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authorRoger Frank <rfrank@pglaf.org>2025-10-14 20:10:48 -0700
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+The Project Gutenberg EBook of Observations grammaticales sur quelques
+articles du Dictionnaire du mauvais langage, by Guy-Marie Deplace
+
+This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
+almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
+re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
+with this eBook or online at www.gutenberg.org
+
+
+Title: Observations grammaticales sur quelques articles du Dictionnaire du mauvais langage
+
+Author: Guy-Marie Deplace
+
+Release Date: January 24, 2012 [EBook #38660]
+
+Language: French
+
+Character set encoding: ISO-8859-1
+
+*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK OBSERVATIONS GRAMMATICALES ***
+
+
+
+
+Produced by Anna Tuinman, Valérie Leduc, Hugo Voisard and
+the Online Distributed Proofreading Team at
+http://www.pgdp.net (This file was produced from images
+generously made available by the Bibliothèque nationale
+de France (BnF/Gallica) at http://gallica.bnf.fr)
+
+
+
+
+
+
+
+ OBSERVATIONS GRAMMATICALES
+
+ SUR
+
+ QUELQUES ARTICLES DU DICTIONNAIRE
+ DU MAUVAIS LANGAGE.
+
+ PAR G.-M. DEPLACE.
+
+
+ _Grammatica plus habet in recessu
+ quam in fronte promittit._
+ QUINTIL. cap. IV.
+
+
+ À LYON,
+ De l'Imprimerie de BALLANCHE père et fils,
+ aux Halles de la Grenette.
+
+ 1810.
+
+
+
+
+PRÉFACE.
+
+
+Le _Mauvais Langage corrigé_ est, sans contredit, un livre utile et
+propre à faire disparoître un grand nombre de locutions vicieuses
+usitées à Lyon, même parmi les personnes qui se piquent de parler
+correctement. Néanmoins un pareil ouvrage, pour répondre à son titre,
+me paroît exiger un travail beaucoup plus étendu et sur-tout plus
+approfondi que celui que M. Molard vient de publier.
+
+Il est naturel que l'attention du Lexicographe se porte d'abord sur
+les mots considérés séparément et sans rapport à leur construction
+grammaticale. Il faut faire connoître ceux que proscrit le bon usage,
+en déterminer la valeur précise, et indiquer avec justesse ceux qu'il
+convient de leur substituer. Mais est-il à propos de comprendre dans
+cette nomenclature les expressions qui n'appartiennent qu'aux
+dernières classes du peuple? Les gens qui les emploient n'achètent pas
+de dictionnaire; ils ne lisent pas. Et d'ailleurs on feroit des
+volumes si l'on vouloit recueillir cette foule de mots bizarres,
+ridicules, dénaturés de mille manières, et souvent créés par l'ouvrier
+ignorant, au moment même où il en a besoin pour rendre sa pensée. Un
+livre de grammaire n'est destiné qu'aux personnes qui mettent quelque
+intérêt à bien parler, et ce n'est certainement pas de la bouche de
+ces personnes que sortent des mots tels que ceux-ci: _agotiau_,
+_apincher_, _bleusir_, _cologne_, _égrafiner_, et tant d'autres que je
+me dispense de citer.
+
+Mais ce ne sont pas seulement les termes surannés, impropres ou
+barbares qui altèrent la pureté de la langue. Les alliances de mots
+que le goût réprouve, l'emploi irrégulier de certains temps ou de
+certaines personnes des verbes, la mauvaise construction des autres
+parties du discours, en un mot, les fautes locales contre la syntaxe,
+fautes si communes et si graves, voilà, ce me semble, ce qui doit
+principalement occuper l'écrivain qui veut être le réformateur du
+langage.
+
+Toutefois, en embrassant les divers objets dont je viens de parler, il
+n'atteindra son but qu'autant que ses jugemens exprimés d'une manière
+nette, exacte et précise, seront d'ailleurs conformes aux règles d'une
+saine logique et aux décisions de ceux dont l'autorité en fait de
+langue est universellement reconnue. Il lui importe par-dessus tout de
+ne rejeter un mot, une phrase, qu'après avoir acquis la certitude que
+cette phrase, ce mot, méritent de l'être. Sans cette précaution, on
+censure souvent ce qu'on ignore: à un mot précieux par son exactitude,
+on en substitue un autre qui n'exprime que vaguement la même idée, et
+l'on appauvrit ainsi la langue au lieu de l'épurer.
+
+Un livre de la nature de celui dont il s'agit ici, ne doit donc
+contenir que des décisions fondées sur des principes fixes et
+incontestables. Il faut qu'on ne puisse pas élever le moindre doute
+sur les assertions du grammairien qui prononce en maître, et que si
+par hasard le lecteur peu docile veut remonter aux sources, il n'en
+revienne qu'avec plus de défiance de lui-même et plus de respect pour
+l'écrivain.
+
+Quel que soit d'ailleurs le mérite du Dictionnaire de M. Molard, il ne
+réunit malheureusement pas tous les caractères dont je viens de
+parler, et l'on risqueroit plus d'une fois de s'égarer en le suivant
+aveuglément. La plupart des articles qui le composent sont exacts;
+mais il en est encore un bien grand nombre qui renferment des
+décisions absolument opposées à celles des maîtres. Quelquefois ce
+Grammairien condamne des expressions admises par l'Académie, et les
+remplace par d'autres beaucoup moins précises. D'autres fois, il
+cherche à étayer ses opinions par des principes que l'usage et la
+logique s'accordent à rejeter. Ces erreurs sont d'autant plus
+dangereuses que le nom de l'auteur suffit aux yeux de bien des gens
+pour leur donner du crédit.[1] Il me paroît important de les faire
+connoître, et c'est le but des Observations que l'on va lire. Il n'y
+sera pas question du style de l'auteur; mon intention n'est point de
+m'arrêter à ce qui lui est personnel. En prenant la plume, je n'ai
+d'autre motif que celui d'être utile, et d'éclairer l'ignorance de
+quelques personnes consacrées à l'éducation, qui, lorsqu'on leur
+assure que telle ou telle expression est exacte, se contentent de
+répondre que cette expression est condamnée dans le Dictionnaire du
+mauvais langage.
+
+ [Note 1: Cela a lieu sur-tout dans quelques pensions.
+
+ On feroit un livre vraiment curieux si l'on recueilloit toutes les
+ locutions vicieuses que certaines personnes substituent au bon
+ langage avec l'intention de corriger celui qui est mauvais. Ici
+ l'on dit qu'on va _promener_, là qu'on ne _mouche_ pas; ailleurs,
+ on recommande à une demoiselle de se tenir _droit_, etc. M. Molard
+ condamne les deux premières de ces locutions; il autorise la
+ troisième.]
+
+Je suivrai dans mes Observations l'ordre alphabétique adopté par M.
+Molard: je rapporterai fidèlement ses articles; mes remarques
+viendront après.
+
+
+_Nota._ Je dois avertir que lorsque je cite l'Académie, je n'entends
+parler que du dernier Dictionnaire qu'elle a elle-même publié,
+Dictionnaire qu'il ne faut point confondre avec ceux qui depuis quinze
+à vingt ans ont paru sous le nom de cette illustre compagnie, et qui
+ne font pas autorité.
+
+
+
+
+OBSERVATIONS GRAMMATICALES
+
+SUR QUELQUES ARTICLES DU DICTIONNAIRE DU MAUVAIS LANGAGE.
+
+
+
+
+I.
+
+
+ À. On ne doit pas sous-entendre cette préposition dans la phrase
+ suivante et autres semblables: ma curiosité a failli _être punie_.
+ Dites, à être punie.
+
+ Faillir ne se construit pas avec la préposition _de_.
+
+
+FAILLIR _à_ et FAILLIR _de_ sont deux locutions également françoises,
+et autorisées, en ces termes, par l'Académie: «On dit qu'une chose _a
+failli à arriver, d'arriver_, pour dire qu'elle a été sur le point
+d'arriver, qu'il a tenu à peu qu'elle n'arrivât. _Il a failli à être
+assassiné_; _j'ai failli à tomber_, _j'ai failli de tomber_. Toutes
+ces phrases sont du style familier.»
+
+
+
+
+II.
+
+
+ AFFAIRÉ. Il est très-_affairé_. Quoique cette expression soit
+ généralement répandue, elle n'en est pas moins vicieuse.
+
+
+En lisant le Dictionnaire de M. Molard, je n'ai pu qu'être étonné de
+voir que l'auteur eût si souvent oublié de consulter l'Académie.
+_Affairé_ n'est point une expression vicieuse. On dit d'un homme qui a
+beaucoup d'affaires, qu'il est _très-affairé_. C'est un mot du style
+familier.
+
+
+
+
+III.
+
+
+ AIR. Doit-on dire cette femme a l'_air_ bon ou a l'_air_ bonne?
+ Les sentimens sont partagés. Ceux qui soutiennent qu'il faut dire
+ a l'_air bon_, disent que c'est le mot _air_ qui régit
+ l'adjectif; car c'est l'air qui est bon..... M. Domergue nous
+ apprend que M. de Laharpe (pris pour juge) décida qu'il falloit
+ dire: cette soupe a l'_air_ bonne. Voici sans doute la raison sur
+ laquelle il fondoit sa décision. Quand on dit: cette soupe a
+ l'_air bonne_, il y a ellipse; c'est comme si l'on disoit cette
+ soupe _paroît_ bonne; cette soupe, a l'air d'être bonne. _Les mots
+ a l'air étant l'équivalent du verbe_ paroît, _il s'en suit que
+ l'adjectif doit s'accorder avec le mot soupe qui est du
+ féminin....._ Je crois que l'usage a décidé la question; par-tout
+ on dit: cette soupe a l'air _bonne_..... Je ne condamne aucune des
+ deux façons de parler.
+
+
+Je doute fort que M. de Laharpe ait donné la décision qu'on lui
+attribue, et les raisons sur lesquelles M. Molard croit que cette
+décision a pu être fondée, ne me paroissent rien moins que solide. Je
+vais les examiner.
+
+«Il y a ellipse, dit Dumarsais, quand on supprime dans le discours
+quelque mot qui seroit exprimé selon la construction pleine.»
+
+Si _a l'air_ signifie _paroît_, où sont, je le demande, les mots
+supprimés dans cette phrase: Cette femme a l'air _bonne_? Où est
+l'ellipse? Il est aisé de voir que M. Molard s'est trompé sur ce
+premier point, et que ce ne sont pas les mots _avoir l'air_, mais
+_avoir l'air d'être_, qui sont l'équivalent de paroître. En ce cas, à
+quoi bon employer l'ellipse dans une phrase où la construction
+naturelle est tout-à-la-fois plus régulière et plus claire?
+
+En second lieu, si lorsque une locution peut être remplacée par une
+autre _équivalente_, on est obligé de se conformer à la construction
+qu'exige la locution substituée, quelles ne seront pas les
+conséquences d'un pareil principe? Il sera permis de dire: Cet homme a
+la mine _fier_, cet enfant a la mine _méchant_; et l'on justifiera ce
+langage barbare par des raisons telles que celles-ci: _Avoir la mine_
+signifie _paroître_; ou bien par cette autre: il y a ellipse; _Avoir
+la mine méchant_, signifie _avoir la mine d'être méchant_.
+
+Au lieu de ces singuliers raisonnemens, ne vaut-il pas mieux
+reconnoître que dans le cas dont nous parlons, comme dans tous les
+autres, l'adjectif se rapporte au substantif auquel il est joint et
+s'accorde avec lui? Et l'Académie ne consacre-t-elle pas ce principe,
+lorsque parlant en général et sans désigner le sujet, elle cite ces
+locutions: Avoir l'air guerrier, avoir l'air spirituel, avoir l'air
+hautain? Ne tranche-t-elle pas la question lorsqu'après ces exemples,
+elle ajoute encore ceci: «On dit avoir l'_air bon_, avoir l'_air
+mauvais_, pour dire avoir la mine d'un bon homme ou d'un méchant
+homme»? Est-il possible de ne pas voir que dans ces phrases, les mots
+_bon_, _mauvais_ se rapportent nécessairement au substantif _air_
+exprimé, et non pas à un sujet dont l'infinitif _avoir_ fait
+abstraction?
+
+
+
+
+IV.
+
+
+ AMATEUR. Ce mot a-t-il un féminin?... Il me semble que l'analogie
+ nous autorise à donner un féminin à ce mot. On dit une
+ _spectatrice_, une _actrice_, une force _créatrice_... Il faut
+ donc donner à _amateur_ une inflexion féminine.
+
+
+En général, M. Molard ne reconnoît comme françois que les mots qui se
+trouvent dans l'Académie. N'étoit-il pas naturel d'appliquer ce
+principe en cette occasion? Pour décider la question qu'il propose
+ici, il suffit d'ouvrir le Dictionnaire qui fait autorité. Ce
+Dictionnaire n'admet que le masculin dans _amateur_, tandis qu'il
+donne un féminin à _spectateur_, à _acteur_, etc. Il faut donc s'en
+tenir là. Il me seroit facile de citer une multitude de mots qui ne
+sont pas françois, quoiqu'ils aient en leur faveur l'espèce d'analogie
+qu'invoque M. Molard. Les principes de l'analogie ne prouveront jamais
+que tels ou tels mots doivent exister dans une langue; ils ne servent
+qu'à indiquer la manière la plus régulière de les employer, en cas
+qu'on les adopte.
+
+
+
+
+V.
+
+
+ BALUSTRE. Sorte de petit pilier façonné..... Il ne faut pas
+ confondre ce mot avec _balustrade_; celui-ci est un assemblage de
+ _balustres_. Cependant l'Académie leur donne quelquefois la même
+ signification.
+
+
+Le mot _balustrade_ ne peut jamais signifier un seul pilier; mais
+_balustre_ peut, quand on le veut, être employé pour _balustrade_. En
+ce sens, il est autorisé, non-seulement par l'Académie, mais encore
+par nos meilleurs écrivains. S'il falloit n'entendre par _balustre_
+qu'un _pilier façonné_, le dernier de ces vers de Boileau:
+
+ Ici s'offre un perron; là, règne un corridor;
+ Là, ce balcon s'enferme en un _balustre_ d'or.[2]
+
+deviendroit absolument inintelligible.
+
+ [Note 2: Art poétique, chant premier.]
+
+
+
+
+VI.
+
+
+ BENNE. C'est une de ces expressions locales nécessaires, ou parce
+ que l'invention des choses qu'elles désignent est de fraîche date,
+ ou parce que l'instrument a une forme particulière.
+
+ BENOT. Dites, _banneau_.
+
+
+BENNE, BENNEAU, BANNEAU, ne se trouvent point dans le Dictionnaire de
+l'Académie. Le Dictionnaire de Trévoux les admet tous les trois, et ne
+donne la préférence à aucun. Il les définit également: vaisseaux de
+bois qui servent à contenir les liquides, le blé, la vendange, la
+chaux, etc. Ces mots viennent du latin _benna_, qu'on retrouve dans
+Varron, et du diminutif _benellus_ qu'employoient les écrivains du
+moyen âge.
+
+_Benneau_ et _benel_ signifioient aussi autrefois une espèce de
+chariot. Ces mots, pris dans les deux sens, sont très-anciens.
+
+
+
+
+VII.
+
+
+ BRETAGNE. Pièce de fonte qu'on applique au fond de la cheminée.
+ Dites, _plaque_ ou _contre-mur_.
+
+
+CONTRE-MUR, pris dans le sens que lui donne ici M. Molard, n'est pas
+françois. Un _contre-mur_ est un mur que l'on bâtit le long d'un
+autre, pour le conserver. On fortifie quelquefois le mur d'une
+terrasse par un _contre-mur_.
+
+
+
+
+VIII.
+
+
+ BROCHE DE BAS. Petite verge de fer. Dites, _aiguille_, s. f.;
+ _aiguille de bas_. Dans ce sens, _broche_ et _brocher_ ont
+ vieilli.
+
+
+BROCHE est françois dans le sens que M. Molard indique. L'Académie ne
+dit point que ce mot ait vieilli.
+
+
+
+
+IX.
+
+
+ CANEÇONS. Sorte de culotte de toile ou de coton. Dites,
+ _caleçons_, s. m. pl.; donnez-moi des caleçons. Ce mot s'emploie
+ _toujours_ au pluriel.
+
+
+M. Molard assujettit à la même règle les mots _pincette_ et
+_tenaille_. L'Académie n'emploie _caleçon_ qu'au singulier. _Caleçon_
+de toile; se mettre en _caleçon_; être en _caleçon_. Le Dictionnaire
+de Trévoux s'exprime de même, et ajoute seulement qu'on _peut_
+employer ce mot au pluriel. Quant aux mots _pincette_ et _tenaille_,
+l'Académie cite des exemples du singulier comme du pluriel.
+
+
+
+
+X.
+
+
+ CAPON, CAPONNER. Qui a peur. Ces deux mots ne sont pas françois.
+ Dites, _poltron_, _poltronner_.
+
+
+CAPON, CAPONNER sont françois, mais n'expriment pas l'idée qu'on y
+attache à Lyon. Un _capon_ est un joueur rusé et fin, attentif à
+prendre toute sorte d'avantages aux jeux d'adresse. _Caponner_ c'est
+user de ruse, d'adresse au jeu. Ces deux termes sont populaires.
+
+
+
+
+XI.
+
+
+ CARABASSE. Vendre la carabasse; dites; découvrir le pot aux roses.
+
+
+Pour conserver la figure, on pourroit dire, ce me semble, vendre la
+calebasse. L'Académie n'autorise-t-elle pas cette locution en citant
+celle-ci: Frauder la calebasse?
+
+
+
+
+XII.
+
+
+ CARNIER. Sac où l'on met le gibier; dites, _carnacière_, s. f.
+
+
+La troisième syllabe de ce mot ne prend pas un _c_; d'après
+l'Académie, il faut écrire _carnassière_.
+
+
+
+
+XIII.
+
+
+ CHAÎNE D'OIGNONS. Acheter une chaîne d'oignons; dites, acheter une
+ _glane_ d'oignons.
+
+
+Une _glane_ d'oignons et une _chaîne_ d'oignons ne sont pas une même
+chose. _Glane_, à proprement parler, signifie une poignée d'épis que
+l'on ramasse après que les gerbes ont été emportées. C'est le
+substantif de _glaner_. Il se dit par extension des fruits, des
+légumes, etc. Ainsi une _glane_ d'oignons signifie une poignée
+d'oignons. Le mot le plus propre à désigner ce que le peuple entend
+par une _chaîne_ d'oignons, est _chapelet d'oignons_. Cette locution
+se trouve dans l'Académie.
+
+
+
+
+XIV.
+
+
+ CHAUFFE-LIT. Bassin ayant un couvercle percé de plusieurs trous,
+ et servant à chauffer le lit; dites, _bassinoire_. Par la même
+ raison vous direz, _bassiner_, et non pas _chauffer_ un lit.
+
+
+CHAUFFE-LIT est une expression que l'on trouve dans nos anciens
+Dictionnaires. L'Académie ne l'admet pas. Le Dictionnaire de Trévoux
+le place au nombre des mots françois, et le définit ainsi: Ce qui sert
+à chauffer un lit, soit une bassinoire, un moine, ou autres
+ustensiles.
+
+Quant à cette locution: _chauffer un lit_, elle est françoise.
+L'Académie dit: _Chauffer un lit_ avec une bassinoire, _chauffer des
+draps_; et M. Molard l'emploie lui-même dans l'article où il la
+condamne. _Chauffer_ ne désigne que l'action; _bassiner_ exprime
+à-la-fois l'action et l'instrument avec lequel on la fait.
+
+
+
+
+XV.
+
+
+ CHERCHER. On ne doit pas dire être à la cherche de quelque chose;
+ mais dites, _être à la poursuite_.
+
+
+ÊTRE À LA POURSUITE n'est pas l'équivalent d'être à la _cherche_. Je
+crois qu'il faut dire être à la _recherche_. Le mot _poursuite_ se
+rapportant aux personnes, suppose qu'elles fuient. On est à la
+_poursuite_ des ennemis. Appliqué aux choses, il donne à entendre
+qu'elles peuvent nous échapper. On est à la poursuite d'un emploi.
+_Recherche_ signifie _perquisition_. On est _à la recherche_ d'un
+objet lorsqu'on s'occupe de découvrir où il est.
+
+
+
+
+XVI.
+
+
+ CLASSIQUE. Ce mot ne s'employoit autrefois que pour désigner les
+ auteurs approuvés et qui ont une grande autorité; c'est la
+ définition qu'on en trouve dans le Dictionnaire de l'Académie;
+ mais celui de Trévoux et quelques autres disent que cet adjectif
+ désigne aussi les livres dont on fait usage en classe. Laharpe
+ l'emploie dans ce sens, ainsi que Geoffroi, et l'usage paroît
+ avoir consacré cette nouvelle signification.
+
+
+L'origine du mot _classique_ doit être cherchée dans la langue latine
+de laquelle nous l'avons emprunté. Les citoyens de Rome étoient, comme
+l'on sait, divisés en diverses classes. Ceux de la première se
+nommoient exclusivement CLASSIQUES, _cives classici_. On donna dans la
+suite aux témoins recommandables par leur probité et leurs vertus
+morales l'épithète de CLASSIQUES, _testes classici_. Enfin ce mot
+s'appliqua par extension aux auteurs dont l'excellence et le mérite
+étoient universellement reconnus, et c'est ainsi que l'on trouve dans
+Aulu-Gelle cette expression, AUTEURS CLASSIQUES, _scriptores
+classici_. Ces citoyens, ces témoins, ces auteurs, chacun sous des
+rapports différens, faisoient _autorité_. L'opinion des premiers, les
+dépositions des seconds, le langage des troisièmes, servoient en
+quelque sorte de modèle et de règle. Peut-on douter que ce ne soit sur
+ces notions qu'est basée la définition de l'Académie françoise?
+Comment quelques Grammairiens n'ont-ils pas reconnu, aux termes dont
+elle se sert, qu'elle a voulu consacrer en quelque sorte le sens
+qu'indique une étymologie si glorieuse?[3]
+
+ [Note 3: Les Dictionnaires italiens et espagnols définissent le mot
+ _classique_ d'une manière qui rappelle évidemment la même
+ étymologie.]
+
+Les personnes qui parlent bien se conforment encore aujourd'hui à la
+décision de l'Académie. L'Encyclopédie, dans un long article consacré
+à développer le sens précis du mot _classique_, déclare «qu'on peut
+être applaudi, plaire, devenir célèbre parmi ses contemporains, et
+cependant n'être jamais un _auteur classique_; que ce droit
+n'appartient qu'aux _meilleurs écrivains_ de la nation la plus
+éclairée et la plus polie, etc.»
+
+«Je voudrois, dit Boileau, que la France pût avoir ses auteurs
+_classiques_, aussi bien que l'Italie. _Pour cela, il nous faudroit un
+certain nombre de livres qui fussent déclarés exempts de fautes quant
+au style._ Quel est le tribunal qui aura droit de prononcer là-dessus,
+si ce n'est l'Académie?» Boileau propose ensuite un travail
+grammatical sur les bonnes traductions, parce que, dit-il, «les
+bonnes traductions avouées par l'Académie, en même temps qu'elles
+seroient comme des modèles pour bien écrire, serviroient aussi de
+modèles pour bien penser.»
+
+L'abbé d'Olivet juge l'idée de Boileau _solide_; mais il doute qu'il
+convienne de préférer des traductions, et appliquant à Racine et à
+Boileau lui-même ce que ce dernier dit des auteurs qui doivent servir
+de modèles, «Je suis, dit-il, persuadé avec toute la France, qu'ils
+mériteroient incontestablement tous les deux d'être mis à la tête de
+nos auteurs _classiques_, si l'on avoit marqué le très-petit nombre de
+fautes où ils sont tombés.»
+
+Que l'on ôte au mot _classique_ la signification consacrée par
+l'Académie, ou qu'on en rende seulement le sens incertain en lui
+associant une acception nouvelle, et dès-lors ce que l'on vient de
+lire, comme ce que nos écrivains ont cru dire de plus juste et de plus
+précis pour caractériser les modèles qu'offre notre littérature, ne
+sera plus senti, et même ne pourra plus l'être. D'Olivet,
+l'Encyclopédie, l'Académie, hésitoient en quelque sorte à proclamer
+_classiques_ nos plus beaux chefs-d'oeuvre. Boileau vouloit que ce
+jugement fût réservé à un tribunal; et aujourd'hui on donnera ce nom à
+une méthode, à un vocabulaire, à une traduction interlinéaire, à un
+cours de thèmes, en un mot, au plus petit comme au moins important de
+tous les livres, pourvu qu'il soit _en usage dans les classes_! Cela
+ne fait-il pas pitié?
+
+On répondra sans doute que dans le cas dont je viens de parler, le mot
+_classique_ n'a plus le même sens que lorsqu'il est question de nos
+grands écrivains. Il faut bien le supposer; autrement la sottise
+seroit trop forte. Mais alors, je le demande, à quel signe
+reconnoîtra-t-on ce second sens si différent du premier? Quel moyen
+d'éviter la confusion, lorsqu'il sera permis de dire également des
+oeuvres de Racine et des rudimens de Bistac, que ce sont des
+_classiques_? Et à quelle fin dénaturer ainsi une expression dont
+tout le mérite consiste dans l'unité de l'idée qu'on y attache?
+Beaucoup de gens, je le sais, disent _livres classiques_, au lieu de
+_livres de classe_, parce qu'ils confondent les uns et les autres, ou
+parce qu'ils trouvent la première de ces locutions plus commode et
+plus rapide. Mais en voyant la multitude d'ouvrages sur l'éducation
+dont nous sommes inondés, décorés par leurs auteurs du nom de
+_classiques_, auroit-on bien tort de soupçonner que c'est la noblesse
+primitive du mot qui a flatté la vanité de cette foule d'écrivains
+médiocres par lesquels il est employé? Il n'y a pas, dans la langue
+françoise, de terme dont l'amour-propre littéraire doive être plus
+jaloux; et je sens combien il seroit doux de pouvoir, à l'aide d'une
+heureuse équivoque, se dire à soi-même: les oeuvres de Racine, de
+Boileau, de Pascal, sont _classiques_, et les miennes aussi.
+
+M. Molard s'appuie de quelques autorités; il dit: Le Dictionnaire de
+Trévoux et quelques autres, déclarent que cet adjectif désigne aussi
+_les livres dont on fait usage en classe_.
+
+Il y a dans cette phrase beaucoup plus d'adresse qu'on n'imagine. On
+ne peut mieux dire, et ne dire pas ce que dit le Dictionnaire de
+Trévoux. Voici ce qu'on y trouve.
+
+«_Classique_ ne se dit guère que des _auteurs qu'on lit dans les
+classes_, _dans les écoles_, ou qui ont grande autorité. Saint Thomas
+et Le Maître des sentences sont des _classiques_ en théologie; Virgile
+et Cicéron, dans les Humanités, etc.»
+
+Je ne sais si mes lecteurs ne verront pas quelque différence entre ces
+paroles que M. Molard prête au Dictionnaire de Trévoux, _les livres
+dont on fait usage en classe_, et celles-ci que j'ai extraites
+textuellement, _les auteurs qu'on lit dans les classes_. Je crois
+apercevoir entre ces deux manières de parler, la même nuance qu'entre
+celles-ci: _Faire usage des rudimens_ de Bistac, et _lire Cicéron_ ou
+_Horace_.
+
+On s'autorise encore de M. de Laharpe. J'ai lu avec quelque attention
+les oeuvres de cet illustre écrivain, et je les ai consultées plus
+d'une fois sur des questions de grammaire et de littérature. J'y ai
+trouvé des phrases telles que celles-ci:
+
+«Que de choses à connoître encore dans ce que nous croyons savoir le
+mieux! Qui de nous, en relisant nos _classiques_, n'est pas souvent
+étonné d'y voir ce qu'il n'avoit pas encore vu?»[4]
+
+ [Note 4: Cours de Littér., tom. 1.er]
+
+«Un autre genre de défauts peut leur faire illusion (aux jeunes
+étudians) dans un auteur tel que Fontenelle; et s'ils ne sont pas bien
+accoutumés par la lecture des _classiques_ à ne goûter que ce qui est
+sain, l'abus qu'il fait de son esprit, et ses agrémens recherchés
+pourront leur paroître ce qu'il y a de plus charmant et de plus
+parfait.»[5]
+
+ [Note 5: Ibid., tom. 2.]
+
+Il n'est pas besoin de dire ce que signifie dans ces exemples le mot
+_classique_. M. de Laharpe parle comme l'Académie, cela est
+incontestable. Ce qui l'est beaucoup moins, c'est qu'il se soit servi
+de la même expression dans le sens restreint de _livre de classe_. On
+est d'autant plus porté à le croire, qu'en parlant des _Délices_ et
+des _Élégances de la langue latine_, il dit: «Ce sont les titres de
+quelques _livres de classe_.»[6] N'auroit-il pas employé cette
+locution _livres classiques_ si elle eût eu à ses yeux le même sens?
+Tout le monde connoît d'ailleurs l'aversion qu'il avoit pour les mots
+nouveaux, et son zèle à défendre la langue contre toute espèce de
+néologisme.
+
+ [Note 6: Cours de Littérature, _t. XVI, p. 160_.]
+
+Il seroit malgré cela très-possible que M. de Laharpe eût donné à
+certains livres _de classe_ le nom de _classiques_; cela prouveroit
+qu'il regardoit comme tels quelques uns des ouvrages employés dans les
+colléges et dans les écoles, chose qui est vraie et dont personne ne
+doute; mais cela ne montreroit pas qu'il suffit, selon lui, qu'un
+livre _soit en usage dans les classes_ pour mériter la dénomination de
+_classique_, chose qui fait précisément le sujet de la question.
+
+Je n'ignore pas que le mot _classique_ n'a pas toujours été pris dans
+un sens rigoureux. Plus d'une fois, lorsqu'on a complimenté un auteur,
+on a encensé sa vanité en donnant le nom de _classique_ à son livre;
+mais en cette circonstance même, l'expression dont il s'agit a
+conservé presque toute sa valeur. M. de Voltaire écrivant à l'abbé
+d'Olivet, lui disoit: «Tous ceux qui parlent en public doivent étudier
+votre Traité de la Prosodie; c'est un livre _classique_ qui durera
+autant que la langue françoise.» Qu'à cette manière de parler, _c'est
+un livre classique_, on substitue celle-ci, c'est _un livre de
+classe_; et que l'on décide quels seroient en ce cas la délicatesse et
+le mérite du compliment.
+
+Au reste, je ne nie point que plusieurs écrivains estimables de ces
+derniers temps n'aient employé le mot _classique_ dans le sens de M.
+Molard. J'avoue encore que chez les libraires, tous les livres de
+classe sont des _classiques_. Un compilateur qui travaille pour un
+collége, dit qu'il fait un _classique_. Il n'y a pas jusqu'aux
+élémens d'arithmétique, de géographie, aux abécédaires même qu'on
+n'appelle _classiques_. L'usage peut finir par faire la loi, et
+l'Académie par obéir: mais alors il faudra une expression nouvelle
+pour rendre ce que les personnes qui parlent bien entendent par
+_classique_. Ce mot le plus beau, le plus précieux de notre langue,
+perdra toute sa noblesse; il sera dégradé.
+
+
+
+
+XVII.
+
+
+ CORNE DE CERF. Dites, _bois de cerf_.
+
+
+Il est des circonstances où l'on pécheroit en suivant cette décision.
+On ne doit pas se servir du mot _corne_ lorsqu'il est question de la
+tête et du bois d'un cerf; mais lorsqu'on ne fait attention qu'à la
+matière, le mot _corne_ est françois. On dit: un couteau emmanché de
+_corne_ de cerf; de la raclure de _corne_ de cerf; de la gelée de
+_corne_ de cerf. Si dans ces locutions, on employoit le mot _bois_, on
+feroit une faute grossière.
+
+
+
+
+XVIII.
+
+
+ DÉFIER. Je _défie votre_ ami de courir aussi vîte que moi; il faut
+ dire: Je _défie à votre_ ami, c'est-à-dire, je fais défi _à_ votre
+ ami.
+
+
+Je _défie à votre_ ami, n'est pas françois, et la phrase que M. Molard
+censure est exacte. On verra par la suite que ce Grammairien est
+souvent trompé par des raisonnemens tels que celui-ci: on dit, je fais
+_défi à_; donc il faut dire _défier à_.
+
+DÉFIER, suivant l'Académie, est un verbe _actif_ qui, dans quelque
+sens qu'il soit employé, veut toujours un régime simple, comme on le
+voit par les exemples suivans qu'elle cite: Le prince qui déclaroit la
+guerre, envoyoit défier _l'autre_ par un héraut.--Il ne faut jamais
+défier _un fou_.--Je _vous_ défie de deviner.--Je _le_ défie d'être
+plus votre serviteur que moi.
+
+
+
+
+XIX.
+
+
+ DÉPÊCHER. _Dépêchez vîte._ Cette expression renferme un véritable
+ pléonasme; le dernier mot est superflu. Dites seulement,
+ _dépêchez_. Ce mot emporte avec lui l'idée de vîtesse.
+
+
+Faire remarquer qu'une phrase renferme un _véritable pléonasme_, ce
+n'est pas prouver qu'elle est vicieuse. «Il y a pléonasme, dit
+Dumarsais, lorsqu'il y a dans la phrase quelque mot superflu; en sorte
+que le sens n'en seroit pas moins entendu quand ce mot ne seroit pas
+exprimé..... Lorsque ces mots superflus quant au sens, servent à
+donner au discours ou plus de grâce, ou plus de netteté, ou _plus de
+force et d'énergie_, ils font une figure approuvée.» C'est ce qui a
+lieu dans la phrase critiquée par M. Molard; le mot _vîte_ ajoute une
+nouvelle force à la signification du verbe _dépêcher_. Aussi
+l'Académie n'a pas craint de faire un pléonasme absolument semblable,
+dans la phrase suivante: Dépêchez _promptement_ ce que vous avez à
+faire.
+
+
+
+
+XX.
+
+
+ DINDE..... Pour l'ordinaire les noms d'animaux, principalement
+ ceux d'oiseaux et de poissons, ne distinguent pas les sexes.....
+ On ne distingue les sexes _qu'à l'égard des animaux qui nous
+ intéressent_, tels que _cheval, jument_; _coq, poule_; _boeuf,
+ vache_; _chien, chienne_.
+
+
+Si l'on suivoit le principe de M. Molard, on risqueroit fort de
+s'égarer. Il n'y a sur ce point d'autre règle que l'usage. On dit
+_lion, lionne_; _tigre, tigresse_, etc. En quoi ces bêtes féroces nous
+_intéressent_-elles? _Lièvre_ n'a pas de féminin. Cet animal est-il
+moins _intéressant_ pour nous que ceux que j'ai d'abord nommés?
+L'Académie admet le mot _renarde_, féminin de renard; l'Encyclopédie
+et quelques Grammairiens le rejettent. La question entre ces autorités
+se réduit-elle à savoir si l'animal dont il s'agit est _intéressant_?
+
+
+
+
+XXI.
+
+
+ DONNER. En jouant aux cartes..... On ne doit pas dire c'est à moi
+ à _faire_; mais vous direz, c'est à moi à _donner_.
+
+
+L'Académie ne pense pas comme M. Molard. Selon elle, «_faire_ se dit
+absolument en parlant des jeux de cartes, où chacun donne les cartes à
+son tour. À qui est-ce à _faire_? c'est à vous à _faire_?»
+
+
+
+
+XXII.
+
+
+ DROIT. On dit à une demoiselle, tenez-vous _droit_, et non pas
+ _droite_, parce que ce mot est employé adverbialement.
+
+
+Cette décision est erronnée. Il n'est pas plus permis de dire à une
+demoiselle, tenez-vous _droit_, que tenez-vous _penché_, tenez-vous
+_courbé_. Il faut dire: tenez-vous _droite_, _penchée_, _courbée_.
+
+DROIT, considéré comme _adverbe_, signifie _directement_, _par le plus
+court chemin_. Ainsi l'on dit très-bien: cette demoiselle marche
+_droit_. Cette personne va _droit_ au but. Cette route mène _droit_ à
+Paris. On peut employer cette expression dans le sens propre et dans
+le sens figuré.
+
+DROIT, dans la phrase condamnée par M. Molard, est un _adjectif_ qui
+signifie _ce qui est perpendiculaire_, _ce qui ne penche d'aucun
+côté_. Cette décision n'est pas de moi; elle est de l'Académie dont
+j'ai pour ainsi dire emprunté tous les termes. À la définition que
+l'on vient de lire, elle ajoute ces deux exemples: se tenir _droit_;
+ce mur n'est pas _droit_.
+
+
+
+
+XXIII.
+
+
+ ÉCHEVETTE. Dites, _petit écheveau_, ou _botte_ de fil.
+
+ FLOTTE DE FIL. Dites, _écheveau_, _botte_ de fil.
+
+
+Il ne faut jamais dire _botte_ au lieu de _flotte_ ou d'_échevette_;
+la langue françoise n'admet que _écheveau_. Si la _botte_, de l'aveu
+de M. Molard, est l'assemblage de plusieurs _écheveaux_, comment se
+fait-il qu'il propose d'employer ce mot pour désigner un _petit
+écheveau_?
+
+
+
+
+XXIV.
+
+
+ ÉDUQUER. Il est à présumer que ceux qui s'expriment ainsi ont reçu
+ eux-mêmes une fort mauvaise éducation.
+
+
+Je ne veux point m'arrêter à contester à M. Molard la vérité de cette
+assertion; mais il ajoute: «M. Roubaud, dans ses Synonymes, a pris la
+défense de ce mot.» M. Roubaud, l'un de nos Grammairiens les plus
+profonds, auroit-il reçu une fort mauvaise éducation, ou prendroit-il
+la défense de gens mal élevés?
+
+
+
+
+XXV.
+
+
+ ENDÉVER. Ce mot signifie avoir un grand dépit de quelque chose. On
+ l'emploie mal-à-propos dans le sens de _contrarier_: ils m'ont
+ fait _endéver_.
+
+
+Dans la phrase que cite M. Molard, _endêver_ n'a point le sens de
+_contrarier_. Il n'auroit cette signification que dans une phrase
+semblable à celle-ci: ils m'ont _endêvé_. Mais personne ne s'exprime
+de la sorte. Que dans la phrase critiquée on substitue au mot
+_endêver_ la définition donnée par M. Molard, on aura: Ils m'ont fait
+_avoir grand dépit_, ce qui est exact. Cette locution est populaire.
+
+
+
+
+XXVI.
+
+
+ EXEMPLE. _Suivez_ les bons exemples qu'on vous donne, et non pas
+ _imitez_ les bons exemples.
+
+ _Imiter l'exemple_ pour dire _suivre l'exemple_, rien de plus
+ commun que cette erreur de langage. On _imite_ la conduite, on
+ _suit_ l'exemple.
+
+
+La prétendue erreur de langage que critique M. Molard a été commise
+par nos meilleurs écrivains. On la trouve dans presque tous les
+livres du grand siècle, selon la remarque de Bouhours lui-même, qui
+cependant ne croit pas cette locution _de la dernière pureté_.
+_Imiter_ un exemple est certainement l'expression propre. _Suivre_,
+construit avec _exemple_, n'est employé qu'au figuré. Si l'on dit
+_imiter_ les vertus, les actions de quelqu'un, c'est que l'on
+considère ces vertus, ces actions comme des _exemples_; de même que
+l'on dit copier une tête, un paysage, parce que l'on considère cette
+tête, ce paysage, comme des modèles. Il y a quelques différences entre
+_suivre_ et _imiter_ un exemple. L'abbé Roubaud les a assignées avec
+assez de justesse. «Il faut, dit ce Grammairien, tâcher d'_imiter_ les
+beaux exemples, pour en donner, du moins, de bons à _suivre_.» M.
+Piestre, dans sa Synonymie françoise, remarque avec raison que _suivre
+l'exemple_, ne se dit qu'en matière de moeurs; et qu'en fait d'arts
+et de littérature, on doit dire _imiter un exemple_. Mais il ne
+restreint point la signification de cette locution, comme il
+restreint celle de la première.
+
+Aux raisons que je viens de donner, ajoutons l'autorité des
+Dictionnaires. Voici comment s'exprime celui de Trévoux: «On dit
+très-bien et très-élégamment _imiter des exemples_, quand il s'agit
+d'éloquence, de poésie, de peinture, etc. On le dit même à l'égard des
+actions et des moeurs..... Les latins ont dit aussi _imitari
+exemplum_.»
+
+Quant à l'Académie, ce qui prouve que non-seulement elle admet le mot
+_imiter_ dans les cas dont nous parlons, mais encore qu'elle le
+regarde comme plus littéral, c'est qu'elle définit l'exemple, ce qui
+peut être _imité_. D'après M. Molard, elle auroit dû dire: ce qui peut
+être _suivi_.
+
+
+
+
+XXVII.
+
+
+ GARANTE. Femme qui sert de caution. Ce mot n'est pas employé
+ ordinairement au féminin en style de négociation, parce que
+ rarement les femmes sont admises à servir de caution.
+
+
+GARANT signifiant simplement quelqu'un qui répond du fait d'autrui ou
+du sien propre, fait au féminin _garante_.[7] L'Académie ajoute que
+quelques-uns s'en sont aussi servis dans _le style de négociation_,
+c'est-à-dire dans le style spécialement consacré aux traités et autres
+affaires publiques. L'exemple que l'Académie cite ne laisse pas le
+moindre doute à cet égard: La Reine s'est rendue _garante_ de ce
+traité.
+
+ [Note 7: Gattel ne donne pas de féminin à _garant_. Il admet
+ cependant _garante_, en parlant de traités politiques. _La Suède
+ est garante_, etc.]
+
+
+
+
+XXVIII.
+
+
+ GARDE-ROBE. Construction en bois, propre à serrer des habits ou du
+ linge. Il faut se servir du mot _armoire_, subs. fém.; soit que
+ cette construction ait un fond ou qu'elle n'en ait pas: une belle
+ _armoire_. La _garde-robe_ est le lieu où l'on renferme les
+ habillemens d'_un prince_. On dit d'un simple particulier qu'il a
+ une riche _garde-robe_ pour dire qu'il a un grand nombre de beaux
+ habillemens, sans avoir égard au lieu où il les tient. Mais en
+ toute autre circonstance, le mot _garde-robe_ s'entend d'une
+ construction qui regarde le maçon, et non pas le charpentier.
+
+
+La GARDE-ROBE est la _chambre_ destinée à contenir le linge, les
+habits, les hardes de jour et de nuit, etc. L'Académie dont j'emprunte
+les termes, ne fait pas de distinction à cet égard entre le _prince_
+et le _particulier_. Elle ne dit pas que le mot _garde-robe_ doive
+s'entendre d'une construction qui regarde le maçon, parce que
+l'ouvrier ne change ni la nature, ni la destination de la chose. Elle
+se sert, il est vrai, du mot _chambre_: mais les Grammairiens
+n'emploient pas cette dernière expression. Ils définissent la
+_garde-robe_; le _lieu_ où l'on serre les habits. C'est ainsi que
+s'expriment l'auteur des Convenances grammaticales et M. de Wailly.
+S'ils ont raison, quand une _armoire_ est le _lieu_ ou l'on serre des
+hardes, on peut l'appeler _garde-robe_.
+
+Les mêmes Grammairiens appellent _garde-robe_, subs. masc., un
+fourreau ou surtout de toile, pour conserver les vêtemens. Ménage dit
+la même chose dans ses Observations sur la langue françoise.
+L'Académie n'en parle pas.
+
+
+
+
+XXIX.
+
+
+ GARNISSAIRE. Soldat qui loge chez le débiteur du gouvernement;
+ dites, _garnisaire_ subs. masc., du mot _garnison_. Nous devons
+ cette expression au régime révolutionnaire; avant cette époque on
+ se servait du mot _séquestre_. Il est à désirer qu'on supprime ce
+ mot qui devient inutile, puisque nous en avons un équivalent.
+
+
+Il s'en faut bien que _séquestre_ soit l'équivalent de _garnisaire_.
+La signification de ces deux mots est absolument différente.
+_Séquestre_, subs. masc., est un terme de droit dont on se sert pour
+désigner une personne _quelconque_, à la garde de laquelle sont
+confiées les choses séquestrées par ordre de la justice. On s'assure
+de la probité et de la solvabilité d'un _séquestre_, avant de
+l'employer en cette qualité. Le _garnisaire_, comme le dit fort bien
+M. Molard, _n'est qu'un soldat qui loge chez le débiteur du
+Gouvernement_. Il n'a aucune fonction à remplir; rien n'est confié à
+sa surveillance et à sa garde. C'est un hôte forcé dont la présence
+incommode n'a d'autre but que de contraindre celui chez lequel il est,
+d'obéir à la loi, et d'acquitter sa dette.
+
+
+
+
+XXX.
+
+
+ GENTIL, GENTILLE. Cet écolier est bien _gentil_; dites, laborieux,
+ diligent. _Gentil_ veut dire _joli_, _délicat_. Une gentille
+ bergère.
+
+
+GENTIL signifie non-seulement _joli_, _délicat_, mais encore _qui
+plaît_, _qui est aimable_.
+
+Ces phrases ironiques admises par l'Académie, «je vous trouve bien
+_gentil_, vous êtes un _gentil_ compagnon,» ne signifient
+très-certainement pas, je vous trouve bien _joli_, vous êtes un
+_délicat_ compagnon. Qui ne sait d'ailleurs qu'un enfant fort _laid_
+peut être fort _gentil_, et un enfant fort _joli_ ne l'être pas? «On
+est _gentil_ par l'air et les manières, dit Roubaud; il ne faut que
+des traits gracieux pour être _joli_. Sans ces traits, avec l'agrément
+des façons, on est _gentil_.» Il est bien vrai que _gentil_ ne
+signifie pas _diligent_, _laborieux_; mais la _diligence_ et l'amour
+du travail sont des qualités qui rendent aimable; elles influent sur
+les _manières_, et peuvent faire dire quelquefois d'un _écolier_ qu'il
+est bien _gentil_.
+
+
+
+
+XXXI.
+
+
+ GRAVÉ. Il est _gravé_ de petite vérole. Dites, _marqué_ de petite
+ vérole.
+
+
+GRAVÉ DE PETITE VÉROLE est une locution exacte qui, outre la
+précision, a pour elle l'autorité du bon usage. Il suffit d'ouvrir les
+Dictionnaires pour s'en convaincre. L'Académie dit: «Avoir le visage
+_gravé_ de petite vérole.--On dit qu'un homme est tout _gravé_ de
+petite vérole, pour dire qu'il est extrêmement _marqué_.» _Gravé_
+exprime plus fortement l'idée que _marqué_ ne fait qu'indiquer.
+
+
+
+
+XXXII.
+
+
+ GRAVIR une montagne. Ce verbe n'est pas transitif. Dites, _gravir_
+ sur une montagne. On croît que l'étymologie de ce verbe est
+ _gravatè ire_, _aller péniblement_.
+
+
+La décision de M. Molard, fondée d'ailleurs sur des exemples cités
+dans l'Académie, n'est pas admise par plusieurs écrivains. On n'est
+pas d'accord sur l'étymologie. Quelques Grammairiens font dériver
+_gravir_ de l'italien _gradire_, _monter par degrés_. D'autres vont
+chercher son origine dans _grapire_ et _grapare_, verbes latins du
+moyen âge, qui signifient _gripper_, _saisir fortement_, parce que,
+disent-ils, lorsqu'on _gravit_, on s'attache aux pierres, aux rochers,
+etc. En suivant cette étymologie, on donne à _gravir_, une
+signification active. Le Dictionnaire de Trévoux l'admet: _Gravir une
+montagne_. On en trouve des exemples dans de bons auteurs; je l'ai vu
+dans un de nos poètes.
+
+Au reste, quand même le verbe _gravir_ seroit neutre, il ne faudroit
+pas croire que ce fût une raison pour ne pas dire _gravir une
+montagne_. Cette locution ne me paroît pas moins exacte que celle-ci:
+_monter_ une montagne, _descendre_ les degrés. Dans ces phrases,
+_monter des pierres_ sur un bâtiment, _descendre du vin_ à la cave,
+les verbes _monter_ et _descendre_ sont _actifs_, et ont pour régime
+les mots qui les suivent. On monte, on descend réellement les objets
+dont on parle, c'est-à-dire, qu'on les transporte plus haut ou plus
+bas qu'ils ne sont. Mais il n'en est pas de même dans les premières
+phrases que j'ai citées; et les mots _montagne_ et _degrés_, qui
+d'abord semblent être immédiatement dépendans du verbe, sont le régime
+d'une préposition sous-entendue.
+
+
+
+
+XXXIII.
+
+
+ HYPOCONDRE. Cet homme est _hypocondre_, c'est-à-dire mélancolique.
+ Dites, _hypocondriaque_. Le premier mot est le nom de _la
+ maladie_, et le second le nom du _malade_ en tant qu'il est
+ affecté de cette maladie. _Hypocondre_ est un substantif,
+ _hypocondriaque_ est un adjectif.
+
+
+HYPOCONDRE n'est point le nom d'une maladie; c'est un terme
+d'anatomie par lequel on désigne les parties latérales de la région
+supérieure du bas-ventre. Il est possible que je me trompe en parlant
+de choses que j'entends fort peu, mais du moins je me tromperai en
+suivant l'Académie. Elle ne donne pas de nom particulier à la maladie
+causée par le vice des hypocondres[8], et se contente de dire que
+celui qui en est atteint est _hypocondriaque_. À l'article
+_hypocondre_, elle ajoute cette remarque: «On dit figurément et
+abusivement d'un homme bizarre et extravagant qu'il est _hypocondre_,
+que c'est un _hypocondre_. Cet abus n'a lieu que dans la
+conversation.»
+
+ [Note 8: Il me semble que les médecins appellent cette maladie
+ _hypocondrie_.]
+
+Malgré l'_abus_, bien des gens seront incorrigibles. Quelques-uns
+s'autoriseront de ce passage de Boileau, dans sa Satyre de l'homme.
+
+ Jamais l'homme, dis-moi, vit-il la bête folle,
+ Sacrifier à l'homme, adorer son idole,
+ Lui venir, comme au Dieu des saisons et des vents,
+ Demander à genoux la pluie ou le beau temps?
+ Non. Mais cent fois la bête a vu l'homme _hypocondre_
+ Adorer le métal que lui-même il fit fondre.
+
+D'autres se souviendront de ces vers de Lafontaine, dans la fable de
+la Chatte métamorphosée en femme:
+
+ Jamais la dame la plus belle
+ Ne charma tant son favori
+ Que fait cette épouse nouvelle
+ Son _hypocondre_ de mari.
+
+et ils continueront ainsi à dire de certaines gens qu'ils sont
+_hypocondres_.
+
+
+
+
+XXXIV.
+
+
+ JETER. Ne dites pas: cette plaie _jette_; mais cette plaie
+ _suppure_.
+
+
+Dites, si vous voulez, cette plaie _jette_. _Jeter_, selon l'Académie,
+«se dit des ulcères, des apostèmes, des plaies, etc. Cette apostème
+_jette_ du pus; ces ulcères, ces pustules _jettent_ beaucoup. Sa plaie
+commence à _jeter_.»
+
+
+
+
+XXXV.
+
+
+ LE. L'adverbe _bien_ veut l'article; _bien des gens_ s'estiment
+ plus qu'ils ne valent..... On supprime l'article après _beaucoup_,
+ parce que c'est l'équivalent de ces mots, _une grande quantité_.
+
+
+J'ai déjà fait remarquer combien il est dangereux en grammaire
+d'établir le principe que M. Molard répète ici.
+
+1.º S'il est vrai que l'on dit _beaucoup de_, et non pas _beaucoup
+des_, parce que _beaucoup_ est l'_équivalent_ de _grande quantité_,
+pourquoi ne diroit-on pas _bien de gens_ au lieu de _bien des gens_?
+_Bien_ n'est-il pas aussi dans ce cas l'_équivalent_ de _grande
+quantité_?
+
+2.º _Beaucoup_ est-il toujours l'équivalent de _une grande quantité_?
+Le prétendre, ce seroit dire que cette phrase: j'ai beaucoup de
+plaisir à vous voir, signifie j'ai _une grande quantité_ de plaisir à
+vous voir, ce qui est absurde.
+
+Je placerai ici une autre observation sur le mot _beaucoup_. M.
+Molard condamne d'une manière absolue cette locution, il s'en faut _de
+beaucoup_, et veut qu'on supprime le _de_[9]. Cette règle n'est pas
+exacte; voici celle que donne l'Académie: «On dit _il s'en faut
+beaucoup_ pour dire qu'il y a une grande différence. _Le cadet n'est
+pas si sage que l'aîné, il s'en faut beaucoup._ Et on dit _il s'en
+faut de beaucoup_ pour dire que la quantité qui devoit y être n'y est
+pas. _Vous croyez m'avoir tout rendu; il s'en faut de beaucoup._»
+
+ [Note 9: Mauv. lang. corr., au mot _Falloir_.]
+
+
+
+
+XXXVI.
+
+
+ LIT DE CAMP. Dites, _lit de sangle_.
+
+
+Un _lit de camp_ n'est point un _lit de sangle_. Ces deux expressions
+sont également françoises; mais il ne faut pas prendre l'une pour
+l'autre. On appelle _lit de camp_ ou _lit brisé_ un lit dont les pieds
+se brisent, se démontent, et que l'on peut transporter dans une
+malle, etc. Le _lit de sangle_ est fait de sangles attachées à deux
+pièces de bois soutenues par deux pieds qui se croisent.
+
+
+
+
+XXXVII.
+
+
+ MALGRÉ que..... _Moyennant_ que. _Malgré_, _moyennant_ sont des
+ prépositions qui, en cette qualité, demandent un complément, et
+ qui ne peuvent pas être suivies de la conjonction que.
+
+
+Je réunis ces locutions dont M. Molard a fait deux articles séparés.
+On les trouve dans les anciens Dictionnaires. «Je ferai cette choses
+_moyennant qu'il_ me dédommage, dit le Dictionnaire de Trévoux.»[10]
+On ne s'en sert plus aujourd'hui. Mais le principe d'après lequel M.
+Molard les condamne est absolument faux. Rien n'est plus commun que
+l'union du _que_ conjonction avec une préposition. Les mots _avant_,
+_dès_, _depuis_, _outre_, _pendant_, _pour_, etc. sont certainement
+des prépositions, et cependant l'on dit _avant que_, _dès que_,
+_depuis que_, _outre que_, _pendant que_, _pour que_, etc.
+
+ [Note 10: Voyez aussi l'Essai sur les Convenances grammaticales.]
+
+
+
+
+XXXVIII.
+
+
+ MOI. Ne dites pas, menez moi-zi; mais dites, menez m'y.
+
+
+L'Académie tient un tout autre langage. Voici comment elle s'exprime:
+
+«La particule _y_, unie au pronom _me_, _ne se met jamais après le
+verbe_. On dira bien, vous _m'y_ attendrez, je vous prie de _m'y_
+mener; mais on ne dira pas, _attendez m'y_, _menez m'y_.»
+
+D'après cette règle, on voit que l'Académie veut qu'en ce cas on donne
+à la phrase un autre tour, au moyen duquel le pronom précède le verbe.
+Cependant quelques Grammairiens estimables proposent de dire:
+_menez-y-moi_, _arrêtes-y-toi_. Il faut convenir que ces manières de
+parler sont bien dures.
+
+
+
+
+XXXIX.
+
+
+ MORAL signifie qui a trait aux moeurs, et non qui a des
+ moeurs. _Immoral_ se dit des choses et non des personnes. Dites,
+ des livres _immoraux_, une conduite _immorale_. Mais ne dites pas,
+ un jeune homme _immoral_.
+
+
+MORAL signifie non-seulement ce qui a trait aux moeurs, mais encore
+ce _qui renferme une bonne morale_, _une morale saine_. L'Académie dit
+en ce sens: cela est fort _moral_. Depuis quelques années, plusieurs
+écrivains emploient le mot _moral_ en parlant des personnes, cet homme
+est _moral_, pour dire qu'il a des moeurs; on fait aussi de _moral_
+un substantif: le _moral_ influe sur le physique. Ces manières de
+parler ne sont pas encore consacrées.
+
+Quant à _immoral_, il n'est point dans le Dictionnaire qui fait
+autorité; c'est un mot nouveau. Les Dictionnaires publiés sous le nom
+de l'Académie l'ont adopté, et disent qu'il s'emploie en parlant des
+_personnes_ et des _choses_. Voici comment ils le définissent.[11]
+
+ [Note 11: Voyez les Dictionnaires publiés sous ces titres:
+ _Dictionnaire de l'Académie, revu par l'Académie
+ elle-même_.--_Dictionnaire de l'Académie, avec les mots
+ nouveaux_.]
+
+«_Immoral_, qui est contraire à la morale, qui est sans principes de
+morale. Caractère _immoral_. Ouvrage _immoral_. C'est l'homme le plus
+_immoral_ que je connoisse.»
+
+
+
+
+XL.
+
+
+ MOUCHE À MIEL. Dites, _abeille_.
+
+
+Le mot _mouche à miel_ n'est pas moins exact que celui d'_abeille_. Il
+se trouve dans tous les Dictionnaires, et l'Académie le cite deux
+fois, l'une à l'article _Mouche_, et l'autre à l'article _Miel_.
+D'ailleurs qui ne connoît la fable que Lafontaine lui-même a
+intitulée, _Les Frêlons_ et les _Mouches à miel_?
+
+
+
+
+XLI.
+
+
+ OFFICIER DE GÉNIE. Il ne faut pas confondre un _officier du génie_
+ avec un _officier de génie_. La première expression désigne le
+ corps où sert l'officier, et la seconde indique la qualité de son
+ esprit.
+
+
+Je ne sais où M. Molard a pris cette distinction subtile; elle n'est
+pas fondée. On dit un _officier de génie_, comme on dit un officier
+_de guerre_, un officier _de marine_, un officier _de justice_.
+Lorsqu'on parle en général, on supprime l'article, et l'on emploie la
+préposition _de_. L'équivoque n'est à craindre que pour ceux qui ne
+savent pas bien le françois. C'est à _l'homme_ et non pas à la
+_profession_ qu'il faut associer les qualités bonnes ou mauvaises qui
+appartiennent plus à l'un qu'à l'autre. Ainsi on ne dira pas un
+général _de génie_, un officier _de génie_, un magistrat _de génie_,
+pour dire qu'un général, un officier, un magistrat, ont _du génie_.
+Ce seroit la même chose que si l'on disoit un général _d'esprit_, un
+officier _d'esprit_, un magistrat _d'esprit_, pour dire qu'un général,
+un officier, un magistrat, ont _de l'esprit_. Mais on dira très-bien,
+ce général, cet officier, ce magistrat sont des _hommes d'esprit_, des
+_hommes de génie_.
+
+
+
+
+XLII.
+
+
+ PAIRE. Une chose unique composée de deux pièces. Dites, une
+ _paire_. _Une paire de bas, une paire de ciseaux_, etc.
+
+
+Rien n'est plus important qu'une bonne définition. Celle-ci, empruntée
+de l'Académie, n'est pas exacte, parce que, considérée séparément,
+elle ne détermine qu'une des nombreuses significations du mot.
+L'auteur ne songeoit sans doute qu'à l'un des exemples qu'il a donnés,
+une _paire de ciseaux_, et oublioit le premier. On ne dira jamais
+qu'une paire de bas, ou une paire de boeufs, soit une _chose unique
+composée de deux pièces_. _Paire_ se dit aussi de deux animaux de
+même espèce, ou de deux choses qui vont ensemble. _Une paire_ de
+pigeons, _une paire_ de gants.
+
+
+
+
+XLIII.
+
+
+ PARDONNER. _Pardonnez ceux_ qui vous ont offensé. Cette phrase
+ renferme un solécisme. Le mot pardonner signifie _donner_ pardon;
+ or, on donne pardon à quelqu'un. Dites, _pardonnez à ceux_, etc.
+ et non _pardonnez ceux_, etc.
+
+
+Cette décision est juste; mais la raison qu'on en donne est fausse. M.
+Molard part toujours de ce principe erronné, que des locutions
+_équivalentes_ pour le sens doivent avoir une construction semblable.
+On ne sauroit admettre cette règle, sans dénaturer la langue et la
+rendre barbare. On s'en convaincra par l'application que je vais en
+faire aux deux exemples suivans.
+
+_Absoudre_, _congédier_, signifient _donner l'absolution_, _donner
+congé_; or, on donne l'absolution, on donne congé _à_ quelqu'un.
+Dites donc, absoudre _à_ quelqu'un; congédier _à_ quelqu'un. En
+Grammaire, comme en toute autre matière, il est aisé de reconnoître la
+fausseté d'un principe, par l'absurdité des conséquences.
+
+
+
+
+XLIV.
+
+
+ PARESOL. Dites, _parasol_. Ce nom est composé de _para_ et de
+ _sol_. Le premier est une préposition grecque, qui signifie
+ _contre_, c'est-à-dire contre le soleil; il signifie aussi à côté.
+ J'en dis autant des mots _parepluie_, _parevent_: on doit dire,
+ parapluie, paravent, en vertu de la même observation.
+
+
+C'est probablement la première fois qu'on a donné à _parasol_ une
+pareille étymologie. _Parasol_ vient de l'italien _para sole_.
+_Parare_, en italien, signifie entr'autres choses garantir, défendre
+contre les incommodités, en éloignant l'objet incommode; le verbe
+françois _parer_ a aussi quelquefois le même sens. C'est ce que disent
+les étymologistes, et entr'autres Ménage, qui ajoute que la parasol a
+été ainsi nommé, _quia solem arcet_. Cette remarque s'applique
+également aux mots _paravent_ et _parapluie_.
+
+
+
+
+XLV.
+
+
+ PARFAITEMENT. Je suis _très-parfaitement_, ou bien _parfaitement_
+ convaincu. Les mots _parfaitement_ et _parfait_ ne peuvent pas
+ être modifiés en _plus_ ou en _moins_. Car on ne peut rien ajouter
+ à ce qui est _parfait_....... On ne dira donc pas: _un des modèles
+ les plus parfaits_. La _perfection_ est une qualité absolue: elle
+ rejette toute modification en plus et en moins. La _perfection_
+ est au plus haut degré; il n'y a que les qualités relatives qui
+ admettent le plus ou le moins.
+
+
+La _perfection_, considérée comme qualité _absolue_, ne convient qu'à
+Dieu. Toute _perfection_ dans les hommes et dans leurs ouvrages n'est
+que _relative_, et admet par conséquent le _plus_ ou le _moins_. On
+ne sauroit indiquer un ouvrage si _parfait_ qu'on ne pût en concevoir
+un _plus parfait_ encore. Aussi le mot _parfait_ a-t-il un positif, un
+comparatif et un superlatif dans toutes les langues. Les écrivains du
+siècle de Louis XIV l'emploient très-souvent dans ces divers degrés de
+signification. Il me seroit aisé d'en citer de nombreux exemples; je
+me contenterai de rapporter les phrases suivantes, prises dans les
+écrits de trois hommes qui certainement savoient le françois.
+
+«Démosthène et Cicéron, dit Rollin, sont des modèles d'éloquence _les
+plus parfaits_.»[12]
+
+ [Note 12: Traité des études.]
+
+«Ce quelque chose qui est en moi et qui pense, dit La Bruyère, s'il
+doit son être et sa conservation à une nature universelle qui a
+toujours été et qui sera toujours, laquelle il reconnoisse comme sa
+cause, il faut indispensablement que ce soit à une nature
+universelle, ou qui pense, ou qui soit plus noble et _plus parfaite_
+que ce qui pense.»[13]
+
+ [Note 13: Caract. de La Bruyère, chap. des esprits forts.]
+
+«Le _plus parfait_ de tous les anges, dit Bossuet, qui avoit été aussi
+le plus superbe, se trouva le plus mal-faisant comme le plus
+malheureux.»[14]
+
+ [Note 14: Discours sur l'histoire universelle.]
+
+ M. de Laharpe a également employé l'adjectif _parfait_ au
+ comparatif. _Voy._ la phrase citée, pag. 29 de ces Observations.
+
+
+
+
+XLVI.
+
+
+ PATTE. On dit proverbialement _faire sa patte_, pour dire faire
+ son profit dans une place. Cet intendant a bien fait _sa patte_.
+ Cette expression n'est pas françoise; dites, il a fait son
+ _magot_, expression populaire.
+
+
+MAGOT signifie _amas d'argent caché_; _faire son magot_ veut donc
+dire, faire un amas d'argent caché. Un homme qui veut passer
+_incognito_ d'un pays dans un autre, _fait son magot_, et s'en va. La
+locution que propose M. Molard n'emporte pas avec elle l'idée de
+_profit_ que le peuple attache à celle-ci, _faire sa patte_. Pour
+exprimer cette idée, il faut dire, _faire ses orges_.
+
+«On dit proverbialement et figurément qu'un homme a _bien fait ses
+orges_ dans une affaire, dans un emploi, pour dire qu'il y a _fait un
+grand profit_.»[15]
+
+ [Note 15: Voyez l'Académie, au mot _orge_.]
+
+
+
+
+XLVII.
+
+
+ PHYSIQUE. Cet homme a un beau _physique_. Ce mot n'avoit pas
+ autrefois la signification de _taille_, de _stature_. L'Académie
+ ne lui donne pas cette acception. Mais depuis quelque temps on en
+ fait un nom masculin qui signifie _tournure_.
+
+
+PHYSIQUE ne signifie point encore aujourd'hui _taille_, _stature_. Un
+homme d'une belle taille, d'une haute stature, n'a pas toujours un
+beau _physique_. Il n'est pas moins inexact d'en faire le synonyme de
+_tournure_. Voici comment s'expriment sur ce mot les derniers
+Dictionnaires publiés sous le nom de l'Académie:
+
+«On dit substantivement au masculin, le _physique_ d'un homme, pour
+désigner sa _constitution naturelle_, et aussi son _apparence_. _Un
+bon physique; il a un beau physique.»_
+
+
+
+
+XLVIII.
+
+
+ PLEIN. Il a _tout plein de bontés_ pour moi; dites, il a
+ _beaucoup_ de bontés pour moi.
+
+
+La locution que critique ici M. Molard, est du style familier. Il
+m'étoit souvent arrivé de la condamner, lorsqu'enfin je trouvai
+quelqu'un qui me dit: Quelle différence de construction voyez-vous,
+Monsieur, entre cette locution, _tout plein de bontés_, et celle-ci,
+_tout plein de gens_?--Aucune, répliquai-je.--Eh bien! si l'Académie
+admet la seconde, puisque, de votre aveu, la première lui est
+semblable, pourquoi la rejetteriez-vous?--Il s'agit de vérifier ce que
+dit l'Académie.
+
+Nous vérifiâmes, et je vis, ou du moins je crus voir que j'avois tort.
+
+
+
+
+XLIX.
+
+
+ PRÉPOSITION. Il faut répéter la préposition devant les mots qui
+ n'ont pas une signification à-peu-près semblable. Vous ne direz
+ pas: ce bouquet est composé _de_ roses, oeillets et myrte; il
+ faut répéter la préposition _de_.
+
+
+L'abbé Girard, dans ses Discours sur les vrais principes de la langue
+françoise, et M. de Wailly, dans sa Grammaire, prescrivent la même
+règle. Mais il est aisé, ce me semble, de faire voir que ces
+grammairiens estimables se trompent en cette occasion. Pour ne pas
+sortir de l'exemple cité par M. Molard, s'il est vrai qu'il faille
+répéter la préposition devant les mots _qui n'ont pas une
+signification à-peu-près semblable_, on sera obligé de dire:
+
+_Avec_ des oeillets, _avec_ des roses et _avec_ du myrte, on feroit
+un beau bouquet.
+
+On péchera, au contraire, en disant:
+
+_Avec_ des oeillets, des roses et du myrte, on feroit, etc.
+
+Or, je le demande, quel est le Grammairien qui osera approuver la
+première de ces phrases, et blâmer la seconde?
+
+En admettant le principe que je combats, il y aura encore une faute
+dans ces exemples: _parmi_ les frères et les soeurs; _entre_ la France
+et la Suède; _contre_ la raison et la foi; _malgré_ son or et son
+crédit; _après_ mes objections et vos réponses; _excepté_ François
+I.er et Charles-Quint, etc.
+
+Et pour être exact, il faudra dire: _Parmi_ les frères et _parmi_ les
+soeurs; _entre_ la France et _entre_ la Suède; _après_ mes
+objections et _après_ vos réponses, etc. En vérité, y eut-il jamais
+erreur plus palpable? Je serois trop long, si je voulois rappeler ici
+ce qu'on écrit les Grammairiens pour réduire à des principes fixes ce
+qui regarde cette matière. Sans prétendre donner une règle absolue et
+invariable sur un point qui dépend principalement de l'usage, je me
+contente de dire d'après quelques autorités, qu'en général les
+prépositions composées de plusieurs syllabes ne se répètent pas, et
+qu'au contraire les monosyllabes se répètent, et c'est ce qui a pu
+tromper MM. Girard et de Wailly. Car il est à remarquer que ces
+écrivains, ainsi que M. Molard, n'ont justifié leur décision que par
+des exemples dans lesquels les prépositions sont monosyllabes.
+
+
+
+
+L.
+
+
+ PRÈS ne doit pas s'employer pour le mot _auprès_; _près de_ est
+ opposé à _loin de_; _auprès de_ exprime une idée d'_entour_. Il
+ est demeuré _près_ de l'église; j'ai mes enfans _auprès_ de moi.
+
+
+AUPRÈS DE n'emporte pas l'idée _d'entour_. On dit très-bien avec
+l'Académie: Sa maison est _auprès_ de la mienne, il loge _auprès_ de
+l'église, la rivière passe _auprès_ de la ville; comme on dit, sa
+maison est _près_ de la mienne, il loge _près_ de l'église, la rivière
+passe _près_ de la ville.
+
+Vaugelas donne aux deux locutions dont nous parlons une signification
+semblable. Il ajoute qu'_auprès_ se construit également avec un nom de
+_personne_ et un nom de _chose_, il est _auprès_ de moi; il loge
+_auprès_ de l'église: et _près_, avec un nom de _chose_ seulement, il
+est _près_ du palais. Cette opinion est confirmée par Patru et Thomas
+Corneille. Selon d'autres Grammairiens, _auprès_, d'ailleurs synonyme
+de _près_, exprimeroit en outre une plus grande proximité. Cette
+distinction est peut-être trop subtile.
+
+
+
+
+LI.
+
+
+ PRÊT, PRÈS. Ces prépositions ne peuvent pas être employées
+ indifféremment. Ne dites pas le sang est _prêt_ à couler; mais
+ dites, _près_ de couler. Car l'adjectif _prêt_ signifie _préparé_,
+ _disposé_..... Le mot _près_ marque l'approche..... On trouve
+ quelquefois cette faute dans Racine et dans les ouvrages de J.-J.
+ Rousseau.
+
+
+La plupart des Grammairiens décident comme M. Molard, et j'ai partagé
+long-temps leur opinion. Il me semble aujourd'hui que la règle qu'ils
+donnent est trop absolue, et que dans sa généralité elle est
+contraire, non-seulement à l'usage suivi par nos bons écrivains, mais
+à l'Académie elle-même.
+
+Il y a cent ans, que l'on écrivoit également _prest à_ et _prest de_.
+Dans les deux cas, on donnoit à _prest_ un féminin, et l'on disoit
+_preste à_, _preste de_. Il semble même qu'on évitât d'employer _près_
+dans les constructions dont il s'agit ici. Bouhours, l'un des plus
+illustres Grammairiens du temps, autorise les deux locutions que j'ai
+citées. Elles étoient encore usitées vers le milieu du 18.e siècle:
+les Dictionnaires le constatent. On trouve dans celui de TRÉVOUX,
+édition de 1771, des phrases telles que celles-ci: Ville _prête_ de se
+rendre. Fille _prête_ de se marier, etc.
+
+Aujourd'hui on ne dit plus _prêt de_; en ce cas on emploie la
+préposition _près_, et _près de_ signifie toujours _sur le point
+de_.[16] Mais _prêt à_ n'a-t-il jamais le même sens, et sa
+signification est-elle toujours restreinte à celle-ci, _disposé à_,
+_préparé à_? c'est ce qu'il s'agit de décider. M. Molard prononce
+affirmativement, et ajoute que Racine et J.-J. Rousseau ont péché
+contre cette règle. Si ces écrivains étoient seuls, peut-être
+hésiterois-je moins; mais le nombre et le caractère de ceux qui ont
+parlé comme eux, m'effraie et me retient. Je n'ose condamner des
+_coupables_ tels que Bossuet, Rollin, Boileau, Pascal, Racine le fils,
+Lefranc de Pompignan, la plupart de leurs contemporains, et même
+plusieurs de nos auteurs modernes les plus célèbres.
+
+ [Note 16: Il est à remarquer qu'autrefois _prêt de_, _prête de_
+ signifioient également _disposé à_ et sur _le point de_. Nous
+ venons de voir que les Lexicographes de Trévoux ont dit _ville
+ prête de se rendre_; ce qui certainement veut dire: ville _sur le
+ point de_ se rendre. Vaugelas, dans sa traduction de Quinte-Curce,
+ fait dire aux soldats d'Alexandre: «Nous sommes tout _prests_
+ d'aller où vous voudrez.» Ce qui ne signifie pas moins
+ incontestablement: Nous sommes _disposés_ à aller où vous
+ voudrez.]
+
+Dans l'Oraison funèbre du chancelier Le Tellier, Bossuet s'exprime
+ainsi: «Enfin _prêt_ à rendre l'ame, je rends grâces à Dieu, dit le
+chancelier, de voir défaillir mon corps avant mon esprit.»
+
+«Rome _prête_ à succomber, dit Rollin, se soutint principalement
+durant ses malheurs par la confiance et la sagesse du sénat.»
+
+«Voyez-vous, dit Boileau, la terre ouverte jusqu'en son centre,
+l'enfer _prêt_ à paroître?»
+
+«Il est injuste qu'on s'attache à nous, dit Pascal, quoiqu'on le fasse
+avec plaisir et volontairement; nous tromperons ceux à qui nous en
+ferons naître le désir. Car nous ne sommes la fin de personne, et
+nous n'avons pas de quoi les satisfaire. Ne sommes-nous pas _prêts_ à
+mourir? et ainsi l'objet de leur attachement mourroit.»
+
+M. Lefranc, en parlant des impies, dit:
+
+ Le faux calme dont ils jouissent
+ Est toujours _prêt à_ se troubler.
+ Un éclair seul les fait trembler;
+ Ils blasphèment, mais ils frémissent.
+
+Racine le fils termine le dernier chant de son Poëme sur la Religion,
+par ces vers:
+
+ À la fin de mes chants, je me hâte d'atteindre,
+ Et si je ne sentois ma voix _prête à s'éteindre_,
+ Vous me verriez, etc.
+
+M. de Fontanes, dans le Discours qu'il prononça sur la tombe de M. de
+Laharpe, dit en parlant de cet illustre écrivain:
+
+«Les injustices se réparoient; nous étions _prêts_ à le revoir dans ce
+sanctuaire des lettres et du goût dont il étoit le plus ferme
+soutien.»
+
+Il me seroit aisé de pousser beaucoup plus loin mes citations; celles
+que j'ai produites me paroissent devoir suffire.
+
+Le passage que j'ai cité de Pascal, est vicieux, je le sais. Les
+anciens Grammairiens ont enseigné qu'il ne faut pas employer
+indifféremment ces deux locutions, _prêt de mourir_[17], et _prêt à
+mourir_. Bouhours fonde cette exception sur la nécessité d'éviter
+l'équivoque qui peut avoir lieu, et il me paroît que c'est en général
+la seule attention qu'aient eue nos bons auteurs. Il est, du reste,
+certain que _Pascal_ a écrit _prêt à mourir_; et cette faute ne prouve
+que davantage à mes yeux l'usage dans lequel on étoit d'employer _prêt
+à_, pour signifier également _sur le point de_, et _disposé_, _préparé
+à_, en laissant aux phrases antécédentes le soin de déterminer celui
+des deux sens dans lequel il falloit l'entendre. Nos éditions
+actuelles des _Pensées_, portent: «Ne sommes-nous pas _près de_
+mourir?» Cette correction est récente: elle fut faite pour la première
+fois dans l'édition de 1783.
+
+ [Note 17: J'écris ici _prêt_ de mourir, parce que c'est ainsi
+ qu'on écrivoit dans le 17.e siècle.]
+
+Je sais encore que M. de Wailly critique le passage de Rollin. Mais
+a-t-il raison? Et ne devoit-il tenir aucun compte des autres écrivains
+qui ont parlé comme _Rollin_, entr'autres de Bossuet et de Boileau?
+«Rome, dit M. de Wailly, étoit sur le point de succomber; mais elle
+n'y étoit pas _disposée_. Donc, il falloit dire _près de succomber_,
+et non pas _prête à succomber_.» Cette remarque suppose toujours ce
+qui est en question, savoir que _prêt_ n'a pas d'autre signification
+que celle de _disposé_, et ce point me ramène à l'Académie, dont j'ai
+parlé d'abord.
+
+D'après l'Académie, _prêt_ signifie non-seulement _préparé_,
+_disposé_, comme le prétend M. Molard, mais encore _qui est en état de
+faire_, ou _de souffrir quelque chose_. La dernière partie de cette
+définition auroit pu, ce me semble, être exprimée avec plus de netteté
+et de justesse. Cependant, malgré son obscurité, on voit d'abord
+qu'elle donne plus de latitude à la signification du mot _prêt_; et
+certainement dans ce premier exemple, qui vient à la suite, le dîner
+est _prêt à_ servir, _prêt_ signifie non pas _disposé_, mais en état
+d'_être servi_.[18] En second lieu, ne suffit-il pas quelquefois
+qu'une personne ou une chose soit _sur le point de_, pour être _en
+état de_, dans la _situation de_? Ce qui me fait croire que c'est la
+pensée de l'Académie, c'est qu'elle fournit encore cet exemple: Une
+maison qui est _prête_ à tomber. Or, je le demande, cela veut-il dire
+une maison qui est _préparée_, _disposée à tomber_, ou bien une maison
+qui est _sur le point de tomber_? Que l'on rapproche maintenant ces
+deux phrases, l'une de Rollin, critiquée par M. de Wailly, et l'autre,
+citée comme régulière par l'Académie:
+
+ Rome _prête à_ succomber,
+ Une maison _prête à_ tomber.
+
+et que l'on prononce. S'il y a quelque différence entre ces deux
+exemples, à coup sûr elle est bien subtile.
+
+ [Note 18: Ce seroit une chose fort intéressante que l'examen des
+ locutions dans lesquelles le verbe actif est employé dans un sens
+ passif, comme dans ces phrases: _Prêt_ à servir, bon à manger, qui
+ signifient bon à _être mangé_, prêt à _être servi_. Mais ce n'est
+ pas ici le lieu.]
+
+Je finirai cette discussion par une observation importante. Tout le
+monde connoît les Remarques de l'abbé d'Olivet. Cet illustre
+Grammairien a pris soin de relever dans Racine, non-seulement les mots
+_qui ont vieilli_, mais encore les _phrases où il a cru entrevoir
+quelque sorte d'irrégularité_. Du nombre des pièces qu'il a examinées,
+sont Phèdre et Bérénice, et dans ces pièces, on lit les vers suivans:
+
+ Et que les vains secours cessent de rappeler
+ Un reste de chaleur _tout prêt_ à s'exhaler.
+
+ PHÈDRE, act. I, scèn. 3.
+
+ Je sens bien que sans vous, je ne saurois plus vivre,
+ Que mon coeur de moi-même est _prêt_ à s'éloigner.
+
+ BÉRÉNICE, act. IV, scèn. 5.
+
+Comment l'abbé d'Olivet n'a-t-il pas _entrevu_ dans ces vers et autres
+semblables _quelque sorte d'irrégularité_? Comment dans un examen où
+il _suppose_ que les fautes, _les vraies fautes se réduisent à si
+peu_, ce sont encore ses termes, comment, dis-je, n'a-t-il pas censuré
+ce que M. Molard appelle une _faute_? Ne seroit-ce pas parce qu'il a
+jugé que Racine avoit parlé d'une manière _régulière_ en cette
+rencontre?[19]
+
+ [Note 19: M. Luneau de Boisjermain garde également le silence sur
+ cette prétendue faute de Racine.]
+
+
+
+
+LII.
+
+
+ QUADRUPLER. Prononcez ce mot comme s'il étoit écrit ainsi:
+ _couadrupler_..... Il faut prononcer de même la première syllabe
+ du mot _quaterne_, _in-quarto_; mais non dans _quatre_,
+ _quatrain_, _équestre_, et beaucoup d'autres.
+
+
+ÉQUESTRE ne se prononce pas _ékestre_. Ménage, persuadé que chez les
+Latins les mots _qui_, _quoe_, _quod_ se prononçoient _ki_, _koe_,
+_kod_, fait une règle générale de cette sorte de prononciation, et
+veut, par exemple, que l'on dise _acatique_ pour _aquatique_, en quoi
+il se trompe. Cependant il excepte cinq à six mots parmi lesquels se
+trouve _équestre_, que quelques personnes prononçoient dès-lors comme
+le veut M. Molard. Prononcez, dit Dumarsais, _ue_ dans _équestre_,
+comme dans _écuelle_, _casuel_, _annuel_. L'Académie donne la même
+règle.
+
+
+
+
+LIII.
+
+
+ RAVE. Petite _rave_; dites, _raifort_.
+
+
+RAVE, en ce sens, n'est pas moins françois que _raifort_. Voici ce que
+dit l'Académie: «On appelle aussi et plus communément _rave_, cette
+plante potagère dont la racine est d'un rouge foncé, tendre,
+succulente, cassante, et bonne à manger.»
+
+
+
+
+LIV.
+
+
+ RAFROIDIR. Ne dites pas, le dîner _rafroidit_; mais dites, _se
+ refroidit_, en prononçant l'e muet.
+
+
+REFROIDIR est un verbe que l'on peut employer comme actif, comme
+neutre et comme réciproque. Ainsi il n'est pas moins exact de dire le
+_dîner refroidit_, que le _dîner se refroidit_.
+
+
+
+
+LV.
+
+
+ REMPAILLER, pour exprimer l'action de remettre la paille à des
+ chaises. Ce mot ne se trouve pas dans l'Académie. Dites,
+ _empailler_ une chaise. Cependant ce réduplicatif me paroît
+ nécessaire pour exprimer l'action par laquelle on remet de la
+ paille à une chaise. On pourroit dire _rempailler_, comme on dit
+ _refaire_.
+
+
+S'il n'est pas permis d'employer _rempailler_, il ne faudra pas se
+servir non plus de _repeindre_, _retailler_, _rouvrir_, _repolir_,
+pour dire, peindre, tailler, ouvrir, polir une seconde fois; car
+toutes ces expressions, comme celle que condamne M. Molard, ne se
+trouvent point dans l'Académie. Rien n'est plus ordinaire que de voir
+des personnes d'ailleurs très-instruites, rejeter un très-grand nombre
+de _réduplicatifs_ que l'on trouve dans nos meilleurs auteurs, anciens
+et modernes, et s'autoriser sur ce point du silence de l'Académie. Il
+me semble que plus on veut être sévère en matière de langage, plus on
+doit se tenir sur ses gardes, afin de ne condamner que ce qui doit
+l'être. C'est sur-tout alors qu'il importe de connoître le plan
+d'après lequel a été fait un Dictionnaire, et d'en bien saisir
+l'esprit. M. Molard se seroit dispensé de faire l'article qui donne
+lieu à ces remarques, s'il eût eu l'attention de lire, ou plutôt s'il
+se fût rappelé la Préface du Dictionnaire de l'Académie. Les
+rédacteurs s'expriment ainsi:
+
+«Il a paru qu'il _n'étoit pas nécessaire_ de rapporter le
+_réduplicatif_ de chaque verbe, lorsque ce _réduplicatif_ ne signifie
+que la réitération de la même action, comme _reparler_ qui ne veut
+dire que _parler une seconde fois_. Mais lorsqu'un verbe, qui dans un
+sens est _réduplicatif_, a un autre sens dans lequel il ne l'est
+point, comme _redire_, qui signifie souvent autre chose que _dire une
+seconde fois_, on lui donne une place dans son rang alphabétique.»[20]
+
+ [Note 20: Préface du Diction. de l'Acad., p. IV.--L'Académie n'a
+ pas été toujours fidelle à son plan. Malgré l'article qu'on vient
+ de lire, elle a placé dans son Dictionnaire quelques réduplicatifs
+ qui n'expriment que la _réitération de la même action_, tels que
+ _rebâtir_, _remoudre_, etc. C'est une des raisons qui ont pu
+ tromper ceux qui n'ont pas lu la Préface.]
+
+
+
+
+LVI.
+
+
+ RÊVER, dans le sens de faire un songe en dormant, veut être suivi
+ de la préposition _de_, et non de la préposition _à_. On dit, j'ai
+ rêvé de vous, et non j'ai rêvé à vous, etc.
+
+
+Le verbe _rêver_, dans le sens que lui donne M. Molard, rejette
+quelquefois également la préposition _à_ et la préposition _de_. «Si
+nous _rêvions_ toutes les nuits _la même chose_, dit Pascal, elle nous
+affecteroit peut-être autant que les objets que nous voyons tous les
+jours.»
+
+L'Académie, au mot _rêver_, dit: «Il est quelquefois actif, _j'ai
+rêvé_ telle chose; _voilà ce que j'ai rêvé_; vous _avez rêvé_ cela.»
+
+
+
+
+LVII.
+
+
+ RIEN. Le mot _rien_ n'admet jamais les mots _pas_ et _point_, qui
+ sont le complément de la négation. Ainsi Racine _a eu tort_ de
+ dire dans les Plaideurs:
+
+ On ne veut _pas rien_ faire ici qui vous déplaise.
+
+
+La décision que l'on vient de lire est juste. Mais d'après les termes
+dont M. Molard se sert en condamnant une phrase vicieuse en
+elle-même, on pourroit croire que Racine ignoroit qu'il ne faut pas
+construire le mot _rien_ avec la négation _pas_, et l'on _auroit
+tort_.
+
+Autrefois, rien n'étoit plus commun dans certaines classes de la
+société, que la locution vicieuse dont il s'agit ici. Racine l'a
+placée à dessein dans la bouche du fils de Dandin, Léandre, qui, dans
+la scène dont il est question, joue le rôle de commissaire. C'est ce
+que fait observer Louis Racine, dans ses Remarques sur les tragédies
+de son père; il déclare que cette faute a été commise _exprès_. M.
+Luneau-de-Boisjermain trouve, il est vrai, cette apologie _puérile_;
+cela n'étonne pas dans un homme qui s'imaginoit savoir mieux le
+françois que celui dont il commentoit les oeuvres. L'abbé d'Olivet,
+critique beaucoup plus éclairé, dit positivement: «Racine n'a usé de
+ce barbarisme que pour faire rire.» Je n'ignore pas que ce Grammairien
+ajoute: «Pourquoi chercher dans un langage corrompu le germe de la
+bonne plaisanterie?» Mais cette question peut aussi bien s'appliquer
+à ces vers:
+
+ Quand je vois les états des Babyboniens,
+ Transférés des Serpens aux Nacédoniens, etc.
+
+qu'au vers qui fait le sujet de cet article. Comme ce _tort_, si c'en
+est un, n'est pas celui que reproche M. Molard, et n'a aucun rapport à
+la Grammaire, je ne m'y arrêterai pas.
+
+
+
+
+LVIII.
+
+
+ SEILLE. Vaisseau de bois pour laver ou pour d'autres usages, et
+ dont les bords sont fort bas. Dites, _baquet_ ou petit cuvier. La
+ première de ces dénominations est générale; mais elle n'en est pas
+ moins vicieuse. On ne parviendra jamais à la proscrire à Lyon.
+ Peut-être exprime-t-elle un vaisseau d'une forme particulière, et
+ alors il n'est pas étonnant qu'on lui ait donné un nom
+ particulier. Quoiqu'il en soit, _il est bon de savoir qu'on ne le
+ trouve dans aucun Dictionnaire_. Je crois qu'il tire son origine
+ de [Greek: Sêgia], vase qui a la forme d'un seau.
+
+
+SEILLE est un mot extrêmement ancien et qui se rencontre dans les
+écrivains du 15.e et du 16.e siècle. Cette expression, employée dans
+plusieurs provinces, n'a point été conservée par l'Académie. Je ne
+vois pas _à quoi il pourroit être bon de savoir qu'on ne la trouve
+dans aucun Dictionnaire_, en cas que cela fût vrai. Mais M. Molard a
+avancé un fait bien hasardé, et n'a pas poussé très-loin ses
+recherches, soit sur le mot, soit sur l'étymologie. _Seille_ se trouve
+dans la plupart des Dictionnaires qui ont paru depuis 1600 jusqu'en
+1771. Je me contente de rappeler celui du médecin Borel, connu sous le
+nom de _Dictionnaire des termes du vieux françois_, celui de Ménage et
+celui de Trévoux. Tous s'accordent à le faire dériver de _situla_
+comme _seau_ de _situlum_. Le Dictionnaire de Trévoux entre dans de
+plus grands détails, et dit: «_Seille_, vieux mot qui signifie un
+_seau_, s'emploie encore en beaucoup d'endroits..... Il signifie plus
+particulièrement en quelques provinces, un vaisseau de bois sans fond
+par le haut, et qui a la grosseur d'une feuillette.»
+
+On trouve même _seillet_, diminutif de _seille_, mot que nos aïeux
+employoient comme synonyme de _benoitier_ ou _bénitier_, parce que le
+bénitier a la forme d'une _petite seille_.
+
+Le Glossaire de Ducange fait dériver _seille_ de _sellus_, mot latin
+du moyen âge, qui désignoit une mesure de choses liquides.
+
+Quant au mot [Greek: Sêgia], dont M. Molard veut que _seille_ tire son
+origine, les auteurs que j'ai cités n'en parlent pas: d'ailleurs
+[Greek: Sêgia] n'est pas grec. L'imprimeur s'est sûrement trompé; il
+falloit dire, [Greek: Têlia], ou [Greek: Sêlia], mot qui désigne un
+vase en forme de tonneau ouvert d'un côté, ou de grand _seau_ dans
+lequel on faisoit le pain.
+
+
+
+
+LIX.
+
+
+ SUEL. Place où l'on bat le blé. Dites, _aire_, s. m. _Cet aire_
+ est fort _grand_.
+
+
+C'est probablement par distraction que M. Molard donne une décision
+pareille. Il est impossible qu'il ne sache pas que le substantif
+_aire_ est féminin, et que conformément à l'Académie, il faut dire
+_cette_ aire est fort _grande_.[21]
+
+ [Note 21: Je ne connois qu'un Vocabulaire dans lequel le mot
+ _aire_ soit indiqué comme masculin; mais c'est une faute
+ d'impression d'autant plus évidente qu'on a fait _aire_ féminin
+ dans les exemples cités à la suite.]
+
+
+
+
+LX.
+
+
+ TAILLEUSE. Celle qui fait des robes de femme; dites, _couturière_.
+ La _tailleuse_ est la _femme_ du tailleur.
+
+
+TAILLEUSE n'est françois dans aucun sens; on s'en servoit autrefois
+pour désigner une _couturière_: on le trouve avec cette signification
+dans les anciens Dictionnaires. L'Académie l'a rejeté. Mais
+_tailleuse_ ne se trouve nulle part pour désigner la femme d'un
+_tailleur_. Cette manière d'entendre les substantifs ou les adjectifs
+terminés en _eur_ qui ont le féminin en _euse_, n'est point dans
+l'analogie de la langue françoise.
+
+L'Académie appelle _blanchisseuse_, _revendeuse_, _brodeuse_, etc. non
+pas la _femme_ du _blanchisseur_, du _revendeur_, du _brodeur_, etc.;
+mais bien la femme qui blanchit, qui revend, qui brode, etc. Si
+_tailleuse_ eût été rangé parmi les noms françois, il auroit suivi la
+même loi. Au reste, «_tailleuse_, pour signifier _couturière_, ne
+vaut pas mieux, selon un ancien Dictionnaire, que _couturier_ pour
+dire _tailleur_.»
+
+
+
+
+LXI.
+
+
+ TAPER. Donner des coups à quelqu'un pour le battre; dites,
+ _frapper_.
+
+
+TAPER, dans le sens de frapper, est une expression françoise, mais
+populaire. L'Académie l'admet, et cite ces phrases: il l'a bien
+_tapé_, je vous _taperai_ bien, etc.
+
+
+
+
+LXII.
+
+
+ TAQUIER. Celui qui construit des bateaux. Ce mot n'est pas
+ françois. Je ne connois point de mot qui désigne ce genre
+ d'ouvrier. On peut dire _constructeur de bateaux_.
+
+
+L'ouvrier qui construit un bateau, doit être désigné sous le nom de
+_charpentier de bateau_, comme celui qui fait la charpente d'un
+vaisseau s'appelle _charpentier de vaisseau_.
+
+
+
+
+LXIII.
+
+
+ TERRE. Tomber _à terre_, et tomber _par terre_, ne signifient pas
+ tout-à-fait la même chose. Ce qui tombe _à terre_ tient à la
+ terre; ce qui tombe _par terre_ n'y tient pas. C'est la
+ distinction que met Roubaud entre ces deux locutions.
+
+
+La distinction qu'établit ici M. Molard, entre _tomber à terre_ et
+_tomber par terre_, est exprimée en termes si obscurs, que j'ai déjà
+vu bien des personnes qu'elle a embarrassées. Mais son principal
+défaut n'est pas d'être en quelque sorte inintelligible pour ceux qui
+n'y apportent qu'une attention ordinaire; elle est absolument fausse.
+Pour être exact, M. Molard devoit dire tout le contraire de ce qu'il a
+dit. _Tomber par terre_ se dit d'une personne ou d'une chose qui
+étant déjà _à terre_, tombe de sa hauteur; et _tomber à terre_ ne doit
+s'employer qu'en parlant d'une personne ou d'un objet qui étant élevé
+au-dessus de terre, tombe de haut. Cette distinction est de l'abbé
+Girard. «Un homme, dit-il, qui passe dans une rue et qui vient à
+tomber, _tombe par terre_, et non _à terre_, car il y est déjà. Mais
+un couvreur à qui le pied manque sur un toit, _tombe à terre_, et non
+_par terre_.»
+
+M. Molard cite à l'appui de son opinion, l'abbé Roubaud. M. Molard se
+trompe; l'abbé Roubaud, dans ses Synonymes, n'a rien écrit sur le
+verbe _tomber_.
+
+
+
+
+LXIV.
+
+
+ VALTER. Il me fait valter sans cesse, pour dire, il me fait aller
+ et venir sans but et sans utilité. Ce mot n'est pas françois; il
+ faut exprimer l'idée qu'on lui attache par une périphrase.
+
+
+Le mot que M. Molard condamne est françois. L'erreur de ceux qui
+l'emploient ne consiste que dans la manière de le prononcer ou de
+l'écrire. Il faut écrire _valeter_.
+
+«On dit d'un homme qui a été obligé de faire plusieurs démarches
+pénibles et désagréables auprès de quelqu'un pour obtenir ce qu'il
+demandoit, qu'il a été obligé de _valeter_; qu'on l'a fait _valeter_
+long-temps.» (_Dict. de l'Acad._)
+
+
+
+
+LXV.
+
+
+ ZÉPHYR. Quand ce mot est écrit de cette manière, il signifie
+ l'_haleine des zéphyrs_. Alors il peut prendre le nombre pluriel.
+ _Zephyre_ signifiant l'amant de Flore, ne prend ni article, ni
+ pluriel, et se termine par un e muet.
+
+
+ZÉPHYR ne signifie pas plus l'_haleine des zéphyrs_, que _aquilon_ ne
+signifie le _souffle des aquilons_. On donne le nom de _zéphyr_ à
+toute espèce de vent doux et agréable. On emploie ce mot au singulier
+comme au pluriel. Les _doux zéphyrs_, _un zéphyr rafraîchissant_.
+
+Lorsque le _zéphyr_ est considéré comme une divinité mythologique, on
+écrit et on prononce _Zéphyre_, sans article.
+
+Les anciens donnoient le nom de _zéphyrus_ à un vent violent venant du
+couchant.
+
+ _Eurum ad se Zephyrumque vocat._ VIRG.
+
+Quelques traducteurs rendent _Zephyrum_ par _Zéphyre_, et placent l'e
+muet pour éviter la confusion qui pourroit sans cela avoir lieu avec
+_zéphyr_.[22] L'Académie ne fait pas cette distinction.
+
+ [Note 22: Voyez entr'autres Virgile, traduit par Binet.]
+
+Au reste, l'ortographe de _zéphyr_ a long-temps varié; nos premiers
+poètes écrivoient _zéphyr_ ou _zéphyre_, selon que la mesure
+l'exigeoit. Mais en prose, il falloit, selon Ménage, toujours dire le
+_zéphyre_ au singulier, et les _zéphyrs_ au pluriel.[23]
+
+ [Note 23: Observations sur la langue françoise.]
+
+
+
+
+_ERRATA._
+
+
+ Pag. vj de la Préface, lig. 14, _quelque soit_, lisez, _quel que
+ soit_, _etc._
+
+ Pag. 11, lig. 3 et 19, _M. de la Harpe_, lisez, _M. de Laharpe_.
+
+ Pag. 40, lig. 15, _il y a quelque différence_, lisez, _il y a
+ quelques différences_.
+
+ _Ibid._, lig. 16, _l'a assignée_, lisez, _les a assignées_.
+
+ Pag. 48, _grappire_, _grappare_, lisez, _grapire_, _grapare_.
+
+ Pag. 49, lig. 3, dans ces phrases _monter_, lisez, dans ces
+ phrases, _monter_, etc.
+
+ Pag. 67, lig. 15, et pag. 68, lig. 7 et 11, _myrthe_, lisez,
+ _myrte_.
+
+
+ * * * * *
+
+
+Notes de transcription
+
+Les mots indiqués _ainsi_ sont en italique dans le texte d'origine.
+Les corrections de la liste ERRATA ont été apportées dans le texte.
+Les coquilles ont été corrigées et les majuscules accentuées. La
+graphie ancienne a été conservée. Nous croyons aussi que:
+
+ à la page 95, «ortographe» dans la phrase «Au reste, l'ortographe
+ de _zéphyr_ a long-temps varié;» devrait se lire «orthographe».
+
+
+
+
+
+End of the Project Gutenberg EBook of Observations grammaticales sur
+quelques articles du Dictionnaire du mauvais langage, by Guy-Marie Deplace
+
+*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK OBSERVATIONS GRAMMATICALES ***
+
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+works. See paragraph 1.E below.
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+ The Project Gutenberg eBook of Observations grammaticales sur quelques articles du Dictionnaire du mauvais langage, by G.-M.&nbsp;Deplace
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+This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
+almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
+re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
+with this eBook or online at www.gutenberg.org
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+Title: Observations grammaticales sur quelques articles du Dictionnaire du mauvais langage
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+Author: Guy-Marie Deplace
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+Release Date: January 24, 2012 [EBook #38660]
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+*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK OBSERVATIONS GRAMMATICALES ***
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+Produced by Anna Tuinman, Valérie Leduc, Hugo Voisard and
+the Online Distributed Proofreading Team at
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+de France (BnF/Gallica) at http://gallica.bnf.fr)
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+
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+</pre>
+
+
+<div class="tnote">
+<p class="center"><b>Notes de transcription</b></p>
+
+<p>Les numéros des pages blanches n'ont pas été repris. Les corrections
+de la liste <a href="#ERRATA">ERRATA</a> ont été apportées dans le texte. Les coquilles ont
+été corrigées et les majuscules accentuées. La graphie ancienne a été
+conservée. Nous croyons également que&nbsp;:<br /></p>
+<ul>
+ <li>«<a href="#ortographe">ortographe</a>» devrait se lire «orthographe».</li>
+</ul></div>
+
+<h1><span class="big">OBSERVATIONS</span><br />
+GRAMMATICALES<br />
+<span class="tiny">SUR</span><br />
+<span class="smaller">QUELQUES ARTICLES DU DICTIONNAIRE<br />
+DU MAUVAIS LANGAGE.</span></h1>
+<p class="titre p4"><span class="big smcap">Par G.-M.&nbsp;Deplace</span>.<span class="pagenum"><a id="Page_1"></a></span></p>
+<p class="p2 ral"><em lang="la" xml:lang="la">Grammatica plus habet in recessu<br />
+quam in fronte promittit.</em><br />
+<span class="smcap">Quintil.</span> cap. <span class="smcap">IV.</span></p>
+<p class="p4 center">À LYON,<br />
+De l'Imprimerie de <span class="smcap">Ballanche</span> père et fils,<br />
+aux Halles de la Grenette.<br />
+1810.<span class="pagenum"><a id="Page_2"></a></span></p>
+
+<h2 class="p4"><a id="PREFACE"></a>PRÉFACE.</h2><p><span class="pagenum"><a id="Page_3"></a></span></p>
+
+
+<p>Le <cite>Mauvais Langage corrigé</cite> est, sans contredit, un livre utile et
+propre à faire disparoître un grand nombre de locutions vicieuses
+usitées à Lyon, même parmi les personnes qui se piquent de parler
+correctement. Néanmoins un pareil ouvrage, pour répondre à son titre,
+me paroît exiger un travail beaucoup plus étendu et sur-tout plus
+approfondi que celui que M.&nbsp;Molard vient de publier.</p>
+
+<p>Il est naturel que l'attention du Lexicographe se porte d'abord sur
+les mots considérés séparément et sans rapport à leur construction
+grammaticale. Il faut faire connoître ceux que proscrit le bon usage,
+en déterminer la valeur précise, et indiquer avec justesse ceux qu'il
+convient de leur substituer. Mais est-il à propos de comprendre<span class="pagenum"><a id="Page_4">[iv]</a></span> dans
+cette nomenclature les expressions qui n'appartiennent qu'aux
+dernières classes du peuple? Les gens qui les emploient n'achètent pas
+de dictionnaire; ils ne lisent pas. Et d'ailleurs on feroit des
+volumes si l'on vouloit recueillir cette foule de mots bizarres,
+ridicules, dénaturés de mille manières, et souvent créés par l'ouvrier
+ignorant, au moment même où il en a besoin pour rendre sa pensée. Un
+livre de grammaire n'est destiné qu'aux personnes qui mettent quelque
+intérêt à bien parler, et ce n'est certainement pas de la bouche de
+ces personnes que sortent des mots tels que ceux-ci: <em>agotiau</em>,
+<em>apincher</em>, <em>bleusir</em>, <em>cologne</em>, <em>égrafiner</em>, et tant d'autres que je
+me dispense de citer.</p>
+
+<p>Mais ce ne sont pas seulement les termes surannés, impropres ou
+barbares qui altèrent la pureté de la langue. Les alliances de mots
+que le goût réprouve, l'emploi irrégulier de certains temps ou<span class="pagenum"><a id="Page_5">[v]</a></span> de
+certaines personnes des verbes, la mauvaise construction des autres
+parties du discours, en un mot, les fautes locales contre la syntaxe,
+fautes si communes et si graves, voilà, ce me semble, ce qui doit
+principalement occuper l'écrivain qui veut être le réformateur du
+langage.</p>
+
+<p>Toutefois, en embrassant les divers objets dont je viens de parler, il
+n'atteindra son but qu'autant que ses jugemens exprimés d'une manière
+nette, exacte et précise, seront d'ailleurs conformes aux règles d'une
+saine logique et aux décisions de ceux dont l'autorité en fait de
+langue est universellement reconnue. Il lui importe par-dessus tout de
+ne rejeter un mot, une phrase, qu'après avoir acquis la certitude que
+cette phrase, ce mot, méritent de l'être. Sans cette précaution, on
+censure souvent ce qu'on ignore: à un mot précieux par son exactitude,
+on en substitue un autre qui n'exprime que vaguement la même idée, et
+l'on appauvrit<span class="pagenum"><a id="Page_6">[vj]</a></span> ainsi la langue au lieu de l'épurer.</p>
+
+<p>Un livre de la nature de celui dont il s'agit ici, ne doit donc
+contenir que des décisions fondées sur des principes fixes et
+incontestables. Il faut qu'on ne puisse pas élever le moindre doute
+sur les assertions du grammairien qui prononce en maître, et que si
+par hasard le lecteur peu docile veut remonter aux sources, il n'en
+revienne qu'avec plus de défiance de lui-même et plus de respect pour
+l'écrivain.</p>
+
+<p>Quel que soit d'ailleurs le mérite du Dictionnaire de M.&nbsp;Molard, il ne
+réunit malheureusement pas tous les caractères dont je viens de
+parler, et l'on risqueroit plus d'une fois de s'égarer en le suivant
+aveuglément. La plupart des articles qui le composent sont exacts;
+mais il en est encore un bien grand nombre qui renferment des
+décisions absolument opposées à celles des maîtres. Quelquefois ce
+Grammairien condamne<span class="pagenum"><a id="Page_7">[vij]</a></span> des expressions admises par l'Académie, et les
+remplace par d'autres beaucoup moins précises. D'autres fois, il
+cherche à étayer ses opinions par des principes que l'usage et la
+logique s'accordent à rejeter. Ces erreurs sont d'autant plus
+dangereuses que le nom de l'auteur suffit aux yeux de bien des gens
+pour leur donner du crédit.<a id="FNanchor_1_1"></a><a href="#Footnote_1_1" class="fnanchor" title="Voir note 1.">[1]</a> Il me paroît important de les faire
+connoître, et c'est le but des Observations que l'on va lire. Il n'y
+sera pas question du style de l'auteur; mon intention n'est point de
+m'arrêter à ce qui lui est personnel. En prenant la plume,<span class="pagenum"><a id="Page_8">[viij]</a></span> je n'ai
+d'autre motif que celui d'être utile, et d'éclairer l'ignorance de
+quelques personnes consacrées à l'éducation, qui, lorsqu'on leur
+assure que telle ou telle expression est exacte, se contentent de
+répondre que cette expression est condamnée dans le Dictionnaire du
+mauvais langage.</p>
+
+<p>Je suivrai dans mes Observations l'ordre alphabétique adopté par M.&nbsp;Molard:
+je rapporterai fidèlement ses articles; mes remarques
+viendront après.</p>
+
+<hr />
+
+<p><em>Nota.</em> Je dois avertir que lorsque je cite l'Académie, je n'entends
+parler que du dernier Dictionnaire qu'elle a elle-même publié,
+Dictionnaire qu'il ne faut point confondre avec ceux qui depuis quinze
+à vingt ans ont paru sous le nom de cette illustre compagnie, et qui
+ne font pas autorité.</p>
+
+
+
+<h2><a id="OBSERVATIONS_GRAMMATICALES"></a>OBSERVATIONS GRAMMATICALES</h2><p><span class="pagenum"><a id="Page_9"></a></span></p>
+
+<p class="center big">SUR QUELQUES ARTICLES DU DICTIONNAIRE DU MAUVAIS LANGAGE.</p>
+
+
+
+
+<h2><a id="I"></a>I.</h2>
+
+
+<div class="blockquot"><p>À. On ne doit pas sous-entendre cette préposition dans la phrase
+suivante et autres semblables: ma curiosité a failli <em>être punie</em>.
+Dites, à être punie.</p>
+
+<p>Faillir ne se construit pas avec la préposition <em>de</em>.</p></div>
+
+<hr />
+
+<p><span class="smcap">Faillir</span> <em>à</em> et <span class="smcap">faillir</span> <em>de</em> sont deux locutions également françoises,
+et autorisées, en ces termes, par l'Académie: «On dit qu'une chose <em>a
+failli à arriver, d'arriver</em>, pour dire qu'elle a été sur le point
+d'arriver, qu'il a tenu à peu qu'elle<span class="pagenum"><a id="Page_10">[10]</a></span> n'arrivât. <em>Il a failli à être
+assassiné</em>; <em>j'ai failli à tomber</em>, <em>j'ai failli de tomber</em>. Toutes
+ces phrases sont du style familier.»</p>
+
+
+
+
+<h2><a id="II"></a>II.</h2>
+
+
+<p class="blockquot"><span class="smcap">Affairé</span>. Il est très-<em>affairé</em>. Quoique cette expression soit
+généralement répandue, elle n'en est pas moins vicieuse.</p>
+
+<hr />
+
+<p>En lisant le Dictionnaire de M.&nbsp;Molard, je n'ai pu qu'être étonné de
+voir que l'auteur eût si souvent oublié de consulter l'Académie.
+<em>Affairé</em> n'est point une expression vicieuse. On dit d'un homme qui a
+beaucoup d'affaires, qu'il est <em>très-affairé</em>. C'est un mot du style
+familier.</p>
+
+
+
+
+<h2><a id="III"></a>III.</h2>
+
+
+<p class="blockquot"><span class="smcap">Air</span>. Doit-on dire cette femme a l'<em>air</em> bon ou a l'<em>air</em> bonne?
+Les sentimens sont partagés. Ceux qui soutiennent qu'il faut dire
+a l'<em>air bon</em>, disent que c'est le mot <em>air</em> qui régit
+l'adjectif;<span class="pagenum"><a id="Page_11">[11]</a></span> car c'est l'air qui est bon..... M.&nbsp;Domergue nous
+apprend que M.&nbsp;de Laharpe (pris pour juge) décida qu'il falloit
+dire: cette soupe a l'<em>air</em> bonne. Voici sans doute la raison sur
+laquelle il fondoit sa décision. Quand on dit: cette soupe a
+l'<em>air bonne</em>, il y a ellipse; c'est comme si l'on disoit cette
+soupe <em>paroît</em> bonne; cette soupe, a l'air d'être bonne. <em>Les mots
+a l'air étant l'équivalent du verbe</em> paroît, <em>il s'en suit que
+l'adjectif doit s'accorder avec le mot soupe qui est du
+féminin.....</em> Je crois que l'usage a décidé la question; par-tout
+on dit: cette soupe a l'air <em>bonne</em>..... Je ne condamne aucune des
+deux façons de parler.</p>
+
+<hr />
+
+<p>Je doute fort que M.&nbsp;de Laharpe ait donné la décision qu'on lui
+attribue, et les raisons sur lesquelles M.&nbsp;Molard croit que cette
+décision a pu être fondée, ne me paroissent rien moins que solide. Je
+vais les examiner.</p>
+
+<p>«Il<span class="pagenum"><a id="Page_12">[12]</a></span> y a ellipse, dit Dumarsais, quand on supprime dans le discours
+quelque mot qui seroit exprimé selon la construction pleine.»</p>
+
+<p>Si <em>a l'air</em> signifie <em>paroît</em>, où sont, je le demande, les mots
+supprimés dans cette phrase: Cette femme a l'air <em>bonne</em>? Où est
+l'ellipse? Il est aisé de voir que M.&nbsp;Molard s'est trompé sur ce
+premier point, et que ce ne sont pas les mots <em>avoir l'air</em>, mais
+<em>avoir l'air d'être</em>, qui sont l'équivalent de paroître. En ce cas, à
+quoi bon employer l'ellipse dans une phrase où la construction
+naturelle est tout-à-la-fois plus régulière et plus claire?</p>
+
+<p>En second lieu, si lorsque une locution peut être remplacée par une
+autre <em>équivalente</em>, on est obligé de se conformer à la construction
+qu'exige la locution substituée, quelles ne seront pas les
+conséquences d'un pareil principe? Il sera permis de dire: Cet homme a
+la mine <em>fier</em>, cet enfant a la mine <em>méchant</em>; et l'on justifiera ce
+langage barbare par des raisons telles que celles-ci: <em>Avoir la mine</em>
+signifie <em>paroître</em>; ou bien par cette autre: il y a ellipse;<span class="pagenum"><a id="Page_13">[13]</a></span> <em>Avoir
+la mine méchant</em>, signifie <em>avoir la mine d'être méchant</em>.</p>
+
+<p>Au lieu de ces singuliers raisonnemens, ne vaut-il pas mieux
+reconnoître que dans le cas dont nous parlons, comme dans tous les
+autres, l'adjectif se rapporte au substantif auquel il est joint et
+s'accorde avec lui? Et l'Académie ne consacre-t-elle pas ce principe,
+lorsque parlant en général et sans désigner le sujet, elle cite ces
+locutions: Avoir l'air guerrier, avoir l'air spirituel, avoir l'air
+hautain? Ne tranche-t-elle pas la question lorsqu'après ces exemples,
+elle ajoute encore ceci: «On dit avoir l'<em>air bon</em>, avoir l'<em>air
+mauvais</em>, pour dire avoir la mine d'un bon homme ou d'un méchant
+homme»? Est-il possible de ne pas voir que dans ces phrases, les mots
+<em>bon</em>, <em>mauvais</em> se rapportent nécessairement au substantif <em>air</em>
+exprimé, et non pas à un sujet dont l'infinitif <em>avoir</em> fait
+abstraction?</p>
+
+
+
+
+<h2><a id="IV"></a>IV.</h2><p><span class="pagenum"><a id="Page_14">[14]</a></span></p>
+
+
+<p class="blockquot"><span class="smcap">Amateur</span>. Ce mot a-t-il un féminin?... Il me semble que l'analogie
+nous autorise à donner un féminin à ce mot. On dit une
+<em>spectatrice</em>, une <em>actrice</em>, une force <em>créatrice</em>... Il faut
+donc donner à <em>amateur</em> une inflexion féminine.</p>
+
+<hr />
+
+<p>En général, M.&nbsp;Molard ne reconnoît comme françois que les mots qui se
+trouvent dans l'Académie. N'étoit-il pas naturel d'appliquer ce
+principe en cette occasion? Pour décider la question qu'il propose
+ici, il suffit d'ouvrir le Dictionnaire qui fait autorité. Ce
+Dictionnaire n'admet que le masculin dans <em>amateur</em>, tandis qu'il
+donne un féminin à <em>spectateur</em>, à <em>acteur</em>, etc. Il faut donc s'en
+tenir là. Il me seroit facile de citer une multitude de mots qui ne
+sont pas françois, quoiqu'ils aient en leur faveur l'espèce d'analogie
+qu'invoque M.&nbsp;Molard. Les principes de l'analogie ne prouveront jamais
+que tels ou tels mots doivent exister dans une langue; ils ne servent
+qu'à indiquer la<span class="pagenum"><a id="Page_15">[15]</a></span> manière la plus régulière de les employer, en cas
+qu'on les adopte.</p>
+
+
+
+
+<h2><a id="V"></a>V.</h2>
+
+
+<p class="blockquot"><span class="smcap">Balustre</span>. Sorte de petit pilier façonné..... Il ne faut pas
+confondre ce mot avec <em>balustrade</em>; celui-ci est un assemblage de
+<em>balustres</em>. Cependant l'Académie leur donne quelquefois la même
+signification.</p>
+
+<hr />
+
+<p>Le mot <em>balustrade</em> ne peut jamais signifier un seul pilier; mais
+<em>balustre</em> peut, quand on le veut, être employé pour <em>balustrade</em>. En
+ce sens, il est autorisé, non-seulement par l'Académie, mais encore
+par nos meilleurs écrivains. S'il falloit n'entendre par <em>balustre</em>
+qu'un <em>pilier façonné</em>, le dernier de ces vers de Boileau:</p>
+
+<p class="poem">
+<span class="i0">Ici s'offre un perron; là, règne un corridor;</span><br />
+<span class="i0">Là, ce balcon s'enferme en un <em>balustre</em> d'or.<a id="FNanchor_2_2"></a><a href="#Footnote_2_2" class="fnanchor" title="Voir note 2.">[2]</a></span></p>
+
+<p>deviendroit absolument inintelligible.</p>
+
+
+
+
+<h2><a id="VI"></a>VI.</h2><p><span class="pagenum"><a id="Page_16">[16]</a></span></p>
+
+
+<div class="blockquot"><p><span class="smcap">Benne</span>. C'est une de ces expressions locales nécessaires, ou parce
+que l'invention des choses qu'elles désignent est de fraîche date,
+ou parce que l'instrument a une forme particulière.</p>
+
+<p><span class="smcap">Benot</span>. Dites, <em>banneau</em>.</p></div>
+
+<hr />
+
+<p><span class="smcap">Benne</span>, <span class="smcap">Benneau</span>, <span class="smcap">Banneau</span>, ne se trouvent point dans le Dictionnaire de
+l'Académie. Le Dictionnaire de Trévoux les admet tous les trois, et ne
+donne la préférence à aucun. Il les définit également: vaisseaux de
+bois qui servent à contenir les liquides, le blé, la vendange, la
+chaux, etc. Ces mots viennent du latin <em lang="la" xml:lang="la">benna</em>, qu'on retrouve dans
+Varron, et du diminutif <em lang="la" xml:lang="la">benellus</em> qu'employoient les écrivains du
+moyen âge.</p>
+
+<p><em>Benneau</em> et <em>benel</em> signifioient aussi autrefois une espèce de
+chariot. Ces mots, pris dans les deux sens, sont très-anciens.</p>
+
+
+
+
+<h2><a id="VII"></a>VII.</h2><p><span class="pagenum"><a id="Page_17">[17]</a></span></p>
+
+
+<p class="blockquot"><span class="smcap">Bretagne</span>. Pièce de fonte qu'on applique au fond de la cheminée.
+Dites, <em>plaque</em> ou <em>contre-mur</em>.</p>
+
+<hr />
+
+<p><span class="smcap">Contre-mur</span>, pris dans le sens que lui donne ici M.&nbsp;Molard, n'est pas
+françois. Un <em>contre-mur</em> est un mur que l'on bâtit le long d'un
+autre, pour le conserver. On fortifie quelquefois le mur d'une
+terrasse par un <em>contre-mur</em>.</p>
+
+
+
+
+<h2><a id="VIII"></a>VIII.</h2>
+
+
+<p class="blockquot"><span class="smcap">Broche de Bas</span>. Petite verge de fer. Dites, <em>aiguille</em>, s. f.;
+<em>aiguille de bas</em>. Dans ce sens, <em>broche</em> et <em>brocher</em> ont
+vieilli.</p>
+
+<hr />
+
+<p><span class="smcap">Broche</span> est françois dans le sens que M.&nbsp;Molard indique. L'Académie ne
+dit point que ce mot ait vieilli.</p>
+
+
+
+
+<h2><a id="IX"></a>IX.</h2><p><span class="pagenum"><a id="Page_18">[18]</a></span></p>
+
+
+<p class="blockquot"><span class="smcap">Caneçons</span>. Sorte de culotte de toile ou de coton. Dites,
+<em>caleçons</em>, s. m. pl.; donnez-moi des caleçons. Ce mot s'emploie
+<em>toujours</em> au pluriel.</p>
+
+<hr />
+
+<p>M.&nbsp;Molard assujettit à la même règle les mots <em>pincette</em> et
+<em>tenaille</em>. L'Académie n'emploie <em>caleçon</em> qu'au singulier. <em>Caleçon</em>
+de toile; se mettre en <em>caleçon</em>; être en <em>caleçon</em>. Le Dictionnaire
+de Trévoux s'exprime de même, et ajoute seulement qu'on <em>peut</em>
+employer ce mot au pluriel. Quant aux mots <em>pincette</em> et <em>tenaille</em>,
+l'Académie cite des exemples du singulier comme du pluriel.</p>
+
+
+
+
+<h2><a id="X"></a>X.</h2>
+
+
+<p class="blockquot"><span class="smcap">Capon, Caponner.</span> Qui a peur. Ces deux mots ne sont pas françois.
+Dites, <em>poltron</em>, <em>poltronner</em>.</p>
+
+<hr />
+
+<p><span class="smcap">Capon</span>, <span class="smcap">Caponner</span> sont françois, mais n'expriment pas l'idée qu'on y
+attache à<span class="pagenum"><a id="Page_19">[19]</a></span> Lyon. Un <em>capon</em> est un joueur rusé et fin, attentif à
+prendre toute sorte d'avantages aux jeux d'adresse. <em>Caponner</em> c'est
+user de ruse, d'adresse au jeu. Ces deux termes sont populaires.</p>
+
+
+
+
+<h2><a id="XI"></a>XI.</h2>
+
+
+<p class="blockquot"><span class="smcap">Carabasse.</span> Vendre la carabasse; dites; découvrir le pot aux roses.</p>
+
+<hr />
+
+<p>Pour conserver la figure, on pourroit dire, ce me semble, vendre la
+calebasse. L'Académie n'autorise-t-elle pas cette locution en citant
+celle-ci: Frauder la calebasse?</p>
+
+
+
+
+<h2><a id="XII"></a>XII.</h2>
+
+
+<p class="blockquot"><span class="smcap">Carnier.</span> Sac où l'on met le gibier; dites, <em>carnacière</em>, s. f.</p>
+
+<hr />
+
+<p>La troisième syllabe de ce mot ne prend pas un <em>c</em>; d'après
+l'Académie, il faut écrire <em>carnassière</em>.</p>
+
+
+
+
+<h2><a id="XIII"></a>XIII.</h2><p><span class="pagenum"><a id="Page_20">[20]</a></span></p>
+
+
+<p class="blockquot"><span class="smcap">Chaîne d'oignons.</span> Acheter une chaîne d'oignons; dites, acheter une
+<em>glane</em> d'oignons.</p>
+
+<hr />
+
+<p>Une <em>glane</em> d'oignons et une <em>chaîne</em> d'oignons ne sont pas une même
+chose. <em>Glane</em>, à proprement parler, signifie une poignée d'épis que
+l'on ramasse après que les gerbes ont été emportées. C'est le
+substantif de <em>glaner</em>. Il se dit par extension des fruits, des
+légumes, etc. Ainsi une <em>glane</em> d'oignons signifie une poignée
+d'oignons. Le mot le plus propre à désigner ce que le peuple entend
+par une <em>chaîne</em> d'oignons, est <em>chapelet d'oignons</em>. Cette locution
+se trouve dans l'Académie.</p>
+
+
+
+
+<h2><a id="XIV"></a>XIV.</h2>
+
+
+<p class="blockquot"><span class="smcap">Chauffe-lit.</span> Bassin ayant un couvercle percé de plusieurs trous,
+et servant à chauffer le lit; dites, <em>bassinoire</em>.<span class="pagenum"><a id="Page_21">[21]</a></span> Par la même
+raison vous direz, <em>bassiner</em>, et non pas <em>chauffer</em> un lit.</p>
+
+<hr />
+
+<p><span class="smcap">Chauffe-lit</span> est une expression que l'on trouve dans nos anciens
+Dictionnaires. L'Académie ne l'admet pas. Le Dictionnaire de Trévoux
+le place au nombre des mots françois, et le définit ainsi: Ce qui sert
+à chauffer un lit, soit une bassinoire, un moine, ou autres
+ustensiles.</p>
+
+<p>Quant à cette locution: <em>chauffer un lit</em>, elle est françoise.
+L'Académie dit: <em>Chauffer un lit</em> avec une bassinoire, <em>chauffer des
+draps</em>; et M.&nbsp;Molard l'emploie lui-même dans l'article où il la
+condamne. <em>Chauffer</em> ne désigne que l'action; <em>bassiner</em> exprime
+à-la-fois l'action et l'instrument avec lequel on la fait.</p>
+
+
+
+
+<h2><a id="XV"></a>XV.</h2>
+
+
+<p class="blockquot"><span class="smcap">Chercher.</span> On ne doit pas dire être à la cherche de quelque chose;
+mais dites, <em>être à la poursuite</em>.</p>
+
+<hr />
+
+<p><span class="smcap">Être à la poursuite</span> n'est pas l'équivalent<span class="pagenum"><a id="Page_22">[22]</a></span> d'être à la <em>cherche</em>. Je
+crois qu'il faut dire être à la <em>recherche</em>. Le mot <em>poursuite</em> se
+rapportant aux personnes, suppose qu'elles fuient. On est à la
+<em>poursuite</em> des ennemis. Appliqué aux choses, il donne à entendre
+qu'elles peuvent nous échapper. On est à la poursuite d'un emploi.
+<em>Recherche</em> signifie <em>perquisition</em>. On est <em>à la recherche</em> d'un
+objet lorsqu'on s'occupe de découvrir où il est.</p>
+
+
+
+
+<h2><a id="XVI"></a>XVI.</h2>
+
+
+<p class="blockquot"><span class="smcap">Classique.</span> Ce mot ne s'employoit autrefois que pour désigner les
+auteurs approuvés et qui ont une grande autorité; c'est la
+définition qu'on en trouve dans le Dictionnaire de l'Académie;
+mais celui de Trévoux et quelques autres disent que cet adjectif
+désigne aussi les livres dont on fait usage en classe. Laharpe
+l'emploie dans ce sens, ainsi que Geoffroi, et l'usage paroît
+avoir consacré cette nouvelle signification.</p>
+
+<hr />
+
+<p>L'origine<span class="pagenum"><a id="Page_23">[23]</a></span> du mot <em>classique</em> doit être cherchée dans la langue latine
+de laquelle nous l'avons emprunté. Les citoyens de Rome étoient, comme
+l'on sait, divisés en diverses classes. Ceux de la première se
+nommoient exclusivement <span class="smcap">Classiques</span>, <em>cives classici</em>. On donna dans la
+suite aux témoins recommandables par leur probité et leurs vertus
+morales l'épithète de <span class="smcap">classiques</span>, <em>testes classici</em>. Enfin ce mot
+s'appliqua par extension aux auteurs dont l'excellence et le mérite
+étoient universellement reconnus, et c'est ainsi que l'on trouve dans
+Aulu-Gelle cette expression, <span class="smcap">auteurs classiques</span>, <em>scriptores
+classici</em>. Ces citoyens, ces témoins, ces auteurs, chacun sous des
+rapports différens, faisoient <em>autorité</em>. L'opinion des premiers, les
+dépositions des seconds, le langage des troisièmes, servoient en
+quelque sorte de modèle et de règle. Peut-on douter que ce ne soit sur
+ces notions qu'est basée la définition de l'Académie françoise?
+Comment quelques Grammairiens n'ont-ils pas reconnu, aux termes dont
+elle se sert, qu'elle a voulu consacrer<span class="pagenum"><a id="Page_24">[24]</a></span> en quelque sorte le sens
+qu'indique une étymologie si glorieuse?<a id="FNanchor_3_3"></a><a href="#Footnote_3_3" class="fnanchor" title="Voir note 3.">[3]</a></p>
+
+
+<p>Les personnes qui parlent bien se conforment encore aujourd'hui à la
+décision de l'Académie. L'Encyclopédie, dans un long article consacré
+à développer le sens précis du mot <em>classique</em>, déclare «qu'on peut
+être applaudi, plaire, devenir célèbre parmi ses contemporains, et
+cependant n'être jamais un <em>auteur classique</em>; que ce droit
+n'appartient qu'aux <em>meilleurs écrivains</em> de la nation la plus
+éclairée et la plus polie, etc.»</p>
+
+<p>«Je voudrois, dit Boileau, que la France pût avoir ses auteurs
+<em>classiques</em>, aussi bien que l'Italie. <em>Pour cela, il nous faudroit un
+certain nombre de livres qui fussent déclarés exempts de fautes quant
+au style.</em> Quel est le tribunal qui aura droit de prononcer là-dessus,
+si ce n'est l'Académie?» Boileau propose ensuite un travail
+grammatical<span class="pagenum"><a id="Page_25">[25]</a></span> sur les bonnes traductions, parce que, dit-il, «les
+bonnes traductions avouées par l'Académie, en même temps qu'elles
+seroient comme des modèles pour bien écrire, serviroient aussi de
+modèles pour bien penser.»</p>
+
+<p>L'abbé d'Olivet juge l'idée de Boileau <em>solide</em>; mais il doute qu'il
+convienne de préférer des traductions, et appliquant à Racine et à
+Boileau lui-même ce que ce dernier dit des auteurs qui doivent servir
+de modèles, «Je suis, dit-il, persuadé avec toute la France, qu'ils
+mériteroient incontestablement tous les deux d'être mis à la tête de
+nos auteurs <em>classiques</em>, si l'on avoit marqué le très-petit nombre de
+fautes où ils sont tombés.»</p>
+
+<p>Que l'on ôte au mot <em>classique</em> la signification consacrée par
+l'Académie, ou qu'on en rende seulement le sens incertain en lui
+associant une acception nouvelle, et dès-lors ce que l'on vient de
+lire, comme ce que nos écrivains ont cru dire de plus juste et de plus
+précis pour caractériser les modèles qu'offre<span class="pagenum"><a id="Page_26">[26]</a></span> notre littérature, ne
+sera plus senti, et même ne pourra plus l'être. D'Olivet,
+l'Encyclopédie, l'Académie, hésitoient en quelque sorte à proclamer
+<em>classiques</em> nos plus beaux chefs-d'&oelig;uvre. Boileau vouloit que ce
+jugement fût réservé à un tribunal; et aujourd'hui on donnera ce nom à
+une méthode, à un vocabulaire, à une traduction interlinéaire, à un
+cours de thèmes, en un mot, au plus petit comme au moins important de
+tous les livres, pourvu qu'il soit <em>en usage dans les classes</em>! Cela
+ne fait-il pas pitié?</p>
+
+<p>On répondra sans doute que dans le cas dont je viens de parler, le mot
+<em>classique</em> n'a plus le même sens que lorsqu'il est question de nos
+grands écrivains. Il faut bien le supposer; autrement la sottise
+seroit trop forte. Mais alors, je le demande, à quel signe
+reconnoîtra-t-on ce second sens si différent du premier? Quel moyen
+d'éviter la confusion, lorsqu'il sera permis de dire également des
+&oelig;uvres de Racine et des rudimens de Bistac, que ce sont des
+<em>classiques</em>?<span class="pagenum"><a id="Page_27">[27]</a></span> Et à quelle fin dénaturer ainsi une expression dont
+tout le mérite consiste dans l'unité de l'idée qu'on y attache?
+Beaucoup de gens, je le sais, disent <em>livres classiques</em>, au lieu de
+<em>livres de classe</em>, parce qu'ils confondent les uns et les autres, ou
+parce qu'ils trouvent la première de ces locutions plus commode et
+plus rapide. Mais en voyant la multitude d'ouvrages sur l'éducation
+dont nous sommes inondés, décorés par leurs auteurs du nom de
+<em>classiques</em>, auroit-on bien tort de soupçonner que c'est la noblesse
+primitive du mot qui a flatté la vanité de cette foule d'écrivains
+médiocres par lesquels il est employé? Il n'y a pas, dans la langue
+françoise, de terme dont l'amour-propre littéraire doive être plus
+jaloux; et je sens combien il seroit doux de pouvoir, à l'aide d'une
+heureuse équivoque, se dire à soi-même: les &oelig;uvres de Racine, de
+Boileau, de Pascal, sont <em>classiques</em>, et les miennes aussi.</p>
+
+<p>M.&nbsp;Molard s'appuie de quelques autorités; il dit: Le Dictionnaire de
+Trévoux et quelques autres, déclarent que cet adjectif<span class="pagenum"><a id="Page_28">[28]</a></span> désigne aussi
+<em>les livres dont on fait usage en classe</em>.</p>
+
+<p>Il y a dans cette phrase beaucoup plus d'adresse qu'on n'imagine. On
+ne peut mieux dire, et ne dire pas ce que dit le Dictionnaire de
+Trévoux. Voici ce qu'on y trouve.</p>
+
+<p>«<em>Classique</em> ne se dit guère que des <em>auteurs qu'on lit dans les
+classes</em>, <em>dans les écoles</em>, ou qui ont grande autorité. Saint Thomas
+et Le Maître des sentences sont des <em>classiques</em> en théologie; Virgile
+et Cicéron, dans les Humanités, etc.»</p>
+
+<p>Je ne sais si mes lecteurs ne verront pas quelque différence entre ces
+paroles que M.&nbsp;Molard prête au Dictionnaire de Trévoux, <em>les livres
+dont on fait usage en classe</em>, et celles-ci que j'ai extraites
+textuellement, <em>les auteurs qu'on lit dans les classes</em>. Je crois
+apercevoir entre ces deux manières de parler, la même nuance qu'entre
+celles-ci: <em>Faire usage des rudimens</em> de Bistac, et <em>lire Cicéron</em> ou
+<em>Horace</em>.</p>
+
+<p>On s'autorise encore de M.&nbsp;de Laharpe. J'ai<span class="pagenum"><a id="Page_29">[29]</a></span> lu avec quelque attention
+les &oelig;uvres de cet illustre écrivain, et je les ai consultées plus
+d'une fois sur des questions de grammaire et de littérature. J'y ai
+trouvé des phrases telles que celles-ci:</p>
+
+<p>«Que de choses à connoître encore dans ce que nous croyons savoir le
+mieux! Qui de nous, en relisant nos <em>classiques</em>, n'est pas souvent
+étonné d'y voir ce qu'il n'avoit pas encore vu?»<a id="FNanchor_4_4"></a><a href="#Footnote_4_4" class="fnanchor" title="Voir note 4.">[4]</a></p>
+
+
+<p>«Un autre genre de défauts peut leur faire illusion (aux jeunes
+étudians) dans un auteur tel que Fontenelle; et s'ils ne sont pas bien
+accoutumés par la lecture des <em>classiques</em> à ne goûter que ce qui est
+sain, l'abus qu'il fait de son esprit, et ses agrémens recherchés
+pourront leur paroître ce qu'il y a de plus charmant et de plus
+parfait.»<a id="FNanchor_5_5"></a><a href="#Footnote_5_5" class="fnanchor" title="Voir note 5.">[5]</a></p>
+
+
+<p>Il n'est pas besoin de dire ce que signifie dans ces exemples le mot
+<em>classique</em>. M.&nbsp;de Laharpe parle comme l'Académie, cela est
+incontestable. Ce qui l'est beaucoup moins, c'est qu'il se soit servi
+de la<span class="pagenum"><a id="Page_30">[30]</a></span> même expression dans le sens restreint de <em>livre de classe</em>. On
+est d'autant plus porté à le croire, qu'en parlant des <em>Délices</em> et
+des <em>Élégances de la langue latine</em>, il dit: «Ce sont les titres de
+quelques <em>livres de classe</em>.»<a id="FNanchor_6_6"></a><a href="#Footnote_6_6" class="fnanchor" title="Voir note 6.">[6]</a> N'auroit-il pas employé cette
+locution <em>livres classiques</em> si elle eût eu à ses yeux le même sens?
+Tout le monde connoît d'ailleurs l'aversion qu'il avoit pour les mots
+nouveaux, et son zèle à défendre la langue contre toute espèce de
+néologisme.</p>
+
+
+<p>Il seroit malgré cela très-possible que M.&nbsp;de Laharpe eût donné à
+certains livres <em>de classe</em> le nom de <em>classiques</em>; cela prouveroit
+qu'il regardoit comme tels quelques uns des ouvrages employés dans les
+colléges et dans les écoles, chose qui est vraie et dont personne ne
+doute; mais cela ne montreroit pas qu'il suffit, selon lui, qu'un
+livre <em>soit en usage dans les classes</em> pour mériter la dénomination de
+<em>classique</em>, chose qui fait précisément le sujet de la question.</p>
+
+<p>Je<span class="pagenum"><a id="Page_31">[31]</a></span> n'ignore pas que le mot <em>classique</em> n'a pas toujours été pris dans
+un sens rigoureux. Plus d'une fois, lorsqu'on a complimenté un auteur,
+on a encensé sa vanité en donnant le nom de <em>classique</em> à son livre;
+mais en cette circonstance même, l'expression dont il s'agit a
+conservé presque toute sa valeur. M.&nbsp;de Voltaire écrivant à l'abbé
+d'Olivet, lui disoit: «Tous ceux qui parlent en public doivent étudier
+votre Traité de la Prosodie; c'est un livre <em>classique</em> qui durera
+autant que la langue françoise.» Qu'à cette manière de parler, <em>c'est
+un livre classique</em>, on substitue celle-ci, c'est <em>un livre de
+classe</em>; et que l'on décide quels seroient en ce cas la délicatesse et
+le mérite du compliment.</p>
+
+<p>Au reste, je ne nie point que plusieurs écrivains estimables de ces
+derniers temps n'aient employé le mot <em>classique</em> dans le sens de M.
+Molard. J'avoue encore que chez les libraires, tous les livres de
+classe sont des <em>classiques</em>. Un compilateur qui travaille pour un
+collége, dit qu'il fait un <em>classique</em>. Il n'y a pas jusqu'aux<span class="pagenum"><a id="Page_32">[32]</a></span>
+élémens d'arithmétique, de géographie, aux abécédaires même qu'on
+n'appelle <em>classiques</em>. L'usage peut finir par faire la loi, et
+l'Académie par obéir: mais alors il faudra une expression nouvelle
+pour rendre ce que les personnes qui parlent bien entendent par
+<em>classique</em>. Ce mot le plus beau, le plus précieux de notre langue,
+perdra toute sa noblesse; il sera dégradé.</p>
+
+
+
+
+<h2><a id="XVII"></a>XVII.</h2>
+
+
+<p class="blockquot"><span class="smcap">Corne de Cerf.</span> Dites, <em>bois de cerf</em>.</p>
+
+<hr />
+
+<p>Il est des circonstances où l'on pécheroit en suivant cette décision.
+On ne doit pas se servir du mot <em>corne</em> lorsqu'il est question de la
+tête et du bois d'un cerf; mais lorsqu'on ne fait attention qu'à la
+matière, le mot <em>corne</em> est françois. On dit: un couteau emmanché de
+<em>corne</em> de cerf; de la raclure de <em>corne</em> de cerf; de la gelée de
+<em>corne</em> de cerf. Si dans ces locutions, on employoit le mot <em>bois</em>, on
+feroit une faute grossière.</p>
+
+
+
+
+<h2><a id="XVIII"></a>XVIII.</h2><p><span class="pagenum"><a id="Page_33">[33]</a></span></p>
+
+
+<p class="blockquot"><span class="smcap">Défier.</span> Je <em>défie votre</em> ami de courir aussi vîte que moi; il faut
+dire: Je <em>défie à votre</em> ami, c'est-à-dire, je fais défi <em>à</em> votre
+ami.</p>
+
+<hr />
+
+<p>Je <em>défie à votre</em> ami, n'est pas françois, et la phrase que M.&nbsp;Molard
+censure est exacte. On verra par la suite que ce Grammairien est
+souvent trompé par des raisonnemens tels que celui-ci: on dit, je fais
+<em>défi à</em>; donc il faut dire <em>défier à</em>.</p>
+
+<p><span class="smcap">Défier</span>, suivant l'Académie, est un verbe <em>actif</em> qui, dans quelque
+sens qu'il soit employé, veut toujours un régime simple, comme on le
+voit par les exemples suivans qu'elle cite: Le prince qui déclaroit la
+guerre, envoyoit défier <em>l'autre</em> par un héraut.&mdash;Il ne faut jamais
+défier <em>un fou</em>.&mdash;Je <em>vous</em> défie de deviner.&mdash;Je <em>le</em> défie d'être
+plus votre serviteur que moi.</p>
+
+
+
+
+<h2><a id="XIX"></a>XIX.</h2><p><span class="pagenum"><a id="Page_34">[34]</a></span></p>
+
+
+<p class="blockquot"><span class="smcap">Dépêcher.</span> <em>Dépêchez vîte.</em> Cette expression renferme un véritable
+pléonasme; le dernier mot est superflu. Dites seulement,
+<em>dépêchez</em>. Ce mot emporte avec lui l'idée de vîtesse.</p>
+
+<hr />
+
+<p>Faire remarquer qu'une phrase renferme un <em>véritable pléonasme</em>, ce
+n'est pas prouver qu'elle est vicieuse. «Il y a pléonasme, dit
+Dumarsais, lorsqu'il y a dans la phrase quelque mot superflu; en sorte
+que le sens n'en seroit pas moins entendu quand ce mot ne seroit pas
+exprimé..... Lorsque ces mots superflus quant au sens, servent à
+donner au discours ou plus de grâce, ou plus de netteté, ou <em>plus de
+force et d'énergie</em>, ils font une figure approuvée.» C'est ce qui a
+lieu dans la phrase critiquée par M.&nbsp;Molard; le mot <em>vîte</em> ajoute une
+nouvelle force à la signification du verbe <em>dépêcher</em>. Aussi
+l'Académie n'a pas craint de faire un pléonasme<span class="pagenum"><a id="Page_35">[35]</a></span> absolument semblable,
+dans la phrase suivante: Dépêchez <em>promptement</em> ce que vous avez à
+faire.</p>
+
+
+
+
+<h2><a id="XX"></a>XX.</h2>
+
+
+<p class="blockquot"><span class="smcap">Dinde.....</span> Pour l'ordinaire les noms d'animaux, principalement
+ceux d'oiseaux et de poissons, ne distinguent pas les sexes.....
+On ne distingue les sexes <em>qu'à l'égard des animaux qui nous
+intéressent</em>, tels que <em>cheval, jument</em>; <em>coq, poule</em>; <em>b&oelig;uf,
+vache</em>; <em>chien, chienne</em>.</p>
+
+<hr />
+
+<p>Si l'on suivoit le principe de M.&nbsp;Molard, on risqueroit fort de
+s'égarer. Il n'y a sur ce point d'autre règle que l'usage. On dit
+<em>lion, lionne</em>; <em>tigre, tigresse</em>, etc. En quoi ces bêtes féroces nous
+<em>intéressent</em>-elles? <em>Lièvre</em> n'a pas de féminin. Cet animal est-il
+moins <em>intéressant</em> pour nous que ceux que j'ai d'abord nommés?
+L'Académie admet le mot <em>renarde</em>, féminin de renard; l'Encyclopédie
+et quelques Grammairiens le rejettent. La question entre ces autorités
+se réduit-elle à savoir<span class="pagenum"><a id="Page_36">[36]</a></span> si l'animal dont il s'agit est <em>intéressant</em>?</p>
+
+
+
+
+<h2><a id="XXI"></a>XXI.</h2>
+
+
+<p class="blockquot"><span class="smcap">Donner.</span> En jouant aux cartes..... On ne doit pas dire c'est à moi
+à <em>faire</em>; mais vous direz, c'est à moi à <em>donner</em>.</p>
+
+<hr />
+
+<p>L'Académie ne pense pas comme M.&nbsp;Molard. Selon elle, «<em>faire</em> se dit
+absolument en parlant des jeux de cartes, où chacun donne les cartes à
+son tour. À qui est-ce à <em>faire</em>? c'est à vous à <em>faire</em>?»</p>
+
+
+
+
+<h2><a id="XXII"></a>XXII.</h2>
+
+
+<p class="blockquot"><span class="smcap">Droit.</span> On dit à une demoiselle, tenez-vous <em>droit</em>, et non pas
+<em>droite</em>, parce que ce mot est employé adverbialement.</p>
+
+<hr />
+
+<p>Cette décision est erronnée. Il n'est pas plus permis de dire à une
+demoiselle, tenez-vous <em>droit</em>, que tenez-vous <em>penché</em>, tenez-vous<span class="pagenum"><a id="Page_37">[37]</a></span>
+<em>courbé</em>. Il faut dire: tenez-vous <em>droite</em>, <em>penchée</em>, <em>courbée</em>.</p>
+
+<p><span class="smcap">Droit</span>, considéré comme <em>adverbe</em>, signifie <em>directement</em>, <em>par le plus
+court chemin</em>. Ainsi l'on dit très-bien: cette demoiselle marche
+<em>droit</em>. Cette personne va <em>droit</em> au but. Cette route mène <em>droit</em> à
+Paris. On peut employer cette expression dans le sens propre et dans
+le sens figuré.</p>
+
+<p><span class="smcap">Droit</span>, dans la phrase condamnée par M.&nbsp;Molard, est un <em>adjectif</em> qui
+signifie <em>ce qui est perpendiculaire</em>, <em>ce qui ne penche d'aucun
+côté</em>. Cette décision n'est pas de moi; elle est de l'Académie dont
+j'ai pour ainsi dire emprunté tous les termes. À la définition que
+l'on vient de lire, elle ajoute ces deux exemples: se tenir <em>droit</em>;
+ce mur n'est pas <em>droit</em>.</p>
+
+
+
+
+<h2><a id="XXIII"></a>XXIII.</h2>
+
+
+<div class="blockquot"><p><span class="smcap">Échevette.</span> Dites, <em>petit écheveau</em>, ou <em>botte</em> de fil.</p>
+
+<p><span class="smcap">Flotte de fil.</span> Dites, <em>écheveau</em>, <em>botte</em> de fil.</p></div>
+
+<hr />
+
+<p>Il<span class="pagenum"><a id="Page_38">[38]</a></span> ne faut jamais dire <em>botte</em> au lieu de <em>flotte</em> ou d'<em>échevette</em>;
+la langue françoise n'admet que <em>écheveau</em>. Si la <em>botte</em>, de l'aveu
+de M.&nbsp;Molard, est l'assemblage de plusieurs <em>écheveaux</em>, comment se
+fait-il qu'il propose d'employer ce mot pour désigner un <em>petit
+écheveau?</em></p>
+
+
+
+
+<h2><a id="XXIV"></a>XXIV.</h2>
+
+
+<p class="blockquot"><span class="smcap">Éduquer.</span> Il est à présumer que ceux qui s'expriment ainsi ont reçu
+eux-mêmes une fort mauvaise éducation.</p>
+
+<hr />
+
+<p>Je ne veux point m'arrêter à contester à M.&nbsp;Molard la vérité de cette
+assertion; mais il ajoute: «M.&nbsp;Roubaud, dans ses Synonymes, a pris la
+défense de ce mot.» M.&nbsp;Roubaud, l'un de nos Grammairiens les plus
+profonds, auroit-il reçu une fort mauvaise éducation, ou prendroit-il
+la défense de gens mal élevés?</p>
+
+
+
+
+<h2><a id="XXV"></a>XXV.</h2>
+
+
+<p class="blockquot"><span class="smcap">Endéver.</span> Ce mot signifie avoir un grand dépit de quelque chose. On
+l'emploie<span class="pagenum"><a id="Page_39">[39]</a></span> mal-à-propos dans le sens de <em>contrarier</em>: ils m'ont
+fait <em>endéver</em>.</p>
+
+<hr />
+
+<p>Dans la phrase que cite M.&nbsp;Molard, <em>endêver</em> n'a point le sens de
+<em>contrarier</em>. Il n'auroit cette signification que dans une phrase
+semblable à celle-ci: ils m'ont <em>endêvé</em>. Mais personne ne s'exprime
+de la sorte. Que dans la phrase critiquée on substitue au mot
+<em>endêver</em> la définition donnée par M.&nbsp;Molard, on aura: Ils m'ont fait
+<em>avoir grand dépit</em>, ce qui est exact. Cette locution est populaire.</p>
+
+
+
+
+<h2><a id="XXVI"></a>XXVI.</h2>
+
+
+<div class="blockquot"><p><span class="smcap">Exemple.</span> <em>Suivez</em> les bons exemples qu'on vous donne, et non pas
+<em>imitez</em> les bons exemples.</p>
+
+<p><em>Imiter l'exemple</em> pour dire <em>suivre l'exemple</em>, rien de plus
+commun que cette erreur de langage. On <em>imite</em> la conduite, on
+<em>suit</em> l'exemple.</p></div>
+
+<hr />
+
+<p>La prétendue erreur de langage que critique M.&nbsp;Molard a été commise
+par nos<span class="pagenum"><a id="Page_40">[40]</a></span> meilleurs écrivains. On la trouve dans presque tous les
+livres du grand siècle, selon la remarque de Bouhours lui-même, qui
+cependant ne croit pas cette locution <em>de la dernière pureté</em>.
+<em>Imiter</em> un exemple est certainement l'expression propre. <em>Suivre</em>,
+construit avec <em>exemple</em>, n'est employé qu'au figuré. Si l'on dit
+<em>imiter</em> les vertus, les actions de quelqu'un, c'est que l'on
+considère ces vertus, ces actions comme des <em>exemples</em>; de même que
+l'on dit copier une tête, un paysage, parce que l'on considère cette
+tête, ce paysage, comme des modèles. Il y a quelques différences entre
+<em>suivre</em> et <em>imiter</em> un exemple. L'abbé Roubaud les a assignées avec
+assez de justesse. «Il faut, dit ce Grammairien, tâcher d'<em>imiter</em> les
+beaux exemples, pour en donner, du moins, de bons à <em>suivre</em>.» M.
+Piestre, dans sa Synonymie françoise, remarque avec raison que <em>suivre
+l'exemple</em>, ne se dit qu'en matière de m&oelig;urs; et qu'en fait d'arts
+et de littérature, on doit dire <em>imiter un exemple</em>. Mais il ne
+restreint point la signification de cette locution,<span class="pagenum"><a id="Page_41">[41]</a></span> comme il
+restreint celle de la première.</p>
+
+<p>Aux raisons que je viens de donner, ajoutons l'autorité des
+Dictionnaires. Voici comment s'exprime celui de Trévoux: «On dit
+très-bien et très-élégamment <em>imiter des exemples</em>, quand il s'agit
+d'éloquence, de poésie, de peinture, etc. On le dit même à l'égard des
+actions et des m&oelig;urs..... Les latins ont dit aussi <em lang="la" xml:lang="la">imitari
+exemplum</em>.»</p>
+
+<p>Quant à l'Académie, ce qui prouve que non-seulement elle admet le mot
+<em>imiter</em> dans les cas dont nous parlons, mais encore qu'elle le
+regarde comme plus littéral, c'est qu'elle définit l'exemple, ce qui
+peut être <em>imité</em>. D'après M.&nbsp;Molard, elle auroit dû dire: ce qui peut
+être <em>suivi</em>.</p>
+
+
+
+
+<h2><a id="XXVII"></a>XXVII.</h2>
+
+
+<p class="blockquot"><span class="smcap">Garante.</span> Femme qui sert de caution. Ce mot n'est pas employé
+ordinairement au féminin en style de négociation, parce que
+rarement les femmes<span class="pagenum"><a id="Page_42">[42]</a></span> sont admises à servir de caution.</p>
+
+<hr />
+
+<p><span class="smcap">Garant</span> signifiant simplement quelqu'un qui répond du fait d'autrui ou
+du sien propre, fait au féminin <em>garante</em>.<a id="FNanchor_7_7"></a><a href="#Footnote_7_7" class="fnanchor" title="Voir note 7.">[7]</a> L'Académie ajoute que
+quelques-uns s'en sont aussi servis dans <em>le style de négociation</em>,
+c'est-à-dire dans le style spécialement consacré aux traités et autres
+affaires publiques. L'exemple que l'Académie cite ne laisse pas le
+moindre doute à cet égard: La Reine s'est rendue <em>garante</em> de ce
+traité.</p>
+
+
+
+
+<h2><a id="XXVIII"></a>XXVIII.</h2>
+
+
+<p class="blockquot"><span class="smcap">Garde-robe.</span> Construction en bois, propre à serrer des habits ou du
+linge. Il faut se servir du mot <em>armoire</em>, subs.<span class="pagenum"><a id="Page_43">[43]</a></span> fém.; soit que
+cette construction ait un fond ou qu'elle n'en ait pas: une belle
+<em>armoire</em>. La <em>garde-robe</em> est le lieu où l'on renferme les
+habillemens d'<em>un prince</em>. On dit d'un simple particulier qu'il a
+une riche <em>garde-robe</em> pour dire qu'il a un grand nombre de beaux
+habillemens, sans avoir égard au lieu où il les tient. Mais en
+toute autre circonstance, le mot <em>garde-robe</em> s'entend d'une
+construction qui regarde le maçon, et non pas le charpentier.</p>
+
+<hr />
+
+<p>La <span class="smcap">garde-robe</span> est la <em>chambre</em> destinée à contenir le linge, les
+habits, les hardes de jour et de nuit, etc. L'Académie dont j'emprunte
+les termes, ne fait pas de distinction à cet égard entre le <em>prince</em>
+et le <em>particulier</em>. Elle ne dit pas que le mot <em>garde-robe</em> doive
+s'entendre d'une construction qui regarde le maçon, parce que
+l'ouvrier ne change ni la nature, ni la destination de la chose. Elle
+se sert,<span class="pagenum"><a id="Page_44">[44]</a></span> il est vrai, du mot <em>chambre</em>: mais les Grammairiens
+n'emploient pas cette dernière expression. Ils définissent la
+<em>garde-robe</em>; le <em>lieu</em> où l'on serre les habits. C'est ainsi que
+s'expriment l'auteur des Convenances grammaticales et M.&nbsp;de Wailly.
+S'ils ont raison, quand une <em>armoire</em> est le <em>lieu</em> ou l'on serre des
+hardes, on peut l'appeler <em>garde-robe</em>.</p>
+
+<p>Les mêmes Grammairiens appellent <em>garde-robe</em>, subs. masc., un
+fourreau ou surtout de toile, pour conserver les vêtemens. Ménage dit
+la même chose dans ses Observations sur la langue françoise.
+L'Académie n'en parle pas.</p>
+
+
+
+
+<h2><a id="XXIX"></a>XXIX.</h2>
+
+
+<p class="blockquot"><span class="smcap">Garnissaire.</span> Soldat qui loge chez le débiteur du gouvernement;
+dites, <em>garnisaire</em> subs. masc., du mot <em>garnison</em>. Nous devons
+cette expression au régime révolutionnaire; avant cette époque on
+se servait du mot <em>séquestre</em>. Il est à désirer qu'on supprime ce
+mot qui<span class="pagenum"><a id="Page_45">[45]</a></span> devient inutile, puisque nous en avons un équivalent.</p>
+
+<hr />
+
+<p>Il s'en faut bien que <em>séquestre</em> soit l'équivalent de <em>garnisaire</em>.
+La signification de ces deux mots est absolument différente.
+<em>Séquestre</em>, subs. masc., est un terme de droit dont on se sert pour
+désigner une personne <em>quelconque</em>, à la garde de laquelle sont
+confiées les choses séquestrées par ordre de la justice. On s'assure
+de la probité et de la solvabilité d'un <em>séquestre</em>, avant de
+l'employer en cette qualité. Le <em>garnisaire</em>, comme le dit fort bien
+M.&nbsp;Molard, <em>n'est qu'un soldat qui loge chez le débiteur du
+Gouvernement</em>. Il n'a aucune fonction à remplir; rien n'est confié à
+sa surveillance et à sa garde. C'est un hôte forcé dont la présence
+incommode n'a d'autre but que de contraindre celui chez lequel il est,
+d'obéir à la loi, et d'acquitter sa dette.</p>
+
+
+
+
+<h2><a id="XXX"></a>XXX.</h2><p><span class="pagenum"><a id="Page_46">[46]</a></span></p>
+
+
+<p class="blockquot"><span class="smcap">Gentil, gentille.</span> Cet écolier est bien <em>gentil</em>; dites, laborieux,
+diligent. <em>Gentil</em> veut dire <em>joli</em>, <em>délicat</em>. Une gentille
+bergère.</p>
+
+<hr />
+
+<p><span class="smcap">Gentil</span> signifie non-seulement <em>joli</em>, <em>délicat</em>, mais encore <em>qui
+plaît</em>, <em>qui est aimable</em>.</p>
+
+<p>Ces phrases ironiques admises par l'Académie, «je vous trouve bien
+<em>gentil</em>, vous êtes un <em>gentil</em> compagnon,» ne signifient
+très-certainement pas, je vous trouve bien <em>joli</em>, vous êtes un
+<em>délicat</em> compagnon. Qui ne sait d'ailleurs qu'un enfant fort <em>laid</em>
+peut être fort <em>gentil</em>, et un enfant fort <em>joli</em> ne l'être pas? «On
+est <em>gentil</em> par l'air et les manières, dit Roubaud; il ne faut que
+des traits gracieux pour être <em>joli</em>. Sans ces traits, avec l'agrément
+des façons, on est <em>gentil</em>.» Il est bien vrai que <em>gentil</em> ne
+signifie pas <em>diligent</em>, <em>laborieux</em>; mais la<span class="pagenum"><a id="Page_47">[47]</a></span> <em>diligence</em> et l'amour
+du travail sont des qualités qui rendent aimable; elles influent sur
+les <em>manières</em>, et peuvent faire dire quelquefois d'un <em>écolier</em> qu'il
+est bien <em>gentil</em>.</p>
+
+
+
+
+<h2><a id="XXXI"></a>XXXI.</h2>
+
+
+<p class="blockquot"><span class="smcap">Gravé.</span> Il est <em>gravé</em> de petite vérole. Dites, <em>marqué</em> de petite
+vérole.</p>
+
+<hr />
+
+<p><span class="smcap">Gravé de petite vérole</span> est une locution exacte qui, outre la
+précision, a pour elle l'autorité du bon usage. Il suffit d'ouvrir les
+Dictionnaires pour s'en convaincre. L'Académie dit: «Avoir le visage
+<em>gravé</em> de petite vérole.&mdash;On dit qu'un homme est tout <em>gravé</em> de
+petite vérole, pour dire qu'il est extrêmement <em>marqué</em>.» <em>Gravé</em>
+exprime plus fortement l'idée que <em>marqué</em> ne fait qu'indiquer.</p>
+
+
+
+
+<h2><a id="XXXII"></a>XXXII.</h2>
+
+
+<p class="blockquot"><span class="smcap">Gravir</span> une montagne. Ce verbe n'est pas transitif. Dites, <em>gravir</em>
+sur une<span class="pagenum"><a id="Page_48">[48]</a></span> montagne. On croît que l'étymologie de ce verbe est
+<em lang="la" xml:lang="la">gravatè ire</em>, <em>aller péniblement</em>.</p>
+
+<hr />
+
+<p>La décision de M.&nbsp;Molard, fondée d'ailleurs sur des exemples cités
+dans l'Académie, n'est pas admise par plusieurs écrivains. On n'est
+pas d'accord sur l'étymologie. Quelques Grammairiens font dériver
+<em>gravir</em> de l'italien <em lang="it" xml:lang="it">gradire</em>, <em>monter par degrés</em>. D'autres vont
+chercher son origine dans <em lang="la" xml:lang="la">grapire</em> et <em lang="la" xml:lang="la">grapare</em>, verbes latins du
+moyen âge, qui signifient <em>gripper</em>, <em>saisir fortement</em>, parce que,
+disent-ils, lorsqu'on <em>gravit</em>, on s'attache aux pierres, aux rochers,
+etc. En suivant cette étymologie, on donne à <em>gravir</em>, une
+signification active. Le Dictionnaire de Trévoux l'admet: <em>Gravir une
+montagne</em>. On en trouve des exemples dans de bons auteurs; je l'ai vu
+dans un de nos poètes.</p>
+
+<p>Au reste, quand même le verbe <em>gravir</em> seroit neutre, il ne faudroit
+pas croire que ce fût une raison pour ne pas dire <em>gravir une
+montagne</em>. Cette locution ne me<span class="pagenum"><a id="Page_49">[49]</a></span> paroît pas moins exacte que celle-ci:
+<em>monter</em> une montagne, <em>descendre</em> les degrés. Dans ces phrases,
+<em>monter des pierres</em> sur un bâtiment, <em>descendre du vin</em> à la cave,
+les verbes <em>monter</em> et <em>descendre</em> sont <em>actifs</em>, et ont pour régime
+les mots qui les suivent. On monte, on descend réellement les objets
+dont on parle, c'est-à-dire, qu'on les transporte plus haut ou plus
+bas qu'ils ne sont. Mais il n'en est pas de même dans les premières
+phrases que j'ai citées; et les mots <em>montagne</em> et <em>degrés</em>, qui
+d'abord semblent être immédiatement dépendans du verbe, sont le régime
+d'une préposition sous-entendue.</p>
+
+
+
+
+<h2><a id="XXXIII"></a>XXXIII.</h2>
+
+
+<p class="blockquot"><span class="smcap">Hypocondre.</span> Cet homme est <em>hypocondre</em>, c'est-à-dire mélancolique.
+Dites, <em>hypocondriaque</em>. Le premier mot est le nom de <em>la
+maladie</em>, et le second le nom du <em>malade</em> en tant qu'il est
+affecté de cette maladie. <em>Hypocondre</em> est un substantif,
+<em>hypocondriaque</em> est un adjectif.</p>
+
+<hr />
+
+<p><span class="smcap">Hypocondre</span> n'est<span class="pagenum"><a id="Page_50">[50]</a></span> point le nom d'une maladie; c'est un terme
+d'anatomie par lequel on désigne les parties latérales de la région
+supérieure du bas-ventre. Il est possible que je me trompe en parlant
+de choses que j'entends fort peu, mais du moins je me tromperai en
+suivant l'Académie. Elle ne donne pas de nom particulier à la maladie
+causée par le vice des hypocondres<a id="FNanchor_8_8"></a><a href="#Footnote_8_8" class="fnanchor" title="Voir note 8.">[8]</a>, et se contente de dire que
+celui qui en est atteint est <em>hypocondriaque</em>. À l'article
+<em>hypocondre</em>, elle ajoute cette remarque: «On dit figurément et
+abusivement d'un homme bizarre et extravagant qu'il est <em>hypocondre</em>,
+que c'est un <em>hypocondre</em>. Cet abus n'a lieu que dans la
+conversation.»</p>
+
+
+<p>Malgré l'<em>abus</em>, bien des gens seront incorrigibles. Quelques-uns
+s'autoriseront de ce passage de Boileau, dans sa Satyre de l'homme.</p>
+
+<p class="poem">
+<span class="i0">Jamais l'homme, dis-moi, vit-il la bête folle,</span><br />
+<span class="i0">Sacrifier à l'homme, adorer son idole,</span><br /><span class="pagenum"><a id="Page_51">[51]</a></span>
+<span class="i0">Lui venir, comme au Dieu des saisons et des vents,</span><br />
+<span class="i0">Demander à genoux la pluie ou le beau temps?</span><br />
+<span class="i0">Non. Mais cent fois la bête a vu l'homme <em>hypocondre</em></span><br />
+<span class="i0">Adorer le métal que lui-même il fit fondre.</span>
+</p>
+
+<p>D'autres se souviendront de ces vers de Lafontaine, dans la fable de
+la Chatte métamorphosée en femme:</p>
+
+<p class="poem">
+<span class="i0">Jamais la dame la plus belle</span><br />
+<span class="i0">Ne charma tant son favori</span><br />
+<span class="i0">Que fait cette épouse nouvelle</span><br />
+<span class="i0">Son <em>hypocondre</em> de mari.</span>
+</p>
+
+<p>et ils continueront ainsi à dire de certaines gens qu'ils sont
+<em>hypocondres</em>.</p>
+
+
+
+
+<h2><a id="XXXIV"></a>XXXIV.</h2>
+
+
+<p class="blockquot"><span class="smcap">Jeter.</span> Ne dites pas: cette plaie <em>jette</em>; mais cette plaie
+<em>suppure</em>.</p>
+
+<hr />
+
+<p>Dites, si vous voulez, cette plaie <em>jette</em>. <em>Jeter</em>, selon l'Académie,
+«se dit des ulcères, des apostèmes, des plaies, etc. Cette apostème
+<em>jette</em> du pus; ces ulcères, ces pustules <em>jettent</em> beaucoup. Sa plaie
+commence à <em>jeter</em>.»</p>
+
+
+
+
+<h2><a id="XXXV"></a>XXXV.</h2><p><span class="pagenum"><a id="Page_52">[52]</a></span></p>
+
+
+<p class="blockquot"><span class="smcap">Le.</span> L'adverbe <em>bien</em> veut l'article; <em>bien des gens</em> s'estiment
+plus qu'ils ne valent..... On supprime l'article après <em>beaucoup</em>,
+parce que c'est l'équivalent de ces mots, <em>une grande quantité</em>.</p>
+
+<hr />
+
+<p>J'ai déjà fait remarquer combien il est dangereux en grammaire
+d'établir le principe que M.&nbsp;Molard répète ici.</p>
+
+<p>1.<sup>o</sup> S'il est vrai que l'on dit <em>beaucoup de</em>, et non pas <em>beaucoup
+des</em>, parce que <em>beaucoup</em> est l'<em>équivalent</em> de <em>grande quantité</em>,
+pourquoi ne diroit-on pas <em>bien de gens</em> au lieu de <em>bien des gens</em>?
+<em>Bien</em> n'est-il pas aussi dans ce cas l'<em>équivalent</em> de <em>grande
+quantité</em>?</p>
+
+<p>2.<sup>o</sup> <em>Beaucoup</em> est-il toujours l'équivalent de <em>une grande quantité</em>?
+Le prétendre, ce seroit dire que cette phrase: j'ai beaucoup de
+plaisir à vous voir, signifie j'ai <em>une grande quantité</em> de plaisir à
+vous voir, ce qui est absurde.</p>
+
+<p>Je<span class="pagenum"><a id="Page_53">[53]</a></span> placerai ici une autre observation sur le mot <em>beaucoup</em>. M.
+Molard condamne d'une manière absolue cette locution, il s'en faut <em>de
+beaucoup</em>, et veut qu'on supprime le <em>de</em><a id="FNanchor_9_9"></a><a href="#Footnote_9_9" class="fnanchor" title="Voir note 9.">[9]</a>. Cette règle n'est pas
+exacte; voici celle que donne l'Académie: «On dit <em>il s'en faut
+beaucoup</em> pour dire qu'il y a une grande différence. <em>Le cadet n'est
+pas si sage que l'aîné, il s'en faut beaucoup.</em> Et on dit <em>il s'en
+faut de beaucoup</em> pour dire que la quantité qui devoit y être n'y est
+pas. <em>Vous croyez m'avoir tout rendu; il s'en faut de beaucoup.</em>»</p>
+
+
+
+
+<h2><a id="XXXVI"></a>XXXVI.</h2>
+
+
+<p class="blockquot"><span class="smcap">Lit de camp.</span> Dites, <em>lit de sangle</em>.</p>
+
+<hr />
+
+<p>Un <em>lit de camp</em> n'est point un <em>lit de sangle</em>. Ces deux expressions
+sont également françoises; mais il ne faut pas prendre l'une pour
+l'autre. On appelle <em>lit de camp</em> ou <em>lit brisé</em> un lit dont les pieds
+se brisent, se démontent, et que l'on peut transporter dans une
+malle,<span class="pagenum"><a id="Page_54">[54]</a></span> etc. Le <em>lit de sangle</em> est fait de sangles attachées à deux
+pièces de bois soutenues par deux pieds qui se croisent.</p>
+
+
+
+
+<h2><a id="XXXVII"></a>XXXVII.</h2>
+
+
+<p class="blockquot"><span class="smcap">Malgré</span> que..... <em>Moyennant</em> que. <em>Malgré</em>, <em>moyennant</em> sont des
+prépositions qui, en cette qualité, demandent un complément, et
+qui ne peuvent pas être suivies de la conjonction que.</p>
+
+<hr />
+
+<p>Je réunis ces locutions dont M.&nbsp;Molard a fait deux articles séparés.
+On les trouve dans les anciens Dictionnaires. «Je ferai cette choses
+<em>moyennant qu'il</em> me dédommage, dit le Dictionnaire de Trévoux.»<a id="FNanchor_10_10"></a><a href="#Footnote_10_10" class="fnanchor" title="Voir note 10.">[10]</a>
+On ne s'en sert plus aujourd'hui. Mais le principe d'après lequel M.
+Molard les condamne est absolument faux. Rien n'est plus commun que
+l'union du <em>que</em> conjonction avec une préposition. Les mots <em>avant</em>,
+<em>dès</em>, <em>depuis</em>, <em>outre</em>,<span class="pagenum"><a id="Page_55">[55]</a></span> <em>pendant</em>, <em>pour</em>, etc. sont certainement
+des prépositions, et cependant l'on dit <em>avant que</em>, <em>dès que</em>,
+<em>depuis que</em>, <em>outre que</em>, <em>pendant que</em>, <em>pour que</em>, etc.</p>
+
+
+
+
+<h2><a id="XXXVIII"></a>XXXVIII.</h2>
+
+
+<p class="blockquot"><span class="smcap">Moi.</span> Ne dites pas, menez moi-zi; mais dites, menez m'y.</p>
+
+<hr />
+
+<p>L'Académie tient un tout autre langage. Voici comment elle s'exprime:</p>
+
+<p>«La particule <em>y</em>, unie au pronom <em>me</em>, <em>ne se met jamais après le
+verbe</em>. On dira bien, vous <em>m'y</em> attendrez, je vous prie de <em>m'y</em>
+mener; mais on ne dira pas, <em>attendez m'y</em>, <em>menez m'y</em>.»</p>
+
+<p>D'après cette règle, on voit que l'Académie veut qu'en ce cas on donne
+à la phrase un autre tour, au moyen duquel le pronom précède le verbe.
+Cependant quelques Grammairiens estimables proposent de dire:
+<em>menez-y-moi</em>, <em>arrêtes-y-toi</em>. Il faut convenir que ces manières de
+parler sont bien dures.</p>
+
+
+
+
+<h2><a id="XXXIX"></a>XXXIX.</h2><p><span class="pagenum"><a id="Page_56">[56]</a></span></p>
+
+
+<p class="blockquot"><span class="smcap">Moral</span> signifie qui a trait aux m&oelig;urs, et non qui a des
+m&oelig;urs. <em>Immoral</em> se dit des choses et non des personnes. Dites,
+des livres <em>immoraux</em>, une conduite <em>immorale</em>. Mais ne dites pas,
+un jeune homme <em>immoral</em>.</p>
+
+<hr />
+
+<p><span class="smcap">Moral</span> signifie non-seulement ce qui a trait aux m&oelig;urs, mais encore
+ce <em>qui renferme une bonne morale</em>, <em>une morale saine</em>. L'Académie dit
+en ce sens: cela est fort <em>moral</em>. Depuis quelques années, plusieurs
+écrivains emploient le mot <em>moral</em> en parlant des personnes, cet homme
+est <em>moral</em>, pour dire qu'il a des m&oelig;urs; on fait aussi de <em>moral</em>
+un substantif: le <em>moral</em> influe sur le physique. Ces manières de
+parler ne sont pas encore consacrées.</p>
+
+<p>Quant à <em>immoral</em>, il n'est point dans le Dictionnaire qui fait
+autorité; c'est un mot nouveau. Les Dictionnaires publiés sous le nom
+de l'Académie l'ont adopté, et<span class="pagenum"><a id="Page_57">[57]</a></span> disent qu'il s'emploie en parlant des
+<em>personnes</em> et des <em>choses</em>. Voici comment ils le définissent.<a id="FNanchor_11_11"></a><a href="#Footnote_11_11" class="fnanchor" title="Voir note 11.">[11]</a></p>
+
+
+<p>«<em>Immoral</em>, qui est contraire à la morale, qui est sans principes de
+morale. Caractère <em>immoral</em>. Ouvrage <em>immoral</em>. C'est l'homme le plus
+<em>immoral</em> que je connoisse.»</p>
+
+
+
+
+<h2><a id="XL"></a>XL.</h2>
+
+
+<p class="blockquot"><span class="smcap">Mouche à miel.</span> Dites, <em>abeille</em>.</p>
+
+<hr />
+
+<p>Le mot <em>mouche à miel</em> n'est pas moins exact que celui d'<em>abeille</em>. Il
+se trouve dans tous les Dictionnaires, et l'Académie le cite deux
+fois, l'une à l'article <em>Mouche</em>, et l'autre à l'article <em>Miel</em>.
+D'ailleurs qui ne connoît la fable que Lafontaine lui-même a
+intitulée, <em>Les Frêlons et les Mouches à miel</em>?</p>
+
+
+
+
+<h2><a id="XLI"></a>XLI.</h2><p><span class="pagenum"><a id="Page_58">[58]</a></span></p>
+
+
+<p class="blockquot"><span class="smcap">Officier de génie.</span> Il ne faut pas confondre un <em>officier du génie</em>
+avec un <em>officier de génie</em>. La première expression désigne le
+corps où sert l'officier, et la seconde indique la qualité de son
+esprit.</p>
+
+<hr />
+
+<p>Je ne sais où M.&nbsp;Molard a pris cette distinction subtile; elle n'est
+pas fondée. On dit un <em>officier de génie</em>, comme on dit un officier
+<em>de guerre</em>, un officier <em>de marine</em>, un officier <em>de justice</em>.
+Lorsqu'on parle en général, on supprime l'article, et l'on emploie la
+préposition <em>de</em>. L'équivoque n'est à craindre que pour ceux qui ne
+savent pas bien le françois. C'est à <em>l'homme</em> et non pas à la
+<em>profession</em> qu'il faut associer les qualités bonnes ou mauvaises qui
+appartiennent plus à l'un qu'à l'autre. Ainsi on ne dira pas un
+général <em>de génie</em>, un officier <em>de génie</em>, un magistrat <em>de génie</em>,
+pour dire qu'un général, un officier, un magistrat, ont <em>du génie</em>.<span class="pagenum"><a id="Page_59">[59]</a></span>
+Ce seroit la même chose que si l'on disoit un général <em>d'esprit</em>, un
+officier <em>d'esprit</em>, un magistrat <em>d'esprit</em>, pour dire qu'un général,
+un officier, un magistrat, ont <em>de l'esprit</em>. Mais on dira très-bien,
+ce général, cet officier, ce magistrat sont des <em>hommes d'esprit</em>, des
+<em>hommes de génie</em>.</p>
+
+
+
+
+<h2><a id="XLII"></a>XLII.</h2>
+
+
+<p class="blockquot"><span class="smcap">Paire.</span> Une chose unique composée de deux pièces. Dites, une
+<em>paire</em>. <em>Une paire de bas, une paire de ciseaux</em>, etc.</p>
+
+<hr />
+
+<p>Rien n'est plus important qu'une bonne définition. Celle-ci, empruntée
+de l'Académie, n'est pas exacte, parce que, considérée séparément,
+elle ne détermine qu'une des nombreuses significations du mot.
+L'auteur ne songeoit sans doute qu'à l'un des exemples qu'il a donnés,
+une <em>paire de ciseaux</em>, et oublioit le premier. On ne dira jamais
+qu'une paire de bas, ou une paire de b&oelig;ufs, soit une <em>chose unique
+composée de deux pièces</em>. <em>Paire</em> se<span class="pagenum"><a id="Page_60">[60]</a></span> dit aussi de deux animaux de
+même espèce, ou de deux choses qui vont ensemble. <em>Une paire</em> de
+pigeons, <em>une paire</em> de gants.</p>
+
+
+
+
+<h2><a id="XLIII"></a>XLIII.</h2>
+
+
+<p class="blockquot"><span class="smcap">Pardonner.</span> <em>Pardonnez ceux</em> qui vous ont offensé. Cette phrase
+renferme un solécisme. Le mot pardonner signifie <em>donner</em> pardon;
+or, on donne pardon à quelqu'un. Dites, <em>pardonnez à ceux</em>, etc.
+et non <em>pardonnez ceux</em>, etc.</p>
+
+<hr />
+
+<p>Cette décision est juste; mais la raison qu'on en donne est fausse. M.
+Molard part toujours de ce principe erronné, que des locutions
+<em>équivalentes</em> pour le sens doivent avoir une construction semblable.
+On ne sauroit admettre cette règle, sans dénaturer la langue et la
+rendre barbare. On s'en convaincra par l'application que je vais en
+faire aux deux exemples suivans.</p>
+
+<p><em>Absoudre</em>, <em>congédier</em>, signifient <em>donner l'absolution</em>, <em>donner
+congé</em>; or, on donne l'absolution, on donne congé <em>à</em> quelqu'un.
+Dites<span class="pagenum"><a id="Page_61">[61]</a></span> donc, absoudre <em>à</em> quelqu'un; congédier <em>à</em> quelqu'un. En
+Grammaire, comme en toute autre matière, il est aisé de reconnoître la
+fausseté d'un principe, par l'absurdité des conséquences.</p>
+
+
+
+
+<h2><a id="XLIV"></a>XLIV.</h2>
+
+
+<p class="blockquot"><span class="smcap">Paresol.</span> Dites, <em>parasol</em>. Ce nom est composé de <em>para</em> et de
+<em>sol</em>. Le premier est une préposition grecque, qui signifie
+<em>contre</em>, c'est-à-dire contre le soleil; il signifie aussi à côté.
+J'en dis autant des mots <em>parepluie</em>, <em>parevent</em>: on doit dire,
+parapluie, paravent, en vertu de la même observation.</p>
+
+<hr />
+
+<p>C'est probablement la première fois qu'on a donné à <em>parasol</em> une
+pareille étymologie. <em>Parasol</em> vient de l'italien <em lang="it" xml:lang="it">para sole</em>.
+<em lang="it" xml:lang="it">Parare</em>, en italien, signifie entr'autres choses garantir, défendre
+contre les incommodités, en éloignant l'objet incommode; le verbe
+françois <em>parer</em> a aussi quelquefois le même sens. C'est ce que disent
+les étymologistes, et<span class="pagenum"><a id="Page_62">[62]</a></span> entr'autres Ménage, qui ajoute que la parasol a
+été ainsi nommé, <em lang="la" xml:lang="la">quia solem arcet</em>. Cette remarque s'applique
+également aux mots <em>paravent</em> et <em>parapluie</em>.</p>
+
+
+
+
+<h2><a id="XLV"></a>XLV.</h2>
+
+
+<p class="blockquot"><span class="smcap">Parfaitement.</span> Je suis <em>très-parfaitement</em>, ou bien <em>parfaitement</em>
+convaincu. Les mots <em>parfaitement</em> et <em>parfait</em> ne peuvent pas
+être modifiés en <em>plus</em> ou en <em>moins</em>. Car on ne peut rien ajouter
+à ce qui est <em>parfait</em>....... On ne dira donc pas: <em>un des modèles
+les plus parfaits</em>. La <em>perfection</em> est une qualité absolue: elle
+rejette toute modification en plus et en moins. La <em>perfection</em>
+est au plus haut degré; il n'y a que les qualités relatives qui
+admettent le plus ou le moins.</p>
+
+<hr />
+
+<p>La <em>perfection</em>, considérée comme qualité <em>absolue</em>, ne convient qu'à
+Dieu. Toute <em>perfection</em> dans les hommes et dans leurs ouvrages n'est
+que <em>relative</em>, et<span class="pagenum"><a id="Page_63">[63]</a></span> admet par conséquent le <em>plus</em> ou le <em>moins</em>. On
+ne sauroit indiquer un ouvrage si <em>parfait</em> qu'on ne pût en concevoir
+un <em>plus parfait</em> encore. Aussi le mot <em>parfait</em> a-t-il un positif, un
+comparatif et un superlatif dans toutes les langues. Les écrivains du
+siècle de Louis XIV l'emploient très-souvent dans ces divers degrés de
+signification. Il me seroit aisé d'en citer de nombreux exemples; je
+me contenterai de rapporter les phrases suivantes, prises dans les
+écrits de trois hommes qui certainement savoient le françois.</p>
+
+<p>«Démosthène et Cicéron, dit Rollin, sont des modèles d'éloquence <em>les
+plus parfaits</em>.»<a id="FNanchor_12_12"></a><a href="#Footnote_12_12" class="fnanchor" title="Voir note 12.">[12]</a></p>
+
+
+<p>«Ce quelque chose qui est en moi et qui pense, dit La Bruyère, s'il
+doit son être et sa conservation à une nature universelle qui a
+toujours été et qui sera toujours, laquelle il reconnoisse comme sa
+cause, il faut indispensablement que ce soit à une nature
+universelle,<span class="pagenum"><a id="Page_64">[64]</a></span> ou qui pense, ou qui soit plus noble et <em>plus parfaite</em>
+que ce qui pense.»<a id="FNanchor_13_13"></a><a href="#Footnote_13_13" class="fnanchor" title="Voir note 13.">[13]</a></p>
+
+
+<p>«Le <em>plus parfait</em> de tous les anges, dit Bossuet, qui avoit été aussi
+le plus superbe, se trouva le plus mal-faisant comme le plus
+malheureux.»<a id="FNanchor_14_14"></a><a href="#Footnote_14_14" class="fnanchor" title="Voir note 14.">[14]</a></p>
+
+
+
+
+<h2><a id="XLVI"></a>XLVI.</h2>
+
+
+<p class="blockquot"><span class="smcap">Patte.</span> On dit proverbialement <em>faire sa patte</em>, pour dire faire
+son profit dans une place. Cet intendant a bien fait <em>sa patte</em>.
+Cette expression n'est pas françoise; dites, il a fait son
+<em>magot</em>, expression populaire.</p>
+
+<hr />
+
+<p><span class="smcap">Magot</span> signifie <em>amas d'argent caché</em>; <em>faire son magot</em> veut donc
+dire, faire un amas d'argent caché. Un homme qui veut passer
+<em>incognito</em> d'un pays dans un autre,<span class="pagenum"><a id="Page_65">[65]</a></span> <em>fait son magot</em>, et s'en va. La
+locution que propose M.&nbsp;Molard n'emporte pas avec elle l'idée de
+<em>profit</em> que le peuple attache à celle-ci, <em>faire sa patte</em>. Pour
+exprimer cette idée, il faut dire, <em>faire ses orges</em>.</p>
+
+<p>«On dit proverbialement et figurément qu'un homme a <em>bien fait ses
+orges</em> dans une affaire, dans un emploi, pour dire qu'il y a <em>fait un
+grand profit</em>.»<a id="FNanchor_15_15"></a><a href="#Footnote_15_15" class="fnanchor" title="Voir note 15.">[15]</a></p>
+
+
+
+
+<h2><a id="XLVII"></a>XLVII.</h2>
+
+
+<p class="blockquot"><span class="smcap">Physique.</span> Cet homme a un beau <em>physique</em>. Ce mot n'avoit pas
+autrefois la signification de <em>taille</em>, de <em>stature</em>. L'Académie
+ne lui donne pas cette acception. Mais depuis quelque temps on en
+fait un nom masculin qui signifie <em>tournure</em>.</p>
+
+<hr />
+
+<p><span class="smcap">Physique</span> ne signifie point encore aujourd'hui <em>taille</em>, <em>stature</em>. Un
+homme d'une<span class="pagenum"><a id="Page_66">[66]</a></span> belle taille, d'une haute stature, n'a pas toujours un
+beau <em>physique</em>. Il n'est pas moins inexact d'en faire le synonyme de
+<em>tournure</em>. Voici comment s'expriment sur ce mot les derniers
+Dictionnaires publiés sous le nom de l'Académie:</p>
+
+<p>«On dit substantivement au masculin, le <em>physique</em> d'un homme, pour
+désigner sa <em>constitution naturelle</em>, et aussi son <em>apparence</em>. <em>Un
+bon physique; il a un beau physique.»</em></p>
+
+
+
+
+<h2><a id="XLVIII"></a>XLVIII.</h2>
+
+
+<p class="blockquot"><span class="smcap">Plein.</span> Il a <em>tout plein de bontés</em> pour moi; dites, il a
+<em>beaucoup</em> de bontés pour moi.</p>
+
+<hr />
+
+<p>La locution que critique ici M.&nbsp;Molard, est du style familier. Il
+m'étoit souvent arrivé de la condamner, lorsqu'enfin je trouvai
+quelqu'un qui me dit: Quelle différence de construction voyez-vous,
+Monsieur, entre cette locution, <em>tout plein de bontés</em>,<span class="pagenum"><a id="Page_67">[67]</a></span> et celle-ci,
+<em>tout plein de gens</em>?&mdash;Aucune, répliquai-je.&mdash;Eh bien! si l'Académie
+admet la seconde, puisque, de votre aveu, la première lui est
+semblable, pourquoi la rejetteriez-vous?&mdash;Il s'agit de vérifier ce que
+dit l'Académie.</p>
+
+<p>Nous vérifiâmes, et je vis, ou du moins je crus voir que j'avois tort.</p>
+
+
+
+
+<h2><a id="XLIX"></a>XLIX.</h2>
+
+
+<p class="blockquot"><span class="smcap">Préposition.</span> Il faut répéter la préposition devant les mots qui
+n'ont pas une signification à-peu-près semblable. Vous ne direz
+pas: ce bouquet est composé <em>de</em> roses, &oelig;illets et myrte; il
+faut répéter la préposition <em>de</em>.</p>
+
+<hr />
+
+<p>L'abbé Girard, dans ses Discours sur les vrais principes de la langue
+françoise, et M.&nbsp;de Wailly, dans sa Grammaire, prescrivent la même
+règle. Mais il est aisé, ce me semble, de faire voir que ces
+grammairiens estimables se trompent en cette occasion. Pour ne pas
+sortir de l'exemple<span class="pagenum"><a id="Page_68">[68]</a></span> cité par M.&nbsp;Molard, s'il est vrai qu'il faille
+répéter la préposition devant les mots <em>qui n'ont pas une
+signification à-peu-près semblable</em>, on sera obligé de dire:</p>
+
+<p><em>Avec</em> des &oelig;illets, <em>avec</em> des roses et <em>avec</em> du myrte, on feroit
+un beau bouquet.</p>
+
+<p>On péchera, au contraire, en disant:</p>
+
+<p><em>Avec</em> des &oelig;illets, des roses et du myrte, on feroit, etc.</p>
+
+<p>Or, je le demande, quel est le Grammairien qui osera approuver la
+première de ces phrases, et blâmer la seconde?</p>
+
+<p>En admettant le principe que je combats, il y aura encore une faute
+dans ces exemples: <em>parmi</em> les frères et les s&oelig;urs; <em>entre</em> la
+France et la Suède; <em>contre</em> la raison et la foi; <em>malgré</em> son or et
+son crédit; <em>après</em> mes objections et vos réponses; <em>excepté</em> François
+I.<sup>er</sup> et Charles-Quint, etc.</p>
+
+<p>Et pour être exact, il faudra dire: <em>Parmi</em> les frères et <em>parmi</em> les
+s&oelig;urs; <em>entre</em> la France et <em>entre</em> la Suède; <em>après</em> mes<span class="pagenum"><a id="Page_69">[69]</a></span>
+objections et <em>après</em> vos réponses, etc. En vérité, y eut-il jamais
+erreur plus palpable? Je serois trop long, si je voulois rappeler ici
+ce qu'on écrit les Grammairiens pour réduire à des principes fixes ce
+qui regarde cette matière. Sans prétendre donner une règle absolue et
+invariable sur un point qui dépend principalement de l'usage, je me
+contente de dire d'après quelques autorités, qu'en général les
+prépositions composées de plusieurs syllabes ne se répètent pas, et
+qu'au contraire les monosyllabes se répètent, et c'est ce qui a pu
+tromper MM.&nbsp;Girard et de Wailly. Car il est à remarquer que ces
+écrivains, ainsi que M.&nbsp;Molard, n'ont justifié leur décision que par
+des exemples dans lesquels les prépositions sont monosyllabes.</p>
+
+
+
+
+<h2><a id="L"></a>L.</h2>
+
+
+<p class="blockquot"><span class="smcap">Près</span> ne doit pas s'employer pour le mot <em>auprès</em>; <em>près de</em> est
+opposé à <em>loin de</em>; <em>auprès de</em> exprime une idée d'<em>entour</em>. Il
+est demeuré <em>près</em> de l'église; j'ai mes enfans <em>auprès</em> de moi.</p>
+
+<hr />
+
+<p><span class="smcap">Auprès de</span> n'emporte<span class="pagenum"><a id="Page_70">[70]</a></span> pas l'idée <em>d'entour</em>. On dit très-bien avec
+l'Académie: Sa maison est <em>auprès</em> de la mienne, il loge <em>auprès</em> de
+l'église, la rivière passe <em>auprès</em> de la ville; comme on dit, sa
+maison est <em>près</em> de la mienne, il loge <em>près</em> de l'église, la rivière
+passe <em>près</em> de la ville.</p>
+
+<p>Vaugelas donne aux deux locutions dont nous parlons une signification
+semblable. Il ajoute qu'<em>auprès</em> se construit également avec un nom de
+<em>personne</em> et un nom de <em>chose</em>, il est <em>auprès</em> de moi; il loge
+<em>auprès</em> de l'église: et <em>près</em>, avec un nom de <em>chose</em> seulement, il
+est <em>près</em> du palais. Cette opinion est confirmée par Patru et Thomas
+Corneille. Selon d'autres Grammairiens, <em>auprès</em>, d'ailleurs synonyme
+de <em>près</em>, exprimeroit en outre une plus grande proximité. Cette
+distinction est peut-être trop subtile.</p>
+
+
+
+
+<h2><a id="LI"></a>LI.</h2>
+
+
+<p class="blockquot"><span class="smcap">Prêt, Près.</span> Ces prépositions ne peuvent pas être employées
+indifféremment. Ne dites pas le sang est <em>prêt</em><span class="pagenum"><a id="Page_71">[71]</a></span> à couler; mais
+dites, <em>près</em> de couler. Car l'adjectif <em>prêt</em> signifie <em>préparé</em>,
+<em>disposé</em>..... Le mot <em>près</em> marque l'approche..... On trouve
+quelquefois cette faute dans Racine et dans les ouvrages de J.-J.
+Rousseau.</p>
+
+<hr />
+
+<p>La plupart des Grammairiens décident comme M.&nbsp;Molard, et j'ai partagé
+long-temps leur opinion. Il me semble aujourd'hui que la règle qu'ils
+donnent est trop absolue, et que dans sa généralité elle est
+contraire, non-seulement à l'usage suivi par nos bons écrivains, mais
+à l'Académie elle-même.</p>
+
+<p>Il y a cent ans, que l'on écrivoit également <em>prest à</em> et <em>prest de</em>.
+Dans les deux cas, on donnoit à <em>prest</em> un féminin, et l'on disoit
+<em>preste à</em>, <em>preste de</em>. Il semble même qu'on évitât d'employer <em>près</em>
+dans les constructions dont il s'agit ici. Bouhours, l'un des plus
+illustres Grammairiens du temps, autorise les deux locutions que j'ai
+citées. Elles étoient encore usitées vers le milieu du<span class="pagenum"><a id="Page_72">[72]</a></span> 18.<sup>e</sup> siècle:
+les Dictionnaires le constatent. On trouve dans celui de <span class="smcap">Trévoux</span>,
+édition de 1771, des phrases telles que celles-ci: Ville <em>prête</em> de se
+rendre. Fille <em>prête</em> de se marier, etc.</p>
+
+<p>Aujourd'hui on ne dit plus <em>prêt de</em>; en ce cas on emploie la
+préposition <em>près</em>, et <em>près de</em> signifie toujours <em>sur le point
+de</em>.<a id="FNanchor_16_16"></a><a href="#Footnote_16_16" class="fnanchor" title="Voir note 16.">[16]</a> Mais <em>prêt à</em> n'a-t-il jamais le même sens, et sa
+signification est-elle toujours restreinte à celle-ci, <em>disposé à</em>,
+<em>préparé à</em>? c'est ce qu'il s'agit de décider. M.&nbsp;Molard prononce
+affirmativement, et ajoute que Racine et J.-J. Rousseau ont péché<span class="pagenum"><a id="Page_73">[73]</a></span>
+contre cette règle. Si ces écrivains étoient seuls, peut-être
+hésiterois-je moins; mais le nombre et le caractère de ceux qui ont
+parlé comme eux, m'effraie et me retient. Je n'ose condamner des
+<em>coupables</em> tels que Bossuet, Rollin, Boileau, Pascal, Racine le fils,
+Lefranc de Pompignan, la plupart de leurs contemporains, et même
+plusieurs de nos auteurs modernes les plus célèbres.</p>
+
+
+<p>Dans l'Oraison funèbre du chancelier Le Tellier, Bossuet s'exprime
+ainsi: «Enfin <em>prêt</em> à rendre l'ame, je rends grâces à Dieu, dit le
+chancelier, de voir défaillir mon corps avant mon esprit.»</p>
+
+<p>«Rome <em>prête</em> à succomber, dit Rollin, se soutint principalement
+durant ses malheurs par la confiance et la sagesse du sénat.»</p>
+
+<p>«Voyez-vous, dit Boileau, la terre ouverte jusqu'en son centre,
+l'enfer <em>prêt</em> à paroître?»</p>
+
+<p>«Il est injuste qu'on s'attache à nous, dit Pascal, quoiqu'on le fasse
+avec plaisir et volontairement; nous tromperons ceux à qui nous en
+ferons naître<span class="pagenum"><a id="Page_74">[74]</a></span> le désir. Car nous ne sommes la fin de personne, et
+nous n'avons pas de quoi les satisfaire. Ne sommes-nous pas <em>prêts</em> à
+mourir? et ainsi l'objet de leur attachement mourroit.»</p>
+
+<p>M.&nbsp;Lefranc, en parlant des impies, dit:</p>
+
+<p class="poem">
+<span class="i0">Le faux calme dont ils jouissent</span><br />
+<span class="i0">Est toujours <em>prêt à</em> se troubler.</span><br />
+<span class="i0">Un éclair seul les fait trembler;</span><br />
+<span class="i0">Ils blasphèment, mais ils frémissent.</span>
+</p>
+
+<p>Racine le fils termine le dernier chant de son Poëme sur la Religion,
+par ces vers:</p>
+
+<p class="poem">
+<span class="i0">À la fin de mes chants, je me hâte d'atteindre,</span><br />
+<span class="i0">Et si je ne sentois ma voix <em>prête à s'éteindre</em>,</span><br />
+<span class="i0">Vous me verriez, etc.</span>
+</p>
+
+<p>M.&nbsp;de Fontanes, dans le Discours qu'il prononça sur la tombe de M.&nbsp;de
+Laharpe, dit en parlant de cet illustre écrivain:</p>
+
+<p>«Les injustices se réparoient; nous étions <em>prêts</em> à le revoir dans ce
+sanctuaire des lettres et du goût dont il étoit le plus ferme
+soutien.»</p>
+
+<p>Il me seroit aisé de pousser beaucoup plus loin mes citations; celles
+que j'ai produites me paroissent devoir suffire.</p>
+
+<p>Le<span class="pagenum"><a id="Page_75">[75]</a></span> passage que j'ai cité de Pascal, est vicieux, je le sais. Les
+anciens Grammairiens ont enseigné qu'il ne faut pas employer
+indifféremment ces deux locutions, <em>prêt de mourir</em><a id="FNanchor_17_17"></a><a href="#Footnote_17_17" class="fnanchor" title="Voir note 17.">[17]</a>, et <em>prêt à
+mourir</em>. Bouhours fonde cette exception sur la nécessité d'éviter
+l'équivoque qui peut avoir lieu, et il me paroît que c'est en général
+la seule attention qu'aient eue nos bons auteurs. Il est, du reste,
+certain que <em>Pascal</em> a écrit <em>prêt à mourir</em>; et cette faute ne prouve
+que davantage à mes yeux l'usage dans lequel on étoit d'employer <em>prêt
+à</em>, pour signifier également <em>sur le point de</em>, et <em>disposé</em>, <em>préparé
+à</em>, en laissant aux phrases antécédentes le soin de déterminer celui
+des deux sens dans lequel il falloit l'entendre. Nos éditions
+actuelles des <em>Pensées</em>, portent: «Ne sommes-nous pas <em>près de</em>
+mourir?» Cette correction est récente: elle fut faite pour la première
+fois dans l'édition de 1783.</p>
+
+
+<p>Je<span class="pagenum"><a id="Page_76">[76]</a></span> sais encore que M.&nbsp;de Wailly critique le passage de Rollin. Mais
+a-t-il raison? Et ne devoit-il tenir aucun compte des autres écrivains
+qui ont parlé comme <em>Rollin</em>, entr'autres de Bossuet et de Boileau?
+«Rome, dit M.&nbsp;de Wailly, étoit sur le point de succomber; mais elle
+n'y étoit pas <em>disposée</em>. Donc, il falloit dire <em>près de succomber</em>,
+et non pas <em>prête à succomber</em>.» Cette remarque suppose toujours ce
+qui est en question, savoir que <em>prêt</em> n'a pas d'autre signification
+que celle de <em>disposé</em>, et ce point me ramène à l'Académie, dont j'ai
+parlé d'abord.</p>
+
+<p>D'après l'Académie, <em>prêt</em> signifie non-seulement <em>préparé</em>,
+<em>disposé</em>, comme le prétend M.&nbsp;Molard, mais encore <em>qui est en état de
+faire</em>, ou <em>de souffrir quelque chose</em>. La dernière partie de cette
+définition auroit pu, ce me semble, être exprimée avec plus de netteté
+et de justesse. Cependant, malgré son obscurité, on voit d'abord
+qu'elle donne plus de latitude à la signification du mot <em>prêt</em>; et
+certainement dans ce premier exemple, qui vient<span class="pagenum"><a id="Page_77">[77]</a></span> à la suite, le dîner
+est <em>prêt à</em> servir, <em>prêt</em> signifie non pas <em>disposé</em>, mais en état
+d'<em>être servi</em>.<a id="FNanchor_18_18"></a><a href="#Footnote_18_18" class="fnanchor" title="Voir note 18.">[18]</a> En second lieu, ne suffit-il pas quelquefois
+qu'une personne ou une chose soit <em>sur le point de</em>, pour être <em>en
+état de</em>, dans la <em>situation de</em>? Ce qui me fait croire que c'est la
+pensée de l'Académie, c'est qu'elle fournit encore cet exemple: Une
+maison qui est <em>prête</em> à tomber. Or, je le demande, cela veut-il dire
+une maison qui est <em>préparée</em>, <em>disposée à tomber</em>, ou bien une maison
+qui est <em>sur le point de tomber</em>? Que l'on rapproche maintenant ces
+deux phrases, l'une de Rollin, critiquée par M.&nbsp;de Wailly, et l'autre,
+citée comme régulière par l'Académie:</p>
+
+<p class="poem">
+<span class="i0">Rome <em>prête à</em> succomber,</span><br />
+<span class="i0">Une maison <em>prête à</em> tomber.</span>
+</p>
+
+<p>et<span class="pagenum"><a id="Page_78">[78]</a></span> que l'on prononce. S'il y a quelque différence entre ces deux
+exemples, à coup sûr elle est bien subtile.</p>
+
+
+<p>Je finirai cette discussion par une observation importante. Tout le
+monde connoît les Remarques de l'abbé d'Olivet. Cet illustre
+Grammairien a pris soin de relever dans Racine, non-seulement les mots
+<em>qui ont vieilli</em>, mais encore les <em>phrases où il a cru entrevoir
+quelque sorte d'irrégularité</em>. Du nombre des pièces qu'il a examinées,
+sont Phèdre et Bérénice, et dans ces pièces, on lit les vers suivans:</p>
+
+<p class="poem">
+<span class="i0">Et que les vains secours cessent de rappeler</span><br />
+<span class="i0">Un reste de chaleur <em>tout prêt</em> à s'exhaler.</span><br />
+<span class="i6"><span class="smcap">Phèdre</span>, act. I, scèn. 3.</span>
+</p>
+
+<p class="poem">
+<span class="i0">Je sens bien que sans vous, je ne saurois plus vivre,</span><br />
+<span class="i0">Que mon c&oelig;ur de moi-même est <em>prêt</em> à s'éloigner.</span><br />
+<span class="i6"><span class="smcap">Bérénice</span>, act. IV, scèn. 5.</span>
+</p>
+
+<p>Comment l'abbé d'Olivet n'a-t-il pas <em>entrevu</em> dans ces vers et autres
+semblables <em>quelque sorte d'irrégularité</em>? Comment dans un examen où
+il <em>suppose</em> que les fautes, <em>les vraies fautes se réduisent à si
+peu</em>,<span class="pagenum"><a id="Page_79">[79]</a></span> ce sont encore ses termes, comment, dis-je, n'a-t-il pas censuré
+ce que M.&nbsp;Molard appelle une <em>faute</em>? Ne seroit-ce pas parce qu'il a
+jugé que Racine avoit parlé d'une manière <em>régulière</em> en cette
+rencontre?<a id="FNanchor_19_19"></a><a href="#Footnote_19_19" class="fnanchor" title="Voir note 19.">[19]</a></p>
+
+
+
+
+<h2><a id="LII"></a>LII.</h2>
+
+
+<p class="blockquot"><span class="smcap">Quadrupler.</span> Prononcez ce mot comme s'il étoit écrit ainsi:
+<em>couadrupler</em>..... Il faut prononcer de même la première syllabe
+du mot <em>quaterne</em>, <em>in-quarto</em>; mais non dans <em>quatre</em>,
+<em>quatrain</em>, <em>équestre</em>, et beaucoup d'autres.</p>
+
+<hr />
+
+<p><span class="smcap">Équestre</span> ne se prononce pas <em>ékestre</em>. Ménage, persuadé que chez les
+Latins les mots <em lang="la" xml:lang="la">qui</em>, <em lang="la" xml:lang="la">qu&oelig;</em>, <em lang="la" xml:lang="la">quod</em> se prononçoient <em>ki</em>, <em>k&oelig;</em>,
+<em>kod</em>, fait une règle générale de cette sorte de prononciation, et
+veut, par exemple, que l'on dise <em>acatique</em> pour <em>aquatique</em>,<span class="pagenum"><a id="Page_80">[80]</a></span> en quoi
+il se trompe. Cependant il excepte cinq à six mots parmi lesquels se
+trouve <em>équestre</em>, que quelques personnes prononçoient dès-lors comme
+le veut M.&nbsp;Molard. Prononcez, dit Dumarsais, <em>ue</em> dans <em>équestre</em>,
+comme dans <em>écuelle</em>, <em>casuel</em>, <em>annuel</em>. L'Académie donne la même
+règle.</p>
+
+
+
+
+<h2><a id="LIII"></a>LIII.</h2>
+
+
+<p class="blockquot"><span class="smcap">Rave.</span> Petite <em>rave</em>; dites, <em>raifort</em>.</p>
+
+<hr />
+
+<p><span class="smcap">Rave</span>, en ce sens, n'est pas moins françois que <em>raifort</em>. Voici ce que
+dit l'Académie: «On appelle aussi et plus communément <em>rave</em>, cette
+plante potagère dont la racine est d'un rouge foncé, tendre,
+succulente, cassante, et bonne à manger.»</p>
+
+
+
+
+<h2><a id="LIV"></a>LIV.</h2>
+
+
+<p class="blockquot"><span class="smcap">Rafroidir.</span> Ne dites pas, le dîner <em>rafroidit</em>; mais dites, <em>se
+refroidit</em>, en prononçant l'e muet.</p>
+
+<hr />
+
+<p><span class="smcap">Refroidir<span class="pagenum"><a id="Page_81">[81]</a></span></span> est un verbe que l'on peut employer comme actif, comme
+neutre et comme réciproque. Ainsi il n'est pas moins exact de dire le
+<em>dîner refroidit</em>, que le <em>dîner se refroidit</em>.</p>
+
+
+
+
+<h2><a id="LV"></a>LV.</h2>
+
+
+<p class="blockquot"><span class="smcap">Rempailler</span>, pour exprimer l'action de remettre la paille à des
+chaises. Ce mot ne se trouve pas dans l'Académie. Dites,
+<em>empailler</em> une chaise. Cependant ce réduplicatif me paroît
+nécessaire pour exprimer l'action par laquelle on remet de la
+paille à une chaise. On pourroit dire <em>rempailler</em>, comme on dit
+<em>refaire</em>.</p>
+
+<hr />
+
+<p>S'il n'est pas permis d'employer <em>rempailler</em>, il ne faudra pas se
+servir non plus de <em>repeindre</em>, <em>retailler</em>, <em>rouvrir</em>, <em>repolir</em>,
+pour dire, peindre, tailler, ouvrir, polir une seconde fois; car
+toutes ces expressions, comme celle que condamne M.&nbsp;Molard, ne se
+trouvent point<span class="pagenum"><a id="Page_82">[82]</a></span> dans l'Académie. Rien n'est plus ordinaire que de voir
+des personnes d'ailleurs très-instruites, rejeter un très-grand nombre
+de <em>réduplicatifs</em> que l'on trouve dans nos meilleurs auteurs, anciens
+et modernes, et s'autoriser sur ce point du silence de l'Académie. Il
+me semble que plus on veut être sévère en matière de langage, plus on
+doit se tenir sur ses gardes, afin de ne condamner que ce qui doit
+l'être. C'est sur-tout alors qu'il importe de connoître le plan
+d'après lequel a été fait un Dictionnaire, et d'en bien saisir
+l'esprit. M.&nbsp;Molard se seroit dispensé de faire l'article qui donne
+lieu à ces remarques, s'il eût eu l'attention de lire, ou plutôt s'il
+se fût rappelé la Préface du Dictionnaire de l'Académie. Les
+rédacteurs s'expriment ainsi:</p>
+
+<p>«Il a paru qu'il <em>n'étoit pas nécessaire</em> de rapporter le
+<em>réduplicatif</em> de chaque verbe, lorsque ce <em>réduplicatif</em> ne signifie
+que la réitération de la même action, comme <em>reparler</em> qui ne veut
+dire que <em>parler une seconde fois</em>. Mais lorsqu'un<span class="pagenum"><a id="Page_83">[83]</a></span> verbe, qui dans un
+sens est <em>réduplicatif</em>, a un autre sens dans lequel il ne l'est
+point, comme <em>redire</em>, qui signifie souvent autre chose que <em>dire une
+seconde fois</em>, on lui donne une place dans son rang alphabétique.»<a id="FNanchor_20_20"></a><a href="#Footnote_20_20" class="fnanchor" title="Voir note 20.">[20]</a></p>
+
+
+
+
+<h2><a id="LVI"></a>LVI.</h2>
+
+
+<p class="blockquot"><span class="smcap">Rêver</span>, dans le sens de faire un songe en dormant, veut être suivi
+de la préposition <em>de</em>, et non de la préposition <em>à</em>. On dit, j'ai
+rêvé de vous, et non j'ai rêvé à vous, etc.</p>
+
+<hr />
+
+<p>Le verbe <em>rêver</em>, dans le sens que lui donne<span class="pagenum"><a id="Page_84">[84]</a></span> M.&nbsp;Molard, rejette
+quelquefois également la préposition <em>à</em> et la préposition <em>de</em>. «Si
+nous <em>rêvions</em> toutes les nuits <em>la même chose</em>, dit Pascal, elle nous
+affecteroit peut-être autant que les objets que nous voyons tous les
+jours.»</p>
+
+<p>L'Académie, au mot <em>rêver</em>, dit: «Il est quelquefois actif, <em>j'ai
+rêvé</em> telle chose; <em>voilà ce que j'ai rêvé</em>; vous <em>avez rêvé</em> cela.»</p>
+
+
+
+
+<h2><a id="LVII"></a>LVII.</h2>
+
+
+<div class="blockquot"><p><span class="smcap">Rien.</span> Le mot <em>rien</em> n'admet jamais les mots <em>pas</em> et <em>point</em>, qui
+sont le complément de la négation. Ainsi Racine <em>a eu tort</em> de
+dire dans les Plaideurs:</p>
+
+<p class="citation">On ne veut <em>pas rien</em> faire ici qui vous déplaise.</p></div>
+
+<hr />
+
+<p>La décision que l'on vient de lire est juste. Mais d'après les termes
+dont M.&nbsp;Molard se sert en condamnant une phrase vicieuse<span class="pagenum"><a id="Page_85">[85]</a></span> en
+elle-même, on pourroit croire que Racine ignoroit qu'il ne faut pas
+construire le mot <em>rien</em> avec la négation <em>pas</em>, et l'on <em>auroit
+tort</em>.</p>
+
+<p>Autrefois, rien n'étoit plus commun dans certaines classes de la
+société, que la locution vicieuse dont il s'agit ici. Racine l'a
+placée à dessein dans la bouche du fils de Dandin, Léandre, qui, dans
+la scène dont il est question, joue le rôle de commissaire. C'est ce
+que fait observer Louis Racine, dans ses Remarques sur les tragédies
+de son père; il déclare que cette faute a été commise <em>exprès</em>. M.
+Luneau-de-Boisjermain trouve, il est vrai, cette apologie <em>puérile</em>;
+cela n'étonne pas dans un homme qui s'imaginoit savoir mieux le
+françois que celui dont il commentoit les &oelig;uvres. L'abbé d'Olivet,
+critique beaucoup plus éclairé, dit positivement: «Racine n'a usé de
+ce barbarisme que pour faire rire.» Je n'ignore pas que ce Grammairien
+ajoute: «Pourquoi chercher dans un langage corrompu le germe de la
+bonne plaisanterie?»<span class="pagenum"><a id="Page_86">[86]</a></span> Mais cette question peut aussi bien s'appliquer
+à ces vers:</p>
+
+<p class="poem">
+<span class="i0">Quand je vois les états des Babyboniens,</span><br />
+<span class="i0">Transférés des Serpens aux Nacédoniens, etc.</span>
+</p>
+
+<p>qu'au vers qui fait le sujet de cet article. Comme ce <em>tort</em>, si c'en
+est un, n'est pas celui que reproche M.&nbsp;Molard, et n'a aucun rapport à
+la Grammaire, je ne m'y arrêterai pas.</p>
+
+
+
+
+<h2><a id="LVIII"></a>LVIII.</h2>
+
+
+<p class="blockquot"><span class="smcap">Seille.</span> Vaisseau de bois pour laver ou pour d'autres usages, et
+dont les bords sont fort bas. Dites, <em>baquet</em> ou petit cuvier. La
+première de ces dénominations est générale; mais elle n'en est pas
+moins vicieuse. On ne parviendra jamais à la proscrire à Lyon.
+Peut-être exprime-t-elle un vaisseau d'une forme particulière, et
+alors il n'est pas étonnant qu'on lui ait donné un nom
+particulier. Quoiqu'il en soit,<span class="pagenum"><a id="Page_87">[87]</a></span> <em>il est bon de savoir qu'on ne le
+trouve dans aucun Dictionnaire</em>. Je crois qu'il tire son origine
+de <span lang="grc" xml:lang="grc">&#931;&#951;&#947;&#8055;&#945;</span>, vase qui a la forme d'un seau.</p>
+
+<hr />
+
+<p><span class="smcap">Seille</span> est un mot extrêmement ancien et qui se rencontre dans les
+écrivains du 15.<sup>e</sup> et du 16.<sup>e</sup> siècle. Cette expression, employée dans
+plusieurs provinces, n'a point été conservée par l'Académie. Je ne
+vois pas <em>à quoi il pourroit être bon de savoir qu'on ne la trouve
+dans aucun Dictionnaire</em>, en cas que cela fût vrai. Mais M.&nbsp;Molard a
+avancé un fait bien hasardé, et n'a pas poussé très-loin ses
+recherches, soit sur le mot, soit sur l'étymologie. <em>Seille</em> se trouve
+dans la plupart des Dictionnaires qui ont paru depuis 1600 jusqu'en
+1771. Je me contente de rappeler celui du médecin Borel, connu sous le
+nom de <cite>Dictionnaire des termes du vieux françois</cite>, celui de Ménage et
+celui de Trévoux.<span class="pagenum"><a id="Page_88">[88]</a></span> Tous s'accordent à le faire dériver de <em lang="la" xml:lang="la">situla</em>
+comme <em>seau</em> de <em lang="la" xml:lang="la">situlum</em>. Le Dictionnaire de Trévoux entre dans de
+plus grands détails, et dit: «<em>Seille</em>, vieux mot qui signifie un
+<em>seau</em>, s'emploie encore en beaucoup d'endroits..... Il signifie plus
+particulièrement en quelques provinces, un vaisseau de bois sans fond
+par le haut, et qui a la grosseur d'une feuillette.»</p>
+
+<p>On trouve même <em>seillet</em>, diminutif de <em>seille</em>, mot que nos aïeux
+employoient comme synonyme de <em>benoitier</em> ou <em>bénitier</em>, parce que le
+bénitier a la forme d'une <em>petite seille</em>.</p>
+
+<p>Le Glossaire de Ducange fait dériver <em>seille</em> de <em lang="la" xml:lang="la">sellus</em>, mot latin
+du moyen âge, qui désignoit une mesure de choses liquides.</p>
+
+<p>Quant au mot <span lang="grc" xml:lang="grc">&#931;&#951;&#947;&#8055;&#945;</span>, dont M.&nbsp;Molard veut que <em>seille</em> tire son
+origine, les auteurs que j'ai cités n'en parlent pas: d'ailleurs
+<span lang="grc" xml:lang="grc">&#931;&#951;&#947;&#8055;&#945;</span> n'est pas grec. L'imprimeur s'est sûrement trompé; il
+falloit dire, <span lang="grc" xml:lang="grc">&#932;&#8053;&#955;&#953;&#945;</span>, ou <span lang="grc" xml:lang="grc">&#931;&#8053;&#955;&#953;&#945;</span>, mot qui désigne un
+vase en<span class="pagenum"><a id="Page_89">[89]</a></span> forme de tonneau ouvert d'un côté, ou de grand <em>seau</em> dans
+lequel on faisoit le pain.</p>
+
+
+
+
+<h2><a id="LIX"></a>LIX.</h2>
+
+
+<p class="blockquot"><span class="smcap">Suel.</span> Place où l'on bat le blé. Dites, <em>aire</em>, s. m. <em>Cet aire</em>
+est fort <em>grand</em>.</p>
+
+<hr />
+
+<p>C'est probablement par distraction que M.&nbsp;Molard donne une décision
+pareille. Il est impossible qu'il ne sache pas que le substantif
+<em>aire</em> est féminin, et que conformément à l'Académie, il faut dire
+<em>cette</em> aire est fort <em>grande</em>.<a id="FNanchor_21_21"></a><a href="#Footnote_21_21" class="fnanchor" title="Voir note 21.">[21]</a></p>
+
+
+
+
+<h2><a id="LX"></a>LX.</h2><p><span class="pagenum"><a id="Page_90">[90]</a></span></p>
+
+
+<p class="blockquot"><span class="smcap">Tailleuse.</span> Celle qui fait des robes de femme; dites, <em>couturière</em>.
+La <em>tailleuse</em> est la <em>femme</em> du tailleur.</p>
+
+<hr />
+
+<p><span class="smcap">Tailleuse</span> n'est françois dans aucun sens; on s'en servoit autrefois
+pour désigner une <em>couturière</em>: on le trouve avec cette signification
+dans les anciens Dictionnaires. L'Académie l'a rejeté. Mais
+<em>tailleuse</em> ne se trouve nulle part pour désigner la femme d'un
+<em>tailleur</em>. Cette manière d'entendre les substantifs ou les adjectifs
+terminés en <em>eur</em> qui ont le féminin en <em>euse</em>, n'est point dans
+l'analogie de la langue françoise.</p>
+
+<p>L'Académie appelle <em>blanchisseuse</em>, <em>revendeuse</em>, <em>brodeuse</em>, etc. non
+pas la <em>femme</em> du <em>blanchisseur</em>, du <em>revendeur</em>, du <em>brodeur</em>, etc.;
+mais bien la femme qui blanchit, qui revend, qui brode, etc. Si
+<em>tailleuse</em> eût été rangé parmi les noms françois, il auroit suivi la
+même loi. Au<span class="pagenum"><a id="Page_91">[91]</a></span> reste, «<em>tailleuse</em>, pour signifier <em>couturière</em>, ne
+vaut pas mieux, selon un ancien Dictionnaire, que <em>couturier</em> pour
+dire <em>tailleur</em>.»</p>
+
+
+
+
+<h2><a id="LXI"></a>LXI.</h2>
+
+
+<p class="blockquot"><span class="smcap">Taper.</span> Donner des coups à quelqu'un pour le battre; dites,
+<em>frapper</em>.</p>
+
+<hr />
+
+<p><span class="smcap">Taper</span>, dans le sens de frapper, est une expression françoise, mais
+populaire. L'Académie l'admet, et cite ces phrases: il l'a bien
+<em>tapé</em>, je vous <em>taperai</em> bien, etc.</p>
+
+
+
+
+<h2><a id="LXII"></a>LXII.</h2>
+
+
+<p class="blockquot"><span class="smcap">Taquier.</span> Celui qui construit des bateaux. Ce mot n'est pas
+françois. Je ne connois point de mot qui désigne ce genre
+d'ouvrier. On peut dire <em>constructeur de bateaux</em>.</p>
+
+<hr />
+
+<p>L'ouvrier qui construit un bateau, doit être désigné sous le nom de
+<em>charpentier de bateau</em>,<span class="pagenum"><a id="Page_92">[92]</a></span> comme celui qui fait la charpente d'un
+vaisseau s'appelle <em>charpentier de vaisseau</em>.</p>
+
+
+
+
+<h2><a id="LXIII"></a>LXIII.</h2>
+
+
+<p class="blockquot"><span class="smcap">Terre.</span> Tomber <em>à terre</em>, et tomber <em>par terre</em>, ne signifient pas
+tout-à-fait la même chose. Ce qui tombe <em>à terre</em> tient à la
+terre; ce qui tombe <em>par terre</em> n'y tient pas. C'est la
+distinction que met Roubaud entre ces deux locutions.</p>
+
+<hr />
+
+<p>La distinction qu'établit ici M.&nbsp;Molard, entre <em>tomber à terre</em> et
+<em>tomber par terre</em>, est exprimée en termes si obscurs, que j'ai déjà
+vu bien des personnes qu'elle a embarrassées. Mais son principal
+défaut n'est pas d'être en quelque sorte inintelligible pour ceux qui
+n'y apportent qu'une attention ordinaire; elle est absolument fausse.
+Pour être exact, M.&nbsp;Molard devoit dire tout le contraire de ce qu'il a
+dit. <em>Tomber par terre</em> se dit d'une personne<span class="pagenum"><a id="Page_93">[93]</a></span> ou d'une chose qui
+étant déjà <em>à terre</em>, tombe de sa hauteur; et <em>tomber à terre</em> ne doit
+s'employer qu'en parlant d'une personne ou d'un objet qui étant élevé
+au-dessus de terre, tombe de haut. Cette distinction est de l'abbé
+Girard. «Un homme, dit-il, qui passe dans une rue et qui vient à
+tomber, <em>tombe par terre</em>, et non <em>à terre</em>, car il y est déjà. Mais
+un couvreur à qui le pied manque sur un toit, <em>tombe à terre</em>, et non
+<em>par terre</em>.»</p>
+
+<p>M.&nbsp;Molard cite à l'appui de son opinion, l'abbé Roubaud. M.&nbsp;Molard se
+trompe; l'abbé Roubaud, dans ses Synonymes, n'a rien écrit sur le
+verbe <em>tomber</em>.</p>
+
+
+
+
+<h2><a id="LXIV"></a>LXIV.</h2>
+
+
+<p class="blockquot"><span class="smcap">Valter.</span> Il me fait valter sans cesse, pour dire, il me fait aller
+et venir sans but et sans utilité. Ce mot n'est pas françois; il
+faut exprimer l'idée qu'on lui attache par une périphrase.</p>
+
+<hr />
+
+<p>Le<span class="pagenum"><a id="Page_94">[94]</a></span> mot que M.&nbsp;Molard condamne est françois. L'erreur de ceux qui
+l'emploient ne consiste que dans la manière de le prononcer ou de
+l'écrire. Il faut écrire <em>valeter</em>.</p>
+
+<p>«On dit d'un homme qui a été obligé de faire plusieurs démarches
+pénibles et désagréables auprès de quelqu'un pour obtenir ce qu'il
+demandoit, qu'il a été obligé de <em>valeter</em>; qu'on l'a fait <em>valeter</em>
+long-temps.» (<cite>Dict. de l'Acad.</cite>)</p>
+
+
+
+
+<h2><a id="LXV"></a>LXV.</h2>
+
+
+<p class="blockquot"><span class="smcap">Zéphyr.</span> Quand ce mot est écrit de cette manière, il signifie
+l'<em>haleine des zéphyrs</em>. Alors il peut prendre le nombre pluriel.
+<em>Zephyre</em> signifiant l'amant de Flore, ne prend ni article, ni
+pluriel, et se termine par un e muet.</p>
+
+<hr />
+
+<p><span class="smcap">Zéphyr</span> ne signifie pas plus l'<em>haleine des zéphyrs</em>, que <em>aquilon</em> ne
+signifie le <em>souffle des aquilons</em>. On donne le nom de<span class="pagenum"><a id="Page_95">[95]</a></span> <em>zéphyr</em> à
+toute espèce de vent doux et agréable. On emploie ce mot au singulier
+comme au pluriel. Les <em>doux zéphyrs</em>, <em>un zéphyr rafraîchissant</em>.</p>
+
+<p>Lorsque le <em>zéphyr</em> est considéré comme une divinité mythologique, on
+écrit et on prononce <em>Zéphyre</em>, sans article.</p>
+
+<p>Les anciens donnoient le nom de <em>zéphyrus</em> à un vent violent venant du
+couchant.</p>
+
+<p class="poem i0"><em lang="la" xml:lang="la">Eurum ad se Zephyrumque vocat.</em> <span class="smcap">Virg.</span></p>
+
+<p>Quelques traducteurs rendent <em lang="la" xml:lang="la">Zephyrum</em> par <em>Zéphyre</em>, et placent l'e
+muet pour éviter la confusion qui pourroit sans cela avoir lieu avec
+<em>zéphyr</em>.<a id="FNanchor_22_22"></a><a href="#Footnote_22_22" class="fnanchor" title="Voir note 22.">[22]</a> L'Académie ne fait pas cette distinction.</p>
+
+
+<p>Au reste, l'<a id="ortographe">ortographe</a> de <em>zéphyr</em> a long-temps varié; nos premiers
+poètes écrivoient <em>zéphyr</em> ou <em>zéphyre</em>, selon que la mesure
+l'exigeoit. Mais en prose, il falloit, selon Ménage, toujours dire le
+<em>zéphyre</em> au singulier, et les <em>zéphyrs</em> au pluriel.<a id="FNanchor_23_23"></a><a href="#Footnote_23_23" class="fnanchor" title="Voir note 23.">[23]</a></p>
+
+
+
+
+<h3><a id="ERRATA"></a><em>ERRATA.</em></h3><p><span class="pagenum"><a id="Page_96">[96]</a></span></p>
+
+
+<div class="errata">
+<ul class="lsoff">
+<li><a href="#Page_6">Pag. vj</a> de la Préface, lig. 14, <em>quelque soit</em>, lisez, <em>quel que
+soit</em>, <em>etc.</em></li>
+
+<li><a href="#Page_11">Pag. 11</a>, lig. 3 et 19, <em>M.&nbsp;de la Harpe</em>, lisez, <em>M.&nbsp;de Laharpe</em>.</li>
+
+<li><a href="#Page_40">Pag. 40</a>, lig. 15, <em>il y a quelque différence</em>, lisez, <em>il y a
+quelques différences</em>.</li>
+
+<li><em><a href="#Page_40">Ibid.</a></em>, lig. 16, <em>l'a assignée</em>, lisez, <em>les a assignées</em>.</li>
+
+<li><a href="#Page_48">Pag. 48</a>, <em>grappire</em>, <em>grappare</em>, lisez, <em lang="la" xml:lang="la">grapire</em>, <em lang="it" xml:lang="it">grapare</em>.</li>
+
+<li><a href="#Page_49">Pag. 49</a>, lig. 3, dans ces phrases <em>monter</em>, lisez, dans ces
+phrases, <em>monter</em>, etc.</li>
+
+<li><a href="#Page_67">Pag. 67</a>, lig. 15, et <a href="#Page_68">pag. 68</a>, lig. 7 et 11, <em>myrthe</em>, lisez,
+<em>myrte</em>.</li>
+</ul></div>
+
+<div class="footnotes">
+<h3>NOTES&nbsp;:</h3>
+<ol>
+<li class="footnote"><p><a id="Footnote_1_1"></a> Cela a lieu sur-tout dans quelques pensions.</p>
+<p>On feroit un livre vraiment curieux si l'on recueilloit toutes les
+locutions vicieuses que certaines personnes substituent au bon langage
+avec l'intention de corriger celui qui est mauvais. Ici l'on dit qu'on
+va <em>promener</em>, là qu'on ne <em>mouche</em> pas; ailleurs, on recommande à une
+demoiselle de se tenir <em>droit</em>, etc. M.&nbsp;Molard condamne les deux
+premières de ces locutions; il autorise la troisième.</p>
+<a title="Retour" href="#FNanchor_1_1"><span class="label">[1]</span></a> </li>
+
+<li class="footnote"><p><a id="Footnote_2_2"></a> Art poétique, chant premier.</p>
+<a title="Retour" href="#FNanchor_2_2"><span class="label">[2]</span></a> </li>
+
+<li class="footnote"><p><a id="Footnote_3_3"></a> Les Dictionnaires italiens et espagnols définissent
+le mot <em>classique</em> d'une manière qui rappelle évidemment la
+même étymologie.</p>
+<a title="Retour" href="#FNanchor_3_3"><span class="label">[3]</span></a> </li>
+
+<li class="footnote"><p><a id="Footnote_4_4"></a> Cours de Littér., tom. 1.<sup>er</sup></p>
+<a title="Retour" href="#FNanchor_4_4"><span class="label">[4]</span></a> </li>
+
+<li class="footnote"><p><a id="Footnote_5_5"></a> Ibid., tom. 2.</p>
+<a title="Retour" href="#FNanchor_5_5"><span class="label">[5]</span></a> </li>
+
+<li class="footnote"><p><a id="Footnote_6_6"></a> Cours de Littérature, <em>t. XVI, p. 160</em>.</p>
+<a title="Retour" href="#FNanchor_6_6"><span class="label">[6]</span></a> </li>
+
+<li class="footnote"><p><a id="Footnote_7_7"></a> Gattel ne donne pas de féminin à <em>garant</em>. Il admet
+cependant <em>garante</em>, en parlant de traités politiques. <em>La Suède</em>
+<em>est garante</em>, etc.</p>
+<a title="Retour" href="#FNanchor_7_7"><span class="label">[7]</span></a> </li>
+
+<li class="footnote"><p><a id="Footnote_8_8"></a> Il me semble que les médecins appellent cette maladie
+<em>hypocondrie</em>.</p>
+<a title="Retour" href="#FNanchor_8_8"><span class="label">[8]</span></a> </li>
+
+<li class="footnote"><p><a id="Footnote_9_9"></a> Mauv. lang. corr., au mot <em>Falloir</em>.</p>
+<a title="Retour" href="#FNanchor_9_9"><span class="label">[9]</span></a> </li>
+
+<li class="footnote"><p><a id="Footnote_10_10"></a> Voyez aussi l'Essai sur les Convenances
+grammaticales.</p>
+<a title="Retour" href="#FNanchor_10_10"><span class="label">[10]</span></a> </li>
+
+<li class="footnote"><p><a id="Footnote_11_11"></a> Voyez les Dictionnaires publiés sous ces titres:
+<cite>Dictionnaire de l'Académie, revu par l'Académie
+elle-même</cite>.&mdash;<cite>Dictionnaire de l'Académie, avec les mots nouveaux</cite>.</p>
+<a title="Retour" href="#FNanchor_11_11"><span class="label">[11]</span></a> </li>
+
+<li class="footnote"><p><a id="Footnote_12_12"></a> Traité des études.</p>
+<a title="Retour" href="#FNanchor_12_12"><span class="label">[12]</span></a> </li>
+
+<li class="footnote"><p><a id="Footnote_13_13"></a> Caract. de La Bruyère, chap. des esprits forts.</p>
+<a title="Retour" href="#FNanchor_13_13"><span class="label">[13]</span></a> </li>
+
+<li class="footnote"><p><a id="Footnote_14_14"></a> Discours sur l'histoire universelle.</p>
+<p>M.&nbsp;de Laharpe a également employé l'adjectif <em>parfait</em> au
+comparatif. <em>Voy.</em> la phrase citée, <a title="Voir page 29" href="#Page_29">pag.&nbsp;29</a> de ces Observations.</p>
+<a title="Retour" href="#FNanchor_14_14"><span class="label">[14]</span></a> </li>
+
+<li class="footnote"><p><a id="Footnote_15_15"></a> Voyez l'Académie, au mot <em>orge</em>.</p>
+<a title="Retour" href="#FNanchor_15_15"><span class="label">[15]</span></a> </li>
+
+<li class="footnote"><p><a id="Footnote_16_16"></a> Il est à remarquer qu'autrefois <em>prêt de</em>, <em>prête
+de</em> signifioient également <em>disposé à</em> et sur <em>le point de</em>. Nous
+venons de voir que les Lexicographes de Trévoux ont dit <em>ville</em>
+<em>prête de se rendre</em>; ce qui certainement veut dire: ville <em>sur le</em>
+<em>point de</em> se rendre. Vaugelas, dans sa traduction de Quinte-Curce,
+fait dire aux soldats d'Alexandre: «Nous sommes tout <em>prests</em>
+d'aller où vous voudrez.» Ce qui ne signifie pas moins
+incontestablement: Nous sommes <em>disposés</em> à aller où vous
+voudrez.</p>
+<a title="Retour" href="#FNanchor_16_16"><span class="label">[16]</span></a> </li>
+
+<li class="footnote"><p><a id="Footnote_17_17"></a> J'écris ici <em>prêt</em> de mourir, parce que c'est ainsi
+qu'on écrivoit dans le 17.<sup>e</sup> siècle.</p>
+<a title="Retour" href="#FNanchor_17_17"><span class="label">[17]</span></a> </li>
+
+<li class="footnote"><p><a id="Footnote_18_18"></a> Ce seroit une chose fort intéressante que l'examen
+des locutions dans lesquelles le verbe actif est employé dans un
+sens passif, comme dans ces phrases: <em>Prêt</em> à servir, bon à
+manger, qui signifient bon à <em>être mangé</em>, prêt à <em>être servi</em>.
+Mais ce n'est pas ici le lieu.</p>
+<a title="Retour" href="#FNanchor_18_18"><span class="label">[18]</span></a> </li>
+
+<li class="footnote"><p><a id="Footnote_19_19"></a> M.&nbsp;Luneau de Boisjermain garde également le silence
+sur cette prétendue faute de Racine.</p>
+<a title="Retour" href="#FNanchor_19_19"><span class="label">[19]</span></a> </li>
+
+<li class="footnote"><p><a id="Footnote_20_20"></a> Préface du Diction. de l'Acad., p. <span class="smcap">IV.</span>&mdash;L'Académie
+n'a pas été toujours fidelle à son plan. Malgré l'article qu'on
+vient de lire, elle a placé dans son Dictionnaire quelques
+réduplicatifs qui n'expriment que la <em>réitération de la même</em>
+<em>action</em>, tels que <em>rebâtir</em>, <em>remoudre</em>, etc. C'est une des
+raisons qui ont pu tromper ceux qui n'ont pas lu la Préface.</p>
+<a title="Retour" href="#FNanchor_20_20"><span class="label">[20]</span></a> </li>
+
+<li class="footnote"><p><a id="Footnote_21_21"></a> Je ne connois qu'un Vocabulaire dans lequel le mot
+<em>aire</em> soit indiqué comme masculin; mais c'est une faute
+d'impression d'autant plus évidente qu'on a fait <em>aire</em> féminin
+dans les exemples cités à la suite.</p>
+<a title="Retour" href="#FNanchor_21_21"><span class="label">[21]</span></a> </li>
+
+<li class="footnote"><p><a id="Footnote_22_22"></a> Voyez entr'autres Virgile, traduit par Binet.</p>
+<a title="Retour" href="#FNanchor_22_22"><span class="label">[22]</span></a> </li>
+
+<li class="footnote"><p><a id="Footnote_23_23"></a> Observations sur la langue françoise.</p>
+<a title="Retour" href="#FNanchor_23_23"><span class="label">[23]</span></a> </li>
+</ol>
+</div>
+
+
+
+
+
+
+
+
+<pre>
+
+
+
+
+
+End of the Project Gutenberg EBook of Observations grammaticales sur
+quelques articles du Dictionnaire du mauvais langage, by Guy-Marie Deplace
+
+*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK OBSERVATIONS GRAMMATICALES ***
+
+***** This file should be named 38660-h.htm or 38660-h.zip *****
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+things that you can do with most Project Gutenberg-tm electronic works
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+Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this agreement
+and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm electronic
+works. See paragraph 1.E below.
+
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+or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection of Project
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+Gutenberg-tm License.
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+1.E.6. You may convert to and distribute this work in any binary,
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+ returns. Royalty payments should be clearly marked as such and
+ sent to the Project Gutenberg Literary Archive Foundation at the
+ address specified in Section 4, "Information about donations to
+ the Project Gutenberg Literary Archive Foundation."
+
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+ you in writing (or by e-mail) within 30 days of receipt that s/he
+ does not agree to the terms of the full Project Gutenberg-tm
+ License. You must require such a user to return or
+ destroy all copies of the works possessed in a physical medium
+ and discontinue all use of and all access to other copies of
+ Project Gutenberg-tm works.
+
+- You provide, in accordance with paragraph 1.F.3, a full refund of any
+ money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the
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+ of receipt of the work.
+
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+ distribution of Project Gutenberg-tm works.
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+1.E.9. If you wish to charge a fee or distribute a Project Gutenberg-tm
+electronic work or group of works on different terms than are set
+forth in this agreement, you must obtain permission in writing from
+both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and Michael
+Hart, the owner of the Project Gutenberg-tm trademark. Contact the
+Foundation as set forth in Section 3 below.
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+1.F.
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+WARRANTIES OF MERCHANTIBILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE.
+
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+warranties or the exclusion or limitation of certain types of damages.
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+law of the state applicable to this agreement, the agreement shall be
+interpreted to make the maximum disclaimer or limitation permitted by
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+provision of this agreement shall not void the remaining provisions.
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+1.F.6. INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the
+trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone
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+with this agreement, and any volunteers associated with the production,
+promotion and distribution of Project Gutenberg-tm electronic works,
+harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees,
+that arise directly or indirectly from any of the following which you do
+or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
+work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
+Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.
+
+
+Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm
+
+Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
+electronic works in formats readable by the widest variety of computers
+including obsolete, old, middle-aged and new computers. It exists
+because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
+people in all walks of life.
+
+Volunteers and financial support to provide volunteers with the
+assistance they need, are critical to reaching Project Gutenberg-tm's
+goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
+remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
+Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
+and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
+To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
+and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
+and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.
+
+
+Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive
+Foundation
+
+The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
+501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
+state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
+Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
+number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at
+http://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
+permitted by U.S. federal laws and your state's laws.
+
+The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
+Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
+throughout numerous locations. Its business office is located at
+809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
+business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact
+information can be found at the Foundation's web site and official
+page at http://pglaf.org
+
+For additional contact information:
+ Dr. Gregory B. Newby
+ Chief Executive and Director
+ gbnewby@pglaf.org
+
+
+Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation
+
+Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
+spread public support and donations to carry out its mission of
+increasing the number of public domain and licensed works that can be
+freely distributed in machine readable form accessible by the widest
+array of equipment including outdated equipment. Many small donations
+($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
+status with the IRS.
+
+The Foundation is committed to complying with the laws regulating
+charities and charitable donations in all 50 states of the United
+States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
+considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
+with these requirements. We do not solicit donations in locations
+where we have not received written confirmation of compliance. To
+SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
+particular state visit http://pglaf.org
+
+While we cannot and do not solicit contributions from states where we
+have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
+against accepting unsolicited donations from donors in such states who
+approach us with offers to donate.
+
+International donations are gratefully accepted, but we cannot make
+any statements concerning tax treatment of donations received from
+outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff.
+
+Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
+methods and addresses. Donations are accepted in a number of other
+ways including checks, online payments and credit card donations.
+To donate, please visit: http://pglaf.org/donate
+
+
+Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic
+works.
+
+Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
+concept of a library of electronic works that could be freely shared
+with anyone. For thirty years, he produced and distributed Project
+Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.
+
+
+Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
+editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
+unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily
+keep eBooks in compliance with any particular paper edition.
+
+
+Most people start at our Web site which has the main PG search facility:
+
+ http://www.gutenberg.org
+
+This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
+including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
+Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
+subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.
+
+
+</pre>
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+This eBook, including all associated images, markup, improvements,
+metadata, and any other content or labor, has been confirmed to be
+in the PUBLIC DOMAIN IN THE UNITED STATES.
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+Procedures for determining public domain status are described in
+the "Copyright How-To" at https://www.gutenberg.org.
+
+No investigation has been made concerning possible copyrights in
+jurisdictions other than the United States. Anyone seeking to utilize
+this eBook outside of the United States should confirm copyright
+status under the laws that apply to them.
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