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| author | Roger Frank <rfrank@pglaf.org> | 2025-10-14 20:11:27 -0700 |
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diff --git a/38913-8.txt b/38913-8.txt new file mode 100644 index 0000000..22c9889 --- /dev/null +++ b/38913-8.txt @@ -0,0 +1,5683 @@ +The Project Gutenberg EBook of Manuel des difficultés de la langue +française adapé au jeune âge et suivi d'un Recueil de locutions vicieuses, by Thomas Maguire + +This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with +almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or +re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included +with this eBook or online at www.gutenberg.org + + +Title: Manuel des difficultés de la langue française adapé au jeune âge et suivi d'un Recueil de locutions vicieuses + +Author: Thomas Maguire + +Release Date: February 17, 2012 [EBook #38913] + +Language: French + +Character set encoding: ISO-8859-1 + +*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK MANUEL DES DIFFICULTÉS DE LA *** + + + + +Produced by Gill Martin, Jean-Adrien Brothier, Hugo Voisard, +the proofers at Distributed Proofreaders International and +the Online Distributed Proofreading Canada Team at +http://www.pgdpcanada.net (This book was created from +images provided by Bibliothèque et Archives nationales du +Québec (http://www.banq.qc.ca/).) + + + + + + + + + +Notes de transcription: Pour une plus grande cohérence de l'ouvrage, les +majuscules ont été accentuées. De plus les errata incorporés entre +l'avertissement et la première page ainsi qu'entre les pages 128 et 129 +ont été corrigés dans le texte et repportés à la fin de l'ouvrage. Les +primo (1º), secundo (2º) etc. qui figuraient sous la forme 1o, 2o... ont +été transformés par souci de lisibilité en 1º, 2º... Le nom de l'auteur +a été ajouté dans la première page de présentation. + +Dans cette version texte les expressions qui étaient en italiques ont été +entourées de tirets bas. + + + + + MANUEL + DES + DIFFICULTÉS LES PLUS COMMUNES + DE LA + LANGUE FRANÇAISE, + ADAPTÉ + AU JEUNE ÂGE, + + ET SUIVI D'UN + + RECUEIL + DE + LOCUTIONS VICIEUSES. + + PAR THOMAS MAGUIRE + + QUÉBEC: +IMPRIMÉ ET PUBLIÉ PAR FRÉCHETTE & Cie, + Nº. 13, RUE LAMONTAGNE, + BASSE-VILLE. + + 1841. + + + + +_AVERTISSEMENT._ + + +Le besoin d'un _Manuel Lexique_ des difficultés de la langue française, +se fait vivement sentir dans nos écoles de grammaire; et l'on a à +regretter que le commerce ne nous fournisse pas les ouvrages de ce +genre, qui se multiplient, depuis quelques années, sur l'ancien +continent. C'est pour remedier en partie à ce défaut, que le présent +travail, _né de circonstances purement fortuites_, a été préparé pour la +presse: et en l'offrant au jeune âge, l'Auteur n'a garde de se présenter +sous d'autre titre, que celui d'_humble compilateur_; titre qui doit lui +demeurer entier, malgré quelques articles de sa création, devenus +indispensables pour signaler des erreurs de langage particulières au +Canada. + +Les grammaires mises à contribution, pour la confection de ce petit +livre, sont celles de Duvivier, de Chambaud, de Lequien, de Lhomond, de +Letellier, de Galland, de Noël et Chapsal, etc. Les sources pures et +abondantes des Dictionnaires de l'Académie, de Trévoux, de Boiste, de +Rolland, de Gatel, de Noël et Chapsal, etc., ont été exploitées dans le +même but: et il est essentiel d'ajouter, que les articles puisés dans +ces riches trésors de la langue française sont reproduits textuellement, +autant que les circonstances et le cadre étroit de l'ouvrage l'ont +permis. + +Ayant exposé les difficultés les plus communes de la langue, il était +naturel de fournir un tableau des expressions incorrectes et dénaturées, +qui en altèrent la beauté et les règles: voilà ce qui a donné lieu au +_Recueil de Locutions Vicieuses_, placé à la suite du _Manuel_. + +L'Auteur ne s'est point fait illusion sur la difficulté de sa tâche: il +n'ignore pas qu'il ouvre un champ large à la critique. Heureux! si son +livre attire l'attention de quelque Aristarque consciencieux, qui daigne +en signaler les erreurs, au profit de la portion chérie de la société à +laquelle il est destiné! + +Du reste, si l'Auteur a aplani au jeune âge quelques-unes des aspérités +dont la langue est hérissée, son but est atteint, son voeu accompli. + +Québec, Octobre, 1841. + + + + +MANUEL + +DES + +DIFFICULTÉS LES PLUS COMMUNES + +DE LA + +LANGUE FRANÇAISE. + + +ABSOUDRE. _J'absous_, _tu absous_, _il absout_, _nous absolvons_, _vous +absolvez_, _ils absolvent_. _J'absolvais_; point de prétérit défini. +_J'ai absous_, _j'absoudrai_, _j'absoudrais_, _absous_, _absolvons_, +_absolvez_, _que j'absolve;_ point d'imparfait du subj. _Absolvant_, +_absous_, _absoute_. + +_Dissoudre_ se conjugue de même. + +ACADÉMICIEN est un membre d'une compagnie de savans: _académiste_, celui +qui étudie les armes, l'équitation dans une académie. + +ACCENT CIRCONFLEXE. On l'emploie pour les voyelles longues, et on le +met,--1º. sur _a_ long, _lâche_, _tâche_, _château_.--2º. sur l'avant +dernier _e_ des mots en eme: _même_, _blême_; excepté cependant les +adjectifs numéraux ordinaux, comme _deuxième_, _troisième_, etc.--3º. +sur l'_i_ des verbes en _aitre_ et _oitre_, comme _paraître, accroître_; +dans tous les temps où _i_ est suivi de _t_; _il naît_, _il paraîtra_, +_nous accroîtrons_.--4º. sur l'_o_ qui précède les finales _le_, _me_, +_ne_: _pôle_, _rôle_, _dôme_, _zône_.--5º. sur _le nôtre_, _le vôtre_, +mais non sur _notre_, _votre_.--6º. on l'emploie encore à la première et +seconde personne plurielle du prétérit défini: _nous aimâmes_, _vous +aimâtes_, _nous reçûmes_, _vous reçûtes_.--7º. à la troisième personne +singulière de l'imparfait du subjonctif: _qu'il fût_, _qu'il eût_, +_qu'il aimât_.--8º. on le pose aussi sur les adjectifs _sûr_, (pour +signifier certain) _mûr_, etc., parce qu'on écrivait autrefois _seur_, +_meur_, et enfin sur _dû_, participe du verbe devoir, pour le distinguer +de l'article _du_. Toutefois ce participe ne prend l'accent circonflexe, +ni au pluriel masculin, ni au féminin, tant singulier que pluriel, parce +qu'alors il ne peut être confondu avec l'article _du_. Enfin on le met +sur _tû_, participe du verbe _taire_, pour le distinguer du pronom _tu_, +et sur _crû_, participe de _croître_, pour le distinguer de _cru_, +participe de croire. + +ACCORD du verbe avec ses sujets. Quand plusieurs substantifs ou pronoms +composent les sujets, le verbe s'accorde avec le dernier substantif ou +pronom; + +1º. lorsque les mots formant les sujets sont synonymes: _son courage_, +_son intrépidité_ ÉTONNE _les plus braves_. Il est essentiel que les +substantifs synonymes ne soient jamais unis par la conjonction _et_. + +2º. lorsque les mots formant les sujets renferment une expression qui +réunit en elle tous les mots qui précèdent, comme _chacun_, _tout_, +_rien_, _personne_. _Paroles et regards_, TOUT EST _charmes en +vous_:--_le temps, les biens, la vie_, RIEN _ne nous_ <sc>appartient</sc>. + +3º. lorsque l'esprit s'arrête sur le dernier substantif, parce qu'il est +d'un tel intérêt, qu'il fait oublier les autres:--_ce sacrifice, votre +intérêt, votre honneur_, DIEU _vous le_ COMMANDE:--_mon repos, mon_ +BONHEUR SEMBLAIT _être affermi_. + +Lorsqu'un verbe a deux sujets de la troisième personne unis par la +conjonction _ou_, on peut faire accorder le verbe avec les deux sujets, +ou avec le dernier, et dire également bien--_Pierre_ ou _Paul le_ FERA, +ou, _le_ FERONT. Cependant l'accord avec le dernier sujet parait +préférable. + +Cette règle s'applique à _l'un l'autre_, lorsqu'ils sont unis par la +conjonction _ou_:--_l'un ou l'autre vous_ ÉCRIRA, ou _vous_ ÉCRIRONT. + +Cependant si les mots unis par _ou_ sont de différentes personnes, +l'usage demande que le verbe se mette au pluriel, et qu'il s'accorde +avec la personne qui a la priorité:--_c'est toi ou moi qui_ AVONS _fait +cela_,--_c'est toi ou lui qui_ AVEZ _dit cela_:--_lui ou moi nous_ +SERONS _peut-être assez heureux_, _etc._ + +Dans les phrases où deux substantifs, ou bien deux pronoms sont liés par +une des conjonctions, _de même que_, _aussi bien que_, _comme_, _non +plus que_, _plutôt que_, _avec_, _ainsi que_, et autres semblables, +c'est avec le premier substantif que l'accord a lieu: _la vertu_, _de +même que le savoir_, _A son prix_. _C'est sa fille_, _plutôt que son +fils_, _qu'il_ A DÉSHÉRITÉE. + +Après _l'un et l'autre_ faut-il mettre le verbe au singulier, ou au +pluriel? + +L'Académie, Vaugelas, Marmontel, &c., sont d'avis que l'on peut se +servir indifféremment du singulier ou du pluriel: mais presque tous les +grammairiens, suivant Duvivier, se sont prononcés pour le pluriel. + +Si _l'un et l'autre_ était placé après le verbe, le pluriel serait de +rigueur. _Ils_ VOULAIENT _l'un et l'autre se promener_. + +Si les sujets sont exprimés par _ni l'un ni l'autre_, ou sont liés par +_ni_ répété, le verbe doit-il être mis au singulier ou au pluriel? + +Duvivier répond qu'on est libre de se décider en faveur du singulier ou +du pluriel, puisque l'Académie et les meilleurs auteurs ont fait usage +indifféremment du singulier et du pluriel. + +Il ajoute cependant qu'il se range à l'opinion de Wailly et de Marmontel +qui veulent que quand les deux sujets concourent à l'action, l'on donne +au verbe la forme plurielle, parce qu'il y a pluralité dans l'idée, et +que l'on dise, _ni l'un ni l'autre n'_ONT FAIT _leur devoir_:--_Ni la +douceur ni la force ne_ PEUVENT _rien_. + +Mais si l'un des deux sujets seulement fait, ou reçoit l'action, parce +qu'alors il y a unité dans la pensée, les mêmes grammairiens veulent que +l'on mette le verbe au singulier, et que l'on dise, _ni l'un ni l'autre +n'_EST _mon père_:--_Ce ne sera ni Mr. le Duc, ni Mr. le Comte qui_ SERA +NOMMÉ _ambassadeur d'Espagne_. + +Lorsque le verbe qui suit _ni_ répété, est au pluriel, on doit le faire +accorder avec la personne qui a la priorité. _Ni vous ni moi ne_ SOMMES +_coupables_.--_Ni vous ni lui n'_AVEZ FAIT _cela_. + +Doit-on après _un_, _une_ joint à _de_, _des_ se servir du singulier ou +du pluriel, et dire, _c'est une des plus belles actions qu'il ait +jamais_ FAIT: ou, _c'est une des plus belles actions qu'il ait jamais_ +FAITES? + +La phrase dont il s'agit est elliptique: c'est comme s'il y avait, +_c'est une action des plus belles actions qu'il ait jamais faites_. Pour +résoudre la difficulté, il faut examiner si le pronom relatif _que_ a +pour antécédent le substantif en ellipse, ou le substantif pluriel placé +après la préposition _des_. Dans le premier cas on emploie le singulier, +et dans le second le pluriel. Or dans la phrase citée ci-dessus, il est +évident que le relatif _que_ se rapporte au substantif placé après la +préposition; car il s'agit _d'actions faites_, et non pas _d'une action +faite_. Le participe doit donc être mis au pluriel. + +D'après ces principes il faudra dire au singulier, _c'est un de nos +meilleurs grammairiens qui_ A FAIT _cette faute_: et au pluriel; _votre +ami est un des hommes qui_ PÉRIRENT _dans la sédition_. + +ACCORD d'un adjectif qui suit plusieurs substantifs. + +Quand un adjectif suit plusieurs substantifs régimes, soit régimes d'un +verbe, soit régimes d'une proposition, et que cet adjectif ne se +prononce pas au masculin comme au féminin, au singulier comme au +pluriel, il ne s'accorde qu'avec le dernier des substantifs: mais il est +sous-entendu après les précédens. _Ce soupçon..excita des plaintes, et +un mécontentement_ GÉNÉRAL.--_C'est donc en vain qu'on met la véritable +gloire dans l'honneur et la probité_ MONDAINE. + +Mais un adjectif, placé après des substantifs régimes, se met au +pluriel, si cet accord ne change pas la prononciation de +l'adjectif.--_Il sacrifie son repos et sa liberté pour la liberté et la +félicité_ PUBLIQUES. + +ACQUÉRIR. _J'acquiers_, _tu acquiers_, _il acquiert_, _nous acquérons_, +_vous acquérez_, _ils acquièrent_, _j'acquérais_, _j'acquis_, +_j'acquerrai_, _j'acquerrais_, _acquiers_, _acquérons_, _acquérez_, _que +j'acquière_, _que nous acquérions_, _que j'acquisse_, _acquérant_, +_acquis_, _acquise_. + +Conjuguez de même _conquérir_, _reconquérir_, _requérir_, _s'enquérir_. + +ADJECTIFS ABSOLUS, (les) _Parfait_, _universel_, _immortel_, _mortel_, +_éternel_, _essentiel_, _divin_, _suprême_, _extrême_, _excellent_, ne +peuvent être précédés de mots qui expriment le plus ou le moins, par +cela même qu'ils sont _absolus_, et rejettent toute comparaison. On ne +peut dire, _plus_ ou _moins éternel,--mortel_, &c. + +ADJECTIF NUMÉRAL. Quelquefois l'adjectif de nombre cardinal remplace +celui de nombre ordinal. _Il est_ SIX _heures_;--_l'an_ MIL HUIT +CENT:--_le_ CINQ _Mars_,--GUILLAUME QUATRE. + +AIDER quelqu'un, c'est l'assister de sa bourse, de ses conseils:--_aider +à quelqu'un_, c'est partager sa fatigue, sa peine:--_aider à quelque +chose_, c'est y contribuer. + +AÏEUL est le père du père ou de la mère. Au pluriel on dit _aïeuls_, +quand on veut désigner préscisément le grand-père paternel et le +grand-père maternel. Hors delà on dit _aïeux_, pour signifier tous ceux +de qui l'on descend, et qui ont devancé nos _aïeuls_. + +AIGLE, _oiseau_, est masculin. AIGLE, _drapeau_, est féminin. _Les +Aigles Romaines_. AIGLE, _constellation_, est féminin. + +AIGUILLON. Il y a quelques mots, comme, _aiguillon_, _aiguille_, +_aiguiser_, _arguer_, _inextinguible_, et les noms propres _d'Aiguillon, +le Guide, de Guise_, dans lesquels l'_u_ se fait entendre, et que l'on +prononce, _é-gu-i-glion_,--_é-gu-i-lle_,--_é-gu-i-zé_,--_ar-gu-é_, +--_inextin-gu-i-ble_,--_d'É-gu-i-glion_,--_le Gu-i-de_,--_de Gu-i-se_. + +AIR. On dit, _cette femme_ a l'air BON, et non pas BONNE, parce que +_bon_ se rapporte à l'_air_. Mais on dit, _cette pomme a l'air_ CUITE, +et non pas CUIT, parce que l'adjectif ne peut être dit ici du substantif +_air_. + +ALLER. On ne dit plus _je vas_, mais, _je vais_. L'impératif _va_ prend +une _s_ euphonique quand il est suivi du pronom relatif _y_: _vas y_. +Mais si après l'_y_ il suit un _verbe_, l'Académie veut que l'on +supprime l'_s_. _Va y mettre ordre._ + +AMOUR au singulier est masculin: au pluriel féminin, excepté quand il +désigne les petits génies de la mythologie. _Ces_ PETITS _amours sont +bien_ GROUPÉS. + +À NEUF, DE NEUF. _Refaire un bâtiment_ À NEUF:--_remettre un tableau_ À +NEUF, c'est les restaurer, les réparer. + +_Se faire habiller_ DE NEUF, c'est se faire faire des habits neufs. + +ANCÊTRES. _Nos ancêtres: nos aïeux: nos pères._ Le siècle de nos _pères_ +a touché au nôtre: nos _aïeux_ les ont devancés: nos ancêtres sont les +plus reculés de nous. + +ANIMAUX. Leurs parties principales. + +On dit le _pied_ d'un cheval, d'un boeuf, d'un cerf, d'un mouton, d'une +vache, et des autres animaux chez lesquels cette partie est de _corne_. + +On dit la _patte_ d'un chien, d'un chat, d'un lièvre, d'un loup, d'un +ours, d'un rat, et des autres animaux chez lesquels cette partie n'est +pas de _corne_. + +On dit les _ongles_ d'un lion, les _griffes_ d'un chat, d'un tigre, les +_serres_ d'un aigle, d'un épervier. + +On dit la _bouche_ d'un cheval, d'un boeuf, d'un âne, et en général en +parlant des bêtes de somme. + +On se sert du mot _gueule_ en parlant des poissons, des reptiles, et de +la plupart des quadrupèdes. On dit la _gueule_ d'une carpe d'une truite, +d'un brochet, d'un serpent, d'un lion, d'un tigre, d'un chien, d'un +loup, d'un chat, &c. + +On fait usage du mot _bec_ pour les volatiles. + +Quand on parle de cette partie qui comprend la _gueule_ et le _nez_, on +dit le _groin_ d'un cochon, le _muffle_ d'un cerf, d'un boeuf, d'un lion, +d'un léopard, d'un tigre: le _museau_ d'un chien, d'un renard, &c. + +On donne le nom de _défenses_ ou _broches_ de sanglier aux deux grosses +dents crochues et effilées qui sortent de sa gueule. + +On appelle _bois de cerf_ ou _tête de cerf_, le grand bois que cet +animal porte sur le devant de sa tête, et qui tombe tous les ans au +printemps. + +Enfin on dit la _hure_ d'un sanglier, d'un ours, d'un saumon, d'un +brochet, pour la tête, lorsqu'elle est coupée. + +ANIMAUX, leurs cris. L'abeille bourdonne, l'âne brait, le boeuf mugit ou +beugle, la brebis bêle, le renard nasille, le cerf bramme, le chat +miaule, le cheval hennit, (prononcez hanit) le chien aboie ou jappe, le +cochon grogne, le corbeau croasse, la grenouille coasse, le lion rugit, +le loup hurle, le serpent siffle, l'aigle et la grue glapissent ou +trompettent, les petits chiens et les renards glapissent, les pigeons +roucoulent, la perdrix cacabe, le moineau chuchète ou pépie, le paon +braille ou criaille, le dindon glougloute, le poulet piaule, la poule +glousse, le grillon grésillonne, l'oie siffle, le rossignol gringotte, +&c. + +APPELER. _J'appelle, tu appelles, il appelle, nous appelons, vous +appelez, ils appellent, j'appelais, j'appelai, j'appellerai, +j'appellerais, appelle, appelons, appelez, que j'appelle, que nous +appelions, que j'appelasse, appelant, appelé, appelée_. + +Ce verbe comme tous ceux qui sont terminés par _eler_, doublent la +lettre _l_, quand après cette lettre on entend un _e_ muet; c.-à-d. +lorsque la lettre _l_ est suivie de _e_, _es_, _ent_. _J'appelle_,--_tu +chancelles_,--_ils étincellent._ + +Cette règle est applicable aussi aux verbes dont l'infinitif est en +_eter_. V. JETER. + +APPLAUDIR. Comme on fait usage de ce verbe tantôt à l'actif, tantôt au +neutre, il est indifférent de dire, _applaudir_ AUX _acteurs_, ou +_applaudir_ LES _acteurs_: _on_ LUI _a applaudi_, ou, _on_ L'_a +applaudi_. + +Le participe passé de _s'applaudir_ s'accorde toujours. _Ils se sont_ +APPLAUDIS _de leur conduite_. + +ARC-EN-CIEL. Au pluriel on écrit, _arcs-en-ciel_; mais on prononce, +comme au singulier, _ar-kan-ciel_. + +ARTICLE. On répète l'article et les adjectifs déterminatifs, _mon_, +_ma_, _mes_, _ton_, _ta_, _tes_, _ce_, _cette_, _un_, etc. + +1º. devant chaque substantif, _les officiers et_ LES _soldats_;--_son +frère et_ SA _mère_. + +2º. devant deux adjectifs unis par _et_, lorsqu'ils ne qualifient pas le +même substantif: _les anciens et_ LES _nouveaux soldats_,--_vos grands +et_ VOS _petits appartemens_. Mais on dirait, _les anciens et braves +soldats_;--_vos grands et beaux appartemens_, attendu que les mêmes +soldats sont _anciens et braves_, et les mêmes appartemens _grands et +beaux_. + +Il n'est pas toujours aisé de connaître d'une manière précise les cas où +l'on doit faire usage de l'article, et ceux où l'on ne doit pas s'en +servir. Voici un principe général qui sera d'un grand secours pour les +distinguer. + +On doit employer l'article avant tous les noms communs pris +_déterminément_, mais non avant ceux qu'on prend _indéterminément_. + +Un nom est pris _déterminément_ lorsqu'il est employé pour désigner tout +un genre, toute une espèce, ou enfin un individu. LA _jeunesse est +imprévoyante_. Le mot _jeunesse_ est genre parce qu'il désigne la +totalité des jeunes gens. LES _hommes à prétention sont +insupportables_. Le mot _hommes_ est espèce, parce qu'il est restreint à +un certain nombre d'individus. LE _roi est sage_. Le mot _roi_, dans +cette phrase, désigne un individu. + +Un nom est pris _indéterminément_ lorsqu'on s'en sert uniquement pour +réveiller l'idée qu'on y attache: qu'on ne détermine rien sur l'étendue +dont elle est susceptible; en un mot qu'on ne l'emploie pas pour +désigner ni un genre, ni une espèce, ni un individu. _Les chemins sont +bordés_ DE _lauriers_, DE _grenadiers_, DE _jasmins_. Les mots +_lauriers_, _grenadiers_, _jasmins_ étant indéterminés, ne prennent pas +l'article. + + +REMARQUES. + +Les noms de provinces et de royaumes peuvent être pris _déterminément_ +et _indéterminément_. On dit: _je viens d'Angleterre, de France_, sans +l'article; parce qu'il suffit de regarder l'Angleterre ou la France +comme terme d'où l'on part, et qu'il est inutile de penser à l'étendue +de ces royaumes. Mais parce que les mots _limites_, _bornes_ font penser +à cette étendue, on dit; _les limites de l'Angleterre, les bornes de la +France_. + +L'usage permet que l'on dise indifféremment, _les peuples de l'Asie_ ou +_les peuples d'Asie_,--_les villes de l'Angleterre_ ou _les villes +d'Angleterre_. + +Mais on dit avec l'article: _les peuples de l'Asie ont toujours été +faciles à subjuguer_; parce que l'on considère ces peuples par rapport +à l'étendue du pays qu'ils habitent. + +On dit plus communément: _il vient de l'Asie, de l'Europe, de +l'Afrique_. C'est une exception à la règle donnée plus haut. + +Il y a des noms de royaumes et de pays qui veulent absolument l'article; +et l'on dit toujours: _les empereurs de la Chine--du Pérou--du +Japon:--les habitants du Canada_. + +Les locutions suivantes sont donc vicieuses: _je vais_ EN _Canada_,..EN +_Pérou_:--_il demeure_ EN _Canada_,..EN _Japon_. Il faut dire: _je vais_ +AU _Canada_,..AU _Pérou_;--_il demeure_ AU _Canada_,..AU _Japon_. + +Les noms _Mercure_, _Jupiter_, _Vénus_, _Mars_, _Saturne_, _Herschel_ ne +prennent pas l'article. + +ASPECT, PERSPECTIVE, VUE. _Aspect_ désigne des points de vue +particuliers. _Les vues de la Suisse offrent les aspects les plus +agréables._ _Perspective_ est _l'aspect_ des objets vus de loin. L'idée +de _vue_ est plus étendue que celle d'_aspect_. + +ASSAILLIR. _J'assaille, tu assailles, il assaille, nous assaillons, +j'assaillais, j'assaillis, j'assaillirai, j'assaillirais, assaille, +assaillons, assaillez, que j'assaille, que j'assaillisse, assaillant, +assailli, assaillie_. + +_Tressaillir_ se conjugue de même. + +ASSEOIR. _J'assieds, tu assieds, il assied, nous asseyons, vous asseyez, +ils asseient, j'asseyais, nous asseyions, vous asseyiez, ils +asseyaient, j'assis, j'assiérai ou j'asseierai, j'assiérais ou +j'asseierais, assieds, asseyons, asseyez, que j'asseie, que nous +asseyions, que vous asseyiez, qu'ils asseient, que j'assisse, asseyant, +assis, assise_.. + +_Rasseoir_ se conjugue de même. + +ASSURER veut un régime direct de personne quand il signifie _témoigner_: +_assurez_ LE _de mon estime_: et un régime indirect lorsqu'il veut dire +_donner pour sûr_: _assurez_ LUI _que nous sommes réconciliés_. + +ATOCA. (_Oxycoccum_). Suivant Sarrasin, cité par Charlevoix, _atoca_ est +un mot indien, qui désigne la baie de la canneberge. Cette baie, que les +anglais appellent _cranberry_, ne porte point de nom en français. + +À TRAVERS veut un régime direct; _à travers_ LES _champs_: _au travers_ +est toujours suivi de la proposition _de_: _au travers_ DU _corps_. + +AUCUN se met toujours au singulier: _aucun chemin de fleurs ne conduit à +la gloire_: excepté quand il accompagne un substantif qui n'a pas de +singulier, comme _pleurs_, _ancêtres_: ou qui, au pluriel, est pris dans +un autre sens qu'au singulier, comme _troupes_, _gages_. _On n'a fait_ +AUCUNES _fénérailles_,--AUCUNES _troupes ne sont mieux disciplinées_. + +AUSSI, AUTANT, sont deux adverbes de comparaison qui doivent être suivis +de la conjonction _que_, et non de _comme_, autre adverbe de +comparaison. Ne dites pas: _il est aussi grand_ COMME _vous_,--_j'en ai +autant_ COMME _vous_,--dites _il est aussi grand_ QUE _vous_,--_j'en ai +autant_ QUE _vous_. On dit: _il est grand_ COMME _vous_:--_j'en ai_ +COMME _vous_. + +AUSSI, SI. Toutes les fois que l'on veut simplement marquer l'extension +d'une qualité, il faut prendre _si_: _il n'est pas_ SI _fin_, _qu'on ne +le puisse tromper_. Mais quand on veut faire comparaison entre deux +adjectifs, ou deux adverbes, il faut se servir d'_aussi_ dans les +phrases affirmatives: _il est_ AUSSI _poli qu'il est brave_: mais si la +phrase est négative il faut employer _si_: _personne ne vous a servi_ SI +_utilement que lui_. Cependant il est bien des personnes qui emploient +alors presque indifféremment _si_ ou _aussi_, et disent, _il ne sera +pas_ AUSSI _constant qu'il le dit_,--ou,--_il ne sera pas_ SI _constant +qu'il le dit_. + +AUSSI BIEN QUE. Lorsque deux sujets sont unis par _aussi bien que_, le +verbe s'accorde avec le premier sujet: _le roi, aussi bien que ses +ministres_, VEUT _la paix_. + +AUTOMNE, d'après l'usage le plus commun, est masculin quand l'adjectif +précède: UN _bel automne_: et féminin quand l'adjectif suit: UNE +_automne froide_. + +AUTOUR, ALENTOUR. Suivant les écrivains modernes _autour_ est une +proposition, qui a par conséquent un régime, et _alentour_ un adverbe +qui n'en a point. Il faut donc dire, _la reine avait toutes ses filles_ +AUTOUR _d'elle_; et non pas, ALENTOUR _d'elle_:--_le roi était là, et +ses gardes étaient_ ALENTOUR, et non pas, AUTOUR. + +AUTRE QUE, TOUT AUTRE QUE, AUTREMENT QUE, marquant la comparaison, +veulent _ne_ devant le verbe suivant: _il est tout autre que je_ NE +_pensais_:--_il parle autrement qu'il_ N'_agit_: excepté quand le +premier verbe est négatif: _il_ NE _parle pas autrement qu'il agit_. + +AUXILIAIRES. Il y a deux auxiliaires _avoir_ et _être_: _avoir_ marque +l'action, et _être_ l'état. Dans les verbes neutres qui prennent les +deux auxiliaires, comme, _accourir_, _disparaître_, _déchoir_, _passer_, +_décider_, _périr_, _croître_, _éclore_, _demeurer_, _rester_, _cesser_, +_échapper_, _monter_, _descendre_, _entrer_ etc., on emploie _avoir_, si +c'est l'action que le verbe énonce que l'on a en vue: et _être_ si c'est +l'état que l'on veut exprimer. Ce sont les circonstances dont le verbe +est accompagné qui indiquent lequel de ces deux points de vue on +envisage: ainsi pour exprimer l'action, l'on dira avec _avoir_: _elle_ A +_disparu subitement_;--_la fièvre_ A _cessé hier_;--_la rivière_ A +_monté rapidement_;--_le baromètre_ A _descendu en peu d'heures_: et +pour exprimer l'état qui suit l'action, l'on dira avec _être_; _elle_ +EST _disparue depuis un an_:--_la fièvre_ EST _passée depuis quelque +temps_;--_il_ EST _monté_--_il_ EST _descendu depuis une heure_. Il faut +excepter de cette règle les verbes neutres _aller_, _arriver_, _choir_, +_décéder_, _mourir_, _naître_, _tomber_, _venir_, et les composés de ce +dernier, comme _devenir, intervenir, parvenir, revenir, survenir_, +lesquels prennent le seul auxiliaire _être_, quoique chacun d'eux +exprime une action: c'est l'usage qui en a décidé ainsi; _elles_ SONT +_allées_,--_nous_ ÉTIONS _arrivés_,--_il_ SERA _venu_. + +Remarque. _Convenir_, _contrevenir_, _subvenir_, quoique formés du verbe +_venir_, donnent lieu aux observations suivantes. + +_Convenir_ demande tantôt l'auxiliaire _avoir_, et tantôt l'auxiliaire +_être_. Dans le sens d'être convenable, il prend _avoir_: et _être_ dans +le sens de demeurer d'accord. _Cette maison m'_A _convenu, et je_ SUIS +_convenu du prix_. + +_Contrevenir_ est employé par le plus grand nombre des écrivains avec +_avoir_. + +_Subvenir_ prend toujours l'auxiliaire _avoir_. + +AVANT veut un régime, _auparavant_ n'en veut aucun. Ne dites pas, +_auparavant de partir_, mais, _avant de partir_. + +AVANT, DEVANT. _Avant_ est pour l'ordre des temps; _devant_ pour l'ordre +des places. Le premier est opposé à _après_, le second à _derrière_. + +Plusieurs auteurs font aussi usage d'_avant_ pour l'ordre des places. + +AVANT QUE rejette le _ne_. Dites, _avant qu'il parte_, et non, _avant +qu'il_ NE _parte_. + +AVANT QUE DE, AVANT DE, sont employés indifféremment par les écrivains +modernes: les prosateurs préfèrent même _avant de_. + +AVOIR _affaire à quelqu'un_, suppose infériorité, dépendance de celui +qui a affaire. Un plaideur _a affaire_ À ses juges, et non AVEC ses +juges. + +_Avoir affaire avec quelqu'un_, c'est avoir à traiter avec lui: _il faut +éviter d'avoir affaire_ AVEC _les fripons_. + +_Avoir affaire de_ signifie avoir besoin de: _il a affaire_ +D'_argent_,--_j'ai affaire_ DE _vous, ne sortez pas_. + + +BARBARISME, (le) est l'emploi de mots inusités, ou pris dans un mauvais +sens, ou mal associés: c'est aussi l'emploi de locutions insolites. Le +_solécisme_ est une faute grossière contre la syntaxe. + +BÂTISSE, BÂTIMENT. _Bâtiment_ est l'édifice entier: _bâtisse_ n'en est +que la partie comprenant la maçonnerie. Dites: _la bâtisse de cette +construction a couté fort cher_: mais ne dites pas: _je veux assurer +cette_ BATISSE; _je veux vendre cette_ BATISSE, pour signifier, _je veux +assurer cette maison, je veux vendre cette maison_. + +BEAUCOUP. _Il s'en faut beaucoup_ marque différence de qualité: _il s'en +faut de beaucoup_ la différence de quantité: _il s'en faut beaucoup +qu'il soit aussi prudent que vous_:--_il s'en faut_ DE _beaucoup qu'il +ait autant de connaissances que son cousin_. + +BÉARN, ancienne province de France; prononcez, _Béar_. + +BÉNIT, TE, signifie consacré par l'église: _pain bénit_, _eau bénite_. +_Béni--e_, a les autres significations de son verbe;--BÉNIS _sont les +rois qui chérissent leurs peuples_. + +BIFTECK ou BIFSTECK de l'anglais, _beef-steak_, signifie tranche de boeuf +saisie dans le beurre. + +BLEU. L'adjectif _bleu_ est invariable quand il est modifié par un autre +adjectif, étant alors substantif. _Des étoffes_ BLEU FONÇÉ, c.-à-d. +_d'un bleu foncé_. Il en est ainsi de plusieurs autres adjectifs qui +désignent les couleurs: _des cheveux_ BLOND FONÇÉ;--_des robes_ ROSE +TENDRE;--_des draps_ VERT FONCÉ:--_des cheveux_ CHATAIN CLAIR, etc. + +BOSSER, BOSSUER. _Bosser_ est un terme de marine. _Bossuer_ signifie +_faire des bosses_: dites _j'ai_ BOSSUÉ _mon goblet_, et non pas, _j'ai_ +BOSSÉ _mon goblet_. + +BOUILLIR. _Je bous_, _tu bous_, _il bout_, _nous bouillons_, _vous +bouillez_, _ils bouillent_, _je bouillais_, _je bouillis_, _je +bouillirai_, _je bouillirais_, _bous_, _bouillons_, _bouillez_, _que je +bouillisse_, _bouillant_, _bouilli_, _bouillie_. + +BRAIRE n'est usité qu'aux temps et aux personnes qui suivent: _braire_, +_il brait_, _ils braient_, _il braira_, _ils brairont_, _il brairait_, +_ils brairaient_. + +BRUIRE, n'est guère usité qu'à l'infinitif, aux troisièmes personnes de +l'imparfait de l'indicatif, _il bruyait_, _ils bruyaient_, et au +participe présent, _bruyant_. _On entend_ BRUIRE _les vagues_:--_le +vent_ BRUYAIT _dans la forêt_. + +BUREAU. Lieu où l'on expédie des affaires, où l'on travaille, où l'on +délibère. Mais en parlant d'avocat, de notaire, il faut employer le +terme _étude_, et dire, l'ÉTUDE _de tel avocat_, _l'_ÉTUDE _de tel +notaire_. + +_Office_ pour signifier _bureau_ est un barbarisme. + + +C ne se prononce pas à la fin des mots, _estomac_, _broc_, _croc_, +_accroc_, _marc_, _échecs_, (jeu), _tabac_, _jonc_, _lacs_, (filets), +_arsenic_, _escroc_, _tronc_, _clerc_, _cric_, _porc_, etc. + +CALÈCHE est un carosse léger et découvert, dont le train porte sur +quatre roues. _Cabriolet_ est une voiture légère et suspendue, montée +sur deux roues. + +_Calèche_ n'est donc pas synonyme de _cabriolet_; et c'est par +conséquent une faute de l'employer comme tel. + +D'un autre côté, l'on se sert souvent du mot _cabriolet_, pour désigner +la petite charrette sans soupentes, dont l'usage est si commun: c'est +encore, comme l'on voit, une faute à éviter. + +CAMPAGNE. _À la campagne_ exprime le séjour que l'on fait hors de la +ville. _Vivre à la campagne pour sa santé_. _En campagne_ signifie que +l'on est en mouvement pour ces affaires, _les troupes sont_ EN +_campagne_;--_il s'est mis_ EN _campagne pour découvrir ce qu'il +cherche_. + +CARRIOLE est une voiture à roues, et c'est abusivement que l'on applique +ce terme à une de nos voitures d'hiver à patins. _Traîneau_ est le mot +propre. _Traîneau_ signifie voiture sans roues pour faire des courses +sur les neiges, sur les glaces. + +_Traîneau_ désigne aussi la voiture sans roues destinée au transport +également sur les neiges, de faix, de charges, etc. Le mot _traîne_, +pris dans ce dernier sens, est un barbarisme. + +_Traîneau_ est encore un assemblage de pièces de bois, pour traîner sur +la terre des fardeaux lourds, des marchandises, etc. + +Au mot _traîneau_ quelques personnes substituent le terme +anglo-américain _sleigh_. C'est une absurdité. + +CARTOUCHE est _féminin_ quand il signifie charge en rouleau d'une arme à +feu: mais il est _masculin_ lorsqu'il signifie ornement de sculpture, de +peinture ou de gravure autour des inscriptions, des chiffres, des +armoiries. LE _cartouche d'une carte géographique_. + +CENT au pluriel prend une _s_, _deux cents chevaux_: excepté lorsqu'il +est suivi d'un autre adjectif de nombre: _deux cent cinquante chevaux_. + +Quand il s'agit de la date, _cent est_ toujours invariable; _l'an mille +huit cent_. + +CHARLES V, Empereur d'Allemagne, se prononce, et même s'écrit +quelquefois, CHARLES-QUINT. + +CUEILLIR. _Je cueille, tu cueilles, il cueille, nous cueillons, vous +cueillez, ils cueillent; je cueillais, je cueillis, je cueillerai, je +cueillerais, cueille, cueillons, que je cueille, que je cueillisse, +cueillant, cueilli, cueillie_. + +Conjuguez de même _recueillir_, _accueillir_. + +CH. Le _ch_ dans plusieurs mots qui viennent du grec, ou de quelque +langue orientale, se prononce comme _k_; tels sont: archéologie, +archéologue, catéchumène, Chersonèse, Chalcédoine, chaldéen, chaos, +chirographaire, chiragre, chirologie, chiromancie, Melchior, +Melchisédech, Ochosius, Jéchonias, Achaïas, Archimélech, Ezéchias, +Ezéchiel, exarchat, archiépiscopal, Michel-Ange, Achéloüs, archétype, +etc. + +Cette règle souffre quelques exceptions, comme, _archevêque_, +_archidiacre_, _archiprêtre_, _architecte_, etc., dont le _ch_ prend la +prononciation française. + +CHACUN, précédé d'un pluriel, prend après lui _son_, _sa_, _ses_, quand +le régime direct est avant, ou que le verbe n'a pas de régime de cette +nature: _ils ont apporté leurs offrandes_, _chacun selon_ SES +_moyens_;--_ils se sont retirés_, _chacun dans_ SA _chambre_:--_ils ont +opiné_, _chacun à_ SON _tour_. + +Il prend _leur_, _leurs_ lorsqu'il est suivi du régime direct: _ils ont +dit chacun_ LEUR _avis_: _ils ont apporté chacun_ LEURS _offrandes_. + +_Un chacun dit, un quelqu'un a pensé_ sont des locutions vicieuses: +dites, _chacun dit, quelqu'un a pensé_. + +CHAIR. Considéré comme aliment le mot chair se dit plus ordinairement +des animaux terrestres et des oiseaux: CHAIR _de boeuf_:--CHAIR _de +mouton_:--CHAIR _de perdrix_: et c'est en ce sens que l'on dit, _on ne +mange point de_ CHAIR _en carême_. + +_Chair_ se dit aussi quelquefois des poissons et des fruits: _la_ CHAIR +_du brochet_:--_la_ CHAIR _du melon_. V. VIANDE. + +CHANTRE se dit pour le chant de l'église, et _chanteur_ et _chanteuse_ +pour le chant profane. _Cantatrice_ est une chanteuse de profession. + +CHAQUE veut toujours un substantif après lui. Ainsi ne dites pas, _ces +livres me coutent quatre francs_ CHAQUE: dites, _quatre francs_ CHACUN. + +CHOIR est usité seulement à l'infinitif. _Un astrologue un jour se +laissa_ CHOIR. + +CHOISIR. Ce verbe ne régit pas les substantifs quand ils sont sans +article, ou sans préposition: on ne dit pas, _il a été choisi président +du comité_, mais, _il a été choisi_ POUR _président du comité_. + +CLORRE ou CLORE est usité à tous les temps composés, et de plus aux +temps simples suivans; _je clos_, _tu clos_, _il clôt_, sans pluriel: +_je clorai_, etc., _je clorais_, etc.: _clos_ sans pluriel, _clos_, +_close_. + +_Enclorre_ se conjugue de même. + +CLUB, mot anglais, adopté depuis la révolution française, que l'on +prononce _klobe_. + +COLLECTIF. Il y a deux sortes de noms collectifs, le _général_ qui +représente une collection entière, et le _partitif_ qui représente une +collection partielle. + +Tout verbe qui a pour sujet un collectif, s'accorde avec ce collectif, +s'il est _général_: _l'infinité des perfections de Dieu m'accable_:--_la +totalité des enfans sacrifie l'avenir au présent_; et avec le substantif +qui suit le collectif, si celui-ci est _partitif_: _une multitude +d'hommes l'environnaient_;--_une troupe de barbares désolèrent le pays_. + +On distingue le collectif partitif au mot, _un_, _une_, dont il est +presque toujours précédé, UNE _quantité_, UNE _foule_. + +Remarque. Avec _la plupart_, employé absolument, le verbe se met +toujours au pluriel. _Le sénat fut partagé_; _la plupart_ VOULAIENT +_que_, etc. + +COLORER _une estampe_ est une faute. Dites COLORIER _une estampe_. +_Colorer_ c'est donner la couleur; ainsi le saffran _colore_ l'eau. +_Colorier_ c'est appliquer les couleurs: _une estampe_ COLORIÉE. + +COMMANDER. On emploie souvent, mais improprement, le mot _recommander_ +au lieu de _commander_, pour signifier la charge que l'on donne de faire +quelque chose. Ainsi l'on dit, _j'ai_ RECOMMANDÉ _un habit_,--_une paire +de souliers_, au lieu de, _j'ai_ COMMANDÉ _un habit_,--_une paire de +soulliers_. + +COMME. Lorsque deux sujets sont unis par _comme_, _ainsi que_, le verbe +s'accorde avec le premier sujet: _l'enfer comme le ciel_ PROUVE _un Dieu +juste et bon_:--_la vertu ainsi que le savoir_ A _son prix_. + +_Comme_ ne doit pas remplacer _que_ pour unir les deux termes d'une +comparaison. Ne dites pas: _César était aussi éloquent_ COMME _brave_: +dites, _aussi éloquent_ QUE _brave_:--_il est aussi grand_ COMME _moi_: +dites, QUE _moi_. + +COMMENCER. _Commencer à_, désigne une action qui aura du progrès, de +l'accroissement: _cet enfant commence_ À _parler_. _Commencer de_, +exprime une action complète, qui aura de la durée: _il commença_ DE +_parler à deux heures, et ne finit qu'à six_. + +COMPLU est toujours invariable, n'ayant pas de régime direct. _Elle +s'est_ COMPLU _dans ses enfans_. + +COMPRIS. Le participe _compris_, employé sans auxiliaire, est +invariable, quand il précède le mot auquel il se rapporte: _y_ COMPRIS +_cette somme_; mais lorsqu'il le suit, il doit s'accorder avec lui: +_cette somme y_ COMPRISE. + +CONCORDANCE des temps de l'indicatif entre eux dans certains cas. + +Lorsque deux verbes sont unis par la conjonction _que_, l'on met le +second verbe au présent de l'indicatif, si ce second verbe exprime une +vérité constante, ou une action qui se fait ou peut se faire dans tous +les temps. _J'ai toujours cru qu'il_ EXISTAIT _un Dieu rénumérateur et +vengeur_. Il faut dire... qu'il EXISTE. _J'ai toujours cru que quatre et +cinq_ FESAIENT _neuf_. Il faut dire, FONT _neuf_. _Je vous ai dit qu'il +n'y_ AVAIT _rien de stable dans ce monde_. Dites, _qu'il n'y_ A _rien de +stable_. + +On se servira également du présent, s'il s'agit de quelque chose qui +existe au moment que l'on parle, et l'on dira: _je savais bien que vous_ +ÊTES _marié_;--_nous avons su que vous_ AVEZ _acheté une métairie_:--_on +m'a rapporté que notre mère_ A ÉTÉ _quelque temps malade_; et non pas: +_je savais bien que vous_ ÉTIEZ _marié_;--_nous avons su que vous_ +AVIEZ _acheté une métairie_:--_on m'a rapporté que votre mère_ AVAIT ÉTÉ +_quelque temps malade_. Au lieu du futur on se sert abusivement du +conditionnel présent: _on nous a dit que vous_ CONSENTIRIEZ _à cette +démarche_:--_votre frère m'a assuré que vous_ IRIEZ _à la campagne au +printemps prochain_;--_le bruit a couru que je_ QUITTERAIS _ce pays +incessamment_: il faut dire _que vous_ CONSENTIREZ; _que vous_ IREZ: +_que je_ QUITTERAI, attendu qu'il s'agit ici seulement d'exprimer que +les actions de _consentir_, d'_aller_, de _quitter_, s'exécuteront dans +un temps où l'on n'est pas encore. + +Le conditionnel passé ne doit pas s'employer pour le conditionnel simple +ou présent: _j'aurais parié que vous m'_AURIEZ RÉPONDU: dites, _que vous +me_ RÉPONDRIEZ. + +CONCORDANCE des temps du subjonctif avec ceux de l'indicatif et du +conditionnel. + +Quand le verbe de la proposition principale est à l'imparfait, aux +prétérits, au plus-que-parfait, ou à l'un des conditionnels, l'on met le +second verbe à l'imparfait du subjonctif. Par conséquent au lieu des +phrases sottement ridicules; _il désirait que je_ CHANTE;--_je voudrais +qu'il_ SORTE;--_le médecin a ordonné que vous_ PRENIEZ _un bain_; il +faut dire: _il désirait que je_ CHANTASSE:--_je voudrais qu'il_ +SORTIT:--_le médecin a ordonné que vous_ PRISSIEZ _un bain_. + +Cependant avec le prétérit indéfini l'on peut mettre le second verbe au +présent du subjonctif, quand il exprime une action qui se fait dans tous +les temps. _Dieu nous a créés pour que nous l'_AIMIONS. + +CONFIRE. _Je confis_, _tu confis_, _il confit_, _nous confisons_, _vous +confisez_, _ils confisent_; _je confisais_, _je confis_, _je confirai_, +_je confirais_, _confis_, _confisons_, _confisez_, _que je confisse_, +point d'imparf. du subj. _confisant_, _confit_, _confite_. + +CONNEXITÉ dénote un simple rapport qui est dans la nature des choses: +_connexion_ énonce une liaison établie entre les choses. + +CONSOMMER, CONSUMER. _Consommer se dit_ de tout ce qui est susceptible +d'être accompli ou perfectionné: _un homme_ CONSOMMÉ _dans les +sciences_: et _consumer_ du tout ce qui ont susceptible d'être dévoré ou +anéanti: _il a_ CONSUMÉ _son temps et son argent_. + +CONSONNES. D'après l'ancienne appellation les consonnes, _b, c, d, f, g, +h, j, k, l, m, n, p, q, r, s, t, v, x, z,_ se prononcent, _bé, cé, dé, +effe, gé, ache, ji, ka, elle, emme, enne, pé, qu, erre, esse, té, vé, +ixe, zède_. + +D'après la nouvelle appellation, elles se prononcent, _be, ce, de, fe, +ghe, he, je, ke, le, me, ne, pe, que, re, se, te, ve, xe, ze_. + +Cette nouvelle méthode fut proposée, par MM. du Port-Royal, et +quoiqu'elle ait de grands avantages sur l'ancienne, elle resta long +temps dans l'oubli, par cela seul quelle était contraire à la pratique +générale. _Mais enfin_, dit Duvivier, _l'empire du préjugé commence à +s'affaiblir, et dans peu elle sera selon toute probabilité, la seule en +usage_. + +Suivant cette nouvelle appellation, toutes les lettres de l'alphabet +sont _masculines_; suivant l'ancienne, il y en a qui sont _féminines_ et +d'autres qui sont _masculines_. Les _féminines_, sont _f, h, l, m, n, r, +s_: les _masculines_, _a, b, c, d, e, g, i, j, k, o, p, q, t, u, v, x, +y, z_. + +CONSTABLE. On sait que les devoirs de l'_Officier de Paix_ en France, +sont analogues à ceux du _constable_ en Angleterre. Il est donc évident +que l'on doit rejetter le mot anglais _constable_, puisque nous avons en +français son équivalent. + +Quant au mot français _connetable_, c'est une grave faute que de +l'employer dans le sens d'_Officer de Paix_. + +CONTINUATION est pour la durée: _continuité_ pour l'étendue. + +CONTINUER À se dit d'une chose que l'on fait sans interruption: +_continuez_ À _bien vivre_: _continuer de_ d'une chose où il y à +interruption: _continuez_ DE _vous former le style_. + +CONTRAINDRE prend _à_ ou _de_ devant l'infinitif: c'est l'oreille et le +goût qui en décident: _contraindre quelqu'un_ À _travailler_, ou DE +_travailler_. + +Il en est ainsi des verbes _demander_, _s'empresser_, et _forcer_. + +COPIE n'est pas synonyme d'_exemplaire_, et c'est une faute de dire, +_j'ai acheté quelques_ COPIES _de tel ouvrage_: dites, _quelques_ +EXEMPLAIRES. + +COUDRE. _Je couds, tu couds, il coud, nous cousons, vous cousez, ils +cousent, je cousais, je cousis, je coudrai, je coudrais, couds, cousons, +cousez, que je couse, que je cousisse, cousant, cousu, cousue_. + +COULEUR et COLORIS, en parlant d'un tableau, ont des significations bien +différentes. _Couleur_ est l'impression que fait sur l'oeil la lumière +réfléchie par chaque partie du tableau. _Coloris_ est l'effet qui +résulte de l'ensemble, et de l'assortiment des _couleurs_. + +COULEUR est toujours féminin, excepté dans les mots composés, _couleur +de feu_, _couleur de rose_, etc. Ainsi l'on dit; LE _couleur de feu est_ +MA _couleur favorite_: _cette étoffe est d'_UN _couleur de rose +charmant_. On dit adjectivement, _un ruban couleur de feu_. + +Un habit de couleur, une robe de couleur, sont un habit et une robe de +toute autre couleur que le blanc et le noir. + +COUPLE est féminin quand il désigne deux choses qui ne vont pas ensemble +nécessairement: _une couple de serviteurs_,--_de poulets_,--_d'oeufs_. +Ils est masculin quand il désigne deux personnes unies par le mariage, +ou qu'il se dit d'un mâle ou d'une femelle qu'on a appareillés ensemble: +_un couple d'époux_,--_un couple de pigeons_. + +COURIR prend deux _r_ au futur simple, _je_ COURRAI et au présent du +conditionnel _je_ _cou_RR_ais_. + +Il en est ainsi des verbes _concourir_, _discourir_, _encourir_, +_parcourir_, _secourir_, _mourir_, _accourir_. + +COUVERCLE est ce qui ferme en couvrant: ainsi on dit, COUVERCLE _d'un +chaudron_,--_d'un pot_,--_d'une écuelle_,--_d'une soupière_, etc. On +doit se garder d'employer dans ce sens le mot _couvert_ qui a une toute +autre signification. + +CRAINTE, PLAINTE. Autrefois l'on rejetait les participes féminins +_crainte_ et _plainte_; aujourd'hui on les emploie, et l'on dit: _la +chose que j'ai crainte_,--_la personne que j'ai plainte_. + +CRAINTE DE précède toujours un substantif: dites, _crainte de_ PIS, et +non pas DE _crainte de_ PIS. _De crainte de_ se met devant un infinitif: +dites, DE _crainte de_ TOMBER, et non pas, _crainte de_ TOMBER. + +CROIRE _quelque chose_, c'est l'estimer véritable; _je crois la +religion_. _Croire à quelque chose_, c'est s'y fier, y avoir confiance: +_je crois_ À _son innocence_. _Croire quelqu'un_, c'est ajouter foi à ce +qu'il dit: _c'est un menteur, on ne_ LE _croit plus_. _Croire à +quelqu'un_, c'est croire à son existence: _il croit_ AUX _revenans_. On +dit aussi dans ce sens, _croire à la magie_. + +CULOTTE, vêtement d'homme de la ceinture aux genoux. On ne doit pas +confondre _culotte_ avec _pantalon_ qui est un vêtement de la ceinture +aux pieds. + + +D final sonne dans les noms propres _David_, _Obed_, _Joad_, etc.: et +dans _Sud_ (le midi). + +En général le d final se fait sentir devant une voyelle, ou une _h_ non +aspirée. Cette règle néanmoins souffre beaucoup d'exceptions, surtout +dans la conversation: ainsi dans ces phrases, _chaud accablant_,--_bord +escarpé_,--_froid épouvantable_, le _d_ est nul en prononciation. + +On doit à cet égard consulter l'oreille, interroger l'usage. + +DAME est un titre d'honneur qui s'étend aujourd'hui à toutes les femmes +d'une condition un peu honnête. Mais c'est une erreur grossière de +l'employer comme synonyme de _femme mariée_. Ainsi ne dites pas, _la_ +DAME _de Monsieur un tel_; ni, _votre_ DAME; dites; _la_ FEMME _de +Monsieur un tel_: _votre_ FEMME. Cette dernière locution, quoique +correcte, doit être évitée néanmoins dans la bonne société: au lieu +donc de dire, _votre femme_, dites _Madame_, en y ajoutant le nom du +mari. + +Une dame ne dit, _mon mari_, que dans l'intimité; en toute autre +circonstance elle le nomme par son nom en l'appelant _Monsieur_. Mais il +n'en est pas ainsi du mari; il serait ridicule qu'il dit en société, +_mon épouse_ ou _Madame_ N: il doit dire tout simplement, _ma femme_. + +_Madame votre femme_, _Madame votre épouse_ sont des expressions de +mauvais ton; moins ridicules néanmoins que, _Monsieur mon père_: _Madame +ma mère_. + +Une dame ne doit pas dire, _quand j'étais fille_, mais, _quand j'étais +demoiselle_. + +DANS, EN. _Dans_ a un sens précis et déterminé: _il est_ DANS _la +ville_: _en_ a un sens vague et indéterminé: _il est_ EN _ville_. _Dans_ +marque le temps où l'on exécute les choses; _il viendra_ DANS _un mois_: +et _en_, celui qu'on emploie à les exécuter: _il a fait le voyage_ EN +_un mois_. + +DE entre deux noms. Si le second nom ne sert qu'à spécifier la nature du +premier nom, et par conséquent s'il n'est employé que dans un sens +indéfini, dans un sens général, qui ne présente à l'esprit qu'une idée +vague et confuse, l'idée de pluralité disparaît, et le second nom se met +au singulier: _des queues de cheval_;--_de l'huile d'olive_;--_des gens +de plume_. + +Mais le second nom se place au pluriel, s'il désigne une chose qui se +compte; _une mesure de haricots_;--_un bouquet de roses_,--_un marchand +de plumes_ (à écrire). + +DÉCHOIR. _Je déchois_, _tu déchois_, _il déchoit_, _nous déchoyons_, +_vous déchoyez_, _ils déchoient_, point d'imparfait, _je déchus_, _je +décherrai_, _je décherrais_, _déchois_, _déchoyons_, _déchoyez_, _que je +déchoie_, _que tu déchoies_, _qu'il déchoie_, _que nous déchoyions_, +_que vous déchoyiez_, _qu'ils déchoient_, _que je déchusse_, point de +participe présent, _déchu_, _déchue_. + +DEDANS ne veut point de régime: dites, _dans la ville_, et non, DEDANS +_la ville_; à moins que _dedans_ ne soit précédé d'une préposition; PAR +_dedans la ville_; ou employé en opposition avec un des adverbes +_dehors_, _dessus_, _dissous_: _il y à des animaux_ DEDANS _et_ DESSUS +_la terre_. + +DE FACON QUE. _De façon que_, _de manière que_, _de sorte que_, +demandent le subjonctif, quand l'idée tient du doute, de l'avenir: +_conduisez-vous de manière que vous_ MÉRITIEZ _l'estime des gens de +bien_: et l'indicatif lorsqu'elle est positive, et qu'elle a rapport au +présent, ou passé: _il s'est conduit de façon qu'il_ A MÉRITÉ _l'estime +des gens de bien_. + +DEHORS ne veut point de régime: dites, _hors de la ville_; à moins que +_dehors_ ne soit précédé d'une préposition: _passer_ PAR _dehors la +ville_; ou employé en opposition avec un des adverbes _dedans_, +_dessus_, _dessous_: _j'en voyais et_ DEDANS _et_ DEHORS _nos +murailles_. + +DÉJEUNER, DÎNER, SOUPER. Ces trois verbes veulent la préposition _avec_ +devant un nom de personne: et la préposition de devant le nom de la +chose que l'on mange, _j'ai déjeûné_--_dîné_--_soupé_ AVEC _mon ami_: +_j'ai déjeûné_ DE _café_: _j'ai dîné_ D'_un bon pâté_. + +On dit, DE _quoi avez-vous déjeûné_--_dîné_--_soupé_? et non pas, AVEC +quoi avez-vous déjeûné? etc. + +DÉLICE au singulier est masculin; au pluriel féminin: _mon plus_ GRAND +_délice_,--_mes plus_ CHÈRES _délices_. + +DÉLIVRER dans le sens de _livrer_ ne peut avoir deux régimes de +personnes. Ainsi on dit bien, _délivrer des marchandises à quelqu'un_: +mais on ne doit pas dire, _délivrer un prisonnier à quelqu'un_. + +DEMAIN. On dit, _demain matin_, _demain soir_ de préférence à _demain_ +AU _matin_, _demain_ AU _soir_. + +DEMEURER prend _avoir_ pour exprimer que le sujet n'est plus au lieu, +dans l'état dont il est question: _il_ A _demeuré six mois en +Italie_:--_il_ A _demeuré longtemps captif_. + +Il prend _être_ pour marquer que le sujet n'a pas changé de lieu, +d'état: _deux cens hommes_ SONT _demeurés sur le champ de +bataille_:--_il a reçu une blessure, et_ EST _demeuré infirme_. + +DEMI reste invariable quand il précède le substantif: _une_ +DEMI_-heure_: _une_ DEMI_-verge_: et s'accorde en genre seulement +lorsqu'il suit le substantif: _deux heures et_ DEMIE. + +DÉPLU. Le participe _déplu_ est toujours invariable: _ces Messieurs se +sont_ DÉPLU _à la campagne_:--_ces Dames se sont_ DÉPLU. + +DE QUI, DONT, DUQUEL. _De qui_ ne se dit que des personnes, ou des +choses personnifiées. _Dont_ et _duquel_ se disent des personnes et des +choses; mais en général _dont_ est préférable: _un arbre_ DONT _le fruit +est excellent_, et non pas, _un arbre_ DUQUEL, etc. Cependant _duquel_ +doit être préféré à _dont_; + +1º pour éviter une équivoque; _la bonté du Seigneur_ DE LAQUELLE _nous +ressentons les effets_. + +2º lorsque le mot auquel se rapporte ce pronom relatif est suivi d'une +préposition: _l'homme à la réputation_ DUQUEL _vous voulez nuire_; et +non pas, _l'homme à la réputation_ DONT, etc. + +DÉSESPÉRER QUE, étant accompagné d'une négation, veut _ne_ devant le +verbe qui suit: _je ne désespère pas qu'il_ NE _vienne_. + +DÉSHONNÊTE, MALHONNÊTE. Il ne faut pas confondre ces deux mots. Le +premier est contraire à la pureté: le second à la civilité, à la +droiture. + +DESSUS, DESSOUS ne veulent pas de régime: ne dites donc pas, DESSUS _la +table_, DESSOUS _le lit_: _dites_ SUR _la table_, SOUS _le lit_: à moins +que ces adverbes ne soient précédés d'une préposition: PAR DESSUS _les +murs_, PAR DESSOUS _la jambe_: ou employés en opposition: _il y a des +livres dessus et dessous_ LA TABLE. + +DIRE. De tous les composés de _dire_, il n'y a que le verbe _redire_ qui +se conjugue absolument comme _dire_: _redire_ fait donc au présent de +l'indicatif, _vous redites_, et à l'impératif _redites_. + +À l'égard des verbes _dédire_, _contredire_, _interdire_, _médire_, +_prédire_, on dit au présent de l'indicatif, _vous dédisez_, _vous +contredisez_, _vous interdisez_, _vous médisez_, _vous prédisez_, et à +l'impératif, _dédisez_, _contredisez_, _interdisez_, _médisez_, +_prédisez_. + +DISCONVENIR. Lorsque _disconvenir_ est accompagné d'une négation, il +veut _ne_ devant le verbe suivant; _je ne disconviens pas qu'il_ NE +_soit habile_. + +DISPUTER. Lorsque _disputer_ signifie, _prétendre concurremment à_, il +prend le pronom personnel, et alors il est suivi d'un régime direct: +_on_ SE DISPUTE _la prééminence_,--_un rang_,--_un héritage_. Employé +dans un sens absolu, signifiant _avoir contestation_, il ne prend pas ce +pronom: ainsi ne dites pas, _vous avez tort de_ VOUS DISPUTER,--_ils_ SE +_se sont longtemps_ DISPUTÉS: dites, _vous avez tort de_ DISPUTER: _ils_ +ONT _longtemps_ DISPUTÉ. + +DISTINGUER DE se dit des choses analogues; _distinguer la bienfaisance_ +DE _la charité_; _distinguer d'avec_, se dit d'objets différens: +_distinguer l'or d'_AVEC _l'argent_. + +DONC se prononce _donk_ devant une voyelle, et au commencement d'une +phrase, ou d'un membre de phrase; et aussi quand la phrase indique +l'indignation, la colère, etc. + +DOUTER accompagné d'une négative veut _ne_ devant le verbe suivant: _je +ne doute pas que vous_ NE _réussissiez_. Le participe passé de _se +douter_ s'accorde toujours avec le second pronom; _il se sont_ DOUTÉS +_de cela_. + +DRESSER. Dites, _les cheveux me dressent_ À _la tête_, et non SUR _la +tête_. + +DROIT. On dit, _Mademoiselle marchez_ DROIT, et _Mademoiselle marchez_ +DROITE. Le premier veut dire, _marchez en ligne droite_: _droit_ est un +adverbe, et se rapporte au verbe _marchez_: le second signifie +_tenez-vous droite en marchant_. + +DU, DE LA, DES sont employés devant les substantifs communs, pris dans +un sens partitif; c.-à-d., pour désigner une _partie_, une _portion_ +des personnes ou des choses dont on parle: _il a_ DU _papier_; c.-à-d., +_quelque papier_:--vous avez DE L'_encre_; c.-à-d., _quelque +encre_:--_nous avons acheté_ DES _plumes_; c.-à-d., _quelques plumes_: +excepté quand le substantif dans un sens partitif, est précédé d'un +adjectif; alors on emploie simplement _de_; _il a_ DE _bon +papier_:--_vous avez_ DE _bonne encre_:--_nous avons acheté_ +D'_excellentes plumes_. + +On ne doit donc pas dire; _j'ai mangé_ DE LA _bonne viande_:--_j'ai bu_ +DU _bon vin_:--_voilà_ DU _beau papier_: dites, _j'ai mangé_ DE _bonne +viande_:--_j'ai bu_ DE _bon vin_:--_voilà_ DE _bon papier_. + +DU GUESCLIN. On ne fait point sonner l'_s_ de ce nom d'homme. + +DURANT. Cette préposition se met quelquefois après son régime; _sa vie_ +DURANT. + +_Durant_ exprime une durée continue; _pendant_ marque un moment, une +époque. + +_Durant que_, n'est plus usité. + + +ÉCHOIR, n'est guère d'usage au présent de l'indicatif qu'à la troisième +personne du singulier, _il échoit_, qu'on prononce et qu'on écrit +quelquefois _il échet_: point d'imparfait de l'indicatif, _j'échus_, +_j'écherrai_, _j'écherrais_, point d'impératif, _qu'il échée_, _qu'ils +échéent_, _que j'échusse_, _échéant_, _échu_, _échue_. + +_Échoir_ construit avec les adverbes _bien_ et _mal_, se dit des +personnes; _vous ne sauriez que_ BIEN _échoir_;--_je suis_ MAL _échu_. + +Noël veut qu'aux temps composés _échoir_ prenne _avoir_ et _être_. +Duvivier prétend au contraire que le participe du verbe _échoir_ se +construit avec le seul auxiliaire _être_. + +ÉCLAIRER. Lorsqu'on donne ordre de porter une lumière à quelqu'un qui +passe par un endroit obscur, il faut dire, _éclairez_ À _Monsieur_, et +non pas, _éclairez Monsieur_. + +ÉCLORE, _il éclôt_, _ils éclosent_, _il éclora_, _ils écloront_, _il +éclorait_, _ils écloraient_, _qu'il éclose_, _qu'ils éclosent_, _éclos_, +_éclose_. Il n'est usité qu'aux temps et aux personnes ci-dessus, et de +plus à la troisième personne du singulier et du pluriel des temps +composés. + +EFFORCER À. (s') _S'efforcer à_, a rapport aux forces physiques; +_s'efforcer_ À _courir_:--_s'efforcer_ À _porter un fardeau_. +_S'efforcer de_, a rapport aux facultés intellectuelles: _s'efforcer_ +D'_être plaisant_:--_s'efforcer_ DE _paraître calme_. + +ELLE, EUX, ELLES, précédés d'une préposition, ainsi que les prénoms, +_lui_, _leur_, ne se disent que des personnes, ou des choses +personnifiées: il ne faut donc pas dire, _cette maison menace ruine, +n'approchez pas_ _d'_ELLE:--_ce cheval est méchant_, ne LUI _touchez +pas_. Dans ces cas on se sert des pronoms _en_ et _y_; _n'_EN _approchez +pas_;--_n'_Y _touchez pas_: ou bien on donne une autre tournure à la +phrase si les pronoms _en_ et _y_ ne peuvent y entrer. + +Placés après le verbe _être_ les pronoms _lui_, _elle_, _eux_, _elles_ +ne se disent que des personnes: _est-ce Monsieur votre père?_--_c'est_ +LUI;--_est-ce votre soeur qui a écrit?_--_c'est_ ELLE;--_sont-ce là vos +cousins?_--_ce sont_ EUX. + +Mais aux questions suivantes, où il s'agit de _choses_ et non de +_personnes_: _est-ce là votre chapeau?_--_est-ce là votre +épée?_--_sont-ce là vos livres?_--_sont-ce là vos plumes?_--il ne faut +pas _répondre_, _oui, c'est_ LUI,--_c'est_ ELLE,--_ce sont_ EUX,--_ce +sont_ ELLES: il faut répondre _ce_ L'_est_ aux deux premières questions, +et _ce_ LES _sont_ aux deux dernières. + +EMPIERRER et EMPIERREMENT. (Dict. de Boiste) _Empierrer_ c'est mettre un +lit de pierres sous l'aire du gravier pour le consolider. _Empierrement_ +signifie le lit de pierres, ou l'action de les poser. V. FERRER. + +EMPÊCHER QUE, veut toujours _ne_ devant le verbe suivant: _j'empêcherai +qu'il_ NE _vienne_. + +EN. Lorsqu'il est question de choses, on se sert du pronom relatif _en_, +au lieu du pronom possessif, ainsi il faut dire; _ce livre me plaît, la +reliure_ EN _est belle_, et non pas, SA _reliure est belle_:--_cette +statue est belle, mais la tête_ EN _est trop petit_, et non pas SA _tête +est trop petite_. + +Au jeu de cartes on dit, _jouer_ EN _pique_--EN _coeur_, etc., et non +pas, DU _pique_,--DU _coeur_. V. SON, SA. + +ENGAGER prend _à_ ou _de_ devant l'infinitif: _il s'engagea_ À _payer_, +ou DE _payer_. + +ENNOBLIR (prononcer _an-noblir_,) c'est donner de l'éclat, du lustre: +_les beaux arts_ ENNOBLISSENT _une langue_. + +_Anoblir_ c'est donner des lettres de noblesse: _la Reine Victoire l'a_ +ANOBLI. + +ENNUYANT marque l'action, et _ennuyeux_ l'état. Un homme _ennuyant +ennuie_ actuellement par ses discours, ou de quelqu'autre manière: un +homme _ennuyeux_ est celui qui par sa simplicité, par l'habitude de +bavarder, etc., a tout ce qu'il faut pour ennuyer. _Ennuyeux_ se dit des +personnes et des choses: _ennuyant_ des personnes seulement. + +ENTRE. L'_e_ final d'_entre_ s'élide seulement dans les verbes +réfléchis, dont le simple commence par une voyelle: _s'entr'aider_, +_s'entr'ouvrir_: et de plus dans _entr'acte_, _entr'autres_, et +quelquefois devant _eux_, _elles_: c'est à volonté: _entr'eux_, +_entr'elles_, ou _entre eux_, _entre elles_. + +ENTRE-NUIRE. (s') Le participe passé de _s'entre-nuire_ est toujours +invariable: _ils se sont_ ENTRE-NUI. + +ENVIRON ne doit pas être suivi de la conjonction _ou_: ne dites pas; +_une somme d'_ENVIRON _quatre_ OU _cinq cens livres sterling_: dites; +_une somme de quatre_ OU _cinq cens livres sterling_: ou bien, +_d'environ quatre_ À _cinq cens livres sterling_. La raison en est +qu'_environ_ et _ou_ expriment chacun quelque chose de vague: leur +réunion forme un pléonasme vicieux. + +_Environ_ ne doit pas être suivi de _de_: dites, _il était environ deux +heures_, et non, _environ_ DE _deux heures_. + +ESPÉRER QUE portant à l'esprit une idée de _futur_, ne doit pas être +suivi d'un verbe au _présent_ ou au _passé_: _j'espère que vous vous_ +PORTEZ _bien_:--_j'espère que vous_ AVEZ RÉUSSI. Dites: _je me_ FLATTE +_que vous vous portez bien_;--_je_ PENSE _que vous avez réussi_. + +C'est une faute grossière de dire; ESPÉREZ _un moment_, pour ATTENDEZ +_un moment_. + +ESSAYER prend _à_ ou _de_ devant l'infinitif qui suit: _essayer_ À ou DE +_combattre_: c'est le goût qui en décide. + +ET. La conjonction _et_ donne lieu à plusieurs remarques. + +1º. Elle ne doit pas unir les mots synonymes; ainsi ne dites pas, _une +douceur_ ET _une aménité admirable_;--_il est érudit_ ET _savant_; +dites, _une douceur_, _une aménité admirable_:--_il est érudit_, +_savant_. + +2º. Elle ne doit pas non plus unir deux membres de phrases commençant +chacun par une des conjonctions, _plus_, _moins_, _autant_. Dire, _plus +on étudie_, ET _plus on aime l'étude_, serait une faute: dites: _plus +en étudie_, _plus on aime l'étude_. + +3º. Elle ne peut unir que des mots de même nature, c.-à-d., un +substantif à un substantif, un verbe à un verbe, etc.: d'où il suit que +l'on ne doit pas dire, _il aime le jeu et_ À ÉTUDIER, mais, _il aime le +jeu et l'_ÉTUDE. + +ET CÆTERA. Quand il est question de _choses_, l'on dit, _et cætera_; +quand il s'agit de _personnes_, il faut dire, _et autres_, ou, _et +d'autres_, ou, _et les autres_. + +ÊTRE. Le verbe _être_ précédé de _ce_ se met au pluriel, lorsqu'il est +suivi de la troisième personne du pluriel: _ce_ SONT _les +Romains_;--_ce_ SONT _eux_;--_c'_ÉTAIENT _nos amis_;--_ce_ SERONT _nos +ennemis_, _qui_.. + +Mais on dirait avec le verbe _être_ au singulier, _c'_EST _le travail et +l'application_;--_c'_EST _nous_;--_c'_EST _vous_;--_c'_ÉTAIT +_nous_;--_ce_ SERA _vous_; aucun de ces mots ne formant la troisième +personne du pluriel. + +_Remarque._ Quelques auteurs emploient le singulier, quoique le verbe +soit suivi de la troisième personne du pluriel. Racine dit, _ce n'_EST +_pas les Troyens_: l'Académie écrit, EST-_ce les Anglais_? + +Le temps du verbe _être_ précédé de _ce_ est déterminé par le verbe +suivant: ainsi il faut dire: _ce_ SERA _nous qui répondrons_; et non +pas, _c'_EST _nous qui répondrons_;--_ce_ FUT _Cicéron qui sauva la +république_; et non pas, _c'_EST _Cicéron qui sauva la république_. + +Lorsque le verbe _être_ précédé de _ce_, est suivi d'une préposition, +comme dans, _c'est à vous_; _c'était de nous_; _ce sera pour mes +enfans_; on fait usage de la conjonction _que_: _c'est_ À _vous_ QUE _je +m'adresse_;--_c'était_ DE _nous_ QUE _vous parliez_;--_ce sera_ POUR +_mes enfans_ QUE _je travaillerai_. Si au lieu de cette conjonction, on +employait _à qui_, dans la première phrase; _dont_ ou _de qui_ dans la +seconde; et _pour qui_ dans la troisième; l'on violerait les règles de +la grammaire, en ce que l'on donnerait deux régimes indirects aux +verbes, _je m'adresse_, _vous parliez_, _je travaillerai_, tandis qu'ils +n'en doivent avoir qu'un. On dit de même, _c'est ici_ QUE _je +demeure_;--_c'est là_ QUE _je vais_: et non pas, _c'est ici_ OÙ _je +demeure_;--_c'est là_ OÙ _je vais_. Dans ces phrases, ce ne sont pas, il +est vrai, deux régimes indirects qui marquent le même rapport, mais deux +adverbes qui expriment la même circonstance, et dont un seul suffit. + +Après le verbe _être_ précédé de _ce_, l'on met _à_ et _de_ devant +l'infinitif: _c'est à moi à_,--_c'est à vous à_,--_c'est à lui à_, +éveille une idée de tour: _c'est à moi de_,--_c'est à vous de_,--_c'est +à lui de_, exprime une idée de droit ou de devoir. Ainsi l'on dira, +_c'est à moi_ À _jouer_, c.-à-d., c'est mon tour de jouer: _c'est à moi_ +DE _commander_, c.-à-d., c'est mon droit, c'est mon devoir de commander. + +On dit souvent _il a été_ pour _il est allé_, et vice-versa. La règle à +suivre en cela est que toutes les fois que l'on suppose le retour du +lieu, il faut dire, _il a été_, _j'ai été_: et lorsqu'il n'y a pas de +retour, _il est allé_. Ainsi, _Pierre est allé au sermon_, signifie que +Pierre n'est pas de retour du sermon: _Pierre a été au sermon_, veut +dire que Pierre est de retour du sermon. Les locutions, _je suis allé le +voir_;--_je suis allé le visiter_, sont vicieuses; il faut dans l'une et +l'autre phrase dire, _j'ai été_. + +Il est essentiel de remarquer que ce n'est que dans les temps composés, +qu'on emploie le verbe être pour le verbe _aller_; _il est allé à la +messe_,--_il a été à la messe_: ne dites, pas: _il_ FUT _à la +messe_,--_il_ FUT _jusqu'à Rome_: mais, _il_ ALLA _à la messe_,--_il_ +ALLA _jusqu'à Rome_. + +EUPHONIE; terme de grammaire qui signifie prononciation agréable. +L'_euphonie_ fait changer quelquefois un mot, comme quand on dit MON +_amitié_ pour MA _amitié_; et quelquefois ajouter certaines consonnes, +comme dans ces locutions, _va_-T-_en_;--_va_s-_y_;--_si_ L'_on vous +demande_: où les lettres T, S, L, font éviter le son désagréable qui +résulte de la rencontre de deux voyelles. + +ÉVANGILE est masculin. Ne dites pas, _la dernière évangile_,--_à la +dernière évangile_, mais, _le dernier évangile_,--_au dernier évangile_. + +ÉVEILLER, RÉVEILLER. _Éveiller_ se dit d'une cessation de sommeil +douce, ordinaire et naturelle. _Réveiller_ suppose quelque chose +d'irrégulier et de subit. + +ÉVITER ne signifie jamais _épargner_: ne dites pas, _je vous_ ÉVITERAI +_cette peine_;--ÉVITEZ _moi ce désagrément_: dites, _je vous_ ÉPARGNERAI +_cette peine_;--ÉPARGNEZ _moi ce désagrément_. + +EXCEPTÉ s'accorde lorsqu'il suit le substantif; _vos frères_ EXCEPTÉS, +et reste invariable quand il le précède, EXCEPTÉ _vos frères_. + +EXCLURE. Participe passé _exclu_, _exclue_: ou, _exclus_, _excluse_. Ce +dernier est peu usité. + +EXCUSE. _Demander excuse_ signifie _exiger des excuses_: on ne peut donc +pas dire à quelqu'un qu'on a offensé, _je vous demande excuse_; il faut +dire, _je vous fais excuse_. + +EXEMPLE est féminin quand il signifie modèle de _dessin_, d'_écriture_, +etc., que l'on copie: il est masculin dans ses autres acceptions. + +C'est une faute grave de dire, IMITEZ _l'exemple de vos ancêtres_, +dites, SUIVEZ _l'exemple de vos ancêtres_. + +EXHIBITION est un terme de pratique qui signifie, _représentation +juridique de papiers_. Gardez-vous donc d'employer ce mot en parlant de +bestiaux, de grains, et en général des produits de l'industrie, d'objets +d'art, offerts à la vue du public en certaines occasions. _Exposition_ +est le terme propre. Ainsi dites, EXPOSITION _de tableaux_, _de +bestiaux_ etc.; et s'il y a concurrence pour des prix, employez le mot +_concours_. + +Ces observations s'appliquent également au verbe _exhiber_. + +EXPIRER se conjuge avec _être_ quand il se dit des choses; _la trève_ +EST _expirée_; et avec _avoir_ lorsqu'il se dit des personnes, _il_ A +_expiré entre mes bras_. + + +F. L'_f_ finale ne se fait pas sentir dans les mots suivans: _clef_, +_clefs_, _oeuf frais_, _oeuf dur_, _oeuf pourri_, _boeuf gras_, _boeuf +salé_, _cerf_, _cerfs_: elle ne se fait pas sentir non plus dans les +mots au pluriel, _nerfs_, _boeufs_, _oeufs_; mais on l'a fait entendre +dans ces expressions, _du boeuf_, _un oeuf_, _un nerf_, dans _nerf de +boeuf_, l'on prononce seulement l'_f_ du mot _boeuf_; dans le mot _neuf_ +l'_f_ se fait sentir au singulier, et elle est muette au pluriel: _habit +neuffe_, _habits neu_. + +FACE. La locution _en face_ prend après elle la préposition de; _en +face_ DU _temple_. Cependant dans le style familier on peut omettre +cette préposition; _il demeure en face le marché_. Cette régle +s'applique à _près_, et à _vis-à-vis_. + +FAILLIR est usité principalement à l'infinitif; au passé défini, _je +faillis_; et aux temps composés, _j'ai failli_, _j'avais failli_. Le +participe présent _faillant_ s'emploie rarement. + +On dit _j'ai failli tomber_ ou _de tomber_ ou _à tomber_; c'est +l'oreille qui décide. C'est encore l'oreille qui prescrit le choix des +prépositions _à_ ou _de_ devant l'infinitif, qui suit les verbes +_contraindre_, _demander_, _s'empresser_, _s'engager_, _finir_, +_forcer_, et _souffrir_. + +FALLOIR. _Il s'en faut_, accompagné d'une négation, ou de quelque mot +qui ait un sens négatif, tels que, _peu_, _guère_, _presque_, _rien_, +etc., veut la négation devant le verbe suivant: _il ne s'en faut pas_ +BEAUCOUP _qu'il_ NE _soit ruiné_:--_il s'en fallait_ PEU _qu'il_ N'_eût +achevé_. Mais on dirait, _il s'en faut qu'on y meure de faim_, le verbe +_il s'en faut_, n'étant accompagné d'aucune préposition négative. + +FERRER un chemin, c'est le garnir de pierraille, d'après le système de +McAdam. V. EMPIERRER. + +FEU. L'adjectif _feu_ ne s'accorde en genre que quand il précède +immédiatement le substantif: _la_ FEUE _reine_,--_notre_ FEUE _mère_: +mais on dit sans accord; FEU _la reine_;--FEU _notre mère_, l'adjectif +_feu_ étant séparé de son substantif par les mots _la_, _notre_. + +FEVE et HARICOT. Malgré beaucoup de ressemblance _la fêve_ et _le +haricot_ sont des légumes bien différens, et jamais les naturalistes ne +les confondent. Linnée nomme la _fêve_ FABA, et le _haricot_ PHASEOLUS. +Nous possédons en abondance la _féve_ et le _haricot_: mais il est à +regretter que nous les désignions presque toujours par le seul mot +_féve_: à peine même le terme _haricot_ nous est-il connu. + +FINIR prend _à_ et _de_ devant l'infinitif: _il ne finit pas_ DE +_parler_; ou, _il ne finit pas_ À _parler_. C'est l'oreille qui en +décide. + +FIXER ne saurait s'employer pour _regarder_: ne dites pas, _on ne peut_ +FIXER _le soleil_, _sans en être ébloui_: dites, _on ne peut_ REGARDER +etc. + +FLEURIR employé au figuré, c.-à-d., en parlant des arts, des sciences, +d'un empire, fait au participe _florissant_ et à l'imparfait +_florissait_; _alors les sciences_ FLORISSANT _en Égypte_:--_l'empire +romain_ FLEURISSAIT _sous Tite_. + +FORTUNÉ n'a jamais le sens de _riche_. Ne dites pas _un homme_ FORTUNÉ: +dites _un homme qui a de la fortune_. + +FOUDRE employé au propre est féminin: _être frappé_ DE LA _foudre_: +employé au figuré il est masculin: _quand le sublime rient à éclater, il +renverse tout comme_ UN _foudre_: à moins qu'il ne soit accompagné d'une +épithète; alors il est des deux genres; _la foudre_ VENGEUR, OU, _la +foudre_ VENGERESSE. + +FUNERAIRE n'est guère usité qu'en cette phrase: _frais funéraires_. + +FUR. On dit également bien AU _fur et_ À _mesure_, ou, À _fur et_ À +_mesure_. + + +G, est nul dans _Clugny_, _Regnaud_ et _Regnard_, (poëte): dites +_Cluny_, _Reno_, _Renar_. _Gessner_ (poëte) se prononce _Guesse-nère_. + +GABARI est un terme de marine, et signifie modèle de construction de +vaisseau, et contour vertical de la carène. Toute autre acception est +étrangère à ce mot. + +GARDE. Si _garde_ en composition se dit _d'une personne_, il a alors le +sens de _gardien_, substantif qui doit prendre l's au pluriel; _des +gardes-champêtres_, des _gardes-marines_, des _gardes-magasins_. Mais si +_garde_ se dit d'_une chose_, ou se rapporte à _une chose_, alors il est +verbe, et par conséquent invariable: des _garde-vue_, des +_garde-manger_, des _garde-robes_. + +_Garde_ est masculin quand il désigne un ou plusieurs individus tirés de +la totalité, comme UN _garde_ NATIONAL, _des gardes_ NATIONAUX. Mais il +est féminin quand il désigne tout le corps, comme _la garde_ NATIONALE. + +GENS veut au féminin tous les correspondans qui le précèdent, et au +masculin tous ceux qui le suivent: _les_ VIEILLES _gens sont_ +SOUPCONNEUX. + +Cependant au lieu de _toutes_ on emploie _tous_. + +1º. quand cet adjectif est le seul qui précède le substantif _gens_: +TOUS _les gens d'esprit_:--TOUS _les gens qui pensent bien_. + +2º. quand _gens_ est précédé d'un adjectif qui n'a qu'une seule et même +terminaison pour les deux genres, comme _aimable_, _brave_, _honnête_ +etc.; TOUS _les honnêtes gens_,--TOUS _les habiles gens_. + +GÉSIR n'est plus en usage que dans _il git_, _nous gisons_, _ils +gisent_, _il gisait_, _ils gisaient_. + +_Ci-git_ et _ci-gisent_ sont des formules d'épitaphe. + +Quoique seule entre deux voyelles dans _nous gisons_, _ils gisent_ etc. +_s_ conserve le son qui lui est propre, et l'on prononce _nous gissons_, +_ils gissent_ etc. + +GRANDE. L'_e_ de l'adjectif _grande_ s'élide toujours dans _grand'mère_, +_grand'tante_; et fort souvent dans _grand'chambre_, _grand'chère_, +_grand'croix_, _grand'messe_, _grand'peine_, _grand'peur_, _grand'rue_, +_grand'pitié_, _grand'salle_: cependant l'élision cesse d'avoir lieu +quand l'adjectif _grande_ est précédé de l'article, ou d'un adjectif +déterminatif, comme, _une_, _ma_, _ta_, _sa_, _cette_, etc.; _la plus_ +GRANDE _peine_,--_une_ GRANDE _chambre_;--_cette_ GRANDE _messe a été +bien chantée_. + + +HAÏR prend deux points sur l'_ï_ dans toute la conjugaison, excepté aux +trois personnes du singulier du présent de l'indicatif: _je hais_, _tu +hais_, _il hait_, et à l'impératif, _hais_. + +HENRI. On aspire l'_h_ de ce mot dans le discours soutenu, mais on ne +l'aspire jamais dans la conversation. + +L'_h_ de _Henriette_ ne s'aspire dans aucun cas. + +HIER. L'usage veut qu'on dise, _hier matin_, et non, _hier_ AU _matin_: +_hier_ AU _soir_, et non, _hier soir_. V. DEMAIN. + +HIVERNEMENT n'est pas français, mais _hivernage_ l'est, et signifie le +temps qu'un navire passe en relâche pendant l'hiver. + +HIVERNER pour signifier, passer l'hiver en quelque lieu, n'est employé +qu'en parlant de troupes. On ne peut donc pas dire, _j'ai_ HIVERNÉ _à +trois-Rivières_;--_à Québec_. + +HOLLANDE. L'_h_ de ce mot est toujours aspiré, excepté dans les +locutions, _toile_ D'_Hollande_;--_fromage_ D'_Hollande_. + +HYMNE est toujours masculin, excepté quand il signifie chant d'Église. + + +IMAGINER. On emploie souvent _imaginer_ pour _s'imaginer_. Le premier +signifie inventer, ou se former dans l'esprit l'idée de quelque chose: +le second se persuader quelque chose sans fondement: il IMAGINE _avoir +raison_; dites, _il_ S'IMAGINE _avoir raison_. + +_Immaginer_ sans pronom personnel ne peut jamais être suivi +immédiatement d'un _que_, ni d'un _infinitif_. On dit bien, _on ne peut +rien_ IMAGINER _de plus intéressant_;--_j'_IMAGINE UNE _chose_, UN +_moyen de_.. Mais on ne doit pas dire, j'_imagine_ QUE _cela est_:--_il +imagine_ ÊTRE _un grand homme_: il faut dire: _je_ M'_imagine_ QUE _cela +est_;--_il_ s'_imagine_ ÊTRE _un grand homme_. + +IMPARDONNABLE ne se dit que des _choses_, et non des _personnes_: +_faute_ IMPARDONNABLE. En parlant des _personnes_, on dit, +_inexcusable_: _homme inexcusable_. + +La même observation s'applique au mot _pardonnable_. + +IMPATIENTER. (s') L'usage refuse au verbe _s'impatienter_ un infinitif +pour régime. Ainsi ne dites pas, _ils s'impatientèrent d'attendre_. + +IMPERATIF. La seconde personne singulière de l'impératif, excepté pour +les quatre verbes irréguliers, _aller_, _avoir_, _être_ et _savoir_, est +toujours semblable à la première du présent de l'indicatif. Ainsi l'on +dira, _travaille_, _cueille_, et non pas, _travailles_, _cueilles_, à +moins pourtant que la seconde personne de l'impératif terminée par un +_e_ muet, ne soit suivie d'un _y_, ou du pronom _en_: elle prend alors +une _s_, pour la douceur de la prononciation;_travailles-y_,--_donnes-en_. + +L'impératif _va_, suivi d'_y_ et d'_en_, prend aussi une _s_ euphonique: +_vas-y_,--_vas en chercher_. + +IMPOSITION. Le mot anglais _imposition_ signifie quelquefois _abus de +pouvoir_, _fraude_, etc. Le mot français _imposition_ ne comporte pas +cette acception. + +INCLUS. _Ci-inclus_, _ci joint_, sont invariables quand ils précèdent un +nom, dont le sens est vague: _vous trouverez_ CI-INCLUS,--CI-JOINT +_copie de ma lettre_. Mais quand l'énonciation est précise, comme LA +_copie_, l'accord a lieu; _vous trouverez_ CI-INCLUSE,--CI-JOINTE _la +copie de ma lettre_. + +INSULTER _quelqu'un_, c'est l'injurier. _Insulter_ À _quelqu'un_, c'est +manquer aux égards que réclament sa faiblesse, son malheur: _insulter_ +AUX _malheureux_. + +INTERJECTIONS. Duvivier dit + + «que beaucoup de personnes écrivent indistinctement AH! et HA!--Ô! + OH! et HO!--EH! et HÉ!» + +et il ajoute, + + «que cette diversité d'orthographe vient de la difficulté de + représenter nettement, par l'écriture, le mouvement de l'organe + dans l'espèce de cri inarticulé que nous arrache une émotion + vive.» + +Ce qui suit est puisé dans le Dictionnaire de l'_Académie_. + + «Ô avec l'accent circonflexe est une interjection qui sert à + marquer diverses passions... _ô siècle!_ _ô temps!_ _ô le + plaisant homme!_ _ô si je pouvais!_ + + «O, sans accent circonflexe, désigne l'apostrophe, _o mon + fils!_ _o mon Dieu!_ + + «OH. Interjection qui marque la surprise ou l'affirmation. _Oh, + oh, je n'y prenais pas garde_:--_Oh pour cela, non._ + + «HO. Interjection qui sert tantôt pour appeler, tantôt pour + témoigner de l'étonnement ou de l'indignation. _Ho! venez un + peu ici. Ho! que me dites-vous là?_ + + «Quand il est interjection d'étonnement, ou d'indignation, il + s'écrit quelquefois OH! + + «AH. Interjection qui sert à marquer la joie, la douleur, + l'admiration... _Ah! que vous me faites plaisir! Ah! que vous + me faites mal!_ + + «Ce n'est souvent qu'une interjection explétive, qui ne sert + qu'à rendre une locution plus animée. _Ah! Madame, gardez-vous + de le croire._ + + «HA. Interjection de surprise, d'étonnement. _Ha! vous voilà! + Ha! ha!_ Il se confond souvent avec l'interjection AH! + + «EH. Interjection d'admiration, de surprise. _Eh! qui airait pu + croire que..._ + + «HÉ. Interjection qui sert principalement à appeler. _Hé! viens + ça._ + + «Souvent cette interjection se confond avec EH, soit pour + avertir de prendre garde à quelque chose, comme, _Hé! + qu'allez-vous faire?_ soit pour témoigner de la commisération, + _Hé! mon Dieu..._ soit pour marquer de la douleur, _Hé! + qu'ai-je fait?_» + + +JAMAIS. Après _jamais_ l'on sous-entend souvent l'article devant les +substantifs communs, et alors on met ces substantifs au singulier: +_jamais mortel n'a joui d'un bonheur parfait_, et non pas, _jamais +mortels n'ont joui_, etc. + +JE. Quand _je_, mis après un verbe, produit un son désagréable, ce qui a +lieu le plus souvent pour les verbes qui n'ont qu'une syllabe au présent +de l'indicatif, il faut prendre un autre tour: ainsi au lieu de +_dors-je?_ _ris-je?_ _choisis-je?_ _mangé-je?_ dites, _est-ce que je +dors?_ _est-ce que je ris?_ etc. + +JETER. Ce verbe et tous ceux qui sont terminés en _eter_ à l'infinitif, +comme _fureter_, _feuilleter_, _souffleter_, _projeter_, etc. ne +doublent la consonne _t_ que devant un _e_ muet. _Je jette, tu jettes, +il jette, nous jetons, vous jetez, ils jettent, je jetais, tu jetais, il +jetait, nous jetions, vous jetiez, ils jetaient, je jetai, tu jetas, il +jeta, nous jetâmes, vous jetâtes, ils jetèrent, je jetterai, tu +jetteras, nous jetterons, vous jetterez, ils jetteront, je jetterais, +etc., jette, jetons, jetez, que je jette, que tu jettes, qu'il jette, +que nous jetions, que vous jetiez, qu'ils jettent, que je jetasse, etc., +jetant, jeté, jetée._ + +JOINDRE signifiant _ajouter_ demande _à_: _joignez cette maison_ À _la +vôtre_: dans le sens d'_unir_, d'_allier_, il prend indifféremment _à_ +ou _avec_: _joindre la prudence_ À ou AVEC _la bravoure_. + +JOUIR se prend toujours en bonne part: ainsi ne dites pas, JOUIR _d'une +mauvaise santé_:--JOUIR _d'une mauvaise réputation_: dites, AVOIR _une +mauvaise santé_:--_une mauvaise réputation_. + +JUSQUE. Au lieu de _jusque_, on peut employer _jusques_ devant une +voyelle: JUSQU'_à nous_, ou JUSQUES _à nous_: c'est l'oreille qui en +décide. + +L'_e_ de _jusque_ s'élide seulement devant _à_, _au_, _aux_, _ici_: +_jusqu'à Paris_,--_jusqu'au Pérou_,--_jusqu'ici_. + +L'usage permet de dire également, _jusqu'à aujourd'hui_, et +_jusqu'aujourd'hui_. + + +L finale ne se prononce pas dans _baril_, _chenil_, _coutil_, _fournil_, +_fusil_, _gril_, _nombril_, _outil_, _persil_, _soûl_, _sourcil_, +_gentil_ (idolâtre). Mais elle sonne dans tous les autres mots. + +Cependant il faut remarquer que cette lettre, dans le mot _gentil_ pour +signifier _joli_, ne sonne que devant une voyelle, et qu'alors elle se +mouille comme au feminin: _un gentil enfant_: prononcez _un gentille +enfant_: mais au pluriel l'_l_ reste muette, et on dit _genti-zan-fan_. + +L finale précédée d'un _i_ prend le son mouillé, dans _avril_, _babil_, +_cil_, _mil_ (petit grain), _péril_, _bail_, _travail_, _fénil_, etc. + +Il faut en excepter _fil_, _Nil_, _mil_, (adjectif numéral) ainsi que +les adjectifs en _il_, et de plus les mots énumérés ci-dessus, où l'_l_ +ne se prononce pas. + +LÀ. L'adverbe _là_ doit être accompagné d'un trait d'union, lorsqu'il +est joint à des mots, dont le sens ne permet pas de le séparer: _cet +homme_-LÀ,--_celui_-LÀ,--_allez_-LÀ,--_quel livre est-ce_-LÀ? Mais on +dira sans trait d'union: _c'est_ LÀ _mon opinion_,--_que dites-vous_ +LÀ?--_sont-ce_ LÀ _vos livres_? parce que dans ces phrases l'adverbe +_là_ n'est pas indispensable: on peut le supprimer, et dire: _c'est mon +opinion_,--_que dites-vous?_--_sont-ce vos livres?_ + +LE. Le pronom _le_ peut représenter un _substantif_, ou un _adjectif_. +Quand il représente un substantif, ou un adjectif pris substantivement, +il s'accorde en genre et en nombre avec ce substantif, ou avec cet +adjectif pris subtantivement: _êtes-vous Madame de Ste. Croix?_--_je_ LA +_suis_: _êtes-vous la malade?_--_je_ LA _suis_: _êtes-vous les ministres +du roi?_ _nous_ LES _sommes_: _êtes-vous les mariés?_ _nous_ LES +_sommes_. + +Lorsque le pronom _le_ représente un adjectif, ou un substantif pris +adjectivement, il est invariable, l'adjectif ne pouvant lui communiquer +ni genre ni nombre: _Madame, êtes-vous malade?_--_je_ LE _suis_; +_Messieurs êtes-vous mariés?_--_nous_ LE _sommes_.--_Madame êtes-vous +mère?_ _je_ LE _suis_. + +Le pronom _le_ peut aussi tenir la place d'une proposition ou d'un +verbe. Dans ce cas il est invariable parce qu'une proposition, ou un +verbe, n'a ni genre ni nombre. _Si le public a eu quelque indulgence +pour moi_, _je_ LE _dois à votre protection_;--_il faut obliger quand +on_ LE _peut_. + +Après _aussi_, _autant_, _moins_, _mieux_, _plus_, l'on fait suivre la +conjonction _que_ du pronom _le_: _il est aussi habile que je_ LE +_croyais_:--_elle est moins douce qu'elle ne_ LE _semblait_;--_ils sont +plus savans qu'on ne_ LE _disait_. On pécherait contre la grammaire de +dire,.. _que je croyais_,.. _qu'elle ne semblait_,.. _qu'on ne disait_. + +L'oreille exige qu'on dise, _donnez_ LE _moi_,--_montrez_ LA +_moi_,--_prêtez_ LA _nous_, et non pas, _donnez moi_ LE,--_montrez moi_ +LA,--_prêtez nous_ LA. + +LE DIT, LA DITE, SUSDIT, SUSDITE, sont des termes de _Palais_, dont +l'emploi, en dehors de la pratique, est interdit aux personnes qui se +piquent d'écrire et de parler avec grâce. + +LE MIEN. Les pronoms possessifs, _le mien_, _le tien_, _le nôtre_, _le +vôtre_, doivent toujours se rapporter à un substantif énoncé +précédemment. Ainsi, _j'ai reçu la_ VÔTRE _en date du_....est une phrase +dans laquelle _la vôtre_ ne se rapporte à rien: dites, _j'ai reçu votre +lettre en date du_.... + +LEQUEL. Au lieu de _qui_, _que_, l'on doit employer _lequel_, pour +éviter une équivoque. Ainsi l'on ne dira pas, _c'est un effet de la +Providence divine_ QUI _excite l'admiration_.--_c'est un effet de la +Providence divine_ QUE _nous admirons_: car on ne sait si _qui_ et _que_ +se rapportent à _effet_ ou à _Providence_. Il faut dire, _c'est un effet +de la Providence divine_ LEQUEL _excite notre admiration_..LEQUEL _nous +admirons_. Hors le cas d'équivoque on doit préférer _qui_, _que_, à +_lequel_, expression prosaïque et inélégante. + +LETTRES MAJUSCULES. Il faut commencer par une _majuscule_ ou _grande +lettre_ chaque alinéa, chaque phrase, chaque vers, tous les noms +d'homme, de vaisseau, de fausse divinité, tels que _Pierre_, _Jean_, _le +Formidable_ (vaisseau) _Jupiter_: tous ceux de lieu, tels que +l'_Europe_, _Londres_, _Québec_; tous ceux de peuples, tels que les +_Européens_, les _Romains_, les _Canadiens_: tous ceux de sectes, tels +que les _Épicuriens_, les _Protestans_: tous ceux de rivières, de +montagnes, de vents; le _St. Laurent_, les _Alpes_, le _Nord-Est_: tous +ceux de jour et de mois, tels que _Vendredi_, _Août_; tous ceux de +tribunaux, de compagnies, de corps, de dignités, quand ces noms sont +employés avec application individuelle, tels que l'_Église_ du Canada, +le _Parlement_ d'_Angleterre_, l'_Académie_, l'_Apôtre S. Paul_: enfin +tous ceux de science, d'art, de métier, s'ils sont pris dans un sens +individuel, qui distingue la science, l'art, le métier de toute autre +science, de tout notre art, de tout autre métier. _La Grammaire est une +science indispensable_:--_la Musique est un art charmant_. + +Les adjectifs _saint_, _grand_, et semblables, lorsqu'ils entrent dans +la composition d'un nom propre, aussi bien que les titres, +_Monseigneur_, _Monsieur_, _Madame_, etc., doivent prendre une _initiale +majuscule_: c'est l'usage. + +Quelquefois on personnifie les êtres moraux, et alors ils suivent la +règle des noms d'homme. _Envie_ par ex. prend une lettre majuscule dans +ce vers de la Henriade: _Ci-gît la sombre Envie à l'oeil timide et +louche._ Le même mot s'écrit sans grande lettre dès qu'il cesse d'être +personnifié. _L'envie s'attache aux grands talens._ + +Lorsque les noms de peuples et de sectes n'embrassent pas la totalité, +la majuscule cesse d'avoir lieu, _un français_, _des anglais_, _un +calviniste_. + +_Remarque._--Ces règles sur l'emploi des lettres majuscules sont à peu +près les plus généralement suivies. Néanmoins il faut dire qu'il existe +à cet égard bien des contradictions entre les auteurs. + +LEUR joint au verbe ne prend jamais la lettre _s_: _donnez leur à +manger_;--_je leur ai dit_: joint à un nom il prend une s au pluriel. + +LIRE. On doit dire, _lire_ DANS _un journal_,--DANS _un régistre_; et +non pas, _lire_ SUR _un journal_,--SUR _un régistre_. + +LIS. L'_s_ de ce mot se prononce toujours, excepté dans _fleur de lis_. + +LOUIS. Plusieurs personnes confondent _louïs_, pièce de monnaie, avec +_livre_, monnaie de compte. C'est une erreur grave, parce que le _louïs_ +est une ancienne monnaie d'or de France, dont la valeur, fixée par nos +lois, est d'un peu plus de quatre piastres et demie d'Espagne; tandis +que notre livre du cours d'Halifax vaut seulement quatre piastres. + +Le mot _dollar_, monnaie des États-Unis, est reçu, de même que le mot +_pound_ pour la livre sterling. Ce dernier cependant sonne mal à +l'oreille. + +L'UN et L'AUTRE, employé comme sujet, veut le verbe au pluriel: _l'un et +l'autre_ VIENDRONT. Le substantif placé après _l'un et l'autre_ se met +au singulier; _l'un et l'autre_ CHEVAL. Quand _l'un_ est précédé d'une +préposition, cette préposition doit être; répétée devant _l'autre_; _je +parle_ POUR _l'un et_ POUR _l'autre_. + +_Ni l'un ni l'autre_, veut également le verbe au pluriel, excepté quand +un des sujets précédés de _ni_ peut seul faire l'action marquée par le +verbe; _ni l'un ni l'autre n'_OBTIENDRA _le prix_:--_ni Monsieur A_, _ni +Monsieur B ne_ SERA _nommé président_. + +_L'un et l'autre, les uns et les autres_ marquent simplement la +pluralité. _L'un l'autre_, _les uns les autres_ expriment la +réciprocité: _Racine et Boileau étaient poëtes l'un_ ET _l'autre_; _ils +s'estimaient l'un l'autre_. + + +MAJESTÉ veut au féminin l'adjectif et le participe qui suit: _Votre +Majesté est_ VICTORIEUSE. Lorsqu'il est suivi d'un substantif pris +adjectivement, les avis sont partagés; les uns disent; _Votre Majesté +est_ MAÎTRESSE _de ses états_, les autres, _Votre Majesté est_ MAÎTRE +_de ses états_. Cette dernière construction est généralement plus +usitée. + +MALGRÉ QUE employé dans le sens de _quoique_, a vieilli, et n'est plus +français. Ainsi ne dites pas, _il sort_ MALGRÉ QU'_on_ _le lui défende_: +dites, QUOIQU'_on le lui défende_. + +MANOEUVRE et MANOUVRIER. Ces mots différent dans leur signification. +_Manoeuvre_ est un ouvrier subalterne, qui sert ceux qui font l'ouvrage. +_Manouvrier_, ouvrier qui travaille de ses mains et à la journée. + +MANQUER prend _à_ et _de_ devant l'infinitif: _à_, quand il signifie ne +pas faire ce qu'on doit: _on mésestime celui qui manque_ À _remplir ses +devoirs_: et _de_ lorsqu'il signifie _omettre_, _oublier_, _faillir_: +_ne manquez pas_ DE _venir_,--_il a manqué_ DE _tomber_. + +MASSACRANT. Ce mot ne se trouve dans aucun dictionnaire. On doit donc +éviter de dire, _cet homme est aujourd'hui d'une humeur_ MASSACRANTE, +etc. + +MATINAL est celui qui s'est levé matin, sans en avoir l'habitude; +_matineux_ celui qui a l'habitude de se lever matin: _vous êtes bien_ +MATINAL _aujourd'hui_:--_je ne suis pas_ MATINEUX. + +MEILLEUR. Le comparatif _meilleur_ suivi de _que_ veut _ne_ devant le +verbe suivant: _ces fruits sont meilleurs que je_ NE _le croyais_: à +moins que le premier verbe ne soit négatif, ou employé interrogativement: +_ces fruits ne sont pas meilleurs que je le croyais_. + +MÊLER _avec_, c'est brouiller ensemble plusieurs choses; _mêler l'eau_ +AVEC _le vin_,--_mêler de l'or_ AVEC _de l'argent_. _Mêler à_, c'est +joindre, unir: _mêler la douceur_ À _la sévérité_:--_mêler l'agréable_ À +_l'utile_. + +MÊME est adjectif ou adverbe. + +_Même_ est adjectif, + +1º. quand il précède le substantif: _vous retombez dans les_ MÊMES +_allarmes_. + +2º. quand il est placé après un pronom, ou un seul substantif: _les +Dieux_ EUX-MÊMES _devinrent furieux_,--_ces murs_ MÊMES _peuvent avoir +des yeux_. + +_Même_ est adverbe, + +1º. quand il est placé après deux ou plusieurs substantifs: _les +animaux, les plantes_ MÊME, _étaient au nombre des Divinités_. + +2º. quand il qualifie un verbe; _exempts de maux réels les hommes s'en +forment_ MÊME _de chimériques_. + +MI. Particule indéclinable, abréviation de _demi_, signifie la moitié, +le milieu: _la_ MI-_août_,--_la_ MI-_carême_. + +_À mi_ est une locution adverbiale qui signifie, à la moitié de; _à +mi-côte_,--_à mi-jambes_. + +MIEUX. La syntaxe de l'adverbe _mieux_ donne lieu à plusieurs +observations. + +1º. suivi de deux infinitifs, _mieux_ veut _de_ avant le second +infinitif; _il vaut mieux se taire que_ DE _parler mal_. + +2º. _mieux_ veut _ne_ devant le verbe qui suit la conjonction que; _il +écrit mieux que je_ NE _le croyais_; à moins que le verbe devant _mieux_ +ne soit négatif: _il n'écrit pas mieux que je le croyais._ + +3º. _Le mieux_, _la mieux_, _les mieux_ veulent le verbe suivant au +subjonctif: _le livre le mieux écrit que nous_ AYONS LU. + +MIL s'écrit de trois manières. + +1º. _mil_, dans les supputations d'années: _l'an mil huit cent quarante +et un_. + +2º. _mille_ pour exprimer dix cents: _nos troupes firent cinq_ MILLE +prisonniers. + +Dans ces deux cas il rejette la marque du pluriel. + +3º. _mille_ avec une _s_ au pluriel, pour représenter une mesure de +chemin: alors il est substantif commun. + +MOINDRE veut _ne_ devant le verbe qui suit la conjonction _que_: _cette +somme est moindre que vous_ NE _le dites_: à moins que le verbe placé +devant _moindre_, ne soit négatif, ou interrogatif; _cette somme n'est +pas moindre que vous le dites._ + +_Le moindre_, _la moindre_, _les moindres_ veulent le verbe suivant au +subjonctif: _la moindre faute que vous puissiez commettre._ + +Tout ce qui est dit ici pour l'adjectif _moindre_ doit s'appliquer à +l'adverbe _moins_. + +MOINS. _À moins que de_, et, _à moins de_ se disent également devant +l'infinitif. + +MON. Les adjectifs possessifs _mon_, _ma_, _mes_, _ton_, _ta_, _tes_, +_son_, _sa_, _ses_, _notre_, _nos_, _votre_, _vos_, _leur_, _leurs_ se +répètent, + +1º. devant chaque substantif: _mon père et_ MA _mère_:--_mes frères et_ +MES _soeurs_; et non pas, _mes pères et mère_;--_mes frères et soeurs_. + +2º. devant deux adjectifs unis par _et_, lorsqu'ils ne qualifient pas le +même substantif: _mon grand et_ MON _petit appartement_;--_nos vieux et_ +NOS _jeunes soldats_. + +Mais on dirait sans répéter l'adjectif possessif; _mon grand et bel +appartement_:--_nos vieux et braves soldats_: attendu que le même +appartement est _grand_ et _beau_, et que les mêmes soldats sont _vieux_ +et _braves_, les deux adjectifs modifiant le même substantif. + +MOUCHER n'est jamais neutre: ainsi il ne faut pas dire, _je mouche +beaucoup_, mais _je_ ME _mouche beaucoup_. + +MOUDRE. _Je mouds, tu mouds, il moud, nous moulons, vous moulez, ils +moulent, je moulais, je moulus, je moudrai, je moudrais, mous, moulons, +moulez, que je moule, que tu moules, que je moulusse, moulant, moulu, +moulue._ + +MOUVOIR. _Je meus, tu meus, il meut, nous mouvons, vous mouvez, ils +meuvent, je mouvais, je mus, je mouvrai, je mouvrais, meus, mouvons, +mouvez, que je meuve, que tu meuves, qu'il meuve, que nous mouvions, que +vous mouviez, qu'ils meuvent, que je musse, mouvant, mû, mûe._ + +Conjuguez de même _émouvoir_, _s'émouvoir_. + +MUR et MURAILLE. On dit,--_les_ MURS _d'un jardin_,--_les_ MURAILLES +_d'une ville_. Le propre du _mur_ est de séparer, de partager, de +fermer: l'idée particulière de la _muraille_ est celle de défendre, de +fortifier. + + +N. Quand un mot est terminé par un son nasal, c.-à-d., par _an_, _in_, +_on_, l'on ne fait la liaison de l'_n_ finale avec la voyelle qui +commence le mot suivant, que quand le sens n'admet aucune pause entre +ces deux mots, comme dans, _mon ami_,--_certain auteur_,--_on ignore_. +Mais on prononce sans lier la consonne _n_ à la voyelle qui suit, _mon +cousin est venu_,--_vin bon à boire_,--_je demande pardon à Dieu_, parce +que l'on peut faire une légère pause après les mots, _cousin_, _bon_, +_pardon_. + +NE. La négation _ne_ précédée d'un _que_ et suivie d'un _verbe_ offre +quelques difficultés. + +Dans les comparatifs d'inégalité caractérisés par _plus_, _moins_, +_meilleur_, _mieux_, ou autres termes équivalens, si le premier membre +de la comparaison est _négatif_, le second qui vient après _que_ doit +être affirmatif, et la négation _ne_ ne peut y paraître: _il n'est pas +plus sage qu'il était_;--_il ne pense pas autrement qu'il parle_;--_il +n'écrit pas mieux qu'il parle_. + +Dans les mêmes comparatifs d'inégalité, si le premier membre de la +comparaison est affirmatif, le second doit prendre _ne_: _il est plus +sage qu'il_ NE _l'était_,--_il pense autrement qu'il_ NE _parle_,--_il +écrit mieux qu'il_ NE _parle_. + +Les locutions conjonctives _à moins que_, _de peur que_, _de crainte +que_, et le verbe _empécher_, veulent toujours après eux la négation +_ne_; _à moins que vous_ NE _lui parliez_,--_de peur que l'on_ NE _vous +trompe_,--_les fautes d'Homère n'ont pas empêché qu'il_ NE _fût +sublime_. + +_Nier_, _douter_, _désespérer_, _disconvenir_ sont suivis de NE +seulement quand ils sont accompagnés d'une négation: _je ne doute pas +que cela_ NE _soit_, etc. + +Mais on dirait sans la négation, _je nie_,--_je doute que cela soit_, +parce que les verbes _nier_, _douter_ sont employés ici affirmativement. + +Les locutions conjonctives _avant que_, _sans que_, et le verbe +_défendre_, ne sont jamais suivis de _ne_: _avant qu'il fasse +froid_,--_je défends qu'on lui fasse mal_. + +Quand deux phrases négatives sont jointes par _ni_, ou quand _ni_ est +répété, l'emploi de la négation _ne_ est nécessaire: _il ne les +craignait ni_ NE _les aimait_,--_ni Pierre ni Paul_ NE _viendront_. + +NÉGATION. La négation se compose de _ne_, _ne pas_, _ne point_,--_je +n'ose_,--_je n'ose pas_,--_je n'ose point_; _ne_ est la plus faible des +négations; _ne point_ est la plus forte; et _ne pas_ tient le milieu. + +_Pas_ ne peut jamais être employé avec _rien_. Ne dites pas avec Racine; +_On ne veut_ PAS RIEN _faire ici qui vous déplaise_. + +NÉOLOGIE. L'emploi de nouveaux termes dans une langue est une +conséquence qui découle de la nature même des langues, qui ne peuvent +rester stationnaires. Horace l'a dit il y a près de deux mille ans. + +Mais avons-nous au Canada mission ou titre pour la création de nouveaux +mots? Oui, sans nul doute. Mais en même temps il est clair qu'il +n'existe chez nous aucun tribunal qui puisse connaître de nos produits +de ce genre: il est évident que l'Océan Atlantique nous sépare des seuls +juges compétens de la langue française, auxquels il appartient de +prononcer en dernier ressort. + +Tous les lexicographes conviennent de la nécessité d'incorporer à la +langue les termes de relation qui expriment les choses et les objets qui +n'existent que dans les pays lointains, nouvellement découverts, ou avec +lesquels l'on a eu peu de communications. D'où il résulte pour le Canada +le droit de créer des termes pour les objets et les choses qui lui +appartiennent exclusivement. + +D'un autre côté, notre position sous le gouvernement britannique a +nécessité l'adoption de quelques constructions, de quelques termes même +anglais. + +Il résulte de cette double circonstance, qu'un sage emploi de _nouveaux +termes_ et de mots anglais, là où la langue française n'en fournit pas +d'équivalens, est permis, commandé même. + +Mais que l'élève ne perde pas de vue que, hors les cas extrêmes, +l'emploi de mots et de constructions anglaises est un véritable fléau +pour la langue. Déjà cet abus a envahi la portion instruite de notre +société, et y fait des progrès allarmans; et pour comble de malheur l'on +porte quelquefois cette licence dans des écrits, que d'ailleurs le génie +ne désavouerait pas. + +Quant à l'emploi de mots purement anglais, là où il y a des termes en +français qui leur correspondent, c'est une manie insupportable, c'est le +comble du ridicule; et cependant combien de personnes, même d'éducation, +qui tombent dans ce défaut! Telle Dame ne peut manger de soupe qu'au +BARLEY! Tel Monsieur vous prie _de lui passer un_ TUMBLER _pour boire +du_ BRANDY _et de l'eau_! Celui-ci vous demande, sans perdre son +sérieux, si _ces_ PATATES (pommes de terre) _sont cuites au_ STEAM: +celui-là si _vous avez_ PAYÉ _une visite à Monsieur un tel_, etc. + +Qui ne voit la barbarie de ces expressions; l'impertinence de ce +langage? + +NEUF, NOUVEAU, RECENT. _Neuf_ signifie qui n'a pas servi; _nouveau_ qui +n'a pas encore paru: _récent_ qui vient d'arriver: _habit neuf_,--_mode +nouvelle_,--_fait récent_. + +NIER veut toujours au subjonctif le verbe qui suit la conjonction _que_; +_je nie qu'il_ AIT _raison_. + +_Nier_ accompagné d'une négation veut _ne_ devant le verbe suivant; _je +ne nie pas qu'il_ NE _mérite votre estime_. + +NOMBRE (du) et du GENRE de certains substantifs. Les chiffres, les +lettres de l'alphabet, les notes de musique, s'écrivent sans _s_ au +pluriel: _deux_ CINQ;--_trois_ B;--_quatre_ FA. + +Il en est ainsi de tous les mots de la langue pris matériellement; comme +dans cette phrase, _il y a plusieurs fautes d'impression dans cette +adresse_; _il y manque deux_ MONSIEUR, _trois_ MOT _et deux_ IL. Il est +essentiel de remarquer, qu'un mot féminin, employé matériellement, +devient masculin. En voici un exemple pris dans Duvivier; _Rencontre_, +_toujours_ FÉMININ _en quelque sens qu'on l'emploie_, _était autrefois_ +MASCULIN. + +NOMS PROPRES. Les _noms propres_ ne prennent jamais la marque du +pluriel: _l'Espagne a vu naître les deux_ SENEQUE;--_les_ CORNEILLE _et +les_ RACINE _ont illustré la scène française_; excepté quand ils sont +employés comme noms communs, c.-à-d., pour désigner des individus +semblables à ceux dont on emprunte le nom: _la France a eu ses_ CÉSARS +_et ses_ POMPÉES. + +NON PLUS QUE. Quand deux sujets sont unis par _non plus que_, le verbe +s'accorde avec le premier sujet: _la fortune, non plus que les +dignités_, _n'_ASSURE _le bonheur_. + +NOUS. Quelquefois l'on emploie le pronom _nous_ au lieu de _je_; alors +l'adjectif et le participe en rapport avec _nous_, se mettent au +singulier; CONVAINCU _comme nous le sommes de notre insuffisance_, et +non pas, CONVAINCUS _comme nous le sommes_... + +NOUVEAU employé comme adverbe est invariable: _des enfans_ NOUVEAU +_nés_. Il ne s'emploie jamais adverbialement avec un substantif féminin; +ainsi ne dites pas, _une fille_ NOUVEAU _née_, mais, _une fille +nouvellement née_. + +NU. L'adjectif _nu_ ne s'accorde que lorsqu'il suit le substantif; +_tête_ NUE,--_pieds_ NUS. Lorsqu'il précède le substantif il est +invariable; NU _tête_,--NU _pieds_. + +NUIRE. _Je nuis_, _tu nuis_, _je nuisais_, _je nuisis_, _je nuirai_, _je +nuirais_, _nuis_, _que je nuise_, _que je nuisisse_, _nuisant_, _nui_. +Le participe _nui_, ainsi que le participe _s'entre-nui_ est invariable: +_ils se sont nui_;--_elles se sont entre-nui_. + +NUL. L'adjectif _nul_, signifiant _pas un_, rejette la marque du +pluriel; _nulle proposition_; à moins qu'il n'accompagne un substantif +qui n'a pas de singulier, comme _pleurs_, _ancêtres_; ou qui ou pluriel +a un autre sens qu'au singulier, comme _troupes_, _gages_: _nuls +pleurs_,--_nulles troupes_. + +Avec _nul_ on supprime _pas_ et _point_. + +NUMÉRO, FOLIO, RECTO, DUO, etc. Les mots empruntés du latin ne prennent +pas d's au pluriel; _factum_ est excepté; on dit des _factums_. + + +OBÉIR. Quoique verbe neutre, _obéir_ a un passif: _je veux_ ÊTRE OBÉI. + +OBLIGER dans le sens _d'imposer l'obligation de_, prend _à_ ou _de_ au +choix de l'oreille: _la religion nous oblige_ À _secourir_, ou, DE +_secourir nos semblables_. + +Dans le sens de _rendre service_, ou employé au passif, il prend _de_, +et jamais _à_: _vous m'obligerez_ DE _m'accompagner_;--_nous sommes +obligés_ D'_obéir aux lois_. + +_Être obligé_ ne se dit point des _choses_: cette locution, _le mérite +est_ OBLIGÉ _d'être modeste_, est donc vicieuse: dites, _le mérite_ DOIT +ÊTRE _modeste_. + +OBSERVER accompagné d'un régime indirect de personne, doit être précédé +du verbe _faire_. Ainsi dites; _je vous_ FAIS _observer que_..:--_il +nous_ FIT _observer que_..:--_je_ FERAI _observer à l'assemblée que_.. +et non pas, _je vous observe que_.._il nous observa que_.._j'observerai +à l'assemblée que_... + +Il résulte de là que l'on ne peut pas dire; _faire une observation à +quelqu'un_; il faut dire: FAIRE _faire une observation à quelqu'un_. + +OCCUPER (s'). On dit s'_occuper à_ et s'_occuper de_: le premier se met +avec les verbes, le second avec les substantifs: _il s'occupe_ À _me +faire avoir une place_;--_il s'occupe_ DE _mon affaire_. + +OEIL-DE-BOEUF. Au pluriel, _oeils-de-boeuf_: il en est ainsi +d'_oeil-de-bouc_,--d'_oeil-de-chat_,--d'_oeil-de-chèvre_, +--d'_oeil-de-christ_,--d'_oeil-de-perdrix_,--d'_oeil-de-soleil_. + +On dit; YEUX _du frommage_:--YEUX _du pain_. + +OFFRIR devant l'infinitif prend _de_, et _s'offrir_ prend _à_; _il +offre_ DE _vous accompagner_:--_il s'offre_ À _vous accompagner_. + +OINDRE, _j'oins, tu oins, il oint, nous oignons, vous oignez, ils +oignent, j'oignais, j'oignis, j'ai oint, j'oindrai, j'oindrais, oins, +oignons, oignez, que j'oigne, que nous oignons, que j'oignisse, oignant, +oint, ointe._ + +Ainsi se conjugue _joindre_. + +ON. Quoique masculin et singulier de sa nature, le pronom _on_ devient +_féminin_ quand il s'applique spécialement à une personne du sexe: et +_pluriel_ lorsque le sens indique évidemment qu'il désigne plusieurs +personnes. Alors l'adjectif et le participe qui se rapportent à _on_ +prennent la marque du féminin et du pluriel: _quand on est_ MÈRE _on +n'est pas toujours_ MAÎTRESSE _de son temps_:--_quand on s'estime +mutuellement_, _on n'est pas heureux d'être_ SÉPARÉS. + +Au lieu de _on_, il faut employer _l'on_, pour éviter certaines +consonnances choquantes qui ont lieu principalement après _et_, _si_, +_ou_:--_et_ L'_on veut_;--_si l'on dit_:--_ou_ L'_on verra_. + +Cependant on doit faire usage de _on_ devant _le_, _la_, _les_, _lui_ +pour éviter la répétition désagréable de l'articulation _l_:--et dire, +_et on le veut_,--_si on le dit_,--_ou on le verra_, et non pas, _et_ +L'_on le veut_,--_si_ L'_on le dit_,--_ou_ L'_on le verra_. + +Au commencement d'une phrase, il faut préférer _on_ à _l'on_, parce +qu'alors il n'y a pas de mauvaise consonnance à éviter. + +ONZE se prononce avec aspiration: _le_ ONZE _de Juillet_:--_de_ ONZE +_enfans il n'en reste que trois_:--_vous êtes_ ONZE;--_sur les_ ONZE +_heures_:--_ils étaient_ ONZE: prononcez, _vous ête onze_:--_sur lè onze +heures_:--_ils étè onze_. + +ONZIÈME _adjectif_. On prononce ce mot avec ou sans aspiration, à +volonté: LE _onzième ou_ L'_onzième de Juillet_:--LA _onzième ou_ +L'_onzième page_. + +Mais dans _onzième_ substantif l'_o_ est toujours aspiré; ainsi l'on ne +fait pas sentir l'_n_ ni l'_s_ dans cas phrases:--_il est héritier pour_ +UN _onzième_:--_pour trois onzièmes_. + +ORGUE est _masculin_ au singulier, et _féminin_ au pluriel:--_un_ BEL +_orgue_:--_de_ BELLES _orgues_. + +OU. Quand deux ou plusieurs sujets sont unis par la conjonction _ou_, le +verbe s'accorde avec le dernier sujet:--_la faiblesse_ OU +_l'inexpérience nous_ FAIT _commettre bien des fautes_: à moins que les +mots unis par _ou_ ne soient de différentes personnes: alors le verbe se +met au pluriel, et s'accorde avec la personne qui a la priorité: _vous +ou moi_ PARLERONS, et mieux NOUS PARLERONS:--_vous ou votre frère_ +PARLEREZ, et mieux, VOUS PARLEREZ. + +OUBLIER DE, désigne un manque de mémoire:--_j'ai oublié_ DE _vous +écrire_. _Oublier à_ marque un manque d'usage: _il oublie_ À _danser_--À +_dessiner_. + +OUÏR n'est guère usité qu'au prétérit défini, _j'ouis_, _il ouit_: au +présent du subj., _que j'ouïsse_, _qu'il ouït_: à l'infinitif, _ouïr_; +au participe passé, _ouï_, _ouïe_; et aux temps composés. + + +PAÎTRE. _Je pais_, _tu pais_, _il pait_, _nous paissons_, _vous +paissez_, _ils paissent_, _je paissais_, point de prét. défini, _je +paîtrai_, _je paîtrais_, _paissons_, _paissez_, _que je paisse_, point +d'imparf. du subj., _paissant_, _pu_. Ce dernier mot ne s'emploie que +dans cette phrase familière; _il a pu et repu_. + +_Repaître_, qui se conjugue de même, a un prétérit défini;--_je repus_. + +PÂLE, _Pâle_, signifie qui est faible de coloris: _blême_, qui est +très-pâle; _livide_, qui est plombé et taché de noir; _hâve_ qui est +défiguré par le décharnement: _blafard_ qui est pâle jusqu'à +l'affadissement. + +PÂQUE substantif féminin: fête annuelle des Juifs en mémoire de leur +sortie d'Égypte. + +_Pâque_ ou _Pâques_ substantif masculin, singulier: fête des +chrétiens:--_Pâques est passé_. + +_Pâques_ subst. fém. pluriel; communion pascale; _faire ses Pâques_. + +_Pâques-fleuries_, le Dimanche des Rameaux. + +PARDONNER veut un régime direct des choses; _pardonnez quelques vers +faibles_; et non, À _quelques vers faibles_; et un régime indirect de +personnes: _pardonnez_ À _vos enfans_, et non _pardonnez vos enfans_. + +PARLER, (se) Le participe passé de _se parler_ est toujours invariable, +parce que _se parler_ n'a pas de régime direct: _ils se sont_ +PARLÉ:--_elles se sont_ PARLÉ. + +PARMI. _Entre_ se dit de deux objets: _entre Rome et Carthage_: _parmi_ +se dit d'un plus grand nombre, et veut après lui, ou un pluriel: _parmi +les hommes_; ou un collectif: _parmi la foule_. + +PARTICIPE PRÉSENT. Il est toujours terminé en _ant_, et ne prend ni +genre ni nombre: _un homme_ LISANT:--_des hommes_ LISANT:--_une femme_ +LISANT:--_des femmes_ LISANT. + +On dit, _des hommes obligeans_:--_une femme surprenante_. Mais ces mots, +_obligeans_, _surprenante_, ne sont point des participes présens: ce +sont des adjectifs _verbaux_, qui s'accordent avec les substantifs +auxquels ils se rapportent. + +Pour distinguer les adjectifs verbaux des participes présens, il faut +voir si ces mots ont un régime. Lorsqu'ils ont un régime, ce sont des +participes. Lorsqu'ils n'ont point de régime, ils sont adjectifs: _cette +femme est douce_, _affable_, PRÉVENANT _tout le monde_:--_cette femme +est douce_, _affable_, PRÉVENANTE. Dans la première phrase le mot +_prévenant_ est un participe, parce qu'il est suivi du régime _tout le +monde_: dans la seconde il est adjectif, parce qu'il n'a point de +régime. + +Cette règle pour distinguer les adjectifs verbaux des participes présens +souffre quelques rares exceptions. + +PARTICIPE PASSÉ des verbes réfléchis. Ce participe s'accorde avec le +régime direct lorsque ce régime est avant le participe: _cette femme +s'est_ PROPOSÉE _pour modèle à ses enfans_: _proposée_ est au féminin et +au singulier, parce qu'il est précédé de son régime direct le pronom +_se_ qui se rapporte à _femme_: c'est comme s'il y avait,--_cette femme +a proposé elle_. + +Mais si le régime direct est après le participe, le participe est +invariable: _ma soeur s'est_ COUPÉ _le doigt_. _Coupé_ ici est +invariable parce que le régime direct _doigt_, est après le participe: +et le pronom _se_ n'est que le régime indirect, puisque c'est comme s'il +y avait, _ma soeur a coupé le doigt à elle_. + +PARTICIPE PASSÉ suivi d'un verbe à l'infinitif. Quand le _participe +passé_ est suivi d'un verbe à l'infinitif, il faut examiner avec +attention si le régime qui précède le participe est régime de ce +participe, ou régime de l'infinitif qui suit le participe. + +S'il est régime du participe passé, ce participe doit s'accorder avec +lui: _voilà les enfans_ QUE _j'ai_ ENTENDUS _lire_. _Que_ est ici régime +du participe _entendus_, et non de l'infinitif _lire_. + +Mais si le régime qui précède le participe passé, est celui du verbe à +l'infinitif, le participe passé demeure invariable: _voilà les livres_ +QUE _vous avez_ PARU _désirer_: le régime _que_ appartient au second +verbe. + +On reconnaît que le régime qui précède le participe passé, est le régime +de ce participe, lorsqu'on peut mettre ce régime immédiatement après le +participe, et changer l'infinitif qui suit en participe présent; ou bien +en un imparfait précédé du pronom relatif _qui_: cela est évident dans +l'exemple ci-dessus: _voilà les enfans_ QUE _j'ai_ ENTENDUS _lire_: on +peut dire, _j'ai entendu les enfans_ LISANT, ou QUI LISAIENT. + +Lorsque ce changement ne peut se faire, il faut en conclure que le +régime qui précède le participe, est le régime du verbe qui suit le +participe. + +PARTICIPE PASSÉ entre deux _que_. Lorsque le _participe passé_ se trouve +entre deux _que_, le régime direct, c.-à-d., le premier _que_ appartient +toujours au second verbe, et par conséquent le participe est toujours +invariable: _voilà les livres_ QUE _l'on a_ VOULU _que je lusse_:--_les +peines_ QUE _j'ai_ PRÉVU _que cette affaire vous donnerait_. + +PARTICIPE PASSÉ du verbe réfléchi, formé d'un verbe neutre. Ce participe +est toujours invariable, parce que son verbe n'ayant pas de régime +direct, ne peut en être précédé: _elles se sont_ NUI:--_ils se sont_ +PARLÉ:--_elles se sont_ SUCCÉDÉ. + +Les verbes réfléchis ainsi formés d'un verbe neutre, sont au nombre de +neuf, savoir; _se plaire_, _se déplaire_, _se complaire_, _se rire_, _se +sourire_, _se parler_, _se succéder_, _se nuire_, _s'entre-nuire_. + +Le participe passé _fait_, suivi d'un infinitif, est toujours +invariable: _la maison_ que j'ai FAIT bâtir:--_les habits que j'ai_ FAIT +_faire_. + +Beaucoup de grammairiens veulent que le participe _laissé_ suive la même +règle, et que l'on écrive: _la femme que j'ai_ LAISSÉ _passer_. D'autres +veulent que ce mot suive la règle générale, et que l'on écrive: _la +femme que j'ai_ LAISSÉE _passer_. + +PARTICIPE PASSÉ joint au verbe _avoir_ précédé du mot _en_. Ce participe +est invariable, à moins qu'il ne soit précédé d'un autre régime direct: +_vous avez plus de richesses que je ne vous_ EN _ai_ DONNÉ, et non pas +DONNÉES:--_il m'a promis plus de services qu'il ne m'_EN _a_ RENDU, et +non pas RENDUS. + +Les participes _donné_ et _rendu_ sont invariables ici parce que le mot +_en_ est un pronom relatif qui signifie _de cela_, et qui par conséquent +représente un régime indirect. + +Mais le participe est variable s'il est précédé d'un autre pronom qui en +soit le régime direct: _j'ai écrit à mon frère, et voici la réponse_ QUE +_j'_EN _ai_ REÇUE. _Reçue_ est au féminin et au singulier, parce qu'il +est précédé de son régime direct, le relatif _que_ pronom qui se +rapporte à _réponse_. Le pronom EN est régime indirect et signifie _de +mon frère_. + +PARTICIPE PASSÉ joint au verbe _avoir_ précédé du mot _le_. Ce participe +ne varie point, lorsque le relatif _le_ se rapporte à un _adjectif_: +ainsi l'on écrira: _votre soeur n'est pas aussi instruite que je l'avais_ +PENSÉ, parce que le pronom _le_ se rapporte à l'adjectif _instruite_. + +Mais le participe varie, quand le mot _le_ se rapporte à un +_substantif_, comme dans cette phrase: _ma soeur est toujours la même que +je l'ai_ CONNUE. + +PARTICIPE PASSÉ des verbes impersonnels _il a fait_, _il y a eu_. Ce +participe demeure invariable: ainsi on dit, _les chaleurs qu'il a_ FAIT; +et non pas, _qu'il a_ FAITES:--_la disette qu'il y a_ EU _pendant +l'hiver dernier_; et non pas, _qu'il y a_ EUE. + +On écrit également sans accord: IL EST ARRIVÉ _de grands +malheurs_:--_quels changemens en_ EST-IL RÉSULTÉ? parce que c'est une +règle sans exception, que le participe conjugué avec _être_ (excepté +dans les verbes réfléchis, où il est pour _avoir_) s'accorde toujours +avec son sujet: or le sujet de, _est arrivé_;--_est résultée_, c'est +_il_ représentant _ceci_, mot invariable, mot neutre, qui ne saurait +exercer aucune influence sur le participe. + +Il faut aussi écrire sans accord: IL S'EST RASSEMBLÉ _une foule de gens +armés_:--IL S'EST GLISSÉ _une faute dans votre copie_:--IL S'EST TROUVÉ +_dix personnes chez moi_. + +PARTICIPE PASSÉ des verbes neutres. Le verbe neutre n'ayant pas de +régime direct, son participe passé demeure invariable: _les sommes que +ce procès m'a_ COUTÉ:--_les pistoles que ce cheval a_ VALU:--_les jours +que j'ai_ VÉCU. + +Cependant lorsque _valoir_ signifie _procurer_, _faire obtenir_, il est +actif, et alors son participe passé doit s'accorder avec le régime +direct qui le précède: _les honneurs que m'a_ VALUS _mon habit_. Il en +est ainsi du participe passé de _couter_, lorsque ce verbe signifie +_causer_, _exiger_: _les peines que cette affaire m'a_ COUTÉES. + +PARTICIPER À, c'est avoir part à quelque chose, à quelque action: +_participer_ AUX _faveurs du Prince_. _Participer de_, c'est tenir de la +nature de quelque chose: _l'enthousiasme de cet auteur participe_ DE _la +folie_. + +PASSÉ INDÉFINI et DÉFINI. Il ne faut pas confondre le _passé indéfini_ +avec le _passé défini_. Le passé indéfini s'emploie indifféremment pour +un temps passé, soit qu'il en reste encore une partie à écouler ou non: +J'AI REÇU _une lettre l'année dernière_,--_le mois passé_,--_la semaine +dernière_,--_hier_:--J'AI REÇU _une lettre cette année_,--_ce +mois_,--_cette semaine_,--_aujourd'hui_. + +Le passé défini ne se dit au contraire que d'un temps complètement +écoulé, et éloigné au moins d'un jour de l'instant où l'on parle: ainsi +l'on ne dira pas; JE REÇUS _une lettre cette année_,--_ce mois_,--_cette +semaine_,--_aujourd'hui_, parce que l'on est encore dans le temps dont +il s'agit. + +PASSIF. Les verbes passifs demandent pour régimes les prépositions _de_ +et _par_: _de_, quand ils expriment un sentiment, une passion, en un mot +un mouvement de l'âme: _par_, lorsqu'ils signifient une action à +laquelle l'esprit ou le corps a seul part: _l'honnête homme est estimé_ +DE _tout le monde_;--_une grande partie de la terre a été conquise_ PAR +_les Romains_. + +Cependant au lieu de la préposition _de_, l'usage permet d'employer +_par_ pour éviter plusieurs _de_: _votre conduite a été approuvée_ +D'_une commune voix_, PAR _toutes les personnes sages et éclairées_. + +PATATE, _plante du genre des liserons_. POMME DE TERRE, _plante du genre +des solanums_. Ces définitions sont du Dict. de l'Académie, Édit. de +1835, et elles s'accordent avec celles que les naturalistes donnent de +ces plantes. C'est donc une grave erreur que de désigner notre _pomme de +terre_ par le terme _patate_, plante que nous ne possédons pas, et qui +ne vient guère qu'entre les deux Tropiques. + +PAYEMENT, PAIEMENT, PAIMENT. Ce mot, quoique écrit de trois différentes +manières, se prononce _pè-ment_. + +PAYER. Ce verbe, et tous ceux qui sont terminés au participe présent par +_yant_, comme _bégayer_, _bayer_, _employer_, _renvoyer_, _aboyer_, +_essayer_, _ployer_, _appuyer_, etc., prennent un _y_ et un _i_ à la +première et à la seconde personne du pluriel de l'imparfait de +l'indicatif, et du présent du subj. _Je paie, tu paies, il paie, nous +payons, vous payez, ils paient,_ (prononcez _je pè_, _tu pè_, _il pè_, +et à la troisième personne du pluriel, _ils pè_) _je payais, tu payais, +il payait, nous payions, vous payiez, ils payaient, je payai, tu payas, +il paya, nous payâmes, vous payâtes, ils payèrent, je paierai, tu +paieras, il paiera, nous paierons, vous paierez, ils paieront,_ +(prononcez, _je pè-e-rai_, _tu pè-e-ras_, _il pè-e-ra_, etc.) _je +paierais, tu paierais, il paierait, nous paierions, vous paieriez, ils +paieraient,_ (prononcez _je pè-e-rais_, _tu pè-e-rais_, _nous +pè-e-rions_, etc.) _paie_, (prononcez _pè_,) _payons, payez, que je +paie, que tu paies, qu'il paie, que nous payions, que vous payiez, +qu'ils paient,_ (prononcez, _que je pè_, _que tu pè_, _qu'il pè_, +_qu'ils pè_) _que je payasse, que tu payasses, qu'il payât, que nous +payassions, que vous payassiez, qu'ils payassent, payant, payé, payée._ + +Les verbes _croire_, _voir_, _fuir_, _asseoir_, etc., ayant leur +participe présent terminé en _yant_, font aussi à l'imparfait de +l'indicatif et au présent du subjonctif, _nous croyions_, _vous +croyiez_; _que nous croyions_, _que vous croyiez_, etc. + +Quelques personnes, contrairement aux règles de la prononciation, font +entendre l'_l_ mouillée, ou l'_y_, aux trois personnes du singulier, et +à la troisième personne du pluriel du présent du subjonctif des verbes +dont le participe présent est terminé en _yant_. Ainsi elles prononcent, +_que je pèghe_, (du verbe payer) _que tu pèghes_, _qu'il pèghe_, _qu'ils +pèghe_, au lieu de, _que je pè_, _que tu pè_, _qu'il pè_, _qu'ils +pè_:---- _que j'èghe_, (du verbe avoir) _que tu èghes_, _qu'il èghe_, +_qu'ils èghe_, au lieu de, _que j'è_, _que tu è_, _qu'il è_, _qu'ils +è_:---- _que je croèghe_, (du verbe croire) _que tu croèghes_, _qu'il +croèghe_, _qu'ils croèghe_, au lieu de, _que je croa_, _que tu croa_, +_qu'il croa_, _qu'ils croa_. + +Ces exemples prouvent combien l'instituteur doit faire d'efforts pour +rompre de bonne heure dans ses élèves l'habitude de cette prononciation +vicieuse. + +PEMINA, que le vulgaire nomme _pinbina_, est l'obier du Canada. Le +peuple appelle aussi _pinbina_ son fruit: c'est à tort, parce que la +baie que porte le _pémina_, n'a pas de nom en français. + +PENNY est le mot anglais, et _denier_ le mot français qui représentent +le terme latin _denarius_, quoiqu'ils expriment des monnaies de valeurs +très-différentes. Pourquoi donc employer le mot anglais _penny_, lorsque +le français fournit un équivalent? D'ailleurs _penny_ fait _pence_ au +pluriel, et puis les fractions du _penny_ se nomment _farthings_: +nouvelles difficultés donc pour ceux qui ne savent pas l'anglais; et +nouvelle raison par conséquent de rejeter ces mots étrangers, pour s'en +tenir aux termes faciles et corrects de _denier_;--_demi-denier_; +--_quart de denier_, etc. + +Il n'en est pas ainsi du mot _shilling_, dont l'emploi est nécessité par +l'absence d'un terme français qui lui corresponde. + +Le mot anglais _dollar_, monnaie des États-Unis, se trouve dans quelques +dictionnaires modernes: et _Boiste_ admet _pound_, mot anglais pour +_livre sterling_. + +PÉRIODE est masculin quand il marque le plus haut point, où une chose +puisse arriver: _il est au plus_ HAUT _période de sa gloire_; ou quand +il signifie un espace de temps: _dans un_ COURT _période_:--_dans le_ +DERNIER _période de sa vie_: il est féminin dans ses autres acceptions: +LA _période lunaire_:--LA _période julienne_. + +PÉRIR. En parlant de personnes qui n'existent plus, on dirait, _elles_ +SONT _péries_, parce qu'alors la pensée est occupée de l'état des +personnes qui n'existent plus. Mais si l'on voulait désigner l'époque où +elles ont cessé d'exister, ou la manière dont elles ont perdu la vie, il +faudrait se servir de l'auxiliaire _avoir_, et dire, _elles_ ONT _péri +en 1840_:--_elles_ ONT _péri dans un naufrage_. + +Le même principe est applicable au verbe _échouer_. _Le vaisseau_ A +_échoué sur la côte_;--_le vaisseau que montait mon ami_ EST _échoué_. +V. AUXILIAIRES. + +PERSONNE _pronom indéfini_, a un sens vague, s'emploie sans article et +sans adjectif déterminatif, et signifie aucune personne, qui que ce +soit: il est toujours du masculin et du singulier: PERSONNE _n'est assez +sot pour le croire_;--_il n'y a_ PERSONNE _qui ne soit fâché_. + +_Personne substantif_ a un sens déterminé; il est accompagné de +l'article, ou d'un adjectif déterminatif, et est féminin: _quelle est la +personne assez_ SOTTE _pour le croire?_--_il n'y a pas_ UNE _personne +qui n'en soit_ FACHÉE. + +PERSES. On doit appeler _Perses_ les anciens habitans de la Perse, et +_Persans_ ceux d'aujourd'hui. + +PERSUADER. La grammaire permet d'écrire,--_les modernes se sont_ +PERSUADÉS _qu'ils surpassaient les anciens_--et--_les modernes se sont_ +PERSUADÉ _qu'ils surpassaient les anciens_. La raison en est qu'avec le +verbe _se persuader_, le pronom _se_ peut être également régime direct, +ou régime indirect du verbe: en effet, on dit _persuader quelqu'un_, et +_persuader_ À _quelqu'un_. + +PEU, suivi d'un pronom relatif, veut le verbe qui suit au subjonctif: +_il y a peu d'hommes, qui_ SACHENT _supporter l'adversité_. + +_Un petit peu_ est une faute grossière: dites simplement, _un peu_. + +_Pour le peu que_ est un barbarisme, il faut dire, _pour peu que_. + +PEUR. La locution conjonctive, _de peur que_, veut toujours _ne_ devant +le verbe suivant: _de peur qu'il_ NE _vienne_. + +_Avoir peur_ exige également _ne_ devant _le_ verbe qui suit: _j'ai peur +qu'il_ NE _vous trompe_: à moins qu'_avoir peur_ ne soit accompagné +d'une négation; ou ne soit employé interrogativement: dans ces deux cas +on supprime ne: _je n'ai pas peur qu'il vous trompe?_ + +PEUT-ÊTRE employé avec le verbe _pouvoir_ forme un pléonasme ridicule: +ne dites pas: _peut-être il pourra venir_, mais, _peut-être il viendra_. + +PIRE, adjectif comparatif, se joint toujours à un substantif, et +s'accorde avec lui. _De deux maux il faut éviter le_ PIRE:--_les_ PIRES +_des ennemis ce sont les flatteurs_. + +_Pire_, suivi de _que_, veut _ne_ devant le verbe qui suit: _ce vin est +pire que je_ NE _le pensais_: à moins que cet adjectif n'accompagne un +verbe négatif, ou ne soit employé interrogativement: _ce vin n'est pas +pire que je le pensais_:--_ce vin est-il pire que vous le pensiez?_ + +PIS est l'opposé de _mieux_, et se dit pour _plus mal_. Il ne se joint +pas à des substantifs masculins ou féminins, mais seulement à des noms, +où à des pronoms indéterminés, comme dans cette phrase, _rien n'est_ PIS +_qu'une mauvaise langue_. + +_Pis_ est quelquefois substantif: _le_ PIS _de l'affaire est que_... + +_Pis_ est aussi adverbe comparatif: DE PIS _en_ PIS,--_de mal en_ +PIS,--_tant_ PIS. + +Le peuple dit abusivement _de_ PIRE _en_ PIRE,--_de mal en_ +PIRE,--_tant_ PIRE. + +PLAINDRE. _Se plaindre de ce que_, suppose un sujet de plainte: _il se +plaint_ DE CE QUE _vous l'avez trompé_. + +_Se plaindre que_ ne suppose pas lieu à la plainte: _il a tort de se +plaindre_ QUE _vous l'ayez trompé_. + +Le participe passé de _se plaindre_ s'accorde toujours avec le second +pronom: _ils se sont_ PLAINTS _de vous_:--_elle s'est plainte de votre +conduite_: excepté lorsque _se plaindre_ signifie _se refuser_, cas dans +lequel le second pronom cesse d'être régime direct, _elle s'est_ PLAINT +_le boire et le manger_. + +PLAIRE. Ce _qui plait_ est ce qui est agréable: ce _qu'il plait_ est ce +que l'on veut: _les incensés sacrifient leurs intérêts à ce_ QUI _leur_ +PLAIT:--_les gens d'un caractère opiniâtre ne veulent faire que ce_ +QU'IL _leur_ PLAIT. + +On doit répondre à quelqu'un qui offre quelque chose, _ce_ QU'IL _vous +plaîra_, et non pas, _ce_ QUI _vous plaîra_. + +Le participe passé de _plaire_ est toujours invariable:--_ils nous ont_ +PLU:--_ils se sont_ PLU _réciproquement_:--_ils se sont_ PLU _à me +contrarier_:--_elles se sont_ PLU _à la campagne_. + +PLAISIR (il y a). Cette locution prend _à_ devant une consonne, et _de_ +devant une voyelle. _Il y a plaisir_ À _l'entendre chanter_:--_il y a +plaisir_ D'_avoir affaire à un homme si loyal_. + +PLÉONASME. Le pléonasme est autorisé lorsqu'il ajoute à la phrase plus +d'énergie et de grâce; mais souvent il est un vice à éviter. Voici +quelques phrases dans lesquelles le pléonasme est vicieux. +_S'entr'égorger les uns les autres_: les mots _les uns les autres_ sont +superflus:--_plaintes réciproques de part et d'autre_: _de part et +d'autre_ sont redondans: _discours rempli de beaucoup de citations_: +_beaucoup_ est inutile.--_À Mons. N, Prêtre, Curé de N_;--_À Mons. N, +Prêtre, Vicaire de N_:--_Je_, _soussigné, Prêtre, Curé de N_. Le mot +_prêtre_ dans ces phrases est superflu:--_une heure de temps_: +retranchez _de temps_:--_ainsi donc vous avez tort_; l'un des deux +termes _ainsi_ et _donc_ est redondant:--_les ennemis reculent en +arrière_: on ne recule pas en avant; _en arrière_ est donc superflu; _un +brillant éclat_: _brillant_ est superflu, car tout éclat est +_brillant_:--_un cadavre inanimé_; certes il n'y a pas de cadavre +_animé_:--_il fut forcé malgré lui d'y consentir_; supprimez _malgré +lui_:--_il faut s'entr'aider mutuellement_; le dernier mot de cette +phrase n'ajoute rien au sens:--_un petit peu_; retranchez +_petit_:--_dépêchez-vous vite_; _vite_ est superflu:--_tempête +orageuse_; retranchez _orageuse_:--_voyons voir_; répétition +barbare:--_je vais aller le chercher_, dites _je vais le +chercher_:--_pour faire fuir les ennemis on n'aurait seulement qu'à se +montrer_; _seulement_ est superflu:--_je vais dîner, et puis ensuite je +me rendrai chez vous_; _puis_ signifie _ensuite_, il faut donc +retrancher l'un ou l'autre:--_réellement vrai_; langage ridicule:--_au +jour d'aujourd'hui_; _jour_ est de trop:--_hémorragie de sang_: +retranchez _de sang_, puisque le mot _hémorragie_ signifie par lui-même +_perte de sang_:--_il est impossible qu'on puisse réussir_; dites, _il +est impossible de réussir_:--_il est impossible de pouvoir_; otez _de +pouvoir_:--_je suis bien parfaitement_, ou _très-parfaitement votre +humble serviteur_; les mots _bien_ et _très_, joints à _parfaitement_, +sont redondans, parce qu'on ne peut rien ajouter à ce qui est +parfait:--_un des modèles les plus parfaits_ est une faute, retranchez +_les plus_. Quelques grammairiens souffrent dans la conversation +familière ces expressions, _montez en haut_;--_descendez en bas_;--_je +veux unir ces deux prairies ensemble_. + +PLIER, c'est mettre en plusieurs doubles: _plier du linge_;--_plier une +lettre_. + +PLOYER. _Je ploie, tu ploies, il ploie, nous ployons, vous ployez, ils +ploient, je ployais, nous ployions, vous ployiez, ils ployaient, je +ployai, je ploierai, je ploierais, ploie, ployons, ployez, que je ploie, +que nous ployions, qu'ils ploient, que je ployasse, ployant, ployé, +ployée._ + +_Ployer_, c'est courber, faire fléchir: _ployer une branche d'arbre_. + +PLUPART. Le substantif _plupart_ étant un collectif partitif, veut que +le verbe et les autres correspondans, comme adjectifs, participes et +pronoms s'accordent avec le substantif exprimé, ou sous-entendu après +_la plupart_: _la plupart du monde_ PENSE,--_la plupart des sénateurs_ +ÉTAIENT MÉCONTENS _et_ FATIGUÉS _de la guerre_;--_la plupart_ ÉTAIENT +_d'avis que_... + +Dans le premier exemple l'accord a lieu avec _monde_, dans le second +avec _sénateurs_, et dans le troisième avec le mot _sénateurs_ +sous-entendu; c'est comme s'il y avait, _la plupart des sénateurs +étaient d'avis que_... + +PLUS. Le superlatif _le plus_, _la plus_, _les plus_, veut après lui le +subjonctif: _les mouvemens des planètes sont les plus réguliers que +nous_ CONNAISSIONS. + +Avant les adverbes _plus_, _mieux_, _moins_, on emploie _le_, _la_, +_les_, pour exprimer une comparaison: _cette dame ne pleurait pas, +quoiqu'elle fût_ LA PLUS _affligée_, c.-à-d., la dame plus affligée que +les autres. + +Au contraire on emploie simplement _le_ pour marquer une qualité portée +au plus haut degré, sans aucune idée de comparaison avec d'autres +objets: _cette dame ne pleure pas alors même qu'elle est_ LE PLUS +_affligée_:--_il s'est baigné dans l'endroit où les eaux sont_ LE MOINS +_rapides_. + +Dira-t-on, _les opinions_ LES PLUS ou LE PLUS _généralement suivies_? + +La réponse dépend de l'intention de celui qui parle. + +S'il s'agit d'opinions considérées en elles-mêmes, et sans comparaison, +on dira LE PLUS _généralement suivies_. + +Si au contraire, vous avez en vue d'autres opinions moins suivies, et +que vous vouliez indiquer une comparaison, vous direz LES PLUS +_généralement suivies_. + +Lorsque le terme de comparaison placé après _plus_ exprime une idée de +mesure, de quantité, cet adverbe doit être suivi de la préposition _de_, +et non de _que_: _il est plus_ D'_à demi mort_:--_mon argent est plus_ +D'_à moitié dépensé_. + +PLUS TÔT, PLUTÔT. Il ne faut confondre ces deux mots. _Plus tôt_, +locution adverbiale, est l'opposé de _plus tard_: _plutôt_, adverbe, +marque une préférence. _Plutôt mourir que de trahir ma foi._ + +POINT. Pas énonce simplement la négation: _point_ l'exprime avec +beaucoup plus de force: _il n'a_ PAS _d'esprit ce qu'il faut pour cette +place_:--_c'est un homme qui n'a_ POINT _d'esprit_. + +Il n'en est pas de même quand on interroge: si ma question est +accompagnée de doute, je dirai; _n'avez-vous point été là?_ mais si je +suis persuadé, je dirai par manière de reproche: _n'avez-vous pas été +là?_ + +PORTE. Les mots composés qui suivent ne prennent point d'_s_ au pluriel: +_porte-éguille_, _porte-baguette_, _porte-balle_, _porte-chape_, +_porte-collet_, _porte-crayon_, _porte-croix_, _porte-crosse_, +_porte-dieu_, _porte-drapeau_, _porte-enseigne_, _porte-étendard_, +_porte-lanterne_, _porte-malheur_, _porte-manteau_, _porte-mousqueton_, +_porte-respect_, _porte-verge_, etc. V. SUBSTANTIFS COMPOSÉS. + +POUPÉE, jouet d'enfant. On substitue souvent à ce mot celui de _catin_. +Le mot _catin_, quoique désigné par quelques auteurs comme synonyme de +_poupée_, sonne mal aux oreilles délicates, au point qu'il n'est plus +prononcé en ce sens dans la bonne société, et que le Dict. de +l'Académie, Édit. de 1834, ne lui donne d'autre signification que celle +de _femme de mauvaises moeurs_. + +POURVOIR. Passé défini, _je pourvus_: futur, _je pourvoirai_; +conditionel, _je pourvoirais_: imparfait du subj. _que je pourvusse_. Le +reste sur _voir_. + +POUVOIR. _Je puis_ est plus usité que _je peux_. On ne dit pas +_peux-je_? mais _puis-je_? Avec _pouvoir_ on peut supprimer _pas_ et +_point_; _je ne puis_:--_il ne peut sortir_:--il en est de même des +verbes _cesser_, _oser_, et _savoir_. + +PRENDRE GARDE QUE veut _ne_ devant le verbe suivant: _prenez garde +qu'on_ NE _vous trompe_: excepté quand il est employé interrogativement, +ou avec une négation. + +PRÉPOSITIONS. Les prépositions _à_, _de_, _en_, se répètent toujours +avant chaque régime: _il dut la vie_ À _la clémence_, _et_ À _la +magnanimité du vainqueur_:--_il est doux_ DE _servir_, _et_ DE +_contribuer à sa gloire_. + +Les autres prépositions, surtout celles qui n'ont qu'une syllabe, se +répètent quand les régimes n'offrent aucune ressemblance de +signification. DANS _la paix et_ DANS _la guerre_:--PAR _la force et_ +PAR _l'adresse_. + +Au contraire elles ne se répètent pas quand les régimes sont des +expressions synonymes: DANS _la mollesse et l'oisiveté_:--PAR _la force +et la violence_:--À TRAVERS _les dangers et les obstacles_. + +PRÈS, veut après lui la proposition _de_: _près_ DES +_montagnes_;--_près_ DU _château_, excepté dans le style familier; +_près le marché_. + +_Près de_ indique aussi le temps et le nombre: _il est_ PRÈS DE _deux +heures_;--_il y a_ PRÈS DE _vingt ans_. Ne dites pas: _il est_ PROCHE +_de deux heures_:--_il y a_ PROCHE _de vingt ans_. + +PRESQUE. L'_e_ final de _presque_ s'élide seulement dans _presqu'île_; +ainsi écrivez sans élision, _ouvrage_ PRESQUE _achevé_:--_habit_ PRESQUE +_usé_. + +PRÊT À adjectif, signifie disposé à: _prêt_ À _partir_:--_ils sont +prêts_ À _commencer_. _Près de_ préposition, signifie sur le point de: +_le soleil est près_ DE _se coucher_. + +PRÉVALOIR se conjugue sur _valoir_, excepté au présent du subjonctif, où +il fait, _que je prévale_, _que tu prévales_, _qu'il prévale_, _que nous +prévalions_, _que vous prévaliez_, _qu'ils prévalent_. + +PRIER. Imparf. de l'ind. _nous priions_, _vous priiez_, _ils priaient_: +présent du subjonctif, _que nous priions_, _que vous priiez_. + +_Prier_ DE _dîner_ se dit d'une invitation accidentelle: _Prier_ À +_dîner_ d'une invitation préméditée. + +PRONOMS RELATIFS. Les pronoms relatifs _qui_, _que_, _lequel_, +_laquelle_, _dont_, _où_, veulent le subjonctif après eux, quand ils ont +pour antécédent un nom employé dans une phrase qui marque le doute, le +désir, l'interrogation ou le commandement; et l'indicatif, lorsque la +phrase exprime quelque chose de positif. + + _Pronoms relatifs + avec l'indicatif._ + +Je connais quelqu'un qui POURRA vous rendre ce service:--voilà un livre +que vous POURREZ consulter au besoin:--prêtez-moi ce livre dont vous +n'AVEZ pas besoin:--ne quittez pas une place où vous ÊTES commodément, +et d'où vous ENTENDEZ bien. + + _Les mêmes pronoms + avec le subjonctif._ + +Connaissez-vous quelqu'un qui PUISSE me rendre ce service?--donnez-moi +un livre que je PUISSE consulter au besoin;--prêtez-moi un livre dont +vous n'AYEZ pas besoin:--choisissez une place où vous SOYEZ commodément, +et d'où vous ENTENDIEZ bien. + +_Auquel_, _à laquelle_, sont d'un usage très-ordinaire, et presque +toujours indispensable quand il est question de _choses_: _le jardin_ +AUQUEL _je donne mes soins_:--_les sciences_ AUXQUELLES _je m'applique_. + +Mais si l'on parle de _personnes_, on est libre d'employer _à qui_, ou +_auquel_, _à laquelle_: _Dieu_ À QUI, ou AUQUEL _nous devons rapporter +toutes nos actions_. + +Quand ce sont des prépositions autres que _de_ et _à_, qui régissent le +pronom relatif, l'on peut employer indifféremment _qui_ ou _lequel_, si +l'on parle de _personnes_, et dire; _cherchons à fléchir le Juge_ DEVANT +QUI, OU DEVANT LEQUEL _nous devons paraître un jour_:--_on s'ennuie +toujours avec ceux_ AVEC QUI, ou AVEC LESQUELS _il n'est pas permis de +s'ennuyer_. + +Mais si l'on parle de _choses_, l'on doit se servir de _lequel_, +_laquelle_: _l'opinion_ CONTRE LAQUELLE _je me déclare_. + +_Qui_ s'emploierait cependant dans les cas où les choses seraient +_personnifiées_: _rochers_ À QUI _je me plains_:--_la gloire_ À QUI _je +me suis dévoué_. + +PRONONCIATION. La prononciation de la conversation diffère de celle de +la déclamation, et de la lecture, en ce qu'elle souffre une infinité +d'hiatus, pourvu qu'ils ne soient pas trop rudes. L'usage est tellement +prononcé à cet égard, qu'il serait d'un pédant de ne pas s'y conformer. +Ainsi dans la conversation, _folâtrer et rire_:--_aimer à jouer_, se +prononcent, _folâtré et rire_:--_aimé à jouer_. En général l'_s_ finale +des verbes ne se prononce point devant une voyelle: ainsi, _tu aimes à +rire_:--_tu joues avec prudence_, se prononcent, _tu aime à rire_:--_tu +joue avec prudence_. + +L'articulation vicieuse de la diphthongue _oi_, si fréquente chez nous, +doit attirer l'attention sérieuse de l'instituteur; ou plutôt, +devons-nous dire, sa conscience est grevée à cet égard, d'une immense +responsabilité envers ses élèves et la société. + +En discutant la prononciation de cette diphthongue, Gatel, dans la +préface de son dictionnaire, p. XII (Édit. de 1813) dit: + + «Quant à la diphthongue _oi_...je n'ignore pas que l'usage lui + donne chez nous...une susceptibilité de plusieurs nuances, pour + ceux du moins qui...ont les organes extrêmement souples et + délicats. C'est tantôt le son d'_oe_, ou plutôt + d'_oè_;...tantôt celui d'_oa_...tantôt celui d'_oua_...mais ces + nuances m'ont paru en général si légères, si difficiles à + saisir...que...j'ai jugé plus convenable...de désigner + toujours...la prononciation d'_oi_ par _oa_, en prenant la + seule précaution d'affecter l'_a_ de l'accent circonflexe, + suivant que le son en devait être plus ou moins fortement + appuyé.» + +Duvivier, dans son article des diphthongues, dit que le son le plus +naturel de la diphthongue _oi_, + + «est celui que l'on suit en grec, où l'on fait entendre l'_o_ + et l'_i_, comme dans _voi-ïelle_, _roi-ïaume_ (_voa-ïelle_, + _roa-ïaume_) mais,» dit-il, «elle a encore d'autres sons qu'il + est difficile de représenter par écrit.» + +Outre Gatel déjà cité, Noël et Chapsal dans leur dictionnaire, et +Rolland dans son vocabulaire, désignent toujours la prononciation de la +diphthongue _oi_ par _oa_, ou _oua_. Suivant eux, _voir_, _boire_, +_croire_, _moi_, _toi_, _droit_, etc., se prononcent, _voar_, _boar_, +_croar_, _moa_, _toa_, _droa_. + +Il faut donc éviter de donner le son de l'_è_ ouvert à la diphthongue +_oi_, et se garder de prononcer, _vo-ère_, _bo-ère_, _cro-ère_, _mo-è_, +_to-è_, _dro-è_, etc. + +Le Dictionnaire de l'Académie, et la plupart des grammairiens modernes +donnent, à quelques nuances près, la même règle pour la prononciation de +la diphthongue _oi_. + +Le son de la voyelle _a_, comme le son de quelques autres voyelles, peut +être _aigu_ ou _grave_: il est aigu dans _patte_, _natte_ et grave dans +_hâte_, _pâte_. On conçoit, facilement que le son grave doit être plus +fort, plus rempli que le son aigu: mais on doit éviter de prononcer +l'_a_ comme les anglais le prononcent dans LAW (loi): et les allemands +dans JA (oui) avec une effrayante ouverture de bouche. La douceur, +l'harmonie de la langue française, ne peut souffrir la rudesse de tels +sons. + +L'Académie vient à l'appui de cette règle de la prononciation de la +voyelle _a_. + + «Le son de l'_a_, en français, est le même dans tous les mots: + il ne différe que par sa durée, et par des nuances peu + sensibles. Il est long ou bref: long dans _pâte_, _grâce_; bref + dans _glace_, _trace_. _Dict._ de _l'Ac. Édit. de 1832_.» + +Les autres voyelles susceptibles de devenir graves, sont _e_, _u_, _o_: +_tempête_, _jeûne_, _côte_. + +PROPORTIONNEL _adjectif_, et PROPORTIONNELLEMENT _adverbe_, termes de +mathématiques, sont employée quand il s'agit de quantités en lignes, en +nombres ou en grandeurs, qui sont en proportion. _Réduire_ +PROPORTIONNELLEMENT _un grand plan à un petit_. + +Dans les autres cas, où il est question de proportion entre une chose et +une autre chose, on se sert du participe _proportionné_, et de l'adverbe +_proportionnément_: _le remède est_ PROPORTIONNÉ _au mal_:--_il n'a pas +été récompensé_ PROPORTIONNEMENT _à son mérite_. + +PROPRE À, désigne une vocation, ou une destination encore imparfaite. +_Propre pour_, marque une capacité acquise: un homme _propre à_ la +guerre, pourra être un jour un guérier: un homme _propre pour_ la +guerre, a ce qu'il faut pour l'être maintenant. + +PUISQUE. L'_e_ de _puisque_ ne s'élide que devant _il_, _ils_, _elle_, +_elles_, _on_, _un_, _une_: même observation pour le mot _quoique_. + + +QUATRE-VINGTS prend la marque du pluriel: _quatre-vingts hommes_: +excepté quand il est suivi d'un autre adjectif de nombre: +_quatre-vingt-dix hommes_. Il est également invariable quand il s'agit +de la date: _l'an mil huit cent quatre_-VINGT. + +QUELQUE s'écrit de trois manières: + +1º. suivi d'un verbe il se met en deux mots, _quel que_, et alors _quel_ +adjectif s'accorde au genre et en nombre avec le sujet du verbe: QUELS +QUE _soient les humains_. + +2º. suivi d'un substantif il s'écrit en un mot, _quelque_, et s'accorde +en nombre avec ce substantif: QUELQUES _raisons que vous puissiez me +donner_. + +3º. suivi d'un qualificatif, soit adjectif, soit participe, soit +adverbe, _quelque_ s'écrit également en un mot: mais alors il est +adverbe, et conséquemment reste invariable: QUELQUE _puissans qu'ils +soient_:--QUELQUE _considérés que nous soyons_:--QUELQUE _adroitement +qu'ils s'y prennent_. + +L'_e_ finale de _quelque_ s'élide seulement devant _un_, _une_, _autre_, +_il_, _elle_, _elles_: _quelqu'un_,--_quelqu'une_,--_quelqu'autre_, +--_quelqu'il soit_,--_quelle qu'elle soit_. + +QUELQUE CHOSE. Quand _quelque chose_ signifie une certaine chose, il est +substantif masculin. _J'ai vu quelque chose de_ BEAU. Il est substantif +féminin lorsqu'il veut dire, quelque soit la chose. _Quelque chose que +je lui ai_ DITE. + +QUÊTER. C'est abusivement qu'on emploie ce mot pour signifier _mendier_. +_Quêter_, c'est faire une collecte pour les pauvres, pour les objets de +confréries, pour les établissemens religieux, etc. _Mendier_ c'est +demander l'aumône. + +Même remarque pour _quêteur_ qu'on fait synonyme de _mendiant_. + +_Quêteux_ pour _mendiant_ est doublement barbare. + +QUI prend le nombre et la personne de son antécédent, et les communique +au verbe dont il est le sujet. Conséquemment on dira: _moi qui_ AI +_parlé_:--_toi qui_ AS _parlé_:--_lui_ ou _elle qui_ A _parlé_:--_nous +qui_ AVONS _parlé_:--_vous qui_ AVEZ _parlé_:--_ils_, ou _elles qui_ ONT +_parlé_. + +On doit donc aussi dire, _si c'était moi qui_ VOULUSSE--_si c'était vous +qui_ VOULUSSIEZ--_si c'était lui qui_ VOULUT, et non pas, _si c'était +moi qui_ VOULUT:--_si c'était vous qui_ VOULUT, etc. + +On dira, _vous parlez comme un homme_ QUI ENTEND _la matière_, et non +pas, QUI ENTENDEZ _la matière_:--_vous parlez comme des hommes_ QUI S'Y +CONNAISSENT, et non pas, QUI VOUS Y CONNAISSEZ:--_tu étais le seul qui_ +PUT _me dédommager_: parce que dans ces phrases, le relatif _qui_ +représente le substantif qui le précède immédiatement: et en effet, +c'est comme si l'on disait; _vous parlez comme un homme_, LEQUEL HOMME +_entend la matière_, etc. et puis ce substantif, que l'on est censé +répéter après _lequel_, étant réellement le sujet, communique au verbe +le genre, le nombre et la personne. + +Lorsque le relatif _qui_ est précédé d'un adjectif, c'est au pronom qui +est placé auparavant que se rapporte ce relatif: en conséquence il faut +dire; _nous sommes ici_ PLUSIEURS _qui nous_ SOUVENONS _des +succès_....--_c'est vous_ SEULS _qui vous_ CHARGEZ _de cette +responsabilité_:--_nous étions_ DEUX _qui_ ÉTIONS _du même avis_. +Observez que l'on dirait: _nous étions_ DEUX _juges qui_ ÉTAIENT _du +même avis_, et non pas, _qui_ ÉTIONS _du même avis_, à cause du +substantif _juges_ qui est l'antécédent de _qui_. + +QUI, QUE. On doit éviter la multiplicité de ces pronoms, surtout quand +ils sont interrogatifs. La grammaire ne les condamne pas absolument, +mais l'oreille en est offensée. Ainsi au lieu de: QUI _est-ce_ QUI _a +fait cela_?--QU'_est-ce_ QUE _c'est_ QUE _cela_?--QU'_est-ce_ QUE _tu +as_? dites: QUI _a fait cela_?--QU'_est-ce_ QUE _cela_?--QU'_as tu_? + +QUICONQUE devient féminin quand il désigne spécialement une femme: +_quiconque est bonne mère est_ ADORÉE _de ses enfans_. + +QUOIQUE, en un mot, signifie _bien que_; QUOIQUE _vous soyez instruit_, +_soyez modeste_: en deux mots, il veut dire, _quelque chose que_: QUOI +QUE _vous lui disiez_, _il ne vous écoutera pas_. + +L'_e_ de _quoique_ ne s'élide que devant _il_, _elle_, _ils_, _elles_, +_ou_, _un_, _une_. + + +R. Dans la lecture, dans le discours soutenu, et dans les vers, _r_ +finale des infinitifs en _er_ est nulle devant une consonne ou une _h_ +aspirée: mais suivie d'une voyelle ou d'une _h_ muette, elle se fait +entendre. + +Dans la conversation _r_ est une lettre muette à la fin des infinitifs, +même devant une voyelle: _aimer à boire_,--_parler et chanter_, se +prononcent _aimé à boire_,--_parlé et chanté_. + +RAILLERIE. _Entendre raillerie_, c'est bien prendre la raillerie. +_Entendre_ LA _raillerie_, c'est avoir le talent de railler. + +RAPPELER, (se) veut un régime direct; ne dites pas, _je me rappelle_ DE +_cette personne_:--_je me rappelle_ DE _cette chose_:--_je_ _m'_EN +_rappelle_: dites, _je me rappelle cette personne_:--_je me rappelle +cette chose_:--_je me le rappelle_. + +On met cependant la préposition _de_ devant l'infinitif: dans ce cas +_de_ n'est qu'un mot euphonique, et l'infinitif n'en est pas moins le +régime direct: _je me rappelle_ D'_avoir vu_. + +RAPPORT. _Avoir rapport à_ exprime une idée de relation, de liaison: +_les effets ont rapport_ AUX _causes_. _Avoir rapport avec_ marque une +idée d'analogie, de ressemblance: _nos plus belles tragédies ont +beaucoup de rapport_ AVEC _celles des Grecs_. + +RAVOIR ne se dit qu'à l'infinitif. + +RÉGIMES, (deux). Quand un verbe a deux régimes, l'un est simple et +l'autre est composé: alors il faut toujours placer le régime simple le +plus près possible du verbe: _apportez-moi-la_,--_dites-moi-le_, +seraient donc des fautes, parce que _moi_ est régime composé, et _le_, +_la_, régimes simples; il faut dire, _apportez-la-moi_, +--_dites-le-moi_,--_donnez le-lui_,--_chantez-la-nous_, etc. + +RÉGIME PRONOM. Toutes les fois qu'un verbe actif est suivi d'un +infinitif, on doit employer _le_, _la_ _les_, devant ce verbe actif, si +l'infinitif n'est pas régime direct: car alors il faut que le pronom +soit régime direct, puisqu'un verbe actif exige un régime de cette +nature: mais on doit employer _lui_, _leur_, quand l'infinitif est le +régime direct du verbe actif, un verbe actif ne pouvant pas avoir deux +régimes directs. + +On doit donc dire en parlant d'un homme, _je_ L'_ai vu faire bien des +sottises_, et non pas, _je_ LUI _ai vu faire bien des sottises_: et en +parlant des animaux; _c'est la brutalité qui_ LEUR _fait suivre les +mouvemens de leur colère_: et non pas: _c'est la brutalité qui_ LES +_fait suivre_, etc. + +Dans la première phrase le pronom LE (_cet homme_) est le régime direct +de _voir_ et non pas de l'infinitif _faire_; c'est comme s'il y avait, +_j'ai vu cet homme faisant bien des sottises_. + +Dans la seconde phrase _suivre_ est le régime direct de _faire_, et +_leur_ (aux animaux) le régime indirect; c'est comme si l'on disait; +_c'est la brutalité qui fait suivre aux animaux les mouvemens de leur +colère_. + +On ne doit pas dire, _l'idée_ LES _a pris d'aller à la campagne_: mais, +_l'idée_ LEUR _a pris_, etc. Ici le verbe est pris neutralement, et ne +saurait avoir de régime direct. + +Il y a une grande différence entre, _je_ LUI _ai vu donner un soufflet_, +et, _je_ L'_ai vu donner un soufflet_,--entre, _les offres de service +que je_ LEUR _ai vu faire_, et, _les offres de service que je_ LES _ai +vus faire_:--entre, _les liqueurs que je_ LEUR _ai vu verser_, et, _les +liqueurs que je_ LES _ai vus verser_. Cette différence est telle, qu'en +confondant les deux régimes l'on exprimerait positivement le contraire +de ce que l'on voudrait faire entendre. + +RÉFORMATION, RÉFORME. La _réformation_ est l'action de réformer; la +réforme en est l'effet. + +RÉSOUDRE. _Je résous_, _tu résous_, _il résout_, _nous résolvons_, _vous +résolvez_, _ils résolvent_, _je résolvais_, _je résolus_, _je +résoudrai_, _je résoudrais_, _résous_, _résolvons_, _résolves_, _que je +résolve_, _que nous résolvions_, _que vous résolviez_, _que je +résolusse_, _résolvant_: il a deux participes passés, _résolu_ et +_résous_: ce dernier n'a point de féminin. + +Lorsqu'il est question de déterminer une chose douteuse, on se sert de +_résolu_: _ce jeune homme a_ RÉSOLU _de changer de conduite_. En parlant +des choses qui se convertissent en d'autres, on se sert de _résous_; _le +soleil a_ RÉSOUS _le brouillard en pluie_. + +Quant _résoudre_ est actif, il régit _de_ avant l'infinitif, _on a +résolu_ D'_agir sans plus tarder_: employé passivement il prend _à_ ou +_de_ devant l'infinitif: _je suis résolu_ À _partir_, ou DE _partir_. +Quand résoudre est réfléchi, il régit _à_; _je me suis résolu_ À +_demander une retraite_. + +RESPECT. On dit également _respè_ ou _respeck_. Quand aux mots _aspect_ +et _circonspect_, il faut prononcer _aspeck_ et _circonspeck_. Cependant +Boiste prononce _assepekte_. + +RESTE. _Au reste_ se dit des choses dont on a déjà parlé, et sur +lesquelles il reste quelque chose à dire; _voilà l'opinion de Bernard_: +AU RESTE _je vous en écrirai_. + +_Du reste_ s'emploie quand ce qui suit n'est pas dans le même genre que +ce qui _précède_; _il est bizarre, emporté_, DU RESTE _brave homme_. + +RÉSULTER n'est usité qu'à l'infinitif et aux troisièmes personnes du +singulier. Il prend _avoir_ et _être_. + +RÉUNIR, lorsqu'il signifie, _posséder en même temps_, ne doit jamais +être suivie des prépositions _à_ ou _avec_; ne dites donc pas, _Turenne +réunissait la prudence_ À _la hardiesse_, ni, AVEC _la hardiesse_: +dites, _Turenne réunissait la prudence_ ET _la hardiesse_. En matière de +Fief et d'autres choses semblables, on dit, _réunir à_.--_Réunir un +grand Fief_ À _la Couronne_. + +Le verbe _unir_ rejette la préposition _avec_, et veut _à_. _Turenne +unissait la prudence_ À _la hardiesse_. + +RÊVER À, c'est réfléchir profondément; _il rêve_ À _une affaire_. _Rêver +de_, c'est faire un songe: _j'ai rêvé_ DE _vous_:--_j'ai rêvé_ DE +_combats_. + +REVERS INATTENDU. On prononce _rever inattendu_. + +RIRE. Le participe _ri_ est invariable: _ils se sont_ RI,--_elles se +sont_ RI _de mes menaces_. + +ROSBIF, du mot anglais _roast-beef_, signifie boeuf rôti. + +ROYAL. On disait autrefois, _des lettres royaux_,--_des ordonnance +royaux_: la raison a fait justice de cette bizarre irrégularité: +aujourd'hui l'on dit, _lettres royales_, _ordonnances royales_. + + +S. L'_s finale_ se fait entendre dans les mots _anus_, _aloès_, _as_, +_atlas_, _blocus_, _calus_, _foetus_, _iris_, _maïs_, _moeurs_, +_prospectus_, _lapis_, _laps_, _en sus_, _locatis_, _vis_, _vasistas_, +et dans les mots purement étrangers, tels que _bibus_, _chorus_, +_agnus_, _gratis_, _Crésus_, _Délos_, _Rubens_, _Valens_, (prononcez, +_rubinze valinze_) _Bacchus_, _Pallas_, etc. + +Exceptions. L'_s_ ne sonne pas dans _Mathias_, _Thomas_, _Judas_. + +Quand le pronom _y_, ou le pronom _en_, suit immédiatement la seconde +personne singulière de l'impératif terminé par un _e_ muet, il faut, +pour éviter un hiatus, y ajouter une _s_ euphonique, et écrire, +_donnes-en_;--_portes-y_;--_aies-en_;--_travailles-y_. + +Mais si le mot _en_, au lieu d'être un pronom, est une préposition, +alors on ne fait point usage de la lettre euphonique _s_; et l'on écrit, +_admire en France_...et non pas, _admires en France_. + +On ne fait pas sonner l'_s_ dans cette phrase du discours familier, _sur +les une heure_. + +L'impératif _va_, suivi des pronoms _y_, _en_, prend aussi une _s_: +_vaS-y-voir_;--_vaS-en demander_; mais on ne doit pas dire, _vaS en +Angleterre_, mais, _va en Angleterre_, parce que _en_ est ici +préposition. + +SAILLIR, (verbe neutre et défectif) dans le sens de _jaillir_, ne se dit +que des liquides: il n'est d'usage, suivant du Duvivier, qu'aux +troisième personnes, et à l'infinitif, et se conjugue sur _finir_. _Il +saillit_, _ils saillissent_, _il saillissait_, _ils saillissaient_, _il +saillit_, _ils saillirent_, _il saillira_, _ils sailliront_, _il +saillirait_, _ils sailliraient_, _qu'il saillisse_, _qu'ils +saillissent_, _qu'il saillît_, _qu'ils saillissent_. + +SAILLIR, terme d'architecture, signifie s'avancer en dehors comme un +balcon, une corniche. En ce sens il se conjugue différemment du verbe +_saillir_ de l'article qui précède, et ne s'emploie qu'à l'infinitif, et +à la troisième personne des temps suivans; _il saille_, _ils saillent_, +_il saillait_, _ils saillaient_, _il saillera_, _ils sailleront_, _il +saillerait_, _ils sailleraient_, _qu'il saille_, _qu'ils saillent_, +_qu'il saillît_, _qu'ils saillissent_. + +SANS QUE n'est jamais, suivi de _ne_: dites, _sans qu'il vienne_, et +non, _sans qu'il_ NE _vienne_. + +SAVOIR est le seul verbe qui se mette au subjonctif, sans être sous la +dépendance d'un autre mot qui le précède; mais alors il doit être +accompagné d'une négation: _je ne_ SACHE _rien de nouveau_. + +SECOND éveille une idée d'ordre, et _deuxième_ une idée de série. Ne +dites pas; _le_ DEUXIÈME, _mais_, _le_ SECOND _tome_ d'un ouvrage qui +n'a que deux tomes. Si l'ouvrage a plusieurs tomes, dites, _le_ DEUXIÈME +et non _le_ SECOND _tome_. + +SEMBLER. Le verbe impersonnel, _il semble_, veut le subjonctif: _il +semble qu'il vous_ CRAIGNE: excepté quand il est accompagné d'un régime +indirect de personne; _il_ ME _semble qu'il vous_ CRAINT. + +SEMI ne s'emploie qu'avec certains mots, et reste toujours invariable; +_une_ SEMI-_fête_:--_des_ SEMI-_tons_:--_des fleurs_ SEMI-DOUBLES. + +S'EN ALLER. Le pronom _en_ de _s'en aller_, doit toujours, dans les +temps composés, précéder immédiatement le verbe _être_. Dites, _nous +nous_ EN _sommes allés_: et non pas, _nous nous sommes_ EN _allés_. + +Il ne faut pas dire; _je m'_EN _vais commencer cette lettre_:--_je_ +_m'_EN _vais lui écrire_: mais, _je vais commencer cette lettre_:--_je +vais lui écrire_. + +SENS (ville). Prononcez, _San-ce_. + +SEOIR, pour signifier _être assis_, ne se dit plus qu'aux participes, +_séant_, _sis_, _sise_: et pour signifier _être convenable_, ne se dit +qu'au participe présent, qu'on écrit alors _seyant_, et aux troisièmes +personnes, _il sied_, _ils siéent_, _il seyait_, _ils seyaient_, _il +siéra_, _ils siéront_, _il siérait_, _ils siéraient_. Il est inusité aux +temps composés. + +_Messeoir_ se conjugue comme _seoir_, _et s'_emploie aux mêmes temps. + +SI. On ne doit pas dire, _il était_ SI _en peine_:--SI _en colère_: +mais, _il était_ SI FORT _en peine_...SI FORT _en colère_. + +SOFA, CANAPÉ. L'Académie dit qu'on confond souvent les _canapés_ avec +les _sofas_. _Sofa_, ou _sopha_, est un lit de repos qui sert de siége. +_Canapé_ est un long siége à dossier, qui sert quelquefois, mais +rarement, de lit de repos. La plupart des longs siéges, qui parent nos +salons, sont des _canapés_, et c'est une faute de les désigner par le +terme _sofa_. _Divan_ est un canapé oriental, sans dossier. + +SOI. Le pronom personnel _soi_ se dit des personnes et des choses. Quand +il se dit des personnes, ce ne peut être que dans les propositions +générales, ou avec des noms collectifs ou indéfinis, comme _on_, +_chacun_, _personne_, _quiconque_, etc. _On doit rarement parler de_ +SOI;--_chacun est content de_ SOI;--_quiconque n'aime que_ SOI, _est +indigne de vivre_;--_ne vivre que pour_ SOI, _c'est être déjà mort_. + +Lorsque l'antécédent présente un sens déterminé, ce n'est plus _soi_ +qu'il faut employer, c'est _lui_, _elle_, _lui-même_, _elle-même_: _cet +homme rapporte tout à_ LUI,--_cette femme ne parle que d'_ELLE-MÊME. + +Cependant, pour éviter une équivoque, les écrivains emploient _soi_, +quoique l'antécédent offre un sens déterminé. _Ce jeune homme, en +remplissant les volontés de son père, travaille pour_ SOI. Si au lieu de +_pour_ SOI, l'on disait _pour_ LUI, il y aurait une équivoque; on ne +saurait si LUI représente le père ou le fils. + +Lorsqu'il est question de _choses_, on peut indifféremment employer le +pronom _soi_, ou le pronom _lui_, _elle_. _L'aimant attire le fer à_ +SOI, ou _à_ LUI;--_un bienfait porte sa récompense avec_ SOI, ou _avec_ +LUI,--_la vertu est aimable de_ SOI, ou _d'_ELLE-MÊME. + +_Soi_ étant toujours du nombre singulier, ne peut jamais se rapporter à +un pluriel, lorsqu'il s'agit de _personnes_; mais s'il est question de +_choses_, les avis sont partagés. L'Académie et Th. Corneille rejettent +cette phrase, _ces choses sont indifférentes de_ SOI, tandis qu'ils +admettent celle-ci, _de_ SOI _ces choses sont indifférentes_. + +SON, SA, SES, LEUR, LEURS, quand il s'agit de choses, se remplacent par +l'article et le pronom _en_, lorsque ceux-ci peuvent entrer dans la +phrase sans nuire au sens. Ainsi, an lieu de dire en parlant d'une +maison, SON _extérieur est agréable_; en parlant d'une ville, _j'aime_ +SES _environs_; et en parlant d'arbres, LEURS _fruits sont excellens_; +l'on dira: L'_extérieur_ EN _est agréable_,--_j'_EN _aime_ LES +_environs_,--LES _fruits_ EN _sont excellens_. + +Mais on dira avec _son_, _sa_, _ses_, _leur_, _leurs_; _le Saint-Laurent +a_ SA _source au delà du Lac Supérieur_,--_les sciences ont_ LEURS +_difficultés_; parce que le sens ne permet pas de remplacer _son_, +_sa_, _ses_, etc., par l'article et le pronom _en_. + +SORTIR, pour signifier _obtenir_, _avoir_, est un terme de palais, usité +seulement à la troisième personne, et à quelques-uns de ses temps; _il +sortit_, _ils sortissent_, _il sortissait_, _qu'il sortisse_, +_sortissant_, _sorti_, _sortie_. Pour les temps composés, on se sert +d'_avoir_: _ce jugement_ A _sorti son plein et entier effet_. + +SOU. On n'écrit plus, comme autrefois, _sol_. + +SOUFFRIR prend _à_ ou _de_ devant l'infinitif: _je souffre_ À _le voir_, +ou DE _le voir dans cet état_. + +SOUVENIR (faire). C'est une faute de dire: _afin de_ LEUR _faire +souvenir_:--_je_ LUI _ai fait souvenir_: dites, _afin de_ LES _faire +souvenir_:--_je_ L'_ai fait souvenir_. + +_Souvenir_ s'emploie en parlant de choses récentes; _ressouvenir_ en +parlant de choses passées depuis longtemps. + +SUBSTANTIFS. L'usage veut que certains substantifs, ayant la même +inflexion et le même genre, servent à désigner les deux sexes; tels +sont, _auteur_, _docteur_, _général_, _géomètre_, _graveur_, _médecin_, +_orateur_, _philosophe_, _poëte_, _sculpteur_, _soldat_, _témoin_, +_peintre_, _traducteur_, etc. + +Quand les substantifs _enfant_, _esclave_, _dépositaire_, etc., +représentent une personne du sexe, l'article et l'adjectif doivent être +mis au féminin. UNE _enfant_ PIEUSE;--UNE _esclave_ BLANCHE;--UNE +_dépositaire_ PRUDENTE. + +SUBSTANTIFS COMPOSÉS (l'orthographe des). + +_Première règle_. Quand un substantif composé est formé d'un substantif +et d'un adjectif, ils prennent l'un et l'autre la marque du pluriel: +_une basse-taille_, _des basses-tailles_:--_un plain-chant_, _des +plains-chants_: excepté, _des blanc-seings_, _des terre-pleins_, _des +chevau-légers_, _des grand'-mères_, _des grand'-messes_. + +_Remarque._ Quand il entre dans un substantif composé un mot, qui ne +s'emploie plus isolément, comme dans _pic-grièche_, _loup-garou_, +_gomme-gutte_, etc., ce mot joue le rôle d'un adjectif, et conséquemment +prend la marque du pluriel: _des pics grièches_, _des loups-garous_, +_des gommes-guttes_. + +_Deuxième règle._ Quand un substantif composé est formé de deux +substantifs, placés immédiatement l'un après l'autre, ils prennent tous +les deux la marque du pluriel: un _chef-lieu_, des _chefs-lieux_, un +_chien-loup_, des _chiens-loups_, un _chou-fleur_, des _choux-fleurs_: +excepté, un _bec-figues_, des _bec-figues_, un _appui-main_, des +_appuis-main_, un _Hôtel-Dieu_, des _Hôtels-Dieu_, un _brèche-dents_, +des _brèche-dents_. + +_Troisième règle._ Quand un substantif composé est formé de deux +substantifs unis par une préposition, c'est le premier substantif qui +prend la marque du pluriel: un _ciel-de-lit_, des _ciels-de-lit_: un +_chef-d'oeuvre_, des _chefs-d'oeuvre_: excepté, des _coq-à-l'âne_, des +_pied-à-terre_, des _tête-à-tête_. + +_Quatrième règle._ Quand un substantif composé est formé d'un substantif +joint à un verbe, ou à une préposition, ou à un adverbe, le substantif +seul prend le signe du pluriel, si toutefois il y a pluralité dans +l'idée. Ainsi l'on écrira avec une _s_ au pluriel, des _contre-coups_, +des _avant-coureurs_, des _arrière-saisons_. Mais on écrira sans mettre +une _s_ au pluriel, parce qu'il y a unité dans l'idée, des _serre-tête_, +des _réveille-matin_ (horloges), des _contre-poison_. Enfin on écrira +avec une _s_, tant au singulier qu'au pluriel, parce qu'il y a toujours +pluralité dans l'idée, les mots _essuie-mains_, _cure-dents_, +_porte-clefs_. V. TIRE-BALLE, PORTE. + +_Cinquième règle._ Quand un substantif composé ne renferme que des mots +invariables de leur nature, comme _verbe_, _préposition_, _adverbe_, +aucune de ces parties ne prend la marque du pluriel: des _pour-boire_, +des _passe partout_. + +SUCCÉDER. Le participe _succédé_ est invariable: _ils nous ont_ +SUCCÉDÉ,--_ils se sont_ SUCCÉDÉ. + +SULLY. Les _ll_ de ce nom propre sont mouillées. + +SUPPLÉER. _Suppléer une chose_, et _suppléer_ À _une chose_, ont des +sens très-différens. _Suppléer une chose_, c'est remplacer ce qui +manque, en fournissant une chose de la même nature. _Ce sac doit être de +mille francs_: _s'il y a cent francs de moins, je_ LES _suppléerai_. + +_Suppléer_ À _une chose_ c'est remplacer cette chose par une autre chose +qui en tient lieu: _la valeur supplée_ AU _nombre_. + +Avec un nom ou pronom de _personne_, qui lui sert de régime, _suppléer_ +ne prend jamais la préposition _à_. Ainsi dites _suppléer quelqu'un_, et +non pas, _suppléer_ À _quelqu'un_:--_s'il ne vient pas je_ LE +_suppléerai_, et non pas, _je_ LUI _suppléerai_. + +SUPPOSÉ s'accorde lorsqu'il suit le substantif: _ces faits_ SUPPOSÉS: il +est invariable quand il le précède: SUPPOSÉ _ces faits_. + +SURSEOIR. _Je sursois, tu sursois, il sursoit, nous sursoyons, vous +sursoyez, ils sursoient, je sursoyais, nous sursoyions, vous sursoyiez, +ils sursoyaient, je sursis, nous sursîmes, je surseoirai, nous +surseoirons, je surseoirais, nous surseoirions, surseois, sursoyons, que +je surseoie, que nous sursoyions, que je sursisse, que nous sursissions, +sursoyant, sursis, sursise._ + +_Surseoir_, verbe actif, signifie suspendre: _on a sursis la +délibération_: on dit aussi neutralement: _surseoir au jugement d'une +affaire_. + +SYNONYME. Après deux substantifs synonymes, employés comme sujets, le +verbe s'accorde avec le dernier: _son courage_, _son intrépidité_ +ÉTONNE _les plus braves_. L'adjectif suit la même règle: _une douceur_, +_une affabilité_ CHARMANTE. + + +T. À quelques rares exceptions près, le _t_ final se prononce seulement +devant une voyelle ou une _h_ muette. C'est donc une faute, même grave, +que de le faire sonner dans _juillet_, _beset_, _calumet_, _Nicolet_, +ainsi que dans les noms d'hommes, _Bossuet_, _Croiset_, etc.: prononcez, +_juillè_, _besè_, _calumè_, _Nicolè_, _Bossuè_, _Croisè_. + +Dans _avant-hier_ le _t_ se fait sentir faiblement: mais il ne peut être +prononcé, sans blesser l'oreille, dans les locutions, _un goût +horrible_,--_un tort incroyable_,--_un instinct heureux_, etc.: et si le +mot suivi d'une voyelle, a un _r_ devant le _t_ final, comme dans _il +part aujourd'hui_,--_il court à bride abattue_,--_il s'endort à +l'ombre_, l'usage le plus commun est de ne pas faire sonner le _t_. + +Le _t_ final se fait toujours entendre dans _abject_, _contact_, _fat_ +(_fat_ n'a point de féminin), _suspect_, _granit_, etc. + +L'adverbe _net_ se prononce indifféremment _nè_ ou _nette_: mais le _t_ +de l'adjectif _net_ est muet au masculin. + +Duvivier dit: + + «La plupart des écrivains modernes forment le pluriel des + substantifs qui sont terminés par _ant_, ou par _ent_, en + ajoutant un _s_ et en supprimant le _t_ final dans les + polysyllabes: mais ils le conservent dans les monosyllabes. + + «Toutefois cette suppression n'est pas également adoptée; et en + effet _Regnier_, _Desmarais_, MM. de _Port-Royal_.... beaucoup + de grammairiens modernes.... et un grand nombre + d'imprimeurs.... conservent le _t_ final.... mais.... + l'Académie a adopté cette suppression....» + +Les mêmes remarques sont applicables à la suppression du _t_ au pluriel +des adjectifs terminés par _ant_ et par _ent_. + +TÂCHER. _Je tâcherai que vous soyez content_, est un solécisme, parceque +_tâcher_ n'est jamais suivi de la conjonction _que_. + +_Tâcher_ prend _à_ devant l'infinitif, quand il signifie _songer à_, +_viser à_: _il tâche_ À _m'embarrasser_,--À _me nuire_: et _de_ quand il +exprime les efforts que l'on fait pour parvenir à une fin: _il tâche_ +D'_avancer_. + +TAMBOUR. _Battre_ DU _tambour_, c'est jouer du tambour; _battre_ LE +_tambour_, c'est donner un signal par le tambour. + +TARDER prend également _à_ ou _de_ devant l'infinitif: _tarder_ À, OU +_tarder_ DE _venir_. + +TÉMOIN placé au commencement d'un membre de phrase, est pris +adverbialement: TÉMOIN _les victoires de nos armes_. + +TERMES DE MARINE. L'emploi abusif de termes de marine, importés au pays +par les premiers colons et navigateurs, à fait à la langue une plaie, +qu'il n'est pas facile de fermer. Le mal, comme une épidémie, des +dernier rangs de la société, s'est communiqué aux premiers: et souvent +l'éducation la plus soignée est une faible barrière contre l'emploi, à +rebours du sens commun, des termes, _virer_, _amarrer_, _larguer_, +_greiller_ (gréer), _embarquer_, _débarquer_, _revirer de bord_, +_amarre_, _bordée_, etc., etc. + +Les Instituteurs ne peuvent trop sévir contre l'abus que nous signalons +ici. + +TERMES PARASITES. Il faut éviter avec un soin extrême les _mots +favoris_, les _termes bizarres_, qui inondent nos discours, et nous +rendent importuns, ridicules et sont souvent le fléau de la société, +sans que nous nous en appercevions. Rien d'ailleurs ne décèle plus une +éducation vulgaire. + +Également on doit éviter les tours surannés, les expressions ignobles, +qui ne peuvent que fatiguer les personnes qui écoutent: tels que, _tirer +les vers du nez_; _vous pouvez m'en croire_;--_par dessus le +marché_;--_je vous remercie bien des fois_;--_au bout du compte_; _ce +n'est pas l'embarras_; _sourd comme un pot_; etc. + +Le jeune âge doit être prémuni contre ces défauts, dont l'habitude se +corrige difficilement. + +TIRANT est un _cordon_ qui sert à ouvrir et fermer une bourse, un +ridicule: c'est un _cuir_, un _ruban_ pour boucler des souliers, monter +des bottes, attacher des papiers, etc. On ne doit pas employer dans ces +sens les termes _attache_, _ganse_, et encore moins le mot anglais +_strap_. + +TIRE-BALLE ne prend pas d'_s_ au pluriel; non plus que les mots suivans; +_tire-bouchon_, _tire-bourre_, _tire-bouton_, _tire-clou_, _tire-pied_, +etc.: _tire-botte_ s'écrit au pluriel avec une _s_. V. SUBSTANTIFS +COMPOSÉS. + +TITRES _d'honneur_. Le mot _Révérend_ est un titre qui appartient +exclusivement aux _Prélats_, aux _Religieux_ et aux _Religieuses_: et +par conséquent, c'est une erreur grave que de le donner aux membres de +notre clergé canadien, qui est _séculier_. Cette erreur nous vient des +anglais, qui qualifient tous leurs ministres de _Révérends_. Mais +quelque soit l'usage des Anglais à cet égard, nous ne pouvons donner au +mot français _Révérend_, une extension qu'il n'a pas, une acception qui +lui est étrangère. + +C'est encore par un abus de langage, que l'on attribue à nos +ecclésiastiques la qualification de _Messire_. Ce titre d'honneur se +donnait ci-devant en France et au Canada dans les actes, (mais seulement +dans les actes,) _aux nobles et aux personnes distinguées par quelque +haute dignité_, tant parmi les laïcs, que parmi les gens d'église: _fut +présent Haut et Puissant Seigneur_ MESSIRE _Pierre Séguier_, +_Chevalier_, etc. + +_Révérend Messire_ est une expression doublement incorrecte. + +Il est à regretter que le titre d'_Abbé_, que l'on donne invariablement +en France aux ecclésiastiques séculiers, ne soit presque plus usité +chez nous. + +Les titres, _Monsieur_ et _Madame_ doivent être supprimés, quand on +prend en écrivant, une autre qualification. Ainsi un _Chevalier_ ne doit +pas écrire, _Monsieur le Chevalier de N. a l'honneur de prévenir +Monsieur le Colonel_: un Curé, _Monsieur le Curé de N., prie Monsieur le +Marguillier en charge_: une Baronne, _Madame la Baronne de N. a +l'honneur de présenter ses respectueux hommages à_: un Juge, _Monsieur +le Juge N. présente son compliment à Monsieur le Procureur_. + +Il faut écrire, _Le Chevalier de N. a l'honneur_ etc.--_Le Curé de N._, +etc. _La Baronne_, etc. etc. + +Lorsqu'il n'y a pas d'autre qualification, on emploie dans les billets +et sur les cartes de visite, les termes _Monsieur_, _Madame_, +_Mademoiselle_. + +Le nom d'un individu écrit sur la porte de sa demeure, ne doit pas être +précédé du mot _Monsieur_. Mais s'il s'agit d'une personne du sexe +féminin, il convient d'écrire, _Madame N._--_Mademoiselle N._ + +TOMBER _par terre_, se dit d'une chose qui touchait à la terre avant sa +chute: _tomber à terre_, d'une chose qui étant élevée au-dessus de +terre, tombe d'en haut. Ainsi un homme qui tombe en marchant dans la +rue, _tombe_ PAR _terre_, et non À _terre_: un couvreur qui tombe d'un +toit, _tombe_ À _terre_ et non PAR _terre_. + +TOSTE sub. mas. (de l'anglais _toast_) signifie la proposition de boire +à la santé de quelqu'un; au souvenir d'un évènement, etc. + +C'est à tort que l'on emploie le mot anglais _toast_, pour signifier +_tranche de pain rôtie_. _Rôtie_ est en français le correspondant de +_toast_: et si la rôtie est recouverte de beurre, l'on dit, _une rôtie +au beurre_. + +TOUCHER et PINCER, employés pour exprimer l'action de jouer des +instrumens, sont actifs, et doivent conséquemment avoir un régime +direct: d'où il suit qu'il faut dire, _toucher l'orgue_, _le +forté-piano_: _pincer la guitarre_, _la harpe_: et non pas, _toucher_ DE +_l'orgue_, DU _forté-piano_: _pincer_ DE LA _guitarre_, DE LA _harpe_. + +TOUT. Quand _tout_ est adverbe il signifie _tout-à-fait_, _quelque_, et +reste invariable: TOUT _aimable qu'est la vertu_,--TOUT _spirituels +qu'ils sont_,--_elle est_ TOUT _étonnée_. _Exception._ _Tout_, quoique +adverbe, varie quand l'adjectif, ou le participe qui suit, est féminin, +et commence par une consonne, ou une _h_ aspiré: _elle est_ TOUTE +_stupéfaite_,--TOUTE _hardie qu'elle est_.--TOUTES _spirituelles +qu'elles sont_. + +_Tout._ Quand l'adjectif _tout_ est joint à un nom de ville, il prend le +genre masculin, quoique le nom de ville soit féminin: non que dans ce +cas on le considère comme adverbe, mais parce que l'on sous-entend le +mot _peuple_. On dira donc, TOUT _Rome le sait_,--TOUT _Florence en est +convaincu_: c'est-à-dire, _tout le peuple de Rome_..._tout le peuple de +Florence_.... + +Mais joint à un nom de province, de royaume, de paroisse, _tout_ prend +le genre de ce nom. TOUTE _l'Italie_,--TOUTE _la paroisse_. + +TOUT-À-COUP signifie soudainement: _il disparut_ TOUT-À-COUP. +_Tout-d'un-coup_ veut dire, tout d'une fois; _il s'est ruiné_ TOUT-D'UN +COUP. + +TOUT DE SUITE, phrase adverbiale, signifie _incontinent_, _sur l'heure_. +Il ne faut pas la confondre avec _de suite_, autre phrase adverbiale qui +signifie _l'un après l'autre, sans interruption_.--_ces livres ne sont +pas_ DE SUITE. + +TRAIRE. _Je trais_, _tu trais_, _il trait_, _nous trayons_, _vous +trayez_, _ils traient_, _je trayais_, _tu trayais_, _il trayait_, _nous +trayions_, _vous trayiez_, _ils trayaient_; point de passé défini, _je +trairai_, _je trairais_, _trais_, _trayons_, _trayez_, _que je traie_, +_que tu traies_, _qu'il traie_, _que nous trayions_, _qu'ils traient_, +point d'imparfait du subj. _trayant_, _trait_, _traite_. + +TRAIT D'UNION ou TIRET. Il sert à marquer la liaison qui existe entre +deux ou plusieurs mots. On l'emploie, + +1º. entre le verbe et les pronoms, _je_, _moi_, _nous_, _tu_, _vous_, +_il_, _ils_, _elle_, _elles_, _le_, _la_, _les_, _lui_, _leur_, _y_, +_en_, _ce_, _on_, quand ces pronoms sont placés après le verbe, dont ils +sont le sujet, ou le régime: _irai-je?_--_viens-tu?_--_donnait-on?_ +--_laisse-moi_;--_allez-y_; --_portes-en_; etc. S'il y a deux noms, on +emploie deux traits d'union: _laisse-le-moi_,--_donne-les-leur_. + +2º. avant ou après _ci_ et _là_, accompagnant un substantif, un pronom, +une préposition, un adverbe, avec lesquels ils sont unis d'une manière +inséparable: _celui-ci_,--_celui-là_,--_là-dessus_,--_là-haut_, etc. + +3º. pour lier _très_ au mot qui suit: _très-sagement_,--_très-riche_. + +4º. pour unir le dernier terme d'un nombre au terme précédent, quand le +dernier terme passe _un_, et ne dépasse pas dix: _dix-huit_; +--_trente-cinq_;--_deux cent dix-neuf_, mais on dirait sans trait +d'union: _vingt et un_:--_cinquante et un_: le dernier terme étant _un_: +et _cent quinze_;--_deux cent vingt_; le dernier terme dépassant _dix_. +Cependant _quatre-vingts_ prend toujours le trait d'union: +_quatre-vingts chevaux_:--_quatre-vingt dix hommes_. + +5º. pour lier deux ou plusieurs mots qui, par le sens, n'en font qu'un, +_Marc-Aurèle_,--_chef-lieu_;--_s'entre-choquer_, _Jean-Jacques_, +_Jean-Baptiste_. + +6º. pour indiquer le changement d'interlocuteur: il remplace alors les +_dit-il_, _reprit-il_, _répondit-il_. + +7º. pour marquer une suspension dans le discours. + +8º. pour lier le mot, dont une partie se trouve à la fin d'une ligne, et +l'autre au commencement de la ligne suivante. + +TRAITER. On dit indifféremment, _traiter une matière_,--_une question_: +ou, _traiter_ D'_une matière_,--D'_une question_: à moins qu'on ne +spécifie la matière, la question: alors il faut _de_:--_dans son +ouvrage, il traite_ DES _plantes_, DES _métaux_. + +TRAVERSER _le pont_, pour exprimer l'action de le parcourir dans sa +longueur, n'est pas correct: il faut dire, _passer le pont_. + +TRÉMA. Le tréma est un double point (¨) qu'on met sur une des voyelles +_e_, _i_, _u_, pour la faire prononcer séparément de celle qui précède: +_naïf_, _Saül_, _ciguë_. L'emploi du tréma est une faute quand on peut +le remplacer par un accent: ainsi au lieu de _poësie_, _Cloë_, écrivez, +_poésie_, _Cloé_. + +TRÈS. L'usage ne permet guère de mettre _très_ devant les participes. +Dans ces cas l'on emploie _beaucoup_, _fort_, etc., et au lieu de dire +_cet homme est_ TRÈS-_aimé_; _cette place est_ TRÈS-_menacée par +l'ennemi_, l'on dit, _cet homme est_ FORT _aimé_,--_cette place est_ +FORT _menacée_, etc. + +On peut cependant se servir de _très_ avec certains participes employés +comme adjectifs verbaux: _il est_ TRÈS-_occupé_,--_il est_ +TRÈS-_humilié_. + +_Très_ ne doit pas être employé dans une proposition négative, Ne dites +pas, _il n'est pas_ TRÈS-_sage_;--_il n'est pas_ TRÈS-_occupé_: dites, +_il n'est pas_ FORT _sage_,--_il n'est pas_ FORT _occupé_. L'adverbe +modifie un verbe, un adjectif et un autre adverbe, mais jamais un +substantif. On doit donc éviter les locutions suivantes si communes et +si vicieuses: _J'ai_ TRÈS-_faim_:--_il a_ BIEN _soif_:--_il est parti_ +TRÈS-_matin_:--_il fait_ TRÈS-_chaud_:--_j'ai_ EXTRÊMEMENT _froid_:--_il +ne fait pas_ BIEN _froid_. Il faut dite: _J'ai une très_-GRANDE +_faim_:--_il a une bien_ GRANDE _soif_:--_il est parti de très_-GRAND +_matin_:--_il fait_ GRAND _chaud_:--_j'ai un_ TRÈS-GRAND _froid_:--_il +ne fait pas un bien_ GRAND _froid_. + +TROIS-RIVIÈRES, (en latin _Trifluvium_) nom composé, est substantif +masculin du nombre singulier: il est masculin parceque les noms de ville +en général sont masculins, à moins qu'ils ne dérivent d'un féminin +latin: et quoiqu'il porte la marque du pluriel, il est au singulier, +parce que le nom propre n'étant qu'un nom qui distingue une chose des +autres choses, ne peut être susceptible de l'idée accessoire de +pluralité. + +_Trois-Rivières_ étant un nom propre, ne peut, d'après la règle +générale, être accompagné de l'article _les_. Il est vrai que cette +règle souffre quelques exceptions, comme, _Le Hâvre_, _Le Puy_, _La +Rochelle_. Il est encore vrai que, jusqu'à ces derniers temps, on a +toujours écrit _Trois-Rivières_ avec l'article: mais les écrivains +récens, d'accord avec la raison, travaillent à corriger cette vieille +erreur indiquée d'ailleurs suffisamment par le terme latin _Trifluvium_. + +Des observations qui précèdent il résulte que l'on doit dire, _Je vais_ +À _Trois-Rivières_:--_il demeure_ À _Trois-Rivières_:--_Trois-Rivières_ +EST BÂTI _sur le fleuve St. Laurent_, et non pas, _je vais_ AUX +_Trois-Rivières_:--_il demeure_ AUX _Trois-Rivières_:--LES +_Trois-Rivières_ SONT BÂTIES _sur le fleuve St. Laurent_. + +_Trois-Pistoles_, _Trois-Saumons_, noms de paroisses, suivent la même +règle. + + +UN. Lévisac pense que le mot _un_ devant une voyelle, doit être prononcé +comme _une_, et que l'on doit dire _une-imbécile_,--_une hérétique_. +D'autres grammairiens veulent que l'on prononce _un-nimbécile_, +--_un-nhérétique_. + +UN DE. Au lieu de _un de_, il faut employer _l'un de_, quand _un_ est +précédé d'un substantif ou d'un pronom, et suivi d'un nombre précis: +_Ducis l'un_ DES _quarante de l'Académie_. + +Mais on dira avec _un de_,--_Henri IV est_ UN DES _meilleurs princes, +qui aient régné sur la France_,--UN DES _quarante de l'Académie est de +mon avis_; parce que dans la première phrase, _un_ précédé par le +substantif _Henri_, n'est pas suivi d'un nombre: et que dans le second, +_un_ suivi par le nombre _quarante_, n'est pas précédé par un substantif +ou un pronom. + +UNIQUE veut aprês lui le subjonctif: _c'est l'unique service que vous_ +PUISSIEZ _me rendre_. + + +VACANCES au pluriel, se dit des études publiques: _vacations_ au +pluriel, de la cessation des séances des gens de justice. + +VAINCRE. _Je vaincs_, _tu vaincs_, _il vainc_, _nous vainquons_, _vous +vainquez_, _ils vainquent_, _je vainquais_, _je vainquis_, _je +vaincrai_, _je vaincrais_, _vaincs_, _vainquons_, _vainquez_, _que je +vainque_, _que je vainquisse_, _vaincant_, _vaincu_, _vaincue_. + +Le présent de l'indicatif n'est guère usité au singulier, non plus que +_vaincs_, seconde personne du singulier de l'impératif. + +VALOIR. _Je vaux_, _nous valons_, _ils valent_, _je valais_, _je valus_, +_je vaudrai_, _je vaudrais_: pas d'impératif, _que je vaille_, _que nous +valions_, _que je valusse_, _valant_, _valu_, _value_. + +Le participe _valu_ s'accorde seulement lorsque le verbe _valoir_ +signifie _procurer_, _rapporter_, et que le régime direct précède le +participe: _que d'éloges ne lui a pas_ VALUS _sa conduite noble et +généreuse_! c.-à-d. _procurés_; le participe, comme l'on voit, s'accorde +ici avec le régime direct _que_, qui est devant. + +VENIMEUX se dit des animaux: _le scorpion est un animal_ VENIMEUX: +_vénéneux_ des végétaux; _la ciguë est une plante vénéneuse_. + +VÊPRES, MATINES. Dites, _aller_ À _vêpres_,--À _matines_: _réciter +vêpres_,--_matines_: et non pas, _aller_ AUX _vêpres_,--AUX _matine_: +_réciter_ LES _vêpres_,--LES _matines_: attendu que _vêpres_ et +_matines_ étant pris _indéterminément_ dans ces phrases, on doit +supprimer l'article. + +Mais si ces noms étaient pris _déterminément_, comme dans ces locutions, +_aller_ AUX _vêpres de la paroisse de St. Roch_;--_réciter_ LES _matines +de Noël_, l'on ne pourrait omettre l'article. + +VERBES. Quelques grammairiens modernes ont substitué aux anciens titres +de certains verbes de nouvelles dénominations, qu'il convient +d'indiquer. Pour _actif_ ils disent _transitif_: pour _neutre_, +--_intransitifs_: pour _impersonnel_,--_unipersonnel_: et enfin +_réfléchi_ est remplacé par le terme _pronominal_ ou _réciproque_. + +Les mêmes grammairiens disent _complément_ pour _régime_. + +VÊTIR. _Je vêts, tu vêts, il vêt_ (ce singulier est peu usité) _nous +vêtons, je vêtais, je vêtis, je vêtirai, je vêtirais, vêts, vêtons, +vêtez, que je vête, que je vêtisse, vêtant, vêtu, vêtue_. + +VIANDE, chair des animaux terrestres et des oiseaux dont on se nourrit. +En ce sens on dit que l'on ne mange point de _viande_ en carême. + +_Viande_ se dit quelquefois de la chair des poissons: _le saumon n'est +pas une_ VIANDE _de malade_. + +On appelle viandes de carême, _la morue_, _le hareng_, _le saumon_, etc. +V. CHAIR. + +VIEIL. Au lieu de _vieux_, on se sert de _vieil_ devant un substantif +qui commence par une voyelle, ou une _h_ non aspirée: cependant on est +toujours libre d'employer le mot _vieux_. + +VILLES. En général les noms de _ville_ sont masculins, excepté quand ils +dérivent d'un féminin latin. Lorsque le genre est incertain, l'on doit +faire précéder le nom du mot _ville_. + +Quand on personnifie une ville, l'on en met ordinairement le nom au +féminin: _malheureuse Tyr, dans quelles mains es-tu tombée_. + +VINGT ET UN. On dit _vingt et un_, _trente et un_, etc. Mais la +conjonction est omise dans _vingt-deux_, _vingt-trois_, etc., +_trente-deux_, _trente-trois_, etc. Il s'en suit que les locutions +_trente un soldats_,--_l'an mil huit cent quarante un_, sont vicieuses. + +L'usage veut que l'on dise, _soixante et dix_, _soixante et onze_, etc. + +VIS-À-VIS ne doit pas s'employer dans le sens de _envers_, _à l'égard +de_. Ne dites donc pas, _sa conduite_ VIS-À-VIS _de ses bienfaiteurs est +fort répréhensible_: dites, ENVERS _ses bienfaiteurs_, etc., ou, À +L'ÉGARD _de ses bienfaiteurs_, etc. + +Après _vis-à-vis_, on met _de_, excepté dans le style familier; +_vis-à-vis la rue_;--_vis-à-vis mes croisées_. + +VIVRE régit _de_ et non pas _du_: _je vis_ DE _bonne viande_,--DE _bonne +soupe_,--_vivre_ DE _légumes_. + +VOLUME. TOME. _Volume_ est un livre relié ou broché. Tome est un volume +qui fait partie d'un ouvrage; Le _volume_ peut contenir plusieurs +_tomes_: et le _tome_ peut faire plusieurs volumes. + +Quelquefois _tome_ signifie simplement _volume_. + +VOUS. Lorsqu'on parle à des supérieurs, ou à des dames, les convenances +du langage exigent que l'on se serve _quelquefois_ de la troisième +personne au lieu de la seconde. Ainsi au lieu de, _Monsieur, voulez-vous +me permettre?_ dites, _Monsieur voudrait-il me permettre._--_Madame, +pourriez-vous me faire la grâce?_ dites, _Madame pourrait-elle me faire +la grâce?_ + + +Y, adverbe de lieu avec l'impératif. Le pronom _moi_ se met toujours +après l'_y_. _Envoyez-y_ MOI,--_menez-y_ MOI,--_attendez-y_-MOI,--_tu +vas au musée_, _menes-y_ MOI,--_tu vas en voiture_, _donnes-y_ MOI _une +place_. + +Les pronoms _nous_ et _les_ se mettent au contraire avant l'_y_. +_Envoyez_-NOUS-_y_--_attendez_-NOUS-_y_,--_tu vas au musée_, +_mène_-LES-_y_,--_tu vas en voiture_, _donne_-NOUS-_y_ _une place_. + +_M'y_ ne peut être placé après le verbe. Ne dites pas; _Vous allez à +Québec_, _menez_-M'_y_: dites,..._menez-y_-MOI. Mais il se place +très-bien devant: _Je vais à Trois-Rivières_, _voulez-vous_ M'_y_ +_accompagner_? + + +Z, prend le son propre d'_s_, même avant une consonne, dans _Metz_, +_Rodez_, _Suez_, _Alvarez_, _Cortez_, _Sènez_, _Usez_; mais il ne sonne +pas dans _Sèez_. Les deux z dans le mot _Abruzze_ se prononcent comme +deux _s_, _Abrusse_. + +ZÉPHYR, ZÉPHYRE. Le premier se dit d'un vent doux et agréable: le second +du même vent considéré comme divinité de la fable. + + +FIN + + + + +RECUEIL + +DE + +LOCUTIONS VICIEUSES. + + +À. C'est une faute grossière que de dire, _la fille_ À _Madame une +telle_,--_le cheval_ À _Mons. un tel_. Dites, _la fille_ DE _Madame une +telle_,--_le cheval_ DE _Mons. un tel_. _Venez_ À _bonne heure_, est +aussi une expression vicieuse: dites, _venez_ DE _bonne heure_. + +ABAT _de neige_, _abat de pluie_ sont des barbarismes, de même que, +_chute de neige_,--_chute de pluie_. + +ABIMER. _J'ai abîmé mon chapeau_,--_ma robe_; dites, _j'ai gâté mon +chapeau_,--_ma robe_. + +ADONNER (s') est un des mots de la langue dont on fait le plus fréquent +abus, et par fois le plus ridicule emploi. Ainsi l'on dit, _il s'est_ +ADONNÉ _à entrer chez moi, au moment où le feu a éclaté_; pour, _il est +entré par hasard chez moi au moment_ etc.:--_il s'est_ ADONNÉ _que votre +frère et moi nous sommes arrivés le même jour à Trois-Rivières_; pour, +_votre frère et moi nous sommes arrivés par hasard le même jour à +Trois-Rivières_;--_ce Monsieur s'est_ ADONNÉ _à Kingston à l'ouverture +du Parlement_, pour, _ce Monsieur s'est trouvé par hasard à Kingston, à +l'ouverture_ etc. + +Mais on dit, en parlant de chemin, _passez chez moi quand votre chemin +s'_ADONNERA: et en termes de marine, que _le vent_ ADONNE, pour +signifier qu'il est favorable. + +AMBRE, pour désigner l'allure d'un cheval, est une faute: dites +_amble_,--_aller l'amble_. + +AMONT, terme de batellier, qui signifie, en remontant la rivière: _pays +d'_AMONT,--_ce bateau arrive d'_AMONT. + +On voit par là combien sont répréhensibles les expressions, AMONT _le +coteau_,--AMONT _le Cap aux Diamans_, etc. + +_Amont_ est opposé à _aval_. On dit, _vent d'_AVAL,--_navire venant en_ +AVAL,--_bateau amarré en_ AVAL _du pont_,--_en_ AMONT _du pont_,--_en_ +AMONT _et en_ AVAL _de la ville de Québec_. + +ANIMAUX. Souvent on désigne par ce mot les bestiaux et autres +quadrupèdes domestiques: et l'on dit, _mener les_ ANIMAUX _au +paturage_,--_soigner les_ ANIMAUX,--_ces_ ANIMAUX _sont fort gras_, etc. +Ce langage est incorrect, parce que le terme animal est générique, et +comprend par conséquent tous les êtres animés et sensibles de la nature. + +_Bestiaux_ ou BÉTAIL ne se dit guère que pour désigner les _boeufs_, les +_vaches_, les _moutons_, les _chèvres_. Quant aux _chevaux_, aux _ânes_, +aux _cochons_, aux _chiens_ etc., il faut les spécialiser par leurs +noms. + +On dit _animaux domestiques_ par opposition aux _animaux sauvages_. + +ANVALER pour signifier _avaler_, n'est pas français. + +APRÈS. _La clef est_ APRÈS _la serrure_: dites, À _la serrure_. + +APPROPRIER. C'est une faute grossière de dire, APPROPRIER _une chambre_, +_un meuble_, pour signifier, NETTOYER _une chambre_, _un meuble_. + +À RAISON DE signifie _à proportion_; et ne peut être par conséquent +employé pour _à cause de_, qui a une toute autre acceptation. Au lieu +donc de, _il a abandonné cette entreprise_ À RAISON _des obstacles qu'il +y a rencontres_, _il faut_...À CAUSE DES _obstacles_... + +ARGENT n'a point de pluriel: c'est donc une faute de dire, _envoyer des_ +ARGENS _à quelqu'un_;--_placer des_ ARGENS _à intérêt_: dites, _envoyer +de l'argent_, ou mieux _des fonds à quelqu'un_,--_placer de l'argent_, +ou _des fonds à intérêt_. + +_De la_ BONNE _argent_,--_de l'argent_ BLANCHE, sont des solécismes +révoltans. + +ATTELER _un cheval sur une voiture_,--_mettre les chevaux sur le +carosse_, sont des locutions qui blessant le sens commun: dites, +_atteler un cheval_ À _une voiture_,--_atteler les chevaux_ AU +_carosse_. + +ATTENDRE. Le peuple dit _attendre_ pour _entendre_: de là les +expressions choquantes, _j'ai_ ATTENDU _la messe_,--_cet homme +n'_ATTEND _pas raison_, etc. + +AVEC. _Venez_ AVECQUE _moi_: mauvaise prononciation: dites, _venez_ AVÉ +_moi_. Le _c_ dans ce mot ne sonne que devant une voyelle. + + +BALANCE, BALANCINE pour signifier _balançoire_, ne sont pas français. + +_Une_ planche appuyée par le milieu, et sur les extrémités de laquelle +des enfans placés en contre-poids, s'élèvent et s'abaissent +alternativement, s'appelle également _bascule_ et _balançoire_. + +_Escarpolette_ est une balançoire, dont le siège est suspendue par des +cordes ou par des brins de bois. + +Si la machine sur laquelle on se balance est construite de manière que +le mouvement soit circulaire et horisontal, elle se nomme aussi +_balançoire_. + +_Brandilloire_ est synonyme de _balançoire_. + +BALANCER _quelqu'un_, c'est imprimer un mouvement à la balançoire, où +est la personne, sans y être placé soi-même. + +_Se balancer_, c'est aller soi-même sur la balançoire; ainsi quand deux +ou plusieurs personnes veulent aller se balancer, elles doivent dire, +_allons_ NOUS _balancer_, et non pas, _allons balancer_. + +BAND. On a francisé à tort ce mot anglais, et l'on dit, _la_ BANDE _de +musique de tel régiment_: dites, _le_ CORPS _de musique_... ou +simplement, _la musique de tel régiment_. + +BARBOT. C'est ainsi que le peuple appelle l'_escarbot_, insecte de la +famille des coléoptères. + +BARRER _une porte_, c'est la fermer avec une barre. Si la porte est +munie d'une serrure seulement, il serait ridicule de dire, BARREZ _la +porte_. + +BATTURES, BORDAGES, employés pour signifier les glaces qui s'accumulent +pendant l'hiver sur le bord des rivières, sont des barbarismes. On ne +doit donc pas dire, _les_ BORDAGES _tiennent encore_,--_les_ BATTURES +_sont parties_. + +_Embarquement_ et _débarquement_ sont encore des termes impropres, +lorsqu'on leur fait signifier l'endroit où, en hiver, l'on passe de la +rive sur la glace d'une rivière, et _vice versâ_. + +BELLE, EN BELLE. Ces mots sont employés par le peuple pour signifier +_facilité_, _occasion favorable_, et il en résulte des locutions +tout-à-fait ridicules; comme, _vous avez_ EN BELLE, pour, _vous avez la_ +FACILITÉ:--_si vous trouvez votre_ BELLE, pour, _si vous trouvez une_ +OCCASION FAVORABLE, etc. + +BERDAS, BERDASSERIE, de même que, _berdasser_, _berdasseur_, +_berdasseuse_, sont des mots bas et révoltans. + +BEURRÉE est une tranche de pain recouverte de beurre. L'expression +BEURRÉE _de confitures_ choque le bon sens: dites, TARTINE _de +confitures_. + +On dit aussi, _tartine de beurre_,--_de miel_, etc. + +BOITE pour signifier le son, l'avoine, les légumes, etc., qu'on délaie +avec de l'eau ou du lait pour les bestiaux, n'est pas français. + +BOMBARDE. Le peuple nomme ainsi, mais improprement, le petit instrument +en métal, dont on tire du son, en le plaçant entre les dents, et en en +frappant la languette avec le doigt. Cet instrument s'appelle _trompe_, +et plus ordinairement _guimbarde_. + +BOTTE. _Tomber en botte_, en parlant d'un tonneau, d'une cuve, etc., +dont les douves et les cercles se séparent, est un solécisme. + +Les tonneliers, suivant Trévoux, disent, _tomber en javelle_. + +Le peuple dit aussi, mais improprement, _cet homme tombe en botte_, pour +désigner le dépérissement rapide de sa santé, ou de sa fortune. + +BOUCANE, terme impropre qu'on emploie comme synonyme de _fumée_. + +BOUCANER signifie sécher des comestibles à la fumée, et aller à la +chasse des boeufs sauvages: ne dites pas, _la cheminée_ BOUCANE,--_le +poële_ BOUCANE: dites, _la cheminée fume_, etc. + +BOUILLIR. Le vulgaire dit abusivement _bouillir_ pour _fermenter_, comme +dans cette phrase, _la bierre n'a pas encore_ BOUILLI, pour, _n'a pas +encore_ FERMENTÉ. + +BOUQUET. Le peuple confond les termes, _bouquet_ et _fleur_: il dit, +_semer des_ BOUQUETS; et à l'aspect des fleurs d'un parterre, _voilà de +beaux_ BOUQUETS. + +_Bouquet_ n'est pas une fleur: il est un assemblage de fleurs liées +ensemble. + +BOUT. _Un_ BOUT _de temps_,--_un long_ BOUT _de temps_,--_un petit_ BOUT +_de temps_, sont des locutions basses et vulgaires. + +BRASSE CORPS. _Prendre à brasse corps_: populaire: dites +_à-bras-le-corps_. + +BRETON. Ce nom appartenait jadis aux habitans de la Grande Bretagne: ils +ont cessé de le porter depuis l'invasion de l'Angleterre par les Saxons: +et par conséquent il ne peut plus être employé comme synonyme +d'_anglais_. + +Les seuls habitants de la Bretagne, ci-devant province de la France, +portent aujourd'hui le nom de _Bretons_. + +BRIN est une faute dans les expressions suivantes, _un petit_ BRIN _de +pain_,--_un petit_ BRIN _de lait_,--_il n'a mangé qu'un petit_ +BRIN,--_il tombe quelques_ BRINS _de pluie_, etc. + +On dit cependant, _un_ BRIN _d'estime_,--_un_ BRIN _d'amitié_,--_un +petit_ BRIN _d'espérance_. + +BROYER, Au lieu de _broyer_, pour signifier briser le lin, le chanvre; +et de _broie_, l'instrument pour broyer, nos paysans disent abusivement, +_brayer_, _braye_. + +BUT. Ne dites pas, _j'ai rempli mon_ BUT, mais, _j'ai atteint mon_ BUT. + +BUTIN est tout ce qu'on enlève à l'ennemi. Dans le langage du peuple ce +mot signifie, _meubles_, _marchandises_, _comestibles_, toutes sortes +d'effets en un mot: et de là une multitude innombrable de locutions +ignobles, dont voici quelques échantillons. Un huitrier dit, _j'ai vendu +tout mon_ BUTIN: un acheteur qui n'a pas achevé de faire ses amplettes, +_j'ai encore du_ BUTIN _à acheter_: celui-ci, à l'aspect de beaux +meubles s'écrie, _voilà de beau_ BUTIN: celui-là, à la vue d'un voleur +qui enlève ses volailles, _au voleur!_ _qui emporte mon_ BUTIN: cet +autre, en parlant d'un tailleur qui a gâté son habit, _il a gâté mon_ +BUTIN. Quel pitoyable langage! + + +CADRE. On emploie abusivement ce mot pour signifier _image_, _estampe_, +etc.: et l'on dit, _voilà un beau_ CADRE:--_quel est le prix de ce_ +CADRE? pour, _voilà une belle_ ESTAMPE:--_quel est le prix de cette_ +IMAGE? + +_Cadre_ n'est que la bordure de bois, de bronze, etc., dans laquelle on +enchâsse un tableau, une estampe, etc. + +CAILLE pour signifier tacheté de blanc et de noir, en parlant des +bestiaux, etc., n'est pas français. + +CAJEU, CAGE. En parlant de pièces de bois liées ensemble, que l'on +transporte à flot sur une rivière, gardez-vous de dire, CAJEU, CAGE. +_Cajeu_ n'est pas français, non plus que _cage_ dans le sens qu'on lui +prête ici. Dites, _train_, _radeau_, _train de bois_, etc. + +_Drame_ employé dans le sens de _radeau_ est également un barbarisme. + +CALER, terme de marine, est employé improprement par le peuple pour +signifier enfoncer dans la boue,--dans l'eau,--couler à fond. + +_Caler un fossé_, pour, _creuser un fossé_ est aussi une locution +vicieuse. + +CANOT. Outre le canot fait d'écorce, ou d'un tronc d'arbre, une autre +petite embarcation, destinée pour l'ordinaire, au service des vaisseaux, +se nomme _canot_. Désigner ce canot par le mot _chaloupe_, est une faute +grave. _Chaloupe_, que les Anglais nomment _long-boat_, est une +embarcation plus grande que le canot, et porte quelquefois le nom de +_grand canot_. + +CASSOT pour signifier un petit vaisseau d'_écorce_, ou de _bois_, n'est +pas français. + +CASTALOGNE est une couverture de lit de laine très-fine, et c'est une +faute d'employer ce mot pour désigner les petits tapis d'un travail +grossier, dont on couvre un plancher, et c'est une autre faute de +prononcer _ca-ta-logne_. + +C'EST-IL employé pour _est-ce_? est un solécisme. Évitez donc les +expressions populaires, C'EST-IL _moi qui ai fait cela_?--C'EST-IL _lui +qui a parlé_?--C'EST-IL _bon, cela_? + +CHAMPLURE pour signifier _robinet_, est un barbarisme. Dites, +_chantepleure_. + +Dans quelques départemens de la France on appelle _chantepleure_ le +robinet d'un tonneau de vin ou de cidre. + +CHANDELLE. Ne dites pas, TUEZ _la chandelle_,--TUEZ _le feu_: dites, +ÉTEIGNEZ _la chandelle_,--ÉTEIGNEZ _le feu_. + +_Enterrer le feu_ est aussi une faute; dites, _couvrir le feu_. + +CHANGER. C'est une faute grossière que de dire, CHANGEZ-VOUS,--_allez_ +VOUS CHANGER: dites, _changez votre linge_,--_allez changer vos habits_. + +CHARGE. _La charge d'un vaisseau_ n'est pas français. Dites, _le +chargement_ ou _la cargaison d'un vaisseau_. + +CHIFFON _de pain_, pour signifier un gros morceau de pain, est une +expression vicieuse; il faut dire _guignon_, _ou bribe de pain_. + +CIRE, ou CIRAGE, est la composition luisante que l'on étend sur les +chaussures en cuir. L'emploi du mot anglais _black-ball_ est +insupportable; également on doit repousser le terme _noir à souliers_. + +_Frottez mes souliers_,--_mes bottes_: expressions ridicules; on doit +dire, _cirez mes souliers_,--_mes bottes_, quand on veut les faire +enduire de cire; et, _décrottez mes souliers_,--_mes bottes_, lorsqu'on +en veut faire ôter la boue. + +CLAIRER (du verbe anglais _to clear_) n'est pas français. Ainsi ne dites +pas, _j'ai_ CLAIRÉ _£5OO dans mon année_;--_il a_ CLAIRÉ _à la douane_: +dites, _j'ai fait un gain net de £500 dans mon année_:--_il a eu sa +décharge de la douane_. + +CLENCHE, suivant Boiste, signifie _loquet de porte_: mais _clencher_ +n'est pas français: conséquemment l'on ne doit pas dire, _on clenche à +la porte_, etc. + +COEUR, CHOEUR se prononcent _keur_. Gardez-vous de dire avec le peuple, +_qu-eur_. + +COFFEE. Il est du dernier ridicule d'aller chercher le mot anglais +_coffee_, que l'on prononce comme les anglais, _kâu-fé_ tandis que nous +avons le terme français _café_, dont l'_a_ est aigu, et que l'on doit +par conséquent prononcer _caf-é_. + +COUETTE pour signifier, cheveux de la nuque noués, n'est pas français. + +COLLÉREUX-EUSE, dites, _colère_. + +COLLATION est féminin. _J'ai mangé du fruit à_ MON _collation_,--_il a +fait un_ BON _collation_, sont des sollécismes insupportables. + +COLLECTER (du verbe anglais _to collect_) est un barbarisme. Il ne faut +donc pas dire, COLLECTER _des dettes_,--_des souscriptions_; mais, +RECUEILLIR _des dettes_, _des souscriptions_. + +COLLECTEUR. Ce mot se dit seulement de celui qui est chargê de percevoir +les taxes, les impositions; mais non de celui qui recueille des +souscriptions, des dettes, etc. + +CONDUITE n'est pas synonyme d'_économie_: et c'est une faute grossière +que de dire, _cet homme a beaucoup de_ CONDUITE, pour signifier qu'il +est fort entendu en économie. + +CORDEAU est une petite corde pour aligner: et c'est à tort qu'on +l'emploie au pluriel comme synonyme des _rênes_ ou _guides_, que l'on +attache à la bride d'un cheval attelé à une voiture. + +CORDON, employé pour signifier une mesure de bois de chauffage, n'est +pas français. + +_Cordon d'aube_ est une faute: dites, _ceinture d'aube_. + +COTON employé pour designer une tige sans feuilles; un épi de blé d'Inde +dépouillé de ses grains; la souche d'un choux; etc., est une faute +grossière. + +COÛTE QUI COÛTE. Dites, _coûte_ QUE _coûte_. + +CRACKER. Rejettez ce mot vulgaire anglais, par lequel on désigne une +sorte de petit biscuit dur et cassant; et dites en français _biscotin_. + +CRAQUÉ. _Le mur est_ CRAQUÉ,--_le verre est_ CRAQUÉ, sont des +expressions incorrectes: dites, _le mur est fendu, ou crevassé_;--_le +verre est fêlé_. + +CRI-CRI est le grillon domestique: il ne doit pas être confondu avec le +_criquet_, habitant des champs, qui est une autre espèce de grillon. + +CROCHET et TAQUET sont des instrumens recourbés pour tenir quelque +chose. On ne doit pas confondre ces mots avec _verrou_, qui est une +fermeture de porte d'une autre forme. + +CROUSTILLANT-TE, ne se trouve dans aucun dictionnaire. Conséquemment +l'on ne doit pas dite: _pâtisserie_ CROUSTILLANTE:--_comptes_ +CROUSTILLANS: mais, _pâtisserie croquante_;--_comptes croustilleux_. + +CUSTODE. Au lieu de _tabernacle_, le peuple dit _custode_, pour désigner +l'ouvrage fait en forme de petit temple pour renfermer le saint ciboire. +_Custode_ n'est qu'une couverture du ciboire. + + +DALLE. L'emploi de ce mot, pour désigner le petit canal qui conduit +l'eau à la roue d'un moulin, est une faute: AUGE est le vrai terme. + +DÉCESSER n'est pas français. _Il ne_ DÉCESSE _de parler_; dites, _il ne +cesse de parler_. + +DÉFONCER _une porte_, est un solécisme: dites, _enfoncer une porte_. + +DÉGRADER, terme de marine, signifie _dégréer et abandonner un vaisseau_. +_Navire_ DÉGRADÉ signifie aussi un _navire arrêté, ou éloigné de sa +route par la violence des vents_. + +C'est contrairement aux règles de la langue que l'on emploie le mot +_dégrader_ en parlant des voyages par terre. Ainsi l'on dit, _nous avons +été_ DÉGRADÉS _par le mauvais temps_: pour, _nous avons été arrêtés en +chemin par le mauvais temps_;--_j'ai_ DÉGRADÉ _mon compagnon de voyage_; +pour, _j'ai devancé mon compagnon de voyage_, etc. + +DÉGRAS. _Être au dégras_, qui se dit de quelqu'un devenu infirme et +incapable d'agir; ou de quelque chose qui est usé et hors de service, +n'est pas français. + +DÉMANCHER, qui veut dire, ôter la manche à un instrument, est employé +abusivement pour signifier démonter un instrument composé de plusieurs +pièces, défaire un ouvrage, détruire, démettre, disloquer, etc., comme +dans ces phrases: _cet ouvrage est mal fait, il faut le_ DÉMANCHER:--_il +faut_ DÉMANCHER _cette lunette d'approche, pour en nettoyer les +verres_:--_il s'est_ DÉMANCHÉ _une épaule_. + +Mais on dit, _cette affaire se_ DÉMANCHE, pour signifier qu'elle va mal. + +DEMI-ARD ou DEMIARD, dans le langage vulgaire, signifie une mesure de +liquide, de la demi-contenance d'une chopine. + +_Demi-ard_ ne se trouve pas dans les dictionnaires; et par quel terme le +remplacer?--Par celui de _demi-chopine_ ou de _demi-setier_ sans doute, +puisque la _chopine_ et le _setier_ sont une même mesure. + +DEPUIS. Ne dites pas, DEPUIS _Québec jusqu'à Montréal il y a 60 +lieues_;--DEPUIS _ici jusque-là_: dites, DE _Québec à Montréal_ +etc.--D'_ici jusque-là_. + +DÉTEINDRE. Ne dites pas, _ce drap_ DÉTEINT, mais SE _déteint_. + +DIFFICILE. C'est une faute de dire, _ces livres sont_ DIFFICILES _à se +procurer_: il faut, _il est difficile à se procurer ces livres_. + +DINDON est un substantif masculin qui signifie _coq-d'Inde_. _Dinde_ est +la _poule-d'Inde_, et féminin par conséquent: _voilà_ UN BEAU +_dinde_,--_j'ai mangé_ DU _dinde_, sont donc des solécismes: dites, +_voilà_ UNE BELLE _dinde_:--_j'ai mangé_ DE LA _dinde_. + +On dit au moral, _voilà un grand dindon_ (niais) et non pas, _voilà un +grand dinde_. + + +ÉBAROUI. Terme de marine, qui se dit d'un navire dont le bordage est +desséché par le soleil. Ce mot n'a point d'autre acception, et par +conséquent les expressions, _ce seau est_ ÉBAROUI,--_cette cuve est_ +ÉBAROUIE, ne valent rien. + +ECCLESIASTIQUE. Terme qui désigne tout membre du clergé, qu'il soit ou +non _prêtre_. C'est donc à tort que l'on applique ce mot aux seuls +aspirans, qui n'ont pas reçu l'ordre de la prêtrise. + +ÉLEVEZ _les yeux au ciel_; phrase vicieuse: dites, _levez les yeux au +ciel_. + +EMBARQUEMENT. DÉBARQUEMENT. ABORDAGE. Le peuple emploie ces mots pour +signifier un lieu propre pour embarquer et débarquer. Il faut dire, +EMBARCADÈRE. + +EMBARQUER, S'EMBARQUER, DÉBARQUER, pour signifier, monter en voiture, +descendre de voiture, en parlant de voitures de terre, ne seraient que +des expressions ridicules, si elles fussent restées dans les derniers +rangs de la société: mais que ces locutions ignobles aient gagné nos +salons respectables, c'est un vrai scandale. _Monsieur est_ DÉBARQUÉ _du +carosse_,--_Madame est_ EMBARQUÉE _dans la calèche_,--_je m'_EMBARQUERAI +_dans mon traîneau_. Quel pitoyable langage! + +ÉMIGRATION est l'action d'émigrer. Il est l'opposé d'IMMIGRATION, qui +signifie l'établissement d'étrangers dans un pays. + +EMMANCHER, (prononcez _an-manché_, et non pas _a-manché_) signifie +mettre un manche. On voit par là combien ce mot est employé abusivement +dans ces phrases, _cet artiste a mal_ EMMANCHÉ _ma lunette +d'approche_,--_l'ouvrier a_ EMMANCHÉ _le tuyau du poële_, etc. + +Cependant le verbe réfléchi, _s'emmancher_, s'emploie figurément pour +signifier _s'arranger_, _s'ajuster_;--_cela ne_ S'EMMANCHE _pas ainsi_. + +EN QUELQUE PART, locution ridicule: _il est allé_ EN QUELQUE PART: +retranchez EN. + +ENCANTER, ou, _mettre sur le_ CAN, sont des expressions barbares que +l'on doit remplacer par l'adverbe _de champ_, qui signifie posé +horisontalement sur le côté le plus étroit. Ainsi placer une brique _de +champ_, c'est la placer sur la face la plus étroite: mettre des solives +_de champ_, c'est les poser sur la partie la moins large. + +ENGRENER; _Laisser_ ENGRENER _le mal_, pour signifier _laisser augmenter +la maladie_, est un solécisme. + +ESCOUSSE veut dire course pour mieux sauter. On confond souvent ce mot +avec _fois_, et l'on dit, _essayez encore une_ ESCOUSSE, pour, _essayez +encore une_ FOIS:--_à une autre_ ESCOUSSE _je serai plus heureux_, pour, +_une autre_ FOIS _je serai plus heureux_. + +ÉTANCHE pour signifier qui ne coule pas, n'est pas français. _Un baril_ +ÉTANCHE,--_un navire_ ÉTANCHE, sont donc des locutions vicieuses. + +Ce qui suit se lit dans le Dict. de Trévoux. + + «On dit d'un vaisseau qui ne prend point eau, qu'il est + _étanché_: on dit aussi que les soufflets d'un orgue sont bien + _étanchés_, lorsque le vent ne se perd pas.» + +EXAMEN. On prononce _examène_ et _examin_. Cette dernière prononciation +est préférable. + + +FARD. On désigne souvent par le mot _fard_ les viandes et herbes hachées +mince pour mettre dans la volaille, etc. C'est une faute; il faut dire +_farce_. + +FER. C'est abusivement qu'on nomme _marchands de fer_, ceux qui exercent +la profession de _taillandier_ et de _ferronnier_. + +FIÈREMENT. C'est peu connaître la valeur de ce mot que de l'employer +comme suit; _cet homme est_ FIÈREMENT _laid_ (très-laid); _cet enfant +est_ FIÈREMENT _gauche_ (très-gauche), etc. + +FIXEMENT. Prononcez _fixce-ment_, et non pas _fix-é-ment_. + +FLÉAU, instrument pour battre les grains, se prononce _flé-ô_ et non pas +_flô_. + +FORT est souvent, mais abusivement, employé pour village, bourg, +bourgade: _allons au_ FORT _de Varennes_. + +L'existence jadis de forts bâtis par les premiers colons du pays, pour +se mettre à l'abri des incursions des indigènes, a donné lieu à cette +locution vicieuse. + +FOURRIÈRE est le lieu où l'on enferme les chevaux, le bétail saisis: on +dit, _mettre en fourrière_, _être en fourrière_. + +_Enclos public_ pour signifier _fourrière_, est une faute grossière. + +FRAÎCHE. _Prendre la_ FRAÎCHE est un barbarisme; dites, _prendre le_ +FRAIS. + +FRICASSER _des coups à quelqu'un_,--_fricasser son camp_,--_je m'en +fricasse_, sont des expressions si basses que la plume refuse presque de +les tracer. + +FRICOT, terme bas et populaire, que ne profèrent jamais les personnes +d'éducation. + +FRINGALE, mot vulgaire employé pour signifier faim pressante, n'est pas +dans les dictionnaires. + + +GAUSSER, pour signifier couper menu du bois, ou autre chose, comme font +les enfans pour s'amuser, n'est pas français. + +GENRE de certains substantifs. Les erreurs populaires relativement au +genre de certains substantifs, doivent être évitées avec une attention, +toute particulière. Quoi de plus révoltant que les expressions, +_l'angelus est_-ELLE SONNÉE?--UNE _appétit_ DÉVORANTE:--CETTE _ouvrage +est très_-BELLE: _on donne de_ FORTES _gages à ce domestique_, etc. + +GERMAGE: barbarisme, dont nos paysans se servent pour exprimer l'état +des grains qui, après avoir été sciés et mis en javelle, ont germé sur +le sillon. + +GINGUER, ÊTRE EN GINGUE: expressions barbares pour signifier faire des +gambades, en parlant des quadrupèdes, et même des personnes. + +GOUTTIÈRE est un canal pour les eaux de pluie des toits: c'est à tort +que l'on emploie comme synonymes de _gouttière_ les termes _dalle_ et +_dallot_, qui signifient, le premier, _canal de pompe_, ou, _tablettes +de pierres dures_, _dont on revêt les trottoirs_, _les terrasses_, etc.: +le second, _canal pour l'écoulement des eaux d'un navire_. + +Le mot _gouttière_ est, à son tour, employé improprement employé pour +signifier, _petite fente_ ou _trou_ dans un toit, une voûte, etc., par +lequel les eaux suintent. + +GRAINS _de pluie_, faute grossière: dites, _gouttes de pluie_. + +GRÉER, que le peuple prononce _grayer_, signifie _équipper un vaisseau_. +Les locutions suivantes prouvent jusqu'à quel point le vulgaire abuse du +mot _gréer_. _C'est un homme bien_ GRAYÉ _en chevaux_:--_je me_ GRAYE +_pour aller à la chasse_,--_vous n'êtes pas_ GRAYÉ _pour loger tant de +monde_, etc. + +GROCERY. Rejettez ce mot anglais, et dites _épicerie_. D'ailleurs la +prononciation du mot _grocery_ donne lieu à une équivoque, en ce que +l'on croit entendre le mot français _grosserie_, qui signifie commerce +en gros, ou gros ouvrages de taillandiers. + +Groseille d'après le Dict. de l'Acad. est une espèce de _petit +fruit..qui vient par grappes. Il y a groseille rouge et blanche._ + +_Groseille à maquerau ou groseille verte_, d'après la même autorité, est +un _fruit vert ou rougeâtre, plus gros que les groseilles ordinaires, +qui vient sur un arbrisseau épineux_. + +Ces descriptions de la groseille s'accordent avec celles des +naturalistes. + +Quant au mot _gadelle_, par lequel nous désignons d'ordinaire la +groseille à grappes, il ne se trouve ni dans le Dict. de l'Acad. ni dans +celui de l'Hist. Nat. de Valmont-Bomare. Boiste dit que _gadelle_ est +une espèce de _groseille_: et on lit dans le Dict. d'Hist. Nat. par une +société de savans, que _gadelle est le nom que portent les groseilles +dans la ci-devant province du Perche_ en France. + +De ces observations il résulte, que c'est une erreur de nommer +_gadelle_, le fruit à grappes, dont il est question. + +GUELLARD prononcez _gheu-lar_ et non pas, _gu-el-lar_. Celle dernière +prononciation est vicieuse, et elle doit être evitée également dans les +mots suivants. + + Gueule, _prononcez_ gheule. + Gueulée, ---- gheu-lé. + Gueuler, ---- gheu-lé. + Gueules, ---- gheule. + Gueulette, ---- gheu-lette. + Gueusaille, ---- gheu-saille. + Gueusailler, ---- gheu-sail-lé. + Gueusant, ---- gheu-san. + Gueuse, ---- gheuse. + Gueuser, ---- gheusé. + Gueuserie, ---- gheu-se-ri. + Gueux, ---- gheu. + Dégueuler, ---- dé-gheu-lé. + + +HONTEUX. L'_h_ de ce mot est aspiré. Qu'il est pénible d'entendre dire +_cè-tonteux_,--_il è-tonteux_, pour, _c'est-honteux_,--_il est-honteux_! + + +ICI. Ne dites pas, _ces jours-ici_,--_ces livres-ici_: ce sont des +fautes: il faut dire, _ces jours-ci_,--_ces livres-ci_, etc. + +IL N'A QU'À _pleuvoir_; _Paul n'a qu'à tomber_; solécismes; dites, _s'il +vient à pleuvoir_,--_si Paul vient à tomber_, ou, _s'il pleut_,--_si +Paul tombe_. + +ILS employé pour ELLES, est un solécisme révoltant. Quel pitoyable +langage que celui qui suit! _Où sont ces Demoiselles? ont-_ILS _oublié +l'invitation à dîner chez notre tante?--non, Monsieur,_ ILS _ne l'ont +pas oublié;_ ILS _sont au jardin, et vous y attendent._ + +Les mêmes remarques s'appliquent à _eux_ et à _eux-autres_, qu'on +emploie fréquemment pour _elles_. + +IMPERTINENCE. _Donner des impertinences à quelqu'un_, est une locution +barbare. + +INFLAMMATION. Gardez-vous de prononcer avec le peuple AN-_flâ-mâ-tion_: +dites, _in-flamme-mace-i-on_. + +INGÉNIEUR. C'est une erreur de désigner par ce terme celui qui dirige +les machines d'un moulin à vapeur; d'un bateau-à-vapeur, etc.: +_machiniste_ est le mot propre. + +INVECTIVER _quelqu'un_, n'est pas français: il faut dire, _invectiver +contre quelqu'un_. + + +JOLIMENT. On fait quelquefois un étrange abus de ce mot; comme quand on +dit, _cet homme est_ JOLIMENT _laid_:--_il fait_ JOLIMENT _froid_. + + +LARD. _Lard salé_, _lard frais_, _manger du lard_; expressions barbares; +dites, _porc salé_, _porc frais_, _manger du porc_. + +_Lard_ est la graisse ferme qui est entre le cuir et la chair du porc, +de la baleine, etc. + +_Porchet_ pour _jeune porc_ n'est pas français. + +LARGUER. On emploie souvent, mais abusivement, ce terme de marine, pour +signifier, lâcher prise, laisser aller, détendre, etc. + +LENDEMAIN. _Du jour au lendemain_ est une locution incorrecte: dites +d'un jour à l'autre: ou, de la veille au lendemain. + +LETTRE MOULÉE est une lettre imprimée: c'est aussi une écriture à la +main qui imite l'imprimé. Dans ce dernier sens on dit, _écriture en_ +LETTRES MOULÉES:--_écrire un compliment en_ LETTRES MOULÉES: et non pas +_écriture_ IMPRIMÉE:--IMPRIMER _un compliment_. + +LOCUTIONS LATINES. Les locutions latines, _exempli gratiâ_--_verbi +gratiâ_,--_id est_,--_anno Domini_,--_ante meridiem_,--_post +meridiem_,--_junior_, _senior_, etc. n'ayant pas été incorporées à la +langue, doivent être rejettées. + +LONGUE-VUE employé pour signifier _lunette d'approche_, ou _lunette à +longue vue_, est un solécisme. + +LORSQUE. Faites sonner l'_s_ de ce mot: mais garder-vous de faire +entendre trois syllabes en prononçant _lor-se-que_. + + +MACONNE n'est pas un substantif. C'est une erreur très-commune +d'employer ce moi pour _maçonnage_, qui est le travail du maçon: et pour +_maçonnerie_, qui est l'ouvrage achevé. + +MAL. _J'ai mal à_ MA _jambe_,..._à_ MON _bras_: dites, _j'ai mal à_ LA +_jambe_,...AU _bras_. + +MAL COMPLAISANT. Dites, PEU _complaisant_. Les locutions _mal appris_, +_mal éduqué_ sont incorrectes; il faut dire _mal élevé_. + +MANCHONNIER. Dites, _foureur_, car _manchonnier_ ne se trouve pas dans +les dictionnaires. + +MARBRE. _Bille_ est le nom de la petite boule de marbre, qui sert de +jouet aux enfans. Il faut donc dire, _jouer aux_ BILLES, et non pas, +_jouer aux_ MARBRES. + +MARIER (se). On ne se marie pas AVEC quelqu'un, mais À quelqu'un. + +La locution, _Mons. N. a marié Mlle N._ pour signifier _a épousé Mlle +N._, est révoltante. + +MÉGARD. Le vrai mot, est _mégarde_: ainsi ne dites pas, _j'ai fait cela +par_ MÉGARD, mais..._par_ MÉGARDE. + +MEILLEUR. _Au_ MEILLEUR _de mon jugement_,--_au_ MEILLEUR _de ma +connaissance_,--_Monsieur vous offre ses_ MEILLEURS _complimens_, +--_Madame vous présente ses_ MEILLEURS _respects_, sont des anglicismes +que la langue française repousse. + +MENOIRES, TRAVAIL, pour désigner les deux pièces de bois d'un traîneau, +entre lesquelles le cheval est attelé, sont des barbarismes. Dites +_limonière_. + +_Limon_ est l'une des branches de la _limonière_, et ne doit pas être +confondu _avec timon_, qui est la longue pièce d'un chariot ou d'un +carrosse, des deux côtés de laquelle on attelle les chevaux. + +MENTHE se prononce _mante_. Gardez-vous de dire avec le vulgaire, _une +décoction de_ MINTHE,--_je bois de la_ MINTHE,--_la_ MINTHE _est un +fébrifuge_, etc. Cette prononciation est insupportable. + +MER n'est pas synonyme de _vague_. Ne dites pas, _il fut emporté par +une_ MER: dites, _il fut emporté par une lame_, _par une vague_, ou _par +un coup de mer_. + +MIDI, MINUIT n'ont point de pluriel. _Je sors tous les_ MIDIS;--_je +m'éveille tous les_ MINUITS, sont donc des locutions incorrectes: dites, +_je sors tous les jours à_ MIDI:--_je m'éveille toujours à_ MINUIT. + +MITOUCHE (sainte). Dites, _sainte_ NITOUCHE,--_faire la sainte_ +NITOUCHE. + +MOINDREMENT ne se trouve dans aucun dictionnaire. + +MOUILLER. _Il_ MOUILLE,--_il va_ MOUILLER, pour, _il pleut_,--_il va +pleuvoir_, sont des fautes grossières. + +MOYENNANT QUE n'est pas français: dites, _pourvu que_. + + +NAVIRE. C'est une erreur de désigner par ce mot les seuls vaisseaux à +trois mâts. _Navire_ signifie en général, _bâtiment de mer_: et l'on +dit, _un navire à trois mâts_,--_à deux mâts_. + +NEIGE. _Chute de neige_,--_abat de neige_,--_bordée de neige_, sont des +solécismes; aussi bien que ces autres expressions, en parlant de neige: +_il poudre_,--_il fait une grosse poudrerie_, etc. + + +ORDRE. _J'ai_ ORDRE _de vous notifier_; dites, _j'ai_ REÇU _ordre_,.... + +ORGE est féminin, excepté dans ces mots, _orge mondé_,--_orge perlé_. + +_Orge mondaine_ est une faute grossière. + +OUBLIE est une sorte de pâtisserie, et c'est une faute d'employer ce mot +pour signifier _pain à cacheter_. + +OUSSE _qu'il est?_ expression barbare: dites, _où est-il?_ + +OUVREZ. Quand on frappe à votre porte, dites, _entrez_, et non pas +_ouvrez_. + + +PAGAIE est le terme propre pour désigner la rame dont les Indiens se +servent pour faire aller leurs pirogues et canots d'écorce. _Aviron_ +pris dans ce sens est une faute, parce que _aviron_ est une sorte de +rame de batelier. + +PAGAYEUR, celui qui tire à la pagaie. + +PAGÉE de clôture. Le mot _pagée_ n'est pas français. + +PAIRE _de vache_, faute grossière: dites, _Pis de vache_, PIS _de +brebis_, PIS _de truie_. + +Considéré comme bon à manger, _pis_ prend le nom de _tétine_. _Manger +d'une tétine_. + +PARAPET. On désigne souvent par ce mot le chemin élevé, pratiqué le long +des rues, des ponts, etc., pour les gens à pied. C'est une faute: +_trottoir_ est le terme propre. + +PARCE QUE, conjonction, se prononce en deux syllabes, et non en trois. + +PARFAIT. _Il chante au_ PARFAIT,--_cela va au_ PARFAIT.--Dites, _il +chante parfaitement_,--_cela va parfaitement_. + +PAR RAPPORT QUE, employé pour _parce que_, ou _par la raison que_, est +une locution vicieuse. Il ne faut donc pas dire: _je ne puis encore +répondre à votre question_ PAR RAPPORT QUE _je n'ai pas eu le temps de +l'examiner à fond_:--dites.._parce que_, ou, _par la raison que je n'ai +pas eu le temps_, etc. + +PAS MAL est une expression incorrecte, lorsqu'elle est employée pour +signifier une certaine abondance, une quantité ou un nombre passable, +comme dans ces locutions: _il pleut_ PAS MAL,--_il y avait_ PAS MAL _de +monde à l'assemblée_:--_il reste_ PAS MAL _de vin dans cette +caraffe_,--_son discours a été_ PAS MAL _long_. + +_Pas guère_ est un barbarisme. + +PASSÉ, contraction ridicule des mots _pas_ et _assez_. _Je n'ai_ PASSÉ, +(pas assez) _d'argent pour faire cette emplette_. + +PELLETER, qu'on emploie pour signifier, jetter quelque chose avec une +pelle, n'est pas français. On doit donc éviter les expressions: PELLETER +_la neige_,--PELLERER _la terre_, etc. Mais on dit, _pellée_, _pellerée_ +ou _pelletée de neige_,--_de terre_, etc. + +PELOTE. _Jeu de_ PELOTE;--_jouer à la_ PELOTE, sont des expressions +vicieuses: dites: _jeu de_ PAUME,--_jouer à la_ PAUME. + +C'est avec une _balle_, et non avec une _pelote_, qu'on joue à la paume. + +Mais on dit, _se battre à coups de pelotes de neige_..._de boules de +neige_. + +Le verbe neutre _peloter_, signifie, jouer à la paume, sans faire de +partie réglée. + +PICOTE, PICOTE-VOLANTE, sont des barbarismes. Il faut, VARIOLE, +VARICELLE: ou PETITE-VÉROLE, PETITE-VÉROLE VOLANTE. + +Mais on dit, _picoté_ pour signifier _marqué de petite vérole_. + +PIEDS. _Il a ses souliers_ DANS _ses pieds_;--_il a ses bas_ DANS _ses +jambes_: dites, _il a ses souliers_ AUX _pieds_..._ses bas_ AUX +_jambes_. + +PLANCHE. La table peinte en noir pour écrire, tracer des figures, etc., +dans les écoles, se nomme TABLEAU et non pas PLANCHE. + +PLANCON. On désigne ainsi une longue et forte pièce de bois écarrie: +c'est une faute: _plançon_ est une branche de saule, ou d'un autre +arbre, qui vient de bouture. + +POCHETÉE. _Une_ POCHETÉE _de blé_:--_une_ POCHETÉE _de sel_, sont des +barbarismes: dites,--_une_ POCHE ou _un_ SAC _de blé_:--_une_ POCHE ou +_un_ SAC _de sel_. + +POIGNÉE. C'est à tort que l'on emploie ce mot pour désigner les _anses_ +qui servent à porter un coffre, une casette, une malle. _Portant_ est le +mot propre. + +_Poignée de serrure_ est aussi une faute: dites, _bouton de serrure_. + +On dit cependant _poignée d'une épée_. + +POIS CHICHE est une sorte de gros pois. Le peuple dit _pois_ CHIQUES: et +il emploie cette expression pour désigner de mauvais pois. + +PORTANT, participe du verbe _porter_, ne doit pas être employé comme +adjectif verbal. Il ne faut donc pas dire, _je suis bien_ +PORTANT,--_elle est bien_ PORTANTE: mais, _je me porte bien_,--_elle se +porte bien_. + +PRENDRE _du froid_,--_un rhume_, sont des anglicismes que l'on doit +éviter: il faut dire, _attraper_ ou _gagner du froid_, _un rhume_, _la +fièvre_, _une maladie_. + +PRÊT. Au lieu de _prêt_ et _prête_, le peuple emploie souvent les mots +_paré_ et _parée_. Delà des expressions pitoyables, telles +que,--_êtes-vous_ PARÉ _à commencer_?--_cette Dame est-elle_ PARÉE _à +partir_? etc. + +PROMETTRE. _Je vous_ PROMETS _qu'il est arrivé_; expression vicieuse, +qui doit être remplacée par, _je vous_ ASSURE _qu'il est arrivé_. + +PROMOUVOIR (qui n'est guère employé qu'à l'infinitif et aux temps +composés) signifie _avancer à quelque dignité_: il se dit +principalement d'un ordre, d'une dignité ecclésiastique. PROMOUVOIR _les +intérêts de quelqu'un_;--PROMOUVOIR _la prospérité du pays_; etc., sont +donc des barbarismes. + + +QUASIMENT: dites, _quasi_, _presque_. + +QU'EST-CE QUE T'AS?--T'AS _mal agi_;--QU'EST-CE _qui appelle_? sont des +expressions barbares. + +QUEUE. Prononcez, _keu_ et non pas _qu-eu_:--_la queue de votre +robe_;--_Pacha à trois queues_: dites, _la_ KEU _de votre robe_:--_Pacha +à trois_ KEU. + + +RAIDE n'est jamais substantif. Il faut donc éviter l'expression +vulgaire, _avoir son_ RAIDE _à_, comme dans cette phrase, _il a eu tout +son_ RAIDE _à soulever ce fardeau_. + +RAISONS. Ne dites pas, _avoir des_ RAISONS avec quelqu'un: mais, _avoir +dispute_, ou _querelle avec quelqu'un_. + +RAMANCHER, RAMANCHEUR, mots barbares, dont l'emploi est fréquent. Ou dit +RAMANCHER pour _remboîter_:--RAMANCHEUR pour _rebouteur_:--RAMANCHER +_une affaire_ pour, _raccommoder une affaire_: RAMANCHER _un +instrument_, pour, _remettre un manche à un instrument_, etc. + +RANCUNEUX, EUSE, n'est pas français: dites, _rancunier_, _ère_. + +RASE, pour signifier _radoire_ ou _racloire_ n'est pas français. + +RASER _le grain_, pour signifier, passer la racloire par dessus la +mesure de grain, est une double faute de langage; d'abord parceque +_raser_ est employé ici improprement pour _rader_ ou _racler_; et +ensuite parce qu'on ne racle pas le grain, mais bien la mesure du grain. +Il faut donc pour parler correctement, dire, _rader_ ou _racler la +mesure du grain_, _du sel_, etc. + +Quelques grammairiens emploient les mots _rader_ et _radoire_ seulement +pour la mesure du sel, et _racler_ et _racloire_ pour celle des grains. + +On dit, _acheter_ et _vendre à mesure rase_. + +RÉFÉRENCE est un mot anglais, qu'on emploie abusivement pour _renvoi_, +en parlant, d'un signe, qui dans un livre renvoie à un pareil signe hors +du texte. + +C'est également une faute grave d'employer le verbe actif _référer_, +dans le sens de _renvoyer à une autorité_, etc. + +REFROIDIR. FROIDIR, FROID. Évitez de prononcer _refraidir_, _fraidir_, +_fraid_; aussi bien que de dire, _il fait frette_, pour, _il fait froa_. + +REMERCIER POUR. ÊTRE OBLIGÉ POUR. _Je vous_ REMERCIERAI POUR _du +pain_:--_je vous serai_ OBLIGÉ POUR _de l'eau_, sont des anglicismes qui +doivent être bannis de la bonne société: dites, _je vous prie de me +passer le pain_,..._de me donner l'eau_. + +RÉSOLU. C'est une faute de dire qu'un homme est RÉSOLU, pour signifier +qu'il est _gros_, _robuste_, etc. + +RESTER, pour signifier, faire sa demeure, n'est pas français. Ainsi au +lieu de, _où_ RESTEZ-_vous_? dites, _où_ DEMEUREZ-_vous_? + +Ne dites pas, _ce cheval est_ RESTÉ; mais, _ce cheval est_ RENDU. + +REVOLIN, terme de marine, est l'action du vent qui réfléchit d'une voile +à l'autre. Le vulgaire emploie improprement ce mot pour RESSAC, qui est +le retour des vagues vers le large, après qu'elles ont frappé violemment +un obstacle. + +RIEN. Ce mot est employé abusivement dans plusieurs locutions. Ainsi +l'on dit, _un morceau de_ RIEN, pour _un très-petit morceau_:--_une +maison de_ RIEN, pour _une maison de très-peu de valeur_, etc. + +RONDIN est bien un gros bâton; mais il signifie aussi un morceau de bois +de chauffage qui est rond. Ainsi une grosse buche ronde est un _rondin_. +C'est donc une erreur de n'employer ce mot que pour désigner le menu +bois rond de chauffage. + +RUETTE, pour _petite rue_, n'est pas français: dites, _ruelle_. + + +SALOPER, pour _salir_, ne se trouve pas dans les dictionnaires. + +SALOPERIE. Le peuple donne souvent à ce mot des significations qui lui +sont étrangères, comme dans ces phrases: _il s'est vendu beaucoup de_ +SALOPERIES _à cet encan_, pour _il s'est vendu beaucoup d'_EFFETS DE PEU +DE VALEUR _à cet encan_:--_je ne lui dois plus qu'une_ SALOPERIE, pour, +_je ne lui dois plus qu'une_ TRÈS-MODIQUE SOMME D'ARGENT, etc. + +SAINT-CAJETAN. Il n'y a point de saint de ce nom. Écrivez, SAINT-GAÉTAN. + +SARABANDE. _Donner la sarabande à quelqu'un_, pour signifier, +_gourmander quelqu'un_, est une locution vicieuse. + +SAUVAGESSE ne se trouve dans aucun dictionnaire. Dites avec l'Académie, +_un sauvage_; _une sauvage_. + +SAVOIR. _On fait à savoir_, est une locution ridicule. Retranchez l'_à_: +ou mieux, retranchez cet absurde préambule, et énoncez simplement +l'objet de la publication. + +SOBRIQUETS. Évitez ces phrases vulgaires et incorrectes; _donner des +noms_; _appeler des noms_, et dites, _donner des sobriquets_,--_donner +des surnoms_. + +SOLEIL. _Il fait_ SOLEIL, est une locution vicieuse. Il faut dire, _il +fait_ DU _soleil_, comme on dit, _il fait_ DE LA _pluie_; DU _vent_; DE +LA _neige_. + +SOLIDITÉ. Quoiqu'on dise, _un homme solide_, on ne dit pas, _la_ +SOLIDITÉ _d'un homme_: mais bien la _solidité_ de son esprit,--de son +caractère,--de ses principes. + +SOMME. Cette phrase, _dormir un somme_, pèche contre la grammaire, parce +que _dormir_, verbe neutre, n'a point de régime: dites, _faire un_ +SOMME. + +SORTIR. Ne dites pas, SORTEZ _cet homme de la maison_:--SORTEZ _ce +cheval de l'écurie_: dites, _faites sortir cet homme_,...._faites sortir +ce cheval_,.... + +STEAM-BOAT. Ce mot dur et étranger, qui ne se trouve guère que dans le +Dict. de Boiste, est devenu tellement à la mode chez nous, qu'il semble +qu'on ait oublié que nous avons en français son équivalent, +_bateau-à-vapeur_,--_navire-à-vapeur_,--_bâtiment-à-vapeur_. Si le +néologisme est un mal nuisible à une langue, l'emploi de mots purement +étrangers, hors une nécessité urgente, est un abus intolérable. + +SUD. Prononcez _sude_, et non pas _çu_. + +SUI, POURSUI, mots employés abusivement pour les participes passés +SUIVI, POURSUIVI. + +SUPPORTER, dans le sens _d'aider_, _d'appuyer de son influence_, comme +dans cette phrase, _je_ SUPPORTERAI _mon ami N aux prochaines +élections_, est un anglicisme que l'on doit repousser. + +SUR. Ne dites pas, _les cheveux me dressèrent_ SUR _la tête_: _mais_, À +_la tête_. + + +TASSER se dit des choses, et non des personnes. L'expression, _nous +sommes_ TASSÉS _ici_, est donc incorrecte. Il faut dire, _nous sommes_ +TRÈS-PRESSÉS _ici_; ou mieux, _nous sommes_ ENTASSÉS _ici_. + +TIRER signifie quelquefois faire le portrait de quelqu'un: TIRER _un +homme au naturel_:--_il s'est fait_ TIRER _par un excellent +peintre_:--_on l'a_ TIRÉ _en cire_. + +Mais, TIRER _un portrait_:--_faire_ TIRER _son portrait_, sont des +locutions absurdes. + +TOURTIÈRE. Le peuple dit, TOURTIÈRE _à la viande_:--TOURTIÈRE _aux +pommes_, au lieu de, TOURTE _à la viande_:--TOURTE _aux pommes_. +_Tourtière_ est l'ustensile qui sert à faire cuire des _tourtes_. + +TOURTRE (qu'on écrit et qu'on prononce abusivement _tourte_) est un +terme de cuisine qui signifie, _tourterelle bonne à manger_. C'est donc +une erreur grave que de désigner par ce mot le _pigeon sauvage_, ou le +_pigeon de passage_, qui nous visite régulièrement chaque été, et que +les naturalistes nomment _palumbus migratorius_. + +TRAIN. _Être en_ TRAIN, pour signifier, _être ivre_, ou _être à +demi-ivre_, est un solécisme. _Être mal en train_, est également une +expression incorrecte. + +TRAÎNERIES, qu'on emploie pour signifier les effets déplacés, écartés +et épars, n'est pas français. + +Mais le verbe _traîner_ est usité en ce sens, et l'on dit, _les livres_ +TRAÎNENT, etc. + +TRAMONTADE. Dites _tramontane_, _perdre la tramontane_. + +TRANSVIDER n'est pas français: _transvaser_ l'est. + +TROT. Gardez-vous de dire avec le peuple, _trotte_,--_aller le trotte_: +prononcez _trô_,--_aller le trô_. + + +USURIER-RE pour signifier une personne qui use beaucoup ses habits, +n'est pas français. + + +VALEUR. _C'est de valeur_, pour signifier, _c'est malheureux_, _c'est +fâcheux_, est un non-sens ridicule. + +VIZ. Abréviation ridicule du mot latin _videlicet_, dont les anglais se +servent pour signifier _c'est à savoir_. Ce mot n'est point français. + +VOIX de Centaure est une faute grave: dites, _voix de Stentor_, et +prononcez _Stan-tor_. + +VOYAGE _de bois_,--_de pierre_,--_de foin_ sont des barbarismes. Il faut +dire _charge_, _charretée_, ou _voie de bois_,--_de pierre_,--_de foin_. + +On appelle _voie d'eau_ les deux seaux d'eau que porte un homme. + +Quelquefois le terme _voyage_ est employé pour signifier les allées et +venus, que l'on fait pour transporter des faix, comme dans cette phrase, +_ce chartier a fait trente_ VOYAGES _pour transporter cette pierre_. Il +faut se garder de conclurre de là que l'on puisse dire; _voilà trente_ +VOYAGES _de pierre que ce chartier a transportés_: dites, _voilà trente +voies de pierre_.... + + + + +PRONONCIATION FIGURÉE. + +DE PLUSIEURS MOTS + +QUI PEUVENT EMBARRASSER + +LES JEUNES ÉLÈVES. + + + Abbaye, _prononcez_, a-bé-i. + Abruzze, ---- ab-russe. + Abject, ---- ab-jecte. + Agnat, ---- agh-na. + Aiguade, ---- é-gade. + Aiguail, _mouillez l'l_, é-gail. + Aiguayer, ---- é-ghé-i-er. + Aiguière, ---- é-ghi-ère. + Aiguiérée, ---- é-ghi-é-ré. + Aiguillade, _mouil. les ll_, é-gu-i-llade. + Aiguillon, _mouillez les ll_, é-gu-i-llon. + Aiguillonner, _mouil. les ll_, é-gu-i-llo-né. + Aiguiser, ---- é-gu-i-sé. + Aix, ---- aisse. + Aix-La-Chapelle ---- aisse-La-Chapelle. + Aoriste, ---- ô-rîste. + Août, ---- ou. + Appendice, ---- ap-pin-dice. + Arc-boutant, ---- ar-boutan. + Arcs-boutans ---- ar-boutan. + Arc-bouter, ---- ar-bouter. + Arc-doubleau, ---- ar-dou-blô, + Arcs-doubleaux, ---- ar-dou-blô. + Archéologie, ---- ar-ké-o-logie. + Archéologue, ---- ar-ké-o-logue. + Archétype, ---- ar-ké-type. + Aspect, ---- as-pek. + Aucun, ---- ô-kun. + Aucune, ---- ô-kune. + Auxerre, ---- ô-cère. + Auxerrois, ---- ô-cé-ro-a. + Avril, ---- _mouillez l'l_. + + Babil, ---- _mouillez l'l_. + Balai, ---- ba-lè. + Bastonnade, ---- basse-ton-nade. + Beset, ---- be-zè. + Boeufs, ---- beu. + Bourg, ---- bour. + Bruxelles, ---- bru-celle. + + Cadix, ---- ca-dice. + Cep, ---- cè ou cèpe, + Cataplasme, ---- ca-ta-plasse-me. + Cerf, ---- cer. + Ceylan, ---- cé-y-lan. + Cheptel, ---- ché-tel. + Chiromancie, ---- ki-ro-man-cie. + Cil, ---- _mouillez l'l_. + Circonspect, ---- cir-con-spek. + Cognation, ---- kogh-na-tion. + Consanguin, ---- con-san-ghin. + Consanguinité, ---- con-san-gu-i-ni-té. + ou, con-san-ghi-ni-té. + Curaçao, ---- cura-çô. + Coquin, ---- ko-kin. + Czar, ---- kzar. + Czarine, ---- kza-rine. + Czarowitz, ---- kza-ro-vitz. + + Distinct, ---- dis-tink. + District, ---- dis-trik. + + Éden, ---- e-denne. + Emmancher, ---- an-man-ché. + Enchiridion, ---- an-ki-ridion. + Enorgueillir, _mouil. les ll_, a-nor-gheu-llir. + Ennoblir, ---- an-no-blir. + Équarrir, ---- é-ka-rir. + Équarrissage, ---- é-ka-ris-sage. + Équarrissement, ---- é-ka-rissement. + Équarrisseur, ---- é-ka-risseur. + Équarrissoir, ---- é-ka-ris-so-ar. + Équateur, ---- é-kou-a-teur. + Équatorial, ---- é-kou-a-torial. + Équestre, ---- é-ku-ès-tre. + Équiangle, ---- é-ku-i-angle. + Équidifférent, ---- é-ku-i-différent. + Équidistant, ---- é-ku-i-distant. + Équilatéral, ---- é-ku-i-latéral. + Équilatère, ---- é-ku-i-latère. + Équilboquet, ---- é-kil-boquet. + Équimultiple, ---- é-ku-multiple. + Équipollence, ---- é-ki-pollance. + Équiponderance, ---- é-ku-i-pondérance. + Équitation, ---- é-ku-i-tation. + Est (_Orient_), ---- este. + + Faon, ---- fan. + Fat, ---- fatte. + Faubourg, ---- fau-bour. + Fenil, ---- _mouillez l'l_. + Gentilhomme, _mouillez l'l_, gen-ti-l-ome. + Gentilshommes, ---- gen-ti-zome. + Geolage, ---- jo-lage. + Geole, ---- jole. + Geolier, ---- jo-li-er. + Georges, ---- jorge. + Gisent, (_ils_) ---- gisse. + Gluten, ---- glu-tenne. + + Hennir, ---- han-nir. + Hymen, ---- hy-menne. + ou, hy-min. + + Igné, ---- igh-né. + Impregnation, ---- in-pregh-nation. + Impregner, ---- _mouillez le gn_. + Incognito, ---- _mouillez le gn_. + Indemniser, ---- in-deme-niser. + ou, in-dame-niser. + Inexpugnable, ---- in-ex-pugh-nable. + Inextinguible, ---- in-ex-tin-gu-i-ble. + Ingrédient, ---- ingrédi-an. + + Juillet, _mouillez les ll_, jui-llé. + + Lacs, (_pièges_), ---- là. + Laon, ---- lan. + Lingual, ---- lin-gou-al. + + Madrid, ---- ma-dri. + Maïs, (_blé d'inde_), ---- ma-ice. + Malesherbe, ---- mal-zerbe. + Mamluk, ---- mame-louk. + Mérinos, ---- méri-noce. + Mezzo-termine, ---- med-zo-termine. + Mezzo-tinto, ---- med-zo-tinto. + Michel-Ange, ---- mi-kel-ange. + Munich, ---- mu-nik. + Mil, (_grain_), ---- _mouillez l'l_. + + Nerf, (_au sing._) ---- nerffe. + Nerfs, (_au plur._) ---- ner. + Nord-Est, ---- nor-deste. + Nord-Ouest, ---- nor-dou-este. + Norwege, ---- nor-vège. + + Orang-Outan, ---- oran-gou-tan. + Orchestre, ---- or-kes-tre. + Os, ---- ô. + Ouest, ---- ou-este. + Ours, ---- ource. + + Paon, ---- pan. + Péril, ---- _mouillez l'l._ + Porc, ---- por. + Pouding, ---- pou-dingue. + Prétérit, ---- prété-ri. + ou, prété-ritte. + Progné, ---- progh-né. + Punch, ---- ponche. + + Quadrat, ---- ka-dra. + Quadrille, ---- kou-a-drille. + Quaker, ou + Quacre, ---- kou-a-cre. + Quasimodo, ---- ka-si-modo. + Quartz, ---- kou-art-ce. + Quartzeux, ---- kou-art-zeux. + Quaternaire, ---- kou-a-ternaire. + Quaterne, ---- kou-a-terne. + Quaterné, ---- kou-a-terné. + Quatriennal, ---- ka-triennal. + Quercy, ---- ker-ci. + Quérimonie, ---- ku-é-ri-monie. + Questeur, ---- ku-es-teur. + Questure, ---- ku-es-ture. + Quidam, ---- ki-dan. + Quidane, ---- ki-danne. + Quiétisme, ---- ki-é-tisme. + Quinconce, ---- kin-conce. + Quinquennal, ---- ku-in-ku-ennal. + Quintuple, ---- ku-in-tuple. + + Radoub, ---- ra-doube. + Rédempteur, ---- ré-damp-teur. + Regnard, (_le poëte_) ---- re-nard. + Regnaud, ---- re-nô. + Regnicole, ---- regh-ni-cole. + Respect, ---- res-pè, + ou, respek. + Roide, ---- raide. + Roideur, ---- rai-deur, + ou, roa-deur. + Rhrumb, ---- rombe. + + Saône, ---- sône. + Sens, (_ville_,) ---- sance. + Serf, ---- serffe. + Séquelle, ---- sé-kelle. + Séquestrer, ---- sé-kes-tré. + Signet, ---- si-nè. + Sloop, ---- sloupe. + Solemnel, ---- so-la-nel. + Stagnation, ---- stagh-na-tion. + Stentor, ---- stan-tor. + Strasbourg, ---- stras-bour. + Sud, ---- sude. + Suspect, ---- sus-pecte. + + Tandis que, ---- tan-di que. + Taon, ---- ton. + Transir, ---- tran-cir. + Trot, ---- trô. + + Valens, (_empereur_), ---- va-linze. + Vermicelle, ---- ver-mite-chelle. + Violoncelle, ---- vi-o-lonte-chelle. + + Wahabis, ---- oua-a-bice. + Wallon, ---- val-lon. + Walse, ---- valse. + Walser, ---- val-sé. + Westphalie, ---- vesse-fa-li. + Whig, ---- ou-ighe. + Whisky, ---- ou-is-ki. + Wilna, ---- vil-na. + Wolga, ---- vol-ga. + Wolverenne, ---- vol-ver-enne. + Wurtemberg, ---- vur-tin-berg. + + Yacht, ---- i-aque. + + + + +MOTS + +BARBARES ET DÉNATURÉS, + +USITÉS CHEZ LE PEUPLE, + +AVEC LE CORRIGÉ. + + + À l'étouffée, _dites_, à l'étuvée. + Abryer, ---- couvrir. + Ambiber, ---- imbiber. + Anflâmâtion, ---- inflammation. + Apertement, ---- évidemment. + Arêche, ---- arête. + Arridelles, ---- ridelles. + Arsena, ---- arsenal. + Aujord'hui, ---- aujourd'hui. + + Bagoulard, ---- bavard. + Bagouler, ---- bavarder. + Balier, ---- balayer. + Baliures, ---- balayures. + Belsamine, ---- balsamine. + Bère, ---- berçeau. + Blague, ---- blaque. + Boulvari, ---- bourvari. + Brouillasse, (_il_,) ---- bruine, (_il_). + Brousquailier, ---- brusquer. + + Cabrouet, ---- cabriolet. + Causette, ---- causeri. + Cahottement, ---- cahotage. + Calimaçon, ---- limaçon. + Calonier, ---- canonier. + Canneçon, ---- caleçon. + Castonade, ---- cassonade. + Chevreu, ---- chevreuil. + Cité de temps, ---- beaucoup de temps. + Clairté, ---- clarté. + Coléreux, ---- colère. + Colidor, ---- corridor. + Conté, ---- en même temps que. + Copérer, ---- coopérer. + Corporance, ---- corpulence. + Cranque, ---- crampe. + Crasserie, ---- ladrerie. + + Désabiyer, ---- découvrir. + Désole, ---- désolation. + Désoublier, ---- oublier. + + Ébourifflé ---- ébouriffé. + Écharpe, ---- écharde. + Écoeurer, ---- faire soulever le coeur. + Écopeau, ---- copeau. + Écosse _de légume_, ---- cosse. + Écroc, ---- accroc. + Écureu, ---- écureuil. + Embrouillamini, ---- brouillamini. + Égrandir, ---- agrandir. + Émouvé ---- ému. + Émouver ---- émouvoir. + Envlimer, ---- envenimer. + Épatienter, ---- impatienter. + Éplan, ---- éperlan. + Errhes, ---- arrhes. + Escloppé, ---- écloppé. + Espadron, ---- espadon. + Esquilancie, ---- esquinancie. + Estatue, ---- statue. + + Falbana, ---- falbala. + Fani, ---- fenil. + Fil d'arréchal, ---- fil d'archal. + Fil d'alton, ---- fil de laiton. + + Ganif, ---- canif. + Gigier, ---- gésier. + Gonce, ---- gauche. + Goule, ---- gueule. + Gouleron, ---- goulot. + Gouailler, ---- railler. + + Les celles, ---- celles. + Les ceux, ---- ceux. + Luméro, ---- numéro. + + Mais que, ---- dès que. + Matéraux, ---- matériaux. + Mauvaiseté, ---- méchanceté. + Merlesse, ---- merle. + + Naveau, ---- navet. + + Ostiner, ---- obstiner. + + Pacan, ---- paysan. + Pacanner, ---- + Pain enchanté, ---- pain à cacheter. + Pans d'oreilles, ---- pendans d'oreilles. + Passé, ---- pas assez. + Picotte, ---- petite-vérole. + Picotte volante, ---- varicelle ou petite-vérole volante. + Pimbina, ---- pémina. + Plumat, ---- plumeau. + Pogne, ---- poignet. + Poigner, ---- empoigner. + Pommes calvilles, ---- pommes calvines. + Porichinelle, ---- polichinelle. + Poumonique, ---- pulmonique. + Pousailler, ---- pousser. + + Quasiment, ---- quasi. + Quek chose, ---- quelque chose. + + Raboudinage, + Rabondiner, + Rachever, ---- achever. + Racoin, ---- recoin. + Radouer, ---- radouber. + Regoulade, + Rancuneux, ---- rancunier. + Raplisser, ---- rapetisser. + Respir, ---- respiration. + Ressaurer, ---- sécher. + Routi, ---- rôti. + Routir, ---- rôtir. + + Salop, ---- malpropre. + Sapinage, + Savater, ---- saveter. + Secoupe, ---- seucoupe. + Siau, ---- seau. (_ço._) + Solitude, ---- solidité. + Sorcilège, ---- sortilège. + Soubriquet, ---- sobriquet. + Soupoudrer, ---- saupoudrer. + Surir, ---- s'aigrir. + + Tairir, ---- tarir. + Tapé de monde, ---- beaucoup de monde. + Tétière, ---- téière. + Tralé de monde, ---- beaucoup de monde. + Trémue, ---- trémie. + Tricoller, ---- chancelier. + Turbenthine, ---- térébenthine. + + + + +ERRATA + + +Page. Ligne. + +8,--7, Biffez les mots suivans; _quand il est suivi des mots y-en_: +_vas-y voir_: _vas en chercher_. _On dit va-t-en_;--et à leur place +écrivez;--quand il est suivi du pronom relatif _y_: _vas y_. Mais si +après l'_y_ il suit un _verbe_, l'Académie veut que l'on supprime l'_s_. +_Va y mettre ordre._ + +Page. Ligne. + +128,--6, Biffez tous les mots depuis _très ne peut_ jusqu'à _très grand +matin_, et à leur place écrivez: + +L'adverbe modifie un verbe, un adjectif et un autre adverbe, mais jamais +un substantif. On doit donc éviter les locutions suivantes si communes +et si vicieuses: _J'ai_ TRÈS-_faim_:--_il a_ BIEN _soif_:--_il est +parti_ TRÈS-_matin_:--_il fait_ TRÈS-_chaud_:--_j'ai_ EXTRÊMEMENT +_froid_:--_il ne fait pas_ BIEN _froid_. Il faut dite: _J'ai une +très_-GRANDE _faim_:--_il a une bien_ GRANDE _soif_:--_il est parti de +très_-GRAND _matin_:--_il fait_ GRAND _chaud_:--_j'ai un_ TRÈS-GRAND +_froid_:--_il ne fait pas un bien_ GRAND _froid_. + + + + + + +End of the Project Gutenberg EBook of Manuel des difficultés de la langue +française adapé au jeune âge et suivi d'un Recueil de locutions vicieuses, by Thomas Maguire + +*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK MANUEL DES DIFFICULTÉS DE LA *** + +***** This file should be named 38913-8.txt or 38913-8.zip ***** +This and all associated files of various formats will be found in: + https://www.gutenberg.org/3/8/9/1/38913/ + +Produced by Gill Martin, Jean-Adrien Brothier, Hugo Voisard, +the proofers at Distributed Proofreaders International and +the Online Distributed Proofreading Canada Team at +http://www.pgdpcanada.net (This book was created from +images provided by Bibliothèque et Archives nationales du +Québec (http://www.banq.qc.ca/).) + + +Updated editions will replace the previous one--the old editions +will be renamed. + +Creating the works from public domain print editions means that no +one owns a United States copyright in these works, so the Foundation +(and you!) can copy and distribute it in the United States without +permission and without paying copyright royalties. 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It exists +because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from +people in all walks of life. + +Volunteers and financial support to provide volunteers with the +assistance they need are critical to reaching Project Gutenberg-tm's +goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will +remain freely available for generations to come. In 2001, the Project +Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure +and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations. +To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation +and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4 +and the Foundation web page at https://www.pglaf.org. + + +Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive +Foundation + +The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit +501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the +state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal +Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification +number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at +https://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg +Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent +permitted by U.S. federal laws and your state's laws. + +The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S. +Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered +throughout numerous locations. Its business office is located at +809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email +business@pglaf.org. 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