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authorRoger Frank <rfrank@pglaf.org>2025-10-15 02:26:16 -0700
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+<pre>
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+The Project Gutenberg EBook of Le théâtre japonais, by André Lequeux
+
+This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
+almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
+re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
+with this eBook or online at www.gutenberg.org
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+Title: Le théâtre japonais
+
+Author: André Lequeux
+
+Editor: Ernest Leroux
+
+Release Date: August 19, 2008 [EBook #26362]
+
+Language: French
+
+Character set encoding: ISO-8859-1
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+*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LE THÉÂTRE JAPONAIS ***
+
+
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+
+Produced by Guillaume Doré and the Online Distributed
+Proofreading Team at https://www.pgdp.net (This file was
+produced from images generously made available by the
+Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica) at
+http://gallica.bnf.fr
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+</pre>
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+<div class="tr f1">
+<h1>Le théâtre japonais</h1>
+<h2>Par</h2>
+<h1>André Lequeux</h1>
+<h3><em>BIBLIOTHÈQUE ORIENTALE ELZÉVIRIENNE</em></h3>
+
+<img src="images/fig01.png" alt="Logo" class="figcenter" title="Logo" />
+
+<h3>ERNEST LEROUX, ÉDITEUR</h3>
+
+<div align="center"><b>Paris</b><br />
+1889</div>
+</div>
+
+<h2>TABLE DES MATIÈRES</h2>
+
+<a href="#i" class="toc">I</a><br />
+<a href="#ii" class="toc">II</a><br />
+<a href="#iii" class="toc">III</a><br />
+&nbsp;&nbsp;<a href="#sc_acte_sc_i_sup_er_sup" class="toc"><span class="sc">Acte</span> I<sup>er</sup></a><br />
+&nbsp;&nbsp;<a href="#sc_acte_sc_ii" class="toc"><span class="sc">Acte</span> II</a><br />
+&nbsp;&nbsp;<a href="#sc_acte_sc_iii" class="toc"><span class="sc">Acte</span> III</a><br />
+&nbsp;&nbsp;<a href="#sc_acte_sc_iv" class="toc"><span class="sc">Acte</span> IV</a><br />
+&nbsp;&nbsp;<a href="#sc_acte_v_sc" class="toc"><span class="sc">Acte V</span></a><br />
+&nbsp;&nbsp;<a href="#sc_acte_vi_sc" class="toc"><span class="sc">Acte VI</span></a><br />
+
+
+<h1><a name="i" id="i"></a>I</h1>
+
+<p> L&#039;amateur de couleur locale que ses affaires ou ses loisirs
+amènent au Japon ne saurait mieux l&#039;aller chercher qu&#039;au
+théâtre. Il la trouvera là avec ses nuances les plus caractéristiques et
+les plus originales. La salle et la scène lui offriront ensemble un
+champ d&#039;observation merveilleusement disposé pour une étude de
+mœurs et d&#039;histoire. </p>
+
+<p> L&#039;édifice est une grande bâtisse en bois de formé carrée. On y
+pénètre par un vestibule de plain-pied sur la rue, dont la disposition
+générale rappelle l&#039;entrée de nos salles de spectacle; là sont les
+bureaux de location. On trouve aussi à acheter des billets dans les
+maisons de thé du voisinage, mais nous n&#039;oserions affirmer
+qu&#039;ils y soient «<em>moins chers qu&#039;au bureau</em>».–Le vestibule donne
+accès, par deux portes, presque directement dans le parterre et deux
+escaliers, on pourrait dire deux échelles conduisent à
+l&#039;amphithéâtre et aux couloirs qui commandent les loges; il
+n&#039;y a, bien entendu, qu&#039;un seul étage. Sur la façade de la
+rue, l&#039;attention est sollicitée par des guirlandes de lanternes,
+des banderoles fortes en couleurs, une série de tableaux représentant
+les principales scènes de la pièce qui tient l&#039;affiche, le tout
+donnant une note d&#039;ensemble assez criarde: c&#039;est de bonne
+réclame. La grande salle que nous désignons sous le nom de parterre est
+divisée en carrés égaux comme un damier, ou mieux comme un plafond à
+caissons renversé: cela fait autant de loges de quatre, mais on s&#039;y
+entasse volontiers six ou sept. Les spectateurs enjambent les uns sur
+les autres pour gagner leurs places; mais une fois chaque famille
+installée dans sa boîte,–c&#039;est le nom qui convient à la chose,–on
+n&#039;en sort plus sans absolue nécessité, ce qui n&#039;empêche, la
+représentation durant dix heures au moins, qu&#039;il se fasse
+momentanément de nombreux vides à chaque entr&#039;acte. Mais on mange
+là comme chez soi, on fume, on allaite les nourrissons, on se met à
+l&#039;aise. Il n&#039;y a pas de siège, le Japonais ayant
+l&#039;habitude de s&#039;asseoir sur ses talons et pouvant garder cette
+position, la moins fatigante et la plus commode à son goût, pendant
+toute une journée.
+
+</p>
+
+<p> Deux passages en planches, plus élevés que le fond des caissons à
+spectateurs et au niveau des séparations d&#039;où les têtes seules
+émergent, courent d&#039;un bout à l&#039;autre de la salle, depuis les
+portes qui donnent dans le vestibule du théâtre jusqu&#039;à la scène.
+C&#039;est par là que pénètre le public du parterre; par là aussi que
+pendant la représentation la plupart des acteurs font leurs entrées ou
+leurs sorties, surtout lorsque la fiction veut qu&#039;ils arrivent de
+quelque endroit éloigné ou que, quittant la scène, ils marchent par les
+rues ou à travers la campagne. «L&#039;ouvreur» fait alors, en quelque
+sorte, office «d&#039;avertisseur». Cet employé de la porte est,
+d&#039;ailleurs, préposé à la garde d&#039;une collection variée de
+parapluies et parasols qu&#039;il ouvre lui-même et passe à chaque
+acteur entrant, à tour de rôles, lorsque ces accessoires sont exigés par
+les circonstances de la scène. Cette distribution se fait à
+l&#039;intérieur même, sous les yeux des spectateurs. Souvent le
+dialogue commence dans le dos du public, dès qu&#039;un artiste a mis le
+pied dans la salle et bien avant qu&#039;il n&#039;arrive à la hauteur
+de la rampe; on s&#039;arrête parfois à moitié chemin pour dire quelque
+chose; ou bien on retourne sur ses pas, puis on revient en avant; on
+arrive enfin sur la scène au moment voulu. La vie du drame gagne
+beaucoup à ce procédé; toute la salle participe, pour ainsi dire, à
+l&#039;action. On voit quelle proportion prend la scène empiétant ainsi
+jusqu&#039;à l&#039;entrée du parterre par-dessus les têtes des
+spectateurs. Pour les appels, les adieux, les exhortations, les
+provocations surtout, la distance réelle justifie tous les tons de la
+voix. Pendant que l&#039;action principale se déroule devant le public,
+des scènes accessoires peuvent être simultanément jouées sur les côtés
+de la salle, indépendantes pour les acteurs d&#039;après la fiction du
+drame, connexes pour les spectateurs dans le concours des événements qui
+composent la pièce. Souvent aussi l&#039;action principale se transporte
+au milieu du parterre. On a de la sorte un développement de scène triple
+de la largeur du théâtre. Cela permet encore aux conspirateurs,
+assassins, libérateurs et autres personnages qui ont à se concerter
+avant d&#039;agir, de préparer posément leur coup de main ou leur
+exploit, ainsi qu&#039;il est dans la nature des choses, avant
+d&#039;arriver sur le lieu même où il doit être perpétré. Le manque
+d&#039;espace amène parfois sur nos scènes, à cet égard, des situations
+bien invraisemblables; c&#039;est alors, par exemple, qu&#039;on voit
+tel acteur qui ne sait que faire de ses deux mains en attendant que les
+assassins se soient mis d&#039;accord pour lui couper la gorge. Rien de
+pareil n&#039;est à craindre au théâtre japonais. </p>
+
+<p> Mais c&#039;est justement parce que cela se passe par-dessus les têtes
+des spectateurs que c&#039;est praticable, et ce n&#039;est
+matériellement possible qu&#039;en raison de la position dans laquelle
+on assiste au spectacle. Chacun se trouve ainsi au milieu du drame; il y
+prend peut-être un intérêt d&#039;autant plus vif. Pour un spectateur
+lâchant la bride à son imagination les passages en planches pourront
+devenir des chemins agrestes et l&#039;ensemble du parterre, un champ
+bien cultivé; s&#039;il veut que son plaisir soit complet, il
+s&#039;annihilera en tant qu&#039;homme et s&#039;identifiera au drame
+comme un invisible esprit. </p>
+
+<p> La mise en scène est étonnante d&#039;exactitude. Si l&#039;action se
+passe dans une maison, celle-ci est représentée tout entière avec ses
+abords et son voisinage. L&#039;architecture japonaise se prête,
+d&#039;ailleurs, à ce système de décoration, les palais eux-mêmes
+n&#039;atteignant jamais ici des proportions monumentales. Dans la
+réalité, quand une maison est grandement ouverte, il n&#039;en reste
+guère que la charpente; on voit tout ce qui va et vient à
+l&#039;intérieur; dans ce cas, le théâtre n&#039;a besoin de recourir à
+aucune fiction. Si la scène doit se jouer dans une maison fermée, il
+faut bien alors que celle-ci soit coupée à la rampe; néanmoins on ne
+néglige pas représenter le toit, le jardin, ou encore la barrière, le
+mur, la porte d&#039;entrée, en un mot ce qui entoure immédiatement la
+maison, le tout suivant la même coupe. </p>
+
+<p> Il y a des changements à vue: la scène avec ses décorations pivote sur
+elle-même par le mécanisme d&#039;une plaque tournante qui en occupe
+toute l&#039;étendue. Ce procédé a le grand avantage de favoriser, dans
+certains cas, le naturel des mouvements. Ainsi, tel acteur devant entrer
+dans une maison, on le voit franchir la porte pendant que le théâtre
+tourne et de l&#039;autre côté apparaît l&#039;intérieur de la maison où
+il pénètre<a href="#fn__1" name="fnt__1" id="fnt__1" class="fn_top">1</a>. Comme tout cela est bien compris pour faire vivre les
+spectateurs au milieu même de l&#039;action; il n&#039;y a rien de
+fictif ni de conventionnel dans la sortie et la rentrée de cet acteur;
+ce qu&#039;on a sous les yeux, c&#039;est la réalité. On veut montrer au
+public successivement le devant et le dos d&#039;une maison, on la lui
+retourne; rien de plus simple, puisque la maison y est tout entière. La
+plaque tournante peut contenir trois tableaux ou plus exactement trois
+théâtres à la fois, de sorte qu&#039;il est possible de faire deux
+changements à vue coup sur coup. Le cadre de la scène est beaucoup plus
+large que haut<a href="#fn__2" name="fnt__2" id="fnt__2" class="fn_top">2</a>. Quelques décorations accessoires sont ajoutées sur les
+flancs; elles se prolongent parfois jusque dans la salle, au milieu des
+spectateurs.–Le rideau se tire de côté: il est orné de quelque dessin à
+larges traits et d&#039;une inscription gigantesque. </p>
+
+<p> La musique est dissimulée, sur la gauche et au niveau de la scène,
+derrière un décor à jours qui varie suivant le théâtre de l&#039;action.
+Elle joue presque sans discontinuer, accompagnant le dialogue d&#039;une
+mélodie grave ou sautillante, triste ou gaie, discrète ou emportée,
+sourde ou bruyante, autant que possible à l&#039;unisson moral de la
+situation. Cette mélodie sert à représenter aussi le murmure de la
+nature: elle cherche des harmonies imitatives, devient tour à tour
+tempête, zéphyr, tonnerre, pluie, cascade, courant léger, bruit
+d&#039;un corps qu&#039;on jette dans l&#039;eau et bouillonnement de
+l&#039;eau qui reprend sa place. </p>
+
+<p> La musique japonaise est exclusivement en mineur. C&#039;est assez dire
+qu&#039;elle n&#039;a aucun rapport avec nos mœurs musicales et que
+notre oreille a besoin d&#039;une certaine éducation locale pour
+s&#039;y faire, à plus forte raison pour la goûter. On y arrive
+pourtant.–Autre particularité de la musique japonaise: elle est en
+quelque sorte la contrepartie de la musique chinoise qui, toute en
+majeur, se trouve par cet absolutisme également éloignée de nos
+principes d&#039;harmonie. Il en résulte cette conséquence assez bizarre
+et pourtant logique, que des musiciens européens ont pu s&#039;amuser,
+en combinant des œuvres musicales japonaises et chinoises, à en tirer
+une sorte de produit extrême-oriental et susceptible néanmoins, avec son
+accoutrement assez fantasque, de se traduire sur nos instruments. </p>
+
+<p> Dans ses divisions essentielles l&#039;orchestre japonais se rapproche
+beaucoup du nôtre: il y a trois grandes catégories d&#039;instruments.
+Le <em>koto</em> et le <em>schamisen</em> rappellent la harpe et le violon avec tous ses
+dérivés, violoncelle, basse, contralto; le <em>koto</em> est pareillement destiné
+à produire dans l&#039;orchestre des effets différents suivant sa
+taille; le <em>schamisen</em> a plutôt certaines analogies avec la guitare;
+c&#039;est du reste en pinçant les cordes qu&#039;on joue généralement
+du schamisen ou du koto; exceptionnellement on emploie un archet dont
+les crins ne sont guère tendus. Une sorte de flûte, dont la forme
+n&#039;a rien de particulier, est le principal des instruments à vent.
+Il y a enfin dans l&#039;orchestre japonais une série de tambourins et
+de timbales d&#039;aspect assez original et qui occupent dans la
+composition musicale une place beaucoup plus importante que les
+instruments similaires en Occident. </p>
+
+<p> Du côté opposé à l&#039;orchestre, dans une logette fermée par un
+store, se tient le <em>chœur</em>: c&#039;est un personnage qu&#039;on ne voit
+pas, mais qu&#039;on entend souvent. Son rôle correspond assez
+exactement à celui du chœur de la tragédie grecque; il tient cependant
+plus de place dans le drame japonais, bien qu&#039;il y demeure
+modestement caché. Il représente le bon sens populaire et la morale
+commune; mais il explique surtout le développement du drame; il raconte
+au besoin ce qui se passe hors de la scène et dévoile les sentiments
+intérieurs des personnages. Le drame japonais, étant une image aussi
+fidèle que possible de la vérité, se déroule souvent et parfois pendant
+des scènes entières en simple pantomime. Dans la vie réelle on ne parle
+pas toujours, mais on agit sans cesse; on agit par cela seul qu&#039;on
+existe; on agit, soit qu&#039;on s&#039;agite dans un but quelconque,
+qu&#039;on se repose et qu&#039;on pense, ou même qu&#039;on reste
+immobile sous le coup de la frayeur, de l&#039;attente ou de la fatigue.
+Si l&#039;on dort, on n&#039;agit peut-être pas soi-même; et encore, le
+sommeil n&#039;est-il pas une action <em>sui generis</em>, susceptible de bien
+des variétés qui ont leurs manifestations dans les rêves et même dans
+des signes extérieurs et visibles, suivant qu&#039;on est calme ou
+agité, malade ou bien portant, heureux ou malheureux? En tous cas, on
+vit dans le sommeil et le monde agit autour du dormeur, à cause de lui,
+par rapport à lui. Qu&#039;on soit mort enfin, on existe encore à
+l&#039;état de cadavre, de souvenir, de passé et à ces titres on
+n&#039;est pas encore nul dans la vie des hommes. Les actes de
+l&#039;humanité s&#039;engendrent mutuellement; ils ont des
+posthumes.–Directement ou indirectement, on agit toujours. On ne parle
+que quelquefois.–A cet égard, l&#039;art s&#039;affranchit dans notre
+théâtre de toute vraisemblance: l&#039;action y est toujours accompagnée
+de la parole, et si celle-ci se tient parfois en suspens pour laisser
+toute l&#039;attention du spectateur se concentrer sur un jeu de scène
+capital, ce n&#039;est que pour un instant. Au Japon, des actes entiers
+se poursuivent pendant lesquels les acteurs n&#039;échangent que
+quelques mots; les monologues sont rares et toujours parfaitement
+justifiés, ce qui n&#039;est pas le cas chez nous. C&#039;est alors
+qu&#039;intervient le rôle du chœur invisible; il récite ou plutôt
+psalmodie la pièce; il raconte la pantomime qui se joue devant les yeux
+du public; sa voix expressive prend les intonations de circonstance;
+elle se fait terrible ou harmonieuse; elle est généralement grave et
+devient parfois tout à fait chantante. Cette manière de représenter la
+vie fait que les acteurs japonais sont les premiers mimes du monde: dans
+cet art, ils atteignent une perfection étonnante, grâce à laquelle un
+drame au Japon est intéressant même pour l&#039;étranger qui ne sait pas
+un mot de la langue. Auprès d&#039;eux, nos acteurs de pantomimes ne
+sont que de vulgaires pantins: qu&#039;est-ce, par exemple, que cette
+série de gestes conventionnels dont ils surchargent leurs grimaces?–De
+ridicules singeries dont le théâtre japonais est entièrement affranchi.
+C&#039;est là du reste que réside la vraie supériorité de celui-ci au
+point de vue de la vraisemblance: ce qu&#039;on représente au Japon,
+c&#039;est, insistons-y, la vie réelle. Chez nous, pièce parlée ou
+pantomime sont également loin de la vérité. Dans la vie, on ne parle pas
+toujours, mais on parle pourtant. Les gestes conventionnels que nous
+trouvons si piteusement grotesques dans nos pantomimes sont là pour
+suppléer à la parole absente. Les mimes japonais n&#039;ont que faire de
+ces idioties, car ils parlent quand ils ont à parler. La vie est parole
+et action. Chez nous, le théâtre est, ou peu s&#039;en faut, l&#039;une
+ou l&#039;autre. Au Japon, il est l&#039;une et l&#039;autre. Nous en
+arrivons ainsi à définir l&#039;art dramatique japonais: une pantomime
+affranchie des invraisemblances conventionnelles et où l&#039;on parle
+comme on parle dans la vie réelle.–Est-ce à dire que les acteurs
+japonais parlent d&#039;un ton naturel? Il s&#039;en faut. Leurs salles
+de spectacle n&#039;étant pas calculées en vue de l&#039;acoustique et
+les spectateurs s&#039;y livrant eux aussi <em>à la vie réelle</em>, qui est loin
+d&#039;être silencieuse, les artistes sont obligés, pour se faire
+entendre, de prendre une voix de tête, qui étonne au début, qui est même
+assez déplaisante, mais à laquelle on s&#039;habitue vite. </p>
+
+<p> Une des particularités curieuses du théâtre japonais, c&#039;est ce qui
+remplace le service de nos valets de scène. En pleine représentation,
+vous voyez se glisser entre les acteurs des êtres informes, serrés dans
+un collant tout noir, la figure voilée, la tête couverte d&#039;un
+bonnet faisant corps avec le reste et pointe dans le prolongement des
+deux oreilles; on dirait les produits fantastiques d&#039;un singe et
+d&#039;une chauve-souris: Ce sont les «ombres», ayant charge des
+accessoires, qui apportent tout ce qui doit servir dans la pièce au
+moment voulu et enlèvent les objets qui pourraient gêner le jeu des
+acteurs. Le talent de ces <em>personnages neutres</em> consiste à échapper autant
+que possible aux regards du public tout en faisant ponctuellement leur
+office. Ils n&#039;avancent qu&#039;en rampant et s&#039;acquittent de
+leur rôle avec une agilité d&#039;escamoteurs. Ils ne comptent pas dans
+la pièce<a href="#fn__3" name="fnt__3" id="fnt__3" class="fn_top">3</a>. </p>
+
+<h1><a name="ii" id="ii"></a>II</h1>
+
+<p> Passons derrière la toile et pénétrons dans les coulisses.–Où sont les
+actrices?–Il n&#039;y en n&#039;a pas.–Mais les rôles de femmes?–Ce sont
+les acteurs qui les remplissent; toute la troupe est mâle. Dans certains
+petits théâtres de genre, il est vrai, toute la troupe au contraire est
+féminine. Les rôles d&#039;hommes y sont joués par des femmes. Mais
+c&#039;est un art inférieur<a href="#fn__4" name="fnt__4" id="fnt__4" class="fn_top">4</a>. Dans tous les cas, les sexes ne sont pas
+mélangés au théâtre japonais. C&#039;est, assure-t-on, une question de
+morale. Mais à la vérité, s&#039;il faut en croire ce qu&#039;on nous a
+raconté sur les mœurs des artistes de l&#039;Extrême-Orient, il est
+douteux que la morale y trouve son compte. </p>
+
+<p> Au point de vue de la vraisemblance, la voix seule laisse à désirer et
+encore certains sujets arrivent à efféminer la leur d&#039;une façon
+étonnante. Le costume des Japonaises dissimule si bien les formes,
+qu&#039;à cet égard la substitution de sexe se fait sans embarras. Enfin
+les acteurs sont à ce point habiles dans l&#039;art d&#039;imiter
+qu&#039;ils achèvent l&#039;illusion en donnant, à s&#039;y méprendre,
+le cachet le plus féminin à leurs allures, à leurs gestes, à leurs
+manières. Ils savent copier,–ils y sont exercés dès l&#039;enfance,–la
+démarche si particulière des grandes dames japonaises<a href="#fn__5"
+name="fnt__5" id="fnt__5" class="fn_top">5</a> et celle plus particulière
+encore des grandes courtisanes. Cette dernière, qu&#039;on pourrait
+qualifier de classique tant elle est consacrée par les rites de la vie
+élégante et galante, est comme la suprême expression de la langueur la
+plus efféminée<a href="#fn__6" name="fnt__6" id="fnt__6" class="fn_top">6</a>. </p>
+
+<p> Les artistes japonais se bornent-ils, comme les nôtres, à saisir la
+pensée de leur auteur et à la rendre ainsi qu&#039;ils
+l&#039;entendent?–Nullement. Ils font beaucoup plus; ils collaborent
+eux-mêmes à la pièce; ils la composent, pour ainsi dire, l&#039;auteur
+ne donnant d&#039;ordinaire qu&#039;une idée et un canevas plus ou moins
+détaillé sur lequel ils brodent à leur aise. On voit à quel point le
+rôle de celui-ci est restreint et peu glorieux. Les grands acteurs
+apportent chaque jour, sans même le consulter et souvent à
+l&#039;improviste, des améliorations ou des modifications non seulement
+à leur jeu, mais encore à l&#039;action et jusqu&#039;au fond de
+l&#039;intrigue. De la sorte, une pièce est jouée parfois en présence du
+public pendant plusieurs semaines avant d&#039;être définitive. Il faut
+que les artistes japonais soient des improvisateurs de premier ordre.
+Ces procédés seraient inconciliables avec nos règles d&#039;art
+dramatique. Mais le théâtre au Japon se soucie peu des trois unités.
+L&#039;unité d&#039;action elle-même est là moins respectée. Le drame
+japonais, nous l&#039;avons dit, est plus une imagé de là vie réelle
+qu&#039;une peinture idéale soumis à des principes artistiques. Aussi
+l&#039;auteur et les acteurs qui, ne se bornant pas au rôle
+d&#039;interprètes, participent à la confection de la pièce, ne
+craignent pas de la surcharger d&#039;incidents assurément dans la
+nature des choses, mais n&#039;ayant que faire à l&#039;action
+principale. Loin d&#039;y voir un défaut, ils pensent ainsi se
+rapprocher de la vérité, leur point de mire, et en fait ils s&#039;en
+rapprochent, les drames de la vie réelle ne suspendant pas le cours
+ordinaire de l&#039;existence et leur développement étant entrecoupé de
+mille circonstances étrangères plus ou moins banales.–Avec des règles
+aussi larges, la plus grande liberté, d&#039;invention peut être laissée
+à la fantaisie de l&#039;acteur: au lieu de jouer un rôle, il doit vivre
+ce rôle sur la scène. Il suffit qu&#039;il se pénètre des données
+capitales du drame et qu&#039;il s&#039;identifie au personnage
+qu&#039;il représente. Il en résulte que l&#039;art dramatique est ici
+tout différent de ce qu&#039;il est chez nous. Le fond d&#039;une pièce
+ne varie guère, il est vrai, d&#039;un jour à l&#039;autre; mais la
+récitation n&#039;est pas fixe à ce point qu&#039;elle enchaîne les
+acteurs. Ceux-ci, par conséquent, sont exercés à poursuivre
+l&#039;intrigue sans se déconcerter de la tournure plus ou moins
+imprévue qu&#039;elle prend. Ils ont toujours la réplique prête à tout
+et la plus grande difficulté du métier, difficulté dont ils sont maîtres
+à merveille, est d&#039;éviter d&#039;une part les précipitations
+inopportunes qui pourraient engendrer le désordre et la confusion, de
+l&#039;autre les hésitations ou les étonnements qui risqueraient de
+laisser tomber gauchement le dialogue.–Inutile d&#039;ajouter qu&#039;il
+n&#039;y a pas là place pour un souffleur. Toutefois, on écrit <em>in
+extenso</em> le texte de certains passages où les mots ont une portée
+capitale en vue de certains effets étudiés à l&#039;avance. Dans ce cas,
+on a parfois recours à un souffleur; mais celui-ci n&#039;est pas, comme
+chez nous, dissimulé dans une niche. Il se tient tout bonnement sur la
+scène, accroupi dans le dos du personnage à souffler. Tous les
+spectateurs peuvent le voir, son cahier à la main, dans l&#039;exercice
+de ses fonctions, qui sont du reste momentanées. Mais on sait qu&#039;il
+ne compte pas et on fait abstraction de sa présence. </p>
+
+<p> Ce n&#039;est pas seulement par les incidents que le drame japonais, à
+la recherche de la vérité, s&#039;affranchit de l&#039;unité
+d&#039;action. On aurait peine à discerner où se trouve le dénouement de
+la pièce; à la vérité, il n&#039;en existe pas, ou, si l&#039;on veut,
+il y a plusieurs dénouements. D&#039;un bout à l&#039;autre de la
+représentation, l&#039;intrigue varie singulièrement. La même série de
+faits amenant une <em>solution</em> ne se prolonge guère au delà de deux ou trois
+actes et chaque pièce en comprend de six à huit. On voit donc se
+dérouler successivement trois ou quatre situations dramatiques presque
+sans relations entre elles et il est difficile de reconnaître par
+quelles attaches la fin tient au commencement. Ce ne sont pourtant pas
+autant de drames distincts et, en y regardant de près, il n&#039;est pas
+impossible de suivre le fil des événements qu&#039;on a sous les yeux
+pendant une dizaine d&#039;heures.–Ce décousu est encore l&#039;image
+fidèle de la vie: de ce que tous les personnages du drame sont morts à
+un moment donné, les Japonais ne se croient pas obligés de finir la
+représentation. Les morts sont hors de jeu personnellement, mais leur
+mort peut avoir des conséquences dramatiques qu&#039;il n&#039;est pas
+indifférent de connaître. Ce point de vue entre d&#039;autant plus en
+ligne de compte dans l&#039;art japonais que la passion dominante dans
+le drame est, non pas la jalousie comme chez nous,–celle-ci
+n&#039;intervient guère ici qu&#039;à titre d&#039;incident,–mais la
+vengeance. La provocation, la conception, la préparation de la
+vengeance, voilà les raisons d&#039;être de l&#039;art dramatique;
+c&#039;est là qu&#039;il repose tout entier. Le Japonais est
+essentiellement vindicatif et l&#039;histoire du Japon est une
+interminable épopée de la vengeance. </p>
+
+<p> De là aussi la longueur des représentations: une vengeance en
+engendrant une autre, il n&#039;y a pas de raison pour s&#039;arrêter.
+Comme en Corse, il y a eu au Japon des <em>vindette</em> célèbres qui ont duré
+plusieurs siècles, entretenues par une série interminable de meurtres se
+commandant les uns les autres. Ce qui met fin à la pièce, ce n&#039;est
+pas un dénouement définitif, mais l&#039;heure. Il faut bien en finir.
+Le drame japonais est une fenêtre ouverte sur un coin de la vie
+terrestre. Après toute une journée de ce spectacle, on doit être
+fatigué; alors on ferme la fenêtre. Autrefois, les représentations
+commençaient dès le matin et se terminaient bien au delà du coucher du
+soleil; elles pouvaient durer presque sans interruption de quinze à
+dix-huit heures. Sous l&#039;influence de la civilisation, les mœurs
+japonaises s&#039;amollirent: aujourd&#039;hui, après dix heures de
+drame, on croit en avoir assez; on commence plus tard et on finit plus
+tôt. Depuis quelque temps, dans les grands théâtres, la nuit venue on
+allume le gaz; il y a une rampe comme chez nous. Mais on n&#039;en est
+pas encore là dans les théâtres secondaires, où on continue d&#039;avoir
+recours à l&#039;ancien système d&#039;éclairage, jadis seul connu, dont
+l&#039;effet est assez fantastique. C&#039;est un procédé d&#039;une
+originalité singulière et bien spéciale au Japon; il tend à disparaître
+et la couleur locale à perdre avec lui une de ses meilleures teintes.
+Voici en quoi il consiste: on ne s&#039;occupe pas d&#039;éclairer la
+salle; les spectateurs peuvent demeurer dans l&#039;obscurité; la scène
+elle-même reste dans le noir; on se borne à mettre en lumière la figure
+de chaque artiste. Pour les Japonais, ce qu&#039;il importe surtout de
+voir au théâtre, c&#039;est le jeu de physionomie. Aussi, l&#039;acteur
+en scène est accompagné dans ses mouvements par un de ces personnages
+neutres, de ces êtres indéfinissables ne comptant pas, dont nous avons
+déjà parlé, qui lui tient constamment sous le nez un lampion à
+réflecteur, fixé au bout d&#039;un manche; chaque acteur a <em>son ombre</em> qui
+le suit ainsi pas à pas dans toutes ses allées et venues. Il faut
+convenir que le public japonais, si exigeant sur la copie du vrai, doit,
+en ce qui concerne cet éclairage, rabattre beaucoup de ses prétentions.
+Mais il semble qu&#039;il a l&#039;esprit ainsi fait: il ne veut pas
+qu&#039;on lui supprime quelque chose de la réalité de la vie; mais on
+peut y ajouter; il lui suffit alors de faire abstraction: il sait
+retrancher, non compléter. C&#039;est le contre-pied de notre art
+dramatique. </p>
+
+<p> La mode des applaudissements est un autre emprunt à l&#039;Europe;
+maigres encore et clairsemés, ils commencent pourtant à se faire
+entendre. L&#039;ancien usage, qui consiste à crier par acclamation le
+nom de l&#039;acteur auquel s&#039;adresse l&#039;enthousiasme, prévaut
+toujours, mais perd chaque jour du terrain. En Europe, le public nomme
+bien les artistes, mais c&#039;est pour un ou plusieurs «rappels»,
+lorsqu&#039;ils sont sortis de scène; ici, c&#039;est au beau milieu
+d&#039;une tirade, d&#039;un dialogue ou même d&#039;un jeu de scène
+muet et les Japonais y mettent une expression si originale, qu&#039;il
+serait impossible d&#039;en traduire le ton par une explication; il y
+entre de la tendresse et de l&#039;affectation maniérée. </p>
+
+<p> L&#039;art dramatique étant tel que nous l&#039;avons dépeint, il
+n&#039;est pas étonnant qu&#039;il n&#039;existe guère dans la
+littérature japonaise de théâtre écrit<a href="#fn__7" name="fnt__7"
+id="fnt__7" class="fn_top">7</a>. Tout ce que peut se procurer
+l&#039;amateur qui désire garder un souvenir de la pièce qu&#039;il a
+vue ou se préparer par provision à celle qu&#039;il va voir, c&#039;est
+un livret en contenant l&#039;analyse. Ces livrets sont multiples pour
+un seul et même drame et pas toujours d&#039;accord entre eux. Cela
+tient à leur origine: ils sont l&#039;œuvre de divers spectateurs en
+contrat avec les libraires ou appartenant au <em>reportage</em> des journaux
+indigènes. Il y a d&#039;autant moins à s&#039;étonner de ces
+divergences entre les analyses théâtrales, quelles ne sont pas toutes
+faites le même jour et que, tant que l&#039;affiche est encore neuve, la
+pièce subit des variantes à chaque représentation. Or, c&#039;est
+justement pendant cette période de tâtonnements que les livrets sont
+écrits. </p>
+
+<h1><a name="iii" id="iii"></a>III</h1>
+
+<p> Nous ne pourrions mieux compléter cet exposé de l&#039;art dramatique
+au Japon que par le résumé d&#039;un drame qui se jouait l&#039;hiver
+dernier dans un grand théâtre de Tokio. </p>
+
+<p> Les artistes célèbres se partagent les publics de Tokio et de Kyoto. En
+dehors de ces deux villes, il n&#039;y a guère que des troupes de second
+ordre, troupes de province plus ou moins habiles suivant
+l&#039;importance et le goût artistique des populations. Osaka même, qui
+dépasse en nombre d&#039;habitants, l&#039;ancienne résidence impériale,
+est, au point de vue théâtral, moins bien pourvue. On est trop affairé
+dans cette ville de commerce et d&#039;industrie pour qu&#039;il reste
+du temps à consacrer au spectacle. Au Japon, le théâtre n&#039;est pas,
+comme en France, un délassement du soir mérité par le labeur du jour,
+mais bien l&#039;occupation, l&#039;absorption même de toute une
+journée. </p>
+
+<p> Les premières salles de Tokio contiennent jusque deux mille personnes.
+Mais la population de cette ville est si nombreuse et si fanatique de
+drame, qu&#039;une pièce peut tenir l&#039;affiche et faire salle comble
+pendant plusieurs mois. Il faut bien qu&#039;il en soit ainsi pour
+qu&#039;on s&#039;en tire, car la mise en scène est fort coûteuse. </p>
+
+<p> La pièce que nous allons essayer de raconter est divisée en six actes
+et treize tableaux. Son titre est: «<em>Ume no haru tate-shi no go sho
+zome</em>».–Comment traduire cela?–Décomposons la phrase en mot à mot,
+suivant la construction grammaticale japonaise: <em>go sho zome</em> = tentures
+garnissant un appartement à la cour;–<em>no</em> = de;–<em>tate-shi</em> = une partie
+d&#039;une grande habitation;–<em>ume no haru</em> = le printemps des
+pruniers.–C&#039;est tout ce que nous en avons pu tirer, après avoir
+consulté les interprètes les plus expérimentés. C&#039;est là un titre
+énigmatique. Il en est fréquemment ainsi au Japon. Les titres des œuvres
+de théâtre n&#039;ont souvent aucun rapport avec la pièce qu&#039;ils
+désignent, mais ils ne sauraient guère se passer de là tournure poétique
+et le «printemps des pruniers» est mentionné par notre drame afin que
+cette règle y soit respectée. </p>
+
+<p> Je dois confesser qu&#039;il m&#039;est impossible de parler des deux
+premiers actes d&#039;après mes souvenirs; je ne suis arrivé qu&#039;au
+troisième; mais c&#039;est celui-ci et le dernier qui contiennent les
+plus belles scènes. J&#039;invoque en outre, comme circonstance
+atténuante, que, tout compte fait, je suis encore resté au théâtre ce
+jour-là au moins sept heures consécutives. En France, sept heures de
+drame noué feraient coucher à trois heures du matin. Au Japon, la pièce
+entière en dure dix; en supposant l&#039;ouverture à notre heure, on en
+aurait pour toute la nuit, jusqu&#039;au lever du soleil, même en hiver.
+Notez que les Japonais arrivent au théâtre avant le premier acte et
+jusqu&#039;au bout ne perdent pas une scène. </p>
+
+<p> Abordons ce compte rendu du «<em>Ume no haru</em>… etc. »… Qu&#039;on nous
+permette de transcrire le résumé sommaire des deux premiers actes,
+d&#039;après la traduction d&#039;un livret. Il sera peut être
+intéressant d&#039;avoir sous les yeux un ensemble complet de la pièce:
+on saisira mieux de la sorte la suite du drame et on verra, par ce
+spécimen, en quoi consistent ces analyses imprimées dont nous avons déjà
+parlé. </p> <div id="wrap"> <table class="act" summary="Distribution d&#039;après l&#039;affiche:"> <caption>Distribution d&#039;après l&#039;affiche:</caption>
+
+<tr><td><span><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Personnages principaux</em></span></td> <td><span><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Noms des
+artiste</em></span></td></tr>
+
+<tr><td class="act"><span>Asama, le daïmyo</span></td> <td><span>Sakato.</span></td></tr>
+
+<tr><td class="act"><span>Hototogisu, concubine du daïmyo, fille de Issaï</span></td> <td><span>Nakamura Fukusuke.</span></td></tr>
+
+<tr><td class="act"><span>Yukieda, jeune samuraï (allant en pèlerinage au 2<sup>e</sup> acte)</span></td>
+<td><span>&nbsp;&nbsp;&nbsp;<em>id.</em></span></td></tr>
+
+<tr><td class="act"><span>O Sugi, mère de Gorozô</span></td> <td><span>Ishikawa Jubizo.</span></td></tr>
+
+<tr><td class="act"><span>Asoheï, serviteur de Hanagaki </span></td> <td><span>Nakamura Tsurugoro.</span></td></tr>
+
+<tr><td class="act"><span>Yakuro, keraï du daïmyo</span></td> <td><span>Nakamura Dengoro.</span></td></tr>
+
+<tr><td class="act"><span>Satsuki, courtisane, femme de Gorozô</span></td> <td><span>Kawabara Saki Kunitaro.</span></td></tr>
+
+<tr><td class="act"><span>Hoshikage, ancien keraï du daïmyo, chassé, devenu voleur</span></td> <td><span>Nakamura.</span></td></tr>
+
+<tr><td class="act"><span>Oju, courtisane, fille de Issaï, sœur de Hototogisu</span></td> <td><span>Iwaï Matsu
+Nos&#039;ka.</span></td></tr>
+
+<tr><td class="act"><span>Hanagaki, fidèle keraï du daïmyo</span></td> <td><span>Kikusaburo.</span></td></tr>
+
+<tr><td class="act"><span>Issaï, maître de thé du daïmyo</span></td> <td><span>Iwaï Shige Matsu.</span></td></tr>
+
+<tr><td class="act"><span>Nadeshiko, femme légitime du daïmyo</span></td> <td><span>Yeinos&#039;ke.</span></td></tr>
+
+<tr><td class="act"><span>Takekuma, médecin du palais</span></td> <td><span>Ouokami Matsu Nos&#039;ke.</span></td></tr>
+
+<tr><td class="act"><span>Seppei, domestique d&#039;Issaï </span></td> <td><span>Sakato.</span></td></tr>
+
+<tr><td class="act"><span>Yuri Nokata, mère de Nadeshiko, et belle-mère du daïmyo</span></td> <td><span>Kikugoro.</span></td></tr>
+
+<tr><td class="act"><span>Nagoheï, chasseur, en réalité voleur</span></td> <td><span>&nbsp;&nbsp;&nbsp;<em>id.</em></span></td></tr>
+
+<tr><td class="act"><span>Gorozô, ancien keraï disgracié</span></td> <td><span>&nbsp;&nbsp;&nbsp;<em>id.</em></span></td></tr>
+
+</table></div>
+
+<p> L&#039;acteur qui figure le dernier sur l&#039;affiche et qui remplit
+trois rôles est, sans contredit et à juste titre, l&#039;artiste le plus
+célèbre de la troupe. Les disputes de préséance au programme, entre
+comédiens, sont inconnues au Japon. </p>
+
+<h2><a name="sc_acte_sc_i_sup_er_sup" id="sc_acte_sc_i_sup_er_sup"></a><span class="sc">Acte</span> I<sup>er</sup></h2>
+
+<p> <em>Premier tableau</em>: Devant le temple de Mano Miyojin, dans l&#039;Oshu. </p>
+
+<p> Un petit <em>daïmyo</em><a href="#fn__8" name="fnt__8" id="fnt__8" class="fn_top">8</a> ouvre un concours d&#039;escrime en l&#039;honneur du
+dieu. Le président est un fidèle <em>keraï</em><a href="#fn__9" name="fnt__9"
+id="fnt__9" class="fn_top">9</a> nommé Hanagaki.–Nombreuse et brillante
+réunion; personnages richement vêtus.–Asama, c&#039;est le nom du
+daïmyo, s&#039;y rend en grande pompe et avec un nombreux cortège. Il
+est accompagné par Hanagaki.–Procession.–Arrivée devant le temple.–Le
+concours a lieu sur la piste.–Suite de combats.–En dernier lieu,
+Yakuro<a href="#fn__10" name="fnt__10" id="fnt__10" class="fn_top">10</a> et Hanagaki se mesurent. Yakuro n&#039;est pas en veine ce
+jour-là; il va être battu. Pourtant Hanagaki, qui a la faveur du maître,
+n&#039;est pas sympathique au public. On voudrait l&#039;humilier.
+Asoheï<a href="#fn__11" name="fnt__11" id="fnt__11" class="fn_top">11</a> excite la voix son patron Hanagaki. Mais au moment décisif, les
+combattants sont séparés. Yakuro, malgré sa défaite assurée, se donne
+des airs de vainqueur. Il est traité de lâche et de vantard par Asoheï
+qui va se précipiter sur lui quand le daïmyo l&#039;arrête en disant
+qu&#039;il a vu et sait à qui attribuer la victoire. On entre pour se
+reposer chez le prêtre du temple. </p>
+
+<p> <em>Deuxième tableau</em>: Devant le temple <em>Awabida mura jizo.</em>–Il fait nuit. </p>
+
+<p> Issaï, maître de thé du daïmyo, revient de la campagne où son maître a
+donné une fête. Il marche avec peine et précaution par un chemin de
+rizière. Au temple, il s&#039;arrête pour se reposer. Subitement il se
+sent percé dans le côté. Il souffre. Sans distinguer qui lui a porté le
+coup, il aperçoit comme une ombre qui se dresse devant lui et lui enlève
+son argent. Il croit à un fantôme et veut le repousser en disant: «Qui
+es-tu?» Une éclaircie laisse voir un <em>ronin</em><a href="#fn__12"
+name="fnt__12" id="fnt__12" class="fn_top">12</a>. Issaï veut reprendre son
+argent. Le ronin le frappe à coups redoublés et disparaît. Le ciel
+s&#039;obscurcit de nouveau.–Arrivent les deux filles de Issaï qui,
+accompagnées par une servante, vont au-devant de leur père. Tout à coup,
+elles buttent contre quelque chose: c&#039;est le corps du père. Elles
+lui prodiguent leurs soins en pleurant; il ouvre les yeux et reconnaît
+ses filles. Il leur raconte comment il a été frappé et les invite à le
+venger.–Il expire.–Ses filles vont chercher du secours au village. </p>
+
+<p> <em>Troisième tableau</em>: Lit du fleuve Madori-Gawa<a href="#fn__13"
+name="fnt__13" id="fnt__13" class="fn_top">13</a> ayant sa source au temple
+de Mano Miyojin<a href="#fn__14" name="fnt__14" id="fnt__14" class="fn_top">14</a>, dont il alimente la piscine d&#039;ablutions. </p>
+
+<p> Après le concours d&#039;escrime, le daïmyo a distribué les
+récompenses. Au retour, on suit le cours du fleuve. Il a là des hommes
+qui errent, cherchant quelqu&#039;un à dévaliser.–Une fille
+d&#039;Issaï<a href="#fn__15" name="fnt__15" id="fnt__15" class="fn_top">15</a>,–on ne sait encore à ce moment qui est cette
+fille,–arrive à une pierre commémorative. Ces hommes l&#039;entourent;
+ils veulent en abuser. Mais le daïmyo les a vus et s&#039;est douté de
+la chose. Il lance ses gens au secours de la malheureuse. Les drôles
+s&#039;enfuient.–La jeune fille plaît au daïmyo. Elle raconte
+qu&#039;elle cherche ses parents dont elle a été séparée depuis
+l&#039;âge de cinq ans. Ses parents d&#039;emprunt sont morts. Elle
+voyage pour se distraire et comme but elle suit la piste de ses parents
+qui, lui a-t-on dit, habitent en ces lieux.–«Le jour je marche,
+dit-elle; la nuit, je couche dans les bois.»–Yakuro comprend le désir du
+daïmyo et conduit la jeune fille au palais. </p>
+
+<h2><a name="sc_acte_sc_ii" id="sc_acte_sc_ii"></a><span class="sc">Acte</span> II</h2> <div class="level2">
+
+<p> <em>Premier tableau.</em> Au pied de l&#039;Iwate-yama<a href="#fn__16"
+name="fnt__16" id="fnt__16" class="fn_top">16</a>. Habitations rares.–Soir
+d&#039;une journée de neige. </p>
+
+<p> Des gens de la bande du chasseur Nagoheï<a href="#fn__17"
+name="fnt__17" id="fnt__17" class="fn_top">17</a> arrivent armés de pioches
+et portant une caisse d&#039;aspect singulier, sans doute volée au
+temple du dieu de la montagne. Ils s&#039;avancent avec entrain sur la
+neige.–Halte.–La conversation roule sur l&#039;objet du vol que leur
+chef Nagoheï leur a ordonné. Puis l&#039;un d&#039;eux explique que
+Issaï, le maître de thé, a été tué par un des leurs et que Nagoheï veut,
+affublé du masque et des vêtements qu&#039;on porte à la procession du
+dieu, se présenter dans la maison d&#039;Issaï, effrayer les deux filles
+et en profiter pour voler l&#039;argent et enlever ces filles qu&#039;il
+vendra ensuite à des maisons de prostitution.–Ils continuent leur
+route.–Le jeune Yukieda, brave et fidèle Keraï du daïmyo, va au temple
+en pèlerinage pour le compte de son maître. Tout à coup d&#039;un fourré
+sort un voleur qui l&#039;arrête par derrière en lui demandant la bourse
+ou la vie. Le jeune homme le regarde de travers, lui dit qu&#039;il va
+au temple et que, s&#039;il ne le lâche pas, il va le coucher par
+terre.–Lutte à la suite de laquelle le voleur est lancé au fond du
+ravin.–Yukieda continue sa route. </p>
+
+<p> <em>Deuxième tableau</em>: Temple du dieu de la montagne. </p>
+
+<p> Arrivée du même samuraï.–Il butte contre quelque chose qui se trouve
+être le corps du voleur qu&#039;il a rencontré tout à l&#039;heure: «Ah!
+tu as roulé jusqu&#039;ici», dit-il simplement.–Les portes du temple
+sont ouvertes.–Hoshikage<a href="#fn__18" name="fnt__18" id="fnt__18" class="fn_top">18</a> (autrement dit le redoutable Kesataro)
+paraît. On voit en outre Nagoheï puis Wasuregaï (fille d&#039;Issaï) et
+son serviteur Sappeï.–Ces deux derniers sont venus en pèlerinage pour
+obtenir la punition du meurtrier d&#039;Issaï<a href="#fn__19"
+name="fnt__19" id="fnt__19" class="fn_top">19</a>.–Une lutte s&#039;engage à
+la fin de laquelle le miroir, trésor du daïmyo, tombe entre les mains de
+Hoshikage qui pense par ce moyen pouvoir s&#039;introduire de nouveau
+chez son seigneur. </p>
+
+<p> Nous, arrivons à la partie de la pièce qu&#039;il m&#039;est permis de
+raconter <em>de visu</em> et je ferai désormais surtout appel à mes souvenirs. </p>
+
+<h2><a name="sc_acte_sc_iii" id="sc_acte_sc_iii"></a><span class="sc">Acte</span> III</h2>
+
+<p> <em>Premier tableau</em>: Le théâtre représente le jardin du palais sur la
+rivière Katakami-Gawa, en Oshu.–On est au milieu d&#039;avril; les
+arbres sont en fleurs. </p>
+
+<p> Après quelques incidents sans grande importance arrive Nadeshiko, la
+femme légitime du daïmyo, dans un riche costume. Elle est triste, se
+sentant délaissée pour une concubine, cette aventurière qu&#039;à la fin
+du premier acte le daïmyo et ses serviteurs ont arrachée aux mains des
+brigands. Mais elle sait supporter son chagrin avec dignité. Elle entre
+dans le palais et bientôt on voit venir sa mère, âgée de soixante-cinq
+ans; elle a les cheveux blancs, le visage très énergique. Moins résignée
+que sa fille, elle a peine à contenir sa colère contre son gendre: elle
+ne peut admettre qu&#039;une maîtresse l&#039;emporte sur l&#039;épouse,
+celle-ci étant sa propre enfant<a href="#fn__20" name="fnt__20"
+id="fnt__20" class="fn_top">20</a>. Ses servantes, quoi qu&#039;elles
+fassent, ne peuvent parvenir à la distraire. Alors paraît le keraï
+Yakuro<a href="#fn__21" name="fnt__21" id="fnt__21" class="fn_top">21</a>, officier au service du daïmyo. Il fait signe à la mère de
+Nadeshiko qu&#039;il a quelque chose à lui dire. Celle-ci toujours
+méfiante congédie celles de ses femmes qui ne lui inspirent pas grande
+confiance. Yakuro s&#039;approche et lui fait des condoléances sur le
+dédain du seigneur pour Nadeshiko depuis l&#039;arrivée au palais de
+Hototogisu, la concubine. Avec mille circonlocutions il raconte
+qu&#039;il a fait des propositions au médecin qui a promis un poison
+mortel d&#039;un effet infaillible. Mais ces précautions sont bien
+superflues, car à mesure qu&#039;il parle le visage de Yuri Nokata, la
+mère de l&#039;épouse délaissée, s&#039;éclaire d&#039;une joie féroce<a
+href="#fn__22" name="fnt__22" id="fnt__22" class="fn_top">22</a>.–Jeu de
+physionomie remarquablement exécuté par l&#039;acteur chargé du rôle.–Le
+médecin est là qui attend. On lui dit d&#039;avancer. Sans lui laisser
+le temps d&#039;achever ses salutations, Yuri Nokata lui demande à
+brûle-pourpoint s&#039;il apporte la drogue. Il la lui fait passer
+cérémonieusement. On lui donne de l&#039;argent pour sa peine. Mais
+Yakuro, à voix basse, fait observer qu&#039;il est dangereux de le
+laisser partir ainsi. Yuri Nokata saisit la justesse de cette réflexion
+et elle annonce au médecin que, pour lui faire honneur, elle veut lui
+offrir un sabre<a href="#fn__23" name="fnt__23" id="fnt__23" class="fn_top">23</a>. Elle fait signe à Yakuro de lui donner un des siens;
+elle tient à le remettre elle-même au docteur. Celui-ci s&#039;avance
+dans l&#039;attitude la plus humble et paraît profondément touché de
+tant de faveur. Au moment où il va prendre l&#039;arme Yuri Nokata
+l&#039;en frappe et le tue d&#039;un seul coup.–Ce médecin était un
+témoin incommode; il fallait s&#039;en débarrasser. La vieille paraît
+enchantée de son succès; elle ne s&#039;en tiendra du reste pas
+là.–Rires flatteurs de Yakuro et des servantes.–Ordres donnés pour
+administrer le poison à Hototogisu. </p>
+
+<p> <em>Deuxième tableau</em>: Le pavillon habité par la favorite.–Les panneaux
+extérieurs<a href="#fn__24" name="fnt__24" id="fnt__24" class="fn_top">24</a> étant enlevés, on voit sa chambre qui est fort
+élégante.–Autour de la maison s&#039;étend un jardin délicieux où
+circule une petite rivière surmontée d&#039;un de ces ponts en zigzag
+qui n&#039;existent qu&#039;au Japon. La rivière et le pont occupent la
+moitié d&#039;un des passages qui vont d&#039;un bout à l&#039;autre de
+la salle. Le décor se prolonge ainsi entre les spectateurs et tout à
+l&#039;heure l&#039;action se portera tout entière, au moment le plus
+dramatique, au milieu même du public. </p>
+
+<p> Au <em>tirer</em> du rideau, Hototogisu, assistée de deux jeunes servantes,
+paraît dans un ravissant costume rose. Elle se lamente sur la maladie
+dont elle souffre et dont elle ne connaît pas la cause. Elle languit et
+sa figure est abîmée de boutons; une horrible plaie lui couvre un quart
+du visage.–Le vent souffle légèrement et les iris qui bordent la rivière
+en sont impressionnés.–La nuit venant, Hototogisu congédie ses
+suivantes. Elle est seule depuis un moment, lorsqu&#039;un bruit étrange
+se fait entendre; elle a peur; elle voit sortir du sol une flamme,
+aussitôt suivie d&#039;une apparition. Sa frayeur est au comble; elle va
+fuir; mais le revenant la retient en lui annonçant qu&#039;il veut lui
+parler. Graduellement, elle se tranquillise, puis elle éprouve un nouvel
+effroi en reconnaissant le médecin du palais. Celui-ci lui avoue que,
+par cupidité, il a commis un crime dont il a déjà reçu le châtiment. Il
+parle du ressentiment de la belle-mère du daïmyo et de sa résolution de
+tirer vengeance de la favorite. Il l&#039;informe que la maladie dont
+elle souffre lui vient d&#039;une drogue qu&#039;on lui a fait absorber,
+mais qui ne la fera pas mourir. Cependant Yuri Nokata veut à tout prix
+se défaire de la rivale de sa fille; elle a fait demander dans ce but un
+poison infaillible.–«Je viens de le lui remettre, dit-il, et pour
+salaire j&#039;ai reçu un coup de sabre. Gardez-vous de prendre la
+médecine qu&#039;on vous offrira, elle serait fatale. Quant à la maladie
+qui vous ronge, vous en serez guérie en buvant le contenu d&#039;un
+petit flacon que vous trouverez là.»–Il montre la niche du dieu
+domestique.–«Voilà ce que j&#039;avais à vous dire.»–Il
+disparaît.–Hototogisu réfléchit à ce qu&#039;elle vient d&#039;entendre.
+Puis, elle se dirige vers la place indiquée et trouve en effet la fiole.
+Elle absorbe le liquide et par un enchantement instantané il ne reste
+plus un bouton sur son visage; elle est redevenue belle. Elle va
+chercher son miroir et éprouve une douce surprise en se regardant; elle
+se mire avec des gestes qui rappellent la scène des bijoux de
+<em>Faust</em>.–Tout heureuse, elle ferme le store de sa chambre pour se reposer.
+</p>
+
+<p> On voit arriver deux furies armées chacune d&#039;un glaive; ce sont
+deux servantes de la belle-mère du daïmyo. Elles s&#039;avancent avec
+précaution sur le petit pont de la rivière. En se concertant, elles nous
+apprennent que leur maîtresse, après réflexion, a pensé que le fer
+serait plus sûr que le poison. Elles avancent à pas de loup vers le
+pavillon; se séparant, elles en occupent les deux extrémités, puis
+s&#039;y précipitent en même temps. Le store se lève; on voit la
+malheureuse Hototogisu couverte de sang se débattant entre ces deux
+forcenées; elle est épuisée et tombe; on la croît morte. </p>
+
+<p> Yuri Nokata entre en scène par le fond de la salle, avec une suite de
+trois ou quatre femmes. De loin, ses servantes lui font signe que leur
+besogne est terminée; elle est radieuse et va s&#039;asseoir près de sa
+victime. Mais voici que celle-ci se relève de toute sa hauteur et la
+traite de lâche. Elle lui raconte ce que l&#039;ombre du médecin vient
+de lui révéler.–«Oui, répond l&#039;autre sans s&#039;émouvoir,
+c&#039;est moi qui t&#039;ai mise dans cet état.–Pourquoi?–N&#039;est-ce
+pas toi qui as accaparé le cœur de mon gendre? Ma fille est résignée et
+dévore sa honte en silence. Mais moi, je n&#039;en puis faire autant.»
+La jeune femme a un geste de révolte. Toutes se jettent sur elle et la
+criblent de coups de sabre et poignard. Elle retombe, mais elle respire
+encore. Le sang ruisselle sur ses vêtements. Yuri Nokata va prendre
+place sur un banc pour mieux jouir du spectacle de sa vengeance. Elle
+n&#039;a nullement l&#039;âme troublée, car elle se fait servir du thé
+et fume une petite pipe<a href="#fn__25" name="fnt__25" id="fnt__25" class="fn_top">25</a>, ce qui est en quelque sorte
+l&#039;accompagnement inévitable du repos chez les Japonais des deux
+sexes.–Elle fait signe à deux servantes de dresser la mourante et de la
+tenir debout: puis elle se lève, applique sa pipe encore brûlante sur le
+visage de sa victime, suprême insulte, et lui adresse les injures les
+plus cruelles. S&#039;enflammant à sa propre parole, elle enfonce cette
+pipe dans l&#039;ouverture béante du col et laboure avec rage les chairs
+sanglantes. Hototogisu pousse un cri de douleur et son corps se tord en
+convulsions.–Cette scène est d&#039;une belle horreur.–Alors Yuri Nokata
+se met à détailler ses invectives: elle reproche à son ennemie sa
+beauté, ses charmes, ses yeux qui ont volé le cœur qui appartenait de
+droit à sa fille, sa bouche qui enivrait l&#039;époux de Nadeshiko de
+baisers, ses bras qui enlaçaient amoureusement son corps et perfidement
+sa raison.–Sur ces mots elle saisit le sabre d&#039;une des suivantes et
+d&#039;un seul coup, tranche le bras de la malheureuse femme. Celle-ci
+gémit douloureusement: le bras tombe à terre; le sang jaillit. Elle
+s&#039;affaisse épuisée. </p>
+
+<p> On la tient pour morte et la bande sanguinaire va se reposer. Yuri
+Nokata est entourée de ses femmes, qui lui prodiguent leurs
+félicitations et leurs soins. Pendant qu&#039;elles sont distraites,
+Hototogisu reprend ses sens; elle trouve encore assez de forces pour
+ramper jusqu&#039;au petit pont; elle va fuir. La vieille
+l&#039;aperçoit; écartant ses servantes, elle se précipite elle-même,
+armée d&#039;un glaive, à la poursuite de la favorite qui peut à peine
+se traîner, elle la rejoint sans peine; l&#039;empoignant par ses
+cheveux défaits, elle la traîne à travers le pont; fatiguée, elle change
+de main à plusieurs reprises et, comme alors son sabre
+l&#039;embarrasse, elle le tient entre les dents; elle est odieuse et
+sublime ainsi. N&#039;en pouvant plus elle-même, elle fait signe
+qu&#039;on vienne l&#039;aider; tordant autour de sa main droite les
+cheveux de sa victime, qui râle, elle se fait tirer par la gauche
+jusqu&#039;au milieu de la scène, la traînant ainsi évanouie ou morte.
+On donne enfin le coup de grâce à Hototogisu et Yuri Nokata va
+paisiblement se reposer de son exploit. Elle prend une nouvelle tasse de
+thé et fume encore quelques pipes; elle a bien mérité cela. Quand elle a
+repris haleine, elle ordonne qu&#039;on jette le cadavre à la rivière;
+on y jette aussi le bras coupé. </p>
+
+<p> Sur ces entrefaites, on voit entrer les deux jeunes servantes de
+Hototogisu; elles paraissent terrifiées et, se dissimulant comme elles
+peuvent, elles cherchent à s&#039;échapper. Mais Yuri Nokata les
+aperçoit; à leur allure, elle comprend qu&#039;elles ont vu la scène du
+meurtre; elles pourraient parler, il faut donc s&#039;en défaire; elle
+en donne l&#039;ordre. Les innocentes sont mises à mort sans avoir la
+force de se défendre. Leurs cadavres vont rejoindre au fond de
+l&#039;eau celui de leur maîtresse. </p>
+
+<p> Par un mouvement bien humain et qui dénote chez l&#039;acteur une très
+juste observation de la nature, la vieille, avant de se retirer, va
+plonger son regard dans l&#039;onde, à la place où les corps ont été
+jetés. Elle est hideuse de férocité satisfaite. Or, voici qu&#039;au
+moment où elle se penche sur la rivière, une flamme sort de l&#039;eau:
+c&#039;est l&#039;âme de Hototogisu. Saisies d&#039;effroi, Yuri Nokata
+et ses femmes veulent prendre la fuite; mais au loin, quelqu&#039;un
+arrive qui leur coupe la retraite. Elles n&#039;ont que le temps de se
+cacher derrière une petite construction élevée sur un côté de la scène.
+Le nouveau venu est un samuraï au service du daïmyo, qui fait sa ronde
+de nuit. Il sent sous ses pas quelque chose d&#039;humide et de
+glissant. Il va prendre une lanterne imprudemment abandonnée par une des
+servantes dans la précipitation du sauve-qui-peut. Il reconnaît des
+taches de sang et en suit la trace, qui le conduit au bord de la
+rivière; à la lueur du fanal, il distingue les cadavres au fond de
+l&#039;eau. Très intrigué il se dirige vers le pavillon de Hototogisu et
+s&#039;étonne de le trouver ouvert et en désordre. Yuri Nokata, de sa
+cachette, a vu les allées et venues de ce guerrier; c&#039;est encore un
+témoin dangereux à supprimer; elle envoie vers lui les deux servantes de
+confiance qui ont charge ordinaire de ses œuvres meurtrières. Celle-ci,
+armées de leurs glaives, approchent furtivement et se jettent à
+l&#039;improviste sur le samuraï. Ce brave, bien qu&#039;il ait affaire
+à deux furies, n&#039;a pas de peine à les terrasser; il les désarme et
+s&#039;en débarrasse dédaigneusement, se contentant de les frapper à
+coups de plat de sabre. La vieille mégère est désolée de cet insuccès.
+Mais, si elle est sans pitié, elle ne manque pas de courage. Au
+demeurant, son but est atteint: elle a couronné sa vengeance. Peu lui
+importe le reste. Elle peut mourir maintenant.–Elle se suicide. </p>
+
+<h2><a name="sc_acte_sc_iv" id="sc_acte_sc_iv"></a><span class="sc">Acte</span> IV</h2>
+
+<p> <em>Premier tableau</em>: Une élégante maison de prostitution à Kyoto. </p>
+
+<p> Le daïmyo Asama, ayant été appelé en service à Kyoto, s&#039;y distrait
+en visitant les lieux de plaisir. Il s&#039;y est épris d&#039;une femme
+auprès de laquelle il se rend chaque soir en cachette. </p>
+
+<p> Il y avait, en ce temps-là, à Kyoto une bande de malfaiteurs dont
+Hoshikage, ancien keraï disgracié du daïmyo<a href="#fn__26"
+name="fnt__26" id="fnt__26" class="fn_top">26</a>, était le chef. Ces drôles
+rôdaient par les rues, la nuit, cherchant noise à tout le monde. Asama
+les rencontre un soir non loin du pavillon de sa maîtresse. Hoshikage le
+bouscule en passant; le daïmyo le repousse. Le voleur crie: «Tu
+m&#039;as insulté». L&#039;autre, qui veut éviter un éclat, fait des
+excuses; elles ne sont pas acceptées. Mais l&#039;adversaire, voyant
+qu&#039;il a affaire à un samuraï, se contente de lui demander son nom<a
+href="#fn__27" name="fnt__27" id="fnt__27" class="fn_top">27</a>. Le daïmyo
+à son tour refuse de le satisfaire.–Il était alors défendu aux nobles de
+passer la nuit dans les mauvais lieux.–Une querelle s&#039;engage. Asama
+à coups d&#039;éventail disperse la bande des voleurs armés de sabres.
+Ce jeu de scène, qui se répète souvent au théâtre, est une manifestation
+du prestige de la naissance, tel qu&#039;on l&#039;entendait dans
+l&#039;ancien Japon. Un samuraï, à plus forte raison un daïmyo était un
+être à tel point supérieur au commun qu&#039;à la scène on
+n&#039;oserait le compromettre à tirer le sabre contre une troupe de
+vulgaires malfaiteurs. L&#039;éventail lui suffit. Sa noblesse
+l&#039;arme d&#039;un pouvoir surhumain: il n&#039;a guère qu&#039;à
+souffler sur le menu peuple pour l&#039;anéantir. Ce n&#039;est
+d&#039;ailleurs pas une simple fiction: sous l&#039;ancien régime,
+l&#039;ascendant des gens de race sur le populaire était si <em>magnifique</em>
+qu&#039;il ne leur en fallait pas davantage la plupart du temps pour
+nettoyer la place d&#039;une foule mutine ou mal intentionnée.–Alors le
+respect du rang était la base de tout ordre social et le bon plaisir des
+grands la raison d&#039;être du monde. Cela a bien changé. </p>
+
+<p> Après s&#039;être ainsi débarrassé des coquins, Asama avec un geste de
+souverain mépris purifie l&#039;air qui l&#039;entoure en
+l&#039;éventant. C&#039;est alors qu&#039;arrivent, attirés par le
+bruit, deux fidèles du daïmyo, Hanagaki<a href="#fn__28" name="fnt__28"
+id="fnt__28" class="fn_top">28</a> et Asoheï<a href="#fn__29" name="fnt__29"
+id="fnt__29" class="fn_top">29</a>. Depuis plusieurs jours ils font de vains
+efforts pour détourner le maître de ses escapades nocturnes.
+N&#039;ayant pu réussir, ils veillent sur lui à distance. Ils tentent
+encore une fois de l&#039;entraîner loin de ces lieux et lui font de
+respectueuses remontrances: il néglige les devoirs que lui impose sa
+noblesse; cela lui portera malheur. Mais il résiste à leurs sages
+conseils et se rend au pavillon de sa maîtresse. </p>
+
+<p> <em>Deuxième tableau</em>: Le milieu de la scène est occupé par le pavillon de
+la maîtresse du daïmyo. Cet élégant petit hôtel est entouré d&#039;un
+joli jardin. Les panneaux ouverts laissent voir le salon de réception. </p>
+
+<p> Deux cortèges entrent par le fond de la salle et s&#039;avancent vers
+la scène. D&#039;un côté, c&#039;est Oju, la courtisane, superbement
+habillée, précédée d&#039;un porte-lanterne, accompagnée de ses
+servantes dans l&#039;ordre des rites; elle s&#039;appuie sur
+l&#039;épaule d&#039;un homme, sorte d&#039;esclave qui marche courbé
+pour servir de support à sa voluptueuse nonchalance; le tout est
+parfaitement conforme au cérémonial de la haute prostitution<a
+href="#fn__30" name="fnt__30" id="fnt__30" class="fn_top">30</a>. Sur le
+passage opposé, le daïmyo marche gravement, suivi de quatre ou cinq
+nobles serviteurs. Il est lui aussi revêtu d&#039;un splendide <em>kimono</em> en
+soie d&#039;un bleu idéal et très finement brodé.–C&#039;est une des
+particularités du théâtre japonais que les costumes y sont d&#039;une
+richesse inouïe et sans aucun recours au clinquant.–Arrivés vers le
+milieu de la salle, tous les acteurs s&#039;arrêtent, puis ceux-ci
+exécutant un quart à droite, ceux-là un quart à gauche, les deux
+processions se font face. Ce mouvement a quelque chose de
+militaire.–Alors s&#039;échange, par-dessus les têtes des spectateurs,
+entre le daïmyo et sa maîtresse un colloque galant auquel les autres
+personnages prennent une part respectueuse mais peu discrète. On tombe
+d&#039;accord et on se dirige suivant toujours la même ordonnance vers
+le pavillon.–Là on commence par souper; après quoi, Asama demande
+gracieusement à Oju de faire apporter son <em>koto</em>, sorte d&#039;instrument
+à cordes qui se pose à terre et dont le jeu se rapproche de celui de la
+harpe, avec cette différence que les cordes s&#039;allongent sur la
+boîte d&#039;harmonie comme celles d&#039;un violon; cette boîte est
+elle-même de forme rectangulaire et légèrement bombée<a href="#fn__31"
+name="fnt__31" id="fnt__31" class="fn_top">31</a>.–Oju prélude. </p>
+
+<p> A ce moment l&#039;ombre de Hototogisu apparaît dans le jardin non loin
+de la maison. Elle tient une flûte, et, de cet instrument, accompagne
+Oju. Les autres ne la voient pas encore, mais ils s&#039;étonnent de ce
+qu&#039;ils entendent. Oju s&#039;interrompt pour écouter. Alors
+Hototogisu entonne un air bien connu du daïmyo. Celui-ci fort intrigué
+va regarder à l&#039;extérieur. Il reconnaît la maîtresse qu&#039;il a
+laissée dans son domaine seigneurial. Au comble de la surprise, il
+l&#039;interroge: «Comment es-tu ici?–Je suis ici pour te voir
+d&#039;abord, répond-elle, et aussi pour voir ma sœur aînée.–Qui est ta
+sœur?»–Elle raconte alors qu&#039;à l&#039;âge de cinq ans, au passage
+d&#039;un bac, pendant la nuit, elle a été échangée par mégarde contre
+une autre enfant et que, malgré leurs différentes destinées, Oju est
+bien sa sœur<a href="#fn__32" name="fnt__32" id="fnt__32" class="fn_top">32</a>. Cette Oju est une des fille d&#039;Issaï qui ont été
+enlevées par les voleurs et vendues<a href="#fn__33" name="fnt__33"
+id="fnt__33" class="fn_top">33</a>.–«En cherchant mes parents, poursuit
+l&#039;apparition, il m&#039;est arrivé ce que tu sais. Je suis devenue
+ta maîtresse. Ta belle-mère m&#039;a fort maltraitée et, pendant ton
+absence, je priais pour ton retour au palais. Enfin lasse de
+t&#039;attendre et ne tenant plus en place, je suis venue ici pour avoir
+le bonheur de te voir<a href="#fn__34" name="fnt__34" id="fnt__34" class="fn_top">34</a>».–On trouvera sans doute que cette femme est de
+bonne composition et on s&#039;étonnera qu&#039;elle n&#039;adresse pas
+à son amant le moindre reproche sur le lieu où elle le rencontre.
+D&#039;après nos idées cette situation n&#039;aurait pu se produire sans
+vacarme. Nous voyons au contraire des gens qui s&#039;expliquent en
+toute simplicité: c&#039;est que nous sommes dans le Japon
+d&#039;autrefois où le caprice du maître était tenu pour raison
+suffisante. Hototogisu, regardant Oju, avoue seulement qu&#039;elle
+envie son sort: c&#039;est là toute sa scène de jalousie.–Puis les deux
+femmes se montrent mutuellement un souvenir qu&#039;elles tiennent
+l&#039;une et l&#039;autre de leur père: c&#039;est une sorte de
+porte-bonheur dont l&#039;identité établit leur lien de parenté.–Le
+daïmyo est vivement ému; les deux sœurs sont attendries; mais il
+n&#039;y a aucune effusion; la
+
+<em>dignité du lieu</em> ne laisse pas place aux épanchements<a href="#fn__35"
+name="fnt__35" id="fnt__35" class="fn_top">35</a>.–Tout à coup Hototogisu
+disparaît dans le mur à la stupéfaction générale. Mais on trouve à la
+place qu&#039;elle occupait tout à l&#039;heure un <em>papier funéraire</em><a
+href="#fn__36" name="fnt__36" id="fnt__36" class="fn_top">36</a>.–Le daïmyo
+et Oju se demandent ce que cela signifie.–Hototogisu serait-elle
+morte?–Justement voici le <em>karo</em> (premier ministre) du daïmyo qui vient à
+point pour éclaircir ce mystère: Il arrive d&#039;Oshu et raconte le
+meurtre d&#039;Hototogisu et le suicide de la belle-mère.–On pleure. </p>
+
+<p> Le cinquième et le sixième acte pourraient fort bien être détachés pour
+former un drame à part. On se rappelle ce que nous avons dit plus haut
+sur le manque d&#039;unité du théâtre japonais. Nous en avons là un
+exemple très caractéristique. Les points de contact entre les quatre
+premiers actes et les deux derniers sont imperceptibles: Ils ne
+consistent guère que dans la mise en scène de deux personnages déjà
+connus, Hoshikage et Oju, qui vont figurer à titre secondaire dans cette
+dernière partie. Quant aux autres, ils ont achevé leurs rôles et de la
+plupart d&#039;entre eux il ne sera même plus question. D&#039;autres
+figures importantes vont occuper la scène. Cependant le daïmyo Asama,
+bien que ne paraissant pas lui-même, continuera d&#039;être le lien des
+situations dramatiques auxquelles nous allons assister.–Quoi qu&#039;il
+en soit, nous passons à un ordre d&#039;idées si différent de celui qui
+nous a conduits jusqu&#039;ici qu&#039;on est tenté de se demander si
+c&#039;est bien la suite du même drame.–On en va juger. </p>
+
+<h2><a name="sc_acte_v_sc" id="sc_acte_v_sc"></a><span class="sc">Acte V</span></h2>
+
+<p>
+
+<em>Premier tableau</em>: Sept années se sont écoulées dans l&#039;intervalle des
+deux actes. </p>
+
+<p> Le théâtre représente l&#039;entrée du quartier des maisons de
+prostitution à Kyoto<a href="#fn__37" name="fnt__37" id="fnt__37" class="fn_top">37</a>. </p>
+
+<p>
+
+Gorozô<a href="#fn__38" name="fnt__38" id="fnt__38" class="fn_top">38</a> et une servante dont il a fait sa femme, chassés du palais du
+daïmyo, sont venus échouer à Kyoto où ils se sont affiliés à une bande
+de malfaiteurs. Ils se disputent tout le jour et ne s&#039;entendent que
+pour faire le mal. L&#039;homme est tombé malade; il fait des dettes. La
+femme est réduite à se faire courtisane sous le nom de Satsuki.
+Hoshikage<a href="#fn__39" name="fnt__39" id="fnt__39" class="fn_top">39</a> veut en faire sa maîtresse. </p>
+
+<p> Ce tableau n&#039;est pour ainsi dire qu&#039;une introduction aux
+scènes qui vont suivre. </p>
+
+<p>
+
+<em>Deuxième tableau</em>: Tcha-ya<a href="#fn__40" name="fnt__40" id="fnt__40" class="fn_top">40</a> de Kabutoya à Kyoto. L&#039;ensemble du
+tableau représente une rue de la ville. </p>
+
+<p> Satsuki et Hoshikage sont en tête à tête. Après une assez longue
+discussion la femme consent à se donner, l&#039;homme paye le prix du
+marché et séance tenante Satsuki fait passer cet argent à Gorozô qui
+arrive à point. D&#039;après les usages consacrés, cela veut dire
+qu&#039;elle rompt avec lui. Mais il témoigne du dépit et repousse le
+sac. Il y a là une scène assez comique égayée surtout par le serviteur
+de Gorozô, personnage burlesque. En droit<a href="#fn__41"
+name="fnt__41" id="fnt__41" class="fn_top">41</a> les circonstances sont
+telles que le malheureux n&#039;a rien à objecter contré la
+détermination de sa femme. Néanmoins c&#039;est en jurant de se venger
+qu&#039;il quitte la place.–Hoshikage part pour le pavillon où doit
+avoir lieu le rendez-vous. Satsuki ne peut encore le suivre. Elle a
+différentes choses à régler avant de sortir de la
+
+<em>tcha-ya</em>. Son amie Oju<a href="#fn__42" name="fnt__42" id="fnt__42" class="fn_top">42</a>, la maîtresse du daïmyo qui se trouve là, lui
+propose de la remplacer pour un moment et de faire prendre patience à
+son nouvel amant jusqu&#039;à son arrivée. C&#039;est accepté. Oju
+s&#039;habille avec les vêtements de Satsuki et sort munie de sa
+lanterne; étant elle-même la maîtresse du daïmyo, il ne faut pas
+qu&#039;elle soit reconnue. </p>
+
+<p> <em>Troisième tableau</em>: Une autre rue de Kyoto.–Au premier plan un de ces
+échafaudages de seaux qui sont disposés de place en place, dans les
+villes japonaises, en prévision des incendies.–A l&#039;angle d&#039;une
+maison une lanterne allumée. </p>
+
+<p> Gorozô entre en scène armé d&#039;un sabre nu. Il sait que sa femme
+doit passer par là pour aller au rendez-vous. La rue est déserte: cela
+lui convient.–Il monte sur une borne pour éteindre la lanterne
+publique.–Obscurité complète.–Il se met en embuscade derrière les seaux.
+Oju arrive. Gorozô la prend pour sa femme, se précipite sur elle et la
+tue. Puis posément il lui coupe la tête qu&#039;il enveloppé dans un
+morceau d&#039;étoffe<a href="#fn__43" name="fnt__43" id="fnt__43" class="fn_top">43</a> enlevé d&#039;un coup de sabre au vêtement de la
+victime. Il dissimule le cadavre derrière la cachette où il était
+lui-même tout à l&#039;heure et s&#039;attache dans le dos le paquet
+contenant la tête; de manière à conserver la liberté de ses mains. </p>
+
+<p> Il était temps d&#039;en finir. Hoshikage las d&#039;attendre vient
+lui-même à la recherche de sa maîtresse et rencontre le mari. Il
+s&#039;élève entre eux une altercation où Gorozô dit des mots à double
+sens dont l&#039;autre ne saisit pas la portée. C&#039;est, bien
+entendu, de l&#039;objet du rendez-vous qu&#039;il s&#039;agit.
+Hoshikage ne se doute de rien et Gorozô se retire sans encombre. </p>
+
+<p> Il y a dans toute cette scène d&#039;assassinat et de tête coupée une
+minutie de détails dont le réalisme ne saurait être raconté. Rien
+n&#039;y est laissé à l&#039;imagination du spectateur. On ne peut se
+défendre d&#039;en admirer la sanglante illusion. </p>
+
+<h2><a name="sc_acte_vi_sc" id="sc_acte_vi_sc"></a><span class="sc">Acte VI</span></h2>
+
+<p> <em>Tableau unique</em>: Intérieur de la maison de Gorozô. Il est près de midi. </p>
+
+<p> Gorozô fatigué de son exploit de la dernière nuit n&#039;a pas encore
+paru. Ses serviteurs et ses clients qui l&#039;attendent s&#039;en
+étonnent.–Il y avait dans l&#039;ancien Japon une puissante organisation
+de clientèle qui rappelle dans une certaine mesure la constitution
+sociale des Romains. Les liens qui en résultaient étaient sans doute
+moins savamment combinés en droit, mais en fait ils étaient peut-être
+plus solides<a href="#fn__44" name="fnt__44" id="fnt__44" class="fn_top">44</a>. </p>
+
+<p> Enfin Gorozô paraît. Il vient de se lever; il est à peine réveillé et
+il le manifeste par certaines contractions musculaires qui, étant
+naturelles, sont, de tous les pays.–Il entend ses gens s&#039;entretenir
+du meurtre d&#039;Oju dont on ne connaît pas l&#039;auteur. Déjà le
+récit de l&#039;événement a été imprimé et se vend dans les
+rues.–Etonnement de Gorozô qui se demande s&#039;il rêve ou s&#039;il
+est au milieu d&#039;une bande de fous.–Il y a eu meurtre; il le sait
+bien, puisqu&#039;il est le meurtrier. Mais la victime n&#039;est pas
+Oju; c&#039;est sa femme Satsuki qu&#039;il a tuée. Pourtant il garde
+ses réflexions pour lui, ne voulant pas se dévoiler. Il fait causer ses
+serviteurs pour voir jusqu&#039;où ira leur méprise. L&#039;un
+d&#039;eux lui passe le libelle racontant l&#039;aventure: il l&#039;a
+acheté, dit-il, parce qu&#039;il s&#039;intéresse à Oju; cela lui a
+coûté cinq <em>rin</em> avec une chanson qui a déjà été composée sur le sujet.
+Notez le soin du serviteur de dire le prix qu&#039;il a payé ces petits
+papiers. Cette mesquinerie fait ressortir par le contraste la situation
+morale de l&#039;ancien Keraï. </p>
+
+<p> Gorozô lit et graduellement sa surprise augmente. Pourtant le doute ne
+lui vient pas encore; il est si sûr! Il croit à une erreur de la police
+et du public: la tête ayant été enlevée, on n&#039;aura, pense-t il, pu
+constater l&#039;identité de la victime. De là quiproquo. Il craint
+toutefois que cette fausse nouvelle colportée par la ville ne nuise à
+Oju et qu&#039;il ne s&#039;attire ainsi la colère de l&#039;amant de
+cette femme qui est son seigneur et dont il dépend encore bien que
+chassé par lui. Il se demande s&#039;il ne devrait pas rétablir les
+faits. Il a besoin de réfléchir et congédie ses gens. </p>
+
+<p> Tandis qu&#039;il réfléchit, sa vieille mère aveugle arrive à tâtons.
+Il se passe entre eux une scène touchante destinée à préparer un nouveau
+contraste ressortant d&#039;un ordre d&#039;idées différent. Tout à
+l&#039;heure c&#039;était une petitesse qu&#039;on mettait en regard de
+la grande agitation morale. A présent on lui oppose la pure et sainte
+tendresse du sentiment maternel et l&#039;amertume rétrospective
+d&#039;une vie douloureuse. La pauvre femme raconte sa triste existence;
+ses chagrins lui ont fait perdre la vue; elle a tant pleuré dans sa vie!
+Mais maintenant qu&#039;elle est auprès de son fils, elle se sent
+heureuse: «Je souhaite, dit-elle, en terminant, que ce bonheur dure et
+qu&#039;il ne t&#039;arrive aucun malheur.» Elle sort en marmottant des
+prières. Mais ses dernières paroles ont produit sur Gorozô un effet
+singulier. Le doute s&#039;empare de lui<a href="#fn__45" name="fnt__45"
+id="fnt__45" class="fn_top">45</a>. Il jette un coup d&#039;œil à toutes les
+issues pour constater qu&#039;il est bien seul et qu&#039;il n&#039;y a
+pas de regards indiscrets. Il va fiévreusement ouvrir une petite armoire
+où il a caché le paquet contenant la tête. Il défait les linges, regarde
+et tombe renversé en reconnaissant les traits d&#039;Oju. Il s&#039;y
+reprend à trois fois ne pouvant en croire ses yeux et chaque fois sa
+stupéfaction et sa terreur s&#039;exprime en <em>crescendo</em>.–Jeu de scène
+superbement rendu par l&#039;acteur, le même du reste qui, au troisième
+acte, avait si bien rempli le rôle de la belle-mère du daïmyo. </p>
+
+<p> Gorozô se désole et cherche encore à s&#039;expliquer son erreur.
+C&#039;était pourtant la lanterne de sa femme, c&#039;étaient ses
+vêtements que portait celle qu&#039;il a tuée. Le morceau d&#039;étoffe
+qui enveloppait la tête est là pour en témoigner.–Enfin il décide
+qu&#039;il n&#039;a plus qu&#039;à mourir en brave <em>samuraï</em>. Il doit le
+sacrifice de sa vie aux mânes d&#039;Oju, la maîtresse de son seigneur.
+D&#039;après les anciennes mœurs, il n&#039;avait pas à hésiter. Libre à
+lui de tuer sa femme; personne n&#039;aurait eu à redire. Mais par
+erreur c&#039;est la concubine du maître qui est tombée sous sa main; il
+serait flétri à jamais, s&#039;il ne s&#039;ouvrait le ventre.–Il va
+chercher sa boîte à pinceaux et se met à écrire son testament. </p>
+
+<p> Satsuki, qui est au courant des événements, s&#039;approche de la
+maison en se désolant. Elle s&#039;accuse; elle se sent coupable, elle
+aussi, de la mort d&#039;Oju.–«Il faut, dit-elle, que je meure.» Elle
+entre et veut parler à Gorozô de ce qui s&#039;est passé. Il ne
+l&#039;écoute pas, la repousse et lui dit enfin: «Je n&#039;ai que faire
+de la vie.» Là-dessus il la jette brutalement dehors; elle va rouler au
+milieu de la rue.–La vieille aveugle, qui a entendu les derniers mots de
+l&#039;altercation conjugale, rentre en scène et demande à son fils ce
+qu&#039;il se passe.–«Rien», répond celui-ci. Elle insiste. En manière
+de réponse Gorozô, dont l&#039;impatience augmente graduellement,
+oubliant tout sentiment filial, envoie sa pauvre mère dans la rue sans y
+mettre plus de formes que tout à l&#039;heure pour sa femme. Elle tombe
+à terre non loin de celle-ci.–Gorozô ferme la porte et se barricade à
+l&#039;intérieur de la maison; il ne veut plus être dérangé.–Ayant
+achevé d&#039;écrire son testament, il apporte une petite table
+d&#039;offrandes au milieu de la pièce; il y place la tête d&#039;Oju
+face au public; il va prendre au petit sanctuaire domestique quelques
+flambeaux et des vases de fleurs artificielles qu&#039;il disperse de
+chaque côté de la tête coupée. Il allume les cierges. Tous ces
+préparatifs s&#039;exécutent sans la moindre agitation apparente.
+C&#039;est au moment de mourir qu&#039;un <em>samuraï</em> doit surtout être
+calme. </p>
+
+<p> Cela fait, il tire son sabre du fourreau, vérifie le bon état dé la
+lame et de la pointe et va s&#039;asseoir en face de l&#039;autel
+funèbre dressé à la tête de sa victime.–La position assise, les jambes
+croisées, était réglementaire pour le <em>harakiri</em> ou suicide par ouverture
+du ventre. Gorozô commence cette opération suivant les rites: il y a des
+rites pour tout. Contrairement à une idée préconçue généralement adoptée
+en France, on ne s&#039;ouvrait pas le ventre d&#039;un seul coup. Le
+suicide de folie ou de chagrin était alors peu répandu au Japon,
+peut-être parce que l&#039;autre y tenait assez de place. Le suicide y
+était non un acte de désespoir, mais une affaire d&#039;honneur. Or
+l&#039;honneur exigeait que la mort volontaire fût lente, parce
+qu&#039;il y a plus de courage à souffrir et à voir venir la mort
+qu&#039;à mourir. Ce sentiment était si profond et les <em>samuraï</em> avaient
+un tel respect de leur propre honneur que, même s&#039;ils
+s&#039;ouvraient le ventre à huis clos, ils le faisaient aussi posément
+que devant un public. Parfois un brave se découpait la peau et se
+labourait l&#039;abdomen pendant plus d&#039;une heure sans expirer. Il
+tombait épuisé, mais respirant encore; souvent alors un ami bienveillant
+lui donnait le coup de grâce. L&#039;honneur n&#039;en souffrait pas. </p>
+
+<p> Pendant que Gorozô martyrise sa chair, sa femme, sans quitter la place
+où elle est venue tomber dans la rue, se plonge un poignard dans le sein
+droit. D&#039;après les rites, c&#039;est ainsi que les femmes devaient
+se suicider. Chacun de son côté proclame qu&#039;il s&#039;immole aux
+mânes d&#039;Oju. La vieille mère aveugle, qui gît à terre auprès de
+Satsuki, ne comprend pas ce qui se passe. Elle demande des explications.
+Sa belle-fille, surmontant sa souffrance, lui raconte comment elle est
+coupable du crime de lèse-majesté envers le daïmyo, ayant par
+inadvertance causé la mort de sa maîtresse. Elle ne l&#039;a pas tuée
+elle-même, mais c&#039;est cachée sous ses vêtements et en portant sa
+lanterne qu&#039;Oju a été frappée. Elle lui doit donc sa vie et elle
+lui paye ce qu&#039;elle lui doit.–La vieille femme, en palpant Satsuki,
+vient de sentir le fer fixé dans sa poitrine. Elle veut
+l&#039;arracher.–Lutte entre la blessée et l&#039;aveugle: le désespoir
+de l&#039;une aux prises avec la résolution de l&#039;autre. </p>
+
+<p> Mais Gorozô commence à râler. Sa mère l&#039;entend; elle comprend que,
+lui aussi, il est en train de se tuer. Elle l&#039;appelle; il ne répond
+pas. Il n&#039;est pourtant pas évanoui, car on le voit toujours occupé
+à sa sinistre besogne. L&#039;aveugle, poussant des cris lamentables,
+cherche l&#039;entrée de la maison. Elle fait fausse route, revient sur
+ses pas; enfin elle sent la porte sous ses doigts; elle appelle encore;
+même silence de son fils. Par un effort désespéré elle enfonce le
+panneau et tombe à l&#039;intérieur de la chambre. Elle a dû se
+fracasser quelque membre, mais elle n&#039;y pense pas: elle est mère et
+son fils va mourir!–Celui-ci lui explique alors pourquoi il faut
+qu&#039;il meure. Ses raisons sont si concluantes que l&#039;aveugle se
+calme: mère d&#039;un samuraï, elle connaît les règles de
+l&#039;honneur. Aussi bien elle sait qu&#039;aucun raisonnement ne
+pourrait changer la résolution de son enfant. Pendant ce temps, Satsuki
+s&#039;est traînée jusque dans l&#039;appartement. </p>
+
+<p> Deux serviteurs de Gorozô accourent en toute hâte. Ils apportent une
+bonne nouvelle et la disent malgré l&#039;émotion que leur cause
+l&#039;état de leur maître: Hoshikage, à qui Gorozô a eu affaire la
+veille et qui est la cause première de tous les malheurs qui arrivent, a
+été arrêté; il va être jugé. Cette nouvelle est bien accueillie des deux
+mourants: «C&#039;est un présent de départ<a href="#fn__46"
+name="fnt__46" id="fnt__46" class="fn_top">46</a>.» </p>
+
+<p> La mère, ayant compris qu&#039;il y a au fond de tout cela une querelle
+entre les époux, tente de les réconcilier <em>in extremis</em>. Son rôle est
+profondément touchant. Ses enfants ne se rendent pas du premier coup à
+ses instances; mais ils s&#039;entretiennent une dernière fois: ils se
+rappellent le temps où ils s&#039;aimaient et où ils faisaient ensemble
+de la musique. Un air surtout, l&#039;air des jours heureux, leur
+revient à la mémoire. Ils décident de quitter la vie en le jouant. On
+bande la blessure de la femme; on relève les lambeaux sanglants du mari,
+on bouche le trou tant bien que mal et on y applique un linge serré
+autour du corps. On apporte à celui-ci sa flûte, à celle-là son <em>koto</em>.
+Ils jouent, lui soutenu par un serviteur, elle, par sa belle-mère. Entre
+eux est le petit autel funèbre avec la tête coupée; cette tête semble
+écouter.–L&#039;exécution de la scène est parfaite: les acteurs y
+obtiennent avec un art merveilleux l&#039;association de l&#039;horrible
+et du touchant.–Par moments le souffle manque à Gorozô et sa flûte
+moribonde reste comme en suspens au milieu d&#039;une note. Mais par un
+effort de volonté, il reprend la mesure. Enfin le vague de la mort
+s&#039;empare de l&#039;un et de l&#039;autre à là fois. La flûte tombe;
+le <em>koto</em> ne vibre plus. La pauvre aveugle cherche à tâtons les mains des
+deux époux; elle les saisit et les met l&#039;une dans l&#039;autre.–Ils
+échangent un mutuel regard de pardon et meurent unis. </p>
+
+<p> Il est huit heures. Le drame est fini; il a commencé à dix heures du
+matin. Pourtant le publie n&#039;est pas rassasié; il faut qu&#039;on
+lui serve encore «<em>la danse des sept dieux</em>», sorte de ballet pantomime
+assez grotesque qui est le complément à peu près obligé de tout grand
+spectacle. Les divinités de l&#039;Extrême-Orient y exécutent, chacune
+suivant ses moyens et ses aptitudes, quelques pas allégoriques et
+reçoivent encore l&#039;approbation enthousiaste de spectateurs qui les
+admirent peut-être pour la centième fois. Mais ces spectateurs, ne
+l&#039;oublions pas, sont un peuple d&#039;enfants et n&#039;avons-nous
+pas tous, dans nos jeunes années, réclamé sans merci cent fois la même
+histoire? </p>
+
+<div align="center"><img src="images/fig02.png" alt="Logo" class="figcenter" title="Logo" /></div>
+
+<h2>Notes</h2>
+
+<a href="#fnt__1" id="fn__1" name="fn__1" class="fn_bot">1</a><div class="fn"> On peut passer de même d&#039;une pièce dans l&#039;autre, à
+l&#039;intérieur de la même maison.</div>
+
+<a href="#fnt__2" id="fn__2" name="fn__2" class="fn_bot">2</a><div class="fn"> Cela n&#039;empêche pas qu&#039;il y puisse tenir une maison de
+grandeur moyenne, toit compris. Les habitations japonaises n&#039;ont en
+général qu&#039;un étage, appelé <em>nikaï</em>. Depuis quelques années, on a
+bien fait quelques constructions surmontées de deux étages, quoique
+bâties dans le style indigène, mais ce sont encore des exceptions. Dans
+tous les cas, la reproduction de pareils édifices n&#039;est jamais
+utile au théâtre.</div>
+
+<a href="#fnt__3" id="fn__3" name="fn__3" class="fn_bot">3</a><div class="fn"> Nous aurons à revenir sur ces bizarres valets au sujet de
+l&#039;éclairage.</div>
+
+<a href="#fnt__4" id="fn__4" name="fn__4" class="fn_bot">4</a><div class="fn"> Il y a dans certaines villes, notamment a Kyoto et à Nagoya, des
+troupes de femmes connues sous le nom de <em>no</em>, qui ont la spécialité de
+jouer des scènes assez courtes dans les fêtes particulières.
+Quelques-unes de ces actrices de salon sont des artistes de premier
+ordre.</div>
+
+<a href="#fnt__5" id="fn__5" name="fn__5" class="fn_bot">5</a><div class="fn"> Il s&#039;agit ici des grandes dames de l&#039;ancien régime qui
+s&#039;est, pour ainsi dire, réfugié au théâtre. Le Japon moderne, en
+habillant les femmes de qualité à l&#039;européenne, leur a enlevé tout
+ce qu&#039;elles avaient autrefois de grâce et de dignité.</div>
+
+<a href="#fnt__6" id="fn__6" name="fn__6" class="fn_bot">6</a><div class="fn"> La nonchalance nonpareille que donne à la marche l&#039;usage que font
+les filles de joie de <em>gaita</em> démesurément hautes, en est un des traits
+les plus saillants. Les <em>gaita</em> sont les chaussures ou plutôt les socles
+de bois, souvent laqués en noir pour les femmes, sur lesquels reposent
+les pieds japonais. On les chausse au moyen d&#039;une sorte de lanière,
+plus ou moins rembourrée, qui passe entre le pouce et le premier doigt.
+<br /> On ne peut s&#039;empêcher de faire un rapprochement entre la mode des
+hautes <em>gaita</em> des courtisanes japonaises et celle des ergots sur lesquels
+se perchent certaines de nos élégantes d&#039;une catégorie similaire,
+en exagérant jusqu&#039;au ridicule les formes en elles-mêmes gracieuses
+des talons Louis XV.–Toutefois, comme le pied repose toujours à plat sur
+la <em>gaita</em>, quelle qu&#039;en soit la hauteur, la démarche qui en résulte
+ne peut avoir aucune analogie avec celle que commande forcément le haut
+talon.</div>
+
+<a href="#fnt__7" id="fn__7" name="fn__7" class="fn_bot">7</a><div class="fn"> Néanmoins quelques drames, devenus pour ainsi dire classiques, ont été
+écrits <em>in extenso</em> et sont de la sorte passés dans le domaine de la
+littérature proprement dite. Mais c&#039;est l&#039;exception.</div>
+
+<a href="#fnt__8" id="fn__8" name="fn__8" class="fn_bot">8</a><div class="fn"> Seigneur féodal.</div>
+
+<a href="#fnt__9" id="fn__9" name="fn__9" class="fn_bot">9</a><div class="fn"> Un <em>keraï</em> est un domestique dans le sens étymologique du mot,
+c&#039;est-à-dire un serviteur attaché à la maison d&#039;un daïmyo ou
+même d&#039;un simple <em>samuraï</em>. Il est lui-même samuraï,
+c&#039;est-à-dire noble. Il peut avoir d&#039;autres Keraï, également
+nobles, à son propre service. Le maître du rang le plus élevé a certains
+droits absolus, non seulement sur ses serviteurs immédiats, mais encore
+sur les serviteurs de ceux-ci. La domesticité, tel que nous
+l&#039;entendons et que nous l&#039;avons introduite dans ce pays,
+n&#039;existait pas dans l&#039;ancien Japon. Le Keraï est serviteur et
+familier du maître: il le sert avec les marques du plus profond respect
+et les attitudes les plus humbles, ce qui ne l&#039;empêche pas de se
+mêler de ses affaires souvent avec une grande liberté de langage. <br /> Dans
+toutes les explications relatives au drame, que nous donnons en notes,
+nous nous plaçons au point de vue de l&#039;époque historique qui
+fournit de sujets le théâtre japonais. Les mœurs sont déjà bien
+changées.</div>
+
+<a href="#fnt__10" id="fn__10" name="fn__10" class="fn_bot">10</a><div class="fn"> Un autre <em>keraï</em> du daïmyo Asama.</div>
+
+<a href="#fnt__11" id="fn__11" name="fn__11" class="fn_bot">11</a><div class="fn"> <em>Keraï</em> du <em>Keraï</em> Hanagaki.</div>
+
+<a href="#fnt__12" id="fn__12" name="fn__12" class="fn_bot">12</a><div class="fn"> On appelait ainsi les samuraï qui, pour une cause quelconque, avaient
+cessé d&#039;être au service effectif de leur daïmyo. Cela ne les
+affranchissait d&#039;ailleurs pas de certains devoirs envers le maître
+auquel ils continuaient d&#039;appartenir et d&#039;être liés par des
+attaches légales que rien ne pouvait rompre. Le seigneur conservait en
+fait, sur ces serviteurs libres en apparence, des droits très absolus;
+le temps ne les prescrivait pas; l&#039;éloignement pouvait bien les
+rendre fictifs, mais non les annuler. Le <em>ronin</em> quittait le domaine de
+son maître et allait même parfois prendre du service au loin chez un
+autre daïmyo; mais cela ne pouvait légalement atteindre la situation
+d&#039;état civil, c&#039;est-à-dire de servitude que lui avait faite sa
+naissance, envers son premier seigneur.–La <em>servitude</em>, dans cette
+organisation, n&#039;est pas exclusive de la <em>noblesse</em>.</div>
+
+<a href="#fnt__13" id="fn__13" name="fn__13" class="fn_bot">13</a><div class="fn"> <em>Gawa</em>, fleuve, rivière, cours d&#039;eau, torrent.</div>
+
+<a href="#fnt__14" id="fn__14" name="fn__14" class="fn_bot">14</a><div class="fn"> C&#039;est le temple du premier tableau.</div>
+
+<a href="#fnt__15" id="fn__15" name="fn__15" class="fn_bot">15</a><div class="fn"> Ce n&#039;est pas une de celles qu&#039;on a vues à la scène
+précédente, mais une troisième.</div>
+
+<a href="#fnt__16" id="fn__16" name="fn__16" class="fn_bot">16</a><div class="fn"> <em>Yama</em>, montagne.</div>
+
+<a href="#fnt__17" id="fn__17" name="fn__17" class="fn_bot">17</a><div class="fn"> Chasseur de profession, voleur de métier.</div>
+
+<a href="#fnt__18" id="fn__18" name="fn__18" class="fn_bot">18</a><div class="fn"> Ancien keraï du daïmyo, chassé par son maître, devenu <em>ronin</em> par
+conséquent, et se livrant au brigandage.</div>
+
+<a href="#fnt__19" id="fn__19" name="fn__19" class="fn_bot">19</a><div class="fn"> Ce meurtrier n&#039;est autre qu&#039;un homme de la bande de
+Nagoheï: 2<sup>e</sup> tableau de l&#039;acte I<sup>er</sup> et 1<sup>er</sup> tableau de l&#039;acte II.</div>
+
+<a href="#fnt__20" id="fn__20" name="fn__20" class="fn_bot">20</a><div class="fn"> On verra, à l&#039;acte IV, qu&#039;à ce moment le daïmyo venait de
+partir pour Kyoto, ce qui favorisait les projets de sa belle-mère.</div>
+
+<a href="#fnt__21" id="fn__21" name="fn__21" class="fn_bot">21</a><div class="fn"> Personnage ayant déjà figuré au 1<sup>er</sup> acte dans le 2<sup>e</sup> et le 3<sup>e</sup>
+tableaux. C&#039;est le même qui a enlevé la pauvre vagabonde pour le
+compte du daïmyo dont elle est devenue la maîtresse. On verra par la
+suite le rôle peu estimable que joue cet homme à double face.</div>
+
+<a href="#fnt__22" id="fn__22" name="fn__22" class="fn_bot">22</a><div class="fn"> Le début de la scène suivante nous apprendra que Yuri Nokata avait
+déjà tenté de désaffectionner son gendre de Hototogisu en
+s&#039;attaquant à la beauté de celle-ci. Un premier poison, non mortel,
+mais ayant eu pour effet de la défigurer et de la rendre malade, lui
+avait été administré. Il paraît que cela n&#039;avait pas suffi pour
+rendre le cœur d&#039;Asama à son épouse. On en vient alors au grand
+moyen.</div>
+
+<a href="#fnt__23" id="fn__23" name="fn__23" class="fn_bot">23</a><div class="fn"> Sous l&#039;ancien régime, en dehors des nobles, les médecins seuls
+pouvaient porter le sabre; mais ils n&#039;avaient droit qu&#039;à un
+seul sabre assez court, tandis que les <em>samuraï</em> en portaient deux.</div>
+
+<a href="#fnt__24" id="fn__24" name="fn__24" class="fn_bot">24</a><div class="fn"> Les <em>to</em> et les <em>karakami</em>. Les premiers sont en bois et servent à
+clôturer complètement la maison; les seconds sont des châssis recouverts
+de papier qui tiennent lieu de fenêtres et de portes extérieures pour
+les chambres. Les uns et les autres s&#039;ouvrent et se ferment en
+glissant dans des rainures. La rainure supérieure est assez profonde
+pour former un encastrement qui permet, en soulevant le <em>to</em> ou le
+<em>karakami</em>, de le dégager de la rainure inférieure et, en l&#039;inclinant
+ensuite, de l&#039;enlever tout à fait. Mais si l&#039;on veut ouvrir en
+grand la maison, il suffit de retirer de la sorte les <em>karakami</em>; les <em>to</em>
+pouvant, sans sortir de leurs coulisses, être poussés les uns à la suite
+des autres jusqu&#039;à de petites armoires disposées aux angles de
+l&#039;habitation pour les recevoir tous superposés. Les <em>karakami</em>, au
+contraire, à moins d&#039;être enlevés, ne peuvent que se doubler et ne
+laissent à l&#039;air qu&#039;une demi-ouverture.</div>
+
+<a href="#fnt__25" id="fn__25" name="fn__25" class="fn_bot">25</a><div class="fn"> Le fourneau minuscule de la pipe japonaise ne contient guère que pour
+trois ou quatre bouffés de tabac; mais on fume souvent plusieurs pipes
+sans interruption. On l&#039;allume chaque fois à un petit brasero <em>ad
+hoc</em> ou au résidu encore en feu de la pipée précédente. La seule
+différence entre la pipe de femme et la pipe d&#039;homme est dans la
+longueur du tuyau; il est plus long pour l&#039;usage féminin. Certaines
+personnes, ayant vu de ces pipes en Europe seulement, ont cru
+qu&#039;elles servaient à fumer l&#039;opium. C&#039;est une grosse
+erreur. Au Japon, on ne fume que du tabac; l&#039;opium y est, du reste,
+sévèrement prohibé par le gouvernement.</div>
+
+<a href="#fnt__26" id="fn__26" name="fn__26" class="fn_bot">26</a><div class="fn"> Ce Hoshikage a déjà figuré à la fin du II<sup>e</sup> acte.</div>
+
+<a href="#fnt__27" id="fn__27" name="fn__27" class="fn_bot">27</a><div class="fn"> Sans doute dans l&#039;intention de le compromettre.</div>
+
+<a href="#fnt__28" id="fn__28" name="fn__28" class="fn_bot">28</a><div class="fn"> C&#039;est le keraï du daïmyo qui a présidé le concours
+d&#039;escrime sur lequel s&#039;est ouvert le rideau au premier acte et
+qui s&#039;y est mesuré avec Yakuro, cet autre keraï qui s&#039;est
+entendu avec la belle-mère de son maître, pour le trahir, au troisième
+acte.</div>
+
+<a href="#fnt__29" id="fn__29" name="fn__29" class="fn_bot">29</a><div class="fn"> Keraï de Hanagaki et à ce titre appartenant également au daïmyo. Ce
+personnage figurait aussi au concours d&#039;escrime du premier acte.</div>
+
+<a href="#fnt__30" id="fn__30" name="fn__30" class="fn_bot">30</a><div class="fn"> C&#039;est ce que les touristes appellent presque infailliblement
+dans leurs notes de voyage: «Le cortège de l&#039;impératrice,»
+singulier <em>quiproquo</em>, mais qui démontre bien la majesté dont les rites
+entouraient, dans le vieux Japon, les choses de la vie galante. <br /> La
+plupart des drames japonais contiennent une scène analogue à celle-ci.
+Aussi n&#039;a-t-on pas manqué d&#039;écrire que l&#039;impératrice est
+un personnage quasi indispensable du théâtre au Japon et
+l&#039;écrivain, cela va de soi, s&#039;est mis en devoir d&#039;en
+tirer des conséquences touchant les mœurs du pays. Une pareille bévue ne
+peut s&#039;expliquer que par une ignorance totale et qui n&#039;est
+guère pardonnable du caractère sacré de la souveraineté et de tout ce
+qui en tient chez les peuples orientaux.</div>
+
+<a href="#fnt__31" id="fn__31" name="fn__31" class="fn_bot">31</a><div class="fn"> Nous en avons fait mention au début de cette étude, dans la
+description de l&#039;orchestre.</div>
+
+<a href="#fnt__32" id="fn__32" name="fn__32" class="fn_bot">32</a><div class="fn"> Voir le 3<sup>e</sup> tableau de l&#039;acte I.</div>
+
+<a href="#fnt__33" id="fn__33" name="fn__33" class="fn_bot">33</a><div class="fn"> Voir le 1<sup>er</sup> tableau de l&#039;acte II: la conversation des brigands.</div>
+
+<a href="#fnt__34" id="fn__34" name="fn__34" class="fn_bot">34</a><div class="fn"> Elle ne dit pas toute la vérité, ne voulant encore laisser entendre
+que c&#039;est son ombre et non elle-même que le daïmyo a devant les
+yeux.</div>
+
+<a href="#fnt__35" id="fn__35" name="fn__35" class="fn_bot">35</a><div class="fn"> Le baiser n&#039;existe, d&#039;ailleurs, pas dans les mœurs du
+Japon. Cette manière de nous témoigner de la tendresse étonne beaucoup
+les indigènes. Chez eux on n&#039;embrasse même pas les enfants.</div>
+
+<a href="#fnt__36" id="fn__36" name="fn__36" class="fn_bot">36</a><div class="fn"> C&#039;était autrefois dans tout le Japon et c&#039;est encore
+aujourd&#039;hui dans les campagnes une croyance très répandue que les
+morts reviennent et que leurs ombres laissent en s&#039;évanouissant des
+«papiers funéraires», témoignages de l&#039;apparition où sont écrits
+les conseils ou les avertissements qu&#039;ils donnent aux vivants.–Que
+cette variété de spiritisme fournisse aux esprits forts un puissant
+moyen d&#039;abuser des âmes crédules, cela n&#039;est pas douteux.–La
+religion populaire des Japonais est un culte de petits papiers: il
+suffit pour s&#039;en convaincre de visiter la première chapelle venue.</div>
+
+<a href="#fnt__37" id="fn__37" name="fn__37" class="fn_bot">37</a><div class="fn"> Au Japon, comme dans beaucoup d&#039;autres pays, il y a pour toutes
+les grandes villes un quartier spécialement affecté à cet usage. Dans
+les centres principaux, comme Tokio et Kyoto, ce quartier forme une
+véritable ville à part ayant son enceinte et ses portes et dont le
+cachet est singulièrement pittoresque.–C&#039;est à coup sûr une des
+curiosités du pays.</div> <a href="#fnt__38" id="fn__38" name="fn__38" class="fn_bot">38</a><div class="fn"> Ancien keraï.</div>
+
+<a href="#fnt__39" id="fn__39" name="fn__39" class="fn_bot">39</a><div class="fn"> Autre Keraï disgracié devenu chef de voleurs: Acte IV; 1<sup>er</sup> tableau.</div>
+
+<a href="#fnt__40" id="fn__40" name="fn__40" class="fn_bot">40</a><div class="fn"> Maison de thé.–La <em>tcha-ya</em> au Japon tient lieu de cabaret.</div>
+
+<a href="#fnt__41" id="fn__41" name="fn__41" class="fn_bot">41</a><div class="fn"> Il s&#039;agit bien entendu de l&#039;ancien droit.–N&#039;oublions
+pas que Gorozô est tombé dans la misère et se trouve dans
+l&#039;impossibilité de pourvoir à l&#039;entretien de sa femme.
+Celle-ci n&#039;aurait pu le quitter purement et simplement; mais en lui
+donnant le prix de son infidélité elle s&#039;acquitte légalement envers
+lui.–Il est alors censé l&#039;avoir vendue lui-même. C&#039;est une
+sorte de fiction comme il y en a en <em>droit romain</em>.</div>
+
+<a href="#fnt__42" id="fn__42" name="fn__42" class="fn_bot">42</a><div class="fn"> Acte IV: 2<sup>e</sup> tableau.</div>
+
+<a href="#fnt__43" id="fn__43" name="fn__43" class="fn_bot">43</a><div class="fn"> Ce morceau est une de ces grandes manches de <em>kimono</em> qui sont
+particulièrement longues pour les femmes. Cette partie du costume
+formant poche ou même sac se trouve très propre à l&#039;usage
+qu&#039;en fait là Gorozô.</div>
+
+<a href="#fnt__44" id="fn__44" name="fn__44" class="fn_bot">44</a><div class="fn"> N&#039;est-il pas curieux, par exemple, de voir ce <em>ronin</em> Gorozô,
+devenu misérable, et toujours entouré d&#039;une foule de gens dépendant
+de lui et vivant plus ou moins à ses crochets. Il n&#039;y a cependant
+rien là de contraire au vieil ordre social du Japon.</div>
+
+<a href="#fnt__45" id="fn__45" name="fn__45" class="fn_bot">45</a><div class="fn"> Chez les peuples superstitieux, on n&#039;aime pas les souhaits de
+bonheur; il semble toujours qu&#039;ils cachent un malheur. Témoin cette
+habitude dans certains pays de faire les cornes ou le signe de croix
+quand on reçoit des félicitations sur la chance passée ou des vœux pour
+l&#039;avenir.</div>
+
+<a href="#fnt__46" id="fn__46" name="fn__46" class="fn_bot">46</a><div class="fn"> Au Japon, quand un voyageur a séjourné, ne fut-ce que quelques
+heures, aussi bien dans une auberge que chez un particulier,
+l&#039;usage veut qu&#039;il reçoive de ses hôtes un «présent de
+départ». Quelle heureuse idée que l&#039;image de ces deux moribonds
+acceptant une bonne nouvelle comme un <em>présent de départ</em> pour
+l&#039;autre monde.</div> </div>
+
+
+
+
+
+
+
+
+
+
+<pre>
+
+
+
+
+
+End of the Project Gutenberg EBook of Le théâtre japonais, by André Lequeux
+
+*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LE THÉÂTRE JAPONAIS ***
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+works. See paragraph 1.E below.
+
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+or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection of Project
+Gutenberg-tm electronic works. Nearly all the individual works in the
+collection are in the public domain in the United States. If an
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+Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
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+To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
+and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
+and the Foundation web page at https://www.pglaf.org.
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+
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+Foundation
+
+The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
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+state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
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+
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+
+
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new file mode 100644
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--- /dev/null
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Binary files differ
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Binary files differ