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+Project Gutenberg's L'Illustration, No. 0003, 18 Mars 1843, by Various
+
+This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
+almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
+re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
+with this eBook or online at www.gutenberg.org
+
+
+Title: L'Illustration, No. 0003, 18 Mars 1843
+
+Author: Various
+
+Release Date: August 30, 2010 [EBook #33590]
+
+Language: French
+
+Character set encoding: ISO-8859-1
+
+*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK L'ILLUSTRATION, NO. 0003, 18 MARS 1843 ***
+
+
+
+
+Produced by Rénald Lévesque
+
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+
+
+
+L'Illustration, No. 0003, 18 Mars 1843
+
+[Illustration: Frontispice]
+
+Ab. pour Paris.--3 mois, 8 fr.--6 mois, 16 fr.--Un an, 30 fr.
+Prix de chaque Nº, 75 c.--La collection Mensuelle br., 2 fr. 75.
+
+Nº 3. Vol. I.--SAMEDI 18 MARS 1843.
+Bureaux, rue de Seine, 33.
+
+Ab. pour les Dep.--3 mois, 9 fr.--6 mois, 17 fr.--Un an, 32 fr.
+pour l'étranger.--3 mois, 10 fr.--6 mois, 20 fr.--Un an, 40 fr.
+
+
+SOMMAIRE.
+
+Tremblement de terre de la Guadeloupe.--Destruction de la
+Pointe-a-Pitre.--Vue de la Pointe-a-Pitre.--Carte de la
+Guadeloupe.--Courrier de Paris.--Dernier bal de l'Hôtel-de-Ville.--Vue
+du bal.--Revue algérienne.--Portrait du général de La
+Mauricière.--Retour à Cherchel: Passage d'un torrent.--Manuscrits de
+Napoléon. Deuxième lettre sur la Corse.--Théâtre de l'Opéra. Première
+représentation de Charles VI;--le Cortège au troisième acte;--dernière
+décoration au cinquième acte;--Costume de Charles VI; Barroithet,
+--d'Odette (madame Stoltz),--d'Isabeau (madame Borus)--du dauphin
+(Duprez).--Cours publics (suite): MM. Patin,--Egger,--l'abbé
+Coeur,--Michelet--Simon, etc.--Espartero (fin): Son
+portrait.--Translation de l'épée d'Austerlitz (avec vignettes).
+--Beaux-Arts.--Stastistiques des Expositions depuis 1800,--Ouverture du
+Salon (avec gravure)--Coup d'oeil général.--Bibliographie
+étrangère.--Annonces.--Modes (avec vignette).--Mercuriales.--Rébus.
+
+
+Tremblement de terre aux Antilles.
+
+DESTRUCTION DE POINTE-A-PITRE.
+
+Une de ces calamités terribles qui depuis quelque temps surtout,
+viennent jeter le deuil et l'effroi parmi les peuples, a frappé une fois
+encore la France dans sa plus florissante colonie.
+
+Le 8 février dernier, neuf mois, jour pour jour, après le désastre du
+chemin de fer de Versailles et l'incendie de Hambourg, un tremblement de
+terre a violemment secoué les îles des Antilles. La ville de la
+Pointe-a-Pitre, la plus populeuse et la plus riche de la Guadeloupe, a
+été instantanément renversée de fond en comble. Nous avons réuni à part,
+et nous donnons plus loin les détails de cette affreuse catastrophe
+d'après les correspondances publiées par la presse quotidienne et
+d'après les lettres qui nous ont été communiquées.
+
+Le tremblement de terre a duré soixante-dix secondes. Ce qui n'est qu'un
+instant fugitif, ce qui ne suffit à rien quand la vie est heureuse et
+occupée, a suffi là pour ravager une ville entière, l'incendier sur tous
+les points, engloutir une population nombreuse. Ce que la secousse avait
+épargné, un autre fléau est venu aussitôt le détruire: pendant quatre
+jours, l'incendie a dévoré tout ce qui gisait sous ces décombres, hommes
+et maisons. Chose étrange! il n'est resté debout au milieu de ces débris
+qu'une horloge marquant 10 heures 35 minutes instant auquel le fléau est
+venu brusquement surprendre la ville et l'anéantir. Combien le génie de
+la destruction et du mal a plus de puissance et de vigueur que le génie
+de la création et du bien! La terre s'entr'ouvre et vomit en un moment
+la désolation et la mort; il faut, au contraire, que l'homme la déchire
+péniblement pour en faire sortir l'abondance et la vie!
+
+[Illustration: (Destruction de la Pointe-a-Pitre par un tremblement de
+terre, le 8 février 1843, à 10 heures 35 minutes du matin.--Ce dessin a
+été composé sur les indications de M Lemonnier de la Croix, qui a été
+pendant dix années ______voyer à la Pointe-a-Pitre et qui n'est de
+retour en France que depuis deux années seulement. Nous devons à
+l'obligeance de cet artiste un plan de la ville très-détaillé
+très-étendu; nous le publierons dans notre prochaine livraison.)]
+
+Mais est-il besoin d'arrêter ici notre pensée sur les détails de cet
+horrible désastre? N'est-ce pas assez que, dés notre début, nous ayons à
+écrire en tête de notre Journal, à qui nous avions rêvé un autre
+baptême, ces réflexions pleines de tristesse?
+
+Ne vaut-il pas mieux raconter tous les courageux efforts, tous les élans
+spontanés, tous les mouvements généreux qui, là-bas comme ici, ont
+accueilli la fatale nouvelle? Ne vaut-il pas mieux applaudir aux mesures
+prises spontanément pour remédier aux maux remédiables, rappeler les
+dévouements inspirés pour le secourir, et raviver ainsi la confiance et
+l'espoir, au lieu d'alimenter la consternation et la tristesse?
+
+Hâtons-nous de le dire: partout, aux Antilles comme en France, la triste
+nouvelle a fait battre tous les coeurs, réveillé toutes les sympathies.
+La Martinique, si cruellement ravagée elle-même il y a quatre ans, en
+sentant le sol trembler de nouveau, avait deviné le malheur immense; on
+y attendait les nouvelles impatiemment, avec angoisse. On signale un
+navire enfin, et son pavillon est en berne; aussitôt des secours
+s'organisent; argent, pain, vêtements, provisions, tout est offert, tout
+est accueilli, et un premier navire part aussitôt chargé de ces premiers
+secours.
+
+A Saint-Pierre, à Fort-Royal, partout, la population a été admirable, et
+l'autorité coloniale a régularisé, dirigé les efforts communs avec
+intelligence et activité.
+
+«J'implore la France, écrivait l'amiral Gourbeyre, gouverneur de la
+Guadeloupe, sur les ruines mêmes de la Pointe-a-Pitre; elle
+n'abandonnera pas une population toute française; elle ne délaissera pas
+les veuves et les orphelins que ce grand désastre vient de plonger dans
+la plus profonde misère!»
+
+La France n'a pas fait défaut à cet appel. Chaque famille, chacun de
+nous, semblait atteint par ce malheur et voulait le secourir. Les
+Chambres, le gouvernement, ont pris aussitôt les premières et les plus
+urgentes mesures. Des navires voguent en ce moment vers la Guadeloupe,
+et portent à ce malheureux pays de l'argent, des vivres, des vêtements.
+Des souscriptions se sont organisées en tous lieux, et une commission,
+présidée par le ministre de la marine, est chargée de centraliser les
+fonds et d'en assurer l'emploi. Les écoles publiques, le commerce, la
+garde nationale, la presse, le clergé, la France enfin tout entière a
+obéi à ce généreux entraînement.
+
+C'est un beau, c'est un touchant spectacle. Quand ces grands fléaux
+viennent changer la face du globe et épouvanter la race humaine, nous
+nous demandons avec effroi si c'est une justice voilée et inaccessible à
+notre faiblesse, qui vient foudroyer ainsi des populations entières,
+engloutir des cités opulentes. Nous ne savons quelles grandes erreurs,
+quels grands crimes ces désastres épouvantables, qui semblent frapper au
+hasard, ont pour mission d'expier. Il y a là une sombre et mystérieuse
+énigme dont nul ne sait le mot. Mais ce que nous savons, c'est qu'il ne
+suffit pas alors de s'incliner sous la puissance qui terrasse, c'est
+qu'il ne suffit pas de gémir, car c'est au milieu de ces douleurs
+solennelles que l'âme s'agrandit, que le coeur s'enthousiasme et se
+passionne. Nous ne savons point le but de ces épreuves terribles
+imposées ainsi à notre race, mais nous sentons que ces calamités
+rapprochent les membres épars de la famille humaine. Quand nos coeurs
+saignent avec ceux de nos frères lointains, n'est-ce rien que ce lien
+nouveau, cette solidarité profonde qui nous unit à eux? N'est-ce pas
+notre vie, qui se confond dans ces moments suprêmes avec celle de tous
+les hommes et de tous les peuples? Ces hommes sans famille et sans toit
+auxquels nous ne songions pas hier, ne sont-ils pas nos frères
+aujourd'hui? leur douleur n'est-elle pas la nôtre? Notre bien-être, nos
+sympathies, tout ce que nous avons de courage, d'amour et d'espoir,
+n'est-il pas à eux?
+
+Je ne sais, mais dans ces émotions populaires, à l'aspect des plus
+tristes catastrophes qui font vibrer toutes les libres généreuses,
+toutes les nobles passions, il me semble voir un bien immense, à côté de
+maux irréparables. Et chaque fois que le monde est ainsi frappé, en
+quelque lieu que ce soit, à Hambourg comme à la Guadeloupe, les
+sympathies de la France, il faut le dire avec orgueil, s'éveillent et
+s'élancent avant toutes les autres. Oui, notre France est vraiment une
+terre privilégiée! Elle peut bien s'amoindrir dans des débats stériles,
+dans des discussions vaines, dans des intérêts étroits; mais qu'une
+grande chose l'atteigne, gloire ou désastre, soudain elle se relève
+fière, intelligente et bonne; elle bat des mains avec enthousiasme ou
+elle tend ses bras avec amour, et les nations comprennent alors pourquoi
+elle est la première entre toutes, celle-là où éclatent si soudainement
+les religieuses sympathies et les mouvements généreux.
+
+Nul doute que la frégate à vapeur _le Gomer_, qui a porté en France la
+nouvelle du désastre et qui va repartir bientôt pour la Guadeloupe, en
+apprenant à ce malheureux pays la part unanime que la France prend à sa
+ruine, les ressources qu'elle lui consacre, n'inspire à nos
+compatriotes, non-seulement la confiance dans la mère-patrie, mais aussi
+l'énergie active qui crée avec des débris, et enfante par le travail des
+richesses nouvelles.
+
+Déjà, une fois, un incendie terrible avait réduit presque entièrement en
+cendres cette malheureuse ville, c'était en 1780. De ses premiers
+décombres était sortie, plus populeuse, plus régulière, plus élégante et
+plus riche la ville que le tremblement de terre vient de détruire. Avec
+l'aide de la France, avec l'industrieuse activité de ses habitants,
+espérons qu'un jour une troisième ville, gardienne pieuse du tombeau où
+dorment la mére et l'aïeule, s'élèvera florissante et radieuse sur ces
+débris désolés. Les moissons ne germent-elles pas plus vigoureuses et
+plus abondantes au sein des terres calcinées? N'est-ce pas la loi de la
+nature qu'il en soit ainsi? Est-ce que la vie ne sort pas éternellement
+jeune et féconde des bras mêmes de la destruction et de la mort?
+Espérance et courage!
+
+DÉTAILS SUR LE DÉSASTRE DE LA POINTE-A-PITRE.--MOUVEMENTS SPONTANÉS DE
+DÉVOUEMENT ET DE SYMPATHIE AUX ANTILLES ET EN FRANCE.
+
+La Pointe-a-Pitre, bâtie en 1763, reçut alors le nom de _Morne
+Renfermé;_ dix-sept ans plus tard, un incendie la réduisit en cendres.
+Sur les débris de cette première ville, s'éleva bientôt une cité
+élégante, régulière, qui, à force de travail et d'industrie, devint
+bientôt la ville la plus florissante de nos colonies des Antilles. Un
+désastre, auquel le premier n'avait rien de comparable, vient de plonger
+cette ville dans le néant.
+
+Le 8 février dernier, à dix heures trente-cinq minutes du matin, par un
+temps magnifique, le thermomètre ne marquant que 22 degrés, un
+grondement souterrain, qui ébranlait le sol avec fracas, a jeté
+l'épouvante parmi les populations de la Martinique et de la Guadeloupe.
+Cette première île, qu'un fléau semblable avait bouleversée en 1839, a
+peu souffert cette fois; mais la Guadeloupe, si belle, si riche, si
+animée, si vivante naguère, n'offre plus qu'un spectacle de ruine et de
+désolation; la Pointe-a-Pitre a été foudroyée en une minute, et
+l'incendie qui s'est emparé de ces décombres a achevé l'oeuvre de
+destruction et de mort; d'immenses crevasses d'où jaillissaient des
+torrents d'eau, de flammes et de fumée, ont englouti des milliers de
+victimes.
+
+Les correspondances privées, dont la presse quotidienne a reproduit les
+passages les plus remarquables, essayent vainement de donner une idée de
+cet horrible désastre. C'est qu'en effet nulle description n'est
+possible en présence d'un aussi immense malheur. Nous avons lu tout ce
+que les journaux ont reproduit et plusieurs lettres déchirantes qui nous
+ont été communiquées. Ce sont des cris d'angoisse et de douleur qui ont
+trouvé en France un généreux écho; mais il faut renoncer à décrire de
+pareilles scènes, les cris et le désespoir de deux mille personnes
+blessées, sans famille, sans asile, sans pain, en présence de ces débris
+fumants, tombe immense ouverte tout à coup sous une ville entière.
+
+Nous ne connaissons pas encore le nombre des morts; mais il s'élève
+certainement à plus de deux mille. On évalue à trente millions la perte
+des marchandises et à quarante millions la destruction des immeubles.
+Tous les papiers officiels, états civils, archives, actes notariés,
+valeurs, correspondances, tout est perdu.
+
+La principale industrie du pays est détruite; sur cinquante-six moulins
+à sucre, établis aux environs de la Pointe-a-Pitre, il n'en est resté
+que trois; la récolte de cannes sur pied est en partie perdue; la ville
+du Moule détruite déplore la mort de trente habitants; les campagnes ont
+eu leur part de cette affreuse calamité; les bourgs de Saint-François,
+Saint-Anne, le Port-Louis, l'Anse-Bertrand, Sainte-Rose, ont été
+renversés. La Basse-Terre, les Saintes et tous les quartiers sous le
+vent, ont considérablement souffert [1]; mais tout s'efface devant le
+désastre plus irréparable de la Pointe-a-Pitre.
+
+[Note 1: Rapport du gouverneur de la Guadeloupe, 9 février.]
+
+[Illustration: (Vue de la grande rade de la Pointe-a-Pitre, d'une partie
+de la ville avant le désastre, et de la Soufrière, d'après un dessin de
+M. Garneray.)]
+
+Le contre-amiral Gourbeyre, gouverneur de la Guadeloupe, dont la
+résidence est à la Basse-Terre, a rempli avec énergie et avec coeur sa
+triste mission. Il s'est rendu aussitôt à la Pointe-a-Pitre; entouré des
+fonctionnaires de la colonie, il a dirigé avec intelligence, avec
+activité, les premiers secours, Partout il a ranimé le courage des
+malheureux échappés à cette tempête; il leur a parlé de la France, il
+leur a promis son aide toute-puissante; il a enfin rassuré l'ordre au
+milieu de ces tristes débris; car, il faut bien le dire, il s'est trouvé
+des misérables qui ont pénétré au milieu de ces ruines désolées, qui ont
+foulé aux pieds les morts et les blessés pour se livrer au pillage;
+mais, hâtons-nous de le dire, ce n'étaient ni des Français, ni des
+nègres; ceux-ci, au contraire, ont été admirables de dévouement, et on
+cite d'eux des traits touchants: un vieux nègre porte à l'offrande
+commune tout son pécule, une pièce de cinq sous, suppliant qu'on lui en
+rende deux pour acheter du pain.
+
+«Notre infortune est grande, dit l'amiral Gourbeyre, dans une
+proclamation écrite sur les ruines mêmes de la Pointe-a-Pitre, mais
+toute ressource n'est pas détruite. Il faut sauver les récoltes encore
+sur pied. Dans les débris des usines abattues, vous trouverez les pièces
+nécessaires pour en relever quelques-unes. Réunissez vos efforts,
+portez-les successivement sur les moulins qui ont le moins souffert, sur
+ceux qui, par leur position, peuvent servir plusieurs habitations, et
+bientôt vos produits, livrés aux navires qui les attendent, vous
+donneront les moyens de traverser moins péniblement ces longs mois qui
+doivent nous séparer du jour où la générosité nationale viendra à notre
+secours. C'est ainsi que vous allégerez pour vos familles le poids de la
+misère que vous avez envisagée sans effroi et que vous supportez avec
+une noble résignation.» C'est là un beau et noble langage.
+
+Les premiers secours sont arrivés très-rapidement de la Martinique, qui
+s'est émue tout entière au récit de la catastrophe. La première lettre
+reçue de la Pointe-a-Pitre fut lue publiquement sur la savane, devant
+plus de deux mille personnes: «On se l'arrachait, dit un correspondant,
+on s'excitait à la bienfaisance et à la générosité comme chez d'autres
+peuples on s'excite à la vengeance, et les résultats ont été
+magnifiques.» En effet, à Saint-Pierre comme à Fort-Royal, la population
+a prodigué d'utiles secours. Linge, vêtements, argent, vivres, chacun
+donnait ce qu'il avait, et des barques chargées partaient pour la
+Guadeloupe, par des hommes dévoués, qui allaient porter à leurs frères
+l'espérance et la consolation.
+
+Le gouverneur de la Martinique, M. Duval-d'Aily, a régularisé ce
+généreux élan de la population; les secours ont été centralisés, une
+commission a été chargée de recevoir les souscriptions. Le 9 février, le
+contre-amiral de Moges, commandant en chef la station des Antilles,
+s'est rendu lui-même à la Guadeloupe, portant tous les secours en hommes
+et en vivres dont l'administration pouvait immédiatement disposer.
+
+Le 10, la frégate à vapeur _le Gomer_, celle qui, en vingt jours, est
+venue porter la nouvelle en Europe, portait aussi sur le lieu du
+désastre, une grande quantité d'objets de première nécessité.
+«Remercions la Providence, dit le gouverneur de la Martinique, dans une
+proclamation du 11 février, d'avoir permis que nous pussions venir à
+leur secours!... En ouvrant une souscription en faveur des victimes du
+tremblement de terre de la Guadeloupe, ce n'est point un appel que je
+fais aux habitants, aux services publics; je ne cherche point à exciter
+leur sympathie; le noble et généreux élan qui s'est partout et
+spontanément manifesté n'a besoin que d'être secondé.»
+
+Le maire de Fort-Royal, celui de Saint-Pierre, ont apporté dans leurs
+efforts un zèle et une ardeur bien dignes d'éloges. «Dans un généreux
+élan, dit ce dernier aux habitants, oubliant votre propre détresse, vous
+vous êtes hâtés de porter vos offrandes. Vivres, vêtements, provisions
+de tout genre ont pu être envoyés tout de suite aux victimes. Grâces
+vous soient rendues!»
+
+Le gouverneur de la Guadeloupe avait écrit à celui de la Martinique, en
+lui annonçant la catastrophe: «Si vous êtes plus heureux que nous,
+envoyez-nous des vivres, du biscuit surtout, car nous n'avons pas de
+fours: tout est détruit. Je vous écris au milieu de 15,000 habitants qui
+manquent d'asile et de pain. Pressez-vous, les gens qui ont faim n'ont
+pas le temps d'attendre!» On le voit, à ce triste et déchirant appel,
+l'île entière avait généreusement répondu.
+
+A Saint-Pierre, une commission fut spontanément désignée pour aller
+porter aux débris de la ville morte l'expression de la douleur générale,
+et connaître la nature des secours le plus immédiatement utiles, _La
+Doris,_ commandée par M. de Barmont, qui portait les notables habitants
+de Saint-Pierre, entra dans le port aux lueurs de l'incendie, «qui nous
+servait de phare» disent, dans leur rapport officiel, les membres de
+cette commission. «Jamais, ajoutent-ils, nous ne pourrons donner l'idée
+exacte de l'horrible destruction qui est venue, en un instant, anéantir
+cette belle cité... Sous ces ruines, qui fument encore, sous ces amas de
+pierres noircies par le feu, tachées par le sang, le tiers de la
+population a été enseveli... Grâces aux 500 hommes des bâtiments de
+guerre, que M. le contre-amiral de Moges venait de mettre à la
+disposition de la municipalité, on espérait retirer des ruines de
+nombreuses victimes qui y étaient ensevelies... L'ordre vient d'être
+donné à l'artillerie d'abattre par le canon les murs encore debout;
+cette mesure, devenue nécessaire pour assurer la vie des travailleurs,
+peut donner une idée des terribles effets de ce fléau. Les secours dont
+on a le plus pressant besoin sont les bois de charpente.»
+
+Il y a dans cette sollicitude fraternelle de la Martinique pour les
+victimes de la Guadeloupe, dans cette solidarité qui semble lier aux
+mêmes malheurs ces deux îles jumelles, quelque chose qui émeut et qui
+attendrit.
+
+La garnison coloniale a donné à l'armée un noble exemple. Les troupes se
+sont, d'un commun accord, mises elles-mêmes à la demi-ration, et le
+reste a été destiné aux malheureux. Neuf compagnies du régiment
+d'infanterie de marine ont envoyé 1,200 chemises et 1,500 pantalons,
+tant il est vrai que partout où battent des coeurs français, là est la
+France.
+
+«Au moment du départ du _Gomer_, dit un correspondant, le feu continuait
+à réduire en cendres les débris de cette malheureuse ville; on avait
+retiré un grand nombre de cadavres de dessous les ruines; une goélette
+en avait été chargée et avait été les jeter dans le canal des Saintes.»
+
+«La terre,» écrit M. Fayollat, attaché à la Direction des Douanes de la
+Guadeloupe, le 15 février, «la terre roule, depuis huit jours, comme un
+navire en tempête. Tout ce que les journaux vous diront sur ce terrible
+événement sera cent fois au-dessous de la réalité, car il faut avoir
+assisté à ce désastre pour en juger. Je vous écris de dessous un ajoupa
+de feuilles de cocotier, où je couche depuis huit jours. La secousse
+s'est fait sentir à Antigoa, qui est dévastée comme la Guadeloupe. Nos
+montagnes se sont fondues ou éboulées. Heureusement que la flotte de la
+station nous a porté des vivres; nous commencions à nous arracher la
+morue et le riz bouilli, car c'est avec cela seul que j'ai vécu pendant
+cinq jours; je n'ai du pain que depuis hier. Il va sans dire que j'ai
+perdu tout ce que je possédais, mais c'est là la moindre chose; il me
+reste mes quatre membres, je suis en cela plus heureux que les 3 ou 400
+personnes que j'ai aidé à amputer.»
+
+En auteur dramatique, récemment arrivé à la Guadeloupe, a écrit au
+rédacteur en chef du _Corsaire_ une longue lettre où les faits abondent
+et sont racontés avec autant de coeur que d'éloquence. C'est la seule
+correspondance où semble percer un blâme indirect contre les
+fonctionnaires de la colonie. «Mais, dit-il, l'heure de certaines
+actions n'est point encore arrivée. Détournons donc nos regards de
+quelques actes d'impéritie et d'égoïsme pour les reporter sur de beaux
+dévouements. Parlons du zèle et de la sollicitude des soeurs de
+Saint-Vincent de Paul, de ces pauvres filles dont la douleur publique
+est le patrimoine; parlons de l'énergie de la garnison et des braves
+officiers qui la commandent; parlons du noble élan du clergé de la
+colonie... Ce sont là, mon ami, des exemples qui oui déjà porté leurs
+fruits. L'émulation semble avoir gagné la colonie entière et les îles
+environnante... La Martinique nous est venue en aide, et, grâce à la
+franchise des ports, exceptionnellement décrétée par le Gouverneur, nous
+pourrons attendre plus patiemment.»
+
+C'est ainsi que chaque lettre, à côté du déchirant tableau de la
+catastrophe, met en relief les actes de dévouement et de courage, comme
+un rayon de soleil au milieu de ces affreuses ténèbres.
+
+L'émotion publique, qui a accueilli en France l'horrible nouvelle, et
+les cris de confiante espérance jetés vers elle par nos malheureux frères
+des colonies, a été aussi unanime et féconde.
+
+Une loi portant crédit de 2.500.000 fr. a été présentée par le
+gouvernement à la Chambre des Députés. Mais les membres chargés de
+l'examen de la proposition dans les bureaux ont déclaré l'insuffisance
+de ce secours, et ne l'ont considéré que comme provisoire. En membre a
+demandé que les colons fussent dispensés du droit de mutation à raison
+des successions qui s'ouvriront par suite de la catastrophe. La loi a
+été votée à l'unanimité.
+
+Des ordres ont été immédiatement donnés, par le télégraphe dans tous nos
+ports, et des navires sont en route déjà, emportant un million de
+rations, des médicaments et des secours de toute nature.
+
+Mais le public, la France entière, n'avait pas attendu l'initiative du
+gouvernement. Des souscriptions se sont organisées en tous lieux, et une
+commission, présidée par M. le ministre de la Marine, est chargée de
+centraliser les fonds, d'en assurer et d'en ordonner l'envoi. Le clergé
+tout entier a ordonné des quêtes paroissiales. Les élevés des écoles
+publiques ont réuni aussi leurs efforts; ceux du collège de Henri IV qui
+comptent parmi eux beaucoup de jeunes gens appartenant aux colonies, et
+qui, les premiers, ont conçu cette heureuse pensée, ont voulu, par un
+sentiment plein de délicatesse, que la quête n'eût lieu que parmi les
+élèves appartenant à la métropole. La garde nationale, qui, en toute
+circonstance, s'inspire des généreux instincts du pays, est allée
+au-devant de cette grande infortune. Le _reliquat_ des caisses de
+compagnie, qui, au moment des élections, sert à réunir autour d'un
+banquet d'adieux de joyeux convives, est cette fois consacré avec joie à
+une belle et bonne action. L'armée obéit à cet entraînement généreux:
+déjà plusieurs corps ont demandé au ministre l'autorisation de consacrer
+à cette largesse nationale une partie de leur solde.
+
+_Le National de l'Ouest_ annonce que le commerce de Nantes s'occupe
+d'expédier sans retard des navires chargés de vivres, d'objets de
+première nécessité et de matériaux de construction, non comme
+spéculation, mais comme offre de nationaux à nationaux, de frères à
+frères. C'est là un bel exemple qui trouvera des imitateurs, il faut
+l'espérer, dans nos villes du littoral.
+
+Il est impossible qu'un élan si unanime, que des sympathies si actives,
+si spontanées, ne rendent pas à nos malheureux compatriotes de la
+Guadeloupe l'ardeur et l'énergie morales qui, seules, peuvent réparer ce
+qu'un aussi grand malheur a de réparable.
+
+Sans doute, une infatigable persévérance, de longues privations,
+d'intelligents travaux seront longtemps nécessaires avant même que les
+traces matérielles du désastre aient disparu. On ne rebâtit pas en
+quelques années une ville de 900 maisons bâties en pierre, élégantes, de
+vastes magasins, des édifices publics.
+
+Un commerce considérable, une industrie active, qui, pour la préparation
+du sucre, compte dans la Guadeloupe seulement 361 moulins, se
+ressentiront longtemps sans doute d'un pareil désastre, qui intimide et
+paralyse les spéculations et les créations industrielles.
+
+Mais le concours du gouvernement, et les efforts de la nation entière,
+auront pour objet surtout de ranimer la confiance et de faciliter les
+relations de la France avec ses colonies.
+
+Nous donnerons, dans notre prochaine livraison, un plan très-détaillé de
+la ville détruite.
+
+Puissent le crayon de nos artistes, le burin de nos graveurs, n'avoir
+plus à retracer d'aussi désolantes scènes! Puisse L'ILLUSTRATION n'avoir
+à illustrer désormais que des sujets de moeurs, des descriptions
+gracieuses, des sujets moins sombres et moins désolés!
+
+
+
+Courrier de Paris.
+
+A MADAME***.
+
+Paris 17 mars.
+
+Comment. Madame, persévérer jusqu'au bout! ensevelir vos vingt-deux ans
+au fond de la Bourgogne, pendant ce noir hiver, dans un vieux château
+caché au milieu des rochers et des bois sombres, comme un ermite
+centenaire! Qu'y a-t-il donc? Avez-vous fait voeu de solitude à quelque
+saint du calendrier? Votre coeur saignant s'est-il réfugié au désert,
+traînant l'aile comme une colombe blessée? ou plutôt n'est-il pas
+quelque Oberon ou quelque Ariel, mystérieux habitant de votre âme, qui
+peuple cette Thébaïde de mille illusions charmantes, et qui, tandis que
+ces monts et ces bois et ce château séculaire sont tristes, dépouillés
+et sombres pour les autres, veut les remplir pour vous seule de soleil,
+de sourires et de verdure? Vous ne m'avez pas dit votre secret. Madame,
+et je suis trop votre humble serviteur pour me permettre de le deviner.
+
+Mais savez-vous qu'on en cause ici, et qu'on s'étonne de cette
+résolution héroïque, de cette vertu tout à coup sauvage qui vous fait
+rompre en visière au monde, dans la plus belle fleur de votre beauté,
+dans tout l'éclat de vos heures adorées?
+
+Vos meilleures amies s'en affligent avec une sincérité édifiante: on
+vous regrette, on vous pleure, on ne sait comment faire pour vivre sans
+vous! Mademoiselle, de P... pousse un douloureux hélas! à votre nom
+seul; madame de Bl... prend son plus grand air affligé; la marquise
+d'Ag... laisse voir une larme qui roule comme une perle dans ses beaux
+yeux d'azur. Mais, Madame, me direz-vous pourquoi, malgré tout ce luxe
+attendrissant, je les soupçonne de se réjouir au fond de l'âme, de
+n'avoir plus le dangereux voisinage de votre grâce irrésistible. Faut-il
+me déclarer calomniateur, ou n'ai-je fait que lire dans l'histoire de
+l'amitié des femmes?
+
+Pour nous tous, blonds, bruns ou châtains, que vous charmiez par le
+dangereux attrait d'une double perfection, par l'élégance du corps et
+l'élégance de l'esprit, nous sommes véritablement malheureux de votre
+absence. Se livre-t-on à la causerie du soir dans ce délicieux salon de
+la rue de Provence dont vous étiez la souveraine? on s'aperçoit bientôt
+que vous n'êtes plus là. Le plus délicat et le plus aimable de notre
+esprit s'en est allé avec vous, se cacher je ne sais sous quel noir
+créneau de ce maudit château bourguignon. Essaye-t-on un air de Rossini
+ou de Mozart? on cherche cette voix à la fois si ferme et si douce, qui
+allait à l'âme par des routes mélodieuses. Est-ce le bal qui commence?
+c'est encore vous qu'on demande, vous, la taille la plus svelte, le pied
+le plus fin, la plus exquise parure, la valse la plus légère. Ainsi,
+vous nous avez enlevé le meilleur de notre bien. La désolation est dans
+le troupeau de vos fidèles. Mais prenez-y sarde: une jolie femme est
+comme un homme célèbre, elle doit éviter de s'absenter trop longtemps;
+tous les succès, dans cette ville inconstante et mobile, succès de génie
+ou de beauté, risquent en quelques mois, en quelques jours, de trouver,
+au retour, la place occupée; nous sommes encombrés de royautés
+aspirantes, toujours prêtes à remplacer les royautés qui voyagent ou qui
+se font ermites.
+
+Cependant, Madame, je ne désespère pas de vous; vous n'êtes pas vouée à
+la pénitence sans rémission. Vous le dirai-je? on devine que vous n'avez
+pas une foi robuste, et que votre renoncement à Satan et à ses pompes
+aura la durée d'une robe ou d'un chapeau. Oh! si vous tenez à votre
+réputation de soeur convertie, si vous voulez qu'on vous tresse une
+couronne de martyr, cachez mieux vos secrets: pourquoi avez-vous fait
+demander à Victorine si les corsages se portaient toujours aussi longs,
+à Janisset un bracelet d'améthiste, à Meissonnier son nouvel album, à
+Fessy son dernier quadrille? et à moi, ne m'avez-vous pas écrit l'autre
+jour, dans une de ces lettres charmantes dont votre souvenir console mon
+regret: Dites-moi, mon ami: _que fait-on là-bas?_
+
+Voilà un mot qui compromet singulièrement votre future canonisation.
+_Que fait-on là-bas?_ nous a rendus tout heureux et tout fiers, nous,
+vos pauvres délaissés; c'est un regard que vous jetez, en arrière et qui
+nous revient; c'est un soupir qui vous échappe et remonte de notre cité.
+Est-il donc vrai que l'âme la plus pénitente ne peut se détacher
+entièrement de cette Babylone? Ce Paris que vous fuyez serait-il
+semblable à ces dangereux séducteurs qu'on s'efforce de haïr et qu'on ne
+peut oublier?
+
+Vous me permettrez, Madame, de profiter de l'interrogation que vous
+m'adressez pour introduire l'ennemi dans votre citadelle; vous avez levé
+devant nous le pont et la herse. En bonne guerre, nous avons le droit de
+vous attaquer par tous les moyens possibles; et si vous faites des aveux
+qui prêtent flanc à l'assaut et nous donnent des intelligences dans la
+place, en vérité, il serait par trop héroïque de n'en pas profiter.
+Votre _que fait-on là-bas?_ est le levier qui va servir à vous battre en
+brèche; il n'attaque pas de front votre solitude et n'enfonce pas les
+portes, mais il les enr'ouvre ou permet tout au moins de se glisser au
+travers des serrures. Vous aurez beau faire, toute demande exige une
+réponse, et j'ai la prétention d'être trop poli pour me taire quand vous
+me faites l'honneur de m'interroger. Je vous dirai donc _ce qu'on fait
+ici_.
+
+Remarquez que je n'agis pas en traître; que je ne suis pas un de ces
+espions qui rôdent autour du camp pour surprendre les sentinelles
+endormies: j'étais innocemment occupé à vous regretter; c'est vous qui
+venez me chercher dans mon innocence; vous m'avez provoqué, je riposte;
+mais, chevalier courtois, je vous dénonce mon entrée en campagne et le
+commencement des hostilités.
+
+Tenez-vous donc sur vos gardes; vous avez tenté de vous bastionner
+contre Paris; pour se mettre à l'abri de ses atteintes, vos vingt ans
+ont pris des quartiers d'hiver au sommet d'un mont, dans un vieux manoir
+ou le vent siffle, où le tintement des heures retentit tristement dans
+les longs corridors. Mais Paris ne lâche pas aisément sa proie; c'est un
+ami charmant et dangereux, dont il est difficile de se défaire. Il n'est
+jamais à bout de ruses pour retrouver ceux qui l'abandonnent, et pour
+les assiéger; sans doute, votre solitude se croyait bien forte contre
+lui, et bien abritée. Eh bien, vous le voyez! _Que fait-on là-bas?_
+m'écrivez-vous. Ainsi, vous y songez; la ville traîtresse vous occupe
+malgré vous; j'imagine que son brillant fantôme se promener isolément
+dans les noires allées de votre parc dépouillé, et, pendant la nuit, se
+glisse dans vos rêves.
+
+C'est peu de vous poursuivre en idée, Paris va s'introduire en réalité
+dans votre désert, et, dans cette escalade, il m'a choisi pour complice.
+L'attaque qu'il vous prépare ne se fera point à main armée, au tranchant
+du glaive, mais à la pointe de la plume; nous ne marcherons point au pas
+de charge et la baïonnette au poing, nous écrirons; notre
+quartier-général sera la poste aux lettres.
+
+La poste aux lettres! Quel ermite pourrait se mettre, à l'abri de ses
+atteintes? D'abord elle vous lance ses projectiles avec la rapidité de
+l'éclair; vous n'avez pas le temps de préparer votre défense; la lettre
+vous arrive de cent lieues et tombe sur vous, à votre réveil, sans que
+vous puissiez l'éviter. Et remarquez la ruse! la traîtresse a soin de
+s'envelopper avec art. Sait-on ce qu'elle pense? Sait-on ce qu'elle va
+dire? Cependant on brûle de le savoir; la curiosité rompt le cachet, et
+la médisance, la flatterie, la passion, tout ce qui se dérobe sous la
+douceur de ce papier satiné, éclate tout à coup, vous saute aux yeux et
+vous saisit au coeur.
+
+Ainsi. Madame, nous entrerons chez vous, malgré vous, sous enveloppe.
+Chaque semaine, ce Paris, que vous évitez, vous écrira par estafette ces
+mille faits importants ou frivoles qui composent sa vie, sa bruyante vie
+de tous les jours, et c'est moi qui lui servirai de secrétaire.
+Prenez-en votre parti: il faudra bien que vous écoutiez le récit de ses
+vertus et de ses vices, de ses belles actions et de ses sottises. Vous
+aurez Paris au désert, et le silence de votre solitude sera troublé tous
+les huit jours par cet écho mondain. N'est-il pas juste que je fasse
+honneur à cette lettre de change que vous avez tirée sur moi: _que
+fait-on là-bas?_
+
+Je suis, Madame, le plus dévoué serviteur de vos deux beaux yeux.
+
+
+LE DERNIER BAL DE L'HÔTEL-DE-VILLE.
+
+[Illustration: Bal de l'Hôtel-de-Ville.]
+
+Personne n'a contesté à la littérature le droit de ressusciter les
+morts. Usons de ce privilège et rappelons pour quelques instants à la
+vie le prévôt des marchands. Soyons nous-même son valet-de-chambre:
+passons-lui les manches de son habit aux larges basques, coiffons son
+honorable chef d'une large perruque, et vite une citadine au fantôme.
+Nous arrivons: les fenêtres de l'Hôtel-de-Ville sont illuminées, la foule
+des équipages prend la file à la porte; partout régnent le bruit et le
+mouvement. Tout Paris est convoqué à heure fixe, non point pour prendre
+une de ces délibérations qui changeaient la face de la monarchie. Il ne
+s'agit ni d'une émeute, ni d'une révolution, mais tout simplement d'un
+bal.
+
+Vous figurez-vous l'étonnement de l'ombre municipale que nous venons
+d'évoquer? Partout le luxe des peintures, des meubles et des ornements.
+L'ancien parloir aux marchands est devenue méconnaissable; la
+bourgeoisie elle-même a bien changé. Avec ces robes de gaze et de satin,
+sous ces coiffures élégantes, au milieu de ce laisser-aller gracieux et
+spirituel, comment reconnaître les rejetons de cette bourgeoisie grave,
+économe, sévère, qui ne dansait que du bout des pieds, ne causait que du
+bout des lèvres, et ne se mettait en frais de toilette et de plaisir que
+pour fêter des rois, ou tout au moins des princes et des ambassadeurs?
+
+Aujourd'hui la bourgeoisie, s'il nous est permis d'employer cette
+formule d'étiquette, se reçoit elle-même. Elle n'attend plus qu'un grand
+événement, une bataille gagnée, un baptême ou un mariage de roi, lui
+fournissent un prétexte de réjouissance. Les salons municipaux
+n'attendent pour s'ouvrir que le signal de l'hiver. La neige tombe pour
+tout le monde. Les bals de l'Hôtel-de-Ville n'ont pas d'autre titre
+officiel.
+
+Si nous connaissions la langue des fantômes, que de choses nous aurions
+à vous apprendre, feu M. le prévôt des marchands! mais peut-être
+parle-t-on encore le français aux Champs-Élysées de l'autre monde. En ce
+cas, permettez-moi, ombre égarée, de mettre le comble à votre
+étonnement. Ce cavalier élégant qui s'élance si audacieusement dans les
+périls de _l'en-avant-deux_, c'est un avocat; cet autre qui joue à la
+bouillotte est un conseiller à la Cour Royale; celui-ci est un médecin,
+celui-là est un membre de l'Académie. Qu'ont-ils fait? allez-vous me
+dire, de leur robe et de leur bonnet carré? Parbleu, ils les ont laissés
+à l'audience, à l'amphithéâtre et à la Sorbonne. Aujourd'hui les
+avocats, les magistrats, les médecins, les savants, s'habillent et
+s'amusent comme tout le monde. La justice et la science ne s'en trouvent
+pas plus mal.
+
+Si vous aviez, mon cher fantôme, une tenue plus décente, je vous
+présenterais à votre successeur. Il a quitté le titre de prévôt pour
+prendre celui de préfet. Cette jeune personne à laquelle il donne la
+main pour la conduire à un quadrille, est tout simplement la fille d'un
+négociant de la rue des Lombards. Vous alliez peut-être la prendre pour
+une princesse. Que de grâce dans sa démarche! que de luxe dans ses
+vêtements! C'est qu'aujourd'hui il n'y a plus de lois somptuaires ni
+pour le costume, ni pour l'éducation.
+
+Mais laissons notre fantôme à ses réflexions. On n'est pas tenu d'être
+d'une politesse fastidieuse envers les ombres. Parcourons ces salles
+étincelantes, suivons le bal jusque dans ses dernières contredanses.
+Vous avez pu voir Paris éparpillé dans vingt salons; il est venu ce soir
+se résumer dans l'Hôtel-de-Ville. L'aristocratie de la noblesse, si ce
+n'est pas là un pléonasme, celle de la politique, de la finance, des
+arts, de la littérature, servent pour ainsi dire de cadre aux joies de
+la bourgeoisie parisienne. Ici c'est elle qui triomphe; elle est sur son
+terrain; c'est une fête qu'elle vous donne dans son propre palais. Vous
+voyez qu'il est digne d'une aussi puissante souveraine.
+
+Il est difficile de jouir d'un plus beau coup d'oeil que celui qu'offre
+un bal à l'Hôtel-de-Ville, imposant édifice dont les échos ont retenti
+tour à tour de toutes les joies comme de toutes les douleurs de la
+France, bal par bal, on pourrait reconstruire toute l'histoire de notre
+pays. En attendant qu'on mette le burin aux mains de Terpsichore,
+songeons que la fête de M. de Rambuteau est terminée, et rentrons chez
+nous en évitant la place de Crève; ce trajet pourrait assombrir nos
+souvenirs.
+
+
+
+Revue algérienne [1]
+
+[Note 1: Nous résumons dans cet article les principaux événements
+depuis le commencement de l'année, de manière à n'avoir plus qu'à nous
+tenir au courant des faits actuels et à les suivre avec toute la
+rapidité possible.]
+
+Les hostilités ont recommencé avec une nouvelle vigueur en Algérie,
+pendant le mois de janvier 1843, pour continuer de même en février, ou
+plutôt elles n'ont pas été un instant interrompues par la mauvaise
+saison.
+
+[Illustration: Le général de La Moricière..]
+
+[Illustration: Retour à Cherchel--Passage d'un torrent.]
+
+Le gouverneur-général avait senti l'importance de ne pas laisser
+Abd-el-Kader s'établir tranquillement, pendant tout l'hiver, dans la
+chaîne des montagnes de l'Ouarenseris (province d'Oran). Dans cette
+position, où il se procurait d'ailleurs d'abondantes ressources et
+disposait de nombreux guerriers de ces montagnes, l'émir dominait tout
+le pays entre le Chélif et la Mina, maintenait dans la crainte, aux
+alentours, les tribus qui nous paraissaient les plus dévouées, et
+pouvait, en reconstituant de nouvelles forces, attaquer sérieusement les
+entrées que nous possédons en avant de Alédéah, Milianah et Mostaganem.
+M. le général Bugeaud résolut donc de porter, même en hiver, une guerre
+sérieuse sur l'Ouarenseris. Dans cette vue, trois colonnes de la
+division d'Alger furent réunies, le 24 novembre 1842, sous les murs de
+Milianah, et se mirent en mouvement le 25, celle de droite, commandée
+par le gouverneur-général, ayant sous ses ordres M. le duc d'Aumale;
+celle du centre par le général Changarnier, celle de gauche par le
+colonel Korte. En même temps, les divisions de Mascara (général de La
+Moricière) et de Mostaganem (général Gentil), devaient manoeuvrer contre
+la grande tribu insoumise des Mitas, de manière à rejeter ces
+populations sur les autres colonnes, pendant que celles-ci occuperaient
+leurs retraites habituelles dans les montagnes boisées des Beni-Ouragh.
+
+Les manoeuvres combinées entre les trois divisions d'Alger, de Mascara
+et de Mostaganem obtinrent un succès complet, et en vingt-deux jours, le
+17 décembre, elles avaient soumis presque toute la chaîne de
+l'Ouarenseris jusqu'à l'Oued-Rihon, toute la vallée du Chélif sur la
+rive gauche et deux tribus sur la rive droite, la presque totalité de la
+tribu des Flitas, qui compte trois mille cavaliers, et toutes les tribus
+secondaires qui bordent la Djediana et la rive gauche de l'Oueri-Rihon.
+Ces résultats n'avaient été d'abord espérés que pour la campagne du
+printemps.
+
+La question ainsi résolue sur la rive gauche du Chélif, le moment a
+semblé opportun de porter nos armes du côté de Tenès, où elles n'avaient
+pas encore paru. Cette expédition a été conduite avec succès par le
+général Changarnier, qui, après avoir occupé Tenès pendant deux jours, a
+abandonné, le 29 décembre, cette bourgade, où il n'avait trouvé aucune
+ressource, et où une garnison française sera sans doute installée plus
+tard.
+
+Ces diverses opérations avaient porté des coups trop sensibles à la
+puissance d'Abd-el-Kader pour qu'il ne cherchât pas à en neutraliser les
+effets. Dès le principe des soumissions, il avait entretenu des
+intelligences actives avec les tribus soumises. La contrée la mieux
+disposée pour ses vues était, sans nul doute, cette partie de l'Atlas
+qui s'étend de Cherchel jusqu'auprès de Tenès, et qui est bornée au nord
+par la mer, et au sud par la vallée du Chélif. Arrivé du sud avec un
+millier de chevaux réguliers ou irréguliers, il s'est bien vite recruté
+dans la valléw du Chélif, de tribu en tribu, et il a envahi l'Aghalik de
+Braz avec environ deux mille cavaliers et cinq ou six cents fantassins.
+
+Le 7 janvier, Abd-el-Kader a exécuté contre les Athaf, à une journée à
+l'ouest de Milianah, une rhazia qui a été le signal d'une nombreuse
+défection parmi les tribus soumises au mois de décembre. A l'exception
+de deux ou trois, toutes les autres de cette partie de la vallée du
+Chélif ont de nouveau reconnu son autorité. Abd-el-Kader s'est montré
+cruel cette fois: notre kaïri des Brâz de l'est et ses trois fils ont
+été décapités: il a fait mutiler quelques chefs, crever les yeux à
+d'autres; enfin tous les hommes soupçonnés d'attachement à notre cause
+ont été enlevés.
+
+Après avoir ravagé les Athaf et les Kosseir. Abd-el-Kader s'est jeté
+dans les hautes montagnes des Zatima, Beni-Zioui Larhalh et Couraya, où
+il a réuni à peu près trois mille Kabaïles. A la tête de ces forces il
+s'est avancé avec son khalifah-el-Berkani chez les Beni-Menasser, où ses
+émissaires et ses intrigues l'avaient devancé, et qu'il voulait pousser
+à faire une démonstration contre Cherchel. Le général de Bar, marchant à
+sa rencontre dans l'ouest, eut avec lui plusieurs engagements les 23. 24
+et 25 janvier, et le refoula dans les grandes montagnes de Gouraya. De
+son côté, le général Changarnier sorti de Milianah le 22, porta, par la
+hardiesse de ses mouvements, le trouble et le ravage sur les derrières
+de l'émir, et punit sévèrement plusieurs tribus qui avaient cédé à
+l'entraînement de leur ancien chef. En même temps. M. le duc d'Aumale
+faisait un brillant coup de main sur nos ennemis du sud de Milianah, et,
+au moyen de nombreuses prises, indemnisait largement nos alliés des
+perles que les rhazias d'Abd-el-Kader leur avaient fait éprouver.
+
+Le 27 janvier, à quatre heures du matin. M. le lieutenant-colonel de
+l'Admirault vint à Alger à bord du bateau à vapeur _le Phare_, envoyé
+exprès pour connaître le véritable état des choses, annoncer au
+gouverneur-général les progrès de l'insurrection et l'arrivée
+d'Abd-el-Kader dans la partie occidentale de la province de Titteri. A
+une heure après midi, le général Bugeaud était embarqué avec deux
+bataillons, et débarqua dans la nuit à Cherchel. Le 30, il s'est mis en
+campagne, afin de poursuivre Abd-el-Kader et de châtier les tribus qui
+avaient répondu à son appel. Le mauvais temps ne lui a pas permis
+d'exécuter entièrement la campagne projetée: mais le but principal a été
+atteint: Abd-el-Kader et son khalifah-el-Berkani ont été repoussés dans
+l'ouest. Le gros rassemblement de Kabaïles qu'ils avaient opéré s'est
+dispersé dans tous les sens. Deux des plus importantes tribus rebelles,
+les Beni-Menasser et les Beni-Ferrah, ont été sévèrement punies.
+
+Un ouragan affreux, mêlé sans interruption de grêle et de neige, a
+obligé le corps expéditionnaire à descendre bien vite des hautes régions
+montagneuses pour regagner les bords de la mer, où l'attendait un
+convoi. Il l'a atteint le 5 février à quatre heures du soir, non sans
+difficulté, car le mauvais temps a continué, et, la nuit du 6 au 7, la
+pluie tombait avec une telle force, que tous les feux du camp ont été
+éteints. La colonne s'est acheminée lentement vers Cherchel. Les
+ruisseaux étaient devenus des torrents impétueux, et la rapidité des
+eaux était telle, qu'il y avait lieu de redouter beaucoup de malheurs.
+Des cordes ont été tendues, et les pelotons, bien unis par les bras et
+appuyés à la corde par l'une de leurs ailes, ont ainsi franchi sept
+torrents. Grâce à cet expédient, on n'a eu à regretter que la perte de
+deux hommes.
+
+Dans cette courte mais pénible expédition, le général Bugeaud a failli
+être tué, comme le fut le colonel Leblond il y a quelques mois: six
+coups de fusil, tirés presque en même temps par des Arabes embusqués,
+ont blessé le cheval du gouverneur-général.
+
+--A la nouvelle de l'apparition d'Abd-el-Kader dans la province de
+Titteri, le bruit a couru à Alger que ses troupes avaient envahi une
+partie de la plaine de la Metidjah et surpris quelques-uns de nos
+détachements: ce bruit était complètement faux. Dès le 27 janvier, le
+colonel Korte se dirigea, à la tête de toute la cavalerie, vers
+Boufarik, de fortes reconnaissances furent poussées dans tous les sens,
+et l'on n'aperçut pas un seul ennemi. Les convois militaires circulèrent
+avec la même sécurité qu'auparavant. Le retour des désastres de la fin
+de 1839 et du commencement de 1840 ne semble plus à craindre Alors
+Abd-el-Kader disposait de forces assez considérables; il avait ses
+places fortes, et la paix lui avait laissé le temps de se préparer à la
+guerre; enfin, nous étions sur la défensive. Mais, depuis deux ans, la
+face des affaires a changé. Nous avons repris partout l'offensive.
+L'ennemi, battu sur tous les points, a vu ses places fortes détruites de
+fond en comble, ses douares incendiées, ses récoltes ravagées. De
+prince, de général qu'il était, car il avait un gouvernement, une armée.
+Abd-el-Kader, après avoir été pourchassé jusque dans les contrées les
+plus éloignés, est devenu un simple chef de bandes, marquant son passage
+par des massacres et des dévastations. La guerre se poursuit maintenant
+dans l'intérieur, où nos colonnes ne rencontrent plus qu'une molle
+résistance. Si quelques fractions de tribus suivent encore la fortune de
+celui qui se donnait naguère, le titre pompeux de sultan, c'est que nos
+troupes ne peuvent pas se trouver toujours en tous lieux pour protéger
+nos alliés. Mais, à la tournure qu'ont prise les événements, les centres
+de population, il faut l'espérer, n'auront plus à redouter les
+agressions de l'ennemi, et la plaine de la Metidjah semble désormais à
+l'abri d'un coup de main.
+
+--Les marchés d'Alger sont abondamment approvisionnés et les denrées
+baissent de prix. Le carnaval a été brillant à Alger, voire même à
+Blidah, où, entre autres importations françaises, on n'est pas peu
+surpris de trouver des magasins de costumes et de masques.
+
+--Jusqu'à ce jour, les exécutions à mort avaient eu lieu, dans
+l'Algérie, par le yatagan, suivant l'usage que nous y avions trouvé
+établi: c'était aussi un exécuteur musulman qui avait continué à remplir
+ce redoutable office.
+
+Un fâcheux incident, survenu l'année dernière, a provoqué à cet égard
+une innovation nécessaire. Le 5 mai 1842. fut exécuté, hors de la porte
+Babazoun, à Alger, le nommé Grass, condamné à mort par la Cour royale
+d'Alger. L'exécuteur indigène, appelé peut-être pour la première fois à
+décapiter un chrétien, et saisi d'une émotion extraordinaire, fut obligé
+de s'y prendre à plusieurs reprises pour achever le supplice du patient;
+la foule indignée menaça les jours de l'exécuteur, et celui-ci ne dut
+son salut qu'à l'intervention de la force publique. Pour prévenir le
+retour d'un si hideux spectacle, l'autorité locale a demandé et obtenu
+de M. le ministre de la Guerre, l'introduction en Algérie de
+l'instrument de supplice usité en France, et le remplacement de
+l'exécuteur algérien par un exécuteur français.
+
+Le 10 février, l'échafaud a été dressé sur la place Bab-el-Oued, à
+Alger, et la terrible machine a fonctionné pour la première fois. Le
+nommé Abd-el-Kader Zellouf ben Dahman, condamné à mort pour crime
+d'assassinat, par arrêt de la Cour royale du 10 septembre dernier, a
+subi sa peine à une heure après midi. La nouveauté du spectacle parait
+avoir vivement impressionné les spectateurs indigènes, et, après
+l'exécution, ils se sont précipités en foule vers l'échafaud pour
+l'examiner dans tous ses détails.
+
+--En vertu d'une décision du ministre de la Guerre, du 20 février, les
+sous-officiers et soldats de l'armée d'Afrique, autorisés, lors de leur
+libération du service militaire, à rester en Algérie, conserveront
+pendant deux années, à dater du jour de leur libération, le droit tant
+au passage gratuit pour rentrer en France, qu'à l'indemnité de route de
+leur ancien grade, pour se rendre du port de débarquement dans leurs
+foyers. Les anciens militaires qui demanderont, avant l'expiration des
+deux années, à rentrer en France, devront, pour obtenir une feuille de
+route donnant droit au passage gratuit et à l'indemnité, exhiber,
+indépendamment de leur congé de libération, un certificat de l'autorité
+militaire ou civile du lieu où ils auront eu leur dernier domicile, en
+constatant qu'ils ont toujours tenu une bonne conduite pendant leur
+séjour en Algérie.
+
+--Le bateau à vapeur _le Tartare_, qui avait été expédié à Tanger avec
+notre nouveau consul à Mogador, M. le chef d'escadron Pellissier, auteur
+des _Annales algériennes_, est rentré à Oran le 29 janvier, ayant
+toujours à bord le consul et sa famille. A son arrivée à Tanger, M.
+Pellissier apprit du consul de France dans cette ville que l'empereur
+Abd-el-Rahman lui refusait _Vexequatur_. L'empereur de Maroc a donné
+pour motifs de son refus qu'il ne voyait pas la nécessité de la présence
+d'un consul français à Mogador, attendu que celui qui gérait
+temporairement le consulat remplissait sa mission à la satisfaction des
+Français et des Marocains, et que l'on n'avait rien de mieux à faire que
+de le maintenir dans cette position. Toutes les démarches faites pour
+déterminer l'empereur à revenir sur sa décision ayant été infructueuses,
+le _Tartare_ a ramené dans le port d'Oran le consul _in partibus_, qui y
+attend des ordres du gouvernement. La véritable cause de son exclusion,
+c'est peut-être que M. le commandant Pellissier a été longtemps à Alger
+chef du bureau arabe, et qu'il serait plus difficile de cacher à lui
+qu'à tout autre l'assistance secrète que, malgré les dénégations
+officielles, Abd-el-Kader continue à recevoir du Maroc.
+
+--Dans le beylik de Tlemsen règne une assez grande tranquillité, et les
+populations, protégées par la présence de la colonne mobile du général
+Bedeau, comptent sur une abondante récolte.
+
+--La colonne de Mostaganem, sous les ordres du général Gentil, est
+toujours en mouvement; sa mission est de prêter aide et assistance, en
+cas de besoin, aux tribus alliées.
+
+--Après avoir pris quelque repos, la colonne de Mascara, sous le
+commandement de M le général de La Moricière, est de nouveau entrée en
+campagne. Pendant ces excursions, le colonel Géry, du 56e de ligne,
+commande la place de Mascara, et le colonel Thiéry, du 6e léger, celle
+d'Oran.
+
+--Les opérations militaires ont été continuées dans l'ouest de Cherchel
+par le général de Bar, qui a reçu, auprès de la ville kabaïle de
+Terzout, la soumission de la tribu de Zatima, à laquelle elle
+appartient, et celle des Beni-Zioui, auprès de Ghelanzero, leur
+principal village, dans un pays où les habitants se croyaient
+inexpugnables, parce que les Turcs n'avaient jamais pénétré chez eux. Le
+général de Bar n'a pas reçu un seul coup de fusil en parcourant le
+territoire horriblement accidenté de six tribus kabaïles, dont la
+première est à dix lieues ouest de Cherchel, et dont les autres
+s'étendent à deux ou trois marches de Tenès; tandis que le colonel
+Picouleau, dans deux sorties successives, a éprouvé une résistance
+sérieuse chez les Beni-Menasser, à une marche seulement au sud de
+Cherchel. Ses attaques persévérantes contre les Beni-Menasser ont obtenu
+la soumission de cinq fractions de cette tribu considérable; les
+fantassins se sont joints à lui pour contraindre les hautes montagnes à
+suivre leur exemple; mais c'est la partie la plus belliqueuse et la plus
+difficile du territoire. Il est probable qu'il y aura d'autres combats,
+parce que la famille des Berkani a encore sur cette contrée une immense
+influence, et que son chef, proscrit par l'arrêté du 10 février,
+soutiendra une lutte opiniâtre.
+
+--Dans la province de Constantine, M le général Baraguey-d'Hilliers a
+dirigé avec succès, du 12 au 22 février, une opération militaire
+importante: il s'agissait d'attaquer la ligne des Zerdezas et de
+soumettre ce chaînon intermédiaire de la résistance kabaïle qui, de la
+frontière d'Alger, s'étend jusqu'à celle de Tunis et interrompt les
+communications avec la mer. Quatre colonnes, parties simultanément de
+Constantine, de Philippeville, de Bone et de Guelma, ont envahi ces
+montagnes presque inaccessibles, et, grâce à leurs mouvements
+heureusement combinées et exécutés, elles ont imprimé une grande terreur
+aux tribus ennemies, en leur prouvant que nos troupes sauraient les
+atteindre et les vaincre, quelque grandes que fussent les difficultés du
+pays. Les parcs de l'État approvisionnés de plus de 3,000 boeufs, le
+train des équipages remonté de 200 mulets, la soumission de cette partie
+de la province garantie par des otages, et, par suite, une plus grande
+abondance sur nos marchés, rumine aussi plus de sécurité pour l'armée et
+le commerce, sont les résultats positifs de cette brillante expédition.
+
+
+MANUSCRITS DE NAPOLÉON [1]
+
+[Note 1: La reproduction des manuscrits de Napoléon est interdite.]
+
+LETTRES SUR LA CORSE A M. L'ABBÉ RAYNAL.
+
+LETTRE DEUXIÈME.
+
+
+Monsieur,
+
+Nous avons parcouru rapidement les régions ténébreuses de notre histoire
+ancienne; nous voici arrivés au douzième siècle; nos annales commencent
+à s'éclaircir. A cette époque, la tradition, les monuments ont pu
+instruire Giovanni della Grossa, notre premier historien, qui naquit en
+1378, Piero Antonio Alonteggiani, qui écrivoit en 1525, Marco Antonio
+Ceccaldi, qui cessa de vivre en 1569, Circeo, qui acheva son ouvrage en
+1576, Filippini, qui publia son histoire en 1594.
+
+A l'époque où les Corses libres avoient trouvé un refuge dans la
+confédération de Pise, les Génois abordèrent dans leur île; l'esprit de
+faction et l'intrigue y arrivèrent avec eux. Armer le fils contre le
+père, le neveu contre l'oncle, le frère contre le frère, paroissoit à
+ces avides Liguriens le chef-d'oeuvre de la politique. S'étant rendus
+maîtres de _Bonifazio_, en trahissant les liens les plus sacrés de
+l'hospitalité, ils commencèrent à semer dans tous les coeurs le poison
+des factions.
+
+Les Pisans, affoiblis par leur guerre, préoccupés des graves intérêts
+qu'ils avoient à soutenir dans le continent, se trouvèrent hors d'état
+de s'opposer aux projets des Génois et de maintenir la paix entre les
+différents pouvoirs qui existoient alors en Corse. Les seigneurs, ne
+connoissant plus de frein, aspirèrent à la tyrannie; le peuple, dénué de
+protecteurs, se livra à tout l'emportement de son indignation, et menaça
+les barons de les dépouiller d'une autorité illégitime et contraire à
+tous les droits naturels. L'un et l'autre parti comptoient sur l'appui
+des Génois qui fomentoient leurs discordes. Les barons, sur la promesse
+d'une protection efficace, se confédérèrent avec la république de Gènes,
+et lui prêtèrent hommage. Les communes s'unirent et reconnurent
+Sinuccello della Rocca pour _Giudice_, ou premier magistrat.
+
+SINUCCELLO DELLA ROCCA. 1258.--Sinuccello della Rocca, distingué dans
+les armées pisanes par son rare courage, ne l'étoit pas moins par son
+austère justice. Pendant soixante ans qu'il fut à la tête des affaires
+publiques, il sut contenir Gènes, et effacer des privilèges des
+seigneurs ce qui étoit contraire à la liberté publique. D'une humeur
+toujours égale, impartial dans ses jugements, calme dans ses passions,
+sévère par caractère et par réflexion. Sinuccello est du petit nombre
+des hommes que la nature jette sur la terre pour l'étonner. Au
+commencement de sa carrière publique, on lui contestait son autorité,
+foiblement accompagné, il erroit dans les montagnes de Quenza. Un chef
+fort accrédité dans ces pièves, après avoir tué un de ses rivaux, se
+présenta à lui. Sinuccello méprisant l'avantage qu'il pouvoit tirer d'un
+homme puissant, fait constater son crime et le fait mourir. La renommée
+répand ce fait, on accourt de tous côtés se ranger sous ses drapeaux.
+
+Pise, écrasée à la journée de la Meloria, ne donna plus d'ombrage; les
+Génois résolurent de faire tous les efforts pour profiter des
+circonstances. Voyant la difficulté de vaincre Sinuccello, ils firent en
+sorte de le gagner; envisageant d'ailleurs les barons comme les
+principaux obstacles à leur domination, ils les désignèrent à être
+d'abord sacrifiés. Sinuccello, qui ne perdoit pas de vue le grand objet
+de l'indépendance de la Corse, vit avec plaisir les ennemis naturels de
+sa patrie s'entre-déchirer. Profitant des événements, il sut faire
+tourner à l'avantage public l'animosité des deux partis. Il dut chercher
+à diminuer la puissance des barons, mais il le fit avec prudence, et
+garda assez de mesure pour pouvoir se réconcilier avec eux quand il
+seroit temps; en effet, dès que les succès multipliés des Génois les
+eurent affaiblis, Sinuccello leur tendit la main, les incorpora dans le
+reste de la nation, et obligea les ennemis communs à repasser les mers,
+après avoir remporté sur eux de grands avantages. Ce fut dans une de ces
+rencontres, qu'ayant fait un grand nombre de prisonniers, leurs femmes
+vinrent de Bonifazio apporter leur rançon. Sinuccello les reçut avec
+humanité, et les confia à la garde de son neveu. Ce jeune homme, égaré
+par l'amour, trahit les devoirs de l'hospitalité et de la probité
+publique, malgré la vive résistance d'une de ces infortunées. Navrée de
+l'affront qu'elle venoit d'essuyer, les cheveux épars, ses beaux yeux
+égarés et flétris par la honte, elle se prosterne aux pieds de
+Sinuccello, et lui dit: «Si tu es un tyran sans pitié pour les foibles,
+achève de faire périr une malheureuse avilie; si tu es un magistrat, si
+tu es chargé par les peuples de l'exécution des lois, fais-les respecter
+par les puissants. Je suis étrangère et ton ennemie; mais je suis venue
+sur la foi, et je suis outragée par ton sang, par le dépositaire de ta
+confiance...» Sinuccello fait appeler le criminel, constate son délit,
+et le fait mourir sur-le-champ. C'est par de pareils moyens qu'il
+soutînt toujours la rigueur des lois. Ses armes prospérèrent, et la
+nation unie vécut longtemps tranquille. Dès cette époque jusqu'au temps
+de Sambucuccio, les Génois ne parurent plus en Corse; ils furent
+découragés par les pertes qu'ils avoient faites; ils se contentèrent de
+fomenter, dans l'obscurité, la guerre civile, mais Sinuccello sut rendre
+vaines toutes leurs trames; il vieillit, et la perte de sa vue fut son
+premier malheur.
+
+Guglielmo de Pietrallerata, gagné par les Liguriens, méprisant un
+vieillard caduc et accablé d'infirmités, déploie l'étendard de la
+rébellion; Lupo d'Ornano, neveu de Sinuccello mis à la tête de la force
+publique, marche, bat, près de la Mezzana, l'imprudent Guglielmo, qui,
+sans ressource, a recours à la commisération du jeune vainqueur, de qui
+il obtient une suspension de quelques jours. Lupo se reproche déjà un
+délai qui peut rendre inutile sa victoire, flétrir ses lauriers et lui
+enlever son triomphe. Dans l'inquiétude de ces pensées arrive le terme
+de la suspension; une entrevue lui est demandée, il y court avec
+impatience; il va enfin, par la captivité de son ennemi, se rendre
+illustre parmi les siens, et mériter de succéder aux honneurs comme à la
+puissance de son oncle....; les deux escortes restent à trois cents
+pas; les deux chefs s'avancent, se joignent, une visière se lève, et, au
+lieu de Guglielmo, laisse voir sa fille, l'intéressante Véronica.
+
+«Lupo, lui dit Véronica, il n'y a pas encore un an que nous vivions en
+frères, et il faut que la fortune te réserve une destinée bien
+glorieuse, puisque ton coup d'essai a été la défaite de mon père....
+Lupo, je t'ai vu à mes genoux me promettre un amour constant; ô Lupo, je
+viens aujourd'hui implorer de toi la vie!» Ce jeune héros, hors de lui,
+conserve cependant assez de force pour fuir; mais Véronica le retient.
+«Je ne viens pas ici séduire votre vertu, lui dit-elle, la gloire de
+Lupo est plus chère à Véronica que la vie: celle de mon père et des
+miens est en danger, et c'est vous qui la menacez......... Quelle
+horrible position est la mienne! et si vous refusez de m'écouter, de qui
+devrai-je attendre la pitié? Sinuccello ne pardonne jamais, et c'est
+vous qui ètes destiné à être le ministre de ses cruautés! Lupo,
+pourrois-tu être le bourreau des miens, pourrois-tu porter la flamme
+dans ce séjour où tu passas à mes côtés les plus belles années de ton
+enfance?» Déchiré par les sentiments les plus opposés, retenu par
+l'amour, Lupo obéit au devoir, il s'arrache avec violence et fait
+quelques pas pour s'éloigner, mais un cri qui lui perce le coeur
+l'oblige à s'arrêter, à détourner la tête, et lui laisse voir Véronica
+se précipitant sur sa lance, prête à se donner la mort; il revient
+brusquement, arrive à temps, prend dans ses bras et arrose de ses larmes
+celle qui l'a vaincu sans retour, et qui, pâle, affaiblie par les
+efforts qu'elle vient de faire, lui dit: «Je n'ai à te proposer rien
+d'indigne de toi; écoute-moi, et quand j'aurai cessé de parler, si ta
+gloire, si ton devoir l'ordonnent, tu pourras me laisser seule en proie
+à mon sort affreux.....Sinuccello est vieux et infirme; il faut à la
+république un magistrat actif et dans la force de l'âge; tu t'es rendu
+assez grand pour pouvoir prétendre à gouverner tes concitoyens; mon père
+et les siens te promettent leur appui; Sinuccello lui-même ne pourra
+s'opposer à toi: à l'âge où l'on doit encore obéir, tu seras le premier
+de la république, qui, heureuse et comblée de prospérité par tes vertus,
+par ton courage, ne laissera rien à désirer à ton coeur; la main de
+Véronica cimentera ta puissance, Véronica t'aura dû la vie, et, s'il est
+possible, son amour s'en accroîtra.»
+
+Lorsque l'homme imprudent a laissé pénétrer dans son sein un amour
+désordonné, lorsque la femme qui l'a allumé vient d'échapper à la mort,
+et qu'elle est embellie par la pâleur de l'angoisse, par les souffrances
+du coeur, il est au-dessus des forces accordées aux faibles mortels de
+résister. Lupo fléchit donc, et les intérêts du devoir, de la patrie et
+de la gloire firent place à l'amour. Guglielmo put s'échapper;
+l'inflexible Sinuccello fit instruire le procès de son neveu, et oublia
+sa victoire pour ne voir que sa faute. Celui-ci, n'ayant plus de
+ménagement à garder, s'unit à Guglielmo, et épousa la tendre Véronica.
+Salnese, propre fils de Sinuccello, se joignit aux ennemis de son père;
+tous réunis, ils dressèrent une embuscade et firent prisonnier le
+vieillard. Ils furent longtemps indécis sur le sort qu'ils lui
+réserveroient: les uns le vouloient mettre à mort, mais Lupo ne voulut
+jamais y consentir. Le garder prisonnier était le parti le moins sur. Le
+peuple, ému par le souvenir de ses services et par son grand âge, auroit
+pu, dans un retour de son amour, lui restituer l'autorité. Dans cet
+embarras, les conjurés s'avisèrent de l'expédient qui réunissait tous
+les avantages, c'était de le livrer aux Génois... Un Spinola vint le
+prendre avec quatre galères. La tâche de l'historien devient pénible
+lorsqu'il a de tels faits à raconter. Le discours que les écrivains lui
+font prononcer, au moment de s'embarquer, est le dernier trait qui
+achève d'indigner contre les monstres qui l'ont trahi.... «Lupo, dit
+d'un ton ferme ce malheureux vieillard, ton coeur me vengera, je le
+commis bien; tu n'étois pas fait pour éprouver des remords: tu as été
+méchant, parce que tu as été faible... Quant à toi. Salnese, ton âme
+atroce me punit de ne pas t'avoir laissé périr sur l'échafaud, souillé
+du crime de la mort de mon intime ami. Je fus faible; l'amour paternel
+étouffa le cri de la justice. Je te sauvai du supplice que tu méritois;
+j'expie durement cette unique faute de ma vie; mais quatre-vingts ans de
+vertu n'effacent-ils pas une faiblesse?... Salnese, que ta femme
+t'abreuve de douleur! que tes enfants conjurés contre toi te ressemblent
+par leur méchanceté! que tu périsses, ne laissant parmi les hommes que
+l'exécration de ta mémoire! Salnese, je te maudis avec la postérité!»
+
+En achevant de parler, cet illustre vieillard se prosterna à genoux, se
+couvrit la tête de sable, médita un moment, et puis, d'un pas ferme, il
+monta sur un navire qui l'attendoit. Salnese étoit ému, mais de colère;
+les dernières paroles de son père avoient excité cette âme de fiel.
+Quant à Lupo, la révolution fut étonnante, le bandeau parut tomber;
+l'effervescence de la passion qui lui avoit voilé l'énormité de son
+crime s'apaisa; il eut horreur de lui-même, il chercha à réparer ses
+fautes, mais ses efforts furent vains. Alors, se roulant sur le sable,
+se jetant à la mer, il appeloit tour à tour la mort et Sinuccello;
+heureux celui-ci, dans sa catastrophe, s'il eut pu être témoin du
+repentir de celui qu'il avoit adopté pour fils. Son âme en eut été
+rafraîchie, et peut-être l'émotion du sentiment lui eut fait goûter un
+plaisir avant de mourir.
+
+Arrivé à Gènes, ce grand homme périt au bout de quelques jours, dans un
+âge très-avancé [1]; il laissa quatre enfants, tous indignes de lui,
+tous marchant sur les traces de leur frère aîné. Lupo parut se consoler;
+le temps et le coeur de l'intéressante Véronica adoucirent le venin des
+remords. Lupo acquit une grande puissance, mais sa femme, mourut et les
+remords revinrent se saisir de leur proie. Il mourut enfin
+misérablement. Orlando, le plus puissant de ses enfants, périt sur
+l'échafaud; l'amour fit le malheur de cette race. Orlando devint épris
+de la femme de son frère, et cette passion fut la cause de sa mort
+ignominieuse.
+
+Quant à Salnese, il prospéra toujours, et toujours faisant le mal. Après
+avoir trahi son père, il vendit son oncle pour quatre cents écus d'or;
+mais enfin ses deux enfants meurent sans postérité, et leur mort délivra
+notre pays d'une race de monstres.
+
+LES GIOVANNALI (1355).--De grands troubles suivirent la mort de
+Sinuccello; les différents partis se choquèrent violemment. Les Génois
+parurent vouloir profiter de cet instant, mais ils manquèrent d'énergie.
+L'on a peine à suivre les différentes factions qui se partagent la
+scène, lorsque tout d'un coup l'on voit les Giovannali s'élever d'un vol
+hardi. Deux frères de la lie du peuple, mais d'un esprit noble, d'un
+grand courage, tentent la régénération de leur pays; ils voient que les
+débris du régime féodal qui s'appuyoit sur des lois instituées par les
+préjugés, dictées la plupart par les circonstances, mêlées de
+superstitions romaines, n'offraient qu'une bigarrure dégoûtante, propre
+à perpétuer l'anarchie. Ils comprirent qu'un palliatif n'étoit pas de
+saison. Ils employèrent les moyens les plus forts; ils prêchèrent les
+vérités les plus hardies, les grands dogmes de l'égalité, de la
+souveraineté du peuple, de l'illégitimité de toute autorité qui n'émane
+pas de lui; ils firent en peu de temps de nombreux partisans, et ils
+n'étoient pas loin de rallier toute la nation à leurs principes, lorsque
+le Vatican publia une croisade contre eux, sous prétexte que leur morale
+n'étoit pas conforme à l'Évangile; une armée de croisés marcha contre
+les Giovannali, qui, après une vigoureuse résistance, furent exterminés
+jusqu'au dernier avec une telle barbarie que le proverbe s'en conserve
+encore: _Il a été traité comme les Giovannali_. Pour justifier cette
+exécrable entreprise, on a eu recours aux armes ordinaires. On a
+calomnié sans ménagement; on a dit tout ce qui a été répété depuis sur
+les protestants de Paris, qu'ils s'assembloient, qu'ils éteignoient les
+lumières pour se livrer à leur lubricité. Impostures dignes de leur
+auteur... Les infortunés Giovannali périrent victimes de la superstition
+de leur siècle.
+
+SAMBUCUCCIO D'ALANDO (1359).--Le vieux Sambucuccio étoit un des plus
+fermes soutiens de Giovannali. Blessé dans le dernier combat que ces
+infortunés livrèrent, il se réfugia dans une caverne du Fiumorbo, pour
+pouvoir mourir libre et inspirer à son fils ces sentiments qui portent à
+tout entreprendre et à braver tous les dangers. Ses leçons
+fructifièrent, et Sambucuccio son fils, dès qu'il lui eut fermé les
+yeux, fit jurer à ses compagnons de ne rien épargner pour rétablir la
+république et les communes. Pour mieux exciter son zèle, pour qu'il eût
+devant les yeux un objet toujours présent qui lui fit un devoir de ne
+pas perdre un instant, son père lui avoit fait promettre de ne rendre
+les derniers honneurs à son corps qu'après le premier succès qu'il
+devoit obtenir dans sa juste entreprise. Il laissa donc le corps du
+vieux Sambucuccio sans sépulture, et il se transporta rapidement dans
+les pièves de Rostino et d'Ampugnani. Par ses discours autant que par
+les premiers avantages qu'il remporta sur les barons, il rétablit la
+confiance, ranima le courage, se fit une armée, fut créé premier
+magistrat, et partout il fit triompher la bonne cause; mais, le fer
+d'une main et le flambeau de l'autre, il se porta à d'horribles excès
+que rien ne peut justifier, pas même le droit de représailles, et que
+condamne essentiellement la politique. D'une stature, d'une imagination,
+d'un courage gigantesques, il fut extrême dans toutes ses opérations, il
+crut devoir s'étayer de quelques secours étrangers, il se confédéra avec
+les communes de Gènes. Démarche imprudente, qui a coûté cher à son pays
+qu'il avoit cru servir. Plein de fougue, de force et de haine, mais sans
+politique, sans ménagement et sans dextérité, Sambucuccio opposoit à
+tout sa propre personne. Il ne tarda pas à être dominé par les alliés
+qu'il s'étoit donnés, et qui, insensiblement, à force d'adresse, s'étant
+rendus ses maîtres; il s'en aperçut enfin, mais trop tard. Il ne lui
+restoit plus qu'un parti, c'étoit de pardonner aux nobles, de rechercher
+leur amitié, d'effacer autant qu'il étoit possible la défiance et le
+souvenir des maux passés; mais, soit que Sambucuccio comprit qu'il étoit
+impossible à ceux-ci d'avoir jamais confiance en un homme qui, depuis
+tant d'années, étoit leur fléau, soit que, se souvenant de leur avoir
+juré dans les mains de son père une haine implacable, il ne voulût pas
+être infidèle à son serment, il ne trouva pas d'autre expédient que de
+finir une vie dont tous les moments avoient été sacrifiés à la patrie.
+
+[Note 1: Napoléon, à l'exemple de Filippini qu'il suit ici avec trop
+de confiance, a confondu le Giudice Sinuccello della Rocca avec un autre
+autre _Giudice_, qui vécut longtemps après le premier. Cette erreur de
+Filippini avait déjà été signalée par Cambragi, dans son _Istoria de
+Corsica_ (tome 1, page 239), publiée en 4 volumes in-4, en 1770.]
+
+Il termina ses jours dans cette exaltation de principe particulière aux
+sectateurs des Giovannali. Sambucuccio naquit les armes à la main contre
+l'aristocratie, et périt comme Caton, pour ne rien faire d'indigne de
+soi, ou comme Codrus, pour lever un obstacle à la félicité de son pays.
+
+ARRIGO DELLA ROCCA (1378).--Avant de mourir, Sambucuccio avait désigné
+au peuple Arrigo della Rocca, comme digne de sa confiance. Arrigo,
+ennemi implacable de Gènes, ami des communes, avoit l'avantage de tenir
+aux barons par la naissance et par les alliances; presque toute la
+nation marcha, se rallia autour de lui: en peu de temps, il obligea les
+ennemis à repasser la mer. Mais les Génois ne pouvoient si promptement
+abandonner une entreprise qui étoit l'objet des intrigues fomentées, des
+crimes commis, du sang versé pendant deux siècles. Ils comprirent
+seulement qu'il falloit ou une masse de forces plus considérables, ou
+des ressorts plus compliqués, pour soumettre une nation indomptable; ils
+comprirent que le principal avantage qu'ils tiroient de l'île consistant
+dans un commerce exclusif, ainsi que dans la possession des ports qui
+favorisaient leur marine et les rendoient redoutables à leurs ennemis,
+ils pouvoient remplir le même but en tenant les places maritimes et en
+abandonnant l'intérieur aux factieux, que l'on exciteroit pour les
+empêcher de se rallier. D'ailleurs le commerce avoit beaucoup accru la
+puissance de certaines familles de Gênes; il n'étoit pas moins important
+pour la liberté de les affoiblir. L'on imagina de les mettre aux prises
+avec les Corses. Dans ce but, la république déclara abandonner les
+affaires intérieures de l'île et ne plus vouloir se mêler de protéger un
+peuple ingrat; sous main cependant, elle sollicita les plus puissants
+patriciens d'employer leurs richesses à une conquête glorieuse pour la
+patrie et avantageuse pour leur famille.
+
+L'ambition excitée est aveugle, et cinq des plus puissantes familles de
+Gènes s'allièrent sous le nom de _compagnie de la Maona_, pour conquérir
+la Corse. Au milieu des troubles que ces nouveaux ennemis nous
+susciteront, le gouvernement national ne pourra se consolider; les
+patriotes, ne voyant que guerres continuelles, se décourageront en
+s'affoiblissant. Outre ce double avantage, Gênes avoit le plaisir de
+voir se briser contre une roche inébranlable les navires des familles
+qu'elle redoutoit.
+
+Quoique puissante, la Maona fit de vains efforts pour s'emparer de vive
+force de l'île. Battue, chassée, elle revint à ses premiers projets, et
+résolut de n'élever l'édifice de sa domination qu'à l'ombre des
+factions; mais aussi peu avancée qu'à sa première année, elle reconnut,
+après trente-neuf ans de vicissitudes, la chimère dont elle s'étoit
+bercée, et, quoique à regret, abandonna des projets qui lui avoient été
+si funestes.
+
+La maison de Fregose étoit alors très-puissante à Gênes. On lui offrit
+de succéder à la Maona; et, pour l'encourager, le sénat lui céda
+Bonifacio et Calvi qu'il avoit conservés jusque-là. Abramo di Campo
+Fregoso ne parut en Corse que pour être battu et fait prisonnier; il vit
+en moins de quatre ans ses espérances s'évanouir avec sa faction.
+
+VINCENTELLO D'ISTRIA (1405).--Vincentello d'Istria, depuis la mort
+d'Arrigo, avoit été élevé au premier rang; son activité, ses talents
+militaires, lui ont mérité une des premières places parmi les grands
+hommes qui ont gouverné la Corse. Il acheva de détruire le reste de la
+faction de la Maona, renversa le parti des Fregose, et fit régner la
+justice. Vainqueur des Turcs sur terre, il arma une flottille et battit
+leurs galères. Une grande partie de nos maux devoit être causée par les
+papes. Par suite d'une donation qu'ils avoient faite de la Corse à
+Alphonse, roi d'Aragon, il vint, en 1420, avec quatre-vingts vaisseaux
+pour s'en emparer... Vincentello sentit que ce ne pouvoit être qu'un
+torrent passager; il se joignit à lui, et ils assiégèrent ensemble
+Calvi, dont ils se rendirent maîtres; mais, ayant échoué devant
+Bonifazi, Alphonse continua son voyage vers la Sicile.
+
+Après son départ, à l'abri de la grande réputation de Vincentello, les
+Corses vécurent en paix, et les particuliers de Gênes n'osoient
+s'aventurer contre un homme si favorisé par la fortune; on réussit
+toutefois à gagner Simone-da-Mare, qui leva l'étendard de la révolte.
+Cet ennemi, quoique redoutable, n'auroit fait qu'augmenter les triomphes
+de Vincentello, lorsque celui-ci, s'étant embarqué, fut pris par deux
+galères génoises et conduit à Gènes où il périt misérablement. Ainsi
+finit un homme qui, par ses rares talents, méritoit l'estime des
+nations. Pourquoi Gênes, au mépris du droit des gens et de
+l'hospitalité, violoit-elle cinquante-trois ans de paix? C'est ce qui
+lui fut reproché par les puissances voisines: mais, maigre ces
+reproches, ces avides marchands ne recueillirent pas moins le fruit de
+leur crime.
+
+PAOLO DELLA ROCCA (1458).--Après la mort de Vincentello, le peuple
+choisit, pour lui succéder, Paolo della Rocca. Sa première expédition
+fut de marcher contre Simone, qui avait pris du crédit: il le battit, le
+força à se retirer à Gènes. Là, cet infâme citoyen continua à conspirer
+contre sa patrie; il entraîna les Montalti, les Fregose, les Adorne,
+qui, aussi peu sages que la Maona, éprouvèrent le même sort. Mais, à
+mesure que les Corses détruisent un ennemi, il en parait dix autres:
+affoiblis par leur victoire même: ne pouvant ni prévenir l'attaque, ni
+profiter de leurs succès, ils se trouvent dans la plus triste position.
+Si un élément ennemi ne les eût empêchés de l'atteindre, Gènes, superbe
+repaire! tu n'aurais pas longtemps insulté à nos malheurs... Pouvoir
+d'un bras désespéré se venger en un moment de tant d'affronts, d'un seul
+coup assurer l'indépendance de sa patrie et donner aux hommes un exemple
+éclatant de justice... Dieu! ton peuple ne seroit-il pas le foible
+opprimé?
+
+Dans cette position désespérée, l'évêque d'Aleria ouvrit l'avis
+d'implorer la protection des papes; Eugène occupoit alors la chaire
+pontificale. Ravi de cette heureuse circonstance, il envoya un légat en
+Corse. Les Adorne prétendirent mettre obstacle à ce nouvel ordre de
+choses: mais battu. Gregorio Adorno paya par sa captivité les vues
+ambitieuses de son oncle.
+
+MARIANO DI GAGGIA (1445).--Les peuples nommèrent pour gouverner sous la
+protection des papes Mariano di Gaggia. Mariano, implacable ennemi des
+caporaux, leur fit une guerre opiniâtre; il brûla, dévasta leurs biens,
+démolit leurs châteaux. Les caporaux distingués par leur crédit sur le
+peuple en étoient les chefs; mais, corrompus, ils ne servirent plus qu'à
+l'égarer, et la nation étoit victime de leur ambition et de leur
+avidité: funestes effets de l'ignorance de la multitude. L'on ne peut
+disconvenir cependant que les caporaux n'aient rendu des services à la
+Corse. Leur histoire est à peu près celle des tribuns de Rome. Après sa
+brillante expédition contre les caporaux. Mariano ne fit plus rien qui
+fût digne de sa réputation; il conserva sa prépondérance sur le peuple
+malgré le grand nombre de ses ennemis; mais il s'en servit pour prêcher
+la soumission à l'Offizio. L'histoire, méprisant cette indigne conduite,
+ne s'occupe plus de lui, et le laisse mourir dans l'oubli.
+
+Peut-être, à l'ombre de la tiare, on eût vécu tranquille; mais le pape
+Nicolas V, Génois, ami des Fregose, donna l'investiture de la Corse à
+Lodovico, chef de cette maison. Les Corses, bien loin d'approuver cette
+élection, coururent aux armes avec leur intrépidité ordinaire, et
+repoussèrent ce nouvel adversaire. Galeazzo di Campo Fregoso, découragé,
+céda à la république le peu de forts qu'il tenoit; mais les Génois,
+constants dans leur politique, engagèrent l'Offizio de San Giorgio à
+succéder aux Fregoso, et firent naître dans cette compagnie une
+espérance de sucres qu'ils étoient bien loin de désirer.
+
+A cette époque, l'esprit de la nation étoit perverti; l'on ni respiroit
+que factions, que divisions. L'Offizio fit des préparatifs
+considérables; son premier acte dans l'île fut d'assembler ses partisans
+à Lago Benedetto. Là, il annonça ses dispositions bénignes: ce n'étoit
+que pour le bonheur des Corses qu'il vouloit les subjuguer. Ce jargon,
+auquel ils eussent dû être accoutumés depuis longtemps, en éblouit
+plusieurs. La liste de ses adhérents s'accrut; une partie considérable
+de l'île envoya des députés à la diète de Lago Benedetto, où ils
+arrêtèrent les pactes conventionnels de la souveraineté de l'Offizio.
+
+_(La suite au numéro prochain.)_
+
+
+
+Théâtres.
+
+_Charles VI_ opéra en cinq actes, paroles de MM. CASIMIR_ et GERMAIN
+DELAVIGNE, musique de M. F. HALÉVY, divertissements de M. MAZILIER,
+décorations de _MM. CICERI, PHILASTRE, CAMBON, SÉCHAN et DESPLÈCHIN.
+
+C'est une terrible affaire qu'un opéra en cinq actes, et qui exige une
+notable dose de patience et de force chez le poète, chez le musicien, et
+souvent aussi chez l'auditeur. Je ne parle pas des acteurs: jamais
+acteur, que je sache, ne s'est plaint que son rôle fût trop long.
+
+Déjà, et plus d'une fois, on a reproché à l'Opéra l'énormité de ce
+fardeau qu'il impose, chaque année, à l'attention du public: mais, à
+cela, les gens de théâtre ont une réponse toute prête, et qui leur
+parait péremptoire: c'est que les pièces en cinq actes sont plus
+lucratives. Sans doute, trois actes bien faits doivent suffire à
+l'appétit d'un homme de lettres, d'un artiste, d'un avocat, peut-être
+même d'un avoué; mais, les banquiers, les épiciers, les marchands de
+calicot, les fabricants de bas de Paris, tiennent surtout à la quantité,
+et c'est pour eux que l'on travaille On comprendra sans peine que,
+partout où la question financière se présente, il faut bien que la
+question d'art lui cède la place et disparaisse. Va donc pour cinq
+actes! jouissez-en, mon cher lecteur, ou subissez-les, selon que vous
+appartenez à l'une ou à l'autre des deux catégories de spectateurs que
+je viens d'indiquer ci-dessus.
+
+Le personnage principal de l'opéra nouveau, ainsi que son titre
+l'annonce, est Charles VI, ce roi qui fut si malheureux, et sous lequel
+la France fut si malheureuse. On est aux derniers jours de ce long ce
+triste règne; l'Anglais est maître de Paris et de la plus grande partie
+du royaume: Henri V, le vainqueur d'Azincourt, est mort; le duc de
+Bedfort commande son armée, exerce le pouvoir suprême au nom d'Henri VI,
+son neveu, tient le roi de France dans une sorte de captivité, et mène
+rudement la guerre dont le succès doit anéantir les dernières espérances
+du dauphin et des Français qui aiment encore la France. Le vieux Raymond
+est de ceux-là.
+
+Qu'est-ce que le vieux Raymond? Cela n'est pas très-facile à deviner. Il
+habite une métairie; il est donc métayer. Cependant, il a été soldat
+jadis, et quand ses regards s'arrêtent sur une grande épée, qu'on voit
+chez lui pendue à la muraille, il dit souvent à demi-voix:
+
+ Ma bonne lame d'Azincourt,
+ Quand donc pourrai-je te reprendre.
+
+J'avoue que, pour ma part, je n'imagine pas ce qui l'en empêche, car il
+n'y en eut jamais une plus belle occasion. Sa fille Odette, qui parait
+une fille de sens et de résolution, est tout à fait de mon avis.
+«_Agissez_, lui dit-elle, _et ne parlez pas._» Mais Raymond aime
+beaucoup à parler. Il aime aussi à chanter, et ne se fait guère prier
+quand on lui demande un refrain contre les ennemis de la France.
+
+ La France a l'horreur du servage,
+ Et, si grand que soit le danger,
+ Plus grand encore est son courage
+ Quand il faut chasser l'étranger.
+ Vienne le jour de la délivrance,
+ Des coeurs ce vieux cri sortira:
+ Guerre aux tyrans! Jamais en France,
+ Jamais l'Anglais ne régnera.
+
+Ou voit que les inspirations poétiques de Raymond ne sont pas d'un ordre
+très-élevé. Il n'a rien de commun avec le Tyrtée antique: il est même
+bien loin du moderne Tyrtée, à qui nous devons les _Messiniennes_. Mais
+enfin son intention est bonne, et il faut lui en savoir gré. C'est un
+poète languissant et décoloré, j'en conviens; mais c'est du moins un
+citoyen dévoué, un sujet fidèle. Il le prouve bien, puisqu'il envoie
+sans hésiter sa fille auprès du roi dès la première réquisition.
+
+Odette ne s'y décide pas sans quelques regrets. Cela n'a rien
+d'étonnant: elle aime un jeune écuyer, nommé Charles, qui, depuis
+quelque temps, rode autour de la métairie, qui lui a parlé d'amour, qui
+même l'a demandée en mariage à son père. Ce dernier point me semble
+assez grave, et j'aurais quelque peine à le croire, si Raymond ne le
+disait lui-même à sa fille, pour la consoler
+
+ Plus de tristesse, enfant! la noce à ton retour.
+ N'as-tu plus foi dans sa constance?
+
+Or vous saurez que cet écuyer si tendre, et si vertueusement amoureux de
+la fille d'un paysan, n'est rien moins que le dauphin de France, qui
+sera bientôt Charles VII.
+
+Cela vous parait léger, sans doute, et un peu perfide; mais, du moins.
+Charles est bon fils. A peine apprend-il qu'Odette est mandée auprès du
+Roi,
+
+ Qu'elle va consoler dans sa noble misère,
+
+qu'il recule et tombe à genoux devant elle:
+
+ En respect mon amour se change.
+ Reste pure, Odette, et sois l'ange
+ De tes rois et de ton pays.
+ Pour eux, c'est en toi que j'espère.
+ L'ange qui va sauver le père
+ Sera respecté par le fils.
+
+Il ne forme plus qu'un voeu, c'est de revoir son père, et Odette
+s'engage à lui en fournir les moyens.
+
+Au deuxième acte, le théâtre représente les salons de l'hôtel
+Saint-Paul, où la reine Isabelle et le duc de Bedfort préparent, au
+milieu d'une fête, l'acte qui doit asservir pour jamais la France à
+l'Angleterre, et faire passer la couronne de Charles VI sur le front du
+fils d'Henri V. Pendant qu'ils _ourdissent leur trame criminelle_, un
+joyeux orchestre résonne autour d'eux, et des voix harmonieuses
+
+ Chantent la villanelle, où notre Alain Chartier
+ Compare l'enfance à l'aurore.
+
+Alain Chartier, que la reine Marguerite, femme de Louis XI baisait,
+comme on sait, sur la bouche, pendant son sommeil, à cause des belles
+choses qu'il disait, devait être bien jeune à l'époque où il fit cette
+chanson-là. Ce fut apparemment son début; mais le début est brillant
+pour un poète au maillot, et rien n'y accuse l'inexpérience d'un âge
+aussi tendre. Le style en est correct et fort élégant; les rimes riches
+et harmonieuses, et la nature y est peinte des plus riantes couleurs.
+Bientôt la reine elle-même joint sa voix aux voix du choeur. Hélas! je
+voudrais en vain le nier, cette femme, qui fut une si perfide épouse,
+une si détestable mère, et la reine la plus funeste qu'ait jamais eue la
+France, n'en réunissait pas moins tous les talents et tous les charmes!
+Admirable musicienne, elle avait une voix tout à la fois douce et
+sonore, qu'elle conduisait avec une habileté savante, dont les Italiens
+n'ont trouvé le secret que beaucoup plus tard. A défaut de l'air qu'elle
+chante, en voici du moins les paroles, qui ont bien aussi leur mérite:
+
+ L'aube de notre jeune âge
+ Ressemble à celle du jour:
+ Chagrins d'enfance et d'amour
+ Se ressemblent davantage.
+
+ L'amant, loin de son doux bien,
+ Tombe en tristesse profonde:
+ Pour lui, rien n'est plus au monde,
+ Plus n'est rien.
+
+ Sa peine est si douloureuse
+ Que mourir on le verrait,
+ Si d'une peine amoureuse
+ On mourait.
+
+ Mais de son mal il guérit
+ Sitôt que revient la reine;
+ Il la voit sourire à peine,
+ Qu'il sourit.
+
+ Un si doux transport, l'oppresse,
+ Que mourir on le verrait,
+ Si d'une amoureuse ivresse
+ On mourait.
+
+Après le concert, le bal. Après le bal, le souper.
+
+Les trois portes du fond s'ouvrent, et l'on voit une table servie avec
+une splendeur royale. Un maître de cérémonie s'avance; la reine se lève,
+et, présentant la main au duc de Bedfort:
+
+Milords, messieurs, le banquet nous attend.
+
+Tous les convives sortent, et le salon reste désert.
+
+Un homme y paraît alors et s'avance d'un pas lent et mal assuré; sa
+chevelure et ses vêtements sont en désordre; son oeil est fixe et son
+visage pâle. Arrivé devant la porte de l'appartement où a lieu ce
+banquet que la reine préside, il s'arrête et dit _J'ai faim!_ Cet homme,
+c'est le roi de France!
+
+Odette ne le laisse pas longtemps seul. Pour le distraire, elle a
+recours à son jeu favori, à ce jeu qui a été inventé pour l'amusement de
+ce royal insensé, et qui après lui en amusera tant d'autres; elle joue
+aux cartes avec lui; tout en jouant, elle lui parle de son fils, et peu
+a peu fait naître en lui le désir de le revoir. C'est en effet ce
+qu'elle a promis au dauphin; mais elle nuit à ce prince en croyant le
+servir.
+
+Bientôt la reine rentre avec Bedfort. Charles tremble devant elle; il
+pâlit à sa voix; il chancelle sous son regard. Jamais elle n'eut un plus
+grand intérêt à user de son funeste ascendant. Ce traité conclu entre
+elle et Bedfort, qui déclare Henri VI d'Angleterre unique héritier du
+roi de France, il faut que Charles VI le signe. Il résiste d'abord, sans
+trop savoir ce qu'on lui demande; mais la reine fait sortir Odette, et
+s'empare des cartes qu'elle aperçoit sur la table. Privé à la fois de
+ses deux joujoux, le vieil enfant se désespère. Ah! dit-il,
+
+ Qu'un ciel sans nuage
+ Pour les regards est doux! et quelle volupté
+ De se ranimer sous l'ombrage,
+ A l'air pur de la liberté!
+
+--Vous le pourrez demain si vous voulez, répond la reine, et l'on vous
+rendra Odette, et l'on vous rendra vos cartes aussitôt que vous aurez
+signé.
+
+Charles signe et se remet au jeu, en riant d'un rire hébété, pendant que
+Bedford, à côté de lui, lit à voix haute l'acte qui déshérite le
+dauphin.
+
+Le lendemain, Charles, conduit par Odette chez le vieux Raymond, revoit
+en effet son fils et le reconnaît à grand'peine. Bientôt un exprès
+envoyé par la reine vient abréger sa promenade. Il est roi, il faut
+qu'il règne. Une cérémonie publique se prépare, il faut qu'il y
+paraisse. Dans toutes les comédies qui se jouent à la face de la nation,
+le premier rôle ne lui appartient-il pas de plein droit?
+
+Le théâtre change et représente le perron de l'hôtel Saint-Paul,
+derrière lequel se déroule le vieux Paris, et se dresse la Bastille. Là
+un trône est dressé pour Charles et pour Isabelle; au-dessous se presse
+le peuple, morne, sombre et indigné. Hélas! cette fête pompeuse a pour
+objet la proclamation des droits prétendus d'Henri VI. Ce cortège qui
+s'avance, c'est Bedfort qui le mène, et il entoure ce jeune roi sur le
+front duquel on va placer la couronne de France, et qu'on vient
+présenter à Charles, afin qu'il le reconnaisse publiquement pour son
+héritier. Mais Charles a quelquefois des éclairs de raison, et alors
+l'instinct national se retrouve en lui toujours vivant et plein
+d'énergie.
+
+«Qu'il est beau, cet enfant!....» lui dit Isabelle. Mais Charles répond:
+_c'est un Anglais._ L'enfant approche, et Bedfort le présente au
+monarque:
+
+ Donnez-lui le baiser de paix.
+ Vous avez sur son front posé le diadème.
+
+CHARLES.
+
+Moi? moi?
+
+[Illustration: Théâtre de l'Opéra.--_Charles VI_--Le Cortège, au
+troisième acte.]
+
+[Illustration: Théâtre de l'Opera.--Opera de _Charles VI_. paroles de
+MM. Casimir et Germain Delavigne, musique de M. F. Halévy.--Cinquième
+acte, dernière décoration.]
+
+BEDFORT.
+
+C'est l'héritier préféré par vous-même qui doit régner un jour...
+
+CHARLES.
+
+Jamais!
+
+Il étend en effet son bras, que la fureur a ranimé; il saisit le
+sceptre, le brise, et en foule les tronçons sous ses pieds, aux cris
+d'enthousiasme et de joie du peuple témoin de cette scène.
+
+Après un pareil éclat, la reine n'a plus rien à espérer, si elle ne rend
+le malheureux roi tout-à-fait fou. Elle n'hésite pas un moment. Il est
+seul, il attend son fils, qui s'est introduit dans Paris, qui a préparé
+son évasion, et qui doit, à un signal convenu, entrer à l'hôtel
+Saint-Paul par une fenêtre, et l'enlever. Ce signal, c'est une chanson
+connue qu'Odette doit faire entendre. Tout, à coup retentissent à son
+oreille des bruits étranges, des murmures lugubres, de sourds
+gémissements. Il écoute en frémissant, il regarde: à la clarté d'une
+lueur sombre et vacillante, un homme s'introduit dans son appartement,
+et vient droit à lui. Il est à moitié nu; sa barbe est inculte, ses
+cheveux hérissés, son oeil fixe et menaçant; son bras est armé d'une
+redoutable massue. C'est cet inconnu qui, jadis, l'arrêta dans la forêt
+du Mans, et dont l'aspect imprévu troubla sa raison.
+
+Ose un instant me regarder en face, Eh bien, me reconnais-tu, roi?
+
+CHARLES.
+
+ Non, non! mais ton aspect me glace.
+
+LE SPECTRE.
+
+De la forêt du Mans, te souviens-tu?
+
+CHARLES.
+
+C'est toi, C'est bien toi. Que ma tête alors était brûlante Elle
+brûle...
+
+LE SPECTRE
+
+J'ai dit que le fer, le poison, Sèmeraient sur tes pas le deuil et
+l'épouvante.
+
+CHARLES.
+
+Fuis, spectre!
+
+LE SPECTRE
+
+ Je l'ai dit.
+
+CHARLES.
+
+ Ma raison! ma raison
+
+LE SPECTRE.
+
+Roi, j'ai dit vrai. Regarde:
+
+En effet le parquet s'est entr'ouvert, et trois spectres en sortent
+lentement.. Ils sont vêtus de noir, et leur tête est couverte d'un
+casque; mais sous ce masque il n'y a point de visage ce sont des
+spectres. Regardez continue l'homme de la forêt du Mans.
+
+C'est Clisson, Qui tend vers toi sa main sanglante Louis ton oncle, et
+Jean-sans-Peur.
+
+[Illustration: Madame Stoltz, rôle d'Odette, Barroithet, rôle de Charles
+VI.]
+
+[Illustration: Madame Dorus, rôle d'Isabeau.].
+
+Le spectre se trompe. Louis d'Orléans était le frère du roi, et non son
+oncle. Mais cet homme de la forêt du Mans n'était, à tout prendre, qu'un
+membre du menu populaire, un malotru, un croquant, qui ne savait rien
+des choses de ce monde, et n'avait pas lu l'almanach de la Cour. Son
+erreur est donc pardonnable, et, d'ailleurs, Charles est trop effrayé
+pour s'en apercevoir. Il n'a d'oreilles que pour l'épouvantable trio
+dont le régalent ces trois squelettes virtuoses:
+
+ Tremble! la tombe s'ouvre;
+ La mort, qu'elle découvre,
+ A tes regards en sort,
+ Et tes pâles fantômes
+ Désertent ses royaumes
+ Pour t'annoncer ton sort.
+
+CHARLES.
+
+Quel est-il donc?... Je touche à mon heure suprême?
+
+LE SPECTRE.
+
+Ils tombèrent tous trois assassinés, jadis.
+
+CHARLES.
+
+Eh bien?
+
+[Illustration: Duprez, rôle du Dauphin.]
+
+LE SPECTRE. Tu périras de même.
+
+CHARLES.
+
+Qui doit m'assassiner?
+
+LES TROIS FANTÔMES, _Successivement._
+
+ Ton fils!--Ton fils!--Ton fils!
+
+Il faudrait une tête plus forte que celle de ce pauvre monarque pour
+résister à ces menaces, à ces chants, et à cette horrible fantasmagorie.
+Il entre dans un accès de folie furieuse, et livre son fils à Isabelle
+et à Bedford, qui ne manquent pas d'accourir à ses cris.
+
+Voilà donc le dauphin prisonnier des Anglais, et, qui pis est, de sa
+mère.
+
+ Dans leurs fers il attend sa sentence:
+ A Saint-Denis l'arrêt sera porté.
+ On y traîne te roi, pour que sa voix proclame
+ Que son fils par le ciel du trône est rejeté,
+ Pour qu'à Bedfort il donne l'oriflamme
+ Avec la royauté.
+
+Voilà ce que Raymond apprend à Dunois, à Tanneguy-Du-châtel, à Lahire, à
+Saintrailles, qu'il trouve campés au bord de la Seine. _Plus
+d'espérance!_ chantent les chevaliers; mais Odette est une fille de
+tête, et ne se décourage pas pour si peu.--Comment Odette se
+trouve-t-elle là? Comment la reine, après les tentatives réitérées
+qu'elle a faites dans l'intérêt du dauphin, et dont la démence du roi a
+trahi le secret, ne l'a-t-elle pas fait fouetter et puis jeter à la
+rivière, dans un sac décoré de l'inscription d'usage: _Laissez passer la
+justice du roi?_--C'est ce que je ne me charge pas d'expliquer. Quoi
+qu'il en soit, Odette, profitant de sa faveur à la cour, a fait nommer
+son père gardien des tombeaux de Saint-Denis, et, dit-elle,
+
+ .............Ces demeures sombres
+ Peuvent cacher des vivants dans leurs ombres,
+ Et la victoire en peut sortir.
+
+C'est ce qui arrive en effet. Au moment décisif, quand, aux yeux de la
+cour, des Anglais et du peuple assemblé sous les voûtes saintes, Charles
+exige que le dauphin renonce à ses droits, et va prononcer sa sentence,
+les défenseurs de la cause nationale sortent tout à coup de l'église
+souterraine, repoussent les Anglais, délivrent le jeune prince, et
+procurent à Charles VI le plaisir de mourir comme Mithridate, en voyant,
+de ses derniers regards, fuir ses ennemis. Il meurt en effet, mais en
+roi, et qui plus est, en troubadour, après avoir entonné, de sa voix
+défaillante, le patriotique refrain que j'ai déjà cité, et qui parait
+être l'idée mère des auteurs, et la moralité de leur fable:
+
+ Vive le roi! Jamais en France,
+ Jamais l'Anglais ne régnera.
+
+_Charles VI_, ainsi qu'on a déjà pu s'en convaincre, est conçu dans les
+meilleurs sentiments. C'est un opéra éminemment patriotique. L'amour du
+pays, la haine de l'étranger en ont inspiré toutes les scènes, en ont
+dicté tous les vers. Voilà un grand point, et qui doit rendre la
+critique indulgente sur beaucoup d'autres. N'était cette grave
+considération, l'on pourrait désirer sans doute un sujet de pièce plus
+facilement appréciable, plus intéressant et plus dramatique, un plan
+plus habilement construit, des scènes liées avec plus d'art et mieux
+développées, des caractères plus franchement accusés, une versification
+moins décolorée, des moyens d'effet d'un meilleur choix que cet
+abominable spectacle du quatrième acte, que repousseraient les
+boulevards, et qu'on n'a pu voir à l'Opéra sans stupeur; on pourrait
+demander au compositeur des mélodies plus heureuses,--si mélodies il y
+a,--ou du moins une mélopée moins monotone et moins pesante; mais si
+l'ouvrage n'est pas récréatif, il est moral, et c'est l'essentiel. Les
+auteurs sont des hommes vertueux et bien pensants: on ne peut leur
+refuser au moins la couronne civique; et le spectateur, s'il ne s'amuse
+pas toujours, ne peut du moins s'empêcher d'estimer leurs intentions et
+leur caractère.
+
+Sérieusement, et autant qu'on en peut juger après une première audition.
+MM. Delavigne et M. Halévy me paraissent s'être également trompés.--Qui
+ne se trompe pas quelquefois?--Cela peut-il entamer leur réputation, et
+nuire à leur gloire? Non, sans doute, et mille fois non! M. Delavigne
+n'en a pas moins fait _Louis XI_ et _les Enfants d'Édouard_. M. Halévy
+n'en a pas moins produit les chants inspirés de _la Juive_. Il y a dans
+la vie de tout artiste, de bons et de mauvais moments. La postérité
+recueille les uns, et oublie les autres: les contemporains doivent faire
+de même.
+
+Il y a, néanmoins, dans cet ouvrage, des détails heureux et des
+situations bien trouvées. L'entrée du roi, au second acte, est fort
+belle, et son premier mot: _J'ai faim!_ produirait un grand effet, si
+l'incommensurable ritournelle qui le précède n'avait presque fait
+oublier au spectateur qu'Isabelle préside un banquet pendant que Charles
+VI a faim. La scène où Odette joue aux cartes avec le roi est ingénieuse
+et bien traitée; mais les détails avortent quand l'ensemble est
+défectueux.
+
+Quant à la musique, il y aurait presque de l'impertinence à l'apprécier
+en détail après une seule représentation. Un second article lui sera
+spécialement consacré.
+
+Ce qu'on peut juger immédiatement, c'est la décoration et la mise en
+scène. De ce côté, l'administration a déployé une grande magnificence.
+Les costumes, fort exacts et très-bien étudiés, font le plus grand
+honneur au goût de M. Lormier, qui en a fourni les dessins. Ils sont
+d'ailleurs d'une richesse presque fabuleuse. Jamais on n'avait vu sur la
+scène de l'Opéra tant de soie, tant de satin, de fourrures et de
+velours. Le cortège qui défile sur la scène, au troisième acte, est d'un
+admirable effet. Infanterie, cavalerie, artillerie, rien n'y manque. Les
+chevaux même y étaient les plus brillantes parures. Les armures d'or et
+d'acier y éblouissent les regards. M Léon Pillet a trouvé le moyen de
+faire pâlir les merveilles de _la Reine de Chypre_ et de _la Juive_.
+Aurait-on osé s'y attendre, et pourrait-on demander davantage?
+
+Les décorations sont fort belles, surtout celles du cinquième acte. Il y
+en a deux: la première est une vue prise au bord de la Seine, près de
+Saint-Denis. C'est un tableau charmant, plein de calme et d'une
+fraîcheur délicieuse. L'autre représente la nef, le choeur et les
+bas-côtés de la cathédrale de Saint-Denis, telle qu'elle était alors,
+avec ses voûtes peintes et ses vitraux coloriés. On ne saurait imaginer
+rien de mieux conçu, de mieux étudié, de plus hardiment exécuté, rien
+enfin de plus imposant et de plus magnifique.
+
+_(La fin à la prochaine livraison.)_
+
+
+
+Cours publics.
+
+_Le collège de France.--La Sorbonne.--Les Professeurs._
+
+(Suite et fin.--Voyez p. 14.)
+
+_Littérature latine et grecque._--M. PATIN et M. EGGER.
+
+M. Patin et M. Egger, à la Sorbonne, traitent, l'un de la comédie latine
+et de Térence en particulier, l'autre des origines de la comédie
+grecque. M. Patin s'est acquis depuis longtemps une réputation de
+finesse et d'élégance classique, consacrée naguère par les suffrages de
+l'Académie Française. On se souvient que M. Sainte-Beuve a comparé M.
+Patin à l'abeille attique, butinant sur les fleurs de l'Hymette;
+malheureusement, M. Patin professe depuis bien des années, et l'on
+vieillit de bonne heure dans ce pénible métier de l'enseignement. Les
+rares qualités du savant professeur, son élégance exquise, la pureté de
+son goût, la délicatesse de son esprit, ressemblent aujourd'hui à de
+belles fleurs séchées dans un in-octavo. M. Patin parle du bout des
+lèvres, d'une façon pincée, qui semblerait prétentieuse si l'on ne
+connaissait d'ailleurs l'honnêteté de l'homme et la modestie du savant.
+M. Egger prouve que la science, que la philologie même peut quelquefois
+s'allier à des qualités un peu plus mondaines. En l'écoutant, on se
+rappelle ce que disait Labruyére de l'érudition, au chapitre des
+Jugements: «Il y a une sorte de hardiesse à soutenir devant certains
+esprits la honte de l'érudition... L'on trouve chez eux une prévention
+toute établie contre les savants, à qui ils ôtent les manières du monde,
+le savoir-vivre, etc. Il semble néanmoins que l'on devrait décider sur
+cela avec plus de précaution, et se donner seulement la peine de douter
+si le même esprit qui fait faire de si grands progrès dans les sciences,
+qui fait bien penser, bien juger, bien parler et bien écrire, ne
+pourrait point encore servir à être poli.» Cette politesse de l'esprit
+se traduit dans le cours de H. Egger par une certaine élégance facile de
+parole et de style, par un heureux mélange de la science et de la
+littérature; en un mot, on y trouve, aimables et intéressants,
+Epicharme, Eupolis, Cratinus, dont il ne reste que des fragments de vers
+et des moitiés de mots d'une authenticité fort contestable.
+
+_Théologie_-M. L'ABBÉ COEUR.
+
+M. l'abbé Coeur, l'un des prédicateurs les plus distingués de notre
+temps, occupe à la Sorbonne la chaire _d'éloquence sacrée_, et cherche
+dans la morale chrétienne les preuves divines du catholicisme. Debout,
+comme dans la chaire évangélique. M. l'abbé Coeur répand sur son
+auditoire la parole de vie, oubliant volontiers qu'il est professeur,
+qu'il s'adresse plutôt à des disciples qu'à des ouailles. Le ruban de la
+Légion-d'Honneur brille sur sa poitrine, et semble ajouter encore à
+l'autorité de son éloquence, en rappelant les services éminents qu'il a
+rendus à l'Église et à la religion. Jeune encore, M. l'abbé Coeur, le
+front haut, l'oeil inspiré, la voix brève, animée, a toujours la fougue
+du missionnaire qui ne fait point de controverse, mais veut aller au
+coeur et toucher les endurcis. Son succès est immense: il compte dans
+son auditoire des personnages considérables, dont la seule présence est
+un éloge. Pourtant, puisque M. l'abbé Coeur est en Sorbonne, qu'il soit
+permis à nous, profanes, de lui adresser quelques critiques littéraires
+et mondaines: de lui reprocher, par exemple, des fautes de prosodie, des
+syllabes trop brèves, d'autres, au contraire, trop allongées; de plus,
+une certaine monotonie de gestes, enfin des mouvements de bras pénibles,
+qui ressemblent parfois à des contorsions. Je sais que l'orateur
+chrétien se soucie peu de ces vanités, mais le professeur doit y prendre
+garde.
+
+_Histoire_.--M. MICHELET _Collège de France_.
+
+M. Michelet ne veut pas charger ses auditeurs de faits et de dates;
+assuré d'ailleurs des vieilles sympathies du public, il essaie d'initier
+ses nombreux disciples aux secrets les plus intimes de sa méthode
+historique. M. Michelet, chacun le sait, aime surtout à isoler un fait
+pour en saisir le côté pittoresque et la pensée philosophique Son cours
+n'est que le récit de ses impressions personnelles, de ses prédilections
+historiques et littéraires. M Michelet est à l'âge où l'on se souvient
+volontiers, et où l'on se complaît dans la mémoire de ses émotions
+passées, de ses affections d'autrefois. Il parle simplement, comme avec
+lui-même, par petites phrases détachées, dont le lien n'existe souvent
+que dans la pensée de l'orateur. Le public ne devine pas d'abord la
+transition, et trouve quelquefois la leçon un peu décousue, parce qu'on
+le mène des bords du Rhin à la bibliothèque Sainte-Geneviève, des poèmes
+indiens au Panthéon; mais il y a dans tous les détails tant d'esprit et
+de grâce, souvent même un sentiment si profond et si vrai, que l'on ne
+se sent pas le coeur de penser même à une critique. Peu jaloux de la
+gloire posthume, M. Michelet ne laissera pas de mémoires à publier après
+sa mort: mais il nous raconte tous les jours en chaire sa vie
+d'historien, de poète, de rêveur. Il veut nous montrer comment il a
+compris, comment il a aimé l'histoire, et nous léguer à la fois et cette
+intelligence et cet amour.
+
+Nous regrettons vivement de ne pouvoir aussi passer en revue les autres
+cours publics, qui méritent tous une mention spéciale; au moins
+citerons-nous encore à la Sorbonne les savantes et consciencieuses
+leçons de M. Charpentier, professeur d'éloquence latine; de M. Ozanam,
+professeur de littérature étrangère; les spirituels enseignements de M.
+Geruzez; et, au Collège de France, les cours très-suivis de MM. Ampère
+et Burnouf, qui occupent les chaires de littérature française et latine.
+
+Maintenant, à ces justes éloges nous sera-t-il permis de joindre
+quelques critiques tout aussi légitimes, à notre sens?
+
+Bien certainement nous ne reprendrons pas en détail les différents cours
+que nous venons d'énumérer; nous ne chicanerons pas M. Saint-Marc
+Girardin sur quelques scènes du drame moderne, que nous comprenons
+autrement que lui. M. E. Quinet sur quelques théories poétiques qui nous
+semblent assurément contestables; mais nous nous bornerons à une
+critique générale, s'appliquant à toutes les chaires, et ressortant
+d'ailleurs de nos observations préliminaires.
+
+Ne serait-il pas vrai de dire, par exemple, que messieurs les
+professeurs du Collège de France et de la Sorbonne, pour la plupart, se
+préoccupent moins de l'enseignement lui-même que de leurs propres
+leçons, moins du public que de leur _livre?_ Il est manifeste en effet,
+pour le moins clairvoyant, que la pensée du _livre_ domine dans toutes
+ces leçons; M. Simon développe sa thèse sur Proclus et achève de
+s'édifier sur la philosophie alexandrine: M. Egger, si consciencieux
+d'ailleurs, prépare évidemment son mémoire pour l'Institut; M.
+Saint-Marc Girardin y va même plus franchement; son livre est écrit, et
+avant de le donner à l'impression, il le relit une dernière fois avec le
+public, faisant comme ces peintres qui exposent d'abord un tableau dans
+leur atelier avant de l'envoyer au salon. Le reproche que nous adressons
+ici à messieurs les professeurs, c'est de faire leur cours un peu trop
+pour eux-mêmes, de se considérer dans leurs chaires plutôt comme des
+savants et des écrivains que comme des professeurs; c'est, en un mot, de
+faire exclusivement les affaires de leur esprit de telle sorte que la
+critique pourrait se borner presque à donner un bulletin bibliographique
+de la Sorbonne et du Collège de France, appréciant tel cours comme une
+thèse de doctorat, tel autre comme un mémoire pour l'Académie des
+Inscriptions; celui-ci comme une suite de feuilletons critiques,
+celui-là comme un volume de mélanges historiques et philosophiques. Les
+cours de la Sorbonne et du Collège de France ressemblent le plus souvent
+à ces séances publiques de l'Athénée, de l'Institut, des Sociétés
+savantes, où chaque membre vient lire au fauteuil quelques pages
+écrites. Pour peu que l'exemple de M. Saint-Marc Girardin fasse des
+imitateurs, les professeurs se lasseront bientôt de parler; ils
+achèveront de considérer leurs disciples comme des lecteurs, et
+monteront en chaire avec leur manuscrit. Aujourd'hui, du moins, on peut
+dire, en empruntant l'expression vulgaire, qu'ils parlent comme _un
+livre_.
+
+Sans doute le public trouve son compte à cette communication d'essais
+distingués que messieurs les professeurs veulent bien lui faire; un bon
+livre est certainement meilleur quand l'auteur lui-même prend la peine
+de le lire, quand cette lecture est débitée d'une façon élégante,
+spirituelle, animée; et de notre temps, où on lit si peu et si mal, où
+l'on commence volontiers un livre par la fin, comme s'il s'agissait d'un
+volume chinois, c'est rendre au public un service signalé que de lui
+faire de semblables lectures. Mais, encore un coup, est-ce bien là
+l'enseignement? y a-t-il un maître? y a-t-il des disciples? M. Michelet
+ne s'aperçoit-il pas qu'il a dépassé son public, et que bien peu des
+auditeurs le peuvent suivre sur les hauteurs où il s'est désormais
+placé? M. Simon ne devrait-il pas penser qu'il est chargé de nous
+apprendre l'histoire de la philosophie, et que toute cette histoire
+n'est pas dans l'école d'Alexandrie? Croit-il que le public ait à finir
+d'acquérir, comme lui, une véritable spécialité alexandrine? Ne
+serait-il pas temps enfin de devenir un peu plus élémentaire, en variant
+son sujet, au lieu de raffiner sur des matières à peu près épuisées?
+
+Qu'arrivera-t-il de tout cela? le public ne s'attache pas; il va un jour
+entendre une leçon de tel ou tel professeur; il sort satisfait le plus
+souvent, néanmoins il reviendra, s'il peut, si l'occasion se présente;
+chaque leçon est un chapitre bien détaché, faisant un tout complet, qui
+n'a besoin ni de ce qui précède, ni de ce qui suit. On reprochait à
+l'auteur du poëme des _Jardins_ d'avoir fait un sort à chacun de ses
+vers, sans songer à la fortune de l'ouvrage; on pourrait dire de même
+que messieurs les professeurs s'occupent de faire un sort à chacune de
+leurs leçons, à chacun de leurs chapitres, sachant bien que leurs
+auditeurs se renouvellent sans cesse, et qu'il faut plaire à ceux qui
+passent. Les cours, pour la plupart, vivent de détails et manquent d'une
+idée générale; le seul qui soit véritablement suivi est celui de M.
+l'abbé Coeur, parce qu'il ne s'adresse pas seulement à l'esprit, parce
+que la pensée morale y vivifie la pensée intellectuelle, et forme le
+lien naturel des différentes leçons.
+
+
+
+Espartero
+
+(Suite et fin.--Voir nº, p. 10.)
+
+Lorsqu'il fut élevé au commandement en chef de l'armée du Nord,
+Espartero tenait pour le parti des modérés, et quoique ses opinions
+politiques fussent faiblement prononcées, il était en butte aux injures
+du parti exalté; mais bientôt l'ambition de tenir un rang considérable
+dans le gouvernement, la vanité, les obsessions et les flatteries dont
+il était entouré, la conspiration permanente qui s'était établie dans
+dans le sein de son état-major, et dont il était l'âme, les résistances
+du gouvernement de la régente à ses prétentions exagérées l'éloignement
+peu à peu des modérés, et le jetèrent dans les bras du parti contraire,
+qui en a fait son chef. Nous allons le suivre dans cette marche.
+
+Espartero reçut le commandement peu après les scènes de la Granja. Les
+suites de cet événement excitèrent son mécontentement, qui s'accrut de
+griefs particuliers, et tout en affectant de ne se mêler que de l'armée,
+il encouragea la résistance au ministère né de l'émeute de la Granja, et
+appartenant au parti exalté. L'armée était rentrée dans Madrid après la
+retraite de don Carlos, qui avait tenté de surprendre cette capitale.
+Des officiers de la garde adressèrent à la reine, au mois d'août 1837,
+une pétition pour demander le renvoi de ses ministres; ceux-ci
+demandèrent à leur tour que les auteurs de cet acte d'insubordination
+fussent traduits devant un conseil de guerre. Espartero s'y refusa. Les
+ministres, qui d'ailleurs ne s'entendaient pas sur les moyens de rendre
+à l'armée son rang naturel dans les pouvoirs de l'État, donnèrent leur
+démission. Le parti modéré salua Espartero comme un sauveur, et lui
+offrit la présidence du conseil et le département de la guerre dans le
+nouveau cabinet. Il n'accepta pas; mais il fit donner le ministère de la
+guerre au général Maix, sur le dévouement duquel il pouvait compter,
+tout en se couvrant d'une modestie qui cachait mal la joie qu'il
+éprouvait de ce triomphe. Bientôt, quoiqu'il prétendit se tenir éloigné
+du gouvernement, il acquit une influence considérable sur la direction
+du parti modéré; son quartier-général devint insensiblement un pouvoir
+dans l'État; il força tous les ministres, les uns après les autres, à
+compter avec lui, et à satisfaire à ses demandes; enfin, dans les
+négociations qui précédèrent la convention de Bergara, il agit de sa
+propre autorité, et procéda en souverain, sans en référer au ministère.
+Le cabinet plia devant lui, et n'osa pas le rappeler au devoir. Les
+ovations qu'il reçut après la retraite de don Carlos en France
+achevèrent de l'enivrer, et de le convaincre qu'il pouvait tout tenter.
+
+Cependant le ministère avait peine à tenir tête à la majorité exaltée
+que les élections de 1839 avaient amenée aux cortès; il profita de la
+force que la pacification des provinces basques venait de donner au
+gouvernement, pour hasarder une dissolution et faire un appel au pays.
+En même temps, des hommes connus pour appartenir aux opinions les plus
+modérées furent introduits dans le cabinet. A une autre époque, ces
+actes auraient été du goût d'Espartero, qui, par suite surtout de ses
+habitudes de discipline, avait en aversion le parti révolutionnaire;
+mais toute solidarité politique entre lui et le gouvernement disparut
+devant une question d'amour-propre. Trois ministres avaient été
+remplacés, et parmi eux le ministre de la guerre; les cortés avaient été
+dissoutes, et Espartero n'avait pas été consulté: il en fut blessé
+profondément.
+
+Il y avait auprès d'Espartero un homme qui jouissait de toute sa
+confiance, le brigadier Linage, ambitieux, habile, n'appartenant à aucun
+parti et prêt à les servir tous. Il s'était rendu nécessaire à
+Espartero, dont il était le secrétaire, le conseiller, le factotum.
+Livré au parti exalté, il travaillait sans relâche à indisposer
+Espartero contre le ministère, et il était aidé dans cette tâche par les
+commissaires anglais, qui avaient su se concilier l'estime et l'amitié
+du généralissime, tandis que les agents français auprès du
+quartier-général étaient sans aucune influence. Averti des dispositions
+d'Espartero, les exaltés travaillèrent de tous leurs efforts à les
+exploiter à leur profit. Une polémique s'établit dans les journaux sur
+le sentiment du duc de la Victoire au sujet des mesures du cabinet. Ce
+fut alors que parut dans la _Gazette d'Aragon_ une lettre de Linage dans
+laquelle il était dit en substance que le général, sans prétendre
+s'immiscer dans les affaires du gouvernement, tenait pour fâcheuses la
+dissolution des cortés et la modification du cabinet. Cette lettre fit
+beaucoup de bruit; si Espartero ne l'avait pas dictée, du moins elle
+n'avait pu être écrite qu'avec son autorisation. Les ministres offrirent
+leur démission; la régente la refusa, et somma Espartero de s'expliquer
+sur la lettre de son secrétaire. La réponse du duc fut évasive. Le
+ministère demanda la destitution de Linage; Espartero n'y consentit
+point, lui fit seulement écrire dans le même journal une autre lettre
+modifiant la première sans la contredire, et l'incident parut terminé.
+
+Les élections, qui eurent lieu sur ces entrefaites, donnèrent une
+immense majorité au parti modéré. Ce succès humilia Espartero, et tandis
+que le ministère croyait être assez fort pour se roidir contre les
+exigences et les prétentions du généralissime, les exaltés travaillaient
+avec plus d'ardeur que jamais à le séparer davantage du parti des
+modérés et à l'attirer dans leurs rangs: ils ne tardèrent pas à réussir.
+Espartero s'offensa des résistances qu'il trouvait dans le cabinet et
+même dans la volonté de la reine régente: ses expressions habituelles de
+dévouement se refroidirent insensiblement; il devint de jour en jour
+plus impérieux. Au moment de faire des promotions dans l'armée, il
+proposa insolemment Linage, dont tous les ministres avaient demandé la
+destitution, pour le grade de maréchal-de-camp. Quelques membres du
+cabinet considérèrent cette proposition comme une insulte; mais il
+fallait en finir avec Cabrera, le dernier champion de la cause carliste,
+et Espartero était seul capable d'en venir à bout. Le gouvernement céda;
+Linage eut son brevet de maréchal-de-camp, et les trois ministres, dont
+l'entrée dans le cabinet avait déplu à Espartero, se retirèrent. Cette
+concession, loin de le calmer, ne fit qu'accroître sa confiance. Il
+restait dans le ministère deux hommes qu'il haïssait comme des ennemis
+personnels, M. Perez de Castro, président du conseil, et M. Arrazola,
+ministre de la justice: il ne songea plus qu'à les renverser, afin qu'il
+fût bien démontré que tout devait se courber devant son autorité.
+
+Cependant la nouvelle session des cortés s'ouvrait et donnait au
+ministère l'appui d'une majorité forte et compacte. Le cabinet crut que
+le moment était venu de porter un coup décisif au parti exalté, et il
+proposa la fameuse loi sur les _ayuntamientos_, ou les municipalités.
+Instituées aussitôt après les événements de la Granja, et dans les
+formes réglées par la constitution de 1812. c'est-à-dire sur des bases
+extrêmement démocratiques les municipalités exerçaient une grande action
+sur les élections. La nouvelle loi changeait le système établi, et les
+enlevait à l'influence des associations populaires. Les dernières
+élections avaient prouvé que, même avec des municipalité élues sous
+l'empire de la constitution de 1812. les élections pouvaient donner une
+majorité au parti modéré; que serait-ce donc, pensa le ministère, quant
+le pouvoir municipal, source de l'élection, ne serait plus livré au
+grand nombre! Les exaltés, sentant bien que c'était pour eux une
+question de vie ou de mort, se préparèrent au combat; leur unique espoir
+était en Espartero qui était plus puissant et plus populaire que jamais;
+ils le désignaient hautement comme leur chef, et rien dans ses paroles,
+dans sa conduite ne protestait contre cette qualification. En ces
+circonstances, la reine régente signifia brusquement au président du
+conseil la résolution qu'elle avait formée d'aller à Barcelone avec sa
+fille, dont l'état de santé exigeait l'usage des bains sulfureux.
+Jusqu'à présent on n'a pas encore découvert le motif réel de ce voyage,
+que rien ne commandait puisqu'il y a des bains sulfureux en Espagne
+ailleurs qu'à Barcelone, et moins loin de la capitale. De toutes les
+explications la plus vraisemblable est que le but de la reine Christine
+était de voir Espartero; car, chose étrange, bien qu'elle entretint avec
+lui depuis longtemps une correspondance privée qui avait souvent
+inquiété ses ministres, elle ne l'avait encore vu qu'une et dans un
+temps où il ne se doutait pas encore de son avenir. Elle n'avait rien
+épargné pour se l'attacher; elle l'avait comblé de titres et d'honneurs;
+elle avait appelé auprès d'elle la duchesse de la Victoire, et lui avait
+donné le premier rang à la cour: elle fondait donc sur lui beaucoup
+d'espérances. De son côté, Espartero n'avait jamais laisse échapper une
+occasion de protester de son dévouement pour sa souveraine, même au
+milieu de ses plus violents démêlés avec les ministres. Peut-être aussi
+la reine régente comptait-elle essayer sur lui la force de
+l'entraînement qu'elle a presque toujours exercé sur ceux qui l'ont
+approchée, par la séduction de son esprit, de ses charmes et de ses
+manières. Dans quel dessein? on l'ignore, mais on va voir combien elle
+s'était trompée, si ses calculs ont été tels qu'on le suppose.
+
+Les deux reines partirent, accompagnées de M Prez de Castro, président
+du conseil, et de deux autres ministres, celui de la guerre et celui de
+la marine. Les exaltés avaient tout préparé pour que la réception faite
+aux reines fût significative. A Saragosse, la municipalité leur adressa
+une harangue énergique; la population les poursuivit partout des cris de
+_vive la constitution! vive la duchesse de la Victoire! à bas la loi sur
+les ayuntamientos!_ Ce fut à Lérida que la régente rencontra Espartero.
+Dans la première entrevue il fut insignifiant, dit-on, mais dans les
+suivantes il fut injurieux, violent, et, se prononça énergiquement
+contre le ministère, contre les cortès, contre la loi des
+_ayuntamientos_, et finit par parler en maître. La réception que
+Barcelone fit aux deux reines aurait du calmer les craintes qui
+assiégeaient l'esprit de la reine et de ses ministres. Le peuple les
+avait accueillies avec un enthousiasme extraordinaire; mais la
+municipalité de Barcelone attendait pour manifester ses sentiments
+hostiles l'arrivée prochaine du duc de la Victoire. L'orage se préparait
+donc sourdement: il éclata bientôt. Dès que l'on sut que le duc de la
+Victoire approchait de Barcelone, une foule immense se porta à sa
+rencontre, l'entoura et le porta comme en triomphe. Sur son passage des
+acclamations frénétiques le saluaient, et de temps en temps éclatait le
+cri de _mort aux Français!_ qui est comme le cri de ralliement des
+exaltés. Le même jour, 13 juillet, Espartero se présenta chez la reine
+et renouvela ses impérieuses demandes du renvoi du ministère et du
+retrait de la loi sur les _ayuntamientos_, que l'on discutait encore dans
+les chambres. La reine régente refusa courageusement, et le lendemain la
+nouvelle de l'adoption par les chambres étant arrivée, elle donna sa
+sanction à la loi et y apposa sa signature. Dès qu'Espartero eut appris
+que la reine régente avait signé, il entra dans une violente colère, se
+renferma chez lui, et envoya sa démission dans une lettre écrite par
+Linage, en accusant la reine d'avoir manqué sa parole. La démission fut
+refusée, et comme Christine lui disait qu'en sa qualité de commandant
+des troupes, il lui répondait de l'ordre, Espartero déclara qu'il
+fallait choisir entre le ministère et lui, et que si la reine ne
+révoquait pas la sanction qu'elle avait donnée à la loi, elle verrait
+couler le _sang jusqu'au genou._
+
+Cependant l'état-major et les troupes d'Espartero se répandaient dans la
+ville, et mêlaient leurs imprécations contre le gouvernement à celle des
+exaltés. Les places publiques et les rues se remplissaient d'hommes à
+figures sinistres: une émeute se préparait, selon la menace d'Espartero.
+Le 18, les membres de la municipalité s'établirent en permanence à
+l'Hôtel-de-Ville; des barricades furent élevées à l'extrémité de toutes
+les rues qui débouchaient sur la place où était le palais occupé par les
+deux reines; des dépôts d'armes avaient été forcés et livrés au peuple.
+Une députation de la municipalité à la tête des insurgés, se rendit à
+l'hôtel d'Espartero, qui leur fit bon accueil, parut à son balcon, et
+consentit à les accompagner chez la reine régente, pour lui demander le
+renvoi des ministres et le retrait de la loi sur les _ayuntamientos_. Il
+était alors près de minuit. Christine était avec les trois ministres qui
+l'avaient suivie, et qui, devant l'émeute, offraient leur démission.
+Espartero entra chez la régente avec sa femme et les généraux Valdes et
+Van-Halen. La reine reçut avec une froide réserve ses démonstrations de
+dévouement et ses offres de service, accepta la démission de ses
+ministres, mais refusa obstinément de révoquer la sanction donnée et de
+dissoudre les cortès. Espartero sortit à pied à trois heures du matin,
+et alla annoncer aux groupes qui stationnaient sur la place que les
+ministres se retiraient; les rassemblements se dissipèrent alors avec
+des cris de triomphe. Content d'avoir satisfait sa haine contre les
+ministres qui l'avaient bravé, Espartero s'occupa de mettre un terme au
+mouvement dont il avait reçu l'impulsion, et, retrouvant son énergie,
+mit la ville en état de siège; les exaltes, qui voulaient continuer
+leurs démonstrations, furent comprimés et l'ordre se rétablit.
+
+[Illustration: Espartero.]
+
+Sous l'influence de ces événements, un nouveau ministère fut appelé:
+contrairement à ce qu'on attendait, il ne fut pas pris dans le parti
+exalté, mais parmi les amis d'Espartero, qui, prêtant les mains à cette
+combinaison, abandonnait tout ce qu'il avait demandé jusqu'alors. La
+reine régente se hâta de quitter cette ville, où son autorité et sa
+dignité avaient souffert de si graves atteintes, et dés qu'elle fut
+arrivée à Valence, où l'attendait le général O'Donnell et une armée qui
+lui était dévouée, elle renvoya ce cabinet et en forma un nouveau,
+choisi entièrement dans le parti modéré.
+
+Ici se termine en quelque sorte la biographie d'Espartero; tout ce qu'il
+a fait depuis appartient à l'histoire contemporaine de l'Espagne, et est
+encore trop près de nous pour qu'il soit peut-être permis de juger
+définitivement sa conduite. Qu'il nous suffise de rappeler qu'à la
+nouvelle de ce changement de ministère, le parti exalté se souleva dans
+toute l'Espagne. La municipalité de Madrid donne le signal de
+l'insurrection et se déclare en permanence; la garde nationale prend les
+armes et se range sous ses ordres. Espartero, qui était rentré dans son
+apathie, est forcé par le parti des exaltés de formuler son adhésion à
+la municipalité. Il publie un manifeste où il pose, comme condition de
+sa fidélité à la régente, la révocation de la loi sur les
+_ayuntamientos_, la dissolution des cortès et le renvoi du cabinet. On
+sait ce qui a suivi. Le mouvement révolutionnaire de la capitale se
+propage de ville en ville; Espartero entre en maître et en triomphateur
+dans Madrid. Appelé par la reine régente à former un cabinet, il se rend
+à Valence avec les collègues qu'il a choisis. C'est là qu'après
+d'orageuses conférences, Christine se résout, le 10 octobre 1840, à
+abdiquer, et se retire en France. Espartero demeure souverain du
+royaume, à la tête de la régence, en attendant la majorité d'Isabelle
+II.
+
+Depuis ce moment, l'Espagne a continué d'offrir le spectacle le plus
+étonnant et le plus déplorable de désorganisation et d'impéritie dans le
+pays et dans le pouvoir. Satisfait du poste élevé qu'il occupe,
+Espartero paraît indifférent aux luttes et aux rivalités des partis; son
+gouvernement se résume en une longue série de mystifications pour toutes
+les ambitions et toutes les espérances. L'Angleterre s'était flattée
+que, pour prix de l'appui qu'elle avait prêté au parti exalté et à
+l'élévation du régent, un traité de commerce ouvrirait les ports
+d'Espagne à ses produits manufacturiers; mais ce traité, jusqu'à présent
+ajourné, le sera peut-être encore longtemps. Les exaltés pensaient qu'il
+leur serait permis de réaliser leurs idées politiques sous le patronage
+du régent, à la fortune duquel ils ont tant aidé, mais depuis deux ans
+toutes leurs tentatives de se saisir du pouvoir ont été vaines. D'un
+autre côté, tout était à faire en Espagne, il fallait créer
+l'administration, organiser la justice, constituer les finances: voilà à
+quel prix l'Espagne eut pu se constituer, voilà quels étaient ses
+besoins les plus pressants. Rien n'a été fait. Ce malheureux pays a été
+livré au despotisme militaire, et au plus déplorable désordre financier
+et administratif qu'on ait encore vu, même en France.
+
+Mais la déception générale a donné naissance à une coalition qui
+comprend les vainqueurs et les vaincus de septembre, les modérés et les
+exaltés, en un mot, tous ceux qui tiennent pour le gouvernement
+constitutionnel, contre Espartero, isolé au milieu de toute la nation et
+sans autre appui que l'armée. Tel était l'état des choses au
+commencement de novembre de l'année dernière, au moment où la réunion
+des cortès allait avoir lieu, réunion d'autant plus inévitable, que le
+budget n'étant voté que jusqu'au 1er janvier 1843, il fallait bien
+convoquer les chambres pour leur demander de nouveaux subsides. Dès le
+premier jour, une forte opposition s'est dessinée, et les deux chefs de
+la coalition ont été élus, à une forte majorité, l'un président, l'autre
+vice-président des cortès. Espartero était dans une situation fort
+critique, quand un événement fortuit, le soulèvement de Barcelone, est
+venu faire, une diversion, dont il s'est empressé de profiter. On sait
+tous les détails de sa campagne contre cette ville malheureuse. Ce ne
+sont pas les barbaries de Van-Halen et de Zurbano qui ont fait rentrer
+Barcelone sous l'obéissance du duc de la Victoire, ni qui ont empêché
+l'insurrection de se répandre; c'est l'absence d'un drapeau. Le
+lendemain du bombardement les élections municipales ont eu lien, et leur
+résultat a été si hostile au gouvernement, qu'il a été obligé de casser
+la----- municipalité. La presse a recouvré sa voix, et fait entendre à
+toute heure ses menaces de vengeance et de haine. A Madrid, la nouvelle
+du bombardement de Barcelone a soulevé l'indignation publique. La
+presse, écho fidèle des sentiments de la population tout entière, s'est
+émue, et a exprimé hardiment l'opinion du pays. Les députés catalans ont
+demandé au régent, par une lettre vigoureuse, le renvoi immédiat des
+ministres qui ont conseillé ces violences. Un acte d'accusation contre
+le ministère avait été préparé par les mêmes députés et devait être
+déposé sur le bureau des cortès à leur réunion. Devant cette explosion
+qui se préparait, Espartero a dissous les cortés et a convoqué la
+nouvelle chambre pour le 3 avril prochain.
+
+Tel est l'état présent de l'Espagne. Il est impossible de prévoir le
+résultat des élections qui se préparent, mais assurément de leur choix
+dépendra le retour de l'ordre et de la légalité, si audacieusement
+violés par le soldat ambitieux qui a saisi le pouvoir sans avoir la
+force d'en faire bon usage. Avant deux ans Isabelle II aura atteint sa
+majorité; Espartero se résignera-t-il à abandonner le pouvoir souverain
+dont il aura joui et abusé pendant plusieurs années? voudra-t-il
+continuer sa dictature militaire? dans quelle vue? il n'a point
+d'héritier. Ces graves questions se présentent d'elles-mêmes à l'esprit
+de tous ceux qui ont suivi le développement de la tragi-comédie qui se
+joue depuis près de dix ans en Espagne. Mais d'en chercher la solution
+probable, qui y songe? Tant d'habiles gens se sont trompés dans leurs
+calculs et leurs prévisions, que le parti le plus sage est peut-être,
+comme le disait un de nos plus spirituels diplomates, _d'attendre et de
+regarder; c'est déjà beaucoup que de bien voir._
+
+
+[Illustration.]
+
+Translation de l'Épée d'Austerlitz
+
+AUX INVALIDES..
+
+M. le maréchal duc de Reggio, accompagné du général Petit, des généraux
+Athalin et Gourgaud, qui avaient été délégués par le Roi, et de tout
+l'état-major de l'hôtel des Invalides, a procédé à l'enlèvement de la
+couronne impériale, du chapeau et de l'épée d'Austerlitz, qui étaient
+restés déposés sur le cercueil de Napoléon, dans la chapelle
+Saint-Jérôme, depuis le jour des funérailles.
+
+[Illustration.]
+
+Les ouvriers chargés de construire le tombeau devant commencer
+immédiatement leurs travaux, la porte de la chapelle Saint-Jérôme sera
+murée. Le cercueil y restera, mais dépouillé des insignes qui le
+couvraient, et qui auraient couru le risque d'être dégradés. Ces
+insignes ont été ensuite transportés avec solennité dans une partie des
+appartements que le général Petit occupe aux Invalides, et qui a été
+disposée à cet effet.
+
+Le général portait l'épée d'Austerlitz; il était précédé de plusieurs
+sous-officiers portant le chapeau historique, la couronne impériale, la
+couronne donnée par la ville de Cherbourg, et le manteau qui servait de
+drap mortuaire. Le cortège a défilé entre deux haies formées par tous
+les invalides en grande tenue.
+
+Aucune personne étrangère à l'Hôtel n'a été admise à cette cérémonie.
+
+
+
+Beaux-Arts.
+
+RECAPITULATION DES EXPOSITIONS AU LOUVRE DEPUIS 1800.
+
+[Illustration: Tableau.]
+
+OUVERTURE DU SALON.
+
+Comme la poésie, comme la musique, la peinture, elle aussi, a ses
+premières représentations, plus solennelles peut-être, plus désirées que
+toutes les autres. Quinze cents oeuvres nouvelles, entièrement inédites,
+qui vont tout à la fois se découvrir aux yeux! Quinze cents tableaux et
+sculptures! Quelle affiche de théâtre nous promit jamais aussi riche
+spectacle? Et, pourtant, comme on sait, une simple tête d'étude, un
+petit paysage, une mince statuette, peuvent valoir souvent tout un long
+poëme, toute une grande symphonie.
+
+Aussi les portes du Louvre sont-elles de bonne heure assiégées, en ce
+jour solennel, par une foule impatiente, qui se presse, qui se pousse et
+s'étouffe à plaisir; les derniers voulant être les premiers, comme ils
+le seront un jour au royaume des cieux. Ce n'est pas là, d'ailleurs,
+cette foule insignifiante, atone, qui s'encombre dans les barrières des
+théâtres, qui s'ennuie et qui s'enrhume, sans penser à autre chose. Ici,
+la foule est animée, passionnée même, pittoresque; elle a l'oeil et le
+visage en feu, la barbe hérissée, elle parle haut, elle discute, elle
+professe, elle harangue; c'est le _meeting_ de l'art.
+
+Sans doute dans le nombre se voient bien quelques curieux, quelques-uns
+de ces bons bourgeois de Paris, que Rabelais jugeait «tant sots, tant
+badauds», que la foule attire par une secrète vertu d'adhésion, et qui
+se trouvent surtout à leur place dans l'espèce: «Nos numerus sumus....»
+
+On y rencontre bien aussi, non pas le vrai dilettante de l'art, car il
+est essentiellement conservateur et _laudator temporis acti_, mais une
+autre classe d'amateurs. L'amateur des primeurs, qui ne se soucie que
+des premières fraises et des premiers melons, croirait se déshonorer en
+riant des plaisanteries d'un vaudeville à la seconde représentation, et
+ne lit jamais un livre dont les feuilles ont été déjà coupées.
+
+Mais le véritable public de cette fête, ce sont les artistes, _les
+jeunes yens des ateliers;_ car tout le monde, dans les ateliers, est et
+demeure jeune: les rapins ne vieillissent pas, ils semblent avoir encore
+sur leur figure l'air de 1830; vénérable débris des jeune-France, de la
+gent dite romantique, ils en ont au moins sauvé la barbe et la chevelure
+mérovingienne, en même temps que quelques expressions _portenteses_, et
+quelques vocables moyen-âge et _pyramidaux_.
+
+Ils sont là chez eux, ou du moins à la porte de chez eux un sérieux
+intérêt les amène, et le trouble habile leur coeur d'ordinaire si calme,
+si insoucieux de la vie positive, si profondément sceptique à l'endroit
+des hommes et des choses. Ils ont soumis leurs tableaux, leurs statues
+au jugement de l'Académie des Beaux-Arts; l'Académie les aura-t-elle
+acceptés, leur aura-t-elle donné le droit d'entrée dans les galeries du
+Louvre, auront-ils enfin les honneurs de l'exposition, seront-ils livrés
+aux regards de ce public, qui s'y connaît si mal, et laisse volontiers
+les tableaux de genre, les oeuvres sérieuses, pour faire queue devant
+une charge de Biard, et s'extasier en présence de bouffonnes figures? Y
+être ou n'y être pas, _that is the question_, et c'est là, bien
+réellement, une question de vie et de mort pour l'artiste inconnu qui a
+lutté courageusement dans un grenier contre son double défaut d'être
+obscur et d'être pauvre; que de craintes mortelles, que de riches
+espérances devant cette porte qui va s'ouvrir!
+
+Des bruits sinistres courent dans la foule; on dit que cette année le
+jury d'examen s'est montré d'une sévérité farouche; on sait que le
+tableau d'un peintre célèbre a été refusé, et l'on ajoute que l'un des
+examinateurs, indigné de cette exclusion, s'est levé, et a dit à ses
+collègues: «Ni vous, ni moi, ne serions capables d'en faire autant.»
+là-dessus, il est parti furieux, et quelques-uns assurent qu'il en
+crachait le sang! On ajoute même que le Roi, instruit par M. A. de P.
+des malveillantes erreurs du jury, avait exigé qu'une contre-enquête eut
+lieu avant l'ouverture du Salon.
+
+Et alors, vous entendriez un chorus d'étranges qualifications, d'énormes
+épithètes adressées par contumace à MM. les examinateurs.
+«Croiriez-vous, dit l'un d'eux, qu'il n'y avait cette année que cinq
+peintres dans toute la commission? Mais, en revanche, reprend un autre,
+on y comptait un grand nombre de musiciens: l'an prochain, je leur
+enverrai un tableau à horloge, qui jouera des airs!--Et moi, ajoute un
+troisième, je soumettrai à leur jugement impartial le dessein d'une
+clarinette et le profil d'une contre-basse!»
+
+Ceux qui parlent le plus haut, qui ont le verbe le plus tranchant et le
+plus goguenard, ce sont les rapins pur sang, qui n'ont encore fait que
+broyer les couleurs et croquer sur le mur les principaux nez de
+l'atelier; ils sont là, les mains dans les poches, parfaitement
+désintéressés dans la question, ne venant que pour assister au triomphe
+de leurs amis, et à la déconfiture de ceux qu'ils honorent de leur
+inimitié personnelle, et du surnom générique de _crétins_. Feront-ils
+jamais eux-mêmes le moindre tableau? Dieu le sait! Provisoirement, ils
+prennent chaudement en main la cause de l'art, anathématisent le jury,
+le classique jury, et proposent de rédiger contre ses jugements une
+solennelle protestation, d'ouvrir à frais communs une contre-exposition
+où devront figurer tous les tableaux refusés, et offrent déjà, à cet
+effet, la modique somme de 50 centimes, prélevés sur ce qu'ils appellent
+leur superflu.
+
+Enfin sonne l'heure fatale! Jamais semblable frisson ne courut sur les
+bancs d'écoliers, lorsque le pédant, orné de la toge et de l'épitoge,
+fait à dessein une pause tragique, après s'être écrié: Premier prix!
+Tous les coeurs se serrent, toutes les bouches se taisent. C'est alors
+que les plus pusillanimes sentent défaillir leur courage, et veulent
+reculer, serrant la main à un ami, et lui disant d'une voix éteinte: «Va
+voir si j'y suis!» Mais les portes sont ouvertes, le flot se précipite,
+et bon gré, mal gré, il faut suivre le torrent au milieu duquel on voit
+trembler la baïonnette et le plumet des malheureux factionnaires, battus
+par la tourmente.
+
+Emporté par cette irrésistible force, qui ne lui permet pas même de
+s'arrêter pour saisir au passage le fatal livret, l'artiste ferme les
+yeux; son tableau lui revient à la pensée comme une effroyable croute,
+placardée de rouge et de bleu; ces têtes charmantes, ces formes
+harmonieuses qu'il avait dessinées avec tant d'amour, peintes avec tant
+de foi, maintenant lui semblent d'insipides copies, propres à servir
+d'enseignes; et il ne se doute plus qu'elles n'aient été
+ignominieusement refusées, jusqu'à ce qu'enfin, sentant le flot
+s'arrêter, il rouvre les yeux et se trouve dans le salon carré,
+vis-à-vis de sa propre toile baignée de lumière, vis-à-vis de sa
+Marguerite ou de sa Béatrice, qui fixe sur lui ses regards pleins d'une
+joie douce et d'une grâce séreuse.
+
+PREMIÈRE VISITE AU SALON--COUP D'OEIL GÉNÉRAL.
+
+Heureux les critiques prime-sautiers qui ont, du premier regard, pu voir
+et juger à la fois douze cents tableaux! Nous confessons, pour nous, que
+notre idée synthétique est encore bien défectueuse, bien obscure, et
+nous nous tenons en défiance contre notre première impression, sans
+l'oser ériger en un jugement. Ce n'est assurément pas faute d'avoir
+ouvert les yeux, d'avoir tendu le cou cinq heures durant; mais souvent,
+pour avoir beaucoup regardé, l'on a bien peu vu, et surtout bien peu
+pensé. Pressés, heurtés dans la foule, contemplant au travers des
+chapeaux, nous réfléchissions à toutes les belles idées critiques, à
+toutes les fines observations qui nous seraient infailliblement venues,
+si notre judiciaire avait pu, comme autrefois cet heureux Louis XVIII,
+se faire traîner doucement dans un fauteuil à roulettes au milieu des
+galeries solitaires; nous admirions aussi par souvenir l'intelligence et
+la sagacité esthétique des anciens, qui plaçaient aux portes de leurs
+musées la statue du Silence, le doigt sur les lèvres, pour avertir
+chacun qu'il se gardât de troubler indiscrètement le vol des muettes
+pensées autour des statues et des peintures.
+
+Enfin nous étions sous la préoccupation constante d'une idée importune;
+il manquait à notre compte plus de quatre cents tableaux, et nous nous
+demandions, en voyant la nudité des galeries, si l'on avait aussi voulu
+faire une exposition de serge verte. En serions-nous à ce point de
+pénurie, que, pour composer désormais un salon, il faillit, comme dans
+les expositions de sous-préfectures, faire appel aux tableaux de
+famille, aux plâtres domestiques, et combler les lacunes avec les cadres
+glorieux de nos prix de dessin? Grâce à Dieu, notre pauvreté ne vient
+que du sévère caprice de MM. les académiciens: quatre mille tableaux ont
+été, comme d'ordinaire, soumis à leur jugement; mais il n'y a eu que
+douze cents élus; aussi, ne pouvions-nous considérer sans
+attendrissement toutes ces places vides, y plaçant par la pensée, tantôt
+ces chers absents, la grande toile de Boulanger, le beau portrait d'H.
+Flandrin, tantôt les oeuvres d'artistes inconnus, les imaginations
+nouvelles de pauvres jeunes peintres, tous refusés au bénéfice des
+tableaux de MM. les académiciens. (Voir, sous le numéro 89, un
+inqualifiable tableau de M. Bidault, membre du jury; on assure que ledit
+tableau a été reçu à l'unanimité.)
+
+De tout cela il suit que nous avons encore bien peu de choses à dire du
+nouveau Salon. Deux toiles seulement nous ont semblé tout à fait hors de
+ligne; d'abord le _Tintoret_ de M. Léon Coigniet, admirable composition,
+malgré la réminiscence de l'Empire qu'on y croit apercevoir; puis un
+excellent portrait d'_H. Flandrin_, que l'administration du Musée a eu
+grand soin de placer à contre-jour, dans une encoignure. Nous ne faisons
+que citer aujourd'hui ces deux véritables chefs-d'oeuvre, sur lesquels
+nous reviendrons à loisir. Les honneurs de l'exposition sont ensuite
+pour la marine d'Isabey, le _Jérémie prophète_, d'Henri Lehmann, la
+_Vendangeuse_, de son frère Rodolphe; les portraits de Couture et de
+Guignet, les tableaux de genre de Meissonnier et de Leleux, le paysage
+de Lessieux, les sculptures de Simart et de Maindron. Le grand tableau
+si vanté de M. Papety est en possession d'attirer tous les regards et de
+diviser toutes les opinions; il est certain, d'ailleurs, qu'il ne
+révolutionnera pas la peinture, comme on l'avait pompeusement dit; le
+siècle ne croit plus désormais aux révolutions, et, quel que soit
+d'ailleurs le mérite du tableau de M. Papety, il n'est pas destiné à
+détruire ce légitime scepticisme.
+
+Et puis, toujours du Biard et du Dubufe. Dimanche prochain commencera le
+triomphe de ces deux peintres _dominicaux_ «bien connus par la ville.»
+
+Et maintenant, dirons-nous comme la plupart: l'exposition est plus
+faible que celle de l'an dernier? Il importe de remarquer que depuis un
+temps immémorial, la critique place toujours chaque exposition
+immédiatement au-dessous de celle qui l'a précédée.--De même depuis des
+siècles, on dit que le commerce va mal.--Il est certain que les maîtres
+n'exposant plus, les toiles supérieures se raréfient singulièrement;
+mais il arrive, en peinture comme dans les lettres, qu'au lieu d'un
+artiste éminent, nous ayons vingt artistes distingués; ce que perdent
+les individus, la masse le regagne, le génie se fait rare, le talent
+abonde, et l'on est tout surpris de trouver dans des tableaux de
+débutants un savoir-faire déjà remarquable, qui aurait beaucoup promis à
+toute autre époque; mais aujourd'hui les hommes de talent demeurent ce
+qu'ils sont, et les habiles deviennent rarement des maîtres.
+
+[Illustration: Ouverture du Musée, le 13 mars.]
+
+
+
+Bibliographie
+
+BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE ÉTRANGER.
+
+_Report and Appendices of the children's employment commission presented
+to both houses of Parliament, by command of Her Majesty_.--Rapport et
+Appendices de la commission du travail des enfants dans les
+manufactures, présentés aux deux Chambres du Parlement, par l'ordre de
+Sa Majesté (non traduits). Mars, 1843.
+
+Le rapport de la commission chargée de faire une enquête sur le travail
+des enfants dans les manufactures a été présenté la semaine dernière aux
+deux Chambres du Parlement. Il passe successivement en revue les
+diverses industries de Londres et des comtés de l'Angleterre. Est-il
+nécessaire d'ajouter qu'il révèle une foule de faits inconnus
+jusqu'alors et tellement horribles, que s'ils n'étaient attestés
+solennellement par les membres de la commission d'enquête, personne
+n'oserait y ajouter foi? La veille du jour fixé pour le dernier bal de
+la cour, un pair d'Angleterre avait lu la partie de ce rapport qui
+concerne les marchandes de modes, les fabricantes de dentelles et les
+couturières. Un de ses amis le pressait de l'accompagner: «Je n'irai pas
+à ce bal, répondit-il, je n'y aurais aucun plaisir; à chaque pas je
+croirais voir sortir de leurs cercueils les cadavres de tous les
+infortunés qui sont morts à la peine en fabricant les divers objets de
+luxe dont se compose la toilette des femme.»
+
+Il nous est impossible, on le conçoit, d'analyser un pareil travail.
+Toutefois, afin de prouver son importance, nous citerons quelques faits
+choisis au hasard.
+
+--Un deuil de coeur rend toujours aveugles au moins trente jeunes
+filles, déclare M. Tyrrell, médecin de l'hôpital ophthalmique.
+
+--A Nottingham, M. Grainger, le rapporteur, visita une maison assez
+propre et confortable d'ailleurs, où il trouva quatre petites filles
+occupées à la fabrication de la dentelle. L'aînée avait huit ans, la
+cadette deux ans, les deux autres six et quatre ans. Elles gagnaient
+chacune environ 10 centimes par semaine.
+
+--Dans la même ville, certaines mères ont l'habitude d'administrer du
+laudanum à leurs petits enfants, pour les forcer à rester tranquilles
+pendant qu'elles travaillent; car si elles étaient obligées de s'en
+occuper, elles ne gagneraient plus de quoi vivre. On augmente la dose de
+jour en jour; aussi la plupart des enfants meurent-ils avant d'avoir
+atteint l'âge de deux ans. «Depuis l'âge de six ans, disait une jeune
+ouvrière, je travaille quatorze à quinze heures par jour. Je gagne 5
+shellings par semaine. Si je ne faisais pas boire du _cordial_ à mon
+enfant, il m'empêcherait de travailler et je mourrais de faim.»
+
+--A Willenhall, un enfant dépose en ces termes: «Je suis bien traité,
+mon maître ne me bat pas beaucoup; il ne me frappe jamais qu'avec un
+bâton ou un fouet, ou le manche d'un marteau.» Un autre enfant se montre
+également satisfait, parce que son maître ne le bat jamais plus de cinq
+minutes à la fois.
+
+Ces enfants, qu'on fait travailler dès l'âge de deux ans, ou auxquels on
+donne chaque jour une portion de laudanum pour les endormir, ne
+reçoivent aucune instruction, et ne deviennent jamais des hommes, alors
+même qu'ils ont la force de supporter ce terrible régime. Leur ignorance
+égale leur faiblesse physique. Comment ne serait-il pas, en outre,
+cruels et débauchés? Dès leur bas-âge, ils n'ont sous les yeux que de
+mauvais exemples, et ils se trouvent très-bien traités lorsque leur
+maître ne les bat qu'avec un bâton.
+
+Le rapport de la commission du travail des enfants dans les manufactures
+intéresse non-seulement l'Angleterre, mais les autres pays
+manufacturiers. Nous en recommandons la lecture à tous les hommes qui
+s'occupent encore de l'amélioration physique, intellectuelle et morale
+des classes ouvrières.
+
+_Geschichte Polens, von_ Dr RICHARD ROEPELL _ersler Theil,
+Hamburg._--Histoire de la Pologne, par le Dr RICHARD ROEPELL. 1ère
+partie (non traduite).
+
+Le docteur Roepell fait partie d'une société de savants allemands, dont
+chaque membre s'est engagé à écrire l'histoire spéciale d'un état
+européen. Lorsqu'ils seront terminés, tous ces ouvrages particuliers
+doivent former une collection qui sera éditée sous les auspices de deux
+historiens célèbres, A. H. L. Heeren et F. A Ukert. Le docteur Roepell,
+chargé d'écrire l'Histoire de la Pologne au Moyen Age, s'était d'abord
+rendu à Varsovie, pour y apprendre la langue polonaise et se mettre en
+état de consulter avec fruit les archives nationales. Il vient de
+publier à Hambourg la première partie de son travail.
+
+Cette première partie s'ouvre par une description géographique de la
+Pologne, suivie d'un essai historique, malheureusement incomplet, sur la
+race slave.
+
+Le docteur Roepell considère ensuite le duché de Posen comme la patrie
+primitive des Polonais; mais il ne remonte pas dans ses recherches
+au-delà de la moitié du sixième siècle. A la chute de Rome, les Polonais
+commencent à se faire connaître en Europe. En 540, leur chef, Lech,
+fonde Gnesen, la première capitale de leur empire A la dynastie de Lech,
+qui règne jusqu'en 850, succède celle de Piast Ce fut après l'accession
+de Mieczyslaus 1er, en 965, un des souverains de cette dynastie, que la
+Pologne prit rang parmi les états indépendants de l'Europe, en adoptant
+le christianisme L'auteur de _l'Historga naroda polskiego bandtkie_
+(l'Histoire de la nation polonaise), avait déclaré que Mieczyslaus était
+un vassal de l'empereur d'Allemagne, pour une partie de la Pologne,
+située entre l'Oder et la Warta. Le docteur Roepell réfute cette
+assertion et prouve par une série de faits historiques, que le vasselage
+des rois de Pologne était purement personnel et même nominal.
+
+Outre ces considérations préliminaires, la première partie de l'ouvrage
+du docteur Roepell renferme l'histoire détaillée des règnes de Boleslaus
+le Grand, le véritable fondateur du royaume de Pologne, et de ses
+successeurs, jusqu'à l'assassinat de Przemyslaus, par le marquis de
+Brandebourg, en 1295.
+
+_Storia della Colonna Infâme_ di ALESSANDRO MANZANI. Milano, 1840; à
+Paris, chez Baudry. Un vol. in-12, avec les remarques de Pietro Verri
+sur la torture. 3 fr. 50 c. _La Colonne Infâme_, traduction française de
+M. DE LATOUR. _Processo originale degli untori della peste del 1630_.
+Milano. 1839. Un vol. in-8 (non traduit). Procès original des _untori_
+pendant la peste de 1630. _Della Storia Lombarda del secolo XVII,
+ragionamenti_ di CESARE CANTI per commente ai promessi Sposi di
+ALESSANDRO MANZANI. Juin, 1832.
+
+L'histoire tragique de la _Colonne Infâme_ était toujours demeurée
+enfouie dans les archives manuscrites du dix-septième siècle, lorsqu'on
+imprima à Milan, en 1836, toutes les pièces originales du procès des
+_untori_. Alessando Manzani se rappela alors la promesse qu'il avait
+faite aux lecteurs de son beau roman des _Promessi Sposi_, à la fin du
+XXXVe chapitre; il se décida à écrire la _Storia della Colonna Infâme_.
+Publié à Milan en 1810 ce petit livre a été réimprimé récemment à Paris
+par le libraire Baudry, et M. de Latour en annonce une traduction
+enrichie de notices et d'appendices.
+
+Rien de plus triste que cette histoire. Pendant la peste de 1630, dont
+les _Promessi Sposi_ renferment une description si détaillée, les murs
+des maisons de Milan furent, à certaines époques, enduits, par des mains
+inconnues, d'une espèce d'onguent jaunâtre. Le peuple s'imagina que
+c'était cet onguent qui répandait la peste dans la ville. On arrêta
+divers individus désignés sous le nom d'_untori_, parce qu'on les accusa
+d'avoir fabriqué cet onguent _(untorio)_ avec l'intention de faire périr
+tous les habitants de Milan. Interrogés par les magistrats, ils
+déclarèrent qu'ils étaient innocents. On les appliqua à la torture, et
+non-seulement ils s'avouèrent coupables, mais ils dénoncèrent de
+prétendus complices. Condamnés à mort, ils subirent un supplice
+effroyable, et on éleva sur l'emplacement de la maison de l'un d'eux,
+nommé Mora, une colonne dite _Infâme_, avec une inscription qui devait
+rappeler à la postérité le triste souvenir de ce procès. Ainsi, au
+dix-septième siècle, la justice milanaise élevait avec un stupide
+orgueil le monument de son déshonneur futur. En 1759, le président
+Charles de Brosses partageait encore les absurdes préjugés du siècle
+précédent. «La colonne que l'on appelle _Infâme_ est élevée, dit-il dans
+ses _Lettres sur l'Italie_, sur la place où était la maison d'un
+malheureux que l'on _surprit s'efforçant, par les moyens de certaines
+drogues, de mettre la peste dans la ville._» Cette colonne subsista
+pendant cent quarante-huit ans; en 1778, elle s'écroula, et personne ne
+songea dès lors à la relever.
+
+Ce nouvel ouvrage de l'auteur des _Fiancés_ sera lu avec un intérêt
+d'autant plus vif, qu'il renferme d'utiles leçons Si Manzani n'eût pas
+tardé tant d'années à tenir sa promesse, peut-être, instruit par
+l'exemple des Milanais du dix-septième siècle, le peuple de Paris se fût
+montré moins déraisonnable et plus humain à l'époque fatale où, refusant
+de croire à l'existence d'un fléau dont il ne pouvait nier cependant les
+terribles effets, il se persuada que l'eau des fontaines était
+empoisonnée, et frappa, dans son aveugle fureur, de malheureux ouvriers
+aussi innocents que les _untori de la Colonne Infâme._
+
+_The Court of England under the house of Nassau and Hanover_.--La cour
+d'Angleterre sous les maisons de Nassau et de Hanovre; par M. JOHN
+HENEAGE JESSE. Esq., auteur des _Mémoires de la cour d'Angleterre sous
+le règne des Stuarts_. 3 vol. in-8 (non traduite).
+
+_La Cour d' Angleterre sous les maisons de Nassau et de Hanovre_,
+publiée par M. Jesse, n'est autre chose qu'une série de notices
+biographiques sur les principaux hommes d'État qui se sont succédé en
+Angleterre durant la triste période qui commence à la révolution de
+1688, et qui se termine à la mort de Georges II, en 1760. On peut louer
+l'impartialité de l'auteur, bien qu'il laisse trop deviner parfois ses
+opinions conservatrices, la clarté et l'élégance de son style et
+d'autres qualités secondaires: mais M. Jesse manque en général
+d'élévation et de profondeur. Il aime trop les anecdotes; il se contente
+de raconter les faits intéressants sans en rechercher les causes, sans
+en calculer les conséquences; il n'apprend pas à ses lecteurs quelle a
+été l'influence morale, sociale et politique qu'ont exercée, pendant
+leur vie, les principaux hommes d'État du dix-huitième siècle. Enfin, on
+ne comprend pas pourquoi il a omis de parler de l'évêque Burnet, du
+général Wolfe, de lord Clive, de l'amiral Byng, de lord Carteret, de
+Pulteney et surtout de lord Chatham, qui remporta cependant ses plus
+beaux triomphes avant la mort de Georges II.
+
+Malgré ces critiques, peut-être sévères, le nouvel ouvrage de M. Jesse
+obtiendra, nous n'en doutons pas, le même succès que les _Mémoires de la
+Cour d'Angleterre sous le règne des Stuarts_, car il contient des
+biographies bien écrites et remplies de faits nouveaux, de Malborongh,
+de Bolingbroke, de Walpole, de Harley, du duc de Sommerset, et des
+_beaux_ célèbres de cette époque. Fielding et Wilson.
+
+Die Verantwortlichkeit der Minister.--La Responsabilité ministérielle,
+par M. B,. MOHL, in-8, 726 pages, non traduite.
+
+M Mohl pose d'abord les principes généraux sur lesquels la
+responsabilité ministérielle est fondée, puis il se demande quels sont
+les individus qui doivent y être soumis, et dans quels cas il faut
+l'appliquer. Il examine alors, outre la procédure à suivre, la nature et
+les divers degrés des peines qu'entraîne nécessairement une
+condamnation. Enfin, il termine ce traité par une analyse historique de
+tous les principaux procès intentés jusqu'à ce jour à des ministres, en
+vertu de la loi constitutionnelle qui les rend responsables des actes de
+leur administration. La publication de cet ouvrage, estimable
+d'ailleurs, mérite d'être signalée comme un heureux symptôme du
+mouvement politique qui commence à se manifester sur plusieurs points de
+l'Allemagne.
+
+_The Addresses and Messages of the presidents of the United
+States_.--Discours et Messages des présidents, des Etats-Unis. New-York,
+Walker. London, Wiley and Putnam (non traduits).
+
+La collection des discours des présidents des États-Unis fournira
+d'importants matériaux aux écrivains et aux hommes d'État qui voudront
+étudier l'histoire de la grande république de l'Amérique du Nord, depuis
+la déclaration de l'indépendance jusqu'à l'époque actuelle. Elle
+commence par le premier discours, ou le discours d'inauguration de
+Washington, et se termine avec celui que le président Tyler prononça
+dans la session dite spéciale, lorsqu'il remplaça Harrisson, en vertu de
+la section VI de l'article 11 de la constitution, qui, en cas de mort du
+président, confère ses fonction» au vice-président. On y trouve aussi,
+outre une notice sur Harrisson, la déclaration d'indépendance et la
+constitution actuelle des États-Unis.
+
+_Storia della Pittura italiana_. Pise. 1842.--Histoire de la Peinture en
+Italie (non traduite).
+
+Cette nouvelle histoire illustrée de la peinture italienne doit se
+publier en cinquante-six livraisons. La première livraison renfermait
+les quatre dessins suivants: 1 Une miniature de Pise de 1242.--2 Un
+bas-relief de Nicolas Pisano.--3 Le Christ de Giunta Pisano.--4 La
+Vierge de Guido de Sienne, peinte en 1221, et la Vierge de Cimabue,
+peinte vers 1276.
+
+_Neuere Geschichte der poetischen national Literatur der Deutschen, von_
+G.-G. GERVINUS ZWEI BANDE.. _Leipsig._ 1842.-Histoire moderne de la
+Littérature poétique de l'Allemagne, par G.-G. GERVINUS. 2 vol. (non
+traduite).
+
+Ces deux volumes forment le complément de l'ouvrage en trois volumes que
+le professeur Gervinus avait déjà publié sur les progrès de la
+littérature allemande. Ils embrassaient la période de temps qui s'étend
+depuis Gottsched jusqu'à la chute de Napoléon. Les opinions littéraires
+du professeur Gervinus sont, il est vrai, entièrement opposées à celles
+des meilleurs écrivains actuels de l'Allemagne; mais alors même qu'on
+n'adopte pas ses conclusions, on est forcé de rendre justice à son
+talent et à son indépendance. Son livre a un grand mérite, il fait
+penser; il s'adresse par conséquent à un public d'élite. N'y cherchez
+pas des renseignements positifs sur la vie d'un écrivain, vous n'y
+trouverez que des théories plus ou moins ingénieuses, plus ou moins
+vraies sur ses ouvrages et sur les moeurs de son époque; c'est un
+recueil d'idées et non de faits. Le professeur Gervinus n'a pas cru
+devoir continuer son ouvrage jusqu'à nos jours, par des raisons peu
+flatteuses pour ses contemporains. «Notre littérature, dit-il en
+terminant, est devenue un marais stagnant tellement rempli de matières
+nuisibles, que nous devons appeler de tous nos voeux quelque tempête
+étrangère. Notre littérature a eu son temps, et si nous ne pouvons vivre
+en paix, nous devons appliquer désormais à la vie positive et à la
+politique l'activité dont nous sommes doués, et qui maintenant n'a plus
+d'objet. Quant à moi, je suis autant que je le puis cet avertissement de
+l'époque.»
+
+_The history of Woman in England._-L'Histoire de la Femme en Angleterre;
+par HANNAH LAWRANCE. Londres, 1843 (non traduite).
+
+Le premier volume de cet ouvrage vient de paraître. Il commence avec les
+plus anciennes chroniques, et se termine à la fin du douzième siècle.
+Mistriss Lawrance n'a pas la prétention de soutenir que la femme est
+non-seulement égale, mais supérieure à l'homme; elle se contente
+d'écrire son histoire, et de montrer quelle influence elle a exercée sur
+les institutions, la religion, la littérature et le caractère de la
+nation anglaise. Dès qu'elle sera terminée, nous reparlerons plus
+longuement de cette nouvelle compilation de l'auteur _of the historical
+Memoirs of the Queens of England._
+
+_The Xanthian marbles, discovered in Asia-Minor, their acquisition and
+transmission in England_ (ouvrage non traduit).--Les Marbres de Xanthe,
+découverts dans l'Asie-Mineure par CHARLES FELLOWS, leur acquisition et
+leur transport en Angleterre. 1842, 5 schel.
+
+Au printemps de 1838, un voyageur anglais, nommé Charles Fellows,
+visitait l'Asie-Mineure; frappé de la beauté des ruines éparses le long
+des côtes de la Lycie, il s'enfonça dans les terres et y découvrît, sur
+les bords de la rivière Xanthe, des sculptures précieuses qu'il résolut
+de transporter en Angleterre. Dès cette époque, des négociations
+s'ouvrirent entre la Porte et le cabinet de Saint-James; elles durèrent
+plus de trois années. Ce ne fut qu'au mois d'octobre 1841 que le consul
+de Smyrne reçut le firman demandé. A cette nouvelle, l'amirauté fit
+partir un navire chargé de ramener en Angleterre les sculptures
+découvertes par M. Charles Fellows. L'ouvrage anglais que vient de
+publier le libraire Murray contient une relation détaillée de cette
+curieuse expédition. Les marbres de Xanthe, appelées aussi marbres de
+Fellows, sont aujourd'hui déposés au _British Museum_.
+
+_The rural and domestic Life of Germany with characteristic sketches of
+its cities and scenery_, collected in a general tour, and during a
+residence in the country in the years 1840, 1841 and 1842. London, 1842
+(ouvrage non traduit).--La vie rurale et privée de l'Allemagne, suivie
+d'esquisses caractéristiques de ses villes et de ses paysages, etc., par
+WILLIAM HOWITT; in-8.
+
+Ainsi que son titre l'indique, ce nouveau livre de M. Howitt se divise
+en deux parties distinctes: la première est consacrée à la peinture de
+la vie rurale et privée des Allemands; dans la seconde, l'auteur a
+raconté ses impressions de voyage; il se promène de Heidelberg à
+Londres, en passant par Baden-Baden, Stuttgart, Tubingen, Ulm,
+Augsbourg. Munich, Salzbourg, Linz, Vienne, Prague, Dresde, Leipsig,
+Berlin, Weimar, Iena, Erfurth, Francfort et le Rhin. Ces deux parties ne
+se ressemblent d'ailleurs sous aucun rapport; l'une est remplie de
+détails intéressants, l'autre reste toujours bien au-dessous du
+_Hand-Book_ de M. Murray _(Manuel du voyageur.)_ M. Howitt a décrit avec
+une vérité touchante les moeurs, les travaux et les plaisirs de la
+classe moyenne et de la classe pauvre pendant les diverses saisons de
+l'année: la moisson, la vendange, les fêtes de village, la chasse, les
+parties de traîneaux, les pèlerinages, les fêtes de Noël et du jour de
+l'an, le carnaval, etc., etc. On prend plaisir à contempler quelque
+temps ces esquisses légères faites d'après nature par un peintre souvent
+trop consciencieux, mais qui ne manque pas d'une certaine habileté. Si
+l'impression qu'on éprouve n'est jamais vive, en revanche, elle est
+toujours pure et douce; chez M. Howitt, le coeur l'emporte évidemment
+sur l'intelligence. Est-ce donc un défaut qu'il faille lui reprocher? Ne
+devons-nous pas, au contraire, nous estimer heureux de trouver un livre
+moral et simple, écrit sans prétention, et dont la lecture, instructive
+d'ailleurs, repose agréablement l'esprit?
+
+_The Negroland of the Arabs, or an Inquiry into the early history and
+geography of central Africa._-La Nigritie des Arabes, ou Recherches sur
+l'Histoire et la Géographie primitives de l'Afrique centrale; par
+WILLIAM DESBOROUGH COOLEY. 8 sch. 6 den., avec une carte.
+
+M. Desborough Cooley est l'auteur d'une excellente histoire des
+découvertes maritimes et continentales, qui a été traduite en français
+par MM. Adolphe Joanne et Old Nick, et publiée à la librairie Paulin, en
+5 volumes. (Prix et format de la collection Charpentier.)
+
+_The annual Biography_, being lives of eminent or remarkable persons,
+who have died within the year 1842; by CHARLES DODD, esq., author of the
+Peerage, the Parliamentary companion, etc.--Chapman and Hall.--London.
+
+_L'Annuaire biographique_, ou Vies des personnes éminentes ou
+remarquables qui sont mortes pendant l'année 1842; par _Charles Dodd_.
+
+Cet annuaire, dont le premier volume vient d'être mis en vente, paraîtra
+régulièrement chaque année, au commencement de février.
+
+EXTRAIT DU CATALOGUE GÉNÉRAL DU COMPTOIR CENTRAL DE LA LIBRAIRIE.
+
+Économie Politique, Commerciale et Industrielle _(suite)_.
+
+COLONIES FRANÇAISES (des), abolition immédiate de l'esclavage; par M. V.
+SCHOELCHER. 1 beau vol. in-8, 1842. (_Pagnerre_, éd.) 6 fr.
+
+CRÉDIT DE LA BANQUE (le), contenant un exposé de la constitution des
+banques américaines, écossaises, anglaises, françaises, par M.
+COURCELLE-SENEUIL, in-8. (_Pagnerre_, éd.) 2 fr.
+
+ESPRIT D'ASSOCIATION (de l'); par A. DE LA BODER, 5e édit. 1834. 1 vol.
+in-8. (_Gide_, éd.) 8 fr.
+
+ESSAI COMPARATIF SUR LA FORMATION ET LA DISTRIBUTION DU REVENU DE LA
+FRANCE en 1815 et 1835; par M. JOSEPH DUTENS. Brochure in-8.
+(_Guillaumin_, éd.) 5 fr.
+
+EXAMEN HISTORIQUE ET CRITIQUE DES DIVERSES THÉORIES PÉNITENTIAIRES; par
+L.-A. MARQUET-VASSELOT. 5 vol. in-8. (_Paulin_, éd.) 18 fr.
+
+HISTOIRE DE L'ÉCONOMIE POLITIQUE; par M. le vicomte ALBAN DE
+VILLNEUVE-BARGEMONT. 2 forts vol. in-8. (_Guillaumin,_ éd.) 16 fr.
+
+HISTOIRE DE L'ÉCONOMIE POLITIQUE EN EUROPE; par BLANQUI aîné. 2e éd, 2
+vol. in-8. (_Guillaumin_, éd.) 15 fr.
+
+HISTOIRE DES RELATIONS COMMERCIALES ENTRE LA FRANCE ET LE BRÉSIL. 1 vol.
+in-8 avec tableaux, plans et carte du Brésil. (_Guillaumin_, éd.) 7 fr.
+50
+
+HISTOIRE FINANCIÈRE ET STATISTIQUE GÉNÉRALE DE L'EMPIRE BRITANNIQUE; par
+PABLO PEBRER; traduit de l'anglais par J.-M. JACOBI, avocat. 2e édit., 2
+gros vol. in-8 de 500 pages. (_Bellizard et Dufour_, éd.) 8 fr.
+
+HISTOIRE POLITIQUE ET ANECDOTIQUES DES PRISONS DE LA SEINE. 1 beau vol.
+in-8 (_Guillaumin_, édit.) 7 f. 50
+
+INTÉRETS MATÉRIELS EN FRANCE: travaux publics, routes, canaux, chemins
+de fer; par MICHEL CHEVALIER. 1 vol. in-8, orné d'une carte des travaux
+publics de la France. (_Charles Gosselin_, éd.) 8 fr.
+
+MISÈRE (de la) DES CLASSES LABORIEUSES EN ANGLETERRE ET EN FRANCE, par
+EUGÈNE BURET. 2 vol. in-8. (_Paulin_, éd.) 15 fr.
+
+MISÈRE (de la); par M. D'ESTERNO. 1 vol. in-8. (_Guillaumin_, éditeur.)
+4 fr. 50
+
+PETIT VOLUME contenant quelques aperçus des hommes et de la société, par
+J.-B. SAV. 3e édition, entièrement refondue par l'auteur, et publiée sur
+un manuscrit qu'il a laissé; par HORACE SAV, son fils. 1 vol. in-32.
+(_Guillaumin_, éd.) 2 fr.
+
+PLAN D'UNE RÉORGANISATION DISCIPLINAIRE DES CLASSES INDUSTRIELLES DE
+FRANCE; par M. FÉLIX DE LAFAREILLE. 1 vol. in-12. (_Guillaumin_, éd.) 2
+fr. 50
+
+SIR RICHARD ARKWRIGHT, ou Naissance de l'industrie cotonnière dans la
+Grande-Bretagne (1760 à 1792); par SAINT-GERMAIN LEDUC. 1 vol. in-18.
+(_Guillaumin_, éd) 2 fr.
+
+STATISTIQUE GÉNÉRALE RAISONNÉE ET COMPARÉE DE LA FRANCE; par J.-H.
+SCHNITZLER. 2 vol. in-8. (_Lebrun_, éditeur. 15 fr.)
+
+SYSTÈME PÉNITENTIAIRE (du); par M. AYLIES 1 vol. in-8. (_Charles
+Gosselin_, éd) 5 fr.
+
+SYSTÈME PÉNITENTIAIRE AUX ÉTATS-UNIS; par MM. GUSTAVE DE BEAUMONT et
+ALEXIS DE TOCQUEVILLE. 2e édition, augmentée d'une Introduction et ornée
+de plans, vues, etc. 2 vol. in-8. (_Charles Gosselin_, éd.) 15 fr.
+
+TABLEAU DE LA DETTE PUBLIQUE ET DES MISÈRES DU TRÉSOR 1 vol. in-8.
+(_Paulin_, éd.) 5 fr.
+
+TABLEAU POLITIQUE ET STATISTIQUE DE L'EMPIRE BRITANNIQUE DANS L'INDE;
+par le général comte de BIORSNTERNA, traduit de l'allemand, avec des
+notes et un supplément historique, par M. PETIT DE BARONCOURT 1 gros
+vol. in-8, orné d'une carte. (_Amyot_, éd.) 8 fr.
+
+UNION DOUANIÈRE DE LA FRANCE ET DE LA BELGIQUE, (de l'); par M. P.-A. DE
+LA NOURAIS. 1 vol in-8. (_Paulin_, éditeur.) 6 fr.
+
+Agriculture et Jardinage.
+
+ÉTAT DE LA PRODUCTION DES BESTIAUX EN ALLEMAGNE, EN BELGIQUE ET EN
+SUISSE (de l'); par M. MOLL, in-4 de 92 pages, avec un grand nombre de
+tableaux. (_Bixio_, éditeur.) 2 fr. 75
+
+MAISON RUSTIQUE DU XIV SIÈCLE. 4 vol. in-4, équivalant 20 vol. in-8
+ordinaires, avec plus de 2,060 gravures représentant tous les
+instruments, machines, appareils, races d'animaux, arbres, arbustes et
+plantes, bâtiments ruraux, etc., publiés sous la direction de MM.
+BAILLY, BIXIO et MALPEYRE. Ce livre, expression la plus complète de la
+science agricole pour l'époque actuelle, forme à lui seul la
+bibliothèque de l'homme des champs. 4 vol. (_Bixio_, éd.) 33 fr. 50
+
+RÉPERTOIRE DES PLANTES UTILES ET DES PLANTES VÉNÉNEUSES DU GLOBE: par
+E.-A. DUCHESNE. 1 gros vol. in-8, imprimé à deux colonnes, sur papier
+colle, avec figures gravées sur bois. (_Bixio_, éd.) Prix: broché, 12
+fr.; franco par la poste. 13 fr. 50
+
+TRAITÉ DE LA CULTURE DU MURIER; par J. CHARREL, pépiniériste à Voreppe
+(Isère). 1 vol. in-8.(_Bixio_, éditeur.) 4 fr..
+
+Sciences
+
+BIBLIOTHÈQUE DES CONNAISSANCES UTILES. (_Paulin_, éd.;)
+
+DES ÉLÉMENTS DE L'ÉTAT, ou Cinq questions concernant la religion, la
+philosophie, la morale et la politique; par L.-A. SEGRETAIN. 2 vol. 7
+f,.
+
+DISCOURS SUR L'ÉTUDE DE LA PHILOSOPHIE NATURELLE; par sir JOHN F.-W.
+HERSCHEL, traduit de l'anglais 1 vol. 3 fr. 50.
+
+EXAMEN DE LA PHRÉNOLOGIE; par M. FLOURENS. 1 volume. 2 fr.
+
+GEORGES CUVIER.--ANALYSE RAISONNÉE DE SES TRAVAUX, précédée de son Éloge
+historique; par M. FLOURENS 1 vol. 3 fr. 50
+
+HISTOIRE DE 1810; par A. VILLEROY, suivie de l'histoire littéraire de
+l'année, par O. N. 1 vol. 3 fr. 50.
+
+HISTOIRE DE 1811; par le même, suivie de l'histoire littéraire de
+l'année, par O. N. 1 vol. 3 fr. 50.
+
+HISTOIRE GÉNÉRALE DES VOYAGES de découvertes maritimes et
+continentales, _depuis les temps les plus reculés jusqu'en 1811_; par
+W.-D. COOLEY, traduite de l'anglais par ADOLPHE JOANNE et OLD-NICK,
+complétée par les expéditions et voyages récents, jusqu'à la dernière
+expédition de M. DUMONT-D'URVILLE, par M. D'AVEZAC 3 vol in-18, format
+anglais. 10 fr. 50.
+
+LE LIVRE DES PROVERBES FRANÇAIS; par LEROUX DE LINCY. 2 vol. 7 fr.
+
+LES MUSÉES D'ITALIE, guide et mémento de l'artiste et du voyageur; par
+LOUIS VIARDOT. 1 vol. 3 fr. 50.
+
+MANUEL DE POLITIQUE; par Y. GUICHARD 1 vol. in-18. 3 fr. 50.
+
+MANUEL D'HISTOIRE ANCIENNE, depuis le commencement du monde jusqu'à
+Jésus-Christ; par le docteur OTT. 1 volume, 3 fr. 50.
+
+MANUEL D'HISTOIRE DE LA PHILOSOPHIE MODERNE; par CHARLES RENOUVIER. 1
+vol. 3 fr. 50.
+
+MANUEL D'HISTOIRE MODERNE, depuis Jésus-Christ jusqu'à nos jours; par le
+docteur OTT. 1 vol. 3 fr. 50.
+
+MOEURS, INSTINCT ET SINGULARITÉ DE LA VIE DES ANIMAUX MAMMIFERES; par P.
+LESSON, correspondant de l'Institut. 1 vol. 3 fr. 50.
+
+RÉSUMÉ ANALYTIQUE DES OBSERVATIONS de FRÉDÉRIC CUVIER, sur
+l'intelligence des animaux. 1 vol. 3 fr.
+
+ERREURS DES MÉDECINS, traduit de l'anglais du docteur DICKSON. 1 vol.
+in-8. (_Amyot_, éd.) 8 fr.
+
+JARDIN DES PLANTES (le), description et moeurs des mammifères de la
+Ménagerie et du Muséum d'histoire naturelle; par M. BOITARD; précédée
+d'une notice historique, anecdotique et descriptive du jardin, par M. J.
+JANIN. Ouvrage illustré et accompagné de 110 sujets de mammifères, et de
+110 culs-de-lampe gravés sur cuivre et imprimés dans le texte; de 50
+grands sujets graves sur bois et imprimés à part à cause de leur
+dimension, et offrant les vues les plus remarquables du Jardin des
+Plantes, les constructions, les fabriques, les monuments, etc.; des
+portraits de Buffon et de G. Cuvier; enfin des planches peintes à
+l'aquarelle représentant des groupes d'oiseaux des deux hémisphères,
+dessinés par MM. WERNER, SUSÉMIHL, EDOUARD TRAVIES, KARL GIRARDET, J.
+DAVID, FRANÇAIS, HIMELY, MARVILLET, etc.; gravures sur bois et sur
+cuivre, par MM. ANDREW, BREST et LELOIR; planches sur acier, par MM.
+FOURNIER ET ANNEDOUCHE. 1 vol. grand in-8, magnifiquement imprimé.
+(_J.-J. Dubochet et Cie_, édit.) L'ouvrage complet. 15 fr.
+
+UN MILLION DE FAITS, Aide-mémoire universel des sciences, des arts et
+des lettres; par M. J. AICARO, l'un des collaborateurs de
+l'_Encyclopédie nouvelle_; DESPORTES; PAUL BERVAIS aide d'histoire
+naturelle au Museum; LÉON LALANNE, ancien élève de l'École
+Polytechnique, ingénieur des ponts-et-chaussées, LUDOVIC LALANNE, élève
+de l'École de Chartres: AUGUSTIN LE PILEUR, docteur en médecine de la
+Faculté de Paris; CHARLES MARTINS, docteur ès-sciences, professeur
+agrégé à la Faculté de médecine de Paris; CHARLES YERGÉ, docteur en
+droit; YOUNG l'un des collaborateurs de _l'Encyclopédie nouvelle._--Un
+fort volume in-12 de 1600 colonnes de texte, renfermant en outre 150
+colonnes pour la table des matières, une table des figures, un index
+alphabétique;--imprime en caractère perle, orné de 500 gravures sur
+bois, et contenant la matière de 12 forts vol. in-8. (_Dubochet et Cie_,
+éd.) Prix, broche. 12 fr.
+
+Arithmétique, algèbre, géométrie élémentaire, analytique et descriptive;
+calcul infinitésimal, calcul des probabilités, mécanique, astronomie,
+météorologie et physique du globe, physique générale, chimie,
+minéralogie et géologie, botanique, anatomie, et physiologie de l'homme,
+hygiène, néologie, arithmétique sociale et statistique, agriculture,
+technologie, commerce, art militaire, sciences philosophiques,
+littérature, beaux-arts paléographie et blason, numismatique,
+chronologie et histoire, philologie, géographie, biographie, mythologie,
+éducation, législation.
+
+SALON 1843. Collection des principaux ouvrages exposés au Louvre et
+reproduits par les premiers artistes français; texte par WILHELM TÉNINT.
+Publié sous la direction de M. Challamel.
+
+Quatre années de publication et de succès ont consacré ces albums où
+tous les tableaux remarquables de chaque exposition se trouvent
+reproduits par de magnifiques gravures ou lithographies, et dont le
+texte est une revue complète, animée, colorée faite à la fois au point
+de vue de l'artiste et de l'homme du monde. Ces albums sont donc une
+véritable histoire de l'art en France, histoire dessinée, histoire
+écrite. Tous les grands noms, toutes les belles oeuvres y figurent; les
+talents nouveaux n'ont qu'un désir, celui d'y être admis. C'est qu'en
+effet une exposition se termine et s'oublie; les tableaux se dispersent,
+l'Album reste.
+
+Rien ne sera négligé pour que l'album de 1843 soit supérieur encore à
+ceux des années 1840, 1841 et 1842.
+
+Cet Album est publié en 16 livraisons La livraison se compose de deux
+dessins et de 4 pages de texte in-4, imprimé avec luxe.--Prix de la
+livraison: 1 fr. 50 c, papier blanc: 2 fr., papier de Chine.--L'ouvrage
+complet: 24 fr., papier blanc; 32 fr. papier de Chine.
+
+ANNÉE 1842, 32 dessins, texte par WILHELM TÉNINT. 24 fr. pap. bl.; 32
+fr., pap. de Ch.--ANNÉE 1841, 52 dessins, texte par le même. 24 fr., pap.
+bl; 32 fr., pap. de Ch.--ANNÉE 1840 texte par Augustin Challamel, prêtée
+par le baron Taylor. 24 fr., pap. bl.; 32 fr., pap. de Ch-ANNÉE 1839,
+texte par LAURENT-JAN, 20 dessins. 20 fr., pap. bl.
+
+Chez CHALLAMEL, éditeur, 1, rue de l'Abbaye, au premier.
+HAUTECOEUR-MARTINET, rue du Coq-Saint-Honoré. GUIAUT frères, marchands
+d'antiquités, 3, boul. des Italiens. Et chez tous les Libraires et
+marchands d'estampes de la France et de l'étranger.
+
+J. HETZEL, Éditeur des SCÈNES DE LA VIE PRIVÉE ET PUBLIQUE DES ANIMAUX,
+rue de Seine, 33.
+
+VOYAGE où IL VOUS PLAIRA.
+
+Avec Vignettes, Notes, Légendes, Commentaires. Incidents et Poésies, par
+MM. TONY JOHANNOT, ALFRED DE MUSSET et P.-J. STAHL. 33 livraisons 30
+c.--Prix de la souscription à l'ouvrage complet: 10 fr.--12 fr. pour les
+départements.
+
+
+
+Modes.
+
+Mars est le mois le plus incertain de toute l'année. Tantôt le soleil
+est chaud et importun, tantôt le vent est aigre et désagréable; il y a
+des femmes qui se sont étudiées à porter en même temps le manchon et la
+marquise avec autant d'habileté qu'elles portent au bal l'éventail et le
+bouquet.
+
+Voici déjà quelques toilettes nouvelles; des robes d'étoffe, garnies sur
+le côté comme les robes du soir; des camails en étoffe garnis de
+falbalas à deux têtes, et des chapeaux avec des agréments légers et
+coquets comme un soleil de printemps. Alexandrine prépare de bien
+charmantes fantaisies pour la grande semaine, nous en causerons un peu à
+l'avance.
+
+UN BAL.
+
+Nous nous trouvons sur le perron d'un joli petit hôtel; à droite et à
+gauche des vestibules s'élève l'escalier en deux branches, réunies à la
+hauteur du premier étage par un second vestibule bordé d'une rampe en
+cuivre poli. Les marches sont couvertes d'un tapis tigré rouge et noir,
+retenu par une tringle en cuivre. Du plafond tombe une masse de lumière,
+formée par trois énormes globes en cristal dépoli, renfermant chacun
+trois becs de lampe, et suspendus par une triple chaîne de cuivre forte
+et brillante.
+
+Des fleurs bordent le mur jusqu'à la porte de l'antichambre, dont
+l'entrée est marquée par deux énormes orangers dans des caisses de
+laque. La lumière tombe sur les fleurs et les éclaire avec coquetterie.
+
+Partout ce sont des fleurs odorantes, en pyramides supportant des
+bougies, en massifs dans des jardinières, en arbustes isolés dans de
+précieux vases de la Chine. Devant une cheminée est un vase gigantesque
+en porcelaine craquelée, à ailes de chimères, d'où s'élève un gardénia,
+fleur verdâtre au feuillage luisant et foncé.
+
+Traversons une bibliothèque, en tournant le grand salon, pour visiter,
+avant l'arrivée de la foule, le petit boudoir où l'on jouera. Un écarté,
+un whist, une bouillotte, y sont disposés, l'écarté à une table
+renaissance, le whist à une table de jeu en palissandre sculpté, la
+bouillotte éclairée par des flambeaux à deux branches, sur une table
+couverte d'un tapis de velours.
+
+Un canapé à estrade, en palissandre et satin cerise, s'élève dans une
+niche tendue et drapée en satin cerise doublé de blanc, sont garnis de
+hautes franges tordues en soie de deux couleurs.
+
+Dans chaque panneau est suspendu, à des cordages à gros glands, un
+miroir de Venise dans son cadre doré.
+
+Entrons maintenant au salon de réception, éclairé par un lustre d'or à
+figures pittoresques et gracieuses. Sur les tentures d'étoffe vert
+d'eau, se détachent des masses de fleurs et de lumière: les rideaux de
+quinze-seize rayé, relevés d'un côté, laissent voir le rideau de dessous
+en mousseline brodée d'or, et les petits rideaux de tulle, imitation de
+dentelle.
+
+Près de la cheminée, en marbre blanc, où des fleurs remplacent le feu,
+voyons la maîtresse de la maison souriant gracieusement aux invités,
+jouant avec son énorme bouquet, si énorme qu'elle semble fatiguée de le
+porter. Sa toilette élégante affecte une somptuosité luxueuse. Madame de
+C est habillée d'une robe en taffetas d'Italie rose turc; son corsage,
+couvert d'une mantille très-tombante, en guipure; ses bras nus, couverts
+jusqu'aux poignets de gantelets de peau, sont entourés de trois ou
+quatre bracelets, seuls bijoux qu'elle porte; dans ses cheveux, une
+barbe de point d'Angleterre attachée près des oreilles avec de grosses
+émeraudes entourées de perles.
+
+Vers onze heures, se presse et se coudoie une foule élégante, qui répand
+dans l'air un suave parfum. L'orchestre mélodieux fait entendre les
+délicieux motifs qui rappellent nos meilleurs opéras.
+
+Madame de C. s'était approchée avec beaucoup de déférence d'un homme à
+la physionomie grave et fine, en lui disant: «Eh bien! M. le comte,
+comme vous voilà seul!--C'est que personne ne me cherche, répondit-il,
+on ne me reconnaît plus, et je ne reconnais moi-même plus personne au
+milieu de ces danseuses dont j'admire la plupart. Voulez-vous m'en
+nommer quelques-unes?
+
+--Devant nous, en robe de crêpe blanc, avec un diadème de rubis et
+diamants, est la duchesse de P. Je ne sais pourquoi elle a réformé ses
+masses de boucles blondes; peut-être est-ce la cause que vous ne la
+reconnaissez pas. Rien ne transforme une personne comme un changement
+complet de coiffure. C'est presque un déguisement.
+
+«La marquise de P. est toujours belle. C'est elle qui est coiffée en
+oeillets rouges et violettes de Parme.
+
+«Voyez passer madame D. en robe blanche, avec des agrafes de feuillage.
+Elle a mis de la verdure à son corsage, à ses manches, dans ses cheveux,
+comme une autre eût mis ses bijoux.
+
+--Ici, près de moi, dit l'interlocuteur, quelles sont ces deux jolies
+personnes qui causent ensemble?
+
+--C'est madame de B. et madame O. Madame de B. a une robe en tulle
+blanc, garnie sur les côtés de camélias rouges; madame O. a la robe de
+satin bleu de ciel, garnie de dentelle et de diamants.
+
+--Là, n'est-ce pas madame L. que je vois si simple, avec cette petite
+couronne de jeune fille? son mari a-t-il donc diminué le budget de la
+toilette?
+
+--Cette simplicité n'est pas réelle au fond, et, pour nous autres
+femmes, madame L. a une toilette fort chère. Elle vient de Constantin,
+je la reconnais; les fleurs qui relèvent ses trois jupes, qui attachent
+ses manches et son corsage, et la guirlande dont elle est coiffée,
+coûtent bien cinquante écus. C'est fort cher, quand, comme madame L., on
+ne porte pas une toilette plus de deux fois.
+
+«Maintenant si vous voulez que je vous conduise dans ce petit salon de
+jeux, vous pouvez dire bonsoir à madame de T., que vous voyez là,
+coiffée de gaze citron et argent, en robe de velours violet. Regardez la
+jolie jeune fille devant laquelle vous allez passer, comme elle est bien
+mise avec cette profusion de cheveux noirs, dans lesquels on a mêlé des
+fleurs naturelles comme au hasard.»
+
+Le petit salon était moins encombré par les joueurs. Les danseuses y
+venaient par moments se reposer de la foule, c'était un charmant coup
+d'oeil que cette lanterne magique, où passaient de gracieuses têtes
+couronnées de fleurs, apparaissant comme pour se montrer dans ce lieu
+retiré, et dire: «Je vous apporte ma toilette à voir, et je retourne à
+ce bruit qui est mon plaisir.»
+
+Les bouquets à la main finissent, à la fin d'une soirée, par semer leurs
+débris sur le parquet, et les femmes écrasent de leurs petits pieds
+chaussés de satin les roses et les violettes. Les fleurs naturelles sont
+portées avec élégance: il sort chaque jour plus de couronnes montées du
+passage de l'Opéra, où Lemoine s'est illustré, que de pots de jacinthes
+et de bruyères.
+
+C'est une mode charmante; la nature s'harmonise dans toutes ses parties,
+et les leurs, vraies, sont douces au visage.
+
+
+ Mercuriales.
+
+ HALLE AUX CRAINS.
+ FARINES.--Les 100 kilogrammes.
+ lere qualité. ..... 32 à 34f. Arrivages...... 4 432 q. 70 k.
+ 2e id........... 30 à 31 30 Ventes............ 4,403 24
+ 3e id........... 23 à 27 Restant à la halle. 26,130 01
+ 4e id........... 17 à 22
+ Cours moyen du jour, 31 f. 60c.--De la taxe, 31 f. 56 c.
+
+ GRAINS.--L'hectolitre.
+ Froment................. 18 f. 0 c.. à 20f. 65c.
+ Seigle.................. 9 10 35
+ Orge.................... 13 14 35
+ Avoine.................. 10 11 35
+ Sarrasin ............... 9 55 10 --
+
+ MARCHE DE POISSY.--9 Mars.
+ Amené. Vendu Poids m. Le kilogramme.
+ sur pied
+
+ Boeufs.... 1,554 1,474 339 k. 1f. 2c. 1f. 20 c. 1f. 0c
+ Vaches.... 107 107 228 1 16 1 80
+ Veaux..... 641 641 92 1 76 1 60 1 41
+ Moutons... 6,198 6,198 23 1 48 1 50 1 12
+
+ MARCHE DE SCEAUX.--13 Mars.
+ Boeufs.... 1,422 1,561 540 1 22 1 12 1 04
+ Vaches.... 160 130 225 1 12 90 72
+ Veaux..... 392 384 65 1 72 1 54 1 54
+ Moutons... 7,663 6,809 22 1 42 1 26 1 04
+
+ MARCHÉ AUX CHEVAUX.--8 Mars.
+ Il a été amené 538 chevaux, dont:
+ De selle et de cabriolet... 112 Vendu 131, savoir:
+ De trait................... 257 De 140 à 700 fr........ 24
+ Hors d'âge................. 147 De 260 à 1,010........... 49
+ Non classés................ 22 De 40 à 510........... 36
+ Vendu aux enchères:
+ De 50 à 310 fr........... 22
+
+ MARCHÉ AUX FOURRAGES.--3 Mars.
+ Enfer. Saint-Martin. Saint-Antoine.
+ Foin, 1ere qualité 79 à 80 f. 76 à 78 f.
+ Paille de blé, id. 52 à 53 53 à 54. 52 à 54
+
+ VACHES GRASSES.--La Chapelle-Saint-Denis.--11 Mars.
+ Amené 112 vaches....... Vendu 108 de 1 f. 08c. à 88c. le kilogramme.
+ Amené 18 taureaux..... Vendu 18 de 1 80 id.
+
+ VACHES LAITIERES. Amené. Vendu.
+ La Maison-Blanche........ 11 mars. 48 23 210 à 450 f.
+ La Chapelle-Saint-Denis.. 14 mars. 90 39 240 à 259
+
+ MARCHÉ AUX SUIFS.
+ Environ 1 fr. de baisse.
+ Suif de place, les 50 kilos............ 56 f. à 57 f.
+ Suif en branches, id................ 44 à 45
+ Suif de Russie, sans acheteurs, 57 50 à 58
+ Peu d'affaires; de la tendance encore à la baisse.
+
+ BULLETIN COMMERCIAL,--MARCHÉS ÉTRANGERS.
+ BRUXELLES.--10 Mars 1843.
+ Froment nouveau, l'hectolitre............ 19 f. 30 c.
+ -- étranger id.............. 17 50
+ Seigle nouveau, id.............. 13 77
+ Orge nouvelle, id.............. 11 24
+ Avoine, id.............. 8 05
+ Graine de colza, id.............. 23 12
+ -- de lin, id.............. 17 68
+ -- -- de Riga la tonne. 52 65
+ Semences de trèfle, le kilog............ 95
+ Beurre de la Campine, id............... 1 70
+
+ PRIX MOYEN DU FROMENT ET DU SEIGLE.
+
+ Du Lundi 27 Février au Samedi 4 Mars 1843.
+ Marchés régulateurs. Froment. Hectol. Seigle. Hectol.
+
+ Avlon............. 21 f. 26 c.. 17 f. 25 c.
+ Anvers............ 20 49 17 15
+ Bruges............ 18 53 13 27
+ Bruxelles......... 19 84 14 20
+ Gand.............. 18 71 12 69
+ Hasselt........... 20 10 11 60
+ Liège............. 19 06 14 58
+ Louvain........... 20 15 14 52
+ Namur............. 20 09 15 57
+ Mons.............. 19 33 12 52
+ Prix moyen pour tout le royaume... 19 62 ........ 14 18
+ Le froment reste soumis au droit d'entrée de 37 f. 50 c, et le seigle
+ à celui de 21 f. 50 c. les 1,000 kilogrammes.
+ Le droit de sortie sur l'une et l'autre céréale reste fixé à 25 c. les
+ 1,000 kilogrammes.
+
+ HASSELT.--7 Mars.
+ Froment, l'hectolitre 20 f. Avoine, l'hectol. 7 f. 60
+ Seigle id. 14 10 Beurre, le kil. 1 80
+ Orge, id. 10 60 Genièvre, l'hectol. 66
+ Sarrasin id. 12 50
+
+ LOUVAIN.--10 Mars.
+ Froment, 1ere quai., l'hect. 20 85 Sarrasin, l'hectoll. 12 08
+ 2e qual.. id. 18 93 Graine de colza, id. 25 48
+ Seigle, 1ere qual. id. 13 09 -- de trèfle, le kil. 85
+ -- 2e quai., id. 14 51 Genièvre, l'hectol. 35
+ Avoine pour fourrage, id. 7 Beurre, 1ere qual.
+ le kilog. 1 80
+ Orge d'hiver, id. 12 08
+
+ GAND.--10 Mars.
+ Froment blanc, l'hectol. 18 54 Escourgeon, l'hectol. 11 15
+ -- roux, id.... 18 03 Pommes de terre, les 100 k. 6
+ Méteil, id... 15 42 Tonneaux de lin. id. 15
+ Sarrasin, id. 12 50 -- de navette, id. 1 11
+
+ ANVERS.--10 Mars.
+ Graine de trèfle rouge, le k. 88 Seigle de France, l'hecto. 15 08
+ -- -- blanc, id. 80 Orge du pays, id. 11 65
+ -- de chanv. de Riga id. 30 Avoine à brasser, id. 8 5
+ Froment étranger, roux et Fèves à chevaux. 10 58
+ blanc l'hectol. 18 67 Houblon d'Angleterre, les
+ Seigle indigène, id. 13 65 100 kil. 70
+
+ TERMONDE.--6 Mars.
+ Froment nouveau, l'hectol. 10 50 Huile de colza, jaune. 10 71
+ Seigle, id 13 50 -- de lin, id. 14 65
+ Escourgeon id 10 50
+
+ AMSTERDAM.--8 Mars.
+ Huile de colza, la tonne.............. 68 25
+ -- de lin, id..................... 66 40
+ -- de chanvre, id................. 67 75
+
+
+
+Correspondance
+
+Nous sommes obligés, faute d'espace, d'ajourner à la prochaine livraison
+nos réponses aux lettres qui nous sont parvenues depuis huit jours. Nous
+avons répondu directement à celles qui ne pouvaient souffrir aucun
+retard.
+
+
+
+EXPLICATION DU DERNIER RÉBUS.
+DEUXIÈME LIVRAISON.
+
+La colère (la colle R) est un grand vilain défaut.
+
+[Illustration: Rébus.]
+
+
+ON S'ABONNE chez les Directeurs des postes rt des messageries, chez tous
+les Libraires, et en particulier chez tous les _Correspondants du
+Comptoir central de la Librairie._
+
+A Londres, chez J. Thomas, 1, Finch Lane, Cornhill.
+
+JACQUES DUBOCHET
+
+
+
+Paris--Typographie SCHNEIDER, et LANGRAND, rue d'Erfurth, 1.
+
+
+
+
+
+
+
+
+
+End of Project Gutenberg's L'Illustration, No. 0003, 18 Mars 1843, by Various
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+*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK L'ILLUSTRATION, NO. 0003, 18 MARS 1843 ***
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+things that you can do with most Project Gutenberg-tm electronic works
+even without complying with the full terms of this agreement. See
+paragraph 1.C below. There are a lot of things you can do with Project
+Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this agreement
+and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm electronic
+works. See paragraph 1.E below.
+
+1.C. The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the Foundation"
+or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection of Project
+Gutenberg-tm electronic works. Nearly all the individual works in the
+collection are in the public domain in the United States. If an
+individual work is in the public domain in the United States and you are
+located in the United States, we do not claim a right to prevent you from
+copying, distributing, performing, displaying or creating derivative
+works based on the work as long as all references to Project Gutenberg
+are removed. Of course, we hope that you will support the Project
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+1.E.9.
+
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+must comply with both paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 and any additional
+terms imposed by the copyright holder. Additional terms will be linked
+to the Project Gutenberg-tm License for all works posted with the
+permission of the copyright holder found at the beginning of this work.
+
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+License terms from this work, or any files containing a part of this
+work or any other work associated with Project Gutenberg-tm.
+
+1.E.5. Do not copy, display, perform, distribute or redistribute this
+electronic work, or any part of this electronic work, without
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+active links or immediate access to the full terms of the Project
+Gutenberg-tm License.
+
+1.E.6. You may convert to and distribute this work in any binary,
+compressed, marked up, nonproprietary or proprietary form, including any
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+posted on the official Project Gutenberg-tm web site (www.gutenberg.org),
+you must, at no additional cost, fee or expense to the user, provide a
+copy, a means of exporting a copy, or a means of obtaining a copy upon
+request, of the work in its original "Plain Vanilla ASCII" or other
+form. Any alternate format must include the full Project Gutenberg-tm
+License as specified in paragraph 1.E.1.
+
+1.E.7. Do not charge a fee for access to, viewing, displaying,
+performing, copying or distributing any Project Gutenberg-tm works
+unless you comply with paragraph 1.E.8 or 1.E.9.
+
+1.E.8. You may charge a reasonable fee for copies of or providing
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+that
+
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+ the use of Project Gutenberg-tm works calculated using the method
+ you already use to calculate your applicable taxes. The fee is
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+ has agreed to donate royalties under this paragraph to the
+ Project Gutenberg Literary Archive Foundation. Royalty payments
+ must be paid within 60 days following each date on which you
+ prepare (or are legally required to prepare) your periodic tax
+ returns. Royalty payments should be clearly marked as such and
+ sent to the Project Gutenberg Literary Archive Foundation at the
+ address specified in Section 4, "Information about donations to
+ the Project Gutenberg Literary Archive Foundation."
+
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+ you in writing (or by e-mail) within 30 days of receipt that s/he
+ does not agree to the terms of the full Project Gutenberg-tm
+ License. You must require such a user to return or
+ destroy all copies of the works possessed in a physical medium
+ and discontinue all use of and all access to other copies of
+ Project Gutenberg-tm works.
+
+- You provide, in accordance with paragraph 1.F.3, a full refund of any
+ money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the
+ electronic work is discovered and reported to you within 90 days
+ of receipt of the work.
+
+- You comply with all other terms of this agreement for free
+ distribution of Project Gutenberg-tm works.
+
+1.E.9. If you wish to charge a fee or distribute a Project Gutenberg-tm
+electronic work or group of works on different terms than are set
+forth in this agreement, you must obtain permission in writing from
+both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and Michael
+Hart, the owner of the Project Gutenberg-tm trademark. Contact the
+Foundation as set forth in Section 3 below.
+
+1.F.
+
+1.F.1. Project Gutenberg volunteers and employees expend considerable
+effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread
+public domain works in creating the Project Gutenberg-tm
+collection. Despite these efforts, Project Gutenberg-tm electronic
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+corrupt data, transcription errors, a copyright or other intellectual
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+the defective work may elect to provide a replacement copy in lieu of a
+refund. If you received the work electronically, the person or entity
+providing it to you may choose to give you a second opportunity to
+receive the work electronically in lieu of a refund. If the second copy
+is also defective, you may demand a refund in writing without further
+opportunities to fix the problem.
+
+1.F.4. Except for the limited right of replacement or refund set forth
+in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS' WITH NO OTHER
+WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT LIMITED TO
+WARRANTIES OF MERCHANTIBILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE.
+
+1.F.5. Some states do not allow disclaimers of certain implied
+warranties or the exclusion or limitation of certain types of damages.
+If any disclaimer or limitation set forth in this agreement violates the
+law of the state applicable to this agreement, the agreement shall be
+interpreted to make the maximum disclaimer or limitation permitted by
+the applicable state law. The invalidity or unenforceability of any
+provision of this agreement shall not void the remaining provisions.
+
+1.F.6. INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the
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+with this agreement, and any volunteers associated with the production,
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+harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees,
+that arise directly or indirectly from any of the following which you do
+or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
+work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
+Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.
+
+
+Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm
+
+Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
+electronic works in formats readable by the widest variety of computers
+including obsolete, old, middle-aged and new computers. It exists
+because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
+people in all walks of life.
+
+Volunteers and financial support to provide volunteers with the
+assistance they need, are critical to reaching Project Gutenberg-tm's
+goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
+remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
+Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
+and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
+To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
+and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
+and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.
+
+
+Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive
+Foundation
+
+The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
+501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
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+Project Gutenberg's L'Illustration, No. 0003, 18 Mars 1843, by Various
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+This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
+almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
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+with this eBook or online at www.gutenberg.org
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+Title: L'Illustration, No. 0003, 18 Mars 1843
+
+Author: Various
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+Release Date: August 30, 2010 [EBook #33590]
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+Language: French
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+*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK L'ILLUSTRATION, NO. 0003, 18 MARS 1843 ***
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+Produced by Rénald Lévesque
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+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/001.png"></p>
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+
+<div class="sml">
+
+<p class="lef">Ab. pour Paris.--3 mois, 8 fr.--6 mois, 16 fr.--Un an, 30 fr.<br> Prix de
+chaque Nº, 75 c.--La collection mensuelle br., 2 fr. 75.</p>
+
+<p class="rig">Ab. pour les Dép.--3 mois, 9 fr.--6 mois, 17 fr.--Un an. 32 fr.<br> Ab. pour
+l'étranger. 3 mois, 10 fr.--6 mois, 20 fr.--Un an 40 fr.</p>
+</div><br><br><br>
+
+<p class="mid">Nº 3. Vol. I.--SAMEDI 18 MARS 1843. Bureaux, rue de Seine, 33.</p>
+
+<hr class="full">
+
+<div class="somm">
+<p class="mid">SOMMAIRE.</p>
+
+<p><b>Tremblement de terre de la Guadeloupe.</b>--Destruction de la
+Pointe-a-Pitre.--Vue de la Pointe-a-Pitre.--Carte de la
+Guadeloupe.--<b>Courrier de Paris</b>.--Dernier bal de l'Hôtel-de-Ville.--Vue
+du bal.--<b>Revue algérienne</b>.--Portrait du général de La
+Mauricière.--Retour à Cherchel: Passage d'un torrent.--<b>Manuscrits de
+Napoléon</b>. Deuxième lettre sur la Corse.--<b>Théâtre de l'Opéra.</b> Première
+représentation de Charles VI;--le Cortège au troisième acte;--dernière
+décoration au cinquième acte;--Costume de Charles VI; Barroithet,
+--d'Odette (madame Stoltz),--d'Isabeau (madame Borus)--du dauphin
+(Duprez).--<b>Cours publics</b> (suite): MM. Patin,--Egger,--l'abbé
+Coeur,--Michelet--Simon, etc.--Espartero (fin): Son
+portrait.--<b>Translation de l'épée d'Austerlitz</b> (avec vignettes).
+--<b>Beaux-Arts</b>.--Stastistiques des Expositions depuis 1800,--Ouverture du
+Salon (avec gravure)--Coup d'oeil général.--<b>Bibliographie</b>
+étrangère.--<b>Annonces</b>.--<b>Modes</b> (avec vignette).--<b>Mercuriales</b>.--Rébus.</p>
+</div>
+
+
+<h4>Tremblement de terre aux Antilles.</h4>
+
+<p class="mid">DESTRUCTION DE POINTE-A-PITRE.</p>
+
+<p>Une de ces calamités terribles qui depuis quelque temps surtout,
+viennent jeter le deuil et l'effroi parmi les peuples, a frappé une fois
+encore la France dans sa plus florissante colonie.</p>
+
+<p>Le 8 février dernier, neuf mois, jour pour jour, après le désastre du
+chemin de fer de Versailles et l'incendie de Hambourg, un tremblement de
+terre a violemment secoué les îles des Antilles. La ville de la
+Pointe-a-Pitre, la plus populeuse et la plus riche de la Guadeloupe, a
+été instantanément renversée de fond en comble. Nous avons réuni à part,
+et nous donnons plus loin les détails de cette affreuse catastrophe
+d'après les correspondances publiées par la presse quotidienne et
+d'après les lettres qui nous ont été communiquées.</p>
+
+<p>Le tremblement de terre a duré soixante-dix secondes. Ce qui n'est qu'un
+instant fugitif, ce qui ne suffit à rien quand la vie est heureuse et
+occupée, a suffi là pour ravager une ville entière, l'incendier sur tous
+les points, engloutir une population nombreuse. Ce que la secousse avait
+épargné, un autre fléau est venu aussitôt le détruire: pendant quatre
+jours, l'incendie a dévoré tout ce qui gisait sous ces décombres, hommes
+et maisons. Chose étrange! il n'est resté debout au milieu de ces débris
+qu'une horloge marquant 10 heures 35 minutes instant auquel le fléau est
+venu brusquement surprendre la ville et l'anéantir. Combien le génie de
+la destruction et du mal a plus de puissance et de vigueur que le génie
+de la création et du bien! La terre s'entr'ouvre et vomit en un moment
+la désolation et la mort; il faut, au contraire, que l'homme la déchire
+péniblement pour en faire sortir l'abondance et la vie!</p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/001a.png"><br><b><span class="sml">(Destruction de la Pointe-a-Pitre par un tremblement de
+terre, le 8 février 1843, à 10 heures 35 minutes du matin.--Ce dessin a
+été composé sur les indications de M Lemonnier de la Croix, qui a été
+pendant dix années ______voyer à la Pointe-a-Pitre et qui n'est de
+retour en France que depuis deux années seulement. Nous devons à
+l'obligeance de cet artiste un plan de la ville très-détaillé
+très-étendu; nous le publierons dans notre prochaine livraison.)</span></b></p>
+
+<p>Mais est-il besoin d'arrêter ici notre pensée sur les détails de cet
+horrible désastre? N'est-ce pas assez que, dés notre début, nous ayons à
+écrire en tête de notre Journal, à qui nous avions rêvé un autre
+baptême, ces réflexions pleines de tristesse?</p>
+
+<p>Ne vaut-il pas mieux raconter tous les courageux efforts, tous les élans
+spontanés, tous les mouvements généreux qui, là-bas comme ici, ont
+accueilli la fatale nouvelle? Ne vaut-il pas mieux applaudir aux mesures
+prises spontanément pour remédier aux maux remédiables, rappeler les
+dévouements inspirés pour le secourir, et raviver ainsi la confiance et
+l'espoir, au lieu d'alimenter la consternation et la tristesse?</p>
+
+<p>Hâtons-nous de le dire: partout, aux Antilles comme en France, la triste
+nouvelle a fait battre tous les coeurs, réveillé toutes les sympathies.
+La Martinique, si cruellement ravagée elle-même il y a quatre ans, en
+sentant le sol trembler de nouveau, avait deviné le malheur immense; on
+y attendait les nouvelles impatiemment, avec angoisse. On signale un
+navire enfin, et son pavillon est en berne; aussitôt des secours
+s'organisent; argent, pain, vêtements, provisions, tout est offert, tout
+est accueilli, et un premier navire part aussitôt chargé de ces premiers
+secours.</p>
+
+<p>A Saint-Pierre, à Fort-Royal, partout, la population a été admirable, et
+l'autorité coloniale a régularisé, dirigé les efforts communs avec
+intelligence et activité.</p>
+
+<p>«J'implore la France, écrivait l'amiral Gourbeyre, gouverneur de la
+Guadeloupe, sur les ruines mêmes de la Pointe-a-Pitre; elle
+n'abandonnera pas une population toute française; elle ne délaissera pas
+les veuves et les orphelins que ce grand désastre vient de plonger dans
+la plus profonde misère!»</p>
+
+<p>La France n'a pas fait défaut à cet appel. Chaque famille, chacun de
+nous, semblait atteint par ce malheur et voulait le secourir. Les
+Chambres, le gouvernement, ont pris aussitôt les premières et les plus
+urgentes mesures. Des navires voguent en ce moment vers la Guadeloupe,
+et portent à ce malheureux pays de l'argent, des vivres, des vêtements.
+Des souscriptions se sont organisées en tous lieux, et une commission,
+présidée par le ministre de la marine, est chargée de centraliser les
+fonds et d'en assurer l'emploi. Les écoles publiques, le commerce, la
+garde nationale, la presse, le clergé, la France enfin tout entière a
+obéi à ce généreux entraînement.</p>
+
+<p>C'est un beau, c'est un touchant spectacle. Quand ces grands fléaux
+viennent changer la face du globe et épouvanter la race humaine, nous
+nous demandons avec effroi si c'est une justice voilée et inaccessible à
+notre faiblesse, qui vient foudroyer ainsi des populations entières,
+engloutir des cités opulentes. Nous ne savons quelles grandes erreurs,
+quels grands crimes ces désastres épouvantables, qui semblent frapper au
+hasard, ont pour mission d'expier. Il y a là une sombre et mystérieuse
+énigme dont nul ne sait le mot. Mais ce que nous savons, c'est qu'il ne
+suffit pas alors de s'incliner sous la puissance qui terrasse, c'est
+qu'il ne suffit pas de gémir, car c'est au milieu de ces douleurs
+solennelles que l'âme s'agrandit, que le coeur s'enthousiasme et se
+passionne. Nous ne savons point le but de ces épreuves terribles
+imposées ainsi à notre race, mais nous sentons que ces calamités
+rapprochent les membres épars de la famille humaine. Quand nos coeurs
+saignent avec ceux de nos frères lointains, n'est-ce rien que ce lien
+nouveau, cette solidarité profonde qui nous unit à eux? N'est-ce pas
+notre vie, qui se confond dans ces moments suprêmes avec celle de tous
+les hommes et de tous les peuples? Ces hommes sans famille et sans toit
+auxquels nous ne songions pas hier, ne sont-ils pas nos frères
+aujourd'hui? leur douleur n'est-elle pas la nôtre? Notre bien-être, nos
+sympathies, tout ce que nous avons de courage, d'amour et d'espoir,
+n'est-il pas à eux?</p>
+
+<p>Je ne sais, mais dans ces émotions populaires, à l'aspect des plus
+tristes catastrophes qui font vibrer toutes les libres généreuses,
+toutes les nobles passions, il me semble voir un bien immense, à côté de
+maux irréparables. Et chaque fois que le monde est ainsi frappé, en
+quelque lieu que ce soit, à Hambourg comme à la Guadeloupe, les
+sympathies de la France, il faut le dire avec orgueil, s'éveillent et
+s'élancent avant toutes les autres. Oui, notre France est vraiment une
+terre privilégiée! Elle peut bien s'amoindrir dans des débats stériles,
+dans des discussions vaines, dans des intérêts étroits; mais qu'une
+grande chose l'atteigne, gloire ou désastre, soudain elle se relève
+fière, intelligente et bonne; elle bat des mains avec enthousiasme ou
+elle tend ses bras avec amour, et les nations comprennent alors pourquoi
+elle est la première entre toutes, celle-là où éclatent si soudainement
+les religieuses sympathies et les mouvements généreux.</p>
+
+<p>Nul doute que la frégate à vapeur <i>le Gomer</i>, qui a porté en France la
+nouvelle du désastre et qui va repartir bientôt pour la Guadeloupe, en
+apprenant à ce malheureux pays la part unanime que la France prend à sa
+ruine, les ressources qu'elle lui consacre, n'inspire à nos
+compatriotes, non-seulement la confiance dans la mère-patrie, mais aussi
+l'énergie active qui crée avec des débris, et enfante par le travail des
+richesses nouvelles.</p>
+
+<p>Déjà, une fois, un incendie terrible avait réduit presque entièrement en
+cendres cette malheureuse ville, c'était en 1780. De ses premiers
+décombres était sortie, plus populeuse, plus régulière, plus élégante et
+plus riche la ville que le tremblement de terre vient de détruire. Avec
+l'aide de la France, avec l'industrieuse activité de ses habitants,
+espérons qu'un jour une troisième ville, gardienne pieuse du tombeau où
+dorment la mére et l'aïeule, s'élèvera florissante et radieuse sur ces
+débris désolés. Les moissons ne germent-elles pas plus vigoureuses et
+plus abondantes au sein des terres calcinées? N'est-ce pas la loi de la
+nature qu'il en soit ainsi? Est-ce que la vie ne sort pas éternellement
+jeune et féconde des bras mêmes de la destruction et de la mort?
+Espérance et courage!</p>
+
+<h4>DÉTAILS SUR LE DÉSASTRE DE LA POINTE-A-PITRE.--MOUVEMENTS SPONTANÉS DE
+DÉVOUEMENT ET DE SYMPATHIE AUX ANTILLES ET EN FRANCE.</h4>
+
+<p>La Pointe-a-Pitre, bâtie en 1763, reçut alors le nom de <i>Morne
+Renfermé;</i> dix-sept ans plus tard, un incendie la réduisit en cendres.
+Sur les débris de cette première ville, s'éleva bientôt une cité
+élégante, régulière, qui, à force de travail et d'industrie, devint
+bientôt la ville la plus florissante de nos colonies des Antilles. Un
+désastre, auquel le premier n'avait rien de comparable, vient de plonger
+cette ville dans le néant.</p>
+
+<p>Le 8 février dernier, à dix heures trente-cinq minutes du matin, par un
+temps magnifique, le thermomètre ne marquant que 22 degrés, un
+grondement souterrain, qui ébranlait le sol avec fracas, a jeté
+l'épouvante parmi les populations de la Martinique et de la Guadeloupe.
+Cette première île, qu'un fléau semblable avait bouleversée en 1839, a
+peu souffert cette fois; mais la Guadeloupe, si belle, si riche, si
+animée, si vivante naguère, n'offre plus qu'un spectacle de ruine et de
+désolation; la Pointe-a-Pitre a été foudroyée en une minute, et
+l'incendie qui s'est emparé de ces décombres a achevé l'oeuvre de
+destruction et de mort; d'immenses crevasses d'où jaillissaient des
+torrents d'eau, de flammes et de fumée, ont englouti des milliers de
+victimes.</p>
+
+<p>Les correspondances privées, dont la presse quotidienne a reproduit les
+passages les plus remarquables, essayent vainement de donner une idée de
+cet horrible désastre. C'est qu'en effet nulle description n'est
+possible en présence d'un aussi immense malheur. Nous avons lu tout ce
+que les journaux ont reproduit et plusieurs lettres déchirantes qui nous
+ont été communiquées. Ce sont des cris d'angoisse et de douleur qui ont
+trouvé en France un généreux écho; mais il faut renoncer à décrire de
+pareilles scènes, les cris et le désespoir de deux mille personnes
+blessées, sans famille, sans asile, sans pain, en présence de ces débris
+fumants, tombe immense ouverte tout à coup sous une ville entière.</p>
+
+<p>Nous ne connaissons pas encore le nombre des morts; mais il s'élève
+certainement à plus de deux mille. On évalue à trente millions la perte
+des marchandises et à quarante millions la destruction des immeubles.
+Tous les papiers officiels, états civils, archives, actes notariés,
+valeurs, correspondances, tout est perdu.</p>
+
+<p>La principale industrie du pays est détruite; sur cinquante-six moulins
+à sucre, établis aux environs de la Pointe-a-Pitre, il n'en est resté
+que trois; la récolte de cannes sur pied est en partie perdue; la ville
+du Moule détruite déplore la mort de trente habitants; les campagnes ont
+eu leur part de cette affreuse calamité; les bourgs de Saint-François,
+Saint-Anne, le Port-Louis, l'Anse-Bertrand, Sainte-Rose, ont été
+renversés. La Basse-Terre, les Saintes et tous les quartiers sous le
+vent, ont considérablement souffert<a id="footnotetag1" name="footnotetag1"></a>
+<a href="#footnote1"><sup class="sml">1</sup></a>; mais tout s'efface devant le
+désastre plus irréparable de la Pointe-a-Pitre.</p>
+
+<blockquote class="footnote">
+<a id="footnote1" name="footnote1"><b>Note 1: </b></a>
+<a href="#footnotetag1">
+(retour) </a>: Rapport du gouverneur de la Guadeloupe, 9 février.</blockquote>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/002.png"><br><span class="sml"><b>(Vue de la grande rade de la Pointe-a-Pitre, d'une partie
+de la ville avant le désastre, et de la Soufrière,<br>d'après un dessin de
+M. Garneray.)</b></span></p>
+
+<p>Le contre-amiral Gourbeyre, gouverneur de la Guadeloupe, dont la
+résidence est à la Basse-Terre, a rempli avec énergie et avec coeur sa
+triste mission. Il s'est rendu aussitôt à la Pointe-a-Pitre; entouré des
+fonctionnaires de la colonie, il a dirigé avec intelligence, avec
+activité, les premiers secours, Partout il a ranimé le courage des
+malheureux échappés à cette tempête; il leur a parlé de la France, il
+leur a promis son aide toute-puissante; il a enfin rassuré l'ordre au
+milieu de ces tristes débris; car, il faut bien le dire, il s'est trouvé
+des misérables qui ont pénétré au milieu de ces ruines désolées, qui ont
+foulé aux pieds les morts et les blessés pour se livrer au pillage;
+mais, hâtons-nous de le dire, ce n'étaient ni des Français, ni des
+nègres; ceux-ci, au contraire, ont été admirables de dévouement, et on
+cite d'eux des traits touchants: un vieux nègre porte à l'offrande
+commune tout son pécule, une pièce de cinq sous, suppliant qu'on lui en
+rende deux pour acheter du pain.</p>
+
+<p>«Notre infortune est grande, dit l'amiral Gourbeyre, dans une
+proclamation écrite sur les ruines mêmes de la Pointe-a-Pitre, mais
+toute ressource n'est pas détruite. Il faut sauver les récoltes encore
+sur pied. Dans les débris des usines abattues, vous trouverez les pièces
+nécessaires pour en relever quelques-unes. Réunissez vos efforts,
+portez-les successivement sur les moulins qui ont le moins souffert, sur
+ceux qui, par leur position, peuvent servir plusieurs habitations, et
+bientôt vos produits, livrés aux navires qui les attendent, vous
+donneront les moyens de traverser moins péniblement ces longs mois qui
+doivent nous séparer du jour où la générosité nationale viendra à notre
+secours. C'est ainsi que vous allégerez pour vos familles le poids de la
+misère que vous avez envisagée sans effroi et que vous supportez avec
+une noble résignation.» C'est là un beau et noble langage.</p>
+
+<p>Les premiers secours sont arrivés très-rapidement de la Martinique, qui
+s'est émue tout entière au récit de la catastrophe. La première lettre
+reçue de la Pointe-a-Pitre fut lue publiquement sur la savane, devant
+plus de deux mille personnes: «On se l'arrachait, dit un correspondant,
+on s'excitait à la bienfaisance et à la générosité comme chez d'autres
+peuples on s'excite à la vengeance, et les résultats ont été
+magnifiques.» En effet, à Saint-Pierre comme à Fort-Royal, la population
+a prodigué d'utiles secours. Linge, vêtements, argent, vivres, chacun
+donnait ce qu'il avait, et des barques chargées partaient pour la
+Guadeloupe, par des hommes dévoués, qui allaient porter à leurs frères
+l'espérance et la consolation.</p>
+
+<p>Le gouverneur de la Martinique, M. Duval-d'Aily, a régularisé ce
+généreux élan de la population; les secours ont été centralisés, une
+commission a été chargée de recevoir les souscriptions. Le 9 février, le
+contre-amiral de Moges, commandant en chef la station des Antilles,
+s'est rendu lui-même à la Guadeloupe, portant tous les secours en hommes
+et en vivres dont l'administration pouvait immédiatement disposer.</p>
+
+<p>Le 10, la frégate à vapeur <i>le Gomer</i>, celle qui, en vingt jours, est
+venue porter la nouvelle en Europe, portait aussi sur le lieu du
+désastre, une grande quantité d'objets de première nécessité.
+«Remercions la Providence, dit le gouverneur de la Martinique, dans une
+proclamation du 11 février, d'avoir permis que nous pussions venir à
+leur secours!... En ouvrant une souscription en faveur des victimes du
+tremblement de terre de la Guadeloupe, ce n'est point un appel que je
+fais aux habitants, aux services publics; je ne cherche point à exciter
+leur sympathie; le noble et généreux élan qui s'est partout et
+spontanément manifesté n'a besoin que d'être secondé.»</p>
+
+<p>Le maire de Fort-Royal, celui de Saint-Pierre, ont apporté dans leurs
+efforts un zèle et une ardeur bien dignes d'éloges. «Dans un généreux
+élan, dit ce dernier aux habitants, oubliant votre propre détresse, vous
+vous êtes hâtés de porter vos offrandes. Vivres, vêtements, provisions
+de tout genre ont pu être envoyés tout de suite aux victimes. Grâces
+vous soient rendues!»</p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/003.png"></p>
+
+<p>Le gouverneur de la Guadeloupe avait écrit à celui de la Martinique, en
+lui annonçant la catastrophe: «Si vous êtes plus heureux que nous,
+envoyez-nous des vivres, du biscuit surtout, car nous n'avons pas de
+fours: tout est détruit. Je vous écris au milieu de 15,000 habitants qui
+manquent d'asile et de pain. Pressez-vous, les gens qui ont faim n'ont
+pas le temps d'attendre!» On le voit, à ce triste et déchirant appel,
+l'île entière avait généreusement répondu.</p>
+
+<p>A Saint-Pierre, une commission fut spontanément désignée pour aller
+porter aux débris de la ville morte l'expression de la douleur générale,
+et connaître la nature des secours le plus immédiatement utiles, <i>La
+Doris,</i> commandée par M. de Barmont, qui portait les notables habitants
+de Saint-Pierre, entra dans le port aux lueurs de l'incendie, «qui nous
+servait de phare» disent, dans leur rapport officiel, les membres de
+cette commission. «Jamais, ajoutent-ils, nous ne pourrons donner l'idée
+exacte de l'horrible destruction qui est venue, en un instant, anéantir
+cette belle cité... Sous ces ruines, qui fument encore, sous ces amas de
+pierres noircies par le feu, tachées par le sang, le tiers de la
+population a été enseveli... Grâces aux 500 hommes des bâtiments de
+guerre, que M. le contre-amiral de Moges venait de mettre à la
+disposition de la municipalité, on espérait retirer des ruines de
+nombreuses victimes qui y étaient ensevelies... L'ordre vient d'être
+donné à l'artillerie d'abattre par le canon les murs encore debout;
+cette mesure, devenue nécessaire pour assurer la vie des travailleurs,
+peut donner une idée des terribles effets de ce fléau. Les secours dont
+on a le plus pressant besoin sont les bois de charpente.»</p>
+
+<p>Il y a dans cette sollicitude fraternelle de la Martinique pour les
+victimes de la Guadeloupe, dans cette solidarité qui semble lier aux
+mêmes malheurs ces deux îles jumelles, quelque chose qui émeut et qui
+attendrit.</p>
+
+<p>La garnison coloniale a donné à l'armée un noble exemple. Les troupes se
+sont, d'un commun accord, mises elles-mêmes à la demi-ration, et le
+reste a été destiné aux malheureux. Neuf compagnies du régiment
+d'infanterie de marine ont envoyé 1,200 chemises et 1,500 pantalons,
+tant il est vrai que partout où battent des coeurs français, là est la
+France.</p>
+
+<p>«Au moment du départ du <i>Gomer</i>, dit un correspondant, le feu continuait
+à réduire en cendres les débris de cette malheureuse ville; on avait
+retiré un grand nombre de cadavres de dessous les ruines; une goélette
+en avait été chargée et avait été les jeter dans le canal des Saintes.»</p>
+
+<p>«La terre,» écrit M. Fayollat, attaché à la Direction des Douanes de la
+Guadeloupe, le 15 février, «la terre roule, depuis huit jours, comme un
+navire en tempête. Tout ce que les journaux vous diront sur ce terrible
+événement sera cent fois au-dessous de la réalité, car il faut avoir
+assisté à ce désastre pour en juger. Je vous écris de dessous un ajoupa
+de feuilles de cocotier, où je couche depuis huit jours. La secousse
+s'est fait sentir à Antigoa, qui est dévastée comme la Guadeloupe. Nos
+montagnes se sont fondues ou éboulées. Heureusement que la flotte de la
+station nous a porté des vivres; nous commencions à nous arracher la
+morue et le riz bouilli, car c'est avec cela seul que j'ai vécu pendant
+cinq jours; je n'ai du pain que depuis hier. Il va sans dire que j'ai
+perdu tout ce que je possédais, mais c'est là la moindre chose; il me
+reste mes quatre membres, je suis en cela plus heureux que les 3 ou 400
+personnes que j'ai aidé à amputer.»</p>
+
+<p>En auteur dramatique, récemment arrivé à la Guadeloupe, a écrit au
+rédacteur en chef du <i>Corsaire</i> une longue lettre où les faits abondent
+et sont racontés avec autant de coeur que d'éloquence. C'est la seule
+correspondance où semble percer un blâme indirect contre les
+fonctionnaires de la colonie. «Mais, dit-il, l'heure de certaines
+actions n'est point encore arrivée. Détournons donc nos regards de
+quelques actes d'impéritie et d'égoïsme pour les reporter sur de beaux
+dévouements. Parlons du zèle et de la sollicitude des soeurs de
+Saint-Vincent de Paul, de ces pauvres filles dont la douleur publique
+est le patrimoine; parlons de l'énergie de la garnison et des braves
+officiers qui la commandent; parlons du noble élan du clergé de la
+colonie... Ce sont là, mon ami, des exemples qui oui déjà porté leurs
+fruits. L'émulation semble avoir gagné la colonie entière et les îles
+environnante... La Martinique nous est venue en aide, et, grâce à la
+franchise des ports, exceptionnellement décrétée par le Gouverneur, nous
+pourrons attendre plus patiemment.»</p>
+
+<p>C'est ainsi que chaque lettre, à côté du déchirant tableau de la
+catastrophe, met en relief les actes de dévouement et de courage, comme
+un rayon de soleil au milieu de ces affreuses ténèbres.</p>
+
+<p>L'émotion publique, qui a accueilli en France l'horrible nouvelle, et
+les cris de confiante espérance jetés vers elle par nos malheureux frères
+des colonies, a été aussi unanime et féconde.</p>
+
+<p>Une loi portant crédit de 2.500.000 fr. a été présentée par le
+gouvernement à la Chambre des Députés. Mais les membres chargés de
+l'examen de la proposition dans les bureaux ont déclaré l'insuffisance
+de ce secours, et ne l'ont considéré que comme provisoire. En membre a
+demandé que les colons fussent dispensés du droit de mutation à raison
+des successions qui s'ouvriront par suite de la catastrophe. La loi a
+été votée à l'unanimité.</p>
+
+<p>Des ordres ont été immédiatement donnés, par le télégraphe dans tous nos
+ports, et des navires sont en route déjà, emportant un million de
+rations, des médicaments et des secours de toute nature.</p>
+
+<p>Mais le public, la France entière, n'avait pas attendu l'initiative du
+gouvernement. Des souscriptions se sont organisées en tous lieux, et une
+commission, présidée par M. le ministre de la Marine, est chargée de
+centraliser les fonds, d'en assurer et d'en ordonner l'envoi. Le clergé
+tout entier a ordonné des quêtes paroissiales. Les élevés des écoles
+publiques ont réuni aussi leurs efforts; ceux du collège de Henri IV qui
+comptent parmi eux beaucoup de jeunes gens appartenant aux colonies, et
+qui, les premiers, ont conçu cette heureuse pensée, ont voulu, par un
+sentiment plein de délicatesse, que la quête n'eût lieu que parmi les
+élèves appartenant à la métropole. La garde nationale, qui, en toute
+circonstance, s'inspire des généreux instincts du pays, est allée
+au-devant de cette grande infortune. Le <i>reliquat</i> des caisses de
+compagnie, qui, au moment des élections, sert à réunir autour d'un
+banquet d'adieux de joyeux convives, est cette fois consacré avec joie à
+une belle et bonne action. L'armée obéit à cet entraînement généreux:
+déjà plusieurs corps ont demandé au ministre l'autorisation de consacrer
+à cette largesse nationale une partie de leur solde.</p>
+
+<p><i>Le National de l'Ouest</i> annonce que le commerce de Nantes s'occupe
+d'expédier sans retard des navires chargés de vivres, d'objets de
+première nécessité et de matériaux de construction, non comme
+spéculation, mais comme offre de nationaux à nationaux, de frères à
+frères. C'est là un bel exemple qui trouvera des imitateurs, il faut
+l'espérer, dans nos villes du littoral.</p>
+
+<p>Il est impossible qu'un élan si unanime, que des sympathies si actives,
+si spontanées, ne rendent pas à nos malheureux compatriotes de la
+Guadeloupe l'ardeur et l'énergie morales qui, seules, peuvent réparer ce
+qu'un aussi grand malheur a de réparable.</p>
+
+<p>Sans doute, une infatigable persévérance, de longues privations,
+d'intelligents travaux seront longtemps nécessaires avant même que les
+traces matérielles du désastre aient disparu. On ne rebâtit pas en
+quelques années une ville de 900 maisons bâties en pierre, élégantes, de
+vastes magasins, des édifices publics.</p>
+
+<p>Un commerce considérable, une industrie active, qui, pour la préparation
+du sucre, compte dans la Guadeloupe seulement 361 moulins, se
+ressentiront longtemps sans doute d'un pareil désastre, qui intimide et
+paralyse les spéculations et les créations industrielles.</p>
+
+<p>Mais le concours du gouvernement, et les efforts de la nation entière,
+auront pour objet surtout de ranimer la confiance et de faciliter les
+relations de la France avec ses colonies.</p>
+
+<p>Nous donnerons, dans notre prochaine livraison, un plan très-détaillé de
+la ville détruite.</p>
+
+<p>Puissent le crayon de nos artistes, le burin de nos graveurs, n'avoir
+plus à retracer d'aussi désolantes scènes! Puisse L'ILLUSTRATION n'avoir
+à illustrer désormais que des sujets de moeurs, des descriptions
+gracieuses, des sujets moins sombres et moins désolés!</p>
+
+<h3>Courrier de Paris.</h3>
+
+<p>A MADAME***.</p>
+
+<p>Paris 17 mars.</p>
+
+<p>Comment. Madame, persévérer jusqu'au bout! ensevelir vos vingt-deux ans
+au fond de la Bourgogne, pendant ce noir hiver, dans un vieux château
+caché au milieu des rochers et des bois sombres, comme un ermite
+centenaire! Qu'y a-t-il donc? Avez-vous fait voeu de solitude à quelque
+saint du calendrier? Votre coeur saignant s'est-il réfugié au désert,
+traînant l'aile comme une colombe blessée? ou plutôt n'est-il pas
+quelque Oberon ou quelque Ariel, mystérieux habitant de votre âme, qui
+peuple cette Thébaïde de mille illusions charmantes, et qui, tandis que
+ces monts et ces bois et ce château séculaire sont tristes, dépouillés
+et sombres pour les autres, veut les remplir pour vous seule de soleil,
+de sourires et de verdure? Vous ne m'avez pas dit votre secret. Madame,
+et je suis trop votre humble serviteur pour me permettre de le deviner.</p>
+
+<p>Mais savez-vous qu'on en cause ici, et qu'on s'étonne de cette
+résolution héroïque, de cette vertu tout à coup sauvage qui vous fait
+rompre en visière au monde, dans la plus belle fleur de votre beauté,
+dans tout l'éclat de vos heures adorées?</p>
+
+<p>Vos meilleures amies s'en affligent avec une sincérité édifiante: on
+vous regrette, on vous pleure, on ne sait comment faire pour vivre sans
+vous! Mademoiselle, de P... pousse un douloureux hélas! à votre nom
+seul; madame de Bl... prend son plus grand air affligé; la marquise
+d'Ag... laisse voir une larme qui roule comme une perle dans ses beaux
+yeux d'azur. Mais, Madame, me direz-vous pourquoi, malgré tout ce luxe
+attendrissant, je les soupçonne de se réjouir au fond de l'âme, de
+n'avoir plus le dangereux voisinage de votre grâce irrésistible. Faut-il
+me déclarer calomniateur, ou n'ai-je fait que lire dans l'histoire de
+l'amitié des femmes?</p>
+
+<p>Pour nous tous, blonds, bruns ou châtains, que vous charmiez par le
+dangereux attrait d'une double perfection, par l'élégance du corps et
+l'élégance de l'esprit, nous sommes véritablement malheureux de votre
+absence. Se livre-t-on à la causerie du soir dans ce délicieux salon de
+la rue de Provence dont vous étiez la souveraine? on s'aperçoit bientôt
+que vous n'êtes plus là. Le plus délicat et le plus aimable de notre
+esprit s'en est allé avec vous, se cacher je ne sais sous quel noir
+créneau de ce maudit château bourguignon. Essaye-t-on un air de Rossini
+ou de Mozart? on cherche cette voix à la fois si ferme et si douce, qui
+allait à l'âme par des routes mélodieuses. Est-ce le bal qui commence?
+c'est encore vous qu'on demande, vous, la taille la plus svelte, le pied
+le plus fin, la plus exquise parure, la valse la plus légère. Ainsi,
+vous nous avez enlevé le meilleur de notre bien. La désolation est dans
+le troupeau de vos fidèles. Mais prenez-y sarde: une jolie femme est
+comme un homme célèbre, elle doit éviter de s'absenter trop longtemps;
+tous les succès, dans cette ville inconstante et mobile, succès de génie
+ou de beauté, risquent en quelques mois, en quelques jours, de trouver,
+au retour, la place occupée; nous sommes encombrés de royautés
+aspirantes, toujours prêtes à remplacer les royautés qui voyagent ou qui
+se font ermites.</p>
+
+<p>Cependant, Madame, je ne désespère pas de vous; vous n'êtes pas vouée à
+la pénitence sans rémission. Vous le dirai-je? on devine que vous n'avez
+pas une foi robuste, et que votre renoncement à Satan et à ses pompes
+aura la durée d'une robe ou d'un chapeau. Oh! si vous tenez à votre
+réputation de soeur convertie, si vous voulez qu'on vous tresse une
+couronne de martyr, cachez mieux vos secrets: pourquoi avez-vous fait
+demander à Victorine si les corsages se portaient toujours aussi longs,
+à Janisset un bracelet d'améthiste, à Meissonnier son nouvel album, à
+Fessy son dernier quadrille? et à moi, ne m'avez-vous pas écrit l'autre
+jour, dans une de ces lettres charmantes dont votre souvenir console mon
+regret: Dites-moi, mon ami: <i>que fait-on là-bas?</i></p>
+
+<p>Voilà un mot qui compromet singulièrement votre future canonisation.
+<i>Que fait-on là-bas?</i> nous a rendus tout heureux et tout fiers, nous,
+vos pauvres délaissés; c'est un regard que vous jetez, en arrière et qui
+nous revient; c'est un soupir qui vous échappe et remonte de notre cité.
+Est-il donc vrai que l'âme la plus pénitente ne peut se détacher
+entièrement de cette Babylone? Ce Paris que vous fuyez serait-il
+semblable à ces dangereux séducteurs qu'on s'efforce de haïr et qu'on ne
+peut oublier?</p>
+
+<p>Vous me permettrez, Madame, de profiter de l'interrogation que vous
+m'adressez pour introduire l'ennemi dans votre citadelle; vous avez levé
+devant nous le pont et la herse. En bonne guerre, nous avons le droit de
+vous attaquer par tous les moyens possibles; et si vous faites des aveux
+qui prêtent flanc à l'assaut et nous donnent des intelligences dans la
+place, en vérité, il serait par trop héroïque de n'en pas profiter.
+Votre <i>que fait-on là-bas?</i> est le levier qui va servir à vous battre en
+brèche; il n'attaque pas de front votre solitude et n'enfonce pas les
+portes, mais il les enr'ouvre ou permet tout au moins de se glisser au
+travers des serrures. Vous aurez beau faire, toute demande exige une
+réponse, et j'ai la prétention d'être trop poli pour me taire quand vous
+me faites l'honneur de m'interroger. Je vous dirai donc <i>ce qu'on fait
+ici</i>.</p>
+
+<p>Remarquez que je n'agis pas en traître; que je ne suis pas un de ces
+espions qui rôdent autour du camp pour surprendre les sentinelles
+endormies: j'étais innocemment occupé à vous regretter; c'est vous qui
+venez me chercher dans mon innocence; vous m'avez provoqué, je riposte;
+mais, chevalier courtois, je vous dénonce mon entrée en campagne et le
+commencement des hostilités.</p>
+
+<p>Tenez-vous donc sur vos gardes; vous avez tenté de vous bastionner
+contre Paris; pour se mettre à l'abri de ses atteintes, vos vingt ans
+ont pris des quartiers d'hiver au sommet d'un mont, dans un vieux manoir
+ou le vent siffle, où le tintement des heures retentit tristement dans
+les longs corridors. Mais Paris ne lâche pas aisément sa proie; c'est un
+ami charmant et dangereux, dont il est difficile de se défaire. Il n'est
+jamais à bout de ruses pour retrouver ceux qui l'abandonnent, et pour
+les assiéger; sans doute, votre solitude se croyait bien forte contre
+lui, et bien abritée. Eh bien, vous le voyez! <i>Que fait-on là-bas?</i>
+m'écrivez-vous. Ainsi, vous y songez; la ville traîtresse vous occupe
+malgré vous; j'imagine que son brillant fantôme se promener isolément
+dans les noires allées de votre parc dépouillé, et, pendant la nuit, se
+glisse dans vos rêves.</p>
+
+<p>C'est peu de vous poursuivre en idée, Paris va s'introduire en réalité
+dans votre désert, et, dans cette escalade, il m'a choisi pour complice.
+L'attaque qu'il vous prépare ne se fera point à main armée, au tranchant
+du glaive, mais à la pointe de la plume; nous ne marcherons point au pas
+de charge et la baïonnette au poing, nous écrirons; notre
+quartier-général sera la poste aux lettres.</p>
+
+<p>La poste aux lettres! Quel ermite pourrait se mettre, à l'abri de ses
+atteintes? D'abord elle vous lance ses projectiles avec la rapidité de
+l'éclair; vous n'avez pas le temps de préparer votre défense; la lettre
+vous arrive de cent lieues et tombe sur vous, à votre réveil, sans que
+vous puissiez l'éviter. Et remarquez la ruse! la traîtresse a soin de
+s'envelopper avec art. Sait-on ce qu'elle pense? Sait-on ce qu'elle va
+dire? Cependant on brûle de le savoir; la curiosité rompt le cachet, et
+la médisance, la flatterie, la passion, tout ce qui se dérobe sous la
+douceur de ce papier satiné, éclate tout à coup, vous saute aux yeux et
+vous saisit au coeur.</p>
+
+<p>Ainsi. Madame, nous entrerons chez vous, malgré vous, sous enveloppe.
+Chaque semaine, ce Paris, que vous évitez, vous écrira par estafette ces
+mille faits importants ou frivoles qui composent sa vie, sa bruyante vie
+de tous les jours, et c'est moi qui lui servirai de secrétaire.
+Prenez-en votre parti: il faudra bien que vous écoutiez le récit de ses
+vertus et de ses vices, de ses belles actions et de ses sottises. Vous
+aurez Paris au désert, et le silence de votre solitude sera troublé tous
+les huit jours par cet écho mondain. N'est-il pas juste que je fasse
+honneur à cette lettre de change que vous avez tirée sur moi: <i>que
+fait-on là-bas?</i></p>
+
+<p>Je suis, Madame, le plus dévoué serviteur de vos deux beaux yeux.</p>
+
+<h3>LE DERNIER BAL DE L'HÔTEL-DE-VILLE.</h3>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/004.png"><br><b>Bal de l'Hôtel-de-Ville.</b></p>
+
+<p>Personne n'a contesté à la littérature le droit de ressusciter les
+morts. Usons de ce privilège et rappelons pour quelques instants à la
+vie le prévôt des marchands. Soyons nous-même son valet-de-chambre:
+passons-lui les manches de son habit aux larges basques, coiffons son
+honorable chef d'une large perruque, et vite une citadine au fantôme.
+Nous arrivons: les fenêtres de l'Hôtel-de-Ville sont illuminées, la foule
+des équipages prend la file à la porte; partout régnent le bruit et le
+mouvement. Tout Paris est convoqué à heure fixe, non point pour prendre
+une de ces délibérations qui changeaient la face de la monarchie. Il ne
+s'agit ni d'une émeute, ni d'une révolution, mais tout simplement d'un
+bal.</p>
+
+<p>Vous figurez-vous l'étonnement de l'ombre municipale que nous venons
+d'évoquer? Partout le luxe des peintures, des meubles et des ornements.
+L'ancien parloir aux marchands est devenue méconnaissable; la
+bourgeoisie elle-même a bien changé. Avec ces robes de gaze et de satin,
+sous ces coiffures élégantes, au milieu de ce laisser-aller gracieux et
+spirituel, comment reconnaître les rejetons de cette bourgeoisie grave,
+économe, sévère, qui ne dansait que du bout des pieds, ne causait que du
+bout des lèvres, et ne se mettait en frais de toilette et de plaisir que
+pour fêter des rois, ou tout au moins des princes et des ambassadeurs?</p>
+
+<p>Aujourd'hui la bourgeoisie, s'il nous est permis d'employer cette
+formule d'étiquette, se reçoit elle-même. Elle n'attend plus qu'un grand
+événement, une bataille gagnée, un baptême ou un mariage de roi, lui
+fournissent un prétexte de réjouissance. Les salons municipaux
+n'attendent pour s'ouvrir que le signal de l'hiver. La neige tombe pour
+tout le monde. Les bals de l'Hôtel-de-Ville n'ont pas d'autre titre
+officiel.</p>
+
+<p>Si nous connaissions la langue des fantômes, que de choses nous aurions
+à vous apprendre, feu M. le prévôt des marchands! mais peut-être
+parle-t-on encore le français aux Champs-Élysées de l'autre monde. En ce
+cas, permettez-moi, ombre égarée, de mettre le comble à votre
+étonnement. Ce cavalier élégant qui s'élance si audacieusement dans les
+périls de <i>l'en-avant-deux</i>, c'est un avocat; cet autre qui joue à la
+bouillotte est un conseiller à la Cour Royale; celui-ci est un médecin,
+celui-là est un membre de l'Académie. Qu'ont-ils fait? allez-vous me
+dire, de leur robe et de leur bonnet carré? Parbleu, ils les ont laissés
+à l'audience, à l'amphithéâtre et à la Sorbonne. Aujourd'hui les
+avocats, les magistrats, les médecins, les savants, s'habillent et
+s'amusent comme tout le monde. La justice et la science ne s'en trouvent
+pas plus mal.</p>
+
+<p>Si vous aviez, mon cher fantôme, une tenue plus décente, je vous
+présenterais à votre successeur. Il a quitté le titre de prévôt pour
+prendre celui de préfet. Cette jeune personne à laquelle il donne la
+main pour la conduire à un quadrille, est tout simplement la fille d'un
+négociant de la rue des Lombards. Vous alliez peut-être la prendre pour
+une princesse. Que de grâce dans sa démarche! que de luxe dans ses
+vêtements! C'est qu'aujourd'hui il n'y a plus de lois somptuaires ni
+pour le costume, ni pour l'éducation.</p>
+
+<p>Mais laissons notre fantôme à ses réflexions. On n'est pas tenu d'être
+d'une politesse fastidieuse envers les ombres. Parcourons ces salles
+étincelantes, suivons le bal jusque dans ses dernières contredanses.
+Vous avez pu voir Paris éparpillé dans vingt salons; il est venu ce soir
+se résumer dans l'Hôtel-de-Ville. L'aristocratie de la noblesse, si ce
+n'est pas là un pléonasme, celle de la politique, de la finance, des
+arts, de la littérature, servent pour ainsi dire de cadre aux joies de
+la bourgeoisie parisienne. Ici c'est elle qui triomphe; elle est sur son
+terrain; c'est une fête qu'elle vous donne dans son propre palais. Vous
+voyez qu'il est digne d'une aussi puissante souveraine.</p>
+
+<p>Il est difficile de jouir d'un plus beau coup d'oeil que celui qu'offre
+un bal à l'Hôtel-de-Ville, imposant édifice dont les échos ont retenti
+tour à tour de toutes les joies comme de toutes les douleurs de la
+France, bal par bal, on pourrait reconstruire toute l'histoire de notre
+pays. En attendant qu'on mette le burin aux mains de Terpsichore,
+songeons que la fête de M. de Rambuteau est terminée, et rentrons chez
+nous en évitant la place de Crève; ce trajet pourrait assombrir nos
+souvenirs.</p>
+
+<h3>Revue algérienne<a id="footnotetag2" name="footnotetag2"></a>
+<a href="#footnote2"><sup class="sml">2</sup></a></h3>
+
+<blockquote class="footnote">
+<a id="footnote2" name="footnote2"><b>Note 2: </b></a>
+<a href="#footnotetag2">
+(retour) </a> Nous résumons dans cet article les principaux événements
+depuis le commencement de l'année, de manière à n'avoir plus qu'à nous
+tenir au courant des faits actuels et à les suivre avec toute la
+rapidité possible.</blockquote>
+
+<p>Les hostilités ont recommencé avec une nouvelle vigueur en Algérie,
+pendant le mois de janvier 1843, pour continuer de même en février, ou
+plutôt elles n'ont pas été un instant interrompues par la mauvaise
+saison.</p>
+
+<p class="lef"><img alt="" src="images/005b.png"><br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<b>Le général de La Moricière.</b></p>
+
+
+
+<p>Le gouverneur-général avait senti l'importance de ne pas laisser
+Abd-el-Kader s'établir tranquillement, pendant tout l'hiver, dans la
+chaîne des montagnes de l'Ouarenseris (province d'Oran). Dans cette
+position, où il se procurait d'ailleurs d'abondantes ressources et
+disposait de nombreux guerriers de ces montagnes, l'émir dominait tout
+le pays entre le Chélif et la Mina, maintenait dans la crainte, aux
+alentours, les tribus qui nous paraissaient les plus dévouées, et
+pouvait, en reconstituant de nouvelles forces, attaquer sérieusement les
+entrées que nous possédons en avant de Alédéah, Milianah et Mostaganem.
+M. le général Bugeaud résolut donc de porter, même en hiver, une guerre
+sérieuse sur l'Ouarenseris. Dans cette vue, trois colonnes de la
+division d'Alger furent réunies, le 24 novembre 1842, sous les murs de
+Milianah, et se mirent en mouvement le 25, celle de droite, commandée
+par le gouverneur-général, ayant sous ses ordres M. le duc d'Aumale;
+celle du centre par le général Changarnier, celle de gauche par le
+colonel Korte. En même temps, les divisions de Mascara (général de La
+Moricière) et de Mostaganem (général Gentil), devaient manoeuvrer contre
+la grande tribu insoumise des Mitas, de manière à rejeter ces
+populations sur les autres colonnes, pendant que celles-ci occuperaient
+leurs retraites habituelles dans les montagnes boisées des Beni-Ouragh.</p>
+
+<p>Les manoeuvres combinées entre les trois divisions d'Alger, de Mascara
+et de Mostaganem obtinrent un succès complet, et en vingt-deux jours, le
+17 décembre, elles avaient soumis presque toute la chaîne de
+l'Ouarenseris jusqu'à l'Oued-Rihon, toute la vallée du Chélif sur la
+rive gauche et deux tribus sur la rive droite, la presque totalité de la
+tribu des Flitas, qui compte trois mille cavaliers, et toutes les tribus
+secondaires qui bordent la Djediana et la rive gauche de l'Oueri-Rihon.
+Ces résultats n'avaient été d'abord espérés que pour la campagne du
+printemps.</p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/005a.png"><br><b>Retour à Cherchel--Passage d'un torrent.</b></p>
+
+<p>La question ainsi résolue sur la rive gauche du Chélif, le moment a
+semblé opportun de porter nos armes du côté de Tenès, où elles n'avaient
+pas encore paru. Cette expédition a été conduite avec succès par le
+général Changarnier, qui, après avoir occupé Tenès pendant deux jours, a
+abandonné, le 29 décembre, cette bourgade, où il n'avait trouvé aucune
+ressource, et où une garnison française sera sans doute installée plus
+tard.</p>
+
+<p>Ces diverses opérations avaient porté des coups trop sensibles à la
+puissance d'Abd-el-Kader pour qu'il ne cherchât pas à en neutraliser les
+effets. Dès le principe des soumissions, il avait entretenu des
+intelligences actives avec les tribus soumises. La contrée la mieux
+disposée pour ses vues était, sans nul doute, cette partie de l'Atlas
+qui s'étend de Cherchel jusqu'auprès de Tenès, et qui est bornée au nord
+par la mer, et au sud par la vallée du Chélif. Arrivé du sud avec un
+millier de chevaux réguliers ou irréguliers, il s'est bien vite recruté
+dans la valléw du Chélif, de tribu en tribu, et il a envahi l'Aghalik de
+Braz avec environ deux mille cavaliers et cinq ou six cents fantassins.</p>
+
+<p>Le 7 janvier, Abd-el-Kader a exécuté contre les Athaf, à une journée à
+l'ouest de Milianah, une rhazia qui a été le signal d'une nombreuse
+défection parmi les tribus soumises au mois de décembre. A l'exception
+de deux ou trois, toutes les autres de cette partie de la vallée du
+Chélif ont de nouveau reconnu son autorité. Abd-el-Kader s'est montré
+cruel cette fois: notre kaïri des Brâz de l'est et ses trois fils ont
+été décapités: il a fait mutiler quelques chefs, crever les yeux à
+d'autres; enfin tous les hommes soupçonnés d'attachement à notre cause
+ont été enlevés.</p>
+
+<p>Après avoir ravagé les Athaf et les Kosseir. Abd-el-Kader s'est jeté
+dans les hautes montagnes des Zatima, Beni-Zioui Larhalh et Couraya, où
+il a réuni à peu près trois mille Kabaïles. A la tête de ces forces il
+s'est avancé avec son khalifah-el-Berkani chez les Beni-Menasser, où ses
+émissaires et ses intrigues l'avaient devancé, et qu'il voulait pousser
+à faire une démonstration contre Cherchel. Le général de Bar, marchant à
+sa rencontre dans l'ouest, eut avec lui plusieurs engagements les 23. 24
+et 25 janvier, et le refoula dans les grandes montagnes de Gouraya. De
+son côté, le général Changarnier sorti de Milianah le 22, porta, par la
+hardiesse de ses mouvements, le trouble et le ravage sur les derrières
+de l'émir, et punit sévèrement plusieurs tribus qui avaient cédé à
+l'entraînement de leur ancien chef. En même temps. M. le duc d'Aumale
+faisait un brillant coup de main sur nos ennemis du sud de Milianah, et,
+au moyen de nombreuses prises, indemnisait largement nos alliés des
+perles que les rhazias d'Abd-el-Kader leur avaient fait éprouver.</p>
+
+<p>Le 27 janvier, à quatre heures du matin. M. le lieutenant-colonel de
+l'Admirault vint à Alger à bord du bateau à vapeur <i>le Phare</i>, envoyé
+exprès pour connaître le véritable état des choses, annoncer au
+gouverneur-général les progrès de l'insurrection et l'arrivée
+d'Abd-el-Kader dans la partie occidentale de la province de Titteri. A
+une heure après midi, le général Bugeaud était embarqué avec deux
+bataillons, et débarqua dans la nuit à Cherchel. Le 30, il s'est mis en
+campagne, afin de poursuivre Abd-el-Kader et de châtier les tribus qui
+avaient répondu à son appel. Le mauvais temps ne lui a pas permis
+d'exécuter entièrement la campagne projetée: mais le but principal a été
+atteint: Abd-el-Kader et son khalifah-el-Berkani ont été repoussés dans
+l'ouest. Le gros rassemblement de Kabaïles qu'ils avaient opéré s'est
+dispersé dans tous les sens. Deux des plus importantes tribus rebelles,
+les Beni-Menasser et les Beni-Ferrah, ont été sévèrement punies.</p>
+
+<p>Un ouragan affreux, mêlé sans interruption de grêle et de neige, a
+obligé le corps expéditionnaire à descendre bien vite des hautes régions
+montagneuses pour regagner les bords de la mer, où l'attendait un
+convoi. Il l'a atteint le 5 février à quatre heures du soir, non sans
+difficulté, car le mauvais temps a continué, et, la nuit du 6 au 7, la
+pluie tombait avec une telle force, que tous les feux du camp ont été
+éteints. La colonne s'est acheminée lentement vers Cherchel. Les
+ruisseaux étaient devenus des torrents impétueux, et la rapidité des
+eaux était telle, qu'il y avait lieu de redouter beaucoup de malheurs.
+Des cordes ont été tendues, et les pelotons, bien unis par les bras et
+appuyés à la corde par l'une de leurs ailes, ont ainsi franchi sept
+torrents. Grâce à cet expédient, on n'a eu à regretter que la perte de
+deux hommes.</p>
+
+<p>Dans cette courte mais pénible expédition, le général Bugeaud a failli
+être tué, comme le fut le colonel Leblond il y a quelques mois: six
+coups de fusil, tirés presque en même temps par des Arabes embusqués,
+ont blessé le cheval du gouverneur-général.</p>
+
+<p>--A la nouvelle de l'apparition d'Abd-el-Kader dans la province de
+Titteri, le bruit a couru à Alger que ses troupes avaient envahi une
+partie de la plaine de la Metidjah et surpris quelques-uns de nos
+détachements: ce bruit était complètement faux. Dès le 27 janvier, le
+colonel Korte se dirigea, à la tête de toute la cavalerie, vers
+Boufarik, de fortes reconnaissances furent poussées dans tous les sens,
+et l'on n'aperçut pas un seul ennemi. Les convois militaires circulèrent
+avec la même sécurité qu'auparavant. Le retour des désastres de la fin
+de 1839 et du commencement de 1840 ne semble plus à craindre Alors
+Abd-el-Kader disposait de forces assez considérables; il avait ses
+places fortes, et la paix lui avait laissé le temps de se préparer à la
+guerre; enfin, nous étions sur la défensive. Mais, depuis deux ans, la
+face des affaires a changé. Nous avons repris partout l'offensive.
+L'ennemi, battu sur tous les points, a vu ses places fortes détruites de
+fond en comble, ses douares incendiées, ses récoltes ravagées. De
+prince, de général qu'il était, car il avait un gouvernement, une armée.
+Abd-el-Kader, après avoir été pourchassé jusque dans les contrées les
+plus éloignés, est devenu un simple chef de bandes, marquant son passage
+par des massacres et des dévastations. La guerre se poursuit maintenant
+dans l'intérieur, où nos colonnes ne rencontrent plus qu'une molle
+résistance. Si quelques fractions de tribus suivent encore la fortune de
+celui qui se donnait naguère, le titre pompeux de sultan, c'est que nos
+troupes ne peuvent pas se trouver toujours en tous lieux pour protéger
+nos alliés. Mais, à la tournure qu'ont prise les événements, les centres
+de population, il faut l'espérer, n'auront plus à redouter les
+agressions de l'ennemi, et la plaine de la Metidjah semble désormais à
+l'abri d'un coup de main.</p>
+
+<p>--Les marchés d'Alger sont abondamment approvisionnés et les denrées
+baissent de prix. Le carnaval a été brillant à Alger, voire même à
+Blidah, où, entre autres importations françaises, on n'est pas peu
+surpris de trouver des magasins de costumes et de masques.</p>
+
+<p>--Jusqu'à ce jour, les exécutions à mort avaient eu lieu, dans
+l'Algérie, par le yatagan, suivant l'usage que nous y avions trouvé
+établi: c'était aussi un exécuteur musulman qui avait continué à remplir
+ce redoutable office.</p>
+
+<p>Un fâcheux incident, survenu l'année dernière, a provoqué à cet égard
+une innovation nécessaire. Le 5 mai 1842. fut exécuté, hors de la porte
+Babazoun, à Alger, le nommé Grass, condamné à mort par la Cour royale
+d'Alger. L'exécuteur indigène, appelé peut-être pour la première fois à
+décapiter un chrétien, et saisi d'une émotion extraordinaire, fut obligé
+de s'y prendre à plusieurs reprises pour achever le supplice du patient;
+la foule indignée menaça les jours de l'exécuteur, et celui-ci ne dut
+son salut qu'à l'intervention de la force publique. Pour prévenir le
+retour d'un si hideux spectacle, l'autorité locale a demandé et obtenu
+de M. le ministre de la Guerre, l'introduction en Algérie de
+l'instrument de supplice usité en France, et le remplacement de
+l'exécuteur algérien par un exécuteur français.</p>
+
+<p>Le 10 février, l'échafaud a été dressé sur la place Bab-el-Oued, à
+Alger, et la terrible machine a fonctionné pour la première fois. Le
+nommé Abd-el-Kader Zellouf ben Dahman, condamné à mort pour crime
+d'assassinat, par arrêt de la Cour royale du 10 septembre dernier, a
+subi sa peine à une heure après midi. La nouveauté du spectacle parait
+avoir vivement impressionné les spectateurs indigènes, et, après
+l'exécution, ils se sont précipités en foule vers l'échafaud pour
+l'examiner dans tous ses détails.</p>
+
+<p>--En vertu d'une décision du ministre de la Guerre, du 20 février, les
+sous-officiers et soldats de l'armée d'Afrique, autorisés, lors de leur
+libération du service militaire, à rester en Algérie, conserveront
+pendant deux années, à dater du jour de leur libération, le droit tant
+au passage gratuit pour rentrer en France, qu'à l'indemnité de route de
+leur ancien grade, pour se rendre du port de débarquement dans leurs
+foyers. Les anciens militaires qui demanderont, avant l'expiration des
+deux années, à rentrer en France, devront, pour obtenir une feuille de
+route donnant droit au passage gratuit et à l'indemnité, exhiber,
+indépendamment de leur congé de libération, un certificat de l'autorité
+militaire ou civile du lieu où ils auront eu leur dernier domicile, en
+constatant qu'ils ont toujours tenu une bonne conduite pendant leur
+séjour en Algérie.</p>
+
+<p>--Le bateau à vapeur <i>le Tartare</i>, qui avait été expédié à Tanger avec
+notre nouveau consul à Mogador, M. le chef d'escadron Pellissier, auteur
+des <i>Annales algériennes</i>, est rentré à Oran le 29 janvier, ayant
+toujours à bord le consul et sa famille. A son arrivée à Tanger, M.
+Pellissier apprit du consul de France dans cette ville que l'empereur
+Abd-el-Rahman lui refusait <i>Vexequatur</i>. L'empereur de Maroc a donné
+pour motifs de son refus qu'il ne voyait pas la nécessité de la présence
+d'un consul français à Mogador, attendu que celui qui gérait
+temporairement le consulat remplissait sa mission à la satisfaction des
+Français et des Marocains, et que l'on n'avait rien de mieux à faire que
+de le maintenir dans cette position. Toutes les démarches faites pour
+déterminer l'empereur à revenir sur sa décision ayant été infructueuses,
+le <i>Tartare</i> a ramené dans le port d'Oran le consul <i>in partibus</i>, qui y
+attend des ordres du gouvernement. La véritable cause de son exclusion,
+c'est peut-être que M. le commandant Pellissier a été longtemps à Alger
+chef du bureau arabe, et qu'il serait plus difficile de cacher à lui
+qu'à tout autre l'assistance secrète que, malgré les dénégations
+officielles, Abd-el-Kader continue à recevoir du Maroc.</p>
+
+<p>--Dans le beylik de Tlemsen règne une assez grande tranquillité, et les
+populations, protégées par la présence de la colonne mobile du général
+Bedeau, comptent sur une abondante récolte.</p>
+
+<p>--La colonne de Mostaganem, sous les ordres du général Gentil, est
+toujours en mouvement; sa mission est de prêter aide et assistance, en
+cas de besoin, aux tribus alliées.</p>
+
+<p>--Après avoir pris quelque repos, la colonne de Mascara, sous le
+commandement de M le général de La Moricière, est de nouveau entrée en
+campagne. Pendant ces excursions, le colonel Géry, du 56e de ligne,
+commande la place de Mascara, et le colonel Thiéry, du 6e léger, celle
+d'Oran.</p>
+
+<p>--Les opérations militaires ont été continuées dans l'ouest de Cherchel
+par le général de Bar, qui a reçu, auprès de la ville kabaïle de
+Terzout, la soumission de la tribu de Zatima, à laquelle elle
+appartient, et celle des Beni-Zioui, auprès de Ghelanzero, leur
+principal village, dans un pays où les habitants se croyaient
+inexpugnables, parce que les Turcs n'avaient jamais pénétré chez eux. Le
+général de Bar n'a pas reçu un seul coup de fusil en parcourant le
+territoire horriblement accidenté de six tribus kabaïles, dont la
+première est à dix lieues ouest de Cherchel, et dont les autres
+s'étendent à deux ou trois marches de Tenès; tandis que le colonel
+Picouleau, dans deux sorties successives, a éprouvé une résistance
+sérieuse chez les Beni-Menasser, à une marche seulement au sud de
+Cherchel. Ses attaques persévérantes contre les Beni-Menasser ont obtenu
+la soumission de cinq fractions de cette tribu considérable; les
+fantassins se sont joints à lui pour contraindre les hautes montagnes à
+suivre leur exemple; mais c'est la partie la plus belliqueuse et la plus
+difficile du territoire. Il est probable qu'il y aura d'autres combats,
+parce que la famille des Berkani a encore sur cette contrée une immense
+influence, et que son chef, proscrit par l'arrêté du 10 février,
+soutiendra une lutte opiniâtre.</p>
+
+<p>--Dans la province de Constantine, M le général Baraguey-d'Hilliers a
+dirigé avec succès, du 12 au 22 février, une opération militaire
+importante: il s'agissait d'attaquer la ligne des Zerdezas et de
+soumettre ce chaînon intermédiaire de la résistance kabaïle qui, de la
+frontière d'Alger, s'étend jusqu'à celle de Tunis et interrompt les
+communications avec la mer. Quatre colonnes, parties simultanément de
+Constantine, de Philippeville, de Bone et de Guelma, ont envahi ces
+montagnes presque inaccessibles, et, grâce à leurs mouvements
+heureusement combinées et exécutés, elles ont imprimé une grande terreur
+aux tribus ennemies, en leur prouvant que nos troupes sauraient les
+atteindre et les vaincre, quelque grandes que fussent les difficultés du
+pays. Les parcs de l'État approvisionnés de plus de 3,000 boeufs, le
+train des équipages remonté de 200 mulets, la soumission de cette partie
+de la province garantie par des otages, et, par suite, une plus grande
+abondance sur nos marchés, rumine aussi plus de sécurité pour l'armée et
+le commerce, sont les résultats positifs de cette brillante expédition.</p>
+<br>
+<h3>MANUSCRITS DE NAPOLÉON<a id="footnotetag3" name="footnotetag3"></a>
+<a href="#footnote3"><sup class="sml">3</sup></a></h3>
+
+<blockquote class="footnote">
+<a id="footnote3" name="footnote3"><b>Note 3: </b></a>
+<a href="#footnotetag3">
+(retour) </a> La reproduction des manuscrits de Napoléon est interdite.</blockquote>
+
+<h4>LETTRES SUR LA CORSE A M. L'ABBÉ RAYNAL.</h4>
+
+<h4>LETTRE DEUXIÈME.</h4>
+
+<p>Monsieur,</p>
+
+<p>Nous avons parcouru rapidement les régions ténébreuses de notre histoire
+ancienne; nous voici arrivés au douzième siècle; nos annales commencent
+à s'éclaircir. A cette époque, la tradition, les monuments ont pu
+instruire Giovanni della Grossa, notre premier historien, qui naquit en
+1378, Piero Antonio Alonteggiani, qui écrivoit en 1525, Marco Antonio
+Ceccaldi, qui cessa de vivre en 1569, Circeo, qui acheva son ouvrage en
+1576, Filippini, qui publia son histoire en 1594.</p>
+
+<p>A l'époque où les Corses libres avoient trouvé un refuge dans la
+confédération de Pise, les Génois abordèrent dans leur île; l'esprit de
+faction et l'intrigue y arrivèrent avec eux. Armer le fils contre le
+père, le neveu contre l'oncle, le frère contre le frère, paroissoit à
+ces avides Liguriens le chef-d'oeuvre de la politique. S'étant rendus
+maîtres de <i>Bonifazio</i>, en trahissant les liens les plus sacrés de
+l'hospitalité, ils commencèrent à semer dans tous les coeurs le poison
+des factions.</p>
+
+<p>Les Pisans, affoiblis par leur guerre, préoccupés des graves intérêts
+qu'ils avoient à soutenir dans le continent, se trouvèrent hors d'état
+de s'opposer aux projets des Génois et de maintenir la paix entre les
+différents pouvoirs qui existoient alors en Corse. Les seigneurs, ne
+connoissant plus de frein, aspirèrent à la tyrannie; le peuple, dénué de
+protecteurs, se livra à tout l'emportement de son indignation, et menaça
+les barons de les dépouiller d'une autorité illégitime et contraire à
+tous les droits naturels. L'un et l'autre parti comptoient sur l'appui
+des Génois qui fomentoient leurs discordes. Les barons, sur la promesse
+d'une protection efficace, se confédérèrent avec la république de Gènes,
+et lui prêtèrent hommage. Les communes s'unirent et reconnurent
+Sinuccello della Rocca pour <i>Giudice</i>, ou premier magistrat.</p>
+
+<p>SINUCCELLO DELLA ROCCA. 1258.--Sinuccello della Rocca, distingué dans
+les armées pisanes par son rare courage, ne l'étoit pas moins par son
+austère justice. Pendant soixante ans qu'il fut à la tête des affaires
+publiques, il sut contenir Gènes, et effacer des privilèges des
+seigneurs ce qui étoit contraire à la liberté publique. D'une humeur
+toujours égale, impartial dans ses jugements, calme dans ses passions,
+sévère par caractère et par réflexion. Sinuccello est du petit nombre
+des hommes que la nature jette sur la terre pour l'étonner. Au
+commencement de sa carrière publique, on lui contestait son autorité,
+foiblement accompagné, il erroit dans les montagnes de Quenza. Un chef
+fort accrédité dans ces pièves, après avoir tué un de ses rivaux, se
+présenta à lui. Sinuccello méprisant l'avantage qu'il pouvoit tirer d'un
+homme puissant, fait constater son crime et le fait mourir. La renommée
+répand ce fait, on accourt de tous côtés se ranger sous ses drapeaux.</p>
+
+<p>Pise, écrasée à la journée de la Meloria, ne donna plus d'ombrage; les
+Génois résolurent de faire tous les efforts pour profiter des
+circonstances. Voyant la difficulté de vaincre Sinuccello, ils firent en
+sorte de le gagner; envisageant d'ailleurs les barons comme les
+principaux obstacles à leur domination, ils les désignèrent à être
+d'abord sacrifiés. Sinuccello, qui ne perdoit pas de vue le grand objet
+de l'indépendance de la Corse, vit avec plaisir les ennemis naturels de
+sa patrie s'entre-déchirer. Profitant des événements, il sut faire
+tourner à l'avantage public l'animosité des deux partis. Il dut chercher
+à diminuer la puissance des barons, mais il le fit avec prudence, et
+garda assez de mesure pour pouvoir se réconcilier avec eux quand il
+seroit temps; en effet, dès que les succès multipliés des Génois les
+eurent affaiblis, Sinuccello leur tendit la main, les incorpora dans le
+reste de la nation, et obligea les ennemis communs à repasser les mers,
+après avoir remporté sur eux de grands avantages. Ce fut dans une de ces
+rencontres, qu'ayant fait un grand nombre de prisonniers, leurs femmes
+vinrent de Bonifazio apporter leur rançon. Sinuccello les reçut avec
+humanité, et les confia à la garde de son neveu. Ce jeune homme, égaré
+par l'amour, trahit les devoirs de l'hospitalité et de la probité
+publique, malgré la vive résistance d'une de ces infortunées. Navrée de
+l'affront qu'elle venoit d'essuyer, les cheveux épars, ses beaux yeux
+égarés et flétris par la honte, elle se prosterne aux pieds de
+Sinuccello, et lui dit: «Si tu es un tyran sans pitié pour les foibles,
+achève de faire périr une malheureuse avilie; si tu es un magistrat, si
+tu es chargé par les peuples de l'exécution des lois, fais-les respecter
+par les puissants. Je suis étrangère et ton ennemie; mais je suis venue
+sur la foi, et je suis outragée par ton sang, par le dépositaire de ta
+confiance...» Sinuccello fait appeler le criminel, constate son délit,
+et le fait mourir sur-le-champ. C'est par de pareils moyens qu'il
+soutînt toujours la rigueur des lois. Ses armes prospérèrent, et la
+nation unie vécut longtemps tranquille. Dès cette époque jusqu'au temps
+de Sambucuccio, les Génois ne parurent plus en Corse; ils furent
+découragés par les pertes qu'ils avoient faites; ils se contentèrent de
+fomenter, dans l'obscurité, la guerre civile, mais Sinuccello sut rendre
+vaines toutes leurs trames; il vieillit, et la perte de sa vue fut son
+premier malheur.</p>
+
+<p>Guglielmo de Pietrallerata, gagné par les Liguriens, méprisant un
+vieillard caduc et accablé d'infirmités, déploie l'étendard de la
+rébellion; Lupo d'Ornano, neveu de Sinuccello mis à la tête de la force
+publique, marche, bat, près de la Mezzana, l'imprudent Guglielmo, qui,
+sans ressource, a recours à la commisération du jeune vainqueur, de qui
+il obtient une suspension de quelques jours. Lupo se reproche déjà un
+délai qui peut rendre inutile sa victoire, flétrir ses lauriers et lui
+enlever son triomphe. Dans l'inquiétude de ces pensées arrive le terme
+de la suspension; une entrevue lui est demandée, il y court avec
+impatience; il va enfin, par la captivité de son ennemi, se rendre
+illustre parmi les siens, et mériter de succéder aux honneurs comme à la
+puissance de son oncle....; les deux escortes restent à trois cents
+pas; les deux chefs s'avancent, se joignent, une visière se lève, et, au
+lieu de Guglielmo, laisse voir sa fille, l'intéressante Véronica.</p>
+
+<p>«Lupo, lui dit Véronica, il n'y a pas encore un an que nous vivions en
+frères, et il faut que la fortune te réserve une destinée bien
+glorieuse, puisque ton coup d'essai a été la défaite de mon père....
+Lupo, je t'ai vu à mes genoux me promettre un amour constant; ô Lupo, je
+viens aujourd'hui implorer de toi la vie!» Ce jeune héros, hors de lui,
+conserve cependant assez de force pour fuir; mais Véronica le retient.
+«Je ne viens pas ici séduire votre vertu, lui dit-elle, la gloire de
+Lupo est plus chère à Véronica que la vie: celle de mon père et des
+miens est en danger, et c'est vous qui la menacez......... Quelle
+horrible position est la mienne! et si vous refusez de m'écouter, de qui
+devrai-je attendre la pitié? Sinuccello ne pardonne jamais, et c'est
+vous qui ètes destiné à être le ministre de ses cruautés! Lupo,
+pourrois-tu être le bourreau des miens, pourrois-tu porter la flamme
+dans ce séjour où tu passas à mes côtés les plus belles années de ton
+enfance?» Déchiré par les sentiments les plus opposés, retenu par
+l'amour, Lupo obéit au devoir, il s'arrache avec violence et fait
+quelques pas pour s'éloigner, mais un cri qui lui perce le coeur
+l'oblige à s'arrêter, à détourner la tête, et lui laisse voir Véronica
+se précipitant sur sa lance, prête à se donner la mort; il revient
+brusquement, arrive à temps, prend dans ses bras et arrose de ses larmes
+celle qui l'a vaincu sans retour, et qui, pâle, affaiblie par les
+efforts qu'elle vient de faire, lui dit: «Je n'ai à te proposer rien
+d'indigne de toi; écoute-moi, et quand j'aurai cessé de parler, si ta
+gloire, si ton devoir l'ordonnent, tu pourras me laisser seule en proie
+à mon sort affreux.....Sinuccello est vieux et infirme; il faut à la
+république un magistrat actif et dans la force de l'âge; tu t'es rendu
+assez grand pour pouvoir prétendre à gouverner tes concitoyens; mon père
+et les siens te promettent leur appui; Sinuccello lui-même ne pourra
+s'opposer à toi: à l'âge où l'on doit encore obéir, tu seras le premier
+de la république, qui, heureuse et comblée de prospérité par tes vertus,
+par ton courage, ne laissera rien à désirer à ton coeur; la main de
+Véronica cimentera ta puissance, Véronica t'aura dû la vie, et, s'il est
+possible, son amour s'en accroîtra.»</p>
+
+<p>Lorsque l'homme imprudent a laissé pénétrer dans son sein un amour
+désordonné, lorsque la femme qui l'a allumé vient d'échapper à la mort,
+et qu'elle est embellie par la pâleur de l'angoisse, par les souffrances
+du coeur, il est au-dessus des forces accordées aux faibles mortels de
+résister. Lupo fléchit donc, et les intérêts du devoir, de la patrie et
+de la gloire firent place à l'amour. Guglielmo put s'échapper;
+l'inflexible Sinuccello fit instruire le procès de son neveu, et oublia
+sa victoire pour ne voir que sa faute. Celui-ci, n'ayant plus de
+ménagement à garder, s'unit à Guglielmo, et épousa la tendre Véronica.
+Salnese, propre fils de Sinuccello, se joignit aux ennemis de son père;
+tous réunis, ils dressèrent une embuscade et firent prisonnier le
+vieillard. Ils furent longtemps indécis sur le sort qu'ils lui
+réserveroient: les uns le vouloient mettre à mort, mais Lupo ne voulut
+jamais y consentir. Le garder prisonnier était le parti le moins sur. Le
+peuple, ému par le souvenir de ses services et par son grand âge, auroit
+pu, dans un retour de son amour, lui restituer l'autorité. Dans cet
+embarras, les conjurés s'avisèrent de l'expédient qui réunissait tous
+les avantages, c'était de le livrer aux Génois... Un Spinola vint le
+prendre avec quatre galères. La tâche de l'historien devient pénible
+lorsqu'il a de tels faits à raconter. Le discours que les écrivains lui
+font prononcer, au moment de s'embarquer, est le dernier trait qui
+achève d'indigner contre les monstres qui l'ont trahi.... «Lupo, dit
+d'un ton ferme ce malheureux vieillard, ton coeur me vengera, je le
+commis bien; tu n'étois pas fait pour éprouver des remords: tu as été
+méchant, parce que tu as été faible... Quant à toi. Salnese, ton âme
+atroce me punit de ne pas t'avoir laissé périr sur l'échafaud, souillé
+du crime de la mort de mon intime ami. Je fus faible; l'amour paternel
+étouffa le cri de la justice. Je te sauvai du supplice que tu méritois;
+j'expie durement cette unique faute de ma vie; mais quatre-vingts ans de
+vertu n'effacent-ils pas une faiblesse?... Salnese, que ta femme
+t'abreuve de douleur! que tes enfants conjurés contre toi te ressemblent
+par leur méchanceté! que tu périsses, ne laissant parmi les hommes que
+l'exécration de ta mémoire! Salnese, je te maudis avec la postérité!»</p>
+
+<p>En achevant de parler, cet illustre vieillard se prosterna à genoux, se
+couvrit la tête de sable, médita un moment, et puis, d'un pas ferme, il
+monta sur un navire qui l'attendoit. Salnese étoit ému, mais de colère;
+les dernières paroles de son père avoient excité cette âme de fiel.
+Quant à Lupo, la révolution fut étonnante, le bandeau parut tomber;
+l'effervescence de la passion qui lui avoit voilé l'énormité de son
+crime s'apaisa; il eut horreur de lui-même, il chercha à réparer ses
+fautes, mais ses efforts furent vains. Alors, se roulant sur le sable,
+se jetant à la mer, il appeloit tour à tour la mort et Sinuccello;
+heureux celui-ci, dans sa catastrophe, s'il eut pu être témoin du
+repentir de celui qu'il avoit adopté pour fils. Son âme en eut été
+rafraîchie, et peut-être l'émotion du sentiment lui eut fait goûter un
+plaisir avant de mourir.</p>
+
+<p>Arrivé à Gènes, ce grand homme périt au bout de quelques jours, dans un
+âge très-avancé<a id="footnotetag4" name="footnotetag4"></a>
+<a href="#footnote4"><sup class="sml">4</sup></a>; il laissa quatre enfants, tous indignes de lui,
+tous marchant sur les traces de leur frère aîné. Lupo parut se consoler;
+le temps et le coeur de l'intéressante Véronica adoucirent le venin des
+remords. Lupo acquit une grande puissance, mais sa femme, mourut et les
+remords revinrent se saisir de leur proie. Il mourut enfin
+misérablement. Orlando, le plus puissant de ses enfants, périt sur
+l'échafaud; l'amour fit le malheur de cette race. Orlando devint épris
+de la femme de son frère, et cette passion fut la cause de sa mort
+ignominieuse.</p>
+
+<blockquote class="footnote">
+<a id="footnote4" name="footnote4"><b>Note 4: </b></a>
+<a href="#footnotetag4">
+(retour) </a> Napoléon, à l'exemple de Filippini qu'il suit ici avec trop
+de confiance, a confondu le Giudice Sinuccello della Rocca avec un autre
+autre <i>Giudice</i>, qui vécut longtemps après le premier. Cette erreur de
+Filippini avait déjà été signalée par Cambragi, dans son <i>Istoria de
+Corsica</i> (tome 1, page 239), publiée en 4 volumes in-4, en 1770.</blockquote>
+
+<p>Quant à Salnese, il prospéra toujours, et toujours faisant le mal. Après
+avoir trahi son père, il vendit son oncle pour quatre cents écus d'or;
+mais enfin ses deux enfants meurent sans postérité, et leur mort délivra
+notre pays d'une race de monstres.</p>
+
+<p>LES GIOVANNALI (1355).--De grands troubles suivirent la mort de
+Sinuccello; les différents partis se choquèrent violemment. Les Génois
+parurent vouloir profiter de cet instant, mais ils manquèrent d'énergie.
+L'on a peine à suivre les différentes factions qui se partagent la
+scène, lorsque tout d'un coup l'on voit les Giovannali s'élever d'un vol
+hardi. Deux frères de la lie du peuple, mais d'un esprit noble, d'un
+grand courage, tentent la régénération de leur pays; ils voient que les
+débris du régime féodal qui s'appuyoit sur des lois instituées par les
+préjugés, dictées la plupart par les circonstances, mêlées de
+superstitions romaines, n'offraient qu'une bigarrure dégoûtante, propre
+à perpétuer l'anarchie. Ils comprirent qu'un palliatif n'étoit pas de
+saison. Ils employèrent les moyens les plus forts; ils prêchèrent les
+vérités les plus hardies, les grands dogmes de l'égalité, de la
+souveraineté du peuple, de l'illégitimité de toute autorité qui n'émane
+pas de lui; ils firent en peu de temps de nombreux partisans, et ils
+n'étoient pas loin de rallier toute la nation à leurs principes, lorsque
+le Vatican publia une croisade contre eux, sous prétexte que leur morale
+n'étoit pas conforme à l'Évangile; une armée de croisés marcha contre
+les Giovannali, qui, après une vigoureuse résistance, furent exterminés
+jusqu'au dernier avec une telle barbarie que le proverbe s'en conserve
+encore: <i>Il a été traité comme les Giovannali</i>. Pour justifier cette
+exécrable entreprise, on a eu recours aux armes ordinaires. On a
+calomnié sans ménagement; on a dit tout ce qui a été répété depuis sur
+les protestants de Paris, qu'ils s'assembloient, qu'ils éteignoient les
+lumières pour se livrer à leur lubricité. Impostures dignes de leur
+auteur... Les infortunés Giovannali périrent victimes de la superstition
+de leur siècle.</p>
+
+<p>SAMBUCUCCIO D'ALANDO (1359).--Le vieux Sambucuccio étoit un des plus
+fermes soutiens de Giovannali. Blessé dans le dernier combat que ces
+infortunés livrèrent, il se réfugia dans une caverne du Fiumorbo, pour
+pouvoir mourir libre et inspirer à son fils ces sentiments qui portent à
+tout entreprendre et à braver tous les dangers. Ses leçons
+fructifièrent, et Sambucuccio son fils, dès qu'il lui eut fermé les
+yeux, fit jurer à ses compagnons de ne rien épargner pour rétablir la
+république et les communes. Pour mieux exciter son zèle, pour qu'il eût
+devant les yeux un objet toujours présent qui lui fit un devoir de ne
+pas perdre un instant, son père lui avoit fait promettre de ne rendre
+les derniers honneurs à son corps qu'après le premier succès qu'il
+devoit obtenir dans sa juste entreprise. Il laissa donc le corps du
+vieux Sambucuccio sans sépulture, et il se transporta rapidement dans
+les pièves de Rostino et d'Ampugnani. Par ses discours autant que par
+les premiers avantages qu'il remporta sur les barons, il rétablit la
+confiance, ranima le courage, se fit une armée, fut créé premier
+magistrat, et partout il fit triompher la bonne cause; mais, le fer
+d'une main et le flambeau de l'autre, il se porta à d'horribles excès
+que rien ne peut justifier, pas même le droit de représailles, et que
+condamne essentiellement la politique. D'une stature, d'une imagination,
+d'un courage gigantesques, il fut extrême dans toutes ses opérations, il
+crut devoir s'étayer de quelques secours étrangers, il se confédéra avec
+les communes de Gènes. Démarche imprudente, qui a coûté cher à son pays
+qu'il avoit cru servir. Plein de fougue, de force et de haine, mais sans
+politique, sans ménagement et sans dextérité, Sambucuccio opposoit à
+tout sa propre personne. Il ne tarda pas à être dominé par les alliés
+qu'il s'étoit donnés, et qui, insensiblement, à force d'adresse, s'étant
+rendus ses maîtres; il s'en aperçut enfin, mais trop tard. Il ne lui
+restoit plus qu'un parti, c'étoit de pardonner aux nobles, de rechercher
+leur amitié, d'effacer autant qu'il étoit possible la défiance et le
+souvenir des maux passés; mais, soit que Sambucuccio comprit qu'il étoit
+impossible à ceux-ci d'avoir jamais confiance en un homme qui, depuis
+tant d'années, étoit leur fléau, soit que, se souvenant de leur avoir
+juré dans les mains de son père une haine implacable, il ne voulût pas
+être infidèle à son serment, il ne trouva pas d'autre expédient que de
+finir une vie dont tous les moments avoient été sacrifiés à la patrie.</p>
+
+<p>Il termina ses jours dans cette exaltation de principe particulière aux
+sectateurs des Giovannali. Sambucuccio naquit les armes à la main contre
+l'aristocratie, et périt comme Caton, pour ne rien faire d'indigne de
+soi, ou comme Codrus, pour lever un obstacle à la félicité de son pays.</p>
+
+<p>ARRIGO DELLA ROCCA (1378).--Avant de mourir, Sambucuccio avait désigné
+au peuple Arrigo della Rocca, comme digne de sa confiance. Arrigo,
+ennemi implacable de Gènes, ami des communes, avoit l'avantage de tenir
+aux barons par la naissance et par les alliances; presque toute la
+nation marcha, se rallia autour de lui: en peu de temps, il obligea les
+ennemis à repasser la mer. Mais les Génois ne pouvoient si promptement
+abandonner une entreprise qui étoit l'objet des intrigues fomentées, des
+crimes commis, du sang versé pendant deux siècles. Ils comprirent
+seulement qu'il falloit ou une masse de forces plus considérables, ou
+des ressorts plus compliqués, pour soumettre une nation indomptable; ils
+comprirent que le principal avantage qu'ils tiroient de l'île consistant
+dans un commerce exclusif, ainsi que dans la possession des ports qui
+favorisaient leur marine et les rendoient redoutables à leurs ennemis,
+ils pouvoient remplir le même but en tenant les places maritimes et en
+abandonnant l'intérieur aux factieux, que l'on exciteroit pour les
+empêcher de se rallier. D'ailleurs le commerce avoit beaucoup accru la
+puissance de certaines familles de Gênes; il n'étoit pas moins important
+pour la liberté de les affoiblir. L'on imagina de les mettre aux prises
+avec les Corses. Dans ce but, la république déclara abandonner les
+affaires intérieures de l'île et ne plus vouloir se mêler de protéger un
+peuple ingrat; sous main cependant, elle sollicita les plus puissants
+patriciens d'employer leurs richesses à une conquête glorieuse pour la
+patrie et avantageuse pour leur famille.</p>
+
+<p>L'ambition excitée est aveugle, et cinq des plus puissantes familles de
+Gènes s'allièrent sous le nom de <i>compagnie de la Maona</i>, pour conquérir
+la Corse. Au milieu des troubles que ces nouveaux ennemis nous
+susciteront, le gouvernement national ne pourra se consolider; les
+patriotes, ne voyant que guerres continuelles, se décourageront en
+s'affoiblissant. Outre ce double avantage, Gênes avoit le plaisir de
+voir se briser contre une roche inébranlable les navires des familles
+qu'elle redoutoit.</p>
+
+<p>Quoique puissante, la Maona fit de vains efforts pour s'emparer de vive
+force de l'île. Battue, chassée, elle revint à ses premiers projets, et
+résolut de n'élever l'édifice de sa domination qu'à l'ombre des
+factions; mais aussi peu avancée qu'à sa première année, elle reconnut,
+après trente-neuf ans de vicissitudes, la chimère dont elle s'étoit
+bercée, et, quoique à regret, abandonna des projets qui lui avoient été
+si funestes.</p>
+
+<p>La maison de Fregose étoit alors très-puissante à Gênes. On lui offrit
+de succéder à la Maona; et, pour l'encourager, le sénat lui céda
+Bonifacio et Calvi qu'il avoit conservés jusque-là. Abramo di Campo
+Fregoso ne parut en Corse que pour être battu et fait prisonnier; il vit
+en moins de quatre ans ses espérances s'évanouir avec sa faction.</p>
+
+<p>VINCENTELLO D'ISTRIA (1405).--Vincentello d'Istria, depuis la mort
+d'Arrigo, avoit été élevé au premier rang; son activité, ses talents
+militaires, lui ont mérité une des premières places parmi les grands
+hommes qui ont gouverné la Corse. Il acheva de détruire le reste de la
+faction de la Maona, renversa le parti des Fregose, et fit régner la
+justice. Vainqueur des Turcs sur terre, il arma une flottille et battit
+leurs galères. Une grande partie de nos maux devoit être causée par les
+papes. Par suite d'une donation qu'ils avoient faite de la Corse à
+Alphonse, roi d'Aragon, il vint, en 1420, avec quatre-vingts vaisseaux
+pour s'en emparer... Vincentello sentit que ce ne pouvoit être qu'un
+torrent passager; il se joignit à lui, et ils assiégèrent ensemble
+Calvi, dont ils se rendirent maîtres; mais, ayant échoué devant
+Bonifazi, Alphonse continua son voyage vers la Sicile.</p>
+
+<p>Après son départ, à l'abri de la grande réputation de Vincentello, les
+Corses vécurent en paix, et les particuliers de Gênes n'osoient
+s'aventurer contre un homme si favorisé par la fortune; on réussit
+toutefois à gagner Simone-da-Mare, qui leva l'étendard de la révolte.
+Cet ennemi, quoique redoutable, n'auroit fait qu'augmenter les triomphes
+de Vincentello, lorsque celui-ci, s'étant embarqué, fut pris par deux
+galères génoises et conduit à Gènes où il périt misérablement. Ainsi
+finit un homme qui, par ses rares talents, méritoit l'estime des
+nations. Pourquoi Gênes, au mépris du droit des gens et de
+l'hospitalité, violoit-elle cinquante-trois ans de paix? C'est ce qui
+lui fut reproché par les puissances voisines: mais, maigre ces
+reproches, ces avides marchands ne recueillirent pas moins le fruit de
+leur crime.</p>
+
+<p>PAOLO DELLA ROCCA (1458).--Après la mort de Vincentello, le peuple
+choisit, pour lui succéder, Paolo della Rocca. Sa première expédition
+fut de marcher contre Simone, qui avait pris du crédit: il le battit, le
+força à se retirer à Gènes. Là, cet infâme citoyen continua à conspirer
+contre sa patrie; il entraîna les Montalti, les Fregose, les Adorne,
+qui, aussi peu sages que la Maona, éprouvèrent le même sort. Mais, à
+mesure que les Corses détruisent un ennemi, il en parait dix autres:
+affoiblis par leur victoire même: ne pouvant ni prévenir l'attaque, ni
+profiter de leurs succès, ils se trouvent dans la plus triste position.
+Si un élément ennemi ne les eût empêchés de l'atteindre, Gènes, superbe
+repaire! tu n'aurais pas longtemps insulté à nos malheurs... Pouvoir
+d'un bras désespéré se venger en un moment de tant d'affronts, d'un seul
+coup assurer l'indépendance de sa patrie et donner aux hommes un exemple
+éclatant de justice... Dieu! ton peuple ne seroit-il pas le foible
+opprimé?</p>
+
+<p>Dans cette position désespérée, l'évêque d'Aleria ouvrit l'avis
+d'implorer la protection des papes; Eugène occupoit alors la chaire
+pontificale. Ravi de cette heureuse circonstance, il envoya un légat en
+Corse. Les Adorne prétendirent mettre obstacle à ce nouvel ordre de
+choses: mais battu. Gregorio Adorno paya par sa captivité les vues
+ambitieuses de son oncle.</p>
+
+<p>MARIANO DI GAGGIA (1445).--Les peuples nommèrent pour gouverner sous la
+protection des papes Mariano di Gaggia. Mariano, implacable ennemi des
+caporaux, leur fit une guerre opiniâtre; il brûla, dévasta leurs biens,
+démolit leurs châteaux. Les caporaux distingués par leur crédit sur le
+peuple en étoient les chefs; mais, corrompus, ils ne servirent plus qu'à
+l'égarer, et la nation étoit victime de leur ambition et de leur
+avidité: funestes effets de l'ignorance de la multitude. L'on ne peut
+disconvenir cependant que les caporaux n'aient rendu des services à la
+Corse. Leur histoire est à peu près celle des tribuns de Rome. Après sa
+brillante expédition contre les caporaux. Mariano ne fit plus rien qui
+fût digne de sa réputation; il conserva sa prépondérance sur le peuple
+malgré le grand nombre de ses ennemis; mais il s'en servit pour prêcher
+la soumission à l'Offizio. L'histoire, méprisant cette indigne conduite,
+ne s'occupe plus de lui, et le laisse mourir dans l'oubli.</p>
+
+<p>Peut-être, à l'ombre de la tiare, on eût vécu tranquille; mais le pape
+Nicolas V, Génois, ami des Fregose, donna l'investiture de la Corse à
+Lodovico, chef de cette maison. Les Corses, bien loin d'approuver cette
+élection, coururent aux armes avec leur intrépidité ordinaire, et
+repoussèrent ce nouvel adversaire. Galeazzo di Campo Fregoso, découragé,
+céda à la république le peu de forts qu'il tenoit; mais les Génois,
+constants dans leur politique, engagèrent l'Offizio de San Giorgio à
+succéder aux Fregoso, et firent naître dans cette compagnie une
+espérance de sucres qu'ils étoient bien loin de désirer.</p>
+
+<p>A cette époque, l'esprit de la nation étoit perverti; l'on ni respiroit
+que factions, que divisions. L'Offizio fit des préparatifs
+considérables; son premier acte dans l'île fut d'assembler ses partisans
+à Lago Benedetto. Là, il annonça ses dispositions bénignes: ce n'étoit
+que pour le bonheur des Corses qu'il vouloit les subjuguer. Ce jargon,
+auquel ils eussent dû être accoutumés depuis longtemps, en éblouit
+plusieurs. La liste de ses adhérents s'accrut; une partie considérable
+de l'île envoya des députés à la diète de Lago Benedetto, où ils
+arrêtèrent les pactes conventionnels de la souveraineté de l'Offizio.</p>
+
+<p><i>(La suite au numéro prochain.)</i></p>
+<br>
+
+<h3><b>Théâtres.</b></h3>
+
+<p class="mid"><i><b>Charles VI</b></i> opéra en cinq actes, paroles de <b>MM. CASIMIR et GERMAIN
+DELAVIGNE</b>, musique de <b>M. F. HALÉVY</b>, divertissements de M. MAZILIER,
+décorations de <b>MM. CICERI, PHILASTRE, CAMBON, SÉCHAN et DESPLÈCHIN</b>.</p>
+
+<p>C'est une terrible affaire qu'un opéra en cinq actes, et qui exige une
+notable dose de patience et de force chez le poète, chez le musicien, et
+souvent aussi chez l'auditeur. Je ne parle pas des acteurs: jamais
+acteur, que je sache, ne s'est plaint que son rôle fût trop long.</p>
+
+<p>Déjà, et plus d'une fois, on a reproché à l'Opéra l'énormité de ce
+fardeau qu'il impose, chaque année, à l'attention du public: mais, à
+cela, les gens de théâtre ont une réponse toute prête, et qui leur
+parait péremptoire: c'est que les pièces en cinq actes sont plus
+lucratives. Sans doute, trois actes bien faits doivent suffire à
+l'appétit d'un homme de lettres, d'un artiste, d'un avocat, peut-être
+même d'un avoué; mais, les banquiers, les épiciers, les marchands de
+calicot, les fabricants de bas de Paris, tiennent surtout à la quantité,
+et c'est pour eux que l'on travaille On comprendra sans peine que,
+partout où la question financière se présente, il faut bien que la
+question d'art lui cède la place et disparaisse. Va donc pour cinq
+actes! jouissez-en, mon cher lecteur, ou subissez-les, selon que vous
+appartenez à l'une ou à l'autre des deux catégories de spectateurs que
+je viens d'indiquer ci-dessus.</p>
+
+<p>Le personnage principal de l'opéra nouveau, ainsi que son titre
+l'annonce, est Charles VI, ce roi qui fut si malheureux, et sous lequel
+la France fut si malheureuse. On est aux derniers jours de ce long ce
+triste règne; l'Anglais est maître de Paris et de la plus grande partie
+du royaume: Henri V, le vainqueur d'Azincourt, est mort; le duc de
+Bedfort commande son armée, exerce le pouvoir suprême au nom d'Henri VI,
+son neveu, tient le roi de France dans une sorte de captivité, et mène
+rudement la guerre dont le succès doit anéantir les dernières espérances
+du dauphin et des Français qui aiment encore la France. Le vieux Raymond
+est de ceux-là.</p>
+
+<p>Qu'est-ce que le vieux Raymond? Cela n'est pas très-facile à deviner. Il
+habite une métairie; il est donc métayer. Cependant, il a été soldat
+jadis, et quand ses regards s'arrêtent sur une grande épée, qu'on voit
+chez lui pendue à la muraille, il dit souvent à demi-voix:</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+Ma bonne lame d'Azincourt,
+Quand donc pourrai-je te reprendre.
+</div></div>
+
+<p>J'avoue que, pour ma part, je n'imagine pas ce qui l'en empêche, car il
+n'y en eut jamais une plus belle occasion. Sa fille Odette, qui parait
+une fille de sens et de résolution, est tout à fait de mon avis.
+«<i>Agissez</i>, lui dit-elle, <i>et ne parlez pas.</i>» Mais Raymond aime
+beaucoup à parler. Il aime aussi à chanter, et ne se fait guère prier
+quand on lui demande un refrain contre les ennemis de la France.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+La France a l'horreur du servage,
+Et, si grand que soit le danger,
+Plus grand encore est son courage
+Quand il faut chasser l'étranger.
+Vienne le jour de la délivrance,
+Des coeurs ce vieux cri sortira:
+Guerre aux tyrans! Jamais en France,
+Jamais l'Anglais ne régnera.
+</div></div>
+
+<p>Ou voit que les inspirations poétiques de Raymond ne sont pas d'un ordre
+très-élevé. Il n'a rien de commun avec le Tyrtée antique: il est même
+bien loin du moderne Tyrtée, à qui nous devons les <i>Messiniennes</i>. Mais
+enfin son intention est bonne, et il faut lui en savoir gré. C'est un
+poète languissant et décoloré, j'en conviens; mais c'est du moins un
+citoyen dévoué, un sujet fidèle. Il le prouve bien, puisqu'il envoie
+sans hésiter sa fille auprès du roi dès la première réquisition.</p>
+
+<p class="lef"><img alt="" src="images/006a.png"></p>
+
+<p>Odette ne s'y décide pas sans quelques regrets. Cela n'a rien
+d'étonnant: elle aime un jeune écuyer, nommé Charles, qui, depuis
+quelque temps, rode autour de la métairie, qui lui a parlé d'amour, qui
+même l'a demandée en mariage à son père. Ce dernier point me semble
+assez grave, et j'aurais quelque peine à le croire, si Raymond ne le
+disait lui-même à sa fille, pour la consoler</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+
+<p class="i20">Plus de tristesse, enfant! la noce à ton retour.</p>
+<p class="i30"> N'as-tu plus foi dans sa constance?</p>
+
+</div></div>
+
+<p>Or vous saurez que cet écuyer si tendre, et si vertueusement amoureux de
+la fille d'un paysan, n'est rien moins que le dauphin de France, qui
+sera bientôt Charles VII.</p>
+
+<p>Cela vous parait léger, sans doute, et un peu perfide; mais, du moins.
+Charles est bon fils. A peine apprend-il qu'Odette est mandée auprès du
+Roi,</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<p class="i20">Qu'elle va consoler dans sa noble misère,</p>
+</div></div>
+
+<p>qu'il recule et tombe à genoux devant elle:</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<p class="i20">En respect mon amour se change.</p>
+<p class="i20">Reste pure, Odette, et sois l'ange</p>
+<p class="i20">De tes rois et de ton pays.</p>
+<p class="i20">Pour eux, c'est en toi que j'espère.</p>
+<p class="i20">L'ange qui va sauver le père</p>
+<p class="i20">Sera respecté par le fils.</p>
+</div></div>
+
+<span class="lef"><img alt="" src="images/006b.png"></span><br>
+<br><br><br><br><br><br><br><br><br><br><br><br><br><br>
+<b>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Théâtre de l'Opéra.--<i>Charles VI</i>--Le Cortège, au
+troisième acte.</b>
+
+<p>Il ne forme plus qu'un voeu, c'est de revoir son père, et Odette
+s'engage à lui en fournir les moyens.</p>
+
+<p>Au deuxième acte, le théâtre représente les salons de l'hôtel
+Saint-Paul, où la reine Isabelle et le duc de Bedfort préparent, au
+milieu d'une fête, l'acte qui doit asservir pour jamais la France à
+l'Angleterre, et faire passer la couronne de Charles VI sur le front du
+fils d'Henri V. Pendant qu'ils <i>ourdissent leur trame criminelle</i>, un
+joyeux orchestre résonne autour d'eux, et des voix harmonieuses</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<p class="i14">Chantent la villanelle, où notre Alain Chartier
+<p class="i20"> Compare l'enfance à l'aurore.
+</div></div>
+
+<p>Alain Chartier, que la reine Marguerite, femme de Louis XI baisait,
+comme on sait, sur la bouche, pendant son sommeil, à cause des belles
+choses qu'il disait, devait être bien jeune à l'époque où il fit cette
+chanson-là. Ce fut apparemment son début; mais le début est brillant
+pour un poète au maillot, et rien n'y accuse l'inexpérience d'un âge
+aussi tendre. Le style en est correct et fort élégant; les rimes riches
+et harmonieuses, et la nature y est peinte des plus riantes couleurs.
+Bientôt la reine elle-même joint sa voix aux voix du choeur. Hélas! je
+voudrais en vain le nier, cette femme, qui fut une si perfide épouse,
+une si détestable mère, et la reine la plus funeste qu'ait jamais eue la
+France, n'en réunissait pas moins tous les talents et tous les charmes!
+Admirable musicienne, elle avait une voix tout à la fois douce et
+sonore, qu'elle conduisait avec une habileté savante, dont les Italiens
+n'ont trouvé le secret que beaucoup plus tard. A défaut de l'air qu'elle
+chante, en voici du moins les paroles, qui ont bien aussi leur mérite:</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<p class="i14">L'aube de notre jeune âge</p>
+<p class="i14">Ressemble à celle du jour:</p>
+<p class="i14">Chagrins d'enfance et d'amour</p>
+<p class="i14">Se ressemblent davantage.</p>
+<br>
+<p class="i14">L'amant, loin de son doux bien,</p>
+<p class="i14">Tombe en tristesse profonde:</p>
+<p class="i14">Pour lui, rien n'est plus au monde,</p>
+<p class="i20"> Plus n'est rien.</p>
+<br>
+<p class="i14">Sa peine est si douloureuse</p>
+<p class="i14">Que mourir on le verrait,</p>
+<p class="i14">Si d'une peine amoureuse</p>
+<p class="i20"> On mourait.</p>
+<br>
+<p class="i14">Mais de son mal il guérit</p>
+<p class="i14">Sitôt que revient la reine;</p>
+<p class="i14">Il la voit sourire à peine,</p>
+<p class="i20"> Qu'il sourit.</p>
+<br>
+<p class="i14">Un si doux transport, l'oppresse,</p>
+<p class="i14">Que mourir on le verrait,</p>
+<p class="i14">Si d'une amoureuse ivresse</p>
+<p class="i20"> On mourait.</p>
+</div></div>
+
+<p>Après le concert, le bal. Après le bal, le souper.</p>
+
+<p>Les trois portes du fond s'ouvrent, et l'on voit une table servie avec
+une splendeur royale. Un maître de cérémonie s'avance; la reine se lève,
+et, présentant la main au duc de Bedfort:</p>
+
+<p class="mid">Milords, messieurs, le banquet nous attend.</p>
+
+<p>Tous les convives sortent, et le salon reste désert.</p>
+
+<p>Un homme y paraît alors et s'avance d'un pas lent et mal assuré; sa
+chevelure et ses vêtements sont en désordre; son oeil est fixe et son
+visage pâle. Arrivé devant la porte de l'appartement où a lieu ce
+banquet que la reine préside, il s'arrête et dit <i>J'ai faim!</i> Cet homme,
+c'est le roi de France!</p>
+
+<p>Odette ne le laisse pas longtemps seul. Pour le distraire, elle a
+recours à son jeu favori, à ce jeu qui a été inventé pour l'amusement de
+ce royal insensé, et qui après lui en amusera tant d'autres; elle joue
+aux cartes avec lui; tout en jouant, elle lui parle de son fils, et peu
+a peu fait naître en lui le désir de le revoir. C'est en effet ce
+qu'elle a promis au dauphin; mais elle nuit à ce prince en croyant le
+servir.</p>
+
+<p>Bientôt la reine rentre avec Bedfort. Charles tremble devant elle; il
+pâlit à sa voix; il chancelle sous son regard. Jamais elle n'eut un plus
+grand intérêt à user de son funeste ascendant. Ce traité conclu entre
+elle et Bedfort, qui déclare Henri VI d'Angleterre unique héritier du
+roi de France, il faut que Charles VI le signe. Il résiste d'abord, sans
+trop savoir ce qu'on lui demande; mais la reine fait sortir Odette, et
+s'empare des cartes qu'elle aperçoit sur la table. Privé à la fois de
+ses deux joujoux, le vieil enfant se désespère. Ah! dit-il,</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<p class="i30"> Qu'un ciel sans nuage
+<p class="i14">Pour les regards est doux! et quelle volupté
+<p class="i20"> De se ranimer sous l'ombrage,
+<p class="i20"> A l'air pur de la liberté!
+</div></div>
+
+<p>--Vous le pourrez demain si vous voulez, répond la reine, et l'on vous
+rendra Odette, et l'on vous rendra vos cartes aussitôt que vous aurez
+signé.</p>
+
+<p>Charles signe et se remet au jeu, en riant d'un rire hébété, pendant que
+Bedford, à côté de lui, lit à voix haute l'acte qui déshérite le
+dauphin.</p>
+
+<p>Le lendemain, Charles, conduit par Odette chez le vieux Raymond, revoit
+en effet son fils et le reconnaît à grand'peine. Bientôt un exprès
+envoyé par la reine vient abréger sa promenade. Il est roi, il faut
+qu'il règne. Une cérémonie publique se prépare, il faut qu'il y
+paraisse. Dans toutes les comédies qui se jouent à la face de la nation,
+le premier rôle ne lui appartient-il pas de plein droit?</p>
+
+<p>Le théâtre change et représente le perron de l'hôtel Saint-Paul,
+derrière lequel se déroule le vieux Paris, et se dresse la Bastille. Là
+un trône est dressé pour Charles et pour Isabelle; au-dessous se presse
+le peuple, morne, sombre et indigné. Hélas! cette fête pompeuse a pour
+objet la proclamation des droits prétendus d'Henri VI. Ce cortège qui
+s'avance, c'est Bedfort qui le mène, et il entoure ce jeune roi sur le
+front duquel on va placer la couronne de France, et qu'on vient
+présenter à Charles, afin qu'il le reconnaisse publiquement pour son
+héritier. Mais Charles a quelquefois des éclairs de raison, et alors
+l'instinct national se retrouve en lui toujours vivant et plein
+d'énergie.</p>
+
+<p>«Qu'il est beau, cet enfant!....» lui dit Isabelle. Mais Charles répond:
+<i>c'est un Anglais.</i> L'enfant approche, et Bedfort le présente au
+monarque:</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<p class="i20"> Donnez-lui le baiser de paix.</p>
+<p class="i14">Vous avez sur son front posé le diadème.</p>
+</div></div>
+
+<p class="mid">CHARLES.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<p class="i14">Moi? moi?</p>
+</div></div>
+
+
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/007a.png"><br><b>Théâtre de l'Opera.--Opera de <i>Charles VI</i>. paroles de MM. Casimir et<br>
+Germain Delavigne, musique de M. F. Halévy.--Cinquième acte, dernière
+décoration.</b></p>
+
+<p class="rig"><img alt="" src="images/007b.png"><br>
+&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<b>Madame Stoltz, rôle d'Odette,<br>
+&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Barroithet, rôle de Charles VI.</b></p>
+
+<p class="mid">BEDFORT.</p>
+
+<p>C'est l'héritier préféré par vous-même qui doit régner un jour...</p>
+
+<p class="mid">CHARLES.</p>
+
+<p>Jamais!</p>
+
+<p>Il étend en effet son bras, que la fureur a ranimé; il saisit le
+sceptre, le brise, et en foule les tronçons sous ses pieds, aux cris
+d'enthousiasme et de joie du peuple témoin de cette scène.</p>
+
+<p>Après un pareil éclat, la reine n'a plus rien à espérer, si elle ne rend
+le malheureux roi tout-à-fait fou. Elle n'hésite pas un moment. Il est
+seul, il attend son fils, qui s'est introduit dans Paris, qui a préparé
+son évasion, et qui doit, à un signal convenu, entrer à l'hôtel
+Saint-Paul par une fenêtre, et l'enlever. Ce signal, c'est une chanson
+connue qu'Odette doit faire entendre. Tout, à coup retentissent à son
+oreille des bruits étranges, des murmures lugubres, de sourds
+gémissements. Il écoute en frémissant, il regarde: à la clarté d'une
+lueur sombre et vacillante, un homme s'introduit dans son appartement,
+et vient droit à lui. Il est à moitié nu; sa barbe est inculte, ses
+cheveux hérissés, son oeil fixe et menaçant; son bras est armé d'une
+redoutable massue. C'est cet inconnu qui, jadis, l'arrêta dans la forêt
+du Mans, et dont l'aspect imprévu troubla sa raison.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<p class="i12">Ose un instant me regarder en face,</p>
+<p class="i12">Eh bien, me reconnais-tu, roi?</p>
+</div></div>
+
+<p class="mid">CHARLES.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<p class="i12">Non, non! mais ton aspect me glace.</p>
+</div></div>
+
+<p class="mid">LE SPECTRE.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<p class="i12">De la forêt du Mans, te souviens-tu?</p>
+</div></div>
+
+<p class="mid">CHARLES.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<p class="i30"> C'est toi,
+<p class="i12">C'est bien toi. Que ma tête alors était brûlante
+<p class="i12">Elle brûle...</p>
+</div></div>
+
+<p class="mid">LE SPECTRE</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<p class="i20">J'ai dit que le fer, le poison,</p>
+<p class="i12">Sèmeraient sur tes pas le deuil et l'épouvante.</p>
+</div></div>
+
+<p class="mid">CHARLES.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<p class="i12">Fuis, spectre!</p>
+</div></div>
+
+<p class="mid">LE SPECTRE</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<p class="i20">Je l'ai dit.</p>
+</div></div>
+
+<p class="mid">CHARLES.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<p class="i30">Ma raison! ma raison</p>
+</div></div>
+
+<p class="mid">LE SPECTRE.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<p class="i12">Roi, j'ai dit vrai. Regarde:</p>
+</div></div>
+
+<p>En effet le parquet s'est entr'ouvert, et trois spectres en sortent
+lentement.. Ils sont vêtus de noir, et leur tête est couverte d'un
+casque; mais sous ce masque il n'y a point de visage ce sont des
+spectres. Regardez continue l'homme de la forêt du Mans.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<p class="i30">C'est Clisson,</p>
+<p class="i12">Qui tend vers toi sa main sanglante</p>
+<p class="i12">Louis ton oncle, et Jean-sans-Peur.</p>
+</div></div>
+
+
+<p class="rig"><img alt="" src="images/008a.png"><br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<b>Madame Dorus,<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;rôle d'Isabeau.</b><br>
+<img alt="" src="images/008b.png"><br>
+&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<b>Duprez,<br> &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;rôle du Dauphin.</b></p>
+
+
+<p>Le spectre se trompe. Louis d'Orléans était le frère du roi, et non son
+oncle. Mais cet homme de la forêt du Mans n'était, à tout prendre, qu'un
+membre du menu populaire, un malotru, un croquant, qui ne savait rien
+des choses de ce monde, et n'avait pas lu l'almanach de la Cour. Son
+erreur est donc pardonnable, et, d'ailleurs, Charles est trop effrayé
+pour s'en apercevoir. Il n'a d'oreilles que pour l'épouvantable trio
+dont le régalent ces trois squelettes virtuoses:</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<p>Tremble! la tombe s'ouvre;</p>
+<p>La mort, qu'elle découvre,</p>
+<p>A tes regards en sort,</p>
+<p>Et tes pâles fantômes</p>
+<p>Désertent ses royaumes</p>
+<p>Pour t'annoncer ton sort.</p>
+</div></div>
+
+<p class="mid">CHARLES.</p>
+
+<p>Quel est-il donc?... Je touche à mon heure suprême?</p>
+
+<p class="mid">LE SPECTRE.</p>
+
+<p>Ils tombèrent tous trois assassinés, jadis.</p>
+
+<p class="mid">CHARLES.</p>
+
+<p>Eh bien?</p>
+
+<p class="mid">LE SPECTRE.</p>
+
+<p class="mid">Tu périras de même.</p>
+
+<p class="mid">CHARLES.</p>
+
+<p>Qui doit m'assassiner?</p>
+
+<p class="mid">LES TROIS FANTÔMES, <i>Successivement.</i></p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<p class="i14">Ton fils!--Ton fils!--Ton fils!</p>
+</div></div>
+
+<p>Il faudrait une tête plus forte que celle de ce pauvre monarque pour
+résister à ces menaces, à ces chants, et à cette horrible fantasmagorie.
+Il entre dans un accès de folie furieuse, et livre son fils à Isabelle
+et à Bedford, qui ne manquent pas d'accourir à ses cris.</p>
+
+<p>Voilà donc le dauphin prisonnier des Anglais, et, qui pis est, de sa
+mère.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<p class="i4"> Dans leurs fers il attend sa sentence:</p>
+<p class="i4"> A Saint-Denis l'arrêt sera porté.</p>
+<p>On y traîne te roi, pour que sa voix proclame</p>
+<p>Que son fils par le ciel du trône est rejeté,</p>
+<p class="i4"> Pour qu'à Bedfort il donne l'oriflamme</p>
+<p class="i12"> Avec la royauté.</p>
+</div></div>
+
+<p>Voilà ce que Raymond apprend à Dunois, à Tanneguy-Du-châtel, à Lahire, à
+Saintrailles, qu'il trouve campés au bord de la Seine. <i>Plus
+d'espérance!</i> chantent les chevaliers; mais Odette est une fille de
+tête, et ne se décourage pas pour si peu.--Comment Odette se
+trouve-t-elle là? Comment la reine, après les tentatives réitérées
+qu'elle a faites dans l'intérêt du dauphin, et dont la démence du roi a
+trahi le secret, ne l'a-t-elle pas fait fouetter et puis jeter à la
+rivière, dans un sac décoré de l'inscription d'usage: <i>Laissez passer la
+justice du roi?</i>--C'est ce que je ne me charge pas d'expliquer. Quoi
+qu'il en soit, Odette, profitant de sa faveur à la cour, a fait nommer
+son père gardien des tombeaux de Saint-Denis, et, dit-elle,</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<p class="i14">.............Ces demeures sombres</p>
+<p class="i14">Peuvent cacher des vivants dans leurs ombres,</p>
+<p class="i14">Et la victoire en peut sortir.</p>
+</div></div>
+
+<p>C'est ce qui arrive en effet. Au moment décisif, quand, aux yeux de la
+cour, des Anglais et du peuple assemblé sous les voûtes saintes, Charles
+exige que le dauphin renonce à ses droits, et va prononcer sa sentence,
+les défenseurs de la cause nationale sortent tout à coup de l'église
+souterraine, repoussent les Anglais, délivrent le jeune prince, et
+procurent à Charles VI le plaisir de mourir comme Mithridate, en voyant,
+de ses derniers regards, fuir ses ennemis. Il meurt en effet, mais en
+roi, et qui plus est, en troubadour, après avoir entonné, de sa voix
+défaillante, le patriotique refrain que j'ai déjà cité, et qui parait
+être l'idée mère des auteurs, et la moralité de leur fable:</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<p class="i14">Vive le roi! Jamais en France,</p>
+<p class="i14">Jamais l'Anglais ne régnera.</p>
+</div></div>
+
+<p><i>Charles VI</i>, ainsi qu'on a déjà pu s'en convaincre, est conçu dans les
+meilleurs sentiments. C'est un opéra éminemment patriotique. L'amour du
+pays, la haine de l'étranger en ont inspiré toutes les scènes, en ont
+dicté tous les vers. Voilà un grand point, et qui doit rendre la
+critique indulgente sur beaucoup d'autres. N'était cette grave
+considération, l'on pourrait désirer sans doute un sujet de pièce plus
+facilement appréciable, plus intéressant et plus dramatique, un plan
+plus habilement construit, des scènes liées avec plus d'art et mieux
+développées, des caractères plus franchement accusés, une versification
+moins décolorée, des moyens d'effet d'un meilleur choix que cet
+abominable spectacle du quatrième acte, que repousseraient les
+boulevards, et qu'on n'a pu voir à l'Opéra sans stupeur; on pourrait
+demander au compositeur des mélodies plus heureuses,--si mélodies il y
+a,--ou du moins une mélopée moins monotone et moins pesante; mais si
+l'ouvrage n'est pas récréatif, il est moral, et c'est l'essentiel. Les
+auteurs sont des hommes vertueux et bien pensants: on ne peut leur
+refuser au moins la couronne civique; et le spectateur, s'il ne s'amuse
+pas toujours, ne peut du moins s'empêcher d'estimer leurs intentions et
+leur caractère.</p>
+
+<p>Sérieusement, et autant qu'on en peut juger après une première audition.
+MM. Delavigne et M. Halévy me paraissent s'être également trompés.--Qui
+ne se trompe pas quelquefois?--Cela peut-il entamer leur réputation, et
+nuire à leur gloire? Non, sans doute, et mille fois non! M. Delavigne
+n'en a pas moins fait <i>Louis XI</i> et <i>les Enfants d'Édouard</i>. M. Halévy
+n'en a pas moins produit les chants inspirés de <i>la Juive</i>. Il y a dans
+la vie de tout artiste, de bons et de mauvais moments. La postérité
+recueille les uns, et oublie les autres: les contemporains doivent faire
+de même.</p>
+
+<p>Il y a, néanmoins, dans cet ouvrage, des détails heureux et des
+situations bien trouvées. L'entrée du roi, au second acte, est fort
+belle, et son premier mot: <i>J'ai faim!</i> produirait un grand effet, si
+l'incommensurable ritournelle qui le précède n'avait presque fait
+oublier au spectateur qu'Isabelle préside un banquet pendant que Charles
+VI a faim. La scène où Odette joue aux cartes avec le roi est ingénieuse
+et bien traitée; mais les détails avortent quand l'ensemble est
+défectueux.</p>
+
+<p>Quant à la musique, il y aurait presque de l'impertinence à l'apprécier
+en détail après une seule représentation. Un second article lui sera
+spécialement consacré.</p>
+
+<p>Ce qu'on peut juger immédiatement, c'est la décoration et la mise en
+scène. De ce côté, l'administration a déployé une grande magnificence.
+Les costumes, fort exacts et très-bien étudiés, font le plus grand
+honneur au goût de M. Lormier, qui en a fourni les dessins. Ils sont
+d'ailleurs d'une richesse presque fabuleuse. Jamais on n'avait vu sur la
+scène de l'Opéra tant de soie, tant de satin, de fourrures et de
+velours. Le cortège qui défile sur la scène, au troisième acte, est d'un
+admirable effet. Infanterie, cavalerie, artillerie, rien n'y manque. Les
+chevaux même y étaient les plus brillantes parures. Les armures d'or et
+d'acier y éblouissent les regards. M Léon Pillet a trouvé le moyen de
+faire pâlir les merveilles de <i>la Reine de Chypre</i> et de <i>la Juive</i>.
+Aurait-on osé s'y attendre, et pourrait-on demander davantage?</p>
+
+<p>Les décorations sont fort belles, surtout celles du cinquième acte. Il y
+en a deux: la première est une vue prise au bord de la Seine, près de
+Saint-Denis. C'est un tableau charmant, plein de calme et d'une
+fraîcheur délicieuse. L'autre représente la nef, le choeur et les
+bas-côtés de la cathédrale de Saint-Denis, telle qu'elle était alors,
+avec ses voûtes peintes et ses vitraux coloriés. On ne saurait imaginer
+rien de mieux conçu, de mieux étudié, de plus hardiment exécuté, rien
+enfin de plus imposant et de plus magnifique.</p>
+
+<p><i>(La fin à la prochaine livraison.)</i></p>
+<br>
+
+<h3><b>Cours publics.</b></h3>
+
+<h4><i>Le collège de France.--La Sorbonne.--Les Professeurs.</i></h4>
+
+<p class="mid">(Suite et fin.--Voyez p. 14.)</p>
+
+<p class="mid"><i>Littérature latine et grecque.</i>--M. PATIN et M. EGGER.</p>
+
+<p>M. Patin et M. Egger, à la Sorbonne, traitent, l'un de la comédie latine
+et de Térence en particulier, l'autre des origines de la comédie
+grecque. M. Patin s'est acquis depuis longtemps une réputation de
+finesse et d'élégance classique, consacrée naguère par les suffrages de
+l'Académie Française. On se souvient que M. Sainte-Beuve a comparé M.
+Patin à l'abeille attique, butinant sur les fleurs de l'Hymette;
+malheureusement, M. Patin professe depuis bien des années, et l'on
+vieillit de bonne heure dans ce pénible métier de l'enseignement. Les
+rares qualités du savant professeur, son élégance exquise, la pureté de
+son goût, la délicatesse de son esprit, ressemblent aujourd'hui à de
+belles fleurs séchées dans un in-octavo. M. Patin parle du bout des
+lèvres, d'une façon pincée, qui semblerait prétentieuse si l'on ne
+connaissait d'ailleurs l'honnêteté de l'homme et la modestie du savant.
+M. Egger prouve que la science, que la philologie même peut quelquefois
+s'allier à des qualités un peu plus mondaines. En l'écoutant, on se
+rappelle ce que disait Labruyére de l'érudition, au chapitre des
+Jugements: «Il y a une sorte de hardiesse à soutenir devant certains
+esprits la honte de l'érudition... L'on trouve chez eux une prévention
+toute établie contre les savants, à qui ils ôtent les manières du monde,
+le savoir-vivre, etc. Il semble néanmoins que l'on devrait décider sur
+cela avec plus de précaution, et se donner seulement la peine de douter
+si le même esprit qui fait faire de si grands progrès dans les sciences,
+qui fait bien penser, bien juger, bien parler et bien écrire, ne
+pourrait point encore servir à être poli.» Cette politesse de l'esprit
+se traduit dans le cours de H. Egger par une certaine élégance facile de
+parole et de style, par un heureux mélange de la science et de la
+littérature; en un mot, on y trouve, aimables et intéressants,
+Epicharme, Eupolis, Cratinus, dont il ne reste que des fragments de vers
+et des moitiés de mots d'une authenticité fort contestable.</p>
+
+<p class="mid"><i>Théologie</i>-M. L'ABBÉ COEUR.</p>
+
+<p>M. l'abbé Coeur, l'un des prédicateurs les plus distingués de notre
+temps, occupe à la Sorbonne la chaire <i>d'éloquence sacrée</i>, et cherche
+dans la morale chrétienne les preuves divines du catholicisme. Debout,
+comme dans la chaire évangélique. M. l'abbé Coeur répand sur son
+auditoire la parole de vie, oubliant volontiers qu'il est professeur,
+qu'il s'adresse plutôt à des disciples qu'à des ouailles. Le ruban de la
+Légion-d'Honneur brille sur sa poitrine, et semble ajouter encore à
+l'autorité de son éloquence, en rappelant les services éminents qu'il a
+rendus à l'Église et à la religion. Jeune encore, M. l'abbé Coeur, le
+front haut, l'oeil inspiré, la voix brève, animée, a toujours la fougue
+du missionnaire qui ne fait point de controverse, mais veut aller au
+coeur et toucher les endurcis. Son succès est immense: il compte dans
+son auditoire des personnages considérables, dont la seule présence est
+un éloge. Pourtant, puisque M. l'abbé Coeur est en Sorbonne, qu'il soit
+permis à nous, profanes, de lui adresser quelques critiques littéraires
+et mondaines: de lui reprocher, par exemple, des fautes de prosodie, des
+syllabes trop brèves, d'autres, au contraire, trop allongées; de plus,
+une certaine monotonie de gestes, enfin des mouvements de bras pénibles,
+qui ressemblent parfois à des contorsions. Je sais que l'orateur
+chrétien se soucie peu de ces vanités, mais le professeur doit y prendre
+garde.</p>
+
+<p class="mid"><i>Histoire</i>.--M. MICHELET <i>Collège de France</i>.</p>
+
+<p>M. Michelet ne veut pas charger ses auditeurs de faits et de dates;
+assuré d'ailleurs des vieilles sympathies du public, il essaie d'initier
+ses nombreux disciples aux secrets les plus intimes de sa méthode
+historique. M. Michelet, chacun le sait, aime surtout à isoler un fait
+pour en saisir le côté pittoresque et la pensée philosophique Son cours
+n'est que le récit de ses impressions personnelles, de ses prédilections
+historiques et littéraires. M Michelet est à l'âge où l'on se souvient
+volontiers, et où l'on se complaît dans la mémoire de ses émotions
+passées, de ses affections d'autrefois. Il parle simplement, comme avec
+lui-même, par petites phrases détachées, dont le lien n'existe souvent
+que dans la pensée de l'orateur. Le public ne devine pas d'abord la
+transition, et trouve quelquefois la leçon un peu décousue, parce qu'on
+le mène des bords du Rhin à la bibliothèque Sainte-Geneviève, des poèmes
+indiens au Panthéon; mais il y a dans tous les détails tant d'esprit et
+de grâce, souvent même un sentiment si profond et si vrai, que l'on ne
+se sent pas le coeur de penser même à une critique. Peu jaloux de la
+gloire posthume, M. Michelet ne laissera pas de mémoires à publier après
+sa mort: mais il nous raconte tous les jours en chaire sa vie
+d'historien, de poète, de rêveur. Il veut nous montrer comment il a
+compris, comment il a aimé l'histoire, et nous léguer à la fois et cette
+intelligence et cet amour.</p>
+
+<p>Nous regrettons vivement de ne pouvoir aussi passer en revue les autres
+cours publics, qui méritent tous une mention spéciale; au moins
+citerons-nous encore à la Sorbonne les savantes et consciencieuses
+leçons de M. Charpentier, professeur d'éloquence latine; de M. Ozanam,
+professeur de littérature étrangère; les spirituels enseignements de M.
+Geruzez; et, au Collège de France, les cours très-suivis de MM. Ampère
+et Burnouf, qui occupent les chaires de littérature française et latine.</p>
+
+<p>Maintenant, à ces justes éloges nous sera-t-il permis de joindre
+quelques critiques tout aussi légitimes, à notre sens?</p>
+
+<p>Bien certainement nous ne reprendrons pas en détail les différents cours
+que nous venons d'énumérer; nous ne chicanerons pas M. Saint-Marc
+Girardin sur quelques scènes du drame moderne, que nous comprenons
+autrement que lui. M. E. Quinet sur quelques théories poétiques qui nous
+semblent assurément contestables; mais nous nous bornerons à une
+critique générale, s'appliquant à toutes les chaires, et ressortant
+d'ailleurs de nos observations préliminaires.</p>
+
+<p>Ne serait-il pas vrai de dire, par exemple, que messieurs les
+professeurs du Collège de France et de la Sorbonne, pour la plupart, se
+préoccupent moins de l'enseignement lui-même que de leurs propres
+leçons, moins du public que de leur <i>livre?</i> Il est manifeste en effet,
+pour le moins clairvoyant, que la pensée du <i>livre</i> domine dans toutes
+ces leçons; M. Simon développe sa thèse sur Proclus et achève de
+s'édifier sur la philosophie alexandrine: M. Egger, si consciencieux
+d'ailleurs, prépare évidemment son mémoire pour l'Institut; M.
+Saint-Marc Girardin y va même plus franchement; son livre est écrit, et
+avant de le donner à l'impression, il le relit une dernière fois avec le
+public, faisant comme ces peintres qui exposent d'abord un tableau dans
+leur atelier avant de l'envoyer au salon. Le reproche que nous adressons
+ici à messieurs les professeurs, c'est de faire leur cours un peu trop
+pour eux-mêmes, de se considérer dans leurs chaires plutôt comme des
+savants et des écrivains que comme des professeurs; c'est, en un mot, de
+faire exclusivement les affaires de leur esprit de telle sorte que la
+critique pourrait se borner presque à donner un bulletin bibliographique
+de la Sorbonne et du Collège de France, appréciant tel cours comme une
+thèse de doctorat, tel autre comme un mémoire pour l'Académie des
+Inscriptions; celui-ci comme une suite de feuilletons critiques,
+celui-là comme un volume de mélanges historiques et philosophiques. Les
+cours de la Sorbonne et du Collège de France ressemblent le plus souvent
+à ces séances publiques de l'Athénée, de l'Institut, des Sociétés
+savantes, où chaque membre vient lire au fauteuil quelques pages
+écrites. Pour peu que l'exemple de M. Saint-Marc Girardin fasse des
+imitateurs, les professeurs se lasseront bientôt de parler; ils
+achèveront de considérer leurs disciples comme des lecteurs, et
+monteront en chaire avec leur manuscrit. Aujourd'hui, du moins, on peut
+dire, en empruntant l'expression vulgaire, qu'ils parlent comme <i>un
+livre</i>.</p>
+
+<p>Sans doute le public trouve son compte à cette communication d'essais
+distingués que messieurs les professeurs veulent bien lui faire; un bon
+livre est certainement meilleur quand l'auteur lui-même prend la peine
+de le lire, quand cette lecture est débitée d'une façon élégante,
+spirituelle, animée; et de notre temps, où on lit si peu et si mal, où
+l'on commence volontiers un livre par la fin, comme s'il s'agissait d'un
+volume chinois, c'est rendre au public un service signalé que de lui
+faire de semblables lectures. Mais, encore un coup, est-ce bien là
+l'enseignement? y a-t-il un maître? y a-t-il des disciples? M. Michelet
+ne s'aperçoit-il pas qu'il a dépassé son public, et que bien peu des
+auditeurs le peuvent suivre sur les hauteurs où il s'est désormais
+placé? M. Simon ne devrait-il pas penser qu'il est chargé de nous
+apprendre l'histoire de la philosophie, et que toute cette histoire
+n'est pas dans l'école d'Alexandrie? Croit-il que le public ait à finir
+d'acquérir, comme lui, une véritable spécialité alexandrine? Ne
+serait-il pas temps enfin de devenir un peu plus élémentaire, en variant
+son sujet, au lieu de raffiner sur des matières à peu près épuisées?</p>
+
+<p>Qu'arrivera-t-il de tout cela? le public ne s'attache pas; il va un jour
+entendre une leçon de tel ou tel professeur; il sort satisfait le plus
+souvent, néanmoins il reviendra, s'il peut, si l'occasion se présente;
+chaque leçon est un chapitre bien détaché, faisant un tout complet, qui
+n'a besoin ni de ce qui précède, ni de ce qui suit. On reprochait à
+l'auteur du poëme des <i>Jardins</i> d'avoir fait un sort à chacun de ses
+vers, sans songer à la fortune de l'ouvrage; on pourrait dire de même
+que messieurs les professeurs s'occupent de faire un sort à chacune de
+leurs leçons, à chacun de leurs chapitres, sachant bien que leurs
+auditeurs se renouvellent sans cesse, et qu'il faut plaire à ceux qui
+passent. Les cours, pour la plupart, vivent de détails et manquent d'une
+idée générale; le seul qui soit véritablement suivi est celui de M.
+l'abbé Coeur, parce qu'il ne s'adresse pas seulement à l'esprit, parce
+que la pensée morale y vivifie la pensée intellectuelle, et forme le
+lien naturel des différentes leçons.</p>
+<br>
+
+<h3><b>Espartero</b></h3>
+
+<p class="mid">(Suite et fin.--Voir nº, p. 10.)</p>
+
+<p>Lorsqu'il fut élevé au commandement en chef de l'armée du Nord,
+Espartero tenait pour le parti des modérés, et quoique ses opinions
+politiques fussent faiblement prononcées, il était en butte aux injures
+du parti exalté; mais bientôt l'ambition de tenir un rang considérable
+dans le gouvernement, la vanité, les obsessions et les flatteries dont
+il était entouré, la conspiration permanente qui s'était établie dans
+dans le sein de son état-major, et dont il était l'âme, les résistances
+du gouvernement de la régente à ses prétentions exagérées l'éloignement
+peu à peu des modérés, et le jetèrent dans les bras du parti contraire,
+qui en a fait son chef. Nous allons le suivre dans cette marche.</p>
+
+<p>Espartero reçut le commandement peu après les scènes de la Granja. Les
+suites de cet événement excitèrent son mécontentement, qui s'accrut de
+griefs particuliers, et tout en affectant de ne se mêler que de l'armée,
+il encouragea la résistance au ministère né de l'émeute de la Granja, et
+appartenant au parti exalté. L'armée était rentrée dans Madrid après la
+retraite de don Carlos, qui avait tenté de surprendre cette capitale.
+Des officiers de la garde adressèrent à la reine, au mois d'août 1837,
+une pétition pour demander le renvoi de ses ministres; ceux-ci
+demandèrent à leur tour que les auteurs de cet acte d'insubordination
+fussent traduits devant un conseil de guerre. Espartero s'y refusa. Les
+ministres, qui d'ailleurs ne s'entendaient pas sur les moyens de rendre
+à l'armée son rang naturel dans les pouvoirs de l'État, donnèrent leur
+démission. Le parti modéré salua Espartero comme un sauveur, et lui
+offrit la présidence du conseil et le département de la guerre dans le
+nouveau cabinet. Il n'accepta pas; mais il fit donner le ministère de la
+guerre au général Maix, sur le dévouement duquel il pouvait compter,
+tout en se couvrant d'une modestie qui cachait mal la joie qu'il
+éprouvait de ce triomphe. Bientôt, quoiqu'il prétendit se tenir éloigné
+du gouvernement, il acquit une influence considérable sur la direction
+du parti modéré; son quartier-général devint insensiblement un pouvoir
+dans l'État; il força tous les ministres, les uns après les autres, à
+compter avec lui, et à satisfaire à ses demandes; enfin, dans les
+négociations qui précédèrent la convention de Bergara, il agit de sa
+propre autorité, et procéda en souverain, sans en référer au ministère.
+Le cabinet plia devant lui, et n'osa pas le rappeler au devoir. Les
+ovations qu'il reçut après la retraite de don Carlos en France
+achevèrent de l'enivrer, et de le convaincre qu'il pouvait tout tenter.</p>
+
+<p>Cependant le ministère avait peine à tenir tête à la majorité exaltée
+que les élections de 1839 avaient amenée aux cortès; il profita de la
+force que la pacification des provinces basques venait de donner au
+gouvernement, pour hasarder une dissolution et faire un appel au pays.
+En même temps, des hommes connus pour appartenir aux opinions les plus
+modérées furent introduits dans le cabinet. A une autre époque, ces
+actes auraient été du goût d'Espartero, qui, par suite surtout de ses
+habitudes de discipline, avait en aversion le parti révolutionnaire;
+mais toute solidarité politique entre lui et le gouvernement disparut
+devant une question d'amour-propre. Trois ministres avaient été
+remplacés, et parmi eux le ministre de la guerre; les cortés avaient été
+dissoutes, et Espartero n'avait pas été consulté: il en fut blessé
+profondément.</p>
+
+<p>Il y avait auprès d'Espartero un homme qui jouissait de toute sa
+confiance, le brigadier Linage, ambitieux, habile, n'appartenant à aucun
+parti et prêt à les servir tous. Il s'était rendu nécessaire à
+Espartero, dont il était le secrétaire, le conseiller, le factotum.
+Livré au parti exalté, il travaillait sans relâche à indisposer
+Espartero contre le ministère, et il était aidé dans cette tâche par les
+commissaires anglais, qui avaient su se concilier l'estime et l'amitié
+du généralissime, tandis que les agents français auprès du
+quartier-général étaient sans aucune influence. Averti des dispositions
+d'Espartero, les exaltés travaillèrent de tous leurs efforts à les
+exploiter à leur profit. Une polémique s'établit dans les journaux sur
+le sentiment du duc de la Victoire au sujet des mesures du cabinet. Ce
+fut alors que parut dans la <i>Gazette d'Aragon</i> une lettre de Linage dans
+laquelle il était dit en substance que le général, sans prétendre
+s'immiscer dans les affaires du gouvernement, tenait pour fâcheuses la
+dissolution des cortés et la modification du cabinet. Cette lettre fit
+beaucoup de bruit; si Espartero ne l'avait pas dictée, du moins elle
+n'avait pu être écrite qu'avec son autorisation. Les ministres offrirent
+leur démission; la régente la refusa, et somma Espartero de s'expliquer
+sur la lettre de son secrétaire. La réponse du duc fut évasive. Le
+ministère demanda la destitution de Linage; Espartero n'y consentit
+point, lui fit seulement écrire dans le même journal une autre lettre
+modifiant la première sans la contredire, et l'incident parut terminé.</p>
+
+<p>Les élections, qui eurent lieu sur ces entrefaites, donnèrent une
+immense majorité au parti modéré. Ce succès humilia Espartero, et tandis
+que le ministère croyait être assez fort pour se roidir contre les
+exigences et les prétentions du généralissime, les exaltés travaillaient
+avec plus d'ardeur que jamais à le séparer davantage du parti des
+modérés et à l'attirer dans leurs rangs: ils ne tardèrent pas à réussir.
+Espartero s'offensa des résistances qu'il trouvait dans le cabinet et
+même dans la volonté de la reine régente: ses expressions habituelles de
+dévouement se refroidirent insensiblement; il devint de jour en jour
+plus impérieux. Au moment de faire des promotions dans l'armée, il
+proposa insolemment Linage, dont tous les ministres avaient demandé la
+destitution, pour le grade de maréchal-de-camp. Quelques membres du
+cabinet considérèrent cette proposition comme une insulte; mais il
+fallait en finir avec Cabrera, le dernier champion de la cause carliste,
+et Espartero était seul capable d'en venir à bout. Le gouvernement céda;
+Linage eut son brevet de maréchal-de-camp, et les trois ministres, dont
+l'entrée dans le cabinet avait déplu à Espartero, se retirèrent. Cette
+concession, loin de le calmer, ne fit qu'accroître sa confiance. Il
+restait dans le ministère deux hommes qu'il haïssait comme des ennemis
+personnels, M. Perez de Castro, président du conseil, et M. Arrazola,
+ministre de la justice: il ne songea plus qu'à les renverser, afin qu'il
+fût bien démontré que tout devait se courber devant son autorité.</p>
+
+<p>Cependant la nouvelle session des cortés s'ouvrait et donnait au
+ministère l'appui d'une majorité forte et compacte. Le cabinet crut que
+le moment était venu de porter un coup décisif au parti exalté, et il
+proposa la fameuse loi sur les <i>ayuntamientos</i>, ou les municipalités.
+Instituées aussitôt après les événements de la Granja, et dans les
+formes réglées par la constitution de 1812. c'est-à-dire sur des bases
+extrêmement démocratiques les municipalités exerçaient une grande action
+sur les élections. La nouvelle loi changeait le système établi, et les
+enlevait à l'influence des associations populaires. Les dernières
+élections avaient prouvé que, même avec des municipalité élues sous
+l'empire de la constitution de 1812. les élections pouvaient donner une
+majorité au parti modéré; que serait-ce donc, pensa le ministère, quant
+le pouvoir municipal, source de l'élection, ne serait plus livré au
+grand nombre! Les exaltés, sentant bien que c'était pour eux une
+question de vie ou de mort, se préparèrent au combat; leur unique espoir
+était en Espartero qui était plus puissant et plus populaire que jamais;
+ils le désignaient hautement comme leur chef, et rien dans ses paroles,
+dans sa conduite ne protestait contre cette qualification. En ces
+circonstances, la reine régente signifia brusquement au président du
+conseil la résolution qu'elle avait formée d'aller à Barcelone avec sa
+fille, dont l'état de santé exigeait l'usage des bains sulfureux.
+Jusqu'à présent on n'a pas encore découvert le motif réel de ce voyage,
+que rien ne commandait puisqu'il y a des bains sulfureux en Espagne
+ailleurs qu'à Barcelone, et moins loin de la capitale. De toutes les
+explications la plus vraisemblable est que le but de la reine Christine
+était de voir Espartero; car, chose étrange, bien qu'elle entretint avec
+lui depuis longtemps une correspondance privée qui avait souvent
+inquiété ses ministres, elle ne l'avait encore vu qu'une et dans un
+temps où il ne se doutait pas encore de son avenir. Elle n'avait rien
+épargné pour se l'attacher; elle l'avait comblé de titres et d'honneurs;
+elle avait appelé auprès d'elle la duchesse de la Victoire, et lui avait
+donné le premier rang à la cour: elle fondait donc sur lui beaucoup
+d'espérances. De son côté, Espartero n'avait jamais laisse échapper une
+occasion de protester de son dévouement pour sa souveraine, même au
+milieu de ses plus violents démêlés avec les ministres. Peut-être aussi
+la reine régente comptait-elle essayer sur lui la force de
+l'entraînement qu'elle a presque toujours exercé sur ceux qui l'ont
+approchée, par la séduction de son esprit, de ses charmes et de ses
+manières. Dans quel dessein? on l'ignore, mais on va voir combien elle
+s'était trompée, si ses calculs ont été tels qu'on le suppose.</p>
+
+<p>Les deux reines partirent, accompagnées de M Prez de Castro, président
+du conseil, et de deux autres ministres, celui de la guerre et celui de
+la marine. Les exaltés avaient tout préparé pour que la réception faite
+aux reines fût significative. A Saragosse, la municipalité leur adressa
+une harangue énergique; la population les poursuivit partout des cris de
+<i>vive la constitution! vive la duchesse de la Victoire! à bas la loi sur
+les ayuntamientos!</i> Ce fut à Lérida que la régente rencontra Espartero.
+Dans la première entrevue il fut insignifiant, dit-on, mais dans les
+suivantes il fut injurieux, violent, et, se prononça énergiquement
+contre le ministère, contre les cortès, contre la loi des
+<i>ayuntamientos</i>, et finit par parler en maître. La réception que
+Barcelone fit aux deux reines aurait du calmer les craintes qui
+assiégeaient l'esprit de la reine et de ses ministres. Le peuple les
+avait accueillies avec un enthousiasme extraordinaire; mais la
+municipalité de Barcelone attendait pour manifester ses sentiments
+hostiles l'arrivée prochaine du duc de la Victoire. L'orage se préparait
+donc sourdement: il éclata bientôt. Dès que l'on sut que le duc de la
+Victoire approchait de Barcelone, une foule immense se porta à sa
+rencontre, l'entoura et le porta comme en triomphe. Sur son passage des
+acclamations frénétiques le saluaient, et de temps en temps éclatait le
+cri de <i>mort aux Français!</i> qui est comme le cri de ralliement des
+exaltés. Le même jour, 13 juillet, Espartero se présenta chez la reine
+et renouvela ses impérieuses demandes du renvoi du ministère et du
+retrait de la loi sur les <i>ayuntamientos</i>, que l'on discutait encore dans
+les chambres. La reine régente refusa courageusement, et le lendemain la
+nouvelle de l'adoption par les chambres étant arrivée, elle donna sa
+sanction à la loi et y apposa sa signature. Dès qu'Espartero eut appris
+que la reine régente avait signé, il entra dans une violente colère, se
+renferma chez lui, et envoya sa démission dans une lettre écrite par
+Linage, en accusant la reine d'avoir manqué sa parole. La démission fut
+refusée, et comme Christine lui disait qu'en sa qualité de commandant
+des troupes, il lui répondait de l'ordre, Espartero déclara qu'il
+fallait choisir entre le ministère et lui, et que si la reine ne
+révoquait pas la sanction qu'elle avait donnée à la loi, elle verrait
+couler le <i>sang jusqu'au genou.</i></p>
+
+<p>Cependant l'état-major et les troupes d'Espartero se répandaient dans la
+ville, et mêlaient leurs imprécations contre le gouvernement à celle des
+exaltés. Les places publiques et les rues se remplissaient d'hommes à
+figures sinistres: une émeute se préparait, selon la menace d'Espartero.
+Le 18, les membres de la municipalité s'établirent en permanence à
+l'Hôtel-de-Ville; des barricades furent élevées à l'extrémité de toutes
+les rues qui débouchaient sur la place où était le palais occupé par les
+deux reines; des dépôts d'armes avaient été forcés et livrés au peuple.
+Une députation de la municipalité à la tête des insurgés, se rendit à
+l'hôtel d'Espartero, qui leur fit bon accueil, parut à son balcon, et
+consentit à les accompagner chez la reine régente, pour lui demander le
+renvoi des ministres et le retrait de la loi sur les <i>ayuntamientos</i>. Il
+était alors près de minuit. Christine était avec les trois ministres qui
+l'avaient suivie, et qui, devant l'émeute, offraient leur démission.
+Espartero entra chez la régente avec sa femme et les généraux Valdes et
+Van-Halen. La reine reçut avec une froide réserve ses démonstrations de
+dévouement et ses offres de service, accepta la démission de ses
+ministres, mais refusa obstinément de révoquer la sanction donnée et de
+dissoudre les cortès. Espartero sortit à pied à trois heures du matin,
+et alla annoncer aux groupes qui stationnaient sur la place que les
+ministres se retiraient; les rassemblements se dissipèrent alors avec
+des cris de triomphe. Content d'avoir satisfait sa haine contre les
+ministres qui l'avaient bravé, Espartero s'occupa de mettre un terme au
+mouvement dont il avait reçu l'impulsion, et, retrouvant son énergie,
+mit la ville en état de siège; les exaltes, qui voulaient continuer
+leurs démonstrations, furent comprimés et l'ordre se rétablit.</p>
+
+<p class="lef"><img alt="" src="images/009a.png"><br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<b>Espartero.</b></p>
+
+<p>Sous l'influence de ces événements, un nouveau ministère fut appelé:
+contrairement à ce qu'on attendait, il ne fut pas pris dans le parti
+exalté, mais parmi les amis d'Espartero, qui, prêtant les mains à cette
+combinaison, abandonnait tout ce qu'il avait demandé jusqu'alors. La
+reine régente se hâta de quitter cette ville, où son autorité et sa
+dignité avaient souffert de si graves atteintes, et dés qu'elle fut
+arrivée à Valence, où l'attendait le général O'Donnell et une armée qui
+lui était dévouée, elle renvoya ce cabinet et en forma un nouveau,
+choisi entièrement dans le parti modéré.</p>
+
+<p>Ici se termine en quelque sorte la biographie d'Espartero; tout ce qu'il
+a fait depuis appartient à l'histoire contemporaine de l'Espagne, et est
+encore trop près de nous pour qu'il soit peut-être permis de juger
+définitivement sa conduite. Qu'il nous suffise de rappeler qu'à la
+nouvelle de ce changement de ministère, le parti exalté se souleva dans
+toute l'Espagne. La municipalité de Madrid donne le signal de
+l'insurrection et se déclare en permanence; la garde nationale prend les
+armes et se range sous ses ordres. Espartero, qui était rentré dans son
+apathie, est forcé par le parti des exaltés de formuler son adhésion à
+la municipalité. Il publie un manifeste où il pose, comme condition de
+sa fidélité à la régente, la révocation de la loi sur les
+<i>ayuntamientos</i>, la dissolution des cortès et le renvoi du cabinet. On
+sait ce qui a suivi. Le mouvement révolutionnaire de la capitale se
+propage de ville en ville; Espartero entre en maître et en triomphateur
+dans Madrid. Appelé par la reine régente à former un cabinet, il se rend
+à Valence avec les collègues qu'il a choisis. C'est là qu'après
+d'orageuses conférences, Christine se résout, le 10 octobre 1840, à
+abdiquer, et se retire en France. Espartero demeure souverain du
+royaume, à la tête de la régence, en attendant la majorité d'Isabelle
+II.</p>
+
+<p>Depuis ce moment, l'Espagne a continué d'offrir le spectacle le plus
+étonnant et le plus déplorable de désorganisation et d'impéritie dans le
+pays et dans le pouvoir. Satisfait du poste élevé qu'il occupe,
+Espartero paraît indifférent aux luttes et aux rivalités des partis; son
+gouvernement se résume en une longue série de mystifications pour toutes
+les ambitions et toutes les espérances. L'Angleterre s'était flattée
+que, pour prix de l'appui qu'elle avait prêté au parti exalté et à
+l'élévation du régent, un traité de commerce ouvrirait les ports
+d'Espagne à ses produits manufacturiers; mais ce traité, jusqu'à présent
+ajourné, le sera peut-être encore longtemps. Les exaltés pensaient qu'il
+leur serait permis de réaliser leurs idées politiques sous le patronage
+du régent, à la fortune duquel ils ont tant aidé, mais depuis deux ans
+toutes leurs tentatives de se saisir du pouvoir ont été vaines. D'un
+autre côté, tout était à faire en Espagne, il fallait créer
+l'administration, organiser la justice, constituer les finances: voilà à
+quel prix l'Espagne eut pu se constituer, voilà quels étaient ses
+besoins les plus pressants. Rien n'a été fait. Ce malheureux pays a été
+livré au despotisme militaire, et au plus déplorable désordre financier
+et administratif qu'on ait encore vu, même en France.</p>
+
+<p>Mais la déception générale a donné naissance à une coalition qui
+comprend les vainqueurs et les vaincus de septembre, les modérés et les
+exaltés, en un mot, tous ceux qui tiennent pour le gouvernement
+constitutionnel, contre Espartero, isolé au milieu de toute la nation et
+sans autre appui que l'armée. Tel était l'état des choses au
+commencement de novembre de l'année dernière, au moment où la réunion
+des cortès allait avoir lieu, réunion d'autant plus inévitable, que le
+budget n'étant voté que jusqu'au 1er janvier 1843, il fallait bien
+convoquer les chambres pour leur demander de nouveaux subsides. Dès le
+premier jour, une forte opposition s'est dessinée, et les deux chefs de
+la coalition ont été élus, à une forte majorité, l'un président, l'autre
+vice-président des cortès. Espartero était dans une situation fort
+critique, quand un événement fortuit, le soulèvement de Barcelone, est
+venu faire, une diversion, dont il s'est empressé de profiter. On sait
+tous les détails de sa campagne contre cette ville malheureuse. Ce ne
+sont pas les barbaries de Van-Halen et de Zurbano qui ont fait rentrer
+Barcelone sous l'obéissance du duc de la Victoire, ni qui ont empêché
+l'insurrection de se répandre; c'est l'absence d'un drapeau. Le
+lendemain du bombardement les élections municipales ont eu lien, et leur
+résultat a été si hostile au gouvernement, qu'il a été obligé de casser
+la ----- municipalité. La presse a recouvré sa voix, et fait entendre à
+toute heure ses menaces de vengeance et de haine. A Madrid, la nouvelle
+du bombardement de Barcelone a soulevé l'indignation publique. La
+presse, écho fidèle des sentiments de la population tout entière, s'est
+émue, et a exprimé hardiment l'opinion du pays. Les députés catalans ont
+demandé au régent, par une lettre vigoureuse, le renvoi immédiat des
+ministres qui ont conseillé ces violences. Un acte d'accusation contre
+le ministère avait été préparé par les mêmes députés et devait être
+déposé sur le bureau des cortès à leur réunion. Devant cette explosion
+qui se préparait, Espartero a dissous les cortés et a convoqué la
+nouvelle chambre pour le 3 avril prochain.</p>
+
+<p>Tel est l'état présent de l'Espagne. Il est impossible de prévoir le
+résultat des élections qui se préparent, mais assurément de leur choix
+dépendra le retour de l'ordre et de la légalité, si audacieusement
+violés par le soldat ambitieux qui a saisi le pouvoir sans avoir la
+force d'en faire bon usage. Avant deux ans Isabelle II aura atteint sa
+majorité; Espartero se résignera-t-il à abandonner le pouvoir souverain
+dont il aura joui et abusé pendant plusieurs années? voudra-t-il
+continuer sa dictature militaire? dans quelle vue? il n'a point
+d'héritier. Ces graves questions se présentent d'elles-mêmes à l'esprit
+de tous ceux qui ont suivi le développement de la tragi-comédie qui se
+joue depuis près de dix ans en Espagne. Mais d'en chercher la solution
+probable, qui y songe? Tant d'habiles gens se sont trompés dans leurs
+calculs et leurs prévisions, que le parti le plus sage est peut-être,
+comme le disait un de nos plus spirituels diplomates, <i>d'attendre et de
+regarder; c'est déjà beaucoup que de bien voir.</i></p>
+<br>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/009b.png"></p>
+
+<h3><b>Translation de l'Épée d'Austerlitz</b></h3>
+
+<h4>AUX INVALIDES.</h4>
+
+<p>M. le maréchal duc de Reggio, accompagné du général Petit, des généraux
+Athalin et Gourgaud, qui avaient été délégués par le Roi, et de tout
+l'état-major de l'hôtel des Invalides, a procédé à l'enlèvement de la
+couronne impériale, du chapeau et de l'épée d'Austerlitz, qui étaient
+restés déposés sur le cercueil de Napoléon, dans la chapelle
+Saint-Jérôme, depuis le jour des funérailles.</p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/009c.png"></p>
+
+<p>Les ouvriers chargés de construire le tombeau devant commencer
+immédiatement leurs travaux, la porte de la chapelle Saint-Jérôme sera
+murée. Le cercueil y restera, mais dépouillé des insignes qui le
+couvraient, et qui auraient couru le risque d'être dégradés. Ces
+insignes ont été ensuite transportés avec solennité dans une partie des
+appartements que le général Petit occupe aux Invalides, et qui a été
+disposée à cet effet.</p>
+
+<p>Le général portait l'épée d'Austerlitz; il était précédé de plusieurs
+sous-officiers portant le chapeau historique, la couronne impériale, la
+couronne donnée par la ville de Cherbourg, et le manteau qui servait de
+drap mortuaire. Le cortège a défilé entre deux haies formées par tous
+les invalides en grande tenue.</p>
+
+<p>Aucune personne étrangère à l'Hôtel n'a été admise à cette cérémonie.</p>
+
+<h3><b>Beaux-Arts.</b></h3>
+
+<h4>RECAPITULATION DES EXPOSITIONS AU LOUVRE DEPUIS 1800.</h4>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/009d.png"></p>
+
+<h4>OUVERTURE DU SALON.</h4>
+
+<p>Comme la poésie, comme la musique, la peinture, elle aussi, a ses
+premières représentations, plus solennelles peut-être, plus désirées que
+toutes les autres. Quinze cents oeuvres nouvelles, entièrement inédites,
+qui vont tout à la fois se découvrir aux yeux! Quinze cents tableaux et
+sculptures! Quelle affiche de théâtre nous promit jamais aussi riche
+spectacle? Et, pourtant, comme on sait, une simple tête d'étude, un
+petit paysage, une mince statuette, peuvent valoir souvent tout un long
+poëme, toute une grande symphonie.</p>
+
+<p>Aussi les portes du Louvre sont-elles de bonne heure assiégées, en ce
+jour solennel, par une foule impatiente, qui se presse, qui se pousse et
+s'étouffe à plaisir; les derniers voulant être les premiers, comme ils
+le seront un jour au royaume des cieux. Ce n'est pas là, d'ailleurs,
+cette foule insignifiante, atone, qui s'encombre dans les barrières des
+théâtres, qui s'ennuie et qui s'enrhume, sans penser à autre chose. Ici,
+la foule est animée, passionnée même, pittoresque; elle a l'oeil et le
+visage en feu, la barbe hérissée, elle parle haut, elle discute, elle
+professe, elle harangue; c'est le <i>meeting</i> de l'art.</p>
+
+<p>Sans doute dans le nombre se voient bien quelques curieux, quelques-uns
+de ces bons bourgeois de Paris, que Rabelais jugeait «tant sots, tant
+badauds», que la foule attire par une secrète vertu d'adhésion, et qui
+se trouvent surtout à leur place dans l'espèce: «Nos numerus sumus....»</p>
+
+<p>On y rencontre bien aussi, non pas le vrai dilettante de l'art, car il
+est essentiellement conservateur et <i>laudator temporis acti</i>, mais une
+autre classe d'amateurs. L'amateur des primeurs, qui ne se soucie que
+des premières fraises et des premiers melons, croirait se déshonorer en
+riant des plaisanteries d'un vaudeville à la seconde représentation, et
+ne lit jamais un livre dont les feuilles ont été déjà coupées.</p>
+
+<p>Mais le véritable public de cette fête, ce sont les artistes, <i>les
+jeunes yens des ateliers;</i> car tout le monde, dans les ateliers, est et
+demeure jeune: les rapins ne vieillissent pas, ils semblent avoir encore
+sur leur figure l'air de 1830; vénérable débris des jeune-France, de la
+gent dite romantique, ils en ont au moins sauvé la barbe et la chevelure
+mérovingienne, en même temps que quelques expressions <i>portenteses</i>, et
+quelques vocables moyen-âge et <i>pyramidaux</i>.</p>
+
+<p>Ils sont là chez eux, ou du moins à la porte de chez eux un sérieux
+intérêt les amène, et le trouble habile leur coeur d'ordinaire si calme,
+si insoucieux de la vie positive, si profondément sceptique à l'endroit
+des hommes et des choses. Ils ont soumis leurs tableaux, leurs statues
+au jugement de l'Académie des Beaux-Arts; l'Académie les aura-t-elle
+acceptés, leur aura-t-elle donné le droit d'entrée dans les galeries du
+Louvre, auront-ils enfin les honneurs de l'exposition, seront-ils livrés
+aux regards de ce public, qui s'y connaît si mal, et laisse volontiers
+les tableaux de genre, les oeuvres sérieuses, pour faire queue devant
+une charge de Biard, et s'extasier en présence de bouffonnes figures? Y
+être ou n'y être pas, <i>that is the question</i>, et c'est là, bien
+réellement, une question de vie et de mort pour l'artiste inconnu qui a
+lutté courageusement dans un grenier contre son double défaut d'être
+obscur et d'être pauvre; que de craintes mortelles, que de riches
+espérances devant cette porte qui va s'ouvrir!</p>
+
+<p>Des bruits sinistres courent dans la foule; on dit que cette année le
+jury d'examen s'est montré d'une sévérité farouche; on sait que le
+tableau d'un peintre célèbre a été refusé, et l'on ajoute que l'un des
+examinateurs, indigné de cette exclusion, s'est levé, et a dit à ses
+collègues: «Ni vous, ni moi, ne serions capables d'en faire autant.»
+là-dessus, il est parti furieux, et quelques-uns assurent qu'il en
+crachait le sang! On ajoute même que le Roi, instruit par M. A. de P.
+des malveillantes erreurs du jury, avait exigé qu'une contre-enquête eut
+lieu avant l'ouverture du Salon.</p>
+
+<p>Et alors, vous entendriez un chorus d'étranges qualifications, d'énormes
+épithètes adressées par contumace à MM. les examinateurs.
+«Croiriez-vous, dit l'un d'eux, qu'il n'y avait cette année que cinq
+peintres dans toute la commission? Mais, en revanche, reprend un autre,
+on y comptait un grand nombre de musiciens: l'an prochain, je leur
+enverrai un tableau à horloge, qui jouera des airs!--Et moi, ajoute un
+troisième, je soumettrai à leur jugement impartial le dessein d'une
+clarinette et le profil d'une contre-basse!»</p>
+
+<p>Ceux qui parlent le plus haut, qui ont le verbe le plus tranchant et le
+plus goguenard, ce sont les rapins pur sang, qui n'ont encore fait que
+broyer les couleurs et croquer sur le mur les principaux nez de
+l'atelier; ils sont là, les mains dans les poches, parfaitement
+désintéressés dans la question, ne venant que pour assister au triomphe
+de leurs amis, et à la déconfiture de ceux qu'ils honorent de leur
+inimitié personnelle, et du surnom générique de <i>crétins</i>. Feront-ils
+jamais eux-mêmes le moindre tableau? Dieu le sait! Provisoirement, ils
+prennent chaudement en main la cause de l'art, anathématisent le jury,
+le classique jury, et proposent de rédiger contre ses jugements une
+solennelle protestation, d'ouvrir à frais communs une contre-exposition
+où devront figurer tous les tableaux refusés, et offrent déjà, à cet
+effet, la modique somme de 50 centimes, prélevés sur ce qu'ils appellent
+leur superflu.</p>
+
+<p>Enfin sonne l'heure fatale! Jamais semblable frisson ne courut sur les
+bancs d'écoliers, lorsque le pédant, orné de la toge et de l'épitoge,
+fait à dessein une pause tragique, après s'être écrié: Premier prix!
+Tous les coeurs se serrent, toutes les bouches se taisent. C'est alors
+que les plus pusillanimes sentent défaillir leur courage, et veulent
+reculer, serrant la main à un ami, et lui disant d'une voix éteinte: «Va
+voir si j'y suis!» Mais les portes sont ouvertes, le flot se précipite,
+et bon gré, mal gré, il faut suivre le torrent au milieu duquel on voit
+trembler la baïonnette et le plumet des malheureux factionnaires, battus
+par la tourmente.</p>
+
+<p>Emporté par cette irrésistible force, qui ne lui permet pas même de
+s'arrêter pour saisir au passage le fatal livret, l'artiste ferme les
+yeux; son tableau lui revient à la pensée comme une effroyable croute,
+placardée de rouge et de bleu; ces têtes charmantes, ces formes
+harmonieuses qu'il avait dessinées avec tant d'amour, peintes avec tant
+de foi, maintenant lui semblent d'insipides copies, propres à servir
+d'enseignes; et il ne se doute plus qu'elles n'aient été
+ignominieusement refusées, jusqu'à ce qu'enfin, sentant le flot
+s'arrêter, il rouvre les yeux et se trouve dans le salon carré,
+vis-à-vis de sa propre toile baignée de lumière, vis-à-vis de sa
+Marguerite ou de sa Béatrice, qui fixe sur lui ses regards pleins d'une
+joie douce et d'une grâce séreuse.</p>
+
+<h4>PREMIÈRE VISITE AU SALON--COUP D'OEIL GÉNÉRAL.</h4>
+
+<p>Heureux les critiques prime-sautiers qui ont, du premier regard, pu voir
+et juger à la fois douze cents tableaux! Nous confessons, pour nous, que
+notre idée synthétique est encore bien défectueuse, bien obscure, et
+nous nous tenons en défiance contre notre première impression, sans
+l'oser ériger en un jugement. Ce n'est assurément pas faute d'avoir
+ouvert les yeux, d'avoir tendu le cou cinq heures durant; mais souvent,
+pour avoir beaucoup regardé, l'on a bien peu vu, et surtout bien peu
+pensé. Pressés, heurtés dans la foule, contemplant au travers des
+chapeaux, nous réfléchissions à toutes les belles idées critiques, à
+toutes les fines observations qui nous seraient infailliblement venues,
+si notre judiciaire avait pu, comme autrefois cet heureux Louis XVIII,
+se faire traîner doucement dans un fauteuil à roulettes au milieu des
+galeries solitaires; nous admirions aussi par souvenir l'intelligence et
+la sagacité esthétique des anciens, qui plaçaient aux portes de leurs
+musées la statue du Silence, le doigt sur les lèvres, pour avertir
+chacun qu'il se gardât de troubler indiscrètement le vol des muettes
+pensées autour des statues et des peintures.</p>
+
+<p class="rig"><img alt="" src="images/010.png"><br>
+&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<b>Ouverture du Musée, le 13 mars.</b></p>
+
+<p>Enfin nous étions sous la préoccupation constante d'une idée importune;
+il manquait à notre compte plus de quatre cents tableaux, et nous nous
+demandions, en voyant la nudité des galeries, si l'on avait aussi voulu
+faire une exposition de serge verte. En serions-nous à ce point de
+pénurie, que, pour composer désormais un salon, il faillit, comme dans
+les expositions de sous-préfectures, faire appel aux tableaux de
+famille, aux plâtres domestiques, et combler les lacunes avec les cadres
+glorieux de nos prix de dessin? Grâce à Dieu, notre pauvreté ne vient
+que du sévère caprice de MM. les académiciens: quatre mille tableaux ont
+été, comme d'ordinaire, soumis à leur jugement; mais il n'y a eu que
+douze cents élus; aussi, ne pouvions-nous considérer sans
+attendrissement toutes ces places vides, y plaçant par la pensée, tantôt
+ces chers absents, la grande toile de Boulanger, le beau portrait d'H.
+Flandrin, tantôt les oeuvres d'artistes inconnus, les imaginations
+nouvelles de pauvres jeunes peintres, tous refusés au bénéfice des
+tableaux de MM. les académiciens. (Voir, sous le numéro 89, un
+inqualifiable tableau de M. Bidault, membre du jury; on assure que ledit
+tableau a été reçu à l'unanimité.)</p>
+
+<p>De tout cela il suit que nous avons encore bien peu de choses à dire du
+nouveau Salon. Deux toiles seulement nous ont semblé tout à fait hors de
+ligne; d'abord le <i>Tintoret</i> de M. Léon Coigniet, admirable composition,
+malgré la réminiscence de l'Empire qu'on y croit apercevoir; puis un
+excellent portrait d'<i>H. Flandrin</i>, que l'administration du Musée a eu
+grand soin de placer à contre-jour, dans une encoignure. Nous ne faisons
+que citer aujourd'hui ces deux véritables chefs-d'oeuvre, sur lesquels
+nous reviendrons à loisir. Les honneurs de l'exposition sont ensuite
+pour la marine d'Isabey, le <i>Jérémie prophète</i>, d'Henri Lehmann, la
+<i>Vendangeuse</i>, de son frère Rodolphe; les portraits de Couture et de
+Guignet, les tableaux de genre de Meissonnier et de Leleux, le paysage
+de Lessieux, les sculptures de Simart et de Maindron. Le grand tableau
+si vanté de M. Papety est en possession d'attirer tous les regards et de
+diviser toutes les opinions; il est certain, d'ailleurs, qu'il ne
+révolutionnera pas la peinture, comme on l'avait pompeusement dit; le
+siècle ne croit plus désormais aux révolutions, et, quel que soit
+d'ailleurs le mérite du tableau de M. Papety, il n'est pas destiné à
+détruire ce légitime scepticisme.</p>
+
+<p>Et puis, toujours du Biard et du Dubufe. Dimanche prochain commencera le
+triomphe de ces deux peintres <i>dominicaux</i> «bien connus par la ville.»</p>
+
+<p>Et maintenant, dirons-nous comme la plupart: l'exposition est plus
+faible que celle de l'an dernier? Il importe de remarquer que depuis un
+temps immémorial, la critique place toujours chaque exposition
+immédiatement au-dessous de celle qui l'a précédée.--De même depuis des
+siècles, on dit que le commerce va mal.--Il est certain que les maîtres
+n'exposant plus, les toiles supérieures se raréfient singulièrement;
+mais il arrive, en peinture comme dans les lettres, qu'au lieu d'un
+artiste éminent, nous ayons vingt artistes distingués; ce que perdent
+les individus, la masse le regagne, le génie se fait rare, le talent
+abonde, et l'on est tout surpris de trouver dans des tableaux de
+débutants un savoir-faire déjà remarquable, qui aurait beaucoup promis à
+toute autre époque; mais aujourd'hui les hommes de talent demeurent ce
+qu'ils sont, et les habiles deviennent rarement des maîtres.</p>
+
+
+
+<h3><b>Bibliographie</b></h3>
+
+<h4>BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE ÉTRANGER.</h4>
+
+<p><i>Report and Appendices of the children's employment commission presented
+to both houses of Parliament, by command of Her Majesty</i>.--Rapport et
+Appendices de la commission du travail des enfants dans les
+manufactures, présentés aux deux Chambres du Parlement, par l'ordre de
+Sa Majesté (non traduits). Mars, 1843.</p>
+
+<p>Le rapport de la commission chargée de faire une enquête sur le travail
+des enfants dans les manufactures a été présenté la semaine dernière aux
+deux Chambres du Parlement. Il passe successivement en revue les
+diverses industries de Londres et des comtés de l'Angleterre. Est-il
+nécessaire d'ajouter qu'il révèle une foule de faits inconnus
+jusqu'alors et tellement horribles, que s'ils n'étaient attestés
+solennellement par les membres de la commission d'enquête, personne
+n'oserait y ajouter foi? La veille du jour fixé pour le dernier bal de
+la cour, un pair d'Angleterre avait lu la partie de ce rapport qui
+concerne les marchandes de modes, les fabricantes de dentelles et les
+couturières. Un de ses amis le pressait de l'accompagner: «Je n'irai pas
+à ce bal, répondit-il, je n'y aurais aucun plaisir; à chaque pas je
+croirais voir sortir de leurs cercueils les cadavres de tous les
+infortunés qui sont morts à la peine en fabricant les divers objets de
+luxe dont se compose la toilette des femme.»</p>
+
+<p>Il nous est impossible, on le conçoit, d'analyser un pareil travail.
+Toutefois, afin de prouver son importance, nous citerons quelques faits
+choisis au hasard.</p>
+
+<p>--Un deuil de coeur rend toujours aveugles au moins trente jeunes
+filles, déclare M. Tyrrell, médecin de l'hôpital ophthalmique.</p>
+
+<p>--A Nottingham, M. Grainger, le rapporteur, visita une maison assez
+propre et confortable d'ailleurs, où il trouva quatre petites filles
+occupées à la fabrication de la dentelle. L'aînée avait huit ans, la
+cadette deux ans, les deux autres six et quatre ans. Elles gagnaient
+chacune environ 10 centimes par semaine.</p>
+
+<p>--Dans la même ville, certaines mères ont l'habitude d'administrer du
+laudanum à leurs petits enfants, pour les forcer à rester tranquilles
+pendant qu'elles travaillent; car si elles étaient obligées de s'en
+occuper, elles ne gagneraient plus de quoi vivre. On augmente la dose de
+jour en jour; aussi la plupart des enfants meurent-ils avant d'avoir
+atteint l'âge de deux ans. «Depuis l'âge de six ans, disait une jeune
+ouvrière, je travaille quatorze à quinze heures par jour. Je gagne 5
+shellings par semaine. Si je ne faisais pas boire du <i>cordial</i> à mon
+enfant, il m'empêcherait de travailler et je mourrais de faim.»</p>
+
+<p>--A Willenhall, un enfant dépose en ces termes: «Je suis bien traité,
+mon maître ne me bat pas beaucoup; il ne me frappe jamais qu'avec un
+bâton ou un fouet, ou le manche d'un marteau.» Un autre enfant se montre
+également satisfait, parce que son maître ne le bat jamais plus de cinq
+minutes à la fois.</p>
+
+<p>Ces enfants, qu'on fait travailler dès l'âge de deux ans, ou auxquels on
+donne chaque jour une portion de laudanum pour les endormir, ne
+reçoivent aucune instruction, et ne deviennent jamais des hommes, alors
+même qu'ils ont la force de supporter ce terrible régime. Leur ignorance
+égale leur faiblesse physique. Comment ne serait-il pas, en outre,
+cruels et débauchés? Dès leur bas-âge, ils n'ont sous les yeux que de
+mauvais exemples, et ils se trouvent très-bien traités lorsque leur
+maître ne les bat qu'avec un bâton.</p>
+
+<p>Le rapport de la commission du travail des enfants dans les manufactures
+intéresse non-seulement l'Angleterre, mais les autres pays
+manufacturiers. Nous en recommandons la lecture à tous les hommes qui
+s'occupent encore de l'amélioration physique, intellectuelle et morale
+des classes ouvrières.</p>
+
+<p><i>Geschichte Polens, von</i> Dr RICHARD ROEPELL <i>ersler Theil,
+Hamburg.</i>--Histoire de la Pologne, par le Dr RICHARD ROEPELL. 1ère
+partie (non traduite).</p>
+
+<p>Le docteur Roepell fait partie d'une société de savants allemands, dont
+chaque membre s'est engagé à écrire l'histoire spéciale d'un état
+européen. Lorsqu'ils seront terminés, tous ces ouvrages particuliers
+doivent former une collection qui sera éditée sous les auspices de deux
+historiens célèbres, A. H. L. Heeren et F. A Ukert. Le docteur Roepell,
+chargé d'écrire l'Histoire de la Pologne au Moyen Age, s'était d'abord
+rendu à Varsovie, pour y apprendre la langue polonaise et se mettre en
+état de consulter avec fruit les archives nationales. Il vient de
+publier à Hambourg la première partie de son travail.</p>
+
+<p>Cette première partie s'ouvre par une description géographique de la
+Pologne, suivie d'un essai historique, malheureusement incomplet, sur la
+race slave.</p>
+
+<p>Le docteur Roepell considère ensuite le duché de Posen comme la patrie
+primitive des Polonais; mais il ne remonte pas dans ses recherches
+au-delà de la moitié du sixième siècle. A la chute de Rome, les Polonais
+commencent à se faire connaître en Europe. En 540, leur chef, Lech,
+fonde Gnesen, la première capitale de leur empire A la dynastie de Lech,
+qui règne jusqu'en 850, succède celle de Piast Ce fut après l'accession
+de Mieczyslaus 1er, en 965, un des souverains de cette dynastie, que la
+Pologne prit rang parmi les états indépendants de l'Europe, en adoptant
+le christianisme L'auteur de <i>l'Historga naroda polskiego bandtkie</i>
+(l'Histoire de la nation polonaise), avait déclaré que Mieczyslaus était
+un vassal de l'empereur d'Allemagne, pour une partie de la Pologne,
+située entre l'Oder et la Warta. Le docteur Roepell réfute cette
+assertion et prouve par une série de faits historiques, que le vasselage
+des rois de Pologne était purement personnel et même nominal.</p>
+
+<p>Outre ces considérations préliminaires, la première partie de l'ouvrage
+du docteur Roepell renferme l'histoire détaillée des règnes de Boleslaus
+le Grand, le véritable fondateur du royaume de Pologne, et de ses
+successeurs, jusqu'à l'assassinat de Przemyslaus, par le marquis de
+Brandebourg, en 1295.</p>
+
+<p><i>Storia della Colonna Infâme</i> di ALESSANDRO MANZANI. Milano, 1840; à
+Paris, chez Baudry. Un vol. in-12, avec les remarques de Pietro Verri
+sur la torture. 3 fr. 50 c. <i>La Colonne Infâme</i>, traduction française de
+M. DE LATOUR. <i>Processo originale degli untori della peste del 1630</i>.
+Milano. 1839. Un vol. in-8 (non traduit). Procès original des <i>untori</i>
+pendant la peste de 1630. <i>Della Storia Lombarda del secolo XVII,
+ragionamenti</i> di CESARE CANTI per commente ai promessi Sposi di
+ALESSANDRO MANZANI. Juin, 1832.</p>
+
+<p>L'histoire tragique de la <i>Colonne Infâme</i> était toujours demeurée
+enfouie dans les archives manuscrites du dix-septième siècle, lorsqu'on
+imprima à Milan, en 1836, toutes les pièces originales du procès des
+<i>untori</i>. Alessando Manzani se rappela alors la promesse qu'il avait
+faite aux lecteurs de son beau roman des <i>Promessi Sposi</i>, à la fin du
+XXXVe chapitre; il se décida à écrire la <i>Storia della Colonna Infâme</i>.
+Publié à Milan en 1810 ce petit livre a été réimprimé récemment à Paris
+par le libraire Baudry, et M. de Latour en annonce une traduction
+enrichie de notices et d'appendices.</p>
+
+<p>Rien de plus triste que cette histoire. Pendant la peste de 1630, dont
+les <i>Promessi Sposi</i> renferment une description si détaillée, les murs
+des maisons de Milan furent, à certaines époques, enduits, par des mains
+inconnues, d'une espèce d'onguent jaunâtre. Le peuple s'imagina que
+c'était cet onguent qui répandait la peste dans la ville. On arrêta
+divers individus désignés sous le nom d'<i>untori</i>, parce qu'on les accusa
+d'avoir fabriqué cet onguent <i>(untorio)</i> avec l'intention de faire périr
+tous les habitants de Milan. Interrogés par les magistrats, ils
+déclarèrent qu'ils étaient innocents. On les appliqua à la torture, et
+non-seulement ils s'avouèrent coupables, mais ils dénoncèrent de
+prétendus complices. Condamnés à mort, ils subirent un supplice
+effroyable, et on éleva sur l'emplacement de la maison de l'un d'eux,
+nommé Mora, une colonne dite <i>Infâme</i>, avec une inscription qui devait
+rappeler à la postérité le triste souvenir de ce procès. Ainsi, au
+dix-septième siècle, la justice milanaise élevait avec un stupide
+orgueil le monument de son déshonneur futur. En 1759, le président
+Charles de Brosses partageait encore les absurdes préjugés du siècle
+précédent. «La colonne que l'on appelle <i>Infâme</i> est élevée, dit-il dans
+ses <i>Lettres sur l'Italie</i>, sur la place où était la maison d'un
+malheureux que l'on <i>surprit s'efforçant, par les moyens de certaines
+drogues, de mettre la peste dans la ville.</i>» Cette colonne subsista
+pendant cent quarante-huit ans; en 1778, elle s'écroula, et personne ne
+songea dès lors à la relever.</p>
+
+<p>Ce nouvel ouvrage de l'auteur des <i>Fiancés</i> sera lu avec un intérêt
+d'autant plus vif, qu'il renferme d'utiles leçons Si Manzani n'eût pas
+tardé tant d'années à tenir sa promesse, peut-être, instruit par
+l'exemple des Milanais du dix-septième siècle, le peuple de Paris se fût
+montré moins déraisonnable et plus humain à l'époque fatale où, refusant
+de croire à l'existence d'un fléau dont il ne pouvait nier cependant les
+terribles effets, il se persuada que l'eau des fontaines était
+empoisonnée, et frappa, dans son aveugle fureur, de malheureux ouvriers
+aussi innocents que les <i>untori de la Colonne Infâme.</i></p>
+
+<p><i>The Court of England under the house of Nassau and Hanover</i>.--La cour
+d'Angleterre sous les maisons de Nassau et de Hanovre; par M. JOHN
+HENEAGE JESSE. Esq., auteur des <i>Mémoires de la cour d'Angleterre sous
+le règne des Stuarts</i>. 3 vol. in-8 (non traduite).</p>
+
+<p><i>La Cour d' Angleterre sous les maisons de Nassau et de Hanovre</i>,
+publiée par M. Jesse, n'est autre chose qu'une série de notices
+biographiques sur les principaux hommes d'État qui se sont succédé en
+Angleterre durant la triste période qui commence à la révolution de
+1688, et qui se termine à la mort de Georges II, en 1760. On peut louer
+l'impartialité de l'auteur, bien qu'il laisse trop deviner parfois ses
+opinions conservatrices, la clarté et l'élégance de son style et
+d'autres qualités secondaires: mais M. Jesse manque en général
+d'élévation et de profondeur. Il aime trop les anecdotes; il se contente
+de raconter les faits intéressants sans en rechercher les causes, sans
+en calculer les conséquences; il n'apprend pas à ses lecteurs quelle a
+été l'influence morale, sociale et politique qu'ont exercée, pendant
+leur vie, les principaux hommes d'État du dix-huitième siècle. Enfin, on
+ne comprend pas pourquoi il a omis de parler de l'évêque Burnet, du
+général Wolfe, de lord Clive, de l'amiral Byng, de lord Carteret, de
+Pulteney et surtout de lord Chatham, qui remporta cependant ses plus
+beaux triomphes avant la mort de Georges II.</p>
+
+<p>Malgré ces critiques, peut-être sévères, le nouvel ouvrage de M. Jesse
+obtiendra, nous n'en doutons pas, le même succès que les <i>Mémoires de la
+Cour d'Angleterre sous le règne des Stuarts</i>, car il contient des
+biographies bien écrites et remplies de faits nouveaux, de Malborongh,
+de Bolingbroke, de Walpole, de Harley, du duc de Sommerset, et des
+<i>beaux</i> célèbres de cette époque. Fielding et Wilson.</p>
+
+<p>Die Verantwortlichkeit der Minister.--La Responsabilité ministérielle,
+par M. B,. MOHL, in-8, 726 pages, non traduite.</p>
+
+<p>M Mohl pose d'abord les principes généraux sur lesquels la
+responsabilité ministérielle est fondée, puis il se demande quels sont
+les individus qui doivent y être soumis, et dans quels cas il faut
+l'appliquer. Il examine alors, outre la procédure à suivre, la nature et
+les divers degrés des peines qu'entraîne nécessairement une
+condamnation. Enfin, il termine ce traité par une analyse historique de
+tous les principaux procès intentés jusqu'à ce jour à des ministres, en
+vertu de la loi constitutionnelle qui les rend responsables des actes de
+leur administration. La publication de cet ouvrage, estimable
+d'ailleurs, mérite d'être signalée comme un heureux symptôme du
+mouvement politique qui commence à se manifester sur plusieurs points de
+l'Allemagne.</p>
+
+<p><i>The Addresses and Messages of the presidents of the United
+States</i>.--Discours et Messages des présidents, des Etats-Unis. New-York,
+Walker. London, Wiley and Putnam (non traduits).</p>
+
+<p>La collection des discours des présidents des États-Unis fournira
+d'importants matériaux aux écrivains et aux hommes d'État qui voudront
+étudier l'histoire de la grande république de l'Amérique du Nord, depuis
+la déclaration de l'indépendance jusqu'à l'époque actuelle. Elle
+commence par le premier discours, ou le discours d'inauguration de
+Washington, et se termine avec celui que le président Tyler prononça
+dans la session dite spéciale, lorsqu'il remplaça Harrisson, en vertu de
+la section VI de l'article 11 de la constitution, qui, en cas de mort du
+président, confère ses fonction» au vice-président. On y trouve aussi,
+outre une notice sur Harrisson, la déclaration d'indépendance et la
+constitution actuelle des États-Unis.</p>
+
+<p><i>Storia della Pittura italiana</i>. Pise. 1842.--Histoire de la Peinture en
+Italie (non traduite).</p>
+
+<p>Cette nouvelle histoire illustrée de la peinture italienne doit se
+publier en cinquante-six livraisons. La première livraison renfermait
+les quatre dessins suivants: 1 Une miniature de Pise de 1242.--2 Un
+bas-relief de Nicolas Pisano.--3 Le Christ de Giunta Pisano.--4 La
+Vierge de Guido de Sienne, peinte en 1221, et la Vierge de Cimabue,
+peinte vers 1276.</p>
+
+<p><i>Neuere Geschichte der poetischen national Literatur der Deutschen, von</i>
+G.-G. GERVINUS ZWEI BANDE.. <i>Leipsig.</i> 1842.-Histoire moderne de la
+Littérature poétique de l'Allemagne, par G.-G. GERVINUS. 2 vol. (non
+traduite).</p>
+
+<p>Ces deux volumes forment le complément de l'ouvrage en trois volumes que
+le professeur Gervinus avait déjà publié sur les progrès de la
+littérature allemande. Ils embrassaient la période de temps qui s'étend
+depuis Gottsched jusqu'à la chute de Napoléon. Les opinions littéraires
+du professeur Gervinus sont, il est vrai, entièrement opposées à celles
+des meilleurs écrivains actuels de l'Allemagne; mais alors même qu'on
+n'adopte pas ses conclusions, on est forcé de rendre justice à son
+talent et à son indépendance. Son livre a un grand mérite, il fait
+penser; il s'adresse par conséquent à un public d'élite. N'y cherchez
+pas des renseignements positifs sur la vie d'un écrivain, vous n'y
+trouverez que des théories plus ou moins ingénieuses, plus ou moins
+vraies sur ses ouvrages et sur les moeurs de son époque; c'est un
+recueil d'idées et non de faits. Le professeur Gervinus n'a pas cru
+devoir continuer son ouvrage jusqu'à nos jours, par des raisons peu
+flatteuses pour ses contemporains. «Notre littérature, dit-il en
+terminant, est devenue un marais stagnant tellement rempli de matières
+nuisibles, que nous devons appeler de tous nos voeux quelque tempête
+étrangère. Notre littérature a eu son temps, et si nous ne pouvons vivre
+en paix, nous devons appliquer désormais à la vie positive et à la
+politique l'activité dont nous sommes doués, et qui maintenant n'a plus
+d'objet. Quant à moi, je suis autant que je le puis cet avertissement de
+l'époque.»</p>
+
+<p><i>The history of Woman in England.</i>-L'Histoire de la Femme en Angleterre;
+par HANNAH LAWRANCE. Londres, 1843 (non traduite).</p>
+
+<p>Le premier volume de cet ouvrage vient de paraître. Il commence avec les
+plus anciennes chroniques, et se termine à la fin du douzième siècle.
+Mistriss Lawrance n'a pas la prétention de soutenir que la femme est
+non-seulement égale, mais supérieure à l'homme; elle se contente
+d'écrire son histoire, et de montrer quelle influence elle a exercée sur
+les institutions, la religion, la littérature et le caractère de la
+nation anglaise. Dès qu'elle sera terminée, nous reparlerons plus
+longuement de cette nouvelle compilation de l'auteur <i>of the historical
+Memoirs of the Queens of England.</i></p>
+
+<p><i>The Xanthian marbles, discovered in Asia-Minor, their acquisition and
+transmission in England</i> (ouvrage non traduit).--Les Marbres de Xanthe,
+découverts dans l'Asie-Mineure par CHARLES FELLOWS, leur acquisition et
+leur transport en Angleterre. 1842, 5 schel.</p>
+
+<p>Au printemps de 1838, un voyageur anglais, nommé Charles Fellows,
+visitait l'Asie-Mineure; frappé de la beauté des ruines éparses le long
+des côtes de la Lycie, il s'enfonça dans les terres et y découvrît, sur
+les bords de la rivière Xanthe, des sculptures précieuses qu'il résolut
+de transporter en Angleterre. Dès cette époque, des négociations
+s'ouvrirent entre la Porte et le cabinet de Saint-James; elles durèrent
+plus de trois années. Ce ne fut qu'au mois d'octobre 1841 que le consul
+de Smyrne reçut le firman demandé. A cette nouvelle, l'amirauté fit
+partir un navire chargé de ramener en Angleterre les sculptures
+découvertes par M. Charles Fellows. L'ouvrage anglais que vient de
+publier le libraire Murray contient une relation détaillée de cette
+curieuse expédition. Les marbres de Xanthe, appelées aussi marbres de
+Fellows, sont aujourd'hui déposés au <i>British Museum</i>.</p>
+
+<p><i>The rural and domestic Life of Germany with characteristic sketches of
+its cities and scenery</i>, collected in a general tour, and during a
+residence in the country in the years 1840, 1841 and 1842. London, 1842
+(ouvrage non traduit).--La vie rurale et privée de l'Allemagne, suivie
+d'esquisses caractéristiques de ses villes et de ses paysages, etc., par
+WILLIAM HOWITT; in-8.</p>
+
+<p>Ainsi que son titre l'indique, ce nouveau livre de M. Howitt se divise
+en deux parties distinctes: la première est consacrée à la peinture de
+la vie rurale et privée des Allemands; dans la seconde, l'auteur a
+raconté ses impressions de voyage; il se promène de Heidelberg à
+Londres, en passant par Baden-Baden, Stuttgart, Tubingen, Ulm,
+Augsbourg. Munich, Salzbourg, Linz, Vienne, Prague, Dresde, Leipsig,
+Berlin, Weimar, Iena, Erfurth, Francfort et le Rhin. Ces deux parties ne
+se ressemblent d'ailleurs sous aucun rapport; l'une est remplie de
+détails intéressants, l'autre reste toujours bien au-dessous du
+<i>Hand-Book</i> de M. Murray <i>(Manuel du voyageur.)</i> M. Howitt a décrit avec
+une vérité touchante les moeurs, les travaux et les plaisirs de la
+classe moyenne et de la classe pauvre pendant les diverses saisons de
+l'année: la moisson, la vendange, les fêtes de village, la chasse, les
+parties de traîneaux, les pèlerinages, les fêtes de Noël et du jour de
+l'an, le carnaval, etc., etc. On prend plaisir à contempler quelque
+temps ces esquisses légères faites d'après nature par un peintre souvent
+trop consciencieux, mais qui ne manque pas d'une certaine habileté. Si
+l'impression qu'on éprouve n'est jamais vive, en revanche, elle est
+toujours pure et douce; chez M. Howitt, le coeur l'emporte évidemment
+sur l'intelligence. Est-ce donc un défaut qu'il faille lui reprocher? Ne
+devons-nous pas, au contraire, nous estimer heureux de trouver un livre
+moral et simple, écrit sans prétention, et dont la lecture, instructive
+d'ailleurs, repose agréablement l'esprit?</p>
+
+<p><i>The Negroland of the Arabs, or an Inquiry into the early history and
+geography of central Africa.</i>-La Nigritie des Arabes, ou Recherches sur
+l'Histoire et la Géographie primitives de l'Afrique centrale; par
+WILLIAM DESBOROUGH COOLEY. 8 sch. 6 den., avec une carte.</p>
+
+<p>M. Desborough Cooley est l'auteur d'une excellente histoire des
+découvertes maritimes et continentales, qui a été traduite en français
+par MM. Adolphe Joanne et Old Nick, et publiée à la librairie Paulin, en
+5 volumes. (Prix et format de la collection Charpentier.)</p>
+
+<p><i>The annual Biography</i>, being lives of eminent or remarkable persons,
+who have died within the year 1842; by CHARLES DODD, esq., author of the
+Peerage, the Parliamentary companion, etc.--Chapman and Hall.--London.</p>
+
+<p><i>L'Annuaire biographique</i>, ou Vies des personnes éminentes ou
+remarquables qui sont mortes pendant l'année 1842; par <i>Charles Dodd</i>.</p>
+
+<p>Cet annuaire, dont le premier volume vient d'être mis en vente, paraîtra
+régulièrement chaque année, au commencement de février.</p>
+
+<p>EXTRAIT DU CATALOGUE GÉNÉRAL DU COMPTOIR CENTRAL DE LA LIBRAIRIE.</p>
+
+<p><b>Économie Politique, Commerciale et Industrielle</b> <i>(suite)</i>.</p>
+
+<p>COLONIES FRANÇAISES (des), abolition immédiate de l'esclavage; par M. V.
+SCHOELCHER. 1 beau vol. in-8, 1842. (<i>Pagnerre</i>, éd.) 6 fr.</p>
+
+<p>CRÉDIT DE LA BANQUE (le), contenant un exposé de la constitution des
+banques américaines, écossaises, anglaises, françaises, par M.
+COURCELLE-SENEUIL, in-8. (<i>Pagnerre</i>, éd.) 2 fr.</p>
+
+<p>ESPRIT D'ASSOCIATION (de l'); par A. DE LA BODER, 5e édit. 1834. 1 vol.
+in-8. (<i>Gide</i>, éd.) 8 fr.</p>
+
+<p>ESSAI COMPARATIF SUR LA FORMATION ET LA DISTRIBUTION DU REVENU DE LA
+FRANCE en 1815 et 1835; par M. JOSEPH DUTENS. Brochure in-8.
+(<i>Guillaumin</i>, éd.) 5 fr.</p>
+
+<p>EXAMEN HISTORIQUE ET CRITIQUE DES DIVERSES THÉORIES PÉNITENTIAIRES; par
+L.-A. MARQUET-VASSELOT. 5 vol. in-8. (<i>Paulin</i>, éd.) 18 fr.</p>
+
+<p>HISTOIRE DE L'ÉCONOMIE POLITIQUE; par M. le vicomte ALBAN DE
+VILLNEUVE-BARGEMONT. 2 forts vol. in-8. (<i>Guillaumin,</i> éd.) 16 fr.</p>
+
+<p>HISTOIRE DE L'ÉCONOMIE POLITIQUE EN EUROPE; par BLANQUI aîné. 2e éd, 2
+vol. in-8. (<i>Guillaumin</i>, éd.) 15 fr.</p>
+
+<p>HISTOIRE DES RELATIONS COMMERCIALES ENTRE LA FRANCE ET LE BRÉSIL. 1 vol.
+in-8 avec tableaux, plans et carte du Brésil. (<i>Guillaumin</i>, éd.) 7 fr.
+50</p>
+
+<p>HISTOIRE FINANCIÈRE ET STATISTIQUE GÉNÉRALE DE L'EMPIRE BRITANNIQUE; par
+PABLO PEBRER; traduit de l'anglais par J.-M. JACOBI, avocat. 2e édit., 2
+gros vol. in-8 de 500 pages. (<i>Bellizard et Dufour</i>, éd.) 8 fr.</p>
+
+<p>HISTOIRE POLITIQUE ET ANECDOTIQUES DES PRISONS DE LA SEINE. 1 beau vol.
+in-8 (<i>Guillaumin</i>, édit.) 7 f. 50</p>
+
+<p>INTÉRETS MATÉRIELS EN FRANCE: travaux publics, routes, canaux, chemins
+de fer; par MICHEL CHEVALIER. 1 vol. in-8, orné d'une carte des travaux
+publics de la France. (<i>Charles Gosselin</i>, éd.) 8 fr.</p>
+
+<p>MISÈRE (de la) DES CLASSES LABORIEUSES EN ANGLETERRE ET EN FRANCE, par
+EUGÈNE BURET. 2 vol. in-8. (<i>Paulin</i>, éd.) 15 fr.</p>
+
+<p>MISÈRE (de la); par M. D'ESTERNO. 1 vol. in-8. (<i>Guillaumin</i>, éditeur.)
+4 fr. 50</p>
+
+<p>PETIT VOLUME contenant quelques aperçus des hommes et de la société, par
+J.-B. SAV. 3e édition, entièrement refondue par l'auteur, et publiée sur
+un manuscrit qu'il a laissé; par HORACE SAV, son fils. 1 vol. in-32.
+(<i>Guillaumin</i>, éd.) 2 fr.</p>
+
+<p>PLAN D'UNE RÉORGANISATION DISCIPLINAIRE DES CLASSES INDUSTRIELLES DE
+FRANCE; par M. FÉLIX DE LAFAREILLE. 1 vol. in-12. (<i>Guillaumin</i>, éd.) 2
+fr. 50</p>
+
+<p>SIR RICHARD ARKWRIGHT, ou Naissance de l'industrie cotonnière dans la
+Grande-Bretagne (1760 à 1792); par SAINT-GERMAIN LEDUC. 1 vol. in-18.
+(<i>Guillaumin</i>, éd) 2 fr.</p>
+
+<p>STATISTIQUE GÉNÉRALE RAISONNÉE ET COMPARÉE DE LA FRANCE; par J.-H.
+SCHNITZLER. 2 vol. in-8. (<i>Lebrun</i>, éditeur. 15 fr.)</p>
+
+<p>SYSTÈME PÉNITENTIAIRE (du); par M. AYLIES 1 vol. in-8. (<i>Charles
+Gosselin</i>, éd) 5 fr.</p>
+
+<p>SYSTÈME PÉNITENTIAIRE AUX ÉTATS-UNIS; par MM. GUSTAVE DE BEAUMONT et
+ALEXIS DE TOCQUEVILLE. 2e édition, augmentée d'une Introduction et ornée
+de plans, vues, etc. 2 vol. in-8. (<i>Charles Gosselin</i>, éd.) 15 fr.</p>
+
+<p>TABLEAU DE LA DETTE PUBLIQUE ET DES MISÈRES DU TRÉSOR 1 vol. in-8.
+(<i>Paulin</i>, éd.) 5 fr.</p>
+
+<p>TABLEAU POLITIQUE ET STATISTIQUE DE L'EMPIRE BRITANNIQUE DANS L'INDE;
+par le général comte de BIORSNTERNA, traduit de l'allemand, avec des
+notes et un supplément historique, par M. PETIT DE BARONCOURT 1 gros
+vol. in-8, orné d'une carte. (<i>Amyot</i>, éd.) 8 fr.</p>
+
+<p>UNION DOUANIÈRE DE LA FRANCE ET DE LA BELGIQUE, (de l'); par M. P.-A. DE
+LA NOURAIS. 1 vol in-8. (<i>Paulin</i>, éditeur.) 6 fr.</p>
+
+<p><b>Agriculture et Jardinage.</b></p>
+
+<p>ÉTAT DE LA PRODUCTION DES BESTIAUX EN ALLEMAGNE, EN BELGIQUE ET EN
+SUISSE (de l'); par M. MOLL, in-4 de 92 pages, avec un grand nombre de
+tableaux. (<i>Bixio</i>, éditeur.) 2 fr. 75</p>
+
+<p>MAISON RUSTIQUE DU XIV SIÈCLE. 4 vol. in-4, équivalant 20 vol. in-8
+ordinaires, avec plus de 2,060 gravures représentant tous les
+instruments, machines, appareils, races d'animaux, arbres, arbustes et
+plantes, bâtiments ruraux, etc., publiés sous la direction de MM.
+BAILLY, BIXIO et MALPEYRE. Ce livre, expression la plus complète de la
+science agricole pour l'époque actuelle, forme à lui seul la
+bibliothèque de l'homme des champs. 4 vol. (<i>Bixio</i>, éd.) 33 fr. 50</p>
+
+<p>RÉPERTOIRE DES PLANTES UTILES ET DES PLANTES VÉNÉNEUSES DU GLOBE: par
+E.-A. DUCHESNE. 1 gros vol. in-8, imprimé à deux colonnes, sur papier
+colle, avec figures gravées sur bois. (<i>Bixio</i>, éd.) Prix: broché, 12
+fr.; franco par la poste. 13 fr. 50</p>
+
+<p>TRAITÉ DE LA CULTURE DU MURIER; par J. CHARREL, pépiniériste à Voreppe
+(Isère). 1 vol. in-8.(<i>Bixio</i>, éditeur.) 4 fr..</p>
+
+<p><b>Sciences</b></p>
+
+<p>BIBLIOTHÈQUE DES CONNAISSANCES UTILES. (<i>Paulin</i>, éd.;)</p>
+
+<p>DES ÉLÉMENTS DE L'ÉTAT, ou Cinq questions concernant la religion, la
+philosophie, la morale et la politique; par L.-A. SEGRETAIN. 2 vol. 7
+f,.</p>
+
+<p>DISCOURS SUR L'ÉTUDE DE LA PHILOSOPHIE NATURELLE; par sir JOHN F.-W.
+HERSCHEL, traduit de l'anglais 1 vol. 3 fr. 50.</p>
+
+<p>EXAMEN DE LA PHRÉNOLOGIE; par M. FLOURENS. 1 volume. 2 fr.</p>
+
+<p>GEORGES CUVIER.--ANALYSE RAISONNÉE DE SES TRAVAUX, précédée de son Éloge
+historique; par M. FLOURENS 1 vol. 3 fr. 50</p>
+
+<p>HISTOIRE DE 1810; par A. VILLEROY, suivie de l'histoire littéraire de
+l'année, par O. N. 1 vol. 3 fr. 50.</p>
+
+<p>HISTOIRE DE 1811; par le même, suivie de l'histoire littéraire de
+l'année, par O. N. 1 vol. 3 fr. 50.</p>
+
+<p>HISTOIRE GÉNÉRALE DES VOYAGES de découvertes maritimes et
+continentales, <i>depuis les temps les plus reculés jusqu'en 1811</i>; par
+W.-D. COOLEY, traduite de l'anglais par ADOLPHE JOANNE et OLD-NICK,
+complétée par les expéditions et voyages récents, jusqu'à la dernière
+expédition de M. DUMONT-D'URVILLE, par M. D'AVEZAC 3 vol in-18, format
+anglais. 10 fr. 50.</p>
+
+<p>LE LIVRE DES PROVERBES FRANÇAIS; par LEROUX DE LINCY. 2 vol. 7 fr.</p>
+
+<p>LES MUSÉES D'ITALIE, guide et mémento de l'artiste et du voyageur; par
+LOUIS VIARDOT. 1 vol. 3 fr. 50.</p>
+
+<p>MANUEL DE POLITIQUE; par Y. GUICHARD 1 vol. in-18. 3 fr. 50.</p>
+
+<p>MANUEL D'HISTOIRE ANCIENNE, depuis le commencement du monde jusqu'à
+Jésus-Christ; par le docteur OTT. 1 volume, 3 fr. 50.</p>
+
+<p>MANUEL D'HISTOIRE DE LA PHILOSOPHIE MODERNE; par CHARLES RENOUVIER. 1
+vol. 3 fr. 50.</p>
+
+<p>MANUEL D'HISTOIRE MODERNE, depuis Jésus-Christ jusqu'à nos jours; par le
+docteur OTT. 1 vol. 3 fr. 50.</p>
+
+<p>MOEURS, INSTINCT ET SINGULARITÉ DE LA VIE DES ANIMAUX MAMMIFERES; par P.
+LESSON, correspondant de l'Institut. 1 vol. 3 fr. 50.</p>
+
+<p>RÉSUMÉ ANALYTIQUE DES OBSERVATIONS de FRÉDÉRIC CUVIER, sur
+l'intelligence des animaux. 1 vol. 3 fr.</p>
+
+<p>ERREURS DES MÉDECINS, traduit de l'anglais du docteur DICKSON. 1 vol.
+in-8. (<i>Amyot</i>, éd.) 8 fr.</p>
+
+<p>JARDIN DES PLANTES (le), description et moeurs des mammifères de la
+Ménagerie et du Muséum d'histoire naturelle; par M. BOITARD; précédée
+d'une notice historique, anecdotique et descriptive du jardin, par M. J.
+JANIN. Ouvrage illustré et accompagné de 110 sujets de mammifères, et de
+110 culs-de-lampe gravés sur cuivre et imprimés dans le texte; de 50
+grands sujets graves sur bois et imprimés à part à cause de leur
+dimension, et offrant les vues les plus remarquables du Jardin des
+Plantes, les constructions, les fabriques, les monuments, etc.; des
+portraits de Buffon et de G. Cuvier; enfin des planches peintes à
+l'aquarelle représentant des groupes d'oiseaux des deux hémisphères,
+dessinés par MM. WERNER, SUSÉMIHL, EDOUARD TRAVIES, KARL GIRARDET, J.
+DAVID, FRANÇAIS, HIMELY, MARVILLET, etc.; gravures sur bois et sur
+cuivre, par MM. ANDREW, BREST et LELOIR; planches sur acier, par MM.
+FOURNIER ET ANNEDOUCHE. 1 vol. grand in-8, magnifiquement imprimé.
+(<i>J.-J. Dubochet et Cie</i>, édit.) L'ouvrage complet. 15 fr.</p>
+
+<p>UN MILLION DE FAITS, Aide-mémoire universel des sciences, des arts et
+des lettres; par M. J. AICARO, l'un des collaborateurs de
+l'<i>Encyclopédie nouvelle</i>; DESPORTES; PAUL BERVAIS aide d'histoire
+naturelle au Museum; LÉON LALANNE, ancien élève de l'École
+Polytechnique, ingénieur des ponts-et-chaussées, LUDOVIC LALANNE, élève
+de l'École de Chartres: AUGUSTIN LE PILEUR, docteur en médecine de la
+Faculté de Paris; CHARLES MARTINS, docteur ès-sciences, professeur
+agrégé à la Faculté de médecine de Paris; CHARLES YERGÉ, docteur en
+droit; YOUNG l'un des collaborateurs de <i>l'Encyclopédie nouvelle.</i>--Un
+fort volume in-12 de 1600 colonnes de texte, renfermant en outre 150
+colonnes pour la table des matières, une table des figures, un index
+alphabétique;--imprime en caractère perle, orné de 500 gravures sur
+bois, et contenant la matière de 12 forts vol. in-8. (<i>Dubochet et Cie</i>,
+éd.) Prix, broche. 12 fr.</p>
+
+<p>Arithmétique, algèbre, géométrie élémentaire, analytique et descriptive;
+calcul infinitésimal, calcul des probabilités, mécanique, astronomie,
+météorologie et physique du globe, physique générale, chimie,
+minéralogie et géologie, botanique, anatomie, et physiologie de l'homme,
+hygiène, néologie, arithmétique sociale et statistique, agriculture,
+technologie, commerce, art militaire, sciences philosophiques,
+littérature, beaux-arts paléographie et blason, numismatique,
+chronologie et histoire, philologie, géographie, biographie, mythologie,
+éducation, législation.</p>
+
+<p>SALON 1843. Collection des principaux ouvrages exposés au Louvre et
+reproduits par les premiers artistes français; texte par WILHELM TÉNINT.
+Publié sous la direction de M. Challamel.</p>
+
+<p>Quatre années de publication et de succès ont consacré ces albums où
+tous les tableaux remarquables de chaque exposition se trouvent
+reproduits par de magnifiques gravures ou lithographies, et dont le
+texte est une revue complète, animée, colorée faite à la fois au point
+de vue de l'artiste et de l'homme du monde. Ces albums sont donc une
+véritable histoire de l'art en France, histoire dessinée, histoire
+écrite. Tous les grands noms, toutes les belles oeuvres y figurent; les
+talents nouveaux n'ont qu'un désir, celui d'y être admis. C'est qu'en
+effet une exposition se termine et s'oublie; les tableaux se dispersent,
+l'Album reste.</p>
+
+<p>Rien ne sera négligé pour que l'album de 1843 soit supérieur encore à
+ceux des années 1840, 1841 et 1842.</p>
+
+<p>Cet Album est publié en 16 livraisons La livraison se compose de deux
+dessins et de 4 pages de texte in-4, imprimé avec luxe.--Prix de la
+livraison: 1 fr. 50 c, papier blanc: 2 fr., papier de Chine.--L'ouvrage
+complet: 24 fr., papier blanc; 32 fr. papier de Chine.</p>
+
+<p>ANNÉE 1842, 32 dessins, texte par WILHELM TÉNINT. 24 fr. pap. bl.; 32
+fr., pap. de Ch.--ANNÉE 1841, 52 dessins, texte par le même. 24 fr., pap.
+bl; 32 fr., pap. de Ch.--ANNÉE 1840 texte par Augustin Challamel, prêtée
+par le baron Taylor. 24 fr., pap. bl.; 32 fr., pap. de Ch-ANNÉE 1839,
+texte par LAURENT-JAN, 20 dessins. 20 fr., pap. bl.</p>
+
+<p>Chez CHALLAMEL, éditeur, 1, rue de l'Abbaye, au premier.
+HAUTECOEUR-MARTINET, rue du Coq-Saint-Honoré. GUIAUT frères, marchands
+d'antiquités, 3, boul. des Italiens. Et chez tous les Libraires et
+marchands d'estampes de la France et de l'étranger.</p>
+
+<p>J. HETZEL, Éditeur des SCÈNES DE LA VIE PRIVÉE ET PUBLIQUE DES ANIMAUX,
+rue de Seine, 33.</p><br>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/011.png"></p>
+
+<h3>VOYAGE</h3>
+
+<h5>où</h5>
+
+<h1>IL VOUS PLAIRA.</h1>
+
+<p class="mid"><b>Avec Vignettes, Notes, Légendes, Commentaires. Incidents et Poésies, par
+MM. TONY JOHANNOT, ALFRED DE MUSSET et P.-J. STAHL. 33 livraisons 30
+c.--Prix de la souscription à l'ouvrage complet: 10 fr.--12 fr. pour les
+départements.</b></p>
+<br>
+
+
+<p class="lef"><img alt="" src="images/012a.png"><br>
+<span class="large"><b>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Modes.</b></span></p>
+
+<p>Mars est le mois le plus incertain de toute l'année. Tantôt le soleil
+est chaud et importun, tantôt le vent est aigre et désagréable; il y a
+des femmes qui se sont étudiées à porter en même temps le manchon et la
+marquise avec autant d'habileté qu'elles portent au bal l'éventail et le
+bouquet.</p>
+
+<p>Voici déjà quelques toilettes nouvelles; des robes d'étoffe, garnies sur
+le côté comme les robes du soir; des camails en étoffe garnis de
+falbalas à deux têtes, et des chapeaux avec des agréments légers et
+coquets comme un soleil de printemps. Alexandrine prépare de bien
+charmantes fantaisies pour la grande semaine, nous en causerons un peu à
+l'avance.</p>
+
+<h4>UN BAL.</h4>
+
+<p>Nous nous trouvons sur le perron d'un joli petit hôtel; à droite et à
+gauche des vestibules s'élève l'escalier en deux branches, réunies à la
+hauteur du premier étage par un second vestibule bordé d'une rampe en
+cuivre poli. Les marches sont couvertes d'un tapis tigré rouge et noir,
+retenu par une tringle en cuivre. Du plafond tombe une masse de lumière,
+formée par trois énormes globes en cristal dépoli, renfermant chacun
+trois becs de lampe, et suspendus par une triple chaîne de cuivre forte
+et brillante.</p>
+
+<p>Des fleurs bordent le mur jusqu'à la porte de l'antichambre, dont
+l'entrée est marquée par deux énormes orangers dans des caisses de
+laque. La lumière tombe sur les fleurs et les éclaire avec coquetterie.</p>
+
+<p>Partout ce sont des fleurs odorantes, en pyramides supportant des
+bougies, en massifs dans des jardinières, en arbustes isolés dans de
+précieux vases de la Chine. Devant une cheminée est un vase gigantesque
+en porcelaine craquelée, à ailes de chimères, d'où s'élève un gardénia,
+fleur verdâtre au feuillage luisant et foncé.</p>
+
+<p>Traversons une bibliothèque, en tournant le grand salon, pour visiter,
+avant l'arrivée de la foule, le petit boudoir où l'on jouera. Un écarté,
+un whist, une bouillotte, y sont disposés, l'écarté à une table
+renaissance, le whist à une table de jeu en palissandre sculpté, la
+bouillotte éclairée par des flambeaux à deux branches, sur une table
+couverte d'un tapis de velours.</p>
+
+<p>Un canapé à estrade, en palissandre et satin cerise, s'élève dans une
+niche tendue et drapée en satin cerise doublé de blanc, sont garnis de
+hautes franges tordues en soie de deux couleurs.</p>
+
+<p>Dans chaque panneau est suspendu, à des cordages à gros glands, un
+miroir de Venise dans son cadre doré.</p>
+
+<p>Entrons maintenant au salon de réception, éclairé par un lustre d'or à
+figures pittoresques et gracieuses. Sur les tentures d'étoffe vert
+d'eau, se détachent des masses de fleurs et de lumière: les rideaux de
+quinze-seize rayé, relevés d'un côté, laissent voir le rideau de dessous
+en mousseline brodée d'or, et les petits rideaux de tulle, imitation de
+dentelle.</p>
+
+<p>Près de la cheminée, en marbre blanc, où des fleurs remplacent le feu,
+voyons la maîtresse de la maison souriant gracieusement aux invités,
+jouant avec son énorme bouquet, si énorme qu'elle semble fatiguée de le
+porter. Sa toilette élégante affecte une somptuosité luxueuse. Madame de
+C est habillée d'une robe en taffetas d'Italie rose turc; son corsage,
+couvert d'une mantille très-tombante, en guipure; ses bras nus, couverts
+jusqu'aux poignets de gantelets de peau, sont entourés de trois ou
+quatre bracelets, seuls bijoux qu'elle porte; dans ses cheveux, une
+barbe de point d'Angleterre attachée près des oreilles avec de grosses
+émeraudes entourées de perles.</p>
+
+<p>Vers onze heures, se presse et se coudoie une foule élégante, qui répand
+dans l'air un suave parfum. L'orchestre mélodieux fait entendre les
+délicieux motifs qui rappellent nos meilleurs opéras.</p>
+
+<p>Madame de C. s'était approchée avec beaucoup de déférence d'un homme à
+la physionomie grave et fine, en lui disant: «Eh bien! M. le comte,
+comme vous voilà seul!--C'est que personne ne me cherche, répondit-il,
+on ne me reconnaît plus, et je ne reconnais moi-même plus personne au
+milieu de ces danseuses dont j'admire la plupart. Voulez-vous m'en
+nommer quelques-unes?</p>
+
+<p>--Devant nous, en robe de crêpe blanc, avec un diadème de rubis et
+diamants, est la duchesse de P. Je ne sais pourquoi elle a réformé ses
+masses de boucles blondes; peut-être est-ce la cause que vous ne la
+reconnaissez pas. Rien ne transforme une personne comme un changement
+complet de coiffure. C'est presque un déguisement.</p>
+
+<p>«La marquise de P. est toujours belle. C'est elle qui est coiffée en
+oeillets rouges et violettes de Parme.</p>
+
+<p>«Voyez passer madame D. en robe blanche, avec des agrafes de feuillage.
+Elle a mis de la verdure à son corsage, à ses manches, dans ses cheveux,
+comme une autre eût mis ses bijoux.</p>
+
+<p>--Ici, près de moi, dit l'interlocuteur, quelles sont ces deux jolies
+personnes qui causent ensemble?</p>
+
+<p>--C'est madame de B. et madame O. Madame de B. a une robe en tulle
+blanc, garnie sur les côtés de camélias rouges; madame O. a la robe de
+satin bleu de ciel, garnie de dentelle et de diamants.</p>
+
+<p>--Là, n'est-ce pas madame L. que je vois si simple, avec cette petite
+couronne de jeune fille? son mari a-t-il donc diminué le budget de la
+toilette?</p>
+
+<p>--Cette simplicité n'est pas réelle au fond, et, pour nous autres
+femmes, madame L. a une toilette fort chère. Elle vient de Constantin,
+je la reconnais; les fleurs qui relèvent ses trois jupes, qui attachent
+ses manches et son corsage, et la guirlande dont elle est coiffée,
+coûtent bien cinquante écus. C'est fort cher, quand, comme madame L., on
+ne porte pas une toilette plus de deux fois.</p>
+
+<p>«Maintenant si vous voulez que je vous conduise dans ce petit salon de
+jeux, vous pouvez dire bonsoir à madame de T., que vous voyez là,
+coiffée de gaze citron et argent, en robe de velours violet. Regardez la
+jolie jeune fille devant laquelle vous allez passer, comme elle est bien
+mise avec cette profusion de cheveux noirs, dans lesquels on a mêlé des
+fleurs naturelles comme au hasard.»</p>
+
+<p>Le petit salon était moins encombré par les joueurs. Les danseuses y
+venaient par moments se reposer de la foule, c'était un charmant coup
+d'oeil que cette lanterne magique, où passaient de gracieuses têtes
+couronnées de fleurs, apparaissant comme pour se montrer dans ce lieu
+retiré, et dire: «Je vous apporte ma toilette à voir, et je retourne à
+ce bruit qui est mon plaisir.»</p>
+
+<p>Les bouquets à la main finissent, à la fin d'une soirée, par semer leurs
+débris sur le parquet, et les femmes écrasent de leurs petits pieds
+chaussés de satin les roses et les violettes. Les fleurs naturelles sont
+portées avec élégance: il sort chaque jour plus de couronnes montées du
+passage de l'Opéra, où Lemoine s'est illustré, que de pots de jacinthes
+et de bruyères.</p>
+
+<p>C'est une mode charmante; la nature s'harmonise dans toutes ses parties,
+et les leurs, vraies, sont douces au visage.</p><br>
+
+<h3><b>Mercuriales.</b></h3>
+
+<pre>
+HALLE AUX CRAINS.
+FARINES.--Les 100 kilogrammes.
+lere qualité. ..... 32 à 34f. Arrivages...... 4 432 q. 70 k.
+2e id........... 30 à 31 30 Ventes............ 4,403 24
+3e id........... 23 à 27 Restant à la halle. 26,130 01
+4e id........... 17 à 22
+Cours moyen du jour, 31 f. 60c.--De la taxe, 31 f. 56 c.
+
+GRAINS.--L'hectolitre.
+Froment................. 18 f. 0 c.. à 20f. 65c.
+Seigle.................. 9 10 35
+Orge.................... 13 14 35
+Avoine.................. 10 11 35
+Sarrasin ............... 9 55 10 --
+
+MARCHE DE POISSY.--9 Mars.
+ Amené. Vendu Poids m. Le kilogramme.
+ sur pied
+
+Boeufs.... 1,554 1,474 339 k. 1f. 2c. 1f. 20 c. 1f. 0c
+Vaches.... 107 107 228 1 16 1 80
+Veaux..... 641 641 92 1 76 1 60 1 41
+Moutons... 6,198 6,198 23 1 48 1 50 1 12
+
+MARCHE DE SCEAUX.--13 Mars.
+Boeufs.... 1,422 1,561 540 1 22 1 12 1 04
+Vaches.... 160 130 225 1 12 90 72
+Veaux..... 392 384 65 1 72 1 54 1 54
+Moutons... 7,663 6,809 22 1 42 1 26 1 04
+
+MARCHÉ AUX CHEVAUX.--8 Mars.
+Il a été amené 538 chevaux, dont:
+De selle et de cabriolet... 112 Vendu 131, savoir:
+De trait................... 257 De 140 à 700 fr........ 24
+Hors d'âge................. 147 De 260 à 1,010........... 49
+Non classés................ 22 De 40 à 510........... 36
+ Vendu aux enchères:
+ De 50 à 310 fr........... 22
+
+MARCHÉ AUX FOURRAGES.--3 Mars.
+ Enfer. Saint-Martin. Saint-Antoine.
+Foin, 1ere qualité 79 à 80 f. 76 à 78 f.
+Paille de blé, id. 52 à 53 53 à 54. 52 à 54
+
+VACHES GRASSES.--La Chapelle-Saint-Denis.--11 Mars.
+Amené 112 vaches....... Vendu 108 de 1 f. 08c. à 88c. le kilogramme.
+Amené 18 taureaux..... Vendu 18 de 1 80 id.
+
+VACHES LAITIERES. Amené. Vendu.
+La Maison-Blanche........ 11 mars. 48 23 210 à 450 f.
+La Chapelle-Saint-Denis.. 14 mars. 90 39 240 à 259
+
+MARCHÉ AUX SUIFS.
+Environ 1 fr. de baisse.
+Suif de place, les 50 kilos............ 56 f. à 57 f.
+Suif en branches, id................ 44 à 45
+Suif de Russie, sans acheteurs, 57 50 à 58
+Peu d'affaires; de la tendance encore à la baisse.
+
+BULLETIN COMMERCIAL,--MARCHÉS ÉTRANGERS.
+BRUXELLES.--10 Mars 1843.
+Froment nouveau, l'hectolitre............ 19 f. 30 c.
+ -- étranger id.............. 17 50
+Seigle nouveau, id.............. 13 77
+Orge nouvelle, id.............. 11 24
+Avoine, id.............. 8 05
+Graine de colza, id.............. 23 12
+ -- de lin, id.............. 17 68
+ -- -- de Riga la tonne. 52 65
+Semences de trèfle, le kilog............ 95
+Beurre de la Campine, id............... 1 70
+
+PRIX MOYEN DU FROMENT ET DU SEIGLE.
+
+Du Lundi 27 Février au Samedi 4 Mars 1843.
+Marchés régulateurs. Froment. Hectol. Seigle. Hectol.
+
+Avlon............. 21 f. 26 c.. 17 f. 25 c.
+Anvers............ 20 49 17 15
+Bruges............ 18 53 13 27
+Bruxelles......... 19 84 14 20
+Gand.............. 18 71 12 69
+Hasselt........... 20 10 11 60
+Liège............. 19 06 14 58
+Louvain........... 20 15 14 52
+Namur............. 20 09 15 57
+Mons.............. 19 33 12 52
+Prix moyen pour tout le royaume... 19 62 ........ 14 18
+Le froment reste soumis au droit d'entrée de 37 f. 50 c, et le seigle
+à celui de 21 f. 50 c. les 1,000 kilogrammes.
+Le droit de sortie sur l'une et l'autre céréale reste fixé à 25 c. les
+1,000 kilogrammes.
+
+HASSELT.--7 Mars.
+Froment, l'hectolitre 20 f. Avoine, l'hectol. 7 f. 60
+Seigle id. 14 10 Beurre, le kil. 1 80
+Orge, id. 10 60 Genièvre, l'hectol. 66
+Sarrasin id. 12 50
+
+LOUVAIN.--10 Mars.
+Froment, 1ere quai., l'hect. 20 85 Sarrasin, l'hectoll. 12 08
+ 2e qual.. id. 18 93 Graine de colza, id. 25 48
+Seigle, 1ere qual. id. 13 09 -- de trèfle, le kil. 85
+ -- 2e quai., id. 14 51 Genièvre, l'hectol. 35
+Avoine pour fourrage, id. 7 Beurre, 1ere qual.
+ le kilog. 1 80
+Orge d'hiver, id. 12 08
+
+GAND.--10 Mars.
+Froment blanc, l'hectol. 18 54 Escourgeon, l'hectol. 11 15
+ -- roux, id.... 18 03 Pommes de terre, les 100 k. 6
+Méteil, id... 15 42 Tonneaux de lin. id. 15
+Sarrasin, id. 12 50 -- de navette, id. l 11
+
+ANVERS.--10 Mars.
+Graine de trèfle rouge, le k. 88 Seigle de France, l'hecto. 15 08
+ -- -- blanc, id. 80 Orge du pays, id. 11 65
+ -- de chanv. de Riga id. 30 Avoine à brasser, id. 8 5
+Froment étranger, roux et Fèves à chevaux. 10 58
+ blanc l'hectol. 18 67 Houblon d'Angleterre, les
+Seigle indigène, id. 13 65 100 kil. 70
+
+TERMONDE.--6 Mars.
+Froment nouveau, l'hectol. 10 50 Huile de colza, jaune. 10 71
+Seigle, id 13 50 -- de lin, id. 14 65
+Escourgeon id 10 50
+
+AMSTERDAM.--8 Mars.
+Huile de colza, la tonne.............. 68 25
+ -- de lin, id..................... 66 40
+ -- de chanvre, id................. 67 75
+ </pre>
+<br>
+<h3><b>Correspondance</b></h3>
+
+<p>Nous sommes obligés, faute d'espace, d'ajourner à la prochaine livraison
+nos réponses aux lettres qui nous sont parvenues depuis huit jours. Nous
+avons répondu directement à celles qui ne pouvaient souffrir aucun
+retard.</p>
+
+<h4>EXPLICATION DU DERNIER RÉBUS.</h4>
+
+<h4>DEUXIÈME LIVRAISON.</h4>
+
+<p class="mid">La colère (la colle R) est un grand vilain défaut.</p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/012b.png"></p>
+
+
+<br>
+<hr class="full">
+<p>ON S'ABONNE chez les Directeurs des postes rt des messageries, chez tous
+les Libraires, et en particulier chez tous les <i>Correspondants du
+Comptoir central de la Librairie.</i></p>
+
+<p>A Londres, chez J. Thomas, 1, Finch Lane, Cornhill.</p>
+<hr class="full">
+<p class="rig">JACQUES DUBOCHET</p><br><br>
+<hr class="full"><br>
+<p class="overl">Paris--Typographie SCHNEIDER, et LANGRAND, rue d'Erfurth, 1.</p>
+
+
+
+
+
+<br><br>
+
+</div>
+
+
+
+
+
+
+
+
+
+<pre>
+
+
+
+
+
+End of Project Gutenberg's L'Illustration, No. 0003, 18 Mars 1843, by Various
+
+*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK L'ILLUSTRATION, NO. 0003, 18 MARS 1843 ***
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+things that you can do with most Project Gutenberg-tm electronic works
+even without complying with the full terms of this agreement. See
+paragraph 1.C below. There are a lot of things you can do with Project
+Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this agreement
+and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm electronic
+works. See paragraph 1.E below.
+
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+or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection of Project
+Gutenberg-tm electronic works. Nearly all the individual works in the
+collection are in the public domain in the United States. If an
+individual work is in the public domain in the United States and you are
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+are removed. Of course, we hope that you will support the Project
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+- You pay a royalty fee of 20% of the gross profits you derive from
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+ owed to the owner of the Project Gutenberg-tm trademark, but he
+ has agreed to donate royalties under this paragraph to the
+ Project Gutenberg Literary Archive Foundation. Royalty payments
+ must be paid within 60 days following each date on which you
+ prepare (or are legally required to prepare) your periodic tax
+ returns. Royalty payments should be clearly marked as such and
+ sent to the Project Gutenberg Literary Archive Foundation at the
+ address specified in Section 4, "Information about donations to
+ the Project Gutenberg Literary Archive Foundation."
+
+- You provide a full refund of any money paid by a user who notifies
+ you in writing (or by e-mail) within 30 days of receipt that s/he
+ does not agree to the terms of the full Project Gutenberg-tm
+ License. You must require such a user to return or
+ destroy all copies of the works possessed in a physical medium
+ and discontinue all use of and all access to other copies of
+ Project Gutenberg-tm works.
+
+- You provide, in accordance with paragraph 1.F.3, a full refund of any
+ money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the
+ electronic work is discovered and reported to you within 90 days
+ of receipt of the work.
+
+- You comply with all other terms of this agreement for free
+ distribution of Project Gutenberg-tm works.
+
+1.E.9. If you wish to charge a fee or distribute a Project Gutenberg-tm
+electronic work or group of works on different terms than are set
+forth in this agreement, you must obtain permission in writing from
+both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and Michael
+Hart, the owner of the Project Gutenberg-tm trademark. Contact the
+Foundation as set forth in Section 3 below.
+
+1.F.
+
+1.F.1. Project Gutenberg volunteers and employees expend considerable
+effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread
+public domain works in creating the Project Gutenberg-tm
+collection. Despite these efforts, Project Gutenberg-tm electronic
+works, and the medium on which they may be stored, may contain
+"Defects," such as, but not limited to, incomplete, inaccurate or
+corrupt data, transcription errors, a copyright or other intellectual
+property infringement, a defective or damaged disk or other medium, a
+computer virus, or computer codes that damage or cannot be read by
+your equipment.
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+of Replacement or Refund" described in paragraph 1.F.3, the Project
+Gutenberg Literary Archive Foundation, the owner of the Project
+Gutenberg-tm trademark, and any other party distributing a Project
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+liability to you for damages, costs and expenses, including legal
+fees. YOU AGREE THAT YOU HAVE NO REMEDIES FOR NEGLIGENCE, STRICT
+LIABILITY, BREACH OF WARRANTY OR BREACH OF CONTRACT EXCEPT THOSE
+PROVIDED IN PARAGRAPH 1.F.3. YOU AGREE THAT THE FOUNDATION, THE
+TRADEMARK OWNER, AND ANY DISTRIBUTOR UNDER THIS AGREEMENT WILL NOT BE
+LIABLE TO YOU FOR ACTUAL, DIRECT, INDIRECT, CONSEQUENTIAL, PUNITIVE OR
+INCIDENTAL DAMAGES EVEN IF YOU GIVE NOTICE OF THE POSSIBILITY OF SUCH
+DAMAGE.
+
+1.F.3. LIMITED RIGHT OF REPLACEMENT OR REFUND - If you discover a
+defect in this electronic work within 90 days of receiving it, you can
+receive a refund of the money (if any) you paid for it by sending a
+written explanation to the person you received the work from. If you
+received the work on a physical medium, you must return the medium with
+your written explanation. The person or entity that provided you with
+the defective work may elect to provide a replacement copy in lieu of a
+refund. If you received the work electronically, the person or entity
+providing it to you may choose to give you a second opportunity to
+receive the work electronically in lieu of a refund. If the second copy
+is also defective, you may demand a refund in writing without further
+opportunities to fix the problem.
+
+1.F.4. Except for the limited right of replacement or refund set forth
+in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS' WITH NO OTHER
+WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT LIMITED TO
+WARRANTIES OF MERCHANTIBILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE.
+
+1.F.5. Some states do not allow disclaimers of certain implied
+warranties or the exclusion or limitation of certain types of damages.
+If any disclaimer or limitation set forth in this agreement violates the
+law of the state applicable to this agreement, the agreement shall be
+interpreted to make the maximum disclaimer or limitation permitted by
+the applicable state law. The invalidity or unenforceability of any
+provision of this agreement shall not void the remaining provisions.
+
+1.F.6. INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the
+trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone
+providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in accordance
+with this agreement, and any volunteers associated with the production,
+promotion and distribution of Project Gutenberg-tm electronic works,
+harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees,
+that arise directly or indirectly from any of the following which you do
+or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
+work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
+Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.
+
+
+Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm
+
+Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
+electronic works in formats readable by the widest variety of computers
+including obsolete, old, middle-aged and new computers. It exists
+because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
+people in all walks of life.
+
+Volunteers and financial support to provide volunteers with the
+assistance they need, are critical to reaching Project Gutenberg-tm's
+goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
+remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
+Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
+and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
+To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
+and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
+and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.
+
+
+Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive
+Foundation
+
+The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
+501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
+state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
+Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
+number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at
+http://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
+permitted by U.S. federal laws and your state's laws.
+
+The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
+Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
+throughout numerous locations. Its business office is located at
+809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
+business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact
+information can be found at the Foundation's web site and official
+page at http://pglaf.org
+
+For additional contact information:
+ Dr. Gregory B. Newby
+ Chief Executive and Director
+ gbnewby@pglaf.org
+
+
+Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation
+
+Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
+spread public support and donations to carry out its mission of
+increasing the number of public domain and licensed works that can be
+freely distributed in machine readable form accessible by the widest
+array of equipment including outdated equipment. Many small donations
+($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
+status with the IRS.
+
+The Foundation is committed to complying with the laws regulating
+charities and charitable donations in all 50 states of the United
+States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
+considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
+with these requirements. We do not solicit donations in locations
+where we have not received written confirmation of compliance. To
+SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
+particular state visit http://pglaf.org
+
+While we cannot and do not solicit contributions from states where we
+have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
+against accepting unsolicited donations from donors in such states who
+approach us with offers to donate.
+
+International donations are gratefully accepted, but we cannot make
+any statements concerning tax treatment of donations received from
+outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff.
+
+Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
+methods and addresses. Donations are accepted in a number of other
+ways including checks, online payments and credit card donations.
+To donate, please visit: http://pglaf.org/donate
+
+
+Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic
+works.
+
+Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
+concept of a library of electronic works that could be freely shared
+with anyone. For thirty years, he produced and distributed Project
+Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.
+
+
+Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
+editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
+unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily
+keep eBooks in compliance with any particular paper edition.
+
+
+Most people start at our Web site which has the main PG search facility:
+
+ http://www.gutenberg.org
+
+This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
+including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
+Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
+subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.
+
+
+</pre>
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