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diff --git a/.gitattributes b/.gitattributes new file mode 100644 index 0000000..6833f05 --- /dev/null +++ b/.gitattributes @@ -0,0 +1,3 @@ +* text=auto +*.txt text +*.md text diff --git a/38913-8.txt b/38913-8.txt new file mode 100644 index 0000000..22c9889 --- /dev/null +++ b/38913-8.txt @@ -0,0 +1,5683 @@ +The Project Gutenberg EBook of Manuel des difficultés de la langue +française adapé au jeune âge et suivi d'un Recueil de locutions vicieuses, by Thomas Maguire + +This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with +almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or +re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included +with this eBook or online at www.gutenberg.org + + +Title: Manuel des difficultés de la langue française adapé au jeune âge et suivi d'un Recueil de locutions vicieuses + +Author: Thomas Maguire + +Release Date: February 17, 2012 [EBook #38913] + +Language: French + +Character set encoding: ISO-8859-1 + +*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK MANUEL DES DIFFICULTÉS DE LA *** + + + + +Produced by Gill Martin, Jean-Adrien Brothier, Hugo Voisard, +the proofers at Distributed Proofreaders International and +the Online Distributed Proofreading Canada Team at +http://www.pgdpcanada.net (This book was created from +images provided by Bibliothèque et Archives nationales du +Québec (http://www.banq.qc.ca/).) + + + + + + + + + +Notes de transcription: Pour une plus grande cohérence de l'ouvrage, les +majuscules ont été accentuées. De plus les errata incorporés entre +l'avertissement et la première page ainsi qu'entre les pages 128 et 129 +ont été corrigés dans le texte et repportés à la fin de l'ouvrage. Les +primo (1º), secundo (2º) etc. qui figuraient sous la forme 1o, 2o... ont +été transformés par souci de lisibilité en 1º, 2º... Le nom de l'auteur +a été ajouté dans la première page de présentation. + +Dans cette version texte les expressions qui étaient en italiques ont été +entourées de tirets bas. + + + + + MANUEL + DES + DIFFICULTÉS LES PLUS COMMUNES + DE LA + LANGUE FRANÇAISE, + ADAPTÉ + AU JEUNE ÂGE, + + ET SUIVI D'UN + + RECUEIL + DE + LOCUTIONS VICIEUSES. + + PAR THOMAS MAGUIRE + + QUÉBEC: +IMPRIMÉ ET PUBLIÉ PAR FRÉCHETTE & Cie, + Nº. 13, RUE LAMONTAGNE, + BASSE-VILLE. + + 1841. + + + + +_AVERTISSEMENT._ + + +Le besoin d'un _Manuel Lexique_ des difficultés de la langue française, +se fait vivement sentir dans nos écoles de grammaire; et l'on a à +regretter que le commerce ne nous fournisse pas les ouvrages de ce +genre, qui se multiplient, depuis quelques années, sur l'ancien +continent. C'est pour remedier en partie à ce défaut, que le présent +travail, _né de circonstances purement fortuites_, a été préparé pour la +presse: et en l'offrant au jeune âge, l'Auteur n'a garde de se présenter +sous d'autre titre, que celui d'_humble compilateur_; titre qui doit lui +demeurer entier, malgré quelques articles de sa création, devenus +indispensables pour signaler des erreurs de langage particulières au +Canada. + +Les grammaires mises à contribution, pour la confection de ce petit +livre, sont celles de Duvivier, de Chambaud, de Lequien, de Lhomond, de +Letellier, de Galland, de Noël et Chapsal, etc. Les sources pures et +abondantes des Dictionnaires de l'Académie, de Trévoux, de Boiste, de +Rolland, de Gatel, de Noël et Chapsal, etc., ont été exploitées dans le +même but: et il est essentiel d'ajouter, que les articles puisés dans +ces riches trésors de la langue française sont reproduits textuellement, +autant que les circonstances et le cadre étroit de l'ouvrage l'ont +permis. + +Ayant exposé les difficultés les plus communes de la langue, il était +naturel de fournir un tableau des expressions incorrectes et dénaturées, +qui en altèrent la beauté et les règles: voilà ce qui a donné lieu au +_Recueil de Locutions Vicieuses_, placé à la suite du _Manuel_. + +L'Auteur ne s'est point fait illusion sur la difficulté de sa tâche: il +n'ignore pas qu'il ouvre un champ large à la critique. Heureux! si son +livre attire l'attention de quelque Aristarque consciencieux, qui daigne +en signaler les erreurs, au profit de la portion chérie de la société à +laquelle il est destiné! + +Du reste, si l'Auteur a aplani au jeune âge quelques-unes des aspérités +dont la langue est hérissée, son but est atteint, son voeu accompli. + +Québec, Octobre, 1841. + + + + +MANUEL + +DES + +DIFFICULTÉS LES PLUS COMMUNES + +DE LA + +LANGUE FRANÇAISE. + + +ABSOUDRE. _J'absous_, _tu absous_, _il absout_, _nous absolvons_, _vous +absolvez_, _ils absolvent_. _J'absolvais_; point de prétérit défini. +_J'ai absous_, _j'absoudrai_, _j'absoudrais_, _absous_, _absolvons_, +_absolvez_, _que j'absolve;_ point d'imparfait du subj. _Absolvant_, +_absous_, _absoute_. + +_Dissoudre_ se conjugue de même. + +ACADÉMICIEN est un membre d'une compagnie de savans: _académiste_, celui +qui étudie les armes, l'équitation dans une académie. + +ACCENT CIRCONFLEXE. On l'emploie pour les voyelles longues, et on le +met,--1º. sur _a_ long, _lâche_, _tâche_, _château_.--2º. sur l'avant +dernier _e_ des mots en eme: _même_, _blême_; excepté cependant les +adjectifs numéraux ordinaux, comme _deuxième_, _troisième_, etc.--3º. +sur l'_i_ des verbes en _aitre_ et _oitre_, comme _paraître, accroître_; +dans tous les temps où _i_ est suivi de _t_; _il naît_, _il paraîtra_, +_nous accroîtrons_.--4º. sur l'_o_ qui précède les finales _le_, _me_, +_ne_: _pôle_, _rôle_, _dôme_, _zône_.--5º. sur _le nôtre_, _le vôtre_, +mais non sur _notre_, _votre_.--6º. on l'emploie encore à la première et +seconde personne plurielle du prétérit défini: _nous aimâmes_, _vous +aimâtes_, _nous reçûmes_, _vous reçûtes_.--7º. à la troisième personne +singulière de l'imparfait du subjonctif: _qu'il fût_, _qu'il eût_, +_qu'il aimât_.--8º. on le pose aussi sur les adjectifs _sûr_, (pour +signifier certain) _mûr_, etc., parce qu'on écrivait autrefois _seur_, +_meur_, et enfin sur _dû_, participe du verbe devoir, pour le distinguer +de l'article _du_. Toutefois ce participe ne prend l'accent circonflexe, +ni au pluriel masculin, ni au féminin, tant singulier que pluriel, parce +qu'alors il ne peut être confondu avec l'article _du_. Enfin on le met +sur _tû_, participe du verbe _taire_, pour le distinguer du pronom _tu_, +et sur _crû_, participe de _croître_, pour le distinguer de _cru_, +participe de croire. + +ACCORD du verbe avec ses sujets. Quand plusieurs substantifs ou pronoms +composent les sujets, le verbe s'accorde avec le dernier substantif ou +pronom; + +1º. lorsque les mots formant les sujets sont synonymes: _son courage_, +_son intrépidité_ ÉTONNE _les plus braves_. Il est essentiel que les +substantifs synonymes ne soient jamais unis par la conjonction _et_. + +2º. lorsque les mots formant les sujets renferment une expression qui +réunit en elle tous les mots qui précèdent, comme _chacun_, _tout_, +_rien_, _personne_. _Paroles et regards_, TOUT EST _charmes en +vous_:--_le temps, les biens, la vie_, RIEN _ne nous_ <sc>appartient</sc>. + +3º. lorsque l'esprit s'arrête sur le dernier substantif, parce qu'il est +d'un tel intérêt, qu'il fait oublier les autres:--_ce sacrifice, votre +intérêt, votre honneur_, DIEU _vous le_ COMMANDE:--_mon repos, mon_ +BONHEUR SEMBLAIT _être affermi_. + +Lorsqu'un verbe a deux sujets de la troisième personne unis par la +conjonction _ou_, on peut faire accorder le verbe avec les deux sujets, +ou avec le dernier, et dire également bien--_Pierre_ ou _Paul le_ FERA, +ou, _le_ FERONT. Cependant l'accord avec le dernier sujet parait +préférable. + +Cette règle s'applique à _l'un l'autre_, lorsqu'ils sont unis par la +conjonction _ou_:--_l'un ou l'autre vous_ ÉCRIRA, ou _vous_ ÉCRIRONT. + +Cependant si les mots unis par _ou_ sont de différentes personnes, +l'usage demande que le verbe se mette au pluriel, et qu'il s'accorde +avec la personne qui a la priorité:--_c'est toi ou moi qui_ AVONS _fait +cela_,--_c'est toi ou lui qui_ AVEZ _dit cela_:--_lui ou moi nous_ +SERONS _peut-être assez heureux_, _etc._ + +Dans les phrases où deux substantifs, ou bien deux pronoms sont liés par +une des conjonctions, _de même que_, _aussi bien que_, _comme_, _non +plus que_, _plutôt que_, _avec_, _ainsi que_, et autres semblables, +c'est avec le premier substantif que l'accord a lieu: _la vertu_, _de +même que le savoir_, _A son prix_. _C'est sa fille_, _plutôt que son +fils_, _qu'il_ A DÉSHÉRITÉE. + +Après _l'un et l'autre_ faut-il mettre le verbe au singulier, ou au +pluriel? + +L'Académie, Vaugelas, Marmontel, &c., sont d'avis que l'on peut se +servir indifféremment du singulier ou du pluriel: mais presque tous les +grammairiens, suivant Duvivier, se sont prononcés pour le pluriel. + +Si _l'un et l'autre_ était placé après le verbe, le pluriel serait de +rigueur. _Ils_ VOULAIENT _l'un et l'autre se promener_. + +Si les sujets sont exprimés par _ni l'un ni l'autre_, ou sont liés par +_ni_ répété, le verbe doit-il être mis au singulier ou au pluriel? + +Duvivier répond qu'on est libre de se décider en faveur du singulier ou +du pluriel, puisque l'Académie et les meilleurs auteurs ont fait usage +indifféremment du singulier et du pluriel. + +Il ajoute cependant qu'il se range à l'opinion de Wailly et de Marmontel +qui veulent que quand les deux sujets concourent à l'action, l'on donne +au verbe la forme plurielle, parce qu'il y a pluralité dans l'idée, et +que l'on dise, _ni l'un ni l'autre n'_ONT FAIT _leur devoir_:--_Ni la +douceur ni la force ne_ PEUVENT _rien_. + +Mais si l'un des deux sujets seulement fait, ou reçoit l'action, parce +qu'alors il y a unité dans la pensée, les mêmes grammairiens veulent que +l'on mette le verbe au singulier, et que l'on dise, _ni l'un ni l'autre +n'_EST _mon père_:--_Ce ne sera ni Mr. le Duc, ni Mr. le Comte qui_ SERA +NOMMÉ _ambassadeur d'Espagne_. + +Lorsque le verbe qui suit _ni_ répété, est au pluriel, on doit le faire +accorder avec la personne qui a la priorité. _Ni vous ni moi ne_ SOMMES +_coupables_.--_Ni vous ni lui n'_AVEZ FAIT _cela_. + +Doit-on après _un_, _une_ joint à _de_, _des_ se servir du singulier ou +du pluriel, et dire, _c'est une des plus belles actions qu'il ait +jamais_ FAIT: ou, _c'est une des plus belles actions qu'il ait jamais_ +FAITES? + +La phrase dont il s'agit est elliptique: c'est comme s'il y avait, +_c'est une action des plus belles actions qu'il ait jamais faites_. Pour +résoudre la difficulté, il faut examiner si le pronom relatif _que_ a +pour antécédent le substantif en ellipse, ou le substantif pluriel placé +après la préposition _des_. Dans le premier cas on emploie le singulier, +et dans le second le pluriel. Or dans la phrase citée ci-dessus, il est +évident que le relatif _que_ se rapporte au substantif placé après la +préposition; car il s'agit _d'actions faites_, et non pas _d'une action +faite_. Le participe doit donc être mis au pluriel. + +D'après ces principes il faudra dire au singulier, _c'est un de nos +meilleurs grammairiens qui_ A FAIT _cette faute_: et au pluriel; _votre +ami est un des hommes qui_ PÉRIRENT _dans la sédition_. + +ACCORD d'un adjectif qui suit plusieurs substantifs. + +Quand un adjectif suit plusieurs substantifs régimes, soit régimes d'un +verbe, soit régimes d'une proposition, et que cet adjectif ne se +prononce pas au masculin comme au féminin, au singulier comme au +pluriel, il ne s'accorde qu'avec le dernier des substantifs: mais il est +sous-entendu après les précédens. _Ce soupçon..excita des plaintes, et +un mécontentement_ GÉNÉRAL.--_C'est donc en vain qu'on met la véritable +gloire dans l'honneur et la probité_ MONDAINE. + +Mais un adjectif, placé après des substantifs régimes, se met au +pluriel, si cet accord ne change pas la prononciation de +l'adjectif.--_Il sacrifie son repos et sa liberté pour la liberté et la +félicité_ PUBLIQUES. + +ACQUÉRIR. _J'acquiers_, _tu acquiers_, _il acquiert_, _nous acquérons_, +_vous acquérez_, _ils acquièrent_, _j'acquérais_, _j'acquis_, +_j'acquerrai_, _j'acquerrais_, _acquiers_, _acquérons_, _acquérez_, _que +j'acquière_, _que nous acquérions_, _que j'acquisse_, _acquérant_, +_acquis_, _acquise_. + +Conjuguez de même _conquérir_, _reconquérir_, _requérir_, _s'enquérir_. + +ADJECTIFS ABSOLUS, (les) _Parfait_, _universel_, _immortel_, _mortel_, +_éternel_, _essentiel_, _divin_, _suprême_, _extrême_, _excellent_, ne +peuvent être précédés de mots qui expriment le plus ou le moins, par +cela même qu'ils sont _absolus_, et rejettent toute comparaison. On ne +peut dire, _plus_ ou _moins éternel,--mortel_, &c. + +ADJECTIF NUMÉRAL. Quelquefois l'adjectif de nombre cardinal remplace +celui de nombre ordinal. _Il est_ SIX _heures_;--_l'an_ MIL HUIT +CENT:--_le_ CINQ _Mars_,--GUILLAUME QUATRE. + +AIDER quelqu'un, c'est l'assister de sa bourse, de ses conseils:--_aider +à quelqu'un_, c'est partager sa fatigue, sa peine:--_aider à quelque +chose_, c'est y contribuer. + +AÏEUL est le père du père ou de la mère. Au pluriel on dit _aïeuls_, +quand on veut désigner préscisément le grand-père paternel et le +grand-père maternel. Hors delà on dit _aïeux_, pour signifier tous ceux +de qui l'on descend, et qui ont devancé nos _aïeuls_. + +AIGLE, _oiseau_, est masculin. AIGLE, _drapeau_, est féminin. _Les +Aigles Romaines_. AIGLE, _constellation_, est féminin. + +AIGUILLON. Il y a quelques mots, comme, _aiguillon_, _aiguille_, +_aiguiser_, _arguer_, _inextinguible_, et les noms propres _d'Aiguillon, +le Guide, de Guise_, dans lesquels l'_u_ se fait entendre, et que l'on +prononce, _é-gu-i-glion_,--_é-gu-i-lle_,--_é-gu-i-zé_,--_ar-gu-é_, +--_inextin-gu-i-ble_,--_d'É-gu-i-glion_,--_le Gu-i-de_,--_de Gu-i-se_. + +AIR. On dit, _cette femme_ a l'air BON, et non pas BONNE, parce que +_bon_ se rapporte à l'_air_. Mais on dit, _cette pomme a l'air_ CUITE, +et non pas CUIT, parce que l'adjectif ne peut être dit ici du substantif +_air_. + +ALLER. On ne dit plus _je vas_, mais, _je vais_. L'impératif _va_ prend +une _s_ euphonique quand il est suivi du pronom relatif _y_: _vas y_. +Mais si après l'_y_ il suit un _verbe_, l'Académie veut que l'on +supprime l'_s_. _Va y mettre ordre._ + +AMOUR au singulier est masculin: au pluriel féminin, excepté quand il +désigne les petits génies de la mythologie. _Ces_ PETITS _amours sont +bien_ GROUPÉS. + +À NEUF, DE NEUF. _Refaire un bâtiment_ À NEUF:--_remettre un tableau_ À +NEUF, c'est les restaurer, les réparer. + +_Se faire habiller_ DE NEUF, c'est se faire faire des habits neufs. + +ANCÊTRES. _Nos ancêtres: nos aïeux: nos pères._ Le siècle de nos _pères_ +a touché au nôtre: nos _aïeux_ les ont devancés: nos ancêtres sont les +plus reculés de nous. + +ANIMAUX. Leurs parties principales. + +On dit le _pied_ d'un cheval, d'un boeuf, d'un cerf, d'un mouton, d'une +vache, et des autres animaux chez lesquels cette partie est de _corne_. + +On dit la _patte_ d'un chien, d'un chat, d'un lièvre, d'un loup, d'un +ours, d'un rat, et des autres animaux chez lesquels cette partie n'est +pas de _corne_. + +On dit les _ongles_ d'un lion, les _griffes_ d'un chat, d'un tigre, les +_serres_ d'un aigle, d'un épervier. + +On dit la _bouche_ d'un cheval, d'un boeuf, d'un âne, et en général en +parlant des bêtes de somme. + +On se sert du mot _gueule_ en parlant des poissons, des reptiles, et de +la plupart des quadrupèdes. On dit la _gueule_ d'une carpe d'une truite, +d'un brochet, d'un serpent, d'un lion, d'un tigre, d'un chien, d'un +loup, d'un chat, &c. + +On fait usage du mot _bec_ pour les volatiles. + +Quand on parle de cette partie qui comprend la _gueule_ et le _nez_, on +dit le _groin_ d'un cochon, le _muffle_ d'un cerf, d'un boeuf, d'un lion, +d'un léopard, d'un tigre: le _museau_ d'un chien, d'un renard, &c. + +On donne le nom de _défenses_ ou _broches_ de sanglier aux deux grosses +dents crochues et effilées qui sortent de sa gueule. + +On appelle _bois de cerf_ ou _tête de cerf_, le grand bois que cet +animal porte sur le devant de sa tête, et qui tombe tous les ans au +printemps. + +Enfin on dit la _hure_ d'un sanglier, d'un ours, d'un saumon, d'un +brochet, pour la tête, lorsqu'elle est coupée. + +ANIMAUX, leurs cris. L'abeille bourdonne, l'âne brait, le boeuf mugit ou +beugle, la brebis bêle, le renard nasille, le cerf bramme, le chat +miaule, le cheval hennit, (prononcez hanit) le chien aboie ou jappe, le +cochon grogne, le corbeau croasse, la grenouille coasse, le lion rugit, +le loup hurle, le serpent siffle, l'aigle et la grue glapissent ou +trompettent, les petits chiens et les renards glapissent, les pigeons +roucoulent, la perdrix cacabe, le moineau chuchète ou pépie, le paon +braille ou criaille, le dindon glougloute, le poulet piaule, la poule +glousse, le grillon grésillonne, l'oie siffle, le rossignol gringotte, +&c. + +APPELER. _J'appelle, tu appelles, il appelle, nous appelons, vous +appelez, ils appellent, j'appelais, j'appelai, j'appellerai, +j'appellerais, appelle, appelons, appelez, que j'appelle, que nous +appelions, que j'appelasse, appelant, appelé, appelée_. + +Ce verbe comme tous ceux qui sont terminés par _eler_, doublent la +lettre _l_, quand après cette lettre on entend un _e_ muet; c.-à-d. +lorsque la lettre _l_ est suivie de _e_, _es_, _ent_. _J'appelle_,--_tu +chancelles_,--_ils étincellent._ + +Cette règle est applicable aussi aux verbes dont l'infinitif est en +_eter_. V. JETER. + +APPLAUDIR. Comme on fait usage de ce verbe tantôt à l'actif, tantôt au +neutre, il est indifférent de dire, _applaudir_ AUX _acteurs_, ou +_applaudir_ LES _acteurs_: _on_ LUI _a applaudi_, ou, _on_ L'_a +applaudi_. + +Le participe passé de _s'applaudir_ s'accorde toujours. _Ils se sont_ +APPLAUDIS _de leur conduite_. + +ARC-EN-CIEL. Au pluriel on écrit, _arcs-en-ciel_; mais on prononce, +comme au singulier, _ar-kan-ciel_. + +ARTICLE. On répète l'article et les adjectifs déterminatifs, _mon_, +_ma_, _mes_, _ton_, _ta_, _tes_, _ce_, _cette_, _un_, etc. + +1º. devant chaque substantif, _les officiers et_ LES _soldats_;--_son +frère et_ SA _mère_. + +2º. devant deux adjectifs unis par _et_, lorsqu'ils ne qualifient pas le +même substantif: _les anciens et_ LES _nouveaux soldats_,--_vos grands +et_ VOS _petits appartemens_. Mais on dirait, _les anciens et braves +soldats_;--_vos grands et beaux appartemens_, attendu que les mêmes +soldats sont _anciens et braves_, et les mêmes appartemens _grands et +beaux_. + +Il n'est pas toujours aisé de connaître d'une manière précise les cas où +l'on doit faire usage de l'article, et ceux où l'on ne doit pas s'en +servir. Voici un principe général qui sera d'un grand secours pour les +distinguer. + +On doit employer l'article avant tous les noms communs pris +_déterminément_, mais non avant ceux qu'on prend _indéterminément_. + +Un nom est pris _déterminément_ lorsqu'il est employé pour désigner tout +un genre, toute une espèce, ou enfin un individu. LA _jeunesse est +imprévoyante_. Le mot _jeunesse_ est genre parce qu'il désigne la +totalité des jeunes gens. LES _hommes à prétention sont +insupportables_. Le mot _hommes_ est espèce, parce qu'il est restreint à +un certain nombre d'individus. LE _roi est sage_. Le mot _roi_, dans +cette phrase, désigne un individu. + +Un nom est pris _indéterminément_ lorsqu'on s'en sert uniquement pour +réveiller l'idée qu'on y attache: qu'on ne détermine rien sur l'étendue +dont elle est susceptible; en un mot qu'on ne l'emploie pas pour +désigner ni un genre, ni une espèce, ni un individu. _Les chemins sont +bordés_ DE _lauriers_, DE _grenadiers_, DE _jasmins_. Les mots +_lauriers_, _grenadiers_, _jasmins_ étant indéterminés, ne prennent pas +l'article. + + +REMARQUES. + +Les noms de provinces et de royaumes peuvent être pris _déterminément_ +et _indéterminément_. On dit: _je viens d'Angleterre, de France_, sans +l'article; parce qu'il suffit de regarder l'Angleterre ou la France +comme terme d'où l'on part, et qu'il est inutile de penser à l'étendue +de ces royaumes. Mais parce que les mots _limites_, _bornes_ font penser +à cette étendue, on dit; _les limites de l'Angleterre, les bornes de la +France_. + +L'usage permet que l'on dise indifféremment, _les peuples de l'Asie_ ou +_les peuples d'Asie_,--_les villes de l'Angleterre_ ou _les villes +d'Angleterre_. + +Mais on dit avec l'article: _les peuples de l'Asie ont toujours été +faciles à subjuguer_; parce que l'on considère ces peuples par rapport +à l'étendue du pays qu'ils habitent. + +On dit plus communément: _il vient de l'Asie, de l'Europe, de +l'Afrique_. C'est une exception à la règle donnée plus haut. + +Il y a des noms de royaumes et de pays qui veulent absolument l'article; +et l'on dit toujours: _les empereurs de la Chine--du Pérou--du +Japon:--les habitants du Canada_. + +Les locutions suivantes sont donc vicieuses: _je vais_ EN _Canada_,..EN +_Pérou_:--_il demeure_ EN _Canada_,..EN _Japon_. Il faut dire: _je vais_ +AU _Canada_,..AU _Pérou_;--_il demeure_ AU _Canada_,..AU _Japon_. + +Les noms _Mercure_, _Jupiter_, _Vénus_, _Mars_, _Saturne_, _Herschel_ ne +prennent pas l'article. + +ASPECT, PERSPECTIVE, VUE. _Aspect_ désigne des points de vue +particuliers. _Les vues de la Suisse offrent les aspects les plus +agréables._ _Perspective_ est _l'aspect_ des objets vus de loin. L'idée +de _vue_ est plus étendue que celle d'_aspect_. + +ASSAILLIR. _J'assaille, tu assailles, il assaille, nous assaillons, +j'assaillais, j'assaillis, j'assaillirai, j'assaillirais, assaille, +assaillons, assaillez, que j'assaille, que j'assaillisse, assaillant, +assailli, assaillie_. + +_Tressaillir_ se conjugue de même. + +ASSEOIR. _J'assieds, tu assieds, il assied, nous asseyons, vous asseyez, +ils asseient, j'asseyais, nous asseyions, vous asseyiez, ils +asseyaient, j'assis, j'assiérai ou j'asseierai, j'assiérais ou +j'asseierais, assieds, asseyons, asseyez, que j'asseie, que nous +asseyions, que vous asseyiez, qu'ils asseient, que j'assisse, asseyant, +assis, assise_.. + +_Rasseoir_ se conjugue de même. + +ASSURER veut un régime direct de personne quand il signifie _témoigner_: +_assurez_ LE _de mon estime_: et un régime indirect lorsqu'il veut dire +_donner pour sûr_: _assurez_ LUI _que nous sommes réconciliés_. + +ATOCA. (_Oxycoccum_). Suivant Sarrasin, cité par Charlevoix, _atoca_ est +un mot indien, qui désigne la baie de la canneberge. Cette baie, que les +anglais appellent _cranberry_, ne porte point de nom en français. + +À TRAVERS veut un régime direct; _à travers_ LES _champs_: _au travers_ +est toujours suivi de la proposition _de_: _au travers_ DU _corps_. + +AUCUN se met toujours au singulier: _aucun chemin de fleurs ne conduit à +la gloire_: excepté quand il accompagne un substantif qui n'a pas de +singulier, comme _pleurs_, _ancêtres_: ou qui, au pluriel, est pris dans +un autre sens qu'au singulier, comme _troupes_, _gages_. _On n'a fait_ +AUCUNES _fénérailles_,--AUCUNES _troupes ne sont mieux disciplinées_. + +AUSSI, AUTANT, sont deux adverbes de comparaison qui doivent être suivis +de la conjonction _que_, et non de _comme_, autre adverbe de +comparaison. Ne dites pas: _il est aussi grand_ COMME _vous_,--_j'en ai +autant_ COMME _vous_,--dites _il est aussi grand_ QUE _vous_,--_j'en ai +autant_ QUE _vous_. On dit: _il est grand_ COMME _vous_:--_j'en ai_ +COMME _vous_. + +AUSSI, SI. Toutes les fois que l'on veut simplement marquer l'extension +d'une qualité, il faut prendre _si_: _il n'est pas_ SI _fin_, _qu'on ne +le puisse tromper_. Mais quand on veut faire comparaison entre deux +adjectifs, ou deux adverbes, il faut se servir d'_aussi_ dans les +phrases affirmatives: _il est_ AUSSI _poli qu'il est brave_: mais si la +phrase est négative il faut employer _si_: _personne ne vous a servi_ SI +_utilement que lui_. Cependant il est bien des personnes qui emploient +alors presque indifféremment _si_ ou _aussi_, et disent, _il ne sera +pas_ AUSSI _constant qu'il le dit_,--ou,--_il ne sera pas_ SI _constant +qu'il le dit_. + +AUSSI BIEN QUE. Lorsque deux sujets sont unis par _aussi bien que_, le +verbe s'accorde avec le premier sujet: _le roi, aussi bien que ses +ministres_, VEUT _la paix_. + +AUTOMNE, d'après l'usage le plus commun, est masculin quand l'adjectif +précède: UN _bel automne_: et féminin quand l'adjectif suit: UNE +_automne froide_. + +AUTOUR, ALENTOUR. Suivant les écrivains modernes _autour_ est une +proposition, qui a par conséquent un régime, et _alentour_ un adverbe +qui n'en a point. Il faut donc dire, _la reine avait toutes ses filles_ +AUTOUR _d'elle_; et non pas, ALENTOUR _d'elle_:--_le roi était là, et +ses gardes étaient_ ALENTOUR, et non pas, AUTOUR. + +AUTRE QUE, TOUT AUTRE QUE, AUTREMENT QUE, marquant la comparaison, +veulent _ne_ devant le verbe suivant: _il est tout autre que je_ NE +_pensais_:--_il parle autrement qu'il_ N'_agit_: excepté quand le +premier verbe est négatif: _il_ NE _parle pas autrement qu'il agit_. + +AUXILIAIRES. Il y a deux auxiliaires _avoir_ et _être_: _avoir_ marque +l'action, et _être_ l'état. Dans les verbes neutres qui prennent les +deux auxiliaires, comme, _accourir_, _disparaître_, _déchoir_, _passer_, +_décider_, _périr_, _croître_, _éclore_, _demeurer_, _rester_, _cesser_, +_échapper_, _monter_, _descendre_, _entrer_ etc., on emploie _avoir_, si +c'est l'action que le verbe énonce que l'on a en vue: et _être_ si c'est +l'état que l'on veut exprimer. Ce sont les circonstances dont le verbe +est accompagné qui indiquent lequel de ces deux points de vue on +envisage: ainsi pour exprimer l'action, l'on dira avec _avoir_: _elle_ A +_disparu subitement_;--_la fièvre_ A _cessé hier_;--_la rivière_ A +_monté rapidement_;--_le baromètre_ A _descendu en peu d'heures_: et +pour exprimer l'état qui suit l'action, l'on dira avec _être_; _elle_ +EST _disparue depuis un an_:--_la fièvre_ EST _passée depuis quelque +temps_;--_il_ EST _monté_--_il_ EST _descendu depuis une heure_. Il faut +excepter de cette règle les verbes neutres _aller_, _arriver_, _choir_, +_décéder_, _mourir_, _naître_, _tomber_, _venir_, et les composés de ce +dernier, comme _devenir, intervenir, parvenir, revenir, survenir_, +lesquels prennent le seul auxiliaire _être_, quoique chacun d'eux +exprime une action: c'est l'usage qui en a décidé ainsi; _elles_ SONT +_allées_,--_nous_ ÉTIONS _arrivés_,--_il_ SERA _venu_. + +Remarque. _Convenir_, _contrevenir_, _subvenir_, quoique formés du verbe +_venir_, donnent lieu aux observations suivantes. + +_Convenir_ demande tantôt l'auxiliaire _avoir_, et tantôt l'auxiliaire +_être_. Dans le sens d'être convenable, il prend _avoir_: et _être_ dans +le sens de demeurer d'accord. _Cette maison m'_A _convenu, et je_ SUIS +_convenu du prix_. + +_Contrevenir_ est employé par le plus grand nombre des écrivains avec +_avoir_. + +_Subvenir_ prend toujours l'auxiliaire _avoir_. + +AVANT veut un régime, _auparavant_ n'en veut aucun. Ne dites pas, +_auparavant de partir_, mais, _avant de partir_. + +AVANT, DEVANT. _Avant_ est pour l'ordre des temps; _devant_ pour l'ordre +des places. Le premier est opposé à _après_, le second à _derrière_. + +Plusieurs auteurs font aussi usage d'_avant_ pour l'ordre des places. + +AVANT QUE rejette le _ne_. Dites, _avant qu'il parte_, et non, _avant +qu'il_ NE _parte_. + +AVANT QUE DE, AVANT DE, sont employés indifféremment par les écrivains +modernes: les prosateurs préfèrent même _avant de_. + +AVOIR _affaire à quelqu'un_, suppose infériorité, dépendance de celui +qui a affaire. Un plaideur _a affaire_ À ses juges, et non AVEC ses +juges. + +_Avoir affaire avec quelqu'un_, c'est avoir à traiter avec lui: _il faut +éviter d'avoir affaire_ AVEC _les fripons_. + +_Avoir affaire de_ signifie avoir besoin de: _il a affaire_ +D'_argent_,--_j'ai affaire_ DE _vous, ne sortez pas_. + + +BARBARISME, (le) est l'emploi de mots inusités, ou pris dans un mauvais +sens, ou mal associés: c'est aussi l'emploi de locutions insolites. Le +_solécisme_ est une faute grossière contre la syntaxe. + +BÂTISSE, BÂTIMENT. _Bâtiment_ est l'édifice entier: _bâtisse_ n'en est +que la partie comprenant la maçonnerie. Dites: _la bâtisse de cette +construction a couté fort cher_: mais ne dites pas: _je veux assurer +cette_ BATISSE; _je veux vendre cette_ BATISSE, pour signifier, _je veux +assurer cette maison, je veux vendre cette maison_. + +BEAUCOUP. _Il s'en faut beaucoup_ marque différence de qualité: _il s'en +faut de beaucoup_ la différence de quantité: _il s'en faut beaucoup +qu'il soit aussi prudent que vous_:--_il s'en faut_ DE _beaucoup qu'il +ait autant de connaissances que son cousin_. + +BÉARN, ancienne province de France; prononcez, _Béar_. + +BÉNIT, TE, signifie consacré par l'église: _pain bénit_, _eau bénite_. +_Béni--e_, a les autres significations de son verbe;--BÉNIS _sont les +rois qui chérissent leurs peuples_. + +BIFTECK ou BIFSTECK de l'anglais, _beef-steak_, signifie tranche de boeuf +saisie dans le beurre. + +BLEU. L'adjectif _bleu_ est invariable quand il est modifié par un autre +adjectif, étant alors substantif. _Des étoffes_ BLEU FONÇÉ, c.-à-d. +_d'un bleu foncé_. Il en est ainsi de plusieurs autres adjectifs qui +désignent les couleurs: _des cheveux_ BLOND FONÇÉ;--_des robes_ ROSE +TENDRE;--_des draps_ VERT FONCÉ:--_des cheveux_ CHATAIN CLAIR, etc. + +BOSSER, BOSSUER. _Bosser_ est un terme de marine. _Bossuer_ signifie +_faire des bosses_: dites _j'ai_ BOSSUÉ _mon goblet_, et non pas, _j'ai_ +BOSSÉ _mon goblet_. + +BOUILLIR. _Je bous_, _tu bous_, _il bout_, _nous bouillons_, _vous +bouillez_, _ils bouillent_, _je bouillais_, _je bouillis_, _je +bouillirai_, _je bouillirais_, _bous_, _bouillons_, _bouillez_, _que je +bouillisse_, _bouillant_, _bouilli_, _bouillie_. + +BRAIRE n'est usité qu'aux temps et aux personnes qui suivent: _braire_, +_il brait_, _ils braient_, _il braira_, _ils brairont_, _il brairait_, +_ils brairaient_. + +BRUIRE, n'est guère usité qu'à l'infinitif, aux troisièmes personnes de +l'imparfait de l'indicatif, _il bruyait_, _ils bruyaient_, et au +participe présent, _bruyant_. _On entend_ BRUIRE _les vagues_:--_le +vent_ BRUYAIT _dans la forêt_. + +BUREAU. Lieu où l'on expédie des affaires, où l'on travaille, où l'on +délibère. Mais en parlant d'avocat, de notaire, il faut employer le +terme _étude_, et dire, l'ÉTUDE _de tel avocat_, _l'_ÉTUDE _de tel +notaire_. + +_Office_ pour signifier _bureau_ est un barbarisme. + + +C ne se prononce pas à la fin des mots, _estomac_, _broc_, _croc_, +_accroc_, _marc_, _échecs_, (jeu), _tabac_, _jonc_, _lacs_, (filets), +_arsenic_, _escroc_, _tronc_, _clerc_, _cric_, _porc_, etc. + +CALÈCHE est un carosse léger et découvert, dont le train porte sur +quatre roues. _Cabriolet_ est une voiture légère et suspendue, montée +sur deux roues. + +_Calèche_ n'est donc pas synonyme de _cabriolet_; et c'est par +conséquent une faute de l'employer comme tel. + +D'un autre côté, l'on se sert souvent du mot _cabriolet_, pour désigner +la petite charrette sans soupentes, dont l'usage est si commun: c'est +encore, comme l'on voit, une faute à éviter. + +CAMPAGNE. _À la campagne_ exprime le séjour que l'on fait hors de la +ville. _Vivre à la campagne pour sa santé_. _En campagne_ signifie que +l'on est en mouvement pour ces affaires, _les troupes sont_ EN +_campagne_;--_il s'est mis_ EN _campagne pour découvrir ce qu'il +cherche_. + +CARRIOLE est une voiture à roues, et c'est abusivement que l'on applique +ce terme à une de nos voitures d'hiver à patins. _Traîneau_ est le mot +propre. _Traîneau_ signifie voiture sans roues pour faire des courses +sur les neiges, sur les glaces. + +_Traîneau_ désigne aussi la voiture sans roues destinée au transport +également sur les neiges, de faix, de charges, etc. Le mot _traîne_, +pris dans ce dernier sens, est un barbarisme. + +_Traîneau_ est encore un assemblage de pièces de bois, pour traîner sur +la terre des fardeaux lourds, des marchandises, etc. + +Au mot _traîneau_ quelques personnes substituent le terme +anglo-américain _sleigh_. C'est une absurdité. + +CARTOUCHE est _féminin_ quand il signifie charge en rouleau d'une arme à +feu: mais il est _masculin_ lorsqu'il signifie ornement de sculpture, de +peinture ou de gravure autour des inscriptions, des chiffres, des +armoiries. LE _cartouche d'une carte géographique_. + +CENT au pluriel prend une _s_, _deux cents chevaux_: excepté lorsqu'il +est suivi d'un autre adjectif de nombre: _deux cent cinquante chevaux_. + +Quand il s'agit de la date, _cent est_ toujours invariable; _l'an mille +huit cent_. + +CHARLES V, Empereur d'Allemagne, se prononce, et même s'écrit +quelquefois, CHARLES-QUINT. + +CUEILLIR. _Je cueille, tu cueilles, il cueille, nous cueillons, vous +cueillez, ils cueillent; je cueillais, je cueillis, je cueillerai, je +cueillerais, cueille, cueillons, que je cueille, que je cueillisse, +cueillant, cueilli, cueillie_. + +Conjuguez de même _recueillir_, _accueillir_. + +CH. Le _ch_ dans plusieurs mots qui viennent du grec, ou de quelque +langue orientale, se prononce comme _k_; tels sont: archéologie, +archéologue, catéchumène, Chersonèse, Chalcédoine, chaldéen, chaos, +chirographaire, chiragre, chirologie, chiromancie, Melchior, +Melchisédech, Ochosius, Jéchonias, Achaïas, Archimélech, Ezéchias, +Ezéchiel, exarchat, archiépiscopal, Michel-Ange, Achéloüs, archétype, +etc. + +Cette règle souffre quelques exceptions, comme, _archevêque_, +_archidiacre_, _archiprêtre_, _architecte_, etc., dont le _ch_ prend la +prononciation française. + +CHACUN, précédé d'un pluriel, prend après lui _son_, _sa_, _ses_, quand +le régime direct est avant, ou que le verbe n'a pas de régime de cette +nature: _ils ont apporté leurs offrandes_, _chacun selon_ SES +_moyens_;--_ils se sont retirés_, _chacun dans_ SA _chambre_:--_ils ont +opiné_, _chacun à_ SON _tour_. + +Il prend _leur_, _leurs_ lorsqu'il est suivi du régime direct: _ils ont +dit chacun_ LEUR _avis_: _ils ont apporté chacun_ LEURS _offrandes_. + +_Un chacun dit, un quelqu'un a pensé_ sont des locutions vicieuses: +dites, _chacun dit, quelqu'un a pensé_. + +CHAIR. Considéré comme aliment le mot chair se dit plus ordinairement +des animaux terrestres et des oiseaux: CHAIR _de boeuf_:--CHAIR _de +mouton_:--CHAIR _de perdrix_: et c'est en ce sens que l'on dit, _on ne +mange point de_ CHAIR _en carême_. + +_Chair_ se dit aussi quelquefois des poissons et des fruits: _la_ CHAIR +_du brochet_:--_la_ CHAIR _du melon_. V. VIANDE. + +CHANTRE se dit pour le chant de l'église, et _chanteur_ et _chanteuse_ +pour le chant profane. _Cantatrice_ est une chanteuse de profession. + +CHAQUE veut toujours un substantif après lui. Ainsi ne dites pas, _ces +livres me coutent quatre francs_ CHAQUE: dites, _quatre francs_ CHACUN. + +CHOIR est usité seulement à l'infinitif. _Un astrologue un jour se +laissa_ CHOIR. + +CHOISIR. Ce verbe ne régit pas les substantifs quand ils sont sans +article, ou sans préposition: on ne dit pas, _il a été choisi président +du comité_, mais, _il a été choisi_ POUR _président du comité_. + +CLORRE ou CLORE est usité à tous les temps composés, et de plus aux +temps simples suivans; _je clos_, _tu clos_, _il clôt_, sans pluriel: +_je clorai_, etc., _je clorais_, etc.: _clos_ sans pluriel, _clos_, +_close_. + +_Enclorre_ se conjugue de même. + +CLUB, mot anglais, adopté depuis la révolution française, que l'on +prononce _klobe_. + +COLLECTIF. Il y a deux sortes de noms collectifs, le _général_ qui +représente une collection entière, et le _partitif_ qui représente une +collection partielle. + +Tout verbe qui a pour sujet un collectif, s'accorde avec ce collectif, +s'il est _général_: _l'infinité des perfections de Dieu m'accable_:--_la +totalité des enfans sacrifie l'avenir au présent_; et avec le substantif +qui suit le collectif, si celui-ci est _partitif_: _une multitude +d'hommes l'environnaient_;--_une troupe de barbares désolèrent le pays_. + +On distingue le collectif partitif au mot, _un_, _une_, dont il est +presque toujours précédé, UNE _quantité_, UNE _foule_. + +Remarque. Avec _la plupart_, employé absolument, le verbe se met +toujours au pluriel. _Le sénat fut partagé_; _la plupart_ VOULAIENT +_que_, etc. + +COLORER _une estampe_ est une faute. Dites COLORIER _une estampe_. +_Colorer_ c'est donner la couleur; ainsi le saffran _colore_ l'eau. +_Colorier_ c'est appliquer les couleurs: _une estampe_ COLORIÉE. + +COMMANDER. On emploie souvent, mais improprement, le mot _recommander_ +au lieu de _commander_, pour signifier la charge que l'on donne de faire +quelque chose. Ainsi l'on dit, _j'ai_ RECOMMANDÉ _un habit_,--_une paire +de souliers_, au lieu de, _j'ai_ COMMANDÉ _un habit_,--_une paire de +soulliers_. + +COMME. Lorsque deux sujets sont unis par _comme_, _ainsi que_, le verbe +s'accorde avec le premier sujet: _l'enfer comme le ciel_ PROUVE _un Dieu +juste et bon_:--_la vertu ainsi que le savoir_ A _son prix_. + +_Comme_ ne doit pas remplacer _que_ pour unir les deux termes d'une +comparaison. Ne dites pas: _César était aussi éloquent_ COMME _brave_: +dites, _aussi éloquent_ QUE _brave_:--_il est aussi grand_ COMME _moi_: +dites, QUE _moi_. + +COMMENCER. _Commencer à_, désigne une action qui aura du progrès, de +l'accroissement: _cet enfant commence_ À _parler_. _Commencer de_, +exprime une action complète, qui aura de la durée: _il commença_ DE +_parler à deux heures, et ne finit qu'à six_. + +COMPLU est toujours invariable, n'ayant pas de régime direct. _Elle +s'est_ COMPLU _dans ses enfans_. + +COMPRIS. Le participe _compris_, employé sans auxiliaire, est +invariable, quand il précède le mot auquel il se rapporte: _y_ COMPRIS +_cette somme_; mais lorsqu'il le suit, il doit s'accorder avec lui: +_cette somme y_ COMPRISE. + +CONCORDANCE des temps de l'indicatif entre eux dans certains cas. + +Lorsque deux verbes sont unis par la conjonction _que_, l'on met le +second verbe au présent de l'indicatif, si ce second verbe exprime une +vérité constante, ou une action qui se fait ou peut se faire dans tous +les temps. _J'ai toujours cru qu'il_ EXISTAIT _un Dieu rénumérateur et +vengeur_. Il faut dire... qu'il EXISTE. _J'ai toujours cru que quatre et +cinq_ FESAIENT _neuf_. Il faut dire, FONT _neuf_. _Je vous ai dit qu'il +n'y_ AVAIT _rien de stable dans ce monde_. Dites, _qu'il n'y_ A _rien de +stable_. + +On se servira également du présent, s'il s'agit de quelque chose qui +existe au moment que l'on parle, et l'on dira: _je savais bien que vous_ +ÊTES _marié_;--_nous avons su que vous_ AVEZ _acheté une métairie_:--_on +m'a rapporté que notre mère_ A ÉTÉ _quelque temps malade_; et non pas: +_je savais bien que vous_ ÉTIEZ _marié_;--_nous avons su que vous_ +AVIEZ _acheté une métairie_:--_on m'a rapporté que votre mère_ AVAIT ÉTÉ +_quelque temps malade_. Au lieu du futur on se sert abusivement du +conditionnel présent: _on nous a dit que vous_ CONSENTIRIEZ _à cette +démarche_:--_votre frère m'a assuré que vous_ IRIEZ _à la campagne au +printemps prochain_;--_le bruit a couru que je_ QUITTERAIS _ce pays +incessamment_: il faut dire _que vous_ CONSENTIREZ; _que vous_ IREZ: +_que je_ QUITTERAI, attendu qu'il s'agit ici seulement d'exprimer que +les actions de _consentir_, d'_aller_, de _quitter_, s'exécuteront dans +un temps où l'on n'est pas encore. + +Le conditionnel passé ne doit pas s'employer pour le conditionnel simple +ou présent: _j'aurais parié que vous m'_AURIEZ RÉPONDU: dites, _que vous +me_ RÉPONDRIEZ. + +CONCORDANCE des temps du subjonctif avec ceux de l'indicatif et du +conditionnel. + +Quand le verbe de la proposition principale est à l'imparfait, aux +prétérits, au plus-que-parfait, ou à l'un des conditionnels, l'on met le +second verbe à l'imparfait du subjonctif. Par conséquent au lieu des +phrases sottement ridicules; _il désirait que je_ CHANTE;--_je voudrais +qu'il_ SORTE;--_le médecin a ordonné que vous_ PRENIEZ _un bain_; il +faut dire: _il désirait que je_ CHANTASSE:--_je voudrais qu'il_ +SORTIT:--_le médecin a ordonné que vous_ PRISSIEZ _un bain_. + +Cependant avec le prétérit indéfini l'on peut mettre le second verbe au +présent du subjonctif, quand il exprime une action qui se fait dans tous +les temps. _Dieu nous a créés pour que nous l'_AIMIONS. + +CONFIRE. _Je confis_, _tu confis_, _il confit_, _nous confisons_, _vous +confisez_, _ils confisent_; _je confisais_, _je confis_, _je confirai_, +_je confirais_, _confis_, _confisons_, _confisez_, _que je confisse_, +point d'imparf. du subj. _confisant_, _confit_, _confite_. + +CONNEXITÉ dénote un simple rapport qui est dans la nature des choses: +_connexion_ énonce une liaison établie entre les choses. + +CONSOMMER, CONSUMER. _Consommer se dit_ de tout ce qui est susceptible +d'être accompli ou perfectionné: _un homme_ CONSOMMÉ _dans les +sciences_: et _consumer_ du tout ce qui ont susceptible d'être dévoré ou +anéanti: _il a_ CONSUMÉ _son temps et son argent_. + +CONSONNES. D'après l'ancienne appellation les consonnes, _b, c, d, f, g, +h, j, k, l, m, n, p, q, r, s, t, v, x, z,_ se prononcent, _bé, cé, dé, +effe, gé, ache, ji, ka, elle, emme, enne, pé, qu, erre, esse, té, vé, +ixe, zède_. + +D'après la nouvelle appellation, elles se prononcent, _be, ce, de, fe, +ghe, he, je, ke, le, me, ne, pe, que, re, se, te, ve, xe, ze_. + +Cette nouvelle méthode fut proposée, par MM. du Port-Royal, et +quoiqu'elle ait de grands avantages sur l'ancienne, elle resta long +temps dans l'oubli, par cela seul quelle était contraire à la pratique +générale. _Mais enfin_, dit Duvivier, _l'empire du préjugé commence à +s'affaiblir, et dans peu elle sera selon toute probabilité, la seule en +usage_. + +Suivant cette nouvelle appellation, toutes les lettres de l'alphabet +sont _masculines_; suivant l'ancienne, il y en a qui sont _féminines_ et +d'autres qui sont _masculines_. Les _féminines_, sont _f, h, l, m, n, r, +s_: les _masculines_, _a, b, c, d, e, g, i, j, k, o, p, q, t, u, v, x, +y, z_. + +CONSTABLE. On sait que les devoirs de l'_Officier de Paix_ en France, +sont analogues à ceux du _constable_ en Angleterre. Il est donc évident +que l'on doit rejetter le mot anglais _constable_, puisque nous avons en +français son équivalent. + +Quant au mot français _connetable_, c'est une grave faute que de +l'employer dans le sens d'_Officer de Paix_. + +CONTINUATION est pour la durée: _continuité_ pour l'étendue. + +CONTINUER À se dit d'une chose que l'on fait sans interruption: +_continuez_ À _bien vivre_: _continuer de_ d'une chose où il y à +interruption: _continuez_ DE _vous former le style_. + +CONTRAINDRE prend _à_ ou _de_ devant l'infinitif: c'est l'oreille et le +goût qui en décident: _contraindre quelqu'un_ À _travailler_, ou DE +_travailler_. + +Il en est ainsi des verbes _demander_, _s'empresser_, et _forcer_. + +COPIE n'est pas synonyme d'_exemplaire_, et c'est une faute de dire, +_j'ai acheté quelques_ COPIES _de tel ouvrage_: dites, _quelques_ +EXEMPLAIRES. + +COUDRE. _Je couds, tu couds, il coud, nous cousons, vous cousez, ils +cousent, je cousais, je cousis, je coudrai, je coudrais, couds, cousons, +cousez, que je couse, que je cousisse, cousant, cousu, cousue_. + +COULEUR et COLORIS, en parlant d'un tableau, ont des significations bien +différentes. _Couleur_ est l'impression que fait sur l'oeil la lumière +réfléchie par chaque partie du tableau. _Coloris_ est l'effet qui +résulte de l'ensemble, et de l'assortiment des _couleurs_. + +COULEUR est toujours féminin, excepté dans les mots composés, _couleur +de feu_, _couleur de rose_, etc. Ainsi l'on dit; LE _couleur de feu est_ +MA _couleur favorite_: _cette étoffe est d'_UN _couleur de rose +charmant_. On dit adjectivement, _un ruban couleur de feu_. + +Un habit de couleur, une robe de couleur, sont un habit et une robe de +toute autre couleur que le blanc et le noir. + +COUPLE est féminin quand il désigne deux choses qui ne vont pas ensemble +nécessairement: _une couple de serviteurs_,--_de poulets_,--_d'oeufs_. +Ils est masculin quand il désigne deux personnes unies par le mariage, +ou qu'il se dit d'un mâle ou d'une femelle qu'on a appareillés ensemble: +_un couple d'époux_,--_un couple de pigeons_. + +COURIR prend deux _r_ au futur simple, _je_ COURRAI et au présent du +conditionnel _je_ _cou_RR_ais_. + +Il en est ainsi des verbes _concourir_, _discourir_, _encourir_, +_parcourir_, _secourir_, _mourir_, _accourir_. + +COUVERCLE est ce qui ferme en couvrant: ainsi on dit, COUVERCLE _d'un +chaudron_,--_d'un pot_,--_d'une écuelle_,--_d'une soupière_, etc. On +doit se garder d'employer dans ce sens le mot _couvert_ qui a une toute +autre signification. + +CRAINTE, PLAINTE. Autrefois l'on rejetait les participes féminins +_crainte_ et _plainte_; aujourd'hui on les emploie, et l'on dit: _la +chose que j'ai crainte_,--_la personne que j'ai plainte_. + +CRAINTE DE précède toujours un substantif: dites, _crainte de_ PIS, et +non pas DE _crainte de_ PIS. _De crainte de_ se met devant un infinitif: +dites, DE _crainte de_ TOMBER, et non pas, _crainte de_ TOMBER. + +CROIRE _quelque chose_, c'est l'estimer véritable; _je crois la +religion_. _Croire à quelque chose_, c'est s'y fier, y avoir confiance: +_je crois_ À _son innocence_. _Croire quelqu'un_, c'est ajouter foi à ce +qu'il dit: _c'est un menteur, on ne_ LE _croit plus_. _Croire à +quelqu'un_, c'est croire à son existence: _il croit_ AUX _revenans_. On +dit aussi dans ce sens, _croire à la magie_. + +CULOTTE, vêtement d'homme de la ceinture aux genoux. On ne doit pas +confondre _culotte_ avec _pantalon_ qui est un vêtement de la ceinture +aux pieds. + + +D final sonne dans les noms propres _David_, _Obed_, _Joad_, etc.: et +dans _Sud_ (le midi). + +En général le d final se fait sentir devant une voyelle, ou une _h_ non +aspirée. Cette règle néanmoins souffre beaucoup d'exceptions, surtout +dans la conversation: ainsi dans ces phrases, _chaud accablant_,--_bord +escarpé_,--_froid épouvantable_, le _d_ est nul en prononciation. + +On doit à cet égard consulter l'oreille, interroger l'usage. + +DAME est un titre d'honneur qui s'étend aujourd'hui à toutes les femmes +d'une condition un peu honnête. Mais c'est une erreur grossière de +l'employer comme synonyme de _femme mariée_. Ainsi ne dites pas, _la_ +DAME _de Monsieur un tel_; ni, _votre_ DAME; dites; _la_ FEMME _de +Monsieur un tel_: _votre_ FEMME. Cette dernière locution, quoique +correcte, doit être évitée néanmoins dans la bonne société: au lieu +donc de dire, _votre femme_, dites _Madame_, en y ajoutant le nom du +mari. + +Une dame ne dit, _mon mari_, que dans l'intimité; en toute autre +circonstance elle le nomme par son nom en l'appelant _Monsieur_. Mais il +n'en est pas ainsi du mari; il serait ridicule qu'il dit en société, +_mon épouse_ ou _Madame_ N: il doit dire tout simplement, _ma femme_. + +_Madame votre femme_, _Madame votre épouse_ sont des expressions de +mauvais ton; moins ridicules néanmoins que, _Monsieur mon père_: _Madame +ma mère_. + +Une dame ne doit pas dire, _quand j'étais fille_, mais, _quand j'étais +demoiselle_. + +DANS, EN. _Dans_ a un sens précis et déterminé: _il est_ DANS _la +ville_: _en_ a un sens vague et indéterminé: _il est_ EN _ville_. _Dans_ +marque le temps où l'on exécute les choses; _il viendra_ DANS _un mois_: +et _en_, celui qu'on emploie à les exécuter: _il a fait le voyage_ EN +_un mois_. + +DE entre deux noms. Si le second nom ne sert qu'à spécifier la nature du +premier nom, et par conséquent s'il n'est employé que dans un sens +indéfini, dans un sens général, qui ne présente à l'esprit qu'une idée +vague et confuse, l'idée de pluralité disparaît, et le second nom se met +au singulier: _des queues de cheval_;--_de l'huile d'olive_;--_des gens +de plume_. + +Mais le second nom se place au pluriel, s'il désigne une chose qui se +compte; _une mesure de haricots_;--_un bouquet de roses_,--_un marchand +de plumes_ (à écrire). + +DÉCHOIR. _Je déchois_, _tu déchois_, _il déchoit_, _nous déchoyons_, +_vous déchoyez_, _ils déchoient_, point d'imparfait, _je déchus_, _je +décherrai_, _je décherrais_, _déchois_, _déchoyons_, _déchoyez_, _que je +déchoie_, _que tu déchoies_, _qu'il déchoie_, _que nous déchoyions_, +_que vous déchoyiez_, _qu'ils déchoient_, _que je déchusse_, point de +participe présent, _déchu_, _déchue_. + +DEDANS ne veut point de régime: dites, _dans la ville_, et non, DEDANS +_la ville_; à moins que _dedans_ ne soit précédé d'une préposition; PAR +_dedans la ville_; ou employé en opposition avec un des adverbes +_dehors_, _dessus_, _dissous_: _il y à des animaux_ DEDANS _et_ DESSUS +_la terre_. + +DE FACON QUE. _De façon que_, _de manière que_, _de sorte que_, +demandent le subjonctif, quand l'idée tient du doute, de l'avenir: +_conduisez-vous de manière que vous_ MÉRITIEZ _l'estime des gens de +bien_: et l'indicatif lorsqu'elle est positive, et qu'elle a rapport au +présent, ou passé: _il s'est conduit de façon qu'il_ A MÉRITÉ _l'estime +des gens de bien_. + +DEHORS ne veut point de régime: dites, _hors de la ville_; à moins que +_dehors_ ne soit précédé d'une préposition: _passer_ PAR _dehors la +ville_; ou employé en opposition avec un des adverbes _dedans_, +_dessus_, _dessous_: _j'en voyais et_ DEDANS _et_ DEHORS _nos +murailles_. + +DÉJEUNER, DÎNER, SOUPER. Ces trois verbes veulent la préposition _avec_ +devant un nom de personne: et la préposition de devant le nom de la +chose que l'on mange, _j'ai déjeûné_--_dîné_--_soupé_ AVEC _mon ami_: +_j'ai déjeûné_ DE _café_: _j'ai dîné_ D'_un bon pâté_. + +On dit, DE _quoi avez-vous déjeûné_--_dîné_--_soupé_? et non pas, AVEC +quoi avez-vous déjeûné? etc. + +DÉLICE au singulier est masculin; au pluriel féminin: _mon plus_ GRAND +_délice_,--_mes plus_ CHÈRES _délices_. + +DÉLIVRER dans le sens de _livrer_ ne peut avoir deux régimes de +personnes. Ainsi on dit bien, _délivrer des marchandises à quelqu'un_: +mais on ne doit pas dire, _délivrer un prisonnier à quelqu'un_. + +DEMAIN. On dit, _demain matin_, _demain soir_ de préférence à _demain_ +AU _matin_, _demain_ AU _soir_. + +DEMEURER prend _avoir_ pour exprimer que le sujet n'est plus au lieu, +dans l'état dont il est question: _il_ A _demeuré six mois en +Italie_:--_il_ A _demeuré longtemps captif_. + +Il prend _être_ pour marquer que le sujet n'a pas changé de lieu, +d'état: _deux cens hommes_ SONT _demeurés sur le champ de +bataille_:--_il a reçu une blessure, et_ EST _demeuré infirme_. + +DEMI reste invariable quand il précède le substantif: _une_ +DEMI_-heure_: _une_ DEMI_-verge_: et s'accorde en genre seulement +lorsqu'il suit le substantif: _deux heures et_ DEMIE. + +DÉPLU. Le participe _déplu_ est toujours invariable: _ces Messieurs se +sont_ DÉPLU _à la campagne_:--_ces Dames se sont_ DÉPLU. + +DE QUI, DONT, DUQUEL. _De qui_ ne se dit que des personnes, ou des +choses personnifiées. _Dont_ et _duquel_ se disent des personnes et des +choses; mais en général _dont_ est préférable: _un arbre_ DONT _le fruit +est excellent_, et non pas, _un arbre_ DUQUEL, etc. Cependant _duquel_ +doit être préféré à _dont_; + +1º pour éviter une équivoque; _la bonté du Seigneur_ DE LAQUELLE _nous +ressentons les effets_. + +2º lorsque le mot auquel se rapporte ce pronom relatif est suivi d'une +préposition: _l'homme à la réputation_ DUQUEL _vous voulez nuire_; et +non pas, _l'homme à la réputation_ DONT, etc. + +DÉSESPÉRER QUE, étant accompagné d'une négation, veut _ne_ devant le +verbe qui suit: _je ne désespère pas qu'il_ NE _vienne_. + +DÉSHONNÊTE, MALHONNÊTE. Il ne faut pas confondre ces deux mots. Le +premier est contraire à la pureté: le second à la civilité, à la +droiture. + +DESSUS, DESSOUS ne veulent pas de régime: ne dites donc pas, DESSUS _la +table_, DESSOUS _le lit_: _dites_ SUR _la table_, SOUS _le lit_: à moins +que ces adverbes ne soient précédés d'une préposition: PAR DESSUS _les +murs_, PAR DESSOUS _la jambe_: ou employés en opposition: _il y a des +livres dessus et dessous_ LA TABLE. + +DIRE. De tous les composés de _dire_, il n'y a que le verbe _redire_ qui +se conjugue absolument comme _dire_: _redire_ fait donc au présent de +l'indicatif, _vous redites_, et à l'impératif _redites_. + +À l'égard des verbes _dédire_, _contredire_, _interdire_, _médire_, +_prédire_, on dit au présent de l'indicatif, _vous dédisez_, _vous +contredisez_, _vous interdisez_, _vous médisez_, _vous prédisez_, et à +l'impératif, _dédisez_, _contredisez_, _interdisez_, _médisez_, +_prédisez_. + +DISCONVENIR. Lorsque _disconvenir_ est accompagné d'une négation, il +veut _ne_ devant le verbe suivant; _je ne disconviens pas qu'il_ NE +_soit habile_. + +DISPUTER. Lorsque _disputer_ signifie, _prétendre concurremment à_, il +prend le pronom personnel, et alors il est suivi d'un régime direct: +_on_ SE DISPUTE _la prééminence_,--_un rang_,--_un héritage_. Employé +dans un sens absolu, signifiant _avoir contestation_, il ne prend pas ce +pronom: ainsi ne dites pas, _vous avez tort de_ VOUS DISPUTER,--_ils_ SE +_se sont longtemps_ DISPUTÉS: dites, _vous avez tort de_ DISPUTER: _ils_ +ONT _longtemps_ DISPUTÉ. + +DISTINGUER DE se dit des choses analogues; _distinguer la bienfaisance_ +DE _la charité_; _distinguer d'avec_, se dit d'objets différens: +_distinguer l'or d'_AVEC _l'argent_. + +DONC se prononce _donk_ devant une voyelle, et au commencement d'une +phrase, ou d'un membre de phrase; et aussi quand la phrase indique +l'indignation, la colère, etc. + +DOUTER accompagné d'une négative veut _ne_ devant le verbe suivant: _je +ne doute pas que vous_ NE _réussissiez_. Le participe passé de _se +douter_ s'accorde toujours avec le second pronom; _il se sont_ DOUTÉS +_de cela_. + +DRESSER. Dites, _les cheveux me dressent_ À _la tête_, et non SUR _la +tête_. + +DROIT. On dit, _Mademoiselle marchez_ DROIT, et _Mademoiselle marchez_ +DROITE. Le premier veut dire, _marchez en ligne droite_: _droit_ est un +adverbe, et se rapporte au verbe _marchez_: le second signifie +_tenez-vous droite en marchant_. + +DU, DE LA, DES sont employés devant les substantifs communs, pris dans +un sens partitif; c.-à-d., pour désigner une _partie_, une _portion_ +des personnes ou des choses dont on parle: _il a_ DU _papier_; c.-à-d., +_quelque papier_:--vous avez DE L'_encre_; c.-à-d., _quelque +encre_:--_nous avons acheté_ DES _plumes_; c.-à-d., _quelques plumes_: +excepté quand le substantif dans un sens partitif, est précédé d'un +adjectif; alors on emploie simplement _de_; _il a_ DE _bon +papier_:--_vous avez_ DE _bonne encre_:--_nous avons acheté_ +D'_excellentes plumes_. + +On ne doit donc pas dire; _j'ai mangé_ DE LA _bonne viande_:--_j'ai bu_ +DU _bon vin_:--_voilà_ DU _beau papier_: dites, _j'ai mangé_ DE _bonne +viande_:--_j'ai bu_ DE _bon vin_:--_voilà_ DE _bon papier_. + +DU GUESCLIN. On ne fait point sonner l'_s_ de ce nom d'homme. + +DURANT. Cette préposition se met quelquefois après son régime; _sa vie_ +DURANT. + +_Durant_ exprime une durée continue; _pendant_ marque un moment, une +époque. + +_Durant que_, n'est plus usité. + + +ÉCHOIR, n'est guère d'usage au présent de l'indicatif qu'à la troisième +personne du singulier, _il échoit_, qu'on prononce et qu'on écrit +quelquefois _il échet_: point d'imparfait de l'indicatif, _j'échus_, +_j'écherrai_, _j'écherrais_, point d'impératif, _qu'il échée_, _qu'ils +échéent_, _que j'échusse_, _échéant_, _échu_, _échue_. + +_Échoir_ construit avec les adverbes _bien_ et _mal_, se dit des +personnes; _vous ne sauriez que_ BIEN _échoir_;--_je suis_ MAL _échu_. + +Noël veut qu'aux temps composés _échoir_ prenne _avoir_ et _être_. +Duvivier prétend au contraire que le participe du verbe _échoir_ se +construit avec le seul auxiliaire _être_. + +ÉCLAIRER. Lorsqu'on donne ordre de porter une lumière à quelqu'un qui +passe par un endroit obscur, il faut dire, _éclairez_ À _Monsieur_, et +non pas, _éclairez Monsieur_. + +ÉCLORE, _il éclôt_, _ils éclosent_, _il éclora_, _ils écloront_, _il +éclorait_, _ils écloraient_, _qu'il éclose_, _qu'ils éclosent_, _éclos_, +_éclose_. Il n'est usité qu'aux temps et aux personnes ci-dessus, et de +plus à la troisième personne du singulier et du pluriel des temps +composés. + +EFFORCER À. (s') _S'efforcer à_, a rapport aux forces physiques; +_s'efforcer_ À _courir_:--_s'efforcer_ À _porter un fardeau_. +_S'efforcer de_, a rapport aux facultés intellectuelles: _s'efforcer_ +D'_être plaisant_:--_s'efforcer_ DE _paraître calme_. + +ELLE, EUX, ELLES, précédés d'une préposition, ainsi que les prénoms, +_lui_, _leur_, ne se disent que des personnes, ou des choses +personnifiées: il ne faut donc pas dire, _cette maison menace ruine, +n'approchez pas_ _d'_ELLE:--_ce cheval est méchant_, ne LUI _touchez +pas_. Dans ces cas on se sert des pronoms _en_ et _y_; _n'_EN _approchez +pas_;--_n'_Y _touchez pas_: ou bien on donne une autre tournure à la +phrase si les pronoms _en_ et _y_ ne peuvent y entrer. + +Placés après le verbe _être_ les pronoms _lui_, _elle_, _eux_, _elles_ +ne se disent que des personnes: _est-ce Monsieur votre père?_--_c'est_ +LUI;--_est-ce votre soeur qui a écrit?_--_c'est_ ELLE;--_sont-ce là vos +cousins?_--_ce sont_ EUX. + +Mais aux questions suivantes, où il s'agit de _choses_ et non de +_personnes_: _est-ce là votre chapeau?_--_est-ce là votre +épée?_--_sont-ce là vos livres?_--_sont-ce là vos plumes?_--il ne faut +pas _répondre_, _oui, c'est_ LUI,--_c'est_ ELLE,--_ce sont_ EUX,--_ce +sont_ ELLES: il faut répondre _ce_ L'_est_ aux deux premières questions, +et _ce_ LES _sont_ aux deux dernières. + +EMPIERRER et EMPIERREMENT. (Dict. de Boiste) _Empierrer_ c'est mettre un +lit de pierres sous l'aire du gravier pour le consolider. _Empierrement_ +signifie le lit de pierres, ou l'action de les poser. V. FERRER. + +EMPÊCHER QUE, veut toujours _ne_ devant le verbe suivant: _j'empêcherai +qu'il_ NE _vienne_. + +EN. Lorsqu'il est question de choses, on se sert du pronom relatif _en_, +au lieu du pronom possessif, ainsi il faut dire; _ce livre me plaît, la +reliure_ EN _est belle_, et non pas, SA _reliure est belle_:--_cette +statue est belle, mais la tête_ EN _est trop petit_, et non pas SA _tête +est trop petite_. + +Au jeu de cartes on dit, _jouer_ EN _pique_--EN _coeur_, etc., et non +pas, DU _pique_,--DU _coeur_. V. SON, SA. + +ENGAGER prend _à_ ou _de_ devant l'infinitif: _il s'engagea_ À _payer_, +ou DE _payer_. + +ENNOBLIR (prononcer _an-noblir_,) c'est donner de l'éclat, du lustre: +_les beaux arts_ ENNOBLISSENT _une langue_. + +_Anoblir_ c'est donner des lettres de noblesse: _la Reine Victoire l'a_ +ANOBLI. + +ENNUYANT marque l'action, et _ennuyeux_ l'état. Un homme _ennuyant +ennuie_ actuellement par ses discours, ou de quelqu'autre manière: un +homme _ennuyeux_ est celui qui par sa simplicité, par l'habitude de +bavarder, etc., a tout ce qu'il faut pour ennuyer. _Ennuyeux_ se dit des +personnes et des choses: _ennuyant_ des personnes seulement. + +ENTRE. L'_e_ final d'_entre_ s'élide seulement dans les verbes +réfléchis, dont le simple commence par une voyelle: _s'entr'aider_, +_s'entr'ouvrir_: et de plus dans _entr'acte_, _entr'autres_, et +quelquefois devant _eux_, _elles_: c'est à volonté: _entr'eux_, +_entr'elles_, ou _entre eux_, _entre elles_. + +ENTRE-NUIRE. (s') Le participe passé de _s'entre-nuire_ est toujours +invariable: _ils se sont_ ENTRE-NUI. + +ENVIRON ne doit pas être suivi de la conjonction _ou_: ne dites pas; +_une somme d'_ENVIRON _quatre_ OU _cinq cens livres sterling_: dites; +_une somme de quatre_ OU _cinq cens livres sterling_: ou bien, +_d'environ quatre_ À _cinq cens livres sterling_. La raison en est +qu'_environ_ et _ou_ expriment chacun quelque chose de vague: leur +réunion forme un pléonasme vicieux. + +_Environ_ ne doit pas être suivi de _de_: dites, _il était environ deux +heures_, et non, _environ_ DE _deux heures_. + +ESPÉRER QUE portant à l'esprit une idée de _futur_, ne doit pas être +suivi d'un verbe au _présent_ ou au _passé_: _j'espère que vous vous_ +PORTEZ _bien_:--_j'espère que vous_ AVEZ RÉUSSI. Dites: _je me_ FLATTE +_que vous vous portez bien_;--_je_ PENSE _que vous avez réussi_. + +C'est une faute grossière de dire; ESPÉREZ _un moment_, pour ATTENDEZ +_un moment_. + +ESSAYER prend _à_ ou _de_ devant l'infinitif qui suit: _essayer_ À ou DE +_combattre_: c'est le goût qui en décide. + +ET. La conjonction _et_ donne lieu à plusieurs remarques. + +1º. Elle ne doit pas unir les mots synonymes; ainsi ne dites pas, _une +douceur_ ET _une aménité admirable_;--_il est érudit_ ET _savant_; +dites, _une douceur_, _une aménité admirable_:--_il est érudit_, +_savant_. + +2º. Elle ne doit pas non plus unir deux membres de phrases commençant +chacun par une des conjonctions, _plus_, _moins_, _autant_. Dire, _plus +on étudie_, ET _plus on aime l'étude_, serait une faute: dites: _plus +en étudie_, _plus on aime l'étude_. + +3º. Elle ne peut unir que des mots de même nature, c.-à-d., un +substantif à un substantif, un verbe à un verbe, etc.: d'où il suit que +l'on ne doit pas dire, _il aime le jeu et_ À ÉTUDIER, mais, _il aime le +jeu et l'_ÉTUDE. + +ET CÆTERA. Quand il est question de _choses_, l'on dit, _et cætera_; +quand il s'agit de _personnes_, il faut dire, _et autres_, ou, _et +d'autres_, ou, _et les autres_. + +ÊTRE. Le verbe _être_ précédé de _ce_ se met au pluriel, lorsqu'il est +suivi de la troisième personne du pluriel: _ce_ SONT _les +Romains_;--_ce_ SONT _eux_;--_c'_ÉTAIENT _nos amis_;--_ce_ SERONT _nos +ennemis_, _qui_.. + +Mais on dirait avec le verbe _être_ au singulier, _c'_EST _le travail et +l'application_;--_c'_EST _nous_;--_c'_EST _vous_;--_c'_ÉTAIT +_nous_;--_ce_ SERA _vous_; aucun de ces mots ne formant la troisième +personne du pluriel. + +_Remarque._ Quelques auteurs emploient le singulier, quoique le verbe +soit suivi de la troisième personne du pluriel. Racine dit, _ce n'_EST +_pas les Troyens_: l'Académie écrit, EST-_ce les Anglais_? + +Le temps du verbe _être_ précédé de _ce_ est déterminé par le verbe +suivant: ainsi il faut dire: _ce_ SERA _nous qui répondrons_; et non +pas, _c'_EST _nous qui répondrons_;--_ce_ FUT _Cicéron qui sauva la +république_; et non pas, _c'_EST _Cicéron qui sauva la république_. + +Lorsque le verbe _être_ précédé de _ce_, est suivi d'une préposition, +comme dans, _c'est à vous_; _c'était de nous_; _ce sera pour mes +enfans_; on fait usage de la conjonction _que_: _c'est_ À _vous_ QUE _je +m'adresse_;--_c'était_ DE _nous_ QUE _vous parliez_;--_ce sera_ POUR +_mes enfans_ QUE _je travaillerai_. Si au lieu de cette conjonction, on +employait _à qui_, dans la première phrase; _dont_ ou _de qui_ dans la +seconde; et _pour qui_ dans la troisième; l'on violerait les règles de +la grammaire, en ce que l'on donnerait deux régimes indirects aux +verbes, _je m'adresse_, _vous parliez_, _je travaillerai_, tandis qu'ils +n'en doivent avoir qu'un. On dit de même, _c'est ici_ QUE _je +demeure_;--_c'est là_ QUE _je vais_: et non pas, _c'est ici_ OÙ _je +demeure_;--_c'est là_ OÙ _je vais_. Dans ces phrases, ce ne sont pas, il +est vrai, deux régimes indirects qui marquent le même rapport, mais deux +adverbes qui expriment la même circonstance, et dont un seul suffit. + +Après le verbe _être_ précédé de _ce_, l'on met _à_ et _de_ devant +l'infinitif: _c'est à moi à_,--_c'est à vous à_,--_c'est à lui à_, +éveille une idée de tour: _c'est à moi de_,--_c'est à vous de_,--_c'est +à lui de_, exprime une idée de droit ou de devoir. Ainsi l'on dira, +_c'est à moi_ À _jouer_, c.-à-d., c'est mon tour de jouer: _c'est à moi_ +DE _commander_, c.-à-d., c'est mon droit, c'est mon devoir de commander. + +On dit souvent _il a été_ pour _il est allé_, et vice-versa. La règle à +suivre en cela est que toutes les fois que l'on suppose le retour du +lieu, il faut dire, _il a été_, _j'ai été_: et lorsqu'il n'y a pas de +retour, _il est allé_. Ainsi, _Pierre est allé au sermon_, signifie que +Pierre n'est pas de retour du sermon: _Pierre a été au sermon_, veut +dire que Pierre est de retour du sermon. Les locutions, _je suis allé le +voir_;--_je suis allé le visiter_, sont vicieuses; il faut dans l'une et +l'autre phrase dire, _j'ai été_. + +Il est essentiel de remarquer que ce n'est que dans les temps composés, +qu'on emploie le verbe être pour le verbe _aller_; _il est allé à la +messe_,--_il a été à la messe_: ne dites, pas: _il_ FUT _à la +messe_,--_il_ FUT _jusqu'à Rome_: mais, _il_ ALLA _à la messe_,--_il_ +ALLA _jusqu'à Rome_. + +EUPHONIE; terme de grammaire qui signifie prononciation agréable. +L'_euphonie_ fait changer quelquefois un mot, comme quand on dit MON +_amitié_ pour MA _amitié_; et quelquefois ajouter certaines consonnes, +comme dans ces locutions, _va_-T-_en_;--_va_s-_y_;--_si_ L'_on vous +demande_: où les lettres T, S, L, font éviter le son désagréable qui +résulte de la rencontre de deux voyelles. + +ÉVANGILE est masculin. Ne dites pas, _la dernière évangile_,--_à la +dernière évangile_, mais, _le dernier évangile_,--_au dernier évangile_. + +ÉVEILLER, RÉVEILLER. _Éveiller_ se dit d'une cessation de sommeil +douce, ordinaire et naturelle. _Réveiller_ suppose quelque chose +d'irrégulier et de subit. + +ÉVITER ne signifie jamais _épargner_: ne dites pas, _je vous_ ÉVITERAI +_cette peine_;--ÉVITEZ _moi ce désagrément_: dites, _je vous_ ÉPARGNERAI +_cette peine_;--ÉPARGNEZ _moi ce désagrément_. + +EXCEPTÉ s'accorde lorsqu'il suit le substantif; _vos frères_ EXCEPTÉS, +et reste invariable quand il le précède, EXCEPTÉ _vos frères_. + +EXCLURE. Participe passé _exclu_, _exclue_: ou, _exclus_, _excluse_. Ce +dernier est peu usité. + +EXCUSE. _Demander excuse_ signifie _exiger des excuses_: on ne peut donc +pas dire à quelqu'un qu'on a offensé, _je vous demande excuse_; il faut +dire, _je vous fais excuse_. + +EXEMPLE est féminin quand il signifie modèle de _dessin_, d'_écriture_, +etc., que l'on copie: il est masculin dans ses autres acceptions. + +C'est une faute grave de dire, IMITEZ _l'exemple de vos ancêtres_, +dites, SUIVEZ _l'exemple de vos ancêtres_. + +EXHIBITION est un terme de pratique qui signifie, _représentation +juridique de papiers_. Gardez-vous donc d'employer ce mot en parlant de +bestiaux, de grains, et en général des produits de l'industrie, d'objets +d'art, offerts à la vue du public en certaines occasions. _Exposition_ +est le terme propre. Ainsi dites, EXPOSITION _de tableaux_, _de +bestiaux_ etc.; et s'il y a concurrence pour des prix, employez le mot +_concours_. + +Ces observations s'appliquent également au verbe _exhiber_. + +EXPIRER se conjuge avec _être_ quand il se dit des choses; _la trève_ +EST _expirée_; et avec _avoir_ lorsqu'il se dit des personnes, _il_ A +_expiré entre mes bras_. + + +F. L'_f_ finale ne se fait pas sentir dans les mots suivans: _clef_, +_clefs_, _oeuf frais_, _oeuf dur_, _oeuf pourri_, _boeuf gras_, _boeuf +salé_, _cerf_, _cerfs_: elle ne se fait pas sentir non plus dans les +mots au pluriel, _nerfs_, _boeufs_, _oeufs_; mais on l'a fait entendre +dans ces expressions, _du boeuf_, _un oeuf_, _un nerf_, dans _nerf de +boeuf_, l'on prononce seulement l'_f_ du mot _boeuf_; dans le mot _neuf_ +l'_f_ se fait sentir au singulier, et elle est muette au pluriel: _habit +neuffe_, _habits neu_. + +FACE. La locution _en face_ prend après elle la préposition de; _en +face_ DU _temple_. Cependant dans le style familier on peut omettre +cette préposition; _il demeure en face le marché_. Cette régle +s'applique à _près_, et à _vis-à-vis_. + +FAILLIR est usité principalement à l'infinitif; au passé défini, _je +faillis_; et aux temps composés, _j'ai failli_, _j'avais failli_. Le +participe présent _faillant_ s'emploie rarement. + +On dit _j'ai failli tomber_ ou _de tomber_ ou _à tomber_; c'est +l'oreille qui décide. C'est encore l'oreille qui prescrit le choix des +prépositions _à_ ou _de_ devant l'infinitif, qui suit les verbes +_contraindre_, _demander_, _s'empresser_, _s'engager_, _finir_, +_forcer_, et _souffrir_. + +FALLOIR. _Il s'en faut_, accompagné d'une négation, ou de quelque mot +qui ait un sens négatif, tels que, _peu_, _guère_, _presque_, _rien_, +etc., veut la négation devant le verbe suivant: _il ne s'en faut pas_ +BEAUCOUP _qu'il_ NE _soit ruiné_:--_il s'en fallait_ PEU _qu'il_ N'_eût +achevé_. Mais on dirait, _il s'en faut qu'on y meure de faim_, le verbe +_il s'en faut_, n'étant accompagné d'aucune préposition négative. + +FERRER un chemin, c'est le garnir de pierraille, d'après le système de +McAdam. V. EMPIERRER. + +FEU. L'adjectif _feu_ ne s'accorde en genre que quand il précède +immédiatement le substantif: _la_ FEUE _reine_,--_notre_ FEUE _mère_: +mais on dit sans accord; FEU _la reine_;--FEU _notre mère_, l'adjectif +_feu_ étant séparé de son substantif par les mots _la_, _notre_. + +FEVE et HARICOT. Malgré beaucoup de ressemblance _la fêve_ et _le +haricot_ sont des légumes bien différens, et jamais les naturalistes ne +les confondent. Linnée nomme la _fêve_ FABA, et le _haricot_ PHASEOLUS. +Nous possédons en abondance la _féve_ et le _haricot_: mais il est à +regretter que nous les désignions presque toujours par le seul mot +_féve_: à peine même le terme _haricot_ nous est-il connu. + +FINIR prend _à_ et _de_ devant l'infinitif: _il ne finit pas_ DE +_parler_; ou, _il ne finit pas_ À _parler_. C'est l'oreille qui en +décide. + +FIXER ne saurait s'employer pour _regarder_: ne dites pas, _on ne peut_ +FIXER _le soleil_, _sans en être ébloui_: dites, _on ne peut_ REGARDER +etc. + +FLEURIR employé au figuré, c.-à-d., en parlant des arts, des sciences, +d'un empire, fait au participe _florissant_ et à l'imparfait +_florissait_; _alors les sciences_ FLORISSANT _en Égypte_:--_l'empire +romain_ FLEURISSAIT _sous Tite_. + +FORTUNÉ n'a jamais le sens de _riche_. Ne dites pas _un homme_ FORTUNÉ: +dites _un homme qui a de la fortune_. + +FOUDRE employé au propre est féminin: _être frappé_ DE LA _foudre_: +employé au figuré il est masculin: _quand le sublime rient à éclater, il +renverse tout comme_ UN _foudre_: à moins qu'il ne soit accompagné d'une +épithète; alors il est des deux genres; _la foudre_ VENGEUR, OU, _la +foudre_ VENGERESSE. + +FUNERAIRE n'est guère usité qu'en cette phrase: _frais funéraires_. + +FUR. On dit également bien AU _fur et_ À _mesure_, ou, À _fur et_ À +_mesure_. + + +G, est nul dans _Clugny_, _Regnaud_ et _Regnard_, (poëte): dites +_Cluny_, _Reno_, _Renar_. _Gessner_ (poëte) se prononce _Guesse-nère_. + +GABARI est un terme de marine, et signifie modèle de construction de +vaisseau, et contour vertical de la carène. Toute autre acception est +étrangère à ce mot. + +GARDE. Si _garde_ en composition se dit _d'une personne_, il a alors le +sens de _gardien_, substantif qui doit prendre l's au pluriel; _des +gardes-champêtres_, des _gardes-marines_, des _gardes-magasins_. Mais si +_garde_ se dit d'_une chose_, ou se rapporte à _une chose_, alors il est +verbe, et par conséquent invariable: des _garde-vue_, des +_garde-manger_, des _garde-robes_. + +_Garde_ est masculin quand il désigne un ou plusieurs individus tirés de +la totalité, comme UN _garde_ NATIONAL, _des gardes_ NATIONAUX. Mais il +est féminin quand il désigne tout le corps, comme _la garde_ NATIONALE. + +GENS veut au féminin tous les correspondans qui le précèdent, et au +masculin tous ceux qui le suivent: _les_ VIEILLES _gens sont_ +SOUPCONNEUX. + +Cependant au lieu de _toutes_ on emploie _tous_. + +1º. quand cet adjectif est le seul qui précède le substantif _gens_: +TOUS _les gens d'esprit_:--TOUS _les gens qui pensent bien_. + +2º. quand _gens_ est précédé d'un adjectif qui n'a qu'une seule et même +terminaison pour les deux genres, comme _aimable_, _brave_, _honnête_ +etc.; TOUS _les honnêtes gens_,--TOUS _les habiles gens_. + +GÉSIR n'est plus en usage que dans _il git_, _nous gisons_, _ils +gisent_, _il gisait_, _ils gisaient_. + +_Ci-git_ et _ci-gisent_ sont des formules d'épitaphe. + +Quoique seule entre deux voyelles dans _nous gisons_, _ils gisent_ etc. +_s_ conserve le son qui lui est propre, et l'on prononce _nous gissons_, +_ils gissent_ etc. + +GRANDE. L'_e_ de l'adjectif _grande_ s'élide toujours dans _grand'mère_, +_grand'tante_; et fort souvent dans _grand'chambre_, _grand'chère_, +_grand'croix_, _grand'messe_, _grand'peine_, _grand'peur_, _grand'rue_, +_grand'pitié_, _grand'salle_: cependant l'élision cesse d'avoir lieu +quand l'adjectif _grande_ est précédé de l'article, ou d'un adjectif +déterminatif, comme, _une_, _ma_, _ta_, _sa_, _cette_, etc.; _la plus_ +GRANDE _peine_,--_une_ GRANDE _chambre_;--_cette_ GRANDE _messe a été +bien chantée_. + + +HAÏR prend deux points sur l'_ï_ dans toute la conjugaison, excepté aux +trois personnes du singulier du présent de l'indicatif: _je hais_, _tu +hais_, _il hait_, et à l'impératif, _hais_. + +HENRI. On aspire l'_h_ de ce mot dans le discours soutenu, mais on ne +l'aspire jamais dans la conversation. + +L'_h_ de _Henriette_ ne s'aspire dans aucun cas. + +HIER. L'usage veut qu'on dise, _hier matin_, et non, _hier_ AU _matin_: +_hier_ AU _soir_, et non, _hier soir_. V. DEMAIN. + +HIVERNEMENT n'est pas français, mais _hivernage_ l'est, et signifie le +temps qu'un navire passe en relâche pendant l'hiver. + +HIVERNER pour signifier, passer l'hiver en quelque lieu, n'est employé +qu'en parlant de troupes. On ne peut donc pas dire, _j'ai_ HIVERNÉ _à +trois-Rivières_;--_à Québec_. + +HOLLANDE. L'_h_ de ce mot est toujours aspiré, excepté dans les +locutions, _toile_ D'_Hollande_;--_fromage_ D'_Hollande_. + +HYMNE est toujours masculin, excepté quand il signifie chant d'Église. + + +IMAGINER. On emploie souvent _imaginer_ pour _s'imaginer_. Le premier +signifie inventer, ou se former dans l'esprit l'idée de quelque chose: +le second se persuader quelque chose sans fondement: il IMAGINE _avoir +raison_; dites, _il_ S'IMAGINE _avoir raison_. + +_Immaginer_ sans pronom personnel ne peut jamais être suivi +immédiatement d'un _que_, ni d'un _infinitif_. On dit bien, _on ne peut +rien_ IMAGINER _de plus intéressant_;--_j'_IMAGINE UNE _chose_, UN +_moyen de_.. Mais on ne doit pas dire, j'_imagine_ QUE _cela est_:--_il +imagine_ ÊTRE _un grand homme_: il faut dire: _je_ M'_imagine_ QUE _cela +est_;--_il_ s'_imagine_ ÊTRE _un grand homme_. + +IMPARDONNABLE ne se dit que des _choses_, et non des _personnes_: +_faute_ IMPARDONNABLE. En parlant des _personnes_, on dit, +_inexcusable_: _homme inexcusable_. + +La même observation s'applique au mot _pardonnable_. + +IMPATIENTER. (s') L'usage refuse au verbe _s'impatienter_ un infinitif +pour régime. Ainsi ne dites pas, _ils s'impatientèrent d'attendre_. + +IMPERATIF. La seconde personne singulière de l'impératif, excepté pour +les quatre verbes irréguliers, _aller_, _avoir_, _être_ et _savoir_, est +toujours semblable à la première du présent de l'indicatif. Ainsi l'on +dira, _travaille_, _cueille_, et non pas, _travailles_, _cueilles_, à +moins pourtant que la seconde personne de l'impératif terminée par un +_e_ muet, ne soit suivie d'un _y_, ou du pronom _en_: elle prend alors +une _s_, pour la douceur de la prononciation;_travailles-y_,--_donnes-en_. + +L'impératif _va_, suivi d'_y_ et d'_en_, prend aussi une _s_ euphonique: +_vas-y_,--_vas en chercher_. + +IMPOSITION. Le mot anglais _imposition_ signifie quelquefois _abus de +pouvoir_, _fraude_, etc. Le mot français _imposition_ ne comporte pas +cette acception. + +INCLUS. _Ci-inclus_, _ci joint_, sont invariables quand ils précèdent un +nom, dont le sens est vague: _vous trouverez_ CI-INCLUS,--CI-JOINT +_copie de ma lettre_. Mais quand l'énonciation est précise, comme LA +_copie_, l'accord a lieu; _vous trouverez_ CI-INCLUSE,--CI-JOINTE _la +copie de ma lettre_. + +INSULTER _quelqu'un_, c'est l'injurier. _Insulter_ À _quelqu'un_, c'est +manquer aux égards que réclament sa faiblesse, son malheur: _insulter_ +AUX _malheureux_. + +INTERJECTIONS. Duvivier dit + + «que beaucoup de personnes écrivent indistinctement AH! et HA!--Ô! + OH! et HO!--EH! et HÉ!» + +et il ajoute, + + «que cette diversité d'orthographe vient de la difficulté de + représenter nettement, par l'écriture, le mouvement de l'organe + dans l'espèce de cri inarticulé que nous arrache une émotion + vive.» + +Ce qui suit est puisé dans le Dictionnaire de l'_Académie_. + + «Ô avec l'accent circonflexe est une interjection qui sert à + marquer diverses passions... _ô siècle!_ _ô temps!_ _ô le + plaisant homme!_ _ô si je pouvais!_ + + «O, sans accent circonflexe, désigne l'apostrophe, _o mon + fils!_ _o mon Dieu!_ + + «OH. Interjection qui marque la surprise ou l'affirmation. _Oh, + oh, je n'y prenais pas garde_:--_Oh pour cela, non._ + + «HO. Interjection qui sert tantôt pour appeler, tantôt pour + témoigner de l'étonnement ou de l'indignation. _Ho! venez un + peu ici. Ho! que me dites-vous là?_ + + «Quand il est interjection d'étonnement, ou d'indignation, il + s'écrit quelquefois OH! + + «AH. Interjection qui sert à marquer la joie, la douleur, + l'admiration... _Ah! que vous me faites plaisir! Ah! que vous + me faites mal!_ + + «Ce n'est souvent qu'une interjection explétive, qui ne sert + qu'à rendre une locution plus animée. _Ah! Madame, gardez-vous + de le croire._ + + «HA. Interjection de surprise, d'étonnement. _Ha! vous voilà! + Ha! ha!_ Il se confond souvent avec l'interjection AH! + + «EH. Interjection d'admiration, de surprise. _Eh! qui airait pu + croire que..._ + + «HÉ. Interjection qui sert principalement à appeler. _Hé! viens + ça._ + + «Souvent cette interjection se confond avec EH, soit pour + avertir de prendre garde à quelque chose, comme, _Hé! + qu'allez-vous faire?_ soit pour témoigner de la commisération, + _Hé! mon Dieu..._ soit pour marquer de la douleur, _Hé! + qu'ai-je fait?_» + + +JAMAIS. Après _jamais_ l'on sous-entend souvent l'article devant les +substantifs communs, et alors on met ces substantifs au singulier: +_jamais mortel n'a joui d'un bonheur parfait_, et non pas, _jamais +mortels n'ont joui_, etc. + +JE. Quand _je_, mis après un verbe, produit un son désagréable, ce qui a +lieu le plus souvent pour les verbes qui n'ont qu'une syllabe au présent +de l'indicatif, il faut prendre un autre tour: ainsi au lieu de +_dors-je?_ _ris-je?_ _choisis-je?_ _mangé-je?_ dites, _est-ce que je +dors?_ _est-ce que je ris?_ etc. + +JETER. Ce verbe et tous ceux qui sont terminés en _eter_ à l'infinitif, +comme _fureter_, _feuilleter_, _souffleter_, _projeter_, etc. ne +doublent la consonne _t_ que devant un _e_ muet. _Je jette, tu jettes, +il jette, nous jetons, vous jetez, ils jettent, je jetais, tu jetais, il +jetait, nous jetions, vous jetiez, ils jetaient, je jetai, tu jetas, il +jeta, nous jetâmes, vous jetâtes, ils jetèrent, je jetterai, tu +jetteras, nous jetterons, vous jetterez, ils jetteront, je jetterais, +etc., jette, jetons, jetez, que je jette, que tu jettes, qu'il jette, +que nous jetions, que vous jetiez, qu'ils jettent, que je jetasse, etc., +jetant, jeté, jetée._ + +JOINDRE signifiant _ajouter_ demande _à_: _joignez cette maison_ À _la +vôtre_: dans le sens d'_unir_, d'_allier_, il prend indifféremment _à_ +ou _avec_: _joindre la prudence_ À ou AVEC _la bravoure_. + +JOUIR se prend toujours en bonne part: ainsi ne dites pas, JOUIR _d'une +mauvaise santé_:--JOUIR _d'une mauvaise réputation_: dites, AVOIR _une +mauvaise santé_:--_une mauvaise réputation_. + +JUSQUE. Au lieu de _jusque_, on peut employer _jusques_ devant une +voyelle: JUSQU'_à nous_, ou JUSQUES _à nous_: c'est l'oreille qui en +décide. + +L'_e_ de _jusque_ s'élide seulement devant _à_, _au_, _aux_, _ici_: +_jusqu'à Paris_,--_jusqu'au Pérou_,--_jusqu'ici_. + +L'usage permet de dire également, _jusqu'à aujourd'hui_, et +_jusqu'aujourd'hui_. + + +L finale ne se prononce pas dans _baril_, _chenil_, _coutil_, _fournil_, +_fusil_, _gril_, _nombril_, _outil_, _persil_, _soûl_, _sourcil_, +_gentil_ (idolâtre). Mais elle sonne dans tous les autres mots. + +Cependant il faut remarquer que cette lettre, dans le mot _gentil_ pour +signifier _joli_, ne sonne que devant une voyelle, et qu'alors elle se +mouille comme au feminin: _un gentil enfant_: prononcez _un gentille +enfant_: mais au pluriel l'_l_ reste muette, et on dit _genti-zan-fan_. + +L finale précédée d'un _i_ prend le son mouillé, dans _avril_, _babil_, +_cil_, _mil_ (petit grain), _péril_, _bail_, _travail_, _fénil_, etc. + +Il faut en excepter _fil_, _Nil_, _mil_, (adjectif numéral) ainsi que +les adjectifs en _il_, et de plus les mots énumérés ci-dessus, où l'_l_ +ne se prononce pas. + +LÀ. L'adverbe _là_ doit être accompagné d'un trait d'union, lorsqu'il +est joint à des mots, dont le sens ne permet pas de le séparer: _cet +homme_-LÀ,--_celui_-LÀ,--_allez_-LÀ,--_quel livre est-ce_-LÀ? Mais on +dira sans trait d'union: _c'est_ LÀ _mon opinion_,--_que dites-vous_ +LÀ?--_sont-ce_ LÀ _vos livres_? parce que dans ces phrases l'adverbe +_là_ n'est pas indispensable: on peut le supprimer, et dire: _c'est mon +opinion_,--_que dites-vous?_--_sont-ce vos livres?_ + +LE. Le pronom _le_ peut représenter un _substantif_, ou un _adjectif_. +Quand il représente un substantif, ou un adjectif pris substantivement, +il s'accorde en genre et en nombre avec ce substantif, ou avec cet +adjectif pris subtantivement: _êtes-vous Madame de Ste. Croix?_--_je_ LA +_suis_: _êtes-vous la malade?_--_je_ LA _suis_: _êtes-vous les ministres +du roi?_ _nous_ LES _sommes_: _êtes-vous les mariés?_ _nous_ LES +_sommes_. + +Lorsque le pronom _le_ représente un adjectif, ou un substantif pris +adjectivement, il est invariable, l'adjectif ne pouvant lui communiquer +ni genre ni nombre: _Madame, êtes-vous malade?_--_je_ LE _suis_; +_Messieurs êtes-vous mariés?_--_nous_ LE _sommes_.--_Madame êtes-vous +mère?_ _je_ LE _suis_. + +Le pronom _le_ peut aussi tenir la place d'une proposition ou d'un +verbe. Dans ce cas il est invariable parce qu'une proposition, ou un +verbe, n'a ni genre ni nombre. _Si le public a eu quelque indulgence +pour moi_, _je_ LE _dois à votre protection_;--_il faut obliger quand +on_ LE _peut_. + +Après _aussi_, _autant_, _moins_, _mieux_, _plus_, l'on fait suivre la +conjonction _que_ du pronom _le_: _il est aussi habile que je_ LE +_croyais_:--_elle est moins douce qu'elle ne_ LE _semblait_;--_ils sont +plus savans qu'on ne_ LE _disait_. On pécherait contre la grammaire de +dire,.. _que je croyais_,.. _qu'elle ne semblait_,.. _qu'on ne disait_. + +L'oreille exige qu'on dise, _donnez_ LE _moi_,--_montrez_ LA +_moi_,--_prêtez_ LA _nous_, et non pas, _donnez moi_ LE,--_montrez moi_ +LA,--_prêtez nous_ LA. + +LE DIT, LA DITE, SUSDIT, SUSDITE, sont des termes de _Palais_, dont +l'emploi, en dehors de la pratique, est interdit aux personnes qui se +piquent d'écrire et de parler avec grâce. + +LE MIEN. Les pronoms possessifs, _le mien_, _le tien_, _le nôtre_, _le +vôtre_, doivent toujours se rapporter à un substantif énoncé +précédemment. Ainsi, _j'ai reçu la_ VÔTRE _en date du_....est une phrase +dans laquelle _la vôtre_ ne se rapporte à rien: dites, _j'ai reçu votre +lettre en date du_.... + +LEQUEL. Au lieu de _qui_, _que_, l'on doit employer _lequel_, pour +éviter une équivoque. Ainsi l'on ne dira pas, _c'est un effet de la +Providence divine_ QUI _excite l'admiration_.--_c'est un effet de la +Providence divine_ QUE _nous admirons_: car on ne sait si _qui_ et _que_ +se rapportent à _effet_ ou à _Providence_. Il faut dire, _c'est un effet +de la Providence divine_ LEQUEL _excite notre admiration_..LEQUEL _nous +admirons_. Hors le cas d'équivoque on doit préférer _qui_, _que_, à +_lequel_, expression prosaïque et inélégante. + +LETTRES MAJUSCULES. Il faut commencer par une _majuscule_ ou _grande +lettre_ chaque alinéa, chaque phrase, chaque vers, tous les noms +d'homme, de vaisseau, de fausse divinité, tels que _Pierre_, _Jean_, _le +Formidable_ (vaisseau) _Jupiter_: tous ceux de lieu, tels que +l'_Europe_, _Londres_, _Québec_; tous ceux de peuples, tels que les +_Européens_, les _Romains_, les _Canadiens_: tous ceux de sectes, tels +que les _Épicuriens_, les _Protestans_: tous ceux de rivières, de +montagnes, de vents; le _St. Laurent_, les _Alpes_, le _Nord-Est_: tous +ceux de jour et de mois, tels que _Vendredi_, _Août_; tous ceux de +tribunaux, de compagnies, de corps, de dignités, quand ces noms sont +employés avec application individuelle, tels que l'_Église_ du Canada, +le _Parlement_ d'_Angleterre_, l'_Académie_, l'_Apôtre S. Paul_: enfin +tous ceux de science, d'art, de métier, s'ils sont pris dans un sens +individuel, qui distingue la science, l'art, le métier de toute autre +science, de tout notre art, de tout autre métier. _La Grammaire est une +science indispensable_:--_la Musique est un art charmant_. + +Les adjectifs _saint_, _grand_, et semblables, lorsqu'ils entrent dans +la composition d'un nom propre, aussi bien que les titres, +_Monseigneur_, _Monsieur_, _Madame_, etc., doivent prendre une _initiale +majuscule_: c'est l'usage. + +Quelquefois on personnifie les êtres moraux, et alors ils suivent la +règle des noms d'homme. _Envie_ par ex. prend une lettre majuscule dans +ce vers de la Henriade: _Ci-gît la sombre Envie à l'oeil timide et +louche._ Le même mot s'écrit sans grande lettre dès qu'il cesse d'être +personnifié. _L'envie s'attache aux grands talens._ + +Lorsque les noms de peuples et de sectes n'embrassent pas la totalité, +la majuscule cesse d'avoir lieu, _un français_, _des anglais_, _un +calviniste_. + +_Remarque._--Ces règles sur l'emploi des lettres majuscules sont à peu +près les plus généralement suivies. Néanmoins il faut dire qu'il existe +à cet égard bien des contradictions entre les auteurs. + +LEUR joint au verbe ne prend jamais la lettre _s_: _donnez leur à +manger_;--_je leur ai dit_: joint à un nom il prend une s au pluriel. + +LIRE. On doit dire, _lire_ DANS _un journal_,--DANS _un régistre_; et +non pas, _lire_ SUR _un journal_,--SUR _un régistre_. + +LIS. L'_s_ de ce mot se prononce toujours, excepté dans _fleur de lis_. + +LOUIS. Plusieurs personnes confondent _louïs_, pièce de monnaie, avec +_livre_, monnaie de compte. C'est une erreur grave, parce que le _louïs_ +est une ancienne monnaie d'or de France, dont la valeur, fixée par nos +lois, est d'un peu plus de quatre piastres et demie d'Espagne; tandis +que notre livre du cours d'Halifax vaut seulement quatre piastres. + +Le mot _dollar_, monnaie des États-Unis, est reçu, de même que le mot +_pound_ pour la livre sterling. Ce dernier cependant sonne mal à +l'oreille. + +L'UN et L'AUTRE, employé comme sujet, veut le verbe au pluriel: _l'un et +l'autre_ VIENDRONT. Le substantif placé après _l'un et l'autre_ se met +au singulier; _l'un et l'autre_ CHEVAL. Quand _l'un_ est précédé d'une +préposition, cette préposition doit être; répétée devant _l'autre_; _je +parle_ POUR _l'un et_ POUR _l'autre_. + +_Ni l'un ni l'autre_, veut également le verbe au pluriel, excepté quand +un des sujets précédés de _ni_ peut seul faire l'action marquée par le +verbe; _ni l'un ni l'autre n'_OBTIENDRA _le prix_:--_ni Monsieur A_, _ni +Monsieur B ne_ SERA _nommé président_. + +_L'un et l'autre, les uns et les autres_ marquent simplement la +pluralité. _L'un l'autre_, _les uns les autres_ expriment la +réciprocité: _Racine et Boileau étaient poëtes l'un_ ET _l'autre_; _ils +s'estimaient l'un l'autre_. + + +MAJESTÉ veut au féminin l'adjectif et le participe qui suit: _Votre +Majesté est_ VICTORIEUSE. Lorsqu'il est suivi d'un substantif pris +adjectivement, les avis sont partagés; les uns disent; _Votre Majesté +est_ MAÎTRESSE _de ses états_, les autres, _Votre Majesté est_ MAÎTRE +_de ses états_. Cette dernière construction est généralement plus +usitée. + +MALGRÉ QUE employé dans le sens de _quoique_, a vieilli, et n'est plus +français. Ainsi ne dites pas, _il sort_ MALGRÉ QU'_on_ _le lui défende_: +dites, QUOIQU'_on le lui défende_. + +MANOEUVRE et MANOUVRIER. Ces mots différent dans leur signification. +_Manoeuvre_ est un ouvrier subalterne, qui sert ceux qui font l'ouvrage. +_Manouvrier_, ouvrier qui travaille de ses mains et à la journée. + +MANQUER prend _à_ et _de_ devant l'infinitif: _à_, quand il signifie ne +pas faire ce qu'on doit: _on mésestime celui qui manque_ À _remplir ses +devoirs_: et _de_ lorsqu'il signifie _omettre_, _oublier_, _faillir_: +_ne manquez pas_ DE _venir_,--_il a manqué_ DE _tomber_. + +MASSACRANT. Ce mot ne se trouve dans aucun dictionnaire. On doit donc +éviter de dire, _cet homme est aujourd'hui d'une humeur_ MASSACRANTE, +etc. + +MATINAL est celui qui s'est levé matin, sans en avoir l'habitude; +_matineux_ celui qui a l'habitude de se lever matin: _vous êtes bien_ +MATINAL _aujourd'hui_:--_je ne suis pas_ MATINEUX. + +MEILLEUR. Le comparatif _meilleur_ suivi de _que_ veut _ne_ devant le +verbe suivant: _ces fruits sont meilleurs que je_ NE _le croyais_: à +moins que le premier verbe ne soit négatif, ou employé interrogativement: +_ces fruits ne sont pas meilleurs que je le croyais_. + +MÊLER _avec_, c'est brouiller ensemble plusieurs choses; _mêler l'eau_ +AVEC _le vin_,--_mêler de l'or_ AVEC _de l'argent_. _Mêler à_, c'est +joindre, unir: _mêler la douceur_ À _la sévérité_:--_mêler l'agréable_ À +_l'utile_. + +MÊME est adjectif ou adverbe. + +_Même_ est adjectif, + +1º. quand il précède le substantif: _vous retombez dans les_ MÊMES +_allarmes_. + +2º. quand il est placé après un pronom, ou un seul substantif: _les +Dieux_ EUX-MÊMES _devinrent furieux_,--_ces murs_ MÊMES _peuvent avoir +des yeux_. + +_Même_ est adverbe, + +1º. quand il est placé après deux ou plusieurs substantifs: _les +animaux, les plantes_ MÊME, _étaient au nombre des Divinités_. + +2º. quand il qualifie un verbe; _exempts de maux réels les hommes s'en +forment_ MÊME _de chimériques_. + +MI. Particule indéclinable, abréviation de _demi_, signifie la moitié, +le milieu: _la_ MI-_août_,--_la_ MI-_carême_. + +_À mi_ est une locution adverbiale qui signifie, à la moitié de; _à +mi-côte_,--_à mi-jambes_. + +MIEUX. La syntaxe de l'adverbe _mieux_ donne lieu à plusieurs +observations. + +1º. suivi de deux infinitifs, _mieux_ veut _de_ avant le second +infinitif; _il vaut mieux se taire que_ DE _parler mal_. + +2º. _mieux_ veut _ne_ devant le verbe qui suit la conjonction que; _il +écrit mieux que je_ NE _le croyais_; à moins que le verbe devant _mieux_ +ne soit négatif: _il n'écrit pas mieux que je le croyais._ + +3º. _Le mieux_, _la mieux_, _les mieux_ veulent le verbe suivant au +subjonctif: _le livre le mieux écrit que nous_ AYONS LU. + +MIL s'écrit de trois manières. + +1º. _mil_, dans les supputations d'années: _l'an mil huit cent quarante +et un_. + +2º. _mille_ pour exprimer dix cents: _nos troupes firent cinq_ MILLE +prisonniers. + +Dans ces deux cas il rejette la marque du pluriel. + +3º. _mille_ avec une _s_ au pluriel, pour représenter une mesure de +chemin: alors il est substantif commun. + +MOINDRE veut _ne_ devant le verbe qui suit la conjonction _que_: _cette +somme est moindre que vous_ NE _le dites_: à moins que le verbe placé +devant _moindre_, ne soit négatif, ou interrogatif; _cette somme n'est +pas moindre que vous le dites._ + +_Le moindre_, _la moindre_, _les moindres_ veulent le verbe suivant au +subjonctif: _la moindre faute que vous puissiez commettre._ + +Tout ce qui est dit ici pour l'adjectif _moindre_ doit s'appliquer à +l'adverbe _moins_. + +MOINS. _À moins que de_, et, _à moins de_ se disent également devant +l'infinitif. + +MON. Les adjectifs possessifs _mon_, _ma_, _mes_, _ton_, _ta_, _tes_, +_son_, _sa_, _ses_, _notre_, _nos_, _votre_, _vos_, _leur_, _leurs_ se +répètent, + +1º. devant chaque substantif: _mon père et_ MA _mère_:--_mes frères et_ +MES _soeurs_; et non pas, _mes pères et mère_;--_mes frères et soeurs_. + +2º. devant deux adjectifs unis par _et_, lorsqu'ils ne qualifient pas le +même substantif: _mon grand et_ MON _petit appartement_;--_nos vieux et_ +NOS _jeunes soldats_. + +Mais on dirait sans répéter l'adjectif possessif; _mon grand et bel +appartement_:--_nos vieux et braves soldats_: attendu que le même +appartement est _grand_ et _beau_, et que les mêmes soldats sont _vieux_ +et _braves_, les deux adjectifs modifiant le même substantif. + +MOUCHER n'est jamais neutre: ainsi il ne faut pas dire, _je mouche +beaucoup_, mais _je_ ME _mouche beaucoup_. + +MOUDRE. _Je mouds, tu mouds, il moud, nous moulons, vous moulez, ils +moulent, je moulais, je moulus, je moudrai, je moudrais, mous, moulons, +moulez, que je moule, que tu moules, que je moulusse, moulant, moulu, +moulue._ + +MOUVOIR. _Je meus, tu meus, il meut, nous mouvons, vous mouvez, ils +meuvent, je mouvais, je mus, je mouvrai, je mouvrais, meus, mouvons, +mouvez, que je meuve, que tu meuves, qu'il meuve, que nous mouvions, que +vous mouviez, qu'ils meuvent, que je musse, mouvant, mû, mûe._ + +Conjuguez de même _émouvoir_, _s'émouvoir_. + +MUR et MURAILLE. On dit,--_les_ MURS _d'un jardin_,--_les_ MURAILLES +_d'une ville_. Le propre du _mur_ est de séparer, de partager, de +fermer: l'idée particulière de la _muraille_ est celle de défendre, de +fortifier. + + +N. Quand un mot est terminé par un son nasal, c.-à-d., par _an_, _in_, +_on_, l'on ne fait la liaison de l'_n_ finale avec la voyelle qui +commence le mot suivant, que quand le sens n'admet aucune pause entre +ces deux mots, comme dans, _mon ami_,--_certain auteur_,--_on ignore_. +Mais on prononce sans lier la consonne _n_ à la voyelle qui suit, _mon +cousin est venu_,--_vin bon à boire_,--_je demande pardon à Dieu_, parce +que l'on peut faire une légère pause après les mots, _cousin_, _bon_, +_pardon_. + +NE. La négation _ne_ précédée d'un _que_ et suivie d'un _verbe_ offre +quelques difficultés. + +Dans les comparatifs d'inégalité caractérisés par _plus_, _moins_, +_meilleur_, _mieux_, ou autres termes équivalens, si le premier membre +de la comparaison est _négatif_, le second qui vient après _que_ doit +être affirmatif, et la négation _ne_ ne peut y paraître: _il n'est pas +plus sage qu'il était_;--_il ne pense pas autrement qu'il parle_;--_il +n'écrit pas mieux qu'il parle_. + +Dans les mêmes comparatifs d'inégalité, si le premier membre de la +comparaison est affirmatif, le second doit prendre _ne_: _il est plus +sage qu'il_ NE _l'était_,--_il pense autrement qu'il_ NE _parle_,--_il +écrit mieux qu'il_ NE _parle_. + +Les locutions conjonctives _à moins que_, _de peur que_, _de crainte +que_, et le verbe _empécher_, veulent toujours après eux la négation +_ne_; _à moins que vous_ NE _lui parliez_,--_de peur que l'on_ NE _vous +trompe_,--_les fautes d'Homère n'ont pas empêché qu'il_ NE _fût +sublime_. + +_Nier_, _douter_, _désespérer_, _disconvenir_ sont suivis de NE +seulement quand ils sont accompagnés d'une négation: _je ne doute pas +que cela_ NE _soit_, etc. + +Mais on dirait sans la négation, _je nie_,--_je doute que cela soit_, +parce que les verbes _nier_, _douter_ sont employés ici affirmativement. + +Les locutions conjonctives _avant que_, _sans que_, et le verbe +_défendre_, ne sont jamais suivis de _ne_: _avant qu'il fasse +froid_,--_je défends qu'on lui fasse mal_. + +Quand deux phrases négatives sont jointes par _ni_, ou quand _ni_ est +répété, l'emploi de la négation _ne_ est nécessaire: _il ne les +craignait ni_ NE _les aimait_,--_ni Pierre ni Paul_ NE _viendront_. + +NÉGATION. La négation se compose de _ne_, _ne pas_, _ne point_,--_je +n'ose_,--_je n'ose pas_,--_je n'ose point_; _ne_ est la plus faible des +négations; _ne point_ est la plus forte; et _ne pas_ tient le milieu. + +_Pas_ ne peut jamais être employé avec _rien_. Ne dites pas avec Racine; +_On ne veut_ PAS RIEN _faire ici qui vous déplaise_. + +NÉOLOGIE. L'emploi de nouveaux termes dans une langue est une +conséquence qui découle de la nature même des langues, qui ne peuvent +rester stationnaires. Horace l'a dit il y a près de deux mille ans. + +Mais avons-nous au Canada mission ou titre pour la création de nouveaux +mots? Oui, sans nul doute. Mais en même temps il est clair qu'il +n'existe chez nous aucun tribunal qui puisse connaître de nos produits +de ce genre: il est évident que l'Océan Atlantique nous sépare des seuls +juges compétens de la langue française, auxquels il appartient de +prononcer en dernier ressort. + +Tous les lexicographes conviennent de la nécessité d'incorporer à la +langue les termes de relation qui expriment les choses et les objets qui +n'existent que dans les pays lointains, nouvellement découverts, ou avec +lesquels l'on a eu peu de communications. D'où il résulte pour le Canada +le droit de créer des termes pour les objets et les choses qui lui +appartiennent exclusivement. + +D'un autre côté, notre position sous le gouvernement britannique a +nécessité l'adoption de quelques constructions, de quelques termes même +anglais. + +Il résulte de cette double circonstance, qu'un sage emploi de _nouveaux +termes_ et de mots anglais, là où la langue française n'en fournit pas +d'équivalens, est permis, commandé même. + +Mais que l'élève ne perde pas de vue que, hors les cas extrêmes, +l'emploi de mots et de constructions anglaises est un véritable fléau +pour la langue. Déjà cet abus a envahi la portion instruite de notre +société, et y fait des progrès allarmans; et pour comble de malheur l'on +porte quelquefois cette licence dans des écrits, que d'ailleurs le génie +ne désavouerait pas. + +Quant à l'emploi de mots purement anglais, là où il y a des termes en +français qui leur correspondent, c'est une manie insupportable, c'est le +comble du ridicule; et cependant combien de personnes, même d'éducation, +qui tombent dans ce défaut! Telle Dame ne peut manger de soupe qu'au +BARLEY! Tel Monsieur vous prie _de lui passer un_ TUMBLER _pour boire +du_ BRANDY _et de l'eau_! Celui-ci vous demande, sans perdre son +sérieux, si _ces_ PATATES (pommes de terre) _sont cuites au_ STEAM: +celui-là si _vous avez_ PAYÉ _une visite à Monsieur un tel_, etc. + +Qui ne voit la barbarie de ces expressions; l'impertinence de ce +langage? + +NEUF, NOUVEAU, RECENT. _Neuf_ signifie qui n'a pas servi; _nouveau_ qui +n'a pas encore paru: _récent_ qui vient d'arriver: _habit neuf_,--_mode +nouvelle_,--_fait récent_. + +NIER veut toujours au subjonctif le verbe qui suit la conjonction _que_; +_je nie qu'il_ AIT _raison_. + +_Nier_ accompagné d'une négation veut _ne_ devant le verbe suivant; _je +ne nie pas qu'il_ NE _mérite votre estime_. + +NOMBRE (du) et du GENRE de certains substantifs. Les chiffres, les +lettres de l'alphabet, les notes de musique, s'écrivent sans _s_ au +pluriel: _deux_ CINQ;--_trois_ B;--_quatre_ FA. + +Il en est ainsi de tous les mots de la langue pris matériellement; comme +dans cette phrase, _il y a plusieurs fautes d'impression dans cette +adresse_; _il y manque deux_ MONSIEUR, _trois_ MOT _et deux_ IL. Il est +essentiel de remarquer, qu'un mot féminin, employé matériellement, +devient masculin. En voici un exemple pris dans Duvivier; _Rencontre_, +_toujours_ FÉMININ _en quelque sens qu'on l'emploie_, _était autrefois_ +MASCULIN. + +NOMS PROPRES. Les _noms propres_ ne prennent jamais la marque du +pluriel: _l'Espagne a vu naître les deux_ SENEQUE;--_les_ CORNEILLE _et +les_ RACINE _ont illustré la scène française_; excepté quand ils sont +employés comme noms communs, c.-à-d., pour désigner des individus +semblables à ceux dont on emprunte le nom: _la France a eu ses_ CÉSARS +_et ses_ POMPÉES. + +NON PLUS QUE. Quand deux sujets sont unis par _non plus que_, le verbe +s'accorde avec le premier sujet: _la fortune, non plus que les +dignités_, _n'_ASSURE _le bonheur_. + +NOUS. Quelquefois l'on emploie le pronom _nous_ au lieu de _je_; alors +l'adjectif et le participe en rapport avec _nous_, se mettent au +singulier; CONVAINCU _comme nous le sommes de notre insuffisance_, et +non pas, CONVAINCUS _comme nous le sommes_... + +NOUVEAU employé comme adverbe est invariable: _des enfans_ NOUVEAU +_nés_. Il ne s'emploie jamais adverbialement avec un substantif féminin; +ainsi ne dites pas, _une fille_ NOUVEAU _née_, mais, _une fille +nouvellement née_. + +NU. L'adjectif _nu_ ne s'accorde que lorsqu'il suit le substantif; +_tête_ NUE,--_pieds_ NUS. Lorsqu'il précède le substantif il est +invariable; NU _tête_,--NU _pieds_. + +NUIRE. _Je nuis_, _tu nuis_, _je nuisais_, _je nuisis_, _je nuirai_, _je +nuirais_, _nuis_, _que je nuise_, _que je nuisisse_, _nuisant_, _nui_. +Le participe _nui_, ainsi que le participe _s'entre-nui_ est invariable: +_ils se sont nui_;--_elles se sont entre-nui_. + +NUL. L'adjectif _nul_, signifiant _pas un_, rejette la marque du +pluriel; _nulle proposition_; à moins qu'il n'accompagne un substantif +qui n'a pas de singulier, comme _pleurs_, _ancêtres_; ou qui ou pluriel +a un autre sens qu'au singulier, comme _troupes_, _gages_: _nuls +pleurs_,--_nulles troupes_. + +Avec _nul_ on supprime _pas_ et _point_. + +NUMÉRO, FOLIO, RECTO, DUO, etc. Les mots empruntés du latin ne prennent +pas d's au pluriel; _factum_ est excepté; on dit des _factums_. + + +OBÉIR. Quoique verbe neutre, _obéir_ a un passif: _je veux_ ÊTRE OBÉI. + +OBLIGER dans le sens _d'imposer l'obligation de_, prend _à_ ou _de_ au +choix de l'oreille: _la religion nous oblige_ À _secourir_, ou, DE +_secourir nos semblables_. + +Dans le sens de _rendre service_, ou employé au passif, il prend _de_, +et jamais _à_: _vous m'obligerez_ DE _m'accompagner_;--_nous sommes +obligés_ D'_obéir aux lois_. + +_Être obligé_ ne se dit point des _choses_: cette locution, _le mérite +est_ OBLIGÉ _d'être modeste_, est donc vicieuse: dites, _le mérite_ DOIT +ÊTRE _modeste_. + +OBSERVER accompagné d'un régime indirect de personne, doit être précédé +du verbe _faire_. Ainsi dites; _je vous_ FAIS _observer que_..:--_il +nous_ FIT _observer que_..:--_je_ FERAI _observer à l'assemblée que_.. +et non pas, _je vous observe que_.._il nous observa que_.._j'observerai +à l'assemblée que_... + +Il résulte de là que l'on ne peut pas dire; _faire une observation à +quelqu'un_; il faut dire: FAIRE _faire une observation à quelqu'un_. + +OCCUPER (s'). On dit s'_occuper à_ et s'_occuper de_: le premier se met +avec les verbes, le second avec les substantifs: _il s'occupe_ À _me +faire avoir une place_;--_il s'occupe_ DE _mon affaire_. + +OEIL-DE-BOEUF. Au pluriel, _oeils-de-boeuf_: il en est ainsi +d'_oeil-de-bouc_,--d'_oeil-de-chat_,--d'_oeil-de-chèvre_, +--d'_oeil-de-christ_,--d'_oeil-de-perdrix_,--d'_oeil-de-soleil_. + +On dit; YEUX _du frommage_:--YEUX _du pain_. + +OFFRIR devant l'infinitif prend _de_, et _s'offrir_ prend _à_; _il +offre_ DE _vous accompagner_:--_il s'offre_ À _vous accompagner_. + +OINDRE, _j'oins, tu oins, il oint, nous oignons, vous oignez, ils +oignent, j'oignais, j'oignis, j'ai oint, j'oindrai, j'oindrais, oins, +oignons, oignez, que j'oigne, que nous oignons, que j'oignisse, oignant, +oint, ointe._ + +Ainsi se conjugue _joindre_. + +ON. Quoique masculin et singulier de sa nature, le pronom _on_ devient +_féminin_ quand il s'applique spécialement à une personne du sexe: et +_pluriel_ lorsque le sens indique évidemment qu'il désigne plusieurs +personnes. Alors l'adjectif et le participe qui se rapportent à _on_ +prennent la marque du féminin et du pluriel: _quand on est_ MÈRE _on +n'est pas toujours_ MAÎTRESSE _de son temps_:--_quand on s'estime +mutuellement_, _on n'est pas heureux d'être_ SÉPARÉS. + +Au lieu de _on_, il faut employer _l'on_, pour éviter certaines +consonnances choquantes qui ont lieu principalement après _et_, _si_, +_ou_:--_et_ L'_on veut_;--_si l'on dit_:--_ou_ L'_on verra_. + +Cependant on doit faire usage de _on_ devant _le_, _la_, _les_, _lui_ +pour éviter la répétition désagréable de l'articulation _l_:--et dire, +_et on le veut_,--_si on le dit_,--_ou on le verra_, et non pas, _et_ +L'_on le veut_,--_si_ L'_on le dit_,--_ou_ L'_on le verra_. + +Au commencement d'une phrase, il faut préférer _on_ à _l'on_, parce +qu'alors il n'y a pas de mauvaise consonnance à éviter. + +ONZE se prononce avec aspiration: _le_ ONZE _de Juillet_:--_de_ ONZE +_enfans il n'en reste que trois_:--_vous êtes_ ONZE;--_sur les_ ONZE +_heures_:--_ils étaient_ ONZE: prononcez, _vous ête onze_:--_sur lè onze +heures_:--_ils étè onze_. + +ONZIÈME _adjectif_. On prononce ce mot avec ou sans aspiration, à +volonté: LE _onzième ou_ L'_onzième de Juillet_:--LA _onzième ou_ +L'_onzième page_. + +Mais dans _onzième_ substantif l'_o_ est toujours aspiré; ainsi l'on ne +fait pas sentir l'_n_ ni l'_s_ dans cas phrases:--_il est héritier pour_ +UN _onzième_:--_pour trois onzièmes_. + +ORGUE est _masculin_ au singulier, et _féminin_ au pluriel:--_un_ BEL +_orgue_:--_de_ BELLES _orgues_. + +OU. Quand deux ou plusieurs sujets sont unis par la conjonction _ou_, le +verbe s'accorde avec le dernier sujet:--_la faiblesse_ OU +_l'inexpérience nous_ FAIT _commettre bien des fautes_: à moins que les +mots unis par _ou_ ne soient de différentes personnes: alors le verbe se +met au pluriel, et s'accorde avec la personne qui a la priorité: _vous +ou moi_ PARLERONS, et mieux NOUS PARLERONS:--_vous ou votre frère_ +PARLEREZ, et mieux, VOUS PARLEREZ. + +OUBLIER DE, désigne un manque de mémoire:--_j'ai oublié_ DE _vous +écrire_. _Oublier à_ marque un manque d'usage: _il oublie_ À _danser_--À +_dessiner_. + +OUÏR n'est guère usité qu'au prétérit défini, _j'ouis_, _il ouit_: au +présent du subj., _que j'ouïsse_, _qu'il ouït_: à l'infinitif, _ouïr_; +au participe passé, _ouï_, _ouïe_; et aux temps composés. + + +PAÎTRE. _Je pais_, _tu pais_, _il pait_, _nous paissons_, _vous +paissez_, _ils paissent_, _je paissais_, point de prét. défini, _je +paîtrai_, _je paîtrais_, _paissons_, _paissez_, _que je paisse_, point +d'imparf. du subj., _paissant_, _pu_. Ce dernier mot ne s'emploie que +dans cette phrase familière; _il a pu et repu_. + +_Repaître_, qui se conjugue de même, a un prétérit défini;--_je repus_. + +PÂLE, _Pâle_, signifie qui est faible de coloris: _blême_, qui est +très-pâle; _livide_, qui est plombé et taché de noir; _hâve_ qui est +défiguré par le décharnement: _blafard_ qui est pâle jusqu'à +l'affadissement. + +PÂQUE substantif féminin: fête annuelle des Juifs en mémoire de leur +sortie d'Égypte. + +_Pâque_ ou _Pâques_ substantif masculin, singulier: fête des +chrétiens:--_Pâques est passé_. + +_Pâques_ subst. fém. pluriel; communion pascale; _faire ses Pâques_. + +_Pâques-fleuries_, le Dimanche des Rameaux. + +PARDONNER veut un régime direct des choses; _pardonnez quelques vers +faibles_; et non, À _quelques vers faibles_; et un régime indirect de +personnes: _pardonnez_ À _vos enfans_, et non _pardonnez vos enfans_. + +PARLER, (se) Le participe passé de _se parler_ est toujours invariable, +parce que _se parler_ n'a pas de régime direct: _ils se sont_ +PARLÉ:--_elles se sont_ PARLÉ. + +PARMI. _Entre_ se dit de deux objets: _entre Rome et Carthage_: _parmi_ +se dit d'un plus grand nombre, et veut après lui, ou un pluriel: _parmi +les hommes_; ou un collectif: _parmi la foule_. + +PARTICIPE PRÉSENT. Il est toujours terminé en _ant_, et ne prend ni +genre ni nombre: _un homme_ LISANT:--_des hommes_ LISANT:--_une femme_ +LISANT:--_des femmes_ LISANT. + +On dit, _des hommes obligeans_:--_une femme surprenante_. Mais ces mots, +_obligeans_, _surprenante_, ne sont point des participes présens: ce +sont des adjectifs _verbaux_, qui s'accordent avec les substantifs +auxquels ils se rapportent. + +Pour distinguer les adjectifs verbaux des participes présens, il faut +voir si ces mots ont un régime. Lorsqu'ils ont un régime, ce sont des +participes. Lorsqu'ils n'ont point de régime, ils sont adjectifs: _cette +femme est douce_, _affable_, PRÉVENANT _tout le monde_:--_cette femme +est douce_, _affable_, PRÉVENANTE. Dans la première phrase le mot +_prévenant_ est un participe, parce qu'il est suivi du régime _tout le +monde_: dans la seconde il est adjectif, parce qu'il n'a point de +régime. + +Cette règle pour distinguer les adjectifs verbaux des participes présens +souffre quelques rares exceptions. + +PARTICIPE PASSÉ des verbes réfléchis. Ce participe s'accorde avec le +régime direct lorsque ce régime est avant le participe: _cette femme +s'est_ PROPOSÉE _pour modèle à ses enfans_: _proposée_ est au féminin et +au singulier, parce qu'il est précédé de son régime direct le pronom +_se_ qui se rapporte à _femme_: c'est comme s'il y avait,--_cette femme +a proposé elle_. + +Mais si le régime direct est après le participe, le participe est +invariable: _ma soeur s'est_ COUPÉ _le doigt_. _Coupé_ ici est +invariable parce que le régime direct _doigt_, est après le participe: +et le pronom _se_ n'est que le régime indirect, puisque c'est comme s'il +y avait, _ma soeur a coupé le doigt à elle_. + +PARTICIPE PASSÉ suivi d'un verbe à l'infinitif. Quand le _participe +passé_ est suivi d'un verbe à l'infinitif, il faut examiner avec +attention si le régime qui précède le participe est régime de ce +participe, ou régime de l'infinitif qui suit le participe. + +S'il est régime du participe passé, ce participe doit s'accorder avec +lui: _voilà les enfans_ QUE _j'ai_ ENTENDUS _lire_. _Que_ est ici régime +du participe _entendus_, et non de l'infinitif _lire_. + +Mais si le régime qui précède le participe passé, est celui du verbe à +l'infinitif, le participe passé demeure invariable: _voilà les livres_ +QUE _vous avez_ PARU _désirer_: le régime _que_ appartient au second +verbe. + +On reconnaît que le régime qui précède le participe passé, est le régime +de ce participe, lorsqu'on peut mettre ce régime immédiatement après le +participe, et changer l'infinitif qui suit en participe présent; ou bien +en un imparfait précédé du pronom relatif _qui_: cela est évident dans +l'exemple ci-dessus: _voilà les enfans_ QUE _j'ai_ ENTENDUS _lire_: on +peut dire, _j'ai entendu les enfans_ LISANT, ou QUI LISAIENT. + +Lorsque ce changement ne peut se faire, il faut en conclure que le +régime qui précède le participe, est le régime du verbe qui suit le +participe. + +PARTICIPE PASSÉ entre deux _que_. Lorsque le _participe passé_ se trouve +entre deux _que_, le régime direct, c.-à-d., le premier _que_ appartient +toujours au second verbe, et par conséquent le participe est toujours +invariable: _voilà les livres_ QUE _l'on a_ VOULU _que je lusse_:--_les +peines_ QUE _j'ai_ PRÉVU _que cette affaire vous donnerait_. + +PARTICIPE PASSÉ du verbe réfléchi, formé d'un verbe neutre. Ce participe +est toujours invariable, parce que son verbe n'ayant pas de régime +direct, ne peut en être précédé: _elles se sont_ NUI:--_ils se sont_ +PARLÉ:--_elles se sont_ SUCCÉDÉ. + +Les verbes réfléchis ainsi formés d'un verbe neutre, sont au nombre de +neuf, savoir; _se plaire_, _se déplaire_, _se complaire_, _se rire_, _se +sourire_, _se parler_, _se succéder_, _se nuire_, _s'entre-nuire_. + +Le participe passé _fait_, suivi d'un infinitif, est toujours +invariable: _la maison_ que j'ai FAIT bâtir:--_les habits que j'ai_ FAIT +_faire_. + +Beaucoup de grammairiens veulent que le participe _laissé_ suive la même +règle, et que l'on écrive: _la femme que j'ai_ LAISSÉ _passer_. D'autres +veulent que ce mot suive la règle générale, et que l'on écrive: _la +femme que j'ai_ LAISSÉE _passer_. + +PARTICIPE PASSÉ joint au verbe _avoir_ précédé du mot _en_. Ce participe +est invariable, à moins qu'il ne soit précédé d'un autre régime direct: +_vous avez plus de richesses que je ne vous_ EN _ai_ DONNÉ, et non pas +DONNÉES:--_il m'a promis plus de services qu'il ne m'_EN _a_ RENDU, et +non pas RENDUS. + +Les participes _donné_ et _rendu_ sont invariables ici parce que le mot +_en_ est un pronom relatif qui signifie _de cela_, et qui par conséquent +représente un régime indirect. + +Mais le participe est variable s'il est précédé d'un autre pronom qui en +soit le régime direct: _j'ai écrit à mon frère, et voici la réponse_ QUE +_j'_EN _ai_ REÇUE. _Reçue_ est au féminin et au singulier, parce qu'il +est précédé de son régime direct, le relatif _que_ pronom qui se +rapporte à _réponse_. Le pronom EN est régime indirect et signifie _de +mon frère_. + +PARTICIPE PASSÉ joint au verbe _avoir_ précédé du mot _le_. Ce participe +ne varie point, lorsque le relatif _le_ se rapporte à un _adjectif_: +ainsi l'on écrira: _votre soeur n'est pas aussi instruite que je l'avais_ +PENSÉ, parce que le pronom _le_ se rapporte à l'adjectif _instruite_. + +Mais le participe varie, quand le mot _le_ se rapporte à un +_substantif_, comme dans cette phrase: _ma soeur est toujours la même que +je l'ai_ CONNUE. + +PARTICIPE PASSÉ des verbes impersonnels _il a fait_, _il y a eu_. Ce +participe demeure invariable: ainsi on dit, _les chaleurs qu'il a_ FAIT; +et non pas, _qu'il a_ FAITES:--_la disette qu'il y a_ EU _pendant +l'hiver dernier_; et non pas, _qu'il y a_ EUE. + +On écrit également sans accord: IL EST ARRIVÉ _de grands +malheurs_:--_quels changemens en_ EST-IL RÉSULTÉ? parce que c'est une +règle sans exception, que le participe conjugué avec _être_ (excepté +dans les verbes réfléchis, où il est pour _avoir_) s'accorde toujours +avec son sujet: or le sujet de, _est arrivé_;--_est résultée_, c'est +_il_ représentant _ceci_, mot invariable, mot neutre, qui ne saurait +exercer aucune influence sur le participe. + +Il faut aussi écrire sans accord: IL S'EST RASSEMBLÉ _une foule de gens +armés_:--IL S'EST GLISSÉ _une faute dans votre copie_:--IL S'EST TROUVÉ +_dix personnes chez moi_. + +PARTICIPE PASSÉ des verbes neutres. Le verbe neutre n'ayant pas de +régime direct, son participe passé demeure invariable: _les sommes que +ce procès m'a_ COUTÉ:--_les pistoles que ce cheval a_ VALU:--_les jours +que j'ai_ VÉCU. + +Cependant lorsque _valoir_ signifie _procurer_, _faire obtenir_, il est +actif, et alors son participe passé doit s'accorder avec le régime +direct qui le précède: _les honneurs que m'a_ VALUS _mon habit_. Il en +est ainsi du participe passé de _couter_, lorsque ce verbe signifie +_causer_, _exiger_: _les peines que cette affaire m'a_ COUTÉES. + +PARTICIPER À, c'est avoir part à quelque chose, à quelque action: +_participer_ AUX _faveurs du Prince_. _Participer de_, c'est tenir de la +nature de quelque chose: _l'enthousiasme de cet auteur participe_ DE _la +folie_. + +PASSÉ INDÉFINI et DÉFINI. Il ne faut pas confondre le _passé indéfini_ +avec le _passé défini_. Le passé indéfini s'emploie indifféremment pour +un temps passé, soit qu'il en reste encore une partie à écouler ou non: +J'AI REÇU _une lettre l'année dernière_,--_le mois passé_,--_la semaine +dernière_,--_hier_:--J'AI REÇU _une lettre cette année_,--_ce +mois_,--_cette semaine_,--_aujourd'hui_. + +Le passé défini ne se dit au contraire que d'un temps complètement +écoulé, et éloigné au moins d'un jour de l'instant où l'on parle: ainsi +l'on ne dira pas; JE REÇUS _une lettre cette année_,--_ce mois_,--_cette +semaine_,--_aujourd'hui_, parce que l'on est encore dans le temps dont +il s'agit. + +PASSIF. Les verbes passifs demandent pour régimes les prépositions _de_ +et _par_: _de_, quand ils expriment un sentiment, une passion, en un mot +un mouvement de l'âme: _par_, lorsqu'ils signifient une action à +laquelle l'esprit ou le corps a seul part: _l'honnête homme est estimé_ +DE _tout le monde_;--_une grande partie de la terre a été conquise_ PAR +_les Romains_. + +Cependant au lieu de la préposition _de_, l'usage permet d'employer +_par_ pour éviter plusieurs _de_: _votre conduite a été approuvée_ +D'_une commune voix_, PAR _toutes les personnes sages et éclairées_. + +PATATE, _plante du genre des liserons_. POMME DE TERRE, _plante du genre +des solanums_. Ces définitions sont du Dict. de l'Académie, Édit. de +1835, et elles s'accordent avec celles que les naturalistes donnent de +ces plantes. C'est donc une grave erreur que de désigner notre _pomme de +terre_ par le terme _patate_, plante que nous ne possédons pas, et qui +ne vient guère qu'entre les deux Tropiques. + +PAYEMENT, PAIEMENT, PAIMENT. Ce mot, quoique écrit de trois différentes +manières, se prononce _pè-ment_. + +PAYER. Ce verbe, et tous ceux qui sont terminés au participe présent par +_yant_, comme _bégayer_, _bayer_, _employer_, _renvoyer_, _aboyer_, +_essayer_, _ployer_, _appuyer_, etc., prennent un _y_ et un _i_ à la +première et à la seconde personne du pluriel de l'imparfait de +l'indicatif, et du présent du subj. _Je paie, tu paies, il paie, nous +payons, vous payez, ils paient,_ (prononcez _je pè_, _tu pè_, _il pè_, +et à la troisième personne du pluriel, _ils pè_) _je payais, tu payais, +il payait, nous payions, vous payiez, ils payaient, je payai, tu payas, +il paya, nous payâmes, vous payâtes, ils payèrent, je paierai, tu +paieras, il paiera, nous paierons, vous paierez, ils paieront,_ +(prononcez, _je pè-e-rai_, _tu pè-e-ras_, _il pè-e-ra_, etc.) _je +paierais, tu paierais, il paierait, nous paierions, vous paieriez, ils +paieraient,_ (prononcez _je pè-e-rais_, _tu pè-e-rais_, _nous +pè-e-rions_, etc.) _paie_, (prononcez _pè_,) _payons, payez, que je +paie, que tu paies, qu'il paie, que nous payions, que vous payiez, +qu'ils paient,_ (prononcez, _que je pè_, _que tu pè_, _qu'il pè_, +_qu'ils pè_) _que je payasse, que tu payasses, qu'il payât, que nous +payassions, que vous payassiez, qu'ils payassent, payant, payé, payée._ + +Les verbes _croire_, _voir_, _fuir_, _asseoir_, etc., ayant leur +participe présent terminé en _yant_, font aussi à l'imparfait de +l'indicatif et au présent du subjonctif, _nous croyions_, _vous +croyiez_; _que nous croyions_, _que vous croyiez_, etc. + +Quelques personnes, contrairement aux règles de la prononciation, font +entendre l'_l_ mouillée, ou l'_y_, aux trois personnes du singulier, et +à la troisième personne du pluriel du présent du subjonctif des verbes +dont le participe présent est terminé en _yant_. Ainsi elles prononcent, +_que je pèghe_, (du verbe payer) _que tu pèghes_, _qu'il pèghe_, _qu'ils +pèghe_, au lieu de, _que je pè_, _que tu pè_, _qu'il pè_, _qu'ils +pè_:---- _que j'èghe_, (du verbe avoir) _que tu èghes_, _qu'il èghe_, +_qu'ils èghe_, au lieu de, _que j'è_, _que tu è_, _qu'il è_, _qu'ils +è_:---- _que je croèghe_, (du verbe croire) _que tu croèghes_, _qu'il +croèghe_, _qu'ils croèghe_, au lieu de, _que je croa_, _que tu croa_, +_qu'il croa_, _qu'ils croa_. + +Ces exemples prouvent combien l'instituteur doit faire d'efforts pour +rompre de bonne heure dans ses élèves l'habitude de cette prononciation +vicieuse. + +PEMINA, que le vulgaire nomme _pinbina_, est l'obier du Canada. Le +peuple appelle aussi _pinbina_ son fruit: c'est à tort, parce que la +baie que porte le _pémina_, n'a pas de nom en français. + +PENNY est le mot anglais, et _denier_ le mot français qui représentent +le terme latin _denarius_, quoiqu'ils expriment des monnaies de valeurs +très-différentes. Pourquoi donc employer le mot anglais _penny_, lorsque +le français fournit un équivalent? D'ailleurs _penny_ fait _pence_ au +pluriel, et puis les fractions du _penny_ se nomment _farthings_: +nouvelles difficultés donc pour ceux qui ne savent pas l'anglais; et +nouvelle raison par conséquent de rejeter ces mots étrangers, pour s'en +tenir aux termes faciles et corrects de _denier_;--_demi-denier_; +--_quart de denier_, etc. + +Il n'en est pas ainsi du mot _shilling_, dont l'emploi est nécessité par +l'absence d'un terme français qui lui corresponde. + +Le mot anglais _dollar_, monnaie des États-Unis, se trouve dans quelques +dictionnaires modernes: et _Boiste_ admet _pound_, mot anglais pour +_livre sterling_. + +PÉRIODE est masculin quand il marque le plus haut point, où une chose +puisse arriver: _il est au plus_ HAUT _période de sa gloire_; ou quand +il signifie un espace de temps: _dans un_ COURT _période_:--_dans le_ +DERNIER _période de sa vie_: il est féminin dans ses autres acceptions: +LA _période lunaire_:--LA _période julienne_. + +PÉRIR. En parlant de personnes qui n'existent plus, on dirait, _elles_ +SONT _péries_, parce qu'alors la pensée est occupée de l'état des +personnes qui n'existent plus. Mais si l'on voulait désigner l'époque où +elles ont cessé d'exister, ou la manière dont elles ont perdu la vie, il +faudrait se servir de l'auxiliaire _avoir_, et dire, _elles_ ONT _péri +en 1840_:--_elles_ ONT _péri dans un naufrage_. + +Le même principe est applicable au verbe _échouer_. _Le vaisseau_ A +_échoué sur la côte_;--_le vaisseau que montait mon ami_ EST _échoué_. +V. AUXILIAIRES. + +PERSONNE _pronom indéfini_, a un sens vague, s'emploie sans article et +sans adjectif déterminatif, et signifie aucune personne, qui que ce +soit: il est toujours du masculin et du singulier: PERSONNE _n'est assez +sot pour le croire_;--_il n'y a_ PERSONNE _qui ne soit fâché_. + +_Personne substantif_ a un sens déterminé; il est accompagné de +l'article, ou d'un adjectif déterminatif, et est féminin: _quelle est la +personne assez_ SOTTE _pour le croire?_--_il n'y a pas_ UNE _personne +qui n'en soit_ FACHÉE. + +PERSES. On doit appeler _Perses_ les anciens habitans de la Perse, et +_Persans_ ceux d'aujourd'hui. + +PERSUADER. La grammaire permet d'écrire,--_les modernes se sont_ +PERSUADÉS _qu'ils surpassaient les anciens_--et--_les modernes se sont_ +PERSUADÉ _qu'ils surpassaient les anciens_. La raison en est qu'avec le +verbe _se persuader_, le pronom _se_ peut être également régime direct, +ou régime indirect du verbe: en effet, on dit _persuader quelqu'un_, et +_persuader_ À _quelqu'un_. + +PEU, suivi d'un pronom relatif, veut le verbe qui suit au subjonctif: +_il y a peu d'hommes, qui_ SACHENT _supporter l'adversité_. + +_Un petit peu_ est une faute grossière: dites simplement, _un peu_. + +_Pour le peu que_ est un barbarisme, il faut dire, _pour peu que_. + +PEUR. La locution conjonctive, _de peur que_, veut toujours _ne_ devant +le verbe suivant: _de peur qu'il_ NE _vienne_. + +_Avoir peur_ exige également _ne_ devant _le_ verbe qui suit: _j'ai peur +qu'il_ NE _vous trompe_: à moins qu'_avoir peur_ ne soit accompagné +d'une négation; ou ne soit employé interrogativement: dans ces deux cas +on supprime ne: _je n'ai pas peur qu'il vous trompe?_ + +PEUT-ÊTRE employé avec le verbe _pouvoir_ forme un pléonasme ridicule: +ne dites pas: _peut-être il pourra venir_, mais, _peut-être il viendra_. + +PIRE, adjectif comparatif, se joint toujours à un substantif, et +s'accorde avec lui. _De deux maux il faut éviter le_ PIRE:--_les_ PIRES +_des ennemis ce sont les flatteurs_. + +_Pire_, suivi de _que_, veut _ne_ devant le verbe qui suit: _ce vin est +pire que je_ NE _le pensais_: à moins que cet adjectif n'accompagne un +verbe négatif, ou ne soit employé interrogativement: _ce vin n'est pas +pire que je le pensais_:--_ce vin est-il pire que vous le pensiez?_ + +PIS est l'opposé de _mieux_, et se dit pour _plus mal_. Il ne se joint +pas à des substantifs masculins ou féminins, mais seulement à des noms, +où à des pronoms indéterminés, comme dans cette phrase, _rien n'est_ PIS +_qu'une mauvaise langue_. + +_Pis_ est quelquefois substantif: _le_ PIS _de l'affaire est que_... + +_Pis_ est aussi adverbe comparatif: DE PIS _en_ PIS,--_de mal en_ +PIS,--_tant_ PIS. + +Le peuple dit abusivement _de_ PIRE _en_ PIRE,--_de mal en_ +PIRE,--_tant_ PIRE. + +PLAINDRE. _Se plaindre de ce que_, suppose un sujet de plainte: _il se +plaint_ DE CE QUE _vous l'avez trompé_. + +_Se plaindre que_ ne suppose pas lieu à la plainte: _il a tort de se +plaindre_ QUE _vous l'ayez trompé_. + +Le participe passé de _se plaindre_ s'accorde toujours avec le second +pronom: _ils se sont_ PLAINTS _de vous_:--_elle s'est plainte de votre +conduite_: excepté lorsque _se plaindre_ signifie _se refuser_, cas dans +lequel le second pronom cesse d'être régime direct, _elle s'est_ PLAINT +_le boire et le manger_. + +PLAIRE. Ce _qui plait_ est ce qui est agréable: ce _qu'il plait_ est ce +que l'on veut: _les incensés sacrifient leurs intérêts à ce_ QUI _leur_ +PLAIT:--_les gens d'un caractère opiniâtre ne veulent faire que ce_ +QU'IL _leur_ PLAIT. + +On doit répondre à quelqu'un qui offre quelque chose, _ce_ QU'IL _vous +plaîra_, et non pas, _ce_ QUI _vous plaîra_. + +Le participe passé de _plaire_ est toujours invariable:--_ils nous ont_ +PLU:--_ils se sont_ PLU _réciproquement_:--_ils se sont_ PLU _à me +contrarier_:--_elles se sont_ PLU _à la campagne_. + +PLAISIR (il y a). Cette locution prend _à_ devant une consonne, et _de_ +devant une voyelle. _Il y a plaisir_ À _l'entendre chanter_:--_il y a +plaisir_ D'_avoir affaire à un homme si loyal_. + +PLÉONASME. Le pléonasme est autorisé lorsqu'il ajoute à la phrase plus +d'énergie et de grâce; mais souvent il est un vice à éviter. Voici +quelques phrases dans lesquelles le pléonasme est vicieux. +_S'entr'égorger les uns les autres_: les mots _les uns les autres_ sont +superflus:--_plaintes réciproques de part et d'autre_: _de part et +d'autre_ sont redondans: _discours rempli de beaucoup de citations_: +_beaucoup_ est inutile.--_À Mons. N, Prêtre, Curé de N_;--_À Mons. N, +Prêtre, Vicaire de N_:--_Je_, _soussigné, Prêtre, Curé de N_. Le mot +_prêtre_ dans ces phrases est superflu:--_une heure de temps_: +retranchez _de temps_:--_ainsi donc vous avez tort_; l'un des deux +termes _ainsi_ et _donc_ est redondant:--_les ennemis reculent en +arrière_: on ne recule pas en avant; _en arrière_ est donc superflu; _un +brillant éclat_: _brillant_ est superflu, car tout éclat est +_brillant_:--_un cadavre inanimé_; certes il n'y a pas de cadavre +_animé_:--_il fut forcé malgré lui d'y consentir_; supprimez _malgré +lui_:--_il faut s'entr'aider mutuellement_; le dernier mot de cette +phrase n'ajoute rien au sens:--_un petit peu_; retranchez +_petit_:--_dépêchez-vous vite_; _vite_ est superflu:--_tempête +orageuse_; retranchez _orageuse_:--_voyons voir_; répétition +barbare:--_je vais aller le chercher_, dites _je vais le +chercher_:--_pour faire fuir les ennemis on n'aurait seulement qu'à se +montrer_; _seulement_ est superflu:--_je vais dîner, et puis ensuite je +me rendrai chez vous_; _puis_ signifie _ensuite_, il faut donc +retrancher l'un ou l'autre:--_réellement vrai_; langage ridicule:--_au +jour d'aujourd'hui_; _jour_ est de trop:--_hémorragie de sang_: +retranchez _de sang_, puisque le mot _hémorragie_ signifie par lui-même +_perte de sang_:--_il est impossible qu'on puisse réussir_; dites, _il +est impossible de réussir_:--_il est impossible de pouvoir_; otez _de +pouvoir_:--_je suis bien parfaitement_, ou _très-parfaitement votre +humble serviteur_; les mots _bien_ et _très_, joints à _parfaitement_, +sont redondans, parce qu'on ne peut rien ajouter à ce qui est +parfait:--_un des modèles les plus parfaits_ est une faute, retranchez +_les plus_. Quelques grammairiens souffrent dans la conversation +familière ces expressions, _montez en haut_;--_descendez en bas_;--_je +veux unir ces deux prairies ensemble_. + +PLIER, c'est mettre en plusieurs doubles: _plier du linge_;--_plier une +lettre_. + +PLOYER. _Je ploie, tu ploies, il ploie, nous ployons, vous ployez, ils +ploient, je ployais, nous ployions, vous ployiez, ils ployaient, je +ployai, je ploierai, je ploierais, ploie, ployons, ployez, que je ploie, +que nous ployions, qu'ils ploient, que je ployasse, ployant, ployé, +ployée._ + +_Ployer_, c'est courber, faire fléchir: _ployer une branche d'arbre_. + +PLUPART. Le substantif _plupart_ étant un collectif partitif, veut que +le verbe et les autres correspondans, comme adjectifs, participes et +pronoms s'accordent avec le substantif exprimé, ou sous-entendu après +_la plupart_: _la plupart du monde_ PENSE,--_la plupart des sénateurs_ +ÉTAIENT MÉCONTENS _et_ FATIGUÉS _de la guerre_;--_la plupart_ ÉTAIENT +_d'avis que_... + +Dans le premier exemple l'accord a lieu avec _monde_, dans le second +avec _sénateurs_, et dans le troisième avec le mot _sénateurs_ +sous-entendu; c'est comme s'il y avait, _la plupart des sénateurs +étaient d'avis que_... + +PLUS. Le superlatif _le plus_, _la plus_, _les plus_, veut après lui le +subjonctif: _les mouvemens des planètes sont les plus réguliers que +nous_ CONNAISSIONS. + +Avant les adverbes _plus_, _mieux_, _moins_, on emploie _le_, _la_, +_les_, pour exprimer une comparaison: _cette dame ne pleurait pas, +quoiqu'elle fût_ LA PLUS _affligée_, c.-à-d., la dame plus affligée que +les autres. + +Au contraire on emploie simplement _le_ pour marquer une qualité portée +au plus haut degré, sans aucune idée de comparaison avec d'autres +objets: _cette dame ne pleure pas alors même qu'elle est_ LE PLUS +_affligée_:--_il s'est baigné dans l'endroit où les eaux sont_ LE MOINS +_rapides_. + +Dira-t-on, _les opinions_ LES PLUS ou LE PLUS _généralement suivies_? + +La réponse dépend de l'intention de celui qui parle. + +S'il s'agit d'opinions considérées en elles-mêmes, et sans comparaison, +on dira LE PLUS _généralement suivies_. + +Si au contraire, vous avez en vue d'autres opinions moins suivies, et +que vous vouliez indiquer une comparaison, vous direz LES PLUS +_généralement suivies_. + +Lorsque le terme de comparaison placé après _plus_ exprime une idée de +mesure, de quantité, cet adverbe doit être suivi de la préposition _de_, +et non de _que_: _il est plus_ D'_à demi mort_:--_mon argent est plus_ +D'_à moitié dépensé_. + +PLUS TÔT, PLUTÔT. Il ne faut confondre ces deux mots. _Plus tôt_, +locution adverbiale, est l'opposé de _plus tard_: _plutôt_, adverbe, +marque une préférence. _Plutôt mourir que de trahir ma foi._ + +POINT. Pas énonce simplement la négation: _point_ l'exprime avec +beaucoup plus de force: _il n'a_ PAS _d'esprit ce qu'il faut pour cette +place_:--_c'est un homme qui n'a_ POINT _d'esprit_. + +Il n'en est pas de même quand on interroge: si ma question est +accompagnée de doute, je dirai; _n'avez-vous point été là?_ mais si je +suis persuadé, je dirai par manière de reproche: _n'avez-vous pas été +là?_ + +PORTE. Les mots composés qui suivent ne prennent point d'_s_ au pluriel: +_porte-éguille_, _porte-baguette_, _porte-balle_, _porte-chape_, +_porte-collet_, _porte-crayon_, _porte-croix_, _porte-crosse_, +_porte-dieu_, _porte-drapeau_, _porte-enseigne_, _porte-étendard_, +_porte-lanterne_, _porte-malheur_, _porte-manteau_, _porte-mousqueton_, +_porte-respect_, _porte-verge_, etc. V. SUBSTANTIFS COMPOSÉS. + +POUPÉE, jouet d'enfant. On substitue souvent à ce mot celui de _catin_. +Le mot _catin_, quoique désigné par quelques auteurs comme synonyme de +_poupée_, sonne mal aux oreilles délicates, au point qu'il n'est plus +prononcé en ce sens dans la bonne société, et que le Dict. de +l'Académie, Édit. de 1834, ne lui donne d'autre signification que celle +de _femme de mauvaises moeurs_. + +POURVOIR. Passé défini, _je pourvus_: futur, _je pourvoirai_; +conditionel, _je pourvoirais_: imparfait du subj. _que je pourvusse_. Le +reste sur _voir_. + +POUVOIR. _Je puis_ est plus usité que _je peux_. On ne dit pas +_peux-je_? mais _puis-je_? Avec _pouvoir_ on peut supprimer _pas_ et +_point_; _je ne puis_:--_il ne peut sortir_:--il en est de même des +verbes _cesser_, _oser_, et _savoir_. + +PRENDRE GARDE QUE veut _ne_ devant le verbe suivant: _prenez garde +qu'on_ NE _vous trompe_: excepté quand il est employé interrogativement, +ou avec une négation. + +PRÉPOSITIONS. Les prépositions _à_, _de_, _en_, se répètent toujours +avant chaque régime: _il dut la vie_ À _la clémence_, _et_ À _la +magnanimité du vainqueur_:--_il est doux_ DE _servir_, _et_ DE +_contribuer à sa gloire_. + +Les autres prépositions, surtout celles qui n'ont qu'une syllabe, se +répètent quand les régimes n'offrent aucune ressemblance de +signification. DANS _la paix et_ DANS _la guerre_:--PAR _la force et_ +PAR _l'adresse_. + +Au contraire elles ne se répètent pas quand les régimes sont des +expressions synonymes: DANS _la mollesse et l'oisiveté_:--PAR _la force +et la violence_:--À TRAVERS _les dangers et les obstacles_. + +PRÈS, veut après lui la proposition _de_: _près_ DES +_montagnes_;--_près_ DU _château_, excepté dans le style familier; +_près le marché_. + +_Près de_ indique aussi le temps et le nombre: _il est_ PRÈS DE _deux +heures_;--_il y a_ PRÈS DE _vingt ans_. Ne dites pas: _il est_ PROCHE +_de deux heures_:--_il y a_ PROCHE _de vingt ans_. + +PRESQUE. L'_e_ final de _presque_ s'élide seulement dans _presqu'île_; +ainsi écrivez sans élision, _ouvrage_ PRESQUE _achevé_:--_habit_ PRESQUE +_usé_. + +PRÊT À adjectif, signifie disposé à: _prêt_ À _partir_:--_ils sont +prêts_ À _commencer_. _Près de_ préposition, signifie sur le point de: +_le soleil est près_ DE _se coucher_. + +PRÉVALOIR se conjugue sur _valoir_, excepté au présent du subjonctif, où +il fait, _que je prévale_, _que tu prévales_, _qu'il prévale_, _que nous +prévalions_, _que vous prévaliez_, _qu'ils prévalent_. + +PRIER. Imparf. de l'ind. _nous priions_, _vous priiez_, _ils priaient_: +présent du subjonctif, _que nous priions_, _que vous priiez_. + +_Prier_ DE _dîner_ se dit d'une invitation accidentelle: _Prier_ À +_dîner_ d'une invitation préméditée. + +PRONOMS RELATIFS. Les pronoms relatifs _qui_, _que_, _lequel_, +_laquelle_, _dont_, _où_, veulent le subjonctif après eux, quand ils ont +pour antécédent un nom employé dans une phrase qui marque le doute, le +désir, l'interrogation ou le commandement; et l'indicatif, lorsque la +phrase exprime quelque chose de positif. + + _Pronoms relatifs + avec l'indicatif._ + +Je connais quelqu'un qui POURRA vous rendre ce service:--voilà un livre +que vous POURREZ consulter au besoin:--prêtez-moi ce livre dont vous +n'AVEZ pas besoin:--ne quittez pas une place où vous ÊTES commodément, +et d'où vous ENTENDEZ bien. + + _Les mêmes pronoms + avec le subjonctif._ + +Connaissez-vous quelqu'un qui PUISSE me rendre ce service?--donnez-moi +un livre que je PUISSE consulter au besoin;--prêtez-moi un livre dont +vous n'AYEZ pas besoin:--choisissez une place où vous SOYEZ commodément, +et d'où vous ENTENDIEZ bien. + +_Auquel_, _à laquelle_, sont d'un usage très-ordinaire, et presque +toujours indispensable quand il est question de _choses_: _le jardin_ +AUQUEL _je donne mes soins_:--_les sciences_ AUXQUELLES _je m'applique_. + +Mais si l'on parle de _personnes_, on est libre d'employer _à qui_, ou +_auquel_, _à laquelle_: _Dieu_ À QUI, ou AUQUEL _nous devons rapporter +toutes nos actions_. + +Quand ce sont des prépositions autres que _de_ et _à_, qui régissent le +pronom relatif, l'on peut employer indifféremment _qui_ ou _lequel_, si +l'on parle de _personnes_, et dire; _cherchons à fléchir le Juge_ DEVANT +QUI, OU DEVANT LEQUEL _nous devons paraître un jour_:--_on s'ennuie +toujours avec ceux_ AVEC QUI, ou AVEC LESQUELS _il n'est pas permis de +s'ennuyer_. + +Mais si l'on parle de _choses_, l'on doit se servir de _lequel_, +_laquelle_: _l'opinion_ CONTRE LAQUELLE _je me déclare_. + +_Qui_ s'emploierait cependant dans les cas où les choses seraient +_personnifiées_: _rochers_ À QUI _je me plains_:--_la gloire_ À QUI _je +me suis dévoué_. + +PRONONCIATION. La prononciation de la conversation diffère de celle de +la déclamation, et de la lecture, en ce qu'elle souffre une infinité +d'hiatus, pourvu qu'ils ne soient pas trop rudes. L'usage est tellement +prononcé à cet égard, qu'il serait d'un pédant de ne pas s'y conformer. +Ainsi dans la conversation, _folâtrer et rire_:--_aimer à jouer_, se +prononcent, _folâtré et rire_:--_aimé à jouer_. En général l'_s_ finale +des verbes ne se prononce point devant une voyelle: ainsi, _tu aimes à +rire_:--_tu joues avec prudence_, se prononcent, _tu aime à rire_:--_tu +joue avec prudence_. + +L'articulation vicieuse de la diphthongue _oi_, si fréquente chez nous, +doit attirer l'attention sérieuse de l'instituteur; ou plutôt, +devons-nous dire, sa conscience est grevée à cet égard, d'une immense +responsabilité envers ses élèves et la société. + +En discutant la prononciation de cette diphthongue, Gatel, dans la +préface de son dictionnaire, p. XII (Édit. de 1813) dit: + + «Quant à la diphthongue _oi_...je n'ignore pas que l'usage lui + donne chez nous...une susceptibilité de plusieurs nuances, pour + ceux du moins qui...ont les organes extrêmement souples et + délicats. C'est tantôt le son d'_oe_, ou plutôt + d'_oè_;...tantôt celui d'_oa_...tantôt celui d'_oua_...mais ces + nuances m'ont paru en général si légères, si difficiles à + saisir...que...j'ai jugé plus convenable...de désigner + toujours...la prononciation d'_oi_ par _oa_, en prenant la + seule précaution d'affecter l'_a_ de l'accent circonflexe, + suivant que le son en devait être plus ou moins fortement + appuyé.» + +Duvivier, dans son article des diphthongues, dit que le son le plus +naturel de la diphthongue _oi_, + + «est celui que l'on suit en grec, où l'on fait entendre l'_o_ + et l'_i_, comme dans _voi-ïelle_, _roi-ïaume_ (_voa-ïelle_, + _roa-ïaume_) mais,» dit-il, «elle a encore d'autres sons qu'il + est difficile de représenter par écrit.» + +Outre Gatel déjà cité, Noël et Chapsal dans leur dictionnaire, et +Rolland dans son vocabulaire, désignent toujours la prononciation de la +diphthongue _oi_ par _oa_, ou _oua_. Suivant eux, _voir_, _boire_, +_croire_, _moi_, _toi_, _droit_, etc., se prononcent, _voar_, _boar_, +_croar_, _moa_, _toa_, _droa_. + +Il faut donc éviter de donner le son de l'_è_ ouvert à la diphthongue +_oi_, et se garder de prononcer, _vo-ère_, _bo-ère_, _cro-ère_, _mo-è_, +_to-è_, _dro-è_, etc. + +Le Dictionnaire de l'Académie, et la plupart des grammairiens modernes +donnent, à quelques nuances près, la même règle pour la prononciation de +la diphthongue _oi_. + +Le son de la voyelle _a_, comme le son de quelques autres voyelles, peut +être _aigu_ ou _grave_: il est aigu dans _patte_, _natte_ et grave dans +_hâte_, _pâte_. On conçoit, facilement que le son grave doit être plus +fort, plus rempli que le son aigu: mais on doit éviter de prononcer +l'_a_ comme les anglais le prononcent dans LAW (loi): et les allemands +dans JA (oui) avec une effrayante ouverture de bouche. La douceur, +l'harmonie de la langue française, ne peut souffrir la rudesse de tels +sons. + +L'Académie vient à l'appui de cette règle de la prononciation de la +voyelle _a_. + + «Le son de l'_a_, en français, est le même dans tous les mots: + il ne différe que par sa durée, et par des nuances peu + sensibles. Il est long ou bref: long dans _pâte_, _grâce_; bref + dans _glace_, _trace_. _Dict._ de _l'Ac. Édit. de 1832_.» + +Les autres voyelles susceptibles de devenir graves, sont _e_, _u_, _o_: +_tempête_, _jeûne_, _côte_. + +PROPORTIONNEL _adjectif_, et PROPORTIONNELLEMENT _adverbe_, termes de +mathématiques, sont employée quand il s'agit de quantités en lignes, en +nombres ou en grandeurs, qui sont en proportion. _Réduire_ +PROPORTIONNELLEMENT _un grand plan à un petit_. + +Dans les autres cas, où il est question de proportion entre une chose et +une autre chose, on se sert du participe _proportionné_, et de l'adverbe +_proportionnément_: _le remède est_ PROPORTIONNÉ _au mal_:--_il n'a pas +été récompensé_ PROPORTIONNEMENT _à son mérite_. + +PROPRE À, désigne une vocation, ou une destination encore imparfaite. +_Propre pour_, marque une capacité acquise: un homme _propre à_ la +guerre, pourra être un jour un guérier: un homme _propre pour_ la +guerre, a ce qu'il faut pour l'être maintenant. + +PUISQUE. L'_e_ de _puisque_ ne s'élide que devant _il_, _ils_, _elle_, +_elles_, _on_, _un_, _une_: même observation pour le mot _quoique_. + + +QUATRE-VINGTS prend la marque du pluriel: _quatre-vingts hommes_: +excepté quand il est suivi d'un autre adjectif de nombre: +_quatre-vingt-dix hommes_. Il est également invariable quand il s'agit +de la date: _l'an mil huit cent quatre_-VINGT. + +QUELQUE s'écrit de trois manières: + +1º. suivi d'un verbe il se met en deux mots, _quel que_, et alors _quel_ +adjectif s'accorde au genre et en nombre avec le sujet du verbe: QUELS +QUE _soient les humains_. + +2º. suivi d'un substantif il s'écrit en un mot, _quelque_, et s'accorde +en nombre avec ce substantif: QUELQUES _raisons que vous puissiez me +donner_. + +3º. suivi d'un qualificatif, soit adjectif, soit participe, soit +adverbe, _quelque_ s'écrit également en un mot: mais alors il est +adverbe, et conséquemment reste invariable: QUELQUE _puissans qu'ils +soient_:--QUELQUE _considérés que nous soyons_:--QUELQUE _adroitement +qu'ils s'y prennent_. + +L'_e_ finale de _quelque_ s'élide seulement devant _un_, _une_, _autre_, +_il_, _elle_, _elles_: _quelqu'un_,--_quelqu'une_,--_quelqu'autre_, +--_quelqu'il soit_,--_quelle qu'elle soit_. + +QUELQUE CHOSE. Quand _quelque chose_ signifie une certaine chose, il est +substantif masculin. _J'ai vu quelque chose de_ BEAU. Il est substantif +féminin lorsqu'il veut dire, quelque soit la chose. _Quelque chose que +je lui ai_ DITE. + +QUÊTER. C'est abusivement qu'on emploie ce mot pour signifier _mendier_. +_Quêter_, c'est faire une collecte pour les pauvres, pour les objets de +confréries, pour les établissemens religieux, etc. _Mendier_ c'est +demander l'aumône. + +Même remarque pour _quêteur_ qu'on fait synonyme de _mendiant_. + +_Quêteux_ pour _mendiant_ est doublement barbare. + +QUI prend le nombre et la personne de son antécédent, et les communique +au verbe dont il est le sujet. Conséquemment on dira: _moi qui_ AI +_parlé_:--_toi qui_ AS _parlé_:--_lui_ ou _elle qui_ A _parlé_:--_nous +qui_ AVONS _parlé_:--_vous qui_ AVEZ _parlé_:--_ils_, ou _elles qui_ ONT +_parlé_. + +On doit donc aussi dire, _si c'était moi qui_ VOULUSSE--_si c'était vous +qui_ VOULUSSIEZ--_si c'était lui qui_ VOULUT, et non pas, _si c'était +moi qui_ VOULUT:--_si c'était vous qui_ VOULUT, etc. + +On dira, _vous parlez comme un homme_ QUI ENTEND _la matière_, et non +pas, QUI ENTENDEZ _la matière_:--_vous parlez comme des hommes_ QUI S'Y +CONNAISSENT, et non pas, QUI VOUS Y CONNAISSEZ:--_tu étais le seul qui_ +PUT _me dédommager_: parce que dans ces phrases, le relatif _qui_ +représente le substantif qui le précède immédiatement: et en effet, +c'est comme si l'on disait; _vous parlez comme un homme_, LEQUEL HOMME +_entend la matière_, etc. et puis ce substantif, que l'on est censé +répéter après _lequel_, étant réellement le sujet, communique au verbe +le genre, le nombre et la personne. + +Lorsque le relatif _qui_ est précédé d'un adjectif, c'est au pronom qui +est placé auparavant que se rapporte ce relatif: en conséquence il faut +dire; _nous sommes ici_ PLUSIEURS _qui nous_ SOUVENONS _des +succès_....--_c'est vous_ SEULS _qui vous_ CHARGEZ _de cette +responsabilité_:--_nous étions_ DEUX _qui_ ÉTIONS _du même avis_. +Observez que l'on dirait: _nous étions_ DEUX _juges qui_ ÉTAIENT _du +même avis_, et non pas, _qui_ ÉTIONS _du même avis_, à cause du +substantif _juges_ qui est l'antécédent de _qui_. + +QUI, QUE. On doit éviter la multiplicité de ces pronoms, surtout quand +ils sont interrogatifs. La grammaire ne les condamne pas absolument, +mais l'oreille en est offensée. Ainsi au lieu de: QUI _est-ce_ QUI _a +fait cela_?--QU'_est-ce_ QUE _c'est_ QUE _cela_?--QU'_est-ce_ QUE _tu +as_? dites: QUI _a fait cela_?--QU'_est-ce_ QUE _cela_?--QU'_as tu_? + +QUICONQUE devient féminin quand il désigne spécialement une femme: +_quiconque est bonne mère est_ ADORÉE _de ses enfans_. + +QUOIQUE, en un mot, signifie _bien que_; QUOIQUE _vous soyez instruit_, +_soyez modeste_: en deux mots, il veut dire, _quelque chose que_: QUOI +QUE _vous lui disiez_, _il ne vous écoutera pas_. + +L'_e_ de _quoique_ ne s'élide que devant _il_, _elle_, _ils_, _elles_, +_ou_, _un_, _une_. + + +R. Dans la lecture, dans le discours soutenu, et dans les vers, _r_ +finale des infinitifs en _er_ est nulle devant une consonne ou une _h_ +aspirée: mais suivie d'une voyelle ou d'une _h_ muette, elle se fait +entendre. + +Dans la conversation _r_ est une lettre muette à la fin des infinitifs, +même devant une voyelle: _aimer à boire_,--_parler et chanter_, se +prononcent _aimé à boire_,--_parlé et chanté_. + +RAILLERIE. _Entendre raillerie_, c'est bien prendre la raillerie. +_Entendre_ LA _raillerie_, c'est avoir le talent de railler. + +RAPPELER, (se) veut un régime direct; ne dites pas, _je me rappelle_ DE +_cette personne_:--_je me rappelle_ DE _cette chose_:--_je_ _m'_EN +_rappelle_: dites, _je me rappelle cette personne_:--_je me rappelle +cette chose_:--_je me le rappelle_. + +On met cependant la préposition _de_ devant l'infinitif: dans ce cas +_de_ n'est qu'un mot euphonique, et l'infinitif n'en est pas moins le +régime direct: _je me rappelle_ D'_avoir vu_. + +RAPPORT. _Avoir rapport à_ exprime une idée de relation, de liaison: +_les effets ont rapport_ AUX _causes_. _Avoir rapport avec_ marque une +idée d'analogie, de ressemblance: _nos plus belles tragédies ont +beaucoup de rapport_ AVEC _celles des Grecs_. + +RAVOIR ne se dit qu'à l'infinitif. + +RÉGIMES, (deux). Quand un verbe a deux régimes, l'un est simple et +l'autre est composé: alors il faut toujours placer le régime simple le +plus près possible du verbe: _apportez-moi-la_,--_dites-moi-le_, +seraient donc des fautes, parce que _moi_ est régime composé, et _le_, +_la_, régimes simples; il faut dire, _apportez-la-moi_, +--_dites-le-moi_,--_donnez le-lui_,--_chantez-la-nous_, etc. + +RÉGIME PRONOM. Toutes les fois qu'un verbe actif est suivi d'un +infinitif, on doit employer _le_, _la_ _les_, devant ce verbe actif, si +l'infinitif n'est pas régime direct: car alors il faut que le pronom +soit régime direct, puisqu'un verbe actif exige un régime de cette +nature: mais on doit employer _lui_, _leur_, quand l'infinitif est le +régime direct du verbe actif, un verbe actif ne pouvant pas avoir deux +régimes directs. + +On doit donc dire en parlant d'un homme, _je_ L'_ai vu faire bien des +sottises_, et non pas, _je_ LUI _ai vu faire bien des sottises_: et en +parlant des animaux; _c'est la brutalité qui_ LEUR _fait suivre les +mouvemens de leur colère_: et non pas: _c'est la brutalité qui_ LES +_fait suivre_, etc. + +Dans la première phrase le pronom LE (_cet homme_) est le régime direct +de _voir_ et non pas de l'infinitif _faire_; c'est comme s'il y avait, +_j'ai vu cet homme faisant bien des sottises_. + +Dans la seconde phrase _suivre_ est le régime direct de _faire_, et +_leur_ (aux animaux) le régime indirect; c'est comme si l'on disait; +_c'est la brutalité qui fait suivre aux animaux les mouvemens de leur +colère_. + +On ne doit pas dire, _l'idée_ LES _a pris d'aller à la campagne_: mais, +_l'idée_ LEUR _a pris_, etc. Ici le verbe est pris neutralement, et ne +saurait avoir de régime direct. + +Il y a une grande différence entre, _je_ LUI _ai vu donner un soufflet_, +et, _je_ L'_ai vu donner un soufflet_,--entre, _les offres de service +que je_ LEUR _ai vu faire_, et, _les offres de service que je_ LES _ai +vus faire_:--entre, _les liqueurs que je_ LEUR _ai vu verser_, et, _les +liqueurs que je_ LES _ai vus verser_. Cette différence est telle, qu'en +confondant les deux régimes l'on exprimerait positivement le contraire +de ce que l'on voudrait faire entendre. + +RÉFORMATION, RÉFORME. La _réformation_ est l'action de réformer; la +réforme en est l'effet. + +RÉSOUDRE. _Je résous_, _tu résous_, _il résout_, _nous résolvons_, _vous +résolvez_, _ils résolvent_, _je résolvais_, _je résolus_, _je +résoudrai_, _je résoudrais_, _résous_, _résolvons_, _résolves_, _que je +résolve_, _que nous résolvions_, _que vous résolviez_, _que je +résolusse_, _résolvant_: il a deux participes passés, _résolu_ et +_résous_: ce dernier n'a point de féminin. + +Lorsqu'il est question de déterminer une chose douteuse, on se sert de +_résolu_: _ce jeune homme a_ RÉSOLU _de changer de conduite_. En parlant +des choses qui se convertissent en d'autres, on se sert de _résous_; _le +soleil a_ RÉSOUS _le brouillard en pluie_. + +Quant _résoudre_ est actif, il régit _de_ avant l'infinitif, _on a +résolu_ D'_agir sans plus tarder_: employé passivement il prend _à_ ou +_de_ devant l'infinitif: _je suis résolu_ À _partir_, ou DE _partir_. +Quand résoudre est réfléchi, il régit _à_; _je me suis résolu_ À +_demander une retraite_. + +RESPECT. On dit également _respè_ ou _respeck_. Quand aux mots _aspect_ +et _circonspect_, il faut prononcer _aspeck_ et _circonspeck_. Cependant +Boiste prononce _assepekte_. + +RESTE. _Au reste_ se dit des choses dont on a déjà parlé, et sur +lesquelles il reste quelque chose à dire; _voilà l'opinion de Bernard_: +AU RESTE _je vous en écrirai_. + +_Du reste_ s'emploie quand ce qui suit n'est pas dans le même genre que +ce qui _précède_; _il est bizarre, emporté_, DU RESTE _brave homme_. + +RÉSULTER n'est usité qu'à l'infinitif et aux troisièmes personnes du +singulier. Il prend _avoir_ et _être_. + +RÉUNIR, lorsqu'il signifie, _posséder en même temps_, ne doit jamais +être suivie des prépositions _à_ ou _avec_; ne dites donc pas, _Turenne +réunissait la prudence_ À _la hardiesse_, ni, AVEC _la hardiesse_: +dites, _Turenne réunissait la prudence_ ET _la hardiesse_. En matière de +Fief et d'autres choses semblables, on dit, _réunir à_.--_Réunir un +grand Fief_ À _la Couronne_. + +Le verbe _unir_ rejette la préposition _avec_, et veut _à_. _Turenne +unissait la prudence_ À _la hardiesse_. + +RÊVER À, c'est réfléchir profondément; _il rêve_ À _une affaire_. _Rêver +de_, c'est faire un songe: _j'ai rêvé_ DE _vous_:--_j'ai rêvé_ DE +_combats_. + +REVERS INATTENDU. On prononce _rever inattendu_. + +RIRE. Le participe _ri_ est invariable: _ils se sont_ RI,--_elles se +sont_ RI _de mes menaces_. + +ROSBIF, du mot anglais _roast-beef_, signifie boeuf rôti. + +ROYAL. On disait autrefois, _des lettres royaux_,--_des ordonnance +royaux_: la raison a fait justice de cette bizarre irrégularité: +aujourd'hui l'on dit, _lettres royales_, _ordonnances royales_. + + +S. L'_s finale_ se fait entendre dans les mots _anus_, _aloès_, _as_, +_atlas_, _blocus_, _calus_, _foetus_, _iris_, _maïs_, _moeurs_, +_prospectus_, _lapis_, _laps_, _en sus_, _locatis_, _vis_, _vasistas_, +et dans les mots purement étrangers, tels que _bibus_, _chorus_, +_agnus_, _gratis_, _Crésus_, _Délos_, _Rubens_, _Valens_, (prononcez, +_rubinze valinze_) _Bacchus_, _Pallas_, etc. + +Exceptions. L'_s_ ne sonne pas dans _Mathias_, _Thomas_, _Judas_. + +Quand le pronom _y_, ou le pronom _en_, suit immédiatement la seconde +personne singulière de l'impératif terminé par un _e_ muet, il faut, +pour éviter un hiatus, y ajouter une _s_ euphonique, et écrire, +_donnes-en_;--_portes-y_;--_aies-en_;--_travailles-y_. + +Mais si le mot _en_, au lieu d'être un pronom, est une préposition, +alors on ne fait point usage de la lettre euphonique _s_; et l'on écrit, +_admire en France_...et non pas, _admires en France_. + +On ne fait pas sonner l'_s_ dans cette phrase du discours familier, _sur +les une heure_. + +L'impératif _va_, suivi des pronoms _y_, _en_, prend aussi une _s_: +_vaS-y-voir_;--_vaS-en demander_; mais on ne doit pas dire, _vaS en +Angleterre_, mais, _va en Angleterre_, parce que _en_ est ici +préposition. + +SAILLIR, (verbe neutre et défectif) dans le sens de _jaillir_, ne se dit +que des liquides: il n'est d'usage, suivant du Duvivier, qu'aux +troisième personnes, et à l'infinitif, et se conjugue sur _finir_. _Il +saillit_, _ils saillissent_, _il saillissait_, _ils saillissaient_, _il +saillit_, _ils saillirent_, _il saillira_, _ils sailliront_, _il +saillirait_, _ils sailliraient_, _qu'il saillisse_, _qu'ils +saillissent_, _qu'il saillît_, _qu'ils saillissent_. + +SAILLIR, terme d'architecture, signifie s'avancer en dehors comme un +balcon, une corniche. En ce sens il se conjugue différemment du verbe +_saillir_ de l'article qui précède, et ne s'emploie qu'à l'infinitif, et +à la troisième personne des temps suivans; _il saille_, _ils saillent_, +_il saillait_, _ils saillaient_, _il saillera_, _ils sailleront_, _il +saillerait_, _ils sailleraient_, _qu'il saille_, _qu'ils saillent_, +_qu'il saillît_, _qu'ils saillissent_. + +SANS QUE n'est jamais, suivi de _ne_: dites, _sans qu'il vienne_, et +non, _sans qu'il_ NE _vienne_. + +SAVOIR est le seul verbe qui se mette au subjonctif, sans être sous la +dépendance d'un autre mot qui le précède; mais alors il doit être +accompagné d'une négation: _je ne_ SACHE _rien de nouveau_. + +SECOND éveille une idée d'ordre, et _deuxième_ une idée de série. Ne +dites pas; _le_ DEUXIÈME, _mais_, _le_ SECOND _tome_ d'un ouvrage qui +n'a que deux tomes. Si l'ouvrage a plusieurs tomes, dites, _le_ DEUXIÈME +et non _le_ SECOND _tome_. + +SEMBLER. Le verbe impersonnel, _il semble_, veut le subjonctif: _il +semble qu'il vous_ CRAIGNE: excepté quand il est accompagné d'un régime +indirect de personne; _il_ ME _semble qu'il vous_ CRAINT. + +SEMI ne s'emploie qu'avec certains mots, et reste toujours invariable; +_une_ SEMI-_fête_:--_des_ SEMI-_tons_:--_des fleurs_ SEMI-DOUBLES. + +S'EN ALLER. Le pronom _en_ de _s'en aller_, doit toujours, dans les +temps composés, précéder immédiatement le verbe _être_. Dites, _nous +nous_ EN _sommes allés_: et non pas, _nous nous sommes_ EN _allés_. + +Il ne faut pas dire; _je m'_EN _vais commencer cette lettre_:--_je_ +_m'_EN _vais lui écrire_: mais, _je vais commencer cette lettre_:--_je +vais lui écrire_. + +SENS (ville). Prononcez, _San-ce_. + +SEOIR, pour signifier _être assis_, ne se dit plus qu'aux participes, +_séant_, _sis_, _sise_: et pour signifier _être convenable_, ne se dit +qu'au participe présent, qu'on écrit alors _seyant_, et aux troisièmes +personnes, _il sied_, _ils siéent_, _il seyait_, _ils seyaient_, _il +siéra_, _ils siéront_, _il siérait_, _ils siéraient_. Il est inusité aux +temps composés. + +_Messeoir_ se conjugue comme _seoir_, _et s'_emploie aux mêmes temps. + +SI. On ne doit pas dire, _il était_ SI _en peine_:--SI _en colère_: +mais, _il était_ SI FORT _en peine_...SI FORT _en colère_. + +SOFA, CANAPÉ. L'Académie dit qu'on confond souvent les _canapés_ avec +les _sofas_. _Sofa_, ou _sopha_, est un lit de repos qui sert de siége. +_Canapé_ est un long siége à dossier, qui sert quelquefois, mais +rarement, de lit de repos. La plupart des longs siéges, qui parent nos +salons, sont des _canapés_, et c'est une faute de les désigner par le +terme _sofa_. _Divan_ est un canapé oriental, sans dossier. + +SOI. Le pronom personnel _soi_ se dit des personnes et des choses. Quand +il se dit des personnes, ce ne peut être que dans les propositions +générales, ou avec des noms collectifs ou indéfinis, comme _on_, +_chacun_, _personne_, _quiconque_, etc. _On doit rarement parler de_ +SOI;--_chacun est content de_ SOI;--_quiconque n'aime que_ SOI, _est +indigne de vivre_;--_ne vivre que pour_ SOI, _c'est être déjà mort_. + +Lorsque l'antécédent présente un sens déterminé, ce n'est plus _soi_ +qu'il faut employer, c'est _lui_, _elle_, _lui-même_, _elle-même_: _cet +homme rapporte tout à_ LUI,--_cette femme ne parle que d'_ELLE-MÊME. + +Cependant, pour éviter une équivoque, les écrivains emploient _soi_, +quoique l'antécédent offre un sens déterminé. _Ce jeune homme, en +remplissant les volontés de son père, travaille pour_ SOI. Si au lieu de +_pour_ SOI, l'on disait _pour_ LUI, il y aurait une équivoque; on ne +saurait si LUI représente le père ou le fils. + +Lorsqu'il est question de _choses_, on peut indifféremment employer le +pronom _soi_, ou le pronom _lui_, _elle_. _L'aimant attire le fer à_ +SOI, ou _à_ LUI;--_un bienfait porte sa récompense avec_ SOI, ou _avec_ +LUI,--_la vertu est aimable de_ SOI, ou _d'_ELLE-MÊME. + +_Soi_ étant toujours du nombre singulier, ne peut jamais se rapporter à +un pluriel, lorsqu'il s'agit de _personnes_; mais s'il est question de +_choses_, les avis sont partagés. L'Académie et Th. Corneille rejettent +cette phrase, _ces choses sont indifférentes de_ SOI, tandis qu'ils +admettent celle-ci, _de_ SOI _ces choses sont indifférentes_. + +SON, SA, SES, LEUR, LEURS, quand il s'agit de choses, se remplacent par +l'article et le pronom _en_, lorsque ceux-ci peuvent entrer dans la +phrase sans nuire au sens. Ainsi, an lieu de dire en parlant d'une +maison, SON _extérieur est agréable_; en parlant d'une ville, _j'aime_ +SES _environs_; et en parlant d'arbres, LEURS _fruits sont excellens_; +l'on dira: L'_extérieur_ EN _est agréable_,--_j'_EN _aime_ LES +_environs_,--LES _fruits_ EN _sont excellens_. + +Mais on dira avec _son_, _sa_, _ses_, _leur_, _leurs_; _le Saint-Laurent +a_ SA _source au delà du Lac Supérieur_,--_les sciences ont_ LEURS +_difficultés_; parce que le sens ne permet pas de remplacer _son_, +_sa_, _ses_, etc., par l'article et le pronom _en_. + +SORTIR, pour signifier _obtenir_, _avoir_, est un terme de palais, usité +seulement à la troisième personne, et à quelques-uns de ses temps; _il +sortit_, _ils sortissent_, _il sortissait_, _qu'il sortisse_, +_sortissant_, _sorti_, _sortie_. Pour les temps composés, on se sert +d'_avoir_: _ce jugement_ A _sorti son plein et entier effet_. + +SOU. On n'écrit plus, comme autrefois, _sol_. + +SOUFFRIR prend _à_ ou _de_ devant l'infinitif: _je souffre_ À _le voir_, +ou DE _le voir dans cet état_. + +SOUVENIR (faire). C'est une faute de dire: _afin de_ LEUR _faire +souvenir_:--_je_ LUI _ai fait souvenir_: dites, _afin de_ LES _faire +souvenir_:--_je_ L'_ai fait souvenir_. + +_Souvenir_ s'emploie en parlant de choses récentes; _ressouvenir_ en +parlant de choses passées depuis longtemps. + +SUBSTANTIFS. L'usage veut que certains substantifs, ayant la même +inflexion et le même genre, servent à désigner les deux sexes; tels +sont, _auteur_, _docteur_, _général_, _géomètre_, _graveur_, _médecin_, +_orateur_, _philosophe_, _poëte_, _sculpteur_, _soldat_, _témoin_, +_peintre_, _traducteur_, etc. + +Quand les substantifs _enfant_, _esclave_, _dépositaire_, etc., +représentent une personne du sexe, l'article et l'adjectif doivent être +mis au féminin. UNE _enfant_ PIEUSE;--UNE _esclave_ BLANCHE;--UNE +_dépositaire_ PRUDENTE. + +SUBSTANTIFS COMPOSÉS (l'orthographe des). + +_Première règle_. Quand un substantif composé est formé d'un substantif +et d'un adjectif, ils prennent l'un et l'autre la marque du pluriel: +_une basse-taille_, _des basses-tailles_:--_un plain-chant_, _des +plains-chants_: excepté, _des blanc-seings_, _des terre-pleins_, _des +chevau-légers_, _des grand'-mères_, _des grand'-messes_. + +_Remarque._ Quand il entre dans un substantif composé un mot, qui ne +s'emploie plus isolément, comme dans _pic-grièche_, _loup-garou_, +_gomme-gutte_, etc., ce mot joue le rôle d'un adjectif, et conséquemment +prend la marque du pluriel: _des pics grièches_, _des loups-garous_, +_des gommes-guttes_. + +_Deuxième règle._ Quand un substantif composé est formé de deux +substantifs, placés immédiatement l'un après l'autre, ils prennent tous +les deux la marque du pluriel: un _chef-lieu_, des _chefs-lieux_, un +_chien-loup_, des _chiens-loups_, un _chou-fleur_, des _choux-fleurs_: +excepté, un _bec-figues_, des _bec-figues_, un _appui-main_, des +_appuis-main_, un _Hôtel-Dieu_, des _Hôtels-Dieu_, un _brèche-dents_, +des _brèche-dents_. + +_Troisième règle._ Quand un substantif composé est formé de deux +substantifs unis par une préposition, c'est le premier substantif qui +prend la marque du pluriel: un _ciel-de-lit_, des _ciels-de-lit_: un +_chef-d'oeuvre_, des _chefs-d'oeuvre_: excepté, des _coq-à-l'âne_, des +_pied-à-terre_, des _tête-à-tête_. + +_Quatrième règle._ Quand un substantif composé est formé d'un substantif +joint à un verbe, ou à une préposition, ou à un adverbe, le substantif +seul prend le signe du pluriel, si toutefois il y a pluralité dans +l'idée. Ainsi l'on écrira avec une _s_ au pluriel, des _contre-coups_, +des _avant-coureurs_, des _arrière-saisons_. Mais on écrira sans mettre +une _s_ au pluriel, parce qu'il y a unité dans l'idée, des _serre-tête_, +des _réveille-matin_ (horloges), des _contre-poison_. Enfin on écrira +avec une _s_, tant au singulier qu'au pluriel, parce qu'il y a toujours +pluralité dans l'idée, les mots _essuie-mains_, _cure-dents_, +_porte-clefs_. V. TIRE-BALLE, PORTE. + +_Cinquième règle._ Quand un substantif composé ne renferme que des mots +invariables de leur nature, comme _verbe_, _préposition_, _adverbe_, +aucune de ces parties ne prend la marque du pluriel: des _pour-boire_, +des _passe partout_. + +SUCCÉDER. Le participe _succédé_ est invariable: _ils nous ont_ +SUCCÉDÉ,--_ils se sont_ SUCCÉDÉ. + +SULLY. Les _ll_ de ce nom propre sont mouillées. + +SUPPLÉER. _Suppléer une chose_, et _suppléer_ À _une chose_, ont des +sens très-différens. _Suppléer une chose_, c'est remplacer ce qui +manque, en fournissant une chose de la même nature. _Ce sac doit être de +mille francs_: _s'il y a cent francs de moins, je_ LES _suppléerai_. + +_Suppléer_ À _une chose_ c'est remplacer cette chose par une autre chose +qui en tient lieu: _la valeur supplée_ AU _nombre_. + +Avec un nom ou pronom de _personne_, qui lui sert de régime, _suppléer_ +ne prend jamais la préposition _à_. Ainsi dites _suppléer quelqu'un_, et +non pas, _suppléer_ À _quelqu'un_:--_s'il ne vient pas je_ LE +_suppléerai_, et non pas, _je_ LUI _suppléerai_. + +SUPPOSÉ s'accorde lorsqu'il suit le substantif: _ces faits_ SUPPOSÉS: il +est invariable quand il le précède: SUPPOSÉ _ces faits_. + +SURSEOIR. _Je sursois, tu sursois, il sursoit, nous sursoyons, vous +sursoyez, ils sursoient, je sursoyais, nous sursoyions, vous sursoyiez, +ils sursoyaient, je sursis, nous sursîmes, je surseoirai, nous +surseoirons, je surseoirais, nous surseoirions, surseois, sursoyons, que +je surseoie, que nous sursoyions, que je sursisse, que nous sursissions, +sursoyant, sursis, sursise._ + +_Surseoir_, verbe actif, signifie suspendre: _on a sursis la +délibération_: on dit aussi neutralement: _surseoir au jugement d'une +affaire_. + +SYNONYME. Après deux substantifs synonymes, employés comme sujets, le +verbe s'accorde avec le dernier: _son courage_, _son intrépidité_ +ÉTONNE _les plus braves_. L'adjectif suit la même règle: _une douceur_, +_une affabilité_ CHARMANTE. + + +T. À quelques rares exceptions près, le _t_ final se prononce seulement +devant une voyelle ou une _h_ muette. C'est donc une faute, même grave, +que de le faire sonner dans _juillet_, _beset_, _calumet_, _Nicolet_, +ainsi que dans les noms d'hommes, _Bossuet_, _Croiset_, etc.: prononcez, +_juillè_, _besè_, _calumè_, _Nicolè_, _Bossuè_, _Croisè_. + +Dans _avant-hier_ le _t_ se fait sentir faiblement: mais il ne peut être +prononcé, sans blesser l'oreille, dans les locutions, _un goût +horrible_,--_un tort incroyable_,--_un instinct heureux_, etc.: et si le +mot suivi d'une voyelle, a un _r_ devant le _t_ final, comme dans _il +part aujourd'hui_,--_il court à bride abattue_,--_il s'endort à +l'ombre_, l'usage le plus commun est de ne pas faire sonner le _t_. + +Le _t_ final se fait toujours entendre dans _abject_, _contact_, _fat_ +(_fat_ n'a point de féminin), _suspect_, _granit_, etc. + +L'adverbe _net_ se prononce indifféremment _nè_ ou _nette_: mais le _t_ +de l'adjectif _net_ est muet au masculin. + +Duvivier dit: + + «La plupart des écrivains modernes forment le pluriel des + substantifs qui sont terminés par _ant_, ou par _ent_, en + ajoutant un _s_ et en supprimant le _t_ final dans les + polysyllabes: mais ils le conservent dans les monosyllabes. + + «Toutefois cette suppression n'est pas également adoptée; et en + effet _Regnier_, _Desmarais_, MM. de _Port-Royal_.... beaucoup + de grammairiens modernes.... et un grand nombre + d'imprimeurs.... conservent le _t_ final.... mais.... + l'Académie a adopté cette suppression....» + +Les mêmes remarques sont applicables à la suppression du _t_ au pluriel +des adjectifs terminés par _ant_ et par _ent_. + +TÂCHER. _Je tâcherai que vous soyez content_, est un solécisme, parceque +_tâcher_ n'est jamais suivi de la conjonction _que_. + +_Tâcher_ prend _à_ devant l'infinitif, quand il signifie _songer à_, +_viser à_: _il tâche_ À _m'embarrasser_,--À _me nuire_: et _de_ quand il +exprime les efforts que l'on fait pour parvenir à une fin: _il tâche_ +D'_avancer_. + +TAMBOUR. _Battre_ DU _tambour_, c'est jouer du tambour; _battre_ LE +_tambour_, c'est donner un signal par le tambour. + +TARDER prend également _à_ ou _de_ devant l'infinitif: _tarder_ À, OU +_tarder_ DE _venir_. + +TÉMOIN placé au commencement d'un membre de phrase, est pris +adverbialement: TÉMOIN _les victoires de nos armes_. + +TERMES DE MARINE. L'emploi abusif de termes de marine, importés au pays +par les premiers colons et navigateurs, à fait à la langue une plaie, +qu'il n'est pas facile de fermer. Le mal, comme une épidémie, des +dernier rangs de la société, s'est communiqué aux premiers: et souvent +l'éducation la plus soignée est une faible barrière contre l'emploi, à +rebours du sens commun, des termes, _virer_, _amarrer_, _larguer_, +_greiller_ (gréer), _embarquer_, _débarquer_, _revirer de bord_, +_amarre_, _bordée_, etc., etc. + +Les Instituteurs ne peuvent trop sévir contre l'abus que nous signalons +ici. + +TERMES PARASITES. Il faut éviter avec un soin extrême les _mots +favoris_, les _termes bizarres_, qui inondent nos discours, et nous +rendent importuns, ridicules et sont souvent le fléau de la société, +sans que nous nous en appercevions. Rien d'ailleurs ne décèle plus une +éducation vulgaire. + +Également on doit éviter les tours surannés, les expressions ignobles, +qui ne peuvent que fatiguer les personnes qui écoutent: tels que, _tirer +les vers du nez_; _vous pouvez m'en croire_;--_par dessus le +marché_;--_je vous remercie bien des fois_;--_au bout du compte_; _ce +n'est pas l'embarras_; _sourd comme un pot_; etc. + +Le jeune âge doit être prémuni contre ces défauts, dont l'habitude se +corrige difficilement. + +TIRANT est un _cordon_ qui sert à ouvrir et fermer une bourse, un +ridicule: c'est un _cuir_, un _ruban_ pour boucler des souliers, monter +des bottes, attacher des papiers, etc. On ne doit pas employer dans ces +sens les termes _attache_, _ganse_, et encore moins le mot anglais +_strap_. + +TIRE-BALLE ne prend pas d'_s_ au pluriel; non plus que les mots suivans; +_tire-bouchon_, _tire-bourre_, _tire-bouton_, _tire-clou_, _tire-pied_, +etc.: _tire-botte_ s'écrit au pluriel avec une _s_. V. SUBSTANTIFS +COMPOSÉS. + +TITRES _d'honneur_. Le mot _Révérend_ est un titre qui appartient +exclusivement aux _Prélats_, aux _Religieux_ et aux _Religieuses_: et +par conséquent, c'est une erreur grave que de le donner aux membres de +notre clergé canadien, qui est _séculier_. Cette erreur nous vient des +anglais, qui qualifient tous leurs ministres de _Révérends_. Mais +quelque soit l'usage des Anglais à cet égard, nous ne pouvons donner au +mot français _Révérend_, une extension qu'il n'a pas, une acception qui +lui est étrangère. + +C'est encore par un abus de langage, que l'on attribue à nos +ecclésiastiques la qualification de _Messire_. Ce titre d'honneur se +donnait ci-devant en France et au Canada dans les actes, (mais seulement +dans les actes,) _aux nobles et aux personnes distinguées par quelque +haute dignité_, tant parmi les laïcs, que parmi les gens d'église: _fut +présent Haut et Puissant Seigneur_ MESSIRE _Pierre Séguier_, +_Chevalier_, etc. + +_Révérend Messire_ est une expression doublement incorrecte. + +Il est à regretter que le titre d'_Abbé_, que l'on donne invariablement +en France aux ecclésiastiques séculiers, ne soit presque plus usité +chez nous. + +Les titres, _Monsieur_ et _Madame_ doivent être supprimés, quand on +prend en écrivant, une autre qualification. Ainsi un _Chevalier_ ne doit +pas écrire, _Monsieur le Chevalier de N. a l'honneur de prévenir +Monsieur le Colonel_: un Curé, _Monsieur le Curé de N., prie Monsieur le +Marguillier en charge_: une Baronne, _Madame la Baronne de N. a +l'honneur de présenter ses respectueux hommages à_: un Juge, _Monsieur +le Juge N. présente son compliment à Monsieur le Procureur_. + +Il faut écrire, _Le Chevalier de N. a l'honneur_ etc.--_Le Curé de N._, +etc. _La Baronne_, etc. etc. + +Lorsqu'il n'y a pas d'autre qualification, on emploie dans les billets +et sur les cartes de visite, les termes _Monsieur_, _Madame_, +_Mademoiselle_. + +Le nom d'un individu écrit sur la porte de sa demeure, ne doit pas être +précédé du mot _Monsieur_. Mais s'il s'agit d'une personne du sexe +féminin, il convient d'écrire, _Madame N._--_Mademoiselle N._ + +TOMBER _par terre_, se dit d'une chose qui touchait à la terre avant sa +chute: _tomber à terre_, d'une chose qui étant élevée au-dessus de +terre, tombe d'en haut. Ainsi un homme qui tombe en marchant dans la +rue, _tombe_ PAR _terre_, et non À _terre_: un couvreur qui tombe d'un +toit, _tombe_ À _terre_ et non PAR _terre_. + +TOSTE sub. mas. (de l'anglais _toast_) signifie la proposition de boire +à la santé de quelqu'un; au souvenir d'un évènement, etc. + +C'est à tort que l'on emploie le mot anglais _toast_, pour signifier +_tranche de pain rôtie_. _Rôtie_ est en français le correspondant de +_toast_: et si la rôtie est recouverte de beurre, l'on dit, _une rôtie +au beurre_. + +TOUCHER et PINCER, employés pour exprimer l'action de jouer des +instrumens, sont actifs, et doivent conséquemment avoir un régime +direct: d'où il suit qu'il faut dire, _toucher l'orgue_, _le +forté-piano_: _pincer la guitarre_, _la harpe_: et non pas, _toucher_ DE +_l'orgue_, DU _forté-piano_: _pincer_ DE LA _guitarre_, DE LA _harpe_. + +TOUT. Quand _tout_ est adverbe il signifie _tout-à-fait_, _quelque_, et +reste invariable: TOUT _aimable qu'est la vertu_,--TOUT _spirituels +qu'ils sont_,--_elle est_ TOUT _étonnée_. _Exception._ _Tout_, quoique +adverbe, varie quand l'adjectif, ou le participe qui suit, est féminin, +et commence par une consonne, ou une _h_ aspiré: _elle est_ TOUTE +_stupéfaite_,--TOUTE _hardie qu'elle est_.--TOUTES _spirituelles +qu'elles sont_. + +_Tout._ Quand l'adjectif _tout_ est joint à un nom de ville, il prend le +genre masculin, quoique le nom de ville soit féminin: non que dans ce +cas on le considère comme adverbe, mais parce que l'on sous-entend le +mot _peuple_. On dira donc, TOUT _Rome le sait_,--TOUT _Florence en est +convaincu_: c'est-à-dire, _tout le peuple de Rome_..._tout le peuple de +Florence_.... + +Mais joint à un nom de province, de royaume, de paroisse, _tout_ prend +le genre de ce nom. TOUTE _l'Italie_,--TOUTE _la paroisse_. + +TOUT-À-COUP signifie soudainement: _il disparut_ TOUT-À-COUP. +_Tout-d'un-coup_ veut dire, tout d'une fois; _il s'est ruiné_ TOUT-D'UN +COUP. + +TOUT DE SUITE, phrase adverbiale, signifie _incontinent_, _sur l'heure_. +Il ne faut pas la confondre avec _de suite_, autre phrase adverbiale qui +signifie _l'un après l'autre, sans interruption_.--_ces livres ne sont +pas_ DE SUITE. + +TRAIRE. _Je trais_, _tu trais_, _il trait_, _nous trayons_, _vous +trayez_, _ils traient_, _je trayais_, _tu trayais_, _il trayait_, _nous +trayions_, _vous trayiez_, _ils trayaient_; point de passé défini, _je +trairai_, _je trairais_, _trais_, _trayons_, _trayez_, _que je traie_, +_que tu traies_, _qu'il traie_, _que nous trayions_, _qu'ils traient_, +point d'imparfait du subj. _trayant_, _trait_, _traite_. + +TRAIT D'UNION ou TIRET. Il sert à marquer la liaison qui existe entre +deux ou plusieurs mots. On l'emploie, + +1º. entre le verbe et les pronoms, _je_, _moi_, _nous_, _tu_, _vous_, +_il_, _ils_, _elle_, _elles_, _le_, _la_, _les_, _lui_, _leur_, _y_, +_en_, _ce_, _on_, quand ces pronoms sont placés après le verbe, dont ils +sont le sujet, ou le régime: _irai-je?_--_viens-tu?_--_donnait-on?_ +--_laisse-moi_;--_allez-y_; --_portes-en_; etc. S'il y a deux noms, on +emploie deux traits d'union: _laisse-le-moi_,--_donne-les-leur_. + +2º. avant ou après _ci_ et _là_, accompagnant un substantif, un pronom, +une préposition, un adverbe, avec lesquels ils sont unis d'une manière +inséparable: _celui-ci_,--_celui-là_,--_là-dessus_,--_là-haut_, etc. + +3º. pour lier _très_ au mot qui suit: _très-sagement_,--_très-riche_. + +4º. pour unir le dernier terme d'un nombre au terme précédent, quand le +dernier terme passe _un_, et ne dépasse pas dix: _dix-huit_; +--_trente-cinq_;--_deux cent dix-neuf_, mais on dirait sans trait +d'union: _vingt et un_:--_cinquante et un_: le dernier terme étant _un_: +et _cent quinze_;--_deux cent vingt_; le dernier terme dépassant _dix_. +Cependant _quatre-vingts_ prend toujours le trait d'union: +_quatre-vingts chevaux_:--_quatre-vingt dix hommes_. + +5º. pour lier deux ou plusieurs mots qui, par le sens, n'en font qu'un, +_Marc-Aurèle_,--_chef-lieu_;--_s'entre-choquer_, _Jean-Jacques_, +_Jean-Baptiste_. + +6º. pour indiquer le changement d'interlocuteur: il remplace alors les +_dit-il_, _reprit-il_, _répondit-il_. + +7º. pour marquer une suspension dans le discours. + +8º. pour lier le mot, dont une partie se trouve à la fin d'une ligne, et +l'autre au commencement de la ligne suivante. + +TRAITER. On dit indifféremment, _traiter une matière_,--_une question_: +ou, _traiter_ D'_une matière_,--D'_une question_: à moins qu'on ne +spécifie la matière, la question: alors il faut _de_:--_dans son +ouvrage, il traite_ DES _plantes_, DES _métaux_. + +TRAVERSER _le pont_, pour exprimer l'action de le parcourir dans sa +longueur, n'est pas correct: il faut dire, _passer le pont_. + +TRÉMA. Le tréma est un double point (¨) qu'on met sur une des voyelles +_e_, _i_, _u_, pour la faire prononcer séparément de celle qui précède: +_naïf_, _Saül_, _ciguë_. L'emploi du tréma est une faute quand on peut +le remplacer par un accent: ainsi au lieu de _poësie_, _Cloë_, écrivez, +_poésie_, _Cloé_. + +TRÈS. L'usage ne permet guère de mettre _très_ devant les participes. +Dans ces cas l'on emploie _beaucoup_, _fort_, etc., et au lieu de dire +_cet homme est_ TRÈS-_aimé_; _cette place est_ TRÈS-_menacée par +l'ennemi_, l'on dit, _cet homme est_ FORT _aimé_,--_cette place est_ +FORT _menacée_, etc. + +On peut cependant se servir de _très_ avec certains participes employés +comme adjectifs verbaux: _il est_ TRÈS-_occupé_,--_il est_ +TRÈS-_humilié_. + +_Très_ ne doit pas être employé dans une proposition négative, Ne dites +pas, _il n'est pas_ TRÈS-_sage_;--_il n'est pas_ TRÈS-_occupé_: dites, +_il n'est pas_ FORT _sage_,--_il n'est pas_ FORT _occupé_. L'adverbe +modifie un verbe, un adjectif et un autre adverbe, mais jamais un +substantif. On doit donc éviter les locutions suivantes si communes et +si vicieuses: _J'ai_ TRÈS-_faim_:--_il a_ BIEN _soif_:--_il est parti_ +TRÈS-_matin_:--_il fait_ TRÈS-_chaud_:--_j'ai_ EXTRÊMEMENT _froid_:--_il +ne fait pas_ BIEN _froid_. Il faut dite: _J'ai une très_-GRANDE +_faim_:--_il a une bien_ GRANDE _soif_:--_il est parti de très_-GRAND +_matin_:--_il fait_ GRAND _chaud_:--_j'ai un_ TRÈS-GRAND _froid_:--_il +ne fait pas un bien_ GRAND _froid_. + +TROIS-RIVIÈRES, (en latin _Trifluvium_) nom composé, est substantif +masculin du nombre singulier: il est masculin parceque les noms de ville +en général sont masculins, à moins qu'ils ne dérivent d'un féminin +latin: et quoiqu'il porte la marque du pluriel, il est au singulier, +parce que le nom propre n'étant qu'un nom qui distingue une chose des +autres choses, ne peut être susceptible de l'idée accessoire de +pluralité. + +_Trois-Rivières_ étant un nom propre, ne peut, d'après la règle +générale, être accompagné de l'article _les_. Il est vrai que cette +règle souffre quelques exceptions, comme, _Le Hâvre_, _Le Puy_, _La +Rochelle_. Il est encore vrai que, jusqu'à ces derniers temps, on a +toujours écrit _Trois-Rivières_ avec l'article: mais les écrivains +récens, d'accord avec la raison, travaillent à corriger cette vieille +erreur indiquée d'ailleurs suffisamment par le terme latin _Trifluvium_. + +Des observations qui précèdent il résulte que l'on doit dire, _Je vais_ +À _Trois-Rivières_:--_il demeure_ À _Trois-Rivières_:--_Trois-Rivières_ +EST BÂTI _sur le fleuve St. Laurent_, et non pas, _je vais_ AUX +_Trois-Rivières_:--_il demeure_ AUX _Trois-Rivières_:--LES +_Trois-Rivières_ SONT BÂTIES _sur le fleuve St. Laurent_. + +_Trois-Pistoles_, _Trois-Saumons_, noms de paroisses, suivent la même +règle. + + +UN. Lévisac pense que le mot _un_ devant une voyelle, doit être prononcé +comme _une_, et que l'on doit dire _une-imbécile_,--_une hérétique_. +D'autres grammairiens veulent que l'on prononce _un-nimbécile_, +--_un-nhérétique_. + +UN DE. Au lieu de _un de_, il faut employer _l'un de_, quand _un_ est +précédé d'un substantif ou d'un pronom, et suivi d'un nombre précis: +_Ducis l'un_ DES _quarante de l'Académie_. + +Mais on dira avec _un de_,--_Henri IV est_ UN DES _meilleurs princes, +qui aient régné sur la France_,--UN DES _quarante de l'Académie est de +mon avis_; parce que dans la première phrase, _un_ précédé par le +substantif _Henri_, n'est pas suivi d'un nombre: et que dans le second, +_un_ suivi par le nombre _quarante_, n'est pas précédé par un substantif +ou un pronom. + +UNIQUE veut aprês lui le subjonctif: _c'est l'unique service que vous_ +PUISSIEZ _me rendre_. + + +VACANCES au pluriel, se dit des études publiques: _vacations_ au +pluriel, de la cessation des séances des gens de justice. + +VAINCRE. _Je vaincs_, _tu vaincs_, _il vainc_, _nous vainquons_, _vous +vainquez_, _ils vainquent_, _je vainquais_, _je vainquis_, _je +vaincrai_, _je vaincrais_, _vaincs_, _vainquons_, _vainquez_, _que je +vainque_, _que je vainquisse_, _vaincant_, _vaincu_, _vaincue_. + +Le présent de l'indicatif n'est guère usité au singulier, non plus que +_vaincs_, seconde personne du singulier de l'impératif. + +VALOIR. _Je vaux_, _nous valons_, _ils valent_, _je valais_, _je valus_, +_je vaudrai_, _je vaudrais_: pas d'impératif, _que je vaille_, _que nous +valions_, _que je valusse_, _valant_, _valu_, _value_. + +Le participe _valu_ s'accorde seulement lorsque le verbe _valoir_ +signifie _procurer_, _rapporter_, et que le régime direct précède le +participe: _que d'éloges ne lui a pas_ VALUS _sa conduite noble et +généreuse_! c.-à-d. _procurés_; le participe, comme l'on voit, s'accorde +ici avec le régime direct _que_, qui est devant. + +VENIMEUX se dit des animaux: _le scorpion est un animal_ VENIMEUX: +_vénéneux_ des végétaux; _la ciguë est une plante vénéneuse_. + +VÊPRES, MATINES. Dites, _aller_ À _vêpres_,--À _matines_: _réciter +vêpres_,--_matines_: et non pas, _aller_ AUX _vêpres_,--AUX _matine_: +_réciter_ LES _vêpres_,--LES _matines_: attendu que _vêpres_ et +_matines_ étant pris _indéterminément_ dans ces phrases, on doit +supprimer l'article. + +Mais si ces noms étaient pris _déterminément_, comme dans ces locutions, +_aller_ AUX _vêpres de la paroisse de St. Roch_;--_réciter_ LES _matines +de Noël_, l'on ne pourrait omettre l'article. + +VERBES. Quelques grammairiens modernes ont substitué aux anciens titres +de certains verbes de nouvelles dénominations, qu'il convient +d'indiquer. Pour _actif_ ils disent _transitif_: pour _neutre_, +--_intransitifs_: pour _impersonnel_,--_unipersonnel_: et enfin +_réfléchi_ est remplacé par le terme _pronominal_ ou _réciproque_. + +Les mêmes grammairiens disent _complément_ pour _régime_. + +VÊTIR. _Je vêts, tu vêts, il vêt_ (ce singulier est peu usité) _nous +vêtons, je vêtais, je vêtis, je vêtirai, je vêtirais, vêts, vêtons, +vêtez, que je vête, que je vêtisse, vêtant, vêtu, vêtue_. + +VIANDE, chair des animaux terrestres et des oiseaux dont on se nourrit. +En ce sens on dit que l'on ne mange point de _viande_ en carême. + +_Viande_ se dit quelquefois de la chair des poissons: _le saumon n'est +pas une_ VIANDE _de malade_. + +On appelle viandes de carême, _la morue_, _le hareng_, _le saumon_, etc. +V. CHAIR. + +VIEIL. Au lieu de _vieux_, on se sert de _vieil_ devant un substantif +qui commence par une voyelle, ou une _h_ non aspirée: cependant on est +toujours libre d'employer le mot _vieux_. + +VILLES. En général les noms de _ville_ sont masculins, excepté quand ils +dérivent d'un féminin latin. Lorsque le genre est incertain, l'on doit +faire précéder le nom du mot _ville_. + +Quand on personnifie une ville, l'on en met ordinairement le nom au +féminin: _malheureuse Tyr, dans quelles mains es-tu tombée_. + +VINGT ET UN. On dit _vingt et un_, _trente et un_, etc. Mais la +conjonction est omise dans _vingt-deux_, _vingt-trois_, etc., +_trente-deux_, _trente-trois_, etc. Il s'en suit que les locutions +_trente un soldats_,--_l'an mil huit cent quarante un_, sont vicieuses. + +L'usage veut que l'on dise, _soixante et dix_, _soixante et onze_, etc. + +VIS-À-VIS ne doit pas s'employer dans le sens de _envers_, _à l'égard +de_. Ne dites donc pas, _sa conduite_ VIS-À-VIS _de ses bienfaiteurs est +fort répréhensible_: dites, ENVERS _ses bienfaiteurs_, etc., ou, À +L'ÉGARD _de ses bienfaiteurs_, etc. + +Après _vis-à-vis_, on met _de_, excepté dans le style familier; +_vis-à-vis la rue_;--_vis-à-vis mes croisées_. + +VIVRE régit _de_ et non pas _du_: _je vis_ DE _bonne viande_,--DE _bonne +soupe_,--_vivre_ DE _légumes_. + +VOLUME. TOME. _Volume_ est un livre relié ou broché. Tome est un volume +qui fait partie d'un ouvrage; Le _volume_ peut contenir plusieurs +_tomes_: et le _tome_ peut faire plusieurs volumes. + +Quelquefois _tome_ signifie simplement _volume_. + +VOUS. Lorsqu'on parle à des supérieurs, ou à des dames, les convenances +du langage exigent que l'on se serve _quelquefois_ de la troisième +personne au lieu de la seconde. Ainsi au lieu de, _Monsieur, voulez-vous +me permettre?_ dites, _Monsieur voudrait-il me permettre._--_Madame, +pourriez-vous me faire la grâce?_ dites, _Madame pourrait-elle me faire +la grâce?_ + + +Y, adverbe de lieu avec l'impératif. Le pronom _moi_ se met toujours +après l'_y_. _Envoyez-y_ MOI,--_menez-y_ MOI,--_attendez-y_-MOI,--_tu +vas au musée_, _menes-y_ MOI,--_tu vas en voiture_, _donnes-y_ MOI _une +place_. + +Les pronoms _nous_ et _les_ se mettent au contraire avant l'_y_. +_Envoyez_-NOUS-_y_--_attendez_-NOUS-_y_,--_tu vas au musée_, +_mène_-LES-_y_,--_tu vas en voiture_, _donne_-NOUS-_y_ _une place_. + +_M'y_ ne peut être placé après le verbe. Ne dites pas; _Vous allez à +Québec_, _menez_-M'_y_: dites,..._menez-y_-MOI. Mais il se place +très-bien devant: _Je vais à Trois-Rivières_, _voulez-vous_ M'_y_ +_accompagner_? + + +Z, prend le son propre d'_s_, même avant une consonne, dans _Metz_, +_Rodez_, _Suez_, _Alvarez_, _Cortez_, _Sènez_, _Usez_; mais il ne sonne +pas dans _Sèez_. Les deux z dans le mot _Abruzze_ se prononcent comme +deux _s_, _Abrusse_. + +ZÉPHYR, ZÉPHYRE. Le premier se dit d'un vent doux et agréable: le second +du même vent considéré comme divinité de la fable. + + +FIN + + + + +RECUEIL + +DE + +LOCUTIONS VICIEUSES. + + +À. C'est une faute grossière que de dire, _la fille_ À _Madame une +telle_,--_le cheval_ À _Mons. un tel_. Dites, _la fille_ DE _Madame une +telle_,--_le cheval_ DE _Mons. un tel_. _Venez_ À _bonne heure_, est +aussi une expression vicieuse: dites, _venez_ DE _bonne heure_. + +ABAT _de neige_, _abat de pluie_ sont des barbarismes, de même que, +_chute de neige_,--_chute de pluie_. + +ABIMER. _J'ai abîmé mon chapeau_,--_ma robe_; dites, _j'ai gâté mon +chapeau_,--_ma robe_. + +ADONNER (s') est un des mots de la langue dont on fait le plus fréquent +abus, et par fois le plus ridicule emploi. Ainsi l'on dit, _il s'est_ +ADONNÉ _à entrer chez moi, au moment où le feu a éclaté_; pour, _il est +entré par hasard chez moi au moment_ etc.:--_il s'est_ ADONNÉ _que votre +frère et moi nous sommes arrivés le même jour à Trois-Rivières_; pour, +_votre frère et moi nous sommes arrivés par hasard le même jour à +Trois-Rivières_;--_ce Monsieur s'est_ ADONNÉ _à Kingston à l'ouverture +du Parlement_, pour, _ce Monsieur s'est trouvé par hasard à Kingston, à +l'ouverture_ etc. + +Mais on dit, en parlant de chemin, _passez chez moi quand votre chemin +s'_ADONNERA: et en termes de marine, que _le vent_ ADONNE, pour +signifier qu'il est favorable. + +AMBRE, pour désigner l'allure d'un cheval, est une faute: dites +_amble_,--_aller l'amble_. + +AMONT, terme de batellier, qui signifie, en remontant la rivière: _pays +d'_AMONT,--_ce bateau arrive d'_AMONT. + +On voit par là combien sont répréhensibles les expressions, AMONT _le +coteau_,--AMONT _le Cap aux Diamans_, etc. + +_Amont_ est opposé à _aval_. On dit, _vent d'_AVAL,--_navire venant en_ +AVAL,--_bateau amarré en_ AVAL _du pont_,--_en_ AMONT _du pont_,--_en_ +AMONT _et en_ AVAL _de la ville de Québec_. + +ANIMAUX. Souvent on désigne par ce mot les bestiaux et autres +quadrupèdes domestiques: et l'on dit, _mener les_ ANIMAUX _au +paturage_,--_soigner les_ ANIMAUX,--_ces_ ANIMAUX _sont fort gras_, etc. +Ce langage est incorrect, parce que le terme animal est générique, et +comprend par conséquent tous les êtres animés et sensibles de la nature. + +_Bestiaux_ ou BÉTAIL ne se dit guère que pour désigner les _boeufs_, les +_vaches_, les _moutons_, les _chèvres_. Quant aux _chevaux_, aux _ânes_, +aux _cochons_, aux _chiens_ etc., il faut les spécialiser par leurs +noms. + +On dit _animaux domestiques_ par opposition aux _animaux sauvages_. + +ANVALER pour signifier _avaler_, n'est pas français. + +APRÈS. _La clef est_ APRÈS _la serrure_: dites, À _la serrure_. + +APPROPRIER. C'est une faute grossière de dire, APPROPRIER _une chambre_, +_un meuble_, pour signifier, NETTOYER _une chambre_, _un meuble_. + +À RAISON DE signifie _à proportion_; et ne peut être par conséquent +employé pour _à cause de_, qui a une toute autre acceptation. Au lieu +donc de, _il a abandonné cette entreprise_ À RAISON _des obstacles qu'il +y a rencontres_, _il faut_...À CAUSE DES _obstacles_... + +ARGENT n'a point de pluriel: c'est donc une faute de dire, _envoyer des_ +ARGENS _à quelqu'un_;--_placer des_ ARGENS _à intérêt_: dites, _envoyer +de l'argent_, ou mieux _des fonds à quelqu'un_,--_placer de l'argent_, +ou _des fonds à intérêt_. + +_De la_ BONNE _argent_,--_de l'argent_ BLANCHE, sont des solécismes +révoltans. + +ATTELER _un cheval sur une voiture_,--_mettre les chevaux sur le +carosse_, sont des locutions qui blessant le sens commun: dites, +_atteler un cheval_ À _une voiture_,--_atteler les chevaux_ AU +_carosse_. + +ATTENDRE. Le peuple dit _attendre_ pour _entendre_: de là les +expressions choquantes, _j'ai_ ATTENDU _la messe_,--_cet homme +n'_ATTEND _pas raison_, etc. + +AVEC. _Venez_ AVECQUE _moi_: mauvaise prononciation: dites, _venez_ AVÉ +_moi_. Le _c_ dans ce mot ne sonne que devant une voyelle. + + +BALANCE, BALANCINE pour signifier _balançoire_, ne sont pas français. + +_Une_ planche appuyée par le milieu, et sur les extrémités de laquelle +des enfans placés en contre-poids, s'élèvent et s'abaissent +alternativement, s'appelle également _bascule_ et _balançoire_. + +_Escarpolette_ est une balançoire, dont le siège est suspendue par des +cordes ou par des brins de bois. + +Si la machine sur laquelle on se balance est construite de manière que +le mouvement soit circulaire et horisontal, elle se nomme aussi +_balançoire_. + +_Brandilloire_ est synonyme de _balançoire_. + +BALANCER _quelqu'un_, c'est imprimer un mouvement à la balançoire, où +est la personne, sans y être placé soi-même. + +_Se balancer_, c'est aller soi-même sur la balançoire; ainsi quand deux +ou plusieurs personnes veulent aller se balancer, elles doivent dire, +_allons_ NOUS _balancer_, et non pas, _allons balancer_. + +BAND. On a francisé à tort ce mot anglais, et l'on dit, _la_ BANDE _de +musique de tel régiment_: dites, _le_ CORPS _de musique_... ou +simplement, _la musique de tel régiment_. + +BARBOT. C'est ainsi que le peuple appelle l'_escarbot_, insecte de la +famille des coléoptères. + +BARRER _une porte_, c'est la fermer avec une barre. Si la porte est +munie d'une serrure seulement, il serait ridicule de dire, BARREZ _la +porte_. + +BATTURES, BORDAGES, employés pour signifier les glaces qui s'accumulent +pendant l'hiver sur le bord des rivières, sont des barbarismes. On ne +doit donc pas dire, _les_ BORDAGES _tiennent encore_,--_les_ BATTURES +_sont parties_. + +_Embarquement_ et _débarquement_ sont encore des termes impropres, +lorsqu'on leur fait signifier l'endroit où, en hiver, l'on passe de la +rive sur la glace d'une rivière, et _vice versâ_. + +BELLE, EN BELLE. Ces mots sont employés par le peuple pour signifier +_facilité_, _occasion favorable_, et il en résulte des locutions +tout-à-fait ridicules; comme, _vous avez_ EN BELLE, pour, _vous avez la_ +FACILITÉ:--_si vous trouvez votre_ BELLE, pour, _si vous trouvez une_ +OCCASION FAVORABLE, etc. + +BERDAS, BERDASSERIE, de même que, _berdasser_, _berdasseur_, +_berdasseuse_, sont des mots bas et révoltans. + +BEURRÉE est une tranche de pain recouverte de beurre. L'expression +BEURRÉE _de confitures_ choque le bon sens: dites, TARTINE _de +confitures_. + +On dit aussi, _tartine de beurre_,--_de miel_, etc. + +BOITE pour signifier le son, l'avoine, les légumes, etc., qu'on délaie +avec de l'eau ou du lait pour les bestiaux, n'est pas français. + +BOMBARDE. Le peuple nomme ainsi, mais improprement, le petit instrument +en métal, dont on tire du son, en le plaçant entre les dents, et en en +frappant la languette avec le doigt. Cet instrument s'appelle _trompe_, +et plus ordinairement _guimbarde_. + +BOTTE. _Tomber en botte_, en parlant d'un tonneau, d'une cuve, etc., +dont les douves et les cercles se séparent, est un solécisme. + +Les tonneliers, suivant Trévoux, disent, _tomber en javelle_. + +Le peuple dit aussi, mais improprement, _cet homme tombe en botte_, pour +désigner le dépérissement rapide de sa santé, ou de sa fortune. + +BOUCANE, terme impropre qu'on emploie comme synonyme de _fumée_. + +BOUCANER signifie sécher des comestibles à la fumée, et aller à la +chasse des boeufs sauvages: ne dites pas, _la cheminée_ BOUCANE,--_le +poële_ BOUCANE: dites, _la cheminée fume_, etc. + +BOUILLIR. Le vulgaire dit abusivement _bouillir_ pour _fermenter_, comme +dans cette phrase, _la bierre n'a pas encore_ BOUILLI, pour, _n'a pas +encore_ FERMENTÉ. + +BOUQUET. Le peuple confond les termes, _bouquet_ et _fleur_: il dit, +_semer des_ BOUQUETS; et à l'aspect des fleurs d'un parterre, _voilà de +beaux_ BOUQUETS. + +_Bouquet_ n'est pas une fleur: il est un assemblage de fleurs liées +ensemble. + +BOUT. _Un_ BOUT _de temps_,--_un long_ BOUT _de temps_,--_un petit_ BOUT +_de temps_, sont des locutions basses et vulgaires. + +BRASSE CORPS. _Prendre à brasse corps_: populaire: dites +_à-bras-le-corps_. + +BRETON. Ce nom appartenait jadis aux habitans de la Grande Bretagne: ils +ont cessé de le porter depuis l'invasion de l'Angleterre par les Saxons: +et par conséquent il ne peut plus être employé comme synonyme +d'_anglais_. + +Les seuls habitants de la Bretagne, ci-devant province de la France, +portent aujourd'hui le nom de _Bretons_. + +BRIN est une faute dans les expressions suivantes, _un petit_ BRIN _de +pain_,--_un petit_ BRIN _de lait_,--_il n'a mangé qu'un petit_ +BRIN,--_il tombe quelques_ BRINS _de pluie_, etc. + +On dit cependant, _un_ BRIN _d'estime_,--_un_ BRIN _d'amitié_,--_un +petit_ BRIN _d'espérance_. + +BROYER, Au lieu de _broyer_, pour signifier briser le lin, le chanvre; +et de _broie_, l'instrument pour broyer, nos paysans disent abusivement, +_brayer_, _braye_. + +BUT. Ne dites pas, _j'ai rempli mon_ BUT, mais, _j'ai atteint mon_ BUT. + +BUTIN est tout ce qu'on enlève à l'ennemi. Dans le langage du peuple ce +mot signifie, _meubles_, _marchandises_, _comestibles_, toutes sortes +d'effets en un mot: et de là une multitude innombrable de locutions +ignobles, dont voici quelques échantillons. Un huitrier dit, _j'ai vendu +tout mon_ BUTIN: un acheteur qui n'a pas achevé de faire ses amplettes, +_j'ai encore du_ BUTIN _à acheter_: celui-ci, à l'aspect de beaux +meubles s'écrie, _voilà de beau_ BUTIN: celui-là, à la vue d'un voleur +qui enlève ses volailles, _au voleur!_ _qui emporte mon_ BUTIN: cet +autre, en parlant d'un tailleur qui a gâté son habit, _il a gâté mon_ +BUTIN. Quel pitoyable langage! + + +CADRE. On emploie abusivement ce mot pour signifier _image_, _estampe_, +etc.: et l'on dit, _voilà un beau_ CADRE:--_quel est le prix de ce_ +CADRE? pour, _voilà une belle_ ESTAMPE:--_quel est le prix de cette_ +IMAGE? + +_Cadre_ n'est que la bordure de bois, de bronze, etc., dans laquelle on +enchâsse un tableau, une estampe, etc. + +CAILLE pour signifier tacheté de blanc et de noir, en parlant des +bestiaux, etc., n'est pas français. + +CAJEU, CAGE. En parlant de pièces de bois liées ensemble, que l'on +transporte à flot sur une rivière, gardez-vous de dire, CAJEU, CAGE. +_Cajeu_ n'est pas français, non plus que _cage_ dans le sens qu'on lui +prête ici. Dites, _train_, _radeau_, _train de bois_, etc. + +_Drame_ employé dans le sens de _radeau_ est également un barbarisme. + +CALER, terme de marine, est employé improprement par le peuple pour +signifier enfoncer dans la boue,--dans l'eau,--couler à fond. + +_Caler un fossé_, pour, _creuser un fossé_ est aussi une locution +vicieuse. + +CANOT. Outre le canot fait d'écorce, ou d'un tronc d'arbre, une autre +petite embarcation, destinée pour l'ordinaire, au service des vaisseaux, +se nomme _canot_. Désigner ce canot par le mot _chaloupe_, est une faute +grave. _Chaloupe_, que les Anglais nomment _long-boat_, est une +embarcation plus grande que le canot, et porte quelquefois le nom de +_grand canot_. + +CASSOT pour signifier un petit vaisseau d'_écorce_, ou de _bois_, n'est +pas français. + +CASTALOGNE est une couverture de lit de laine très-fine, et c'est une +faute d'employer ce mot pour désigner les petits tapis d'un travail +grossier, dont on couvre un plancher, et c'est une autre faute de +prononcer _ca-ta-logne_. + +C'EST-IL employé pour _est-ce_? est un solécisme. Évitez donc les +expressions populaires, C'EST-IL _moi qui ai fait cela_?--C'EST-IL _lui +qui a parlé_?--C'EST-IL _bon, cela_? + +CHAMPLURE pour signifier _robinet_, est un barbarisme. Dites, +_chantepleure_. + +Dans quelques départemens de la France on appelle _chantepleure_ le +robinet d'un tonneau de vin ou de cidre. + +CHANDELLE. Ne dites pas, TUEZ _la chandelle_,--TUEZ _le feu_: dites, +ÉTEIGNEZ _la chandelle_,--ÉTEIGNEZ _le feu_. + +_Enterrer le feu_ est aussi une faute; dites, _couvrir le feu_. + +CHANGER. C'est une faute grossière que de dire, CHANGEZ-VOUS,--_allez_ +VOUS CHANGER: dites, _changez votre linge_,--_allez changer vos habits_. + +CHARGE. _La charge d'un vaisseau_ n'est pas français. Dites, _le +chargement_ ou _la cargaison d'un vaisseau_. + +CHIFFON _de pain_, pour signifier un gros morceau de pain, est une +expression vicieuse; il faut dire _guignon_, _ou bribe de pain_. + +CIRE, ou CIRAGE, est la composition luisante que l'on étend sur les +chaussures en cuir. L'emploi du mot anglais _black-ball_ est +insupportable; également on doit repousser le terme _noir à souliers_. + +_Frottez mes souliers_,--_mes bottes_: expressions ridicules; on doit +dire, _cirez mes souliers_,--_mes bottes_, quand on veut les faire +enduire de cire; et, _décrottez mes souliers_,--_mes bottes_, lorsqu'on +en veut faire ôter la boue. + +CLAIRER (du verbe anglais _to clear_) n'est pas français. Ainsi ne dites +pas, _j'ai_ CLAIRÉ _£5OO dans mon année_;--_il a_ CLAIRÉ _à la douane_: +dites, _j'ai fait un gain net de £500 dans mon année_:--_il a eu sa +décharge de la douane_. + +CLENCHE, suivant Boiste, signifie _loquet de porte_: mais _clencher_ +n'est pas français: conséquemment l'on ne doit pas dire, _on clenche à +la porte_, etc. + +COEUR, CHOEUR se prononcent _keur_. Gardez-vous de dire avec le peuple, +_qu-eur_. + +COFFEE. Il est du dernier ridicule d'aller chercher le mot anglais +_coffee_, que l'on prononce comme les anglais, _kâu-fé_ tandis que nous +avons le terme français _café_, dont l'_a_ est aigu, et que l'on doit +par conséquent prononcer _caf-é_. + +COUETTE pour signifier, cheveux de la nuque noués, n'est pas français. + +COLLÉREUX-EUSE, dites, _colère_. + +COLLATION est féminin. _J'ai mangé du fruit à_ MON _collation_,--_il a +fait un_ BON _collation_, sont des sollécismes insupportables. + +COLLECTER (du verbe anglais _to collect_) est un barbarisme. Il ne faut +donc pas dire, COLLECTER _des dettes_,--_des souscriptions_; mais, +RECUEILLIR _des dettes_, _des souscriptions_. + +COLLECTEUR. Ce mot se dit seulement de celui qui est chargê de percevoir +les taxes, les impositions; mais non de celui qui recueille des +souscriptions, des dettes, etc. + +CONDUITE n'est pas synonyme d'_économie_: et c'est une faute grossière +que de dire, _cet homme a beaucoup de_ CONDUITE, pour signifier qu'il +est fort entendu en économie. + +CORDEAU est une petite corde pour aligner: et c'est à tort qu'on +l'emploie au pluriel comme synonyme des _rênes_ ou _guides_, que l'on +attache à la bride d'un cheval attelé à une voiture. + +CORDON, employé pour signifier une mesure de bois de chauffage, n'est +pas français. + +_Cordon d'aube_ est une faute: dites, _ceinture d'aube_. + +COTON employé pour designer une tige sans feuilles; un épi de blé d'Inde +dépouillé de ses grains; la souche d'un choux; etc., est une faute +grossière. + +COÛTE QUI COÛTE. Dites, _coûte_ QUE _coûte_. + +CRACKER. Rejettez ce mot vulgaire anglais, par lequel on désigne une +sorte de petit biscuit dur et cassant; et dites en français _biscotin_. + +CRAQUÉ. _Le mur est_ CRAQUÉ,--_le verre est_ CRAQUÉ, sont des +expressions incorrectes: dites, _le mur est fendu, ou crevassé_;--_le +verre est fêlé_. + +CRI-CRI est le grillon domestique: il ne doit pas être confondu avec le +_criquet_, habitant des champs, qui est une autre espèce de grillon. + +CROCHET et TAQUET sont des instrumens recourbés pour tenir quelque +chose. On ne doit pas confondre ces mots avec _verrou_, qui est une +fermeture de porte d'une autre forme. + +CROUSTILLANT-TE, ne se trouve dans aucun dictionnaire. Conséquemment +l'on ne doit pas dite: _pâtisserie_ CROUSTILLANTE:--_comptes_ +CROUSTILLANS: mais, _pâtisserie croquante_;--_comptes croustilleux_. + +CUSTODE. Au lieu de _tabernacle_, le peuple dit _custode_, pour désigner +l'ouvrage fait en forme de petit temple pour renfermer le saint ciboire. +_Custode_ n'est qu'une couverture du ciboire. + + +DALLE. L'emploi de ce mot, pour désigner le petit canal qui conduit +l'eau à la roue d'un moulin, est une faute: AUGE est le vrai terme. + +DÉCESSER n'est pas français. _Il ne_ DÉCESSE _de parler_; dites, _il ne +cesse de parler_. + +DÉFONCER _une porte_, est un solécisme: dites, _enfoncer une porte_. + +DÉGRADER, terme de marine, signifie _dégréer et abandonner un vaisseau_. +_Navire_ DÉGRADÉ signifie aussi un _navire arrêté, ou éloigné de sa +route par la violence des vents_. + +C'est contrairement aux règles de la langue que l'on emploie le mot +_dégrader_ en parlant des voyages par terre. Ainsi l'on dit, _nous avons +été_ DÉGRADÉS _par le mauvais temps_: pour, _nous avons été arrêtés en +chemin par le mauvais temps_;--_j'ai_ DÉGRADÉ _mon compagnon de voyage_; +pour, _j'ai devancé mon compagnon de voyage_, etc. + +DÉGRAS. _Être au dégras_, qui se dit de quelqu'un devenu infirme et +incapable d'agir; ou de quelque chose qui est usé et hors de service, +n'est pas français. + +DÉMANCHER, qui veut dire, ôter la manche à un instrument, est employé +abusivement pour signifier démonter un instrument composé de plusieurs +pièces, défaire un ouvrage, détruire, démettre, disloquer, etc., comme +dans ces phrases: _cet ouvrage est mal fait, il faut le_ DÉMANCHER:--_il +faut_ DÉMANCHER _cette lunette d'approche, pour en nettoyer les +verres_:--_il s'est_ DÉMANCHÉ _une épaule_. + +Mais on dit, _cette affaire se_ DÉMANCHE, pour signifier qu'elle va mal. + +DEMI-ARD ou DEMIARD, dans le langage vulgaire, signifie une mesure de +liquide, de la demi-contenance d'une chopine. + +_Demi-ard_ ne se trouve pas dans les dictionnaires; et par quel terme le +remplacer?--Par celui de _demi-chopine_ ou de _demi-setier_ sans doute, +puisque la _chopine_ et le _setier_ sont une même mesure. + +DEPUIS. Ne dites pas, DEPUIS _Québec jusqu'à Montréal il y a 60 +lieues_;--DEPUIS _ici jusque-là_: dites, DE _Québec à Montréal_ +etc.--D'_ici jusque-là_. + +DÉTEINDRE. Ne dites pas, _ce drap_ DÉTEINT, mais SE _déteint_. + +DIFFICILE. C'est une faute de dire, _ces livres sont_ DIFFICILES _à se +procurer_: il faut, _il est difficile à se procurer ces livres_. + +DINDON est un substantif masculin qui signifie _coq-d'Inde_. _Dinde_ est +la _poule-d'Inde_, et féminin par conséquent: _voilà_ UN BEAU +_dinde_,--_j'ai mangé_ DU _dinde_, sont donc des solécismes: dites, +_voilà_ UNE BELLE _dinde_:--_j'ai mangé_ DE LA _dinde_. + +On dit au moral, _voilà un grand dindon_ (niais) et non pas, _voilà un +grand dinde_. + + +ÉBAROUI. Terme de marine, qui se dit d'un navire dont le bordage est +desséché par le soleil. Ce mot n'a point d'autre acception, et par +conséquent les expressions, _ce seau est_ ÉBAROUI,--_cette cuve est_ +ÉBAROUIE, ne valent rien. + +ECCLESIASTIQUE. Terme qui désigne tout membre du clergé, qu'il soit ou +non _prêtre_. C'est donc à tort que l'on applique ce mot aux seuls +aspirans, qui n'ont pas reçu l'ordre de la prêtrise. + +ÉLEVEZ _les yeux au ciel_; phrase vicieuse: dites, _levez les yeux au +ciel_. + +EMBARQUEMENT. DÉBARQUEMENT. ABORDAGE. Le peuple emploie ces mots pour +signifier un lieu propre pour embarquer et débarquer. Il faut dire, +EMBARCADÈRE. + +EMBARQUER, S'EMBARQUER, DÉBARQUER, pour signifier, monter en voiture, +descendre de voiture, en parlant de voitures de terre, ne seraient que +des expressions ridicules, si elles fussent restées dans les derniers +rangs de la société: mais que ces locutions ignobles aient gagné nos +salons respectables, c'est un vrai scandale. _Monsieur est_ DÉBARQUÉ _du +carosse_,--_Madame est_ EMBARQUÉE _dans la calèche_,--_je m'_EMBARQUERAI +_dans mon traîneau_. Quel pitoyable langage! + +ÉMIGRATION est l'action d'émigrer. Il est l'opposé d'IMMIGRATION, qui +signifie l'établissement d'étrangers dans un pays. + +EMMANCHER, (prononcez _an-manché_, et non pas _a-manché_) signifie +mettre un manche. On voit par là combien ce mot est employé abusivement +dans ces phrases, _cet artiste a mal_ EMMANCHÉ _ma lunette +d'approche_,--_l'ouvrier a_ EMMANCHÉ _le tuyau du poële_, etc. + +Cependant le verbe réfléchi, _s'emmancher_, s'emploie figurément pour +signifier _s'arranger_, _s'ajuster_;--_cela ne_ S'EMMANCHE _pas ainsi_. + +EN QUELQUE PART, locution ridicule: _il est allé_ EN QUELQUE PART: +retranchez EN. + +ENCANTER, ou, _mettre sur le_ CAN, sont des expressions barbares que +l'on doit remplacer par l'adverbe _de champ_, qui signifie posé +horisontalement sur le côté le plus étroit. Ainsi placer une brique _de +champ_, c'est la placer sur la face la plus étroite: mettre des solives +_de champ_, c'est les poser sur la partie la moins large. + +ENGRENER; _Laisser_ ENGRENER _le mal_, pour signifier _laisser augmenter +la maladie_, est un solécisme. + +ESCOUSSE veut dire course pour mieux sauter. On confond souvent ce mot +avec _fois_, et l'on dit, _essayez encore une_ ESCOUSSE, pour, _essayez +encore une_ FOIS:--_à une autre_ ESCOUSSE _je serai plus heureux_, pour, +_une autre_ FOIS _je serai plus heureux_. + +ÉTANCHE pour signifier qui ne coule pas, n'est pas français. _Un baril_ +ÉTANCHE,--_un navire_ ÉTANCHE, sont donc des locutions vicieuses. + +Ce qui suit se lit dans le Dict. de Trévoux. + + «On dit d'un vaisseau qui ne prend point eau, qu'il est + _étanché_: on dit aussi que les soufflets d'un orgue sont bien + _étanchés_, lorsque le vent ne se perd pas.» + +EXAMEN. On prononce _examène_ et _examin_. Cette dernière prononciation +est préférable. + + +FARD. On désigne souvent par le mot _fard_ les viandes et herbes hachées +mince pour mettre dans la volaille, etc. C'est une faute; il faut dire +_farce_. + +FER. C'est abusivement qu'on nomme _marchands de fer_, ceux qui exercent +la profession de _taillandier_ et de _ferronnier_. + +FIÈREMENT. C'est peu connaître la valeur de ce mot que de l'employer +comme suit; _cet homme est_ FIÈREMENT _laid_ (très-laid); _cet enfant +est_ FIÈREMENT _gauche_ (très-gauche), etc. + +FIXEMENT. Prononcez _fixce-ment_, et non pas _fix-é-ment_. + +FLÉAU, instrument pour battre les grains, se prononce _flé-ô_ et non pas +_flô_. + +FORT est souvent, mais abusivement, employé pour village, bourg, +bourgade: _allons au_ FORT _de Varennes_. + +L'existence jadis de forts bâtis par les premiers colons du pays, pour +se mettre à l'abri des incursions des indigènes, a donné lieu à cette +locution vicieuse. + +FOURRIÈRE est le lieu où l'on enferme les chevaux, le bétail saisis: on +dit, _mettre en fourrière_, _être en fourrière_. + +_Enclos public_ pour signifier _fourrière_, est une faute grossière. + +FRAÎCHE. _Prendre la_ FRAÎCHE est un barbarisme; dites, _prendre le_ +FRAIS. + +FRICASSER _des coups à quelqu'un_,--_fricasser son camp_,--_je m'en +fricasse_, sont des expressions si basses que la plume refuse presque de +les tracer. + +FRICOT, terme bas et populaire, que ne profèrent jamais les personnes +d'éducation. + +FRINGALE, mot vulgaire employé pour signifier faim pressante, n'est pas +dans les dictionnaires. + + +GAUSSER, pour signifier couper menu du bois, ou autre chose, comme font +les enfans pour s'amuser, n'est pas français. + +GENRE de certains substantifs. Les erreurs populaires relativement au +genre de certains substantifs, doivent être évitées avec une attention, +toute particulière. Quoi de plus révoltant que les expressions, +_l'angelus est_-ELLE SONNÉE?--UNE _appétit_ DÉVORANTE:--CETTE _ouvrage +est très_-BELLE: _on donne de_ FORTES _gages à ce domestique_, etc. + +GERMAGE: barbarisme, dont nos paysans se servent pour exprimer l'état +des grains qui, après avoir été sciés et mis en javelle, ont germé sur +le sillon. + +GINGUER, ÊTRE EN GINGUE: expressions barbares pour signifier faire des +gambades, en parlant des quadrupèdes, et même des personnes. + +GOUTTIÈRE est un canal pour les eaux de pluie des toits: c'est à tort +que l'on emploie comme synonymes de _gouttière_ les termes _dalle_ et +_dallot_, qui signifient, le premier, _canal de pompe_, ou, _tablettes +de pierres dures_, _dont on revêt les trottoirs_, _les terrasses_, etc.: +le second, _canal pour l'écoulement des eaux d'un navire_. + +Le mot _gouttière_ est, à son tour, employé improprement employé pour +signifier, _petite fente_ ou _trou_ dans un toit, une voûte, etc., par +lequel les eaux suintent. + +GRAINS _de pluie_, faute grossière: dites, _gouttes de pluie_. + +GRÉER, que le peuple prononce _grayer_, signifie _équipper un vaisseau_. +Les locutions suivantes prouvent jusqu'à quel point le vulgaire abuse du +mot _gréer_. _C'est un homme bien_ GRAYÉ _en chevaux_:--_je me_ GRAYE +_pour aller à la chasse_,--_vous n'êtes pas_ GRAYÉ _pour loger tant de +monde_, etc. + +GROCERY. Rejettez ce mot anglais, et dites _épicerie_. D'ailleurs la +prononciation du mot _grocery_ donne lieu à une équivoque, en ce que +l'on croit entendre le mot français _grosserie_, qui signifie commerce +en gros, ou gros ouvrages de taillandiers. + +Groseille d'après le Dict. de l'Acad. est une espèce de _petit +fruit..qui vient par grappes. Il y a groseille rouge et blanche._ + +_Groseille à maquerau ou groseille verte_, d'après la même autorité, est +un _fruit vert ou rougeâtre, plus gros que les groseilles ordinaires, +qui vient sur un arbrisseau épineux_. + +Ces descriptions de la groseille s'accordent avec celles des +naturalistes. + +Quant au mot _gadelle_, par lequel nous désignons d'ordinaire la +groseille à grappes, il ne se trouve ni dans le Dict. de l'Acad. ni dans +celui de l'Hist. Nat. de Valmont-Bomare. Boiste dit que _gadelle_ est +une espèce de _groseille_: et on lit dans le Dict. d'Hist. Nat. par une +société de savans, que _gadelle est le nom que portent les groseilles +dans la ci-devant province du Perche_ en France. + +De ces observations il résulte, que c'est une erreur de nommer +_gadelle_, le fruit à grappes, dont il est question. + +GUELLARD prononcez _gheu-lar_ et non pas, _gu-el-lar_. Celle dernière +prononciation est vicieuse, et elle doit être evitée également dans les +mots suivants. + + Gueule, _prononcez_ gheule. + Gueulée, ---- gheu-lé. + Gueuler, ---- gheu-lé. + Gueules, ---- gheule. + Gueulette, ---- gheu-lette. + Gueusaille, ---- gheu-saille. + Gueusailler, ---- gheu-sail-lé. + Gueusant, ---- gheu-san. + Gueuse, ---- gheuse. + Gueuser, ---- gheusé. + Gueuserie, ---- gheu-se-ri. + Gueux, ---- gheu. + Dégueuler, ---- dé-gheu-lé. + + +HONTEUX. L'_h_ de ce mot est aspiré. Qu'il est pénible d'entendre dire +_cè-tonteux_,--_il è-tonteux_, pour, _c'est-honteux_,--_il est-honteux_! + + +ICI. Ne dites pas, _ces jours-ici_,--_ces livres-ici_: ce sont des +fautes: il faut dire, _ces jours-ci_,--_ces livres-ci_, etc. + +IL N'A QU'À _pleuvoir_; _Paul n'a qu'à tomber_; solécismes; dites, _s'il +vient à pleuvoir_,--_si Paul vient à tomber_, ou, _s'il pleut_,--_si +Paul tombe_. + +ILS employé pour ELLES, est un solécisme révoltant. Quel pitoyable +langage que celui qui suit! _Où sont ces Demoiselles? ont-_ILS _oublié +l'invitation à dîner chez notre tante?--non, Monsieur,_ ILS _ne l'ont +pas oublié;_ ILS _sont au jardin, et vous y attendent._ + +Les mêmes remarques s'appliquent à _eux_ et à _eux-autres_, qu'on +emploie fréquemment pour _elles_. + +IMPERTINENCE. _Donner des impertinences à quelqu'un_, est une locution +barbare. + +INFLAMMATION. Gardez-vous de prononcer avec le peuple AN-_flâ-mâ-tion_: +dites, _in-flamme-mace-i-on_. + +INGÉNIEUR. C'est une erreur de désigner par ce terme celui qui dirige +les machines d'un moulin à vapeur; d'un bateau-à-vapeur, etc.: +_machiniste_ est le mot propre. + +INVECTIVER _quelqu'un_, n'est pas français: il faut dire, _invectiver +contre quelqu'un_. + + +JOLIMENT. On fait quelquefois un étrange abus de ce mot; comme quand on +dit, _cet homme est_ JOLIMENT _laid_:--_il fait_ JOLIMENT _froid_. + + +LARD. _Lard salé_, _lard frais_, _manger du lard_; expressions barbares; +dites, _porc salé_, _porc frais_, _manger du porc_. + +_Lard_ est la graisse ferme qui est entre le cuir et la chair du porc, +de la baleine, etc. + +_Porchet_ pour _jeune porc_ n'est pas français. + +LARGUER. On emploie souvent, mais abusivement, ce terme de marine, pour +signifier, lâcher prise, laisser aller, détendre, etc. + +LENDEMAIN. _Du jour au lendemain_ est une locution incorrecte: dites +d'un jour à l'autre: ou, de la veille au lendemain. + +LETTRE MOULÉE est une lettre imprimée: c'est aussi une écriture à la +main qui imite l'imprimé. Dans ce dernier sens on dit, _écriture en_ +LETTRES MOULÉES:--_écrire un compliment en_ LETTRES MOULÉES: et non pas +_écriture_ IMPRIMÉE:--IMPRIMER _un compliment_. + +LOCUTIONS LATINES. Les locutions latines, _exempli gratiâ_--_verbi +gratiâ_,--_id est_,--_anno Domini_,--_ante meridiem_,--_post +meridiem_,--_junior_, _senior_, etc. n'ayant pas été incorporées à la +langue, doivent être rejettées. + +LONGUE-VUE employé pour signifier _lunette d'approche_, ou _lunette à +longue vue_, est un solécisme. + +LORSQUE. Faites sonner l'_s_ de ce mot: mais garder-vous de faire +entendre trois syllabes en prononçant _lor-se-que_. + + +MACONNE n'est pas un substantif. C'est une erreur très-commune +d'employer ce moi pour _maçonnage_, qui est le travail du maçon: et pour +_maçonnerie_, qui est l'ouvrage achevé. + +MAL. _J'ai mal à_ MA _jambe_,..._à_ MON _bras_: dites, _j'ai mal à_ LA +_jambe_,...AU _bras_. + +MAL COMPLAISANT. Dites, PEU _complaisant_. Les locutions _mal appris_, +_mal éduqué_ sont incorrectes; il faut dire _mal élevé_. + +MANCHONNIER. Dites, _foureur_, car _manchonnier_ ne se trouve pas dans +les dictionnaires. + +MARBRE. _Bille_ est le nom de la petite boule de marbre, qui sert de +jouet aux enfans. Il faut donc dire, _jouer aux_ BILLES, et non pas, +_jouer aux_ MARBRES. + +MARIER (se). On ne se marie pas AVEC quelqu'un, mais À quelqu'un. + +La locution, _Mons. N. a marié Mlle N._ pour signifier _a épousé Mlle +N._, est révoltante. + +MÉGARD. Le vrai mot, est _mégarde_: ainsi ne dites pas, _j'ai fait cela +par_ MÉGARD, mais..._par_ MÉGARDE. + +MEILLEUR. _Au_ MEILLEUR _de mon jugement_,--_au_ MEILLEUR _de ma +connaissance_,--_Monsieur vous offre ses_ MEILLEURS _complimens_, +--_Madame vous présente ses_ MEILLEURS _respects_, sont des anglicismes +que la langue française repousse. + +MENOIRES, TRAVAIL, pour désigner les deux pièces de bois d'un traîneau, +entre lesquelles le cheval est attelé, sont des barbarismes. Dites +_limonière_. + +_Limon_ est l'une des branches de la _limonière_, et ne doit pas être +confondu _avec timon_, qui est la longue pièce d'un chariot ou d'un +carrosse, des deux côtés de laquelle on attelle les chevaux. + +MENTHE se prononce _mante_. Gardez-vous de dire avec le vulgaire, _une +décoction de_ MINTHE,--_je bois de la_ MINTHE,--_la_ MINTHE _est un +fébrifuge_, etc. Cette prononciation est insupportable. + +MER n'est pas synonyme de _vague_. Ne dites pas, _il fut emporté par +une_ MER: dites, _il fut emporté par une lame_, _par une vague_, ou _par +un coup de mer_. + +MIDI, MINUIT n'ont point de pluriel. _Je sors tous les_ MIDIS;--_je +m'éveille tous les_ MINUITS, sont donc des locutions incorrectes: dites, +_je sors tous les jours à_ MIDI:--_je m'éveille toujours à_ MINUIT. + +MITOUCHE (sainte). Dites, _sainte_ NITOUCHE,--_faire la sainte_ +NITOUCHE. + +MOINDREMENT ne se trouve dans aucun dictionnaire. + +MOUILLER. _Il_ MOUILLE,--_il va_ MOUILLER, pour, _il pleut_,--_il va +pleuvoir_, sont des fautes grossières. + +MOYENNANT QUE n'est pas français: dites, _pourvu que_. + + +NAVIRE. C'est une erreur de désigner par ce mot les seuls vaisseaux à +trois mâts. _Navire_ signifie en général, _bâtiment de mer_: et l'on +dit, _un navire à trois mâts_,--_à deux mâts_. + +NEIGE. _Chute de neige_,--_abat de neige_,--_bordée de neige_, sont des +solécismes; aussi bien que ces autres expressions, en parlant de neige: +_il poudre_,--_il fait une grosse poudrerie_, etc. + + +ORDRE. _J'ai_ ORDRE _de vous notifier_; dites, _j'ai_ REÇU _ordre_,.... + +ORGE est féminin, excepté dans ces mots, _orge mondé_,--_orge perlé_. + +_Orge mondaine_ est une faute grossière. + +OUBLIE est une sorte de pâtisserie, et c'est une faute d'employer ce mot +pour signifier _pain à cacheter_. + +OUSSE _qu'il est?_ expression barbare: dites, _où est-il?_ + +OUVREZ. Quand on frappe à votre porte, dites, _entrez_, et non pas +_ouvrez_. + + +PAGAIE est le terme propre pour désigner la rame dont les Indiens se +servent pour faire aller leurs pirogues et canots d'écorce. _Aviron_ +pris dans ce sens est une faute, parce que _aviron_ est une sorte de +rame de batelier. + +PAGAYEUR, celui qui tire à la pagaie. + +PAGÉE de clôture. Le mot _pagée_ n'est pas français. + +PAIRE _de vache_, faute grossière: dites, _Pis de vache_, PIS _de +brebis_, PIS _de truie_. + +Considéré comme bon à manger, _pis_ prend le nom de _tétine_. _Manger +d'une tétine_. + +PARAPET. On désigne souvent par ce mot le chemin élevé, pratiqué le long +des rues, des ponts, etc., pour les gens à pied. C'est une faute: +_trottoir_ est le terme propre. + +PARCE QUE, conjonction, se prononce en deux syllabes, et non en trois. + +PARFAIT. _Il chante au_ PARFAIT,--_cela va au_ PARFAIT.--Dites, _il +chante parfaitement_,--_cela va parfaitement_. + +PAR RAPPORT QUE, employé pour _parce que_, ou _par la raison que_, est +une locution vicieuse. Il ne faut donc pas dire: _je ne puis encore +répondre à votre question_ PAR RAPPORT QUE _je n'ai pas eu le temps de +l'examiner à fond_:--dites.._parce que_, ou, _par la raison que je n'ai +pas eu le temps_, etc. + +PAS MAL est une expression incorrecte, lorsqu'elle est employée pour +signifier une certaine abondance, une quantité ou un nombre passable, +comme dans ces locutions: _il pleut_ PAS MAL,--_il y avait_ PAS MAL _de +monde à l'assemblée_:--_il reste_ PAS MAL _de vin dans cette +caraffe_,--_son discours a été_ PAS MAL _long_. + +_Pas guère_ est un barbarisme. + +PASSÉ, contraction ridicule des mots _pas_ et _assez_. _Je n'ai_ PASSÉ, +(pas assez) _d'argent pour faire cette emplette_. + +PELLETER, qu'on emploie pour signifier, jetter quelque chose avec une +pelle, n'est pas français. On doit donc éviter les expressions: PELLETER +_la neige_,--PELLERER _la terre_, etc. Mais on dit, _pellée_, _pellerée_ +ou _pelletée de neige_,--_de terre_, etc. + +PELOTE. _Jeu de_ PELOTE;--_jouer à la_ PELOTE, sont des expressions +vicieuses: dites: _jeu de_ PAUME,--_jouer à la_ PAUME. + +C'est avec une _balle_, et non avec une _pelote_, qu'on joue à la paume. + +Mais on dit, _se battre à coups de pelotes de neige_..._de boules de +neige_. + +Le verbe neutre _peloter_, signifie, jouer à la paume, sans faire de +partie réglée. + +PICOTE, PICOTE-VOLANTE, sont des barbarismes. Il faut, VARIOLE, +VARICELLE: ou PETITE-VÉROLE, PETITE-VÉROLE VOLANTE. + +Mais on dit, _picoté_ pour signifier _marqué de petite vérole_. + +PIEDS. _Il a ses souliers_ DANS _ses pieds_;--_il a ses bas_ DANS _ses +jambes_: dites, _il a ses souliers_ AUX _pieds_..._ses bas_ AUX +_jambes_. + +PLANCHE. La table peinte en noir pour écrire, tracer des figures, etc., +dans les écoles, se nomme TABLEAU et non pas PLANCHE. + +PLANCON. On désigne ainsi une longue et forte pièce de bois écarrie: +c'est une faute: _plançon_ est une branche de saule, ou d'un autre +arbre, qui vient de bouture. + +POCHETÉE. _Une_ POCHETÉE _de blé_:--_une_ POCHETÉE _de sel_, sont des +barbarismes: dites,--_une_ POCHE ou _un_ SAC _de blé_:--_une_ POCHE ou +_un_ SAC _de sel_. + +POIGNÉE. C'est à tort que l'on emploie ce mot pour désigner les _anses_ +qui servent à porter un coffre, une casette, une malle. _Portant_ est le +mot propre. + +_Poignée de serrure_ est aussi une faute: dites, _bouton de serrure_. + +On dit cependant _poignée d'une épée_. + +POIS CHICHE est une sorte de gros pois. Le peuple dit _pois_ CHIQUES: et +il emploie cette expression pour désigner de mauvais pois. + +PORTANT, participe du verbe _porter_, ne doit pas être employé comme +adjectif verbal. Il ne faut donc pas dire, _je suis bien_ +PORTANT,--_elle est bien_ PORTANTE: mais, _je me porte bien_,--_elle se +porte bien_. + +PRENDRE _du froid_,--_un rhume_, sont des anglicismes que l'on doit +éviter: il faut dire, _attraper_ ou _gagner du froid_, _un rhume_, _la +fièvre_, _une maladie_. + +PRÊT. Au lieu de _prêt_ et _prête_, le peuple emploie souvent les mots +_paré_ et _parée_. Delà des expressions pitoyables, telles +que,--_êtes-vous_ PARÉ _à commencer_?--_cette Dame est-elle_ PARÉE _à +partir_? etc. + +PROMETTRE. _Je vous_ PROMETS _qu'il est arrivé_; expression vicieuse, +qui doit être remplacée par, _je vous_ ASSURE _qu'il est arrivé_. + +PROMOUVOIR (qui n'est guère employé qu'à l'infinitif et aux temps +composés) signifie _avancer à quelque dignité_: il se dit +principalement d'un ordre, d'une dignité ecclésiastique. PROMOUVOIR _les +intérêts de quelqu'un_;--PROMOUVOIR _la prospérité du pays_; etc., sont +donc des barbarismes. + + +QUASIMENT: dites, _quasi_, _presque_. + +QU'EST-CE QUE T'AS?--T'AS _mal agi_;--QU'EST-CE _qui appelle_? sont des +expressions barbares. + +QUEUE. Prononcez, _keu_ et non pas _qu-eu_:--_la queue de votre +robe_;--_Pacha à trois queues_: dites, _la_ KEU _de votre robe_:--_Pacha +à trois_ KEU. + + +RAIDE n'est jamais substantif. Il faut donc éviter l'expression +vulgaire, _avoir son_ RAIDE _à_, comme dans cette phrase, _il a eu tout +son_ RAIDE _à soulever ce fardeau_. + +RAISONS. Ne dites pas, _avoir des_ RAISONS avec quelqu'un: mais, _avoir +dispute_, ou _querelle avec quelqu'un_. + +RAMANCHER, RAMANCHEUR, mots barbares, dont l'emploi est fréquent. Ou dit +RAMANCHER pour _remboîter_:--RAMANCHEUR pour _rebouteur_:--RAMANCHER +_une affaire_ pour, _raccommoder une affaire_: RAMANCHER _un +instrument_, pour, _remettre un manche à un instrument_, etc. + +RANCUNEUX, EUSE, n'est pas français: dites, _rancunier_, _ère_. + +RASE, pour signifier _radoire_ ou _racloire_ n'est pas français. + +RASER _le grain_, pour signifier, passer la racloire par dessus la +mesure de grain, est une double faute de langage; d'abord parceque +_raser_ est employé ici improprement pour _rader_ ou _racler_; et +ensuite parce qu'on ne racle pas le grain, mais bien la mesure du grain. +Il faut donc pour parler correctement, dire, _rader_ ou _racler la +mesure du grain_, _du sel_, etc. + +Quelques grammairiens emploient les mots _rader_ et _radoire_ seulement +pour la mesure du sel, et _racler_ et _racloire_ pour celle des grains. + +On dit, _acheter_ et _vendre à mesure rase_. + +RÉFÉRENCE est un mot anglais, qu'on emploie abusivement pour _renvoi_, +en parlant, d'un signe, qui dans un livre renvoie à un pareil signe hors +du texte. + +C'est également une faute grave d'employer le verbe actif _référer_, +dans le sens de _renvoyer à une autorité_, etc. + +REFROIDIR. FROIDIR, FROID. Évitez de prononcer _refraidir_, _fraidir_, +_fraid_; aussi bien que de dire, _il fait frette_, pour, _il fait froa_. + +REMERCIER POUR. ÊTRE OBLIGÉ POUR. _Je vous_ REMERCIERAI POUR _du +pain_:--_je vous serai_ OBLIGÉ POUR _de l'eau_, sont des anglicismes qui +doivent être bannis de la bonne société: dites, _je vous prie de me +passer le pain_,..._de me donner l'eau_. + +RÉSOLU. C'est une faute de dire qu'un homme est RÉSOLU, pour signifier +qu'il est _gros_, _robuste_, etc. + +RESTER, pour signifier, faire sa demeure, n'est pas français. Ainsi au +lieu de, _où_ RESTEZ-_vous_? dites, _où_ DEMEUREZ-_vous_? + +Ne dites pas, _ce cheval est_ RESTÉ; mais, _ce cheval est_ RENDU. + +REVOLIN, terme de marine, est l'action du vent qui réfléchit d'une voile +à l'autre. Le vulgaire emploie improprement ce mot pour RESSAC, qui est +le retour des vagues vers le large, après qu'elles ont frappé violemment +un obstacle. + +RIEN. Ce mot est employé abusivement dans plusieurs locutions. Ainsi +l'on dit, _un morceau de_ RIEN, pour _un très-petit morceau_:--_une +maison de_ RIEN, pour _une maison de très-peu de valeur_, etc. + +RONDIN est bien un gros bâton; mais il signifie aussi un morceau de bois +de chauffage qui est rond. Ainsi une grosse buche ronde est un _rondin_. +C'est donc une erreur de n'employer ce mot que pour désigner le menu +bois rond de chauffage. + +RUETTE, pour _petite rue_, n'est pas français: dites, _ruelle_. + + +SALOPER, pour _salir_, ne se trouve pas dans les dictionnaires. + +SALOPERIE. Le peuple donne souvent à ce mot des significations qui lui +sont étrangères, comme dans ces phrases: _il s'est vendu beaucoup de_ +SALOPERIES _à cet encan_, pour _il s'est vendu beaucoup d'_EFFETS DE PEU +DE VALEUR _à cet encan_:--_je ne lui dois plus qu'une_ SALOPERIE, pour, +_je ne lui dois plus qu'une_ TRÈS-MODIQUE SOMME D'ARGENT, etc. + +SAINT-CAJETAN. Il n'y a point de saint de ce nom. Écrivez, SAINT-GAÉTAN. + +SARABANDE. _Donner la sarabande à quelqu'un_, pour signifier, +_gourmander quelqu'un_, est une locution vicieuse. + +SAUVAGESSE ne se trouve dans aucun dictionnaire. Dites avec l'Académie, +_un sauvage_; _une sauvage_. + +SAVOIR. _On fait à savoir_, est une locution ridicule. Retranchez l'_à_: +ou mieux, retranchez cet absurde préambule, et énoncez simplement +l'objet de la publication. + +SOBRIQUETS. Évitez ces phrases vulgaires et incorrectes; _donner des +noms_; _appeler des noms_, et dites, _donner des sobriquets_,--_donner +des surnoms_. + +SOLEIL. _Il fait_ SOLEIL, est une locution vicieuse. Il faut dire, _il +fait_ DU _soleil_, comme on dit, _il fait_ DE LA _pluie_; DU _vent_; DE +LA _neige_. + +SOLIDITÉ. Quoiqu'on dise, _un homme solide_, on ne dit pas, _la_ +SOLIDITÉ _d'un homme_: mais bien la _solidité_ de son esprit,--de son +caractère,--de ses principes. + +SOMME. Cette phrase, _dormir un somme_, pèche contre la grammaire, parce +que _dormir_, verbe neutre, n'a point de régime: dites, _faire un_ +SOMME. + +SORTIR. Ne dites pas, SORTEZ _cet homme de la maison_:--SORTEZ _ce +cheval de l'écurie_: dites, _faites sortir cet homme_,...._faites sortir +ce cheval_,.... + +STEAM-BOAT. Ce mot dur et étranger, qui ne se trouve guère que dans le +Dict. de Boiste, est devenu tellement à la mode chez nous, qu'il semble +qu'on ait oublié que nous avons en français son équivalent, +_bateau-à-vapeur_,--_navire-à-vapeur_,--_bâtiment-à-vapeur_. Si le +néologisme est un mal nuisible à une langue, l'emploi de mots purement +étrangers, hors une nécessité urgente, est un abus intolérable. + +SUD. Prononcez _sude_, et non pas _çu_. + +SUI, POURSUI, mots employés abusivement pour les participes passés +SUIVI, POURSUIVI. + +SUPPORTER, dans le sens _d'aider_, _d'appuyer de son influence_, comme +dans cette phrase, _je_ SUPPORTERAI _mon ami N aux prochaines +élections_, est un anglicisme que l'on doit repousser. + +SUR. Ne dites pas, _les cheveux me dressèrent_ SUR _la tête_: _mais_, À +_la tête_. + + +TASSER se dit des choses, et non des personnes. L'expression, _nous +sommes_ TASSÉS _ici_, est donc incorrecte. Il faut dire, _nous sommes_ +TRÈS-PRESSÉS _ici_; ou mieux, _nous sommes_ ENTASSÉS _ici_. + +TIRER signifie quelquefois faire le portrait de quelqu'un: TIRER _un +homme au naturel_:--_il s'est fait_ TIRER _par un excellent +peintre_:--_on l'a_ TIRÉ _en cire_. + +Mais, TIRER _un portrait_:--_faire_ TIRER _son portrait_, sont des +locutions absurdes. + +TOURTIÈRE. Le peuple dit, TOURTIÈRE _à la viande_:--TOURTIÈRE _aux +pommes_, au lieu de, TOURTE _à la viande_:--TOURTE _aux pommes_. +_Tourtière_ est l'ustensile qui sert à faire cuire des _tourtes_. + +TOURTRE (qu'on écrit et qu'on prononce abusivement _tourte_) est un +terme de cuisine qui signifie, _tourterelle bonne à manger_. C'est donc +une erreur grave que de désigner par ce mot le _pigeon sauvage_, ou le +_pigeon de passage_, qui nous visite régulièrement chaque été, et que +les naturalistes nomment _palumbus migratorius_. + +TRAIN. _Être en_ TRAIN, pour signifier, _être ivre_, ou _être à +demi-ivre_, est un solécisme. _Être mal en train_, est également une +expression incorrecte. + +TRAÎNERIES, qu'on emploie pour signifier les effets déplacés, écartés +et épars, n'est pas français. + +Mais le verbe _traîner_ est usité en ce sens, et l'on dit, _les livres_ +TRAÎNENT, etc. + +TRAMONTADE. Dites _tramontane_, _perdre la tramontane_. + +TRANSVIDER n'est pas français: _transvaser_ l'est. + +TROT. Gardez-vous de dire avec le peuple, _trotte_,--_aller le trotte_: +prononcez _trô_,--_aller le trô_. + + +USURIER-RE pour signifier une personne qui use beaucoup ses habits, +n'est pas français. + + +VALEUR. _C'est de valeur_, pour signifier, _c'est malheureux_, _c'est +fâcheux_, est un non-sens ridicule. + +VIZ. Abréviation ridicule du mot latin _videlicet_, dont les anglais se +servent pour signifier _c'est à savoir_. Ce mot n'est point français. + +VOIX de Centaure est une faute grave: dites, _voix de Stentor_, et +prononcez _Stan-tor_. + +VOYAGE _de bois_,--_de pierre_,--_de foin_ sont des barbarismes. Il faut +dire _charge_, _charretée_, ou _voie de bois_,--_de pierre_,--_de foin_. + +On appelle _voie d'eau_ les deux seaux d'eau que porte un homme. + +Quelquefois le terme _voyage_ est employé pour signifier les allées et +venus, que l'on fait pour transporter des faix, comme dans cette phrase, +_ce chartier a fait trente_ VOYAGES _pour transporter cette pierre_. Il +faut se garder de conclurre de là que l'on puisse dire; _voilà trente_ +VOYAGES _de pierre que ce chartier a transportés_: dites, _voilà trente +voies de pierre_.... + + + + +PRONONCIATION FIGURÉE. + +DE PLUSIEURS MOTS + +QUI PEUVENT EMBARRASSER + +LES JEUNES ÉLÈVES. + + + Abbaye, _prononcez_, a-bé-i. + Abruzze, ---- ab-russe. + Abject, ---- ab-jecte. + Agnat, ---- agh-na. + Aiguade, ---- é-gade. + Aiguail, _mouillez l'l_, é-gail. + Aiguayer, ---- é-ghé-i-er. + Aiguière, ---- é-ghi-ère. + Aiguiérée, ---- é-ghi-é-ré. + Aiguillade, _mouil. les ll_, é-gu-i-llade. + Aiguillon, _mouillez les ll_, é-gu-i-llon. + Aiguillonner, _mouil. les ll_, é-gu-i-llo-né. + Aiguiser, ---- é-gu-i-sé. + Aix, ---- aisse. + Aix-La-Chapelle ---- aisse-La-Chapelle. + Aoriste, ---- ô-rîste. + Août, ---- ou. + Appendice, ---- ap-pin-dice. + Arc-boutant, ---- ar-boutan. + Arcs-boutans ---- ar-boutan. + Arc-bouter, ---- ar-bouter. + Arc-doubleau, ---- ar-dou-blô, + Arcs-doubleaux, ---- ar-dou-blô. + Archéologie, ---- ar-ké-o-logie. + Archéologue, ---- ar-ké-o-logue. + Archétype, ---- ar-ké-type. + Aspect, ---- as-pek. + Aucun, ---- ô-kun. + Aucune, ---- ô-kune. + Auxerre, ---- ô-cère. + Auxerrois, ---- ô-cé-ro-a. + Avril, ---- _mouillez l'l_. + + Babil, ---- _mouillez l'l_. + Balai, ---- ba-lè. + Bastonnade, ---- basse-ton-nade. + Beset, ---- be-zè. + Boeufs, ---- beu. + Bourg, ---- bour. + Bruxelles, ---- bru-celle. + + Cadix, ---- ca-dice. + Cep, ---- cè ou cèpe, + Cataplasme, ---- ca-ta-plasse-me. + Cerf, ---- cer. + Ceylan, ---- cé-y-lan. + Cheptel, ---- ché-tel. + Chiromancie, ---- ki-ro-man-cie. + Cil, ---- _mouillez l'l_. + Circonspect, ---- cir-con-spek. + Cognation, ---- kogh-na-tion. + Consanguin, ---- con-san-ghin. + Consanguinité, ---- con-san-gu-i-ni-té. + ou, con-san-ghi-ni-té. + Curaçao, ---- cura-çô. + Coquin, ---- ko-kin. + Czar, ---- kzar. + Czarine, ---- kza-rine. + Czarowitz, ---- kza-ro-vitz. + + Distinct, ---- dis-tink. + District, ---- dis-trik. + + Éden, ---- e-denne. + Emmancher, ---- an-man-ché. + Enchiridion, ---- an-ki-ridion. + Enorgueillir, _mouil. les ll_, a-nor-gheu-llir. + Ennoblir, ---- an-no-blir. + Équarrir, ---- é-ka-rir. + Équarrissage, ---- é-ka-ris-sage. + Équarrissement, ---- é-ka-rissement. + Équarrisseur, ---- é-ka-risseur. + Équarrissoir, ---- é-ka-ris-so-ar. + Équateur, ---- é-kou-a-teur. + Équatorial, ---- é-kou-a-torial. + Équestre, ---- é-ku-ès-tre. + Équiangle, ---- é-ku-i-angle. + Équidifférent, ---- é-ku-i-différent. + Équidistant, ---- é-ku-i-distant. + Équilatéral, ---- é-ku-i-latéral. + Équilatère, ---- é-ku-i-latère. + Équilboquet, ---- é-kil-boquet. + Équimultiple, ---- é-ku-multiple. + Équipollence, ---- é-ki-pollance. + Équiponderance, ---- é-ku-i-pondérance. + Équitation, ---- é-ku-i-tation. + Est (_Orient_), ---- este. + + Faon, ---- fan. + Fat, ---- fatte. + Faubourg, ---- fau-bour. + Fenil, ---- _mouillez l'l_. + Gentilhomme, _mouillez l'l_, gen-ti-l-ome. + Gentilshommes, ---- gen-ti-zome. + Geolage, ---- jo-lage. + Geole, ---- jole. + Geolier, ---- jo-li-er. + Georges, ---- jorge. + Gisent, (_ils_) ---- gisse. + Gluten, ---- glu-tenne. + + Hennir, ---- han-nir. + Hymen, ---- hy-menne. + ou, hy-min. + + Igné, ---- igh-né. + Impregnation, ---- in-pregh-nation. + Impregner, ---- _mouillez le gn_. + Incognito, ---- _mouillez le gn_. + Indemniser, ---- in-deme-niser. + ou, in-dame-niser. + Inexpugnable, ---- in-ex-pugh-nable. + Inextinguible, ---- in-ex-tin-gu-i-ble. + Ingrédient, ---- ingrédi-an. + + Juillet, _mouillez les ll_, jui-llé. + + Lacs, (_pièges_), ---- là. + Laon, ---- lan. + Lingual, ---- lin-gou-al. + + Madrid, ---- ma-dri. + Maïs, (_blé d'inde_), ---- ma-ice. + Malesherbe, ---- mal-zerbe. + Mamluk, ---- mame-louk. + Mérinos, ---- méri-noce. + Mezzo-termine, ---- med-zo-termine. + Mezzo-tinto, ---- med-zo-tinto. + Michel-Ange, ---- mi-kel-ange. + Munich, ---- mu-nik. + Mil, (_grain_), ---- _mouillez l'l_. + + Nerf, (_au sing._) ---- nerffe. + Nerfs, (_au plur._) ---- ner. + Nord-Est, ---- nor-deste. + Nord-Ouest, ---- nor-dou-este. + Norwege, ---- nor-vège. + + Orang-Outan, ---- oran-gou-tan. + Orchestre, ---- or-kes-tre. + Os, ---- ô. + Ouest, ---- ou-este. + Ours, ---- ource. + + Paon, ---- pan. + Péril, ---- _mouillez l'l._ + Porc, ---- por. + Pouding, ---- pou-dingue. + Prétérit, ---- prété-ri. + ou, prété-ritte. + Progné, ---- progh-né. + Punch, ---- ponche. + + Quadrat, ---- ka-dra. + Quadrille, ---- kou-a-drille. + Quaker, ou + Quacre, ---- kou-a-cre. + Quasimodo, ---- ka-si-modo. + Quartz, ---- kou-art-ce. + Quartzeux, ---- kou-art-zeux. + Quaternaire, ---- kou-a-ternaire. + Quaterne, ---- kou-a-terne. + Quaterné, ---- kou-a-terné. + Quatriennal, ---- ka-triennal. + Quercy, ---- ker-ci. + Quérimonie, ---- ku-é-ri-monie. + Questeur, ---- ku-es-teur. + Questure, ---- ku-es-ture. + Quidam, ---- ki-dan. + Quidane, ---- ki-danne. + Quiétisme, ---- ki-é-tisme. + Quinconce, ---- kin-conce. + Quinquennal, ---- ku-in-ku-ennal. + Quintuple, ---- ku-in-tuple. + + Radoub, ---- ra-doube. + Rédempteur, ---- ré-damp-teur. + Regnard, (_le poëte_) ---- re-nard. + Regnaud, ---- re-nô. + Regnicole, ---- regh-ni-cole. + Respect, ---- res-pè, + ou, respek. + Roide, ---- raide. + Roideur, ---- rai-deur, + ou, roa-deur. + Rhrumb, ---- rombe. + + Saône, ---- sône. + Sens, (_ville_,) ---- sance. + Serf, ---- serffe. + Séquelle, ---- sé-kelle. + Séquestrer, ---- sé-kes-tré. + Signet, ---- si-nè. + Sloop, ---- sloupe. + Solemnel, ---- so-la-nel. + Stagnation, ---- stagh-na-tion. + Stentor, ---- stan-tor. + Strasbourg, ---- stras-bour. + Sud, ---- sude. + Suspect, ---- sus-pecte. + + Tandis que, ---- tan-di que. + Taon, ---- ton. + Transir, ---- tran-cir. + Trot, ---- trô. + + Valens, (_empereur_), ---- va-linze. + Vermicelle, ---- ver-mite-chelle. + Violoncelle, ---- vi-o-lonte-chelle. + + Wahabis, ---- oua-a-bice. + Wallon, ---- val-lon. + Walse, ---- valse. + Walser, ---- val-sé. + Westphalie, ---- vesse-fa-li. + Whig, ---- ou-ighe. + Whisky, ---- ou-is-ki. + Wilna, ---- vil-na. + Wolga, ---- vol-ga. + Wolverenne, ---- vol-ver-enne. + Wurtemberg, ---- vur-tin-berg. + + Yacht, ---- i-aque. + + + + +MOTS + +BARBARES ET DÉNATURÉS, + +USITÉS CHEZ LE PEUPLE, + +AVEC LE CORRIGÉ. + + + À l'étouffée, _dites_, à l'étuvée. + Abryer, ---- couvrir. + Ambiber, ---- imbiber. + Anflâmâtion, ---- inflammation. + Apertement, ---- évidemment. + Arêche, ---- arête. + Arridelles, ---- ridelles. + Arsena, ---- arsenal. + Aujord'hui, ---- aujourd'hui. + + Bagoulard, ---- bavard. + Bagouler, ---- bavarder. + Balier, ---- balayer. + Baliures, ---- balayures. + Belsamine, ---- balsamine. + Bère, ---- berçeau. + Blague, ---- blaque. + Boulvari, ---- bourvari. + Brouillasse, (_il_,) ---- bruine, (_il_). + Brousquailier, ---- brusquer. + + Cabrouet, ---- cabriolet. + Causette, ---- causeri. + Cahottement, ---- cahotage. + Calimaçon, ---- limaçon. + Calonier, ---- canonier. + Canneçon, ---- caleçon. + Castonade, ---- cassonade. + Chevreu, ---- chevreuil. + Cité de temps, ---- beaucoup de temps. + Clairté, ---- clarté. + Coléreux, ---- colère. + Colidor, ---- corridor. + Conté, ---- en même temps que. + Copérer, ---- coopérer. + Corporance, ---- corpulence. + Cranque, ---- crampe. + Crasserie, ---- ladrerie. + + Désabiyer, ---- découvrir. + Désole, ---- désolation. + Désoublier, ---- oublier. + + Ébourifflé ---- ébouriffé. + Écharpe, ---- écharde. + Écoeurer, ---- faire soulever le coeur. + Écopeau, ---- copeau. + Écosse _de légume_, ---- cosse. + Écroc, ---- accroc. + Écureu, ---- écureuil. + Embrouillamini, ---- brouillamini. + Égrandir, ---- agrandir. + Émouvé ---- ému. + Émouver ---- émouvoir. + Envlimer, ---- envenimer. + Épatienter, ---- impatienter. + Éplan, ---- éperlan. + Errhes, ---- arrhes. + Escloppé, ---- écloppé. + Espadron, ---- espadon. + Esquilancie, ---- esquinancie. + Estatue, ---- statue. + + Falbana, ---- falbala. + Fani, ---- fenil. + Fil d'arréchal, ---- fil d'archal. + Fil d'alton, ---- fil de laiton. + + Ganif, ---- canif. + Gigier, ---- gésier. + Gonce, ---- gauche. + Goule, ---- gueule. + Gouleron, ---- goulot. + Gouailler, ---- railler. + + Les celles, ---- celles. + Les ceux, ---- ceux. + Luméro, ---- numéro. + + Mais que, ---- dès que. + Matéraux, ---- matériaux. + Mauvaiseté, ---- méchanceté. + Merlesse, ---- merle. + + Naveau, ---- navet. + + Ostiner, ---- obstiner. + + Pacan, ---- paysan. + Pacanner, ---- + Pain enchanté, ---- pain à cacheter. + Pans d'oreilles, ---- pendans d'oreilles. + Passé, ---- pas assez. + Picotte, ---- petite-vérole. + Picotte volante, ---- varicelle ou petite-vérole volante. + Pimbina, ---- pémina. + Plumat, ---- plumeau. + Pogne, ---- poignet. + Poigner, ---- empoigner. + Pommes calvilles, ---- pommes calvines. + Porichinelle, ---- polichinelle. + Poumonique, ---- pulmonique. + Pousailler, ---- pousser. + + Quasiment, ---- quasi. + Quek chose, ---- quelque chose. + + Raboudinage, + Rabondiner, + Rachever, ---- achever. + Racoin, ---- recoin. + Radouer, ---- radouber. + Regoulade, + Rancuneux, ---- rancunier. + Raplisser, ---- rapetisser. + Respir, ---- respiration. + Ressaurer, ---- sécher. + Routi, ---- rôti. + Routir, ---- rôtir. + + Salop, ---- malpropre. + Sapinage, + Savater, ---- saveter. + Secoupe, ---- seucoupe. + Siau, ---- seau. (_ço._) + Solitude, ---- solidité. + Sorcilège, ---- sortilège. + Soubriquet, ---- sobriquet. + Soupoudrer, ---- saupoudrer. + Surir, ---- s'aigrir. + + Tairir, ---- tarir. + Tapé de monde, ---- beaucoup de monde. + Tétière, ---- téière. + Tralé de monde, ---- beaucoup de monde. + Trémue, ---- trémie. + Tricoller, ---- chancelier. + Turbenthine, ---- térébenthine. + + + + +ERRATA + + +Page. Ligne. + +8,--7, Biffez les mots suivans; _quand il est suivi des mots y-en_: +_vas-y voir_: _vas en chercher_. _On dit va-t-en_;--et à leur place +écrivez;--quand il est suivi du pronom relatif _y_: _vas y_. Mais si +après l'_y_ il suit un _verbe_, l'Académie veut que l'on supprime l'_s_. +_Va y mettre ordre._ + +Page. Ligne. + +128,--6, Biffez tous les mots depuis _très ne peut_ jusqu'à _très grand +matin_, et à leur place écrivez: + +L'adverbe modifie un verbe, un adjectif et un autre adverbe, mais jamais +un substantif. On doit donc éviter les locutions suivantes si communes +et si vicieuses: _J'ai_ TRÈS-_faim_:--_il a_ BIEN _soif_:--_il est +parti_ TRÈS-_matin_:--_il fait_ TRÈS-_chaud_:--_j'ai_ EXTRÊMEMENT +_froid_:--_il ne fait pas_ BIEN _froid_. Il faut dite: _J'ai une +très_-GRANDE _faim_:--_il a une bien_ GRANDE _soif_:--_il est parti de +très_-GRAND _matin_:--_il fait_ GRAND _chaud_:--_j'ai un_ TRÈS-GRAND +_froid_:--_il ne fait pas un bien_ GRAND _froid_. + + + + + + +End of the Project Gutenberg EBook of Manuel des difficultés de la langue +française adapé au jeune âge et suivi d'un Recueil de locutions vicieuses, by Thomas Maguire + +*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK MANUEL DES DIFFICULTÉS DE LA *** + +***** This file should be named 38913-8.txt or 38913-8.zip ***** +This and all associated files of various formats will be found in: + https://www.gutenberg.org/3/8/9/1/38913/ + +Produced by Gill Martin, Jean-Adrien Brothier, Hugo Voisard, +the proofers at Distributed Proofreaders International and +the Online Distributed Proofreading Canada Team at +http://www.pgdpcanada.net (This book was created from +images provided by Bibliothèque et Archives nationales du +Québec (http://www.banq.qc.ca/).) + + +Updated editions will replace the previous one--the old editions +will be renamed. + +Creating the works from public domain print editions means that no +one owns a United States copyright in these works, so the Foundation +(and you!) can copy and distribute it in the United States without +permission and without paying copyright royalties. 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It exists +because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from +people in all walks of life. + +Volunteers and financial support to provide volunteers with the +assistance they need are critical to reaching Project Gutenberg-tm's +goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will +remain freely available for generations to come. In 2001, the Project +Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure +and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations. +To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation +and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4 +and the Foundation web page at https://www.pglaf.org. + + +Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive +Foundation + +The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit +501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the +state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal +Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification +number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at +https://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg +Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent +permitted by U.S. federal laws and your state's laws. + +The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S. +Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered +throughout numerous locations. Its business office is located at +809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email +business@pglaf.org. 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Thus, we do not necessarily +keep eBooks in compliance with any particular paper edition. + + +Most people start at our Web site which has the main PG search facility: + + https://www.gutenberg.org + +This Web site includes information about Project Gutenberg-tm, +including how to make donations to the Project Gutenberg Literary +Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to +subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks. diff --git a/38913-8.zip b/38913-8.zip Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..63872c7 --- /dev/null +++ b/38913-8.zip diff --git a/38913-h.zip b/38913-h.zip Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..932246b --- /dev/null +++ b/38913-h.zip diff --git a/38913-h/38913-h.htm b/38913-h/38913-h.htm new file mode 100644 index 0000000..fe688f4 --- /dev/null +++ b/38913-h/38913-h.htm @@ -0,0 +1,7505 @@ +<!DOCTYPE html PUBLIC "-//W3C//DTD XHTML 1.0 Strict//EN" + "http://www.w3.org/TR/xhtml1/DTD/xhtml1-strict.dtd"> +<html xmlns="http://www.w3.org/1999/xhtml" xml:lang="fr" lang="fr"> + <head> + <meta http-equiv="Content-Type" content="text/html;charset=iso-8859-1" /> + <meta http-equiv="Content-Style-Type" content="text/css" /> + <title> + The Project Gutenberg eBook of Manuel des difficultés de la langue française, by Thomas MAGUIRE. + </title> + <style type="text/css"> + +body {margin-left: 10%; margin-right: 25%;} + +h1,h2,h3,h4,h5 {text-align: center; /* all headings centered */ clear: both;} + +p {margin-top: .75em; text-align: justify; margin-bottom: .75em;} +.p2 {margin-top: 2em;} + +hr {width: 33%; margin-top: 2em; margin-bottom: 2em; margin-left: auto; + margin-right: auto; clear: both;} + +.h65 {width: 65%} + +table {margin-left: auto; margin-right: auto;} + +.tableft {margin-left: 0em} + +.blockquot {margin-left: 5%; margin-right: 10%;} + +.pagenum {position: absolute; left: 92%; font-size: smaller; text-align: right; font-style:normal} +/* page numbers */ + +.boxcomment {width: 100%; padding: 5px; border: 1px solid black; margin-top: 3em; margin-bottom: 3em; + background-color:#ffffbb;} + +.center {text-align: center;} + +.smcap {font-variant: small-caps;} + +.u {text-decoration: underline;} + + </style> + </head> +<body> + + +<pre> + +The Project Gutenberg EBook of Manuel des difficultés de la langue +française adapé au jeune âge et suivi d'un Recueil de locutions vicieuses, by Thomas Maguire + +This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with +almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or +re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included +with this eBook or online at www.gutenberg.org + + +Title: Manuel des difficultés de la langue française adapé au jeune âge et suivi d'un Recueil de locutions vicieuses + +Author: Thomas Maguire + +Release Date: February 17, 2012 [EBook #38913] + +Language: French + +Character set encoding: ISO-8859-1 + +*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK MANUEL DES DIFFICULTÉS DE LA *** + + + + +Produced by Gill Martin, Jean-Adrien Brothier, Hugo Voisard, +the proofers at Distributed Proofreaders International and +the Online Distributed Proofreading Canada Team at +http://www.pgdpcanada.net (This book was created from +images provided by Bibliothèque et Archives nationales du +Québec (http://www.banq.qc.ca/).) + + + + + + +</pre> + + +<p><br /><br /><br /><br /></p> + +<div class="boxcomment"> +<p><span class="u">Notes de transcription:</span> Pour une plus grande cohérence de l'ouvrage, +les majuscules ont été accentuées. De plus les errata incorporés entre +l'avertissement et la première page ainsi qu'entre les pages 128 et 129 +ont été corrigés dans le texte et repportés à la fin de l'ouvrage. Les +primo (1º), secundo (2º) etc. qui figuraient sous la forme 1o, 2o... ont +été transformés par souci de lisibilité en 1º, 2º... +Le nom de l'auteur a été ajouté dans la première page de présentation.</p> +<p>Dans cette version HTML une table des matières a été ajoutée.</p> +</div> +<h1>MANUEL</h1> +<h5>DES</h5> +<h4>DIFFICULTÉS LES PLUS COMMUNES</h4> +<h5>DE LA</h5> +<h1>LANGUE FRANÇAISE,</h1> +<h5>ADAPTÉ</h5> +<h3>AU JEUNE ÂGE,</h3> + +<h5>ET SUIVI D'UN</h5> + +<h3>RECUEIL</h3> +<h5>DE</h5> +<h3>LOCUTIONS VICIEUSES.</h3> +<h3><span class="smcap">par Thomas MAGUIRE</span></h3> +<p class="center">QUÉBEC:<br /> +<span class="smcap">Imprimé et publié par FRÉCHETTE & Cie,<br /> +Nº. 13, RUE LAMONTAGNE,<br /> +Basse-Ville.</span></p> + +<p class="center">1841.</p> + +<h2><i><a name="AVERTISSEMENT" id="AVERTISSEMENT"></a>AVERTISSEMENT.</i></h2> + +<p>Le besoin d'un <i>Manuel Lexique</i> des difficultés de la langue +française, se fait vivement sentir dans nos écoles de grammaire; +et l'on a à regretter que le commerce ne nous fournisse +pas les ouvrages de ce genre, qui se multiplient, depuis +quelques années, sur l'ancien continent. C'est pour remedier +en partie à ce défaut, que le présent travail, <i>né de +circonstances purement fortuites</i>, a été préparé pour la presse: +et en l'offrant au jeune âge, l'Auteur n'a garde de se présenter +sous d'autre titre, que celui d'<i>humble compilateur</i>; +titre qui doit lui demeurer entier, malgré quelques articles +de sa création, devenus indispensables pour signaler des +erreurs de langage particulières au Canada.</p> + +<p>Les grammaires mises à contribution, pour la confection +de ce petit livre, sont celles de Duvivier, de Chambaud, +de Lequien, de Lhomond, de Letellier, de Galland, de +Noël et Chapsal, etc. Les sources pures et abondantes des +Dictionnaires de l'Académie, de Trévoux, de Boiste, de +Rolland, de Gatel, de Noël et Chapsal, etc., ont été exploitées +dans le même but: et il est essentiel d'ajouter, +que les articles puisés dans ces riches trésors de la langue +française sont reproduits textuellement, autant que les circonstances +et le cadre étroit de l'ouvrage l'ont permis.</p> + +<p>Ayant exposé les difficultés les plus communes de la +langue, il était naturel de fournir un tableau des expressions +incorrectes et dénaturées, qui en altèrent la beauté et les +règles: voilà ce qui a donné lieu au <i>Recueil de Locutions +Vicieuses</i>, placé à la suite du <i>Manuel</i>.</p> + +<p>L'Auteur ne s'est point fait illusion sur la difficulté de sa +tâche: il n'ignore pas qu'il ouvre un champ large à la critique. +Heureux! si son livre attire l'attention de quelque +Aristarque consciencieux, qui daigne en signaler les +erreurs, au profit de la portion chérie de la société à laquelle +il est destiné!</p> + +<p>Du reste, si l'Auteur a aplani au jeune âge quelques-unes +des aspérités dont la langue est hérissée, son but est +atteint, son vœu accompli.</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_1" id="Page_1">[Pg 1]</a></span></p><p>Québec, Octobre, 1841.</p> + +<hr class="h65" /> +<h2><a name="MANUEL" id="MANUEL"></a>MANUEL</h2> +<h5>DES</h5> +<h4>DIFFICULTÉS LES PLUS COMMUNES</h4> +<h5>DE LA</h5> +<h3>LANGUE FRANÇAISE.</h3> + +<p>ABSOUDRE. <i>J'absous</i>, <i>tu absous</i>, <i>il +absout</i>, <i>nous absolvons</i>, <i>vous absolvez</i>, +<i>ils absolvent</i>. <i>J'absolvais</i>; point de prétérit +défini. <i>J'ai absous</i>, <i>j'absoudrai</i>, +<i>j'absoudrais</i>, <i>absous</i>, <i>absolvons</i>, <i>absolvez</i>, +<i>que j'absolve;</i> point d'imparfait du subj. +<i>Absolvant</i>, <i>absous</i>, <i>absoute</i>.</p> + +<p><i>Dissoudre</i> se conjugue de même.</p> + +<p>ACADÉMICIEN est un membre d'une +compagnie de savans: <i>académiste</i>, celui +qui étudie les armes, l'équitation dans une +académie.</p> + +<p>ACCENT CIRCONFLEXE. On +l'emploie pour les voyelles longues, et +on le met,—1º. sur <i>a</i> long, <i>lâche</i>, <i>tâche</i>, +<i>château</i>.—2º. sur l'avant dernier <i>e</i> des +mots en eme: <i>même</i>, <i>blême</i>; excepté +cependant les adjectifs numéraux ordinaux, +comme <i>deuxième</i>, <i>troisième</i>, etc.—3º. sur +l'<i>i</i> des verbes en <i>aitre</i> et <i>oitre</i>, comme <i>paraître, +accroître</i>; dans tous les temps où +<i>i</i> est suivi de <i>t</i>; <i>il naît</i>, <i>il paraîtra</i>, <i>nous<span class="pagenum"><a name="Page_2" id="Page_2">[Pg 2]</a></span> +accroîtrons</i>.—4º. sur l'<i>o</i> qui précède les finales +<i>le</i>, <i>me</i>, <i>ne</i>: <i>pôle</i>, <i>rôle</i>, <i>dôme</i>, <i>zône</i>.—5º. +sur <i>le nôtre</i>, <i>le vôtre</i>, mais non sur +<i>notre</i>, <i>votre</i>.—6º. on l'emploie encore à la +première et seconde personne plurielle du +prétérit défini: <i>nous aimâmes</i>, <i>vous aimâtes</i>, +<i>nous reçûmes</i>, <i>vous reçûtes</i>.—7º. à la troisième +personne singulière de l'imparfait du +subjonctif: <i>qu'il fût</i>, <i>qu'il eût</i>, <i>qu'il aimât</i>.—8º. +on le pose aussi sur les adjectifs <i>sûr</i>, +(pour signifier certain) <i>mûr</i>, etc., parce +qu'on écrivait autrefois <i>seur</i>, <i>meur</i>, et enfin +sur <i>dû</i>, participe du verbe devoir, pour le distinguer +de l'article <i>du</i>. Toutefois ce participe +ne prend l'accent circonflexe, ni au pluriel +masculin, ni au féminin, tant singulier +que pluriel, parce qu'alors il ne peut être +confondu avec l'article <i>du</i>. Enfin on le met +sur <i>tû</i>, participe du verbe <i>taire</i>, pour le distinguer +du pronom <i>tu</i>, et sur <i>crû</i>, participe +de <i>croître</i>, pour le distinguer de <i>cru</i>, participe +de croire.</p> + +<p>ACCORD du verbe avec ses sujets. +Quand plusieurs substantifs ou pronoms +composent les sujets, le verbe s'accorde +avec le dernier substantif ou pronom;</p> + +<p>1º. lorsque les mots formant les sujets +sont synonymes: <i>son courage</i>, <i>son intrépidité</i> +<span class="smcap">étonne</span> <i>les plus braves</i>. Il est +essentiel que les substantifs synonymes ne +soient jamais unis par la conjonction <i>et</i>.</p> + +<p>2º. lorsque les mots formant les sujets +renferment une expression qui réunit en<span class="pagenum"><a name="Page_3" id="Page_3">[Pg 3]</a></span> +elle tous les mots qui précèdent, comme +<i>chacun</i>, <i>tout</i>, <i>rien</i>, <i>personne</i>. <i>Paroles et +regards</i>, <span class="smcap">tout est</span> <i>charmes en vous</i>:—<i>le +temps, les biens, la vie</i>, <span class="smcap">rien</span> <i>ne nous</i> <span class="smcap">appartient</span>.</p> + +<p>3º. lorsque l'esprit s'arrête sur le dernier +substantif, parce qu'il est d'un tel intérêt, +qu'il fait oublier les autres:—<i>ce sacrifice, +votre intérêt, votre honneur</i>, <span class="smcap">dieu</span> <i>vous +le</i> <span class="smcap">commande</span>:—<i>mon repos, mon</i> <span class="smcap">bonheur +semblait</span> <i>être affermi</i>.</p> + +<p>Lorsqu'un verbe a deux sujets de la troisième +personne unis par la conjonction <i>ou</i>, +on peut faire accorder le verbe avec les deux +sujets, ou avec le dernier, et dire également +bien—<i>Pierre</i> ou <i>Paul le</i> <span class="smcap">fera</span>, ou, <i>le</i> <span class="smcap">feront</span>. +Cependant l'accord avec le dernier +sujet parait préférable.</p> + +<p>Cette règle s'applique à <i>l'un l'autre</i>, +lorsqu'ils sont unis par la conjonction <i>ou</i>:—<i>l'un +ou l'autre vous</i> <span class="smcap">écrira</span>, ou <i>vous</i> +<span class="smcap">écriront</span>.</p> + +<p>Cependant si les mots unis par <i>ou</i> sont de +différentes personnes, l'usage demande que +le verbe se mette au pluriel, et qu'il s'accorde +avec la personne qui a la priorité:—<i>c'est +toi ou moi qui</i> <span class="smcap">avons</span> <i>fait cela</i>,—<i>c'est +toi ou lui qui</i> <span class="smcap">avez</span> <i>dit cela</i>:—<i>lui ou moi +nous</i> <span class="smcap">serons</span> <i>peut-être assez heureux</i>, <i>etc.</i></p> + +<p>Dans les phrases où deux substantifs, ou +bien deux pronoms sont liés par une des conjonctions, +<i>de même que</i>, <i>aussi bien que</i>, +<i>comme</i>, <i>non plus que</i>, <i>plutôt que</i>, <i>avec</i>, +<i>ainsi que</i>, et autres semblables, c'est avec<span class="pagenum"><a name="Page_4" id="Page_4">[Pg 4]</a></span> +le premier substantif que l'accord a lieu: <i>la +vertu</i>, <i>de même que le savoir</i>, <i>A son prix</i>. +<i>C'est sa fille</i>, <i>plutôt que son fils</i>, <i>qu'il</i> <span class="smcap">a +déshéritée</span>.</p> + +<p>Après <i>l'un et l'autre</i> faut-il mettre le +verbe au singulier, ou au pluriel?</p> + +<p>L'Académie, Vaugelas, Marmontel, &c., +sont d'avis que l'on peut se servir indifféremment +du singulier ou du pluriel: mais presque +tous les grammairiens, suivant Duvivier, +se sont prononcés pour le pluriel.</p> + +<p>Si <i>l'un et l'autre</i> était placé après le +verbe, le pluriel serait de rigueur. <i>Ils</i> +<span class="smcap">voulaient</span> <i>l'un et l'autre se promener</i>.</p> + +<p>Si les sujets sont exprimés par <i>ni l'un ni +l'autre</i>, ou sont liés par <i>ni</i> répété, le verbe +doit-il être mis au singulier ou au pluriel?</p> + +<p>Duvivier répond qu'on est libre de se +décider en faveur du singulier ou du pluriel, +puisque l'Académie et les meilleurs auteurs +ont fait usage indifféremment du singulier et +du pluriel.</p> + +<p>Il ajoute cependant qu'il se range à l'opinion +de Wailly et de Marmontel qui veulent +que quand les deux sujets concourent à +l'action, l'on donne au verbe la forme plurielle, +parce qu'il y a pluralité dans l'idée, +et que l'on dise, <i>ni l'un ni l'autre n'</i><span class="smcap">ont +fait</span> <i>leur devoir</i>:—<i>Ni la douceur ni la +force ne</i> <span class="smcap">peuvent</span> <i>rien</i>.</p> + +<p>Mais si l'un des deux sujets seulement +fait, ou reçoit l'action, parce qu'alors il y a unité +dans la pensée, les mêmes grammairiens +veulent que l'on mette le verbe au singulier,<span class="pagenum"><a name="Page_5" id="Page_5">[Pg 5]</a></span> +et que l'on dise, <i>ni l'un ni l'autre n'</i><span class="smcap">est</span> +<i>mon père</i>:—<i>Ce ne sera ni Mr. le Duc, ni +Mr. le Comte qui</i> <span class="smcap">sera nommé</span> <i>ambassadeur +d'Espagne</i>.</p> + +<p>Lorsque le verbe qui suit <i>ni</i> répété, est +au pluriel, on doit le faire accorder avec la +personne qui a la priorité. <i>Ni vous ni moi +ne</i> <span class="smcap">sommes</span> <i>coupables</i>.—<i>Ni vous ni lui +n'</i><span class="smcap">avez fait</span> <i>cela</i>.</p> + +<p>Doit-on après <i>un</i>, <i>une</i> joint à <i>de</i>, <i>des</i> se +servir du singulier ou du pluriel, et dire, +<i>c'est une des plus belles actions qu'il ait +jamais</i> <span class="smcap">fait</span>: ou, <i>c'est une des plus belles +actions qu'il ait jamais</i> <span class="smcap">faites</span>?</p> + +<p>La phrase dont il s'agit est elliptique: +c'est comme s'il y avait, <i>c'est une action des +plus belles actions qu'il ait jamais faites</i>. +Pour résoudre la difficulté, il faut examiner +si le pronom relatif <i>que</i> a pour antécédent +le substantif en ellipse, ou le substantif pluriel +placé après la préposition <i>des</i>. Dans le +premier cas on emploie le singulier, et dans +le second le pluriel. Or dans la phrase citée +ci-dessus, il est évident que le relatif <i>que</i> se +rapporte au substantif placé après la préposition; +car il s'agit <i>d'actions faites</i>, et non +pas <i>d'une action faite</i>. Le participe doit +donc être mis au pluriel.</p> + +<p>D'après ces principes il faudra dire au +singulier, <i>c'est un de nos meilleurs grammairiens +qui</i> <span class="smcap">a fait</span> <i>cette faute</i>: et au pluriel; +<i>votre ami est un des hommes qui</i> +<span class="smcap">périrent</span> <i>dans la sédition</i>.<span class="pagenum"><a name="Page_6" id="Page_6">[Pg 6]</a></span></p> + +<p>ACCORD d'un adjectif qui suit plusieurs +substantifs.</p> + +<p>Quand un adjectif suit plusieurs substantifs +régimes, soit régimes d'un verbe, soit régimes +d'une proposition, et que cet adjectif ne se +prononce pas au masculin comme au féminin, +au singulier comme au pluriel, il ne s'accorde +qu'avec le dernier des substantifs: mais il +est sous-entendu après les précédens. <i>Ce +soupçon..excita des plaintes, et un mécontentement</i> +<span class="smcap">général</span>.—<i>C'est donc en +vain qu'on met la véritable gloire dans +l'honneur et la probité</i> <span class="smcap">mondaine</span>.</p> + +<p>Mais un adjectif, placé après des substantifs +régimes, se met au pluriel, si cet accord +ne change pas la prononciation de l'adjectif.—<i>Il +sacrifie son repos et sa liberté pour la +liberté et la félicité</i> <span class="smcap">publiques</span>.</p> + +<p>ACQUÉRIR. <i>J'acquiers</i>, <i>tu acquiers</i>, +<i>il acquiert</i>, <i>nous acquérons</i>, <i>vous acquérez</i>, +<i>ils acquièrent</i>, <i>j'acquérais</i>, <i>j'acquis</i>, <i>j'acquerrai</i>, +<i>j'acquerrais</i>, <i>acquiers</i>, <i>acquérons</i>, +<i>acquérez</i>, <i>que j'acquière</i>, <i>que nous acquérions</i>, +<i>que j'acquisse</i>, <i>acquérant</i>, <i>acquis</i>, +<i>acquise</i>.</p> + +<p>Conjuguez de même <i>conquérir</i>, <i>reconquérir</i>, +<i>requérir</i>, <i>s'enquérir</i>.</p> + +<p>ADJECTIFS ABSOLUS, (les) <i>Parfait</i>, +<i>universel</i>, <i>immortel</i>, <i>mortel</i>, <i>éternel</i>, +<i>essentiel</i>, <i>divin</i>, <i>suprême</i>, <i>extrême</i>, <i>excellent</i>, +ne peuvent être précédés de mots qui expriment +le plus ou le moins, par cela même +qu'ils sont <i>absolus</i>, et rejettent toute com<span class="pagenum"><a name="Page_7" id="Page_7">[Pg 7]</a></span>paraison. +On ne peut dire, <i>plus</i> ou <i>moins +éternel,—mortel</i>, &c.</p> + +<p>ADJECTIF NUMÉRAL. Quelquefois +l'adjectif de nombre cardinal remplace celui +de nombre ordinal. <i>Il est</i> <span class="smcap">six</span> <i>heures</i>;—<i>l'an</i> +<span class="smcap">mil huit cent</span>:—<i>le</i> <span class="smcap">cinq</span> <i>Mars</i>,—<span class="smcap">guillaume +quatre</span>.</p> + +<p>AIDER quelqu'un, c'est l'assister de +sa bourse, de ses conseils:—<i>aider à quelqu'un</i>, +c'est partager sa fatigue, sa peine:—<i>aider +à quelque chose</i>, c'est y contribuer.</p> + +<p>AÏEUL est le père du père ou de la +mère. Au pluriel on dit <i>aïeuls</i>, quand on +veut désigner préscisément le grand-père +paternel et le grand-père maternel. Hors +delà on dit <i>aïeux</i>, pour signifier tous ceux +de qui l'on descend, et qui ont devancé nos +<i>aïeuls</i>.</p> + +<p>AIGLE, <i>oiseau</i>, est masculin. <span class="smcap">Aigle</span>, +<i>drapeau</i>, est féminin. <i>Les Aigles Romaines</i>. +<span class="smcap">Aigle</span>, <i>constellation</i>, est féminin.</p> + +<p>AIGUILLON. Il y a quelques mots, +comme, <i>aiguillon</i>, <i>aiguille</i>, <i>aiguiser</i>, <i>arguer</i>, +<i>inextinguible</i>, et les noms propres +<i>d'Aiguillon, le Guide, de Guise</i>, dans lesquels +l'<i>u</i> se fait entendre, et que l'on prononce, +<i>é-gu-i-glion</i>,—<i>é-gu-i-lle</i>,—<i>é-gu-i-zé</i>,—<i>ar-gu-é</i>,—<i>inextin-gu-i-ble</i>,—<i>d'É-gu-i-glion</i>,—<i>le +Gu-i-de</i>,—<i>de Gu-i-se</i>.</p> + +<p>AIR. On dit, <i>cette femme</i> a l'air <span class="smcap">bon</span>, +et non pas <span class="smcap">bonne</span>, parce que <i>bon</i> se<span class="pagenum"><a name="Page_8" id="Page_8">[Pg 8]</a></span> +rapporte à l'<i>air</i>. Mais on dit, <i>cette pomme +a l'air</i> <span class="smcap">cuite</span>, et non pas <span class="smcap">cuit</span>, parce que +l'adjectif ne peut être dit ici du substantif +<i>air</i>.</p> + +<p>ALLER. On ne dit plus <i>je vas</i>, mais, +<i>je vais</i>. L'impératif <i>va</i> prend une <i>s</i> euphonique +quand il est suivi du pronom relatif <i>y</i>: +<i>vas y</i>. Mais si après l'<i>y</i> il suit un <i>verbe</i>, +l'Académie veut que l'on supprime l'<i>s</i>. <i>Va +y mettre ordre.</i></p> + +<p>AMOUR au singulier est masculin: au +pluriel féminin, excepté quand il désigne +les petits génies de la mythologie. <i>Ces</i> +<span class="smcap">petits</span> <i>amours sont bien</i> <span class="smcap">groupés</span>.</p> + +<p>À NEUF, DE NEUF. <i>Refaire un +bâtiment</i> <span class="smcap">à neuf</span>:—<i>remettre un tableau</i> +<span class="smcap">à neuf</span>, c'est les restaurer, les réparer.</p> + +<p><i>Se faire habiller</i> <span class="smcap">de neuf</span>, c'est se faire +faire des habits neufs.</p> + +<p>ANCÊTRES. <i>Nos ancêtres: nos +aïeux: nos pères.</i> Le siècle de nos <i>pères</i> +a touché au nôtre: nos <i>aïeux</i> les ont devancés: +nos ancêtres sont les plus reculés +de nous.</p> + +<p>ANIMAUX. Leurs parties principales.</p> + +<p>On dit le <i>pied</i> d'un cheval, d'un bœuf, d'un +cerf, d'un mouton, d'une vache, et des autres +animaux chez lesquels cette partie est de +<i>corne</i>.</p> + +<p>On dit la <i>patte</i> d'un chien, d'un chat, d'un +lièvre, d'un loup, d'un ours, d'un rat, et des +autres animaux chez lesquels cette partie +n'est pas de <i>corne</i>.<span class="pagenum"><a name="Page_9" id="Page_9">[Pg 9]</a></span></p> + +<p>On dit les <i>ongles</i> d'un lion, les <i>griffes</i> +d'un chat, d'un tigre, les <i>serres</i> d'un aigle, +d'un épervier.</p> + +<p>On dit la <i>bouche</i> d'un cheval, d'un bœuf, +d'un âne, et en général en parlant des bêtes +de somme.</p> + +<p>On se sert du mot <i>gueule</i> en parlant des +poissons, des reptiles, et de la plupart des +quadrupèdes. On dit la <i>gueule</i> d'une carpe +d'une truite, d'un brochet, d'un serpent, d'un +lion, d'un tigre, d'un chien, d'un loup, d'un +chat, &c.</p> + +<p>On fait usage du mot <i>bec</i> pour les volatiles.</p> + +<p>Quand on parle de cette partie qui comprend +la <i>gueule</i> et le <i>nez</i>, on dit le <i>groin</i> +d'un cochon, le <i>muffle</i> d'un cerf, d'un bœuf, +d'un lion, d'un léopard, d'un tigre: le <i>museau</i> +d'un chien, d'un renard, &c.</p> + +<p>On donne le nom de <i>défenses</i> ou <i>broches</i> +de sanglier aux deux grosses dents crochues +et effilées qui sortent de sa gueule.</p> + +<p>On appelle <i>bois de cerf</i> ou <i>tête de cerf</i>, +le grand bois que cet animal porte sur le +devant de sa tête, et qui tombe tous les ans +au printemps.</p> + +<p>Enfin on dit la <i>hure</i> d'un sanglier, d'un +ours, d'un saumon, d'un brochet, pour la +tête, lorsqu'elle est coupée.</p> + +<p>ANIMAUX, leurs cris. L'abeille bourdonne, +l'âne brait, le bœuf mugit ou beugle, +la brebis bêle, le renard nasille, le cerf +bramme, le chat miaule, le cheval hennit, +(prononcez hanit) le chien aboie ou jappe,<span class="pagenum"><a name="Page_10" id="Page_10">[Pg 10]</a></span> +le cochon grogne, le corbeau croasse, la grenouille +coasse, le lion rugit, le loup hurle, le +serpent siffle, l'aigle et la grue glapissent ou +trompettent, les petits chiens et les renards +glapissent, les pigeons roucoulent, la perdrix +cacabe, le moineau chuchète ou pépie, +le paon braille ou criaille, le dindon glougloute, +le poulet piaule, la poule glousse, +le grillon grésillonne, l'oie siffle, le rossignol +gringotte, &c.</p> + +<p>APPELER. <i>J'appelle, tu appelles, +il appelle, nous appelons, vous appelez, +ils appellent, j'appelais, j'appelai, j'appellerai, +j'appellerais, appelle, appelons, +appelez, que j'appelle, que nous appelions, +que j'appelasse, appelant, appelé, appelée</i>.</p> + +<p>Ce verbe comme tous ceux qui sont terminés +par <i>eler</i>, doublent la lettre <i>l</i>, quand +après cette lettre on entend un <i>e</i> muet; c.-à-d. +lorsque la lettre <i>l</i> est suivie de <i>e</i>, <i>es</i>, <i>ent</i>. +<i>J'appelle</i>,—<i>tu chancelles</i>,—<i>ils étincellent.</i></p> + +<p>Cette règle est applicable aussi aux +verbes dont l'infinitif est en <i>eter</i>. V. <span class="smcap">jeter</span>.</p> + +<p>APPLAUDIR. Comme on fait usage +de ce verbe tantôt à l'actif, tantôt au neutre, +il est indifférent de dire, <i>applaudir</i> <span class="smcap">aux</span> +<i>acteurs</i>, ou <i>applaudir</i> <span class="smcap">les</span> <i>acteurs</i>: <i>on</i> +<span class="smcap">lui</span> <i>a applaudi</i>, ou, <i>on</i> <span class="smcap">l'</span><i>a applaudi</i>.</p> + +<p>Le participe passé de <i>s'applaudir</i> s'accorde +toujours. <i>Ils se sont</i> <span class="smcap">applaudis</span> <i>de +leur conduite</i>.<span class="pagenum"><a name="Page_11" id="Page_11">[Pg 11]</a></span></p> + +<p>ARC-EN-CIEL. Au pluriel on écrit, +<i>arcs-en-ciel</i>; mais on prononce, comme au +singulier, <i>ar-kan-ciel</i>.</p> + +<p>ARTICLE. On répète l'article et les +adjectifs déterminatifs, <i>mon</i>, <i>ma</i>, <i>mes</i>, <i>ton</i>, +<i>ta</i>, <i>tes</i>, <i>ce</i>, <i>cette</i>, <i>un</i>, etc.</p> + +<p>1º. devant chaque substantif, <i>les officiers +et</i> <span class="smcap">les</span> <i>soldats</i>;—<i>son frère et</i> <span class="smcap">sa</span> <i>mère</i>.</p> + +<p>2º. devant deux adjectifs unis par <i>et</i>, lorsqu'ils +ne qualifient pas le même substantif: +<i>les anciens et</i> <span class="smcap">les</span> <i>nouveaux soldats</i>,—<i>vos +grands et</i> <span class="smcap">vos</span> <i>petits appartemens</i>. +Mais on dirait, <i>les anciens et braves soldats</i>;—<i>vos +grands et beaux appartemens</i>, attendu +que les mêmes soldats sont <i>anciens et +braves</i>, et les mêmes appartemens <i>grands +et beaux</i>.</p> + +<p>Il n'est pas toujours aisé de connaître +d'une manière précise les cas où l'on doit +faire usage de l'article, et ceux où l'on ne +doit pas s'en servir. Voici un principe général +qui sera d'un grand secours pour les +distinguer.</p> + +<p>On doit employer l'article avant tous les +noms communs pris <i>déterminément</i>, mais +non avant ceux qu'on prend <i>indéterminément</i>.</p> + +<p>Un nom est pris <i>déterminément</i> lorsqu'il +est employé pour désigner tout un genre, +toute une espèce, ou enfin un individu. <span class="smcap">la</span> +<i>jeunesse est imprévoyante</i>. Le mot <i>jeunesse</i> +est genre parce qu'il désigne la totalité +des jeunes gens. <span class="smcap">les</span> <i>hommes à préten<span class="pagenum"><a name="Page_12" id="Page_12">[Pg 12]</a></span>tion +sont insupportables</i>. Le mot <i>hommes</i> +est espèce, parce qu'il est restreint à un certain +nombre d'individus. <span class="smcap">Le</span> <i>roi est sage</i>. +Le mot <i>roi</i>, dans cette phrase, désigne un +individu.</p> + +<p>Un nom est pris <i>indéterminément</i> lorsqu'on +s'en sert uniquement pour réveiller +l'idée qu'on y attache: qu'on ne détermine +rien sur l'étendue dont elle est susceptible; +en un mot qu'on ne l'emploie pas pour désigner +ni un genre, ni une espèce, ni un individu. +<i>Les chemins sont bordés</i> <span class="smcap">de</span> <i>lauriers</i>, +<span class="smcap">de</span> <i>grenadiers</i>, <span class="smcap">de</span> <i>jasmins</i>. Les +mots <i>lauriers</i>, <i>grenadiers</i>, <i>jasmins</i> étant +indéterminés, ne prennent pas l'article.</p> + +<p class="center">REMARQUES.</p> + +<p>Les noms de provinces et de royaumes +peuvent être pris <i>déterminément</i> et <i>indéterminément</i>. +On dit: <i>je viens d'Angleterre, +de France</i>, sans l'article; parce qu'il suffit +de regarder l'Angleterre ou la France +comme terme d'où l'on part, et qu'il est inutile +de penser à l'étendue de ces royaumes. +Mais parce que les mots <i>limites</i>, <i>bornes</i> font +penser à cette étendue, on dit; <i>les limites +de l'Angleterre, les bornes de la France</i>.</p> + +<p>L'usage permet que l'on dise indifféremment, +<i>les peuples de l'Asie</i> ou <i>les peuples +d'Asie</i>,—<i>les villes de l'Angleterre</i> ou <i>les +villes d'Angleterre</i>.</p> + +<p>Mais on dit avec l'article: <i>les peuples de +l'Asie ont toujours été faciles à subjuguer</i>; +parce que l'on considère ces peuples par rap<span class="pagenum"><a name="Page_13" id="Page_13">[Pg 13]</a></span>port +à l'étendue du pays qu'ils habitent.</p> + +<p>On dit plus communément: <i>il vient de +l'Asie, de l'Europe, de l'Afrique</i>. C'est +une exception à la règle donnée plus haut.</p> + +<p>Il y a des noms de royaumes et de pays +qui veulent absolument l'article; et l'on dit +toujours: <i>les empereurs de la Chine—du +Pérou—du Japon:—les habitants du Canada</i>.</p> + +<p>Les locutions suivantes sont donc vicieuses: +<i>je vais</i> <span class="smcap">en</span> <i>Canada</i>,..<span class="smcap">en</span> <i>Pérou</i>:—<i>il +demeure</i> <span class="smcap">en</span> <i>Canada</i>,..<span class="smcap">en</span> <i>Japon</i>. Il +faut dire: <i>je vais</i> <span class="smcap">au</span> <i>Canada</i>,..<span class="smcap">au</span> <i>Pérou</i>;—<i>il +demeure</i> <span class="smcap">au</span> <i>Canada</i>,..<span class="smcap">au</span> <i>Japon</i>.</p> + +<p>Les noms <i>Mercure</i>, <i>Jupiter</i>, <i>Vénus</i>, +<i>Mars</i>, <i>Saturne</i>, <i>Herschel</i> ne prennent +pas l'article.</p> + +<p>ASPECT, PERSPECTIVE, VUE. <i>Aspect</i> désigne des points de vue particuliers. +<i>Les vues de la Suisse offrent les aspects +les plus agréables.</i> <i>Perspective</i> est <i>l'aspect</i> +des objets vus de loin. L'idée de +<i>vue</i> est plus étendue que celle d'<i>aspect</i>.</p> + +<p>ASSAILLIR. <i>J'assaille, tu assailles, +il assaille, nous assaillons, j'assaillais, +j'assaillis, j'assaillirai, j'assaillirais, assaille, +assaillons, assaillez, que j'assaille, +que j'assaillisse, assaillant, assailli, assaillie</i>.</p> + +<p><i>Tressaillir</i> se conjugue de même.</p> + +<p>ASSEOIR. <i>J'assieds, tu assieds, il +assied, nous asseyons, vous asseyez, ils<span class="pagenum"><a name="Page_14" id="Page_14">[Pg 14]</a></span> +asseient, j'asseyais, nous asseyions, vous asseyiez, +ils asseyaient, j'assis, j'assiérai ou +j'asseierai, j'assiérais ou j'asseierais, assieds, +asseyons, asseyez, que j'asseie, que +nous asseyions, que vous asseyiez, qu'ils +asseient, que j'assisse, asseyant, assis, assise</i>..</p> + +<p><i>Rasseoir</i> se conjugue de même.</p> + +<p>ASSURER veut un régime direct de +personne quand il signifie <i>témoigner</i>: +<i>assurez</i> <span class="smcap">le</span> <i>de mon estime</i>: et un régime +indirect lorsqu'il veut dire <i>donner pour sûr</i>: +<i>assurez</i> <span class="smcap">lui</span> <i>que nous sommes réconciliés</i>.</p> + +<p>ATOCA. (<i>Oxycoccum</i>). Suivant Sarrasin, +cité par Charlevoix, <i>atoca</i> est un mot +indien, qui désigne la baie de la canneberge. +Cette baie, que les anglais appellent <i>cranberry</i>, +ne porte point de nom en français.</p> + +<p>À TRAVERS veut un régime direct; +<i>à travers</i> <span class="smcap">les</span> <i>champs</i>: <i>au travers</i> est +toujours suivi de la proposition <i>de</i>: <i>au travers</i> +<span class="smcap">du</span> <i>corps</i>.</p> + +<p>AUCUN se met toujours au singulier: +<i>aucun chemin de fleurs ne conduit à la +gloire</i>: excepté quand il accompagne un +substantif qui n'a pas de singulier, comme +<i>pleurs</i>, <i>ancêtres</i>: ou qui, au pluriel, est pris +dans un autre sens qu'au singulier, comme +<i>troupes</i>, <i>gages</i>. <i>On n'a fait</i> <span class="smcap">aucunes</span> <i>fénérailles</i>,—<span class="smcap">aucunes</span> +<i>troupes ne sont mieux +disciplinées</i>.<span class="pagenum"><a name="Page_15" id="Page_15">[Pg 15]</a></span></p> + +<p>AUSSI, AUTANT, sont deux adverbes +de comparaison qui doivent être suivis de +la conjonction <i>que</i>, et non de <i>comme</i>, autre +adverbe de comparaison. Ne dites pas: +<i>il est aussi grand</i> <span class="smcap">comme</span> <i>vous</i>,—<i>j'en ai autant</i> +<span class="smcap">comme</span> <i>vous</i>,—dites <i>il est aussi grand</i> +<span class="smcap">que</span> <i>vous</i>,—<i>j'en ai autant</i> <span class="smcap">que</span> <i>vous</i>. On +dit: <i>il est grand</i> <span class="smcap">comme</span> <i>vous</i>:—<i>j'en ai</i> +<span class="smcap">comme</span> <i>vous</i>.</p> + +<p>AUSSI, SI. Toutes les fois que l'on +veut simplement marquer l'extension d'une +qualité, il faut prendre <i>si</i>: <i>il n'est pas</i> +<span class="smcap">si</span> <i>fin</i>, <i>qu'on ne le puisse tromper</i>. Mais +quand on veut faire comparaison entre deux +adjectifs, ou deux adverbes, il faut se servir +d'<i>aussi</i> dans les phrases affirmatives: <i>il +est</i> <span class="smcap">aussi</span> <i>poli qu'il est brave</i>: mais si la +phrase est négative il faut employer <i>si</i>: +<i>personne ne vous a servi</i> <span class="smcap">si</span> <i>utilement que +lui</i>. Cependant il est bien des personnes +qui emploient alors presque indifféremment +<i>si</i> ou <i>aussi</i>, et disent, <i>il ne sera pas</i> <span class="smcap">aussi</span> +<i>constant qu'il le dit</i>,—ou,—<i>il ne sera pas</i> +<span class="smcap">si</span> <i>constant qu'il le dit</i>.</p> + +<p>AUSSI BIEN QUE. Lorsque deux +sujets sont unis par <i>aussi bien que</i>, le verbe +s'accorde avec le premier sujet: <i>le roi, +aussi bien que ses ministres</i>, <span class="smcap">veut</span> <i>la paix</i>.</p> + +<p>AUTOMNE, d'après l'usage le plus +commun, est masculin quand l'adjectif précède: +<span class="smcap">un</span> <i>bel automne</i>: et féminin quand +l'adjectif suit: <span class="smcap">une</span> <i>automne froide</i>.<span class="pagenum"><a name="Page_16" id="Page_16">[Pg 16]</a></span></p> + +<p>AUTOUR, ALENTOUR. Suivant +les écrivains modernes <i>autour</i> est une proposition, +qui a par conséquent un régime, et +<i>alentour</i> un adverbe qui n'en a point. Il faut +donc dire, <i>la reine avait toutes ses filles</i> +<span class="smcap">autour</span> <i>d'elle</i>; et non pas, <span class="smcap">alentour</span> +<i>d'elle</i>:—<i>le roi était là, et ses gardes étaient</i> +<span class="smcap">alentour</span>, et non pas, <span class="smcap">autour</span>.</p> + +<p>AUTRE QUE, TOUT AUTRE +QUE, AUTREMENT QUE, marquant +la comparaison, veulent <i>ne</i> devant le verbe +suivant: <i>il est tout autre que je</i> <span class="smcap">ne</span> <i>pensais</i>:—<i>il +parle autrement qu'il</i> <span class="smcap">n'</span><i>agit</i>: +excepté quand le premier verbe est négatif: +<i>il</i> <span class="smcap">ne</span> <i>parle pas autrement qu'il agit</i>.</p> + +<p>AUXILIAIRES. Il y a deux auxiliaires +<i>avoir</i> et <i>être</i>: <i>avoir</i> marque l'action, +et <i>être</i> l'état. Dans les verbes neutres qui +prennent les deux auxiliaires, comme, <i>accourir</i>, +<i>disparaître</i>, <i>déchoir</i>, <i>passer</i>, <i>décider</i>, +<i>périr</i>, <i>croître</i>, <i>éclore</i>, <i>demeurer</i>, <i>rester</i>, +<i>cesser</i>, <i>échapper</i>, <i>monter</i>, <i>descendre</i>, <i>entrer</i> +etc., on emploie <i>avoir</i>, si c'est l'action que +le verbe énonce que l'on a en vue: et <i>être</i> +si c'est l'état que l'on veut exprimer. Ce +sont les circonstances dont le verbe est accompagné +qui indiquent lequel de ces deux +points de vue on envisage: ainsi pour exprimer +l'action, l'on dira avec <i>avoir</i>: <i>elle</i> <span class="smcap">a</span> +<i>disparu subitement</i>;—<i>la fièvre</i> <span class="smcap">a</span> <i>cessé +hier</i>;—<i>la rivière</i> <span class="smcap">a</span> <i>monté rapidement</i>;—<i>le +baromètre</i> <span class="smcap">a</span> <i>descendu en peu d'heures</i>: +et pour exprimer l'état qui suit l'action, l'on<span class="pagenum"><a name="Page_17" id="Page_17">[Pg 17]</a></span> +dira avec <i>être</i>; <i>elle</i> <span class="smcap">est</span> <i>disparue depuis +un an</i>:—<i>la fièvre</i> <span class="smcap">est</span> <i>passée depuis quelque +temps</i>;—<i>il</i> <span class="smcap">est</span> <i>monté</i>—<i>il</i> <span class="smcap">est</span> <i>descendu +depuis une heure</i>. Il faut excepter +de cette règle les verbes neutres <i>aller</i>, <i>arriver</i>, +<i>choir</i>, <i>décéder</i>, <i>mourir</i>, <i>naître</i>, <i>tomber</i>, +<i>venir</i>, et les composés de ce dernier, +comme <i>devenir, intervenir, parvenir, revenir, +survenir</i>, lesquels prennent le seul +auxiliaire <i>être</i>, quoique chacun d'eux exprime +une action: c'est l'usage qui en a +décidé ainsi; <i>elles</i> <span class="smcap">sont</span> <i>allées</i>,—<i>nous</i> +<span class="smcap">étions</span> <i>arrivés</i>,—<i>il</i> <span class="smcap">sera</span> <i>venu</i>.</p> + +<p>Remarque. <i>Convenir</i>, <i>contrevenir</i>, <i>subvenir</i>, +quoique formés du verbe <i>venir</i>, donnent +lieu aux observations suivantes.</p> + +<p><i>Convenir</i> demande tantôt l'auxiliaire <i>avoir</i>, +et tantôt l'auxiliaire <i>être</i>. Dans le sens +d'être convenable, il prend <i>avoir</i>: et <i>être</i> +dans le sens de demeurer d'accord. <i>Cette +maison m'</i><span class="smcap">a</span> <i>convenu, et je</i> <span class="smcap">suis</span> <i>convenu du +prix</i>.</p> + +<p><i>Contrevenir</i> est employé par le plus grand +nombre des écrivains avec <i>avoir</i>.</p> + +<p><i>Subvenir</i> prend toujours l'auxiliaire <i>avoir</i>.</p> + +<p>AVANT veut un régime, <i>auparavant</i> +n'en veut aucun. Ne dites pas, <i>auparavant +de partir</i>, mais, <i>avant de partir</i>.</p> + +<p>AVANT, DEVANT. <i>Avant</i> est pour +l'ordre des temps; <i>devant</i> pour l'ordre des +places. Le premier est opposé à <i>après</i>, le +second à <i>derrière</i>.<span class="pagenum"><a name="Page_18" id="Page_18">[Pg 18]</a></span></p> + +<p>Plusieurs auteurs font aussi usage d'<i>avant</i> +pour l'ordre des places.</p> + +<p>AVANT QUE rejette le <i>ne</i>. Dites, +<i>avant qu'il parte</i>, et non, <i>avant qu'il</i> <span class="smcap">ne</span> +<i>parte</i>.</p> + +<p>AVANT QUE DE, AVANT DE, sont +employés indifféremment par les écrivains +modernes: les prosateurs préfèrent même +<i>avant de</i>.</p> + +<p>AVOIR <i>affaire à quelqu'un</i>, suppose infériorité, +dépendance de celui qui a affaire. +Un plaideur <i>a affaire</i> <span class="smcap">à</span> ses juges, et non +<span class="smcap">avec</span> ses juges.</p> + +<p><i>Avoir affaire avec quelqu'un</i>, c'est avoir +à traiter avec lui: <i>il faut éviter d'avoir +affaire</i> <span class="smcap">avec</span> <i>les fripons</i>.</p> + +<p><i>Avoir affaire de</i> signifie avoir besoin de: +<i>il a affaire</i> <span class="smcap">d'</span><i>argent</i>,—<i>j'ai affaire</i> <span class="smcap">de</span> +<i>vous, ne sortez pas</i>.</p> + +<p class="p2">BARBARISME, (le) est l'emploi de +mots inusités, ou pris dans un mauvais sens, +ou mal associés: c'est aussi l'emploi de locutions +insolites. Le <i>solécisme</i> est une faute +grossière contre la syntaxe.</p> + +<p>BÂTISSE, BÂTIMENT. <i>Bâtiment</i> +est l'édifice entier: <i>bâtisse</i> n'en est que la +partie comprenant la maçonnerie. Dites: +<i>la bâtisse de cette construction a couté fort +cher</i>: mais ne dites pas: <i>je veux assurer +cette</i> <span class="smcap">batisse</span>; <i>je veux vendre cette</i> <span class="smcap">batisse</span>, +pour signifier, <i>je veux assurer cette +maison, je veux vendre cette maison</i>.<span class="pagenum"><a name="Page_19" id="Page_19">[Pg 19]</a></span></p> + +<p>BEAUCOUP. <i>Il s'en faut beaucoup</i> +marque différence de qualité: <i>il s'en faut +de beaucoup</i> la différence de quantité: +<i>il s'en faut beaucoup qu'il soit aussi prudent +que vous</i>:—<i>il s'en faut</i> <span class="smcap">de</span> <i>beaucoup +qu'il ait autant de connaissances que son +cousin</i>.</p> + +<p>BÉARN, ancienne province de France; +prononcez, <i>Béar</i>.</p> + +<p>BÉNIT, TE, signifie consacré par l'église: +<i>pain bénit</i>, <i>eau bénite</i>. <i>Béni—e</i>, a +les autres significations de son verbe;—<span class="smcap">bénis</span> +<i>sont les rois qui chérissent leurs peuples</i>.</p> + +<p>BIFTECK ou BIFSTECK de l'anglais, +<i>beef-steak</i>, signifie tranche de bœuf +saisie dans le beurre.</p> + +<p>BLEU. L'adjectif <i>bleu</i> est invariable +quand il est modifié par un autre adjectif, +étant alors substantif. <i>Des étoffes</i> <span class="smcap">bleu +fonçé</span>, c.-à-d. <i>d'un bleu foncé</i>. Il en +est ainsi de plusieurs autres adjectifs qui désignent +les couleurs: <i>des cheveux</i> <span class="smcap">blond +fonçé</span>;—<i>des robes</i> <span class="smcap">rose tendre</span>;—<i>des +draps</i> <span class="smcap">vert foncé</span>:—<i>des cheveux</i> <span class="smcap">chatain +clair</span>, etc.</p> + +<p>BOSSER, BOSSUER. <i>Bosser</i> est +un terme de marine. <i>Bossuer</i> signifie <i>faire +des bosses</i>: dites <i>j'ai</i> <span class="smcap">bossué</span> <i>mon goblet</i>, +et non pas, <i>j'ai</i> <span class="smcap">bossé</span> <i>mon goblet</i>.</p> + +<p>BOUILLIR. <i>Je bous</i>, <i>tu bous</i>, <i>il bout</i>, +<i>nous bouillons</i>, <i>vous bouillez</i>, <i>ils bouillent</i>, +<i>je bouillais</i>, <i>je bouillis</i>, <i>je bouillirai</i>, <i>je<span class="pagenum"><a name="Page_20" id="Page_20">[Pg 20]</a></span> +bouillirais</i>, <i>bous</i>, <i>bouillons</i>, <i>bouillez</i>, <i>que je +bouillisse</i>, <i>bouillant</i>, <i>bouilli</i>, <i>bouillie</i>.</p> + +<p>BRAIRE n'est usité qu'aux temps et +aux personnes qui suivent: <i>braire</i>, <i>il brait</i>, +<i>ils braient</i>, <i>il braira</i>, <i>ils brairont</i>, <i>il brairait</i>, +<i>ils brairaient</i>.</p> + +<p>BRUIRE, n'est guère usité qu'à l'infinitif, +aux troisièmes personnes de l'imparfait de +l'indicatif, <i>il bruyait</i>, <i>ils bruyaient</i>, et au +participe présent, <i>bruyant</i>. <i>On entend</i> +<span class="smcap">bruire</span> <i>les vagues</i>:—<i>le vent</i> <span class="smcap">bruyait</span> <i>dans +la forêt</i>.</p> + +<p>BUREAU. Lieu où l'on expédie des +affaires, où l'on travaille, où l'on délibère. +Mais en parlant d'avocat, de notaire, il faut +employer le terme <i>étude</i>, et dire, l'<span class="smcap">étude</span> +<i>de tel avocat</i>, <i>l'</i><span class="smcap">étude</span> <i>de tel notaire</i>.</p> + +<p><i>Office</i> pour signifier <i>bureau</i> est un barbarisme.</p> + +<p class="p2">C ne se prononce pas à la fin des mots, +<i>estomac</i>, <i>broc</i>, <i>croc</i>, <i>accroc</i>, <i>marc</i>, <i>échecs</i>, +(jeu), <i>tabac</i>, <i>jonc</i>, <i>lacs</i>, (filets), <i>arsenic</i>, +<i>escroc</i>, <i>tronc</i>, <i>clerc</i>, <i>cric</i>, <i>porc</i>, etc.</p> + +<p>CALÈCHE est un carosse léger et découvert, +dont le train porte sur quatre roues. +<i>Cabriolet</i> est une voiture légère et suspendue, +montée sur deux roues.</p> + +<p><i>Calèche</i> n'est donc pas synonyme de +<i>cabriolet</i>; et c'est par conséquent une faute +de l'employer comme tel.</p> + +<p>D'un autre côté, l'on se sert souvent du +mot <i>cabriolet</i>, pour désigner la petite char<span class="pagenum"><a name="Page_21" id="Page_21">[Pg 21]</a></span>rette +sans soupentes, dont l'usage est si commun: +c'est encore, comme l'on voit, une +faute à éviter.</p> + +<p>CAMPAGNE. <i>À la campagne</i> exprime +le séjour que l'on fait hors de la ville. +<i>Vivre à la campagne pour sa santé</i>. <i>En +campagne</i> signifie que l'on est en mouvement +pour ces affaires, <i>les troupes sont</i> <span class="smcap">en</span> <i>campagne</i>;—<i>il +s'est mis</i> <span class="smcap">en</span> <i>campagne pour +découvrir ce qu'il cherche</i>.</p> + +<p>CARRIOLE est une voiture à roues, et +c'est abusivement que l'on applique ce terme +à une de nos voitures d'hiver à patins. <i>Traîneau</i> +est le mot propre. <i>Traîneau</i> signifie +voiture sans roues pour faire des courses sur +les neiges, sur les glaces.</p> + +<p><i>Traîneau</i> désigne aussi la voiture sans +roues destinée au transport également sur +les neiges, de faix, de charges, etc. Le mot +<i>traîne</i>, pris dans ce dernier sens, est un barbarisme.</p> + +<p><i>Traîneau</i> est encore un assemblage de +pièces de bois, pour traîner sur la terre des +fardeaux lourds, des marchandises, etc.</p> + +<p>Au mot <i>traîneau</i> quelques personnes +substituent le terme anglo-américain <i>sleigh</i>. +C'est une absurdité.</p> + +<p>CARTOUCHE est <i>féminin</i> quand il +signifie charge en rouleau d'une arme à feu: +mais il est <i>masculin</i> lorsqu'il signifie ornement +de sculpture, de peinture ou de gravure +autour des inscriptions, des chiffres,<span class="pagenum"><a name="Page_22" id="Page_22">[Pg 22]</a></span> +des armoiries. <span class="smcap">le</span> <i>cartouche d'une carte +géographique</i>.</p> + +<p>CENT au pluriel prend une <i>s</i>, <i>deux cents +chevaux</i>: excepté lorsqu'il est suivi d'un +autre adjectif de nombre: <i>deux cent cinquante +chevaux</i>.</p> + +<p>Quand il s'agit de la date, <i>cent est</i> toujours +invariable; <i>l'an mille huit cent</i>.</p> + +<p>CHARLES V, Empereur d'Allemagne, +se prononce, et même s'écrit quelquefois, +<span class="smcap">Charles-Quint</span>.</p> + +<p>CUEILLIR. <i>Je cueille, tu cueilles, il +cueille, nous cueillons, vous cueillez, ils +cueillent; je cueillais, je cueillis, je cueillerai, +je cueillerais, cueille, cueillons, que +je cueille, que je cueillisse, cueillant, cueilli, +cueillie</i>.</p> + +<p>Conjuguez de même <i>recueillir</i>, <i>accueillir</i>.</p> + +<p>CH. Le <i>ch</i> dans plusieurs mots qui +viennent du grec, ou de quelque langue +orientale, se prononce comme <i>k</i>; tels sont: +archéologie, archéologue, catéchumène, +Chersonèse, Chalcédoine, chaldéen, chaos, +chirographaire, chiragre, chirologie, chiromancie, +Melchior, Melchisédech, Ochosius, +Jéchonias, Achaïas, Archimélech, Ezéchias, +Ezéchiel, exarchat, archiépiscopal, +Michel-Ange, Achéloüs, archétype, etc.</p> + +<p>Cette règle souffre quelques exceptions, +comme, <i>archevêque</i>, <i>archidiacre</i>, <i>archiprêtre</i>, +<i>architecte</i>, etc., dont le <i>ch</i> prend la +prononciation française.<span class="pagenum"><a name="Page_23" id="Page_23">[Pg 23]</a></span></p> + +<p>CHACUN, précédé d'un pluriel, prend +après lui <i>son</i>, <i>sa</i>, <i>ses</i>, quand le régime direct +est avant, ou que le verbe n'a pas de +régime de cette nature: <i>ils ont apporté +leurs offrandes</i>, <i>chacun selon</i> <span class="smcap">ses</span> <i>moyens</i>;—<i>ils +se sont retirés</i>, <i>chacun dans</i> <span class="smcap">sa</span> <i>chambre</i>:—<i>ils +ont opiné</i>, <i>chacun à</i> <span class="smcap">son</span> <i>tour</i>.</p> + +<p>Il prend <i>leur</i>, <i>leurs</i> lorsqu'il est suivi du +régime direct: <i>ils ont dit chacun</i> <span class="smcap">leur</span> +<i>avis</i>: <i>ils ont apporté chacun</i> <span class="smcap">leurs</span> <i>offrandes</i>.</p> + +<p><i>Un chacun dit, un quelqu'un a pensé</i> +sont des locutions vicieuses: dites, <i>chacun +dit, quelqu'un a pensé</i>.</p> + +<p>CHAIR. Considéré comme aliment le +mot chair se dit plus ordinairement des animaux +terrestres et des oiseaux: <span class="smcap">chair</span> <i>de +bœuf</i>:—<span class="smcap">chair</span> <i>de mouton</i>:—<span class="smcap">chair</span> <i>de perdrix</i>: +et c'est en ce sens que l'on dit, <i>on ne +mange point de</i> <span class="smcap">chair</span> <i>en carême</i>.</p> + +<p><i>Chair</i> se dit aussi quelquefois des poissons +et des fruits: <i>la</i> <span class="smcap">chair</span> <i>du brochet</i>:—<i>la</i> +<span class="smcap">chair</span> <i>du melon</i>. V. <span class="smcap">viande</span>.</p> + +<p>CHANTRE se dit pour le chant de +l'église, et <i>chanteur</i> et <i>chanteuse</i> pour le +chant profane. <i>Cantatrice</i> est une chanteuse +de profession.</p> + +<p>CHAQUE veut toujours un substantif +après lui. Ainsi ne dites pas, <i>ces livres me +coutent quatre francs</i> <span class="smcap">chaque</span>: dites, +<i>quatre francs</i> <span class="smcap">chacun</span>.<span class="pagenum"><a name="Page_24" id="Page_24">[Pg 24]</a></span></p> + +<p>CHOIR est usité seulement à l'infinitif. +<i>Un astrologue un jour se laissa</i> <span class="smcap">choir</span>.</p> + +<p>CHOISIR. Ce verbe ne régit pas les +substantifs quand ils sont sans article, ou +sans préposition: on ne dit pas, <i>il a été +choisi président du comité</i>, mais, <i>il a été +choisi</i> <span class="smcap">pour</span> <i>président du comité</i>.</p> + +<p>CLORRE ou CLORE est usité à tous +les temps composés, et de plus aux temps +simples suivans; <i>je clos</i>, <i>tu clos</i>, <i>il clôt</i>, +sans pluriel: <i>je clorai</i>, etc., <i>je clorais</i>, etc.: +<i>clos</i> sans pluriel, <i>clos</i>, <i>close</i>.</p> + +<p><i>Enclorre</i> se conjugue de même.</p> + +<p>CLUB, mot anglais, adopté depuis la +révolution française, que l'on prononce <i>klobe</i>.</p> + +<p>COLLECTIF. Il y a deux sortes de +noms collectifs, le <i>général</i> qui représente +une collection entière, et le <i>partitif</i> qui représente +une collection partielle.</p> + +<p>Tout verbe qui a pour sujet un collectif, +s'accorde avec ce collectif, s'il est <i>général</i>: +<i>l'infinité des perfections de Dieu m'accable</i>:—<i>la +totalité des enfans sacrifie l'avenir +au présent</i>; et avec le substantif qui +suit le collectif, si celui-ci est <i>partitif</i>: <i>une +multitude d'hommes l'environnaient</i>;—<i>une +troupe de barbares désolèrent le pays</i>.</p> + +<p>On distingue le collectif partitif au mot, +<i>un</i>, <i>une</i>, dont il est presque toujours précédé, +<span class="smcap">une</span> <i>quantité</i>, <span class="smcap">une</span> <i>foule</i>.</p> + +<p>Remarque. Avec <i>la plupart</i>, employé +absolument, le verbe se met toujours au<span class="pagenum"><a name="Page_25" id="Page_25">[Pg 25]</a></span> +pluriel. <i>Le sénat fut partagé</i>; <i>la plupart</i> +<span class="smcap">voulaient</span> <i>que</i>, etc.</p> + +<p>COLORER <i>une estampe</i> est une faute. +Dites <span class="smcap">colorier</span> <i>une estampe</i>. <i>Colorer</i> +c'est donner la couleur; ainsi le saffran <i>colore</i> +l'eau. <i>Colorier</i> c'est appliquer les +couleurs: <i>une estampe</i> <span class="smcap">coloriée</span>.</p> + +<p>COMMANDER. On emploie souvent, +mais improprement, le mot <i>recommander</i> +au lieu de <i>commander</i>, pour signifier la +charge que l'on donne de faire quelque chose. +Ainsi l'on dit, <i>j'ai</i> <span class="smcap">recommandé</span> <i>un habit</i>,—<i>une +paire de souliers</i>, au lieu de, <i>j'ai</i> +<span class="smcap">commandé</span> <i>un habit</i>,—<i>une paire de soulliers</i>.</p> + +<p>COMME. Lorsque deux sujets sont +unis par <i>comme</i>, <i>ainsi que</i>, le verbe s'accorde +avec le premier sujet: <i>l'enfer comme +le ciel</i> <span class="smcap">prouve</span> <i>un Dieu juste et bon</i>:—<i>la +vertu ainsi que le savoir</i> <span class="smcap">a</span> <i>son prix</i>.</p> + +<p><i>Comme</i> ne doit pas remplacer <i>que</i> pour +unir les deux termes d'une comparaison. +Ne dites pas: <i>César était aussi éloquent</i> +<span class="smcap">comme</span> <i>brave</i>: dites, <i>aussi éloquent</i> <span class="smcap">que</span> +<i>brave</i>:—<i>il est aussi grand</i> <span class="smcap">comme</span> <i>moi</i>: +dites, <span class="smcap">que</span> <i>moi</i>.</p> + +<p>COMMENCER. <i>Commencer à</i>, désigne +une action qui aura du progrès, de l'accroissement: +<i>cet enfant commence</i> <span class="smcap">à</span> <i>parler</i>. +<i>Commencer de</i>, exprime une action complète, +qui aura de la durée: <i>il commença</i><span class="pagenum"><a name="Page_26" id="Page_26">[Pg 26]</a></span> +<span class="smcap">de</span> <i>parler à deux heures, et ne finit qu'à +six</i>.</p> + +<p>COMPLU est toujours invariable, n'ayant +pas de régime direct. <i>Elle s'est</i> <span class="smcap">complu</span> +<i>dans ses enfans</i>.</p> + +<p>COMPRIS. Le participe <i>compris</i>, employé +sans auxiliaire, est invariable, quand +il précède le mot auquel il se rapporte: <i>y</i> +<span class="smcap">compris</span> <i>cette somme</i>; mais lorsqu'il le suit, +il doit s'accorder avec lui: <i>cette somme y</i> +<span class="smcap">comprise</span>.</p> + +<p>CONCORDANCE des temps de l'indicatif +entre eux dans certains cas.</p> + +<p>Lorsque deux verbes sont unis par la +conjonction <i>que</i>, l'on met le second verbe au +présent de l'indicatif, si ce second verbe +exprime une vérité constante, ou une action +qui se fait ou peut se faire dans tous les +temps. <i>J'ai toujours cru qu'il</i> <span class="smcap">existait</span> +<i>un Dieu rénumérateur et vengeur</i>. Il faut +dire... qu'il <span class="smcap">existe</span>. <i>J'ai toujours cru que +quatre et cinq</i> <span class="smcap">fesaient</span> <i>neuf</i>. Il faut dire, +<span class="smcap">font</span> <i>neuf</i>. <i>Je vous ai dit qu'il n'y</i> <span class="smcap">avait</span> +<i>rien de stable dans ce monde</i>. Dites, <i>qu'il +n'y</i> <span class="smcap">a</span> <i>rien de stable</i>.</p> + +<p>On se servira également du présent, s'il +s'agit de quelque chose qui existe au moment +que l'on parle, et l'on dira: <i>je savais +bien que vous</i> <span class="smcap">êtes</span> <i>marié</i>;—<i>nous avons su +que vous</i> <span class="smcap">avez</span> <i>acheté une métairie</i>:—<i>on +m'a rapporté que notre mère</i> <span class="smcap">a été</span> <i>quelque +temps malade</i>; et non pas: <i>je savais +bien que vous</i> <span class="smcap">étiez</span> <i>marié</i>;—<i>nous avons<span class="pagenum"><a name="Page_27" id="Page_27">[Pg 27]</a></span> +su que vous</i> <span class="smcap">aviez</span> <i>acheté une métairie</i>:—<i>on +m'a rapporté que votre mère</i> <span class="smcap">avait été</span> +<i>quelque temps malade</i>. Au lieu du futur +on se sert abusivement du conditionnel présent: +<i>on nous a dit que vous</i> <span class="smcap">consentiriez</span> +<i>à cette démarche</i>:—<i>votre frère m'a assuré +que vous</i> <span class="smcap">iriez</span> <i>à la campagne au printemps +prochain</i>;—<i>le bruit a couru que je</i> <span class="smcap">quitterais</span> +<i>ce pays incessamment</i>: il faut dire +<i>que vous</i> <span class="smcap">consentirez</span>; <i>que vous</i> <span class="smcap">irez</span>: +<i>que je</i> <span class="smcap">quitterai</span>, attendu qu'il s'agit ici +seulement d'exprimer que les actions de <i>consentir</i>, +d'<i>aller</i>, de <i>quitter</i>, s'exécuteront dans +un temps où l'on n'est pas encore.</p> + +<p>Le conditionnel passé ne doit pas s'employer +pour le conditionnel simple ou présent: +<i>j'aurais parié que vous m'</i><span class="smcap">auriez répondu</span>: +dites, <i>que vous me</i> <span class="smcap">répondriez</span>.</p> + +<p>CONCORDANCE des temps du subjonctif +avec ceux de l'indicatif et du conditionnel.</p> + +<p>Quand le verbe de la proposition principale +est à l'imparfait, aux prétérits, au plus-que-parfait, +ou à l'un des conditionnels, l'on +met le second verbe à l'imparfait du subjonctif. +Par conséquent au lieu des phrases +sottement ridicules; <i>il désirait que je</i> +<span class="smcap">chante</span>;—<i>je voudrais qu'il</i> <span class="smcap">sorte</span>;—<i>le +médecin a ordonné que vous</i> <span class="smcap">preniez</span> <i>un +bain</i>; il faut dire: <i>il désirait que je</i> <span class="smcap">chantasse</span>:—<i>je +voudrais qu'il</i> <span class="smcap">sortit</span>:—<i>le +médecin a ordonné que vous</i> <span class="smcap">prissiez</span> <i>un +bain</i>.<span class="pagenum"><a name="Page_28" id="Page_28">[Pg 28]</a></span></p> + +<p>Cependant avec le prétérit indéfini l'on +peut mettre le second verbe au présent du +subjonctif, quand il exprime une action qui se +fait dans tous les temps. <i>Dieu nous a +créés pour que nous l'</i><span class="smcap">aimions</span>.</p> + +<p>CONFIRE. <i>Je confis</i>, <i>tu confis</i>, <i>il confit</i>, +<i>nous confisons</i>, <i>vous confisez</i>, <i>ils confisent</i>; +<i>je confisais</i>, <i>je confis</i>, <i>je confirai</i>, +<i>je confirais</i>, <i>confis</i>, <i>confisons</i>, <i>confisez</i>, <i>que +je confisse</i>, point d'imparf. du subj. <i>confisant</i>, +<i>confit</i>, <i>confite</i>.</p> + +<p>CONNEXITÉ dénote un simple rapport +qui est dans la nature des choses: +<i>connexion</i> énonce une liaison établie entre +les choses.</p> + +<p>CONSOMMER, CONSUMER. <i>Consommer +se dit</i> de tout ce qui est susceptible +d'être accompli ou perfectionné: <i>un +homme</i> <span class="smcap">consommé</span> <i>dans les sciences</i>: et +<i>consumer</i> du tout ce qui ont susceptible +d'être dévoré ou anéanti: <i>il a</i> <span class="smcap">consumé</span> +<i>son temps et son argent</i>.</p> + +<p>CONSONNES. D'après l'ancienne +appellation les consonnes, <i>b, c, d, f, g, h, +j, k, l, m, n, p, q, r, s, t, v, x, z,</i> se +prononcent, <i>bé, cé, dé, effe, gé, ache, ji, +ka, elle, emme, enne, pé, qu, erre, esse, +té, vé, ixe, zède</i>.</p> + +<p>D'après la nouvelle appellation, elles se +prononcent, <i>be, ce, de, fe, ghe, he, je, ke, +le, me, ne, pe, que, re, se, te, ve, xe, ze</i>.<span class="pagenum"><a name="Page_29" id="Page_29">[Pg 29]</a></span></p> + +<p>Cette nouvelle méthode fut proposée, par +MM. du Port-Royal, et quoiqu'elle ait de +grands avantages sur l'ancienne, elle resta +long temps dans l'oubli, par cela seul quelle +était contraire à la pratique générale. <i>Mais +enfin</i>, dit Duvivier, <i>l'empire du préjugé +commence à s'affaiblir, et dans peu elle +sera selon toute probabilité, la seule en +usage</i>.</p> + +<p>Suivant cette nouvelle appellation, toutes +les lettres de l'alphabet sont <i>masculines</i>; +suivant l'ancienne, il y en a qui sont <i>féminines</i> +et d'autres qui sont <i>masculines</i>. Les +<i>féminines</i>, sont <i>f, h, l, m, n, r, s</i>: les +<i>masculines</i>, <i>a, b, c, d, e, g, i, j, k, o, p, +q, t, u, v, x, y, z</i>.</p> + +<p>CONSTABLE. On sait que les devoirs +de l'<i>Officier de Paix</i> en France, sont +analogues à ceux du <i>constable</i> en Angleterre. +Il est donc évident que l'on doit rejetter +le mot anglais <i>constable</i>, puisque nous +avons en français son équivalent.</p> + +<p>Quant au mot français <i>connetable</i>, c'est +une grave faute que de l'employer dans le +sens d'<i>Officer de Paix</i>.</p> + +<p>CONTINUATION est pour la durée: +<i>continuité</i> pour l'étendue.</p> + +<p>CONTINUER À se dit d'une chose +que l'on fait sans interruption: <i>continuez</i> <span class="smcap">à</span> +<i>bien vivre</i>: <i>continuer de</i> d'une chose où il +y à interruption: <i>continuez</i> <span class="smcap">de</span> <i>vous former +le style</i>.<span class="pagenum"><a name="Page_30" id="Page_30">[Pg 30]</a></span></p> + +<p>CONTRAINDRE prend <i>à</i> ou <i>de</i> devant +l'infinitif: c'est l'oreille et le goût qui en +décident: <i>contraindre quelqu'un</i> <span class="smcap">à</span> <i>travailler</i>, +ou <span class="smcap">de</span> <i>travailler</i>.</p> + +<p>Il en est ainsi des verbes <i>demander</i>, <i>s'empresser</i>, +et <i>forcer</i>.</p> + +<p>COPIE n'est pas synonyme d'<i>exemplaire</i>, +et c'est une faute de dire, <i>j'ai acheté +quelques</i> <span class="smcap">copies</span> <i>de tel ouvrage</i>: dites, +<i>quelques</i> <span class="smcap">exemplaires</span>.</p> + +<p>COUDRE. <i>Je couds, tu couds, il coud, +nous cousons, vous cousez, ils cousent, je +cousais, je cousis, je coudrai, je coudrais, +couds, cousons, cousez, que je couse, que +je cousisse, cousant, cousu, cousue</i>.</p> + +<p>COULEUR et COLORIS, en parlant +d'un tableau, ont des significations bien différentes. +<i>Couleur</i> est l'impression que fait +sur l'œil la lumière réfléchie par chaque +partie du tableau. <i>Coloris</i> est l'effet qui +résulte de l'ensemble, et de l'assortiment +des <i>couleurs</i>.</p> + +<p>COULEUR est toujours féminin, excepté +dans les mots composés, <i>couleur de +feu</i>, <i>couleur de rose</i>, etc. Ainsi l'on dit; +<span class="smcap">le</span> <i>couleur de feu est</i> <span class="smcap">ma</span> <i>couleur favorite</i>: +<i>cette étoffe est d'</i><span class="smcap">un</span> <i>couleur de rose charmant</i>. +On dit adjectivement, <i>un ruban couleur +de feu</i>.</p> + +<p>Un habit de couleur, une robe de couleur, +sont un habit et une robe de toute autre couleur +que le blanc et le noir.<span class="pagenum"><a name="Page_31" id="Page_31">[Pg 31]</a></span></p> + +<p>COUPLE est féminin quand il désigne +deux choses qui ne vont pas ensemble nécessairement: +<i>une couple de serviteurs</i>,—<i>de +poulets</i>,—<i>d'œufs</i>. Ils est masculin quand il +désigne deux personnes unies par le mariage, +ou qu'il se dit d'un mâle ou d'une femelle +qu'on a appareillés ensemble: <i>un +couple d'époux</i>,—<i>un couple de pigeons</i>.</p> + +<p>COURIR prend deux <i>r</i> au futur simple, +<i>je</i> <span class="smcap">courrai</span> et au présent du conditionnel <i>je</i> +<i>cou</i><span class="smcap">rr</span><i>ais</i>.</p> + +<p>Il en est ainsi des verbes <i>concourir</i>, <i>discourir</i>, +<i>encourir</i>, <i>parcourir</i>, <i>secourir</i>, <i>mourir</i>, +<i>accourir</i>.</p> + +<p>COUVERCLE est ce qui ferme en +couvrant: ainsi on dit, <span class="smcap">couvercle</span> <i>d'un +chaudron</i>,—<i>d'un pot</i>,—<i>d'une écuelle</i>,—<i>d'une +soupière</i>, etc. On doit se garder +d'employer dans ce sens le mot <i>couvert</i> qui +a une toute autre signification.</p> + +<p>CRAINTE, PLAINTE. Autrefois +l'on rejetait les participes féminins <i>crainte</i> +et <i>plainte</i>; aujourd'hui on les emploie, et +l'on dit: <i>la chose que j'ai crainte</i>,—<i>la personne +que j'ai plainte</i>.</p> + +<p>CRAINTE DE précède toujours un +substantif: dites, <i>crainte de</i> <span class="smcap">pis</span>, et non pas +<span class="smcap">de</span> <i>crainte de</i> <span class="smcap">pis</span>. <i>De crainte de</i> se met +devant un infinitif: dites, <span class="smcap">de</span> <i>crainte de</i> +<span class="smcap">tomber</span>, et non pas, <i>crainte de</i> <span class="smcap">tomber</span>.</p> + +<p>CROIRE <i>quelque chose</i>, c'est l'estimer +véritable; <i>je crois la religion</i>. <i>Croire à<span class="pagenum"><a name="Page_32" id="Page_32">[Pg 32]</a></span> +quelque chose</i>, c'est s'y fier, y avoir confiance: +<i>je crois</i> <span class="smcap">à</span> <i>son innocence</i>. <i>Croire +quelqu'un</i>, c'est ajouter foi à ce qu'il dit: +<i>c'est un menteur, on ne</i> <span class="smcap">le</span> <i>croit plus</i>. +<i>Croire à quelqu'un</i>, c'est croire à son existence: +<i>il croit</i> <span class="smcap">aux</span> <i>revenans</i>. On dit aussi +dans ce sens, <i>croire à la magie</i>.</p> + +<p>CULOTTE, vêtement d'homme de la +ceinture aux genoux. On ne doit pas confondre +<i>culotte</i> avec <i>pantalon</i> qui est un vêtement +de la ceinture aux pieds.</p> + +<p class="p2">D final sonne dans les noms propres +<i>David</i>, <i>Obed</i>, <i>Joad</i>, etc.: et dans <i>Sud</i> +(le midi).</p> + +<p>En général le d final se fait sentir devant +une voyelle, ou une <i>h</i> non aspirée. Cette +règle néanmoins souffre beaucoup d'exceptions, +surtout dans la conversation: ainsi dans +ces phrases, <i>chaud accablant</i>,—<i>bord escarpé</i>,—<i>froid +épouvantable</i>, le <i>d</i> est nul en +prononciation.</p> + +<p>On doit à cet égard consulter l'oreille, interroger +l'usage.</p> + +<p>DAME est un titre d'honneur qui s'étend +aujourd'hui à toutes les femmes d'une condition +un peu honnête. Mais c'est une erreur +grossière de l'employer comme synonyme +de <i>femme mariée</i>. Ainsi ne dites pas, +<i>la</i> <span class="smcap">dame</span> <i>de Monsieur un tel</i>; ni, <i>votre</i> +<span class="smcap">dame</span>; dites; <i>la</i> <span class="smcap">femme</span> <i>de Monsieur un +tel</i>: <i>votre</i> <span class="smcap">femme</span>. Cette dernière locution, +quoique correcte, doit être évitée +néanmoins dans la bonne société: au lieu<span class="pagenum"><a name="Page_33" id="Page_33">[Pg 33]</a></span> +donc de dire, <i>votre femme</i>, dites <i>Madame</i>, +en y ajoutant le nom du mari.</p> + +<p>Une dame ne dit, <i>mon mari</i>, que dans +l'intimité; en toute autre circonstance elle +le nomme par son nom en l'appelant <i>Monsieur</i>. +Mais il n'en est pas ainsi du mari; +il serait ridicule qu'il dit en société, <i>mon +épouse</i> ou <i>Madame</i> <span class="smcap">n</span>: il doit dire tout simplement, +<i>ma femme</i>.</p> + +<p><i>Madame votre femme</i>, <i>Madame votre +épouse</i> sont des expressions de mauvais ton; +moins ridicules néanmoins que, <i>Monsieur +mon père</i>: <i>Madame ma mère</i>.</p> + +<p>Une dame ne doit pas dire, <i>quand j'étais +fille</i>, mais, <i>quand j'étais demoiselle</i>.</p> + +<p>DANS, EN. <i>Dans</i> a un sens précis et +déterminé: <i>il est</i> <span class="smcap">dans</span> <i>la ville</i>: <i>en</i> a un +sens vague et indéterminé: <i>il est</i> <span class="smcap">en</span> <i>ville</i>. +<i>Dans</i> marque le temps où l'on exécute les +choses; <i>il viendra</i> <span class="smcap">dans</span> <i>un mois</i>: et <i>en</i>, +celui qu'on emploie à les exécuter: <i>il a fait +le voyage</i> <span class="smcap">en</span> <i>un mois</i>.</p> + +<p>DE entre deux noms. Si le second +nom ne sert qu'à spécifier la nature du premier +nom, et par conséquent s'il n'est employé +que dans un sens indéfini, dans un +sens général, qui ne présente à l'esprit +qu'une idée vague et confuse, l'idée de pluralité +disparaît, et le second nom se met au +singulier: <i>des queues de cheval</i>;—<i>de l'huile +d'olive</i>;—<i>des gens de plume</i>.</p> + +<p>Mais le second nom se place au pluriel, +s'il désigne une chose qui se compte; <i>une<span class="pagenum"><a name="Page_34" id="Page_34">[Pg 34]</a></span> +mesure de haricots</i>;—<i>un bouquet de roses</i>,—<i>un +marchand de plumes</i> (à écrire).</p> + +<p>DÉCHOIR. <i>Je déchois</i>, <i>tu déchois</i>, <i>il +déchoit</i>, <i>nous déchoyons</i>, <i>vous déchoyez</i>, <i>ils +déchoient</i>, point d'imparfait, <i>je déchus</i>, <i>je +décherrai</i>, <i>je décherrais</i>, <i>déchois</i>, <i>déchoyons</i>, +<i>déchoyez</i>, <i>que je déchoie</i>, <i>que tu déchoies</i>, +<i>qu'il déchoie</i>, <i>que nous déchoyions</i>, +<i>que vous déchoyiez</i>, <i>qu'ils déchoient</i>, <i>que je +déchusse</i>, point de participe présent, <i>déchu</i>, +<i>déchue</i>.</p> + +<p>DEDANS ne veut point de régime: +dites, <i>dans la ville</i>, et non, <span class="smcap">dedans</span> <i>la ville</i>; +à moins que <i>dedans</i> ne soit précédé d'une +préposition; <span class="smcap">par</span> <i>dedans la ville</i>; ou employé +en opposition avec un des adverbes +<i>dehors</i>, <i>dessus</i>, <i>dissous</i>: <i>il y à des animaux</i> +<span class="smcap">dedans</span> <i>et</i> <span class="smcap">dessus</span> <i>la terre</i>.</p> + +<p>DE FACON QUE. <i>De façon que</i>, +<i>de manière que</i>, <i>de sorte que</i>, demandent +le subjonctif, quand l'idée tient du doute, de +l'avenir: <i>conduisez-vous de manière que +vous</i> <span class="smcap">méritiez</span> <i>l'estime des gens de bien</i>: +et l'indicatif lorsqu'elle est positive, et qu'elle +a rapport au présent, ou passé: <i>il s'est conduit +de façon qu'il</i> <span class="smcap">a mérité</span> <i>l'estime des +gens de bien</i>.</p> + +<p>DEHORS ne veut point de régime: +dites, <i>hors de la ville</i>; à moins que <i>dehors</i> +ne soit précédé d'une préposition: <i>passer</i> +<span class="smcap">par</span> <i>dehors la ville</i>; ou employé en opposition +avec un des adverbes <i>dedans</i>, <i>dessus</i>,<span class="pagenum"><a name="Page_35" id="Page_35">[Pg 35]</a></span> +<i>dessous</i>: <i>j'en voyais et</i> <span class="smcap">dedans</span> <i>et</i> <span class="smcap">dehors</span> +<i>nos murailles</i>.</p> + +<p>DÉJEUNER, DÎNER, SOUPER. +Ces trois verbes veulent la préposition <i>avec</i> +devant un nom de personne: et la préposition +de devant le nom de la chose que l'on +mange, <i>j'ai déjeûné</i>—<i>dîné</i>—<i>soupé</i> <span class="smcap">avec</span> <i>mon +ami</i>: <i>j'ai déjeûné</i> <span class="smcap">de</span> <i>café</i>: <i>j'ai dîné</i> <span class="smcap">d'</span><i>un +bon pâté</i>.</p> + +<p>On dit, <span class="smcap">de</span> <i>quoi avez-vous déjeûné</i>—<i>dîné</i>—<i>soupé</i>? +et non pas, <span class="smcap">avec</span> quoi avez-vous +déjeûné? etc.</p> + +<p>DÉLICE au singulier est masculin; au +pluriel féminin: <i>mon plus</i> <span class="smcap">grand</span> <i>délice</i>,—<i>mes +plus</i> <span class="smcap">chères</span> <i>délices</i>.</p> + +<p>DÉLIVRER dans le sens de <i>livrer</i> ne +peut avoir deux régimes de personnes. Ainsi +on dit bien, <i>délivrer des marchandises à +quelqu'un</i>: mais on ne doit pas dire, <i>délivrer +un prisonnier à quelqu'un</i>.</p> + +<p>DEMAIN. On dit, <i>demain matin</i>, <i>demain +soir</i> de préférence à <i>demain</i> <span class="smcap">au</span> <i>matin</i>, +<i>demain</i> <span class="smcap">au</span> <i>soir</i>.</p> + +<p>DEMEURER prend <i>avoir</i> pour exprimer +que le sujet n'est plus au lieu, dans +l'état dont il est question: <i>il</i> <span class="smcap">a</span> <i>demeuré six +mois en Italie</i>:—<i>il</i> <span class="smcap">a</span> <i>demeuré longtemps +captif</i>.</p> + +<p>Il prend <i>être</i> pour marquer que le sujet +n'a pas changé de lieu, d'état: <i>deux cens +hommes</i> <span class="smcap">sont</span> <i>demeurés sur le champ de<span class="pagenum"><a name="Page_36" id="Page_36">[Pg 36]</a></span> +bataille</i>:—<i>il a reçu une blessure, et</i> <span class="smcap">est</span> +<i>demeuré infirme</i>.</p> + +<p>DEMI reste invariable quand il précède +le substantif: <i>une</i> <span class="smcap">demi</span><i>-heure</i>: <i>une</i> <span class="smcap">demi</span><i>-verge</i>: +et s'accorde en genre seulement +lorsqu'il suit le substantif: <i>deux heures et</i> +<span class="smcap">demie</span>.</p> + +<p>DÉPLU. Le participe <i>déplu</i> est toujours +invariable: <i>ces Messieurs se sont</i> <span class="smcap">déplu</span> +<i>à la campagne</i>:—<i>ces Dames se sont</i> +<span class="smcap">déplu</span>.</p> + +<p>DE QUI, DONT, DUQUEL. <i>De +qui</i> ne se dit que des personnes, ou des +choses personnifiées. <i>Dont</i> et <i>duquel</i> se +disent des personnes et des choses; mais +en général <i>dont</i> est préférable: <i>un arbre</i> +<span class="smcap">dont</span> <i>le fruit est excellent</i>, et non pas, <i>un +arbre</i> <span class="smcap">duquel</span>, etc. Cependant <i>duquel</i> +doit être préféré à <i>dont</i>;</p> + +<p>1º pour éviter une équivoque; <i>la bonté +du Seigneur</i> <span class="smcap">de laquelle</span> <i>nous ressentons +les effets</i>.</p> + +<p>2º lorsque le mot auquel se rapporte ce +pronom relatif est suivi d'une préposition: +<i>l'homme à la réputation</i> <span class="smcap">duquel</span> <i>vous voulez +nuire</i>; et non pas, <i>l'homme à la réputation</i> +<span class="smcap">dont</span>, etc.</p> + +<p>DÉSESPÉRER QUE, étant accompagné +d'une négation, veut <i>ne</i> devant le +verbe qui suit: <i>je ne désespère pas qu'il</i> +<span class="smcap">ne</span> <i>vienne</i>.<span class="pagenum"><a name="Page_37" id="Page_37">[Pg 37]</a></span></p> + +<p>DÉSHONNÊTE, MALHONNÊTE. +Il ne faut pas confondre ces deux mots. +Le premier est contraire à la pureté: le +second à la civilité, à la droiture.</p> + +<p>DESSUS, DESSOUS ne veulent pas +de régime: ne dites donc pas, <span class="smcap">dessus</span> <i>la +table</i>, <span class="smcap">dessous</span> <i>le lit</i>: <i>dites</i> <span class="smcap">sur</span> <i>la table</i>, +<span class="smcap">sous</span> <i>le lit</i>: à moins que ces adverbes ne +soient précédés d'une préposition: <span class="smcap">par dessus</span> +<i>les murs</i>, <span class="smcap">par dessous</span> <i>la jambe</i>: ou +employés en opposition: <i>il y a des livres +dessus et dessous</i> <span class="smcap">la table</span>.</p> + +<p>DIRE. De tous les composés de <i>dire</i>, +il n'y a que le verbe <i>redire</i> qui se conjugue +absolument comme <i>dire</i>: <i>redire</i> fait donc +au présent de l'indicatif, <i>vous redites</i>, et à +l'impératif <i>redites</i>.</p> + +<p>À l'égard des verbes <i>dédire</i>, <i>contredire</i>, +<i>interdire</i>, <i>médire</i>, <i>prédire</i>, on dit au présent +de l'indicatif, <i>vous dédisez</i>, <i>vous contredisez</i>, +<i>vous interdisez</i>, <i>vous médisez</i>, +<i>vous prédisez</i>, et à l'impératif, <i>dédisez</i>, +<i>contredisez</i>, <i>interdisez</i>, <i>médisez</i>, <i>prédisez</i>.</p> + +<p>DISCONVENIR. Lorsque <i>disconvenir</i> +est accompagné d'une négation, il veut +<i>ne</i> devant le verbe suivant; <i>je ne disconviens +pas qu'il</i> <span class="smcap">ne</span> <i>soit habile</i>.</p> + +<p>DISPUTER. Lorsque <i>disputer</i> signifie, +<i>prétendre concurremment à</i>, il prend +le pronom personnel, et alors il est suivi +d'un régime direct: <i>on</i> <span class="smcap">se dispute</span> <i>la prééminence</i>,—<i>un +rang</i>,—<i>un héritage</i>. Em<span class="pagenum"><a name="Page_38" id="Page_38">[Pg 38]</a></span>ployé +dans un sens absolu, signifiant <i>avoir +contestation</i>, il ne prend pas ce pronom: +ainsi ne dites pas, <i>vous avez tort de</i> <span class="smcap">vous +disputer</span>,—<i>ils</i> <span class="smcap">se</span> <i>se sont longtemps</i> <span class="smcap">disputés</span>: +dites, <i>vous avez tort de</i> <span class="smcap">disputer</span>: +<i>ils</i> <span class="smcap">ont</span> <i>longtemps</i> <span class="smcap">disputé</span>.</p> + +<p>DISTINGUER DE se dit des choses +analogues; <i>distinguer la bienfaisance</i> <span class="smcap">de</span> +<i>la charité</i>; <i>distinguer d'avec</i>, se dit +d'objets différens: <i>distinguer l'or d'</i><span class="smcap">avec</span> +<i>l'argent</i>.</p> + +<p>DONC se prononce <i>donk</i> devant une +voyelle, et au commencement d'une phrase, +ou d'un membre de phrase; et aussi quand +la phrase indique l'indignation, la colère, etc.</p> + +<p>DOUTER accompagné d'une négative +veut <i>ne</i> devant le verbe suivant: <i>je ne doute +pas que vous</i> <span class="smcap">ne</span> <i>réussissiez</i>. Le participe +passé de <i>se douter</i> s'accorde toujours avec +le second pronom; <i>il se sont</i> <span class="smcap">doutés</span> <i>de +cela</i>.</p> + +<p>DRESSER. Dites, <i>les cheveux me +dressent</i> <span class="smcap">à</span> <i>la tête</i>, et non <span class="smcap">sur</span> <i>la tête</i>.</p> + +<p>DROIT. On dit, <i>Mademoiselle marchez</i> +<span class="smcap">droit</span>, et <i>Mademoiselle marchez</i> +<span class="smcap">droite</span>. Le premier veut dire, <i>marchez en +ligne droite</i>: <i>droit</i> est un adverbe, et se +rapporte au verbe <i>marchez</i>: le second signifie +<i>tenez-vous droite en marchant</i>.</p> + +<p>DU, DE LA, DES sont employés devant +les substantifs communs, pris dans un +sens partitif; c.-à-d., pour désigner une<span class="pagenum"><a name="Page_39" id="Page_39">[Pg 39]</a></span> +<i>partie</i>, une <i>portion</i> des personnes ou des +choses dont on parle: <i>il a</i> <span class="smcap">du</span> <i>papier</i>; c.-à-d., +<i>quelque papier</i>:—vous avez <span class="smcap">de l'</span><i>encre</i>; +c.-à-d., <i>quelque encre</i>:—<i>nous avons acheté</i> +<span class="smcap">des</span> <i>plumes</i>; c.-à-d., <i>quelques plumes</i>: excepté +quand le substantif dans un sens partitif, +est précédé d'un adjectif; alors on emploie +simplement <i>de</i>; <i>il a</i> <span class="smcap">de</span> <i>bon papier</i>:—<i>vous +avez</i> <span class="smcap">de</span> <i>bonne encre</i>:—<i>nous avons +acheté</i> <span class="smcap">d'</span><i>excellentes plumes</i>.</p> + +<p>On ne doit donc pas dire; <i>j'ai mangé</i> <span class="smcap">de +la</span> <i>bonne viande</i>:—<i>j'ai bu</i> <span class="smcap">du</span> <i>bon vin</i>:—<i>voilà</i> +<span class="smcap">du</span> <i>beau papier</i>: dites, <i>j'ai mangé</i> <span class="smcap">de</span> +<i>bonne viande</i>:—<i>j'ai bu</i> <span class="smcap">de</span> <i>bon vin</i>:—<i>voilà</i> +<span class="smcap">de</span> <i>bon papier</i>.</p> + +<p>DU GUESCLIN. On ne fait point +sonner l'<i>s</i> de ce nom d'homme.</p> + +<p>DURANT. Cette préposition se met +quelquefois après son régime; <i>sa vie</i> <span class="smcap">durant</span>.</p> + +<p><i>Durant</i> exprime une durée continue; +<i>pendant</i> marque un moment, une époque.</p> + +<p><i>Durant que</i>, n'est plus usité.</p> + +<p class="p2">ÉCHOIR, n'est guère d'usage au présent +de l'indicatif qu'à la troisième personne du +singulier, <i>il échoit</i>, qu'on prononce et qu'on +écrit quelquefois <i>il échet</i>: point d'imparfait +de l'indicatif, <i>j'échus</i>, <i>j'écherrai</i>, <i>j'écherrais</i>, +point d'impératif, <i>qu'il échée</i>, <i>qu'ils échéent</i>, +<i>que j'échusse</i>, <i>échéant</i>, <i>échu</i>, <i>échue</i>.</p> + +<p><i>Échoir</i> construit avec les adverbes <i>bien</i> +et <i>mal</i>, se dit des personnes; <i>vous ne sauriez +que</i> <span class="smcap">bien</span> <i>échoir</i>;—<i>je suis</i> <span class="smcap">mal</span> <i>échu</i>.<span class="pagenum"><a name="Page_40" id="Page_40">[Pg 40]</a></span></p> + +<p>Noël veut qu'aux temps composés <i>échoir</i> +prenne <i>avoir</i> et <i>être</i>. Duvivier prétend au +contraire que le participe du verbe <i>échoir</i> se +construit avec le seul auxiliaire <i>être</i>.</p> + +<p>ÉCLAIRER. Lorsqu'on donne ordre +de porter une lumière à quelqu'un qui passe +par un endroit obscur, il faut dire, <i>éclairez</i> +<span class="smcap">à</span> <i>Monsieur</i>, et non pas, <i>éclairez Monsieur</i>.</p> + +<p>ÉCLORE, <i>il éclôt</i>, <i>ils éclosent</i>, <i>il éclora</i>, +<i>ils écloront</i>, <i>il éclorait</i>, <i>ils écloraient</i>, +<i>qu'il éclose</i>, <i>qu'ils éclosent</i>, <i>éclos</i>, <i>éclose</i>. +Il n'est usité qu'aux temps et aux personnes +ci-dessus, et de plus à la troisième personne +du singulier et du pluriel des temps composés.</p> + +<p>EFFORCER À. (s') <i>S'efforcer à</i>, a +rapport aux forces physiques; <i>s'efforcer</i> <span class="smcap">à</span> +<i>courir</i>:—<i>s'efforcer</i> <span class="smcap">à</span> <i>porter un fardeau</i>. +<i>S'efforcer de</i>, a rapport aux facultés intellectuelles: +<i>s'efforcer</i> <span class="smcap">d'</span><i>être plaisant</i>:—<i>s'efforcer</i> +<span class="smcap">de</span> <i>paraître calme</i>.</p> + +<p>ELLE, EUX, ELLES, précédés d'une +préposition, ainsi que les prénoms, <i>lui</i>, <i>leur</i>, +ne se disent que des personnes, ou des +choses personnifiées: il ne faut donc pas +dire, <i>cette maison menace ruine, n'approchez +pas</i> <i>d'</i><span class="smcap">elle</span>:—<i>ce cheval est méchant</i>, +ne <span class="smcap">lui</span> <i>touchez pas</i>. Dans ces cas on se +sert des pronoms <i>en</i> et <i>y</i>; <i>n'</i><span class="smcap">en</span> <i>approchez +pas</i>;—<i>n'</i><span class="smcap">y</span> <i>touchez pas</i>: ou bien on donne +une autre tournure à la phrase si les pronoms +<i>en</i> et <i>y</i> ne peuvent y entrer.<span class="pagenum"><a name="Page_41" id="Page_41">[Pg 41]</a></span></p> + +<p>Placés après le verbe <i>être</i> les pronoms +<i>lui</i>, <i>elle</i>, <i>eux</i>, <i>elles</i> ne se disent que des +personnes: <i>est-ce Monsieur votre père?</i>—<i>c'est</i> +<span class="smcap">lui</span>;—<i>est-ce votre sœur qui a écrit?</i>—<i>c'est</i> +<span class="smcap">elle</span>;—<i>sont-ce là vos cousins?</i>—<i>ce +sont</i> <span class="smcap">eux</span>.</p> + +<p>Mais aux questions suivantes, où il s'agit +de <i>choses</i> et non de <i>personnes</i>: <i>est-ce là +votre chapeau?</i>—<i>est-ce là votre épée?</i>—<i>sont-ce +là vos livres?</i>—<i>sont-ce là vos +plumes?</i>—il ne faut pas <i>répondre</i>, <i>oui, c'est</i> +<span class="smcap">lui</span>,—<i>c'est</i> <span class="smcap">elle</span>,—<i>ce sont</i> <span class="smcap">eux</span>,—<i>ce sont</i> +<span class="smcap">elles</span>: il faut répondre <i>ce</i> <span class="smcap">l'</span><i>est</i> aux deux +premières questions, et <i>ce</i> <span class="smcap">les</span> <i>sont</i> aux deux +dernières.</p> + +<p>EMPIERRER et EMPIERREMENT. +(Dict. de Boiste) <i>Empierrer</i> +c'est mettre un lit de pierres sous l'aire du +gravier pour le consolider. <i>Empierrement</i> +signifie le lit de pierres, ou l'action de les +poser. V. <span class="smcap">ferrer</span>.</p> + +<p>EMPÊCHER QUE, veut toujours <i>ne</i> +devant le verbe suivant: <i>j'empêcherai qu'il</i> +<span class="smcap">ne</span> <i>vienne</i>.</p> + +<p>EN. Lorsqu'il est question de choses, +on se sert du pronom relatif <i>en</i>, au lieu du +pronom possessif, ainsi il faut dire; <i>ce livre +me plaît, la reliure</i> <span class="smcap">en</span> <i>est belle</i>, et non pas, +<span class="smcap">sa</span> <i>reliure est belle</i>:—<i>cette statue est belle, +mais la tête</i> <span class="smcap">en</span> <i>est trop petit</i>, et non pas +<span class="smcap">sa</span> <i>tête est trop petite</i>.</p> + +<p>Au jeu de cartes on dit, <i>jouer</i> <span class="smcap">en</span> <i>pique</i><span class="pagenum"><a name="Page_42" id="Page_42">[Pg 42]</a></span>—<span class="smcap">en</span> +<i>cœur</i>, etc., et non pas, <span class="smcap">du</span> <i>pique</i>,—<span class="smcap">du</span> +<i>cœur</i>. V. <span class="smcap">son</span>, <span class="smcap">sa</span>.</p> + +<p>ENGAGER prend <i>à</i> ou <i>de</i> devant l'infinitif: +<i>il s'engagea</i> <span class="smcap">à</span> <i>payer</i>, ou <span class="smcap">de</span> <i>payer</i>.</p> + +<p>ENNOBLIR (prononcer <i>an-noblir</i>,) +c'est donner de l'éclat, du lustre: <i>les beaux +arts</i> <span class="smcap">ennoblissent</span> <i>une langue</i>.</p> + +<p><i>Anoblir</i> c'est donner des lettres de noblesse: +<i>la Reine Victoire l'a</i> <span class="smcap">anobli</span>.</p> + +<p>ENNUYANT marque l'action, et <i>ennuyeux</i> +l'état. Un homme <i>ennuyant ennuie</i> +actuellement par ses discours, ou de +quelqu'autre manière: un homme <i>ennuyeux</i> +est celui qui par sa simplicité, par l'habitude +de bavarder, etc., a tout ce qu'il faut pour +ennuyer. <i>Ennuyeux</i> se dit des personnes +et des choses: <i>ennuyant</i> des personnes seulement.</p> + +<p>ENTRE. L'<i>e</i> final d'<i>entre</i> s'élide seulement +dans les verbes réfléchis, dont le simple +commence par une voyelle: <i>s'entr'aider</i>, +<i>s'entr'ouvrir</i>: et de plus dans <i>entr'acte</i>, +<i>entr'autres</i>, et quelquefois devant <i>eux</i>, <i>elles</i>: +c'est à volonté: <i>entr'eux</i>, <i>entr'elles</i>, ou +<i>entre eux</i>, <i>entre elles</i>.</p> + +<p>ENTRE-NUIRE. (s') Le participe +passé de <i>s'entre-nuire</i> est toujours invariable: +<i>ils se sont</i> <span class="smcap">entre-nui</span>.</p> + +<p>ENVIRON ne doit pas être suivi de la +conjonction <i>ou</i>: ne dites pas; <i>une somme +d'</i><span class="smcap">environ</span> <i>quatre</i> <span class="smcap">ou</span> <i>cinq cens livres sterling</i>: +dites; <i>une somme de quatre</i> <span class="smcap">ou</span> <i>cinq<span class="pagenum"><a name="Page_43" id="Page_43">[Pg 43]</a></span> +cens livres sterling</i>: ou bien, <i>d'environ +quatre</i> <span class="smcap">à</span> <i>cinq cens livres sterling</i>. La raison +en est qu'<i>environ</i> et <i>ou</i> expriment chacun +quelque chose de vague: leur réunion +forme un pléonasme vicieux.</p> + +<p><i>Environ</i> ne doit pas être suivi de <i>de</i>: +dites, <i>il était environ deux heures</i>, et non, +<i>environ</i> <span class="smcap">de</span> <i>deux heures</i>.</p> + +<p>ESPÉRER QUE portant à l'esprit une +idée de <i>futur</i>, ne doit pas être suivi d'un +verbe au <i>présent</i> ou au <i>passé</i>: <i>j'espère que +vous vous</i> <span class="smcap">portez</span> <i>bien</i>:—<i>j'espère que vous</i> +<span class="smcap">avez réussi</span>. Dites: <i>je me</i> <span class="smcap">flatte</span> <i>que +vous vous portez bien</i>;—<i>je</i> <span class="smcap">pense</span> <i>que vous +avez réussi</i>.</p> + +<p>C'est une faute grossière de dire; <span class="smcap">espérez</span> +<i>un moment</i>, pour <span class="smcap">attendez</span> <i>un moment</i>.</p> + +<p>ESSAYER prend <i>à</i> ou <i>de</i> devant l'infinitif +qui suit: <i>essayer</i> <span class="smcap">à</span> ou <span class="smcap">de</span> <i>combattre</i>: +c'est le goût qui en décide.</p> + +<p>ET. La conjonction <i>et</i> donne lieu à plusieurs +remarques.</p> + +<p>1º. Elle ne doit pas unir les mots synonymes; +ainsi ne dites pas, <i>une douceur</i> <span class="smcap">et</span> +<i>une aménité admirable</i>;—<i>il est érudit</i> <span class="smcap">et</span> +<i>savant</i>; dites, <i>une douceur</i>, <i>une aménité +admirable</i>:—<i>il est érudit</i>, <i>savant</i>.</p> + +<p>2º. Elle ne doit pas non plus unir deux +membres de phrases commençant chacun +par une des conjonctions, <i>plus</i>, <i>moins</i>, <i>autant</i>. +Dire, <i>plus on étudie</i>, <span class="smcap">et</span> <i>plus on<span class="pagenum"><a name="Page_44" id="Page_44">[Pg 44]</a></span> +aime l'étude</i>, serait une faute: dites: <i>plus +en étudie</i>, <i>plus on aime l'étude</i>.</p> + +<p>3º. Elle ne peut unir que des mots de +même nature, c.-à-d., un substantif à un +substantif, un verbe à un verbe, etc.: d'où +il suit que l'on ne doit pas dire, <i>il aime le jeu +et</i> <span class="smcap">à étudier</span>, mais, <i>il aime le jeu et l'</i><span class="smcap">étude</span>.</p> + +<p>ET CÆTERA. Quand il est question +de <i>choses</i>, l'on dit, <i>et cætera</i>; quand il +s'agit de <i>personnes</i>, il faut dire, <i>et autres</i>, +ou, <i>et d'autres</i>, ou, <i>et les autres</i>.</p> + +<p>ÊTRE. Le verbe <i>être</i> précédé de <i>ce</i> +se met au pluriel, lorsqu'il est suivi de la +troisième personne du pluriel: <i>ce</i> <span class="smcap">sont</span> <i>les +Romains</i>;—<i>ce</i> <span class="smcap">sont</span> <i>eux</i>;—<i>c'</i><span class="smcap">étaient</span> <i>nos +amis</i>;—<i>ce</i> <span class="smcap">seront</span> <i>nos ennemis</i>, <i>qui</i>..</p> + +<p>Mais on dirait avec le verbe <i>être</i> au singulier, +<i>c'</i><span class="smcap">est</span> <i>le travail et l'application</i>;—<i>c'</i><span class="smcap">est</span> +<i>nous</i>;—<i>c'</i><span class="smcap">est</span> <i>vous</i>;—<i>c'</i><span class="smcap">était</span> <i>nous</i>;—<i>ce</i> +<span class="smcap">sera</span> <i>vous</i>; aucun de ces mots ne +formant la troisième personne du pluriel.</p> + +<p><i>Remarque.</i> Quelques auteurs emploient +le singulier, quoique le verbe soit suivi de la +troisième personne du pluriel. Racine dit, +<i>ce n'</i><span class="smcap">est</span> <i>pas les Troyens</i>: l'Académie écrit, +<span class="smcap">est</span>-<i>ce les Anglais</i>?</p> + +<p>Le temps du verbe <i>être</i> précédé de <i>ce</i> est +déterminé par le verbe suivant: ainsi il faut +dire: <i>ce</i> <span class="smcap">sera</span> <i>nous qui répondrons</i>; et non +pas, <i>c'</i><span class="smcap">est</span> <i>nous qui répondrons</i>;—<i>ce</i> +<span class="smcap">fut</span> <i>Cicéron qui sauva la république</i>; et<span class="pagenum"><a name="Page_45" id="Page_45">[Pg 45]</a></span> +non pas, <i>c'</i><span class="smcap">est</span> <i>Cicéron qui sauva la république</i>.</p> + +<p>Lorsque le verbe <i>être</i> précédé de <i>ce</i>, est +suivi d'une préposition, comme dans, <i>c'est +à vous</i>; <i>c'était de nous</i>; <i>ce sera pour mes +enfans</i>; on fait usage de la conjonction +<i>que</i>: <i>c'est</i> <span class="smcap">à</span> <i>vous</i> <span class="smcap">que</span> <i>je m'adresse</i>;—<i>c'était</i> +<span class="smcap">de</span> <i>nous</i> <span class="smcap">que</span> <i>vous parliez</i>;—<i>ce sera</i> +<span class="smcap">pour</span> <i>mes enfans</i> <span class="smcap">que</span> <i>je travaillerai</i>. Si +au lieu de cette conjonction, on employait <i>à +qui</i>, dans la première phrase; <i>dont</i> ou <i>de +qui</i> dans la seconde; et <i>pour qui</i> dans la +troisième; l'on violerait les règles de la grammaire, +en ce que l'on donnerait deux régimes +indirects aux verbes, <i>je m'adresse</i>, <i>vous +parliez</i>, <i>je travaillerai</i>, tandis qu'ils n'en +doivent avoir qu'un. On dit de même, <i>c'est +ici</i> <span class="smcap">que</span> <i>je demeure</i>;—<i>c'est là</i> <span class="smcap">que</span> <i>je vais</i>: +et non pas, <i>c'est ici</i> <span class="smcap">où</span> <i>je demeure</i>;—<i>c'est +là</i> <span class="smcap">où</span> <i>je vais</i>. Dans ces phrases, ce ne sont +pas, il est vrai, deux régimes indirects qui +marquent le même rapport, mais deux adverbes +qui expriment la même circonstance, +et dont un seul suffit.</p> + +<p>Après le verbe <i>être</i> précédé de <i>ce</i>, l'on +met <i>à</i> et <i>de</i> devant l'infinitif: <i>c'est à moi à</i>,—<i>c'est +à vous à</i>,—<i>c'est à lui à</i>, éveille une idée +de tour: <i>c'est à moi de</i>,—<i>c'est à vous de</i>,—<i>c'est +à lui de</i>, exprime une idée de droit +ou de devoir. Ainsi l'on dira, <i>c'est à moi</i> <span class="smcap">à</span> +<i>jouer</i>, c.-à-d., c'est mon tour de jouer: +<i>c'est à moi</i> <span class="smcap">de</span> <i>commander</i>, c.-à-d., c'est +mon droit, c'est mon devoir de commander.</p> + +<p>On dit souvent <i>il a été</i> pour <i>il est allé</i>, et<span class="pagenum"><a name="Page_46" id="Page_46">[Pg 46]</a></span> +vice-versa. La règle à suivre en cela est +que toutes les fois que l'on suppose le retour +du lieu, il faut dire, <i>il a été</i>, <i>j'ai été</i>: et +lorsqu'il n'y a pas de retour, <i>il est allé</i>. +Ainsi, <i>Pierre est allé au sermon</i>, signifie +que Pierre n'est pas de retour du sermon: +<i>Pierre a été au sermon</i>, veut dire que +Pierre est de retour du sermon. Les locutions, +<i>je suis allé le voir</i>;—<i>je suis allé le +visiter</i>, sont vicieuses; il faut dans l'une et +l'autre phrase dire, <i>j'ai été</i>.</p> + +<p>Il est essentiel de remarquer que ce n'est +que dans les temps composés, qu'on emploie +le verbe être pour le verbe <i>aller</i>; <i>il +est allé à la messe</i>,—<i>il a été à la messe</i>: +ne dites, pas: <i>il</i> <span class="smcap">fut</span> <i>à la messe</i>,—<i>il</i> <span class="smcap">fut</span> +<i>jusqu'à Rome</i>: mais, <i>il</i> <span class="smcap">alla</span> <i>à la messe</i>,—<i>il</i> +<span class="smcap">alla</span> <i>jusqu'à Rome</i>.</p> + +<p>EUPHONIE; terme de grammaire qui +signifie prononciation agréable. L'<i>euphonie</i> +fait changer quelquefois un mot, comme +quand on dit <span class="smcap">mon</span> <i>amitié</i> pour <span class="smcap">ma</span> <i>amitié</i>; +et quelquefois ajouter certaines consonnes, +comme dans ces locutions, <i>va</i>-<span class="smcap">t</span>-<i>en</i>;—<i>va</i>s-<i>y</i>;—<i>si</i> +<span class="smcap">l'</span><i>on vous demande</i>: où les lettres +<span class="smcap">t</span>, <span class="smcap">s</span>, <span class="smcap">l</span>, font éviter le son désagréable qui +résulte de la rencontre de deux voyelles.</p> + +<p>ÉVANGILE est masculin. Ne dites +pas, <i>la dernière évangile</i>,—<i>à la dernière +évangile</i>, mais, <i>le dernier évangile</i>,—<i>au +dernier évangile</i>.</p> + +<p>ÉVEILLER, RÉVEILLER. <i>Éveiller</i> +se dit d'une cessation de sommeil douce,<span class="pagenum"><a name="Page_47" id="Page_47">[Pg 47]</a></span> +ordinaire et naturelle. <i>Réveiller</i> suppose +quelque chose d'irrégulier et de subit.</p> + +<p>ÉVITER ne signifie jamais <i>épargner</i>: +ne dites pas, <i>je vous</i> <span class="smcap">éviterai</span> <i>cette peine</i>;—<span class="smcap">évitez</span> +<i>moi ce désagrément</i>: dites, <i>je +vous</i> <span class="smcap">épargnerai</span> <i>cette peine</i>;—<span class="smcap">épargnez</span> +<i>moi ce désagrément</i>.</p> + +<p>EXCEPTÉ s'accorde lorsqu'il suit le +substantif; <i>vos frères</i> <span class="smcap">exceptés</span>, et reste +invariable quand il le précède, <span class="smcap">excepté</span> +<i>vos frères</i>.</p> + +<p>EXCLURE. Participe passé <i>exclu</i>, <i>exclue</i>: +ou, <i>exclus</i>, <i>excluse</i>. Ce dernier est peu +usité.</p> + +<p>EXCUSE. <i>Demander excuse</i> signifie +<i>exiger des excuses</i>: on ne peut donc pas +dire à quelqu'un qu'on a offensé, <i>je vous +demande excuse</i>; il faut dire, <i>je vous fais +excuse</i>.</p> + +<p>EXEMPLE est féminin quand il signifie +modèle de <i>dessin</i>, d'<i>écriture</i>, etc., que l'on +copie: il est masculin dans ses autres acceptions.</p> + +<p>C'est une faute grave de dire, <span class="smcap">imitez</span> +<i>l'exemple de vos ancêtres</i>, dites, <span class="smcap">suivez</span> +<i>l'exemple de vos ancêtres</i>.</p> + +<p>EXHIBITION est un terme de pratique +qui signifie, <i>représentation juridique de papiers</i>. +Gardez-vous donc d'employer ce +mot en parlant de bestiaux, de grains, et en +général des produits de l'industrie, d'objets +d'art, offerts à la vue du public en certaines<span class="pagenum"><a name="Page_48" id="Page_48">[Pg 48]</a></span> +occasions. <i>Exposition</i> est le terme propre. +Ainsi dites, <span class="smcap">exposition</span> <i>de tableaux</i>, <i>de +bestiaux</i> etc.; et s'il y a concurrence pour +des prix, employez le mot <i>concours</i>.</p> + +<p>Ces observations s'appliquent également +au verbe <i>exhiber</i>.</p> + +<p>EXPIRER se conjuge avec <i>être</i> quand +il se dit des choses; <i>la trève</i> <span class="smcap">est</span> <i>expirée</i>; +et avec <i>avoir</i> lorsqu'il se dit des personnes, +<i>il</i> <span class="smcap">a</span> <i>expiré entre mes bras</i>.</p> + +<p class="p2">F. L'<i>f</i> finale ne se fait pas sentir dans +les mots suivans: <i>clef</i>, <i>clefs</i>, <i>œuf frais</i>, +<i>œuf dur</i>, <i>œuf pourri</i>, <i>bœuf gras</i>, <i>bœuf +salé</i>, <i>cerf</i>, <i>cerfs</i>: elle ne se fait pas sentir +non plus dans les mots au pluriel, <i>nerfs</i>, +<i>bœufs</i>, <i>œufs</i>; mais on l'a fait entendre dans +ces expressions, <i>du bœuf</i>, <i>un œuf</i>, <i>un nerf</i>, +dans <i>nerf de bœuf</i>, l'on prononce seulement +l'<i>f</i> du mot <i>bœuf</i>; dans le mot <i>neuf</i> l'<i>f</i> se +fait sentir au singulier, et elle est muette au +pluriel: <i>habit neuffe</i>, <i>habits neu</i>.</p> + +<p>FACE. La locution <i>en face</i> prend après +elle la préposition de; <i>en face</i> <span class="smcap">du</span> <i>temple</i>. +Cependant dans le style familier on peut +omettre cette préposition; <i>il demeure en +face le marché</i>. Cette régle s'applique à +<i>près</i>, et à <i>vis-à-vis</i>.</p> + +<p>FAILLIR est usité principalement à l'infinitif; +au passé défini, <i>je faillis</i>; et aux +temps composés, <i>j'ai failli</i>, <i>j'avais failli</i>. +Le participe présent <i>faillant</i> s'emploie rarement.<span class="pagenum"><a name="Page_49" id="Page_49">[Pg 49]</a></span></p> + +<p>On dit <i>j'ai failli tomber</i> ou <i>de tomber</i> +ou <i>à tomber</i>; c'est l'oreille qui décide. +C'est encore l'oreille qui prescrit le choix +des prépositions <i>à</i> ou <i>de</i> devant l'infinitif, qui +suit les verbes <i>contraindre</i>, <i>demander</i>, +<i>s'empresser</i>, <i>s'engager</i>, <i>finir</i>, <i>forcer</i>, et +<i>souffrir</i>.</p> + +<p>FALLOIR. <i>Il s'en faut</i>, accompagné +d'une négation, ou de quelque mot qui ait un +sens négatif, tels que, <i>peu</i>, <i>guère</i>, <i>presque</i>, +<i>rien</i>, etc., veut la négation devant le verbe +suivant: <i>il ne s'en faut pas</i> <span class="smcap">beaucoup</span> <i>qu'il</i> +<span class="smcap">ne</span> <i>soit ruiné</i>:—<i>il s'en fallait</i> <span class="smcap">peu</span> <i>qu'il</i> +<span class="smcap">n'</span><i>eût achevé</i>. Mais on dirait, <i>il s'en faut +qu'on y meure de faim</i>, le verbe <i>il s'en faut</i>, +n'étant accompagné d'aucune préposition +négative.</p> + +<p>FERRER un chemin, c'est le garnir de +pierraille, d'après le système de McAdam. +V. <span class="smcap">empierrer</span>.</p> + +<p>FEU. L'adjectif <i>feu</i> ne s'accorde en +genre que quand il précède immédiatement +le substantif: <i>la</i> <span class="smcap">feue</span> <i>reine</i>,—<i>notre</i> <span class="smcap">feue</span> +<i>mère</i>: mais on dit sans accord; <span class="smcap">feu</span> <i>la +reine</i>;—<span class="smcap">feu</span> <i>notre mère</i>, l'adjectif <i>feu</i> étant +séparé de son substantif par les mots <i>la</i>, +<i>notre</i>.</p> + +<p>FEVE et HARICOT. Malgré beaucoup +de ressemblance <i>la fêve</i> et <i>le haricot</i> +sont des légumes bien différens, et jamais +les naturalistes ne les confondent. Linnée +nomme la <i>fêve</i> <span class="smcap">faba</span>, et le <i>haricot</i> <span class="smcap">pha<span class="pagenum"><a name="Page_50" id="Page_50">[Pg 50]</a></span>seolus</span>. Nous possédons en abondance la +<i>féve</i> et le <i>haricot</i>: mais il est à regretter +que nous les désignions presque toujours par +le seul mot <i>féve</i>: à peine même le terme +<i>haricot</i> nous est-il connu.</p> + +<p>FINIR prend <i>à</i> et <i>de</i> devant l'infinitif: +<i>il ne finit pas</i> <span class="smcap">de</span> <i>parler</i>; ou, <i>il ne finit pas</i> +<span class="smcap">à</span> <i>parler</i>. C'est l'oreille qui en décide.</p> + +<p>FIXER ne saurait s'employer pour <i>regarder</i>: +ne dites pas, <i>on ne peut</i> <span class="smcap">fixer</span> <i>le +soleil</i>, <i>sans en être ébloui</i>: dites, <i>on ne peut</i> +<span class="smcap">regarder</span> etc.</p> + +<p>FLEURIR employé au figuré, c.-à-d., +en parlant des arts, des sciences, d'un empire, +fait au participe <i>florissant</i> et à l'imparfait +<i>florissait</i>; <i>alors les sciences</i> <span class="smcap">florissant</span> +<i>en Égypte</i>:—<i>l'empire romain</i> <span class="smcap">fleurissait</span> +<i>sous Tite</i>.</p> + +<p>FORTUNÉ n'a jamais le sens de <i>riche</i>. +Ne dites pas <i>un homme</i> <span class="smcap">fortuné</span>: dites <i>un +homme qui a de la fortune</i>.</p> + +<p>FOUDRE employé au propre est féminin: +<i>être frappé</i> <span class="smcap">de la</span> <i>foudre</i>: employé +au figuré il est masculin: <i>quand le +sublime rient à éclater, il renverse tout +comme</i> <span class="smcap">un</span> <i>foudre</i>: à moins qu'il ne soit +accompagné d'une épithète; alors il est des +deux genres; <i>la foudre</i> <span class="smcap">vengeur</span>, OU, <i>la +foudre</i> <span class="smcap">vengeresse</span>.</p> + +<p>FUNERAIRE n'est guère usité qu'en +cette phrase: <i>frais funéraires</i>.<span class="pagenum"><a name="Page_51" id="Page_51">[Pg 51]</a></span></p> + +<p>FUR. On dit également bien <span class="smcap">au</span> <i>fur et</i> +<span class="smcap">à</span> <i>mesure</i>, ou, <span class="smcap">à</span> <i>fur et</i> <span class="smcap">à</span> <i>mesure</i>.</p> + +<p class="p2">G, est nul dans <i>Clugny</i>, <i>Regnaud</i> et +<i>Regnard</i>, (poëte): dites <i>Cluny</i>, <i>Reno</i>, <i>Renar</i>. +<i>Gessner</i> (poëte) se prononce <i>Guesse-nère</i>.</p> + +<p>GABARI est un terme de marine, et signifie +modèle de construction de vaisseau, +et contour vertical de la carène. Toute +autre acception est étrangère à ce mot.</p> + +<p>GARDE. Si <i>garde</i> en composition se +dit <i>d'une personne</i>, il a alors le sens de <i>gardien</i>, +substantif qui doit prendre l's au pluriel; +<i>des gardes-champêtres</i>, des <i>gardes-marines</i>, +des <i>gardes-magasins</i>. Mais si +<i>garde</i> se dit d'<i>une chose</i>, ou se rapporte à +<i>une chose</i>, alors il est verbe, et par conséquent +invariable: des <i>garde-vue</i>, des +<i>garde-manger</i>, des <i>garde-robes</i>.</p> + +<p><i>Garde</i> est masculin quand il désigne un ou +plusieurs individus tirés de la totalité, comme +<span class="smcap">un</span> <i>garde</i> <span class="smcap">national</span>, <i>des gardes</i> <span class="smcap">nationaux</span>. +Mais il est féminin quand il désigne tout +le corps, comme <i>la garde</i> <span class="smcap">nationale</span>.</p> + +<p>GENS veut au féminin tous les correspondans +qui le précèdent, et au masculin +tous ceux qui le suivent: <i>les</i> <span class="smcap">vieilles</span> <i>gens +sont</i> <span class="smcap">soupconneux</span>.</p> + +<p>Cependant au lieu de <i>toutes</i> on emploie +<i>tous</i>.</p> + +<p>1º. quand cet adjectif est le seul qui précède +le substantif <i>gens</i>: <span class="smcap">tous</span> <i>les gens d'es<span class="pagenum"><a name="Page_52" id="Page_52">[Pg 52]</a></span>prit</i>:—<span class="smcap">tous</span> +<i>les gens qui pensent bien</i>.</p> + +<p>2º. quand <i>gens</i> est précédé d'un adjectif +qui n'a qu'une seule et même terminaison +pour les deux genres, comme <i>aimable</i>, +<i>brave</i>, <i>honnête</i> etc.; <span class="smcap">tous</span> <i>les honnêtes gens</i>,—<span class="smcap">tous</span> +<i>les habiles gens</i>.</p> + +<p>GÉSIR n'est plus en usage que dans <i>il +git</i>, <i>nous gisons</i>, <i>ils gisent</i>, <i>il gisait</i>, <i>ils +gisaient</i>.</p> + +<p><i>Ci-git</i> et <i>ci-gisent</i> sont des formules d'épitaphe.</p> + +<p>Quoique seule entre deux voyelles dans +<i>nous gisons</i>, <i>ils gisent</i> etc. <i>s</i> conserve le son +qui lui est propre, et l'on prononce <i>nous +gissons</i>, <i>ils gissent</i> etc.</p> + +<p>GRANDE. L'<i>e</i> de l'adjectif <i>grande</i> +s'élide toujours dans <i>grand'mère</i>, <i>grand'tante</i>; +et fort souvent dans <i>grand'chambre</i>, +<i>grand'chère</i>, <i>grand'croix</i>, <i>grand'messe</i>, +<i>grand'peine</i>, <i>grand'peur</i>, <i>grand'rue</i>, +<i>grand'pitié</i>, <i>grand'salle</i>: cependant l'élision +cesse d'avoir lieu quand l'adjectif +<i>grande</i> est précédé de l'article, ou d'un adjectif +déterminatif, comme, <i>une</i>, <i>ma</i>, <i>ta</i>, <i>sa</i>, +<i>cette</i>, etc.; <i>la plus</i> <span class="smcap">grande</span> <i>peine</i>,—<i>une</i> +<span class="smcap">grande</span> <i>chambre</i>;—<i>cette</i> <span class="smcap">grande</span> <i>messe +a été bien chantée</i>.</p> + +<p class="p2">HAÏR prend deux points sur l'<i>ï</i> dans toute +la conjugaison, excepté aux trois personnes +du singulier du présent de l'indicatif: <i>je hais</i>, +<i>tu hais</i>, <i>il hait</i>, et à l'impératif, <i>hais</i>.</p> + +<p>HENRI. On aspire l'<i>h</i> de ce mot dans<span class="pagenum"><a name="Page_53" id="Page_53">[Pg 53]</a></span> +le discours soutenu, mais on ne l'aspire jamais +dans la conversation.</p> + +<p>L'<i>h</i> de <i>Henriette</i> ne s'aspire dans aucun +cas.</p> + +<p>HIER. L'usage veut qu'on dise, <i>hier +matin</i>, et non, <i>hier</i> <span class="smcap">au</span> <i>matin</i>: <i>hier</i> <span class="smcap">au</span> +<i>soir</i>, et non, <i>hier soir</i>. V. <span class="smcap">demain</span>.</p> + +<p>HIVERNEMENT n'est pas français, +mais <i>hivernage</i> l'est, et signifie le temps +qu'un navire passe en relâche pendant l'hiver.</p> + +<p>HIVERNER pour signifier, passer l'hiver +en quelque lieu, n'est employé qu'en +parlant de troupes. On ne peut donc pas +dire, <i>j'ai</i> <span class="smcap">hiverné</span> <i>à trois-Rivières</i>;—<i>à +Québec</i>.</p> + +<p>HOLLANDE. L'<i>h</i> de ce mot est toujours +aspiré, excepté dans les locutions, +<i>toile</i> <span class="smcap">d'</span><i>Hollande</i>;—<i>fromage</i> <span class="smcap">d'</span><i>Hollande</i>.</p> + +<p>HYMNE est toujours masculin, excepté +quand il signifie chant d'Église.</p> + +<p class="p2">IMAGINER. On emploie souvent <i>imaginer</i> +pour <i>s'imaginer</i>. Le premier signifie +inventer, ou se former dans l'esprit l'idée de +quelque chose: le second se persuader +quelque chose sans fondement: il <span class="smcap">imagine</span> +<i>avoir raison</i>; dites, <i>il</i> <span class="smcap">s'imagine</span> <i>avoir +raison</i>.</p> + +<p><i>Immaginer</i> sans pronom personnel ne +peut jamais être suivi immédiatement d'un +<i>que</i>, ni d'un <i>infinitif</i>. On dit bien, <i>on ne +peut rien</i> <span class="smcap">imaginer</span> <i>de plus intéressant</i>;—<i>j'</i><span class="smcap">imagine +une</span> <i>chose</i>, <span class="smcap">un</span> <i>moyen de</i>.. Mais<span class="pagenum"><a name="Page_54" id="Page_54">[Pg 54]</a></span> +on ne doit pas dire, j'<i>imagine</i> <span class="smcap">que</span> <i>cela est</i>:—<i>il +imagine</i> <span class="smcap">être</span> <i>un grand homme</i>: il +faut dire: <i>je</i> <span class="smcap">m'</span><i>imagine</i> <span class="smcap">que</span> <i>cela est</i>;—<i>il</i> +s'<i>imagine</i> <span class="smcap">être</span> <i>un grand homme</i>.</p> + +<p>IMPARDONNABLE ne se dit que +des <i>choses</i>, et non des <i>personnes</i>: <i>faute</i> +<span class="smcap">impardonnable</span>. En parlant des <i>personnes</i>, +on dit, <i>inexcusable</i>: <i>homme inexcusable</i>.</p> + +<p>La même observation s'applique au mot +<i>pardonnable</i>.</p> + +<p>IMPATIENTER. (s') L'usage refuse +au verbe <i>s'impatienter</i> un infinitif pour régime. +Ainsi ne dites pas, <i>ils s'impatientèrent +d'attendre</i>.</p> + +<p>IMPERATIF. La seconde personne +singulière de l'impératif, excepté pour les +quatre verbes irréguliers, <i>aller</i>, <i>avoir</i>, <i>être</i> +et <i>savoir</i>, est toujours semblable à la première +du présent de l'indicatif. Ainsi l'on +dira, <i>travaille</i>, <i>cueille</i>, et non pas, <i>travailles</i>, +<i>cueilles</i>, à moins pourtant que la +seconde personne de l'impératif terminée par +un <i>e</i> muet, ne soit suivie d'un <i>y</i>, ou du pronom +<i>en</i>: elle prend alors une <i>s</i>, pour la +douceur de la prononciation; <i>travailles-y</i>,—<i>donnes-en</i>.</p> + +<p>L'impératif <i>va</i>, suivi d'<i>y</i> et d'<i>en</i>, prend +aussi une <i>s</i> euphonique: <i>vas-y</i>,—<i>vas en +chercher</i>.</p> + +<p>IMPOSITION. Le mot anglais <i>imposition</i> +signifie quelquefois <i>abus de pouvoir</i>,<span class="pagenum"><a name="Page_55" id="Page_55">[Pg 55]</a></span> +<i>fraude</i>, etc. Le mot français <i>imposition</i> ne +comporte pas cette acception.</p> + +<p>INCLUS. <i>Ci-inclus</i>, <i>ci joint</i>, sont invariables +quand ils précèdent un nom, dont +le sens est vague: <i>vous trouverez</i> <span class="smcap">ci-inclus</span>,—<span class="smcap">ci-joint</span> +<i>copie de ma lettre</i>. Mais +quand l'énonciation est précise, comme <span class="smcap">la</span> +<i>copie</i>, l'accord a lieu; <i>vous trouverez</i> <span class="smcap">ci-incluse</span>,—<span class="smcap">ci-jointe</span> +<i>la copie de ma lettre</i>.</p> + +<p>INSULTER <i>quelqu'un</i>, c'est l'injurier. +<i>Insulter</i> <span class="smcap">à</span> <i>quelqu'un</i>, c'est manquer aux +égards que réclament sa faiblesse, son malheur: +<i>insulter</i> <span class="smcap">aux</span> <i>malheureux</i>.</p> + +<p>INTERJECTIONS. Duvivier dit</p> <p class="blockquot">«que +beaucoup de personnes écrivent indistinctement +<span class="smcap">ah!</span> et <span class="smcap">ha!</span>—<span class="smcap">ô!</span> <span class="smcap">oh!</span> et <span class="smcap">ho!</span>—<span class="smcap">eh!</span> +et <span class="smcap">hé!</span>» et il ajoute, «que cette +diversité d'orthographe vient de la difficulté +de représenter nettement, par l'écriture, +le mouvement de l'organe dans l'espèce +de cri inarticulé que nous arrache une +émotion vive.»</p> + +<p>Ce qui suit est puisé dans le Dictionnaire +de l'<i>Académie</i>.</p> + +<blockquote> +<p>«O avec l'accent circonflexe est une interjection +qui sert à marquer diverses passions... <i>ô +siècle!</i> <i>ô temps!</i> <i>ô le plaisant +homme!</i> <i>ô si je pouvais!</i></p> + +<p>«O, sans accent circonflexe, désigne +l'apostrophe, <i>o mon fils!</i> <i>o mon Dieu!</i></p> + +<p>«OH. Interjection qui marque la surprise +ou l'affirmation. <i>Oh, oh, je n'y<span class="pagenum"><a name="Page_56" id="Page_56">[Pg 56]</a></span> +prenais pas garde</i>:—<i>Oh pour cela, +non.</i></p> + +<p>«HO. Interjection qui sert tantôt pour +appeler, tantôt pour témoigner de l'étonnement +ou de l'indignation. <i>Ho! venez +un peu ici. Ho! que me dites-vous là?</i></p> + +<p>«Quand il est interjection d'étonnement, +ou d'indignation, il s'écrit quelquefois +<span class="smcap">oh!</span></p> + +<p>«AH. Interjection qui sert à marquer +la joie, la douleur, l'admiration... <i>Ah! +que vous me faites plaisir! Ah! que +vous me faites mal!</i></p> + +<p>«Ce n'est souvent qu'une interjection +explétive, qui ne sert qu'à rendre une locution +plus animée. <i>Ah! Madame, +gardez-vous de le croire.</i></p> + +<p>«HA. Interjection de surprise, d'étonnement. +<i>Ha! vous voilà! Ha! ha!</i> +Il se confond souvent avec l'interjection +<span class="smcap">ah!</span></p> + +<p>«EH. Interjection d'admiration, de surprise. +<i>Eh! qui airait pu croire que...</i></p> + +<p>«HÉ. Interjection qui sert principalement +à appeler. <i>Hé! viens ça.</i></p> + +<p>«Souvent cette interjection se confond +avec <span class="smcap">eh</span>, soit pour avertir de prendre +garde à quelque chose, comme, <i>Hé! +qu'allez-vous faire?</i> soit pour témoigner +de la commisération, <i>Hé! mon Dieu...</i> +soit pour marquer de la douleur, <i>Hé! +qu'ai-je fait?</i><span class="pagenum"><a name="Page_57" id="Page_57">[Pg 57]</a></span>»</p> +</blockquote> + +<p class="p2">JAMAIS. Après <i>jamais</i> l'on sous-entend +souvent l'article devant les substantifs +communs, et alors on met ces substantifs au +singulier: <i>jamais mortel n'a joui d'un bonheur +parfait</i>, et non pas, <i>jamais mortels +n'ont joui</i>, etc.</p> + +<p>JE. Quand <i>je</i>, mis après un verbe, +produit un son désagréable, ce qui a lieu le +plus souvent pour les verbes qui n'ont qu'une +syllabe au présent de l'indicatif, il faut +prendre un autre tour: ainsi au lieu de +<i>dors-je?</i> <i>ris-je?</i> <i>choisis-je?</i> <i>mangé-je?</i> +dites, <i>est-ce que je dors?</i> <i>est-ce que je +ris?</i> etc.</p> + +<p>JETER. Ce verbe et tous ceux qui +sont terminés en <i>eter</i> à l'infinitif, comme +<i>fureter</i>, <i>feuilleter</i>, <i>souffleter</i>, <i>projeter</i>, etc. +ne doublent la consonne <i>t</i> que devant un <i>e</i> +muet. <i>Je jette, tu jettes, il jette, nous jetons, +vous jetez, ils jettent, je jetais, tu +jetais, il jetait, nous jetions, vous jetiez, +ils jetaient, je jetai, tu jetas, il jeta, nous +jetâmes, vous jetâtes, ils jetèrent, je jetterai, +tu jetteras, nous jetterons, vous jetterez, +ils jetteront, je jetterais, etc., jette, +jetons, jetez, que je jette, que tu jettes, +qu'il jette, que nous jetions, que vous jetiez, +qu'ils jettent, que je jetasse, etc., jetant, jeté, +jetée.</i></p> + +<p>JOINDRE signifiant <i>ajouter</i> demande +<i>à</i>: <i>joignez cette maison</i> <span class="smcap">à</span> <i>la vôtre</i>: dans le +sens d'<i>unir</i>, d'<i>allier</i>, il prend indifféremment<span class="pagenum"><a name="Page_58" id="Page_58">[Pg 58]</a></span> +<i>à</i> ou <i>avec</i>: <i>joindre la prudence</i> <span class="smcap">à</span> ou <span class="smcap">avec</span> +<i>la bravoure</i>.</p> + +<p>JOUIR se prend toujours en bonne part: +ainsi ne dites pas, <span class="smcap">jouir</span> <i>d'une mauvaise +santé</i>:—<span class="smcap">jouir</span> <i>d'une mauvaise réputation</i>: +dites, <span class="smcap">avoir</span> <i>une mauvaise santé</i>:—<i>une +mauvaise réputation</i>.</p> + +<p>JUSQUE. Au lieu de <i>jusque</i>, on peut +employer <i>jusques</i> devant une voyelle: <span class="smcap">jusqu'</span><i>à +nous</i>, ou <span class="smcap">jusques</span> <i>à nous</i>: c'est +l'oreille qui en décide.</p> + +<p>L'<i>e</i> de <i>jusque</i> s'élide seulement devant +<i>à</i>, <i>au</i>, <i>aux</i>, <i>ici</i>: <i>jusqu'à Paris</i>,—<i>jusqu'au +Pérou</i>,—<i>jusqu'ici</i>.</p> + +<p>L'usage permet de dire également, <i>jusqu'à +aujourd'hui</i>, et <i>jusqu'aujourd'hui</i>.</p> + +<p>L finale ne se prononce pas dans <i>baril</i>, +<i>chenil</i>, <i>coutil</i>, <i>fournil</i>, <i>fusil</i>, <i>gril</i>, <i>nombril</i>, +<i>outil</i>, <i>persil</i>, <i>soûl</i>, <i>sourcil</i>, <i>gentil</i> +(idolâtre). Mais elle sonne dans tous les +autres mots.</p> + +<p>Cependant il faut remarquer que cette +lettre, dans le mot <i>gentil</i> pour signifier <i>joli</i>, +ne sonne que devant une voyelle, et qu'alors +elle se mouille comme au feminin: <i>un gentil +enfant</i>: prononcez <i>un gentille enfant</i>: +mais au pluriel l'<i>l</i> reste muette, et on dit +<i>genti-zan-fan</i>.</p> + +<p>L finale précédée d'un <i>i</i> prend le son +mouillé, dans <i>avril</i>, <i>babil</i>, <i>cil</i>, <i>mil</i> (petit +grain), <i>péril</i>, <i>bail</i>, <i>travail</i>, <i>fénil</i>, etc.</p> + +<p>Il faut en excepter <i>fil</i>, <i>Nil</i>, <i>mil</i>, (adjectif +numéral) ainsi que les adjectifs en <i>il</i>, et de<span class="pagenum"><a name="Page_59" id="Page_59">[Pg 59]</a></span> +plus les mots énumérés ci-dessus, où l'<i>l</i> ne +se prononce pas.</p> + +<p>LÀ. L'adverbe <i>là</i> doit être accompagné +d'un trait d'union, lorsqu'il est joint à des +mots, dont le sens ne permet pas de le séparer: +<i>cet homme</i>-<span class="smcap">là</span>,—<i>celui</i>-<span class="smcap">là</span>,—<i>allez</i>-<span class="smcap">là</span>,—<i>quel +livre est-ce</i>-<span class="smcap">là</span>? Mais on dira sans +trait d'union: <i>c'est</i> <span class="smcap">là</span> <i>mon opinion</i>,—<i>que +dites-vous</i> <span class="smcap">là</span>?—<i>sont-ce</i> <span class="smcap">là</span> <i>vos livres</i>? parce +que dans ces phrases l'adverbe <i>là</i> n'est pas +indispensable: on peut le supprimer, et dire: +<i>c'est mon opinion</i>,—<i>que dites-vous?</i>—<i>sont-ce +vos livres?</i></p> + +<p>LE. Le pronom <i>le</i> peut représenter un +<i>substantif</i>, ou un <i>adjectif</i>. Quand il représente +un substantif, ou un adjectif pris substantivement, +il s'accorde en genre et en +nombre avec ce substantif, ou avec cet +adjectif pris subtantivement: <i>êtes-vous Madame +de Ste. Croix?</i>—<i>je</i> <span class="smcap">la</span> <i>suis</i>: <i>êtes-vous +la malade?</i>—<i>je</i> <span class="smcap">la</span> <i>suis</i>: <i>êtes-vous +les ministres du roi?</i> <i>nous</i> <span class="smcap">les</span> <i>sommes</i>: +<i>êtes-vous les mariés?</i> <i>nous</i> <span class="smcap">les</span> <i>sommes</i>.</p> + +<p>Lorsque le pronom <i>le</i> représente un adjectif, +ou un substantif pris adjectivement, il +est invariable, l'adjectif ne pouvant lui communiquer +ni genre ni nombre: <i>Madame, +êtes-vous malade?</i>—<i>je</i> <span class="smcap">le</span> <i>suis</i>; <i>Messieurs +êtes-vous mariés?</i>—<i>nous</i> <span class="smcap">le</span> <i>sommes</i>.—<i>Madame +êtes-vous mère?</i> <i>je</i> <span class="smcap">le</span> <i>suis</i>.</p> + +<p>Le pronom <i>le</i> peut aussi tenir la place d'une +proposition ou d'un verbe. Dans ce cas il +est invariable parce qu'une proposition, ou<span class="pagenum"><a name="Page_60" id="Page_60">[Pg 60]</a></span> +un verbe, n'a ni genre ni nombre. <i>Si le +public a eu quelque indulgence pour moi</i>, +<i>je</i> <span class="smcap">le</span> <i>dois à votre protection</i>;—<i>il faut obliger +quand on</i> <span class="smcap">le</span> <i>peut</i>.</p> + +<p>Après <i>aussi</i>, <i>autant</i>, <i>moins</i>, <i>mieux</i>, <i>plus</i>, +l'on fait suivre la conjonction <i>que</i> du pronom +<i>le</i>: <i>il est aussi habile que je</i> <span class="smcap">le</span> <i>croyais</i>:—<i>elle +est moins douce qu'elle ne</i> <span class="smcap">le</span> <i>semblait</i>;—<i>ils +sont plus savans qu'on ne</i> <span class="smcap">le</span> <i>disait</i>. +On pécherait contre la grammaire de dire,.. <i>que +je croyais</i>,.. <i>qu'elle ne semblait</i>,.. <i>qu'on +ne disait</i>.</p> + +<p>L'oreille exige qu'on dise, <i>donnez</i> <span class="smcap">le</span> +<i>moi</i>,—<i>montrez</i> <span class="smcap">la</span> <i>moi</i>,—<i>prêtez</i> <span class="smcap">la</span> <i>nous</i>, et +non pas, <i>donnez moi</i> <span class="smcap">le</span>,—<i>montrez moi</i> <span class="smcap">la</span>,—<i>prêtez +nous</i> <span class="smcap">la</span>.</p> + +<p>LE DIT, LA DITE, SUSDIT, SUSDITE, +sont des termes de <i>Palais</i>, dont +l'emploi, en dehors de la pratique, est interdit +aux personnes qui se piquent d'écrire +et de parler avec grâce.</p> + +<p>LE MIEN. Les pronoms possessifs, +<i>le mien</i>, <i>le tien</i>, <i>le nôtre</i>, <i>le vôtre</i>, doivent +toujours se rapporter à un substantif énoncé +précédemment. Ainsi, <i>j'ai reçu la</i> <span class="smcap">vôtre</span> +<i>en date du</i>....est une phrase dans laquelle +<i>la vôtre</i> ne se rapporte à rien: dites, <i>j'ai +reçu votre lettre en date du</i>....</p> + +<p>LEQUEL. Au lieu de <i>qui</i>, <i>que</i>, l'on doit +employer <i>lequel</i>, pour éviter une équivoque. +Ainsi l'on ne dira pas, <i>c'est un effet de la +Providence divine</i> <span class="smcap">qui</span> <i>excite l'admira<span class="pagenum"><a name="Page_61" id="Page_61">[Pg 61]</a></span>tion</i>.—<i>c'est +un effet de la Providence divine</i> +<span class="smcap">que</span> <i>nous admirons</i>: car on ne sait si +<i>qui</i> et <i>que</i> se rapportent à <i>effet</i> ou à <i>Providence</i>. +Il faut dire, <i>c'est un effet de la +Providence divine</i> <span class="smcap">lequel</span> <i>excite notre admiration</i>..<span class="smcap">lequel</span> +<i>nous admirons</i>. Hors +le cas d'équivoque on doit préférer <i>qui</i>, <i>que</i>, +à <i>lequel</i>, expression prosaïque et inélégante.</p> + +<p>LETTRES MAJUSCULES. Il faut +commencer par une <i>majuscule</i> ou <i>grande +lettre</i> chaque alinéa, chaque phrase, chaque +vers, tous les noms d'homme, de vaisseau, +de fausse divinité, tels que <i>Pierre</i>, <i>Jean</i>, <i>le +Formidable</i> (vaisseau) <i>Jupiter</i>: tous ceux +de lieu, tels que l'<i>Europe</i>, <i>Londres</i>, <i>Québec</i>; +tous ceux de peuples, tels que les <i>Européens</i>, +les <i>Romains</i>, les <i>Canadiens</i>: tous +ceux de sectes, tels que les <i>Épicuriens</i>, les +<i>Protestans</i>: tous ceux de rivières, de montagnes, +de vents; le <i>St. Laurent</i>, les <i>Alpes</i>, +le <i>Nord-Est</i>: tous ceux de jour et de mois, +tels que <i>Vendredi</i>, <i>Août</i>; tous ceux de +tribunaux, de compagnies, de corps, de +dignités, quand ces noms sont employés +avec application individuelle, tels que l'<i>Église</i> +du Canada, le <i>Parlement</i> d'<i>Angleterre</i>, +l'<i>Académie</i>, l'<i>Apôtre S. Paul</i>: enfin +tous ceux de science, d'art, de métier, +s'ils sont pris dans un sens individuel, qui +distingue la science, l'art, le métier de toute +autre science, de tout notre art, de tout +autre métier. <i>La Grammaire est une<span class="pagenum"><a name="Page_62" id="Page_62">[Pg 62]</a></span> +science indispensable</i>:—<i>la Musique est un +art charmant</i>.</p> + +<p>Les adjectifs <i>saint</i>, <i>grand</i>, et semblables, +lorsqu'ils entrent dans la composition d'un +nom propre, aussi bien que les titres, <i>Monseigneur</i>, +<i>Monsieur</i>, <i>Madame</i>, etc., doivent +prendre une <i>initiale majuscule</i>: c'est l'usage.</p> + +<p>Quelquefois on personnifie les êtres moraux, +et alors ils suivent la règle des noms +d'homme. <i>Envie</i> par ex. prend une lettre +majuscule dans ce vers de la Henriade: <i>Ci-gît +la sombre Envie à l'œil timide et louche.</i> +Le même mot s'écrit sans grande lettre dès +qu'il cesse d'être personnifié. <i>L'envie s'attache +aux grands talens.</i></p> + +<p>Lorsque les noms de peuples et de sectes +n'embrassent pas la totalité, la majuscule +cesse d'avoir lieu, <i>un français</i>, <i>des anglais</i>, +<i>un calviniste</i>.</p> + +<p><i>Remarque.</i>—Ces règles sur l'emploi des +lettres majuscules sont à peu près les plus +généralement suivies. Néanmoins il faut +dire qu'il existe à cet égard bien des contradictions +entre les auteurs.</p> + +<p>LEUR joint au verbe ne prend jamais +la lettre <i>s</i>: <i>donnez leur à manger</i>;—<i>je leur ai +dit</i>: joint à un nom il prend une s au pluriel.</p> + +<p>LIRE. On doit dire, <i>lire</i> <span class="smcap">dans</span> <i>un journal</i>,—<span class="smcap">dans</span> +<i>un régistre</i>; et non pas, <i>lire</i> <span class="smcap">sur</span> +<i>un journal</i>,—<span class="smcap">sur</span> <i>un régistre</i>.</p> + +<p>LIS. L'<i>s</i> de ce mot se prononce toujours, +excepté dans <i>fleur de lis</i>.<span class="pagenum"><a name="Page_63" id="Page_63">[Pg 63]</a></span></p> + +<p>LOUÏS. Plusieurs personnes confondent +<i>louïs</i>, pièce de monnaie, avec <i>livre</i>, +monnaie de compte. C'est une erreur +grave, parce que le <i>louïs</i> est une ancienne +monnaie d'or de France, dont la valeur, +fixée par nos lois, est d'un peu plus de +quatre piastres et demie d'Espagne; tandis +que notre livre du cours d'Halifax vaut seulement +quatre piastres.</p> + +<p>Le mot <i>dollar</i>, monnaie des États-Unis, +est reçu, de même que le mot <i>pound</i> pour +la livre sterling. Ce dernier cependant +sonne mal à l'oreille.</p> + +<p>L'UN et L'AUTRE, employé comme +sujet, veut le verbe au pluriel: <i>l'un et l'autre</i> +<span class="smcap">viendront</span>. Le substantif placé après <i>l'un +et l'autre</i> se met au singulier; <i>l'un et l'autre</i> +<span class="smcap">cheval</span>. Quand <i>l'un</i> est précédé d'une +préposition, cette préposition doit être; répétée +devant <i>l'autre</i>; <i>je parle</i> <span class="smcap">pour</span> <i>l'un et</i> +<span class="smcap">pour</span> <i>l'autre</i>.</p> + +<p><i>Ni l'un ni l'autre</i>, veut également le verbe +au pluriel, excepté quand un des sujets précédés +de <i>ni</i> peut seul faire l'action marquée +par le verbe; <i>ni l'un ni l'autre n'</i><span class="smcap">obtiendra</span> +<i>le prix</i>:—<i>ni Monsieur A</i>, <i>ni Monsieur B ne</i> +<span class="smcap">sera</span> <i>nommé président</i>.</p> + +<p><i>L'un et l'autre, les uns et les autres</i> +marquent simplement la pluralité. <i>L'un +l'autre</i>, <i>les uns les autres</i> expriment la réciprocité: +<i>Racine et Boileau étaient poëtes +l'un</i> <span class="smcap">et</span> <i>l'autre</i>; <i>ils s'estimaient l'un l'autre</i>.<span class="pagenum"><a name="Page_64" id="Page_64">[Pg 64]</a></span></p> + +<p class="p2">MAJESTÉ veut au féminin l'adjectif et +le participe qui suit: <i>Votre Majesté est</i> <span class="smcap">victorieuse</span>. +Lorsqu'il est suivi d'un substantif +pris adjectivement, les avis sont partagés; +les uns disent; <i>Votre Majesté est</i> <span class="smcap">maîtresse</span> +<i>de ses états</i>, les autres, <i>Votre Majesté est</i> +<span class="smcap">maître</span> <i>de ses états</i>. Cette dernière construction +est généralement plus usitée.</p> + +<p>MALGRÉ QUE employé dans le sens +de <i>quoique</i>, a vieilli, et n'est plus français. +Ainsi ne dites pas, <i>il sort</i> <span class="smcap">malgré qu'</span><i>on</i> <i>le +lui défende</i>: dites, <span class="smcap">quoiqu'</span><i>on le lui défende</i>.</p> + +<p>MANŒUVRE et MANOUVRIER. +Ces mots différent dans leur signification. +<i>Manœuvre</i> est un ouvrier subalterne, qui sert +ceux qui font l'ouvrage. <i>Manouvrier</i>, ouvrier +qui travaille de ses mains et à la journée.</p> + +<p>MANQUER prend <i>à</i> et <i>de</i> devant l'infinitif: +<i>à</i>, quand il signifie ne pas faire ce +qu'on doit: <i>on mésestime celui qui manque</i> <span class="smcap">à</span> +<i>remplir ses devoirs</i>: et <i>de</i> lorsqu'il signifie +<i>omettre</i>, <i>oublier</i>, <i>faillir</i>: <i>ne manquez pas</i> +<span class="smcap">de</span> <i>venir</i>,—<i>il a manqué</i> <span class="smcap">de</span> <i>tomber</i>.</p> + +<p>MASSACRANT. Ce mot ne se trouve +dans aucun dictionnaire. On doit donc éviter +de dire, <i>cet homme est aujourd'hui d'une +humeur</i> <span class="smcap">massacrante</span>, etc.</p> + +<p>MATINAL est celui qui s'est levé matin, +sans en avoir l'habitude; <i>matineux</i> celui +qui a l'habitude de se lever matin: <i>vous êtes +bien</i> <span class="smcap">matinal</span> <i>aujourd'hui</i>:—<i>je ne suis pas</i> +<span class="smcap">matineux</span>.<span class="pagenum"><a name="Page_65" id="Page_65">[Pg 65]</a></span></p> + +<p>MEILLEUR. Le comparatif <i>meilleur</i> +suivi de <i>que</i> veut <i>ne</i> devant le verbe suivant: +<i>ces fruits sont meilleurs que je</i> <span class="smcap">ne</span> <i>le croyais</i>: +à moins que le premier verbe ne soit négatif, +ou employé interrogativement: <i>ces fruits +ne sont pas meilleurs que je le croyais</i>.</p> + +<p>MÊLER <i>avec</i>, c'est brouiller ensemble +plusieurs choses; <i>mêler l'eau</i> <span class="smcap">avec</span> <i>le vin</i>,—<i>mêler +de l'or</i> <span class="smcap">avec</span> <i>de l'argent</i>. <i>Mêler à</i>, +c'est joindre, unir: <i>mêler la douceur</i> <span class="smcap">à</span> <i>la +sévérité</i>:—<i>mêler l'agréable</i> <span class="smcap">à</span> <i>l'utile</i>.</p> + +<p>MÊME est adjectif ou adverbe.</p> + +<p><i>Même</i> est adjectif,</p> + +<p>1º. quand il précède le substantif: <i>vous +retombez dans les</i> <span class="smcap">mêmes</span> <i>allarmes</i>.</p> + +<p>2º. quand il est placé après un pronom, +ou un seul substantif: <i>les Dieux</i> <span class="smcap">eux-mêmes</span> +<i>devinrent furieux</i>,—<i>ces murs</i> <span class="smcap">mêmes</span> <i>peuvent +avoir des yeux</i>.</p> + +<p><i>Même</i> est adverbe,</p> + +<p>1º. quand il est placé après deux ou plusieurs +substantifs: <i>les animaux, les plantes</i> +<span class="smcap">même</span>, <i>étaient au nombre des Divinités</i>.</p> + +<p>2º. quand il qualifie un verbe; <i>exempts +de maux réels les hommes s'en forment</i> <span class="smcap">même</span> +<i>de chimériques</i>.</p> + +<p>MI. Particule indéclinable, abréviation +de <i>demi</i>, signifie la moitié, le milieu: <i>la</i> +<span class="smcap">mi</span>-<i>août</i>,—<i>la</i> <span class="smcap">mi</span>-<i>carême</i>.</p> + +<p><i>À mi</i> est une locution adverbiale qui signifie, +à la moitié de; <i>à mi-côte</i>,—<i>à mi-jambes</i>.<span class="pagenum"><a name="Page_66" id="Page_66">[Pg 66]</a></span></p> + +<p>MIEUX. La syntaxe de l'adverbe <i>mieux</i> +donne lieu à plusieurs observations.</p> + +<p>1º. suivi de deux infinitifs, <i>mieux</i> veut <i>de</i> +avant le second infinitif; <i>il vaut mieux se +taire que</i> <span class="smcap">de</span> <i>parler mal</i>.</p> + +<p>2º. <i>mieux</i> veut <i>ne</i> devant le verbe qui suit +la conjonction que; <i>il écrit mieux que je</i> <span class="smcap">ne</span> +<i>le croyais</i>; à moins que le verbe devant +<i>mieux</i> ne soit négatif: <i>il n'écrit pas mieux +que je le croyais.</i></p> + +<p>3º. <i>Le mieux</i>, <i>la mieux</i>, <i>les mieux</i> +veulent le verbe suivant au subjonctif: <i>le +livre le mieux écrit que nous</i> <span class="smcap">ayons lu</span>.</p> + +<p>MIL s'écrit de trois manières.</p> + +<p>1º. <i>mil</i>, dans les supputations d'années: +<i>l'an mil huit cent quarante et un</i>.</p> + +<p>2º. <i>mille</i> pour exprimer dix cents: <i>nos +troupes firent cinq</i> <span class="smcap">mille</span> prisonniers.</p> + +<p>Dans ces deux cas il rejette la marque +du pluriel.</p> + +<p>3º. <i>mille</i> avec une <i>s</i> au pluriel, pour représenter +une mesure de chemin: alors +il est substantif commun.</p> + +<p>MOINDRE veut <i>ne</i> devant le verbe qui +suit la conjonction <i>que</i>: <i>cette somme est +moindre que vous</i> <span class="smcap">ne</span> <i>le dites</i>: à moins que +le verbe placé devant <i>moindre</i>, ne soit négatif, +ou interrogatif; <i>cette somme n'est pas +moindre que vous le dites.</i></p> + +<p><i>Le moindre</i>, <i>la moindre</i>, <i>les moindres</i> +veulent le verbe suivant au subjonctif: <i>la +moindre faute que vous puissiez commettre.</i><span class="pagenum"><a name="Page_67" id="Page_67">[Pg 67]</a></span></p> + +<p>Tout ce qui est dit ici pour l'adjectif +<i>moindre</i> doit s'appliquer à l'adverbe <i>moins</i>.</p> + +<p>MOINS. <i>À moins que de</i>, et, <i>à moins +de</i> se disent également devant l'infinitif.</p> + +<p>MON. Les adjectifs possessifs <i>mon</i>, +<i>ma</i>, <i>mes</i>, <i>ton</i>, <i>ta</i>, <i>tes</i>, <i>son</i>, <i>sa</i>, <i>ses</i>, <i>notre</i>, +<i>nos</i>, <i>votre</i>, <i>vos</i>, <i>leur</i>, <i>leurs</i> se répètent,</p> + +<p>1º. devant chaque substantif: <i>mon père +et</i> <span class="smcap">ma</span> <i>mère</i>:—<i>mes frères et</i> <span class="smcap">mes</span> <i>sœurs</i>; +et non pas, <i>mes pères et mère</i>;—<i>mes frères +et sœurs</i>.</p> + +<p>2º. devant deux adjectifs unis par <i>et</i>, lorsqu'ils +ne qualifient pas le même substantif: +<i>mon grand et</i> <span class="smcap">mon</span> <i>petit appartement</i>;—<i>nos +vieux et</i> <span class="smcap">nos</span> <i>jeunes soldats</i>.</p> + +<p>Mais on dirait sans répéter l'adjectif possessif; +<i>mon grand et bel appartement</i>:—<i>nos +vieux et braves soldats</i>: attendu que +le même appartement est <i>grand</i> et <i>beau</i>, +et que les mêmes soldats sont <i>vieux</i> et +<i>braves</i>, les deux adjectifs modifiant le même +substantif.</p> + +<p>MOUCHER n'est jamais neutre: ainsi +il ne faut pas dire, <i>je mouche beaucoup</i>, mais +<i>je</i> <span class="smcap">me</span> <i>mouche beaucoup</i>.</p> + +<p>MOUDRE. <i>Je mouds, tu mouds, il +moud, nous moulons, vous moulez, ils +moulent, je moulais, je moulus, je moudrai, +je moudrais, mous, moulons, moulez, que +je moule, que tu moules, que je moulusse, +moulant, moulu, moulue.</i><span class="pagenum"><a name="Page_68" id="Page_68">[Pg 68]</a></span></p> + +<p>MOUVOIR. <i>Je meus, tu meus, il meut, +nous mouvons, vous mouvez, ils meuvent, je +mouvais, je mus, je mouvrai, je mouvrais, +meus, mouvons, mouvez, que je meuve, que +tu meuves, qu'il meuve, que nous mouvions, +que vous mouviez, qu'ils meuvent, que je +musse, mouvant, mû, mûe.</i></p> + +<p>Conjuguez de même <i>émouvoir</i>, <i>s'émouvoir</i>.</p> + +<p>MUR et MURAILLE. On dit,—<i>les</i> +<span class="smcap">murs</span> <i>d'un jardin</i>,—<i>les</i> <span class="smcap">murailles</span> <i>d'une +ville</i>. Le propre du <i>mur</i> est de séparer, de +partager, de fermer: l'idée particulière de +la <i>muraille</i> est celle de défendre, de fortifier.</p> + +<p class="p2">N. Quand un mot est terminé par un +son nasal, c.-à-d., par <i>an</i>, <i>in</i>, <i>on</i>, l'on ne fait +la liaison de l'<i>n</i> finale avec la voyelle qui commence +le mot suivant, que quand le sens +n'admet aucune pause entre ces deux mots, +comme dans, <i>mon ami</i>,—<i>certain auteur</i>,—<i>on +ignore</i>. Mais on prononce sans lier la +consonne <i>n</i> à la voyelle qui suit, <i>mon cousin +est venu</i>,—<i>vin bon à boire</i>,—<i>je demande +pardon à Dieu</i>, parce que l'on peut faire une +légère pause après les mots, <i>cousin</i>, <i>bon</i>, +<i>pardon</i>.</p> + +<p>NE. La négation <i>ne</i> précédée d'un <i>que</i> +et suivie d'un <i>verbe</i> offre quelques difficultés.</p> + +<p>Dans les comparatifs d'inégalité caractérisés +par <i>plus</i>, <i>moins</i>, <i>meilleur</i>, <i>mieux</i>, +ou autres termes équivalens, si le premier +membre de la comparaison est <i>négatif</i>, le +second qui vient après <i>que</i> doit être affir<span class="pagenum"><a name="Page_69" id="Page_69">[Pg 69]</a></span>matif, +et la négation <i>ne</i> ne peut y paraître: +<i>il n'est pas plus sage qu'il était</i>;—<i>il ne pense +pas autrement qu'il parle</i>;—<i>il n'écrit pas +mieux qu'il parle</i>.</p> + +<p>Dans les mêmes comparatifs d'inégalité, +si le premier membre de la comparaison est +affirmatif, le second doit prendre <i>ne</i>: <i>il est +plus sage qu'il</i> <span class="smcap">ne</span> <i>l'était</i>,—<i>il pense autrement +qu'il</i> <span class="smcap">ne</span> <i>parle</i>,—<i>il écrit mieux qu'il</i> <span class="smcap">ne</span> +<i>parle</i>.</p> + +<p>Les locutions conjonctives <i>à moins que</i>, +<i>de peur que</i>, <i>de crainte que</i>, et le verbe <i>empécher</i>, +veulent toujours après eux la négation +<i>ne</i>; <i>à moins que vous</i> <span class="smcap">ne</span> <i>lui parliez</i>,—<i>de +peur que l'on</i> <span class="smcap">ne</span> <i>vous trompe</i>,—<i>les fautes +d'Homère n'ont pas empêché qu'il</i> <span class="smcap">ne</span> <i>fût sublime</i>.</p> + +<p><i>Nier</i>, <i>douter</i>, <i>désespérer</i>, <i>disconvenir</i> sont +suivis de <span class="smcap">ne</span> seulement quand ils sont accompagnés +d'une négation: <i>je ne doute pas +que cela</i> <span class="smcap">ne</span> <i>soit</i>, etc.</p> + +<p>Mais on dirait sans la négation, <i>je nie</i>,—<i>je +doute que cela soit</i>, parce que les verbes +<i>nier</i>, <i>douter</i> sont employés ici affirmativement.</p> + +<p>Les locutions conjonctives <i>avant que</i>, <i>sans +que</i>, et le verbe <i>défendre</i>, ne sont jamais +suivis de <i>ne</i>: <i>avant qu'il fasse froid</i>,—<i>je défends +qu'on lui fasse mal</i>.</p> + +<p>Quand deux phrases négatives sont +jointes par <i>ni</i>, ou quand <i>ni</i> est répété, l'emploi +de la négation <i>ne</i> est nécessaire: <i>il ne +les craignait ni</i> <span class="smcap">ne</span> <i>les aimait</i>,—<i>ni Pierre ni +Paul</i> <span class="smcap">ne</span> <i>viendront</i>.<span class="pagenum"><a name="Page_70" id="Page_70">[Pg 70]</a></span></p> + +<p>NÉGATION. La négation se compose +de <i>ne</i>, <i>ne pas</i>, <i>ne point</i>,—<i>je n'ose</i>,—<i>je +n'ose pas</i>,—<i>je n'ose point</i>; <i>ne</i> est la plus +faible des négations; <i>ne point</i> est la plus +forte; et <i>ne pas</i> tient le milieu.</p> + +<p><i>Pas</i> ne peut jamais être employé avec +<i>rien</i>. Ne dites pas avec Racine; <i>On ne veut</i> +<span class="smcap">pas rien</span> <i>faire ici qui vous déplaise</i>.</p> + +<p>NÉOLOGIE. L'emploi de nouveaux +termes dans une langue est une conséquence +qui découle de la nature même des +langues, qui ne peuvent rester stationnaires. +Horace l'a dit il y a près de deux mille ans.</p> + +<p>Mais avons-nous au Canada mission ou +titre pour la création de nouveaux mots? +Oui, sans nul doute. Mais en même temps +il est clair qu'il n'existe chez nous aucun +tribunal qui puisse connaître de nos produits +de ce genre: il est évident que l'Océan +Atlantique nous sépare des seuls juges +compétens de la langue française, auxquels +il appartient de prononcer en dernier ressort.</p> + +<p>Tous les lexicographes conviennent de la +nécessité d'incorporer à la langue les termes +de relation qui expriment les choses et les +objets qui n'existent que dans les pays lointains, +nouvellement découverts, ou avec +lesquels l'on a eu peu de communications. +D'où il résulte pour le Canada le droit de +créer des termes pour les objets et les choses +qui lui appartiennent exclusivement.</p> + +<p>D'un autre côté, notre position sous le +gouvernement britannique a nécessité l'a<span class="pagenum"><a name="Page_71" id="Page_71">[Pg 71]</a></span>doption +de quelques constructions, de quelques +termes même anglais.</p> + +<p>Il résulte de cette double circonstance, +qu'un sage emploi de <i>nouveaux termes</i> et +de mots anglais, là où la langue française n'en +fournit pas d'équivalens, est permis, commandé +même.</p> + +<p>Mais que l'élève ne perde pas de vue que, +hors les cas extrêmes, l'emploi de mots et +de constructions anglaises est un véritable +fléau pour la langue. Déjà cet abus a envahi +la portion instruite de notre société, et y +fait des progrès allarmans; et pour comble +de malheur l'on porte quelquefois cette licence +dans des écrits, que d'ailleurs le génie ne +désavouerait pas.</p> + +<p>Quant à l'emploi de mots purement anglais, +là où il y a des termes en français qui leur +correspondent, c'est une manie insupportable, +c'est le comble du ridicule; et cependant +combien de personnes, même d'éducation, +qui tombent dans ce défaut! Telle +Dame ne peut manger de soupe qu'au <span class="smcap">barley</span>! +Tel Monsieur vous prie <i>de lui passer +un</i> <span class="smcap">tumbler</span> <i>pour boire du</i> <span class="smcap">brandy</span> <i>et de +l'eau</i>! Celui-ci vous demande, sans perdre +son sérieux, si <i>ces</i> <span class="smcap">patates</span> (pommes de terre) +<i>sont cuites au</i> <span class="smcap">steam</span>: celui-là si <i>vous +avez</i> <span class="smcap">payé</span> <i>une visite à Monsieur un tel</i>, etc.</p> + +<p>Qui ne voit la barbarie de ces expressions; +l'impertinence de ce langage?</p> + +<p>NEUF, NOUVEAU, RECENT. +<i>Neuf</i> signifie qui n'a pas servi; <i>nouveau</i> qui<span class="pagenum"><a name="Page_72" id="Page_72">[Pg 72]</a></span> +n'a pas encore paru: <i>récent</i> qui vient d'arriver: +<i>habit neuf</i>,—<i>mode nouvelle</i>,—<i>fait +récent</i>.</p> + +<p>NIER veut toujours au subjonctif le +verbe qui suit la conjonction <i>que</i>; <i>je nie +qu'il</i> <span class="smcap">ait</span> <i>raison</i>.</p> + +<p><i>Nier</i> accompagné d'une négation veut <i>ne</i> +devant le verbe suivant; <i>je ne nie pas qu'il</i> +<span class="smcap">ne</span> <i>mérite votre estime</i>.</p> + +<p>NOMBRE (du) et du GENRE de certains +substantifs. Les chiffres, les lettres +de l'alphabet, les notes de musique, s'écrivent +sans <i>s</i> au pluriel: <i>deux</i> <span class="smcap">cinq</span>;—<i>trois</i> +<span class="smcap">b</span>;—<i>quatre</i> <span class="smcap">fa</span>.</p> + +<p>Il en est ainsi de tous les mots de la +langue pris matériellement; comme dans +cette phrase, <i>il y a plusieurs fautes d'impression +dans cette adresse</i>; <i>il y manque deux</i> +<span class="smcap">monsieur</span>, <i>trois</i> <span class="smcap">mot</span> <i>et deux</i> <span class="smcap">il</span>. Il est essentiel +de remarquer, qu'un mot féminin, +employé matériellement, devient masculin. +En voici un exemple pris dans Duvivier; +<i>Rencontre</i>, <i>toujours</i> <span class="smcap">féminin</span> <i>en quelque sens +qu'on l'emploie</i>, <i>était autrefois</i> <span class="smcap">masculin</span>.</p> + +<p>NOMS PROPRES. Les <i>noms propres</i> +ne prennent jamais la marque du pluriel: +<i>l'Espagne a vu naître les deux</i> <span class="smcap">Seneque</span>;—<i>les</i> +<span class="smcap">Corneille</span> <i>et les</i> <span class="smcap">Racine</span> <i>ont illustré la +scène française</i>; excepté quand ils sont +employés comme noms communs, c.-à-d., +pour désigner des individus semblables à +ceux dont on emprunte le nom: <i>la France +a eu ses</i> <span class="smcap">Césars</span> <i>et ses</i> <span class="smcap">Pompées</span>.<span class="pagenum"><a name="Page_73" id="Page_73">[Pg 73]</a></span></p> + +<p>NON PLUS QUE. Quand deux sujets +sont unis par <i>non plus que</i>, le verbe s'accorde +avec le premier sujet: <i>la fortune, non +plus que les dignités</i>, <i>n'</i><span class="smcap">assure</span> <i>le bonheur</i>.</p> + +<p>NOUS. Quelquefois l'on emploie le pronom +<i>nous</i> au lieu de <i>je</i>; alors l'adjectif et le +participe en rapport avec <i>nous</i>, se mettent au +singulier; <span class="smcap">convaincu</span> <i>comme nous le sommes +de notre insuffisance</i>, et non pas, <span class="smcap">convaincus</span> +<i>comme nous le sommes</i>...</p> + +<p>NOUVEAU employé comme adverbe +est invariable: <i>des enfans</i> <span class="smcap">nouveau</span> <i>nés</i>. Il +ne s'emploie jamais adverbialement avec un +substantif féminin; ainsi ne dites pas, <i>une +fille</i> <span class="smcap">nouveau</span> <i>née</i>, mais, <i>une fille nouvellement +née</i>.</p> + +<p>NU. L'adjectif <i>nu</i> ne s'accorde que +lorsqu'il suit le substantif; <i>tête</i> <span class="smcap">nue</span>,—<i>pieds</i> +<span class="smcap">nus</span>. Lorsqu'il précède le substantif il est +invariable; <span class="smcap">nu</span> <i>tête</i>,—<span class="smcap">nu</span> <i>pieds</i>.</p> + +<p>NUIRE. <i>Je nuis</i>, <i>tu nuis</i>, <i>je nuisais</i>, +<i>je nuisis</i>, <i>je nuirai</i>, <i>je nuirais</i>, <i>nuis</i>, <i>que je +nuise</i>, <i>que je nuisisse</i>, <i>nuisant</i>, <i>nui</i>. Le +participe <i>nui</i>, ainsi que le participe <i>s'entre-nui</i> +est invariable: <i>ils se sont nui</i>;—<i>elles +se sont entre-nui</i>.</p> + +<p>NUL. L'adjectif <i>nul</i>, signifiant <i>pas un</i>, +rejette la marque du pluriel; <i>nulle proposition</i>; +à moins qu'il n'accompagne un substantif +qui n'a pas de singulier, comme <i>pleurs</i>, +<i>ancêtres</i>; ou qui ou pluriel a un autre sens<span class="pagenum"><a name="Page_74" id="Page_74">[Pg 74]</a></span> +qu'au singulier, comme <i>troupes</i>, <i>gages</i>: +<i>nuls pleurs</i>,—<i>nulles troupes</i>.</p> + +<p>Avec <i>nul</i> on supprime <i>pas</i> et <i>point</i>.</p> + +<p>NUMÉRO, FOLIO, RECTO, DUO, +etc. Les mots empruntés du latin ne +prennent pas d's au pluriel; <i>factum</i> est +excepté; on dit des <i>factums</i>.</p> + +<p class="p2">OBÉIR. Quoique verbe neutre, <i>obéir</i> +a un passif: <i>je veux</i> <span class="smcap">être obéi</span>.</p> + +<p>OBLIGER dans le sens <i>d'imposer l'obligation +de</i>, prend <i>à</i> ou <i>de</i> au choix de l'oreille: +<i>la religion nous oblige</i> <span class="smcap">à</span> <i>secourir</i>, +ou, <span class="smcap">de</span> <i>secourir nos semblables</i>.</p> + +<p>Dans le sens de <i>rendre service</i>, ou employé +au passif, il prend <i>de</i>, et jamais <i>à</i>: +<i>vous m'obligerez</i> <span class="smcap">de</span> <i>m'accompagner</i>;—<i>nous +sommes obligés</i> <span class="smcap">d'</span><i>obéir aux lois</i>.</p> + +<p><i>Être obligé</i> ne se dit point des <i>choses</i>: +cette locution, <i>le mérite est</i> <span class="smcap">obligé</span> <i>d'être +modeste</i>, est donc vicieuse: dites, <i>le mérite</i> +<span class="smcap">doit être</span> <i>modeste</i>.</p> + +<p>OBSERVER accompagné d'un régime +indirect de personne, doit être précédé du +verbe <i>faire</i>. Ainsi dites; <i>je vous</i> <span class="smcap">fais</span> <i>observer +que</i>..:—<i>il nous</i> <span class="smcap">fit</span> <i>observer que</i>..:—<i>je</i> +<span class="smcap">ferai</span> <i>observer à l'assemblée que</i>.. +et non pas, <i>je vous observe que</i>..<i>il nous +observa que</i>..<i>j'observerai à l'assemblée +que</i>...</p> + +<p>Il résulte de là que l'on ne peut pas dire; +<i>faire une observation à quelqu'un</i>; il faut<span class="pagenum"><a name="Page_75" id="Page_75">[Pg 75]</a></span> +dire: <span class="smcap">faire</span> <i>faire une observation à quelqu'un</i>.</p> + +<p>OCCUPER (s'). On dit s'<i>occuper à</i> et +s'<i>occuper de</i>: le premier se met avec les +verbes, le second avec les substantifs: <i>il +s'occupe</i> <span class="smcap">à</span> <i>me faire avoir une place</i>;—<i>il +s'occupe</i> <span class="smcap">de</span> <i>mon affaire</i>.</p> + +<p>ŒIL-DE-BŒUF. Au pluriel, <i>œils-de-bœuf</i>: +il en est ainsi d'<i>œil-de-bouc</i>,—d'<i>œil-de-chat</i>,—d'<i>œil-de-chèvre</i>,—d'<i>œil-de-christ</i>,—d'<i>œil-de-perdrix</i>,—d'<i>œil-de-soleil</i>.</p> + +<p>On dit; <span class="smcap">yeux</span> <i>du frommage</i>:—<span class="smcap">yeux</span> <i>du +pain</i>.</p> + +<p>OFFRIR devant l'infinitif prend <i>de</i>, et +<i>s'offrir</i> prend <i>à</i>; <i>il offre</i> <span class="smcap">de</span> <i>vous accompagner</i>:—<i>il +s'offre</i> <span class="smcap">à</span> <i>vous accompagner</i>.</p> + +<p>OINDRE, <i>j'oins, tu oins, il oint, nous +oignons, vous oignez, ils oignent, j'oignais, +j'oignis, j'ai oint, j'oindrai, j'oindrais, +oins, oignons, oignez, que j'oigne, que +nous oignons, que j'oignisse, oignant, oint, +ointe.</i></p> + +<p>Ainsi se conjugue <i>joindre</i>.</p> + +<p>ON. Quoique masculin et singulier de +sa nature, le pronom <i>on</i> devient <i>féminin</i> +quand il s'applique spécialement à une personne +du sexe: et <i>pluriel</i> lorsque le sens +indique évidemment qu'il désigne plusieurs +personnes. Alors l'adjectif et le participe +qui se rapportent à <i>on</i> prennent la marque +du féminin et du pluriel: <i>quand on est</i> +<span class="smcap">mère</span> <i>on n'est pas toujours</i> <span class="smcap">maîtresse</span> <i>de<span class="pagenum"><a name="Page_76" id="Page_76">[Pg 76]</a></span> +son temps</i>:—<i>quand on s'estime mutuellement</i>, +<i>on n'est pas heureux d'être</i> <span class="smcap">séparés</span>.</p> + +<p>Au lieu de <i>on</i>, il faut employer <i>l'on</i>, pour +éviter certaines consonnances choquantes +qui ont lieu principalement après <i>et</i>, <i>si</i>, <i>ou</i>:—<i>et</i> +<span class="smcap">l'</span><i>on veut</i>;—<i>si l'on dit</i>:—<i>ou</i> <span class="smcap">l'</span><i>on verra</i>.</p> + +<p>Cependant on doit faire usage de <i>on</i> devant +<i>le</i>, <i>la</i>, <i>les</i>, <i>lui</i> pour éviter la répétition +désagréable de l'articulation <i>l</i>:—et dire, <i>et on +le veut</i>,—<i>si on le dit</i>,—<i>ou on le verra</i>, et +non pas, <i>et</i> <span class="smcap">l'</span><i>on le veut</i>,—<i>si</i> <span class="smcap">l'</span><i>on le dit</i>,—<i>ou</i> +<span class="smcap">l'</span><i>on le verra</i>.</p> + +<p>Au commencement d'une phrase, il faut +préférer <i>on</i> à <i>l'on</i>, parce qu'alors il n'y a pas +de mauvaise consonnance à éviter.</p> + +<p>ONZE se prononce avec aspiration: <i>le</i> +<span class="smcap">onze</span> <i>de Juillet</i>:—<i>de</i> <span class="smcap">onze</span> <i>enfans il n'en +reste que trois</i>:—<i>vous êtes</i> <span class="smcap">onze</span>;—<i>sur les</i> +<span class="smcap">onze</span> <i>heures</i>:—<i>ils étaient</i> <span class="smcap">onze</span>: prononcez, +<i>vous ête onze</i>:—<i>sur lè onze heures</i>:—<i>ils +étè onze</i>.</p> + +<p>ONZIÈME <i>adjectif</i>. On prononce ce +mot avec ou sans aspiration, à volonté: +<span class="smcap">le</span> <i>onzième ou</i> <span class="smcap">l'</span><i>onzième de Juillet</i>:—<span class="smcap">la</span> <i>onzième +ou</i> <span class="smcap">l'</span><i>onzième page</i>.</p> + +<p>Mais dans <i>onzième</i> substantif l'<i>o</i> est toujours +aspiré; ainsi l'on ne fait pas sentir l'<i>n</i> +ni l'<i>s</i> dans cas phrases:—<i>il est héritier pour</i> +<span class="smcap">un</span> <i>onzième</i>:—<i>pour trois onzièmes</i>.</p> + +<p>ORGUE est <i>masculin</i> au singulier, et +<i>féminin</i> au pluriel:—<i>un</i> <span class="smcap">bel</span> <i>orgue</i>:—<i>de</i> +<span class="smcap">belles</span> <i>orgues</i>.<span class="pagenum"><a name="Page_77" id="Page_77">[Pg 77]</a></span></p> + +<p>OU. Quand deux ou plusieurs sujets +sont unis par la conjonction <i>ou</i>, le verbe +s'accorde avec le dernier sujet:—<i>la faiblesse</i> +<span class="smcap">ou</span> <i>l'inexpérience nous</i> <span class="smcap">fait</span> <i>commettre bien +des fautes</i>: à moins que les mots unis par +<i>ou</i> ne soient de différentes personnes: alors +le verbe se met au pluriel, et s'accorde avec +la personne qui a la priorité: <i>vous ou moi</i> +<span class="smcap">parlerons</span>, et mieux <span class="smcap">nous parlerons</span>:—<i>vous +ou votre frère</i> <span class="smcap">parlerez</span>, et mieux, +<span class="smcap">vous parlerez</span>.</p> + +<p>OUBLIER DE, désigne un manque de +mémoire:—<i>j'ai oublié</i> <span class="smcap">de</span> <i>vous écrire</i>. +<i>Oublier à</i> marque un manque d'usage: <i>il +oublie</i> <span class="smcap">à</span> <i>danser</i>—<span class="smcap">à</span> <i>dessiner</i>.</p> + +<p>OUÏR n'est guère usité qu'au prétérit défini, +<i>j'ouis</i>, <i>il ouit</i>: au présent du subj., <i>que +j'ouïsse</i>, <i>qu'il ouït</i>: à l'infinitif, <i>ouïr</i>; au +participe passé, <i>ouï</i>, <i>ouïe</i>; et aux temps +composés.</p> + +<p class="p2">PAÎTRE. <i>Je pais</i>, <i>tu pais</i>, <i>il pait</i>, +<i>nous paissons</i>, <i>vous paissez</i>, <i>ils paissent</i>, +<i>je paissais</i>, point de prét. défini, <i>je paîtrai</i>, +<i>je paîtrais</i>, <i>paissons</i>, <i>paissez</i>, <i>que je paisse</i>, +point d'imparf. du subj., <i>paissant</i>, <i>pu</i>. Ce +dernier mot ne s'emploie que dans cette +phrase familière; <i>il a pu et repu</i>.</p> + +<p><i>Repaître</i>, qui se conjugue de même, a +un prétérit défini;—<i>je repus</i>.</p> + +<p>PÂLE, <i>Pâle</i>, signifie qui est faible de +coloris: <i>blême</i>, qui est très-pâle; <i>livide</i>, +qui est plombé et taché de noir; <i>hâve</i> qui<span class="pagenum"><a name="Page_78" id="Page_78">[Pg 78]</a></span> +est défiguré par le décharnement: <i>blafard</i> +qui est pâle jusqu'à l'affadissement.</p> + +<p>PÂQUE substantif féminin: fête annuelle +des Juifs en mémoire de leur sortie d'Égypte.</p> + +<p><i>Pâque</i> ou <i>Pâques</i> substantif masculin, +singulier: fête des chrétiens:—<i>Pâques est +passé</i>.</p> + +<p><i>Pâques</i> subst. fém. pluriel; communion +pascale; <i>faire ses Pâques</i>.</p> + +<p><i>Pâques-fleuries</i>, le Dimanche des Rameaux.</p> + +<p>PARDONNER veut un régime direct +des choses; <i>pardonnez quelques vers +faibles</i>; et non, <span class="smcap">à</span> <i>quelques vers faibles</i>; +et un régime indirect de personnes: <i>pardonnez</i> +<span class="smcap">à</span> <i>vos enfans</i>, et non <i>pardonnez vos +enfans</i>.</p> + +<p>PARLER, (se) Le participe passé de +<i>se parler</i> est toujours invariable, parce que +<i>se parler</i> n'a pas de régime direct: <i>ils se +sont</i> <span class="smcap">parlé</span>:—<i>elles se sont</i> <span class="smcap">parlé</span>.</p> + +<p>PARMI. <i>Entre</i> se dit de deux objets: +<i>entre Rome et Carthage</i>: <i>parmi</i> se dit d'un +plus grand nombre, et veut après lui, ou un +pluriel: <i>parmi les hommes</i>; ou un collectif: +<i>parmi la foule</i>.</p> + +<p>PARTICIPE PRÉSENT. Il est toujours +terminé en <i>ant</i>, et ne prend ni genre +ni nombre: <i>un homme</i> <span class="smcap">lisant</span>:—<i>des +hommes</i> <span class="smcap">lisant</span>:—<i>une femme</i> <span class="smcap">lisant</span>:—<i>des +femmes</i> <span class="smcap">lisant</span>.<span class="pagenum"><a name="Page_79" id="Page_79">[Pg 79]</a></span></p> + +<p>On dit, <i>des hommes obligeans</i>:—<i>une +femme surprenante</i>. Mais ces mots, <i>obligeans</i>, +<i>surprenante</i>, ne sont point des participes +présens: ce sont des adjectifs <i>verbaux</i>, +qui s'accordent avec les substantifs +auxquels ils se rapportent.</p> + +<p>Pour distinguer les adjectifs verbaux des +participes présens, il faut voir si ces mots +ont un régime. Lorsqu'ils ont un régime, +ce sont des participes. Lorsqu'ils n'ont +point de régime, ils sont adjectifs: <i>cette +femme est douce</i>, <i>affable</i>, <span class="smcap">prévenant</span> <i>tout +le monde</i>:—<i>cette femme est douce</i>, <i>affable</i>, +<span class="smcap">prévenante</span>. Dans la première phrase le +mot <i>prévenant</i> est un participe, parce qu'il +est suivi du régime <i>tout le monde</i>: dans +la seconde il est adjectif, parce qu'il n'a +point de régime.</p> + +<p>Cette règle pour distinguer les adjectifs +verbaux des participes présens souffre quelques +rares exceptions.</p> + +<p>PARTICIPE PASSÉ des verbes réfléchis. +Ce participe s'accorde avec le régime +direct lorsque ce régime est avant le +participe: <i>cette femme s'est</i> <span class="smcap">proposée</span> +<i>pour modèle à ses enfans</i>: <i>proposée</i> est au +féminin et au singulier, parce qu'il est précédé +de son régime direct le pronom <i>se</i> qui +se rapporte à <i>femme</i>: c'est comme s'il y +avait,—<i>cette femme a proposé elle</i>.</p> + +<p>Mais si le régime direct est après le participe, +le participe est invariable: <i>ma sœur +s'est</i> <span class="smcap">coupé</span> <i>le doigt</i>. <i>Coupé</i> ici est inva<span class="pagenum"><a name="Page_80" id="Page_80">[Pg 80]</a></span>riable +parce que le régime direct <i>doigt</i>, est +après le participe: et le pronom <i>se</i> n'est que +le régime indirect, puisque c'est comme s'il +y avait, <i>ma sœur a coupé le doigt à elle</i>.</p> + +<p>PARTICIPE PASSÉ suivi d'un verbe +à l'infinitif. Quand le <i>participe passé</i> est +suivi d'un verbe à l'infinitif, il faut examiner +avec attention si le régime qui précède le +participe est régime de ce participe, ou régime +de l'infinitif qui suit le participe.</p> + +<p>S'il est régime du participe passé, ce participe +doit s'accorder avec lui: <i>voilà les enfans</i> +<span class="smcap">que</span> <i>j'ai</i> <span class="smcap">entendus</span> <i>lire</i>. <i>Que</i> est ici +régime du participe <i>entendus</i>, et non de l'infinitif +<i>lire</i>.</p> + +<p>Mais si le régime qui précède le participe +passé, est celui du verbe à l'infinitif, le participe +passé demeure invariable: <i>voilà les +livres</i> <span class="smcap">que</span> <i>vous avez</i> <span class="smcap">paru</span> <i>désirer</i>: le régime +<i>que</i> appartient au second verbe.</p> + +<p>On reconnaît que le régime qui précède +le participe passé, est le régime de ce participe, +lorsqu'on peut mettre ce régime immédiatement +après le participe, et changer +l'infinitif qui suit en participe présent; ou +bien en un imparfait précédé du pronom relatif +<i>qui</i>: cela est évident dans l'exemple +ci-dessus: <i>voilà les enfans</i> <span class="smcap">que</span> <i>j'ai</i> <span class="smcap">entendus</span> +<i>lire</i>: on peut dire, <i>j'ai entendu les +enfans</i> <span class="smcap">lisant</span>, ou <span class="smcap">qui lisaient</span>.</p> + +<p>Lorsque ce changement ne peut se faire, +il faut en conclure que le régime qui précède<span class="pagenum"><a name="Page_81" id="Page_81">[Pg 81]</a></span> +le participe, est le régime du verbe qui suit +le participe.</p> + +<p>PARTICIPE PASSÉ entre deux <i>que</i>. +Lorsque le <i>participe passé</i> se trouve entre +deux <i>que</i>, le régime direct, c.-à-d., le premier +<i>que</i> appartient toujours au second +verbe, et par conséquent le participe est +toujours invariable: <i>voilà les livres</i> <span class="smcap">que</span> <i>l'on a</i> +<span class="smcap">voulu</span> <i>que je lusse</i>:—<i>les peines</i> <span class="smcap">que</span> <i>j'ai</i> +<span class="smcap">prévu</span> <i>que cette affaire vous donnerait</i>.</p> + +<p>PARTICIPE PASSÉ du verbe réfléchi, +formé d'un verbe neutre. Ce participe est +toujours invariable, parce que son verbe +n'ayant pas de régime direct, ne peut en être +précédé: <i>elles se sont</i> <span class="smcap">nui</span>:—<i>ils se sont</i> +<span class="smcap">parlé</span>:—<i>elles se sont</i> <span class="smcap">succédé</span>.</p> + +<p>Les verbes réfléchis ainsi formés d'un +verbe neutre, sont au nombre de neuf, savoir; +<i>se plaire</i>, <i>se déplaire</i>, <i>se complaire</i>, +<i>se rire</i>, <i>se sourire</i>, <i>se parler</i>, <i>se succéder</i>, +<i>se nuire</i>, <i>s'entre-nuire</i>.</p> + +<p>Le participe passé <i>fait</i>, suivi d'un infinitif, +est toujours invariable: <i>la maison</i> que j'ai +<span class="smcap">fait</span> bâtir:—<i>les habits que j'ai</i> <span class="smcap">fait</span> <i>faire</i>.</p> + +<p>Beaucoup de grammairiens veulent que le +participe <i>laissé</i> suive la même règle, et +que l'on écrive: <i>la femme que j'ai</i> <span class="smcap">laissé</span> +<i>passer</i>. D'autres veulent que ce mot suive +la règle générale, et que l'on écrive: <i>la +femme que j'ai</i> <span class="smcap">laissée</span> <i>passer</i>.</p> + +<p>PARTICIPE PASSÉ joint au verbe +<i>avoir</i> précédé du mot <i>en</i>. Ce participe est +invariable, à moins qu'il ne soit précédé d'un<span class="pagenum"><a name="Page_82" id="Page_82">[Pg 82]</a></span> +autre régime direct: <i>vous avez plus de richesses +que je ne vous</i> <span class="smcap">en</span> <i>ai</i> <span class="smcap">donné</span>, et non +pas <span class="smcap">données</span>:—<i>il m'a promis plus de services +qu'il ne m'</i><span class="smcap">en</span> <i>a</i> <span class="smcap">rendu</span>, et non pas +<span class="smcap">rendus</span>.</p> + +<p>Les participes <i>donné</i> et <i>rendu</i> sont invariables +ici parce que le mot <i>en</i> est un pronom +relatif qui signifie <i>de cela</i>, et qui par +conséquent représente un régime indirect.</p> + +<p>Mais le participe est variable s'il est +précédé d'un autre pronom qui en soit le +régime direct: <i>j'ai écrit à mon frère, et +voici la réponse</i> <span class="smcap">que</span> <i>j'</i><span class="smcap">en</span> <i>ai</i> <span class="smcap">reçue</span>. <i>Reçue</i> +est au féminin et au singulier, parce qu'il +est précédé de son régime direct, le relatif +<i>que</i> pronom qui se rapporte à <i>réponse</i>. Le +pronom <span class="smcap">en</span> est régime indirect et signifie <i>de +mon frère</i>.</p> + +<p>PARTICIPE PASSÉ joint au verbe +<i>avoir</i> précédé du mot <i>le</i>. Ce participe ne +varie point, lorsque le relatif <i>le</i> se rapporte +à un <i>adjectif</i>: ainsi l'on écrira: <i>votre sœur +n'est pas aussi instruite que je l'avais</i> <span class="smcap">pensé</span>, +parce que le pronom <i>le</i> se rapporte à +l'adjectif <i>instruite</i>.</p> + +<p>Mais le participe varie, quand le mot <i>le</i> +se rapporte à un <i>substantif</i>, comme dans +cette phrase: <i>ma sœur est toujours la même +que je l'ai</i> <span class="smcap">connue</span>.</p> + +<p>PARTICIPE PASSÉ des verbes impersonnels +<i>il a fait</i>, <i>il y a eu</i>. Ce participe +demeure invariable: ainsi on dit, <i>les chaleurs +qu'il a</i> <span class="smcap">fait</span>; et non pas, <i>qu'il a</i><span class="pagenum"><a name="Page_83" id="Page_83">[Pg 83]</a></span> +<span class="smcap">faites</span>:—<i>la disette qu'il y a</i> <span class="smcap">eu</span> <i>pendant +l'hiver dernier</i>; et non pas, <i>qu'il y a</i> <span class="smcap">eue</span>.</p> + +<p>On écrit également sans accord: <span class="smcap">il est +arrivé</span> <i>de grands malheurs</i>:—<i>quels changemens +en</i> <span class="smcap">est-il résulté</span>? parce que +c'est une règle sans exception, que le participe +conjugué avec <i>être</i> (excepté dans les +verbes réfléchis, où il est pour <i>avoir</i>) s'accorde +toujours avec son sujet: or le sujet de, +<i>est arrivé</i>;—<i>est résultée</i>, c'est <i>il</i> représentant +<i>ceci</i>, mot invariable, mot neutre, qui +ne saurait exercer aucune influence sur le +participe.</p> + +<p>Il faut aussi écrire sans accord: <span class="smcap">il s'est +rassemblé</span> <i>une foule de gens armés</i>:—<span class="smcap">il +s'est glissé</span> <i>une faute dans votre copie</i>:—<span class="smcap">il +s'est trouvé</span> <i>dix personnes chez +moi</i>.</p> + +<p>PARTICIPE PASSÉ des verbes neutres. +Le verbe neutre n'ayant pas de régime +direct, son participe passé demeure +invariable: <i>les sommes que ce procès m'a</i> +<span class="smcap">couté</span>:—<i>les pistoles que ce cheval a</i> <span class="smcap">valu</span>:—<i>les +jours que j'ai</i> <span class="smcap">vécu</span>.</p> + +<p>Cependant lorsque <i>valoir</i> signifie <i>procurer</i>, +<i>faire obtenir</i>, il est actif, et alors son participe +passé doit s'accorder avec le régime +direct qui le précède: <i>les honneurs que m'a</i> +<span class="smcap">valus</span> <i>mon habit</i>. Il en est ainsi du participe +passé de <i>couter</i>, lorsque ce verbe signifie +<i>causer</i>, <i>exiger</i>: <i>les peines que cette affaire +m'a</i> <span class="smcap">coutées</span>.<span class="pagenum"><a name="Page_84" id="Page_84">[Pg 84]</a></span></p> + +<p>PARTICIPER À, c'est avoir part à +quelque chose, à quelque action: <i>participer</i> +<span class="smcap">aux</span> <i>faveurs du Prince</i>. <i>Participer +de</i>, c'est tenir de la nature de quelque +chose: <i>l'enthousiasme de cet auteur participe</i> +<span class="smcap">de</span> <i>la folie</i>.</p> + +<p>PASSÉ INDÉFINI et DÉFINI. Il +ne faut pas confondre le <i>passé indéfini</i> avec +le <i>passé défini</i>. Le passé indéfini s'emploie +indifféremment pour un temps passé, soit +qu'il en reste encore une partie à écouler ou +non: <span class="smcap">j'ai reçu</span> <i>une lettre l'année dernière</i>,—<i>le +mois passé</i>,—<i>la semaine dernière</i>,—<i>hier</i>:—<span class="smcap">j'ai +reçu</span> <i>une lettre cette année</i>,—<i>ce +mois</i>,—<i>cette semaine</i>,—<i>aujourd'hui</i>.</p> + +<p>Le passé défini ne se dit au contraire que +d'un temps complètement écoulé, et éloigné +au moins d'un jour de l'instant où l'on parle: +ainsi l'on ne dira pas; <span class="smcap">je reçus</span> <i>une lettre +cette année</i>,—<i>ce mois</i>,—<i>cette semaine</i>,—<i>aujourd'hui</i>, +parce que l'on est encore dans +le temps dont il s'agit.</p> + +<p>PASSIF. Les verbes passifs demandent +pour régimes les prépositions <i>de</i> et <i>par</i>: <i>de</i>, +quand ils expriment un sentiment, une passion, +en un mot un mouvement de l'âme: +<i>par</i>, lorsqu'ils signifient une action à laquelle +l'esprit ou le corps a seul part: +<i>l'honnête homme est estimé</i> <span class="smcap">de</span> <i>tout le +monde</i>;—<i>une grande partie de la terre a +été conquise</i> <span class="smcap">par</span> <i>les Romains</i>.</p> + +<p>Cependant au lieu de la préposition <i>de</i>, +l'usage permet d'employer <i>par</i> pour éviter<span class="pagenum"><a name="Page_85" id="Page_85">[Pg 85]</a></span> +plusieurs <i>de</i>: <i>votre conduite a été approuvée</i> +<span class="smcap">d'</span><i>une commune voix</i>, <span class="smcap">par</span> <i>toutes les +personnes sages et éclairées</i>.</p> + +<p>PATATE, <i>plante du genre des liserons</i>. +<span class="smcap">pomme de terre</span>, <i>plante du +genre des solanums</i>. Ces définitions sont +du Dict. de l'Académie, Édit. de 1835, et +elles s'accordent avec celles que les naturalistes +donnent de ces plantes. C'est donc +une grave erreur que de désigner notre +<i>pomme de terre</i> par le terme <i>patate</i>, plante +que nous ne possédons pas, et qui ne vient +guère qu'entre les deux Tropiques.</p> + +<p>PAYEMENT, PAIEMENT, PAIMENT. +Ce mot, quoique écrit de trois +différentes manières, se prononce <i>pè-ment</i>.</p> + +<p>PAYER. Ce verbe, et tous ceux qui +sont terminés au participe présent par <i>yant</i>, +comme <i>bégayer</i>, <i>bayer</i>, <i>employer</i>, <i>renvoyer</i>, +<i>aboyer</i>, <i>essayer</i>, <i>ployer</i>, <i>appuyer</i>, +etc., prennent un <i>y</i> et un <i>i</i> à la première et +à la seconde personne du pluriel de l'imparfait +de l'indicatif, et du présent du subj. +<i>Je paie, tu paies, il paie, nous payons, +vous payez, ils paient,</i> (prononcez <i>je pè</i>, +<i>tu pè</i>, <i>il pè</i>, et à la troisième personne du +pluriel, <i>ils pè</i>) <i>je payais, tu payais, il +payait, nous payions, vous payiez, ils +payaient, je payai, tu payas, il paya, nous +payâmes, vous payâtes, ils payèrent, je +paierai, tu paieras, il paiera, nous paierons, +vous paierez, ils paieront,</i> (prononcez, +<i>je pè-e-rai</i>, <i>tu pè-e-ras</i>, <i>il pè-e-ra</i>,<span class="pagenum"><a name="Page_86" id="Page_86">[Pg 86]</a></span> +etc.) <i>je paierais, tu paierais, il paierait, +nous paierions, vous paieriez, ils paieraient,</i> +(prononcez <i>je pè-e-rais</i>, <i>tu pè-e-rais</i>, +<i>nous pè-e-rions</i>, etc.) <i>paie</i>, (prononcez <i>pè</i>,) +<i>payons, payez, que je paie, que +tu paies, qu'il paie, que nous payions, que +vous payiez, qu'ils paient,</i> (prononcez, <i>que +je pè</i>, <i>que tu pè</i>, <i>qu'il pè</i>, <i>qu'ils pè</i>) <i>que +je payasse, que tu payasses, qu'il payât, que +nous payassions, que vous payassiez, qu'ils +payassent, payant, payé, payée.</i></p> + +<p>Les verbes <i>croire</i>, <i>voir</i>, <i>fuir</i>, <i>asseoir</i>, +etc., ayant leur participe présent terminé en +<i>yant</i>, font aussi à l'imparfait de l'indicatif et +au présent du subjonctif, <i>nous croyions</i>, +<i>vous croyiez</i>; <i>que nous croyions</i>, <i>que vous +croyiez</i>, etc.</p> + +<p>Quelques personnes, contrairement aux +règles de la prononciation, font entendre l'<i>l</i> +mouillée, ou l'<i>y</i>, aux trois personnes du singulier, +et à la troisième personne du pluriel +du présent du subjonctif des verbes dont le +participe présent est terminé en <i>yant</i>. Ainsi +elles prononcent, <i>que je pèghe</i>, (du verbe +payer) <i>que tu pèghes</i>, <i>qu'il pèghe</i>, <i>qu'ils +pèghe</i>, au lieu de, <i>que je pè</i>, <i>que tu pè</i>, <i>qu'il +pè</i>, <i>qu'ils pè</i>:—— <i>que j'èghe</i>, (du verbe +avoir) <i>que tu èghes</i>, <i>qu'il èghe</i>, <i>qu'ils èghe</i>, +au lieu de, <i>que j'è</i>, <i>que tu è</i>, <i>qu'il è</i>, <i>qu'ils +è</i>:—— <i>que je croèghe</i>, (du verbe croire) <i>que +tu croèghes</i>, <i>qu'il croèghe</i>, <i>qu'ils croèghe</i>, au +lieu de, <i>que je croa</i>, <i>que tu croa</i>, <i>qu'il croa</i>, +<i>qu'ils croa</i>.</p> + +<p>Ces exemples prouvent combien l'insti<span class="pagenum"><a name="Page_87" id="Page_87">[Pg 87]</a></span>tuteur +doit faire d'efforts pour rompre de +bonne heure dans ses élèves l'habitude de +cette prononciation vicieuse.</p> + +<p>PEMINA, que le vulgaire nomme <i>pinbina</i>, +est l'obier du Canada. Le peuple +appelle aussi <i>pinbina</i> son fruit: c'est à tort, +parce que la baie que porte le <i>pémina</i>, n'a +pas de nom en français.</p> + +<p>PENNY est le mot anglais, et <i>denier</i> le +mot français qui représentent le terme latin +<i>denarius</i>, quoiqu'ils expriment des monnaies +de valeurs très-différentes. Pourquoi donc +employer le mot anglais <i>penny</i>, lorsque le +français fournit un équivalent? D'ailleurs +<i>penny</i> fait <i>pence</i> au pluriel, et puis les fractions +du <i>penny</i> se nomment <i>farthings</i>: +nouvelles difficultés donc pour ceux qui ne +savent pas l'anglais; et nouvelle raison par +conséquent de rejeter ces mots étrangers, +pour s'en tenir aux termes faciles et corrects +de <i>denier</i>;—<i>demi-denier</i>;—<i>quart de +denier</i>, etc.</p> + +<p>Il n'en est pas ainsi du mot <i>shilling</i>, dont +l'emploi est nécessité par l'absence d'un +terme français qui lui corresponde.</p> + +<p>Le mot anglais <i>dollar</i>, monnaie des +États-Unis, se trouve dans quelques dictionnaires +modernes: et <i>Boiste</i> admet <i>pound</i>, +mot anglais pour <i>livre sterling</i>.</p> + +<p>PÉRIODE est masculin quand il marque +le plus haut point, où une chose puisse +arriver: <i>il est au plus</i> <span class="smcap">haut</span> <i>période de sa +gloire</i>; ou quand il signifie un espace de<span class="pagenum"><a name="Page_88" id="Page_88">[Pg 88]</a></span> +temps: <i>dans un</i> <span class="smcap">court</span> <i>période</i>:—<i>dans le</i> +<span class="smcap">dernier</span> <i>période de sa vie</i>: il est féminin +dans ses autres acceptions: <span class="smcap">la</span> <i>période lunaire</i>:—<span class="smcap">la</span> +<i>période julienne</i>.</p> + +<p>PÉRIR. En parlant de personnes qui +n'existent plus, on dirait, <i>elles</i> <span class="smcap">sont</span> <i>péries</i>, +parce qu'alors la pensée est occupée de l'état +des personnes qui n'existent plus. Mais +si l'on voulait désigner l'époque où elles ont +cessé d'exister, ou la manière dont elles ont +perdu la vie, il faudrait se servir de l'auxiliaire +<i>avoir</i>, et dire, <i>elles</i> <span class="smcap">ont</span> <i>péri en 1840</i>:—<i>elles</i> +<span class="smcap">ont</span> <i>péri dans un naufrage</i>.</p> + +<p>Le même principe est applicable au verbe +<i>échouer</i>. <i>Le vaisseau</i> <span class="smcap">a</span> <i>échoué sur la côte</i>;—<i>le +vaisseau que montait mon ami</i> <span class="smcap">est</span> +<i>échoué</i>. V. <span class="smcap">auxiliaires</span>.</p> + +<p>PERSONNE <i>pronom indéfini</i>, a un +sens vague, s'emploie sans article et sans +adjectif déterminatif, et signifie aucune personne, +qui que ce soit: il est toujours du +masculin et du singulier: <span class="smcap">personne</span> <i>n'est +assez sot pour le croire</i>;—<i>il n'y a</i> <span class="smcap">personne</span> +<i>qui ne soit fâché</i>.</p> + +<p><i>Personne substantif</i> a un sens déterminé; +il est accompagné de l'article, ou d'un adjectif +déterminatif, et est féminin: <i>quelle +est la personne assez</i> <span class="smcap">sotte</span> <i>pour le croire?</i>—<i>il +n'y a pas</i> <span class="smcap">une</span> <i>personne qui n'en soit</i> +<span class="smcap">fachée</span>.</p> + +<p>PERSES. On doit appeler <i>Perses</i> les +anciens habitans de la Perse, et <i>Persans</i> +ceux d'aujourd'hui.<span class="pagenum"><a name="Page_89" id="Page_89">[Pg 89]</a></span></p> + +<p>PERSUADER. La grammaire permet +d'écrire,—<i>les modernes se sont</i> <span class="smcap">persuadés</span> +<i>qu'ils surpassaient les anciens</i>—et—<i>les modernes +se sont</i> <span class="smcap">persuadé</span> <i>qu'ils surpassaient +les anciens</i>. La raison en est qu'avec +le verbe <i>se persuader</i>, le pronom <i>se</i> peut +être également régime direct, ou régime indirect +du verbe: en effet, on dit <i>persuader +quelqu'un</i>, et <i>persuader</i> <span class="smcap">à</span> <i>quelqu'un</i>.</p> + +<p>PEU, suivi d'un pronom relatif, veut le +verbe qui suit au subjonctif: <i>il y a peu +d'hommes, qui</i> <span class="smcap">sachent</span> <i>supporter l'adversité</i>.</p> + +<p><i>Un petit peu</i> est une faute grossière: +dites simplement, <i>un peu</i>.</p> + +<p><i>Pour le peu que</i> est un barbarisme, il +faut dire, <i>pour peu que</i>.</p> + +<p>PEUR. La locution conjonctive, <i>de peur +que</i>, veut toujours <i>ne</i> devant le verbe suivant: +<i>de peur qu'il</i> <span class="smcap">ne</span> <i>vienne</i>.</p> + +<p><i>Avoir peur</i> exige également <i>ne</i> devant <i>le</i> +verbe qui suit: <i>j'ai peur qu'il</i> <span class="smcap">ne</span> <i>vous +trompe</i>: à moins qu'<i>avoir peur</i> ne soit +accompagné d'une négation; ou ne soit +employé interrogativement: dans ces deux +cas on supprime ne: <i>je n'ai pas peur qu'il +vous trompe?</i></p> + +<p>PEUT-ÊTRE employé avec le verbe +<i>pouvoir</i> forme un pléonasme ridicule: ne +dites pas: <i>peut-être il pourra venir</i>, mais, +<i>peut-être il viendra</i>.</p> + +<p>PIRE, adjectif comparatif, se joint toujours +à un substantif, et s'accorde avec lui.<span class="pagenum"><a name="Page_90" id="Page_90">[Pg 90]</a></span> +<i>De deux maux il faut éviter le</i> <span class="smcap">pire</span>:—<i>les</i> +<span class="smcap">pires</span> <i>des ennemis ce sont les flatteurs</i>.</p> + +<p><i>Pire</i>, suivi de <i>que</i>, veut <i>ne</i> devant le verbe +qui suit: <i>ce vin est pire que je</i> <span class="smcap">ne</span> <i>le pensais</i>: +à moins que cet adjectif n'accompagne +un verbe négatif, ou ne soit employé interrogativement: +<i>ce vin n'est pas pire que je +le pensais</i>:—<i>ce vin est-il pire que vous +le pensiez?</i></p> + +<p>PIS est l'opposé de <i>mieux</i>, et se dit +pour <i>plus mal</i>. Il ne se joint pas à des +substantifs masculins ou féminins, mais seulement +à des noms, où à des pronoms indéterminés, +comme dans cette phrase, <i>rien +n'est</i> <span class="smcap">pis</span> <i>qu'une mauvaise langue</i>.</p> + +<p><i>Pis</i> est quelquefois substantif: <i>le</i> <span class="smcap">pis</span> <i>de +l'affaire est que</i>...</p> + +<p><i>Pis</i> est aussi adverbe comparatif: <span class="smcap">de +pis</span> <i>en</i> <span class="smcap">pis</span>,—<i>de mal en</i> <span class="smcap">pis</span>,—<i>tant</i> <span class="smcap">pis</span>.</p> + +<p>Le peuple dit abusivement <i>de</i> <span class="smcap">pire</span> <i>en</i> +<span class="smcap">pire</span>,—<i>de mal en</i> <span class="smcap">pire</span>,—<i>tant</i> <span class="smcap">pire</span>.</p> + +<p>PLAINDRE. <i>Se plaindre de ce que</i>, +suppose un sujet de plainte: <i>il se plaint</i> <span class="smcap">de +ce que</span> <i>vous l'avez trompé</i>.</p> + +<p><i>Se plaindre que</i> ne suppose pas lieu à la +plainte: <i>il a tort de se plaindre</i> <span class="smcap">que</span> <i>vous +l'ayez trompé</i>.</p> + +<p>Le participe passé de <i>se plaindre</i> s'accorde +toujours avec le second pronom: <i>ils +se sont</i> <span class="smcap">plaints</span> <i>de vous</i>:—<i>elle s'est plainte +de votre conduite</i>: excepté lorsque <i>se +plaindre</i> signifie <i>se refuser</i>, cas dans lequel<span class="pagenum"><a name="Page_91" id="Page_91">[Pg 91]</a></span> +le second pronom cesse d'être régime direct, +<i>elle s'est</i> <span class="smcap">plaint</span> <i>le boire et le manger</i>.</p> + +<p>PLAIRE. Ce <i>qui plait</i> est ce qui est +agréable: ce <i>qu'il plait</i> est ce que l'on +veut: <i>les incensés sacrifient leurs intérêts +à ce</i> <span class="smcap">qui</span> <i>leur</i> <span class="smcap">plait</span>:—<i>les gens d'un caractère +opiniâtre ne veulent faire que ce</i> <span class="smcap">qu'il</span> +<i>leur</i> <span class="smcap">plait</span>.</p> + +<p>On doit répondre à quelqu'un qui offre +quelque chose, <i>ce</i> <span class="smcap">qu'il</span> <i>vous plaîra</i>, et non +pas, <i>ce</i> <span class="smcap">qui</span> <i>vous plaîra</i>.</p> + +<p>Le participe passé de <i>plaire</i> est toujours +invariable:—<i>ils nous ont</i> <span class="smcap">plu</span>:—<i>ils se sont</i> +<span class="smcap">plu</span> <i>réciproquement</i>:—<i>ils se sont</i> <span class="smcap">plu</span> <i>à me +contrarier</i>:—<i>elles se sont</i> <span class="smcap">plu</span> <i>à la campagne</i>.</p> + +<p>PLAISIR (il y a). Cette locution prend +<i>à</i> devant une consonne, et <i>de</i> devant une +voyelle. <i>Il y a plaisir</i> <span class="smcap">à</span> <i>l'entendre chanter</i>:—<i>il +y a plaisir</i> <span class="smcap">d'</span><i>avoir affaire à un +homme si loyal</i>.</p> + +<p>PLÉONASME. Le pléonasme est autorisé +lorsqu'il ajoute à la phrase plus d'énergie +et de grâce; mais souvent il est un vice +à éviter. Voici quelques phrases dans lesquelles +le pléonasme est vicieux. <i>S'entr'égorger +les uns les autres</i>: les mots <i>les uns +les autres</i> sont superflus:—<i>plaintes réciproques +de part et d'autre</i>: <i>de part et +d'autre</i> sont redondans: <i>discours rempli de +beaucoup de citations</i>: <i>beaucoup</i> est inutile.—<i>À +Mons. N, Prêtre, Curé de N</i>;—<i>À +Mons. N, Prêtre, Vicaire de N</i>:—<i>Je</i>,<span class="pagenum"><a name="Page_92" id="Page_92">[Pg 92]</a></span> +<i>soussigné, Prêtre, Curé de N</i>. Le mot +<i>prêtre</i> dans ces phrases est superflu:—<i>une +heure de temps</i>: retranchez <i>de temps</i>:—<i>ainsi +donc vous avez tort</i>; l'un des deux +termes <i>ainsi</i> et <i>donc</i> est redondant:—<i>les +ennemis reculent en arrière</i>: on ne recule +pas en avant; <i>en arrière</i> est donc superflu; +<i>un brillant éclat</i>: <i>brillant</i> est superflu, +car tout éclat est <i>brillant</i>:—<i>un cadavre +inanimé</i>; certes il n'y a pas de cadavre +<i>animé</i>:—<i>il fut forcé malgré lui d'y +consentir</i>; supprimez <i>malgré lui</i>:—<i>il faut +s'entr'aider mutuellement</i>; le dernier mot +de cette phrase n'ajoute rien au sens:—<i>un +petit peu</i>; retranchez <i>petit</i>:—<i>dépêchez-vous +vite</i>; <i>vite</i> est superflu:—<i>tempête orageuse</i>; +retranchez <i>orageuse</i>:—<i>voyons voir</i>; +répétition barbare:—<i>je vais aller le chercher</i>, +dites <i>je vais le chercher</i>:—<i>pour faire +fuir les ennemis on n'aurait seulement qu'à +se montrer</i>; <i>seulement</i> est superflu:—<i>je +vais dîner, et puis ensuite je me rendrai +chez vous</i>; <i>puis</i> signifie <i>ensuite</i>, il faut +donc retrancher l'un ou l'autre:—<i>réellement +vrai</i>; langage ridicule:—<i>au jour d'aujourd'hui</i>; +<i>jour</i> est de trop:—<i>hémorragie de +sang</i>: retranchez <i>de sang</i>, puisque le mot +<i>hémorragie</i> signifie par lui-même <i>perte de +sang</i>:—<i>il est impossible qu'on puisse réussir</i>; +dites, <i>il est impossible de réussir</i>:—<i>il +est impossible de pouvoir</i>; otez <i>de pouvoir</i>:—<i>je +suis bien parfaitement</i>, ou <i>très-parfaitement +votre humble serviteur</i>; les +mots <i>bien</i> et <i>très</i>, joints à <i>parfaitement</i>, sont<span class="pagenum"><a name="Page_93" id="Page_93">[Pg 93]</a></span> +redondans, parce qu'on ne peut rien ajouter +à ce qui est parfait:—<i>un des modèles les +plus parfaits</i> est une faute, retranchez <i>les +plus</i>. Quelques grammairiens souffrent dans +la conversation familière ces expressions, +<i>montez en haut</i>;—<i>descendez en bas</i>;—<i>je +veux unir ces deux prairies ensemble</i>.</p> + +<p>PLIER, c'est mettre en plusieurs doubles: +<i>plier du linge</i>;—<i>plier une lettre</i>.</p> + +<p>PLOYER. <i>Je ploie, tu ploies, il ploie, +nous ployons, vous ployez, ils ploient, je +ployais, nous ployions, vous ployiez, ils +ployaient, je ployai, je ploierai, je ploierais, +ploie, ployons, ployez, que je ploie, +que nous ployions, qu'ils ploient, que je +ployasse, ployant, ployé, ployée.</i></p> + +<p><i>Ployer</i>, c'est courber, faire fléchir: +<i>ployer une branche d'arbre</i>.</p> + +<p>PLUPART. Le substantif <i>plupart</i> +étant un collectif partitif, veut que le verbe +et les autres correspondans, comme adjectifs, +participes et pronoms s'accordent avec +le substantif exprimé, ou sous-entendu après +<i>la plupart</i>: <i>la plupart du monde</i> <span class="smcap">pense</span>,—<i>la +plupart des sénateurs</i> <span class="smcap">étaient mécontens</span> +<i>et</i> <span class="smcap">fatigués</span> <i>de la guerre</i>;—<i>la plupart</i> +<span class="smcap">étaient</span> <i>d'avis que</i>...</p> + +<p>Dans le premier exemple l'accord a lieu +avec <i>monde</i>, dans le second avec <i>sénateurs</i>, +et dans le troisième avec le mot <i>sénateurs</i> +sous-entendu; c'est comme s'il y avait, +<i>la plupart des sénateurs étaient d'avis +que</i>...<span class="pagenum"><a name="Page_94" id="Page_94">[Pg 94]</a></span></p> + +<p>PLUS. Le superlatif <i>le plus</i>, <i>la plus</i>, +<i>les plus</i>, veut après lui le subjonctif: <i>les +mouvemens des planètes sont les plus réguliers +que nous</i> <span class="smcap">connaissions</span>.</p> + +<p>Avant les adverbes <i>plus</i>, <i>mieux</i>, <i>moins</i>, +on emploie <i>le</i>, <i>la</i>, <i>les</i>, pour exprimer une +comparaison: <i>cette dame ne pleurait pas, +quoiqu'elle fût</i> <span class="smcap">la plus</span> <i>affligée</i>, c.-à-d., la +dame plus affligée que les autres.</p> + +<p>Au contraire on emploie simplement <i>le</i> +pour marquer une qualité portée au plus +haut degré, sans aucune idée de comparaison +avec d'autres objets: <i>cette dame ne +pleure pas alors même qu'elle est</i> <span class="smcap">le plus</span> +<i>affligée</i>:—<i>il s'est baigné dans l'endroit où +les eaux sont</i> <span class="smcap">le moins</span> <i>rapides</i>.</p> + +<p>Dira-t-on, <i>les opinions</i> <span class="smcap">les plus</span> ou <span class="smcap">le +plus</span> <i>généralement suivies</i>?</p> + +<p>La réponse dépend de l'intention de celui +qui parle.</p> + +<p>S'il s'agit d'opinions considérées en elles-mêmes, +et sans comparaison, on dira <span class="smcap">le +plus</span> <i>généralement suivies</i>.</p> + +<p>Si au contraire, vous avez en vue d'autres +opinions moins suivies, et que vous vouliez +indiquer une comparaison, vous direz <span class="smcap">les +plus</span> <i>généralement suivies</i>.</p> + +<p>Lorsque le terme de comparaison placé +après <i>plus</i> exprime une idée de mesure, de +quantité, cet adverbe doit être suivi de la +préposition <i>de</i>, et non de <i>que</i>: <i>il est plus</i> <span class="smcap">d'</span><i>à +demi mort</i>:—<i>mon argent est plus</i> <span class="smcap">d'</span><i>à moitié +dépensé</i>.<span class="pagenum"><a name="Page_95" id="Page_95">[Pg 95]</a></span></p> + +<p>PLUS TÔT, PLUTÔT. Il ne faut +confondre ces deux mots. <i>Plus tôt</i>, locution +adverbiale, est l'opposé de <i>plus tard</i>: +<i>plutôt</i>, adverbe, marque une préférence. +<i>Plutôt mourir que de trahir ma foi.</i></p> + +<p>POINT. Pas énonce simplement la négation: +<i>point</i> l'exprime avec beaucoup plus +de force: <i>il n'a</i> <span class="smcap">pas</span> <i>d'esprit ce qu'il faut +pour cette place</i>:—<i>c'est un homme qui n'a</i> +<span class="smcap">point</span> <i>d'esprit</i>.</p> + +<p>Il n'en est pas de même quand on interroge: +si ma question est accompagnée +de doute, je dirai; <i>n'avez-vous point été là?</i> +mais si je suis persuadé, je dirai par manière +de reproche: <i>n'avez-vous pas été là?</i></p> + +<p>PORTE. Les mots composés qui suivent +ne prennent point d'<i>s</i> au pluriel: <i>porte-éguille</i>, +<i>porte-baguette</i>, <i>porte-balle</i>, <i>porte-chape</i>, +<i>porte-collet</i>, <i>porte-crayon</i>, <i>porte-croix</i>, +<i>porte-crosse</i>, <i>porte-dieu</i>, <i>porte-drapeau</i>, +<i>porte-enseigne</i>, <i>porte-étendard</i>, <i>porte-lanterne</i>, +<i>porte-malheur</i>, <i>porte-manteau</i>, +<i>porte-mousqueton</i>, <i>porte-respect</i>, <i>porte-verge</i>, +etc. V. <span class="smcap">substantifs composés</span>.</p> + +<p>POUPÉE, jouet d'enfant. On substitue +souvent à ce mot celui de <i>catin</i>. Le +mot <i>catin</i>, quoique désigné par quelques +auteurs comme synonyme de <i>poupée</i>, sonne +mal aux oreilles délicates, au point qu'il n'est +plus prononcé en ce sens dans la bonne société, +et que le Dict. de l'Académie, Édit. +de 1834, ne lui donne d'autre signification +que celle de <i>femme de mauvaises mœurs</i>.<span class="pagenum"><a name="Page_96" id="Page_96">[Pg 96]</a></span></p> + +<p>POURVOIR. Passé défini, <i>je pourvus</i>: +futur, <i>je pourvoirai</i>; conditionel, <i>je pourvoirais</i>: +imparfait du subj. <i>que je pourvusse</i>. +Le reste sur <i>voir</i>.</p> + +<p>POUVOIR. <i>Je puis</i> est plus usité que +<i>je peux</i>. On ne dit pas <i>peux-je</i>? mais <i>puis-je</i>? +Avec <i>pouvoir</i> on peut supprimer <i>pas</i> et +<i>point</i>; <i>je ne puis</i>:—<i>il ne peut sortir</i>:—il +en est de même des verbes <i>cesser</i>, <i>oser</i>, +et <i>savoir</i>.</p> + +<p>PRENDRE GARDE QUE veut <i>ne</i> +devant le verbe suivant: <i>prenez garde qu'on</i> +<span class="smcap">ne</span> <i>vous trompe</i>: excepté quand il est employé +interrogativement, ou avec une négation.</p> + +<p>PRÉPOSITIONS. Les prépositions +<i>à</i>, <i>de</i>, <i>en</i>, se répètent toujours avant chaque +régime: <i>il dut la vie</i> <span class="smcap">à</span> <i>la clémence</i>, <i>et</i> <span class="smcap">à</span> <i>la +magnanimité du vainqueur</i>:—<i>il est doux</i> +<span class="smcap">de</span> <i>servir</i>, <i>et</i> <span class="smcap">de</span> <i>contribuer à sa gloire</i>.</p> + +<p>Les autres prépositions, surtout celles qui +n'ont qu'une syllabe, se répètent quand les +régimes n'offrent aucune ressemblance de +signification. <span class="smcap">Dans</span> <i>la paix et</i> <span class="smcap">dans</span> <i>la +guerre</i>:—<span class="smcap">par</span> <i>la force et</i> <span class="smcap">par</span> <i>l'adresse</i>.</p> + +<p>Au contraire elles ne se répètent pas +quand les régimes sont des expressions +synonymes: <span class="smcap">dans</span> <i>la mollesse et l'oisiveté</i>:—<span class="smcap">par</span> +<i>la force et la violence</i>:—<span class="smcap">à travers</span> +<i>les dangers et les obstacles</i>.</p> + +<p>PRÈS, veut après lui la proposition <i>de</i>: +<i>près</i> <span class="smcap">des</span> <i>montagnes</i>;—<i>près</i> <span class="smcap">du</span> <i>château</i>,<span class="pagenum"><a name="Page_97" id="Page_97">[Pg 97]</a></span> +excepté dans le style familier; <i>près le marché</i>.</p> + +<p><i>Près de</i> indique aussi le temps et le +nombre: <i>il est</i> <span class="smcap">près de</span> <i>deux heures</i>;—<i>il +y a</i> <span class="smcap">près de</span> <i>vingt ans</i>. Ne dites pas: +<i>il est</i> <span class="smcap">proche</span> <i>de deux heures</i>:—<i>il y a</i> +<span class="smcap">proche</span> <i>de vingt ans</i>.</p> + +<p>PRESQUE. L'<i>e</i> final de <i>presque</i> s'élide +seulement dans <i>presqu'île</i>; ainsi écrivez +sans élision, <i>ouvrage</i> <span class="smcap">presque</span> <i>achevé</i>:—<i>habit</i> +<span class="smcap">presque</span> <i>usé</i>.</p> + +<p>PRÊT À adjectif, signifie disposé à: +<i>prêt</i> <span class="smcap">à</span> <i>partir</i>:—<i>ils sont prêts</i> <span class="smcap">à</span> <i>commencer</i>. +<i>Près de</i> préposition, signifie sur le point de: +<i>le soleil est près</i> <span class="smcap">de</span> <i>se coucher</i>.</p> + +<p>PRÉVALOIR se conjugue sur <i>valoir</i>, +excepté au présent du subjonctif, où il fait, +<i>que je prévale</i>, <i>que tu prévales</i>, <i>qu'il prévale</i>, +<i>que nous prévalions</i>, <i>que vous prévaliez</i>, +<i>qu'ils prévalent</i>.</p> + +<p>PRIER. Imparf. de l'ind. <i>nous priions</i>, +<i>vous priiez</i>, <i>ils priaient</i>: présent du subjonctif, +<i>que nous priions</i>, <i>que vous priiez</i>.</p> + +<p><i>Prier</i> <span class="smcap">de</span> <i>dîner</i> se dit d'une invitation accidentelle: +<i>Prier</i> <span class="smcap">à</span> <i>dîner</i> d'une invitation +préméditée.</p> + +<p>PRONOMS RELATIFS. Les pronoms +relatifs <i>qui</i>, <i>que</i>, <i>lequel</i>, <i>laquelle</i>, <i>dont</i>, +<i>où</i>, veulent le subjonctif après eux, quand +ils ont pour antécédent un nom employé dans +une phrase qui marque le doute, le désir, +l'interrogation ou le commandement; et l'in<span class="pagenum"><a name="Page_98" id="Page_98">[Pg 98]</a></span>dicatif, +lorsque la phrase exprime quelque +chose de positif.</p> + +<p class="center"> +<i>Pronoms relatifs<br /> +avec l'indicatif.</i><br /> +</p> + +<p>Je connais quelqu'un qui <span class="smcap">pourra</span> vous +rendre ce service:—voilà un livre que vous +<span class="smcap">pourrez</span> consulter au besoin:—prêtez-moi +ce livre dont vous n'<span class="smcap">avez</span> pas besoin:—ne +quittez pas une place où vous <span class="smcap">êtes</span> commodément, +et d'où vous <span class="smcap">entendez</span> bien.</p> + +<p class="center"> +<i>Les mêmes pronoms<br /> +avec le subjonctif.</i><br /> +</p> + +<p>Connaissez-vous quelqu'un qui <span class="smcap">puisse</span> me +rendre ce service?—donnez-moi un livre +que je <span class="smcap">puisse</span> consulter au besoin;—prêtez-moi +un livre dont vous n'<span class="smcap">ayez</span> pas besoin:—choisissez +une place où vous <span class="smcap">soyez</span> +commodément, et d'où vous <span class="smcap">entendiez</span> +bien.</p> + +<p><i>Auquel</i>, <i>à laquelle</i>, sont d'un usage très-ordinaire, +et presque toujours indispensable +quand il est question de <i>choses</i>: <i>le jardin</i> +<span class="smcap">auquel</span> <i>je donne mes soins</i>:—<i>les sciences</i> +<span class="smcap">auxquelles</span> <i>je m'applique</i>.</p> + +<p>Mais si l'on parle de <i>personnes</i>, on est +libre d'employer <i>à qui</i>, ou <i>auquel</i>, <i>à laquelle</i>: +<i>Dieu</i> <span class="smcap">à qui</span>, ou <span class="smcap">auquel</span> <i>nous devons rapporter +toutes nos actions</i>.</p> + +<p>Quand ce sont des prépositions autres que +<i>de</i> et <i>à</i>, qui régissent le pronom relatif, l'on +peut employer indifféremment <i>qui</i> ou <i>lequel</i>, +si l'on parle de <i>personnes</i>, et dire; <i>cherchons +à fléchir le Juge</i> <span class="smcap">devant qui</span>, OU <span class="smcap">devant le<span class="pagenum"><a name="Page_99" id="Page_99">[Pg 99]</a></span>quel</span> +<i>nous devons paraître un jour</i>:—<i>on +s'ennuie toujours avec ceux</i> <span class="smcap">avec qui</span>, ou <span class="smcap">avec +lesquels</span> <i>il n'est pas permis de s'ennuyer</i>.</p> + +<p>Mais si l'on parle de <i>choses</i>, l'on doit se +servir de <i>lequel</i>, <i>laquelle</i>: <i>l'opinion</i> <span class="smcap">contre +laquelle</span> <i>je me déclare</i>.</p> + +<p><i>Qui</i> s'emploierait cependant dans les cas +où les choses seraient <i>personnifiées</i>: <i>rochers</i> +<span class="smcap">à qui</span> <i>je me plains</i>:—<i>la gloire</i> <span class="smcap">à qui</span> <i>je me +suis dévoué</i>.</p> + +<p>PRONONCIATION. La prononciation +de la conversation diffère de celle de la +déclamation, et de la lecture, en ce qu'elle +souffre une infinité d'hiatus, pourvu qu'ils ne +soient pas trop rudes. L'usage est tellement +prononcé à cet égard, qu'il serait d'un +pédant de ne pas s'y conformer. Ainsi dans +la conversation, <i>folâtrer et rire</i>:—<i>aimer à +jouer</i>, se prononcent, <i>folâtré et rire</i>:—<i>aimé +à jouer</i>. En général l'<i>s</i> finale des verbes ne +se prononce point devant une voyelle: ainsi, +<i>tu aimes à rire</i>:—<i>tu joues avec prudence</i>, se +prononcent, <i>tu aime à rire</i>:—<i>tu joue avec +prudence</i>.</p> + +<p>L'articulation vicieuse de la diphthongue +<i>oi</i>, si fréquente chez nous, doit attirer l'attention +sérieuse de l'instituteur; ou plutôt, +devons-nous dire, sa conscience est grevée +à cet égard, d'une immense responsabilité +envers ses élèves et la société.</p> + +<p>En discutant la prononciation de cette +diphthongue, Gatel, dans la préface de son +dictionnaire, p. <span class="smcap">xii</span> (Édit. de 1813) dit:<span class="pagenum"><a name="Page_100" id="Page_100">[Pg 100]</a></span></p> + +<p class="blockquot">«Quant à la diphthongue <i>oi</i>...je n'ignore +pas que l'usage lui donne chez +nous...une susceptibilité de plusieurs +nuances, pour ceux du moins qui...ont +les organes extrêmement souples et délicats. +C'est tantôt le son d'<i>œ</i>, ou plutôt +d'<i>oè</i>;...tantôt celui d'<i>oa</i>...tantôt celui +d'<i>oua</i>...mais ces nuances m'ont paru +en général si légères, si difficiles à saisir...que...j'ai +jugé plus convenable...de +désigner toujours...la prononciation d'<i>oi</i> +par <i>oa</i>, en prenant la seule précaution +d'affecter l'<i>a</i> de l'accent circonflexe, suivant +que le son en devait être plus ou +moins fortement appuyé.»</p> + +<p>Duvivier, dans son article des diphthongues, +dit que le son le plus naturel de +la diphthongue <i>oi</i>, «est celui que l'on suit +en grec, où l'on fait entendre l'<i>o</i> et l'<i>i</i>, +comme dans <i>voi-ïelle</i>, <i>roi-ïaume</i> (<i>voa-ïelle</i>, +<i>roa-ïaume</i>) mais,» dit-il, «elle a +encore d'autres sons qu'il est difficile de +représenter par écrit.»</p> + +<p>Outre Gatel déjà cité, Noël et Chapsal +dans leur dictionnaire, et Rolland dans son +vocabulaire, désignent toujours la prononciation +de la diphthongue <i>oi</i> par <i>oa</i>, ou <i>oua</i>. +Suivant eux, <i>voir</i>, <i>boire</i>, <i>croire</i>, <i>moi</i>, <i>toi</i>, +<i>droit</i>, etc., se prononcent, <i>voar</i>, <i>boar</i>, <i>croar</i>, +<i>moa</i>, <i>toa</i>, <i>droa</i>.</p> + +<p>Il faut donc éviter de donner le son de l'<i>è</i> +ouvert à la diphthongue <i>oi</i>, et se garder de +prononcer, <i>vo-ère</i>, <i>bo-ère</i>, <i>cro-ère</i>, <i>mo-è</i>, +<i>to-è</i>, <i>dro-è</i>, etc.<span class="pagenum"><a name="Page_101" id="Page_101">[Pg 101]</a></span></p> + +<p>Le Dictionnaire de l'Académie, et la plupart +des grammairiens modernes donnent, à +quelques nuances près, la même règle pour +la prononciation de la diphthongue <i>oi</i>.</p> + +<p>Le son de la voyelle <i>a</i>, comme le son de +quelques autres voyelles, peut être <i>aigu</i> ou +<i>grave</i>: il est aigu dans <i>patte</i>, <i>natte</i> et +grave dans <i>hâte</i>, <i>pâte</i>. On conçoit, facilement +que le son grave doit être plus fort, +plus rempli que le son aigu: mais on doit +éviter de prononcer l'<i>a</i> comme les anglais le +prononcent dans <span class="smcap">law</span> (loi): et les allemands +dans <span class="smcap">ja</span> (oui) avec une effrayante +ouverture de bouche. La douceur, l'harmonie +de la langue française, ne peut souffrir +la rudesse de tels sons.</p> + +<p class="blockquot">L'Académie vient à l'appui de cette règle +de la prononciation de la voyelle <i>a</i>.</p> + +<p>«Le son de l'<i>a</i>, en français, est le même +dans tous les mots: il ne différe que par +sa durée, et par des nuances peu sensibles. +Il est long ou bref: long dans +<i>pâte</i>, <i>grâce</i>; bref dans <i>glace</i>, <i>trace</i>. +<i>Dict.</i> de <i>l'Ac. Édit. de 1832</i>.</p> + +<p>Les autres voyelles susceptibles de devenir +graves, sont <i>e</i>, <i>u</i>, <i>o</i>: <i>tempête</i>, <i>jeûne</i>, +<i>côte</i>.</p> + +<p>PROPORTIONNEL <i>adjectif</i>, et <span class="smcap">proportionnellement</span> +<i>adverbe</i>, termes de +mathématiques, sont employée quand il s'agit +de quantités en lignes, en nombres ou +en grandeurs, qui sont en proportion. <i>Ré<span class="pagenum"><a name="Page_102" id="Page_102">[Pg 102]</a></span>duire</i> +<span class="smcap">proportionnellement</span> <i>un grand +plan à un petit</i>.</p> + +<p>Dans les autres cas, où il est question de +proportion entre une chose et une autre +chose, on se sert du participe <i>proportionné</i>, +et de l'adverbe <i>proportionnément</i>: <i>le remède +est</i> <span class="smcap">proportionné</span> <i>au mal</i>:—<i>il n'a +pas été récompensé</i> <span class="smcap">proportionnement</span> <i>à +son mérite</i>.</p> + +<p>PROPRE À, désigne une vocation, ou +une destination encore imparfaite. <i>Propre +pour</i>, marque une capacité acquise: +un homme <i>propre à</i> la guerre, pourra être +un jour un guérier: un homme <i>propre pour</i> +la guerre, a ce qu'il faut pour l'être maintenant.</p> + +<p>PUISQUE. L'<i>e</i> de <i>puisque</i> ne s'élide +que devant <i>il</i>, <i>ils</i>, <i>elle</i>, <i>elles</i>, <i>on</i>, <i>un</i>, <i>une</i>: +même observation pour le mot <i>quoique</i>.</p> + +<p class="p2">QUATRE-VINGTS prend la marque +du pluriel: <i>quatre-vingts hommes</i>: excepté +quand il est suivi d'un autre adjectif de +nombre: <i>quatre-vingt-dix hommes</i>. Il est +également invariable quand il s'agit de la +date: <i>l'an mil huit cent quatre</i>-<span class="smcap">vingt</span>.</p> + +<p>QUELQUE s'écrit de trois manières:</p> + +<p>1º. suivi d'un verbe il se met en deux +mots, <i>quel que</i>, et alors <i>quel</i> adjectif s'accorde +au genre et en nombre avec le sujet +du verbe: <span class="smcap">quels que</span> <i>soient les humains</i>.</p> + +<p>2º. suivi d'un substantif il s'écrit en un +mot, <i>quelque</i>, et s'accorde en nombre avec<span class="pagenum"><a name="Page_103" id="Page_103">[Pg 103]</a></span> +ce substantif: <span class="smcap">quelques</span> <i>raisons que vous +puissiez me donner</i>.</p> + +<p>3º. suivi d'un qualificatif, soit adjectif, soit +participe, soit adverbe, <i>quelque</i> s'écrit également +en un mot: mais alors il est adverbe, +et conséquemment reste invariable: <span class="smcap">quelque</span> +<i>puissans qu'ils soient</i>:—<span class="smcap">quelque</span> <i>considérés +que nous soyons</i>:—<span class="smcap">quelque</span> <i>adroitement +qu'ils s'y prennent</i>.</p> + +<p>L'<i>e</i> finale de <i>quelque</i> s'élide seulement +devant <i>un</i>, <i>une</i>, <i>autre</i>, <i>il</i>, <i>elle</i>, <i>elles</i>: +<i>quelqu'un</i>,—<i>quelqu'une</i>,—<i>quelqu'autre</i>,—<i>quelqu'il +soit</i>,—<i>quelle qu'elle soit</i>.</p> + +<p>QUELQUE CHOSE. Quand <i>quelque +chose</i> signifie une certaine chose, il est +substantif masculin. <i>J'ai vu quelque chose +de</i> <span class="smcap">beau</span>. Il est substantif féminin lorsqu'il +veut dire, quelque soit la chose. <i>Quelque +chose que je lui ai</i> <span class="smcap">dite</span>.</p> + +<p>QUÊTER. C'est abusivement qu'on +emploie ce mot pour signifier <i>mendier</i>. +<i>Quêter</i>, c'est faire une collecte pour les +pauvres, pour les objets de confréries, pour +les établissemens religieux, etc. <i>Mendier</i> +c'est demander l'aumône.</p> + +<p>Même remarque pour <i>quêteur</i> qu'on fait +synonyme de <i>mendiant</i>.</p> + +<p><i>Quêteux</i> pour <i>mendiant</i> est doublement +barbare.</p> + +<p>QUI prend le nombre et la personne de +son antécédent, et les communique au verbe +dont il est le sujet. Conséquemment on +dira: <i>moi qui</i> <span class="smcap">ai</span> <i>parlé</i>:—<i>toi qui</i> <span class="smcap">as</span> <i>parlé</i>:<span class="pagenum"><a name="Page_104" id="Page_104">[Pg 104]</a></span>—<i>lui</i> +ou <i>elle qui</i> <span class="smcap">a</span> <i>parlé</i>:—<i>nous qui</i> <span class="smcap">avons</span> +<i>parlé</i>:—<i>vous qui</i> <span class="smcap">avez</span> <i>parlé</i>:—<i>ils</i>, ou <i>elles +qui</i> <span class="smcap">ont</span> <i>parlé</i>.</p> + +<p>On doit donc aussi dire, <i>si c'était moi qui</i> +<span class="smcap">voulusse</span>—<i>si c'était vous qui</i> <span class="smcap">voulussiez</span>—<i>si +c'était lui qui</i> <span class="smcap">voulut</span>, et non pas, <i>si +c'était moi qui</i> <span class="smcap">voulut</span>:—<i>si c'était vous +qui</i> <span class="smcap">voulut</span>, etc.</p> + +<p>On dira, <i>vous parlez comme un homme</i> +<span class="smcap">qui entend</span> <i>la matière</i>, et non pas, <span class="smcap">qui +entendez</span> <i>la matière</i>:—<i>vous parlez comme +des hommes</i> <span class="smcap">qui s'y connaissent</span>, et non +pas, <span class="smcap">qui vous y connaissez</span>:—<i>tu étais le +seul qui</i> <span class="smcap">put</span> <i>me dédommager</i>: parce que +dans ces phrases, le relatif <i>qui</i> représente le +substantif qui le précède immédiatement: et +en effet, c'est comme si l'on disait; <i>vous +parlez comme un homme</i>, <span class="smcap">lequel homme</span> +<i>entend la matière</i>, etc. et puis ce substantif, +que l'on est censé répéter après <i>lequel</i>, +étant réellement le sujet, communique au +verbe le genre, le nombre et la personne.</p> + +<p>Lorsque le relatif <i>qui</i> est précédé d'un +adjectif, c'est au pronom qui est placé auparavant +que se rapporte ce relatif: en +conséquence il faut dire; <i>nous sommes ici</i> +<span class="smcap">plusieurs</span> <i>qui nous</i> <span class="smcap">souvenons</span> <i>des succès</i>....—<i>c'est +vous</i> <span class="smcap">seuls</span> <i>qui vous</i> <span class="smcap">chargez</span> +<i>de cette responsabilité</i>:—<i>nous étions</i> +<span class="smcap">deux</span> <i>qui</i> <span class="smcap">étions</span> <i>du même avis</i>. Observez +que l'on dirait: <i>nous étions</i> <span class="smcap">deux</span> <i>juges qui</i> +<span class="smcap">étaient</span> <i>du même avis</i>, et non pas, <i>qui</i> +<span class="smcap">étions</span> <i>du même avis</i>, à cause du substantif +<i>juges</i> qui est l'antécédent de <i>qui</i>.<span class="pagenum"><a name="Page_105" id="Page_105">[Pg 105]</a></span></p> + +<p>QUI, QUE. On doit éviter la multiplicité +de ces pronoms, surtout quand ils +sont interrogatifs. La grammaire ne les +condamne pas absolument, mais l'oreille en +est offensée. Ainsi au lieu de: <span class="smcap">qui</span> <i>est-ce</i> +<span class="smcap">qui</span> <i>a fait cela</i>?—<span class="smcap">qu'</span><i>est-ce</i> <span class="smcap">que</span> <i>c'est</i> <span class="smcap">que</span> +<i>cela</i>?—<span class="smcap">qu'</span><i>est-ce</i> <span class="smcap">que</span> <i>tu as</i>? dites: <span class="smcap">qui</span> <i>a +fait cela</i>?—<span class="smcap">qu'</span><i>est-ce</i> <span class="smcap">que</span> <i>cela</i>?—<span class="smcap">qu'</span><i>as tu</i>?</p> + +<p>QUICONQUE devient féminin quand +il désigne spécialement une femme: <i>quiconque +est bonne mère est</i> <span class="smcap">adorée</span> <i>de ses enfans</i>.</p> + +<p>QUOIQUE, en un mot, signifie <i>bien +que</i>; <span class="smcap">quoique</span> <i>vous soyez instruit</i>, <i>soyez modeste</i>: +en deux mots, il veut dire, <i>quelque +chose que</i>: <span class="smcap">quoi que</span> <i>vous lui disiez</i>, <i>il ne +vous écoutera pas</i>.</p> + +<p>L'<i>e</i> de <i>quoique</i> ne s'élide que devant <i>il</i>, +<i>elle</i>, <i>ils</i>, <i>elles</i>, <i>ou</i>, <i>un</i>, <i>une</i>.</p> + +<p class="p2">R. Dans la lecture, dans le discours +soutenu, et dans les vers, <i>r</i> finale des infinitifs +en <i>er</i> est nulle devant une consonne +ou une <i>h</i> aspirée: mais suivie d'une voyelle +ou d'une <i>h</i> muette, elle se fait entendre.</p> + +<p>Dans la conversation <i>r</i> est une lettre +muette à la fin des infinitifs, même devant +une voyelle: <i>aimer à boire</i>,—<i>parler et chanter</i>, +se prononcent <i>aimé à boire</i>,—<i>parlé et +chanté</i>.</p> + +<p>RAILLERIE. <i>Entendre raillerie</i>, c'est +bien prendre la raillerie. <i>Entendre</i> <span class="smcap">la</span> <i>raillerie</i>, +c'est avoir le talent de railler.<span class="pagenum"><a name="Page_106" id="Page_106">[Pg 106]</a></span></p> + +<p>RAPPELER, (se) veut un régime direct; +ne dites pas, <i>je me rappelle</i> <span class="smcap">de</span> <i>cette +personne</i>:—<i>je me rappelle</i> <span class="smcap">de</span> <i>cette chose</i>:—<i>je</i> +<i>m'</i><span class="smcap">en</span> <i>rappelle</i>: dites, <i>je me rappelle cette +personne</i>:—<i>je me rappelle cette chose</i>:—<i>je +me le rappelle</i>.</p> + +<p>On met cependant la préposition <i>de</i> devant +l'infinitif: dans ce cas <i>de</i> n'est qu'un mot +euphonique, et l'infinitif n'en est pas moins +le régime direct: <i>je me rappelle</i> <span class="smcap">d'</span><i>avoir vu</i>.</p> + +<p>RAPPORT. <i>Avoir rapport à</i> exprime +une idée de relation, de liaison: <i>les effets +ont rapport</i> <span class="smcap">aux</span> <i>causes</i>. <i>Avoir rapport avec</i> +marque une idée d'analogie, de ressemblance: +<i>nos plus belles tragédies ont beaucoup +de rapport</i> <span class="smcap">avec</span> <i>celles des Grecs</i>.</p> + +<p>RAVOIR ne se dit qu'à l'infinitif.</p> + +<p>RÉGIMES, (deux). Quand un verbe a +deux régimes, l'un est simple et l'autre est +composé: alors il faut toujours placer le régime +simple le plus près possible du verbe: +<i>apportez-moi-la</i>,—<i>dites-moi-le</i>, seraient donc +des fautes, parce que <i>moi</i> est régime composé, +et <i>le</i>, <i>la</i>, régimes simples; il faut +dire, <i>apportez-la-moi</i>,—<i>dites-le-moi</i>,—<i>donnez +le-lui</i>,—<i>chantez-la-nous</i>, etc.</p> + +<p>RÉGIME PRONOM. Toutes les fois +qu'un verbe actif est suivi d'un infinitif, on +doit employer <i>le</i>, <i>la</i> <i>les</i>, devant ce verbe actif, +si l'infinitif n'est pas régime direct: car +alors il faut que le pronom soit régime direct, +puisqu'un verbe actif exige un régime de<span class="pagenum"><a name="Page_107" id="Page_107">[Pg 107]</a></span> +cette nature: mais on doit employer <i>lui</i>, +<i>leur</i>, quand l'infinitif est le régime direct du +verbe actif, un verbe actif ne pouvant pas +avoir deux régimes directs.</p> + +<p>On doit donc dire en parlant d'un homme, +<i>je</i> <span class="smcap">l'</span><i>ai vu faire bien des sottises</i>, et non pas, +<i>je</i> <span class="smcap">lui</span> <i>ai vu faire bien des sottises</i>: et en +parlant des animaux; <i>c'est la brutalité qui</i> +<span class="smcap">leur</span> <i>fait suivre les mouvemens de leur colère</i>: +et non pas: <i>c'est la brutalité qui</i> <span class="smcap">les</span> +<i>fait suivre</i>, etc.</p> + +<p>Dans la première phrase le pronom <span class="smcap">le</span> +(<i>cet homme</i>) est le régime direct de <i>voir</i> et +non pas de l'infinitif <i>faire</i>; c'est comme +s'il y avait, <i>j'ai vu cet homme faisant bien +des sottises</i>.</p> + +<p>Dans la seconde phrase <i>suivre</i> est le régime +direct de <i>faire</i>, et <i>leur</i> (aux animaux) +le régime indirect; c'est comme si l'on +disait; <i>c'est la brutalité qui fait suivre aux +animaux les mouvemens de leur colère</i>.</p> + +<p>On ne doit pas dire, <i>l'idée</i> <span class="smcap">les</span> <i>a pris +d'aller à la campagne</i>: mais, <i>l'idée</i> <span class="smcap">leur</span> <i>a +pris</i>, etc. Ici le verbe est pris neutralement, +et ne saurait avoir de régime direct.</p> + +<p>Il y a une grande différence entre, <i>je</i> <span class="smcap">lui</span> +<i>ai vu donner un soufflet</i>, et, <i>je</i> <span class="smcap">l'</span><i>ai vu donner +un soufflet</i>,—entre, <i>les offres de service que +je</i> <span class="smcap">leur</span> <i>ai vu faire</i>, et, <i>les offres de service +que je</i> <span class="smcap">les</span> <i>ai vus faire</i>:—entre, <i>les liqueurs +que je</i> <span class="smcap">leur</span> <i>ai vu verser</i>, et, <i>les liqueurs que +je</i> <span class="smcap">les</span> <i>ai vus verser</i>. Cette différence est +telle, qu'en confondant les deux régimes l'on<span class="pagenum"><a name="Page_108" id="Page_108">[Pg 108]</a></span> +exprimerait positivement le contraire de ce +que l'on voudrait faire entendre.</p> + +<p>RÉFORMATION, RÉFORME. La +<i>réformation</i> est l'action de réformer; la réforme +en est l'effet.</p> + +<p>RÉSOUDRE. <i>Je résous</i>, <i>tu résous</i>, <i>il +résout</i>, <i>nous résolvons</i>, <i>vous résolvez</i>, <i>ils résolvent</i>, +<i>je résolvais</i>, <i>je résolus</i>, <i>je résoudrai</i>, +<i>je résoudrais</i>, <i>résous</i>, <i>résolvons</i>, <i>résolves</i>, +<i>que je résolve</i>, <i>que nous résolvions</i>, <i>que vous +résolviez</i>, <i>que je résolusse</i>, <i>résolvant</i>: il a +deux participes passés, <i>résolu</i> et <i>résous</i>: ce +dernier n'a point de féminin.</p> + +<p>Lorsqu'il est question de déterminer une +chose douteuse, on se sert de <i>résolu</i>: <i>ce +jeune homme a</i> <span class="smcap">résolu</span> <i>de changer de conduite</i>. +En parlant des choses qui se convertissent +en d'autres, on se sert de <i>résous</i>; +<i>le soleil a</i> <span class="smcap">résous</span> <i>le brouillard en pluie</i>.</p> + +<p>Quant <i>résoudre</i> est actif, il régit <i>de</i> avant +l'infinitif, <i>on a résolu</i> <span class="smcap">d'</span><i>agir sans plus tarder</i>: +employé passivement il prend <i>à</i> ou <i>de</i> +devant l'infinitif: <i>je suis résolu</i> <span class="smcap">à</span> <i>partir</i>, ou +<span class="smcap">de</span> <i>partir</i>. Quand résoudre est réfléchi, il +régit <i>à</i>; <i>je me suis résolu</i> <span class="smcap">à</span> <i>demander une +retraite</i>.</p> + +<p>RESPECT. On dit également <i>respè</i> +ou <i>respeck</i>. Quand aux mots <i>aspect</i> et +<i>circonspect</i>, il faut prononcer <i>aspeck</i> et <i>circonspeck</i>. +Cependant Boiste prononce <i>assepekte</i>.<span class="pagenum"><a name="Page_109" id="Page_109">[Pg 109]</a></span></p> + +<p>RESTE. <i>Au reste</i> se dit des choses +dont on a déjà parlé, et sur lesquelles il reste +quelque chose à dire; <i>voilà l'opinion de +Bernard</i>: <span class="smcap">au reste</span> <i>je vous en écrirai</i>.</p> + +<p><i>Du reste</i> s'emploie quand ce qui suit n'est +pas dans le même genre que ce qui <i>précède</i>; +<i>il est bizarre, emporté</i>, <span class="smcap">du reste</span> <i>brave +homme</i>.</p> + +<p>RÉSULTER n'est usité qu'à l'infinitif et +aux troisièmes personnes du singulier. Il +prend <i>avoir</i> et <i>être</i>.</p> + +<p>RÉUNIR, lorsqu'il signifie, <i>posséder en +même temps</i>, ne doit jamais être suivie des +prépositions <i>à</i> ou <i>avec</i>; ne dites donc pas, +<i>Turenne réunissait la prudence</i> <span class="smcap">à</span> <i>la hardiesse</i>, +ni, <span class="smcap">avec</span> <i>la hardiesse</i>: dites, <i>Turenne +réunissait la prudence</i> <span class="smcap">et</span> <i>la hardiesse</i>. +En matière de Fief et d'autres +choses semblables, on dit, <i>réunir à</i>.—<i>Réunir +un grand Fief</i> <span class="smcap">à</span> <i>la Couronne</i>.</p> + +<p>Le verbe <i>unir</i> rejette la préposition <i>avec</i>, +et veut <i>à</i>. <i>Turenne unissait la prudence</i> +<span class="smcap">à</span> <i>la hardiesse</i>.</p> + +<p>RÊVER À, c'est réfléchir profondément; +<i>il rêve</i> <span class="smcap">à</span> <i>une affaire</i>. <i>Rêver de</i>, c'est faire +un songe: <i>j'ai rêvé</i> <span class="smcap">de</span> <i>vous</i>:—<i>j'ai rêvé</i> <span class="smcap">de</span> +<i>combats</i>.</p> + +<p>REVERS INATTENDU. On prononce +<i>rever inattendu</i>.</p> + +<p>RIRE. Le participe <i>ri</i> est invariable: +<i>ils se sont</i> <span class="smcap">ri</span>,—<i>elles se sont</i> <span class="smcap">ri</span> <i>de mes menaces</i>.<span class="pagenum"><a name="Page_110" id="Page_110">[Pg 110]</a></span></p> + +<p>ROSBIF, du mot anglais <i>roast-beef</i>, signifie +bœuf rôti.</p> + +<p>ROYAL. On disait autrefois, <i>des lettres +royaux</i>,—<i>des ordonnance royaux</i>: la raison +a fait justice de cette bizarre irrégularité: +aujourd'hui l'on dit, <i>lettres royales</i>, <i>ordonnances +royales</i>.</p> + +<p class="p2">S. L'<i>s finale</i> se fait entendre dans les +mots <i>anus</i>, <i>aloès</i>, <i>as</i>, <i>atlas</i>, <i>blocus</i>, <i>calus</i>, +<i>fœtus</i>, <i>iris</i>, <i>maïs</i>, <i>mœurs</i>, <i>prospectus</i>, <i>lapis</i>, +<i>laps</i>, <i>en sus</i>, <i>locatis</i>, <i>vis</i>, <i>vasistas</i>, et +dans les mots purement étrangers, tels que +<i>bibus</i>, <i>chorus</i>, <i>agnus</i>, <i>gratis</i>, <i>Crésus</i>, <i>Délos</i>, +<i>Rubens</i>, <i>Valens</i>, (prononcez, <i>rubinze +valinze</i>) <i>Bacchus</i>, <i>Pallas</i>, etc.</p> + +<p>Exceptions. L'<i>s</i> ne sonne pas dans <i>Mathias</i>, +<i>Thomas</i>, <i>Judas</i>.</p> + +<p>Quand le pronom <i>y</i>, ou le pronom <i>en</i>, suit +immédiatement la seconde personne singulière +de l'impératif terminé par un <i>e</i> muet, il +faut, pour éviter un hiatus, y ajouter une <i>s</i> +euphonique, et écrire, <i>donnes-en</i>;—<i>portes-y</i>;—<i>aies-en</i>;—<i>travailles-y</i>.</p> + +<p>Mais si le mot <i>en</i>, au lieu d'être un pronom, +est une préposition, alors on ne fait +point usage de la lettre euphonique <i>s</i>; et +l'on écrit, <i>admire en France</i>...et non pas, +<i>admires en France</i>.</p> + +<p>On ne fait pas sonner l'<i>s</i> dans cette phrase +du discours familier, <i>sur les une heure</i>.</p> + +<p>L'impératif <i>va</i>, suivi des pronoms <i>y</i>, <i>en</i>, +prend aussi une <i>s</i>: <i>vaS-y-voir</i>;—<i>vaS-en demander</i>; +mais on ne doit pas dire, <i>vaS en<span class="pagenum"><a name="Page_111" id="Page_111">[Pg 111]</a></span> +Angleterre</i>, mais, <i>va en Angleterre</i>, parce +que <i>en</i> est ici préposition.</p> + +<p>SAILLIR, (verbe neutre et défectif) +dans le sens de <i>jaillir</i>, ne se dit que des +liquides: il n'est d'usage, suivant du Duvivier, +qu'aux troisième personnes, et à l'infinitif, +et se conjugue sur <i>finir</i>. <i>Il saillit</i>, +<i>ils saillissent</i>, <i>il saillissait</i>, <i>ils saillissaient</i>, +<i>il saillit</i>, <i>ils saillirent</i>, <i>il saillira</i>, <i>ils sailliront</i>, +<i>il saillirait</i>, <i>ils sailliraient</i>, <i>qu'il +saillisse</i>, <i>qu'ils saillissent</i>, <i>qu'il saillît</i>, <i>qu'ils +saillissent</i>.</p> + +<p>SAILLIR, terme d'architecture, signifie +s'avancer en dehors comme un balcon, une +corniche. En ce sens il se conjugue différemment +du verbe <i>saillir</i> de l'article qui +précède, et ne s'emploie qu'à l'infinitif, et à +la troisième personne des temps suivans; +<i>il saille</i>, <i>ils saillent</i>, <i>il saillait</i>, <i>ils saillaient</i>, +<i>il saillera</i>, <i>ils sailleront</i>, <i>il saillerait</i>, +<i>ils sailleraient</i>, <i>qu'il saille</i>, <i>qu'ils +saillent</i>, <i>qu'il saillît</i>, <i>qu'ils saillissent</i>.</p> + +<p>SANS QUE n'est jamais, suivi de <i>ne</i>: +dites, <i>sans qu'il vienne</i>, et non, <i>sans qu'il</i> +<span class="smcap">ne</span> <i>vienne</i>.</p> + +<p>SAVOIR est le seul verbe qui se mette +au subjonctif, sans être sous la dépendance +d'un autre mot qui le précède; mais alors il +doit être accompagné d'une négation: <i>je ne</i> +<span class="smcap">sache</span> <i>rien de nouveau</i>.</p> + +<p>SECOND éveille une idée d'ordre, et +<i>deuxième</i> une idée de série. Ne dites pas;<span class="pagenum"><a name="Page_112" id="Page_112">[Pg 112]</a></span> +<i>le</i> <span class="smcap">deuxième</span>, <i>mais</i>, <i>le</i> <span class="smcap">second</span> <i>tome</i> d'un +ouvrage qui n'a que deux tomes. Si l'ouvrage +a plusieurs tomes, dites, <i>le</i> <span class="smcap">deuxième</span> +et non <i>le</i> <span class="smcap">second</span> <i>tome</i>.</p> + +<p>SEMBLER. Le verbe impersonnel, +<i>il semble</i>, veut le subjonctif: <i>il semble qu'il +vous</i> <span class="smcap">craigne</span>: excepté quand il est accompagné +d'un régime indirect de personne; +<i>il</i> <span class="smcap">me</span> <i>semble qu'il vous</i> <span class="smcap">craint</span>.</p> + +<p>SEMI ne s'emploie qu'avec certains +mots, et reste toujours invariable; <i>une</i> <span class="smcap">semi</span>-<i>fête</i>:—<i>des</i> +<span class="smcap">semi</span>-<i>tons</i>:—<i>des fleurs</i> <span class="smcap">semi-doubles</span>.</p> + +<p>S'EN ALLER. Le pronom <i>en</i> de <i>s'en +aller</i>, doit toujours, dans les temps composés, +précéder immédiatement le verbe +<i>être</i>. Dites, <i>nous nous</i> <span class="smcap">en</span> <i>sommes allés</i>: +et non pas, <i>nous nous sommes</i> <span class="smcap">en</span> <i>allés</i>.</p> + +<p>Il ne faut pas dire; <i>je m'</i><span class="smcap">en</span> <i>vais commencer +cette lettre</i>:—<i>je</i> <i>m'</i><span class="smcap">en</span> <i>vais lui +écrire</i>: mais, <i>je vais commencer cette +lettre</i>:—<i>je vais lui écrire</i>.</p> + +<p>SENS (ville). Prononcez, <i>San-ce</i>.</p> + +<p>SEOIR, pour signifier <i>être assis</i>, ne se +dit plus qu'aux participes, <i>séant</i>, <i>sis</i>, <i>sise</i>: +et pour signifier <i>être convenable</i>, ne se dit +qu'au participe présent, qu'on écrit alors +<i>seyant</i>, et aux troisièmes personnes, <i>il +sied</i>, <i>ils siéent</i>, <i>il seyait</i>, <i>ils seyaient</i>, <i>il +siéra</i>, <i>ils siéront</i>, <i>il siérait</i>, <i>ils siéraient</i>. +Il est inusité aux temps composés.<span class="pagenum"><a name="Page_113" id="Page_113">[Pg 113]</a></span></p> + +<p><i>Messeoir</i> se conjugue comme <i>seoir</i>, <i>et +s'</i>emploie aux mêmes temps.</p> + +<p>SI. On ne doit pas dire, <i>il était</i> <span class="smcap">si</span> <i>en +peine</i>:—<span class="smcap">si</span> <i>en colère</i>: mais, <i>il était</i> <span class="smcap">si +fort</span> <i>en peine</i>...<span class="smcap">si fort</span> <i>en colère</i>.</p> + +<p>SOFA, CANAPÉ. L'Académie dit +qu'on confond souvent les <i>canapés</i> avec les +<i>sofas</i>. <i>Sofa</i>, ou <i>sopha</i>, est un lit de repos +qui sert de siége. <i>Canapé</i> est un long +siége à dossier, qui sert quelquefois, mais +rarement, de lit de repos. La plupart des +longs siéges, qui parent nos salons, sont +des <i>canapés</i>, et c'est une faute de les désigner +par le terme <i>sofa</i>. <i>Divan</i> est un canapé +oriental, sans dossier.</p> + +<p>SOI. Le pronom personnel <i>soi</i> se dit +des personnes et des choses. Quand il se +dit des personnes, ce ne peut être que dans +les propositions générales, ou avec des +noms collectifs ou indéfinis, comme <i>on</i>, <i>chacun</i>, +<i>personne</i>, <i>quiconque</i>, etc. <i>On doit +rarement parler de</i> <span class="smcap">soi</span>;—<i>chacun est content +de</i> <span class="smcap">soi</span>;—<i>quiconque n'aime que</i> <span class="smcap">soi</span>, +<i>est indigne de vivre</i>;—<i>ne vivre que pour</i> +<span class="smcap">soi</span>, <i>c'est être déjà mort</i>.</p> + +<p>Lorsque l'antécédent présente un sens déterminé, +ce n'est plus <i>soi</i> qu'il faut employer, +c'est <i>lui</i>, <i>elle</i>, <i>lui-même</i>, <i>elle-même</i>: +<i>cet homme rapporte tout à</i> <span class="smcap">lui</span>,—<i>cette +femme ne parle que d'</i><span class="smcap">elle-même</span>.</p> + +<p>Cependant, pour éviter une équivoque, +les écrivains emploient <i>soi</i>, quoique l'antécédent +offre un sens déterminé. <i>Ce jeune<span class="pagenum"><a name="Page_114" id="Page_114">[Pg 114]</a></span> +homme, en remplissant les volontés de son +père, travaille pour</i> <span class="smcap">soi</span>. Si au lieu de <i>pour</i> +<span class="smcap">soi</span>, l'on disait <i>pour</i> <span class="smcap">lui</span>, il y aurait une +équivoque; on ne saurait si <span class="smcap">lui</span> représente +le père ou le fils.</p> + +<p>Lorsqu'il est question de <i>choses</i>, on peut +indifféremment employer le pronom <i>soi</i>, ou +le pronom <i>lui</i>, <i>elle</i>. <i>L'aimant attire le fer à</i> +<span class="smcap">soi</span>, ou <i>à</i> <span class="smcap">lui</span>;—<i>un bienfait porte sa récompense +avec</i> <span class="smcap">soi</span>, ou <i>avec</i> <span class="smcap">lui</span>,—<i>la vertu est aimable +de</i> <span class="smcap">soi</span>, ou <i>d'</i><span class="smcap">elle-même</span>.</p> + +<p><i>Soi</i> étant toujours du nombre singulier, +ne peut jamais se rapporter à un pluriel, +lorsqu'il s'agit de <i>personnes</i>; mais s'il est +question de <i>choses</i>, les avis sont partagés. +L'Académie et Th. Corneille rejettent cette +phrase, <i>ces choses sont indifférentes de</i> <span class="smcap">soi</span>, +tandis qu'ils admettent celle-ci, <i>de</i> <span class="smcap">soi</span> <i>ces +choses sont indifférentes</i>.</p> + +<p>SON, SA, SES, LEUR, LEURS, +quand il s'agit de choses, se remplacent par +l'article et le pronom <i>en</i>, lorsque ceux-ci +peuvent entrer dans la phrase sans nuire au +sens. Ainsi, an lieu de dire en parlant d'une +maison, <span class="smcap">son</span> <i>extérieur est agréable</i>; en +parlant d'une ville, <i>j'aime</i> <span class="smcap">ses</span> <i>environs</i>; et +en parlant d'arbres, <span class="smcap">leurs</span> <i>fruits sont excellens</i>; +l'on dira: <span class="smcap">l'</span><i>extérieur</i> <span class="smcap">en</span> <i>est agréable</i>,—<i>j'</i><span class="smcap">en</span> +<i>aime</i> <span class="smcap">les</span> <i>environs</i>,—<span class="smcap">les</span> <i>fruits</i> <span class="smcap">en</span> +<i>sont excellens</i>.</p> + +<p>Mais on dira avec <i>son</i>, <i>sa</i>, <i>ses</i>, <i>leur</i>, <i>leurs</i>; +<i>le Saint-Laurent a</i> <span class="smcap">sa</span> <i>source au delà du Lac +Supérieur</i>,—<i>les sciences ont</i> <span class="smcap">leurs</span> <i>difficul<span class="pagenum"><a name="Page_115" id="Page_115">[Pg 115]</a></span>tés</i>; +parce que le sens ne permet pas de +remplacer <i>son</i>, <i>sa</i>, <i>ses</i>, etc., par l'article et le +pronom <i>en</i>.</p> + +<p>SORTIR, pour signifier <i>obtenir</i>, <i>avoir</i>, +est un terme de palais, usité seulement à la +troisième personne, et à quelques-uns de +ses temps; <i>il sortit</i>, <i>ils sortissent</i>, <i>il sortissait</i>, +<i>qu'il sortisse</i>, <i>sortissant</i>, <i>sorti</i>, <i>sortie</i>. +Pour les temps composés, on se sert d'<i>avoir</i>: +<i>ce jugement</i> <span class="smcap">a</span> <i>sorti son plein et entier effet</i>.</p> + +<p>SOU. On n'écrit plus, comme autrefois, +<i>sol</i>.</p> + +<p>SOUFFRIR prend <i>à</i> ou <i>de</i> devant l'infinitif: +<i>je souffre</i> <span class="smcap">à</span> <i>le voir</i>, ou <span class="smcap">de</span> <i>le voir dans +cet état</i>.</p> + +<p>SOUVENIR (faire). C'est une faute +de dire: <i>afin de</i> <span class="smcap">leur</span> <i>faire souvenir</i>:—<i>je</i> +<span class="smcap">lui</span> <i>ai fait souvenir</i>: dites, <i>afin de</i> <span class="smcap">les</span> +<i>faire souvenir</i>:—<i>je</i> <span class="smcap">l'</span><i>ai fait souvenir</i>.</p> + +<p><i>Souvenir</i> s'emploie en parlant de choses +récentes; <i>ressouvenir</i> en parlant de choses +passées depuis longtemps.</p> + +<p>SUBSTANTIFS. L'usage veut que +certains substantifs, ayant la même inflexion +et le même genre, servent à désigner +les deux sexes; tels sont, <i>auteur</i>, <i>docteur</i>, +<i>général</i>, <i>géomètre</i>, <i>graveur</i>, <i>médecin</i>, +<i>orateur</i>, <i>philosophe</i>, <i>poëte</i>, <i>sculpteur</i>, <i>soldat</i>, +<i>témoin</i>, <i>peintre</i>, <i>traducteur</i>, etc.</p> + +<p>Quand les substantifs <i>enfant</i>, <i>esclave</i>, <i>dépositaire</i>, +etc., représentent une personne du +sexe, l'article et l'adjectif doivent être mis<span class="pagenum"><a name="Page_116" id="Page_116">[Pg 116]</a></span> +au féminin. <span class="smcap">Une</span> <i>enfant</i> <span class="smcap">pieuse</span>;—<span class="smcap">une</span> <i>esclave</i> +<span class="smcap">blanche</span>;—<span class="smcap">une</span> <i>dépositaire</i> <span class="smcap">prudente</span>.</p> + +<p>SUBSTANTIFS COMPOSÉS (l'orthographe +des).</p> + +<p><i>Première règle</i>. Quand un substantif +composé est formé d'un substantif et d'un +adjectif, ils prennent l'un et l'autre la marque +du pluriel: <i>une basse-taille</i>, <i>des basses-tailles</i>:—<i>un +plain-chant</i>, <i>des plains-chants</i>: +excepté, <i>des blanc-seings</i>, <i>des terre-pleins</i>, +<i>des chevau-légers</i>, <i>des grand'-mères</i>, <i>des +grand'-messes</i>.</p> + +<p><i>Remarque.</i> Quand il entre dans un substantif +composé un mot, qui ne s'emploie plus +isolément, comme dans <i>pic-grièche</i>, <i>loup-garou</i>, +<i>gomme-gutte</i>, etc., ce mot joue le rôle +d'un adjectif, et conséquemment prend la +marque du pluriel: <i>des pics grièches</i>, <i>des +loups-garous</i>, <i>des gommes-guttes</i>.</p> + +<p><i>Deuxième règle.</i> Quand un substantif +composé est formé de deux substantifs, +placés immédiatement l'un après l'autre, ils +prennent tous les deux la marque du pluriel: +un <i>chef-lieu</i>, des <i>chefs-lieux</i>, un <i>chien-loup</i>, +des <i>chiens-loups</i>, un <i>chou-fleur</i>, des <i>choux-fleurs</i>: +excepté, un <i>bec-figues</i>, des <i>bec-figues</i>, +un <i>appui-main</i>, des <i>appuis-main</i>, un <i>Hôtel-Dieu</i>, +des <i>Hôtels-Dieu</i>, un <i>brèche-dents</i>, des +<i>brèche-dents</i>.</p> + +<p><i>Troisième règle.</i> Quand un substantif +composé est formé de deux substantifs unis par +une préposition, c'est le premier substantif<span class="pagenum"><a name="Page_117" id="Page_117">[Pg 117]</a></span> +qui prend la marque du pluriel: un <i>ciel-de-lit</i>, +des <i>ciels-de-lit</i>: un <i>chef-d'œuvre</i>, des +<i>chefs-d'œuvre</i>: excepté, des <i>coq-à-l'âne</i>, +des <i>pied-à-terre</i>, des <i>tête-à-tête</i>.</p> + +<p><i>Quatrième règle.</i> Quand un substantif +composé est formé d'un substantif joint à +un verbe, ou à une préposition, ou à un +adverbe, le substantif seul prend le signe du +pluriel, si toutefois il y a pluralité dans +l'idée. Ainsi l'on écrira avec une <i>s</i> au pluriel, +des <i>contre-coups</i>, des <i>avant-coureurs</i>, des +<i>arrière-saisons</i>. Mais on écrira sans mettre +une <i>s</i> au pluriel, parce qu'il y a unité dans +l'idée, des <i>serre-tête</i>, des <i>réveille-matin</i> +(horloges), des <i>contre-poison</i>. Enfin on +écrira avec une <i>s</i>, tant au singulier qu'au +pluriel, parce qu'il y a toujours pluralité dans +l'idée, les mots <i>essuie-mains</i>, <i>cure-dents</i>, +<i>porte-clefs</i>. V. <span class="smcap">tire-balle</span>, <span class="smcap">porte</span>.</p> + +<p><i>Cinquième règle.</i> Quand un substantif +composé ne renferme que des mots invariables +de leur nature, comme <i>verbe</i>, <i>préposition</i>, +<i>adverbe</i>, aucune de ces parties ne +prend la marque du pluriel: des <i>pour-boire</i>, +des <i>passe partout</i>.</p> + +<p>SUCCÉDER. Le participe <i>succédé</i> +est invariable: <i>ils nous ont</i> <span class="smcap">succédé</span>,—<i>ils +se sont</i> <span class="smcap">succédé</span>.</p> + +<p>SULLY. Les <i>ll</i> de ce nom propre sont +mouillées.</p> + +<p>SUPPLÉER. <i>Suppléer une chose</i>, et +<i>suppléer</i> <span class="smcap">à</span> <i>une chose</i>, ont des sens très-différens. +<i>Suppléer une chose</i>, c'est remplacer<span class="pagenum"><a name="Page_118" id="Page_118">[Pg 118]</a></span> +ce qui manque, en fournissant une chose de +la même nature. <i>Ce sac doit être de mille +francs</i>: <i>s'il y a cent francs de moins, je</i> <span class="smcap">les</span> +<i>suppléerai</i>.</p> + +<p><i>Suppléer</i> <span class="smcap">à</span> <i>une chose</i> c'est remplacer cette +chose par une autre chose qui en tient lieu: +<i>la valeur supplée</i> <span class="smcap">au</span> <i>nombre</i>.</p> + +<p>Avec un nom ou pronom de <i>personne</i>, +qui lui sert de régime, <i>suppléer</i> ne prend +jamais la préposition <i>à</i>. Ainsi dites <i>suppléer +quelqu'un</i>, et non pas, <i>suppléer</i> <span class="smcap">à</span> <i>quelqu'un</i>:—<i>s'il +ne vient pas je</i> <span class="smcap">le</span> <i>suppléerai</i>, et non +pas, <i>je</i> <span class="smcap">lui</span> <i>suppléerai</i>.</p> + +<p>SUPPOSÉ s'accorde lorsqu'il suit le +substantif: <i>ces faits</i> <span class="smcap">supposés</span>: il est invariable +quand il le précède: <span class="smcap">supposé</span> <i>ces +faits</i>.</p> + +<p>SURSEOIR. <i>Je sursois, tu sursois, +il sursoit, nous sursoyons, vous sursoyez, +ils sursoient, je sursoyais, nous sursoyions, +vous sursoyiez, ils sursoyaient, je sursis, +nous sursîmes, je surseoirai, nous surseoirons, +je surseoirais, nous surseoirions, surseois, +sursoyons, que je surseoie, que nous +sursoyions, que je sursisse, que nous sursissions, +sursoyant, sursis, sursise.</i></p> + +<p><i>Surseoir</i>, verbe actif, signifie suspendre: +<i>on a sursis la délibération</i>: on dit aussi +neutralement: <i>surseoir au jugement d'une +affaire</i>.</p> + +<p>SYNONYME. Après deux substantifs +synonymes, employés comme sujets, le +verbe s'accorde avec le dernier: <i>son courage</i>,<span class="pagenum"><a name="Page_119" id="Page_119">[Pg 119]</a></span> +<i>son intrépidité</i> <span class="smcap">étonne</span> <i>les plus braves</i>. +L'adjectif suit la même règle: <i>une douceur</i>, +<i>une affabilité</i> <span class="smcap">charmante</span>.</p> + +<p class="p2">T. À quelques rares exceptions près, le +<i>t</i> final se prononce seulement devant une +voyelle ou une <i>h</i> muette. C'est donc une +faute, même grave, que de le faire sonner +dans <i>juillet</i>, <i>beset</i>, <i>calumet</i>, <i>Nicolet</i>, ainsi +que dans les noms d'hommes, <i>Bossuet</i>, <i>Croiset</i>, +etc.: prononcez, <i>juillè</i>, <i>besè</i>, <i>calumè</i>, +<i>Nicolè</i>, <i>Bossuè</i>, <i>Croisè</i>.</p> + +<p>Dans <i>avant-hier</i> le <i>t</i> se fait sentir faiblement: +mais il ne peut être prononcé, sans +blesser l'oreille, dans les locutions, <i>un goût +horrible</i>,—<i>un tort incroyable</i>,—<i>un instinct +heureux</i>, etc.: et si le mot suivi d'une +voyelle, a un <i>r</i> devant le <i>t</i> final, comme +dans <i>il part aujourd'hui</i>,—<i>il court à bride +abattue</i>,—<i>il s'endort à l'ombre</i>, l'usage le +plus commun est de ne pas faire sonner le <i>t</i>.</p> + +<p>Le <i>t</i> final se fait toujours entendre dans +<i>abject</i>, <i>contact</i>, <i>fat</i> (<i>fat</i> n'a point de féminin), +<i>suspect</i>, <i>granit</i>, etc.</p> + +<p>L'adverbe <i>net</i> se prononce indifféremment +<i>nè</i> ou <i>nette</i>: mais le <i>t</i> de l'adjectif <i>net</i> est +muet au masculin.</p> + +<p>Duvivier dit:</p> <p class="blockquot">«La plupart des écrivains +modernes forment le pluriel des substantifs +qui sont terminés par <i>ant</i>, ou par <i>ent</i>, +en ajoutant un <i>s</i> et en supprimant le <i>t</i> +final dans les polysyllabes: mais ils le +conservent dans les monosyllabes.<span class="pagenum"><a name="Page_120" id="Page_120">[Pg 120]</a></span></p> + +<p class="blockquot">«Toutefois cette suppression n'est pas +également adoptée; et en effet <i>Regnier</i>, +<i>Desmarais</i>, MM. de <i>Port-Royal</i>.... +beaucoup de grammairiens modernes.... +et un grand nombre d'imprimeurs.... +conservent le <i>t</i> final.... mais.... l'Académie +a adopté cette suppression....»</p> + +<p>Les mêmes remarques sont applicables à +la suppression du <i>t</i> au pluriel des adjectifs +terminés par <i>ant</i> et par <i>ent</i>.</p> + +<p>TÂCHER. <i>Je tâcherai que vous soyez +content</i>, est un solécisme, parceque <i>tâcher</i> +n'est jamais suivi de la conjonction <i>que</i>.</p> + +<p><i>Tâcher</i> prend <i>à</i> devant l'infinitif, quand il +signifie <i>songer à</i>, <i>viser à</i>: <i>il tâche</i> <span class="smcap">à</span> <i>m'embarrasser</i>,—<span class="smcap">à</span> +<i>me nuire</i>: et <i>de</i> quand il exprime +les efforts que l'on fait pour parvenir à +une fin: <i>il tâche</i> <span class="smcap">d'</span><i>avancer</i>.</p> + +<p>TAMBOUR. <i>Battre</i> <span class="smcap">du</span> <i>tambour</i>, c'est +jouer du tambour; <i>battre</i> <span class="smcap">le</span> <i>tambour</i>, c'est +donner un signal par le tambour.</p> + +<p>TARDER prend également <i>à</i> ou <i>de</i> devant +l'infinitif: <i>tarder</i> <span class="smcap">à</span>, OU <i>tarder</i> <span class="smcap">de</span> <i>venir</i>.</p> + +<p>TÉMOIN placé au commencement d'un +membre de phrase, est pris adverbialement: +<span class="smcap">témoin</span> <i>les victoires de nos armes</i>.</p> + +<p>TERMES DE MARINE. L'emploi +abusif de termes de marine, importés au +pays par les premiers colons et navigateurs, +à fait à la langue une plaie, qu'il n'est pas +facile de fermer. Le mal, comme une épidémie, +des dernier rangs de la société, s'est<span class="pagenum"><a name="Page_121" id="Page_121">[Pg 121]</a></span> +communiqué aux premiers: et souvent l'éducation +la plus soignée est une faible barrière +contre l'emploi, à rebours du sens +commun, des termes, <i>virer</i>, <i>amarrer</i>, <i>larguer</i>, +<i>greiller</i> (gréer), <i>embarquer</i>, <i>débarquer</i>, +<i>revirer de bord</i>, <i>amarre</i>, <i>bordée</i>, +etc., etc.</p> + +<p>Les Instituteurs ne peuvent trop sévir +contre l'abus que nous signalons ici.</p> + +<p>TERMES PARASITES. Il faut éviter +avec un soin extrême les <i>mots favoris</i>, +les <i>termes bizarres</i>, qui inondent nos discours, +et nous rendent importuns, ridicules +et sont souvent le fléau de la société, sans que +nous nous en appercevions. Rien d'ailleurs +ne décèle plus une éducation vulgaire.</p> + +<p>Également on doit éviter les tours surannés, +les expressions ignobles, qui ne peuvent +que fatiguer les personnes qui écoutent: +tels que, <i>tirer les vers du nez</i>; <i>vous pouvez +m'en croire</i>;—<i>par dessus le marché</i>;—<i>je +vous remercie bien des fois</i>;—<i>au bout du +compte</i>; <i>ce n'est pas l'embarras</i>; <i>sourd +comme un pot</i>; etc.</p> + +<p>Le jeune âge doit être prémuni contre ces +défauts, dont l'habitude se corrige difficilement.</p> + +<p>TIRANT est un <i>cordon</i> qui sert à ouvrir +et fermer une bourse, un ridicule: c'est +un <i>cuir</i>, un <i>ruban</i> pour boucler des souliers, +monter des bottes, attacher des papiers, +etc. On ne doit pas employer dans ces sens<span class="pagenum"><a name="Page_122" id="Page_122">[Pg 122]</a></span> +les termes <i>attache</i>, <i>ganse</i>, et encore moins +le mot anglais <i>strap</i>.</p> + +<p>TIRE-BALLE ne prend pas d'<i>s</i> au pluriel; +non plus que les mots suivans; <i>tire-bouchon</i>, +<i>tire-bourre</i>, <i>tire-bouton</i>, <i>tire-clou</i>, +<i>tire-pied</i>, etc.: <i>tire-botte</i> s'écrit au pluriel +avec une <i>s</i>. V. <span class="smcap">substantifs composés.</span></p> + +<p>TITRES <i>d'honneur</i>. Le mot <i>Révérend</i> +est un titre qui appartient exclusivement aux +<i>Prélats</i>, aux <i>Religieux</i> et aux <i>Religieuses</i>: +et par conséquent, c'est une erreur grave +que de le donner aux membres de notre clergé +canadien, qui est <i>séculier</i>. Cette erreur +nous vient des anglais, qui qualifient tous +leurs ministres de <i>Révérends</i>. Mais quelque +soit l'usage des Anglais à cet égard, nous ne +pouvons donner au mot français <i>Révérend</i>, +une extension qu'il n'a pas, une acception +qui lui est étrangère.</p> + +<p>C'est encore par un abus de langage, que +l'on attribue à nos ecclésiastiques la qualification +de <i>Messire</i>. Ce titre d'honneur se +donnait ci-devant en France et au Canada +dans les actes, (mais seulement dans les +actes,) <i>aux nobles et aux personnes distinguées +par quelque haute dignité</i>, tant parmi +les laïcs, que parmi les gens d'église: <i>fut +présent Haut et Puissant Seigneur</i> <span class="smcap">messire</span> +<i>Pierre Séguier</i>, <i>Chevalier</i>, etc.</p> + +<p><i>Révérend Messire</i> est une expression +doublement incorrecte.</p> + +<p>Il est à regretter que le titre d'<i>Abbé</i>, que +l'on donne invariablement en France aux<span class="pagenum"><a name="Page_123" id="Page_123">[Pg 123]</a></span> +ecclésiastiques séculiers, ne soit presque +plus usité chez nous.</p> + +<p>Les titres, <i>Monsieur</i> et <i>Madame</i> doivent +être supprimés, quand on prend en écrivant, +une autre qualification. Ainsi un <i>Chevalier</i> +ne doit pas écrire, <i>Monsieur le Chevalier +de N. a l'honneur de prévenir Monsieur le +Colonel</i>: un Curé, <i>Monsieur le Curé de +N., prie Monsieur le Marguillier en +charge</i>: une Baronne, <i>Madame la Baronne +de N. a l'honneur de présenter ses respectueux +hommages à</i>: un Juge, <i>Monsieur +le Juge N. présente son compliment à +Monsieur le Procureur</i>.</p> + +<p>Il faut écrire, <i>Le Chevalier de N. a +l'honneur</i> etc.—<i>Le Curé de N.</i>, etc. +<i>La Baronne</i>, etc. etc.</p> + +<p>Lorsqu'il n'y a pas d'autre qualification, +on emploie dans les billets et sur les +cartes de visite, les termes <i>Monsieur</i>, +<i>Madame</i>, <i>Mademoiselle</i>.</p> + +<p>Le nom d'un individu écrit sur la porte de +sa demeure, ne doit pas être précédé du mot +<i>Monsieur</i>. Mais s'il s'agit d'une personne +du sexe féminin, il convient d'écrire, <i>Madame N.</i>—<i>Mademoiselle +N.</i></p> + +<p>TOMBER <i>par terre</i>, se dit d'une chose +qui touchait à la terre avant sa chute: <i>tomber +à terre</i>, d'une chose qui étant élevée au-dessus +de terre, tombe d'en haut. Ainsi +un homme qui tombe en marchant dans +la rue, <i>tombe</i> <span class="smcap">par</span> <i>terre</i>, et non <span class="smcap">à</span> <i>terre</i>:<span class="pagenum"><a name="Page_124" id="Page_124">[Pg 124]</a></span> +un couvreur qui tombe d'un toit, <i>tombe</i> <span class="smcap">à</span> +<i>terre</i> et non <span class="smcap">par</span> <i>terre</i>.</p> + +<p>TOSTE sub. mas. (de l'anglais <i>toast</i>) signifie +la proposition de boire à la santé de +quelqu'un; au souvenir d'un évènement, etc.</p> + +<p>C'est à tort que l'on emploie le mot anglais +<i>toast</i>, pour signifier <i>tranche de pain +rôtie</i>. <i>Rôtie</i> est en français le correspondant +de <i>toast</i>: et si la rôtie est recouverte de +beurre, l'on dit, <i>une rôtie au beurre</i>.</p> + +<p>TOUCHER et PINCER, employés +pour exprimer l'action de jouer des instrumens, +sont actifs, et doivent conséquemment +avoir un régime direct: d'où il suit qu'il faut +dire, <i>toucher l'orgue</i>, <i>le forté-piano</i>: <i>pincer +la guitarre</i>, <i>la harpe</i>: et non pas, <i>toucher</i> +<span class="smcap">de</span> <i>l'orgue</i>, <span class="smcap">du</span> <i>forté-piano</i>: <i>pincer</i> +<span class="smcap">de la</span> <i>guitarre</i>, <span class="smcap">de la</span> <i>harpe</i>.</p> + +<p>TOUT. Quand <i>tout</i> est adverbe il signifie +<i>tout-à-fait</i>, <i>quelque</i>, et reste invariable: +<span class="smcap">tout</span> <i>aimable qu'est la vertu</i>,—<span class="smcap">tout</span> +<i>spirituels qu'ils sont</i>,—<i>elle est</i> <span class="smcap">tout</span> <i>étonnée</i>. +<i>Exception.</i> <i>Tout</i>, quoique adverbe, varie +quand l'adjectif, ou le participe qui suit, est +féminin, et commence par une consonne, +ou une <i>h</i> aspiré: <i>elle est</i> <span class="smcap">toute</span> <i>stupéfaite</i>,—<span class="smcap">toute</span> +<i>hardie qu'elle est</i>.—<span class="smcap">toutes</span> <i>spirituelles +qu'elles sont</i>.</p> + +<p><i>Tout.</i> Quand l'adjectif <i>tout</i> est joint à un +nom de ville, il prend le genre masculin, +quoique le nom de ville soit féminin: non +que dans ce cas on le considère comme adverbe, +mais parce que l'on sous-entend le mot<span class="pagenum"><a name="Page_125" id="Page_125">[Pg 125]</a></span> +<i>peuple</i>. On dira donc, <span class="smcap">tout</span> <i>Rome le sait</i>,—<span class="smcap">tout</span> +<i>Florence en est convaincu</i>: c'est-à-dire, +<i>tout le peuple de Rome</i>...<i>tout le +peuple de Florence</i>....</p> + +<p>Mais joint à un nom de province, de +royaume, de paroisse, <i>tout</i> prend le genre +de ce nom. <span class="smcap">toute</span> <i>l'Italie</i>,—<span class="smcap">toute</span> <i>la +paroisse</i>.</p> + +<p>TOUT-À-COUP signifie soudainement: +<i>il disparut</i> <span class="smcap">tout-à-coup</span>. <i>Tout-d'un-coup</i> +veut dire, tout d'une fois; <i>il s'est ruiné</i> +<span class="smcap">tout-d'un coup</span>.</p> + +<p>TOUT DE SUITE, phrase adverbiale, +signifie <i>incontinent</i>, <i>sur l'heure</i>. Il ne +faut pas la confondre avec <i>de suite</i>, autre +phrase adverbiale qui signifie <i>l'un après +l'autre, sans interruption</i>.—<i>ces livres ne +sont pas</i> <span class="smcap">de suite</span>.</p> + +<p>TRAIRE. <i>Je trais</i>, <i>tu trais</i>, <i>il trait</i>, +<i>nous trayons</i>, <i>vous trayez</i>, <i>ils traient</i>, <i>je +trayais</i>, <i>tu trayais</i>, <i>il trayait</i>, <i>nous trayions</i>, +<i>vous trayiez</i>, <i>ils trayaient</i>; point de passé +défini, <i>je trairai</i>, <i>je trairais</i>, <i>trais</i>, <i>trayons</i>, +<i>trayez</i>, <i>que je traie</i>, <i>que tu traies</i>, <i>qu'il +traie</i>, <i>que nous trayions</i>, <i>qu'ils traient</i>, +point d'imparfait du subj. <i>trayant</i>, <i>trait</i>, +<i>traite</i>.</p> + +<p>TRAIT D'UNION ou TIRET. Il +sert à marquer la liaison qui existe entre +deux ou plusieurs mots. On l'emploie,</p> + +<p>1º. entre le verbe et les pronoms, <i>je</i>, <i>moi</i>, +<i>nous</i>, <i>tu</i>, <i>vous</i>, <i>il</i>, <i>ils</i>, <i>elle</i>, <i>elles</i>, <i>le</i>, <i>la</i>,<span class="pagenum"><a name="Page_126" id="Page_126">[Pg 126]</a></span> +<i>les</i>, <i>lui</i>, <i>leur</i>, <i>y</i>, <i>en</i>, <i>ce</i>, <i>on</i>, quand ces +pronoms sont placés après le verbe, dont ils +sont le sujet, ou le régime: <i>irai-je?</i>—<i>viens-tu?</i>—<i>donnait-on?</i>—<i>laisse-moi</i>;—<i>allez-y</i>;—<i>portes-en</i>; +etc. S'il y a deux noms, on +emploie deux traits d'union: <i>laisse-le-moi</i>,—<i>donne-les-leur</i>.</p> + +<p>2º. avant ou après <i>ci</i> et <i>là</i>, accompagnant +un substantif, un pronom, une préposition, +un adverbe, avec lesquels ils sont unis d'une +manière inséparable: <i>celui-ci</i>,—<i>celui-là</i>,—<i>là-dessus</i>,—<i>là-haut</i>, +etc.</p> + +<p>3º. pour lier <i>très</i> au mot qui suit: <i>très-sagement</i>,—<i>très-riche</i>.</p> + +<p>4º. pour unir le dernier terme d'un nombre +au terme précédent, quand le dernier terme +passe <i>un</i>, et ne dépasse pas dix: <i>dix-huit</i>;—<i>trente-cinq</i>;—<i>deux +cent dix-neuf</i>, mais on +dirait sans trait d'union: <i>vingt et un</i>:—<i>cinquante +et un</i>: le dernier terme étant <i>un</i>: +et <i>cent quinze</i>;—<i>deux cent vingt</i>; le dernier +terme dépassant <i>dix</i>. Cependant +<i>quatre-vingts</i> prend toujours le trait d'union: +<i>quatre-vingts chevaux</i>:—<i>quatre-vingt dix +hommes</i>.</p> + +<p>5º. pour lier deux ou plusieurs mots qui, +par le sens, n'en font qu'un, <i>Marc-Aurèle</i>,—<i>chef-lieu</i>;—<i>s'entre-choquer</i>, +<i>Jean-Jacques</i>, +<i>Jean-Baptiste</i>.</p> + +<p>6º. pour indiquer le changement d'interlocuteur: +il remplace alors les <i>dit-il</i>, <i>reprit-il</i>, +<i>répondit-il</i>.<span class="pagenum"><a name="Page_127" id="Page_127">[Pg 127]</a></span></p> + +<p>7º. pour marquer une suspension dans le +discours.</p> + +<p>8º. pour lier le mot, dont une partie se +trouve à la fin d'une ligne, et l'autre au +commencement de la ligne suivante.</p> + +<p>TRAITER. On dit indifféremment, +<i>traiter une matière</i>,—<i>une question</i>: ou, +<i>traiter</i> <span class="smcap">d'</span><i>une matière</i>,—<span class="smcap">d'</span><i>une question</i>: à +moins qu'on ne spécifie la matière, la question: +alors il faut <i>de</i>:—<i>dans son ouvrage, +il traite</i> <span class="smcap">des</span> <i>plantes</i>, <span class="smcap">des</span> <i>métaux</i>.</p> + +<p>TRAVERSER <i>le pont</i>, pour exprimer +l'action de le parcourir dans sa longueur, n'est +pas correct: il faut dire, <i>passer le pont</i>.</p> + +<p>TRÉMA. Le tréma est un double point +(¨) qu'on met sur une des voyelles <i>e</i>, <i>i</i>, <i>u</i>, +pour la faire prononcer séparément de celle +qui précède: <i>naïf</i>, <i>Saül</i>, <i>ciguë</i>. L'emploi +du tréma est une faute quand on peut le +remplacer par un accent: ainsi au lieu de +<i>poësie</i>, <i>Cloë</i>, écrivez, <i>poésie</i>, <i>Cloé</i>.</p> + +<p>TRÈS. L'usage ne permet guère de +mettre <i>très</i> devant les participes. Dans ces +cas l'on emploie <i>beaucoup</i>, <i>fort</i>, etc., et au +lieu de dire <i>cet homme est</i> <span class="smcap">très</span>-<i>aimé</i>; <i>cette +place est</i> <span class="smcap">très</span>-<i>menacée par l'ennemi</i>, l'on +dit, <i>cet homme est</i> <span class="smcap">fort</span> <i>aimé</i>,—<i>cette place +est</i> <span class="smcap">fort</span> <i>menacée</i>, etc.</p> + +<p>On peut cependant se servir de <i>très</i> avec +certains participes employés comme adjectifs +verbaux: <i>il est</i> <span class="smcap">très</span>-<i>occupé</i>,—<i>il est</i> <span class="smcap">très</span>-<i>humilié</i>.<span class="pagenum"><a name="Page_128" id="Page_128">[Pg 128]</a></span></p> + +<p><i>Très</i> ne doit pas être employé dans une +proposition négative, Ne dites pas, <i>il n'est +pas</i> <span class="smcap">très</span>-<i>sage</i>;—<i>il n'est pas</i> <span class="smcap">très</span>-<i>occupé</i>: +dites, <i>il n'est pas</i> <span class="smcap">fort</span> <i>sage</i>,—<i>il n'est pas</i> +<span class="smcap">fort</span> <i>occupé</i>. +L'adverbe modifie un verbe, un adjectif et un autre +adverbe, mais jamais un substantif. On doit donc éviter +les locutions suivantes si communes et si vicieuses: <i>J'ai</i> +<span class="smcap">très</span>-<i>faim</i>:—<i>il a</i> <span class="smcap">bien</span> <i>soif</i>:—<i>il est parti</i> <span class="smcap">très</span>-<i>matin</i>:—<i>il +fait</i> <span class="smcap">très</span>-<i>chaud</i>:—<i>j'ai</i> <span class="smcap">extrêmement</span> <i>froid</i>:—<i>il ne fait pas</i> +<span class="smcap">bien</span> <i>froid</i>. Il faut dite: <i>J'ai une très</i>-<span class="smcap">grande</span> <i>faim</i>:—<i>il a +une bien</i> <span class="smcap">grande</span> <i>soif</i>:—<i>il est parti de très</i>-<span class="smcap">grand</span> <i>matin</i>:—<i>il +fait</i> <span class="smcap">grand</span> <i>chaud</i>:—<i>j'ai un</i> <span class="smcap">très-grand</span> <i>froid</i>:—<i>il ne +fait pas un bien</i> <span class="smcap">grand</span> <i>froid</i>.</p> + +<p>TROIS-RIVIÈRES, (en latin <i>Trifluvium</i>) +nom composé, est substantif masculin +du nombre singulier: il est masculin +parceque les noms de ville en général sont +masculins, à moins qu'ils ne dérivent d'un +féminin latin: et quoiqu'il porte la marque +du pluriel, il est au singulier, parce que le +nom propre n'étant qu'un nom qui distingue +une chose des autres choses, ne peut être +susceptible de l'idée accessoire de pluralité.</p> + +<p><i>Trois-Rivières</i> étant un nom propre, ne +peut, d'après la règle générale, être accompagné +de l'article <i>les</i>. Il est vrai que cette +règle souffre quelques exceptions, comme, +<i>Le Hâvre</i>, <i>Le Puy</i>, <i>La Rochelle</i>. Il est +encore vrai que, jusqu'à ces derniers temps, on +a toujours écrit <i>Trois-Rivières</i> avec l'article: +mais les écrivains récens, d'accord avec la +raison, travaillent à corriger cette vieille erreur +indiquée d'ailleurs suffisamment par le +terme latin <i>Trifluvium</i>.</p> + +<p>Des observations qui précèdent il résulte +que l'on doit dire, <i>Je vais</i> <span class="smcap">à</span> <i>Trois-Rivières</i>:<span class="pagenum"><a name="Page_129" id="Page_129">[Pg 129]</a></span>—<i>il +demeure</i> <span class="smcap">à</span> <i>Trois-Rivières</i>:—<i>Trois-Rivières</i> +<span class="smcap">est bâti</span> <i>sur le fleuve St. Laurent</i>, +et non pas, <i>je vais</i> <span class="smcap">aux</span> <i>Trois-Rivières</i>:—<i>il +demeure</i> <span class="smcap">aux</span> <i>Trois-Rivières</i>:—<span class="smcap">les</span> +<i>Trois-Rivières</i> <span class="smcap">sont bâties</span> <i>sur le +fleuve St. Laurent</i>.</p> + +<p><i>Trois-Pistoles</i>, <i>Trois-Saumons</i>, noms +de paroisses, suivent la même règle.</p> + +<p>UN. Lévisac pense que le mot <i>un</i> devant +une voyelle, doit être prononcé comme <i>une</i>, +et que l'on doit dire <i>une-imbécile</i>,—<i>une hérétique</i>. +D'autres grammairiens veulent que +l'on prononce <i>un-nimbécile</i>.—<i>un-nhérétique</i>.</p> + +<p class="p2">UN DE. Au lieu de <i>un de</i>, il faut employer +<i>l'un de</i>, quand <i>un</i> est précédé d'un +substantif ou d'un pronom, et suivi d'un +nombre précis: <i>Ducis l'un</i> <span class="smcap">des</span> <i>quarante de +l'Académie</i>.</p> + +<p>Mais on dira avec <i>un de</i>,—<i>Henri IV est</i> +<span class="smcap">un des</span> <i>meilleurs princes, qui aient régné +sur la France</i>,—<span class="smcap">un des</span> <i>quarante de l'Académie +est de mon avis</i>; parce que dans +la première phrase, <i>un</i> précédé par le substantif +<i>Henri</i>, n'est pas suivi d'un nombre: et +que dans le second, <i>un</i> suivi par le nombre +<i>quarante</i>, n'est pas précédé par un substantif +ou un pronom.</p> + +<p>UNIQUE veut aprês lui le subjonctif: +<i>c'est l'unique service que vous</i> <span class="smcap">puissiez</span> <i>me +rendre</i>.</p> + +<p class="p2">VACANCES au pluriel, se dit des +études publiques: <i>vacations</i> au pluriel, de la +cessation des séances des gens de justice.<span class="pagenum"><a name="Page_130" id="Page_130">[Pg 130]</a></span></p> + +<p>VAINCRE. <i>Je vaincs</i>, <i>tu vaincs</i>, <i>il +vainc</i>, <i>nous vainquons</i>, <i>vous vainquez</i>, <i>ils +vainquent</i>, <i>je vainquais</i>, <i>je vainquis</i>, <i>je +vaincrai</i>, <i>je vaincrais</i>, <i>vaincs</i>, <i>vainquons</i>, +<i>vainquez</i>, <i>que je vainque</i>, <i>que je vainquisse</i>, +<i>vaincant</i>, <i>vaincu</i>, <i>vaincue</i>.</p> + +<p>Le présent de l'indicatif n'est guère usité +au singulier, non plus que <i>vaincs</i>, seconde +personne du singulier de l'impératif.</p> + +<p>VALOIR. <i>Je vaux</i>, <i>nous valons</i>, <i>ils +valent</i>, <i>je valais</i>, <i>je valus</i>, <i>je vaudrai</i>, <i>je +vaudrais</i>: pas d'impératif, <i>que je vaille</i>, +<i>que nous valions</i>, <i>que je valusse</i>, <i>valant</i>, +<i>valu</i>, <i>value</i>.</p> + +<p>Le participe <i>valu</i> s'accorde seulement +lorsque le verbe <i>valoir</i> signifie <i>procurer</i>, +<i>rapporter</i>, et que le régime direct précède +le participe: <i>que d'éloges ne lui a pas</i> <span class="smcap">valus</span> +<i>sa conduite noble et généreuse</i>! c.-à-d. +<i>procurés</i>; le participe, comme l'on voit, +s'accorde ici avec le régime direct <i>que</i>, qui +est devant.</p> + +<p>VENIMEUX se dit des animaux: <i>le +scorpion est un animal</i> <span class="smcap">venimeux:</span> <i>vénéneux</i> +des végétaux; <i>la ciguë est une plante +vénéneuse</i>.</p> + +<p>VÊPRES, MATINES. Dites, <i>aller</i> +<span class="smcap">à</span> <i>vêpres</i>,—<span class="smcap">à</span> <i>matines</i>: <i>réciter vêpres</i>,—<i>matines</i>: +et non pas, <i>aller</i> <span class="smcap">aux</span> <i>vêpres</i>,—<span class="smcap">aux</span> +<i>matine</i>: <i>réciter</i> <span class="smcap">les</span> <i>vêpres</i>,—<span class="smcap">les</span> <i>matines</i>: +attendu que <i>vêpres</i> et <i>matines</i> étant +pris <i>indéterminément</i> dans ces phrases, on +doit supprimer l'article.<span class="pagenum"><a name="Page_131" id="Page_131">[Pg 131]</a></span></p> + +<p>Mais si ces noms étaient pris <i>déterminément</i>, +comme dans ces locutions, <i>aller</i> <span class="smcap">aux</span> +<i>vêpres de la paroisse de St. Roch</i>;—<i>réciter</i> +<span class="smcap">les</span> <i>matines de Noël</i>, l'on ne pourrait +omettre l'article.</p> + +<p>VERBES. Quelques grammairiens modernes +ont substitué aux anciens titres de +certains verbes de nouvelles dénominations, +qu'il convient d'indiquer. Pour <i>actif</i> ils +disent <i>transitif</i>: pour <i>neutre</i>,—<i>intransitifs</i>: +pour <i>impersonnel</i>,—<i>unipersonnel</i>: et +enfin <i>réfléchi</i> est remplacé par le terme +<i>pronominal</i> ou <i>réciproque</i>.</p> + +<p>Les mêmes grammairiens disent <i>complément</i> +pour <i>régime</i>.</p> + +<p>VÊTIR. <i>Je vêts, tu vêts, il vêt</i> (ce +singulier est peu usité) <i>nous vêtons, je vêtais, +je vêtis, je vêtirai, je vêtirais, vêts, +vêtons, vêtez, que je vête, que je vêtisse, +vêtant, vêtu, vêtue</i>.</p> + +<p>VIANDE, chair des animaux terrestres +et des oiseaux dont on se nourrit. En ce +sens on dit que l'on ne mange point de <i>viande</i> +en carême.</p> + +<p><i>Viande</i> se dit quelquefois de la chair des +poissons: <i>le saumon n'est pas une</i> <span class="smcap">viande</span> +<i>de malade</i>.</p> + +<p>On appelle viandes de carême, <i>la morue</i>, +<i>le hareng</i>, <i>le saumon</i>, etc. V. <span class="smcap">chair</span>.</p> + +<p>VIEIL. Au lieu de <i>vieux</i>, on se sert +de <i>vieil</i> devant un substantif qui commence +par une voyelle, ou une <i>h</i> non aspirée: ce<span class="pagenum"><a name="Page_132" id="Page_132">[Pg 132]</a></span>pendant +on est toujours libre d'employer le +mot <i>vieux</i>.</p> + +<p>VILLES. En général les noms de +<i>ville</i> sont masculins, excepté quand ils dérivent +d'un féminin latin. Lorsque le genre +est incertain, l'on doit faire précéder le nom +du mot <i>ville</i>.</p> + +<p>Quand on personnifie une ville, l'on en +met ordinairement le nom au féminin: <i>malheureuse +Tyr, dans quelles mains es-tu +tombée</i>.</p> + +<p>VINGT ET UN. On dit <i>vingt et un</i>, +<i>trente et un</i>, etc. Mais la conjonction est +omise dans <i>vingt-deux</i>, <i>vingt-trois</i>, etc., +<i>trente-deux</i>, <i>trente-trois</i>, etc. Il s'en suit +que les locutions <i>trente un soldats</i>,—<i>l'an +mil huit cent quarante un</i>, sont vicieuses.</p> + +<p>L'usage veut que l'on dise, <i>soixante et +dix</i>, <i>soixante et onze</i>, etc.</p> + +<p>VIS-À-VIS ne doit pas s'employer dans +le sens de <i>envers</i>, <i>à l'égard de</i>. Ne dites +donc pas, <i>sa conduite</i> <span class="smcap">vis-à-vis</span> <i>de ses +bienfaiteurs est fort répréhensible</i>: dites, +<span class="smcap">envers</span> <i>ses bienfaiteurs</i>, etc., ou, <span class="smcap">à l'égard</span> +<i>de ses bienfaiteurs</i>, etc.</p> + +<p>Après <i>vis-à-vis</i>, on met <i>de</i>, excepté dans +le style familier; <i>vis-à-vis la rue</i>;—<i>vis-à-vis +mes croisées</i>.</p> + +<p>VIVRE régit <i>de</i> et non pas <i>du</i>: <i>je vis</i> +<span class="smcap">de</span> <i>bonne viande</i>,—<span class="smcap">de</span> <i>bonne soupe</i>,—<i>vivre</i> +<span class="smcap">de</span> <i>légumes</i>.<span class="pagenum"><a name="Page_133" id="Page_133">[Pg 133]</a></span></p> + +<p>VOLUME. TOME. <i>Volume</i> est un +livre relié ou broché. Tome est un volume +qui fait partie d'un ouvrage; Le <i>volume</i> +peut contenir plusieurs <i>tomes</i>: et le <i>tome</i> +peut faire plusieurs volumes.</p> + +<p>Quelquefois <i>tome</i> signifie simplement <i>volume</i>.</p> + +<p>VOUS. Lorsqu'on parle à des supérieurs, +ou à des dames, les convenances du +langage exigent que l'on se serve <i>quelquefois</i> +de la troisième personne au lieu de la seconde. +Ainsi au lieu de, <i>Monsieur, voulez-vous +me permettre?</i> dites, <i>Monsieur voudrait-il +me permettre.</i>—<i>Madame, pourriez-vous +me faire la grâce?</i> dites, <i>Madame pourrait-elle +me faire la grâce?</i></p> + +<p class="p2">Y, adverbe de lieu avec l'impératif. Le +pronom <i>moi</i> se met toujours après l'<i>y</i>. <i>Envoyez-y</i> +<span class="smcap">moi</span>,—<i>menez-y</i> <span class="smcap">moi</span>,—<i>attendez-y</i>-<span class="smcap">moi</span>,—<i>tu +vas au musée</i>, <i>menes-y</i> <span class="smcap">moi</span>,—<i>tu +vas en voiture</i>, <i>donnes-y</i> <span class="smcap">moi</span> <i>une place</i>.</p> + +<p>Les pronoms <i>nous</i> et <i>les</i> se mettent au +contraire avant l'<i>y</i>. <i>Envoyez</i>-<span class="smcap">nous</span>-<i>y</i>—<i>attendez</i>-<span class="smcap">nous</span>-<i>y</i>,—<i>tu +vas au musée</i>, <i>mène</i>-<span class="smcap">les</span>-<i>y</i>,—<i>tu +vas en voiture</i>, <i>donne</i>-<span class="smcap">nous</span>-<i>y</i> <i>une +place</i>.</p> + +<p><i>M'y</i> ne peut être placé après le verbe. +Ne dites pas; <i>Vous allez à Québec</i>, <i>menez</i>-<span class="smcap">m'</span><i>y</i>: +dites,...<i>menez-y</i>-<span class="smcap">moi</span>. Mais il +se place très-bien devant: <i>Je vais à Trois-Rivières</i>, +<i>voulez-vous</i> <span class="smcap">m'</span><i>y</i> <i>accompagner</i>?</p> + +<p class="p2">Z, prend le son propre d'<i>s</i>, même avant +une consonne, dans <i>Metz</i>, <i>Rodez</i>, <i>Suez</i>,<span class="pagenum"><a name="Page_134" id="Page_134">[Pg 134]</a></span> +<i>Alvarez</i>, <i>Cortez</i>, <i>Sènez</i>, <i>Usez</i>; mais il +ne sonne pas dans <i>Sèez</i>. Les deux z +dans le mot <i>Abruzze</i> se prononcent comme +deux <i>s</i>, <i>Abrusse</i>.</p> + +<p>ZÉPHYR, ZÉPHYRE. Le premier +se dit d'un vent doux et agréable: le second +du même vent considéré comme divinité de +la fable.</p> + +<p class="center">FIN<span class="pagenum"><a name="Page_135" id="Page_135">[Pg 135]</a></span></p> + +<hr class="h65" /> +<h2><a name="RECUEIL" id="RECUEIL"></a>RECUEIL</h2> + +<h5>DE</h5> + +<h3>LOCUTIONS VICIEUSES.</h3> + +<p>À. C'est une faute grossière que de dire, +<i>la fille</i> <span class="smcap">à</span> <i>Madame une telle</i>,—<i>le cheval</i> <span class="smcap">à</span> +<i>Mons. un tel</i>. Dites, <i>la fille</i> <span class="smcap">de</span> <i>Madame +une telle</i>,—<i>le cheval</i> <span class="smcap">de</span> <i>Mons. un tel</i>. +<i>Venez</i> <span class="smcap">à</span> <i>bonne heure</i>, est aussi une expression +vicieuse: dites, <i>venez</i> <span class="smcap">de</span> <i>bonne heure</i>.</p> + +<p>ABAT <i>de neige</i>, <i>abat de pluie</i> sont des +barbarismes, de même que, <i>chute de neige</i>,—<i>chute +de pluie</i>.</p> + +<p>ABIMER. <i>J'ai abîmé mon chapeau</i>,—<i>ma +robe</i>; dites, <i>j'ai gâté mon chapeau</i>,—<i>ma +robe</i>.</p> + +<p>ADONNER (s') est un des mots de la +langue dont on fait le plus fréquent abus, et +par fois le plus ridicule emploi. Ainsi l'on +dit, <i>il s'est</i> <span class="smcap">adonné</span> <i>à entrer chez moi, au +moment où le feu a éclaté</i>; pour, <i>il est +entré par hasard chez moi au moment</i> etc.:—<i>il +s'est</i> <span class="smcap">adonné</span> <i>que votre frère et moi +nous sommes arrivés le même jour à Trois-Rivières</i>; +pour, <i>votre frère et moi nous +sommes arrivés par hasard le même jour à +Trois-Rivières</i>;—<i>ce Monsieur s'est</i> <span class="smcap">adonné</span> +<i>à Kingston à l'ouverture du Parlement</i>,<span class="pagenum"><a name="Page_136" id="Page_136">[Pg 136]</a></span> +pour, <i>ce Monsieur s'est trouvé par hasard +à Kingston, à l'ouverture</i> etc.</p> + +<p>Mais on dit, en parlant de chemin, <i>passez +chez moi quand votre chemin s'</i><span class="smcap">adonnera</span>: +et en termes de marine, que <i>le vent</i> <span class="smcap">adonne</span>, +pour signifier qu'il est favorable.</p> + +<p>AMBRE, pour désigner l'allure d'un cheval, +est une faute: dites <i>amble</i>,—<i>aller +l'amble</i>.</p> + +<p>AMONT, terme de batellier, qui signifie, +en remontant la rivière: <i>pays d'</i><span class="smcap">amont</span>,—<i>ce +bateau arrive d'</i><span class="smcap">amont</span>.</p> + +<p>On voit par là combien sont répréhensibles +les expressions, <span class="smcap">amont</span> <i>le coteau</i>,—<span class="smcap">amont</span> +<i>le Cap aux Diamans</i>, etc.</p> + +<p><i>Amont</i> est opposé à <i>aval</i>. On dit, <i>vent +d'</i><span class="smcap">aval</span>,—<i>navire venant en</i> <span class="smcap">aval</span>,—<i>bateau +amarré en</i> <span class="smcap">aval</span> <i>du pont</i>,—<i>en</i> <span class="smcap">amont</span> <i>du +pont</i>,—<i>en</i> <span class="smcap">amont</span> <i>et en</i> <span class="smcap">aval</span> <i>de la ville +de Québec</i>.</p> + +<p>ANIMAUX. Souvent on désigne par +ce mot les bestiaux et autres quadrupèdes +domestiques: et l'on dit, <i>mener les</i> <span class="smcap">animaux</span> +<i>au paturage</i>,—<i>soigner les</i> <span class="smcap">animaux</span>,—<i>ces</i> +<span class="smcap">animaux</span> <i>sont fort gras</i>, etc. Ce langage +est incorrect, parce que le terme animal est +générique, et comprend par conséquent tous +les êtres animés et sensibles de la nature.</p> + +<p><i>Bestiaux</i> ou <span class="smcap">bétail</span> ne se dit guère que +pour désigner les <i>bœufs</i>, les <i>vaches</i>, les +<i>moutons</i>, les <i>chèvres</i>. Quant aux <i>chevaux</i>, +aux <i>ânes</i>, aux <i>cochons</i>, aux <i>chiens</i> etc., il +faut les spécialiser par leurs noms.<span class="pagenum"><a name="Page_137" id="Page_137">[Pg 137]</a></span></p> + +<p>On dit <i>animaux domestiques</i> par opposition +aux <i>animaux sauvages</i>.</p> + +<p>ANVALER pour signifier <i>avaler</i>, n'est +pas français.</p> + +<p>APRÈS. <i>La clef est</i> <span class="smcap">après</span> <i>la serrure</i>: +dites, <span class="smcap">à</span> <i>la serrure</i>.</p> + +<p>APPROPRIER. C'est une faute grossière +de dire, <span class="smcap">APPROPRIER</span> <i>une chambre</i>, +<i>un meuble</i>, pour signifier, <span class="smcap">NETTOYER</span> <i>une +chambre</i>, <i>un meuble</i>.</p> + +<p>À RAISON DE signifie <i>à proportion</i>; +et ne peut être par conséquent employé pour +<i>à cause de</i>, qui a une toute autre acceptation. +Au lieu donc de, <i>il a abandonné cette +entreprise</i> <span class="smcap">à raison</span> <i>des obstacles qu'il y a +rencontres</i>, <i>il faut</i>...<span class="smcap">à cause des</span> <i>obstacles</i>...</p> + +<p>ARGENT n'a point de pluriel: c'est +donc une faute de dire, <i>envoyer des</i> <span class="smcap">argens</span> +<i>à quelqu'un</i>;—<i>placer des</i> <span class="smcap">argens</span> <i>à +intérêt</i>: dites, <i>envoyer de l'argent</i>, ou +mieux <i>des fonds à quelqu'un</i>,—<i>placer de +l'argent</i>, ou <i>des fonds à intérêt</i>.</p> + +<p><i>De la</i> <span class="smcap">bonne</span> <i>argent</i>,—<i>de l'argent</i> +<span class="smcap">blanche</span>, sont des solécismes révoltans.</p> + +<p>ATTELER <i>un cheval sur une voiture</i>,—<i>mettre +les chevaux sur le carosse</i>, sont +des locutions qui blessant le sens commun: +dites, <i>atteler un cheval</i> <span class="smcap">à</span> <i>une voiture</i>,—<i>atteler +les chevaux</i> <span class="smcap">au</span> <i>carosse</i>.</p> + +<p>ATTENDRE. Le peuple dit <i>attendre</i> +pour <i>entendre</i>: de là les expressions cho<span class="pagenum"><a name="Page_138" id="Page_138">[Pg 138]</a></span>quantes, +<i>j'ai</i> <span class="smcap">attendu</span> <i>la messe</i>,—<i>cet +homme n'</i><span class="smcap">attend</span> <i>pas raison</i>, etc.</p> + +<p>AVEC. <i>Venez</i> <span class="smcap">avecque</span> <i>moi</i>: mauvaise +prononciation: dites, <i>venez</i> <span class="smcap">avé</span> <i>moi</i>. Le +<i>c</i> dans ce mot ne sonne que devant une +voyelle.</p> + +<p class="p2">BALANCE, BALANCINE pour signifier +<i>balançoire</i>, ne sont pas français.</p> + +<p><i>Une</i> planche appuyée par le milieu, et +sur les extrémités de laquelle des enfans +placés en contre-poids, s'élèvent et s'abaissent +alternativement, s'appelle également +<i>bascule</i> et <i>balançoire</i>.</p> + +<p><i>Escarpolette</i> est une balançoire, dont le +siège est suspendue par des cordes ou par +des brins de bois.</p> + +<p>Si la machine sur laquelle on se balance +est construite de manière que le mouvement +soit circulaire et horisontal, elle se nomme +aussi <i>balançoire</i>.</p> + +<p><i>Brandilloire</i> est synonyme de <i>balançoire</i>.</p> + +<p>BALANCER <i>quelqu'un</i>, c'est imprimer +un mouvement à la balançoire, où est la +personne, sans y être placé soi-même.</p> + +<p><i>Se balancer</i>, c'est aller soi-même sur la +balançoire; ainsi quand deux ou plusieurs +personnes veulent aller se balancer, elles +doivent dire, <i>allons</i> <span class="smcap">nous</span> <i>balancer</i>, et non +pas, <i>allons balancer</i>.</p> + +<p>BAND. On a francisé à tort ce mot +anglais, et l'on dit, <i>la</i> <span class="smcap">bande</span> <i>de musique de<span class="pagenum"><a name="Page_139" id="Page_139">[Pg 139]</a></span> +tel régiment</i>: dites, <i>le</i> <span class="smcap">corps</span> <i>de musique</i>... +ou simplement, <i>la musique de tel régiment</i>.</p> + +<p>BARBOT. C'est ainsi que le peuple +appelle l'<i>escarbot</i>, insecte de la famille des +coléoptères.</p> + +<p>BARRER <i>une porte</i>, c'est la fermer +avec une barre. Si la porte est munie d'une +serrure seulement, il serait ridicule de dire, +<span class="smcap">barrez</span> <i>la porte</i>.</p> + +<p>BATTURES, BORDAGES, employés +pour signifier les glaces qui s'accumulent +pendant l'hiver sur le bord des rivières, +sont des barbarismes. On ne doit +donc pas dire, <i>les</i> <span class="smcap">bordages</span> <i>tiennent encore</i>,—<i>les</i> +<span class="smcap">battures</span> <i>sont parties</i>.</p> + +<p><i>Embarquement</i> et <i>débarquement</i> sont encore +des termes impropres, lorsqu'on leur +fait signifier l'endroit où, en hiver, l'on passe +de la rive sur la glace d'une rivière, et <i>vice +versâ</i>.</p> + +<p>BELLE, EN BELLE. Ces mots +sont employés par le peuple pour signifier +<i>facilité</i>, <i>occasion favorable</i>, et il en résulte +des locutions tout-à-fait ridicules; comme, +<i>vous avez</i> <span class="smcap">en belle</span>, pour, <i>vous avez la</i> <span class="smcap">facilité</span>:—<i>si +vous trouvez votre</i> <span class="smcap">belle</span>, +pour, <i>si vous trouvez une</i> <span class="smcap">occasion favorable</span>, +etc.</p> + +<p>BERDAS, BERDASSERIE, de +même que, <i>berdasser</i>, <i>berdasseur</i>, <i>berdasseuse</i>, +sont des mots bas et révoltans.<span class="pagenum"><a name="Page_140" id="Page_140">[Pg 140]</a></span></p> + +<p>BEURRÉE est une tranche de pain +recouverte de beurre. L'expression <span class="smcap">beurrée</span> +<i>de confitures</i> choque le bon sens: +dites, <span class="smcap">tartine</span> <i>de confitures</i>.</p> + +<p>On dit aussi, <i>tartine de beurre</i>,—<i>de miel</i>, +etc.</p> + +<p>BOITE pour signifier le son, l'avoine, +les légumes, etc., qu'on délaie avec de +l'eau ou du lait pour les bestiaux, n'est pas +français.</p> + +<p>BOMBARDE. Le peuple nomme ainsi, +mais improprement, le petit instrument en +métal, dont on tire du son, en le plaçant +entre les dents, et en en frappant la languette +avec le doigt. Cet instrument s'appelle +<i>trompe</i>, et plus ordinairement <i>guimbarde</i>.</p> + +<p>BOTTE. <i>Tomber en botte</i>, en parlant +d'un tonneau, d'une cuve, etc., dont les +douves et les cercles se séparent, est un +solécisme.</p> + +<p>Les tonneliers, suivant Trévoux, disent, +<i>tomber en javelle</i>.</p> + +<p>Le peuple dit aussi, mais improprement, +<i>cet homme tombe en botte</i>, pour désigner le +dépérissement rapide de sa santé, ou de sa +fortune.</p> + +<p>BOUCANE, terme impropre qu'on emploie +comme synonyme de <i>fumée</i>.</p> + +<p>BOUCANER signifie sécher des comestibles +à la fumée, et aller à la chasse +des bœufs sauvages: ne dites pas, <i>la che<span class="pagenum"><a name="Page_141" id="Page_141">[Pg 141]</a></span>minée</i> +<span class="smcap">boucane</span>,—<i>le poële</i> <span class="smcap">boucane</span>: dites, +<i>la cheminée fume</i>, etc.</p> + +<p>BOUILLIR. Le vulgaire dit abusivement +<i>bouillir</i> pour <i>fermenter</i>, comme dans +cette phrase, <i>la bierre n'a pas encore</i> <span class="smcap">bouilli</span>, +pour, <i>n'a pas encore</i> <span class="smcap">fermenté</span>.</p> + +<p>BOUQUET. Le peuple confond les +termes, <i>bouquet</i> et <i>fleur</i>: il dit, <i>semer des</i> +<span class="smcap">bouquets</span>; et à l'aspect des fleurs d'un +parterre, <i>voilà de beaux</i> <span class="smcap">bouquets</span>.</p> + +<p><i>Bouquet</i> n'est pas une fleur: il est un assemblage +de fleurs liées ensemble.</p> + +<p>BOUT. <i>Un</i> <span class="smcap">bout</span> <i>de temps</i>,—<i>un long</i> +<span class="smcap">bout</span> <i>de temps</i>,—<i>un petit</i> <span class="smcap">bout</span> <i>de temps</i>, +sont des locutions basses et vulgaires.</p> + +<p>BRASSE CORPS. <i>Prendre à brasse +corps</i>: populaire: dites <i>à-bras-le-corps</i>.</p> + +<p>BRETON. Ce nom appartenait jadis +aux habitans de la Grande Bretagne: ils +ont cessé de le porter depuis l'invasion de +l'Angleterre par les Saxons: et par conséquent +il ne peut plus être employé comme +synonyme d'<i>anglais</i>.</p> + +<p>Les seuls habitants de la Bretagne, ci-devant +province de la France, portent aujourd'hui +le nom de <i>Bretons</i>.</p> + +<p>BRIN est une faute dans les expressions +suivantes, <i>un petit</i> <span class="smcap">brin</span> <i>de pain</i>,—<i>un petit</i> +<span class="smcap">brin</span> <i>de lait</i>,—<i>il n'a mangé qu'un petit</i> <span class="smcap">brin</span>,—<i>il +tombe quelques</i> <span class="smcap">brins</span> <i>de pluie</i>, etc.</p> + +<p>On dit cependant, <i>un</i> <span class="smcap">brin</span> <i>d'estime</i>,—<i>un</i> +<span class="smcap">brin</span> <i>d'amitié</i>,—<i>un petit</i> <span class="smcap">brin</span> <i>d'espérance</i>.<span class="pagenum"><a name="Page_142" id="Page_142">[Pg 142]</a></span></p> + +<p>BROYER, Au lieu de <i>broyer</i>, pour signifier +briser le lin, le chanvre; et de <i>broie</i>, +l'instrument pour broyer, nos paysans disent +abusivement, <i>brayer</i>, <i>braye</i>.</p> + +<p>BUT. Ne dites pas, <i>j'ai rempli mon</i> <span class="smcap">but</span>, +mais, <i>j'ai atteint mon</i> <span class="smcap">but</span>.</p> + +<p>BUTIN est tout ce qu'on enlève à +l'ennemi. Dans le langage du peuple ce +mot signifie, <i>meubles</i>, <i>marchandises</i>, <i>comestibles</i>, +toutes sortes d'effets en un mot: et +de là une multitude innombrable de locutions +ignobles, dont voici quelques échantillons. +Un huitrier dit, <i>j'ai vendu tout mon</i> <span class="smcap">butin</span>: +un acheteur qui n'a pas achevé de faire ses +amplettes, <i>j'ai encore du</i> <span class="smcap">butin</span> <i>à acheter</i>: +celui-ci, à l'aspect de beaux meubles s'écrie, +<i>voilà de beau</i> <span class="smcap">butin</span>: celui-là, à la vue d'un +voleur qui enlève ses volailles, <i>au voleur!</i> +<i>qui emporte mon</i> <span class="smcap">butin</span>: cet autre, en parlant +d'un tailleur qui a gâté son habit, <i>il a gâté +mon</i> <span class="smcap">butin</span>. Quel pitoyable langage!</p> + +<p class="p2">CADRE. On emploie abusivement ce +mot pour signifier <i>image</i>, <i>estampe</i>, etc.: et +l'on dit, <i>voilà un beau</i> <span class="smcap">cadre</span>:—<i>quel est le +prix de ce</i> <span class="smcap">cadre</span>? pour, <i>voilà une belle</i> <span class="smcap">estampe</span>:—<i>quel +est le prix de cette</i> <span class="smcap">image</span>?</p> + +<p><i>Cadre</i> n'est que la bordure de bois, de +bronze, etc., dans laquelle on enchâsse un +tableau, une estampe, etc.</p> + +<p>CAILLE pour signifier tacheté de blanc +et de noir, en parlant des bestiaux, etc., +n'est pas français.<span class="pagenum"><a name="Page_143" id="Page_143">[Pg 143]</a></span></p> + +<p>CAJEU, CAGE. En parlant de pièces +de bois liées ensemble, que l'on transporte +à flot sur une rivière, gardez-vous de dire, +<span class="smcap">cajeu</span>, <span class="smcap">cage</span>. <i>Cajeu</i> n'est pas français, +non plus que <i>cage</i> dans le sens qu'on lui +prête ici. Dites, <i>train</i>, <i>radeau</i>, <i>train de +bois</i>, etc.</p> + +<p><i>Drame</i> employé dans le sens de <i>radeau</i> +est également un barbarisme.</p> + +<p>CALER, terme de marine, est employé +improprement par le peuple pour signifier +enfoncer dans la boue,—dans l'eau,—couler +à fond.</p> + +<p><i>Caler un fossé</i>, pour, <i>creuser un fossé</i> est +aussi une locution vicieuse.</p> + +<p>CANOT. Outre le canot fait d'écorce, +ou d'un tronc d'arbre, une autre petite embarcation, +destinée pour l'ordinaire, au service +des vaisseaux, se nomme <i>canot</i>. Désigner +ce canot par le mot <i>chaloupe</i>, est une +faute grave. <i>Chaloupe</i>, que les Anglais +nomment <i>long-boat</i>, est une embarcation +plus grande que le canot, et porte quelquefois +le nom de <i>grand canot</i>.</p> + +<p>CASSOT pour signifier un petit vaisseau +d'<i>écorce</i>, ou de <i>bois</i>, n'est pas français.</p> + +<p>CASTALOGNE est une couverture de +lit de laine très-fine, et c'est une faute d'employer +ce mot pour désigner les petits tapis +d'un travail grossier, dont on couvre un +plancher, et c'est une autre faute de prononcer +<i>ca-ta-logne</i>.<span class="pagenum"><a name="Page_144" id="Page_144">[Pg 144]</a></span></p> + +<p>C'EST-IL employé pour <i>est-ce</i>? est un +solécisme. Évitez donc les expressions populaires, +<span class="smcap">c'est-il</span> <i>moi qui ai fait cela</i>?—<span class="smcap">c'est-il</span> +<i>lui qui a parlé</i>?—<span class="smcap">c'est-il</span> <i>bon, +cela</i>?</p> + +<p>CHAMPLURE pour signifier <i>robinet</i>, +est un barbarisme. Dites, <i>chantepleure</i>.</p> + +<p>Dans quelques départemens de la France +on appelle <i>chantepleure</i> le robinet d'un tonneau +de vin ou de cidre.</p> + +<p>CHANDELLE. Ne dites pas, <span class="smcap">tuez</span> +<i>la chandelle</i>,—<span class="smcap">tuez</span> <i>le feu</i>: dites, <span class="smcap">éteignez</span> +<i>la chandelle</i>,—<span class="smcap">éteignez</span> <i>le feu</i>.</p> + +<p><i>Enterrer le feu</i> est aussi une faute; dites, +<i>couvrir le feu</i>.</p> + +<p>CHANGER. C'est une faute grossière +que de dire, <span class="smcap">changez-vous</span>,—<i>allez</i> <span class="smcap">vous +changer</span>: dites, <i>changez votre linge</i>,—<i>allez +changer vos habits</i>.</p> + +<p>CHARGE. <i>La charge d'un vaisseau</i> +n'est pas français. Dites, <i>le chargement</i> ou +<i>la cargaison d'un vaisseau</i>.</p> + +<p>CHIFFON <i>de pain</i>, pour signifier un +gros morceau de pain, est une expression +vicieuse; il faut dire <i>guignon</i>, <i>ou bribe de +pain</i>.</p> + +<p>CIRE, ou CIRAGE, est la composition +luisante que l'on étend sur les chaussures +en cuir. L'emploi du mot anglais <i>black-ball</i> +est insupportable; également on doit +repousser le terme <i>noir à souliers</i>.<span class="pagenum"><a name="Page_145" id="Page_145">[Pg 145]</a></span></p> + +<p><i>Frottez mes souliers</i>,—<i>mes bottes</i>: expressions +ridicules; on doit dire, <i>cirez mes +souliers</i>,—<i>mes bottes</i>, quand on veut les faire +enduire de cire; et, <i>décrottez mes souliers</i>,—<i>mes +bottes</i>, lorsqu'on en veut faire ôter la +boue.</p> + +<p>CLAIRER (du verbe anglais <i>to clear</i>) +n'est pas français. Ainsi ne dites pas, <i>j'ai</i> +<span class="smcap">clairé</span> <i>£5OO dans mon année</i>;—<i>il a</i> <span class="smcap">clairé</span> +<i>à la douane</i>: dites, <i>j'ai fait un gain +net de £500 dans mon année</i>:—<i>il a eu sa +décharge de la douane</i>.</p> + +<p>CLENCHE, suivant Boiste, signifie +<i>loquet de porte</i>: mais <i>clencher</i> n'est pas +français: conséquemment l'on ne doit pas +dire, <i>on clenche à la porte</i>, etc.</p> + +<p>CŒUR, CHŒUR se prononcent <i>keur</i>. +Gardez-vous de dire avec le peuple, <i>qu-eur</i>.</p> + +<p>COFFEE. Il est du dernier ridicule +d'aller chercher le mot anglais <i>coffee</i>, que +l'on prononce comme les anglais, <i>kâu-fé</i> +tandis que nous avons le terme français <i>café</i>, +dont l'<i>a</i> est aigu, et que l'on doit par conséquent +prononcer <i>caf-é</i>.</p> + +<p>COUETTE pour signifier, cheveux de +la nuque noués, n'est pas français.</p> + +<p>COLLÉREUX-EUSE, dites, <i>colère</i>.</p> + +<p>COLLATION est féminin. <i>J'ai mangé +du fruit à</i> <span class="smcap">mon</span> <i>collation</i>,—<i>il a fait un</i> <span class="smcap">bon</span> +<i>collation</i>, sont des sollécismes insupportables.</p> + +<p>COLLECTER (du verbe anglais <i>to<span class="pagenum"><a name="Page_146" id="Page_146">[Pg 146]</a></span> +collect</i>) est un barbarisme. Il ne faut donc +pas dire, <span class="smcap">collecter</span> <i>des dettes</i>,—<i>des souscriptions</i>; +mais, <span class="smcap">recueillir</span> <i>des dettes</i>, <i>des +souscriptions</i>.</p> + +<p>COLLECTEUR. Ce mot se dit seulement +de celui qui est chargê de percevoir +les taxes, les impositions; mais non de +celui qui recueille des souscriptions, des +dettes, etc.</p> + +<p>CONDUITE n'est pas synonyme d'<i>économie</i>: +et c'est une faute grossière que de +dire, <i>cet homme a beaucoup de</i> <span class="smcap">conduite</span>, +pour signifier qu'il est fort entendu en économie.</p> + +<p>CORDEAU est une petite corde pour +aligner: et c'est à tort qu'on l'emploie au +pluriel comme synonyme des <i>rênes</i> ou +<i>guides</i>, que l'on attache à la bride d'un cheval +attelé à une voiture.</p> + +<p>CORDON, employé pour signifier une +mesure de bois de chauffage, n'est pas français.</p> + +<p><i>Cordon d'aube</i> est une faute: dites, <i>ceinture +d'aube</i>.</p> + +<p>COTON employé pour designer une +tige sans feuilles; un épi de blé d'Inde dépouillé +de ses grains; la souche d'un choux; +etc., est une faute grossière.</p> + +<p>COÛTE QUI COÛTE. Dites, <i>coûte</i> +<span class="smcap">que</span> <i>coûte</i>.</p> + +<p>CRACKER. Rejettez ce mot vulgaire<span class="pagenum"><a name="Page_147" id="Page_147">[Pg 147]</a></span> +anglais, par lequel on désigne une sorte de +petit biscuit dur et cassant; et dites en +français <i>biscotin</i>.</p> + +<p>CRAQUÉ. <i>Le mur est</i> <span class="smcap">craqué</span>,—<i>le +verre est</i> <span class="smcap">craqué</span>, sont des expressions +incorrectes: dites, <i>le mur est fendu, ou +crevassé</i>;—<i>le verre est fêlé</i>.</p> + +<p>CRI-CRI est le grillon domestique: il +ne doit pas être confondu avec le <i>criquet</i>, +habitant des champs, qui est une autre espèce +de grillon.</p> + +<p>CROCHET et TAQUET sont des +instrumens recourbés pour tenir quelque +chose. On ne doit pas confondre ces mots +avec <i>verrou</i>, qui est une fermeture de porte +d'une autre forme.</p> + +<p>CROUSTILLANT-TE, ne se trouve +dans aucun dictionnaire. Conséquemment +l'on ne doit pas dite: <i>pâtisserie</i> <span class="smcap">croustillante</span>:—<i>comptes</i> +<span class="smcap">croustillans</span>: mais, +<i>pâtisserie croquante</i>;—<i>comptes croustilleux</i>.</p> + +<p>CUSTODE. Au lieu de <i>tabernacle</i>, +le peuple dit <i>custode</i>, pour désigner l'ouvrage +fait en forme de petit temple pour +renfermer le saint ciboire. <i>Custode</i> n'est +qu'une couverture du ciboire.</p> + +<p class="p2">DALLE. L'emploi de ce mot, pour désigner +le petit canal qui conduit l'eau à la +roue d'un moulin, est une faute: <span class="smcap">auge</span> est +le vrai terme.<span class="pagenum"><a name="Page_148" id="Page_148">[Pg 148]</a></span></p> + +<p>DÉCESSER n'est pas français. <i>Il ne</i> +<span class="smcap">décesse</span> <i>de parler</i>; dites, <i>il ne cesse de +parler</i>.</p> + +<p>DÉFONCER <i>une porte</i>, est un solécisme: +dites, <i>enfoncer une porte</i>.</p> + +<p>DÉGRADER, terme de marine, signifie +<i>dégréer et abandonner un vaisseau</i>. <i>Navire</i> +<span class="smcap">dégradé</span> signifie aussi un <i>navire arrêté, +ou éloigné de sa route par la violence des +vents</i>.</p> + +<p>C'est contrairement aux règles de la langue +que l'on emploie le mot <i>dégrader</i> en parlant +des voyages par terre. Ainsi l'on dit, <i>nous +avons été</i> <span class="smcap">dégradés</span> <i>par le mauvais temps</i>: +pour, <i>nous avons été arrêtés en chemin par +le mauvais temps</i>;—<i>j'ai</i> <span class="smcap">dégradé</span> <i>mon +compagnon de voyage</i>; pour, <i>j'ai devancé +mon compagnon de voyage</i>, etc.</p> + +<p>DÉGRAS. <i>Être au dégras</i>, qui se dit +de quelqu'un devenu infirme et incapable +d'agir; ou de quelque chose qui est usé et +hors de service, n'est pas français.</p> + +<p>DÉMANCHER, qui veut dire, ôter la +manche à un instrument, est employé abusivement +pour signifier démonter un instrument +composé de plusieurs pièces, défaire +un ouvrage, détruire, démettre, disloquer, +etc., comme dans ces phrases: <i>cet ouvrage +est mal fait, il faut le</i> <span class="smcap">démancher</span>:—<i>il +faut</i> <span class="smcap">démancher</span> <i>cette lunette d'approche, +pour en nettoyer les verres</i>:—<i>il s'est</i> <span class="smcap">démanché</span> +<i>une épaule</i>.<span class="pagenum"><a name="Page_149" id="Page_149">[Pg 149]</a></span></p> + +<p>Mais on dit, <i>cette affaire se</i> <span class="smcap">démanche</span>, +pour signifier qu'elle va mal.</p> + +<p>DEMI-ARD ou DEMIARD, dans le +langage vulgaire, signifie une mesure de +liquide, de la demi-contenance d'une chopine.</p> + +<p><i>Demi-ard</i> ne se trouve pas dans les dictionnaires; +et par quel terme le remplacer?—Par +celui de <i>demi-chopine</i> ou de <i>demi-setier</i> +sans doute, puisque la <i>chopine</i> et le <i>setier</i> +sont une même mesure.</p> + +<p>DEPUIS. Ne dites pas, <span class="smcap">depuis</span> <i>Québec +jusqu'à Montréal il y a 60 lieues</i>;—<span class="smcap">depuis</span> +<i>ici jusque-là</i>: dites, <span class="smcap">de</span> <i>Québec à +Montréal</i> etc.—<span class="smcap">d'</span><i>ici jusque-là</i>.</p> + +<p>DÉTEINDRE. Ne dites pas, <i>ce drap</i> +<span class="smcap">déteint</span>, mais <span class="smcap">se</span> <i>déteint</i>.</p> + +<p>DIFFICILE. C'est une faute de dire, +<i>ces livres sont</i> <span class="smcap">difficiles</span> <i>à se procurer</i>: +il faut, <i>il est difficile à se procurer ces +livres</i>.</p> + +<p>DINDON est un substantif masculin qui +signifie <i>coq-d'Inde</i>. <i>Dinde</i> est la <i>poule-d'Inde</i>, +et féminin par conséquent: <i>voilà</i> <span class="smcap">un +beau</span> <i>dinde</i>,—<i>j'ai mangé</i> <span class="smcap">du</span> <i>dinde</i>, sont +donc des solécismes: dites, <i>voilà</i> <span class="smcap">une +belle</span> <i>dinde</i>:—<i>j'ai mangé</i> <span class="smcap">de la</span> <i>dinde</i>.</p> + +<p>On dit au moral, <i>voilà un grand dindon</i> +(niais) et non pas, <i>voilà un grand dinde</i>.</p> + +<p class="p2">ÉBAROUI. Terme de marine, qui se +dit d'un navire dont le bordage est desséché +par le soleil. Ce mot n'a point d'autre ac<span class="pagenum"><a name="Page_150" id="Page_150">[Pg 150]</a></span>ception, +et par conséquent les expressions, +<i>ce seau est</i> <span class="smcap">ébaroui</span>,—<i>cette cuve est</i> <span class="smcap">ébarouie</span>, +ne valent rien.</p> + +<p>ECCLESIASTIQUE. Terme qui désigne +tout membre du clergé, qu'il soit ou +non <i>prêtre</i>. C'est donc à tort que l'on applique +ce mot aux seuls aspirans, qui n'ont +pas reçu l'ordre de la prêtrise.</p> + +<p>ÉLEVEZ <i>les yeux au ciel</i>; phrase vicieuse: +dites, <i>levez les yeux au ciel</i>.</p> + +<p>EMBARQUEMENT. DÉBARQUEMENT. +ABORDAGE. Le peuple emploie +ces mots pour signifier un lieu propre +pour embarquer et débarquer. Il faut dire, +<span class="smcap">embarcadère</span>.</p> + +<p>EMBARQUER, S'EMBARQUER, +DÉBARQUER, pour signifier, monter en +voiture, descendre de voiture, en parlant de +voitures de terre, ne seraient que des expressions +ridicules, si elles fussent restées +dans les derniers rangs de la société: mais +que ces locutions ignobles aient gagné nos +salons respectables, c'est un vrai scandale. +<i>Monsieur est</i> <span class="smcap">débarqué</span> <i>du carosse</i>,—<i>Madame +est</i> <span class="smcap">embarquée</span> <i>dans la calèche</i>,—<i>je +m'</i><span class="smcap">embarquerai</span> <i>dans mon traîneau</i>. Quel +pitoyable langage!</p> + +<p>ÉMIGRATION est l'action d'émigrer. +Il est l'opposé d'<span class="smcap">immigration</span>, qui signifie +l'établissement d'étrangers dans un pays.</p> + +<p>EMMANCHER, (prononcez <i>an-manché</i>, +et non pas <i>a-manché</i>) signifie mettre<span class="pagenum"><a name="Page_151" id="Page_151">[Pg 151]</a></span> +un manche. On voit par là combien ce +mot est employé abusivement dans ces +phrases, <i>cet artiste a mal</i> <span class="smcap">emmanché</span> <i>ma +lunette d'approche</i>,—<i>l'ouvrier a</i> <span class="smcap">emmanché</span> +<i>le tuyau du poële</i>, etc.</p> + +<p>Cependant le verbe réfléchi, <i>s'emmancher</i>, +s'emploie figurément pour signifier <i>s'arranger</i>, +<i>s'ajuster</i>;—<i>cela ne</i> <span class="smcap">s'emmanche</span> <i>pas ainsi</i>.</p> + +<p>EN QUELQUE PART, locution ridicule: +<i>il est allé</i> <span class="smcap">en quelque part</span>: retranchez +<span class="smcap">en</span>.</p> + +<p>ENCANTER, ou, <i>mettre sur le</i> <span class="smcap">can</span>, +sont des expressions barbares que l'on doit +remplacer par l'adverbe <i>de champ</i>, qui signifie +posé horisontalement sur le côté le +plus étroit. Ainsi placer une brique <i>de +champ</i>, c'est la placer sur la face la plus +étroite: mettre des solives <i>de champ</i>, c'est +les poser sur la partie la moins large.</p> + +<p>ENGRENER; <i>Laisser</i> <span class="smcap">engrener</span> <i>le +mal</i>, pour signifier <i>laisser augmenter la maladie</i>, +est un solécisme.</p> + +<p>ESCOUSSE veut dire course pour +mieux sauter. On confond souvent ce mot +avec <i>fois</i>, et l'on dit, <i>essayez encore une</i> <span class="smcap">escousse</span>, +pour, <i>essayez encore une</i> <span class="smcap">fois</span>:—<i>à +une autre</i> <span class="smcap">escousse</span> <i>je serai plus heureux</i>, +pour, <i>une autre</i> <span class="smcap">fois</span> <i>je serai plus heureux</i>.</p> + +<p>ÉTANCHE pour signifier qui ne coule +pas, n'est pas français. <i>Un baril</i> <span class="smcap">étanche</span>,—<i>un +navire</i> <span class="smcap">étanche</span>, sont donc des locutions +vicieuses.<span class="pagenum"><a name="Page_152" id="Page_152">[Pg 152]</a></span></p> + +<p>Ce qui suit se lit dans le Dict. de Trévoux.</p> + +<p class="blockquot">«On dit d'un vaisseau qui ne prend point +eau, qu'il est <i>étanché</i>: on dit aussi que +les soufflets d'un orgue sont bien <i>étanchés</i>, +lorsque le vent ne se perd pas.»</p> + +<p>EXAMEN. On prononce <i>examène</i> et +<i>examin</i>. Cette dernière prononciation est +préférable.</p> + +<p class="p2">FARD. On désigne souvent par le +mot <i>fard</i> les viandes et herbes hachées +mince pour mettre dans la volaille, etc. +C'est une faute; il faut dire <i>farce</i>.</p> + +<p>FER. C'est abusivement qu'on nomme +<i>marchands de fer</i>, ceux qui exercent la profession +de <i>taillandier</i> et de <i>ferronnier</i>.</p> + +<p>FIÈREMENT. C'est peu connaître +la valeur de ce mot que de l'employer +comme suit; <i>cet homme est</i> <span class="smcap">fièrement</span> <i>laid</i> +(très-laid); <i>cet enfant est</i> <span class="smcap">fièrement</span> +<i>gauche</i> (très-gauche), etc.</p> + +<p>FIXEMENT. Prononcez <i>fixce-ment</i>, +et non pas <i>fix-é-ment</i>.</p> + +<p>FLÉAU, instrument pour battre les +grains, se prononce <i>flé-ô</i> et non pas <i>flô</i>.</p> + +<p>FORT est souvent, mais abusivement, +employé pour village, bourg, bourgade: +<i>allons au</i> <span class="smcap">fort</span> <i>de Varennes</i>.</p> + +<p>L'existence jadis de forts bâtis par les +premiers colons du pays, pour se mettre à +l'abri des incursions des indigènes, a donné +lieu à cette locution vicieuse.<span class="pagenum"><a name="Page_153" id="Page_153">[Pg 153]</a></span></p> + +<p>FOURRIÈRE est le lieu où l'on enferme +les chevaux, le bétail saisis: on dit, <i>mettre +en fourrière</i>, <i>être en fourrière</i>.</p> + +<p><i>Enclos public</i> pour signifier <i>fourrière</i>, est +une faute grossière.</p> + +<p>FRAÎCHE. <i>Prendre la</i> <span class="smcap">fraîche</span> est +un barbarisme; dites, <i>prendre le</i> <span class="smcap">frais</span>.</p> + +<p>FRICASSER <i>des coups à quelqu'un</i>,—<i>fricasser +son camp</i>,—<i>je m'en fricasse</i>, sont +des expressions si basses que la plume +refuse presque de les tracer.</p> + +<p>FRICOT, terme bas et populaire, que +ne profèrent jamais les personnes d'éducation.</p> + +<p>FRINGALE, mot vulgaire employé pour +signifier faim pressante, n'est pas dans les +dictionnaires.</p> + +<p class="p2">GAUSSER, pour signifier couper menu +du bois, ou autre chose, comme font les +enfans pour s'amuser, n'est pas français.</p> + +<p>GENRE de certains substantifs. Les +erreurs populaires relativement au genre de +certains substantifs, doivent être évitées +avec une attention, toute particulière. Quoi +de plus révoltant que les expressions, <i>l'angelus +est</i>-<span class="smcap">elle sonnée</span>?—<span class="smcap">une</span> <i>appétit</i> +<span class="smcap">dévorante</span>:—<span class="smcap">cette</span> <i>ouvrage est très</i>-<span class="smcap">belle</span>: +<i>on donne de</i> <span class="smcap">fortes</span> <i>gages à ce +domestique</i>, etc.</p> + +<p>GERMAGE: barbarisme, dont nos +paysans se servent pour exprimer l'état des<span class="pagenum"><a name="Page_154" id="Page_154">[Pg 154]</a></span> +grains qui, après avoir été sciés et mis en +javelle, ont germé sur le sillon.</p> + +<p>GINGUER, ÊTRE EN GINGUE: +expressions barbares pour signifier faire des +gambades, en parlant des quadrupèdes, et +même des personnes.</p> + +<p>GOUTTIÈRE est un canal pour les eaux +de pluie des toits: c'est à tort que l'on emploie +comme synonymes de <i>gouttière</i> les termes +<i>dalle</i> et <i>dallot</i>, qui signifient, le premier, +<i>canal de pompe</i>, ou, <i>tablettes de pierres +dures</i>, <i>dont on revêt les trottoirs</i>, <i>les terrasses</i>, +etc.: le second, <i>canal pour l'écoulement +des eaux d'un navire</i>.</p> + +<p>Le mot <i>gouttière</i> est, à son tour, employé +improprement employé pour signifier, <i>petite fente</i> ou +<i>trou</i> dans un toit, une voûte, etc., par +lequel les eaux suintent.</p> + +<p>GRAINS <i>de pluie</i>, faute grossière: dites, +<i>gouttes de pluie</i>.</p> + +<p>GRÉER, que le peuple prononce <i>grayer</i>, +signifie <i>équipper un vaisseau</i>. Les locutions +suivantes prouvent jusqu'à quel point +le vulgaire abuse du mot <i>gréer</i>. <i>C'est un +homme bien</i> <span class="smcap">grayé</span> <i>en chevaux</i>:—<i>je me</i> +<span class="smcap">graye</span> <i>pour aller à la chasse</i>,—<i>vous n'êtes +pas</i> <span class="smcap">grayé</span> <i>pour loger tant de monde</i>, etc.</p> + +<p>GROCERY. Rejettez ce mot anglais, +et dites <i>épicerie</i>. D'ailleurs la prononciation +du mot <i>grocery</i> donne lieu à une équivoque, +en ce que l'on croit entendre le mot<span class="pagenum"><a name="Page_155" id="Page_155">[Pg 155]</a></span> +français <i>grosserie</i>, qui signifie commerce +en gros, ou gros ouvrages de taillandiers.</p> + +<p>Groseille d'après le Dict. de l'Acad. +est une espèce de <i>petit fruit..qui vient par +grappes. Il y a groseille rouge et blanche.</i></p> + +<p><i>Groseille à maquerau ou groseille verte</i>, +d'après la même autorité, est un <i>fruit vert +ou rougeâtre, plus gros que les groseilles +ordinaires, qui vient sur un arbrisseau +épineux</i>.</p> + +<p>Ces descriptions de la groseille s'accordent +avec celles des naturalistes.</p> + +<p>Quant au mot <i>gadelle</i>, par lequel nous +désignons d'ordinaire la groseille à grappes, +il ne se trouve ni dans le Dict. de l'Acad. +ni dans celui de l'Hist. Nat. de Valmont-Bomare. +Boiste dit que <i>gadelle</i> est une +espèce de <i>groseille</i>: et on lit dans le Dict. +d'Hist. Nat. par une société de savans, que +<i>gadelle est le nom que portent les groseilles +dans la ci-devant province du Perche</i> en +France.</p> + +<p>De ces observations il résulte, que c'est +une erreur de nommer <i>gadelle</i>, le fruit à +grappes, dont il est question.</p> + +<p>GUELLARD prononcez <i>gheu-lar</i> et +non pas, <i>gu-el-lar</i>. Celle dernière prononciation +est vicieuse, et elle doit être evitée +également dans les mots suivants.</p> + +<table border="0" cellpadding="1" cellspacing="0" summary="gueule" class="tableft"> +<tr><td align="left">Gueule,</td><td align="left"><i>prononcez </i></td><td align="left">gheule.</td></tr> +<tr><td align="left">Gueulée,</td><td align="left">——</td><td align="left">gheu-lé.</td></tr> +<tr><td align="left">Gueuler,</td><td align="left">——</td><td align="left">gheu-lé.</td></tr> +<tr><td align="left"><span class="pagenum"><a name="Page_156" id="Page_156">[Pg 156]</a></span>Gueules,</td><td align="left">——</td><td align="left">gheule.</td></tr> +<tr><td align="left">Gueulette,</td><td align="left">——</td><td align="left">gheu-lette.</td></tr> +<tr><td align="left">Gueusaille,</td><td align="left">——</td><td align="left">gheu-saille.</td></tr> +<tr><td align="left">Gueusailler, </td><td align="left">——</td><td align="left">gheu-sail-lé.</td></tr> +<tr><td align="left">Gueusant,</td><td align="left">——</td><td align="left">gheu-san.</td></tr> +<tr><td align="left">Gueuse,</td><td align="left">——</td><td align="left">gheuse.</td></tr> +<tr><td align="left">Gueuser,</td><td align="left">——</td><td align="left">gheusé.</td></tr> +<tr><td align="left">Gueuserie,</td><td align="left">——</td><td align="left">gheu-se-ri.</td></tr> +<tr><td align="left">Gueux,</td><td align="left">——</td><td align="left">gheu.</td></tr> +<tr><td align="left">Dégueuler,</td><td align="left">——</td><td align="left">dé-gheu-lé.</td></tr> +</table> + +<p class="p2">HONTEUX. L'<i>h</i> de ce mot est aspiré. +Qu'il est pénible d'entendre dire <i>cè-tonteux</i>,—<i>il +è-tonteux</i>, pour, <i>c'est-honteux</i>,—<i>il est-honteux</i>!</p> + +<p class="p2">ICI. Ne dites pas, <i>ces jours-ici</i>,—<i>ces +livres-ici</i>: ce sont des fautes: il faut dire, +<i>ces jours-ci</i>,—<i>ces livres-ci</i>, etc.</p> + +<p>IL N'A QU'À <i>pleuvoir</i>; <i>Paul n'a qu'à +tomber</i>; solécismes; dites, <i>s'il vient à pleuvoir</i>,—<i>si +Paul vient à tomber</i>, ou, <i>s'il pleut</i>,—<i>si +Paul tombe</i>.</p> + +<p>ILS employé pour <span class="smcap">elles</span>, est un solécisme +révoltant. Quel pitoyable langage +que celui qui suit! <i>Où sont ces Demoiselles? +ont-</i><span class="smcap">ils</span> <i>oublié l'invitation à dîner +chez notre tante?—non, Monsieur,</i> <span class="smcap">ils</span> <i>ne +l'ont pas oublié;</i> <span class="smcap">ils</span> <i>sont au jardin, et vous +y attendent.</i></p> + +<p>Les mêmes remarques s'appliquent à <i>eux</i> +et à <i>eux-autres</i>, qu'on emploie fréquemment +pour <i>elles</i>.</p> + +<p>IMPERTINENCE. <i>Donner des im<span class="pagenum"><a name="Page_157" id="Page_157">[Pg 157]</a></span>pertinences +à quelqu'un</i>, est une locution +barbare.</p> + +<p>INFLAMMATION. Gardez-vous de +prononcer avec le peuple <span class="smcap">an</span>-<i>flâ-mâ-tion</i>: +dites, <i>in-flamme-mace-i-on</i>.</p> + +<p>INGÉNIEUR. C'est une erreur de +désigner par ce terme celui qui dirige les +machines d'un moulin à vapeur; d'un bateau-à-vapeur, +etc.: <i>machiniste</i> est le mot +propre.</p> + +<p>INVECTIVER <i>quelqu'un</i>, n'est pas +français: il faut dire, <i>invectiver contre quelqu'un</i>.</p> + +<p class="p2">JOLIMENT. On fait quelquefois un +étrange abus de ce mot; comme quand on +dit, <i>cet homme est</i> <span class="smcap">joliment</span> <i>laid</i>:—<i>il fait</i> +<span class="smcap">joliment</span> <i>froid</i>.</p> + +<p class="p2">LARD. <i>Lard salé</i>, <i>lard frais</i>, <i>manger +du lard</i>; expressions barbares; dites, <i>porc +salé</i>, <i>porc frais</i>, <i>manger du porc</i>.</p> + +<p><i>Lard</i> est la graisse ferme qui est entre le +cuir et la chair du porc, de la baleine, etc.</p> + +<p><i>Porchet</i> pour <i>jeune porc</i> n'est pas français.</p> + +<p>LARGUER. On emploie souvent, mais +abusivement, ce terme de marine, pour signifier, +lâcher prise, laisser aller, détendre, +etc.</p> + +<p>LENDEMAIN. <i>Du jour au lendemain</i> +est une locution incorrecte: dites d'un +jour à l'autre: ou, de la veille au lendemain.<span class="pagenum"><a name="Page_158" id="Page_158">[Pg 158]</a></span></p> + +<p>LETTRE MOULÉE est une lettre +imprimée: c'est aussi une écriture à la main +qui imite l'imprimé. Dans ce dernier sens +on dit, <i>écriture en</i> <span class="smcap">lettres moulées</span>:—<i>écrire +un compliment en</i> <span class="smcap">lettres moulées</span>: +et non pas <i>écriture</i> <span class="smcap">imprimée</span>:—<span class="smcap">imprimer</span> +<i>un compliment</i>.</p> + +<p>LOCUTIONS LATINES. Les locutions +latines, <i>exempli gratiâ</i>—<i>verbi +gratiâ</i>,—<i>id est</i>,—<i>anno Domini</i>,—<i>ante meridiem</i>,—<i>post +meridiem</i>,—<i>junior</i>, <i>senior</i>, etc. +n'ayant pas été incorporées à la langue, +doivent être rejettées.</p> + +<p>LONGUE-VUE employé pour signifier +<i>lunette d'approche</i>, ou <i>lunette à longue +vue</i>, est un solécisme.</p> + +<p>LORSQUE. Faites sonner l'<i>s</i> de ce +mot: mais garder-vous de faire entendre +trois syllabes en prononçant <i>lor-se-que</i>.</p> + +<p class="p2">MACONNE n'est pas un substantif. C'est +une erreur très-commune d'employer ce +moi pour <i>maçonnage</i>, qui est le travail du +maçon: et pour <i>maçonnerie</i>, qui est l'ouvrage achevé.</p> + +<p>MAL. <i>J'ai mal à</i> <span class="smcap">ma</span> <i>jambe</i>,...<i>à</i> <span class="smcap">mon</span> +<i>bras</i>: dites, <i>j'ai mal à</i> <span class="smcap">la</span> <i>jambe</i>,...<span class="smcap">au</span> <i>bras</i>.</p> + +<p>MAL COMPLAISANT. Dites, <span class="smcap">peu</span> +<i>complaisant</i>. Les locutions <i>mal appris</i>, +<i>mal éduqué</i> sont incorrectes; il faut dire +<i>mal élevé</i>.</p> + +<p>MANCHONNIER. Dites, <i>foureur</i>,<span class="pagenum"><a name="Page_159" id="Page_159">[Pg 159]</a></span> +car <i>manchonnier</i> ne se trouve pas dans les +dictionnaires.</p> + +<p>MARBRE. <i>Bille</i> est le nom de la petite +boule de marbre, qui sert de jouet aux +enfans. Il faut donc dire, <i>jouer aux</i> <span class="smcap">billes</span>, +et non pas, <i>jouer aux</i> <span class="smcap">marbres</span>.</p> + +<p>MARIER (se). On ne se marie pas +<span class="smcap">avec</span> quelqu'un, mais <span class="smcap">à</span> quelqu'un.</p> + +<p>La locution, <i>Mons. N. a marié Mlle +N.</i> pour signifier <i>a épousé Mlle N.</i>, est +révoltante.</p> + +<p>MÉGARD. Le vrai mot, est <i>mégarde</i>: +ainsi ne dites pas, <i>j'ai fait cela par</i> <span class="smcap">mégard</span>, +mais...<i>par</i> <span class="smcap">mégarde</span>.</p> + +<p>MEILLEUR. <i>Au</i> <span class="smcap">meilleur</span> <i>de mon +jugement</i>,—<i>au</i> <span class="smcap">meilleur</span> <i>de ma connaissance</i>,—<i>Monsieur +vous offre ses</i> <span class="smcap">meilleurs</span> +<i>complimens</i>,—<i>Madame vous présente ses</i> +<span class="smcap">meilleurs</span> <i>respects</i>, sont des anglicismes +que la langue française repousse.</p> + +<p>MENOIRES, TRAVAIL, pour désigner +les deux pièces de bois d'un traîneau, +entre lesquelles le cheval est attelé, sont +des barbarismes. Dites <i>limonière</i>.</p> + +<p><i>Limon</i> est l'une des branches de la <i>limonière</i>, +et ne doit pas être confondu <i>avec timon</i>, +qui est la longue pièce d'un chariot ou +d'un carrosse, des deux côtés de laquelle on +attelle les chevaux.</p> + +<p>MENTHE se prononce <i>mante</i>. Gardez-vous +de dire avec le vulgaire, <i>une décoction +de</i> <span class="smcap">minthe</span>,—<i>je bois de la</i> <span class="smcap">minthe</span>,<span class="pagenum"><a name="Page_160" id="Page_160">[Pg 160]</a></span>—<i>la</i> +<span class="smcap">minthe</span> <i>est un fébrifuge</i>, etc. Cette +prononciation est insupportable.</p> + +<p>MER n'est pas synonyme de <i>vague</i>. Ne +dites pas, <i>il fut emporté par une</i> <span class="smcap">mer</span>: dites, +<i>il fut emporté par une lame</i>, <i>par une vague</i>, +ou <i>par un coup de mer</i>.</p> + +<p>MIDI, MINUIT n'ont point de pluriel. +<i>Je sors tous les</i> <span class="smcap">midis</span>;—<i>je m'éveille tous les</i> +<span class="smcap">minuits</span>, sont donc des locutions incorrectes: +dites, <i>je sors tous les jours à</i> <span class="smcap">midi</span>:—<i>je +m'éveille toujours à</i> <span class="smcap">minuit</span>.</p> + +<p>MITOUCHE (sainte). Dites, <i>sainte</i> +<span class="smcap">Nitouche</span>,—<i>faire la sainte</i> <span class="smcap">Nitouche</span>.</p> + +<p>MOINDREMENT ne se trouve dans +aucun dictionnaire.</p> + +<p>MOUILLER. <i>Il</i> <span class="smcap">mouille</span>,—<i>il va</i> +<span class="smcap">mouiller</span>, pour, <i>il pleut</i>,—<i>il va pleuvoir</i>, +sont des fautes grossières.</p> + +<p>MOYENNANT QUE n'est pas français: +dites, <i>pourvu que</i>.</p> + +<p class="p2">NAVIRE. C'est une erreur de désigner +par ce mot les seuls vaisseaux à trois +mâts. <i>Navire</i> signifie en général, <i>bâtiment +de mer</i>: et l'on dit, <i>un navire à trois mâts</i>,—<i>à +deux mâts</i>.</p> + +<p>NEIGE. <i>Chute de neige</i>,—<i>abat de +neige</i>,—<i>bordée de neige</i>, sont des solécismes; +aussi bien que ces autres expressions, +en parlant de neige: <i>il poudre</i>,—<i>il +fait une grosse poudrerie</i>, etc.<span class="pagenum"><a name="Page_161" id="Page_161">[Pg 161]</a></span></p> + +<p class="p2">ORDRE. <i>J'ai</i> <span class="smcap">ordre</span> <i>de vous notifier</i>; +dites, <i>j'ai</i> <span class="smcap">reçu</span> <i>ordre</i>,....</p> + +<p>ORGE est féminin, excepté dans ces +mots, <i>orge mondé</i>,—<i>orge perlé</i>.</p> + +<p><i>Orge mondaine</i> est une faute grossière.</p> + +<p>OUBLIE est une sorte de pâtisserie, et +c'est une faute d'employer ce mot pour signifier +<i>pain à cacheter</i>.</p> + +<p>OUSSE <i>qu'il est?</i> expression barbare: +dites, <i>où est-il?</i></p> + +<p>OUVREZ. Quand on frappe à votre +porte, dites, <i>entrez</i>, et non pas <i>ouvrez</i>.</p> + +<p class="p2">PAGAIE est le terme propre pour désigner +la rame dont les Indiens se servent +pour faire aller leurs pirogues et canots +d'écorce. <i>Aviron</i> pris dans ce sens est une +faute, parce que <i>aviron</i> est une sorte de +rame de batelier.</p> + +<p>PAGAYEUR, celui qui tire à la pagaie.</p> + +<p>PAGÉE de clôture. Le mot <i>pagée</i> +n'est pas français.</p> + +<p>PAIRE <i>de vache</i>, faute grossière: dites, +<i>Pis de vache</i>, <span class="smcap">pis</span> <i>de brebis</i>, <span class="smcap">pis</span> <i>de truie</i>.</p> + +<p>Considéré comme bon à manger, <i>pis</i> +prend le nom de <i>tétine</i>. <i>Manger d'une +tétine</i>.</p> + +<p>PARAPET. On désigne souvent par +ce mot le chemin élevé, pratiqué le long des +rues, des ponts, etc., pour les gens à pied. +C'est une faute: <i>trottoir</i> est le terme propre.<span class="pagenum"><a name="Page_162" id="Page_162">[Pg 162]</a></span></p> + +<p>PARCE QUE, conjonction, se prononce +en deux syllabes, et non en trois.</p> + +<p>PARFAIT. <i>Il chante au</i> <span class="smcap">parfait</span>,—<i>cela +va au</i> <span class="smcap">parfait</span>.—Dites, <i>il chante parfaitement</i>,—<i>cela +va parfaitement</i>.</p> + +<p>PAR RAPPORT QUE, employé pour +<i>parce que</i>, ou <i>par la raison que</i>, est une +locution vicieuse. Il ne faut donc pas dire: +<i>je ne puis encore répondre à votre question</i> +<span class="smcap">par rapport que</span> <i>je n'ai pas eu le temps +de l'examiner à fond</i>:—dites..<i>parce que</i>, +ou, <i>par la raison que je n'ai pas eu le +temps</i>, etc.</p> + +<p>PAS MAL est une expression incorrecte, +lorsqu'elle est employée pour signifier une +certaine abondance, une quantité ou un +nombre passable, comme dans ces locutions: +<i>il pleut</i> <span class="smcap">pas mal</span>,—<i>il y avait</i> <span class="smcap">pas mal</span> <i>de +monde à l'assemblée</i>:—<i>il reste</i> <span class="smcap">pas mal</span> +<i>de vin dans cette caraffe</i>,—<i>son discours a +été</i> <span class="smcap">pas mal</span> <i>long</i>.</p> + +<p><i>Pas guère</i> est un barbarisme.</p> + +<p>PASSÉ, contraction ridicule des mots +<i>pas</i> et <i>assez</i>. <i>Je n'ai</i> <span class="smcap">passé</span>, (pas assez) +<i>d'argent pour faire cette emplette</i>.</p> + +<p>PELLETER, qu'on emploie pour signifier, +jetter quelque chose avec une pelle, +n'est pas français. On doit donc éviter les +expressions: <span class="smcap">pelleter</span> <i>la neige</i>,—<span class="smcap">pellerer</span> +<i>la terre</i>, etc. Mais on dit, <i>pellée</i>, +<i>pellerée</i> ou <i>pelletée de neige</i>,—<i>de terre</i>, +etc.<span class="pagenum"><a name="Page_163" id="Page_163">[Pg 163]</a></span></p> + +<p>PELOTE. <i>Jeu de</i> <span class="smcap">pelote</span>;—<i>jouer à +la</i> <span class="smcap">pelote</span>, sont des expressions vicieuses: +dites: <i>jeu de</i> <span class="smcap">paume</span>,—<i>jouer à la</i> <span class="smcap">paume</span>.</p> + +<p>C'est avec une <i>balle</i>, et non avec une +<i>pelote</i>, qu'on joue à la paume.</p> + +<p>Mais on dit, <i>se battre à coups de pelotes +de neige</i>...<i>de boules de neige</i>.</p> + +<p>Le verbe neutre <i>peloter</i>, signifie, jouer à +la paume, sans faire de partie réglée.</p> + +<p>PICOTE, PICOTE-VOLANTE, sont +des barbarismes. Il faut, <span class="smcap">variole</span>, <span class="smcap">varicelle</span>: +ou <span class="smcap">petite-vérole</span>, <span class="smcap">petite-vérole +volante</span>.</p> + +<p>Mais on dit, <i>picoté</i> pour signifier <i>marqué +de petite vérole</i>.</p> + +<p>PIEDS. <i>Il a ses souliers</i> <span class="smcap">dans</span> <i>ses +pieds</i>;—<i>il a ses bas</i> <span class="smcap">dans</span> <i>ses jambes</i>: +dites, <i>il a ses souliers</i> <span class="smcap">aux</span> <i>pieds</i>...<i>ses bas</i> +<span class="smcap">aux</span> <i>jambes</i>.</p> + +<p>PLANCHE. La table peinte en noir +pour écrire, tracer des figures, etc., dans +les écoles, se nomme <span class="smcap">tableau</span> et non pas +<span class="smcap">planche</span>.</p> + +<p>PLANCON. On désigne ainsi une +longue et forte pièce de bois écarrie: c'est +une faute: <i>plançon</i> est une branche de +saule, ou d'un autre arbre, qui vient de bouture.</p> + +<p>POCHETÉE. <i>Une</i> <span class="smcap">pochetée</span> <i>de +blé</i>:—<i>une</i> <span class="smcap">pochetée</span> <i>de sel</i>, sont des barbarismes: +dites,—<i>une</i> <span class="smcap">poche</span> ou <i>un</i> <span class="smcap">sac</span> <i>de +blé</i>:—<i>une</i> <span class="smcap">poche</span> ou <i>un</i> <span class="smcap">sac</span> <i>de sel</i>.<span class="pagenum"><a name="Page_164" id="Page_164">[Pg 164]</a></span></p> + +<p>POIGNÉE. C'est à tort que l'on emploie +ce mot pour désigner les <i>anses</i> qui servent +à porter un coffre, une casette, une malle. +<i>Portant</i> est le mot propre.</p> + +<p><i>Poignée de serrure</i> est aussi une faute: +dites, <i>bouton de serrure</i>.</p> + +<p>On dit cependant <i>poignée d'une épée</i>.</p> + +<p>POIS CHICHE est une sorte de gros +pois. Le peuple dit <i>pois</i> <span class="smcap">chiques</span>: et il +emploie cette expression pour désigner de +mauvais pois.</p> + +<p>PORTANT, participe du verbe <i>porter</i>, +ne doit pas être employé comme adjectif +verbal. Il ne faut donc pas dire, <i>je suis +bien</i> <span class="smcap">portant</span>,—<i>elle est bien</i> <span class="smcap">portante</span>: +mais, <i>je me porte bien</i>,—<i>elle se porte bien</i>.</p> + +<p>PRENDRE <i>du froid</i>,—<i>un rhume</i>, sont +des anglicismes que l'on doit éviter: il faut +dire, <i>attraper</i> ou <i>gagner du froid</i>, <i>un +rhume</i>, <i>la fièvre</i>, <i>une maladie</i>.</p> + +<p>PRÊT. Au lieu de <i>prêt</i> et <i>prête</i>, le +peuple emploie souvent les mots <i>paré</i> et +<i>parée</i>. Delà des expressions pitoyables, +telles que,—<i>êtes-vous</i> <span class="smcap">paré</span> <i>à commencer</i>?—<i>cette +Dame est-elle</i> <span class="smcap">parée</span> <i>à partir</i>? etc.</p> + +<p>PROMETTRE. <i>Je vous</i> <span class="smcap">promets</span> +<i>qu'il est arrivé</i>; expression vicieuse, qui +doit être remplacée par, <i>je vous</i> <span class="smcap">assure</span> <i>qu'il +est arrivé</i>.</p> + +<p>PROMOUVOIR (qui n'est guère employé +qu'à l'infinitif et aux temps composés)<span class="pagenum"><a name="Page_165" id="Page_165">[Pg 165]</a></span> +signifie <i>avancer à quelque dignité</i>: il se dit +principalement d'un ordre, d'une dignité +ecclésiastique. <span class="smcap">Promouvoir</span> <i>les intérêts de +quelqu'un</i>;—<span class="smcap">promouvoir</span> <i>la prospérité du +pays</i>; etc., sont donc des barbarismes.</p> + +<p class="p2">QUASIMENT: dites, <i>quasi</i>, <i>presque</i>.</p> + +<p>QU'EST-CE QUE T'AS?—<span class="smcap">t'as</span> <i>mal +agi</i>;—<span class="smcap">qu'est-ce</span> <i>qui appelle</i>? sont des +expressions barbares.</p> + +<p>QUEUE. Prononcez, <i>keu</i> et non pas +<i>qu-eu</i>:—<i>la queue de votre robe</i>;—<i>Pacha +à trois queues</i>: dites, <i>la</i> <span class="smcap">keu</span> <i>de votre +robe</i>:—<i>Pacha à trois</i> <span class="smcap">keu</span>.</p> + +<p class="p2">RAIDE n'est jamais substantif. Il faut +donc éviter l'expression vulgaire, <i>avoir son</i> +<span class="smcap">raide</span> <i>à</i>, comme dans cette phrase, <i>il a eu +tout son</i> <span class="smcap">raide</span> <i>à soulever ce fardeau</i>.</p> + +<p>RAISONS. Ne dites pas, <i>avoir des</i> +<span class="smcap">raisons</span> avec quelqu'un: mais, <i>avoir dispute</i>, +ou <i>querelle avec quelqu'un</i>.</p> + +<p>RAMANCHER, RAMANCHEUR, +mots barbares, dont l'emploi est fréquent. +Ou dit <span class="smcap">ramancher</span> pour <i>remboîter</i>:—<span class="smcap">ramancheur</span> +pour <i>rebouteur</i>:—<span class="smcap">ramancher</span> +<i>une affaire</i> pour, <i>raccommoder une affaire</i>: +<span class="smcap">ramancher</span> <i>un instrument</i>, pour, <i>remettre +un manche à un instrument</i>, etc.</p> + +<p>RANCUNEUX, EUSE, n'est pas français: +dites, <i>rancunier</i>, <i>ère</i>.</p> + +<p>RASE, pour signifier <i>radoire</i> ou <i>racloire</i> +n'est pas français.<span class="pagenum"><a name="Page_166" id="Page_166">[Pg 166]</a></span></p> + +<p>RASER <i>le grain</i>, pour signifier, passer +la racloire par dessus la mesure de grain, +est une double faute de langage; d'abord +parceque <i>raser</i> est employé ici improprement +pour <i>rader</i> ou <i>racler</i>; et ensuite parce +qu'on ne racle pas le grain, mais bien la +mesure du grain. Il faut donc pour parler +correctement, dire, <i>rader</i> ou <i>racler la mesure +du grain</i>, <i>du sel</i>, etc.</p> + +<p>Quelques grammairiens emploient les mots +<i>rader</i> et <i>radoire</i> seulement pour la mesure +du sel, et <i>racler</i> et <i>racloire</i> pour celle des +grains.</p> + +<p>On dit, <i>acheter</i> et <i>vendre à mesure rase</i>.</p> + +<p>RÉFÉRENCE est un mot anglais, qu'on +emploie abusivement pour <i>renvoi</i>, en parlant, +d'un signe, qui dans un livre renvoie à un +pareil signe hors du texte.</p> + +<p>C'est également une faute grave d'employer +le verbe actif <i>référer</i>, dans le sens de +<i>renvoyer à une autorité</i>, etc.</p> + +<p>REFROIDIR. FROIDIR, FROID. +Évitez de prononcer <i>refraidir</i>, <i>fraidir</i>, +<i>fraid</i>; aussi bien que de dire, <i>il fait frette</i>, +pour, <i>il fait froa</i>.</p> + +<p>REMERCIER POUR. ÊTRE OBLIGÉ +POUR. <i>Je vous</i> <span class="smcap">remercierai pour</span> +<i>du pain</i>:—<i>je vous serai</i> <span class="smcap">obligé pour</span> <i>de +l'eau</i>, sont des anglicismes qui doivent être +bannis de la bonne société: dites, <i>je vous +prie de me passer le pain</i>,...<i>de me donner +l'eau</i>.<span class="pagenum"><a name="Page_167" id="Page_167">[Pg 167]</a></span></p> + +<p>RÉSOLU. C'est une faute de dire +qu'un homme est <span class="smcap">résolu</span>, pour signifier qu'il +est <i>gros</i>, <i>robuste</i>, etc.</p> + +<p>RESTER, pour signifier, faire sa demeure, +n'est pas français. Ainsi au lieu +de, <i>où</i> <span class="smcap">restez</span>-<i>vous</i>? dites, <i>où</i> <span class="smcap">demeurez</span>-<i>vous</i>?</p> + +<p>Ne dites pas, <i>ce cheval est</i> <span class="smcap">resté</span>; +mais, <i>ce cheval est</i> <span class="smcap">rendu</span>.</p> + +<p>REVOLIN, terme de marine, est l'action +du vent qui réfléchit d'une voile à l'autre. +Le vulgaire emploie improprement ce mot +pour <span class="smcap">ressac</span>, qui est le retour des vagues +vers le large, après qu'elles ont frappé violemment +un obstacle.</p> + +<p>RIEN. Ce mot est employé abusivement +dans plusieurs locutions. Ainsi l'on +dit, <i>un morceau de</i> <span class="smcap">rien</span>, pour <i>un très-petit +morceau</i>:—<i>une maison de</i> <span class="smcap">rien</span>, pour +<i>une maison de très-peu de valeur</i>, etc.</p> + +<p>RONDIN est bien un gros bâton; mais +il signifie aussi un morceau de bois de chauffage +qui est rond. Ainsi une grosse buche +ronde est un <i>rondin</i>. C'est donc une erreur +de n'employer ce mot que pour désigner +le menu bois rond de chauffage.</p> + +<p>RUETTE, pour <i>petite rue</i>, n'est pas +français: dites, <i>ruelle</i>.</p> + +<p class="p2">SALOPER, pour <i>salir</i>, ne se trouve +pas dans les dictionnaires.</p> + +<p>SALOPERIE. Le peuple donne sou<span class="pagenum"><a name="Page_168" id="Page_168">[Pg 168]</a></span>vent +à ce mot des significations qui lui sont +étrangères, comme dans ces phrases: <i>il +s'est vendu beaucoup de</i> <span class="smcap">saloperies</span> <i>à cet +encan</i>, pour <i>il s'est vendu beaucoup d'</i><span class="smcap">effets +de peu de valeur</span> <i>à cet encan</i>:—<i>je +ne lui dois plus qu'une</i> <span class="smcap">saloperie</span>, pour, <i>je +ne lui dois plus qu'une</i> <span class="smcap">très-modique +somme d'argent</span>, etc.</p> + +<p>SAINT-CAJETAN. Il n'y a point de +saint de ce nom. Écrivez, <span class="smcap">Saint-Gaétan</span>.</p> + +<p>SARABANDE. <i>Donner la sarabande +à quelqu'un</i>, pour signifier, <i>gourmander +quelqu'un</i>, est une locution vicieuse.</p> + +<p>SAUVAGESSE ne se trouve dans aucun +dictionnaire. Dites avec l'Académie, +<i>un sauvage</i>; <i>une sauvage</i>.</p> + +<p>SAVOIR. <i>On fait à savoir</i>, est une +locution ridicule. Retranchez l'<i>à</i>: ou +mieux, retranchez cet absurde préambule, +et énoncez simplement l'objet de la publication.</p> + +<p>SOBRIQUETS. Évitez ces phrases +vulgaires et incorrectes; <i>donner des noms</i>; +<i>appeler des noms</i>, et dites, <i>donner des sobriquets</i>,—<i>donner +des surnoms</i>.</p> + +<p>SOLEIL. <i>Il fait</i> <span class="smcap">soleil</span>, est une locution +vicieuse. Il faut dire, <i>il fait</i> <span class="smcap">du</span> +<i>soleil</i>, comme on dit, <i>il fait</i> <span class="smcap">de la</span> <i>pluie</i>; +<span class="smcap">du</span> <i>vent</i>; <span class="smcap">de la</span> <i>neige</i>.</p> + +<p>SOLIDITÉ. Quoiqu'on dise, <i>un homme<span class="pagenum"><a name="Page_169" id="Page_169">[Pg 169]</a></span> +solide</i>, on ne dit pas, <i>la</i> <span class="smcap">solidité</span> <i>d'un +homme</i>: mais bien la <i>solidité</i> de son esprit,—de +son caractère,—de ses principes.</p> + +<p>SOMME. Cette phrase, <i>dormir un +somme</i>, pèche contre la grammaire, parce +que <i>dormir</i>, verbe neutre, n'a point de régime: +dites, <i>faire un</i> <span class="smcap">somme</span>.</p> + +<p>SORTIR. Ne dites pas, <span class="smcap">sortez</span> <i>cet +homme de la maison</i>:—<span class="smcap">sortez</span> <i>ce cheval +de l'écurie</i>: dites, <i>faites sortir cet homme</i>,....<i>faites +sortir ce cheval</i>,....</p> + +<p>STEAM-BOAT. Ce mot dur et étranger, +qui ne se trouve guère que dans le +Dict. de Boiste, est devenu tellement à la +mode chez nous, qu'il semble qu'on ait oublié +que nous avons en français son équivalent, +<i>bateau-à-vapeur</i>,—<i>navire-à-vapeur</i>,—<i>bâtiment-à-vapeur</i>. +Si le néologisme est +un mal nuisible à une langue, l'emploi de +mots purement étrangers, hors une nécessité +urgente, est un abus intolérable.</p> + +<p>SUD. Prononcez <i>sude</i>, et non pas <i>çu</i>.</p> + +<p>SUI, POURSUI, mots employés +abusivement pour les participes passés +<span class="smcap">suivi</span>, <span class="smcap">poursuivi</span>.</p> + +<p>SUPPORTER, dans le sens <i>d'aider</i>, +<i>d'appuyer de son influence</i>, comme dans +cette phrase, <i>je</i> <span class="smcap">supporterai</span> <i>mon ami N +aux prochaines élections</i>, est un anglicisme +que l'on doit repousser.<span class="pagenum"><a name="Page_170" id="Page_170">[Pg 170]</a></span></p> + +<p>SUR. Ne dites pas, <i>les cheveux me +dressèrent</i> <span class="smcap">sur</span> <i>la tête</i>: <i>mais</i>, <span class="smcap">à</span> <i>la tête</i>.</p> + +<p class="p2">TASSER se dit des choses, et non des +personnes. L'expression, <i>nous sommes</i> +<span class="smcap">tassés</span> <i>ici</i>, est donc incorrecte. Il faut +dire, <i>nous sommes</i> <span class="smcap">très-pressés</span> <i>ici</i>; ou +mieux, <i>nous sommes</i> <span class="smcap">entassés</span> <i>ici</i>.</p> + +<p>TIRER signifie quelquefois faire le portrait +de quelqu'un: <span class="smcap">tirer</span> <i>un homme au naturel</i>:—<i>il +s'est fait</i> <span class="smcap">tirer</span> <i>par un excellent +peintre</i>:—<i>on l'a</i> <span class="smcap">tiré</span> <i>en cire</i>.</p> + +<p>Mais, <span class="smcap">tirer</span> <i>un portrait</i>:—<i>faire</i> <span class="smcap">tirer</span> +<i>son portrait</i>, sont des locutions absurdes.</p> + +<p>TOURTIÈRE. Le peuple dit, <span class="smcap">tourtière</span> +<i>à la viande</i>:—<span class="smcap">tourtière</span> <i>aux pommes</i>, +au lieu de, <span class="smcap">tourte</span> <i>à la viande</i>:—<span class="smcap">tourte</span> +<i>aux pommes</i>. <i>Tourtière</i> est l'ustensile +qui sert à faire cuire des <i>tourtes</i>.</p> + +<p>TOURTRE (qu'on écrit et qu'on prononce +abusivement <i>tourte</i>) est un terme de +cuisine qui signifie, <i>tourterelle bonne à manger</i>. +C'est donc une erreur grave que de +désigner par ce mot le <i>pigeon sauvage</i>, ou le +<i>pigeon de passage</i>, qui nous visite régulièrement +chaque été, et que les naturalistes +nomment <i>palumbus migratorius</i>.</p> + +<p>TRAIN. <i>Être en</i> <span class="smcap">train</span>, pour signifier, +<i>être ivre</i>, ou <i>être à demi-ivre</i>, est un +solécisme. <i>Être mal en train</i>, est également +une expression incorrecte.</p> + +<p>TRAÎNERIES, qu'on emploie pour<span class="pagenum"><a name="Page_171" id="Page_171">[Pg 171]</a></span> +signifier les effets déplacés, écartés et épars, +n'est pas français.</p> + +<p>Mais le verbe <i>traîner</i> est usité en ce sens, +et l'on dit, <i>les livres</i> <span class="smcap">traînent</span>, etc.</p> + +<p>TRAMONTADE. Dites <i>tramontane</i>, +<i>perdre la tramontane</i>.</p> + +<p>TRANSVIDER n'est pas français: +<i>transvaser</i> l'est.</p> + +<p>TROT. Gardez-vous de dire avec le +peuple, <i>trotte</i>,—<i>aller le trotte</i>: prononcez +<i>trô</i>,—<i>aller le trô</i>.</p> + +<p class="p2">USURIER-RE pour signifier une personne +qui use beaucoup ses habits, n'est +pas français.</p> + +<p class="p2">VALEUR. <i>C'est de valeur</i>, pour signifier, +<i>c'est malheureux</i>, <i>c'est fâcheux</i>, +est un non-sens ridicule.</p> + +<p>VIZ. Abréviation ridicule du mot latin +<i>videlicet</i>, dont les anglais se servent pour +signifier <i>c'est à savoir</i>. Ce mot n'est point +français.</p> + +<p>VOIX de Centaure est une faute grave: +dites, <i>voix de Stentor</i>, et prononcez <i>Stan-tor</i>.</p> + +<p>VOYAGE <i>de bois</i>,—<i>de pierre</i>,—<i>de foin</i> +sont des barbarismes. Il faut dire <i>charge</i>, +<i>charretée</i>, ou <i>voie de bois</i>,—<i>de pierre</i>,—<i>de +foin</i>.</p> + +<p>On appelle <i>voie d'eau</i> les deux seaux +d'eau que porte un homme.<span class="pagenum"><a name="Page_172" id="Page_172">[Pg 172]</a></span></p> + +<p>Quelquefois le terme <i>voyage</i> est employé +pour signifier les allées et venus, que l'on +fait pour transporter des faix, comme dans +cette phrase, <i>ce chartier a fait trente</i> +<span class="smcap">voyages</span> <i>pour transporter cette pierre</i>. Il +faut se garder de conclurre de là que l'on +puisse dire; <i>voilà trente</i> <span class="smcap">voyages</span> <i>de pierre +que ce chartier a transportés</i>: dites, <i>voilà +trente voies de pierre</i>....<span class="pagenum"><a name="Page_173" id="Page_173">[Pg 173]</a></span></p> + +<hr class="h65" /> +<h2><a name="PRONONCIATION_FIGUREE" id="PRONONCIATION_FIGUREE"></a>PRONONCIATION FIGURÉE.</h2> + +<h3>DE PLUSIEURS MOTS</h3> + +<h5>QUI PEUVENT EMBARRASSER</h5> + +<h3>LES JEUNES ÉLÈVES.</h3> + +<table border="0" cellpadding="1" cellspacing="0" summary="prononciation_1" class="tableft"> +<tr><td align="left">Abbaye,</td><td align="left"><i>prononcez</i>,</td><td align="left">a-bé-i.</td></tr> +<tr><td align="left">Abruzze,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">ab-russe.</td></tr> +<tr><td align="left">Abject,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">ab-jecte.</td></tr> +<tr><td align="left">Agnat,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">agh-na.</td></tr> +<tr><td align="left">Aiguade,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">é-gade.</td></tr> +<tr><td align="left">Aiguail,</td><td align="left"><i>mouillez l'l</i>,</td><td align="left">é-gail.</td></tr> +<tr><td align="left">Aiguayer,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">é-ghé-i-er.</td></tr> +<tr><td align="left">Aiguière,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">é-ghi-ère.</td></tr> +<tr><td align="left">Aiguiérée,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">é-ghi-é-ré.</td></tr> +<tr><td align="left">Aiguillade,</td><td align="left"><i>mouil. les ll</i>,</td><td align="left">é-gu-i-llade.</td></tr> +<tr><td align="left">Aiguillon,</td><td align="left"><i>mouillez les ll</i>, </td><td align="left">é-gu-i-llon.</td></tr> +<tr><td align="left">Aiguillonner,</td><td align="left"><i>mouil. les ll</i>,</td><td align="left">é-gu-i-llo-né.</td></tr> +<tr><td align="left">Aiguiser,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">é-gu-i-sé.</td></tr> +<tr><td align="left">Aix,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">aisse.</td></tr> +<tr><td align="left">Aix-La-Chapelle</td><td align="left"> —— </td><td align="left">aisse-La-Chapelle.</td></tr> +<tr><td align="left">Aoriste,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">ô-rîste.</td></tr> +<tr><td align="left">Août,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">ou.</td></tr> +<tr><td align="left">Appendice,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">ap-pin-dice.</td></tr> +<tr><td align="left">Arc-boutant,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">ar-boutan.</td></tr> +<tr><td align="left">Arcs-boutans</td><td align="left"> —— </td><td align="left">ar-boutan.</td></tr> +<tr><td align="left">Arc-bouter,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">ar-bouter.</td></tr> +<tr><td align="left">Arc-doubleau,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">ar-dou-blô,</td></tr> +<tr><td align="left">Arcs-doubleaux,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">ar-dou-blô.</td></tr> +<tr><td align="left"><span class="pagenum"><a name="Page_174" id="Page_174">[Pg 174]</a></span>Archéologie,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">ar-ké-o-logie.</td></tr> +<tr><td align="left">Archéologue,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">ar-ké-o-logue.</td></tr> +<tr><td align="left">Archétype,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">ar-ké-type.</td></tr> +<tr><td align="left">Aspect,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">as-pek.</td></tr> +<tr><td align="left">Aucun,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">ô-kun.</td></tr> +<tr><td align="left">Aucune,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">ô-kune.</td></tr> +<tr><td align="left">Auxerre,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">ô-cère.</td></tr> +<tr><td align="left">Auxerrois,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">ô-cé-ro-a.</td></tr> +<tr><td align="left">Avril,</td><td align="left"> —— </td><td align="left"><i>mouillez l'l</i>.</td></tr> +<tr><td> </td></tr><tr><td> </td></tr><tr><td> </td></tr><tr><td> </td></tr> +<tr><td align="left">Babil,</td><td align="left"> —— </td><td align="left"><i>mouillez l'l</i>.</td></tr> +<tr><td align="left">Balai,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">ba-lè.</td></tr> +<tr><td align="left">Bastonnade,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">basse-ton-nade.</td></tr> +<tr><td align="left">Beset,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">be-zè.</td></tr> +<tr><td align="left">Bœufs,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">beu.</td></tr> +<tr><td align="left">Bourg,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">bour.</td></tr> +<tr><td align="left">Bruxelles,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">bru-celle.</td></tr> +<tr><td> </td></tr><tr><td> </td></tr><tr><td> </td></tr><tr><td> </td></tr> +<tr><td align="left">Cadix,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">ca-dice.</td></tr> +<tr><td align="left">Cep,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">cè ou cèpe,</td></tr> +<tr><td align="left">Cataplasme,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">ca-ta-plasse-me.</td></tr> +<tr><td align="left">Cerf,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">cer.</td></tr> +<tr><td align="left">Ceylan,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">cé-y-lan.</td></tr> +<tr><td align="left">Cheptel,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">ché-tel.</td></tr> +<tr><td align="left">Chiromancie,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">ki-ro-man-cie.</td></tr> +<tr><td align="left">Cil,</td><td align="left"> —— </td><td align="left"><i>mouillez l'l</i>.</td></tr> +<tr><td align="left">Circonspect,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">cir-con-spek.</td></tr> +<tr><td align="left">Cognation,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">kogh-na-tion.</td></tr> +<tr><td align="left">Consanguin,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">con-san-ghin.</td></tr> +<tr><td align="left">Consanguinité,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">con-san-gu-i-ni-té.</td></tr> +<tr><td align="left"></td><td align="right">ou,</td> <td align="left">con-san-ghi-ni-té.</td></tr> +<tr><td align="left">Curaçao,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">cura-çô.</td></tr> +<tr><td align="left">Coquin,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">ko-kin.</td></tr> +<tr><td align="left">Czar,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">kzar.</td></tr> +<tr><td align="left"><span class="pagenum"><a name="Page_175" id="Page_175">[Pg 175]</a></span>Czarine,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">kza-rine.</td></tr> +<tr><td align="left">Czarowitz,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">kza-ro-vitz.</td></tr> +<tr><td> </td></tr><tr><td> </td></tr><tr><td> </td></tr><tr><td> </td></tr> +<tr><td align="left">Distinct,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">dis-tink.</td></tr> +<tr><td align="left">District,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">dis-trik.</td></tr> +<tr><td> </td></tr><tr><td> </td></tr><tr><td> </td></tr><tr><td> </td></tr> +<tr><td align="left">Éden,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">e-denne.</td></tr> +<tr><td align="left">Emmancher,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">an-man-ché.</td></tr> +<tr><td align="left">Enchiridion,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">an-ki-ridion.</td></tr> +<tr><td align="left">Enorgueillir,</td><td align="left"><i>mouil. les ll</i>,</td><td align="left">a-nor-gheu-llir.</td></tr> +<tr><td align="left">Ennoblir,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">an-no-blir.</td></tr> +<tr><td align="left">Équarrir,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">é-ka-rir.</td></tr> +<tr><td align="left">Équarrissage,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">é-ka-ris-sage.</td></tr> +<tr><td align="left">Équarrissement,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">é-ka-rissement.</td></tr> +<tr><td align="left">Équarrisseur,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">é-ka-risseur.</td></tr> +<tr><td align="left">Équarrissoir,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">é-ka-ris-so-ar.</td></tr> +<tr><td align="left">Équateur,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">é-kou-a-teur.</td></tr> +<tr><td align="left">Équatorial,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">é-kou-a-torial.</td></tr> +<tr><td align="left">Équestre,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">é-ku-ès-tre.</td></tr> +<tr><td align="left">Équiangle,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">é-ku-i-angle.</td></tr> +<tr><td align="left">Équidifférent,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">é-ku-i-différent.</td></tr> +<tr><td align="left">Équidistant,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">é-ku-i-distant.</td></tr> +<tr><td align="left">Équilatéral,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">é-ku-i-latéral.</td></tr> +<tr><td align="left">Équilatère,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">é-ku-i-latère.</td></tr> +<tr><td align="left">Équilboquet,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">é-kil-boquet.</td></tr> +<tr><td align="left">Équimultiple,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">é-ku-multiple.</td></tr> +<tr><td align="left">Équipollence,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">é-ki-pollance.</td></tr> +<tr><td align="left">Équiponderance,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">é-ku-i-pondérance.</td></tr> +<tr><td align="left">Équitation,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">é-ku-i-tation.</td></tr> +<tr><td align="left">Est (<i>Orient</i>),</td><td align="left"> —— </td><td align="left">este.</td></tr> +<tr><td> </td></tr><tr><td> </td></tr><tr><td> </td></tr><tr><td> </td></tr> +<tr><td align="left">Faon,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">fan.</td></tr> +<tr><td align="left">Fat,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">fatte.</td></tr> +<tr><td align="left">Faubourg,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">fau-bour.</td></tr> +<tr><td align="left"><span class="pagenum"><a name="Page_176" id="Page_176">[Pg 176]</a></span>Fenil,</td><td align="left"> —— </td><td align="left"><i>mouillez l'l</i>.</td></tr> +<tr><td> </td></tr><tr><td> </td></tr><tr><td> </td></tr><tr><td> </td></tr> +<tr><td align="left">Gentilhomme,</td><td align="left"><i>mouillez l'l</i>,</td><td align="left">gen-ti-l-ome.</td></tr> +<tr><td align="left">Gentilshommes,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">gen-ti-zome.</td></tr> +<tr><td align="left">Geolage,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">jo-lage.</td></tr> +<tr><td align="left">Geole,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">jole.</td></tr> +<tr><td align="left">Geolier,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">jo-li-er.</td></tr> +<tr><td align="left">Georges,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">jorge.</td></tr> +<tr><td align="left">Gisent, (<i>ils</i>)</td><td align="left"> —— </td><td align="left">gisse.</td></tr> +<tr><td align="left">Gluten,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">glu-tenne.</td></tr> +<tr><td> </td></tr><tr><td> </td></tr><tr><td> </td></tr><tr><td> </td></tr> +<tr><td align="left">Hennir,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">han-nir.</td></tr> +<tr><td align="left">Hymen,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">hy-menne.</td></tr> +<tr><td align="left"></td><td align="right">ou,</td><td align="left">hy-min.</td></tr> +<tr><td> </td></tr><tr><td> </td></tr><tr><td> </td></tr><tr><td> </td></tr> +<tr><td align="left">Igné,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">igh-né.</td></tr> +<tr><td align="left">Impregnation,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">in-pregh-nation.</td></tr> +<tr><td align="left">Impregner,</td><td align="left"> —— </td><td align="left"><i>mouillez le gn</i>.</td></tr> +<tr><td align="left">Incognito,</td><td align="left"> —— </td><td align="left"><i>mouillez le gn</i>.</td></tr> +<tr><td align="left">Indemniser,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">in-deme-niser.</td></tr> +<tr><td align="left"></td><td align="right">ou,</td><td align="left">in-dame-niser.</td></tr> +<tr><td align="left">Inexpugnable,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">in-ex-pugh-nable.</td></tr> +<tr><td align="left">Inextinguible,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">in-ex-tin-gu-i-ble.</td></tr> +<tr><td align="left">Ingrédient,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">ingrédi-an.</td></tr> +<tr><td> </td></tr><tr><td> </td></tr><tr><td> </td></tr><tr><td> </td></tr> +<tr><td align="left">Juillet,</td><td align="left"><i>mouillez les ll</i>,</td><td align="left">jui-llé.</td></tr> +<tr><td> </td></tr><tr><td> </td></tr><tr><td> </td></tr><tr><td> </td></tr> +<tr><td align="left">Lacs, (<i>pièges</i>),</td><td align="left"> —— </td><td align="left">là.</td></tr> +<tr><td align="left">Laon,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">lan.</td></tr> +<tr><td align="left">Lingual,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">lin-gou-al.</td></tr> +<tr><td> </td></tr><tr><td> </td></tr><tr><td> </td></tr><tr><td> </td></tr> +<tr><td align="left">Madrid,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">ma-dri.</td></tr> +<tr><td align="left">Maïs, (<i>blé d'inde</i>),</td><td align="left"> —— </td><td align="left">ma-ice.</td></tr> +<tr><td align="left">Malesherbe,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">mal-zerbe.</td></tr> +<tr><td align="left">Mamluk,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">mame-louk.</td></tr> +<tr><td align="left"><span class="pagenum"><a name="Page_177" id="Page_177">[Pg 177]</a></span>Mérinos,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">méri-noce.</td></tr> +<tr><td align="left">Mezzo-termine,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">med-zo-termine.</td></tr> +<tr><td align="left">Mezzo-tinto,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">med-zo-tinto.</td></tr> +<tr><td align="left">Michel-Ange,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">mi-kel-ange.</td></tr> +<tr><td align="left">Munich,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">mu-nik.</td></tr> +<tr><td align="left">Mil, (<i>grain</i>),</td><td align="left"> —— </td><td align="left"><i>mouillez l'l</i>.</td></tr> +<tr><td> </td></tr><tr><td> </td></tr><tr><td> </td></tr><tr><td> </td></tr> +<tr><td align="left">Nerf, (<i>au sing.</i>)</td><td align="left"> —— </td><td align="left">nerffe.</td></tr> +<tr><td align="left">Nerfs, (<i>au plur.</i>)</td><td align="left"> —— </td><td align="left">ner.</td></tr> +<tr><td align="left">Nord-Est,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">nor-deste.</td></tr> +<tr><td align="left">Nord-Ouest,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">nor-dou-este.</td></tr> +<tr><td align="left">Norwege,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">nor-vège.</td></tr> +<tr><td> </td></tr><tr><td> </td></tr><tr><td> </td></tr><tr><td> </td></tr> +<tr><td align="left">Orang-Outan,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">oran-gou-tan.</td></tr> +<tr><td align="left">Orchestre,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">or-kes-tre.</td></tr> +<tr><td align="left">Os,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">ô.</td></tr> +<tr><td align="left">Ouest,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">ou-este.</td></tr> +<tr><td align="left">Ours,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">ource.</td></tr> +<tr><td> </td></tr><tr><td> </td></tr><tr><td> </td></tr><tr><td> </td></tr> +<tr><td align="left">Paon,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">pan.</td></tr> +<tr><td align="left">Péril,</td><td align="left"> —— </td><td align="left"><i>mouillez l'l.</i></td></tr> +<tr><td align="left">Porc,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">por.</td></tr> +<tr><td align="left">Pouding,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">pou-dingue.</td></tr> +<tr><td align="left">Prétérit,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">prété-ri.</td></tr> +<tr><td align="left"></td><td align="right">ou,</td><td align="left">prété-ritte.</td></tr> +<tr><td align="left">Progné,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">progh-né.</td></tr> +<tr><td align="left">Punch,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">ponche.</td></tr> +<tr><td> </td></tr><tr><td> </td></tr><tr><td> </td></tr><tr><td> </td></tr> +<tr><td align="left">Quadrat,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">ka-dra.</td></tr> +<tr><td align="left">Quadrille,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">kou-a-drille.</td></tr> +<tr><td align="left">Quaker, ou</td></tr> +<tr><td align="left">Quacre,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">kou-a-cre.</td></tr> +<tr><td align="left">Quasimodo,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">ka-si-modo.</td></tr> +<tr><td align="left">Quartz,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">kou-art-ce.</td></tr> +<tr><td align="left"><span class="pagenum"><a name="Page_178" id="Page_178">[Pg 178]</a></span>Quartzeux,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">kou-art-zeux.</td></tr> +<tr><td align="left">Quaternaire,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">kou-a-ternaire.</td></tr> +<tr><td align="left">Quaterne,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">kou-a-terne.</td></tr> +<tr><td align="left">Quaterné,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">kou-a-terné.</td></tr> +<tr><td align="left">Quatriennal,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">ka-triennal.</td></tr> +<tr><td align="left">Quercy,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">ker-ci.</td></tr> +<tr><td align="left">Quérimonie,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">ku-é-ri-monie.</td></tr> +<tr><td align="left">Questeur,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">ku-es-teur.</td></tr> +<tr><td align="left">Questure,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">ku-es-ture.</td></tr> +<tr><td align="left">Quidam,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">ki-dan.</td></tr> +<tr><td align="left">Quidane,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">ki-danne.</td></tr> +<tr><td align="left">Quiétisme,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">ki-é-tisme.</td></tr> +<tr><td align="left">Quinconce,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">kin-conce.</td></tr> +<tr><td align="left">Quinquennal,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">ku-in-ku-ennal.</td></tr> +<tr><td align="left">Quintuple,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">ku-in-tuple.</td></tr> +<tr><td> </td></tr><tr><td> </td></tr><tr><td> </td></tr><tr><td> </td></tr> +<tr><td align="left">Radoub,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">ra-doube.</td></tr> +<tr><td align="left">Rédempteur,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">ré-damp-teur.</td></tr> +<tr><td align="left">Regnard, (<i>le poëte</i>)</td><td align="left"> —— </td><td align="left">re-nard.</td></tr> +<tr><td align="left">Regnaud,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">re-nô.</td></tr> +<tr><td align="left">Regnicole,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">regh-ni-cole.</td></tr> +<tr><td align="left">Respect,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">res-pè,</td></tr> +<tr><td align="left"></td><td align="right">ou,</td><td align="left">respek.</td></tr> +<tr><td align="left">Roide,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">raide.</td></tr> +<tr><td align="left">Roideur,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">rai-deur,</td></tr> +<tr><td align="left"></td><td align="right">ou,</td><td align="left">roa-deur.</td></tr> +<tr><td align="left">Rhrumb,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">rombe.</td></tr> +<tr><td> </td></tr><tr><td> </td></tr><tr><td> </td></tr><tr><td> </td></tr> +<tr><td align="left">Saône,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">sône.</td></tr> +<tr><td align="left">Sens, (<i>ville</i>,)</td><td align="left"> —— </td><td align="left">sance.</td></tr> +<tr><td align="left">Serf,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">serffe.</td></tr> +<tr><td align="left">Séquelle,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">sé-kelle.</td></tr> +<tr><td align="left">Séquestrer,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">sé-kes-tré.</td></tr> +<tr><td align="left">Signet,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">si-nè.</td></tr> +<tr><td align="left"><span class="pagenum"><a name="Page_179" id="Page_179">[Pg 179]</a></span>Sloop,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">sloupe.</td></tr> +<tr><td align="left">Solemnel,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">so-la-nel.</td></tr> +<tr><td align="left">Stagnation,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">stagh-na-tion.</td></tr> +<tr><td align="left">Stentor,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">stan-tor.</td></tr> +<tr><td align="left">Strasbourg,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">stras-bour.</td></tr> +<tr><td align="left">Sud,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">sude.</td></tr> +<tr><td align="left">Suspect,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">sus-pecte.</td></tr> +<tr><td> </td></tr><tr><td> </td></tr><tr><td> </td></tr><tr><td> </td></tr> +<tr><td align="left">Tandis que,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">tan-di que.</td></tr> +<tr><td align="left">Taon,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">ton.</td></tr> +<tr><td align="left">Transir,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">tran-cir.</td></tr> +<tr><td align="left">Trot,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">trô.</td></tr> +<tr><td> </td></tr><tr><td> </td></tr><tr><td> </td></tr><tr><td> </td></tr> +<tr><td align="left">Valens, (<i>empereur</i>),</td><td align="left"> —— </td><td align="left">va-linze.</td></tr> +<tr><td align="left">Vermicelle,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">ver-mite-chelle.</td></tr> +<tr><td align="left">Violoncelle,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">vi-o-lonte-chelle.</td></tr> +<tr><td> </td></tr><tr><td> </td></tr><tr><td> </td></tr><tr><td> </td></tr> +<tr><td align="left">Wahabis,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">oua-a-bice.</td></tr> +<tr><td align="left">Wallon,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">val-lon.</td></tr> +<tr><td align="left">Walse,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">valse.</td></tr> +<tr><td align="left">Walser,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">val-sé.</td></tr> +<tr><td align="left">Westphalie,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">vesse-fa-li.</td></tr> +<tr><td align="left">Whig,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">ou-ighe.</td></tr> +<tr><td align="left">Whisky,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">ou-is-ki.</td></tr> +<tr><td align="left">Wilna,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">vil-na.</td></tr> +<tr><td align="left">Wolga,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">vol-ga.</td></tr> +<tr><td align="left">Wolverenne,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">vol-ver-enne.</td></tr> +<tr><td align="left">Wurtemberg,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">vur-tin-berg.</td></tr> +<tr><td> </td></tr><tr><td> </td></tr><tr><td> </td></tr><tr><td> </td></tr> +<tr><td align="left">Yacht,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">i-aque.</td></tr> +</table> +<p><span class="pagenum"><a name="Page_180" id="Page_180">[Pg 180]</a></span></p> + +<hr class="h65" /> +<h2><a name="MOTS" id="MOTS"></a>MOTS</h2> + +<h3>BARBARES ET DÉNATURÉS</h3> + +<h4>USITÉS CHEZ LE PEUPLE,</h4> + +<h5>AVEC LE CORRIGÉ.</h5> + +<table border="0" cellpadding="1" cellspacing="0" summary="" class="tableft"> +<tr><td align="left">À l'étouffée,</td><td align="left"><i> dites</i>,</td><td align="left">à l'étuvée.</td></tr> +<tr><td align="left">Abryer,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">couvrir.</td></tr> +<tr><td align="left">Ambiber,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">imbiber.</td></tr> +<tr><td align="left">Anflâmâtion,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">inflammation.</td></tr> +<tr><td align="left">Apertement,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">évidemment.</td></tr> +<tr><td align="left">Arêche,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">arête.</td></tr> +<tr><td align="left">Arridelles,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">ridelles.</td></tr> +<tr><td align="left">Arsena,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">arsenal.</td></tr> +<tr><td align="left">Aujord'hui,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">aujourd'hui.</td></tr> +<tr><td> </td></tr><tr><td> </td></tr><tr><td> </td></tr><tr><td> </td></tr> +<tr><td align="left">Bagoulard,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">bavard.</td></tr> +<tr><td align="left">Bagouler,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">bavarder.</td></tr> +<tr><td align="left">Balier,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">balayer.</td></tr> +<tr><td align="left">Baliures,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">balayures.</td></tr> +<tr><td align="left">Belsamine,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">balsamine.</td></tr> +<tr><td align="left">Bère,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">berçeau.</td></tr> +<tr><td align="left">Blague,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">blaque.</td></tr> +<tr><td align="left">Boulvari,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">bourvari.</td></tr> +<tr><td align="left">Brouillasse, (<i>il</i>,)</td><td align="left"> —— </td><td align="left">bruine, (<i>il</i>).</td></tr> +<tr><td align="left">Brousquailier,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">brusquer.</td></tr> +<tr><td> </td></tr><tr><td> </td></tr><tr><td> </td></tr><tr><td> </td></tr> +<tr><td align="left">Cabrouet,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">cabriolet.</td></tr> +<tr><td align="left">Causette,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">causeri.</td></tr> +<tr><td align="left">Cahottement,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">cahotage.</td></tr> +<tr><td align="left"><span class="pagenum"><a name="Page_181" id="Page_181">[Pg 181]</a></span>Calimaçon,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">limaçon.</td></tr> +<tr><td align="left">Calonier,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">canonier.</td></tr> +<tr><td align="left">Canneçon,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">caleçon.</td></tr> +<tr><td align="left">Castonade,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">cassonade.</td></tr> +<tr><td align="left">Chevreu,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">chevreuil.</td></tr> +<tr><td align="left">Cité de temps,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">beaucoup de temps.</td></tr> +<tr><td align="left">Clairté,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">clarté.</td></tr> +<tr><td align="left">Coléreux,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">colère.</td></tr> +<tr><td align="left">Colidor,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">corridor.</td></tr> +<tr><td align="left">Conté,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">en même temps que.</td></tr> +<tr><td align="left">Copérer,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">coopérer.</td></tr> +<tr><td align="left">Corporance,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">corpulence.</td></tr> +<tr><td align="left">Cranque,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">crampe.</td></tr> +<tr><td align="left">Crasserie,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">ladrerie.</td></tr> +<tr><td> </td></tr><tr><td> </td></tr><tr><td> </td></tr><tr><td> </td></tr> +<tr><td align="left">Désabiyer,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">découvrir.</td></tr> +<tr><td align="left">Désole,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">désolation.</td></tr> +<tr><td align="left">Désoublier,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">oublier.</td></tr> +<tr><td> </td></tr><tr><td> </td></tr><tr><td> </td></tr><tr><td> </td></tr> +<tr><td align="left">Ébourifflé</td><td align="left"> —— </td><td align="left">ébouriffé.</td></tr> +<tr><td align="left">Écharpe,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">écharde.</td></tr> +<tr><td align="left">Écœurer,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">faire soulever le cœur.</td></tr> +<tr><td align="left">Écopeau,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">copeau.</td></tr> +<tr><td align="left">Écosse <i>de légume</i>,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">cosse.</td></tr> +<tr><td align="left">Écroc,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">accroc.</td></tr> +<tr><td align="left">Écureu,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">écureuil.</td></tr> +<tr><td align="left">Embrouillamini,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">brouillamini.</td></tr> +<tr><td align="left">Égrandir,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">agrandir.</td></tr> +<tr><td align="left">Émouvé</td><td align="left"> —— </td><td align="left">ému.</td></tr> +<tr><td align="left">Émouver</td><td align="left"> —— </td><td align="left">émouvoir.</td></tr> +<tr><td align="left">Envlimer,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">envenimer.</td></tr> +<tr><td align="left">Épatienter,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">impatienter.</td></tr> +<tr><td align="left"><span class="pagenum"><a name="Page_182" id="Page_182">[Pg 182]</a></span>Éplan,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">éperlan.</td></tr> +<tr><td align="left">Errhes,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">arrhes.</td></tr> +<tr><td align="left">Escloppé,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">écloppé.</td></tr> +<tr><td align="left">Espadron,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">espadon.</td></tr> +<tr><td align="left">Esquilancie,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">esquinancie.</td></tr> +<tr><td align="left">Estatue,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">statue.</td></tr> +<tr><td> </td></tr><tr><td> </td></tr><tr><td> </td></tr><tr><td> </td></tr> +<tr><td align="left">Falbana,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">falbala.</td></tr> +<tr><td align="left">Fani,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">fenil.</td></tr> +<tr><td align="left">Fil d'arréchal,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">fil d'archal.</td></tr> +<tr><td align="left">Fil d'alton,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">fil de laiton.</td></tr> +<tr><td> </td></tr><tr><td> </td></tr><tr><td> </td></tr><tr><td> </td></tr> +<tr><td align="left">Ganif,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">canif.</td></tr> +<tr><td align="left">Gigier,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">gésier.</td></tr> +<tr><td align="left">Gonce,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">gauche.</td></tr> +<tr><td align="left">Goule,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">gueule.</td></tr> +<tr><td align="left">Gouleron,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">goulot.</td></tr> +<tr><td align="left">Gouailler,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">railler.</td></tr> +<tr><td> </td></tr><tr><td> </td></tr><tr><td> </td></tr><tr><td> </td></tr> +<tr><td align="left">Les celles,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">celles.</td></tr> +<tr><td align="left">Les ceux,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">ceux.</td></tr> +<tr><td align="left">Luméro,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">numéro.</td></tr> +<tr><td> </td></tr><tr><td> </td></tr><tr><td> </td></tr><tr><td> </td></tr> +<tr><td align="left">Mais que,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">dès que.</td></tr> +<tr><td align="left">Matéraux,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">matériaux.</td></tr> +<tr><td align="left">Mauvaiseté,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">méchanceté.</td></tr> +<tr><td align="left">Merlesse,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">merle.</td></tr> +<tr><td> </td></tr><tr><td> </td></tr><tr><td> </td></tr><tr><td> </td></tr> +<tr><td align="left">Naveau,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">navet.</td></tr> +<tr><td> </td></tr><tr><td> </td></tr><tr><td> </td></tr><tr><td> </td></tr> +<tr><td align="left">Ostiner,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">obstiner.</td></tr> +<tr><td> </td></tr><tr><td> </td></tr><tr><td> </td></tr><tr><td> </td></tr> +<tr><td align="left">Pacan,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">paysan.</td></tr> +<tr><td align="left">Pacanner,</td><td align="left"> —— </td></tr> +<tr><td align="left"><span class="pagenum"><a name="Page_183" id="Page_183">[Pg 183]</a></span>Pain enchanté,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">pain à cacheter.</td></tr> +<tr><td align="left">Pans d'oreilles,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">pendans d'oreilles.</td></tr> +<tr><td align="left">Passé,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">pas assez.</td></tr> +<tr><td align="left">Picotte,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">petite-vérole.</td></tr> +<tr><td align="left">Picotte volante,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">varicelle ou petite-vérole volante.</td></tr> +<tr><td align="left">Pimbina,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">pémina.</td></tr> +<tr><td align="left">Plumat,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">plumeau.</td></tr> +<tr><td align="left">Pogne,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">poignet.</td></tr> +<tr><td align="left">Poigner,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">empoigner.</td></tr> +<tr><td align="left">Pommes calvilles,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">pommes calvines.</td></tr> +<tr><td align="left">Porichinelle,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">polichinelle.</td></tr> +<tr><td align="left">Poumonique,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">pulmonique.</td></tr> +<tr><td align="left">Pousailler,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">pousser.</td></tr> +<tr><td> </td></tr><tr><td> </td></tr><tr><td> </td></tr><tr><td> </td></tr> +<tr><td align="left">Quasiment,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">quasi.</td></tr> +<tr><td align="left">Quek chose,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">quelque chose.</td></tr> +<tr><td> </td></tr><tr><td> </td></tr><tr><td> </td></tr><tr><td> </td></tr> +<tr><td align="left">Raboudinage,</td></tr> +<tr><td align="left">Rabondiner,</td></tr> +<tr><td align="left">Rachever,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">achever.</td></tr> +<tr><td align="left">Racoin,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">recoin.</td></tr> +<tr><td align="left">Radouer,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">radouber.</td></tr> +<tr><td align="left">Regoulade,</td></tr> +<tr><td align="left">Rancuneux,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">rancunier.</td></tr> +<tr><td align="left">Raplisser,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">rapetisser.</td></tr> +<tr><td align="left">Respir,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">respiration.</td></tr> +<tr><td align="left">Ressaurer,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">sécher.</td></tr> +<tr><td align="left">Routi,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">rôti.</td></tr> +<tr><td align="left">Routir,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">rôtir.</td></tr> +<tr><td> </td></tr><tr><td> </td></tr><tr><td> </td></tr><tr><td> </td></tr> +<tr><td align="left">Salop,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">malpropre.</td></tr> +<tr><td align="left">Sapinage,</td></tr> +<tr><td align="left">Savater,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">saveter.</td></tr> +<tr><td align="left"><span class="pagenum"><a name="Page_184" id="Page_184">[Pg 184]</a></span>Secoupe,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">seucoupe.</td></tr> +<tr><td align="left">Siau,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">seau. (<i>ço.</i>)</td></tr> +<tr><td align="left">Solitude,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">solidité.</td></tr> +<tr><td align="left">Sorcilège,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">sortilège.</td></tr> +<tr><td align="left">Soubriquet,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">sobriquet.</td></tr> +<tr><td align="left">Soupoudrer,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">saupoudrer.</td></tr> +<tr><td align="left">Surir,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">s'aigrir.</td></tr> +<tr><td> </td></tr><tr><td> </td></tr> +<tr><td align="left">Tairir,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">tarir.</td></tr> +<tr><td align="left">Tapé de monde,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">beaucoup de monde.</td></tr> +<tr><td align="left">Tétière,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">téière.</td></tr> +<tr><td align="left">Tralé de monde,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">beaucoup de monde.</td></tr> +<tr><td align="left">Trémue,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">trémie.</td></tr> +<tr><td align="left">Tricoller,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">chancelier.</td></tr> +<tr><td align="left">Turbenthine,</td><td align="left"> —— </td><td align="left">térébenthine.</td></tr> +</table> + +<hr class="h65" /> +<h2><a name="ERRATA" id="ERRATA"></a>ERRATA</h2> + +<p>Note de transcription: Ces errata figurent dans le texte original entre l'Avertissement et la page 1 pour le premier +et entre la page 128 et la page 129 pour le second.</p> +<p>Page. Ligne.</p> + +<p>8, — 7, Biffez les mots suivans; <i>quand il est suivi des +mots y-en</i>: <i>vas-y voir</i>: <i>vas en chercher</i>. +<i>On dit va-t-en</i>;—et à leur place écrivez;—quand +il est suivi du pronom relatif <i>y</i>: +<i>vas y</i>. Mais si après l'<i>y</i> il suit un <i>verbe</i>, +l'Académie veut que l'on supprime l'<i>s</i>. <i>Va +y mettre ordre.</i></p> + +<p>Page. Ligne.</p> + +<p>128, — 6, Biffez tous les mots depuis <i>très ne peut</i> jusqu'à +<i>très grand matin</i>, et à leur place +écrivez:</p> + +<p>L'adverbe modifie un verbe, un adjectif et un autre +adverbe, mais jamais un substantif. On doit donc éviter +les locutions suivantes si communes et si vicieuses: <i>J'ai</i> +<span class="smcap">très</span>-<i>faim</i>:—<i>il a</i> <span class="smcap">bien</span> <i>soif</i>:—<i>il est parti</i> <span class="smcap">très</span>-<i>matin</i>:—<i>il +fait</i> <span class="smcap">très</span>-<i>chaud</i>:—<i>j'ai</i> <span class="smcap">extrêmement</span> <i>froid</i>:—<i>il ne fait pas</i> +<span class="smcap">bien</span> <i>froid</i>. Il faut dite: <i>J'ai une très</i>-<span class="smcap">grande</span> <i>faim</i>:—<i>il a +une bien</i> <span class="smcap">grande</span> <i>soif</i>:—<i>il est parti de très</i>-<span class="smcap">grand</span> <i>matin</i>:—<i>il +fait</i> <span class="smcap">grand</span> <i>chaud</i>:—<i>j'ai un</i> <span class="smcap">très-grand</span> <i>froid</i>:—<i>il ne +fait pas un bien</i> <span class="smcap">grand</span> <i>froid</i>.</p> + +<h3>TABLE DES MATIÈRES</h3> +<div class="center"> + +<table summary="table_des_matieres" border="0" cellpadding="4" +cellspacing="0"> + +<tr><td align="left"><a href="#AVERTISSEMENT"><b>AVERTISSEMENT</b></a></td> +<td> </td></tr> + +<tr><td align="left"><a href="#MANUEL"><b>MANUEL</b></a></td> +<td> </td> +<td align="right">1</td></tr> + +<tr><td align="left"><a href="#RECUEIL"><b>RECUEIL</b></a></td> +<td></td> +<td align="right">135</td></tr> + +<tr><td align="left"><a href="#PRONONCIATION_FIGUREE"><b>PRONONCIATION FIGURÉE</b></a></td> +<td></td> +<td align="right">173</td></tr> + +<tr><td align="left"><a href="#MOTS"><b>MOTS BARBARES ET DÉNATURÉS</b></a></td> +<td></td> +<td align="right">180</td></tr> + +<tr><td align="left"><a href="#ERRATA"><b>ERRATA</b></a></td> +<td></td></tr> + +</table></div> + + + + + + + + +<pre> + + + + + +End of the Project Gutenberg EBook of Manuel des difficultés de la langue +française adapé au jeune âge et suivi d'un Recueil de locutions vicieuses, by Thomas Maguire + +*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK MANUEL DES DIFFICULTÉS DE LA *** + +***** This file should be named 38913-h.htm or 38913-h.zip ***** +This and all associated files of various formats will be found in: + https://www.gutenberg.org/3/8/9/1/38913/ + +Produced by Gill Martin, Jean-Adrien Brothier, Hugo Voisard, +the proofers at Distributed Proofreaders International and +the Online Distributed Proofreading Canada Team at +http://www.pgdpcanada.net (This book was created from +images provided by Bibliothèque et Archives nationales du +Québec (http://www.banq.qc.ca/).) + + +Updated editions will replace the previous one--the old editions +will be renamed. + +Creating the works from public domain print editions means that no +one owns a United States copyright in these works, so the Foundation +(and you!) can copy and distribute it in the United States without +permission and without paying copyright royalties. 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INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the +trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone +providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in accordance +with this agreement, and any volunteers associated with the production, +promotion and distribution of Project Gutenberg-tm electronic works, +harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees, +that arise directly or indirectly from any of the following which you do +or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm +work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any +Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause. + + +Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm + +Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of +electronic works in formats readable by the widest variety of computers +including obsolete, old, middle-aged and new computers. It exists +because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from +people in all walks of life. + +Volunteers and financial support to provide volunteers with the +assistance they need are critical to reaching Project Gutenberg-tm's +goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will +remain freely available for generations to come. In 2001, the Project +Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure +and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations. +To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation +and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4 +and the Foundation web page at https://www.pglaf.org. + + +Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive +Foundation + +The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit +501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the +state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal +Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification +number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at +https://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg +Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent +permitted by U.S. federal laws and your state's laws. + +The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S. +Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered +throughout numerous locations. Its business office is located at +809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email +business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact +information can be found at the Foundation's web site and official +page at https://pglaf.org + +For additional contact information: + Dr. Gregory B. Newby + Chief Executive and Director + gbnewby@pglaf.org + + +Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg +Literary Archive Foundation + +Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide +spread public support and donations to carry out its mission of +increasing the number of public domain and licensed works that can be +freely distributed in machine readable form accessible by the widest +array of equipment including outdated equipment. Many small donations +($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt +status with the IRS. + +The Foundation is committed to complying with the laws regulating +charities and charitable donations in all 50 states of the United +States. 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Donations are accepted in a number of other +ways including including checks, online payments and credit card +donations. To donate, please visit: https://pglaf.org/donate + + +Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic +works. + +Professor Michael S. Hart was the originator of the Project Gutenberg-tm +concept of a library of electronic works that could be freely shared +with anyone. For thirty years, he produced and distributed Project +Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support. + + +Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed +editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S. +unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily +keep eBooks in compliance with any particular paper edition. + + +Most people start at our Web site which has the main PG search facility: + + https://www.gutenberg.org + +This Web site includes information about Project Gutenberg-tm, +including how to make donations to the Project Gutenberg Literary +Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to +subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks. + + +</pre> + + </body> +</html> diff --git a/LICENSE.txt b/LICENSE.txt new file mode 100644 index 0000000..6312041 --- /dev/null +++ b/LICENSE.txt @@ -0,0 +1,11 @@ +This eBook, including all associated images, markup, improvements, +metadata, and any other content or labor, has been confirmed to be +in the PUBLIC DOMAIN IN THE UNITED STATES. + +Procedures for determining public domain status are described in +the "Copyright How-To" at https://www.gutenberg.org. + +No investigation has been made concerning possible copyrights in +jurisdictions other than the United States. 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