé avec le pont Marchand. Le feu ayant pris à ce dernier pont,
+qui n'en étoit séparé que par un espace d'environ cinq toises, la flamme
+se communiqua en un instant au pont au Change; et l'incendie fut si
+violent, que tous les deux furent brûlés, et s'écroulèrent en moins de
+trois heures. Celui-ci <span class="pagenum"><a id="page393" name="page393"></a>(p. 393)</span> fut seul rebâti: on commença à le
+reconstruire en pierres en 1639, et il fut achevé en 1647.</p>
+
+<p>Le quai des Morfondus étoit autrefois beaucoup plus étroit qu'il ne
+l'est aujourd'hui; et, vu la grande population de Paris et le mouvement
+continuel qui se fait dans ce passage, il en résultoit des embarras
+très-incommodes, souvent même dangereux pour les gens de pied. On y
+remédia en 1738, au moyen de deux angles saillants que l'on pratiqua,
+l'un vis-à-vis la tour de l'horloge, et l'autre au pont Neuf, presque
+vis-à-vis la statue équestre de Henri IV. Pour exécuter ces travaux, la
+ville avoit acheté les quatre dernières maisons du pont au Change; et
+les ayant fait abattre, elle put former à cet endroit une petite place,
+où commence le trottoir en saillie qui règne le long du parapet jusqu'à
+l'autre extrémité.</p>
+
+<p>Du côté opposé à la Cité on avoit placé au bout de ce pont et au sommet
+du triangle un monument qui représentoit Louis XIV à l'âge de dix ans,
+couronné par la Victoire, et élevé sur un piédestal, auprès duquel on
+voyoit Louis XIII et Anne d'Autriche, debout et en habits royaux. Ces
+figures, d'une exécution très-remarquable, et qu'on peut mettre au
+nombre des meilleures productions de l'école françoise, sont en bronze
+sur un fond de marbre noir; au-dessous un bas-relief cintré offre des
+captifs enchaînés. <i>François <span class="pagenum"><a id="page394" name="page394"></a>(p. 394)</span> Guillain</i>, artiste françois,
+étoit l'auteur de toutes ces sculptures<a id="footnotetag438" name="footnotetag438"></a><a href="#footnote438" title="Go to footnote 438"><span class="smaller normal">[438]</span></a>.</p>
+
+<p>Mézerai, et Germain Brice qui l'a cité, n'ont point été exacts,
+lorsqu'ils ont dit que la reine Isabeau de Bavière, femme de Charles VI,
+passant, lors de son entrée à Paris<a id="footnotetag439" name="footnotetag439"></a><a href="#footnote439" title="Go to footnote 439"><span class="smaller normal">[439]</span></a>, sur le pont Notre-Dame, un
+homme descendit sur une corde du haut des tours de la cathédrale, et lui
+posa une couronne sur la tête. Ce fut sur le <i>pont au Change</i> que la
+chose arriva; et ce pont étoit celui sur lequel les rois et les reines
+avoient coutume de passer<a id="footnotetag440" name="footnotetag440"></a><a href="#footnote440" title="Go to footnote 440"><span class="smaller normal">[440]</span></a>. D'ailleurs, Isabeau de Bavière fit son
+entrée à Paris en 1389, et le pont Notre-Dame ne fut construit qu'en
+1413.</p>
+
+<p>Le pont au Change s'élève sur sept arches de plein cintre; la
+construction en est solide, mais sans élégance<a id="footnotetag441" name="footnotetag441"></a><a href="#footnote441" title="Go to footnote 441"><span class="smaller normal">[441]</span></a>.</p>
+
+<h3><span class="pagenum"><a id="page395" name="page395"></a>(p. 395)</span> LE PONT SAINT-MICHEL.</h3>
+
+<p>Ce pont, situé à l'opposite du pont au Change, sur le petit cours de
+l'eau, aboutit d'un côté à la place qui en a pris le nom, et de l'autre
+aux rues de la Barillerie, Saint-Louis et du Marché-Neuf. Il est
+impossible de donner la date précise de sa construction, et les
+historiens varient à ce sujet depuis 1378 jusqu'à 1387. Jaillot pense
+que le pont de Charles-le-Chauve étoit de ce côté, et que ce fut
+celui-ci qui lui succéda. Il fut d'abord appelé le <i>petit Pont</i>, ensuite
+<i>petit pont Neuf</i>, et simplement <i>pont Neuf</i>; mais dès 1424 on le
+nommoit <i>pont Saint-Michel</i>, et ce nom lui vint sans doute de la place
+et de la chapelle dont nous avons déjà fait mention<a id="footnotetag442" name="footnotetag442"></a><a href="#footnote442" title="Go to footnote 442"><span class="smaller normal">[442]</span></a>.</p>
+
+<p>Il avoit été renversé par les glaces en 1407; il éprouva le même
+accident en 1547; et, malgré les réparations qu'on y fit à cette époque,
+il fut presque totalement emporté en 1616. On pensa alors à le rebâtir
+avec plus de solidité: des habitants de Paris offrirent de faire cette
+construction en pierres, et d'élever sur sa surface trente-deux maisons
+d'égale structure, dont ils demandoient à jouir seulement pendant
+soixante années, s'obligeant en outre à payer une redevance annuelle
+<span class="pagenum"><a id="page396" name="page396"></a>(p. 396)</span> pour chaque maison. Cet accord fut accepté, et la jouissance
+prolongée jusqu'à quatre-vingt-dix-neuf ans. À la fin de ce bail, ceux
+qui possédoient ces maisons en obtinrent la propriété perpétuelle, au
+moyen d'un nouveau contrat et de nouvelles redevances<a id="footnotetag443" name="footnotetag443"></a><a href="#footnote443" title="Go to footnote 443"><span class="smaller normal">[443]</span></a>.</p>
+
+<p>Ce pont est composé de quatre arches de plein cintre, et n'a rien de
+remarquable dans sa construction.</p>
+
+<h3>PONT NOTRE-DAME.</h3>
+
+<p>Ce pont aboutit aux rues de la Lanterne et Planche-Mibrai, et fournit
+ainsi une communication en droite ligne de la porte Saint-Jacques à la
+porte Saint-Martin.</p>
+
+<p>Plusieurs historiens de Paris<a id="footnotetag444" name="footnotetag444"></a><a href="#footnote444" title="Go to footnote 444"><span class="smaller normal">[444]</span></a> ont prétendu qu'il n'avoit été
+construit qu'en 1412, par un accord fait entre la ville et les religieux
+de Saint-Magloire, qui, disent ces historiens, étoient propriétaires de
+la rivière depuis l'île Notre-Dame (ou Saint-Louis) jusqu'au grand Pont.
+Cette opinion a été victorieusement réfutée. On a prouvé, par plusieurs
+pièces authentiques, 1<sup>o</sup> qu'il existoit sous Charles V un pont de <i>fust</i>
+ou de bois à <span class="pagenum"><a id="page397" name="page397"></a>(p. 397)</span> cet endroit<a id="footnotetag445" name="footnotetag445"></a><a href="#footnote445" title="Go to footnote 445"><span class="smaller normal">[445]</span></a>; 2<sup>o</sup> que les religieux de
+Saint-Magloire n'avoient que le droit de pêche sur la rivière dans
+l'espace déjà indiqué<a id="footnotetag446" name="footnotetag446"></a><a href="#footnote446" title="Go to footnote 446"><span class="smaller normal">[446]</span></a>; 3<sup>o</sup> enfin que le roi, en permettant à la
+ville de bâtir des maisons sur ce pont, s'y réserva justice haute,
+moyenne et basse, et un denier de cens entre deux palées.</p>
+
+<p>Toutefois l'abbaye Saint-Magloire, qui sans doute entendoit mal les
+droits qu'elle avoit eus en cet endroit, jugea à propos, lors de la
+reconstruction de ce pont, de mettre opposition à l'enregistrement des
+lettres du roi; mais elle fut déboutée de ses prétentions par un acte du
+parlement, de l'année 1412; et ce sont sans doute ces contestations qui
+ont fait naître les méprises des historiens.</p>
+
+<p>Cette reconstruction fut faite en bois<a id="footnotetag447" name="footnotetag447"></a><a href="#footnote447" title="Go to footnote 447"><span class="smaller normal">[447]</span></a>. Le dernier mai 1413, le roi
+y mit le premier pieu, étant accompagné, dans cette cérémonie, du
+dauphin, des ducs de Berry et de Bourgogne, et du sieur de La Trémoille.
+Ce fut alors qu'il fut nommé <i>pont Notre-Dame</i><a id="footnotetag448" name="footnotetag448"></a><a href="#footnote448" title="Go to footnote 448"><span class="smaller normal">[448]</span></a>. Il paroît que ces
+travaux furent faits avec peu de solidité, car en 1440 on voit qu'il
+avoit déjà besoin de réparations; <span class="pagenum"><a id="page398" name="page398"></a>(p. 398)</span> et en 1499, le 25 octobre, à
+neuf heures du matin, il fut emporté en entier, par la négligence du
+prévôt des marchands et des échevins, à qui les experts avoient
+inutilement prédit cet accident. Cinq personnes seulement y périrent. On
+n'en exerça pas moins une très-grande rigueur contre ces magistrats
+imprudents: le prévôt et les échevins furent arrêtés, et un arrêt du
+parlement les condamna à une amende considérable et à la réparation du
+dommage envers les intéressés. Ils moururent en prison, n'ayant pas
+assez de bien pour satisfaire à ce qu'on exigeoit d'eux.</p>
+
+<p>Cependant on songea à rétablir le pont, dont les décombres
+embarrassoient le cours de la rivière; mais la ville manquoit d'argent.
+Louis XII, qui régnoit alors, lui accorda, pendant six ans, la
+perception de plusieurs droits sur les denrées qui se consommoient dans
+Paris; et, au moyen de ces secours, on commença la construction du
+nouveau pont dans la même année. Cette construction fut longue. On voit
+qu'en 1508 le roi accorda un <i>nouvel aide pour la réparation et
+parachèvement du pont Notre-Dame</i>, et qu'en 1510 et 1511 le parlement
+permit encore à la ville de lever de nouveaux octrois pour le même
+objet; ainsi, quoique une inscription placée sous une arche de ce pont
+porte que la dernière pierre y fut mise en 1507, on peut dire qu'il ne
+fut entièrement terminé qu'en 1512, temps auquel on <span class="pagenum"><a id="page399" name="page399"></a>(p. 399)</span> acheva les
+maisons dont il a été long-temps couvert. On en comptoit trente d'un
+côté et trente et une de l'autre, toutes de la même architecture, et
+ornées, dans l'origine, de grands termes d'hommes et de femmes. On
+voyoit dans les entre-deux les portraits de nos rois en médaillons; et
+aux quatre extrémités, étoient placées, dans des niches, les statues de
+saint Louis, de Henri IV, de Louis XIII et de Louis XIV. Il restoit
+encore quelques vestiges de toutes ces décorations lorsque ces maisons
+furent abattues<a id="footnotetag449" name="footnotetag449"></a><a href="#footnote449" title="Go to footnote 449"><span class="smaller normal">[449]</span></a>.</p>
+
+<p>Ce pont fut construit sur les dessins du célèbre <i>Giocondo</i><a id="footnotetag450" name="footnotetag450"></a><a href="#footnote450" title="Go to footnote 450"><span class="smaller normal">[450]</span></a>, dit
+<i>Joconde</i> ou <i>Juconde</i>, qui, après la mort du Bramante, fut choisi pour
+continuer, avec <i>Raphaël</i>, les travaux de l'église de Saint-Pierre de
+Rome. Il est porté sur cinq arches de plein cintre, et les gens de l'art
+l'estiment pour le caractère grand et simple de son architecture<a id="footnotetag451" name="footnotetag451"></a><a href="#footnote451" title="Go to footnote 451"><span class="smaller normal">[451]</span></a>.
+Deux pompes, placées <span class="pagenum"><a id="page400" name="page400"></a>(p. 400)</span> sur une charpente vis-à-vis l'arche du
+milieu, élèvent l'eau de la rivière pour la distribuer à plusieurs
+fontaines de la ville. Elles en fournissent, dit-on, cent pouces par
+minute. À cet endroit il y avoit autrefois une porte d'ordre ionique,
+dont l'arc étoit décoré d'un très-beau bas-relief, de la main du célèbre
+<i>Jean Goujon</i><a id="footnotetag452" name="footnotetag452"></a><a href="#footnote452" title="Go to footnote 452"><span class="smaller normal">[452]</span></a>, représentant un fleuve et une naïade. Au-dessus
+étoit le portrait de Louis XIV, avec une inscription par Santeuil.</p>
+
+<p>Ce fut sur ce pont que passa la fameuse procession de la Ligue, le 3
+juin 1590.</p>
+
+<h3>LE PETIT PONT.</h3>
+
+<p>Ce pont aboutit d'un côté à l'emplacement du Petit-Châtelet, et de
+l'autre au carrefour des rues Neuve-de-Notre-Dame, du Marché-Palu et du
+Marché-Neuf. Il étoit anciennement, comme nous l'avons dit, la seule
+communication qu'eût la Cité <span class="pagenum"><a id="page401" name="page401"></a>(p. 401)</span> avec la rive méridionale, et
+Grégoire de Tours en fait mention en plusieurs endroits. On n'en sait
+aucune particularité jusqu'à l'an 1185, qu'il fut rebâti, sans doute en
+bois, par la libéralité de Maurice de Sully, évêque de Paris<a id="footnotetag453" name="footnotetag453"></a><a href="#footnote453" title="Go to footnote 453"><span class="smaller normal">[453]</span></a>. En
+1196 il fut emporté par un débordement, et éprouva depuis plusieurs fois
+le même désastre<a id="footnotetag454" name="footnotetag454"></a><a href="#footnote454" title="Go to footnote 454"><span class="smaller normal">[454]</span></a>. En 1394 on le rebâtit, pour la septième ou
+huitième fois, avec le produit de quelques amendes auxquelles les juifs
+avoient été condamnés<a id="footnotetag455" name="footnotetag455"></a><a href="#footnote455" title="Go to footnote 455"><span class="smaller normal">[455]</span></a>. Il tomba encore en 1405, et fut reconstruit
+de nouveau en 1409. Cette même année, le roi Charles VI en fit don à la
+ville, et lui permit d'y élever des maisons<a id="footnotetag456" name="footnotetag456"></a><a href="#footnote456" title="Go to footnote 456"><span class="smaller normal">[456]</span></a>. Ces édifices, qui
+d'abord n'étoient point symétriques, furent rebâtis sur un même plan en
+1552 et en 1603. De nouveaux débordements causèrent d'autres désastres à
+ce pont en <span class="pagenum"><a id="page402" name="page402"></a>(p. 402)</span> 1649, 1651 et 1658; et une inscription indiquoit
+qu'en 1659 il avoit été rétabli à grands frais, sous la prévôté de M. de
+Sève. Enfin il fut entièrement consumé en 1718, par deux bateaux de foin
+auxquels un accident inconnu avoit mis le feu, et dont on avoit eu
+l'imprudence de couper les cordes. Ils s'arrêtèrent sous le petit Pont;
+et l'incendie se communiqua aux charpentes et aux maisons avec une
+rapidité que rien ne put arrêter. Ce pont fut alors rebâti en pierres,
+tel que nous le voyons aujourd'hui; mais les maisons ne furent point
+relevées.</p>
+
+<p>Le petit Pont est porté sur trois arches d'une construction lourde et
+irrégulière.</p>
+
+<h3>LE PONT ROUGE.</h3>
+
+<p>Il servoit de communication entre la Cité et l'île Saint-Louis. Tant que
+cette île n'a pas été couverte de maisons, il n'y avoit point de pont en
+cet endroit. Sauval prétend qu'il ne fut construit qu'en 1642, après
+l'arrangement définitif conclu entre le chapitre et les habitants de
+l'île, pour les diverses constructions qu'ils s'étoient engagés d'y
+faire; cependant les mémoires du temps<a id="footnotetag457" name="footnotetag457"></a><a href="#footnote457" title="Go to footnote 457"><span class="smaller normal">[457]</span></a> rapportent <span class="pagenum"><a id="page403" name="page403"></a>(p. 403)</span> que, le
+5 juin 1634, trois processions passant ensemble sur ce pont pour se
+rendre à l'église Notre-Dame, occasionnèrent une si grande foule, que
+deux balustrades du côté de la Grève furent rompues, et que le pont
+entier fut sur le point de s'écrouler. En 1636, à l'occasion du jubilé,
+le parlement, pour prévenir de semblables accidents, ordonna qu'on
+mettroit des barrières aux ponts de bois.</p>
+
+<p>Celui-ci fut si fort endommagé par les glaces dans l'hiver de 1709,
+qu'on se vit obligé, l'année suivante, de le détruire. Il ne fut rétabli
+qu'en 1717; et comme on le peignit alors en rouge, il prit son nom de
+cette couleur nouvelle qu'on lui avoit donnée. Il n'y avoit point de
+maisons dessus, et il n'y passoit aucune voiture.</p>
+
+<p>On avoit accordé pour sa construction un péage, que le roi céda à la
+ville, pour la dédommager de la destruction de quelques maisons qu'elle
+possédoit au Marché-Neuf, et que l'utilité publique avoit fait
+abattre<a id="footnotetag458" name="footnotetag458"></a><a href="#footnote458" title="Go to footnote 458"><span class="smaller normal">[458]</span></a>.</p>
+
+<h2><span class="pagenum"><a id="page404" name="page404"></a>(p. 404)</span> HÔTELS DE LA CITÉ.</h2>
+
+<h3>HÔTEL DES URSINS.</h3>
+
+<p>Près du port Saint-Landri étoit l'hôtel des Ursins, qui avoit reçu ce
+nom de Juvénal des Ursins, chancelier de France sous Louis XI, auquel il
+appartenoit à cette époque.</p>
+
+<p>Cet hôtel, tombant en ruine, fut rebâti au seizième siècle sur un plan
+moins étendu; et sur une partie du terrain qu'il occupoit, on ouvrit une
+rue qui fut appelée rue <i>du Milieu</i><a id="footnotetag459" name="footnotetag459"></a><a href="#footnote459" title="Go to footnote 459"><span class="smaller normal">[459]</span></a>.</p>
+
+<h3>HÔTEL dit DU TRÉSORIER.</h3>
+
+<p>C'est ainsi qu'est désigné, sur le plan de Jaillot, cet hôtel dont la
+façade est dans la cour de la Sainte-Chapelle et vis-à-vis de ce
+monument. Cette façade se compose de quatre colonnes qu'accompagnent de
+chaque côté deux pilastres, et de trois ordres qui s'élèvent les uns
+au-dessus des <span class="pagenum"><a id="page405" name="page405"></a>(p. 405)</span> autres, le dorique, l'ionique et le corinthien.
+Quoique l'ordre ionique y soit trop écrasé et d'une mauvaise proportion,
+cet ensemble a une sorte de magnificence, et semble indiquer une
+ancienne demeure de quelque personnage distingué.</p>
+
+<p>D'après le plan que nous venons de citer cet hôtel auroit été autrefois
+la demeure du trésorier de la Sainte-Chapelle: cependant il n'en est
+fait mention dans aucun des historiens de Paris. Il est dit seulement
+qu'en 1624 le roi avoit permis de faire démolir deux maisons dans
+l'enclos de la Sainte-Chapelle, afin d'y ouvrir un passage qui
+communiqueroit à la rue Saint-Louis; que cette démolition fut faite, et
+que le passage fut ouvert. Or, il se trouve que ce passage, qui est
+aujourd'hui la rue Sainte-Anne, est pratiqué justement au milieu de
+l'hôtel que nous venons de décrire.</p>
+
+<h3>ARCADE DE LA CHAMBRE DES COMPTES.</h3>
+
+<p>Nous avons parlé trop succinctement de cette construction, l'une des
+plus remarquables que présente la Cité, par la richesse et la perfection
+des ornements dont elle est décorée<a id="footnotetag460" name="footnotetag460"></a><a href="#footnote460" title="Go to footnote 460"><span class="smaller normal">[460]</span></a>.</p>
+
+<p>Au-dessus de la voûte s'élève, de chaque côté, <span class="pagenum"><a id="page406" name="page406"></a>(p. 406)</span> une croisée en
+arcade, accompagnée de deux pilastres ioniques accouplés, dont les
+bandes de chapiteaux sont sculptées en petites feuilles, ce que nous
+croyons sans exemple dans les ornements de cet ordre. Sur la clef de
+l'archivolte sont sculptées deux têtes de faunes, l'une desquelles est
+remarquable, en ce qu'elle porte des oreilles de porc pendantes, et des
+serpents entrelacés dans ses cheveux. Au-dessus des croisées sont
+d'autres têtes couronnées de fleurs; et les tympans offrent des figures
+de génies portant des palmes, exécutées avec toute l'élégance de formes,
+la grâce et la délicatesse que l'on admire dans les meilleurs ouvrages
+de Jean Goujon. Toutefois ces figures étant exactement les mêmes des
+deux côtés, et se trouvant d'une proportion trop petite pour l'espace où
+elles sont renfermées, il y a quelque lieu de croire qu'elles y ont été
+appliquées par quelque opération de moulage, qui a permis de répéter et
+de multiplier ainsi la même figure.</p>
+
+<p>La corniche qui porte l'arcade est soutenue par huit consoles richement
+décorées de feuillages, et terminées extérieurement par quatre têtes de
+femmes remarquables en ce que, différant entre elles de pose, de
+physionomie et même de coiffure, toutes portent un croissant dans leurs
+cheveux. Les quatre têtes intérieures, c'est-à-dire, placées sous
+l'arcade, sont des têtes de faunes, accompagnées de cornes d'abondance.
+Tous ces ornements <span class="pagenum"><a id="page407" name="page407"></a>(p. 407)</span> se font remarquer par un style et une
+délicatesse d'exécution qui rappelle les plus beaux temps de la
+sculpture en France; et en effet, ils ont dû être exécutés à l'époque où
+vivoit le grand artiste que nous venons de citer: car dans des caissons
+qui ornent la partie inférieure de la corniche, on retrouve le
+monogramme de Henri II et de Diane de Poitiers, si souvent répété sur
+les monuments que ce prince a fait élever. Ce monogramme est ici
+accompagné d'une fleur de lis et d'un croissant.</p>
+
+<p>Enfin sur le mur sont des encadrements dont le panneau est resté vide;
+ils sont supportés par des cornes d'abondance qui soutiennent des têtes
+d'enfants. Le travail en est fort inférieur à celui des autres
+ornements.</p>
+
+<p>Tous les historiens se taisent sur la destination d'un monument exécuté
+avec tant de soins, avec une magnificence aussi recherchée, et dont la
+construction est néanmoins très-moderne, si on le compare à tant
+d'autres édifices dont l'origine nous est bien connue.</p>
+
+<h2><span class="pagenum"><a id="page408" name="page408"></a>(p. 408)</span> ÎLE SAINT-LOUIS.</h2>
+
+<p>Cette île, située à l'orient de la Cité dont elle n'est séparée que par
+un bras de rivière très-étroit, étoit autrefois divisée en deux îles
+d'inégale grandeur, par un petit canal qui la traversent vers sa partie
+orientale, à l'endroit où est aujourd'hui l'église Saint-Louis. Toutes
+les deux étoient en prairies.</p>
+
+<p>Ces deux îles appartenoient originairement à l'évêque et au chapitre de
+l'église de Paris, ce qui fit donner à la plus grande le nom d'île
+Notre-Dame; la plus petite étoit nommée l'île aux Vaches.</p>
+
+<p>On ignore à la libéralité de qui cette église étoit redevable de la
+possession de ces îles; mais on lit dans les anciens historiens que, du
+temps de Charles-Martel, les comtes de Paris les avoient usurpées sur
+elle, et que, sous le règne de Pépin, elle n'y jouissoit plus que d'un
+neuvième et d'un dixième. En 867, Charles-le-Chauve les lui rendit, et
+confirma, par un diplôme, la propriété <span class="pagenum"><a id="page409" name="page409"></a>(p. 409)</span> et la juridiction
+qu'elle y avoit eues autrefois<a id="footnotetag461" name="footnotetag461"></a><a href="#footnote461" title="Go to footnote 461"><span class="smaller normal">[461]</span></a>. Depuis, la propriété en étoit
+restée au chapitre seul, qui n'a cessé d'en jouir paisiblement.</p>
+
+<p>Il y a lieu de croire qu'il y avoit, au nord et au midi, des ponts qui
+communiquoient à ces îles, et qu'ils furent emportés par le débordement
+de 1296; car on trouve dans les archives de Notre-Dame<a id="footnotetag462" name="footnotetag462"></a><a href="#footnote462" title="Go to footnote 462"><span class="smaller normal">[462]</span></a> qu'au mois
+de mars de cette même année Philippe-le-Bel fit faire deux <i>charrières</i>,
+l'une allant de la rue Saint-Bernard dans l'île, l'autre de la rue de
+Bièvre au Terrail, et qu'il établit un droit de péage pour la réparation
+des ponts. On lit aussi qu'en 1313 ce monarque ayant rassemblé à Paris
+ce qu'il y avoit de plus distingué dans la noblesse française et
+étrangère, lui donna, pendant cinq jours, des fêtes brillantes, au
+milieu desquelles il arma ses fils chevaliers<a id="footnotetag463" name="footnotetag463"></a><a href="#footnote463" title="Go to footnote 463"><span class="smaller normal">[463]</span></a>; <span class="pagenum"><a id="page410" name="page410"></a>(p. 410)</span> et que, le
+quatrième jour de la fête, on passa dans l'île Notre-Dame sur un pont de
+bateaux qui fut fait à cette occasion. Ce fut là que le cardinal
+Nicolas, légat en France, prêcha la croisade aux deux rois d'Angleterre
+et de France<a id="footnotetag464" name="footnotetag464"></a><a href="#footnote464" title="Go to footnote 464"><span class="smaller normal">[464]</span></a>. Ces princes et Louis de Navarre, fils aîné de
+Philippe, prirent la croix, et un grand nombre de seigneurs la prirent à
+leur exemple. Les dames mêmes, entraînées, dit-on, par l'enthousiasme
+général, se croisèrent aussi, et promirent d'accompagner leurs maris
+dans le voyage d'outre-mer. Depuis on y éleva deux ponts de bois, pour
+établir une communication permanente entre cette île et les quartiers
+environnants.</p>
+
+<p>La prison du roi Jean et les suites qu'elle faisoit appréhender ayant
+déterminé les Parisiens à fortifier leur ville, on crut devoir ne pas
+négliger <span class="pagenum"><a id="page411" name="page411"></a>(p. 411)</span> l'île Notre-Dame. Des fossés furent creusés autour,
+et l'on planta des pieux dans la rivière entre l'île et les murs du côté
+de Saint-Victor. Les lettres du dauphin Charles, alors régent du
+royaume, à l'effet de conserver, dans cette circonstance, les droits du
+chapitre, sont du 30 novembre 1359<a id="footnotetag465" name="footnotetag465"></a><a href="#footnote465" title="Go to footnote 465"><span class="smaller normal">[465]</span></a>:</p>
+
+<p>Elle resta inhabitée jusqu'au règne de Henri IV, qui la comprit dans les
+projets qu'il avoit formés pour l'accroissement et l'embellissement de
+Paris. Toutefois on ne commença à y élever des bâtiments que sous son
+successeur. Des commissaires nommés par le roi pour acquérir les deux
+îles du chapitre passèrent contrat avec le sieur Marie, architecte, le
+19 avril 1714; et par cet acte, celui-ci s'engagea à joindre ensemble
+les deux îles, à les couvrir de maisons, et à y établir des rues et des
+quais<a id="footnotetag466" name="footnotetag466"></a><a href="#footnote466" title="Go to footnote 466"><span class="smaller normal">[466]</span></a>. Le chapitre, avec lequel on n'avoit point encore pris
+d'arrangements définitifs, s'opposa aux travaux déjà commencés; mais
+cette opposition fut levée par deux arrêts du conseil, et Marie, qui
+s'étoit associé les sieurs Le Regratier et Poulletier, continua
+d'exécuter son marché. Toutefois ces trois entrepreneurs n'allèrent pas
+jusqu'à la fin: en 1623 ils cédèrent leur traité au sieur La Grange,
+secrétaire <span class="pagenum"><a id="page412" name="page412"></a>(p. 412)</span> du roi, et le reprirent en 1627; mais leurs travaux
+ne finissant point, les habitants et propriétaires des diverses portions
+de l'île se pourvurent au conseil en 1643, et obtinrent de leur être
+subrogés aux mêmes charges et conditions, s'engageant en outre à achever
+les constructions en trois ans: ce qui fut exécuté.</p>
+
+<h2>L'ÉGLISE SAINT-LOUIS.</h2>
+
+<p>C'est la seule église qu'il y ait dans cette île: ce n'étoit, dans
+l'origine, qu'une petite chapelle qu'un maître couvreur, nommé Nicolas
+Le Jeune, qui le premier avoit commencé à bâtir sur ce terrain en 1600,
+y fit construire quelques années après. Alors elle n'étoit point
+orientée comme les autres églises, et le <i>chevet</i> en étoit tourné au
+midi. Le nombre des bâtiments et la population de l'île s'étant
+rapidement augmentés, la chapelle fut agrandie à la fin de 1622<a id="footnotetag467" name="footnotetag467"></a><a href="#footnote467" title="Go to footnote 467"><span class="smaller normal">[467]</span></a>; et
+M. de Gondi, <span class="pagenum"><a id="page413" name="page413"></a>(p. 413)</span> sur la demande des habitants de l'île, l'érigea
+en paroisse l'année suivante, sous le titre de
+<i>Notre-Dame-de-l'Île</i><a id="footnotetag468" name="footnotetag468"></a><a href="#footnote468" title="Go to footnote 468"><span class="smaller normal">[468]</span></a>. Elle ne le conserva pas long-temps; car,
+vingt ans après, on disoit le <i>curé de Saint-Louis-en-l'Île</i>. Lorsque
+ces mêmes habitants eurent fait l'acquisition du traité du sieur Marie,
+ils pensèrent à faire rebâtir leur église. Toutefois ils se contentèrent
+de construire d'abord le ch&oelig;ur, auquel ils donnèrent vers l'orient la
+situation qu'il devoit avoir; et l'ancienne chapelle servit de nef.
+Commencé en 1664, le nouveau ch&oelig;ur ne fut achevé qu'en 1679; et ce ne
+fut qu'en 1702 qu'on résolut de détruire cette chapelle, qui, réunie à
+cette autre construction, faisoit une disparate choquante, et d'ailleurs
+tomboit en ruine. En 1702, M. le cardinal de Noailles posa la première
+pierre de la nouvelle nef; et ces derniers travaux ayant été achevés en
+1725, l'église entière fut dédiée sous l'invocation de saint Louis. La
+cure en étoit à la collation du chapitre de Notre-Dame.</p>
+
+<p>Ce monument avoit été commencé sur un plan donné par Levau, premier
+architecte du roi; il fut continué par un autre architecte nommé Leduc,
+<span class="pagenum"><a id="page414" name="page414"></a>(p. 414)</span> et ce fut sur les dessins de ce dernier que l'on éleva le
+grand portail. Il est décoré de quatre colonnes ioniques isolées, qui
+supportent un entablement couronné d'un fronton. La coupole a été
+construite par un autre architecte nommé Doucet; et les sculptures qui
+ornoient cet édifice avoient été exécutées sur les dessins de
+Jean-Baptiste de Champagne, peintre, et neveu de Philippe de Champagne.</p>
+
+<p>Quelques écrivains ont mis cette église au nombre des plus belles de
+Paris: l'architecture en est cependant très-médiocre. La distribution
+intérieure est la même que dans la plupart des monuments de ce genre:
+elle forme une croix latine; la grande nef est accompagnée de deux nefs
+latérales plus étroites, et ouvertes par des arcades, entre lesquelles
+s'élèvent des pilastres jusqu'à la naissance de la voûte; en face de
+chaque arcade on a pratiqué des chapelles. Il n'y a rien là-dedans qui
+mérite tant d'admiration; et d'ailleurs ses dimensions la mettent au
+rang des petites églises<a id="footnotetag469" name="footnotetag469"></a><a href="#footnote469" title="Go to footnote 469"><span class="smaller normal">[469]</span></a>. Quant à l'extérieur, il est tel qu'on ne
+pourroit y reconnoître un édifice sacré, s'il n'étoit surmonté d'un
+petit campanille qui, par sa forme bizarre et par la manière dont il est
+placé, fait un effet presque ridicule.</p>
+
+<div class="descript">
+<p class="center"><span class="pagenum"><a id="page415" name="page415"></a>(p. 415)</span> SÉPULTURES.</p>
+
+ <p><i>Dans cette église avoient été enterrés:</i></p>
+
+ <p>Philippe Quinault, auditeur en la chambre des comptes,
+ célèbre par ses ouvrages lyriques, mort en 1688.</p>
+
+ <p>Antoine Uyon d'Hérouval, aussi auditeur en la chambre des
+ comptes, auteur de Recherches sur l'histoire de France, mort
+ en 1689.</p>
+</div>
+
+<p>Vis-à-vis cette église étoit un établissement des s&oelig;urs de la
+Charité.</p>
+
+<h2>HÔTELS DE L'ÎLE SAINT-LOUIS.</h2>
+
+<p>Parmi le grand nombre d'hôtels que contient la ville de Paris, et qui
+sont répandus dans ses divers quartiers, nous décrirons seulement ceux
+qui nous sembleront remarquables, ou par la beauté de leur architecture,
+ou par l'ancienneté de leur construction, ou par les souvenirs qui y
+sont attachés. C'est ce que nous avons déjà fait pour les hôtels qui
+existoient jadis, ou qui existent encore dans l'île de la Cité. Celle de
+Saint-Louis <span class="pagenum"><a id="page416" name="page416"></a>(p. 416)</span> renferme un assez grand nombre d'édifices de ce
+genre, parmi lesquels on ne peut distinguer que l'hôtel Lambert et
+l'hôtel Bretonvilliers.</p>
+
+<h3>HÔTEL LAMBERT.</h3>
+
+<p>L'architecte de l'hôtel Lambert est le même Levau qui avoit donné les
+plans de l'église Saint-Louis; mais il a mieux réussi dans cette maison
+particulière que dans l'édifice public. L'emplacement qui lui étoit
+donné pour la bâtir étant irrégulier, il en prit une portion régulière
+pour la cour; et les parties non symétriques, séparées de cette cour par
+une aile de bâtiment, furent destinées à faire un jardin. En face de la
+principale porte qui donne dans la rue Saint-Louis, on aperçoit dans le
+fond un escalier à deux rampes d'une construction simple et majestueuse:
+l'extérieur en est décoré de colonnes et de pilastres d'ordre dorique,
+élevés sur des piédestaux, accompagnés de l'entablement
+modillonaire<a id="footnotetag470" name="footnotetag470"></a><a href="#footnote470" title="Go to footnote 470"><span class="smaller normal">[470]</span></a>, <span class="pagenum"><a id="page417" name="page417"></a>(p. 417)</span> de triglyphes et de boucliers dans les
+métopes. Au-dessus s'élève un attique, avec des pilastres ioniques qui
+supportent un fronton, dans lequel devoient être exécutées des
+sculptures; ce qu'on peut présumer par la saillie d'une grande partie du
+tympan. Au milieu du renfoncement cintré qui est au bas de l'escalier,
+on voit un fleuve et une naïade peints en grisaille par Le Sueur<a id="footnotetag471" name="footnotetag471"></a><a href="#footnote471" title="Go to footnote 471"><span class="smaller normal">[471]</span></a>.</p>
+
+<p>Les bâtiments qui environnent la cour sont d'ordre dorique comme
+l'entrée de l'escalier; et tous les ornements de détail qui couvrent les
+diverses parties de ces constructions sont d'une bonne exécution. La
+distribution des principaux appartements pratiqués dans l'aile qui
+sépare la cour du jardin, a été faite avec intelligence, et l'on y jouit
+d'une très-belle vue sur la Seine et sur les rives environnantes. Toute
+cette partie est décorée d'un ordre ionique qui comprend les deux
+étages, et au-dessus duquel règne une balustrade ornée de vases. Le tout
+est d'une proportion noble et élégante.</p>
+
+<p>L'intérieur de cette magnifique maison étoit digne de ces dehors
+imposants; et l'on y admiroit surtout les belles peintures dont
+l'avoient enrichie Le Sueur et Le Brun, qui cherchèrent à se surpasser
+dans une circonstance qui réunissoit leurs travaux, et excitoit encore
+plus vivement leur <span class="pagenum"><a id="page418" name="page418"></a>(p. 418)</span> rivalité. Ce dernier fut chargé de peindre
+la galerie dont se compose l'aile du bâtiment en retour de la rivière,
+et y traita plusieurs sujets de la fable d'une manière très-remarquable;
+mais on admiroit surtout le salon où Le Sueur avoit représenté les neuf
+Muses dans cinq tableaux qui en ornoient le pourtour. Cet artiste, dont
+l'heureux génie surpassoit de beaucoup celui de son rival, avoit peint,
+dans le plafond de cette même pièce, Apollon écoutant la prière de
+Phaëton, et lui mettant sur la tête sa couronne de laurier<a id="footnotetag472" name="footnotetag472"></a><a href="#footnote472" title="Go to footnote 472"><span class="smaller normal">[472]</span></a>. Ce
+morceau fut détaché et vendu à la mort de M. Delahaye, fermier général,
+et dernier propriétaire de cette maison. Les tableaux des Muses y
+restèrent encore long-temps, et jusqu'au moment de la révolution<a id="footnotetag473" name="footnotetag473"></a><a href="#footnote473" title="Go to footnote 473"><span class="smaller normal">[473]</span></a>.</p>
+
+<h3>HÔTEL BRETONVILLIERS.</h3>
+
+<p>En sortant de l'hôtel Lambert, et passant sous l'arcade qui est presque
+en face, on arrive à l'hôtel Bretonvilliers, bâti par Ducerceau pour le
+président Le Ragois de Bretonvilliers, auquel on doit la construction du
+quai qui environne la pointe de <span class="pagenum"><a id="page419" name="page419"></a>(p. 419)</span> l'île. Cet hôtel, dont les
+appartements étoient d'une grande magnificence, avoit été également
+décoré de peintures par les plus habiles artistes: on y remarquoit toute
+l'histoire de Phaëton, peinte par Bourdon, dans une vaste galerie qui
+occupoit tout le corps du bâtiment en retour sur le jardin; quelques
+peintures de Vouet, des fleurs de Baptiste, d'excellentes copies de
+Raphaël, par Mignard, etc.; mais ce qu'on y voyoit de plus précieux,
+c'étoient quatre grands tableaux du plus illustre peintre que la France
+ait produit, quatre chefs-d'&oelig;uvre de Poussin. Ils représentoient le
+passage de la mer Rouge, l'adoration du Veau d'or, l'enlèvement des
+Sabines et le triomphe de Vénus<a id="footnotetag474" name="footnotetag474"></a><a href="#footnote474" title="Go to footnote 474"><span class="smaller normal">[474]</span></a>.</p>
+
+<p>En 1719, les fermiers généraux transférèrent dans cet hôtel le bureau
+des aides et du papier timbré, qui étoit à l'hôtel de Charni, rue des
+Barres. On y a fait, jusqu'au moment de la révolution, la régie de
+toutes les entrées de la ville, ainsi que de tout le plat pays de
+Paris<a id="footnotetag475" name="footnotetag475"></a><a href="#footnote475" title="Go to footnote 475"><span class="smaller normal">[475]</span></a>.</p>
+
+<h2><span class="pagenum"><a id="page420" name="page420"></a>(p. 420)</span> PONTS DE L'ÎLE SAINT-LOUIS.</h2>
+
+<h3>PONT MARIE.</h3>
+
+<p>Ce pont sert de communication du port Saint-Paul à l'île Saint-Louis. Il
+paroît, par un acte cité par Sauval<a id="footnotetag476" name="footnotetag476"></a><a href="#footnote476" title="Go to footnote 476"><span class="smaller normal">[476]</span></a>, qu'en 1371 il en existoit un à
+peu près au même endroit, sous le nom de <i>pont de Fust</i> (de bois)
+<i>d'emprès Saint-Bernard-aux-Barrés</i>. Ce ne fut qu'en 1614 que le contrat
+du sieur Marie pour la construction des édifices de l'île Saint-Louis
+ayant été ratifié par le roi, ce pont, aux termes du traité, fut
+commencé en pierres, et dans la direction de la rue des Nonandières.
+Louis XIII et la reine y posèrent la première pierre le 11 décembre. Ce
+pont, discontinué et repris à diverses époques, fut achevé et couvert de
+maisons en 1635. Les débordements des eaux y causèrent plusieurs fois de
+grands dommages: celui de 1658 entraîna les deux arches qui étoient du
+côté de l'île <span class="pagenum"><a id="page421" name="page421"></a>(p. 421)</span> avec les maisons qu'elles portoient. L'année
+suivante, le roi ordonna que la pile et les deux arches fussent
+rétablies jusqu'au rez-de-chaussée, et que l'on construisît, en
+attendant, un pont de bois aboutissant au reste du pont de pierre,
+lequel devoit être de la même largeur, et suffisant pour le passage des
+voitures. Pour faciliter la reconstruction des parties détruites, il fut
+établi un droit de péage pendant dix ans; et c'est par cette raison
+qu'il est indiqué dans quelques actes sous le nom de <i>pont au Double</i>.
+En 1664 le dommage n'étoit pas encore réparé. Enfin on rétablit ce pont
+tel qu'il étoit auparavant, à l'exception des maisons, qui ne furent
+point rebâties sur les constructions nouvelles.</p>
+
+<p>Ce pont est porté sur cinq arches de plein cintre.</p>
+
+<h3>PONT DE LA TOURNELLE.</h3>
+
+<p>Il communique du quai de ce nom à l'île Notre-Dame. Par un acte que
+rapporte Sauval<a id="footnotetag477" name="footnotetag477"></a><a href="#footnote477" title="Go to footnote 477"><span class="smaller normal">[477]</span></a>, il paroît que vers cet endroit de l'île il y
+avoit, en 1371, un pont appelé <i>le pont de Fust de l'île Notre-Dame</i>;
+que le <i>pont de Fust d'entre l'île Notre-Dame et Saint-Bernard fut
+planchié en septembre 1370</i>; qu'en 1369 on y fit <i>une tournelle
+<span class="pagenum"><a id="page422" name="page422"></a>(p. 422)</span> quarrée et une porte, qui fut étoupée l'année suivante</i>. Ce
+pont fut sans doute détruit par les glaces ou par les débordements, car
+on n'en voit aucune trace sur un plan postérieur au règne de François
+I<sup>er</sup><a id="footnotetag478" name="footnotetag478"></a><a href="#footnote478" title="Go to footnote 478"><span class="smaller normal">[478]</span></a>; et il n'existoit pas en 1577 puisqu'alors on proposa de
+construire deux ponts, qui des Célestins iroient dans l'île aux Vaches,
+et de cette île vers les Bernardins, sur le port de la Tournelle. Le
+sieur Marie se chargea, par son traité, de l'exécution de ce projet.
+Celui qu'il fit construire de ce côté étoit en bois; et les historiens
+de Paris disent que les glaces l'emportèrent en 1637, et que ce ne fut
+qu'en 1654 que l'on prit la résolution de le reconstruire en pierres.
+Cependant entre ces deux époques on trouve qu'un nouveau pont de bois
+avoit été élevé à la place de l'ancien; qu'en 1648 il tomboit de
+caducité, et que le 4 août de la même année on rendit un arrêt qui
+ordonnoit de l'abattre. Sauval, qui vivoit alors, se contente de dire
+qu'en 1651 une partie de ce pont fut emportée...... <i>et depuis si bien
+réparée qu'il n'y paroît pas</i><a id="footnotetag479" name="footnotetag479"></a><a href="#footnote479" title="Go to footnote 479"><span class="smaller normal">[479]</span></a>. Il y a toute apparence que déjà il
+avoit été rebâti en pierres; car les divers arrêts du conseil portés à
+ce sujet<a id="footnotetag480" name="footnotetag480"></a><a href="#footnote480" title="Go to footnote 480"><span class="smaller normal">[480]</span></a> ordonnent au prévôt des marchands <span class="pagenum"><a id="page423" name="page423"></a>(p. 423)</span> de faire
+<i>rétablir</i> incessamment <i>le pont de pierre</i> de la Tournelle, ce qui fut
+exécuté en 1656, comme le porte une inscription placée sous une des
+arches de ce pont.</p>
+
+<p>Il est composé de six arches solidement bâties, et sur lesquelles on
+n'éleva point de maisons.</p>
+
+<h2>L'ÎLE LOUVIER.</h2>
+
+<p>Toutes les recherches qu'on a faites sur cette île ont été
+infructueuses: Sauval dit qu'en 1370 on la nommoit l'île <i>des Javiaux</i>;
+en 1445, l'île <i>aux Meules des Javeaux</i><a id="footnotetag481" name="footnotetag481"></a><a href="#footnote481" title="Go to footnote 481"><span class="smaller normal">[481]</span></a>; depuis, l'île <i>aux
+Meules</i>; et de son temps, l'île <i>Louvier</i>. Ce dernier nom lui venoit
+peut-être de quelque particulier qui en étoit propriétaire.</p>
+
+<p>Cette île a environ deux cent vingt toises de longueur, et est située
+vis-à-vis l'endroit où étoit le mail de l'Arsenal. Le bras de la rivière
+qui <span class="pagenum"><a id="page424" name="page424"></a>(p. 424)</span> la sépare du rivage est si peu considérable, et la Seine y
+charrie tant de gravier, qu'en été on la passoit à pied sec, ce qui fut
+cause qu'on proposa plusieurs fois de combler ce détroit et d'y bâtir
+des maisons; mais les grands-maîtres de l'artillerie ont toujours
+empêché qu'on acceptât ces propositions. Cette île appartenoit, dans le
+dix-septième siècle, au sieur d'Antrague. En 1671 la ville l'avoit prise
+à bail judiciaire, dans le dessein d'en faire un port pour la décharge
+des marchandises. Elle en fit ensuite l'acquisition le 2 octobre de la
+même année, et depuis y fit construire en bois un pont de communication.</p>
+
+<p>Cette île servoit, en 1714, de dépôt pour le foin et pour le fruit,
+ainsi que pour le bois de charpente et de menuiserie; depuis elle a été
+destinée aux chantiers de bois de chauffage. Pour la conservation de ces
+chantiers, la ville, en 1730, fit soutenir cette île par des pieux,
+élargir le canal qui la séparoit du mail, et construire une <i>estacade</i>
+ou digue pour rompre les glaces, laquelle est ouverte au milieu afin de
+laisser passer les bateaux, qui y trouvent un abri commode. En 1735
+cette digue fut allongée; et en même temps on agrandit et l'on exhaussa
+l'île. Enfin l'année suivante on y rapporta encore des terres; on
+aligna, on borna les places que devoient occuper les chantiers, et l'on
+élargit le pont pour la facilité des gens de pied.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page425" name="page425"></a>(p. 425)</span> En 1549, les prévôt des marchands et échevins de Paris y
+avoient fait construire une espèce de havre pour donner à Henri II et à
+Catherine de Médicis le spectacle d'un combat naval et de la prise d'un
+fort.</p>
+
+<p>Le bras qui sépare cette île de celle de Saint-Louis a soixante-quinze
+ou soixante-dix toises de largeur; et le grand canal la sépare du
+faubourg Saint-Victor.</p>
+
+<a id="ruescite" name="ruescite"></a>
+<h2>RUES.</h2>
+
+<p>Il n'est rien de plus obscur et de plus embrouillé dans les antiquités
+de Paris que la matière que nous allons traiter. Les plans que nous
+avons donnés de cette capitale désignent avec précision la place de ses
+monuments publics, mais n'offrent qu'une idée imparfaite de ses rues,
+qui, dans une si longue suite de siècles, ont changé plusieurs fois et
+de forme et de nom. Après les nombreux incendies qui consumèrent la
+Cité, et les ravages que les Normands firent dans les faubourgs, on ne
+sait si les maisons furent relevées dans leurs anciens alignements ou
+sur des plans nouveaux; et les traditions les plus anciennes qui
+<span class="pagenum"><a id="page426" name="page426"></a>(p. 426)</span> nous en restent datent de plus d'un siècle après le dernier
+incendie<a id="footnotetag482" name="footnotetag482"></a><a href="#footnote482" title="Go to footnote 482"><span class="smaller normal">[482]</span></a>. Mais ce dont on ne peut douter, c'est que, jusqu'au
+seizième siècle, elles étoient étroites, sales et irrégulières;
+plusieurs rues de la Cité et des quartiers environnants, où trois
+personnes peuvent à peine passer de front, et dont quelques maisons ont
+encore conservé l'ancien toit en forme de pignon, nous présentent une
+image assez juste de ce qu'étoit alors la ville entière. Sauval, qui
+vivoit dans le dix-septième siècle, prétend que les rues <i>larges</i> qui
+existoient à cette époque, avoient été élargies de son temps ou vers la
+fin du siècle précédent.</p>
+
+<p>Cependant ces rues si étroites, où la lumière pénétroit à peine, où
+l'air ne pouvoit circuler, ne furent pavées que sous Philippe-Auguste.
+Jusque là elles n'avoient été que d'affreux chemins, inondés d'une boue
+noire et infecte, dont les exhalaisons rendoient le séjour de Paris
+désagréable et funeste à ses habitants. L'historiographe de Philippe,
+qui étoit en même temps son médecin, dit que la puanteur en étoit si
+insupportable, qu'elle pénétroit jusque dans le palais du roi, et le
+rendoit presque inhabitable. Il raconte que ce prince s'étant un jour
+approché des fenêtres qui donnoient sur la rivière, il arriva que des
+chariots, qui dans ce moment traversoient la Cité, <span class="pagenum"><a id="page427" name="page427"></a>(p. 427)</span> en ayant
+remué les boues, l'odeur qui s'en éleva fut si horrible, qu'à peine le
+roi put-il la supporter<a id="footnotetag483" name="footnotetag483"></a><a href="#footnote483" title="Go to footnote 483"><span class="smaller normal">[483]</span></a>. <i>Factum est autem post aliquot dies quòd
+Philippus rex, Parisiis moram faciens, dùm sollicitus pro negotiis regni
+agendis in aulam regiam deambularet, veniens ad palatii fenestras, undè
+fluvium Sequanæ, pro recreatione animi, quandoquè inspicere consueverat;
+rhedæ, equis trahentibus, per civitatem transeuntes, f&oelig;tores
+intolerabiles lutum revolvendo procreaverant, quos rex in aulâ
+deambulans, ferre non sustinuit.</i></p>
+
+<p>S'il faut en croire cet auteur, ce fut ce petit événement qui détermina
+le monarque à porter sur-le-champ remède à un mal aussi dangereux; et
+sans être rebuté ni de la difficulté de l'entreprise, ni d'une dépense
+qui avoit effrayé tous ses prédécesseurs, il donna ordre, en 1148, au
+prévôt de Paris, d'en faire paver toutes les rues et places
+publiques<a id="footnotetag484" name="footnotetag484"></a><a href="#footnote484" title="Go to footnote 484"><span class="smaller normal">[484]</span></a>. Le séjour de cette ville devint, <span class="pagenum"><a id="page428" name="page428"></a>(p. 428)</span> dès ce
+moment, plus sain et plus commode. Cependant un établissement si utile
+fut souvent négligé dans les âges suivants, quelquefois même totalement
+abandonné; et il falloit que des maladies contagieuses, qui suivoient
+presque toujours une semblable négligence, vinssent réveiller
+l'attention des magistrats, et faire reprendre des travaux presque
+toujours imparfaits jusqu'à Louis XIV. C'est à ce grand roi que l'on
+doit le bel ordre qui règne maintenant dans cette partie si essentielle
+de la police<a id="footnotetag485" name="footnotetag485"></a><a href="#footnote485" title="Go to footnote 485"><span class="smaller normal">[485]</span></a>.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page429" name="page429"></a>(p. 429)</span> Ce n'est qu'en 1728 que l'on commença à écrire aux coins des
+rues et des places publiques les noms qu'elles portoient, et ces noms
+n'ont pas varié depuis jusqu'au moment de la révolution. Avant cette
+époque, il n'est presque pas une rue de Paris, qui, à partir du douzième
+siècle, n'ait changé plusieurs fois de dénomination, et ces changements
+se ressentoient de la barbarie de ces temps grossiers. Les origines en
+sont souvent frivoles et bizarres: elles proviennent ou du nom de
+quelque personnage distingué qui y possédoit une maison remarquable, ou
+de quelque enseigne singulière qui avoit frappé les yeux du peuple, ou
+de quelque événement extraordinaire qui y étoit arrivé. Plusieurs
+devoient leur titre à leur mal-propreté habituelle, d'autres aux vols et
+assassinats qui s'y commettoient; quelques-unes enfin ont des noms dont
+le sens et l'origine sont entièrement inconnus.</p>
+
+<p>Nous avons essayé de débrouiller ce chaos, et de donner, autant qu'il
+est possible, les étymologies et les mutations de ces noms divers. Nous
+nous sommes aidés, pour y parvenir, de la <span class="pagenum"><a id="page430" name="page430"></a>(p. 430)</span> critique des
+écrivains les plus laborieux et les plus exacts qui aient approfondi
+cette matière, et nous espérons qu'elle ne sera pas la moins curieuse de
+notre travail. Mais pour rendre ce travail complet, et même pour le
+faire bien comprendre, nous croyons nécessaire de donner d'abord une
+pièce très-singulière et unique dans son genre, qui a été mise au jour
+pour la première fois par le savant abbé Lebeuf. C'est une description
+en vers des rues de Paris, faite par un poète du treizième siècle, nommé
+Guillot: on y trouve la plus grande partie des noms de celles qui
+étoient renfermées dans l'enceinte de Philippe-Auguste; elle indique
+celles qui sont les plus anciennes, et le nom qu'on leur donnoit
+quatre-vingts ans après que cette enceinte eut été terminée.
+L'explication que nous donnerons, à la fin de chaque quartier, de
+l'origine de ces rues, servira de commentaire à cet ancien écrit, et
+éclaircira autant qu'il est possible ce qu'il peut avoir d'obscur ou
+d'inintelligible<a id="footnotetag486" name="footnotetag486"></a><a href="#footnote486" title="Go to footnote 486"><span class="smaller normal">[486]</span></a>.</p>
+
+<h3><span class="pagenum"><a id="page431" name="page431"></a>(p. 431)</span> <i>Ci commence le Dit des Rues</i><a id="footnotetag487" name="footnotetag487"></a><a href="#footnote487" title="Go to footnote 487"><span class="smaller normal">[487]</span></a><br>
+DE PARIS.</h3>
+
+<p class="poem30">Maint dit a fait de Rois, de Conte<br>
+ Guillot de Paris en son conte;<br>
+ Les rues de Paris briément<br>
+ A mis en rime, oyez comment.</p>
+
+<p class="p2 smaller center">
+ L'auteur commence par le quartier qu'on appeloit
+ d'Outre-Petit-Pont, aujourd'hui <span class="smcap">l'Université</span>.</p>
+
+<div class="poem30">
+<p>La rue de la Huchette à Paris<br>
+ Premiere, dont pas n'a mespris.<br>
+ Assez tost trouva Sacalie<br>
+ Et la petite Bouclerie<br>
+ Et la grand Bouclerie après<br>
+ Et Herondale tout en près.<br>
+ En la rue Pavée alé<br>
+ Où à maint visage halé:<br>
+ <i>La rue à l'Abbé Saint-Denis.</i><br>
+ Siet asez près de Saint Denis,<br>
+ De la grant rue Saint Germain<br>
+ Des Prez, si fait <i>rue Cauvin</i>,<br>
+ Et puis la rue Saint Andri<br>
+ Dehors mon chemin s'estendi<br>
+ Jusques en la rue Poupée,<br>
+ A donc ai ma voie adrécée.<br>
+ En la <i>rue de la Barre</i> vins<br>
+ Et en la rue a Poitevins,<br>
+ En la rue de la Serpent,<br>
+ De ce de rien ne me repent;<br>
+ <span class="pagenum"><a id="page432" name="page432"></a>(p. 432)</span> En la <i>rue de la Platriere</i><br>
+ La maint une Dame loudière<a id="footnotetag488" name="footnotetag488"></a><a href="#footnote488" title="Go to footnote 488"><span class="smaller normal">[488]</span></a><br>
+ Qui maint chapel a fait de feuille.<br>
+ Par la rue de Hautefeuille<br>
+ Ving en la rue de <i>Champ-petit</i>,<br>
+ Et au-dessus est un petit<a id="footnotetag489" name="footnotetag489"></a><a href="#footnote489" title="Go to footnote 489"><span class="smaller normal">[489]</span></a><br>
+ La rue du Paon vraiement:<br>
+ <i>Je descendi tout bellement</i><br>
+ Droit à la rue des Cordeles:<br>
+ Dame i a<a id="footnotetag490" name="footnotetag490"></a><a href="#footnote490" title="Go to footnote 490"><span class="smaller normal">[490]</span></a>; le descort d'elles<br>
+ Ne voudroie avoir nullement.<br>
+ Je m'en allai tout simplement<br>
+ D'iluecques<a id="footnotetag491" name="footnotetag491"></a><a href="#footnote491" title="Go to footnote 491"><span class="smaller normal">[491]</span></a> <i>au Palais de Thermes</i><br>
+ Où il a celiers et citernes<br>
+ En cette rue a mainte court.<br>
+ La <i>rue aux hoirs de Harecourt</i>.<br>
+ La rue Pierre Sarrazin<br>
+ Ou l'en essaie maint roncin<br>
+ Chascun an, comment on le hape<a id="footnotetag492" name="footnotetag492"></a><a href="#footnote492" title="Go to footnote 492"><span class="smaller normal">[492]</span></a>.<br>
+ Contreval<a id="footnotetag493" name="footnotetag493"></a><a href="#footnote493" title="Go to footnote 493"><span class="smaller normal">[493]</span></a> rue de la Harpe<br>
+ Ving en la rue Saint Sevring,<br>
+ Et tant fis qu'au carefour ving:<br>
+ La Grant rue trouvai briément;<br>
+ De la entrai premierement<br>
+ Trouvai la <i>rue as Ecrivains</i>;<br>
+ De cheminer ne fu pas vains<a id="footnotetag494" name="footnotetag494"></a><a href="#footnote494" title="Go to footnote 494"><span class="smaller normal">[494]</span></a><br>
+ En <i>la petite ruelette</i><br>
+ <i>S. Sevrin</i>; mainte meschinette<a id="footnotetag495" name="footnotetag495"></a><a href="#footnote495" title="Go to footnote 495"><span class="smaller normal">[495]</span></a></p>
+</div>
+
+<p>Les vers que nous omettons en cet endroit
+ et autres où l'on trouvera du blanc,
+ ne contiennent que des descriptions de
+ lieux qui étoient tolérés alors, et qui sont
+ autorisés aujourd'hui.</p>
+
+<div class="poem30">
+<p><span class="wspaced1">. . . . . . . .</span><br>
+ En la rue <i>Erembourc</i> de Brie<br>
+ Alai, et en la rue o Fain;<br>
+ De cheminer ne fu pas vain,<br>
+ Une <i>femme vi</i> battre lin,<br>
+ Par la rue Saint Mathelin.<br>
+ En l'encloistre m'en retourné<br>
+ Saint Benoît le bestourné<a id="footnotetag496" name="footnotetag496"></a><a href="#footnote496" title="Go to footnote 496"><span class="smaller normal">[496]</span></a>;<br>
+ En <i>la rue as hoirs de Sabonnes</i><br>
+ A deux portes belles et bonnes.<br>
+ La rue à <i>l'Abbé</i> de Cligny<br>
+ Et la <i>rue au Seigneur d'Igny</i><br>
+ Sont près de la <i>rue o Corbel</i>;<br>
+ Desus siet la <i>rue o Ponel</i><br>
+ Y la rue à Cordiers après<br>
+ Qui des Jacopins siet bien près:<br>
+ Encontre<a id="footnotetag497" name="footnotetag497"></a><a href="#footnote497" title="Go to footnote 497"><span class="smaller normal">[497]</span></a> est rue Saint Estienne;<br>
+ Que Dieu en sa grace nous tiegne,<br>
+ Que de s'amour ayons mantel<a id="footnotetag498" name="footnotetag498"></a><a href="#footnote498" title="Go to footnote 498"><span class="smaller normal">[498]</span></a>.<br>
+ Lors <i>descendis en Fresmantel</i><br>
+ En la <i>rue de l'Oseroie</i>;<br>
+ Ne sai comment je desvoueroie<a id="footnotetag499" name="footnotetag499"></a><a href="#footnote499" title="Go to footnote 499"><span class="smaller normal">[499]</span></a><br>
+ Ce conques nul jour<a id="footnotetag500" name="footnotetag500"></a><a href="#footnote500" title="Go to footnote 500"><span class="smaller normal">[500]</span></a> ne voué<br>
+ Ne a Pasques ne a Noué<a id="footnotetag501" name="footnotetag501"></a><a href="#footnote501" title="Go to footnote 501"><span class="smaller normal">[501]</span></a><br>
+ En la <i>rue de l'Ospital</i><br>
+ Ving; une femme i d'espital<br>
+ Une autre femme folement<br>
+ De sa parole moult vilement<a id="footnotetag502" name="footnotetag502"></a><a href="#footnote502" title="Go to footnote 502"><span class="smaller normal">[502]</span></a>.<br>
+ La rue de la Chaveterie<br>
+ Trouvai; n'alai pas chiés Marie<br>
+ En la <i>rue Saint Syphorien</i><br>
+ Ou maingnent li logiptien<a id="footnotetag503" name="footnotetag503"></a><a href="#footnote503" title="Go to footnote 503"><span class="smaller normal">[503]</span></a><br>
+ En pres est la <i>rue du Moine</i><br>
+ Et la <i>rue au Duc de Bourgongne</i><br>
+ Et la rue des Amandiers près<br>
+ Siet en une autre rue exprès<br>
+ Qui a non rue de Savoie.<br>
+ <span class="pagenum"><a id="page433" name="page433"></a>(p. 433)</span> Guillot de Paris tint sa voie<br>
+ Droit en la rue Saint Ylaire<br>
+ Ou une Dame debonnaire<br>
+ <a id="footnotetag504" name="footnotetag504"></a><a href="#footnote504" title="Go to footnote 504"><span class="smaller normal">[504]</span></a>Maint, con apele Gietedas:<br>
+ Encontre est la rue Judas,<br>
+ Puis la rue du <i>Petit</i>-Four,<br>
+ Qu'on appele le Petit-Four:<br>
+ Saint Ylaire, et puis <i>clos Burniau</i><br>
+ Ou l'on a rosti maint bruliau<a id="footnotetag505" name="footnotetag505"></a><a href="#footnote505" title="Go to footnote 505"><span class="smaller normal">[505]</span></a>:<br>
+ Et puis la rue du Noyer.<br>
+<span class="wspaced1">. . . . . . . .</span><br>
+<span class="wspaced1">. . . . . . . .</span><br>
+ Enprès est la rue à Plastriers<br>
+ Et parmi<a id="footnotetag506" name="footnotetag506"></a><a href="#footnote506" title="Go to footnote 506"><span class="smaller normal">[506]</span></a> la rue as Englais<br>
+ Ving à grand feste et à grand glais<a id="footnotetag507" name="footnotetag507"></a><a href="#footnote507" title="Go to footnote 507"><span class="smaller normal">[507]</span></a><br>
+ La rue à Lavandieres tost<br>
+ Trouvai; près d'iluec<a id="footnotetag508" name="footnotetag508"></a><a href="#footnote508" title="Go to footnote 508"><span class="smaller normal">[508]</span></a> assez tost<br>
+ La rue qui est belle et grant,<br>
+ Sainte Geneviéve la grant,<br>
+ Et la petite ruelete<br>
+ Dequoi l'un des bouts chien sur l'être<a id="footnotetag509" name="footnotetag509"></a><a href="#footnote509" title="Go to footnote 509"><span class="smaller normal">[509]</span></a><br>
+ Et l'autre bout si se rapporte<br>
+ Droit à la <i>rue de la Porte</i><br>
+ <i>De Saint Marcel</i>; par <i>Saint Copin</i><br>
+ Encontre est la rue Clopin,<br>
+ Et puis la rue Traversainne<br>
+ Qui siet en haut bien loin de Sainne<a id="footnotetag510" name="footnotetag510"></a><a href="#footnote510" title="Go to footnote 510"><span class="smaller normal">[510]</span></a>.<br>
+ Enprès est la <i>rue des Murs</i>:<br>
+ De cheminer ne fut pas mus<a id="footnotetag511" name="footnotetag511"></a><a href="#footnote511" title="Go to footnote 511"><span class="smaller normal">[511]</span></a>,<br>
+ Jusqu'à la rue Saint Victor<br>
+ Ne trouvai ne porc ne butor<a id="footnotetag512" name="footnotetag512"></a><a href="#footnote512" title="Go to footnote 512"><span class="smaller normal">[512]</span></a>,<br>
+ Mes femmes qui autre conseille<a id="footnotetag513" name="footnotetag513"></a><a href="#footnote513" title="Go to footnote 513"><span class="smaller normal">[513]</span></a>:<br>
+ Puis truis<a id="footnotetag514" name="footnotetag514"></a><a href="#footnote514" title="Go to footnote 514"><span class="smaller normal">[514]</span></a> la rue de Verseille<br>
+ Et puis la rue du Bon puis;<br>
+ La maint la femme à i chapuis<a id="footnotetag515" name="footnotetag515"></a><a href="#footnote515" title="Go to footnote 515"><span class="smaller normal">[515]</span></a><br>
+ Qui de maint home a fait ses glais<a id="footnotetag516" name="footnotetag516"></a><a href="#footnote516" title="Go to footnote 516"><span class="smaller normal">[516]</span></a>.<br>
+ La <i>rue Alexandre l'Anglais</i><br>
+ Et la <i>rue Paveegoire</i>:<br>
+ La bui-ge<a id="footnotetag517" name="footnotetag517"></a><a href="#footnote517" title="Go to footnote 517"><span class="smaller normal">[517]</span></a> du bon vin de beire.<br>
+ En la rue Saint Nicolas<br>
+ Du Chardonnai ne fut pas las<br>
+ En la rue de Bievre vins<br>
+ Ilueques i petit<a id="footnotetag518" name="footnotetag518"></a><a href="#footnote518" title="Go to footnote 518"><span class="smaller normal">[518]</span></a> m'assis.<br>
+ D'iluec<a id="footnotetag519" name="footnotetag519"></a><a href="#footnote519" title="Go to footnote 519"><span class="smaller normal">[519]</span></a> en la rue Perdue:<br>
+ Ma voie ne fut pas perdue.<br>
+ Je m'en reving droit en la Place<br>
+ Maubert, et bien trouvai la trace<br>
+ D'iluec en la rue à Trois-portes,<br>
+ Dont l'une le chemin rapporte<br>
+ Droit à la rue de Gallande<br>
+ Ou il n'a ne forest ne lande,<br>
+ Et l'autre en la <i>rue d'Aras</i><br>
+ Ou se nourrissent maint grant ras.<br>
+ Enprès est <i>rue de l'Ecole</i>,<br>
+ La demeure Dame Nicole;<br>
+ En celle rue ce me semble<br>
+ Vent on et fain et fuerre<a id="footnotetag520" name="footnotetag520"></a><a href="#footnote520" title="Go to footnote 520"><span class="smaller normal">[520]</span></a> ensemble.<br>
+ Puis la rue Saint Julien<br>
+ Qui nous gart de mauvais lien.<br>
+ M'en reving en la Bucherie,<br>
+ Et puis en <i>la Poissonnerie</i>.<br>
+ C'est verité que vous despont<a id="footnotetag521" name="footnotetag521"></a><a href="#footnote521" title="Go to footnote 521"><span class="smaller normal">[521]</span></a>,<br>
+ Les rues d'Outre-Petit-Pont<br>
+ Avons nommées toutes par nom<br>
+ <span class="pagenum"><a id="page434" name="page434"></a>(p. 434)</span> Guillot qui de Paris, ot<a id="footnotetag522" name="footnotetag522"></a><a href="#footnote522" title="Go to footnote 522"><span class="smaller normal">[522]</span></a> nom:<br>
+ Quatre-vingt par conte en y a.<br>
+ Certes plus ne mains<a id="footnotetag523" name="footnotetag523"></a><a href="#footnote523" title="Go to footnote 523"><span class="smaller normal">[523]</span></a> n'en y a.<br>
+ En la Cité isnelement<a id="footnotetag524" name="footnotetag524"></a><a href="#footnote524" title="Go to footnote 524"><span class="smaller normal">[524]</span></a><br>
+ M'en ving après privéement.</p>
+</div>
+
+<h4><i>Les Rues de la Cité.</i></h4>
+
+<p class="poem30">La <i>rue du Sablon</i> par m'ame<a id="footnotetag525" name="footnotetag525"></a><a href="#footnote525" title="Go to footnote 525"><span class="smaller normal">[525]</span></a>;<br>
+ Puis rue neuve Notre Dame.<br>
+ En près est la <i>rue à Coulons</i><br>
+ D'iluec ne fu pas mon cuer lons<a id="footnotetag526" name="footnotetag526"></a><a href="#footnote526" title="Go to footnote 526"><span class="smaller normal">[526]</span></a>,<br>
+ La ruele trouvai briement<br>
+ De S. Christophe et ensement<a id="footnotetag527" name="footnotetag527"></a><a href="#footnote527" title="Go to footnote 527"><span class="smaller normal">[527]</span></a><br>
+ La rue du Parvis bien près,<br>
+ Et la rue du Cloistre après,<br>
+ Et la grant rue S. Christofle:<br>
+ Je vis par le trelis d'un coffre<br>
+ En la rue Saint Pere à beus<br>
+ Oisiaus qui avoient piez beus<a id="footnotetag528" name="footnotetag528"></a><a href="#footnote528" title="Go to footnote 528"><span class="smaller normal">[528]</span></a><br>
+ Qui furent pris sur la marine<a id="footnotetag529" name="footnotetag529"></a><a href="#footnote529" title="Go to footnote 529"><span class="smaller normal">[529]</span></a>.<br>
+ De la rue Sainte Marine<br>
+ En la rue Cocatris vins,<br>
+ Où l'en boit souvent de bons vins,<br>
+ Dont maint homs souvent se varie<a id="footnotetag530" name="footnotetag530"></a><a href="#footnote530" title="Go to footnote 530"><span class="smaller normal">[530]</span></a><br>
+ La <i>rue de la Confrairie<br>
+ Nostre-Dame</i>; et <i>en Charoui</i><br>
+ Bonne taverne achiez<a id="footnotetag531" name="footnotetag531"></a><a href="#footnote531" title="Go to footnote 531"><span class="smaller normal">[531]</span></a> ovri.<br>
+ La <i>rue de la Pomme</i> assez tost<br>
+ Trouvai, et puis après tantost<br>
+ Ce fu la <i>rue as Oubloiers</i>;<br>
+ La maint Guillebert a braiés.<br>
+ Marcé Palu, la Juerie<br>
+ Et puis la <i>petite Orberie</i><br>
+ Qui en la Juerie siet.<br>
+ Et me semble que l'autre chief<br>
+ Descent droit en la rue à Feves<br>
+ Par deça la maison o fevre.<br>
+ La Kalendre et <i>la Ganterie</i><br>
+ Trouvai, et <i>la grant Orberie</i>.<br>
+ Après, la grant Bariszerie;<br>
+ Et puis après la Draperie<br>
+ Trouvai et la Chaveterie,<br>
+ Et la ruele Sainte Croix<br>
+ Ou l'en chengle<a id="footnotetag532" name="footnotetag532"></a><a href="#footnote532" title="Go to footnote 532"><span class="smaller normal">[532]</span></a> souvent des cios.<br>
+ La rue Gervese Lorens<br>
+ Ou maintes Dames ygnorents<br>
+ Y maignent<a id="footnotetag533" name="footnotetag533"></a><a href="#footnote533" title="Go to footnote 533"><span class="smaller normal">[533]</span></a> qui de leur quiterne<a id="footnotetag534" name="footnotetag534"></a><a href="#footnote534" title="Go to footnote 534"><span class="smaller normal">[534]</span></a><br>
+ En pres rue de la Lanterne.<br>
+ En la rue du Marmouset<br>
+ Trouvai<a id="footnotetag535" name="footnotetag535"></a><a href="#footnote535" title="Go to footnote 535"><span class="smaller normal">[535]</span></a> homme qui mu fet<br>
+ Une muse corne bellourde.<br>
+ Par la rue de la Coulombe<br>
+ Alai droit o port Saint-Landri:<br>
+ La demeure Guiart Andri.<br>
+ Femmes qui vont<a id="footnotetag536" name="footnotetag536"></a><a href="#footnote536" title="Go to footnote 536"><span class="smaller normal">[536]</span></a> tout le chevez<br>
+ Maignent<a id="footnotetag537" name="footnotetag537"></a><a href="#footnote537" title="Go to footnote 537"><span class="smaller normal">[537]</span></a> en la rue de Chevés.<br>
+ Saint Landri est de l'autre part,<br>
+ La <i>rue de l'Ymage</i> départ<a id="footnotetag538" name="footnotetag538"></a><a href="#footnote538" title="Go to footnote 538"><span class="smaller normal">[538]</span></a><br>
+ La ruele par Saint Vincent<a id="footnotetag539" name="footnotetag539"></a><a href="#footnote539" title="Go to footnote 539"><span class="smaller normal">[539]</span></a><br>
+ En bout de la rue descent<br>
+ De Glateingni, ou bonne gent<br>
+ Maingnent, (<i>manent</i>) et Dames o corps gent<a id="footnotetag540" name="footnotetag540"></a><a href="#footnote540" title="Go to footnote 540"><span class="smaller normal">[540]</span></a><br>
+ <span class="pagenum"><a id="page435" name="page435"></a>(p. 435)</span> <span class="wspaced1">. . . . . . . . .</span><br>
+ La <i>rue Saint-Denis de la Chartre</i>.<br>
+ <span class="wspaced1">. . . . . . . . .</span><br>
+ <span class="wspaced1">. . . . . . . . .</span><br>
+ <span class="wspaced1">. . . . . . . . .</span><br>
+ En ving en la Peleterie<br>
+ Mainte peine y vi esterie<a id="footnotetag541" name="footnotetag541"></a><a href="#footnote541" title="Go to footnote 541"><span class="smaller normal">[541]</span></a>.<br>
+ En la faute<a id="footnotetag542" name="footnotetag542"></a><a href="#footnote542" title="Go to footnote 542"><span class="smaller normal">[542]</span></a> du pont m'assis.<br>
+ Certes il n'a que trentesix<br>
+ Rues contables<a id="footnotetag543" name="footnotetag543"></a><a href="#footnote543" title="Go to footnote 543"><span class="smaller normal">[543]</span></a> en Cité<br>
+ Foi que doi Benedicite<a id="footnotetag544" name="footnotetag544"></a><a href="#footnote544" title="Go to footnote 544"><span class="smaller normal">[544]</span></a>.</p>
+
+<h4><i>Les rues du quartier d'outre le Grand pont, dit aujourd'hui LA VILLE.</i></h4>
+
+<div class="poem30">
+<p>Par deça Grant pont erraument<a id="footnotetag545" name="footnotetag545"></a><a href="#footnote545" title="Go to footnote 545"><span class="smaller normal">[545]</span></a><br>
+ M'en ving, sçachiez bien vraiment<br>
+ N'avoie alenas<a id="footnotetag546" name="footnotetag546"></a><a href="#footnote546" title="Go to footnote 546"><span class="smaller normal">[546]</span></a> ne poinson.<br>
+ Premiere, la rue o Poisson<br>
+ La rue de la Saunerie<br>
+ Trouvai, et la Mesguiscerie<br>
+ L'Escole et rue Saint Germain<br>
+ A Couroiers bien vint à main<br>
+ Tantost la rue a Lavendiere<br>
+ Ou il a maintes lavendieres.<br>
+ La <i>rue à moignes de Jenvau</i><br>
+ Porte à mont et porte à vau;<br>
+ En près rue Jean Lointier<br>
+ Là ne fu je pas trop lointier<a id="footnotetag547" name="footnotetag547"></a><a href="#footnote547" title="Go to footnote 547"><span class="smaller normal">[547]</span></a><br>
+ De la rue Bertin Porée.<br>
+ Sans faire nulle eschauffourée<br>
+ Ving en <i>la rue Jean l'Eveiller</i>;<br>
+ Là demeure Perriaus Goullier.<br>
+ La <i>rue Guillaume Porée</i> près<br>
+ Siet, et Maleparole en près,<br>
+ Ou demeure Jean Asselin.<br>
+ Parmi<a id="footnotetag548" name="footnotetag548"></a><a href="#footnote548" title="Go to footnote 548"><span class="smaller normal">[548]</span></a> le Berrin Gasselin;<br>
+ Et parmi<a id="footnotetag549" name="footnotetag549"></a><a href="#footnote549" title="Go to footnote 549"><span class="smaller normal">[549]</span></a> la Hedengerie,<br>
+ M'en ving en la Tableterie<br>
+ En la <i>rue à petit soulers</i><br>
+ <i>De bazenne</i> tout fut souillés<br>
+ D'esrer<a id="footnotetag550" name="footnotetag550"></a><a href="#footnote550" title="Go to footnote 550"><span class="smaller normal">[550]</span></a> ce ne (fu) mie fortune.<br>
+ Par la <i>rue Sainte Opportune</i><br>
+ Alai en <i>la Charonnerie</i>,<br>
+ Et puis en la Féronnerie;<br>
+ Tantost trouvai <i>la Mancherie</i>,<br>
+ Et puis <i>la Cordoüanerie</i>,<br>
+ Près demeure Henry Bourgaie;<br>
+ La <i>rue Baudouin Prengaie</i><br>
+ Qui de boire n'est pas lanier<a id="footnotetag551" name="footnotetag551"></a><a href="#footnote551" title="Go to footnote 551"><span class="smaller normal">[551]</span></a>.<br>
+ Par la <i>rue Raoul l'Avenier</i><a id="footnotetag552" name="footnotetag552"></a><a href="#footnote552" title="Go to footnote 552"><span class="smaller normal">[552]</span></a><br>
+ Alai o siege a Descarcheeurs.<br>
+ D'ileuc<a id="footnotetag553" name="footnotetag553"></a><a href="#footnote553" title="Go to footnote 553"><span class="smaller normal">[553]</span></a> m'en allai tantost ciex<a id="footnotetag554" name="footnotetag554"></a><a href="#footnote554" title="Go to footnote 554"><span class="smaller normal">[554]</span></a><br>
+ Un tavernier en la viez place<br>
+ A Pourciaux, bien trouvai ma trace<br>
+ Guillot qui point d'eur bon n'as<a id="footnotetag555" name="footnotetag555"></a><a href="#footnote555" title="Go to footnote 555"><span class="smaller normal">[555]</span></a>.<br>
+ Parmi la rue a Bourdonnas<br>
+ Ving en la rue Thibaut a dez,<br>
+ Un hons trouvai en ribaudez<a id="footnotetag556" name="footnotetag556"></a><a href="#footnote556" title="Go to footnote 556"><span class="smaller normal">[556]</span></a><br>
+ En la rue de Bethisi<br>
+ Entré, ne fus pas ethisi<a id="footnotetag557" name="footnotetag557"></a><a href="#footnote557" title="Go to footnote 557"><span class="smaller normal">[557]</span></a>:<br>
+ Assez tost trouvai Tire chape;<br>
+ N'ai garde que rue m'eschape<br>
+ Que je ne sache bien nommer<br>
+ Par nom, sans nul mesnommer<a id="footnotetag558" name="footnotetag558"></a><a href="#footnote558" title="Go to footnote 558"><span class="smaller normal">[558]</span></a>.<br>
+ Sans passer guichet ne postis<a id="footnotetag559" name="footnotetag559"></a><a href="#footnote559" title="Go to footnote 559"><span class="smaller normal">[559]</span></a><br>
+ En la <i>rue au Quains de Pontis</i><br>
+ <span class="pagenum"><a id="page436" name="page436"></a>(p. 436)</span> Fis un chapia<a id="footnotetag560" name="footnotetag560"></a><a href="#footnote560" title="Go to footnote 560"><span class="smaller normal">[560]</span></a> de violete.<br>
+ La <i>rue o serf et Glorïete</i><br>
+ Et la <i>rue de l'arbre sel</i><br>
+ Qui descent sur un biau ruissel<a id="footnotetag561" name="footnotetag561"></a><a href="#footnote561" title="Go to footnote 561"><span class="smaller normal">[561]</span></a><br>
+ Trouvai et puis <i>Col de Bacon</i><br>
+<span class="wspaced1">. . . . . . . . .</span><br>
+ Et puis <i>le Fossé Saint Germain</i><br>
+ Trou-Bernard trouvai main à main,<br>
+ Part ne compaigne<a id="footnotetag562" name="footnotetag562"></a><a href="#footnote562" title="Go to footnote 562"><span class="smaller normal">[562]</span></a> n'attendi,<br>
+ Mon chemin a val s'estendi<br>
+ Par le saint Esperit<a id="footnotetag563" name="footnotetag563"></a><a href="#footnote563" title="Go to footnote 563"><span class="smaller normal">[563]</span></a>, de rue<br>
+ Sus la riviere en <i>la Grant-rue</i><br>
+ Seigneur de la porte du Louvre;<br>
+ Dames y a gentes et bonnes,<br>
+ De leurs denrées sont trop riches.<br>
+ Droitement parmi <i>Osteriche</i><br>
+ Ving en la rue saint Honouré,<br>
+ La rue trouvai-je Mestre Huré,<br>
+ Lez lui<a id="footnotetag564" name="footnotetag564"></a><a href="#footnote564" title="Go to footnote 564"><span class="smaller normal">[564]</span></a> seant Dames polies.<br>
+ Parmi la rue des Poulies<br>
+ Ving en la <i>rue Daveron</i><br>
+ Il y demeure un Gentis-hon.<br>
+ Par la rue Jehan Tison<br>
+ N'avoie talent de proier<a id="footnotetag565" name="footnotetag565"></a><a href="#footnote565" title="Go to footnote 565"><span class="smaller normal">[565]</span></a>,<br>
+ Mès par la Croix de Tiroüer<br>
+ Ving en la rue de Neele<br>
+ Navoie tabour ne viele:<br>
+ En la <i>rue Raoul Menuicet</i><br>
+ Trouvai un homme qui mucet<a id="footnotetag566" name="footnotetag566"></a><a href="#footnote566" title="Go to footnote 566"><span class="smaller normal">[566]</span></a><br>
+ Une femme en terre et ensiet,<br>
+ La rue des Estuves en près siet.<br>
+ En près est la rue du Four:<br>
+ Lors entrai en un carefour,<br>
+ Trouvai la rue des Escus<br>
+ Un homs à grans ongles locus<a id="footnotetag567" name="footnotetag567"></a><a href="#footnote567" title="Go to footnote 567"><span class="smaller normal">[567]</span></a><br>
+ Demanda, Guillot, que fais tu?<br>
+ Droitement de <i>Chastiau-Festu</i><br>
+ M'en ving à la rue a Prouvoires<br>
+ Ou il a maintes pennes vaires<a id="footnotetag568" name="footnotetag568"></a><a href="#footnote568" title="Go to footnote 568"><span class="smaller normal">[568]</span></a>;<br>
+ Mon cuer si a bien ferme veue.<br>
+ Par la <i>rue de la Croix neuve</i><br>
+ Ving en la <i>rue Raoul Roissole</i>,<br>
+ N'avoie ne plais<a id="footnotetag569" name="footnotetag569"></a><a href="#footnote569" title="Go to footnote 569"><span class="smaller normal">[569]</span></a> ne sole<br>
+ La rue de Montmartre trouvai<br>
+ Il est bien seu et prové<br>
+ Ma voie fut delivre<a id="footnotetag570" name="footnotetag570"></a><a href="#footnote570" title="Go to footnote 570"><span class="smaller normal">[570]</span></a> et preste<br>
+ Tout droit par la ruelle e piestre<a id="footnotetag571" name="footnotetag571"></a><a href="#footnote571" title="Go to footnote 571"><span class="smaller normal">[571]</span></a><br>
+ Ving à la pointe Saint Huitasse<br>
+ Droit et avant sui<a id="footnotetag572" name="footnotetag572"></a><a href="#footnote572" title="Go to footnote 572"><span class="smaller normal">[572]</span></a> ma trace<br>
+ Jusques en la Tonnellerie<br>
+ Ne sui pas cil qui trueve lie.<br>
+ Mais par devant la Halle au blé<br>
+ Ou l'en a mainte fois lobé<a id="footnotetag573" name="footnotetag573"></a><a href="#footnote573" title="Go to footnote 573"><span class="smaller normal">[573]</span></a><br>
+ M'en ving en la Poissonnerie<br>
+ Des Halles, et en la Formagerie,<br>
+ Tantost trouvai <i>la Ganterie</i>,<br>
+ A l'encontre est la Lingerie<br>
+ La rue o Fevre siet bien près<br>
+ Et la Cossonnerie après.<br>
+ Et por moi mieux garder des Halles<br>
+ Par dessous les avans des Halles<br>
+ Ving en la rue à Prescheeurs<br>
+ La bui<a id="footnotetag574" name="footnotetag574"></a><a href="#footnote574" title="Go to footnote 574"><span class="smaller normal">[574]</span></a> avec Freres Meneurs<br>
+ Dont je n'ai pas chiere marie<a id="footnotetag575" name="footnotetag575"></a><a href="#footnote575" title="Go to footnote 575"><span class="smaller normal">[575]</span></a><br>
+ Puis alai en la Chanvrerie<br>
+ Assez près trouvai Maudestour<br>
+ Et <i>le carrefour de la Tour</i>,<br>
+ Ou l'on giete mainte sentence<br>
+ En la maison à Dam<a id="footnotetag576" name="footnotetag576"></a><a href="#footnote576" title="Go to footnote 576"><span class="smaller normal">[576]</span></a> Sequence<br>
+ Le puis le carrefour départ<a id="footnotetag577" name="footnotetag577"></a><a href="#footnote577" title="Go to footnote 577"><span class="smaller normal">[577]</span></a>:<br>
+ <span class="pagenum"><a id="page437" name="page437"></a>(p. 437)</span> Jehan Pincheclou d'autre part<br>
+ Demeura tout droit a l'encontre.<br>
+ Or dirai sans faire lonc conte<a id="footnotetag578" name="footnotetag578"></a><a href="#footnote578" title="Go to footnote 578"><span class="smaller normal">[578]</span></a><br>
+ La petite Truanderie<br>
+ Es rues des Halles s'alie<br>
+ La rue au Cingne ce me samble<br>
+ Encontre Maudestour assamble<br>
+ Droit à la grant Truanderie<br>
+ Et <i>Merderiau</i> n'obli-je mie,<br>
+ Ne <i>la petite ruéléte<br>
+ Jehan Bingne</i> par saint-Clerc<a id="footnotetag579" name="footnotetag579"></a><a href="#footnote579" title="Go to footnote 579"><span class="smaller normal">[579]</span></a>suréte<a id="footnotetag580" name="footnotetag580"></a><a href="#footnote580" title="Go to footnote 580"><span class="smaller normal">[580]</span></a>.<br>
+ Mon chemin ne fut pas trop rogue<a id="footnotetag581" name="footnotetag581"></a><a href="#footnote581" title="Go to footnote 581"><span class="smaller normal">[581]</span></a><br>
+ En la <i>rue Nicolas Arode</i><br>
+ Alai, et puis en Mauconseil.<br>
+ Une Dame vi sur un seil<a id="footnotetag582" name="footnotetag582"></a><a href="#footnote582" title="Go to footnote 582"><span class="smaller normal">[582]</span></a><br>
+ Qui moult se portoit noblement;<br>
+ Je la saluai simplement,<br>
+ Et elle moi par saint Loys.<br>
+ Par la sainte rue Saint Denis<br>
+ Ving en la rue as Oües droit<br>
+ Pris mon chemin et mon adroit<br>
+ Droit en la rue Saint-artin<br>
+ Ou j'oi chanter en latin<br>
+ De Nostre Dame un si dous chans.<br>
+ Par la rue des Petits Champs<br>
+ Alai droitement en Biaubourc<br>
+ Ne chassoie chievre ne bouc:<br>
+ Puis truit la <i>rue a Jongleeurs</i><br>
+ Con ne me tienne à jeugleeurs<a id="footnotetag583" name="footnotetag583"></a><a href="#footnote583" title="Go to footnote 583"><span class="smaller normal">[583]</span></a>.<br>
+ De la rue Gieffroi l'Angevin<br>
+ En la rue des Estuves vin,<br>
+ Et en la <i>rue Lingariere</i><br>
+ La ou leva mainte plastriere<br>
+ D'archal mise en &oelig;uvr pour voir<a id="footnotetag584" name="footnotetag584"></a><a href="#footnote584" title="Go to footnote 584"><span class="smaller normal">[584]</span></a><br>
+ Plusieurs gens pour leur vie avoir<br>
+ Et puis la <i>rue Sendebours<br>
+ La Trefilliere</i> a l'un des bous,<br>
+ Et Quiquenpoit que j'ai moult chier,<br>
+ La rue Auberi le Bouchier<br>
+ Et puis la Conreerie aussi,<br>
+ La <i>rue Amauri de Roussi</i>,<br>
+ En contre Troussevache chiet,<br>
+ Que Diex gart qu'il ne nous meschiet<a id="footnotetag585" name="footnotetag585"></a><a href="#footnote585" title="Go to footnote 585"><span class="smaller normal">[585]</span></a>,<br>
+ Et la <i>rue du Vin-le-Roy</i>,<br>
+ Dieu grace on n'a point de desroy<a id="footnotetag586" name="footnotetag586"></a><a href="#footnote586" title="Go to footnote 586"><span class="smaller normal">[586]</span></a><br>
+ En la <i>Viez Monnoie</i> par sens<br>
+ M'en ving aussi conpar à sens<a id="footnotetag587" name="footnotetag587"></a><a href="#footnote587" title="Go to footnote 587"><span class="smaller normal">[587]</span></a>.<br>
+ Au-dessus d'iluec un petit<br>
+ Trouvai le Grand et le Petit<br>
+ Marivaux, si comme il me samble;<br>
+ Li uns à l'autre bien s'assamble;<br>
+ Au dessous siet la Hiaumerie<br>
+ Et assez prez <i>la Lormerie</i><br>
+ Et parmi <i>la Basennerie</i><br>
+ Ving en la <i>rue Jehan le Conte</i>;<br>
+ La Savonnerie en mon conte<br>
+ Ai mise: Par la Pierre o let<br>
+ Ving en la rue Jehan Pain molet,<br>
+ Puis truis<a id="footnotetag588" name="footnotetag588"></a><a href="#footnote588" title="Go to footnote 588"><span class="smaller normal">[588]</span></a> la rue des Arsis;<br>
+ Sus un siege un petit m'assis<br>
+ Pour ce que le repos fu bon:<br>
+ Puis truis les <i>deux rues</i> Saint Bon.<br>
+ Lors ving en <i>la Buffeterie</i>,<br>
+ Tantost trouvai <i>la Lamperie</i>,<br>
+ Et puis la <i>rue de la Porte<br>
+ Saint Mesri</i>; mon chemin s'apporte<br>
+ Droit en <i>la rue à Bouvetins</i>.<br>
+ Par la <i>rue a Chavetiers</i> tins<br>
+ Ma voie en <i>la rue de l'Estable<br>
+ Du Cloistre</i> qui est honestable<br>
+ De Saint Mesri en Baillehoe<br>
+ Ou je trouvai beaucoup de boe<br>
+ <span class="pagenum"><a id="page438" name="page438"></a>(p. 438)</span> Et une rue de renon.<br>
+ Rue neuve Saint Mesri a non.<br>
+ Tantost trouvai <i>la Cour Robert<br>
+ De Paris</i>. Mes par saint Lambert<br>
+<span class="add1em">Rue Pierre o lart siet près,</span><br>
+ Et puis <i>la Bouclerie</i> après:<br>
+ Ne la rue n'oublige pas<br>
+ Symon le Franc. Mon petit pas<br>
+ Alai vers <i>la Porte du Temple;</i><br>
+ Pensis ma main de lez<a id="footnotetag589" name="footnotetag589"></a><a href="#footnote589" title="Go to footnote 589"><span class="smaller normal">[589]</span></a> ma temple.<br>
+ En la rue des Blans Mantiaux<br>
+ Entrai, où je vis mainte piaux<br>
+ Mettre en conroi<a id="footnotetag590" name="footnotetag590"></a><a href="#footnote590" title="Go to footnote 590"><span class="smaller normal">[590]</span></a> et blanche et noire;<br>
+ Puis truis la <i>rue Perrenelle<br>
+ De Saint Pol</i>, la rue du Plastre<br>
+<span class="wspaced1">. . . . . . . . .</span><br>
+<span class="wspaced1">. . . . . . . . .</span><br>
+<span class="wspaced1">. . . . . . . . .</span><br>
+ En près est la rue du Puis.<br>
+ La rue à Singes après pris<br>
+ Contreval<a id="footnotetag591" name="footnotetag591"></a><a href="#footnote591" title="Go to footnote 591"><span class="smaller normal">[591]</span></a> la Bretonnerie<br>
+ M'en ving plain de mirencolie<a id="footnotetag592" name="footnotetag592"></a><a href="#footnote592" title="Go to footnote 592"><span class="smaller normal">[592]</span></a>:<br>
+ Trouvai la <i>rue des Jardins</i><br>
+ Ou les Juifs maintrent<a id="footnotetag593" name="footnotetag593"></a><a href="#footnote593" title="Go to footnote 593"><span class="smaller normal">[593]</span></a> jadis;<br>
+ O <i>carrefour du Temple</i> vins<br>
+ Ou je bui plain henap de vin<br>
+ Pour ce que moult grand soif avoie.<br>
+ A donc me remis a la voie,<br>
+ La <i>rue de l'Abbaye</i> du Bec.<br>
+ Hellouin trouvai par abec<a id="footnotetag594" name="footnotetag594"></a><a href="#footnote594" title="Go to footnote 594"><span class="smaller normal">[594]</span></a>,<br>
+ M'en allai en la Verrerie<br>
+ Tout contreval la Poterie<br>
+ Ving au carrefour Guillori<br>
+ Li un di ho, l'autre hari,<br>
+ Ne perdit pas mon essien<a id="footnotetag595" name="footnotetag595"></a><a href="#footnote595" title="Go to footnote 595"><span class="smaller normal">[595]</span></a>.<br>
+ <i>La ruelete Gencien</i><br>
+ Alai, ou maint un biau varlet<a id="footnotetag596" name="footnotetag596"></a><a href="#footnote596" title="Go to footnote 596"><span class="smaller normal">[596]</span></a>,<br>
+ Et puis la <i>rue Andri Mallet</i>,<br>
+ Trouvai la rue du Martrai,<br>
+ En une ruelle tournai<br>
+ Qui de Saint Jehan voie à porte<a id="footnotetag597" name="footnotetag597"></a><a href="#footnote597" title="Go to footnote 597"><span class="smaller normal">[597]</span></a><br>
+ En contre la rue des Deux Portes.<br>
+ De la viez Tisseranderie<br>
+ Alai droit <i>en l'Esculerie</i><br>
+ Fit en la <i>rue de Chartron</i><br>
+<span class="wspaced1">. . . . . . . .</span><br>
+<span class="wspaced1">. . . . . . . .</span><br>
+ En la <i>rue du Franc-Monrier</i><br>
+ Alai, et vieux-cimetiere<br>
+ Saint Jehan meisme en cotiere<a id="footnotetag598" name="footnotetag598"></a><a href="#footnote598" title="Go to footnote 598"><span class="smaller normal">[598]</span></a><br>
+ Trouvai tost la rue du Bourg&mdash;<br>
+ Tibout, et droit a l'un des bous<br>
+ La <i>rue Anquetil le Faucheur</i><br>
+ La <i>maint un compain tencheeur</i><a id="footnotetag599" name="footnotetag599"></a><a href="#footnote599" title="Go to footnote 599"><span class="smaller normal">[599]</span></a>.<br>
+ En la rue du Temple alai<br>
+ Isnelement<a id="footnotetag600" name="footnotetag600"></a><a href="#footnote600" title="Go to footnote 600"><span class="smaller normal">[600]</span></a> sans nul délai:<br>
+ En la rue au Roi de Sezille<br>
+ Entrai; tantost trouvai Sedile<a id="footnotetag601" name="footnotetag601"></a><a href="#footnote601" title="Go to footnote 601"><span class="smaller normal">[601]</span></a>,<br>
+ En la rue Renaut le Fevre<br>
+ Maint, ou el vent et pois et feves<br>
+ En la <i>rue de Pute-y-muce</i><br>
+ Y entrai en la maison Luce<br>
+ Qui maint en rue de Tyron<br>
+ Des Dames ymes<a id="footnotetag602" name="footnotetag602"></a><a href="#footnote602" title="Go to footnote 602"><span class="smaller normal">[602]</span></a> vous diron<br>
+ La rue de l'Escoufle est près<br>
+ Et la rue des Rosiers près<br>
+ Et <i>la grant-rue de la Porte<br>
+ Baudeer</i> si con se comporte<br>
+ M'en allai en rue Percié<br>
+ Une femme vi destrecié<a id="footnotetag603" name="footnotetag603"></a><a href="#footnote603" title="Go to footnote 603"><span class="smaller normal">[603]</span></a><br>
+ Pour soi pignier<a id="footnotetag604" name="footnotetag604"></a><a href="#footnote604" title="Go to footnote 604"><span class="smaller normal">[604]</span></a>, qui me donna<br>
+ <span class="pagenum"><a id="page439" name="page439"></a>(p. 439)</span> De bon vin. Ma voie adonna<br>
+ En la <i>rue des Poulies Saint Pou</i><br>
+ Et au dessus d'iluec un pou<a id="footnotetag605" name="footnotetag605"></a><a href="#footnote605" title="Go to footnote 605"><span class="smaller normal">[605]</span></a><br>
+ Trouvai la rue a Fauconniers.<br>
+<span class="wspaced1">. . . . . . . .</span><br>
+<span class="wspaced1">. . . . . . . .</span><br>
+ Parmi la rue du Figuier<br>
+ Et parmi la rue a Nonains<br>
+ D'Iere, vi chevaucher deux nains<br>
+ Qui moult estoient esjoi.<br>
+ Puis truis la rue de Joy<br>
+ Et la rue <i>Forgier</i> l'Anier,<br>
+ <a id="footnotetag606" name="footnotetag606"></a><a href="#footnote606" title="Go to footnote 606"><span class="smaller normal">[606]</span></a>Je ving en la Mortellerie<br>
+ Ou a mainte tainturerie<br>
+ La <i>rue Ermeline Boiliaue</i><br>
+ La rue Garnier sus l'yaue<br>
+ Trouvay, à ce mon cuyer s'atyre<a id="footnotetag607" name="footnotetag607"></a><a href="#footnote607" title="Go to footnote 607"><span class="smaller normal">[607]</span></a>:<br>
+ Puis la <i>rue du Cimetire<br>
+ Saint Gervais</i>, et <i>l'Ourmeciau</i>,<br>
+ Sans passer fosse ne ruisseau<br>
+ Ne sans passer planche ne pont<br>
+ La rue <i>a Moines</i> de Lonc-pont<br>
+ Trouvai, et <i>rue Saint Jehan<br>
+ De Greve</i>, ou demeure Jouan<br>
+ Un homs qu' n'a pas vue saine<br>
+ Près de <i>la ruele de Saine</i><br>
+ En <i>la rue sus la riviere</i><br>
+ Trouvai une fausse estriviere<a id="footnotetag608" name="footnotetag608"></a><a href="#footnote608" title="Go to footnote 608"><span class="smaller normal">[608]</span></a>.<br>
+ Si m'en reving tout droit en Gréve<br>
+ Le chemin de rien ne me gréve<br>
+ Tantost trouvai la Tannerie<br>
+ Et puis après la Vannerie<br>
+ La <i>rue de la Coifferie</i><br>
+ Et puis après la Tacherie<br>
+ Et la <i>rue aux Commenderesses</i><br>
+ Ou il a maintes tencheresses<a id="footnotetag609" name="footnotetag609"></a><a href="#footnote609" title="Go to footnote 609"><span class="smaller normal">[609]</span></a><br>
+ Qui ont maint homme pris o brai<a id="footnotetag610" name="footnotetag610"></a><a href="#footnote610" title="Go to footnote 610"><span class="smaller normal">[610]</span></a><br>
+ Par le <i>Carefour</i> de Mibrai<br>
+ En la rue Saint Jacque et ou porce<a id="footnotetag611" name="footnotetag611"></a><a href="#footnote611" title="Go to footnote 611"><span class="smaller normal">[611]</span></a><br>
+ M'en ving, n'avois sac ni poce<a id="footnotetag612" name="footnotetag612"></a><a href="#footnote612" title="Go to footnote 612"><span class="smaller normal">[612]</span></a>:<br>
+ Puis alai en la Boucherie<br>
+ La <i>rue de l'Escorcherie</i><br>
+ Tournai; parmi <i>la Triperie</i><br>
+ M'en ving en <i>la Poulaillerie</i>,<br>
+ Car c'est la dernière rue<br>
+ Et si siet droit sur la Grant-rue.</p>
+
+<p>Guillot si fait à tous sçavoir,<br>
+ Que par deça Grand pont pour voir<a id="footnotetag613" name="footnotetag613"></a><a href="#footnote613" title="Go to footnote 613"><span class="smaller normal">[613]</span></a><br>
+ N'a que deux cent rues mains six:<br>
+ Outre Petit-pont quatre-vingt<br>
+ Dedans les murs non pas dehors.<br>
+ Les autres rues ai mis hors<br>
+ De sa rime puisqu'il n'ont chief<a id="footnotetag614" name="footnotetag614"></a><a href="#footnote614" title="Go to footnote 614"><span class="smaller normal">[614]</span></a>.<br>
+ Ci vout faire de son Dit chief<a id="footnotetag615" name="footnotetag615"></a><a href="#footnote615" title="Go to footnote 615"><span class="smaller normal">[615]</span></a><br>
+ Guillot, qui a fait maint bias dits,<br>
+ Dit qu'il n'a que trois cent et dix<br>
+ Rues à Paris vraiement<br>
+ Le dous Seigneur du Firmament<br>
+ Et sa tres douce chiere Mere<br>
+ Nous défende de mort amere.</p>
+</div>
+
+<p class="center"><i>Explicit le Dit des Rues de Paris.</i></p>
+
+<p class="p2"><span class="pagenum"><a id="page440" name="page440"></a>(p. 440)</span> Guillot marque expressément qu'il a exclu de son ouvrage le nom
+des <i>rues sans chief</i>, c'est-à-dire qu'il ne fait aucune mention des
+<i>culs-de-sac</i>, de manière que si les noms de quelques-uns de ceux qui
+existent aujourd'hui se trouvent dans cette nomenclature, c'est qu'ils
+auront été formés depuis par la construction de quelque édifice, ce qui
+est arrivé quelquefois, et même dans le siècle dernier.</p>
+
+<p>Il résulte de son calcul qu'il n'y avoit alors que trois cent dix rues à
+Paris. L'abbé Lebeuf observe que, dans le quartier d'au-delà du Grand
+pont<a id="footnotetag616" name="footnotetag616"></a><a href="#footnote616" title="Go to footnote 616"><span class="smaller normal">[616]</span></a>, ce poète compte cent quatre-vingt-quatorze rues, et n'en
+nomme que cent quatre-vingt-quatre dans ses vers. Ce savant présume que
+cette différence vient de quelque erreur de copiste, et l'on voit en
+effet, dans Sauval, qu'en 1300 il existoit plusieurs rues de ce
+quartier-là qui ne sont point spécifiées dans ce poëme. Il y avoit, par
+exemple, sur la paroisse de Saint-Germain-l'Auxerrois, la rue <i>gui
+d'Aucerre</i>, la rue <i>gui le Braolier</i>, la rue <i>Gilbert l'Anglois</i>; sur
+celle de <span class="pagenum"><a id="page441" name="page441"></a>(p. 441)</span> Saint-Eustache, la rue <i>de Verneuil</i>, la rue <i>Alain
+de Dampierre</i>; sur celle de Saint-Jacques-de-la-Boucherie, la rue <i>Jean
+Bonne Fille</i>; sur celle de Saint-Jean, <i>la cour Harchier</i>; sur celle de
+Saint-Méri, la rue <i>Guillaume Espaulart</i>.</p>
+
+<p>Gilles Corrozet, qui vivoit vers le milieu du seizième siècle, ne compte
+encore dans cette ville que <i>quatre cents</i> rues ou ruelles. Aujourd'hui
+il y en a plus de mille.</p>
+
+<h2><span class="pagenum"><a id="page442" name="page442"></a>(p. 442)</span> RUES DE L'ÎLE DE LA CITÉ.</h2>
+
+<p><i>Rue de l'Abreuvoir.</i> Elle alloit du cloître Notre-Dame à la Seine.
+Lorsque l'endroit vulgairement appelé <i>le Terrain</i> eut été environné de
+murs, on y laissa un côté ouvert pour conduire les chevaux à la rivière,
+et c'est de là que cette rue a pris son nom<a id="footnotetag617" name="footnotetag617"></a><a href="#footnote617" title="Go to footnote 617"><span class="smaller normal">[617]</span></a>.</p>
+
+<p><i>Rue Sainte-Anne.</i> Elle commence à la rue Saint-Louis, et aboutit à
+l'une des portes du Palais. Cette rue fut ouverte en 1631, et nommée
+ainsi en l'honneur de la reine Anne d'Autriche. C'étoit par cette rue
+que le roi passoit chaque fois qu'il alloit au Palais.</p>
+
+<p><i>Rue de l'Arcade.</i> Elle donne d'un bout dans la rue de Nazareth, de
+l'autre dans la cour du Palais, et doit son nom à la voûte qui sert de
+communication aux bâtiments de la chambre des comptes. Elle se nommoit
+autrefois <i>rue de Jérusalem</i>, et l'on présume que ce nom lui venoit de
+l'hospice où saint Louis logeoit les pélerins qui alloient à Jérusalem
+ou qui en revenoient<a id="footnotetag618" name="footnotetag618"></a><a href="#footnote618" title="Go to footnote 618"><span class="smaller normal">[618]</span></a>.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page443" name="page443"></a>(p. 443)</span> <i>Rue de la Barillerie.</i> Elle commence à la descente du pont
+Saint-Michel, et finit à la rue Saint-Barthélemi. En 1398, la partie de
+cette rue qui commence à celle de la Calendre se nommoit <i>rue du
+Pont-Saint-Michel</i><a id="footnotetag619" name="footnotetag619"></a><a href="#footnote619" title="Go to footnote 619"><span class="smaller normal">[619]</span></a>. Dès l'an 1280 elle est appelée <i>Barilleria</i>.
+Guillot la nomme la <i>grant Bariszerie</i>. Ce surnom de <i>grande</i> a pu lui
+être donné pour la distinguer d'une ruelle de la <i>Barillerie</i> qui lui
+étoit parallèle, et alloit de la rue de la Calendre à la rivière.
+Celle-ci est maintenant coupée et couverte de maisons.</p>
+
+<p><i>Rue Saint-Barthélemi.</i> Elle continue la rue de la Barillerie, et finit
+à la place du pont au Change. On ne la distinguoit point de cette
+dernière au quatorzième siècle. Cependant dès 1220 on lui trouve le nom
+qu'elle porte encore aujourd'hui<a id="footnotetag620" name="footnotetag620"></a><a href="#footnote620" title="Go to footnote 620"><span class="smaller normal">[620]</span></a>.</p>
+
+<p><i>Rue de Basville.</i> On a donné ce nom à une communication de la cour
+Neuve à celle de Lamoignon, construite par les ordres de Guillaume de
+Lamoignon, premier président et seigneur de Basville.</p>
+
+<p><i>Rue de la Calendre.</i> Elle donne d'un bout dans la rue de la Barillerie,
+et de l'autre dans la rue du Marché-Palu, vis-à-vis celle de
+Saint-Christophe. Elle portoit ce nom dès 1280; mais on ignore s'il lui
+venoit d'une enseigne ou si elle le devoit à quelque famille<a id="footnotetag621" name="footnotetag621"></a><a href="#footnote621" title="Go to footnote 621"><span class="smaller normal">[621]</span></a>. On
+<span class="pagenum"><a id="page444" name="page444"></a>(p. 444)</span> trouve dans le censier de saint Éloi de 1343, une maison qui
+fut à <i>Jean de la Kalendre</i><a id="footnotetag622" name="footnotetag622"></a><a href="#footnote622" title="Go to footnote 622"><span class="smaller normal">[622]</span></a>; une autre indiquée sous le même nom en
+1351; et dans celui de 1367, la maison à <i>Nicolas le Kalendreur, où
+souloient être les lions du roi</i>. Cependant elle n'a pris ce nom que
+vers le milieu du treizième siècle, et avant cette époque on la voit
+désignée dans les titres sous la dénomination générale de <i>Via quâ itur
+à Parvo ponte ad plateam Sancti-Michaelis</i>.</p>
+
+<p><i>Rue des Trois-Canettes.</i> Elle donne d'un bout dans la rue de la
+Licorne, et de l'autre dans celle de Saint-Christophe. Elle est désignée
+sous les deux noms de la <i>Pomme Rouge</i> et des <i>Canettes</i>, dans un arrêt
+du 4 juillet 1480<a id="footnotetag623" name="footnotetag623"></a><a href="#footnote623" title="Go to footnote 623"><span class="smaller normal">[623]</span></a>. Sauval rapporte l'extrait d'un compte de
+1421<a id="footnotetag624" name="footnotetag624"></a><a href="#footnote624" title="Go to footnote 624"><span class="smaller normal">[624]</span></a>, où est indiquée une rue de <i>l'Homme Sauvage</i>, dont la
+situation annonce de l'identité avec celle-ci. <span class="pagenum"><a id="page445" name="page445"></a>(p. 445)</span> Le peuple a
+souvent substitué à l'ancien nom des rues celui d'une enseigne ou d'une
+maison plus remarquable.</p>
+
+<p><i>Rue des Carcaisons.</i> Elle aboutit à la rue de la Calendre et au
+Marché-Neuf. Ce nom, dont on ne peut découvrir l'origine, n'a jamais
+varié que dans la manière de l'écrire, Sauval l'appelle
+d'<i>Escarcuissons</i>, d'autres, <i>des Carquillons</i>, <i>des Carcuissons</i> ou
+<i>Carcaissons</i>. Il y a dans cette rue un cul-de-sac du même nom.</p>
+
+<p><i>Rues Chanoinesse, des Chantres et du Chapitre.</i> On a donné ces noms à
+trois rues qui sont dans le cloître Notre-Dame. La rue du <i>Chapitre</i> a
+reçu depuis peu le nom de rue <i>Massillon</i>.</p>
+
+<p><i>Rue Saint-Christophe.</i> Elle commence au coin de la rue de la Juiverie
+et du Marché-Palu, et aboutit au Parvis. Elle doit son nom à l'église
+qui existoit en cet endroit. Dans les anciens titres elle est indiquée
+sous celui de la <i>Regraterie</i><a id="footnotetag625" name="footnotetag625"></a><a href="#footnote625" title="Go to footnote 625"><span class="smaller normal">[625]</span></a>. Guillot l'appelle <i>grant rue
+Saint-Christophe</i> pour la distinguer d'une ruelle qui portoit le même
+nom et qui n'existe plus. Cette ruelle, désignée depuis sous le nom de
+rue de la <i>Huchette</i>, fut comprise dans le Parvis Notre-Dame.</p>
+
+<p>Dans la rue Saint-Christophe est un cul-de-sac qui porte le nom de
+cul-de-sac de <i>Jérusalem</i>.</p>
+
+<p><i>Cloître Notre-Dame.</i> On entend sous ce nom tout l'espace compris depuis
+le <i>Terrain</i> jusqu'au pont Rouge; de là en suivant les rues d'Enfer et
+de la Colombe, jusqu'à l'extrémité de la rue des Marmousets, puis en
+retour l'alignement qui alloit rejoindre la porte placée, avant la
+révolution, auprès de l'église Notre-Dame. <span class="pagenum"><a id="page446" name="page446"></a>(p. 446)</span> Dans cet espace
+étoient situées la chapelle de Saint-Agnan, l'église de
+Saint-Denis-du-Pas et celle de Saint-Jean-le-Rond<a id="footnotetag626" name="footnotetag626"></a><a href="#footnote626" title="Go to footnote 626"><span class="smaller normal">[626]</span></a>.</p>
+
+<p><i>Rue Cocatrix.</i> Elle aboutit à la rue Saint-Pierre-aux-B&oelig;ufs et à
+celle des Canettes. Le nom de <i>Cocatrix</i> est celui d'une famille fort
+connue au treizième siècle, et du fief qui lui appartenoit<a id="footnotetag627" name="footnotetag627"></a><a href="#footnote627" title="Go to footnote 627"><span class="smaller normal">[627]</span></a>. Il
+étoit situé entre la rue Saint-Pierre-aux-B&oelig;ufs et celle des
+Deux-Ermites. Un acte de 1300 l'indique ainsi: <i>Domus Cocatricis quæ
+contigit domui Marmosetorum.</i></p>
+
+<p><i>Rue de la Colombe.</i> Elle traverse de la rue des Marmousets dans la rue
+d'Enfer. On voit dans un acte d'amortissement de deux maisons, fait à
+l'Hôtel-Dieu<a id="footnotetag628" name="footnotetag628"></a><a href="#footnote628" title="Go to footnote 628"><span class="smaller normal">[628]</span></a>, qu'elle portoit ce nom en 1223. Cependant Sauval dit
+qu'elle se nommoit rue <i>de la Couronne</i> en 1408. Jaillot pense qu'il
+s'est trompé, et que ce nom n'a été donné qu'à la rue du <i>Chevet
+Saint-Landri</i>.</p>
+
+<p><i>Rue Sainte-Croix.</i> Elle aboutit aux rues de la Vieille-Draperie et
+Gervais-Laurent. Au douzième siècle on la nommoit <i>petite rue
+Sainte-Croix</i>, et dans les siècles suivants, <i>ruelle Sainte-Croix</i><a id="footnotetag629" name="footnotetag629"></a><a href="#footnote629" title="Go to footnote 629"><span class="smaller normal">[629]</span></a>.</p>
+
+<p><i>Rue de la Vieille-Draperie.</i> Elle va de la rue de la Barillerie à celle
+de la Juiverie, vis-à-vis la rue des Marmousets. C'est une des plus
+anciennes rues de la Cité: elle étoit en partie habitée par des Juifs;
+et lorsqu'ils <span class="pagenum"><a id="page447" name="page447"></a>(p. 447)</span> en furent chassés en 1183, Philippe-Auguste y
+établit des drapiers, auxquels il donna vingt-quatre maisons, moyennant
+cent livres de rente<a id="footnotetag630" name="footnotetag630"></a><a href="#footnote630" title="Go to footnote 630"><span class="smaller normal">[630]</span></a>: c'est ce qui lui fit donner le nom de
+<i>Judæaria Pannificorum</i><a id="footnotetag631" name="footnotetag631"></a><a href="#footnote631" title="Go to footnote 631"><span class="smaller normal">[631]</span></a>. En 1293 on l'appeloit <i>la Draperie</i>, et en
+1313 <i>la Viez-Draperie</i><a id="footnotetag632" name="footnotetag632"></a><a href="#footnote632" title="Go to footnote 632"><span class="smaller normal">[632]</span></a>. Tous les titres du quinzième siècle
+l'appellent rue de la <i>Vieille-Draperie</i>, et depuis, ce nom n'a pas
+varié; elle fut élargie à ses deux extrémités dans le dix-septième
+siècle<a id="footnotetag633" name="footnotetag633"></a><a href="#footnote633" title="Go to footnote 633"><span class="smaller normal">[633]</span></a>.</p>
+
+<p><i>Rue Saint-Éloi.</i> Elle traverse de la rue de la Calendre dans celle de
+la Vieille-Draperie. En 1280 cette rue s'appeloit <i>Cavateria</i>; Guillot
+la nomme <i>la Chavaterie</i>, et les censives de Saint-Éloi de 1343 et 1367,
+<i>la Cavaterie</i> et <i>la Saveterie</i>. Enfin elle fut nommée <i>de Saint-Éloi</i>,
+parce qu'elle fut ouverte sur la partie de l'église et du ch&oelig;ur du
+monastère de ce saint.</p>
+
+<p>Dans cette rue est un cul-de-sac nommé de <i>Saint-Martial</i>, parce qu'il
+conduisoit à l'église de ce nom. On disoit <i>ruelle Saint-Macial</i> en
+1398<a id="footnotetag634" name="footnotetag634"></a><a href="#footnote634" title="Go to footnote 634"><span class="smaller normal">[634]</span></a>, <i>ruelle du Porche Saint-Martial</i> en 1404, et <i>rue
+Saint-Martial</i> en 1459.</p>
+
+<p><i>Rue d'Enfer.</i> Elle commence à la rue Basse-des-Ursins, et aboutit à la
+porte du cloître de Notre-Dame et au pont Rouge. On ne doit chercher
+l'étymologie de ce nom que dans l'ancienne situation de cette rue, qui
+n'étoit pas alors séparée de la rivière par un quai<a id="footnotetag635" name="footnotetag635"></a><a href="#footnote635" title="Go to footnote 635"><span class="smaller normal">[635]</span></a>. Les registres
+<span class="pagenum"><a id="page448" name="page448"></a>(p. 448)</span> capitulaires de Notre-Dame la nomment <i>via inferior, portus
+Sancti-Landerici</i>. En 1300, 1313 et depuis, on la nommoit <i>le port
+Saint-Landri</i>, <i>rue Saint-Landri</i>, <i>du port Saint-Landri</i>, et <i>grant rue
+Saint Landri-sur-l'Yaue</i>. Vers le milieu du seizième siècle, elle a pris
+le nom de rue <i>d'Enfer</i><a id="footnotetag636" name="footnotetag636"></a><a href="#footnote636" title="Go to footnote 636"><span class="smaller normal">[636]</span></a>; et dernièrement le nom de cette rue a été
+changé en celui de <i>rue Basse-des-Ursins</i>.</p>
+
+<p><i>Rue l'Évêque.</i> Elle commence à la première porte de l'Archevêché, et
+aboutit à la rivière et au pont de l'Hôtel-Dieu. C'étoit en cet endroit
+que commençoit le port l'Évêque, c'est-à-dire le rivage qui règne le
+long du jardin de l'Archevêché, jusqu'au <i>Terrain</i>. On la nommoit, en
+1282, rue <i>du port l'Évêque</i> et rue <i>des Bateaux, vicus ad
+Batellos</i><a id="footnotetag637" name="footnotetag637"></a><a href="#footnote637" title="Go to footnote 637"><span class="smaller normal">[637]</span></a>. La justice du chapitre s'étendoit jusque là, ainsi que
+le prouvent une de ses ordonnances, et la transaction passée entre
+Étienne Tempier, évêque de Paris, et le chapitre de Notre-Dame en
+1272<a id="footnotetag638" name="footnotetag638"></a><a href="#footnote638" title="Go to footnote 638"><span class="smaller normal">[638]</span></a>. Plusieurs autres titres en font également foi.</p>
+
+<p><i>Rue aux Fèves.</i> Elle va de la rue de la Vieille-Draperie à celle de la
+Calendre. On n'a guère varié que sur l'orthographe de son nom, mais les
+différentes façons de l'écrire ont donné lieu à différentes étymologies.
+Elle est nommée rue <i>aux Fèves</i> dans un titre de 1291<a id="footnotetag639" name="footnotetag639"></a><a href="#footnote639" title="Go to footnote 639"><span class="smaller normal">[639]</span></a>, ainsi que
+dans Guillot; et dans les actes du chapitre du quatorzième siècle, etc.,
+<i>vicus Fabarum</i>. D'autres l'ont appelée rue <span class="pagenum"><a id="page449" name="page449"></a>(p. 449)</span> <i>au Feure</i>, mot
+qui signifie <i>de la paille</i>; ce qui paroîtroit assez plausible, à cause
+du marché au blé qui en étoit voisin<a id="footnotetag640" name="footnotetag640"></a><a href="#footnote640" title="Go to footnote 640"><span class="smaller normal">[640]</span></a>. Enfin il y en a qui ont
+écrit: rue <i>aux Febvres</i>, <i>aux Fevres</i> (<i>via ad Fabros</i>)<a id="footnotetag641" name="footnotetag641"></a><a href="#footnote641" title="Go to footnote 641"><span class="smaller normal">[641]</span></a>. Ce
+dernier nom paroît le véritable, parce qu'elle est indiquée ainsi dans
+le plus ancien titre qui en fasse mention. Ce sont des lettres de saint
+Louis de 1260, par lesquelles il cède trente sous de cens sur une
+maison; <i>in vico Fabrorum, prope S. Martialem</i><a id="footnotetag642" name="footnotetag642"></a><a href="#footnote642" title="Go to footnote 642"><span class="smaller normal">[642]</span></a>.</p>
+
+<p><i>Rue du Four-Basset.</i> C'étoit un passage qui communiquoit de la rue de
+la Juiverie dans la rue aux Fèves, et qui est fermé depuis long-temps.
+Guillot le nomme en 1300 la <i>petite Orberie</i>. Dans le rôle des taxes de
+1313 il est indiqué rue du <i>Four-Basset</i>, soit que ce nom lui vînt d'un
+four bâti en cet endroit, soit qu'il le dût à une grande maison nommée
+la <i>Cour-Basset</i>, dont il est fait mention dans un censier de
+Saint-Éloi<a id="footnotetag643" name="footnotetag643"></a><a href="#footnote643" title="Go to footnote 643"><span class="smaller normal">[643]</span></a>.</p>
+
+<p><i>Rue Gervais-Laurent.</i> Elle donne d'un bout dans la rue de la Lanterne,
+et de l'autre dans celle de la Vieille-Draperie. En 1248, 1250, etc., on
+la nommoit <i>vicus Gervasii Loorandi</i>, <i>vicus de Loorens</i>,
+<i>Lohorens</i><a id="footnotetag644" name="footnotetag644"></a><a href="#footnote644" title="Go to footnote 644"><span class="smaller normal">[644]</span></a>; en 1300 et 1313, rue <i>Gervese-Lorens</i>. On a dit depuis
+<i>Gervais-Laurent</i>.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page450" name="page450"></a>(p. 450)</span> <i>Rue de Glatigny.</i> Elle commence à la rue des Marmousets, et
+aboutit à la rivière. On donnoit le nom de <i>Glateingni</i> à cette rue et
+aux environs de Saint-Denis-de-la-Chartre jusqu'à l'hôtel des Ursins.
+Des titres disent qu'on y voyoit une maison de <i>Glategni</i>, qui, en 1241,
+appartenoit à Robert et Guillaume de Glatigni<a id="footnotetag645" name="footnotetag645"></a><a href="#footnote645" title="Go to footnote 645"><span class="smaller normal">[645]</span></a>. En 1266 on trouve
+des maisons indiquées <i>in Glatigniaco</i><a id="footnotetag646" name="footnotetag646"></a><a href="#footnote646" title="Go to footnote 646"><span class="smaller normal">[646]</span></a>. Dès le quatorzième siècle,
+cette rue étoit habitée par des femmes publiques, et on la nommoit <i>le
+val d'Amour</i>. En 1380 elle avoit aussi le nom de rue <i>au Chevet de
+Saint-Denis-de-la-Chartre</i>. Mais alors même on la nommoit, comme avant
+et après, <i>rue de Glatigny</i>.</p>
+
+<p><i>Rue de Harlay.</i> Elle traverse du quai de l'Horloge à celui des
+Orfèvres, et doit son nom, comme nous l'avons déjà dit, au premier
+président de Harlay, à qui le roi avoit donnée, en 1607, les deux
+petites îles qui étoient au bout du jardin du Palais. En 1672 on abattit
+une maison, afin d'y pratiquer une porte et un passage qui communiquât à
+la cour Neuve.</p>
+
+<p><i>Rue des Deux-Ermites.</i> Elle donne d'un bout dans la rue Cocatrix, et de
+l'autre dans celle des Marmouzets. En 1220 on la nommoit <i>la cour Ferri
+de Paris, proprisia Ferrici dicti Paris</i>. On la nomma ensuite rue <i>de la
+Confrérie Notre-Dame</i>, parce que la maison de la <i>Communalité des
+Chapelains</i> y étoit située<a id="footnotetag647" name="footnotetag647"></a><a href="#footnote647" title="Go to footnote 647"><span class="smaller normal">[647]</span></a>, et au seizième siècle, rue <i>de
+l'Armite</i>, ensuite <i>des Ermites</i>, et <i>des Deux-Ermites</i>, à cause d'une
+maison qui avoit cette <span class="pagenum"><a id="page451" name="page451"></a>(p. 451)</span> enseigne. En 1640 elle est indiquée
+dans le rôle des commissaires de ce quartier, sous le nom des <i>Deux
+Serviteurs</i><a id="footnotetag648" name="footnotetag648"></a><a href="#footnote648" title="Go to footnote 648"><span class="smaller normal">[648]</span></a>.</p>
+
+<p><i>Rue de la Juiverie.</i> Elle continue la rue du Marché-Palu, et aboutit à
+celle de la Lanterne. Les juifs qui y demeuroient lui ont fait donner ce
+nom, qui n'a varié que dans l'orthographe. Guillot écrit <i>la Juerie</i>; en
+1313, <i>la Juyrie</i>; <i>la Juisvie en</i> 1405, <i>Juiferie</i> et <i>Juifrie</i> en 1450
+et 1560. Il y avoit dans cette rue un marché au blé, qu'on appeloit <i>la
+halle de Beauce</i>. Un titre nous apprend que Philippe-Auguste la donna à
+son échanson<a id="footnotetag649" name="footnotetag649"></a><a href="#footnote649" title="Go to footnote 649"><span class="smaller normal">[649]</span></a>.</p>
+
+<p><i>Rue Saint-Landri.</i> Elle commence à la rue des Marmouzets, et finit à la
+rivière. Elle étoit anciennement désignée sous le nom de <i>port
+Notre-Dame</i><a id="footnotetag650" name="footnotetag650"></a><a href="#footnote650" title="Go to footnote 650"><span class="smaller normal">[650]</span></a>, et confondue avec la rue d'Enfer et celle des Ursins.
+En 1267 on la nommoit <i>Terra ad Batellos</i><a id="footnotetag651" name="footnotetag651"></a><a href="#footnote651" title="Go to footnote 651"><span class="smaller normal">[651]</span></a>. L'évêque, vers ce même
+temps, y avoit une maison, nommée <i>de la Lavanderie</i><a id="footnotetag652" name="footnotetag652"></a><a href="#footnote652" title="Go to footnote 652"><span class="smaller normal">[652]</span></a>. Le bout de ce
+chemin, vers le pont Rouge, se nommoit <i>Fimus</i> en 1213; <i>Firmarium</i> et
+<i>vicus Firmarii</i> en 1219 et 1222; rue <i>du Fumer</i> en 1248<a id="footnotetag653" name="footnotetag653"></a><a href="#footnote653" title="Go to footnote 653"><span class="smaller normal">[653]</span></a>.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page452" name="page452"></a>(p. 452)</span> Au bout de cette rue étoit une petite ruelle qui aboutissoit à
+la rivière et qui depuis a été fermée à ses deux extrémités. En 1265 on
+la nommoit rue <i>Percée</i><a id="footnotetag654" name="footnotetag654"></a><a href="#footnote654" title="Go to footnote 654"><span class="smaller normal">[654]</span></a>.</p>
+
+<p><i>Rue du Chevet-Saint-Landri.</i> Elle donne d'un bout dans la rue des
+Marmouzets, et de l'autre dans la rue d'Enfer; dès le treizième siècle
+on disoit <i>le Chevez-Saint-Landri</i>, parce que le fond de cette église,
+qu'on nomme <i>le Chevet</i>, donnoit dans cette rue. Dans un bail fait en
+1451 par l'abbé de Saint-Victor, elle est nommée <i>rue de la
+Couronne</i><a id="footnotetag655" name="footnotetag655"></a><a href="#footnote655" title="Go to footnote 655"><span class="smaller normal">[655]</span></a>. Il y a dans cette rue un cul-de-sac qui porte le même
+nom.</p>
+
+<p><i>Rue de la Lanterne.</i> Elle continue la rue de la Juiverie, et aboutit au
+pont Notre-Dame. Elle est appelée, dans les cartulaires de
+Saint-Denis-de-la-Chartre, rue <i>de la place de
+Saint-Denis-de-la-Chartre</i>, rue <i>devant la place et l'église
+Saint-Denis</i>, rue <i>devant la Croix Saint-Denis</i>, rue <i>du
+Pont-Notre-Dame</i><a id="footnotetag656" name="footnotetag656"></a><a href="#footnote656" title="Go to footnote 656"><span class="smaller normal">[656]</span></a>. Son dernier nom lui vient d'une enseigne; et on
+le trouve dès 1326<a id="footnotetag657" name="footnotetag657"></a><a href="#footnote657" title="Go to footnote 657"><span class="smaller normal">[657]</span></a>, puis dans la liste des rues du quinzième
+siècle, dans Corrozet, et sur tous les plans.</p>
+
+<p><i>Rue de la Licorne.</i> Elle traverse de la rue Saint-Christophe à celle
+des Marmouzets. En 1269 elle étoit appelée rue <i>près le Chevet de la
+Madeleine</i>; mais elle étoit déjà connue sous le nom de <i>vicus
+Nebulariorum</i>, rue <i>as Oubloyers</i>, <i>des Oublayers</i>, <i>Oblayers</i>, <i>aux
+Obléeurs</i> et <i>Oublieurs</i><a id="footnotetag658" name="footnotetag658"></a><a href="#footnote658" title="Go to footnote 658"><span class="smaller normal">[658]</span></a>. Elle prit le nom qu'elle porte <span class="pagenum"><a id="page453" name="page453"></a>(p. 453)</span>
+encore aujourd'hui, d'une ruelle qui y aboutissoit, et dans laquelle
+pendoit une enseigne de la Licorne.</p>
+
+<p><i>Rue Saint-Louis.</i> Elle aboutissoit au pont Saint-Michel et au quai des
+Orfèvres. On commença à l'ouvrir sous le règne de Henri IV, pour
+faciliter la communication avec le pont Neuf. On l'appela d'abord la rue
+<i>Neuve</i>, et ensuite la rue <i>Neuve-Saint-Louis</i><a id="footnotetag659" name="footnotetag659"></a><a href="#footnote659" title="Go to footnote 659"><span class="smaller normal">[659]</span></a>.</p>
+
+<p><i>Rue du Marché-Neuf.</i> Elle commence au bout du pont Saint-Michel, et
+aboutit à la rue du Marché-Palu, en face de la rue Neuve-Notre-Dame. On
+comprend sous ce nom le marché et les deux petites rues qui y
+conduisent. Guillot l'appelle <i>la grant Orberie</i>. Elle étoit autrefois
+bouchée du côté du <i>Marché-Palu</i>, et ce ne fut qu'en 1557 qu'on l'ouvrit
+pour en faire un marché<a id="footnotetag660" name="footnotetag660"></a><a href="#footnote660" title="Go to footnote 660"><span class="smaller normal">[660]</span></a>. En 1560 le quai Saint-Michel fut
+construit<a id="footnotetag661" name="footnotetag661"></a><a href="#footnote661" title="Go to footnote 661"><span class="smaller normal">[661]</span></a>, et l'on bâtit, quelques années après, dix-sept
+boutiques, une halle au poisson et deux boucheries aux deux extrémités,
+vers les deux ponts. Ces travaux ayant été terminés en 1568, les
+marchands de poissons et d'herbes qui se tenoient près le Petit-Châtelet
+eurent ordre de s'établir dans ce marché. En 1734, douze maisons furent
+démolies; on ne conserva qu'une boucherie, et l'on établit un
+corps-de-garde à l'autre extrémité<a id="footnotetag662" name="footnotetag662"></a><a href="#footnote662" title="Go to footnote 662"><span class="smaller normal">[662]</span></a>.</p>
+
+<p><i>Rue du Marché-Palu.</i> Elle commence au petit Pont <span class="pagenum"><a id="page454" name="page454"></a>(p. 454)</span> et finit au
+coin des rues de la Calendre et de Saint-Christophe. Elle étoit connue
+sous ce nom au treizième siècle, et il ne paroît pas qu'elle en ait
+changé depuis<a id="footnotetag663" name="footnotetag663"></a><a href="#footnote663" title="Go to footnote 663"><span class="smaller normal">[663]</span></a>. Elle doit sans doute ce titre de <i>Marché</i> à celui
+qui s'y voyoit de toute ancienneté, et qui s'étendoit dans la rue de la
+Juiverie. On y vendoit du blé, des herbes et des légumes. Le surnom de
+<i>Palu</i> lui vient de ce que cet endroit étoit humide et non pavé. Il ne
+faut pas croire cependant que ce terrain, quoiqu'il ait été depuis
+considérablement exhaussé, fût alors un marais. Il y avoit une enceinte
+de murs autour de la Cité, qui en mettoit l'intérieur à l'abri des
+inondations, et le marché étoit à une certaine distance du rivage; mais
+les eaux pluviales et toutes celles de la Cité qui passoient par cet
+endroit pour se rendre à la rivière, comme elles y passent encore
+aujourd'hui, le rendoient extrêmement marécageux<a id="footnotetag664" name="footnotetag664"></a><a href="#footnote664" title="Go to footnote 664"><span class="smaller normal">[664]</span></a>.</p>
+
+<p><i>Rue des Marmouzets</i><a id="footnotetag665" name="footnotetag665"></a><a href="#footnote665" title="Go to footnote 665"><span class="smaller normal">[665]</span></a>. Elle commence à la rue de la Juiverie, et
+aboutit au cloître Notre-Dame, au coin de la rue de la Colombe. Elle
+doit ce nom à une grande <span class="pagenum"><a id="page455" name="page455"></a>(p. 455)</span> maison appelée, dans les anciens
+titres, <i>domus Marmosetorum</i><a id="footnotetag666" name="footnotetag666"></a><a href="#footnote666" title="Go to footnote 666"><span class="smaller normal">[666]</span></a>; ce nom n'a guère varié. Guillot la
+nomme <i>du Marmouzet</i>; le rôle des taxes de 1313, <i>des Marmozets</i>; la
+liste des rues du quinzième siècle, <i>des Marmouzettes</i>.</p>
+
+<p><i>Rue du Haut-Moulin.</i> Elle aboutit aux rues de la Lanterne et de
+Glatigny. Guillot la nomme <i>rue Saint-Denis-de-la-Chartre</i>. Il paroît,
+par les titres de ce prieuré, que, dès 1204, elle s'appeloit <i>rue Neuve
+Saint-Denis</i><a id="footnotetag667" name="footnotetag667"></a><a href="#footnote667" title="Go to footnote 667"><span class="smaller normal">[667]</span></a>; cependant, dans un acte de 1206, elle n'est indiquée
+que sous le nom de <i>Strata anterior</i>. Au milieu du seizième siècle,
+cette rue étoit partagée en deux parties; l'une s'appeloit rue
+<i>Saint-Symphorien</i>, et l'autre <i>des Hauts-Moulins</i><a id="footnotetag668" name="footnotetag668"></a><a href="#footnote668" title="Go to footnote 668"><span class="smaller normal">[668]</span></a>.</p>
+
+<p><i>Rue de Nazareth.</i> Elle commence au quai des Orfèvres, <span class="pagenum"><a id="page456" name="page456"></a>(p. 456)</span> et
+aboutit à l'hôtel du premier président<a id="footnotetag669" name="footnotetag669"></a><a href="#footnote669" title="Go to footnote 669"><span class="smaller normal">[669]</span></a>. Anciennement elle se
+nommoit rue <i>de Galilée</i>.</p>
+
+<p><i>Rue Neuve Notre-Dame.</i> Elle aboutit au Marché-Palu et au Parvis de la
+cathédrale. Elle fut ouverte par Maurice de Sully, évêque de Paris;
+avant lui il n'y avoit point de rue en cet endroit, et l'on se rendoit
+de ce coté à Notre-Dame par la rue <i>des Sablons</i>, qui étoit située entre
+les maisons de cette rue et les bâtiments de l'Hôtel-Dieu. La rue
+nouvelle prit d'abord le nom de <i>Neuve</i>, qu'elle portoit encore en 1250.
+On y ajouta ensuite celui de Notre-Dame, qu'elle a toujours conservé
+depuis.</p>
+
+<p>Il y avoit anciennement quatre rues qui aboutissoient à celle-ci, et qui
+ne subsistent plus. La première forme un cul-de-sac appelé <i>de
+Jérusalem</i>; les trois autres s'appeloient rues <i>du Coulon</i><a id="footnotetag670" name="footnotetag670"></a><a href="#footnote670" title="Go to footnote 670"><span class="smaller normal">[670]</span></a>, <i>de
+Venise</i><a id="footnotetag671" name="footnotetag671"></a><a href="#footnote671" title="Go to footnote 671"><span class="smaller normal">[671]</span></a> et <i>du Parvis</i><a id="footnotetag672" name="footnotetag672"></a><a href="#footnote672" title="Go to footnote 672"><span class="smaller normal">[672]</span></a>. Ces trois dernières rues ont été
+comprises dans l'agrandissement du Parvis et dans les bâtiments des
+Enfants-Trouvés.</p>
+
+<p><i>Place du Palais.</i> Elle fut construite, par ordre de Louis XVI, en 1787.
+Avant cette époque, la rue de la Vieille-Draperie se prolongeoit jusqu'à
+celle de la Barillerie, à l'exception du vide que formoit l'emplacement
+de la maison de Jean-Châtel.</p>
+
+<p><i>Rue de la Pelleterie.</i> Elle aboutissoit d'un côté à la rue
+Saint-Barthélemi, et de l'autre à la rue de la Lanterne, vis-à-vis
+Saint-Denis-de-la-Chartre. Au douzième <span class="pagenum"><a id="page457" name="page457"></a>(p. 457)</span> siècle elle étoit
+occupée par les juifs; et après leur expulsion, Philippe-Auguste, par
+ses lettres de 1183, donna, moyennant 73 livres de cens, dix-huit de
+leurs maisons aux Pelletiers, qui s'y établirent, et lui donnèrent leur
+nom<a id="footnotetag673" name="footnotetag673"></a><a href="#footnote673" title="Go to footnote 673"><span class="smaller normal">[673]</span></a>. Auparavant, elle est indiquée sous celui de <i>Macra-Madiana</i>,
+dont on n'a pu trouver la signification<a id="footnotetag674" name="footnotetag674"></a><a href="#footnote674" title="Go to footnote 674"><span class="smaller normal">[674]</span></a>. Depuis 1300, elle a pris
+le nom de la Vieille-Pelleterie, et ce nom n'a pas changé.</p>
+
+<p>Il y avoit quatre ruelles dans cette rue, l'une étoit désignée sous le
+nom de <i>Port-aux-&OElig;ufs</i> (<i>Voy.</i> ci-après); les trois autres n'étoient
+connues que sous la dénomination générale de <i>ruelles allant à la
+Seine</i><a id="footnotetag675" name="footnotetag675"></a><a href="#footnote675" title="Go to footnote 675"><span class="smaller normal">[675]</span></a>. Le côté de la rue de la Pelleterie qui longeoit la rivière
+a été abattu, et sur l'espace qu'il occupoit on a établi le
+<i>Marché-aux-Fleurs</i>; l'autre côté de la rue existe, et a conservé son
+ancien nom.</p>
+
+<p><i>Rue Perpignan.</i> Elle traverse de la rue des Trois-Canettes dans celle
+des Marmouzets. Elle s'appeloit au douzième siècle rue <i>Charauri</i><a id="footnotetag676" name="footnotetag676"></a><a href="#footnote676" title="Go to footnote 676"><span class="smaller normal">[676]</span></a>,
+rue de <i>Champrosai</i> en 1399<a id="footnotetag677" name="footnotetag677"></a><a href="#footnote677" title="Go to footnote 677"><span class="smaller normal">[677]</span></a>. Ce nom a été altéré depuis, et changé
+en ceux <i>de Champron</i>, <i>de Champourri</i>, <i>de Champrousiers</i>, <i>des
+Champs-Rousiers</i>, <i>du Champ-Flori</i> et <i>de Champrosy</i>. Le nom de
+Perpignan vient de celui d'un jeu de paume qui s'y trouvoit au
+commencement du seizième siècle.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page458" name="page458"></a>(p. 458)</span> <i>Rue Saint-Pierre-aux-B&oelig;ufs.</i> Elle donne d'un côté dans la
+rue des Marmouzets, et de l'autre elle aboutit au Parvis. On la trouve
+indiquée, dès 1206, sous le nom de la rue Saint-Pierre-aux-B&oelig;ufs.
+Guillot l'appelle rue <i>Saint-Pierre-à-Beus</i>. Les prisons du chapitre
+étoient anciennement situées dans cette rue.</p>
+
+<p>Le cul-de-sac Sainte-Marine est ouvert dans cette rue. Il portoit au
+douzième siècle le nom de <i>ruelle Sainte-Marine</i>. Une ordonnance du
+chapitre de Notre-Dame, du 26 août 1417, ordonna de fermer cette ruelle
+à l'une de ses extrémités<a id="footnotetag678" name="footnotetag678"></a><a href="#footnote678" title="Go to footnote 678"><span class="smaller normal">[678]</span></a>. Elle y est simplement désignée par ces
+mots: <i>Viculus contiguus Januæ claustris ante S. Johannem Rotundum.</i></p>
+
+<p><i>Rue du Port-aux-&OElig;ufs.</i> Le Port-aux-&OElig;ufs est un des plus anciens
+de Paris. On en connoît l'emplacement par cette rue ou ruelle qui
+aboutissoit d'un côté dans la rue de la Pelleterie, et de l'autre à la
+rivière. En 1259 on la nommoit <i>ruelle Jean-Notteau</i><a id="footnotetag679" name="footnotetag679"></a><a href="#footnote679" title="Go to footnote 679"><span class="smaller normal">[679]</span></a>, en 1398 elle
+s'appeloit <i>rue Garnier-Marcel</i><a id="footnotetag680" name="footnotetag680"></a><a href="#footnote680" title="Go to footnote 680"><span class="smaller normal">[680]</span></a>. Le terrain de cette rue qui a été
+détruite est maintenant renfermé dans celui qu'occupe le marché aux
+Fleurs.</p>
+
+<p><i>Le Terrain.</i> <i>Voy.</i> p. <a href="#page208">208</a>.</p>
+
+<p><i>Rues Haute, Basse et du Milieu des Ursins.</i> Les deux premières sont
+traversées par celle qu'on appelle <i>du Milieu</i>, et aboutissent d'un côté
+dans la rue de Glatigny, et de l'autre dans celle de Saint-Landri. Elles
+tirent leur nom de Juvénal des Ursins, prévôt des marchands, qui
+occupoit un hôtel au port Saint-Landri. Cet hôtel étant tombé en ruines,
+fut rebâti vers le milieu du seizième siècle; et on ouvrit sur le
+terrain qu'il occupoit <span class="pagenum"><a id="page459" name="page459"></a>(p. 459)</span> une rue qui fut appelée <i>rue du
+Milieu</i>. On croit reconnoître dans la rue Haute celle que Guillot
+appelle rue <i>de l'Ymage</i>.</p>
+
+<h2>QUAIS DE LA CITÉ.</h2>
+
+<p><i>Quai des Orfèvres.</i> Il borde la partie méridionale de la cité, depuis
+le pont Neuf jusqu'au pont Saint-Michel. Dans le projet de construction
+du premier de ces deux ponts, on fit entrer celui d'ouvrir une rue qui
+allât au pont Saint-Michel, et de là à Notre-Dame. Pour l'exécuter, on
+coupa en partie l'île de la Gourdaine, du côté du grand cours de l'eau;
+on détruisit le moulin, et sur les deux côtés du triangle on construisit
+les deux quais que nous y voyons aujourd'hui. Ils furent commencés en
+1580, ensuite interrompus, puis repris vers le temps où l'on achevoit le
+pont Neuf, enfin terminés en 1611. L'année suivante, le président
+Jeannin obtint la permission d'y faire bâtir des maisons ou boutiques,
+partie sur le quai, partie sur la rivière, et des échoppes le long des
+murs du Palais: il n'y eut de construit que les échoppes qui viennent
+d'être abattues.</p>
+
+<p><i>Quai de l'Horloge ou des Morfondus.</i> Il s'étend du côté septentrional
+de la Cité, depuis le pont Neuf jusqu'au pont au Change. Le nom de quai
+de l'Horloge lui vint de l'horloge du Palais, située à son extrémité;
+celui de quai <i>des Morfondus</i> de sa situation qui est exposée au vent du
+nord.</p>
+
+<h2><span class="pagenum"><a id="page460" name="page460"></a>(p. 460)</span> RUES DE L'ÎLE SAINT-LOUIS.</h2>
+
+<p><i>Rue de Bretonvilliers.</i> Elle aboutit à la rue Saint-Louis et sur le
+quai Dauphin. Elle doit son nom à l'hôtel qui est situé à l'extrémité
+méridionale de l'île.</p>
+
+<p><i>Rue de la Femme-sans-Tête.</i> Elle aboutit d'un côté dans la rue
+Saint-Louis, et de l'autre sur le quai de Bourbon. Elle portoit dans
+toute sa longueur le nom de rue <i>Regrattier</i>. Une enseigne représentant
+une femme sans tête lui fit donner ce nom.</p>
+
+<p><i>Rue Guillaume.</i> Elle aboutit d'un côté dans la rue Saint-Louis, de
+l'autre sur le quai d'Orléans, et doit son nom à Guillaume, père d'un
+des derniers entrepreneurs des bâtiments de l'île Saint-Louis.</p>
+
+<p><i>Rue Saint-Louis.</i> Elle traverse l'île dans toute sa longueur, et doit
+ce nom à l'église qui s'y trouve située. Suivant le plan de Messager,
+elle porta d'abord le nom de <i>Palatine</i> jusqu'à celle des Deux-Ponts;
+depuis celle-ci jusqu'au bout on l'appeloit rue <i>Carelle</i>. En 1654 on la
+nommoit rue <i>Marie</i>.</p>
+
+<p><i>Rue des Deux-Ponts.</i> Elle est ainsi nommée à cause de sa situation
+entre le pont de la Tournelle et le pont Marie, auxquels elle communique
+par ses deux extrémités. Elle est appelée <i>rue Saint-Louis</i> sur le plan
+de Messager.</p>
+
+<p><i>Rue Poulletier.</i> Elle traverse l'île Saint-Louis, et <span class="pagenum"><a id="page461" name="page461"></a>(p. 461)</span> aboutit
+aux quais d'Alençon et des Balcons. Sur le plan de Messager elle est
+indiquée sous le nom <i>de Florentine</i>. Elle doit celui qu'elle porte à M.
+Le Poulletier, trésorier des Cent-Suisses, l'un des associés du sieur
+Marie.</p>
+
+<p><i>Rue Regrattier.</i> C'est la prolongation de la rue de la Femme-sans-Tête.
+Elle aboutit au quai d'Orléans. Messager la nomme <i>rue Angélique</i>. Le
+nom qu'elle porte vient de celui de M. Le Regrattier, autre associé du
+sieur Marie. Elle porta d'abord ce nom dans toute sa longueur jusqu'au
+quai Bourbon.</p>
+
+<h3>QUAIS DE L'ÎLE SAINT-LOUIS.</h3>
+
+<p><i>Quai de Bourbon.</i> Il s'étend sur le côté septentrional de l'île, à
+partir de la pointe qui regarde la Cité jusqu'au pont Marie.</p>
+
+<p><i>Quai d'Anjou.</i> Ce quai fait la continuation du précédent, et du même
+côté jusqu'à l'extrémité orientale de l'île.</p>
+
+<p><i>Quai d'Orléans.</i> Il commence, de même que le quai Bourbon, à la pointe
+de l'île, et s'étend, du côté méridional jusqu'au pont de la Tournelle.</p>
+
+<p><i>Quai Dauphin</i> ou <i>des Balcons</i>. C'est la continuation du quai
+d'Orléans; et de même que le quai d'Anjou, il vient finir à la pointe
+orientale de l'île.</p>
+
+
+<h2>ANTIQUITÉS ROMAINES ET CELTIQUES<br>
+DÉCOUVERTES DANS LA CITÉ.</h2>
+
+<h3>AUTEL DE JUPITER.</h3>
+
+<p>Les plus connues de ces antiquités sont les pierres cubiques découvertes
+en 1712, sous le ch&oelig;ur de l'église cathédrale, elles sont au nombre
+de neuf, et toutes <span class="pagenum"><a id="page462" name="page462"></a>(p. 462)</span> chargées sur leurs diverses faces de
+bas-reliefs et d'inscriptions. La plus grande a trois pieds et quelques
+pouces de hauteur, la plus petite environ un pied et demi.</p>
+
+<p>Sur l'une de ces pierres on lit l'inscription suivante:</p>
+
+<p class="poem10">
+ TIB. CAESARE. AUG. JOVI. OPTUMO<br>
+ MAXSUMO <span class="wspaced1">. . . .</span> M. NAUTAE. PARISIAC.<br>
+ PUBLICE POSIERUNT.</p>
+
+<p>En restituant les quatre lettres qui manquent dans l'espace fruste qui
+précède la lettre <span class="smcap">M</span>, on traduit ainsi cette inscription: <i>Sous Tibère
+César Auguste, les</i> <span class="smcap">NAUTES</span> <i>parisiens ont publiquement élevé cet autel à
+Jupiter très-bon, très-grand.</i> Ainsi, le sujet du monument se trouve
+expliqué; et nous apprenons en même temps qu'il y avoit à Paris, sous le
+règne de Tibère, une association de gens qui y faisoient le commerce ou
+le transport des marchandises par eau.</p>
+
+<p>Ces pierres, toutes couvertes de bas-reliefs, présentent d'abord
+plusieurs divinités du paganisme indiquées par leurs noms: <span class="smcap">IOVIS</span>
+(Jupiter), <span class="smcap">VOLCANVS</span> (Vulcain), <span class="smcap">CASTOR</span> (Castor); une autre figure placée
+à côté de celle-ci, et dont l'inscription a été effacée, est évidemment
+<span class="smcap">POLLVX</span>. On a cru y reconnoître encore Vénus et Mercure; puis viennent
+ensuite deux divinités gauloises indiquées par ces deux mots: <span class="smcap">ESVS</span> et
+<span class="smcap">CERNVNNOS</span>, que l'on croit être le dieu de la guerre et celui qui
+présidoit aux forêts, le Mars et le Pan des Grecs et des Romains.</p>
+
+<p>On y voit encore un taureau surmonté de trois grues avec cette
+inscription: <span class="smcap">TARVOS TRIGARANVS</span> (taureau à trois grues), animal mystique
+qui étoit pour les Gaulois un objet de vénération; puis des soldats
+armés de piques et de boucliers, un prêtre gaulois et plusieurs autres
+<span class="pagenum"><a id="page463" name="page463"></a>(p. 463)</span> figures qui ont exercé la sagacité des antiquaires, et sur
+lesquelles on n'a pu présenter jusqu'à présent que des conjectures d'un
+assez médiocre intérêt.</p>
+
+<h3>CIPPE ANTIQUE.</h3>
+
+<p>Ce Cippe quadrangulaire fut découvert en 1784, et à une assez grande
+profondeur, dans une fouille que l'on fit en face de la rue de la
+Barillerie, pour établir les fondations d'une partie des bâtiments du
+Palais de Justice: il a cinq pieds dix pouces de hauteur, ne porte
+aucune inscription, et présente, sur ses quatre faces, des figures de
+trois pieds et demi de hauteur, parmi lesquelles on reconnoît facilement
+Mercure qui s'y montre accompagné de tous ses attributs. Une autre
+figure armée de l'arc et du carquois semble être une image d'Apollon;
+mais elle tient d'une main un poisson, et de l'autre s'appuie sur un
+gouvernail, ce qui pourroit aussi indiquer une divinité qui présidoit à
+la navigation; la troisième figure est celle d'une femme, et cette femme
+porte un caducée, attribut qui ne nous paroît pas pouvoir être
+facilement expliqué; enfin une quatrième figure a des ailes au dos,
+tient un globe à la main, et est coiffée du pétase ailé, symbole
+spécialement consacré au fils de <i>Maïa</i>. On s'est encore épuisé en
+conjectures sur ce monument, beaucoup plus qu'il ne méritoit; et nous
+nous garderons bien d'ennuyer nos lecteurs de cette obscure et stérile
+érudition.</p>
+
+<p>Au reste toutes ces sculptures, tant sur le cippe que sur l'autel, sont
+du travail le plus barbare<a id="footnotetag681" name="footnotetag681"></a><a href="#footnote681" title="Go to footnote 681"><span class="smaller normal">[681]</span></a>.</p>
+
+<a id="monunouveaux" name="monunouveaux"></a>
+<h2><span class="pagenum"><a id="page464" name="page464"></a>(p. 464)</span> MONUMENTS NOUVEAUX<br>
+<span class="smaller">ET AUTRES CONSTRUCTIONS FAITES DEPUIS 1789.</span></h2>
+
+<p><i>Pont Neuf.</i> Ce pont vient d'être réparé et surbaissé à ses deux
+extrémités, ce qui en rend la pente plus douce. À côté du terre-plein
+qui porte la statue d'Henri IV, est placé l'un de ces établissemens
+publics connus sous le nom de <i>Bains-Vigier</i>. L'escalier qui conduit à
+ces bains est un morceau de charpente qui mérite d'être remarqué.</p>
+
+<p><i>Place Dauphine.</i> Au milieu de cette place on a construit une fontaine,
+espèce de monument consacré à la mémoire du général Desaix, tué à la
+bataille de Marengo. Cette fontaine, dont la forme est ronde, s'élève
+sur un soubassement, composé d'assise de pierres en retraite, et orné
+d'inscriptions. Quatre têtes de lions versent l'eau dans des bassins
+circulaires; deux génies, une couronne de lauriers, des médaillons, des
+sphinx, deux fleuves, le Nil et le Pô, ornent la surface du piédestal,
+que surmonte le portrait du général français, en forme d'Hermès. Un
+jeune guerrier coiffé d'un casque et costumé à la grecque, lui pose une
+couronne sur la tête. Ce monument, d'un beau style, mais d'une exécution
+sèche et roide, a été sculpté par M. <i>Fortin</i>, sur les dessins de M.
+<i>Percier</i>.</p>
+
+<p><i>Sainte-Chapelle.</i> La couverture de l'escalier extérieur de ce monument
+a été abattue: on répare, en ce moment, cet escalier qui restera
+découvert.</p>
+
+<p><i>Grand'salle du Palais.</i> On y construit maintenant, dans la partie
+latérale, une grande niche qui sans doute est destinée à recevoir une
+statue colossale.</p>
+
+<p><i>La Morgue.</i> C'est un lieu ouvert au public, où l'on dépose les cadavres
+des personnes mortes de mort violente, <span class="pagenum"><a id="page465" name="page465"></a>(p. 465)</span> que la police a fait
+recueillir, et dont aucun signe ne constate l'identité. La Morgue,
+située autrefois dans les bâtimens du Grand-Châtelet, a été transportée,
+depuis la révolution, dans le quartier de la Cité, et dans un édifice
+que l'on a construit exprès pour cette destination. C'est un petit
+bâtiment carré, d'un bon style, orné de quatre pilastres doriques et de
+bossages. Il s'élève sur la place du Marché neuf, à l'un des angles du
+pont Saint-Michel.</p>
+
+<p><i>Marché aux Fleurs.</i> Il a été construit, comme nous l'avons dit, sur le
+terrain qu'occupoit cette partie de la rue de la Pelleterie dont les
+maisons étoient situées sur le bord de l'eau; et il s'étend dans tout
+l'espace qui sépare le pont au Change du pont Notre-Dame. Cet espace a
+été planté d'arbres, et au milieu sont deux coupes circulaires, recevant
+l'eau d'une gerbe qui s'élève au milieu.</p>
+
+<p><i>Église Saint-Pierre-des-Arcis.</i> C'est par erreur que nous avons dit
+qu'elle existoit encore. Elle vient d'être abattue; et sur la place
+qu'elle occupoit, on a ouvert une rue nouvelle qui porte le nom de rue
+<i>Neuve-du-Quai-aux-Fleurs</i>.</p>
+
+<p><i>Parvis Notre-Dame.</i> Deux fontaines ornent cette place: elles sont
+formées par deux niches pratiquées dans le bâtiment des Enfants-Trouvés.
+Ces deux niches sont ornées de coquilles; et deux têtes de lions versent
+de l'eau dans des cuvettes que surmontent deux vases enrichis de
+feuillages et de bas reliefs.</p>
+
+<p><i>Église Notre-Dame.</i> On a fait à cette église des réparations
+considérables, principalement au portail latéral nord, qui est
+remarquable par la richesse et la beauté de ses ornemens. Dans
+l'intérieur la nef a été garnie de nouveau, des deux côtés et dans toute
+son étendue, des tableaux dont on l'avoit dépouillée, à l'exception de
+deux ou trois <span class="pagenum"><a id="page466" name="page466"></a>(p. 466)</span> des plus excellents qui sont restés dans le
+musée du Roi. Une nouvelle grille en fer, ornée de bronzes dorés et d'un
+très-beau travail, ferme l'entrée du ch&oelig;ur et les arcades du
+rond-point; et tous les lambris extérieurs de cette partie de l'église
+sont revêtus de marbres précieux, parsemés de fleurs de lys en bronze
+doré. Sur le toit de l'église, du côté du rond-point, on a élevé une
+croix dorée.</p>
+
+<p>La chapelle de la Vierge et celle qui la suit, sont ornées de trois
+tableaux donnés par la ville, et exécutés par des artistes modernes: la
+Mort de la Vierge, par M. <i>A. Pujol</i>; la Résurrection du fils de la
+veuve de Naïm, par M. <i>Gauterot</i>; la descente de Jésus-Christ aux
+Limbes, par M. <i>Delorme</i>. Deux de ces tableaux doivent surtout être
+remarqués pour le mérite de la composition et de l'exécution.</p>
+
+<p>Dans la chapelle située à gauche de celle de la Vierge, est le monument
+du cardinal de Belloy, archevêque de Paris, mort en 1808. Ce mausolée,
+d'une grande dimension, représente le prélat assis sur son sarcophage;
+d'une main il donne une bourse à des femmes qui la reçoivent avec
+l'expression d'une vive reconnoissance; de l'autre il tient le livre des
+Psaumes ouvert sur ce verset: <i>Beatus qui intelligit super egenum et
+pauperem; in die malâ liberabit eum Dominus</i> (Ps. <span class="smcap">XL</span>, <span class="smcap">I</span>); à ses côtés un
+prêtre porte la crosse cardinale à double bec; à ses pieds sont placés
+d'autres attributs de sa dignité. M. <i>Desenne</i> est l'auteur de ce groupe
+dont la composition est digne d'éloge, et qui présente, surtout dans les
+draperies, de véritables beautés d'exécution.</p>
+
+<p><i>Archevêché.</i> Tout ce qui restoit encore des anciennes constructions du
+palais épiscopal, depuis et non compris <span class="pagenum"><a id="page467" name="page467"></a>(p. 467)</span> la chapelle jusqu'à
+l'Hôtel-Dieu, a été démoli; ce terrain a été clos de murs, et des deux
+côtés on a placé des loges de portier. Du côté où est le bâtiment neuf
+qui sert maintenant de demeure aux archevêques, il a été ouvert une
+porte d'entrée et élevé un mur qui sert d'enclos à ce bâtiment. Le
+jardin qui se prolonge ensuite jusqu'au quai est en partie entouré d'une
+grille en fer; et dans ce jardin on a renfermé le terrain qu'occupoit la
+rue dite <i>de l'Abreuvoir</i>.</p>
+
+<p><i>Pont de la Cité.</i> Ce pont, qui a remplacé le pont Rouge, est formé de
+deux arches en bois, lesquelles sont portées sur un pilier de
+maçonnerie, placé au milieu du petit-bras de la Seine qui sépare les
+deux îles de la Cité et de Saint-Louis. Ce pont, recouvert en fer-blanc
+peint, avoit toutes les apparences d'un pont en pierres; mais il avoit
+été construit avec si peu de solidité, que, quoiqu'il n'y passât que des
+gens de pied, il menaçoit ruine au bout de quelques années, et qu'il a
+fallu le réédifier. Les nouveaux arceaux, composés de plusieurs pièces
+de bois liées ensemble par des bandes de fer, offrent l'aspect d'une
+charpente solide et bien exécutée. Cette charpente est restée à
+découvert.</p>
+
+<h3>QUAIS NOUVEAUX.</h3>
+
+<p><i>Quais Nouveaux.</i> Ils font la continuation des deux quais des <i>Orfèvres</i>
+et <i>de l'Horloge</i>, et entourent l'île entière de la Cité, à l'exception
+de l'Hôtel-Dieu, et du groupe de maisons qui touche l'angle du Petit
+pont vers le marché Neuf.</p>
+
+<p>Au côté méridional, le quai qui a pris la place de la rue Saint-Louis,
+et qui se prolonge jusqu'au Marché-Neuf, <span class="pagenum"><a id="page468" name="page468"></a>(p. 468)</span> a pris le nom du quai
+des Orfèvres dont il est la continuation.</p>
+
+<p>Au côté septentrional, la partie du quai qui suit celui de l'Horloge,
+porte depuis le pont au Change jusqu'au pont Notre-Dame le nom de <i>quai
+aux Fleurs</i>; depuis ce dernier pont jusqu'à celui de la Cité, on le
+nomme <i>quai de la Cité</i>; en retour et jusqu'au pont au Double, il n'a
+point encore de dénomination: il est probable qu'on le nommera <i>quai de
+l'Archevêché</i>.</p>
+
+<p class="p2 center">FIN DU QUARTIER DE LA CITÉ,<br>
+<span class="smaller">ET DE LA PREMIÈRE PARTIE DU PREMIER VOLUME.</span></p>
+
+<h2><span class="pagenum"><a id="page469" name="page469"></a>(p. 469)</span> TABLE DES MATIÈRES.</h2>
+
+<div class="toc">
+<p class="center">PREMIER VOLUME.&mdash;PREMIÈRE PARTIE.</p>
+
+<ul class="none">
+<li>&nbsp;<span class="ralign10">Pages.</span></li>
+<li>Dédicace au Roi.</li>
+
+<li>Avertissement de l'auteur.
+<span class="ralign10"><a href="#page1">j</a></span></li>
+
+<li>Discours préliminaire.
+<span class="ralign10"><a href="#page1">1</a></span></li>
+
+<li>Enceintes de Paris.
+<span class="ralign10"><a href="#page28">28</a></span></li>
+</ul>
+
+<p class="center">QUARTIER DE LA CITÉ.</p>
+
+<ul class="none">
+<li>Paris sous les deux premières races.
+<span class="ralign10"><a href="#page43">43</a></span></li>
+
+<li>Le pont Neuf.
+<span class="ralign10"><a href="#page85">85</a></span></li>
+
+<li>La Samaritaine.
+<span class="ralign10"><a href="#page100">100</a></span></li>
+
+<li>La place Dauphine.
+<span class="ralign10"><a href="#page102">102</a></span></li>
+
+<li>La Sainte-Chapelle.
+<span class="ralign10"><a href="#page107">107</a></span></li>
+
+<li>Le Trésor des chartes.
+<span class="ralign10"><a href="#page123">123</a></span></li>
+
+<li>Le Palais de Justice.
+<span class="ralign10"><a href="#page124">124</a></span></li>
+
+<li>Le Grand Conseil.
+<span class="ralign10"><a href="#page170">170</a></span></li>
+
+<li>La Chambre des Comptes.
+<span class="ralign10"><a href="#page180">180</a></span></li>
+
+<li>La Cour des Aides.
+<span class="ralign10"><a href="#page185">185</a></span></li>
+
+<li>Bailliage du palais, Chancellerie du palais, Chambre du domaine
+ et du trésor, Siége général de la Table de marbre.
+<span class="ralign10"><a href="#page190">190</a></span></li>
+
+<li>Églises et Monastères.
+<span class="ralign10"><a href="#page191">191</a></span></li>
+
+<li>Couvent des Barnabites.
+<span class="ralign10"><a href="#page224">224</a></span></li>
+
+<li>Pyramide de Jean Châtel.
+<span class="ralign10"><a href="#page228">228</a></span></li>
+
+<li>Saint-Barthélemi.
+<span class="ralign10"><a href="#page250">250</a></span></li>
+
+<li>Saint-Pierre-des-Arcis.
+<span class="ralign10"><a href="#page255">255</a></span></li>
+
+<li>Sainte-Croix de la Cité.
+<span class="ralign10"><a href="#page259">259</a></span></li>
+
+<li>Saint-Germain-le-Vieux.
+<span class="ralign10"><a href="#page261">261</a></span></li>
+
+<li>La Magdeleine.
+<span class="ralign10"><a href="#page265">265</a></span></li>
+
+<li>Saint-Denis-de-la-Chartre.
+<span class="ralign10"><a href="#page268">268</a></span></li>
+
+<li>Saint-Symphorien <i>ou</i> Chapelle Saint-Luc.
+<span class="ralign10"><a href="#page273">273</a></span></li>
+
+<li>Saint-Landri.
+<span class="ralign10"><a href="#page276">276</a></span></li>
+
+<li>La chapelle Saint-Agnan.
+<span class="ralign10"><a href="#page280">280</a></span></li>
+
+<li>Sainte-Marine.
+<span class="ralign10"><a href="#page283">283</a></span></li>
+
+<li>Saint-Pierre-aux-B&oelig;ufs.
+<span class="ralign10"><a href="#page285">285</a></span></li>
+
+<li>Saint-Christophe.
+<span class="ralign10"><a href="#page286">286</a></span></li>
+
+<li>Sainte-Geneviève-des-Ardents.
+<span class="ralign10"><a href="#page288">288</a></span></li>
+
+<li>Notre-Dame.
+<span class="ralign10"><a href="#page292">292</a></span></li>
+
+<li>Archevêché.
+<span class="ralign10"><a href="#page327">327</a></span></li>
+
+<li>Le chapitre de Notre-Dame.
+<span class="ralign10"><a href="#page355">355</a></span></li>
+
+<li>Saint-Jean-le-Rond.
+<span class="ralign10"><a href="#page361">361</a></span></li>
+
+<li>Saint-Denis-du-Pas.
+<span class="ralign10"><a href="#page364">364</a></span></li>
+
+<li>Hôtel-Dieu.
+<span class="ralign10"><a href="#page366">366</a></span></li>
+
+<li>Parvis de Notre-Dame.
+<span class="ralign10"><a href="#page380">380</a></span></li>
+
+<li>Maison des Enfants-Trouvés.
+<span class="ralign10"><a href="#page384">384</a></span></li>
+
+<li>Ponts de la Cité.
+<span class="ralign10"><a href="#page391">391</a></span></li>
+
+<li>Pont au Change.
+<span class="ralign10"><i>ibid.</i></span></li>
+
+<li>Pont Saint-Michel.
+<span class="ralign10"><a href="#page395">395</a></span></li>
+
+<li>Pont Notre-Dame.
+<span class="ralign10"><a href="#page396">396</a></span></li>
+
+<li>Petit pont.
+<span class="ralign10"><a href="#page400">400</a></span></li>
+
+<li>Pont Rouge.
+<span class="ralign10"><a href="#page402">402</a></span></li>
+
+<li>Hôtels de la Cité.
+<span class="ralign10"><a href="#page404">404</a></span></li>
+
+<li>Arcade de la Chambre des Comptes.
+<span class="ralign10"><a href="#page405">405</a></span></li>
+
+<li>Île Saint-Louis.
+<span class="ralign10"><a href="#page408">408</a></span></li>
+
+<li>Saint-Louis.
+<span class="ralign10"><a href="#page412">412</a></span></li>
+
+<li>Hôtels de l'île Saint-Louis.
+<span class="ralign10"><a href="#page415">415</a></span></li>
+
+<li>Pont Marie.
+<span class="ralign10"><a href="#page420">420</a></span></li>
+
+<li>Pont de la Tournelle.
+<span class="ralign10"><a href="#page421">421</a></span></li>
+
+<li>L'île Louvier.
+<span class="ralign10"><a href="#page423">423</a></span></li>
+
+<li>Rues.
+<span class="ralign10"><a href="#page425">425</a></span></li>
+
+<li>Rues et quais de la Cité.
+<span class="ralign10"><a href="#page442">442</a></span></li>
+
+<li>Rues et quais de l'île Saint-Louis.
+<span class="ralign10"><a href="#page460">460</a></span></li>
+
+<li>Antiquités romaines et celtiques.
+<span class="ralign10"><a href="#page461">461</a></span></li>
+
+<li>Monuments nouveaux.
+<span class="ralign10"><a href="#page464">464</a></span></li>
+</ul>
+</div>
+
+<p class="p2"><i>Erratum.</i> P. 57, ligne 6 de la note, <i>Ledis</i>; lisez <i>Lides</i>.</p>
+
+<h2>Notes</h2>
+<div class="footnote">
+
+<p class="p15"><a id="footnote1" name="footnote1"></a>
+<b><a href="#footnotetag1">1</a></b>: 1532.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote2" name="footnote2"></a>
+<b><a href="#footnotetag2">2</a></b>: <i>Théâtre des Antiquités de Paris</i>, in-4<sup>o</sup>, 1612. L'auteur y
+ajouta un supplément en 1614; il fut réimprimé avec quelques additions
+en 1639.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote3" name="footnote3"></a>
+<b><a href="#footnotetag3">3</a></b>: MM. de Valois et de Launoy.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote4" name="footnote4"></a>
+<b><a href="#footnotetag4">4</a></b>: Il est un grand nombre de savants recommandables dont les
+excellents travaux ont jeté de grandes lumières sur les antiquités de
+Paris, tels que Adrien de Valois, les auteurs de <i>la France chrétienne</i>,
+le savant académicien M. Bonami, etc., etc. Nous en avons tiré de grands
+secours, et nous aurons souvent occasion de les citer; mais ils ne
+peuvent être comptés au nombre des historiens de cette capitale.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote5" name="footnote5"></a>
+<b><a href="#footnotetag5">5</a></b>: Nous avons conservé, dans cette nouvelle édition, la
+division de trois volumes, consacrée en quelque sorte par cette
+disposition des matières, division qu'il eût été impossible de changer,
+sans détruire l'accord des parties et l'ensemble de l'ouvrage. Mais
+comme ces volumes eussent été d'une grosseur démesurée dans le format
+in-8<sup>o</sup>, que nous avons adopté, il a été nécessaire de les diviser chacun
+en deux parties, séparées par des titres, et réunies par la suite de la
+pagination; de cette manière l'ouvrage, qui, dans la première édition,
+se composoit de 3 volumes in-4<sup>o</sup>, offrira, dans la deuxième, six
+demi-volumes in-8<sup>o</sup>.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote6" name="footnote6"></a>
+<b><a href="#footnotetag6">6</a></b>: Joan., XVI, 13.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote7" name="footnote7"></a>
+<b><a href="#footnotetag7">7</a></b>: Luc., II, 14.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote8" name="footnote8"></a>
+<b><a href="#footnotetag8">8</a></b>: Saint-Pétersbourg.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote9" name="footnote9"></a>
+<b><a href="#footnotetag9">9</a></b>: Les Gaulois, bien qu'ils eussent quelque connoissance de
+l'écriture, ne vouloient rien écrire de leur histoire et des mystères de
+leur religion; ils les faisoient apprendre de mémoire à leurs enfans, et
+eux-mêmes ne les savoient que par les traditions et les chants guerriers
+de leurs ancêtres.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote10" name="footnote10"></a>
+<b><a href="#footnotetag10">10</a></b>: Leurs maisons étoient construites de bois et de terre,
+couvertes de paille et de chaume, et sans cheminées. Ils se servoient de
+fourneaux pour faire cuire leurs aliments et pour se garantir du froid,
+usage qu'ils ont conservé long-temps, et qui subsistoit encore du temps
+de l'empereur Julien. Vers ce même temps, ils commençoient à élever des
+figuiers autour de la ville, et y cultivoient des vignes, qui
+produisoient d'excellent vin. (<span class="smcap">Jul. Misopog</span>).</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote11" name="footnote11"></a>
+<b><a href="#footnotetag11">11</a></b>: <i>Lutetia oppidum est Parisiorum positum in insulâ fluminis
+Sequanæ.</i> César, C.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote12" name="footnote12"></a>
+<b><a href="#footnotetag12">12</a></b>: Ils adoroient Mars<a id="footnotetag12-A" name="footnotetag12-A"></a><a href="#footnote12-A" title="Go to footnote 12-A"><span class="smaller normal">[12-A]</span></a>, Isis, Cybèle et d'autres
+divinités du paganisme. Le collége des prêtres d'Isis étoit à <i>Issi</i>; et
+l'église de Saint-Vincent, depuis Saint-Germain-des-Prés, fut bâtie sur
+les ruines de son temple. Mercure, ou Pluton (car c'étoit le même chez
+les Gaulois), avoit le sien sur le mont <i>Leucolitius</i>, sur lequel
+s'élèvent maintenant les Carmélites de la rue Saint-Jacques; et vers
+l'endroit où est Saint-Eustache, il existoit un édifice consacré à
+Cybèle. Tous ces temples n'étoient, avant les Romains, que des bocages;
+et ces dieux <i>avoient alors d'autres noms</i>.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote12-A" name="footnote12-A"></a>
+<b><a href="#footnotetag12-A">12-A</a></b>: Le temple de ce dieu étoit à <i>Montmartre</i> qui en a
+retenu le nom. Cependant Hilduin, qui écrivoit sous le règne de
+Louis-le-Débonnaire, l'appelle aussi <i>Mons Martyrum</i>, d'après une
+ancienne tradition qui veut que saint Denis et ses compagnons aient
+souffert le martyre en cet endroit.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote13" name="footnote13"></a>
+<b><a href="#footnotetag13">13</a></b>: Boëce, qui écrivoit peu de siècles après ce grand
+événement, et qui étoit sénateur romain, dit: <i>Lutetiam Cæsar usque adeò
+ædificiis adauxit, tamque fortiter m&oelig;nibus cinxit, ut Julii Cæsaris
+civitas vocetur.</i></p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote14" name="footnote14"></a>
+<b><a href="#footnotetag14">14</a></b>: Ils mirent entre ces villes de grandes distinctions:
+quelques-unes furent regardées comme <i>alliées</i>; il y en eut qui furent
+honorées du nom de <i>colonies</i>, d'autres de celui de <i>municipales</i>; ils
+établirent des <i>préfectures</i> au milieu des peuples les plus mutins; et
+toutes les villes qui avoient fortement résisté, furent réduites à la
+condition des <i>vectigales</i>.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote15" name="footnote15"></a>
+<b><a href="#footnotetag15">15</a></b>: Le commissaire Delamare. Le nom de <i>Chambre de César</i> qu'a
+conservé une des chambres du grand Châtelet, et l'inscription <i>Tributum
+Cæsaris</i> qu'on lisoit sous l'arcade, lui avoient fait adopter cette
+opinion, soutenue d'ailleurs avant lui par divers historiens de Paris.
+Lorsque nous parlerons en détail de ce monument, nous donnerons les
+raisons qui nous déterminent à la rejeter.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote16" name="footnote16"></a>
+<b><a href="#footnotetag16">16</a></b>: On ne peut douter qu'il n'y ait eu un palais dans l'île
+même; mais aucun de nos historiens ne nous apprend ni quand ni comment
+il fut bâti, ni quel étoit alors son usage. Nous y reviendrons
+incessamment.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote17" name="footnote17"></a>
+<b><a href="#footnotetag17">17</a></b>: «Paris étoit dès lors une ville commerçante, dit le
+président Hénault, et les <i>Nautæ Parisiaci</i> étoient une compagnie de
+négociants», mais il se trompe lorsqu'il ajoute <i>qu'on y venoit de tout
+l'Orient, les Syriens surtout, qui donnèrent leur nom à la rue des
+Arcis</i>. Cette étymologie est fausse; nous donnerons ailleurs sur ce
+corps des <i>Nautæ Parisiaci</i> tous les renseignements les plus exacts
+qu'il a été possible de se procurer jusqu'à présent.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote18" name="footnote18"></a>
+<b><a href="#footnotetag18">18</a></b>: <i>Egressus Clodoveus à Turonis Parisios venit, ibique
+cathedram regni constituit.</i> Greg. Tur., Hist. Franc., lib. 1.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote19" name="footnote19"></a>
+<b><a href="#footnotetag19">19</a></b>: Le commissaire Delamare.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote20" name="footnote20"></a>
+<b><a href="#footnotetag20">20</a></b>: Les maisons qu'ils construisirent formèrent, dit-on, ces
+rues sales et étroites de Saint-Bon, de la Tacherie, du Pet-au-Diable,
+et autres adjacentes.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote21" name="footnote21"></a>
+<b><a href="#footnotetag21">21</a></b>: Quartier des Halles.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote22" name="footnote22"></a>
+<b><a href="#footnotetag22">22</a></b>: Les rues Culture-Sainte-Catherine et Culture-Saint-Gervais
+(on prononçoit <i>Coulture</i>) s'appellent ainsi de ce mot, qui signifie des
+endroits propres à être cultivés. Il y avoit une grande quantité de ces
+terrains appartenants à des églises, à des abbayes, tant au dedans de
+Paris qu'au dehors, la Coulture-Saint-Éloi, la Coulture du Temple, celle
+de Saint-Martin, celle de Saint-Lazare, celle de Saint-Magloire, etc.,
+etc.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote23" name="footnote23"></a>
+<b><a href="#footnotetag23">23</a></b>: Au nord, du côté de la ville, le bourg Thiboust, les
+bourgs l'Abbé et Beaubourg, et l'ancien et le nouveau bourg
+Saint-Germain-l'Auxerrois. Ils furent en partie renfermés dans
+l'enceinte que fit faire Philippe-Auguste, et qui fut achevée en 1121.
+Les rues de ces bourgs en ont toujours conservé les noms. Le commissaire
+Delamare convient qu'ils étoient séparés de Paris et de ses faubourgs
+par des prés, des marais et des terres labourées; on peut juger par là
+du peu d'étendue des faubourgs.</p>
+
+<p>(<i>Note de</i> <span class="smcap">Saint-Foix</span>.)</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote24" name="footnote24"></a>
+<b><a href="#footnotetag24">24</a></b>: Les premiers faubourgs, du temps des Romains, furent
+élevés du côté de l'Université. Saint-Ouen et Frédégaire font aussi
+mention de deux faubourgs bâtis également de ce côté; l'un qui
+environnoit l'église Saint-Vincent, depuis Saint-Germain-des-Prés;
+l'autre, qui étoit situé près de Saint-Pierre, depuis Sainte-Geneviève.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote25" name="footnote25"></a>
+<b><a href="#footnotetag25">25</a></b>: La livre <i>numéraire</i> de France doit son institution à
+Charlemagne; ce fut lui qui fit tailler, dans une livre d'argent, vingt
+pièces qu'on nomma sous, et dans un de ces sous, douze pièces qu'on
+nomma deniers; en sorte que la livre d'alors, comme celle d'aujourd'hui,
+étoit composée de deux cent quarante deniers. Les sous et les deniers
+ont été d'argent fin jusqu'au règne de Philippe I<sup>er</sup>, père de
+Louis-le-Gros; on y mêla un tiers de cuivre en 1103, moitié dix ans
+après, les deux tiers sous Philippe-le-Bel, et les trois quarts sous
+Philippe de Valois. Cet affoiblissement a été porté au point que vingt
+sols, qui, avant le règne de Philippe I<sup>er</sup>, faisoient une livre réelle
+d'argent, n'en renferment pas aujourd'hui le tiers d'une once. On
+prétend que Charlemagne étoit aussi riche, avec un million de revenu,
+que Louis XV avec soixante-douze millions. Vingt-quatre livres de pain
+blanc coûtoient un denier sous le règne de Charlemagne: ce denier étoit
+d'argent fin sans alliage. On peut voir, par la valeur qu'il auroit dans
+ce temps-ci, si le pain et les autres denrées étoient plus ou moins
+chères alors qu'à présent. Douze livres, du temps de Louis-le-Gros,
+feroient, je crois, environ douze fois trente-quatre livres de ce
+temps-ci. (<i>Note de</i> <span class="smcap">Saint-Foix</span>.)</p>
+
+<p>Suger, abbé de Saint-Denis, et ministre d'état de Louis-le-Gros et de
+Louis-le-Jeune, se glorifie, dans le livre qu'il a écrit sur son
+administration, d'avoir élevé les produits de cette porte de douze
+francs à cinquante.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote26" name="footnote26"></a>
+<b><a href="#footnotetag26">26</a></b>: Les écoles de Paris étoient, de temps immémorial, autour
+du parvis de Notre-Dame, et dépendoient du chapitre de cette église.
+Sous Louis-le-Jeune, la foule des étudiants devint si grande, à cause du
+mérite et de la réputation des maîtres qui professoient alors, qu'il fut
+permis à plusieurs facultés d'aller s'établir au-delà de la rivière. En
+1244 cette permission devint générale et sans restriction pour tous ceux
+qui se livroient à l'enseignement des sciences.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote27" name="footnote27"></a>
+<b><a href="#footnotetag27">27</a></b>: À tant d'éclat et de prospérité, il faut joindre
+l'avantage d'une des plus belles positions qu'il soit possible
+d'imaginer. Paris, presque entièrement situé dans une plaine, environné
+de campagnes cultivées, de bois, de prairies, de vallées, de collines,
+que couvrent une foule de châteaux, de maisons de plaisance, de bourgs,
+de villages, et dont les productions sont chaque jour étalées dans ses
+marchés, reçoit encore, au moyen du grand fleuve qui le traverse, les
+tributs des provinces les plus fertiles de la France. L'Yonne, la Marne,
+l'Oise, l'Aisne, un grand nombre de canaux qui s'y jettent, les lui
+apportent continuellement, et la Seine elle-même, facile à remonter, le
+fait jouir de toutes les richesses de la Normandie et de l'Océan.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote28" name="footnote28"></a>
+<b><a href="#footnotetag28">28</a></b>: Cette ville occupe aujourd'hui environ deux lieues de
+diamètre sur six de circonférence.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote29" name="footnote29"></a>
+<b><a href="#footnotetag29">29</a></b>: <i>Abbon: poem. de bello Paris. lib. I, vers. 15.</i></p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote30" name="footnote30"></a>
+<b><a href="#footnotetag30">30</a></b>: <i>V.</i> pl. 1. Il est probable qu'elle fut élevée après cette
+dernière et furieuse attaque des Normands, à laquelle les habitants de
+Paris opposèrent une si longue et si belle résistance; on voulut
+préserver d'une nouvelle invasion les faubourgs que ces barbares avoient
+déjà tant de fois saccagés, et dont les plus considérables étoient du
+côté de la <i>ville</i>.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote31" name="footnote31"></a>
+<b><a href="#footnotetag31">31</a></b>: On voudra bien observer qu'on se sert ici de noms de rues,
+de couvents et de maisons dont une partie n'existoit point alors. Les
+cartes mêmes qui offrent ici la position exacte des principaux
+monuments, ne peuvent donner une idée satisfaisante des rues, dont
+plusieurs ont changé de nom deux ou trois fois dans un siècle, dont
+quelques-unes ont été comblées et couvertes d'édifices, tandis que de
+nouvelles étoient percées à côté. Il n'y a aucun moyen d'éclaircir des
+choses dont on a perdu toutes les traces; et, du reste, il est ici peu
+intéressant de le faire.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote32" name="footnote32"></a>
+<b><a href="#footnotetag32">32</a></b>: Les murs de cette ancienne clôture subsistoient encore
+proche la porte des Baudets, du temps de Saint-Louis. (<span class="smcap">Delamare</span>).</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote33" name="footnote33"></a>
+<b><a href="#footnotetag33">33</a></b>: <i>Voyez</i> pl. 2.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote34" name="footnote34"></a>
+<b><a href="#footnotetag34">34</a></b>: Saint-Foix et Delamare.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote35" name="footnote35"></a>
+<b><a href="#footnotetag35">35</a></b>: Depuis J.-J. Rousseau.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote36" name="footnote36"></a>
+<b><a href="#footnotetag36">36</a></b>: Du nom d'une famille de Paris.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote37" name="footnote37"></a>
+<b><a href="#footnotetag37">37</a></b>: Il y avoit en outre sept autres portes moins grandes,
+dites fausses portes, sans compter les portes particulières, que
+plusieurs personnes de distinction, dont les maisons étoient accolées
+aux murailles, obtinrent la permission de faire percer dans leur enclos,
+pour pouvoir sortir plus facilement de la ville.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote38" name="footnote38"></a>
+<b><a href="#footnotetag38">38</a></b>: Nous disons <i>à peu près tracée</i>; il est aisé de se figurer
+où passoit précisément cette enceinte, en pensant que ces rues ont été
+bâties sur les fossés, et que ces fossés étoient devant les murailles.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote39" name="footnote39"></a>
+<b><a href="#footnotetag39">39</a></b>: Abattues en 1684.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote40" name="footnote40"></a>
+<b><a href="#footnotetag40">40</a></b>: Ainsi nommée de Simon de Buci, le premier qui ait porté le
+titre de premier président.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote41" name="footnote41"></a>
+<b><a href="#footnotetag41">41</a></b>: Abattues l'une et l'autre en 1672. Une inscription en
+lettres d'or sur un marbre noir indique, dans la rue Dauphine, l'endroit
+où étoit située la porte désignée sous le même nom. C'est à la maison
+n<sup>o</sup> 50 qu'est attachée cette inscription.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote42" name="footnote42"></a>
+<b><a href="#footnotetag42">42</a></b>: <i>Voy.</i> pl. 3.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote43" name="footnote43"></a>
+<b><a href="#footnotetag43">43</a></b>: Cette porte a été abattue quelque temps avant la
+révolution.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote44" name="footnote44"></a>
+<b><a href="#footnotetag44">44</a></b>: Cette île, sur laquelle on n'éleva des maisons que sous le
+règne de Henri IV, est formée de la réunion de deux îles, dont la plus
+grande se nommoit anciennement l'<i>île Notre Dame</i>, et la plus petite
+l'<i>île aux Vaches</i>.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote45" name="footnote45"></a>
+<b><a href="#footnotetag45">45</a></b>: Au commencement du règne de Henri IV, les îles Saint-Louis
+et du Palais n'étoient encore que des prairies. Une partie des environs
+du Temple <i>étoit en terres labourables</i>, et le parc du palais des
+Tournelles, au quartier Saint-Antoine, en friche et inhabité.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote46" name="footnote46"></a>
+<b><a href="#footnotetag46">46</a></b>: Les guerres qui désolèrent la France sous les règnes qui
+précédèrent ce prince ayant mis dans la nécessité d'augmenter les
+tailles, plusieurs habitants de la campagne vinrent s'établir à Paris;
+ce qui engagea les propriétaires des terres qui environnoient ses murs à
+élever de nouvelles constructions, et on accrut ainsi les faubourgs.
+(<span class="smcap">Delamare.</span>)</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote47" name="footnote47"></a>
+<b><a href="#footnotetag47">47</a></b>: <i>Voyez</i> pl. 4.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote48" name="footnote48"></a>
+<b><a href="#footnotetag48">48</a></b>: <i>Voy.</i> pl. 5.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote49" name="footnote49"></a>
+<b><a href="#footnotetag49">49</a></b>: À la pointe occidentale de la Cité.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote50" name="footnote50"></a>
+<b><a href="#footnotetag50">50</a></b>: La rue qui aboutit du carrefour des Petits-Pères à la
+place des Victoires, en a conservé le nom.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote51" name="footnote51"></a>
+<b><a href="#footnotetag51">51</a></b>: Vis-à-vis la rue Royale.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote52" name="footnote52"></a>
+<b><a href="#footnotetag52">52</a></b>: <i>Voy.</i> les pl. 6 et 7. Cette clôture vient d'être agrandie
+sur un point de sa partie méridionale, à partir de la barrière
+Fontainebleau jusqu'au bord de l'eau. Par ce moyen on a renfermé dans
+Paris le village d'Austerlitz, situé dans la plaine d'Issy.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote53" name="footnote53"></a>
+<b><a href="#footnotetag53">53</a></b>: Donnée le 12 décembre 1702, et enregistrée le 5 janvier
+1703.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote54" name="footnote54"></a>
+<b><a href="#footnotetag54">54</a></b>: Un moine de Fleuri-sur-Loire, nommé Asdrevald, déplorant
+le triste état auquel les incursions des Normands avoient réduit Paris,
+dit que cette ville n'étoit plus alors qu'<i>un monceau de cendres</i>.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote55" name="footnote55"></a>
+<b><a href="#footnotetag55">55</a></b>: Lamprid. in Alex; Vopis. in Aurel; <i>id.</i> in Prob.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote56" name="footnote56"></a>
+<b><a href="#footnotetag56">56</a></b>: Pour de telles donations, les empereurs préféroient
+d'ordinaire les <i>gentils</i> ou <i>nationaux</i> aux Romains, les jugeant plus
+propres à garder des frontières qui étoient en même temps leur propre
+pays, et où ils avoient leur famille, leurs propriétés, tous leurs
+intérêts. De là l'origine du mot <i>gentilhomme</i>. (Voyez le Cod. Theod.,
+liv. 7, tit. 15.)</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote57" name="footnote57"></a>
+<b><a href="#footnotetag57">57</a></b>: Lib. 18, et <i>ib.</i> 19.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote58" name="footnote58"></a>
+<b><a href="#footnotetag58">58</a></b>: On les appeloit aussi <i>prétentures</i>, parce qu'elles
+formoient une chaîne, derrière laquelle les provinces étoient en
+sûreté.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote59" name="footnote59"></a>
+<b><a href="#footnotetag59">59</a></b>: Amm. Marcell., lib. 16.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote60" name="footnote60"></a>
+<b><a href="#footnotetag60">60</a></b>: Amm. Marcell., lib. 29.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote61" name="footnote61"></a>
+<b><a href="#footnotetag61">61</a></b>: Cod. Theod., lib. 7, tit. 22, leg. 8.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote62" name="footnote62"></a>
+<b><a href="#footnotetag62">62</a></b>: Amm. Marcell., lib. 20.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote63" name="footnote63"></a>
+<b><a href="#footnotetag63">63</a></b>: C'est ce qu'on appeloit terres <i>létiques</i>. On nommoit
+<i>Leti</i> les barbares qui les avoient obtenues, et ils formoient dans
+l'empire des corps particuliers qui devinrent une partie considérable de
+la milice romaine. (Cod. Theod., lib. 13, tit. 4, leg. 9.)</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote64" name="footnote64"></a>
+<b><a href="#footnotetag64">64</a></b>: Procop., <i>De bell. goth.</i>, lib. 1.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote65" name="footnote65"></a>
+<b><a href="#footnotetag65">65</a></b>: Il n'étoit pas rare de voir des barbares à la fois rois de
+leur nation et officiers de l'empire (Amm. Marc., lib. 26, 29, 31); et,
+loin de se croire avilis par l'exercice de ces dignités romaines, ces
+chefs de peuplades n'ambitionnoient rien tant que de s'en voir revêtus.
+Pour les obtenir, ils prêtoient serment aux empereurs; mais autant qu'il
+leur étoit possible, ils <i>ne se faisoient point ses clients</i>; ils <i>ne se
+dévouoient point</i>. (<i>Ibid.</i>, lib. 17.) Ils auroient regardé ce
+dévouement comme une espèce de dégradation. Il est probable qu'ils se
+servirent à l'égard des Romains de la même formule, dont usoient chez
+eux les hommes <i>libres</i>, lorsqu'ils s'engageoient au service d'un de
+leurs chefs, d'où résultoit un engagement qui, sous le moindre prétexte,
+pouvoit être rompu.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote66" name="footnote66"></a>
+<b><a href="#footnotetag66">66</a></b>: Greg. Tur., lib. 2, cap. 9.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote67" name="footnote67"></a>
+<b><a href="#footnotetag67">67</a></b>: <i>De bell. goth.</i></p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote68" name="footnote68"></a>
+<b><a href="#footnotetag68">68</a></b>: Sur cette intelligence des évêques avec Clovis, les
+soi-disant philosophes n'ont pas manqué de leur reprocher d'avoir trahi
+leurs maîtres <i>légitimes</i>. Et cette sottise est répétée, chaque fois que
+l'occasion s'en présente, par des gens qui ne reconnoissent ni <i>maîtres</i>
+ni <i>légitimité.</i> Nous aurons bientôt occasion d'examiner si en effet les
+barbares goths et ariens étoient les <i>maîtres légitimes</i> des évêques
+catholiques et romains; et cet examen ne sera pas long. (Voyez l'article
+<a href="#eglmonastere"><i>Églises et Monastères</i></a>.)</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote69" name="footnote69"></a>
+<b><a href="#footnotetag69">69</a></b>: Aim., lib. 3, c. 88, et lib. 4, c. 61. Greg. Tur.
+<i>append.</i> c. 20 et 108. <i>Hist.</i>, lib. 9, c. 10. <i>Cap. Car. calv.</i>, tit.
+14, etc.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote70" name="footnote70"></a>
+<b><a href="#footnotetag70">70</a></b>: Greg. Tur. <i>hist.</i>, lib. 6, c. 2, lib. 8, c. 43.&mdash;Aim.
+lib. 3, c. 46. Cap., <i>De villis.</i></p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote71" name="footnote71"></a>
+<b><a href="#footnotetag71">71</a></b>: <i>Voyez</i> de Buat, t. 2, p. 169 et suivantes.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote72" name="footnote72"></a>
+<b><a href="#footnotetag72">72</a></b>: Cap., <i>De villis</i>, c. 43, 45, 64, <i>leg. alam.</i>, tit. 19,
+c. 7 et tit. 30.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote73" name="footnote73"></a>
+<b><a href="#footnotetag73">73</a></b>: Ce n'est point sans doute ici le lieu de réfuter tout ce
+qui se débite, dans nos tribunes publiques et dans nos journaux, de
+niaiseries et d'absurdités sur la servitude, ni de chercher quelle en
+est la nature et l'origine. Toutefois un ancien auteur (Albert de
+Staden) nous indique ce qu'elle étoit chez les peuples du Nord,
+lorsqu'il fait dériver le nom de <i>Lides</i> ou <i>Litons</i>, qu'on y donnoit
+aux esclaves, du mot qui signifie <i>la permission</i> qu'un vainqueur donne
+aux vaincus de <i>continuer de vivre</i>; et nous apprenons de Tacite (<i>De
+mor Germ.</i>) que, beaucoup plus humains que les Grecs et les Romains si
+fiers de leur police et de leurs lois, ces peuples ne condamnoient point
+leurs captifs aux pénibles services de la domesticité; mais que, leur
+distribuant des terres, ils exigeoient seulement d'eux un tribut en blé,
+en étoffes, en bétail, redevance qui en faisoit des espèces de fermiers,
+et au-delà de laquelle on ne leur demandoit plus rien. Tels avoient été
+les colons chez les Romains, de même attachés à la glèbe, mais protégés
+par des lois infiniment plus douces que celles des esclaves, et qui les
+mettoient à l'abri des caprices et des violences de leurs maîtres. (S.
+August., <i>De civ. Dei</i>, lib. 10, c. 2. Cod. Theod. tit. <i>De colonis</i>.)
+De même que ces colons romains, les serfs des Germains pouvoient
+acquérir un <i>propre</i> et posséder un <i>pécule</i>. La loi des Lombards les
+appela serfs <i>rustiques</i>, par opposition aux serfs <i>ministériaux</i> qui
+étoient des espèces d'esclaves (<i>Cap. addit. ad leg. Long.</i> an. 801, c.
+6.), mais qui furent toujours peu nombreux chez les Francs. Et
+lorsqu'ils eurent pénétré dans les Gaules, ils les remplacèrent par le
+<i>vasselage</i>, qui, sans détruire la liberté et même une sorte d'égalité,
+emportoit avec lui certains devoirs de domesticité. Ainsi le serf
+continua d'être attaché à la culture des terres, et les hommes libres
+vécurent avec des hommes libres, jusqu'à ce que le Christianisme, source
+de toute liberté, eût opéré ce prodige, nouveau dans le monde, d'une
+<i>société sans esclaves</i>.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote74" name="footnote74"></a>
+<b><a href="#footnotetag74">74</a></b>: <i>Voyez</i> de Buat. t. 2, p. 303 et seqq.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote75" name="footnote75"></a>
+<b><a href="#footnotetag75">75</a></b>: De Buat, t. 2, p. 444 et seqq</p>
+
+<p>Les monuments anciens nous apprennent que le produit de ces terres
+fiscales suffisoit à l'entretien de la maison du prince, à sa
+représentation, et au soulagement de ceux qui étoient dans l'indigence;
+et l'on peut croire que ce dernier emploi en étoit le plus considérable,
+puisque l'on appeloit <i>aumôniers</i> plusieurs des trésoriers des finances
+royales, et <i>aumône du roi</i>, le trésor dans lequel certains revenus
+étoient déposés. Ces mêmes actes nous offrent des témoignages
+authentiques de cette charité admirable des rois des deux premières
+races envers les malheureux. Les sommes qu'ils consacroient annuellement
+au soulagement des pauvres étoient immenses, et la partie la plus
+considérable de l'argent monnoyé qui entroit dans leurs coffres y étoit
+destinée. (<i>Cap. Car. calv.</i>, tit. 27, 53. <i>Cap. syn. Vernens.</i>, an.
+755, c. 23. <i>Cap.</i>, an. 802, c. 29.)</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote76" name="footnote76"></a>
+<b><a href="#footnotetag76">76</a></b>: <i>Cap. Car. calv.</i>, tit. 36, c. 20.&mdash;Les Francs étoient de
+même jugés selon leur loi, quelque part qu'ils se trouvassent (Cap., <i>De
+Villis</i>); mais il est certain que, dans la punition des crimes, lorsque
+les parties intéressées étoient de <i>loi différente</i>, on suivoit toujours
+la loi de l'offensé. (<i>Cap. Car. calv.</i>, tit. 36, c. 20.)</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote77" name="footnote77"></a>
+<b><a href="#footnotetag77">77</a></b>: Toutefois il est important de remarquer que, dans le
+principe, tous les grands seigneurs n'étoient pas vassaux. Les
+ordonnances des rois carlovingiens distinguent le <i>cantonnier</i> ou
+possesseur d'un bénéfice militaire, du <i>libre propriétaire</i>, et par
+conséquent le serf <i>propre</i> du serf <i>cantonnier</i>. (Agobard, <i>De
+privileg. et jure sacerdot., c. 2.</i>) Le noble franc qui n'avoit point
+voulu joindre de grands fiefs aux propriétés qu'il avoit reçues de ses
+ancêtres, et déroger par un <i>hommage</i> à la liberté qui étoit le
+privilége de sa naissance, n'étoit obligé de prendre les armes que pour
+<i>la défense de la patrie</i>. Ce fut la raison pour laquelle Clovis,
+lorsqu'il voulut se faire chrétien, se vit abandonné par un grand nombre
+des <i>hommes libres</i> qui l'avoient suivi. Ses vassaux seuls crurent que
+le devoir du <i>vasselage</i> les obligeoit d'embrasser la religion de leur
+prince. Ce fut à ces <i>fidèles</i> qu'il donna, après la conquête, de
+grandes propriétés dont la possession étoit <i>indépendante du vasselage</i>;
+après sa mort, ils devinrent donc <i>libres propriétaires</i>, et formèrent
+cette haute noblesse qui, comme nous le dirons tout à l'heure,
+partageoit <i>avec les rois l'exercice de l'autorité souveraine</i>.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote78" name="footnote78"></a>
+<b><a href="#footnotetag78">78</a></b>: «Le vassal doit porter honneur à son seigneur, sa femme et
+son fils aîné, <i>comme aussi</i> les frères puînés doivent porter <i>honneur</i>
+à leur frère aîné<a id="footnotetag78-A" name="footnotetag78-A"></a><a href="#footnote78-A" title="Go to footnote 78-A"><span class="smaller normal">[78-A]</span></a>. Si le vassal est convaincu par justice avoir
+mis la main violentement sur son seigneur, il perd le fief; et toute la
+droiture qu'il y a revient au seigneur. Pareillement le seigneur qui met
+la main sur son homme et vassal pour l'outrager, perd l'hommage et
+tenures, rentes et devoirs à lui dus à cause du fief de son vassal, et
+sont <i>ses foi et hommage dévolus et acquis au seigneur supérieur</i>; et ne
+paie le vassal outragé rentes de son fief, fors ce qui en est dû au
+chef-seigneur.» (Cout. de Normand., art 124, 125, 126.)</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote78-A" name="footnote78-A"></a>
+<b><a href="#footnotetag78-A">78-A</a></b>: Le respect que les cadets devoient à leur frère aîné
+étoit tellement le modèle de celui que les vassaux devoient à leur
+suzerain, que ce droit d'aînesse se confondit long-temps avec la
+suzeraineté. C'étoit là ce qu'on appeloit le <i>parage</i>, que le président
+Hénault a mal entendu et dont il a donné une fausse définition (Otton de
+Freisingen, lib. 1. <i>De gest. Freder.</i> <i>Voyez</i> aussi le président
+Hénault, règne de Charles-le-Chauve.) Tout ce que cet écrivain a dit sur
+les fiefs, sur le vasselage et sur la féodalité en général, est obscur,
+incomplet, inexact, et prouve qu'il n'avoit ni bien étudié ni bien
+compris cette matière. (<i>Voyez</i> ses remarques particulières sur la
+seconde race.)</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote79" name="footnote79"></a>
+<b><a href="#footnotetag79">79</a></b>: Greg. Tur., lib. 2., cap. 40 et 42. Aim., lib. 1, cap.
+25.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote80" name="footnote80"></a>
+<b><a href="#footnotetag80">80</a></b>: Il seroit plus exact de dire: <i>il ne put faire autre
+chose</i>. Que l'on veuille bien pénétrer un moment avec nous, et avec les
+écrivains qui ont le mieux connu les antiquités de notre nation, jusqu'à
+l'origine du pouvoir royal parmi les Francs, afin d'en bien concevoir la
+nature, et de bien saisir le caractère qu'il dut avoir dans les premiers
+temps de la monarchie: ce sera pour plusieurs l'occasion de s'en faire
+une idée plus juste, et de se débarrasser de beaucoup d'erreurs et de
+préjugés que tant d'écrivains superficiels ont répandus sur cette époque
+de notre histoire.</p>
+
+<p>Chez les Francs, tous les princes de la maison royale naissoient avec le
+titre de <i>roi</i>; et tous avoient droit à l'hommage des personnes libres.
+Ce droit fut égal et sans partage entre eux, avant la conquête, parce
+qu'il étoit alors l'unique domaine de la famille. Ce fut autre chose
+quand le chef de cette famille eut acquis des provinces et des trésors:
+ces biens nouveaux purent être partagés entre ses enfants; mais on ne
+put de même partager les hommes libres, alors trop fiers et trop
+indépendants pour se soumettre à un semblable partage.</p>
+
+<p>Il en résultoit donc que, lorsqu'un roi n'avoit pas pris de précautions
+pour assurer l'état de ses enfants, celui d'entre eux qui avoit su
+s'attacher un plus grand nombre d'<i>hommes libres</i>, étoit en mesure de se
+faire donner un plus grand nombre de provinces, et même de se rendre
+maître du royaume entier, à l'exclusion de ses co-partageants. Un trésor
+étoit un moyen sûr d'y parvenir; et ce fut pour avoir su s'emparer de
+celui de son père Clotaire (Grég., Tur. <i>hist.</i>, lib. 4, cap. 22) que
+Chilpéric s'assura l'hommage des seigneurs puissants, de ceux qui
+<i>commandoient les nations</i>, à qui l'<i>administration militaire</i> avoit été
+confiée, et qui étoient en possession <i>de partager avec le roi
+l'exercice de l'autorité souveraine</i>. (Aim. lib. 4, cap. 17.) Ce ne fut
+point autrement que Dagobert se rendit maître du pouvoir suprême, dont
+son frère Aribert fut exclu.</p>
+
+<p>On conçoit maintenant que les rois francs n'avoient qu'un seul moyen
+d'assurer à leurs enfants leur part de royauté: c'étoit de leur donner
+<i>partage</i> dès leur vivant, et de leur faire rendre hommage par les
+seigneurs des terres dont se composoit le partage, en prenant toutefois
+la précaution de se faire comprendre eux-mêmes dans le serment de
+fidélité que l'on exigeoit à cette occasion. (Marculph. <i>Form.</i> lib. 1.,
+tit. 2.) Les reines qui, comme Frédégonde, craignoient de voir exclure
+leurs enfants par les enfants d'un autre lit, avoient surtout un grand
+intérêt à les faire déclarer rois; et comme le moyen le plus efficace de
+soutenir de pareils droits à la royauté étoit de faire des largesses aux
+grands, elles avoient soin de leur assigner un trésor, alors qu'ils
+étoient encore au berceau.</p>
+
+<p>Ainsi les frères étoient les concurrents et les rivaux de leurs frères,
+les oncles de leurs neveux, souvent même les cousins de leurs cousins;
+et cette confusion de droits et les désordres qui s'ensuivirent,
+venoient de ce que la famille <i>publique</i> se gouvernoit par les lois
+domestiques qui ne sont applicables qu'aux familles privées. Elle
+partageoit l'État, comme s'il lui eût appartenu, ne sachant pas encore
+qu'elle appartenoit à l'État.</p>
+
+<p>Les rois carlovingiens imitèrent les rois francs; et ils avoient un
+motif de plus pour faire ces élections anticipées: c'est qu'alors le
+vasselage ayant pris des formes plus fixes, plus régulières, et étant
+nécessairement attaché à tout bénéfice militaire, il s'ensuivoit que,
+donnant partage à l'un de leurs enfants, ils lui transportèrent ainsi
+l'hommage d'un grand nombre de leurs vassaux, qu'ils n'auroient pu leur
+léguer, parce que <i>la mort du suzerain délioit le vassal</i>, ce que nous
+prouverons tout à l'heure et ce qu'il est important de remarquer:
+c'étoit le seul moyen efficace qu'ils eussent de fixer la royauté dans
+leur maison, qui fut toujours moins respectée que celle des rois francs.</p>
+
+<p>«Lorsqu'ensuite, dit de Buat, dont les savantes et judicieuses
+recherches nous ont été très-utiles dans cette dissertation, la Maison
+carlovingienne se fut partagée en plusieurs branches, la même précaution
+fut absolument nécessaire pour assurer au fils unique d'un roi la
+succession de son père, à laquelle un oncle et un cousin <i>croyoient
+avoir autant de droit que lui</i>. Tel fut le motif des élections
+éventuelles et des désignations, dont l'usage fut encore plus fréquent
+sous la seconde race qu'il ne l'avoit été sous la première.» (<i>Origines</i>,
+t. 1).</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote81" name="footnote81"></a>
+<b><a href="#footnotetag81">81</a></b>: (Aim., lib. V, cap. 70.) «La coutume des Francs fut
+toujours de choisir leurs rois dans la race ou dans la succession des
+rois derniers morts. Ils n'élurent pas Charles-le-Simple aussitôt après
+Louis-le-Gros, parce qu'il étoit alors <i>enfant et de corps et d'esprit</i>;
+qu'il n'étoit pas encore capable de gouverner un royaume, et qu'il eût,
+par conséquent, été <i>dangereux de l'élire</i>, tandis que la nation étoit
+exposée à la cruelle persécution des Normands.» (Flodoard, liv. 15.,
+<i>Hist. Remens.</i>, cap. 5.)</p>
+
+<p>Ceci se passoit sous la seconde race. Écoutons
+maintenant Grégoire de Tours, faisant raconter à Gondoald, fils de
+Clotaire I<sup>er</sup>, les motifs qui l'avoient porté à venir dans les Gaules
+pour y faire valoir les droits qu'ils prétendoit avoir à la couronne:
+«Lorsque j'étois à Constantinople, disoit ce prince, je m'informai de
+Boson en quel état étoit ma famille, et j'appris de lui qu'elle étoit
+réduite à fort peu de chose. Il me dit que, de tous mes parents, il ne
+restoit que Gontram et Childebert; que les fils de Chilpéric étoient
+morts aussi bien que lui, à l'exception d'un enfant qui <i>étoit encore au
+berceau</i>; que Gontram mon frère n'avoit point d'enfants, et que mon
+neveu Childebert étoit encore très-foible (<i>minime fortis</i>); que par
+cette raison tous les princes du royaume avoient pris la résolution <i>de
+me rappeler</i>, et que personne n'avoit osé parler contre moi. Car nous
+savons tous, ajouta-t-il, que vous êtes fils de Clotaire, et que si vous
+ne venez pas dans les Gaules, <i>il n'y est resté personne qui puisse les
+gouverner</i>.» (Hist., lib. VII, cap. 36.) Gontram lui-même, s'adressant
+au <i>peuple</i> après la mort de Chilpéric, ne fait point valoir d'autres
+motifs pour obtenir le pouvoir suprême. «Je vous conjure, lui dit-il, de
+me garder une foi inviolable, de ne pas me tuer comme ont été tués mes
+frères; qu'au moins je puisse élever mes neveux, qui sont devenus mes
+enfants adoptifs. Ma mort, si elle arrive pendant qu'ils sont en bas
+âge, entraînera nécessairement votre ruine, puisqu'il ne restera de
+notre race <i>aucune personne robuste</i> qui puisse vous défendre.»
+(<i>Ibid.</i>, lib. VII, cap. 8.)</p>
+
+<p>Ceci prouve encore que le peuple concouroit à l'élection du monarque; et
+en effet, dans la charte où Louis-le-Débonnaire règle l'état de ses
+enfants, il ordonne expressément «que tout <i>le peuple assemblé</i><a id="footnotetag81-A" name="footnotetag81-A"></a><a href="#footnote81-A" title="Go to footnote 81-A"><span class="smaller normal">[81-A]</span></a>
+élise celui des princes <i>qu'il plaira à Dieu</i>.» (Cart. division., an
+817.) On pourroit citer beaucoup d'autres exemples de cette confusion
+d'idées qui régnoit alors au sujet de la succession au trône, principale
+cause de tous les désordres qui éclatèrent en France sous les deux
+premières races.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote81-A" name="footnote81-A"></a>
+<b><a href="#footnotetag81-A">81-A</a></b>: Par <i>peuple</i> il faut entendre ici tout ce qui avoit la
+<i>noblesse</i> ou du moins l'<i>ingénuité</i>, depuis les grands vassaux de la
+couronne jusqu'aux simples propriétaires et aux bourgeois des cités. Les
+<i>serfs</i> ou esclaves et les colons attachés à la glèbe en étoient exclus:
+c'est cette classe nombreuse de la société que nous appelons <i>peuple</i>
+aujourd'hui, et dont le christianisme a, par degré, brisé les fers.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote82" name="footnote82"></a>
+<b><a href="#footnotetag82">82</a></b>: La haute noblesse, celle qui se composoit presque toute de
+libres propriétaires, étoit peu nombreuse, et d'une telle fierté qu'elle
+ne voyoit rien au-dessus d'elle, pas même la famille des rois. «Remplis
+de mépris pour la race de Charlemagne, dit le moine de Saint-Gal<a id="footnotetag82-A" name="footnotetag82-A"></a><a href="#footnote82-A" title="Go to footnote 82-A"><span class="smaller normal">[82-A]</span></a>,
+chacun de ces nobles de la première classe tâchoit de s'emparer du
+gouvernement, et ne prétendoit à rien moins qu'à mettre la couronne sur
+sa tête.» Ceci se passoit immédiatement après la mort de Charlemagne; et
+l'on peut juger des dispositions où elle dut se trouver, lorsque, après
+deux siècles de règne, cette race eut donné des preuves si multipliées
+de sa dégénération.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote82-A" name="footnote82-A"></a>
+<b><a href="#footnotetag82-A">82-A</a></b>: (Mon. Sanct. Gall., lib. II., cap. 27.)</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote83" name="footnote83"></a>
+<b><a href="#footnotetag83">83</a></b>: On a beaucoup déclamé et l'on déclame encore sur
+l'usurpation que firent du pouvoir souverain les chefs de la seconde et
+de la troisième race de nos rois: dans tout ce que l'on a dit à ce
+sujet, il y a eu souvent de la passion, et toujours beaucoup d'ignorance
+de la constitution politique de la France, dans ces premiers siècles de
+la monarchie. Que devons-nous voir dans la race des rois francs? une
+famille plus honorée sans doute que les autres, où la nation a coutume
+de choisir ses chefs, mais de telle manière cependant que tous les
+membres qui la composent peuvent prétendre à l'être, et souvent tous à
+la fois, et quel que puisse être leur degré de consanguinité. Quels sont
+ceux qui élisent ces rois? d'une part des seigneurs <i>libres
+propriétaires</i>, qui ne leur ont jamais <i>engagé leur foi</i>, qui se croient
+les égaux de cette famille, qui le sont en effet; de l'autre, des
+vassaux que la mort de leur suzerain a <i>déliés de tout engagement</i>; car
+le vasselage étoit <i>personnel</i>, et rien n'est plus attesté.
+Qu'exigeoient-ils de ces rois? qu'ils fussent capables de les commander,
+de les défendre; et ils étoient jugés indignes du trône, lorsqu'ils
+étoient <i>inutiles</i> à la nation. Que devoit-il résulter de droits établis
+sur des conditions aussi rigoureuses d'une part, et sur des obligations
+aussi légères de l'autre? que la race entière seroit nécessairement
+rejetée, dès qu'elle auroit dégénéré au point de ne plus offrir que des
+princes incapables et imbéciles, parce que, il ne faut point se lasser
+de le répéter, selon la maxime fondamentale des Francs, un prince
+<i>inutile</i> ne pouvoit être roi. C'est ainsi que la famille des
+Carlovingiens fut substituée à celle de Clovis, qui ne fut dépossédée
+qu'en raison de son <i>inutilité</i>; et c'est ce qui fit que Pépin, dont
+l'élévation supposoit la nullité de tout droit à conserver le pouvoir
+dans une même famille, essaya de sortir de cette situation fausse et
+incertaine, en faisant intervenir la puissance spirituelle, seule
+capable en effet de donner de la fixité à toute institution politique.
+Le pape Étienne en le sacrant sacra aussi ses deux fils, et prononça
+l'excommunication contre ceux «qui entreprendroient d'élire un roi qui
+ne descendit pas de ceux que la bonté divine avoit daigné élever à ce
+rang suprême.» Mais les coutumes de la nation, le partage impolitique
+qui continua d'être fait de la puissance royale, le malheur des temps
+qui rendit la noblesse plus indépendante encore qu'elle ne l'avoit été,
+surtout le mépris dans lequel tomba la seconde race, qui ne fut jamais
+aussi respectée que la première, tout se réunit pour légitimer le choix
+d'une nouvelle famille royale: «car, comme le dit fort bien de Buat, les
+princes auxquels Hugues Capet fut substitué étoient au moins <i>inutiles</i>;
+et l'un d'eux <i>avoit fait un hommage</i> qui le rendoit étranger à la
+nation et peut-être son ennemi.» De telles coutumes et de tels préjugés
+composoient sans doute une fort mauvaise loi d'hérédité au trône: on ne
+prétend point le nier; on soutient seulement que ces coutumes et ces
+préjugés existoient, et que tant qu'on ne comprendra point ces choses,
+on ne dira que des absurdités sur les deux premières races de nos rois.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote84" name="footnote84"></a>
+<b><a href="#footnotetag84">84</a></b>: Sous le règne de Hugues-Capet, un abbé de Cluni invité par
+Bouchard, comte de Paris, d'amener des religieux à
+Saint-Maur-des-Fossés, s'excusa de faire un si long voyage dans un pays
+étranger et inconnu.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote85" name="footnote85"></a>
+<b><a href="#footnotetag85">85</a></b>: Les Normands.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote86" name="footnote86"></a>
+<b><a href="#footnotetag86">86</a></b>: Remarquez que tous ces malheureux discoureurs, dans tous
+les systèmes politiques et religieux qu'ils ont rêvés, supposent, avant
+toutes choses, <i>l'isolement</i> absolu de l'homme, qui <i>se réunit</i> ensuite
+à d'autres hommes pour composer des sociétés et fabriquer des religions.
+C'est au moyen de cette extravagance monstrueuse, qu'ils sont parvenus à
+bouleverser le monde civilisé.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote87" name="footnote87"></a>
+<b><a href="#footnotetag87">87</a></b>: M. le vicomte de Bonald, &oelig;uv. compl., III, p. 413.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote88" name="footnote88"></a>
+<b><a href="#footnotetag88">88</a></b>: Mably, que M. de Bonald avoit cité lui-même. (<i>Ibid.</i>)</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote89" name="footnote89"></a>
+<b><a href="#footnotetag89">89</a></b>: T. III, p. 411: «Les bois et les champs forment plus la
+noblesse que les villes. <i>Plus rura et nemus conforunt ad consequendam
+nobilitatem</i>, dit Poge, qui écrivoit sur le droit public au quinzième
+siècle.» (<i>Ibid.</i>)</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote90" name="footnote90"></a>
+<b><a href="#footnotetag90">90</a></b>: 3. <i>Synod. Aurel.</i>, can. 5.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote91" name="footnote91"></a>
+<b><a href="#footnotetag91">91</a></b>: <i>Decretal. prec. Bal.</i>, t. I, p. 199.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote92" name="footnote92"></a>
+<b><a href="#footnotetag92">92</a></b>: Parmi les habitants des Gaules, tout ce qui n'étoit point
+Franc ou Romain étoit désigné sous cette dénomination commune de
+<i>barbares</i>.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote93" name="footnote93"></a>
+<b><a href="#footnotetag93">93</a></b>: <i>Marculf. form.</i>, lib. I, tit. 40.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote94" name="footnote94"></a>
+<b><a href="#footnotetag94">94</a></b>: <i>Convent. apud Andelan.</i> an. 587. Aim., lib. I, 7; lib.
+III., c. 48. <i>Ibid.</i> c. 4, 6. <i>Cap.</i> an. 819, tit. II, c. 19.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote95" name="footnote95"></a>
+<b><a href="#footnotetag95">95</a></b>: <i>Cap. Car. calv.</i>, tit. 27, cap. 14.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote96" name="footnote96"></a>
+<b><a href="#footnotetag96">96</a></b>: Ceux-ci étoient à la charge des fidèles, dont le devoir
+étoit de les bâtir, de les entretenir et de les fournir de toutes les
+provisions nécessaires, lorsque les rois venoient y établir leur
+résidence momentanée. (Cap. Car. calv., tit. 36, cap. 37.)</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote97" name="footnote97"></a>
+<b><a href="#footnotetag97">97</a></b>: On comptoit dans les diverses provinces qui composoient le
+royaume cent soixante habitations de ce genre. Les monnoies des rois
+francs, leurs chartes, leurs synodes portent souvent le nom de
+quelques-unes de ces forteresses ou maisons de campagne qu'ils
+habitoient successivement.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote98" name="footnote98"></a>
+<b><a href="#footnotetag98">98</a></b>: Baluze. <i>Capit.</i> t. II, p. 267.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote99" name="footnote99"></a>
+<b><a href="#footnotetag99">99</a></b>: Paris ayant été brûlé tant de fois, et les historiens
+n'ayant laissé aucune tradition sur les édifices de ce temps-là, on
+ignore entièrement non-seulement quelle étoit la forme de leur
+construction, mais encore quelles étoient les matières qui y étoient
+employées. À peine savons-nous comment cette ville étoit bâtie il y a
+deux ou trois siècles. Cependant ces nombreux incendies portent à croire
+que toutes les maisons étoient en bois; et il est certain que, sous
+Henri IV, elles étoient encore formées de charpentes couvertes d'un
+enduit de plâtre. On cite, comme une chose remarquable, que, sous Louis
+XII, les maisons du pont Notre-Dame étoient bâties en briques.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote100" name="footnote100"></a>
+<b><a href="#footnotetag100">100</a></b>: Il est impossible de donner à ce sujet aucun
+renseignement exact. Le premier recensement dont parlent les historiens
+fut fait en 1323, sous Philippe-le-Bel, et alors Paris s'étoit fort
+étendu sur les deux rives de la Seine.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote101" name="footnote101"></a>
+<b><a href="#footnotetag101">101</a></b>: Sous le règne de Lothaire, l'évêque d'Aleth (aujourd'hui
+Saint-Malo), craignant la profanation des reliques de son église par les
+Normands qui infestoient tout le royaume, résolut de les apporter à
+Paris, alors le seul lieu de sûreté qu'il y eût en France. Les
+ecclésiastiques et les moines de Bagneux et de Dol, craignant également
+pour leurs reliques, conçurent le même dessein, et se joignirent à ce
+prélat pour faire le voyage de Paris. (<span class="smcap">Félib.</span>)</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote102" name="footnote102"></a>
+<b><a href="#footnotetag102">102</a></b>: Le moine <i>Abbon</i> est l'auteur de ce poëme. Il étoit
+normand lui-même, et avoit été témoin de ce siége qu'il décrit avec une
+grande exactitude de détails. Son ouvrage, écrit en latin barbare, est
+loin d'être un chef-d'&oelig;uvre de poésie, mais doit être considéré comme
+un monument historique extrêmement curieux; il contient environ douze
+cents vers divisés en deux livres, et fut composé vers la fin du
+neuvième siècle.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote103" name="footnote103"></a>
+<b><a href="#footnotetag103">103</a></b>: Abbon, v. 504 <i>et seqq.</i> Il fut renversé en partie par un
+débordement de la rivière, la nuit du 6 février 886. Ceux qui ont
+confondu le Grand pont avec ce pont de Charles-le-Chauve, attribuent au
+Petit pont ce qui arriva en effet à celui de ce prince, V. Jaillot, tom.
+1, p. 167.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote104" name="footnote104"></a>
+<b><a href="#footnotetag104">104</a></b>: Sauval et D. Félibien disent qu'on ne trouve aucuns
+documents sur ce pont avant l'année 1323; et le premier de ces deux
+historiens, par une de ces contradictions dans lesquelles il lui arrive
+si souvent de tomber, rapporte presque au même endroit que ce pont fut
+emporté par les glaces en 1196, 1280, etc., tom. 1, p. 225.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote105" name="footnote105"></a>
+<b><a href="#footnotetag105">105</a></b>: Jaillot prouve sans réplique que tous les historiens de
+Paris se sont trompés, en appelant la plus grande de ces îles l'<i>île aux
+Treilles</i>, et la plus petite l'<i>île de Bucy</i> ou du <i>Pasteur aux vaches</i>.
+Ces noms appartenoient à des îles ou atterrissemens que la Seine avoit
+formés plus bas, parce qu'alors elle n'étoit pas retenue dans son lit
+comme elle l'est aujourd'hui. Ces îles ont disparu, soit qu'elles aient
+été emportées par la violence des débordements, soit qu'en construisant
+les quais on les ait détruites pour laisser un cours plus libre à la
+navigation. Toutefois l'<i>île aux Bureaux</i> ne reçut ce nom qu'en 1462, de
+Hugues Bureau, à qui l'abbé de Saint-Germain la concéda cette même
+année, moyennant une rente annuelle. On ignore si l'<i>île à la Gourdaine</i>
+avoit donné son nom au moulin qui étoit placé au-dessus, ou si elle en
+avoit reçu ce nom, que ce moulin portoit aussi.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote106" name="footnote106"></a>
+<b><a href="#footnotetag106">106</a></b>: Cette maison est mal placée sur les plans du commissaire
+Delamare, qui sont ceux que nous avons copiés; elle s'y trouve à
+l'endroit où est située aujourd'hui la cour Neuve; et Jaillot prouve
+qu'elle s'élevoit à l'entrée de la place Dauphine. Ces plans ne
+représentent aussi qu'une seule île, et il y en avoit deux.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote107" name="footnote107"></a>
+<b><a href="#footnotetag107">107</a></b>: Dans ceux-ci on a surbaissé les arcs, ce qui donne plus
+d'élégance, sans nuire à la solidité.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote108" name="footnote108"></a>
+<b><a href="#footnotetag108">108</a></b>: Ce fut lui qui donna les dessins de la galerie du
+Louvre.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote109" name="footnote109"></a>
+<b><a href="#footnotetag109">109</a></b>: <i>Voy.</i> pl. 9.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote110" name="footnote110"></a>
+<b><a href="#footnotetag110">110</a></b>: Le produit de la location de ces boutiques, qui sont au
+nombre de vingt, avoit été donné par Louis XVI à l'académie de
+Saint-Luc, pour être employé au paiement des pensions des pauvres veuves
+de cette académie.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote111" name="footnote111"></a>
+<b><a href="#footnotetag111">111</a></b>: <i>Voy.</i> pl. 25.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote112" name="footnote112"></a>
+<b><a href="#footnotetag112">112</a></b>: Renversée le 11 août 1792.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote113" name="footnote113"></a>
+<b><a href="#footnotetag113">113</a></b>: Ce qui donne lieu sans doute à la méprise qui a fait
+attribuer si long-temps cette figure à un sculpteur françois, c'est
+qu'en effet le sieur de Franqueville, architecte et premier sculpteur du
+roi, fut chargé d'envoyer un modèle <i>de la statue du roi</i> à Florence.
+C'étoit probablement le portrait de Henri IV, modelé d'après nature,
+dont il étoit difficile sans doute que l'artiste italien pût se passer;
+et ce portrait fut effectivement envoyé. (<i>Voyez</i> Mémoires historiques
+relatifs à la fonte de la statue équestre de Henri IV, par M. Ch. J.
+Lafolie.)</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote114" name="footnote114"></a>
+<b><a href="#footnotetag114">114</a></b>: Inscription sur la table principale du piédestal:</p>
+
+<p><span class="smcap">Errico IV</span>, <i>Galliarum imperatori, Navar. R. Ludovicus XIII,
+ filius ejus opus incho. et intermissum, pro dignitate
+ pietatis et imperii, pleniùs et ampliùs absolvit.</i> Emin. <span class="smcap">D.
+ C. Richelius</span> <i>commune votum populi promovit, super illust.
+ viri</i> de Bullion, Bouthillier, P. Ærarii F. <i>faciendum
+ curaverunt</i>. <span class="smcap">MDCXXXV.</span></p>
+
+<p class="p15">Sur la table au-dessous:</p>
+
+<p><i>Quisquis hæc leges, ita legito: uti optimo Regi precaberis
+ exercitum fortem, populum fidelem, imperium securum et annos
+ de nostris.</i> B. B. F.</p>
+
+<p class="p15">Sur la table du côté du faubourg Saint-Germain:</p>
+
+<p class="center">PREMIÈRE INSCRIPTION.</p>
+
+ <p><i>Genio Galliarum S. et invictissimo R. qui, Arquensi prælio,
+ magnas conjuratorum copias parvâ manu fudit.</i></p>
+
+<p class="center">DEUXIÈME INSCRIPTION.</p>
+
+ <p><i>Victori triumphatori feretrio, Perduelles ad Evariacum
+ c&oelig;si, malis vicinis indignantibus et faventibus,
+ clementiss. imper. Hispano duci optima reliquit.</i></p>
+
+<p class="p15">Sur la table du côté du pont Royal:</p>
+
+ <p>N. M. <i>Regis rerum humanarum optimi, qui sine cæde urbem
+ ingressus, vindicatâ rebellione, extinctis factionibus,
+ Gallias optatâ pace composuit.</i></p>
+
+<p class="p15">Enfin sur la table du côté de la Samaritaine:</p>
+
+ <p><i>Ambianum Hispanorum fraude intercepta, Errici M. virtute
+ asserta, Ludovicus XIII, M. P. F. iisdem ab hostibus fraude
+ ac scelere tentatus, semper justitiâ et fortitudine superior
+ fuit.</i></p>
+
+<p class="p15">Sur la table au-dessous:</p>
+
+ <p><i>Mons omnibus ante se ducibus regibusque frustrà petitus,
+ Errici M. felicitate sub imperium redactus, ad æternam
+ securitatem ac gloriam Gallici nominis.</i></p>
+
+<p class="p15">Sur la grille de fer qui renfermoit ce monument, étoit l'inscription qui
+suit:</p>
+
+<p><i>Ludovicus XIII. P. F. F. imperii, virtutis et fortunæ
+ obsequentiss. hæres, J. L. D. D. Richelius C. vir supra
+ titulos et consilia omnium retrò principum, opus absolvendum
+ censuit. N. N. II. VV.</i> de Bullion, Bouthillier, <i>S. A. P.
+ dignitati et regno pares, ære, ingenio, curâ, difficillimis
+ temporibus P. P.</i></p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote115" name="footnote115"></a>
+<b><a href="#footnotetag115">115</a></b>: Ces figures ont été sauvées de la destruction et déposées
+au Musée royal, où elles sont encore maintenant.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote116" name="footnote116"></a>
+<b><a href="#footnotetag116">116</a></b>: Ce monument lui-même est une preuve plus frappante encore
+de l'inconstance de la multitude, et du mépris que méritent également sa
+haine et son amour. Pendant près de deux siècles, le souvenir de Henri
+IV fut cher au peuple de Paris; et sa statue étoit pour ce peuple
+l'objet d'une sorte de culte. Dans les premiers jours de la révolution,
+on l'avoit vu forcer les passants à s'agenouiller devant l'image de ce
+bon roi; environ deux ans après, il l'abattit avec des cris de rage,
+comme celle du plus affreux des tyrans.</p>
+
+<p>Ce fut le 23 avril 1814, peu de jours après le retour d'un Bourbon dans
+les murs de Paris, que le conseil municipal de cette ville arrêta, par
+une délibération, que la statue de bronze de Henri IV seroit rétablie à
+l'endroit même où elle avoit été abattue, et qu'elle le seroit au moyen
+d'une souscription à laquelle tous les François seroient appelés à
+concourir. À peine cette souscription fut-elle ouverte que de toutes les
+parties de la France, arrivèrent d'innombrables offrandes, et de la part
+de toutes les classes de ses habitants. L'exécution de la statue avoit
+été confiée à M. Lemot, déjà célèbre par l'exécution de plusieurs
+grandes compositions monumentales, parmi lesquelles se fait remarquer le
+fronton du Louvre, l'un des plus beaux ouvrages de sculpture qu'aient
+produits les temps modernes. Il commença sur-le-champ son petit modèle,
+qui ne fut achevé et moulé en plâtre qu'au mois de janvier 1815, peu de
+semaines avant le funeste retour de Buonaparte. M. Lemot n'en continua
+pas moins, pendant l'époque dite des <i>cent jours</i>, et avec autant de
+courage que de persévérance, le travail qu'il avoit commencé. Le modèle
+en grand du cheval étoit déjà fort avancé lors de la rentrée du Roi; et
+à la fin de décembre 1815, il étoit moulé, coulé et monté en plâtre,
+enfin au mois d'avril 1816, l'&oelig;uvre de l'artiste étoit entièrement
+achevée. Le 18 mars 1817, on fondit, dans la fonderie de Saint-Laurent,
+la tête et le torse de la figure; et ce fut le 6 octobre suivant que le
+cheval et la partie inférieure du cavalier qui y étoit attenante furent
+coulés en bronze et avec le succès le plus complet dans les ateliers du
+Roule, et dans le même fourneau où avoit été fondue la statue de Louis
+XV, le 5 mai 1758.</p>
+
+<p>Le 28 du même mois d'octobre, S. M. Louis XVIII posa la première pierre
+du monument, et le 25 août de l'année suivante elle en fit
+l'inauguration avec une pompe toute royale, et au milieu des
+acclamations et des transports de joie de l'immense population de Paris.
+Cette population avait offert quelques jours auparavant (le 14 août) un
+spectacle encore plus touchant, lorsqu'on l'avoit vue, pendant le
+transport de la statue, se précipiter sur les traits de l'équipage que
+dix-huit paires de b&oelig;ufs ne pouvoient plus ébranler, offrir ses bras
+par milliers pour traîner un si cher fardeau, et le conduire, comme dans
+une marche triomphale, jusqu'au pont des Arts, où la statue demeura
+trois jours. Le 17, soixante-dix chevaux l'amenèrent enfin au
+terre-plein, où elle fut placée très-heureusement sur son piédestal, par
+M. <i>Guillaume</i>, charpentier, qui fit cette opération <i>à ses frais</i>,
+ainsi qu'il l'avoit généreusement proposé, voulant ainsi payer le tribut
+d'un bon François à la mémoire du bon Henri.</p>
+
+<p>C'est un monument d'un grand style, d'un dessin correct et savant:
+l'artiste a su allier la beauté des formes à la vérité de l'attitude; la
+noblesse et la ressemblance parfaite des traits avec la franchise et la
+naïveté de l'expression. Il s'est montré d'une exactitude scrupuleuse
+dans tous les détails du costume et jusque dans les moindres
+accessoires, sans jamais descendre à l'imitation servile d'un copiste;
+le mouvement du cheval est neuf et vraiment admirable; toutes les
+parties en sont étudiées avec le plus grand soin, et traitées dans la
+plus grande manière; enfin, à la place d'une statue médiocre, s'est
+élevée une statue digne d'un de nos plus grands rois, digne des plus
+beaux temps de l'art parmi les modernes, et qui attestera à la postérité
+à quel point, au commencement du 19<sup>e</sup> siècle, la sculpture étoit
+florissante.</p>
+
+<p>Les bas-reliefs qui ornent le piédestal, exécutés par la main savante du
+même artiste, présentent dans des compositions ingénieuses et pleines de
+sentiment, au côté méridional, Henri IV faisant distribuer des vivres
+aux habitants de Paris qui, pendant le siége de cette ville, s'étoient
+réfugiés dans son camp; au côté méridional, le roi, déjà entré en
+vainqueur dans sa capitale, s'arrêtant au Parvis de Notre-Dame, et là
+donnant ordre au prévôt de Paris de porter à ses habitants des paroles
+de paix, et de les inviter tous à reprendre leurs travaux accoutumés.</p>
+
+<p>Sur la façade du piédestal qui regarde le pont Neuf, on avoit peint
+l'inscription suivante, composée par l'académie des belles lettres:</p>
+
+<p>«<i>HENRICI MAGNI ob paternum in populos animum notissimi
+ principis sacram effigiem, inter civilium furorum procellas,
+ Galliâ indignante, dejectam, post optatissimum LUDOVICI
+ XVIII reditum, ex omnibus ordinibus cives, ære collato;
+ restituerunt, nec non et elogium quod simul cum effigie
+ abolitum fuerat, lapidi rursùs inscribi curaverunt.</i>»</p>
+
+<p>Sur la face qui regarde le pont des Arts doit être placée l'inscription
+que portoit la face principale de l'ancien piédestal, et que nous avons
+déjà citée:</p>
+
+<p><i>ERRICO IV, Galliarum imperatori</i>, etc.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote117" name="footnote117"></a>
+<b><a href="#footnotetag117">117</a></b>: <i>Voy.</i> pl. 25.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote118" name="footnote118"></a>
+<b><a href="#footnotetag118">118</a></b>: Appelé alors jardin du premier président.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote119" name="footnote119"></a>
+<b><a href="#footnotetag119">119</a></b>: <i>Voyez</i> pl. 10.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote120" name="footnote120"></a>
+<b><a href="#footnotetag120">120</a></b>: Au milieu de cette place est une fontaine en forme de
+piédestal, laquelle soutient un petit monument élevé en l'honneur du
+général Desaix, tué à la bataille de Marengo.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote121" name="footnote121"></a>
+<b><a href="#footnotetag121">121</a></b>: Cette île, ainsi que celle à la Gourdaine, appartenoit
+alors, ainsi que nous l'avons déjà dit, à l'abbaye
+Saint-Germain-des-Prés; et l'on n'a point trouvé qu'elles eussent de
+dénomination particulière avant la fin du quinzième siècle.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote122" name="footnote122"></a>
+<b><a href="#footnotetag122">122</a></b>: <i>Voy.</i> dans le deuxième volume, l'article <i>Temple</i>.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote123" name="footnote123"></a>
+<b><a href="#footnotetag123">123</a></b>: Le mot <i>chapelle</i> a diverses acceptions: il signifie
+quelquefois une église particulière, qui n'est ni cathédrale, ni
+collégiale, ni paroisse, ni abbaye, ni prieuré. Ces sortes de chapelles
+sont celles que les canonistes appellent <i>sub dio</i>.</p>
+
+<p>On désigne aussi sous le nom de <i>chapelle</i> une partie d'une grande
+église dans laquelle il y a un autel, et où l'on dit la messe. Celles-ci
+sont appelées <i>sub tecto</i>.</p>
+
+<p>Enfin il y a des chapelles domestiques dans l'intérieur des monastères,
+hôpitaux, communautés, dans les palais des princes et autres maisons
+particulières. Ce sont proprement des oratoires privés, dans lesquels on
+a obtenu la permission de faire célébrer le saint sacrifice. On appelle
+spécialement <i>saintes chapelles</i> celles qui sont établies dans les
+palais des rois.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote124" name="footnote124"></a>
+<b><a href="#footnotetag124">124</a></b>: Duchesne, t. V, p. 411.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote125" name="footnote125"></a>
+<b><a href="#footnotetag125">125</a></b>: Duchesne, t. IV, p. 77. Un mémoire manuscrit, conservé
+dans les archives de la Sainte-Chapelle, reculoit cette fondation
+jusqu'à l'année 922. Quoi qu'il en soit, il est hors de doute que cette
+chapelle fut rebâtie par Louis-le-Gros, et la preuve en est dans les
+lettres de Louis VII de l'an 1160. (Dubois, Hist. ecclés.; Par., t. 1,
+p. 154.)</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote126" name="footnote126"></a>
+<b><a href="#footnotetag126">126</a></b>: La gravure extrêmement fidèle que nous donnons de la
+Sainte-Chapelle (<i>voy.</i> pl. 11) offrira sur-le-champ une idée plus
+exacte de cet édifice que tout ce que nous pourrions en dire; et
+généralement la description des monuments gothiques par le simple
+discours a toujours quelque chose de vague, parce que les termes
+consacrés à l'architecture ne peuvent y être employés que dans une
+acception détournée, et par conséquent arbitraire.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote127" name="footnote127"></a>
+<b><a href="#footnotetag127">127</a></b>: <i>Voy.</i> pl. 25.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote128" name="footnote128"></a>
+<b><a href="#footnotetag128">128</a></b>: De là le proverbe: <i>Vin de la couleur des vitres de la
+Sainte-Chapelle.</i></p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote129" name="footnote129"></a>
+<b><a href="#footnotetag129">129</a></b>: Ce privilége lui avoit été accordé par une bulle de Jean
+XXII du 5 août 1320.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote130" name="footnote130"></a>
+<b><a href="#footnotetag130">130</a></b>: Ses restes avoient été transportés, pendant la
+révolution, dans le jardin du Musée des monuments français, rue des
+Petits-Augustins; et dans la première édition de cet ouvrage, nous
+avions laissé entrevoir ce que nous trouvions d'indécent dans cette
+étrange translation. Depuis le retour du Roi, ils ont été portés à
+Saint-Étienne-du-Mont, et déposés dans une chapelle de cette église.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote131" name="footnote131"></a>
+<b><a href="#footnotetag131">131</a></b>: Dans l'origine, la Sainte-Chapelle avoit un clocher, qui
+fut brûlé en 1630, avec le comble de l'édifice, par la négligence d'un
+plombier qui y travailloit; à sa place on éleva une flèche que l'on
+considéroit comme un modèle de hardiesse et de légèreté. Elle a été
+démolie dans les premiers temps de la révolution.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote132" name="footnote132"></a>
+<b><a href="#footnotetag132">132</a></b>: Après ces cinq principaux chapelains, on comptoit cinq
+sous-chapelains-prêtres, cinq clercs, diacres ou sous-diacres, et deux
+marguilliers, aussi diacres ou sous-diacres. En 1248, le saint roi
+ajouta un troisième marguillier, ordonna que tous les marguilliers
+fussent prêtres, et qu'ils eussent chacun un clerc, diacre ou
+sous-diacre. Leur nombre s'augmenta sous ses successeurs jusqu'à
+quarante-cinq. Celui des chapelains fut réduit à vingt par arrêt du
+réglement du 19 mai 1681. (Duchesne, t. V, p. 533.)</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote133" name="footnote133"></a>
+<b><a href="#footnotetag133">133</a></b>: Il y est dit que «lesdits trésorier et chanoines
+porteront à l'avenir des aumusses de petit-gris, fourrées de menu-vair,
+au lieu des noires qu'ils portoient avant, parce qu'à peine on pouvoit
+les distinguer des chapelains, et que très-souvent on leur donnoit ce
+dernier nom, au lieu de celui qui leur appartenoit.» <i>Quia vix possunt
+propriè recognosci vel distingui, et sæpissimè dicuntur capellani et non
+canonici.</i></p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote134" name="footnote134"></a>
+<b><a href="#footnotetag134">134</a></b>: Duchesne, t. V, p. 533.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote135" name="footnote135"></a>
+<b><a href="#footnotetag135">135</a></b>: Presque toutes ces reliques étoient accompagnées de leurs
+pièces justificatives. L'auteur de l'histoire de la Sainte-Chapelle ne les
+considère pas toutes néanmoins comme authentiques; et nous partageons les
+doutes qu'il élève à ce sujet.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote136" name="footnote136"></a>
+<b><a href="#footnotetag136">136</a></b>: Il étoit partagé en douze morceaux plaqués, formant une
+croix d'un pouce de large sur neuf pouces une ligne de haut, et de sept
+pouces neuf lignes dans la traverse.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote137" name="footnote137"></a>
+<b><a href="#footnotetag137">137</a></b>: Il est déposé au cabinet des antiquités de la bibliothèque
+Royale.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote138" name="footnote138"></a>
+<b><a href="#footnotetag138">138</a></b>: Les Grecs avoient fait peindre en émail les quatre
+Évangélistes aux quatre coins de la plaque dont elle étoit entourée.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote139" name="footnote139"></a>
+<b><a href="#footnotetag139">139</a></b>: On l'appeloit alors le <i>grand camaïeu</i>.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote140" name="footnote140"></a>
+<b><a href="#footnotetag140">140</a></b>: Déposé au cabinet d'antiquités de la bibliothèque Royale,
+ainsi qu'un grand nombre des antiquités dont nous venons de donner
+l'énumération.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote141" name="footnote141"></a>
+<b><a href="#footnotetag141">141</a></b>: Déposé au Musée des Petits-Augustins.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote142" name="footnote142"></a>
+<b><a href="#footnotetag142">142</a></b>: La construction de la Sainte-Chapelle avoit coûté 40,000
+liv., qui valoient 800,000 liv. de notre monnoie. Les reliques et les
+châsses avoient coûté 100,000 liv. (2,000,000.)</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote143" name="footnote143"></a>
+<b><a href="#footnotetag143">143</a></b>: En 1306, Philippe-le-Bel nomma les religieux augustins
+pour faire chaque année à la Sainte-Chapelle l'office de la translation
+des saintes reliques; il accorda la même prérogative aux jacobins et aux
+cordeliers en 1309; les carmes obtinrent le même avantage de
+Charles-le-Bel en 1322.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote144" name="footnote144"></a>
+<b><a href="#footnotetag144">144</a></b>: La Sainte-Chapelle est maintenant un dépôt d'archives.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote145" name="footnote145"></a>
+<b><a href="#footnotetag145">145</a></b>: Am. Marc., lib. XV, cap. 11.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote146" name="footnote146"></a>
+<b><a href="#footnotetag146">146</a></b>: Delamare, tome I.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote147" name="footnote147"></a>
+<b><a href="#footnotetag147">147</a></b>: Greg. Tur., <i>Hist.</i>, lib. III, cap. 18.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote148" name="footnote148"></a>
+<b><a href="#footnotetag148">148</a></b>: Le même historien nous apprend que Caribert étoit logé
+dans la Cité, et qu'un prêtre de Bordeaux vint l'y trouver. <i>Presbiter,
+Parisiacæ urbis portas ingressus, regis præsentiam adiit</i> (Lib. IV, cap.
+26). On en pourroit citer encore d'autres exemples.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote149" name="footnote149"></a>
+<b><a href="#footnotetag149">149</a></b>: Il y avoit encore une maison royale dans le cloître
+Notre-Dame, où Louis VII passa ses premières années, comme il le
+témoigne lui-même. On ignore où étoit cette demeure, mais il est certain
+qu'il y retourna souvent, et qu'il alla l'habiter lorsqu'il céda le
+palais à Henri II, roi d'Angleterre. (<span class="smcap">Sauval.</span>)</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote150" name="footnote150"></a>
+<b><a href="#footnotetag150">150</a></b>: Dans ce jardin-là même, dit Sauval, saint Louis, vêtu
+d'une cotte de camelot, d'un surcot de tirretaine sans manches, et d'un
+manteau par-dessus de sandal noir, y rendoit justice, couché sur des
+tapis, avec Joinville et d'autres, qu'il choisissoit pour conseillers.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote151" name="footnote151"></a>
+<b><a href="#footnotetag151">151</a></b>: Aim., lib. I, c. 12.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote152" name="footnote152"></a>
+<b><a href="#footnotetag152">152</a></b>: Aimoni nous apprend (lib. 4, c. 1) que Brunchaut ayant
+envoyé sommer Clotaire de sortir du royaume d'Austrasie où elle
+prétendoit établir Sigebert, bâtard de Thierri, Clotaire lui fit
+répondre «qu'elle devoit convoquer l'assemblée des nobles francs, et
+soumettre à une délibération commune ce qui étoit de l'intérêt commun;
+que pour lui, il se soumettroit en tout à ce qu'ils auroient jugé,
+promettant de n'y faire aucune opposition.»</p>
+
+<p>Gontram fit une réponse semblable aux ambassadeurs de Childebert, qui
+demandoient qu'il lui livrât Frédégonde, la meurtrière de son père et de
+son oncle. «C'est dans le plaid que nous tenons, que nous ordonnons et
+traitons de tout ce qui se doit faire.» (Greg. Tur. <i>Hist.</i>, lib. 7, c.
+7.)</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote153" name="footnote153"></a>
+<b><a href="#footnotetag153">153</a></b>: Hinem. <i>ep.</i>, tit. 14.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote154" name="footnote154"></a>
+<b><a href="#footnotetag154">154</a></b>: Ces vassaux ou <i>mineurs</i> donnoient leur avis quand il
+leur étoit demandé, mais n'avoient aucune autorité dans ces assemblées;
+et le même écrivain le dit formellement. (<i>Loc. cit.</i>)</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote155" name="footnote155"></a>
+<b><a href="#footnotetag155">155</a></b>: Lorsque le temps étoit beau, dit encore Hincmar, on
+s'assembloit dans la campagne (et l'ancienneté de cet usage est attestée
+par quelques lois de Childebert, rédigées vers l'an 595); mais lorsque
+le temps ne le permettoit pas, on se retiroit dans des lieux couverts où
+l'on avoit pratiqué des séparations, afin que les seigneurs pussent
+s'assembler en particulier, et que la <i>multitude</i> eût aussi un asile et
+un lieu d'assemblée dans lequel le <i>menu peuple</i> ne pût point entrer et
+se confondre avec les fidèles: il y avoit deux chambres particulières
+pour les seigneurs; l'une où s'assembloient les évêques, les abbés et
+les autres ecclésiastiques d'un ordre éminent, l'autre où se tenoient
+les comtes et autres seigneurs du premier rang. C'est là qu'ils
+attendoient l'heure des délibérations, et qu'ils étoient ensuite
+introduits dans le lieu appelé <i>Curia</i>, lequel se composoit également de
+deux salles, l'une pour les laïques, l'autre pour les gens d'église. Il
+étoit libre alors aux prélats et aux seigneurs de se réunir ou de se
+rassembler, selon qu'ils le jugeoient à propos, et selon la nature des
+affaires qu'ils avoient à traiter. On leur remettoit de la part du roi
+les <i>chapitres</i> sur lesquels ils avoient à délibérer, et ils en
+délibéroient. Au roi seul appartenoit de proposer aux seigneurs l'objet
+de leur délibération; on appeloit <i>chapitre</i> ou <i>capitule</i> les
+différents points sur lesquels elle devoit rouler, et collectivement ces
+matières étoient appelées <i>capitulaires d'interrogation</i>,
+<i>avertissements</i> ou <i>décrets</i>. Le roi n'assistoit point ordinairement
+aux délibérations des seigneurs temporels et spirituels. «Il profitoit
+de ce temps, dit encore Hincmar, pour faire accueil à toute la
+multitude, tant aux seigneurs qu'aux particuliers et aux subalternes. Il
+recevoit leurs présents, saluoit les grands, s'entretenoit avec eux,
+suivant l'âge et l'état des personnes, etc.» (<i>Loc. cit.</i>, cap. 35, 36.)</p>
+
+<p>De tels passages montrent quelle est encore l'erreur de ceux qui se
+représentent ces <i>champs de mars</i> comme des assemblées tumultueuses et
+populaires, peu différentes de celles de la populace des petites
+<i>démocraties</i> de la Grèce. Non seulement elles ne se composoient que de
+l'élite de la nation, mais il n'y avoit encore dans ces premières
+classes que les plus élevés qui eussent véritablement le droit de
+délibération.</p>
+
+<p>Lorsque l'usage de la cavalerie se fut introduit dans les armées, comme
+il arrivoit souvent qu'au sortir de ces assemblés on entroit en
+campagne, on crut devoir ne les convoquer qu'au mois de mai, parce
+qu'alors les fourrages étoient plus abondants. Elles prirent donc sous
+la seconde race le nom de <i>champ de mai</i>.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote156" name="footnote156"></a>
+<b><a href="#footnotetag156">156</a></b>: Aim., lib. IV, c. 41.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote157" name="footnote157"></a>
+<b><a href="#footnotetag157">157</a></b>: Cette <i>multitude</i>, ainsi que l'appelle Hincmar, se
+composoit des guerriers qui n'étoient pas comtes, c'est-à-dire des
+vassaux du roi, de ceux des autres vassaux qui n'étoient pas
+<i>domestiques</i>, de leurs suzerains, des vicomtes, des centeniers, des
+dixainiers, des prélats du second ordre et des propriétaires, qui tous
+n'entroient point dans le grand comité où les grands vassaux avoient
+seuls le droit de siéger. Telle étoit cette <i>multitude</i>: c'est là ce
+qu'on appeloit le <i>peuple</i>; et il est important de le bien remarquer
+pour éviter les erreurs grossières où sont tombés ceux qui ne s'en sont
+pas fait cette juste idée.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote158" name="footnote158"></a>
+<b><a href="#footnotetag158">158</a></b>: Greg. Tur. <i>Hist.</i>, lib. III, cap. 7.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote159" name="footnote159"></a>
+<b><a href="#footnotetag159">159</a></b>: Aim., lib. IV, c. 79.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote160" name="footnote160"></a>
+<b><a href="#footnotetag160">160</a></b>: <i>De morib. Germ.</i>, § 5.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote161" name="footnote161"></a>
+<b><a href="#footnotetag161">161</a></b>: Le comte <i>palatin</i> paroît avoir remplacé dans la cour des
+rois francs le grand dignitaire que l'on nommoit <i>maître des offices</i> à
+celle des empereurs. C'étoit lui qui faisoit la police dans le palais,
+et même dans tout le canton où résidoit la cour; il recevoit toutes les
+causes qui étoient portées au palais, et décidoit de celles qui devoient
+être jugées en présence du roi; il étoit l'introducteur de ceux qui
+vouloient en obtenir audience, et faisoit auprès de lui les fonctions du
+ministère public; enfin il présidoit au tribunal où étoient jugées
+toutes les causes qui ressortissoient de son département. La dignité de
+comte palatin existoit encore sous Louis-le-Gros en 1136, et l'histoire
+ne marque point à quelle époque elle fut abolie.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote162" name="footnote162"></a>
+<b><a href="#footnotetag162">162</a></b>: Aim. lib. IV, c. 7.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote163" name="footnote163"></a>
+<b><a href="#footnotetag163">163</a></b>: (Eginard., <i>In princip.</i>)</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote164" name="footnote164"></a>
+<b><a href="#footnotetag164">164</a></b>: Bal., tome II. C'est que Paris devint alors la capitale
+du royaume et le centre de toute l'administration.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote165" name="footnote165"></a>
+<b><a href="#footnotetag165">165</a></b>: Aim., lib. V, c. 49.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote166" name="footnote166"></a>
+<b><a href="#footnotetag166">166</a></b>: On y procédoit alors contre le roi lui-même, comme il
+procédoit lui-même à l'égard des particuliers. On s'adressoit à sa cour,
+et la cour assignoit un jour au roi et à sa partie pour dire leurs
+raisons et s'entendre juger.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote167" name="footnote167"></a>
+<b><a href="#footnotetag167">167</a></b>: C'est la raison pour laquelle les grands vassaux se
+montrèrent si mécontents de ce qu'on <i>appeloit</i> de leurs sentences, et
+se portèrent quelquefois aux derniers excès contre les <i>appelants</i>.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote168" name="footnote168"></a>
+<b><a href="#footnotetag168">168</a></b>: La création des douze pairs tire aussi son origine de
+deux autres coutumes: l'une qui établissoit qu'aucun tribunal ne pouvoit
+être complet, s'il n'étoit composé de douze juges; l'autre, que tous les
+tribunaux devoient être <i>mi-partis</i>, c'est-à-dire composés d'un nombre
+égal de juges clercs et laïques: ce fut donc une nécessité pour les
+grands barons de partager la pairie avec six ecclésiastiques; et comme
+il falloit que les pairs laïques fussent aussi au nombre de six, cette
+circonstance fut favorable à quelques-uns des seigneurs qui l'obtinrent,
+bien que leur puissance fût loin d'égaler celle des ducs de Guienne, de
+Normandie, etc.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote169" name="footnote169"></a>
+<b><a href="#footnotetag169">169</a></b>: Donnée en 1302.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote170" name="footnote170"></a>
+<b><a href="#footnotetag170">170</a></b>: Par cette même ordonnance de Philippe-le-Bel (art. 62),
+il est dit qu'il sera tenu des <i>parlements</i> dans diverses villes du
+royaume, et ainsi s'explique la véritable signification de ce mot:
+«c'est une <i>assemblée</i>, un <i>pour-parler</i> de juges ou d'autres
+personnes.» On comptait les <i>parlements</i>; ils se convoquoient, ils se
+séparoient, et la cour du roi étoit toujours la même. Elle existoit hors
+du <i>parlement</i>; elle prorogea même le <i>parlement</i>, lorsqu'elle fut seule
+assemblée en parlement; c'est-à-dire qu'elle prorogea ses séances
+solennelles. Tout <i>parlement</i> n'étoit pas une cour souveraine, puisque
+l'on donna ce nom aux séances d'une cour qu'Alphonse, frère de saint
+Louis, avoit autrefois tenue à Toulouse. (De Buat., t. IV, p. 71.)</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote171" name="footnote171"></a>
+<b><a href="#footnotetag171">171</a></b>: Quand le roi y assistoit, c'étoit la <i>cour</i> ou le <i>plaid
+du roi</i>; c'étoit la <i>cour du palais</i>, quand un autre que lui la
+présidoit. Le <i>parlement</i>, tel qu'il étoit dans les derniers temps de la
+monarchie, n'étoit qu'une émanation de cette cour suprême, laquelle
+forma, par la distribution de ses conseillers, toutes les autres cours
+supérieures.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote172" name="footnote172"></a>
+<b><a href="#footnotetag172">172</a></b>: Il est très-remarquable que ce fut la foiblesse même à
+laquelle fut réduit le pouvoir des rois à la fin de la seconde race, qui
+fit tomber en désuétude le <i>plaid général</i>, accrut l'influence de leur
+propre cour, et finit par les rendre plus puissants qu'ils n'avoient
+jamais été. En effet, les grands vassaux, s'étant rendus presque
+indépendants, et réunissant dans leurs fiefs, qui étoient devenus de
+petites principautés, le pouvoir politique à l'administration civile et
+judiciaire, se soucièrent peu, dès ce moment, de consacrer par leur
+présence l'autorité d'une assemblée où leurs vassaux pouvoient se rendre
+<i>appelants</i> contre eux, où toutes les usurpations que le malheur des
+temps leur avoit procuré l'occasion de faire, pouvoient leur être si
+facilement contestées. La pauvreté des rois les éloignoit également de
+leur cour, alors beaucoup moins magnifique que celle de quelques-uns
+d'entre eux, et leur absence du manoir royal contribua à accroître
+l'autorité des grands officiers de cette cour suprême, qui délibéroient
+alors de toutes les grandes affaires dont la discussion n'étoit pas
+exclusivement réservée au <i>plaid général</i>. Dès ce moment le <i>plaid du
+roi</i> fut plus rare et se tint avec plus de solennité; et comme le nombre
+des vassaux <i>immédiats</i>, qui étoit extrêmement diminué, avoit fini par
+confondre ensemble toutes les classes de la noblesse, autrefois si
+distinctes, ce <i>plaid du roi</i> devint insensiblement celui de la nation,
+et en obtint toutes les prérogatives. Par cela même que les grands
+vassaux, maîtres chez eux, ne s'inquiétoient nullement du gouvernement
+des provinces, villes et fiefs qui étoient sous le pouvoir immédiat du
+roi, il arriva que celui-ci put avoir des conseillers fort inférieurs en
+puissance <i>personnelle</i> aux premiers conseillers, et que leur autorité
+fut cependant plus absolue, parce qu'elle s'exerça sur des sujets et
+vassaux d'une condition moins élevée, et qui par cette raison se
+montraient moins indociles. Le pouvoir royal s'accroissoit en outre de
+jour en jour par la réunion d'un grand nombre de fiefs qui rentroient
+dans le domaine du Roi, et fortifioient ainsi les droits de souverain de
+ceux de duc, de comte, de marquis, etc. Ceci finit par s'étendre à tout
+le royaume; et alors commencèrent <i>les grandes polices</i> dont parle
+Mézerai.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote173" name="footnote173"></a>
+<b><a href="#footnotetag173">173</a></b>: Cette chambre des <i>plaids</i> étoit appelée <i>la
+grand'chambre</i><a id="footnotetag173-A" name="footnotetag173-A"></a><a href="#footnote173-A" title="Go to footnote 173-A"><span class="smaller normal">[173-A]</span></a>. C'étoit là le <i>parlement</i> proprement dit; là
+seulement étoit la plénitude de la juridiction, parce que là seulement
+siégeoient les grands personnages à qui seuls il appartenoit de
+l'établir.</p>
+
+<p>C'est en la grand'chambre que le roi tenoit son lit de justice, et que
+le chancelier, les princes et les pairs venoient siéger quand ils le
+jugeoient à propos. Elle seule étoit compétente pour connoître des
+crimes; et ce droit elle le conserva exclusivement jusqu'en 1515 qu'il
+fut aussi accordé à la chambre des Tournelles.</p>
+
+<p>Les ecclésiastiques, les nobles, les magistrats des cours supérieures
+avoient conservé, comme nous venons de le dire, le privilége de n'être
+jugés qu'en la grand'chambre, lorsqu'ils étoient prévenus de quelque
+crime. La présentation de toutes lettres de grâce, pardon et abolition,
+lui appartenoit, encore que le procès fût pendant à la tournelle ou aux
+enquêtes. On y plaidoit les requêtes civiles, même contre les arrêts de
+la tournelle. Elle connoissoit des appellations verbales interjetées des
+sentences des juges qui étoient du ressort du parlement de Paris; des
+causes auxquelles le procureur-général étoit partie pour les droits du
+roi et de la couronne; des causes des pairs pour ce qui regardoit leurs
+pairies; des causes de l'université en corps et de plusieurs autres
+communautés. Elle recevoit le serment des ducs et pairs, des baillis et
+sénéchaux, et de tous les juges et magistrats, dont les appellations se
+relevoient immédiatement au parlement de Paris.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote173-A" name="footnote173-A"></a>
+<b><a href="#footnotetag173-A">173-A</a></b>: On l'a aussi appelée la <i>grand'voûte</i>, et, depuis Louis
+XII, la <i>chambre dorée</i>, à cause d'un plafond orné de culs-de-lampe
+dorés dont ce prince l'avoit enrichie.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote174" name="footnote174"></a>
+<b><a href="#footnotetag174">174</a></b>: Ces deux chambres se nommoient alors <i>chambres des
+requêtes de l'hôtel</i>. On les appeloit anciennement <i>les plaids de la
+porte</i>, parce que, dans les lieux où séjournoit le roi, il y avoit
+toujours à la porte de son palais un ou deux officiers chargés par lui
+de recevoir les requêtes, et d'y répondre sur-le-champ, à moins que
+l'affaire ne méritât d'être portée au prince. Lorsque Philippe-le-Bel
+eut rendu le parlement sédentaire, il fit un réglement pour les maîtres
+des requêtes de l'hôtel, par lequel il fut établi qu'ils serviroient par
+quartier aux lieux où seroit le roi, et le reste du temps au parlement.
+La chambre des requêtes du palais fut établie par Philippe-le-Long, à
+l'instar de celle des requêtes de l'hôtel, et on lui attribua, à l'égard
+du parlement, les mêmes fonctions qu'exerçoient les autres à l'égard du
+roi, c'est-à-dire qu'elle avoit le pouvoir de prendre et de juger les
+requêtes présentées à cette compagnie, à l'exception des plus
+importantes qui devoient lui être rapportées, et sur lesquelles elle
+avoit seule le droit de prononcer. Henri III créa une seconde chambre
+des requêtes du palais, par son édit du mois de juin 1580.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote175" name="footnote175"></a>
+<b><a href="#footnotetag175">175</a></b>: Cette chambre jugeoit les appellations des procès par
+écrit, pour connoître s'il avoit été bien ou mal appelé à la cour.
+Depuis Philippe-le-Long, qui en créa une seconde, jusqu'en 1483, on n'en
+compte que deux; la première étoit appelée <i>la grand'chambre des
+enquêtes</i>, et l'autre <i>la petite</i>. François I<sup>er</sup>, par lettres du
+dernier jour de janvier 1521, créa vingt conseillers au parlement, dont
+fut faite et composée <i>la troisième chambre des enquêtes</i>; il en érigea
+en 1543 une quatrième, qui fut d'abord nommée <i>chambre du domaine</i>, pour
+connoître des appellations des procès concernant le domaine et les eaux
+et forêts du royaume, et depuis <i>quatrième chambre des enquêtes</i>. Enfin
+Charles IX, par édit du mois de juillet 1568, créa une <i>cinquième
+chambre des enquêtes</i>, à l'instar des quatre autres.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote176" name="footnote176"></a>
+<b><a href="#footnotetag176">176</a></b>: Il déclara qu'il ne députeroit plus de prélats, parce
+qu'il faisoit conscience <i>de eus empeschier au gouvernement de leurs
+experituautes</i>. L'évêque de Paris et l'abbé de Saint-Denis continuèrent
+seuls d'y être admis.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote177" name="footnote177"></a>
+<b><a href="#footnotetag177">177</a></b>: On y jugeoit des affaires criminelles qui n'emportoient
+pas condamnation à mort. Celles-ci étoient renvoyées à la grand'chambre
+qui prononçoit. L'ordonnance de François I<sup>er</sup>, qui la rendit
+perpétuelle, lui donna en même temps le droit de condamner à mort comme
+à toute autre peine corporelle.</p>
+
+<p>En 1667, il fut érigé une tournelle civile qui jugeoit certaines
+affaires à l'audience. Il falloit tous les ans une nouvelle commission
+pour cette chambre, qui fut supprimée depuis 1698 jusqu'en 1735, et
+rétablie alors pour cette année seulement. Depuis il ne fut point donné
+de commissions.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote178" name="footnote178"></a>
+<b><a href="#footnotetag178">178</a></b>: Elle avoit été établie pour siéger pendant les vacances
+du parlement, et faire l'expédition des procès criminels, des matières
+provisoires et autres qui demandoient de la célérité.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote179" name="footnote179"></a>
+<b><a href="#footnotetag179">179</a></b>: On examinoit dans ces assemblées la conduite des
+conseillers du parlement; et les membres qui les composoient exerçoient
+dans le principe une autorité qui leur permettoit de destituer ou du
+moins de suspendre de leurs fonctions ceux qui étoient convaincus de
+négligence ou de prévarication. Les <i>Mercuriales</i>, qui, du temps de
+François I<sup>er</sup>, se tenoient une fois par mois, furent réduites à quatre
+par an, par l'ordonnance de Moulins, et dans la suite à deux. Depuis
+long-temps les droits du procureur ou du premier avocat général se
+bornoient à faire alternativement un discours pour la réformation de la
+compagnie en général, et spécialement pour la censure des défauts dans
+lesquels quelques magistrats pouvoient être tombés.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote180" name="footnote180"></a>
+<b><a href="#footnotetag180">180</a></b>: Lorsque les grands fiefs eurent été réunis à la couronne,
+les rois créèrent de nouvelles pairies par lettres-patentes, ce qui ne
+s'étoit point pratiqué jusqu'alors. Les premières furent faites sous
+Philippe-le-Bel, en faveur des princes du sang seulement, et long-temps
+après on en créa pour les princes étrangers, ce qui fut continué
+jusqu'au règne de François I<sup>er</sup>. Alors toutes les anciennes pairies
+laïques étant éteintes, on en créa aussi de nouvelles pour d'autres
+seigneurs, qui n'étoient ni princes du sang ni princes étrangers; et
+depuis ce temps les créations de duchés-pairies ont été multipliées à
+mesure que nos rois ont voulu illustrer des seigneurs de leur cour.</p>
+
+<p>Les droits et les honneurs des pairs étoient très-étendus. Ils
+assistoient au sacre du roi, la couronne en tête, y faisant <i>fonction
+royale</i>, c'est-à-dire représentant la monarchie, et soutenant tous
+ensemble la couronne du roi. Chacun d'eux y exerçoit en outre des
+fonctions particulières attachées à sa pairie. En qualité de plus
+anciens et de principaux membres de la cour, ils avoient entrée, séance
+et voix délibérative en la grand'chambre et aux chambres assemblées du
+parlement, chaque fois qu'ils le jugeoient à propos. Dans leurs causes,
+tant civiles que criminelles, ils avoient le droit de n'être jugés que
+par la cour <i>suffisamment garnie de pairs</i>, etc., etc., etc.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote181" name="footnote181"></a>
+<b><a href="#footnotetag181">181</a></b>: Ce mortier indiquoit que, dans leur origine, ils furent
+barons, parce qu'il faisoit partie du costume des seigneurs qui
+portoient ce titre. Le mortier est encore aujourd'hui la <i>couronne de
+baron</i>, en termes de blason.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote182" name="footnote182"></a>
+<b><a href="#footnotetag182">182</a></b>: Cette pierre énorme étoit dans la cour, et ne doit pas
+être confondue avec une autre table de marbre qu'on voyoit dans la
+grand'salle, et dont nous parlerons tout à l'heure. Toutes les deux ont
+disparu dans l'incendie de 1618.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote183" name="footnote183"></a>
+<b><a href="#footnotetag183">183</a></b>: Ce fut la seconde assemblée de ce genre où le
+<i>tiers-état</i> eût été admis à délibérer des affaires publiques; et la
+première avoit été tenue sous le même roi. Avant cette époque, il n'y
+avoit eu d'autre assemblée représentative de la nation que le <i>parlement
+général</i>; et l'on ne connoissoit que deux ordres dans l'État, le clergé
+et la noblesse.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote184" name="footnote184"></a>
+<b><a href="#footnotetag184">184</a></b>: <i>Voy.</i> pl. 13.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote185" name="footnote185"></a>
+<b><a href="#footnotetag185">185</a></b>: <i>Voy.</i> pl. 12.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote186" name="footnote186"></a>
+<b><a href="#footnotetag186">186</a></b>: On projette, dit-on, de nouvelles additions à la
+restauration de la partie de cet édifice qui donne sur le quai de
+l'Horloge. Déjà une partie des échoppes qui l'obstruoient du côté du
+pont au Change ont été abattues; on y a fait, de ce même côté, quelques
+réparations; et dans ce moment on y élève des constructions destinées à
+masquer l'aspect irrégulier et désagréable de ces vieux bâtiments; on y
+fait entre autres une nouvelle porte d'entrée.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote187" name="footnote187"></a>
+<b><a href="#footnotetag187">187</a></b>: Ces armoiries furent détruites pendant la révolution: les
+figures ont été épargnées.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote188" name="footnote188"></a>
+<b><a href="#footnotetag188">188</a></b>: Maintenant hôtel de la préfecture de police.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote189" name="footnote189"></a>
+<b><a href="#footnotetag189">189</a></b>: Maintenant cour de Harlay.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote190" name="footnote190"></a>
+<b><a href="#footnotetag190">190</a></b>: L'ordonnance de Philippe-le-Bel qui établit la députation
+des requêtes de l'hôtel fut rendue à Bourges, dans le <i>grand conseil</i>,
+le parlement siégeant dès lors à Paris: on pourroit citer d'autres
+exemples.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote191" name="footnote191"></a>
+<b><a href="#footnotetag191">191</a></b>: <i>Olim.</i> an. 1317.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote192" name="footnote192"></a>
+<b><a href="#footnotetag192">192</a></b>: Nos rois avoient encore un autre conseil, dont l'origine
+remonte jusqu'à celle de la monarchie, et qui étoit connu sous le nom de
+<i>Conseil étroit</i> (Am. lib. IV, c. 7). Clotaire avoit pour <i>conseillers
+intimes</i> trois seigneurs dont Grégoire de Tours nous raconte la
+trahison. (App. c. 45.) Il est dit que Charlemagne se faisoit toujours
+accompagner de ses conseillers les plus <i>éminents</i> et les plus sages; et
+l'on voit ses successeurs avoir toujours auprès d'eux un semblable
+conseil, dans lequel ils faisoient entrer telle personne qu'il leur
+plaisoit, sans avoir là-dessus d'autre règle que leur volonté.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote193" name="footnote193"></a>
+<b><a href="#footnotetag193">193</a></b>: De là étoit venu cet usage que le parlement donnât des
+<i>conseils</i> au roi lorsqu'il faisoit des règlements nouveaux, usage dont
+cette compagnie a depuis si étrangement abusé. Anciennement, lorsque le
+souverain vouloit rendre publique une ordonnance nouvelle, il appeloit
+devant lui les membres du parlement, ou se rendoit lui-même au milieu
+d'eux, pour en délibérer de nouveau avec cette portion nombreuse de ses
+<i>conseillers</i>. De cet acte de condescendance le parlement prétendit
+faire un droit. Il avoit aussi été établi que lorsqu'une ordonnance
+auroit été rendue dans le <i>grand conseil</i>, elle seroit <i>relue et
+reconnue</i> dans le Palais, pour y être ensuite déposée. De là les <i>refus
+d'enregistrement</i>, qui n'étoient autre chose qu'un appel au peuple et à
+la révolte. C'est ainsi que cette belle institution avoit dégénéré au
+point de devenir aussi fatale à la France qu'elle lui avoit été utile et
+glorieuse dans de meilleurs temps.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote194" name="footnote194"></a>
+<b><a href="#footnotetag194">194</a></b>: Il ne faut pas confondre ce genre d'établissements avec
+ceux que fit saint Louis. Les <i>établissements</i> de ce roi ne sont pour la
+plupart que la rédaction des coutumes générales qui étoient passées en
+lois. Ils ressembloient beaucoup à la collection des capitulaires de
+Charlemagne et de Louis-le-Débonnaire, que l'acceptation de l'assemblée
+générale des Francs fit passer en lois.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote195" name="footnote195"></a>
+<b><a href="#footnotetag195">195</a></b>: C'est-à-dire que les ordonnances que le roi faisoit dans
+<i>sa terre</i> (<i>in terrâ suâ</i>), ainsi que l'on parloit alors, les barons,
+par le même droit, les faisoient aussi dans <i>leurs terres</i>.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote196" name="footnote196"></a>
+<b><a href="#footnotetag196">196</a></b>: C'est-à-dire fait dans l'assemblée générale de la nation.
+(Cout. de Beauv. cap. 4, p. 265.)</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote197" name="footnote197"></a>
+<b><a href="#footnotetag197">197</a></b>: Avant l'établissement du <i>Conseil du roi</i>, qui a duré
+jusqu'à la révolution, le grand conseil, qu'il avoit remplacé,
+connoissoit, comme nous l'avons dit, d'une foule d'affaires, rarement
+contentieuses, dans toutes les branches de l'administration, domaines,
+finances, marine, commerce, lesquelles furent depuis attribuées à
+d'autres officiers successivement institués par nos rois; mais comme il
+résultoit de la part de ceux qui se croyoient lésés dans les jugements
+rendus par ces institutions, de continuelles <i>évocations</i> au grand
+conseil, cette circonstance détermina Charles VIII à le rendre
+permanent.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote198" name="footnote198"></a>
+<b><a href="#footnotetag198">198</a></b>: <i>Olim.</i> an 1291.&mdash;Secousse, t. I<sup>er</sup>, p. 803 et 805.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote199" name="footnote199"></a>
+<b><a href="#footnotetag199">199</a></b>: Les membres de cette députation étoient si bien les
+collègues des conseillers au parlement, que, dans certaines occasions,
+ils remplacèrent la cour et jugèrent des causes qui n'étoient pas dans
+leur département ordinaire, avec ceux des conseillers qu'ils purent
+rassembler. (<i>Olim.</i>, an. 1314.)</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote200" name="footnote200"></a>
+<b><a href="#footnotetag200">200</a></b>: Un porc-épic composoit le corps de cette devise; et ces
+deux mots, <i>et cominùs et eminùs</i>, en faisaient l'âme.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote201" name="footnote201"></a>
+<b><a href="#footnotetag201">201</a></b>: Voyez pl. 14. La gravure qui représente ce monument a été
+exécutée d'après un dessin unique appartenant au cabinet des gravures de
+la bibliothèque.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote202" name="footnote202"></a>
+<b><a href="#footnotetag202">202</a></b>: Ce bâtiment servoit de dépôt à tous les anciens comptes
+du royaume. Les registres de la cour contenoient d'ailleurs une infinité
+de choses très-curieuses pour l'histoire, les généalogies, et des titres
+importants pour l'état d'un grand nombre de familles.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote203" name="footnote203"></a>
+<b><a href="#footnotetag203">203</a></b>: Deux fois sous Childebert et sous Gontram, dit Sauval;
+deux fois par les Normands; brûlé de nouveau en 1034, sous Henri
+I<sup>er</sup>.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote204" name="footnote204"></a>
+<b><a href="#footnotetag204">204</a></b>: Sidon, lib. VII, cap. 6; Grég. Tur. <i>Hist.</i>, lib. II, c.
+25.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote205" name="footnote205"></a>
+<b><a href="#footnotetag205">205</a></b>: Nous avons déjà dit que l'empereur Anastase envoya à
+Clovis les <i>insignes</i> des premières dignités romaines. Voyez p. <a href="#page49">49</a>.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote206" name="footnote206"></a>
+<b><a href="#footnotetag206">206</a></b>: Grég. Tur. <i>Hist.</i>, lib. IV, c. 14 et 18.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote207" name="footnote207"></a>
+<b><a href="#footnotetag207">207</a></b>: Grég. Tur. <i>Hist.</i>, lib. IX, cap. 20.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote208" name="footnote208"></a>
+<b><a href="#footnotetag208">208</a></b>: Cap. Car. tit. 3, c. 12.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote209" name="footnote209"></a>
+<b><a href="#footnotetag209">209</a></b>: Art de vérif. les dates, ép. déd.; <i>ibid.</i>, préf. p. ix.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote210" name="footnote210"></a>
+<b><a href="#footnotetag210">210</a></b>: Cod. Theod., lib. XVI, tit. 2, l. 15.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote211" name="footnote211"></a>
+<b><a href="#footnotetag211">211</a></b>: Aim., lib. II., c. 27.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote212" name="footnote212"></a>
+<b><a href="#footnotetag212">212</a></b>: Hincm., t. II., epist. ad Episc., c. 38.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote213" name="footnote213"></a>
+<b><a href="#footnotetag213">213</a></b>: Aim., lib. V, c. 10.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote214" name="footnote214"></a>
+<b><a href="#footnotetag214">214</a></b>: Grég. Tur. <i>Hist.</i>, lib. V, c. 26. Il parle, en cet
+endroit, des <i>hommes</i> de saint Martin à qui Chilpéric fit payer le <i>ban</i>
+pour les punir de n'avoir point été à l'armée, après en avoir été
+requis.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote215" name="footnote215"></a>
+<b><a href="#footnotetag215">215</a></b>: Cap. Car., cal. tit. 27.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote216" name="footnote216"></a>
+<b><a href="#footnotetag216">216</a></b>: Cap. Car. cal., tit. 27. Il s'agit ici de la vision de
+saint Eucher.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote217" name="footnote217"></a>
+<b><a href="#footnotetag217">217</a></b>: Cap. Metens., an. 756, c. 14. Ces bénéfices furent
+appelés <i>précaires</i>.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote218" name="footnote218"></a>
+<b><a href="#footnotetag218">218</a></b>: Grég. Tur. <i>Hist.</i> lib. IV, c. 7. C'est là ce qu'on
+appeloit le <i>droit de régale</i>.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote219" name="footnote219"></a>
+<b><a href="#footnotetag219">219</a></b>: Cap. Car. cal. tit. 7, c. 65. Dans ce capitulaire, qui
+est celui d'Épernay, les évêques demandoient qu'on renouvelât à l'égard
+des redevances des bénéficiers ecclésiastiques les lois de
+Louis-le-Débonnaire et de Charles-le-Chauve; mais ces bénéficiers, qui
+étoient tous puissants seigneurs, rejetèrent cette demande, refusèrent
+les corvées et gardèrent les <i>précaires</i>.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote220" name="footnote220"></a>
+<b><a href="#footnotetag220">220</a></b>: Aim., lib. V, cap. 2. Les <i>honneurs</i>, chez les Francs
+comme chez les Romains, étoient indiqués par des marques extérieures,
+<i>insignia</i>. Tout homme libre chez les Francs avoit un <i>honneur</i>, et cet
+honneur commun à tous étoit la <i>ceinture militaire</i> ou le <i>baudrier</i>. Il
+le perdoit quand il entroit dans l'état monastique, et ne pouvoit plus
+le reprendre, même lorsqu'il lui plaisoit de rentrer dans la vie
+séculière. Cap. addit., c. III, 66; Cap. Met., an. 716, c. 2; I. Cap.
+an. 819, c. 16.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote221" name="footnote221"></a>
+<b><a href="#footnotetag221">221</a></b>: III. Cap. 20, an. 803.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote222" name="footnote222"></a>
+<b><a href="#footnotetag222">222</a></b>: III. Cap. 20, an 803.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote223" name="footnote223"></a>
+<b><a href="#footnotetag223">223</a></b>: Aim., lib. V, c. 2.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote224" name="footnote224"></a>
+<b><a href="#footnotetag224">224</a></b>: On leur donnoit encore le nom de <i>gonfalonnier</i>, parce
+qu'ils portoient la bannière des églises appelée <i>gonfanum</i>. C'est ainsi
+que l'<i>oriflamme</i>, bannière et enseigne dont l'abbaye royale de
+Saint-Denis se servoit dans ses guerres particulières, c'est-à-dire dans
+celles qu'elle entreprenoit pour retirer ses biens des mains des
+usurpateurs, ou pour empêcher qu'ils ne fussent enlevés, devint la
+bannière des rois de France, lorsqu'ils furent devenus maîtres des
+comtés de Pontoise et du Vexin, dont les seigneurs avoient été
+jusqu'alors <i>avoués</i> et protecteurs de cette abbaye. Ceci dut arriver
+sous le règne de Philippe I<sup>er</sup> ou de son fils Louis-le-Gros. (<i>Voyez</i>
+dissert. de Ducange sur l'hist. de saint Louis.)</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote225" name="footnote225"></a>
+<b><a href="#footnotetag225">225</a></b>: Aim. lib. VIII, c. 2. Cet évêque étoit saint Germain, qui
+tenoit le siége de Paris; et le monastère qu'il affranchit ainsi étoit
+celui de Saint-Vincent, depuis l'abbaye Saint-Germain-des-Prés.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote226" name="footnote226"></a>
+<b><a href="#footnotetag226">226</a></b>: Ce n'étoit pas contre les commendes en général qu'ils
+s'élevoient, puisqu'ils en possédoient eux-mêmes, mais contre la
+nomination abusive et scandaleuse des laïques à de semblables offices;
+c'étoit la dilapidation des biens des abbayes, souvent même l'expulsion
+des religieux de ces saintes demeures, qu'ils signaloient à la justice
+et à la religion du monarque: «Il y a des lieux sacrés, disoient-ils,
+qui sont devenus en entier la possession des laïques; il en est
+d'autres, qu'ils se sont en partie appropriés; il en est dont ils se
+sont donné les métairies comme leur propre héritage.» (Cap. Car. cal.,
+tit. 3, c. 12, tit. 52.)</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote227" name="footnote227"></a>
+<b><a href="#footnotetag227">227</a></b>: C'est ainsi que l'auteur d'un livre abominable, intitulé
+<i>Histoire physique, civile et morale de Paris</i>, présente impudemment
+comme autorités irréfragables de toutes les ordures dégoûtantes, de
+toutes les calomnies odieuses qu'il a accumulées dans son informe
+compilation, l'<i>Enfer des chicaneurs</i>, par Louis Vervin; les <i>Variétés
+sérieuses et amusantes</i>, par Sablier; les <i>Caquets de l'Accouchée</i>; la
+<i>Pourmenade du Pré-aux-Clercs</i>, poëme burlesque de Bertrand; l'<i>Espadon
+satirique</i> de d'Esternod: la satire du poète Sigognes <i>contre son haut
+de chausses</i>, etc., etc. S'il lui arrive de consulter quelquefois des
+autorités plus graves, ce sont des <i>exceptions</i> qu'il y cherche, afin de
+les présenter comme <i>règles générales</i>; expliquant ainsi très-facilement
+en faveur de son système de dénigrement, ce que l'on emploîroit
+précisément pour le combattre et le renverser de fond en comble. Au
+reste l'école philosophique et révolutionnaire n'a jamais eu d'autre
+méthode, depuis qu'elle a commencé sa guerre de plume contre la société;
+et cet auteur suit fidèlement la route que ses maîtres lui ont tracée.
+Avec de telles règles de critique et la conscience qu'elles supposent,
+il seroit facile de présenter saint Louis comme un chef de brigands, et
+saint Vincent de Paule comme un échappé des galères.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote228" name="footnote228"></a>
+<b><a href="#footnotetag228">228</a></b>: M. de Bonald, t. III, p. 412.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote229" name="footnote229"></a>
+<b><a href="#footnotetag229">229</a></b>: Les <i>Fidèles</i> descendus des anciens <i>Francs</i> méprisoient
+les lettres, parloient très-peu latin, n'estimoient que la profession
+des armes, et ne quittoient les camps que pour aller se confiner dans
+leurs terres; pendant près de deux siècles, leur ignorance les rendit
+incapables d'exercer aucune fonction ecclésiastique; tous les clercs
+étoient Romains.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote230" name="footnote230"></a>
+<b><a href="#footnotetag230">230</a></b>: <i>Voyez</i> l'art. <a href="#hoteldieu"><i>Hôtel-Dieu.</i></a></p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote231" name="footnote231"></a>
+<b><a href="#footnotetag231">231</a></b>: <i>Misericordia et veritas obviaverunt sibi: justitia et
+pax osculatæ sunt.</i> (Ps. <span class="smcap">LXXXIV</span>, II.)</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote232" name="footnote232"></a>
+<b><a href="#footnotetag232">232</a></b>: «Les évêques parvenus à l'épiscopat par de bonnes voies,
+dit un capitulaire, doivent montrer le chemin du ciel par leur bon
+exemple et par la prédication. Ils doivent, autant qu'il est en eux, et
+tant par eux-mêmes que par leurs subalternes, assister le roi dans
+l'administration qui lui en est confiée; et quand la négligence ou la
+mauvaise volonté d'un abbé ou d'une abbesse, d'un comte ou d'un vassal
+de la couronne, leur fait rencontrer des obstacles à l'accomplissement
+de leurs devoirs, ils sont obligés d'en avertir le roi, afin qu'appuyés
+de son assistance ils puissent avoir un libre exercice de l'autorité qui
+leur appartient.» (Cap. an 823, c. 4)</p>
+
+<p>Agobard, archevêque de Lyon, témoin des vexations et des injustices dont
+le peuple étoit accablé de la part de ses magistrats, se croyoit obligé
+d'en avertir le chef de la justice. (Agobard. <i>Epist. ad Marfrid.
+procer. palat.</i>)</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote233" name="footnote233"></a>
+<b><a href="#footnotetag233">233</a></b>: Gibbon.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote234" name="footnote234"></a>
+<b><a href="#footnotetag234">234</a></b>: On appelle <i>amortissement</i> une aliénation d'immeubles
+faite au profit de gens de <i>main-morte</i>, comme de couvents, de
+confréries et autres communautés.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote235" name="footnote235"></a>
+<b><a href="#footnotetag235">235</a></b>: L'abbé Lebeuf, Hist. du diocèse de Paris, t. I.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote236" name="footnote236"></a>
+<b><a href="#footnotetag236">236</a></b>: Ann. eccl., t. II, p. 856. Gall. Christ, 27. Av. 218.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote237" name="footnote237"></a>
+<b><a href="#footnotetag237">237</a></b>: Hist. eccl., Paris, t. I, p. 498.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote238" name="footnote238"></a>
+<b><a href="#footnotetag238">238</a></b>: On appelle ainsi la juridiction de l'évêque.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote239" name="footnote239"></a>
+<b><a href="#footnotetag239">239</a></b>: Baluze, Capit., t. II, col. 1493.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote240" name="footnote240"></a>
+<b><a href="#footnotetag240">240</a></b>: Un prieur est un ecclésiastique préposé sur un monastère
+ou bénéfice qui a le titre de prieuré. Les <i>réguliers</i> ayant acquis, par
+la libéralité des fidèles, des biens éloignés de leurs monastères,
+envoyoient dans ces domaines un certain nombre de leurs religieux, pour
+régir le temporel et desservir l'église. Le chef de cette colonie avoit
+le nom de prieur ou prévôt, et ces établissements se nommoient <i>celles</i>
+ou <i>obédiences</i>.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote241" name="footnote241"></a>
+<b><a href="#footnotetag241">241</a></b>: Cart. S. Eligii.&mdash;Hist. eccl., Paris, t. I, p. 766.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote242" name="footnote242"></a>
+<b><a href="#footnotetag242">242</a></b>: Cette église étant entièrement ruinée, le roi avoit
+accordé, en 1715, une loterie pour la faire rebâtir; mais le peu
+d'étendue de sa paroisse fut un motif pour en empêcher la
+reconstruction: elle fut démolie en entier; on changea l'emplacement en
+presbytère, et l'on réunit ses paroissiens à ceux de
+Saint-Pierre-des-Arcis.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote243" name="footnote243"></a>
+<b><a href="#footnotetag243">243</a></b>: Le portail, élevé en 1704, est décoré de pilastres
+d'ordres dorique et ionique, et construit dans la forme pyramidale, qui
+étoit alors en usage. On a établi dans son intérieur un atelier de
+fonderie.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote244" name="footnote244"></a>
+<b><a href="#footnotetag244">244</a></b>: <i>Extrait d'une lettre de Henri IV, écrite à différentes
+villes, aussitôt après cet attentat.</i></p>
+
+<p>«Il n'y avoit pas plus d'une heure que nous étions arrivé à Paris du
+retour de notre voyage de Picardie, et étions encore tout botté,
+qu'ayant autour de nous nos cousins le prince de Conti, comte de
+Soissons et comte de Saint-Paul, et plus de trente ou quarante des
+principaux seigneurs et gentilshommes de notre cour, comme nous
+recevions les sieurs de Ragni et de Montigny, qui ne nous avoient pas
+encore salué, un jeune garçon, nommé Jean Châtel, fort petit, et âgé au
+plus de dix-huit à dix-neuf ans, s'étant glissé avec la troupe dans la
+chambre, s'avança sans être quasi aperçu, et nous pensant donner dans le
+corps du couteau qu'il avoit, le coup (parce que nous nous étions baissé
+pour relever lesdits sieurs de Ragni et de Montigny, qui nous saluoient)
+ne nous a porté que dans la lèvre supérieure du côté droit, et nous a
+entamé et coupé une dent....... Il y a, Dieu merci, si peu de mal, que
+pour cela nous ne nous en mettrons pas au lit de meilleure heure.»</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote245" name="footnote245"></a>
+<b><a href="#footnotetag245">245</a></b>: Hist. de Henri-le-Grand, page 163.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote246" name="footnote246"></a>
+<b><a href="#footnotetag246">246</a></b>: Journ. de l'Étoile. An 1595.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote247" name="footnote247"></a>
+<b><a href="#footnotetag247">247</a></b>: Matth., t. II, liv. 1, p. 182.&mdash;Cayet, liv. VI, p.
+430.&mdash;Mém. de Sully, t. II, p. 457. Éd. de 1763.&mdash;De Thou, liv.
+3.&mdash;Cependant on n'avoit rien négligé pour lui arracher son secret; et
+pour y parvenir, on avoit employé jusqu'au sacrilége; car nous apprenons
+de l'Étoile que Lugoly, lieutenant de la maréchaussée, s'étoit déguisé
+en ecclésiastique, et avoit été introduit en qualité de confesseur
+auprès de J. Châtel.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote248" name="footnote248"></a>
+<b><a href="#footnotetag248">248</a></b>: Voyez le continuateur <i>janséniste</i> de Fleury, Hist.
+ecclésias., t. XXXVI.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote249" name="footnote249"></a>
+<b><a href="#footnotetag249">249</a></b>: Ibid.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote250" name="footnote250"></a>
+<b><a href="#footnotetag250">250</a></b>: «Une chose notable, c'est que les juges qui condamnèrent
+Guignard, parce que Louis <span class="smcap">Masure</span>, <i>ennemi déclaré des jésuites et
+député</i> de la cour, avoit trouvé des anciens écrits de ce jésuite, ces
+mêmes juges étoient, <i>pour la plupart</i>, de ceux qui avoient assisté au
+jugement <i>de l'arrêt donné contre le feu roi</i>, l'an 1589, qui est une
+<span class="smcap">CHOSE ÉTRANGE</span>.» (De l'Étoile. Journ. d'Henri IV,&mdash;t. II, p. 155 et
+suiv.)</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote251" name="footnote251"></a>
+<b><a href="#footnotetag251">251</a></b>: Si le père Guignard avoit seulement conservé cet écrit,
+il n'étoit pas plus coupable que les autres gardiens de bibliothèques.
+S'il l'avoit composé lui-même, c'étoit pendant les égaremens de la
+ligue; et il y avoit eu amnistie pour tous les ligueurs, y <i>compris</i> le
+parlement.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote252" name="footnote252"></a>
+<b><a href="#footnotetag252">252</a></b>: Mém. d'Est., etc., p. 241.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote253" name="footnote253"></a>
+<b><a href="#footnotetag253">253</a></b>: «Guignard, étant conduit au supplice, soutint toujours
+qu'il avoit <i>toujours</i> été d'avis de prier Dieu pour Sa Majesté. Il ne
+voulut jamais crier <i>merci</i> au roi, disant que depuis qu'il s'étoit
+converti, il ne l'avoit jamais oublié au <i>Memento</i> de la messe. Étant
+venu au lieu du supplice, il protesta de son innocence, et néanmoins ne
+laissa <i>d'exhorter</i> le peuple à l'<i>obéissance</i> au roi, et <i>révérence</i> au
+magistrat; même fit une prière tout haut pour Sa Majesté, à ce qu'il
+plût à Dieu lui donner son saint esprit..... puis pria le peuple de
+prier Dieu pour les jésuites, et n'ajouter foi <i>légèrement aux faux
+rapports</i> que l'on faisoit courir d'eux; qu'ils n'étoient point
+<i>assassins des rois</i>, comme on vouloit le leur faire entendre, ni
+fauteurs de telles gens <i>qu'ils détestoient</i>; et que <i>jamais</i> les
+jésuites n'avoient <i>procuré</i> ni <i>approuvé</i> la mort de roi <i>quelconque</i>.
+Ce furent ses dernières paroles avant de monter à l'échelle.» (Mém.
+d'Estat. <i>Loc. cit.</i>)</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote254" name="footnote254"></a>
+<b><a href="#footnotetag254">254</a></b>: «Guéret ne confessa jamais rien, dit de l'Étoile, et
+<i>pourtant</i> fut mis à la question où il se montra fort constant, et
+devant fit cette prière en latin tout haut: <i>Jesu-Christe, fili Dei
+vivi, qui passus es pro me, miserere mei et fac ut sufferam patienter
+tormentum hoc quod mihi præparatum est, quod merui et majus adhuc</i>;
+<span class="smcap">ATTAMEN TU SCIS</span>, Domine, quòd mundus sum et innocens ab hoc peccato».
+«Ce qui signifie: Jésus-Christ, fils du Dieu vivant, qui avez souffert
+pour moi, ayez pitié de moi, et faites que je souffre avec patience le
+tourment qui m'est préparé; je l'ai mérité et un plus grand encore;
+<i>cependant vous savez</i>, Seigneur, que <i>je suis pur et innocent</i> du péché
+qu'on m'impute. Après cette prière étant tiré, il ne jeta aucun soupir
+ni plainte de douleur: seulement réitéra cette prière: <i>Jesu Christe,
+fili Dei vivi</i>, etc.». (Journ. d'Henri IV, t. II, page 168.)</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote255" name="footnote255"></a>
+<b><a href="#footnotetag255">255</a></b>: À l'égard du père Guignard, le procureur général avoit
+conclu de même au bannissement, «et il y a grande apparence, dit le même
+de l'Étoile, que <i>s'il ne fût venu à mauvaise heure</i>, comme on dit, il
+en auroit été quitte pour cela.» (<i>Ibid.</i>) Il étoit assez fâcheux sans
+doute pour des jésuites, qui ne pouvoient choisir ni deviner la <i>bonne
+heure</i> du parlement, d'être pendus pour être venus à <i>sa mauvaise
+heure</i>.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote256" name="footnote256"></a>
+<b><a href="#footnotetag256">256</a></b>: Compte rendu au public des comptes rendus aux divers
+parlemens, etc., t. II.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote257" name="footnote257"></a>
+<b><a href="#footnotetag257">257</a></b>: Mém. de du Plessis, t. II, p. 500.&mdash;Journal de Henri III,
+t. V, p. 424.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote258" name="footnote258"></a>
+<b><a href="#footnotetag258">258</a></b>: Dupleix, Hist. de Henri-le-Grand.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote259" name="footnote259"></a>
+<b><a href="#footnotetag259">259</a></b>: C'est-à-dire leur entière destruction projetée dès le
+premier moment de leur existence, préparée par les efforts combinés de
+toutes les sectes de la prétendue réforme, hautement provoquée depuis et
+même prédite par les jansénistes et par tous les suppôts de la moderne
+philosophie.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote260" name="footnote260"></a>
+<b><a href="#footnotetag260">260</a></b>: Compte rendu déjà cité.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote261" name="footnote261"></a>
+<b><a href="#footnotetag261">261</a></b>: Depuis le cardinal d'Ossat.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote262" name="footnote262"></a>
+<b><a href="#footnotetag262">262</a></b>: Lettres du cardinal d'Ossat., 16 et 17.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote263" name="footnote263"></a>
+<b><a href="#footnotetag263">263</a></b>: <i>Ibid.</i> Lett. 23.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote264" name="footnote264"></a>
+<b><a href="#footnotetag264">264</a></b>: <i>Ibid.</i> Lett. 118.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote265" name="footnote265"></a>
+<b><a href="#footnotetag265">265</a></b>: Dupleix, Hist. de Henri-le-Grand.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote266" name="footnote266"></a>
+<b><a href="#footnotetag266">266</a></b>: Le jésuite Tolet.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote267" name="footnote267"></a>
+<b><a href="#footnotetag267">267</a></b>: Ce monarque ordonna, en 1596, qu'on fit par toutes les
+villes de son royaume, un service solennel pour le repos de l'âme, du
+jésuite Tolet; et il assista lui-même à celui qui fut fait dans la
+cathédrale de Rouen, où il étoit alors.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote268" name="footnote268"></a>
+<b><a href="#footnotetag268">268</a></b>: Dupleix, Hist. de Henri-le-Grand.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote269" name="footnote269"></a>
+<b><a href="#footnotetag269">269</a></b>: Choisy, Hist. de l'Égl., 1743, in-4<sup>o</sup>, t. X, liv. 31, ch.
+4.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote270" name="footnote270"></a>
+<b><a href="#footnotetag270">270</a></b>: Dupleix, Hist. de Henri-le-Grand.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote271" name="footnote271"></a>
+<b><a href="#footnotetag271">271</a></b>: <i>Ibid.</i></p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote272" name="footnote272"></a>
+<b><a href="#footnotetag272">272</a></b>: <i>Ibid.</i></p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote273" name="footnote273"></a>
+<b><a href="#footnotetag273">273</a></b>: Il disoit, en parlant des fondations faites en faveur de
+la société, «que les fondateurs auroient de la joie, s'ils revenoient au
+monde, de voir faire un si bon emploi de leurs biens. Ils ont <i>de bonnes
+lois</i>, ajoutoit-il, parlant encore des jésuites à ses ministres
+assemblés; laissons-les vivre selon leur règle, et qu'on ne me parle
+plus d'y rien changer.» (Vie du père Cotton, liv. II.)</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote274" name="footnote274"></a>
+<b><a href="#footnotetag274">274</a></b>: C'est dans ce discours qu'il déclara que tant s'en
+falloit qu'un jésuite eût trempé dans le projet d'assassinat de
+Barrière, que ce fut un jésuite qui l'<i>avertit de son entreprise</i>; et
+qu'un autre assura ce misérable qu'il seroit <i>damné</i>, s'il osoit
+l'entreprendre, etc. Enfin lorsque les jésuites vinrent apporter aux
+pieds de leur bienfaiteur l'hommage de leur vive reconnoissance, voici
+le discours que leur tint ce grand roi: nous le rapportons en entier
+sans y changer un seul mot.</p>
+
+<p>«L'assurance suit la confiance, dit Henri IV; je me <i>confie en vous</i>,
+assurez-vous de moi; avec ce papier (le catalogue des colléges qu'ils
+tenoient de sa munificence), je reçois les c&oelig;urs de toute votre
+compagnie, et avec les effets, je vous témoignerai le mien. J'ai
+toujours dit que ceux qui craignent et aiment bien Dieu, ne peuvent
+faire que bien, et sont <i>toujours les plus fideles à leur prince</i>. Nous
+nous sommes <i>détrompés</i>; je vous estimois <i>autres que vous n'êtes</i>, et
+vous m'avez trouvé <i>autre que vous ne m'estimiez</i>. Je voudrois que
+<i>c'eût été plus tôt</i>, mais il y a moyen de récompenser le passé:
+<i>aymez-moi, car je vous ayme</i>.» (Matth., panégyr. de Henri IV.)</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote275" name="footnote275"></a>
+<b><a href="#footnotetag275">275</a></b>: Ces expressions, nous les empruntons à un membre même de
+la magistrature, le président de Grammond: <i>pyramidam dirui mandat</i>,
+vetus in jesuitas monumentum procacitate respersum et satirâ. (<i>Hist.
+gall.</i>, p. 107.)</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote276" name="footnote276"></a>
+<b><a href="#footnotetag276">276</a></b>: Le père Cotton, confesseur du roi, qui vit l'artifice
+«soutint que la pyramide devoit être démolie pendant le jour, disant
+tout haut que Henri IV n'étoit point <i>un roi de ténèbres</i>». (Journal de
+Henri IV, t. III.) Son avis prévalut comme le plus judicieux: le pilier
+«fut renversé en plein jour, au mois de mai, par le lieutenant civil
+Miron, envoyé pour ce sujet par Sa Majesté.» (Mém. de Sully, liv. XX).</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote277" name="footnote277"></a>
+<b><a href="#footnotetag277">277</a></b>: L'auteur de l'<i>Histoire physique, civile et morale de
+Paris</i>, rapporte exactement dans son livre (t. III, p. 420) toutes ces
+longues et fastidieuses inscriptions, où la même idée est répétée
+jusqu'au dégoût; et cette idée n'est pas autre chose que l'expression
+d'une haine contre les jésuites, furieuse jusqu'au délire. Au reste,
+dans tout ce que sa propre rage a pu inspirer à cet écrivain contre ces
+religieux, il n'y a pas un mot qui ne soit une bévue, un mensonge ou une
+calomnie; et cependant, telle est la puissance de la vérité, qu'à
+l'occasion du supplice du père Guignard, il ne peut s'empêcher d'avouer
+que le parlement poussa la rigueur <i>jusqu'à l'iniquité</i>. (T. III, p.
+418.)</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote278" name="footnote278"></a>
+<b><a href="#footnotetag278">278</a></b>: Mercure françois, an 1605.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote279" name="footnote279"></a>
+<b><a href="#footnotetag279">279</a></b>: Voyez pl. 25.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote280" name="footnote280"></a>
+<b><a href="#footnotetag280">280</a></b>: Duch. t. III, p. 344.&mdash;Dubois, t. I, p. 547.&mdash;Ann.
+Bened., t. III, p. 719.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote281" name="footnote281"></a>
+<b><a href="#footnotetag281">281</a></b>: <i>Voyez</i> la note, page <a href="#page85">85</a>.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote282" name="footnote282"></a>
+<b><a href="#footnotetag282">282</a></b>: Sur le terrain de cette église, démolie peu de temps
+après, on avoit bâti une salle de spectacle, connue sous le nom de
+<i>Théâtre de la Cité</i>. Elle a été depuis changée en une vaste maison
+habitée maintenant par des particuliers.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote283" name="footnote283"></a>
+<b><a href="#footnotetag283">283</a></b>: Hist. du dioc. de Par., t. I, 2<sup>e</sup> p., p. 498.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote284" name="footnote284"></a>
+<b><a href="#footnotetag284">284</a></b>: Derrière Saint-Barthélemi et vis-à-vis Saint-Éloi.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote285" name="footnote285"></a>
+<b><a href="#footnotetag285">285</a></b>: Cette église a été démolie en 1800; et sur son
+emplacement on a ouvert une rue qui communique à celle de la
+Pelleterie.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote286" name="footnote286"></a>
+<b><a href="#footnotetag286">286</a></b>: Lebeuf, Hist. du dioc. de Paris, t. I, 2<sup>e</sup> p., p. 511.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote287" name="footnote287"></a>
+<b><a href="#footnotetag287">287</a></b>: L'abbé Lebeuf, t. I, 2<sup>e</sup>. part., p. 507.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote288" name="footnote288"></a>
+<b><a href="#footnotetag288">288</a></b>: Cette église a été démolie, et une maison la remplace.
+Une partie des murs extérieurs subsiste encore du côté de la petite rue
+Sainte-Croix.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote289" name="footnote289"></a>
+<b><a href="#footnotetag289">289</a></b>: Jaillot a démontré la fausseté de cette étymologie, en
+prouvant qu'au dixième et même au quatorzième siècle, on ne disoit point
+Saint-Germain <i>le Vieux</i>, mais <i>le Viel</i> et <i>le Vieil</i>. Tous les titres,
+d'ailleurs, qui parlent d'églises situées dans des endroits marécageux,
+et il en existe un grand nombre, ne les désignent jamais que sous le nom
+de <i>la Palud</i>, ou <i>Palu</i>, du mot latin <i>palus</i>.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote290" name="footnote290"></a>
+<b><a href="#footnotetag290">290</a></b>: Cette église, est restée long-temps en ruine; on en a
+achevé la démolition depuis quelques années, et sur le terrain qu'elle
+occupoit on a élevé des maisons.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote291" name="footnote291"></a>
+<b><a href="#footnotetag291">291</a></b>: Lebeuf, Hist. du Dioc. de Paris.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote292" name="footnote292"></a>
+<b><a href="#footnotetag292">292</a></b>: Du Breul, Sauval, Piganiol, Le Maire, Brice, etc.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote293" name="footnote293"></a>
+<b><a href="#footnotetag293">293</a></b>: Lebeuf, t. II, p. 575.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote294" name="footnote294"></a>
+<b><a href="#footnotetag294">294</a></b>: Lebeuf, t. I, p. 345.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote295" name="footnote295"></a>
+<b><a href="#footnotetag295">295</a></b>: Il y avoit un autre archiprêtre, qui étoit le curé de
+Saint-Séverin; et il avoit même joui de cette dignité avant le curé de
+la Magdeleine, bien que cette église prît le nom de <i>Première
+archipresbytérale</i>. C'étoit à ces dignitaires que l'archevêque adressoit
+ses mandemens, pour les faire passer aux églises du ressort de leur
+archiprêtré. On pouvoit les regarder comme les <i>doyens</i> des curés. Il y
+avoit aussi des archiprêtres <i>ruraux</i>.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote296" name="footnote296"></a>
+<b><a href="#footnotetag296">296</a></b>: L'emplacement de cette église, dont il ne reste pas le
+moindre vestige, est maintenant une espèce de cul-de-sac.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote297" name="footnote297"></a>
+<b><a href="#footnotetag297">297</a></b>: Cette tradition, adoptée par Du Breul, a été répétée par
+un grand nombre de compilateurs modernes.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote298" name="footnote298"></a>
+<b><a href="#footnotetag298">298</a></b>: Lib. 8, cap. 33.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote299" name="footnote299"></a>
+<b><a href="#footnotetag299">299</a></b>: Cependant on ne peut disconvenir que, dans le titre de
+fondation, il ne soit parlé de la prison de saint Denis, ainsi que dans
+quelques autres qui y ont rapport; mais la manière dont on en parle
+prouve que l'on ne s'appuyoit que sur la foi très-incertaine de la
+tradition. On suppose que cette prison étoit située en cet endroit, et
+on ne le suppose que sur un ouï-dire: <i>locum illum in quo incarceratus</i>
+<span class="smcap">DICITUR</span> <i>beatus Dionysius... in quo gloriosus martyr in carcere</i>
+<span class="smcap">TRADITUR</span> <i>fuisse detentum</i>.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote300" name="footnote300"></a>
+<b><a href="#footnotetag300">300</a></b>: <i>Hist. sancti Martini de Campis</i>, p. 313 <i>et seq.</i></p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote301" name="footnote301"></a>
+<b><a href="#footnotetag301">301</a></b>: <i>Mense</i> signifie la part que quelqu'un a dans les revenus
+d'une église.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote302" name="footnote302"></a>
+<b><a href="#footnotetag302">302</a></b>: Sauval donne la description d'une statue qui fut
+découverte en 1743, dans l'épaisseur du mur de cette église, du côté du
+couvent et sous les débris du vieux cloître. Cette statue, qui étoit
+couchée, représentoit un prêtre revêtu d'une chasuble retroussée d'un
+manipule long et étroit, sur lequel étoient gravées les lettres O. I. B.
+N. Sur l'étole aussi très-étroite étoient les deux lettres S. A. Ce
+personnage portoit la barbe longue, la tête nue, les cheveux courts
+comme les anciens cordeliers; il avoit les mains jointes; au-dessus de
+sa tête étoit une main qui le bénissoit, et de chaque côté des anges qui
+l'encensoient. On suppose que cette figure, dont le travail annonçoit le
+XII<sup>e</sup> siècle, étoit celle de quelque ancien prélat.</p>
+
+<p>Le pavé de l'église de Saint-Denis-de-la-Chartre étoit beaucoup plus bas
+que le pavé extérieur, ce qui prouve l'exhaussement considérable qu'a
+éprouvé le terrain de la Cité. Il ne restoit plus dans cette église
+aucun vestige d'antiquité, si ce n'est dans le sanctuaire, dont les
+piliers devoient être du 12<sup>e</sup> ou du 13<sup>e</sup> siècle. Le reste avoit été
+successivement renouvelé.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote303" name="footnote303"></a>
+<b><a href="#footnotetag303">303</a></b>: Voy. pl. 26. Cette église a été démolie dans les
+dernières années de la révolution, et sur l'emplacement qu'elle
+occupoit, ainsi que sur celui de ses dépendances, on a élevé des maisons
+et pratiqué l'ouverture du nouveau quai septentrional de la Cité.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote304" name="footnote304"></a>
+<b><a href="#footnotetag304">304</a></b>: Du Breul, p. 117.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote305" name="footnote305"></a>
+<b><a href="#footnotetag305">305</a></b>: Cette communauté, connue sous le nom d'<i>Académie de
+Saint-Luc</i> ou des maîtres peintres et sculpteurs, fut fondée pour
+relever l'art de la peinture, et pour corriger les abus qui s'y étoient
+introduits. Les réglements et statuts en furent dressés le 12 d'août
+1391, sur le modèle de ceux qui avoient été établis pour les corps de
+métiers; et l'on créa des jurés et gardes pour visiter et examiner la
+matière des ouvrages de peinture, avec pouvoir d'empêcher de travailler
+ceux qui ne seroient pas de la communauté. Dans ces statuts on rappeloit
+huit articles d'un ancien règlement, qui remontoit jusqu'au commencement
+de la troisième race. Ce corps fut depuis favorisé par plusieurs de nos
+rois, et vers le commencement du dix-septième siècle, la communauté des
+sculpteurs y fut réunie. Mais des abus et des désordres troublèrent cet
+établissement, dès que l'art eut fait quelques progrès. Les plus
+habiles, voyant que les fonctions de la jurande les détournoient de
+leurs travaux, les abandonnèrent à des gens sans talent, qui en firent
+bientôt une tyrannie insupportable et un moyen de vexation contre tous
+ceux qui n'étoient pas de leur communauté, de laquelle ils rendoient en
+même temps l'entrée difficile et entièrement vénale. Les peintres
+habiles se lassèrent enfin d'un joug si honteux; et leurs réclamations
+donnèrent naissance à l'académie royale de peinture et de sculpture,
+dont nous parlerons dans la suite.</p>
+
+<p>Toutefois, l'académie de Saint-Luc continua ses fonctions, et obtint, en
+1705, la permission d'ouvrir une école de dessin, et d'y entretenir un
+modèle. Elle faisoit tous les ans des distributions de prix, et n'a été
+détruite qu'au commencement de la révolution. La chapelle, qui existe
+encore, est abandonnée, et l'on a élevé au-dessus plusieurs étages
+habités par des particuliers.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote306" name="footnote306"></a>
+<b><a href="#footnotetag306">306</a></b>: Jaillot, t. I, p. 62.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote307" name="footnote307"></a>
+<b><a href="#footnotetag307">307</a></b>: Hist. de Paris, t. III, p. 73. Arch. de
+Saint-Germain-des-Prés, cartul. de Guillaume III, fol. 36.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote308" name="footnote308"></a>
+<b><a href="#footnotetag308">308</a></b>: Voy. pl. 26.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote309" name="footnote309"></a>
+<b><a href="#footnotetag309">309</a></b>: Cette église, abandonnée depuis long-temps, est occupée
+aujourd'hui par un teinturier.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote310" name="footnote310"></a>
+<b><a href="#footnotetag310">310</a></b>: Ce monument, long-temps déposé au Musée des
+Petits-Augustins, et transporté en 1817 dans l'église Sainte-Marguerite, se
+compose d'un sarcophage de marbre vert, surmonté d'une croix, au pied de
+laquelle on voit une vierge debout, levant les yeux au ciel avec
+l'expression de la douleur et de la résignation. Plus bas est étendu le
+corps du Christ, et des anges sont groupés autour de l'instrument de son
+supplice, dans l'attitude de l'adoration. On trouve dans cette sculpture
+les défauts et quelques-unes des beautés qu'offrent les nombreux ouvrages
+de cet artiste. Élève de Le Brun, il en a l'exagération et l'enflure,
+lorsqu'il cherche la noblesse des formes; et pour n'avoir pas assez étudié
+l'antique, et ne s'être point fait sur la véritable beauté, des principes
+assez sûrs, il devient trivial quand il veut être naïf. Les deux figures
+principales de ce groupe présentent un exemple assez frappant de cette
+manière vague qui fait le caractère de toutes les productions de cette
+école. Cependant elles ne sont point dépourvues de mérite, et les
+expressions en sont vraies, si les formes en sont médiocres. Il y a même
+dans les petits anges de la grâce et un assez bon goût de dessin. La croix
+et toutes les figures sont en marbre blanc.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote311" name="footnote311"></a>
+<b><a href="#footnotetag311">311</a></b>: Pastoraux, A, fol. 667; B, fol. 177; D, fol. 166.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote312" name="footnote312"></a>
+<b><a href="#footnotetag312">312</a></b>: La chapelle de Saint-Agnan a été démolie en 1795, et, sur
+le terrain qu'elle occupoit, on a bâti une maison particulière.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote313" name="footnote313"></a>
+<b><a href="#footnotetag313">313</a></b>: L'abbé Lebeuf, et Baillet.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote314" name="footnote314"></a>
+<b><a href="#footnotetag314">314</a></b>: Past., A., p. 588; B, p. 94; et D, p. 59.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote315" name="footnote315"></a>
+<b><a href="#footnotetag315">315</a></b>: Cette chapelle existe encore en partie: sur ses voûtes,
+composées d'arcs surbaissés, on a élevé une maison à plusieurs étages.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote316" name="footnote316"></a>
+<b><a href="#footnotetag316">316</a></b>: Hist. de Paris, t. I, p. 163. Piganiol, t. I, p. 144.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote317" name="footnote317"></a>
+<b><a href="#footnotetag317">317</a></b>: T. II, p. 513.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote318" name="footnote318"></a>
+<b><a href="#footnotetag318">318</a></b>: Le portail existe encore tel que nous le représentons.
+(Voy. pl. 26) La construction moderne élevée au-dessus des croisées qui
+le couronnent a été faite depuis la révolution.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote319" name="footnote319"></a>
+<b><a href="#footnotetag319">319</a></b>: Voyez Jaillot, t. I, p. 39.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote320" name="footnote320"></a>
+<b><a href="#footnotetag320">320</a></b>: Diplom. lib. 6, num. 14, p. 472.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote321" name="footnote321"></a>
+<b><a href="#footnotetag321">321</a></b>: Hist. eccl. Paris, t. I, p. 350.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote322" name="footnote322"></a>
+<b><a href="#footnotetag322">322</a></b>: Lebeuf, Hist. du Dioc. de Par. t. I, p. 389.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote323" name="footnote323"></a>
+<b><a href="#footnotetag323">323</a></b>: Arch. S. Genov.&mdash;Gall. Christ., t. VII.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote324" name="footnote324"></a>
+<b><a href="#footnotetag324">324</a></b>: <i>Voy.</i> pl. 15.&mdash;Sur cet homme singulier, <i>Voy.</i> les
+articles <i>Église de Saint-Jacques de la Boucherie et Cimetière des
+Innocents</i>.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote325" name="footnote325"></a>
+<b><a href="#footnotetag325">325</a></b>: Hist. de saint Denis, 2<sup>e</sup>. part. des preuv., p. clxiv.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote326" name="footnote326"></a>
+<b><a href="#footnotetag326">326</a></b>: Sulp. Sev. hist. lib. II.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote327" name="footnote327"></a>
+<b><a href="#footnotetag327">327</a></b>: Lib. I, cap. 30.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote328" name="footnote328"></a>
+<b><a href="#footnotetag328">328</a></b>: La persécution, qui s'étoit ralentie un moment après la
+mort de Dèce, recommença, plus violente encore, sous Gallus et
+Valérius.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote329" name="footnote329"></a>
+<b><a href="#footnotetag329">329</a></b>: Val. <i>de Basil</i>. Paris, cap. I, p. 15. Le premier concile
+de Paris fut tenu dans cette ville en 360.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote330" name="footnote330"></a>
+<b><a href="#footnotetag330">330</a></b>: Le Terrain s'appeloit, en 1258, <span class="smcap">la Motte aux Papelards</span>,
+<i>Motta Papelardorum</i>; en 1343 et 1356, <span class="smcap">le Terrail</span>, <i>Domus de Terralio</i>.
+C'étoit encore, au quinzième siècle, un espace inculte qui se terminoit
+en pente douce. En 1407, Charlotte de Savoie, seconde femme de Louis XI,
+y débarqua, lors de son entrée à Paris, et y fut complimentée par
+l'évêque et par le parlement.</p>
+
+<p>Vers le milieu du dix-septième siècle, les habitants de l'île
+Saint-Louis, ayant contracté l'obligation de faire revêtir le <i>Terrain</i>
+d'un mur de pierres de taille, et voulant rompre ce contrat, offrirent
+au chapitre une somme de 50,000 liv., qu'il accepta et employa à faire
+construire ce revêtement. On en fit depuis un jardin, uniquement destiné
+aux chanoines, et dans lequel ils n'admettoient que des hommes. Il a
+été, pendant la révolution, le dépôt des eaux filtrées de la Seine:
+depuis il est rentré dans les dépendances de l'archevêché.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote331" name="footnote331"></a>
+<b><a href="#footnotetag331">331</a></b>: Fortunat, évêque de Poitiers, et secrétaire de la reine
+Radegonde, vivoit dans le sixième siècle. On a de lui un poëme en quatre
+livres sur la vie de saint Martin, et diverses autres poésies, entre
+autres une pièce de vers intitulée <i>de Ecclesiâ Parisiacâ</i>, dans
+laquelle ces particularités ont été recueillies. (Voyez Lebeuf, Hist. du
+Dioc. de Par., t. I, p. 4.)</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote332" name="footnote332"></a>
+<b><a href="#footnotetag332">332</a></b>: Abbon, lib. II, v. 310. Diplomat., p. 472. Greg. Tur.,
+lib. VIII ch. 33.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote333" name="footnote333"></a>
+<b><a href="#footnotetag333">333</a></b>: Le testament d'Ermentrude. Voyez Jaillot, t. I, p. 123 et
+131.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote334" name="footnote334"></a>
+<b><a href="#footnotetag334">334</a></b>: <i>Hist. eccl.</i> Paris., t. I, p. 82.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote335" name="footnote335"></a>
+<b><a href="#footnotetag335">335</a></b>: On lit, dans le Nécrologe de l'église de Paris,
+qu'Étienne de Garlande, archidiacre, mort en 1142, y avoit fait beaucoup
+de réparations; et l'auteur de l'Éloge de Suger dit que cet abbé de
+Saint-Denis fit présent à la même église d'un vitrage d'une grande
+beauté. On l'appeloit, vers l'an 1110, <i>Nova ecclesia</i>, par opposition à
+l'église de Saint-Étienne, qui étoit beaucoup plus ancienne. C'est dans
+cette église de Notre-Dame que nos rois avoient coutume de célébrer le
+service divin avec le clergé. Un évêque de Senlis, dit une vieille
+chronique, étant venu à Paris, en 1041, pour demander une grâce au roi
+Henri, <i>trouva ce prince à la grand messe à Notre-Dame</i>. On a aussi des
+preuves que le roi Louis-le-Jeune y alloit souvent.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote336" name="footnote336"></a>
+<b><a href="#footnotetag336">336</a></b>: <i>Speculum hist. ad an. 1177. Hist. eccl. Paris.</i>, t. II,
+p. 123. <i>In app. Chron. Sigelb.</i> Memor. hist.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote337" name="footnote337"></a>
+<b><a href="#footnotetag337">337</a></b>: L'abbé Lebeuf, t. I, p. 9.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote338" name="footnote338"></a>
+<b><a href="#footnotetag338">338</a></b>: Lebeuf, Hist. du dioc. de Par., t. I, p. 10.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote339" name="footnote339"></a>
+<b><a href="#footnotetag339">339</a></b>: Le grand autel fut consacré quatre jours après la
+Pentecôte, en 1182. (<span class="smcap">Jaillot.</span>)</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote340" name="footnote340"></a>
+<b><a href="#footnotetag340">340</a></b>: Voyez pl. 16 et 17.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote341" name="footnote341"></a>
+<b><a href="#footnotetag341">341</a></b>: Ces statues colossales avoient quatorze pieds de hauteur.
+Elles ont été renversées pendant l'anarchie de 1793.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote342" name="footnote342"></a>
+<b><a href="#footnotetag342">342</a></b>: Le mot <i>ogive</i> vient de l'allemand <i>aug</i>, qui signifie
+<i>&oelig;il</i>, parce que les arcs des cintres, dans les voûtes gothiques,
+font des angles curvilignes semblables à ceux des coins de l'&oelig;il,
+quoique dans une position différente. <i>Voussure</i> signifie toute sorte de
+courbure en voûte.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote343" name="footnote343"></a>
+<b><a href="#footnotetag343">343</a></b>: Un gentilhomme chartrain, nommé Gobineau de Montluisant,
+a donné une explication extravagante des figures de cette façade. Il y
+avoit vu une histoire complète de la science <i>hermétique</i>, dont il étoit
+entêté. Le Père éternel étendant ses bras, et tenant un ange de chacune
+de ses mains, représentoit le créateur qui tire du néant le soufre
+incombustible et le mercure de vie, figurés par ces deux anges; le
+dragon qui est sous les pieds de saint Marcel figuroit la pierre
+philosophale, composée de deux substances, la fixe et la volatile; la
+gueule du dragon dénote le sel fixe, qui, par sa siccité, dévore le
+volatil, désigné par la queue glissante de l'animal, etc., etc. Tout le
+reste étoit aussi judicieusement conçu et expliqué.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote344" name="footnote344"></a>
+<b><a href="#footnotetag344">344</a></b>: Voyez pl. 17.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote345" name="footnote345"></a>
+<b><a href="#footnotetag345">345</a></b>: Le <i>pignon</i> est la partie supérieure d'un mur qui a la
+forme d'un triangle, et où se termine la couverture d'un comble à deux
+égouts.</p>
+
+<p>Les maisons de Paris, comme on peut encore en juger par quelques-unes
+des plus anciennes, présentoient sur leur façade, en forme de <i>pignon</i>,
+le mur qui, dans les constructions modernes, est devenu mur <i>latéral</i>.
+C'est de là qu'étoit venue cette locution populaire, <i>avoir pignon sur
+rue</i>, pour exprimer qu'on étoit propriétaire d'une maison.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote346" name="footnote346"></a>
+<b><a href="#footnotetag346">346</a></b>: C'est, dans une église gothique, un grand vitrail rond
+avec croisillon et nervures de pierre, qui forment un compartiment dont
+la forme imite celle de la rose.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote347" name="footnote347"></a>
+<b><a href="#footnotetag347">347</a></b>: Ce sont des ornements composés de <i>listeaux</i> et de
+<i>fleurons</i>, liés et croisés les uns avec les autres. Le <i>listeau</i> est
+une petite moulure carrée et unie qui accompagne ou couronne une autre
+moulure plus grande, ou qui sépare les cannelures d'une colonne ou d'un
+pilastre. Les <i>fleurons</i> sont des feuilles ou fleurs dessinées de
+caprice et sans imitation de la nature, entrelacées quelquefois de
+figures humaines et d'animaux, soit en entier soit en partie.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote348" name="footnote348"></a>
+<b><a href="#footnotetag348">348</a></b>: <i>Rinceau</i>, espèce de branche formée de grandes feuilles
+naturelles ou imaginaires, et refendues comme l'acanthe et le persil,
+avec fleurons, roses, boutons et graines; cet ornement entre dans la
+décoration des gorges, des frises, des panneaux, etc.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote349" name="footnote349"></a>
+<b><a href="#footnotetag349">349</a></b>: Nous y joindrons la description de quelques autres
+fragments antiques, découverts à diverses époques dans différentes
+parties de la Cité.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote350" name="footnote350"></a>
+<b><a href="#footnotetag350">350</a></b>: C'étoit aux balcons des galeries qu'étoient attachés et
+exposés, pendant la guerre, les drapeaux pris sur les ennemis de la
+France. On les ôtoit en temps de paix.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote351" name="footnote351"></a>
+<b><a href="#footnotetag351">351</a></b>: Le roi Jean.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote352" name="footnote352"></a>
+<b><a href="#footnotetag352">352</a></b>: Philippe-le-Bel, vainqueur des Flamands à la bataille de
+Mons-en-Puelle, le 18 août 1304, entra à Notre-Dame, monté sur le même
+cheval, et armé des mêmes armes avec lesquelles il avoit soutenu le
+premier choc de l'ennemi, qui avoit pénétré, par surprise, jusqu'à sa
+tente. Persuadé qu'il devoit à la protection signalée de la Vierge
+d'être échappé à un aussi grand danger, il fonda une rente de cent
+livres à l'église de Notre-Dame, et voulut que sa statue équestre y fût
+élevée, le casque en tête, et armée seulement de l'épée, tel qu'il étoit
+lorsqu'il fut surpris par les Flamands. Cette statue, que l'on voyoit
+près du dernier pilier de la nef, du côté de la chapelle de la Vierge, a
+été détruite probablement avec tant d'autres monuments de la monarchie;
+car elle n'existe point au dépôt des Monuments français. Saint-Foix
+prétend qu'elle fut érigée par Philippe de Valois, après la bataille de
+Cassel, et non par Philippe-le-Bel. Il donne, pour soutenir son opinion,
+des raisons qui semblent spécieuses: cependant elle n'a point prévalu.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote353" name="footnote353"></a>
+<b><a href="#footnotetag353">353</a></b>: La Chronique d'<i>Albéric de Troisfontaines</i> rapporte un
+fait qui peut donner une idée de la manière dont on ornoit, dès le
+treizième siècle, cette superbe basilique. Un voleur ayant formé le
+projet de s'emparer des bassins et des chandeliers d'argent qui étoient
+devant l'autel, imagina, la nuit de l'Assomption de l'année 1218, de les
+tirer à lui du haut des voûtes, où il s'étoit caché; les cierges, qui
+étoient encore allumés, ayant été enlevés avec les chandeliers, mirent
+le feu aux riches tentures dont l'église étoit tapissée, et il en brûla,
+avant qu'on pût l'éteindre, pour la valeur de neuf cents marcs d'argent
+(45,000 livres).</p>
+
+<p>Dans ces temps-là on avoit coutume, à cette même fête de l'Assomption,
+de joncher le pavé de cette église d'herbes odoriférantes; deux siècles
+après, on se contentoit d'y répandre de l'herbe tirée des prés de
+Gentilli.</p>
+
+<p>Le jour de la Pentecôte, c'étoit encore l'usage à Notre-Dame de jeter,
+par les voûtes, des pigeons, des oiseaux, des fleurs et des étoupes
+enflammées, pendant qu'on célébroit l'office divin.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote354" name="footnote354"></a>
+<b><a href="#footnotetag354">354</a></b>: La captivité du roi Jean, fait prisonnier à la bataille
+de Poitiers, en 1356, avoit livré Paris à l'anarchie la plus violente,
+et à tous les maux qui en sont la suite. Pour toucher le ciel en leur
+faveur, les bourgeois firent v&oelig;u d'offrir tous les ans, à Notre-Dame,
+une bougie de la longueur du tour de la ville. Cette offrande se fit
+régulièrement pendant deux cent cinquante ans, jusqu'en 1605, que Paris,
+prenant chaque jour de nouveaux accroissements, elle devint, d'année en
+année, plus difficile à remplir. Alors le don annuel de la bougie leur
+fut remis, et celui de cette lampe d'argent le remplaça.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote355" name="footnote355"></a>
+<b><a href="#footnotetag355">355</a></b>: On croit ce tableau de <i>Mignard</i>, dont <i>Sourlay</i> étoit
+l'élève.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote356" name="footnote356"></a>
+<b><a href="#footnotetag356">356</a></b>: Le chef-d'&oelig;uvre de ce grand peintre est l'un des tableaux
+les plus parfaits de l'école françoise.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote357" name="footnote357"></a>
+<b><a href="#footnotetag357">357</a></b>: Ces deux chapelles, de la Vierge et de Saint-Denis,
+construites sur les dessins de <i>Decotte</i>, architecte du roi, avoient été
+magnifiquement décorées aux frais du cardinal de Noailles, inhumé au pied
+de celle de la Vierge. La statue en marbre de saint Denis étoit de
+<i>Coustou</i> l'aîné, celle de la Vierge, de <i>Vassé</i>.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote358" name="footnote358"></a>
+<b><a href="#footnotetag358">358</a></b>: Cette sacristie est le bâtiment nouveau qui remplace
+l'ancienne galerie dont nous avons parlé page 312.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote359" name="footnote359"></a>
+<b><a href="#footnotetag359">359</a></b>: Nous ignorons ce que sont devenus la plupart de ces tableaux
+qui étoient conservés, dit-on, pendant la révolution, dans les divers
+dépôts du gouvernement. La prédication de saint Paul, par <i>Lesueur</i>, le
+martyre de saint Pierre, par <i>Bourdon</i>, la mort de la Vierge, par <i>le
+Poussin</i>, le <i>magnificat</i>, par <i>Jouvenet</i>, et quelques autres, ont été
+placés dans le musée du Roi: on les verroit avec plus de plaisir encore
+dans l'église à laquelle ils appartiennent.]
+
+<p class="p15"><a id="footnote360" name="footnote360"></a>
+<b><a href="#footnotetag360">360</a></b>: Nous ne faisons point entrer dans ce catalogue la statue
+colossale de saint Christophe, que l'on voyoit au premier pilier de la nef
+près de la porte principale. Elle avoit été élevée par Antoine Desessarts,
+frère de Pierre Desessarts, surintendant des finances, qui eut la tête
+tranchée en 1413. Il rêva la nuit que saint Christophe rompoit les grilles
+de la fenêtre de sa prison, et l'emportoit dans ses bras. Ayant été déclaré
+innocent quelques jours après, il fit exécuter cette statue, devant
+laquelle il étoit représenté à genoux. Cette figure gigantesque<a id="footnotetag360-A" name="footnotetag360-A"></a><a href="#footnote360-A" title="Go to footnote 360-A"><span class="smaller normal">[360-A]</span></a>,
+d'un aspect désagréable, fut abattue en 1784.]
+
+<p class="p15"><a id="footnote360-A" name="footnote360-A"></a>
+<b><a href="#footnotetag360-A">360-A</a></b>: Elle étoit haute de 28 pieds.]
+
+<p class="p15"><a id="footnote361" name="footnote361"></a>
+<b><a href="#footnotetag361">361</a></b>: Ces deux statues étoient déposées au Musée des monuments
+français.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote362" name="footnote362"></a>
+<b><a href="#footnotetag362">362</a></b>: Leurs statues, d'un gothique médiocre, étoient placées sur
+leur tombeau; et, depuis, on a pu les voir au Musée des Petits-Augustins.
+On y voyoit aussi un tableau également enlevé de Notre-Dame, où ce
+magistrat étoit représenté avec toute sa famille. Cette peinture, plus
+médiocre encore que les statues, même pour le temps où elle avoit été
+faite, offroit une image précieuse et naïve des costumes alors en usage. La
+postérité masculine de ce personnage s'étant éteinte dans le seizième
+siècle, ses biens furent transférés dans la famille de <i>Harville</i>, qui
+hérita en même temps de cette chapelle, où plusieurs de ses membres étoient
+enterrés.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote363" name="footnote363"></a>
+<b><a href="#footnotetag363">363</a></b>: Le cardinal y étoit représenté à genoux devant un prie-Dieu.
+Cette statue, d'un travail médiocre, est placée sur un entablement posé sur
+quatre colonnes, au milieu desquelles s'élève un grand cénotaphe en marbre
+noir (déposé pendant la révolution au Musée des monuments français).</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote364" name="footnote364"></a>
+<b><a href="#footnotetag364">364</a></b>: Les chanoines <i>jubilés</i> étoient ceux qui avoient desservi
+leurs prébendes pendant cinquante ans.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote365" name="footnote365"></a>
+<b><a href="#footnotetag365">365</a></b>: Du fond d'un grand sarcophage, qu'ouvre un squelette couvert
+de draperies, on voit se lever le comte d'Harcourt, qui semble se
+débarrasser de son linceul et adresser la parole à sa femme, représentée à
+genoux au bas du monument; derrière, l'Hymen éploré éteint son flambeau. Ce
+groupe, d'une exécution maniérée, d'un dessin pauvre et incorrect, étoit
+aussi déposé, pendant la révolution, au musée des monuments françois.</p>
+
+<p>Ce monument, et toutes les autres statues enlevées à Notre-Dame, ont été
+rendus à cette église.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote366" name="footnote366"></a>
+<b><a href="#footnotetag366">366</a></b>: On a prétendu qu'elle avoit été d'abord près de
+Saint-Landri, et que cette église en étoit la chapelle. Cette erreur
+vient de ce qu'effectivement les évêques possédoient une maison dans
+cette partie de la Cité.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote367" name="footnote367"></a>
+<b><a href="#footnotetag367">367</a></b>: Nécrol. Paris. ld. sept. Dans ces anciens bâtiments
+étoient les salles des officialités métropolitaine et diocésaine, du
+bailliage de la duché-pairie de l'archevêque, la chambre ecclésiastique
+du diocèse, et la bibliothèque des avocats<a id="footnotetag367-A" name="footnotetag367-A"></a><a href="#footnote367-A" title="Go to footnote 367-A"><span class="smaller normal">[367-A]</span></a>. Toute cette partie de
+l'archevêché a été abattue, à l'exception de la double chapelle. La vue
+pittoresque que nous joignons ici présente très-exactement l'état actuel
+de ce palais.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote367-A" name="footnote367-A"></a>
+<b><a href="#footnotetag367-A">367-A</a></b>: Cette bibliothèque étoit située dans le pavillon à
+droite de l'avant-cour de l'archevêché. Étienne <i>Gabrian</i>, seigneur de
+<i>Riparfonds</i>, l'un des plus célèbres jurisconsultes de son temps,
+l'avoit léguée en 1704 à ses confrères, avec des fonds pour
+l'entretenir, et sous la condition de la rendre publique. On y faisoit,
+une fois par semaine, des consultations gratuites pour les pauvres; et,
+tous les samedis non fêtés, des avocats distingués y tenoient des
+conférences sur la jurisprudence.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote368" name="footnote368"></a>
+<b><a href="#footnotetag368">368</a></b>: Voyez pl. 18.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote369" name="footnote369"></a>
+<b><a href="#footnotetag369">369</a></b>: Dans un diplôme du roi Louis VI, de l'an 1110, les
+seigneuries de cet évêque, après celle de sa censive dans la Cité, sont
+dites être <i>Saint-Germain</i>, <i>Saint-Éloi</i>, <i>Saint-Marcel</i>, <i>Saint-Cloud
+et Saint-Martin-de-Champeaux en Brie</i>. Il avoit aussi, dès le sixième
+siècle, des possessions dans le diocèse de Sens, et une terre en
+Touraine, dans les environs d'Amboise. (<span class="smcap">Lebeuf.</span>)</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote370" name="footnote370"></a>
+<b><a href="#footnotetag370">370</a></b>: <i>Cap. Sues.</i>, an. 744.&mdash;C. 3.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote371" name="footnote371"></a>
+<b><a href="#footnotetag371">371</a></b>: <i>Cod. Theod.</i>, lib. XVI, tit. II, <i>Leg.</i> 2, 39, 41, 47.
+<i>Edict. Clot.</i>, an. 615, c. 4.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote372" name="footnote372"></a>
+<b><a href="#footnotetag372">372</a></b>: <i>Cap. Lud.</i> Pii. Bal.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote373" name="footnote373"></a>
+<b><a href="#footnotetag373">373</a></b>: Voyez p. <a href="#page205">205</a>.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote374" name="footnote374"></a>
+<b><a href="#footnotetag374">374</a></b>: Nous apprenons de Grégoire de Tours qu'à la suite d'un
+désordre dont les juifs d'Auvergne avoient été l'occasion, et qui avoit
+amené la destruction de leur synagogue, le bienheureux Avitus, évêque de
+cette ville, leur fit dire «qu'il ne forçoit point, mais qu'il prêchoit;
+qu'il étoit leur pasteur, et que, s'ils vouloient se conformer à sa
+croyance, il les réuniroit au reste de son troupeau; que s'ils ne le
+vouloient pas, <i>ils eussent à sortir de la ville</i>.» Après trois jours de
+délibération, de doute et de perplexité, une partie des juifs fit dire à
+l'évêque qu'elle croyoit en Jésus-Christ; et ceux-là furent baptisés.
+Ceux qui ne voulurent pas recevoir le baptême sortirent de la ville, et
+allèrent s'établir à Marseille. (Hist., lib. V, c. 2.)</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote375" name="footnote375"></a>
+<b><a href="#footnotetag375">375</a></b>: Voyez ci-dessus, p. <a href="#page201">201</a> et suiv.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote376" name="footnote376"></a>
+<b><a href="#footnotetag376">376</a></b>: Pépin.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote377" name="footnote377"></a>
+<b><a href="#footnotetag377">377</a></b>: On appela <i>cour de chrétienté</i> le tribunal ecclésiastique
+où l'on jugeoit les cas <i>mixtes</i> et les autres délits publics qui
+étoient susceptibles d'être punis par les censures de l'Église. Toute
+pénitence publique emportoit avec elle l'interdiction du port d'armes;
+et une loi de Charlemagne ordonne que les pénitents qui avoient commis
+quelque crime énorme et capital, seroient enfermés dans une
+prison<a id="footnotetag377-A" name="footnotetag377-A"></a><a href="#footnote377-A" title="Go to footnote 377-A"><span class="smaller normal">[377-A]</span></a>, où, privés de tout commerce avec les fidèles, ils
+devoient être occupés à quelque travail utile, et accomplir ainsi, selon
+les canons, la peine qui leur avoit été imposée; ce qui constituoit
+non-seulement une séparation entière de la société, mais comme une
+espèce de servitude. Il paroît que le jeûne au pain et à l'eau, qui
+étoit une des punitions les plus légères, et que l'on appliquoit
+ordinairement aux fautes les moins graves, étoit rigoureusement imposé à
+ceux qui subissoient un tel emprisonnement.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote377-A" name="footnote377-A"></a>
+<b><a href="#footnotetag377-A">377-A</a></b>: Pendant long-temps ceux qu'on avoit ainsi dégradés
+parcoururent les provinces comme des vagabonds, <i>nus</i>, et armés
+seulement d'une épée (Cap. Aquis gran., an. 789, c. 77.)</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote378" name="footnote378"></a>
+<b><a href="#footnotetag378">378</a></b>: Cap. Car. cal., tit. 36.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote379" name="footnote379"></a>
+<b><a href="#footnotetag379">379</a></b>: <i>Ibid.</i>, c. 15.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote380" name="footnote380"></a>
+<b><a href="#footnotetag380">380</a></b>: S'il arrivoit, au contraire, que le pénitent, touché des
+avis paternels de son évêque, se soumît à la pénitence qui lui avoit été
+imposée, le magistrat ne prenoit aucune connoissance de son crime, si ce
+n'est pour exiger l'amende qu'il avoit encourue en le commettant.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote381" name="footnote381"></a>
+<b><a href="#footnotetag381">381</a></b>: Lorsque Carloman confia l'administration de la police aux
+évêques, il ne leur donna d'autres armes que les <i>censures</i> et leur
+<i>autorité</i>. «Mais cette autorité, ajoutoit-il, a besoin d'être aidée par
+la puissance judiciaire; ainsi il a plu à nous et à nos fidèles, <i>en
+commun</i>, que les commissaires royaux, chacun dans son district, les
+assistent fidèlement; et que le comte ordonne à son vicomte, à ses
+centeniers et aux autres ministres de la république, de même qu'aux
+Francs qui sont instruits des lois civiles, que, pour l'amour de Dieu,
+la paix de l'Église et la fidélité qu'ils nous doivent, ils les aident
+en cela du mieux qu'ils pourront» (3. <i>Cap. Carlom.</i>, c. 9.)</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote382" name="footnote382"></a>
+<b><a href="#footnotetag382">382</a></b>: Par l'excommunication du prêtre, le coupable étoit
+retranché de la société spirituelle, comme par la mort, le bourreau le
+retranche de la société matérielle; avec cette différence que le
+repentir et l'expiation pouvoient le faire rentrer dans la première,
+tandis que la rigueur inexorable de l'autre société le rejette ainsi
+pour jamais de son sein.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote383" name="footnote383"></a>
+<b><a href="#footnotetag383">383</a></b>: <i>Cap. apud Confluent.</i>, c. b. Un autre capitulaire offre
+les paroles suivantes: «Qu'aucun évêque ni prêtre n'excommunie aucune
+personne avant de prouver que, dans le cas où elle se trouve, les canons
+ordonnent de le faire, et à moins d'avoir <i>averti</i> celui qui a avoué ou
+qui est convaincu du délit. (<i>Cap. Car. Calv.</i>, tit. XL, c. 10). Le même
+capitulaire prouve que les laïques pouvoient avoir recours à la justice
+du roi, lorsqu'ils croyoient avoir été injustement condamnés par leurs
+évêques. (<i>Ibid.</i>, c. 7.)</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote384" name="footnote384"></a>
+<b><a href="#footnotetag384">384</a></b>: Il étoit défendu à celui qui en avoit été frappé d'entrer
+dans l'église, et de s'asseoir à table avec aucun chrétien; on ne devoit
+ni recevoir des présens de lui, ni lui donner le salut et le baiser, ni
+s'unir à lui dans la prière, jusqu'à ce qu'il eût été réconcilié (<i>Cap.
+synod. Vern.</i>, an. 755.) S'il ne faisoit aucun compte de
+l'excommunication lancée contre lui, le juge séculier y joignoit ses
+sommations; si elles étoient également inutiles, le juge ordinaire le
+faisoit conduire en prison, de sa propre autorité, lorsque le coupable
+étoit un homme de la <i>multitude</i>, ou prenoit les ordres du roi avant de
+l'enfermer, s'il étoit du nombre de ses vassaux; si c'étoit un comte,
+l'évêque lui-même devoit rendre compte au monarque de sa désobéissance.
+Mais il est facile de concevoir qu'abandonnés ainsi de tous ceux qui les
+environnoient, et qui, dans tout autre cas, les auroient défendus, à
+cause de cette terreur religieuse dont leur sentence saisissoit tous les
+esprits, les plus puissants et les plus endurcis se voyoient forcés de
+plier sous la main paternelle qui les châtioit, et de venir à
+résipiscence.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote385" name="footnote385"></a>
+<b><a href="#footnotetag385">385</a></b>: On a fait un crime au clergé d'avoir employé
+l'excommunication contre les ravisseurs de ses biens: quoi de plus juste
+cependant, puisque, dans la position où se trouvoit alors l'Église,
+comme société visible et constituée dans l'État, lui ravir ses biens,
+c'étoit attaquer son existence même, et par conséquent encourir la peine
+capitale, dont on a puni de tout temps, et dans tous les lieux, les
+crimes qui compromettent le salut de la société?</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote386" name="footnote386"></a>
+<b><a href="#footnotetag386">386</a></b>: Tous les monuments témoignent, au contraire, de la
+confiance sans bornes que les rois avoient dans leur sainteté et leurs
+lumières, et le noble usage qu'ils faisoient de cette confiance et de
+leurs fréquentes interventions dans les affaires les plus importantes de
+l'État. Clotaire et son fils Dagobert les prirent pour arbitres dans les
+contestations qui s'élevèrent entre eux au sujet des limites de leurs
+États. «Chilpéric et Gontram, dit Grégoire de Tours, étant divisés entre
+eux, ce denier fit assembler les évêques de ses États, afin qu'ils
+fussent arbitres entre son père et lui. Mais le ciel, qui vouloit punir
+ces princes de leurs péchés par le fléau de la guerre civile, permit
+qu'ils ne déférassent point alors au jugement des prélats.» Cet
+historien en parlant de la paix que ce même Gontram fit avec Childebert
+son neveu: «Voilà, dit-il, ce qui fut conclu entre ces princes, par
+l'entremise des prélats et des autres grands du royaume.»</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote387" name="footnote387"></a>
+<b><a href="#footnotetag387">387</a></b>: «La monarchie, dit l'abbé Dubos, eût été renversée de
+fond en comble dans ces temps d'affliction, si l'Église de France
+n'avoit point eu l'autorité et les richesses qu'on lui a tant
+reprochées. Mais la puissance que les ecclésiastiques avoient dans ces
+temps-là, mit ceux d'entre eux qui avoient de la vertu en état de
+s'opposer avec fruit à ces hommes de sang, dont les Gaules étoient
+remplies alors, et qui cherchoient sans cesse à faire augmenter les
+désordres et à multiplier les guerres civiles, pour usurper dans quelque
+canton l'autorité du prince, et s'y approprier ensuite le bien du
+peuple. Les bons ecclésiastiques empêchèrent ces cantonnements dans
+plusieurs endroits, et y conservèrent assez de droits et assez de
+domaines à la couronne pour mettre les princes qui la portèrent dans la
+suite en situation de recouvrer, avec le temps, du moins une grande
+partie des joyaux qu'on en avoit arrachés. C'est ainsi qu'un mur solide
+qui se rencontre dans un édifice mal construit, lui sert comme d'étai,
+et que, par sa résistance, il donne aux architectes le loisir de faire à
+ce bâtiment des réparations à l'aide desquelles il dure encore plusieurs
+siècles.»</p>
+
+<p>Ces réflexions sont, au fond, d'une grande vérité, quoiqu'il y ait
+beaucoup d'inexactitude dans la manière dont elles sont présentées.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote388" name="footnote388"></a>
+<b><a href="#footnotetag388">388</a></b>: <i>Voy.</i> p. <a href="#page208">208</a>.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote389" name="footnote389"></a>
+<b><a href="#footnotetag389">389</a></b>: Il nous semble qu'en traitant cette question, M. de
+Bonald n'a pas fait preuve de son exactitude accoutumée, lorsqu'il met
+au nombre des causes qui changèrent ainsi la nature des biens du clergé,
+les <i>donations multipliées</i> qui lui furent faites. (Voy. <i>&OElig;uvres
+complètes, t. III, p. 274.</i>) Ce n'est point par <i>donations</i>, mais par
+<i>restitutions</i>, qu'il devint propriétaire de terres inféodées. Le même
+écrivain pense aussi que ce fut comme <i>possesseurs de fiefs</i>, que les
+gens d'église se virent forcés de lever des soldats et souvent de
+combattre eux-mêmes (<i>ibid.</i>, p. 275): nous avons prouvé que ce fut pour
+eux une triste nécessité de le faire, long-temps avant qu'ils eussent
+des biens de cette espèce; et nous ajoutons que cette dernière
+révolution qui rendit ainsi au clergé, avec les priviléges immenses de
+l'inféodation, tant de propriétés dont il avoit été violemment
+dépouillé, loin de nuire à son existence, servit au contraire à la
+consolider.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote390" name="footnote390"></a>
+<b><a href="#footnotetag390">390</a></b>: Le territoire de Saint-Germain-l'Auxerrois, qui étoit
+dans la censive de l'évêque, devint si considérable par son commerce,
+que l'évêque Étienne crut devoir, pour en maintenir la prospérité,
+associer le roi Louis-le-Gros aux deux tiers du profit dans tout le clos
+fermé de fossés qu'on appeloit Champeau, <i>Campellus</i> ou <i>Campelli</i>, et
+ne s'en réserver qu'un tiers pour lui et son église, <i>le prévôt du roi
+restant tenu de prêter fidélité à l'évêque, et celui de l'évêque au
+roi</i>. Ce fameux traité, fait du consentement du chapitre, est daté de
+l'an 1136, vingt-neuvième de Louis VI, et quatrième de Louis VII son
+fils.</p>
+
+<p>Mais ce qui contribua le plus à diminuer les anciens droits de l'évêque,
+fut un autre traité que Guillaume de Seignelay, évêque en 1222, fit avec
+Philippe-Auguste. Ce prince fut reconnu avoir la justice du rapt et du
+meurtre dans le bourg Saint-Germain et dans la Culture-l'Évêque, qui en
+étoit voisine; le droit de lever des impôts sur les habitants pour
+dépenses de guerre et <i>chevauchées</i>, de même que celui de justice sur
+les marchands, dans tout ce qui étoit relatif aux marchandises.
+Lorsqu'il sera question du Louvre, nous parlerons des dédommagements qui
+furent alors accordés à l'Église pour compenser le tort que lui fit
+l'érection de cette maison royale.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote391" name="footnote391"></a>
+<b><a href="#footnotetag391">391</a></b>: L'exemple suivant pourra faire comprendre quels étoient
+alors les priviléges des seigneurs suzerains, priviléges contre lesquels
+venoit se briser toute l'autorité des rois, et qui avoient tout l'effet
+d'une loi fondamentale de l'État: les évêques de Paris, à leur
+installation, faisoient leur entrée solennelle à Notre-Dame, portés par
+quatre seigneurs feudataires de l'Église; et ce qu'on aura peine à
+croire, c'est que le roi étoit un des vassaux soumis à ce devoir, en
+qualité de seigneur de Corbeil, de Montlhéry et de la Ferté-Aleps.
+L'histoire nous apprend que Philippe-Auguste et saint Louis nommèrent
+des chevaliers qui les représentèrent dans cette cérémonie. Dans la
+suite, il y eut quatre barons françois destinés à remplir cette
+obligation; c'étoient les barons de Maci, de Montgeron, de Chevreuse et
+de Luzarches. Le baron de Montmorency, qui d'abord étoit de ce nombre,
+cessa d'en être lorsque sa terre eut été érigée en duché-pairie. On
+ignore quand et comment a fini cette servitude, depuis long-temps
+abolie; mais les rois, en même temps qu'ils étoient soumis envers les
+évêques à de tels devoirs, pouvoient à leur tour, et en vertu du droit
+de régale, s'emparer, à leur mort, de tous les meubles de bois et de fer
+qui se trouvoient dans leurs maisons; et ces prélats, qu'un tel droit
+contrarioit beaucoup, ne purent s'en racheter qu'à force de sacrifices
+et de prières, choisissant pour y parvenir une occasion où
+Louis-le-Jeune, prêt à faire son voyage d'outre-mer, se trouvoit dans
+une grande disette d'argent.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote392" name="footnote392"></a>
+<b><a href="#footnotetag392">392</a></b>: Cette juridiction des barons devint surtout vicieuse et
+abusive vers la fin de la seconde race, lorsque les malheurs du temps
+ayant légitimé les usurpations des grands vassaux, ils détruisirent
+toute <i>appellation</i> à un tribunal supérieur. Auparavant, ainsi que nous
+l'avons déjà dit, et que nous aurons occasion de le redire
+encore<a id="footnotetag392-A" name="footnotetag392-A"></a><a href="#footnote392-A" title="Go to footnote 392-A"><span class="smaller normal">[392-A]</span></a>, l'administration de la justice, malgré beaucoup
+d'imperfections qu'avoient introduites l'ignorance des barbares et la
+grossièreté de leurs m&oelig;urs, étoit bonne dans son principe qui ne
+demandoit qu'à être bien compris et raisonnablement développé; et ce qui
+le prouve, c'est qu'il suffit de revenir à ce principe, pour donner à la
+France la hiérarchie judiciaire la plus parfaite du monde civilisé, et
+un corps de magistrature auquel rien en Europe ne pouvoit être comparé.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote392-A" name="footnote392-A"></a>
+<b><a href="#footnotetag392-A">392-A</a></b>: <i>Voyez</i> ci-dessus, p. <a href="#page58">58</a>, et ci-après l'article
+<i>Châtelet</i>.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote393" name="footnote393"></a>
+<b><a href="#footnotetag393">393</a></b>: C'est dans la jurisprudence des tribunaux francs qu'il
+faut aller chercher l'institution barbare du <i>jury</i>, conservée par la
+nation anglaise, chez qui elle a été une des causes les plus actives de
+corruption pour toutes les classes de la société; institution depuis si
+follement adoptée en France avec tant d'autres qui ont fait sa honte et
+son malheur. Dans toute affaire, soit civile, soit criminelle, on
+procédoit par audition de témoins, les uns oculaires, et ceux-ci étoient
+produits par les parties, les autres simples <i>examinateurs</i> ou <i>jurés</i>,
+et ceux-là étoient choisis par le juge. Lorsque l'accusé pouvoit réunir
+en sa faveur la plus grande partie de ces témoins, dont le nombre
+varioit suivant la nature et la gravité du délit, son innocence étoit
+<i>prouvée</i>; que si les témoins lui étoient contraires, alors il avoit la
+ressource de se purger ou par le serment ou par le combat, auquel il
+provoquoit son accusateur. Toutefois, le serment n'étoit valable que
+lorsque cet accusé pouvoit déterminer un nombre plus ou moins grand de
+personnes d'une condition égale à la sienne, à <i>jurer</i> avec lui. C'étoit
+là ce qu'on appeloit les <i>conjurateurs</i>. Quant à l'accusateur, il ne
+pouvoit refuser le combat, lorsque l'accusé n'avoit pu réunir le nombre
+de ces <i>conjurateurs</i>, fixé par la loi. Les combats de cette espèce, si
+connus sous le nom de <i>jugement de Dieu</i>, étoient très-meurtriers sous
+la première race (Greg. Tur., lib. X, cap. 10); ils le furent moins sous
+la seconde, et les capitulaires paroissent n'y autoriser que l'usage de
+l'écu et du <i>bâton</i>. (<i>Ibid.</i>, lib. IV, c. 23.) En 1215 une ordonnance
+de Philippe-Auguste fixa à trois pieds la plus grande longueur des
+bâtons dont les champions devoient être armés. (Ordonn. du Louv., t. I,
+p. 36.)</p>
+
+<p>Il étoit une autre sorte d'épreuves nommée <i>ordalie</i>, ou épreuve par les
+élémens; mais il n'y avoit que les personnes de condition servile qui y
+fussent sujettes. (I. Cap., an. 809, c. 28.)</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote394" name="footnote394"></a>
+<b><a href="#footnotetag394">394</a></b>: Entre autres, le concile de Valence, tenu en 855; Nicolas
+I<sup>er</sup>, dans une épître à Charles-le-Chauve; les papes Célestin III,
+Innocent III, Honorius III. On les voit condamnés dans quatre conciles
+assemblés par Louis-le-Débonnaire, et dans le neuvième général de
+Latran, etc.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote395" name="footnote395"></a>
+<b><a href="#footnotetag395">395</a></b>: Par cette loi, dont étoit auteur Gondebaud, roi des
+Bourguignons, il étoit ordonné que ceux qui ne voudroient pas se tenir à
+la déposition des témoins ou au serment de leur adversaire, pourroient
+prendre la voie du duel. (<i>Voy.</i> la note p. <a href="#page351">351</a>.)</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote396" name="footnote396"></a>
+<b><a href="#footnotetag396">396</a></b>: Elle étoit composée des seigneuries de <i>Saint-Cloud</i>,
+<i>Maisons</i>, <i>Créteil</i>, <i>Ozoir-la-Ferrière</i> et <i>Armentières</i>.</p>
+
+<p>La juridiction ecclésiastique de l'archevêque, dite l'<i>Officialité</i>,
+tenoit son audience à l'entrée de la chapelle épiscopale inférieure. Ce
+tribunal étoit composé d'un official, un vice-gérent, et quelquefois
+plusieurs assesseurs, un greffier, un promoteur, des appariteurs.</p>
+
+<p>Ce prélat avoit encore une autre justice, que l'on nommoit la
+<i>Temporalité</i>. Elle étoit exercée par un juge qui connoissoit des
+appellations de sentences rendues en matière civile par les officiers
+des justices des terres de l'archevêché.</p>
+
+<p>Il possédoit en outre le droit de justice de fief et de voirie dans neuf
+fiefs situés dans la ville de Paris.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote397" name="footnote397"></a>
+<b><a href="#footnotetag397">397</a></b>: Ce mot chanoine, <i>canonicus</i>, vient de <i>à canone</i>, qui
+signifie <i>règle</i>.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote398" name="footnote398"></a>
+<b><a href="#footnotetag398">398</a></b>: On nommoit ces portions <i>divisiones mensurnas</i>, et ils
+furent appelés <i>fratres sportulantes</i>.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote399" name="footnote399"></a>
+<b><a href="#footnotetag399">399</a></b>: <i>Chron. Ademar. ad. ann. 816.</i></p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote400" name="footnote400"></a>
+<b><a href="#footnotetag400">400</a></b>: Sous la première et la seconde race, on les voit désignés
+sous le titre de <i>fratres et seniores, vel primores Sanctæ Mariæ</i>.
+Depuis le concile d'Aix-la-Chapelle, le chapitre est nommé <i>Congregatio
+vel conventus fratrum aut canonicorum Beatæ Mariæ</i>. Ce n'est qu'en 1073
+qu'on lit, pour la première fois, le mot <i>Capitulum</i>.</p>
+
+<p>Ces mots de <i>frères</i> et de <i>règle</i> ont fait croire à quelques auteurs
+que le chapitre de Notre-Dame étoit, dans les commencements, une
+communauté de <i>chanoines réguliers</i>, et qu'ils suivoient la règle de
+saint Augustin. Le culte particulier qu'ils rendoient à ce saint docteur
+n'est pas une preuve assez forte pour appuyer ce sentiment; et sa fête
+est célébrée avec solennité dans plusieurs églises qui n'ont jamais reçu
+sa règle.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote401" name="footnote401"></a>
+<b><a href="#footnotetag401">401</a></b>: Il y avoit anciennement treize chapitres à Paris, qui
+étoient: 1<sup>o</sup> le chapitre de Notre-Dame; 2<sup>o</sup> ceux de Saint-Jean-le-Rond;
+3<sup>o</sup> de Saint-Denis-du-Pas; 4<sup>o</sup> de Saint-Marcel; 5<sup>o</sup> de Saint-Honoré; 6<sup>o</sup>
+de Sainte-Opportune; 7<sup>o</sup> de Saint-Méry; 8<sup>o</sup> du Saint-Sépulcre; 9<sup>o</sup> de
+Saint-Benoît; 10<sup>o</sup> de Saint-Étienne-des-Grés; 11<sup>o</sup> de
+Saint-Thomas-du-Louvre; 12<sup>o</sup> de Saint-Nicolas-du-Louvre; 13<sup>o</sup> de
+Saint-Germain-l'Auxerrois. Le nombre de ces chapitres avoit été diminué
+par la réunion qui s'étoit faite de plusieurs d'entre eux, ainsi qu'on
+le verra par la suite.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote402" name="footnote402"></a>
+<b><a href="#footnotetag402">402</a></b>: Ce chapitre étoit indépendant de la juridiction de
+l'archevêque. Il avoit, ainsi que lui, son officialité et une justice
+séculière, appelée <i>la Barre du Chapitre</i>. De lui dépendoient aussi les
+chapitres de Saint-Méry ou Médéric, du Saint-Sépulcre, de Saint-Benoît
+et de Saint-Étienne-des-Grés. On appeloit vulgairement ces chapitres
+<i>les quatre filles de Notre-Dame</i>; comme ceux de Saint-Marcel, de
+Saint-Honoré, de Sainte-Opportune, et celui de
+Saint-Germain-l'Auxerrois, avant sa réunion au chapitre de Notre-Dame,
+étoient nommés <i>les filles de l'Archevêque</i>. Nous en parlerons à
+l'article de ces diverses églises.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote403" name="footnote403"></a>
+<b><a href="#footnotetag403">403</a></b>: Elle a été abattue.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote404" name="footnote404"></a>
+<b><a href="#footnotetag404">404</a></b>: <i>Hist. eccl. Paris.</i>, t. II, p. 22 et 23.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote405" name="footnote405"></a>
+<b><a href="#footnotetag405">405</a></b>: Ces conditions étoient qu'ils s'acquitteroient des mêmes
+fonctions, l'anniversaire excepté; qu'ils ne pourvoient se qualifier
+chanoines de Sainte-Marie, mais seulement de Saint-Jean, et que le
+chapitre conserveroit le droit de les nommer et de les destituer.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote406" name="footnote406"></a>
+<b><a href="#footnotetag406">406</a></b>: Cartul. S. Magl., fol. 178.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote407" name="footnote407"></a>
+<b><a href="#footnotetag407">407</a></b>: À l'abbaye de Saint-Denis, il y avoit une chapelle de
+Saint-Nicolas qui est désignée dans les titres, <i>Sanctus Nicolaus de
+Passu</i>. Au diocèse de Chartres étoit une paroisse appelée <i>le Pas de
+Saint-Lomer</i>.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote408" name="footnote408"></a>
+<b><a href="#footnotetag408">408</a></b>: Cinq de ces prébendes étoient sacerdotales, trois
+diaconales et deux sous-diaconales.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote409" name="footnote409"></a>
+<b><a href="#footnotetag409">409</a></b>: Cette église a été abattue.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote410" name="footnote410"></a>
+<b><a href="#footnotetag410">410</a></b>: L'historien de l'église de Paris, D. Félibien; M. de
+Mautour; Mém. de l'Acad. des Inscrip., t. III, p. 299.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote411" name="footnote411"></a>
+<b><a href="#footnotetag411">411</a></b>: Voyez pag. <a href="#page287">287</a>.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote412" name="footnote412"></a>
+<b><a href="#footnotetag412">412</a></b>: Nécrol. de N. D., 27 août et 12 sept.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote413" name="footnote413"></a>
+<b><a href="#footnotetag413">413</a></b>: <i>Hist. eccl. Paris</i>, t. II, p. 482.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote414" name="footnote414"></a>
+<b><a href="#footnotetag414">414</a></b>: <i>Hist. eccl. Paris</i>, t. III, p. 249.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote415" name="footnote415"></a>
+<b><a href="#footnotetag415">415</a></b>: Pastor. A., fol. 804.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote416" name="footnote416"></a>
+<b><a href="#footnotetag416">416</a></b>: L'abbé Lebeuf.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote417" name="footnote417"></a>
+<b><a href="#footnotetag417">417</a></b>: L'an 1413, les tours de lit commençant à n'être plus de
+simple toile comme auparavant, et étant formés d'ailleurs d'un bien plus
+grand nombre de pièces, les chanoines ordonnèrent que leurs héritiers,
+en donnant cent livres, somme en ces temps-là très-considérable,
+seroient quittes, s'ils vouloient, de cette charité. Cette disposition
+nouvelle a duré jusqu'en 1592, que les directeurs séculiers de cet
+hôpital se plaignirent au parlement, et prétendirent que le ciel, les
+rideaux, la courtepointe et autres accompagnements des lits des
+chanoines, soit qu'ils fussent de soie, d'argent, d'or ou de telle autre
+étoffe que le luxe avoit ajoutée à la simplicité des siècles précédents,
+devoient leur appartenir. Sur les conclusions des gens du roi, la cour
+leur accorda leur demande. L'an 1654, elle condamna les héritiers de M.
+de Gondi, archevêque de Paris, à délivrer aux administrateurs de
+l'Hôtel-Dieu son lit et tout ce qui en dépendoit.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote418" name="footnote418"></a>
+<b><a href="#footnotetag418">418</a></b>: Rec. des tit. de l'Hôtel-Dieu.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote419" name="footnote419"></a>
+<b><a href="#footnotetag419">419</a></b>: Leur nombre fut ensuite porté jusqu'à douze, en 1654,
+sous l'inspection et l'autorité de l'archevêque et des premiers
+magistrats.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote420" name="footnote420"></a>
+<b><a href="#footnotetag420">420</a></b>: Elles étoient aidées dans leurs fonctions par un grand
+nombre de personnes, tant du dehors que de l'intérieur de l'Hôtel-Dieu.
+L'état journalier de cette maison en portoit le nombre à plus de cinq
+cents.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote421" name="footnote421"></a>
+<b><a href="#footnotetag421">421</a></b>: La communauté de ces religieuses étoit toujours
+très-nombreuse, malgré l'austérité de leur règle et les pénibles travaux
+qui y étoient attachés; elles étoient ordinairement cent trente. Leur
+noviciat duroit sept ans, à dater du jour de la prise de l'habit, et il
+ne falloit pas moins de temps pour éprouver une vocation si difficile.</p>
+
+<p>L'administration de cet hôpital a éprouvé bien des changements pendant
+la révolution; et c'est alors qu'on a pu se convaincre que des
+dispositions purement humaines et des agents salariés ne pouvoient
+suffire à des travaux, à des sacrifices qui sont tels qu'aucun prix sur
+la terre ne peut les payer. Il n'appartient qu'à la religion et aux
+immortelles espérances qu'elle porte avec elle, de produire de tels
+prodiges de dévouement et de charité; et ils périroient avec elle, s'il
+étoit possible qu'elle périt jamais. Les s&oelig;urs de l'Hôtel-Dieu ont
+donc été rappelées, parce que l'on a reconnu qu'il étoit impossible de
+se passer de leur assistance.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote422" name="footnote422"></a>
+<b><a href="#footnotetag422">422</a></b>: Cette chapelle, différente de l'église du même nom,
+située à l'autre extrémité du parvis, fut rebâtie vers 1380, par les
+soins d'Oudard de Maucreux, bourgeois de Paris. Elle a été démolie
+pendant la révolution.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote423" name="footnote423"></a>
+<b><a href="#footnotetag423">423</a></b>: Sur la rive méridionale.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote424" name="footnote424"></a>
+<b><a href="#footnotetag424">424</a></b>: Voy. pl. 20.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote425" name="footnote425"></a>
+<b><a href="#footnotetag425">425</a></b>: L'édit portoit aussi <i>que les gens à cheval paieroient
+six deniers</i>; mais ils n'y ont jamais passé, car il y avoit une barrière
+ou tourniquet qui n'en laissoit l'entrée libre qu'aux piétons.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote426" name="footnote426"></a>
+<b><a href="#footnotetag426">426</a></b>: Ce droit étoit d'un neuvième.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote427" name="footnote427"></a>
+<b><a href="#footnotetag427">427</a></b>: L'ancien portail étoit d'un gothique très-élégant.
+<i>Voyez</i> la pl. 19, qui offre aussi une vue de l'archevêché, tel qu'il
+était dans les temps anciens.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote428" name="footnote428"></a>
+<b><a href="#footnotetag428">428</a></b>: Past. B., p. 194.&mdash;Et D., p. 201.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote429" name="footnote429"></a>
+<b><a href="#footnotetag429">429</a></b>: On sait que le grand-maître, sommé par le légat de
+confirmer les aveux qu'il avoit faits à Poitiers, s'avança sur le bord
+de l'échafaud, et y fit à haute voix une rétractation, à laquelle le
+maître de Normandie donna son adhésion; ce qui fut cause qu'ils furent
+brûlés vifs, le soir même, sur l'île <i>aux Bureaux</i>. Voyez page <a href="#page104">104</a>.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote430" name="footnote430"></a>
+<b><a href="#footnotetag430">430</a></b>: Cette maison fut nommée <i>la Couche</i>.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote431" name="footnote431"></a>
+<b><a href="#footnotetag431">431</a></b>: Reg. du parl.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote432" name="footnote432"></a>
+<b><a href="#footnotetag432">432</a></b>: <i>Ibid.</i></p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote433" name="footnote433"></a>
+<b><a href="#footnotetag433">433</a></b>: On les vendoit, dit-il, vingt sous la pièce dans la rue
+Saint-Landri; et quelquefois on les donnoit par charité à des femmes
+malades par suite de couches, qui s'en servoient pour se débarrasser
+d'un lait corrompu.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote434" name="footnote434"></a>
+<b><a href="#footnotetag434">434</a></b>: Cette répartition fut faite de la manière suivante: 3.000
+l. par an pour toutes les justices dépendantes de l'archevêché; 2,000
+liv. pour celle de l'église du chapitre de Paris; 3,000 liv. pour celle
+de l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés; 1200 liv. pour celle de l'abbaye
+de Saint-Victor; 1500 liv. pour celle de l'abbaye de Sainte-Geneviève;
+1500 liv. pour celle du Grand-Prieuré de France; 2,500 liv. pour celle
+du prieuré de Saint-Martin; 600 liv. pour celle du prieuré de
+Saint-Denis-de-la-Chartre; 100 liv. pour celle que l'abbaye de Tiron a
+dans Paris; 50 liv. pour celle de l'abbaye de Montmartre; 100 liv. pour
+celle du prieuré de Saint-Marcel; 150 liv. pour celle du chapitre de
+Saint-Médéric; 100 liv. pour celle du chapitre de Saint-Benoît; 100 liv.
+pour celle de l'abbaye de Saint-Denis.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote435" name="footnote435"></a>
+<b><a href="#footnotetag435">435</a></b>: Ce dernier avoit peint tout ce qui remplissoit les
+arcades du rez-de-chaussée et toute la partie du fond jusqu'à la voûte.
+Il y avoit représenté la Nativité, l'Adoration des mages et des bergers;
+une gloire d'anges couronnoit cette composition. Par une singularité
+assez remarquable, il avoit imaginé de représenter sur le plafond les
+débris d'une riche voûte entièrement ruinée, soutenue par d'énormes
+étais, et menaçant d'une chute prochaine.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote436" name="footnote436"></a>
+<b><a href="#footnotetag436">436</a></b>: Il sert maintenant de pharmacie centrale à tous les
+hospices civils de Paris.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote437" name="footnote437"></a>
+<b><a href="#footnotetag437">437</a></b>: Il paroit qu'originairement il étoit plus près de
+l'emplacement où l'on a bâti depuis le pont Notre-Dame. (<span class="smcap">Jaillot.</span>)</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote438" name="footnote438"></a>
+<b><a href="#footnotetag438">438</a></b>: Voyez pl. 25. Ce monument est déposé aux
+Petits-Augustins.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote439" name="footnote439"></a>
+<b><a href="#footnotetag439">439</a></b>: À l'article de la porte Saint-Denis nous parlerons avec
+plus de détail de cette entrée, qui présente plusieurs particularités
+remarquables.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote440" name="footnote440"></a>
+<b><a href="#footnotetag440">440</a></b>: Les fêtes et dimanches, les oiseliers y venoient vendre
+toutes sortes d'oiseaux, ce qui leur avoit été permis sous la condition
+d'en lâcher deux cents douzaines au moment où nos rois et nos reines
+passeroient sur ce pont dans leurs entrées solennelles.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote441" name="footnote441"></a>
+<b><a href="#footnotetag441">441</a></b>: Voyez pl. 21.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote442" name="footnote442"></a>
+<b><a href="#footnotetag442">442</a></b>: Voyez p. <a href="#page168">168</a>.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote443" name="footnote443"></a>
+<b><a href="#footnotetag443">443</a></b>: Ces maisons ont été abattues pendant la révolution, ainsi
+que celles qui couvraient le petit Pont.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote444" name="footnote444"></a>
+<b><a href="#footnotetag444">444</a></b>: Du Breul, Sauval, les historiens de Paris, Piganiol.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote445" name="footnote445"></a>
+<b><a href="#footnotetag445">445</a></b>: Raoul de Presle.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote446" name="footnote446"></a>
+<b><a href="#footnotetag446">446</a></b>: Ann. Bened., t. VI, p. 180; et Anecd., t. I, col. 371.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote447" name="footnote447"></a>
+<b><a href="#footnotetag447">447</a></b>: Le Laboureur, liv. XXXIII, chap. VI.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote448" name="footnote448"></a>
+<b><a href="#footnotetag448">448</a></b>: Le journal de Paris, sous le règne de Charles VI,
+l'appelle le <i>pont de la Planche-de-Mibrai</i>.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote449" name="footnote449"></a>
+<b><a href="#footnotetag449">449</a></b>: La démolition en fut commencée en 1787.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote450" name="footnote450"></a>
+<b><a href="#footnotetag450">450</a></b>: C'étoit un dominicain, né à Vérone vers le milieu du
+quinzième siècle, et qui se rendit également célèbre dans les sciences
+et dans les arts. Indépendamment des beaux monuments qu'il a élevés, il
+est auteur de remarques très-curieuses sur les commentaires de
+Jules-César; on a de lui des éditions de Vitruve et de Frontin; et c'est
+à ses soins que l'on doit la découverte de la plupart des épîtres de
+Pline. Il fut le maître de Jules Scaliger.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote451" name="footnote451"></a>
+<b><a href="#footnotetag451">451</a></b>: Voyez pl. 22. Ce pont est d'un fort beau dessin; mais il
+laissoit sans doute beaucoup à désirer pour la solidité, car on voit
+qu'en 1540 il avoit besoin de réparation; qu'en 1577 deux de ses arches
+étoient fort endommagées, et qu'il fut encore réparé en 1659, ainsi que
+le témoigne l'inscription qu'on y mit alors.</p>
+
+<p class="poem10">
+ <i>Jucundus celebrem posuit tibi, Sequana, pontem;<br>
+ Invito &oelig;diles flumine restituunt.</i></p>
+
+<p class="right15"><i>An. N. S. M.DC.LIX.</i></p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote452" name="footnote452"></a>
+<b><a href="#footnotetag452">452</a></b>: Déposé au Musée des Petits-Augustins.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote453" name="footnote453"></a>
+<b><a href="#footnotetag453">453</a></b>: Nécrol. de N. D.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote454" name="footnote454"></a>
+<b><a href="#footnotetag454">454</a></b>: En 1206, 1280, 1296, 1325, 1376, 1393 et autres années.
+(<span class="smcap">Jaillot.</span>)</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote455" name="footnote455"></a>
+<b><a href="#footnotetag455">455</a></b>: Hist. de Paris, t. II, p. 714.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote456" name="footnote456"></a>
+<b><a href="#footnotetag456">456</a></b>: Compte de Marcel, IV<sup>e</sup> liv., fol. 62. Cependant l'abbaye
+Saint-Germain-des-Prés conserva les droits qu'elle avoit sur ce pont; et
+l'on trouve qu'au milieu du seizième siècle elle y possédoit encore
+trois maisons dont elle jouissoit de toute ancienneté; elle étoit en
+outre propriétaire de plusieurs moulins établis sous ses arches; et
+cette possession n'étoit pas moins ancienne, puisque ces moulins lui
+avoient été donnés par Childebert. D'autres moulins, situés du côté de
+l'Hôtel-Dieu, appartenoient à l'évêque, et étoient nommés les <i>chambres
+de l'évêque</i>.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote457" name="footnote457"></a>
+<b><a href="#footnotetag457">457</a></b>: Hist. de Paris, t. II, p. 1361.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote458" name="footnote458"></a>
+<b><a href="#footnotetag458">458</a></b>: Ce pont a été abattu et reconstruit, pendant la
+révolution, un peu plus au midi de la Cité, vis-à-vis la rue Saint-Louis
+et le cloître Notre-Dame. Voyez, à la fin de ce quartier, l'article
+<a href="#monunouveaux"><i>Monuments nouveaux</i></a>.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote459" name="footnote459"></a>
+<b><a href="#footnotetag459">459</a></b>: Voyez l'article <a href="#ruescite"><i>Rues de la Cité</i></a>.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote460" name="footnote460"></a>
+<b><a href="#footnotetag460">460</a></b>: Voyez p. <a href="#page169">169</a>.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote461" name="footnote461"></a>
+<b><a href="#footnotetag461">461</a></b>: <i>Hist. eccl. Paris.</i>, t. II, p. 461. Pastor. D., fol.
+39.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote462" name="footnote462"></a>
+<b><a href="#footnotetag462">462</a></b>: Gr. Cart., fol. 11, ch. 18.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote463" name="footnote463"></a>
+<b><a href="#footnotetag463">463</a></b>: Cette fête, dont les historiens du temps nous ont laissé
+le détail, peut donner une idée de l'espèce de luxe et du genre de
+divertissemens qui étoient alors en usage à la cour de France. Edouard
+II, roi d'Angleterre, s'y trouva, avec Isabeau de France sa femme, et
+les seigneurs les plus distingués de son royaume. Les deux cours se
+piquèrent de rivaliser entre elles de magnificence: on changeoit
+d'habits trois et quatre fois par jour; et les rois donnoient l'exemple
+à leurs courtisans, en étalant à l'envi tout ce que le faste a de plus
+éclatant. Le peuple prit part à la joie de ses maîtres par des festins
+et des réjouissances publiques. Elles durèrent huit jours, pendant
+lesquels les Parisiens donnèrent des représentations de pièces de
+théâtre, dont Dieu, la vierge Marie, Lucifer, les anges et les diables
+étoient toujours le sujet. On jouoit, sur un échafaud dressé au bout
+d'une rue, les récompenses dont jouissoient les élus dans le ciel; et au
+bout opposé, les peines des âmes damnées. On donna ensuite le spectacle
+d'une marche de beaucoup d'animaux, et ce spectacle fut nommé <i>la
+procession du renard</i>, on ne sait pourquoi. Le cinquième jour, les
+habitans de Paris, les uns à pied, les autres à cheval, passèrent en
+revue devant les deux rois. Un auteur contemporain assure qu'il y avoit
+cinquante mille hommes, vingt mille cavaliers et trente mille
+fantassins, ce qui peut donner une idée du grand nombre d'habitants que
+contenoit dès lors cette capitale.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote464" name="footnote464"></a>
+<b><a href="#footnotetag464">464</a></b>: <i>Hist. eccl. Paris</i>, t. II, p. 562.&mdash;Sauval, t. 1, p.
+90.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote465" name="footnote465"></a>
+<b><a href="#footnotetag465">465</a></b>: <i>Hist. eccl. Paris.</i>, t. III, p. 124.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote466" name="footnote466"></a>
+<b><a href="#footnotetag466">466</a></b>: Voyez pl. 23.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote467" name="footnote467"></a>
+<b><a href="#footnotetag467">467</a></b>: Le procès-verbal que l'archevêque de Paris en fit dresser
+alors, porte qu'elle étoit large de six à sept toises sur douze de
+longueur, vitrée, couverte d'ardoises, et ornée d'un tableau
+représentant saint Louis et sainte Cécile.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote468" name="footnote468"></a>
+<b><a href="#footnotetag468">468</a></b>: Il fallut obtenir à cet effet le consentement des curés
+de Saint-Paul, de Saint-Gervais, de Saint-Jean-le-Rond et de
+Saint-Nicolas-du-Chardonnet.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote469" name="footnote469"></a>
+<b><a href="#footnotetag469">469</a></b>: Voyez pl. 24.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote470" name="footnote470"></a>
+<b><a href="#footnotetag470">470</a></b>: Les <i>modillons</i> sont de petites consoles renversées dans
+la forme d'un S sous le plafond de la corniche; ils semblent soutenir le
+larmier, toutefois ils ne servent que d'ornements. On appelle <i>métope</i>
+l'intervalle qu'on laisse entre les triglyphes de la frise dans l'ordre
+dorique. Les <i>triglyphes</i> sont une espèce de bossage, par intervalles
+égaux, qui, dans la frise dorique, a des gravures entières en angles,
+appelées <i>glyphes</i> ou <i>canaux</i>, et séparées par trois côtés d'avec les
+deux demi-canaux des côtés.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote471" name="footnote471"></a>
+<b><a href="#footnotetag471">471</a></b>: Voyez pl. 26.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote472" name="footnote472"></a>
+<b><a href="#footnotetag472">472</a></b>: Ce plafond orne maintenant une des pièces du palais du
+Luxembourg.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote473" name="footnote473"></a>
+<b><a href="#footnotetag473">473</a></b>: Ils sont actuellement dans le Musée du Roi. Le plafond
+qu'avoit peint Le Brun n'a point été enlevé de cet hôtel.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote474" name="footnote474"></a>
+<b><a href="#footnotetag474">474</a></b>: Plusieurs de ces tableaux appartiennent maintenant à la
+collection des rois.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote475" name="footnote475"></a>
+<b><a href="#footnotetag475">475</a></b>: Dans cet hôtel à moitié démoli, il y a maintenant une
+brasserie et un atelier de teinture.</p>
+
+<p>L'hôtel Lambert est devenu le dépôt général des lits de la garde
+royale.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote476" name="footnote476"></a>
+<b><a href="#footnotetag476">476</a></b>: T. III., p. 124.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote477" name="footnote477"></a>
+<b><a href="#footnotetag477">477</a></b>: T. III, p. 124.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote478" name="footnote478"></a>
+<b><a href="#footnotetag478">478</a></b>: Le plan de Dheulland.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote479" name="footnote479"></a>
+<b><a href="#footnotetag479">479</a></b>: T. I, p. 239.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote480" name="footnote480"></a>
+<b><a href="#footnotetag480">480</a></b>: Hist. de Paris, t. V, p, 138.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote481" name="footnote481"></a>
+<b><a href="#footnotetag481">481</a></b>: T. I, p. 89. <i>Javeau</i> est un terme des eaux et forêts,
+qui signifie une île nouvellement faite au milieu d'une rivière, par
+alluvion ou amas de limon et de sable.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote482" name="footnote482"></a>
+<b><a href="#footnotetag482">482</a></b>: En 1034, sous Henri I<sup>er</sup>.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote483" name="footnote483"></a>
+<b><a href="#footnotetag483">483</a></b>: <i>Rigord. vita Philipp. Aug.</i></p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote484" name="footnote484"></a>
+<b><a href="#footnotetag484">484</a></b>: Il paroît toutefois qu'on se contenta de paver ce qu'on
+appeloit alors la <i>croisée de Paris</i>, c'est-à-dire deux rues qui se
+croisoient au centre de cette ville, et dont l'une se dirigeoit du midi
+au nord, et l'autre de l'est à l'ouest; ce pavé étoit composé de grosses
+dalles de grès, carrées et de la dimension de trois pieds et demi
+environ sur toutes leurs faces. L'abbé Lebeuf dit avoir vu plusieurs
+pierres de cet ancien pavé, au bas de la rue Saint-Jacques, et à une
+profondeur de sept à huit pieds. Il ajoute qu'on apercevoit, entre le
+pavé de Philippe-Auguste et le pavé actuel, des débris d'un pavé
+intermédiaire, preuve nouvelle de l'élévation successive du sol de la
+ville de Paris.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote485" name="footnote485"></a>
+<b><a href="#footnotetag485">485</a></b>: Ce que rapporte à ce sujet le commissaire Delamarre peut
+donner une idée de l'importance d'un tel bienfait. «Ceux d'entre nous,
+dit-il, qui ont vu le commencement du règne de Sa Majesté, se
+souviennent encore que les rues de Paris étoient si remplies de fange,
+que la nécessité avoit introduit l'usage de ne sortir qu'en bottes; et
+quant à l'infection que cela causoit dans l'air, le sieur Courtois,
+médecin, qui demeuroit alors rue des Marmouzets, a fait cette petite
+expérience, par laquelle on jugera du reste. Il avoit dans sa salle, sur
+la rue, de gros chenets à pommes de cuivre; et il a dit plusieurs fois
+aux magistrats et à ses amis que, tous les matins, il les trouvoit
+couverts d'une teinture assez épaisse de vert-de-gris, qu'il faisoit
+nettoyer pour faire l'expérience du jour suivant; et que depuis l'an
+1663, que la police du nettoiement des rues a été rétablie, ces taches
+n'avoient plus paru. Il en tiroit cette conséquence que l'air corrompu
+que nous respirons continuellement faisoit d'autant plus d'impressions
+malignes sur les poumons et les autres viscères, que ces parties sont
+incomparablement plus délicates que le cuivre, et que c'étoit la cause
+immédiate de plusieurs maladies. Aussi est-il certain que, depuis ce
+rétablissement, il n'a plus paru à Paris de contagions, et beaucoup
+moins de ces maladies populaires dont la ville étoit si souvent affligée
+dans les temps que le nettoiement des rues a été négligé.»</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote486" name="footnote486"></a>
+<b><a href="#footnotetag486">486</a></b>: Nous avons eu soin de faire mettre en <i>italique</i> les noms
+dont l'usage s'est perdu, soit que les rues qui les portoient aient été
+couvertes de maisons, soit que la fantaisie du peuple ait changé ces
+noms. Nous donnons aussi une explication des vieilles locutions les plus
+difficiles à entendre.</p>
+
+<p>Le lecteur observera que dans cette pièce <i>au</i> est écrit par <i>o</i>, <i>aux</i>
+par <i>as</i>, <i>qu'on</i> par <i>con</i>, <i>un</i> par la lettre <i>i</i>, le nom de <i>Dieu</i>
+par <i>Diex</i>.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote487" name="footnote487"></a>
+<b><a href="#footnotetag487">487</a></b>: On mettoit en vers, aux treizième et quatorzième siècles,
+certains sujets qui seroient regardés aujourd'hui comme peu susceptibles
+des agrémens de la poésie: aussi les poètes d'alors se gênoient-ils peu
+sur la rime et sur les autres règles de la versification. Leur licence
+étoit telle, que, pour remplir la mesure, ils fabriquoient des termes
+nouveaux, ajoutoient des circonstances bizarres et étrangères à leur
+sujet, et même y inséroient des sermens au nom de tel ou tel saint, qui
+souvent n'avoit jamais existé, mais dont le nom, imaginé sur-le-champ,
+achevoit leurs vers, ou pour la rime, ou pour la quantité.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote488" name="footnote488"></a>
+<b><a href="#footnotetag488">488</a></b>: Demeure une faiseuse de couvertures.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote489" name="footnote489"></a>
+<b><a href="#footnotetag489">489</a></b>: Un peu au-dessus.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote490" name="footnote490"></a>
+<b><a href="#footnotetag490">490</a></b>: Il y demeure des Dames.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote491" name="footnote491"></a>
+<b><a href="#footnotetag491">491</a></b>: De là.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote492" name="footnote492"></a>
+<b><a href="#footnotetag492">492</a></b>: De quelque façon qu'on le prenne.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote493" name="footnote493"></a>
+<b><a href="#footnotetag493">493</a></b>: En descendant.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote494" name="footnote494"></a>
+<b><a href="#footnotetag494">494</a></b>: Je ne marchai pas en vain.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote495" name="footnote495"></a>
+<b><a href="#footnotetag495">495</a></b>: Plusieurs jeunes filles.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote496" name="footnote496"></a>
+<b><a href="#footnotetag496">496</a></b>: Le mal tourné, le renversé.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote497" name="footnote497"></a>
+<b><a href="#footnotetag497">497</a></b>: Vis-à-vis.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote498" name="footnote498"></a>
+<b><a href="#footnotetag498">498</a></b>: Que de son amour nous soyons protégés.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote499" name="footnote499"></a>
+<b><a href="#footnotetag499">499</a></b>: Je désavouerai.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote500" name="footnote500"></a>
+<b><a href="#footnotetag500">500</a></b>: Que onques, jamais.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote501" name="footnote501"></a>
+<b><a href="#footnotetag501">501</a></b>: Noël.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote502" name="footnote502"></a>
+<b><a href="#footnotetag502">502</a></b>: Il y vit une querelle de femmes.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote503" name="footnote503"></a>
+<b><a href="#footnotetag503">503</a></b>: Demeurent les égyptiens ou diseurs de bonne aventure.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote504" name="footnote504"></a>
+<b><a href="#footnotetag504">504</a></b>: Demeure, qu'on.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote505" name="footnote505"></a>
+<b><a href="#footnotetag505">505</a></b>: Fagot, broussaille, bourrée.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote506" name="footnote506"></a>
+<b><a href="#footnotetag506">506</a></b>: Au milieu de.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote507" name="footnote507"></a>
+<b><a href="#footnotetag507">507</a></b>: bruit.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote508" name="footnote508"></a>
+<b><a href="#footnotetag508">508</a></b>: Près de là</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote509" name="footnote509"></a>
+<b><a href="#footnotetag509">509</a></b>: <i>Atrium</i>, l'aitre ou place de Sainte-Geneviève.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote510" name="footnote510"></a>
+<b><a href="#footnotetag510">510</a></b>: Loin de la rivière de Seine.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote511" name="footnote511"></a>
+<b><a href="#footnotetag511">511</a></b>: Fatigué, las.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote512" name="footnote512"></a>
+<b><a href="#footnotetag512">512</a></b>: Oiseau choisi pour la rime.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote513" name="footnote513"></a>
+<b><a href="#footnotetag513">513</a></b>: Qui conseille les autres.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote514" name="footnote514"></a>
+<b><a href="#footnotetag514">514</a></b>: Trouvai.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote515" name="footnote515"></a>
+<b><a href="#footnotetag515">515</a></b>: <i>Manet</i>, demeure la femme d'un charpentier.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote516" name="footnote516"></a>
+<b><a href="#footnotetag516">516</a></b>: Ses plaintes.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote517" name="footnote517"></a>
+<b><a href="#footnotetag517">517</a></b>: Je bus.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote518" name="footnote518"></a>
+<b><a href="#footnotetag518">518</a></b>: Là un peu.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote519" name="footnote519"></a>
+<b><a href="#footnotetag519">519</a></b>: De là.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote520" name="footnote520"></a>
+<b><a href="#footnotetag520">520</a></b>: On vend foin et paille.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote521" name="footnote521"></a>
+<b><a href="#footnotetag521">521</a></b>: Je vous expose.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote522" name="footnote522"></a>
+<b><a href="#footnotetag522">522</a></b>: Eut nom.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote523" name="footnote523"></a>
+<b><a href="#footnotetag523">523</a></b>: Moins.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote524" name="footnote524"></a>
+<b><a href="#footnotetag524">524</a></b>: Promptement.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote525" name="footnote525"></a>
+<b><a href="#footnotetag525">525</a></b>: Mon âme.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote526" name="footnote526"></a>
+<b><a href="#footnotetag526">526</a></b>: Tardif.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote527" name="footnote527"></a>
+<b><a href="#footnotetag527">527</a></b>: Pareillement.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote528" name="footnote528"></a>
+<b><a href="#footnotetag528">528</a></b>: raccourcis.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote529" name="footnote529"></a>
+<b><a href="#footnotetag529">529</a></b>: sur le bord de la mer.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote530" name="footnote530"></a>
+<b><a href="#footnotetag530">530</a></b>: s'enivre.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote531" name="footnote531"></a>
+<b><a href="#footnotetag531">531</a></b>: assez ouvri.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote532" name="footnote532"></a>
+<b><a href="#footnotetag532">532</a></b>: Où l'on sangle des coups, apparemment qu'il y avoit des
+Flagellants.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote533" name="footnote533"></a>
+<b><a href="#footnotetag533">533</a></b>: Y demeurent.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote534" name="footnote534"></a>
+<b><a href="#footnotetag534">534</a></b>: guitare.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote535" name="footnote535"></a>
+<b><a href="#footnotetag535">535</a></b>: C'est-à-dire <i>un homme qui m'eut fait une espèce de
+cornemuse</i>.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote536" name="footnote536"></a>
+<b><a href="#footnotetag536">536</a></b>: environnent.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote537" name="footnote537"></a>
+<b><a href="#footnotetag537">537</a></b>: habitent.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote538" name="footnote538"></a>
+<b><a href="#footnotetag538">538</a></b>: sépare.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote539" name="footnote539"></a>
+<b><a href="#footnotetag539">539</a></b>: Espèce de serment placé là pour rimer.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote540" name="footnote540"></a>
+<b><a href="#footnotetag540">540</a></b>: gracieux.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote541" name="footnote541"></a>
+<b><a href="#footnotetag541">541</a></b>: J'y vis beaucoup d'étoffes historiées; peine <i>Pannus</i>.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote542" name="footnote542"></a>
+<b><a href="#footnotetag542">542</a></b>: au bout.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote543" name="footnote543"></a>
+<b><a href="#footnotetag543">543</a></b>: Comptables, qu'on puisse compter.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote544" name="footnote544"></a>
+<b><a href="#footnotetag544">544</a></b>: Espèce de serment.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote545" name="footnote545"></a>
+<b><a href="#footnotetag545">545</a></b>: promptement.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote546" name="footnote546"></a>
+<b><a href="#footnotetag546">546</a></b>: alène.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote547" name="footnote547"></a>
+<b><a href="#footnotetag547">547</a></b>: éloigné.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote548" name="footnote548"></a>
+<b><a href="#footnotetag548">548</a></b>: au milieu de.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote549" name="footnote549"></a>
+<b><a href="#footnotetag549">549</a></b>: à travers.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote550" name="footnote550"></a>
+<b><a href="#footnotetag550">550</a></b>: D'aller et venir.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote551" name="footnote551"></a>
+<b><a href="#footnotetag551">551</a></b>: lent, paresseux.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote552" name="footnote552"></a>
+<b><a href="#footnotetag552">552</a></b>: Vendeur d'avoine.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote553" name="footnote553"></a>
+<b><a href="#footnotetag553">553</a></b>: De là.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote554" name="footnote554"></a>
+<b><a href="#footnotetag554">554</a></b>: chez.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote555" name="footnote555"></a>
+<b><a href="#footnotetag555">555</a></b>: qui n'a point de bonheur.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote556" name="footnote556"></a>
+<b><a href="#footnotetag556">556</a></b>: En joie.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote557" name="footnote557"></a>
+<b><a href="#footnotetag557">557</a></b>: Je ne tombe pas en éthisie.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote558" name="footnote558"></a>
+<b><a href="#footnotetag558">558</a></b>: sans en mal nommer aucune.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote559" name="footnote559"></a>
+<b><a href="#footnotetag559">559</a></b>: porte fausse.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote560" name="footnote560"></a>
+<b><a href="#footnotetag560">560</a></b>: chapeau.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote561" name="footnote561"></a>
+<b><a href="#footnotetag561">561</a></b>: La rivière de Seine.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote562" name="footnote562"></a>
+<b><a href="#footnotetag562">562</a></b>: camarade.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote563" name="footnote563"></a>
+<b><a href="#footnotetag563">563</a></b>: Serment.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote564" name="footnote564"></a>
+<b><a href="#footnotetag564">564</a></b>: À côté de lui.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote565" name="footnote565"></a>
+<b><a href="#footnotetag565">565</a></b>: prier.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote566" name="footnote566"></a>
+<b><a href="#footnotetag566">566</a></b>: cachoit et enfouissoit.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote567" name="footnote567"></a>
+<b><a href="#footnotetag567">567</a></b>: C'est-à-dire comme des pieds de sauterelles.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote568" name="footnote568"></a>
+<b><a href="#footnotetag568">568</a></b>: Plusieurs étoffes de diverses couleurs.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote569" name="footnote569"></a>
+<b><a href="#footnotetag569">569</a></b>: Plie, poisson de mer.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote570" name="footnote570"></a>
+<b><a href="#footnotetag570">570</a></b>: facile.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote571" name="footnote571"></a>
+<b><a href="#footnotetag571">571</a></b>: vitement.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote572" name="footnote572"></a>
+<b><a href="#footnotetag572">572</a></b>: suivi.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote573" name="footnote573"></a>
+<b><a href="#footnotetag573">573</a></b>: trompé ou moqué.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote574" name="footnote574"></a>
+<b><a href="#footnotetag574">574</a></b>: Là je bus.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote575" name="footnote575"></a>
+<b><a href="#footnotetag575">575</a></b>: Dont je ne suis pas fâché.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote576" name="footnote576"></a>
+<b><a href="#footnotetag576">576</a></b>: Dom, ou Monsieur.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote577" name="footnote577"></a>
+<b><a href="#footnotetag577">577</a></b>: Le puits sépare le carrefour.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote578" name="footnote578"></a>
+<b><a href="#footnotetag578">578</a></b>: Longue narration.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote579" name="footnote579"></a>
+<b><a href="#footnotetag579">579</a></b>: Manière de serment.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote580" name="footnote580"></a>
+<b><a href="#footnotetag580">580</a></b>: Un peu sûre.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote581" name="footnote581"></a>
+<b><a href="#footnotetag581">581</a></b>: âpre, rude.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote582" name="footnote582"></a>
+<b><a href="#footnotetag582">582</a></b>: Seuil de porte.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote583" name="footnote583"></a>
+<b><a href="#footnotetag583">583</a></b>: Qu'on ne me regarde pas comme un railleur.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote584" name="footnote584"></a>
+<b><a href="#footnotetag584">584</a></b>: pour vrai.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote585" name="footnote585"></a>
+<b><a href="#footnotetag585">585</a></b>: arrive.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote586" name="footnote586"></a>
+<b><a href="#footnotetag586">586</a></b>: détour.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote587" name="footnote587"></a>
+<b><a href="#footnotetag587">587</a></b>: de dessein formel.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote588" name="footnote588"></a>
+<b><a href="#footnotetag588">588</a></b>: Trouvai.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote589" name="footnote589"></a>
+<b><a href="#footnotetag589">589</a></b>: proche.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote590" name="footnote590"></a>
+<b><a href="#footnotetag590">590</a></b>: pour être corroyées.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote591" name="footnote591"></a>
+<b><a href="#footnotetag591">591</a></b>: Par le bas de.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote592" name="footnote592"></a>
+<b><a href="#footnotetag592">592</a></b>: mélancolie.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote593" name="footnote593"></a>
+<b><a href="#footnotetag593">593</a></b>: demeurèrent.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote594" name="footnote594"></a>
+<b><a href="#footnotetag594">594</a></b>: tout juste en commençant.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote595" name="footnote595"></a>
+<b><a href="#footnotetag595">595</a></b>: ma connoissance.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote596" name="footnote596"></a>
+<b><a href="#footnotetag596">596</a></b>: demeure.... un jeune homme.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote597" name="footnote597"></a>
+<b><a href="#footnotetag597">597</a></b>: Qui conduit à la porte St.-Jean.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote598" name="footnote598"></a>
+<b><a href="#footnotetag598">598</a></b>: Mot fabriqué pour la rime.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote599" name="footnote599"></a>
+<b><a href="#footnotetag599">599</a></b>: demeure un compagnon querelleur.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote600" name="footnote600"></a>
+<b><a href="#footnotetag600">600</a></b>: promptement.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote601" name="footnote601"></a>
+<b><a href="#footnotetag601">601</a></b>: C'est le nom d'une femme.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote602" name="footnote602"></a>
+<b><a href="#footnotetag602">602</a></b>: hymnes, cantiques.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote603" name="footnote603"></a>
+<b><a href="#footnotetag603">603</a></b>: embarrassée.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote604" name="footnote604"></a>
+<b><a href="#footnotetag604">604</a></b>: se peigner.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote605" name="footnote605"></a>
+<b><a href="#footnotetag605">605</a></b>: un peu au-dessus de là.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote606" name="footnote606"></a>
+<b><a href="#footnotetag606">606</a></b>: Il manque ici un vers dans le manuscrit.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote607" name="footnote607"></a>
+<b><a href="#footnotetag607">607</a></b>: Se portant.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote608" name="footnote608"></a>
+<b><a href="#footnotetag608">608</a></b>: Un éperon de terre ou bout d'île.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote609" name="footnote609"></a>
+<b><a href="#footnotetag609">609</a></b>: querelleuses.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote610" name="footnote610"></a>
+<b><a href="#footnotetag610">610</a></b>: à la pipée.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote611" name="footnote611"></a>
+<b><a href="#footnotetag611">611</a></b>: au porche.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote612" name="footnote612"></a>
+<b><a href="#footnotetag612">612</a></b>: poche.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote613" name="footnote613"></a>
+<b><a href="#footnotetag613">613</a></b>: pour vrai.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote614" name="footnote614"></a>
+<b><a href="#footnotetag614">614</a></b>: <i>Rues sans chiefe</i>, fermées par le fond.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote615" name="footnote615"></a>
+<b><a href="#footnotetag615">615</a></b>: Il veut faire ici la fin de ses vers.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote616" name="footnote616"></a>
+<b><a href="#footnotetag616">616</a></b>: Paris, jusque vers le milieu du quatorzième siècle, étoit
+divisé en trois parties: le quartier d'<i>Outre-Petit pont</i>, la Cité; le
+quartier d'<i>Outre-Grand pont</i>. Le premier de ces quartiers a depuis été
+désigné sous le nom de <i>ville</i>, en raison sans doute de ce que
+l'Hôtel-de-Ville y étoit situé. Le dernier fut nommé quartier de
+l'<i>Université</i>, parce que toutes les écoles de cette institution célèbre
+y étoient renfermées.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote617" name="footnote617"></a>
+<b><a href="#footnotetag617">617</a></b>: L'espace qu'occupoit cette rue a été renfermé dans le
+jardin de l'archevêché.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote618" name="footnote618"></a>
+<b><a href="#footnotetag618">618</a></b>: Cette rue porte maintenant le nom de rue de <i>Nazareth</i>.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote619" name="footnote619"></a>
+<b><a href="#footnotetag619">619</a></b>: Cens. de S. Éloi.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote620" name="footnote620"></a>
+<b><a href="#footnotetag620">620</a></b>: Cart. Episc. Il y avoit autrefois derrière
+Saint-Barthélemi un cul-de-sac nommé rue des <i>Cordouagners</i>. Cette rue
+avoit été bouchée dès 1315. Le nom s'en perdit par la suite, et on
+l'indiquoit simplement sous celui de ruelle du <i>Prieuré</i>, ruelle <i>par où
+l'on va à Notre-Dame des Voûtes</i>. Notre-Dame des Voûtes étoit une
+chapelle située au chevet de Saint-Barthélemi. Elle fut depuis réunie à
+l'église.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote621" name="footnote621"></a>
+<b><a href="#footnotetag621">621</a></b>: Ceux qui sont pour la première opinion ne s'accordent
+point sur la représentation de cette enseigne. Les uns disent que
+c'étoit un de ces insectes qui rongent le froment, et qu'on nomme aussi
+<i>charançon</i>; d'autres, une espèce d'oiseau (grive ou alouette), que les
+Parisiens appeloient <i>calandre</i>; le plus grand nombre, que c'est une
+machine avec laquelle on tabise et polit les draps, étoffes de soie,
+etc. Sauval dit que c'est là la véritable origine de ce nom. Au-dessus
+de la boutique d'une lingère, qui faisoit le coin de cette rue et de
+celle de la Cité, on lisoit autrefois une inscription, dont la solution
+a été inutilement proposée aux antiquaires.</p>
+
+<p class="poem30">
+ <i>Urbs me decolavit,<br>
+ Rex me instituit,<br>
+ Medicus amplificavit.</i></p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote622" name="footnote622"></a>
+<b><a href="#footnotetag622">622</a></b>: Fol. 88, <i>verso</i>.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote623" name="footnote623"></a>
+<b><a href="#footnotetag623">623</a></b>: Regist. du Parl., et ord. roy. de la Ville, p. 259.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote624" name="footnote624"></a>
+<b><a href="#footnotetag624">624</a></b>: T. III, p. 319.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote625" name="footnote625"></a>
+<b><a href="#footnotetag625">625</a></b>: Cartul. de N. D. des Champs.&mdash;Cens. de
+Sainte-Genev.&mdash;Cart. de Sorbonne.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote626" name="footnote626"></a>
+<b><a href="#footnotetag626">626</a></b>: La partie de cet espace qui longe le côté nord de la
+cathédrale forme aujourd'hui une rue que l'on nomme <i>Rue du Cloître
+Notre-Dame</i>; et de l'autre côté, le passage qui conduit au pont au
+Double, s'appelle <i>rue de l'Évêché</i>.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote627" name="footnote627"></a>
+<b><a href="#footnotetag627">627</a></b>: Sauval, t. I, p. 126.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote628" name="footnote628"></a>
+<b><a href="#footnotetag628">628</a></b>: Arch. de S. Germ., A. 3, 7, 8.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote629" name="footnote629"></a>
+<b><a href="#footnotetag629">629</a></b>: Past., A. fol. 804.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote630" name="footnote630"></a>
+<b><a href="#footnotetag630">630</a></b>: Regist. de la Ville, f. 3.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote631" name="footnote631"></a>
+<b><a href="#footnotetag631">631</a></b>: Cart. S. Magl., fol. 104 et 238.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote632" name="footnote632"></a>
+<b><a href="#footnotetag632">632</a></b>: Hist. de Paris, t. V, p. 620.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote633" name="footnote633"></a>
+<b><a href="#footnotetag633">633</a></b>: Sauval, t. I, p. 132.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote634" name="footnote634"></a>
+<b><a href="#footnotetag634">634</a></b>: Cens. S. Élig.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote635" name="footnote635"></a>
+<b><a href="#footnotetag635">635</a></b>: Quelques auteurs ont pensé qu'il venoit, par corruption,
+du mot latin <i>inferior</i> ou <i>infera</i>, inférieure, parce qu'elle étoit la
+dernière rue vers le port Saint-Landri.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote636" name="footnote636"></a>
+<b><a href="#footnotetag636">636</a></b>: Reg. capit. 1555.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote637" name="footnote637"></a>
+<b><a href="#footnotetag637">637</a></b>: Ord. du chap. de N. D.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote638" name="footnote638"></a>
+<b><a href="#footnotetag638">638</a></b>: Gall. Christ., t. VII, col. 3.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote639" name="footnote639"></a>
+<b><a href="#footnotetag639">639</a></b>: Manusc. des Coutumes de la Marchand., fol. 39.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote640" name="footnote640"></a>
+<b><a href="#footnotetag640">640</a></b>: Cens. S. Élig., 1495.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote641" name="footnote641"></a>
+<b><a href="#footnotetag641">641</a></b>: En effet, ce quartier étant occupé par des drapiers et
+des ouvriers qui donnoient le lustre aux étoffes, on peut croire qu'il
+renfermoit aussi des <i>fabricants</i>, dont le nom aura été transporté à la
+rue. Celui de <i>feure</i> ne doit point embarrasser: personne n'ignore que
+nos anciens écrivains employoient souvent l'<i>u</i> consonne pour l'<i>v</i>
+voyelle.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote642" name="footnote642"></a>
+<b><a href="#footnotetag642">642</a></b>: Cart. S. German. Autiss., fol. 10, <i>recto</i>.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote643" name="footnote643"></a>
+<b><a href="#footnotetag643">643</a></b>: Cens. S. Élig., 1367.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote644" name="footnote644"></a>
+<b><a href="#footnotetag644">644</a></b>: Cens. S. Genovefæ.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote645" name="footnote645"></a>
+<b><a href="#footnotetag645">645</a></b>: Cens. S. Genovef.&mdash;Arch. de S. Martin.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote646" name="footnote646"></a>
+<b><a href="#footnotetag646">646</a></b>: Past., A., fol. 702 et 801.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote647" name="footnote647"></a>
+<b><a href="#footnotetag647">647</a></b>: Cens. S. Élig., 1367 et 1398.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote648" name="footnote648"></a>
+<b><a href="#footnotetag648">648</a></b>: Arch. de S. Germ. des Prés, n<sup>o</sup> 1575.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote649" name="footnote649"></a>
+<b><a href="#footnotetag649">649</a></b>: Traité de la Police, t. II, p. 727. La portion de cette
+rue qui s'étend vers le Marché-Neuf et en face de la rue
+Neuve-Notre-Dame, s'appelle aujourd'hui <i>rue du Marché-Neuf</i>. En 1507
+cette rue fut élargie de vingt pieds entre les deux ponts.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote650" name="footnote650"></a>
+<b><a href="#footnotetag650">650</a></b>: Past., A., fol. 725.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote651" name="footnote651"></a>
+<b><a href="#footnotetag651">651</a></b>: Past., D., fol. 401; et I, fol. 147 et 152.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote652" name="footnote652"></a>
+<b><a href="#footnotetag652">652</a></b>: Past., A., fol. 794.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote653" name="footnote653"></a>
+<b><a href="#footnotetag653">653</a></b>: Past., D., fol. 300. <i>Ibid.</i>, fol. 291; A., fol. 381 et
+585; B., fol. 305. Le corps d'Isabeau de Bavière, femme de Charles VI,
+morte le dernier jour de septembre 1435, fut porté à Saint-Denis d'une
+façon singulière: on l'embarqua au port Saint-Landri, dans un petit
+bateau, et l'on dit au batelier de le remettre au prieur de l'abbaye.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote654" name="footnote654"></a>
+<b><a href="#footnotetag654">654</a></b>: Cens S. Élig.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote655" name="footnote655"></a>
+<b><a href="#footnotetag655">655</a></b>: Arch. de S. Victor.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote656" name="footnote656"></a>
+<b><a href="#footnotetag656">656</a></b>: Cart. S. Dionys. de Carc.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote657" name="footnote657"></a>
+<b><a href="#footnotetag657">657</a></b>: Cens. S. Élig.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote658" name="footnote658"></a>
+<b><a href="#footnotetag658">658</a></b>: Gens qui faisoient une espèce de pâtisserie.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote659" name="footnote659"></a>
+<b><a href="#footnotetag659">659</a></b>: La partie de cette rue qui bordoit la rivière, a été
+abattue lorsque l'on a construit la suite des quais qui entourent
+maintenant la Cité.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote660" name="footnote660"></a>
+<b><a href="#footnotetag660">660</a></b>: Du Breul, p. 97 et 201.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote661" name="footnote661"></a>
+<b><a href="#footnotetag661">661</a></b>: Reg. de la Ville.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote662" name="footnote662"></a>
+<b><a href="#footnotetag662">662</a></b>: Il a été ouvert, sur l'emplacement de
+Saint-Germain-le-Vieux, un passage fermé de deux grilles qui conduit de
+cette rue dans celle de la Calendre.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote663" name="footnote663"></a>
+<b><a href="#footnotetag663">663</a></b>: Arch. de S. Germ., A., 3, 1, 13.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote664" name="footnote664"></a>
+<b><a href="#footnotetag664">664</a></b>: La <i>Morgue</i>, autrefois dans une des cours du
+Grand-Châtelet, a été transportée en cet endroit. (V. <i>monuments
+nouveaux</i>.)</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote665" name="footnote665"></a>
+<b><a href="#footnotetag665">665</a></b>: Une tradition populaire veut que cette rue doive son nom
+à un pâtissier qui faisoit des pâtés avec la chair des enfants qu'il
+attiroit chez lui, ou des victimes que son voisin le barbier égorgeoit
+pour son compte. Cette tradition est rapportée par Du Breul<a id="footnotetag665-A" name="footnotetag665-A"></a><a href="#footnote665-A" title="Go to footnote 665-A"><span class="smaller normal">[665-A]</span></a>, qui
+ajoute que la maison dite des <i>Marmouzets</i> fut rasée à cette occasion,
+avec défense de jamais rebâtir au même lieu, et qu'une pyramide fut
+élevée en sa place.</p>
+
+<p>On n'a aucune preuve positive de ces faits, qui semblent bien
+invraisemblables; mais il est constant que, pendant plus de cent ans, il
+y a eu, dans cette rue, une place vide, sur laquelle le propriétaire ne
+croyoit pas qu'il fût permis de bâtir. Pierre Belut, conseiller au
+parlement, à qui elle appartenoit, en demanda la permission à François
+I<sup>er</sup>; et ce prince, par des lettres-patentes du mois de janvier 1536,
+permit d'y faire réédifier une maison pour être habitée, ainsi que les
+autres maisons de Paris, nonobstant tout arrêt qui pourroit être
+intervenu, y dérogeant par ces lettres, et imposant silence perpétuel à
+son procureur présent et à venir. Quoiqu'on ne trouve nulle part ni
+informations ni arrêts qui parlent de ce prétendu crime, il ne
+s'ensuivroit pas de là qu'il fût faux. On sait que dans les crimes
+atroces et extraordinaires, il a toujours été d'usage, et même dans les
+derniers temps de la monarchie, de jeter au feu les informations et la
+procédure, pour les rendre en quelque sorte incroyables. <i>Nam sunt
+crimina quæ, ipsâ magnitudine, fidem non impetrant.</i></p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote665-A" name="footnote665-A"></a>
+<b><a href="#footnotetag665-A">665-A</a></b>: page 111.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote666" name="footnote666"></a>
+<b><a href="#footnotetag666">666</a></b>: Arch. de S. Éloi et de l'archevêché.&mdash;Past., A., p. 341
+et 718.&mdash;Cart. Sorb., an 1284.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote667" name="footnote667"></a>
+<b><a href="#footnotetag667">667</a></b>: Cens. S. Dionys., de Carc.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote668" name="footnote668"></a>
+<b><a href="#footnotetag668">668</a></b>: Corrozet, fol. 204, <i>verso</i>.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote669" name="footnote669"></a>
+<b><a href="#footnotetag669">669</a></b>: Maintenant la préfecture de police. Cette rue est
+aujourd'hui désignée sous le nom de rue de <i>Jérusalem</i>.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote670" name="footnote670"></a>
+<b><a href="#footnotetag670">670</a></b>: Compte des Matines.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote671" name="footnote671"></a>
+<b><a href="#footnotetag671">671</a></b>: Avant, <i>des Dix-Huit</i>, à cause du collége de ce nom.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote672" name="footnote672"></a>
+<b><a href="#footnotetag672">672</a></b>: Auparavant, <i>de la Huchette</i>, à cause d'une maison ainsi
+appelée, qui faisoit le coin de cette rue et de celle de
+Saint-Christophe.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote673" name="footnote673"></a>
+<b><a href="#footnotetag673">673</a></b>: Rég. de la vill., fol. 3.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote674" name="footnote674"></a>
+<b><a href="#footnotetag674">674</a></b>: Cart. S. Genovef. an. 1243, fol. 15, <i>verso</i>. Ces mêmes
+titres nous apprennent que les juifs y avoient des bains et des étuves,
+<i>domus quæ fuit stupa judæorum</i>; <i>ibid.</i>, 1248, fol. 37.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote675" name="footnote675"></a>
+<b><a href="#footnotetag675">675</a></b>: Cens. de S. Éloi, 1367.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote676" name="footnote676"></a>
+<b><a href="#footnotetag676">676</a></b>: Part. A. p. 633, 707, 819, 825 et 836.&mdash;Hist. S. Mart.,
+p. 210.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote677" name="footnote677"></a>
+<b><a href="#footnotetag677">677</a></b>: Reg. capit. 5, p. 41.&mdash;Reg. capit., 1541.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote678" name="footnote678"></a>
+<b><a href="#footnotetag678">678</a></b>: Reg., capit. 8, p. 165.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote679" name="footnote679"></a>
+<b><a href="#footnotetag679">679</a></b>: Arch. de l'archev.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote680" name="footnote680"></a>
+<b><a href="#footnotetag680">680</a></b>: Cens. S. Élig., 1398.</p>
+
+<p class="p15"><a id="footnote681" name="footnote681"></a>
+<b><a href="#footnotetag681">681</a></b>: Elles sont déposées, partie au musée du Roi, partie au
+cabinet d'antiquités de la bibliothèque Royale.</p>
+</div>
+
+
+
+
+
+
+
+<pre>
+
+
+
+
+
+End of the Project Gutenberg EBook of Tableau historique et pittoresque de
+Paris depuis les Gaulois jusqu'à  nos jours (Volume 1/8), by Jacques-Maximilien Benjamin Bins de Saint-Victor
+
+*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK TABLEAU HISTORIQUE ET ***
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+
+The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
+Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
+throughout numerous locations. Its business office is located at
+809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
+business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact
+information can be found at the Foundation's web site and official
+page at http://pglaf.org
+
+For additional contact information:
+ Dr. Gregory B. Newby
+ Chief Executive and Director
+ gbnewby@pglaf.org
+
+
+Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation
+
+Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
+spread public support and donations to carry out its mission of
+increasing the number of public domain and licensed works that can be
+freely distributed in machine readable form accessible by the widest
+array of equipment including outdated equipment. Many small donations
+($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
+status with the IRS.
+
+The Foundation is committed to complying with the laws regulating
+charities and charitable donations in all 50 states of the United
+States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
+considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
+with these requirements. We do not solicit donations in locations
+where we have not received written confirmation of compliance. To
+SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
+particular state visit http://pglaf.org
+
+While we cannot and do not solicit contributions from states where we
+have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
+against accepting unsolicited donations from donors in such states who
+approach us with offers to donate.
+
+International donations are gratefully accepted, but we cannot make
+any statements concerning tax treatment of donations received from
+outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff.
+
+Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
+methods and addresses. Donations are accepted in a number of other
+ways including checks, online payments and credit card donations.
+To donate, please visit: http://pglaf.org/donate
+
+
+Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic
+works.
+
+Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
+concept of a library of electronic works that could be freely shared
+with anyone. For thirty years, he produced and distributed Project
+Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.
+
+
+Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
+editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
+unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily
+keep eBooks in compliance with any particular paper edition.
+
+
+Most people start at our Web site which has the main PG search facility:
+
+ http://www.gutenberg.org
+
+This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
+including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
+Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
+subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.
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+This eBook, including all associated images, markup, improvements,
+metadata, and any other content or labor, has been confirmed to be
+in the PUBLIC DOMAIN IN THE UNITED STATES.
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+Procedures for determining public domain status are described in
+the "Copyright How-To" at https://www.gutenberg.org.
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+No investigation has been made concerning possible copyrights in
+jurisdictions other than the United States. Anyone seeking to utilize
+this eBook outside of the United States should confirm copyright
+status under the laws that apply to them.
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+Project Gutenberg (https://www.gutenberg.org) public repository for
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