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+The Project Gutenberg EBook of Manuel des difficultés de la langue
+française adapé au jeune âge et suivi d'un Recueil de locutions vicieuses, by Thomas Maguire
+
+This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
+almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
+re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
+with this eBook or online at www.gutenberg.org
+
+
+Title: Manuel des difficultés de la langue française adapé au jeune âge et suivi d'un Recueil de locutions vicieuses
+
+Author: Thomas Maguire
+
+Release Date: February 17, 2012 [EBook #38913]
+
+Language: French
+
+Character set encoding: ISO-8859-1
+
+*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK MANUEL DES DIFFICULTÉS DE LA ***
+
+
+
+
+Produced by Gill Martin, Jean-Adrien Brothier, Hugo Voisard,
+the proofers at Distributed Proofreaders International and
+the Online Distributed Proofreading Canada Team at
+http://www.pgdpcanada.net (This book was created from
+images provided by Bibliothèque et Archives nationales du
+Québec (http://www.banq.qc.ca/).)
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+Notes de transcription: Pour une plus grande cohérence de l'ouvrage, les
+majuscules ont été accentuées. De plus les errata incorporés entre
+l'avertissement et la première page ainsi qu'entre les pages 128 et 129
+ont été corrigés dans le texte et repportés à la fin de l'ouvrage. Les
+primo (1º), secundo (2º) etc. qui figuraient sous la forme 1o, 2o... ont
+été transformés par souci de lisibilité en 1º, 2º... Le nom de l'auteur
+a été ajouté dans la première page de présentation.
+
+Dans cette version texte les expressions qui étaient en italiques ont été
+entourées de tirets bas.
+
+
+
+
+ MANUEL
+ DES
+ DIFFICULTÉS LES PLUS COMMUNES
+ DE LA
+ LANGUE FRANÇAISE,
+ ADAPTÉ
+ AU JEUNE ÂGE,
+
+ ET SUIVI D'UN
+
+ RECUEIL
+ DE
+ LOCUTIONS VICIEUSES.
+
+ PAR THOMAS MAGUIRE
+
+ QUÉBEC:
+IMPRIMÉ ET PUBLIÉ PAR FRÉCHETTE & Cie,
+ Nº. 13, RUE LAMONTAGNE,
+ BASSE-VILLE.
+
+ 1841.
+
+
+
+
+_AVERTISSEMENT._
+
+
+Le besoin d'un _Manuel Lexique_ des difficultés de la langue française,
+se fait vivement sentir dans nos écoles de grammaire; et l'on a à
+regretter que le commerce ne nous fournisse pas les ouvrages de ce
+genre, qui se multiplient, depuis quelques années, sur l'ancien
+continent. C'est pour remedier en partie à ce défaut, que le présent
+travail, _né de circonstances purement fortuites_, a été préparé pour la
+presse: et en l'offrant au jeune âge, l'Auteur n'a garde de se présenter
+sous d'autre titre, que celui d'_humble compilateur_; titre qui doit lui
+demeurer entier, malgré quelques articles de sa création, devenus
+indispensables pour signaler des erreurs de langage particulières au
+Canada.
+
+Les grammaires mises à contribution, pour la confection de ce petit
+livre, sont celles de Duvivier, de Chambaud, de Lequien, de Lhomond, de
+Letellier, de Galland, de Noël et Chapsal, etc. Les sources pures et
+abondantes des Dictionnaires de l'Académie, de Trévoux, de Boiste, de
+Rolland, de Gatel, de Noël et Chapsal, etc., ont été exploitées dans le
+même but: et il est essentiel d'ajouter, que les articles puisés dans
+ces riches trésors de la langue française sont reproduits textuellement,
+autant que les circonstances et le cadre étroit de l'ouvrage l'ont
+permis.
+
+Ayant exposé les difficultés les plus communes de la langue, il était
+naturel de fournir un tableau des expressions incorrectes et dénaturées,
+qui en altèrent la beauté et les règles: voilà ce qui a donné lieu au
+_Recueil de Locutions Vicieuses_, placé à la suite du _Manuel_.
+
+L'Auteur ne s'est point fait illusion sur la difficulté de sa tâche: il
+n'ignore pas qu'il ouvre un champ large à la critique. Heureux! si son
+livre attire l'attention de quelque Aristarque consciencieux, qui daigne
+en signaler les erreurs, au profit de la portion chérie de la société à
+laquelle il est destiné!
+
+Du reste, si l'Auteur a aplani au jeune âge quelques-unes des aspérités
+dont la langue est hérissée, son but est atteint, son voeu accompli.
+
+Québec, Octobre, 1841.
+
+
+
+
+MANUEL
+
+DES
+
+DIFFICULTÉS LES PLUS COMMUNES
+
+DE LA
+
+LANGUE FRANÇAISE.
+
+
+ABSOUDRE. _J'absous_, _tu absous_, _il absout_, _nous absolvons_, _vous
+absolvez_, _ils absolvent_. _J'absolvais_; point de prétérit défini.
+_J'ai absous_, _j'absoudrai_, _j'absoudrais_, _absous_, _absolvons_,
+_absolvez_, _que j'absolve;_ point d'imparfait du subj. _Absolvant_,
+_absous_, _absoute_.
+
+_Dissoudre_ se conjugue de même.
+
+ACADÉMICIEN est un membre d'une compagnie de savans: _académiste_, celui
+qui étudie les armes, l'équitation dans une académie.
+
+ACCENT CIRCONFLEXE. On l'emploie pour les voyelles longues, et on le
+met,--1º. sur _a_ long, _lâche_, _tâche_, _château_.--2º. sur l'avant
+dernier _e_ des mots en eme: _même_, _blême_; excepté cependant les
+adjectifs numéraux ordinaux, comme _deuxième_, _troisième_, etc.--3º.
+sur l'_i_ des verbes en _aitre_ et _oitre_, comme _paraître, accroître_;
+dans tous les temps où _i_ est suivi de _t_; _il naît_, _il paraîtra_,
+_nous accroîtrons_.--4º. sur l'_o_ qui précède les finales _le_, _me_,
+_ne_: _pôle_, _rôle_, _dôme_, _zône_.--5º. sur _le nôtre_, _le vôtre_,
+mais non sur _notre_, _votre_.--6º. on l'emploie encore à la première et
+seconde personne plurielle du prétérit défini: _nous aimâmes_, _vous
+aimâtes_, _nous reçûmes_, _vous reçûtes_.--7º. à la troisième personne
+singulière de l'imparfait du subjonctif: _qu'il fût_, _qu'il eût_,
+_qu'il aimât_.--8º. on le pose aussi sur les adjectifs _sûr_, (pour
+signifier certain) _mûr_, etc., parce qu'on écrivait autrefois _seur_,
+_meur_, et enfin sur _dû_, participe du verbe devoir, pour le distinguer
+de l'article _du_. Toutefois ce participe ne prend l'accent circonflexe,
+ni au pluriel masculin, ni au féminin, tant singulier que pluriel, parce
+qu'alors il ne peut être confondu avec l'article _du_. Enfin on le met
+sur _tû_, participe du verbe _taire_, pour le distinguer du pronom _tu_,
+et sur _crû_, participe de _croître_, pour le distinguer de _cru_,
+participe de croire.
+
+ACCORD du verbe avec ses sujets. Quand plusieurs substantifs ou pronoms
+composent les sujets, le verbe s'accorde avec le dernier substantif ou
+pronom;
+
+1º. lorsque les mots formant les sujets sont synonymes: _son courage_,
+_son intrépidité_ ÉTONNE _les plus braves_. Il est essentiel que les
+substantifs synonymes ne soient jamais unis par la conjonction _et_.
+
+2º. lorsque les mots formant les sujets renferment une expression qui
+réunit en elle tous les mots qui précèdent, comme _chacun_, _tout_,
+_rien_, _personne_. _Paroles et regards_, TOUT EST _charmes en
+vous_:--_le temps, les biens, la vie_, RIEN _ne nous_ <sc>appartient</sc>.
+
+3º. lorsque l'esprit s'arrête sur le dernier substantif, parce qu'il est
+d'un tel intérêt, qu'il fait oublier les autres:--_ce sacrifice, votre
+intérêt, votre honneur_, DIEU _vous le_ COMMANDE:--_mon repos, mon_
+BONHEUR SEMBLAIT _être affermi_.
+
+Lorsqu'un verbe a deux sujets de la troisième personne unis par la
+conjonction _ou_, on peut faire accorder le verbe avec les deux sujets,
+ou avec le dernier, et dire également bien--_Pierre_ ou _Paul le_ FERA,
+ou, _le_ FERONT. Cependant l'accord avec le dernier sujet parait
+préférable.
+
+Cette règle s'applique à _l'un l'autre_, lorsqu'ils sont unis par la
+conjonction _ou_:--_l'un ou l'autre vous_ ÉCRIRA, ou _vous_ ÉCRIRONT.
+
+Cependant si les mots unis par _ou_ sont de différentes personnes,
+l'usage demande que le verbe se mette au pluriel, et qu'il s'accorde
+avec la personne qui a la priorité:--_c'est toi ou moi qui_ AVONS _fait
+cela_,--_c'est toi ou lui qui_ AVEZ _dit cela_:--_lui ou moi nous_
+SERONS _peut-être assez heureux_, _etc._
+
+Dans les phrases où deux substantifs, ou bien deux pronoms sont liés par
+une des conjonctions, _de même que_, _aussi bien que_, _comme_, _non
+plus que_, _plutôt que_, _avec_, _ainsi que_, et autres semblables,
+c'est avec le premier substantif que l'accord a lieu: _la vertu_, _de
+même que le savoir_, _A son prix_. _C'est sa fille_, _plutôt que son
+fils_, _qu'il_ A DÉSHÉRITÉE.
+
+Après _l'un et l'autre_ faut-il mettre le verbe au singulier, ou au
+pluriel?
+
+L'Académie, Vaugelas, Marmontel, &c., sont d'avis que l'on peut se
+servir indifféremment du singulier ou du pluriel: mais presque tous les
+grammairiens, suivant Duvivier, se sont prononcés pour le pluriel.
+
+Si _l'un et l'autre_ était placé après le verbe, le pluriel serait de
+rigueur. _Ils_ VOULAIENT _l'un et l'autre se promener_.
+
+Si les sujets sont exprimés par _ni l'un ni l'autre_, ou sont liés par
+_ni_ répété, le verbe doit-il être mis au singulier ou au pluriel?
+
+Duvivier répond qu'on est libre de se décider en faveur du singulier ou
+du pluriel, puisque l'Académie et les meilleurs auteurs ont fait usage
+indifféremment du singulier et du pluriel.
+
+Il ajoute cependant qu'il se range à l'opinion de Wailly et de Marmontel
+qui veulent que quand les deux sujets concourent à l'action, l'on donne
+au verbe la forme plurielle, parce qu'il y a pluralité dans l'idée, et
+que l'on dise, _ni l'un ni l'autre n'_ONT FAIT _leur devoir_:--_Ni la
+douceur ni la force ne_ PEUVENT _rien_.
+
+Mais si l'un des deux sujets seulement fait, ou reçoit l'action, parce
+qu'alors il y a unité dans la pensée, les mêmes grammairiens veulent que
+l'on mette le verbe au singulier, et que l'on dise, _ni l'un ni l'autre
+n'_EST _mon père_:--_Ce ne sera ni Mr. le Duc, ni Mr. le Comte qui_ SERA
+NOMMÉ _ambassadeur d'Espagne_.
+
+Lorsque le verbe qui suit _ni_ répété, est au pluriel, on doit le faire
+accorder avec la personne qui a la priorité. _Ni vous ni moi ne_ SOMMES
+_coupables_.--_Ni vous ni lui n'_AVEZ FAIT _cela_.
+
+Doit-on après _un_, _une_ joint à _de_, _des_ se servir du singulier ou
+du pluriel, et dire, _c'est une des plus belles actions qu'il ait
+jamais_ FAIT: ou, _c'est une des plus belles actions qu'il ait jamais_
+FAITES?
+
+La phrase dont il s'agit est elliptique: c'est comme s'il y avait,
+_c'est une action des plus belles actions qu'il ait jamais faites_. Pour
+résoudre la difficulté, il faut examiner si le pronom relatif _que_ a
+pour antécédent le substantif en ellipse, ou le substantif pluriel placé
+après la préposition _des_. Dans le premier cas on emploie le singulier,
+et dans le second le pluriel. Or dans la phrase citée ci-dessus, il est
+évident que le relatif _que_ se rapporte au substantif placé après la
+préposition; car il s'agit _d'actions faites_, et non pas _d'une action
+faite_. Le participe doit donc être mis au pluriel.
+
+D'après ces principes il faudra dire au singulier, _c'est un de nos
+meilleurs grammairiens qui_ A FAIT _cette faute_: et au pluriel; _votre
+ami est un des hommes qui_ PÉRIRENT _dans la sédition_.
+
+ACCORD d'un adjectif qui suit plusieurs substantifs.
+
+Quand un adjectif suit plusieurs substantifs régimes, soit régimes d'un
+verbe, soit régimes d'une proposition, et que cet adjectif ne se
+prononce pas au masculin comme au féminin, au singulier comme au
+pluriel, il ne s'accorde qu'avec le dernier des substantifs: mais il est
+sous-entendu après les précédens. _Ce soupçon..excita des plaintes, et
+un mécontentement_ GÉNÉRAL.--_C'est donc en vain qu'on met la véritable
+gloire dans l'honneur et la probité_ MONDAINE.
+
+Mais un adjectif, placé après des substantifs régimes, se met au
+pluriel, si cet accord ne change pas la prononciation de
+l'adjectif.--_Il sacrifie son repos et sa liberté pour la liberté et la
+félicité_ PUBLIQUES.
+
+ACQUÉRIR. _J'acquiers_, _tu acquiers_, _il acquiert_, _nous acquérons_,
+_vous acquérez_, _ils acquièrent_, _j'acquérais_, _j'acquis_,
+_j'acquerrai_, _j'acquerrais_, _acquiers_, _acquérons_, _acquérez_, _que
+j'acquière_, _que nous acquérions_, _que j'acquisse_, _acquérant_,
+_acquis_, _acquise_.
+
+Conjuguez de même _conquérir_, _reconquérir_, _requérir_, _s'enquérir_.
+
+ADJECTIFS ABSOLUS, (les) _Parfait_, _universel_, _immortel_, _mortel_,
+_éternel_, _essentiel_, _divin_, _suprême_, _extrême_, _excellent_, ne
+peuvent être précédés de mots qui expriment le plus ou le moins, par
+cela même qu'ils sont _absolus_, et rejettent toute comparaison. On ne
+peut dire, _plus_ ou _moins éternel,--mortel_, &c.
+
+ADJECTIF NUMÉRAL. Quelquefois l'adjectif de nombre cardinal remplace
+celui de nombre ordinal. _Il est_ SIX _heures_;--_l'an_ MIL HUIT
+CENT:--_le_ CINQ _Mars_,--GUILLAUME QUATRE.
+
+AIDER quelqu'un, c'est l'assister de sa bourse, de ses conseils:--_aider
+à quelqu'un_, c'est partager sa fatigue, sa peine:--_aider à quelque
+chose_, c'est y contribuer.
+
+AÏEUL est le père du père ou de la mère. Au pluriel on dit _aïeuls_,
+quand on veut désigner préscisément le grand-père paternel et le
+grand-père maternel. Hors delà on dit _aïeux_, pour signifier tous ceux
+de qui l'on descend, et qui ont devancé nos _aïeuls_.
+
+AIGLE, _oiseau_, est masculin. AIGLE, _drapeau_, est féminin. _Les
+Aigles Romaines_. AIGLE, _constellation_, est féminin.
+
+AIGUILLON. Il y a quelques mots, comme, _aiguillon_, _aiguille_,
+_aiguiser_, _arguer_, _inextinguible_, et les noms propres _d'Aiguillon,
+le Guide, de Guise_, dans lesquels l'_u_ se fait entendre, et que l'on
+prononce, _é-gu-i-glion_,--_é-gu-i-lle_,--_é-gu-i-zé_,--_ar-gu-é_,
+--_inextin-gu-i-ble_,--_d'É-gu-i-glion_,--_le Gu-i-de_,--_de Gu-i-se_.
+
+AIR. On dit, _cette femme_ a l'air BON, et non pas BONNE, parce que
+_bon_ se rapporte à l'_air_. Mais on dit, _cette pomme a l'air_ CUITE,
+et non pas CUIT, parce que l'adjectif ne peut être dit ici du substantif
+_air_.
+
+ALLER. On ne dit plus _je vas_, mais, _je vais_. L'impératif _va_ prend
+une _s_ euphonique quand il est suivi du pronom relatif _y_: _vas y_.
+Mais si après l'_y_ il suit un _verbe_, l'Académie veut que l'on
+supprime l'_s_. _Va y mettre ordre._
+
+AMOUR au singulier est masculin: au pluriel féminin, excepté quand il
+désigne les petits génies de la mythologie. _Ces_ PETITS _amours sont
+bien_ GROUPÉS.
+
+À NEUF, DE NEUF. _Refaire un bâtiment_ À NEUF:--_remettre un tableau_ À
+NEUF, c'est les restaurer, les réparer.
+
+_Se faire habiller_ DE NEUF, c'est se faire faire des habits neufs.
+
+ANCÊTRES. _Nos ancêtres: nos aïeux: nos pères._ Le siècle de nos _pères_
+a touché au nôtre: nos _aïeux_ les ont devancés: nos ancêtres sont les
+plus reculés de nous.
+
+ANIMAUX. Leurs parties principales.
+
+On dit le _pied_ d'un cheval, d'un boeuf, d'un cerf, d'un mouton, d'une
+vache, et des autres animaux chez lesquels cette partie est de _corne_.
+
+On dit la _patte_ d'un chien, d'un chat, d'un lièvre, d'un loup, d'un
+ours, d'un rat, et des autres animaux chez lesquels cette partie n'est
+pas de _corne_.
+
+On dit les _ongles_ d'un lion, les _griffes_ d'un chat, d'un tigre, les
+_serres_ d'un aigle, d'un épervier.
+
+On dit la _bouche_ d'un cheval, d'un boeuf, d'un âne, et en général en
+parlant des bêtes de somme.
+
+On se sert du mot _gueule_ en parlant des poissons, des reptiles, et de
+la plupart des quadrupèdes. On dit la _gueule_ d'une carpe d'une truite,
+d'un brochet, d'un serpent, d'un lion, d'un tigre, d'un chien, d'un
+loup, d'un chat, &c.
+
+On fait usage du mot _bec_ pour les volatiles.
+
+Quand on parle de cette partie qui comprend la _gueule_ et le _nez_, on
+dit le _groin_ d'un cochon, le _muffle_ d'un cerf, d'un boeuf, d'un lion,
+d'un léopard, d'un tigre: le _museau_ d'un chien, d'un renard, &c.
+
+On donne le nom de _défenses_ ou _broches_ de sanglier aux deux grosses
+dents crochues et effilées qui sortent de sa gueule.
+
+On appelle _bois de cerf_ ou _tête de cerf_, le grand bois que cet
+animal porte sur le devant de sa tête, et qui tombe tous les ans au
+printemps.
+
+Enfin on dit la _hure_ d'un sanglier, d'un ours, d'un saumon, d'un
+brochet, pour la tête, lorsqu'elle est coupée.
+
+ANIMAUX, leurs cris. L'abeille bourdonne, l'âne brait, le boeuf mugit ou
+beugle, la brebis bêle, le renard nasille, le cerf bramme, le chat
+miaule, le cheval hennit, (prononcez hanit) le chien aboie ou jappe, le
+cochon grogne, le corbeau croasse, la grenouille coasse, le lion rugit,
+le loup hurle, le serpent siffle, l'aigle et la grue glapissent ou
+trompettent, les petits chiens et les renards glapissent, les pigeons
+roucoulent, la perdrix cacabe, le moineau chuchète ou pépie, le paon
+braille ou criaille, le dindon glougloute, le poulet piaule, la poule
+glousse, le grillon grésillonne, l'oie siffle, le rossignol gringotte,
+&c.
+
+APPELER. _J'appelle, tu appelles, il appelle, nous appelons, vous
+appelez, ils appellent, j'appelais, j'appelai, j'appellerai,
+j'appellerais, appelle, appelons, appelez, que j'appelle, que nous
+appelions, que j'appelasse, appelant, appelé, appelée_.
+
+Ce verbe comme tous ceux qui sont terminés par _eler_, doublent la
+lettre _l_, quand après cette lettre on entend un _e_ muet; c.-à-d.
+lorsque la lettre _l_ est suivie de _e_, _es_, _ent_. _J'appelle_,--_tu
+chancelles_,--_ils étincellent._
+
+Cette règle est applicable aussi aux verbes dont l'infinitif est en
+_eter_. V. JETER.
+
+APPLAUDIR. Comme on fait usage de ce verbe tantôt à l'actif, tantôt au
+neutre, il est indifférent de dire, _applaudir_ AUX _acteurs_, ou
+_applaudir_ LES _acteurs_: _on_ LUI _a applaudi_, ou, _on_ L'_a
+applaudi_.
+
+Le participe passé de _s'applaudir_ s'accorde toujours. _Ils se sont_
+APPLAUDIS _de leur conduite_.
+
+ARC-EN-CIEL. Au pluriel on écrit, _arcs-en-ciel_; mais on prononce,
+comme au singulier, _ar-kan-ciel_.
+
+ARTICLE. On répète l'article et les adjectifs déterminatifs, _mon_,
+_ma_, _mes_, _ton_, _ta_, _tes_, _ce_, _cette_, _un_, etc.
+
+1º. devant chaque substantif, _les officiers et_ LES _soldats_;--_son
+frère et_ SA _mère_.
+
+2º. devant deux adjectifs unis par _et_, lorsqu'ils ne qualifient pas le
+même substantif: _les anciens et_ LES _nouveaux soldats_,--_vos grands
+et_ VOS _petits appartemens_. Mais on dirait, _les anciens et braves
+soldats_;--_vos grands et beaux appartemens_, attendu que les mêmes
+soldats sont _anciens et braves_, et les mêmes appartemens _grands et
+beaux_.
+
+Il n'est pas toujours aisé de connaître d'une manière précise les cas où
+l'on doit faire usage de l'article, et ceux où l'on ne doit pas s'en
+servir. Voici un principe général qui sera d'un grand secours pour les
+distinguer.
+
+On doit employer l'article avant tous les noms communs pris
+_déterminément_, mais non avant ceux qu'on prend _indéterminément_.
+
+Un nom est pris _déterminément_ lorsqu'il est employé pour désigner tout
+un genre, toute une espèce, ou enfin un individu. LA _jeunesse est
+imprévoyante_. Le mot _jeunesse_ est genre parce qu'il désigne la
+totalité des jeunes gens. LES _hommes à prétention sont
+insupportables_. Le mot _hommes_ est espèce, parce qu'il est restreint à
+un certain nombre d'individus. LE _roi est sage_. Le mot _roi_, dans
+cette phrase, désigne un individu.
+
+Un nom est pris _indéterminément_ lorsqu'on s'en sert uniquement pour
+réveiller l'idée qu'on y attache: qu'on ne détermine rien sur l'étendue
+dont elle est susceptible; en un mot qu'on ne l'emploie pas pour
+désigner ni un genre, ni une espèce, ni un individu. _Les chemins sont
+bordés_ DE _lauriers_, DE _grenadiers_, DE _jasmins_. Les mots
+_lauriers_, _grenadiers_, _jasmins_ étant indéterminés, ne prennent pas
+l'article.
+
+
+REMARQUES.
+
+Les noms de provinces et de royaumes peuvent être pris _déterminément_
+et _indéterminément_. On dit: _je viens d'Angleterre, de France_, sans
+l'article; parce qu'il suffit de regarder l'Angleterre ou la France
+comme terme d'où l'on part, et qu'il est inutile de penser à l'étendue
+de ces royaumes. Mais parce que les mots _limites_, _bornes_ font penser
+à cette étendue, on dit; _les limites de l'Angleterre, les bornes de la
+France_.
+
+L'usage permet que l'on dise indifféremment, _les peuples de l'Asie_ ou
+_les peuples d'Asie_,--_les villes de l'Angleterre_ ou _les villes
+d'Angleterre_.
+
+Mais on dit avec l'article: _les peuples de l'Asie ont toujours été
+faciles à subjuguer_; parce que l'on considère ces peuples par rapport
+à l'étendue du pays qu'ils habitent.
+
+On dit plus communément: _il vient de l'Asie, de l'Europe, de
+l'Afrique_. C'est une exception à la règle donnée plus haut.
+
+Il y a des noms de royaumes et de pays qui veulent absolument l'article;
+et l'on dit toujours: _les empereurs de la Chine--du Pérou--du
+Japon:--les habitants du Canada_.
+
+Les locutions suivantes sont donc vicieuses: _je vais_ EN _Canada_,..EN
+_Pérou_:--_il demeure_ EN _Canada_,..EN _Japon_. Il faut dire: _je vais_
+AU _Canada_,..AU _Pérou_;--_il demeure_ AU _Canada_,..AU _Japon_.
+
+Les noms _Mercure_, _Jupiter_, _Vénus_, _Mars_, _Saturne_, _Herschel_ ne
+prennent pas l'article.
+
+ASPECT, PERSPECTIVE, VUE. _Aspect_ désigne des points de vue
+particuliers. _Les vues de la Suisse offrent les aspects les plus
+agréables._ _Perspective_ est _l'aspect_ des objets vus de loin. L'idée
+de _vue_ est plus étendue que celle d'_aspect_.
+
+ASSAILLIR. _J'assaille, tu assailles, il assaille, nous assaillons,
+j'assaillais, j'assaillis, j'assaillirai, j'assaillirais, assaille,
+assaillons, assaillez, que j'assaille, que j'assaillisse, assaillant,
+assailli, assaillie_.
+
+_Tressaillir_ se conjugue de même.
+
+ASSEOIR. _J'assieds, tu assieds, il assied, nous asseyons, vous asseyez,
+ils asseient, j'asseyais, nous asseyions, vous asseyiez, ils
+asseyaient, j'assis, j'assiérai ou j'asseierai, j'assiérais ou
+j'asseierais, assieds, asseyons, asseyez, que j'asseie, que nous
+asseyions, que vous asseyiez, qu'ils asseient, que j'assisse, asseyant,
+assis, assise_..
+
+_Rasseoir_ se conjugue de même.
+
+ASSURER veut un régime direct de personne quand il signifie _témoigner_:
+_assurez_ LE _de mon estime_: et un régime indirect lorsqu'il veut dire
+_donner pour sûr_: _assurez_ LUI _que nous sommes réconciliés_.
+
+ATOCA. (_Oxycoccum_). Suivant Sarrasin, cité par Charlevoix, _atoca_ est
+un mot indien, qui désigne la baie de la canneberge. Cette baie, que les
+anglais appellent _cranberry_, ne porte point de nom en français.
+
+À TRAVERS veut un régime direct; _à travers_ LES _champs_: _au travers_
+est toujours suivi de la proposition _de_: _au travers_ DU _corps_.
+
+AUCUN se met toujours au singulier: _aucun chemin de fleurs ne conduit à
+la gloire_: excepté quand il accompagne un substantif qui n'a pas de
+singulier, comme _pleurs_, _ancêtres_: ou qui, au pluriel, est pris dans
+un autre sens qu'au singulier, comme _troupes_, _gages_. _On n'a fait_
+AUCUNES _fénérailles_,--AUCUNES _troupes ne sont mieux disciplinées_.
+
+AUSSI, AUTANT, sont deux adverbes de comparaison qui doivent être suivis
+de la conjonction _que_, et non de _comme_, autre adverbe de
+comparaison. Ne dites pas: _il est aussi grand_ COMME _vous_,--_j'en ai
+autant_ COMME _vous_,--dites _il est aussi grand_ QUE _vous_,--_j'en ai
+autant_ QUE _vous_. On dit: _il est grand_ COMME _vous_:--_j'en ai_
+COMME _vous_.
+
+AUSSI, SI. Toutes les fois que l'on veut simplement marquer l'extension
+d'une qualité, il faut prendre _si_: _il n'est pas_ SI _fin_, _qu'on ne
+le puisse tromper_. Mais quand on veut faire comparaison entre deux
+adjectifs, ou deux adverbes, il faut se servir d'_aussi_ dans les
+phrases affirmatives: _il est_ AUSSI _poli qu'il est brave_: mais si la
+phrase est négative il faut employer _si_: _personne ne vous a servi_ SI
+_utilement que lui_. Cependant il est bien des personnes qui emploient
+alors presque indifféremment _si_ ou _aussi_, et disent, _il ne sera
+pas_ AUSSI _constant qu'il le dit_,--ou,--_il ne sera pas_ SI _constant
+qu'il le dit_.
+
+AUSSI BIEN QUE. Lorsque deux sujets sont unis par _aussi bien que_, le
+verbe s'accorde avec le premier sujet: _le roi, aussi bien que ses
+ministres_, VEUT _la paix_.
+
+AUTOMNE, d'après l'usage le plus commun, est masculin quand l'adjectif
+précède: UN _bel automne_: et féminin quand l'adjectif suit: UNE
+_automne froide_.
+
+AUTOUR, ALENTOUR. Suivant les écrivains modernes _autour_ est une
+proposition, qui a par conséquent un régime, et _alentour_ un adverbe
+qui n'en a point. Il faut donc dire, _la reine avait toutes ses filles_
+AUTOUR _d'elle_; et non pas, ALENTOUR _d'elle_:--_le roi était là, et
+ses gardes étaient_ ALENTOUR, et non pas, AUTOUR.
+
+AUTRE QUE, TOUT AUTRE QUE, AUTREMENT QUE, marquant la comparaison,
+veulent _ne_ devant le verbe suivant: _il est tout autre que je_ NE
+_pensais_:--_il parle autrement qu'il_ N'_agit_: excepté quand le
+premier verbe est négatif: _il_ NE _parle pas autrement qu'il agit_.
+
+AUXILIAIRES. Il y a deux auxiliaires _avoir_ et _être_: _avoir_ marque
+l'action, et _être_ l'état. Dans les verbes neutres qui prennent les
+deux auxiliaires, comme, _accourir_, _disparaître_, _déchoir_, _passer_,
+_décider_, _périr_, _croître_, _éclore_, _demeurer_, _rester_, _cesser_,
+_échapper_, _monter_, _descendre_, _entrer_ etc., on emploie _avoir_, si
+c'est l'action que le verbe énonce que l'on a en vue: et _être_ si c'est
+l'état que l'on veut exprimer. Ce sont les circonstances dont le verbe
+est accompagné qui indiquent lequel de ces deux points de vue on
+envisage: ainsi pour exprimer l'action, l'on dira avec _avoir_: _elle_ A
+_disparu subitement_;--_la fièvre_ A _cessé hier_;--_la rivière_ A
+_monté rapidement_;--_le baromètre_ A _descendu en peu d'heures_: et
+pour exprimer l'état qui suit l'action, l'on dira avec _être_; _elle_
+EST _disparue depuis un an_:--_la fièvre_ EST _passée depuis quelque
+temps_;--_il_ EST _monté_--_il_ EST _descendu depuis une heure_. Il faut
+excepter de cette règle les verbes neutres _aller_, _arriver_, _choir_,
+_décéder_, _mourir_, _naître_, _tomber_, _venir_, et les composés de ce
+dernier, comme _devenir, intervenir, parvenir, revenir, survenir_,
+lesquels prennent le seul auxiliaire _être_, quoique chacun d'eux
+exprime une action: c'est l'usage qui en a décidé ainsi; _elles_ SONT
+_allées_,--_nous_ ÉTIONS _arrivés_,--_il_ SERA _venu_.
+
+Remarque. _Convenir_, _contrevenir_, _subvenir_, quoique formés du verbe
+_venir_, donnent lieu aux observations suivantes.
+
+_Convenir_ demande tantôt l'auxiliaire _avoir_, et tantôt l'auxiliaire
+_être_. Dans le sens d'être convenable, il prend _avoir_: et _être_ dans
+le sens de demeurer d'accord. _Cette maison m'_A _convenu, et je_ SUIS
+_convenu du prix_.
+
+_Contrevenir_ est employé par le plus grand nombre des écrivains avec
+_avoir_.
+
+_Subvenir_ prend toujours l'auxiliaire _avoir_.
+
+AVANT veut un régime, _auparavant_ n'en veut aucun. Ne dites pas,
+_auparavant de partir_, mais, _avant de partir_.
+
+AVANT, DEVANT. _Avant_ est pour l'ordre des temps; _devant_ pour l'ordre
+des places. Le premier est opposé à _après_, le second à _derrière_.
+
+Plusieurs auteurs font aussi usage d'_avant_ pour l'ordre des places.
+
+AVANT QUE rejette le _ne_. Dites, _avant qu'il parte_, et non, _avant
+qu'il_ NE _parte_.
+
+AVANT QUE DE, AVANT DE, sont employés indifféremment par les écrivains
+modernes: les prosateurs préfèrent même _avant de_.
+
+AVOIR _affaire à quelqu'un_, suppose infériorité, dépendance de celui
+qui a affaire. Un plaideur _a affaire_ À ses juges, et non AVEC ses
+juges.
+
+_Avoir affaire avec quelqu'un_, c'est avoir à traiter avec lui: _il faut
+éviter d'avoir affaire_ AVEC _les fripons_.
+
+_Avoir affaire de_ signifie avoir besoin de: _il a affaire_
+D'_argent_,--_j'ai affaire_ DE _vous, ne sortez pas_.
+
+
+BARBARISME, (le) est l'emploi de mots inusités, ou pris dans un mauvais
+sens, ou mal associés: c'est aussi l'emploi de locutions insolites. Le
+_solécisme_ est une faute grossière contre la syntaxe.
+
+BÂTISSE, BÂTIMENT. _Bâtiment_ est l'édifice entier: _bâtisse_ n'en est
+que la partie comprenant la maçonnerie. Dites: _la bâtisse de cette
+construction a couté fort cher_: mais ne dites pas: _je veux assurer
+cette_ BATISSE; _je veux vendre cette_ BATISSE, pour signifier, _je veux
+assurer cette maison, je veux vendre cette maison_.
+
+BEAUCOUP. _Il s'en faut beaucoup_ marque différence de qualité: _il s'en
+faut de beaucoup_ la différence de quantité: _il s'en faut beaucoup
+qu'il soit aussi prudent que vous_:--_il s'en faut_ DE _beaucoup qu'il
+ait autant de connaissances que son cousin_.
+
+BÉARN, ancienne province de France; prononcez, _Béar_.
+
+BÉNIT, TE, signifie consacré par l'église: _pain bénit_, _eau bénite_.
+_Béni--e_, a les autres significations de son verbe;--BÉNIS _sont les
+rois qui chérissent leurs peuples_.
+
+BIFTECK ou BIFSTECK de l'anglais, _beef-steak_, signifie tranche de boeuf
+saisie dans le beurre.
+
+BLEU. L'adjectif _bleu_ est invariable quand il est modifié par un autre
+adjectif, étant alors substantif. _Des étoffes_ BLEU FONÇÉ, c.-à-d.
+_d'un bleu foncé_. Il en est ainsi de plusieurs autres adjectifs qui
+désignent les couleurs: _des cheveux_ BLOND FONÇÉ;--_des robes_ ROSE
+TENDRE;--_des draps_ VERT FONCÉ:--_des cheveux_ CHATAIN CLAIR, etc.
+
+BOSSER, BOSSUER. _Bosser_ est un terme de marine. _Bossuer_ signifie
+_faire des bosses_: dites _j'ai_ BOSSUÉ _mon goblet_, et non pas, _j'ai_
+BOSSÉ _mon goblet_.
+
+BOUILLIR. _Je bous_, _tu bous_, _il bout_, _nous bouillons_, _vous
+bouillez_, _ils bouillent_, _je bouillais_, _je bouillis_, _je
+bouillirai_, _je bouillirais_, _bous_, _bouillons_, _bouillez_, _que je
+bouillisse_, _bouillant_, _bouilli_, _bouillie_.
+
+BRAIRE n'est usité qu'aux temps et aux personnes qui suivent: _braire_,
+_il brait_, _ils braient_, _il braira_, _ils brairont_, _il brairait_,
+_ils brairaient_.
+
+BRUIRE, n'est guère usité qu'à l'infinitif, aux troisièmes personnes de
+l'imparfait de l'indicatif, _il bruyait_, _ils bruyaient_, et au
+participe présent, _bruyant_. _On entend_ BRUIRE _les vagues_:--_le
+vent_ BRUYAIT _dans la forêt_.
+
+BUREAU. Lieu où l'on expédie des affaires, où l'on travaille, où l'on
+délibère. Mais en parlant d'avocat, de notaire, il faut employer le
+terme _étude_, et dire, l'ÉTUDE _de tel avocat_, _l'_ÉTUDE _de tel
+notaire_.
+
+_Office_ pour signifier _bureau_ est un barbarisme.
+
+
+C ne se prononce pas à la fin des mots, _estomac_, _broc_, _croc_,
+_accroc_, _marc_, _échecs_, (jeu), _tabac_, _jonc_, _lacs_, (filets),
+_arsenic_, _escroc_, _tronc_, _clerc_, _cric_, _porc_, etc.
+
+CALÈCHE est un carosse léger et découvert, dont le train porte sur
+quatre roues. _Cabriolet_ est une voiture légère et suspendue, montée
+sur deux roues.
+
+_Calèche_ n'est donc pas synonyme de _cabriolet_; et c'est par
+conséquent une faute de l'employer comme tel.
+
+D'un autre côté, l'on se sert souvent du mot _cabriolet_, pour désigner
+la petite charrette sans soupentes, dont l'usage est si commun: c'est
+encore, comme l'on voit, une faute à éviter.
+
+CAMPAGNE. _À la campagne_ exprime le séjour que l'on fait hors de la
+ville. _Vivre à la campagne pour sa santé_. _En campagne_ signifie que
+l'on est en mouvement pour ces affaires, _les troupes sont_ EN
+_campagne_;--_il s'est mis_ EN _campagne pour découvrir ce qu'il
+cherche_.
+
+CARRIOLE est une voiture à roues, et c'est abusivement que l'on applique
+ce terme à une de nos voitures d'hiver à patins. _Traîneau_ est le mot
+propre. _Traîneau_ signifie voiture sans roues pour faire des courses
+sur les neiges, sur les glaces.
+
+_Traîneau_ désigne aussi la voiture sans roues destinée au transport
+également sur les neiges, de faix, de charges, etc. Le mot _traîne_,
+pris dans ce dernier sens, est un barbarisme.
+
+_Traîneau_ est encore un assemblage de pièces de bois, pour traîner sur
+la terre des fardeaux lourds, des marchandises, etc.
+
+Au mot _traîneau_ quelques personnes substituent le terme
+anglo-américain _sleigh_. C'est une absurdité.
+
+CARTOUCHE est _féminin_ quand il signifie charge en rouleau d'une arme à
+feu: mais il est _masculin_ lorsqu'il signifie ornement de sculpture, de
+peinture ou de gravure autour des inscriptions, des chiffres, des
+armoiries. LE _cartouche d'une carte géographique_.
+
+CENT au pluriel prend une _s_, _deux cents chevaux_: excepté lorsqu'il
+est suivi d'un autre adjectif de nombre: _deux cent cinquante chevaux_.
+
+Quand il s'agit de la date, _cent est_ toujours invariable; _l'an mille
+huit cent_.
+
+CHARLES V, Empereur d'Allemagne, se prononce, et même s'écrit
+quelquefois, CHARLES-QUINT.
+
+CUEILLIR. _Je cueille, tu cueilles, il cueille, nous cueillons, vous
+cueillez, ils cueillent; je cueillais, je cueillis, je cueillerai, je
+cueillerais, cueille, cueillons, que je cueille, que je cueillisse,
+cueillant, cueilli, cueillie_.
+
+Conjuguez de même _recueillir_, _accueillir_.
+
+CH. Le _ch_ dans plusieurs mots qui viennent du grec, ou de quelque
+langue orientale, se prononce comme _k_; tels sont: archéologie,
+archéologue, catéchumène, Chersonèse, Chalcédoine, chaldéen, chaos,
+chirographaire, chiragre, chirologie, chiromancie, Melchior,
+Melchisédech, Ochosius, Jéchonias, Achaïas, Archimélech, Ezéchias,
+Ezéchiel, exarchat, archiépiscopal, Michel-Ange, Achéloüs, archétype,
+etc.
+
+Cette règle souffre quelques exceptions, comme, _archevêque_,
+_archidiacre_, _archiprêtre_, _architecte_, etc., dont le _ch_ prend la
+prononciation française.
+
+CHACUN, précédé d'un pluriel, prend après lui _son_, _sa_, _ses_, quand
+le régime direct est avant, ou que le verbe n'a pas de régime de cette
+nature: _ils ont apporté leurs offrandes_, _chacun selon_ SES
+_moyens_;--_ils se sont retirés_, _chacun dans_ SA _chambre_:--_ils ont
+opiné_, _chacun à_ SON _tour_.
+
+Il prend _leur_, _leurs_ lorsqu'il est suivi du régime direct: _ils ont
+dit chacun_ LEUR _avis_: _ils ont apporté chacun_ LEURS _offrandes_.
+
+_Un chacun dit, un quelqu'un a pensé_ sont des locutions vicieuses:
+dites, _chacun dit, quelqu'un a pensé_.
+
+CHAIR. Considéré comme aliment le mot chair se dit plus ordinairement
+des animaux terrestres et des oiseaux: CHAIR _de boeuf_:--CHAIR _de
+mouton_:--CHAIR _de perdrix_: et c'est en ce sens que l'on dit, _on ne
+mange point de_ CHAIR _en carême_.
+
+_Chair_ se dit aussi quelquefois des poissons et des fruits: _la_ CHAIR
+_du brochet_:--_la_ CHAIR _du melon_. V. VIANDE.
+
+CHANTRE se dit pour le chant de l'église, et _chanteur_ et _chanteuse_
+pour le chant profane. _Cantatrice_ est une chanteuse de profession.
+
+CHAQUE veut toujours un substantif après lui. Ainsi ne dites pas, _ces
+livres me coutent quatre francs_ CHAQUE: dites, _quatre francs_ CHACUN.
+
+CHOIR est usité seulement à l'infinitif. _Un astrologue un jour se
+laissa_ CHOIR.
+
+CHOISIR. Ce verbe ne régit pas les substantifs quand ils sont sans
+article, ou sans préposition: on ne dit pas, _il a été choisi président
+du comité_, mais, _il a été choisi_ POUR _président du comité_.
+
+CLORRE ou CLORE est usité à tous les temps composés, et de plus aux
+temps simples suivans; _je clos_, _tu clos_, _il clôt_, sans pluriel:
+_je clorai_, etc., _je clorais_, etc.: _clos_ sans pluriel, _clos_,
+_close_.
+
+_Enclorre_ se conjugue de même.
+
+CLUB, mot anglais, adopté depuis la révolution française, que l'on
+prononce _klobe_.
+
+COLLECTIF. Il y a deux sortes de noms collectifs, le _général_ qui
+représente une collection entière, et le _partitif_ qui représente une
+collection partielle.
+
+Tout verbe qui a pour sujet un collectif, s'accorde avec ce collectif,
+s'il est _général_: _l'infinité des perfections de Dieu m'accable_:--_la
+totalité des enfans sacrifie l'avenir au présent_; et avec le substantif
+qui suit le collectif, si celui-ci est _partitif_: _une multitude
+d'hommes l'environnaient_;--_une troupe de barbares désolèrent le pays_.
+
+On distingue le collectif partitif au mot, _un_, _une_, dont il est
+presque toujours précédé, UNE _quantité_, UNE _foule_.
+
+Remarque. Avec _la plupart_, employé absolument, le verbe se met
+toujours au pluriel. _Le sénat fut partagé_; _la plupart_ VOULAIENT
+_que_, etc.
+
+COLORER _une estampe_ est une faute. Dites COLORIER _une estampe_.
+_Colorer_ c'est donner la couleur; ainsi le saffran _colore_ l'eau.
+_Colorier_ c'est appliquer les couleurs: _une estampe_ COLORIÉE.
+
+COMMANDER. On emploie souvent, mais improprement, le mot _recommander_
+au lieu de _commander_, pour signifier la charge que l'on donne de faire
+quelque chose. Ainsi l'on dit, _j'ai_ RECOMMANDÉ _un habit_,--_une paire
+de souliers_, au lieu de, _j'ai_ COMMANDÉ _un habit_,--_une paire de
+soulliers_.
+
+COMME. Lorsque deux sujets sont unis par _comme_, _ainsi que_, le verbe
+s'accorde avec le premier sujet: _l'enfer comme le ciel_ PROUVE _un Dieu
+juste et bon_:--_la vertu ainsi que le savoir_ A _son prix_.
+
+_Comme_ ne doit pas remplacer _que_ pour unir les deux termes d'une
+comparaison. Ne dites pas: _César était aussi éloquent_ COMME _brave_:
+dites, _aussi éloquent_ QUE _brave_:--_il est aussi grand_ COMME _moi_:
+dites, QUE _moi_.
+
+COMMENCER. _Commencer à_, désigne une action qui aura du progrès, de
+l'accroissement: _cet enfant commence_ À _parler_. _Commencer de_,
+exprime une action complète, qui aura de la durée: _il commença_ DE
+_parler à deux heures, et ne finit qu'à six_.
+
+COMPLU est toujours invariable, n'ayant pas de régime direct. _Elle
+s'est_ COMPLU _dans ses enfans_.
+
+COMPRIS. Le participe _compris_, employé sans auxiliaire, est
+invariable, quand il précède le mot auquel il se rapporte: _y_ COMPRIS
+_cette somme_; mais lorsqu'il le suit, il doit s'accorder avec lui:
+_cette somme y_ COMPRISE.
+
+CONCORDANCE des temps de l'indicatif entre eux dans certains cas.
+
+Lorsque deux verbes sont unis par la conjonction _que_, l'on met le
+second verbe au présent de l'indicatif, si ce second verbe exprime une
+vérité constante, ou une action qui se fait ou peut se faire dans tous
+les temps. _J'ai toujours cru qu'il_ EXISTAIT _un Dieu rénumérateur et
+vengeur_. Il faut dire... qu'il EXISTE. _J'ai toujours cru que quatre et
+cinq_ FESAIENT _neuf_. Il faut dire, FONT _neuf_. _Je vous ai dit qu'il
+n'y_ AVAIT _rien de stable dans ce monde_. Dites, _qu'il n'y_ A _rien de
+stable_.
+
+On se servira également du présent, s'il s'agit de quelque chose qui
+existe au moment que l'on parle, et l'on dira: _je savais bien que vous_
+ÊTES _marié_;--_nous avons su que vous_ AVEZ _acheté une métairie_:--_on
+m'a rapporté que notre mère_ A ÉTÉ _quelque temps malade_; et non pas:
+_je savais bien que vous_ ÉTIEZ _marié_;--_nous avons su que vous_
+AVIEZ _acheté une métairie_:--_on m'a rapporté que votre mère_ AVAIT ÉTÉ
+_quelque temps malade_. Au lieu du futur on se sert abusivement du
+conditionnel présent: _on nous a dit que vous_ CONSENTIRIEZ _à cette
+démarche_:--_votre frère m'a assuré que vous_ IRIEZ _à la campagne au
+printemps prochain_;--_le bruit a couru que je_ QUITTERAIS _ce pays
+incessamment_: il faut dire _que vous_ CONSENTIREZ; _que vous_ IREZ:
+_que je_ QUITTERAI, attendu qu'il s'agit ici seulement d'exprimer que
+les actions de _consentir_, d'_aller_, de _quitter_, s'exécuteront dans
+un temps où l'on n'est pas encore.
+
+Le conditionnel passé ne doit pas s'employer pour le conditionnel simple
+ou présent: _j'aurais parié que vous m'_AURIEZ RÉPONDU: dites, _que vous
+me_ RÉPONDRIEZ.
+
+CONCORDANCE des temps du subjonctif avec ceux de l'indicatif et du
+conditionnel.
+
+Quand le verbe de la proposition principale est à l'imparfait, aux
+prétérits, au plus-que-parfait, ou à l'un des conditionnels, l'on met le
+second verbe à l'imparfait du subjonctif. Par conséquent au lieu des
+phrases sottement ridicules; _il désirait que je_ CHANTE;--_je voudrais
+qu'il_ SORTE;--_le médecin a ordonné que vous_ PRENIEZ _un bain_; il
+faut dire: _il désirait que je_ CHANTASSE:--_je voudrais qu'il_
+SORTIT:--_le médecin a ordonné que vous_ PRISSIEZ _un bain_.
+
+Cependant avec le prétérit indéfini l'on peut mettre le second verbe au
+présent du subjonctif, quand il exprime une action qui se fait dans tous
+les temps. _Dieu nous a créés pour que nous l'_AIMIONS.
+
+CONFIRE. _Je confis_, _tu confis_, _il confit_, _nous confisons_, _vous
+confisez_, _ils confisent_; _je confisais_, _je confis_, _je confirai_,
+_je confirais_, _confis_, _confisons_, _confisez_, _que je confisse_,
+point d'imparf. du subj. _confisant_, _confit_, _confite_.
+
+CONNEXITÉ dénote un simple rapport qui est dans la nature des choses:
+_connexion_ énonce une liaison établie entre les choses.
+
+CONSOMMER, CONSUMER. _Consommer se dit_ de tout ce qui est susceptible
+d'être accompli ou perfectionné: _un homme_ CONSOMMÉ _dans les
+sciences_: et _consumer_ du tout ce qui ont susceptible d'être dévoré ou
+anéanti: _il a_ CONSUMÉ _son temps et son argent_.
+
+CONSONNES. D'après l'ancienne appellation les consonnes, _b, c, d, f, g,
+h, j, k, l, m, n, p, q, r, s, t, v, x, z,_ se prononcent, _bé, cé, dé,
+effe, gé, ache, ji, ka, elle, emme, enne, pé, qu, erre, esse, té, vé,
+ixe, zède_.
+
+D'après la nouvelle appellation, elles se prononcent, _be, ce, de, fe,
+ghe, he, je, ke, le, me, ne, pe, que, re, se, te, ve, xe, ze_.
+
+Cette nouvelle méthode fut proposée, par MM. du Port-Royal, et
+quoiqu'elle ait de grands avantages sur l'ancienne, elle resta long
+temps dans l'oubli, par cela seul quelle était contraire à la pratique
+générale. _Mais enfin_, dit Duvivier, _l'empire du préjugé commence à
+s'affaiblir, et dans peu elle sera selon toute probabilité, la seule en
+usage_.
+
+Suivant cette nouvelle appellation, toutes les lettres de l'alphabet
+sont _masculines_; suivant l'ancienne, il y en a qui sont _féminines_ et
+d'autres qui sont _masculines_. Les _féminines_, sont _f, h, l, m, n, r,
+s_: les _masculines_, _a, b, c, d, e, g, i, j, k, o, p, q, t, u, v, x,
+y, z_.
+
+CONSTABLE. On sait que les devoirs de l'_Officier de Paix_ en France,
+sont analogues à ceux du _constable_ en Angleterre. Il est donc évident
+que l'on doit rejetter le mot anglais _constable_, puisque nous avons en
+français son équivalent.
+
+Quant au mot français _connetable_, c'est une grave faute que de
+l'employer dans le sens d'_Officer de Paix_.
+
+CONTINUATION est pour la durée: _continuité_ pour l'étendue.
+
+CONTINUER À se dit d'une chose que l'on fait sans interruption:
+_continuez_ À _bien vivre_: _continuer de_ d'une chose où il y à
+interruption: _continuez_ DE _vous former le style_.
+
+CONTRAINDRE prend _à_ ou _de_ devant l'infinitif: c'est l'oreille et le
+goût qui en décident: _contraindre quelqu'un_ À _travailler_, ou DE
+_travailler_.
+
+Il en est ainsi des verbes _demander_, _s'empresser_, et _forcer_.
+
+COPIE n'est pas synonyme d'_exemplaire_, et c'est une faute de dire,
+_j'ai acheté quelques_ COPIES _de tel ouvrage_: dites, _quelques_
+EXEMPLAIRES.
+
+COUDRE. _Je couds, tu couds, il coud, nous cousons, vous cousez, ils
+cousent, je cousais, je cousis, je coudrai, je coudrais, couds, cousons,
+cousez, que je couse, que je cousisse, cousant, cousu, cousue_.
+
+COULEUR et COLORIS, en parlant d'un tableau, ont des significations bien
+différentes. _Couleur_ est l'impression que fait sur l'oeil la lumière
+réfléchie par chaque partie du tableau. _Coloris_ est l'effet qui
+résulte de l'ensemble, et de l'assortiment des _couleurs_.
+
+COULEUR est toujours féminin, excepté dans les mots composés, _couleur
+de feu_, _couleur de rose_, etc. Ainsi l'on dit; LE _couleur de feu est_
+MA _couleur favorite_: _cette étoffe est d'_UN _couleur de rose
+charmant_. On dit adjectivement, _un ruban couleur de feu_.
+
+Un habit de couleur, une robe de couleur, sont un habit et une robe de
+toute autre couleur que le blanc et le noir.
+
+COUPLE est féminin quand il désigne deux choses qui ne vont pas ensemble
+nécessairement: _une couple de serviteurs_,--_de poulets_,--_d'oeufs_.
+Ils est masculin quand il désigne deux personnes unies par le mariage,
+ou qu'il se dit d'un mâle ou d'une femelle qu'on a appareillés ensemble:
+_un couple d'époux_,--_un couple de pigeons_.
+
+COURIR prend deux _r_ au futur simple, _je_ COURRAI et au présent du
+conditionnel _je_ _cou_RR_ais_.
+
+Il en est ainsi des verbes _concourir_, _discourir_, _encourir_,
+_parcourir_, _secourir_, _mourir_, _accourir_.
+
+COUVERCLE est ce qui ferme en couvrant: ainsi on dit, COUVERCLE _d'un
+chaudron_,--_d'un pot_,--_d'une écuelle_,--_d'une soupière_, etc. On
+doit se garder d'employer dans ce sens le mot _couvert_ qui a une toute
+autre signification.
+
+CRAINTE, PLAINTE. Autrefois l'on rejetait les participes féminins
+_crainte_ et _plainte_; aujourd'hui on les emploie, et l'on dit: _la
+chose que j'ai crainte_,--_la personne que j'ai plainte_.
+
+CRAINTE DE précède toujours un substantif: dites, _crainte de_ PIS, et
+non pas DE _crainte de_ PIS. _De crainte de_ se met devant un infinitif:
+dites, DE _crainte de_ TOMBER, et non pas, _crainte de_ TOMBER.
+
+CROIRE _quelque chose_, c'est l'estimer véritable; _je crois la
+religion_. _Croire à quelque chose_, c'est s'y fier, y avoir confiance:
+_je crois_ À _son innocence_. _Croire quelqu'un_, c'est ajouter foi à ce
+qu'il dit: _c'est un menteur, on ne_ LE _croit plus_. _Croire à
+quelqu'un_, c'est croire à son existence: _il croit_ AUX _revenans_. On
+dit aussi dans ce sens, _croire à la magie_.
+
+CULOTTE, vêtement d'homme de la ceinture aux genoux. On ne doit pas
+confondre _culotte_ avec _pantalon_ qui est un vêtement de la ceinture
+aux pieds.
+
+
+D final sonne dans les noms propres _David_, _Obed_, _Joad_, etc.: et
+dans _Sud_ (le midi).
+
+En général le d final se fait sentir devant une voyelle, ou une _h_ non
+aspirée. Cette règle néanmoins souffre beaucoup d'exceptions, surtout
+dans la conversation: ainsi dans ces phrases, _chaud accablant_,--_bord
+escarpé_,--_froid épouvantable_, le _d_ est nul en prononciation.
+
+On doit à cet égard consulter l'oreille, interroger l'usage.
+
+DAME est un titre d'honneur qui s'étend aujourd'hui à toutes les femmes
+d'une condition un peu honnête. Mais c'est une erreur grossière de
+l'employer comme synonyme de _femme mariée_. Ainsi ne dites pas, _la_
+DAME _de Monsieur un tel_; ni, _votre_ DAME; dites; _la_ FEMME _de
+Monsieur un tel_: _votre_ FEMME. Cette dernière locution, quoique
+correcte, doit être évitée néanmoins dans la bonne société: au lieu
+donc de dire, _votre femme_, dites _Madame_, en y ajoutant le nom du
+mari.
+
+Une dame ne dit, _mon mari_, que dans l'intimité; en toute autre
+circonstance elle le nomme par son nom en l'appelant _Monsieur_. Mais il
+n'en est pas ainsi du mari; il serait ridicule qu'il dit en société,
+_mon épouse_ ou _Madame_ N: il doit dire tout simplement, _ma femme_.
+
+_Madame votre femme_, _Madame votre épouse_ sont des expressions de
+mauvais ton; moins ridicules néanmoins que, _Monsieur mon père_: _Madame
+ma mère_.
+
+Une dame ne doit pas dire, _quand j'étais fille_, mais, _quand j'étais
+demoiselle_.
+
+DANS, EN. _Dans_ a un sens précis et déterminé: _il est_ DANS _la
+ville_: _en_ a un sens vague et indéterminé: _il est_ EN _ville_. _Dans_
+marque le temps où l'on exécute les choses; _il viendra_ DANS _un mois_:
+et _en_, celui qu'on emploie à les exécuter: _il a fait le voyage_ EN
+_un mois_.
+
+DE entre deux noms. Si le second nom ne sert qu'à spécifier la nature du
+premier nom, et par conséquent s'il n'est employé que dans un sens
+indéfini, dans un sens général, qui ne présente à l'esprit qu'une idée
+vague et confuse, l'idée de pluralité disparaît, et le second nom se met
+au singulier: _des queues de cheval_;--_de l'huile d'olive_;--_des gens
+de plume_.
+
+Mais le second nom se place au pluriel, s'il désigne une chose qui se
+compte; _une mesure de haricots_;--_un bouquet de roses_,--_un marchand
+de plumes_ (à écrire).
+
+DÉCHOIR. _Je déchois_, _tu déchois_, _il déchoit_, _nous déchoyons_,
+_vous déchoyez_, _ils déchoient_, point d'imparfait, _je déchus_, _je
+décherrai_, _je décherrais_, _déchois_, _déchoyons_, _déchoyez_, _que je
+déchoie_, _que tu déchoies_, _qu'il déchoie_, _que nous déchoyions_,
+_que vous déchoyiez_, _qu'ils déchoient_, _que je déchusse_, point de
+participe présent, _déchu_, _déchue_.
+
+DEDANS ne veut point de régime: dites, _dans la ville_, et non, DEDANS
+_la ville_; à moins que _dedans_ ne soit précédé d'une préposition; PAR
+_dedans la ville_; ou employé en opposition avec un des adverbes
+_dehors_, _dessus_, _dissous_: _il y à des animaux_ DEDANS _et_ DESSUS
+_la terre_.
+
+DE FACON QUE. _De façon que_, _de manière que_, _de sorte que_,
+demandent le subjonctif, quand l'idée tient du doute, de l'avenir:
+_conduisez-vous de manière que vous_ MÉRITIEZ _l'estime des gens de
+bien_: et l'indicatif lorsqu'elle est positive, et qu'elle a rapport au
+présent, ou passé: _il s'est conduit de façon qu'il_ A MÉRITÉ _l'estime
+des gens de bien_.
+
+DEHORS ne veut point de régime: dites, _hors de la ville_; à moins que
+_dehors_ ne soit précédé d'une préposition: _passer_ PAR _dehors la
+ville_; ou employé en opposition avec un des adverbes _dedans_,
+_dessus_, _dessous_: _j'en voyais et_ DEDANS _et_ DEHORS _nos
+murailles_.
+
+DÉJEUNER, DÎNER, SOUPER. Ces trois verbes veulent la préposition _avec_
+devant un nom de personne: et la préposition de devant le nom de la
+chose que l'on mange, _j'ai déjeûné_--_dîné_--_soupé_ AVEC _mon ami_:
+_j'ai déjeûné_ DE _café_: _j'ai dîné_ D'_un bon pâté_.
+
+On dit, DE _quoi avez-vous déjeûné_--_dîné_--_soupé_? et non pas, AVEC
+quoi avez-vous déjeûné? etc.
+
+DÉLICE au singulier est masculin; au pluriel féminin: _mon plus_ GRAND
+_délice_,--_mes plus_ CHÈRES _délices_.
+
+DÉLIVRER dans le sens de _livrer_ ne peut avoir deux régimes de
+personnes. Ainsi on dit bien, _délivrer des marchandises à quelqu'un_:
+mais on ne doit pas dire, _délivrer un prisonnier à quelqu'un_.
+
+DEMAIN. On dit, _demain matin_, _demain soir_ de préférence à _demain_
+AU _matin_, _demain_ AU _soir_.
+
+DEMEURER prend _avoir_ pour exprimer que le sujet n'est plus au lieu,
+dans l'état dont il est question: _il_ A _demeuré six mois en
+Italie_:--_il_ A _demeuré longtemps captif_.
+
+Il prend _être_ pour marquer que le sujet n'a pas changé de lieu,
+d'état: _deux cens hommes_ SONT _demeurés sur le champ de
+bataille_:--_il a reçu une blessure, et_ EST _demeuré infirme_.
+
+DEMI reste invariable quand il précède le substantif: _une_
+DEMI_-heure_: _une_ DEMI_-verge_: et s'accorde en genre seulement
+lorsqu'il suit le substantif: _deux heures et_ DEMIE.
+
+DÉPLU. Le participe _déplu_ est toujours invariable: _ces Messieurs se
+sont_ DÉPLU _à la campagne_:--_ces Dames se sont_ DÉPLU.
+
+DE QUI, DONT, DUQUEL. _De qui_ ne se dit que des personnes, ou des
+choses personnifiées. _Dont_ et _duquel_ se disent des personnes et des
+choses; mais en général _dont_ est préférable: _un arbre_ DONT _le fruit
+est excellent_, et non pas, _un arbre_ DUQUEL, etc. Cependant _duquel_
+doit être préféré à _dont_;
+
+1º pour éviter une équivoque; _la bonté du Seigneur_ DE LAQUELLE _nous
+ressentons les effets_.
+
+2º lorsque le mot auquel se rapporte ce pronom relatif est suivi d'une
+préposition: _l'homme à la réputation_ DUQUEL _vous voulez nuire_; et
+non pas, _l'homme à la réputation_ DONT, etc.
+
+DÉSESPÉRER QUE, étant accompagné d'une négation, veut _ne_ devant le
+verbe qui suit: _je ne désespère pas qu'il_ NE _vienne_.
+
+DÉSHONNÊTE, MALHONNÊTE. Il ne faut pas confondre ces deux mots. Le
+premier est contraire à la pureté: le second à la civilité, à la
+droiture.
+
+DESSUS, DESSOUS ne veulent pas de régime: ne dites donc pas, DESSUS _la
+table_, DESSOUS _le lit_: _dites_ SUR _la table_, SOUS _le lit_: à moins
+que ces adverbes ne soient précédés d'une préposition: PAR DESSUS _les
+murs_, PAR DESSOUS _la jambe_: ou employés en opposition: _il y a des
+livres dessus et dessous_ LA TABLE.
+
+DIRE. De tous les composés de _dire_, il n'y a que le verbe _redire_ qui
+se conjugue absolument comme _dire_: _redire_ fait donc au présent de
+l'indicatif, _vous redites_, et à l'impératif _redites_.
+
+À l'égard des verbes _dédire_, _contredire_, _interdire_, _médire_,
+_prédire_, on dit au présent de l'indicatif, _vous dédisez_, _vous
+contredisez_, _vous interdisez_, _vous médisez_, _vous prédisez_, et à
+l'impératif, _dédisez_, _contredisez_, _interdisez_, _médisez_,
+_prédisez_.
+
+DISCONVENIR. Lorsque _disconvenir_ est accompagné d'une négation, il
+veut _ne_ devant le verbe suivant; _je ne disconviens pas qu'il_ NE
+_soit habile_.
+
+DISPUTER. Lorsque _disputer_ signifie, _prétendre concurremment à_, il
+prend le pronom personnel, et alors il est suivi d'un régime direct:
+_on_ SE DISPUTE _la prééminence_,--_un rang_,--_un héritage_. Employé
+dans un sens absolu, signifiant _avoir contestation_, il ne prend pas ce
+pronom: ainsi ne dites pas, _vous avez tort de_ VOUS DISPUTER,--_ils_ SE
+_se sont longtemps_ DISPUTÉS: dites, _vous avez tort de_ DISPUTER: _ils_
+ONT _longtemps_ DISPUTÉ.
+
+DISTINGUER DE se dit des choses analogues; _distinguer la bienfaisance_
+DE _la charité_; _distinguer d'avec_, se dit d'objets différens:
+_distinguer l'or d'_AVEC _l'argent_.
+
+DONC se prononce _donk_ devant une voyelle, et au commencement d'une
+phrase, ou d'un membre de phrase; et aussi quand la phrase indique
+l'indignation, la colère, etc.
+
+DOUTER accompagné d'une négative veut _ne_ devant le verbe suivant: _je
+ne doute pas que vous_ NE _réussissiez_. Le participe passé de _se
+douter_ s'accorde toujours avec le second pronom; _il se sont_ DOUTÉS
+_de cela_.
+
+DRESSER. Dites, _les cheveux me dressent_ À _la tête_, et non SUR _la
+tête_.
+
+DROIT. On dit, _Mademoiselle marchez_ DROIT, et _Mademoiselle marchez_
+DROITE. Le premier veut dire, _marchez en ligne droite_: _droit_ est un
+adverbe, et se rapporte au verbe _marchez_: le second signifie
+_tenez-vous droite en marchant_.
+
+DU, DE LA, DES sont employés devant les substantifs communs, pris dans
+un sens partitif; c.-à-d., pour désigner une _partie_, une _portion_
+des personnes ou des choses dont on parle: _il a_ DU _papier_; c.-à-d.,
+_quelque papier_:--vous avez DE L'_encre_; c.-à-d., _quelque
+encre_:--_nous avons acheté_ DES _plumes_; c.-à-d., _quelques plumes_:
+excepté quand le substantif dans un sens partitif, est précédé d'un
+adjectif; alors on emploie simplement _de_; _il a_ DE _bon
+papier_:--_vous avez_ DE _bonne encre_:--_nous avons acheté_
+D'_excellentes plumes_.
+
+On ne doit donc pas dire; _j'ai mangé_ DE LA _bonne viande_:--_j'ai bu_
+DU _bon vin_:--_voilà_ DU _beau papier_: dites, _j'ai mangé_ DE _bonne
+viande_:--_j'ai bu_ DE _bon vin_:--_voilà_ DE _bon papier_.
+
+DU GUESCLIN. On ne fait point sonner l'_s_ de ce nom d'homme.
+
+DURANT. Cette préposition se met quelquefois après son régime; _sa vie_
+DURANT.
+
+_Durant_ exprime une durée continue; _pendant_ marque un moment, une
+époque.
+
+_Durant que_, n'est plus usité.
+
+
+ÉCHOIR, n'est guère d'usage au présent de l'indicatif qu'à la troisième
+personne du singulier, _il échoit_, qu'on prononce et qu'on écrit
+quelquefois _il échet_: point d'imparfait de l'indicatif, _j'échus_,
+_j'écherrai_, _j'écherrais_, point d'impératif, _qu'il échée_, _qu'ils
+échéent_, _que j'échusse_, _échéant_, _échu_, _échue_.
+
+_Échoir_ construit avec les adverbes _bien_ et _mal_, se dit des
+personnes; _vous ne sauriez que_ BIEN _échoir_;--_je suis_ MAL _échu_.
+
+Noël veut qu'aux temps composés _échoir_ prenne _avoir_ et _être_.
+Duvivier prétend au contraire que le participe du verbe _échoir_ se
+construit avec le seul auxiliaire _être_.
+
+ÉCLAIRER. Lorsqu'on donne ordre de porter une lumière à quelqu'un qui
+passe par un endroit obscur, il faut dire, _éclairez_ À _Monsieur_, et
+non pas, _éclairez Monsieur_.
+
+ÉCLORE, _il éclôt_, _ils éclosent_, _il éclora_, _ils écloront_, _il
+éclorait_, _ils écloraient_, _qu'il éclose_, _qu'ils éclosent_, _éclos_,
+_éclose_. Il n'est usité qu'aux temps et aux personnes ci-dessus, et de
+plus à la troisième personne du singulier et du pluriel des temps
+composés.
+
+EFFORCER À. (s') _S'efforcer à_, a rapport aux forces physiques;
+_s'efforcer_ À _courir_:--_s'efforcer_ À _porter un fardeau_.
+_S'efforcer de_, a rapport aux facultés intellectuelles: _s'efforcer_
+D'_être plaisant_:--_s'efforcer_ DE _paraître calme_.
+
+ELLE, EUX, ELLES, précédés d'une préposition, ainsi que les prénoms,
+_lui_, _leur_, ne se disent que des personnes, ou des choses
+personnifiées: il ne faut donc pas dire, _cette maison menace ruine,
+n'approchez pas_ _d'_ELLE:--_ce cheval est méchant_, ne LUI _touchez
+pas_. Dans ces cas on se sert des pronoms _en_ et _y_; _n'_EN _approchez
+pas_;--_n'_Y _touchez pas_: ou bien on donne une autre tournure à la
+phrase si les pronoms _en_ et _y_ ne peuvent y entrer.
+
+Placés après le verbe _être_ les pronoms _lui_, _elle_, _eux_, _elles_
+ne se disent que des personnes: _est-ce Monsieur votre père?_--_c'est_
+LUI;--_est-ce votre soeur qui a écrit?_--_c'est_ ELLE;--_sont-ce là vos
+cousins?_--_ce sont_ EUX.
+
+Mais aux questions suivantes, où il s'agit de _choses_ et non de
+_personnes_: _est-ce là votre chapeau?_--_est-ce là votre
+épée?_--_sont-ce là vos livres?_--_sont-ce là vos plumes?_--il ne faut
+pas _répondre_, _oui, c'est_ LUI,--_c'est_ ELLE,--_ce sont_ EUX,--_ce
+sont_ ELLES: il faut répondre _ce_ L'_est_ aux deux premières questions,
+et _ce_ LES _sont_ aux deux dernières.
+
+EMPIERRER et EMPIERREMENT. (Dict. de Boiste) _Empierrer_ c'est mettre un
+lit de pierres sous l'aire du gravier pour le consolider. _Empierrement_
+signifie le lit de pierres, ou l'action de les poser. V. FERRER.
+
+EMPÊCHER QUE, veut toujours _ne_ devant le verbe suivant: _j'empêcherai
+qu'il_ NE _vienne_.
+
+EN. Lorsqu'il est question de choses, on se sert du pronom relatif _en_,
+au lieu du pronom possessif, ainsi il faut dire; _ce livre me plaît, la
+reliure_ EN _est belle_, et non pas, SA _reliure est belle_:--_cette
+statue est belle, mais la tête_ EN _est trop petit_, et non pas SA _tête
+est trop petite_.
+
+Au jeu de cartes on dit, _jouer_ EN _pique_--EN _coeur_, etc., et non
+pas, DU _pique_,--DU _coeur_. V. SON, SA.
+
+ENGAGER prend _à_ ou _de_ devant l'infinitif: _il s'engagea_ À _payer_,
+ou DE _payer_.
+
+ENNOBLIR (prononcer _an-noblir_,) c'est donner de l'éclat, du lustre:
+_les beaux arts_ ENNOBLISSENT _une langue_.
+
+_Anoblir_ c'est donner des lettres de noblesse: _la Reine Victoire l'a_
+ANOBLI.
+
+ENNUYANT marque l'action, et _ennuyeux_ l'état. Un homme _ennuyant
+ennuie_ actuellement par ses discours, ou de quelqu'autre manière: un
+homme _ennuyeux_ est celui qui par sa simplicité, par l'habitude de
+bavarder, etc., a tout ce qu'il faut pour ennuyer. _Ennuyeux_ se dit des
+personnes et des choses: _ennuyant_ des personnes seulement.
+
+ENTRE. L'_e_ final d'_entre_ s'élide seulement dans les verbes
+réfléchis, dont le simple commence par une voyelle: _s'entr'aider_,
+_s'entr'ouvrir_: et de plus dans _entr'acte_, _entr'autres_, et
+quelquefois devant _eux_, _elles_: c'est à volonté: _entr'eux_,
+_entr'elles_, ou _entre eux_, _entre elles_.
+
+ENTRE-NUIRE. (s') Le participe passé de _s'entre-nuire_ est toujours
+invariable: _ils se sont_ ENTRE-NUI.
+
+ENVIRON ne doit pas être suivi de la conjonction _ou_: ne dites pas;
+_une somme d'_ENVIRON _quatre_ OU _cinq cens livres sterling_: dites;
+_une somme de quatre_ OU _cinq cens livres sterling_: ou bien,
+_d'environ quatre_ À _cinq cens livres sterling_. La raison en est
+qu'_environ_ et _ou_ expriment chacun quelque chose de vague: leur
+réunion forme un pléonasme vicieux.
+
+_Environ_ ne doit pas être suivi de _de_: dites, _il était environ deux
+heures_, et non, _environ_ DE _deux heures_.
+
+ESPÉRER QUE portant à l'esprit une idée de _futur_, ne doit pas être
+suivi d'un verbe au _présent_ ou au _passé_: _j'espère que vous vous_
+PORTEZ _bien_:--_j'espère que vous_ AVEZ RÉUSSI. Dites: _je me_ FLATTE
+_que vous vous portez bien_;--_je_ PENSE _que vous avez réussi_.
+
+C'est une faute grossière de dire; ESPÉREZ _un moment_, pour ATTENDEZ
+_un moment_.
+
+ESSAYER prend _à_ ou _de_ devant l'infinitif qui suit: _essayer_ À ou DE
+_combattre_: c'est le goût qui en décide.
+
+ET. La conjonction _et_ donne lieu à plusieurs remarques.
+
+1º. Elle ne doit pas unir les mots synonymes; ainsi ne dites pas, _une
+douceur_ ET _une aménité admirable_;--_il est érudit_ ET _savant_;
+dites, _une douceur_, _une aménité admirable_:--_il est érudit_,
+_savant_.
+
+2º. Elle ne doit pas non plus unir deux membres de phrases commençant
+chacun par une des conjonctions, _plus_, _moins_, _autant_. Dire, _plus
+on étudie_, ET _plus on aime l'étude_, serait une faute: dites: _plus
+en étudie_, _plus on aime l'étude_.
+
+3º. Elle ne peut unir que des mots de même nature, c.-à-d., un
+substantif à un substantif, un verbe à un verbe, etc.: d'où il suit que
+l'on ne doit pas dire, _il aime le jeu et_ À ÉTUDIER, mais, _il aime le
+jeu et l'_ÉTUDE.
+
+ET CÆTERA. Quand il est question de _choses_, l'on dit, _et cætera_;
+quand il s'agit de _personnes_, il faut dire, _et autres_, ou, _et
+d'autres_, ou, _et les autres_.
+
+ÊTRE. Le verbe _être_ précédé de _ce_ se met au pluriel, lorsqu'il est
+suivi de la troisième personne du pluriel: _ce_ SONT _les
+Romains_;--_ce_ SONT _eux_;--_c'_ÉTAIENT _nos amis_;--_ce_ SERONT _nos
+ennemis_, _qui_..
+
+Mais on dirait avec le verbe _être_ au singulier, _c'_EST _le travail et
+l'application_;--_c'_EST _nous_;--_c'_EST _vous_;--_c'_ÉTAIT
+_nous_;--_ce_ SERA _vous_; aucun de ces mots ne formant la troisième
+personne du pluriel.
+
+_Remarque._ Quelques auteurs emploient le singulier, quoique le verbe
+soit suivi de la troisième personne du pluriel. Racine dit, _ce n'_EST
+_pas les Troyens_: l'Académie écrit, EST-_ce les Anglais_?
+
+Le temps du verbe _être_ précédé de _ce_ est déterminé par le verbe
+suivant: ainsi il faut dire: _ce_ SERA _nous qui répondrons_; et non
+pas, _c'_EST _nous qui répondrons_;--_ce_ FUT _Cicéron qui sauva la
+république_; et non pas, _c'_EST _Cicéron qui sauva la république_.
+
+Lorsque le verbe _être_ précédé de _ce_, est suivi d'une préposition,
+comme dans, _c'est à vous_; _c'était de nous_; _ce sera pour mes
+enfans_; on fait usage de la conjonction _que_: _c'est_ À _vous_ QUE _je
+m'adresse_;--_c'était_ DE _nous_ QUE _vous parliez_;--_ce sera_ POUR
+_mes enfans_ QUE _je travaillerai_. Si au lieu de cette conjonction, on
+employait _à qui_, dans la première phrase; _dont_ ou _de qui_ dans la
+seconde; et _pour qui_ dans la troisième; l'on violerait les règles de
+la grammaire, en ce que l'on donnerait deux régimes indirects aux
+verbes, _je m'adresse_, _vous parliez_, _je travaillerai_, tandis qu'ils
+n'en doivent avoir qu'un. On dit de même, _c'est ici_ QUE _je
+demeure_;--_c'est là_ QUE _je vais_: et non pas, _c'est ici_ OÙ _je
+demeure_;--_c'est là_ OÙ _je vais_. Dans ces phrases, ce ne sont pas, il
+est vrai, deux régimes indirects qui marquent le même rapport, mais deux
+adverbes qui expriment la même circonstance, et dont un seul suffit.
+
+Après le verbe _être_ précédé de _ce_, l'on met _à_ et _de_ devant
+l'infinitif: _c'est à moi à_,--_c'est à vous à_,--_c'est à lui à_,
+éveille une idée de tour: _c'est à moi de_,--_c'est à vous de_,--_c'est
+à lui de_, exprime une idée de droit ou de devoir. Ainsi l'on dira,
+_c'est à moi_ À _jouer_, c.-à-d., c'est mon tour de jouer: _c'est à moi_
+DE _commander_, c.-à-d., c'est mon droit, c'est mon devoir de commander.
+
+On dit souvent _il a été_ pour _il est allé_, et vice-versa. La règle à
+suivre en cela est que toutes les fois que l'on suppose le retour du
+lieu, il faut dire, _il a été_, _j'ai été_: et lorsqu'il n'y a pas de
+retour, _il est allé_. Ainsi, _Pierre est allé au sermon_, signifie que
+Pierre n'est pas de retour du sermon: _Pierre a été au sermon_, veut
+dire que Pierre est de retour du sermon. Les locutions, _je suis allé le
+voir_;--_je suis allé le visiter_, sont vicieuses; il faut dans l'une et
+l'autre phrase dire, _j'ai été_.
+
+Il est essentiel de remarquer que ce n'est que dans les temps composés,
+qu'on emploie le verbe être pour le verbe _aller_; _il est allé à la
+messe_,--_il a été à la messe_: ne dites, pas: _il_ FUT _à la
+messe_,--_il_ FUT _jusqu'à Rome_: mais, _il_ ALLA _à la messe_,--_il_
+ALLA _jusqu'à Rome_.
+
+EUPHONIE; terme de grammaire qui signifie prononciation agréable.
+L'_euphonie_ fait changer quelquefois un mot, comme quand on dit MON
+_amitié_ pour MA _amitié_; et quelquefois ajouter certaines consonnes,
+comme dans ces locutions, _va_-T-_en_;--_va_s-_y_;--_si_ L'_on vous
+demande_: où les lettres T, S, L, font éviter le son désagréable qui
+résulte de la rencontre de deux voyelles.
+
+ÉVANGILE est masculin. Ne dites pas, _la dernière évangile_,--_à la
+dernière évangile_, mais, _le dernier évangile_,--_au dernier évangile_.
+
+ÉVEILLER, RÉVEILLER. _Éveiller_ se dit d'une cessation de sommeil
+douce, ordinaire et naturelle. _Réveiller_ suppose quelque chose
+d'irrégulier et de subit.
+
+ÉVITER ne signifie jamais _épargner_: ne dites pas, _je vous_ ÉVITERAI
+_cette peine_;--ÉVITEZ _moi ce désagrément_: dites, _je vous_ ÉPARGNERAI
+_cette peine_;--ÉPARGNEZ _moi ce désagrément_.
+
+EXCEPTÉ s'accorde lorsqu'il suit le substantif; _vos frères_ EXCEPTÉS,
+et reste invariable quand il le précède, EXCEPTÉ _vos frères_.
+
+EXCLURE. Participe passé _exclu_, _exclue_: ou, _exclus_, _excluse_. Ce
+dernier est peu usité.
+
+EXCUSE. _Demander excuse_ signifie _exiger des excuses_: on ne peut donc
+pas dire à quelqu'un qu'on a offensé, _je vous demande excuse_; il faut
+dire, _je vous fais excuse_.
+
+EXEMPLE est féminin quand il signifie modèle de _dessin_, d'_écriture_,
+etc., que l'on copie: il est masculin dans ses autres acceptions.
+
+C'est une faute grave de dire, IMITEZ _l'exemple de vos ancêtres_,
+dites, SUIVEZ _l'exemple de vos ancêtres_.
+
+EXHIBITION est un terme de pratique qui signifie, _représentation
+juridique de papiers_. Gardez-vous donc d'employer ce mot en parlant de
+bestiaux, de grains, et en général des produits de l'industrie, d'objets
+d'art, offerts à la vue du public en certaines occasions. _Exposition_
+est le terme propre. Ainsi dites, EXPOSITION _de tableaux_, _de
+bestiaux_ etc.; et s'il y a concurrence pour des prix, employez le mot
+_concours_.
+
+Ces observations s'appliquent également au verbe _exhiber_.
+
+EXPIRER se conjuge avec _être_ quand il se dit des choses; _la trève_
+EST _expirée_; et avec _avoir_ lorsqu'il se dit des personnes, _il_ A
+_expiré entre mes bras_.
+
+
+F. L'_f_ finale ne se fait pas sentir dans les mots suivans: _clef_,
+_clefs_, _oeuf frais_, _oeuf dur_, _oeuf pourri_, _boeuf gras_, _boeuf
+salé_, _cerf_, _cerfs_: elle ne se fait pas sentir non plus dans les
+mots au pluriel, _nerfs_, _boeufs_, _oeufs_; mais on l'a fait entendre
+dans ces expressions, _du boeuf_, _un oeuf_, _un nerf_, dans _nerf de
+boeuf_, l'on prononce seulement l'_f_ du mot _boeuf_; dans le mot _neuf_
+l'_f_ se fait sentir au singulier, et elle est muette au pluriel: _habit
+neuffe_, _habits neu_.
+
+FACE. La locution _en face_ prend après elle la préposition de; _en
+face_ DU _temple_. Cependant dans le style familier on peut omettre
+cette préposition; _il demeure en face le marché_. Cette régle
+s'applique à _près_, et à _vis-à-vis_.
+
+FAILLIR est usité principalement à l'infinitif; au passé défini, _je
+faillis_; et aux temps composés, _j'ai failli_, _j'avais failli_. Le
+participe présent _faillant_ s'emploie rarement.
+
+On dit _j'ai failli tomber_ ou _de tomber_ ou _à tomber_; c'est
+l'oreille qui décide. C'est encore l'oreille qui prescrit le choix des
+prépositions _à_ ou _de_ devant l'infinitif, qui suit les verbes
+_contraindre_, _demander_, _s'empresser_, _s'engager_, _finir_,
+_forcer_, et _souffrir_.
+
+FALLOIR. _Il s'en faut_, accompagné d'une négation, ou de quelque mot
+qui ait un sens négatif, tels que, _peu_, _guère_, _presque_, _rien_,
+etc., veut la négation devant le verbe suivant: _il ne s'en faut pas_
+BEAUCOUP _qu'il_ NE _soit ruiné_:--_il s'en fallait_ PEU _qu'il_ N'_eût
+achevé_. Mais on dirait, _il s'en faut qu'on y meure de faim_, le verbe
+_il s'en faut_, n'étant accompagné d'aucune préposition négative.
+
+FERRER un chemin, c'est le garnir de pierraille, d'après le système de
+McAdam. V. EMPIERRER.
+
+FEU. L'adjectif _feu_ ne s'accorde en genre que quand il précède
+immédiatement le substantif: _la_ FEUE _reine_,--_notre_ FEUE _mère_:
+mais on dit sans accord; FEU _la reine_;--FEU _notre mère_, l'adjectif
+_feu_ étant séparé de son substantif par les mots _la_, _notre_.
+
+FEVE et HARICOT. Malgré beaucoup de ressemblance _la fêve_ et _le
+haricot_ sont des légumes bien différens, et jamais les naturalistes ne
+les confondent. Linnée nomme la _fêve_ FABA, et le _haricot_ PHASEOLUS.
+Nous possédons en abondance la _féve_ et le _haricot_: mais il est à
+regretter que nous les désignions presque toujours par le seul mot
+_féve_: à peine même le terme _haricot_ nous est-il connu.
+
+FINIR prend _à_ et _de_ devant l'infinitif: _il ne finit pas_ DE
+_parler_; ou, _il ne finit pas_ À _parler_. C'est l'oreille qui en
+décide.
+
+FIXER ne saurait s'employer pour _regarder_: ne dites pas, _on ne peut_
+FIXER _le soleil_, _sans en être ébloui_: dites, _on ne peut_ REGARDER
+etc.
+
+FLEURIR employé au figuré, c.-à-d., en parlant des arts, des sciences,
+d'un empire, fait au participe _florissant_ et à l'imparfait
+_florissait_; _alors les sciences_ FLORISSANT _en Égypte_:--_l'empire
+romain_ FLEURISSAIT _sous Tite_.
+
+FORTUNÉ n'a jamais le sens de _riche_. Ne dites pas _un homme_ FORTUNÉ:
+dites _un homme qui a de la fortune_.
+
+FOUDRE employé au propre est féminin: _être frappé_ DE LA _foudre_:
+employé au figuré il est masculin: _quand le sublime rient à éclater, il
+renverse tout comme_ UN _foudre_: à moins qu'il ne soit accompagné d'une
+épithète; alors il est des deux genres; _la foudre_ VENGEUR, OU, _la
+foudre_ VENGERESSE.
+
+FUNERAIRE n'est guère usité qu'en cette phrase: _frais funéraires_.
+
+FUR. On dit également bien AU _fur et_ À _mesure_, ou, À _fur et_ À
+_mesure_.
+
+
+G, est nul dans _Clugny_, _Regnaud_ et _Regnard_, (poëte): dites
+_Cluny_, _Reno_, _Renar_. _Gessner_ (poëte) se prononce _Guesse-nère_.
+
+GABARI est un terme de marine, et signifie modèle de construction de
+vaisseau, et contour vertical de la carène. Toute autre acception est
+étrangère à ce mot.
+
+GARDE. Si _garde_ en composition se dit _d'une personne_, il a alors le
+sens de _gardien_, substantif qui doit prendre l's au pluriel; _des
+gardes-champêtres_, des _gardes-marines_, des _gardes-magasins_. Mais si
+_garde_ se dit d'_une chose_, ou se rapporte à _une chose_, alors il est
+verbe, et par conséquent invariable: des _garde-vue_, des
+_garde-manger_, des _garde-robes_.
+
+_Garde_ est masculin quand il désigne un ou plusieurs individus tirés de
+la totalité, comme UN _garde_ NATIONAL, _des gardes_ NATIONAUX. Mais il
+est féminin quand il désigne tout le corps, comme _la garde_ NATIONALE.
+
+GENS veut au féminin tous les correspondans qui le précèdent, et au
+masculin tous ceux qui le suivent: _les_ VIEILLES _gens sont_
+SOUPCONNEUX.
+
+Cependant au lieu de _toutes_ on emploie _tous_.
+
+1º. quand cet adjectif est le seul qui précède le substantif _gens_:
+TOUS _les gens d'esprit_:--TOUS _les gens qui pensent bien_.
+
+2º. quand _gens_ est précédé d'un adjectif qui n'a qu'une seule et même
+terminaison pour les deux genres, comme _aimable_, _brave_, _honnête_
+etc.; TOUS _les honnêtes gens_,--TOUS _les habiles gens_.
+
+GÉSIR n'est plus en usage que dans _il git_, _nous gisons_, _ils
+gisent_, _il gisait_, _ils gisaient_.
+
+_Ci-git_ et _ci-gisent_ sont des formules d'épitaphe.
+
+Quoique seule entre deux voyelles dans _nous gisons_, _ils gisent_ etc.
+_s_ conserve le son qui lui est propre, et l'on prononce _nous gissons_,
+_ils gissent_ etc.
+
+GRANDE. L'_e_ de l'adjectif _grande_ s'élide toujours dans _grand'mère_,
+_grand'tante_; et fort souvent dans _grand'chambre_, _grand'chère_,
+_grand'croix_, _grand'messe_, _grand'peine_, _grand'peur_, _grand'rue_,
+_grand'pitié_, _grand'salle_: cependant l'élision cesse d'avoir lieu
+quand l'adjectif _grande_ est précédé de l'article, ou d'un adjectif
+déterminatif, comme, _une_, _ma_, _ta_, _sa_, _cette_, etc.; _la plus_
+GRANDE _peine_,--_une_ GRANDE _chambre_;--_cette_ GRANDE _messe a été
+bien chantée_.
+
+
+HAÏR prend deux points sur l'_ï_ dans toute la conjugaison, excepté aux
+trois personnes du singulier du présent de l'indicatif: _je hais_, _tu
+hais_, _il hait_, et à l'impératif, _hais_.
+
+HENRI. On aspire l'_h_ de ce mot dans le discours soutenu, mais on ne
+l'aspire jamais dans la conversation.
+
+L'_h_ de _Henriette_ ne s'aspire dans aucun cas.
+
+HIER. L'usage veut qu'on dise, _hier matin_, et non, _hier_ AU _matin_:
+_hier_ AU _soir_, et non, _hier soir_. V. DEMAIN.
+
+HIVERNEMENT n'est pas français, mais _hivernage_ l'est, et signifie le
+temps qu'un navire passe en relâche pendant l'hiver.
+
+HIVERNER pour signifier, passer l'hiver en quelque lieu, n'est employé
+qu'en parlant de troupes. On ne peut donc pas dire, _j'ai_ HIVERNÉ _à
+trois-Rivières_;--_à Québec_.
+
+HOLLANDE. L'_h_ de ce mot est toujours aspiré, excepté dans les
+locutions, _toile_ D'_Hollande_;--_fromage_ D'_Hollande_.
+
+HYMNE est toujours masculin, excepté quand il signifie chant d'Église.
+
+
+IMAGINER. On emploie souvent _imaginer_ pour _s'imaginer_. Le premier
+signifie inventer, ou se former dans l'esprit l'idée de quelque chose:
+le second se persuader quelque chose sans fondement: il IMAGINE _avoir
+raison_; dites, _il_ S'IMAGINE _avoir raison_.
+
+_Immaginer_ sans pronom personnel ne peut jamais être suivi
+immédiatement d'un _que_, ni d'un _infinitif_. On dit bien, _on ne peut
+rien_ IMAGINER _de plus intéressant_;--_j'_IMAGINE UNE _chose_, UN
+_moyen de_.. Mais on ne doit pas dire, j'_imagine_ QUE _cela est_:--_il
+imagine_ ÊTRE _un grand homme_: il faut dire: _je_ M'_imagine_ QUE _cela
+est_;--_il_ s'_imagine_ ÊTRE _un grand homme_.
+
+IMPARDONNABLE ne se dit que des _choses_, et non des _personnes_:
+_faute_ IMPARDONNABLE. En parlant des _personnes_, on dit,
+_inexcusable_: _homme inexcusable_.
+
+La même observation s'applique au mot _pardonnable_.
+
+IMPATIENTER. (s') L'usage refuse au verbe _s'impatienter_ un infinitif
+pour régime. Ainsi ne dites pas, _ils s'impatientèrent d'attendre_.
+
+IMPERATIF. La seconde personne singulière de l'impératif, excepté pour
+les quatre verbes irréguliers, _aller_, _avoir_, _être_ et _savoir_, est
+toujours semblable à la première du présent de l'indicatif. Ainsi l'on
+dira, _travaille_, _cueille_, et non pas, _travailles_, _cueilles_, à
+moins pourtant que la seconde personne de l'impératif terminée par un
+_e_ muet, ne soit suivie d'un _y_, ou du pronom _en_: elle prend alors
+une _s_, pour la douceur de la prononciation;_travailles-y_,--_donnes-en_.
+
+L'impératif _va_, suivi d'_y_ et d'_en_, prend aussi une _s_ euphonique:
+_vas-y_,--_vas en chercher_.
+
+IMPOSITION. Le mot anglais _imposition_ signifie quelquefois _abus de
+pouvoir_, _fraude_, etc. Le mot français _imposition_ ne comporte pas
+cette acception.
+
+INCLUS. _Ci-inclus_, _ci joint_, sont invariables quand ils précèdent un
+nom, dont le sens est vague: _vous trouverez_ CI-INCLUS,--CI-JOINT
+_copie de ma lettre_. Mais quand l'énonciation est précise, comme LA
+_copie_, l'accord a lieu; _vous trouverez_ CI-INCLUSE,--CI-JOINTE _la
+copie de ma lettre_.
+
+INSULTER _quelqu'un_, c'est l'injurier. _Insulter_ À _quelqu'un_, c'est
+manquer aux égards que réclament sa faiblesse, son malheur: _insulter_
+AUX _malheureux_.
+
+INTERJECTIONS. Duvivier dit
+
+ «que beaucoup de personnes écrivent indistinctement AH! et HA!--Ô!
+ OH! et HO!--EH! et HÉ!»
+
+et il ajoute,
+
+ «que cette diversité d'orthographe vient de la difficulté de
+ représenter nettement, par l'écriture, le mouvement de l'organe
+ dans l'espèce de cri inarticulé que nous arrache une émotion
+ vive.»
+
+Ce qui suit est puisé dans le Dictionnaire de l'_Académie_.
+
+ «Ô avec l'accent circonflexe est une interjection qui sert à
+ marquer diverses passions... _ô siècle!_ _ô temps!_ _ô le
+ plaisant homme!_ _ô si je pouvais!_
+
+ «O, sans accent circonflexe, désigne l'apostrophe, _o mon
+ fils!_ _o mon Dieu!_
+
+ «OH. Interjection qui marque la surprise ou l'affirmation. _Oh,
+ oh, je n'y prenais pas garde_:--_Oh pour cela, non._
+
+ «HO. Interjection qui sert tantôt pour appeler, tantôt pour
+ témoigner de l'étonnement ou de l'indignation. _Ho! venez un
+ peu ici. Ho! que me dites-vous là?_
+
+ «Quand il est interjection d'étonnement, ou d'indignation, il
+ s'écrit quelquefois OH!
+
+ «AH. Interjection qui sert à marquer la joie, la douleur,
+ l'admiration... _Ah! que vous me faites plaisir! Ah! que vous
+ me faites mal!_
+
+ «Ce n'est souvent qu'une interjection explétive, qui ne sert
+ qu'à rendre une locution plus animée. _Ah! Madame, gardez-vous
+ de le croire._
+
+ «HA. Interjection de surprise, d'étonnement. _Ha! vous voilà!
+ Ha! ha!_ Il se confond souvent avec l'interjection AH!
+
+ «EH. Interjection d'admiration, de surprise. _Eh! qui airait pu
+ croire que..._
+
+ «HÉ. Interjection qui sert principalement à appeler. _Hé! viens
+ ça._
+
+ «Souvent cette interjection se confond avec EH, soit pour
+ avertir de prendre garde à quelque chose, comme, _Hé!
+ qu'allez-vous faire?_ soit pour témoigner de la commisération,
+ _Hé! mon Dieu..._ soit pour marquer de la douleur, _Hé!
+ qu'ai-je fait?_»
+
+
+JAMAIS. Après _jamais_ l'on sous-entend souvent l'article devant les
+substantifs communs, et alors on met ces substantifs au singulier:
+_jamais mortel n'a joui d'un bonheur parfait_, et non pas, _jamais
+mortels n'ont joui_, etc.
+
+JE. Quand _je_, mis après un verbe, produit un son désagréable, ce qui a
+lieu le plus souvent pour les verbes qui n'ont qu'une syllabe au présent
+de l'indicatif, il faut prendre un autre tour: ainsi au lieu de
+_dors-je?_ _ris-je?_ _choisis-je?_ _mangé-je?_ dites, _est-ce que je
+dors?_ _est-ce que je ris?_ etc.
+
+JETER. Ce verbe et tous ceux qui sont terminés en _eter_ à l'infinitif,
+comme _fureter_, _feuilleter_, _souffleter_, _projeter_, etc. ne
+doublent la consonne _t_ que devant un _e_ muet. _Je jette, tu jettes,
+il jette, nous jetons, vous jetez, ils jettent, je jetais, tu jetais, il
+jetait, nous jetions, vous jetiez, ils jetaient, je jetai, tu jetas, il
+jeta, nous jetâmes, vous jetâtes, ils jetèrent, je jetterai, tu
+jetteras, nous jetterons, vous jetterez, ils jetteront, je jetterais,
+etc., jette, jetons, jetez, que je jette, que tu jettes, qu'il jette,
+que nous jetions, que vous jetiez, qu'ils jettent, que je jetasse, etc.,
+jetant, jeté, jetée._
+
+JOINDRE signifiant _ajouter_ demande _à_: _joignez cette maison_ À _la
+vôtre_: dans le sens d'_unir_, d'_allier_, il prend indifféremment _à_
+ou _avec_: _joindre la prudence_ À ou AVEC _la bravoure_.
+
+JOUIR se prend toujours en bonne part: ainsi ne dites pas, JOUIR _d'une
+mauvaise santé_:--JOUIR _d'une mauvaise réputation_: dites, AVOIR _une
+mauvaise santé_:--_une mauvaise réputation_.
+
+JUSQUE. Au lieu de _jusque_, on peut employer _jusques_ devant une
+voyelle: JUSQU'_à nous_, ou JUSQUES _à nous_: c'est l'oreille qui en
+décide.
+
+L'_e_ de _jusque_ s'élide seulement devant _à_, _au_, _aux_, _ici_:
+_jusqu'à Paris_,--_jusqu'au Pérou_,--_jusqu'ici_.
+
+L'usage permet de dire également, _jusqu'à aujourd'hui_, et
+_jusqu'aujourd'hui_.
+
+
+L finale ne se prononce pas dans _baril_, _chenil_, _coutil_, _fournil_,
+_fusil_, _gril_, _nombril_, _outil_, _persil_, _soûl_, _sourcil_,
+_gentil_ (idolâtre). Mais elle sonne dans tous les autres mots.
+
+Cependant il faut remarquer que cette lettre, dans le mot _gentil_ pour
+signifier _joli_, ne sonne que devant une voyelle, et qu'alors elle se
+mouille comme au feminin: _un gentil enfant_: prononcez _un gentille
+enfant_: mais au pluriel l'_l_ reste muette, et on dit _genti-zan-fan_.
+
+L finale précédée d'un _i_ prend le son mouillé, dans _avril_, _babil_,
+_cil_, _mil_ (petit grain), _péril_, _bail_, _travail_, _fénil_, etc.
+
+Il faut en excepter _fil_, _Nil_, _mil_, (adjectif numéral) ainsi que
+les adjectifs en _il_, et de plus les mots énumérés ci-dessus, où l'_l_
+ne se prononce pas.
+
+LÀ. L'adverbe _là_ doit être accompagné d'un trait d'union, lorsqu'il
+est joint à des mots, dont le sens ne permet pas de le séparer: _cet
+homme_-LÀ,--_celui_-LÀ,--_allez_-LÀ,--_quel livre est-ce_-LÀ? Mais on
+dira sans trait d'union: _c'est_ LÀ _mon opinion_,--_que dites-vous_
+LÀ?--_sont-ce_ LÀ _vos livres_? parce que dans ces phrases l'adverbe
+_là_ n'est pas indispensable: on peut le supprimer, et dire: _c'est mon
+opinion_,--_que dites-vous?_--_sont-ce vos livres?_
+
+LE. Le pronom _le_ peut représenter un _substantif_, ou un _adjectif_.
+Quand il représente un substantif, ou un adjectif pris substantivement,
+il s'accorde en genre et en nombre avec ce substantif, ou avec cet
+adjectif pris subtantivement: _êtes-vous Madame de Ste. Croix?_--_je_ LA
+_suis_: _êtes-vous la malade?_--_je_ LA _suis_: _êtes-vous les ministres
+du roi?_ _nous_ LES _sommes_: _êtes-vous les mariés?_ _nous_ LES
+_sommes_.
+
+Lorsque le pronom _le_ représente un adjectif, ou un substantif pris
+adjectivement, il est invariable, l'adjectif ne pouvant lui communiquer
+ni genre ni nombre: _Madame, êtes-vous malade?_--_je_ LE _suis_;
+_Messieurs êtes-vous mariés?_--_nous_ LE _sommes_.--_Madame êtes-vous
+mère?_ _je_ LE _suis_.
+
+Le pronom _le_ peut aussi tenir la place d'une proposition ou d'un
+verbe. Dans ce cas il est invariable parce qu'une proposition, ou un
+verbe, n'a ni genre ni nombre. _Si le public a eu quelque indulgence
+pour moi_, _je_ LE _dois à votre protection_;--_il faut obliger quand
+on_ LE _peut_.
+
+Après _aussi_, _autant_, _moins_, _mieux_, _plus_, l'on fait suivre la
+conjonction _que_ du pronom _le_: _il est aussi habile que je_ LE
+_croyais_:--_elle est moins douce qu'elle ne_ LE _semblait_;--_ils sont
+plus savans qu'on ne_ LE _disait_. On pécherait contre la grammaire de
+dire,.. _que je croyais_,.. _qu'elle ne semblait_,.. _qu'on ne disait_.
+
+L'oreille exige qu'on dise, _donnez_ LE _moi_,--_montrez_ LA
+_moi_,--_prêtez_ LA _nous_, et non pas, _donnez moi_ LE,--_montrez moi_
+LA,--_prêtez nous_ LA.
+
+LE DIT, LA DITE, SUSDIT, SUSDITE, sont des termes de _Palais_, dont
+l'emploi, en dehors de la pratique, est interdit aux personnes qui se
+piquent d'écrire et de parler avec grâce.
+
+LE MIEN. Les pronoms possessifs, _le mien_, _le tien_, _le nôtre_, _le
+vôtre_, doivent toujours se rapporter à un substantif énoncé
+précédemment. Ainsi, _j'ai reçu la_ VÔTRE _en date du_....est une phrase
+dans laquelle _la vôtre_ ne se rapporte à rien: dites, _j'ai reçu votre
+lettre en date du_....
+
+LEQUEL. Au lieu de _qui_, _que_, l'on doit employer _lequel_, pour
+éviter une équivoque. Ainsi l'on ne dira pas, _c'est un effet de la
+Providence divine_ QUI _excite l'admiration_.--_c'est un effet de la
+Providence divine_ QUE _nous admirons_: car on ne sait si _qui_ et _que_
+se rapportent à _effet_ ou à _Providence_. Il faut dire, _c'est un effet
+de la Providence divine_ LEQUEL _excite notre admiration_..LEQUEL _nous
+admirons_. Hors le cas d'équivoque on doit préférer _qui_, _que_, à
+_lequel_, expression prosaïque et inélégante.
+
+LETTRES MAJUSCULES. Il faut commencer par une _majuscule_ ou _grande
+lettre_ chaque alinéa, chaque phrase, chaque vers, tous les noms
+d'homme, de vaisseau, de fausse divinité, tels que _Pierre_, _Jean_, _le
+Formidable_ (vaisseau) _Jupiter_: tous ceux de lieu, tels que
+l'_Europe_, _Londres_, _Québec_; tous ceux de peuples, tels que les
+_Européens_, les _Romains_, les _Canadiens_: tous ceux de sectes, tels
+que les _Épicuriens_, les _Protestans_: tous ceux de rivières, de
+montagnes, de vents; le _St. Laurent_, les _Alpes_, le _Nord-Est_: tous
+ceux de jour et de mois, tels que _Vendredi_, _Août_; tous ceux de
+tribunaux, de compagnies, de corps, de dignités, quand ces noms sont
+employés avec application individuelle, tels que l'_Église_ du Canada,
+le _Parlement_ d'_Angleterre_, l'_Académie_, l'_Apôtre S. Paul_: enfin
+tous ceux de science, d'art, de métier, s'ils sont pris dans un sens
+individuel, qui distingue la science, l'art, le métier de toute autre
+science, de tout notre art, de tout autre métier. _La Grammaire est une
+science indispensable_:--_la Musique est un art charmant_.
+
+Les adjectifs _saint_, _grand_, et semblables, lorsqu'ils entrent dans
+la composition d'un nom propre, aussi bien que les titres,
+_Monseigneur_, _Monsieur_, _Madame_, etc., doivent prendre une _initiale
+majuscule_: c'est l'usage.
+
+Quelquefois on personnifie les êtres moraux, et alors ils suivent la
+règle des noms d'homme. _Envie_ par ex. prend une lettre majuscule dans
+ce vers de la Henriade: _Ci-gît la sombre Envie à l'oeil timide et
+louche._ Le même mot s'écrit sans grande lettre dès qu'il cesse d'être
+personnifié. _L'envie s'attache aux grands talens._
+
+Lorsque les noms de peuples et de sectes n'embrassent pas la totalité,
+la majuscule cesse d'avoir lieu, _un français_, _des anglais_, _un
+calviniste_.
+
+_Remarque._--Ces règles sur l'emploi des lettres majuscules sont à peu
+près les plus généralement suivies. Néanmoins il faut dire qu'il existe
+à cet égard bien des contradictions entre les auteurs.
+
+LEUR joint au verbe ne prend jamais la lettre _s_: _donnez leur à
+manger_;--_je leur ai dit_: joint à un nom il prend une s au pluriel.
+
+LIRE. On doit dire, _lire_ DANS _un journal_,--DANS _un régistre_; et
+non pas, _lire_ SUR _un journal_,--SUR _un régistre_.
+
+LIS. L'_s_ de ce mot se prononce toujours, excepté dans _fleur de lis_.
+
+LOUIS. Plusieurs personnes confondent _louïs_, pièce de monnaie, avec
+_livre_, monnaie de compte. C'est une erreur grave, parce que le _louïs_
+est une ancienne monnaie d'or de France, dont la valeur, fixée par nos
+lois, est d'un peu plus de quatre piastres et demie d'Espagne; tandis
+que notre livre du cours d'Halifax vaut seulement quatre piastres.
+
+Le mot _dollar_, monnaie des États-Unis, est reçu, de même que le mot
+_pound_ pour la livre sterling. Ce dernier cependant sonne mal à
+l'oreille.
+
+L'UN et L'AUTRE, employé comme sujet, veut le verbe au pluriel: _l'un et
+l'autre_ VIENDRONT. Le substantif placé après _l'un et l'autre_ se met
+au singulier; _l'un et l'autre_ CHEVAL. Quand _l'un_ est précédé d'une
+préposition, cette préposition doit être; répétée devant _l'autre_; _je
+parle_ POUR _l'un et_ POUR _l'autre_.
+
+_Ni l'un ni l'autre_, veut également le verbe au pluriel, excepté quand
+un des sujets précédés de _ni_ peut seul faire l'action marquée par le
+verbe; _ni l'un ni l'autre n'_OBTIENDRA _le prix_:--_ni Monsieur A_, _ni
+Monsieur B ne_ SERA _nommé président_.
+
+_L'un et l'autre, les uns et les autres_ marquent simplement la
+pluralité. _L'un l'autre_, _les uns les autres_ expriment la
+réciprocité: _Racine et Boileau étaient poëtes l'un_ ET _l'autre_; _ils
+s'estimaient l'un l'autre_.
+
+
+MAJESTÉ veut au féminin l'adjectif et le participe qui suit: _Votre
+Majesté est_ VICTORIEUSE. Lorsqu'il est suivi d'un substantif pris
+adjectivement, les avis sont partagés; les uns disent; _Votre Majesté
+est_ MAÎTRESSE _de ses états_, les autres, _Votre Majesté est_ MAÎTRE
+_de ses états_. Cette dernière construction est généralement plus
+usitée.
+
+MALGRÉ QUE employé dans le sens de _quoique_, a vieilli, et n'est plus
+français. Ainsi ne dites pas, _il sort_ MALGRÉ QU'_on_ _le lui défende_:
+dites, QUOIQU'_on le lui défende_.
+
+MANOEUVRE et MANOUVRIER. Ces mots différent dans leur signification.
+_Manoeuvre_ est un ouvrier subalterne, qui sert ceux qui font l'ouvrage.
+_Manouvrier_, ouvrier qui travaille de ses mains et à la journée.
+
+MANQUER prend _à_ et _de_ devant l'infinitif: _à_, quand il signifie ne
+pas faire ce qu'on doit: _on mésestime celui qui manque_ À _remplir ses
+devoirs_: et _de_ lorsqu'il signifie _omettre_, _oublier_, _faillir_:
+_ne manquez pas_ DE _venir_,--_il a manqué_ DE _tomber_.
+
+MASSACRANT. Ce mot ne se trouve dans aucun dictionnaire. On doit donc
+éviter de dire, _cet homme est aujourd'hui d'une humeur_ MASSACRANTE,
+etc.
+
+MATINAL est celui qui s'est levé matin, sans en avoir l'habitude;
+_matineux_ celui qui a l'habitude de se lever matin: _vous êtes bien_
+MATINAL _aujourd'hui_:--_je ne suis pas_ MATINEUX.
+
+MEILLEUR. Le comparatif _meilleur_ suivi de _que_ veut _ne_ devant le
+verbe suivant: _ces fruits sont meilleurs que je_ NE _le croyais_: à
+moins que le premier verbe ne soit négatif, ou employé interrogativement:
+_ces fruits ne sont pas meilleurs que je le croyais_.
+
+MÊLER _avec_, c'est brouiller ensemble plusieurs choses; _mêler l'eau_
+AVEC _le vin_,--_mêler de l'or_ AVEC _de l'argent_. _Mêler à_, c'est
+joindre, unir: _mêler la douceur_ À _la sévérité_:--_mêler l'agréable_ À
+_l'utile_.
+
+MÊME est adjectif ou adverbe.
+
+_Même_ est adjectif,
+
+1º. quand il précède le substantif: _vous retombez dans les_ MÊMES
+_allarmes_.
+
+2º. quand il est placé après un pronom, ou un seul substantif: _les
+Dieux_ EUX-MÊMES _devinrent furieux_,--_ces murs_ MÊMES _peuvent avoir
+des yeux_.
+
+_Même_ est adverbe,
+
+1º. quand il est placé après deux ou plusieurs substantifs: _les
+animaux, les plantes_ MÊME, _étaient au nombre des Divinités_.
+
+2º. quand il qualifie un verbe; _exempts de maux réels les hommes s'en
+forment_ MÊME _de chimériques_.
+
+MI. Particule indéclinable, abréviation de _demi_, signifie la moitié,
+le milieu: _la_ MI-_août_,--_la_ MI-_carême_.
+
+_À mi_ est une locution adverbiale qui signifie, à la moitié de; _à
+mi-côte_,--_à mi-jambes_.
+
+MIEUX. La syntaxe de l'adverbe _mieux_ donne lieu à plusieurs
+observations.
+
+1º. suivi de deux infinitifs, _mieux_ veut _de_ avant le second
+infinitif; _il vaut mieux se taire que_ DE _parler mal_.
+
+2º. _mieux_ veut _ne_ devant le verbe qui suit la conjonction que; _il
+écrit mieux que je_ NE _le croyais_; à moins que le verbe devant _mieux_
+ne soit négatif: _il n'écrit pas mieux que je le croyais._
+
+3º. _Le mieux_, _la mieux_, _les mieux_ veulent le verbe suivant au
+subjonctif: _le livre le mieux écrit que nous_ AYONS LU.
+
+MIL s'écrit de trois manières.
+
+1º. _mil_, dans les supputations d'années: _l'an mil huit cent quarante
+et un_.
+
+2º. _mille_ pour exprimer dix cents: _nos troupes firent cinq_ MILLE
+prisonniers.
+
+Dans ces deux cas il rejette la marque du pluriel.
+
+3º. _mille_ avec une _s_ au pluriel, pour représenter une mesure de
+chemin: alors il est substantif commun.
+
+MOINDRE veut _ne_ devant le verbe qui suit la conjonction _que_: _cette
+somme est moindre que vous_ NE _le dites_: à moins que le verbe placé
+devant _moindre_, ne soit négatif, ou interrogatif; _cette somme n'est
+pas moindre que vous le dites._
+
+_Le moindre_, _la moindre_, _les moindres_ veulent le verbe suivant au
+subjonctif: _la moindre faute que vous puissiez commettre._
+
+Tout ce qui est dit ici pour l'adjectif _moindre_ doit s'appliquer à
+l'adverbe _moins_.
+
+MOINS. _À moins que de_, et, _à moins de_ se disent également devant
+l'infinitif.
+
+MON. Les adjectifs possessifs _mon_, _ma_, _mes_, _ton_, _ta_, _tes_,
+_son_, _sa_, _ses_, _notre_, _nos_, _votre_, _vos_, _leur_, _leurs_ se
+répètent,
+
+1º. devant chaque substantif: _mon père et_ MA _mère_:--_mes frères et_
+MES _soeurs_; et non pas, _mes pères et mère_;--_mes frères et soeurs_.
+
+2º. devant deux adjectifs unis par _et_, lorsqu'ils ne qualifient pas le
+même substantif: _mon grand et_ MON _petit appartement_;--_nos vieux et_
+NOS _jeunes soldats_.
+
+Mais on dirait sans répéter l'adjectif possessif; _mon grand et bel
+appartement_:--_nos vieux et braves soldats_: attendu que le même
+appartement est _grand_ et _beau_, et que les mêmes soldats sont _vieux_
+et _braves_, les deux adjectifs modifiant le même substantif.
+
+MOUCHER n'est jamais neutre: ainsi il ne faut pas dire, _je mouche
+beaucoup_, mais _je_ ME _mouche beaucoup_.
+
+MOUDRE. _Je mouds, tu mouds, il moud, nous moulons, vous moulez, ils
+moulent, je moulais, je moulus, je moudrai, je moudrais, mous, moulons,
+moulez, que je moule, que tu moules, que je moulusse, moulant, moulu,
+moulue._
+
+MOUVOIR. _Je meus, tu meus, il meut, nous mouvons, vous mouvez, ils
+meuvent, je mouvais, je mus, je mouvrai, je mouvrais, meus, mouvons,
+mouvez, que je meuve, que tu meuves, qu'il meuve, que nous mouvions, que
+vous mouviez, qu'ils meuvent, que je musse, mouvant, mû, mûe._
+
+Conjuguez de même _émouvoir_, _s'émouvoir_.
+
+MUR et MURAILLE. On dit,--_les_ MURS _d'un jardin_,--_les_ MURAILLES
+_d'une ville_. Le propre du _mur_ est de séparer, de partager, de
+fermer: l'idée particulière de la _muraille_ est celle de défendre, de
+fortifier.
+
+
+N. Quand un mot est terminé par un son nasal, c.-à-d., par _an_, _in_,
+_on_, l'on ne fait la liaison de l'_n_ finale avec la voyelle qui
+commence le mot suivant, que quand le sens n'admet aucune pause entre
+ces deux mots, comme dans, _mon ami_,--_certain auteur_,--_on ignore_.
+Mais on prononce sans lier la consonne _n_ à la voyelle qui suit, _mon
+cousin est venu_,--_vin bon à boire_,--_je demande pardon à Dieu_, parce
+que l'on peut faire une légère pause après les mots, _cousin_, _bon_,
+_pardon_.
+
+NE. La négation _ne_ précédée d'un _que_ et suivie d'un _verbe_ offre
+quelques difficultés.
+
+Dans les comparatifs d'inégalité caractérisés par _plus_, _moins_,
+_meilleur_, _mieux_, ou autres termes équivalens, si le premier membre
+de la comparaison est _négatif_, le second qui vient après _que_ doit
+être affirmatif, et la négation _ne_ ne peut y paraître: _il n'est pas
+plus sage qu'il était_;--_il ne pense pas autrement qu'il parle_;--_il
+n'écrit pas mieux qu'il parle_.
+
+Dans les mêmes comparatifs d'inégalité, si le premier membre de la
+comparaison est affirmatif, le second doit prendre _ne_: _il est plus
+sage qu'il_ NE _l'était_,--_il pense autrement qu'il_ NE _parle_,--_il
+écrit mieux qu'il_ NE _parle_.
+
+Les locutions conjonctives _à moins que_, _de peur que_, _de crainte
+que_, et le verbe _empécher_, veulent toujours après eux la négation
+_ne_; _à moins que vous_ NE _lui parliez_,--_de peur que l'on_ NE _vous
+trompe_,--_les fautes d'Homère n'ont pas empêché qu'il_ NE _fût
+sublime_.
+
+_Nier_, _douter_, _désespérer_, _disconvenir_ sont suivis de NE
+seulement quand ils sont accompagnés d'une négation: _je ne doute pas
+que cela_ NE _soit_, etc.
+
+Mais on dirait sans la négation, _je nie_,--_je doute que cela soit_,
+parce que les verbes _nier_, _douter_ sont employés ici affirmativement.
+
+Les locutions conjonctives _avant que_, _sans que_, et le verbe
+_défendre_, ne sont jamais suivis de _ne_: _avant qu'il fasse
+froid_,--_je défends qu'on lui fasse mal_.
+
+Quand deux phrases négatives sont jointes par _ni_, ou quand _ni_ est
+répété, l'emploi de la négation _ne_ est nécessaire: _il ne les
+craignait ni_ NE _les aimait_,--_ni Pierre ni Paul_ NE _viendront_.
+
+NÉGATION. La négation se compose de _ne_, _ne pas_, _ne point_,--_je
+n'ose_,--_je n'ose pas_,--_je n'ose point_; _ne_ est la plus faible des
+négations; _ne point_ est la plus forte; et _ne pas_ tient le milieu.
+
+_Pas_ ne peut jamais être employé avec _rien_. Ne dites pas avec Racine;
+_On ne veut_ PAS RIEN _faire ici qui vous déplaise_.
+
+NÉOLOGIE. L'emploi de nouveaux termes dans une langue est une
+conséquence qui découle de la nature même des langues, qui ne peuvent
+rester stationnaires. Horace l'a dit il y a près de deux mille ans.
+
+Mais avons-nous au Canada mission ou titre pour la création de nouveaux
+mots? Oui, sans nul doute. Mais en même temps il est clair qu'il
+n'existe chez nous aucun tribunal qui puisse connaître de nos produits
+de ce genre: il est évident que l'Océan Atlantique nous sépare des seuls
+juges compétens de la langue française, auxquels il appartient de
+prononcer en dernier ressort.
+
+Tous les lexicographes conviennent de la nécessité d'incorporer à la
+langue les termes de relation qui expriment les choses et les objets qui
+n'existent que dans les pays lointains, nouvellement découverts, ou avec
+lesquels l'on a eu peu de communications. D'où il résulte pour le Canada
+le droit de créer des termes pour les objets et les choses qui lui
+appartiennent exclusivement.
+
+D'un autre côté, notre position sous le gouvernement britannique a
+nécessité l'adoption de quelques constructions, de quelques termes même
+anglais.
+
+Il résulte de cette double circonstance, qu'un sage emploi de _nouveaux
+termes_ et de mots anglais, là où la langue française n'en fournit pas
+d'équivalens, est permis, commandé même.
+
+Mais que l'élève ne perde pas de vue que, hors les cas extrêmes,
+l'emploi de mots et de constructions anglaises est un véritable fléau
+pour la langue. Déjà cet abus a envahi la portion instruite de notre
+société, et y fait des progrès allarmans; et pour comble de malheur l'on
+porte quelquefois cette licence dans des écrits, que d'ailleurs le génie
+ne désavouerait pas.
+
+Quant à l'emploi de mots purement anglais, là où il y a des termes en
+français qui leur correspondent, c'est une manie insupportable, c'est le
+comble du ridicule; et cependant combien de personnes, même d'éducation,
+qui tombent dans ce défaut! Telle Dame ne peut manger de soupe qu'au
+BARLEY! Tel Monsieur vous prie _de lui passer un_ TUMBLER _pour boire
+du_ BRANDY _et de l'eau_! Celui-ci vous demande, sans perdre son
+sérieux, si _ces_ PATATES (pommes de terre) _sont cuites au_ STEAM:
+celui-là si _vous avez_ PAYÉ _une visite à Monsieur un tel_, etc.
+
+Qui ne voit la barbarie de ces expressions; l'impertinence de ce
+langage?
+
+NEUF, NOUVEAU, RECENT. _Neuf_ signifie qui n'a pas servi; _nouveau_ qui
+n'a pas encore paru: _récent_ qui vient d'arriver: _habit neuf_,--_mode
+nouvelle_,--_fait récent_.
+
+NIER veut toujours au subjonctif le verbe qui suit la conjonction _que_;
+_je nie qu'il_ AIT _raison_.
+
+_Nier_ accompagné d'une négation veut _ne_ devant le verbe suivant; _je
+ne nie pas qu'il_ NE _mérite votre estime_.
+
+NOMBRE (du) et du GENRE de certains substantifs. Les chiffres, les
+lettres de l'alphabet, les notes de musique, s'écrivent sans _s_ au
+pluriel: _deux_ CINQ;--_trois_ B;--_quatre_ FA.
+
+Il en est ainsi de tous les mots de la langue pris matériellement; comme
+dans cette phrase, _il y a plusieurs fautes d'impression dans cette
+adresse_; _il y manque deux_ MONSIEUR, _trois_ MOT _et deux_ IL. Il est
+essentiel de remarquer, qu'un mot féminin, employé matériellement,
+devient masculin. En voici un exemple pris dans Duvivier; _Rencontre_,
+_toujours_ FÉMININ _en quelque sens qu'on l'emploie_, _était autrefois_
+MASCULIN.
+
+NOMS PROPRES. Les _noms propres_ ne prennent jamais la marque du
+pluriel: _l'Espagne a vu naître les deux_ SENEQUE;--_les_ CORNEILLE _et
+les_ RACINE _ont illustré la scène française_; excepté quand ils sont
+employés comme noms communs, c.-à-d., pour désigner des individus
+semblables à ceux dont on emprunte le nom: _la France a eu ses_ CÉSARS
+_et ses_ POMPÉES.
+
+NON PLUS QUE. Quand deux sujets sont unis par _non plus que_, le verbe
+s'accorde avec le premier sujet: _la fortune, non plus que les
+dignités_, _n'_ASSURE _le bonheur_.
+
+NOUS. Quelquefois l'on emploie le pronom _nous_ au lieu de _je_; alors
+l'adjectif et le participe en rapport avec _nous_, se mettent au
+singulier; CONVAINCU _comme nous le sommes de notre insuffisance_, et
+non pas, CONVAINCUS _comme nous le sommes_...
+
+NOUVEAU employé comme adverbe est invariable: _des enfans_ NOUVEAU
+_nés_. Il ne s'emploie jamais adverbialement avec un substantif féminin;
+ainsi ne dites pas, _une fille_ NOUVEAU _née_, mais, _une fille
+nouvellement née_.
+
+NU. L'adjectif _nu_ ne s'accorde que lorsqu'il suit le substantif;
+_tête_ NUE,--_pieds_ NUS. Lorsqu'il précède le substantif il est
+invariable; NU _tête_,--NU _pieds_.
+
+NUIRE. _Je nuis_, _tu nuis_, _je nuisais_, _je nuisis_, _je nuirai_, _je
+nuirais_, _nuis_, _que je nuise_, _que je nuisisse_, _nuisant_, _nui_.
+Le participe _nui_, ainsi que le participe _s'entre-nui_ est invariable:
+_ils se sont nui_;--_elles se sont entre-nui_.
+
+NUL. L'adjectif _nul_, signifiant _pas un_, rejette la marque du
+pluriel; _nulle proposition_; à moins qu'il n'accompagne un substantif
+qui n'a pas de singulier, comme _pleurs_, _ancêtres_; ou qui ou pluriel
+a un autre sens qu'au singulier, comme _troupes_, _gages_: _nuls
+pleurs_,--_nulles troupes_.
+
+Avec _nul_ on supprime _pas_ et _point_.
+
+NUMÉRO, FOLIO, RECTO, DUO, etc. Les mots empruntés du latin ne prennent
+pas d's au pluriel; _factum_ est excepté; on dit des _factums_.
+
+
+OBÉIR. Quoique verbe neutre, _obéir_ a un passif: _je veux_ ÊTRE OBÉI.
+
+OBLIGER dans le sens _d'imposer l'obligation de_, prend _à_ ou _de_ au
+choix de l'oreille: _la religion nous oblige_ À _secourir_, ou, DE
+_secourir nos semblables_.
+
+Dans le sens de _rendre service_, ou employé au passif, il prend _de_,
+et jamais _à_: _vous m'obligerez_ DE _m'accompagner_;--_nous sommes
+obligés_ D'_obéir aux lois_.
+
+_Être obligé_ ne se dit point des _choses_: cette locution, _le mérite
+est_ OBLIGÉ _d'être modeste_, est donc vicieuse: dites, _le mérite_ DOIT
+ÊTRE _modeste_.
+
+OBSERVER accompagné d'un régime indirect de personne, doit être précédé
+du verbe _faire_. Ainsi dites; _je vous_ FAIS _observer que_..:--_il
+nous_ FIT _observer que_..:--_je_ FERAI _observer à l'assemblée que_..
+et non pas, _je vous observe que_.._il nous observa que_.._j'observerai
+à l'assemblée que_...
+
+Il résulte de là que l'on ne peut pas dire; _faire une observation à
+quelqu'un_; il faut dire: FAIRE _faire une observation à quelqu'un_.
+
+OCCUPER (s'). On dit s'_occuper à_ et s'_occuper de_: le premier se met
+avec les verbes, le second avec les substantifs: _il s'occupe_ À _me
+faire avoir une place_;--_il s'occupe_ DE _mon affaire_.
+
+OEIL-DE-BOEUF. Au pluriel, _oeils-de-boeuf_: il en est ainsi
+d'_oeil-de-bouc_,--d'_oeil-de-chat_,--d'_oeil-de-chèvre_,
+--d'_oeil-de-christ_,--d'_oeil-de-perdrix_,--d'_oeil-de-soleil_.
+
+On dit; YEUX _du frommage_:--YEUX _du pain_.
+
+OFFRIR devant l'infinitif prend _de_, et _s'offrir_ prend _à_; _il
+offre_ DE _vous accompagner_:--_il s'offre_ À _vous accompagner_.
+
+OINDRE, _j'oins, tu oins, il oint, nous oignons, vous oignez, ils
+oignent, j'oignais, j'oignis, j'ai oint, j'oindrai, j'oindrais, oins,
+oignons, oignez, que j'oigne, que nous oignons, que j'oignisse, oignant,
+oint, ointe._
+
+Ainsi se conjugue _joindre_.
+
+ON. Quoique masculin et singulier de sa nature, le pronom _on_ devient
+_féminin_ quand il s'applique spécialement à une personne du sexe: et
+_pluriel_ lorsque le sens indique évidemment qu'il désigne plusieurs
+personnes. Alors l'adjectif et le participe qui se rapportent à _on_
+prennent la marque du féminin et du pluriel: _quand on est_ MÈRE _on
+n'est pas toujours_ MAÎTRESSE _de son temps_:--_quand on s'estime
+mutuellement_, _on n'est pas heureux d'être_ SÉPARÉS.
+
+Au lieu de _on_, il faut employer _l'on_, pour éviter certaines
+consonnances choquantes qui ont lieu principalement après _et_, _si_,
+_ou_:--_et_ L'_on veut_;--_si l'on dit_:--_ou_ L'_on verra_.
+
+Cependant on doit faire usage de _on_ devant _le_, _la_, _les_, _lui_
+pour éviter la répétition désagréable de l'articulation _l_:--et dire,
+_et on le veut_,--_si on le dit_,--_ou on le verra_, et non pas, _et_
+L'_on le veut_,--_si_ L'_on le dit_,--_ou_ L'_on le verra_.
+
+Au commencement d'une phrase, il faut préférer _on_ à _l'on_, parce
+qu'alors il n'y a pas de mauvaise consonnance à éviter.
+
+ONZE se prononce avec aspiration: _le_ ONZE _de Juillet_:--_de_ ONZE
+_enfans il n'en reste que trois_:--_vous êtes_ ONZE;--_sur les_ ONZE
+_heures_:--_ils étaient_ ONZE: prononcez, _vous ête onze_:--_sur lè onze
+heures_:--_ils étè onze_.
+
+ONZIÈME _adjectif_. On prononce ce mot avec ou sans aspiration, à
+volonté: LE _onzième ou_ L'_onzième de Juillet_:--LA _onzième ou_
+L'_onzième page_.
+
+Mais dans _onzième_ substantif l'_o_ est toujours aspiré; ainsi l'on ne
+fait pas sentir l'_n_ ni l'_s_ dans cas phrases:--_il est héritier pour_
+UN _onzième_:--_pour trois onzièmes_.
+
+ORGUE est _masculin_ au singulier, et _féminin_ au pluriel:--_un_ BEL
+_orgue_:--_de_ BELLES _orgues_.
+
+OU. Quand deux ou plusieurs sujets sont unis par la conjonction _ou_, le
+verbe s'accorde avec le dernier sujet:--_la faiblesse_ OU
+_l'inexpérience nous_ FAIT _commettre bien des fautes_: à moins que les
+mots unis par _ou_ ne soient de différentes personnes: alors le verbe se
+met au pluriel, et s'accorde avec la personne qui a la priorité: _vous
+ou moi_ PARLERONS, et mieux NOUS PARLERONS:--_vous ou votre frère_
+PARLEREZ, et mieux, VOUS PARLEREZ.
+
+OUBLIER DE, désigne un manque de mémoire:--_j'ai oublié_ DE _vous
+écrire_. _Oublier à_ marque un manque d'usage: _il oublie_ À _danser_--À
+_dessiner_.
+
+OUÏR n'est guère usité qu'au prétérit défini, _j'ouis_, _il ouit_: au
+présent du subj., _que j'ouïsse_, _qu'il ouït_: à l'infinitif, _ouïr_;
+au participe passé, _ouï_, _ouïe_; et aux temps composés.
+
+
+PAÎTRE. _Je pais_, _tu pais_, _il pait_, _nous paissons_, _vous
+paissez_, _ils paissent_, _je paissais_, point de prét. défini, _je
+paîtrai_, _je paîtrais_, _paissons_, _paissez_, _que je paisse_, point
+d'imparf. du subj., _paissant_, _pu_. Ce dernier mot ne s'emploie que
+dans cette phrase familière; _il a pu et repu_.
+
+_Repaître_, qui se conjugue de même, a un prétérit défini;--_je repus_.
+
+PÂLE, _Pâle_, signifie qui est faible de coloris: _blême_, qui est
+très-pâle; _livide_, qui est plombé et taché de noir; _hâve_ qui est
+défiguré par le décharnement: _blafard_ qui est pâle jusqu'à
+l'affadissement.
+
+PÂQUE substantif féminin: fête annuelle des Juifs en mémoire de leur
+sortie d'Égypte.
+
+_Pâque_ ou _Pâques_ substantif masculin, singulier: fête des
+chrétiens:--_Pâques est passé_.
+
+_Pâques_ subst. fém. pluriel; communion pascale; _faire ses Pâques_.
+
+_Pâques-fleuries_, le Dimanche des Rameaux.
+
+PARDONNER veut un régime direct des choses; _pardonnez quelques vers
+faibles_; et non, À _quelques vers faibles_; et un régime indirect de
+personnes: _pardonnez_ À _vos enfans_, et non _pardonnez vos enfans_.
+
+PARLER, (se) Le participe passé de _se parler_ est toujours invariable,
+parce que _se parler_ n'a pas de régime direct: _ils se sont_
+PARLÉ:--_elles se sont_ PARLÉ.
+
+PARMI. _Entre_ se dit de deux objets: _entre Rome et Carthage_: _parmi_
+se dit d'un plus grand nombre, et veut après lui, ou un pluriel: _parmi
+les hommes_; ou un collectif: _parmi la foule_.
+
+PARTICIPE PRÉSENT. Il est toujours terminé en _ant_, et ne prend ni
+genre ni nombre: _un homme_ LISANT:--_des hommes_ LISANT:--_une femme_
+LISANT:--_des femmes_ LISANT.
+
+On dit, _des hommes obligeans_:--_une femme surprenante_. Mais ces mots,
+_obligeans_, _surprenante_, ne sont point des participes présens: ce
+sont des adjectifs _verbaux_, qui s'accordent avec les substantifs
+auxquels ils se rapportent.
+
+Pour distinguer les adjectifs verbaux des participes présens, il faut
+voir si ces mots ont un régime. Lorsqu'ils ont un régime, ce sont des
+participes. Lorsqu'ils n'ont point de régime, ils sont adjectifs: _cette
+femme est douce_, _affable_, PRÉVENANT _tout le monde_:--_cette femme
+est douce_, _affable_, PRÉVENANTE. Dans la première phrase le mot
+_prévenant_ est un participe, parce qu'il est suivi du régime _tout le
+monde_: dans la seconde il est adjectif, parce qu'il n'a point de
+régime.
+
+Cette règle pour distinguer les adjectifs verbaux des participes présens
+souffre quelques rares exceptions.
+
+PARTICIPE PASSÉ des verbes réfléchis. Ce participe s'accorde avec le
+régime direct lorsque ce régime est avant le participe: _cette femme
+s'est_ PROPOSÉE _pour modèle à ses enfans_: _proposée_ est au féminin et
+au singulier, parce qu'il est précédé de son régime direct le pronom
+_se_ qui se rapporte à _femme_: c'est comme s'il y avait,--_cette femme
+a proposé elle_.
+
+Mais si le régime direct est après le participe, le participe est
+invariable: _ma soeur s'est_ COUPÉ _le doigt_. _Coupé_ ici est
+invariable parce que le régime direct _doigt_, est après le participe:
+et le pronom _se_ n'est que le régime indirect, puisque c'est comme s'il
+y avait, _ma soeur a coupé le doigt à elle_.
+
+PARTICIPE PASSÉ suivi d'un verbe à l'infinitif. Quand le _participe
+passé_ est suivi d'un verbe à l'infinitif, il faut examiner avec
+attention si le régime qui précède le participe est régime de ce
+participe, ou régime de l'infinitif qui suit le participe.
+
+S'il est régime du participe passé, ce participe doit s'accorder avec
+lui: _voilà les enfans_ QUE _j'ai_ ENTENDUS _lire_. _Que_ est ici régime
+du participe _entendus_, et non de l'infinitif _lire_.
+
+Mais si le régime qui précède le participe passé, est celui du verbe à
+l'infinitif, le participe passé demeure invariable: _voilà les livres_
+QUE _vous avez_ PARU _désirer_: le régime _que_ appartient au second
+verbe.
+
+On reconnaît que le régime qui précède le participe passé, est le régime
+de ce participe, lorsqu'on peut mettre ce régime immédiatement après le
+participe, et changer l'infinitif qui suit en participe présent; ou bien
+en un imparfait précédé du pronom relatif _qui_: cela est évident dans
+l'exemple ci-dessus: _voilà les enfans_ QUE _j'ai_ ENTENDUS _lire_: on
+peut dire, _j'ai entendu les enfans_ LISANT, ou QUI LISAIENT.
+
+Lorsque ce changement ne peut se faire, il faut en conclure que le
+régime qui précède le participe, est le régime du verbe qui suit le
+participe.
+
+PARTICIPE PASSÉ entre deux _que_. Lorsque le _participe passé_ se trouve
+entre deux _que_, le régime direct, c.-à-d., le premier _que_ appartient
+toujours au second verbe, et par conséquent le participe est toujours
+invariable: _voilà les livres_ QUE _l'on a_ VOULU _que je lusse_:--_les
+peines_ QUE _j'ai_ PRÉVU _que cette affaire vous donnerait_.
+
+PARTICIPE PASSÉ du verbe réfléchi, formé d'un verbe neutre. Ce participe
+est toujours invariable, parce que son verbe n'ayant pas de régime
+direct, ne peut en être précédé: _elles se sont_ NUI:--_ils se sont_
+PARLÉ:--_elles se sont_ SUCCÉDÉ.
+
+Les verbes réfléchis ainsi formés d'un verbe neutre, sont au nombre de
+neuf, savoir; _se plaire_, _se déplaire_, _se complaire_, _se rire_, _se
+sourire_, _se parler_, _se succéder_, _se nuire_, _s'entre-nuire_.
+
+Le participe passé _fait_, suivi d'un infinitif, est toujours
+invariable: _la maison_ que j'ai FAIT bâtir:--_les habits que j'ai_ FAIT
+_faire_.
+
+Beaucoup de grammairiens veulent que le participe _laissé_ suive la même
+règle, et que l'on écrive: _la femme que j'ai_ LAISSÉ _passer_. D'autres
+veulent que ce mot suive la règle générale, et que l'on écrive: _la
+femme que j'ai_ LAISSÉE _passer_.
+
+PARTICIPE PASSÉ joint au verbe _avoir_ précédé du mot _en_. Ce participe
+est invariable, à moins qu'il ne soit précédé d'un autre régime direct:
+_vous avez plus de richesses que je ne vous_ EN _ai_ DONNÉ, et non pas
+DONNÉES:--_il m'a promis plus de services qu'il ne m'_EN _a_ RENDU, et
+non pas RENDUS.
+
+Les participes _donné_ et _rendu_ sont invariables ici parce que le mot
+_en_ est un pronom relatif qui signifie _de cela_, et qui par conséquent
+représente un régime indirect.
+
+Mais le participe est variable s'il est précédé d'un autre pronom qui en
+soit le régime direct: _j'ai écrit à mon frère, et voici la réponse_ QUE
+_j'_EN _ai_ REÇUE. _Reçue_ est au féminin et au singulier, parce qu'il
+est précédé de son régime direct, le relatif _que_ pronom qui se
+rapporte à _réponse_. Le pronom EN est régime indirect et signifie _de
+mon frère_.
+
+PARTICIPE PASSÉ joint au verbe _avoir_ précédé du mot _le_. Ce participe
+ne varie point, lorsque le relatif _le_ se rapporte à un _adjectif_:
+ainsi l'on écrira: _votre soeur n'est pas aussi instruite que je l'avais_
+PENSÉ, parce que le pronom _le_ se rapporte à l'adjectif _instruite_.
+
+Mais le participe varie, quand le mot _le_ se rapporte à un
+_substantif_, comme dans cette phrase: _ma soeur est toujours la même que
+je l'ai_ CONNUE.
+
+PARTICIPE PASSÉ des verbes impersonnels _il a fait_, _il y a eu_. Ce
+participe demeure invariable: ainsi on dit, _les chaleurs qu'il a_ FAIT;
+et non pas, _qu'il a_ FAITES:--_la disette qu'il y a_ EU _pendant
+l'hiver dernier_; et non pas, _qu'il y a_ EUE.
+
+On écrit également sans accord: IL EST ARRIVÉ _de grands
+malheurs_:--_quels changemens en_ EST-IL RÉSULTÉ? parce que c'est une
+règle sans exception, que le participe conjugué avec _être_ (excepté
+dans les verbes réfléchis, où il est pour _avoir_) s'accorde toujours
+avec son sujet: or le sujet de, _est arrivé_;--_est résultée_, c'est
+_il_ représentant _ceci_, mot invariable, mot neutre, qui ne saurait
+exercer aucune influence sur le participe.
+
+Il faut aussi écrire sans accord: IL S'EST RASSEMBLÉ _une foule de gens
+armés_:--IL S'EST GLISSÉ _une faute dans votre copie_:--IL S'EST TROUVÉ
+_dix personnes chez moi_.
+
+PARTICIPE PASSÉ des verbes neutres. Le verbe neutre n'ayant pas de
+régime direct, son participe passé demeure invariable: _les sommes que
+ce procès m'a_ COUTÉ:--_les pistoles que ce cheval a_ VALU:--_les jours
+que j'ai_ VÉCU.
+
+Cependant lorsque _valoir_ signifie _procurer_, _faire obtenir_, il est
+actif, et alors son participe passé doit s'accorder avec le régime
+direct qui le précède: _les honneurs que m'a_ VALUS _mon habit_. Il en
+est ainsi du participe passé de _couter_, lorsque ce verbe signifie
+_causer_, _exiger_: _les peines que cette affaire m'a_ COUTÉES.
+
+PARTICIPER À, c'est avoir part à quelque chose, à quelque action:
+_participer_ AUX _faveurs du Prince_. _Participer de_, c'est tenir de la
+nature de quelque chose: _l'enthousiasme de cet auteur participe_ DE _la
+folie_.
+
+PASSÉ INDÉFINI et DÉFINI. Il ne faut pas confondre le _passé indéfini_
+avec le _passé défini_. Le passé indéfini s'emploie indifféremment pour
+un temps passé, soit qu'il en reste encore une partie à écouler ou non:
+J'AI REÇU _une lettre l'année dernière_,--_le mois passé_,--_la semaine
+dernière_,--_hier_:--J'AI REÇU _une lettre cette année_,--_ce
+mois_,--_cette semaine_,--_aujourd'hui_.
+
+Le passé défini ne se dit au contraire que d'un temps complètement
+écoulé, et éloigné au moins d'un jour de l'instant où l'on parle: ainsi
+l'on ne dira pas; JE REÇUS _une lettre cette année_,--_ce mois_,--_cette
+semaine_,--_aujourd'hui_, parce que l'on est encore dans le temps dont
+il s'agit.
+
+PASSIF. Les verbes passifs demandent pour régimes les prépositions _de_
+et _par_: _de_, quand ils expriment un sentiment, une passion, en un mot
+un mouvement de l'âme: _par_, lorsqu'ils signifient une action à
+laquelle l'esprit ou le corps a seul part: _l'honnête homme est estimé_
+DE _tout le monde_;--_une grande partie de la terre a été conquise_ PAR
+_les Romains_.
+
+Cependant au lieu de la préposition _de_, l'usage permet d'employer
+_par_ pour éviter plusieurs _de_: _votre conduite a été approuvée_
+D'_une commune voix_, PAR _toutes les personnes sages et éclairées_.
+
+PATATE, _plante du genre des liserons_. POMME DE TERRE, _plante du genre
+des solanums_. Ces définitions sont du Dict. de l'Académie, Édit. de
+1835, et elles s'accordent avec celles que les naturalistes donnent de
+ces plantes. C'est donc une grave erreur que de désigner notre _pomme de
+terre_ par le terme _patate_, plante que nous ne possédons pas, et qui
+ne vient guère qu'entre les deux Tropiques.
+
+PAYEMENT, PAIEMENT, PAIMENT. Ce mot, quoique écrit de trois différentes
+manières, se prononce _pè-ment_.
+
+PAYER. Ce verbe, et tous ceux qui sont terminés au participe présent par
+_yant_, comme _bégayer_, _bayer_, _employer_, _renvoyer_, _aboyer_,
+_essayer_, _ployer_, _appuyer_, etc., prennent un _y_ et un _i_ à la
+première et à la seconde personne du pluriel de l'imparfait de
+l'indicatif, et du présent du subj. _Je paie, tu paies, il paie, nous
+payons, vous payez, ils paient,_ (prononcez _je pè_, _tu pè_, _il pè_,
+et à la troisième personne du pluriel, _ils pè_) _je payais, tu payais,
+il payait, nous payions, vous payiez, ils payaient, je payai, tu payas,
+il paya, nous payâmes, vous payâtes, ils payèrent, je paierai, tu
+paieras, il paiera, nous paierons, vous paierez, ils paieront,_
+(prononcez, _je pè-e-rai_, _tu pè-e-ras_, _il pè-e-ra_, etc.) _je
+paierais, tu paierais, il paierait, nous paierions, vous paieriez, ils
+paieraient,_ (prononcez _je pè-e-rais_, _tu pè-e-rais_, _nous
+pè-e-rions_, etc.) _paie_, (prononcez _pè_,) _payons, payez, que je
+paie, que tu paies, qu'il paie, que nous payions, que vous payiez,
+qu'ils paient,_ (prononcez, _que je pè_, _que tu pè_, _qu'il pè_,
+_qu'ils pè_) _que je payasse, que tu payasses, qu'il payât, que nous
+payassions, que vous payassiez, qu'ils payassent, payant, payé, payée._
+
+Les verbes _croire_, _voir_, _fuir_, _asseoir_, etc., ayant leur
+participe présent terminé en _yant_, font aussi à l'imparfait de
+l'indicatif et au présent du subjonctif, _nous croyions_, _vous
+croyiez_; _que nous croyions_, _que vous croyiez_, etc.
+
+Quelques personnes, contrairement aux règles de la prononciation, font
+entendre l'_l_ mouillée, ou l'_y_, aux trois personnes du singulier, et
+à la troisième personne du pluriel du présent du subjonctif des verbes
+dont le participe présent est terminé en _yant_. Ainsi elles prononcent,
+_que je pèghe_, (du verbe payer) _que tu pèghes_, _qu'il pèghe_, _qu'ils
+pèghe_, au lieu de, _que je pè_, _que tu pè_, _qu'il pè_, _qu'ils
+pè_:---- _que j'èghe_, (du verbe avoir) _que tu èghes_, _qu'il èghe_,
+_qu'ils èghe_, au lieu de, _que j'è_, _que tu è_, _qu'il è_, _qu'ils
+è_:---- _que je croèghe_, (du verbe croire) _que tu croèghes_, _qu'il
+croèghe_, _qu'ils croèghe_, au lieu de, _que je croa_, _que tu croa_,
+_qu'il croa_, _qu'ils croa_.
+
+Ces exemples prouvent combien l'instituteur doit faire d'efforts pour
+rompre de bonne heure dans ses élèves l'habitude de cette prononciation
+vicieuse.
+
+PEMINA, que le vulgaire nomme _pinbina_, est l'obier du Canada. Le
+peuple appelle aussi _pinbina_ son fruit: c'est à tort, parce que la
+baie que porte le _pémina_, n'a pas de nom en français.
+
+PENNY est le mot anglais, et _denier_ le mot français qui représentent
+le terme latin _denarius_, quoiqu'ils expriment des monnaies de valeurs
+très-différentes. Pourquoi donc employer le mot anglais _penny_, lorsque
+le français fournit un équivalent? D'ailleurs _penny_ fait _pence_ au
+pluriel, et puis les fractions du _penny_ se nomment _farthings_:
+nouvelles difficultés donc pour ceux qui ne savent pas l'anglais; et
+nouvelle raison par conséquent de rejeter ces mots étrangers, pour s'en
+tenir aux termes faciles et corrects de _denier_;--_demi-denier_;
+--_quart de denier_, etc.
+
+Il n'en est pas ainsi du mot _shilling_, dont l'emploi est nécessité par
+l'absence d'un terme français qui lui corresponde.
+
+Le mot anglais _dollar_, monnaie des États-Unis, se trouve dans quelques
+dictionnaires modernes: et _Boiste_ admet _pound_, mot anglais pour
+_livre sterling_.
+
+PÉRIODE est masculin quand il marque le plus haut point, où une chose
+puisse arriver: _il est au plus_ HAUT _période de sa gloire_; ou quand
+il signifie un espace de temps: _dans un_ COURT _période_:--_dans le_
+DERNIER _période de sa vie_: il est féminin dans ses autres acceptions:
+LA _période lunaire_:--LA _période julienne_.
+
+PÉRIR. En parlant de personnes qui n'existent plus, on dirait, _elles_
+SONT _péries_, parce qu'alors la pensée est occupée de l'état des
+personnes qui n'existent plus. Mais si l'on voulait désigner l'époque où
+elles ont cessé d'exister, ou la manière dont elles ont perdu la vie, il
+faudrait se servir de l'auxiliaire _avoir_, et dire, _elles_ ONT _péri
+en 1840_:--_elles_ ONT _péri dans un naufrage_.
+
+Le même principe est applicable au verbe _échouer_. _Le vaisseau_ A
+_échoué sur la côte_;--_le vaisseau que montait mon ami_ EST _échoué_.
+V. AUXILIAIRES.
+
+PERSONNE _pronom indéfini_, a un sens vague, s'emploie sans article et
+sans adjectif déterminatif, et signifie aucune personne, qui que ce
+soit: il est toujours du masculin et du singulier: PERSONNE _n'est assez
+sot pour le croire_;--_il n'y a_ PERSONNE _qui ne soit fâché_.
+
+_Personne substantif_ a un sens déterminé; il est accompagné de
+l'article, ou d'un adjectif déterminatif, et est féminin: _quelle est la
+personne assez_ SOTTE _pour le croire?_--_il n'y a pas_ UNE _personne
+qui n'en soit_ FACHÉE.
+
+PERSES. On doit appeler _Perses_ les anciens habitans de la Perse, et
+_Persans_ ceux d'aujourd'hui.
+
+PERSUADER. La grammaire permet d'écrire,--_les modernes se sont_
+PERSUADÉS _qu'ils surpassaient les anciens_--et--_les modernes se sont_
+PERSUADÉ _qu'ils surpassaient les anciens_. La raison en est qu'avec le
+verbe _se persuader_, le pronom _se_ peut être également régime direct,
+ou régime indirect du verbe: en effet, on dit _persuader quelqu'un_, et
+_persuader_ À _quelqu'un_.
+
+PEU, suivi d'un pronom relatif, veut le verbe qui suit au subjonctif:
+_il y a peu d'hommes, qui_ SACHENT _supporter l'adversité_.
+
+_Un petit peu_ est une faute grossière: dites simplement, _un peu_.
+
+_Pour le peu que_ est un barbarisme, il faut dire, _pour peu que_.
+
+PEUR. La locution conjonctive, _de peur que_, veut toujours _ne_ devant
+le verbe suivant: _de peur qu'il_ NE _vienne_.
+
+_Avoir peur_ exige également _ne_ devant _le_ verbe qui suit: _j'ai peur
+qu'il_ NE _vous trompe_: à moins qu'_avoir peur_ ne soit accompagné
+d'une négation; ou ne soit employé interrogativement: dans ces deux cas
+on supprime ne: _je n'ai pas peur qu'il vous trompe?_
+
+PEUT-ÊTRE employé avec le verbe _pouvoir_ forme un pléonasme ridicule:
+ne dites pas: _peut-être il pourra venir_, mais, _peut-être il viendra_.
+
+PIRE, adjectif comparatif, se joint toujours à un substantif, et
+s'accorde avec lui. _De deux maux il faut éviter le_ PIRE:--_les_ PIRES
+_des ennemis ce sont les flatteurs_.
+
+_Pire_, suivi de _que_, veut _ne_ devant le verbe qui suit: _ce vin est
+pire que je_ NE _le pensais_: à moins que cet adjectif n'accompagne un
+verbe négatif, ou ne soit employé interrogativement: _ce vin n'est pas
+pire que je le pensais_:--_ce vin est-il pire que vous le pensiez?_
+
+PIS est l'opposé de _mieux_, et se dit pour _plus mal_. Il ne se joint
+pas à des substantifs masculins ou féminins, mais seulement à des noms,
+où à des pronoms indéterminés, comme dans cette phrase, _rien n'est_ PIS
+_qu'une mauvaise langue_.
+
+_Pis_ est quelquefois substantif: _le_ PIS _de l'affaire est que_...
+
+_Pis_ est aussi adverbe comparatif: DE PIS _en_ PIS,--_de mal en_
+PIS,--_tant_ PIS.
+
+Le peuple dit abusivement _de_ PIRE _en_ PIRE,--_de mal en_
+PIRE,--_tant_ PIRE.
+
+PLAINDRE. _Se plaindre de ce que_, suppose un sujet de plainte: _il se
+plaint_ DE CE QUE _vous l'avez trompé_.
+
+_Se plaindre que_ ne suppose pas lieu à la plainte: _il a tort de se
+plaindre_ QUE _vous l'ayez trompé_.
+
+Le participe passé de _se plaindre_ s'accorde toujours avec le second
+pronom: _ils se sont_ PLAINTS _de vous_:--_elle s'est plainte de votre
+conduite_: excepté lorsque _se plaindre_ signifie _se refuser_, cas dans
+lequel le second pronom cesse d'être régime direct, _elle s'est_ PLAINT
+_le boire et le manger_.
+
+PLAIRE. Ce _qui plait_ est ce qui est agréable: ce _qu'il plait_ est ce
+que l'on veut: _les incensés sacrifient leurs intérêts à ce_ QUI _leur_
+PLAIT:--_les gens d'un caractère opiniâtre ne veulent faire que ce_
+QU'IL _leur_ PLAIT.
+
+On doit répondre à quelqu'un qui offre quelque chose, _ce_ QU'IL _vous
+plaîra_, et non pas, _ce_ QUI _vous plaîra_.
+
+Le participe passé de _plaire_ est toujours invariable:--_ils nous ont_
+PLU:--_ils se sont_ PLU _réciproquement_:--_ils se sont_ PLU _à me
+contrarier_:--_elles se sont_ PLU _à la campagne_.
+
+PLAISIR (il y a). Cette locution prend _à_ devant une consonne, et _de_
+devant une voyelle. _Il y a plaisir_ À _l'entendre chanter_:--_il y a
+plaisir_ D'_avoir affaire à un homme si loyal_.
+
+PLÉONASME. Le pléonasme est autorisé lorsqu'il ajoute à la phrase plus
+d'énergie et de grâce; mais souvent il est un vice à éviter. Voici
+quelques phrases dans lesquelles le pléonasme est vicieux.
+_S'entr'égorger les uns les autres_: les mots _les uns les autres_ sont
+superflus:--_plaintes réciproques de part et d'autre_: _de part et
+d'autre_ sont redondans: _discours rempli de beaucoup de citations_:
+_beaucoup_ est inutile.--_À Mons. N, Prêtre, Curé de N_;--_À Mons. N,
+Prêtre, Vicaire de N_:--_Je_, _soussigné, Prêtre, Curé de N_. Le mot
+_prêtre_ dans ces phrases est superflu:--_une heure de temps_:
+retranchez _de temps_:--_ainsi donc vous avez tort_; l'un des deux
+termes _ainsi_ et _donc_ est redondant:--_les ennemis reculent en
+arrière_: on ne recule pas en avant; _en arrière_ est donc superflu; _un
+brillant éclat_: _brillant_ est superflu, car tout éclat est
+_brillant_:--_un cadavre inanimé_; certes il n'y a pas de cadavre
+_animé_:--_il fut forcé malgré lui d'y consentir_; supprimez _malgré
+lui_:--_il faut s'entr'aider mutuellement_; le dernier mot de cette
+phrase n'ajoute rien au sens:--_un petit peu_; retranchez
+_petit_:--_dépêchez-vous vite_; _vite_ est superflu:--_tempête
+orageuse_; retranchez _orageuse_:--_voyons voir_; répétition
+barbare:--_je vais aller le chercher_, dites _je vais le
+chercher_:--_pour faire fuir les ennemis on n'aurait seulement qu'à se
+montrer_; _seulement_ est superflu:--_je vais dîner, et puis ensuite je
+me rendrai chez vous_; _puis_ signifie _ensuite_, il faut donc
+retrancher l'un ou l'autre:--_réellement vrai_; langage ridicule:--_au
+jour d'aujourd'hui_; _jour_ est de trop:--_hémorragie de sang_:
+retranchez _de sang_, puisque le mot _hémorragie_ signifie par lui-même
+_perte de sang_:--_il est impossible qu'on puisse réussir_; dites, _il
+est impossible de réussir_:--_il est impossible de pouvoir_; otez _de
+pouvoir_:--_je suis bien parfaitement_, ou _très-parfaitement votre
+humble serviteur_; les mots _bien_ et _très_, joints à _parfaitement_,
+sont redondans, parce qu'on ne peut rien ajouter à ce qui est
+parfait:--_un des modèles les plus parfaits_ est une faute, retranchez
+_les plus_. Quelques grammairiens souffrent dans la conversation
+familière ces expressions, _montez en haut_;--_descendez en bas_;--_je
+veux unir ces deux prairies ensemble_.
+
+PLIER, c'est mettre en plusieurs doubles: _plier du linge_;--_plier une
+lettre_.
+
+PLOYER. _Je ploie, tu ploies, il ploie, nous ployons, vous ployez, ils
+ploient, je ployais, nous ployions, vous ployiez, ils ployaient, je
+ployai, je ploierai, je ploierais, ploie, ployons, ployez, que je ploie,
+que nous ployions, qu'ils ploient, que je ployasse, ployant, ployé,
+ployée._
+
+_Ployer_, c'est courber, faire fléchir: _ployer une branche d'arbre_.
+
+PLUPART. Le substantif _plupart_ étant un collectif partitif, veut que
+le verbe et les autres correspondans, comme adjectifs, participes et
+pronoms s'accordent avec le substantif exprimé, ou sous-entendu après
+_la plupart_: _la plupart du monde_ PENSE,--_la plupart des sénateurs_
+ÉTAIENT MÉCONTENS _et_ FATIGUÉS _de la guerre_;--_la plupart_ ÉTAIENT
+_d'avis que_...
+
+Dans le premier exemple l'accord a lieu avec _monde_, dans le second
+avec _sénateurs_, et dans le troisième avec le mot _sénateurs_
+sous-entendu; c'est comme s'il y avait, _la plupart des sénateurs
+étaient d'avis que_...
+
+PLUS. Le superlatif _le plus_, _la plus_, _les plus_, veut après lui le
+subjonctif: _les mouvemens des planètes sont les plus réguliers que
+nous_ CONNAISSIONS.
+
+Avant les adverbes _plus_, _mieux_, _moins_, on emploie _le_, _la_,
+_les_, pour exprimer une comparaison: _cette dame ne pleurait pas,
+quoiqu'elle fût_ LA PLUS _affligée_, c.-à-d., la dame plus affligée que
+les autres.
+
+Au contraire on emploie simplement _le_ pour marquer une qualité portée
+au plus haut degré, sans aucune idée de comparaison avec d'autres
+objets: _cette dame ne pleure pas alors même qu'elle est_ LE PLUS
+_affligée_:--_il s'est baigné dans l'endroit où les eaux sont_ LE MOINS
+_rapides_.
+
+Dira-t-on, _les opinions_ LES PLUS ou LE PLUS _généralement suivies_?
+
+La réponse dépend de l'intention de celui qui parle.
+
+S'il s'agit d'opinions considérées en elles-mêmes, et sans comparaison,
+on dira LE PLUS _généralement suivies_.
+
+Si au contraire, vous avez en vue d'autres opinions moins suivies, et
+que vous vouliez indiquer une comparaison, vous direz LES PLUS
+_généralement suivies_.
+
+Lorsque le terme de comparaison placé après _plus_ exprime une idée de
+mesure, de quantité, cet adverbe doit être suivi de la préposition _de_,
+et non de _que_: _il est plus_ D'_à demi mort_:--_mon argent est plus_
+D'_à moitié dépensé_.
+
+PLUS TÔT, PLUTÔT. Il ne faut confondre ces deux mots. _Plus tôt_,
+locution adverbiale, est l'opposé de _plus tard_: _plutôt_, adverbe,
+marque une préférence. _Plutôt mourir que de trahir ma foi._
+
+POINT. Pas énonce simplement la négation: _point_ l'exprime avec
+beaucoup plus de force: _il n'a_ PAS _d'esprit ce qu'il faut pour cette
+place_:--_c'est un homme qui n'a_ POINT _d'esprit_.
+
+Il n'en est pas de même quand on interroge: si ma question est
+accompagnée de doute, je dirai; _n'avez-vous point été là?_ mais si je
+suis persuadé, je dirai par manière de reproche: _n'avez-vous pas été
+là?_
+
+PORTE. Les mots composés qui suivent ne prennent point d'_s_ au pluriel:
+_porte-éguille_, _porte-baguette_, _porte-balle_, _porte-chape_,
+_porte-collet_, _porte-crayon_, _porte-croix_, _porte-crosse_,
+_porte-dieu_, _porte-drapeau_, _porte-enseigne_, _porte-étendard_,
+_porte-lanterne_, _porte-malheur_, _porte-manteau_, _porte-mousqueton_,
+_porte-respect_, _porte-verge_, etc. V. SUBSTANTIFS COMPOSÉS.
+
+POUPÉE, jouet d'enfant. On substitue souvent à ce mot celui de _catin_.
+Le mot _catin_, quoique désigné par quelques auteurs comme synonyme de
+_poupée_, sonne mal aux oreilles délicates, au point qu'il n'est plus
+prononcé en ce sens dans la bonne société, et que le Dict. de
+l'Académie, Édit. de 1834, ne lui donne d'autre signification que celle
+de _femme de mauvaises moeurs_.
+
+POURVOIR. Passé défini, _je pourvus_: futur, _je pourvoirai_;
+conditionel, _je pourvoirais_: imparfait du subj. _que je pourvusse_. Le
+reste sur _voir_.
+
+POUVOIR. _Je puis_ est plus usité que _je peux_. On ne dit pas
+_peux-je_? mais _puis-je_? Avec _pouvoir_ on peut supprimer _pas_ et
+_point_; _je ne puis_:--_il ne peut sortir_:--il en est de même des
+verbes _cesser_, _oser_, et _savoir_.
+
+PRENDRE GARDE QUE veut _ne_ devant le verbe suivant: _prenez garde
+qu'on_ NE _vous trompe_: excepté quand il est employé interrogativement,
+ou avec une négation.
+
+PRÉPOSITIONS. Les prépositions _à_, _de_, _en_, se répètent toujours
+avant chaque régime: _il dut la vie_ À _la clémence_, _et_ À _la
+magnanimité du vainqueur_:--_il est doux_ DE _servir_, _et_ DE
+_contribuer à sa gloire_.
+
+Les autres prépositions, surtout celles qui n'ont qu'une syllabe, se
+répètent quand les régimes n'offrent aucune ressemblance de
+signification. DANS _la paix et_ DANS _la guerre_:--PAR _la force et_
+PAR _l'adresse_.
+
+Au contraire elles ne se répètent pas quand les régimes sont des
+expressions synonymes: DANS _la mollesse et l'oisiveté_:--PAR _la force
+et la violence_:--À TRAVERS _les dangers et les obstacles_.
+
+PRÈS, veut après lui la proposition _de_: _près_ DES
+_montagnes_;--_près_ DU _château_, excepté dans le style familier;
+_près le marché_.
+
+_Près de_ indique aussi le temps et le nombre: _il est_ PRÈS DE _deux
+heures_;--_il y a_ PRÈS DE _vingt ans_. Ne dites pas: _il est_ PROCHE
+_de deux heures_:--_il y a_ PROCHE _de vingt ans_.
+
+PRESQUE. L'_e_ final de _presque_ s'élide seulement dans _presqu'île_;
+ainsi écrivez sans élision, _ouvrage_ PRESQUE _achevé_:--_habit_ PRESQUE
+_usé_.
+
+PRÊT À adjectif, signifie disposé à: _prêt_ À _partir_:--_ils sont
+prêts_ À _commencer_. _Près de_ préposition, signifie sur le point de:
+_le soleil est près_ DE _se coucher_.
+
+PRÉVALOIR se conjugue sur _valoir_, excepté au présent du subjonctif, où
+il fait, _que je prévale_, _que tu prévales_, _qu'il prévale_, _que nous
+prévalions_, _que vous prévaliez_, _qu'ils prévalent_.
+
+PRIER. Imparf. de l'ind. _nous priions_, _vous priiez_, _ils priaient_:
+présent du subjonctif, _que nous priions_, _que vous priiez_.
+
+_Prier_ DE _dîner_ se dit d'une invitation accidentelle: _Prier_ À
+_dîner_ d'une invitation préméditée.
+
+PRONOMS RELATIFS. Les pronoms relatifs _qui_, _que_, _lequel_,
+_laquelle_, _dont_, _où_, veulent le subjonctif après eux, quand ils ont
+pour antécédent un nom employé dans une phrase qui marque le doute, le
+désir, l'interrogation ou le commandement; et l'indicatif, lorsque la
+phrase exprime quelque chose de positif.
+
+ _Pronoms relatifs
+ avec l'indicatif._
+
+Je connais quelqu'un qui POURRA vous rendre ce service:--voilà un livre
+que vous POURREZ consulter au besoin:--prêtez-moi ce livre dont vous
+n'AVEZ pas besoin:--ne quittez pas une place où vous ÊTES commodément,
+et d'où vous ENTENDEZ bien.
+
+ _Les mêmes pronoms
+ avec le subjonctif._
+
+Connaissez-vous quelqu'un qui PUISSE me rendre ce service?--donnez-moi
+un livre que je PUISSE consulter au besoin;--prêtez-moi un livre dont
+vous n'AYEZ pas besoin:--choisissez une place où vous SOYEZ commodément,
+et d'où vous ENTENDIEZ bien.
+
+_Auquel_, _à laquelle_, sont d'un usage très-ordinaire, et presque
+toujours indispensable quand il est question de _choses_: _le jardin_
+AUQUEL _je donne mes soins_:--_les sciences_ AUXQUELLES _je m'applique_.
+
+Mais si l'on parle de _personnes_, on est libre d'employer _à qui_, ou
+_auquel_, _à laquelle_: _Dieu_ À QUI, ou AUQUEL _nous devons rapporter
+toutes nos actions_.
+
+Quand ce sont des prépositions autres que _de_ et _à_, qui régissent le
+pronom relatif, l'on peut employer indifféremment _qui_ ou _lequel_, si
+l'on parle de _personnes_, et dire; _cherchons à fléchir le Juge_ DEVANT
+QUI, OU DEVANT LEQUEL _nous devons paraître un jour_:--_on s'ennuie
+toujours avec ceux_ AVEC QUI, ou AVEC LESQUELS _il n'est pas permis de
+s'ennuyer_.
+
+Mais si l'on parle de _choses_, l'on doit se servir de _lequel_,
+_laquelle_: _l'opinion_ CONTRE LAQUELLE _je me déclare_.
+
+_Qui_ s'emploierait cependant dans les cas où les choses seraient
+_personnifiées_: _rochers_ À QUI _je me plains_:--_la gloire_ À QUI _je
+me suis dévoué_.
+
+PRONONCIATION. La prononciation de la conversation diffère de celle de
+la déclamation, et de la lecture, en ce qu'elle souffre une infinité
+d'hiatus, pourvu qu'ils ne soient pas trop rudes. L'usage est tellement
+prononcé à cet égard, qu'il serait d'un pédant de ne pas s'y conformer.
+Ainsi dans la conversation, _folâtrer et rire_:--_aimer à jouer_, se
+prononcent, _folâtré et rire_:--_aimé à jouer_. En général l'_s_ finale
+des verbes ne se prononce point devant une voyelle: ainsi, _tu aimes à
+rire_:--_tu joues avec prudence_, se prononcent, _tu aime à rire_:--_tu
+joue avec prudence_.
+
+L'articulation vicieuse de la diphthongue _oi_, si fréquente chez nous,
+doit attirer l'attention sérieuse de l'instituteur; ou plutôt,
+devons-nous dire, sa conscience est grevée à cet égard, d'une immense
+responsabilité envers ses élèves et la société.
+
+En discutant la prononciation de cette diphthongue, Gatel, dans la
+préface de son dictionnaire, p. XII (Édit. de 1813) dit:
+
+ «Quant à la diphthongue _oi_...je n'ignore pas que l'usage lui
+ donne chez nous...une susceptibilité de plusieurs nuances, pour
+ ceux du moins qui...ont les organes extrêmement souples et
+ délicats. C'est tantôt le son d'_oe_, ou plutôt
+ d'_oè_;...tantôt celui d'_oa_...tantôt celui d'_oua_...mais ces
+ nuances m'ont paru en général si légères, si difficiles à
+ saisir...que...j'ai jugé plus convenable...de désigner
+ toujours...la prononciation d'_oi_ par _oa_, en prenant la
+ seule précaution d'affecter l'_a_ de l'accent circonflexe,
+ suivant que le son en devait être plus ou moins fortement
+ appuyé.»
+
+Duvivier, dans son article des diphthongues, dit que le son le plus
+naturel de la diphthongue _oi_,
+
+ «est celui que l'on suit en grec, où l'on fait entendre l'_o_
+ et l'_i_, comme dans _voi-ïelle_, _roi-ïaume_ (_voa-ïelle_,
+ _roa-ïaume_) mais,» dit-il, «elle a encore d'autres sons qu'il
+ est difficile de représenter par écrit.»
+
+Outre Gatel déjà cité, Noël et Chapsal dans leur dictionnaire, et
+Rolland dans son vocabulaire, désignent toujours la prononciation de la
+diphthongue _oi_ par _oa_, ou _oua_. Suivant eux, _voir_, _boire_,
+_croire_, _moi_, _toi_, _droit_, etc., se prononcent, _voar_, _boar_,
+_croar_, _moa_, _toa_, _droa_.
+
+Il faut donc éviter de donner le son de l'_è_ ouvert à la diphthongue
+_oi_, et se garder de prononcer, _vo-ère_, _bo-ère_, _cro-ère_, _mo-è_,
+_to-è_, _dro-è_, etc.
+
+Le Dictionnaire de l'Académie, et la plupart des grammairiens modernes
+donnent, à quelques nuances près, la même règle pour la prononciation de
+la diphthongue _oi_.
+
+Le son de la voyelle _a_, comme le son de quelques autres voyelles, peut
+être _aigu_ ou _grave_: il est aigu dans _patte_, _natte_ et grave dans
+_hâte_, _pâte_. On conçoit, facilement que le son grave doit être plus
+fort, plus rempli que le son aigu: mais on doit éviter de prononcer
+l'_a_ comme les anglais le prononcent dans LAW (loi): et les allemands
+dans JA (oui) avec une effrayante ouverture de bouche. La douceur,
+l'harmonie de la langue française, ne peut souffrir la rudesse de tels
+sons.
+
+L'Académie vient à l'appui de cette règle de la prononciation de la
+voyelle _a_.
+
+ «Le son de l'_a_, en français, est le même dans tous les mots:
+ il ne différe que par sa durée, et par des nuances peu
+ sensibles. Il est long ou bref: long dans _pâte_, _grâce_; bref
+ dans _glace_, _trace_. _Dict._ de _l'Ac. Édit. de 1832_.»
+
+Les autres voyelles susceptibles de devenir graves, sont _e_, _u_, _o_:
+_tempête_, _jeûne_, _côte_.
+
+PROPORTIONNEL _adjectif_, et PROPORTIONNELLEMENT _adverbe_, termes de
+mathématiques, sont employée quand il s'agit de quantités en lignes, en
+nombres ou en grandeurs, qui sont en proportion. _Réduire_
+PROPORTIONNELLEMENT _un grand plan à un petit_.
+
+Dans les autres cas, où il est question de proportion entre une chose et
+une autre chose, on se sert du participe _proportionné_, et de l'adverbe
+_proportionnément_: _le remède est_ PROPORTIONNÉ _au mal_:--_il n'a pas
+été récompensé_ PROPORTIONNEMENT _à son mérite_.
+
+PROPRE À, désigne une vocation, ou une destination encore imparfaite.
+_Propre pour_, marque une capacité acquise: un homme _propre à_ la
+guerre, pourra être un jour un guérier: un homme _propre pour_ la
+guerre, a ce qu'il faut pour l'être maintenant.
+
+PUISQUE. L'_e_ de _puisque_ ne s'élide que devant _il_, _ils_, _elle_,
+_elles_, _on_, _un_, _une_: même observation pour le mot _quoique_.
+
+
+QUATRE-VINGTS prend la marque du pluriel: _quatre-vingts hommes_:
+excepté quand il est suivi d'un autre adjectif de nombre:
+_quatre-vingt-dix hommes_. Il est également invariable quand il s'agit
+de la date: _l'an mil huit cent quatre_-VINGT.
+
+QUELQUE s'écrit de trois manières:
+
+1º. suivi d'un verbe il se met en deux mots, _quel que_, et alors _quel_
+adjectif s'accorde au genre et en nombre avec le sujet du verbe: QUELS
+QUE _soient les humains_.
+
+2º. suivi d'un substantif il s'écrit en un mot, _quelque_, et s'accorde
+en nombre avec ce substantif: QUELQUES _raisons que vous puissiez me
+donner_.
+
+3º. suivi d'un qualificatif, soit adjectif, soit participe, soit
+adverbe, _quelque_ s'écrit également en un mot: mais alors il est
+adverbe, et conséquemment reste invariable: QUELQUE _puissans qu'ils
+soient_:--QUELQUE _considérés que nous soyons_:--QUELQUE _adroitement
+qu'ils s'y prennent_.
+
+L'_e_ finale de _quelque_ s'élide seulement devant _un_, _une_, _autre_,
+_il_, _elle_, _elles_: _quelqu'un_,--_quelqu'une_,--_quelqu'autre_,
+--_quelqu'il soit_,--_quelle qu'elle soit_.
+
+QUELQUE CHOSE. Quand _quelque chose_ signifie une certaine chose, il est
+substantif masculin. _J'ai vu quelque chose de_ BEAU. Il est substantif
+féminin lorsqu'il veut dire, quelque soit la chose. _Quelque chose que
+je lui ai_ DITE.
+
+QUÊTER. C'est abusivement qu'on emploie ce mot pour signifier _mendier_.
+_Quêter_, c'est faire une collecte pour les pauvres, pour les objets de
+confréries, pour les établissemens religieux, etc. _Mendier_ c'est
+demander l'aumône.
+
+Même remarque pour _quêteur_ qu'on fait synonyme de _mendiant_.
+
+_Quêteux_ pour _mendiant_ est doublement barbare.
+
+QUI prend le nombre et la personne de son antécédent, et les communique
+au verbe dont il est le sujet. Conséquemment on dira: _moi qui_ AI
+_parlé_:--_toi qui_ AS _parlé_:--_lui_ ou _elle qui_ A _parlé_:--_nous
+qui_ AVONS _parlé_:--_vous qui_ AVEZ _parlé_:--_ils_, ou _elles qui_ ONT
+_parlé_.
+
+On doit donc aussi dire, _si c'était moi qui_ VOULUSSE--_si c'était vous
+qui_ VOULUSSIEZ--_si c'était lui qui_ VOULUT, et non pas, _si c'était
+moi qui_ VOULUT:--_si c'était vous qui_ VOULUT, etc.
+
+On dira, _vous parlez comme un homme_ QUI ENTEND _la matière_, et non
+pas, QUI ENTENDEZ _la matière_:--_vous parlez comme des hommes_ QUI S'Y
+CONNAISSENT, et non pas, QUI VOUS Y CONNAISSEZ:--_tu étais le seul qui_
+PUT _me dédommager_: parce que dans ces phrases, le relatif _qui_
+représente le substantif qui le précède immédiatement: et en effet,
+c'est comme si l'on disait; _vous parlez comme un homme_, LEQUEL HOMME
+_entend la matière_, etc. et puis ce substantif, que l'on est censé
+répéter après _lequel_, étant réellement le sujet, communique au verbe
+le genre, le nombre et la personne.
+
+Lorsque le relatif _qui_ est précédé d'un adjectif, c'est au pronom qui
+est placé auparavant que se rapporte ce relatif: en conséquence il faut
+dire; _nous sommes ici_ PLUSIEURS _qui nous_ SOUVENONS _des
+succès_....--_c'est vous_ SEULS _qui vous_ CHARGEZ _de cette
+responsabilité_:--_nous étions_ DEUX _qui_ ÉTIONS _du même avis_.
+Observez que l'on dirait: _nous étions_ DEUX _juges qui_ ÉTAIENT _du
+même avis_, et non pas, _qui_ ÉTIONS _du même avis_, à cause du
+substantif _juges_ qui est l'antécédent de _qui_.
+
+QUI, QUE. On doit éviter la multiplicité de ces pronoms, surtout quand
+ils sont interrogatifs. La grammaire ne les condamne pas absolument,
+mais l'oreille en est offensée. Ainsi au lieu de: QUI _est-ce_ QUI _a
+fait cela_?--QU'_est-ce_ QUE _c'est_ QUE _cela_?--QU'_est-ce_ QUE _tu
+as_? dites: QUI _a fait cela_?--QU'_est-ce_ QUE _cela_?--QU'_as tu_?
+
+QUICONQUE devient féminin quand il désigne spécialement une femme:
+_quiconque est bonne mère est_ ADORÉE _de ses enfans_.
+
+QUOIQUE, en un mot, signifie _bien que_; QUOIQUE _vous soyez instruit_,
+_soyez modeste_: en deux mots, il veut dire, _quelque chose que_: QUOI
+QUE _vous lui disiez_, _il ne vous écoutera pas_.
+
+L'_e_ de _quoique_ ne s'élide que devant _il_, _elle_, _ils_, _elles_,
+_ou_, _un_, _une_.
+
+
+R. Dans la lecture, dans le discours soutenu, et dans les vers, _r_
+finale des infinitifs en _er_ est nulle devant une consonne ou une _h_
+aspirée: mais suivie d'une voyelle ou d'une _h_ muette, elle se fait
+entendre.
+
+Dans la conversation _r_ est une lettre muette à la fin des infinitifs,
+même devant une voyelle: _aimer à boire_,--_parler et chanter_, se
+prononcent _aimé à boire_,--_parlé et chanté_.
+
+RAILLERIE. _Entendre raillerie_, c'est bien prendre la raillerie.
+_Entendre_ LA _raillerie_, c'est avoir le talent de railler.
+
+RAPPELER, (se) veut un régime direct; ne dites pas, _je me rappelle_ DE
+_cette personne_:--_je me rappelle_ DE _cette chose_:--_je_ _m'_EN
+_rappelle_: dites, _je me rappelle cette personne_:--_je me rappelle
+cette chose_:--_je me le rappelle_.
+
+On met cependant la préposition _de_ devant l'infinitif: dans ce cas
+_de_ n'est qu'un mot euphonique, et l'infinitif n'en est pas moins le
+régime direct: _je me rappelle_ D'_avoir vu_.
+
+RAPPORT. _Avoir rapport à_ exprime une idée de relation, de liaison:
+_les effets ont rapport_ AUX _causes_. _Avoir rapport avec_ marque une
+idée d'analogie, de ressemblance: _nos plus belles tragédies ont
+beaucoup de rapport_ AVEC _celles des Grecs_.
+
+RAVOIR ne se dit qu'à l'infinitif.
+
+RÉGIMES, (deux). Quand un verbe a deux régimes, l'un est simple et
+l'autre est composé: alors il faut toujours placer le régime simple le
+plus près possible du verbe: _apportez-moi-la_,--_dites-moi-le_,
+seraient donc des fautes, parce que _moi_ est régime composé, et _le_,
+_la_, régimes simples; il faut dire, _apportez-la-moi_,
+--_dites-le-moi_,--_donnez le-lui_,--_chantez-la-nous_, etc.
+
+RÉGIME PRONOM. Toutes les fois qu'un verbe actif est suivi d'un
+infinitif, on doit employer _le_, _la_ _les_, devant ce verbe actif, si
+l'infinitif n'est pas régime direct: car alors il faut que le pronom
+soit régime direct, puisqu'un verbe actif exige un régime de cette
+nature: mais on doit employer _lui_, _leur_, quand l'infinitif est le
+régime direct du verbe actif, un verbe actif ne pouvant pas avoir deux
+régimes directs.
+
+On doit donc dire en parlant d'un homme, _je_ L'_ai vu faire bien des
+sottises_, et non pas, _je_ LUI _ai vu faire bien des sottises_: et en
+parlant des animaux; _c'est la brutalité qui_ LEUR _fait suivre les
+mouvemens de leur colère_: et non pas: _c'est la brutalité qui_ LES
+_fait suivre_, etc.
+
+Dans la première phrase le pronom LE (_cet homme_) est le régime direct
+de _voir_ et non pas de l'infinitif _faire_; c'est comme s'il y avait,
+_j'ai vu cet homme faisant bien des sottises_.
+
+Dans la seconde phrase _suivre_ est le régime direct de _faire_, et
+_leur_ (aux animaux) le régime indirect; c'est comme si l'on disait;
+_c'est la brutalité qui fait suivre aux animaux les mouvemens de leur
+colère_.
+
+On ne doit pas dire, _l'idée_ LES _a pris d'aller à la campagne_: mais,
+_l'idée_ LEUR _a pris_, etc. Ici le verbe est pris neutralement, et ne
+saurait avoir de régime direct.
+
+Il y a une grande différence entre, _je_ LUI _ai vu donner un soufflet_,
+et, _je_ L'_ai vu donner un soufflet_,--entre, _les offres de service
+que je_ LEUR _ai vu faire_, et, _les offres de service que je_ LES _ai
+vus faire_:--entre, _les liqueurs que je_ LEUR _ai vu verser_, et, _les
+liqueurs que je_ LES _ai vus verser_. Cette différence est telle, qu'en
+confondant les deux régimes l'on exprimerait positivement le contraire
+de ce que l'on voudrait faire entendre.
+
+RÉFORMATION, RÉFORME. La _réformation_ est l'action de réformer; la
+réforme en est l'effet.
+
+RÉSOUDRE. _Je résous_, _tu résous_, _il résout_, _nous résolvons_, _vous
+résolvez_, _ils résolvent_, _je résolvais_, _je résolus_, _je
+résoudrai_, _je résoudrais_, _résous_, _résolvons_, _résolves_, _que je
+résolve_, _que nous résolvions_, _que vous résolviez_, _que je
+résolusse_, _résolvant_: il a deux participes passés, _résolu_ et
+_résous_: ce dernier n'a point de féminin.
+
+Lorsqu'il est question de déterminer une chose douteuse, on se sert de
+_résolu_: _ce jeune homme a_ RÉSOLU _de changer de conduite_. En parlant
+des choses qui se convertissent en d'autres, on se sert de _résous_; _le
+soleil a_ RÉSOUS _le brouillard en pluie_.
+
+Quant _résoudre_ est actif, il régit _de_ avant l'infinitif, _on a
+résolu_ D'_agir sans plus tarder_: employé passivement il prend _à_ ou
+_de_ devant l'infinitif: _je suis résolu_ À _partir_, ou DE _partir_.
+Quand résoudre est réfléchi, il régit _à_; _je me suis résolu_ À
+_demander une retraite_.
+
+RESPECT. On dit également _respè_ ou _respeck_. Quand aux mots _aspect_
+et _circonspect_, il faut prononcer _aspeck_ et _circonspeck_. Cependant
+Boiste prononce _assepekte_.
+
+RESTE. _Au reste_ se dit des choses dont on a déjà parlé, et sur
+lesquelles il reste quelque chose à dire; _voilà l'opinion de Bernard_:
+AU RESTE _je vous en écrirai_.
+
+_Du reste_ s'emploie quand ce qui suit n'est pas dans le même genre que
+ce qui _précède_; _il est bizarre, emporté_, DU RESTE _brave homme_.
+
+RÉSULTER n'est usité qu'à l'infinitif et aux troisièmes personnes du
+singulier. Il prend _avoir_ et _être_.
+
+RÉUNIR, lorsqu'il signifie, _posséder en même temps_, ne doit jamais
+être suivie des prépositions _à_ ou _avec_; ne dites donc pas, _Turenne
+réunissait la prudence_ À _la hardiesse_, ni, AVEC _la hardiesse_:
+dites, _Turenne réunissait la prudence_ ET _la hardiesse_. En matière de
+Fief et d'autres choses semblables, on dit, _réunir à_.--_Réunir un
+grand Fief_ À _la Couronne_.
+
+Le verbe _unir_ rejette la préposition _avec_, et veut _à_. _Turenne
+unissait la prudence_ À _la hardiesse_.
+
+RÊVER À, c'est réfléchir profondément; _il rêve_ À _une affaire_. _Rêver
+de_, c'est faire un songe: _j'ai rêvé_ DE _vous_:--_j'ai rêvé_ DE
+_combats_.
+
+REVERS INATTENDU. On prononce _rever inattendu_.
+
+RIRE. Le participe _ri_ est invariable: _ils se sont_ RI,--_elles se
+sont_ RI _de mes menaces_.
+
+ROSBIF, du mot anglais _roast-beef_, signifie boeuf rôti.
+
+ROYAL. On disait autrefois, _des lettres royaux_,--_des ordonnance
+royaux_: la raison a fait justice de cette bizarre irrégularité:
+aujourd'hui l'on dit, _lettres royales_, _ordonnances royales_.
+
+
+S. L'_s finale_ se fait entendre dans les mots _anus_, _aloès_, _as_,
+_atlas_, _blocus_, _calus_, _foetus_, _iris_, _maïs_, _moeurs_,
+_prospectus_, _lapis_, _laps_, _en sus_, _locatis_, _vis_, _vasistas_,
+et dans les mots purement étrangers, tels que _bibus_, _chorus_,
+_agnus_, _gratis_, _Crésus_, _Délos_, _Rubens_, _Valens_, (prononcez,
+_rubinze valinze_) _Bacchus_, _Pallas_, etc.
+
+Exceptions. L'_s_ ne sonne pas dans _Mathias_, _Thomas_, _Judas_.
+
+Quand le pronom _y_, ou le pronom _en_, suit immédiatement la seconde
+personne singulière de l'impératif terminé par un _e_ muet, il faut,
+pour éviter un hiatus, y ajouter une _s_ euphonique, et écrire,
+_donnes-en_;--_portes-y_;--_aies-en_;--_travailles-y_.
+
+Mais si le mot _en_, au lieu d'être un pronom, est une préposition,
+alors on ne fait point usage de la lettre euphonique _s_; et l'on écrit,
+_admire en France_...et non pas, _admires en France_.
+
+On ne fait pas sonner l'_s_ dans cette phrase du discours familier, _sur
+les une heure_.
+
+L'impératif _va_, suivi des pronoms _y_, _en_, prend aussi une _s_:
+_vaS-y-voir_;--_vaS-en demander_; mais on ne doit pas dire, _vaS en
+Angleterre_, mais, _va en Angleterre_, parce que _en_ est ici
+préposition.
+
+SAILLIR, (verbe neutre et défectif) dans le sens de _jaillir_, ne se dit
+que des liquides: il n'est d'usage, suivant du Duvivier, qu'aux
+troisième personnes, et à l'infinitif, et se conjugue sur _finir_. _Il
+saillit_, _ils saillissent_, _il saillissait_, _ils saillissaient_, _il
+saillit_, _ils saillirent_, _il saillira_, _ils sailliront_, _il
+saillirait_, _ils sailliraient_, _qu'il saillisse_, _qu'ils
+saillissent_, _qu'il saillît_, _qu'ils saillissent_.
+
+SAILLIR, terme d'architecture, signifie s'avancer en dehors comme un
+balcon, une corniche. En ce sens il se conjugue différemment du verbe
+_saillir_ de l'article qui précède, et ne s'emploie qu'à l'infinitif, et
+à la troisième personne des temps suivans; _il saille_, _ils saillent_,
+_il saillait_, _ils saillaient_, _il saillera_, _ils sailleront_, _il
+saillerait_, _ils sailleraient_, _qu'il saille_, _qu'ils saillent_,
+_qu'il saillît_, _qu'ils saillissent_.
+
+SANS QUE n'est jamais, suivi de _ne_: dites, _sans qu'il vienne_, et
+non, _sans qu'il_ NE _vienne_.
+
+SAVOIR est le seul verbe qui se mette au subjonctif, sans être sous la
+dépendance d'un autre mot qui le précède; mais alors il doit être
+accompagné d'une négation: _je ne_ SACHE _rien de nouveau_.
+
+SECOND éveille une idée d'ordre, et _deuxième_ une idée de série. Ne
+dites pas; _le_ DEUXIÈME, _mais_, _le_ SECOND _tome_ d'un ouvrage qui
+n'a que deux tomes. Si l'ouvrage a plusieurs tomes, dites, _le_ DEUXIÈME
+et non _le_ SECOND _tome_.
+
+SEMBLER. Le verbe impersonnel, _il semble_, veut le subjonctif: _il
+semble qu'il vous_ CRAIGNE: excepté quand il est accompagné d'un régime
+indirect de personne; _il_ ME _semble qu'il vous_ CRAINT.
+
+SEMI ne s'emploie qu'avec certains mots, et reste toujours invariable;
+_une_ SEMI-_fête_:--_des_ SEMI-_tons_:--_des fleurs_ SEMI-DOUBLES.
+
+S'EN ALLER. Le pronom _en_ de _s'en aller_, doit toujours, dans les
+temps composés, précéder immédiatement le verbe _être_. Dites, _nous
+nous_ EN _sommes allés_: et non pas, _nous nous sommes_ EN _allés_.
+
+Il ne faut pas dire; _je m'_EN _vais commencer cette lettre_:--_je_
+_m'_EN _vais lui écrire_: mais, _je vais commencer cette lettre_:--_je
+vais lui écrire_.
+
+SENS (ville). Prononcez, _San-ce_.
+
+SEOIR, pour signifier _être assis_, ne se dit plus qu'aux participes,
+_séant_, _sis_, _sise_: et pour signifier _être convenable_, ne se dit
+qu'au participe présent, qu'on écrit alors _seyant_, et aux troisièmes
+personnes, _il sied_, _ils siéent_, _il seyait_, _ils seyaient_, _il
+siéra_, _ils siéront_, _il siérait_, _ils siéraient_. Il est inusité aux
+temps composés.
+
+_Messeoir_ se conjugue comme _seoir_, _et s'_emploie aux mêmes temps.
+
+SI. On ne doit pas dire, _il était_ SI _en peine_:--SI _en colère_:
+mais, _il était_ SI FORT _en peine_...SI FORT _en colère_.
+
+SOFA, CANAPÉ. L'Académie dit qu'on confond souvent les _canapés_ avec
+les _sofas_. _Sofa_, ou _sopha_, est un lit de repos qui sert de siége.
+_Canapé_ est un long siége à dossier, qui sert quelquefois, mais
+rarement, de lit de repos. La plupart des longs siéges, qui parent nos
+salons, sont des _canapés_, et c'est une faute de les désigner par le
+terme _sofa_. _Divan_ est un canapé oriental, sans dossier.
+
+SOI. Le pronom personnel _soi_ se dit des personnes et des choses. Quand
+il se dit des personnes, ce ne peut être que dans les propositions
+générales, ou avec des noms collectifs ou indéfinis, comme _on_,
+_chacun_, _personne_, _quiconque_, etc. _On doit rarement parler de_
+SOI;--_chacun est content de_ SOI;--_quiconque n'aime que_ SOI, _est
+indigne de vivre_;--_ne vivre que pour_ SOI, _c'est être déjà mort_.
+
+Lorsque l'antécédent présente un sens déterminé, ce n'est plus _soi_
+qu'il faut employer, c'est _lui_, _elle_, _lui-même_, _elle-même_: _cet
+homme rapporte tout à_ LUI,--_cette femme ne parle que d'_ELLE-MÊME.
+
+Cependant, pour éviter une équivoque, les écrivains emploient _soi_,
+quoique l'antécédent offre un sens déterminé. _Ce jeune homme, en
+remplissant les volontés de son père, travaille pour_ SOI. Si au lieu de
+_pour_ SOI, l'on disait _pour_ LUI, il y aurait une équivoque; on ne
+saurait si LUI représente le père ou le fils.
+
+Lorsqu'il est question de _choses_, on peut indifféremment employer le
+pronom _soi_, ou le pronom _lui_, _elle_. _L'aimant attire le fer à_
+SOI, ou _à_ LUI;--_un bienfait porte sa récompense avec_ SOI, ou _avec_
+LUI,--_la vertu est aimable de_ SOI, ou _d'_ELLE-MÊME.
+
+_Soi_ étant toujours du nombre singulier, ne peut jamais se rapporter à
+un pluriel, lorsqu'il s'agit de _personnes_; mais s'il est question de
+_choses_, les avis sont partagés. L'Académie et Th. Corneille rejettent
+cette phrase, _ces choses sont indifférentes de_ SOI, tandis qu'ils
+admettent celle-ci, _de_ SOI _ces choses sont indifférentes_.
+
+SON, SA, SES, LEUR, LEURS, quand il s'agit de choses, se remplacent par
+l'article et le pronom _en_, lorsque ceux-ci peuvent entrer dans la
+phrase sans nuire au sens. Ainsi, an lieu de dire en parlant d'une
+maison, SON _extérieur est agréable_; en parlant d'une ville, _j'aime_
+SES _environs_; et en parlant d'arbres, LEURS _fruits sont excellens_;
+l'on dira: L'_extérieur_ EN _est agréable_,--_j'_EN _aime_ LES
+_environs_,--LES _fruits_ EN _sont excellens_.
+
+Mais on dira avec _son_, _sa_, _ses_, _leur_, _leurs_; _le Saint-Laurent
+a_ SA _source au delà du Lac Supérieur_,--_les sciences ont_ LEURS
+_difficultés_; parce que le sens ne permet pas de remplacer _son_,
+_sa_, _ses_, etc., par l'article et le pronom _en_.
+
+SORTIR, pour signifier _obtenir_, _avoir_, est un terme de palais, usité
+seulement à la troisième personne, et à quelques-uns de ses temps; _il
+sortit_, _ils sortissent_, _il sortissait_, _qu'il sortisse_,
+_sortissant_, _sorti_, _sortie_. Pour les temps composés, on se sert
+d'_avoir_: _ce jugement_ A _sorti son plein et entier effet_.
+
+SOU. On n'écrit plus, comme autrefois, _sol_.
+
+SOUFFRIR prend _à_ ou _de_ devant l'infinitif: _je souffre_ À _le voir_,
+ou DE _le voir dans cet état_.
+
+SOUVENIR (faire). C'est une faute de dire: _afin de_ LEUR _faire
+souvenir_:--_je_ LUI _ai fait souvenir_: dites, _afin de_ LES _faire
+souvenir_:--_je_ L'_ai fait souvenir_.
+
+_Souvenir_ s'emploie en parlant de choses récentes; _ressouvenir_ en
+parlant de choses passées depuis longtemps.
+
+SUBSTANTIFS. L'usage veut que certains substantifs, ayant la même
+inflexion et le même genre, servent à désigner les deux sexes; tels
+sont, _auteur_, _docteur_, _général_, _géomètre_, _graveur_, _médecin_,
+_orateur_, _philosophe_, _poëte_, _sculpteur_, _soldat_, _témoin_,
+_peintre_, _traducteur_, etc.
+
+Quand les substantifs _enfant_, _esclave_, _dépositaire_, etc.,
+représentent une personne du sexe, l'article et l'adjectif doivent être
+mis au féminin. UNE _enfant_ PIEUSE;--UNE _esclave_ BLANCHE;--UNE
+_dépositaire_ PRUDENTE.
+
+SUBSTANTIFS COMPOSÉS (l'orthographe des).
+
+_Première règle_. Quand un substantif composé est formé d'un substantif
+et d'un adjectif, ils prennent l'un et l'autre la marque du pluriel:
+_une basse-taille_, _des basses-tailles_:--_un plain-chant_, _des
+plains-chants_: excepté, _des blanc-seings_, _des terre-pleins_, _des
+chevau-légers_, _des grand'-mères_, _des grand'-messes_.
+
+_Remarque._ Quand il entre dans un substantif composé un mot, qui ne
+s'emploie plus isolément, comme dans _pic-grièche_, _loup-garou_,
+_gomme-gutte_, etc., ce mot joue le rôle d'un adjectif, et conséquemment
+prend la marque du pluriel: _des pics grièches_, _des loups-garous_,
+_des gommes-guttes_.
+
+_Deuxième règle._ Quand un substantif composé est formé de deux
+substantifs, placés immédiatement l'un après l'autre, ils prennent tous
+les deux la marque du pluriel: un _chef-lieu_, des _chefs-lieux_, un
+_chien-loup_, des _chiens-loups_, un _chou-fleur_, des _choux-fleurs_:
+excepté, un _bec-figues_, des _bec-figues_, un _appui-main_, des
+_appuis-main_, un _Hôtel-Dieu_, des _Hôtels-Dieu_, un _brèche-dents_,
+des _brèche-dents_.
+
+_Troisième règle._ Quand un substantif composé est formé de deux
+substantifs unis par une préposition, c'est le premier substantif qui
+prend la marque du pluriel: un _ciel-de-lit_, des _ciels-de-lit_: un
+_chef-d'oeuvre_, des _chefs-d'oeuvre_: excepté, des _coq-à-l'âne_, des
+_pied-à-terre_, des _tête-à-tête_.
+
+_Quatrième règle._ Quand un substantif composé est formé d'un substantif
+joint à un verbe, ou à une préposition, ou à un adverbe, le substantif
+seul prend le signe du pluriel, si toutefois il y a pluralité dans
+l'idée. Ainsi l'on écrira avec une _s_ au pluriel, des _contre-coups_,
+des _avant-coureurs_, des _arrière-saisons_. Mais on écrira sans mettre
+une _s_ au pluriel, parce qu'il y a unité dans l'idée, des _serre-tête_,
+des _réveille-matin_ (horloges), des _contre-poison_. Enfin on écrira
+avec une _s_, tant au singulier qu'au pluriel, parce qu'il y a toujours
+pluralité dans l'idée, les mots _essuie-mains_, _cure-dents_,
+_porte-clefs_. V. TIRE-BALLE, PORTE.
+
+_Cinquième règle._ Quand un substantif composé ne renferme que des mots
+invariables de leur nature, comme _verbe_, _préposition_, _adverbe_,
+aucune de ces parties ne prend la marque du pluriel: des _pour-boire_,
+des _passe partout_.
+
+SUCCÉDER. Le participe _succédé_ est invariable: _ils nous ont_
+SUCCÉDÉ,--_ils se sont_ SUCCÉDÉ.
+
+SULLY. Les _ll_ de ce nom propre sont mouillées.
+
+SUPPLÉER. _Suppléer une chose_, et _suppléer_ À _une chose_, ont des
+sens très-différens. _Suppléer une chose_, c'est remplacer ce qui
+manque, en fournissant une chose de la même nature. _Ce sac doit être de
+mille francs_: _s'il y a cent francs de moins, je_ LES _suppléerai_.
+
+_Suppléer_ À _une chose_ c'est remplacer cette chose par une autre chose
+qui en tient lieu: _la valeur supplée_ AU _nombre_.
+
+Avec un nom ou pronom de _personne_, qui lui sert de régime, _suppléer_
+ne prend jamais la préposition _à_. Ainsi dites _suppléer quelqu'un_, et
+non pas, _suppléer_ À _quelqu'un_:--_s'il ne vient pas je_ LE
+_suppléerai_, et non pas, _je_ LUI _suppléerai_.
+
+SUPPOSÉ s'accorde lorsqu'il suit le substantif: _ces faits_ SUPPOSÉS: il
+est invariable quand il le précède: SUPPOSÉ _ces faits_.
+
+SURSEOIR. _Je sursois, tu sursois, il sursoit, nous sursoyons, vous
+sursoyez, ils sursoient, je sursoyais, nous sursoyions, vous sursoyiez,
+ils sursoyaient, je sursis, nous sursîmes, je surseoirai, nous
+surseoirons, je surseoirais, nous surseoirions, surseois, sursoyons, que
+je surseoie, que nous sursoyions, que je sursisse, que nous sursissions,
+sursoyant, sursis, sursise._
+
+_Surseoir_, verbe actif, signifie suspendre: _on a sursis la
+délibération_: on dit aussi neutralement: _surseoir au jugement d'une
+affaire_.
+
+SYNONYME. Après deux substantifs synonymes, employés comme sujets, le
+verbe s'accorde avec le dernier: _son courage_, _son intrépidité_
+ÉTONNE _les plus braves_. L'adjectif suit la même règle: _une douceur_,
+_une affabilité_ CHARMANTE.
+
+
+T. À quelques rares exceptions près, le _t_ final se prononce seulement
+devant une voyelle ou une _h_ muette. C'est donc une faute, même grave,
+que de le faire sonner dans _juillet_, _beset_, _calumet_, _Nicolet_,
+ainsi que dans les noms d'hommes, _Bossuet_, _Croiset_, etc.: prononcez,
+_juillè_, _besè_, _calumè_, _Nicolè_, _Bossuè_, _Croisè_.
+
+Dans _avant-hier_ le _t_ se fait sentir faiblement: mais il ne peut être
+prononcé, sans blesser l'oreille, dans les locutions, _un goût
+horrible_,--_un tort incroyable_,--_un instinct heureux_, etc.: et si le
+mot suivi d'une voyelle, a un _r_ devant le _t_ final, comme dans _il
+part aujourd'hui_,--_il court à bride abattue_,--_il s'endort à
+l'ombre_, l'usage le plus commun est de ne pas faire sonner le _t_.
+
+Le _t_ final se fait toujours entendre dans _abject_, _contact_, _fat_
+(_fat_ n'a point de féminin), _suspect_, _granit_, etc.
+
+L'adverbe _net_ se prononce indifféremment _nè_ ou _nette_: mais le _t_
+de l'adjectif _net_ est muet au masculin.
+
+Duvivier dit:
+
+ «La plupart des écrivains modernes forment le pluriel des
+ substantifs qui sont terminés par _ant_, ou par _ent_, en
+ ajoutant un _s_ et en supprimant le _t_ final dans les
+ polysyllabes: mais ils le conservent dans les monosyllabes.
+
+ «Toutefois cette suppression n'est pas également adoptée; et en
+ effet _Regnier_, _Desmarais_, MM. de _Port-Royal_.... beaucoup
+ de grammairiens modernes.... et un grand nombre
+ d'imprimeurs.... conservent le _t_ final.... mais....
+ l'Académie a adopté cette suppression....»
+
+Les mêmes remarques sont applicables à la suppression du _t_ au pluriel
+des adjectifs terminés par _ant_ et par _ent_.
+
+TÂCHER. _Je tâcherai que vous soyez content_, est un solécisme, parceque
+_tâcher_ n'est jamais suivi de la conjonction _que_.
+
+_Tâcher_ prend _à_ devant l'infinitif, quand il signifie _songer à_,
+_viser à_: _il tâche_ À _m'embarrasser_,--À _me nuire_: et _de_ quand il
+exprime les efforts que l'on fait pour parvenir à une fin: _il tâche_
+D'_avancer_.
+
+TAMBOUR. _Battre_ DU _tambour_, c'est jouer du tambour; _battre_ LE
+_tambour_, c'est donner un signal par le tambour.
+
+TARDER prend également _à_ ou _de_ devant l'infinitif: _tarder_ À, OU
+_tarder_ DE _venir_.
+
+TÉMOIN placé au commencement d'un membre de phrase, est pris
+adverbialement: TÉMOIN _les victoires de nos armes_.
+
+TERMES DE MARINE. L'emploi abusif de termes de marine, importés au pays
+par les premiers colons et navigateurs, à fait à la langue une plaie,
+qu'il n'est pas facile de fermer. Le mal, comme une épidémie, des
+dernier rangs de la société, s'est communiqué aux premiers: et souvent
+l'éducation la plus soignée est une faible barrière contre l'emploi, à
+rebours du sens commun, des termes, _virer_, _amarrer_, _larguer_,
+_greiller_ (gréer), _embarquer_, _débarquer_, _revirer de bord_,
+_amarre_, _bordée_, etc., etc.
+
+Les Instituteurs ne peuvent trop sévir contre l'abus que nous signalons
+ici.
+
+TERMES PARASITES. Il faut éviter avec un soin extrême les _mots
+favoris_, les _termes bizarres_, qui inondent nos discours, et nous
+rendent importuns, ridicules et sont souvent le fléau de la société,
+sans que nous nous en appercevions. Rien d'ailleurs ne décèle plus une
+éducation vulgaire.
+
+Également on doit éviter les tours surannés, les expressions ignobles,
+qui ne peuvent que fatiguer les personnes qui écoutent: tels que, _tirer
+les vers du nez_; _vous pouvez m'en croire_;--_par dessus le
+marché_;--_je vous remercie bien des fois_;--_au bout du compte_; _ce
+n'est pas l'embarras_; _sourd comme un pot_; etc.
+
+Le jeune âge doit être prémuni contre ces défauts, dont l'habitude se
+corrige difficilement.
+
+TIRANT est un _cordon_ qui sert à ouvrir et fermer une bourse, un
+ridicule: c'est un _cuir_, un _ruban_ pour boucler des souliers, monter
+des bottes, attacher des papiers, etc. On ne doit pas employer dans ces
+sens les termes _attache_, _ganse_, et encore moins le mot anglais
+_strap_.
+
+TIRE-BALLE ne prend pas d'_s_ au pluriel; non plus que les mots suivans;
+_tire-bouchon_, _tire-bourre_, _tire-bouton_, _tire-clou_, _tire-pied_,
+etc.: _tire-botte_ s'écrit au pluriel avec une _s_. V. SUBSTANTIFS
+COMPOSÉS.
+
+TITRES _d'honneur_. Le mot _Révérend_ est un titre qui appartient
+exclusivement aux _Prélats_, aux _Religieux_ et aux _Religieuses_: et
+par conséquent, c'est une erreur grave que de le donner aux membres de
+notre clergé canadien, qui est _séculier_. Cette erreur nous vient des
+anglais, qui qualifient tous leurs ministres de _Révérends_. Mais
+quelque soit l'usage des Anglais à cet égard, nous ne pouvons donner au
+mot français _Révérend_, une extension qu'il n'a pas, une acception qui
+lui est étrangère.
+
+C'est encore par un abus de langage, que l'on attribue à nos
+ecclésiastiques la qualification de _Messire_. Ce titre d'honneur se
+donnait ci-devant en France et au Canada dans les actes, (mais seulement
+dans les actes,) _aux nobles et aux personnes distinguées par quelque
+haute dignité_, tant parmi les laïcs, que parmi les gens d'église: _fut
+présent Haut et Puissant Seigneur_ MESSIRE _Pierre Séguier_,
+_Chevalier_, etc.
+
+_Révérend Messire_ est une expression doublement incorrecte.
+
+Il est à regretter que le titre d'_Abbé_, que l'on donne invariablement
+en France aux ecclésiastiques séculiers, ne soit presque plus usité
+chez nous.
+
+Les titres, _Monsieur_ et _Madame_ doivent être supprimés, quand on
+prend en écrivant, une autre qualification. Ainsi un _Chevalier_ ne doit
+pas écrire, _Monsieur le Chevalier de N. a l'honneur de prévenir
+Monsieur le Colonel_: un Curé, _Monsieur le Curé de N., prie Monsieur le
+Marguillier en charge_: une Baronne, _Madame la Baronne de N. a
+l'honneur de présenter ses respectueux hommages à_: un Juge, _Monsieur
+le Juge N. présente son compliment à Monsieur le Procureur_.
+
+Il faut écrire, _Le Chevalier de N. a l'honneur_ etc.--_Le Curé de N._,
+etc. _La Baronne_, etc. etc.
+
+Lorsqu'il n'y a pas d'autre qualification, on emploie dans les billets
+et sur les cartes de visite, les termes _Monsieur_, _Madame_,
+_Mademoiselle_.
+
+Le nom d'un individu écrit sur la porte de sa demeure, ne doit pas être
+précédé du mot _Monsieur_. Mais s'il s'agit d'une personne du sexe
+féminin, il convient d'écrire, _Madame N._--_Mademoiselle N._
+
+TOMBER _par terre_, se dit d'une chose qui touchait à la terre avant sa
+chute: _tomber à terre_, d'une chose qui étant élevée au-dessus de
+terre, tombe d'en haut. Ainsi un homme qui tombe en marchant dans la
+rue, _tombe_ PAR _terre_, et non À _terre_: un couvreur qui tombe d'un
+toit, _tombe_ À _terre_ et non PAR _terre_.
+
+TOSTE sub. mas. (de l'anglais _toast_) signifie la proposition de boire
+à la santé de quelqu'un; au souvenir d'un évènement, etc.
+
+C'est à tort que l'on emploie le mot anglais _toast_, pour signifier
+_tranche de pain rôtie_. _Rôtie_ est en français le correspondant de
+_toast_: et si la rôtie est recouverte de beurre, l'on dit, _une rôtie
+au beurre_.
+
+TOUCHER et PINCER, employés pour exprimer l'action de jouer des
+instrumens, sont actifs, et doivent conséquemment avoir un régime
+direct: d'où il suit qu'il faut dire, _toucher l'orgue_, _le
+forté-piano_: _pincer la guitarre_, _la harpe_: et non pas, _toucher_ DE
+_l'orgue_, DU _forté-piano_: _pincer_ DE LA _guitarre_, DE LA _harpe_.
+
+TOUT. Quand _tout_ est adverbe il signifie _tout-à-fait_, _quelque_, et
+reste invariable: TOUT _aimable qu'est la vertu_,--TOUT _spirituels
+qu'ils sont_,--_elle est_ TOUT _étonnée_. _Exception._ _Tout_, quoique
+adverbe, varie quand l'adjectif, ou le participe qui suit, est féminin,
+et commence par une consonne, ou une _h_ aspiré: _elle est_ TOUTE
+_stupéfaite_,--TOUTE _hardie qu'elle est_.--TOUTES _spirituelles
+qu'elles sont_.
+
+_Tout._ Quand l'adjectif _tout_ est joint à un nom de ville, il prend le
+genre masculin, quoique le nom de ville soit féminin: non que dans ce
+cas on le considère comme adverbe, mais parce que l'on sous-entend le
+mot _peuple_. On dira donc, TOUT _Rome le sait_,--TOUT _Florence en est
+convaincu_: c'est-à-dire, _tout le peuple de Rome_..._tout le peuple de
+Florence_....
+
+Mais joint à un nom de province, de royaume, de paroisse, _tout_ prend
+le genre de ce nom. TOUTE _l'Italie_,--TOUTE _la paroisse_.
+
+TOUT-À-COUP signifie soudainement: _il disparut_ TOUT-À-COUP.
+_Tout-d'un-coup_ veut dire, tout d'une fois; _il s'est ruiné_ TOUT-D'UN
+COUP.
+
+TOUT DE SUITE, phrase adverbiale, signifie _incontinent_, _sur l'heure_.
+Il ne faut pas la confondre avec _de suite_, autre phrase adverbiale qui
+signifie _l'un après l'autre, sans interruption_.--_ces livres ne sont
+pas_ DE SUITE.
+
+TRAIRE. _Je trais_, _tu trais_, _il trait_, _nous trayons_, _vous
+trayez_, _ils traient_, _je trayais_, _tu trayais_, _il trayait_, _nous
+trayions_, _vous trayiez_, _ils trayaient_; point de passé défini, _je
+trairai_, _je trairais_, _trais_, _trayons_, _trayez_, _que je traie_,
+_que tu traies_, _qu'il traie_, _que nous trayions_, _qu'ils traient_,
+point d'imparfait du subj. _trayant_, _trait_, _traite_.
+
+TRAIT D'UNION ou TIRET. Il sert à marquer la liaison qui existe entre
+deux ou plusieurs mots. On l'emploie,
+
+1º. entre le verbe et les pronoms, _je_, _moi_, _nous_, _tu_, _vous_,
+_il_, _ils_, _elle_, _elles_, _le_, _la_, _les_, _lui_, _leur_, _y_,
+_en_, _ce_, _on_, quand ces pronoms sont placés après le verbe, dont ils
+sont le sujet, ou le régime: _irai-je?_--_viens-tu?_--_donnait-on?_
+--_laisse-moi_;--_allez-y_; --_portes-en_; etc. S'il y a deux noms, on
+emploie deux traits d'union: _laisse-le-moi_,--_donne-les-leur_.
+
+2º. avant ou après _ci_ et _là_, accompagnant un substantif, un pronom,
+une préposition, un adverbe, avec lesquels ils sont unis d'une manière
+inséparable: _celui-ci_,--_celui-là_,--_là-dessus_,--_là-haut_, etc.
+
+3º. pour lier _très_ au mot qui suit: _très-sagement_,--_très-riche_.
+
+4º. pour unir le dernier terme d'un nombre au terme précédent, quand le
+dernier terme passe _un_, et ne dépasse pas dix: _dix-huit_;
+--_trente-cinq_;--_deux cent dix-neuf_, mais on dirait sans trait
+d'union: _vingt et un_:--_cinquante et un_: le dernier terme étant _un_:
+et _cent quinze_;--_deux cent vingt_; le dernier terme dépassant _dix_.
+Cependant _quatre-vingts_ prend toujours le trait d'union:
+_quatre-vingts chevaux_:--_quatre-vingt dix hommes_.
+
+5º. pour lier deux ou plusieurs mots qui, par le sens, n'en font qu'un,
+_Marc-Aurèle_,--_chef-lieu_;--_s'entre-choquer_, _Jean-Jacques_,
+_Jean-Baptiste_.
+
+6º. pour indiquer le changement d'interlocuteur: il remplace alors les
+_dit-il_, _reprit-il_, _répondit-il_.
+
+7º. pour marquer une suspension dans le discours.
+
+8º. pour lier le mot, dont une partie se trouve à la fin d'une ligne, et
+l'autre au commencement de la ligne suivante.
+
+TRAITER. On dit indifféremment, _traiter une matière_,--_une question_:
+ou, _traiter_ D'_une matière_,--D'_une question_: à moins qu'on ne
+spécifie la matière, la question: alors il faut _de_:--_dans son
+ouvrage, il traite_ DES _plantes_, DES _métaux_.
+
+TRAVERSER _le pont_, pour exprimer l'action de le parcourir dans sa
+longueur, n'est pas correct: il faut dire, _passer le pont_.
+
+TRÉMA. Le tréma est un double point (¨) qu'on met sur une des voyelles
+_e_, _i_, _u_, pour la faire prononcer séparément de celle qui précède:
+_naïf_, _Saül_, _ciguë_. L'emploi du tréma est une faute quand on peut
+le remplacer par un accent: ainsi au lieu de _poësie_, _Cloë_, écrivez,
+_poésie_, _Cloé_.
+
+TRÈS. L'usage ne permet guère de mettre _très_ devant les participes.
+Dans ces cas l'on emploie _beaucoup_, _fort_, etc., et au lieu de dire
+_cet homme est_ TRÈS-_aimé_; _cette place est_ TRÈS-_menacée par
+l'ennemi_, l'on dit, _cet homme est_ FORT _aimé_,--_cette place est_
+FORT _menacée_, etc.
+
+On peut cependant se servir de _très_ avec certains participes employés
+comme adjectifs verbaux: _il est_ TRÈS-_occupé_,--_il est_
+TRÈS-_humilié_.
+
+_Très_ ne doit pas être employé dans une proposition négative, Ne dites
+pas, _il n'est pas_ TRÈS-_sage_;--_il n'est pas_ TRÈS-_occupé_: dites,
+_il n'est pas_ FORT _sage_,--_il n'est pas_ FORT _occupé_. L'adverbe
+modifie un verbe, un adjectif et un autre adverbe, mais jamais un
+substantif. On doit donc éviter les locutions suivantes si communes et
+si vicieuses: _J'ai_ TRÈS-_faim_:--_il a_ BIEN _soif_:--_il est parti_
+TRÈS-_matin_:--_il fait_ TRÈS-_chaud_:--_j'ai_ EXTRÊMEMENT _froid_:--_il
+ne fait pas_ BIEN _froid_. Il faut dite: _J'ai une très_-GRANDE
+_faim_:--_il a une bien_ GRANDE _soif_:--_il est parti de très_-GRAND
+_matin_:--_il fait_ GRAND _chaud_:--_j'ai un_ TRÈS-GRAND _froid_:--_il
+ne fait pas un bien_ GRAND _froid_.
+
+TROIS-RIVIÈRES, (en latin _Trifluvium_) nom composé, est substantif
+masculin du nombre singulier: il est masculin parceque les noms de ville
+en général sont masculins, à moins qu'ils ne dérivent d'un féminin
+latin: et quoiqu'il porte la marque du pluriel, il est au singulier,
+parce que le nom propre n'étant qu'un nom qui distingue une chose des
+autres choses, ne peut être susceptible de l'idée accessoire de
+pluralité.
+
+_Trois-Rivières_ étant un nom propre, ne peut, d'après la règle
+générale, être accompagné de l'article _les_. Il est vrai que cette
+règle souffre quelques exceptions, comme, _Le Hâvre_, _Le Puy_, _La
+Rochelle_. Il est encore vrai que, jusqu'à ces derniers temps, on a
+toujours écrit _Trois-Rivières_ avec l'article: mais les écrivains
+récens, d'accord avec la raison, travaillent à corriger cette vieille
+erreur indiquée d'ailleurs suffisamment par le terme latin _Trifluvium_.
+
+Des observations qui précèdent il résulte que l'on doit dire, _Je vais_
+À _Trois-Rivières_:--_il demeure_ À _Trois-Rivières_:--_Trois-Rivières_
+EST BÂTI _sur le fleuve St. Laurent_, et non pas, _je vais_ AUX
+_Trois-Rivières_:--_il demeure_ AUX _Trois-Rivières_:--LES
+_Trois-Rivières_ SONT BÂTIES _sur le fleuve St. Laurent_.
+
+_Trois-Pistoles_, _Trois-Saumons_, noms de paroisses, suivent la même
+règle.
+
+
+UN. Lévisac pense que le mot _un_ devant une voyelle, doit être prononcé
+comme _une_, et que l'on doit dire _une-imbécile_,--_une hérétique_.
+D'autres grammairiens veulent que l'on prononce _un-nimbécile_,
+--_un-nhérétique_.
+
+UN DE. Au lieu de _un de_, il faut employer _l'un de_, quand _un_ est
+précédé d'un substantif ou d'un pronom, et suivi d'un nombre précis:
+_Ducis l'un_ DES _quarante de l'Académie_.
+
+Mais on dira avec _un de_,--_Henri IV est_ UN DES _meilleurs princes,
+qui aient régné sur la France_,--UN DES _quarante de l'Académie est de
+mon avis_; parce que dans la première phrase, _un_ précédé par le
+substantif _Henri_, n'est pas suivi d'un nombre: et que dans le second,
+_un_ suivi par le nombre _quarante_, n'est pas précédé par un substantif
+ou un pronom.
+
+UNIQUE veut aprês lui le subjonctif: _c'est l'unique service que vous_
+PUISSIEZ _me rendre_.
+
+
+VACANCES au pluriel, se dit des études publiques: _vacations_ au
+pluriel, de la cessation des séances des gens de justice.
+
+VAINCRE. _Je vaincs_, _tu vaincs_, _il vainc_, _nous vainquons_, _vous
+vainquez_, _ils vainquent_, _je vainquais_, _je vainquis_, _je
+vaincrai_, _je vaincrais_, _vaincs_, _vainquons_, _vainquez_, _que je
+vainque_, _que je vainquisse_, _vaincant_, _vaincu_, _vaincue_.
+
+Le présent de l'indicatif n'est guère usité au singulier, non plus que
+_vaincs_, seconde personne du singulier de l'impératif.
+
+VALOIR. _Je vaux_, _nous valons_, _ils valent_, _je valais_, _je valus_,
+_je vaudrai_, _je vaudrais_: pas d'impératif, _que je vaille_, _que nous
+valions_, _que je valusse_, _valant_, _valu_, _value_.
+
+Le participe _valu_ s'accorde seulement lorsque le verbe _valoir_
+signifie _procurer_, _rapporter_, et que le régime direct précède le
+participe: _que d'éloges ne lui a pas_ VALUS _sa conduite noble et
+généreuse_! c.-à-d. _procurés_; le participe, comme l'on voit, s'accorde
+ici avec le régime direct _que_, qui est devant.
+
+VENIMEUX se dit des animaux: _le scorpion est un animal_ VENIMEUX:
+_vénéneux_ des végétaux; _la ciguë est une plante vénéneuse_.
+
+VÊPRES, MATINES. Dites, _aller_ À _vêpres_,--À _matines_: _réciter
+vêpres_,--_matines_: et non pas, _aller_ AUX _vêpres_,--AUX _matine_:
+_réciter_ LES _vêpres_,--LES _matines_: attendu que _vêpres_ et
+_matines_ étant pris _indéterminément_ dans ces phrases, on doit
+supprimer l'article.
+
+Mais si ces noms étaient pris _déterminément_, comme dans ces locutions,
+_aller_ AUX _vêpres de la paroisse de St. Roch_;--_réciter_ LES _matines
+de Noël_, l'on ne pourrait omettre l'article.
+
+VERBES. Quelques grammairiens modernes ont substitué aux anciens titres
+de certains verbes de nouvelles dénominations, qu'il convient
+d'indiquer. Pour _actif_ ils disent _transitif_: pour _neutre_,
+--_intransitifs_: pour _impersonnel_,--_unipersonnel_: et enfin
+_réfléchi_ est remplacé par le terme _pronominal_ ou _réciproque_.
+
+Les mêmes grammairiens disent _complément_ pour _régime_.
+
+VÊTIR. _Je vêts, tu vêts, il vêt_ (ce singulier est peu usité) _nous
+vêtons, je vêtais, je vêtis, je vêtirai, je vêtirais, vêts, vêtons,
+vêtez, que je vête, que je vêtisse, vêtant, vêtu, vêtue_.
+
+VIANDE, chair des animaux terrestres et des oiseaux dont on se nourrit.
+En ce sens on dit que l'on ne mange point de _viande_ en carême.
+
+_Viande_ se dit quelquefois de la chair des poissons: _le saumon n'est
+pas une_ VIANDE _de malade_.
+
+On appelle viandes de carême, _la morue_, _le hareng_, _le saumon_, etc.
+V. CHAIR.
+
+VIEIL. Au lieu de _vieux_, on se sert de _vieil_ devant un substantif
+qui commence par une voyelle, ou une _h_ non aspirée: cependant on est
+toujours libre d'employer le mot _vieux_.
+
+VILLES. En général les noms de _ville_ sont masculins, excepté quand ils
+dérivent d'un féminin latin. Lorsque le genre est incertain, l'on doit
+faire précéder le nom du mot _ville_.
+
+Quand on personnifie une ville, l'on en met ordinairement le nom au
+féminin: _malheureuse Tyr, dans quelles mains es-tu tombée_.
+
+VINGT ET UN. On dit _vingt et un_, _trente et un_, etc. Mais la
+conjonction est omise dans _vingt-deux_, _vingt-trois_, etc.,
+_trente-deux_, _trente-trois_, etc. Il s'en suit que les locutions
+_trente un soldats_,--_l'an mil huit cent quarante un_, sont vicieuses.
+
+L'usage veut que l'on dise, _soixante et dix_, _soixante et onze_, etc.
+
+VIS-À-VIS ne doit pas s'employer dans le sens de _envers_, _à l'égard
+de_. Ne dites donc pas, _sa conduite_ VIS-À-VIS _de ses bienfaiteurs est
+fort répréhensible_: dites, ENVERS _ses bienfaiteurs_, etc., ou, À
+L'ÉGARD _de ses bienfaiteurs_, etc.
+
+Après _vis-à-vis_, on met _de_, excepté dans le style familier;
+_vis-à-vis la rue_;--_vis-à-vis mes croisées_.
+
+VIVRE régit _de_ et non pas _du_: _je vis_ DE _bonne viande_,--DE _bonne
+soupe_,--_vivre_ DE _légumes_.
+
+VOLUME. TOME. _Volume_ est un livre relié ou broché. Tome est un volume
+qui fait partie d'un ouvrage; Le _volume_ peut contenir plusieurs
+_tomes_: et le _tome_ peut faire plusieurs volumes.
+
+Quelquefois _tome_ signifie simplement _volume_.
+
+VOUS. Lorsqu'on parle à des supérieurs, ou à des dames, les convenances
+du langage exigent que l'on se serve _quelquefois_ de la troisième
+personne au lieu de la seconde. Ainsi au lieu de, _Monsieur, voulez-vous
+me permettre?_ dites, _Monsieur voudrait-il me permettre._--_Madame,
+pourriez-vous me faire la grâce?_ dites, _Madame pourrait-elle me faire
+la grâce?_
+
+
+Y, adverbe de lieu avec l'impératif. Le pronom _moi_ se met toujours
+après l'_y_. _Envoyez-y_ MOI,--_menez-y_ MOI,--_attendez-y_-MOI,--_tu
+vas au musée_, _menes-y_ MOI,--_tu vas en voiture_, _donnes-y_ MOI _une
+place_.
+
+Les pronoms _nous_ et _les_ se mettent au contraire avant l'_y_.
+_Envoyez_-NOUS-_y_--_attendez_-NOUS-_y_,--_tu vas au musée_,
+_mène_-LES-_y_,--_tu vas en voiture_, _donne_-NOUS-_y_ _une place_.
+
+_M'y_ ne peut être placé après le verbe. Ne dites pas; _Vous allez à
+Québec_, _menez_-M'_y_: dites,..._menez-y_-MOI. Mais il se place
+très-bien devant: _Je vais à Trois-Rivières_, _voulez-vous_ M'_y_
+_accompagner_?
+
+
+Z, prend le son propre d'_s_, même avant une consonne, dans _Metz_,
+_Rodez_, _Suez_, _Alvarez_, _Cortez_, _Sènez_, _Usez_; mais il ne sonne
+pas dans _Sèez_. Les deux z dans le mot _Abruzze_ se prononcent comme
+deux _s_, _Abrusse_.
+
+ZÉPHYR, ZÉPHYRE. Le premier se dit d'un vent doux et agréable: le second
+du même vent considéré comme divinité de la fable.
+
+
+FIN
+
+
+
+
+RECUEIL
+
+DE
+
+LOCUTIONS VICIEUSES.
+
+
+À. C'est une faute grossière que de dire, _la fille_ À _Madame une
+telle_,--_le cheval_ À _Mons. un tel_. Dites, _la fille_ DE _Madame une
+telle_,--_le cheval_ DE _Mons. un tel_. _Venez_ À _bonne heure_, est
+aussi une expression vicieuse: dites, _venez_ DE _bonne heure_.
+
+ABAT _de neige_, _abat de pluie_ sont des barbarismes, de même que,
+_chute de neige_,--_chute de pluie_.
+
+ABIMER. _J'ai abîmé mon chapeau_,--_ma robe_; dites, _j'ai gâté mon
+chapeau_,--_ma robe_.
+
+ADONNER (s') est un des mots de la langue dont on fait le plus fréquent
+abus, et par fois le plus ridicule emploi. Ainsi l'on dit, _il s'est_
+ADONNÉ _à entrer chez moi, au moment où le feu a éclaté_; pour, _il est
+entré par hasard chez moi au moment_ etc.:--_il s'est_ ADONNÉ _que votre
+frère et moi nous sommes arrivés le même jour à Trois-Rivières_; pour,
+_votre frère et moi nous sommes arrivés par hasard le même jour à
+Trois-Rivières_;--_ce Monsieur s'est_ ADONNÉ _à Kingston à l'ouverture
+du Parlement_, pour, _ce Monsieur s'est trouvé par hasard à Kingston, à
+l'ouverture_ etc.
+
+Mais on dit, en parlant de chemin, _passez chez moi quand votre chemin
+s'_ADONNERA: et en termes de marine, que _le vent_ ADONNE, pour
+signifier qu'il est favorable.
+
+AMBRE, pour désigner l'allure d'un cheval, est une faute: dites
+_amble_,--_aller l'amble_.
+
+AMONT, terme de batellier, qui signifie, en remontant la rivière: _pays
+d'_AMONT,--_ce bateau arrive d'_AMONT.
+
+On voit par là combien sont répréhensibles les expressions, AMONT _le
+coteau_,--AMONT _le Cap aux Diamans_, etc.
+
+_Amont_ est opposé à _aval_. On dit, _vent d'_AVAL,--_navire venant en_
+AVAL,--_bateau amarré en_ AVAL _du pont_,--_en_ AMONT _du pont_,--_en_
+AMONT _et en_ AVAL _de la ville de Québec_.
+
+ANIMAUX. Souvent on désigne par ce mot les bestiaux et autres
+quadrupèdes domestiques: et l'on dit, _mener les_ ANIMAUX _au
+paturage_,--_soigner les_ ANIMAUX,--_ces_ ANIMAUX _sont fort gras_, etc.
+Ce langage est incorrect, parce que le terme animal est générique, et
+comprend par conséquent tous les êtres animés et sensibles de la nature.
+
+_Bestiaux_ ou BÉTAIL ne se dit guère que pour désigner les _boeufs_, les
+_vaches_, les _moutons_, les _chèvres_. Quant aux _chevaux_, aux _ânes_,
+aux _cochons_, aux _chiens_ etc., il faut les spécialiser par leurs
+noms.
+
+On dit _animaux domestiques_ par opposition aux _animaux sauvages_.
+
+ANVALER pour signifier _avaler_, n'est pas français.
+
+APRÈS. _La clef est_ APRÈS _la serrure_: dites, À _la serrure_.
+
+APPROPRIER. C'est une faute grossière de dire, APPROPRIER _une chambre_,
+_un meuble_, pour signifier, NETTOYER _une chambre_, _un meuble_.
+
+À RAISON DE signifie _à proportion_; et ne peut être par conséquent
+employé pour _à cause de_, qui a une toute autre acceptation. Au lieu
+donc de, _il a abandonné cette entreprise_ À RAISON _des obstacles qu'il
+y a rencontres_, _il faut_...À CAUSE DES _obstacles_...
+
+ARGENT n'a point de pluriel: c'est donc une faute de dire, _envoyer des_
+ARGENS _à quelqu'un_;--_placer des_ ARGENS _à intérêt_: dites, _envoyer
+de l'argent_, ou mieux _des fonds à quelqu'un_,--_placer de l'argent_,
+ou _des fonds à intérêt_.
+
+_De la_ BONNE _argent_,--_de l'argent_ BLANCHE, sont des solécismes
+révoltans.
+
+ATTELER _un cheval sur une voiture_,--_mettre les chevaux sur le
+carosse_, sont des locutions qui blessant le sens commun: dites,
+_atteler un cheval_ À _une voiture_,--_atteler les chevaux_ AU
+_carosse_.
+
+ATTENDRE. Le peuple dit _attendre_ pour _entendre_: de là les
+expressions choquantes, _j'ai_ ATTENDU _la messe_,--_cet homme
+n'_ATTEND _pas raison_, etc.
+
+AVEC. _Venez_ AVECQUE _moi_: mauvaise prononciation: dites, _venez_ AVÉ
+_moi_. Le _c_ dans ce mot ne sonne que devant une voyelle.
+
+
+BALANCE, BALANCINE pour signifier _balançoire_, ne sont pas français.
+
+_Une_ planche appuyée par le milieu, et sur les extrémités de laquelle
+des enfans placés en contre-poids, s'élèvent et s'abaissent
+alternativement, s'appelle également _bascule_ et _balançoire_.
+
+_Escarpolette_ est une balançoire, dont le siège est suspendue par des
+cordes ou par des brins de bois.
+
+Si la machine sur laquelle on se balance est construite de manière que
+le mouvement soit circulaire et horisontal, elle se nomme aussi
+_balançoire_.
+
+_Brandilloire_ est synonyme de _balançoire_.
+
+BALANCER _quelqu'un_, c'est imprimer un mouvement à la balançoire, où
+est la personne, sans y être placé soi-même.
+
+_Se balancer_, c'est aller soi-même sur la balançoire; ainsi quand deux
+ou plusieurs personnes veulent aller se balancer, elles doivent dire,
+_allons_ NOUS _balancer_, et non pas, _allons balancer_.
+
+BAND. On a francisé à tort ce mot anglais, et l'on dit, _la_ BANDE _de
+musique de tel régiment_: dites, _le_ CORPS _de musique_... ou
+simplement, _la musique de tel régiment_.
+
+BARBOT. C'est ainsi que le peuple appelle l'_escarbot_, insecte de la
+famille des coléoptères.
+
+BARRER _une porte_, c'est la fermer avec une barre. Si la porte est
+munie d'une serrure seulement, il serait ridicule de dire, BARREZ _la
+porte_.
+
+BATTURES, BORDAGES, employés pour signifier les glaces qui s'accumulent
+pendant l'hiver sur le bord des rivières, sont des barbarismes. On ne
+doit donc pas dire, _les_ BORDAGES _tiennent encore_,--_les_ BATTURES
+_sont parties_.
+
+_Embarquement_ et _débarquement_ sont encore des termes impropres,
+lorsqu'on leur fait signifier l'endroit où, en hiver, l'on passe de la
+rive sur la glace d'une rivière, et _vice versâ_.
+
+BELLE, EN BELLE. Ces mots sont employés par le peuple pour signifier
+_facilité_, _occasion favorable_, et il en résulte des locutions
+tout-à-fait ridicules; comme, _vous avez_ EN BELLE, pour, _vous avez la_
+FACILITÉ:--_si vous trouvez votre_ BELLE, pour, _si vous trouvez une_
+OCCASION FAVORABLE, etc.
+
+BERDAS, BERDASSERIE, de même que, _berdasser_, _berdasseur_,
+_berdasseuse_, sont des mots bas et révoltans.
+
+BEURRÉE est une tranche de pain recouverte de beurre. L'expression
+BEURRÉE _de confitures_ choque le bon sens: dites, TARTINE _de
+confitures_.
+
+On dit aussi, _tartine de beurre_,--_de miel_, etc.
+
+BOITE pour signifier le son, l'avoine, les légumes, etc., qu'on délaie
+avec de l'eau ou du lait pour les bestiaux, n'est pas français.
+
+BOMBARDE. Le peuple nomme ainsi, mais improprement, le petit instrument
+en métal, dont on tire du son, en le plaçant entre les dents, et en en
+frappant la languette avec le doigt. Cet instrument s'appelle _trompe_,
+et plus ordinairement _guimbarde_.
+
+BOTTE. _Tomber en botte_, en parlant d'un tonneau, d'une cuve, etc.,
+dont les douves et les cercles se séparent, est un solécisme.
+
+Les tonneliers, suivant Trévoux, disent, _tomber en javelle_.
+
+Le peuple dit aussi, mais improprement, _cet homme tombe en botte_, pour
+désigner le dépérissement rapide de sa santé, ou de sa fortune.
+
+BOUCANE, terme impropre qu'on emploie comme synonyme de _fumée_.
+
+BOUCANER signifie sécher des comestibles à la fumée, et aller à la
+chasse des boeufs sauvages: ne dites pas, _la cheminée_ BOUCANE,--_le
+poële_ BOUCANE: dites, _la cheminée fume_, etc.
+
+BOUILLIR. Le vulgaire dit abusivement _bouillir_ pour _fermenter_, comme
+dans cette phrase, _la bierre n'a pas encore_ BOUILLI, pour, _n'a pas
+encore_ FERMENTÉ.
+
+BOUQUET. Le peuple confond les termes, _bouquet_ et _fleur_: il dit,
+_semer des_ BOUQUETS; et à l'aspect des fleurs d'un parterre, _voilà de
+beaux_ BOUQUETS.
+
+_Bouquet_ n'est pas une fleur: il est un assemblage de fleurs liées
+ensemble.
+
+BOUT. _Un_ BOUT _de temps_,--_un long_ BOUT _de temps_,--_un petit_ BOUT
+_de temps_, sont des locutions basses et vulgaires.
+
+BRASSE CORPS. _Prendre à brasse corps_: populaire: dites
+_à-bras-le-corps_.
+
+BRETON. Ce nom appartenait jadis aux habitans de la Grande Bretagne: ils
+ont cessé de le porter depuis l'invasion de l'Angleterre par les Saxons:
+et par conséquent il ne peut plus être employé comme synonyme
+d'_anglais_.
+
+Les seuls habitants de la Bretagne, ci-devant province de la France,
+portent aujourd'hui le nom de _Bretons_.
+
+BRIN est une faute dans les expressions suivantes, _un petit_ BRIN _de
+pain_,--_un petit_ BRIN _de lait_,--_il n'a mangé qu'un petit_
+BRIN,--_il tombe quelques_ BRINS _de pluie_, etc.
+
+On dit cependant, _un_ BRIN _d'estime_,--_un_ BRIN _d'amitié_,--_un
+petit_ BRIN _d'espérance_.
+
+BROYER, Au lieu de _broyer_, pour signifier briser le lin, le chanvre;
+et de _broie_, l'instrument pour broyer, nos paysans disent abusivement,
+_brayer_, _braye_.
+
+BUT. Ne dites pas, _j'ai rempli mon_ BUT, mais, _j'ai atteint mon_ BUT.
+
+BUTIN est tout ce qu'on enlève à l'ennemi. Dans le langage du peuple ce
+mot signifie, _meubles_, _marchandises_, _comestibles_, toutes sortes
+d'effets en un mot: et de là une multitude innombrable de locutions
+ignobles, dont voici quelques échantillons. Un huitrier dit, _j'ai vendu
+tout mon_ BUTIN: un acheteur qui n'a pas achevé de faire ses amplettes,
+_j'ai encore du_ BUTIN _à acheter_: celui-ci, à l'aspect de beaux
+meubles s'écrie, _voilà de beau_ BUTIN: celui-là, à la vue d'un voleur
+qui enlève ses volailles, _au voleur!_ _qui emporte mon_ BUTIN: cet
+autre, en parlant d'un tailleur qui a gâté son habit, _il a gâté mon_
+BUTIN. Quel pitoyable langage!
+
+
+CADRE. On emploie abusivement ce mot pour signifier _image_, _estampe_,
+etc.: et l'on dit, _voilà un beau_ CADRE:--_quel est le prix de ce_
+CADRE? pour, _voilà une belle_ ESTAMPE:--_quel est le prix de cette_
+IMAGE?
+
+_Cadre_ n'est que la bordure de bois, de bronze, etc., dans laquelle on
+enchâsse un tableau, une estampe, etc.
+
+CAILLE pour signifier tacheté de blanc et de noir, en parlant des
+bestiaux, etc., n'est pas français.
+
+CAJEU, CAGE. En parlant de pièces de bois liées ensemble, que l'on
+transporte à flot sur une rivière, gardez-vous de dire, CAJEU, CAGE.
+_Cajeu_ n'est pas français, non plus que _cage_ dans le sens qu'on lui
+prête ici. Dites, _train_, _radeau_, _train de bois_, etc.
+
+_Drame_ employé dans le sens de _radeau_ est également un barbarisme.
+
+CALER, terme de marine, est employé improprement par le peuple pour
+signifier enfoncer dans la boue,--dans l'eau,--couler à fond.
+
+_Caler un fossé_, pour, _creuser un fossé_ est aussi une locution
+vicieuse.
+
+CANOT. Outre le canot fait d'écorce, ou d'un tronc d'arbre, une autre
+petite embarcation, destinée pour l'ordinaire, au service des vaisseaux,
+se nomme _canot_. Désigner ce canot par le mot _chaloupe_, est une faute
+grave. _Chaloupe_, que les Anglais nomment _long-boat_, est une
+embarcation plus grande que le canot, et porte quelquefois le nom de
+_grand canot_.
+
+CASSOT pour signifier un petit vaisseau d'_écorce_, ou de _bois_, n'est
+pas français.
+
+CASTALOGNE est une couverture de lit de laine très-fine, et c'est une
+faute d'employer ce mot pour désigner les petits tapis d'un travail
+grossier, dont on couvre un plancher, et c'est une autre faute de
+prononcer _ca-ta-logne_.
+
+C'EST-IL employé pour _est-ce_? est un solécisme. Évitez donc les
+expressions populaires, C'EST-IL _moi qui ai fait cela_?--C'EST-IL _lui
+qui a parlé_?--C'EST-IL _bon, cela_?
+
+CHAMPLURE pour signifier _robinet_, est un barbarisme. Dites,
+_chantepleure_.
+
+Dans quelques départemens de la France on appelle _chantepleure_ le
+robinet d'un tonneau de vin ou de cidre.
+
+CHANDELLE. Ne dites pas, TUEZ _la chandelle_,--TUEZ _le feu_: dites,
+ÉTEIGNEZ _la chandelle_,--ÉTEIGNEZ _le feu_.
+
+_Enterrer le feu_ est aussi une faute; dites, _couvrir le feu_.
+
+CHANGER. C'est une faute grossière que de dire, CHANGEZ-VOUS,--_allez_
+VOUS CHANGER: dites, _changez votre linge_,--_allez changer vos habits_.
+
+CHARGE. _La charge d'un vaisseau_ n'est pas français. Dites, _le
+chargement_ ou _la cargaison d'un vaisseau_.
+
+CHIFFON _de pain_, pour signifier un gros morceau de pain, est une
+expression vicieuse; il faut dire _guignon_, _ou bribe de pain_.
+
+CIRE, ou CIRAGE, est la composition luisante que l'on étend sur les
+chaussures en cuir. L'emploi du mot anglais _black-ball_ est
+insupportable; également on doit repousser le terme _noir à souliers_.
+
+_Frottez mes souliers_,--_mes bottes_: expressions ridicules; on doit
+dire, _cirez mes souliers_,--_mes bottes_, quand on veut les faire
+enduire de cire; et, _décrottez mes souliers_,--_mes bottes_, lorsqu'on
+en veut faire ôter la boue.
+
+CLAIRER (du verbe anglais _to clear_) n'est pas français. Ainsi ne dites
+pas, _j'ai_ CLAIRÉ _£5OO dans mon année_;--_il a_ CLAIRÉ _à la douane_:
+dites, _j'ai fait un gain net de £500 dans mon année_:--_il a eu sa
+décharge de la douane_.
+
+CLENCHE, suivant Boiste, signifie _loquet de porte_: mais _clencher_
+n'est pas français: conséquemment l'on ne doit pas dire, _on clenche à
+la porte_, etc.
+
+COEUR, CHOEUR se prononcent _keur_. Gardez-vous de dire avec le peuple,
+_qu-eur_.
+
+COFFEE. Il est du dernier ridicule d'aller chercher le mot anglais
+_coffee_, que l'on prononce comme les anglais, _kâu-fé_ tandis que nous
+avons le terme français _café_, dont l'_a_ est aigu, et que l'on doit
+par conséquent prononcer _caf-é_.
+
+COUETTE pour signifier, cheveux de la nuque noués, n'est pas français.
+
+COLLÉREUX-EUSE, dites, _colère_.
+
+COLLATION est féminin. _J'ai mangé du fruit à_ MON _collation_,--_il a
+fait un_ BON _collation_, sont des sollécismes insupportables.
+
+COLLECTER (du verbe anglais _to collect_) est un barbarisme. Il ne faut
+donc pas dire, COLLECTER _des dettes_,--_des souscriptions_; mais,
+RECUEILLIR _des dettes_, _des souscriptions_.
+
+COLLECTEUR. Ce mot se dit seulement de celui qui est chargê de percevoir
+les taxes, les impositions; mais non de celui qui recueille des
+souscriptions, des dettes, etc.
+
+CONDUITE n'est pas synonyme d'_économie_: et c'est une faute grossière
+que de dire, _cet homme a beaucoup de_ CONDUITE, pour signifier qu'il
+est fort entendu en économie.
+
+CORDEAU est une petite corde pour aligner: et c'est à tort qu'on
+l'emploie au pluriel comme synonyme des _rênes_ ou _guides_, que l'on
+attache à la bride d'un cheval attelé à une voiture.
+
+CORDON, employé pour signifier une mesure de bois de chauffage, n'est
+pas français.
+
+_Cordon d'aube_ est une faute: dites, _ceinture d'aube_.
+
+COTON employé pour designer une tige sans feuilles; un épi de blé d'Inde
+dépouillé de ses grains; la souche d'un choux; etc., est une faute
+grossière.
+
+COÛTE QUI COÛTE. Dites, _coûte_ QUE _coûte_.
+
+CRACKER. Rejettez ce mot vulgaire anglais, par lequel on désigne une
+sorte de petit biscuit dur et cassant; et dites en français _biscotin_.
+
+CRAQUÉ. _Le mur est_ CRAQUÉ,--_le verre est_ CRAQUÉ, sont des
+expressions incorrectes: dites, _le mur est fendu, ou crevassé_;--_le
+verre est fêlé_.
+
+CRI-CRI est le grillon domestique: il ne doit pas être confondu avec le
+_criquet_, habitant des champs, qui est une autre espèce de grillon.
+
+CROCHET et TAQUET sont des instrumens recourbés pour tenir quelque
+chose. On ne doit pas confondre ces mots avec _verrou_, qui est une
+fermeture de porte d'une autre forme.
+
+CROUSTILLANT-TE, ne se trouve dans aucun dictionnaire. Conséquemment
+l'on ne doit pas dite: _pâtisserie_ CROUSTILLANTE:--_comptes_
+CROUSTILLANS: mais, _pâtisserie croquante_;--_comptes croustilleux_.
+
+CUSTODE. Au lieu de _tabernacle_, le peuple dit _custode_, pour désigner
+l'ouvrage fait en forme de petit temple pour renfermer le saint ciboire.
+_Custode_ n'est qu'une couverture du ciboire.
+
+
+DALLE. L'emploi de ce mot, pour désigner le petit canal qui conduit
+l'eau à la roue d'un moulin, est une faute: AUGE est le vrai terme.
+
+DÉCESSER n'est pas français. _Il ne_ DÉCESSE _de parler_; dites, _il ne
+cesse de parler_.
+
+DÉFONCER _une porte_, est un solécisme: dites, _enfoncer une porte_.
+
+DÉGRADER, terme de marine, signifie _dégréer et abandonner un vaisseau_.
+_Navire_ DÉGRADÉ signifie aussi un _navire arrêté, ou éloigné de sa
+route par la violence des vents_.
+
+C'est contrairement aux règles de la langue que l'on emploie le mot
+_dégrader_ en parlant des voyages par terre. Ainsi l'on dit, _nous avons
+été_ DÉGRADÉS _par le mauvais temps_: pour, _nous avons été arrêtés en
+chemin par le mauvais temps_;--_j'ai_ DÉGRADÉ _mon compagnon de voyage_;
+pour, _j'ai devancé mon compagnon de voyage_, etc.
+
+DÉGRAS. _Être au dégras_, qui se dit de quelqu'un devenu infirme et
+incapable d'agir; ou de quelque chose qui est usé et hors de service,
+n'est pas français.
+
+DÉMANCHER, qui veut dire, ôter la manche à un instrument, est employé
+abusivement pour signifier démonter un instrument composé de plusieurs
+pièces, défaire un ouvrage, détruire, démettre, disloquer, etc., comme
+dans ces phrases: _cet ouvrage est mal fait, il faut le_ DÉMANCHER:--_il
+faut_ DÉMANCHER _cette lunette d'approche, pour en nettoyer les
+verres_:--_il s'est_ DÉMANCHÉ _une épaule_.
+
+Mais on dit, _cette affaire se_ DÉMANCHE, pour signifier qu'elle va mal.
+
+DEMI-ARD ou DEMIARD, dans le langage vulgaire, signifie une mesure de
+liquide, de la demi-contenance d'une chopine.
+
+_Demi-ard_ ne se trouve pas dans les dictionnaires; et par quel terme le
+remplacer?--Par celui de _demi-chopine_ ou de _demi-setier_ sans doute,
+puisque la _chopine_ et le _setier_ sont une même mesure.
+
+DEPUIS. Ne dites pas, DEPUIS _Québec jusqu'à Montréal il y a 60
+lieues_;--DEPUIS _ici jusque-là_: dites, DE _Québec à Montréal_
+etc.--D'_ici jusque-là_.
+
+DÉTEINDRE. Ne dites pas, _ce drap_ DÉTEINT, mais SE _déteint_.
+
+DIFFICILE. C'est une faute de dire, _ces livres sont_ DIFFICILES _à se
+procurer_: il faut, _il est difficile à se procurer ces livres_.
+
+DINDON est un substantif masculin qui signifie _coq-d'Inde_. _Dinde_ est
+la _poule-d'Inde_, et féminin par conséquent: _voilà_ UN BEAU
+_dinde_,--_j'ai mangé_ DU _dinde_, sont donc des solécismes: dites,
+_voilà_ UNE BELLE _dinde_:--_j'ai mangé_ DE LA _dinde_.
+
+On dit au moral, _voilà un grand dindon_ (niais) et non pas, _voilà un
+grand dinde_.
+
+
+ÉBAROUI. Terme de marine, qui se dit d'un navire dont le bordage est
+desséché par le soleil. Ce mot n'a point d'autre acception, et par
+conséquent les expressions, _ce seau est_ ÉBAROUI,--_cette cuve est_
+ÉBAROUIE, ne valent rien.
+
+ECCLESIASTIQUE. Terme qui désigne tout membre du clergé, qu'il soit ou
+non _prêtre_. C'est donc à tort que l'on applique ce mot aux seuls
+aspirans, qui n'ont pas reçu l'ordre de la prêtrise.
+
+ÉLEVEZ _les yeux au ciel_; phrase vicieuse: dites, _levez les yeux au
+ciel_.
+
+EMBARQUEMENT. DÉBARQUEMENT. ABORDAGE. Le peuple emploie ces mots pour
+signifier un lieu propre pour embarquer et débarquer. Il faut dire,
+EMBARCADÈRE.
+
+EMBARQUER, S'EMBARQUER, DÉBARQUER, pour signifier, monter en voiture,
+descendre de voiture, en parlant de voitures de terre, ne seraient que
+des expressions ridicules, si elles fussent restées dans les derniers
+rangs de la société: mais que ces locutions ignobles aient gagné nos
+salons respectables, c'est un vrai scandale. _Monsieur est_ DÉBARQUÉ _du
+carosse_,--_Madame est_ EMBARQUÉE _dans la calèche_,--_je m'_EMBARQUERAI
+_dans mon traîneau_. Quel pitoyable langage!
+
+ÉMIGRATION est l'action d'émigrer. Il est l'opposé d'IMMIGRATION, qui
+signifie l'établissement d'étrangers dans un pays.
+
+EMMANCHER, (prononcez _an-manché_, et non pas _a-manché_) signifie
+mettre un manche. On voit par là combien ce mot est employé abusivement
+dans ces phrases, _cet artiste a mal_ EMMANCHÉ _ma lunette
+d'approche_,--_l'ouvrier a_ EMMANCHÉ _le tuyau du poële_, etc.
+
+Cependant le verbe réfléchi, _s'emmancher_, s'emploie figurément pour
+signifier _s'arranger_, _s'ajuster_;--_cela ne_ S'EMMANCHE _pas ainsi_.
+
+EN QUELQUE PART, locution ridicule: _il est allé_ EN QUELQUE PART:
+retranchez EN.
+
+ENCANTER, ou, _mettre sur le_ CAN, sont des expressions barbares que
+l'on doit remplacer par l'adverbe _de champ_, qui signifie posé
+horisontalement sur le côté le plus étroit. Ainsi placer une brique _de
+champ_, c'est la placer sur la face la plus étroite: mettre des solives
+_de champ_, c'est les poser sur la partie la moins large.
+
+ENGRENER; _Laisser_ ENGRENER _le mal_, pour signifier _laisser augmenter
+la maladie_, est un solécisme.
+
+ESCOUSSE veut dire course pour mieux sauter. On confond souvent ce mot
+avec _fois_, et l'on dit, _essayez encore une_ ESCOUSSE, pour, _essayez
+encore une_ FOIS:--_à une autre_ ESCOUSSE _je serai plus heureux_, pour,
+_une autre_ FOIS _je serai plus heureux_.
+
+ÉTANCHE pour signifier qui ne coule pas, n'est pas français. _Un baril_
+ÉTANCHE,--_un navire_ ÉTANCHE, sont donc des locutions vicieuses.
+
+Ce qui suit se lit dans le Dict. de Trévoux.
+
+ «On dit d'un vaisseau qui ne prend point eau, qu'il est
+ _étanché_: on dit aussi que les soufflets d'un orgue sont bien
+ _étanchés_, lorsque le vent ne se perd pas.»
+
+EXAMEN. On prononce _examène_ et _examin_. Cette dernière prononciation
+est préférable.
+
+
+FARD. On désigne souvent par le mot _fard_ les viandes et herbes hachées
+mince pour mettre dans la volaille, etc. C'est une faute; il faut dire
+_farce_.
+
+FER. C'est abusivement qu'on nomme _marchands de fer_, ceux qui exercent
+la profession de _taillandier_ et de _ferronnier_.
+
+FIÈREMENT. C'est peu connaître la valeur de ce mot que de l'employer
+comme suit; _cet homme est_ FIÈREMENT _laid_ (très-laid); _cet enfant
+est_ FIÈREMENT _gauche_ (très-gauche), etc.
+
+FIXEMENT. Prononcez _fixce-ment_, et non pas _fix-é-ment_.
+
+FLÉAU, instrument pour battre les grains, se prononce _flé-ô_ et non pas
+_flô_.
+
+FORT est souvent, mais abusivement, employé pour village, bourg,
+bourgade: _allons au_ FORT _de Varennes_.
+
+L'existence jadis de forts bâtis par les premiers colons du pays, pour
+se mettre à l'abri des incursions des indigènes, a donné lieu à cette
+locution vicieuse.
+
+FOURRIÈRE est le lieu où l'on enferme les chevaux, le bétail saisis: on
+dit, _mettre en fourrière_, _être en fourrière_.
+
+_Enclos public_ pour signifier _fourrière_, est une faute grossière.
+
+FRAÎCHE. _Prendre la_ FRAÎCHE est un barbarisme; dites, _prendre le_
+FRAIS.
+
+FRICASSER _des coups à quelqu'un_,--_fricasser son camp_,--_je m'en
+fricasse_, sont des expressions si basses que la plume refuse presque de
+les tracer.
+
+FRICOT, terme bas et populaire, que ne profèrent jamais les personnes
+d'éducation.
+
+FRINGALE, mot vulgaire employé pour signifier faim pressante, n'est pas
+dans les dictionnaires.
+
+
+GAUSSER, pour signifier couper menu du bois, ou autre chose, comme font
+les enfans pour s'amuser, n'est pas français.
+
+GENRE de certains substantifs. Les erreurs populaires relativement au
+genre de certains substantifs, doivent être évitées avec une attention,
+toute particulière. Quoi de plus révoltant que les expressions,
+_l'angelus est_-ELLE SONNÉE?--UNE _appétit_ DÉVORANTE:--CETTE _ouvrage
+est très_-BELLE: _on donne de_ FORTES _gages à ce domestique_, etc.
+
+GERMAGE: barbarisme, dont nos paysans se servent pour exprimer l'état
+des grains qui, après avoir été sciés et mis en javelle, ont germé sur
+le sillon.
+
+GINGUER, ÊTRE EN GINGUE: expressions barbares pour signifier faire des
+gambades, en parlant des quadrupèdes, et même des personnes.
+
+GOUTTIÈRE est un canal pour les eaux de pluie des toits: c'est à tort
+que l'on emploie comme synonymes de _gouttière_ les termes _dalle_ et
+_dallot_, qui signifient, le premier, _canal de pompe_, ou, _tablettes
+de pierres dures_, _dont on revêt les trottoirs_, _les terrasses_, etc.:
+le second, _canal pour l'écoulement des eaux d'un navire_.
+
+Le mot _gouttière_ est, à son tour, employé improprement employé pour
+signifier, _petite fente_ ou _trou_ dans un toit, une voûte, etc., par
+lequel les eaux suintent.
+
+GRAINS _de pluie_, faute grossière: dites, _gouttes de pluie_.
+
+GRÉER, que le peuple prononce _grayer_, signifie _équipper un vaisseau_.
+Les locutions suivantes prouvent jusqu'à quel point le vulgaire abuse du
+mot _gréer_. _C'est un homme bien_ GRAYÉ _en chevaux_:--_je me_ GRAYE
+_pour aller à la chasse_,--_vous n'êtes pas_ GRAYÉ _pour loger tant de
+monde_, etc.
+
+GROCERY. Rejettez ce mot anglais, et dites _épicerie_. D'ailleurs la
+prononciation du mot _grocery_ donne lieu à une équivoque, en ce que
+l'on croit entendre le mot français _grosserie_, qui signifie commerce
+en gros, ou gros ouvrages de taillandiers.
+
+Groseille d'après le Dict. de l'Acad. est une espèce de _petit
+fruit..qui vient par grappes. Il y a groseille rouge et blanche._
+
+_Groseille à maquerau ou groseille verte_, d'après la même autorité, est
+un _fruit vert ou rougeâtre, plus gros que les groseilles ordinaires,
+qui vient sur un arbrisseau épineux_.
+
+Ces descriptions de la groseille s'accordent avec celles des
+naturalistes.
+
+Quant au mot _gadelle_, par lequel nous désignons d'ordinaire la
+groseille à grappes, il ne se trouve ni dans le Dict. de l'Acad. ni dans
+celui de l'Hist. Nat. de Valmont-Bomare. Boiste dit que _gadelle_ est
+une espèce de _groseille_: et on lit dans le Dict. d'Hist. Nat. par une
+société de savans, que _gadelle est le nom que portent les groseilles
+dans la ci-devant province du Perche_ en France.
+
+De ces observations il résulte, que c'est une erreur de nommer
+_gadelle_, le fruit à grappes, dont il est question.
+
+GUELLARD prononcez _gheu-lar_ et non pas, _gu-el-lar_. Celle dernière
+prononciation est vicieuse, et elle doit être evitée également dans les
+mots suivants.
+
+ Gueule, _prononcez_ gheule.
+ Gueulée, ---- gheu-lé.
+ Gueuler, ---- gheu-lé.
+ Gueules, ---- gheule.
+ Gueulette, ---- gheu-lette.
+ Gueusaille, ---- gheu-saille.
+ Gueusailler, ---- gheu-sail-lé.
+ Gueusant, ---- gheu-san.
+ Gueuse, ---- gheuse.
+ Gueuser, ---- gheusé.
+ Gueuserie, ---- gheu-se-ri.
+ Gueux, ---- gheu.
+ Dégueuler, ---- dé-gheu-lé.
+
+
+HONTEUX. L'_h_ de ce mot est aspiré. Qu'il est pénible d'entendre dire
+_cè-tonteux_,--_il è-tonteux_, pour, _c'est-honteux_,--_il est-honteux_!
+
+
+ICI. Ne dites pas, _ces jours-ici_,--_ces livres-ici_: ce sont des
+fautes: il faut dire, _ces jours-ci_,--_ces livres-ci_, etc.
+
+IL N'A QU'À _pleuvoir_; _Paul n'a qu'à tomber_; solécismes; dites, _s'il
+vient à pleuvoir_,--_si Paul vient à tomber_, ou, _s'il pleut_,--_si
+Paul tombe_.
+
+ILS employé pour ELLES, est un solécisme révoltant. Quel pitoyable
+langage que celui qui suit! _Où sont ces Demoiselles? ont-_ILS _oublié
+l'invitation à dîner chez notre tante?--non, Monsieur,_ ILS _ne l'ont
+pas oublié;_ ILS _sont au jardin, et vous y attendent._
+
+Les mêmes remarques s'appliquent à _eux_ et à _eux-autres_, qu'on
+emploie fréquemment pour _elles_.
+
+IMPERTINENCE. _Donner des impertinences à quelqu'un_, est une locution
+barbare.
+
+INFLAMMATION. Gardez-vous de prononcer avec le peuple AN-_flâ-mâ-tion_:
+dites, _in-flamme-mace-i-on_.
+
+INGÉNIEUR. C'est une erreur de désigner par ce terme celui qui dirige
+les machines d'un moulin à vapeur; d'un bateau-à-vapeur, etc.:
+_machiniste_ est le mot propre.
+
+INVECTIVER _quelqu'un_, n'est pas français: il faut dire, _invectiver
+contre quelqu'un_.
+
+
+JOLIMENT. On fait quelquefois un étrange abus de ce mot; comme quand on
+dit, _cet homme est_ JOLIMENT _laid_:--_il fait_ JOLIMENT _froid_.
+
+
+LARD. _Lard salé_, _lard frais_, _manger du lard_; expressions barbares;
+dites, _porc salé_, _porc frais_, _manger du porc_.
+
+_Lard_ est la graisse ferme qui est entre le cuir et la chair du porc,
+de la baleine, etc.
+
+_Porchet_ pour _jeune porc_ n'est pas français.
+
+LARGUER. On emploie souvent, mais abusivement, ce terme de marine, pour
+signifier, lâcher prise, laisser aller, détendre, etc.
+
+LENDEMAIN. _Du jour au lendemain_ est une locution incorrecte: dites
+d'un jour à l'autre: ou, de la veille au lendemain.
+
+LETTRE MOULÉE est une lettre imprimée: c'est aussi une écriture à la
+main qui imite l'imprimé. Dans ce dernier sens on dit, _écriture en_
+LETTRES MOULÉES:--_écrire un compliment en_ LETTRES MOULÉES: et non pas
+_écriture_ IMPRIMÉE:--IMPRIMER _un compliment_.
+
+LOCUTIONS LATINES. Les locutions latines, _exempli gratiâ_--_verbi
+gratiâ_,--_id est_,--_anno Domini_,--_ante meridiem_,--_post
+meridiem_,--_junior_, _senior_, etc. n'ayant pas été incorporées à la
+langue, doivent être rejettées.
+
+LONGUE-VUE employé pour signifier _lunette d'approche_, ou _lunette à
+longue vue_, est un solécisme.
+
+LORSQUE. Faites sonner l'_s_ de ce mot: mais garder-vous de faire
+entendre trois syllabes en prononçant _lor-se-que_.
+
+
+MACONNE n'est pas un substantif. C'est une erreur très-commune
+d'employer ce moi pour _maçonnage_, qui est le travail du maçon: et pour
+_maçonnerie_, qui est l'ouvrage achevé.
+
+MAL. _J'ai mal à_ MA _jambe_,..._à_ MON _bras_: dites, _j'ai mal à_ LA
+_jambe_,...AU _bras_.
+
+MAL COMPLAISANT. Dites, PEU _complaisant_. Les locutions _mal appris_,
+_mal éduqué_ sont incorrectes; il faut dire _mal élevé_.
+
+MANCHONNIER. Dites, _foureur_, car _manchonnier_ ne se trouve pas dans
+les dictionnaires.
+
+MARBRE. _Bille_ est le nom de la petite boule de marbre, qui sert de
+jouet aux enfans. Il faut donc dire, _jouer aux_ BILLES, et non pas,
+_jouer aux_ MARBRES.
+
+MARIER (se). On ne se marie pas AVEC quelqu'un, mais À quelqu'un.
+
+La locution, _Mons. N. a marié Mlle N._ pour signifier _a épousé Mlle
+N._, est révoltante.
+
+MÉGARD. Le vrai mot, est _mégarde_: ainsi ne dites pas, _j'ai fait cela
+par_ MÉGARD, mais..._par_ MÉGARDE.
+
+MEILLEUR. _Au_ MEILLEUR _de mon jugement_,--_au_ MEILLEUR _de ma
+connaissance_,--_Monsieur vous offre ses_ MEILLEURS _complimens_,
+--_Madame vous présente ses_ MEILLEURS _respects_, sont des anglicismes
+que la langue française repousse.
+
+MENOIRES, TRAVAIL, pour désigner les deux pièces de bois d'un traîneau,
+entre lesquelles le cheval est attelé, sont des barbarismes. Dites
+_limonière_.
+
+_Limon_ est l'une des branches de la _limonière_, et ne doit pas être
+confondu _avec timon_, qui est la longue pièce d'un chariot ou d'un
+carrosse, des deux côtés de laquelle on attelle les chevaux.
+
+MENTHE se prononce _mante_. Gardez-vous de dire avec le vulgaire, _une
+décoction de_ MINTHE,--_je bois de la_ MINTHE,--_la_ MINTHE _est un
+fébrifuge_, etc. Cette prononciation est insupportable.
+
+MER n'est pas synonyme de _vague_. Ne dites pas, _il fut emporté par
+une_ MER: dites, _il fut emporté par une lame_, _par une vague_, ou _par
+un coup de mer_.
+
+MIDI, MINUIT n'ont point de pluriel. _Je sors tous les_ MIDIS;--_je
+m'éveille tous les_ MINUITS, sont donc des locutions incorrectes: dites,
+_je sors tous les jours à_ MIDI:--_je m'éveille toujours à_ MINUIT.
+
+MITOUCHE (sainte). Dites, _sainte_ NITOUCHE,--_faire la sainte_
+NITOUCHE.
+
+MOINDREMENT ne se trouve dans aucun dictionnaire.
+
+MOUILLER. _Il_ MOUILLE,--_il va_ MOUILLER, pour, _il pleut_,--_il va
+pleuvoir_, sont des fautes grossières.
+
+MOYENNANT QUE n'est pas français: dites, _pourvu que_.
+
+
+NAVIRE. C'est une erreur de désigner par ce mot les seuls vaisseaux à
+trois mâts. _Navire_ signifie en général, _bâtiment de mer_: et l'on
+dit, _un navire à trois mâts_,--_à deux mâts_.
+
+NEIGE. _Chute de neige_,--_abat de neige_,--_bordée de neige_, sont des
+solécismes; aussi bien que ces autres expressions, en parlant de neige:
+_il poudre_,--_il fait une grosse poudrerie_, etc.
+
+
+ORDRE. _J'ai_ ORDRE _de vous notifier_; dites, _j'ai_ REÇU _ordre_,....
+
+ORGE est féminin, excepté dans ces mots, _orge mondé_,--_orge perlé_.
+
+_Orge mondaine_ est une faute grossière.
+
+OUBLIE est une sorte de pâtisserie, et c'est une faute d'employer ce mot
+pour signifier _pain à cacheter_.
+
+OUSSE _qu'il est?_ expression barbare: dites, _où est-il?_
+
+OUVREZ. Quand on frappe à votre porte, dites, _entrez_, et non pas
+_ouvrez_.
+
+
+PAGAIE est le terme propre pour désigner la rame dont les Indiens se
+servent pour faire aller leurs pirogues et canots d'écorce. _Aviron_
+pris dans ce sens est une faute, parce que _aviron_ est une sorte de
+rame de batelier.
+
+PAGAYEUR, celui qui tire à la pagaie.
+
+PAGÉE de clôture. Le mot _pagée_ n'est pas français.
+
+PAIRE _de vache_, faute grossière: dites, _Pis de vache_, PIS _de
+brebis_, PIS _de truie_.
+
+Considéré comme bon à manger, _pis_ prend le nom de _tétine_. _Manger
+d'une tétine_.
+
+PARAPET. On désigne souvent par ce mot le chemin élevé, pratiqué le long
+des rues, des ponts, etc., pour les gens à pied. C'est une faute:
+_trottoir_ est le terme propre.
+
+PARCE QUE, conjonction, se prononce en deux syllabes, et non en trois.
+
+PARFAIT. _Il chante au_ PARFAIT,--_cela va au_ PARFAIT.--Dites, _il
+chante parfaitement_,--_cela va parfaitement_.
+
+PAR RAPPORT QUE, employé pour _parce que_, ou _par la raison que_, est
+une locution vicieuse. Il ne faut donc pas dire: _je ne puis encore
+répondre à votre question_ PAR RAPPORT QUE _je n'ai pas eu le temps de
+l'examiner à fond_:--dites.._parce que_, ou, _par la raison que je n'ai
+pas eu le temps_, etc.
+
+PAS MAL est une expression incorrecte, lorsqu'elle est employée pour
+signifier une certaine abondance, une quantité ou un nombre passable,
+comme dans ces locutions: _il pleut_ PAS MAL,--_il y avait_ PAS MAL _de
+monde à l'assemblée_:--_il reste_ PAS MAL _de vin dans cette
+caraffe_,--_son discours a été_ PAS MAL _long_.
+
+_Pas guère_ est un barbarisme.
+
+PASSÉ, contraction ridicule des mots _pas_ et _assez_. _Je n'ai_ PASSÉ,
+(pas assez) _d'argent pour faire cette emplette_.
+
+PELLETER, qu'on emploie pour signifier, jetter quelque chose avec une
+pelle, n'est pas français. On doit donc éviter les expressions: PELLETER
+_la neige_,--PELLERER _la terre_, etc. Mais on dit, _pellée_, _pellerée_
+ou _pelletée de neige_,--_de terre_, etc.
+
+PELOTE. _Jeu de_ PELOTE;--_jouer à la_ PELOTE, sont des expressions
+vicieuses: dites: _jeu de_ PAUME,--_jouer à la_ PAUME.
+
+C'est avec une _balle_, et non avec une _pelote_, qu'on joue à la paume.
+
+Mais on dit, _se battre à coups de pelotes de neige_..._de boules de
+neige_.
+
+Le verbe neutre _peloter_, signifie, jouer à la paume, sans faire de
+partie réglée.
+
+PICOTE, PICOTE-VOLANTE, sont des barbarismes. Il faut, VARIOLE,
+VARICELLE: ou PETITE-VÉROLE, PETITE-VÉROLE VOLANTE.
+
+Mais on dit, _picoté_ pour signifier _marqué de petite vérole_.
+
+PIEDS. _Il a ses souliers_ DANS _ses pieds_;--_il a ses bas_ DANS _ses
+jambes_: dites, _il a ses souliers_ AUX _pieds_..._ses bas_ AUX
+_jambes_.
+
+PLANCHE. La table peinte en noir pour écrire, tracer des figures, etc.,
+dans les écoles, se nomme TABLEAU et non pas PLANCHE.
+
+PLANCON. On désigne ainsi une longue et forte pièce de bois écarrie:
+c'est une faute: _plançon_ est une branche de saule, ou d'un autre
+arbre, qui vient de bouture.
+
+POCHETÉE. _Une_ POCHETÉE _de blé_:--_une_ POCHETÉE _de sel_, sont des
+barbarismes: dites,--_une_ POCHE ou _un_ SAC _de blé_:--_une_ POCHE ou
+_un_ SAC _de sel_.
+
+POIGNÉE. C'est à tort que l'on emploie ce mot pour désigner les _anses_
+qui servent à porter un coffre, une casette, une malle. _Portant_ est le
+mot propre.
+
+_Poignée de serrure_ est aussi une faute: dites, _bouton de serrure_.
+
+On dit cependant _poignée d'une épée_.
+
+POIS CHICHE est une sorte de gros pois. Le peuple dit _pois_ CHIQUES: et
+il emploie cette expression pour désigner de mauvais pois.
+
+PORTANT, participe du verbe _porter_, ne doit pas être employé comme
+adjectif verbal. Il ne faut donc pas dire, _je suis bien_
+PORTANT,--_elle est bien_ PORTANTE: mais, _je me porte bien_,--_elle se
+porte bien_.
+
+PRENDRE _du froid_,--_un rhume_, sont des anglicismes que l'on doit
+éviter: il faut dire, _attraper_ ou _gagner du froid_, _un rhume_, _la
+fièvre_, _une maladie_.
+
+PRÊT. Au lieu de _prêt_ et _prête_, le peuple emploie souvent les mots
+_paré_ et _parée_. Delà des expressions pitoyables, telles
+que,--_êtes-vous_ PARÉ _à commencer_?--_cette Dame est-elle_ PARÉE _à
+partir_? etc.
+
+PROMETTRE. _Je vous_ PROMETS _qu'il est arrivé_; expression vicieuse,
+qui doit être remplacée par, _je vous_ ASSURE _qu'il est arrivé_.
+
+PROMOUVOIR (qui n'est guère employé qu'à l'infinitif et aux temps
+composés) signifie _avancer à quelque dignité_: il se dit
+principalement d'un ordre, d'une dignité ecclésiastique. PROMOUVOIR _les
+intérêts de quelqu'un_;--PROMOUVOIR _la prospérité du pays_; etc., sont
+donc des barbarismes.
+
+
+QUASIMENT: dites, _quasi_, _presque_.
+
+QU'EST-CE QUE T'AS?--T'AS _mal agi_;--QU'EST-CE _qui appelle_? sont des
+expressions barbares.
+
+QUEUE. Prononcez, _keu_ et non pas _qu-eu_:--_la queue de votre
+robe_;--_Pacha à trois queues_: dites, _la_ KEU _de votre robe_:--_Pacha
+à trois_ KEU.
+
+
+RAIDE n'est jamais substantif. Il faut donc éviter l'expression
+vulgaire, _avoir son_ RAIDE _à_, comme dans cette phrase, _il a eu tout
+son_ RAIDE _à soulever ce fardeau_.
+
+RAISONS. Ne dites pas, _avoir des_ RAISONS avec quelqu'un: mais, _avoir
+dispute_, ou _querelle avec quelqu'un_.
+
+RAMANCHER, RAMANCHEUR, mots barbares, dont l'emploi est fréquent. Ou dit
+RAMANCHER pour _remboîter_:--RAMANCHEUR pour _rebouteur_:--RAMANCHER
+_une affaire_ pour, _raccommoder une affaire_: RAMANCHER _un
+instrument_, pour, _remettre un manche à un instrument_, etc.
+
+RANCUNEUX, EUSE, n'est pas français: dites, _rancunier_, _ère_.
+
+RASE, pour signifier _radoire_ ou _racloire_ n'est pas français.
+
+RASER _le grain_, pour signifier, passer la racloire par dessus la
+mesure de grain, est une double faute de langage; d'abord parceque
+_raser_ est employé ici improprement pour _rader_ ou _racler_; et
+ensuite parce qu'on ne racle pas le grain, mais bien la mesure du grain.
+Il faut donc pour parler correctement, dire, _rader_ ou _racler la
+mesure du grain_, _du sel_, etc.
+
+Quelques grammairiens emploient les mots _rader_ et _radoire_ seulement
+pour la mesure du sel, et _racler_ et _racloire_ pour celle des grains.
+
+On dit, _acheter_ et _vendre à mesure rase_.
+
+RÉFÉRENCE est un mot anglais, qu'on emploie abusivement pour _renvoi_,
+en parlant, d'un signe, qui dans un livre renvoie à un pareil signe hors
+du texte.
+
+C'est également une faute grave d'employer le verbe actif _référer_,
+dans le sens de _renvoyer à une autorité_, etc.
+
+REFROIDIR. FROIDIR, FROID. Évitez de prononcer _refraidir_, _fraidir_,
+_fraid_; aussi bien que de dire, _il fait frette_, pour, _il fait froa_.
+
+REMERCIER POUR. ÊTRE OBLIGÉ POUR. _Je vous_ REMERCIERAI POUR _du
+pain_:--_je vous serai_ OBLIGÉ POUR _de l'eau_, sont des anglicismes qui
+doivent être bannis de la bonne société: dites, _je vous prie de me
+passer le pain_,..._de me donner l'eau_.
+
+RÉSOLU. C'est une faute de dire qu'un homme est RÉSOLU, pour signifier
+qu'il est _gros_, _robuste_, etc.
+
+RESTER, pour signifier, faire sa demeure, n'est pas français. Ainsi au
+lieu de, _où_ RESTEZ-_vous_? dites, _où_ DEMEUREZ-_vous_?
+
+Ne dites pas, _ce cheval est_ RESTÉ; mais, _ce cheval est_ RENDU.
+
+REVOLIN, terme de marine, est l'action du vent qui réfléchit d'une voile
+à l'autre. Le vulgaire emploie improprement ce mot pour RESSAC, qui est
+le retour des vagues vers le large, après qu'elles ont frappé violemment
+un obstacle.
+
+RIEN. Ce mot est employé abusivement dans plusieurs locutions. Ainsi
+l'on dit, _un morceau de_ RIEN, pour _un très-petit morceau_:--_une
+maison de_ RIEN, pour _une maison de très-peu de valeur_, etc.
+
+RONDIN est bien un gros bâton; mais il signifie aussi un morceau de bois
+de chauffage qui est rond. Ainsi une grosse buche ronde est un _rondin_.
+C'est donc une erreur de n'employer ce mot que pour désigner le menu
+bois rond de chauffage.
+
+RUETTE, pour _petite rue_, n'est pas français: dites, _ruelle_.
+
+
+SALOPER, pour _salir_, ne se trouve pas dans les dictionnaires.
+
+SALOPERIE. Le peuple donne souvent à ce mot des significations qui lui
+sont étrangères, comme dans ces phrases: _il s'est vendu beaucoup de_
+SALOPERIES _à cet encan_, pour _il s'est vendu beaucoup d'_EFFETS DE PEU
+DE VALEUR _à cet encan_:--_je ne lui dois plus qu'une_ SALOPERIE, pour,
+_je ne lui dois plus qu'une_ TRÈS-MODIQUE SOMME D'ARGENT, etc.
+
+SAINT-CAJETAN. Il n'y a point de saint de ce nom. Écrivez, SAINT-GAÉTAN.
+
+SARABANDE. _Donner la sarabande à quelqu'un_, pour signifier,
+_gourmander quelqu'un_, est une locution vicieuse.
+
+SAUVAGESSE ne se trouve dans aucun dictionnaire. Dites avec l'Académie,
+_un sauvage_; _une sauvage_.
+
+SAVOIR. _On fait à savoir_, est une locution ridicule. Retranchez l'_à_:
+ou mieux, retranchez cet absurde préambule, et énoncez simplement
+l'objet de la publication.
+
+SOBRIQUETS. Évitez ces phrases vulgaires et incorrectes; _donner des
+noms_; _appeler des noms_, et dites, _donner des sobriquets_,--_donner
+des surnoms_.
+
+SOLEIL. _Il fait_ SOLEIL, est une locution vicieuse. Il faut dire, _il
+fait_ DU _soleil_, comme on dit, _il fait_ DE LA _pluie_; DU _vent_; DE
+LA _neige_.
+
+SOLIDITÉ. Quoiqu'on dise, _un homme solide_, on ne dit pas, _la_
+SOLIDITÉ _d'un homme_: mais bien la _solidité_ de son esprit,--de son
+caractère,--de ses principes.
+
+SOMME. Cette phrase, _dormir un somme_, pèche contre la grammaire, parce
+que _dormir_, verbe neutre, n'a point de régime: dites, _faire un_
+SOMME.
+
+SORTIR. Ne dites pas, SORTEZ _cet homme de la maison_:--SORTEZ _ce
+cheval de l'écurie_: dites, _faites sortir cet homme_,...._faites sortir
+ce cheval_,....
+
+STEAM-BOAT. Ce mot dur et étranger, qui ne se trouve guère que dans le
+Dict. de Boiste, est devenu tellement à la mode chez nous, qu'il semble
+qu'on ait oublié que nous avons en français son équivalent,
+_bateau-à-vapeur_,--_navire-à-vapeur_,--_bâtiment-à-vapeur_. Si le
+néologisme est un mal nuisible à une langue, l'emploi de mots purement
+étrangers, hors une nécessité urgente, est un abus intolérable.
+
+SUD. Prononcez _sude_, et non pas _çu_.
+
+SUI, POURSUI, mots employés abusivement pour les participes passés
+SUIVI, POURSUIVI.
+
+SUPPORTER, dans le sens _d'aider_, _d'appuyer de son influence_, comme
+dans cette phrase, _je_ SUPPORTERAI _mon ami N aux prochaines
+élections_, est un anglicisme que l'on doit repousser.
+
+SUR. Ne dites pas, _les cheveux me dressèrent_ SUR _la tête_: _mais_, À
+_la tête_.
+
+
+TASSER se dit des choses, et non des personnes. L'expression, _nous
+sommes_ TASSÉS _ici_, est donc incorrecte. Il faut dire, _nous sommes_
+TRÈS-PRESSÉS _ici_; ou mieux, _nous sommes_ ENTASSÉS _ici_.
+
+TIRER signifie quelquefois faire le portrait de quelqu'un: TIRER _un
+homme au naturel_:--_il s'est fait_ TIRER _par un excellent
+peintre_:--_on l'a_ TIRÉ _en cire_.
+
+Mais, TIRER _un portrait_:--_faire_ TIRER _son portrait_, sont des
+locutions absurdes.
+
+TOURTIÈRE. Le peuple dit, TOURTIÈRE _à la viande_:--TOURTIÈRE _aux
+pommes_, au lieu de, TOURTE _à la viande_:--TOURTE _aux pommes_.
+_Tourtière_ est l'ustensile qui sert à faire cuire des _tourtes_.
+
+TOURTRE (qu'on écrit et qu'on prononce abusivement _tourte_) est un
+terme de cuisine qui signifie, _tourterelle bonne à manger_. C'est donc
+une erreur grave que de désigner par ce mot le _pigeon sauvage_, ou le
+_pigeon de passage_, qui nous visite régulièrement chaque été, et que
+les naturalistes nomment _palumbus migratorius_.
+
+TRAIN. _Être en_ TRAIN, pour signifier, _être ivre_, ou _être à
+demi-ivre_, est un solécisme. _Être mal en train_, est également une
+expression incorrecte.
+
+TRAÎNERIES, qu'on emploie pour signifier les effets déplacés, écartés
+et épars, n'est pas français.
+
+Mais le verbe _traîner_ est usité en ce sens, et l'on dit, _les livres_
+TRAÎNENT, etc.
+
+TRAMONTADE. Dites _tramontane_, _perdre la tramontane_.
+
+TRANSVIDER n'est pas français: _transvaser_ l'est.
+
+TROT. Gardez-vous de dire avec le peuple, _trotte_,--_aller le trotte_:
+prononcez _trô_,--_aller le trô_.
+
+
+USURIER-RE pour signifier une personne qui use beaucoup ses habits,
+n'est pas français.
+
+
+VALEUR. _C'est de valeur_, pour signifier, _c'est malheureux_, _c'est
+fâcheux_, est un non-sens ridicule.
+
+VIZ. Abréviation ridicule du mot latin _videlicet_, dont les anglais se
+servent pour signifier _c'est à savoir_. Ce mot n'est point français.
+
+VOIX de Centaure est une faute grave: dites, _voix de Stentor_, et
+prononcez _Stan-tor_.
+
+VOYAGE _de bois_,--_de pierre_,--_de foin_ sont des barbarismes. Il faut
+dire _charge_, _charretée_, ou _voie de bois_,--_de pierre_,--_de foin_.
+
+On appelle _voie d'eau_ les deux seaux d'eau que porte un homme.
+
+Quelquefois le terme _voyage_ est employé pour signifier les allées et
+venus, que l'on fait pour transporter des faix, comme dans cette phrase,
+_ce chartier a fait trente_ VOYAGES _pour transporter cette pierre_. Il
+faut se garder de conclurre de là que l'on puisse dire; _voilà trente_
+VOYAGES _de pierre que ce chartier a transportés_: dites, _voilà trente
+voies de pierre_....
+
+
+
+
+PRONONCIATION FIGURÉE.
+
+DE PLUSIEURS MOTS
+
+QUI PEUVENT EMBARRASSER
+
+LES JEUNES ÉLÈVES.
+
+
+ Abbaye, _prononcez_, a-bé-i.
+ Abruzze, ---- ab-russe.
+ Abject, ---- ab-jecte.
+ Agnat, ---- agh-na.
+ Aiguade, ---- é-gade.
+ Aiguail, _mouillez l'l_, é-gail.
+ Aiguayer, ---- é-ghé-i-er.
+ Aiguière, ---- é-ghi-ère.
+ Aiguiérée, ---- é-ghi-é-ré.
+ Aiguillade, _mouil. les ll_, é-gu-i-llade.
+ Aiguillon, _mouillez les ll_, é-gu-i-llon.
+ Aiguillonner, _mouil. les ll_, é-gu-i-llo-né.
+ Aiguiser, ---- é-gu-i-sé.
+ Aix, ---- aisse.
+ Aix-La-Chapelle ---- aisse-La-Chapelle.
+ Aoriste, ---- ô-rîste.
+ Août, ---- ou.
+ Appendice, ---- ap-pin-dice.
+ Arc-boutant, ---- ar-boutan.
+ Arcs-boutans ---- ar-boutan.
+ Arc-bouter, ---- ar-bouter.
+ Arc-doubleau, ---- ar-dou-blô,
+ Arcs-doubleaux, ---- ar-dou-blô.
+ Archéologie, ---- ar-ké-o-logie.
+ Archéologue, ---- ar-ké-o-logue.
+ Archétype, ---- ar-ké-type.
+ Aspect, ---- as-pek.
+ Aucun, ---- ô-kun.
+ Aucune, ---- ô-kune.
+ Auxerre, ---- ô-cère.
+ Auxerrois, ---- ô-cé-ro-a.
+ Avril, ---- _mouillez l'l_.
+
+ Babil, ---- _mouillez l'l_.
+ Balai, ---- ba-lè.
+ Bastonnade, ---- basse-ton-nade.
+ Beset, ---- be-zè.
+ Boeufs, ---- beu.
+ Bourg, ---- bour.
+ Bruxelles, ---- bru-celle.
+
+ Cadix, ---- ca-dice.
+ Cep, ---- cè ou cèpe,
+ Cataplasme, ---- ca-ta-plasse-me.
+ Cerf, ---- cer.
+ Ceylan, ---- cé-y-lan.
+ Cheptel, ---- ché-tel.
+ Chiromancie, ---- ki-ro-man-cie.
+ Cil, ---- _mouillez l'l_.
+ Circonspect, ---- cir-con-spek.
+ Cognation, ---- kogh-na-tion.
+ Consanguin, ---- con-san-ghin.
+ Consanguinité, ---- con-san-gu-i-ni-té.
+ ou, con-san-ghi-ni-té.
+ Curaçao, ---- cura-çô.
+ Coquin, ---- ko-kin.
+ Czar, ---- kzar.
+ Czarine, ---- kza-rine.
+ Czarowitz, ---- kza-ro-vitz.
+
+ Distinct, ---- dis-tink.
+ District, ---- dis-trik.
+
+ Éden, ---- e-denne.
+ Emmancher, ---- an-man-ché.
+ Enchiridion, ---- an-ki-ridion.
+ Enorgueillir, _mouil. les ll_, a-nor-gheu-llir.
+ Ennoblir, ---- an-no-blir.
+ Équarrir, ---- é-ka-rir.
+ Équarrissage, ---- é-ka-ris-sage.
+ Équarrissement, ---- é-ka-rissement.
+ Équarrisseur, ---- é-ka-risseur.
+ Équarrissoir, ---- é-ka-ris-so-ar.
+ Équateur, ---- é-kou-a-teur.
+ Équatorial, ---- é-kou-a-torial.
+ Équestre, ---- é-ku-ès-tre.
+ Équiangle, ---- é-ku-i-angle.
+ Équidifférent, ---- é-ku-i-différent.
+ Équidistant, ---- é-ku-i-distant.
+ Équilatéral, ---- é-ku-i-latéral.
+ Équilatère, ---- é-ku-i-latère.
+ Équilboquet, ---- é-kil-boquet.
+ Équimultiple, ---- é-ku-multiple.
+ Équipollence, ---- é-ki-pollance.
+ Équiponderance, ---- é-ku-i-pondérance.
+ Équitation, ---- é-ku-i-tation.
+ Est (_Orient_), ---- este.
+
+ Faon, ---- fan.
+ Fat, ---- fatte.
+ Faubourg, ---- fau-bour.
+ Fenil, ---- _mouillez l'l_.
+ Gentilhomme, _mouillez l'l_, gen-ti-l-ome.
+ Gentilshommes, ---- gen-ti-zome.
+ Geolage, ---- jo-lage.
+ Geole, ---- jole.
+ Geolier, ---- jo-li-er.
+ Georges, ---- jorge.
+ Gisent, (_ils_) ---- gisse.
+ Gluten, ---- glu-tenne.
+
+ Hennir, ---- han-nir.
+ Hymen, ---- hy-menne.
+ ou, hy-min.
+
+ Igné, ---- igh-né.
+ Impregnation, ---- in-pregh-nation.
+ Impregner, ---- _mouillez le gn_.
+ Incognito, ---- _mouillez le gn_.
+ Indemniser, ---- in-deme-niser.
+ ou, in-dame-niser.
+ Inexpugnable, ---- in-ex-pugh-nable.
+ Inextinguible, ---- in-ex-tin-gu-i-ble.
+ Ingrédient, ---- ingrédi-an.
+
+ Juillet, _mouillez les ll_, jui-llé.
+
+ Lacs, (_pièges_), ---- là.
+ Laon, ---- lan.
+ Lingual, ---- lin-gou-al.
+
+ Madrid, ---- ma-dri.
+ Maïs, (_blé d'inde_), ---- ma-ice.
+ Malesherbe, ---- mal-zerbe.
+ Mamluk, ---- mame-louk.
+ Mérinos, ---- méri-noce.
+ Mezzo-termine, ---- med-zo-termine.
+ Mezzo-tinto, ---- med-zo-tinto.
+ Michel-Ange, ---- mi-kel-ange.
+ Munich, ---- mu-nik.
+ Mil, (_grain_), ---- _mouillez l'l_.
+
+ Nerf, (_au sing._) ---- nerffe.
+ Nerfs, (_au plur._) ---- ner.
+ Nord-Est, ---- nor-deste.
+ Nord-Ouest, ---- nor-dou-este.
+ Norwege, ---- nor-vège.
+
+ Orang-Outan, ---- oran-gou-tan.
+ Orchestre, ---- or-kes-tre.
+ Os, ---- ô.
+ Ouest, ---- ou-este.
+ Ours, ---- ource.
+
+ Paon, ---- pan.
+ Péril, ---- _mouillez l'l._
+ Porc, ---- por.
+ Pouding, ---- pou-dingue.
+ Prétérit, ---- prété-ri.
+ ou, prété-ritte.
+ Progné, ---- progh-né.
+ Punch, ---- ponche.
+
+ Quadrat, ---- ka-dra.
+ Quadrille, ---- kou-a-drille.
+ Quaker, ou
+ Quacre, ---- kou-a-cre.
+ Quasimodo, ---- ka-si-modo.
+ Quartz, ---- kou-art-ce.
+ Quartzeux, ---- kou-art-zeux.
+ Quaternaire, ---- kou-a-ternaire.
+ Quaterne, ---- kou-a-terne.
+ Quaterné, ---- kou-a-terné.
+ Quatriennal, ---- ka-triennal.
+ Quercy, ---- ker-ci.
+ Quérimonie, ---- ku-é-ri-monie.
+ Questeur, ---- ku-es-teur.
+ Questure, ---- ku-es-ture.
+ Quidam, ---- ki-dan.
+ Quidane, ---- ki-danne.
+ Quiétisme, ---- ki-é-tisme.
+ Quinconce, ---- kin-conce.
+ Quinquennal, ---- ku-in-ku-ennal.
+ Quintuple, ---- ku-in-tuple.
+
+ Radoub, ---- ra-doube.
+ Rédempteur, ---- ré-damp-teur.
+ Regnard, (_le poëte_) ---- re-nard.
+ Regnaud, ---- re-nô.
+ Regnicole, ---- regh-ni-cole.
+ Respect, ---- res-pè,
+ ou, respek.
+ Roide, ---- raide.
+ Roideur, ---- rai-deur,
+ ou, roa-deur.
+ Rhrumb, ---- rombe.
+
+ Saône, ---- sône.
+ Sens, (_ville_,) ---- sance.
+ Serf, ---- serffe.
+ Séquelle, ---- sé-kelle.
+ Séquestrer, ---- sé-kes-tré.
+ Signet, ---- si-nè.
+ Sloop, ---- sloupe.
+ Solemnel, ---- so-la-nel.
+ Stagnation, ---- stagh-na-tion.
+ Stentor, ---- stan-tor.
+ Strasbourg, ---- stras-bour.
+ Sud, ---- sude.
+ Suspect, ---- sus-pecte.
+
+ Tandis que, ---- tan-di que.
+ Taon, ---- ton.
+ Transir, ---- tran-cir.
+ Trot, ---- trô.
+
+ Valens, (_empereur_), ---- va-linze.
+ Vermicelle, ---- ver-mite-chelle.
+ Violoncelle, ---- vi-o-lonte-chelle.
+
+ Wahabis, ---- oua-a-bice.
+ Wallon, ---- val-lon.
+ Walse, ---- valse.
+ Walser, ---- val-sé.
+ Westphalie, ---- vesse-fa-li.
+ Whig, ---- ou-ighe.
+ Whisky, ---- ou-is-ki.
+ Wilna, ---- vil-na.
+ Wolga, ---- vol-ga.
+ Wolverenne, ---- vol-ver-enne.
+ Wurtemberg, ---- vur-tin-berg.
+
+ Yacht, ---- i-aque.
+
+
+
+
+MOTS
+
+BARBARES ET DÉNATURÉS,
+
+USITÉS CHEZ LE PEUPLE,
+
+AVEC LE CORRIGÉ.
+
+
+ À l'étouffée, _dites_, à l'étuvée.
+ Abryer, ---- couvrir.
+ Ambiber, ---- imbiber.
+ Anflâmâtion, ---- inflammation.
+ Apertement, ---- évidemment.
+ Arêche, ---- arête.
+ Arridelles, ---- ridelles.
+ Arsena, ---- arsenal.
+ Aujord'hui, ---- aujourd'hui.
+
+ Bagoulard, ---- bavard.
+ Bagouler, ---- bavarder.
+ Balier, ---- balayer.
+ Baliures, ---- balayures.
+ Belsamine, ---- balsamine.
+ Bère, ---- berçeau.
+ Blague, ---- blaque.
+ Boulvari, ---- bourvari.
+ Brouillasse, (_il_,) ---- bruine, (_il_).
+ Brousquailier, ---- brusquer.
+
+ Cabrouet, ---- cabriolet.
+ Causette, ---- causeri.
+ Cahottement, ---- cahotage.
+ Calimaçon, ---- limaçon.
+ Calonier, ---- canonier.
+ Canneçon, ---- caleçon.
+ Castonade, ---- cassonade.
+ Chevreu, ---- chevreuil.
+ Cité de temps, ---- beaucoup de temps.
+ Clairté, ---- clarté.
+ Coléreux, ---- colère.
+ Colidor, ---- corridor.
+ Conté, ---- en même temps que.
+ Copérer, ---- coopérer.
+ Corporance, ---- corpulence.
+ Cranque, ---- crampe.
+ Crasserie, ---- ladrerie.
+
+ Désabiyer, ---- découvrir.
+ Désole, ---- désolation.
+ Désoublier, ---- oublier.
+
+ Ébourifflé ---- ébouriffé.
+ Écharpe, ---- écharde.
+ Écoeurer, ---- faire soulever le coeur.
+ Écopeau, ---- copeau.
+ Écosse _de légume_, ---- cosse.
+ Écroc, ---- accroc.
+ Écureu, ---- écureuil.
+ Embrouillamini, ---- brouillamini.
+ Égrandir, ---- agrandir.
+ Émouvé ---- ému.
+ Émouver ---- émouvoir.
+ Envlimer, ---- envenimer.
+ Épatienter, ---- impatienter.
+ Éplan, ---- éperlan.
+ Errhes, ---- arrhes.
+ Escloppé, ---- écloppé.
+ Espadron, ---- espadon.
+ Esquilancie, ---- esquinancie.
+ Estatue, ---- statue.
+
+ Falbana, ---- falbala.
+ Fani, ---- fenil.
+ Fil d'arréchal, ---- fil d'archal.
+ Fil d'alton, ---- fil de laiton.
+
+ Ganif, ---- canif.
+ Gigier, ---- gésier.
+ Gonce, ---- gauche.
+ Goule, ---- gueule.
+ Gouleron, ---- goulot.
+ Gouailler, ---- railler.
+
+ Les celles, ---- celles.
+ Les ceux, ---- ceux.
+ Luméro, ---- numéro.
+
+ Mais que, ---- dès que.
+ Matéraux, ---- matériaux.
+ Mauvaiseté, ---- méchanceté.
+ Merlesse, ---- merle.
+
+ Naveau, ---- navet.
+
+ Ostiner, ---- obstiner.
+
+ Pacan, ---- paysan.
+ Pacanner, ----
+ Pain enchanté, ---- pain à cacheter.
+ Pans d'oreilles, ---- pendans d'oreilles.
+ Passé, ---- pas assez.
+ Picotte, ---- petite-vérole.
+ Picotte volante, ---- varicelle ou petite-vérole volante.
+ Pimbina, ---- pémina.
+ Plumat, ---- plumeau.
+ Pogne, ---- poignet.
+ Poigner, ---- empoigner.
+ Pommes calvilles, ---- pommes calvines.
+ Porichinelle, ---- polichinelle.
+ Poumonique, ---- pulmonique.
+ Pousailler, ---- pousser.
+
+ Quasiment, ---- quasi.
+ Quek chose, ---- quelque chose.
+
+ Raboudinage,
+ Rabondiner,
+ Rachever, ---- achever.
+ Racoin, ---- recoin.
+ Radouer, ---- radouber.
+ Regoulade,
+ Rancuneux, ---- rancunier.
+ Raplisser, ---- rapetisser.
+ Respir, ---- respiration.
+ Ressaurer, ---- sécher.
+ Routi, ---- rôti.
+ Routir, ---- rôtir.
+
+ Salop, ---- malpropre.
+ Sapinage,
+ Savater, ---- saveter.
+ Secoupe, ---- seucoupe.
+ Siau, ---- seau. (_ço._)
+ Solitude, ---- solidité.
+ Sorcilège, ---- sortilège.
+ Soubriquet, ---- sobriquet.
+ Soupoudrer, ---- saupoudrer.
+ Surir, ---- s'aigrir.
+
+ Tairir, ---- tarir.
+ Tapé de monde, ---- beaucoup de monde.
+ Tétière, ---- téière.
+ Tralé de monde, ---- beaucoup de monde.
+ Trémue, ---- trémie.
+ Tricoller, ---- chancelier.
+ Turbenthine, ---- térébenthine.
+
+
+
+
+ERRATA
+
+
+Page. Ligne.
+
+8,--7, Biffez les mots suivans; _quand il est suivi des mots y-en_:
+_vas-y voir_: _vas en chercher_. _On dit va-t-en_;--et à leur place
+écrivez;--quand il est suivi du pronom relatif _y_: _vas y_. Mais si
+après l'_y_ il suit un _verbe_, l'Académie veut que l'on supprime l'_s_.
+_Va y mettre ordre._
+
+Page. Ligne.
+
+128,--6, Biffez tous les mots depuis _très ne peut_ jusqu'à _très grand
+matin_, et à leur place écrivez:
+
+L'adverbe modifie un verbe, un adjectif et un autre adverbe, mais jamais
+un substantif. On doit donc éviter les locutions suivantes si communes
+et si vicieuses: _J'ai_ TRÈS-_faim_:--_il a_ BIEN _soif_:--_il est
+parti_ TRÈS-_matin_:--_il fait_ TRÈS-_chaud_:--_j'ai_ EXTRÊMEMENT
+_froid_:--_il ne fait pas_ BIEN _froid_. Il faut dite: _J'ai une
+très_-GRANDE _faim_:--_il a une bien_ GRANDE _soif_:--_il est parti de
+très_-GRAND _matin_:--_il fait_ GRAND _chaud_:--_j'ai un_ TRÈS-GRAND
+_froid_:--_il ne fait pas un bien_ GRAND _froid_.
+
+
+
+
+
+
+End of the Project Gutenberg EBook of Manuel des difficultés de la langue
+française adapé au jeune âge et suivi d'un Recueil de locutions vicieuses, by Thomas Maguire
+
+*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK MANUEL DES DIFFICULTÉS DE LA ***
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+
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+concept of a library of electronic works that could be freely shared
+with anyone. For thirty years, he produced and distributed Project
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