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+The Project Gutenberg EBook of Jeux et exercices des jeunes filles, by
+Marguerite Du Parquet
+
+This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
+almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
+re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
+with this eBook or online at www.gutenberg.org
+
+
+Title: Jeux et exercices des jeunes filles
+
+Author: Marguerite Du Parquet
+
+Illustrator: Georges Fath
+
+Release Date: May 13, 2009 [EBook #28788]
+
+Language: French
+
+Character set encoding: ISO-8859-1
+
+*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK JEUX ET EXERCICES--JEUNES FILLES ***
+
+
+
+
+Produced by Laurent Vogel, Rénald Lévesque, Linda Cantoni
+(partitions et fichiers audio) and the Online Distributed
+Proofreading Team at https://www.pgdp.net (This file was
+produced from images generously made available by the
+Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica)
+
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+
+
+ BIBLIOTHÈQUE ROSE ILLUSTRÉE
+
+ JEUX
+ ET EXERCICES
+ DES JEUNES FILLES
+
+ PAR
+
+ MME DE CHABREUL
+
+ OUVRAGE ILLUSTRÉ DE 55 VIGNETTES
+
+ PAR FATH
+
+ PARIS
+ LIBRAIRIE HACHETTE ET Cie
+ 79, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, 79.
+
+ 1890
+
+
+ Imprimerie P. Brodard et Gallois.
+
+
+
+ SIXIÈME ÉDITION
+
+
+
+
+AVANT-PROPOS.
+
+
+Dans ce recueil, que nous dédions aux jeunes filles, nous avons cherché
+à réunir les jeux les plus agréables, propres à tous les âges et à
+toutes les conditions. Nous en avons présenté une explication simple et
+rapide, en y ajoutant quelques détails qui nous ont paru intéressants,
+ou quelques conseils donnés avec discrétion.
+
+Dans cette longue série de jeux variés, que nous avons retrouvés dans
+notre mémoire ou dans divers auteurs, il y en a beaucoup assurément qui
+peuvent convenir à tous les caractères, aux plus légers comme aux plus
+sérieux; aussi venons-nous demander avec instance à nos jeunes lectrices
+de préférer les jeux, quels qu'ils soient, à des causeries frivoles qui
+seraient moins profitables que ces simples amusements dédaignés par
+elles trop souvent.
+
+Ajoutons que les jeux qui paraissent dénués d'intérêt, si on les juge à
+première vue, renferment souvent une idée ou une tradition, et souvent
+se rattachent à une coutume ancienne ou à un fait historique. Nous avons
+cherché, à l'aide de la science d'autrui, les origines des jeux dont la
+naissance n'était pas enveloppée d'obscurité, ce qui arrive pour ceux
+que la fantaisie seule a produits. Puisque les jeunes filles deviennent
+sérieuses, on le prétend du moins, nous espérons, par ces courtes
+digressions, leur faire accueillir nos jeux avec plus d'intérêt. Si nous
+avons réussi, nous nous applaudirons d'avoir perpétué le goût de ces
+honnêtes passe-temps qui ont amusé tant de générations et traversé des
+siècles pour venir jusqu'à nous.
+
+Avant de mettre ce petit traité entre les mains des jeunes filles, nous
+supplions les mères d'accepter pour elles-mêmes un conseil que nous nous
+permettons de leur adresser avec la hardiesse que donnent les bonnes
+intentions.
+
+On ne peut se dissimuler que des liens étroits rattachent toutes les
+parties de l'éducation, et, en examinant ce sujet, bien sérieux au fond,
+il est nécessaire d'admettre l'influence des jeux et des amusements,
+soit comme une sorte de gymnastique agissant sur le corps seulement,
+soit comme un exercice de l'intelligence. De ceux-là, une femme d'un
+esprit supérieur[1] a dit: «S'ils sont en général peu propres à
+instruire, ils peuvent l'être à développer. Quelques-uns demandent de la
+présence d'esprit et de la rapidité de repartie; d'autres, une analyse
+des idées pareille à celle qu'on emploie dans les sciences
+d'investigation, d'autres des efforts de mémoire.»
+
+[Note 1: Mme Necker de Saussure, _Éducation progressive_, t. II, p.
+288.]
+
+Sans donner aux jeux une trop grande place dans l'éducation, nous ne
+pouvons donc leur refuser d'en faire partie, et nous conseillons à la
+mère attentive de s'en servir quelquefois comme d'auxiliaires pour la
+grande et difficile mission qu'elle a reçue de la Providence. Considérés
+sous ce rapport, les jeux n'ont plus rien d'inutile ou de trop puéril.
+C'est pourquoi nous engageons les mères à y assister et même à les
+diriger le plus souvent qu'elles le pourront. Nous nous servirons, pour
+appuyer notre sentiment, de l'autorité d'un pieux écrivain[2]: «Jouez et
+chantez avec vos enfants, dit-il, ou du moins voyez leurs jeux avec
+complaisance, et écoutez leurs chants d'un air satisfait, pourvu que
+rien n'y blesse la modestie.»
+
+[Note 2: Le P. Antoine de Lombez, _Traité de la joie de l'âme
+chrétienne_.]
+
+Cette _complaisance_ de la mère n'ôtera rien à la gaieté des jeux;
+peut-être même que sa présence les rendra encore plus agréables, si elle
+les dirige de manière à prévenir les contestations et les froissements
+d'amour-propre qui ont lieu si souvent dans les réunions d'enfants. De
+leur côté les enfants doivent être touchés et reconnaissants de voir un
+père ou une mère s'associer à ces jeux par pur dévouement.
+
+Voici la division que nous avons donnée à notre recueil:
+
+Première partie: _Jeux d'action_, utiles surtout dans les récréations,
+pour délasser d'un travail sédentaire par le mouvement et l'exercice.
+
+Deuxième partie: _Jeux avec jouets_. Nous décrivons la forme et l'usage
+des jouets le plus fréquemment employés par les jeunes filles.
+
+Troisième partie: _Les Rondes_, qui, comme jeux d'action, ont un rapport
+marqué avec les jeux de la première partie, mais qui en diffèrent parce
+qu'elles sont accompagnées de chants dont nous donnons les airs notés.
+
+Quatrième partie: Jeux que l'on appelle _Jeux d'esprit_, qui se jouent
+entre plusieurs personnes sans employer d'objets matériels. Ils ont lieu
+ordinairement par demandes et par réponses. Il s'en trouve parmi ceux-là
+un certain nombre qui paraîtront peut-être trop simples, mais ils auront
+leur emploi quand il s'agira d'amuser les tout petits enfants, que leur
+âge exclut des jeux plus compliqués.
+
+Un appendice placé à la fin de l'ouvrage expliquera les principes et les
+figures de la danse.
+
+[Illustration: deco]
+
+[Illustration: Le loup ou la Queue leuleu.]
+
+
+
+
+JEUX ET EXERCICES
+DES JEUNES FILLES.
+
+
+
+
+PREMIÈRE PARTIE.
+
+JEUX D'ACTION.
+
+
+
+LE LOUP OU LA QUEUE LEULEU[3].
+
+[Note 3: Nous n'avons pas placé ce jeu parmi les rondes, parce qu'il
+n'est accompagné que d'une très-courte phrase de chant qui se rattache à
+l'action, mais sans la diriger, tandis que les rondes dont se compose la
+troisième partie de notre livre sont pour la plupart de petites scènes
+qui se jouent et se dansent à l'aide d'un chant presque continuel, qui
+en détermine les différentes parties.]
+
+Plusieurs enfants, en se tenant par la robe, figurent un troupeau de
+moutons, ayant la bergère à leur tête. Celle-ci chante, et les autres
+répètent après elle ces vers dont la rime n'est pas riche:
+
+ Promenons-nous dans les bois,
+ Pendant que le loup n'y est pas.
+
+Une de leurs compagnes, qui est cachée, figure le loup. Quand elles ont
+fait plusieurs tours, elles s'écrient: _Loup, y es-tu?_ Le loup ne
+répond rien, et la promenade recommence aussi longtemps qu'il plaît au
+loup de ne pas accourir. Quand approche le dénoûment, l'émotion
+augmente, parce qu'il vient un moment où le loup s'écrie à son tour:
+_Oui!_ en s'élançant hors de sa retraite. Alors les moutons fuient dans
+toutes les directions, et la bergère, qui ne peut pas être prise, se met
+autant qu'elle le peut devant le loup, afin de protéger son troupeau.
+Quand le loup s'empare enfin d'un des moutons, le jeu recommence, car le
+mouton devient loup à son tour; ou bien on peut convenir que le loup se
+saisira successivement de tous les moutons, et que ce ne sera que le
+dernier mouton qui prendra sa place[4].
+
+[Note 4: Souvent, pour indiquer la personne qui dirigera le jeu, ou qui
+y remplira un certain rôle, on tire au sort, par le _doigt mouillé_, par
+_pile_ ou _face_, ou par la _courte paille_. On sait assez ce que
+signifient ces différentes manières de tirer au sort, pour qu'il soit
+superflu d'en donner ici l'explication.]
+
+Ce jeu, si simple en lui-même, peut être varié par l'imagination des
+enfants. A la place du mouton poursuivi par le loup, quelquefois ils
+supposent une biche, si l'action se passe dans les bois, et aux
+différentes interpellations de l'animal féroce, la victime répond selon
+son courage ou sa frayeur.--_Le loup_: Je te mangerai! _La Biche_: Je me
+défendrai, ou, je me sauverai; etc.
+
+Ce jeu, assez ancien, ainsi que nous le verrons plus tard, s'appelle
+_Queue leuleu_, parce que les enfants marchent à la suite les uns des
+autres, comme marchent les loups, qu'en vieux français on nommait
+_leux_. Cette terreur du loup date du temps où les forêts étaient plus
+nombreuses et peuplées d'un grand nombre de ces féroces animaux.
+Aujourd'hui, à l'exception de quelques départements très-boisés ou
+montagneux qui servent encore de retraite aux loups, les enfants sont
+rarement exposés à en rencontrer ailleurs qu'au Jardin des plantes;
+cependant leur imagination, qui se figure si facilement les objets, agit
+quelquefois d'une manière très-vive dans ce jeu, et va jusqu'à la
+terreur au moment où le loup s'élance avec des hurlements à la poursuite
+des brebis fugitives.
+
+Les enfants ne savent pas que des jeux qu'ils répètent, par imitation,
+leur viennent des temps les plus reculés, presque sans altération. Bien
+avant eux, bien avant leurs grands-pères, en remontant les siècles, on
+retrouve dans de vieux livres les mêmes jeux, sous les mêmes noms, ou
+sous des noms plus modernes qui n'en ont pas changé le caractère. Le
+chroniqueur Froissart, vers la première moitié du quatorzième siècle,
+racontant son enfance, nous dit naïvement qu'il jouait à la _Queue
+leleu_, à _Prime-Mérine_, sorte de _Main Chaude_, aux _Pierrettes_, au
+_Pince-Sans-Rire_, au _Cheval de bois_, aux _Barres_, à _l'Avoine_, à
+_Cache-Cache_, au _Deviner_, à _Saute-Mulet_, à la _Cligne-Musette_, à
+la _Toupie_, etc. Nous donnons cette nomenclature pour montrer avec
+quelle fidélité se conservent les traditions enfantines.
+
+
+
+CACHE-CACHE OU CLIGNE-MUSETTE.
+
+Ce jeu est un des exercices les plus usités parmi les jeunes filles.
+Pendant que l'une d'elles se cache, toutes les autres ferment les yeux.
+Si la première est trop longtemps à chercher sa cachette, on a le droit
+de dire: _Est-ce fait?_ et il n'est permis de se mettre à sa recherche
+que quand elle dit: _Oui_, ou bien: _C'est fait_. On peut aussi convenir
+à l'avance que quand celle qui se cache ne répondra pas, cela indiquera
+que l'on peut la chercher. Cet arrangement est préférable, parce que le
+son de la voix, quand on répond, peut faire facilement découvrir la
+jeune fille cachée.
+
+[Illustration]
+
+On joue également à cache cache d'une autre manière. Une seule jeune
+fille cherche toutes les autres qui sont cachées, et c'est la première
+que l'on découvre qui aura la peine de chercher les autres, à moins
+qu'elle ne puisse échapper à celle qui l'a trouvée en touchant un but
+qu'elle atteint en courant.
+
+
+
+CACHE-TAMPON.
+
+Une des jeunes filles sort de la chambre ou se tient à l'écart, et ferme
+consciencieusement les yeux, tandis que les autres cachent un petit
+objet, par exemple un mouchoir plié en boule, d'où vient le nom de
+_tampon_. Lorsque celle qui doit le trouver est rappelée, elle cherche
+dans tous les endroits où peut être l'objet caché, et selon qu'elle s'en
+rapproche ou qu'elle s'en éloigne, les autres lui disent: _Tu brûles_
+ou: _Tu as froid_. Souvent on prend une pincette sur laquelle on frappe
+avec une clef, lentement, lorsque la chercheuse s'écarte du lieu où est
+l'objet caché, très vite quand elle en est près, et ainsi graduellement.
+On peut également indiquer cette direction en agitant une sonnette à
+main, ou en frappant une note sur le piano.
+
+[Illustration]
+
+Le même moyen d'indication est encore employé dans un autre jeu, où il
+faut que la personne qui a été désignée pour deviner fasse une action
+que l'on a décidée en son absence, comme de souffler la bougie, de se
+regarder dans une glace, de balayer la chambre avec le petit balai du
+foyer, enfin quelque chose qui soit facile à exécuter et à deviner.
+Quand elle revient, elle fait successivement tout ce qui lui vient à
+l'esprit, et, si elle est sur le point de rencontrer juste, la pincette
+ou le piano l'en avertit par un son continu et de plus en plus animé.
+
+
+
+LE CHAT ET LA SOURIS.
+
+Il y a deux manières de jouer à ce jeu:
+
+On choisit deux personnes pour représenter deux chats, et une pour faire
+la souris. On place la souris au milieu du cercle des défenseurs, et les
+deux chats font un assaut pour essayer de l'attraper. C'est une
+véritable lutte de chats contre toute la masse des défenseurs. Ce jeu, à
+cause des dangers qu'il présente, est plutôt fait pour les garçons que
+pour les jeunes filles.
+
+[Illustration]
+
+Une autre manière, mais qui n'est praticable que dans un jardin,
+consiste à choisir un but, asile inviolable contre le chat. Dès qu'on a
+touché le but, on est hors des atteintes du chat, qui partout ailleurs a
+le droit de vous saisir. Joué dans un jardin, en nombreuse société, le
+soir, quand il ne fait plus bien clair, ce jeu est animé et amusant. Il
+est bon que le chat s'attache quelque signe pour se faire reconnaître.
+
+
+
+LE CHAT PERCHÉ.
+
+[Illustration]
+
+Un des enfants, désigné par le sort, doit poursuivre les autres; mais
+ceux-ci peuvent se mettre hors de ses atteintes, en se plaçant sur un
+tabouret ou sur une chaise, n'importe où, pourvu que les pieds ne
+touchent pas la terre. Si c'est dans un jardin que se fait le jeu, on
+désigne les objets sur lesquels il sera permis de monter. Lorsqu'un des
+joueurs est saisi avant d'avoir pris sa place, il doit à son tour
+poursuivre les autres.
+
+
+
+PETIT BONHOMME VIT ENCORE.
+
+Nous n'osons pas affirmer que ce jeu offre un grand intérêt, et nous
+commençons par avertir qu'il est un peu dangereux. On allume l'extrémité
+d'une petite baguette de bois vert, ou d'un papier roulé un peu long, ou
+simplement d'une allumette. On en souffle la flamme de manière qu'il ne
+reste au bout qu'une lueur vive, puis on se la passe de main en main, en
+disant: _Petit bonhomme vit encore_, ou pour allonger la phrase: _Petit
+bonhomme vit encore, car il n'est pas mort_, jusqu'à ce que la dernière
+lueur s'éteigne, et celle qui le tient en sa main à ce moment fatal doit
+donner un gage.
+
+[Illustration]
+
+En Angleterre, où ce jeu s'appelle _Robin alive_, chaque joueur doit
+dire une phrase plus longue, dont voici la traduction: _Le petit Robin
+vit encore. S'il meurt entre mes mains, que je sois bridée, que je sois
+sellée, que je sois menée aux écuries de la reine._ Au moment où
+s'éteint le feu, celle qui a la baguette entre les mains dit: _Robin est
+mort; que je sois bridée_, etc. Alors on lui bande les yeux, et elle se
+met sur un canapé, ou sur le tapis, le visage tourné vers la terre.
+Chacune des autres pose sur ses épaules quelque chose de léger, qu'elle
+doit deviner, par exemple un journal, un ruban, un gant, etc. Si elle
+devine juste, elle est relevée de la punition; on rallume la baguette et
+le jeu recommence. Toutefois, c'est un jeu que nous ne conseillons pas
+aux jeunes filles, qui peuvent, sans s'en apercevoir, mettre le feu à
+leurs vêtements.
+
+
+
+LE FURET.
+
+Le furet est figuré par une bague que l'on passe dans un long cordon
+noué par les deux bouts. Les joueurs se mettent en cercle, tenant le
+cordon qui forme un cercle également, et le faisant constamment tourner.
+L'anneau est caché dans la main d'un des joueurs. On se le passe en
+chantant sur différents tons:
+
+ Il court, il court, le furet,
+ Le furet du bois, mesdames;
+ Il court, il court, le furet,
+ Le furet du bois joli.
+
+Ou bien:
+
+ Il a passé par ici,
+ Le furet du bois, mesdames,
+ Il a passé par ici,
+ Le furet du bois joli!
+
+La personne qui est au milieu du cercle doit deviner dans quelle main se
+trouve l'anneau.
+
+On peut jouer encore sans cordon, en se passant de main en main une
+pièce de monnaie. La personne qui cherche a le droit de demander à voir
+les mains ouvertes, quand elle croit y trouver la pièce.
+
+[Illustration]
+
+Quelquefois le furet sera un sifflet; alors on ne se sert pas du cordon,
+mais on se passe le sifflet de main en main, en sifflant du côté opposé
+où regarde le patient qui cherche. Une des ruses du jeu est de le lui
+attacher par derrière avec un long fil, et de siffler pour le faire
+retourner, et chercher à deviner dans quelles mains est le sifflet,
+qu'il porte sans s'en douter; mais il faut qu'il n'ait aucune
+connaissance de cette _attrape_ qui ne peut pas se répéter dès quelle
+est connue, et qui ne doit jamais dégénérer en mystification.
+
+Nous recommandons ici, une fois pour toutes d'apporter dans tous les
+jeux la loyauté et la vérité que l'on met à des actions plus sérieuses,
+et surtout de ne pas dévouer une des personnes qui composent les
+réunions d'enfants à un rôle qui peut être humiliant ou désagréable. Il
+arrive souvent que l'on se croit permis de choisir ainsi une victime,
+soit parce qu'on lui suppose quelque infériorité relative, soit parce
+qu'elle s'offense facilement des petites taquineries de ses compagnes.
+Nous engageons celles-ci à ne pas persister. Elles ne corrigeront pas et
+elles blesseront l'objet de leurs plaisanteries. Qu'elles ne fassent pas
+dire, ce qui malheureusement est assez vrai:
+
+ Cet âge est sans pitié!
+
+Mais qu'elles n'oublient jamais que la _charité_ est d'une bonne
+application partout; leurs jeux mêmes y gagneront en gaieté, parce qu'il
+est impossible de s'amuser franchement, lorsque c'est aux dépens d'une
+personne que l'on fait souffrir.
+
+
+
+JEU DE LA SAVATE.
+
+Voici comme un livre _savant_ explique le jeu de la savate: «La
+compagnie s'assied à terre en rond, excepté une personne qui reste
+debout au milieu, et dont la tâche est d'attraper un soulier, que la
+compagnie se passe de main en main, par-dessous les genoux, à peu près
+comme une navette de tisserand. Comme il est impossible à celui qui est
+debout de voir en face tout le cercle, le beau du jeu est de frapper la
+terre avec le talon du soulier du côté qui est hors de défense.»
+
+[Illustration]
+
+Pour nous justifier d'avoir présenté ici un jeu qui peut choquer les
+personnes délicates, nous rappellerons le souvenir d'une scène que nos
+jeunes lectrices liront peut-être un jour dans le charmant roman de
+Goldsmith, _le Vicaire de Wakefield_; ce passage met complètement le jeu
+en action. Plusieurs jeunes filles sont réunies le soir d'un jour de
+fête chez un fermier du voisinage. Après avoir joué à plusieurs jeux,
+elles proposent celui de la _savate_. En conséquence, elles forment un
+rond en s'asseyant par terre, et en rassemblant la jupe de leurs robes
+un peu serrée contre elles. Puis on prend une pantoufle que l'on fait
+circuler sous l'arc que forment les genoux. Une certaine jeune miss,
+Olivia Primrose, est debout au milieu du cercle, essoufflée, rouge,
+agitée et criant, dit l'auteur, comme un chanteur de ballades. Au moment
+où le jeu est le plus animé, entrent, ô confusion! deux belles dames de
+Londres, dont on redoute beaucoup l'opinion, et les joueuses s'arrêtent
+interdites et consternées d'avoir été surprises dans ce vulgaire
+exercice.
+
+
+
+LA MAIN CHAUDE.
+
+Une jeune fille désignée par le sort pose sa tête sur les genoux d'une
+personne assise. Elle place sa main ouverte sur son dos, à la hauteur de
+la ceinture, et chacune tour à tour lui donne un coup _léger_ avec ses
+doigts. Il faut qu'elle devine qui a frappé, et c'est celle qui est
+devinée qui prend la place à son tour. On ne doit ni frapper trop fort,
+ni piquer la main, ni se permettre toute autre plaisanterie de mauvais
+goût; là comme ailleurs les jeunes filles bien élevées se feront
+toujours reconnaître. Elles éviteront aussi de crier quand elles seront
+surprises: le bruit n'est pas de la gaieté. Cette recommandation que
+nous venons de donner a été développée sous forme d'apologue. Nous
+demandons la permission d'en citer quelques fragments, dans lesquels
+notre jeu de la _main chaude_ est heureusement décrit.
+
+[Illustration]
+
+ Des singes dans un bois jouaient à la main chaude,
+ Certaine guenon mauricaude
+ Assise gravement, tenait sur ses genoux
+ La tête de celui qui, courbant son échine,
+ Sur sa main recevait les coups.
+ On frappait fort, et puis devine!
+ Il ne devinait point; c'étaient alors des ris,
+ Des sauts, des gambades, des cris.
+ Attiré par le bruit, du fond de sa tanière,
+
+ Un jeune léopard, prince assez débonnaire,
+ Se présente au milieu de nos singes joyeux.
+ Tout tremble à son aspect, «Continuez vos jeux,
+ Leur dit le léopard, je n'en veux à personne;
+ Rassurez-vous, j'ai l'âme bonne,
+ Et je viens même ici comme particulier,
+ A vos plaisirs m'associer.
+ Jouons! Je suis de la partie.
+ --Ah! monseigneur! quelle bonté!».
+ . . . . . . . . . . . .
+ Toute la troupe joviale
+ Se remet à jouer; l'un d'entre eux tend la main,
+ Le léopard frappe, et soudain
+ On voit couler du sang sous sa griffe royale.
+ Le singe cette fois devina qui frappait.
+ . . . . . . . . . . . . . .
+
+
+
+COLIN-MAILLARD.
+
+ Près d'un bois, le soir à l'écart,
+ Dans une superbe prairie,
+ Des lapins s'amusaient sur l'herbette fleurie
+ A jouer au colin-maillard.
+ Des lapins! direz-vous; la chose est impossible!
+ Rien n'est plus vrai pourtant: une feuille flexible
+ Sur les yeux de l'un d'eux en bandeau s'appliquait,
+ Et puis sous le cou se nouait;
+ Un instant en faisait l'affaire.
+ Celui que le bandeau privait de la lumière
+ Se plaçait au milieu; les autres alentour
+ Riaient, sautaient, faisaient merveilles,
+ S'éloignaient, venaient tour à tour
+ Tirer sa queue ou ses oreilles.
+ Le pauvre aveugle alors, se retournant soudain,
+ Sans craindre pot au noir jette au hasard la patte
+ Mais la troupe échappe à la hâte,
+ Il ne prend que du vent: il se tourmente en vain;
+ Il y sera jusqu'à demain.
+ . . . . . . . . . .
+
+A cette gracieuse description que nous empruntons encore à Florian,
+ajoutons quelques détails qui manquent à son récit.
+
+Au moment où l'on a bandé les yeux du _colin-maillard_, on le fait
+tourner deux ou trois fois sur lui-même, afin de le désorienter.
+L'exclamation _gare au pot au noir!_ est un avertissement que l'on donne
+à l'aveugle quand il risque de se heurter contre quelque chose. On peut
+également crier _casse-cou!_
+
+Voici l'origine de ce jeu. Jean-Colin (ou Nicolas) Maillard était un
+guerrier fameux du pays de Liége. Il avait pris le nom de Maillard,
+parce que dans les combats il s'armait habituellement d'un maillet dont
+il se servait en fort et vigoureux champion. Ses exploits lui méritèrent
+l'honneur d'être fait chevalier en 999 par Robert, roi de France. Dans
+la dernière bataille qu'il livra à un comte de Louvain, il eut les yeux
+crevés; mais, guidé par ses écuyers, il ne cessa pas de se battre tant
+que dura l'affaire qui était engagée. On assure que c'est à la suite de
+cet événement que nos aïeux, il y a plus de huit siècles, inventèrent le
+jeu de _colin-maillard_.
+
+Colin-maillard assis à la baguette. Il y a deux manières de le jouer.
+Dans l'une, la jeune fille qui a les yeux bandés est assise au milieu de
+la chambre, et elle tient le bout d'un bâton que chacune des autres
+vient saisir par l'autre bout en faisant quelque bruit, soit un petit
+cri, soit un éclat de rire ou un miaulement, en déguisant sa voix pour
+n'être pas reconnue. Le _colin-maillard_ nomme chaque fois une personne,
+et, s'il a deviné, il cède la place à celle qui s'est trahie. L'autre
+manière ne diffère qu'en ce que le _colin-maillard_ seul est debout; les
+autres sont assis. Il tient également un bâton ou un mouchoir et en
+dirige le bout vers les joueurs assis en inventant de petits cris
+bizarres. Celui qu'il touche est obligé de saisir le bâton et de répéter
+les bruits comme nous l'avons expliqué plus haut. On joue un autre
+colin-maillard, où celui qui a les yeux bandés doit s'asseoir sur un des
+joueurs, et le nommer sans le toucher; mais, outre que ce jeu est assez
+peu convenable, il n'offre aussi que peu d'intérêt.
+
+Colin-maillard à la silhouette. On ne peut y jouer qu'à la lumière. On
+place quelqu'un dans l'enfoncement d'une fenêtre. On tire le rideau
+devant lui, et on le tend comme si on voulait faire voir la lanterne
+magique. A une certaine distance du rideau, on met une table et toutes
+les lumières dessus. Chacun passe à son tour entre le rideau et la
+table, en faisant des gestes ou des grimaces qui le rendent
+méconnaissable. On s'affuble aussi de vêtements d'emprunt, de manière à
+changer toute son apparence, et il faut que la personne qui est derrière
+le rideau devine quelle est celle qui a passé[5].
+
+[Note 5: On appelle _silhouette_ ces figures que l'on découpe en papier,
+en copiant le profil de l'ombre d'une personne, et qui furent très à la
+mode sous le règne de Louis XV. Ce talent de découper s'est à peu près
+perdu; mais nos jeunes filles peuvent essayer de le retrouver, si elles
+ont un peu l'habitude du dessin. Ce procédé reçut son nom de M.
+Silhouette, contrôleur général, non parce qu'il en fut l'inventeur, mais
+parce qu'une sorte de célébrité s'était attachée à lui pour avoir créé
+un système financier qui eut d'abord des résultats avantageux pour le
+pays, et plus tard, des conséquences funestes.]
+
+
+
+LE SAC D'ÉTRENNES.
+
+[Illustration]
+
+On remplit de bonbons un grand sac de papier mince et on l'attache
+solidement par le haut en travers d'une porte ouverte. Chacune des
+jeunes filles tour à tour a les yeux bandés, et tient un long bâton. On
+conduit l'aveugle en face du sac à une petite distance, et elle doit le
+frapper avec son bâton. Elle peut essayer jusqu'à trois fois. Si elle ne
+réussit pas, elle cède la place à une autre. Le jeu ne cesse que quand
+l'une d'elles parvient à faire un trou dans le sac, et alors toutes les
+autres ont le droit de ramasser ce qui en tombe. Quelquefois le sac est
+rempli de petits objets que l'on donne à celles qui les ramassent. On
+peut aussi, sans en avertir personne, substituer un sac de farine à
+celui de bonbons; mais ce sont des plaisanteries qu'il ne faut se
+permettre qu'avec mesure et entre compagnes qui se connaissent assez
+pour ne pas s'en fâcher.
+
+
+
+LES CISEAUX.
+
+[Illustration]
+
+Ce jeu, à peu près semblable au précédent, consiste à suspendre un gros
+anneau ou quelque chose qui pèse au bout d'un long fil, et aller, les
+yeux bandés, couper le fil avec de grands ciseaux. Mais nous
+recommandons beaucoup de précautions pour ne pas se blesser avec les
+ciseaux que l'on tient les pointes en avant. Il sera toujours mieux de
+se servir de ciseaux arrondis par le bout.
+
+
+
+LA MER AGITÉE.
+
+[Illustration]
+
+On range des chaises de manière qu'il s'en trouve une de moins que le
+nombre de joueurs. Chaque jeune fille prend le nom d'un poisson, et
+celle qui dirige le jeu marche autour du cercle en appelant tour à tour
+ses compagnes par le nom qu'elles ont choisi. Elles doivent se lever et
+la suivre. Lorsqu'il n'y en a plus d'assises, celle qui est en tête
+court en répétant plusieurs fois: «La mer agitée! la mer agitée!» Puis
+elle s'assied tout à coup, et toutes doivent s'asseoir au même moment.
+Celle qui est la moins prompte, ne trouvant pas de chaise, reste debout
+et conduit le jeu à son tour.
+
+
+
+LA TOILETTE DE MADAME.
+
+[Illustration]
+
+Les jeunes filles prennent chacune le nom d'un objet de toilette: l'une
+sera le peigne, l'autre le savon, l'autre le miroir, l'autre la brosse.
+Celle qui conduit le jeu est au milieu du cercle, debout, tandis que les
+autres sont assises comme dans le jeu précédent. Elle dit: _Madame
+demande sa brosse à cheveux_. Celle qui porte ce nom doit aussitôt se
+lever. L'autre s'assied à sa place. Celle qui est debout dit: _Madame
+demande sa pelote_. Celle qui est pelote se lève en répondant
+immédiatement à l'appel de son nom; et ainsi de suite. Si on se fait
+attendre, on donne un gage, puis on dit: _Madame demande toute sa
+toilette_. Tout le monde se lève et change de place. La dernière qui
+reste paye un gage, et appelle un des objets de la toilette, qui en
+appelle un autre, jusqu'à ce qu'on soit fatigué du jeu. Si, au lieu de
+la toilette, on veut en nommer d'autres, on est libre de le faire, et le
+jeu que l'on compose ainsi prendra un autre nom, quoiqu'il soit au fond
+le même. Ainsi, on peut prendre les noms de tous les objets qui
+composent la table à thé, par exemple, le sucrier, la tasse, le plateau,
+etc.
+
+
+
+LE VOYAGEUR ET L'HÔTELLERIE.
+
+Ce jeu n'est guère qu'une variété du jeu précédent, avec quelques
+légères différences dans la manière de le jouer. Une jeune fille
+représente le voyageur, et les autres représentent l'hôte ou l'hôtesse,
+la fille d'auberge, le garçon d'écurie, le cheval, la selle, la bride,
+l'avoine, les bottes, les pantoufles, le souper, la lumière, le feu, le
+lit, etc. Tous ces noms se rapportent soit au bagage d'un voyageur, soit
+aux choses dont il peut avoir besoin dans une auberge.
+
+[Illustration]
+
+Quand toutes les personnes nommées sont assises, le voyageur entre et
+dit: «L'hôte, puis-je avoir ce soir un bon lit?» L'hôte et le lit se
+lèvent aussitôt. Ensuite le voyageur dit: «L'hôte, je voudrais avoir une
+bouteille de vin et de la lumière.» Enfin il a soin de demander tour à
+tour les objets dont les noms ont été donnés aux jeunes filles qui
+doivent se lever sans se le faire dire deux fois, sinon elles doivent un
+gage, et le voyageur en donne un aussi quand il demande quelque chose
+qui ne se trouve pas représenté par un des joueurs. Il faut que celle
+qui fait le rôle du voyageur mette beaucoup d'entrain et de mouvement
+dans le jeu qu'elle dirige.
+
+
+
+LES QUATRE COINS.
+
+Il faut être au nombre de cinq pour ce jeu bien connu. Chacune des
+jeunes filles prend une place à l'angle d'un carré. Celle qui reste au
+milieu s'appelle le _nigaud_. Les quatre autres changent de place, et le
+nigaud doit s'efforcer de prendre une des places restées vides. S'il
+réussit, c'est la personne dont la place se trouve prise et occupée qui
+devient _nigaud_ à son tour.
+
+
+
+LES VOISINS.
+
+[Illustration]
+
+On s'assied en rond à une certaine distance les unes des autres. Il y a
+une personne au milieu, qui vient demander si l'on est content de ses
+voisins. A la réponse affirmative de la personne interrogée, tout le
+monde change de place comme dans la _Toilette de madame_, et la personne
+qui est au milieu tâche de se mettre à une place restée libre dans ce
+mouvement général. Si la réponse est négative, on désigne ceux qu'on
+désire avoir pour voisins, et les personnes désignées sont obligées
+d'aller prendre les places des voisins exclus. Dans cette permutation,
+qui se fait le plus rapidement possible, la personne du milieu tâche de
+s'asseoir quelque part.
+
+
+
+LE TIERS OU LES PETITS PAQUETS.
+
+[Illustration]
+
+On se place en rond, debout, par _paquets_ de deux. Il y a deux joueurs
+en dehors, qui courent l'un après l'autre, celui après qui l'on court se
+place en dedans du cercle, devant un des paquets; là il ne peut plus
+être poursuivi. En prenant cette place, il dit: _Trois, c'est trop_.
+Alors, celui du paquet qui se trouve être le troisième, dit: _Deux,
+c'est assez_, et court se placer devant un autre paquet, sans se laisser
+prendre; s'il était pris, il serait obligé de courir après le premier,
+qui alors se placerait. Toutes les fois qu'il y a trois personnes à un
+paquet, la troisième est de bonne prise, si elle ne se place
+promptement. On peut faire durer ce jeu longtemps, en étant
+très-attentif au moment où le joueur est sur le point de perdre sa
+place.
+
+Ce jeu est aussi désigné sous le nom de _Deux, c'est assez, trois, c'est
+trop_, et cette dénomination fait assez bien connaître en quoi il
+consiste principalement.
+
+
+LE LOUP ET LA BERGERIE.
+
+[Illustration]
+
+Toutes les petites filles, moins deux, se donnent la main comme pour une
+ronde, et forment ainsi la _bergerie_, au milieu de laquelle elles
+placent l'_agneau_, que tous leurs efforts doivent tendre à protéger. Le
+_loup_ est resté en dehors du cercle, et s'élance sur les mains jointes
+qu'il essaye de séparer plus encore par la surprise que par la violence.
+Lorsque le loup est parvenu à forcer le cercle, la bergerie doit
+s'ouvrir rapidement du côté opposé pour laisser sortir l'agneau et se
+refermer aussitôt, afin de retenir le loup prisonnier, et de l'empêcher
+de poursuivre l'agneau. Si le loup réussit encore à sortir, on fait
+rentrer de même l'agneau, et ainsi de suite jusqu'à ce que celui-ci soit
+pris et devienne loup à son tour. Une autre joueuse ou l'ancien loup
+prend le rôle de l'agneau.
+
+
+
+LE LABYRINTHE OU LA DENTELLE.
+
+[Illustration]
+
+Plusieurs jeunes filles forment le rond, en se tenant par la main et en
+élevant leurs bras. Deux autres qui s'appellent, l'une la _navette_ et
+l'autre le _tisserand_, courent en se poursuivant. La première passe
+sous les bras de celles qui forment la chaîne, pénètre dans le rond et
+en sort de la même manière. Le tisserand qui poursuit doit suivre le
+même chemin; mais, s'il arrive qu'il se trompe, les bras se baissent, il
+est retenu dans le cercle, dont il est condamné à faire partie, tandis
+qu'une autre prend sa place.
+
+
+
+LES BARRES.
+
+[Illustration]
+
+Ce jeu est plus particulièrement un jeu de garçons; mais si des jeunes
+filles sont rassemblées en grand nombre à la campagne, elles peuvent
+s'en amuser sans inconvénients, et nous leur en devons l'explication. On
+se sépare en deux groupes, pour former deux camps, à une cinquantaine de
+pas de distance. On tire deux lignes de démarcation pour fixer les
+limites de chaque camp, et deux autres plus en avant marquent le lieu de
+la _sauvegarde_, pour celles qui viennent y demander _barres_. Une des
+jeunes filles se détache, va au camp opposé demander barres sur
+quelqu'une de ses adversaires. Celle sur qui on a demandé barres court
+sur la première, et tâche de la toucher pour la faire prisonnière. Si
+deux jeunes filles sortent du camp pour courir sur celle qui a demandé
+barres, celle-ci a le droit de se retourner, et, si elle en touche une,
+de la faire prisonnière. Quand l'engagement commence, celle sur laquelle
+on court doit être défendue par une jeune fille de son camp. Une seconde
+sort alors du camp ennemi pour soutenir la première combattante, de
+sorte qu'une partie des deux camps peut être sortie, courant l'une sur
+l'autre, jusqu'à ce qu'il y ait une prisonnière de faite. Alors, on
+crie: _prise_, et tout le monde s'arrête. On met les prisonnières à la
+tête du camp, se tenant par la main. Il faut, pour les délivrer, que ce
+soit une de leurs alliées qui vienne les toucher. Tout le camp a le
+droit de courir sur celle qui vient délivrer les prisonnières. Si elle
+est prise, elle passe dans le camp ennemi sans pouvoir être délivrée, et
+la partie se termine quand il ne reste plus personne dans l'un des deux
+camps. On peut aussi faire des échanges de prisonnières.
+
+
+
+LE CONCERT.
+
+[Illustration]
+
+Chacune des jeunes filles est censée avoir un instrument dont elle joue.
+L'une fait le geste de jouer du violon sur son bras; une autre agite ses
+doigts comme si elle avait une flûte; une autre joue du piano sur ses
+genoux; une autre de la harpe ou de la guitare. Tous ces gestes doivent
+être faits en silence, mais avec précision et sans s'arrêter. Celle qui
+est le _chef d'orchestre_ doit tour à tour imiter l'instrument d'une des
+musiciennes, en chantant la chanson suivante sur un air qu'elle compose,
+si elle ne sait pas le véritable:
+
+ Quand Madelon va seulette
+ Elle ne m'aime plus,
+ Turlututu (_bis_);
+ La petite follette
+ Se rit de ma chansonnette,
+ Tous mes soins sont superflus,
+ Turlututu (_bis_).
+
+Au moment où le chef d'orchestre imite un instrument, celle qui en
+jouait doit s'arrêter immédiatement. Si elle n'est pas attentive aux
+gestes de son chef d'orchestre, qui mène le concert très-vivement et
+qu'elle soit si occupée de sa partie qu'elle ne pense pas à cesser tout
+à coup, elle paye un gage. Ce jeu doit être conduit avec beaucoup
+d'entrain.
+
+Il est encore une manière de le jouer, mais que nous trouvons moins
+animée que celle que nous venons d'indiquer. Les musiciens restent en
+repos jusqu'au moment où le chef d'orchestre imite l'instrument de l'un
+d'eux, qui doit à l'instant même en jouer, et s'arrêter aussitôt qu'un
+autre commence, au signal du chef d'orchestre.
+
+L'explication que nous venons de donner de ce jeu, où un chef
+d'orchestre improvisé dirige un ensemble d'instruments chimériques, nous
+fait penser à un divertissement musical que nous a transmis un grand
+génie. De tels exemples rehaussent notre modeste ouvrage, en prouvant,
+comme nous l'avons déjà dit, que souvent les grands hommes ont daigné se
+faire enfants sans croire déroger. Haydn, le musicien illustre, était en
+Hongrie, chez les princes Esterhazy, et déjà il avait composé plusieurs
+petits _opéras_, chantés sur un théâtre de marionnettes, que l'on avait
+dressé dans le château pour l'amusement des jeunes princes. Un jour, dit
+l'auteur[6] à qui nous empruntons ces détails, il se rendit seul à la
+foire d'un village des environs. Là, il fit provision et rapporta un
+plein panier de mirlitons, de sifflets, de coucous, de tambourins, de
+petites trompettes, bref tout un assortiment de ces instruments plus
+bruyants qu'harmonieux qui font le bonheur de l'enfance. Il prit la
+peine d'étudier leur timbre et leur portée, et composa, avec ces
+périlleux éléments harmoniques, une symphonie de l'originalité la plus
+bouffonne et la plus savante. Cette symphonie est intitulée: _Fiera dei
+Fanciulli_, la fête des enfants. O enfants! n'est-ce pas un grand
+honneur pour vous?
+
+[Note 6: M. Ch. Magnin.]
+
+
+
+LE PIED DE BOEUF.
+
+[Illustration]
+
+Après les jeux plus ou moins ingénieux que nous venons de mentionner,
+nous hésitons à parler de quelques simples enfantillages, qui ne savent
+dans quelle catégorie se placer. Cependant, il faut bien au moins en
+donner l'indication. On sait que, pour le pied de boeuf, deux personnes
+placent leurs mains à poings fermés l'une sur l'autre, et qu'en comptant
+depuis un jusqu'à neuf, la main la plus agile saisit la plus lente, en
+disant: «Je tiens mon pied de boeuf.»
+
+
+
+LA SCIE.
+
+[Illustration]
+
+On a une ficelle dont les deux extrémités sont nouées. Une personne la
+tend en _ovale_ sur ses deux mains ouvertes, en lui faisant faire un
+tour à chacun des doigts du milieu. La main gauche saisit l'anneau fait
+au doigt de la main droite, qui reprend également celui qui est fait à
+la main gauche, de manière que le fil représente entre les mains la
+figure ci-dessous, puis elle saisit entre les dents le côté du fil qui
+est près d'elle. Une autre personne saisit l'autre côté, et par un jeu
+habile des deux mains, on produit un mouvement analogue à celui d'une
+scie. Nous craignons que notre description ne soit pas assez claire;
+mais le jeu est tellement connu, qu'il suffit de le rappeler.
+
+
+
+LES FROMAGES.
+
+[Illustration]
+
+En tournant rapidement sur elles-mêmes, et s'abaissant tout à coup, les
+petites filles font bouffer leurs robes; elles appellent cela _faire des
+fromages_. C'est à qui fera le plus beau, c'est-à-dire le plus
+volumineux.
+
+
+
+CLOCHE-PIED.
+
+[Illustration]
+
+C'est un jeu où celle qui peut aller le plus loin sur un seul pied, et
+franchir le plus grand espace, gagne le prix. On peut encore se
+poursuivre et s'attraper de cette manière.
+
+
+
+LE COTON EN L'AIR.
+
+[Illustration]
+
+Les enfants se mettent en cercle, se tenant par la main, et après avoir
+jeté en l'air soit un petit flocon de coton, soit une plume bien légère,
+elles soufflent de manière que l'objet se soutienne toujours sans
+retomber. Si le souffle est trop fort, le coton s'éloigne et il est
+quelquefois difficile de le diriger; si le souffle est trop faible, le
+coton est inerte et le jeu finit bientôt; mais tout l'intérêt consiste à
+le diriger, s'il est possible, vers une des personnes, qui paye un gage
+si le coton retombe sur elle. Il faut que toutes ces évolutions se
+fassent sans se quitter les mains. On peut encore jouer assis autour
+d'une table et souffler le coton sans bouger.
+
+
+
+LE SINGE.
+
+[Illustration]
+
+Pour jouer au singe, il suffit que la personne qui dirige le jeu fasse
+une multitude de gestes, qu'elle rendra aussi plaisants que possible, en
+copiant ceux de l'animal dont elle porte le nom. Les autres, placées
+devant elles, imiteront avec vivacité les gestes qu'elles lui verront
+faire. Ce jeu a quelques rapports avec celui que nous allons décrire,
+mais il est plus simple encore.
+
+
+
+L'EXERCICE A LA PRUSSIENNE.
+
+[Illustration]
+
+Toutes les jeunes filles se mettent à genoux sur une seule ligne, à
+l'exception de celle qui représente le capitaine, et qui doit être bien
+au fait du jeu. La première en tête de la ligne fait les fonctions de
+caporal, et elle doit être prompte à exécuter les ordres du capitaine.
+Celui-ci commande l'exercice à sa manière; par exemple, il ordonne de se
+moucher, de tousser, de se tirer les chevaux, de se pincer le nez; et il
+faut que ces ordres soient immédiatement exécutés, le caporal étant la
+_première_ à obéir au commandement avec une rigueur militaire.
+
+Enfin, le capitaine crie: «En joue!» Chaque soldat tend les bras en
+avant. Quand il dit: «Feu!» le caporal pousse sa proche voisine, qui
+tombe sur la suivante, et ainsi jusqu'au bout de la ligne. Ce jeu peut
+être très-amusant, mais il faut avoir la précaution de ne le jouer que
+sur des tapis ou sur le gazon, et de placer à l'extrémité opposée au
+caporal un coussin pour amortir la chute de la dernière jeune fille, la
+seule qui soit exposée à se faire mal. Ce jeu paraît convenir plutôt à
+des garçons qu'à des jeunes filles; mais les jeunes Anglaises se le
+permettent, et nous n'avons pas cru devoir l'exclure.
+
+
+
+L'ASSIETTE TOURNANTE
+
+Ce jeu, qui demande une certaine adresse, a quelques rapports éloignés
+avec le _Petit bonhomme vit encore_. Au lieu d'une baguette allumée, les
+jeunes filles ont une assiette qu'elles font tourner par terre sur le
+tranchant. Chacune est désignée par un numéro. Si le n° 1 commence, elle
+doit appeler un autre numéro à son choix, et celle qu'elle désigne ainsi
+doit arriver assez promptement pour donner une impulsion à l'assiette
+pendant qu'elle tourne encore, et se faire remplacer de la même manière.
+Si le numéro appelé ne se présente pas assez vite, et que l'assiette ait
+eu le temps de retomber, il faut donner un gage.
+
+[Illustration]
+
+
+
+
+DEUXIÈME PARTIE.
+
+JEUX AVEC JOUETS.
+
+
+
+LES BAGUES.
+
+C'est pour remplir notre devoir de nomenclateur, que nous insérons ici
+le jeu de bagues, qui ne peut être facilement joué qu'avec un attirail
+considérable, comme celui qui se dresse dans les grandes fêtes de
+village. Si l'on n'a pas vu un jeu de bagues ainsi disposé, on ne pourra
+en avoir qu'une idée imparfaite. Celui que l'on fabriquera soi-même sera
+composé de quelques anneaux suspendus à des fils très-minces, qui seront
+attachés le long d'un bâton court. En fixant ce bâton à un arbre ou à un
+poteau, de manière qu'il s'avance, le jeu consistera à enfiler ces
+bagues, en courant, dans une baguette que l'on tiendra à la main.
+
+Le jeu de bagues fut en grand honneur dans les siècles derniers,
+principalement sous le règne de Louis XIV. Le grand roi, suivi de tous
+les seigneurs de sa cour, revêtus de costumes de caractère, _courait la
+bague_, ainsi que l'on disait, à cheval et avec un appareil magnifique.
+On appelait ces divertissements _carrousels_, et l'une de ces fêtes
+s'étant donnée près du palais des Tuileries avec un éclat
+extraordinaire, le lieu en prit le nom de place du Carrousel. Quelques
+régiments de cavalerie pratiquent encore cet exercice dans les jours de
+fête, et il est difficile de rien voir de plus gracieux que les
+évolutions qui se font à cheval pour saisir les bagues.
+
+
+
+LA BALANÇOIRE OU ESCARPOLETTE.
+
+[Illustration]
+
+Ce jeu n'est praticable que dans un jardin ou dans une grande salle
+destinée à la gymnastique. Les extrémités d'une grosse corde sont
+attachées à deux arbres. Au milieu est fixée une petite planche sur
+laquelle s'assied la personne qui veut se balancer. On peut, à la place
+de la planche, mettre un petit fauteuil sur lequel on sera plus
+solidement assis, parce qu'un des dangers de ce jeu est de tomber, si on
+ne se tient pas bien, ou si on est pris d'étourdissement, ce qui arrive
+fréquemment. La balançoire est mise en mouvement à l'aide d'une petite
+corde que tient une autre personne, ou bien on se balance soi-même, si
+l'appareil est placé assez bas pour que les pieds puissent toucher le
+sol.
+
+[Illustration: Balançoire.]
+
+
+
+LA BALLE.
+
+On sait que, pour jouer à la balle, il suffit de la lancer à terre ou
+contre un mur pour qu'elle rebondisse, et on la reçoit dans la main.
+Nous pouvons indiquer aux jeunes filles un moyen de faire des balles
+assez jolies, qu'elles pourront donner en cadeau. On en forme le centre
+avec un corps dur ou élastique comme une boule de caoutchouc. Pour
+évider la rudesse du coup, on enveloppe ce noyau avec de la mousse sèche
+si on est à la campagne, ou du coton; mais la mousse est préférable. On
+coupe de petits morceaux de toile s'élargissant au milieu et se
+rétrécissant aux extrémités, comme les degrés de _latitude_ d'un globe
+terrestre. Ces morceaux doivent être au nombre de six ou sept, plus ou
+moins grands. Les morceaux étant réunis autour de la boule, on tend sur
+chacune des coutures un fort brin de laine à tapisserie, se réunissant
+aux _pôles_. Puis on passe en travers une aiguillée de laine enfilée;
+chaque tour, serré contre le précédent, s'assujettit par un point fait
+avec l'aiguille aux brins de laine tendus dans l'autre sens. Quand la
+balle est entièrement couverte de cette manière, pour la rendre plus
+solide et plus jolie, on fait une sorte de filet avec une aiguillée de
+laine d'une autre couleur qui enveloppe le tout. Ce filet se fait comme
+un feston très-lâche, que l'aiguille reprend dans chaque maille.
+
+[Illustration]
+
+
+
+LE BALLON.
+
+Le ballon, plus gros que la balle, se lance entre plusieurs personnes
+qui le reçoivent avec le pied ou avec la main. Il est creux, gonflé
+d'air, et ordinairement recouvert en peau de daim.
+
+[Illustration]
+
+Dans l'_Odyssée_, poëme d'Homère, composé il y a environ trois mille
+ans, la jeune princesse Nausicaa, après avoir rempli des devoirs de
+bonne ménagère que ne dédaignaient pas dans ce temps les filles des
+rois, c'est-à-dire après avoir été laver ses vêtements avec ses
+compagnes, se divertit à jouer au ballon quand sa tâche est finie.
+
+Une très-jolie invention moderne est celle de ces légers ballons en
+caoutchouc peints, dorés, ou recouverts d'un mince réseau et qu'un
+souffle suffit pour soutenir en l'air. Ils ne sont pas beaucoup plus
+durables que les bulles de savon que nous allons maintenant décrire.
+
+
+
+LES BULLES DE SAVON.
+
+On trempe dans une eau de savon épaisse l'extrémité d'un brin de paille
+fendu en croix, et, en soufflant avec ménagement, la goutte d'eau qu'on
+a recueillie se gonfle et produit un globe qui se teint souvent des
+couleurs les plus admirables. Quand la bulle est parvenue à une certaine
+grosseur, on la détache du tuyau de paille, et on la soutient en l'air à
+l'aide du souffle.
+
+ Mais, comme elle a l'éclat du verre,
+ Elle en a la fragilité.
+
+Ces bulles légères et brillantes ont souvent inspiré les poëtes, qui en
+ont tiré des comparaisons sur le peu de durée des choses humaines et sur
+le néant des vains projets. La science s'en est aussi servie, puisque
+c'est, dit-on, en essayant les effets de la réfraction de la lumière à
+travers cette enveloppe transparente, que le grand Newton a découvert
+les propriétés du prisme et est parvenu à décomposer les rayons du
+soleil. Cette admirable découverte est ainsi rappelée dans des vers de
+Voltaire:
+
+ Il découvre à nos yeux par une main savante,
+ De l'astre du matin la robe étincelante;
+ L'émeraude, l'azur, la pourpre et le rubis
+ Sont l'immortel tissu dont brillent ses habits.
+ Chacun de ses rayons, dans sa substance pure,
+ Porte en soi les couleurs dont se peint la nature,
+ Et confondus ensemble ils éclairent nos yeux.
+
+[Illustration: Les Bulles de savon.]
+
+
+
+LE BILBOQUET.
+
+[Illustration]
+
+C'est un jouet de bois ou d'ivoire, formé d'un petit bâton tourné, dont
+un bout est pointu et l'autre terminé par une espèce de petite coupe, et
+auquel est suspendu par un fort cordon une boule percée d'un trou. On
+met cette boule en mouvement de manière qu'elle retombe et reste dans la
+coupe ou qu'elle entre et se fixe dans le bout pointu. Il est bon, avant
+de lui donner l'impulsion qui la lance en l'air, de tordre le fil de
+manière à lui imprimer un mouvement très-vif de rotation. La boule en
+tournant, et par l'effet de la loi physique de la pesanteur, se
+dérangera moins de la direction perpendiculaire.
+
+Ce jeu est d'une origine ancienne, et il a été fort en faveur à
+plusieurs époques. Il était autrefois formé d'une bille en fer qui
+n'était pas attachée à la tige que l'on nommait _boquet_. François Ier,
+y jouant avec Montgommery, fut atteint à la tête par cette bille; ce fut
+alors qu'on substitua une bille de bois à la bille de fer, pour rendre
+le jeu moins dangereux. Henri III et les seigneurs de sa cour jouaient
+au bilboquet avec passion. Ce jeu eut encore une grande vogue sous le
+règne de Louis XV, et Jean-Jacques Rousseau veut que les hommes y jouent
+en société, plutôt que de rester inoccupés.
+
+
+
+LE CERCEAU.
+
+Le cerceau est un cercle de bois léger que l'on guide avec une baguette,
+et dont on ralentit ou dont on accélère la marche à volonté, en
+s'appliquant à ne pas le laisser tomber. C'est un exercice
+très-salutaire, qui donne de la souplesse aux jambes et aux bras, et
+développe la poitrine; il a, en outre, le privilége d'amuser les enfants
+même lorsqu'ils jouent seuls. Ils prennent grand plaisir à pousser le
+cerceau tantôt à droite, tantôt à gauche, en avant, en arrière, en
+cercle, en zigzag, puis à l'arrêter brusquement, et l'habitude leur
+donne bientôt une grande adresse. Ils peuvent aussi organiser des
+parties, et lutter entre eux à qui conduira le cerceau le plus vite et
+le plus habilement à un but déterminé.
+
+
+
+LA CORDE.
+
+[Illustration]
+
+On saute avec une corde que l'on tient soi-même aux deux extrémités par
+une petite poignée, ou bien on la fait tenir par deux personnes. Les
+jeunes filles ont inventé une quantité de _passes_ différentes
+auxquelles elles donnent des noms assez arbitraires. Les passes les plus
+usitées sont de faire tourner la corde très-vite, deux ou trois fois,
+sans retomber sur les pieds. Elles ont appelé cela des _doubles_ et des
+_triples tours_. Ou bien elles croisent les bras sur la poitrine et
+passent dans la large boucle que fait la corde: ceci est une _croix de
+Malte_ ou _de chevalier_. On peut encore sauter à reculons. Pour jouer à
+la _corde en long_ ou _grande corde_, deux personnes font tourner la
+corde, tandis qu'une troisième saute au milieu. Il faut être très-sûr
+d'une bonne entrée, afin que la corde ne s'embarrasse pas dans les pieds
+au premier tour. On doit saisir, pour s'élancer, le moment où la corde
+vient de toucher la terre et commence à s'élever en l'air.
+
+
+
+LES DAMES
+
+Nous ne pouvons mieux faire que d'extraire d'un bon ouvrage spécial[7]
+les règles du jeu de dames, dont on trouvera ici presque toutes les
+combinaisons.
+
+[Note 7: _Almanach des Jeux_.]
+
+Il y a deux sortes de jeux de dames: le jeu de dames à la française et
+le jeu de dames à la polonaise. Le premier n'est plus en usage: il se
+joue sur un damier qui a soixante-quatre cases, et l'on n'y emploie que
+vingt-quatre pions, douze noirs et douze blancs; les dames ne font qu'un
+pas à la fois, mais elles peuvent prendre en avant et en arrière. Ce que
+nous allons dire du jeu de dames à la polonaise est, du reste,
+applicable au jeu de dames à la française.
+
+[Illustration]
+
+Le jeu de dames à la polonaise se joue à deux sur un damier composé de
+cent cases, cinquante noires et cinquante blanches. Chaque joueur a
+vingt pions de couleur différente; l'un a vingt pions blancs et l'autre
+vingt pions noirs.
+
+Le damier se place entre les deux joueurs, de manière que chaque joueur
+ait le commencement de la grande ligne à sa gauche. La grande ligne est
+la ligne du milieu, qui coupe diagonalement le damier en deux parties.
+Elle est composée de dix cases blanches.
+
+Les pions noirs se placent d'un côté et les pions blancs de l'autre.
+Toutes les lignes se trouvent remplies, moins les deux lignes du milieu,
+formant dix cases, puisqu'il n'y a que quarante pions, et qu'il y a
+cinquante cases.
+
+On pousse toujours son pion en avant, jamais en arrière, dans la case
+droite ou dans la case gauche, et on ne peut lui faire faire qu'un seul
+pas.
+
+En commençant le jeu, on tire au sort pour savoir qui jouera le premier;
+mais pour les parties suivantes, on joue premier et dernier,
+alternativement.
+
+Le joueur prend le pion de son adversaire toutes les fois que, ce pion
+étant contigu au sien, il se trouve après, et sur la même ligne, à
+droite ou à gauche, une case vide, et que c'est à son tour de jouer.
+Alors on saute par-dessus, on place son pion sur la case vide, et l'on
+enlève le pion de son adversaire.
+
+On peut prendre en avant et en arrière, et tant que l'on trouve de pions
+contigus au sien et de cases vides après. Ce que nous venons de dire du
+pion, lorsqu'il a à prendre, est applicable à la _dame damée_, qui a, en
+outre, d'autres prérogatives dont nous parlerons.
+
+On appelle _dame damée_, ou simplement _dame_, le pion qui est parvenu à
+se fixer sur la première ligne horizontale du jeu de l'adversaire; je
+dis _se fixer_, parce qu'il serait possible qu'un pion, ayant à prendre
+plusieurs fois, se fût posé sur une des cases de cette ligne en prenant,
+et eût été forcé d'aller se fixer sur une case d'une autre ligne, parce
+qu'il aurait eu à prendre encore un ou plusieurs des autres pions. Pour
+distinguer la dame du pion, on couvre le pion d'un autre pion de même
+couleur.
+
+Une dame a de grandes prérogatives, et contribue beaucoup au gain de la
+partie. Elle ne marche pas, comme le pion, d'une case à une autre case,
+et en avant seulement. Elle parcourt en avant et en arrière, à droite et
+à gauche, une ou plusieurs cases à sa volonté, pourvu qu'elles soient
+vides, et enlève tous les pions ou dames qui se trouvent sur les lignes
+qu'elle parcourt, lorsque ces pions et ces dames se trouvent entre elle
+et une ou plusieurs cases vides.
+
+Un joueur qui prend plusieurs pions ou dames ne peut pas les enlever au
+fur et à mesure qu'il saute par-dessus, mais seulement quand le coup est
+terminé, et que, n'ayant plus à prendre, il a placé son pion ou sa dame
+sur une case vide.
+
+Le pion ou la dame qui prend peut passer plusieurs fois sur la même case
+vide, mais pas deux fois sur le même pion ou sur la même dame.
+
+_Dame touchée, dame jouée._ On entend par cet axiome qu'il faut jouer la
+pièce qu'on a touchée. Tant qu'on tient le pion ou la dame, les eût-on
+posés sur une case vide, si on ne les a pas lâchés, on peut les poser
+ailleurs; mais dès qu'on les a lâchés, ils sont joués irrévocablement.
+
+Celui dont c'est le tour de jouer, doit, lorsqu'il touche un ou
+plusieurs pions pour les arranger, dire: _J'adoube_; autrement
+l'adversaire pourrait lui faire jouer un des pions qu'il aurait touchés.
+
+Toute faute est faute, de quelque nature qu'elle soit. Si donc un joueur
+fait une fausse marche, c'est-à-dire place son pion ou sa dame sur une
+case autre que celle sur laquelle ils devaient être placés, l'adversaire
+fait redresser l'erreur, ou la laisse subsister s'il juge qu'elle lui
+soit avantageuse. De même, si un joueur lève son propre pion ou sa dame,
+il ne peut les replacer. Si on n'enlève point tous les pions ou dames
+qu'on avait à prendre, quand même on aurait figuré qu'on aurait à les
+prendre, on est tenu de les laisser sur le damier. Il n'y a pas de faute
+à jouer un pion qui n'est pas jouable; il n'y a pas non plus de faute à
+jouer un pion ou une dame de son adversaire.
+
+_Souffler_, c'est enlever le pion ou la dame qui n'a pas pris tout ce
+qu'il avait à prendre; après avoir soufflé, on doit jouer son coup comme
+à l'ordinaire. C'est ce qui est établi par cet axiome: _Souffler n'est
+pas jouer_.
+
+Le joueur qui a le droit de souffler, est libre de le faire ou de ne pas
+le faire. Il peut donc, à son gré, ou enlever le pion qui n'a pas pris
+tout ce qu'il devait prendre et jouer, ou ne pas l'enlever et jouer, ou
+enfin forcer le joueur à prendre avec son pion tout ce qu'il avait à
+prendre. Mais si la pièce soufflable a été touchée par le joueur qui a
+le droit de souffler, ce joueur est obligé de jouer, par la raison que
+_dame touchée est dame jouée_, et qu'en touchant le pion soufflable, il
+a touché un pion qui lui appartient par la loi du jeu.
+
+Si le joueur qui avait à souffler a touché un de ses pions avant d'avoir
+soufflé, il ne peut plus revenir sur le coup. Néanmoins, si le joueur
+soufflable jouait plusieurs coups sans s'apercevoir qu'il a à prendre,
+l'autre joueur peut toujours le souffler au coup suivant, quoiqu'il ait
+oublié de le faire la première fois.
+
+Celui qui a à prendre de plusieurs côtés doit prendre du côté le plus
+fort, sinon il est soufflable. On appelle le côté le plus fort le côté
+où il y a le plus à prendre. Une dame ne compte, en cas de prise, que
+pour un pion.
+
+Lorsque deux joueurs égaux en force restent, l'un avec une dame damée,
+et l'autre avec une dame damée et deux pions, deux dames et un pion, et
+même trois dames, la partie ne se joue plus, et l'on en recommence une
+autre, à moins que le joueur qui a la supériorité n'ait gagné forcément
+sur le coup.
+
+_Qui quitte la partie la perd._ On perd la partie quand on la quitte,
+quand on refuse de prendre, quand on n'a ni pions ni dames, ou quand on
+ne peut plus jouer celles qui restent.
+
+L'usage du jeu de dames enseignera maintenant les marches et
+contre-marches. Nous n'avons pu donner que les règles qui doivent y être
+observées.
+
+Il existe encore deux jeux plus enfantins qui ont quelques ressemblances
+avec le jeu de dames. On les trouvera dans leur ordre à l'article
+_Marelle_, et à celui intitulé: _Le renard et les poules_.
+
+
+
+LES DÉS.
+
+Le _Dictionnaire de l'Académie_ définit ainsi le dé à jouer: «Petit
+morceau d'os ou d'ivoire, de figure cubique ou à six faces, dont chacune
+est marquée d'un différent nombre de points, depuis 1 jusqu'à 6, et qui
+sert à jouer.» L'origine des dés se perd dans la nuit des temps, et nous
+ne pouvons savoir à qui en rapporter l'invention. Il en est fait mention
+dans tous les écrivains de l'antiquité. On les retrouve parmi les jouets
+dont les Grecs et les Romains faisaient le plus d'usage.
+
+Le _dé_ personnifie, en quelque sorte, le _jeu_, c'est-à-dire la passion
+de demander au hasard des chances heureuses ou funestes. Comme son usage
+le plus simple amène un résultat rapide, on comprend que le besoin
+d'émotions l'ait fait inventer avant les jeux qui exigent de plus
+longues combinaisons. Il suffit d'amener tel ou tel coup de dé pour
+déterminer une chance. Les Grecs, pour éviter toute supercherie,
+faisaient passer les dés de la main du joueur dans un long tube où ils
+glissaient d'eux-mêmes. On y a substitué le _cornet_, que l'on tient
+dans la main, et dans lequel on agite les dés avant de les lancer sur la
+table. Les dés forment donc eux-mêmes un jeu qui présente assez
+d'intérêt pour avoir été en usage chez les peuples modernes; de plus,
+ils servent d'instruments pour déterminer les coups dans d'autres jeux
+dont nous ne donnerons ici que les noms, comme le trictrac, le passe
+dix, pair ou impair, quinquenore, etc. Les joueurs qui ont fait de
+profondes études sur les chances des dés ont calculé qu'il y avait des
+probabilités pour ramener plus souvent tel point que tel autre. Cela
+augmente encore les dangers d'un jeu où une observation attentive peut,
+jusqu'à un certain point, prévoir les coups de hasard: aussi les
+moralistes se sont-ils souvent élevés contre ces habitudes funestes, et
+les législateurs ont-ils tenté de les détruire par des ordonnances
+sévères. En 1319, Charles le Bel défend de jouer aux dés et à d'autres
+jeux qui détournent des exercices militaires. Charles VIII défend aussi
+ce jeu dans les prisons. Charles IX publie un édit dans le même sens.
+
+Nous croyons avoir suffisamment prémuni nos jeunes lectrices contre
+l'entraînement de ce jeu ou de tel autre jeu de hasard. Nous ne pouvons
+maintenant nous refuser à leur faire connaître une de ces combinaisons
+des coups de dés qui nous paraît des plus innocentes. Ce jeu s'appelle
+l'_Espérance_, et voici en quoi il consiste:
+
+On peut jouer entre plusieurs personnes, avec deux dés. On distribue à
+chaque joueur un certain nombre de jetons qui ont une valeur convenue.
+On fait ensuite indiquer par le sort le joueur qui doit avoir le dé. Si
+celui-ci amène un _as_ avec un autre point, il donne un jeton au joueur
+qu'il a à sa gauche; s'il amène un six, il met un jeton à la poule: la
+_poule_, c'est la masse des jetons réunis. Si les deux dés jetés
+présentent un as ou un six, et qu'il reste au joueur plus d'un jeton, il
+en donne un au joueur qui est à sa gauche, et il en met un autre à la
+poule. S'il n'a plus qu'un jeton, il le met à la poule.
+
+Le joueur qui n'amène ni un as ni un six n'a rien à payer; il quitte
+seulement le dé, et passe le cornet au joueur qui est à sa droite:
+celui-ci en fait autant dans la même circonstance; mais quand un joueur
+amène un _doublet_, c'est-à-dire le même nombre de points sur les deux
+faces des dés, il conserve le cornet pour jouer un second coup; et s'il
+amène encore un doublet, il joue un troisième coup, dans la vue d'amener
+un troisième doublet: s'il vient à réussir, il gagne la partie ou la
+poule.
+
+Un joueur gagne aussi la poule, lorsqu'il a encore un ou plusieurs
+jetons quand il n'en reste plus aux autres joueurs.
+
+Bien qu'un joueur qui a perdu tous ses jetons ne puisse plus avoir le
+cornet à son tour, il est néanmoins possible qu'il ressuscite,
+c'est-à-dire qu'il rentre au jeu. Cela a lieu quand le joueur qu'il a à
+sa droite amène un as, parce qu'alors ce dernier est obligé de lui payer
+un jeton.
+
+
+
+LE DIABLE.
+
+Le diable a joui d'une grande vogue pendant quelques années, mais
+aujourd'hui il est tristement relégué au fond de la boutique des
+marchands, et il est bien rare qu'on voie ce jouet entre les mains des
+jeunes filles ou des jeunes garçons. Nous dirons cependant en quoi
+consiste cet exercice, qui demande un assez grand espace, et qui est
+plus facilement praticable dans un lieu découvert que dans un
+appartement.
+
+Le diable est formé de deux boules de bois creuses, percées d'un trou
+pour laisser entrer l'air et réunies par une tige. Le joueur prend deux
+baguettes longues environ d'un pied, à l'extrémité desquelles est
+attachée une corde d'environ deux pieds de longueur qui tient à ces deux
+baguettes. Il les écarte un peu, place le milieu du diable, c'est-à-dire
+la partie la plus creuse, en équilibre sur le milieu de la corde, puis
+il lève alternativement les mains pour lui imprimer le mouvement. La
+main droite s'élève un peu plus que l'autre, et donne de temps en temps
+une petite impulsion.
+
+[Illustration]
+
+En augmentant le mouvement, l'air qui pénètre par le trou des boules
+creuses produit un bruit assez harmonieux. Lorsque le diable va de biais
+sur le cordon, il faut se prêter à son mouvement et le suivre en
+marchant de manière qu'il se trouve toujours droit vis-à-vis du joueur.
+On le fait quelquefois glisser sur les baguettes et revenir sur la corde
+tendue, sans qu'il ait cessé son mouvement de rotation.
+
+
+
+LES DOMINOS.
+
+Nous empruntons à l'ouvrage qui nous a déjà servi[8] l'explication des
+règles principales du jeu de dominos.
+
+[Note 8: _Almanach des Jeux_.]
+
+Ce jeu tire son nom des objets dont on se sert pour le jouer. Ces objets
+sont des _dominos_, sorte de dés allongés et aplatis, en os ou en
+ivoire, sur l'une des faces desquels sont gravés des points noirs
+indiquant des nombres déterminés. Ces dominos sont au nombre de
+_vingt-huit_.
+
+[Illustration]
+
+Le jeu de dominos se joue habituellement entre deux personnes, et c'est
+là la partie ordinaire ou la plus commune; on peut, par suite de
+conventions spéciales arrêtées à l'avance, le jouer à trois, quatre,
+cinq et même six personnes; mais ce sont là des exceptions qui ne
+changent rien au fond du jeu et qui peuvent toujours être ramenées à la
+règle générale. Nous donnons donc ici seulement la marche et les règles
+du jeu, tel qu'il se joue généralement aujourd'hui.
+
+[Illustration]
+
+La partie ordinaire se joue, soit à qui fera _domino_ le premier, soit à
+qui fera le _point_, soit à qui fera le plus tôt _cent_ ou _cent
+cinquante_ points, ou davantage, selon les conventions.
+
+_Faire domino_, c'est arriver le premier à placer tous les dominos qu'on
+a dans son jeu; _faire le point_, c'est, chaque coup terminé, avoir en
+main le moindre nombre de points marqués sur les _dominos_.
+
+Cette partie se joue avec six dominos au moins pour chaque joueur.
+
+On peut jouer avec sept, huit, neuf, dix, douze ou même quatorze dés
+chacun, si cela convient aux joueurs.
+
+On tire d'abord à qui aura la pose. Cela se fait en mêlant le jeu, dont
+on extrait deux dominos. Celui qui n'a pas mêlé en prend un qu'il
+découvre: l'autre en fait autant. Le joueur qui a découvert le plus gros
+domino a la pose.
+
+Chacun prend le nombre de dominos qui, avant de commencer la partie, a
+été convenu. Si les joueurs ne prennent pas tous les dominos, ceux
+qu'ils laissent en réserve peuvent leur servir, d'après de certaines
+conventions que nous indiquerons plus loin.
+
+Celui qui doit jouer le second a le droit de prendre ses dominos le
+premier.
+
+Celui qui a la pose le premier pose un dé à son choix. Son but doit être
+de gagner le plus de points possible, soit en fermant le jeu, soit en
+faisant domino.
+
+La règle, sauf quelques rares exceptions, veut qu'il commence par poser
+le plus gros des doubles qu'il a dans son jeu.
+
+Supposons qu'il ait le double-six; son adversaire pose le six-cinq, sur
+lequel lui pose le cinq-quatre; son adversaire pose le double-quatre: si
+le poseur a le six-quatre, il peut à son gré faire six partout ou quatre
+partout, en posant son six-quatre à l'un ou à l'autre bout. Les dominos
+se posent à la suite l'un de l'autre, les doubles en travers, en formant
+des lignes dans tous les sens.
+
+Si l'on n'a plus dans l'un et dans l'autre jeu les derniers points
+placés aux deux extrémités de la ligne, alors le jeu se trouve fermé, et
+l'avantage reste à celui qui a moins de points dans son jeu que son
+adversaire.
+
+Quelquefois, mais rarement, le jeu est fermé du premier coup.
+
+Pour ne pas fermer le jeu, on peut convenir de prendre les dominos mis
+de côté, dans ce qu'on appelle la _réserve_ ou le _talon_, lorsqu'on ne
+possède pas le point qu'il faudrait placer. Au lieu de dire: _Je
+boude_[9], comme dans la partie précédente, et de voir son adversaire
+continuer le jeu, le joueur dit: _Je pêche_, et prend un à un les
+dominos de la réserve, jusqu'à ce qu'il en ait trouvé un qu'il puisse
+placer.
+
+[Note 9: _Bouder_ veut dire n'avoir pas dans son jeu le point qu'il
+faudrait poser; ce qui fait que l'adversaire continue jusqu'à ce que
+l'on puisse placer un domino.]
+
+On compte les points de chaque jeu, et celui qui a le moins de points
+gagne la partie.
+
+Si la partie est en cent, cent cinquante ou plus, le gagnant marque tous
+les points qui restent à son adversaire, sans aucune réduction, et le
+jeu continue.
+
+On gagne encore le coup ainsi qu'on l'a vu, en faisant domino,
+c'est-à-dire en posant tous les dés avant que l'adversaire ait placé les
+siens.
+
+On peut juger, d'après cela, combien est grand l'avantage d'avoir la
+pose. En effet, si aucun des joueurs ne boude, le poseur place son
+dernier domino, tandis qu'il en reste nécessairement un dans les mains
+de son adversaire.
+
+ Et ce n'est point un homme à faire un quiproquo,
+ Celui qui, juste à point, sait faire domino.
+
+
+
+L'ÉMIGRANT.
+
+L'émigrant est formé de deux disques en bois, réunis au milieu par une
+petite traverse percée d'un trou dans lequel passe un cordon. Il faut
+d'abord rouler ce cordon autour de la traverse, en soutenant le bout
+opposé par une boucle que l'on met à son doigt. Ensuite on donne une
+impulsion qui déroule le cordon, et l'effet de la rotation suffit pour
+l'enrouler complétement de nouveau. Ce mouvement se répète autant de
+fois qu'on le juge à propos. Lorsqu'on a acquis une certaine habitude de
+ce jeu paisible, on parvient à faire remonter l'émigrant autour de son
+cordon, sans l'avoir préalablement roulé, par le moyen de petites
+secousses successives, qui le roulent d'abord en un tour, puis en deux,
+et enfin jusqu'à l'extrémité que tient la main.
+
+
+
+LES GRACES.
+
+[Illustration]
+
+On joue avec un ou deux cerceaux légers que les jeunes filles, placées
+en face l'une de l'autre à une vingtaine de pas, reçoivent sur deux
+baguettes. Il faut un peu croiser les baguettes pour donner le mouvement
+d'impulsion. Ce jeu, qui peut être joué à deux ou plusieurs personnes,
+participe à la fois des _bagues_ et du _volant_.
+
+
+
+LES JONCHETS.
+
+[Illustration]
+
+Autrefois, on avait l'habitude de répandre sur le sol des appartements
+des feuillages, de la paille ou des brins de jonc, d'où vient
+l'expression de _joncher._ Nous pensons que c'est aussi l'origine du nom
+de _jonchets_ que l'on donne à de petits brins d'ivoire, et c'est
+pourquoi nous le préférons à celui d'_onchets_, que les enfants
+connaissent mieux. On joue à deux, mais il n'est pas impossible d'être
+trois ou quatre. Le paquet de jonchets en contient un certain nombre
+parmi lesquels il s'en trouve qui ont des figures taillées à une de
+leurs extrémités, représentant le roi, la reine, un cheval, etc. Quand
+il a été réuni en faisceau dans la main, on le laisse tomber
+naturellement, et le hasard mêle ces petites pièces et les enchevêtre
+l'une dans l'autre, de manière à ce qu'il soit très-difficile de ne pas
+remuer le jeu, lorsqu'on essaye avec un crochet d'enlever un des brins
+d'ivoire. Au plus léger mouvement des jonchets, il faut céder son tour à
+l'adversaire. On doit arriver à enlever toutes les pièces, et celui qui
+a réuni le plus grand nombre de points a gagné la partie. Pour calculer
+le nombre des points, on peut compter le roi pour cinquante, la reine
+pour quarante, le valet pour trente, le cheval pour vingt et chacun des
+simples pions pour dix.
+
+
+
+LE KALÉIDOSCOPE.
+
+Le kaléidoscope est un tube en carton, dont l'intérieur est partagé par
+des lames de verre noirci, qui reflètent sur leurs parois les petits
+objets de différentes couleurs que renferme un des compartiments, et en
+les multipliant produisent un dessin régulier. En regardant à l'une des
+extrémités du tube comme dans une lorgnette, et en le faisant tourner
+doucement, on y verra les dessins les plus brillants, qui varieront à
+l'infini, et dont les jeunes filles pourront s'inspirer pour leurs
+travaux de broderie et de tapisserie.
+
+
+
+LA LANTERNE MAGIQUE.
+
+La lanterne magique, pour les enfants qui n'ont pas l'idée de son
+mécanisme, semble quelque chose qui touche au merveilleux. C'est une
+sorte de grande boîte, ordinairement en fer-blanc, qui porte à l'une de
+ses extrémités une grosse lentille de verre très-épaisse. Dans une
+coulisse pratiquée derrière cette lentille, on fait passer de longues
+plaques de verre, sur lesquelles des figures peintes représentent des
+sujets variés. On tend un grand drap ou un rideau blanc contre les
+parois d'une chambre obscure, et les figures s'y reflètent, en
+grossissant beaucoup. La personne qui fait glisser les verres doit, à
+mesure que les scènes passent devant les spectateurs, leur en donner des
+explications divertissantes.
+
+Par un phénomène d'optique assez singulier, si on place les personnages
+dans leur position naturelle, ils se trouveront la tête en bas; mais en
+les mettant d'une manière contraire, ils seront sur leurs pieds.
+
+Nous allions oublier l'essentiel, mais il nous semble que l'intelligence
+de nos enfants y eût suppléé. Nous allons voir s'ils comprennent ce que
+nous voulons dire en leur récitant la fable suivante; s'ils ne nous
+comprennent pas, il en résultera ce qui est arrivé à certain singe:
+
+ Un jour qu'au cabaret son maître était resté
+ (C'était, je pense, un jour de fête),
+ Notre singe en liberté
+ Veut faire un coup de sa tête:
+ Il s'en va rassembler les divers animaux
+ Qu'il peut rencontrer dans la ville;
+ Chiens, chats, dindons, pourceaux,
+ Arrivent bientôt à la file.
+ «Entrez, entrez, messieurs! criait notre Jacqueau,
+ C'est ici, c'est ici qu'un spectacle nouveau
+ Vous charmera gratis: oui, messieurs, à la porte
+ On ne prend pas d'argent; je fais tout pour l'honneur.»
+ A ces mots, chaque spectateur
+ Va se placer, et l'on apporte
+ La lanterne magique: on ferme les volets,
+ Et par un discours fait exprès
+ Jacqueau prépare l'auditoire.
+ Ce morceau, vraiment oratoire,
+ Fit bâiller, mais on applaudit.
+ Content de son succès, notre singe saisit
+ Un verre peint qu'il met dans sa lanterne.
+ Il sait comment on le gouverne
+ Et crie en le poussant: «Est-il rien de pareil?
+ Messieurs, vous voyez le soleil,
+ Ses rayons et toute sa gloire!
+ Voici présentement la lune; et puis l'histoire
+ D'Adam, d'Ève et des animaux....
+ Voyez, messieurs; comme ils sont beaux!
+ Voyez la naissance du monde!
+ Voyez...» Les spectateurs, dans une nuit profonde,
+ Écarquillaient leurs yeux et ne pouvaient rien voir;
+ L'appartement, le mur, tout était noir.
+ «Ma foi, disait un chat, de toutes les merveilles
+ Dont il éblouit nos oreilles
+ Le fait est que je ne vois rien.
+ --Moi, disait un dindon, je vois bien quelque chose;
+ Mais je ne sais pour quelle cause
+ Je ne distingue pas très-bien.»
+ Pendant tous ces discours, le Cicéron moderne
+ Parlait éloquemment et ne se lassait point.
+ Il n'avait oublié qu'un point:
+ _C'était d'éclairer sa lanterne._
+
+
+
+LE LOTO
+
+[Illustration]
+
+Le loto se compose de petits cartons sur lesquels sont placés des
+numéros dans des cases, au nombre de cinq par ligne, entremêlées de
+cases vides. On tire d'un sac des petites boules demi-sphériques avec
+des numéros correspondant à ceux des cartons. Lorsqu'on parvient à
+couvrir tous les numéros d'une ligne, on dit _quine_, et on a gagné.
+Comme les boules à numéros ne suffiraient pas pour tous les joueurs, on
+les laisse à celui qui les tire du sac, et les autres joueurs se servent
+pour eux-mêmes de petits jetons de verre ou d'ivoire. Lorsqu'on a rempli
+quatre numéros sur la même case, on a un quaterne; trois numéros donnent
+un terne; mais ces nombres ne font pas gagner. Ces termes sont ceux de
+la loterie, à cause de la ressemblance des chances.
+
+
+
+LE LOUP.
+
+Ce jeu est composé d'un plateau ou d'un carton sur lequel sont trente et
+une cases, où l'on pose vingt brebis et deux loups.
+
+[Illustration]
+
+Les vingt brebis se placent au haut du carton, sur les vingt cases
+opposées à la bergerie, composée de neuf cases, qui est en bas du
+carton, c'est-à-dire qu'elles se placent dans la prairie. De l'autre
+côté, à l'entrée de la bergerie, on place les deux loups, en laissant
+encore une case entre eux; ils semblent garder l'entrée de la bergerie.
+Ce jeu ne peut se jouer qu'entre deux personnes. Celle qui a les brebis
+joue la première, et va toujours en avant, comme au jeu de dames; elle
+ne peut pas reculer, mais elle peut aller de côté.
+
+Les loups vont au contraire en avant et en arrière, et cherchent à se
+placer de façon à ce qu'ils puissent passer par-dessus la brebis et la
+prendre, s'ils trouvent une case vide derrière elle.
+
+Si celui qui a les loups oublie de prendre quand il en trouve
+l'occasion, celui qui a les brebis prend le loup (ce qui s'appelle
+_souffler_), et il joue. Il est bien rare alors qu'avec un seul loup on
+puisse gagner.
+
+Le joueur qui a les brebis peut gagner sans prendre les loups, pourvu
+qu'il parvienne à remplir les neuf cases de la bergerie. En lisant
+l'article intitulé _le renard et les poules_, on comprendra mieux la
+configuration du damier sur lequel on fait manoeuvrer les pièces, qui
+peuvent être les pions d'un échiquier, ou des dames, une couleur
+représentant les brebis et l'autre les loups.
+
+
+
+LA MARELLE.
+
+Ce jeu, très-simple, doit être joué sur un carton avec des lignes
+disposées comme sur la figure que nous donnons à la page suivante.
+
+On a dix-huit pions, neuf de chaque couleur, que l'on ne pose que
+successivement sur un des petits ronds qui se trouvent à la jonction des
+lignes. Chaque joueur doit essayer de faire avec ses neuf pions une
+rangée de trois de front, et c'est à quoi son adversaire tâche de
+s'opposer. Pour cela, il faut essayer de placer un de ses propres pions
+entre les deux de son adversaire, ou à la suite, de manière à ce qu'il
+ne puisse pas arriver à en placer trois de front. S'il y parvient
+toutefois, il a le droit d'enlever un de vos pions à son choix,
+c'est-à-dire celui qui pourrait lui causer le plus de préjudice.
+
+[Illustration]
+
+Les pions ne peuvent aller qu'en droite ligne, et ne peuvent sauter
+par-dessus les autres que lorsque celui qui joue n'en a plus que trois.
+Dans ce dernier cas, il a la faculté de poser un de ses pions où bon lui
+semble, et il arrive alors plus facilement à les mettre trois de front
+et quelquefois à gagner, malgré l'avantage du nombre qui est du côté
+opposé. Le jeu finit quand on n'a plus que deux pions.
+
+
+
+L'OIE.
+
+ J'aime ces jeux galants où l'esprit se déploie;
+ C'est, monsieur, par exemple, un bien beau jeu que l'oie!
+
+Le poëte comique met ces vers dans la bouche d'un valet naïf, pour se
+moquer de la simplicité du jeu; mais, n'en déplaise à Regnard, nous
+aimons assez le jeu de l'oie renouvelé des Grecs.
+
+Il nous est bien difficile de l'expliquer, faute des figures nombreuses
+qui en déterminent la marche, mais nous essayerons d'en donner une idée.
+Soixante-trois cases, remplies par des dessins différents, produisent
+des coups plus ou moins heureux. Les dés, jetés d'un cornet, indiquent
+les nombres auxquels se rapportent les numéros des cases. Chaque joueur
+tire à son tour et pose sur la case correspondante au nombre qu'il amène
+un petit objet qui lui appartient; il doit toujours occuper la place où
+l'envoie le sort. Ainsi, par exemple, de neuf en neuf cases est la
+figure d'une oie. Si l'on y arrive après avoir compté le nombre donné
+par les dés, on continue sa marche, toujours comptant le même nombre.
+Quelquefois on arrive à un obstacle appelé _le puits_, _le labyrinthe_,
+_l'hôtellerie_, _la prison_, _la mort_, etc. Chacun de ces obstacles
+entraîne une pénitence différente. Pour _la mort_, il faut recommencer
+soi-même tout le jeu, tandis que l'adversaire ou les adversaires le
+continuent. Nous répétons que nous ne pouvons donner de ce jeu qu'une
+idée imparfaite, mais que le tableau du jeu, qu'on peut se procurer, en
+contient toutes les règles détaillées. On a souvent varié les figures
+classiques du jeu d'oie, en y substituant des figures qui se
+rapportaient à quelque idée en vogue dans le moment. L'innovation la
+plus moderne a pris le titre de jeu du _Steeple-Chase_. De petits
+cavaliers en carton servent à marquer la marche du jeu.
+
+
+
+LES OMBRES CHINOISES.
+
+Nous empruntons à un auteur érudit[10] quelques renseignements
+intéressants sur ce jeu, que les enfants pourront aisément fabriquer
+eux-mêmes et qui leur rappellera d'heureux moments passés dans la salle
+de Séraphin, nom magique qui a souvent fait battre leurs jeunes coeurs.
+
+[Note 10: M. Ch. Magnin, _Histoire des Marionnettes_.]
+
+Ce divertissement, dont on rapporte généralement l'origine aux Chinois
+et aux Javanais, est du moins, sans aucun doute, un des spectacles
+favoris des Orientaux. Il est depuis assez longtemps connu en Italie et
+en Allemagne. Le procédé mécanique est bien simple: On met, à la place
+du rideau d'un petit théâtre, une toile blanche ou un papier huilé bien
+tendu. A sept ou huit pieds derrière cette tenture, on pose des
+lumières. Si l'on fait glisser alors entre la lumière et la toile tendue
+des figures mobiles et plates, taillées dans des feuilles de carton ou
+de cuir, l'ombre de ces découpures se projette sur la toile ou sur le
+transparent de papier et apparaît aux spectateurs. Un main cachée dirige
+ces petits acteurs au moyen de tiges légères, et fait mouvoir à volonté
+leurs membres par des fils disposés comme ceux de nos pantins de carte.
+«Je ne connais pas, dit Grimm, de spectacle plus intéressant pour les
+enfants; il se prête aux enchantements, au merveilleux et aux
+catastrophes les plus terribles. Si vous voulez, par exemple, que le
+diable emporte quelqu'un, l'acteur qui fait le diable n'a qu'à sauter
+par-dessus la chandelle placée en arrière, et, sur la toile, il aura
+l'air de s'envoler avec lui par les airs.»
+
+Les enfants qui reviennent émerveillés des scènes ingénieuses qu'ils ont
+vu représenter sur le théâtre de Séraphin apprendront avec intérêt
+qu'ils ont assisté à un spectacle, sans doute toujours nouveau, mais
+dont les premières représentations eurent lieu en 1776. Nous citons
+encore:
+
+«On voyait, entre autres tableaux: 1° une tempête: le tonnerre, la grêle
+assaillant la mer, plusieurs vaisseaux faisant naufrage; 2° un pont dont
+une arche est démolie et des ouvriers qui la réparent: un voyageur leur
+demande si la rivière est guéable; les ouvriers se moquent de lui et
+répondent par le fameux couplet: _les canards l'ont bien passée_[11]; le
+voyageur découvre un petit bateau, passe la rivière et châtie les
+ouvriers. C'est déjà, comme on voit, le fameux _Pont cassé_, la pièce
+classique des _Ombres chinoises_, vieux fabliau qui se trouve en germe
+dans une ancienne facétie, le _Dict de l'herberie_, qu'on peut lire à la
+suite des poésies de Ruteboeuf[12], et que Cyrano de Bergerac n'a pas
+dédaigné d'insérer à peu près textuellement dans sa comédie du _Pédant
+joué_; 3° un canal sur lequel on aperçoit une troupe de canards:
+quelques chasseurs dans un bateau les tirent à coups de fusil, etc.»
+
+[Note 11: On trouve ce couplet dans une très-ancienne chanson intitulée
+_Dialogue du Prince et du Berger_:
+
+ LE PRINCE.
+
+ Passe-t-on la rivière à gué?
+
+ LE BERGER.
+
+ Les canards l'ont bien passé,
+ O lirenda, lirondé.
+
+(Voy. _Cahier de Chansons_, veuve Oudot, 1718.)]
+
+[Note 12: _Oeuvres complètes de Ruteboeuf_, trouvère du treizième
+siècle. (Notes de M. Ch. Magnin.)]
+
+
+
+LES OSSELETS.
+
+Nous sommes encore en pleine antiquité. Les osselets sont, avec les dés,
+un des plus anciens jouets connus. Les Grecs s'en servaient comme de
+dés, pour indiquer les coups de hasard, par des points marqués sur les
+différentes faces, et les faisaient également glisser dans un tube. On
+trouve des osselets au nombre des jouets renfermés dans les tombeaux des
+petits enfants, et une des plus jolies statues antiques représente une
+jeune fille assise à terre et jouant avec des osselets.
+
+Les osselets modernes sont de petits os ou de petits morceaux d'ivoire
+façonnés en forme d'os, que l'on essaye de faire tenir sur le revers de
+la main, que l'on jette en l'air et que l'on reçoit ensuite. On s'en
+sert aussi pour divers tours d'adresse. On prend cinq osselets dans la
+main; on en jette un en l'air, et l'on pose les autres sur la table. On
+en reprend un avant que le premier soit tombé, et ainsi de suite
+jusqu'au dernier. Comme toutes les manières de jouer sont nommées,
+celle-ci s'appelle les _premières_. Voici les _secondes_: On prend deux
+osselets à la fois pendant que les premières retombent; aux _troisièmes_
+on en prend trois, et quatre aux _quatrièmes_. Ensuite on se sert de
+l'osselet qui est en main, on le baise, on passe la main derrière le
+dos, pendant que celui qu'on va recevoir est en l'air. Viennent ensuite
+les _passes-passes_. Il faut, pendant que l'un des osselets est lancé,
+et avant qu'il revienne dans la main, faire passer avec la main droite
+tous ceux qui sont restés sur la table, sous le pouce et l'index de la
+main gauche disposés comme une arche de pont. On fait des _échanges_ en
+mettant un osselet à la place d'un autre; des _rafles_, en ramassant
+tous les osselets ensemble; des _creux_, des _dos_ ou des _plats_ en les
+retournant tous les uns après les autres, pendant qu'il y en a un en
+l'air, sur le côté que ce nom indique suffisamment.
+
+
+
+LE PANTIN.
+
+Ce jouet, en apparence plus puéril que tous ceux dont nous nous sommes
+occupés jusqu'à présent, a cependant aussi des souvenirs historiques qui
+nous forcent de nous y arrêter.
+
+Les pantins sont définis ainsi dans un vieux livre: «Petites figures
+peintes sur du carton, qui, par le moyen de petits fils que l'on tire,
+font de petites contorsions propres à amuser les enfants.»
+
+[Illustration]
+
+Quelquefois on nomme aussi du nom de _pantins_ des poupées de bois ou
+d'autres matières, qui se meuvent également avec des fils. De tels
+jouets ont été trouvés dans les tombeaux de Thèbes et de Memphis. Une
+barque en bois, qui se voit au musée du Louvre, est montée par de petits
+rameurs qui devaient se mouvoir. Dans les tombeaux de Rome ancienne, on
+a également trouvé des pantins de différentes matières, en os, en
+ivoire, en bois, en terre cuite; mais sous cette forme le pantin se
+rapproche plutôt des marionnettes, comme celles que nos enfants font
+agir dans les petits théâtres de carton, ou comme celles qu'ils vont
+admirer aux théâtres de Polichinelle et de Séraphin. Nous n'avons en
+France que ces marionnettes traditionnelles. Dans les pays étrangers,
+comme en Allemagne, et surtout en Italie, elles ont plus de variétés,
+sont beaucoup plus répandues et sont appréciées de tous les âges. Les
+théâtres de marionnettes, en Italie, représentent des pièces satiriques,
+souvent très-spirituelles, et dont le peuple fait ses délices, comme
+autrefois les Athéniens. On trouve dans Platon des comparaisons tirées
+de cet amusement favori: il représente les hommes comme des marionnettes
+que des fils font mouvoir; les fils des passions tirent l'homme de tous
+côtés; un seul lui donne une bonne direction: c'est le fil d'or de la
+raison.
+
+Pour revenir au simple pantin de carton, nous dirons qu'il eut dans le
+siècle dernier une vogue incroyable. On en trouvait partout. Les plus
+grandes dames s'en amusaient comme des enfants et les portaient même à
+la promenade. On en fabriquait de simples et de compliqués, à tous les
+prix. C'est alors que l'on composa cette chanson sur laquelle encore
+aujourd'hui on fait danser les pantins:
+
+ Que Pantin serait content
+ S'il avait l'heur de vous plaire!
+ Que Pantin serait content
+ S'il vous plaisait en dansant!
+
+Si les enfants aujourd'hui veulent essayer de s'en amuser encore, ils
+peuvent fabriquer des pantins eux-mêmes avec du carton blanc ou peint,
+en rattachant les membres avec des bouts de fil, de manière qu'ils aient
+de la flexibilité, et leur donnant le mouvement avec d'autres longs
+bouts de fil ou de soie _noire_. Si on les fait mouvoir en se tenant un
+peu dans l'ombre et en ayant devant soi un vêtements de couleur foncée,
+il semblera que les petites figures s'agitent toutes seules, surtout si
+on rattache tous ces longs fils à une canne que l'on tient dans une
+position horizontale au-dessus du pantin et sur laquelle on promène ses
+doigts d'une manière presque invisible. Avec un peu d'habileté,
+l'illusion sera complète.
+
+
+
+LE PARACHUTE.
+
+[Illustration]
+
+Les jolis objets qu'on appelle parachutes sont une invention moderne, et
+ils ont eu l'heureux privilége d'être aussitôt adoptés par tous les
+enfants, petits et grands, jeunes filles et jeunes garçons. On sait
+qu'ils sont formés d'un grand papier de soie coupé en rond, plié comme
+les feuilles d'un éventail et auquel sont attachés de distance en
+distance de longs brins de fil qui se réunissent en un noeud que l'on
+tient dans la main. On lance ce léger parachute plié, en le retenant par
+les brins de fil. Il se développe en l'air et retombe sous forme d'un
+parapluie ouvert, avec la molle lenteur des flocons de neige.
+
+
+
+LA POUPÉE.
+
+Nous n'avons rien à enseigner aux petites filles sur l'usage de la
+poupée. Elles le connaissent mieux que nous, dont les souvenirs sont
+déjà lointains; elles le pratiquent avec une conscience, une
+persévérance, une foi, si nous osons parler ainsi, qui renferme bien des
+mystères. C'est que la poupée est aussi un être mystérieux, un symbole,
+dont on comprend le sens mieux qu'on ne le définit. Il y a eu une
+_poupée_ dès qu'il a existé une petite fille, et cette tradition s'est
+perpétuée avec la force des choses vraies et nécessaires. Elle a
+traversé les révolutions des peuples et des empires. Elle a résisté au
+temps aussi bien qu'une pyramide. A Thèbes, dans le tombeau d'une petite
+enfant morte il y a des milliers d'années, on a retrouvé une poupée
+faite en chiffons, comme celles que l'ont elles-mêmes les petites filles
+d'aujourd'hui.
+
+La poupée n'est pas seulement un jouet, un amusement; elle est un
+besoin, elle est la réalisation des instincts féminins. La petite fille
+essaye sa vocation quand elle est en face de ce petit être passif, dans
+lequel elle reconnaît un enfant comme elle; enfant quelquefois méchant,
+quelquefois malade, souvent capricieux et envers lequel l'enfant
+véritable a des devoirs sérieux. Ses rapports avec cet être sont ceux
+d'un être supérieur qui a une tâche immense à remplir et les droits les
+plus illimités pour l'accomplir, en un mot, la tâche de la mère envers
+son enfant.
+
+[Illustration]
+
+Si la petite fille entre bien dans l'esprit du rôle qu'elle crée à son
+insu et qui lui est inspiré par des événements dont elle est l'auteur,
+par une sorte de convention tacite avec elle-même, elle supposera à
+cette poupée, devenue son enfant, tous les sentiments qu'elle éprouve,
+ou ceux qu'elle a pu observer chez ses compagnes. Cette petite figure
+inerte, qui gisait dans un coin, est relevée par un être intelligent, et
+à l'instant commence une scène animée par le jeu des passions. La poupée
+est volontaire; sa mère de dix ans lui enseigne que l'opiniâtreté et les
+caprices sont des défauts devant lesquels l'autorité maternelle ne doit
+pas plier, et moitié par le raisonnement, moitié par la sévérité,
+quelquefois par des corrections dont elle n'a pourtant pas reçu
+l'exemple, elle finit par dompter un caractère rebelle. La poupée est
+sage et raisonnable, on lui prouve par des caresses et des récompenses
+qu'elle doit n'avoir rien plus à coeur que la satisfaction de sa mère.
+La poupée est dolente; sa mère s'émeut; elle l'interroge avec
+inquiétude; elle s'aperçoit que son enfant souffre. Alors commence pour
+elle la pratique des devoirs les plus tendres, des soins les plus
+dévoués, et quand l'enfant s'endort d'un doux sommeil, la mère se repose
+aussi, demande du silence autour d'elle et conserve longtemps la trace
+des pensées sérieuses qui viennent d'occuper son esprit.
+
+A côté de tous ces devoirs importants, il en est un surtout que la mère
+affectionne: c'est de revêtir cet enfant de tout ce qu'elle peut
+rassembler de plus beau. Elle va même jusqu'à l'extravagance dans ce
+besoin qu'elle a de parer cette chère créature, et elle lui donne des
+vêtements qui ne sont pas de son âge. Elle en fait une _belle dame_.
+Alors elle s'admire dans son oeuvre, mais elle n'en jouit pas de la même
+manière que lorsqu'elle retrouvait en elle son enfant.
+
+Faut-il attribuer ce soin pour la parure des poupées à des instincts de
+coquetterie et de vanité? Faut-il y voir ce sentiment plus doux et plus
+tendre qui fait désirer à une mère que son enfant surpasse tous les
+autres, même en beauté et en élégance? Hélas! nous croyons qu'il y a là,
+comme dans la nature humaine, un mélange des bons et des mauvais
+sentiments; mais du moins celui qui est le plus pur ennoblit l'autre et
+le fait pardonner.
+
+La puissance de la poupée est telle, que quand elle devient vieille,
+malpropre, estropiée, la petite fille vraiment aimante s'y attache
+encore davantage. C'est un lien, c'est une habitude, c'est aussi quelque
+chose de ce sentiment si touchant qui fait préférer à la mère l'enfant
+difforme et rebuté des autres. Peut-être ce sentiment s'explique-t-il
+par celui de la responsabilité; peut être est-ce par la pitié infinie
+qui est dans le coeur de la femme; peut-être enfin est-ce par la pensée
+que les êtres que le monde dédaigne appartiennent d'autant plus à ceux
+qui leur accordent l'intérêt et l'affection qu'ils ne trouvent pas
+ailleurs. Quel que soit le mobile secret, le sentiment est en germe chez
+la petite fille qui préfère la poupée que personne ne regarde. Il se
+retrouve encore chez la pauvre enfant du peuple, qui aime cet objet
+informe qu'elle appelle sa poupée, autant qu'elle aimerait ces
+splendides figures sur lesquelles elle ose à peine jeter un regard
+d'envie; qui la revêt avec amour des misérables chiffons dont elle peut
+disposer, et qui la berce dans ses bras avec cette tendre sollicitude
+qu'elle aurait pour les membres délicats d'un nouveau-né.
+
+Peut-être que dans notre préoccupation des sentiments que nous paraît
+personnifier la poupée, nous avons retracé trop sérieusement les
+différents emplois que fait la petite fille de ce jouet. Il nous a paru
+presque inutile de lui enseigner ce que son instinct lui révèle à coup
+sûr, et de parler de tous les jeux dans lesquels figure ce petit être.
+On l'habille; on le déshabille à des heures réglées, en se servant des
+petits vêtements et des petits meubles à son usage; on feint de le faire
+manger des mets fictifs ou réels dans des repas qu'on lui prépare, ce
+que les enfants, dans leur langage de convention, appellent _faire la
+dînette_. Ces soins deviennent pour quelques petites filles une
+véritable passion. Pour quelques-unes, ils ont un côté utile en leur
+créant des occupations sédentaires, en leur donnant des habitudes
+d'ordre et du goût pour le travail à l'aiguille. D'autres enfants, mais
+le nombre en est plus rare, ont une espèce d'indifférence pour les
+poupées, ou bien en perdent le goût de bonne heure. Enfin il vient un
+âge où ce goût cesse pour toutes également.
+
+La religion païenne exprimait le changement qui s'opère habituellement
+dans les idées de la jeune fille par le sacrifice qu'elle devait faire
+de sa poupée à Vénus au moment de son mariage. Cette cérémonie
+signifiait que la jeune fille renonçait aux jeux de l'enfance et allait
+se consacrer à de nouveaux devoirs. Quand le christianisme remplaça le
+culte des faux dieux, quelques coutumes subsistèrent et entre autres
+celle de renfermer dans les tombeaux des enfants ou des jeunes filles
+les petits objets ou les jouets qui avaient été à leur usage. C'est ce
+qui explique le grand nombre de ces naïfs débris que l'on a recueillis
+dans les sarcophages des catacombes où reposaient les chrétiens. Cette
+coutume touchante nous a transmis le modèle de ces jouets semblables à
+ceux de nos enfants. On voit dans les musées de Rome les osselets, les
+petites clochettes, les dés, les petites boules d'or et d'argent, et
+enfin les poupées qui ont fait le bonheur des enfants durant le peu de
+jours qu'ils ont passés sur la terre, et qui les ont suivis dans la paix
+du tombeau. Une jeune princesse, Marie, fille de Stilicon, femme
+d'Honorius, a été trouvée dans son cercueil, en 1544, dans le cimetière
+du Vatican; à ses côtés, une cassette d'argent renfermait des objets de
+toilette qui lui avaient appartenu, et plusieurs petites poupées
+d'ivoire étaient couchées près d'elle.
+
+
+
+LE RENARD ET LES POULES.
+
+Ce jeu ressemble à celui de la marelle, que nous avons donné plus haut,
+ou au jeu de dames moins compliqué. Il est encore nécessaire que nous
+donnions ici la figure du carton sur lequel on le joue.
+
+[Illustration]
+
+[Illustration]
+
+Le renard est représenté par un pion d'une couleur, et les poules par
+treize pions d'une autre couleur, rangés à un bout de cette sorte de
+damier. Quelquefois on peut se servir de deux renards, qui sont placés à
+l'autre extrémité du damier. Le renard va en avant, en arrière et de
+côté. Les poules ne peuvent aller qu'en arrière et de côté. Le but du
+jeu est de poursuivre le renard et de l'enfermer de telle sorte qu'il ne
+puisse s'en aller. Le renard a le droit de prendre toutes les poules qui
+ont une case vide derrière elles.
+
+
+
+LE SOLITAIRE.
+
+[Illustration]
+
+Le solitaire est le plus paisible et le plus silencieux de tous les
+jeux, il est composé d'une petite planche de forme octogone, percée de
+trente-sept trous. Dans ces trous on place trente-six petits pions
+d'ivoire, et le jeu consiste à faire passer un pion par-dessus un autre,
+en enlevant celui-ci. Il faut ne jamais franchir un espace vide, ne
+jamais franchir deux pions à la fois, et enfin n'aller jamais en biais.
+A la fin du jeu, il ne doit rester qu'un pion _solitaire_, ce qui est
+assez difficile à obtenir.
+
+
+
+LE SPHINX.
+
+[Illustration]
+
+Ce jeu prend son nom d'un animal fabuleux, qui dévorait, dit-on, ceux
+qui ne pouvaient deviner une énigme. Il se compose de petites plaques de
+carton ou d'ivoire, portant chacune une lettre de l'alphabet et avec
+lesquelles on forme des mots que l'on donne à deviner aux autres joueurs
+après les avoir brouillés d'abord. Ce jeu amuse les grandes personnes,
+et il peut encore servir à enseigner la lecture aux petits enfants.
+
+
+
+LE TOTON.
+
+[Illustration]
+
+Nous voudrions bien dire _tonton_, comme les enfants, mais l'étymologie
+du mot s'y refuse. On sait que le véritable _toton_ est une sorte de
+petit dé qui a des lettres gravées sur quatre faces et qui est traversé
+par un pivot sur lequel on le fait tourner aussi longtemps que possible.
+Les chances du jeu sont déterminées par la lettre qu'il présente au
+moment où il se couche sur le côté. Nous allons donner l'explication de
+chacune de ces lettres, qui est l'initiale d'un mot latin. La lettre P
+est l'initiale de _pone_, qui signifie _mettez_. Il faut mettre un jeton
+au jeu. La lettre A veut dire _accipe_, en français _recevez_. On reçoit
+un jeton. La lettre D, en latin _da_, en français _donnez_, a le même
+effet que _pone_. Enfin la lettre T, qui est le mot latin _totum_, en
+français _tout_, gagne les jetons. C'est celle qui donne son nom à ce
+jeu très-simple.
+
+Il y a des _totons_ qui ont un plus grand nombre de faces, ce qui varie
+les hasards du gain et de la perte. Le toton à douze faces a presque la
+forme d'une boule; aussi le fait-on rouler avec la main. Les faces sont
+numérotées de 1 à 12. Celui qui amène le plus haut point gagne la
+partie.
+
+
+
+LE VOLANT.
+
+[Illustration]
+
+Il nous semble inutile de donner la description de ce jeu, qui ne paraît
+pas remonter au delà du quinzième siècle. Le volant et la raquette sont
+d'un usage si général qu'il doit suffire de les indiquer. C'est un
+exercice très-salutaire à la santé, très-amusant et où l'on peut, avec
+de la pratique devenir d'une grande habileté.
+
+Si l'espace manque pour jouer avec une raquette, on peut se servir de
+cornets de bois et de volants légers. Deux joueurs d'égale force peuvent
+faire des parties si longues qu'elles ne cesseront que par leur volonté
+et non par la chute du volant.
+
+On raconte que Nicole et Arnault, ces deux grands solitaires de
+Port-Royal, se délassaient de leurs travaux sérieux par d'éternelles
+parties de volant, comptant au delà de mille coups sans s'arrêter. On
+cite beaucoup de célèbres personnages qui n'ont pas dédaigné cet
+amusement.
+
+[Illustration: deco.]
+
+
+
+
+TROISIÈME PARTIE.
+
+LES RONDES.
+
+
+Les rondes sont ou de petits poëmes mis en action et chantés sur un air
+simple, ou des chansons répétées en choeur, tandis que les enfants, se
+tenant par la main, dansent _en rond_.
+
+Cette manière de danser en se tenant par la main doit remonter à la plus
+haute antiquité. Les Grecs avaient des danses semblables. Dans l'une de
+celles que l'on cite le plus souvent, et dont ils ont conservé la
+tradition jusqu'à nos jours, ils étaient censés représenter les détours
+du labyrinthe de Crète et la chasse donnée au Minotaure. Les mêmes
+inspirations se retrouvent dans un grand nombre de ces antiques rondes
+que nos enfants chantent et dansent, sans se douter qu'ils perpétuent le
+souvenir d'un fait historique ou une coutume locale maintenant oubliée.
+Nous rappellerons ces origines lorsqu'elles se présenteront à nous avec
+quelque circonstance digne d'être mentionnée, et nous ne pouvons mieux
+faire que de placer ici quelques lignes extraites d'une nouvelle de M.
+Ch. Nodier, qui seront une introduction à ce petit recueil de naïves
+poésies.
+
+«Comme il faisait très-beau, les jeunes filles ne manquèrent pas
+d'arriver à leur rendez-vous du soir, et de former autour du vieil orme
+où j'étais assis par hasard leurs danses accoutumées, en chantant en
+choeur des airs de ronde qui m'étonnaient par leur simplicité et leur
+grâce, parce que l'exil et la guerre m'avaient privé de trop bonne heure
+de ces innocentes joies de l'enfance.............. Je ne me rappelle pas
+bien l'air et les paroles de ces chansons-là, mais il me semble qu'elles
+ne vibreraient jamais à mon oreille sans que mon coeur en tressaillît,
+tant elles me révélaient de choses charmantes. Cependant, ce n'était
+rien en soi, ou plutôt cela serait impossible à exprimer à ceux qui
+n'ont pas senti la même chose. C'était, si je m'en souviens, une belle
+qui s'était endormie au bord d'une fontaine, et que son père et son
+fiancé cherchaient sans la trouver. C'étaient des filles de roi,
+chassées de leurs palais, qui se réveillaient dans la forêt un jour de
+bataille.... C'étaient les regrets des bergères qui s'affligent de ne
+plus aller au bois, parce que les lauriers sont coupés, et qui aspirent
+après la saison qui doit ramener leurs danses.»
+
+
+
+NOUS N'IRONS PLUS AU BOIS.
+
+Ce qui précède nous engage à commencer par cette ronde, composée,
+dit-on, par la marquise de Pompadour, qui la faisait danser sous les
+ombrages de Choisy-le-Roi ou de Bellevue, aux courtisans de Louis XV.
+
+[Musique:
+
+Nous n'irons plus au bois, Les lauriers sont cou-pés;
+La bel-le que voi-là Vien-dra les ra-mas-ser.
+Entrez dans la dan-se, Voyez comme on dan-se;
+Sau-tez, Dan-sez, Embrassez cell' que vous aimez. ]
+
+ Nous n'irons plus au bois,
+ Les lauriers sont coupés.
+
+ La belle que voilà
+ La lairons-nous danser?
+ Entrez dans la danse,
+ Voyez comme on danse.
+ Sautez,
+ Dansez,
+ Embrassez cell' que vous aimez.
+
+ La belle que voilà
+ La lairons-nous danser?
+ Mais les lauriers du bois
+ Les lairons-nous faner?
+ Entrez dans la danse, etc.
+
+ Mais les lauriers du bois
+ Les lairons-nous faner?
+ Non, chacune à son tour,
+ Ira les ramasser.
+ Entrez, etc.
+
+ Non, chacune à son tour,
+ Ira les ramasser.
+ Si la cigale y dort,
+ Ne faut pas la blesser.
+ Entrez, etc.
+
+ Si la cigale y dort,
+ Ne faut pas la blesser
+ Le chant du rossignol
+ La viendra réveiller.
+ Entrez, etc.
+
+ Le chant du rossignol
+ La viendra réveiller.
+ Et aussi la fauvette
+ Avec son doux gosier
+ Entrez, etc.
+
+ Et aussi la fauvette
+ Avec son doux gosier.
+ Et Jeanne la bergère
+ Avec son blanc panier.
+ Entrez, etc.
+
+ Et Jeanne la bergère
+ Avec son blanc panier.
+ Allant cueillir la fraise
+ Et la fleur d'églantier.
+ Entrez, etc.
+
+ Allant cueillir la fraise
+ Et la fleur d'églantier.
+ Cigale, ma cigale,
+ Allons, il faut chanter.
+ Entrez, etc.
+
+ Cigale, ma cigale,
+ Allons, il faut chanter,
+ Car les lauriers du bois
+ Sont déjà repoussés.
+ Entrez, etc.
+
+Cette fraîche pastorale est une simple ronde, dont une jeune fille se
+détache; et après avoir, du milieu du cercle, fait un choix parmi une de
+ses compagnes, qu'elle embrasse, reprend la place de celle-ci, qui va
+prendre la sienne, tandis qu'on tourne autour d'elle, et de même à
+chaque couplet.
+
+[Illustration: deco]
+
+
+
+LA BOULANGÈRE.
+
+[Musique:
+
+La bou-lan-gère a des é-cus Qui ne lui cou-tent guè-re,
+La bou-lan-gère a des é-cus Qui ne lui cou-tent guè-re,
+Oui, elle en a, je les ai vus, J'ai vu la bou-lan-gè-re,
+j'ai vu, J'ai vu la bou-lan-gè-re. La bou-lan]
+
+On continue le refrain en quittant la ronde générale pour tourner deux
+par deux, jusqu'à ce que chacune ait tourné successivement; puis on
+reprend la chaîne, en recommençant le couplet.
+
+[Illustration: deco.]
+
+
+
+LE LAURIER DE FRANCE.
+
+[Musique:
+
+J'ai un beau lau-rier de Fran-ce;
+Mon jo-li lau-rier dan-se, Mon jo-li lau--rier.]
+
+ J'ai un beau laurier de France.
+ Mon joli laurier danse,
+ Mon joli laurier.
+
+ Mademoiselle, entrez en danse,
+ Mon joli laurier danse,
+ Mon joli laurier.
+
+ Faites-nous trois révérences;
+ Mon joli laurier danse,
+ Mon joli laurier.
+
+ Maint'nant le tour de la danse
+ Mon joli laurier danse,
+ Mon joli laurier.
+
+ Embrassez vot' ressemblance;
+ Mon joli laurier danse,
+ Mon joli laurier.
+
+Le dénoûment de presque toutes ces rondes est le même. Les jeunes filles
+s'embrassent ou se poursuivent.
+
+[Illustration: deco.]
+
+
+
+IL ÉTAIT UNE BERGÈRE.
+
+[Musique:
+
+Il é-tait un' ber-gè-re, Et ron, ron, ron, pe-tit pa-ta-pon;
+Il é-tait un' ber-gè-re Qui gardait ses mou-tons, ron, ron,
+Qui gardait ses mou-tons. ]
+
+ Il était un' bergère,
+ Et ron, ron, ron, petit patapon;
+ Il était un' bergère,
+ Qui gardait ses moutons,
+ Ron, ron,
+ Qui gardait ses moutons.
+
+ Elle fit un fromage,
+ Et ron, ron, ron, petit patapon;
+ Elle fit un fromage,
+ Du lait de ses moutons,
+ Ron, ron,
+ Du lait de ses moutons.
+
+ Le chat qui la regarde,
+ Et ron, ron, ron, petit patapon
+ Le chat qui la regarde,
+ D'un petit air fripon,
+ Ron, ron,
+ D'un petit air fripon.
+
+ «Si tu y mets la patte,
+ Et ron, ron, ron, petit patapon;
+ Si tu y mets la patte,
+ Tu auras du bâton,
+ Ron, ron,
+ Tu auras du bâton.»
+
+ Il n'y mit pas la patte,
+ Et ron, ron, ron, petit patapon;
+ Il n'y mit pas la patte,
+ Il y mit le menton,
+ Ron, ron,
+ Il y mit le menton.
+
+ La bergère en colère,
+ Et ron, ron, ron, petit patapon;
+ La bergère en colère,
+ Tua son p'tit chaton,
+ Ron, ron,
+ Tua son p'tit chaton.
+
+ Elle fut à son père,
+ Et ron, ron, ron, petit patapon;
+ Elle fut à son père,
+ Lui demander pardon,
+ Ron, ron,
+ Lui demander pardon.
+
+ «Mon père je m'accuse,
+ Et ron, ron, ron, petit patapon;
+ Mon père je m'accuse,
+ D'avoir tué mon chaton,
+ Ron, ron,
+ D'avoir tué mon chaton.
+
+ --Ma fill', pour pénitence.
+ Et ron, ron, ron, petit patapon;
+ Ma fill', pour pénitence,
+ Nous nous embrasserons,
+ Ron, ron,
+ Nous nous embrasserons.
+
+ --La pénitence est douce,
+ Et ron, ron, ron, petit patapon;
+ La pénitence est douce,
+ Nous recommencerons,
+ Ron, ron,
+ Nous recommencerons.»
+
+[Illustration: deco.]
+
+
+
+GIROFLÉ, GIROFLA.
+
+[Musique:
+
+Que t'as de bel-les fil-les! Gi-ro-flé, gi-ro-fla;
+Que t'as de bel-les fil-les! L'amour m'y compt'ra.]
+
+ Que t'as de belles filles!
+ Giroflé, girofla;
+ Que t'as de belles filles!
+ L'amour m'y compt'ra (_ou_ m'y prendra).
+
+ Ell's sont bell's et gentilles,
+ Giroflé, girofla,
+ Ell's sont bell's et gentilles,
+ L'amour m'y compt'ra.
+
+ Donnez-moi-z'en donc une,
+ Giroflé, girofla,
+ Donnez-moi-z'en donc une,
+ L'amour m'y compt'ra.
+
+ Pas seul'ment la queue d'une,
+ Giroflé, girofla
+ Pas seul'ment la queue d'une,
+ L'amour m'y compt'ra.
+
+ J'irai au bois seulette,
+ Giroflé, girofla;
+ J'irai au bois seulette,
+ L'amour m'y compt'ra.
+
+ Quoi faire au bois seulette?
+ Giroflé, girofla;
+ Quoi faire au bois seulette
+ L'amour m'y compt'ra.
+
+ Cueillir la violette,
+ Giroflé, girofla;
+ Cueillir la violette,
+ L'amour m'y compt'ra.
+
+ Quoi faire de la violette?
+ Giroflé, girofla;
+ Quoi faire de la violette?
+ L'amour m'y compt'ra.
+
+ Pour mettre à ma coll'rette
+ Giroflé, girofla;
+ Pour mettre à ma coll'rette,
+ L'amour m'y prendra.
+
+ Si le roi t'y rencontre?
+ Giroflé, girofla;
+ Si le roi t'y rencontre?
+ L'amour m'y compt'ra.
+
+ J'lui ferai trois r'vérences,
+ Giroflé, girofla;
+ J'lui ferai trois r'vérences,
+ L'amour m'y compt'ra.
+
+ Si la reine t'y rencontre?
+ Giroflé, girofla;
+ Si la reine t'y rencontre?
+ L'amour m'y compt'ra.
+
+ J'lui ferai six r'vérences,
+ Giroflé, girofla;
+ J'lui ferai six r'vérences,
+ L'amour m'y compt'ra.
+
+ Si le diable t'y rencontre?
+ Giroflé, girofla;
+ Si le diable t'y rencontre?
+ L'amour m'y compt'ra.
+
+ Je lui ferai les cornes!
+ Giroflé, girofla;
+ Je lui ferai les cornes!
+ L'amour m'y compt'ra.
+
+Une des jeunes filles est seule, et les autres s'avancent vers elle, en
+se tenant par la main, puis se reculent. Celle qui est seule fait de
+même; en commençant elle dit le premier couplet; les autres répondent
+par le suivant, et dans l'intervalle où la jeune fille qui est seule ne
+chante pas, elle doit figurer l'action dont elle a parlé dans son
+couplet, cueillir la violette, faire les révérences, etc. Au dernier
+couplet, elle fait avec ses doigts les cornes à ses compagnes, qui
+s'enfuient à ce geste menaçant.
+
+
+
+LE CIEL ET L'ENFER.
+
+Les jeunes filles se tenant par la robe, à la suite l'une de l'autre,
+passent sous l'arc que forment les bras de deux de leurs compagnes.
+Celles-ci chantent: _Trois fois passera, la dernière y restera_, pendant
+que les premières défilent, et, au troisième tour, elles abaissent leurs
+bras et retiennent celle qui se trouve prise ainsi. Alors, elles lui
+demandent tout bas avec laquelle des deux elle veut rester. Quand elle a
+fait son choix, elle va se placer derrière celle qu'elle a désignée.
+L'une des deux représente le ciel, l'autre l'enfer, et celles qui ont
+fait un bon choix, quand le jeu est fini, poursuivent les autres en leur
+faisant les cornes, comme dans la ronde précédente. Ce geste, qui n'est
+ni gracieux ni bienveillant, se retrouve dans certains jeux d'enfants,
+et doit tirer son origine de quelque légende du moyen âge, époque où le
+diable avait toujours un rôle actif. Cette action de montrer les cornes
+avec les doigts est particulière à l'Italie, où les gens du peuple
+croient détourner un maléfice, qu'ils appellent le _mauvais oeil_
+(_jettatura_), soit en présentant ainsi les doigts de la main, soit en
+portant sur eux quelque petit objet de métal ou de corail, tel qu'une
+épingle, façonnée en forme de main, dont deux doigts sont tendus en
+avant comme deux cornes menaçantes.
+
+[Illustration: deco.]
+
+
+
+LA TOUR, PRENDS GARDE!
+
+La marquise de Prie, pour amuser les Condé, avait composé le chant de:
+_la Tour prends garde!_ petit drame entre le duc de Bourbon, son fils,
+le capitaine et les gardes de Son Altesse.
+
+[Musique:
+
+La tour, prends gar-de, La tour, prends gar-de
+De te lais-ser a-bat-tre.]
+
+ LE CAPITAINE ET LE COLONEL.
+
+ La tour, prends garde (_bis_)
+ De te laisser abattre.
+
+ LA TOUR.
+
+ Nous n'avons garde (_bis_)
+ De nous laisser abattre.
+
+ LE COLONEL.
+
+ J'irai me plaindre (_bis_)
+ Au duc de Bourbon.
+
+ LA TOUR.
+
+ Eh! va te plaindre (_bis_)
+ Au duc de Bourbon.
+
+ LE COLONEL ET LE CAPITAINE.
+
+ Mon duc, mon prince (_bis_),
+ Je viens à vos genoux.
+
+ LE DUC.
+
+ Mon capitaine, mon colonel (_bis_),
+ Que me demandez-vous?
+
+ LE COLONEL ET LE CAPITAINE.
+
+ Un de vos gardes (_bis_)
+ Pour abattre la tour.
+
+ LE DUC.
+
+ Allez, mon garde (_bis_),
+ Pour abattre la tour.
+
+ LE COLONEL ET LE CAPITAINE AVEC LE GARDE.
+
+ La tour, prends garde (_bis_)
+ De te laisser abattre.
+
+ LA TOUR.
+
+ Nous n'avons garde (_bis_)
+ De nous laisser abattre.
+
+ LES OFFICIERS (_au duc_).
+
+ Mon duc, mon prince (_bis_),
+ Je viens à vos genoux.
+
+ LE DUC.
+
+ Mon capitaine, mon colonel (_bis_),
+ Que me demandez-vous?
+
+ LES OFFICIERS.
+
+ Deux de vos gardes (_bis_)
+ Pour abattre la tour.
+
+ LE DUC.
+
+ Allez, mon garde (_bis_),
+ Pour abattre la tour.
+
+ LES OFFICIERS (_à la tour_).
+
+ La tour prends garde (_bis_)
+ De te laisser abattre.
+
+ LA TOUR.
+
+ Nous n'avons garde (_bis_)
+ De nous laisser abattre.
+
+ LES OFFICIERS (_au duc_).
+
+ Mon duc, mon prince (_bis_),
+ Je viens à vos genoux.
+
+ LE DUC.
+
+ Mon capitaine, mon colonel (_bis_),
+ Que me demandez-vous?
+
+ LES OFFICIERS.
+
+ Votre cher fils (_bis_)
+ Pour abattre la tour.
+
+ LE DUC.
+
+ Allez, mon fils (_bis_),
+ Pour abattre la tour.
+
+ LE FILS ET LES OFFICIERS.
+
+ La tour, prends garde (_bis_)
+ De te laisser abattre.
+
+ LA TOUR.
+
+ Nous n'avons garde (_bis_)
+ De nous laisser abattre.
+
+ LES OFFICIERS (_au duc_)
+
+ Votre présence (_bis_)
+ Pour abattre la tour.
+
+ LE DUC.
+
+ Je vais moi-même (_bis_)
+ Pour abattre la tour.
+
+L'action de cette ronde est facile à comprendre. Deux jeunes filles, qui
+se tiennent les mains, représentent la tour; une autre est assise, qui
+représente le duc de Bourbon avec son fils, et entouré de ses gardes. On
+voit que les officiers défient la tour, qui répond avec mépris à ce
+défi. Elle ne succombe que quand le duc arrive lui-même.
+
+[Illustration: deco.]
+
+
+
+AH! MON BEAU CHATEAU
+
+[Musique:
+
+Ah! mon beau châ-teau, Ma tant' ti-re, li-re, li-re.
+Ah! mon beau châ-teau, Ma tant' ti-re, li-re, lo.
+Le nôtre est plus beau. Ma tant' ti-re, li-re, li-re
+Le nôtre est plus beau, Ma tant' ti-re, li-re, lo.]
+
+ Ah! mon beau château,
+ Ma tant'tire, lire, lire.
+ Ah! mon beau château,
+ Ma tant'tire, lire, lo.
+
+ Le nôtre est plus beau.
+ Ma tant'tire, lire, lire.
+ Le nôtre est plus beau,
+ Ma tant'tire, lire, lo.
+
+ Nous le détruirons,
+ Ma tant' tire, lire, lire.
+ Nous le détruirons,
+ Ma tant' tire, lire, lo.
+
+ Laquell' prendrez-vous?
+ Ma tant' tire, lire, lire.
+ Laquell' prendrez-vous?
+ Ma tant' tire, lire, lo.
+
+ Celle que voici,
+ Ma tant' tire, lire, lire.
+ Celle que voici,
+ Ma tant' tire, lire, lo.
+
+ Que lui donn'rez-vous?
+ Ma tant' tire, lire, lire.
+ Que lui donn'rez-vous?
+ Ma tant' tire, lire, lo.
+
+ De jolis bijoux,
+ Ma tant' tire, lire, lire.
+ De jolis bijoux,
+ Ma tant' lire, lire, lo.
+
+ Nous en voulons bien,
+ Ma tant' tire, lire, lire.
+ Nous en voulons bien,
+ Ma tant' tire, lire, lo.
+
+Les jeunes filles, en nombre égal, forment deux rondes qui chantent
+alternativement un des couplets. A ce vers: _Celle que voici_, le groupe
+qui chante en désigne une qui se détache quand on chante:
+
+_Nous en voulons bien_, et l'on recommence le tout, jusqu'à ce qu'il ne
+reste plus qu'une jeune fille qui vient se mettre au milieu du cercle
+agrandi.
+
+Il nous semble que ce refrain: _tire, lire, lire_, veut imiter le chant
+de l'alouette, comme dans ces poésies du seizième siècle:
+
+ La gentille alouette, avec son tire, lire,
+ Tire, lire, lirant, etc.
+
+[Illustration: deco.]
+
+
+
+GENTIL COQUELICOT.
+
+[Musique:
+
+J'ai descen-du dans mon jar-din, J'ai des-cen-du dans
+mon jar-din Pour y cueil-lir du ro-ma-rin. Gen-til
+coqu'li-cot, Mesdames, Gentil coqu'li-cot Nouveau.]
+
+ J'ai descendu dans mon jardin (_bis_)
+ Pour y cueillir du romarin,
+ Gentil coqu'licot,
+ Mesdames,
+ Gentil coqu'licot
+ Nouveau.
+
+ Pour y cueillir du romarin (_bis_).
+ J' n'en avais pas cueilli trois brins
+ Gentil coqu'licot,
+ Mesdames,
+ Gentil coqu'licot
+ Nouveau.
+
+ J' n'en avais pas cueilli trois brins (_bis_),
+ Qu'un rossignol vient sur ma main,
+ Gentil coqu'licot,
+ Mesdames,
+ Gentil coqu'licot
+ Nouveau.
+
+ Qu'un rossignol vient sur ma main (_bis_);
+ Il me dit trois mots en latin,
+ Gentil coqu'licot,
+ Mesdames,
+ Gentil coqu'licot
+ Nouveau.
+
+ Il me dit trois mots en latin (_bis_),
+ Que les hommes ne valent rien,
+ Gentil coqu'licot,
+ Mesdames,
+ Gentil coqu'licot
+ Nouveau.
+
+ Que les hommes ne valent rien (_bis_),
+ Et les garçons encor bien moins,
+ Gentil coqu'licot,
+ Mesdames,
+ Gentil coqu'licot
+ Nouveau.
+
+ Et les garçons encor bien moins (_bis_);
+ Des dames il ne me dit rien,
+ Gentil coqu'licot,
+ Mesdames,
+ Gentil coqu'licot
+ Nouveau.
+
+ Des dames il ne me dit rien (_bis_),
+ Mais des d'moisell's beaucoup de bien,
+ Gentil coqu'licot,
+ Mesdames,
+ Gentil coqu'licot
+ Nouveau.
+
+Cette ronde se chante seulement.
+
+[Illustration: deco.]
+
+
+
+LA MÈRE BONTEMPS.
+
+[Musique:
+
+La mè-re Bon-temps Di-sait aux jeu-nes fillet-tes:
+Dan-sez, mes en-fants, Tan-dis que vous ê-tes jeunet-tes;
+La fleur de gaî-té, Passe a-vec l'été. Au prin-temps,
+com-me la ro-se, Cueil-lez-la dès qu'elle est é-clo-se.
+Dan-sez à quinze ans, Dan-sez à quinze ans; Plus tard,
+il n'est plus temps.]
+
+ La mère Bontemps
+ Disait aux jeunes fillettes:
+ «Dansez, mes enfants,
+ Tandis que vous êtes jeunettes.
+ La fleur de gaîté
+ Passe avec l'été.
+ Au printemps, comme la rose,
+ Cueillez-la dès qu'elle est éclose.
+ Dansez à quinze ans;
+ Plus tard il n'est plus temps.
+
+ «Les jeux et les ris
+ Dansèrent à mon mariage;
+ Mais bientôt j'appris
+ Les soins qu'il faut en ménage.
+ Mon mari grondait,
+ Mon enfant criait,
+ Ne sachant auquel entendre,
+ Sous l'ormeau je courais me rendre.
+ Dansez à quinze ans;
+ Plus tard, il n'est plus temps.
+
+ «L'instant arriva
+ Où ma fille me fit grand'mère;
+ Quand on en est là,
+ Danser n'intéresse guère.
+ On tousse en parlant,
+ On marche en tremblant.
+ Au lieu de sauter la gavotte,
+ Dans un grand fauteuil on radote.
+ Dansez à quinze ans;
+ Plus tard, il n'est plus temps.
+
+ «Voyez les amours
+ Danser auprès de Louise;
+ Elle plaît toujours,
+ Au bal elle est admise.
+ Comme moi souvent,
+ Sans cesse on l'entend
+ Redire à toutes les fillettes
+ Si jolies et si gentillettes:
+ «Dansez à quinze ans;
+ «Plus tard, il n'est plus temps.»
+
+On peut simplement danser cette ronde, ou bien ajouter une petite
+pantomime à quelques passages, en imitant le mari qui gronde, l'enfant
+qui crie, la grand'mère qui tousse, etc. Il y a, sur le même air, une
+petite chanson très-connue, dont nous ne savons qu'un couplet que voici:
+
+ Je n'peux pas danser,
+ Ma pantoufle est trop étroite;
+ Je n'peux pas danser,
+ Parce que j'ai trop mal au pied.
+
+[Illustration: deco.]
+
+
+
+GUILLERI.
+
+[Musique:
+
+Il é-tait un p'tit hom-me Qui s'app'lait Guil-le-ri,
+Ca-ra-bi; Il s'en fut à la chas-se, A la chasse aux per-drix,
+Ca-ra-bi; Ti-ti ca-ra-bi, To-to ca-ra-bo. Com-pè-re
+Guil-le-ri, Te lair-ras-tu, Te lair-ras-tu, Te lair-ras-tu mou-ri?]
+
+ Il était un p'tit homme
+ Qui s'app'lait Guilleri,
+ Carabi;
+ Il s'en fut à la chasse,
+ A la chasse aux perdrix,
+ Carabi,
+ Titi carabi,
+ Toto carabo,
+ Compère Guilleri,
+ Te lairras-tu (_ter_) mouri?
+
+[Illustration: Guilleri.]
+
+ Il s'en fut à la chasse,
+ A la chasse aux perdrix,
+ Carabi;
+ Il monta sur un arbre
+ Pour voir ses chiens couri,
+ Carabi,
+ Titi carabi, etc.
+
+ Il monta sur un arbre
+ Pour voir ses chiens couri,
+ Carabi;
+ La branche vint à rompre
+ Et Guilleri tombi,
+ Carabi,
+ Titi carabi, etc.
+
+ La branche vint à rompre
+ Et Guilleri tombi,
+ Carabi;
+ Il se cassa la jambe,
+ Et le bras se démi,
+ Carabi,
+ Titi carabi, etc.
+
+ Il se cassa la jambe,
+ Et le bras se démi,
+ Carabi;
+ Les dam's de l'hôpital
+ Sont arrivé's au brui,
+ Carabi,
+ Titi carabi, etc.
+
+ Les dam's de l'hôpital
+ Sont arrivé's au brui,
+ Carabi;
+ L'une apporte un emplâtre,
+ L'autre de la charpi,
+ Carabi,
+ Titi carabi, etc.
+
+ L'une apporte un emplâtre,
+ L'autre de la charpi,
+ Carabi;
+ On lui banda la jambe,
+ Et le bras lui remi,
+ Carabi,
+ Titi carabi, etc.
+
+ On lui banda la jambe,
+ Et le bras lui remi,
+ Carabi;
+ Pour remercier ces dames,
+ Guill'ri les embrassi,
+ Carabi,
+ Titi carabi, etc.
+
+[Illustration: deco.]
+
+
+
+LE CHEVALIER DU GUET.
+
+[Musique:
+
+Qu'est-c' qui passe i-ci si tard? Compagnons de
+la Mar-jo-lai-ne. Qu'est-c' qui passe i-ci si tard?
+Des-sus le Quelquefois on finit ainsi:
+quai? Tard, gai, gai, des-sus le quai.]
+
+ Qu'est-c' qui passe ici si tard,
+ Compagnons de la marjolaine?
+ Qu'est-c' qui passe, ici si tard,
+ Dessus le quai?
+
+ C'est le chevalier du guet,
+ Compagnons de la marjolaine.
+ C'est le chevalier du guet,
+ Dessus le quai.
+
+ Que d'mande le chevalier,
+ Compagnons de la marjolaine?
+ Que d'mande le chevalier,
+ Dessus le quai?
+
+ Une fille à marier,
+ Compagnons de la marjolaine.
+ Une fille à marier,
+ Dessus le quai.
+
+ N'y a pas de fille à marier,
+ Compagnons de la marjolaine.
+ N'y a pas de fille à marier,
+ Dessus le quai.
+
+ On m'a dit qu'vous en aviez,
+ Compagnons de la marjolaine.
+ On m'a dit qu'vous en aviez,
+ Dessus le quai.
+
+ Ceux qui l'ont dit s'sont trompés,
+ Compagnons de la marjolaine.
+ Ceux qui l'ont dit s'sont trompés,
+ Dessus le quai.
+
+ Je veux que vous m'en donniez,
+ Compagnons de la marjolaine.
+ Je veux que vous m'en donniez,
+ Dessus le quai.
+
+ Sur les onze heur's repassez,
+ Compagnons de la marjolaine.
+ Sur les onze heur's repassez,
+ Dessus le quai.
+
+ Les onze heur's sont bien passées,
+ Compagnons de la marjolaine.
+ Les onze heur's sont bien passées,
+ Dessus le quai.
+
+ Sur les minuit revenez,
+ Compagnons de la marjolaine.
+ Sur les minuit revenez,
+ Dessus le quai.
+
+ Les minuit sont bien sonnés,
+ Compagnons de la marjolaine.
+ Les minuit sont bien sonnés,
+ Dessus le quai.
+
+ Mais nos filles sont couchées,
+ Compagnons de la marjolaine.
+ Mais nos filles sont couchées,
+ Dessus le quai.
+
+ En est-il un' d'éveillée,
+ Compagnons de la marjolaine.
+ En est-il un' d'éveillée,
+ Dessus le quai.
+
+ Qu'est-c' que vous lui donnerez,
+ Compagnons de la marjolaine.
+ Qu'est-ce que vous lui donnerez,
+ Dessus le quai.
+
+ De l'or, des bijoux assez,
+ Compagnons de la marjolaine.
+ De l'or, des bijoux assez,
+ Dessus le quai.
+
+ Ell' n'est pas intéressée,
+ Compagnons de la marjolaine,
+ Ell' n'est pas intéressée,
+ Dessus le quai.
+
+ Mon coeur je lui donnerai,
+ Compagnons de la marjolaine.
+ Mon coeur je lui donnerai,
+ Dessus le quai.
+
+ En ce cas-là, choisissez,
+ Compagnons de la marjolaine,
+ En ce cas-là choisissez,
+ Dessus le quai.
+
+Un groupe de jeunes filles s'avance vers une de leurs compagnes qui est
+seule, et demande: _Qu'est c'qui passe ici si tard?_ l'autre répond par
+le second couplet, et ainsi jusqu'à la fin, où la jeune fille qui
+représente le _chevalier du guet_ désigne une de ses compagnes du
+groupe. Celle-ci se sépare des autres, et elle s'enfuit avec celle qui
+était seule; toutes les deux sont alors poursuivies par les autres.
+
+Le _chevalier du guet_ était l'officier qui commandait la garde chargée
+de la police de nuit à Paris, dès les premiers temps de la monarchie.
+
+[Illustration: deco.]
+
+
+
+LE PONT D'AVIGNON.
+
+[Musique:
+
+Sur le pont D'A-vi-gnon, L'on y dan-se, l'on y dan-se,
+Sur le pont D'A-vi-gnon. L'on y dan-se tous en rond.
+ Les beaux messieurs font comm'
+ça, Et puis encor comme ça. Sur le ]
+
+ Sur le pont
+ D'Avignon,
+ L'on y danse, l'on y danse,
+ Sur le pont
+ D'Avignon,
+ Tout le monde y danse en rond.
+ Les beaux messieurs font comm' ça (_bis_).
+
+ Sur le pont
+ D'Avignon, etc.
+
+ Les blanchisseuses font comm' ça (_bis_).
+
+ Sur le pont, etc.
+
+On dit en dansant le premier couplet de cette ronde. On s'interrompt
+pour faire le métier que l'on veut imiter; puis on reprend la danse avec
+ce couplet: _Sur le pont d'Avignon._ Les enfants pourront choisir les
+métiers qui leur plairont le mieux.
+
+[Illustration: deco.]
+
+
+
+L'AVOINE.
+
+[Musique:
+
+A-voine, a-voine, a-voi-ne, Que le bon Dieu t'a-mè-ne.
+A-voine, avoine, a-voi-ne, Que le bon Dieu t'a-mè-ne.
+Qui veut sa-voir Et qui veut voir Comment on sè-me
+l'a-voi-ne? Mon pèr' la se-mait ain-si, Puis il se
+re-po-sait ain-si. A-]
+
+ EN CHOEUR:
+
+ Avoine, avoine, avoine,
+ Que le bon Dieu t'amène.
+ Qui veut savoir
+ Et qui veut voir
+ Comment on sème l'avoine?
+ Mon pèr' la semait ainsi.
+
+Une des jeunes filles de la ronde fait le geste de semer, que les autres
+imitent: ensuite elle se croise les bras en ajoutant:
+
+ Puis il se reposait ainsi.
+
+ CHOEUR.
+
+ Avoine, avoine, avoine,
+ Que le bon Dieu t'amène.
+
+ Qui veut savoir
+ Et qui veut voir
+ Comment on coupe l'avoine?
+ Mon pèr' la coupait ainsi,
+ Puis il se reposait ainsi.
+
+ CHOEUR.
+
+ Avoine, avoine, avoine,
+ Que le bon Dieu t'amène.
+
+ Qui veut savoir
+ Et qui veut voir
+ Comment on doit battre l'avoine?
+ Mon pèr' la battait ainsi,
+ Puis il se reposait ainsi.
+
+ CHOEUR.
+
+ Avoine, avoine, avoine,
+ Que le bon Dieu t'amène.
+
+ Qui veut savoir
+ Et qui veut voir
+ Comment on vanne l'avoine!
+ Mon père la vannait ainsi,
+ Puis il se reposait ainsi.
+
+ CHOEUR.
+
+ Avoine, avoine, avoine,
+ Que le bon Dieu t'amène.
+
+On imite ainsi toutes les opérations de la moisson; puis on termine en
+disant: «Mon père la mangeait ainsi.»
+
+On prononçait autrefois _aveine_, ce qui rendait la rime plus exacte.
+
+[Illustration: deco.]
+
+
+
+SAVEZ-VOUS PLANTER DES CHOUX?
+
+[Musique:
+
+Sa-vez-vous plan-ter des choux, A la mo-de, à la mo-de,
+Sa-vez-vous plan-ter des choux, A la mo-de de chez nous? ]
+
+ Savez-vous planter des choux,
+ A la mode, à la mode,
+ Savez-vous planter des choux,
+ A la mode de chez nous?
+
+ On les plante avec le pied,
+ A la mode, à la mode,
+ On les plante avec le pied,
+ A la mode de chez nous.
+
+ Savez-vous planter des choux, etc.
+
+ On les plante avec la main,
+ A la mode, à la mode,
+ On les plante avec la main,
+ A la mode de chez nous.
+
+ Savez-vous planter des choux, etc.
+
+ On les plante avec le doigt,
+ A la mode, à la mode,
+ On les plante avec le doigt,
+ A la mode de chez nous.
+
+ Savez-vous planter des choux, etc.
+
+ On les plante avec le nez,
+ A la mode, à la mode,
+ On les plante avec le nez,
+ A la mode de chez nous.
+
+ Savez-vous planter des choux, etc.
+
+On peut nommer ainsi l'oreille, le coude, les cheveux, le front, les
+genoux, etc., et il faut faire l'action de planter avec la partie
+désignée, à mesure que l'on chante.
+
+[Illustration: deco:]
+
+
+
+LA MISTENLAIRE.
+
+[Musique:
+
+Di-tes nous, mes-sieurs, que sa-vez-vous fai-re?
+Savez-vous jou-er de la misten-lai-re, Lai-re,
+lai-re, lai-re, De la mis-ten-lai-re? Ah! Ah! Ah!
+que sa-vez-vous fai-re? ]
+
+ P'tit bonhomm' que sais-tu donc faire?
+ Sais-tu jouer d'la mistenlaire?
+ Laire, laire, laire,
+ Laire, laire, laire.
+ Ah! ah! ah! que sais-tu donc faire?
+
+ P'tit bonhomm' que sais-tu donc faire?
+ Sais-tu jouer d'la mistenflûte,
+ Flûte, flûte, flûte,
+ Flûte, flûte, flûte,
+ De la mistenlaire,
+ Laire, laire, laire,
+ Ah! ah! ah! que sais-tu donc faire?
+
+ P'tit bonhomm' que sais-tu donc faire?
+ Sais-tu jouer d'la mistenviole?
+ Viole, viole, viole,
+ De la mistenflûte,
+ Flûte, flûte, flûte,
+ De la mistenlaire,
+ Laire, laire, laire.
+ Ah! ah! ah! que sais-tu donc faire?
+
+ P'tit bonhomm' que sais-tu donc faire
+ Sais-tu jouer de la mistentrompe?
+ Trompe, trompe, trompe,
+ De la mistenflûte,
+ Flûte, flûte, flûte,
+ De la mistenviole,
+ Viole, viole, viole,
+ De la mistenlaire,
+ Laire, laire, laire.
+ Ah! ah! ah! que sais-tu donc faire?
+
+On peut continuer en ajoutant au mot _misten_ tous les noms
+d'instruments de musique que l'on veut.
+
+Quand on dit _mistenlaire_, on agite en l'air les deux mains: pour
+_mistenflûte_, _mistenviole_, on imite la manière de jouer de ces
+différents instruments; enfin en disant: «Ah! ah! ah!» on tourne sur
+soi-même en frappant trois fois dans ses mains.
+
+[Illustration: deco]
+
+
+
+BIRON[13].
+
+[Musique:
+
+Quand Bi-ron vou-lut dan-ser, Quand Bi-ron vou-lut dan-ser,
+Sa per-ruqu' fit ap-por-ter, Sa perruqu' fit ap-por-ter,
+Sa per-ru-que à la turque, Ses souliers tout ronds. Vous
+danse-rez, Bi-ron.
+
+(On répète ces deux mesures autant de fois qu'il est nécessaire.)]
+
+[Note 13: On prétend que cette ronde a été composée à l'occasion du
+supplice du maréchal de Biron, condamné, sous Henri IV, pour crime de
+haute trahison.]
+
+ Quand Biron voulut danser (_bis_),
+ Ses souliers fit apporter (_bis_),
+ Ses souliers tout ronds.
+ Vous danserez, Biron.
+
+ Quand Biron voulut danser (_bis_),
+ Sa perruqu' fit apporter (_bis_),
+ Sa perruque
+ A la turque,
+ Ses souliers tout ronds.
+ Vous danserez, Biron.
+
+ Quand Biron voulut danser (_bis_),
+ Son habit fit apporter (_bis_),
+ Son habit
+ De p'tit-gris,
+ Sa perruque
+ A la turque,
+ Ses souliers tout ronds,
+ Vous danserez, Biron.
+
+ Quand Biron voulut danser (_bis_),
+ Sa veste fit apporter (_bis_),
+ Sa bell' veste
+ A paillettes,
+ Son habit
+ De p'tit gris,
+ Sa perruque
+ A la turque,
+ Ses souliers tout ronds,
+ Vous danserez, Biron.
+
+ Quand Biron voulut danser (_bis_),
+ Sa culott' fit apporter (_bis_),
+ Sa culotte
+ A la mode,
+ Sa bell' veste
+ A paillettes,
+ Son habit
+ De p'tit gris,
+ Sa perruque
+ A la turque,
+ Ses souliers tout ronds,
+ Vous danserez, Biron.
+
+ Quand Biron voulut danser (_bis_),
+ Ses manchett's fit apporter (_bis_),
+ Ses manchettes
+ Fort bien faites,
+ Sa culotte
+ A la mode,
+ Sa belle veste
+ A paillettes,
+ Son habit
+ De p'tit gris,
+ Sa perruque
+ A la turque,
+ Ses souliers tout ronds,
+ Vous danserez, Biron.
+
+ Quand Biron voulut danser (_bis_).
+ Son chapeau fit apporter (_bis_),
+ Son chapeau
+ En clabot,
+ Ses manchettes
+ Fort bien faites,
+ Sa culotte,
+ A la mode,
+ Sa bell' veste
+ A paillettes,
+ Son habit
+ De p'tit gris,
+ Sa perruque
+ A la turque,
+ Ses souliers tout ronds.
+ Vous danserez, Biron.
+
+ Quand Biron voulut danser (_bis_),
+ Son épé' fit apporter (_bis_),
+ Son épée
+ Affilée,
+ Son chapeau
+ En clabot,
+ Ses manchettes
+ Fort bien faites,
+ Sa culotte
+ A la mode,
+ Sa bell' veste
+ A paillettes,
+ Son habit
+ De p'tit gris,
+ Sa perruque
+ A la turque,
+ Ses souliers tout ronds.
+ Vous danserez, Biron.
+
+ Quand Biron voulut danser (_bis_),
+ Son violon fit apporter (_bis_),
+ Son violon,
+ Son basson,
+ Son épée,
+ Affilée,
+ Son chapeau
+ En clabot,
+ Ses manchettes
+ Fort bien faites,
+ Sa culotte
+ A la mode,
+ Sa bell' veste
+ A paillettes,
+ Son habit
+ De p'tit gris,
+ Sa perruque
+ A la turque,
+ Ses souliers tout ronds.
+ Vous danserez, Biron.
+
+[Illustration: deco.]
+
+
+
+RAMÈNE TES MOUTONS, BERGÈRE.
+
+[Musique:
+
+La plus ai-mable à mon gré. Je vais vous la pré-sen-ter.
+Nous lui f'rons pas-ser bar-riè-re. Ra-mèn' tes mou-tons,
+ber-gè-re, Ra-mèn', ra-mèn', ra-mèn' donc Tes mou-tons à la mai-son.]
+
+ La plus aimable à mon gré (_bis_),
+ Je vais vous la présenter (_bis_).
+ Nous lui f'rons passer barrière.
+ Ramèn' tes moutons, bergère.
+ Ramèn', ramèn', ramèn' donc
+ Tes moutons à la maison (_bis_).
+
+La jeune fille qui dirige la ronde chante seule les deux premiers vers;
+puis elle quitte la main de sa voisine (alors la ronde doit s'arrêter),
+et s'adressant à la compagne qu'elle a quittée, elle se place vis-à-vis
+d'elle, et l'engage à passer sous l'arc qu'elle forme avec son autre
+voisine, en élevant le bras. La jeune fille à qui l'on s'adresse doit
+passer suivie de toutes les autres, qui reviennent former le rond, en
+chantant le refrain: _Ramèn' tes moutons_, etc.
+
+[Illustration: deco.]
+
+
+
+J'AIMERAI QUI M'AIME.
+
+[Musique:
+
+Met-tez-vous à ge-noux, Met-tez-vous à ge-noux,
+Met-tez-vous y en-core un coup, A-fin que l'on vous ai-me.
+Ah! j'aime-rai, j'aime-rai,
+j'ai-me-rai Ah! j'ai-me-rai qui m'ai-me! ]
+
+ Mam'selle, entrez chez nous (_bis_),
+ Mam'selle, entrez encore un coup,
+ Afin que l'on vous aime;
+ Ah! j'aimerai, j'aimerai, j'aimerai,
+ Ah! j'aimerai qui m'aime.
+
+ Une ami' choisissez vous (_bis_),
+ Choisissez-la encore un coup,
+ Afin que l'on vous aime;
+ Ah! j'aimerai, j'aimerai, j'aimerai,
+ Ah! j'aimerai qui m'aime.
+
+ Mettez-vous à genoux (bis),
+ Mettez-vous y encore un coup,
+ Afin que l'on vous aime;
+ Ah! j'aimerai, j'aimerai, j'aimerai,
+ Ah! j'aimerai qui m'aime.
+
+ Faites-nous les yeux doux (_bis_),
+ Faites-nous-les encore un coup,
+ Afin que l'on vous aime;
+ Ah! j'aimerai, j'aimerai, j'aimerai,
+ Ah! j'aimerai qui m'aime.
+
+ Et puis embrassez-nous (_bis_),
+ Embrassez-nous encore un coup,
+ Afin que l'on vous aime;
+ Ah! j'aimerai, j'aimerai, j'aimerai,
+ Ah! j'aimerai qui m'aime.
+
+ Revenez parmi nous (bis),
+ Revenez-y encore un coup,
+ Afin que l'on vous aime;
+ Ah! j'aimerai, j'aimerai, j'aimerai,
+ Ah! j'aimerai qui m'aime.
+
+Une jeune fille, placée au milieu du cercle, fait ce que lui indiquent
+les paroles de la ronde.
+
+[Illustration: deco.]
+
+
+
+FAUT QUE LE MAL CÈDE.
+
+Sur l'air de _la Boulangère_.
+
+[Musique:
+
+Donn'-moi ton bras que j'te gué-risse, Car tu m'as l'air ma-la-de,
+Donn'-moi ton bras que j'te gué-risse. Car tu m'as l'air ma-la-de,
+Car tu m'as l'air ma-la-de. Lon la, Car tu m'as l'air ma-la-de,
+Lon la. Car tu m'as l'air ma-la-de.]
+
+ Donn' moi ton bras que j' te guérisse,
+ Car tu m'as l'air malade,
+ Lon la,
+ Car tu m'as l'air malade.
+
+ Cueille la plante que voilà,
+ C'est un fort bon remède,
+ C'est un fort bon remède,
+ Lon la,
+ Il faut que le mal cède.
+
+ Danse sur le pied que voilà,
+ C'est un fort bon remède,
+ C'est un fort bon remède,
+ Lon la,
+ Il faut que le mal cède.
+
+ Frotte bien l'oeil que voilà,
+ C'est un fort bon remède,
+ C'est un fort bon remède,
+ Lon la,
+ Il faut que le mal cède.
+
+ Mon baiser te redressera,
+ C'est un fort bon remède,
+ C'est un fort bon remède,
+ Lon la,
+ Il faut que le mal cède.
+
+Dans cette ronde, chacune des jeunes filles simule une infirmité, et
+celle qui dirige la ronde, en chantant, doit trouver un remède à cette
+infirmité, jusqu'au couplet de la _Bossue_, qui termine la ronde.
+
+[Illustration: deco.]
+
+
+
+LA BONNE AVENTURE.
+
+[Musique:
+
+Je suis un pe-tit pou-pon De bel-le fi-gu-re,
+Qui ai-me bien les bon-bons Et les con-fi-tu-res;
+Si vous voulez m'en don-ner, Je sau-rai
+bien les man-ger. La bonne aventure, oh! gai! La bonne aventu-re. ]
+
+ Je suis un petit poupon
+ De belle figure,
+ Qui aime bien les bonbons
+ Et les confitures;
+ Si vous voulez m'en donner,
+ Je saurai bien les manger.
+ La bonne aventure,
+ Oh! gai!
+ La bonne aventure.
+
+ Lorsque les petits garçons
+ Sont gentils et sages,
+ On leur donne des bonbons,
+ De joli's images;
+ Mais quand ils se font gronder,
+ C'est le fouet qu'il faut donner.
+ La triste aventure,
+ Oh! gai!
+ La triste aventure.
+
+ Je serai sage et bien bon,
+ Pour plaire à ma mère;
+ Je saurai bien ma leçon,
+ Pour plaire à mon père,
+ Je veux bien les contenter,
+ Et s'ils veulent m'embrasser,
+ La bonne aventure,
+ Oh! gai!
+ La bonne aventure.
+
+Nous n'aurions peut-être pas donné une place à cette ronde
+très-enfantine, si elle ne rappelait un vieil air sur lequel on a
+composé diverses chansons. Il paraît que la plus ancienne de ces
+chansons fut chantée par Antoine de Navarre, duc de Vendôme, qui
+résidait au château de la Bonnaventure, près le Gué-du-Loir; d'après
+cela, le refrain devrait être ainsi écrit: _La bonne aventure au gué_,
+et non _Oh! gai!_ comme on le trouve souvent.
+
+[Illustration: deco.]
+
+
+
+LA MARGUERITE.
+
+[Musique:
+
+Où est la Margue-ri-te? Oh! gai! oh! gai! oh! gai!
+Où est la Margue-ri-te? Oh! gai! franc ca-va-lier]
+
+ Où est la Marguerite?
+ Oh! gai! oh! gai! oh! gai!
+ Où est la Marguerite?
+ Oh! gai! franc cavalier.
+
+ Elle est dans son château,
+ Oh! gai! etc.
+ Elle est dans son château,
+ Oh! gai! franc cavalier.
+
+ Ne peut-on pas la voir?
+ Oh! gai! etc.
+ Ne peut-on pas la voir?
+ Oh! gai! franc cavalier.
+
+ Les murs en sont trop hauts,
+ Oh! gai! etc.
+ Les murs en sont trop hauts,
+ Oh! gai! franc cavalier.
+
+ J'en abattrai un' pierre,
+ Oh! gai! etc.
+ J'en abattrai un' pierre.
+ Oh! gai! franc cavalier.
+
+ Un' pierr' ne suffit pas,
+ Oh! gai! etc.
+ Un' pierr' ne suffit pas,
+ Oh! gai! franc cavalier.
+
+ J'en abattrai deux pierres,
+ Oh! gai! etc.
+ J'en abattrai deux pierres,
+ Oh! gai! franc cavalier.
+
+ Deux pierr's ne suffisent pas,
+ Oh! gai! etc.
+ Deux pierr's ne suffisent pas,
+ Oh! gai! franc cavalier.
+
+ J'en abattrai trois pierres,
+ Oh! gai! etc.
+ J'en abattrai trois pierres,
+ Oh! gai! franc cavalier.
+
+ Trois pierr's ne suffisent pas,
+ Oh! gai! etc.
+ Trois pierr's ne suffisent pas,
+ Oh! gai! franc cavalier.
+
+On continue ainsi autant qu'il y a de jeunes filles. Toutes les jeunes
+filles, à l'exception d'une, forment un groupe. Elles ont au milieu
+d'elles une de leurs compagnes dont elles tiennent la robe relevée,
+comme une cloche renversée. _Le franc cavalier_ s'avance en chantant le
+premier couplet. Les autres répondent par le suivant, et ainsi jusqu'au
+cinquième: _J'en abattrai un' pierre_. Il emmène alors une des jeunes
+filles, et autant qu'il y en a autour de la Marguerite, autant de fois
+il enlève une pierre. Quand il n'y en a plus qu'une, qui tient à elle
+seule la robe de la Marguerite, le franc cavalier s'avance sans chanter
+et dit: _Qu'y a-t-il là dedans?_ On répond: _Un petit paquet de linge à
+blanchir_. Il reprend: _Je vais chercher mon couteau pour le couper_.
+Alors on lâche la robe, la Marguerite s'enfuit et toutes courent après
+elle.
+
+Cette ronde naïve est évidemment issue de celle qui célébrait _Ogier le
+Danois_:
+
+ Qui est dans ce château?
+ Ogier! Ogier! Ogier!
+ Qui est dans ce château?
+ Beau chevalier.
+
+Pendant la disgrâce et la captivité d'Ogier le Danois, Charlemagne avait
+menacé d'une mort honteuse quiconque prononcerait devant lui le nom
+d'Ogier. Trois cents cavaliers se donnent alors le mot; ils viennent
+devant le palais de Charlemagne crier, comme d'une seule voix: _Ogier!_
+_Ogier!_ _Ogier!_ et Charlemagne, n'osant punir la fleur de la
+chevalerie, aime mieux céder et pardonner à Ogier.
+
+[Illustration: deco.]
+
+
+
+MEUNIER, TU DORS.
+
+[Musique:
+
+Meu-nier, tu dors! Ton mou-lin va trop vi-te.
+Meu-nier, tu dors! Ton mou-lin va trop fort.]
+
+ Meunier, tu dors!
+ Ton moulin (_bis_) va trop vite.
+ Meunier, tu dors!
+ Ton moulin (_ter_) va trop fort.
+
+Les jeunes filles se divisent en deux bandes, formant un cercle. Les
+deux premières jeunes filles en tête de chaque bande se regardent et
+sont suivies chacune d'un nombre égal de leurs compagnes. Ces deux
+premières se donnent d'abord la main droite, puis se quittent en
+avançant en sens contraire, et prennent de la main gauche la main gauche
+de celle qui suit, et ainsi de suite la main droite et la main gauche
+alternativement, mouvement qui est successivement exécuté par chacune
+d'elles sur les paroles de la ronde, dont on accélère peu à peu le
+mouvement.
+
+[Illustration: deco.]
+
+
+
+LA VIEILLE.
+
+[Musique:
+
+A Pa-ris, dans u-ne ron-de Com-po-sée de jeu-nes gens.
+Il se trou-va u-ne vieil-le Qui a-vait qua-tre-vingts ans.
+Oh! la vieille, la vieille, la vieil-le, Qui croy-ait
+a-voir quinze ans. Qui croy-ait a-voir quinze ans.]
+
+ A Paris, dans une ronde
+ Composée de jeunes gens,
+ Il se trouva une vieille,
+ Qui avait quatre-vingts ans,
+
+ Oh! la vieille, la vieille, la vieille,
+ Qui croyait avoir quinze ans.
+
+ Il se trouva une vieille,
+ Qui avait quatre-vingts ans.
+ Elle choisit le plus jeune,
+ Qui était le plus galant.
+
+ Oh! la vieille, etc.
+
+ Elle choisit le plus jeune,
+ Qui était le plus galant.
+ Va-t'en, va-t'en bonne vieille,
+ Tu n'as pas assez d'argent.
+
+ Oh! la vieille, etc.
+
+ Va-t'en, va-t'en, bonne vieille,
+ Tu n'as pas assez d'argent.
+ Si vous saviez c' qu'a la vieille,
+ Vous n'en diriez pas autant.
+
+ Oh! la vieille, etc.
+
+ Si vous saviez c' qu'a la vieille,
+ Vous n'en diriez pas autant.
+ Dis-nous donc ce qu'a la vieille?
+ Elle a cent tonneaux d'argent.
+
+ Oh! la vieille, etc.
+
+ Dis-nous donc ce qu'a la vieille?
+ Elle a cent tonneaux d'argent.
+ Reviens, reviens, bonne vieille,
+ Reviens ici promptement.
+
+ Oh! la vieille, etc.
+
+ Reviens, reviens, bonne vieille,
+ Reviens ici promptement.
+ On alla chez le notaire:
+ Mariez-nous cette enfant.
+
+ Oh! la vieille, etc.
+
+ On alla chez le notaire:
+ Mariez-nous cette enfant.
+ Cette enfant, dit le notaire,
+ Elle a bien quatre-vingts ans.
+
+ Oh! la vieille, etc.
+
+ Cette enfant, dit le notaire,
+ Elle a bien quatre-vingts ans.
+ Aujourd'hui le mariage,
+ Et demain l'enterrement.
+
+ Oh! la vieille, etc.
+
+ Aujourd'hui le mariage,
+ Et demain l'enterrement.
+ On fit tant sauter la vieille,
+ Qu'elle est morte en sautillant.
+
+ Oh! la vieille, etc.
+
+ On fit tant sauter la vieille,
+ Qu'elle est morte en sautillant.
+ On regarde dans sa bouche,
+ Ell' n'avait plus que trois dents.
+
+ Oh! la vieille, etc.
+
+ On regarde dans sa bouche,
+ Ell' n'avait plus que trois dents:
+ Une qui branle, un' qui hoche,
+ Une qui s'envole au vent.
+
+ Oh! la vieille, etc.
+
+ Une qui branle, un' qui hoche,
+ Une qui s'envole au vent.
+ On regarde dans sa poche,
+ Ell' n'avait qu'trois liards d'argent.
+
+ Oh! la vieille, etc.
+
+ On regarde dans sa poche,
+ Ell' n'avait qu'trois liards d'argent.
+ Oh! la vieille, la vieille, la vieille,
+ Qui avait trompé l' galant.
+
+[Illustration: deco.]
+
+
+
+MON PÈRE M'A DONNÉ UN MARI.
+
+[Musique:
+
+Mon pèr' m'a don-né un ma-ri, Mon Dieu! quel homm' quel pe-tit hom-me!
+Mon pèr' m'a don-né un ma-ri, Mon Dieu! quel homm', qu'il est pe-tit!]
+
+ Mon pèr' m'a donné un mari,
+ Mon Dieu! quel homm'! quel petit homme
+ Mon pèr' m'a donné un mari,
+ Mon Dieu! quel homm'! qu'il est petit!
+
+ Je le perdis dans mon grand lit,
+ Mon Dieu! quel homm'! quel petit homme!
+ Je le perdis dans mon grand lit,
+ Mon Dieu! quel homm'! qu'il est petit!
+
+ J'pris la chandelle et le cherchis,
+ Mon Dieu! quel homm'! quel petit homme!
+ J'pris la chandelle et le cherchis,
+ Mon Dieu! quel homm'! qu'il est petit!
+
+ A la paillasse le feu prit,
+ Mon Dieu! quel homm'! quel petit homme!
+ A la paillasse le feu prit,
+ Mon Dieu! quel homm'! qu'il est petit!
+
+ Je trouvai mon mari rôti,
+ Mon Dieu! quel homm'! quel petit homme!
+ Je trouvai mon mari rôti,
+ Mon Dieu! quel homm'! qu'il est petit!
+
+ Sur une assiette je le mis,
+ Mon Dieu! quel homm'! quel petit homme!
+ Sur une assiette je le mis,
+ Mon Dieu! quel homm'! qu'il est petit!
+
+ Le chat l'a pris pour une souris,
+ Mon Dieu! quel homm'! quel petit homme!
+ Le chat l'a pris pour un' souris,
+ Mon Dieu! quel homm'! qu'il est petit!
+
+ Au chat! au chat! C'est mon mari,
+ Mon Dieu! quel homm'! quel petit homme!
+ Au chat! au chat! C'est mon mari,
+ Mon Dieu! quel homm'! qu'il est petit!
+
+ Fillettes qui prenez mari,
+ Mon Dieu! quel homm'! quel petit homme!
+ Fillettes qui prenez mari,
+ Ne le prenez pas si petit.
+
+[Illustration: deco.]
+
+
+
+RICHE ET PAUVRE.
+
+[Musique:
+
+Ri-che, ri-che que je suis. Se-rai-je tou-jours ri-che?
+Je ma-rie-rai mes fil-les, A-vec-que cinq cents li-vres;
+Et mes pau-vres gar-çons, A-vec cent coups d'bâton.
+Pauvre, pau-vre que je suis, Se-rai-je
+toujours pau-vre? Mam-zell' se-ra des nô-tres. ]
+
+ Riche, riche que je suis,
+ Serai-je toujours riche?
+
+ Je marierai mes filles,
+ Avecque cinq cents livres;
+ Et mes pauvres garçons,
+ Avec cent coups d' bâton.
+
+ Pauvre, pauvre que je suis,
+ Serai-je toujours pauvre?
+ Mamzell' sera des nôtres.
+
+Dans cette ronde plus que naïve, les jeunes filles se mettent toutes
+d'un côté, à l'exception d'une seule, qui représente le pauvre. Les
+premières s'avancent en disant le premier couplet. Lorsque c'est au tour
+du pauvre à parler, celle qui est seule s'avance en portant son mouchoir
+ou sa robe à ses yeux comme pour essuyer ses larmes, et elle va prendre
+une de celles du groupe, ainsi de suite jusqu'à la dernière qui, restée
+seule, chante le couplet du pauvre, pendant que le groupe nouvellement
+formé reprend celui du riche.
+
+[Illustration: deco.]
+
+
+
+LE RAT DE VILLE ET LE RAT DES CHAMPS.
+
+[Musique:
+
+Au-tre-fois le rat de vil-le In-vi-ta le rat des champs,
+D'u-ne fa-çon fort ci-vi-le, A des re-liefs d'or-to-lans.
+Sur un ta-pis de Turqui-e Le cou-vert se trou-va mis:
+Je laisse à pen-ser la vi-e Que fi-rent les deux a-mis.]
+
+Nous avons vu danser en rond par des jeunes filles la fable de la
+Fontaine, «le Rat de ville et le Rat des champs.» Elles peuvent la
+mettre en action selon les paroles, que nous rapportons ici, pour celles
+qui ne s'en souviendraient pas.
+
+ Autrefois le rat de ville
+ Invita le rat des champs,
+ D'une façon fort civile,
+ A des reliefs d'ortolans.
+
+ Sur un tapis de Turquie
+ Le couvert se trouva mis.
+ Je laisse à penser la vie
+ Que firent les deux amis.
+
+ Le régal fut fort honnête,
+ Rien ne manquait au festin:
+ Mais quelqu'un troubla la fête
+ Pendant qu'ils étaient en train.
+
+ A la porte de la salle
+ Ils entendirent du bruit;
+ Le rat de ville détale;
+ Son camarade le suit.
+
+ Le bruit cesse, on se retire;
+ Rats en campagne aussitôt;
+ Et le citadin de dire:
+ «Achevons tout notre rôt.
+
+ «--C'est assez, dit le rustique;
+ Demain vous viendrez chez moi,
+ Ce n'est pas que je me pique
+ De tous vos festins de roi.
+
+ «Mais rien ne vient m'interrompre,
+ Je mange tout à loisir.
+ Adieu donc. Fi du plaisir
+ Que la crainte peut corrompre!»
+
+[Illustration: deco]
+
+
+
+CHANSON DE LA MARIÉE.
+
+[Musique:
+
+Nous som-mes v'nus ce soir. Du fond de nos bo-ca-ges,
+Vous fai-re com-pli-ment De vo-tre ma-ri-a-ge; A mon-sieur
+votre é-poux Aus-si bien comme à vous. ]
+
+ Nous sommes v'nus ce soir,
+ Du fond de nos bocages,
+ Vous faire compliment,
+ De votre mariage,
+ A monsieur votre époux,
+ Aussi bien comme à vous.
+
+ Vous voilà donc liée
+ Madame la mariée (_bis_),
+ Avec un lien d'or
+ Qui ne déli' qu'à la mort.
+
+ Avez-vous bien compris
+ C' que vous a dit le prêtre?
+ A dit la vérité,
+ Ce qu'il vous fallait être;
+ Fidèle à votre époux
+ Et l'aimer comme vous.
+
+ Quand on dit son époux,
+ Souvent on dit son maître;
+ Ils ne sont pas toujours
+ Doux comme ont promis d'être:
+ Car doux ils ont promis
+ D'être toute leur vie.
+
+ Vous n'irez plus au bal,
+ Madame la mariée:
+ Vous n'irez plus au bal,
+ A nos jeux d'assemblées;
+ Vous gard'rez la maison.
+ Tandis que nous irons.
+
+ Quand vous aurez chez vous
+ Des boeufs, aussi des vaches,
+ Des brebis, des moutons,
+ Du lait et du fromage,
+ Il faut, soir et matin,
+ Veiller à tout ce train.
+
+ Quand vous aurez chez vous
+ Des enfants à conduire,
+ Il faut leur bien montrer
+ Et bien souvent leur dire
+ Car vous seriez tous deux
+ Coupables devant Dieu.
+
+ Si vous avez chez vous
+ Quelques gens à conduire,
+ Vous veillerez sur eux;
+ Qu'ils aillent à confesse,
+ Car un jour devant Dieu,
+ Vous répondrez pour eux.
+
+ Recevez ce gâteau
+ Que ma main vous présente.
+ Il est fait de façon
+ A vous faire comprendre
+ Qu'il faut pour se nourrir,
+ Travailler et souffrir.
+
+ Recevez ce bouquet
+ Que ma main vous présente.
+ Il est fait de façon
+ A vous faire comprendre
+ Que tous les vains honneurs
+ Passent comme les fleurs.
+
+La chanson de la mariée est un exemple de ces rondes qui se rattachent à
+une coutume locale avec toute la grâce naïve des anciennes traditions.
+Celle-ci se chante aux noces bretonnes et n'a subi aucun changement
+depuis le temps de Mme de Sévigné, qui l'écoutait avec plaisir. Les
+jeunes filles viennent offrir un gâteau et des bouquets à la mariée, en
+lui donnant les conseils sérieux qui s'appliquent à son nouvel état.
+Nous croyons que cette ronde pourrait encore s'ajouter à celles que
+dansent habituellement nos enfants.
+
+[Illustration: deco.]
+
+
+
+
+QUATRIÈME PARTIE.
+
+JEUX D'ESPRIT.
+
+
+PIGEON VOLE.
+
+Nous nous adressons d'abord au plus petit enfant, «à tout seigneur tout
+honneur,» pour lui expliquer le plus simple de tous les jeux d'esprit.
+Approchez, petite fille, si vous savez marcher; mettez le bout de votre
+doigt à côté du mien, sur mon genou, et levez-le quand je lève le mien
+et que je dis: _Pigeon vole_.
+
+Faites bien attention, car je compte vous attraper. Il ne faut lever
+votre doigt que quand je nomme un oiseau, tandis que moi je lève
+toujours le mien. Si votre doigt suit l'impulsion que je lui ai
+transmise, et se lève quand je dis: _Mouton vole_, vous devez un gage.
+C'est plus difficile qu'on ne pense. Il y a quelquefois de grands débats
+sur l'espèce de certains animaux. Nous décidons ici, pour éviter toute
+contestation, qu'on peut ranger parmi les oiseaux les hippogriffes, les
+poissons volants, les insectes qui ont des ailes, etc., la
+chauve-souris, également, malgré son double caractère qui lui fait dire
+alternativement:
+
+ Je suis oiseau; voyez mes ailes.
+ . . . . . . . . . . . . . . . . .
+ Je suis souris; vive les rats!
+
+
+
+LE CORBILLON.
+
+Ce jeu est un de ceux qui plaisaient à nos aïeux, et il a un air de
+bonhomie et de simplicité qui doit nous toucher. Le mot _corbillon_, qui
+signifiait une petite corbeille, n'est plus d'usage dans la langue
+moderne; mais il peut faire supposer que dans l'origine les joueurs se
+passaient le corbillon de main en main. A présent, on prend n'importe
+quel objet, et on le donne à son voisin en disant: _Je vous vends mon
+corbillon_. Le voisin demande: _Qu'y met-on?_ On doit répondre en rimant
+en _on_ par un mot qu'il faut tenir tout prêt, comme _un bonbon_, _une
+chanson_, etc., puis le corbillon passe à un autre jusqu'à ce qu'il ait
+fait le tour du cercle. Si on préfère une rime en _ette_, on peut dire:
+_Je vous vends ma cassette_, demander _Que voulez-vous qu'on y mette?_
+répondre un mot comme _une allumette_, _une pincette_, etc.; mais c'est
+une variété qui ajoute peu d'intérêt à ce jeu. On donne un gage si on
+oublie la rime, ce qui nous paraît assez difficile, et cette méprise
+serait assurément l'excès de la naïveté, comme dans ces vers si connus
+de Molière:
+
+[Illustration: Pigeon vole.]
+
+ .... S'il faut qu'avec elle on joue au corbillon,
+ Et qu'on vienne à son tour lui dire: «Qu'y met-on?»
+ Je veux qu'elle réponde: «Une tarte à la crème.»
+
+
+
+COMMENT L'AIMEZ-VOUS?
+
+Sans être bien compliqué, ce jeu peut commencer la série des amusements
+dans lesquels l'esprit est appelé à jouer déjà un certain rôle. Il se
+rattache à certaines connaissances de grammaire qui ne sont sans doute
+pas chose nouvelle pour la plupart de nos jeunes lectrices, et qu'il
+nous suffira, dans tous les cas, de rappeler par quelques courtes
+explications.
+
+On choisit un mot parmi les _homonymes_, c'est-à-dire parmi les mots qui
+sonnent de même quoiqu'ayant un sens différent. On peut choisir soit un
+homonyme qui a plusieurs acceptions, mais dont l'orthographe ne varie
+pas comme _fraise_, _son_, _voile_, _livre_, _glace_, soit des homonymes
+qui se prononcent à peu près de la même manière, mais dont l'orthographe
+est différente, tels que _mer_, _mère_, _maire_; ou _vert_, _verre_,
+_ver_, _vers_; ou bien encore _chant_, _champ_. Les premiers homonymes
+doivent être préférés dans le jeu dont il est ici question. Prenons pour
+exemple le mot _voile_, qui a plusieurs significations.
+
+Une des jeunes filles, qui doit deviner, et par conséquent ignorer le
+mot qui a été choisi par ses compagnes, se présente au milieu d'elles,
+et leur adresse successivement la question suivante: _Comment
+l'aimez-vous?_ Il faut que chacune, dans sa réponse, fasse allusion à
+une des propriétés du mot qui a été choisi. Par exemple, si c'est le mot
+_voile_, l'une dira: «Je l'aime _en dentelle_;» une autre répondra: «Je
+l'aime _sur un navire_, etc.»
+
+Le jeu se jouera de la même manière avec les homonymes de la seconde
+espèce. Ainsi, en prenant pour exemple les mots _vert_, _verre_, _ver_,
+_vers_, les jeunes personnes interrogées peuvent faire les réponses
+suivantes à la première question: «Je l'aime _transparent_, _en
+cristal_, _à pied_ (en parlant d'un verre à boire); je l'aime en _rubans
+de chapeau_ (en parlant de la couleur verte); je l'aime _à la façon de
+Racine_ (en parlant des vers, poésies, etc.)» Ces exemples, que nous
+choisissons très simples, peuvent être plus ingénieux, de manière à
+embarrasser la personne qui questionne, en lui représentant un emploi
+toujours différent, mais toujours juste du même mot. Il nous souvient
+qu'en jouant ce jeu, on avait choisi le mot _toit_, _toi_. On adressa la
+question d'usage à une personne qui répondit: «Je l'aime mieux que
+_vous_.» Il y avait là une équivoque assez délicate et qui peut donner
+une idée de la manière dont on peut quelquefois rendre le jeu plus
+intéressant.
+
+Au deuxième tour, si le mot n'est pas deviné, la question change, et la
+jeune fille qui est chargée de deviner dit, en s'adressant à chacune de
+ses compagnes: _Qu'en faites-vous?_ Chacune d'elles donne sa réponse, et
+si la questionneuse ne réussit pas mieux que la première fois, on passe
+à un troisième tour par la question suivante: _Où le mettez-vous?_ Il
+faut, autant que possible, que chacune des personnes conserve, en
+répondant, l'acception qu'elle a donnée au mot dans ses précédentes
+réponses. Celle qui a laissé deviner se retire à son tour pour venir
+ensuite dans le cercle interroger et chercher à deviner lorsque la
+société a fait choix d'un nouveau mot. On peut donner des gages, soit
+lorsque, de l'avis général, on a fait une mauvaise réponse, soit
+lorsqu'on a fait les trois tours sans deviner le mot. On dit alors
+vulgairement: _Je jette_ ou _je donne ma langue aux chiens_, vieille
+expression consacrée par l'usage, et que de bons écrivains n'ont pas
+dédaigné d'employer familièrement. Nous croyons qu'on sera bien aise de
+trouver ici quelques homonymes dont on pourra se servir.
+
+Homonymes de la première espèce.
+
+ _Air._
+ _Carreau._
+ _Dé._
+ _Fraise._
+ _Glace._
+ _Livre._
+ _Mousse._
+ _Mule._
+ _Soufflet._
+ _Son._
+ _Souris._
+ _Voile._
+ _Livre._
+
+Homonymes de la seconde espèce.
+
+ _Alêne._ Haleine.
+ _Amande._ Amende.
+ _Ancre._ Encre.
+ _Bal._ Balle.
+ _Balai._ Ballet.
+ _Chant._ Champ.
+ _Cane._ Canne.
+ _Canot._ Canaux.
+ _Chaire._ Chair. Chère. Cher.
+ _Cellier._ Sellier.
+ _Cerf._ Serre. Serf.
+ _Chaîne._ Chêne.
+ _Cire._ Sire.
+ _Coeur._ Choeur.
+ _Compte._ Comte. Conte.
+ _Cygne._ Signe.
+ _Écot._ Écho.
+ _Faîte._ Fête.
+ _Fard._ Phare.
+ _Foi._ Foie.
+ _Gaz._ Gaze.
+ _Héraut._ Héros.
+ _Lait._ Laie. Laid. Lai.
+ _Luth._ Lutte.
+ _Maire._ Mer. Mère.
+ _Maître._ Mètre.
+ _Mante._ Menthe.
+ _Pan._ Paon.
+ _Palais._ Palet.
+ _Peau._ Pot. Pau (ville).
+ _Pain._ Pin.
+ _Poids._ Pois. Poix.
+ _Reine._ Rêne. Renne.
+ _Saut._ Sceau. Seau. Sot.
+ _Tan._ Temps.
+ _Tante._ Tente.
+ _Thon._ Ton. Taon.
+ _Toi._ Toit.
+ _Van._ Vent.
+ _Vin._ Vingt.
+
+
+
+J'AIME MON AMI PAR A.
+
+Ce jeu est le premier d'une série de jeux dans lesquels toutes les
+lettres de l'alphabet jouent un rôle à leur tour. Il n'y a rien à
+deviner. Chaque jeune fille dit successivement la formule dont nous
+allons donner un exemple, et si elle fait quelque erreur, ou qu'elle ne
+puisse trouver un mot qui s'applique bien, elle paye un gage. Elle en
+paye également un si elle répète un mot qui ait déjà été dit.
+
+Voici l'exemple que l'on peut varier à l'infini: «J'aime mon ami par A,
+parce qu'il est amusant; je le nourris d'amandes; je l'envoie à Alençon,
+je lui donne un agneau et je lui fais un bouquet d'anémones.»
+
+On voit que chaque mot exprimant une qualité, un présent, etc., doit
+commencer par la lettre A. Lorsque cette lettre paraît épuisée, on peut
+passer à la lettre B, et ainsi de suite: en supprimant toutefois les
+lettres K, X, Y, et Z, comme trop difficiles.
+
+
+
+L'AMOUR.
+
+La jeune fille qui dirige ce jeu s'assied seule en face de ses compagnes
+assises toutes sur une même ligne. Elle les appelle l'une après l'autre.
+Celle qui est appelée s'arrête devant la maîtresse du jeu, qui lui dicte
+le rôle qu'elle devra figurer en lui disant:
+
+ Viens, amour, et sois affable,
+ Viens, amour, et sois boudeur,
+ Viens, amour, et sois colère, etc.
+
+Elle indiquera à chacune son caractère, en suivant l'ordre des lettres
+de l'alphabet. L'amour doit en entendant cet ordre, figurer par ses
+gestes et son attitude le rôle qui lui est indiqué; ensuite il va se
+placer à côté de celle qui préside et devient spectateur des autres
+petites scènes, à moins qu'il ne soit convenu que l'on recommencera
+plusieurs tours, ce qui a lieu lorsque la compagnie n'est pas nombreuse,
+ou que le jeu amuse assez pour le continuer jusqu'à Z.
+
+
+
+LE LOGEMENT.
+
+Chaque jeune fille prend une lettre de l'alphabet et là-dessus on forme
+tous les mots nécessaires au récit d'un voyage. Quand cela est fait, la
+maîtresse du jeu demande à celle qui a choisi l'A: _Comment vous
+appelez-vous?_ Il faut qu'elle réponde _Annette_, ou _Aline_, ou bien un
+nom d'homme commençant par la lettre choisie, si c'est ainsi convenu, et
+ensuite un surnom à son choix qui commence par la même lettre. On lui
+demande ensuite: _D'où venez-vous?_ Elle répond: _d'Amiens_ ou
+_d'Arras_, etc. Il faut répondre de la même manière pour dire l'enseigne
+de l'auberge où on a logé, le nom de l'hôte, celui de l'hôtesse, celui
+de la servante, les mets qu'on a mangés; on peut multiplier les
+questions pour rendre le jeu plus difficile, en demandant au voyageur le
+nom des arbres qui étaient dans le lieu d'où il vient, les médicaments
+qu'on a donnés à un malade; les armes dont on s'est servi dans une
+bataille, le vêtement que l'on portait, etc. Les réponses doivent être
+faites, autant que possible, dans le sens de la question, et il faut
+tâcher d'y mettre un peu d'intérêt.
+
+
+
+PROVERBES, SENTENCES OU DEVISES.
+
+On a inventé un jeu qui rentre dans la classe des précédents, en
+récitant un proverbe ou telle autre petite phrase courte et connue, qui
+soit d'un usage assez répandu pour qu'il ne soit pas possible d'y
+substituer une phrase improvisée. Chacune des jeunes filles prend une
+lettre de l'alphabet, et doit, quand celle qui dirige le jeu
+l'interpelle, répondre par une sentence commençant par la lettre qu'elle
+a choisie. Par exemple, pour la lettre A, on peut dire: _A bon chat bon
+rat_; _à l'oeuvre on connaît l'ouvrier_; _a beau mentir qui vient de
+loin_, etc. Pour la lettre B, on dira: _Bon sang ne peut mentir_; _bonne
+renommée vaut mieux que ceinture dorée_, etc. Nous ne multiplions pas
+les exemples, parce qu'il vaut mieux que chacun se donne la peine de
+chercher ce qu'il dira. Ce jeu est assez difficile, mais il exerce la
+mémoire.
+
+Un autre jeu _des proverbes_ se joue de cette manière: On choisit, pour
+le faire deviner, un proverbe dont chacun prend un mot, qu'il doit
+placer dans sa réponse à la personne qui l'interroge. Ainsi, par
+exemple, si l'on prend le proverbe; _Chat échaudé craint l'eau froide_,
+la première personne prend le mot chat; la seconde, le mot _échaudé_; la
+troisième, _craint_, et ainsi de suite. Si le proverbe est trop long
+pour le nombre des personnes qui forment le jeu, chacun prend deux mots,
+en ayant soin d'en prévenir le patient qui devine. Il faut, dans la
+réponse que l'on fait, placer le mot avec assez d'art pour qu'il ne
+puisse être facilement deviné.
+
+
+
+LE MOT CACHÉ.
+
+La jeune fille qui doit deviner sort de la chambre; les autres
+choisissent un mot simple et d'un emploi fréquent; par exemple: _comme_,
+_si_, _un_, _pas_. Ce mot doit se trouver renfermé dans les réponses que
+l'on fera aux questions de celle qui devine. Quand elle revient et
+qu'elle a fait sa question, elle doit bien observer le retour du même
+mot dans chacune des réponses qui lui sont faites. Celle qui fait
+deviner, en employant le mot maladroitement ou en le faisant trop
+remarquer, ira deviner à son tour.
+
+Nous avons pensé que, pour faciliter l'intelligence de certains jeux un
+peu compliqués, il serait à propos de les présenter sous forme de
+dialogues, et nous aurons recours à cet expédient toutes les fois que
+nous le jugerons nécessaire. Nous supposons sept jeunes filles réunies
+pour ce jeu. Elles se nomment Émilie, Henriette, Louise, Marie,
+Mathilde, Héloïse et Juliette. C'est Émilie qui sort pendant que les
+autres vont chercher un mot.
+
+MARIE. Quel mot choisissons-nous?
+
+LOUISE. Le mot _amitié_, ou bien _crainte_.
+
+HÉLÈNE. Non, non; il serait trop facile à deviner. Prenons le mot
+_bien_.
+
+TOUTES. Oui, _bien_. Viens, Émilie. (_Émilie rentre._)
+
+ÉMILIE. Marie, as-tu été te promener ce matin?
+
+MARIE. Oui, et la promenade était bien agréable.
+
+ÉMILIE. Louise, aimes-tu les pêches?
+
+LOUISE. Oui, j'aime bien les pêches, mais je préfère les groseilles.
+
+ÉMILIE. Mathilde, quel livre lis-tu en ce moment?
+
+MATHILDE. Je lis _Hélène_, par miss Edgeworth, et j'aime bien le
+caractère d'Hélène.
+
+ÉMILIE. Henriette, est-ce toi qui as brodé ce col?
+
+HENRIETTE. Non, ce n'est pas moi, parce que je ne brode pas assez bien.
+
+ÉMILIE. Je n'irai pas plus loin, le mot est _bien_. C'est Henriette qui
+m'a fait deviner. (_Henriette sort_.)
+
+Nous ne continuons pas, parce que le jeu nous paraît suffisamment
+expliqué. Nous allons le remplacer par un autre qui lui ressemble
+beaucoup, mais qui est un peu plus difficile et plus amusant.
+
+
+
+RÉPONSE EN UNE PHRASE.
+
+Nous nous servons encore du même procédé pour rendre notre explication
+plus claire. Une jeune fille va deviner. Cette fois, c'est Louise.
+Chacune donne un mot à sa compagne, qui est obligée de faire entrer ce
+mot dans sa réponse, quelle que soit la question qu'on lui adresse.
+
+ÉMILIE. Juliette, je te donne le mot _crocodile_.
+
+JULIETTE. Et moi je donne à Marie le mot _enchanteur_.
+
+MARIE. Je donne à Hélène le mot _baromètre_.
+
+HÉLÈNE. Je te donne, Mathilde, le mot _jardin_.
+
+MATHILDE. Je donne à Henriette le mot _chanson_.
+
+HENRIETTE. Et toi, Émilie, je te donne _bateau_. (_Louise rentre._)
+Émilie, as-tu reçu des nouvelles de ta maman?
+
+ÉMILIE. Oui, et elle m'écrit qu'étant sur le bateau qui descend la Saône
+elle a eu un grand orage, avec beaucoup de tonnerre et d'éclairs.
+
+LOUISE. C'est _tonnerre_.
+
+TOUTES. Non, non; c'est bateau.
+
+LOUISE. Juliette, comptes-tu te lever de bonne heure demain?
+
+JULIETTE. Je me lèverai le plus tôt que je pourrai; car, quand je dors
+trop, je fais des rêves affreux, et je vois en rêvant des loups, des
+serpents, des crocodiles, des tigres, des rhinocéros et des ours.
+
+LOUISE. En voilà assez. Comment veux-tu que je me retrouve dans toutes
+ces vilaines bêtes? C'est cro.... non, c'est rhinocéros.
+
+JULIETTE. Pas du tout; tu avais bien commencé, c'est _crocodile_.
+
+LOUISE. Allons, à une autre. Marie, as-tu fini ton dessin?
+
+MARIE. Pas encore. J'aurais besoin pour le finir de la baguette d'un
+enchanteur ou de celle d'une fée qui viendrait dans un petit char traîné
+par des colombes ou des papillons.
+
+LOUISE. Je suis bien embarrassée, mais je crois que c'est _papillon_.
+
+MARIE. Non, c'est _enchanteur_.
+
+LOUISE. Je ne devinerai donc pas? Dis-moi, Hélène, aimes-tu les fraises?
+
+HÉLÈNE. Que faut-il donc que je réponde? Quand le baromètre... Non;
+j'aime bien les fraises, mais j'aime à m'aller promener quand le
+baromètre annonce du beau temps.
+
+LOUISE. Ce mot-là n'est pas difficile à deviner. C'est _baromètre_.
+
+MATHILDE. Quel dommage! je préparais une si jolie histoire!
+
+LOUISE. Il n'est pas toujours possible de se servir de l'histoire que
+l'on a préparée.
+
+On voit que, pour rendre ce jeu plus difficile, il faut faire entrer
+dans sa réponse des mots qui puissent détourner l'attention du mot
+véritable. Il y a encore une autre manière de le jouer. On peut se
+donner les mots tout bas, afin que les joueurs aient aussi le plaisir de
+chercher le mot avec celui qui fait les questions. Au reste, cela fait
+peu de différence pour l'intérêt du jeu. L'essentiel est de ne pas
+varier sa voix dans la réponse, quand on prononce le mot donné, parce
+qu'alors cette inflexion de voix le fait aisément deviner.
+
+
+
+PLUSIEURS MOTS POUR UN.
+
+Voici un autre jeu où il est si facile de deviner, que nous hésiterions
+à le mettre sur notre liste, s'il n'y avait pas moyen de lui donner
+quelque intérêt: c'est lorsqu'il n'est pas su de plusieurs de celles qui
+le jouent. Elles ne sont pas dans le secret, et c'est la personne qui
+est censée devoir deviner qui s'entend avec celle qui dirige le jeu.
+Celle-ci choisit un mot dans lequel il entre autant de lettres qu'il y a
+de personnes présentes. Elle indique à celles qui ne savent pas le jeu
+le mot qu'elles auront à répondre. Si on est quatre, on choisira, par
+exemple, le mot _pain_. Quand celle qui doit deviner rentre, chacune lui
+dit un mot commençant par une des lettres composant le mot _pain_, dans
+leur ordre. Ainsi, la première dira _pommes_, la seconde _amandes_, la
+troisième _image_, et la quatrième _nid_. Il faut que celle qui est
+censée deviner se souvienne de chacune de ces premières lettres, et elle
+reforme aussitôt le mot, ce qui étonne celles à qui on n'a pas dit le
+secret du jeu.
+
+
+
+LE MOT INDICATEUR.
+
+Ce jeu est de la même famille que le précédent et n'a aussi que le même
+genre d'intérêt, qui est de donner à penser à celles qui le jouent et
+qui ne sont pas dans le secret. Celle qui dirige le jeu convient avec
+les autres que l'on touchera un objet en l'absence de celle qui feint de
+deviner. Quand elle rentre, sa complice lui demande, en touchant
+beaucoup de choses dans la chambre: «Est-ce ceci?» ou: «Est-ce cela?»
+Précédemment elles étaient d'accord pour que le mot _ceci_ ou le mot
+_cela_ fût employé pour désigner l'objet qui a été touché. Au moment où
+elle prononce le mot _indicateur_, l'autre répond: «Oui» à la grande
+surprise des jeunes filles qui ne connaissent pas le jeu, mais on
+apprend bientôt le secret, et alors il n'est plus possible de le jouer.
+
+
+
+LES CINQ VOYELLES.
+
+Puisque nous nous occupons à décomposer la langue pour en composer
+certains jeux, nous placerons ici tout ce qui paraîtra se rattacher à
+ces différents exercices sur les lettres, les voyelles, les syllabes ou
+les mots difficiles à prononcer; et quand nous en aurons épuisé la
+liste, nous passerons à des jeux plus animés.
+
+Pour ce jeu des voyelles, il faut encore chercher à surprendre
+quelques-unes des jeunes filles qui font partie du jeu, et qui en
+ignorent cependant le procédé. Beaucoup de personnes le jouent en se
+servant de cette formule: «M. le curé n'aime pas les O; que lui
+donnerons-nous?» Nous ne tenons pas compte de cette phrase, qui est
+fréquemment employée, parce que nous trouvons qu'il n'est pas convenable
+de prendre en plaisantant le nom des personnes dont le caractère doit
+être respecté. Nous demandons, en conséquence, que l'on y substitue,
+soit un nom imaginaire, soit celui d'une des personnes présentes, si
+elle y consent. Nous disons donc: «Mme *** n'aime pas les O; que lui
+donnerons-nous?» et l'équivoque porte sur la lettre O, que les personnes
+qui ignorent le jeu prennent pour des _os_, ce qui les oblige à chercher
+des mets dans lesquels il ne s'en trouve pas.
+
+[Illustration: Les cinq voyelles.]
+
+Toutes les fois que l'on fait cette méprise, on paye un gage. Ce jeu est
+amusant, et les personnes qui le connaissent en tirent un bon parti en
+faisant de longues nomenclatures qui étonnent celles qui ne l'ont pas
+encore joué. On peut faire une ordonnance pour une personne malade qui
+n'aime pas les O, en lui traçant un régime où on lui recommande, d'une
+part, ce qu'elle doit faire, et, de l'autre, ce qu'elle doit éviter. La
+malade prendra des bains avec de l'eau de rivière, mais surtout pas
+d'eau de fontaine. Elle prendra des panades; mais surtout ni consommés,
+ni bouillons, ni sirops, ni compotes. Elle pourra manger des fèves et
+des lentilles, mais ni pois, ni haricots, ni pommes de terre; des
+fruits, comme pêches, fraises, cerises, mais ni poires, ni melons; des
+perdrix, et pas de poulet, etc.
+
+Pour les autres voyelles: on change un mot dans la phrase, et l'on dit:
+«Mme *** n'aime pas les _ânes_, et vous, les aimez-vous?» La personne à
+qui on s'adresse doit vanter les qualités de l'une, ou parler de ses
+défauts, sans employer la voyelle A.
+
+Pour la voyelle E, il est très-difficile de répondre, et c'est à peine
+si l'on trouve quelques mots dans la langue où cette voyelle ne soit pas
+employée; mais, avec des efforts cependant, on peut trouver une ou deux
+phrases, et il faut s'en contenter.
+
+Pour I, on adresse la question que l'on veut, et dans celle-là, comme
+dans les autres, la personne qui interroge doit placer la lettre omise,
+et dire, par exemple: «Répondez-moi sans I: Aimez-vous la compagnie?»
+Cette manière oblige à faire des périphrases pour répondre, et multiplie
+les difficultés du jeu. On peut se souvenir de cette jolie réponse, qui
+a un double sens:
+
+ Aimer sauf I serait bien _amer_.
+
+Même observation pour la voyelle U. Et puis répétons avec M. Jourdain:
+«A, E, I, O, U; que n'ai-je étudié plus tôt pour savoir tout cela!»
+
+On a essayé ce jeu par écrit, et on est parvenu à composer des lettres
+entières avec suppression de telle ou telle voyelle. Nous donnons ici un
+exemple où ne se rencontre pas la voyelle A, une des plus usitées, sans
+que l'effort y paraisse trop à découvert:
+
+«Voici une nouvelle invention, mon coeur, pour exciter votre curiosité.
+Nous voulons juger de l'inutilité de telle ou telle voyelle. L'écriture
+seroit très-bonne si l'on pouvoit se réduire et n'en conserver que deux
+ou trois. Tout homme qui invente mérite que le peuple lui décerne le
+triomphe. Mon invention est une misère qui donne bien des peines pour
+dire des bêtises, ou ne rien dire; ne vous en servez point si vous m'en
+croyez.»
+
+
+
+LA LEÇON DE LECTURE.
+
+Maintenant passons à la leçon de lecture, par laquelle nous aurions
+peut-être dû commencer, pour suivre un ordre logique. On s'assied et
+l'on épelle un mot que l'on choisit parmi les plus longs, en prenant
+soit un adverbe, soit un nom propre. Celui de _Nabuchodonosor_ est trop
+fréquemment employé pour que nous ne le choisissions pas comme exemple.
+La première personne du cercle dit, et les autres répètent après elle:
+«N, A, na.» Au deuxième tour elle dit: «N, A, na, B, U, bu.» Au
+troisième tour, elle reprend: «N, A, na, B, U, bu, C, H, O, cho (que
+l'on prononce co),» et ainsi de suite, jusqu'à ce que le mot soit
+entier. Il ne faut pas mettre le plus petit intervalle en se succédant
+les uns aux autres. Cela produit un petit gazouillement comme celui de
+mille oiseaux bavards qui se retirent dans un gros arbre quand le jour
+baisse, mais sans être tout à fait aussi harmonieux.
+
+
+
+LES DOUZE QUESTIONS OU LES TROIS RÈGNES.
+
+Il faut dans ce jeu qu'une des jeunes filles devine un mot, sans pouvoir
+faire plus de douze questions. On lui donne aussi le nom de jeu des
+_trois règnes_, parce que tout ce qui existe dans la nature est classé
+en trois règnes, le règne animal, le règne végétal et le règne minéral.
+Les êtres animés composent le règne animal. Le règne végétal comprend
+tout ce qui a la vie sans mouvement, et le règne minéral comprend ce qui
+n'a ni vie ni mouvement, comme les métaux et les pierres. En mettant ce
+jeu en action, on le comprendra assez facilement. Nous supposons que le
+mot choisi est _chat_, et que Marie est chargée de le deviner.
+
+MARIE. Je vais faire ma première question. De quel règne est l'objet que
+vous avez choisi?
+
+HÉLÈNE. Du règne animal seulement.
+
+MARIE. Est-il vivant?
+
+LOUISE. Il est vivant.
+
+MARIE. Est-il sauvage ou domestique?
+
+HENRIETTE. Il est sauvage.
+
+JULIETTE. Non, il est domestique.
+
+MARIE. Ce doit être un chat, car c'est le plus sauvage des animaux
+domestiques.
+
+HENRIETTE. Oui, c'est un chat; c'est Juliette qui a fait deviner
+(Juliette sort.)
+
+HÉLÈNE. Choisissons le mot _parapluie_. Elle aura bien de la peine à
+deviner. Viens, Juliette.
+
+JULIETTE. De quel règne est l'objet pensé?
+
+HENRIETTE. Il est composé de trois règnes.
+
+JULIETTE. Est-il animé?
+
+LOUISE. Non, tu vois bien que tu fais une question inutile; un objet
+composé de trois règnes ne peut être animé.
+
+JULIETTE. Sert-il plus aux hommes qu'aux femmes?
+
+MARIE. Également.
+
+JULIETTE. Sert-il plus à la ville qu'à la campagne?
+
+LOUISE. On s'en sert souvent à la campagne, mais encore plus souvent à
+la ville.
+
+JULIETTE. Est ce un meuble?
+
+MATHILDE. Oui, on peut dire que c'est un meuble.
+
+JULIETTE. Y a-t-il de ces sortes de meubles dans cette chambre?
+
+MARIE. Je ne crois pas.
+
+HÉLÈNE. Mais oui, il y en a. Marie, il faut répondre juste. Juliette a
+déjà fait six questions et elle n'a pas encore deviné.
+
+JULIETTE. N'est-ce pas un fauteuil? Il est des trois règnes puisqu'il a
+des clous, du bois et de la soie.
+
+HÉLÈNE. Non, ce n'est pas un fauteuil.
+
+JULIETTE. Ah! je vois à présent, c'est un parapluie. Il y en a un dans
+le coin de la chambre.
+
+HÉLÈNE. Oui, tu vois bien qu'il est aussi des trois règnes; la soie, du
+règne animal, les ferrements du règne minéral, et le bâton, du règne
+végétal.
+
+ÉMILIE. Et s'il était en coton?
+
+HÉLÈNE. Il y aurait encore les baleines, qui sont du règne animal. Si le
+bâton était en fer, il y aurait encore le fil pour le coudre, qui serait
+du règne végétal.
+
+
+
+OUI OU NON.
+
+Il existe encore un jeu du même genre, qui intéresse ordinairement les
+jeunes filles qui étudient l'histoire. Il consiste à choisir un mot
+qu'une des jeunes filles doit deviner en faisant toutes les questions
+qu'elle voudra, mais auxquelles on ne peut répondre que _oui_ ou _non_.
+Quoique l'on puisse prendre le mot que l'on veut, on choisit presque
+toujours un nom historique.
+
+EXEMPLE. Le nom choisi est Auguste, empereur romain.
+
+QUESTION. Est-ce un homme?
+
+RÉPONSE. Oui.
+
+QUESTION. Est-ce un prince?
+
+RÉPONSE. Oui.
+
+QUESTION. Vit-il de nos jours?
+
+RÉPONSE. Non.
+
+QUESTION. Vivait-il avant Jésus-Christ?
+
+RÉPONSE. Oui.
+
+QUESTION. Longtemps avant?
+
+RÉPONSE. Non.
+
+QUESTION. A-t-il vécu en même temps?
+
+RÉPONSE. Oui.
+
+QUESTION. Est-ce Hérode?
+
+RÉPONSE. Non.
+
+QUESTION. Est-ce un empereur romain?
+
+RÉPONSE. Oui.
+
+C'est Auguste.
+
+AUTRE EXEMPLE. Marie Stuart est le nom choisi.
+
+QUESTION. Est-ce un homme?
+
+RÉPONSE. Non.
+
+QUESTION. Est-ce une femme?
+
+RÉPONSE. Oui.
+
+QUESTION. Est-ce une reine?
+
+RÉPONSE. Oui.
+
+QUESTION. Vivait-elle avant Jésus-Christ?
+
+RÉPONSE. Non.
+
+QUESTION. Vivait-elle avant l'an 1000?
+
+RÉPONSE. Non.
+
+QUESTION. Aux XIIe, XIIIe, XIVe, XVe, XVIe siècles.
+
+RÉPONSE. Oui.
+
+QUESTION. Est-ce une Allemande?
+
+RÉPONSE. Non.
+
+QUESTION. Une Espagnole, une Anglaise, une Italienne?
+
+RÉPONSE. Non.
+
+Question. A-t-elle été reine de France?
+
+RÉPONSE. Oui.
+
+QUESTION. Est-ce une Écossaise?
+
+RÉPONSE. Oui.
+
+C'est donc Marie Stuart.
+
+
+
+LA CLEF DU JARDIN.
+
+On dit que le grand orateur grec, Démosthène, s'étudiait à prononcer
+distinctement en remplissant sa bouche de petits cailloux, trouvant
+ensuite plus facile de parler quand il les avait ôtés. Il aurait pu
+essayer également un de ces exercices où l'on multiplie certaines
+difficultés de prononciation pour délier la langue. En Angleterre, on a
+ainsi une foule de petits récits, composés de quelques phrases qu'il
+faut répéter distinctement, quelque pénibles qu'elles paraissent à dire
+de suite. Le plus connu s'appelle: «La maison que Jacques a bâtie,» que
+nous croyons n'être que la traduction de notre jeu intitulé: _La Clef du
+Jardin_. Nous allons le présenter cette fois en dialogue, pour donner
+une idée de la vivacité qu'il faut mettre à le jouer. Nous retrouvons
+les jeunes filles que nous avons vues ailleurs:
+
+ÉMILIE. Si vous voulez jouer ce jeu, vous n'avez qu'à répéter après moi:
+«Je vous vends la clef du jardin.»
+
+Toutes les jeunes filles répètent en disant: «Mais c'est bien aisé.»
+
+ÉMILIE. Vous allez voir si c'est bien aisé: je vous vends la corde qui
+tient à la clef du jardin. (_Toutes répètent de même._)
+
+ÉMILIE. Je vous vends le rat qui a rongé la corde qui tient la clef du
+jardin. (_Toutes répètent_).
+
+LOUISE. Je parie que je ne donnerai pas de gage.
+
+ÉMILIE. Je vous vends le chat qui a mangé le rat qui a rongé la corde
+qui tient à la clef du jardin.
+
+MARIE. Je vous vends le chat qui a mangé la corde qui tient à la clef du
+jardin.
+
+ÉMILIE. Bon! un gage. Tu as passé le rat. Je continue. Je vous vends le
+chien qui a mangé le chat qui a mangé le rat qui a rongé la corde qui
+tient à la clef du jardin.
+
+HÉLÈNE. _A son tour_. Je vous vends le chien qui a mangé le rat qui a
+mangé le chat....
+
+ÉMILIE. Un gage, Hélène. Depuis quand les rats mangent-ils les chats?
+Fais attention cette fois: je vous vends le bâton qui a tué le chien qui
+a mangé le chat qui a mangé le rat qui a rongé la corde qui tient à la
+clef du jardin. (_Toutes répètent exactement_).
+
+ÉMILIE. Je vous vends le feu qui a brûlé le bâton qui a tué le chien qui
+a mangé le chat qui a mangé le rat qui a rongé la corde qui tient à la
+clef du jardin. (_Toutes répètent sans se tromper_).
+
+ÉMILIE. Je vous vends l'eau qui a éteint le feu qui a brûlé le bâton qui
+a tué le chien qui a mangé le chat qui a mangé le rat qui a rongé la
+corde qui tient la clef du jardin.
+
+JULIETTE, _très-vite_. Je vous vends l'eau qui a brûlé le chien qui a
+mangé le jardin.
+
+ÉMILIE. C'est plus tôt fait; tu ne dois que sept gages cette fois-ci.
+
+JULIETTE. Les voilà tous.
+
+ÉMILIE. Je vous vends le seau qui a apporté l'eau qui a éteint le feu
+qui a brûlé le bâton qui a tué le chien qui a mangé le chat qui a mangé
+le rat qui a rongé la corde qui tient à la clef du jardin.
+
+Nous ne suivrons pas ce jeu plus loin. On peut cependant y ajouter
+encore quelques _longueurs_, mais nous donnons cet exemple, qui est un
+des plus fréquemment employés, et ensuite chacun peut fournir le sien,
+car il ne manque pas de petites bagatelles de ce genre. On peut dire
+aussi sans grasseyer cette petite phrase qui n'a pas le sens commun:
+«Gros gras grain d'orge, quand te dégrogragrain d'orgeriseras-tu?» à
+quoi l'on répond: «Je me dégrogragrain d'orgeriserai quand tous les
+autres gros gras grains d'orge se dégrogragrain d'orgeriseront.»
+
+Ou bien on peut répéter avec volubilité:
+
+ Quatre plats plats dans quatre plats creux,
+ Quatre plats creux dans quatre plats plats.
+
+Ou: «Quatre plats de carpe,» vite et longtemps, et cela, sans se
+tromper, si l'on peut, une douzaine de fois.
+
+Ou bien encore cette chanson:
+
+ Celui-là n'est point ivre (_bis_),
+ Qui trois fois peut dire (_bis_):
+ Blanc, blond, bois, barbe grise, bois,
+ Blond, bois, blanc, barbe grise, bois,
+ Bois, blond, blanc, barbe grise, bois.
+
+Mais nous nous arrêtons, parce que, si nous indiquions un trop grand
+nombre de ces exercices propres à délier la langue, des gens de mauvais
+goût nous diraient que les petites filles n'en ont pas besoin.
+
+Ce jeu _en prose_ rappelle un chant fort ancien, qui se retrouve dans
+diverses parties de la France, et que nous mettons ici comme un curieux
+exemple de cette croyance populaire qui faisait apparaître _l'esprit du
+mal_ dans presque toutes les compositions de ce genre. Cette chanson,
+qui date du moyen âge, est intitulée le _Conjurateur et le loup_.
+
+I.
+
+ L'y a un loup dedans un bois,
+ Le loup n'veut pas sortir du bois.
+ Ha, j' te promets compèr' Brocard,
+ Tu sortiras de ce lieu-là.
+ Ha, j' te promets compèr' Brocard,
+ Tu sortiras de ce lieu-là.
+
+II.
+
+ Le loup n' veut pas sortir du bois,
+ Il faut aller chercher le chien.
+ Ha, j' te promets, compèr' Brocard,
+ Tu sortiras de ce lieu-là.
+ Ha, j' te promets, etc.
+
+III.
+
+ Il faut aller chercher le chien,
+ Le chien n' veut pas japper au loup.
+ Le loup n' veut pas sortir du bois.
+ Ha, j' te promets compèr' Brocard,
+ Tu sortiras de ce lieu-là.
+ Ha, j' te promets, etc.
+
+IV.
+
+ Il faut aller chercher l' bâton,
+ L' bâton n' veut pas battre le chien,
+ Le chien n' veut pas japper au loup,
+ Le loup n' veut pas sortir du bois.
+ Ha, j' te promets, etc.
+
+V.
+
+ Il faut aller chercher le feu,
+ Le feu n' veut pas brûler l' bâton,
+ L' bâton n' veut pas battre le chien,
+ Le chien n' veut pas japper au loup,
+ Le loup n' veut pas sortir du bois.
+ Ha, j' te promets, etc.
+
+VI.
+
+ Il faut aller chercher de l'eau,
+ L'eau n' veut pas éteindre le feu,
+ Le feu n' veut pas brûler l' bâton,
+ L' bâton n' veut pas battre le chien,
+ Le chien n' veut pas japper au loup,
+ Le loup n' veut pas sortir du bois.
+ Ha, j' te promets, etc.
+
+VII.
+
+ Il faut aller chercher le veau,
+ Le veau ne veut pas boire l'eau,
+ L'eau n' veut pas éteindre le feu,
+ Le feu n' veut pas brûler l' bâton,
+ L' bâton n' veut pas battre le chien,
+ Le chien n' veut pas japper au loup,
+ Le loup n' veut pas sortir du bois.
+ Ha, j' te promets, etc.
+
+VIII.
+
+ Il faut aller chercher l' boucher,
+ L' boucher n' veut pas tuer le veau,
+ Le veau ne veut pas boire l'eau,
+ L'eau n' veut pas éteindre le feu.
+ Le feu n' veut pas brûler l' bâton,
+ L' bâton n' veut pas battre le chien,
+ Le chien n' veut pas japper au loup,
+ Le loup n' veut pas sortir du bois.
+ Ha, j' te promets compèr' Brocard,
+ Tu sortiras de ce lieu-là,
+ Ha, j' te promets, Broquin Brocard,
+ Tu sortiras de ce lieu-là.
+
+IX.
+
+ Il faut aller chercher le diable,
+ Et le diable veut bien venir,
+ L' boucher veut bien tuer le veau
+ Et le veau veut bien boire l'eau,
+ L'eau veut bien éteindre le feu,
+ Le feu veut bien brûler l' bâton,
+ L' bâton veut bien battre le chien,
+ Le chien veut bien japper au loup,
+ Le loup veut bien sortir du bois.
+ Ha, j' te promets, compèr' Brocard,
+ Tu sortiras de ce lieu-là.
+
+
+
+LA PREMIÈRE SYLLABE.
+
+Pendant que nos jeunes filles sont assises, elles peuvent commencer un
+autre jeu qui demande encore de la rapidité dans l'exécution. Celle qui
+est en tête jette à sa voisine un mouchoir roulé en boule, et lui dit la
+première syllabe d'un mot à son choix. Il faut que l'autre réponde par
+une seconde syllabe pouvant s'ajouter à la première pour former un mot.
+Par exemple on dit: «ba,» elle répond «teau,» et elle jette la balle à
+celle qui suit, en disant «dé;» l'autre répond «mon;» et on continue
+jusqu'à la dernière du cercle; ensuite on recommence sans s'arrêter, si
+on trouve que le jeu soit assez amusant. Lorsqu'on répète un mot déjà
+dit, on donne un gage, comme pour tous les jeux de la même espèce.
+
+
+
+LA SYLLABE DEVINÉE.
+
+[Illustration: La syllabe devinée.]
+
+Pour ce jeu, il faut qu'une jeune fille sorte de la chambre, et en son
+absence, on fait choix d'une syllabe. Lorsqu'elle rentre, elle adresse
+une question à la première du rang, qui doit répondre par une phrase
+dont le dernier mot puisse s'ajouter après la syllabe choisie et former
+avec elle un mot. Il n'est pas nécessaire que l'orthographe soit juste.
+Pour rendre notre explication plus intelligible, nous reprenons la forme
+de dialogue. (_Henriette sort_).
+
+MARIE. Si vous voulez, nous prendrons la syllabe _ra_.
+
+TOUTES. Oui, c'est convenu. Viens, Henriette.
+
+HENRIETTE, _en rentrant_. Pourquoi, Marie, es-tu venue si tard
+aujourd'hui?
+
+MARIE. Parce que j'ai pris beaucoup de leçons qui m'ont occupée toute la
+journée; mais une autre fois je tâcherai de venir plus _tôt_
+(_ra-teau_).
+
+HENRIETTE. Et toi, Mathilde, as-tu bien travaillé?
+
+MATHILDE. Oui, mais je suis sortie de bonne heure et dans ma promenade
+j'ai rencontré une mendiante qui m'a fait bien de la peine; elle
+traînait par la main deux petits enfants, et elle en avait un troisième
+sur son _dos_ (_ra-deau_).
+
+HENRIETTE. Ton histoire est un peu longue, mais elle ne me fait pas
+deviner encore. Et toi, Émilie, commences-tu à bien jouer tes études?
+
+ÉMILIE. Il y en a une que je joue encore mal parce qu'elle est difficile
+à cause des changements de _tons_ (_ra-ton_).
+
+HENRIETTE. Je ne devine pas encore. Louise, tu as une grande tache à ta
+robe.
+
+LOUISE. Je le sais bien. C'est une robe qui a du malheur; je ne puis la
+mettre sans la _tacher_ (_rat-tacher_).
+
+HENRIETTE. Je ne devine pas. Ce sera toi, Hélène, qui me feras deviner.
+As-tu de jolis oiseaux dans ta volière?
+
+HÉLÈNE. Oui, très-jolis, et j'en ai beaucoup aussi; j'en ai plus de
+_vingt_.
+
+HENRIETTE. Ravin! C'est _ra_.
+
+Nous ne donnons qu'un aperçu de ce jeu, qui est assez joli. Il faut
+souvent inventer une histoire très-longue pour pouvoir placer un mot à
+la fin.
+
+
+
+L'APPRENTI.
+
+La personne qui commence le jeu dit qu'elle a mis son fils en
+apprentissage chez un tailleur, ou chez un cordonnier, ou chez un
+épicier, soit enfin dans toute autre profession qui puisse fournir les
+noms d'un grand nombre d'objets propres à être vendus. Elle dit la
+lettre initiale de la première chose que l'apprenti a fabriquée ou
+vendue. Les autres jeunes filles doivent deviner le mot dont elles ne
+savent que la première lettre. Si aucune d'elles ne dit juste, elle
+payent un gage, et on cherche un autre mot. On peut encore, à ce jeu,
+n'être que deux personnes, quoiqu'il soit plus animé si les joueurs sont
+en plus grand nombre. Nous allons en donner un court exemple dialogué:
+
+ÉMILIE. J'ai mis mon fils en apprentissage chez un épicier. La première
+chose qu'il a vendue commençait par un _c_.
+
+LOUISE. Du café.
+
+ÉMILIE. Non: un gage.
+
+MATHILDE. Du chocolat.
+
+ÉMILIE. Oui. A ton tour.
+
+MATHILDE. J'ai mis mon fils en apprentissage chez un confiseur. La
+première chose qu'il a vendue commençait par un _p_.
+
+HENRIETTE. Des pralines.
+
+MATHILDE. Non.
+
+MARIE. Des pruneaux.
+
+TOUTES. Non, non; un gage. Ce sont les épiciers qui vendent les
+pruneaux.
+
+MARIE. Eh bien! des prunes confites.
+
+MATHILDE. Non, ce n'est pas cela.
+
+LOUISE. Des pistaches.
+
+MATHILDE. Oui.
+
+MARIE. Comment n'y ai-je pas pensé, moi qui les aime tant!
+
+
+
+LES MOTS PROHIBÉS.
+
+Ce jeu est, dit-on, d'origine italienne. On convient d'adresser des
+questions auxquelles il faut répondre sans dire ni _oui_, ni _non_, ni
+_pourquoi_; ou bien ni _monsieur_, ni _madame_, ni _mademoiselle_. Le
+talent de celle qui dirige le jeu consiste à faire des questions
+embarrassantes qui obligent la personne qui répond à se servir de
+circonlocutions pour éviter l'emploi des mots défendus.
+
+
+
+LES COULEURS PROHIBÉES
+
+Si le jeu précédent nous vient d'Italie, celui-ci arrive d'Angleterre.
+On décide d'abord qu'on ne nommera pas certaines couleurs. L'une des
+jeunes filles dit: «Comment madame sera-t-elle habillée pour le bal?»
+Chacune à son tour propose un article de toilette, et si elle nomme la
+couleur que l'on est convenu d'omettre, elle donne un gage. Pour rendre
+le jeu plus difficile, on peut supprimer deux couleurs.
+
+
+
+LA PENSÉE, OU A QUOI RESSEMBLE CE QUE JE PENSE?
+
+Les jeunes filles ayant pris leurs places, la première pense à quelque
+objet bien déterminé; par exemple, au soleil, à une montre, à un
+chapeau, etc. Et elle dit à chacune successivement: «A quoi ressemble ce
+que je pense?» Chacune donne sa réponse, faite au hasard, puisqu'elle
+ignore la pensée. Elle répond donc: «A un gant, à une épingle, à quelque
+objet matériel enfin à son choix. Celle qui a interrogé doit dire
+ensuite quelle a été sa pensée et demander aux autres les rapports qu'il
+peut y avoir entre cet objet et ceux qui ont figuré dans les différentes
+réponses. Celle qui est incapable de trouver un rapport donne un gage.
+Nous mettons ce jeu en action pour le rendre plus intelligible:
+
+MARIE. Hélène, à quoi ressemble ma pensée?
+
+HÉLÈNE. A la pluie.
+
+MARIE. Henriette, réponds.
+
+HENRIETTE. A une fleur.
+
+MARIE. A toi, Louise.
+
+LOUISE. A une cloche.
+
+MARIE. Émilie, à quoi ressemble ce que je pense?
+
+ÉMILIE. A une chouette.
+
+MARIE. Mathilde, que répondras-tu?
+
+MATHILDE. A une étoile.
+
+MARIE. A la pluie, à une fleur, à une cloche, à une chouette, à une
+étoile.
+
+HÉLÈNE. Je ne vois pas comment ta pensée pourra ressembler à des choses
+si différentes.
+
+MARIE. Ma pensée, c'est la lune. Hélène, quel rapport y a-t-il entre la
+lune et la pluie?
+
+HÉLÈNE. Toutes les deux causent des inondations. Vous savez que la lune
+influe sur les marées, qui peuvent être très considérables, et la pluie
+fait grossir les fleuves et les rivières, et les fait, par conséquent
+déborder.
+
+MARIE. Ton explication est très-savante. Maintenant, Henriette, dis-moi
+quelle ressemblance il y a entre la lune et une fleur?
+
+HENRIETTE. C'est qu'elles changent de forme tous les jours.
+
+MARIE. Pourquoi la lune est-elle comme une cloche?
+
+LOUISE. Comme une cloche? Je ne sais pas; j'ai beau chercher, je ne
+trouve rien. Voilà mon gage.
+
+MARIE. Émilie, pourquoi la lune est-elle comme une chouette?
+
+ÉMILIE. Oh! c'est bien facile à trouver. C'est parce qu'elles paraissent
+toutes les deux la nuit.
+
+MARIE. Mathilde, quel rapport y a-t-il entre la lune et une étoile?
+
+MATHILDE. La lune est un astre et l'étoile aussi.
+
+Voilà un aperçu de la manière dont on peut jouer ce jeu, qui nous paraît
+assez ingénieux.
+
+
+
+LES COMPARAISONS.
+
+C'est à peu près le même jeu que le précédent; mais l'explication qui en
+sera donnée montrera suffisamment sous quel rapport il en diffère et en
+quoi ils se ressemblent l'un et l'autre.
+
+On compare quelqu'un à un objet quelconque; et comme il n'y a point de
+comparaison qui soit exactement parfaite, on dit en quoi est la
+ressemblance et en quoi est la différence. Par exemple, on dira: «Je
+compare Mlle *** à une rose. Elle en a la fraîcheur et l'éclat: voilà la
+ressemblance; mais la rose est environnée d'épines et blesse ceux qui
+l'approchent: voilà la différence.» Nous laissons aux jeunes filles qui
+choisiront ce jeu le soin de trouver des comparaisons plus neuves et
+plus ingénieuses que celle-ci, nous avons seulement voulu leur donner un
+exemple.
+
+
+
+LES PROPOS INTERROMPUS.
+
+C'est encore une des variétés de ces jeux dans lesquels les demandes et
+les réponses s'entre-croisent d'une manière bizarre pour produire au
+hasard, soit des réponses qui surprennent par leur justesse, soit des
+contre-sens qui amusent encore davantage. Nous le mettons en action pour
+le rendre plus intelligible.
+
+HENRIETTE. Je vais faire une question tout bas à Marie, qui est à ma
+droite, et elle me répondra aussi tout bas. Elle fera une question à
+celle qui vient après elle, qui lui répondra. Lorsque le tour du cercle
+sera fini, je reprendrai tout haut la question de ma voisine de gauche,
+qui est la dernière, et j'y répondrai par la réponse que ma voisine de
+droite m'a faite en commençant; ensuite celle-ci dira ma question et
+dira la réponse de celle qui est à sa droite, et ainsi de suite jusqu'à
+la fin. Ayez bien soin de vous souvenir des questions et des réponses
+qui vous sont faites. Marie, à quoi sert un soufflet?
+
+MARIE. A souffler le feu. (_A Émilie_). A quoi servent les pompes des
+pompiers?
+
+ÉMILIE. A éteindre le feu. (_A Juliette_). A quoi sert une charrue?
+
+JULIETTE. A labourer la terre. (_A Hélène_). A quoi sert un bonnet?
+
+HÉLÈNE. A couvrir la tête. (_A Mathilde_). A quoi sert un soulier?
+
+MATHILDE. A chausser le pied. (_A Louise_). A quoi sert une épingle
+noire?
+
+LOUISE. A attacher les cheveux. (_A Henriette_). A quoi sert un
+baromètre?
+
+HENRIETTE. A marquer la pesanteur de l'air. (_Haut_) Nous allons voir
+maintenant si les réponses s'accordent bien. Louise m'a demandé à quoi
+servait un baromètre, et Marie m'a répondu: à souffler le feu.
+
+MARIE. Henriette m'a demandé à quoi servait un soufflet, et Émilie m'a
+répondu à éteindre le feu.
+
+ÉMILIE. Marie m'a demandé à quoi servent les pompes des pompiers, et
+Juliette m'a répondu: à labourer la terre.
+
+JULIETTE. Émilie m'a demandé à quoi servait une charrue, et Hélène a
+répondu: à couvrir la tête.
+
+HÉLÈNE. Juliette m'a demandé à quoi servait un bonnet, et Mathilde m'a
+répondu: à chausser le pied.
+
+MATHILDE. Hélène m'a demandé à quoi servait un soulier, et Louise m'a
+répondu: à attacher les cheveux.
+
+LOUISE. Mathilde m'a demandé à quoi servait une épingle noire, et
+Henriette m'a répondu: à mesurer la pesanteur de l'air.
+
+Ce jeu, qui produit ce qu'on appelle des _coq-à-l'âne_[14] demande un
+certain effort de la mémoire pour ne pas oublier les demandes et les
+réponses. Nous allons encore citer quelques jeux qui rentrent dans la
+même catégorie.
+
+[Note 14: On appelle ainsi des discours sans suite et sans raison, dont
+les parties n'ont pas plus de rapport entre elles, qu'un _coq_ n'en a
+avec un _âne_.]
+
+
+
+LES PROPOS INTERROMPUS PAR ÉCRIT.
+
+Les jeunes filles qui prennent part à ce jeu écrivent chacune sur un
+petit carré de papier une question, la plus bizarre possible. On mêle
+les petits papiers dans une boîte ou dans une corbeille. Chaque joueuse
+tire un de ces billets et y répond sur un autre papier, puis elle met sa
+réponse dans une seconde corbeille et remet la demande dans la première.
+On tire ensuite alternativement une demande et une réponse, mais la
+réponse ne sort presque jamais en même temps que la demande pour
+laquelle on l'avait faite.
+
+Une variété de ce jeu consiste à mettre la réponse sur le même papier
+que la question. Tout l'intérêt repose alors sur l'esprit ou sur la
+bizarrerie de l'une ou de l'autre, ou sur l'anonyme que gardent les
+auteurs et que l'on s'efforce de pénétrer. Pour cette seconde manière de
+jouer, les questions sont tirées de même, et la réponse y est faite par
+une personne autre que celle qui a fait la question.
+
+Au reste, nous renvoyons au jeu du _secrétaire_, qui a quelque analogie
+avec celui-là, et pour lequel nous donnons de plus grands
+développements.
+
+
+
+LES POURQUOI ET LES PARCE QUE.
+
+Ce jeu diffère du précédent en ce que la réponse n'est pas donnée
+directement, mais passe par un tiers, c'est-à-dire qu'une personne fait
+une question tout bas à sa voisine; celle-ci lui demande _pourquoi_, et
+l'autre voisine de la personne du milieu fait la réponse, en sorte que
+celle qui est au milieu ne sert que d'intermédiaire entre les deux
+autres, pour adresser la question «pourquoi?» et pour retenir ce que
+l'autre lui a dit à l'oreille. Cette manière de jouer aux propos
+interrompus produit des effets plus bizarres encore que la précédente,
+mais elle est moins animée.
+
+
+
+LA NARRATION.
+
+Pour ce jeu, il est d'usage d'avoir de longs rubans que chaque joueuse
+tient par un bout, tandis que tous les autres bouts sont réunis dans la
+main de celle qui dirige le jeu. Celle-ci commence une histoire ou
+narration, et s'arrêtant après deux ou trois phrases, elle donne une
+secousse à un des rubans. Celle à qui s'adresse ce signal doit continuer
+_immédiatement_ la narration, en tâchant de bien lier ce qu'elle dit
+avec ce qui se disait au moment où elle a repris. Ce jeu demande une
+certaine invention pour trouver des détails qui soient un peu
+intéressants. On en jugera mieux par l'exemple que nous allons donner.
+Celle qui tient les rubans commence ainsi (les points marquent les
+interruptions et les reprises):
+
+«La neige tombait par flocons épais quand Alice se leva le matin. Elle
+pensa qu'elle ne pourrait pas monter à cheval ce jour-là, à cause du
+mauvais temps, et descendit à la salle à manger, où elle trouva.....
+
+«Une dame qu'il lui sembla avoir déjà rencontrée quelque part, et un
+petit garçon de sept ou huit ans qui avait de beaux yeux noirs et
+d'abondants cheveux bouclés. «Vous ne me reconnaissez pas, Alice, lui
+dit cette personne; je suis....
+
+«La femme de chambre de votre cousine Jeanne, que vous n'avez pas vue
+depuis six ans, et voilà son petit garçon que je vous amène. Il lui est
+arrivé, il y a quelques jours, une aventure bien extraordinaire. Il
+était allé au bois de Boulogne avec un domestique. Là....
+
+«Le domestique l'ayant perdu de vue un moment, il se trouva seul, et,
+comme il le cherchait avec inquiétude, son air effaré attira auprès de
+lui....
+
+«Une troupe de petits gamins assez déguenillés qui commencèrent à le
+tourmenter. Comme il est très-vif, il ne put supporter leurs mauvais
+propos et donna un soufflet à l'un d'eux, qui....
+
+«Se jeta sur lui et commençait à le battre, lorsqu'ils virent paraître
+tout à coup un monsieur qui se trouvait être, etc....»
+
+Nous ne donnerons pas la suite de l'histoire, et nous engageons nos
+jeunes lectrices à la terminer elles-mêmes, ou à en inventer de
+meilleures dont elles sauront faire «le modèle des narrations
+agréables,» comme le dit Mme de Sévigné avec raison, de sa lettre que
+l'on appelle _la lettre de la prairie_.
+
+Si l'on veut au contraire faire une narration absurde, le jeu sera
+peut-être moins difficile, mais nous préférons une narration suivie et
+un peu élégante. Toutefois, nous allons donner un exemple de ce que peut
+être un discours dont les idées n'ont aucune liaison entre elles.
+
+[Illustration: La narration.]
+
+«C'était par une belle nuit d'été, alors que le soleil, prêt à se
+plonger dans la mer, comme un charbon rougi aux feux de la forge, jetait
+encore un dernier éclat....
+
+«Vraiment, s'écria Hippolyte, il fait noir comme dans un four. Que
+demanderons-nous ce matin pour notre déjeuner? J'ai envie d'oeufs à la
+coque...
+
+«A ces mots, ils poursuivirent leur course, renversant tout sur leur
+passage; leurs chevaux excités refusaient de s'arrêter malgré tous leurs
+efforts....
+
+«La vague grossissait toujours et menaçait de les engloutir; déjà
+plusieurs lames avaient pénétré dans leur frêle embarcation. Tout
+faisait pressentir un prochain désastre....
+
+«Lorsque la voix d'un chien se fit entendre; c'était celui du portier de
+leur maison, rue Neuve-Saint-Roch. Ces aboiements réitérés annonçaient
+leur arrivée....
+
+«Chacun s'empressa d'accourir. La vue de ce fidèle animal rappelait des
+jours qui n'étaient plus; mais l'ardente chaleur de cette après-midi....
+
+«Les accablait et semblait faite pour les inviter au repos. Ils
+s'assirent donc en cercle auprès d'un rocher qui leur prêtait son
+ombre....
+
+«L'endroit leur paraissant convenable, chacun s'empressa de faire un
+grand feu. L'intensité du froid rendait cette précaution plus nécessaire
+que jamais.»
+
+Nous sommes obligés d'avertir, en donnant ce modèle de contre-sens,
+qu'il ne nous est pas venu à la pensée d'imiter la forme de quelques
+romans modernes.
+
+
+
+LE JOURNAL.
+
+Ce jeu, moins difficile que le précédent, lui ressemble sous quelques
+rapports. La jeune fille qui le dirige doit avoir un livre ou un journal
+contenant un récit sérieux. Chacune des autres choisit un métier, comme
+confiseur, épicier, marchand de joujoux, marchande de modes, etc. Elles
+se placent vis-à-vis de la lectrice. Celle-ci, en lisant, s'arrête quand
+elle rencontre un substantif et quelque fois un verbe, et regarde celle
+qui doit parler, ou bien tire un ruban, comme nous l'avons indiqué plus
+haut. La jeune fille à qui s'adresse ce langage muet doit à l'instant
+placer un mot qui se rapporte au métier qu'elle a choisi. La lectrice
+alors finit la phrase, et continue, s'arrêtant de nouveau aux endroits
+que nous avons déjà indiqués, et regardant tantôt l'une, tantôt l'autre
+de ses compagnes. Celle qui ne répond pas, ou qui fait une erreur, paye
+un gage. L'exemple que nous allons donner suffira pour notre
+explication.
+
+MARIE. Asseyez-vous toutes en face de moi; voici mon journal. Quels
+métiers choisissez-vous?
+
+HÉLÈNE. Je suis épicier.
+
+HENRIETTE. Moi, quincailler.
+
+LOUISE. Moi, fruitière.
+
+MATHILDE. Moi, je serai lingère.
+
+ÉMILIE. Moi, marchande de nouveautés.
+
+JULIETTE. Moi, je serai herboriste.
+
+MARIE. Je commence: _Une grande_....
+
+HÉLÈNE. Bougie.
+
+MARIE. _Se fait sentir dans notre_....
+
+HENRIETTE. Arrosoir.
+
+MARIE. _A plusieurs reprises cette semaine des_....
+
+LOUISE. Carottes.
+
+MARIE. _Ont proféré des cris séditieux. Des_....
+
+MATHILDE. Bonnets.
+
+MARIE. _Considérables, se sont formés en cherchant à séduire les_....
+
+ÉMILIE. Gros de Naples.
+
+MARIE. _Honnêtes de notre_....
+
+JULIETTE. Graine de lin.
+
+«Une grande agitation se fait sentir dans notre ville. A plusieurs
+reprises, cette semaine, des groupes ont proféré des cris séditieux. Des
+attroupements considérables se sont formés en cherchant à séduire les
+habitants honnêtes de notre ville.»
+
+On continue ainsi jusqu'à la fin de l'article, si le jeu amuse.
+
+
+
+L'AVOCAT.
+
+Toutes les jeunes filles se placent en rond, ou sur deux lignes, en
+nombre égal. Au milieu se tient celle qui fait les questions. Quand elle
+s'adresse à une des compagnes, il faut que ce soit sa voisine qui
+réponde pour elle, en parlant à la première personne, comme l'avocat qui
+prend fait et cause pour son client. Cette complication amène des
+erreurs fréquentes, qui obligent à donner des gages. Nous allons
+développer le jeu à l'aide du dialogue. Henriette fait les questions;
+elle s'adresse à Marie, qui a Mathilde à sa droite.
+
+HENRIETTE. Marie, aimes-tu bien Mathilde?
+
+MATHILDE. Oui, elle l'aime beaucoup.
+
+HENRIETTE. Un gage, Mathilde; il fallait répondre: «Oui, _je_ l'aime
+beaucoup.»
+
+MATHILDE. Mais je ne pouvais pas répondre cela de moi-même.
+
+HENRIETTE. C'est le jeu. Tu sais que les avocats parlent souvent comme
+s'ils étaient la partie intéressée. Ne disent-ils pas: «Comment, j'ai
+passé dans votre pré avec mon âne! Vous osez dire que mes poules ont
+mangé votre grain; et je prends à témoins tous mes voisins que je les
+renferme dans mon poulailler!» Allons, continuons, Émilie, chante avec
+ta voisine: «Au clair de la lune,» à deux parties. (_Émilie et Hélène
+chantent_.)
+
+HENRIETTE. C'est Hélène qui devait chanter la première partie, et Émilie
+la seconde, parce que je m'adressais à Émilie. Et toi, Louise,
+saurais-tu chanter aussi?
+
+LOUISE. Que faut-il que je chante?
+
+HENRIETTE. Allons, encore un gage. C'était à Juliette à répondre.
+
+JULIETTE. C'est vrai, je n'y ai pas pensé.
+
+HENRIETTE. Juliette, n'est-ce pas qu'Hélène a un bon caractère?
+
+HÉLÈNE. Non, il y a des moments où je ne suis pas aimable.
+
+HENRIETTE. Hélène, ta petite soeur Julia ne serait-elle pas en état de
+jouer avec nous?
+
+MARIE. Oui, je trouve que nous pourrions amener ma petite soeur et
+choisir pour elle des jeux simples.
+
+Nous conseillons ce jeu, qui n'est pas très-difficile et qui peut amener
+des réponses inattendues, si on veut se donner la peine de le bien
+jouer.
+
+
+
+LA SELLETTE.
+
+Nous ne quitterons pas le _tribunal_ sans expliquer le jeu de la
+sellette, qui est un de ceux que l'on aime le mieux quand la compagnie
+est un peu nombreuse. On sait que la _sellette_ est le siége sur lequel
+se place un accusé. On prend un petit tabouret, qui en tient lieu; on le
+place au milieu de la chambre, et la personne coupable s'assied. Une
+autre fait le tour du cercle et demande tout bas à chaque juge quelle
+est son accusation. Quand on a pris l'opinion de chaque personne, on la
+dit tout haut à l'accusé, qui doit deviner qui a parlé contre lui. Nous
+supposons qu'Henriette est sur la sellette. Elle peut faire, si elle
+veut, un petit discours pour attendrir ses juges, pendant qu'on
+recueille les opinions. Cela n'est pas hors du jeu, qu'il faut animer
+autant que possible.
+
+MARIE _interroge tout bas les juges, puis elle dit_: Henriette, tu es
+sur la sellette, parce qu'on t'accuse de chanter faux. De qui vient ce
+reproche?
+
+HENRIETTE. C'est Louise qui me fait ce reproche. Parce qu'elle a la voix
+très-juste, elle est très-difficile pour les autres.
+
+MARIE. Non, c'est Hélène. Donne un gage. On t'accuse d'être paresseuse.
+
+HENRIETTE. C'est toi, Marie, parce que j'ai mieux aimé me promener
+aujourd'hui que de travailler avec toi au jardin.
+
+MARIE. Non, c'est Juliette. La cour exige que tu donnes encore un gage.
+On t'accuse de n'avoir pas l'air de te repentir.
+
+HENRIETTE. Oh! c'est Mathilde qui a dit cela.
+
+MARIE. Oui, c'est Mathilde. A ton tour, sur la sellette.... Mathilde, on
+t'accuse d'être gourmande.
+
+MATHILDE. Je reconnais Henriette, parce que j'ai voulu manger la moitié
+de ses cerises.
+
+MARIE. Non, ce n'est pas elle.
+
+MATHILDE. Qui est-ce donc?
+
+MARIE. On n'est pas obligé de nommer quand on n'a pas deviné juste. Il
+suffit qu'on dise: «Non, ce n'est pas telle personne.» On t'accuse
+d'être étourdie.
+
+MATHILDE. Oh! si ma gouvernante était ici, je serais bien certaine que
+c'est elle; mais je sais qu'elle l'a dit ce matin à Hélène, et c'est
+Hélène qui répète l'accusation.
+
+HÉLÈNE. Va donc me juger à ton tour.
+
+
+
+LES CONSÉQUENCES.
+
+On coupe de petits morceaux de papier ou des cartes d'égale grandeur. On
+en peut faire environ quatre douzaines. Sur la moitié, on écrit le nom
+de personnes que l'on connaît. Sur le troisième quart on écrit le nom
+d'un endroit comme: _A la campagne_, _en voiture_, _au spectacle_.
+Enfin, sur le dernier quart, on écrit _les conséquences_ ou ce qui est
+arrivé aux personnes dont les noms ont été écrits d'abord. Par exemple,
+on écrit: _Ont déchiré leurs gants, ont perdu leurs souliers, se sont
+querellées_. Quand tout est prêt, on fait trois parts: l'une de tous les
+noms réunis, l'autre des endroits, la troisième _des conséquences._ On
+tire deux noms, et enfin en suivant une carte de chacune des autres
+parts. En les lisant, on peut faire de singulières rencontres ou
+produire de bizarres assemblages. Par exemple: _Caroline et Marie ont
+été dans la rivière, et se sont brûlées_.
+
+
+
+LE SECRÉTAIRE.
+
+Ce jeu n'est que le perfectionnement du précédent. Les grandes personnes
+même peuvent s'en amuser en y mettant toutes les ressources de leur
+esprit. On a également des cartes, mais assez grandes pour écrire
+beaucoup de choses. On écrit en tête le nom de chacune des personnes de
+la compagnie. On les met dans une corbeille que l'on couvre. Chacun tire
+au hasard et écrit sur la carte qui lui échoit une phrase. On les remet
+dans la corbeille; on les tire une seconde fois; sur celle que l'on a
+prise, on met encore une phrase, et ainsi de suite jusqu'à ce que les
+cartes soient remplies. Il faut bien cacher à ses voisins ce que l'on
+écrit, dissimuler son écriture, et, chaque fois que l'on a fini sa
+phrase, qui doit être courte, mettre quelques points pour la distinguer
+de celle d'une autre personne. Nous allons supposer que nos jeunes
+filles sont encore réunies, qu'elles ont rempli les cartes par le
+procédé que l'on a indiqué plus haut, et qu'elles vont y lire des
+compliments ou des vérités.
+
+[Illustration: Le secrétaire.]
+
+HENRIETTE. Ah! voilà la carte de Marie. Voyons ce qu'on y a écrit.
+
+MARIE. Elle a beaucoup de raison pour son âge... Aussi ne fait-elle pas
+grande attention aux jeux.... C'est pourquoi elle donne tant de gages...
+
+JULIETTE. Est-ce que ce sont des vers? voilà deux rimes.
+
+HENRIETTE. Il ne faut pas interrompre la lecture ni faire de réflexions.
+Je continue: Elle devrait bien relever ses cheveux....
+
+JULIETTE. Encore une rime!
+
+HENRIETTE. Tu es terrible, Juliette, avec tes interruptions.... Elle ne
+se fâche jamais.... Pourquoi se fâcherait-elle contre ses amies? Il y en
+a tant d'autres qui le font...
+
+MARIE. J'avais peur d'entendre de dures vérités, mais je vois qu'on m'a
+bien ménagée. C'est à moi de lire une carte maintenant. Ah! c'est celle
+de Juliette. On dit que les petites filles sont bavardes.... Ce n'est
+pas Juliette qui fera dire le contraire.... Il faut bien que chacun ait
+un petit défaut.... Celui-là n'est pas le plus grave de tous.... Non, si
+elle n'était pas aussi un peu indiscrète.... Vous êtes trop sévères pour
+la pauvre Juliette... Cela ne nous empêche pas de l'aimer de tout notre
+coeur.
+
+JULIETTE. Je ne suis pas fâchée contre celles qui ont écrit tout ce mal
+de moi, parcequ'elles me le disent toute la journée; ainsi je dois y
+être habituée. C'est à mon tour de tirer ma carte. C'est celle de
+Louise.
+
+Nous ne multiplions pas ces exemples, qui n'auraient que peu d'intérêt,
+et nous pensons que le jeu est suffisamment compris, mais nous ne
+pouvons trop recommander aux jeunes filles qui auront à écrire sur les
+cartes de leurs compagnes, de se souvenir que ceci n'est qu'un jeu, et
+que si elles veulent s'en servir pour donner quelques avis, il faut
+qu'elles y mettent de grands ménagements. Il en est de même pour le jeu
+de la sellette, pour celui des contre-vérités, etc. On peut plaisanter
+des légers travers de ses amis, mais les défauts véritables sont choses
+trop sérieuses pour qu'il en soit question au milieu d'innocents
+amusements.
+
+
+
+LES DEVISES.
+
+Chacune des jeunes filles choisit une fleur. On la lie avec un lien
+analogue à l'idée que représente la fleur que l'on a choisie, on la
+place dans un vase qui répond aussi à l'idée primitive, et enfin on y
+ajoute une devise toujours en rapport avec cette même idée. Pour faire
+comprendre ce joli jeu, qui est assez difficile, nous revenons à nos
+petites scènes dialoguées. Nous n'aurons plus beaucoup d'occasions d'y
+recourir.
+
+HÉLÈNE. Je prends des immortelles.
+
+MARIE. Moi des violettes.
+
+HENRIETTE. Moi, une rose.
+
+LOUISE. Moi, un bouquet de houx.
+
+JULIETTE. Je prends un beau pavot.
+
+MATHILDE. Moi, des soucis.
+
+ÉMILIE. Et moi, un lis.
+
+HÉLÈNE. Je lie mes immortelles avec un cordon de soie verte.
+
+MARIE. Moi, mes violettes avec un brin d'herbe.
+
+HENRIETTE. J'attache la rose avec un ruban d'or.
+
+LOUISE. Je lie mon bouquet de houx avec une chaîne d'acier.
+
+JULIETTE. Je lie mon beau pavot avec un ruban de velours rouge.
+
+MATHILDE. Je lie mes soucis avec une des cordes de mon piano.
+
+ÉMILIE. J'attache mon lis superbe avec un ruban blanc.
+
+HÉLÈNE. Je place mes immortelles dans un vase de porphyre.
+
+MARIE. Mes violettes, je les mets dans un petit pot de terre.
+
+HENRIETTE. Je mets ma rose dans un vase de cristal.
+
+LOUISE. Mon bouquet de houx, dans un vase de fer.
+
+JULIETTE. Je mets mon pavot dans un vase de Chine.
+
+MATHILDE. Mes soucis, je les mets dans un vase de marbre noir.
+
+ÉMILIE. Et moi, mon lis, dans un vase d'albâtre.
+
+HÉLÈNE. Sur mes immortelles liées avec un ruban de soie verte, symbole
+d'espérance, et mises dans un vase de porphyre, le plus durable des
+marbres, je grave cette devise: _ne cherchez que la vraie gloire_.
+
+MARIE. A mes violettes, dans leur humble vase, liées avec un brin
+d'herbe, je mets cette devise: _Leur parfum les fait découvrir_.
+
+HENRIETTE. La rose, liée avec un ruban d'or, et placée dans un beau vase
+de cristal, aura pour devise: _Elle ne vivra que l'espace d'un matin_.
+
+LOUISE. Mon bouquet de houx, lié avec une chaîne d'acier, mis dans un
+vase de fer, aura cette devise: _Qui s'y frotte s'y pique_.
+
+JULIETTE. Mon pavot, qui est lié avec un ruban de velours rouge, et mis
+dans un vase de Chine, aura cette devise: _Plus d'éclat que de vrai
+mérite_.
+
+MATHILDE. J'ai mis mes soucis dans un vase de marbre noir; je les ai
+liés avec les cordes de mon piano, et j'écris dessus: _On les retrouve
+partout_.
+
+ÉMILIE. Sur le vase d'albâtre qui contient mon lis, lié avec un ruban
+blanc, je fais graver cette devise que je viens de lire: _Ex candore
+decus_, et dont voici la traduction: _Sa beauté vient de sa blancheur_.
+
+
+
+LES MÉTAMORPHOSES.
+
+Il est encore question de fleurs dans ce jeu: mais elles doivent
+représenter des personnes présentes ou absentes. On forme un bouquet
+composé de trois, quatre ou cinq fleurs au plus, en l'absence d'une des
+jeunes filles, qui doit faire un emploi quelconque des fleurs que l'on a
+choisies, et qui ne sait pas quelles sont les personnes ainsi
+métamorphosées. On ne le lui dit qu'après, et le seul intérêt du jeu est
+de faire un choix de fleurs qui induise en erreur la personne à qui on
+les offre. Donnons-en un court exemple:
+
+Émilie sort, et on décide de choisir trois fleurs: une pensée, un pied
+d'alouette et une jacinthe.
+
+Lorsque Émilie rentre on lui demande ce qu'elle en fait. Elle répond
+qu'elle met la pensée sur son coeur; qu'elle jette loin le pied
+d'alouette qu'elle n'aime pas, et qu'elle met la jacinthe sur sa
+fenêtre, parce que l'odeur en est trop forte. Alors on lui apprend
+qu'elle a mis sur son coeur une vieille femme du village, qu'elle a
+rejeté son amie Marie, représentée par le pied d'alouette, et qu'elle a
+mis sur sa fenêtre sa petite soeur qui vient de naître.
+
+Ce jeu est encore employé comme une des pénitences quand on tire des
+gages, ainsi que nous le verrons à la fin de cette quatrième partie.
+
+
+
+LA VOLIÈRE.
+
+Chacune des jeunes filles prend le nom d'un oiseau. Celle qui dirige le
+jeu, après avoir reçu tout bas les noms d'oiseaux, dit tout haut: «J'ai
+dans ma volière un serin, un hibou, un colibri, etc.,» mais en
+brouillant l'ordre pour qu'on ne sache pas quel est l'oiseau que chacune
+a choisi. La première jeune fille dit alors tout haut: «Je donne mon
+coeur à tel oiseau, je confie mon secret à tel oiseau, j'arrache une
+plume à tel oiseau.» Ensuite, celle qui dirige le jeu, en se souvenant
+bien de ce que chacune a dit à son tour, ou l'écrivant si elle craint de
+ne pas s'en souvenir, déclare que l'oiseau auquel l'une a donné son
+coeur, est telle de ses compagnes, et qu'elle doit l'embrasser; qu'elle
+doit aller faire une confidence à celle à qui elle a confié son secret,
+et demander un gage à celle à qui elle a arraché une plume.
+
+Ce jeu ressemble un peu à celui des métamorphoses; on devient oiseau, au
+lieu de se changer en fleur. Il n'y faut faire figurer que les personnes
+présentes.
+
+LE PAPILLON ET LES FLEURS.
+
+Chacune des jeunes filles prend le nom d'une fleur, et celle qui dirige
+le jeu fait le rôle de papillon. Si quelques jeunes garçons étaient
+admis parmi les jeunes filles, ils pourraient représenter les insectes;
+sinon, il faut, pour éviter toute confusion, que les jeunes filles
+chargées de ce rôle se mettent toutes d'un côté et les fleurs de
+l'autre, en forme de demi-cercle. Le papillon se place en face d'elles.
+
+Il y a dans ce jeu huit règles qui doivent être soigneusement observées:
+
+1º Les insectes sont représentés par des garçons, s'il est possible, et
+les fleurs par des jeunes filles.
+
+2º On ne doit appeler que les insectes ou les fleurs qu'on a désignés.
+Par exemple, s'il y a six jeunes filles, on conviendra que l'une est le
+lis, une autre la balsamine, une autre la violette, la quatrième sera
+l'oeillet, la cinquième sera la marguerite, et la sixième sera le
+muguet. Si on appelle la rose, qui ne s'y trouve pas, on devra un gage.
+De l'autre côté, les six autres prennent les noms de chenille, de
+cerf-volant, d'abeille, de ver à soie, de fourmi et de guêpe. Si on
+appelle la mouche, on donne un gage.
+
+3º On ne devra pas appeler deux fois le même insecte ou la même fleur.
+
+4º Quand on nommera le _jardinier_, toutes les jeunes filles
+représentant les fleurs étendront les bras comme pour montrer avec quel
+plaisir les fleurs déploient leur feuillage lorsque le jardinier vient
+les arroser. Tous ceux qui portent le nom d'insectes, au contraire,
+devront faire un petit saut en arrière comme pour fuir le jardinier.
+
+5° Au mot _arrosoir_, les fleurs devront relever leur tête, et les
+insectes baisser la leur en se mettant à genoux, par crainte d'être
+mouillés.
+
+6° Au mot _soleil_, les fleurs et les insectes se lèveront tous, aimant
+également le soleil.
+
+7° Chacune doit parler quand elle entend son nom.
+
+8° Après avoir pris les positions indiquées dans les articles 4, 5 et 6,
+chacun restera comme il est, jusqu'à ce qu'on appelle quelque fleur ou
+quelque insecte. (Voy. plus bas à l'exemple de la guêpe.) Quand on
+manque à une de ces règles, on donne un gage.
+
+Il n'y a pas de règle établie pour ce qui doit être dit par les
+personnes qui jouent. Cela dépend d'elles et de la vivacité de leur
+esprit. L'intérêt du jeu consiste à bien dire ce qui est dans le
+caractère du rôle que l'on a choisi, soit en improvisant, soit en
+récitant quelque morceau de littérature que l'on se rappellerait à
+propos. Nous allons donner quelques exemples pour nous faire comprendre.
+Nos jeunes lectrices trouveront sans doute des choses meilleures à dire
+que tout ce que nous pourrions leur indiquer. Après que tout a été
+disposé selon l'ordre indiqué, le papillon commence.
+
+LE PAPILLON. O belle fleur! comment pourrai-je te louer? On dit que je
+suis inconstant, que je vais de fleur en fleur, mais je veux prouver ma
+constance en me reposant longtemps sur les feuilles de ce beau lis.
+
+LE LIS. Votre flatterie prouve votre inconstance. Les amis fidèles ne se
+vantent pas de leur amitié. De quelle valeur sont vos compliments pour
+une fleur qui ne veut entr'ouvrir son calice que pour les purs rayons du
+_soleil_ (tous se lèvent)? Votre flatterie me déplaît presque autant que
+les piqûres de la _guêpe_. (Ici la guêpe qui est restée debout avec les
+autres, jusqu'à ce qu'un nom fût prononcé, se rassied et dit:)
+
+LA GUÊPE. Quoi qu'en disent les fleurs, elles ne sont jamais si
+contentes que quand on leur fait des compliments. Même quand la
+sécheresse leur fait baisser la tête, elles sont fâchées de voir venir
+le _jardinier_ (voy. art. 4), de peur que son _arrosoir_ (voy. art. 5)
+ne dissipe et n'éloigne la foule des insectes qui voltigent autour
+d'elles, surtout autour de la _balsamine_.
+
+Nous avons donné des exemples qui suffiront à faire comprendre le jeu,
+et nous laisserons maintenant l'abeille répondre seule.
+
+
+
+LES SIGNES.
+
+Chaque jeune fille, dans ce jeu, représente un animal dont elle imite le
+cri, le grognement ou le chant, et s'il est possible quelques-uns des
+mouvements. L'intérêt consiste à changer rapidement de rôle entre les
+divers acteurs. On n'est pas obligé de prendre le rôle de l'animal qui
+vient de prendre le vôtre; on peut choisir celui de tel autre personnage
+de la ménagerie, lequel peut à son tour contrefaire tel animal qui lui
+convient.
+
+
+
+LES MAGOTS.
+
+La jeune fille qui commence dit à sa voisine à droite: _Mon vaisseau est
+revenu de la Chine_. L'autre demande: _Qu'a-t-il apporté?_ La première
+répond: _Un éventail_, et elle fait avec sa main droite le geste de
+s'éventer. Toutes les personnes présentes font le même geste. La seconde
+à son tour dit à la troisième: _Mon vaisseau_, etc., et, sur sa
+question, répond: _Deux éventails_, en ajoutant le geste de la main
+gauche, qui est imité par tous les autres. A la troisième, on dit:
+_trois éventails_, et on fait agir le pied droit sans cesser d'agiter
+les deux mains. Au _quatrième éventail_, on remue le pied gauche; au
+cinquième, la paupière de l'oeil droit; au sixième, celle de l'oeil
+gauche; au septième éventail, la bouche; au huitième enfin la tête. Ces
+mouvements exécutés tous à la fois par toutes les jeunes filles qui
+jouent, leur donnent une complète ressemblance avec des pantins à
+ressorts ou de petits magots de la Chine.
+
+
+
+LE BÂTIMENT.
+
+Celle qui dirige le jeu fait prendre aux autres les noms des matériaux,
+des outils ou des parties qui composent un bâtiment, comme le plâtre, la
+chaux, la pierre, la truelle, le balcon, l'escalier, etc.; ensuite elle
+fait un discours où elle parle d'un édifice qu'elle a entrepris, nommant
+toutes les choses l'une après l'autre, et celle qui en porte le nom doit
+aussitôt répéter ce nom deux fois, ou payer un _gage_.
+
+
+
+LE JARDINAGE.
+
+C'est le même jeu que le précédent: seulement on change les noms, et on
+y prend ceux des outils qui servent au jardinage et des objets qui se
+voient dans un jardin, comme râteau, bêche, arrosoir, bosquets, allées,
+bassin, fontaine, cerisiers, orangers, etc.
+
+
+
+LE CAPUCIN.
+
+C'est encore un jeu qui a une grande analogie avec les précédents.
+Chacune prend le nom d'une partie de l'habillement d'un capucin. L'une
+sera le manteau, l'autre la robe, l'autre les sandales, l'autre la
+barbe, l'autre le capuchon, etc. Une aussi fait le rôle de capucin, et
+enfin celle qui dirige le jeu s'appelle l'_historien_. Elle doit
+inventer une histoire où figure un capucin, et, chaque fois que dans
+cette histoire revient un des noms donnés, il faut que celle qui le
+porte le répète deux fois si l'historien le dit une, et une fois si
+l'historien le dit deux. Ce jeu, qui est assez animé s'il est bien
+conduit, et qui fait donner beaucoup de gages, ressemble un peu à celui
+de la toilette de madame, que nous avons décrit plus haut; mais il
+demande quelques efforts d'imagination, parce qu'il y a un récit qu'il
+faut inventer en y faisant entrer souvent les mêmes mots.
+
+
+
+COMBIEN VAUT L'ORGE?
+
+A ce jeu, il y a une des jeunes filles qui représente le _maître_, et
+dont le rôle est le plus difficile, parce qu'elle fait les questions.
+Les autres s'appellent Pierrot, Combien, Comment, Oh, oh!, Vingt sous,
+Trente sous, Quarante sous, etc. On invente tous les noms qu'on veut.
+Dès qu'on s'entend appeler, il faut répondre: «Plaît-il, maître?» et
+alors le maître vous demande combien vaut l'orge, et on répond le prix
+qu'on veut. Nous allons mettre ce jeu en action, et distribuer ainsi les
+rôles:
+
+_Le maître._ Henriette.
+
+_Pierrot._ Hélène.
+
+_Combien._ Louise.
+
+_Comment._ Marie.
+
+_Oh, oh!_ Émilie.
+
+_Vingt sous._ Juliette.
+
+_Trente sous._ Mathilde.
+
+HENRIETTE. Je commence, soyez bien attentives. Pierrot?
+
+HÉLÈNE. Plaît-il, maître?
+
+HENRIETTE. Combien vaut l'orge?
+
+HÉLÈNE. Trente sous.
+
+HENRIETTE. Oh, oh!... c'est bien cher... Un gage, Émilie. Dès que j'ai
+prononcé: «Oh, oh!» il fallait répondre: «Plaît-il, maître?»
+
+ÉMILIE. Plaît-il, maître?
+
+HENRIETTE. Combien vaut l'orge?
+
+ÉMILIE. Vingt sous.
+
+HENRIETTE. Ce n'est pas trop cher, vingt sous!
+
+JULIETTE. Plaît-il, maître?
+
+HENRIETTE. Bon! c'est cela; combien vaut l'orge?
+
+JULIETTE. Trente sous.
+
+HENRIETTE. Oh, oh!... Combien?... Comment?... Eh bien! personne ne
+répond?
+
+LOUISE. Je pensais à la distraction d'Émilie.
+
+HENRIETTE. C'est ce qui arrive souvent à ce jeu-là.
+
+Il est assez rare de pouvoir retrouver l'origine d'un de ces jeux
+d'esprit, qui n'a pas ordinairement assez d'importance pour que l'on se
+soit occupé de la conserver et de la transmettre aux races futures; mais
+ici, il paraît qu'un fait historique a donné lieu à une coutume qui a
+longtemps existé, et qui ne se retrouve plus que dans le jeu dont nous
+venons de tracer l'esquisse. Le fameux duc de Lorges, faisant le siége
+de la petite ville de Lagny, dit, en parlant des habitants: «Ils me
+résistent, mais je leur ferai voir combien vaut _l'orge_.» Depuis cette
+époque, les habitants de Lagny se croyaient insultés quand on leur
+adressait cette question; ils se saisissaient du malencontreux
+questionneur, et le plongeaient dans une fontaine sur la place.
+Quelquefois, on faisait la très-mauvaise plaisanterie de faire dire à
+quelqu'un qui ignorait les conséquences de cette phrase innocente:
+«Combien vaut l'orge?» et il l'apprenait à ses dépens.
+
+
+
+LES CRIS DE PARIS.
+
+Chacune des jeunes filles prend le nom d'un de ces marchands qui
+parcourent les rues de Paris en annonçant à haute voix leur marchandise.
+Un grand nombre de ces cris est de tradition, et conserve sans doute
+depuis des siècles les mêmes formules et les mêmes inflexions de voix.
+Nous allons indiquer ceux que l'on entend le plus fréquemment:
+
+_Le marchand d'habits._ Habits, habits, galons!
+
+_La marchande de chiffons._ Chapeaux à vendre! Voilà la marchande de
+chiffons!
+
+_La marchande de plaisirs._ Voilà l'plaisir, mesdames, voilà l'plaisir!
+
+_Le marchand de cerises._ A la douce, cerises, à la douce!
+
+_Le marchand de groseilles._ Groseille à confire, à confire!
+
+_Le marchand d'huîtres._ A la barque, à la barque, à la barque!
+
+_La marchande de poissons._ Harengs qui glacent, qui glacent, limandes à
+frire, à frire!
+
+_Le marchand d'oeufs._ A la coque, tous les gros oeufs, à la coque!
+
+_La lanterne magique._ Voilà la lanterne magique! (très-lentement et
+avec accompagnement d'orgue de Barbarie)!
+
+_La marchande de cerneaux._ Des gros cerneaux!
+
+_Le marchand de fromages._ Bon fromage de Marolles!
+
+_Le marchand de légumes._ Des choux, des poireaux, des carottes, des
+navets, navets!
+
+_Le marchand de jouets._ V'là les petits moulins à vent! V'là
+l'amusement des p'tits enfants!
+
+_Le marchand de coco._ A la fraîche, qui veut boire? etc.
+
+Maintenant, pour jouer le jeu, chacune des jeunes filles ayant pris un
+métier, elles se promènent lentement. La première qui commence appelle
+l'une d'elles par le nom de son métier. Celle-ci, à l'instant, doit
+imiter le cri qui convient à ce métier. Alors l'autre lui demande une
+des choses qu'elle doit vendre. Il faut qu'elle réponde: «Je n'en ai
+pas, demandez à tel autre marchand.» Celle qu'elle désigne commence à
+imiter le cri du rôle qu'elle a pris. On lui fait la même question; elle
+renvoie aussi à une autre, et ce jeu, qui n'a pas d'autre mérite que
+l'imitation fidèle des cris bien connus, n'est pas assez compliqué pour
+avoir besoin d'une plus longue explication. On donne des gages quand on
+manque à l'appel de son nom, ou quand on demande à un marchand un objet
+qu'il ne doit pas vendre.
+
+
+
+LES ÉLÉMENTS[15].
+
+[Note 15: On a cru, pendant des siècles, que les corps n'étaient
+composés que d'eau, de terre, d'air et de feu, et on a appelé les quatre
+substances des _éléments_, c'est-à-dire des corps qui ne pouvaient être
+décomposés. Aujourd'hui que la physique et la chimie ont découvert
+soixante-quatre ou soixante-cinq éléments, tels que l'oxygène,
+l'hydrogène, l'iode, le potassium, etc., on a reconnu que l'air, l'eau,
+la terre et le feu étaient formés de plusieurs principes, et pouvaient,
+par conséquent, se décomposer. Le mot élément, dans ce sens, ne doit
+donc être pris que comme acception générale ou figurée.]
+
+[Illustration: Les éléments.]
+
+Dans ce jeu, on emploie un mouchoir roulé comme une balle. Les jeunes
+filles sont assises en cercle. Celle qui dirige le jeu jette la balle à
+une de ses compagnes, en disant: _Terre_, _air_ ou _eau_. On omet le
+_feu_ parce qu'il ne contient pas d'habitants. La jeune fille à qui la
+balle est adressée doit, en la recevant, répondre par le nom d'un animal
+vivant dans l'élément nommé. Si on lui dit: «Air,» sa réponse sera:
+«Aigle» ou «Vautour,» ou quelque autre oiseau. Si le mot est: «Eau,»
+elle répond par le nom d'un poisson; par le nom d'un quadrupède, si on
+lui dit: «Terre.» Il faut répondre promptement et sans se tromper. Si,
+au lieu de jeter une balle, on préfère se servir de rubans, comme dans
+le jeu de _la narration_, que nous avons expliqué plus haut, c'est un
+moyen qu'on peut employer. Nous allons, à l'occasion de ces rubans,
+indiquer un petit jeu simple, dont ils font tous les frais.
+
+
+
+LES RUBANS.
+
+On tient les rubans de la manière que nous avons indiquée précédemment.
+Lorsque celle qui en a tous les bouts réunis dans sa main, dit: «Tirez,»
+il faut lâcher le ruban qu'on tient, sans l'abandonner tout à fait.
+Quand elle dit: «Lâchez,» il faut au contraire tirer à soi, et il en
+résulte des méprises fréquentes, et par conséquent une moisson de gages
+plus ou moins considérable.
+
+
+
+L'ORATEUR.
+
+Deux personnes seulement agissent dans ce jeu, tandis que les autres
+restent spectatrices. L'une doit parler sans faire de gestes, l'autre
+doit faire des gestes sans parler. Celle qui représente l'orateur est au
+milieu de la chambre, enveloppée dans un grand manteau. L'autre se place
+derrière elle, cachée entièrement par le grand manteau, à genoux si elle
+est trop grande, et passant ses bras par les ouvertures des manches,
+tandis que les bras de l'orateur ne doivent pas bouger. Quand tout est
+prêt, celle qui représente l'_orateur_ récite un long monologue en vers
+ou en prose, qu'elle sait par coeur, à moins qu'elle ne préfère
+l'improviser. Elle doit être immobile, tandis que celle qui est cachée
+doit faire beaucoup de gestes qui non-seulement seront mal appropriés au
+discours, mais encore seront aussi exagérés et aussi ridicules que
+possible. On peut déclamer une longue tirade, comme le récit de
+Théramène ou le songe d'Athalie; mais nous indiquons à regret ces beaux
+morceaux, que nous n'aimons pas à voir parodier.
+
+
+
+CHARADES EN ACTION.
+
+Les enfants doivent savoir qu'une _charade_ est un mot qui peut se
+séparer, et dont chaque syllabe forme également un mot. On divise le mot
+entier en commençant à définir la première syllabe, ensuite la seconde
+et ainsi de suite, et on définit encore le tout. On les donne alors à
+deviner. Nous ne présentons ici que l'exemple le plus connu, pour nous
+faire comprendre.
+
+ Mon premier est un métal précieux,
+ Mon second un habitant des cieux,
+ Et mon tout est un fruit délicieux.
+
+Le mot est _or-ange_.
+
+Les charades en action, dont nous allons parler, sont très-amusantes à
+jouer et à voir jouer. On choisit un mot, dont on formera une action,
+comme les différentes scènes d'une comédie. Pour se costumer, on
+emprunte tout ce que des amis complaisants veulent bien prêter de leur
+garde-robe: écharpes, manteaux, fourrures, plumes, armes, etc. On
+s'affuble du mieux qu'on peut, et on tâche de mettre le plus d'esprit
+possible dans l'arrangement des petites scènes que l'on présente au
+public. Il faut que le mot ait bien son emploi dans toute l'action, mais
+que les spectateurs aient quelque peine à le deviner. Il faut aussi leur
+demander de ne le révéler, s'ils l'ont découvert, que lorsque toute la
+_pièce_ est jouée; car il arrive souvent que, pour faire preuve de
+perspicacité, on détruit tout l'effet d'une scène bien arrangée. On
+comprend que, quand le mot est trop tôt deviné, les acteurs se sentent
+refroidis pour achever leur rôle; cependant nous leur conseillons encore
+d'aller jusqu'au bout.
+
+Nous allons donner l'esquisse d'une charade très-simple, dont le mot est
+_cordon_.
+
+Dans la première partie, il s'agit de mettre en action le mot _cor_, et
+l'idée de la chasse se présente naturellement. Les acteurs figurent, les
+uns des piqueurs, les autres des chasseurs, les autres des chiens.
+Quelques-uns _chevauchent_ sur une chaise. Le malheureux cerf se
+distingue par un bois élevé, formé de petits fagots branchus. Les
+fanfares se font entendre, et c'est dans cette partie de l'action que se
+retrouve le mot _cor_, qu'il faut démêler à travers tout le mouvement de
+la chasse:
+
+ Du cor bruyant j'entends déjà les sons.
+ . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
+ Le cerf frémit, s'étonne et balance longtemps.
+ Doit-il, loin des chasseurs, prendre son vol rapide?
+ Doit-il leur opposer son audace intrépide?
+ Il hésite longtemps; la peur enfin remporte,
+ Il fuit, il court, il vole. . . . . . . . .
+
+On suit avec intérêt les manoeuvres du pauvre cerf.
+
+ Du son lointain du cor, bientôt épouvanté,
+ Il part, rase la terre; ou, vieilli dans la feinte,
+ De ses pas, en sautant, il interrompt l'empreinte;
+ Ou tremblant et tapi loin des chemins frayés,
+ Veille et promène au loin ses regards effrayés,
+ S'éloigne, redescend, croise et confond sa route.
+ Quelquefois il s'arrête, il regarde, il écoute;
+ Et des chiens, des chasseurs, de l'écho des forêts,
+ Déjà l'affreux concert le frappe de plus près.
+
+Les piqueurs ont peine à retenir leurs chiens pleins d'ardeur. Ils les
+ont découplés à la poursuite du cerf haletant.
+
+ Sur lui seul, à la fois, tous ses ennemis fondent[16]
+
+et le cor sonne enfin l'hallali.
+
+[Note 16: Delille.]
+
+Le second tableau est plus paisible. Une jeune princesse, qui vient de
+naître, est dans un petit berceau entouré des dames de la cour. Des fées
+se présentent pour lui faire chacune un _don_. «La plus jeune lui donna
+pour don qu'elle serait la plus belle personne du monde; celle d'après,
+qu'elle aurait de l'esprit comme un ange; la troisième, qu'elle aurait
+une grâce admirable à tout ce qu'elle ferait; la quatrième, qu'elle
+danserait parfaitement bien; la cinquième, qu'elle chanterait comme un
+rossignol; la sixième, qu'elle jouerait de toutes sortes d'instruments
+dans la dernière perfection. Le rang de la vieille fée étant venu, elle
+dit, en branlant la tête avec plus de dépit que de vieillesse, que la
+princesse se percerait la main d'un fuseau, et qu'elle en mourrait. Ce
+terrible don fit frémir la compagnie, et il n'y eut personne qui ne
+pleurât. Dans ce moment, une jeune fée sortit de derrière la tapisserie,
+et dit tout haut ces paroles: «Rassurez-vous, roi et reine, votre fille
+n'en mourra pas; je n'ai pas assez de puissance pour détruire ce que mon
+ancienne a fait. La princesse se percera la main d'un fuseau; mais, au
+lieu d'en mourir, elle tombera seulement dans un profond sommeil qui
+durera cent ans, au bout desquels le fils d'un roi viendra
+l'éveiller[17].»
+
+[Note 17: Contes de Perrault, la _Belle au bois dormant_.]
+
+Pour le mot cordon, qui est le _tout_ de la charade, on peut chercher
+une scène chez les Orientaux et représenter un vizir tombé en disgrâce,
+qui reçoit avec respect le fatal _cordon_ que son maître lui envoie, et
+qui découvre son cou, avec assez de regret, pour se soumettre à la
+volonté du sultan.
+
+Pour bien jouer les charades, il faut que quelqu'un les dirige avec
+intelligence et autorité; car si chacun veut suivre sa propre idée,
+l'effet général sera manqué.
+
+Nous allons donner maintenant quelques mots qui peuvent être mis en
+action.
+
+Il faut, autant que possible, choisir des mots dans lesquels
+l'orthographe n'est point défigurée quand on les décompose en syllabes.
+
+Chardon (char, don).--Charpente (char, pente).--Orange (or,
+ange).--Drapeau (dra, peau.)--Mercure (mer, cure).--Merveille (mer,
+veille).--Famine (fa, mine).--Assaut (as, saut).--Poisson (pois,
+son).--Chiendent (chien, dent).--Chèvrefeuille (chèvre,
+feuille).--Cornemuse (corne, muse).--Charpie (char, pie).--Passage (pas,
+sage).--Verjus (ver, jus).--Vertige (ver, tige).--Verveine (ver,
+veine).--Orage (or, âge).--Corbeau (cor, beau).
+
+Il serait convenable d'avertir les spectateurs chargés de deviner le mot
+d'une charade, dans le cas où l'on aurait choisi des mots dont
+l'orthographe ne serait pas exactement conservée, tels que ceux-ci:
+chapeau (chat, peau); champion (chant, pion); dédain (dé, daim); armure
+(art, mûre ou mur), etc.
+
+
+
+BOUTS-RIMÉS.
+
+Voici un genre d'amusement qui demande une certaine habitude de la
+versification et qui exerce l'esprit plus qu'aucun de ceux que nous
+avons vus jusqu'à présent. On donne à quelqu'un des mots bizarres,
+rimant ensemble, et il faut que chacun de ces mots s'ajuste au bout d'un
+vers sans que le sens soit trop tourmenté. Quelques exemples vaudront
+mieux que notre définition, et nous allons les prendre chez des auteurs
+du dix-septième siècle, temps où les bouts-rimés étaient fort à la mode.
+Celui-ci, qui est de Molière, fut composé à la demande du prince de
+Conti, qui en avait sans doute donné les mots difficiles:
+
+ Que vous m'embarrassez avec votre _grenouille_,
+ Qui traîne à ses talons le doux nom d' _hypocras_!
+ Je hais des bouts-rimés le puéril _fatras_,
+ Et tiens qu'il vaudrait mieux filer une _quenouille_.
+
+ La gloire du bel air n'a rien qui me _chatouille_;
+ Vous m'assommez l'esprit, avec un gros _plâtras_,
+ Et je tiens heureux ceux qui sont morts à _Coutras_,
+ Voyant tout le papier qu'en sonnets on _barbouille_.
+
+ M'accable de rechef la haine du _cagot_,
+ Plus méchant mille fois que n'est un vieux _magot_,
+ Plutôt qu'un bout-rimé me fasse entrer en _danse_.
+
+ Je vous le chante clair, comme un _chardonneret_.
+ Au bout de l'univers je fuis dans une _manse_;
+ Adieu, grand prince, adieu; tenez-vous _guilleret_.
+
+Si on relit les mots donnés, on verra qu'il était difficile de remplir
+des bouts-rimés avec plus de bonheur; mais il semble que Molière
+lui-même ait trouvé sa tâche pénible, et il est vrai qu'il faut
+s'exercer assez longtemps pour parvenir à bien y réussir. Parmi ces
+curiosités littéraires, nous pouvons encore donner un sonnet que cite
+Ménage et qui est peut-être le chef-d'oeuvre du genre.
+
+«En 1683, une jeune demoiselle qui sera ici nommée Iris, pleurait à
+chaudes larmes un beau chat qu'on lui avait dérobé. Pour l'en consoler,
+on s'avisa de lui adresser un sonnet dont les rimes n'étaient composées
+que de noms de villes et de provinces.» L'invention était nouvelle; mais
+quoique la difficulté fût, ce semble, capable de faire quitter la plume
+aux plus hardis, il parut néanmoins que l'auteur du sonnet qui suit
+l'avait heureusement ou surmontée ou éludée:
+
+ Iris, aimable Iris, honneur de la _Bourgogne_,
+ Vous pleurez votre chat plus que nous _Philipsbourg_[18].
+ Et fussiez-vous, je pense, au fond de la _Gascogne_.
+ On entendrait de là vos cris jusqu'à _Fribourg_.
+
+ La peau fut à vos yeux fourrure de _Pologne_[19];
+ On eût chassé pour lui Titi[20] de _Luxembourg_[21].
+ Il faisait l'ornement d'un couvent de _Cologne_.
+ Mais quoi, l'on vous l'a pris? On a bien pris _Strasbourg_[22].
+
+ D'aller pour une perte, Iris, comme la _Sienne_[23],
+ Se percer fortement la gorge d'une _Vienne_[24],
+ Il faudrait que l'on eût la cervelle à l' _Anvers_[25],
+
+ Chez moi le plus beau chat, je vous le dis, ma _Bonne_[26],
+ Vaut moins que ne vaudrait une orange à _Narbonne_,
+ Et qu'un verre commun ne se vend à _Nevers_.
+
+Voilà bien des connaissances dépensées en bouts-rimés. On rapporte
+l'origine de ce jeu d'esprit à Dulot, poëte médiocre, qui vivait au
+dix-septième siècle. Ce poëte s'était plaint d'avoir perdu 300 sonnets,
+dont il avait par avance fait les rimes; cette manière de procéder parut
+si singulière, qu'on imagina d'en faire l'essai par forme de
+passe-temps. C'est aussi comme simple passe-temps que nous conseillons
+ce jeu d'esprit à nos jeunes filles.
+
+[Note 18: Place importante que nous perdîmes en 1676.]
+
+[Note 19: La Pologne fournit des fourrures.]
+
+[Note 20: Titi est le nom d'un chien de Mademoiselle d'Orléans, sur la
+mort duquel l'abbé Cotin fit un madrigal.]
+
+[Note 21: Luxembourg ici est le palais qu'habitait Mademoiselle
+d'Orléans.]
+
+[Note 22: Strasbourg s'était rendu au roi (Louis XIV) en septembre
+1681.]
+
+[Note 23: Pronom féminin mis à la place de Sienne, ville de Toscane.]
+
+[Note 24: Lame d'épée ainsi nommée, de Vienne en Dauphiné, où elles
+étaient excellentes.]
+
+[Note 25: Allusion d'Anvers à envers.]
+
+[Note 26: Allusion de bonne, adjectif féminin, à Bonne, non commun à
+plusieurs villes.]
+
+
+
+LES GAGES.
+
+On sait qu'un gage est le prix donné par une personne qui a fait quelque
+erreur dans un jeu. Ce prix est représenté par n'importe quel petit
+objet: un dé, une bague, un ruban, etc. Lorsque le jeu est fini, et que
+les gages ont été rassemblés, on les tire au hasard, et, l'on décide,
+avant tout, quelle sera la pénitence imposée au possesseur du gage. Si,
+dans les jeux, il y a des jeunes filles et des jeunes garçons, on en
+fait la distinction. Il faut que les gages soient renfermés dans une
+corbeille recouverte ou sur les genoux couverts d'un tablier, et que la
+personne qui est chargée de les _tirer_ mette une bonne foi rigoureuse à
+ne pas choisir, parce que la main peut discerner la forme des objets. Le
+mieux, pour éviter toute tentation de ce genre, est de charger la
+personne qui dirige le jeu d'imposer la pénitence, sans qu'elle puisse
+voir le gage qu'une autre vient de tirer.
+
+Nous allons indiquer quelques-unes des pénitences les plus usitées.
+Comme on en invente sans cesse de nouvelles, nous nous bornerons à
+donner ce qui est de tradition.
+
+La formule est: «Le premier gage touché fera telle pénitence.»
+
+Voici les différentes pénitences:
+
+Il faut danser.
+
+Chanter une chanson.
+
+Réciter quelques vers.
+
+Faire la statue. Pour cela, il faut que la jeune fille à qui appartient
+le gage se mette au milieu de la chambre. Chacune des autres vient tour
+à tour lui donner une pose différente.
+
+Annoncer la mort du roi de Maroc. Cela se fait en tirant deux gages à la
+fois. La pénitence pour les deux personnes est de se rencontrer en
+faisant semblant de pleurer et de se dire: «Le roi de Maroc est mort.»
+On se sépare et l'on se rencontre de nouveau en disant: «Hélas! hélas!»
+On se sépare et on se rencontre encore en disant: «Il m'aimait beaucoup,
+parce que je suis gai, très-gai, excessivement gai.» Tout cela avec la
+figure la plus triste.
+
+Une pénitence du même genre consiste à tenir une bougie allumée de
+chaque main, à se placer devant une glace, et à chanter sans rire:
+
+ Ah! que je suis drôle!
+ Ah! que je suis plaisant!
+
+sur l'air de _Vive Henri IV!_ en répétant assez de fois pour chanter
+l'air entier.
+
+Rire en faisant la gamme ascendante et descendante sur _ah!_
+
+Garder son sérieux pendant cinq minutes, quelles que soient les mines
+que l'on vous fait.
+
+Rire dans un coin de la chambre, pleurer dans un autre, bâiller dans le
+troisième et sauter dans le quatrième.
+
+On fait, derrière la personne qui doit accomplir la pénitence, trois
+actions qu'elle ne doit pas voir, et on lui demande ce qu'elle choisit
+pour elle. Ces actions sont de figurer un baiser, un petit soufflet et
+une chiquenaude. On lui donne ensuite ce qu'elle a choisi.
+
+Il faut imiter le cri de l'animal qu'on vous indique.
+
+Baiser une boîte _en dedans_ et _en dehors_, sans l'ouvrir. La personne
+à qui on donne cette pénitence en ignore le secret, qui est de baiser la
+boîte en dehors _de la chambre_ et dans la chambre.
+
+On remarquera que l'on impose souvent des pénitences dont il est
+difficile de s'acquitter parce que l'on n'en sait pas le vrai sens;
+ainsi celle qui suit:
+
+Passer à travers le trou de la serrure. Pour cela, il faut écrire son
+nom sur un papier que l'on fait passer par cette étroite ouverture.
+
+Baiser le dessous du chandelier. Pour cela, on pose le flambeau sur la
+tête d'une de ses amies que l'on embrasse.
+
+Oter une pièce de vingt sous de son front sans y toucher. On applique
+une pièce de monnaie un peu mouillée sur le front de la jeune fille qui
+a la pénitence, et on a soin de la retirer et de la cacher ensuite dans
+la main; mais l'impression du froid qui reste après que la pièce est
+ôtée fait croire à celle à qui on l'a appliquée qu'elle tient encore, et
+elle fait divers mouvements pour l'ôter, sans y porter les mains.
+
+Faire le tour de la chambre à cloche-pied.
+
+Compter vingt à rebours. Il y a aussi une foule de petites phrases,
+difficiles à prononcer, que l'on donne pour pénitence. On en trouvera
+quelques-unes plus haut, dans l'article intitulé la _Clef du jardin_. On
+trouvera aussi différents jeux qui sont employés au même usage, comme
+celui des _Métamorphoses_, quand on vous donne pour pénitence de dire ce
+que vous faites d'un _bouquet_.
+
+Tirer au blanc. On attache une feuille de papier à la tenture. Le milieu
+est marqué par un petit rond tracé, et il faut que l'on s'avance du bout
+de la chambre avec le bras tendu et que l'on place le bout de son doigt
+juste au milieu du rond. Il vaut mieux que le bout du doigt soit
+légèrement noirci pour qu'il laisse une trace. Si l'on a encore une
+quantité de gages à tirer et que l'on veuille aller plus vite, on peut
+les tirer tous à la fois, en y procédant de cette manière. Une des
+jeunes filles dit à sa compagne: «Madame Trois-Étoiles vient de
+s'évanouir.» L'autre répond: «Comment?» La première prend une pose
+bizarre. La seconde adresse la même phrase à celle qui suit, qui la
+questionne de même, et elle prend à son tour une pose. Ainsi de suite
+jusqu'à la dernière; ce qui forme des attitudes variées.
+
+On peut encore faire un concert de chats. Chacune chante une chanson
+différente, toutes à la fois.
+
+Nous n'en donnons pas davantage, parce qu'il nous semble que cette série
+doit suffire. On en pourra inventer d'autres du même genre.
+
+[Illustration: deco.]
+
+
+
+LA DANSE.
+
+Il semble, au premier moment, que rien n'est plus simple que de danser,
+et la plupart des jeunes filles, en suivant leur propre instinct,
+pensent qu'elles n'ont pas besoin des leçons d'un maître. Cependant la
+danse est un _art_, qui a ses lois, ses règles, ses principes arrêtés;
+et, quand on veut véritablement la cultiver, il ne faut pas moins qu'une
+étude continuelle et souvent très-pénible. Ce n'est pas à ce degré de
+perfection que nous voulons amener nos jeunes lectrices; mais nous
+croyons qu'elles aimeront à trouver ici quelques explications que nous
+rendrons aussi claires que possible.
+
+La danse, si on l'analyse, se compose d'_exercices_, de _pas_, et enfin
+de _figures_ dans lesquelles ces pas, enchaînés les uns aux autres,
+forment un ensemble dont le plan est tracé à l'avance. Aujourd'hui on se
+contente d'exécuter en marchant les figures, dont il est très-facile de
+retenir les différentes combinaisons, et il serait même ridicule d'y
+faire entrer les _pas_ que l'on enseigne à la leçon. Mais ces mêmes pas,
+supprimés dans une contredanse, doivent être connus et étudiés, parce
+qu'ils servent à donner le sentiment de la mesure, et qu'ils ont
+également de l'influence sur le _maintien_. Nous croyons à l'utilité des
+leçons de danse pour corriger les mouvements gauches et disgracieux, et
+nous pensons que, pour les jeunes filles, ces leçons ont un avantage
+réel sur la gymnastique, en contribuant de même à leur développement
+physique, sans excéder la mesure de leurs forces.
+
+Habituellement le maître de danse fait étudier les pas au son d'un
+instrument. C'est quelquefois un violon ordinaire, mais le plus souvent
+c'est une _pochette_, sorte de violon très-aigre, assez petit pour ne
+pas gêner les mouvements du professeur lorsqu'il en joue lui-même tout
+en répétant les pas en même temps que l'élève. Lorsqu'on n'a aucun
+instrument, il faut au moins chanter pour bien régler la mesure.
+
+Les positions. Ce sont les différentes manières dont les pieds se
+placent, en conservant facilement l'équilibre du corps. Ces positions,
+au nombre de cinq, se retrouvent dans la formation des pas, et comme on
+les désigne souvent en enseignant les exercices, il est bon de s'en
+souvenir. Nous désirons que l'élève s'accoutume également à mettre ses
+pieds _en dehors_, c'est-à-dire à les tourner de manière que, les deux
+talons étant joints, les pieds se trouvent sur une même ligne. On arrive
+par degrés à ce point assez difficile, qui a l'avantage de donner de la
+souplesse aux articulations, et il faut le maintenir dans tous les
+exercices de la leçon.
+
+_La première position_, que nous venons de décrire, se fait en plaçant
+les talons l'un contre l'autre, les pieds étant sur une ligne
+horizontale.
+
+_La deuxième_, de la même manière, en écartant les talons à peu près à
+la distance de la longueur du pied.
+
+_La troisième_, en croisant les pieds à la moitié de leur longueur,
+c'est-à-dire que les chevilles se touchent.
+
+_La quatrième_ comme la troisième, mais en mettant entre les pieds, qui
+sont en face l'un de l'autre, la distance d'à peu près la largeur du
+pied.
+
+_La cinquième_, en croisant exactement les deux pieds, de manière que le
+bout de l'un corresponde au talon de l'autre.
+
+Ce n'est qu'aux danseurs de profession que l'on enseigne différentes
+positions des bras; cependant nous engageons l'élève, pendant les
+exercices, à les tenir quelquefois étendus horizontalement, et comme
+servant de balancier, la main un peu abaissée en ployant le poignet et
+le pouce touchant le doigt du milieu. Habituellement les bras doivent
+retomber naturellement sans se coller au corps. La tête doit être droite
+ou un peu tournée, les épaules abaissées, le buste bien _d'aplomb_ sur
+le corps, et enfin l'attitude de la personne doit être naturelle,
+c'est-à-dire sans affectation et sans roideur.
+
+Exercices. En se mettant à la troisième position, l'élève exécutera les
+exercices suivants:
+
+Les _battements_, qui consistent dans le mouvement d'une jambe, tandis
+que l'autre supporte le corps. Il y a deux sortes de battements: les
+_grands battements_ et _les petits battements_. Pour les premiers, on
+élève la jambe à une certaine hauteur, et on la replace alternativement
+à la troisième position, devant et derrière le pied qui est resté à
+terre. Pour les _petits battements_, le pied qui agit a la pointe
+tournée en bas et le cou-de-pied très en dehors, et il vient se croiser,
+presque sans quitter la terre, sur le pied resté immobile, en s'appuyant
+sur la cheville, derrière et devant alternativement. Les petits
+battements doivent s'exécuter avec plus de rapidité que les grands
+battements.
+
+Les _ronds de jambe_ s'exécutent en se plaçant à la première position et
+en décrivant un cercle complet en dehors, avec le pied posé à plat quand
+les deux talons se rapprochent, tandis qu'il est sur la pointe, le
+cou-de-pied tendu, à l'endroit du cercle où il y a le plus d'écartement.
+Le cercle se fait soit en dedans, soit en dehors.
+
+Dans ces différents exercices, qui sont les plus usités, il est permis
+de s'appuyer pour conserver l'équilibre.
+
+Les _pliés_, qui donnent une grande souplesse, doivent se faire en se
+mettant dans chacune des cinq positions successivement, et en se
+baissant presque jusqu'à terre et se relevant sur la pointe des pieds.
+
+Il y a encore quelques exercices qui rentrent dans la série des pas, et
+que nous devons placer sous ce titre:
+
+Pas. Les _assemblés_ se font en plaçant les pieds à la troisième
+position, et les déplaçant alternativement, c'est-à-dire que le pied
+droit, étant d'abord devant le pied gauche, s'y met à son tour par une
+sorte de glissade de côté pendant laquelle l'élève ploie légèrement les
+genoux afin que son pas soit flexible, puis se relève en sautant un peu,
+mais sans secousse. On comprend que les pas se font en changeant de
+place, puisque chaque pied les exécute alternativement. Dans les
+_assemblés_, on avance progressivement de la _largeur_ du pied.
+
+Les _jetés_ se font de la même manière; mais le pied doit se retrouver
+un peu relevé sur la cheville de l'autre pied, la pointe en bas, comme
+dans les petits battements.
+
+Les _glissades_ se font comme les assemblés, mais en glissant de côté,
+et en rapprochant de la jambe qui agit celle qui soutenait le corps.
+
+Les _temps levés_ se font en mettant un pied de la troisième à la
+quatrième position avec le même mouvement du corps que dans les
+assemblés.
+
+Les _chassés_, comme les _temps levés_, mais en redoublant, c'est-à-dire
+en faisant deux pas de suite ou davantage, le pied qui est devant étant
+chassé par celui qui est derrière quand il s'agit d'avancer, et le même
+mouvement s'exécutant en arrière quand il s'agit de reculer.
+
+Tous ces pas, que nous venons de décrire, se faisaient autrefois pendant
+une contredanse. On les a remplacés par une sorte de marche cadencée,
+entremêlée de quelques glissades, pour laquelle on ne s'inquiète pas de
+mettre les pieds _en dehors_. Cependant, comme il y a encore quelques
+avis à donner, c'est ici que nous répétons ce que nous avons dit plus
+haut sur le maintien, dont une des premières conditions est le naturel,
+non pas ce que l'on prend très-souvent pour le naturel, et qui n'est
+qu'une certaine manière d'être _sans façon_ et aussi sans grâces, mais
+une simplicité pleine de charme, qui est comprise par tous, et peut à
+peine se définir. Nous avouons qu'on ne l'acquiert pas par des leçons;
+mais les leçons peuvent corriger les défauts contraires. Nous ne
+donnerons pas, comme on le faisait autrefois, des règles pour la manière
+de marcher, d'entrer dans la chambre, de saluer, etc.; et cependant,
+sans insister sur ces détails, nous devons dire qu'il est bon de
+s'exercer à faire des révérences plus ou moins profondes, selon le degré
+de respect que l'on doit à la personne que l'on salue, et en conservant
+le _centre de gravité_, c'est-à-dire l'équilibre. Pour y parvenir
+sûrement, il faut encore une certaine habitude.
+
+M. JOURDAIN. A propos! apprenez-moi comme il faut faire une révérence
+pour saluer une marquise; j'en aurai besoin bientôt.
+
+LE MAÎTRE A DANSER. Une révérence pour saluer une marquise?
+
+M. JOURDAIN. Oui, une marquise qui s'appelle Dorimène.
+
+LE MAÎTRE A DANSER. Donnez-moi la main.
+
+M. JOURDAIN. Vous n'avez qu'à faire, je le retiendrai bien.
+
+LE MAÎTRE A DANSER. Si vous voulez la saluer avec beaucoup de respect,
+il faut faire d'abord une révérence en arrière, puis marcher vers elle
+avec trois révérences en avant, et à la dernière vous baisser jusqu'à
+ses genoux.
+
+M. Jourdain n'oublie pas la leçon, mais il a commencé à saluer de trop
+près la marquise Dorimène, et il est obligé de lui demander de se
+reculer un peu pour la _troisième_, afin que son salut soit fait d'après
+toutes les règles.
+
+Du temps de M. Jourdain, la révérence et le salut avaient une
+très-grande importance, et formaient les principaux éléments du
+_menuet_, qui était à peu près la seule danse en usage alors. On
+comprend qu'il fallait des danses graves et lentes en rapport avec les
+costumes de l'époque, dont la riche ampleur n'aurait pu s'accommoder à
+des mouvements vifs et légers. Aussi les danses anciennes, comme la
+_pavane_, la _sarabande_, la _chaconne_, le _menuet_, n'étaient guère
+que des attitudes qui permettaient aux danseurs de montrer leurs grâces
+étudiées. Nous croyons qu'il y a quelque chose à regretter dans ces
+danses d'un caractère sérieux, plus agréables à regarder que le galop ou
+la valse à deux temps; mais nous ne pouvons qu'en rappeler le souvenir,
+et, puisque l'art moderne a adopté de nouvelles formes, ce sont
+celles-là que nous allons tenter d'enseigner à nos enfants.
+
+
+LE QUADRILLE OU LA CONTREDANSE.
+
+Pour former un quadrille, il ne faut pas être moins de quatre personnes,
+deux _dames_ et deux _cavaliers_, en face les uns des autres, le
+cavalier, ou la jeune fille qui le remplace, à la gauche de sa danseuse.
+Lorsqu'on est huit, on forme un carré, et enfin, on peut multiplier le
+nombre des danseurs d'un quadrille toujours en augmentant de quatre,
+afin que chacun ait son vis-à-vis. Si on n'est que quatre, la musique
+cesse lorsque la figure est terminée; mais elle recommence pour les
+danseurs placés dans l'autre sens, jusqu'à ce qu'ils aient dansé la
+figure entière. Le quadrille, ou la contre-danse, se compose de cinq
+figures, placées dans l'ordre suivant: le _pantalon_ ou _chaîne
+anglaise_, l'_été_, la _poule_, la _pastourelle_ et la _finale_.
+
+Le pantalon. Les danseurs qui se font vis-à-vis partent tous à la fois
+en commençant la figure. On traverse pour changer de place et on revient
+à sa place, pendant l'espace de huit mesures. Autrefois, on _balançait_
+et on faisait un _tour de main_ avec son danseur, pendant huit mesures
+encore; mais maintenant on reste en place pendant que la musique
+continue. Puis les dames seules font la _chaîne des dames_ en se donnant
+la main droite et donnant ensuite la main gauche au cavalier qui fait
+vis-à-vis, avec qui elles font un demi-tour. Elles reviennent à leur
+place de la même manière. On retraverse encore une fois et l'on revient
+à sa place, comme au commencement de la figure. Dans tous les moments où
+la danseuse ne donne pas la main, elle doit tenir sa robe, à peu près à
+la hauteur des genoux, en la relevant très-peu, et sans affectation.
+
+L'été. Un cavalier et une dame vis-à-vis marchent en avant et en
+arrière, ou en _avant-deux_, pendant quatre mesures; puis de la même
+manière, mais un peu en biais. Ils traversent ensuite pour changer de
+place, avancent et reculent un peu en biais deux fois, et retraversent
+pour gagner leur place. Quand ils s'en rapprochent, ils doivent faire
+une sorte de _balancé_ avec le cavalier ou la dame qui les attendent;
+mais le _balancé_, autrefois très-marqué et suivi d'un _tour de main_,
+se fait à présent d'une manière presque inaperçue. Le cavalier et la
+dame qui n'ont pas dansé vont en avant-deux à leur tour. Les autres
+danseurs, placés sur les côtés, exécutent après eux la même figure.
+
+La poule. A la poule, le cavalier et la dame vis-à-vis traversent en se
+donnant la main droite, puis la main gauche, qu'ils gardent en offrant
+la main droite au cavalier et à la dame restés à leurs places. On
+balance sans se quitter et on reprend sa place pour aller en avant-d'eux
+deux fois; on donne la main à sa dame ou à son cavalier, on va deux fois
+_en avant quatre_, et l'on traverse en retournant ensuite à sa place, ou
+bien, plus ordinairement, après avoir été en avant-quatre, on reste en
+place pendant les huit mesures qui terminent la figure.
+
+La pastourelle. Le cavalier conduit sa danseuse au cavalier de
+vis-à-vis, qui lui donne la main gauche, et la droite à sa dame. Il les
+conduit ainsi en avant et en arrière, puis en avant, et les remet au
+cavalier resté seul, qui recommence à son tour en faisant de même. Après
+s'être avancés deux fois, les deux dames et leur cavalier, sans se
+quitter, reprennent la main du cavalier seul, et l'on fait un tour
+entier en rond, puis l'on se sépare pour regagner sa place.
+
+Le finale. Cette cinquième figure est semblable en tout à la seconde,
+excepté que, dans les premières mesures qui précèdent l'_avant-deux_,
+tous les danseurs du quadrille font une sorte de balancé général qui se
+nomme _chassé-croisé_; ce balancé est répété encore au milieu et à la
+fin de la figure.
+
+Le quadrille, tel que nous venons de le décrire, peut se danser encore
+en _quadrille croisé_, c'est-à-dire que tous les danseurs à la fois, des
+quatre côtés du carré, dansent sans interruption, et s'entre-croisent
+avec une certaine habileté qui consiste à prendre bien son temps pour ne
+pas se rencontrer exactement au même point. On ne peut danser les
+quadrilles croisés qu'entre quatre couples de danseurs. Dans la poule,
+lors du _balancé-quatre_, les danseurs se tiennent les mains de manière
+à former la croix. Dans la pastourelle, ceux qui partent les seconds,
+passent constamment derrière le dos des premiers, et, au moment du
+_rond_, tous ceux du quadrille se prennent la main pour former un rond
+général.
+
+
+LA VALSE.
+
+La position est la même pour la valse et pour toutes les danses
+allemandes qui sont de la même famille, comme la polka, la mazurka,
+etc., dont nous parlerons plus tard. Le cavalier doit se trouver presque
+en face de sa danseuse. Il doit la soutenir avec sa main droite, placée
+à peu près à la hauteur de la taille. La danseuse aura sa main droite
+dans la main gauche de son danseur, et l'autre main appuyée sur son
+épaule. Il faut qu'elle se laisse entièrement guider par lui. C'est le
+cavalier qui doit seul déterminer tous les mouvements pour éviter la
+rencontre des autres couples; et quand la valseuse désire se reposer,
+elle doit avertir son valseur, sans s'arrêter d'elle-même, afin qu'il
+choisisse la place convenable.
+
+On valse à deux temps et à trois temps, c'est-à-dire que le rhythme de
+la musique reste le même, mais que dans la valse à deux temps on fait
+seulement deux pas et trois tours; la valse à trois temps est moins
+usitée aujourd'hui. Pour la valse à deux temps, l'orchestre doit presser
+un peu le mouvement et l'accentuer avec un soin particulier.
+
+Valse à trois temps[27]. Le cavalier doit se placer bien en face de sa
+dame, et se tenir droit sans roideur, ni trop courbé ni trop cambré. Le
+bras gauche doit être arrondi avec celui de la dame, de manière à former
+un arc de cercle souple et moelleux.
+
+[Note 27: Nous empruntons quelques-unes de ces explications à l'ouvrage
+intitulé _la Danse des salons_, par M. Cellarius, professeur de danse.
+Nous y puiserons aussi pour indiquer les figures du _cotillon_.]
+
+Le cavalier part du pied gauche, et la dame du pied droit.
+
+Le pas du cavalier se fait en passant le pied gauche devant sa dame.
+Voilà pour le premier temps.
+
+Il reporte le pied droit, un peu croisé, derrière le gauche, le talon
+levé et la pointe en l'air. Voilà pour le deuxième.
+
+Ensuite il pivote sur ses deux pieds, en montant sur les pointes, pour
+se retrouver le pied droit devant, à la troisième position, allonge le
+pied droit de côté, glisse le pied gauche de côté en pivotant sur le
+pied droit, puis rapproche le pied droit devant à la troisième position.
+Voilà pour les troisième, quatrième, cinquième et sixième temps.
+
+La dame part au même instant que le cavalier, par le quatrième temps,
+exécute le cinquième et le sixième, et continue par le premier, le
+deuxième et le troisième, et ainsi de suite.
+
+La préparation se fait par le cavalier: il pose le pied droit un peu en
+avant sur le premier temps de la mesure, laisse passer le deuxième, et
+saute sur le pied droit en levant la jambe gauche pour se trouver au
+troisième temps et emboîter le premier pas de la valse. Cette
+préparation donne à la dame le signal du départ.
+
+Avec les six premiers pas, on doit accomplir un tour entier et employer
+deux mesures. Les trois premiers pas doivent se tourner également dans
+le premier demi-tour; il n'en est pas de même des trois derniers. Au
+quatrième pas, le cavalier doit, sans tourner, placer son pied entre
+ceux de sa dame, accomplir son demi-cour en passant devant la dame avec
+le cinquième pas, et rapprocher le pied droit au sixième temps.
+
+Le pied de la valseuse, comme celui du valseur, doit conserver sa
+position ordinaire. On ne doit ni chercher à se placer sur les pointes,
+ni rester non plus cloué sur les talons; la moitié du pied seule doit
+porter sur le parquet, de manière à conserver le plus de solidité
+possible, sans toutefois nuire à la légèreté.
+
+Valse à deux temps. Le pas est fort simple, et n'est autre que celui du
+galop exécuté d'une jambe et de l'autre en tournant; seulement, au lieu
+de sauter ce pas, il faut s'attacher à le bien glisser, en évitant les
+soubresauts et les saccades. J'ai indiqué déjà, à l'article de la valse
+à trois temps, quelle doit être la position du pied. Le valseur doit
+tenir les genoux légèrement pliés. Le fléchissement des jambes doit être
+très-peu marqué et presque imperceptible à la vue. Il faut sur chaque
+mesure faire un pas, c'est-à-dire glisser un pied et chasser de l'autre.
+La valse à deux temps, différente en cela de la valse à trois, qui
+décrit un cercle, se valse carrément et ne se tourne que sur le glissé.
+Il est essentiel de noter cette différence de mouvement, afin
+d'apprécier le caractère des deux valses.
+
+La position du cavalier n'est pas la même pour la valse à deux temps que
+pour celle à trois. Il ne doit pas se tenir en face de sa dame, mais un
+peu à sa droite; s'incliner légèrement sur son épaule droite, ce qui lui
+permet de bien s'élancer en entraînant sa dame. Le cavalier, dans la
+valse à deux temps, part du pied gauche, et la dame du droit. La
+valseuse doit s'abstenir de s'appuyer avec force sur l'épaule ou la main
+de son valseur, ce que l'on appelle, en terme de valse, se _cramponner_.
+
+Pour bien valser, il ne suffit pas de conduire toujours sa dame dans le
+même sens, ce qui ramènerait bientôt l'uniformité de l'ancienne valse:
+il faut savoir tantôt la faire reculer en faisant le pas de valse, non
+plus obliquement, mais en droite ligne, tantôt la faire avancer sur soi
+en faisant le même pas à reculons. Certains valseurs font même le pas de
+_redowa_ de côté, qui n'est pas sans grâce, lorsqu'il s'exécute bien
+d'accord avec la dame, et que l'on peut reprendre de côté sans perdre la
+mesure. A-t-on de l'espace devant soi, on doit aussitôt étendre son pas
+et prendre cette course impétueuse que les Allemands exécutent si bien,
+et qui est un des plus heureux caractères de la valse à deux temps.
+
+C'est ici qu'il convient de dire quelques mots de la valse dite _à
+l'envers_, qui fait partie de la valse à deux temps. Le cavalier, au
+lieu de s'élancer du côté gauche, ainsi qu'il est dit plus haut, peut
+s'élancer du côté droit et continuer dans ce sens, en entraînant sa dame
+avec lui.
+
+
+LA POLKA.
+
+La position du cavalier et de la dame est à peu près la même dans la
+polka que dans la valse ordinaire. La polka se danse sur une mesure à
+deux-quatre, mouvement d'une marche militaire un peu lent.
+
+Le pas de la polka se divise en trois temps.
+
+Dans le premier, le talon gauche doit être levé à côté de la jambe
+droite sans la dépasser derrière et de manière à effleurer le mollet.
+Dans cette position, on saute sur le pied droit, afin de donner l'élan
+au pied gauche, qui forme une glissade en avant, à la quatrième
+position.
+
+Le deuxième et le troisième temps se composent de deux petits pas sautés
+de chaque pied avec légèreté, en ayant soin que les deux pieds se
+trouvent à peu près sur la même ligne. Au deuxième petit pas, on relève
+la jambe droite, le talon près du bas du mollet gauche, et on laisse
+passer le quatrième temps de la mesure, ce qui fait que trois temps
+seulement se trouvent marqués. On recommence de l'autre pied et ainsi de
+suite.
+
+Le cavalier doit toujours partir du pied gauche, et la dame du droit,
+comme à la valse ordinaire.
+
+La polka offre dans son exécution plusieurs évolutions particulières: le
+danseur devra faire tourner sa dame dans tous les sens, tantôt à droite,
+tantôt à gauche, la faire reculer ou avancer sur lui, ou avancer en
+droite ligne, à l'aide de ce mouvement connu, en terme de valse, sous le
+nom de _redowa_; il devra même quelquefois faire pivoter la dame sur
+place en rapetissant le pas, de manière à le former entièrement sous
+lui.
+
+Dans les premiers temps de la polka, on exécutait d'autres figures
+auxquelles on a renoncé maintenant.
+
+La polka-mazurka. La polka-mazurka a remplacé la mazurka, danse
+nationale polonaise, dont les figures, très-compliquées, exigeaient
+beaucoup d'étude. Il en est resté seulement un pas qui s'exécute sur un
+mouvement de valse à trois temps, en sautant légèrement sur le pied
+droit, laissant glisser le pied gauche à la quatrième devant, ce qui
+emploie deux temps de la mesure. On recommence de l'autre jambe, et
+ainsi de suite.
+
+La position du pied est la même pour la polka-mazurka que pour la valse
+à deux temps; on ne doit chercher ni à le cambrer, ni à le tourner en
+dehors, mais le laisser dans sa position naturelle.
+
+La marche est celle d'une valse.
+
+
+LA REDOWA.
+
+Cette danse, d'origine bohémienne, s'exécute par couples, ainsi que
+toutes les valses. La mesure est à trois temps, et doit être jouée sur
+un rhythme beaucoup plus lent que celui de la valse ordinaire.
+
+La position du cavalier est la même que pour la valse à trois temps; le
+cavalier part du pied gauche et la dame du droit. Le pas de la redowa,
+en tournant, peut se décomposer ainsi pour le cavalier:
+
+Jeté du pied gauche en passant devant la dame, comme dans la valse à
+trois temps; glissé du pied droit derrière à la quatrième position de
+côté; on ramène le pied gauche à la troisième position derrière, puis on
+exécute un _pas de basque_ du pied droit, en rapportant le pied droit
+devant, et on recommence du pied gauche.
+
+Le _pas de basque_ s'exécute en trois temps, afin de marquer la mesure.
+Pour le premier temps, on saute en changeant de jambe et en portant la
+jambe changée en l'air à la quatrième position devant. Pour le deuxième
+temps, on pose cette jambe à terre en la glissant un peu, et pour le
+troisième, on chasse avec l'autre pied le pied qui est devant.
+
+Pour valser à deux temps sur la mesure de la redowa, on doit faire
+chaque pas sur chaque temps de la mesure et se retrouver, toutes les
+deux mesures, le cavalier du pied gauche, et la dame du pied droit,
+c'est-à-dire que l'on fait un pas entier et un demi-pas sur chaque
+mesure.
+
+
+LA SCHOTTISCH.
+
+La schottisch se danse sur la même mesure que la polka. Pour les deux
+premières mesures le pas est celui de la polka, excepté au quatrième
+temps, où, le pied restant en l'air, on saute légèrement sur le pied qui
+est posé. La première mesure se fait du pied droit, et la seconde du
+pied gauche. Pour les deux mesures suivantes, au premier temps, on passe
+le pied droit devant; au second temps, on saute légèrement en levant le
+pied gauche derrière; le troisième temps et le quatrième se font de la
+même manière avec le pied gauche. Ensuite on recommence le pas, qui se
+fait en tournant, comme la polka.
+
+
+LE GALOP
+
+Le galop, qui se danse quelquefois à la fin d'un bal ou dans une figure
+de cotillon, est de la plus grande simplicité. La position est la même
+que pour la polka, et le pas consiste seulement à chasser un pied par
+l'autre, en les changeant alternativement, pour franchir, devant soi, le
+plus grand espace possible. Le galop se danse sur un mouvement animé,
+que l'on presse vers la fin.
+
+
+LE COTILLON.
+
+Le cotillon est le finale presque obligé de toute réunion dansante.
+
+Pour former un cotillon, on doit s'asseoir autour du salon en
+demi-cercle ou en cercle complet, suivant le nombre des valseurs. On se
+dispose couples par couples, le cavalier ayant toujours sa dame à sa
+droite, et sans laisser d'intervalles entre les siéges.
+
+Le cavalier qui se lève le premier pour partir prend le titre _de
+cavalier conducteur_; la place qu'il occupe avec sa dame représente ce
+qu'on appelle _la tête du cotillon_.
+
+Le cotillon peut se composer de valse seule, de polka ou de mazurka; il
+arrive souvent que l'on mêle ces trois valses ensemble, et que l'on
+passe de l'une à l'autre pour plus de diversité.
+
+Lorsque l'on commence par la valse, le couple conducteur part le premier
+et fait le tour du salon, suivi des autres couples, qui reviennent
+successivement à leur place. Le premier couple se lève de nouveau et
+exécute une figure de son choix, que les autres couples doivent exécuter
+à tour de rôle jusqu'à l'extrémité du cercle.
+
+Celui qui conduit le cotillon donne à l'orchestre le signal du départ,
+l'arrête lorsqu'il faut changer d'air dans les cotillons mêlés de valses
+et de polka. L'orchestre doit jouer pendant toute la durée d'un cotillon
+sans jamais s'arrêter, et ne cesser que lorsqu'il en a reçu l'ordre du
+cavalier conducteur.
+
+Le devoir du cavalier conducteur est de ne jamais perdre de vue les
+autres couples, d'avertir en frappant des mains, les cavaliers
+retardataires, ou ceux qui prolongeraient trop leur valse.
+
+Nous donnerons maintenant l'explication de quelques-unes des figures du
+cotillon les plus faciles à décrire et à comprendre.
+
+La course. Le premier cavalier quitte sa dame après avoir valsé, et va
+choisir deux autres dames dans le cercle; sa dame, de son côté, choisit
+deux cavaliers. Ils se placent vis-à-vis l'un de l'autre à une certaine
+distance, puis se lancent et font quelques tours de valse ou de polka,
+chaque cavalier avec la dame qui se trouve devant lui.
+
+Les fleurs. Le conducteur choisit deux dames et les invite à lui
+indiquer à voix basse chacune une fleur. Il va présenter les deux dames
+à un autre cavalier, et lui nomme les deux fleurs pour qu'il ait à en
+choisir une. Le second cavalier valse avec la dame représentée par la
+fleur qu'il a nommée, et le cavalier conducteur valse avec l'autre dame.
+La dame du premier cavalier exécute la même figure avec les deux
+cavaliers choisis par elle. Les _fleurs_ peuvent se faire à un, deux et
+trois couples.
+
+Les colonnes. Le cavalier conducteur valse avec sa dame, qu'il laisse au
+milieu du salon. Il prend un cavalier qu'il place dos à dos avec sa
+dame; il amène une autre dame qu'il place vis-à-vis du cavalier qu'il
+vient de choisir, et ainsi de suite, jusqu'à ce qu'il ait formé une
+colonne de quatre ou cinq couples qu'il a le soin de terminer par une
+dame. Au signal qu'il donne, en frappant dans les mains, chacun se
+retourne et valse ou danse avec son vis-à-vis jusqu'à sa place. On peut
+former une colonne double en partant deux couples à la fois.
+
+Le coussin. Le premier cavalier part en tenant de la main gauche un
+coussin. Il fait le tour du salon avec sa dame, qu'il fait asseoir au
+milieu du salon, et lui laisse le coussin, que celle-ci doit présenter à
+plusieurs cavaliers en les invitant à placer un genou dessus. La dame
+doit le retirer avec vivacité devant les cavaliers qu'elle refuse, et le
+laisser tomber devant celui qu'elle choisit pour valser.
+
+La trompeuse. Deux ou trois couples partent en valsant et se séparent.
+Chaque cavalier va choisir un cavalier, et chaque dame une dame. Le
+cavalier conducteur choisit seul deux cavaliers. Les cavaliers forment
+une ligne, et se placent dos à dos avec les dames, qui forment une ligne
+parallèle. Le cavalier conducteur se tient hors des rangs, et se place
+devant la ligne des dames. Il frappe dans ses mains et choisit une dame.
+A ce signal, tous les cavaliers se retournent et prennent pour valser
+les dames qui se trouvent derrière eux. Le cavalier qui se trouve sans
+dame, par suite du choix du cavalier conducteur, retourne seul à sa
+place.
+
+Le serpent. Le premier couple part en valsant. Le cavalier laisse sa
+dame dans un des angles du salon, le visage tourné vers la muraille, et
+va chercher ensuite trois ou quatre dames qu'il place derrière la
+sienne, en laissant entre chacune d'elles une certaine distance. Il va
+choisir autant de cavaliers, lui compris, qu'il se trouve de dames. Il
+forme une chaîne libre avec les cavaliers qu'il a choisis, et, après
+avoir promené cette chaîne avec rapidité, il passe derrière la dernière
+dame, puis entre chaque dame, jusqu'à ce qu'il ait repris la sienne. Il
+frappe alors dans les mains, et chaque cavalier valse avec son
+vis-à-vis.
+
+Le changement de dames. Deux couples partent en valsant. Après avoir
+décrit plusieurs circuits, ils doivent se rapprocher: les cavaliers
+changent de dames sans perdre le pas ni la mesure: après avoir valsé
+avec la dame l'un de l'autre, chacun reprend la sienne et regagne sa
+place.
+
+Le chapeau. Le chevalier laisse sa dame au milieu du salon, et lui remet
+un chapeau. Tous les cavaliers viennent former un rond autour de la dame
+en lui tournant le dos et marchant très-vite du côté gauche. La dame
+place le chapeau sur la tête de l'un des cavaliers avec lequel elle fait
+un tour de valse. Les autres cavaliers retournent à leur place.
+
+L'écharpe. Cette figure est le pendant de celle du _chapeau_. Un
+cavalier tient une écharpe à la main, au milieu d'un rond que les dames
+forment autour de lui, et doit déposer l'écharpe sur les épaules de
+l'une d'elles qu'il choisit pour valser. Chaque cavalier doit aller
+rejoindre sa dame pour la reconduire à sa place.
+
+Les dames assises. On place deux chaises dos à dos au milieu du salon.
+Les deux premiers couples partent en valsant. Les deux cavaliers font
+asseoir leurs dames sur les chaises, et vont ensuite choisir deux dames
+avec lesquelles ils font le tour du cercle. Ils viennent ensuite
+reprendre leurs dames pour les reconduire à leur place en valsant.
+Pendant que les deux dames qu'ils viennent de quitter s'assoient à leur
+tour, les deux cavaliers suivants exécutent la même figure, et ainsi de
+suite. Quand tous les cavaliers ont fait la figure, il reste sur les
+chaises deux dames que leurs cavaliers viennent délivrer. On peut faire
+cette figure à trois ou quatre couples, en plaçant trois ou quatre
+chaises au milieu du cercle.
+
+Le chapeau magique. Le premier couple part en valsant. Le cavalier remet
+à sa dame un chapeau qu'elle va présenter à plusieurs dames en les
+engageant à y déposer un objet quelconque. Elle offre ensuite le chapeau
+à plusieurs cavaliers qui prennent un des objets, et vont chercher la
+dame à laquelle il appartient pour lui faire faire un tour de valse.
+Cette figure peut être exécutée par plusieurs couples à la fois.
+
+La phalange. Départ des deux premiers couples. Chaque cavalier va
+choisir deux dames, et chaque dame deux cavaliers. Le premier cavalier
+donne la main droite à la dame de droite et la main gauche à celle de
+gauche; les deux dames se donnent la main derrière lui, de manière à
+former une figure connue anciennement sons le nom des _Grâces_. La dame
+du cavalier conducteur se place de même avec les deux cavaliers qu'elle
+a choisis; les autres groupes se rangent à la suite dans la même
+disposition, et se tiennent rapprochés de manière à former une phalange
+qui part en exécutant le pas de polka, valse sans tourner, ou de
+mazurka. Au signal donné, les cavaliers qui se trouvent entre deux dames
+se retournent avec elles, et chacun valse avec son vis-à-vis jusqu'à sa
+place.
+
+Le cavalier trompé. Les cinq ou six premiers couples partent ensemble,
+et vont se placer en rang deux par deux. Le premier cavalier tient sa
+dame de la main droite, et ne doit pas regarder le couple qui se trouve
+derrière lui. Sa dame le quitte, et va choisir un cavalier parmi les
+autres couples. Ce cavalier et cette dame se séparent et avancent de
+chaque côté de la colonne en marchant sur la pointe du pied, afin de
+tromper le premier cavalier qui se trouve en tête, et s'efforcent de le
+rejoindre pour valser ensemble. Si le cavalier qui est aux aguets peut
+ressaisir sa dame, il la reconduit en valsant, et le cavalier suivant le
+remplacera. Dans le cas contraire, il doit demeurer à son poste jusqu'à
+ce qu'il ait pu prendre une dame. Le dernier cavalier restant valse avec
+la dernière dame.
+
+Le grand rond. Quatre couples partent à la fois. Chaque cavalier va
+choisir un cavalier, et chaque dame une dame. On forme un rond général,
+les cavaliers se tenant par la main du même côté, et les dames de
+l'autre. On commence par tourner à gauche; puis le cavalier conducteur,
+qui doit avoir sa dame de la main droite, s'avance sans la quitter, et
+coupe le rond par le milieu, c'est-à-dire entre la dernière dame et le
+dernier cavalier. Il tourne à gauche avec tous les cavaliers, tandis que
+la dame tourne à droite avec toutes les dames. Le cavalier conducteur et
+sa dame, après avoir décrit un demi-cercle renversé, se retournent et
+valsent ensemble; le second cavalier prend la seconde dame, et ainsi de
+suite, jusqu'à ce que la chaîne soit épuisée. Cette figure peut se faire
+à cinq, six, sept, huit couples, et plus encore.
+
+Les cercles jumeaux. Quatre couples partent ensemble. Chaque cavalier
+choisit un cavalier, et chaque dame une dame. Les cavaliers forment un
+rond, et les dames un autre à l'opposé. Le cavalier conducteur se place
+dans le rond des dames, et la dame dans celui des cavaliers. Les deux
+ronds tournent à gauche avec rapidité: à un signal donné, le cavalier
+choisit une dame pour valser avec elle; sa dame en fait autant avec un
+cavalier: pendant ce temps, les cavaliers se développent sur une ligne,
+et les dames sur une autre. Les deux lignes avancent l'une vers l'autre,
+et chacun valse avec son vis-à-vis. Cette figure, de même que la
+précédente, peut être exécutée par autant de couples que l'on veut.
+
+Le rond trompeur. Départ du premier couple. Le cavalier conducteur va
+choisir trois dames qu'il place avec la sienne à une certaine distance
+les unes des autres, et comme pour le jeu des quatre coins. Il choisit
+ensuite quatre cavaliers, et forme avec eux un rond qui se trouve inséré
+dans le carré que forment les quatre dames. Les cinq cavaliers doivent
+tourner avec une très-grande vitesse, et à un signal donné, se retourner
+et prendre la dame qui se trouve derrière eux pour valser. Il y a
+nécessairement un cavalier qui est condamné à retourner seul à sa place.
+
+La chasse aux mouchoirs. Les trois ou quatre premiers couples partent
+ensemble. Les cavaliers laissent au milieu du salon leurs dames, qui
+doivent toutes avoir un mouchoir à la main. Les cavaliers du cotillon
+viennent former un rond autour des dames en leur tournant le dos, et
+tournent rapidement à gauche. Les dames lancent leurs mouchoirs en
+l'air, et valsent avec ceux des cavaliers qui s'en saisissent.
+
+La mer agitée. On place deux rangs de chaises adossées les unes aux
+autres, comme pour le jeu dont le nom a servi à désigner cette figure.
+Départ du premier couple. Le cavalier conducteur, s'il a placé douze
+chaises au milieu du salon, choisit six dames, y compris la sienne, et
+les fait asseoir de deux en deux chaises. Il va chercher ensuite six
+cavaliers avec lesquels il forme une chaîne qu'il dirige lui-même. Après
+avoir décrit une course rapide dans les diverses parties du salon, et
+qu'il peut prolonger ou varier à son gré, il finit par envelopper les
+rangs de chaises où se trouvent les dames. Quand il s'assoit, tous les
+cavaliers doivent s'asseoir au même instant, et chacun valse avec la
+dame qui est à sa droite. Dans cette figure, comme dans celle du _rond
+trompeur_, il se trouve nécessairement un cavalier de trop, qui doit
+retourner seul à sa place.
+
+Les quatre coins. On place quatre chaises au milieu du salon, à des
+intervalles marqués, pour figurer les quatre coins. Le premier cavalier,
+après avoir fait faire à sa dame un tour de valse, la fait asseoir sur
+une des chaises, et prend les trois dames suivantes pour occuper les
+trois autres chaises. Il se place debout au milieu, comme pour le jeu
+des quatre coins: les dames, en restant assises, exécutent les
+changements du jeu, qui se font, non plus en courant, mais en se tenant
+par les mains pour changer de chaises. Quand le cavalier peut s'emparer
+d'une des chaises laissée vacante par une des dames qui cherchait à
+changer de place avec sa voisine, il valse avec celle qu'il a déplacée.
+Un autre cavalier vient aussitôt se placer au milieu du rond, et une
+autre dame vient occuper la chaise vacante. Quand le dernier cavalier a
+pris la place de l'une des quatre dernières dames, les cavaliers des
+trois dames qui restent doivent venir les prendre pour les reconduire à
+leur place en valsant.
+
+Le berceau. Quatre couples partent ensemble et vont former un rond
+général au milieu du salon. Quand le rond est formé, les dames et les
+cavaliers se retournent, et se trouvent dos à dos sans se quitter les
+mains. Quatre autres couples partent et vont former un rond autour du
+premier, mais sans se retourner. Dans cette position, et quand on est
+vis-à-vis les uns des autres, les cavaliers se donnent les mains en
+dessus, et les dames en dessous. Les cavaliers lèvent les bras assez
+haut pour former une issue circulaire que les dames parcourent
+rapidement et à gauche sans se quitter les mains. Au signal donné, les
+bras des cavaliers s'abaissent à la fois pour arrêter les dames qui
+valsent avec les cavaliers devant lesquels elles se trouvent. Cette
+figure peut être exécutée par un grand nombre de couples.
+
+La poursuite. Départ des trois ou quatre premiers couples. Chaque
+cavalier du cotillon a le droit d'aller derrière chaque couple et de
+s'emparer de la dame pour valser avec elle. Il doit frapper dans les
+mains pour annoncer qu'il est dans l'intention de se substituer au
+cavalier. Cette figure se continue jusqu'à ce que chaque cavalier ait
+retrouvé sa dame pour la reconduire à sa place. Pour que cette figure
+soit exécutée avec toute l'animation voulue, il faut qu'à mesure qu'un
+cavalier s'empare d'une dame, un autre le remplace aussitôt. La
+poursuite est une des figures finales du cotillon.
+
+Le rond final. Toutes les personnes du cotillon forment un rond général.
+Le cavalier conducteur s'en sépare avec sa dame, et il exécute une valse
+au milieu du rond, qui s'est reformé autour d'eux. Il s'arrête à un
+signal donné, et sa dame sort du cercle. Lui, choisit une dame avec
+laquelle il valse dans le cercle. Il sort du cercle à son tour, et la
+dame qu'il a choisie prend un autre cavalier, et ainsi de suite. Quand
+il ne reste plus que deux ou trois couples, on exécute une valse
+générale. Le _rond final_ s'exécute, ainsi que la _poursuite_, surtout à
+la fin des cotillons.
+
+Les quatre chaises. On place au milieu du salon quatre chaises que l'on
+dispose comme pour les quatre coins. Quatre couples partent en valsant,
+et se placent, chaque couple derrière une des quatre chaises. A un
+signal donné, chacun valse autour de la chaise devant laquelle il se
+trouve, puis passe à la suivante; et ainsi de suite en allant toujours à
+droite. Cette figure doit être faite avec ensemble pour éviter de
+s'entre-choquer. Pour finir, chacun regagne sa place en valsant.
+
+La contredanse. Quatre couples vont se placer au milieu du salon, comme
+pour la contredanse. Le premier couple part en valsant autour du couple
+qui est à sa droite, et fait de la même manière le tour des trois autres
+couples, qui répètent à leur tour la même figure. Quand tous les quatre
+ont achevé, on retourne à sa place en valsant comme pour _les chaises_.
+
+L'éventail. On place trois chaises au milieu du salon sur une même
+ligne. Les deux chaises des extrémités doivent être tournées dans le
+sens contraire de celle du milieu. Le premier couple part en valsant: le
+cavalier fait asseoir sa dame sur la chaise du milieu et lui remet un
+éventail. Il va chercher deux autres cavaliers qu'il fait asseoir sur
+les deux autres chaises. La dame offre l'éventail à l'un des deux
+cavaliers assis à son côté et valse avec l'autre. Le cavalier qui a reçu
+l'éventail doit suivre le couple valsant en l'éventant et en sautant à
+cloche-pied autour du cercle.
+
+Le chapeau fuyant. Départ des deux premiers couples. Le cavalier
+conducteur tient derrière lui, de la main gauche, un chapeau dont il a
+soin de présenter l'ouverture. Le deuxième cavalier tient de la main
+gauche une paire de gants roulée qu'il doit chercher à lancer dans le
+chapeau sans cesser de valser. Quand il a réussi, il prend le chapeau,
+et remet les gants à l'autre cavalier, qui recommence le même jeu.
+
+Les petits ronds. Départ des trois ou quatre premiers couples. Chaque
+cavalier choisit un cavalier, et chaque dame une dame. Les cavaliers se
+placent deux par deux, et les dames aussi deux par deux devant les
+cavaliers. Les deux premiers cavaliers et les deux premières dames font
+en rond un tour entier à gauche; quand le tour est achevé, les deux
+cavaliers, sans s'arrêter, lèvent les bras pour faire passer les deux
+dames en dessous, et exécutent un autre tour avec les deux dames
+suivantes. Les deux premières dames tournent de même avec les deux
+cavaliers qui se présentent; chacun suit jusqu'à ce que les deux
+premiers cavaliers soient arrivés aux dernières dames. Quand les deux
+premiers cavaliers ont fait passer toutes les dames, ils se placent en
+ligne, et les deux cavaliers suivants se rangent de chaque côté, de
+manière à former, tous les cavaliers ensemble, une seule et même ligne
+opposée à celle que les dames ont dû former de leur côté. Les deux
+lignes avancent l'une vers l'autre par quatre mesures, puis se
+rejoignent, et chaque cavalier prend la dame qui se trouve devant lui.
+Polka ou mazurka générale pour finir.
+
+Les génuflexions. Départ des deux premiers couples. Les deux cavaliers
+mettent un genou en terre à une certaine distance l'un de l'autre. Dans
+cette position, ils font tourner leurs dames deux fois autour d'eux sans
+leur quitter la main. Après ces deux tours, les deux dames traversent la
+main droite, et vont donner la main gauche à la droite de l'autre
+cavalier pour faire également deux tours. Elles traversent une deuxième
+fois de la main droite pour retrouver leurs cavaliers, qui se relèvent
+et les reconduisent en valsant.
+
+La corbeille. Départ du premier couple. Le cavalier choisit deux dames,
+au milieu desquelles il se place; sa dame choisit deux cavaliers, et se
+place aussi entre eux. On avance pendant quatre mesures, on recule
+pendant quatre autres, on avance pendant quatre mesures, on recule
+pendant quatre autres, on avance une dernière fois. Le cavalier qui
+tient les deux dames lève les bras, et fait passer en dessous les deux
+cavaliers, qui passent sans quitter les mains de la dame du premier
+cavalier, et se donnent les mains derrière ce dernier. Les deux dames
+choisies par le premier cavalier se donnent les mains derrière la dame
+du cavalier conducteur, ce qui forme la corbeille. Dans cette position
+on décrit un tour à gauche, et à un signal donné, sans que personne ne
+quitte les mains, le cavalier du milieu passe sous les bras des deux
+autres cavaliers, et la dame sous les bras des deux autres dames. Les
+six personnes se trouvent alors avoir les bras enlacés. A un autre
+signal, on sépare les bras, et on forme un rond ordinaire; on décrit un
+tour, et le cavalier qui se trouve à la gauche de la première dame
+commence une chaîne plate par la main droite, qui se continue jusqu'à ce
+que le premier cavalier ait retrouvé sa dame. On termine par une valse.
+
+La dame à gauche. Toutes les personnes du cotillon forment un rond
+général; on tourne à gauche pendant quatre mesures; chaque cavalier fait
+le tour sur place en avant, pendant quatre autres mesures, en ayant
+soin, à la fin du tour, de laisser sa dame à gauche. On recommence le
+rond sur quatre mesures, et chaque cavalier prend la dame qui se trouve
+à sa droite, qu'il transporte à gauche, à l'aide d'un nouveau tour sur
+place. On continue jusqu'à ce qu'on ait retrouvé sa dame. La dame à
+gauche est une des figures finales du cotillon.
+
+Pour terminer un cotillon, il est d'un usage assez général que chaque
+couple, après la dernière figure, passe devant la maîtresse du cotillon
+et s'incline devant elle successivement. Quelquefois, celui qui conduit
+le cotillon a été la chercher à sa place, et l'a fait asseoir sur une
+chaise placée au milieu du salon. Ce salut, qui a lieu dans quelques
+réunions, n'est cependant pas obligatoire, et nous devons l'indiquer
+seulement pour les circonstances où il paraît à propos de terminer ainsi
+la soirée.
+
+[Illustration]
+
+
+
+
+TABLE DES MATIÈRES.
+
+
+AVANT-PROPOS
+
+PREMIÈRE PARTIE.
+JEUX D'ACTION.
+
+ Le loup ou la queue leuleu
+ Cache-cache ou cligne-musette
+ Cache tampon
+ Le chat et la souris
+ Le chat perché
+ Petit bonhomme vit encore
+ Le furet
+ Jeu de la savate
+ La main chaude
+ Colin-Maillard
+ Colin-Maillard assis et à la baguette
+ Colin-Maillard à la silhouette
+ Le sac d'étrennes
+ Les ciseaux
+ La mer agitée
+ La toilette de madame
+ Le voyageur et l'hôtellerie
+ Les quatre coins
+ Les voisins
+ Le tiers ou les petits paquets
+ Le loup et la bergerie
+ Le labyrinthe ou la dentelle
+ Les barres
+ Le concert
+ Le pied de boeuf
+ La scie
+ Les fromages
+ Cloche-pied
+ Le coton en l'air
+ Le singe
+ L'exercice à la prussienne
+ L'assiette tournante 44
+
+DEUXIÈME PARTIE.
+JEUX AVEC JOUETS.
+
+ Les bagues
+ La balançoire ou escarpolette
+ La balle
+ Le ballon
+ Les bulles de savon
+ Le bilboquet
+ Le cerceau
+ La corde
+ Les dames
+ Les dés
+ Le diable
+ Les dominos
+ L'émigrant
+ Les grâces
+ Les jonchets
+ Le kaléidoscope
+ La lanterne magique
+ Le loto
+ Le loup
+ La marelle
+ L'oie
+ Les ombres chinoises
+ Les osselets
+ Le pantin
+ Le parachute
+ La poupée
+ Le renard et les poules
+ Le solitaire
+ Le sphinx
+ Le toton
+ Le volant
+
+TROISIÈME PARTIE
+LES RONDES
+
+ Nous n'irons plus au bois
+ La boulangère
+ Le laurier de France
+ Il était une bergère
+ Giroflé, girofla
+ Le ciel et l'enfer
+ La tour, prends garde!
+ Ah! mon beau château
+ Gentil coquelicot
+ La mère Bontemps
+ Guilleri
+ Le chevalier du Guet
+ Le pont d'Avignon
+ L'avoine
+ Savez-vous planter des choux?
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+ La marguerite
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+ Riche et pauvre
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+QUATRIÈME PARTIE
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+ La valse
+ Valse à trois temps
+ Valse à deux temps
+ La polka
+ La polka-mazurka
+ La redowa
+ La schottisch
+ Le galop
+ Le cotillon
+ La course
+ Les fleurs
+ Les colonnes
+ Le coussin
+ La trompeuse
+ Le serpent
+ Le changement de dames
+ Le chapeau
+ L'écharpe
+ Les dames assises
+ Le chapeau magique
+ La phalange
+ Le cavalier trompé
+ Le grand rond
+ Les cercles jumeaux
+ Le rond trompeur
+ La chasse aux mouchoirs
+ La mer agitée
+ Les quatre coins
+ Le berceau
+ La poursuite
+ Le rond final
+ Les quatre chaises
+ La contredanse
+ L'éventail
+ Le chapeau fuyant
+ Les petits ronds
+ Les génuflexions
+ La corbeille
+ La dame à gauche
+
+FIN DE LA TABLE.
+
+
+
+
+
+
+End of the Project Gutenberg EBook of Jeux et exercices des jeunes filles, by
+Marguerite Du Parquet
+
+*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK JEUX ET EXERCICES--JEUNES FILLES ***
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+
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+ money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the
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+
+- You comply with all other terms of this agreement for free
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+
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+Hart, the owner of the Project Gutenberg-tm trademark. Contact the
+Foundation as set forth in Section 3 below.
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+1.F.
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+opportunities to fix the problem.
+
+1.F.4. Except for the limited right of replacement or refund set forth
+in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS' WITH NO OTHER
+WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT LIMITED TO
+WARRANTIES OF MERCHANTIBILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE.
+
+1.F.5. Some states do not allow disclaimers of certain implied
+warranties or the exclusion or limitation of certain types of damages.
+If any disclaimer or limitation set forth in this agreement violates the
+law of the state applicable to this agreement, the agreement shall be
+interpreted to make the maximum disclaimer or limitation permitted by
+the applicable state law. The invalidity or unenforceability of any
+provision of this agreement shall not void the remaining provisions.
+
+1.F.6. INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the
+trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone
+providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in accordance
+with this agreement, and any volunteers associated with the production,
+promotion and distribution of Project Gutenberg-tm electronic works,
+harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees,
+that arise directly or indirectly from any of the following which you do
+or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
+work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
+Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.
+
+
+Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm
+
+Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
+electronic works in formats readable by the widest variety of computers
+including obsolete, old, middle-aged and new computers. It exists
+because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
+people in all walks of life.
+
+Volunteers and financial support to provide volunteers with the
+assistance they need are critical to reaching Project Gutenberg-tm's
+goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
+remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
+Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
+and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
+To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
+and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
+and the Foundation web page at https://www.pglaf.org.
+
+
+Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive
+Foundation
+
+The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
+501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
+state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
+Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
+number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at
+https://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
+permitted by U.S. federal laws and your state's laws.
+
+The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
+Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
+throughout numerous locations. Its business office is located at
+809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
+business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact
+information can be found at the Foundation's web site and official
+page at https://pglaf.org
+
+For additional contact information:
+ Dr. Gregory B. Newby
+ Chief Executive and Director
+ gbnewby@pglaf.org
+
+
+Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation
+
+Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
+spread public support and donations to carry out its mission of
+increasing the number of public domain and licensed works that can be
+freely distributed in machine readable form accessible by the widest
+array of equipment including outdated equipment. Many small donations
+($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
+status with the IRS.
+
+The Foundation is committed to complying with the laws regulating
+charities and charitable donations in all 50 states of the United
+States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
+considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
+with these requirements. We do not solicit donations in locations
+where we have not received written confirmation of compliance. To
+SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
+particular state visit https://pglaf.org
+
+While we cannot and do not solicit contributions from states where we
+have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
+against accepting unsolicited donations from donors in such states who
+approach us with offers to donate.
+
+International donations are gratefully accepted, but we cannot make
+any statements concerning tax treatment of donations received from
+outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff.
+
+Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
+methods and addresses. Donations are accepted in a number of other
+ways including including checks, online payments and credit card
+donations. To donate, please visit: https://pglaf.org/donate
+
+
+Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic
+works.
+
+Professor Michael S. Hart was the originator of the Project Gutenberg-tm
+concept of a library of electronic works that could be freely shared
+with anyone. For thirty years, he produced and distributed Project
+Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.
+
+
+Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
+editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
+unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily
+keep eBooks in compliance with any particular paper edition.
+
+
+Most people start at our Web site which has the main PG search facility:
+
+ https://www.gutenberg.org
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+This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
+including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
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