diff options
Diffstat (limited to '28788-8.txt')
| -rw-r--r-- | 28788-8.txt | 7851 |
1 files changed, 7851 insertions, 0 deletions
diff --git a/28788-8.txt b/28788-8.txt new file mode 100644 index 0000000..3d3f8ba --- /dev/null +++ b/28788-8.txt @@ -0,0 +1,7851 @@ +The Project Gutenberg EBook of Jeux et exercices des jeunes filles, by +Marguerite Du Parquet + +This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with +almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or +re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included +with this eBook or online at www.gutenberg.org + + +Title: Jeux et exercices des jeunes filles + +Author: Marguerite Du Parquet + +Illustrator: Georges Fath + +Release Date: May 13, 2009 [EBook #28788] + +Language: French + +Character set encoding: ISO-8859-1 + +*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK JEUX ET EXERCICES--JEUNES FILLES *** + + + + +Produced by Laurent Vogel, Rénald Lévesque, Linda Cantoni +(partitions et fichiers audio) and the Online Distributed +Proofreading Team at https://www.pgdp.net (This file was +produced from images generously made available by the +Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica) + + + + + + + + BIBLIOTHÈQUE ROSE ILLUSTRÉE + + JEUX + ET EXERCICES + DES JEUNES FILLES + + PAR + + MME DE CHABREUL + + OUVRAGE ILLUSTRÉ DE 55 VIGNETTES + + PAR FATH + + PARIS + LIBRAIRIE HACHETTE ET Cie + 79, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, 79. + + 1890 + + + Imprimerie P. Brodard et Gallois. + + + + SIXIÈME ÉDITION + + + + +AVANT-PROPOS. + + +Dans ce recueil, que nous dédions aux jeunes filles, nous avons cherché +à réunir les jeux les plus agréables, propres à tous les âges et à +toutes les conditions. Nous en avons présenté une explication simple et +rapide, en y ajoutant quelques détails qui nous ont paru intéressants, +ou quelques conseils donnés avec discrétion. + +Dans cette longue série de jeux variés, que nous avons retrouvés dans +notre mémoire ou dans divers auteurs, il y en a beaucoup assurément qui +peuvent convenir à tous les caractères, aux plus légers comme aux plus +sérieux; aussi venons-nous demander avec instance à nos jeunes lectrices +de préférer les jeux, quels qu'ils soient, à des causeries frivoles qui +seraient moins profitables que ces simples amusements dédaignés par +elles trop souvent. + +Ajoutons que les jeux qui paraissent dénués d'intérêt, si on les juge à +première vue, renferment souvent une idée ou une tradition, et souvent +se rattachent à une coutume ancienne ou à un fait historique. Nous avons +cherché, à l'aide de la science d'autrui, les origines des jeux dont la +naissance n'était pas enveloppée d'obscurité, ce qui arrive pour ceux +que la fantaisie seule a produits. Puisque les jeunes filles deviennent +sérieuses, on le prétend du moins, nous espérons, par ces courtes +digressions, leur faire accueillir nos jeux avec plus d'intérêt. Si nous +avons réussi, nous nous applaudirons d'avoir perpétué le goût de ces +honnêtes passe-temps qui ont amusé tant de générations et traversé des +siècles pour venir jusqu'à nous. + +Avant de mettre ce petit traité entre les mains des jeunes filles, nous +supplions les mères d'accepter pour elles-mêmes un conseil que nous nous +permettons de leur adresser avec la hardiesse que donnent les bonnes +intentions. + +On ne peut se dissimuler que des liens étroits rattachent toutes les +parties de l'éducation, et, en examinant ce sujet, bien sérieux au fond, +il est nécessaire d'admettre l'influence des jeux et des amusements, +soit comme une sorte de gymnastique agissant sur le corps seulement, +soit comme un exercice de l'intelligence. De ceux-là, une femme d'un +esprit supérieur[1] a dit: «S'ils sont en général peu propres à +instruire, ils peuvent l'être à développer. Quelques-uns demandent de la +présence d'esprit et de la rapidité de repartie; d'autres, une analyse +des idées pareille à celle qu'on emploie dans les sciences +d'investigation, d'autres des efforts de mémoire.» + +[Note 1: Mme Necker de Saussure, _Éducation progressive_, t. II, p. +288.] + +Sans donner aux jeux une trop grande place dans l'éducation, nous ne +pouvons donc leur refuser d'en faire partie, et nous conseillons à la +mère attentive de s'en servir quelquefois comme d'auxiliaires pour la +grande et difficile mission qu'elle a reçue de la Providence. Considérés +sous ce rapport, les jeux n'ont plus rien d'inutile ou de trop puéril. +C'est pourquoi nous engageons les mères à y assister et même à les +diriger le plus souvent qu'elles le pourront. Nous nous servirons, pour +appuyer notre sentiment, de l'autorité d'un pieux écrivain[2]: «Jouez et +chantez avec vos enfants, dit-il, ou du moins voyez leurs jeux avec +complaisance, et écoutez leurs chants d'un air satisfait, pourvu que +rien n'y blesse la modestie.» + +[Note 2: Le P. Antoine de Lombez, _Traité de la joie de l'âme +chrétienne_.] + +Cette _complaisance_ de la mère n'ôtera rien à la gaieté des jeux; +peut-être même que sa présence les rendra encore plus agréables, si elle +les dirige de manière à prévenir les contestations et les froissements +d'amour-propre qui ont lieu si souvent dans les réunions d'enfants. De +leur côté les enfants doivent être touchés et reconnaissants de voir un +père ou une mère s'associer à ces jeux par pur dévouement. + +Voici la division que nous avons donnée à notre recueil: + +Première partie: _Jeux d'action_, utiles surtout dans les récréations, +pour délasser d'un travail sédentaire par le mouvement et l'exercice. + +Deuxième partie: _Jeux avec jouets_. Nous décrivons la forme et l'usage +des jouets le plus fréquemment employés par les jeunes filles. + +Troisième partie: _Les Rondes_, qui, comme jeux d'action, ont un rapport +marqué avec les jeux de la première partie, mais qui en diffèrent parce +qu'elles sont accompagnées de chants dont nous donnons les airs notés. + +Quatrième partie: Jeux que l'on appelle _Jeux d'esprit_, qui se jouent +entre plusieurs personnes sans employer d'objets matériels. Ils ont lieu +ordinairement par demandes et par réponses. Il s'en trouve parmi ceux-là +un certain nombre qui paraîtront peut-être trop simples, mais ils auront +leur emploi quand il s'agira d'amuser les tout petits enfants, que leur +âge exclut des jeux plus compliqués. + +Un appendice placé à la fin de l'ouvrage expliquera les principes et les +figures de la danse. + +[Illustration: deco] + +[Illustration: Le loup ou la Queue leuleu.] + + + + +JEUX ET EXERCICES +DES JEUNES FILLES. + + + + +PREMIÈRE PARTIE. + +JEUX D'ACTION. + + + +LE LOUP OU LA QUEUE LEULEU[3]. + +[Note 3: Nous n'avons pas placé ce jeu parmi les rondes, parce qu'il +n'est accompagné que d'une très-courte phrase de chant qui se rattache à +l'action, mais sans la diriger, tandis que les rondes dont se compose la +troisième partie de notre livre sont pour la plupart de petites scènes +qui se jouent et se dansent à l'aide d'un chant presque continuel, qui +en détermine les différentes parties.] + +Plusieurs enfants, en se tenant par la robe, figurent un troupeau de +moutons, ayant la bergère à leur tête. Celle-ci chante, et les autres +répètent après elle ces vers dont la rime n'est pas riche: + + Promenons-nous dans les bois, + Pendant que le loup n'y est pas. + +Une de leurs compagnes, qui est cachée, figure le loup. Quand elles ont +fait plusieurs tours, elles s'écrient: _Loup, y es-tu?_ Le loup ne +répond rien, et la promenade recommence aussi longtemps qu'il plaît au +loup de ne pas accourir. Quand approche le dénoûment, l'émotion +augmente, parce qu'il vient un moment où le loup s'écrie à son tour: +_Oui!_ en s'élançant hors de sa retraite. Alors les moutons fuient dans +toutes les directions, et la bergère, qui ne peut pas être prise, se met +autant qu'elle le peut devant le loup, afin de protéger son troupeau. +Quand le loup s'empare enfin d'un des moutons, le jeu recommence, car le +mouton devient loup à son tour; ou bien on peut convenir que le loup se +saisira successivement de tous les moutons, et que ce ne sera que le +dernier mouton qui prendra sa place[4]. + +[Note 4: Souvent, pour indiquer la personne qui dirigera le jeu, ou qui +y remplira un certain rôle, on tire au sort, par le _doigt mouillé_, par +_pile_ ou _face_, ou par la _courte paille_. On sait assez ce que +signifient ces différentes manières de tirer au sort, pour qu'il soit +superflu d'en donner ici l'explication.] + +Ce jeu, si simple en lui-même, peut être varié par l'imagination des +enfants. A la place du mouton poursuivi par le loup, quelquefois ils +supposent une biche, si l'action se passe dans les bois, et aux +différentes interpellations de l'animal féroce, la victime répond selon +son courage ou sa frayeur.--_Le loup_: Je te mangerai! _La Biche_: Je me +défendrai, ou, je me sauverai; etc. + +Ce jeu, assez ancien, ainsi que nous le verrons plus tard, s'appelle +_Queue leuleu_, parce que les enfants marchent à la suite les uns des +autres, comme marchent les loups, qu'en vieux français on nommait +_leux_. Cette terreur du loup date du temps où les forêts étaient plus +nombreuses et peuplées d'un grand nombre de ces féroces animaux. +Aujourd'hui, à l'exception de quelques départements très-boisés ou +montagneux qui servent encore de retraite aux loups, les enfants sont +rarement exposés à en rencontrer ailleurs qu'au Jardin des plantes; +cependant leur imagination, qui se figure si facilement les objets, agit +quelquefois d'une manière très-vive dans ce jeu, et va jusqu'à la +terreur au moment où le loup s'élance avec des hurlements à la poursuite +des brebis fugitives. + +Les enfants ne savent pas que des jeux qu'ils répètent, par imitation, +leur viennent des temps les plus reculés, presque sans altération. Bien +avant eux, bien avant leurs grands-pères, en remontant les siècles, on +retrouve dans de vieux livres les mêmes jeux, sous les mêmes noms, ou +sous des noms plus modernes qui n'en ont pas changé le caractère. Le +chroniqueur Froissart, vers la première moitié du quatorzième siècle, +racontant son enfance, nous dit naïvement qu'il jouait à la _Queue +leleu_, à _Prime-Mérine_, sorte de _Main Chaude_, aux _Pierrettes_, au +_Pince-Sans-Rire_, au _Cheval de bois_, aux _Barres_, à _l'Avoine_, à +_Cache-Cache_, au _Deviner_, à _Saute-Mulet_, à la _Cligne-Musette_, à +la _Toupie_, etc. Nous donnons cette nomenclature pour montrer avec +quelle fidélité se conservent les traditions enfantines. + + + +CACHE-CACHE OU CLIGNE-MUSETTE. + +Ce jeu est un des exercices les plus usités parmi les jeunes filles. +Pendant que l'une d'elles se cache, toutes les autres ferment les yeux. +Si la première est trop longtemps à chercher sa cachette, on a le droit +de dire: _Est-ce fait?_ et il n'est permis de se mettre à sa recherche +que quand elle dit: _Oui_, ou bien: _C'est fait_. On peut aussi convenir +à l'avance que quand celle qui se cache ne répondra pas, cela indiquera +que l'on peut la chercher. Cet arrangement est préférable, parce que le +son de la voix, quand on répond, peut faire facilement découvrir la +jeune fille cachée. + +[Illustration] + +On joue également à cache cache d'une autre manière. Une seule jeune +fille cherche toutes les autres qui sont cachées, et c'est la première +que l'on découvre qui aura la peine de chercher les autres, à moins +qu'elle ne puisse échapper à celle qui l'a trouvée en touchant un but +qu'elle atteint en courant. + + + +CACHE-TAMPON. + +Une des jeunes filles sort de la chambre ou se tient à l'écart, et ferme +consciencieusement les yeux, tandis que les autres cachent un petit +objet, par exemple un mouchoir plié en boule, d'où vient le nom de +_tampon_. Lorsque celle qui doit le trouver est rappelée, elle cherche +dans tous les endroits où peut être l'objet caché, et selon qu'elle s'en +rapproche ou qu'elle s'en éloigne, les autres lui disent: _Tu brûles_ +ou: _Tu as froid_. Souvent on prend une pincette sur laquelle on frappe +avec une clef, lentement, lorsque la chercheuse s'écarte du lieu où est +l'objet caché, très vite quand elle en est près, et ainsi graduellement. +On peut également indiquer cette direction en agitant une sonnette à +main, ou en frappant une note sur le piano. + +[Illustration] + +Le même moyen d'indication est encore employé dans un autre jeu, où il +faut que la personne qui a été désignée pour deviner fasse une action +que l'on a décidée en son absence, comme de souffler la bougie, de se +regarder dans une glace, de balayer la chambre avec le petit balai du +foyer, enfin quelque chose qui soit facile à exécuter et à deviner. +Quand elle revient, elle fait successivement tout ce qui lui vient à +l'esprit, et, si elle est sur le point de rencontrer juste, la pincette +ou le piano l'en avertit par un son continu et de plus en plus animé. + + + +LE CHAT ET LA SOURIS. + +Il y a deux manières de jouer à ce jeu: + +On choisit deux personnes pour représenter deux chats, et une pour faire +la souris. On place la souris au milieu du cercle des défenseurs, et les +deux chats font un assaut pour essayer de l'attraper. C'est une +véritable lutte de chats contre toute la masse des défenseurs. Ce jeu, à +cause des dangers qu'il présente, est plutôt fait pour les garçons que +pour les jeunes filles. + +[Illustration] + +Une autre manière, mais qui n'est praticable que dans un jardin, +consiste à choisir un but, asile inviolable contre le chat. Dès qu'on a +touché le but, on est hors des atteintes du chat, qui partout ailleurs a +le droit de vous saisir. Joué dans un jardin, en nombreuse société, le +soir, quand il ne fait plus bien clair, ce jeu est animé et amusant. Il +est bon que le chat s'attache quelque signe pour se faire reconnaître. + + + +LE CHAT PERCHÉ. + +[Illustration] + +Un des enfants, désigné par le sort, doit poursuivre les autres; mais +ceux-ci peuvent se mettre hors de ses atteintes, en se plaçant sur un +tabouret ou sur une chaise, n'importe où, pourvu que les pieds ne +touchent pas la terre. Si c'est dans un jardin que se fait le jeu, on +désigne les objets sur lesquels il sera permis de monter. Lorsqu'un des +joueurs est saisi avant d'avoir pris sa place, il doit à son tour +poursuivre les autres. + + + +PETIT BONHOMME VIT ENCORE. + +Nous n'osons pas affirmer que ce jeu offre un grand intérêt, et nous +commençons par avertir qu'il est un peu dangereux. On allume l'extrémité +d'une petite baguette de bois vert, ou d'un papier roulé un peu long, ou +simplement d'une allumette. On en souffle la flamme de manière qu'il ne +reste au bout qu'une lueur vive, puis on se la passe de main en main, en +disant: _Petit bonhomme vit encore_, ou pour allonger la phrase: _Petit +bonhomme vit encore, car il n'est pas mort_, jusqu'à ce que la dernière +lueur s'éteigne, et celle qui le tient en sa main à ce moment fatal doit +donner un gage. + +[Illustration] + +En Angleterre, où ce jeu s'appelle _Robin alive_, chaque joueur doit +dire une phrase plus longue, dont voici la traduction: _Le petit Robin +vit encore. S'il meurt entre mes mains, que je sois bridée, que je sois +sellée, que je sois menée aux écuries de la reine._ Au moment où +s'éteint le feu, celle qui a la baguette entre les mains dit: _Robin est +mort; que je sois bridée_, etc. Alors on lui bande les yeux, et elle se +met sur un canapé, ou sur le tapis, le visage tourné vers la terre. +Chacune des autres pose sur ses épaules quelque chose de léger, qu'elle +doit deviner, par exemple un journal, un ruban, un gant, etc. Si elle +devine juste, elle est relevée de la punition; on rallume la baguette et +le jeu recommence. Toutefois, c'est un jeu que nous ne conseillons pas +aux jeunes filles, qui peuvent, sans s'en apercevoir, mettre le feu à +leurs vêtements. + + + +LE FURET. + +Le furet est figuré par une bague que l'on passe dans un long cordon +noué par les deux bouts. Les joueurs se mettent en cercle, tenant le +cordon qui forme un cercle également, et le faisant constamment tourner. +L'anneau est caché dans la main d'un des joueurs. On se le passe en +chantant sur différents tons: + + Il court, il court, le furet, + Le furet du bois, mesdames; + Il court, il court, le furet, + Le furet du bois joli. + +Ou bien: + + Il a passé par ici, + Le furet du bois, mesdames, + Il a passé par ici, + Le furet du bois joli! + +La personne qui est au milieu du cercle doit deviner dans quelle main se +trouve l'anneau. + +On peut jouer encore sans cordon, en se passant de main en main une +pièce de monnaie. La personne qui cherche a le droit de demander à voir +les mains ouvertes, quand elle croit y trouver la pièce. + +[Illustration] + +Quelquefois le furet sera un sifflet; alors on ne se sert pas du cordon, +mais on se passe le sifflet de main en main, en sifflant du côté opposé +où regarde le patient qui cherche. Une des ruses du jeu est de le lui +attacher par derrière avec un long fil, et de siffler pour le faire +retourner, et chercher à deviner dans quelles mains est le sifflet, +qu'il porte sans s'en douter; mais il faut qu'il n'ait aucune +connaissance de cette _attrape_ qui ne peut pas se répéter dès quelle +est connue, et qui ne doit jamais dégénérer en mystification. + +Nous recommandons ici, une fois pour toutes d'apporter dans tous les +jeux la loyauté et la vérité que l'on met à des actions plus sérieuses, +et surtout de ne pas dévouer une des personnes qui composent les +réunions d'enfants à un rôle qui peut être humiliant ou désagréable. Il +arrive souvent que l'on se croit permis de choisir ainsi une victime, +soit parce qu'on lui suppose quelque infériorité relative, soit parce +qu'elle s'offense facilement des petites taquineries de ses compagnes. +Nous engageons celles-ci à ne pas persister. Elles ne corrigeront pas et +elles blesseront l'objet de leurs plaisanteries. Qu'elles ne fassent pas +dire, ce qui malheureusement est assez vrai: + + Cet âge est sans pitié! + +Mais qu'elles n'oublient jamais que la _charité_ est d'une bonne +application partout; leurs jeux mêmes y gagneront en gaieté, parce qu'il +est impossible de s'amuser franchement, lorsque c'est aux dépens d'une +personne que l'on fait souffrir. + + + +JEU DE LA SAVATE. + +Voici comme un livre _savant_ explique le jeu de la savate: «La +compagnie s'assied à terre en rond, excepté une personne qui reste +debout au milieu, et dont la tâche est d'attraper un soulier, que la +compagnie se passe de main en main, par-dessous les genoux, à peu près +comme une navette de tisserand. Comme il est impossible à celui qui est +debout de voir en face tout le cercle, le beau du jeu est de frapper la +terre avec le talon du soulier du côté qui est hors de défense.» + +[Illustration] + +Pour nous justifier d'avoir présenté ici un jeu qui peut choquer les +personnes délicates, nous rappellerons le souvenir d'une scène que nos +jeunes lectrices liront peut-être un jour dans le charmant roman de +Goldsmith, _le Vicaire de Wakefield_; ce passage met complètement le jeu +en action. Plusieurs jeunes filles sont réunies le soir d'un jour de +fête chez un fermier du voisinage. Après avoir joué à plusieurs jeux, +elles proposent celui de la _savate_. En conséquence, elles forment un +rond en s'asseyant par terre, et en rassemblant la jupe de leurs robes +un peu serrée contre elles. Puis on prend une pantoufle que l'on fait +circuler sous l'arc que forment les genoux. Une certaine jeune miss, +Olivia Primrose, est debout au milieu du cercle, essoufflée, rouge, +agitée et criant, dit l'auteur, comme un chanteur de ballades. Au moment +où le jeu est le plus animé, entrent, ô confusion! deux belles dames de +Londres, dont on redoute beaucoup l'opinion, et les joueuses s'arrêtent +interdites et consternées d'avoir été surprises dans ce vulgaire +exercice. + + + +LA MAIN CHAUDE. + +Une jeune fille désignée par le sort pose sa tête sur les genoux d'une +personne assise. Elle place sa main ouverte sur son dos, à la hauteur de +la ceinture, et chacune tour à tour lui donne un coup _léger_ avec ses +doigts. Il faut qu'elle devine qui a frappé, et c'est celle qui est +devinée qui prend la place à son tour. On ne doit ni frapper trop fort, +ni piquer la main, ni se permettre toute autre plaisanterie de mauvais +goût; là comme ailleurs les jeunes filles bien élevées se feront +toujours reconnaître. Elles éviteront aussi de crier quand elles seront +surprises: le bruit n'est pas de la gaieté. Cette recommandation que +nous venons de donner a été développée sous forme d'apologue. Nous +demandons la permission d'en citer quelques fragments, dans lesquels +notre jeu de la _main chaude_ est heureusement décrit. + +[Illustration] + + Des singes dans un bois jouaient à la main chaude, + Certaine guenon mauricaude + Assise gravement, tenait sur ses genoux + La tête de celui qui, courbant son échine, + Sur sa main recevait les coups. + On frappait fort, et puis devine! + Il ne devinait point; c'étaient alors des ris, + Des sauts, des gambades, des cris. + Attiré par le bruit, du fond de sa tanière, + + Un jeune léopard, prince assez débonnaire, + Se présente au milieu de nos singes joyeux. + Tout tremble à son aspect, «Continuez vos jeux, + Leur dit le léopard, je n'en veux à personne; + Rassurez-vous, j'ai l'âme bonne, + Et je viens même ici comme particulier, + A vos plaisirs m'associer. + Jouons! Je suis de la partie. + --Ah! monseigneur! quelle bonté!». + . . . . . . . . . . . . + Toute la troupe joviale + Se remet à jouer; l'un d'entre eux tend la main, + Le léopard frappe, et soudain + On voit couler du sang sous sa griffe royale. + Le singe cette fois devina qui frappait. + . . . . . . . . . . . . . . + + + +COLIN-MAILLARD. + + Près d'un bois, le soir à l'écart, + Dans une superbe prairie, + Des lapins s'amusaient sur l'herbette fleurie + A jouer au colin-maillard. + Des lapins! direz-vous; la chose est impossible! + Rien n'est plus vrai pourtant: une feuille flexible + Sur les yeux de l'un d'eux en bandeau s'appliquait, + Et puis sous le cou se nouait; + Un instant en faisait l'affaire. + Celui que le bandeau privait de la lumière + Se plaçait au milieu; les autres alentour + Riaient, sautaient, faisaient merveilles, + S'éloignaient, venaient tour à tour + Tirer sa queue ou ses oreilles. + Le pauvre aveugle alors, se retournant soudain, + Sans craindre pot au noir jette au hasard la patte + Mais la troupe échappe à la hâte, + Il ne prend que du vent: il se tourmente en vain; + Il y sera jusqu'à demain. + . . . . . . . . . . + +A cette gracieuse description que nous empruntons encore à Florian, +ajoutons quelques détails qui manquent à son récit. + +Au moment où l'on a bandé les yeux du _colin-maillard_, on le fait +tourner deux ou trois fois sur lui-même, afin de le désorienter. +L'exclamation _gare au pot au noir!_ est un avertissement que l'on donne +à l'aveugle quand il risque de se heurter contre quelque chose. On peut +également crier _casse-cou!_ + +Voici l'origine de ce jeu. Jean-Colin (ou Nicolas) Maillard était un +guerrier fameux du pays de Liége. Il avait pris le nom de Maillard, +parce que dans les combats il s'armait habituellement d'un maillet dont +il se servait en fort et vigoureux champion. Ses exploits lui méritèrent +l'honneur d'être fait chevalier en 999 par Robert, roi de France. Dans +la dernière bataille qu'il livra à un comte de Louvain, il eut les yeux +crevés; mais, guidé par ses écuyers, il ne cessa pas de se battre tant +que dura l'affaire qui était engagée. On assure que c'est à la suite de +cet événement que nos aïeux, il y a plus de huit siècles, inventèrent le +jeu de _colin-maillard_. + +Colin-maillard assis à la baguette. Il y a deux manières de le jouer. +Dans l'une, la jeune fille qui a les yeux bandés est assise au milieu de +la chambre, et elle tient le bout d'un bâton que chacune des autres +vient saisir par l'autre bout en faisant quelque bruit, soit un petit +cri, soit un éclat de rire ou un miaulement, en déguisant sa voix pour +n'être pas reconnue. Le _colin-maillard_ nomme chaque fois une personne, +et, s'il a deviné, il cède la place à celle qui s'est trahie. L'autre +manière ne diffère qu'en ce que le _colin-maillard_ seul est debout; les +autres sont assis. Il tient également un bâton ou un mouchoir et en +dirige le bout vers les joueurs assis en inventant de petits cris +bizarres. Celui qu'il touche est obligé de saisir le bâton et de répéter +les bruits comme nous l'avons expliqué plus haut. On joue un autre +colin-maillard, où celui qui a les yeux bandés doit s'asseoir sur un des +joueurs, et le nommer sans le toucher; mais, outre que ce jeu est assez +peu convenable, il n'offre aussi que peu d'intérêt. + +Colin-maillard à la silhouette. On ne peut y jouer qu'à la lumière. On +place quelqu'un dans l'enfoncement d'une fenêtre. On tire le rideau +devant lui, et on le tend comme si on voulait faire voir la lanterne +magique. A une certaine distance du rideau, on met une table et toutes +les lumières dessus. Chacun passe à son tour entre le rideau et la +table, en faisant des gestes ou des grimaces qui le rendent +méconnaissable. On s'affuble aussi de vêtements d'emprunt, de manière à +changer toute son apparence, et il faut que la personne qui est derrière +le rideau devine quelle est celle qui a passé[5]. + +[Note 5: On appelle _silhouette_ ces figures que l'on découpe en papier, +en copiant le profil de l'ombre d'une personne, et qui furent très à la +mode sous le règne de Louis XV. Ce talent de découper s'est à peu près +perdu; mais nos jeunes filles peuvent essayer de le retrouver, si elles +ont un peu l'habitude du dessin. Ce procédé reçut son nom de M. +Silhouette, contrôleur général, non parce qu'il en fut l'inventeur, mais +parce qu'une sorte de célébrité s'était attachée à lui pour avoir créé +un système financier qui eut d'abord des résultats avantageux pour le +pays, et plus tard, des conséquences funestes.] + + + +LE SAC D'ÉTRENNES. + +[Illustration] + +On remplit de bonbons un grand sac de papier mince et on l'attache +solidement par le haut en travers d'une porte ouverte. Chacune des +jeunes filles tour à tour a les yeux bandés, et tient un long bâton. On +conduit l'aveugle en face du sac à une petite distance, et elle doit le +frapper avec son bâton. Elle peut essayer jusqu'à trois fois. Si elle ne +réussit pas, elle cède la place à une autre. Le jeu ne cesse que quand +l'une d'elles parvient à faire un trou dans le sac, et alors toutes les +autres ont le droit de ramasser ce qui en tombe. Quelquefois le sac est +rempli de petits objets que l'on donne à celles qui les ramassent. On +peut aussi, sans en avertir personne, substituer un sac de farine à +celui de bonbons; mais ce sont des plaisanteries qu'il ne faut se +permettre qu'avec mesure et entre compagnes qui se connaissent assez +pour ne pas s'en fâcher. + + + +LES CISEAUX. + +[Illustration] + +Ce jeu, à peu près semblable au précédent, consiste à suspendre un gros +anneau ou quelque chose qui pèse au bout d'un long fil, et aller, les +yeux bandés, couper le fil avec de grands ciseaux. Mais nous +recommandons beaucoup de précautions pour ne pas se blesser avec les +ciseaux que l'on tient les pointes en avant. Il sera toujours mieux de +se servir de ciseaux arrondis par le bout. + + + +LA MER AGITÉE. + +[Illustration] + +On range des chaises de manière qu'il s'en trouve une de moins que le +nombre de joueurs. Chaque jeune fille prend le nom d'un poisson, et +celle qui dirige le jeu marche autour du cercle en appelant tour à tour +ses compagnes par le nom qu'elles ont choisi. Elles doivent se lever et +la suivre. Lorsqu'il n'y en a plus d'assises, celle qui est en tête +court en répétant plusieurs fois: «La mer agitée! la mer agitée!» Puis +elle s'assied tout à coup, et toutes doivent s'asseoir au même moment. +Celle qui est la moins prompte, ne trouvant pas de chaise, reste debout +et conduit le jeu à son tour. + + + +LA TOILETTE DE MADAME. + +[Illustration] + +Les jeunes filles prennent chacune le nom d'un objet de toilette: l'une +sera le peigne, l'autre le savon, l'autre le miroir, l'autre la brosse. +Celle qui conduit le jeu est au milieu du cercle, debout, tandis que les +autres sont assises comme dans le jeu précédent. Elle dit: _Madame +demande sa brosse à cheveux_. Celle qui porte ce nom doit aussitôt se +lever. L'autre s'assied à sa place. Celle qui est debout dit: _Madame +demande sa pelote_. Celle qui est pelote se lève en répondant +immédiatement à l'appel de son nom; et ainsi de suite. Si on se fait +attendre, on donne un gage, puis on dit: _Madame demande toute sa +toilette_. Tout le monde se lève et change de place. La dernière qui +reste paye un gage, et appelle un des objets de la toilette, qui en +appelle un autre, jusqu'à ce qu'on soit fatigué du jeu. Si, au lieu de +la toilette, on veut en nommer d'autres, on est libre de le faire, et le +jeu que l'on compose ainsi prendra un autre nom, quoiqu'il soit au fond +le même. Ainsi, on peut prendre les noms de tous les objets qui +composent la table à thé, par exemple, le sucrier, la tasse, le plateau, +etc. + + + +LE VOYAGEUR ET L'HÔTELLERIE. + +Ce jeu n'est guère qu'une variété du jeu précédent, avec quelques +légères différences dans la manière de le jouer. Une jeune fille +représente le voyageur, et les autres représentent l'hôte ou l'hôtesse, +la fille d'auberge, le garçon d'écurie, le cheval, la selle, la bride, +l'avoine, les bottes, les pantoufles, le souper, la lumière, le feu, le +lit, etc. Tous ces noms se rapportent soit au bagage d'un voyageur, soit +aux choses dont il peut avoir besoin dans une auberge. + +[Illustration] + +Quand toutes les personnes nommées sont assises, le voyageur entre et +dit: «L'hôte, puis-je avoir ce soir un bon lit?» L'hôte et le lit se +lèvent aussitôt. Ensuite le voyageur dit: «L'hôte, je voudrais avoir une +bouteille de vin et de la lumière.» Enfin il a soin de demander tour à +tour les objets dont les noms ont été donnés aux jeunes filles qui +doivent se lever sans se le faire dire deux fois, sinon elles doivent un +gage, et le voyageur en donne un aussi quand il demande quelque chose +qui ne se trouve pas représenté par un des joueurs. Il faut que celle +qui fait le rôle du voyageur mette beaucoup d'entrain et de mouvement +dans le jeu qu'elle dirige. + + + +LES QUATRE COINS. + +Il faut être au nombre de cinq pour ce jeu bien connu. Chacune des +jeunes filles prend une place à l'angle d'un carré. Celle qui reste au +milieu s'appelle le _nigaud_. Les quatre autres changent de place, et le +nigaud doit s'efforcer de prendre une des places restées vides. S'il +réussit, c'est la personne dont la place se trouve prise et occupée qui +devient _nigaud_ à son tour. + + + +LES VOISINS. + +[Illustration] + +On s'assied en rond à une certaine distance les unes des autres. Il y a +une personne au milieu, qui vient demander si l'on est content de ses +voisins. A la réponse affirmative de la personne interrogée, tout le +monde change de place comme dans la _Toilette de madame_, et la personne +qui est au milieu tâche de se mettre à une place restée libre dans ce +mouvement général. Si la réponse est négative, on désigne ceux qu'on +désire avoir pour voisins, et les personnes désignées sont obligées +d'aller prendre les places des voisins exclus. Dans cette permutation, +qui se fait le plus rapidement possible, la personne du milieu tâche de +s'asseoir quelque part. + + + +LE TIERS OU LES PETITS PAQUETS. + +[Illustration] + +On se place en rond, debout, par _paquets_ de deux. Il y a deux joueurs +en dehors, qui courent l'un après l'autre, celui après qui l'on court se +place en dedans du cercle, devant un des paquets; là il ne peut plus +être poursuivi. En prenant cette place, il dit: _Trois, c'est trop_. +Alors, celui du paquet qui se trouve être le troisième, dit: _Deux, +c'est assez_, et court se placer devant un autre paquet, sans se laisser +prendre; s'il était pris, il serait obligé de courir après le premier, +qui alors se placerait. Toutes les fois qu'il y a trois personnes à un +paquet, la troisième est de bonne prise, si elle ne se place +promptement. On peut faire durer ce jeu longtemps, en étant +très-attentif au moment où le joueur est sur le point de perdre sa +place. + +Ce jeu est aussi désigné sous le nom de _Deux, c'est assez, trois, c'est +trop_, et cette dénomination fait assez bien connaître en quoi il +consiste principalement. + + +LE LOUP ET LA BERGERIE. + +[Illustration] + +Toutes les petites filles, moins deux, se donnent la main comme pour une +ronde, et forment ainsi la _bergerie_, au milieu de laquelle elles +placent l'_agneau_, que tous leurs efforts doivent tendre à protéger. Le +_loup_ est resté en dehors du cercle, et s'élance sur les mains jointes +qu'il essaye de séparer plus encore par la surprise que par la violence. +Lorsque le loup est parvenu à forcer le cercle, la bergerie doit +s'ouvrir rapidement du côté opposé pour laisser sortir l'agneau et se +refermer aussitôt, afin de retenir le loup prisonnier, et de l'empêcher +de poursuivre l'agneau. Si le loup réussit encore à sortir, on fait +rentrer de même l'agneau, et ainsi de suite jusqu'à ce que celui-ci soit +pris et devienne loup à son tour. Une autre joueuse ou l'ancien loup +prend le rôle de l'agneau. + + + +LE LABYRINTHE OU LA DENTELLE. + +[Illustration] + +Plusieurs jeunes filles forment le rond, en se tenant par la main et en +élevant leurs bras. Deux autres qui s'appellent, l'une la _navette_ et +l'autre le _tisserand_, courent en se poursuivant. La première passe +sous les bras de celles qui forment la chaîne, pénètre dans le rond et +en sort de la même manière. Le tisserand qui poursuit doit suivre le +même chemin; mais, s'il arrive qu'il se trompe, les bras se baissent, il +est retenu dans le cercle, dont il est condamné à faire partie, tandis +qu'une autre prend sa place. + + + +LES BARRES. + +[Illustration] + +Ce jeu est plus particulièrement un jeu de garçons; mais si des jeunes +filles sont rassemblées en grand nombre à la campagne, elles peuvent +s'en amuser sans inconvénients, et nous leur en devons l'explication. On +se sépare en deux groupes, pour former deux camps, à une cinquantaine de +pas de distance. On tire deux lignes de démarcation pour fixer les +limites de chaque camp, et deux autres plus en avant marquent le lieu de +la _sauvegarde_, pour celles qui viennent y demander _barres_. Une des +jeunes filles se détache, va au camp opposé demander barres sur +quelqu'une de ses adversaires. Celle sur qui on a demandé barres court +sur la première, et tâche de la toucher pour la faire prisonnière. Si +deux jeunes filles sortent du camp pour courir sur celle qui a demandé +barres, celle-ci a le droit de se retourner, et, si elle en touche une, +de la faire prisonnière. Quand l'engagement commence, celle sur laquelle +on court doit être défendue par une jeune fille de son camp. Une seconde +sort alors du camp ennemi pour soutenir la première combattante, de +sorte qu'une partie des deux camps peut être sortie, courant l'une sur +l'autre, jusqu'à ce qu'il y ait une prisonnière de faite. Alors, on +crie: _prise_, et tout le monde s'arrête. On met les prisonnières à la +tête du camp, se tenant par la main. Il faut, pour les délivrer, que ce +soit une de leurs alliées qui vienne les toucher. Tout le camp a le +droit de courir sur celle qui vient délivrer les prisonnières. Si elle +est prise, elle passe dans le camp ennemi sans pouvoir être délivrée, et +la partie se termine quand il ne reste plus personne dans l'un des deux +camps. On peut aussi faire des échanges de prisonnières. + + + +LE CONCERT. + +[Illustration] + +Chacune des jeunes filles est censée avoir un instrument dont elle joue. +L'une fait le geste de jouer du violon sur son bras; une autre agite ses +doigts comme si elle avait une flûte; une autre joue du piano sur ses +genoux; une autre de la harpe ou de la guitare. Tous ces gestes doivent +être faits en silence, mais avec précision et sans s'arrêter. Celle qui +est le _chef d'orchestre_ doit tour à tour imiter l'instrument d'une des +musiciennes, en chantant la chanson suivante sur un air qu'elle compose, +si elle ne sait pas le véritable: + + Quand Madelon va seulette + Elle ne m'aime plus, + Turlututu (_bis_); + La petite follette + Se rit de ma chansonnette, + Tous mes soins sont superflus, + Turlututu (_bis_). + +Au moment où le chef d'orchestre imite un instrument, celle qui en +jouait doit s'arrêter immédiatement. Si elle n'est pas attentive aux +gestes de son chef d'orchestre, qui mène le concert très-vivement et +qu'elle soit si occupée de sa partie qu'elle ne pense pas à cesser tout +à coup, elle paye un gage. Ce jeu doit être conduit avec beaucoup +d'entrain. + +Il est encore une manière de le jouer, mais que nous trouvons moins +animée que celle que nous venons d'indiquer. Les musiciens restent en +repos jusqu'au moment où le chef d'orchestre imite l'instrument de l'un +d'eux, qui doit à l'instant même en jouer, et s'arrêter aussitôt qu'un +autre commence, au signal du chef d'orchestre. + +L'explication que nous venons de donner de ce jeu, où un chef +d'orchestre improvisé dirige un ensemble d'instruments chimériques, nous +fait penser à un divertissement musical que nous a transmis un grand +génie. De tels exemples rehaussent notre modeste ouvrage, en prouvant, +comme nous l'avons déjà dit, que souvent les grands hommes ont daigné se +faire enfants sans croire déroger. Haydn, le musicien illustre, était en +Hongrie, chez les princes Esterhazy, et déjà il avait composé plusieurs +petits _opéras_, chantés sur un théâtre de marionnettes, que l'on avait +dressé dans le château pour l'amusement des jeunes princes. Un jour, dit +l'auteur[6] à qui nous empruntons ces détails, il se rendit seul à la +foire d'un village des environs. Là, il fit provision et rapporta un +plein panier de mirlitons, de sifflets, de coucous, de tambourins, de +petites trompettes, bref tout un assortiment de ces instruments plus +bruyants qu'harmonieux qui font le bonheur de l'enfance. Il prit la +peine d'étudier leur timbre et leur portée, et composa, avec ces +périlleux éléments harmoniques, une symphonie de l'originalité la plus +bouffonne et la plus savante. Cette symphonie est intitulée: _Fiera dei +Fanciulli_, la fête des enfants. O enfants! n'est-ce pas un grand +honneur pour vous? + +[Note 6: M. Ch. Magnin.] + + + +LE PIED DE BOEUF. + +[Illustration] + +Après les jeux plus ou moins ingénieux que nous venons de mentionner, +nous hésitons à parler de quelques simples enfantillages, qui ne savent +dans quelle catégorie se placer. Cependant, il faut bien au moins en +donner l'indication. On sait que, pour le pied de boeuf, deux personnes +placent leurs mains à poings fermés l'une sur l'autre, et qu'en comptant +depuis un jusqu'à neuf, la main la plus agile saisit la plus lente, en +disant: «Je tiens mon pied de boeuf.» + + + +LA SCIE. + +[Illustration] + +On a une ficelle dont les deux extrémités sont nouées. Une personne la +tend en _ovale_ sur ses deux mains ouvertes, en lui faisant faire un +tour à chacun des doigts du milieu. La main gauche saisit l'anneau fait +au doigt de la main droite, qui reprend également celui qui est fait à +la main gauche, de manière que le fil représente entre les mains la +figure ci-dessous, puis elle saisit entre les dents le côté du fil qui +est près d'elle. Une autre personne saisit l'autre côté, et par un jeu +habile des deux mains, on produit un mouvement analogue à celui d'une +scie. Nous craignons que notre description ne soit pas assez claire; +mais le jeu est tellement connu, qu'il suffit de le rappeler. + + + +LES FROMAGES. + +[Illustration] + +En tournant rapidement sur elles-mêmes, et s'abaissant tout à coup, les +petites filles font bouffer leurs robes; elles appellent cela _faire des +fromages_. C'est à qui fera le plus beau, c'est-à-dire le plus +volumineux. + + + +CLOCHE-PIED. + +[Illustration] + +C'est un jeu où celle qui peut aller le plus loin sur un seul pied, et +franchir le plus grand espace, gagne le prix. On peut encore se +poursuivre et s'attraper de cette manière. + + + +LE COTON EN L'AIR. + +[Illustration] + +Les enfants se mettent en cercle, se tenant par la main, et après avoir +jeté en l'air soit un petit flocon de coton, soit une plume bien légère, +elles soufflent de manière que l'objet se soutienne toujours sans +retomber. Si le souffle est trop fort, le coton s'éloigne et il est +quelquefois difficile de le diriger; si le souffle est trop faible, le +coton est inerte et le jeu finit bientôt; mais tout l'intérêt consiste à +le diriger, s'il est possible, vers une des personnes, qui paye un gage +si le coton retombe sur elle. Il faut que toutes ces évolutions se +fassent sans se quitter les mains. On peut encore jouer assis autour +d'une table et souffler le coton sans bouger. + + + +LE SINGE. + +[Illustration] + +Pour jouer au singe, il suffit que la personne qui dirige le jeu fasse +une multitude de gestes, qu'elle rendra aussi plaisants que possible, en +copiant ceux de l'animal dont elle porte le nom. Les autres, placées +devant elles, imiteront avec vivacité les gestes qu'elles lui verront +faire. Ce jeu a quelques rapports avec celui que nous allons décrire, +mais il est plus simple encore. + + + +L'EXERCICE A LA PRUSSIENNE. + +[Illustration] + +Toutes les jeunes filles se mettent à genoux sur une seule ligne, à +l'exception de celle qui représente le capitaine, et qui doit être bien +au fait du jeu. La première en tête de la ligne fait les fonctions de +caporal, et elle doit être prompte à exécuter les ordres du capitaine. +Celui-ci commande l'exercice à sa manière; par exemple, il ordonne de se +moucher, de tousser, de se tirer les chevaux, de se pincer le nez; et il +faut que ces ordres soient immédiatement exécutés, le caporal étant la +_première_ à obéir au commandement avec une rigueur militaire. + +Enfin, le capitaine crie: «En joue!» Chaque soldat tend les bras en +avant. Quand il dit: «Feu!» le caporal pousse sa proche voisine, qui +tombe sur la suivante, et ainsi jusqu'au bout de la ligne. Ce jeu peut +être très-amusant, mais il faut avoir la précaution de ne le jouer que +sur des tapis ou sur le gazon, et de placer à l'extrémité opposée au +caporal un coussin pour amortir la chute de la dernière jeune fille, la +seule qui soit exposée à se faire mal. Ce jeu paraît convenir plutôt à +des garçons qu'à des jeunes filles; mais les jeunes Anglaises se le +permettent, et nous n'avons pas cru devoir l'exclure. + + + +L'ASSIETTE TOURNANTE + +Ce jeu, qui demande une certaine adresse, a quelques rapports éloignés +avec le _Petit bonhomme vit encore_. Au lieu d'une baguette allumée, les +jeunes filles ont une assiette qu'elles font tourner par terre sur le +tranchant. Chacune est désignée par un numéro. Si le n° 1 commence, elle +doit appeler un autre numéro à son choix, et celle qu'elle désigne ainsi +doit arriver assez promptement pour donner une impulsion à l'assiette +pendant qu'elle tourne encore, et se faire remplacer de la même manière. +Si le numéro appelé ne se présente pas assez vite, et que l'assiette ait +eu le temps de retomber, il faut donner un gage. + +[Illustration] + + + + +DEUXIÈME PARTIE. + +JEUX AVEC JOUETS. + + + +LES BAGUES. + +C'est pour remplir notre devoir de nomenclateur, que nous insérons ici +le jeu de bagues, qui ne peut être facilement joué qu'avec un attirail +considérable, comme celui qui se dresse dans les grandes fêtes de +village. Si l'on n'a pas vu un jeu de bagues ainsi disposé, on ne pourra +en avoir qu'une idée imparfaite. Celui que l'on fabriquera soi-même sera +composé de quelques anneaux suspendus à des fils très-minces, qui seront +attachés le long d'un bâton court. En fixant ce bâton à un arbre ou à un +poteau, de manière qu'il s'avance, le jeu consistera à enfiler ces +bagues, en courant, dans une baguette que l'on tiendra à la main. + +Le jeu de bagues fut en grand honneur dans les siècles derniers, +principalement sous le règne de Louis XIV. Le grand roi, suivi de tous +les seigneurs de sa cour, revêtus de costumes de caractère, _courait la +bague_, ainsi que l'on disait, à cheval et avec un appareil magnifique. +On appelait ces divertissements _carrousels_, et l'une de ces fêtes +s'étant donnée près du palais des Tuileries avec un éclat +extraordinaire, le lieu en prit le nom de place du Carrousel. Quelques +régiments de cavalerie pratiquent encore cet exercice dans les jours de +fête, et il est difficile de rien voir de plus gracieux que les +évolutions qui se font à cheval pour saisir les bagues. + + + +LA BALANÇOIRE OU ESCARPOLETTE. + +[Illustration] + +Ce jeu n'est praticable que dans un jardin ou dans une grande salle +destinée à la gymnastique. Les extrémités d'une grosse corde sont +attachées à deux arbres. Au milieu est fixée une petite planche sur +laquelle s'assied la personne qui veut se balancer. On peut, à la place +de la planche, mettre un petit fauteuil sur lequel on sera plus +solidement assis, parce qu'un des dangers de ce jeu est de tomber, si on +ne se tient pas bien, ou si on est pris d'étourdissement, ce qui arrive +fréquemment. La balançoire est mise en mouvement à l'aide d'une petite +corde que tient une autre personne, ou bien on se balance soi-même, si +l'appareil est placé assez bas pour que les pieds puissent toucher le +sol. + +[Illustration: Balançoire.] + + + +LA BALLE. + +On sait que, pour jouer à la balle, il suffit de la lancer à terre ou +contre un mur pour qu'elle rebondisse, et on la reçoit dans la main. +Nous pouvons indiquer aux jeunes filles un moyen de faire des balles +assez jolies, qu'elles pourront donner en cadeau. On en forme le centre +avec un corps dur ou élastique comme une boule de caoutchouc. Pour +évider la rudesse du coup, on enveloppe ce noyau avec de la mousse sèche +si on est à la campagne, ou du coton; mais la mousse est préférable. On +coupe de petits morceaux de toile s'élargissant au milieu et se +rétrécissant aux extrémités, comme les degrés de _latitude_ d'un globe +terrestre. Ces morceaux doivent être au nombre de six ou sept, plus ou +moins grands. Les morceaux étant réunis autour de la boule, on tend sur +chacune des coutures un fort brin de laine à tapisserie, se réunissant +aux _pôles_. Puis on passe en travers une aiguillée de laine enfilée; +chaque tour, serré contre le précédent, s'assujettit par un point fait +avec l'aiguille aux brins de laine tendus dans l'autre sens. Quand la +balle est entièrement couverte de cette manière, pour la rendre plus +solide et plus jolie, on fait une sorte de filet avec une aiguillée de +laine d'une autre couleur qui enveloppe le tout. Ce filet se fait comme +un feston très-lâche, que l'aiguille reprend dans chaque maille. + +[Illustration] + + + +LE BALLON. + +Le ballon, plus gros que la balle, se lance entre plusieurs personnes +qui le reçoivent avec le pied ou avec la main. Il est creux, gonflé +d'air, et ordinairement recouvert en peau de daim. + +[Illustration] + +Dans l'_Odyssée_, poëme d'Homère, composé il y a environ trois mille +ans, la jeune princesse Nausicaa, après avoir rempli des devoirs de +bonne ménagère que ne dédaignaient pas dans ce temps les filles des +rois, c'est-à-dire après avoir été laver ses vêtements avec ses +compagnes, se divertit à jouer au ballon quand sa tâche est finie. + +Une très-jolie invention moderne est celle de ces légers ballons en +caoutchouc peints, dorés, ou recouverts d'un mince réseau et qu'un +souffle suffit pour soutenir en l'air. Ils ne sont pas beaucoup plus +durables que les bulles de savon que nous allons maintenant décrire. + + + +LES BULLES DE SAVON. + +On trempe dans une eau de savon épaisse l'extrémité d'un brin de paille +fendu en croix, et, en soufflant avec ménagement, la goutte d'eau qu'on +a recueillie se gonfle et produit un globe qui se teint souvent des +couleurs les plus admirables. Quand la bulle est parvenue à une certaine +grosseur, on la détache du tuyau de paille, et on la soutient en l'air à +l'aide du souffle. + + Mais, comme elle a l'éclat du verre, + Elle en a la fragilité. + +Ces bulles légères et brillantes ont souvent inspiré les poëtes, qui en +ont tiré des comparaisons sur le peu de durée des choses humaines et sur +le néant des vains projets. La science s'en est aussi servie, puisque +c'est, dit-on, en essayant les effets de la réfraction de la lumière à +travers cette enveloppe transparente, que le grand Newton a découvert +les propriétés du prisme et est parvenu à décomposer les rayons du +soleil. Cette admirable découverte est ainsi rappelée dans des vers de +Voltaire: + + Il découvre à nos yeux par une main savante, + De l'astre du matin la robe étincelante; + L'émeraude, l'azur, la pourpre et le rubis + Sont l'immortel tissu dont brillent ses habits. + Chacun de ses rayons, dans sa substance pure, + Porte en soi les couleurs dont se peint la nature, + Et confondus ensemble ils éclairent nos yeux. + +[Illustration: Les Bulles de savon.] + + + +LE BILBOQUET. + +[Illustration] + +C'est un jouet de bois ou d'ivoire, formé d'un petit bâton tourné, dont +un bout est pointu et l'autre terminé par une espèce de petite coupe, et +auquel est suspendu par un fort cordon une boule percée d'un trou. On +met cette boule en mouvement de manière qu'elle retombe et reste dans la +coupe ou qu'elle entre et se fixe dans le bout pointu. Il est bon, avant +de lui donner l'impulsion qui la lance en l'air, de tordre le fil de +manière à lui imprimer un mouvement très-vif de rotation. La boule en +tournant, et par l'effet de la loi physique de la pesanteur, se +dérangera moins de la direction perpendiculaire. + +Ce jeu est d'une origine ancienne, et il a été fort en faveur à +plusieurs époques. Il était autrefois formé d'une bille en fer qui +n'était pas attachée à la tige que l'on nommait _boquet_. François Ier, +y jouant avec Montgommery, fut atteint à la tête par cette bille; ce fut +alors qu'on substitua une bille de bois à la bille de fer, pour rendre +le jeu moins dangereux. Henri III et les seigneurs de sa cour jouaient +au bilboquet avec passion. Ce jeu eut encore une grande vogue sous le +règne de Louis XV, et Jean-Jacques Rousseau veut que les hommes y jouent +en société, plutôt que de rester inoccupés. + + + +LE CERCEAU. + +Le cerceau est un cercle de bois léger que l'on guide avec une baguette, +et dont on ralentit ou dont on accélère la marche à volonté, en +s'appliquant à ne pas le laisser tomber. C'est un exercice +très-salutaire, qui donne de la souplesse aux jambes et aux bras, et +développe la poitrine; il a, en outre, le privilége d'amuser les enfants +même lorsqu'ils jouent seuls. Ils prennent grand plaisir à pousser le +cerceau tantôt à droite, tantôt à gauche, en avant, en arrière, en +cercle, en zigzag, puis à l'arrêter brusquement, et l'habitude leur +donne bientôt une grande adresse. Ils peuvent aussi organiser des +parties, et lutter entre eux à qui conduira le cerceau le plus vite et +le plus habilement à un but déterminé. + + + +LA CORDE. + +[Illustration] + +On saute avec une corde que l'on tient soi-même aux deux extrémités par +une petite poignée, ou bien on la fait tenir par deux personnes. Les +jeunes filles ont inventé une quantité de _passes_ différentes +auxquelles elles donnent des noms assez arbitraires. Les passes les plus +usitées sont de faire tourner la corde très-vite, deux ou trois fois, +sans retomber sur les pieds. Elles ont appelé cela des _doubles_ et des +_triples tours_. Ou bien elles croisent les bras sur la poitrine et +passent dans la large boucle que fait la corde: ceci est une _croix de +Malte_ ou _de chevalier_. On peut encore sauter à reculons. Pour jouer à +la _corde en long_ ou _grande corde_, deux personnes font tourner la +corde, tandis qu'une troisième saute au milieu. Il faut être très-sûr +d'une bonne entrée, afin que la corde ne s'embarrasse pas dans les pieds +au premier tour. On doit saisir, pour s'élancer, le moment où la corde +vient de toucher la terre et commence à s'élever en l'air. + + + +LES DAMES + +Nous ne pouvons mieux faire que d'extraire d'un bon ouvrage spécial[7] +les règles du jeu de dames, dont on trouvera ici presque toutes les +combinaisons. + +[Note 7: _Almanach des Jeux_.] + +Il y a deux sortes de jeux de dames: le jeu de dames à la française et +le jeu de dames à la polonaise. Le premier n'est plus en usage: il se +joue sur un damier qui a soixante-quatre cases, et l'on n'y emploie que +vingt-quatre pions, douze noirs et douze blancs; les dames ne font qu'un +pas à la fois, mais elles peuvent prendre en avant et en arrière. Ce que +nous allons dire du jeu de dames à la polonaise est, du reste, +applicable au jeu de dames à la française. + +[Illustration] + +Le jeu de dames à la polonaise se joue à deux sur un damier composé de +cent cases, cinquante noires et cinquante blanches. Chaque joueur a +vingt pions de couleur différente; l'un a vingt pions blancs et l'autre +vingt pions noirs. + +Le damier se place entre les deux joueurs, de manière que chaque joueur +ait le commencement de la grande ligne à sa gauche. La grande ligne est +la ligne du milieu, qui coupe diagonalement le damier en deux parties. +Elle est composée de dix cases blanches. + +Les pions noirs se placent d'un côté et les pions blancs de l'autre. +Toutes les lignes se trouvent remplies, moins les deux lignes du milieu, +formant dix cases, puisqu'il n'y a que quarante pions, et qu'il y a +cinquante cases. + +On pousse toujours son pion en avant, jamais en arrière, dans la case +droite ou dans la case gauche, et on ne peut lui faire faire qu'un seul +pas. + +En commençant le jeu, on tire au sort pour savoir qui jouera le premier; +mais pour les parties suivantes, on joue premier et dernier, +alternativement. + +Le joueur prend le pion de son adversaire toutes les fois que, ce pion +étant contigu au sien, il se trouve après, et sur la même ligne, à +droite ou à gauche, une case vide, et que c'est à son tour de jouer. +Alors on saute par-dessus, on place son pion sur la case vide, et l'on +enlève le pion de son adversaire. + +On peut prendre en avant et en arrière, et tant que l'on trouve de pions +contigus au sien et de cases vides après. Ce que nous venons de dire du +pion, lorsqu'il a à prendre, est applicable à la _dame damée_, qui a, en +outre, d'autres prérogatives dont nous parlerons. + +On appelle _dame damée_, ou simplement _dame_, le pion qui est parvenu à +se fixer sur la première ligne horizontale du jeu de l'adversaire; je +dis _se fixer_, parce qu'il serait possible qu'un pion, ayant à prendre +plusieurs fois, se fût posé sur une des cases de cette ligne en prenant, +et eût été forcé d'aller se fixer sur une case d'une autre ligne, parce +qu'il aurait eu à prendre encore un ou plusieurs des autres pions. Pour +distinguer la dame du pion, on couvre le pion d'un autre pion de même +couleur. + +Une dame a de grandes prérogatives, et contribue beaucoup au gain de la +partie. Elle ne marche pas, comme le pion, d'une case à une autre case, +et en avant seulement. Elle parcourt en avant et en arrière, à droite et +à gauche, une ou plusieurs cases à sa volonté, pourvu qu'elles soient +vides, et enlève tous les pions ou dames qui se trouvent sur les lignes +qu'elle parcourt, lorsque ces pions et ces dames se trouvent entre elle +et une ou plusieurs cases vides. + +Un joueur qui prend plusieurs pions ou dames ne peut pas les enlever au +fur et à mesure qu'il saute par-dessus, mais seulement quand le coup est +terminé, et que, n'ayant plus à prendre, il a placé son pion ou sa dame +sur une case vide. + +Le pion ou la dame qui prend peut passer plusieurs fois sur la même case +vide, mais pas deux fois sur le même pion ou sur la même dame. + +_Dame touchée, dame jouée._ On entend par cet axiome qu'il faut jouer la +pièce qu'on a touchée. Tant qu'on tient le pion ou la dame, les eût-on +posés sur une case vide, si on ne les a pas lâchés, on peut les poser +ailleurs; mais dès qu'on les a lâchés, ils sont joués irrévocablement. + +Celui dont c'est le tour de jouer, doit, lorsqu'il touche un ou +plusieurs pions pour les arranger, dire: _J'adoube_; autrement +l'adversaire pourrait lui faire jouer un des pions qu'il aurait touchés. + +Toute faute est faute, de quelque nature qu'elle soit. Si donc un joueur +fait une fausse marche, c'est-à-dire place son pion ou sa dame sur une +case autre que celle sur laquelle ils devaient être placés, l'adversaire +fait redresser l'erreur, ou la laisse subsister s'il juge qu'elle lui +soit avantageuse. De même, si un joueur lève son propre pion ou sa dame, +il ne peut les replacer. Si on n'enlève point tous les pions ou dames +qu'on avait à prendre, quand même on aurait figuré qu'on aurait à les +prendre, on est tenu de les laisser sur le damier. Il n'y a pas de faute +à jouer un pion qui n'est pas jouable; il n'y a pas non plus de faute à +jouer un pion ou une dame de son adversaire. + +_Souffler_, c'est enlever le pion ou la dame qui n'a pas pris tout ce +qu'il avait à prendre; après avoir soufflé, on doit jouer son coup comme +à l'ordinaire. C'est ce qui est établi par cet axiome: _Souffler n'est +pas jouer_. + +Le joueur qui a le droit de souffler, est libre de le faire ou de ne pas +le faire. Il peut donc, à son gré, ou enlever le pion qui n'a pas pris +tout ce qu'il devait prendre et jouer, ou ne pas l'enlever et jouer, ou +enfin forcer le joueur à prendre avec son pion tout ce qu'il avait à +prendre. Mais si la pièce soufflable a été touchée par le joueur qui a +le droit de souffler, ce joueur est obligé de jouer, par la raison que +_dame touchée est dame jouée_, et qu'en touchant le pion soufflable, il +a touché un pion qui lui appartient par la loi du jeu. + +Si le joueur qui avait à souffler a touché un de ses pions avant d'avoir +soufflé, il ne peut plus revenir sur le coup. Néanmoins, si le joueur +soufflable jouait plusieurs coups sans s'apercevoir qu'il a à prendre, +l'autre joueur peut toujours le souffler au coup suivant, quoiqu'il ait +oublié de le faire la première fois. + +Celui qui a à prendre de plusieurs côtés doit prendre du côté le plus +fort, sinon il est soufflable. On appelle le côté le plus fort le côté +où il y a le plus à prendre. Une dame ne compte, en cas de prise, que +pour un pion. + +Lorsque deux joueurs égaux en force restent, l'un avec une dame damée, +et l'autre avec une dame damée et deux pions, deux dames et un pion, et +même trois dames, la partie ne se joue plus, et l'on en recommence une +autre, à moins que le joueur qui a la supériorité n'ait gagné forcément +sur le coup. + +_Qui quitte la partie la perd._ On perd la partie quand on la quitte, +quand on refuse de prendre, quand on n'a ni pions ni dames, ou quand on +ne peut plus jouer celles qui restent. + +L'usage du jeu de dames enseignera maintenant les marches et +contre-marches. Nous n'avons pu donner que les règles qui doivent y être +observées. + +Il existe encore deux jeux plus enfantins qui ont quelques ressemblances +avec le jeu de dames. On les trouvera dans leur ordre à l'article +_Marelle_, et à celui intitulé: _Le renard et les poules_. + + + +LES DÉS. + +Le _Dictionnaire de l'Académie_ définit ainsi le dé à jouer: «Petit +morceau d'os ou d'ivoire, de figure cubique ou à six faces, dont chacune +est marquée d'un différent nombre de points, depuis 1 jusqu'à 6, et qui +sert à jouer.» L'origine des dés se perd dans la nuit des temps, et nous +ne pouvons savoir à qui en rapporter l'invention. Il en est fait mention +dans tous les écrivains de l'antiquité. On les retrouve parmi les jouets +dont les Grecs et les Romains faisaient le plus d'usage. + +Le _dé_ personnifie, en quelque sorte, le _jeu_, c'est-à-dire la passion +de demander au hasard des chances heureuses ou funestes. Comme son usage +le plus simple amène un résultat rapide, on comprend que le besoin +d'émotions l'ait fait inventer avant les jeux qui exigent de plus +longues combinaisons. Il suffit d'amener tel ou tel coup de dé pour +déterminer une chance. Les Grecs, pour éviter toute supercherie, +faisaient passer les dés de la main du joueur dans un long tube où ils +glissaient d'eux-mêmes. On y a substitué le _cornet_, que l'on tient +dans la main, et dans lequel on agite les dés avant de les lancer sur la +table. Les dés forment donc eux-mêmes un jeu qui présente assez +d'intérêt pour avoir été en usage chez les peuples modernes; de plus, +ils servent d'instruments pour déterminer les coups dans d'autres jeux +dont nous ne donnerons ici que les noms, comme le trictrac, le passe +dix, pair ou impair, quinquenore, etc. Les joueurs qui ont fait de +profondes études sur les chances des dés ont calculé qu'il y avait des +probabilités pour ramener plus souvent tel point que tel autre. Cela +augmente encore les dangers d'un jeu où une observation attentive peut, +jusqu'à un certain point, prévoir les coups de hasard: aussi les +moralistes se sont-ils souvent élevés contre ces habitudes funestes, et +les législateurs ont-ils tenté de les détruire par des ordonnances +sévères. En 1319, Charles le Bel défend de jouer aux dés et à d'autres +jeux qui détournent des exercices militaires. Charles VIII défend aussi +ce jeu dans les prisons. Charles IX publie un édit dans le même sens. + +Nous croyons avoir suffisamment prémuni nos jeunes lectrices contre +l'entraînement de ce jeu ou de tel autre jeu de hasard. Nous ne pouvons +maintenant nous refuser à leur faire connaître une de ces combinaisons +des coups de dés qui nous paraît des plus innocentes. Ce jeu s'appelle +l'_Espérance_, et voici en quoi il consiste: + +On peut jouer entre plusieurs personnes, avec deux dés. On distribue à +chaque joueur un certain nombre de jetons qui ont une valeur convenue. +On fait ensuite indiquer par le sort le joueur qui doit avoir le dé. Si +celui-ci amène un _as_ avec un autre point, il donne un jeton au joueur +qu'il a à sa gauche; s'il amène un six, il met un jeton à la poule: la +_poule_, c'est la masse des jetons réunis. Si les deux dés jetés +présentent un as ou un six, et qu'il reste au joueur plus d'un jeton, il +en donne un au joueur qui est à sa gauche, et il en met un autre à la +poule. S'il n'a plus qu'un jeton, il le met à la poule. + +Le joueur qui n'amène ni un as ni un six n'a rien à payer; il quitte +seulement le dé, et passe le cornet au joueur qui est à sa droite: +celui-ci en fait autant dans la même circonstance; mais quand un joueur +amène un _doublet_, c'est-à-dire le même nombre de points sur les deux +faces des dés, il conserve le cornet pour jouer un second coup; et s'il +amène encore un doublet, il joue un troisième coup, dans la vue d'amener +un troisième doublet: s'il vient à réussir, il gagne la partie ou la +poule. + +Un joueur gagne aussi la poule, lorsqu'il a encore un ou plusieurs +jetons quand il n'en reste plus aux autres joueurs. + +Bien qu'un joueur qui a perdu tous ses jetons ne puisse plus avoir le +cornet à son tour, il est néanmoins possible qu'il ressuscite, +c'est-à-dire qu'il rentre au jeu. Cela a lieu quand le joueur qu'il a à +sa droite amène un as, parce qu'alors ce dernier est obligé de lui payer +un jeton. + + + +LE DIABLE. + +Le diable a joui d'une grande vogue pendant quelques années, mais +aujourd'hui il est tristement relégué au fond de la boutique des +marchands, et il est bien rare qu'on voie ce jouet entre les mains des +jeunes filles ou des jeunes garçons. Nous dirons cependant en quoi +consiste cet exercice, qui demande un assez grand espace, et qui est +plus facilement praticable dans un lieu découvert que dans un +appartement. + +Le diable est formé de deux boules de bois creuses, percées d'un trou +pour laisser entrer l'air et réunies par une tige. Le joueur prend deux +baguettes longues environ d'un pied, à l'extrémité desquelles est +attachée une corde d'environ deux pieds de longueur qui tient à ces deux +baguettes. Il les écarte un peu, place le milieu du diable, c'est-à-dire +la partie la plus creuse, en équilibre sur le milieu de la corde, puis +il lève alternativement les mains pour lui imprimer le mouvement. La +main droite s'élève un peu plus que l'autre, et donne de temps en temps +une petite impulsion. + +[Illustration] + +En augmentant le mouvement, l'air qui pénètre par le trou des boules +creuses produit un bruit assez harmonieux. Lorsque le diable va de biais +sur le cordon, il faut se prêter à son mouvement et le suivre en +marchant de manière qu'il se trouve toujours droit vis-à-vis du joueur. +On le fait quelquefois glisser sur les baguettes et revenir sur la corde +tendue, sans qu'il ait cessé son mouvement de rotation. + + + +LES DOMINOS. + +Nous empruntons à l'ouvrage qui nous a déjà servi[8] l'explication des +règles principales du jeu de dominos. + +[Note 8: _Almanach des Jeux_.] + +Ce jeu tire son nom des objets dont on se sert pour le jouer. Ces objets +sont des _dominos_, sorte de dés allongés et aplatis, en os ou en +ivoire, sur l'une des faces desquels sont gravés des points noirs +indiquant des nombres déterminés. Ces dominos sont au nombre de +_vingt-huit_. + +[Illustration] + +Le jeu de dominos se joue habituellement entre deux personnes, et c'est +là la partie ordinaire ou la plus commune; on peut, par suite de +conventions spéciales arrêtées à l'avance, le jouer à trois, quatre, +cinq et même six personnes; mais ce sont là des exceptions qui ne +changent rien au fond du jeu et qui peuvent toujours être ramenées à la +règle générale. Nous donnons donc ici seulement la marche et les règles +du jeu, tel qu'il se joue généralement aujourd'hui. + +[Illustration] + +La partie ordinaire se joue, soit à qui fera _domino_ le premier, soit à +qui fera le _point_, soit à qui fera le plus tôt _cent_ ou _cent +cinquante_ points, ou davantage, selon les conventions. + +_Faire domino_, c'est arriver le premier à placer tous les dominos qu'on +a dans son jeu; _faire le point_, c'est, chaque coup terminé, avoir en +main le moindre nombre de points marqués sur les _dominos_. + +Cette partie se joue avec six dominos au moins pour chaque joueur. + +On peut jouer avec sept, huit, neuf, dix, douze ou même quatorze dés +chacun, si cela convient aux joueurs. + +On tire d'abord à qui aura la pose. Cela se fait en mêlant le jeu, dont +on extrait deux dominos. Celui qui n'a pas mêlé en prend un qu'il +découvre: l'autre en fait autant. Le joueur qui a découvert le plus gros +domino a la pose. + +Chacun prend le nombre de dominos qui, avant de commencer la partie, a +été convenu. Si les joueurs ne prennent pas tous les dominos, ceux +qu'ils laissent en réserve peuvent leur servir, d'après de certaines +conventions que nous indiquerons plus loin. + +Celui qui doit jouer le second a le droit de prendre ses dominos le +premier. + +Celui qui a la pose le premier pose un dé à son choix. Son but doit être +de gagner le plus de points possible, soit en fermant le jeu, soit en +faisant domino. + +La règle, sauf quelques rares exceptions, veut qu'il commence par poser +le plus gros des doubles qu'il a dans son jeu. + +Supposons qu'il ait le double-six; son adversaire pose le six-cinq, sur +lequel lui pose le cinq-quatre; son adversaire pose le double-quatre: si +le poseur a le six-quatre, il peut à son gré faire six partout ou quatre +partout, en posant son six-quatre à l'un ou à l'autre bout. Les dominos +se posent à la suite l'un de l'autre, les doubles en travers, en formant +des lignes dans tous les sens. + +Si l'on n'a plus dans l'un et dans l'autre jeu les derniers points +placés aux deux extrémités de la ligne, alors le jeu se trouve fermé, et +l'avantage reste à celui qui a moins de points dans son jeu que son +adversaire. + +Quelquefois, mais rarement, le jeu est fermé du premier coup. + +Pour ne pas fermer le jeu, on peut convenir de prendre les dominos mis +de côté, dans ce qu'on appelle la _réserve_ ou le _talon_, lorsqu'on ne +possède pas le point qu'il faudrait placer. Au lieu de dire: _Je +boude_[9], comme dans la partie précédente, et de voir son adversaire +continuer le jeu, le joueur dit: _Je pêche_, et prend un à un les +dominos de la réserve, jusqu'à ce qu'il en ait trouvé un qu'il puisse +placer. + +[Note 9: _Bouder_ veut dire n'avoir pas dans son jeu le point qu'il +faudrait poser; ce qui fait que l'adversaire continue jusqu'à ce que +l'on puisse placer un domino.] + +On compte les points de chaque jeu, et celui qui a le moins de points +gagne la partie. + +Si la partie est en cent, cent cinquante ou plus, le gagnant marque tous +les points qui restent à son adversaire, sans aucune réduction, et le +jeu continue. + +On gagne encore le coup ainsi qu'on l'a vu, en faisant domino, +c'est-à-dire en posant tous les dés avant que l'adversaire ait placé les +siens. + +On peut juger, d'après cela, combien est grand l'avantage d'avoir la +pose. En effet, si aucun des joueurs ne boude, le poseur place son +dernier domino, tandis qu'il en reste nécessairement un dans les mains +de son adversaire. + + Et ce n'est point un homme à faire un quiproquo, + Celui qui, juste à point, sait faire domino. + + + +L'ÉMIGRANT. + +L'émigrant est formé de deux disques en bois, réunis au milieu par une +petite traverse percée d'un trou dans lequel passe un cordon. Il faut +d'abord rouler ce cordon autour de la traverse, en soutenant le bout +opposé par une boucle que l'on met à son doigt. Ensuite on donne une +impulsion qui déroule le cordon, et l'effet de la rotation suffit pour +l'enrouler complétement de nouveau. Ce mouvement se répète autant de +fois qu'on le juge à propos. Lorsqu'on a acquis une certaine habitude de +ce jeu paisible, on parvient à faire remonter l'émigrant autour de son +cordon, sans l'avoir préalablement roulé, par le moyen de petites +secousses successives, qui le roulent d'abord en un tour, puis en deux, +et enfin jusqu'à l'extrémité que tient la main. + + + +LES GRACES. + +[Illustration] + +On joue avec un ou deux cerceaux légers que les jeunes filles, placées +en face l'une de l'autre à une vingtaine de pas, reçoivent sur deux +baguettes. Il faut un peu croiser les baguettes pour donner le mouvement +d'impulsion. Ce jeu, qui peut être joué à deux ou plusieurs personnes, +participe à la fois des _bagues_ et du _volant_. + + + +LES JONCHETS. + +[Illustration] + +Autrefois, on avait l'habitude de répandre sur le sol des appartements +des feuillages, de la paille ou des brins de jonc, d'où vient +l'expression de _joncher._ Nous pensons que c'est aussi l'origine du nom +de _jonchets_ que l'on donne à de petits brins d'ivoire, et c'est +pourquoi nous le préférons à celui d'_onchets_, que les enfants +connaissent mieux. On joue à deux, mais il n'est pas impossible d'être +trois ou quatre. Le paquet de jonchets en contient un certain nombre +parmi lesquels il s'en trouve qui ont des figures taillées à une de +leurs extrémités, représentant le roi, la reine, un cheval, etc. Quand +il a été réuni en faisceau dans la main, on le laisse tomber +naturellement, et le hasard mêle ces petites pièces et les enchevêtre +l'une dans l'autre, de manière à ce qu'il soit très-difficile de ne pas +remuer le jeu, lorsqu'on essaye avec un crochet d'enlever un des brins +d'ivoire. Au plus léger mouvement des jonchets, il faut céder son tour à +l'adversaire. On doit arriver à enlever toutes les pièces, et celui qui +a réuni le plus grand nombre de points a gagné la partie. Pour calculer +le nombre des points, on peut compter le roi pour cinquante, la reine +pour quarante, le valet pour trente, le cheval pour vingt et chacun des +simples pions pour dix. + + + +LE KALÉIDOSCOPE. + +Le kaléidoscope est un tube en carton, dont l'intérieur est partagé par +des lames de verre noirci, qui reflètent sur leurs parois les petits +objets de différentes couleurs que renferme un des compartiments, et en +les multipliant produisent un dessin régulier. En regardant à l'une des +extrémités du tube comme dans une lorgnette, et en le faisant tourner +doucement, on y verra les dessins les plus brillants, qui varieront à +l'infini, et dont les jeunes filles pourront s'inspirer pour leurs +travaux de broderie et de tapisserie. + + + +LA LANTERNE MAGIQUE. + +La lanterne magique, pour les enfants qui n'ont pas l'idée de son +mécanisme, semble quelque chose qui touche au merveilleux. C'est une +sorte de grande boîte, ordinairement en fer-blanc, qui porte à l'une de +ses extrémités une grosse lentille de verre très-épaisse. Dans une +coulisse pratiquée derrière cette lentille, on fait passer de longues +plaques de verre, sur lesquelles des figures peintes représentent des +sujets variés. On tend un grand drap ou un rideau blanc contre les +parois d'une chambre obscure, et les figures s'y reflètent, en +grossissant beaucoup. La personne qui fait glisser les verres doit, à +mesure que les scènes passent devant les spectateurs, leur en donner des +explications divertissantes. + +Par un phénomène d'optique assez singulier, si on place les personnages +dans leur position naturelle, ils se trouveront la tête en bas; mais en +les mettant d'une manière contraire, ils seront sur leurs pieds. + +Nous allions oublier l'essentiel, mais il nous semble que l'intelligence +de nos enfants y eût suppléé. Nous allons voir s'ils comprennent ce que +nous voulons dire en leur récitant la fable suivante; s'ils ne nous +comprennent pas, il en résultera ce qui est arrivé à certain singe: + + Un jour qu'au cabaret son maître était resté + (C'était, je pense, un jour de fête), + Notre singe en liberté + Veut faire un coup de sa tête: + Il s'en va rassembler les divers animaux + Qu'il peut rencontrer dans la ville; + Chiens, chats, dindons, pourceaux, + Arrivent bientôt à la file. + «Entrez, entrez, messieurs! criait notre Jacqueau, + C'est ici, c'est ici qu'un spectacle nouveau + Vous charmera gratis: oui, messieurs, à la porte + On ne prend pas d'argent; je fais tout pour l'honneur.» + A ces mots, chaque spectateur + Va se placer, et l'on apporte + La lanterne magique: on ferme les volets, + Et par un discours fait exprès + Jacqueau prépare l'auditoire. + Ce morceau, vraiment oratoire, + Fit bâiller, mais on applaudit. + Content de son succès, notre singe saisit + Un verre peint qu'il met dans sa lanterne. + Il sait comment on le gouverne + Et crie en le poussant: «Est-il rien de pareil? + Messieurs, vous voyez le soleil, + Ses rayons et toute sa gloire! + Voici présentement la lune; et puis l'histoire + D'Adam, d'Ève et des animaux.... + Voyez, messieurs; comme ils sont beaux! + Voyez la naissance du monde! + Voyez...» Les spectateurs, dans une nuit profonde, + Écarquillaient leurs yeux et ne pouvaient rien voir; + L'appartement, le mur, tout était noir. + «Ma foi, disait un chat, de toutes les merveilles + Dont il éblouit nos oreilles + Le fait est que je ne vois rien. + --Moi, disait un dindon, je vois bien quelque chose; + Mais je ne sais pour quelle cause + Je ne distingue pas très-bien.» + Pendant tous ces discours, le Cicéron moderne + Parlait éloquemment et ne se lassait point. + Il n'avait oublié qu'un point: + _C'était d'éclairer sa lanterne._ + + + +LE LOTO + +[Illustration] + +Le loto se compose de petits cartons sur lesquels sont placés des +numéros dans des cases, au nombre de cinq par ligne, entremêlées de +cases vides. On tire d'un sac des petites boules demi-sphériques avec +des numéros correspondant à ceux des cartons. Lorsqu'on parvient à +couvrir tous les numéros d'une ligne, on dit _quine_, et on a gagné. +Comme les boules à numéros ne suffiraient pas pour tous les joueurs, on +les laisse à celui qui les tire du sac, et les autres joueurs se servent +pour eux-mêmes de petits jetons de verre ou d'ivoire. Lorsqu'on a rempli +quatre numéros sur la même case, on a un quaterne; trois numéros donnent +un terne; mais ces nombres ne font pas gagner. Ces termes sont ceux de +la loterie, à cause de la ressemblance des chances. + + + +LE LOUP. + +Ce jeu est composé d'un plateau ou d'un carton sur lequel sont trente et +une cases, où l'on pose vingt brebis et deux loups. + +[Illustration] + +Les vingt brebis se placent au haut du carton, sur les vingt cases +opposées à la bergerie, composée de neuf cases, qui est en bas du +carton, c'est-à-dire qu'elles se placent dans la prairie. De l'autre +côté, à l'entrée de la bergerie, on place les deux loups, en laissant +encore une case entre eux; ils semblent garder l'entrée de la bergerie. +Ce jeu ne peut se jouer qu'entre deux personnes. Celle qui a les brebis +joue la première, et va toujours en avant, comme au jeu de dames; elle +ne peut pas reculer, mais elle peut aller de côté. + +Les loups vont au contraire en avant et en arrière, et cherchent à se +placer de façon à ce qu'ils puissent passer par-dessus la brebis et la +prendre, s'ils trouvent une case vide derrière elle. + +Si celui qui a les loups oublie de prendre quand il en trouve +l'occasion, celui qui a les brebis prend le loup (ce qui s'appelle +_souffler_), et il joue. Il est bien rare alors qu'avec un seul loup on +puisse gagner. + +Le joueur qui a les brebis peut gagner sans prendre les loups, pourvu +qu'il parvienne à remplir les neuf cases de la bergerie. En lisant +l'article intitulé _le renard et les poules_, on comprendra mieux la +configuration du damier sur lequel on fait manoeuvrer les pièces, qui +peuvent être les pions d'un échiquier, ou des dames, une couleur +représentant les brebis et l'autre les loups. + + + +LA MARELLE. + +Ce jeu, très-simple, doit être joué sur un carton avec des lignes +disposées comme sur la figure que nous donnons à la page suivante. + +On a dix-huit pions, neuf de chaque couleur, que l'on ne pose que +successivement sur un des petits ronds qui se trouvent à la jonction des +lignes. Chaque joueur doit essayer de faire avec ses neuf pions une +rangée de trois de front, et c'est à quoi son adversaire tâche de +s'opposer. Pour cela, il faut essayer de placer un de ses propres pions +entre les deux de son adversaire, ou à la suite, de manière à ce qu'il +ne puisse pas arriver à en placer trois de front. S'il y parvient +toutefois, il a le droit d'enlever un de vos pions à son choix, +c'est-à-dire celui qui pourrait lui causer le plus de préjudice. + +[Illustration] + +Les pions ne peuvent aller qu'en droite ligne, et ne peuvent sauter +par-dessus les autres que lorsque celui qui joue n'en a plus que trois. +Dans ce dernier cas, il a la faculté de poser un de ses pions où bon lui +semble, et il arrive alors plus facilement à les mettre trois de front +et quelquefois à gagner, malgré l'avantage du nombre qui est du côté +opposé. Le jeu finit quand on n'a plus que deux pions. + + + +L'OIE. + + J'aime ces jeux galants où l'esprit se déploie; + C'est, monsieur, par exemple, un bien beau jeu que l'oie! + +Le poëte comique met ces vers dans la bouche d'un valet naïf, pour se +moquer de la simplicité du jeu; mais, n'en déplaise à Regnard, nous +aimons assez le jeu de l'oie renouvelé des Grecs. + +Il nous est bien difficile de l'expliquer, faute des figures nombreuses +qui en déterminent la marche, mais nous essayerons d'en donner une idée. +Soixante-trois cases, remplies par des dessins différents, produisent +des coups plus ou moins heureux. Les dés, jetés d'un cornet, indiquent +les nombres auxquels se rapportent les numéros des cases. Chaque joueur +tire à son tour et pose sur la case correspondante au nombre qu'il amène +un petit objet qui lui appartient; il doit toujours occuper la place où +l'envoie le sort. Ainsi, par exemple, de neuf en neuf cases est la +figure d'une oie. Si l'on y arrive après avoir compté le nombre donné +par les dés, on continue sa marche, toujours comptant le même nombre. +Quelquefois on arrive à un obstacle appelé _le puits_, _le labyrinthe_, +_l'hôtellerie_, _la prison_, _la mort_, etc. Chacun de ces obstacles +entraîne une pénitence différente. Pour _la mort_, il faut recommencer +soi-même tout le jeu, tandis que l'adversaire ou les adversaires le +continuent. Nous répétons que nous ne pouvons donner de ce jeu qu'une +idée imparfaite, mais que le tableau du jeu, qu'on peut se procurer, en +contient toutes les règles détaillées. On a souvent varié les figures +classiques du jeu d'oie, en y substituant des figures qui se +rapportaient à quelque idée en vogue dans le moment. L'innovation la +plus moderne a pris le titre de jeu du _Steeple-Chase_. De petits +cavaliers en carton servent à marquer la marche du jeu. + + + +LES OMBRES CHINOISES. + +Nous empruntons à un auteur érudit[10] quelques renseignements +intéressants sur ce jeu, que les enfants pourront aisément fabriquer +eux-mêmes et qui leur rappellera d'heureux moments passés dans la salle +de Séraphin, nom magique qui a souvent fait battre leurs jeunes coeurs. + +[Note 10: M. Ch. Magnin, _Histoire des Marionnettes_.] + +Ce divertissement, dont on rapporte généralement l'origine aux Chinois +et aux Javanais, est du moins, sans aucun doute, un des spectacles +favoris des Orientaux. Il est depuis assez longtemps connu en Italie et +en Allemagne. Le procédé mécanique est bien simple: On met, à la place +du rideau d'un petit théâtre, une toile blanche ou un papier huilé bien +tendu. A sept ou huit pieds derrière cette tenture, on pose des +lumières. Si l'on fait glisser alors entre la lumière et la toile tendue +des figures mobiles et plates, taillées dans des feuilles de carton ou +de cuir, l'ombre de ces découpures se projette sur la toile ou sur le +transparent de papier et apparaît aux spectateurs. Un main cachée dirige +ces petits acteurs au moyen de tiges légères, et fait mouvoir à volonté +leurs membres par des fils disposés comme ceux de nos pantins de carte. +«Je ne connais pas, dit Grimm, de spectacle plus intéressant pour les +enfants; il se prête aux enchantements, au merveilleux et aux +catastrophes les plus terribles. Si vous voulez, par exemple, que le +diable emporte quelqu'un, l'acteur qui fait le diable n'a qu'à sauter +par-dessus la chandelle placée en arrière, et, sur la toile, il aura +l'air de s'envoler avec lui par les airs.» + +Les enfants qui reviennent émerveillés des scènes ingénieuses qu'ils ont +vu représenter sur le théâtre de Séraphin apprendront avec intérêt +qu'ils ont assisté à un spectacle, sans doute toujours nouveau, mais +dont les premières représentations eurent lieu en 1776. Nous citons +encore: + +«On voyait, entre autres tableaux: 1° une tempête: le tonnerre, la grêle +assaillant la mer, plusieurs vaisseaux faisant naufrage; 2° un pont dont +une arche est démolie et des ouvriers qui la réparent: un voyageur leur +demande si la rivière est guéable; les ouvriers se moquent de lui et +répondent par le fameux couplet: _les canards l'ont bien passée_[11]; le +voyageur découvre un petit bateau, passe la rivière et châtie les +ouvriers. C'est déjà, comme on voit, le fameux _Pont cassé_, la pièce +classique des _Ombres chinoises_, vieux fabliau qui se trouve en germe +dans une ancienne facétie, le _Dict de l'herberie_, qu'on peut lire à la +suite des poésies de Ruteboeuf[12], et que Cyrano de Bergerac n'a pas +dédaigné d'insérer à peu près textuellement dans sa comédie du _Pédant +joué_; 3° un canal sur lequel on aperçoit une troupe de canards: +quelques chasseurs dans un bateau les tirent à coups de fusil, etc.» + +[Note 11: On trouve ce couplet dans une très-ancienne chanson intitulée +_Dialogue du Prince et du Berger_: + + LE PRINCE. + + Passe-t-on la rivière à gué? + + LE BERGER. + + Les canards l'ont bien passé, + O lirenda, lirondé. + +(Voy. _Cahier de Chansons_, veuve Oudot, 1718.)] + +[Note 12: _Oeuvres complètes de Ruteboeuf_, trouvère du treizième +siècle. (Notes de M. Ch. Magnin.)] + + + +LES OSSELETS. + +Nous sommes encore en pleine antiquité. Les osselets sont, avec les dés, +un des plus anciens jouets connus. Les Grecs s'en servaient comme de +dés, pour indiquer les coups de hasard, par des points marqués sur les +différentes faces, et les faisaient également glisser dans un tube. On +trouve des osselets au nombre des jouets renfermés dans les tombeaux des +petits enfants, et une des plus jolies statues antiques représente une +jeune fille assise à terre et jouant avec des osselets. + +Les osselets modernes sont de petits os ou de petits morceaux d'ivoire +façonnés en forme d'os, que l'on essaye de faire tenir sur le revers de +la main, que l'on jette en l'air et que l'on reçoit ensuite. On s'en +sert aussi pour divers tours d'adresse. On prend cinq osselets dans la +main; on en jette un en l'air, et l'on pose les autres sur la table. On +en reprend un avant que le premier soit tombé, et ainsi de suite +jusqu'au dernier. Comme toutes les manières de jouer sont nommées, +celle-ci s'appelle les _premières_. Voici les _secondes_: On prend deux +osselets à la fois pendant que les premières retombent; aux _troisièmes_ +on en prend trois, et quatre aux _quatrièmes_. Ensuite on se sert de +l'osselet qui est en main, on le baise, on passe la main derrière le +dos, pendant que celui qu'on va recevoir est en l'air. Viennent ensuite +les _passes-passes_. Il faut, pendant que l'un des osselets est lancé, +et avant qu'il revienne dans la main, faire passer avec la main droite +tous ceux qui sont restés sur la table, sous le pouce et l'index de la +main gauche disposés comme une arche de pont. On fait des _échanges_ en +mettant un osselet à la place d'un autre; des _rafles_, en ramassant +tous les osselets ensemble; des _creux_, des _dos_ ou des _plats_ en les +retournant tous les uns après les autres, pendant qu'il y en a un en +l'air, sur le côté que ce nom indique suffisamment. + + + +LE PANTIN. + +Ce jouet, en apparence plus puéril que tous ceux dont nous nous sommes +occupés jusqu'à présent, a cependant aussi des souvenirs historiques qui +nous forcent de nous y arrêter. + +Les pantins sont définis ainsi dans un vieux livre: «Petites figures +peintes sur du carton, qui, par le moyen de petits fils que l'on tire, +font de petites contorsions propres à amuser les enfants.» + +[Illustration] + +Quelquefois on nomme aussi du nom de _pantins_ des poupées de bois ou +d'autres matières, qui se meuvent également avec des fils. De tels +jouets ont été trouvés dans les tombeaux de Thèbes et de Memphis. Une +barque en bois, qui se voit au musée du Louvre, est montée par de petits +rameurs qui devaient se mouvoir. Dans les tombeaux de Rome ancienne, on +a également trouvé des pantins de différentes matières, en os, en +ivoire, en bois, en terre cuite; mais sous cette forme le pantin se +rapproche plutôt des marionnettes, comme celles que nos enfants font +agir dans les petits théâtres de carton, ou comme celles qu'ils vont +admirer aux théâtres de Polichinelle et de Séraphin. Nous n'avons en +France que ces marionnettes traditionnelles. Dans les pays étrangers, +comme en Allemagne, et surtout en Italie, elles ont plus de variétés, +sont beaucoup plus répandues et sont appréciées de tous les âges. Les +théâtres de marionnettes, en Italie, représentent des pièces satiriques, +souvent très-spirituelles, et dont le peuple fait ses délices, comme +autrefois les Athéniens. On trouve dans Platon des comparaisons tirées +de cet amusement favori: il représente les hommes comme des marionnettes +que des fils font mouvoir; les fils des passions tirent l'homme de tous +côtés; un seul lui donne une bonne direction: c'est le fil d'or de la +raison. + +Pour revenir au simple pantin de carton, nous dirons qu'il eut dans le +siècle dernier une vogue incroyable. On en trouvait partout. Les plus +grandes dames s'en amusaient comme des enfants et les portaient même à +la promenade. On en fabriquait de simples et de compliqués, à tous les +prix. C'est alors que l'on composa cette chanson sur laquelle encore +aujourd'hui on fait danser les pantins: + + Que Pantin serait content + S'il avait l'heur de vous plaire! + Que Pantin serait content + S'il vous plaisait en dansant! + +Si les enfants aujourd'hui veulent essayer de s'en amuser encore, ils +peuvent fabriquer des pantins eux-mêmes avec du carton blanc ou peint, +en rattachant les membres avec des bouts de fil, de manière qu'ils aient +de la flexibilité, et leur donnant le mouvement avec d'autres longs +bouts de fil ou de soie _noire_. Si on les fait mouvoir en se tenant un +peu dans l'ombre et en ayant devant soi un vêtements de couleur foncée, +il semblera que les petites figures s'agitent toutes seules, surtout si +on rattache tous ces longs fils à une canne que l'on tient dans une +position horizontale au-dessus du pantin et sur laquelle on promène ses +doigts d'une manière presque invisible. Avec un peu d'habileté, +l'illusion sera complète. + + + +LE PARACHUTE. + +[Illustration] + +Les jolis objets qu'on appelle parachutes sont une invention moderne, et +ils ont eu l'heureux privilége d'être aussitôt adoptés par tous les +enfants, petits et grands, jeunes filles et jeunes garçons. On sait +qu'ils sont formés d'un grand papier de soie coupé en rond, plié comme +les feuilles d'un éventail et auquel sont attachés de distance en +distance de longs brins de fil qui se réunissent en un noeud que l'on +tient dans la main. On lance ce léger parachute plié, en le retenant par +les brins de fil. Il se développe en l'air et retombe sous forme d'un +parapluie ouvert, avec la molle lenteur des flocons de neige. + + + +LA POUPÉE. + +Nous n'avons rien à enseigner aux petites filles sur l'usage de la +poupée. Elles le connaissent mieux que nous, dont les souvenirs sont +déjà lointains; elles le pratiquent avec une conscience, une +persévérance, une foi, si nous osons parler ainsi, qui renferme bien des +mystères. C'est que la poupée est aussi un être mystérieux, un symbole, +dont on comprend le sens mieux qu'on ne le définit. Il y a eu une +_poupée_ dès qu'il a existé une petite fille, et cette tradition s'est +perpétuée avec la force des choses vraies et nécessaires. Elle a +traversé les révolutions des peuples et des empires. Elle a résisté au +temps aussi bien qu'une pyramide. A Thèbes, dans le tombeau d'une petite +enfant morte il y a des milliers d'années, on a retrouvé une poupée +faite en chiffons, comme celles que l'ont elles-mêmes les petites filles +d'aujourd'hui. + +La poupée n'est pas seulement un jouet, un amusement; elle est un +besoin, elle est la réalisation des instincts féminins. La petite fille +essaye sa vocation quand elle est en face de ce petit être passif, dans +lequel elle reconnaît un enfant comme elle; enfant quelquefois méchant, +quelquefois malade, souvent capricieux et envers lequel l'enfant +véritable a des devoirs sérieux. Ses rapports avec cet être sont ceux +d'un être supérieur qui a une tâche immense à remplir et les droits les +plus illimités pour l'accomplir, en un mot, la tâche de la mère envers +son enfant. + +[Illustration] + +Si la petite fille entre bien dans l'esprit du rôle qu'elle crée à son +insu et qui lui est inspiré par des événements dont elle est l'auteur, +par une sorte de convention tacite avec elle-même, elle supposera à +cette poupée, devenue son enfant, tous les sentiments qu'elle éprouve, +ou ceux qu'elle a pu observer chez ses compagnes. Cette petite figure +inerte, qui gisait dans un coin, est relevée par un être intelligent, et +à l'instant commence une scène animée par le jeu des passions. La poupée +est volontaire; sa mère de dix ans lui enseigne que l'opiniâtreté et les +caprices sont des défauts devant lesquels l'autorité maternelle ne doit +pas plier, et moitié par le raisonnement, moitié par la sévérité, +quelquefois par des corrections dont elle n'a pourtant pas reçu +l'exemple, elle finit par dompter un caractère rebelle. La poupée est +sage et raisonnable, on lui prouve par des caresses et des récompenses +qu'elle doit n'avoir rien plus à coeur que la satisfaction de sa mère. +La poupée est dolente; sa mère s'émeut; elle l'interroge avec +inquiétude; elle s'aperçoit que son enfant souffre. Alors commence pour +elle la pratique des devoirs les plus tendres, des soins les plus +dévoués, et quand l'enfant s'endort d'un doux sommeil, la mère se repose +aussi, demande du silence autour d'elle et conserve longtemps la trace +des pensées sérieuses qui viennent d'occuper son esprit. + +A côté de tous ces devoirs importants, il en est un surtout que la mère +affectionne: c'est de revêtir cet enfant de tout ce qu'elle peut +rassembler de plus beau. Elle va même jusqu'à l'extravagance dans ce +besoin qu'elle a de parer cette chère créature, et elle lui donne des +vêtements qui ne sont pas de son âge. Elle en fait une _belle dame_. +Alors elle s'admire dans son oeuvre, mais elle n'en jouit pas de la même +manière que lorsqu'elle retrouvait en elle son enfant. + +Faut-il attribuer ce soin pour la parure des poupées à des instincts de +coquetterie et de vanité? Faut-il y voir ce sentiment plus doux et plus +tendre qui fait désirer à une mère que son enfant surpasse tous les +autres, même en beauté et en élégance? Hélas! nous croyons qu'il y a là, +comme dans la nature humaine, un mélange des bons et des mauvais +sentiments; mais du moins celui qui est le plus pur ennoblit l'autre et +le fait pardonner. + +La puissance de la poupée est telle, que quand elle devient vieille, +malpropre, estropiée, la petite fille vraiment aimante s'y attache +encore davantage. C'est un lien, c'est une habitude, c'est aussi quelque +chose de ce sentiment si touchant qui fait préférer à la mère l'enfant +difforme et rebuté des autres. Peut-être ce sentiment s'explique-t-il +par celui de la responsabilité; peut être est-ce par la pitié infinie +qui est dans le coeur de la femme; peut-être enfin est-ce par la pensée +que les êtres que le monde dédaigne appartiennent d'autant plus à ceux +qui leur accordent l'intérêt et l'affection qu'ils ne trouvent pas +ailleurs. Quel que soit le mobile secret, le sentiment est en germe chez +la petite fille qui préfère la poupée que personne ne regarde. Il se +retrouve encore chez la pauvre enfant du peuple, qui aime cet objet +informe qu'elle appelle sa poupée, autant qu'elle aimerait ces +splendides figures sur lesquelles elle ose à peine jeter un regard +d'envie; qui la revêt avec amour des misérables chiffons dont elle peut +disposer, et qui la berce dans ses bras avec cette tendre sollicitude +qu'elle aurait pour les membres délicats d'un nouveau-né. + +Peut-être que dans notre préoccupation des sentiments que nous paraît +personnifier la poupée, nous avons retracé trop sérieusement les +différents emplois que fait la petite fille de ce jouet. Il nous a paru +presque inutile de lui enseigner ce que son instinct lui révèle à coup +sûr, et de parler de tous les jeux dans lesquels figure ce petit être. +On l'habille; on le déshabille à des heures réglées, en se servant des +petits vêtements et des petits meubles à son usage; on feint de le faire +manger des mets fictifs ou réels dans des repas qu'on lui prépare, ce +que les enfants, dans leur langage de convention, appellent _faire la +dînette_. Ces soins deviennent pour quelques petites filles une +véritable passion. Pour quelques-unes, ils ont un côté utile en leur +créant des occupations sédentaires, en leur donnant des habitudes +d'ordre et du goût pour le travail à l'aiguille. D'autres enfants, mais +le nombre en est plus rare, ont une espèce d'indifférence pour les +poupées, ou bien en perdent le goût de bonne heure. Enfin il vient un +âge où ce goût cesse pour toutes également. + +La religion païenne exprimait le changement qui s'opère habituellement +dans les idées de la jeune fille par le sacrifice qu'elle devait faire +de sa poupée à Vénus au moment de son mariage. Cette cérémonie +signifiait que la jeune fille renonçait aux jeux de l'enfance et allait +se consacrer à de nouveaux devoirs. Quand le christianisme remplaça le +culte des faux dieux, quelques coutumes subsistèrent et entre autres +celle de renfermer dans les tombeaux des enfants ou des jeunes filles +les petits objets ou les jouets qui avaient été à leur usage. C'est ce +qui explique le grand nombre de ces naïfs débris que l'on a recueillis +dans les sarcophages des catacombes où reposaient les chrétiens. Cette +coutume touchante nous a transmis le modèle de ces jouets semblables à +ceux de nos enfants. On voit dans les musées de Rome les osselets, les +petites clochettes, les dés, les petites boules d'or et d'argent, et +enfin les poupées qui ont fait le bonheur des enfants durant le peu de +jours qu'ils ont passés sur la terre, et qui les ont suivis dans la paix +du tombeau. Une jeune princesse, Marie, fille de Stilicon, femme +d'Honorius, a été trouvée dans son cercueil, en 1544, dans le cimetière +du Vatican; à ses côtés, une cassette d'argent renfermait des objets de +toilette qui lui avaient appartenu, et plusieurs petites poupées +d'ivoire étaient couchées près d'elle. + + + +LE RENARD ET LES POULES. + +Ce jeu ressemble à celui de la marelle, que nous avons donné plus haut, +ou au jeu de dames moins compliqué. Il est encore nécessaire que nous +donnions ici la figure du carton sur lequel on le joue. + +[Illustration] + +[Illustration] + +Le renard est représenté par un pion d'une couleur, et les poules par +treize pions d'une autre couleur, rangés à un bout de cette sorte de +damier. Quelquefois on peut se servir de deux renards, qui sont placés à +l'autre extrémité du damier. Le renard va en avant, en arrière et de +côté. Les poules ne peuvent aller qu'en arrière et de côté. Le but du +jeu est de poursuivre le renard et de l'enfermer de telle sorte qu'il ne +puisse s'en aller. Le renard a le droit de prendre toutes les poules qui +ont une case vide derrière elles. + + + +LE SOLITAIRE. + +[Illustration] + +Le solitaire est le plus paisible et le plus silencieux de tous les +jeux, il est composé d'une petite planche de forme octogone, percée de +trente-sept trous. Dans ces trous on place trente-six petits pions +d'ivoire, et le jeu consiste à faire passer un pion par-dessus un autre, +en enlevant celui-ci. Il faut ne jamais franchir un espace vide, ne +jamais franchir deux pions à la fois, et enfin n'aller jamais en biais. +A la fin du jeu, il ne doit rester qu'un pion _solitaire_, ce qui est +assez difficile à obtenir. + + + +LE SPHINX. + +[Illustration] + +Ce jeu prend son nom d'un animal fabuleux, qui dévorait, dit-on, ceux +qui ne pouvaient deviner une énigme. Il se compose de petites plaques de +carton ou d'ivoire, portant chacune une lettre de l'alphabet et avec +lesquelles on forme des mots que l'on donne à deviner aux autres joueurs +après les avoir brouillés d'abord. Ce jeu amuse les grandes personnes, +et il peut encore servir à enseigner la lecture aux petits enfants. + + + +LE TOTON. + +[Illustration] + +Nous voudrions bien dire _tonton_, comme les enfants, mais l'étymologie +du mot s'y refuse. On sait que le véritable _toton_ est une sorte de +petit dé qui a des lettres gravées sur quatre faces et qui est traversé +par un pivot sur lequel on le fait tourner aussi longtemps que possible. +Les chances du jeu sont déterminées par la lettre qu'il présente au +moment où il se couche sur le côté. Nous allons donner l'explication de +chacune de ces lettres, qui est l'initiale d'un mot latin. La lettre P +est l'initiale de _pone_, qui signifie _mettez_. Il faut mettre un jeton +au jeu. La lettre A veut dire _accipe_, en français _recevez_. On reçoit +un jeton. La lettre D, en latin _da_, en français _donnez_, a le même +effet que _pone_. Enfin la lettre T, qui est le mot latin _totum_, en +français _tout_, gagne les jetons. C'est celle qui donne son nom à ce +jeu très-simple. + +Il y a des _totons_ qui ont un plus grand nombre de faces, ce qui varie +les hasards du gain et de la perte. Le toton à douze faces a presque la +forme d'une boule; aussi le fait-on rouler avec la main. Les faces sont +numérotées de 1 à 12. Celui qui amène le plus haut point gagne la +partie. + + + +LE VOLANT. + +[Illustration] + +Il nous semble inutile de donner la description de ce jeu, qui ne paraît +pas remonter au delà du quinzième siècle. Le volant et la raquette sont +d'un usage si général qu'il doit suffire de les indiquer. C'est un +exercice très-salutaire à la santé, très-amusant et où l'on peut, avec +de la pratique devenir d'une grande habileté. + +Si l'espace manque pour jouer avec une raquette, on peut se servir de +cornets de bois et de volants légers. Deux joueurs d'égale force peuvent +faire des parties si longues qu'elles ne cesseront que par leur volonté +et non par la chute du volant. + +On raconte que Nicole et Arnault, ces deux grands solitaires de +Port-Royal, se délassaient de leurs travaux sérieux par d'éternelles +parties de volant, comptant au delà de mille coups sans s'arrêter. On +cite beaucoup de célèbres personnages qui n'ont pas dédaigné cet +amusement. + +[Illustration: deco.] + + + + +TROISIÈME PARTIE. + +LES RONDES. + + +Les rondes sont ou de petits poëmes mis en action et chantés sur un air +simple, ou des chansons répétées en choeur, tandis que les enfants, se +tenant par la main, dansent _en rond_. + +Cette manière de danser en se tenant par la main doit remonter à la plus +haute antiquité. Les Grecs avaient des danses semblables. Dans l'une de +celles que l'on cite le plus souvent, et dont ils ont conservé la +tradition jusqu'à nos jours, ils étaient censés représenter les détours +du labyrinthe de Crète et la chasse donnée au Minotaure. Les mêmes +inspirations se retrouvent dans un grand nombre de ces antiques rondes +que nos enfants chantent et dansent, sans se douter qu'ils perpétuent le +souvenir d'un fait historique ou une coutume locale maintenant oubliée. +Nous rappellerons ces origines lorsqu'elles se présenteront à nous avec +quelque circonstance digne d'être mentionnée, et nous ne pouvons mieux +faire que de placer ici quelques lignes extraites d'une nouvelle de M. +Ch. Nodier, qui seront une introduction à ce petit recueil de naïves +poésies. + +«Comme il faisait très-beau, les jeunes filles ne manquèrent pas +d'arriver à leur rendez-vous du soir, et de former autour du vieil orme +où j'étais assis par hasard leurs danses accoutumées, en chantant en +choeur des airs de ronde qui m'étonnaient par leur simplicité et leur +grâce, parce que l'exil et la guerre m'avaient privé de trop bonne heure +de ces innocentes joies de l'enfance.............. Je ne me rappelle pas +bien l'air et les paroles de ces chansons-là, mais il me semble qu'elles +ne vibreraient jamais à mon oreille sans que mon coeur en tressaillît, +tant elles me révélaient de choses charmantes. Cependant, ce n'était +rien en soi, ou plutôt cela serait impossible à exprimer à ceux qui +n'ont pas senti la même chose. C'était, si je m'en souviens, une belle +qui s'était endormie au bord d'une fontaine, et que son père et son +fiancé cherchaient sans la trouver. C'étaient des filles de roi, +chassées de leurs palais, qui se réveillaient dans la forêt un jour de +bataille.... C'étaient les regrets des bergères qui s'affligent de ne +plus aller au bois, parce que les lauriers sont coupés, et qui aspirent +après la saison qui doit ramener leurs danses.» + + + +NOUS N'IRONS PLUS AU BOIS. + +Ce qui précède nous engage à commencer par cette ronde, composée, +dit-on, par la marquise de Pompadour, qui la faisait danser sous les +ombrages de Choisy-le-Roi ou de Bellevue, aux courtisans de Louis XV. + +[Musique: + +Nous n'irons plus au bois, Les lauriers sont cou-pés; +La bel-le que voi-là Vien-dra les ra-mas-ser. +Entrez dans la dan-se, Voyez comme on dan-se; +Sau-tez, Dan-sez, Embrassez cell' que vous aimez. ] + + Nous n'irons plus au bois, + Les lauriers sont coupés. + + La belle que voilà + La lairons-nous danser? + Entrez dans la danse, + Voyez comme on danse. + Sautez, + Dansez, + Embrassez cell' que vous aimez. + + La belle que voilà + La lairons-nous danser? + Mais les lauriers du bois + Les lairons-nous faner? + Entrez dans la danse, etc. + + Mais les lauriers du bois + Les lairons-nous faner? + Non, chacune à son tour, + Ira les ramasser. + Entrez, etc. + + Non, chacune à son tour, + Ira les ramasser. + Si la cigale y dort, + Ne faut pas la blesser. + Entrez, etc. + + Si la cigale y dort, + Ne faut pas la blesser + Le chant du rossignol + La viendra réveiller. + Entrez, etc. + + Le chant du rossignol + La viendra réveiller. + Et aussi la fauvette + Avec son doux gosier + Entrez, etc. + + Et aussi la fauvette + Avec son doux gosier. + Et Jeanne la bergère + Avec son blanc panier. + Entrez, etc. + + Et Jeanne la bergère + Avec son blanc panier. + Allant cueillir la fraise + Et la fleur d'églantier. + Entrez, etc. + + Allant cueillir la fraise + Et la fleur d'églantier. + Cigale, ma cigale, + Allons, il faut chanter. + Entrez, etc. + + Cigale, ma cigale, + Allons, il faut chanter, + Car les lauriers du bois + Sont déjà repoussés. + Entrez, etc. + +Cette fraîche pastorale est une simple ronde, dont une jeune fille se +détache; et après avoir, du milieu du cercle, fait un choix parmi une de +ses compagnes, qu'elle embrasse, reprend la place de celle-ci, qui va +prendre la sienne, tandis qu'on tourne autour d'elle, et de même à +chaque couplet. + +[Illustration: deco] + + + +LA BOULANGÈRE. + +[Musique: + +La bou-lan-gère a des é-cus Qui ne lui cou-tent guè-re, +La bou-lan-gère a des é-cus Qui ne lui cou-tent guè-re, +Oui, elle en a, je les ai vus, J'ai vu la bou-lan-gè-re, +j'ai vu, J'ai vu la bou-lan-gè-re. La bou-lan] + +On continue le refrain en quittant la ronde générale pour tourner deux +par deux, jusqu'à ce que chacune ait tourné successivement; puis on +reprend la chaîne, en recommençant le couplet. + +[Illustration: deco.] + + + +LE LAURIER DE FRANCE. + +[Musique: + +J'ai un beau lau-rier de Fran-ce; +Mon jo-li lau-rier dan-se, Mon jo-li lau--rier.] + + J'ai un beau laurier de France. + Mon joli laurier danse, + Mon joli laurier. + + Mademoiselle, entrez en danse, + Mon joli laurier danse, + Mon joli laurier. + + Faites-nous trois révérences; + Mon joli laurier danse, + Mon joli laurier. + + Maint'nant le tour de la danse + Mon joli laurier danse, + Mon joli laurier. + + Embrassez vot' ressemblance; + Mon joli laurier danse, + Mon joli laurier. + +Le dénoûment de presque toutes ces rondes est le même. Les jeunes filles +s'embrassent ou se poursuivent. + +[Illustration: deco.] + + + +IL ÉTAIT UNE BERGÈRE. + +[Musique: + +Il é-tait un' ber-gè-re, Et ron, ron, ron, pe-tit pa-ta-pon; +Il é-tait un' ber-gè-re Qui gardait ses mou-tons, ron, ron, +Qui gardait ses mou-tons. ] + + Il était un' bergère, + Et ron, ron, ron, petit patapon; + Il était un' bergère, + Qui gardait ses moutons, + Ron, ron, + Qui gardait ses moutons. + + Elle fit un fromage, + Et ron, ron, ron, petit patapon; + Elle fit un fromage, + Du lait de ses moutons, + Ron, ron, + Du lait de ses moutons. + + Le chat qui la regarde, + Et ron, ron, ron, petit patapon + Le chat qui la regarde, + D'un petit air fripon, + Ron, ron, + D'un petit air fripon. + + «Si tu y mets la patte, + Et ron, ron, ron, petit patapon; + Si tu y mets la patte, + Tu auras du bâton, + Ron, ron, + Tu auras du bâton.» + + Il n'y mit pas la patte, + Et ron, ron, ron, petit patapon; + Il n'y mit pas la patte, + Il y mit le menton, + Ron, ron, + Il y mit le menton. + + La bergère en colère, + Et ron, ron, ron, petit patapon; + La bergère en colère, + Tua son p'tit chaton, + Ron, ron, + Tua son p'tit chaton. + + Elle fut à son père, + Et ron, ron, ron, petit patapon; + Elle fut à son père, + Lui demander pardon, + Ron, ron, + Lui demander pardon. + + «Mon père je m'accuse, + Et ron, ron, ron, petit patapon; + Mon père je m'accuse, + D'avoir tué mon chaton, + Ron, ron, + D'avoir tué mon chaton. + + --Ma fill', pour pénitence. + Et ron, ron, ron, petit patapon; + Ma fill', pour pénitence, + Nous nous embrasserons, + Ron, ron, + Nous nous embrasserons. + + --La pénitence est douce, + Et ron, ron, ron, petit patapon; + La pénitence est douce, + Nous recommencerons, + Ron, ron, + Nous recommencerons.» + +[Illustration: deco.] + + + +GIROFLÉ, GIROFLA. + +[Musique: + +Que t'as de bel-les fil-les! Gi-ro-flé, gi-ro-fla; +Que t'as de bel-les fil-les! L'amour m'y compt'ra.] + + Que t'as de belles filles! + Giroflé, girofla; + Que t'as de belles filles! + L'amour m'y compt'ra (_ou_ m'y prendra). + + Ell's sont bell's et gentilles, + Giroflé, girofla, + Ell's sont bell's et gentilles, + L'amour m'y compt'ra. + + Donnez-moi-z'en donc une, + Giroflé, girofla, + Donnez-moi-z'en donc une, + L'amour m'y compt'ra. + + Pas seul'ment la queue d'une, + Giroflé, girofla + Pas seul'ment la queue d'une, + L'amour m'y compt'ra. + + J'irai au bois seulette, + Giroflé, girofla; + J'irai au bois seulette, + L'amour m'y compt'ra. + + Quoi faire au bois seulette? + Giroflé, girofla; + Quoi faire au bois seulette + L'amour m'y compt'ra. + + Cueillir la violette, + Giroflé, girofla; + Cueillir la violette, + L'amour m'y compt'ra. + + Quoi faire de la violette? + Giroflé, girofla; + Quoi faire de la violette? + L'amour m'y compt'ra. + + Pour mettre à ma coll'rette + Giroflé, girofla; + Pour mettre à ma coll'rette, + L'amour m'y prendra. + + Si le roi t'y rencontre? + Giroflé, girofla; + Si le roi t'y rencontre? + L'amour m'y compt'ra. + + J'lui ferai trois r'vérences, + Giroflé, girofla; + J'lui ferai trois r'vérences, + L'amour m'y compt'ra. + + Si la reine t'y rencontre? + Giroflé, girofla; + Si la reine t'y rencontre? + L'amour m'y compt'ra. + + J'lui ferai six r'vérences, + Giroflé, girofla; + J'lui ferai six r'vérences, + L'amour m'y compt'ra. + + Si le diable t'y rencontre? + Giroflé, girofla; + Si le diable t'y rencontre? + L'amour m'y compt'ra. + + Je lui ferai les cornes! + Giroflé, girofla; + Je lui ferai les cornes! + L'amour m'y compt'ra. + +Une des jeunes filles est seule, et les autres s'avancent vers elle, en +se tenant par la main, puis se reculent. Celle qui est seule fait de +même; en commençant elle dit le premier couplet; les autres répondent +par le suivant, et dans l'intervalle où la jeune fille qui est seule ne +chante pas, elle doit figurer l'action dont elle a parlé dans son +couplet, cueillir la violette, faire les révérences, etc. Au dernier +couplet, elle fait avec ses doigts les cornes à ses compagnes, qui +s'enfuient à ce geste menaçant. + + + +LE CIEL ET L'ENFER. + +Les jeunes filles se tenant par la robe, à la suite l'une de l'autre, +passent sous l'arc que forment les bras de deux de leurs compagnes. +Celles-ci chantent: _Trois fois passera, la dernière y restera_, pendant +que les premières défilent, et, au troisième tour, elles abaissent leurs +bras et retiennent celle qui se trouve prise ainsi. Alors, elles lui +demandent tout bas avec laquelle des deux elle veut rester. Quand elle a +fait son choix, elle va se placer derrière celle qu'elle a désignée. +L'une des deux représente le ciel, l'autre l'enfer, et celles qui ont +fait un bon choix, quand le jeu est fini, poursuivent les autres en leur +faisant les cornes, comme dans la ronde précédente. Ce geste, qui n'est +ni gracieux ni bienveillant, se retrouve dans certains jeux d'enfants, +et doit tirer son origine de quelque légende du moyen âge, époque où le +diable avait toujours un rôle actif. Cette action de montrer les cornes +avec les doigts est particulière à l'Italie, où les gens du peuple +croient détourner un maléfice, qu'ils appellent le _mauvais oeil_ +(_jettatura_), soit en présentant ainsi les doigts de la main, soit en +portant sur eux quelque petit objet de métal ou de corail, tel qu'une +épingle, façonnée en forme de main, dont deux doigts sont tendus en +avant comme deux cornes menaçantes. + +[Illustration: deco.] + + + +LA TOUR, PRENDS GARDE! + +La marquise de Prie, pour amuser les Condé, avait composé le chant de: +_la Tour prends garde!_ petit drame entre le duc de Bourbon, son fils, +le capitaine et les gardes de Son Altesse. + +[Musique: + +La tour, prends gar-de, La tour, prends gar-de +De te lais-ser a-bat-tre.] + + LE CAPITAINE ET LE COLONEL. + + La tour, prends garde (_bis_) + De te laisser abattre. + + LA TOUR. + + Nous n'avons garde (_bis_) + De nous laisser abattre. + + LE COLONEL. + + J'irai me plaindre (_bis_) + Au duc de Bourbon. + + LA TOUR. + + Eh! va te plaindre (_bis_) + Au duc de Bourbon. + + LE COLONEL ET LE CAPITAINE. + + Mon duc, mon prince (_bis_), + Je viens à vos genoux. + + LE DUC. + + Mon capitaine, mon colonel (_bis_), + Que me demandez-vous? + + LE COLONEL ET LE CAPITAINE. + + Un de vos gardes (_bis_) + Pour abattre la tour. + + LE DUC. + + Allez, mon garde (_bis_), + Pour abattre la tour. + + LE COLONEL ET LE CAPITAINE AVEC LE GARDE. + + La tour, prends garde (_bis_) + De te laisser abattre. + + LA TOUR. + + Nous n'avons garde (_bis_) + De nous laisser abattre. + + LES OFFICIERS (_au duc_). + + Mon duc, mon prince (_bis_), + Je viens à vos genoux. + + LE DUC. + + Mon capitaine, mon colonel (_bis_), + Que me demandez-vous? + + LES OFFICIERS. + + Deux de vos gardes (_bis_) + Pour abattre la tour. + + LE DUC. + + Allez, mon garde (_bis_), + Pour abattre la tour. + + LES OFFICIERS (_à la tour_). + + La tour prends garde (_bis_) + De te laisser abattre. + + LA TOUR. + + Nous n'avons garde (_bis_) + De nous laisser abattre. + + LES OFFICIERS (_au duc_). + + Mon duc, mon prince (_bis_), + Je viens à vos genoux. + + LE DUC. + + Mon capitaine, mon colonel (_bis_), + Que me demandez-vous? + + LES OFFICIERS. + + Votre cher fils (_bis_) + Pour abattre la tour. + + LE DUC. + + Allez, mon fils (_bis_), + Pour abattre la tour. + + LE FILS ET LES OFFICIERS. + + La tour, prends garde (_bis_) + De te laisser abattre. + + LA TOUR. + + Nous n'avons garde (_bis_) + De nous laisser abattre. + + LES OFFICIERS (_au duc_) + + Votre présence (_bis_) + Pour abattre la tour. + + LE DUC. + + Je vais moi-même (_bis_) + Pour abattre la tour. + +L'action de cette ronde est facile à comprendre. Deux jeunes filles, qui +se tiennent les mains, représentent la tour; une autre est assise, qui +représente le duc de Bourbon avec son fils, et entouré de ses gardes. On +voit que les officiers défient la tour, qui répond avec mépris à ce +défi. Elle ne succombe que quand le duc arrive lui-même. + +[Illustration: deco.] + + + +AH! MON BEAU CHATEAU + +[Musique: + +Ah! mon beau châ-teau, Ma tant' ti-re, li-re, li-re. +Ah! mon beau châ-teau, Ma tant' ti-re, li-re, lo. +Le nôtre est plus beau. Ma tant' ti-re, li-re, li-re +Le nôtre est plus beau, Ma tant' ti-re, li-re, lo.] + + Ah! mon beau château, + Ma tant'tire, lire, lire. + Ah! mon beau château, + Ma tant'tire, lire, lo. + + Le nôtre est plus beau. + Ma tant'tire, lire, lire. + Le nôtre est plus beau, + Ma tant'tire, lire, lo. + + Nous le détruirons, + Ma tant' tire, lire, lire. + Nous le détruirons, + Ma tant' tire, lire, lo. + + Laquell' prendrez-vous? + Ma tant' tire, lire, lire. + Laquell' prendrez-vous? + Ma tant' tire, lire, lo. + + Celle que voici, + Ma tant' tire, lire, lire. + Celle que voici, + Ma tant' tire, lire, lo. + + Que lui donn'rez-vous? + Ma tant' tire, lire, lire. + Que lui donn'rez-vous? + Ma tant' tire, lire, lo. + + De jolis bijoux, + Ma tant' tire, lire, lire. + De jolis bijoux, + Ma tant' lire, lire, lo. + + Nous en voulons bien, + Ma tant' tire, lire, lire. + Nous en voulons bien, + Ma tant' tire, lire, lo. + +Les jeunes filles, en nombre égal, forment deux rondes qui chantent +alternativement un des couplets. A ce vers: _Celle que voici_, le groupe +qui chante en désigne une qui se détache quand on chante: + +_Nous en voulons bien_, et l'on recommence le tout, jusqu'à ce qu'il ne +reste plus qu'une jeune fille qui vient se mettre au milieu du cercle +agrandi. + +Il nous semble que ce refrain: _tire, lire, lire_, veut imiter le chant +de l'alouette, comme dans ces poésies du seizième siècle: + + La gentille alouette, avec son tire, lire, + Tire, lire, lirant, etc. + +[Illustration: deco.] + + + +GENTIL COQUELICOT. + +[Musique: + +J'ai descen-du dans mon jar-din, J'ai des-cen-du dans +mon jar-din Pour y cueil-lir du ro-ma-rin. Gen-til +coqu'li-cot, Mesdames, Gentil coqu'li-cot Nouveau.] + + J'ai descendu dans mon jardin (_bis_) + Pour y cueillir du romarin, + Gentil coqu'licot, + Mesdames, + Gentil coqu'licot + Nouveau. + + Pour y cueillir du romarin (_bis_). + J' n'en avais pas cueilli trois brins + Gentil coqu'licot, + Mesdames, + Gentil coqu'licot + Nouveau. + + J' n'en avais pas cueilli trois brins (_bis_), + Qu'un rossignol vient sur ma main, + Gentil coqu'licot, + Mesdames, + Gentil coqu'licot + Nouveau. + + Qu'un rossignol vient sur ma main (_bis_); + Il me dit trois mots en latin, + Gentil coqu'licot, + Mesdames, + Gentil coqu'licot + Nouveau. + + Il me dit trois mots en latin (_bis_), + Que les hommes ne valent rien, + Gentil coqu'licot, + Mesdames, + Gentil coqu'licot + Nouveau. + + Que les hommes ne valent rien (_bis_), + Et les garçons encor bien moins, + Gentil coqu'licot, + Mesdames, + Gentil coqu'licot + Nouveau. + + Et les garçons encor bien moins (_bis_); + Des dames il ne me dit rien, + Gentil coqu'licot, + Mesdames, + Gentil coqu'licot + Nouveau. + + Des dames il ne me dit rien (_bis_), + Mais des d'moisell's beaucoup de bien, + Gentil coqu'licot, + Mesdames, + Gentil coqu'licot + Nouveau. + +Cette ronde se chante seulement. + +[Illustration: deco.] + + + +LA MÈRE BONTEMPS. + +[Musique: + +La mè-re Bon-temps Di-sait aux jeu-nes fillet-tes: +Dan-sez, mes en-fants, Tan-dis que vous ê-tes jeunet-tes; +La fleur de gaî-té, Passe a-vec l'été. Au prin-temps, +com-me la ro-se, Cueil-lez-la dès qu'elle est é-clo-se. +Dan-sez à quinze ans, Dan-sez à quinze ans; Plus tard, +il n'est plus temps.] + + La mère Bontemps + Disait aux jeunes fillettes: + «Dansez, mes enfants, + Tandis que vous êtes jeunettes. + La fleur de gaîté + Passe avec l'été. + Au printemps, comme la rose, + Cueillez-la dès qu'elle est éclose. + Dansez à quinze ans; + Plus tard il n'est plus temps. + + «Les jeux et les ris + Dansèrent à mon mariage; + Mais bientôt j'appris + Les soins qu'il faut en ménage. + Mon mari grondait, + Mon enfant criait, + Ne sachant auquel entendre, + Sous l'ormeau je courais me rendre. + Dansez à quinze ans; + Plus tard, il n'est plus temps. + + «L'instant arriva + Où ma fille me fit grand'mère; + Quand on en est là, + Danser n'intéresse guère. + On tousse en parlant, + On marche en tremblant. + Au lieu de sauter la gavotte, + Dans un grand fauteuil on radote. + Dansez à quinze ans; + Plus tard, il n'est plus temps. + + «Voyez les amours + Danser auprès de Louise; + Elle plaît toujours, + Au bal elle est admise. + Comme moi souvent, + Sans cesse on l'entend + Redire à toutes les fillettes + Si jolies et si gentillettes: + «Dansez à quinze ans; + «Plus tard, il n'est plus temps.» + +On peut simplement danser cette ronde, ou bien ajouter une petite +pantomime à quelques passages, en imitant le mari qui gronde, l'enfant +qui crie, la grand'mère qui tousse, etc. Il y a, sur le même air, une +petite chanson très-connue, dont nous ne savons qu'un couplet que voici: + + Je n'peux pas danser, + Ma pantoufle est trop étroite; + Je n'peux pas danser, + Parce que j'ai trop mal au pied. + +[Illustration: deco.] + + + +GUILLERI. + +[Musique: + +Il é-tait un p'tit hom-me Qui s'app'lait Guil-le-ri, +Ca-ra-bi; Il s'en fut à la chas-se, A la chasse aux per-drix, +Ca-ra-bi; Ti-ti ca-ra-bi, To-to ca-ra-bo. Com-pè-re +Guil-le-ri, Te lair-ras-tu, Te lair-ras-tu, Te lair-ras-tu mou-ri?] + + Il était un p'tit homme + Qui s'app'lait Guilleri, + Carabi; + Il s'en fut à la chasse, + A la chasse aux perdrix, + Carabi, + Titi carabi, + Toto carabo, + Compère Guilleri, + Te lairras-tu (_ter_) mouri? + +[Illustration: Guilleri.] + + Il s'en fut à la chasse, + A la chasse aux perdrix, + Carabi; + Il monta sur un arbre + Pour voir ses chiens couri, + Carabi, + Titi carabi, etc. + + Il monta sur un arbre + Pour voir ses chiens couri, + Carabi; + La branche vint à rompre + Et Guilleri tombi, + Carabi, + Titi carabi, etc. + + La branche vint à rompre + Et Guilleri tombi, + Carabi; + Il se cassa la jambe, + Et le bras se démi, + Carabi, + Titi carabi, etc. + + Il se cassa la jambe, + Et le bras se démi, + Carabi; + Les dam's de l'hôpital + Sont arrivé's au brui, + Carabi, + Titi carabi, etc. + + Les dam's de l'hôpital + Sont arrivé's au brui, + Carabi; + L'une apporte un emplâtre, + L'autre de la charpi, + Carabi, + Titi carabi, etc. + + L'une apporte un emplâtre, + L'autre de la charpi, + Carabi; + On lui banda la jambe, + Et le bras lui remi, + Carabi, + Titi carabi, etc. + + On lui banda la jambe, + Et le bras lui remi, + Carabi; + Pour remercier ces dames, + Guill'ri les embrassi, + Carabi, + Titi carabi, etc. + +[Illustration: deco.] + + + +LE CHEVALIER DU GUET. + +[Musique: + +Qu'est-c' qui passe i-ci si tard? Compagnons de +la Mar-jo-lai-ne. Qu'est-c' qui passe i-ci si tard? +Des-sus le Quelquefois on finit ainsi: +quai? Tard, gai, gai, des-sus le quai.] + + Qu'est-c' qui passe ici si tard, + Compagnons de la marjolaine? + Qu'est-c' qui passe, ici si tard, + Dessus le quai? + + C'est le chevalier du guet, + Compagnons de la marjolaine. + C'est le chevalier du guet, + Dessus le quai. + + Que d'mande le chevalier, + Compagnons de la marjolaine? + Que d'mande le chevalier, + Dessus le quai? + + Une fille à marier, + Compagnons de la marjolaine. + Une fille à marier, + Dessus le quai. + + N'y a pas de fille à marier, + Compagnons de la marjolaine. + N'y a pas de fille à marier, + Dessus le quai. + + On m'a dit qu'vous en aviez, + Compagnons de la marjolaine. + On m'a dit qu'vous en aviez, + Dessus le quai. + + Ceux qui l'ont dit s'sont trompés, + Compagnons de la marjolaine. + Ceux qui l'ont dit s'sont trompés, + Dessus le quai. + + Je veux que vous m'en donniez, + Compagnons de la marjolaine. + Je veux que vous m'en donniez, + Dessus le quai. + + Sur les onze heur's repassez, + Compagnons de la marjolaine. + Sur les onze heur's repassez, + Dessus le quai. + + Les onze heur's sont bien passées, + Compagnons de la marjolaine. + Les onze heur's sont bien passées, + Dessus le quai. + + Sur les minuit revenez, + Compagnons de la marjolaine. + Sur les minuit revenez, + Dessus le quai. + + Les minuit sont bien sonnés, + Compagnons de la marjolaine. + Les minuit sont bien sonnés, + Dessus le quai. + + Mais nos filles sont couchées, + Compagnons de la marjolaine. + Mais nos filles sont couchées, + Dessus le quai. + + En est-il un' d'éveillée, + Compagnons de la marjolaine. + En est-il un' d'éveillée, + Dessus le quai. + + Qu'est-c' que vous lui donnerez, + Compagnons de la marjolaine. + Qu'est-ce que vous lui donnerez, + Dessus le quai. + + De l'or, des bijoux assez, + Compagnons de la marjolaine. + De l'or, des bijoux assez, + Dessus le quai. + + Ell' n'est pas intéressée, + Compagnons de la marjolaine, + Ell' n'est pas intéressée, + Dessus le quai. + + Mon coeur je lui donnerai, + Compagnons de la marjolaine. + Mon coeur je lui donnerai, + Dessus le quai. + + En ce cas-là, choisissez, + Compagnons de la marjolaine, + En ce cas-là choisissez, + Dessus le quai. + +Un groupe de jeunes filles s'avance vers une de leurs compagnes qui est +seule, et demande: _Qu'est c'qui passe ici si tard?_ l'autre répond par +le second couplet, et ainsi jusqu'à la fin, où la jeune fille qui +représente le _chevalier du guet_ désigne une de ses compagnes du +groupe. Celle-ci se sépare des autres, et elle s'enfuit avec celle qui +était seule; toutes les deux sont alors poursuivies par les autres. + +Le _chevalier du guet_ était l'officier qui commandait la garde chargée +de la police de nuit à Paris, dès les premiers temps de la monarchie. + +[Illustration: deco.] + + + +LE PONT D'AVIGNON. + +[Musique: + +Sur le pont D'A-vi-gnon, L'on y dan-se, l'on y dan-se, +Sur le pont D'A-vi-gnon. L'on y dan-se tous en rond. + Les beaux messieurs font comm' +ça, Et puis encor comme ça. Sur le ] + + Sur le pont + D'Avignon, + L'on y danse, l'on y danse, + Sur le pont + D'Avignon, + Tout le monde y danse en rond. + Les beaux messieurs font comm' ça (_bis_). + + Sur le pont + D'Avignon, etc. + + Les blanchisseuses font comm' ça (_bis_). + + Sur le pont, etc. + +On dit en dansant le premier couplet de cette ronde. On s'interrompt +pour faire le métier que l'on veut imiter; puis on reprend la danse avec +ce couplet: _Sur le pont d'Avignon._ Les enfants pourront choisir les +métiers qui leur plairont le mieux. + +[Illustration: deco.] + + + +L'AVOINE. + +[Musique: + +A-voine, a-voine, a-voi-ne, Que le bon Dieu t'a-mè-ne. +A-voine, avoine, a-voi-ne, Que le bon Dieu t'a-mè-ne. +Qui veut sa-voir Et qui veut voir Comment on sè-me +l'a-voi-ne? Mon pèr' la se-mait ain-si, Puis il se +re-po-sait ain-si. A-] + + EN CHOEUR: + + Avoine, avoine, avoine, + Que le bon Dieu t'amène. + Qui veut savoir + Et qui veut voir + Comment on sème l'avoine? + Mon pèr' la semait ainsi. + +Une des jeunes filles de la ronde fait le geste de semer, que les autres +imitent: ensuite elle se croise les bras en ajoutant: + + Puis il se reposait ainsi. + + CHOEUR. + + Avoine, avoine, avoine, + Que le bon Dieu t'amène. + + Qui veut savoir + Et qui veut voir + Comment on coupe l'avoine? + Mon pèr' la coupait ainsi, + Puis il se reposait ainsi. + + CHOEUR. + + Avoine, avoine, avoine, + Que le bon Dieu t'amène. + + Qui veut savoir + Et qui veut voir + Comment on doit battre l'avoine? + Mon pèr' la battait ainsi, + Puis il se reposait ainsi. + + CHOEUR. + + Avoine, avoine, avoine, + Que le bon Dieu t'amène. + + Qui veut savoir + Et qui veut voir + Comment on vanne l'avoine! + Mon père la vannait ainsi, + Puis il se reposait ainsi. + + CHOEUR. + + Avoine, avoine, avoine, + Que le bon Dieu t'amène. + +On imite ainsi toutes les opérations de la moisson; puis on termine en +disant: «Mon père la mangeait ainsi.» + +On prononçait autrefois _aveine_, ce qui rendait la rime plus exacte. + +[Illustration: deco.] + + + +SAVEZ-VOUS PLANTER DES CHOUX? + +[Musique: + +Sa-vez-vous plan-ter des choux, A la mo-de, à la mo-de, +Sa-vez-vous plan-ter des choux, A la mo-de de chez nous? ] + + Savez-vous planter des choux, + A la mode, à la mode, + Savez-vous planter des choux, + A la mode de chez nous? + + On les plante avec le pied, + A la mode, à la mode, + On les plante avec le pied, + A la mode de chez nous. + + Savez-vous planter des choux, etc. + + On les plante avec la main, + A la mode, à la mode, + On les plante avec la main, + A la mode de chez nous. + + Savez-vous planter des choux, etc. + + On les plante avec le doigt, + A la mode, à la mode, + On les plante avec le doigt, + A la mode de chez nous. + + Savez-vous planter des choux, etc. + + On les plante avec le nez, + A la mode, à la mode, + On les plante avec le nez, + A la mode de chez nous. + + Savez-vous planter des choux, etc. + +On peut nommer ainsi l'oreille, le coude, les cheveux, le front, les +genoux, etc., et il faut faire l'action de planter avec la partie +désignée, à mesure que l'on chante. + +[Illustration: deco:] + + + +LA MISTENLAIRE. + +[Musique: + +Di-tes nous, mes-sieurs, que sa-vez-vous fai-re? +Savez-vous jou-er de la misten-lai-re, Lai-re, +lai-re, lai-re, De la mis-ten-lai-re? Ah! Ah! Ah! +que sa-vez-vous fai-re? ] + + P'tit bonhomm' que sais-tu donc faire? + Sais-tu jouer d'la mistenlaire? + Laire, laire, laire, + Laire, laire, laire. + Ah! ah! ah! que sais-tu donc faire? + + P'tit bonhomm' que sais-tu donc faire? + Sais-tu jouer d'la mistenflûte, + Flûte, flûte, flûte, + Flûte, flûte, flûte, + De la mistenlaire, + Laire, laire, laire, + Ah! ah! ah! que sais-tu donc faire? + + P'tit bonhomm' que sais-tu donc faire? + Sais-tu jouer d'la mistenviole? + Viole, viole, viole, + De la mistenflûte, + Flûte, flûte, flûte, + De la mistenlaire, + Laire, laire, laire. + Ah! ah! ah! que sais-tu donc faire? + + P'tit bonhomm' que sais-tu donc faire + Sais-tu jouer de la mistentrompe? + Trompe, trompe, trompe, + De la mistenflûte, + Flûte, flûte, flûte, + De la mistenviole, + Viole, viole, viole, + De la mistenlaire, + Laire, laire, laire. + Ah! ah! ah! que sais-tu donc faire? + +On peut continuer en ajoutant au mot _misten_ tous les noms +d'instruments de musique que l'on veut. + +Quand on dit _mistenlaire_, on agite en l'air les deux mains: pour +_mistenflûte_, _mistenviole_, on imite la manière de jouer de ces +différents instruments; enfin en disant: «Ah! ah! ah!» on tourne sur +soi-même en frappant trois fois dans ses mains. + +[Illustration: deco] + + + +BIRON[13]. + +[Musique: + +Quand Bi-ron vou-lut dan-ser, Quand Bi-ron vou-lut dan-ser, +Sa per-ruqu' fit ap-por-ter, Sa perruqu' fit ap-por-ter, +Sa per-ru-que à la turque, Ses souliers tout ronds. Vous +danse-rez, Bi-ron. + +(On répète ces deux mesures autant de fois qu'il est nécessaire.)] + +[Note 13: On prétend que cette ronde a été composée à l'occasion du +supplice du maréchal de Biron, condamné, sous Henri IV, pour crime de +haute trahison.] + + Quand Biron voulut danser (_bis_), + Ses souliers fit apporter (_bis_), + Ses souliers tout ronds. + Vous danserez, Biron. + + Quand Biron voulut danser (_bis_), + Sa perruqu' fit apporter (_bis_), + Sa perruque + A la turque, + Ses souliers tout ronds. + Vous danserez, Biron. + + Quand Biron voulut danser (_bis_), + Son habit fit apporter (_bis_), + Son habit + De p'tit-gris, + Sa perruque + A la turque, + Ses souliers tout ronds, + Vous danserez, Biron. + + Quand Biron voulut danser (_bis_), + Sa veste fit apporter (_bis_), + Sa bell' veste + A paillettes, + Son habit + De p'tit gris, + Sa perruque + A la turque, + Ses souliers tout ronds, + Vous danserez, Biron. + + Quand Biron voulut danser (_bis_), + Sa culott' fit apporter (_bis_), + Sa culotte + A la mode, + Sa bell' veste + A paillettes, + Son habit + De p'tit gris, + Sa perruque + A la turque, + Ses souliers tout ronds, + Vous danserez, Biron. + + Quand Biron voulut danser (_bis_), + Ses manchett's fit apporter (_bis_), + Ses manchettes + Fort bien faites, + Sa culotte + A la mode, + Sa belle veste + A paillettes, + Son habit + De p'tit gris, + Sa perruque + A la turque, + Ses souliers tout ronds, + Vous danserez, Biron. + + Quand Biron voulut danser (_bis_). + Son chapeau fit apporter (_bis_), + Son chapeau + En clabot, + Ses manchettes + Fort bien faites, + Sa culotte, + A la mode, + Sa bell' veste + A paillettes, + Son habit + De p'tit gris, + Sa perruque + A la turque, + Ses souliers tout ronds. + Vous danserez, Biron. + + Quand Biron voulut danser (_bis_), + Son épé' fit apporter (_bis_), + Son épée + Affilée, + Son chapeau + En clabot, + Ses manchettes + Fort bien faites, + Sa culotte + A la mode, + Sa bell' veste + A paillettes, + Son habit + De p'tit gris, + Sa perruque + A la turque, + Ses souliers tout ronds. + Vous danserez, Biron. + + Quand Biron voulut danser (_bis_), + Son violon fit apporter (_bis_), + Son violon, + Son basson, + Son épée, + Affilée, + Son chapeau + En clabot, + Ses manchettes + Fort bien faites, + Sa culotte + A la mode, + Sa bell' veste + A paillettes, + Son habit + De p'tit gris, + Sa perruque + A la turque, + Ses souliers tout ronds. + Vous danserez, Biron. + +[Illustration: deco.] + + + +RAMÈNE TES MOUTONS, BERGÈRE. + +[Musique: + +La plus ai-mable à mon gré. Je vais vous la pré-sen-ter. +Nous lui f'rons pas-ser bar-riè-re. Ra-mèn' tes mou-tons, +ber-gè-re, Ra-mèn', ra-mèn', ra-mèn' donc Tes mou-tons à la mai-son.] + + La plus aimable à mon gré (_bis_), + Je vais vous la présenter (_bis_). + Nous lui f'rons passer barrière. + Ramèn' tes moutons, bergère. + Ramèn', ramèn', ramèn' donc + Tes moutons à la maison (_bis_). + +La jeune fille qui dirige la ronde chante seule les deux premiers vers; +puis elle quitte la main de sa voisine (alors la ronde doit s'arrêter), +et s'adressant à la compagne qu'elle a quittée, elle se place vis-à-vis +d'elle, et l'engage à passer sous l'arc qu'elle forme avec son autre +voisine, en élevant le bras. La jeune fille à qui l'on s'adresse doit +passer suivie de toutes les autres, qui reviennent former le rond, en +chantant le refrain: _Ramèn' tes moutons_, etc. + +[Illustration: deco.] + + + +J'AIMERAI QUI M'AIME. + +[Musique: + +Met-tez-vous à ge-noux, Met-tez-vous à ge-noux, +Met-tez-vous y en-core un coup, A-fin que l'on vous ai-me. +Ah! j'aime-rai, j'aime-rai, +j'ai-me-rai Ah! j'ai-me-rai qui m'ai-me! ] + + Mam'selle, entrez chez nous (_bis_), + Mam'selle, entrez encore un coup, + Afin que l'on vous aime; + Ah! j'aimerai, j'aimerai, j'aimerai, + Ah! j'aimerai qui m'aime. + + Une ami' choisissez vous (_bis_), + Choisissez-la encore un coup, + Afin que l'on vous aime; + Ah! j'aimerai, j'aimerai, j'aimerai, + Ah! j'aimerai qui m'aime. + + Mettez-vous à genoux (bis), + Mettez-vous y encore un coup, + Afin que l'on vous aime; + Ah! j'aimerai, j'aimerai, j'aimerai, + Ah! j'aimerai qui m'aime. + + Faites-nous les yeux doux (_bis_), + Faites-nous-les encore un coup, + Afin que l'on vous aime; + Ah! j'aimerai, j'aimerai, j'aimerai, + Ah! j'aimerai qui m'aime. + + Et puis embrassez-nous (_bis_), + Embrassez-nous encore un coup, + Afin que l'on vous aime; + Ah! j'aimerai, j'aimerai, j'aimerai, + Ah! j'aimerai qui m'aime. + + Revenez parmi nous (bis), + Revenez-y encore un coup, + Afin que l'on vous aime; + Ah! j'aimerai, j'aimerai, j'aimerai, + Ah! j'aimerai qui m'aime. + +Une jeune fille, placée au milieu du cercle, fait ce que lui indiquent +les paroles de la ronde. + +[Illustration: deco.] + + + +FAUT QUE LE MAL CÈDE. + +Sur l'air de _la Boulangère_. + +[Musique: + +Donn'-moi ton bras que j'te gué-risse, Car tu m'as l'air ma-la-de, +Donn'-moi ton bras que j'te gué-risse. Car tu m'as l'air ma-la-de, +Car tu m'as l'air ma-la-de. Lon la, Car tu m'as l'air ma-la-de, +Lon la. Car tu m'as l'air ma-la-de.] + + Donn' moi ton bras que j' te guérisse, + Car tu m'as l'air malade, + Lon la, + Car tu m'as l'air malade. + + Cueille la plante que voilà, + C'est un fort bon remède, + C'est un fort bon remède, + Lon la, + Il faut que le mal cède. + + Danse sur le pied que voilà, + C'est un fort bon remède, + C'est un fort bon remède, + Lon la, + Il faut que le mal cède. + + Frotte bien l'oeil que voilà, + C'est un fort bon remède, + C'est un fort bon remède, + Lon la, + Il faut que le mal cède. + + Mon baiser te redressera, + C'est un fort bon remède, + C'est un fort bon remède, + Lon la, + Il faut que le mal cède. + +Dans cette ronde, chacune des jeunes filles simule une infirmité, et +celle qui dirige la ronde, en chantant, doit trouver un remède à cette +infirmité, jusqu'au couplet de la _Bossue_, qui termine la ronde. + +[Illustration: deco.] + + + +LA BONNE AVENTURE. + +[Musique: + +Je suis un pe-tit pou-pon De bel-le fi-gu-re, +Qui ai-me bien les bon-bons Et les con-fi-tu-res; +Si vous voulez m'en don-ner, Je sau-rai +bien les man-ger. La bonne aventure, oh! gai! La bonne aventu-re. ] + + Je suis un petit poupon + De belle figure, + Qui aime bien les bonbons + Et les confitures; + Si vous voulez m'en donner, + Je saurai bien les manger. + La bonne aventure, + Oh! gai! + La bonne aventure. + + Lorsque les petits garçons + Sont gentils et sages, + On leur donne des bonbons, + De joli's images; + Mais quand ils se font gronder, + C'est le fouet qu'il faut donner. + La triste aventure, + Oh! gai! + La triste aventure. + + Je serai sage et bien bon, + Pour plaire à ma mère; + Je saurai bien ma leçon, + Pour plaire à mon père, + Je veux bien les contenter, + Et s'ils veulent m'embrasser, + La bonne aventure, + Oh! gai! + La bonne aventure. + +Nous n'aurions peut-être pas donné une place à cette ronde +très-enfantine, si elle ne rappelait un vieil air sur lequel on a +composé diverses chansons. Il paraît que la plus ancienne de ces +chansons fut chantée par Antoine de Navarre, duc de Vendôme, qui +résidait au château de la Bonnaventure, près le Gué-du-Loir; d'après +cela, le refrain devrait être ainsi écrit: _La bonne aventure au gué_, +et non _Oh! gai!_ comme on le trouve souvent. + +[Illustration: deco.] + + + +LA MARGUERITE. + +[Musique: + +Où est la Margue-ri-te? Oh! gai! oh! gai! oh! gai! +Où est la Margue-ri-te? Oh! gai! franc ca-va-lier] + + Où est la Marguerite? + Oh! gai! oh! gai! oh! gai! + Où est la Marguerite? + Oh! gai! franc cavalier. + + Elle est dans son château, + Oh! gai! etc. + Elle est dans son château, + Oh! gai! franc cavalier. + + Ne peut-on pas la voir? + Oh! gai! etc. + Ne peut-on pas la voir? + Oh! gai! franc cavalier. + + Les murs en sont trop hauts, + Oh! gai! etc. + Les murs en sont trop hauts, + Oh! gai! franc cavalier. + + J'en abattrai un' pierre, + Oh! gai! etc. + J'en abattrai un' pierre. + Oh! gai! franc cavalier. + + Un' pierr' ne suffit pas, + Oh! gai! etc. + Un' pierr' ne suffit pas, + Oh! gai! franc cavalier. + + J'en abattrai deux pierres, + Oh! gai! etc. + J'en abattrai deux pierres, + Oh! gai! franc cavalier. + + Deux pierr's ne suffisent pas, + Oh! gai! etc. + Deux pierr's ne suffisent pas, + Oh! gai! franc cavalier. + + J'en abattrai trois pierres, + Oh! gai! etc. + J'en abattrai trois pierres, + Oh! gai! franc cavalier. + + Trois pierr's ne suffisent pas, + Oh! gai! etc. + Trois pierr's ne suffisent pas, + Oh! gai! franc cavalier. + +On continue ainsi autant qu'il y a de jeunes filles. Toutes les jeunes +filles, à l'exception d'une, forment un groupe. Elles ont au milieu +d'elles une de leurs compagnes dont elles tiennent la robe relevée, +comme une cloche renversée. _Le franc cavalier_ s'avance en chantant le +premier couplet. Les autres répondent par le suivant, et ainsi jusqu'au +cinquième: _J'en abattrai un' pierre_. Il emmène alors une des jeunes +filles, et autant qu'il y en a autour de la Marguerite, autant de fois +il enlève une pierre. Quand il n'y en a plus qu'une, qui tient à elle +seule la robe de la Marguerite, le franc cavalier s'avance sans chanter +et dit: _Qu'y a-t-il là dedans?_ On répond: _Un petit paquet de linge à +blanchir_. Il reprend: _Je vais chercher mon couteau pour le couper_. +Alors on lâche la robe, la Marguerite s'enfuit et toutes courent après +elle. + +Cette ronde naïve est évidemment issue de celle qui célébrait _Ogier le +Danois_: + + Qui est dans ce château? + Ogier! Ogier! Ogier! + Qui est dans ce château? + Beau chevalier. + +Pendant la disgrâce et la captivité d'Ogier le Danois, Charlemagne avait +menacé d'une mort honteuse quiconque prononcerait devant lui le nom +d'Ogier. Trois cents cavaliers se donnent alors le mot; ils viennent +devant le palais de Charlemagne crier, comme d'une seule voix: _Ogier!_ +_Ogier!_ _Ogier!_ et Charlemagne, n'osant punir la fleur de la +chevalerie, aime mieux céder et pardonner à Ogier. + +[Illustration: deco.] + + + +MEUNIER, TU DORS. + +[Musique: + +Meu-nier, tu dors! Ton mou-lin va trop vi-te. +Meu-nier, tu dors! Ton mou-lin va trop fort.] + + Meunier, tu dors! + Ton moulin (_bis_) va trop vite. + Meunier, tu dors! + Ton moulin (_ter_) va trop fort. + +Les jeunes filles se divisent en deux bandes, formant un cercle. Les +deux premières jeunes filles en tête de chaque bande se regardent et +sont suivies chacune d'un nombre égal de leurs compagnes. Ces deux +premières se donnent d'abord la main droite, puis se quittent en +avançant en sens contraire, et prennent de la main gauche la main gauche +de celle qui suit, et ainsi de suite la main droite et la main gauche +alternativement, mouvement qui est successivement exécuté par chacune +d'elles sur les paroles de la ronde, dont on accélère peu à peu le +mouvement. + +[Illustration: deco.] + + + +LA VIEILLE. + +[Musique: + +A Pa-ris, dans u-ne ron-de Com-po-sée de jeu-nes gens. +Il se trou-va u-ne vieil-le Qui a-vait qua-tre-vingts ans. +Oh! la vieille, la vieille, la vieil-le, Qui croy-ait +a-voir quinze ans. Qui croy-ait a-voir quinze ans.] + + A Paris, dans une ronde + Composée de jeunes gens, + Il se trouva une vieille, + Qui avait quatre-vingts ans, + + Oh! la vieille, la vieille, la vieille, + Qui croyait avoir quinze ans. + + Il se trouva une vieille, + Qui avait quatre-vingts ans. + Elle choisit le plus jeune, + Qui était le plus galant. + + Oh! la vieille, etc. + + Elle choisit le plus jeune, + Qui était le plus galant. + Va-t'en, va-t'en bonne vieille, + Tu n'as pas assez d'argent. + + Oh! la vieille, etc. + + Va-t'en, va-t'en, bonne vieille, + Tu n'as pas assez d'argent. + Si vous saviez c' qu'a la vieille, + Vous n'en diriez pas autant. + + Oh! la vieille, etc. + + Si vous saviez c' qu'a la vieille, + Vous n'en diriez pas autant. + Dis-nous donc ce qu'a la vieille? + Elle a cent tonneaux d'argent. + + Oh! la vieille, etc. + + Dis-nous donc ce qu'a la vieille? + Elle a cent tonneaux d'argent. + Reviens, reviens, bonne vieille, + Reviens ici promptement. + + Oh! la vieille, etc. + + Reviens, reviens, bonne vieille, + Reviens ici promptement. + On alla chez le notaire: + Mariez-nous cette enfant. + + Oh! la vieille, etc. + + On alla chez le notaire: + Mariez-nous cette enfant. + Cette enfant, dit le notaire, + Elle a bien quatre-vingts ans. + + Oh! la vieille, etc. + + Cette enfant, dit le notaire, + Elle a bien quatre-vingts ans. + Aujourd'hui le mariage, + Et demain l'enterrement. + + Oh! la vieille, etc. + + Aujourd'hui le mariage, + Et demain l'enterrement. + On fit tant sauter la vieille, + Qu'elle est morte en sautillant. + + Oh! la vieille, etc. + + On fit tant sauter la vieille, + Qu'elle est morte en sautillant. + On regarde dans sa bouche, + Ell' n'avait plus que trois dents. + + Oh! la vieille, etc. + + On regarde dans sa bouche, + Ell' n'avait plus que trois dents: + Une qui branle, un' qui hoche, + Une qui s'envole au vent. + + Oh! la vieille, etc. + + Une qui branle, un' qui hoche, + Une qui s'envole au vent. + On regarde dans sa poche, + Ell' n'avait qu'trois liards d'argent. + + Oh! la vieille, etc. + + On regarde dans sa poche, + Ell' n'avait qu'trois liards d'argent. + Oh! la vieille, la vieille, la vieille, + Qui avait trompé l' galant. + +[Illustration: deco.] + + + +MON PÈRE M'A DONNÉ UN MARI. + +[Musique: + +Mon pèr' m'a don-né un ma-ri, Mon Dieu! quel homm' quel pe-tit hom-me! +Mon pèr' m'a don-né un ma-ri, Mon Dieu! quel homm', qu'il est pe-tit!] + + Mon pèr' m'a donné un mari, + Mon Dieu! quel homm'! quel petit homme + Mon pèr' m'a donné un mari, + Mon Dieu! quel homm'! qu'il est petit! + + Je le perdis dans mon grand lit, + Mon Dieu! quel homm'! quel petit homme! + Je le perdis dans mon grand lit, + Mon Dieu! quel homm'! qu'il est petit! + + J'pris la chandelle et le cherchis, + Mon Dieu! quel homm'! quel petit homme! + J'pris la chandelle et le cherchis, + Mon Dieu! quel homm'! qu'il est petit! + + A la paillasse le feu prit, + Mon Dieu! quel homm'! quel petit homme! + A la paillasse le feu prit, + Mon Dieu! quel homm'! qu'il est petit! + + Je trouvai mon mari rôti, + Mon Dieu! quel homm'! quel petit homme! + Je trouvai mon mari rôti, + Mon Dieu! quel homm'! qu'il est petit! + + Sur une assiette je le mis, + Mon Dieu! quel homm'! quel petit homme! + Sur une assiette je le mis, + Mon Dieu! quel homm'! qu'il est petit! + + Le chat l'a pris pour une souris, + Mon Dieu! quel homm'! quel petit homme! + Le chat l'a pris pour un' souris, + Mon Dieu! quel homm'! qu'il est petit! + + Au chat! au chat! C'est mon mari, + Mon Dieu! quel homm'! quel petit homme! + Au chat! au chat! C'est mon mari, + Mon Dieu! quel homm'! qu'il est petit! + + Fillettes qui prenez mari, + Mon Dieu! quel homm'! quel petit homme! + Fillettes qui prenez mari, + Ne le prenez pas si petit. + +[Illustration: deco.] + + + +RICHE ET PAUVRE. + +[Musique: + +Ri-che, ri-che que je suis. Se-rai-je tou-jours ri-che? +Je ma-rie-rai mes fil-les, A-vec-que cinq cents li-vres; +Et mes pau-vres gar-çons, A-vec cent coups d'bâton. +Pauvre, pau-vre que je suis, Se-rai-je +toujours pau-vre? Mam-zell' se-ra des nô-tres. ] + + Riche, riche que je suis, + Serai-je toujours riche? + + Je marierai mes filles, + Avecque cinq cents livres; + Et mes pauvres garçons, + Avec cent coups d' bâton. + + Pauvre, pauvre que je suis, + Serai-je toujours pauvre? + Mamzell' sera des nôtres. + +Dans cette ronde plus que naïve, les jeunes filles se mettent toutes +d'un côté, à l'exception d'une seule, qui représente le pauvre. Les +premières s'avancent en disant le premier couplet. Lorsque c'est au tour +du pauvre à parler, celle qui est seule s'avance en portant son mouchoir +ou sa robe à ses yeux comme pour essuyer ses larmes, et elle va prendre +une de celles du groupe, ainsi de suite jusqu'à la dernière qui, restée +seule, chante le couplet du pauvre, pendant que le groupe nouvellement +formé reprend celui du riche. + +[Illustration: deco.] + + + +LE RAT DE VILLE ET LE RAT DES CHAMPS. + +[Musique: + +Au-tre-fois le rat de vil-le In-vi-ta le rat des champs, +D'u-ne fa-çon fort ci-vi-le, A des re-liefs d'or-to-lans. +Sur un ta-pis de Turqui-e Le cou-vert se trou-va mis: +Je laisse à pen-ser la vi-e Que fi-rent les deux a-mis.] + +Nous avons vu danser en rond par des jeunes filles la fable de la +Fontaine, «le Rat de ville et le Rat des champs.» Elles peuvent la +mettre en action selon les paroles, que nous rapportons ici, pour celles +qui ne s'en souviendraient pas. + + Autrefois le rat de ville + Invita le rat des champs, + D'une façon fort civile, + A des reliefs d'ortolans. + + Sur un tapis de Turquie + Le couvert se trouva mis. + Je laisse à penser la vie + Que firent les deux amis. + + Le régal fut fort honnête, + Rien ne manquait au festin: + Mais quelqu'un troubla la fête + Pendant qu'ils étaient en train. + + A la porte de la salle + Ils entendirent du bruit; + Le rat de ville détale; + Son camarade le suit. + + Le bruit cesse, on se retire; + Rats en campagne aussitôt; + Et le citadin de dire: + «Achevons tout notre rôt. + + «--C'est assez, dit le rustique; + Demain vous viendrez chez moi, + Ce n'est pas que je me pique + De tous vos festins de roi. + + «Mais rien ne vient m'interrompre, + Je mange tout à loisir. + Adieu donc. Fi du plaisir + Que la crainte peut corrompre!» + +[Illustration: deco] + + + +CHANSON DE LA MARIÉE. + +[Musique: + +Nous som-mes v'nus ce soir. Du fond de nos bo-ca-ges, +Vous fai-re com-pli-ment De vo-tre ma-ri-a-ge; A mon-sieur +votre é-poux Aus-si bien comme à vous. ] + + Nous sommes v'nus ce soir, + Du fond de nos bocages, + Vous faire compliment, + De votre mariage, + A monsieur votre époux, + Aussi bien comme à vous. + + Vous voilà donc liée + Madame la mariée (_bis_), + Avec un lien d'or + Qui ne déli' qu'à la mort. + + Avez-vous bien compris + C' que vous a dit le prêtre? + A dit la vérité, + Ce qu'il vous fallait être; + Fidèle à votre époux + Et l'aimer comme vous. + + Quand on dit son époux, + Souvent on dit son maître; + Ils ne sont pas toujours + Doux comme ont promis d'être: + Car doux ils ont promis + D'être toute leur vie. + + Vous n'irez plus au bal, + Madame la mariée: + Vous n'irez plus au bal, + A nos jeux d'assemblées; + Vous gard'rez la maison. + Tandis que nous irons. + + Quand vous aurez chez vous + Des boeufs, aussi des vaches, + Des brebis, des moutons, + Du lait et du fromage, + Il faut, soir et matin, + Veiller à tout ce train. + + Quand vous aurez chez vous + Des enfants à conduire, + Il faut leur bien montrer + Et bien souvent leur dire + Car vous seriez tous deux + Coupables devant Dieu. + + Si vous avez chez vous + Quelques gens à conduire, + Vous veillerez sur eux; + Qu'ils aillent à confesse, + Car un jour devant Dieu, + Vous répondrez pour eux. + + Recevez ce gâteau + Que ma main vous présente. + Il est fait de façon + A vous faire comprendre + Qu'il faut pour se nourrir, + Travailler et souffrir. + + Recevez ce bouquet + Que ma main vous présente. + Il est fait de façon + A vous faire comprendre + Que tous les vains honneurs + Passent comme les fleurs. + +La chanson de la mariée est un exemple de ces rondes qui se rattachent à +une coutume locale avec toute la grâce naïve des anciennes traditions. +Celle-ci se chante aux noces bretonnes et n'a subi aucun changement +depuis le temps de Mme de Sévigné, qui l'écoutait avec plaisir. Les +jeunes filles viennent offrir un gâteau et des bouquets à la mariée, en +lui donnant les conseils sérieux qui s'appliquent à son nouvel état. +Nous croyons que cette ronde pourrait encore s'ajouter à celles que +dansent habituellement nos enfants. + +[Illustration: deco.] + + + + +QUATRIÈME PARTIE. + +JEUX D'ESPRIT. + + +PIGEON VOLE. + +Nous nous adressons d'abord au plus petit enfant, «à tout seigneur tout +honneur,» pour lui expliquer le plus simple de tous les jeux d'esprit. +Approchez, petite fille, si vous savez marcher; mettez le bout de votre +doigt à côté du mien, sur mon genou, et levez-le quand je lève le mien +et que je dis: _Pigeon vole_. + +Faites bien attention, car je compte vous attraper. Il ne faut lever +votre doigt que quand je nomme un oiseau, tandis que moi je lève +toujours le mien. Si votre doigt suit l'impulsion que je lui ai +transmise, et se lève quand je dis: _Mouton vole_, vous devez un gage. +C'est plus difficile qu'on ne pense. Il y a quelquefois de grands débats +sur l'espèce de certains animaux. Nous décidons ici, pour éviter toute +contestation, qu'on peut ranger parmi les oiseaux les hippogriffes, les +poissons volants, les insectes qui ont des ailes, etc., la +chauve-souris, également, malgré son double caractère qui lui fait dire +alternativement: + + Je suis oiseau; voyez mes ailes. + . . . . . . . . . . . . . . . . . + Je suis souris; vive les rats! + + + +LE CORBILLON. + +Ce jeu est un de ceux qui plaisaient à nos aïeux, et il a un air de +bonhomie et de simplicité qui doit nous toucher. Le mot _corbillon_, qui +signifiait une petite corbeille, n'est plus d'usage dans la langue +moderne; mais il peut faire supposer que dans l'origine les joueurs se +passaient le corbillon de main en main. A présent, on prend n'importe +quel objet, et on le donne à son voisin en disant: _Je vous vends mon +corbillon_. Le voisin demande: _Qu'y met-on?_ On doit répondre en rimant +en _on_ par un mot qu'il faut tenir tout prêt, comme _un bonbon_, _une +chanson_, etc., puis le corbillon passe à un autre jusqu'à ce qu'il ait +fait le tour du cercle. Si on préfère une rime en _ette_, on peut dire: +_Je vous vends ma cassette_, demander _Que voulez-vous qu'on y mette?_ +répondre un mot comme _une allumette_, _une pincette_, etc.; mais c'est +une variété qui ajoute peu d'intérêt à ce jeu. On donne un gage si on +oublie la rime, ce qui nous paraît assez difficile, et cette méprise +serait assurément l'excès de la naïveté, comme dans ces vers si connus +de Molière: + +[Illustration: Pigeon vole.] + + .... S'il faut qu'avec elle on joue au corbillon, + Et qu'on vienne à son tour lui dire: «Qu'y met-on?» + Je veux qu'elle réponde: «Une tarte à la crème.» + + + +COMMENT L'AIMEZ-VOUS? + +Sans être bien compliqué, ce jeu peut commencer la série des amusements +dans lesquels l'esprit est appelé à jouer déjà un certain rôle. Il se +rattache à certaines connaissances de grammaire qui ne sont sans doute +pas chose nouvelle pour la plupart de nos jeunes lectrices, et qu'il +nous suffira, dans tous les cas, de rappeler par quelques courtes +explications. + +On choisit un mot parmi les _homonymes_, c'est-à-dire parmi les mots qui +sonnent de même quoiqu'ayant un sens différent. On peut choisir soit un +homonyme qui a plusieurs acceptions, mais dont l'orthographe ne varie +pas comme _fraise_, _son_, _voile_, _livre_, _glace_, soit des homonymes +qui se prononcent à peu près de la même manière, mais dont l'orthographe +est différente, tels que _mer_, _mère_, _maire_; ou _vert_, _verre_, +_ver_, _vers_; ou bien encore _chant_, _champ_. Les premiers homonymes +doivent être préférés dans le jeu dont il est ici question. Prenons pour +exemple le mot _voile_, qui a plusieurs significations. + +Une des jeunes filles, qui doit deviner, et par conséquent ignorer le +mot qui a été choisi par ses compagnes, se présente au milieu d'elles, +et leur adresse successivement la question suivante: _Comment +l'aimez-vous?_ Il faut que chacune, dans sa réponse, fasse allusion à +une des propriétés du mot qui a été choisi. Par exemple, si c'est le mot +_voile_, l'une dira: «Je l'aime _en dentelle_;» une autre répondra: «Je +l'aime _sur un navire_, etc.» + +Le jeu se jouera de la même manière avec les homonymes de la seconde +espèce. Ainsi, en prenant pour exemple les mots _vert_, _verre_, _ver_, +_vers_, les jeunes personnes interrogées peuvent faire les réponses +suivantes à la première question: «Je l'aime _transparent_, _en +cristal_, _à pied_ (en parlant d'un verre à boire); je l'aime en _rubans +de chapeau_ (en parlant de la couleur verte); je l'aime _à la façon de +Racine_ (en parlant des vers, poésies, etc.)» Ces exemples, que nous +choisissons très simples, peuvent être plus ingénieux, de manière à +embarrasser la personne qui questionne, en lui représentant un emploi +toujours différent, mais toujours juste du même mot. Il nous souvient +qu'en jouant ce jeu, on avait choisi le mot _toit_, _toi_. On adressa la +question d'usage à une personne qui répondit: «Je l'aime mieux que +_vous_.» Il y avait là une équivoque assez délicate et qui peut donner +une idée de la manière dont on peut quelquefois rendre le jeu plus +intéressant. + +Au deuxième tour, si le mot n'est pas deviné, la question change, et la +jeune fille qui est chargée de deviner dit, en s'adressant à chacune de +ses compagnes: _Qu'en faites-vous?_ Chacune d'elles donne sa réponse, et +si la questionneuse ne réussit pas mieux que la première fois, on passe +à un troisième tour par la question suivante: _Où le mettez-vous?_ Il +faut, autant que possible, que chacune des personnes conserve, en +répondant, l'acception qu'elle a donnée au mot dans ses précédentes +réponses. Celle qui a laissé deviner se retire à son tour pour venir +ensuite dans le cercle interroger et chercher à deviner lorsque la +société a fait choix d'un nouveau mot. On peut donner des gages, soit +lorsque, de l'avis général, on a fait une mauvaise réponse, soit +lorsqu'on a fait les trois tours sans deviner le mot. On dit alors +vulgairement: _Je jette_ ou _je donne ma langue aux chiens_, vieille +expression consacrée par l'usage, et que de bons écrivains n'ont pas +dédaigné d'employer familièrement. Nous croyons qu'on sera bien aise de +trouver ici quelques homonymes dont on pourra se servir. + +Homonymes de la première espèce. + + _Air._ + _Carreau._ + _Dé._ + _Fraise._ + _Glace._ + _Livre._ + _Mousse._ + _Mule._ + _Soufflet._ + _Son._ + _Souris._ + _Voile._ + _Livre._ + +Homonymes de la seconde espèce. + + _Alêne._ Haleine. + _Amande._ Amende. + _Ancre._ Encre. + _Bal._ Balle. + _Balai._ Ballet. + _Chant._ Champ. + _Cane._ Canne. + _Canot._ Canaux. + _Chaire._ Chair. Chère. Cher. + _Cellier._ Sellier. + _Cerf._ Serre. Serf. + _Chaîne._ Chêne. + _Cire._ Sire. + _Coeur._ Choeur. + _Compte._ Comte. Conte. + _Cygne._ Signe. + _Écot._ Écho. + _Faîte._ Fête. + _Fard._ Phare. + _Foi._ Foie. + _Gaz._ Gaze. + _Héraut._ Héros. + _Lait._ Laie. Laid. Lai. + _Luth._ Lutte. + _Maire._ Mer. Mère. + _Maître._ Mètre. + _Mante._ Menthe. + _Pan._ Paon. + _Palais._ Palet. + _Peau._ Pot. Pau (ville). + _Pain._ Pin. + _Poids._ Pois. Poix. + _Reine._ Rêne. Renne. + _Saut._ Sceau. Seau. Sot. + _Tan._ Temps. + _Tante._ Tente. + _Thon._ Ton. Taon. + _Toi._ Toit. + _Van._ Vent. + _Vin._ Vingt. + + + +J'AIME MON AMI PAR A. + +Ce jeu est le premier d'une série de jeux dans lesquels toutes les +lettres de l'alphabet jouent un rôle à leur tour. Il n'y a rien à +deviner. Chaque jeune fille dit successivement la formule dont nous +allons donner un exemple, et si elle fait quelque erreur, ou qu'elle ne +puisse trouver un mot qui s'applique bien, elle paye un gage. Elle en +paye également un si elle répète un mot qui ait déjà été dit. + +Voici l'exemple que l'on peut varier à l'infini: «J'aime mon ami par A, +parce qu'il est amusant; je le nourris d'amandes; je l'envoie à Alençon, +je lui donne un agneau et je lui fais un bouquet d'anémones.» + +On voit que chaque mot exprimant une qualité, un présent, etc., doit +commencer par la lettre A. Lorsque cette lettre paraît épuisée, on peut +passer à la lettre B, et ainsi de suite: en supprimant toutefois les +lettres K, X, Y, et Z, comme trop difficiles. + + + +L'AMOUR. + +La jeune fille qui dirige ce jeu s'assied seule en face de ses compagnes +assises toutes sur une même ligne. Elle les appelle l'une après l'autre. +Celle qui est appelée s'arrête devant la maîtresse du jeu, qui lui dicte +le rôle qu'elle devra figurer en lui disant: + + Viens, amour, et sois affable, + Viens, amour, et sois boudeur, + Viens, amour, et sois colère, etc. + +Elle indiquera à chacune son caractère, en suivant l'ordre des lettres +de l'alphabet. L'amour doit en entendant cet ordre, figurer par ses +gestes et son attitude le rôle qui lui est indiqué; ensuite il va se +placer à côté de celle qui préside et devient spectateur des autres +petites scènes, à moins qu'il ne soit convenu que l'on recommencera +plusieurs tours, ce qui a lieu lorsque la compagnie n'est pas nombreuse, +ou que le jeu amuse assez pour le continuer jusqu'à Z. + + + +LE LOGEMENT. + +Chaque jeune fille prend une lettre de l'alphabet et là-dessus on forme +tous les mots nécessaires au récit d'un voyage. Quand cela est fait, la +maîtresse du jeu demande à celle qui a choisi l'A: _Comment vous +appelez-vous?_ Il faut qu'elle réponde _Annette_, ou _Aline_, ou bien un +nom d'homme commençant par la lettre choisie, si c'est ainsi convenu, et +ensuite un surnom à son choix qui commence par la même lettre. On lui +demande ensuite: _D'où venez-vous?_ Elle répond: _d'Amiens_ ou +_d'Arras_, etc. Il faut répondre de la même manière pour dire l'enseigne +de l'auberge où on a logé, le nom de l'hôte, celui de l'hôtesse, celui +de la servante, les mets qu'on a mangés; on peut multiplier les +questions pour rendre le jeu plus difficile, en demandant au voyageur le +nom des arbres qui étaient dans le lieu d'où il vient, les médicaments +qu'on a donnés à un malade; les armes dont on s'est servi dans une +bataille, le vêtement que l'on portait, etc. Les réponses doivent être +faites, autant que possible, dans le sens de la question, et il faut +tâcher d'y mettre un peu d'intérêt. + + + +PROVERBES, SENTENCES OU DEVISES. + +On a inventé un jeu qui rentre dans la classe des précédents, en +récitant un proverbe ou telle autre petite phrase courte et connue, qui +soit d'un usage assez répandu pour qu'il ne soit pas possible d'y +substituer une phrase improvisée. Chacune des jeunes filles prend une +lettre de l'alphabet, et doit, quand celle qui dirige le jeu +l'interpelle, répondre par une sentence commençant par la lettre qu'elle +a choisie. Par exemple, pour la lettre A, on peut dire: _A bon chat bon +rat_; _à l'oeuvre on connaît l'ouvrier_; _a beau mentir qui vient de +loin_, etc. Pour la lettre B, on dira: _Bon sang ne peut mentir_; _bonne +renommée vaut mieux que ceinture dorée_, etc. Nous ne multiplions pas +les exemples, parce qu'il vaut mieux que chacun se donne la peine de +chercher ce qu'il dira. Ce jeu est assez difficile, mais il exerce la +mémoire. + +Un autre jeu _des proverbes_ se joue de cette manière: On choisit, pour +le faire deviner, un proverbe dont chacun prend un mot, qu'il doit +placer dans sa réponse à la personne qui l'interroge. Ainsi, par +exemple, si l'on prend le proverbe; _Chat échaudé craint l'eau froide_, +la première personne prend le mot chat; la seconde, le mot _échaudé_; la +troisième, _craint_, et ainsi de suite. Si le proverbe est trop long +pour le nombre des personnes qui forment le jeu, chacun prend deux mots, +en ayant soin d'en prévenir le patient qui devine. Il faut, dans la +réponse que l'on fait, placer le mot avec assez d'art pour qu'il ne +puisse être facilement deviné. + + + +LE MOT CACHÉ. + +La jeune fille qui doit deviner sort de la chambre; les autres +choisissent un mot simple et d'un emploi fréquent; par exemple: _comme_, +_si_, _un_, _pas_. Ce mot doit se trouver renfermé dans les réponses que +l'on fera aux questions de celle qui devine. Quand elle revient et +qu'elle a fait sa question, elle doit bien observer le retour du même +mot dans chacune des réponses qui lui sont faites. Celle qui fait +deviner, en employant le mot maladroitement ou en le faisant trop +remarquer, ira deviner à son tour. + +Nous avons pensé que, pour faciliter l'intelligence de certains jeux un +peu compliqués, il serait à propos de les présenter sous forme de +dialogues, et nous aurons recours à cet expédient toutes les fois que +nous le jugerons nécessaire. Nous supposons sept jeunes filles réunies +pour ce jeu. Elles se nomment Émilie, Henriette, Louise, Marie, +Mathilde, Héloïse et Juliette. C'est Émilie qui sort pendant que les +autres vont chercher un mot. + +MARIE. Quel mot choisissons-nous? + +LOUISE. Le mot _amitié_, ou bien _crainte_. + +HÉLÈNE. Non, non; il serait trop facile à deviner. Prenons le mot +_bien_. + +TOUTES. Oui, _bien_. Viens, Émilie. (_Émilie rentre._) + +ÉMILIE. Marie, as-tu été te promener ce matin? + +MARIE. Oui, et la promenade était bien agréable. + +ÉMILIE. Louise, aimes-tu les pêches? + +LOUISE. Oui, j'aime bien les pêches, mais je préfère les groseilles. + +ÉMILIE. Mathilde, quel livre lis-tu en ce moment? + +MATHILDE. Je lis _Hélène_, par miss Edgeworth, et j'aime bien le +caractère d'Hélène. + +ÉMILIE. Henriette, est-ce toi qui as brodé ce col? + +HENRIETTE. Non, ce n'est pas moi, parce que je ne brode pas assez bien. + +ÉMILIE. Je n'irai pas plus loin, le mot est _bien_. C'est Henriette qui +m'a fait deviner. (_Henriette sort_.) + +Nous ne continuons pas, parce que le jeu nous paraît suffisamment +expliqué. Nous allons le remplacer par un autre qui lui ressemble +beaucoup, mais qui est un peu plus difficile et plus amusant. + + + +RÉPONSE EN UNE PHRASE. + +Nous nous servons encore du même procédé pour rendre notre explication +plus claire. Une jeune fille va deviner. Cette fois, c'est Louise. +Chacune donne un mot à sa compagne, qui est obligée de faire entrer ce +mot dans sa réponse, quelle que soit la question qu'on lui adresse. + +ÉMILIE. Juliette, je te donne le mot _crocodile_. + +JULIETTE. Et moi je donne à Marie le mot _enchanteur_. + +MARIE. Je donne à Hélène le mot _baromètre_. + +HÉLÈNE. Je te donne, Mathilde, le mot _jardin_. + +MATHILDE. Je donne à Henriette le mot _chanson_. + +HENRIETTE. Et toi, Émilie, je te donne _bateau_. (_Louise rentre._) +Émilie, as-tu reçu des nouvelles de ta maman? + +ÉMILIE. Oui, et elle m'écrit qu'étant sur le bateau qui descend la Saône +elle a eu un grand orage, avec beaucoup de tonnerre et d'éclairs. + +LOUISE. C'est _tonnerre_. + +TOUTES. Non, non; c'est bateau. + +LOUISE. Juliette, comptes-tu te lever de bonne heure demain? + +JULIETTE. Je me lèverai le plus tôt que je pourrai; car, quand je dors +trop, je fais des rêves affreux, et je vois en rêvant des loups, des +serpents, des crocodiles, des tigres, des rhinocéros et des ours. + +LOUISE. En voilà assez. Comment veux-tu que je me retrouve dans toutes +ces vilaines bêtes? C'est cro.... non, c'est rhinocéros. + +JULIETTE. Pas du tout; tu avais bien commencé, c'est _crocodile_. + +LOUISE. Allons, à une autre. Marie, as-tu fini ton dessin? + +MARIE. Pas encore. J'aurais besoin pour le finir de la baguette d'un +enchanteur ou de celle d'une fée qui viendrait dans un petit char traîné +par des colombes ou des papillons. + +LOUISE. Je suis bien embarrassée, mais je crois que c'est _papillon_. + +MARIE. Non, c'est _enchanteur_. + +LOUISE. Je ne devinerai donc pas? Dis-moi, Hélène, aimes-tu les fraises? + +HÉLÈNE. Que faut-il donc que je réponde? Quand le baromètre... Non; +j'aime bien les fraises, mais j'aime à m'aller promener quand le +baromètre annonce du beau temps. + +LOUISE. Ce mot-là n'est pas difficile à deviner. C'est _baromètre_. + +MATHILDE. Quel dommage! je préparais une si jolie histoire! + +LOUISE. Il n'est pas toujours possible de se servir de l'histoire que +l'on a préparée. + +On voit que, pour rendre ce jeu plus difficile, il faut faire entrer +dans sa réponse des mots qui puissent détourner l'attention du mot +véritable. Il y a encore une autre manière de le jouer. On peut se +donner les mots tout bas, afin que les joueurs aient aussi le plaisir de +chercher le mot avec celui qui fait les questions. Au reste, cela fait +peu de différence pour l'intérêt du jeu. L'essentiel est de ne pas +varier sa voix dans la réponse, quand on prononce le mot donné, parce +qu'alors cette inflexion de voix le fait aisément deviner. + + + +PLUSIEURS MOTS POUR UN. + +Voici un autre jeu où il est si facile de deviner, que nous hésiterions +à le mettre sur notre liste, s'il n'y avait pas moyen de lui donner +quelque intérêt: c'est lorsqu'il n'est pas su de plusieurs de celles qui +le jouent. Elles ne sont pas dans le secret, et c'est la personne qui +est censée devoir deviner qui s'entend avec celle qui dirige le jeu. +Celle-ci choisit un mot dans lequel il entre autant de lettres qu'il y a +de personnes présentes. Elle indique à celles qui ne savent pas le jeu +le mot qu'elles auront à répondre. Si on est quatre, on choisira, par +exemple, le mot _pain_. Quand celle qui doit deviner rentre, chacune lui +dit un mot commençant par une des lettres composant le mot _pain_, dans +leur ordre. Ainsi, la première dira _pommes_, la seconde _amandes_, la +troisième _image_, et la quatrième _nid_. Il faut que celle qui est +censée deviner se souvienne de chacune de ces premières lettres, et elle +reforme aussitôt le mot, ce qui étonne celles à qui on n'a pas dit le +secret du jeu. + + + +LE MOT INDICATEUR. + +Ce jeu est de la même famille que le précédent et n'a aussi que le même +genre d'intérêt, qui est de donner à penser à celles qui le jouent et +qui ne sont pas dans le secret. Celle qui dirige le jeu convient avec +les autres que l'on touchera un objet en l'absence de celle qui feint de +deviner. Quand elle rentre, sa complice lui demande, en touchant +beaucoup de choses dans la chambre: «Est-ce ceci?» ou: «Est-ce cela?» +Précédemment elles étaient d'accord pour que le mot _ceci_ ou le mot +_cela_ fût employé pour désigner l'objet qui a été touché. Au moment où +elle prononce le mot _indicateur_, l'autre répond: «Oui» à la grande +surprise des jeunes filles qui ne connaissent pas le jeu, mais on +apprend bientôt le secret, et alors il n'est plus possible de le jouer. + + + +LES CINQ VOYELLES. + +Puisque nous nous occupons à décomposer la langue pour en composer +certains jeux, nous placerons ici tout ce qui paraîtra se rattacher à +ces différents exercices sur les lettres, les voyelles, les syllabes ou +les mots difficiles à prononcer; et quand nous en aurons épuisé la +liste, nous passerons à des jeux plus animés. + +Pour ce jeu des voyelles, il faut encore chercher à surprendre +quelques-unes des jeunes filles qui font partie du jeu, et qui en +ignorent cependant le procédé. Beaucoup de personnes le jouent en se +servant de cette formule: «M. le curé n'aime pas les O; que lui +donnerons-nous?» Nous ne tenons pas compte de cette phrase, qui est +fréquemment employée, parce que nous trouvons qu'il n'est pas convenable +de prendre en plaisantant le nom des personnes dont le caractère doit +être respecté. Nous demandons, en conséquence, que l'on y substitue, +soit un nom imaginaire, soit celui d'une des personnes présentes, si +elle y consent. Nous disons donc: «Mme *** n'aime pas les O; que lui +donnerons-nous?» et l'équivoque porte sur la lettre O, que les personnes +qui ignorent le jeu prennent pour des _os_, ce qui les oblige à chercher +des mets dans lesquels il ne s'en trouve pas. + +[Illustration: Les cinq voyelles.] + +Toutes les fois que l'on fait cette méprise, on paye un gage. Ce jeu est +amusant, et les personnes qui le connaissent en tirent un bon parti en +faisant de longues nomenclatures qui étonnent celles qui ne l'ont pas +encore joué. On peut faire une ordonnance pour une personne malade qui +n'aime pas les O, en lui traçant un régime où on lui recommande, d'une +part, ce qu'elle doit faire, et, de l'autre, ce qu'elle doit éviter. La +malade prendra des bains avec de l'eau de rivière, mais surtout pas +d'eau de fontaine. Elle prendra des panades; mais surtout ni consommés, +ni bouillons, ni sirops, ni compotes. Elle pourra manger des fèves et +des lentilles, mais ni pois, ni haricots, ni pommes de terre; des +fruits, comme pêches, fraises, cerises, mais ni poires, ni melons; des +perdrix, et pas de poulet, etc. + +Pour les autres voyelles: on change un mot dans la phrase, et l'on dit: +«Mme *** n'aime pas les _ânes_, et vous, les aimez-vous?» La personne à +qui on s'adresse doit vanter les qualités de l'une, ou parler de ses +défauts, sans employer la voyelle A. + +Pour la voyelle E, il est très-difficile de répondre, et c'est à peine +si l'on trouve quelques mots dans la langue où cette voyelle ne soit pas +employée; mais, avec des efforts cependant, on peut trouver une ou deux +phrases, et il faut s'en contenter. + +Pour I, on adresse la question que l'on veut, et dans celle-là, comme +dans les autres, la personne qui interroge doit placer la lettre omise, +et dire, par exemple: «Répondez-moi sans I: Aimez-vous la compagnie?» +Cette manière oblige à faire des périphrases pour répondre, et multiplie +les difficultés du jeu. On peut se souvenir de cette jolie réponse, qui +a un double sens: + + Aimer sauf I serait bien _amer_. + +Même observation pour la voyelle U. Et puis répétons avec M. Jourdain: +«A, E, I, O, U; que n'ai-je étudié plus tôt pour savoir tout cela!» + +On a essayé ce jeu par écrit, et on est parvenu à composer des lettres +entières avec suppression de telle ou telle voyelle. Nous donnons ici un +exemple où ne se rencontre pas la voyelle A, une des plus usitées, sans +que l'effort y paraisse trop à découvert: + +«Voici une nouvelle invention, mon coeur, pour exciter votre curiosité. +Nous voulons juger de l'inutilité de telle ou telle voyelle. L'écriture +seroit très-bonne si l'on pouvoit se réduire et n'en conserver que deux +ou trois. Tout homme qui invente mérite que le peuple lui décerne le +triomphe. Mon invention est une misère qui donne bien des peines pour +dire des bêtises, ou ne rien dire; ne vous en servez point si vous m'en +croyez.» + + + +LA LEÇON DE LECTURE. + +Maintenant passons à la leçon de lecture, par laquelle nous aurions +peut-être dû commencer, pour suivre un ordre logique. On s'assied et +l'on épelle un mot que l'on choisit parmi les plus longs, en prenant +soit un adverbe, soit un nom propre. Celui de _Nabuchodonosor_ est trop +fréquemment employé pour que nous ne le choisissions pas comme exemple. +La première personne du cercle dit, et les autres répètent après elle: +«N, A, na.» Au deuxième tour elle dit: «N, A, na, B, U, bu.» Au +troisième tour, elle reprend: «N, A, na, B, U, bu, C, H, O, cho (que +l'on prononce co),» et ainsi de suite, jusqu'à ce que le mot soit +entier. Il ne faut pas mettre le plus petit intervalle en se succédant +les uns aux autres. Cela produit un petit gazouillement comme celui de +mille oiseaux bavards qui se retirent dans un gros arbre quand le jour +baisse, mais sans être tout à fait aussi harmonieux. + + + +LES DOUZE QUESTIONS OU LES TROIS RÈGNES. + +Il faut dans ce jeu qu'une des jeunes filles devine un mot, sans pouvoir +faire plus de douze questions. On lui donne aussi le nom de jeu des +_trois règnes_, parce que tout ce qui existe dans la nature est classé +en trois règnes, le règne animal, le règne végétal et le règne minéral. +Les êtres animés composent le règne animal. Le règne végétal comprend +tout ce qui a la vie sans mouvement, et le règne minéral comprend ce qui +n'a ni vie ni mouvement, comme les métaux et les pierres. En mettant ce +jeu en action, on le comprendra assez facilement. Nous supposons que le +mot choisi est _chat_, et que Marie est chargée de le deviner. + +MARIE. Je vais faire ma première question. De quel règne est l'objet que +vous avez choisi? + +HÉLÈNE. Du règne animal seulement. + +MARIE. Est-il vivant? + +LOUISE. Il est vivant. + +MARIE. Est-il sauvage ou domestique? + +HENRIETTE. Il est sauvage. + +JULIETTE. Non, il est domestique. + +MARIE. Ce doit être un chat, car c'est le plus sauvage des animaux +domestiques. + +HENRIETTE. Oui, c'est un chat; c'est Juliette qui a fait deviner +(Juliette sort.) + +HÉLÈNE. Choisissons le mot _parapluie_. Elle aura bien de la peine à +deviner. Viens, Juliette. + +JULIETTE. De quel règne est l'objet pensé? + +HENRIETTE. Il est composé de trois règnes. + +JULIETTE. Est-il animé? + +LOUISE. Non, tu vois bien que tu fais une question inutile; un objet +composé de trois règnes ne peut être animé. + +JULIETTE. Sert-il plus aux hommes qu'aux femmes? + +MARIE. Également. + +JULIETTE. Sert-il plus à la ville qu'à la campagne? + +LOUISE. On s'en sert souvent à la campagne, mais encore plus souvent à +la ville. + +JULIETTE. Est ce un meuble? + +MATHILDE. Oui, on peut dire que c'est un meuble. + +JULIETTE. Y a-t-il de ces sortes de meubles dans cette chambre? + +MARIE. Je ne crois pas. + +HÉLÈNE. Mais oui, il y en a. Marie, il faut répondre juste. Juliette a +déjà fait six questions et elle n'a pas encore deviné. + +JULIETTE. N'est-ce pas un fauteuil? Il est des trois règnes puisqu'il a +des clous, du bois et de la soie. + +HÉLÈNE. Non, ce n'est pas un fauteuil. + +JULIETTE. Ah! je vois à présent, c'est un parapluie. Il y en a un dans +le coin de la chambre. + +HÉLÈNE. Oui, tu vois bien qu'il est aussi des trois règnes; la soie, du +règne animal, les ferrements du règne minéral, et le bâton, du règne +végétal. + +ÉMILIE. Et s'il était en coton? + +HÉLÈNE. Il y aurait encore les baleines, qui sont du règne animal. Si le +bâton était en fer, il y aurait encore le fil pour le coudre, qui serait +du règne végétal. + + + +OUI OU NON. + +Il existe encore un jeu du même genre, qui intéresse ordinairement les +jeunes filles qui étudient l'histoire. Il consiste à choisir un mot +qu'une des jeunes filles doit deviner en faisant toutes les questions +qu'elle voudra, mais auxquelles on ne peut répondre que _oui_ ou _non_. +Quoique l'on puisse prendre le mot que l'on veut, on choisit presque +toujours un nom historique. + +EXEMPLE. Le nom choisi est Auguste, empereur romain. + +QUESTION. Est-ce un homme? + +RÉPONSE. Oui. + +QUESTION. Est-ce un prince? + +RÉPONSE. Oui. + +QUESTION. Vit-il de nos jours? + +RÉPONSE. Non. + +QUESTION. Vivait-il avant Jésus-Christ? + +RÉPONSE. Oui. + +QUESTION. Longtemps avant? + +RÉPONSE. Non. + +QUESTION. A-t-il vécu en même temps? + +RÉPONSE. Oui. + +QUESTION. Est-ce Hérode? + +RÉPONSE. Non. + +QUESTION. Est-ce un empereur romain? + +RÉPONSE. Oui. + +C'est Auguste. + +AUTRE EXEMPLE. Marie Stuart est le nom choisi. + +QUESTION. Est-ce un homme? + +RÉPONSE. Non. + +QUESTION. Est-ce une femme? + +RÉPONSE. Oui. + +QUESTION. Est-ce une reine? + +RÉPONSE. Oui. + +QUESTION. Vivait-elle avant Jésus-Christ? + +RÉPONSE. Non. + +QUESTION. Vivait-elle avant l'an 1000? + +RÉPONSE. Non. + +QUESTION. Aux XIIe, XIIIe, XIVe, XVe, XVIe siècles. + +RÉPONSE. Oui. + +QUESTION. Est-ce une Allemande? + +RÉPONSE. Non. + +QUESTION. Une Espagnole, une Anglaise, une Italienne? + +RÉPONSE. Non. + +Question. A-t-elle été reine de France? + +RÉPONSE. Oui. + +QUESTION. Est-ce une Écossaise? + +RÉPONSE. Oui. + +C'est donc Marie Stuart. + + + +LA CLEF DU JARDIN. + +On dit que le grand orateur grec, Démosthène, s'étudiait à prononcer +distinctement en remplissant sa bouche de petits cailloux, trouvant +ensuite plus facile de parler quand il les avait ôtés. Il aurait pu +essayer également un de ces exercices où l'on multiplie certaines +difficultés de prononciation pour délier la langue. En Angleterre, on a +ainsi une foule de petits récits, composés de quelques phrases qu'il +faut répéter distinctement, quelque pénibles qu'elles paraissent à dire +de suite. Le plus connu s'appelle: «La maison que Jacques a bâtie,» que +nous croyons n'être que la traduction de notre jeu intitulé: _La Clef du +Jardin_. Nous allons le présenter cette fois en dialogue, pour donner +une idée de la vivacité qu'il faut mettre à le jouer. Nous retrouvons +les jeunes filles que nous avons vues ailleurs: + +ÉMILIE. Si vous voulez jouer ce jeu, vous n'avez qu'à répéter après moi: +«Je vous vends la clef du jardin.» + +Toutes les jeunes filles répètent en disant: «Mais c'est bien aisé.» + +ÉMILIE. Vous allez voir si c'est bien aisé: je vous vends la corde qui +tient à la clef du jardin. (_Toutes répètent de même._) + +ÉMILIE. Je vous vends le rat qui a rongé la corde qui tient la clef du +jardin. (_Toutes répètent_). + +LOUISE. Je parie que je ne donnerai pas de gage. + +ÉMILIE. Je vous vends le chat qui a mangé le rat qui a rongé la corde +qui tient à la clef du jardin. + +MARIE. Je vous vends le chat qui a mangé la corde qui tient à la clef du +jardin. + +ÉMILIE. Bon! un gage. Tu as passé le rat. Je continue. Je vous vends le +chien qui a mangé le chat qui a mangé le rat qui a rongé la corde qui +tient à la clef du jardin. + +HÉLÈNE. _A son tour_. Je vous vends le chien qui a mangé le rat qui a +mangé le chat.... + +ÉMILIE. Un gage, Hélène. Depuis quand les rats mangent-ils les chats? +Fais attention cette fois: je vous vends le bâton qui a tué le chien qui +a mangé le chat qui a mangé le rat qui a rongé la corde qui tient à la +clef du jardin. (_Toutes répètent exactement_). + +ÉMILIE. Je vous vends le feu qui a brûlé le bâton qui a tué le chien qui +a mangé le chat qui a mangé le rat qui a rongé la corde qui tient à la +clef du jardin. (_Toutes répètent sans se tromper_). + +ÉMILIE. Je vous vends l'eau qui a éteint le feu qui a brûlé le bâton qui +a tué le chien qui a mangé le chat qui a mangé le rat qui a rongé la +corde qui tient la clef du jardin. + +JULIETTE, _très-vite_. Je vous vends l'eau qui a brûlé le chien qui a +mangé le jardin. + +ÉMILIE. C'est plus tôt fait; tu ne dois que sept gages cette fois-ci. + +JULIETTE. Les voilà tous. + +ÉMILIE. Je vous vends le seau qui a apporté l'eau qui a éteint le feu +qui a brûlé le bâton qui a tué le chien qui a mangé le chat qui a mangé +le rat qui a rongé la corde qui tient à la clef du jardin. + +Nous ne suivrons pas ce jeu plus loin. On peut cependant y ajouter +encore quelques _longueurs_, mais nous donnons cet exemple, qui est un +des plus fréquemment employés, et ensuite chacun peut fournir le sien, +car il ne manque pas de petites bagatelles de ce genre. On peut dire +aussi sans grasseyer cette petite phrase qui n'a pas le sens commun: +«Gros gras grain d'orge, quand te dégrogragrain d'orgeriseras-tu?» à +quoi l'on répond: «Je me dégrogragrain d'orgeriserai quand tous les +autres gros gras grains d'orge se dégrogragrain d'orgeriseront.» + +Ou bien on peut répéter avec volubilité: + + Quatre plats plats dans quatre plats creux, + Quatre plats creux dans quatre plats plats. + +Ou: «Quatre plats de carpe,» vite et longtemps, et cela, sans se +tromper, si l'on peut, une douzaine de fois. + +Ou bien encore cette chanson: + + Celui-là n'est point ivre (_bis_), + Qui trois fois peut dire (_bis_): + Blanc, blond, bois, barbe grise, bois, + Blond, bois, blanc, barbe grise, bois, + Bois, blond, blanc, barbe grise, bois. + +Mais nous nous arrêtons, parce que, si nous indiquions un trop grand +nombre de ces exercices propres à délier la langue, des gens de mauvais +goût nous diraient que les petites filles n'en ont pas besoin. + +Ce jeu _en prose_ rappelle un chant fort ancien, qui se retrouve dans +diverses parties de la France, et que nous mettons ici comme un curieux +exemple de cette croyance populaire qui faisait apparaître _l'esprit du +mal_ dans presque toutes les compositions de ce genre. Cette chanson, +qui date du moyen âge, est intitulée le _Conjurateur et le loup_. + +I. + + L'y a un loup dedans un bois, + Le loup n'veut pas sortir du bois. + Ha, j' te promets compèr' Brocard, + Tu sortiras de ce lieu-là. + Ha, j' te promets compèr' Brocard, + Tu sortiras de ce lieu-là. + +II. + + Le loup n' veut pas sortir du bois, + Il faut aller chercher le chien. + Ha, j' te promets, compèr' Brocard, + Tu sortiras de ce lieu-là. + Ha, j' te promets, etc. + +III. + + Il faut aller chercher le chien, + Le chien n' veut pas japper au loup. + Le loup n' veut pas sortir du bois. + Ha, j' te promets compèr' Brocard, + Tu sortiras de ce lieu-là. + Ha, j' te promets, etc. + +IV. + + Il faut aller chercher l' bâton, + L' bâton n' veut pas battre le chien, + Le chien n' veut pas japper au loup, + Le loup n' veut pas sortir du bois. + Ha, j' te promets, etc. + +V. + + Il faut aller chercher le feu, + Le feu n' veut pas brûler l' bâton, + L' bâton n' veut pas battre le chien, + Le chien n' veut pas japper au loup, + Le loup n' veut pas sortir du bois. + Ha, j' te promets, etc. + +VI. + + Il faut aller chercher de l'eau, + L'eau n' veut pas éteindre le feu, + Le feu n' veut pas brûler l' bâton, + L' bâton n' veut pas battre le chien, + Le chien n' veut pas japper au loup, + Le loup n' veut pas sortir du bois. + Ha, j' te promets, etc. + +VII. + + Il faut aller chercher le veau, + Le veau ne veut pas boire l'eau, + L'eau n' veut pas éteindre le feu, + Le feu n' veut pas brûler l' bâton, + L' bâton n' veut pas battre le chien, + Le chien n' veut pas japper au loup, + Le loup n' veut pas sortir du bois. + Ha, j' te promets, etc. + +VIII. + + Il faut aller chercher l' boucher, + L' boucher n' veut pas tuer le veau, + Le veau ne veut pas boire l'eau, + L'eau n' veut pas éteindre le feu. + Le feu n' veut pas brûler l' bâton, + L' bâton n' veut pas battre le chien, + Le chien n' veut pas japper au loup, + Le loup n' veut pas sortir du bois. + Ha, j' te promets compèr' Brocard, + Tu sortiras de ce lieu-là, + Ha, j' te promets, Broquin Brocard, + Tu sortiras de ce lieu-là. + +IX. + + Il faut aller chercher le diable, + Et le diable veut bien venir, + L' boucher veut bien tuer le veau + Et le veau veut bien boire l'eau, + L'eau veut bien éteindre le feu, + Le feu veut bien brûler l' bâton, + L' bâton veut bien battre le chien, + Le chien veut bien japper au loup, + Le loup veut bien sortir du bois. + Ha, j' te promets, compèr' Brocard, + Tu sortiras de ce lieu-là. + + + +LA PREMIÈRE SYLLABE. + +Pendant que nos jeunes filles sont assises, elles peuvent commencer un +autre jeu qui demande encore de la rapidité dans l'exécution. Celle qui +est en tête jette à sa voisine un mouchoir roulé en boule, et lui dit la +première syllabe d'un mot à son choix. Il faut que l'autre réponde par +une seconde syllabe pouvant s'ajouter à la première pour former un mot. +Par exemple on dit: «ba,» elle répond «teau,» et elle jette la balle à +celle qui suit, en disant «dé;» l'autre répond «mon;» et on continue +jusqu'à la dernière du cercle; ensuite on recommence sans s'arrêter, si +on trouve que le jeu soit assez amusant. Lorsqu'on répète un mot déjà +dit, on donne un gage, comme pour tous les jeux de la même espèce. + + + +LA SYLLABE DEVINÉE. + +[Illustration: La syllabe devinée.] + +Pour ce jeu, il faut qu'une jeune fille sorte de la chambre, et en son +absence, on fait choix d'une syllabe. Lorsqu'elle rentre, elle adresse +une question à la première du rang, qui doit répondre par une phrase +dont le dernier mot puisse s'ajouter après la syllabe choisie et former +avec elle un mot. Il n'est pas nécessaire que l'orthographe soit juste. +Pour rendre notre explication plus intelligible, nous reprenons la forme +de dialogue. (_Henriette sort_). + +MARIE. Si vous voulez, nous prendrons la syllabe _ra_. + +TOUTES. Oui, c'est convenu. Viens, Henriette. + +HENRIETTE, _en rentrant_. Pourquoi, Marie, es-tu venue si tard +aujourd'hui? + +MARIE. Parce que j'ai pris beaucoup de leçons qui m'ont occupée toute la +journée; mais une autre fois je tâcherai de venir plus _tôt_ +(_ra-teau_). + +HENRIETTE. Et toi, Mathilde, as-tu bien travaillé? + +MATHILDE. Oui, mais je suis sortie de bonne heure et dans ma promenade +j'ai rencontré une mendiante qui m'a fait bien de la peine; elle +traînait par la main deux petits enfants, et elle en avait un troisième +sur son _dos_ (_ra-deau_). + +HENRIETTE. Ton histoire est un peu longue, mais elle ne me fait pas +deviner encore. Et toi, Émilie, commences-tu à bien jouer tes études? + +ÉMILIE. Il y en a une que je joue encore mal parce qu'elle est difficile +à cause des changements de _tons_ (_ra-ton_). + +HENRIETTE. Je ne devine pas encore. Louise, tu as une grande tache à ta +robe. + +LOUISE. Je le sais bien. C'est une robe qui a du malheur; je ne puis la +mettre sans la _tacher_ (_rat-tacher_). + +HENRIETTE. Je ne devine pas. Ce sera toi, Hélène, qui me feras deviner. +As-tu de jolis oiseaux dans ta volière? + +HÉLÈNE. Oui, très-jolis, et j'en ai beaucoup aussi; j'en ai plus de +_vingt_. + +HENRIETTE. Ravin! C'est _ra_. + +Nous ne donnons qu'un aperçu de ce jeu, qui est assez joli. Il faut +souvent inventer une histoire très-longue pour pouvoir placer un mot à +la fin. + + + +L'APPRENTI. + +La personne qui commence le jeu dit qu'elle a mis son fils en +apprentissage chez un tailleur, ou chez un cordonnier, ou chez un +épicier, soit enfin dans toute autre profession qui puisse fournir les +noms d'un grand nombre d'objets propres à être vendus. Elle dit la +lettre initiale de la première chose que l'apprenti a fabriquée ou +vendue. Les autres jeunes filles doivent deviner le mot dont elles ne +savent que la première lettre. Si aucune d'elles ne dit juste, elle +payent un gage, et on cherche un autre mot. On peut encore, à ce jeu, +n'être que deux personnes, quoiqu'il soit plus animé si les joueurs sont +en plus grand nombre. Nous allons en donner un court exemple dialogué: + +ÉMILIE. J'ai mis mon fils en apprentissage chez un épicier. La première +chose qu'il a vendue commençait par un _c_. + +LOUISE. Du café. + +ÉMILIE. Non: un gage. + +MATHILDE. Du chocolat. + +ÉMILIE. Oui. A ton tour. + +MATHILDE. J'ai mis mon fils en apprentissage chez un confiseur. La +première chose qu'il a vendue commençait par un _p_. + +HENRIETTE. Des pralines. + +MATHILDE. Non. + +MARIE. Des pruneaux. + +TOUTES. Non, non; un gage. Ce sont les épiciers qui vendent les +pruneaux. + +MARIE. Eh bien! des prunes confites. + +MATHILDE. Non, ce n'est pas cela. + +LOUISE. Des pistaches. + +MATHILDE. Oui. + +MARIE. Comment n'y ai-je pas pensé, moi qui les aime tant! + + + +LES MOTS PROHIBÉS. + +Ce jeu est, dit-on, d'origine italienne. On convient d'adresser des +questions auxquelles il faut répondre sans dire ni _oui_, ni _non_, ni +_pourquoi_; ou bien ni _monsieur_, ni _madame_, ni _mademoiselle_. Le +talent de celle qui dirige le jeu consiste à faire des questions +embarrassantes qui obligent la personne qui répond à se servir de +circonlocutions pour éviter l'emploi des mots défendus. + + + +LES COULEURS PROHIBÉES + +Si le jeu précédent nous vient d'Italie, celui-ci arrive d'Angleterre. +On décide d'abord qu'on ne nommera pas certaines couleurs. L'une des +jeunes filles dit: «Comment madame sera-t-elle habillée pour le bal?» +Chacune à son tour propose un article de toilette, et si elle nomme la +couleur que l'on est convenu d'omettre, elle donne un gage. Pour rendre +le jeu plus difficile, on peut supprimer deux couleurs. + + + +LA PENSÉE, OU A QUOI RESSEMBLE CE QUE JE PENSE? + +Les jeunes filles ayant pris leurs places, la première pense à quelque +objet bien déterminé; par exemple, au soleil, à une montre, à un +chapeau, etc. Et elle dit à chacune successivement: «A quoi ressemble ce +que je pense?» Chacune donne sa réponse, faite au hasard, puisqu'elle +ignore la pensée. Elle répond donc: «A un gant, à une épingle, à quelque +objet matériel enfin à son choix. Celle qui a interrogé doit dire +ensuite quelle a été sa pensée et demander aux autres les rapports qu'il +peut y avoir entre cet objet et ceux qui ont figuré dans les différentes +réponses. Celle qui est incapable de trouver un rapport donne un gage. +Nous mettons ce jeu en action pour le rendre plus intelligible: + +MARIE. Hélène, à quoi ressemble ma pensée? + +HÉLÈNE. A la pluie. + +MARIE. Henriette, réponds. + +HENRIETTE. A une fleur. + +MARIE. A toi, Louise. + +LOUISE. A une cloche. + +MARIE. Émilie, à quoi ressemble ce que je pense? + +ÉMILIE. A une chouette. + +MARIE. Mathilde, que répondras-tu? + +MATHILDE. A une étoile. + +MARIE. A la pluie, à une fleur, à une cloche, à une chouette, à une +étoile. + +HÉLÈNE. Je ne vois pas comment ta pensée pourra ressembler à des choses +si différentes. + +MARIE. Ma pensée, c'est la lune. Hélène, quel rapport y a-t-il entre la +lune et la pluie? + +HÉLÈNE. Toutes les deux causent des inondations. Vous savez que la lune +influe sur les marées, qui peuvent être très considérables, et la pluie +fait grossir les fleuves et les rivières, et les fait, par conséquent +déborder. + +MARIE. Ton explication est très-savante. Maintenant, Henriette, dis-moi +quelle ressemblance il y a entre la lune et une fleur? + +HENRIETTE. C'est qu'elles changent de forme tous les jours. + +MARIE. Pourquoi la lune est-elle comme une cloche? + +LOUISE. Comme une cloche? Je ne sais pas; j'ai beau chercher, je ne +trouve rien. Voilà mon gage. + +MARIE. Émilie, pourquoi la lune est-elle comme une chouette? + +ÉMILIE. Oh! c'est bien facile à trouver. C'est parce qu'elles paraissent +toutes les deux la nuit. + +MARIE. Mathilde, quel rapport y a-t-il entre la lune et une étoile? + +MATHILDE. La lune est un astre et l'étoile aussi. + +Voilà un aperçu de la manière dont on peut jouer ce jeu, qui nous paraît +assez ingénieux. + + + +LES COMPARAISONS. + +C'est à peu près le même jeu que le précédent; mais l'explication qui en +sera donnée montrera suffisamment sous quel rapport il en diffère et en +quoi ils se ressemblent l'un et l'autre. + +On compare quelqu'un à un objet quelconque; et comme il n'y a point de +comparaison qui soit exactement parfaite, on dit en quoi est la +ressemblance et en quoi est la différence. Par exemple, on dira: «Je +compare Mlle *** à une rose. Elle en a la fraîcheur et l'éclat: voilà la +ressemblance; mais la rose est environnée d'épines et blesse ceux qui +l'approchent: voilà la différence.» Nous laissons aux jeunes filles qui +choisiront ce jeu le soin de trouver des comparaisons plus neuves et +plus ingénieuses que celle-ci, nous avons seulement voulu leur donner un +exemple. + + + +LES PROPOS INTERROMPUS. + +C'est encore une des variétés de ces jeux dans lesquels les demandes et +les réponses s'entre-croisent d'une manière bizarre pour produire au +hasard, soit des réponses qui surprennent par leur justesse, soit des +contre-sens qui amusent encore davantage. Nous le mettons en action pour +le rendre plus intelligible. + +HENRIETTE. Je vais faire une question tout bas à Marie, qui est à ma +droite, et elle me répondra aussi tout bas. Elle fera une question à +celle qui vient après elle, qui lui répondra. Lorsque le tour du cercle +sera fini, je reprendrai tout haut la question de ma voisine de gauche, +qui est la dernière, et j'y répondrai par la réponse que ma voisine de +droite m'a faite en commençant; ensuite celle-ci dira ma question et +dira la réponse de celle qui est à sa droite, et ainsi de suite jusqu'à +la fin. Ayez bien soin de vous souvenir des questions et des réponses +qui vous sont faites. Marie, à quoi sert un soufflet? + +MARIE. A souffler le feu. (_A Émilie_). A quoi servent les pompes des +pompiers? + +ÉMILIE. A éteindre le feu. (_A Juliette_). A quoi sert une charrue? + +JULIETTE. A labourer la terre. (_A Hélène_). A quoi sert un bonnet? + +HÉLÈNE. A couvrir la tête. (_A Mathilde_). A quoi sert un soulier? + +MATHILDE. A chausser le pied. (_A Louise_). A quoi sert une épingle +noire? + +LOUISE. A attacher les cheveux. (_A Henriette_). A quoi sert un +baromètre? + +HENRIETTE. A marquer la pesanteur de l'air. (_Haut_) Nous allons voir +maintenant si les réponses s'accordent bien. Louise m'a demandé à quoi +servait un baromètre, et Marie m'a répondu: à souffler le feu. + +MARIE. Henriette m'a demandé à quoi servait un soufflet, et Émilie m'a +répondu à éteindre le feu. + +ÉMILIE. Marie m'a demandé à quoi servent les pompes des pompiers, et +Juliette m'a répondu: à labourer la terre. + +JULIETTE. Émilie m'a demandé à quoi servait une charrue, et Hélène a +répondu: à couvrir la tête. + +HÉLÈNE. Juliette m'a demandé à quoi servait un bonnet, et Mathilde m'a +répondu: à chausser le pied. + +MATHILDE. Hélène m'a demandé à quoi servait un soulier, et Louise m'a +répondu: à attacher les cheveux. + +LOUISE. Mathilde m'a demandé à quoi servait une épingle noire, et +Henriette m'a répondu: à mesurer la pesanteur de l'air. + +Ce jeu, qui produit ce qu'on appelle des _coq-à-l'âne_[14] demande un +certain effort de la mémoire pour ne pas oublier les demandes et les +réponses. Nous allons encore citer quelques jeux qui rentrent dans la +même catégorie. + +[Note 14: On appelle ainsi des discours sans suite et sans raison, dont +les parties n'ont pas plus de rapport entre elles, qu'un _coq_ n'en a +avec un _âne_.] + + + +LES PROPOS INTERROMPUS PAR ÉCRIT. + +Les jeunes filles qui prennent part à ce jeu écrivent chacune sur un +petit carré de papier une question, la plus bizarre possible. On mêle +les petits papiers dans une boîte ou dans une corbeille. Chaque joueuse +tire un de ces billets et y répond sur un autre papier, puis elle met sa +réponse dans une seconde corbeille et remet la demande dans la première. +On tire ensuite alternativement une demande et une réponse, mais la +réponse ne sort presque jamais en même temps que la demande pour +laquelle on l'avait faite. + +Une variété de ce jeu consiste à mettre la réponse sur le même papier +que la question. Tout l'intérêt repose alors sur l'esprit ou sur la +bizarrerie de l'une ou de l'autre, ou sur l'anonyme que gardent les +auteurs et que l'on s'efforce de pénétrer. Pour cette seconde manière de +jouer, les questions sont tirées de même, et la réponse y est faite par +une personne autre que celle qui a fait la question. + +Au reste, nous renvoyons au jeu du _secrétaire_, qui a quelque analogie +avec celui-là, et pour lequel nous donnons de plus grands +développements. + + + +LES POURQUOI ET LES PARCE QUE. + +Ce jeu diffère du précédent en ce que la réponse n'est pas donnée +directement, mais passe par un tiers, c'est-à-dire qu'une personne fait +une question tout bas à sa voisine; celle-ci lui demande _pourquoi_, et +l'autre voisine de la personne du milieu fait la réponse, en sorte que +celle qui est au milieu ne sert que d'intermédiaire entre les deux +autres, pour adresser la question «pourquoi?» et pour retenir ce que +l'autre lui a dit à l'oreille. Cette manière de jouer aux propos +interrompus produit des effets plus bizarres encore que la précédente, +mais elle est moins animée. + + + +LA NARRATION. + +Pour ce jeu, il est d'usage d'avoir de longs rubans que chaque joueuse +tient par un bout, tandis que tous les autres bouts sont réunis dans la +main de celle qui dirige le jeu. Celle-ci commence une histoire ou +narration, et s'arrêtant après deux ou trois phrases, elle donne une +secousse à un des rubans. Celle à qui s'adresse ce signal doit continuer +_immédiatement_ la narration, en tâchant de bien lier ce qu'elle dit +avec ce qui se disait au moment où elle a repris. Ce jeu demande une +certaine invention pour trouver des détails qui soient un peu +intéressants. On en jugera mieux par l'exemple que nous allons donner. +Celle qui tient les rubans commence ainsi (les points marquent les +interruptions et les reprises): + +«La neige tombait par flocons épais quand Alice se leva le matin. Elle +pensa qu'elle ne pourrait pas monter à cheval ce jour-là, à cause du +mauvais temps, et descendit à la salle à manger, où elle trouva..... + +«Une dame qu'il lui sembla avoir déjà rencontrée quelque part, et un +petit garçon de sept ou huit ans qui avait de beaux yeux noirs et +d'abondants cheveux bouclés. «Vous ne me reconnaissez pas, Alice, lui +dit cette personne; je suis.... + +«La femme de chambre de votre cousine Jeanne, que vous n'avez pas vue +depuis six ans, et voilà son petit garçon que je vous amène. Il lui est +arrivé, il y a quelques jours, une aventure bien extraordinaire. Il +était allé au bois de Boulogne avec un domestique. Là.... + +«Le domestique l'ayant perdu de vue un moment, il se trouva seul, et, +comme il le cherchait avec inquiétude, son air effaré attira auprès de +lui.... + +«Une troupe de petits gamins assez déguenillés qui commencèrent à le +tourmenter. Comme il est très-vif, il ne put supporter leurs mauvais +propos et donna un soufflet à l'un d'eux, qui.... + +«Se jeta sur lui et commençait à le battre, lorsqu'ils virent paraître +tout à coup un monsieur qui se trouvait être, etc....» + +Nous ne donnerons pas la suite de l'histoire, et nous engageons nos +jeunes lectrices à la terminer elles-mêmes, ou à en inventer de +meilleures dont elles sauront faire «le modèle des narrations +agréables,» comme le dit Mme de Sévigné avec raison, de sa lettre que +l'on appelle _la lettre de la prairie_. + +Si l'on veut au contraire faire une narration absurde, le jeu sera +peut-être moins difficile, mais nous préférons une narration suivie et +un peu élégante. Toutefois, nous allons donner un exemple de ce que peut +être un discours dont les idées n'ont aucune liaison entre elles. + +[Illustration: La narration.] + +«C'était par une belle nuit d'été, alors que le soleil, prêt à se +plonger dans la mer, comme un charbon rougi aux feux de la forge, jetait +encore un dernier éclat.... + +«Vraiment, s'écria Hippolyte, il fait noir comme dans un four. Que +demanderons-nous ce matin pour notre déjeuner? J'ai envie d'oeufs à la +coque... + +«A ces mots, ils poursuivirent leur course, renversant tout sur leur +passage; leurs chevaux excités refusaient de s'arrêter malgré tous leurs +efforts.... + +«La vague grossissait toujours et menaçait de les engloutir; déjà +plusieurs lames avaient pénétré dans leur frêle embarcation. Tout +faisait pressentir un prochain désastre.... + +«Lorsque la voix d'un chien se fit entendre; c'était celui du portier de +leur maison, rue Neuve-Saint-Roch. Ces aboiements réitérés annonçaient +leur arrivée.... + +«Chacun s'empressa d'accourir. La vue de ce fidèle animal rappelait des +jours qui n'étaient plus; mais l'ardente chaleur de cette après-midi.... + +«Les accablait et semblait faite pour les inviter au repos. Ils +s'assirent donc en cercle auprès d'un rocher qui leur prêtait son +ombre.... + +«L'endroit leur paraissant convenable, chacun s'empressa de faire un +grand feu. L'intensité du froid rendait cette précaution plus nécessaire +que jamais.» + +Nous sommes obligés d'avertir, en donnant ce modèle de contre-sens, +qu'il ne nous est pas venu à la pensée d'imiter la forme de quelques +romans modernes. + + + +LE JOURNAL. + +Ce jeu, moins difficile que le précédent, lui ressemble sous quelques +rapports. La jeune fille qui le dirige doit avoir un livre ou un journal +contenant un récit sérieux. Chacune des autres choisit un métier, comme +confiseur, épicier, marchand de joujoux, marchande de modes, etc. Elles +se placent vis-à-vis de la lectrice. Celle-ci, en lisant, s'arrête quand +elle rencontre un substantif et quelque fois un verbe, et regarde celle +qui doit parler, ou bien tire un ruban, comme nous l'avons indiqué plus +haut. La jeune fille à qui s'adresse ce langage muet doit à l'instant +placer un mot qui se rapporte au métier qu'elle a choisi. La lectrice +alors finit la phrase, et continue, s'arrêtant de nouveau aux endroits +que nous avons déjà indiqués, et regardant tantôt l'une, tantôt l'autre +de ses compagnes. Celle qui ne répond pas, ou qui fait une erreur, paye +un gage. L'exemple que nous allons donner suffira pour notre +explication. + +MARIE. Asseyez-vous toutes en face de moi; voici mon journal. Quels +métiers choisissez-vous? + +HÉLÈNE. Je suis épicier. + +HENRIETTE. Moi, quincailler. + +LOUISE. Moi, fruitière. + +MATHILDE. Moi, je serai lingère. + +ÉMILIE. Moi, marchande de nouveautés. + +JULIETTE. Moi, je serai herboriste. + +MARIE. Je commence: _Une grande_.... + +HÉLÈNE. Bougie. + +MARIE. _Se fait sentir dans notre_.... + +HENRIETTE. Arrosoir. + +MARIE. _A plusieurs reprises cette semaine des_.... + +LOUISE. Carottes. + +MARIE. _Ont proféré des cris séditieux. Des_.... + +MATHILDE. Bonnets. + +MARIE. _Considérables, se sont formés en cherchant à séduire les_.... + +ÉMILIE. Gros de Naples. + +MARIE. _Honnêtes de notre_.... + +JULIETTE. Graine de lin. + +«Une grande agitation se fait sentir dans notre ville. A plusieurs +reprises, cette semaine, des groupes ont proféré des cris séditieux. Des +attroupements considérables se sont formés en cherchant à séduire les +habitants honnêtes de notre ville.» + +On continue ainsi jusqu'à la fin de l'article, si le jeu amuse. + + + +L'AVOCAT. + +Toutes les jeunes filles se placent en rond, ou sur deux lignes, en +nombre égal. Au milieu se tient celle qui fait les questions. Quand elle +s'adresse à une des compagnes, il faut que ce soit sa voisine qui +réponde pour elle, en parlant à la première personne, comme l'avocat qui +prend fait et cause pour son client. Cette complication amène des +erreurs fréquentes, qui obligent à donner des gages. Nous allons +développer le jeu à l'aide du dialogue. Henriette fait les questions; +elle s'adresse à Marie, qui a Mathilde à sa droite. + +HENRIETTE. Marie, aimes-tu bien Mathilde? + +MATHILDE. Oui, elle l'aime beaucoup. + +HENRIETTE. Un gage, Mathilde; il fallait répondre: «Oui, _je_ l'aime +beaucoup.» + +MATHILDE. Mais je ne pouvais pas répondre cela de moi-même. + +HENRIETTE. C'est le jeu. Tu sais que les avocats parlent souvent comme +s'ils étaient la partie intéressée. Ne disent-ils pas: «Comment, j'ai +passé dans votre pré avec mon âne! Vous osez dire que mes poules ont +mangé votre grain; et je prends à témoins tous mes voisins que je les +renferme dans mon poulailler!» Allons, continuons, Émilie, chante avec +ta voisine: «Au clair de la lune,» à deux parties. (_Émilie et Hélène +chantent_.) + +HENRIETTE. C'est Hélène qui devait chanter la première partie, et Émilie +la seconde, parce que je m'adressais à Émilie. Et toi, Louise, +saurais-tu chanter aussi? + +LOUISE. Que faut-il que je chante? + +HENRIETTE. Allons, encore un gage. C'était à Juliette à répondre. + +JULIETTE. C'est vrai, je n'y ai pas pensé. + +HENRIETTE. Juliette, n'est-ce pas qu'Hélène a un bon caractère? + +HÉLÈNE. Non, il y a des moments où je ne suis pas aimable. + +HENRIETTE. Hélène, ta petite soeur Julia ne serait-elle pas en état de +jouer avec nous? + +MARIE. Oui, je trouve que nous pourrions amener ma petite soeur et +choisir pour elle des jeux simples. + +Nous conseillons ce jeu, qui n'est pas très-difficile et qui peut amener +des réponses inattendues, si on veut se donner la peine de le bien +jouer. + + + +LA SELLETTE. + +Nous ne quitterons pas le _tribunal_ sans expliquer le jeu de la +sellette, qui est un de ceux que l'on aime le mieux quand la compagnie +est un peu nombreuse. On sait que la _sellette_ est le siége sur lequel +se place un accusé. On prend un petit tabouret, qui en tient lieu; on le +place au milieu de la chambre, et la personne coupable s'assied. Une +autre fait le tour du cercle et demande tout bas à chaque juge quelle +est son accusation. Quand on a pris l'opinion de chaque personne, on la +dit tout haut à l'accusé, qui doit deviner qui a parlé contre lui. Nous +supposons qu'Henriette est sur la sellette. Elle peut faire, si elle +veut, un petit discours pour attendrir ses juges, pendant qu'on +recueille les opinions. Cela n'est pas hors du jeu, qu'il faut animer +autant que possible. + +MARIE _interroge tout bas les juges, puis elle dit_: Henriette, tu es +sur la sellette, parce qu'on t'accuse de chanter faux. De qui vient ce +reproche? + +HENRIETTE. C'est Louise qui me fait ce reproche. Parce qu'elle a la voix +très-juste, elle est très-difficile pour les autres. + +MARIE. Non, c'est Hélène. Donne un gage. On t'accuse d'être paresseuse. + +HENRIETTE. C'est toi, Marie, parce que j'ai mieux aimé me promener +aujourd'hui que de travailler avec toi au jardin. + +MARIE. Non, c'est Juliette. La cour exige que tu donnes encore un gage. +On t'accuse de n'avoir pas l'air de te repentir. + +HENRIETTE. Oh! c'est Mathilde qui a dit cela. + +MARIE. Oui, c'est Mathilde. A ton tour, sur la sellette.... Mathilde, on +t'accuse d'être gourmande. + +MATHILDE. Je reconnais Henriette, parce que j'ai voulu manger la moitié +de ses cerises. + +MARIE. Non, ce n'est pas elle. + +MATHILDE. Qui est-ce donc? + +MARIE. On n'est pas obligé de nommer quand on n'a pas deviné juste. Il +suffit qu'on dise: «Non, ce n'est pas telle personne.» On t'accuse +d'être étourdie. + +MATHILDE. Oh! si ma gouvernante était ici, je serais bien certaine que +c'est elle; mais je sais qu'elle l'a dit ce matin à Hélène, et c'est +Hélène qui répète l'accusation. + +HÉLÈNE. Va donc me juger à ton tour. + + + +LES CONSÉQUENCES. + +On coupe de petits morceaux de papier ou des cartes d'égale grandeur. On +en peut faire environ quatre douzaines. Sur la moitié, on écrit le nom +de personnes que l'on connaît. Sur le troisième quart on écrit le nom +d'un endroit comme: _A la campagne_, _en voiture_, _au spectacle_. +Enfin, sur le dernier quart, on écrit _les conséquences_ ou ce qui est +arrivé aux personnes dont les noms ont été écrits d'abord. Par exemple, +on écrit: _Ont déchiré leurs gants, ont perdu leurs souliers, se sont +querellées_. Quand tout est prêt, on fait trois parts: l'une de tous les +noms réunis, l'autre des endroits, la troisième _des conséquences._ On +tire deux noms, et enfin en suivant une carte de chacune des autres +parts. En les lisant, on peut faire de singulières rencontres ou +produire de bizarres assemblages. Par exemple: _Caroline et Marie ont +été dans la rivière, et se sont brûlées_. + + + +LE SECRÉTAIRE. + +Ce jeu n'est que le perfectionnement du précédent. Les grandes personnes +même peuvent s'en amuser en y mettant toutes les ressources de leur +esprit. On a également des cartes, mais assez grandes pour écrire +beaucoup de choses. On écrit en tête le nom de chacune des personnes de +la compagnie. On les met dans une corbeille que l'on couvre. Chacun tire +au hasard et écrit sur la carte qui lui échoit une phrase. On les remet +dans la corbeille; on les tire une seconde fois; sur celle que l'on a +prise, on met encore une phrase, et ainsi de suite jusqu'à ce que les +cartes soient remplies. Il faut bien cacher à ses voisins ce que l'on +écrit, dissimuler son écriture, et, chaque fois que l'on a fini sa +phrase, qui doit être courte, mettre quelques points pour la distinguer +de celle d'une autre personne. Nous allons supposer que nos jeunes +filles sont encore réunies, qu'elles ont rempli les cartes par le +procédé que l'on a indiqué plus haut, et qu'elles vont y lire des +compliments ou des vérités. + +[Illustration: Le secrétaire.] + +HENRIETTE. Ah! voilà la carte de Marie. Voyons ce qu'on y a écrit. + +MARIE. Elle a beaucoup de raison pour son âge... Aussi ne fait-elle pas +grande attention aux jeux.... C'est pourquoi elle donne tant de gages... + +JULIETTE. Est-ce que ce sont des vers? voilà deux rimes. + +HENRIETTE. Il ne faut pas interrompre la lecture ni faire de réflexions. +Je continue: Elle devrait bien relever ses cheveux.... + +JULIETTE. Encore une rime! + +HENRIETTE. Tu es terrible, Juliette, avec tes interruptions.... Elle ne +se fâche jamais.... Pourquoi se fâcherait-elle contre ses amies? Il y en +a tant d'autres qui le font... + +MARIE. J'avais peur d'entendre de dures vérités, mais je vois qu'on m'a +bien ménagée. C'est à moi de lire une carte maintenant. Ah! c'est celle +de Juliette. On dit que les petites filles sont bavardes.... Ce n'est +pas Juliette qui fera dire le contraire.... Il faut bien que chacun ait +un petit défaut.... Celui-là n'est pas le plus grave de tous.... Non, si +elle n'était pas aussi un peu indiscrète.... Vous êtes trop sévères pour +la pauvre Juliette... Cela ne nous empêche pas de l'aimer de tout notre +coeur. + +JULIETTE. Je ne suis pas fâchée contre celles qui ont écrit tout ce mal +de moi, parcequ'elles me le disent toute la journée; ainsi je dois y +être habituée. C'est à mon tour de tirer ma carte. C'est celle de +Louise. + +Nous ne multiplions pas ces exemples, qui n'auraient que peu d'intérêt, +et nous pensons que le jeu est suffisamment compris, mais nous ne +pouvons trop recommander aux jeunes filles qui auront à écrire sur les +cartes de leurs compagnes, de se souvenir que ceci n'est qu'un jeu, et +que si elles veulent s'en servir pour donner quelques avis, il faut +qu'elles y mettent de grands ménagements. Il en est de même pour le jeu +de la sellette, pour celui des contre-vérités, etc. On peut plaisanter +des légers travers de ses amis, mais les défauts véritables sont choses +trop sérieuses pour qu'il en soit question au milieu d'innocents +amusements. + + + +LES DEVISES. + +Chacune des jeunes filles choisit une fleur. On la lie avec un lien +analogue à l'idée que représente la fleur que l'on a choisie, on la +place dans un vase qui répond aussi à l'idée primitive, et enfin on y +ajoute une devise toujours en rapport avec cette même idée. Pour faire +comprendre ce joli jeu, qui est assez difficile, nous revenons à nos +petites scènes dialoguées. Nous n'aurons plus beaucoup d'occasions d'y +recourir. + +HÉLÈNE. Je prends des immortelles. + +MARIE. Moi des violettes. + +HENRIETTE. Moi, une rose. + +LOUISE. Moi, un bouquet de houx. + +JULIETTE. Je prends un beau pavot. + +MATHILDE. Moi, des soucis. + +ÉMILIE. Et moi, un lis. + +HÉLÈNE. Je lie mes immortelles avec un cordon de soie verte. + +MARIE. Moi, mes violettes avec un brin d'herbe. + +HENRIETTE. J'attache la rose avec un ruban d'or. + +LOUISE. Je lie mon bouquet de houx avec une chaîne d'acier. + +JULIETTE. Je lie mon beau pavot avec un ruban de velours rouge. + +MATHILDE. Je lie mes soucis avec une des cordes de mon piano. + +ÉMILIE. J'attache mon lis superbe avec un ruban blanc. + +HÉLÈNE. Je place mes immortelles dans un vase de porphyre. + +MARIE. Mes violettes, je les mets dans un petit pot de terre. + +HENRIETTE. Je mets ma rose dans un vase de cristal. + +LOUISE. Mon bouquet de houx, dans un vase de fer. + +JULIETTE. Je mets mon pavot dans un vase de Chine. + +MATHILDE. Mes soucis, je les mets dans un vase de marbre noir. + +ÉMILIE. Et moi, mon lis, dans un vase d'albâtre. + +HÉLÈNE. Sur mes immortelles liées avec un ruban de soie verte, symbole +d'espérance, et mises dans un vase de porphyre, le plus durable des +marbres, je grave cette devise: _ne cherchez que la vraie gloire_. + +MARIE. A mes violettes, dans leur humble vase, liées avec un brin +d'herbe, je mets cette devise: _Leur parfum les fait découvrir_. + +HENRIETTE. La rose, liée avec un ruban d'or, et placée dans un beau vase +de cristal, aura pour devise: _Elle ne vivra que l'espace d'un matin_. + +LOUISE. Mon bouquet de houx, lié avec une chaîne d'acier, mis dans un +vase de fer, aura cette devise: _Qui s'y frotte s'y pique_. + +JULIETTE. Mon pavot, qui est lié avec un ruban de velours rouge, et mis +dans un vase de Chine, aura cette devise: _Plus d'éclat que de vrai +mérite_. + +MATHILDE. J'ai mis mes soucis dans un vase de marbre noir; je les ai +liés avec les cordes de mon piano, et j'écris dessus: _On les retrouve +partout_. + +ÉMILIE. Sur le vase d'albâtre qui contient mon lis, lié avec un ruban +blanc, je fais graver cette devise que je viens de lire: _Ex candore +decus_, et dont voici la traduction: _Sa beauté vient de sa blancheur_. + + + +LES MÉTAMORPHOSES. + +Il est encore question de fleurs dans ce jeu: mais elles doivent +représenter des personnes présentes ou absentes. On forme un bouquet +composé de trois, quatre ou cinq fleurs au plus, en l'absence d'une des +jeunes filles, qui doit faire un emploi quelconque des fleurs que l'on a +choisies, et qui ne sait pas quelles sont les personnes ainsi +métamorphosées. On ne le lui dit qu'après, et le seul intérêt du jeu est +de faire un choix de fleurs qui induise en erreur la personne à qui on +les offre. Donnons-en un court exemple: + +Émilie sort, et on décide de choisir trois fleurs: une pensée, un pied +d'alouette et une jacinthe. + +Lorsque Émilie rentre on lui demande ce qu'elle en fait. Elle répond +qu'elle met la pensée sur son coeur; qu'elle jette loin le pied +d'alouette qu'elle n'aime pas, et qu'elle met la jacinthe sur sa +fenêtre, parce que l'odeur en est trop forte. Alors on lui apprend +qu'elle a mis sur son coeur une vieille femme du village, qu'elle a +rejeté son amie Marie, représentée par le pied d'alouette, et qu'elle a +mis sur sa fenêtre sa petite soeur qui vient de naître. + +Ce jeu est encore employé comme une des pénitences quand on tire des +gages, ainsi que nous le verrons à la fin de cette quatrième partie. + + + +LA VOLIÈRE. + +Chacune des jeunes filles prend le nom d'un oiseau. Celle qui dirige le +jeu, après avoir reçu tout bas les noms d'oiseaux, dit tout haut: «J'ai +dans ma volière un serin, un hibou, un colibri, etc.,» mais en +brouillant l'ordre pour qu'on ne sache pas quel est l'oiseau que chacune +a choisi. La première jeune fille dit alors tout haut: «Je donne mon +coeur à tel oiseau, je confie mon secret à tel oiseau, j'arrache une +plume à tel oiseau.» Ensuite, celle qui dirige le jeu, en se souvenant +bien de ce que chacune a dit à son tour, ou l'écrivant si elle craint de +ne pas s'en souvenir, déclare que l'oiseau auquel l'une a donné son +coeur, est telle de ses compagnes, et qu'elle doit l'embrasser; qu'elle +doit aller faire une confidence à celle à qui elle a confié son secret, +et demander un gage à celle à qui elle a arraché une plume. + +Ce jeu ressemble un peu à celui des métamorphoses; on devient oiseau, au +lieu de se changer en fleur. Il n'y faut faire figurer que les personnes +présentes. + +LE PAPILLON ET LES FLEURS. + +Chacune des jeunes filles prend le nom d'une fleur, et celle qui dirige +le jeu fait le rôle de papillon. Si quelques jeunes garçons étaient +admis parmi les jeunes filles, ils pourraient représenter les insectes; +sinon, il faut, pour éviter toute confusion, que les jeunes filles +chargées de ce rôle se mettent toutes d'un côté et les fleurs de +l'autre, en forme de demi-cercle. Le papillon se place en face d'elles. + +Il y a dans ce jeu huit règles qui doivent être soigneusement observées: + +1º Les insectes sont représentés par des garçons, s'il est possible, et +les fleurs par des jeunes filles. + +2º On ne doit appeler que les insectes ou les fleurs qu'on a désignés. +Par exemple, s'il y a six jeunes filles, on conviendra que l'une est le +lis, une autre la balsamine, une autre la violette, la quatrième sera +l'oeillet, la cinquième sera la marguerite, et la sixième sera le +muguet. Si on appelle la rose, qui ne s'y trouve pas, on devra un gage. +De l'autre côté, les six autres prennent les noms de chenille, de +cerf-volant, d'abeille, de ver à soie, de fourmi et de guêpe. Si on +appelle la mouche, on donne un gage. + +3º On ne devra pas appeler deux fois le même insecte ou la même fleur. + +4º Quand on nommera le _jardinier_, toutes les jeunes filles +représentant les fleurs étendront les bras comme pour montrer avec quel +plaisir les fleurs déploient leur feuillage lorsque le jardinier vient +les arroser. Tous ceux qui portent le nom d'insectes, au contraire, +devront faire un petit saut en arrière comme pour fuir le jardinier. + +5° Au mot _arrosoir_, les fleurs devront relever leur tête, et les +insectes baisser la leur en se mettant à genoux, par crainte d'être +mouillés. + +6° Au mot _soleil_, les fleurs et les insectes se lèveront tous, aimant +également le soleil. + +7° Chacune doit parler quand elle entend son nom. + +8° Après avoir pris les positions indiquées dans les articles 4, 5 et 6, +chacun restera comme il est, jusqu'à ce qu'on appelle quelque fleur ou +quelque insecte. (Voy. plus bas à l'exemple de la guêpe.) Quand on +manque à une de ces règles, on donne un gage. + +Il n'y a pas de règle établie pour ce qui doit être dit par les +personnes qui jouent. Cela dépend d'elles et de la vivacité de leur +esprit. L'intérêt du jeu consiste à bien dire ce qui est dans le +caractère du rôle que l'on a choisi, soit en improvisant, soit en +récitant quelque morceau de littérature que l'on se rappellerait à +propos. Nous allons donner quelques exemples pour nous faire comprendre. +Nos jeunes lectrices trouveront sans doute des choses meilleures à dire +que tout ce que nous pourrions leur indiquer. Après que tout a été +disposé selon l'ordre indiqué, le papillon commence. + +LE PAPILLON. O belle fleur! comment pourrai-je te louer? On dit que je +suis inconstant, que je vais de fleur en fleur, mais je veux prouver ma +constance en me reposant longtemps sur les feuilles de ce beau lis. + +LE LIS. Votre flatterie prouve votre inconstance. Les amis fidèles ne se +vantent pas de leur amitié. De quelle valeur sont vos compliments pour +une fleur qui ne veut entr'ouvrir son calice que pour les purs rayons du +_soleil_ (tous se lèvent)? Votre flatterie me déplaît presque autant que +les piqûres de la _guêpe_. (Ici la guêpe qui est restée debout avec les +autres, jusqu'à ce qu'un nom fût prononcé, se rassied et dit:) + +LA GUÊPE. Quoi qu'en disent les fleurs, elles ne sont jamais si +contentes que quand on leur fait des compliments. Même quand la +sécheresse leur fait baisser la tête, elles sont fâchées de voir venir +le _jardinier_ (voy. art. 4), de peur que son _arrosoir_ (voy. art. 5) +ne dissipe et n'éloigne la foule des insectes qui voltigent autour +d'elles, surtout autour de la _balsamine_. + +Nous avons donné des exemples qui suffiront à faire comprendre le jeu, +et nous laisserons maintenant l'abeille répondre seule. + + + +LES SIGNES. + +Chaque jeune fille, dans ce jeu, représente un animal dont elle imite le +cri, le grognement ou le chant, et s'il est possible quelques-uns des +mouvements. L'intérêt consiste à changer rapidement de rôle entre les +divers acteurs. On n'est pas obligé de prendre le rôle de l'animal qui +vient de prendre le vôtre; on peut choisir celui de tel autre personnage +de la ménagerie, lequel peut à son tour contrefaire tel animal qui lui +convient. + + + +LES MAGOTS. + +La jeune fille qui commence dit à sa voisine à droite: _Mon vaisseau est +revenu de la Chine_. L'autre demande: _Qu'a-t-il apporté?_ La première +répond: _Un éventail_, et elle fait avec sa main droite le geste de +s'éventer. Toutes les personnes présentes font le même geste. La seconde +à son tour dit à la troisième: _Mon vaisseau_, etc., et, sur sa +question, répond: _Deux éventails_, en ajoutant le geste de la main +gauche, qui est imité par tous les autres. A la troisième, on dit: +_trois éventails_, et on fait agir le pied droit sans cesser d'agiter +les deux mains. Au _quatrième éventail_, on remue le pied gauche; au +cinquième, la paupière de l'oeil droit; au sixième, celle de l'oeil +gauche; au septième éventail, la bouche; au huitième enfin la tête. Ces +mouvements exécutés tous à la fois par toutes les jeunes filles qui +jouent, leur donnent une complète ressemblance avec des pantins à +ressorts ou de petits magots de la Chine. + + + +LE BÂTIMENT. + +Celle qui dirige le jeu fait prendre aux autres les noms des matériaux, +des outils ou des parties qui composent un bâtiment, comme le plâtre, la +chaux, la pierre, la truelle, le balcon, l'escalier, etc.; ensuite elle +fait un discours où elle parle d'un édifice qu'elle a entrepris, nommant +toutes les choses l'une après l'autre, et celle qui en porte le nom doit +aussitôt répéter ce nom deux fois, ou payer un _gage_. + + + +LE JARDINAGE. + +C'est le même jeu que le précédent: seulement on change les noms, et on +y prend ceux des outils qui servent au jardinage et des objets qui se +voient dans un jardin, comme râteau, bêche, arrosoir, bosquets, allées, +bassin, fontaine, cerisiers, orangers, etc. + + + +LE CAPUCIN. + +C'est encore un jeu qui a une grande analogie avec les précédents. +Chacune prend le nom d'une partie de l'habillement d'un capucin. L'une +sera le manteau, l'autre la robe, l'autre les sandales, l'autre la +barbe, l'autre le capuchon, etc. Une aussi fait le rôle de capucin, et +enfin celle qui dirige le jeu s'appelle l'_historien_. Elle doit +inventer une histoire où figure un capucin, et, chaque fois que dans +cette histoire revient un des noms donnés, il faut que celle qui le +porte le répète deux fois si l'historien le dit une, et une fois si +l'historien le dit deux. Ce jeu, qui est assez animé s'il est bien +conduit, et qui fait donner beaucoup de gages, ressemble un peu à celui +de la toilette de madame, que nous avons décrit plus haut; mais il +demande quelques efforts d'imagination, parce qu'il y a un récit qu'il +faut inventer en y faisant entrer souvent les mêmes mots. + + + +COMBIEN VAUT L'ORGE? + +A ce jeu, il y a une des jeunes filles qui représente le _maître_, et +dont le rôle est le plus difficile, parce qu'elle fait les questions. +Les autres s'appellent Pierrot, Combien, Comment, Oh, oh!, Vingt sous, +Trente sous, Quarante sous, etc. On invente tous les noms qu'on veut. +Dès qu'on s'entend appeler, il faut répondre: «Plaît-il, maître?» et +alors le maître vous demande combien vaut l'orge, et on répond le prix +qu'on veut. Nous allons mettre ce jeu en action, et distribuer ainsi les +rôles: + +_Le maître._ Henriette. + +_Pierrot._ Hélène. + +_Combien._ Louise. + +_Comment._ Marie. + +_Oh, oh!_ Émilie. + +_Vingt sous._ Juliette. + +_Trente sous._ Mathilde. + +HENRIETTE. Je commence, soyez bien attentives. Pierrot? + +HÉLÈNE. Plaît-il, maître? + +HENRIETTE. Combien vaut l'orge? + +HÉLÈNE. Trente sous. + +HENRIETTE. Oh, oh!... c'est bien cher... Un gage, Émilie. Dès que j'ai +prononcé: «Oh, oh!» il fallait répondre: «Plaît-il, maître?» + +ÉMILIE. Plaît-il, maître? + +HENRIETTE. Combien vaut l'orge? + +ÉMILIE. Vingt sous. + +HENRIETTE. Ce n'est pas trop cher, vingt sous! + +JULIETTE. Plaît-il, maître? + +HENRIETTE. Bon! c'est cela; combien vaut l'orge? + +JULIETTE. Trente sous. + +HENRIETTE. Oh, oh!... Combien?... Comment?... Eh bien! personne ne +répond? + +LOUISE. Je pensais à la distraction d'Émilie. + +HENRIETTE. C'est ce qui arrive souvent à ce jeu-là. + +Il est assez rare de pouvoir retrouver l'origine d'un de ces jeux +d'esprit, qui n'a pas ordinairement assez d'importance pour que l'on se +soit occupé de la conserver et de la transmettre aux races futures; mais +ici, il paraît qu'un fait historique a donné lieu à une coutume qui a +longtemps existé, et qui ne se retrouve plus que dans le jeu dont nous +venons de tracer l'esquisse. Le fameux duc de Lorges, faisant le siége +de la petite ville de Lagny, dit, en parlant des habitants: «Ils me +résistent, mais je leur ferai voir combien vaut _l'orge_.» Depuis cette +époque, les habitants de Lagny se croyaient insultés quand on leur +adressait cette question; ils se saisissaient du malencontreux +questionneur, et le plongeaient dans une fontaine sur la place. +Quelquefois, on faisait la très-mauvaise plaisanterie de faire dire à +quelqu'un qui ignorait les conséquences de cette phrase innocente: +«Combien vaut l'orge?» et il l'apprenait à ses dépens. + + + +LES CRIS DE PARIS. + +Chacune des jeunes filles prend le nom d'un de ces marchands qui +parcourent les rues de Paris en annonçant à haute voix leur marchandise. +Un grand nombre de ces cris est de tradition, et conserve sans doute +depuis des siècles les mêmes formules et les mêmes inflexions de voix. +Nous allons indiquer ceux que l'on entend le plus fréquemment: + +_Le marchand d'habits._ Habits, habits, galons! + +_La marchande de chiffons._ Chapeaux à vendre! Voilà la marchande de +chiffons! + +_La marchande de plaisirs._ Voilà l'plaisir, mesdames, voilà l'plaisir! + +_Le marchand de cerises._ A la douce, cerises, à la douce! + +_Le marchand de groseilles._ Groseille à confire, à confire! + +_Le marchand d'huîtres._ A la barque, à la barque, à la barque! + +_La marchande de poissons._ Harengs qui glacent, qui glacent, limandes à +frire, à frire! + +_Le marchand d'oeufs._ A la coque, tous les gros oeufs, à la coque! + +_La lanterne magique._ Voilà la lanterne magique! (très-lentement et +avec accompagnement d'orgue de Barbarie)! + +_La marchande de cerneaux._ Des gros cerneaux! + +_Le marchand de fromages._ Bon fromage de Marolles! + +_Le marchand de légumes._ Des choux, des poireaux, des carottes, des +navets, navets! + +_Le marchand de jouets._ V'là les petits moulins à vent! V'là +l'amusement des p'tits enfants! + +_Le marchand de coco._ A la fraîche, qui veut boire? etc. + +Maintenant, pour jouer le jeu, chacune des jeunes filles ayant pris un +métier, elles se promènent lentement. La première qui commence appelle +l'une d'elles par le nom de son métier. Celle-ci, à l'instant, doit +imiter le cri qui convient à ce métier. Alors l'autre lui demande une +des choses qu'elle doit vendre. Il faut qu'elle réponde: «Je n'en ai +pas, demandez à tel autre marchand.» Celle qu'elle désigne commence à +imiter le cri du rôle qu'elle a pris. On lui fait la même question; elle +renvoie aussi à une autre, et ce jeu, qui n'a pas d'autre mérite que +l'imitation fidèle des cris bien connus, n'est pas assez compliqué pour +avoir besoin d'une plus longue explication. On donne des gages quand on +manque à l'appel de son nom, ou quand on demande à un marchand un objet +qu'il ne doit pas vendre. + + + +LES ÉLÉMENTS[15]. + +[Note 15: On a cru, pendant des siècles, que les corps n'étaient +composés que d'eau, de terre, d'air et de feu, et on a appelé les quatre +substances des _éléments_, c'est-à-dire des corps qui ne pouvaient être +décomposés. Aujourd'hui que la physique et la chimie ont découvert +soixante-quatre ou soixante-cinq éléments, tels que l'oxygène, +l'hydrogène, l'iode, le potassium, etc., on a reconnu que l'air, l'eau, +la terre et le feu étaient formés de plusieurs principes, et pouvaient, +par conséquent, se décomposer. Le mot élément, dans ce sens, ne doit +donc être pris que comme acception générale ou figurée.] + +[Illustration: Les éléments.] + +Dans ce jeu, on emploie un mouchoir roulé comme une balle. Les jeunes +filles sont assises en cercle. Celle qui dirige le jeu jette la balle à +une de ses compagnes, en disant: _Terre_, _air_ ou _eau_. On omet le +_feu_ parce qu'il ne contient pas d'habitants. La jeune fille à qui la +balle est adressée doit, en la recevant, répondre par le nom d'un animal +vivant dans l'élément nommé. Si on lui dit: «Air,» sa réponse sera: +«Aigle» ou «Vautour,» ou quelque autre oiseau. Si le mot est: «Eau,» +elle répond par le nom d'un poisson; par le nom d'un quadrupède, si on +lui dit: «Terre.» Il faut répondre promptement et sans se tromper. Si, +au lieu de jeter une balle, on préfère se servir de rubans, comme dans +le jeu de _la narration_, que nous avons expliqué plus haut, c'est un +moyen qu'on peut employer. Nous allons, à l'occasion de ces rubans, +indiquer un petit jeu simple, dont ils font tous les frais. + + + +LES RUBANS. + +On tient les rubans de la manière que nous avons indiquée précédemment. +Lorsque celle qui en a tous les bouts réunis dans sa main, dit: «Tirez,» +il faut lâcher le ruban qu'on tient, sans l'abandonner tout à fait. +Quand elle dit: «Lâchez,» il faut au contraire tirer à soi, et il en +résulte des méprises fréquentes, et par conséquent une moisson de gages +plus ou moins considérable. + + + +L'ORATEUR. + +Deux personnes seulement agissent dans ce jeu, tandis que les autres +restent spectatrices. L'une doit parler sans faire de gestes, l'autre +doit faire des gestes sans parler. Celle qui représente l'orateur est au +milieu de la chambre, enveloppée dans un grand manteau. L'autre se place +derrière elle, cachée entièrement par le grand manteau, à genoux si elle +est trop grande, et passant ses bras par les ouvertures des manches, +tandis que les bras de l'orateur ne doivent pas bouger. Quand tout est +prêt, celle qui représente l'_orateur_ récite un long monologue en vers +ou en prose, qu'elle sait par coeur, à moins qu'elle ne préfère +l'improviser. Elle doit être immobile, tandis que celle qui est cachée +doit faire beaucoup de gestes qui non-seulement seront mal appropriés au +discours, mais encore seront aussi exagérés et aussi ridicules que +possible. On peut déclamer une longue tirade, comme le récit de +Théramène ou le songe d'Athalie; mais nous indiquons à regret ces beaux +morceaux, que nous n'aimons pas à voir parodier. + + + +CHARADES EN ACTION. + +Les enfants doivent savoir qu'une _charade_ est un mot qui peut se +séparer, et dont chaque syllabe forme également un mot. On divise le mot +entier en commençant à définir la première syllabe, ensuite la seconde +et ainsi de suite, et on définit encore le tout. On les donne alors à +deviner. Nous ne présentons ici que l'exemple le plus connu, pour nous +faire comprendre. + + Mon premier est un métal précieux, + Mon second un habitant des cieux, + Et mon tout est un fruit délicieux. + +Le mot est _or-ange_. + +Les charades en action, dont nous allons parler, sont très-amusantes à +jouer et à voir jouer. On choisit un mot, dont on formera une action, +comme les différentes scènes d'une comédie. Pour se costumer, on +emprunte tout ce que des amis complaisants veulent bien prêter de leur +garde-robe: écharpes, manteaux, fourrures, plumes, armes, etc. On +s'affuble du mieux qu'on peut, et on tâche de mettre le plus d'esprit +possible dans l'arrangement des petites scènes que l'on présente au +public. Il faut que le mot ait bien son emploi dans toute l'action, mais +que les spectateurs aient quelque peine à le deviner. Il faut aussi leur +demander de ne le révéler, s'ils l'ont découvert, que lorsque toute la +_pièce_ est jouée; car il arrive souvent que, pour faire preuve de +perspicacité, on détruit tout l'effet d'une scène bien arrangée. On +comprend que, quand le mot est trop tôt deviné, les acteurs se sentent +refroidis pour achever leur rôle; cependant nous leur conseillons encore +d'aller jusqu'au bout. + +Nous allons donner l'esquisse d'une charade très-simple, dont le mot est +_cordon_. + +Dans la première partie, il s'agit de mettre en action le mot _cor_, et +l'idée de la chasse se présente naturellement. Les acteurs figurent, les +uns des piqueurs, les autres des chasseurs, les autres des chiens. +Quelques-uns _chevauchent_ sur une chaise. Le malheureux cerf se +distingue par un bois élevé, formé de petits fagots branchus. Les +fanfares se font entendre, et c'est dans cette partie de l'action que se +retrouve le mot _cor_, qu'il faut démêler à travers tout le mouvement de +la chasse: + + Du cor bruyant j'entends déjà les sons. + . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . + Le cerf frémit, s'étonne et balance longtemps. + Doit-il, loin des chasseurs, prendre son vol rapide? + Doit-il leur opposer son audace intrépide? + Il hésite longtemps; la peur enfin remporte, + Il fuit, il court, il vole. . . . . . . . . + +On suit avec intérêt les manoeuvres du pauvre cerf. + + Du son lointain du cor, bientôt épouvanté, + Il part, rase la terre; ou, vieilli dans la feinte, + De ses pas, en sautant, il interrompt l'empreinte; + Ou tremblant et tapi loin des chemins frayés, + Veille et promène au loin ses regards effrayés, + S'éloigne, redescend, croise et confond sa route. + Quelquefois il s'arrête, il regarde, il écoute; + Et des chiens, des chasseurs, de l'écho des forêts, + Déjà l'affreux concert le frappe de plus près. + +Les piqueurs ont peine à retenir leurs chiens pleins d'ardeur. Ils les +ont découplés à la poursuite du cerf haletant. + + Sur lui seul, à la fois, tous ses ennemis fondent[16] + +et le cor sonne enfin l'hallali. + +[Note 16: Delille.] + +Le second tableau est plus paisible. Une jeune princesse, qui vient de +naître, est dans un petit berceau entouré des dames de la cour. Des fées +se présentent pour lui faire chacune un _don_. «La plus jeune lui donna +pour don qu'elle serait la plus belle personne du monde; celle d'après, +qu'elle aurait de l'esprit comme un ange; la troisième, qu'elle aurait +une grâce admirable à tout ce qu'elle ferait; la quatrième, qu'elle +danserait parfaitement bien; la cinquième, qu'elle chanterait comme un +rossignol; la sixième, qu'elle jouerait de toutes sortes d'instruments +dans la dernière perfection. Le rang de la vieille fée étant venu, elle +dit, en branlant la tête avec plus de dépit que de vieillesse, que la +princesse se percerait la main d'un fuseau, et qu'elle en mourrait. Ce +terrible don fit frémir la compagnie, et il n'y eut personne qui ne +pleurât. Dans ce moment, une jeune fée sortit de derrière la tapisserie, +et dit tout haut ces paroles: «Rassurez-vous, roi et reine, votre fille +n'en mourra pas; je n'ai pas assez de puissance pour détruire ce que mon +ancienne a fait. La princesse se percera la main d'un fuseau; mais, au +lieu d'en mourir, elle tombera seulement dans un profond sommeil qui +durera cent ans, au bout desquels le fils d'un roi viendra +l'éveiller[17].» + +[Note 17: Contes de Perrault, la _Belle au bois dormant_.] + +Pour le mot cordon, qui est le _tout_ de la charade, on peut chercher +une scène chez les Orientaux et représenter un vizir tombé en disgrâce, +qui reçoit avec respect le fatal _cordon_ que son maître lui envoie, et +qui découvre son cou, avec assez de regret, pour se soumettre à la +volonté du sultan. + +Pour bien jouer les charades, il faut que quelqu'un les dirige avec +intelligence et autorité; car si chacun veut suivre sa propre idée, +l'effet général sera manqué. + +Nous allons donner maintenant quelques mots qui peuvent être mis en +action. + +Il faut, autant que possible, choisir des mots dans lesquels +l'orthographe n'est point défigurée quand on les décompose en syllabes. + +Chardon (char, don).--Charpente (char, pente).--Orange (or, +ange).--Drapeau (dra, peau.)--Mercure (mer, cure).--Merveille (mer, +veille).--Famine (fa, mine).--Assaut (as, saut).--Poisson (pois, +son).--Chiendent (chien, dent).--Chèvrefeuille (chèvre, +feuille).--Cornemuse (corne, muse).--Charpie (char, pie).--Passage (pas, +sage).--Verjus (ver, jus).--Vertige (ver, tige).--Verveine (ver, +veine).--Orage (or, âge).--Corbeau (cor, beau). + +Il serait convenable d'avertir les spectateurs chargés de deviner le mot +d'une charade, dans le cas où l'on aurait choisi des mots dont +l'orthographe ne serait pas exactement conservée, tels que ceux-ci: +chapeau (chat, peau); champion (chant, pion); dédain (dé, daim); armure +(art, mûre ou mur), etc. + + + +BOUTS-RIMÉS. + +Voici un genre d'amusement qui demande une certaine habitude de la +versification et qui exerce l'esprit plus qu'aucun de ceux que nous +avons vus jusqu'à présent. On donne à quelqu'un des mots bizarres, +rimant ensemble, et il faut que chacun de ces mots s'ajuste au bout d'un +vers sans que le sens soit trop tourmenté. Quelques exemples vaudront +mieux que notre définition, et nous allons les prendre chez des auteurs +du dix-septième siècle, temps où les bouts-rimés étaient fort à la mode. +Celui-ci, qui est de Molière, fut composé à la demande du prince de +Conti, qui en avait sans doute donné les mots difficiles: + + Que vous m'embarrassez avec votre _grenouille_, + Qui traîne à ses talons le doux nom d' _hypocras_! + Je hais des bouts-rimés le puéril _fatras_, + Et tiens qu'il vaudrait mieux filer une _quenouille_. + + La gloire du bel air n'a rien qui me _chatouille_; + Vous m'assommez l'esprit, avec un gros _plâtras_, + Et je tiens heureux ceux qui sont morts à _Coutras_, + Voyant tout le papier qu'en sonnets on _barbouille_. + + M'accable de rechef la haine du _cagot_, + Plus méchant mille fois que n'est un vieux _magot_, + Plutôt qu'un bout-rimé me fasse entrer en _danse_. + + Je vous le chante clair, comme un _chardonneret_. + Au bout de l'univers je fuis dans une _manse_; + Adieu, grand prince, adieu; tenez-vous _guilleret_. + +Si on relit les mots donnés, on verra qu'il était difficile de remplir +des bouts-rimés avec plus de bonheur; mais il semble que Molière +lui-même ait trouvé sa tâche pénible, et il est vrai qu'il faut +s'exercer assez longtemps pour parvenir à bien y réussir. Parmi ces +curiosités littéraires, nous pouvons encore donner un sonnet que cite +Ménage et qui est peut-être le chef-d'oeuvre du genre. + +«En 1683, une jeune demoiselle qui sera ici nommée Iris, pleurait à +chaudes larmes un beau chat qu'on lui avait dérobé. Pour l'en consoler, +on s'avisa de lui adresser un sonnet dont les rimes n'étaient composées +que de noms de villes et de provinces.» L'invention était nouvelle; mais +quoique la difficulté fût, ce semble, capable de faire quitter la plume +aux plus hardis, il parut néanmoins que l'auteur du sonnet qui suit +l'avait heureusement ou surmontée ou éludée: + + Iris, aimable Iris, honneur de la _Bourgogne_, + Vous pleurez votre chat plus que nous _Philipsbourg_[18]. + Et fussiez-vous, je pense, au fond de la _Gascogne_. + On entendrait de là vos cris jusqu'à _Fribourg_. + + La peau fut à vos yeux fourrure de _Pologne_[19]; + On eût chassé pour lui Titi[20] de _Luxembourg_[21]. + Il faisait l'ornement d'un couvent de _Cologne_. + Mais quoi, l'on vous l'a pris? On a bien pris _Strasbourg_[22]. + + D'aller pour une perte, Iris, comme la _Sienne_[23], + Se percer fortement la gorge d'une _Vienne_[24], + Il faudrait que l'on eût la cervelle à l' _Anvers_[25], + + Chez moi le plus beau chat, je vous le dis, ma _Bonne_[26], + Vaut moins que ne vaudrait une orange à _Narbonne_, + Et qu'un verre commun ne se vend à _Nevers_. + +Voilà bien des connaissances dépensées en bouts-rimés. On rapporte +l'origine de ce jeu d'esprit à Dulot, poëte médiocre, qui vivait au +dix-septième siècle. Ce poëte s'était plaint d'avoir perdu 300 sonnets, +dont il avait par avance fait les rimes; cette manière de procéder parut +si singulière, qu'on imagina d'en faire l'essai par forme de +passe-temps. C'est aussi comme simple passe-temps que nous conseillons +ce jeu d'esprit à nos jeunes filles. + +[Note 18: Place importante que nous perdîmes en 1676.] + +[Note 19: La Pologne fournit des fourrures.] + +[Note 20: Titi est le nom d'un chien de Mademoiselle d'Orléans, sur la +mort duquel l'abbé Cotin fit un madrigal.] + +[Note 21: Luxembourg ici est le palais qu'habitait Mademoiselle +d'Orléans.] + +[Note 22: Strasbourg s'était rendu au roi (Louis XIV) en septembre +1681.] + +[Note 23: Pronom féminin mis à la place de Sienne, ville de Toscane.] + +[Note 24: Lame d'épée ainsi nommée, de Vienne en Dauphiné, où elles +étaient excellentes.] + +[Note 25: Allusion d'Anvers à envers.] + +[Note 26: Allusion de bonne, adjectif féminin, à Bonne, non commun à +plusieurs villes.] + + + +LES GAGES. + +On sait qu'un gage est le prix donné par une personne qui a fait quelque +erreur dans un jeu. Ce prix est représenté par n'importe quel petit +objet: un dé, une bague, un ruban, etc. Lorsque le jeu est fini, et que +les gages ont été rassemblés, on les tire au hasard, et, l'on décide, +avant tout, quelle sera la pénitence imposée au possesseur du gage. Si, +dans les jeux, il y a des jeunes filles et des jeunes garçons, on en +fait la distinction. Il faut que les gages soient renfermés dans une +corbeille recouverte ou sur les genoux couverts d'un tablier, et que la +personne qui est chargée de les _tirer_ mette une bonne foi rigoureuse à +ne pas choisir, parce que la main peut discerner la forme des objets. Le +mieux, pour éviter toute tentation de ce genre, est de charger la +personne qui dirige le jeu d'imposer la pénitence, sans qu'elle puisse +voir le gage qu'une autre vient de tirer. + +Nous allons indiquer quelques-unes des pénitences les plus usitées. +Comme on en invente sans cesse de nouvelles, nous nous bornerons à +donner ce qui est de tradition. + +La formule est: «Le premier gage touché fera telle pénitence.» + +Voici les différentes pénitences: + +Il faut danser. + +Chanter une chanson. + +Réciter quelques vers. + +Faire la statue. Pour cela, il faut que la jeune fille à qui appartient +le gage se mette au milieu de la chambre. Chacune des autres vient tour +à tour lui donner une pose différente. + +Annoncer la mort du roi de Maroc. Cela se fait en tirant deux gages à la +fois. La pénitence pour les deux personnes est de se rencontrer en +faisant semblant de pleurer et de se dire: «Le roi de Maroc est mort.» +On se sépare et l'on se rencontre de nouveau en disant: «Hélas! hélas!» +On se sépare et on se rencontre encore en disant: «Il m'aimait beaucoup, +parce que je suis gai, très-gai, excessivement gai.» Tout cela avec la +figure la plus triste. + +Une pénitence du même genre consiste à tenir une bougie allumée de +chaque main, à se placer devant une glace, et à chanter sans rire: + + Ah! que je suis drôle! + Ah! que je suis plaisant! + +sur l'air de _Vive Henri IV!_ en répétant assez de fois pour chanter +l'air entier. + +Rire en faisant la gamme ascendante et descendante sur _ah!_ + +Garder son sérieux pendant cinq minutes, quelles que soient les mines +que l'on vous fait. + +Rire dans un coin de la chambre, pleurer dans un autre, bâiller dans le +troisième et sauter dans le quatrième. + +On fait, derrière la personne qui doit accomplir la pénitence, trois +actions qu'elle ne doit pas voir, et on lui demande ce qu'elle choisit +pour elle. Ces actions sont de figurer un baiser, un petit soufflet et +une chiquenaude. On lui donne ensuite ce qu'elle a choisi. + +Il faut imiter le cri de l'animal qu'on vous indique. + +Baiser une boîte _en dedans_ et _en dehors_, sans l'ouvrir. La personne +à qui on donne cette pénitence en ignore le secret, qui est de baiser la +boîte en dehors _de la chambre_ et dans la chambre. + +On remarquera que l'on impose souvent des pénitences dont il est +difficile de s'acquitter parce que l'on n'en sait pas le vrai sens; +ainsi celle qui suit: + +Passer à travers le trou de la serrure. Pour cela, il faut écrire son +nom sur un papier que l'on fait passer par cette étroite ouverture. + +Baiser le dessous du chandelier. Pour cela, on pose le flambeau sur la +tête d'une de ses amies que l'on embrasse. + +Oter une pièce de vingt sous de son front sans y toucher. On applique +une pièce de monnaie un peu mouillée sur le front de la jeune fille qui +a la pénitence, et on a soin de la retirer et de la cacher ensuite dans +la main; mais l'impression du froid qui reste après que la pièce est +ôtée fait croire à celle à qui on l'a appliquée qu'elle tient encore, et +elle fait divers mouvements pour l'ôter, sans y porter les mains. + +Faire le tour de la chambre à cloche-pied. + +Compter vingt à rebours. Il y a aussi une foule de petites phrases, +difficiles à prononcer, que l'on donne pour pénitence. On en trouvera +quelques-unes plus haut, dans l'article intitulé la _Clef du jardin_. On +trouvera aussi différents jeux qui sont employés au même usage, comme +celui des _Métamorphoses_, quand on vous donne pour pénitence de dire ce +que vous faites d'un _bouquet_. + +Tirer au blanc. On attache une feuille de papier à la tenture. Le milieu +est marqué par un petit rond tracé, et il faut que l'on s'avance du bout +de la chambre avec le bras tendu et que l'on place le bout de son doigt +juste au milieu du rond. Il vaut mieux que le bout du doigt soit +légèrement noirci pour qu'il laisse une trace. Si l'on a encore une +quantité de gages à tirer et que l'on veuille aller plus vite, on peut +les tirer tous à la fois, en y procédant de cette manière. Une des +jeunes filles dit à sa compagne: «Madame Trois-Étoiles vient de +s'évanouir.» L'autre répond: «Comment?» La première prend une pose +bizarre. La seconde adresse la même phrase à celle qui suit, qui la +questionne de même, et elle prend à son tour une pose. Ainsi de suite +jusqu'à la dernière; ce qui forme des attitudes variées. + +On peut encore faire un concert de chats. Chacune chante une chanson +différente, toutes à la fois. + +Nous n'en donnons pas davantage, parce qu'il nous semble que cette série +doit suffire. On en pourra inventer d'autres du même genre. + +[Illustration: deco.] + + + +LA DANSE. + +Il semble, au premier moment, que rien n'est plus simple que de danser, +et la plupart des jeunes filles, en suivant leur propre instinct, +pensent qu'elles n'ont pas besoin des leçons d'un maître. Cependant la +danse est un _art_, qui a ses lois, ses règles, ses principes arrêtés; +et, quand on veut véritablement la cultiver, il ne faut pas moins qu'une +étude continuelle et souvent très-pénible. Ce n'est pas à ce degré de +perfection que nous voulons amener nos jeunes lectrices; mais nous +croyons qu'elles aimeront à trouver ici quelques explications que nous +rendrons aussi claires que possible. + +La danse, si on l'analyse, se compose d'_exercices_, de _pas_, et enfin +de _figures_ dans lesquelles ces pas, enchaînés les uns aux autres, +forment un ensemble dont le plan est tracé à l'avance. Aujourd'hui on se +contente d'exécuter en marchant les figures, dont il est très-facile de +retenir les différentes combinaisons, et il serait même ridicule d'y +faire entrer les _pas_ que l'on enseigne à la leçon. Mais ces mêmes pas, +supprimés dans une contredanse, doivent être connus et étudiés, parce +qu'ils servent à donner le sentiment de la mesure, et qu'ils ont +également de l'influence sur le _maintien_. Nous croyons à l'utilité des +leçons de danse pour corriger les mouvements gauches et disgracieux, et +nous pensons que, pour les jeunes filles, ces leçons ont un avantage +réel sur la gymnastique, en contribuant de même à leur développement +physique, sans excéder la mesure de leurs forces. + +Habituellement le maître de danse fait étudier les pas au son d'un +instrument. C'est quelquefois un violon ordinaire, mais le plus souvent +c'est une _pochette_, sorte de violon très-aigre, assez petit pour ne +pas gêner les mouvements du professeur lorsqu'il en joue lui-même tout +en répétant les pas en même temps que l'élève. Lorsqu'on n'a aucun +instrument, il faut au moins chanter pour bien régler la mesure. + +Les positions. Ce sont les différentes manières dont les pieds se +placent, en conservant facilement l'équilibre du corps. Ces positions, +au nombre de cinq, se retrouvent dans la formation des pas, et comme on +les désigne souvent en enseignant les exercices, il est bon de s'en +souvenir. Nous désirons que l'élève s'accoutume également à mettre ses +pieds _en dehors_, c'est-à-dire à les tourner de manière que, les deux +talons étant joints, les pieds se trouvent sur une même ligne. On arrive +par degrés à ce point assez difficile, qui a l'avantage de donner de la +souplesse aux articulations, et il faut le maintenir dans tous les +exercices de la leçon. + +_La première position_, que nous venons de décrire, se fait en plaçant +les talons l'un contre l'autre, les pieds étant sur une ligne +horizontale. + +_La deuxième_, de la même manière, en écartant les talons à peu près à +la distance de la longueur du pied. + +_La troisième_, en croisant les pieds à la moitié de leur longueur, +c'est-à-dire que les chevilles se touchent. + +_La quatrième_ comme la troisième, mais en mettant entre les pieds, qui +sont en face l'un de l'autre, la distance d'à peu près la largeur du +pied. + +_La cinquième_, en croisant exactement les deux pieds, de manière que le +bout de l'un corresponde au talon de l'autre. + +Ce n'est qu'aux danseurs de profession que l'on enseigne différentes +positions des bras; cependant nous engageons l'élève, pendant les +exercices, à les tenir quelquefois étendus horizontalement, et comme +servant de balancier, la main un peu abaissée en ployant le poignet et +le pouce touchant le doigt du milieu. Habituellement les bras doivent +retomber naturellement sans se coller au corps. La tête doit être droite +ou un peu tournée, les épaules abaissées, le buste bien _d'aplomb_ sur +le corps, et enfin l'attitude de la personne doit être naturelle, +c'est-à-dire sans affectation et sans roideur. + +Exercices. En se mettant à la troisième position, l'élève exécutera les +exercices suivants: + +Les _battements_, qui consistent dans le mouvement d'une jambe, tandis +que l'autre supporte le corps. Il y a deux sortes de battements: les +_grands battements_ et _les petits battements_. Pour les premiers, on +élève la jambe à une certaine hauteur, et on la replace alternativement +à la troisième position, devant et derrière le pied qui est resté à +terre. Pour les _petits battements_, le pied qui agit a la pointe +tournée en bas et le cou-de-pied très en dehors, et il vient se croiser, +presque sans quitter la terre, sur le pied resté immobile, en s'appuyant +sur la cheville, derrière et devant alternativement. Les petits +battements doivent s'exécuter avec plus de rapidité que les grands +battements. + +Les _ronds de jambe_ s'exécutent en se plaçant à la première position et +en décrivant un cercle complet en dehors, avec le pied posé à plat quand +les deux talons se rapprochent, tandis qu'il est sur la pointe, le +cou-de-pied tendu, à l'endroit du cercle où il y a le plus d'écartement. +Le cercle se fait soit en dedans, soit en dehors. + +Dans ces différents exercices, qui sont les plus usités, il est permis +de s'appuyer pour conserver l'équilibre. + +Les _pliés_, qui donnent une grande souplesse, doivent se faire en se +mettant dans chacune des cinq positions successivement, et en se +baissant presque jusqu'à terre et se relevant sur la pointe des pieds. + +Il y a encore quelques exercices qui rentrent dans la série des pas, et +que nous devons placer sous ce titre: + +Pas. Les _assemblés_ se font en plaçant les pieds à la troisième +position, et les déplaçant alternativement, c'est-à-dire que le pied +droit, étant d'abord devant le pied gauche, s'y met à son tour par une +sorte de glissade de côté pendant laquelle l'élève ploie légèrement les +genoux afin que son pas soit flexible, puis se relève en sautant un peu, +mais sans secousse. On comprend que les pas se font en changeant de +place, puisque chaque pied les exécute alternativement. Dans les +_assemblés_, on avance progressivement de la _largeur_ du pied. + +Les _jetés_ se font de la même manière; mais le pied doit se retrouver +un peu relevé sur la cheville de l'autre pied, la pointe en bas, comme +dans les petits battements. + +Les _glissades_ se font comme les assemblés, mais en glissant de côté, +et en rapprochant de la jambe qui agit celle qui soutenait le corps. + +Les _temps levés_ se font en mettant un pied de la troisième à la +quatrième position avec le même mouvement du corps que dans les +assemblés. + +Les _chassés_, comme les _temps levés_, mais en redoublant, c'est-à-dire +en faisant deux pas de suite ou davantage, le pied qui est devant étant +chassé par celui qui est derrière quand il s'agit d'avancer, et le même +mouvement s'exécutant en arrière quand il s'agit de reculer. + +Tous ces pas, que nous venons de décrire, se faisaient autrefois pendant +une contredanse. On les a remplacés par une sorte de marche cadencée, +entremêlée de quelques glissades, pour laquelle on ne s'inquiète pas de +mettre les pieds _en dehors_. Cependant, comme il y a encore quelques +avis à donner, c'est ici que nous répétons ce que nous avons dit plus +haut sur le maintien, dont une des premières conditions est le naturel, +non pas ce que l'on prend très-souvent pour le naturel, et qui n'est +qu'une certaine manière d'être _sans façon_ et aussi sans grâces, mais +une simplicité pleine de charme, qui est comprise par tous, et peut à +peine se définir. Nous avouons qu'on ne l'acquiert pas par des leçons; +mais les leçons peuvent corriger les défauts contraires. Nous ne +donnerons pas, comme on le faisait autrefois, des règles pour la manière +de marcher, d'entrer dans la chambre, de saluer, etc.; et cependant, +sans insister sur ces détails, nous devons dire qu'il est bon de +s'exercer à faire des révérences plus ou moins profondes, selon le degré +de respect que l'on doit à la personne que l'on salue, et en conservant +le _centre de gravité_, c'est-à-dire l'équilibre. Pour y parvenir +sûrement, il faut encore une certaine habitude. + +M. JOURDAIN. A propos! apprenez-moi comme il faut faire une révérence +pour saluer une marquise; j'en aurai besoin bientôt. + +LE MAÎTRE A DANSER. Une révérence pour saluer une marquise? + +M. JOURDAIN. Oui, une marquise qui s'appelle Dorimène. + +LE MAÎTRE A DANSER. Donnez-moi la main. + +M. JOURDAIN. Vous n'avez qu'à faire, je le retiendrai bien. + +LE MAÎTRE A DANSER. Si vous voulez la saluer avec beaucoup de respect, +il faut faire d'abord une révérence en arrière, puis marcher vers elle +avec trois révérences en avant, et à la dernière vous baisser jusqu'à +ses genoux. + +M. Jourdain n'oublie pas la leçon, mais il a commencé à saluer de trop +près la marquise Dorimène, et il est obligé de lui demander de se +reculer un peu pour la _troisième_, afin que son salut soit fait d'après +toutes les règles. + +Du temps de M. Jourdain, la révérence et le salut avaient une +très-grande importance, et formaient les principaux éléments du +_menuet_, qui était à peu près la seule danse en usage alors. On +comprend qu'il fallait des danses graves et lentes en rapport avec les +costumes de l'époque, dont la riche ampleur n'aurait pu s'accommoder à +des mouvements vifs et légers. Aussi les danses anciennes, comme la +_pavane_, la _sarabande_, la _chaconne_, le _menuet_, n'étaient guère +que des attitudes qui permettaient aux danseurs de montrer leurs grâces +étudiées. Nous croyons qu'il y a quelque chose à regretter dans ces +danses d'un caractère sérieux, plus agréables à regarder que le galop ou +la valse à deux temps; mais nous ne pouvons qu'en rappeler le souvenir, +et, puisque l'art moderne a adopté de nouvelles formes, ce sont +celles-là que nous allons tenter d'enseigner à nos enfants. + + +LE QUADRILLE OU LA CONTREDANSE. + +Pour former un quadrille, il ne faut pas être moins de quatre personnes, +deux _dames_ et deux _cavaliers_, en face les uns des autres, le +cavalier, ou la jeune fille qui le remplace, à la gauche de sa danseuse. +Lorsqu'on est huit, on forme un carré, et enfin, on peut multiplier le +nombre des danseurs d'un quadrille toujours en augmentant de quatre, +afin que chacun ait son vis-à-vis. Si on n'est que quatre, la musique +cesse lorsque la figure est terminée; mais elle recommence pour les +danseurs placés dans l'autre sens, jusqu'à ce qu'ils aient dansé la +figure entière. Le quadrille, ou la contre-danse, se compose de cinq +figures, placées dans l'ordre suivant: le _pantalon_ ou _chaîne +anglaise_, l'_été_, la _poule_, la _pastourelle_ et la _finale_. + +Le pantalon. Les danseurs qui se font vis-à-vis partent tous à la fois +en commençant la figure. On traverse pour changer de place et on revient +à sa place, pendant l'espace de huit mesures. Autrefois, on _balançait_ +et on faisait un _tour de main_ avec son danseur, pendant huit mesures +encore; mais maintenant on reste en place pendant que la musique +continue. Puis les dames seules font la _chaîne des dames_ en se donnant +la main droite et donnant ensuite la main gauche au cavalier qui fait +vis-à-vis, avec qui elles font un demi-tour. Elles reviennent à leur +place de la même manière. On retraverse encore une fois et l'on revient +à sa place, comme au commencement de la figure. Dans tous les moments où +la danseuse ne donne pas la main, elle doit tenir sa robe, à peu près à +la hauteur des genoux, en la relevant très-peu, et sans affectation. + +L'été. Un cavalier et une dame vis-à-vis marchent en avant et en +arrière, ou en _avant-deux_, pendant quatre mesures; puis de la même +manière, mais un peu en biais. Ils traversent ensuite pour changer de +place, avancent et reculent un peu en biais deux fois, et retraversent +pour gagner leur place. Quand ils s'en rapprochent, ils doivent faire +une sorte de _balancé_ avec le cavalier ou la dame qui les attendent; +mais le _balancé_, autrefois très-marqué et suivi d'un _tour de main_, +se fait à présent d'une manière presque inaperçue. Le cavalier et la +dame qui n'ont pas dansé vont en avant-deux à leur tour. Les autres +danseurs, placés sur les côtés, exécutent après eux la même figure. + +La poule. A la poule, le cavalier et la dame vis-à-vis traversent en se +donnant la main droite, puis la main gauche, qu'ils gardent en offrant +la main droite au cavalier et à la dame restés à leurs places. On +balance sans se quitter et on reprend sa place pour aller en avant-d'eux +deux fois; on donne la main à sa dame ou à son cavalier, on va deux fois +_en avant quatre_, et l'on traverse en retournant ensuite à sa place, ou +bien, plus ordinairement, après avoir été en avant-quatre, on reste en +place pendant les huit mesures qui terminent la figure. + +La pastourelle. Le cavalier conduit sa danseuse au cavalier de +vis-à-vis, qui lui donne la main gauche, et la droite à sa dame. Il les +conduit ainsi en avant et en arrière, puis en avant, et les remet au +cavalier resté seul, qui recommence à son tour en faisant de même. Après +s'être avancés deux fois, les deux dames et leur cavalier, sans se +quitter, reprennent la main du cavalier seul, et l'on fait un tour +entier en rond, puis l'on se sépare pour regagner sa place. + +Le finale. Cette cinquième figure est semblable en tout à la seconde, +excepté que, dans les premières mesures qui précèdent l'_avant-deux_, +tous les danseurs du quadrille font une sorte de balancé général qui se +nomme _chassé-croisé_; ce balancé est répété encore au milieu et à la +fin de la figure. + +Le quadrille, tel que nous venons de le décrire, peut se danser encore +en _quadrille croisé_, c'est-à-dire que tous les danseurs à la fois, des +quatre côtés du carré, dansent sans interruption, et s'entre-croisent +avec une certaine habileté qui consiste à prendre bien son temps pour ne +pas se rencontrer exactement au même point. On ne peut danser les +quadrilles croisés qu'entre quatre couples de danseurs. Dans la poule, +lors du _balancé-quatre_, les danseurs se tiennent les mains de manière +à former la croix. Dans la pastourelle, ceux qui partent les seconds, +passent constamment derrière le dos des premiers, et, au moment du +_rond_, tous ceux du quadrille se prennent la main pour former un rond +général. + + +LA VALSE. + +La position est la même pour la valse et pour toutes les danses +allemandes qui sont de la même famille, comme la polka, la mazurka, +etc., dont nous parlerons plus tard. Le cavalier doit se trouver presque +en face de sa danseuse. Il doit la soutenir avec sa main droite, placée +à peu près à la hauteur de la taille. La danseuse aura sa main droite +dans la main gauche de son danseur, et l'autre main appuyée sur son +épaule. Il faut qu'elle se laisse entièrement guider par lui. C'est le +cavalier qui doit seul déterminer tous les mouvements pour éviter la +rencontre des autres couples; et quand la valseuse désire se reposer, +elle doit avertir son valseur, sans s'arrêter d'elle-même, afin qu'il +choisisse la place convenable. + +On valse à deux temps et à trois temps, c'est-à-dire que le rhythme de +la musique reste le même, mais que dans la valse à deux temps on fait +seulement deux pas et trois tours; la valse à trois temps est moins +usitée aujourd'hui. Pour la valse à deux temps, l'orchestre doit presser +un peu le mouvement et l'accentuer avec un soin particulier. + +Valse à trois temps[27]. Le cavalier doit se placer bien en face de sa +dame, et se tenir droit sans roideur, ni trop courbé ni trop cambré. Le +bras gauche doit être arrondi avec celui de la dame, de manière à former +un arc de cercle souple et moelleux. + +[Note 27: Nous empruntons quelques-unes de ces explications à l'ouvrage +intitulé _la Danse des salons_, par M. Cellarius, professeur de danse. +Nous y puiserons aussi pour indiquer les figures du _cotillon_.] + +Le cavalier part du pied gauche, et la dame du pied droit. + +Le pas du cavalier se fait en passant le pied gauche devant sa dame. +Voilà pour le premier temps. + +Il reporte le pied droit, un peu croisé, derrière le gauche, le talon +levé et la pointe en l'air. Voilà pour le deuxième. + +Ensuite il pivote sur ses deux pieds, en montant sur les pointes, pour +se retrouver le pied droit devant, à la troisième position, allonge le +pied droit de côté, glisse le pied gauche de côté en pivotant sur le +pied droit, puis rapproche le pied droit devant à la troisième position. +Voilà pour les troisième, quatrième, cinquième et sixième temps. + +La dame part au même instant que le cavalier, par le quatrième temps, +exécute le cinquième et le sixième, et continue par le premier, le +deuxième et le troisième, et ainsi de suite. + +La préparation se fait par le cavalier: il pose le pied droit un peu en +avant sur le premier temps de la mesure, laisse passer le deuxième, et +saute sur le pied droit en levant la jambe gauche pour se trouver au +troisième temps et emboîter le premier pas de la valse. Cette +préparation donne à la dame le signal du départ. + +Avec les six premiers pas, on doit accomplir un tour entier et employer +deux mesures. Les trois premiers pas doivent se tourner également dans +le premier demi-tour; il n'en est pas de même des trois derniers. Au +quatrième pas, le cavalier doit, sans tourner, placer son pied entre +ceux de sa dame, accomplir son demi-cour en passant devant la dame avec +le cinquième pas, et rapprocher le pied droit au sixième temps. + +Le pied de la valseuse, comme celui du valseur, doit conserver sa +position ordinaire. On ne doit ni chercher à se placer sur les pointes, +ni rester non plus cloué sur les talons; la moitié du pied seule doit +porter sur le parquet, de manière à conserver le plus de solidité +possible, sans toutefois nuire à la légèreté. + +Valse à deux temps. Le pas est fort simple, et n'est autre que celui du +galop exécuté d'une jambe et de l'autre en tournant; seulement, au lieu +de sauter ce pas, il faut s'attacher à le bien glisser, en évitant les +soubresauts et les saccades. J'ai indiqué déjà, à l'article de la valse +à trois temps, quelle doit être la position du pied. Le valseur doit +tenir les genoux légèrement pliés. Le fléchissement des jambes doit être +très-peu marqué et presque imperceptible à la vue. Il faut sur chaque +mesure faire un pas, c'est-à-dire glisser un pied et chasser de l'autre. +La valse à deux temps, différente en cela de la valse à trois, qui +décrit un cercle, se valse carrément et ne se tourne que sur le glissé. +Il est essentiel de noter cette différence de mouvement, afin +d'apprécier le caractère des deux valses. + +La position du cavalier n'est pas la même pour la valse à deux temps que +pour celle à trois. Il ne doit pas se tenir en face de sa dame, mais un +peu à sa droite; s'incliner légèrement sur son épaule droite, ce qui lui +permet de bien s'élancer en entraînant sa dame. Le cavalier, dans la +valse à deux temps, part du pied gauche, et la dame du droit. La +valseuse doit s'abstenir de s'appuyer avec force sur l'épaule ou la main +de son valseur, ce que l'on appelle, en terme de valse, se _cramponner_. + +Pour bien valser, il ne suffit pas de conduire toujours sa dame dans le +même sens, ce qui ramènerait bientôt l'uniformité de l'ancienne valse: +il faut savoir tantôt la faire reculer en faisant le pas de valse, non +plus obliquement, mais en droite ligne, tantôt la faire avancer sur soi +en faisant le même pas à reculons. Certains valseurs font même le pas de +_redowa_ de côté, qui n'est pas sans grâce, lorsqu'il s'exécute bien +d'accord avec la dame, et que l'on peut reprendre de côté sans perdre la +mesure. A-t-on de l'espace devant soi, on doit aussitôt étendre son pas +et prendre cette course impétueuse que les Allemands exécutent si bien, +et qui est un des plus heureux caractères de la valse à deux temps. + +C'est ici qu'il convient de dire quelques mots de la valse dite _à +l'envers_, qui fait partie de la valse à deux temps. Le cavalier, au +lieu de s'élancer du côté gauche, ainsi qu'il est dit plus haut, peut +s'élancer du côté droit et continuer dans ce sens, en entraînant sa dame +avec lui. + + +LA POLKA. + +La position du cavalier et de la dame est à peu près la même dans la +polka que dans la valse ordinaire. La polka se danse sur une mesure à +deux-quatre, mouvement d'une marche militaire un peu lent. + +Le pas de la polka se divise en trois temps. + +Dans le premier, le talon gauche doit être levé à côté de la jambe +droite sans la dépasser derrière et de manière à effleurer le mollet. +Dans cette position, on saute sur le pied droit, afin de donner l'élan +au pied gauche, qui forme une glissade en avant, à la quatrième +position. + +Le deuxième et le troisième temps se composent de deux petits pas sautés +de chaque pied avec légèreté, en ayant soin que les deux pieds se +trouvent à peu près sur la même ligne. Au deuxième petit pas, on relève +la jambe droite, le talon près du bas du mollet gauche, et on laisse +passer le quatrième temps de la mesure, ce qui fait que trois temps +seulement se trouvent marqués. On recommence de l'autre pied et ainsi de +suite. + +Le cavalier doit toujours partir du pied gauche, et la dame du droit, +comme à la valse ordinaire. + +La polka offre dans son exécution plusieurs évolutions particulières: le +danseur devra faire tourner sa dame dans tous les sens, tantôt à droite, +tantôt à gauche, la faire reculer ou avancer sur lui, ou avancer en +droite ligne, à l'aide de ce mouvement connu, en terme de valse, sous le +nom de _redowa_; il devra même quelquefois faire pivoter la dame sur +place en rapetissant le pas, de manière à le former entièrement sous +lui. + +Dans les premiers temps de la polka, on exécutait d'autres figures +auxquelles on a renoncé maintenant. + +La polka-mazurka. La polka-mazurka a remplacé la mazurka, danse +nationale polonaise, dont les figures, très-compliquées, exigeaient +beaucoup d'étude. Il en est resté seulement un pas qui s'exécute sur un +mouvement de valse à trois temps, en sautant légèrement sur le pied +droit, laissant glisser le pied gauche à la quatrième devant, ce qui +emploie deux temps de la mesure. On recommence de l'autre jambe, et +ainsi de suite. + +La position du pied est la même pour la polka-mazurka que pour la valse +à deux temps; on ne doit chercher ni à le cambrer, ni à le tourner en +dehors, mais le laisser dans sa position naturelle. + +La marche est celle d'une valse. + + +LA REDOWA. + +Cette danse, d'origine bohémienne, s'exécute par couples, ainsi que +toutes les valses. La mesure est à trois temps, et doit être jouée sur +un rhythme beaucoup plus lent que celui de la valse ordinaire. + +La position du cavalier est la même que pour la valse à trois temps; le +cavalier part du pied gauche et la dame du droit. Le pas de la redowa, +en tournant, peut se décomposer ainsi pour le cavalier: + +Jeté du pied gauche en passant devant la dame, comme dans la valse à +trois temps; glissé du pied droit derrière à la quatrième position de +côté; on ramène le pied gauche à la troisième position derrière, puis on +exécute un _pas de basque_ du pied droit, en rapportant le pied droit +devant, et on recommence du pied gauche. + +Le _pas de basque_ s'exécute en trois temps, afin de marquer la mesure. +Pour le premier temps, on saute en changeant de jambe et en portant la +jambe changée en l'air à la quatrième position devant. Pour le deuxième +temps, on pose cette jambe à terre en la glissant un peu, et pour le +troisième, on chasse avec l'autre pied le pied qui est devant. + +Pour valser à deux temps sur la mesure de la redowa, on doit faire +chaque pas sur chaque temps de la mesure et se retrouver, toutes les +deux mesures, le cavalier du pied gauche, et la dame du pied droit, +c'est-à-dire que l'on fait un pas entier et un demi-pas sur chaque +mesure. + + +LA SCHOTTISCH. + +La schottisch se danse sur la même mesure que la polka. Pour les deux +premières mesures le pas est celui de la polka, excepté au quatrième +temps, où, le pied restant en l'air, on saute légèrement sur le pied qui +est posé. La première mesure se fait du pied droit, et la seconde du +pied gauche. Pour les deux mesures suivantes, au premier temps, on passe +le pied droit devant; au second temps, on saute légèrement en levant le +pied gauche derrière; le troisième temps et le quatrième se font de la +même manière avec le pied gauche. Ensuite on recommence le pas, qui se +fait en tournant, comme la polka. + + +LE GALOP + +Le galop, qui se danse quelquefois à la fin d'un bal ou dans une figure +de cotillon, est de la plus grande simplicité. La position est la même +que pour la polka, et le pas consiste seulement à chasser un pied par +l'autre, en les changeant alternativement, pour franchir, devant soi, le +plus grand espace possible. Le galop se danse sur un mouvement animé, +que l'on presse vers la fin. + + +LE COTILLON. + +Le cotillon est le finale presque obligé de toute réunion dansante. + +Pour former un cotillon, on doit s'asseoir autour du salon en +demi-cercle ou en cercle complet, suivant le nombre des valseurs. On se +dispose couples par couples, le cavalier ayant toujours sa dame à sa +droite, et sans laisser d'intervalles entre les siéges. + +Le cavalier qui se lève le premier pour partir prend le titre _de +cavalier conducteur_; la place qu'il occupe avec sa dame représente ce +qu'on appelle _la tête du cotillon_. + +Le cotillon peut se composer de valse seule, de polka ou de mazurka; il +arrive souvent que l'on mêle ces trois valses ensemble, et que l'on +passe de l'une à l'autre pour plus de diversité. + +Lorsque l'on commence par la valse, le couple conducteur part le premier +et fait le tour du salon, suivi des autres couples, qui reviennent +successivement à leur place. Le premier couple se lève de nouveau et +exécute une figure de son choix, que les autres couples doivent exécuter +à tour de rôle jusqu'à l'extrémité du cercle. + +Celui qui conduit le cotillon donne à l'orchestre le signal du départ, +l'arrête lorsqu'il faut changer d'air dans les cotillons mêlés de valses +et de polka. L'orchestre doit jouer pendant toute la durée d'un cotillon +sans jamais s'arrêter, et ne cesser que lorsqu'il en a reçu l'ordre du +cavalier conducteur. + +Le devoir du cavalier conducteur est de ne jamais perdre de vue les +autres couples, d'avertir en frappant des mains, les cavaliers +retardataires, ou ceux qui prolongeraient trop leur valse. + +Nous donnerons maintenant l'explication de quelques-unes des figures du +cotillon les plus faciles à décrire et à comprendre. + +La course. Le premier cavalier quitte sa dame après avoir valsé, et va +choisir deux autres dames dans le cercle; sa dame, de son côté, choisit +deux cavaliers. Ils se placent vis-à-vis l'un de l'autre à une certaine +distance, puis se lancent et font quelques tours de valse ou de polka, +chaque cavalier avec la dame qui se trouve devant lui. + +Les fleurs. Le conducteur choisit deux dames et les invite à lui +indiquer à voix basse chacune une fleur. Il va présenter les deux dames +à un autre cavalier, et lui nomme les deux fleurs pour qu'il ait à en +choisir une. Le second cavalier valse avec la dame représentée par la +fleur qu'il a nommée, et le cavalier conducteur valse avec l'autre dame. +La dame du premier cavalier exécute la même figure avec les deux +cavaliers choisis par elle. Les _fleurs_ peuvent se faire à un, deux et +trois couples. + +Les colonnes. Le cavalier conducteur valse avec sa dame, qu'il laisse au +milieu du salon. Il prend un cavalier qu'il place dos à dos avec sa +dame; il amène une autre dame qu'il place vis-à-vis du cavalier qu'il +vient de choisir, et ainsi de suite, jusqu'à ce qu'il ait formé une +colonne de quatre ou cinq couples qu'il a le soin de terminer par une +dame. Au signal qu'il donne, en frappant dans les mains, chacun se +retourne et valse ou danse avec son vis-à-vis jusqu'à sa place. On peut +former une colonne double en partant deux couples à la fois. + +Le coussin. Le premier cavalier part en tenant de la main gauche un +coussin. Il fait le tour du salon avec sa dame, qu'il fait asseoir au +milieu du salon, et lui laisse le coussin, que celle-ci doit présenter à +plusieurs cavaliers en les invitant à placer un genou dessus. La dame +doit le retirer avec vivacité devant les cavaliers qu'elle refuse, et le +laisser tomber devant celui qu'elle choisit pour valser. + +La trompeuse. Deux ou trois couples partent en valsant et se séparent. +Chaque cavalier va choisir un cavalier, et chaque dame une dame. Le +cavalier conducteur choisit seul deux cavaliers. Les cavaliers forment +une ligne, et se placent dos à dos avec les dames, qui forment une ligne +parallèle. Le cavalier conducteur se tient hors des rangs, et se place +devant la ligne des dames. Il frappe dans ses mains et choisit une dame. +A ce signal, tous les cavaliers se retournent et prennent pour valser +les dames qui se trouvent derrière eux. Le cavalier qui se trouve sans +dame, par suite du choix du cavalier conducteur, retourne seul à sa +place. + +Le serpent. Le premier couple part en valsant. Le cavalier laisse sa +dame dans un des angles du salon, le visage tourné vers la muraille, et +va chercher ensuite trois ou quatre dames qu'il place derrière la +sienne, en laissant entre chacune d'elles une certaine distance. Il va +choisir autant de cavaliers, lui compris, qu'il se trouve de dames. Il +forme une chaîne libre avec les cavaliers qu'il a choisis, et, après +avoir promené cette chaîne avec rapidité, il passe derrière la dernière +dame, puis entre chaque dame, jusqu'à ce qu'il ait repris la sienne. Il +frappe alors dans les mains, et chaque cavalier valse avec son +vis-à-vis. + +Le changement de dames. Deux couples partent en valsant. Après avoir +décrit plusieurs circuits, ils doivent se rapprocher: les cavaliers +changent de dames sans perdre le pas ni la mesure: après avoir valsé +avec la dame l'un de l'autre, chacun reprend la sienne et regagne sa +place. + +Le chapeau. Le chevalier laisse sa dame au milieu du salon, et lui remet +un chapeau. Tous les cavaliers viennent former un rond autour de la dame +en lui tournant le dos et marchant très-vite du côté gauche. La dame +place le chapeau sur la tête de l'un des cavaliers avec lequel elle fait +un tour de valse. Les autres cavaliers retournent à leur place. + +L'écharpe. Cette figure est le pendant de celle du _chapeau_. Un +cavalier tient une écharpe à la main, au milieu d'un rond que les dames +forment autour de lui, et doit déposer l'écharpe sur les épaules de +l'une d'elles qu'il choisit pour valser. Chaque cavalier doit aller +rejoindre sa dame pour la reconduire à sa place. + +Les dames assises. On place deux chaises dos à dos au milieu du salon. +Les deux premiers couples partent en valsant. Les deux cavaliers font +asseoir leurs dames sur les chaises, et vont ensuite choisir deux dames +avec lesquelles ils font le tour du cercle. Ils viennent ensuite +reprendre leurs dames pour les reconduire à leur place en valsant. +Pendant que les deux dames qu'ils viennent de quitter s'assoient à leur +tour, les deux cavaliers suivants exécutent la même figure, et ainsi de +suite. Quand tous les cavaliers ont fait la figure, il reste sur les +chaises deux dames que leurs cavaliers viennent délivrer. On peut faire +cette figure à trois ou quatre couples, en plaçant trois ou quatre +chaises au milieu du cercle. + +Le chapeau magique. Le premier couple part en valsant. Le cavalier remet +à sa dame un chapeau qu'elle va présenter à plusieurs dames en les +engageant à y déposer un objet quelconque. Elle offre ensuite le chapeau +à plusieurs cavaliers qui prennent un des objets, et vont chercher la +dame à laquelle il appartient pour lui faire faire un tour de valse. +Cette figure peut être exécutée par plusieurs couples à la fois. + +La phalange. Départ des deux premiers couples. Chaque cavalier va +choisir deux dames, et chaque dame deux cavaliers. Le premier cavalier +donne la main droite à la dame de droite et la main gauche à celle de +gauche; les deux dames se donnent la main derrière lui, de manière à +former une figure connue anciennement sons le nom des _Grâces_. La dame +du cavalier conducteur se place de même avec les deux cavaliers qu'elle +a choisis; les autres groupes se rangent à la suite dans la même +disposition, et se tiennent rapprochés de manière à former une phalange +qui part en exécutant le pas de polka, valse sans tourner, ou de +mazurka. Au signal donné, les cavaliers qui se trouvent entre deux dames +se retournent avec elles, et chacun valse avec son vis-à-vis jusqu'à sa +place. + +Le cavalier trompé. Les cinq ou six premiers couples partent ensemble, +et vont se placer en rang deux par deux. Le premier cavalier tient sa +dame de la main droite, et ne doit pas regarder le couple qui se trouve +derrière lui. Sa dame le quitte, et va choisir un cavalier parmi les +autres couples. Ce cavalier et cette dame se séparent et avancent de +chaque côté de la colonne en marchant sur la pointe du pied, afin de +tromper le premier cavalier qui se trouve en tête, et s'efforcent de le +rejoindre pour valser ensemble. Si le cavalier qui est aux aguets peut +ressaisir sa dame, il la reconduit en valsant, et le cavalier suivant le +remplacera. Dans le cas contraire, il doit demeurer à son poste jusqu'à +ce qu'il ait pu prendre une dame. Le dernier cavalier restant valse avec +la dernière dame. + +Le grand rond. Quatre couples partent à la fois. Chaque cavalier va +choisir un cavalier, et chaque dame une dame. On forme un rond général, +les cavaliers se tenant par la main du même côté, et les dames de +l'autre. On commence par tourner à gauche; puis le cavalier conducteur, +qui doit avoir sa dame de la main droite, s'avance sans la quitter, et +coupe le rond par le milieu, c'est-à-dire entre la dernière dame et le +dernier cavalier. Il tourne à gauche avec tous les cavaliers, tandis que +la dame tourne à droite avec toutes les dames. Le cavalier conducteur et +sa dame, après avoir décrit un demi-cercle renversé, se retournent et +valsent ensemble; le second cavalier prend la seconde dame, et ainsi de +suite, jusqu'à ce que la chaîne soit épuisée. Cette figure peut se faire +à cinq, six, sept, huit couples, et plus encore. + +Les cercles jumeaux. Quatre couples partent ensemble. Chaque cavalier +choisit un cavalier, et chaque dame une dame. Les cavaliers forment un +rond, et les dames un autre à l'opposé. Le cavalier conducteur se place +dans le rond des dames, et la dame dans celui des cavaliers. Les deux +ronds tournent à gauche avec rapidité: à un signal donné, le cavalier +choisit une dame pour valser avec elle; sa dame en fait autant avec un +cavalier: pendant ce temps, les cavaliers se développent sur une ligne, +et les dames sur une autre. Les deux lignes avancent l'une vers l'autre, +et chacun valse avec son vis-à-vis. Cette figure, de même que la +précédente, peut être exécutée par autant de couples que l'on veut. + +Le rond trompeur. Départ du premier couple. Le cavalier conducteur va +choisir trois dames qu'il place avec la sienne à une certaine distance +les unes des autres, et comme pour le jeu des quatre coins. Il choisit +ensuite quatre cavaliers, et forme avec eux un rond qui se trouve inséré +dans le carré que forment les quatre dames. Les cinq cavaliers doivent +tourner avec une très-grande vitesse, et à un signal donné, se retourner +et prendre la dame qui se trouve derrière eux pour valser. Il y a +nécessairement un cavalier qui est condamné à retourner seul à sa place. + +La chasse aux mouchoirs. Les trois ou quatre premiers couples partent +ensemble. Les cavaliers laissent au milieu du salon leurs dames, qui +doivent toutes avoir un mouchoir à la main. Les cavaliers du cotillon +viennent former un rond autour des dames en leur tournant le dos, et +tournent rapidement à gauche. Les dames lancent leurs mouchoirs en +l'air, et valsent avec ceux des cavaliers qui s'en saisissent. + +La mer agitée. On place deux rangs de chaises adossées les unes aux +autres, comme pour le jeu dont le nom a servi à désigner cette figure. +Départ du premier couple. Le cavalier conducteur, s'il a placé douze +chaises au milieu du salon, choisit six dames, y compris la sienne, et +les fait asseoir de deux en deux chaises. Il va chercher ensuite six +cavaliers avec lesquels il forme une chaîne qu'il dirige lui-même. Après +avoir décrit une course rapide dans les diverses parties du salon, et +qu'il peut prolonger ou varier à son gré, il finit par envelopper les +rangs de chaises où se trouvent les dames. Quand il s'assoit, tous les +cavaliers doivent s'asseoir au même instant, et chacun valse avec la +dame qui est à sa droite. Dans cette figure, comme dans celle du _rond +trompeur_, il se trouve nécessairement un cavalier de trop, qui doit +retourner seul à sa place. + +Les quatre coins. On place quatre chaises au milieu du salon, à des +intervalles marqués, pour figurer les quatre coins. Le premier cavalier, +après avoir fait faire à sa dame un tour de valse, la fait asseoir sur +une des chaises, et prend les trois dames suivantes pour occuper les +trois autres chaises. Il se place debout au milieu, comme pour le jeu +des quatre coins: les dames, en restant assises, exécutent les +changements du jeu, qui se font, non plus en courant, mais en se tenant +par les mains pour changer de chaises. Quand le cavalier peut s'emparer +d'une des chaises laissée vacante par une des dames qui cherchait à +changer de place avec sa voisine, il valse avec celle qu'il a déplacée. +Un autre cavalier vient aussitôt se placer au milieu du rond, et une +autre dame vient occuper la chaise vacante. Quand le dernier cavalier a +pris la place de l'une des quatre dernières dames, les cavaliers des +trois dames qui restent doivent venir les prendre pour les reconduire à +leur place en valsant. + +Le berceau. Quatre couples partent ensemble et vont former un rond +général au milieu du salon. Quand le rond est formé, les dames et les +cavaliers se retournent, et se trouvent dos à dos sans se quitter les +mains. Quatre autres couples partent et vont former un rond autour du +premier, mais sans se retourner. Dans cette position, et quand on est +vis-à-vis les uns des autres, les cavaliers se donnent les mains en +dessus, et les dames en dessous. Les cavaliers lèvent les bras assez +haut pour former une issue circulaire que les dames parcourent +rapidement et à gauche sans se quitter les mains. Au signal donné, les +bras des cavaliers s'abaissent à la fois pour arrêter les dames qui +valsent avec les cavaliers devant lesquels elles se trouvent. Cette +figure peut être exécutée par un grand nombre de couples. + +La poursuite. Départ des trois ou quatre premiers couples. Chaque +cavalier du cotillon a le droit d'aller derrière chaque couple et de +s'emparer de la dame pour valser avec elle. Il doit frapper dans les +mains pour annoncer qu'il est dans l'intention de se substituer au +cavalier. Cette figure se continue jusqu'à ce que chaque cavalier ait +retrouvé sa dame pour la reconduire à sa place. Pour que cette figure +soit exécutée avec toute l'animation voulue, il faut qu'à mesure qu'un +cavalier s'empare d'une dame, un autre le remplace aussitôt. La +poursuite est une des figures finales du cotillon. + +Le rond final. Toutes les personnes du cotillon forment un rond général. +Le cavalier conducteur s'en sépare avec sa dame, et il exécute une valse +au milieu du rond, qui s'est reformé autour d'eux. Il s'arrête à un +signal donné, et sa dame sort du cercle. Lui, choisit une dame avec +laquelle il valse dans le cercle. Il sort du cercle à son tour, et la +dame qu'il a choisie prend un autre cavalier, et ainsi de suite. Quand +il ne reste plus que deux ou trois couples, on exécute une valse +générale. Le _rond final_ s'exécute, ainsi que la _poursuite_, surtout à +la fin des cotillons. + +Les quatre chaises. On place au milieu du salon quatre chaises que l'on +dispose comme pour les quatre coins. Quatre couples partent en valsant, +et se placent, chaque couple derrière une des quatre chaises. A un +signal donné, chacun valse autour de la chaise devant laquelle il se +trouve, puis passe à la suivante; et ainsi de suite en allant toujours à +droite. Cette figure doit être faite avec ensemble pour éviter de +s'entre-choquer. Pour finir, chacun regagne sa place en valsant. + +La contredanse. Quatre couples vont se placer au milieu du salon, comme +pour la contredanse. Le premier couple part en valsant autour du couple +qui est à sa droite, et fait de la même manière le tour des trois autres +couples, qui répètent à leur tour la même figure. Quand tous les quatre +ont achevé, on retourne à sa place en valsant comme pour _les chaises_. + +L'éventail. On place trois chaises au milieu du salon sur une même +ligne. Les deux chaises des extrémités doivent être tournées dans le +sens contraire de celle du milieu. Le premier couple part en valsant: le +cavalier fait asseoir sa dame sur la chaise du milieu et lui remet un +éventail. Il va chercher deux autres cavaliers qu'il fait asseoir sur +les deux autres chaises. La dame offre l'éventail à l'un des deux +cavaliers assis à son côté et valse avec l'autre. Le cavalier qui a reçu +l'éventail doit suivre le couple valsant en l'éventant et en sautant à +cloche-pied autour du cercle. + +Le chapeau fuyant. Départ des deux premiers couples. Le cavalier +conducteur tient derrière lui, de la main gauche, un chapeau dont il a +soin de présenter l'ouverture. Le deuxième cavalier tient de la main +gauche une paire de gants roulée qu'il doit chercher à lancer dans le +chapeau sans cesser de valser. Quand il a réussi, il prend le chapeau, +et remet les gants à l'autre cavalier, qui recommence le même jeu. + +Les petits ronds. Départ des trois ou quatre premiers couples. Chaque +cavalier choisit un cavalier, et chaque dame une dame. Les cavaliers se +placent deux par deux, et les dames aussi deux par deux devant les +cavaliers. Les deux premiers cavaliers et les deux premières dames font +en rond un tour entier à gauche; quand le tour est achevé, les deux +cavaliers, sans s'arrêter, lèvent les bras pour faire passer les deux +dames en dessous, et exécutent un autre tour avec les deux dames +suivantes. Les deux premières dames tournent de même avec les deux +cavaliers qui se présentent; chacun suit jusqu'à ce que les deux +premiers cavaliers soient arrivés aux dernières dames. Quand les deux +premiers cavaliers ont fait passer toutes les dames, ils se placent en +ligne, et les deux cavaliers suivants se rangent de chaque côté, de +manière à former, tous les cavaliers ensemble, une seule et même ligne +opposée à celle que les dames ont dû former de leur côté. Les deux +lignes avancent l'une vers l'autre par quatre mesures, puis se +rejoignent, et chaque cavalier prend la dame qui se trouve devant lui. +Polka ou mazurka générale pour finir. + +Les génuflexions. Départ des deux premiers couples. Les deux cavaliers +mettent un genou en terre à une certaine distance l'un de l'autre. Dans +cette position, ils font tourner leurs dames deux fois autour d'eux sans +leur quitter la main. Après ces deux tours, les deux dames traversent la +main droite, et vont donner la main gauche à la droite de l'autre +cavalier pour faire également deux tours. Elles traversent une deuxième +fois de la main droite pour retrouver leurs cavaliers, qui se relèvent +et les reconduisent en valsant. + +La corbeille. Départ du premier couple. Le cavalier choisit deux dames, +au milieu desquelles il se place; sa dame choisit deux cavaliers, et se +place aussi entre eux. On avance pendant quatre mesures, on recule +pendant quatre autres, on avance pendant quatre mesures, on recule +pendant quatre autres, on avance une dernière fois. Le cavalier qui +tient les deux dames lève les bras, et fait passer en dessous les deux +cavaliers, qui passent sans quitter les mains de la dame du premier +cavalier, et se donnent les mains derrière ce dernier. Les deux dames +choisies par le premier cavalier se donnent les mains derrière la dame +du cavalier conducteur, ce qui forme la corbeille. Dans cette position +on décrit un tour à gauche, et à un signal donné, sans que personne ne +quitte les mains, le cavalier du milieu passe sous les bras des deux +autres cavaliers, et la dame sous les bras des deux autres dames. Les +six personnes se trouvent alors avoir les bras enlacés. A un autre +signal, on sépare les bras, et on forme un rond ordinaire; on décrit un +tour, et le cavalier qui se trouve à la gauche de la première dame +commence une chaîne plate par la main droite, qui se continue jusqu'à ce +que le premier cavalier ait retrouvé sa dame. On termine par une valse. + +La dame à gauche. Toutes les personnes du cotillon forment un rond +général; on tourne à gauche pendant quatre mesures; chaque cavalier fait +le tour sur place en avant, pendant quatre autres mesures, en ayant +soin, à la fin du tour, de laisser sa dame à gauche. On recommence le +rond sur quatre mesures, et chaque cavalier prend la dame qui se trouve +à sa droite, qu'il transporte à gauche, à l'aide d'un nouveau tour sur +place. On continue jusqu'à ce qu'on ait retrouvé sa dame. La dame à +gauche est une des figures finales du cotillon. + +Pour terminer un cotillon, il est d'un usage assez général que chaque +couple, après la dernière figure, passe devant la maîtresse du cotillon +et s'incline devant elle successivement. Quelquefois, celui qui conduit +le cotillon a été la chercher à sa place, et l'a fait asseoir sur une +chaise placée au milieu du salon. Ce salut, qui a lieu dans quelques +réunions, n'est cependant pas obligatoire, et nous devons l'indiquer +seulement pour les circonstances où il paraît à propos de terminer ainsi +la soirée. + +[Illustration] + + + + +TABLE DES MATIÈRES. + + +AVANT-PROPOS + +PREMIÈRE PARTIE. +JEUX D'ACTION. + + Le loup ou la queue leuleu + Cache-cache ou cligne-musette + Cache tampon + Le chat et la souris + Le chat perché + Petit bonhomme vit encore + Le furet + Jeu de la savate + La main chaude + Colin-Maillard + Colin-Maillard assis et à la baguette + Colin-Maillard à la silhouette + Le sac d'étrennes + Les ciseaux + La mer agitée + La toilette de madame + Le voyageur et l'hôtellerie + Les quatre coins + Les voisins + Le tiers ou les petits paquets + Le loup et la bergerie + Le labyrinthe ou la dentelle + Les barres + Le concert + Le pied de boeuf + La scie + Les fromages + Cloche-pied + Le coton en l'air + Le singe + L'exercice à la prussienne + L'assiette tournante 44 + +DEUXIÈME PARTIE. +JEUX AVEC JOUETS. + + Les bagues + La balançoire ou escarpolette + La balle + Le ballon + Les bulles de savon + Le bilboquet + Le cerceau + La corde + Les dames + Les dés + Le diable + Les dominos + L'émigrant + Les grâces + Les jonchets + Le kaléidoscope + La lanterne magique + Le loto + Le loup + La marelle + L'oie + Les ombres chinoises + Les osselets + Le pantin + Le parachute + La poupée + Le renard et les poules + Le solitaire + Le sphinx + Le toton + Le volant + +TROISIÈME PARTIE +LES RONDES + + Nous n'irons plus au bois + La boulangère + Le laurier de France + Il était une bergère + Giroflé, girofla + Le ciel et l'enfer + La tour, prends garde! + Ah! mon beau château + Gentil coquelicot + La mère Bontemps + Guilleri + Le chevalier du Guet + Le pont d'Avignon + L'avoine + Savez-vous planter des choux? + La mistenlaire + Biron + Ramène tes moutons + J'aimerai qui m'aime + Il faut que le mal cède + La bonne aventure + La marguerite + Meunier, tu dors! + La vieille + Mon père m'a donné un mari + Riche et pauvre + Le rat de ville et le rat des champs + Chanson de la mariée + +QUATRIÈME PARTIE +JEUX D'ESPRIT + + Pigeon vole + Le corbillon + Comment l'aimez-vous? + J'aime mon ami par A + L'amour + Le logement + Proverbes, sentences ou devises + Le mot caché + Réponse en une phrase + Plusieurs mots pour un + Le mot indicateur + Les cinq voyelles + La leçon de lecture + Les douze questions ou les trois règnes + Oui ou non + La clef du jardin + La première syllabe + La syllabe devinée + L'apprenti + Les mots prohibés + Les couleurs prohibées + La pensée, ou A quoi ressemble ce que je pense? + Les comparaisons + Les propos interrompus + Les propos interrompus par écrit + Les pourquoi et les parce que + La narration + Le journal + L'avocat + La sellette + Les conséquences + Le secrétaire + Les devises + Les métamorphoses + La volière + Le papillon et les fleurs + Les signes + Les magots + Le bâtiment + Le jardinage + Le capucin + Combien vaut l'orge? + Les cris de Paris + Les éléments + Les rubans + L'orateur + Charades en action + Bouts-rimés + Les gages + La Danse + Les positions + Les exercices + Les pas + Le quadrille ou la contre-danse + Le pantalon + L'été + La poule + La pastourelle + Le finale + La valse + Valse à trois temps + Valse à deux temps + La polka + La polka-mazurka + La redowa + La schottisch + Le galop + Le cotillon + La course + Les fleurs + Les colonnes + Le coussin + La trompeuse + Le serpent + Le changement de dames + Le chapeau + L'écharpe + Les dames assises + Le chapeau magique + La phalange + Le cavalier trompé + Le grand rond + Les cercles jumeaux + Le rond trompeur + La chasse aux mouchoirs + La mer agitée + Les quatre coins + Le berceau + La poursuite + Le rond final + Les quatre chaises + La contredanse + L'éventail + Le chapeau fuyant + Les petits ronds + Les génuflexions + La corbeille + La dame à gauche + +FIN DE LA TABLE. + + + + + + +End of the Project Gutenberg EBook of Jeux et exercices des jeunes filles, by +Marguerite Du Parquet + +*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK JEUX ET EXERCICES--JEUNES FILLES *** + +***** This file should be named 28788-8.txt or 28788-8.zip ***** +This and all associated files of various formats will be found in: + https://www.gutenberg.org/2/8/7/8/28788/ + +Produced by Laurent Vogel, Rénald Lévesque, Linda Cantoni +(partitions et fichiers audio) and the Online Distributed +Proofreading Team at https://www.pgdp.net (This file was +produced from images generously made available by the +Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica) + + +Updated editions will replace the previous one--the old editions +will be renamed. + +Creating the works from public domain print editions means that no +one owns a United States copyright in these works, so the Foundation +(and you!) can copy and distribute it in the United States without +permission and without paying copyright royalties. Special rules, +set forth in the General Terms of Use part of this license, apply to +copying and distributing Project Gutenberg-tm electronic works to +protect the PROJECT GUTENBERG-tm concept and trademark. Project +Gutenberg is a registered trademark, and may not be used if you +charge for the eBooks, unless you receive specific permission. If you +do not charge anything for copies of this eBook, complying with the +rules is very easy. You may use this eBook for nearly any purpose +such as creation of derivative works, reports, performances and +research. They may be modified and printed and given away--you may do +practically ANYTHING with public domain eBooks. Redistribution is +subject to the trademark license, especially commercial +redistribution. + + + +*** START: FULL LICENSE *** + +THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE +PLEASE READ THIS BEFORE YOU DISTRIBUTE OR USE THIS WORK + +To protect the Project Gutenberg-tm mission of promoting the free +distribution of electronic works, by using or distributing this work +(or any other work associated in any way with the phrase "Project +Gutenberg"), you agree to comply with all the terms of the Full Project +Gutenberg-tm License (available with this file or online at +https://gutenberg.org/license). + + +Section 1. General Terms of Use and Redistributing Project Gutenberg-tm +electronic works + +1.A. By reading or using any part of this Project Gutenberg-tm +electronic work, you indicate that you have read, understand, agree to +and accept all the terms of this license and intellectual property +(trademark/copyright) agreement. If you do not agree to abide by all +the terms of this agreement, you must cease using and return or destroy +all copies of Project Gutenberg-tm electronic works in your possession. +If you paid a fee for obtaining a copy of or access to a Project +Gutenberg-tm electronic work and you do not agree to be bound by the +terms of this agreement, you may obtain a refund from the person or +entity to whom you paid the fee as set forth in paragraph 1.E.8. + +1.B. "Project Gutenberg" is a registered trademark. It may only be +used on or associated in any way with an electronic work by people who +agree to be bound by the terms of this agreement. There are a few +things that you can do with most Project Gutenberg-tm electronic works +even without complying with the full terms of this agreement. See +paragraph 1.C below. There are a lot of things you can do with Project +Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this agreement +and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm electronic +works. See paragraph 1.E below. + +1.C. The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the Foundation" +or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection of Project +Gutenberg-tm electronic works. Nearly all the individual works in the +collection are in the public domain in the United States. If an +individual work is in the public domain in the United States and you are +located in the United States, we do not claim a right to prevent you from +copying, distributing, performing, displaying or creating derivative +works based on the work as long as all references to Project Gutenberg +are removed. Of course, we hope that you will support the Project +Gutenberg-tm mission of promoting free access to electronic works by +freely sharing Project Gutenberg-tm works in compliance with the terms of +this agreement for keeping the Project Gutenberg-tm name associated with +the work. You can easily comply with the terms of this agreement by +keeping this work in the same format with its attached full Project +Gutenberg-tm License when you share it without charge with others. + +1.D. The copyright laws of the place where you are located also govern +what you can do with this work. Copyright laws in most countries are in +a constant state of change. If you are outside the United States, check +the laws of your country in addition to the terms of this agreement +before downloading, copying, displaying, performing, distributing or +creating derivative works based on this work or any other Project +Gutenberg-tm work. The Foundation makes no representations concerning +the copyright status of any work in any country outside the United +States. + +1.E. Unless you have removed all references to Project Gutenberg: + +1.E.1. The following sentence, with active links to, or other immediate +access to, the full Project Gutenberg-tm License must appear prominently +whenever any copy of a Project Gutenberg-tm work (any work on which the +phrase "Project Gutenberg" appears, or with which the phrase "Project +Gutenberg" is associated) is accessed, displayed, performed, viewed, +copied or distributed: + +This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with +almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or +re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included +with this eBook or online at www.gutenberg.org + +1.E.2. If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is derived +from the public domain (does not contain a notice indicating that it is +posted with permission of the copyright holder), the work can be copied +and distributed to anyone in the United States without paying any fees +or charges. If you are redistributing or providing access to a work +with the phrase "Project Gutenberg" associated with or appearing on the +work, you must comply either with the requirements of paragraphs 1.E.1 +through 1.E.7 or obtain permission for the use of the work and the +Project Gutenberg-tm trademark as set forth in paragraphs 1.E.8 or +1.E.9. + +1.E.3. If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is posted +with the permission of the copyright holder, your use and distribution +must comply with both paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 and any additional +terms imposed by the copyright holder. Additional terms will be linked +to the Project Gutenberg-tm License for all works posted with the +permission of the copyright holder found at the beginning of this work. + +1.E.4. Do not unlink or detach or remove the full Project Gutenberg-tm +License terms from this work, or any files containing a part of this +work or any other work associated with Project Gutenberg-tm. + +1.E.5. Do not copy, display, perform, distribute or redistribute this +electronic work, or any part of this electronic work, without +prominently displaying the sentence set forth in paragraph 1.E.1 with +active links or immediate access to the full terms of the Project +Gutenberg-tm License. + +1.E.6. You may convert to and distribute this work in any binary, +compressed, marked up, nonproprietary or proprietary form, including any +word processing or hypertext form. However, if you provide access to or +distribute copies of a Project Gutenberg-tm work in a format other than +"Plain Vanilla ASCII" or other format used in the official version +posted on the official Project Gutenberg-tm web site (www.gutenberg.org), +you must, at no additional cost, fee or expense to the user, provide a +copy, a means of exporting a copy, or a means of obtaining a copy upon +request, of the work in its original "Plain Vanilla ASCII" or other +form. Any alternate format must include the full Project Gutenberg-tm +License as specified in paragraph 1.E.1. + +1.E.7. Do not charge a fee for access to, viewing, displaying, +performing, copying or distributing any Project Gutenberg-tm works +unless you comply with paragraph 1.E.8 or 1.E.9. + +1.E.8. You may charge a reasonable fee for copies of or providing +access to or distributing Project Gutenberg-tm electronic works provided +that + +- You pay a royalty fee of 20% of the gross profits you derive from + the use of Project Gutenberg-tm works calculated using the method + you already use to calculate your applicable taxes. The fee is + owed to the owner of the Project Gutenberg-tm trademark, but he + has agreed to donate royalties under this paragraph to the + Project Gutenberg Literary Archive Foundation. Royalty payments + must be paid within 60 days following each date on which you + prepare (or are legally required to prepare) your periodic tax + returns. Royalty payments should be clearly marked as such and + sent to the Project Gutenberg Literary Archive Foundation at the + address specified in Section 4, "Information about donations to + the Project Gutenberg Literary Archive Foundation." + +- You provide a full refund of any money paid by a user who notifies + you in writing (or by e-mail) within 30 days of receipt that s/he + does not agree to the terms of the full Project Gutenberg-tm + License. You must require such a user to return or + destroy all copies of the works possessed in a physical medium + and discontinue all use of and all access to other copies of + Project Gutenberg-tm works. + +- You provide, in accordance with paragraph 1.F.3, a full refund of any + money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the + electronic work is discovered and reported to you within 90 days + of receipt of the work. + +- You comply with all other terms of this agreement for free + distribution of Project Gutenberg-tm works. + +1.E.9. If you wish to charge a fee or distribute a Project Gutenberg-tm +electronic work or group of works on different terms than are set +forth in this agreement, you must obtain permission in writing from +both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and Michael +Hart, the owner of the Project Gutenberg-tm trademark. Contact the +Foundation as set forth in Section 3 below. + +1.F. + +1.F.1. Project Gutenberg volunteers and employees expend considerable +effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread +public domain works in creating the Project Gutenberg-tm +collection. Despite these efforts, Project Gutenberg-tm electronic +works, and the medium on which they may be stored, may contain +"Defects," such as, but not limited to, incomplete, inaccurate or +corrupt data, transcription errors, a copyright or other intellectual +property infringement, a defective or damaged disk or other medium, a +computer virus, or computer codes that damage or cannot be read by +your equipment. + +1.F.2. LIMITED WARRANTY, DISCLAIMER OF DAMAGES - Except for the "Right +of Replacement or Refund" described in paragraph 1.F.3, the Project +Gutenberg Literary Archive Foundation, the owner of the Project +Gutenberg-tm trademark, and any other party distributing a Project +Gutenberg-tm electronic work under this agreement, disclaim all +liability to you for damages, costs and expenses, including legal +fees. YOU AGREE THAT YOU HAVE NO REMEDIES FOR NEGLIGENCE, STRICT +LIABILITY, BREACH OF WARRANTY OR BREACH OF CONTRACT EXCEPT THOSE +PROVIDED IN PARAGRAPH F3. YOU AGREE THAT THE FOUNDATION, THE +TRADEMARK OWNER, AND ANY DISTRIBUTOR UNDER THIS AGREEMENT WILL NOT BE +LIABLE TO YOU FOR ACTUAL, DIRECT, INDIRECT, CONSEQUENTIAL, PUNITIVE OR +INCIDENTAL DAMAGES EVEN IF YOU GIVE NOTICE OF THE POSSIBILITY OF SUCH +DAMAGE. + +1.F.3. LIMITED RIGHT OF REPLACEMENT OR REFUND - If you discover a +defect in this electronic work within 90 days of receiving it, you can +receive a refund of the money (if any) you paid for it by sending a +written explanation to the person you received the work from. If you +received the work on a physical medium, you must return the medium with +your written explanation. The person or entity that provided you with +the defective work may elect to provide a replacement copy in lieu of a +refund. If you received the work electronically, the person or entity +providing it to you may choose to give you a second opportunity to +receive the work electronically in lieu of a refund. If the second copy +is also defective, you may demand a refund in writing without further +opportunities to fix the problem. + +1.F.4. Except for the limited right of replacement or refund set forth +in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS' WITH NO OTHER +WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT LIMITED TO +WARRANTIES OF MERCHANTIBILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE. + +1.F.5. Some states do not allow disclaimers of certain implied +warranties or the exclusion or limitation of certain types of damages. +If any disclaimer or limitation set forth in this agreement violates the +law of the state applicable to this agreement, the agreement shall be +interpreted to make the maximum disclaimer or limitation permitted by +the applicable state law. The invalidity or unenforceability of any +provision of this agreement shall not void the remaining provisions. + +1.F.6. INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the +trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone +providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in accordance +with this agreement, and any volunteers associated with the production, +promotion and distribution of Project Gutenberg-tm electronic works, +harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees, +that arise directly or indirectly from any of the following which you do +or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm +work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any +Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause. + + +Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm + +Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of +electronic works in formats readable by the widest variety of computers +including obsolete, old, middle-aged and new computers. It exists +because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from +people in all walks of life. + +Volunteers and financial support to provide volunteers with the +assistance they need are critical to reaching Project Gutenberg-tm's +goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will +remain freely available for generations to come. In 2001, the Project +Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure +and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations. +To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation +and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4 +and the Foundation web page at https://www.pglaf.org. + + +Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive +Foundation + +The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit +501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the +state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal +Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification +number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at +https://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg +Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent +permitted by U.S. federal laws and your state's laws. + +The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S. +Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered +throughout numerous locations. Its business office is located at +809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email +business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact +information can be found at the Foundation's web site and official +page at https://pglaf.org + +For additional contact information: + Dr. Gregory B. Newby + Chief Executive and Director + gbnewby@pglaf.org + + +Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg +Literary Archive Foundation + +Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide +spread public support and donations to carry out its mission of +increasing the number of public domain and licensed works that can be +freely distributed in machine readable form accessible by the widest +array of equipment including outdated equipment. Many small donations +($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt +status with the IRS. + +The Foundation is committed to complying with the laws regulating +charities and charitable donations in all 50 states of the United +States. Compliance requirements are not uniform and it takes a +considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up +with these requirements. We do not solicit donations in locations +where we have not received written confirmation of compliance. To +SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any +particular state visit https://pglaf.org + +While we cannot and do not solicit contributions from states where we +have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition +against accepting unsolicited donations from donors in such states who +approach us with offers to donate. + +International donations are gratefully accepted, but we cannot make +any statements concerning tax treatment of donations received from +outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff. + +Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation +methods and addresses. Donations are accepted in a number of other +ways including including checks, online payments and credit card +donations. To donate, please visit: https://pglaf.org/donate + + +Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic +works. + +Professor Michael S. Hart was the originator of the Project Gutenberg-tm +concept of a library of electronic works that could be freely shared +with anyone. For thirty years, he produced and distributed Project +Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support. + + +Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed +editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S. +unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily +keep eBooks in compliance with any particular paper edition. + + +Most people start at our Web site which has the main PG search facility: + + https://www.gutenberg.org + +This Web site includes information about Project Gutenberg-tm, +including how to make donations to the Project Gutenberg Literary +Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to +subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks. |
