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You may copy it, give it away or +re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included +with this eBook or online at www.gutenberg.org + + +Title: Florence historique, monumentale, artistique + +Author: Marcel Niké + +Release Date: January 4, 2006 [EBook #17459] + +Language: French + +Character set encoding: UTF-8 + +*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK FLORENCE HISTORIQUE *** + + + + +Produced by Frank van Drogen, Massimo Blasi and the Online +Distributed Proofreaders Europe at http://dp.rastko.net. +This file was produced from images generously made available +by the Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica) + + + + + + +MARCEL NIKÉ + + + +FLORENCE HISTORIQUE, MONUMENTALE, ARTISTIQUE + +GUIDE D'ART DANS FLORENCE ET SES ENVIRONS +_Ouvrage accompagné de plusieurs plans et cartes_ + + +DEUXIÈME ÉDITION + + +LIBRAIRIE DE PARIS +Firmin-Didot et Cie., Imprimeurs-Éditeurs 56, Rue Jacob, PARIS + + + + ++AVANT-PROPOS+ + + +L'accueil indulgent accordé par le public et par la presse à l'_Essai +d'Itinéraire d'Art en Italie_, m'a encouragée à faire paraître ce +nouveau travail. + +J'ai dû remettre à une date ultérieure _Les Arts Accessoires_[1] +destinés, dans mon intention, à faire suite à l'_Essai_, et +interrompre la série de ces Études pour déférer au vœu, souvent formulé, +de me voir publier un ouvrage esthétique et pratique sur Florence et sur +la Toscane, c'est-à-dire Pise, Lucques, Pistoie, enfin Sienne et ses +alentours. + +[Note 1: _Un Essai d'Itinéraire d'Art en Italie_, p. 3, note.] + +Le volume qui paraît aujourd'hui est consacré à Florence et à ses +environs immédiats, matière aussi inépuisable que variée. + +L'expérience m'a fait reconnaître quelle perte de temps et quelle fatigue +seraient évitées, si, au lieu d'errer à l'aventure, on pouvait procédé +méthodiquement et embrasser dans une même visite tout ce qui, dans un +même rayon, est digne de remarque. + +Pour assurer ce classement, il m'a paru indispensable d'établir un plan +spécial de Florence divisé en huit régions correspondant chacune à un des +huit chapitres du volume et cela de manière à ce qu'une vue, tout à la +fois d'ensemble et de détail, se présente aux yeux du lecteur. Le besoin +de clarté m'a encore poussée à m'attacher avec un soin jaloux à la +rédaction des tables. Elles sont une brève et complète nomenclature, une +sorte de catalogue fidèle autant du livre que de la ville elle-même, où +l'on trouvera résumé à sa place alphabétique tout ce qui, dans un même +lieu, doit fixer l'attention et se graver dans la mémoire. + +A Florence, l'étude de l'art et des monuments est si inséparable, si +indissoluble de l'histoire, que j'ai dû forcément placer en tête de cet +essai un aperçu historique qui me permît de faire évoluer dans son +milieu, à l'aide des événements d'où il a découlé, le noble et complet +art toscan. Autant que possible, je me suis efforcée d'évoquer l'épopée +florentine et de faire revivre l'inoubliable grandeur de ce peuple, +auquel nulle inspiration généreuse n'a été étrangère et dont le cœur n'a +jamais cessé de battre noblement pour toute idée de justice et de +liberté! + +Aussi Florence est-elle la patrie véritable de quiconque, en quête de +l'Idéal, poursuit sans trève cette éternelle, cette insaisissable +chimère! + +La patrie de tous ceux qui, les yeux fixés sur des horizons inconnus, +entrent chacun à leur tour dans la carrière où, coureurs infatigables, +ils se transmettent le flambeau sacré, sans savoir quelle main le portera +jamais au but. + +S'il est peu consolant de voir, au cours de l'histoire florentine, +l'inanité du progrès et la stérilité de l'effort sous le criminel +envahissement du despotisme, le grain semé n'en a pas moins levé, +produisant une ample moisson, puisque, dans tous ceux qui auront le culte +pur de la Beauté, se perpétuera et fleurira, au travers des temps, l'âme +florentine. + + + + +APERÇU + +SUR + +L'HISTOIRE DE FLORENCE + + + +Par sa situation géographique, la Toscane occupe le centre de l'Italie; +par toutes ses manifestations artistiques, elle en est l'âme. Cette +contrée peu étendue mais privilégiée, comme autrefois la Grèce, par la +beauté des sites, la fertilité du sol, la sérénité du climat, semble, +comme elle, avoir réuni à un degré unique toutes les conditions propices +au développement de l'esprit humain. + +La première fois que, dans les temps antiques, un peuple digne de mémoire +se rencontre en Italie, c'est en Toscane. Les Étrusques, venus des +plateaux de l'Asie centrale, comme tous les immigrants par lesquels fut +colonisée l'Europe, y apportaient les bienfaits de toutes les +civilisations rencontrées par eux dans leurs étapes successives, soit en +Asie Mineure, soit en Grèce ou en Sicile. C'est dans ce fait que réside +assurément l'explication toute naturelle de la culture politique, de la +culture artistique, si prématurément développées chez le peuple toscan. + +Entre l'Etrusque et le Toscan existent les mêmes affinités qu'entre le +Gaulois et le Français, c'est-à-dire que l'influence de la souche +primitive est si persistante, si profondément enracinée qu'on la retrouve +encore par delà les siècles. En effet, la forme massive, pélasgique, pour +ainsi dire, des murs imposants de Cortone ou de Volterra ne se +reconnaît-elle pas dans les lourdes constructions florentines, et leur +bossage même ne rappelle-t-il pas l'appareil étrusque, attestant la +perpétuité d'une forte et puissante race sur le sol toscan? + +La domination romaine amena une nouvelle colonisation de l'Étrurie et +couvrit le pays de villes importantes égales aux anciennes cités, déjà en +pleine prospérité. + +Ce ne fut pourtant que lorsque Antoine et Octave fondèrent leurs colonies +militaires en 50 avant J.-C. que l'une d'elles, s'étant fixée dans la +partie du pays réputée la plus fertile, et émerveillée de la richesse de +sa nouvelle patrie, appela la ville qu'elle bâtit Florentia, c'est-à-dire +la ville des Fleurs. + +Jusque vers le IVe siècle il n'est guère fait mention de la colonie que +l'on retrouve à cette époque jouissant de franchises et de droits +étendus, en lutte ouverte contre le christianisme, auquel il faudra plus +d'un demi-siècle pour devenir la religion définitive du pays. + +Ainsi, dès lors, la destinée semble avoir voué Florence à une suite +perpétuelle d'agitations et d'inquiétudes et son histoire tout entière, +telle qu'à sa première page, n'offrira qu'une longue succession de luttes +et de combats. + +Envahie au Ve siècle par Radagaise, assiégée par Alaric, prise et +reprise par Totila et Narsès, il n'en reste plus pierre sur pierre. +Relevée de ses ruines par Charlemagne et constituée fief de margraves, +elle jouit pendant un siècle et demi d'une tranquillité et d'une paix +heureuses; mais à ce calme devait succéder la tempête sous des tyrans +cupides et violents. Ce fut alors que toutes les espérances se tournèrent +vers le nord, et que l'Empire fut appelé pour la première fois à secourir +l'Italie (962). Avec Othon le Grand, les Allemands s'installèrent sans +scrupule, comme en pays conquis, chez ceux qui les avaient appelés, et +bientôt les évêques et même le Pape ne furent plus que les premiers +fonctionnaires de l'Empire. + +Pourtant la Toscane, au IXe siècle, retrouva sous de nouveaux margraves +une vie propre; elle étendit alors sa domination autour d'elle, à telle +enseigne que le Pape arriva à la considérer comme un rempart contre les +ambitions démesurées de l'Empire, tandis que l'Empereur y voyait un +avant-poste. Le pays n'avait qu'à gagner à ce jeu de bascule, où chacun +lui faisait des avances et lui accordait de véritables avantages pour +tacher de le gagner sa cause. Malheureusement pour lui, en 1069, la +comtesse Mathilde prenait les rênes du gouvernement et le pape Alexandre +II obtenait d'elle l'acte fameux appelé la Renonciation de la comtesse +Mathilde, par lequel elle se déclarait simple dépositaire de sa puissance +et résolue à n'en user que pour le bien de l'Église; c'était la guerre +entre la Papauté et l'Empire, c'était le brandon des luttes terribles qui +allaient ensanglanter la Toscane pendant tant d'années, car ce que +Mathilde donnait à l'Église, les lois de l'Empire ne lui permettaient pas +d'en disposer. + +Aussi Henri IV, malgré Canossa, envahit-il aussi la Toscane. Sienne, +Pise, Lucques, se décidèrent en sa faveur; Arezzo et Pistoie se donnèrent +à lui et leurs évêques, bien qu'excommuniés, continuèrent à officier +(1081). En récompense de leur fidélité Henri IV octroya aux villes +d'amples franchises et confirma la fondation des libertés urbaines, +tandis que Florence supportait le poids de son attachement au Pape et à +la comtesse Mathilde et qu'assiégée, elle ne devait son salut qu'au +départ précipité de l'Empereur pour l'Allemagne. Les quatre années qu'il +y resta permirent à Mathilde de jeter les bases d'un gouvernement et +d'embellir la ville en y édifiant de nombreux monuments, Florence +entreprenait alors de petites guerres contre ses voisins et concluait +avec eux des alliances où perçait pour la première fois son esprit actif +et pratique. + +La mort de Mathilde ouvrit sa difficile succession et ses biens furent +disputés âprement par Henri V, le successeur d'Henri IV, et par le pape +Pascal II, appuyés, l'un sur les droits du fief, l'autre sur ceux de la +donation. Comme tous les deux sollicitaient également l'appui des villes, +ils durent, dans le but de se les acquérir, accorder privilèges sur +privilèges, créant ainsi leur indépendance, car elles n'avaient garde de +se donner et demeuraient platoniquement pour l'Empereur ou pour le Pape. + +Après, des rivalités et des luttes sanglantes entre Sienne, Pise et +Florence, l'avènement de Frédéric Barberousse, en 1154, vint rallier tous +les intérêts devant le danger commun de l'invasion par l'Empereur d'un +pays qu'il considérait comme traître et rebelle. Aussi, à sa mort, les +cités s'engagèrent-elles à ne plus accepter d'autre souveraineté que +celle du Pape. + +Dès cette époque, la petite ville des «Mark-grafs» et de la comtesse +Mathilde était devenue un État puissant avec une organisation intérieure +déjà compliquée. + +Les corps des métiers constituaient de puissantes corporations divisées +elles-mêmes en métiers nobles et en métiers vils. Les premiers, seuls, au +nombre de sept, comptaient pour l'administration ou le gouvernement de la +cité. + +D'abord venait l'ancienne et puissante corporation des marchands de +laine, fabricants de draps grossiers, de lainages ordinaires, à côté de +laquelle s'était formé au XIIIe siècle «l'arte de Calimara», commerçants +en draps étrangers, auxquels ils donnaient le fini florentin. Venaient +ensuite l'art de la soie, destiné plus tard à un grand développement, et +enfin, en toute première ligne, les manieurs d'argent, banquiers, +changeurs ou usuriers, qu'on appelait «les maîtres de la Zecca», qui +allaient devenir les plus grands bailleurs de fonds du monde entier. Les +banquiers florentins étaient les préteurs des souverains et des Papes, +par lesquels ils étaient même chargés de percevoir les revenus de +l'Eglise en tous lieux. A côté d'eux, la multiplicité et la diversité des +monnaies faisaient des changeurs une véritable puissance encore doublée +par la prérogative de battre monnaie pour le gouvernement florentin. Les +trois autres corporations étaient celles des médecins et apothicaires, +des peaussiers et fourreurs, des hommes de loi, juges et notaires. Les +chefs des «métiers nobles» firent la police et presque la loi jusqu'au +jour où, sans institution nouvelle, par la force des choses, ils +devinrent les magistrats communaux et formèrent le premier gouvernement +florentin. Ils s'appelèrent successivement recteurs, prieurs et plus tard +«capitani» quand ils ne furent plus, sous l'autocratie, que les simples +délégués des quartiers qu'ils représentaient. A côté de l'aristocratie +marchande, il fallait ménager une place aux nobles, les uns immigrés +allemands fixés à Florence, les autres seigneurs féodaux, incommodes +voisins qu'on avait fait descendre de leurs châteaux et qui haïssaient et +méprisaient également les marchands. + +Ces familles dont les chefs, appelés «Capitani», n'étaient pas +justiciables des tribunaux consulaires, se consacraient uniquement à la +carrière des armes et en tiraient souvent une gloire dont le prestige +amenait une population bourgeoise à choisir des consuls dans leurs rangs. +Par suite de cette immixtion dans les affaires de l'État, les nobles +prirent une arrogance redoutable et les querelles qui ne cessaient de +s'élever entre eux devinrent si terribles, que, pour se mettre en sûreté, +ils en arrivèrent à munir leurs palais de tours démesurées et à les +transformer en citadelles inexpugnables, quelquefois assez rapprochées +pour qu'on pût se frapper de l'une à l'autre. Cet état de guerre +n'existait pas seulement de nobles à nobles, et de nobles à marchands, +mais ces derniers eux-mêmes étaient encore divisés par les rivalités de +métier. De plus, s'ils voyaient avec joie les nobles s'épuiser en luttes +sanguinaires, à leur tour ils vivaient en défiance continuelle de la +classe placée au-dessous d'eux et de beaucoup la plus nombreuse, celle +qui, originairement composée de serfs, ne comptait pour rien dans le +gouvernement recruté parmi le «primo popolo». + +A cette époque (1208), l'expérience avait démontré que, dans les conflits +de plus en plus graves qui mettaient les grandes familles aux prises, les +nobles ne prendraient jamais au sérieux les arrêts prononcés par des +juges qu'ils considéraient comme des inférieurs et qui eux-mêmes avaient +à redouter leurs ressentiments et leurs vengeances. Aussi Florence et les +autres gouvernements démocratiques de la Toscane reconnurent-ils la +nécessité d'instituer une magistrature suprême, dont l'autorité s'imposât +à tous. Ce nouveau pouvoir fut celui du Podestat. + +Originairement le «Potestate» était un commissaire impérial chargé +d'administrer au nom de l'Empereur. Cette magistrature, instituée par +Frédéric Barberousse, fut rapidement délestée et conspuée dans les villes +où elle exerçait un pouvoir absolu et despotique. Mais, si le +gouvernement des Podestats avait ses inconvénients, on ne tarda pas à +reconnaître que leur qualité d'étrangers les prédisposait à une grande +impartialité dans leurs jugements. On se résolut alors à choisir au loin +le magistrat auquel on confierait cette autorité redoutable et à ne la +lui confier que pour une période limitée, pendant laquelle il lui serait +interdit de nouer aucune relation avec ses justiciables. + +Le XIIIe siècle ne voit que grandir la discorde, que se multiplier les +factions, et cet état de guerre intestine offre le plus étrange contraste +avec la prospérité et la richesse croissantes du pays. + +La première scission effective dans le parti de la noblesse (1215?) fut +causée par la rupture d'un mariage projeté entre un Buondelmonti et une +Uberti et cela sans autre motif que le bon plaisir du premier, affront +que les Uberti lavèrent en assassinant Buondelmonte. Cet événement jeta +les Uberti dans le parti de l'Empereur, tandis que les Buondelmonti +embrassaient le parti populaire et que, derrière leurs deux maisons, se +groupaient les principales familles florentines constituant deux factions +rivales profondément hostiles. + +Ce ne fut pourtant qu'en 1240 que furent adoptées les fameuses +dénominations de Guelfes et de Gibelins, sous lesquelles les partis +allaient ensanglanter l'Italie. Ces noms d'origine allemande n'étaient +primitivement que les cris de guerre et de ralliement des deux maisons en +perpétuelle rivalité pour le trône impérial. «Hye Woelf» pour Guelfe de +Bavière, «Hye Weibligen» pour les Hohenstaufen. Ce double appel passa les +Alpes avec les Allemands, pour désigner plus tard, après la guerre des +Investitures, le parti de la démocratie et celui de la féodalité. C'est à +partir de cette époque que les noms de Guelfes et de Gibelins perdirent +leur signification primitive et s'appliquèrent en Italie aux partisans du +Pape ou de l'Empereur, sans que les villes eussent parfois d'autre +conviction pour être guelfes ou gibelines que l'espoir des avantages à +tirer de l'une des deux puissances. + +De 1220 à 1258, Florence fut la proie des partis dont la lutte devenait +de jour en jour plus acharnée. La faction au pouvoir, non satisfaite de +proscrire l'autre, rasait les habitations et confisquait les biens des +vaincus. Si l'Empereur descendait en Italie, les Gibelins étaient les +maîtres; si l'Empereur s'éloignait, ils prenaient à leur tour le chemin +de l'exil et cédaient la place aux Guelfes triomphants. Au milieu de tant +d'éléments de désordre auxquels s'ajoutaient les querelles religieuses, +les menaces d'hérésie, l'interdit et l'excommunication, on reste surpris +et confondu de l'énergie prodigieuse, de la vitalité puissante de ce +peuple où les pires calamités ne portent nul préjudice au développement +intellectuel, à la prospérité croissante des arts, des sciences et de la +fortune publique. + +A cette époque, les ambitions inassouvies de Florence ne connaissaient +aucun frein. Elle entreprenait une expédition contre la puissante Pise +et, après une lutte meurtrière, elle arrivait à réduire et à soumettre sa +rivale; mais ce résultat ne la satisfaisant pas encore, elle n'eut de +cesse qu'elle ne fût entrée en campagne contre l'orgueilleuse Sienne. +Cette cité, gibeline par excellence, était le refuge de tous les +proscrits florentins, ce dont la guelfe Florence lui gardait une terrible +rancune. + +La compétition entre les deux villes devait se terminer aux portes mêmes +de Sienne par l'effroyable défaite de Montaperto (1260), dont le résultat +fut de livrer Florence, sans défense possible, à la réaction gibeline. +Les Gibelins rentrés au pouvoir, leur première pensée fut de raser +Florence, «ce repaire du parti guelfe». Le plus illustre des proscrits, +Farinata degli Uberti, se leva seul pour protester en demandant «si +c'était pour ne pas mourir dans sa patrie qu'il avait tant souffert», et +il jura qu'il la défendrait jusqu'à son dernier soupir. + +Comme Farinata avait une grande autorité, son intervention sauva la +ville, mais elle n'en fut pas moins réduite à un degré d'infériorité +humiliant au dernier point. + +Après leur triomphe, les Gibelins au pouvoir eurent à compter avec le +parti guelfe dont l'opposition sourde et constante fut d'autant plus +haineuse qu'il avait plus à redouter l'influence du parti modéré gibelin +qui, par de sages mesures, offrait aux Guelfes la possibilité de rentrer +dans leur patrie, sans lutte. + +Ces vues pacificatrices ne manquèrent pas d'exciter de grandes +inquiétudes aussi bien chez les Guelfes que chez le Pape qui voyaient +dans l'apaisement des esprits la perte de leur influence. Leur politique +devait donc consister à exploiter la moindre apparence de mécontentement +et à nier la bonne foi des Gibelins, en les déclarant incapables de +gouverner avec impartialité et douceur. Le peuple n'était pas mûr pour +comprendre l'intérêt qu'il pouvait y avoir à établir une paix durable par +des concessions réciproques; prompt à accueillir les conseils et les +insinuations perfides, il se souleva contre les Gibelins, les expulsa et +ouvrit ses portes à Guy de Montfort et aux Français (1267). + +Le gouvernement guelfe rétabli s'empressa d'offrir à Charles d'Anjou la +seigneurie de Florence avec le droit d'y déléguer un vicaire royal et un +podestat chargés de tous ses pouvoirs. Les biens des Gibelins furent +confisqués et partagés en deux portions: la première distribuée à titre +de dommages-intérêts, tandis que la seconde allait constituer le trésor +connu sous le nom de «Masse guelfe», destiné à servir de fonds de réserve +au parti. Par suite de ces événements, Florence redevenait guelfe dans +l'âme et le lys rouge, symbole guelfe par opposition au lys blanc, +symbole gibelin, imposa sa couleur à toute chose. En face d'une si +violente réaction, la minorité gibeline qui avait été tolérée, dut +elle-même se transformer et, suivant la marche des événements et des +idées, devenir peu à peu l'élément modéré du parti guelfe. + +L'année 1282 est marquée dans l'histoire de Florence par la constitution +définitive de la République, forme gouvernementale impérieusement +réclamée, comme seule capable de soustraire l'État à la domination d'un +maître étranger ou à la tyrannie des coteries locales. Pour remplir une +fonction publique, il fallut non seulement être inscrit dans l'un des +arts, mais encore l'avoir exercé. A la tête du gouvernement siégeait un +conseil qui formait la Seigneurie. Il était composé des six prieurs des +arts nobles représentant leur corporation et un quartier de ville +(Sestiere). Ces magistrats, élus pour deux mois, n'étaient pas +rééligibles avant deux années révolues. Investis de tout le pouvoir +exécutif pendant toute la durée de leur magistrature, soumis à +l'existence la plus sévère, ils devaient vivre ensemble au Palais Vieux, +nourris aux frais de l'État, mangeant à la même table et couchant en +commun; enfin ils n'avaient sous aucun prétexte le droit de s'absenter. + +La première préoccupation de la République devait être de trouver un +remède aux dissensions de la noblesse devenues intolérables. Le +gouvernement promulgua, à cet effet, une sorte de charte par laquelle il +proscrivait les familles nobles les plus irréductibles et soumettait les +autres aux pénalités les plus rigoureuses. Mais, devant l'inefficacité de +la loi et l'impossibilité de l'appliquer, il fallut chercher un moyen +énergique pour maintenir l'ordre dans la cité, et on se résolut à +investir un magistrat d'une autorité redoutable: ce fut la création du +Gonfalonat, destiné à devenir par la suite la première charge de la +République. + +Le Gonfalonier, élu par les anciens prieurs, avait droit de justice sur +tous les citoyens indistinctement et pouvait exercer ses poursuites de +jour et de nuit, à toute heure et en tout lieu. Au début, il vivait avec +les prieurs; mais l'importance de sa charge était telle que, peu d'années +après son institution, il avait un train luxueux et considérable. + +A cette époque se place l'arbitrage de Florence appelée par Pistoie à se +prononcer entre les deux partis qui, sous la dénomination des Blancs et +des Noirs, déchiraient et ensanglantaient la malheureuse ville. Mais +Florence, en rétablissant l'ordre dans Pistoie décimée par la plus +effroyable guerre intestine, prit elle-même le mal qu'elle venait guérir +et bientôt les Blancs et les Noirs remplaçaient les Guelfes et les +Gibelins et la livraient à toutes les horreurs des guerres civiles. + +Les Blancs, c'est-à-dire les Gibelins, étant au pouvoir, les manœuvres +des exilés guelfes, conspirant sous la conduite du pape Boniface VIII et +de leur chef Corso Donati, ouvraient Florence à Charles de Valois, +troisième fils de Philippe le Hardi, décoré pour la circonstance des +titres de vicaire général de l'Église et de défenseur de l'Italie. + +Le jour de la Toussaint 1301, Charles faisait son entrée triomphale dans +la ville où son premier acte fut naturellement un parjure, car après +avoir juré de respecter les biens et les propriétés, il ouvrait les +portes à Corso Donati et aux Noirs triomphants, et livrait au massacre, +au pillage et à la plus affreuse proscription ceux qui avaient eu foi en +ses serments. + +C'est vers 1300, au milieu de luttes désolantes, qu'apparaît pour la +première fois le nom de Dante Alighieri, membre de l'art des apothicaires +et l'un des prieurs. Par ses ascendants, le Dante était guelfe, car un de +ses ancêtres avait figuré avec honneur à la sanglante défaite de +Montaperto, comme garde du corps du fameux «Caroccio», le palladium de +Florence, et cet événement avait jeté les Alighieri dans l'exil. + +L'éducation de Dante fut des plus soignées: Brunetto Latini lui enseigna +les lettres latines; adolescent, il étudia la philosophie à Florence; +homme fait, la théologie à Paris. Il rentra ensuite dans sa patrie où +l'attendait la guerre civile. + +Dante exerça les premières charges de la République, il fut nommé +quatorze fois ambassadeur et mena à bien les négociations les plus +difficiles; bien qu'il fut guelfe, le Pape n'eut pas à Florence de plus +acharné adversaire contre ses demandes d'hommes et d'argent. Son +opposition alla même si loin que Boniface VIII, irrité, frappa Florence +d'interdit. + +Par un de ces retours trop communs dans l'histoire des gouvernements +populaires, Dante, alors en ambassade à Rome, fut accusé de concussion et +condamné à une amende considérable, faute du paiement de laquelle +«seraient prononcées la dévastation et la confiscation de ses biens, +jointes à l'exil éternel». Comme Dante ne voulut pas reconnaître le crime +dont on l'accusait injustement, il abandonna sa patrie, sa fortune, ses +amis, ses emplois; et ses biens furent vendus au profit de l'État, tandis +qu'on passait la charrue et qu'on semait le sel sur le terrain où s'était +élevée sa maison. Comme si ces mesures iniques ne suffisaient pas encore, +on le condamna à mort par contumace et on le brûla en effigie à la place +même où, deux siècles plus tard, on devait brûler Savonarole! + +Guelfe de naissance, devenu gibelin par haine, Dante allait errer +dix-neuf ans loin de sa patrie. Le dédain et la soif de la vengeance +firent de lui le poète sublime de la Divine Comédie, celui qui, nouvel +Homère, devait peupler l'enfer de ses haines et le paradis de ses amours. + +Il avait écrit l'Enfer à Vérone, il composa le Purgatoire à Gagagnano et +acheva l'œuvre au château de Tolmino dans le Frioul. Il se rendit ensuite +à Ravenne où il devait mourir, et c'est dans cette ville qu'il publia son +poème tout entier, dont l'Italie fut révolutionnée à tel point qu'on se +demanda si c'était un vivant qui avait été capable de raconter de +pareilles choses. + +C'est de cette année 1302 qui voyait Charles de Valois et les Noirs +maîtres de Florence, que date l'exil de l'homme destiné à flageller si +impitoyablement une patrie injuste et ingrate. Dans un intérêt mal +entendu, Dante en était venu à souhaiter l'Empereur maître du monde et de +l'Italie. Il maintenait dans son système la suprématie spirituelle du +Pape et faisait de l'Empereur l'ouaille du Pape, et de la Papauté la +vassale de l'Empire, théorie inapplicable et toute scolastique qu'il +expose et qu'il développe dans son livre de la Monarchie. + +Les années 1328 et 1329 furent des plus désastreuses pour Florence. Les +mauvaises récoltes, la disette, les banqueroutes, jointes au fléau des +invasions et aux difficultés intérieures de tout ordre, la mettaient dans +la situation la plus critique. De 1340 à 1346, elle fut en proie aux +mêmes calamités. Gênes et Pise ayant accaparé les blés, la Seigneurie dut +acheter au poids de l'or les grains nécessaires à la subsistance de la +ville. + +Dans l'année 1347, Florence eut à pourvoir aux besoins de plus de cent +mille personnes, mais l'insuffisance et la mauvaise qualité du pain +augmentèrent la mortalité dans une telle proportion qu'on en vint à ne +plus sonner les cloches et à ne plus annoncer les décès. Pour comble de +maux, la peste se mit de la partie et les corps épuisés par la famine +n'étaient que trop prédisposés à la contagion. Du reste, au printemps de +1348, l'épidémie gagna toute l'Europe, et quelques cités alpestres de la +Suisse, du Milanais ou du Tyrol échappèrent seules au fléau. + +Les malades, à peine atteints, étaient couverts de bubons charbonneux +accompagnés d'hémorragies, et bientôt personne ne voulut plus les +soigner. Au premier symptôme du mal, la maison était abandonnée et il ne +restait au malade d'autre ressource que de mourir dans l'isolement, bien +heureux encore si, avant de le quitter, on laissait à sa portée de quoi +calmer la soif qui le dévorait ou, en cas de mieux, de quoi ne pas mourir +de faim. Quand la mort survenait, ce n'était parfois qu'au bout de +plusieurs jours que l'on s'en apercevait et que l'on venait enlever un +cadavre souvent en pleine décomposition, ce qui ne contribuait pas +médiocrement à entretenir l'épidémie. Des fortunes colossales furent +acquises alors; les drapiers qui avaient en magasin des stocks de drap +noir, s'enrichirent subitement; tout ce qui touchait à la mort se payait +au poids de l'or. + +Aux cimetières, on creusait de grandes fosses où les cadavres étaient +couchés par centaines et où, selon l'expression tragico-macabre de +Villani, «on jetait sur chaque rangée de corps une légère pelletée de +terre, comme on saupoudre de fromage les vermicelles». + +Dans les campagnes, la peste était encore plus redoutable que dans les +villes. Boccace, dans un récit plein d'horreur, montre les paysans +mourant dans leurs maisons ouvertes ou sur les chemins, et leurs cadavres +empestant l'air, car personne ne se souciait de les ensevelir, tandis que +le bétail, errant sans berger, rentrait de lui-même aux étables, ou bien +gagnait la contagion en rôdant autour du maître mort. A la longue, on +reconnut que le plus sage était encore d'éviter les exagérations, et les +moribonds purent retrouver quelques soins. + +Même en 1352, la peste n'avait pas disparu complètement de l'Europe, et +dix ans plus tard, on ne s'était pas encore remis des perturbations +sociales qui en étaient résultées. La fortune publique se trouvait +entièrement déplacée; on voyait dans l'opulence médecins, apothicaires, +garde-malades, marchands d'herbes médicinales, de volailles et de +pâtisseries, tandis que beaucoup d'anciennes familles, ruinées par la +cherté des denrées, se trouvaient presque dans la misère. Ce qu'il y eut +de plus singulier au milieu de ces calamités publiques, ce fut la +poursuite effrénée des plaisirs, ce fut la folle gaieté à laquelle on se +livrait pour échapper, semblait-il, au spectre menaçant de la mort. Au +moment où la peste noire faisait à Florence ses plus effroyables ravages, +les citoyens tremblants, désespérés, cherchaient à s'étourdir dans de +folles orgies, et Boccace, après en avoir tracé le lugubre tableau, +commence les charmants récits de son Décaméron. C'est un étrange +contraste, quand on est encore sous l'impression de la terreur laissée +par le début, de voir ces jeunes cavaliers et ces jeunes femmes, assis +sur de verts gazons, se livrer à de joyeux devis, sans jeter en arrière +aucun regard de compassion vers la ville qu'ils ont fuie et dont on +entend les gémissements dans le lointain. Le présent est tout pour eux, +et, dans la jouissance du moment, ils veulent oublier que, le lendemain +peut-être, ils seront atteints â leur tour. + +Parmi tant d'épreuves, les dispositions des partis, les sentiments de la +bourgeoisie et du peuple avaient bien changé. Deux classes se +partageaient alors la République: «le peuple gras», où se recrutait +l'aristocratie nouvelle sortie des banques et des comptoirs, et le «menu +peuple», composé des artisans, des ouvriers, des manœuvres de toute +espèce, et animé contre le «popolo grasso» de toute la haine de gens +lésés dans leurs intérêts. Bientôt la question des salaires vint encore +compliquer la situation, et, soutenu par le parti guelfe mécontent de +voir la prépondérance croissante du parti de la banque, le menu peuple, +«les Ciompi», se révolta et, resté un instant maître de la ville, se +livra aux pires excès. Cette révolution de 1378 profita aux seuls chefs +guelfes; mais leur tyrannie s'exerça si odieuse, que bientôt ils furent +renversés par une contre-révolution des «Ciompi» guidée par Thomas +Strozzi, Benedetto Alberti et enfin Salvestro Médicis. Les chefs guelfes +furent forcés de quitter la ville où leurs propriétés furent saccagées et +pillées, et où leurs vies mêmes ne furent sauvées que grâce à +l'intervention de Salvestro Médicis, alors podestat et idole du peuple. + +La famille des Médicis, qui apparaît alors pour la première fois dans un +rôle prépondérant, était originaire de Mugello. Déjà à cette époque de +1378, elle était riche, industrieuse, puissante, et avait donné des +magistrats habiles et populaires à la République. Villani cite les +Médicis en 1304 parmi les chefs du parti des Noirs, et plus tard l'un +d'eux marqua par son opposition au duc d'Athènes, sur l'ordre duquel il +fut décapité. + +Une nouvelle révolte des «Ciompi» en 1382 mit le Gonfalonat entre les +mains d'un des leurs, Michel Lando, homme d'une valeur et d'une intégrité +exceptionnelles; mais bientôt le parti aristocratique ressaisit +l'autorité, et l'ère des soulèvements populaires, des revendications des +plus faibles contre les plus forts, fut close sans retour. Avec toutes +les chances de succès, les «Ciompi» échouèrent pour n'avoir pas su à +propos se contenter de bénéfices relatifs et indirects. + +Ils payèrent chèrement cette faute, car les arts majeurs, exaspérés par +la crainte qu'ils avaient eue, devinrent leurs pires ennemis. +L'aristocratie marchande, jalouse de son autorité, ne devait plus quitter +le pouvoir, mais, coterie exclusive, furieuse d'avoir failli perdre ses +privilèges, alors même qu'elle les avait recouvrés, elle rompit avec tout +ce qui était démocratique et resta un corps absolument fermé. C'est ainsi +que les humbles et les petits arrivèrent à considérer comme heureux le +sort des villes où des tyrans faisaient peser le joug moins lourdement +sur les pauvres que sur les riches, et le peuple ne vit plus dans ces +despotes que des instruments pour l'exécution de ses vengeances et de ses +haines. Les Médicis arrivaient à point nommé pour remplir un tel rôle. +L'astuce de ces banquiers enrichis tissa longuement et patiemment sa +trame, mais ils eurent l'art de tenir soigneusement cachés leurs perfides +et ambitieux desseins; ils ne leur donnèrent corps que lorsque la faveur +populaire leur eut tout permis. D'une habileté plus qu'excessive, ils +spéculèrent sur le mérite très surfait du médiocre Salvestro et firent de +la popularité exagérée de cet ancêtre le marche-pied de leur élévation. A +partir de ce moment, les glorieuses pages de l'histoire sont terminées +pour Florence, car à travers de brillants épisodes se poursuivront les +progrès du mal auquel succombera ce qui l'avait faite si noble et si +grande, la Liberté et la République. + +Ce ne sera pas sans révoltes que cette population fière, indocile, ivre +de liberté, verra une famille de marchands enrichis confisquer une à une +ses libertés publiques; elle se défendra énergiquement et cherchera par +tous les moyens possibles à faire rentrer dans le rang ces ambitieux +auxquels il ne faudra rien moins que l'intervention armée de +Charles-Quint pour imposer leur domination. + +A coté de Salvestro se place encore à la tête du parti populaire Jean de +Médicis, son cousin, qui tenait comme lui un rang considérable. Comme ses +devanciers, modéré en apparence, mais ambitieux au fond, Jean pratiqua +avec succès la politique expectante de sa famille, tandis que, grâce à +son immense fortune, à son inépuisable munificence, et aux prêts +considérables qu'il consentait aux princes et aux souverains, son crédit +et sa renommée s'étendaient au loin. Attentif à éviter les querelles des +partis, il n'allait au Palais que lorsqu'il y était appelé, et par sa +prudence il détourna avec un rare bonheur tous les soupçons. Il sembla +accepter par désintéressement les charges publiques, et lorsqu'il les +remplit, il se posa comme protecteur du peuple, en attendant de devenir +son chef. Loin d'abuser de la situation, il persévéra dans la voie +circonspecte qu'il s'était tracée et se contenta de s'opposer à de +nouveaux empiétements de l'oligarchie. Jean de Médicis mit le sceau à sa +popularité par sa conduite désintéressée à la suite de la guerre avec +Philippe Marie, en 1428. Après avoir tout fait pour détourner Florence de +cette entreprise hasardeuse, il sut, en présence des malheurs publics, +oublier ses opinions et, mettant tout en œuvre pour venir au secours de +la République, y consacrer même une partie de sa fortune personnelle. Il +sut également résister aux ouvertures qui lui furent faites pour réformer +la constitution au profit des classes supérieures et s'opposer à l'emploi +de la force pour opprimer le peuple. Il disait qu'en ce qui le +concernait, son désir n'était pas de ranimer les factions, mais bien +plutôt de les éteindre; aussi ne voulut-il pas non plus tirer parti de +ces ouvertures pour s'en faire une arme contre ses adversaires +politiques, bien qu'il y fût poussé par les clients de sa maison et par +son fils Cosme qui le blâmaient de compromettre à force de modération +l'avenir de son parti et la grandeur de sa race. + +Fidèle à sa tactique de libéralisme, Jean de Médicis proposa une nouvelle +loi destinée à répartir plus également les contributions, en les réglant +d'après la quotité des biens possédés par chacun. Cette loi fameuse, +appelée «le Castato», était une véritable révolution économique et +sociale, car elle rétablissait des taxes équitables et supprimait les +privilèges. Aussi excita-t-elle autant d'enthousiasme chez ceux qu'elle +exonérait que de colère et de haine chez ceux qu'elle frappait, et comme +de raison, l'auteur en fut salué par la reconnaissance du peuple comme le +plus zélé défenseur de ses droits et de ses libertés. Jean de Médicis +mourut en 1429, laissant à ses fils les plus sages conseils et emportant +dans la tombe la reconnaissance d'un peuple dont il n'avait cessé d'être +le bienfaiteur. Les regrets que causait sa mort étaient encore aggravés +par une situation des plus difficiles. + +Cette première moitié du XVe siècle donne lieu en effet à des réflexions +peu consolantes. C'est au milieu de mesquineries de toutes sortes, de +complications aussi bien intérieures qu'extérieures que se prépare dans +ses origines troublées et impures le règne néfaste des Médicis où doit +sombrer tout ce qui fit la Toscane glorieuse pendant des siècles. + +Après la mort de Jean, l'oligarchie et les Albizzi reprirent le pouvoir +et conduisirent les affaires publiques, tandis que Cosme, héritier de la +popularité paternelle, se posa dès l'abord comme leur adversaire acharné. + +Cosme de Médicis avait un peu plus de quarante ans lorsque le cours des +événements lui donna le rôle prépondérant qu'il ambitionnait. + +Grave, prudent, astucieux, il n'était, disent les chroniques du temps, +«qu'un renard rusé et trompeur»; libéral et humain par calcul, il +recherchait la faveur du peuple sans l'aimer et sans avoir les qualités +extérieures nécessaires pour le séduire. Laid de sa personne, d'un +extérieur mesquin, il ne savait que merveilleusement parler et disserter +au milieu des savants, mais il était complètement dépourvu des dons +propres à entraîner et à convaincre. + +Son esprit s'était formé par l'étude et aussi par de lointains voyages +entrepris pour la banque des Médicis. Depuis son retour, il affectait de +se tenir éloigné des charges publiques, mais il fréquentait des hommes de +toutes conditions, dans le dessein manifeste de se faire des partisans. + +Le mot d'ordre donné par Cosme était de répéter que tout allait mal, de +semer le découragement dans les masses et de les amener peu à peu au +dégoût du régime oligarchique; mais son plus puissant levier était +l'immense fortune qui lui permettait d'acheter une popularité que son +père avait eu moins de peine à acquérir. + +Contre Cosme et sa faction se dressaient les trois plus anciennes +familles de Florence, qui n'entendaient nullement se soumettre à ces +parvenus: c'étaient les Pazzi, les Pitti et les Acciajuoli. Las de +rencontrer partout sur leur route, en affaires et en politique, un rival +de plus en plus redoutable, ils lui faisaient une violente opposition. +Ligués pour sa perte, ils achetèrent en 1432 le nouveau gonfalonier, +homme vénal, et l'amenèrent à se saisir de Cosme et à le jeter en prison, +sous prétexte de conspiration contre le régime établi, de dilapidation et +d'usure. C'était une accusation plus qu'injustifiée, car Cosme était de +ceux qui donnent, et non de ceux qui prennent. Quoi qu'il en soit, cette +détention fut de courte durée, et Cosme, banni pour un an, prit le chemin +de Padoue où il fut exilé après avoir acheté au poids de l'or cette +liberté relative. A Padoue, il devint le chef de tout ce que Florence +comptait de mécontents; aussi, quand en 1434 les élections mirent le +pouvoir aux mains de ses partisans, l'oligarchie fut-elle tout de suite +définitivement désarmée. + +Profond politique, loin de rentrer aussitôt à Florence, il laissa peser +sur ses amis tout l'odieux des représailles. Si la clémence fut appliquée +aux classes inférieures dans une large mesure, les dernières rigueurs +furent, sans scrupule et sans miséricorde, exercées contre l'aristocratie +vaincue. Il suffisait d'avoir mal parlé du gouvernement pour être spolié +de ses biens et enfermé «aux stinche», d'où l'on avait grande chance de +ne jamais sortir. Tel qu'Octave, Cosme non seulement laissa faire, mais +encore mit à son retour les conditions les plus dures, qu'il fit imposer +par d'autres que par lui. Enfin, le plus fort de la besogne étant fait, +il rentra à Florence, la veille du jour où on l'attendait, se dérobant au +triomphe qu'on lui préparait. Ce ne fut que plus tard que ses +panégyristes, en le proclamant «Père de la Patrie, Bienfaiteur du +peuple», eurent l'idée de le représenter rentrant dans la ville +triomphalement porté sur les épaules de ses concitoyens. + +Cosme, maître du pouvoir, continua à proscrire sans pitié tous ceux +contre lesquels il nourrissait quelque ressentiment; mais estimant avec +une justesse de vue rare qu'il ne régnait que grâce à l'opinion et à la +guerre constante faite par sa famille à l'oligarchie, il s'appuya sur le +menu peuple, et l'assouvissement de ses vengeance personnelles passa pour +une satisfaction accordée à la haine générale. Grâce au point d'appui +qu'il prit constamment sur la démocratie, il arriva à transformer son +pouvoir d'influence en pouvoir d'autocratie, œuvre de patience hypocrite +et lente, à laquelle son caractère était singulièrement porté. Telle +était son astuce qu'alors qu'il était le maître de Florence, aucun acte +public, aucune pièce ne furent revêtus de sa signature; mais son pouvoir +occulte n'en était que plus redoutable. + +A ce moment, les traits communs entre Cosme et Octave s'accentuent +encore. Cosme en effet ne devint clément, comme Auguste, que lorsque, +après son nivelage terrible, il n'eut plus rien à redouter. A Florence, +comme autrefois à Rome, la République n'existait plus que de nom, bien +que ces deux grandes ambitions eussent également affecté d'en respecter +la forme; et le succès de ce travail souterrain fut tel qu'à la mort de +Cosme, son fils Pierre, incapable et impotent, héritait sans difficulté +de ses fonctions. + +De 1453 à cet avènement, le gouvernement tourna de plus en plus à +l'autocratie. Toute opposition avait disparu, décimée, fauchée, +proscrite, et les Médicis n'avaient plus à lutter que contre les idées +souvent trop avancées de leurs propres partisans. + +Un des chefs les plus considérables de ces factions cosimesques était +Lucca Pitti, qui, nommé plusieurs fois gonfalonier, était l'âme damnée de +Cosme et lui était plus dévoué que tout autre. Grisé par l'apparente +prépondérance que Cosme lui abandonnait volontairement, il voulut, à +défaut d'autorité, éclipser les Médicis par son luxe. A cet effet, il +commanda à Brunelleschi le fameux palais appelé encore de son nom et pour +la construction duquel tout criminel, tout individu coupable de vol ou de +meurtre, trouvait, en s'employant à la bâtisse, un asile inviolable. +Quoique Pitti eût tiré un large parti du régime de l'arbitraire pour +mener son édifice à bien, il dut l'abandonner inachevé, car il était +devenu la ruine de sa maison. + +Malgré tout son pouvoir, Cosme, arrivé au déclin de sa vie, n'était pas +heureux. Après avoir réalisé une fortune extraordinaire, puissant au +dedans, respecté au dehors, il souffrait d'infirmités qui le torturaient, +sans lui laisser un instant de répit. + +En 1450, il avait perdu son frère Lorenzo, dont la postérité était +destinée à remplacer la sienne. En 1463, la mort de son cadet, Jean, +anéantissait ses plus chères espérances, car son fils aîné, Pierre, était +si débile qu'on n'avait jamais présumé qu'il pût lui survivre, et tout +l'avenir de sa maison se trouvait reposer sur les têtes fragiles des +enfants de Pierre, ses petits-fils Laurent et Julien. Quand Cosme mourut +en 1464, à sa villa de Carreggi, ce fut dans un isolement complet, et on +célébra par des réjouissances publiques le retour de la liberté qu'on +pensait avoir reconquise. C'était se réjouir trop tôt, car Florence ne +gagnait, à la mort de Cosme, que de passer sous la domination d'un fils +qui lui était plus qu'inférieur. Ce ne fut que plus tard, et par +comparaison, qu'elle jugea de la différence et que les Florentins, pleins +de regrets rétrospectifs, décernèrent à Cosme le surnom pompeux de «Père +de la Patrie», si mal justifié du reste. + +Au point de vue littéraire, l'époque de Cosme fut incomparable. Les +Médicis eurent la rare fortune d'arriver à point nommé pour récolter +l'admirable moisson préparée sous la République par des siècles de régime +libéral, dont ils eurent l'intelligence de s'approprier les fleurs et les +fruits. Par des soins éclairés et intelligents, en vingt ans, la ville +avait complètement changé de physionomie et doublé d'étendue; elle +s'était couverte d'églises, de monastères et de monuments somptueux. +Cosme commandait à Michelozzo le superbe palais où allaient habiter ses +successeurs jusqu'au jour où leur élévation au rôle de grands-ducs leur +ferait aménager le palais Pitti, comme plus digne d'eux; enfin, à côté de +cette demeure terrestre, Cosme, préoccupé d'élever une sorte de Panthéon +aux mânes de sa famille, édifiait l'Église San Lorenzo qu'il consacrait à +cette destination. Véritable Mécène, il s'était entouré de savants, de +poètes, de philosophes ou d'artistes, dont il était devenu l'ami plus +encore que le protecteur. + +Sa mort devait être le signal d'une réaction violente, à laquelle la +personne même de son successeur donnait plus de prise, car Pierre, à +quarante-six ans, était déjà un podagre pliant sous le poids des +infirmités. Il avait l'esprit borné, il était aussi hautain qu'avare et, +de plus, il avait à peine l'expérience des affaires; il fallait que la +domination de Cosme eût déjà terriblement asservi les Florentins pour +leur faire admettre un principe d'hérédité avec un tel individu. +Pourtant, à la longue, comme l'impopularité de Pierre allait toujours +croissant, ses ennemis, s'étant comptés, se trouvèrent assez nombreux +pour entreprendre la lutte contre lui. Lucca Pitti, Angelo Acciajuoli, +Dietsalvi Neroni, Niccolò Soderini se groupèrent à la tête des +mécontents, minant le terrain sous les pas de Pierre et tâchant, au +dedans comme au dehors, de lui ôter tout appui. Sa situation devint si +périlleuse qu'il dut agir et se décider à risquer la partie, en faisant +arrêter les principaux conjurés par une sorte de coup d'État, pour +l'exécution duquel il eut recours au plus effroyable escamotage. Il fit +inculper les prisonniers de complot contre l'État, de trahison envers la +patrie, et se montra contre eux d'une telle rigueur, d'une si féroce +cruauté que tous ceux qui échappèrent à la torture et à la mort, furent +condamnés à un exil éternel (1466). + +Pierre mourut en 1469, laissant un aussi piètre souvenir à ses +contemporains qu'à la postérité. Ce qu'il y a encore de mieux à en dire +est qu'il fut heureux pour l'avenir de sa maison, que son règne ne se +prolongeât pas assez pour lui permettre de renverser l'édifice si +laborieusement élevé par Cosme, et qui se serait peut-être écroulé, s'il +avait dû le posséder plus longtemps. Des deux fils laissés par Pierre le +Goutteux, Laurent n'avait pas vingt ans et Julien n'en atteignait pas +seize; on pouvait donc se demander à juste titre si Florence serait assez +dégénérée pour subir le joug de deux enfants. On ne le croyait guère et +l'on s'attendait à des changements radicaux dans la forme même du +gouvernement. + +Ce fut une des plus grandes habiletés de Laurent de laisser croire qu'il +résignait le pouvoir, pendant qu'il s'arrangeait avec les partisans de sa +maison pour prendre possession des rênes de l'État, tout en semblant y +renoncer. + +Laurent n'était pas fait pour plaire: trop large d'épaules et laid de +visage, il avait une bouche démesurée, surmontée d'un nez trop étroit et +de gros yeux de myope. L'odorat lui manquait, sa voix était rauque, +tandis que la somptuosité de ses vêtements et l'exubérance de ses gestes +faisaient encore ressortir son air commun. Au moral, si son intelligence +était très vive, son caractère versatile le rendait incapable de toute +persévérance; il n'aimait en réalité que les arts, la littérature ou la +poésie, pour lesquelles il avait une véritable aptitude et où il faisait +montre d'une érudition développée. Il les aimait même d'un amour si +profond qu'il ne souhaitait rien tant que la paix intérieure et +extérieure pour que rien ne le privât du plaisir de s'y livrer tout +entier. + +Des entreprises odieuses contre Prato et Volterra le rendirent si +populaire, qu'on accepta même ses démêlés avec le pape Sixte IV, dont il +voulait obtenir le chapeau de cardinal pour son frère Julien. Il avait +jugé que l'état ecclésiastique était le meilleur moyen de se débarrasser +d'un compétiteur inquiétant, mais comme il n'avait pas su flatter à +propos le népotisme du Pape, non seulement il ne put rien en obtenir, +mais encore il s'en fit un ennemi dangereux autour duquel pouvaient se +rallier tous les mécontents. Les premiers d'entre eux étaient les Pazzi, +rivaux séculaires des Médicis, auxquels vinrent s'ajouter successivement +le roi de Naples et des prêtres de Volterra exaspérés par le sac infâme +de leur ville. La mort de Laurent fut décidée, mais comment et à quel +moment s'exécuterait le meurtre? Frapperait-on les deux frères ensemble +ou séparément? A qui des conjurés incomberait ce soin? Autant de +questions pour lesquelles chacun préconisait sa solution. Enfin, après +maintes hésitations, on résolut de se débarrasser d'eux ensemble et l'on +arrêta qu'on les frapperait au Dôme, le jour de l'investiture du nouveau +cardinal, nommé par le Pape à la place de Julien, cérémonie à laquelle +ils devaient nécessairement assister l'un et l'autre. Ainsi qu'il avait +été convenu, au moment de l'élévation, les conjurés se précipitèrent sur +les Médicis et Julien, mortellement frappé, fut achevé avec férocité par +François Pazzi et Baroncelli. + +A cette vue, les deux prêtres de Volterra chargés d'en finir avec +Laurent, eurent un instant d'hésitation qui lui permit, entraîné par ses +amis les Cavalcanti, de se jeter dans le chœur et de gagner la +sacristie, dont les portes de bronze, chef-d'œuvre de Luca della Robbia, +refermées à point nommé, le mirent hors de toute atteinte. + +Dans ces circonstances, Laurent se montra fort piètre, et après l'échec +de la conjuration, ses amis eurent toutes les peines du monde à lui +persuader de quitter son asile pour rentrer dans son palais; mais la +populace, toujours portée à se prononcer en faveur du succès, l'ayant +acclamé, il dut se montrer, le cou enveloppé de linges couvrant une +légère blessure. + +Il n'entrait pas dans les principes des Médicis d'user de clémence envers +les vaincus; aussi la férocité des représailles fut effroyable et frappa +dans les familles jusqu'aux membres qui non seulement n'avaient pris +aucune part au complot, mais avaient encore ignoré son existence. Il n'y +a pas dans l'histoire d'exemple d'un pareil acharnement; deux années ne +suffirent pas à assouvir les vengeances, et au bout de ce temps, on +refusait encore la sépulture aux victimes. Comme de raison, Julien eut de +somptueuses obsèques, et son frère, ayant appris qu'une femme restait +enceinte de lui, recueillit et éleva l'enfant qui fut plus tard le pape +Clément VII. + +Parvenu au comble de sa fortune, Laurent se voyait, grâce à la tentative +des Pazzi, couronné de l'auréole du martyre et du même coup délivré d'un +frère qu'il aurait fait disparaître, si ce frère avait jamais prétendu au +partage du pouvoir. Il exploita les circonstances avec astuce pour +obtenir des prérogatives presque royales, et la conjuration lui fournit +un admirable prétexte pour se défaire de quiconque le gênait. + +Les trois années suivantes virent croître sans arrêt la fortune de +Laurent; en 1480, il faisait sa paix avec le Pape, et Florence, +réconciliée avec l'Église, le portait aux nues; il obtenait ensuite de +faciles avantages sur des voisins peu redoutables, et, comme dit +Machiavel, «les paix lui faisaient gagner ce que lui faisaient perdre les +guerres». Enfin, en 1488, il devenait l'arbitre et le protecteur de +l'Italie, tandis que, pour cimenter encore mieux sa paix avec Innocent +VIII, sa fille Madeleine épousait le bâtard du pape, François Cybo, et le +Pape donnait le chapeau de cardinal à Jules de Médicis, bâtard puîné de +son frère Julien. + +Par un revirement singulier et fréquent dans l'histoire des Médicis, +pendant que la fortune ne cessait de sourire à Laurent dans sa vie +publique, sa vie privée était assombrie de chagrins domestiques; il +perdait coup sur coup sa fille Louise, sa femme Clarisse, sa sœur +Blanche. Pour se distraire de ces deuils, il trama l'assassinat de +Riario, seigneur de Forli, dont le Pape lui avait promis la principauté, +s'il venait à mourir. Il était devenu si redoutable que personne n'osa +l'accuser de ce crime et que Catherine Sforza, la veuve de la victime, +dut se résigner à épouser le cousin du meurtrier de son mari, Jean de +Médicis. De cette union devait bientôt naître le fameux Jean des Bandes +Noires, père du grand-duc Cosme Ier: ainsi, par un juste retour des +choses d'ici-bas, la postérité de Catherine était destinée à remplacer +celle de Laurent prématurément éteinte. + +Même à cette époque où Laurent occupait une situation si prépondérante et +où Florence bénéficiait d'une paix inconnue jusqu'alors, la +susceptibilité d'un peuple jaloux de son indépendance était telle qu'il +ne pouvait s'avancer que pas à pas et avec la plus extrême prudence, tant +se maintenaient vivaces les défiances florentines sans cesse en éveil à +l'égard de tout ce qui ressemblait à de l'arbitraire. Il se voyait réduit +à biaiser, à n'acquérir l'autorité que peu à peu, à n'imposer que ce +qu'il pouvait en faire accepter, et cela, à l'aide de précautions, de +ménagements infinis, et presque à l'insu de ceux qui devaient porter le +joug. + +Quand on parle des trois premiers Médicis comme protecteurs des lettres +et des arts, c'est un tort, semble-t-il, de les mettre sur la même ligne, +alors qu'il y a lieu d'établir des distinctions capitales dans la manière +dont chacun d'eux remplit ce rôle. Si leurs tendances ont le même objet, +les résultats sont pourtant tout autres et le splendide essor des arts +sous Cosme n'a rien qui puisse lui être comparé sous son petit-fils. +L'éducation littéraire de Laurent avait été très soignée, mais la +multiplicité des professeurs appelés à y contribuer amena dans son esprit +de singulières disparates, et créa une étrange opposition entre un +certain nombre d'opinions religieuses qu'il appelait «ses principes» et +ses mœurs étrangement débauchées. + +Dans le cours entier de son existence, il est impossible de citer un acte +de générosité, et cela, aussi bien à l'égard de sa famille que de son +pays. S'il fut le protecteur des arts et des lettres, ce fut bien plutôt +pour le profit qu'il en tirait que par amour pur et désintéressé, et il +savait parfaitement combien il lui était avantageux de donner cette +direction aux esprits, qu'il détournait ainsi du souci plus grave des +affaires publiques. Rien de curieux comme cette vie en partie double, où, +après avoir sévi, assassiné, confisqué, il entrait à l'Académie +platonicienne et dissertait sur l'immortalité de l'âme, avant de se mêler +à la jeunesse dissolue ou de composer des chansons érotiques au milieu +des orgies. Il faut, malgré tout, rendre à Laurent la justice que son +esprit ouvert et curieux le porta vraiment à s'entourer de toutes les +illustrations de son époque. Passionné pour le Dante, pour Pétrarque et +pour Boccace, il l'était principalement pour tout ce qui touchait à la +Grèce où Platon était son dieu. Il fît les efforts les plus louables pour +répandre la science, et il acheta partout au poids de l'or les manuscrits +les plus rares, ceux mêmes qui étaient destinés à former l'admirable +bibliothèque qui porte son nom. La renommée de Laurent attira à Florence +les savants de l'Europe entière; mais ceux-ci ne devaient pas éclipser +les anciens clients de la «Casa Médicis», les Ange Politien, les Marsile +Ficin, les Pulci et les Pic de la Mirandole, alors dans toute leur +gloire. + +Quant aux beaux-arts, Laurent ne sut en rien prévenir la décadence déjà +sensible à son époque. En effet, quand il prit le pouvoir, en 1448, les +Masaccio, les Angelico, les Brunelleschi et les Ghiberti avaient disparu, +tandis que les Lippi, les Ghirlandajo et les Botticelli étaient déjà en +pleine floraison. Il n'eut en vérité qu'à exploiter des talents arrivés à +leur apogée et il ne sut les faire servir qu'à son apothéose ou à la +glorification de sa maison. Sa théorie sur les arts était étrange, car il +n'admettait pas qu'un artiste pût atteindre la perfection si sa naissance +n'était pas relevée et son éducation distinguée, préjugé qui lui fit +dédaigner Léonard de Vinci et refuser ses services à cause de sa +naissance illégitime. + +Les derniers jours de Laurent furent empoisonnés par la sourde opposition +qu'il rencontrait partout et dont le chef s'était enfin trouvé dans un +moine dominicain, Jérôme Savonarole. + +Frère Jérôme Savonarole, né à Ferrare en 1452, manifesta dès son enfance +une irrésistible vocation religieuse. Après les plus sérieuses études de +philosophie et de théologie, il entra, à vingt-deux ans, chez les +dominicains de Bologne, et dès 1483, on l'envoyait à Florence où ses +prédications eurent un insuccès notoire dû à sa parole difficile et +embarrassée; mais, sans se décourager, il se retira dans un couvent de la +Lombardie où il se livra à des études d'éloquence et à la lecture +approfondie de la Bible et des Écritures. Aussi, quand, au bout de sept +ans de réclusion, le dominicain revint à Florence, il était persuadé de +sa mission et convaincu que Dieu l'avait élu pour parler au peuple. Ses +premiers essais le confirmèrent dans sa croyance. Les temps étaient bons +pour s'ériger en prophète, l'Italie était pleine de factions, l'Église de +scandales, Innocent VIII occupait la chaire de Pierre et ses seize +enfants lui valaient le surnom de «père du peuple»; aussi les sujets ne +manquaient pas à l'éloquence de Jérôme Savonarole. Il prit pour texte de +ses discours: La réforme de l'Église, le châtiment de l'Italie, et il +ajouta de sa voix prophétique l'annonce que tous ces événements +s'accompliraient avant la mort de celui qui les prédisait. + +De tels sermons eurent un retentissement énorme et tout Florence se +précipita pour entendre la parole de ce moine bientôt considéré comme un +saint. Esprit indépendant et vigoureux, Savonarole avait résisté au +double courant païen et classique dont il voyait également les dangers, +et telle était l'inflexibilité de son caractère, qu'il refusa d'aller, +selon la coutume, rendre hommage à Laurent, lors de sa nomination au +siège de prieur de San Marco, en 1490. Depuis l'échec de la conjuration +des Pazzi, c'était la première opposition dressée devant Laurent, aussi +son orgueil fut-il blessé au vif. Il fit avertir le moine d'avoir ou à +modérer sa fougue ou à interrompre ses prédications, défi auquel répondit +Savonarole en prophétisant la mort de Laurent, qui survint en réalité +dix-huit mois plus tard. + +Hanté par l'idée de cette assignation, Laurent, sur son lit de mort, fit +appeler Savonarole, dans l'espoir qu'une réconciliation in extremis avec +le moine pourrait le concilier à son fils Pierre. On ne sut jamais ce qui +se passa dans cet entretien suprême, où l'on dit que Savonarole refusa au +mourant la dernière bénédiction: «Et comme sa mort,» dit Machiavel, +«devait être le signal de grandes calamités, Dieu permit qu'elle fût +accompagnée de sinistres présages; la foudre tomba sur le Dôme et Roderic +Borgia fut nommé pape!» + +Laurent, après avoir déployé toute sa vie ce faste qui lui avait valu le +surnom de «Magnifique», fut enseveli sans pompe, d'après ses dernières +volontés, tant il craignait, à cause de son fils, de provoquer l'envie. + +Le peuple, oublieux de ses torts, de ses défauts et de ses vices, suivit +ses funérailles et pleura celui qu'avec l'exagération italienne on +appelait «le père et le maître de la ville», tandis qu'asservi par trois +générations de Médicis, il trouvait tout simple de reporter sur le fils +de Laurent, âgé de vingt et un ans, un respect dont il ne devait jamais +se montrer digne. + +Laurent disparaissait de la scène du monde au moment propice pour sa +renommée, alors que l'Italie, atteinte de vieillesse précoce, allait +entrer en pleine décadence. Le XVIe siècle montre l'établissement des +tyrans dans tous les États et la reconnaissance en leur faveur du +principe d'hérédité; il montre Alphonse régnant à Naples, Borgia assis +sur le trône pontifical, Ludovic le More gouvernant Milan, avant même +d'avoir volé la couronne ducale, et enfin, figure digne de paraître en si +illustre compagnie, Pierre II de Médicis succédant à son père. + +Pour l'héritier de Cosme et de Laurent, l'heure était passée de prendre +des précautions ou d'user de prudente dissimulation dans l'exercice du +pouvoir: il en jouit avec toute l'âpreté de son orgueil, toute la +plénitude de sa puissance. On ne se fit pas de longues illusions sur sa +valeur personnelle, et il s'attira la haine si générale par sa manière de +s'imposer que les conjurations se tramèrent et se nouèrent bientôt sans +trêve. + +Tout étroite que fût l'intelligence de Pierre, il était autrement +séduisant que son père. Ange Politien avait été chargé de son éducation +et, avec le goût des lettres, il lui avait donné la passion de la Grèce +et de Rome. Ardent au plaisir, les affaires publiques l'intéressaient +médiocrement, mais, quand par hasard il s'en occupait, c'était avec la +violence qu'il tenait des Orsini par sa mère et qui le rendait aussi +prompt à la colère qu'impuissant à se dominer et implacable dans +l'assouvissement de ses vengeances. La famille même de Pierre eut à +souffrir de ses emportements. La branche cadette, issue du frère de Cosme +l'Ancien, avait jusqu'alors évité par sa prudence tout sujet de +suspicion, mais, malgré cette sagesse, les deux cousins de Pierre avec +lesquels il avait été élevé, Laurent et Jean de Médicis, ayant provoqué +son ressentiment et son envie, furent jetés en prison et condamnés à mort +par ses ordres. Il commua cette sentence inique en bannissement perpétuel +du territoire florentin avec la confiscation de leurs biens, seul point +essentiel pour lui, l'immense fortune de cette branche de sa famille +étant une proie bonne à prendre. + +Par cette conduite, il faisait des siens mêmes les chefs de l'opposition, +tandis que par ses rigueurs maladroites il s'attirait les anathèmes de +Savonarole et excitait la fureur du peuple indigné de voir son idole +forcée de quitter Florence sur ses injonctions. C'était une inimitié +terrible dressée en face de lui, et la situation extérieure compliquait +encore les difficultés qui l'assaillaient de toutes parts. La politique +cauteleuse de Laurent, poursuivie par son fils, l'avait fait renoncer aux +traditions séculaires de la Toscane et prendre parti contre la France, en +poussant le roi de Naples à refuser la paix offerte par Ludovic le More. +Celui-ci appela Charles VIII à son secours, lui proposant, pour le +défendre, le centre et le sud de l'Italie, à la seule condition que ses +États lui fussent laissés. Pendant ces événements, loin de ménager la +France, Pierre donnait libre carrière à sa verve satirique et entretenait +ainsi les ressentiments du roi encore aggravés par les incitations des +cousins de Pierre réfugiés à sa cour. L'effet de cette politique ne tarda +pas à se faire durement sentir, car, lorsque Pierre voulut obtenir les +subsides nécessaires pour entrer en campagne contre la France, l'âpre +parole de Savonarole et sa haine contre les Médicis déchaînèrent une +telle opposition qu'il ne put se faire ouvrir aucun crédit. Pitoyable +dans cette occasion, sans prendre ni avis, ni conseil de personne, Pierre +se rendit au camp de Charles VIII et, après avoir fait au roi les plus +plates excuses, il prit, au nom de Florence, les engagements les plus +durs, dont l'un des moindres était la remise de Pise aux mains des +Français. + +Pierre avait lieu d'être fort inquiet de la façon dont serait acceptée +son incartade. En effet, l'émotion publique fut portée à un tel degré que +tous se trouvèrent d'accord pour secouer un joug abhorré; on le somma de +venir rendre ses comptes à la Seigneurie et, le jour même de la reddition +de Pise, le 19 novembre 1494, il osa se rendre à cette injonction, +accompagné d'une escorte si nombreuse et si arrogante que la ville +entière se souleva contre lui, sans lui laisser d'autre moyen que la +fuite pour mettre sa vie en sûreté. + +La réaction contre les Médicis fut terrible, mais la situation extérieure +n'en restait pas moins troublée et on était dans l'ignorance la plus +grande sur l'entrée de Charles VIII et sur le traité de paix qu'il +imposerait. En dépit de tant de sujets d'inquiétude, le bonheur d'avoir +échappé aux Médicis était tel que, malgré tout, les Florentins ne +pouvaient s'empêcher de manifester leur joie d'avoir reconquis la +liberté. Aussi l'entrée de Charles VIII à Florence eut-elle lieu avec une +pompe indescriptible. Mais, ce premier moment d'exaltation passé, les +Florentins et les Français se regardèrent avec une défiance toujours +croissante et Charles, accusé de connivence avec les Médicis, fut forcé +d'en rabattre sur les conditions draconiennes qu'il avait primitivement +imposées et de se contenter du titre de protecteur de Florence. Les +Français enfin partis, le peuple s'abandonna aux transports d'un +enthousiasme aussi immodéré qu'il était injustifié, car, les Médicis +chassés, il n'en restait pas moins que des ruines, sans que les citoyens +possédassent ni la volonté, ni les vertus nécessaires pour relever +l'édifice des libertés florentines dont la main de l'absolutisme avait +sapé les bases, détruit les œuvres vives et ruiné l'équilibre. Florence +se vit alors dans la triste nécessité de faire un retour sur elle-même et +de constater combien cinquante années de régime absolu avaient anéanti +les institutions et avili les caractères. Pour faire une réforme dans le +gouvernement, l'union des intérêts et des idées eût été essentielle; +trois factions, au contraire, se trouvaient en présence et se disputaient +le pouvoir. Il y avait le parti populaire avec Savonarole pour chef, qui +comptait des hommes considérables et de la plus haute intégrité morale, +comme Valori et Soderini. En face de lui se dressait la faction +oligarchique qui ne voulait après tout que l'autocratie déguisée sous une +autre forme; entre les deux partis extrêmes, se groupaient les neutres, +«la plaine ou les tièdes», ainsi que les baptisait Savonarole. sorte de +gens qui ne pensaient qu'à leurs intérêts et ne cachaient pas leur effroi +des théories du Frate. Il y avait encore les partisans nombreux des +Médicis, qui, trouvant leur avantage direct à se rallier au parti +populaire, venaient grossir et fortifier le groupe de Savonarole. Pendant +les deux années suivantes, le moine ne cessa de grandir et son influence +était devenue si prépondérante que la Seigneurie le chargea d'organiser +un nouveau gouvernement. Libre dès lors de donner carrière à ses idées +démocratiques, il établit son système sur la base la plus large qu'ait +encore eue la République florentine. Mais ce n'était pas assez pour lui +d'instituer matériellement la liberté, il fallait avant tout réformer les +mœurs et faire prévaloir les vertus sans lesquelles elle ne peut se +maintenir; car les Médicis ayant répandu l'or à pleines mains, le goût du +luxe, des plaisirs, d'une vie voluptueuse et facile s'était peu à peu +développé, si bien que Savonarole sentait combien la nécessité des +réformes morales était impérieuse. + +Il choisit l'époque du carême pour tonner contre «les vanités du siècle» +et pour lancer l'anathème contre ceux qui y sacrifiaient. Ses sermons de +ce temps flagellent impitoyablement tous les vices: il reproche aux +jeunes gens leurs débauches, il accuse les femmes de les encourager par +leurs excès de toilette et de luxe, enfin il s'en prend à l'esprit même +de la Renaissance et au paganisme des lettres et des arts. A sa voix de +prophète, il semble qu'une fièvre de renoncement ait saisi Florence, où +chacun se hâtait d'apporter ce qu'il avait de plus précieux et où l'on +amoncelait en bûcher sur les places publiques, tableaux, statues, livres, +bijoux, vêtements de brocart, auxquels Savonarole mettait le feu, entouré +de la ville entière chantant les louanges du Seigneur. Au milieu de +l'entraînement général, les raffinés et les délicats de la Renaissance, +désespérés de voir disparaître tant de chefs-d'œuvre, résistaient seuls; +c'étaient des ennemis si peu à négliger que bientôt le Frate allait être +à même de ressentir les effets de leur mécontentement. + +Après avoir triomphé jusqu'alors de tous ses adversaires, Savonarole +allait enfin s'attaquer au colosse contre lequel il devait se briser. +Alexandre VI Borgia, monté sur le trône pontifical, y avait porté les +scandales de sa vie privée; aussi, sans hésiter un instant, Savonarole +attaqua Rome avec sa violence accoutumée. Le pape crut répondre +efficacement à ces accusations enflammées en interdisant la chaire au +moine et en fulminant contre lui une bulle d'excommunication pour crime +d'hérésie. Mais Savonarole déclara qu'une excommunication injuste était +sans effet et continua ses invectives de plus belle, avec plus de force, +de liberté et d'enthousiasme que jamais. + +A cette rébellion, le pape répondit par un bref déclarant à la Seigneurie +que, si les prédications de Savonarole ne cessaient pas, il lancerait +cette fois une excommunication générale contre Florence et que tous les +biens des Florentins situés sur le territoire pontifical seraient saisis +et confisqués au profit de l'Église. La Seigneurie, qui sentait César +Borgia aux portes de la ville, n'osa résister et enjoignit à Savonarole +d'avoir à suspendre ses sermons. Mais, loin de se tenir pour averti, il +répondit par un nouveau défi et, du haut de la chaire, parla en ces +termes: «Le temps d'ouvrir la cassette approche; nous donnerons un tour +de clef et tant d'infections et d'ordures sortiront de la cité de Rome +que l'odeur se répandra dans toute la chrétienté, que chacun en sera +empuanti.» + +De telles paroles n'étaient pas faites pour calmer les esprits. Aussi la +fermentation était-elle terrible; il semble qu'un vent de folie ait à ce +moment soufflé sur Florence et le fanatisme inspiré par Savonarole devint +tel qu'il se trouva débordé. Quand l'exaltation arrive à cet excès, elle +dépasse la mesure et constitue un danger véritable pour celui qui l'a +provoquée. La tempête fut déchaînée par un de ses dominicains de San +Marco, Dominique Buonvicini qui, sans l'aveu du prieur, alla porter «le +défi du feu» au franciscain François de Pouille, prédicateur à Santa +Croce et ennemi acharné de Savonarole dont il déniait la mission. Cette +épreuve consistait à traverser un bûcher enflammé où Dieu se déclarait +lui-même pour celui qui en sortait indemne. La Seigneurie et Savonarole +eurent un déplaisir extrême de voir qu'on se fût ainsi aventuré, mais il +était trop tard pour reculer, car le peuple comptait sur un spectacle +inattendu, inouï, terrible, et il n'y avait pas moyen de l'en frustrer +sans exposer la ville à un soulèvement de la populace. + +Le jour arrivé, les franciscains, épouvantés par la sérénité confiante de +leurs adversaires, engagèrent d'interminables discussions théologiques, +lorsqu'un violent orage éclata à point nommé, dispersant les partis; mais +le peuple, furieux de voir son miracle lui échapper et se croyant joué, +faillit mettre dominicains et franciscains en pièces. Savonarole +n'échappa qu'à grand'peine à la colère de la foule, mais de ce jour son +prestige était détruit; il ne fut plus qu'un moine fanatique et un faux +prophète et, dès le lendemain, toute la tourbe florentine mettait le +siège devant le couvent de San Marco et, les portes enfoncées, se ruait à +la recherche du prieur en vociférant des cris de mort. Les dominicains se +défendirent comme des forcenés, mais Savonarole, voyant l'émeute tourner +à la guerre civile, pour mettre fin à la lutte, se livra lui-même à la +Seigneurie, et il ne fallut pas moins que des gens armés pour l'escorter +et le défendre contre une foule ameutée pour l'écharper. + +Le procès de Savonarole fut une pitoyable chose! Pressés par le pape, les +juges eurent beau le mettre à la torture, ils ne lui arrachèrent aucun +aveu, et trouvèrent si peu matière à condamnation qu'Alexandre VI, pour +en finir, dut adjoindre à la Seigneurie deux commissaires apostoliques! + +Le 22 mai 1498, la sentence enfin rendue condamnait pour cause d'hérésie +Savonarole à être brûlé vif en place publique, après avoir fait amende +honorable. Il expira comme il avait vécu, les yeux au ciel, et si fort +détaché de la terre que la douleur ne lui fit pas exhaler une plainte; +déjà il était enveloppé de flammes qu'on l'entendait encore bénir le +peuple et chanter l'hymne saint qu'il allait continuer dans l'éternité. A +peine fut-il mort, que le souvenir de toute sa vie et le spectacle de ses +derniers moments, en si complète harmonie avec elle, ouvrirent les yeux +aux plus aveugles, et ceux qui avaient été les premiers instigateurs de +sa mort furent les premiers à le considérer comme un martyr et un saint. +Florence ne tarda pas à porter le poids de l'iniquité commise, car la +mort de Savonarole la livrait aux pires incertitudes. Les quatre années +suivantes, fertiles en terribles crises, intérieures et extérieures, la +virent perdre Pise et tomber par deux fois aux mains de César Borgia, à +l'affreuse tyrannie duquel l'intervention de Louis XII la fit seule +échapper. Devant l'imminence du péril public et en l'absence de toute +autorité, une réforme gouvernementale s'imposait d'urgence. On décréta, +au lieu du Gonfalonat temporaire, le Gonfalonat à vie, et, en 1502, +Pierre Soderini fut nommé à ce pouvoir presque souverain. + +La destinée des Florentins les remettait entre les mains d'un homme d'une +valeur et d'une intégrité rares; il craignait Dieu, aimait sa patrie avec +passion; fort jaloux de son honneur, il était d'une grande +circonspection; son impartialité devait même plus tard lui susciter bien +des inimitiés. + +Dans le gouvernement de Florence, Soderini fit preuve d'une discrétion, +d'une sagesse, d'un tact remarquables, et cela, même dans l'enivrement +des premiers jours, alors qu'une foule de courtisans pouvaient lui donner +l'illusion du pouvoir absolu. D'une extrême prudence dans sa politique +extérieure, il trouva à l'intérieur le moyen de libérer en peu d'années +Florence de la terrible dette accumulée par ses prédécesseurs. Dès le +début, il fut puissamment servi par les événements: la mort d'Alexandre +VI qui délivra Florence du spectre de César Borgia, l'avènement du +cardinal de la Rovère destiné à être le fameux pape Jules II, et enfin la +mort de Pierre de Médicis, survenue en 1503, mettaient les Florentins au +comble de leurs vœux. Ils avaient la conviction d'en avoir fini avec les +Médicis et de n'avoir plus rien à craindre d'eux; malheureusement leur +erreur était grande, car la mort de Pierre faisait de son frère, le +cardinal Jean, le chef de la famille, chef d'autant plus dangereux +qu'installé à Rome, il voyait venir les événements, sans perdre une +occasion de monter l'esprit du pape contre Florence. + +L'année 1509 vit, grâce à l'heureuse négociation de Machiavel envoyé par +Soderini en ambassade auprès de Louis XII, Florence enfin rentrée en +possession de Pise. La joie de cet événement fut immense, et ce succès si +longtemps attendu ne parut pas acheté trop chèrement au prix des +sacrifices qu'il avait coûtés depuis tant d'années. A la même époque, +Florence obtenait aussi de Louis XII un traité d'alliance vivement +désiré. + +Après de si heureuses négociations, il semble que Soderini aurait eu tous +les droits à la reconnaissance de ses concitoyens; malheureusement il +n'en fut rien et ses ennemis se coalisèrent avec les adversaires de son +gouvernement large et démocratique sur le terrain d'une haine commune +contre le gonfalonier et la France. Ne redoutant plus rien de celle-ci, +on força Soderini à se rapprocher de l'Empire et à traiter avec +Maximilien de l'abandon des droits, très platoniques, que l'Empereur +pouvait avoir sur Pise. Déjà la politique qui portera le nom de Machiavel +affirme ses tendances, et cette alliance avec l'Empereur n'empêchera pas +Florence de ménager assez la France pour se la conserver comme alliée et +de manœuvrer de façon à pouvoir s'appuyer alternativement sur l'un et sur +l'autre. Cette duplicité ne tarda pas à porter ses fruits et Soderini, +empêché de prendre parti entre Louis XII et Jules II, se trouva +mécontenter tout le monde par sa politique timorée et hésitante. + +Jules II poussait jusqu'au fanatisme la haine des Français et des +Allemands, mais il ne professait pas les mêmes sentiments à l'égard des +Espagnols, dont on vit à cette époque la première immixtion directe dans +les affaires de l'Italie. Mû par ces sentiments, le pape nomma alors le +roi Ferdinand d'Aragon chef de la sainte ligue pour l'expulsion des +«barbares» et son lieutenant Ramon de Cardoña passait à l'état de bras +droit du souverain pontife. + +Ce qui pour la Toscane devenait plus grave, c'était la protection +accordée aux Médicis et, devant le refus formel de la Seigneurie de +consentir à leur retour, la terrible colère de Jules II dont les +conséquences allaient être de déchaîner sur Florence Ramon et ses hordes +les traînant à leur suite. L'épouvantable sac de Prato apprit à l'Italie +ce qu'elle pouvait attendre de la férocité des soldats du Roi +Très-Catholique et ce qu'elle devait penser de la domination de princes +qui laissaient exécuter sous leurs yeux de pareilles infamies. La terreur +à Florence fut telle que, dès le lendemain du sac, la ville députait à +Ramon ambassade sur ambassade, auxquelles il répondait en s'obstinant au +retour des Médicis et en exigeant une rançon énorme. Le trouble et la +fermentation des esprits étaient tels que Soderini comprit +l'impossibilité de toute résistance avec un peuple déjà conquis par la +frayeur, et, la mort dans l'âme, il renonça à défendre plus longtemps une +ville qui ne voulait plus être défendue, forcé même de mettre en sûreté +par la fuite sa vie en danger, unique récompense de la loyauté avec +laquelle il avait servi sa patrie! + +Le seul reproche qu'on puisse faire à ce patriote fut d'avoir manqué de +résolution et d'énergie, tort grave pour un chef d'État; il crut à +l'efficacité de la douceur et à la seule force de la loi pour gouverner +les partis, et s'illusionna au point de penser que la patience pourrait +triompher des difficultés extérieures. + +Le matin même de son départ, tous les amis des Médicis, dépêchés au camp +de Ramon, acceptaient les conditions qu'il imposait au nom de Sa Majesté +Espagnole, et le jour suivant (2 septembre 1512), les Médicis faisaient +leur rentrée triomphale dans la ville, au milieu d'une foule si +enthousiaste et si fanatique qu'ils manquèrent d'étouffer. Les +protestations de dévouement et d'affection ne se firent point attendre +et, peu d'heures après leur retour, Florence était à la merci de ses +anciens maîtres, si bien que ceux-ci, étonnés eux-mêmes d'une si brusque +réaction, résistaient aux avances et repoussaient les propositions qui +leur étaient faites pour les amener à ressaisir le pouvoir. En attendant +leur bon plaisir, l'anarchie régnait et le fantôme gouvernemental +s'évanouissait sous l'impopularité et le discrédit. Les Espagnols se +promenaient comme en pays conquis et les horreurs commises étaient telles +que la Seigneurie dut activer par tous ses efforts le paiement de la +rançon exigée pour leur départ. + +Quand on les eut à peu près satisfaits, le maître de Florence, le +cardinal Jean, le second fils de Laurent le Magnifique, fit son entrée +triomphale, entouré de ses condottieri et des troupes à sa solde. Il +était accompagné de toute sa famille, c'est-à-dire de son frère Julien et +de son neveu Laurent, le fils de Pierre de Médicis, auxquels s'ajoutaient +les nombreux bâtards de sa maison: Jules, fils naturel de Julien, la +victime des Pazzi; Hippolyte, fils naturel de son frère Julien; enfin +Alexandre, qu'on disait fils naturel de Jules, et qui devait être le +premier grand-duc. + +Dès le lendemain, Julien de Médicis s'emparait du gonfalon et usait du +pouvoir à son gré, tandis que le cardinal Jean laissait la soldatesque +piller la ville. L'abaissement des caractères était tel qu'il n'y eut +même pas un semblant de résistance et qu'on pensa devoir encore de la +reconnaissance aux Médicis pour avoir délivré Florence de Ramon et de ses +bandes; pourtant la malheureuse cité n'était pas au bout de ses peines, +car bientôt elle se voyait décimée par les sanglantes représailles des +Médicis, ruinée par leurs impitoyables exactions. + +Avant que Jean n'eût eu le temps de prendre possession de l'État, la mort +de Jules II le rappelait en toute hâte à Rome où allait s'ouvrir le +conclave (1513). Le cardinal Jean n'avait pas trente-sept ans quand, sous +le vocable de Léon X, il fut appelé à succéder au grand pape dont il +était l'antithèse vivante, et auquel l'Italie ne tenait pas assez compte +de son éclatante supériorité, à cause des désastres que, dans +l'aveuglement de son patriotisme, il n'avait pas craint de déchaîner sur +elle. + +La différence entre ces deux hommes ne peut être mieux marquée que par +les portraits qu'en a peints Raphaël. Autant l'un est courbé, voûté, +dévoré par le feu de la combativité, consumé par l'ascétisme, autant +l'autre avec sa tête trop grosse, son visage rougeaud, ses gros yeux à +fleur de tête, donne l'impression de l'épicurien bon vivant, peu grand +seigneur et si peu prêtre qu'après son élection à la papauté, il fallut +l'ordonner. Médiocre politique, son incurie au moment de la querelle des +Investitures fut une des principales causes de la Réforme, car pour lui +Luther n'était pas, et non seulement il ne le discutait pas, mais il +niait même son existence; aussi, dans cette crise terrible pour le +catholicisme, montra-t-il autant d'imprévoyance que d'inconséquence. +Comme protecteur des lettres, il ne valut guère mieux; il ne voyait dans +les sciences et dans les arts que la contribution qu'ils pouvaient +apporter à son agrément ou à ses plaisirs; fastueux et prodigue, entouré +de bouffons et d'histrions, par beaucoup de points il rappelait les +empereurs de la décadence. Ses faveurs n'étaient accordées qu'aux +courtisans les plus vils, et il ne pouvait voir Michel-Ange dont le génie +sombre et farouche lui était antipathique; Léonard de Vinci lui était +également odieux, il lui déniait tout talent. En tout il préférait le +joli au beau; et il était si mauvais juge des aptitudes qu'au lieu de +laisser Raphaël à ses pinceaux, il le nommait architecte de Saint-Pierre. +Rien n'est donc plus injustifié que d'avoir appliqué au siècle tout +entier le nom de Léon X, comme rien ne motive, dans sa vie ou dans ses +idées, cet excès d'honneur. + +Excellent parent, il avait pour sa famille de si ambitieuses visées qu'il +considérait comme très au-dessous de la dignité de son frère ou de son +neveu de gouverner Florence, et quand il s'agit de régler le sort de la +ville, il se contenta de lui donner comme maître le bâtard de Julien, +Jules de Médicis improvisé cardinal et légat pour la circonstance. Mais, +comme Jules préférait le séjour de Rome à celui de Florence, il n'y +résida même pas et ce fut à Julien, âgé de vingt ans, qu'incomba toute +l'autorité. Pendant ces arrangements de famille, François Ier +envahissait le Milanais et récompensait par le duché de Nemours +l'attachement de Julien à sa cause. Enfin, en 1516, à la mort de Julien, +Laurent de Médicis, fils de Pierre II et petit-fils de Laurent le +Magnifique, succédait à son oncle autant dans le gouvernement de la ville +que dans les bonnes grâces du roi de France, et, fort d'un tel soutien, +se hâtait, à l'encontre de toute justice, d'occuper, sans coup férir, le +duché d'Urbin. Par reconnaissance de l'appui que son puissant allié lui +avait prêté dans ces circonstances, Laurent ne voulut aller chercher +femme qu'en France, mais il n'en ramena Madeleine de la Tour d'Auvergne +que pour lui communiquer le mal par lequel elle fut enlevée, après avoir +donné le jour à Catherine de Médicis. + +Un mois après, Laurent était emporté de la même manière et le cardinal +Jules, forcé par les événements, prenait en mains les rênes du +gouvernement (1519). + +Florence subissait depuis deux ans le joug de Jules de Médicis lorsque le +conclave fut ouvert par la mort de Léon X. Malgré tous les efforts du +cardinal, ce fut l'ancien précepteur de Charles-Quint, l'adversaire +acharné des Médicis, qui fut exalté à sa place sous le nom d'Adrien VI; +mais la mort du pontife, survenue en 1523, ayant ouvert de nouveau la +succession au trône pontifical, Jules de Médicis acheta le conclave et +fut élu pape sous le nom de Clément VII, vocable choisi, disent ses +contemporains, «comme symbole de clémence et d'oubli», vertus qu'il +inaugura, un mois après son élévation, par l'empoisonnement des quatre +cardinaux envers lesquels il avait pris le plus d'engagements. Si +Florence avait eu par le départ du cardinal Jules quelque espoir +d'échapper à son dur servage, elle vit bientôt combien elle avait eu tort +d'espérer et combien elle avait au contraire lieu de tout craindre d'un +tel maître. En effet, Clément VII ne trouva rien de mieux, pour la +gouverner, que de lui imposer deux bâtards chers à son cœur, Hippolyte et +Alexandre. Le premier passait pour le fils de Julien, duc de Nemours, +tandis que le second, fils d'une esclave mulâtresse, était attribué ou à +Laurent duc d'Urbin, ou à un muletier, ou à Clément VII lui-même, en +faveur duquel étaient encore les présomptions, fondées sur l'affection +profonde portée par le Pape à Alexandre. Hippolyte, alors âgé de quatorze +ans (1524), envoyé à Florence le premier, gouverna la ville plus d'un an +avant que l'arrivée d'Alexandre, en _le forçant_ à partager le +pouvoir, suscitât entre eux une terrible inimitié, encore accrue, chez +Alexandre, par sa haine de la popularité et de la beauté physique de son +cousin, tandis que la violence de sa nature et le type presque nègre de +sa figure faisaient de lui-même un objet d'effroi et d'horreur. + +Rien de plus triste que l'histoire de Florence à partir de ce temps. +Soumise à toutes les exactions pontificales, une malheureuse campagne +contre Sienne amenait le connétable de Bourbon devant ses portes, sans +qu'elle eût pour cela le courage de secouer le joug des bâtards, et il ne +fallut rien moins que l'effroyable sac de Rome (1527) et les horreurs de +la domination espagnole avec la captivité de Clément VII pour la décider +enfin à secouer son esclavage par un soulèvement unanime. + +Mais, les tyrans chassés, il s'agissait encore de gouverner à leur place, +et le fonctionnement d'un gouvernement était d'autant plus difficile que +le peuple, gorgé de plaisirs matériels et de grossières délices, avait +perdu le goût de la liberté, et que les citoyens eux-mêmes n'avaient plus +ni la notion de l'indépendance ni le sens de l'autorité. Aussi le +gouvernement, péniblement organisé, fonctionna-t-il péniblement au milieu +de cruelles incertitudes, et la Seigneurie dut se débattre dans de +terribles crises intérieures et extérieures qu'elle était impuissante à +résoudre. + +La politique cauteleuse et machiavélique suivie à cette époque par +Florence devait lui être néfaste. Elle flottait indécise, sans s'arrêter +à un parti, entre l'alliance de la France et la protection espagnole, et +le seul résultat de ses tergiversations fut de l'isoler complètement et +de la livrer sans défense aux ressentiments de Clément VII. Le pape avait +tellement à cœur de châtier une ville qui, par une audace sans seconde, +s'était soustraite à son autorité, qu'oublieux de ses humiliations, de +ses rancunes, il se réconcilia avec l'Espagne, à condition que +Charles-Quint l'aidât à reconquérir la Toscane. L'Empereur, trop heureux +de faire à si bon compte sa paix avec l'Église, envahit et dévasta le +pays et le soumit au plus effroyable régime discrétionnaire. + +Tant d'horreurs réveillèrent l'âme florentine et le grand souffle du +passé l'anima de nouveau. Charles-Quint ayant investi la ville, elle se +retrouva héroïque et, pendant une année entière, lutta, sublime, contre +la famine, la mort et les horreurs d'un pareil siège, tenant tête aux +armées réunies de Charles-Quint et du pape. Il fallut, pour venir à bout +d'elle, que l'infâme trahison de son capitaine général, Malatesta, acheté +par Clément VII, la livrât à ses ennemis. La noble attitude des assiégés, +en commandant l'estime et l'admiration à leurs adversaires mêmes, leur +obtint des conditions moins dures, relativement! car les clauses du +traité étaient la mort politique de Florence. Charles-Quint se réservait +le droit de la faire gouverner à sa guise, tandis qu'elle était ruinée +par une rançon exorbitante et que l'Empereur exigeait le rapatriement des +exilés. Bientôt les portes s'ouvraient pour Alexandre de Médicis qu'un +rescrit impérial nommait grand-duc de Toscane, le 1er mai 1532. C'était +la fin de la République, la fin de ce vaillant petit peuple dont le génie +politique et artistique a pénétré le monde. + +Le jeune duc Alexandre était de la race redoutable de ces despotes que +rien n'arrête. Il abusa sans vergogne de l'autorité et soumit la +malheureuse Florence au joug le plus impitoyable. Tandis que ses goûts de +débauche l'entraînaient à tous les désordres et à toutes les +abominations, l'impunité lui était assurée et sa situation était encore +affermie par son mariage avec la fille naturelle de Charles-Quint, +Marguerite d'Autriche, la future duchesse de Parme, régente des Pays-Bas. +L'appui d'un tel beau-père lui permettait d'étouffer toute tentative de +révolte; du reste, si le fantôme de la liberté avait encore pu hanter les +esprits, Charles-Quint se serait chargé d'y mettre bon ordre: +«considérant les affaires de son gendre comme les siennes». Et, fort de +cette assistance, Alexandre n'hésita même pas à tenir tête au pape Paul +IV, l'adversaire acharné des Médicis. Le meurtre vint heureusement +délivrer Florence de ce monstre. Tous les complots noués contre Alexandre +avaient échoué et avaient été noyés dans le sang. Une seule tentative +réussit parce qu'elle fut conçue et exécutée par un seul, ce fut celle de +Lorenzo de Médicis. + +Lorenzo était le chef de la branche cadette descendue de Laurent, le +frère de Cosme, et subdivisée elle-même, plus tard, en deux rameaux. De +quinze ans plus jeune qu'Alexandre, il avait été élevé à Florence sous la +tutelle de sa mère, puis sous celle de Philippe Strozzi. Malgré leurs +soins, son caractère étrange ne tarda pas à se développer, singulier +mélange de raillerie, d'inquiétude, de désir, de doute, d'impiété, +d'humilité et de hauteur, sorte de créature hermaphrodite comme peut en +produire la nature aux époques de dissolution. De temps en temps +jaillissait de ces éléments hétérogénes un vœu ardent de gloire, de vertu +ou d'immortalité, d'autant plus imprévu dans ce corps efféminé qu'en le +voyant si mou et si humble, on ne l'appelait plus même Lorenzo, mais, par +mépris, Lorenzaccio. + +Voilà ce qu'était l'homme qui s'était mis à courtiser le duc Alexandre +avec tant d'adresse et une si feinte humilité que non seulement il était +devenu son unique ami, mais encore son serviteur complaisant et +indispensable pour les besognes les plus honteuses. Le duc avait en lui +une confiance absolue, et la preuve la plus certaine qu'il pût lui en +donner était de le prendre pour entremetteur dans toutes ses fantaisies +amoureuses; aussi Lorenzaccio était encore plus détesté à Florence que le +duc lui-même. + +Telle était la situation, quand le duc Alexandre s'amouracha d'une femme +de vertu inattaquable et de haut rang, cousine de Lorenzaccio, et le +chargea de s'entremettre auprès d'elle. Loin d'instruire sa parente, +qu'il estimait fort, des desseins du duc, Lorenzaccio vit dans ces +circonstances un moyen assuré de se défaire d'Alexandre qu'il haïssait +férocement. Après avoir longuement attisé la passion du duc et avoir +exalté les résistances qu'il prétendait rencontrer, Lorenzo, sous le +prétexte d'un rendez-vous enfin consenti, attirait chez lui le duc seul, +sans escorte, et l'assassinait le 6 janvier 1537, aidé d'un sbire +entièrement à sa dévotion. Lorenzo ne profita point de son crime; pris de +terreur, il alla d'une traite jusqu'à Venise, ne songeant qu'à se mettre +hors de portée et abandonnant le pouvoir auquel il avait droit. A +Florence, en l'absence du meurtrier passé pourtant à l'état de héros +sauveur, le conseil, composé d'âmes damnées des Médicis, nomma à +l'unanimité comme chef de l'État le jeune Cosme de Médicis, âgé de +dix-huit ans, fils de ce Jean des Bandes Noires, créateur de la célèbre +infanterie de ce nom si populaire à Florence (1537). + +Cosme, à ce moment, offrait toutes les garanties à ceux qui l'élevaient +au pouvoir; sa jeunesse, son inexpérience leur semblaient des gages +auxquels ses goûts paraissaient en ajouter d'autres. Il avait toujours +vécu à la campagne, occupé uniquement à la chasse et à la pèche; on le +croyait facile à conduire et à gouverner; aussi la surprise fut-elle +extrême quand il montra une ambition effrénée et une volonté de fer pour +n'en agir qu'à sa tête. Ayant obtenu de Charles-Quint la reconnaissance +de ses droits, Cosme prit possession du pouvoir, mais ce ne fut qu'en +1569 qu'il prit officiellement pour lui et pour sa descendance le titre +de grand-duc et de prince souverain. Il ne rencontra aucune opposition à +ses ambitieuses visées, tant il avait su se défaire de ses ennemis par +l'exil ou la mort, et, comme rien ne l'arrêtait, il faisait assassiner +les derniers Lorenzaccio et Soderini à Venise où ils s'étaient réfugiés. + +Sa domination bien établie, Cosme écarta des affaires avec une rare +habileté tous ceux dont un conseil aurait pu le gêner et, sans scrupule, +se débarrassa de toute entrave, sans qu'il put jamais être accusé +positivement d'y avoir trempé les mains. Personne ne sut user comme lui +de la confiscation; il avait une police inquisitoriale et, par des lois +féroces, il interdisait jusqu'à la liberté de penser. + +Il entrait dans la politique de Cosme, puisqu'il écartait +systématiquement les citoyens des affaires publiques, de donner un but et +une occupation à leurs esprits en développant toutes leurs tendances vers +la vie facile et somptueuse, vers le luxe démoralisateur, tandis que, par +des conquêtes faciles et sans gloire, il abaissait le niveau des idées de +justice. Mais, s'il pouvait annexer Sienne, il ne pouvait régénérer +l'art, et la décadence atteignait le pays jusque dans ses manifestations +intellectuelles et artistiques. + +Sous le joug dédaigneusement protecteur de Cosme, les lettres purent +fleurir, les arts multiplier leurs productions, tout ne se ressentit pas +moins de ce milieu et porta le caractère d'une époque d'absolutisme, +incapable de rien de grand. Pour que le génie puisse se développer, il +faut que la liberté de conception et d'exécution soit respectée, il faut +que le despotisme n'intervienne pas, et que, par crainte du lendemain, +l'artiste n'en soit pas réduit au rôle de courtisan. + + + TABLEAU GÉNÉALOGIQUE DES MÉDICIS + JEAN D'AVERADO--PICCARDA BUERI + 1350-1429 + _______________________|_____________________________ + 1 COSME LE VIEUX 2 LAURENT + Contessina Bardi souche de la branche cadette + 1389-1464 1391-1450 +______________________|___________________________ + _________|____________ + 1 PIERRE LE GOUTTEUX 2 JEAN 3 CHARLES | PIERRE FRANÇOIS + LUCRÈCE Tornabuoni (fils naturel) | + 1414-1469 | | +___________|______________________________________ _________|____________ +1 LAURENT LE MAGNIFIQUE 2 JULIEN 3 BLANCHE |1 LAURENT 2 JULIEN + CLARISSE Orsini 1455-1478 4 NANINE | | + 1448-1492 _______|______ 5 MARIE | | | + | JULES (bâtard) | | + | 1478-1533 | | | + | PAPE ClémentVII | | + | en 1523 | | | +___________|______________________________________ ____|_______ ___|____ +1 PIERRE II 2 JEAN 3 JULIEN 4 LUCRÈCE |PIERRE LAURENT JULIEN +ALPHONSINE 1475-1522 Duc de Nemours 5 LOUISE FRANÇOIS +1504 + Orsini PAPE Léon X 1470-1516 6 CONTESSINA| | +1471-1503 en 1510 | 7 MADELEINE | | + | | épouse Cybo| | | + | ______|______ ______|_____ | | + | HIPPOLYTE INNOCENT Cybo| | | + | (fils naturel) Cardinal | | + | Cardinal | | | +____|_____________________________________________ | | +1 LAURENT Duc d'URBIN | | __________|____ +MADELEINE de la Tour d'Auvergne CLARISSE | JEAN DES BANDES + 1429-1519 | | NOIRES +_____________|____________________________________ | 1498-1528 + | | | +1 CATHERINE reine de France 2 ALEXANDRE (bâtard) LORENZACCIO Catherine + 1519-1589 prem. Grand-Duc | Sforza + MARGUERITE D'AUTRICHE | + 1500-1527 | | ++ - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - -+ | + | + _____________________________________________|____ + GRAND-DUC COSME Ier--1515-1574 + Eléonore de Tolède +________________________________________|__________________________________ +1 GRAND DUC FRANÇOIS Ier 2 Cardinal FERDINAND +Bianca Capello--1557-1587 puis GRAND-DUC--1558-1609 +_____________________________________________________________|_____________ +1 GRAND-DUC FERDINAND--1598-1670 2 Cardinal LÉOPOLD +_______________|___________________________________________________________ +1 GRAND-DUC COSME II--1623-1743 2 FRANÇOIS MARIE + Louise d'Orleans +_______________|___________________________________________________________ +FERDINAND † 1713 GRAND-DUC JEAN GASTON †1737 + + +L'installation royale au palais Pitti, devenu désormais l'habitation des +grands-ducs, attira une nuée de dessinateurs, de sculpteurs, de peintres +chargés de ses embellissements. Les fêtes, les spectacles interrompus si +longtemps par les malheurs publics, reprirent de plus belle. Cosme +faisait exécuter les premiers opéras marquants dans l'histoire de la +musique, il réorganisait l'université de Pise et fondait partout des +académies. Plusieurs des principaux historiens du XVe siècle sont +florentins et les Varchi, les Segni, les Nerli et les Pitti forment un +rare assemblage d'esprits remarquables auxquels sont dus d'impartiaux et +précieux documents sur l'histoire de leur pays. Sous ce régime fastueux, +les étrangers affluèrent et ils furent dès lors la principale source de +richesse d'une ville dont le trafic allait tous les jours diminuant. + +Les Médicis avaient de tout temps habitué les Florentins aux désordres et +à la licence de leur vie privée; mais, si grand qu'eût été le scandale, +aucun n'était encore parvenu aux raffinements d'ignominie de Cosme et de +ses successeurs. Pour Cosme, après avoir assassiné un de ses fils, fait +mourir de chagrin sa femme Éléonore de Tolède, aimé d'un amour sacrilège +sa fille Isabelle, il donna dans sa famille le plus affreux exemple de +vices monstrueux. + +A sa mort, en 1574, son fils, le grand-duc François, continua dignement +les traditions paternelles. Héritier présomptif, il avait pris comme +maîtresse une fille de la noble maison vénitienne des Capello, qui avait +fui Venise au bras d'un amant et qui s'était réfugiée à Florence. +François, éperdument épris de Bianca, voulait l'épouser; mais, comme le +grand-duc avait arrangé pour son fils un mariage destiné à rehausser +l'éclat de sa maison, il dut plier devant la volonté de Cosme et épousa +Jeanne d'Autriche, sans pour cela cesser aucunement de vivre, comme par +le passé, avec Bianca Capello. + +François, devenu lui-même grand-duc et maître tout-puissant, fit +construire pour elle une demeure somptueuse aux portes mêmes du palais +Pitti. Un abandon si outrageux et si public frappa au cœur la malheureuse +Jeanne d'Autriche qui mourut bientôt de chagrin, en faisant jurer à son +mari d'abandonner cette femme néfaste et de se soustraire à son influence +redoutable. Un an plus tard, François épousait sa maîtresse, et Bianca +Capello devenait grande-duchesse de Toscane. + +Au bout de plusieurs années passées parmi les plaisirs et les fêtes, +Bianca n'ayant pas donné d'héritier au grand-duc, et obsédée par le désir +fou d'exercer la régence, si François venait à mourir avant elle, eut +recours à un simulacre d'accouchement et à une supposition d'enfant. Mais +son beau-frère, le cardinal Ferdinand, découvrit la supercherie, et elle +en conçut contre lui une haine si féroce qu'elle se résolut à +l'empoisonner. Pour atteindre ses fins, elle lui servit une pâtisserie +dont elle le savait friand et qu'elle lui disait avoir, par une attention +délicate, confectionnée elle-même; mais cette tentative se retourna +contre elle, car Ferdinand, animé des plus justes soupçons contre sa +belle-sœur, déclina son offre, et le grand-duc, froissé de ce refus +blessant, voulut à toute force faire honneur au gâteau, pour réparer +l'affront fait à sa femme. L'empêcher d'y toucher, c'était se trahir, et +comme, François mort, elle n'avait plus rien ni à espérer ni à attendre, +elle prit résolument son parti et partagea avec lui ce funèbre repas. + +Le lendemain, François et Bianca avaient cessé d'exister et Ferdinand, +jetant sa barrette aux orties, montait sur le trône (1587). + +Avec son règne commence pour la Toscane une ère de calme plat, +d'insignifiance complète et de honteuse léthargie. A Ferdinand +succédèrent Cosme II, son fils (1606-1621), Ferdinand II (1621-1670) et +enfin Cosme III (1670-1723) dont le règne de cinquante années fut marqué +par l'établissement des Jésuites en Toscane et par l'épuisement du trésor +public pour subvenir aux frais de leur installation. + +Cosme III avait épousé Louise d'Orléans, la fille de Monsieur et la sœur +de la grande Mademoiselle, «qui lui fit voir le diable» à telle enseigne +qu'il dut la laisser rentrer en France où elle resta sans jamais +consentir à rejoindre son mari. Du reste, tout, pour Cosme, prend une +tournure fatale. Il semble qu'un mauvais génie pèse sur cette race +destinée à succomber fatalement. Poursuivi par de sinistres +pressentiments, aussitôt son fils aîné en âge de se marier, Cosme l'unit +à Violente de Bavière, princesse vertueuse, mais stérile, et de chagrin, +Ferdinand se plongea dans de telles débauches qu'il y consuma rapidement +sa vie. Le grand-duc s'empressa aussitôt de marier son second fils, +Jean-Gaston, avec une princesse allemande destinée, semblait-il, à lui +donner une nombreuse postérité; mais la princesse de Saxe-Lövenburg +refusa toute soumission à son mari, et les interminables querelles qui +attristèrent le ménage du père vinrent assaillir et troubler celui du +fils. Aussi Jean-Gaston, à l'exemple de son frère, se plongea dans tous +les excès, et les Toscans virent avec effroi un tel prince arriver à la +toute-puissance, tant ses orgies monstrueuses étaient devenues un sujet +d'horreur. Lorsque Jean-Gaston monta sur le trône, il était le dernier de +sa race et il était mourant lui-même; il rappela pourtant tout ce qui lui +restait de forces pour réagir contre la situation désespérée où il +trouvait le pays, et son premier soin, à peine au pouvoir, fut de chasser +les prévaricateurs et les vendeurs de places si chers à son père; aussi, +après l'avoir méprisé et redouté, finit-on par le bénir et l'adorer. + +Comme aucune humiliation ne devait être épargnée au dernier des Médicis, +d'après le droit réservé par Charles-Quint et Clément VII, le roi +d'Espagne Philippe V, du vivant même de Jean-Gaston, lui nomma un +successeur en la personne de son fils, l'infant don Carlos. A peine ce +jeune prince avait-il pu faire apprécier son heureux naturel, qu'il fut +appelé à la conquête du royaume des Deux-Siciles et qu'il abandonna la +Toscane sans retour. On ne consulta pas davantage Jean-Gaston pour +installer, à la place de don Carlos, le prince François de Lorraine, +auquel on donnait la Toscane en dédommagement de ses États réunis à la +France. Lorsque le grand-duc mourut, en 1737, le pays était plongé dans +un tel marasme qu'il ne chercha même pas à recouvrer son indépendance et +accepta ces changements de maître et de dynastie, sans aucune velléité de +résistance (1745). + +En 1801, par la paix de Lunéville, le grand-duc Ferdinand de Lorraine +renonça à la Toscane qui, en treize années, eut un semblant +d'indépendance comme république, fut incorporée à l'empire français et +devint royaume d'Étrurie, pour faire, en 1814, retour à ses anciens +maîtres. + +Les grands-ducs de la maison de Lorraine se succédèrent avec des fortunes +diverses jusqu'en 1860, où, par un plébiscite, la Toscane se réunissait +définitivement au nouveau royaume d'Italie, et retrouvait dans l'unité +qui se fondait, la vie éteinte depuis des siècles. + + + + +TOPOGRAPHIE GÉNÉRALE DE FLORENCE + + + +_Florence_, divisée par l'Arno en deux parties inégales, est située +dans une riante et fertile vallée où descendent les dernières +ramifications des Apennins, dont le cirque imposant l'entoure de toute +part. + +Des hauteurs environnantes les points de vue sur Florence sont +innombrables et de partout se découvrent ses monuments, ses églises, ses +palais et ses tours sous l'aspect séduisant et élégant qui la +caractérise. + +Les anciens remparts, construits de 1285 à 1388, out cédé la place aux +longs boulevards des quartiers neufs, prolongés à l'ouest sur les rives +de l'Arno jusqu'aux Cascines. + +Les portes, ainsi que les anciens ponts de l'Arno, sont mieux conservées. +Six ponts mettent en communication les deux rives du fleuve, sur lesquels +deux suspendus relient, à l'extrémité sud de la ville, le viale duca di +Genova à la barrière San Niccolò et, à l'extrémité nord, la place +Victor-Emmanuel aux Cascines. + + ++Ponts anciens+. + +1° _Ponte alle Grazie_, le plus ancien de tous, fut construit en +1237. + +2° _Ponte Vecchio_, dont la fondation remonte, dit-on, à l'époque +romaine. Maintes fois détruit et rebâti, il doit à Taddeo Gaddi son +aspect définitif (1302). Il est bordé de boutiques occupées dès 1593 par +les orfèvres; elles sont surmontées par la longue galerie qui met en +communication le musée des Offices et le palais Pitti et sont +interrompues dans la partie centrale du pont où la galerie n'est plus +soutenue que par trois arcades ouvertes, d'où l'œil embrasse l'admirable +perspective de l'Arno. + +3° _Ponte Santa Trinita_, fondé en 1252 et reconstruit vers 1567 par +Bartolommeo Ammanati. + +4° _Ponte alla Carraja_, bâti en 1218, détruit par la fameuse +inondation de 1333, fut reconstruit aussitôt en 1337 et fut finalement +restauré et modifié par Ammanati en 1572. + +Sur les deux rives du fleuve s'étendent les larges quais formant le +_Lung'Arno_; seule, la partie de la rive gauche comprise entre le +Ponte Vecchio et le Ponte Santa Trinita a conservé son caractère et ses +vieilles maisons dont les fondations reposent dans le fleuve. + +Les rues de Florence laissent une grande impression de sévérité +imposante, due à ses anciens palais dont les constructions massives lui +conservent l'aspect d'un autre âge, comme leurs noms mêmes évoquent le +souvenir des familles illustres et des corporations de la République. + +Sur la rive droite, les principales artères sont: + +La _via Tornabuoni_, qui va du Ponte Santa Trinita au cœur de la +ville. + +La _via Calzajuoli_, qui, parallèle à la précédente, relie la place +de la Seigneurie à celle du Dôme. + +Enfin la _via Cerretani_, qui réunit la place du Dôme à Sainte-Marie +Nouvelle. + + + + +RIVE DROITE (LE CENTRE) + +I + +DU DOME AUX OFFICES + +LA PLACE DU DOME ET SES MONUMENTS. LA VIA CALZAJUOLI ET OR SAN MICHELE. +LA PIAZZA DELLA SIGNORIA, LA LOGGIA DEI LANZI ET LE PALAIS VIEUX. + + +LA PLACE DU DOME forme le cœur de Florence et réunit trois des plus beaux +monuments de l'art: le Baptistère, le Dôme et le Campanile. LE BAPTISTÈRE +(San Giovanni Battista), ancienne cathédrale de Florence, est un petit +édifice octogonal à trois étages et à coupole. Il offre un des types les +plus curieux de l'architecture romane italienne, avec la modification +qu'elle subit dès le XIe siècle, sous l'action de Nicolas de Pise (1274) +quand elle fut ramenée par ses découvertes au sentiment de l'antique. Ce +n'était pourtant ni à Nicolas, ni même à Jean qu'était réservé l'honneur +de fonder à Florence l'école des Pisans, mais bien à leurs élèves ANDREA +PISANO et ARNOLFO DI CAMBIO, et à ces derniers la ville allait devoir ses +plus beaux monuments. + +Les premiers travaux d'ARNOLFO à Florence furent le dégagement et le +revêtement du Baptistère dont les abords étaient encombrés de sarcophages +et d'urnes funéraires, tandis que les faces extérieures en étaient +bigarrées d'incrustations et d'inscriptions juxtaposées au hasard et en +désordre. + +Dans cette restauration qui eut lieu en 1293, ARNOLFO fit enlever tout ce +qui déparait l'extérieur du monument et lui donna de la grâce et de la +légèreté en dégageant le soubassement presque enseveli dans le sol. Il +appliqua ensuite sur chaque angle de l'octogone deux pilastres +corinthiens soutenant une corniche couronnée d'un second étage de même +ordre, coupé de trois longues fenêtres à fronton. Enfin, pour achever +cette belle décoration, il disposa des plaques en marbre noir de Prato +dans les parties pleines ménagées entre les grandes lignes de +l'architecture, tandis que, dans le troisième étage en retrait, il +répétait sur chaque face les pilastres à chapiteaux corinthiens. + +Trois portes donnent accès au Baptistère. Dès 1321, les Consuls avaient +résolu de faire couler en bronze des portes pour Saint-Jean-Baptiste; +seulement, comme il ne se trouvait alors à Florence aucun artiste en état +d'entreprendre ce travail, la Seigneurie donna mission à un orfèvre +florentin d'étudier les portes de Pise et de se rendre ensuite à Venise, +qui passait alors pour posséder seule des fondeurs capables d'un pareil +ouvrage. + +Pendant le cours de ces recherches, ANDREA PISANO avait obtenu, par +l'entremise de son ami Giotto, la commande d'une des portes, et cela, +malgré les lois de la ville et l'interdiction absolue de donner du +travail à un étranger. Aussi son contrat spécifiait-il qu'«il ne devrait +livrer qu'un modèle de porte en terre ou en cire, dont l'exécution +resterait confiée aux maîtres vénitiens». + +Ce fut en l'année 1330 que ceux-ci entreprirent les opérations de la +fonte, et, bien qu'elles aient duré jusqu'en 1332, elles se trouvèrent +définitivement si manquées, qu'il ne fut pas possible de les reprendre en +sous-œuvre. Andrea eut alors commission de mener à bien une nouvelle +fonte, qu'il réussit en l'espace de deux mois (1335). + +La porte d'ANDREA PISANO, divisée en vingt compartiments, est consacrée +aux différents traits de la vie de _saint Jean-Baptiste_. De plus, +dans sa partie inférieure, elle comporte huit panneaux de moindre +dimension, avec les figures des Vertus. + + + PORTE DU SUD DU BAPTISTÈRE D'ANDREA PISANO (1335) + + _________________________________ _________________________________ +| | || | | +| JOACHIM | JOACHIM || JEAN | JEAN | +| ET | CHASSÉ || DEVANT | MIS | +| L'ANGE | DU TEMPLE || HÉRODE | EN PRISON | +| | || | | +|---------------------------------||---------------------------------| +| RENCONTRE DE | || LES DISCIPLES | LES DISCIPLES | +| JOACHIM ET DE | NAISSANCE || DE JEAN | DE JEAN | +| Ste ÉLISABETH | DE || DEVANT SA | INTERVIENNENT | +| A LA PORTE DORÉE | St JEAN || PRISON | AUPRÈS | +| | || | DE JÉSUS | +|---------------------------------||-----------------|---------------| +| JOACHIM ÉCRIT | || FESTIN | | +| SUR DES TABLETTES| St JEAN || D'HÉRODE. | DÉCOLLATION | +| LE NOM QU'IL | DANS || SALOMÉ | DE | +| VEUT QU'ON DONNE | LE DÉSERT || DANSE AU SON | St JEAN | +| A SON FILS | || DU VIOLON | | +|---------------------------------||---------------------------------| +| | || SALOMÉ | SALOMÉ | +| PRÉDICATION | St JEAN || PRÉSENTE A | APPORTE A | +| DE | RENCONTRE || HÉRODE LA TÊTE | HÉRODIADE LA | +| St JEAN | JÉSUS-CHRIST || DE St JEAN | TÊTE DE | +| | || | St JEAN | +|---------------------------------||---------------------------------| +| | || LE CORPS DE | ENSEVELISSE | +| JEAN | BAPTÊME || St JEAN | ENSEVELISSE_ | +| BAPTISE LES | DE || EST RENDU A | MENT DE | +| NÉOPHYTES | JÉSUS-CHRIST || SES DISCIPLES | St JEAN | +| | || | | +|---------------------------------||---------------------------------| +| | || | | +| | || | | +| SPES | FIDES || CHARITAS | HUMILITAS | +| | || | | +| | || | | +|---------------------------------||---------------------------------| +| | || | | +| | || | | +| FORTITUDO | TEMPERANTIA || JUSTITIA | PRUDENTIA | +| | || | | +| | || | | +|---------------------------------||---------------------------------| + + +Vantail de gauche+ +Vantail de droite+ + + +Dans cette maîtresse œuvre, le progrès réalisé sur les Pisans est +considérable. Andrea y devine les lois de la perspective, épargne les +figures et modère les mouvements. Il est aussi sobre de plans et de +lignes que ses maîtres en furent prodigues, et rencontre du premier coup, +comme Giotto, les lignes mères de la composition, c'est-à-dire +l'ordonnance la plus simple et la plus claire. Tous les motifs sont +conçus avec une parfaite convenance au sujet, et sont traités avec un +sentiment profond, exprimé par des gestes harmonieux et sans violence, +tels que les veut la gravité sculpturale. Si le sujet traité par Pisano +est calme, les plis sont rares, comme, par exemple, dans la composition +des Vertus; tandis qu'au contraire, si la scène réclame du mouvement ou +dénote l'agitation intérieure, les plis se pressent, toutefois sans +abondance inutile, et le maître a su donner à ses figures une grâce +d'attitude qui fait de son œuvre une sorte de trait d'union entre l'art +antique et l'art moderne. + +Il reste à observer combien, en cela encore semblable à Giotto, le maître +néglige l'indication du lieu; ses groupements sont au plus sur deux +rangs, si bien que ses plans, rapprochés de la conception hellénique, +présentent les premières figures en haut relief et les secondes en +bas-relief. + +La porte finie, la République donna pour récompense à l'artiste pisan le +droit de bourgeoisie, accordé rarement et seulement aux étrangers de la +plus haute distinction, ou d'un mérite éclatant. Placée à l'entrée +principale de l'est, c'est-à-dire en face l'autel, elle dut, en 1446, +céder la place à la porte de Ghiberti et fut transportée sur la face sud, +qu'elle occupe depuis. C'est lors de ce transfert que le fils de +Ghiberti, VITTORIO, l'entoura de la riche guirlande de fleurs et de +fruits qui en fait le délicieux encadrement. + +Après la mort de Pisano, l'achèvement des portes du Baptistère resta +suspendu et ce fut seulement à la suite de la fameuse peste de 1403 que +la Seigneurie en décida l'exécution. A cet effet, fut ouvert un concours +dont le sujet était l'histoire de Jésus-Christ et auquel prirent part les +DELLA QUERCIA, les NICCOLÒ d'AREZZO, les BRUNELLESCHI et les GHIBERTI, et +où la préférence devait être donnée à la composition la plus rapprochée +de l'œuvre d'Andrea Pisano. Brunelleschi s'étant retiré, GHIBERTI +l'emporta en dernier lieu; il avait alors vingt-cinq ans. + +Dans cette porte où il était strictement limité par l'obligation de se +subordonner à l'œuvre gothique, Ghiberti adopta la même division en vingt +panneaux supérieurs et en huit inférieurs contenant les figures des +Évangélistes et des Pères de l'Église, et encadra chaque châssis de têtes +saillantes, tandis qu'il couvrait les chambranles de fleurs, de fruits ou +d'oiseaux. Cependant, si les figures dépassent celles de la porte +gothique comme animation et comme expression, elles n'atteignent pas à la +grandeur sévère et à la sérénité calme de celles d'Andrea. Elles ont +pourtant une grâce ingénue et juvénile dont s'exclut encore tout soupçon +de maniérisme et l'art plastique y atteindrait la perfection, si Lorenzo +avait mieux compris les conditions du bas-relief, et son incapacité à +exprimer les saillies nuancées, les plans successifs ou les profondeurs +feintes. Ce grave défaut de son style, déjà sensible dans cette première +œuvre, devait par ses développements ultérieurs entraîner la sculpture +dans une voie funeste. + + +PORTE DU NORD DU BAPTISTÈRE DE GHIBERTI (1403) + + _________________________________ _________________________________ +| | || | | +| XVII | || | | +| PORTEMENT | XVIII || XIX | XX | +| DE | LE CALVAIRE || LA | LA | +| LA CROIX | || RÉSURRECTION | PENTECÔTE | +| | || | | +|---------------------------------||---------------------------------| +| | XIIII || | XVI | +| XIII | LE || XV | PILATE | +| LE JARDIN | BAISER || | SE LAVANT | +| DES OLIVES | DE JUDAS || FLAGELLATION | LES MAINS | +| | || | | +|---------------------------------||-----------------|---------------| +| | || | | +| IX | X || XI | XII | +| TRANSFIGURATION | RESURRECTION || ENTRÉE | LA CÈNE | +| | DE LAZARE || A JÉRUSALEM | | +| | || | | +|---------------------------------||---------------------------------| +| V | VI || VII | VIII | +| BAPTÊME | TENTATION || JÉSUS CHASSE | LA BARQUE | +| DE | DANS || LES MARCHANDS | SUR | +| JÉSUS-CHRIST | LE DÉSERT || DU TEMPLE | LA MER AGITÉE | +| | || | | +|---------------------------------||---------------------------------| +| I | II || III | IV | +| ANNONCIATION | ADORATION || ADORATION | JÉSUS | +| (_adorable | DES || DES | ENSEIGNANT | +| figure presque en| BERGERS || MAGES | LES DOCTEURS | +| ronde-bosse_) | || | | +|---------------------------------||---------------------------------| +| | || | | +| | || | | +| St JEAN | St MATHIEU || St LUC | St MARC | +| | || | | +| | || | | +|---------------------------------||---------------------------------| +| | || | | +| | || | | +| St AUGUSTIN | St JÉRÔME || St GRÉGOIRE | St AMBROISE | +| | || | | +| | || | | +|---------------------------------||---------------------------------| + + +(Ces 8 admirables figures, d'une très noble allure, sont assises devant +des pupitres, les évangélistes debout accompagnés de leurs symboles.) + +La première porte de Ghiberti ne fut pas plutôt achevée qu'on se décida à +lui confier la seconde, considérée par ses contemporains comme son +chef-d'œuvre, mais où s'accuse déjà fortement le parti pris d'obtenir du +bronze les effets de la peinture par une fusion impossible des deux arts. + +Cette fois, entière latitude lui était laissée. Aussi s'affranchit-il +résolument de toute influence et divisa-t-il son sujet en dix panneaux où +il traitait les principaux épisodes de l'Ancien Testament. Mais, comme +cette donnée était trop considérable, il se résolut à réunir dans chaque +panneau plusieurs actions différentes n'ayant aucun rapport entre elles. +Il encadra chacun de ses tableaux d'une large bordure ornée de figurines +placées dans des niches alternant avec des médaillons d'où sortent des +têtes en ronde bosse et il décora les chambranles de guirlandes +compliquées. + +Il fallut seize ans à Ghiberti pour mener à bien son œuvre, mise en place +seulement en 1452, et, dans le principe, entièrement dorée, comme les +autres portes. + +Les trois portes de San Giovanni sont surmontées de groupes de grandeur +naturelle en bronze et en marbre. + + +PORTE DE L'EST DU BAPTISTÈRE +DITE DU PARADIS GHIBERTI (1425-1452) + + _______________________________________________________________ | | | +| I | II | +| | CAÏN LABOURANT. | +| CRÉATION DE L'HOMME. | ABEL GARDANT SES TROUPEAUX. | +| DE LA FEMME. | AU FOND, SACRIFICE DE CAÏN | +| L'ARBRE DU BIÉN ET DU MAL. | ET D'ABEL. | +| ADAM ET ÈVE | CAÏN TUANT SON FRÈRE. | +| CHASSÉS DU PARADIS TERRESTRE. | CAÏN ERRANT APRÈS LE CRIME. | +|_______________________________|_______________________________| +| | | +| III | IV | +| | | +| LA SORTIE DE L'ARCHE. | LA STÉRILITÉ DE SARA. | +| LE SACRIFICE DE NOÉ. | VISITE DES ANGES A ABRAHAM | +| NOÉ IVRE ET SES TROIS FILS. | LUI PROMETTANT UN FILS. | +| | AU FOND, SACRIFICE D'ABRAHAM. | +| | | +|_______________________________|_______________________________| +| | | +| V | VI | +| | | +| ESAÜ ET JACOB. | HISTOIRE DE JOSEPH. | +| | _La scène principale, la | +| _Scène dans un motif | reconnaissance de ses frères | +| d'architecture_. | se passe devant un portique | +| | formé par une rotonde_. | +|_______________________________|_______________________________| +| | | +| VII | VIII | +| | | +| MOÏSE RECEVANT LES TABLES | LA PRISE DE JÉRICHO. | +| DE LA LOI. | | +| | | +| | | +| | | +|_______________________________|_______________________________| +| | | +| IX | X | +| | | +| BATAILLE CONTRE | SALOMON ET LA REINE DE SABA. | +| LES AMMONITES. | _La scène se passe dans le | +| | temple dont l'architecture a | +| | été prise par Ghiberti | +| | sur celle du dôme_. | +|_______________________________|_______________________________| + + ++Au Sud+: _Décollation de saint Jean_ par VICENTE DONI (1571), +d'un mauvais style. + ++Au Nord+: _Prédication de saint Jean_ par GIOVANNI RUSTICA +(1500); élève de Verrocchio, supérieur au groupe précédent. + ++A l'Est+: _Le Baptême de Jésus-Christ_ par ANDREA SANSOVINO, +de beaucoup le meilleur des trois morceaux (1500). L'ange qui seul le +dépare, est de Spinazzo (XVIIIe siècle). + ++Intérieur+: A l'intérieur de l'édifice on retrouve la disposition +des trois étages extérieurs, décorés d'après le même principe de marbres +alternés blancs et verts. + +Les colonnes rondes en granit de la rotonde soutiennent, sur leurs +chapiteaux corinthiens dorés, l'entablement portant la tribune circulaire +du deuxième étage éclairée par les fenêtres extérieures et dont le balcon +est décoré de _mosaïques_ exécutées en 1225 par un moine nommé +_Jacobus_. Le troisième étage enfin, également orné de mosaïques +dues à Jacobus, sert de base à la coupole terminale, couverte de +mosaïques du XIIIe au XVIe siècle. + +L'abside carrée, destinée à contenir l'autel, est construite en dehors du +monument. Décorée de mosaïques, elle renferme actuellement un +_groupe_ détestable de TICCIATI exécuté en 1732, dans ce que le +«rococo» a pu offrir de plus flamboyant. Un autel mural, à gauche de la +porte de l'est, est surmonté de la célèbre statue en bois de la +_Madeleine_ par DONATELLO, d'un réalisme désagréable, à force d'être +violent. En face, près du maître-autel, sont les _fonts baptismaux_, +ouvrage d'une recherche déplaisante, fondu en 1371 par un des nombreux +élèves d'Andrea Pisano. Enfin, à droite, adossé au mur, est le _tombeau +du pape Jean XXIII_ (1419), déposé par le concile de Constance. Sa +belle statue couchée est l'œuvre de DONATELLO et de MICHELOZZO +(1420-1425), mais le dais qui l'abrite et le monument qui l'accompagne, +par leur mauvaise ordonnance et leur lourdeur, ne sont pas dignes de +Donatello. + +Sur le côté nord de la place s'élève la COLONNE SAN ZENOBE, érigée en +1330 en commémoration de la translation des reliques de saint Zenobe, +patron de Florence. + +LE DOME, SANTA MARIA DEL FIORE, ainsi nommée des fleurs de lys figurant +dans les armoiries de Florence, occupe l'emplacement d'une ancienne +église consacrée à Santa Reparata. La décoration et le revêtement du +Baptistère furent terminés en 1293; l'année suivante, la République +rendait un décret mémorable ordonnant à ARNOLFO DI CAMBIO d'exécuter un +modèle et des dessins pour la reconstruction de Santa Reparata: «Avec +telle hauteur et magnificence qu'on ne puisse attendre de l'industrie +humaine rien de plus noble et de plus beau, dans cette pensée que les +œuvres entreprises par la commune doivent être conçues avec une grandeur +correspondant à la grande âme que forment tant de citoyens réunis dans +une seule et même volonté.» + +Comme Santa Reparata dépendait de la corporation des marchands de laine, +il fut établi qu'ils auraient à supporter la plus lourde part des frais +de reconstruction, mais, à titre de dédommagement, on leur concéda un +droit sur les exportations. Après avoir démoli Santa Reparata, Arnolfo +traça le plan de sa basilique, d'après les traditions pisanes, en forme +de croix latine, c'est-à-dire qu'il donna les mêmes dimensions aux bras +du transept et du chœur, et il affecta au déambulatoire cinq chapelles +polygonales développées extérieurement en cinq pans symétriques. + +Arnolfo était trop imbu de l'antique pour prévoir l'effet qu'allaient +produire dans le style gothique la nudité et la sécheresse de lignes qui +en sont l'antipode. Une autre erreur de son plan fut l'importance donnée +aux membres séparés, d'après ce principe que chaque chose grande en soi +agrandit l'ensemble, ce en quoi il perdait de vue la loi architecturale, +qui veut, pour l'harmonie d'un édifice, que toutes les parties se +subordonnent à l'ensemble. Tout à l'opposé des cathédrales du nord où +l'étroitesse relative de la nef élève les voûtes à l'infini, Arnolfo +élargit les siennes dans de si vastes proportions qu'elles produisent à +première vue une impression d'écrasement, aggravée encore par la vue des +grands espaces de murs laissés nus entre les fenêtres aussi étroites que +parcimonieusement ménagées. + +Quand Arnolfo di Cambio mourut en 1300, il avait amené l'œuvre à la +croisée, et la construction fut continuée par son successeur immédiat, le +Giotto, auquel sont dus les revêtements extérieurs des transepts et du +chœur. + +En 1357, le plan d'Arnolfo subit une première modification, et, à partir +de cette époque, s'ouvre la longue série des architectes du dôme, placés +sous la direction de commissaires pris parmi les chefs des corporations +et sans l'assentiment desquels nul n'avait le droit d'ajouter une pierre +à la cathédrale. Ces gens sans connaissances techniques, qui +n'obéissaient qu'au seul mobile de faire de Santa Maria del Fiore un +monument unique, arrivèrent forcément à lui donner cette absence de +coordination si fâcheuse et que la fameuse coupole, la belle œuvre de +Brunelleschi, contribue, pour sa part, à rendre plus frappante encore. + +C'est en 1418 que fut ouvert, pour le modèle de la coupole, le concours +où Brunelleschi triompha de ses concurrents. Il ne lui fallut pas moins +de quatorze années pour mener à terme cette entreprise hardie, et encore +la lanterne ne fut-elle achevée qu'en 1462. La façade, qui fut détruite +en 1588 pour être remplacée magnifiquement, a été refaite depuis quelques +années seulement avec une complication et une surchage extrêmes. +Les +quatre portes+ latérales sont des XIVe et XVe siècles. Ce sont des +ouvrages de l'école Pisane ornés de mosaïques et surmontés d'une statue. +La plus remarquable de ces portes, la deuxième du nord (1408), est +l'œuvre de PIERO D'AREZZO, aidé de NANNI DI BANCO. C'est à ce dernier +qu'est dû le haut relief dit de la _Madona della Cintola_, où se +pressentent déjà Ghiberti et Donatello. La mosaïque du tympan, +l'_Annonciation_, fut dessinée par le GHIRLANDAJO (1496). + ++L'Intérieur+ de Sainte-Marie des Fleurs est d'une austérité allant +jusqu'à la froideur d'un temple méthodiste. + +Le maître-autel, placé sous la coupole, est entouré d'une clôture en +marbre, de forme octogonale comme la coupole, et ornée de +_bas-reliefs_ de BACCIO BANDINELLI, œuvre médiocre substituée à la +belle clôture en bois de Ghiberti. + +Derrière le maître-autel se trouve la fameuse _Déposition_ de +MICHEL-ANGE, œuvre de vieillesse et inachevée qu'il tailla dans un +chapiteau antique du Temple de la Paix que lui avait donné le pape Paul +III. Cet ouvrage pèche par des défauts de proportion malheureusement très +apparents. Sainte-Marie des Fleurs contient nombre de monuments et +d'œuvres remarquables. + +Le mur de la façade est percé d'un vitrail rond, de FRANCESCO, exécuté +sur les dessins de Ghiberti; au-dessous, dans la lunette de la porte est +inscrite une admirable mosaïque, le _Couronnement de la Vierge_ de +TADDEO GADDI (1280), où, malgré le byzantinisme encore marqué, est déjà +très sensible l'influence de la révolution naturaliste opérée dans l'art, +grâce aux efforts de Cimabue et de Giotto. + +Deux grandes fresques infiniment intéressantes occupent le mur au-dessus +des portes latérales de la façade. Celle de gauche est le portrait +équestre de _John Hawkwood_, condottiere à la solde de Florence, +peint en 1392 par Paolo UCCELLO; tandis que celle de droite est +l'admirable portrait équestre de _Niccolò Marucci da Tolentino_, +œuvre d'ANDREA DEL CASTAGNO (1456), de la plus haute allure. + ++Nef de droite+: Monument de _Brunelleschi_, tombeau médiocre +dû à son élève BRUGGIANO. + +Statue de l'homme d'État _Gianozzo Manetti_ par CIUFFAGNI. + +Monument du _Giotto_ élevé par la commune sur l'initiative de +Laurent le Magnifique, en 1490. Ce bel ouvrage de BENEDETTO DA MAJANO est +placé au-dessus de l'inscription latine composée par Ange Politien. +Au-dessus de la première porte latérale, le _sarcophage_ du général +_Pierre Farnèse_ par AGNOLO GADDI et PISELLO (1395). Statue de +_Josué_ par DONATELLO (1412) où se trahit encore dans les draperies +l'inexpérience de la jeunesse, bien que la tête en soit fort belle. +Donatello y sacrifie déjà au goût qui lui fera, dans toutes ses statues, +reproduire les traits de ses contemporains. A côté de la deuxième porte +latérale est placé le buste en marbre du savant platonicien _Marsile +Ficin_, avec la remarquable inscription latine de Ferrucci (1521). +Au-dessus de la deuxième porte et malheureusement placé trop haut, est le +beau _monument_ de l'évêque _Antonio d'Orso_, le vaillant +défenseur de Florence contre l'empereur Henri VIII, œuvre du Siennois +TINO DI CAMAINO (1336). La statue de l'évêque est assise sur un +sarcophage à l'antique. + +Dans le transept droit, orné au-dessous des fenêtres de fresques +médiocres peintes par Lorenzo de Bicci (1427), s'ouvre +la vieille +sacristie+. Le tympan de la porte d'accès est décoré d'un magnifique +bas-relief de LUCA DELLA ROBBIA, l'_Ascension_. Dans la sacristie, +deux admirables anges agenouillés, œuvre monochrome de LUCA DELLA ROBBIA, +tiennent des calices. + +Le lavabo est un ouvrage contourné de BUGGIANO (1492). + ++La chapelle terminale+ du chevet est consacrée à saint Zenobe et +contient le _reliquaire_ en bronze du saint par GHIBERTI (1440). + +Dans quatre autres chapelles sont des statues assises, primitivement +destinées à la décoration de la façade. + ++Première à droite+: _Saint Marc_, par NICCOLÒ D'AREZZO. + ++Deuxième à droite+: _Saint Luc_, par NINO DI BANCO. + ++Quatrième chapelle à gauche+: _Saint Mathieu_. Mauvais ouvrage +de CIUFFAGNI. + ++Cinquième chapelle à gauche+: _Saint Jean_, par DONATELLO. +Quoique encore influencé par la tradition des «Trecentisti», le maître se +montre ici d'une incomparable supériorité. La tête, d'une expression +profonde et prophétique, admirable par sa grave austérité, fait penser à +Michel-Ange. Cette œuvre de premier ordre est placée aussi mal que +possible dans le jour le plus défectueux; il est difficile même d'en +apprécier toute la beauté. + ++La nouvelle sacristie+ s'ouvre à la suite des chapelles supérieures +de la croix. Le tympan de sa porte est occupé par un magnifique +bas-relief de LUCA DELLA ROBBIA, la _Résurrection_. Jamais le +délicat poète que fut Luca n'a été plus inspiré que dans cette +composition, où la divinité triomphante du Christ s'oppose à l'humanité +abandonnée des soldats endormis, ses gardiens. + ++La porte en bronze+ commandée d'abord à Donatello en 1437 et +retirée au maître après dix ans passés, sans qu'il eût mis la main à +l'œuvre, fut, en 1465 seulement, confiée à LUCA DELLA ROBBIA. Il y a +représenté, en compartiments quadrangulaires, la Vierge et l'Enfant, la +Résurrection, les quatre Évangélistes et les quatre Pères de l'Église, +ces derniers en haut relief, assis entre deux anges. Aux angles des +cadres sont des têtes en ronde bosse, d'une grande beauté. Luca s'est +volontairement abstenu de toute complication et de tout mouvement +susceptible de maniérer la composition. Ses figures tirent leur caractère +de leur austérité et de la belle simplicité de leurs draperies, poussées +cependant au dernier degré de la perfection. Elles laissent aussi loin +derrière elles les œuvres de Ghiberti, si souvent gâtées par une +recherche de l'effet de mauvais goût, écueil que Luca semble avoir évité +avec soin, pour se rapprocher autant que possible du style pur et large +d'Andrea Pisano. La sacristie est entièrement revêtue d'une marqueterie +en bois dont les panneaux forment des tableaux; cette belle décoration +est l'œuvre de BENEDETTO DA MAJANO. + +En retournant par la nef gauche, à côté de la deuxième porte latérale, on +trouve le portrait en pied du Dante, peinture sur bois exécutée par ordre +de la République, en 1465. Domenico di Michelino a représenté Dante +devant une vue de Florence, entouré de divers épisodes de la _Divine +Comédie_. + +A gauche, pour désigner l'Enfer, s'ouvre, au milieu de rochers désolés, +la porte «où est laissée toute espérance», tandis qu'à droite un +labyrinthe symbolise le Paradis et la difficulté d'y parvenir. + +A côté de la première porte latérale, _monument_ du musicien +_Squarcialupo_ (1490) par BENEDETTO DA MAJANO, d'une ordonnance +analogue à celle du monument de Giotto auquel il fait face et sert de +pendant. Enfin, au premier pilier, _Saint Zenobe_, en vêtements +pontificaux, est une peinture d'ORCAGNA. + ++LE CAMPANILE+ de Sainte-Marie des Fleurs s'élève isolé à la hauteur +de sa façade. En 1334, après la mort d'Arnolfo, la Seigneurie confia à +GIOTTO, alors âgé de près de soixante ans, les travaux du dôme, avec +ordre, d'abord, de se consacrer à l'érection du campanile qui faisait +défaut. Le premier soin de Giotto fut d'asseoir les fondations à une +profondeur inusitée alors, et de donner ainsi à sa construction une +assiette telle, que, jusqu'à ce jour, elle n'a eu besoin d'aucune +réparation. TADDEO GADDI l'aida jusqu'à 1336, époque de sa mort, et +ANDREA PISANO reprit l'œuvre, qui fut achevée par François Talenti. + +Le campanile carré comporte cinq étages de hauteurs inégales et croissant +avec l'élévation, car, par un souci de perspective bien rare pour +l'époque, Giotto reconnut et appliqua ce principe, que, plus une +construction s'élève, plus les plans successifs doivent gagner en +hauteur, pour que rien n'interrompe à l'œil la justesse des proportions. +Par l'application de cette théorie, le campanile acquiert une grâce et +une légèreté incomparables. La préoccupation qu'avait Giotto d'atteindre +ce but était telle qu'elle l'amena à modifier ce qu'aurait eu de sec +l'angle aigu sur une pareille masse et à rabattre les côtés en les +flanquant de piles polygonales. Comme au dôme, il revêtit le campanile de +marbres alternés noirs, rouges et blancs du meilleur effet décoratif. + +Le plan de Giotto comportait une flèche quadrangulaire terminale qui +devait exhausser la tour d'un tiers; mais Gaddi et Pisano, après sa mort, +crurent devoir la supprimer comme de style gothique et déjà suranné. La +vérité est que cette modification ne fut pas heureuse, et que le +campanile, terminé en terrasse, semble tronqué au sommet. + +La simplicité des lignes dans l'œuvre de Giotto contraste avec +l'exubérance des ornements. Tout le premier étage est décoré d'une double +série de _médaillons_ en demi-relief exécutés sur ses plans par +ANDREA PISANO. Ils sont inspirés par la riche symbolique du moyen âge et +retracent, dans une large idée philosophique, les progrès de l'humanité +en intelligence, en art et en industrie, depuis sa création. + ++A l'Ouest+ on voit, accompagnés de leurs attributs bibliques: La +création. Les premiers travaux de l'agriculture, avec Adam et Eve +labourant. La vie pastorale, Jacob et ses troupeaux. Jubal, inventeur de +la musique. Tubal Caïn, premier forgeron. La viticulture personnifiée par +Noé. + ++Au Sud+: L'astronomie sous la figure d'un mage avec la sphère +céleste. L'architecture représentée par des maçons construisant une +maison. L'art du potier par des femmes achetant des ustensiles de terre. +Viennent ensuite l'homme dompteur de chevaux; le tissage; la législation, +figurée par un juge; Dédale, symbole des émigrations lointaines. + ++A l'Est+: La navigation sous la forme d'une barque. Hercule, +dompteur des éléments. Le cheval, attelé à un char comme bête de travail. + +Enfin +au Nord+: La sculpture avec Phidias. La peinture avec +Apelles. La grammaire avec Donatus. Le lyrisme avec Orphée. La +philosophie avec Platon et Aristote. La géométrie avec Ptolémée. + +La rangée supérieure des médaillons hexagonaux est consacrée aux Vertus +théologales et cardinales, aux Sept Œuvres de Miséricorde, aux Sept +Béatitudes et aux Sept Sacrements. + +Le deuxième étage du campanile est orné de niches garnies de statues de +docteurs, de prophètes, de sibylles ou de Pères de l'Église, et complète +l'ensemble de cette magnifique décoration. + +Parmi ces sculptures, il faut citer les statues des prophètes dues +à Donatello, œuvres de premier ordre exécutées par le maître entre 1415 +et 1425, et qui joignent à la perfection du travail le grand intérêt +d'être de vivants et célèbres portraits, pour lesquels le sculpteur s'est +livré à une véritable débauche de réalisme, sans aucun souci de la +couleur historique pour les héros sacrés qu'il devait représenter. + +La plus connue, sous le nom du «Zuccone», placée à l'ouest, représente le +roi David, pour lequel le maître choisit comme modèle un certain Giovanni +di Barduccio Cherichini, réputé le plus laid des citoyens florentins, +remarquable par sa calvitie, sa maigreur et sa mine patibulaire: Cette +vieillesse et cette laideur presque repoussantes ont été rendues par +Donatello avec une prodigieuse vérité, tandis qu'il traitait l'anatomie +avec son incomparable sûreté en traits aussi souples que larges. On +raconte que, parmi tant de chefs-d'œuvre, le «Zuccone» resta celui dont +le maître se montrait le plus fier, et cela, au point de jurer par lui, +quand il voulait prêter serment. Sur ce même côté se trouvent encore deux +statues: celle du _prophète Jérémie_, sous les traits de l'ami de +Donatello, Francesco Soderini, et celle de _Saint Jean-Baptiste_, +jeune et belle figure à laquelle nous sommes peut-être redevables du +Saint Georges, le chef-d'Œuvre d'Or San Michele. Enfin, à l'est, on doit +au maître la figure d'_Abraham sur le point de sacrifier Isaac_, +pour laquelle il se fit aider par Nanni di Banco, et encore celle du +prophète _Habacuc_, exécutée très postérieurement aux autres, et +également le beau portrait d'un vieillard contemporain. + +Autour de la place du Dôme s'offrent plusieurs édifices importants au +point de vue artistique. A l'angle de la _via Calzajuoli_ s'élève la ++LOGGIA DEL BIGALLO+, petit monument du plus pur style gothique, +élevé de 1352 à 1358 pour la confrérie des Capitani della Misericordia et +plus tard occupé par celle del Bigallo dont il prit le nom. La loggia +comporte trois arcades cintrées surmontées de deux fenêtres accouplées. +Une troisième arcade fait retour sur la via Calzajuoli et, en face +d'elle, s'ouvre, au fond du portique, un oratoire, petite chapelle +décorée de trois statues, _la Vierge et deux anges_, ouvrage unique +d'ALBERTO D'ARNOLDO (1364), où se pressent déjà la Renaissance. Un toit +avancé sur des consoles sculptées couvre le charmant édifice du Bigallo. + +A côté de lui, sur la place, se trouve l'orphelinat des Enfants trouvés, +l'+ORFANOTROFIO DEL BIGALLO+. Dans la salle du Conseil +d'administration, une fresque de GIOTTINO (1342), la _Miséricorde_, +est placée au-dessus d'une vue de Florence. + +Sur le mur du fond, une fresque plus petite d'un des giottesques, VENTURO +DI MORO, représente la loggia del Bigallo où deux capitani recueillent +les enfants qu'on leur amène. Si, dans cette œuvre remarquable, +l'influence de Giotto subsiste par la simplicité des plans, les attitudes +et le dessin plus étudiés sont déjà presque dignes des «Quatrocentisti», +tout en laissant aux figures l'adorable naïveté des primitifs. + ++L'ORATOIRE DE LA MISÉRICORDE+, situé au sud de la place, appartient +à la confrérie de la Miséricorde, fondée en 1244, dans le but de secourir +les pauvres et les malades, mais surtout d'ensevelir et de porter les +morts. Toutes les classes sont représentées dans cette confrérie +actuellement encore de plus de deux mille cinq cents membres, tous +également vêtus de la cagoule en toile noire, lorsqu'ils font leur +service. + +Au-dessus de l'autel, une des meilleures œuvres d'ANDREA DELLA ROBBIA, +_retable_ en deux parties. Dans le bas-relief supérieur, +Jésus-Christ bénissant. Dans l'inférieur, la Vierge entourée de chérubins +entre deux saints. Une prédelle représente l'Annonciation, la Nativité et +l'Adoration des Mages. + +La salle contiguë à l'oratoire sert de vestiaire aux frères; au fond se +trouve le dortoir où six frères doivent chaque nuit être en permanence. + ++L'OPÉRA DEL DUOMO+(Musée du Dôme) est situé sur la place, +directement derrière l'Abside. +L'intérieur+, où se conserve tout ce +qui a trait au baptistère et au dôme, est un assemblage divers de qualité +et de style, et constitue un musée très complet de l'histoire de ces deux +monuments. + +La première des trois salles du musée, au premier étage, contient des +chefs-d'œuvre. Il faut en toute première ligne placer les dix admirables +_Bas-reliefs des enfants danseurs et musiciens_ exécutés de 1431 à +1440 pour la tribune des orgues de la cathédrale par LUCA DELLA ROBBIA. +Vasari décrit ainsi ces magnifiques compositions: «Luca fit en ces +compartiments les chœurs de la musique, chantant de diverses façons, et +il y mit tant de talent et y réussit à tel point qu'on distingue, à la +hauteur où ils sont placés, le gonflement de la gorge de ceux qui +chantent, le battement des mains de ceux qui lisent la musique par-dessus +l'épaule des chanteurs plus petits qu'eux, enfin les diverses manières de +jouer, de danser, de chanter et les autres mouvements inspirés par la +musique.» + +Luca, lorsqu'il exécuta ces bas-reliefs, était véritablement arrivé à +l'apogée de son talent. Il possédait toutes les qualités d'un grand +sculpteur: la clarté dans la conception, la science du dessin et une +extraordinaire habileté de main, qualités subordonnées pourtant à +l'infinie poésie d'une âme raffinée et mystique tout ensemble. + +A côté de l'œuvre de Luca, il faut placer le fameux _devant d'autel du +baptistère_, en argent massif, une des principales œuvres d'orfèvrerie +laissées par le XIVe et le XVe siècles. Le plan général et les +encadrements datent de 1466; ils furent exécutés par LEONARDO DE SER +CRISTOFANO, BELLO DI GERI, CRISTOFANO DI PAOLO et MICHELE DI MONTE. +Le travail des hauts reliefs intérieurs fut exécuté par Antonio POLLAJUOLO, +GHIBERTI et VERROCCHIO, et reproduit l'histoire de Saint Jean-Baptiste. Si +ceux de la naissance, dus à Pollajuolo, sont de premier ordre, on +retrouve, dans la partie centrale due à Ghiberti, les qualités et les +défauts des portes du baptistère inhérents à son style. + +Cette précieuse décoration est complétée par la _Croix_ destinée à +être placée sur l'autel, chef-d'œuvre de l'orfèvrerie du XVe siècle +achevé par ANTONIO POLLAJUOLO en 1456. Il y employa avec une habileté +consommée l'art de l'émailleur, du graveur et de l'orfèvre. La croix, +enrichie de gravures d'émaux sur paillons et de statuettes, repose sur un +pied de toute beauté, accompagné de deux précieuses figurines placées de +chaque côté, où se retrouvent la grande allure du maître, son remarquable +dessin et son précieux fini. Le tertre où est plantée la croix est +couvert de minuscules animaux où la minutie poussée à l'excès montre une +fois de plus le goût si cher aux artistes de l'époque pour l'exagération +du détail. + +ANTONIO POLLAJUOLO a encore fourni les dessins des magnifiques +_ornements religieux_ conservés dans cette salle et qui +appartenaient au trésor du baptistère. + +Dans une vaste salle contiguë sont réunis tous les modèles pour le dôme, +parmi lesquels le modèle des absides par ARNOLFO DI CAMBIO et celui de la +coupole par BRUNELLESCHI. + +En descendant la via Calzajuoli, on arrive rapidement à l'+ÉGLISE D'OR +SAN MICHELE+, édifiée en 1284 pour servir de marché et de halle aux +grains. Cet édifice, brûlé en 1304, lors de l'incendie mis à la ville par +le féroce prieur Neri degli Abbati, pour assouvir une haine de parti, fut +réparé à deux reprises, en 1308 et en 1321; mais, comme cette loggia en +bois, basse et obscure, déparait un quartier déjà embelli par les travaux +du baptistère, on résolut, en 1336, de la rebâtir et d'en faire un +palais. Les travaux furent confiés à TADDEO GADDI, à BENCI DI CIONE et à +NIERI FIORAVENTI, et la nouvelle construction consista en une grande +loggia quadrangulaire surmontée de deux étages. + +Dans cette loggia était placée la peinture sur bois d'une Vierge +miraculeuse, objet d'une si grande vénération chez les Florentins que +leur piété la comblait d'offrandes. Aussi, à la suite de la peste de +1348, la riche confrérie des grainetiers d'Or San Michele se +décida-t-elle à mettre à couvert la précieuse image peinte par BERNARDO +DADDI. ORCAGNA, auquel fut confiée cette transformation de loge ouverte +en loge fermée, s'en tira avec un rare bonheur. Il aveugla les arcades du +rez-de-chaussée où se tenait la bourse et il éclaira l'intérieur par de +belles fenêtres de marbre blanc ouvertes aux étages. Dans un angle de +cette salle partagée en deux par des piliers, il enchâssa l'image sacrée +dans un tabernacle que l'on peut considérer au double point de vue +architectonique et sculptural comme un inestimable chef-d'œuvre. + ++Le rez-de-chaussée+ d'Or San Michele est composé d'arcades +aveuglées jusqu'à mi-hauteur, remplies, dans leur partie supérieure, par +une rose de pierre ajourée reposant sur de sveltes colonnettes, +surmontées de _statuettes_ exécutées par FRANSCESCO TALENTI. Le mur, +entre chacune de ces arcatures, est occupé par une niche, variée de +forme, en marbre blanc, où se trouve une grande statue de saint en marbre +ou en bronze, don d'une corporation, toutes signées des plus grands noms +des XVe et XVIe siècles. + +A côté de l'entrée, sur la façade occidentale, la statue en bronze de +_Saint Mathieu_, offerte par les changeurs, est une belle œuvre de +GHIBERTI de 1420. + +En face, celle de _Saint Étienne_, également par GHIBERTI, fut +commandée en 1428 par les drapiers. Cette figure d'un caractère sobre et +sévère, traitée dans le sentiment de la première Renaissance, fait grand +honneur au maître. La troisième niche est occupée par _Saint Éloi_, +patron des maréchaux ferrants, ses donateurs. Cette œuvre de NINO DI +BANCO est d'une facture très développée pour son époque (1408). Ce qui +lui manque est le sentiment de la vie intellectuelle, encore absent dans +ses physionomies. Sur la face méridionale, la première niche contient la +statue de _Saint Marc_ offerte par les menuisiers, œuvre de jeunesse +de DONATELLO (1411) déjà en pleine possession de ses qualités. La figure, +noble et majestueuse, exprime la puissance et la force. La deuxième +niche, don des pelletiers, est occupée par une statue en bronze de +_Saint Jacques_, dans le caractère des «Trecentisti». Cet ouvrage +est attribué à Ghiberti en raison du ravissant bas-relief en marbre +blanc, encastré dans le mur au-dessous de la niche, qui représente la +Décollation de saint Jean-Baptiste traitée comme le sujet analogue à la +porte du baptistère. + +La niche suivante contient la statue en bronze de _Saint Jean +l'Évangéliste_, donnée par les tisseurs de soie, œuvre médiocre de +BACCIO DA MONTELUPO (1515). + +Sur la façade orientale, celle de la rue Calzajuoli, la première niche +contient la statue en bronze de _Saint Jean-Baptiste_, don des +marchands de drap, une des premières œuvres de GHIBERTI (1414), raide et +durement ciselée. + +L'architecture de la niche du milieu, due à DONATELLO, se compose de +pilastres cannelés supportant un fronton angulaire où est représentée la +Trinité. C'est une des dernières œuvres du maître, qui ne fit jamais la +statue à laquelle elle était destinée. Le groupe en bronze qu'elle +contient fut exécuté par ANDREA VERROCCHIO, à cette époque encore dans +l'atelier de Donatello et directement sous son influence. Il représente +le _Christ et saint Thomas_, et il serait digne du maître, s'il n'y +avait pas dans les draperies quelque chose de tourmenté et de cherché qui +nuit à la simplicité des lignes. Ce groupe, don des commerçants, fut +exécuté en 1483. Dans la niche suivante, la statue en bronze de _Saint +Luc_, due à JEAN DE BOLOGNE, fut donnée par les juges et les notaires, +en 1562. Elle a déjà le caractère exagéré et le mouvement intempestif de +la sculpture du XVIe siècle. + +La première niche de la face nord, don des bouchers, a reçu une assez +médiocre œuvre de la jeunesse de Donatello (1408) où le manque de +proportion est très sensible. La seconde niche contient un _Saint +Philippe_, patron des cordonniers, par NANNI DI BANCO. Dans la +troisième, un groupe de NANNI DI BANCO se compose de _quatre Saints_ +offerts par les maçons, charpentiers, forgerons et tailleurs de pierre, +et œuvre d'une valeur secondaire, exception faite du charmant petit +bas-relief qu'elle surmonte. Enfin, dans la quatrième et dernière niche, +est placé le don des armuriers, l'admirable statue en marbre blanc de +_Saint Georges_ par DONATELLO, exécutée en 1416. + +Cette œuvre de tout premier ordre représente un jeune homme debout et le +cou nu, un manteau négligemment jeté sur l'épaule. La cuirasse et les +brassards qui le protègent, ainsi que le haut bouclier hexagonal qu'il +tient devant lui, n'empêchent pas de deviner ce qu'il y a de force et de +souplesse dans ces membres si bien couverts. Sa figure juvénile, martiale +et austère, son regard libre et fier caractérisent admirablement le +chevalier chrétien, aussi éloigné du sentimentalisme que de la +forfanterie. Jamais n'a été mise au jour une image plus saisissante du +courage calme et sûr de lui. + +Il faut encore mentionner le délicieux bas-relief exécuté pour être placé +au bas de la statue, mais qui fut transporté sous la niche de la face +méridionale. Le saint à cheval transperce le dragon, tandis que sainte +Marguerite, pour laquelle il combat, prie avec ferveur. Par sa perfection +ce chef-d'œuvre serait digne de compter parmi les merveilles de l'art +grec. + +Au-dessous de chaque niche sont des _médaillons_ occupés par les +armes des corporations donatrices; cinq d'entre eux sont dus à LUCA DELLA +ROBBIA. + ++A l'intérieur+, l'admirable ciborium d'ORCAGNA fascine par sa +magnificence. Le caractère de ce petit monument est grave et la grâce en +est sévère; c'est le triomphe du génie de la première Renaissance. En +traversant le moyen âge, pour ressusciter après quatorze siècles, l'art +antique, sans perdre sa beauté, semble avoir renoncé à sa sévérité et à +son impassibilité, pour se laisser pénétrer par le sentiment qu'il +cherchera désormais à exprimer. Il était seulement beau, il devient +humain. + +Après avoir conçu son ciborium dans le style ogival florentin, Orcagna +recourut, pour le décorer et l'enrichir, à tous les procédés connus +alors. Les colonnes torses qui soutiennent le baldaquin sont mirlitonnées +de mosaïques de marbre et de verre polychrome; les marbres précieux +alternent avec une profusion inouïe de sculptures. Le ciborium est +entièrement fermé derrière l'autel par un mur sculpté dont les côtés en +retour viennent former à l'image de la Vierge un cadre d'Anges de profil +étagés en bas-relief les uns sur les autres. La face postérieure de ce +mur est divisée horizontalement en deux parties représentant la mort de +la Vierge et son Assomption. Les trois côtés qui portent les pilastres du +baldaquin sont ornés de médaillons traités en bas-relief, ressortant sur +un fond de mosaïque à dessins géométriques. Les sujets en sont: 1°la +Naissance de la Vierge, la Foi, et la Présentation au Temple; 2° l'Ange +venant annoncer sa mort à la Vierge, la Circoncision; 3° la Naissance du +Christ, la Charité et l'Adoration des Mages. L'autel a une décoration +analogue; trois de ses bas-reliefs sont remarquables: ce sont +l'Annonciation, l'Espérance, et surtout le Mariage de la Vierge, œuvre +sculpturale de premier ordre. Orcagna, pour protéger cette création +délicate contre les allées et venues des gens affairés dans la Bourse, +l'entoura d'une balustrade assez élevée formant deux étages de +compartiments de marbre ajourés et remplis par de légères rosaces de +bronze. + ++LA MAISON DES CARDEURS DE LAINE+ s'étend devant la façade d'Or San +Michele, auquel la relie une galerie de communication jetée sur une haute +arcade. Cette maison du XVe siècle est crénelée et porte l'Agneau +pascal, armes de la corporation. + +D'Or San Michele, la rue Calzajuoli mène en peu de temps à la +PLACE DE +LA SEIGNEURIE+. + +Si la Renaissance peut être considérée, à bon droit, comme la +résurrection de la personnalité humaine, encore fallait-il, avant +d'affranchir l'individu, chercher l'affranchissement des collectivités +représentées par la commune; ce fut le grand travail de la première +Renaissance. Cette marche lente, mais progressive, vers l'égalité civile, +fut marquée en Toscane par la construction successive des palais publics, +des tours et des loges communales. Aussi la place de la Seigneurie, avec +ses monuments, doit-elle être considérée comme le cœur même de Florence, +comme le berceau de ses franchises et de ses libertés, comme l'endroit où +furent prises toutes les grandes décisions de son histoire et où +sonnèrent également les heures les plus sombres de ses destinées, celles +où les luttes sanglantes entre les Gibelins et les Guelfes, ou entre les +Noirs et les Blancs, mettaient son existence même en jeu. + ++LA «LOGGIA DEI LANZI»+ est située à l'angle méridional de la place. +Parmi les privilèges que possédait l'aristocratie à Florence, trois des +principaux consistaient dans la dignité de chevalier, dans l'exercice des +fonctions consulaires et dans la possession d'une loge. + +Lorsque les Guelfes, devenus les maîtres de Florence, eurent fait +construire par Arnolfo le palais de la Seigneurie avec sa vieille tour à +mâchicoulis et à beffroi, destinée à dominer toutes les autres, leur +première pensée fut de posséder la loge nécessaire pour offrir un abri +digne de lui au premier magistrat de la République, lorsqu'il paraissait +en public. La Seigneurie rendit donc, en 1335, un décret ordonnant la +construction, à côté du palais, d'un portique destiné à cet usage. +ORCAGNA en dressa les plans; mais l'édifice, commencé après sa mort, en +1376, par ses élèves BENCI DI CIONE et FRANSCESCO TALENTI, ne fut terminé +qu'en 1391. + +La Loggia dei Lanzi est un des plus beaux monuments profanes laissés par +le style gothique tempéré du classicisme spécial à l'Italie. + +L'harmonie des proportions y est telle que ses dimensions colossales +disparaissent, tant l'impression produite est satisfaisante à l'œil. Le +portique est formé par cinq piliers qui supportent l'arc en plein cintre +de l'antiquité; à l'intérieur, la voûte à nervures très simples +correspond aux arcs extérieurs. Entre ces arcs, AGNOLO GADDI plaça des +médaillons en bas-relief représentant des _Vertus_, sujets qu'il +emprunta sans scrupule à la porte du baptistère d'Andrea Pisano, et, afin +que rien ne fût épargné pour donner à l'édifice plus de magnificence, ces +médaillons furent peints et dorés, tandis que les murs intérieurs étaient +décorés de fresques et que la voûte était semée des armoiries de +Florence, de celles du pape Innocent VIII, de la maison d'Anjou et des +Guelfes. + +Au XVIe siècle, le grand-due Cosme de Médicis, dans la crainte des +souvenirs rappelés au peuple par ce monument, témoin de sa liberté et de +son antique splendeur, eut un instant l'idée de le détruire. Grâce à +Michel-Ange consulté, la Loggia fut conservée, mais toutes ses peintures +furent effacées et elle devint le corps de garde des lansquenets de Cosme +(dei Lanzi), auxquels elle doit son nom actuel. + +Cependant, le souvenir vivace des jours passés persistant dans l'esprit +des Florentins, les Médicis transformèrent la loge en musée, cherchant à +distraire le peuple du souci de ses affaires par le spectacle journalier +d'un art énervant et efféminé. Ils placèrent le sensuel Persée sous la +statue de la Justice, tandis que le voluptueux groupe de Jean de Bologne +se dressa au-dessous de la Tempérance. + +Tout intéressantes et toutes belles que soient ces sculptures de la +Renaissance, elles sont en dissonance complète avec le style grave et +sévère de la loge d'Orcagna, de Cione et de Talenti. + ++A l'intérieur+, sous l'arcade gauche, est placé le _Persée_ en +bronze de BENVENUTO CELLINI (1553). + +Persée, debout sur le corps décapité de Méduse, en présente la tête d'une +main et tient son glaive de l'autre. Ce groupe fameux manque de +simplicité: empreint d'une grâce efféminée, il est pourtant la meilleure +et la plus énergique œuvre d'un maître bien plutôt orfèvre que sculpteur. +Le Persée est placé sur un socle de marbre blanc lourd et surchargé, où +se manifestent déjà les tendances du barocco; les statuettes qui le +décorent sont d'une complication et d'un maniérisme exagérés. En face, +sous l'arcade droite, est le groupe célèbre de _l'Enlèvement des +Sabines_, par JEAN DE BOLOGNE (1583), sculpture puissante et +mouvementée d'un grand effet. + +Cet ouvrage, comme le précédent, peut donner une idée parfaite du +changement radical qu'un siècle a suffi pour amener dans la manière même +de comprendre l'art! Tandis que les dernières années du XVe siècle +voient l'effort admirable des artistes pour atteindre à la vérité +naturaliste et réaliste, sans qu'il soit pourtant rien sacrifié des +conditions idéalistes indispensables à tout art vraiment élevé, le milieu +du XVIe siècle produit des virtuoses consommés pour lesquels tout +consiste à résoudre quelque difficile problème de technique et à réussir +le tour de force par une sorte d'acrobatie picturale ou sculpturale. +Cette recherche excessive nuit à l'émotion qu'obtiennent parfois d'autres +œuvres d'une facture bien moins accomplie. + +Sous l'arcade, vers le vieux Palais, se trouve la _Judith_ de +DONATELLO, bien fâcheusement juchée sur un socle de granit en forme de +candélabre d'où il est résulté le plus mauvais effet de raccourci. La +Judith est la plus célèbre des statues de femmes faites par Donatello. +Coulée en bronze, en 1440, pour Cosme l'Ancien, elle fut, en 1495, après +l'expulsion des Médicis, installée devant le Palais Vieux avec la fière +épigraphe «Exemplum Salutis Publicae Cives Posuere». Cet ouvrage peut +compter pour un des premiers groupes profano-héroïques où Donatello se +soit laissé emporter par son penchant au réalisme et au naturalisme. +Cette tentative, hardie alors, peut motiver certaines critiques. Judith +est embarrassée dans des draperies trop amples et trop riches qui lui +enlèvent sa fierté, tandis que le geste par lequel elle brandit le glaive +manque de noblesse; Holopherne, gisant à ses pieds, tourne le dos dans +une position forcée, c'est une figure peu attrayante; mais l'admirable +maîtrise de Donatello se retrouve dans la belle expression de la Judith +et dans les magnifiques bas-reliefs du coffre triangulaire sur lequel est +monté le groupe. + +Les autres statues de la Loggia sont d'un intérêt très relatif. Des deux +groupes placés au centre, l'un représente _Ajax avec le corps de +Patrocle_ ou _d'Achille_, antique très restauré, à la fin du +XVIe siècle; l'autre, _Hercule terrassant le centaure Nessus_, de +Jean de Bologne. Au fond sont rangées cinq médiocres statues antiques de +femmes drapées. + +L'immense masse sombre et carrée du +PALAZZO VECCHIO+ déborde sur le +côté est de la place. + +La République, instruite par les leçons de l'expérience et voulant se +mettre à l'abri des entreprises et des coups de main des factieux, fit +élever, dès 1298, par ARNOLFO DI CAMBIO, un édifice communal puissant et +robuste, mi-partie palais, mi-partie forteresse, dont l'aspect imposant +serait complété par la fière tour du beffroi dressée au-dessus de lui. +Imbu de l'esprit démocratique du temps, Arnolfo, dans cette maîtresse +œuvre, se conforma merveilleusement aux vues d'un pouvoir ombrageux qui +voulait tout à la fois protéger et surveiller Florence. Dans ce rude +édifice tout parle, tout redit l'histoire des tourmentes florentines; +elle est écrite tout entière dans ce formidable appareil de pierres +brutes, saillant en énormes bossages, dans ces mâchicoulis démesurés qui +surplombent et dont les profondes arcatures, portées par des corbeaux +décorés, sont occupées par les fières armoiries florentines: lys de +Florence, armes des prieurs avec la devise «Libertas», armes des Guelfes, +armes de la maison d'Anjou, armes du peuple florentin ou armes mi-partie, +communes à Florence et à Fiesole. Au nu des créneaux menaçants qui +couronnent les mâchicoulis, s'élance, pour ainsi dire dans le vide, la +tour carrée, elle aussi hérissée formidablement de mâchicoulis et +surmontée du beffroi où était suspendue la cloche qui appela tant de fois +les citoyens à la défense de la patrie et de la liberté. + +La façade d'ARNOLFO est tout ce qui reste de l'ancienne splendeur du +palais. Cet asile inviolable des magistrats florentins fut remanié au +XVIe siècle par VASARI, le courtisan et l'ami des Médicis, animés +eux-mêmes contre le Palais Vieux et la Loggia de la haine que leur +inspirait tout souvenir de la grandeur et de la liberté florentines. Sur +leurs ordres, Vasari coupa les étages, fit tous les agrandissements sur +la via del Leone, décora somptueusement les appartements et transforma la +sévère demeure des prieurs en une fastueuse résidence princière. Déjà en +1450, sur l'ordre de Cosme, MICHELOZZO avait dû ouvrir la cour intérieure +entourée de portiques dont les colonnes, trouvées trop simples, furent +surchargées ensuite par MARCO DA FAENZA d'arabesques en stuc dans le goût +de la décadence raphaëlesque. + +Des œuvres si nombreuses commandées par Laurent le Magnifique au +VERROCCHIO, peu ont subsisté; l'une d'elles est _l'Enfant au +Dauphin_ placé au milieu de la vasque occupant le centre de la cour. +C'est un ravissant petit amour en bronze qui s'envole en pressant contre +son cœur un dauphin, charmant ouvrage, parfait de naturel et de grâce +enfantine. + ++A l'intérieur+, un escalier monumental conduit au premier étage et +à l'immense +Salle des Cinq Cents+ construite par VASARI, qui +détruisit à cet effet toute une partie de l'intérieur du palais. Il la +décora de fresques détestables et démesurées relatives aux guerres de +Florence et de Sienne. Le plafond allégorique par Vasari est une +apothéose des Médicis. + +Un passage fait communiquer cette salle avec la +salle du Conseil+ à +laquelle donne accès une adorable porte du vieux Palais, exécutée en +marbre blanc par GIOVANNI DI TEDESCO (1388). Les colonnes torses qui lui +servent de cadre, supportent un admirable linteau où sont sculptées les +armes de Florence, celles des Guelfes, et celles de la maison d'Anjou, +triple association dont l'image mystique occupe le tympan sous la forme +de la triple face de la Trinité. Des vantaux en bronze doré, ornés de +compartiments à mascarons, complètent cette belle décoration. + +La salle du Conseil est une magnifique pièce dont le beau _plafond_ +à caissons a été sculpté par MICHELOZZO. + +Une frise décorée d'armoiries reliées par des guirlandes entoure la +salle, dont les murs sont couverts de belles tapisseries de la +manufacture de Florence où se déroule l'_Histoire de Joseph_ d'après +les dessins du BRONZINO. La petite salle voisine a également un +magnifique plafond à caissons dû à BENEDETTO DA MAJANO. + +Au deuxième étage subsistent encore quelques salles de l'ancienne +disposition. +La salle du Gonfalonier+ est actuellement nommée salle +des Lys à cause de son beau plafond à caissons dorés contenant un fleuron +autour duquel rayonnent les six fleurs de lys florentines, belle œuvre du +XVe siècle. + +GHIRLANDAJO décora de fresques murales une grande Partie des salles du +Palais Vieux. De ce travail il ne subsiste que la décoration de la salle +du Gonfalonier, et encore est-elle mutilée par une porte ouverte, sous +les Médicis, au beau milieu d'un des panneaux. Sous trois arcades d'une +magnifique architecture saint Zenobe est représenté en riches ornements +pontificaux; il est assis et bénit entre deux diacres debout. Cette belle +œuvre de Ghirlandajo est traitée avec une puissance et une largeur de +composition remarquables (1481). + +Une ravissante _porte_ sculptée par BENEDETTO DA MAJANO, en 1481, +réunit la salle des Lys à +la salle d'Audience+. Les deux vantaux de +la porte sont une mosaïque de bois où JULES DE MAJANO a représenté les +portraits de Pétrarque et de Dante. + +Le beau plafond à caissons du XVIe siècle, dans la salle d'Audience, est +l'œuvre de MARCO DEL TASSO. + +Après avoir traversé la petite +Chapelle des prieurs de +Saint-Bernard+, où Savonarole passa sa dernière nuit, puis une +succession de salles sans intérêt, à part une peinture sur bois de _la +Vierge avec l'Enfant et Saint Jean-Baptiste_ par BOTTICELLI, on arrive +à la +salle de la Justice+ décorée par BRUNELLESCHI d'une fontaine +soi-disant copie de celle de la maison de Pilate à Jérusalem. + +La +salle des Cartes géographiques+ est l'ancienne bibliothèque. +Elle est entourée d'armoires dont les portes sont décorées à l'extérieur +de cartes géographiques peintes au XVIe siècle et reproduisant le monde +connu alors. + +Sur +LA PIAZZA DELLA SIGNORIA+, à droite de l'entrée du Palazzo +Vecchio, est un groupe d'_Hercule_ et de _Cacus_ (1540) par +BACCIO BANDINELLI, le rival malheureux de Michel-Ange. A l'angle nord-est +du palais se voit aussi une fontaine surmontée d'un _Neptune_ +colossal et de _Tritons_ par Bartolommeo AMMANATI (1575). Ces +sculptures, comme les précédentes, se ressentent de l'influence +déplorable exercée par Michel-Ange sur des artistes secondaires. Des +_divinités_ marines en bronze de JEAN DE BOLOGNE contribuent à +l'ornementation de cette fontaine érigée à la place où se dressa le +bûcher de SAVONAROLE, le 23 mai 1498. A côté s'élève la _statue +équestre de Cosme_ par JEAN DE BOLOGNE (1594). + ++LE PALAIS UGGUCIONE+, sur un côté de la petite place, eut, dit-on, +Raphaël pour architecte. + + + + +II + ++LES OFFICES+ + + ++LA GALERIE DES OFFICES+ (Uffizi) occupe le palais que le grand-duc +Cosme fît construire par Vasari, de 1560 à 1574, pour y réunir divers +ordres de magistrats. Cet édifice est composé de deux longues galeries +parallèles allant de la place de la Seigneurie à l'Arno et reliées du +côté du fleuve par une courte galerie transversale. Un portique règne +autour du monument, des niches contenant les statues modernes des Toscans +célèbres sont disposées aux piliers. Du côté extérieur, face à l'Arno, +placée haut, est la _statue de Cosme Ier_ par JEAN DE BOLOGNE, +entre celles de la Justice et de la Force. A l'entrée du portique de +gauche, un escalier conduit à la galerie formée de la collection +particulière des médicis et enrichie successivement par les ducs de la +maison de Lorraine. + +Dans le premier vestibule du Musée, bustes des Médicis, bas-reliefs +antiques. Le deuxième vestibule a reçu des sculptures antiques: 1° +_Cheval_ qu'on présume avoir fait partie du groupe des Niobides; 2° +_Sanglier antique_, célèbre et remarquable ouvrage grec. + +Le long corridor occidental contient des sculptures et des tableaux. Les +sculptures antiques de cette galerie n'ont qu'une valeur relative, elles +consistent principalement en bustes et en sarcophages. Les murs des +premières travées sont consacrés aux «Trecentisti». Au milieu d'œuvres +d'un intérêt parfois secondaire se remarquent quelques joyaux précieux. + +N° 17.--PIETRO LORENZETTI. Petit tableau des anachorètes, curieux à +comparer avec la fresque du Campo Santo de Pise. + +N° 25.--SIMONE DI MARTINO et LIPPO MEMMI. _Annonciation_. SIMONE est +le maître le plus remarquable de l'école siennoise à l'époque de GIOTTO +(1285-1344). Pendant les derniers temps de sa vie, son élève Lippo Memmi +fut de moitié dans ses œuvres. Le meilleur ouvrage sorti de cette +collaboration est l'_Annonciation_ des Uffizi, peinte en 1333, où +des figures très rehaussées d'or sur fond d'or nous montrent précocement +appliqués les procédés de l'Angelico. Dans ce panneau sur bois d'un +sentiment délicieux, peint en 1333, la Vierge assise ramène chastement +autour d'elle le manteau dont elle est enveloppée. Un grand lys dans un +vase d'or la sépare de l'ange agenouillé qui lui offre le rameau +d'olivier, symbole de la réconciliation entre Dieu et les hommes amenée +par la venue du Christ. Les ailes et la riche chasuble d'or de l'ange +couronné de légères branches d'olivier, sont délicatement ouvragées, et +son exquise figure est ravissante de grâce. + +Nos 24 et 26.--Volets complétant ce triptyque: _San Ansano_ en +rose, tenant une bannière, et _Santa Giuletta_, en manteau gris, +tenant la croix et la palme du martyre. + +N° 45.--BICCI DI LORENZO (1350-1427). _S.S. Cosimo et Damiano_, +patrons de la famille Médicis; debout à côté l'un de l'autre sur un fond +d'or, vêtus de manteaux lie de vin, ils ont la tête couverte d'un voile +rouge, et tiennent en main la plume et l'écritoire. + +N° 52.--PAOLO UCCELLO (1397-1475). Tableau de bataille, un des quatre +d'une série de mêmes sujets: mêlée de chevaux et de cavaliers se +détachant sur un fond très sombre. La peinture est mouvementée pour +l'époque, mais elle frappe bien plus par la recherche de la difficulté +que par celle de la réalité et de la vie. + +PIERO DEL POLLAJUOLO (1441-1489). + + +Nos 69, _l'Espérance_ | Figures d'un grand + " 70, _la Justice_ | style, mais ayant + " 71, _la Tempérance_ | perdu leur caractère + " 72, _la Foi_ | sous de trop visibles + " 73, _la Charité_ | refaits. + + +N° 34.--LUCA SIGNORELLI. _La Vierge avec l'Enfant_. La Vierge, d'une +expression charmante, est assise par terre, en corsage rouge et en long +manteau bleu, et se penche vers l'Enfant entièrement nu qu'elle soutient +de ses deux mains. Au fond, Signorelli a placé des figures nues tout à +fait étrangères au sujet, celles d'un jeune homme faisant de la musique +et d'un autre qui l'écoute appuyé sur un long bâton. Michel-Ange, inspiré +par cette idée, usa de la même licence dans la Sainte Famille de la +tribune. + +Salles donnant sur le corridor occidental. + + +ÉCOLE TOSCANE (TROIS SALLES) + ++1° Salle A+. + +N° 1157.--LÉONARD DE VINCI (?). Tête de jeune homme vue de face, les +cheveux rejetés en arrière. Assez jolie de ton, mais d'un dessin un peu +sec et d'une expression banale. + +N° 1159.--LÉONARD DE VINCI (?). _Tête de Méduse_ coupée et gisant à +terre dans un effet de raccourci. Attribuée à Léonard, mais bien +postérieure et probablement due à un peintre de l'école milanaise qui +s'inspira de la description que Vasari avait faite d'une œuvre disparue +du maître. + +N° 1167.--MASACCIO (1401-1428). Beau portrait en buste d'un vieillard +inconnu, vêtu et coiffé de blanc, se détachant sur un fond bleu pâle. Son +visage rasé et ridé, légèrement incliné sur la poitrine, a une expression +de bonhomie narquoise. Ce fragment de fresque est également attribué à +Filippino Lippi. + +N° 1154.--INCONNU. _Le Médailleur_. Portrait d'un jeune homme aux +traits fins et intelligents; sur sa longue chevelure, il porte une +calotte rouge. Vu à mi-corps, et vêtu de noir, il tient sur son cœur une +médaille dorée, en relief, à l'effigie de Cosme de Médicis. Cette figure, +dont les mains sont remarquablement modelées, se détache sur un très +intéressant paysage; elle est connue sous le nom du Médailleur, et passe +pour être le portrait de Pic de la Mirandole peint par Andrea del +Castagno ou par Sandro Botticelli, à cette époque élève d'Andrea. + +Nos 1156 et 1158.--SANDRO BOTTICELLI. _Histoire de Judith et +d'Holopherne_, interprétée en deux très petits tableaux, avec ce +délicieux sentiment de poésie allégorique propre à Botticelli. Si la +précision, le fini précieux et l'anatomie sculpturale de l'Holopherne +rappellent Mantegna, l'envolée et la grâce charmante de la Judith font de +ce petit chef-d'œuvre une des meilleures pages du maître. + +N° 1156.--_La Judith_. Judith, suivie de sa servante, retourne vers +Béthulie qui forme paysage au fond. Elle tient d'une main un cimeterre +recourbé et de l'autre présente un rameau d'olivier, comme annonce de la +paix que par la mort d'Holopherne elle apporte à son peuple. Son ample +robe flottante est retenue autour de sa taille par des liens compliqués, +et sa démarche calme contraste avec la précipitation de sa servante, +figure d'une beauté antique qui, pressant le pas dans un mouvement +incomparable, d'une main relève sa robe pour n'être pas entravée dans sa +marche, tandis que de l'autre elle soutient sur sa tête la corbeille où +la tête d'Holopherne apparaît enveloppée de linges ensanglantés. + +N° 1158.--_Holopherne_. Sur le lit placé au fond de sa tente, le +général décapité gît nu. Deux groupes d'hommes, d'une facture remarquable +et d'un relief saisissant, le contemplent consternés. Sous la draperie +relevée de la tente on aperçoit encore deux cavaliers arrêtés dont les +attitudes montrent l'effroi et la désolation. + +N°1153.--ANTOINE POLLAJUOLO (1429-1498). _Les Travaux d'Hercule_. Ce +tout petit diptyque représente Hercule frappant l'Hydre de Lerne et +Hercule étouffant Antée. Ces compositions remarquables, modelées en +pleine lumière, sont d'une beauté et d'une chaleur de coloris étonnantes. +La vérité du mouvement, l'expression des physionomies, la finesse et le +rendu des moindres détails ont été traités par le Pollajuolo avec la +sincérité et l'emportement fougueux qui caractérisent son style. + +Nos 1178 et 1184--FRA ANGELICO (1387-1445). _Les Fiançailles et les +Funérailles de la Vierge_. Deux délicieux petits panneaux qui ont le +fini de la miniature. Conçus avec la poésie exquise de l'Angelico, ils +montrent, par la naïveté enfantine des détails matériels, à quel point +toute recherche de la réalité était indifférente ou échappait au génie +mystique du maître idéaliste. + +N° 1182.--BOTTICELLI (1447-1510).--_La Calomnie_. Lucien fait d'un +tableau disparu d'Apelles la description suivante: + +«Sur la droite siège un juge qui porte de longues oreilles du même genre +que celles de Midas. Debout à ses côtés, sont deux femmes: l'Ignorance et +la Suspicion, ses conseillères. Il tend la main vers la Calomnie qu'on +voit s'approcher sous les traits d'une femme divinement belle, mais à la +figure enflammée, émue et comme transportée de colère et de fureur. De la +main gauche elle tient renversée la torche de la justice, tandis que de +la droite elle traîne par les cheveux un jeune homme nu, qui lève les +mains vers le ciel, et semble le prendre à témoin de son innocence. Deux +autres femmes accompagnent la Calomnie, l'encouragent, arrangent ses +vêtements et prennent soin de sa parure, l'une est la Fourberie, l'autre +l'Hypocrisie. En avant de ce groupe, marche une sinistre vieille voilée +et vêtue de noir, c'est l'Envie, décharnée, pâle et hideuse. + +En arrière se trouve une femme à l'extérieur désolé, c'est la Repentance; +elle retourne la tête et, pleine de confusion, verse des larmes en +regardant la figure nue de la Vérité, qui, seule et isolée, se tient +debout, montrant le ciel du doigt, comme pour en invoquer la justice.» + +Ce sujet était éminemment fait pour tenter Botticelli, et sa passion pour +l'allégorie mythologique ne pouvait manquer de s'emparer d'un pareil +motif. Interprète fidèle et presque scrupuleux du texte, il n'y apporta +que son charme captivant et son incomparable maîtrise, appliqués aussi +bien à la beauté des figures, aux vêtements somptueux et compliqués qui +les parent, qu'au coloris lumineux et profond et aux architectures +enrichies de statues qui forment décor au fond; ses portiques luxueux +rappellent, par leur fini et même par une certaine sécheresse +sculpturale, la manière du grand Mantegna, avec lequel du reste +Botticelli a souvent plus d'un point de contact. Cette œuvre, par la +réunion de ses qualités, est une des plus saisissantes compositions +qu'ait laissées le riche XVe siècle, et les quelques défauts de +composition ou de dessin qu'on pourrait lui reprocher se perdent dans la +séduction exercée par l'ensemble. + + +ÉCOLE TOSCANE + ++2° Salle B+. + +N° 1257.--FILIPPINO LIPPI. _L'Adoration des Mages_ (1496). Une +certaine sécheresse dans la facture de ce tableau le rattacherait plutôt +au style de Ghirlandajo qu'à celui de Masaccio, le maître de Filippino. + +N° 1268.--FILIPPINO LIPPI. _La Vierge et quatre Saints_. Composition +très supérieure à la précédente. La Vierge et l'Enfant assis sur un trône +sont entourés des saints Victor et Jean-Baptiste et des saints Bernard et +Zenobe. Ce dernier est une figure de vieillard de toute beauté. + +N° 1112.--ANDREA DEL SARTO (1487-1531). _La Vierge avec l'Enfant, saint +François et saint Jean l'Évangéliste_. Dans ce tableau célèbre se +reconnaissent les qualités de coloris, de charme et de grâce extrême, +propres à Andrea, mais aussi son absence totale de sentiment religieux et +son impuissance à éprouver une émotion vraie. + +N° 1279.--_Sodoma_. ANT. BAZZI (dit le Sodoma) (1477-1549). Saint +Sébastien. Tableau peint pour servir de bannière à la confrérie de +Saint-Sébastien à Sienne. Le martyre du Saint en occupe une des faces et +l'autre est consacrée à la Vierge avec l'Enfant, accompagnés de sainte +Gismonda, œuvre admirable d'une sincérité et d'une conviction qui ne +laissent aucune place à la convention ou à l'a peu près. + +N° 1252.--LEONARD DE VINCI. _L'Adoration des Mages_. Esquisse d'un +tableau disparu, exécuté en 1478 pour le Palais Vieux. Tout incomplète +que soit cette composition traitée en clair obscur, elle témoigne de la +prodigieuse sincérité de Léonard et de la conscience avec laquelle il se +livrait aux plus minutieuses études pour la moindre composition. Il a +cherché ici le contraste violent entre le calme des personnages en +adoration sur le premier plan et l'agitation des figures du second plan +où se poursuivent des luttes et des combats. + +N° 1257.--FILIPPO LIPPI (1454-1504). _Adoration des Rois_. Une des +œuvres les plus remarquables et les plus considérables du maître. +Commandée en 1496 par les Médicis, l'artiste dut y représenter leurs +portraits sous les traits des Rois Mages, et il groupa dans leur suite +ceux de tout ce que Florence alors comptait d'hommes illustres. + +N° 1288.--LÉONARD DE VINCI. _L'Annonciation_. Ce tableau en longueur +fut exécuté en 1471, pendant que Léonard était encore sous la direction +de Verrocchio. Il avait été commandé par le couvent de Monte Oliveto, et +si l'on sent encore quelque inexpérience dans la couleur un peu lourde et +dans l'emploi d'architectures trop surchargées, les figures et les +paysages sont déjà traités avec un art consommé. + +Rien ne peut rendre le charme et la grâce de la Vierge, la noblesse de +son attitude, l'ampleur de ses vêtements. Assise sur une terrasse au +seuil de sa maison, elle lit un livre placé sur un pupitre dont la base +est un admirable autel antique. + +L'Archange reposant à peine sur terre, tant il semble encore soutenu par +ses ailes déployées, s'agenouille en face de la Vierge pour la salutation +angélique; un lys à la main, et vêtu de blanc, il est drapé d'un +somptueux manteau rouge, rehaussé d'ors discrets. + +La terrasse, parsemée de fleurs, laisse apercevoir par-dessus sa +balustrade un paysage idéal auquel les cyprès du premier plan, avec leurs +grêles silhouettes découpées sur le fond du ciel, donnent le caractère de +poignante mélancolie particulière aux couchers de soleil toscans. + +N° 1301.--ANTONIO DEL POLLAJUOLO. _Saint Eustache, saint Jacques et +saint Vincent_. Ces trois magnifiques figures sont debout sur une +terrasse d'où l'on découvre un vaste paysage. Elles sont peintes avec une +vigueur de style et une fraîcheur de coloris admirables et vêtues avec +une somptuosité extrême. Cette œuvre, une des plus parfaites d'un grand +et noble artiste, est de premier ordre. + +N° 1300.--PIERO DELLA FRANCESCA. Portraits de _Frédéric de +Montefeltro_, duc d'Urbin, et de _Battista Sforza_, sa femme. Ce +petit diptyque est considéré comme le chef-d'œuvre des peintures à +l'huile du maître, tant la composition et l'exécution en sont d'une +incomparable beauté. Le prince et la princesse, en buste et de profil, se +regardent; ils sont modelés en pleine lumière, sans ombre, et se +silhouettent avec une vigueur étonnante sur un fin et délicieux paysage. + +Les volets extérieurs du diptyque sont, avec une égale perfection, +peut-être plus curieux encore par l'idée mythologique qu'ils +interprètent. Sur un fond de paysage faisant suite au précédent, +s'avancent l'un vers l'autre deux chars triomphaux. Sur l'un, est assis +le duc Frédéric couronné par la Victoire, debout derrière lui. Les +chevaux sont conduits par l'Amour, et, devant le prince, sont groupées +les Vertus cardinales. + +La duchesse occupe l'autre, elle est assise également et escortée de deux +figures de femmes. Son char est attelé de licornes, symboles de pureté, +que précèdent la Foi et la Charité. + +Toutes ces figures minuscules sont peintes avec délicatesse; elles +n'occupent que la partie supérieure des panneaux, dont le bas est pris +par une inscription latine. + +N° 1290.--BEATO ANGELICO. _Couronnement de la Vierge_. Le sujet de +ce tableau a permis au maître de s'abandonner sans réserve au ravissement +de traiter des béatitudes célestes; aussi est-ce un de ceux qu'il a +peints avec le plus de perfection et d'amour. + +Sur un fond d'or strié figurant les rayons d'une gloire, trônent le +Christ et la Vierge entourés d'un chœur immense de délicieux petits anges +dansant, chantant ou jouant de divers instruments, tandis qu'en avant +s'échelonnent les élus et les saints. Rien ne peut exprimer la grâce et +la divine allégresse de toutes ces délicates figures vraiment béatifiées +par le mysticisme profond et touchant d'une âme exquise. Les attitudes +sont variées à l'infini, les visages sont peints avec le précieux fini de +la miniature; quant aux vêtements, ils sont toujours traités de la même +manière, dans les tons extrêmement vifs de l'enluminure, avec de nombreux +rehauts d'or. Au premier abord, ce parti pris donne quelque chose d'un +peu heurté, et presque de désagréable, auquel il faut que l'œil s'habitue +pour subir dans sa plénitude le charme fascinateur propre aux +compositions idéales de l'Angelico. + +N° 1306.--ANT. DEL POLLAJUOLO. _La Prudence_. Superbe figure de +femme assise sur un siège de marbre. Elle tient d'une main le miroir +symbolique, tandis qu'autour de l'autre s'enroule le serpent de la +sagacité. Elle est vêtue d'une tunique enrichie de pierres avec des +manches de brocart; sur ses épaules et sur ses genoux est drapé un +magnifique manteau dont la coloration fait déjà pressentir celle de +Michel-Ange. + +Le détail de cette œuvre de premier ordre est une merveille de rendu. + +N° 1267bis.--SANDRO FILIPEPPI, dit BOTICELLI. _La Vierge et +l'Enfant_. Ce tableau en forme de médaillon compte assurément parmi +les meilleures compositions religieuses du maître, dont la nature, +d'ailleurs éminemment profane, fut hostile par essence aux +interprétations pieuses qui réclament une absence de recherche et une +simplicité inconciliables avec la complication de son propre tempérament. +La Vierge, assise de profil, tient l'Enfant mal dessiné et boursouflé; sa +tête délicieuse, légèrement penchée, est couverte d'un fin tissu de gaze +rayée noué autour du cou d'une manière recherchée. Debout devant elle, +deux ravissantes figures d'adolescents lui présentent un livre ouvert et +une écritoire, tandis que, plus en arrière, s'incline en souriant un +troisième jeune homme. + +N° 1289.--BOTTICELLI. _La Vierge et l'Enfant à la Grenade_. + +N° 1299.--BOTTICELLI. _La Force_. On retrouve l'école dans ce +tableau de jeunesse peint pour la série des Vertus, dans l'atelier de +Pollajuolo. + +Botticelli, n'étant pas encore maître de son talent, a appliqué à cette +œuvre des principes contraires à son tempérament; aussi y +contracte-t-elle quelque chose de dur et de heurté. + +N° 1307.--FRA FILIPPO LIPPI (1412-1496). _La Vierge adore l'Enfant +présenté par deux anges_. Ce tableau, peint pour la chapelle du palais +de Cosme l'Ancien, est une des dernières et des meilleures œuvres du +maître; la Vierge surtout est une des plus charmantes créations de la +peinture florentine. Elle est représentée sous les traits d'une très +jeune fille à l'expression naïve et pure, vêtue d'une robe coupée à la +mode florentine et dont la légère chevelure est couverte de fins voiles +transparents. Assise dans un fauteuil, elle joint les mains et contemple +avec recueillement l'Enfant que lui présentent deux anges d'un dessin peu +agréable et même défectueux. + +N° 1291.--LUCA SIGNORELLI (1441-1524). _Sainte Famille_. Ce tableau +rond, dans le style large, dépouillé de tout artifice du maître, montre +avec ses admirables qualités de composition et de dessin, sa science +consommée du clair obscur, égale souvent à celle de Léonard. + +N° 1298.--LUCA SIGNORELLI. _L'Annonciation, la Nativité et l'Adoration +des Mages_. Précieuse prédelle où les très petites figures sont +traitées tout à la fois avec un fini remarquable et la largeur de style +des «Fulminati» d'Orvieto ou des «soldats de Totila» du Mont-Cassin. + + +LA TRIBUNE + +La décoration de la Tribune, haute pièce ronde surmontée d'une coupole, +fut confiée par les Médicis, en 1581, à Pocetti; elle est ce qu'a pu +donner de moins mauvais le style barocco, et les incrustations de nacre +qui en forment l'ornementation ne manquent ni d'élégance ni de goût. + +Au pourtour de cette salle sont placées de célèbres statues antiques. + +N° 342.--_La Vénus_, dite de Médicis, ouvrage du sculpteur athénien +KLEOMENES, fils d'Apollodoros, est environ du IIe siècle avant notre +ère. + +Entre toutes les représentations d'Aphrodite, la Vénus de Médicis est +évidemment le meilleur spécimen de celles où les artistes tentèrent de +montrer la déesse sous des traits jeunes et purs, peu en rapport, +semble-t-il, avec l'idée évoquée par la déesse de l'amour, dans la +plénitude d'une force physique exclusive de toute gracilité mièvre ou +efféminée. Elle fut découverte en 1680, près de Tivoli, dans les +premières fouilles de cette villa dont l'empereur Adrien avait fait un +incomparable musée et d'où furent exhumés en même temps les deux +chefs-d'œuvre, ses voisins à la Tribune: les Lutteurs et le Rémouleur. +Les trois statues, achetées par le cardinal Ferdinand de Médicis, furent +apportées à Florence dès 1681, sous le règne de Cosme III. + +La Vénus, retrouvée sans bras, a été restaurée dans le mauvais style du +XVIIe siècle, par des praticiens médiocres; il est donc difficile de la +concevoir dans sa splendeur passée alors que la chevelure était dorée, +que les oreilles étaient garnies de pendants précieux et que les yeux +étaient peints. + +N° 343.--_Les Lutteurs_. Des nombreux groupes de lutte, sujet si +cher à l'antiquité, celui de la Tribune semble un des meilleurs. + +Il a, par malheur, subi tous les remaniements possibles. Retrouvé sans +têtes, on lui donna celles de deux Niobides, mais ce choix fut fait par +quelqu'un de si versé dans l'art sculptural qu'elles s'adaptent de façon +à faire croire qu'elles sont les têtes originales. A dire vrai, les +torses seuls sont intacts, mais ils suffisent, tels quels, pour rendre ce +groupe captivant par la prodigieuse sensation de mouvement et de vie qui +s'en dégage. + +N° 344.--_Le Satyre dansant_, œuvre grecque de la plus belle époque. +La tête, les bras et les cymbales ont été refaits par Michel-Ange. Le +reste du corps est un chef-d'œuvre de mouvement, tant le satyre apporte +de vie et de passion à sa danse; le pied droit est appuyé sur le +«scabillum», instrument en forme de soufflet, dont se tiraient des sons +perçants. + +N°345.--_L'Apollino_. La beauté de cette statue antique est +singulièrement diminuée par l'enduit de stuc dont on dut la recouvrir +pour la consolider. + +N° 346.--_L'Arrotino_ (_le Rémouleur_). Un des marbres les plus +célèbres de l'école de Pergame, c'est-à-dire de la dernière période de +l'art grec. Cette statue, dont la parenté avec _le Gladiateur +mourant_ du Capitole est évidente, représente un homme âgé, accroupi +devant une pierre sur laquelle il aiguise son couteau, la tête relevée et +le regard interrogateur. + +La critique considère maintenant l'Arrotino comme un Scythe, esclave +d'Apollon, et son action comme la préparation à l'écorchement de Marsyas. +Le polissage donné au marbre lors de sa découverte en 1675, l'a fait +longtemps prendre pour une œuvre moderne de la Renaissance. + +Les plus belles peintures des Offices sont réunies dans cette salle. + +N° 1131.--RAPHAEL_. Portrait du pape Jules II_ Les portraits peints +par Raphaël sont d'un tout autre ordre que ceux de maîtres tels que le +Titien ou Van Dyck, qui étaient spécialement des peintres de portraits. +Raphaël ne fit le portrait qu'incidemment et toujours sous l'influence de +sa manière du moment. Celui de Jules II est de l'époque romaine et d'une +tonalité très sombre, fortement impressionnée comme coloris par les +Vénitiens. + +Dans cette toile qui appartenait à la famille de la Rovere, on regrette +de ne retrouver ni la vivacité, ni le feu du regard qu'on serait en droit +d'attendre du violent, passionné et fougueux pontife. + +N° 129.--RAPHAEL_. La Vierge du Chardonneret_. Ce tableau, dans la +première manière de Raphaël, fut exécuté en 1548, à Florence, pour la +famille Nasi. D'une grâce charmante, mais banale, d'une perfection +absolue, mais froide, sans aucun appel à un sentiment plus profond, il +vous laisse indifférent. + +N° 1127.--RAPHAEL_. Saint Jean dans le désert_, une des nombreuses +copies de ce sujet traité par le maître et dont l'original a disparu. + +N° 1123.--SEBASTIEN DEL PIOMBO. Portrait d'une jeune Vénitienne, tableau +nommé _la Fornarina_ et longtemps attribué à Raphaël. Fra Sebastiano +peignit cette toile, véritable chef-d'œuvre, en 1512, à Rome, où l'avait +appelé Agostino Chigi pour travailler à la décoration de la Farnésine. +Si, dans cet ouvrage remarquable, il est encore sous l'influence de Palma +le Vieux pour le dessin, il a bien davantage la coloration lumineuse et +dorée de son maître le Giorgione. + +N° 1120.--RAPHAEL_. Portrait d'une Inconnue_ qu'on croit pourtant de +la famille Doni. Ce portrait a été peint en 1505, au moment où Raphaël, à +peine arrivé à Florence, était encore sous l'influence directe du +Pérugin. C'est une très belle toile, d'une grande simplicité d'allure et +d'une couleur superbe. + +N° 1117.--TIZIANO VECELLI (LE TITIEN) (1477-1576). _La Vénus au petit +chien_. Ce portrait de la duchesse d'Urbin la représente sous les +traits d'une Vénus nue couchée sur un lit où se pelotonne son petit +chien. Cette toile, d'une prodigieuse intensité de couleur, est superbe +de modelé et de vie palpitante où débordent la joie et la volupté. + +N° 1139.--MICHEL-ANGE BUONARROTI. _Sainte Famille_. Ce tableau en +forme de médaillon est un des seuls de cet ordre et de cette dimension +peints par le maître. Il y a uniquement recherché la difficulté, et la +position de la Vierge assise à terre, élevant vers saint Joseph debout +derrière elle l'Enfant qu'elle tient à bras tendus, donne un désagréable +effet de raccourci où il n'a été apparemment visé qu'au tour de force. Le +fond du tableau est occupé par des figures de jeunes hommes nus, que rien +ne relie au sujet, placés là par Michel-Ange uniquement à l'instar de +Signorelli, sans aucun des prétextes ni aucune des excuses de cet +illustre devancier. En effet, à l'époque de Signorelli, l'art était +limité par des bornes si étroites qu'il s'agissait avant tout de +l'élargir, et, en plaçant avec une hardiesse presque téméraire des +figures nues à l'arrière-plan d'un sujet sacré, Signorelli visait un but +précis, celui d'émanciper l'artiste jusque-là asservi à des formules et +de consacrer le principe de la liberté absolue dans le domaine des +interprétations. + +N° 1141.--ALBERT DÜRER (1461-1528). _Adoration des Mages_. Ce +tableau, chef-d'œuvre de l'école allemande, atteint à la perfection. Le +grand Dürer le peignit en 1504, après son voyage en Italie et au moment +où il était à l'apogée de son beau et sincère talent. La foule des +personnages qu'il a représentés dans des attitudes aussi nobles que +variées, la somptuosité des vêtements, la diversité des physionomies, +font de cette œuvre une peinture aussi intéressante qu'attachante. Dürer +s'est livré à son goût pour la minutie dans sa recherche des détails: +fleurs, insectes, papillons et scarabées traités avec le fini précieux de +la miniature. + +N° 1118.--CORRÈGE (1494-1534). _Le Repos en Égypte avec saint +Bernard_. Ce tableau est un des premiers où le Corrège, se laissant +aller à ses goûts personnels, fit d'un sujet religieux un tableau de +genre. Malgré bien des imperfections et des incorrections encore, il a +déjà son coloris lumineux et profond, ainsi que la beauté de son modelé. + +N° 1111.--MANTEGNA (1431-1506). Triptyque admirable où sont peintes, +_l'Adoration des Rois_ et, sur les côtés, _la Circoncision et la +Résurrection_. + +Ces précieuses peintures, œuvres de la jeunesse de Mantegna, exécutées en +1454, décoraient la chapelle des ducs de Gonzague à Mantoue; le volet de +droite, consacré à la Circoncision, est d'une beauté antique: c'est du +grand art dans toute sa noble et sévère pureté et rien n'a jamais été +fait de comparable comme élévation et comme forme. + + +ÉCOLE ITALIENNE MAITRES DIVERS. + ++Salle IV+. + +Tableaux divers: _Albane, Allori, Bassano, Canaletto, Corrège_. + +N° 1025.--ANDRÉ MANTEGNA. _La Vierge aux Rochers_. Cette petite +perle, traitée comme de la miniature, fut peinte à Rome en 1489. La +Vierge, assise sur un extraordinaire rocher de schiste hérissé de ses +lamelles, est somptueusement vêtue: sur une jambe presque repliée, elle +tient à califourchon l'Enfant pris dans un merveilleux raccourci, et sa +tête austère et grave rappelle les belles figures des Van Eyck. Le long +du rocher serpente en contre-bas une route suivie par des troupeaux et +des personnages minuscules. La beauté du paysage est l'admirable +complément de ce petit chef-d'œuvre. + + +ÉCOLE HOLLANDAISE + ++Salle V+. + +N° 695.--LUCAS DE LEYDE (?) (1494-1533). Petit portrait en buste de +_Ferdinand, infant d'Espagne_. + +Le profil, tourné à gauche et un peu sec, se détache sur un fond bleu +clair. Le prince porte des cheveux longs et à son grand chapeau est fixé +un insigne en pierreries. + +Les Gaspard Netscher sont prodigués dans cette salle peu intéressante. + + +ÉCOLES ALLEMANDE ET FLAMANDE + +(1re salle) + ++Salle VI+. + +N° 795.--ROGER VAN DER WEYDEN (1400-1468). _Jésus au Sépulcre_. +Au-dessus du rocher où est creusé le sépulcre, on aperçoit les trois +croix du Calvaire et la ville de Jérusalem. En avant du tombeau, saint +Jean et la Vierge soutiennent les deux bras du Christ devant lequel est +agenouillée la Madeleine, tandis que Nicodème et Joseph d'Arimathie +supportent le corps raidi par la mort. + +La coloration, le dessin et la pensée dont est animé ce tableau, sont +admirables, et les costumes, traités avec le plus grand soin, sont +remplis d'intérêt. + +N° 784.--HANS HOLBEIN, LE JEUNE. _Portrait de Zwingli_. Le +réformateur est un homme puissant, dont la large figure respire la +bonhomie. Il porte la moustache et une longue barbiche blanche; l'œil est +fin et intelligent. + +Nos 777 et 768.--ALBERT DÜRER. _Portrait de son père en buste_. +Cette œuvre admirable, d'une grande simplicité, appartient à la manière +de Dürer avant l'influence italienne et forme un intéressant contraste +avec les deux précédents. + +N° 765.--HANS HOLBEIN, LE JEUNE. _Richard Southwell_. Il est en noir +sur fond vert, coiffé d'une barrette noire; la tête a une certaine +sécheresse. + +N° 850.--HANS HOLBEIN (cadre contenant plusieurs petites têtes). + +N° IX.--_Médaillon de Hans Holbein_. Charmante petite tête d'homme, +de face; il porte toute sa barbe et est coiffé de la barrette noire. + +N° 847.--LUCAS CRANACH (1472-1553). _Luther et Mélanchthon_. + +N° 845.--_Jean_ et _Frédéric_, électeurs de Saxe. Quatre petits +portraits sur fond turquoise. + + +ÉCOLES ALLEMANDE ET FLAMANDE + +(2e salle) + ++Salle VII+. + +SCHOUFFLEIN DE NUREMBERG (1492-1539). Plusieurs scènes de la vie de +_Saint Pierre_ et de _Saint Paul_. + +N° 703.--JEAN MEMLING. _La Madone sur un trône_. Ce délicat petit +tableau, d'une finesse exquise, si on le compare aux œuvres des primitifs +florentins, donne peut-être la supériorité aux maîtres flamands pour le +rendu et la minutie du détail. C'est de la peinture à la fois aussi large +et aussi poussée que possible. + +La Vierge, assise sur un trône derrière lequel est tendue une étoffe de +brocart, est entièrement vêtue de rouge, y compris son voile, et le bas +de sa robe tombe sur un superbe tapis d'Orient placé devant elle. De ses +deux mains elle porte l'Enfant Jésus, qui tient de la main gauche une +cerise et tend la droite pour recevoir une pomme présentée par un ange +agenouillé. Cet ange, vêtu d'une dalmatique passée sur sa robe blanche, +porte de l'autre main son violon et son archet, tandis qu'un second ange +agenouillé joue de la harpe. + +Le premier plan est séparé du fond par une arcade enrichie de motifs +sculpturaux traités avec une étonnante perfection et à travers lesquels +s'aperçoit un beau paysage flamand tout différent des fonds peints par +les maîtres italiens. + + +ÉCOLE FRANÇAISE + ++Salle VIII+. + +N° 674.--LARGILLIÈRE. _Portrait de Jean-Baptiste Rousseau_. + +La tête de face, d'une belle couleur, est coiffée d'un bonnet de velours +bleu à la Rembrandt. Son costume se compose d'une robe du même velours +bleu drapée avec art; elle est doublée de satin orange, brodée et garnie +de dentelle. + +N° 671.--ANTOINE WATTEAU. _Le Joueur de flûte_. Des cavaliers et des +dames écoutent dans un jardin un joueur de flûte. + +N° 667.--FRANÇOIS CLOUET (1500-1572). Petit portrait équestre du roi de +France, _François Ier_, monté sur un cheval blanc harnaché +d'entrelacs de velours cramoisi. Peut-être le chef-d'œuvre de Clouet. + +Le roi est armé de toutes pièces, seulement le casque est remplacé par la +petite toque noire à plume blanche; les détails infinis de l'armure noire +niellée d'or sont traités d'une façon merveilleuse. + + +LES GEMMES + ++Salle IX+. + +La petite salle des gemmes est un cabinet de forme elliptique entouré de +six armoires vitrées, où sont contenus les ouvrages en pierre dure, +cristal de roche, lapis et autres gemmes, au nombre de quatre cents, qui +constituaient la précieuse collection des Médicis. + +_Armoire II_.--Cassette en cristal de roche, peut-être le plus +précieux morceau de la collection. L'histoire de Jésus-Christ y est +représentée en vingt-quatre compartiments gravés en creux. Cet objet fut +commandé à VICENTINO BELLI par le pape Clément VII et fut donné par lui à +François Ier, lors du mariage d'Henri II et de Catherine de Médicis. +VICENTINO forcé, comme les della Robbia, par la matière à laquelle il +s'était consacré, à une extrême tenue de style et à une simplicité +sévère, déploie un art véritable dans ses ouvrages. Dans la même armoire, +un autre exemple du goût de Vicentino est l'admirable coupe en cristal +dont le couvercle en or émaillé, attribué à Benvenuto Cellini, porte les +chiffres entrelacés d'Henri II et de Diane de Poitiers pour laquelle la +pièce fut commandée. + +_Armoire V_.--Coupe en pierre dure attribuée à Jean de Bologne et +dont le couvercle est surmonté d'Hercule terrassant l'Hydre de Lerne. + +_Armoire VI_.--Coupe en cristal de roche, par Benvenuto Cellini. + + ++Corridor méridional donnant sur l'Arno+. + +N° 137.--_Autel antique_ de la belle époque grecque. Il représente +Iphigénie conduite au sacrifice. + +N° 138.--_Le Spinero_, le tireur d'épines, réplique antique en +marbre du beau bronze du Capitole. + +N° 141.--_Base triangulaire_ représentant trois belles figures de +femmes en bas-relief, ouvrage grec du plus beau style. + +MICHEL-ANGE. _Bacchus avec un satyre derrière lui_. Ce bel ouvrage +de jeunesse fut exécuté pendant que le maître était encore tellement imbu +de l'antiquité que tout l'art pour lui se réduisait à la reproduire +exactement. C'est ce qui explique l'attribution d'antique donnée +longtemps à cet ouvrage remarquable et d'un caractère unique dans l'œuvre +du maître. + +Dans le corridor occidental. + +Nos 155 et 156.--_Deux statues de Marsyas_ plus grandes que nature +restaurées, l'une par Donatello, l'autre par Verrocchio. + +Salles donnant sur le corridor occidental. + + +ÉCOLE VÉNITIENNE (1re salle) + ++Salle XXIII+. + +ECOLE VÉNITIENNE. Le cardinal Léopold de Médicis acheta en 1654 la +collection de Paul de Sera, riche marchand florentin établi à Venise. +C'est de cette galerie que proviennent presque tous les tableaux de +l'école Vénitienne du musée des Offices. Au milieu d'un ensemble plutôt +secondaire, quelques toiles sont de premier ordre. + +N° 767.--FRA SEBASTIANO DEL PIOMBO (attribué au Moretto). _La Mort +d'Adonis_. Les belles formes et la noble attitude de Vénus accompagnée +de nymphes désolées, rappellent la pure et grave manière de Palma. Le +paysage du fond, franchement vénitien, est fort beau. + +Nos 599 et 605.--TITIEN. _Portraits du duc François-Marie d'Urbin_ +en armure, sur un fond rouge, et de sa femme la _duchesse d'Urbin_ +assise dans un fauteuil et déjà âgée. Ces portraits, peut-être la plus +remarquable œuvre de l'époque, furent peints en 1537; ils sont admirables +de caractère, tout en étant d'un fini d'exécution précieux. On retrouve +dans celui de la duchesse le même petit chien pelotonné que dans la Vénus +couchée de la Tribune. + +N° 626.--TITIEN. _La Flore_. Dans cette superbe toile on ne saura +jamais la part réelle qu'a la nature ou qui revient à la fantaisie +imaginative du maître. C'est une jeune et admirable Vénitienne blonde, +vêtue d'une chemise légère, sur laquelle elle ramène une draperie rose, +tandis que sa main tendue tient des fleurs. Rien ne peut rendre la +largeur et la maëstria avec lesquelles le Titien a peint ce chef-d'œuvre. + +N° 648.--TITIEN. _Portrait de Catherine Cornaro_, reine de Chypre. +Elle est représentée avec la roue de sa patronne, sainte Catherine +d'Alexandrie. Ce portrait est plus intéressant par le costume que par la +facture. + + +ÉCOLE VÉNITIENNE (2e salle) + ++Salle XXIV+. + +N° 629.--MORONE. _Portrait d'un savant_, remarquable peinture. + +N° 631.--JEAN BELLIN (attribué à Basaiti). _La Vierge au lac_. Sur +un rocher qui domine la rive d'un lac solitaire, la Vierge est adorée par +saint Joseph, saint Paul, saint Sébastien et plusieurs autres saints. Le +délicieux paysage du fond contribue à la beauté grave et mélancolique de +ce délicat petit chef-d'œuvre. + +Nos 601 et 638.--TINTORET. Deux très beaux portraits de l'_amiral +Venier_ et de _Jacob Sansovino_, sculpteur et architecte, peint +dans sa vieillesse un compas à la main. + +Au fond des salles de la peinture vénitienne s'ouvre le cabinet des +médailles. + +Retournant sur ses pas au corridor oriental, on prend un couloir +conduisant à la salle dite de «Lorenzo Monaco» où ont été réunis quelques +ouvrages remarquables des «Quatrocentisti». Ils sont mieux éclairés que +dans les autres salles du musée. + + +SALLE DE LORENZO MONACO + +N° 1309.--LORENZO MONACO. _Le Couronnement de la Vierge_, peint en +1413 et provenant de la Badia de Cerretan. C'est un grand retable sur +fond or à trois compartiments, intéressant surtout par son style gothique +absolu. + +N°1310.--GENTILE DA FABRIANO(1425). _Sainte Madeleine, Saint Nicolas de +Bari, Saint Jean_ et _Saint Georges_ dans quatre compartiments +sur fond or; ces figures sont elles-mêmes richement rehaussées d'or. + +N° 17.--BEATO ANGELICO. _Grand retable_ à volets sur fond or. Peint +en 1443 pour la corporation des marchands de tissus de lin. Au milieu est +la figure colossale de la Vierge assise et sur les volets extérieurs et +intérieurs sont les quatre Évangélistes. Dans ce tableau on peut se +rendre un compte exact de l'impossibilité où se trouvait Angelico +d'excéder certaines proportions hormis dans la fresque. Pour une œuvre de +cette dimension, l'absence de science anatomique, le manque d'animation +et de vie des personnages sont des défauts frappants, qui deviennent trop +sensibles. + +La véritable voie d'Angelico, celle où il est unique, est +l'interprétation des joies et des béatitudes célestes par des figures +hiératiques et mystiques de petites proportions; aussi les douze anges +qui encadrent la Vierge et jouent de différents instruments sont-ils de +beaucoup la meilleure partie de l'œuvre, et plusieurs d'entre eux peuvent +compter parmi les plus idéales compositions du maître. + +N°1297.--DOMENICO GHIRLANDAJO. _Vierge et Enfant_.--La Vierge est +assise sur un trône entouré d'une balustrade derrière laquelle se +pressent quatre chérubins avec des lys; sur son genou gauche L'Enfant +porte la sphère et bénit. A ses côtés se tiennent saint Michel et +L'archange Gabriel, au premier plan sont agenouillés deux saints évêques +de chaque côté d'un vase de fleurs. La tonalité un peu grise de cette +jolie composition la ferait plutôt attribuer à Ridolfo Ghirlandajo. + +N° 1286.--SANDRO BOTTICELLI. _Adoration des Mages_ (1466). Ce +tableau, peint par Botticelli encore très jeune pour Cosme l'Ancien, se +ressent des influences de ses maîtres et tel personnage semble échappé du +pinceau de Pollajuolo, tandis que tel autre, comme la Vierge par exemple, +est empreint du sentiment gracieux de Lippi. Toutefois, combien, par la +science de la composition, par le groupement des personnages, Botticelli +leur est-il déjà supérieur! + +Devant un rocher, au milieu de ruines fantaisistes, la Vierge mince et +élancée reçoit les Rois Mages agenouillés sur des plans différents et qui +sont les portraits de Cosme, de son fils Jean et de son petit-fils +Julien. Cosme, vêtu à la Pollajuolo d'une robe noire couverte de +broderies d'or, est le plus rapproché de la Vierge. + +Au premier plan, vu de dos, Jean, en manteau rouge à revers d'hermine, le +chapeau posé à terre, est accompagné de son fils Julien vêtu de blanc. + +Les autres personnages dont le groupement mouvementé concourt à l'action, +sont également des portraits et quelques-uns même sont des portraits de +premier ordre. Il faut citer particulièrement la splendide, austère et +grave figure d'un homme jeune vêtu de noir avec des chausses vertes, puis +celle d'un adolescent en manteau bleu clair dont le profil exprime +l'adoration et l'extase, tandis qu'un autre portant la tunique florentine +rouge à manches bleu de ciel, les mains croisées sur son épée fichée en +terre devant lui, regarde d'un œil dédaigneux ce qui l'entoure; aussi, +son voisin a-t-il l'air de le ramener à la réalité en lui montrant la +scène. + +On peut considérer cette œuvre comme une des plus précieuses qu'aient +laissées les «Quattrocentisti» et une des plus complètement belles de +l'art florentin. + +N° 59.--SANDRO BOTTICELLI. _La Naissance de Vénus_. Autre œuvre de +jeunesse, peinte simultanément avec l'allégorie du Printemps, sur l'ordre +de Pierre de Médicis, pour la décoration de sa villa de Castello. C'est +le premier sujet mythologique où s'essaya le maître; aussi est-il d'une +jeunesse, d'une poésie et d'un charme inexprimables. Rien ne peut rendre +la grâce de cette figure de Vénus quasiment vêtue de sa chevelure d'or, +debout sur la conque à reflets dorés qu'elle va quitter pour descendre au +rivage de Cythère. Son beau corps est légèrement penché en avant, sur son +instable nacelle que poussent les zéphyrs, et le Printemps, figuré sous +les traits charmants d'une jeune femme, sort d'un bois de lauriers à +reflets dorés pour recevoir la déesse dans les plis d'un manteau semé de +fleurs et gonflé par le vent. Moins énigmatique que celui de l'Académie, +le Printemps est vêtu d'une flottante robe blanche, parsemée de bleuets, +retenue autour de la taille par une ceinture formée de branches de roses. +Ses admirables cheveux dorés flottent en arrière et toute son élégante +silhouette se découpe sur le manteau de la déesse. Certaines naïvetés de +facture, telles que les vagues de la mer, donnent encore une saveur +particulière à cette charmante composition où les personnages sont d'une +taille plus importante que ne le sont les figures habituelles de +Botticelli. + +N° 1309.--DOMENICO VENEZIANO. _La Vierge_ trônant sous des arcades +et entourée de quatre saints. + +Cette peinture un peu blafarde est la seule sûrement attribuée à ce +peintre, maître de Piero della Francesca. + + +SALLES DES PORTRAITS DES PEINTRES PEINTS PAR EUX-MÊMES + ++Salle XIX+. + +MAITRES ANCIENS. + +N° 233.--_Rubens_ sans chapeau (1610). + +N° 228.--_Rubens_ avec chapeau (1620). + +N° 354.--_Giovanni Bellini_. Beau portrait d'homme faussement donné +comme le sien, buste dont le visage rose est encadré de longs cheveux +roux coupés à la florentine. + +N° 549.--_Mme Vigée-Lebrun_. + +N° 290.--Michel-Ange (mauvaise œuvre du XVIIIe siècle). + +N° 292.--_Léonard de Vinci_. Portrait exécuté probablement par +Schidone. Belle tête jeune et énergique où de longs cheveux blonds se +confondent avec la barbe soyeuse et épaisse, d'un ton doré. + +N° 288.--_Raphaël_. Ce joli portrait (1506) est de la même époque et +de la même valeur que celui de Madeleine Doni. Cette œuvre intéressante +de sa première manière a malheureusement beaucoup souffert. Raphaël s'y +est représenté sous les traits d'un jeune homme vu de dos, la tête +tournée à droite et le visage encadré de longs cheveux châtains. Il porte +la tunique et la barrette noire. + +N° 287.--PIETRO PÉRUGIN. Le plus beau des portraits dus au Pérugin +(1494). Il représente l'espagnol _Lopez Perego_ et est d'une +individualité, d'une finesse de coloration et d'un ton doré remarquables. +Le visage rasé, vu de face, encadré de cheveux blonds ébouriffés, est +surprenant de vie. + +N° 223.--_Antoine Van Dyck_. + +N° 237.--_Quentin Matsys_. + +N° 236.--_Antonio Moor_ assis devant une toile blanche, sa palette +et ses pinceaux à la main. + +N° 232.--_Hans Holbein_ le Jeune. Dessin au charbon et au crayon +avec une légère coloration à l'aquarelle. La tête est très fine, les +cheveux rares sont arrangés en curieuses mèches sur le front. + +Nos 451-452.--_Rembrandt_. Le premier de ces admirables portraits +produit une profonde impression; il montre le maître au déclin de l'âge, +dont les atteintes ont laissé leur profonde mélancolie sur son grave et +beau visage. + + ++AU MILIEU DE LA SALLE+. + +N° 339.--_Vase Médicis_. Ce cratère, fameux par l'élégance de sa +forme et par la beauté de son bas-relief, représente le Sacrifice +d'Iphigénie. On le considère comme un très remarquable ouvrage grec +trouvé à Rome dans les fouilles du XVIIIe siècle. + + ++Salle XVIII+. + +MAITRES MODERNES. + +SALLES DES ANTIQUES ET DES PIERRES GRAVÉES + ++Salle XV+. + +Inscriptions grecques et latines provenant de Rome pour la plupart. + +Au milieu: Statues antiques de Bacchus et d'Ampelos, de Mercure, de +Vénus, d'Uranie, de Vénus Genitrix. + + ++Salle XVI+. + +Cabinet de l'Hermaphrodite (à la suite de la salle précédente). + +N° 308.--_Ganymède et l'Aigle_, restauré par Benvenuto Cellini dans +son sentiment personnel. + +N° 315.--_Torse de Faune_. + +N° 306.--_Hermaphrodite_ couché sur une panthère. Cette statue n'est +pas une des plus belles interprétations qui existent de ce sujet si cher +aux anciens. Toute la partie inférieure a été restaurée. + + ++Salle XVII+. + +(Suite de la salle de l'Hermaphrodite.) Cabinet des Camées et des Pierres +gravées. + +_La collection des Camées et des Intailles_ de ce cabinet provient +des Médicis. Cette belle collection de plus de 4.000 numéros est exposée +en douze compartiments. Les camées antiques les plus remarquables sont +contenus dans le premier. + +Le n° 7 est un excellent ouvrage grec sur onyx. L'amour ailé jouant de la +lyre est monté sur un lion rugissant qui symbolise le pouvoir de l'amour +destiné à dompter les natures les plus féroces. + +_La vitrine n°6_ contient des portraits sur camée de personnages +célèbres au XVe et au XVIe siècle. + +_La vitrine n°11_, au n°2458, renferme la fameuse bague à sphinx +dont Auguste se servait comme cachet. Elle fut trouvée dans son tombeau à +Corea près de Rome. + + +PIERRES GRAVÉES DU XVe SIÈCLE. + +N° 371.--_Buste de Savonarole_, ouvrage superbe de Giovanni delle +Corniole, gravé sur cornaline. + +N° 373.--_Buste de Léon X_ en jade, œuvre présumée de Michelino, +orfèvre florentin. + +N° 334.--_Scène allégorique de Mariage_, ouvrage attribué à Valerio +Vicentino. Différents objets intéressants sont encore dans cette salle. + +A. Masque du Dante, moulé après sa mort. + +B. Petit modèle en cire de Michel-Ange pour la statue du «Penseur» de la +nouvelle sacristie de Saint-Laurent. + +G. Petit cadre où sont renfermées les miniatures de Henri II et de +Catherine de Médicis entourés des princes et princesses de la maison +royale de France. + +E. Vingt-quatre petits portraits des Médicis depuis Jean de Bicci, père +de Cosme l'Ancien; plusieurs sont l'œuvre du Bronzino. + + +SALLE DU BARROCCIO + ++Salle XIV+. + +Œuvres d'intérêt secondaire. + + ++Salle XIII+. + +_Salle de Niobé_. Ainsi nommée des seize statues du célèbre groupe +de Niobé. En l'année 1583, on trouva dans la villa Palombara à Rome, +entre Sainte-Marie Majeure et le Latran, une véritable mine de statues, +parmi lesquelles se trouvèrent les Lutteurs de la Tribune et les statues +de Niobé, de ses sept fils, de ses sept filles et des pédagogues tombés +sous les flèches d'Apollon et de Diane. Ces statues appartiennent à des +époques très différentes et la qualité même de leur marbre tend à prouver +que ce sont des copies romaines de l'époque de la décadence plutôt que +d'anciens originaux grecs, comme on l'avait pensé d'abord. Elles ont +presque toutes une raideur de mouvement et une exagération de pose +résolument contraires à cette attribution. Les deux plus belles sont: + +N° 241.--_Niobé et sa plus jeune fille_, sujet principal de +l'ensemble. + +N° 244.--_Jeune homme_ gisant à terre, dans un beau mouvement. + +La taille et les attitudes différentes de ces statues font présumer +qu'elles décoraient le fronton d'un temple. + +Nos 140 et 147.--RUBENS. Ces deux belles compositions, où le talent de +Rubens se montre sous son meilleur jour, représentent Henri IV à la +bataille d'Ivry et son entrée à Paris. + + +BRONZES ANTIQUES + ++Salles XI et XII+. + +La collection des bronzes contenue dans deux salles comprend des pièces +d'ordre secondaire, exception faite toutefois des numéros suivants. + +N° 424.--_Mercure_, connu sous le nom de _l'Idolino_, statue +nue de jeune homme, trouvée à Pesaro en 1530; œuvre grecque remarquable. + +N° 148.--Le bronze repose sur une base du XVe siècle, ouvrage de +DESIDERIO SETTIGNANO, travail d'une beauté, d'une élégance et d'une +richesse extrêmes, aussi bien dans les bas-reliefs que dans les ornements +qui le décorent. + +A l'extrémité du corridor oriental s'ouvrent trois salles où sont +contenus les dessins. + +La Galerie de Florence possède une des plus riches collections connues de +précieux dessins originaux des maîtres anciens. Commencée par le cardinal +Léopold de Médicis, on présume qu'il acheta, pour la former, le fameux +recueil composé par Vasari, alors qu'il travaillait à son ouvrage sur les +peintres. Enrichie, par la suite, de legs et de dons successifs, elle se +compose actuellement de plus de 35.000 dessins dont on a exposé les plus +remarquables, tous par conséquent de premier ordre. + + ++Salle I+. + +La paroi du mur de droite est occupée par les dessins de l'école de +Giotto, parmi lesquels s'en retrouve un à la plume, très rare, de Taddeo +Gaddi. Ceux de Masolino, de Masaccio, d'Uccello, de Fra Angelico et de +Benozzo Gozzoli remplissent la paroi suivante. Les œuvres les plus +saillantes sont: + +N° 254.--PIERO POLLAJUOLO. Remarquables anatomies d'hommes assis. + +Nos 267, 268, 269.--ANTONIO POLLAJUOLO. Études de nu. + +Nos 261, 262, 263.--ANTONIO POLLAJUOLO. Études de femmes nues pour ses +Vertus. + +Nos 276, 277, 278, 279.--ANTONIO POLLAJUOLO. Pape bénissant, études. + +Nos 59 (256).--SQUARCIONE. Guerrier en armure. + +N° 187.--BOTTICELLI. Anges lisant. + +N° 190.--BOTTICELLI. Étude de femme nue. + +N° 192 à 199.--BOTTICELLI. Études plus ou moins poussées, toutes d'un +beau mouvement et d'une grâce exquise. + +N° 212.--BOTTICELLI. Étude admirable pour la Vénus de la National Gallery +de Londres. + +Nos 200, 201, 202.--BOTTICELLI. Études. + +N° 203.--BOTTICELLI. Étude connue sous le nom de «Circé». Deux femmes +nues drapées de gazes sont à côté d'un brasier où l'une d'elles prend des +tisons. + +N° 1440.--PIERO DELLA FRANCESCA. Esquisse de «la Résurrection» de Borgo +San Sepolcro. + +N° 184 T.--FRA FILIPPO LIPPI. Dessin rehaussé de blanc, la Vierge adorant +l'Enfant soutenu par deux anges, carton du tableau. + +N° 1307.--Placé dans la troisième salle de l'école Toscane. + +N° 139.--FILIPPINO LIPPI. Étude de tête pour la Vierge de la Badia +(bistre). + +N° 129.--FILIPPINO LIPPI. Étude pour le Saint Bernard de la Badia. + +FILIPPINO LIPPI. Esquisses à la plume et études pour les fresques de la +chapelle Strozzi à Sainte-Marie Nouvelle. + +La paroi gauche de la salle est occupée par des dessins de maîtres +divers. + +Ceux de MANTEGNA sont de premier ordre; ils semblent des bas-reliefs +antiques. + +N° 395.--Hercule étouffant Antée. + +N° 397.--Merveilleux dessin de Vierge en adoration. + +N° 404.--Judith mettant la tête d'Holopherne dans un sac présenté par sa +suivante. + +Étude plume, bistre et noir, d'une rare perfection. Elle porte la date de +1491. + +N° 336.--Femme dont le vêtement s'envole. Les dessins de GHIRLANDAJO sont +presque tous des compositions et des études de sa fameuse fresque du +chœur de Sainte-Marie Nouvelle. + +Nos 1246 et 1250.--SIGNORELLI. Études de démons et de damnés pour la +chapelle Saint-Brizio d'Orvieto. + +N° 566.--SODOMA. Buste de jeune homme couronné de lauriers, admirable +dessin au crayon de couleur. + +N° 594.--JEAN BELLIN. Portrait de jeune homme à la sanguine, qu'on croit +être le sien. + +Des dessins de SÉBASTIEN DEL PIOMBO, d'autres d'ANDREA DEL SARTO, +compositions ou études pour les fresques exécutées à Florence, sont +dignes de remarque. Les maîtres vénitiens sont aussi nombreusement et +bien représentés. + + ++Salle II+. + +N° 164.--PIERRE PÉRUGIN est représenté par des dessins de premier ordre. +Dans un même cadre se trouvent réunies les trois feuilles de la +composition du tableau de la «Déposition de Croix» du Musée Pitti. Toutes +les figures de cette pièce remarquable sont exécutées à l'aquarelle +rehaussée de blanc et précieusement finies. + +Autre étude pour la fresque du couvent de Sainte-Madeleine des Pazzi. + +N° 408.--Sainte Catherine, étude pour le tableau de Bologne. + +N° 402.--Vénus et l'Amour, étude pour le Cambio de Pérouse. + +Vingt-sept précieux dessins de LÉONARD DE VINCI de la plus grande rareté +atteignent tous le summum de la perfection. + +N° 435 (1re salle).--Admirable lutte d'une chimère contre un lion (au +lavis). + +N° 426.--Tête de jeune femme couverte d'un voile. + +N° 425.--Tête de femme vue de face. + +N° 414.--Jeune femme au crayon rouge, en buste. + +N°427.--Admirable portrait d'homme, crayon rouge et noir. + +N°419.--Tête de jeune femme au crayon rouge, d'un modelé précieux, +véritable petit chef-d'œuvre. Son front est couvert d'un voile retenu par +une bandelette, ses longs cheveux tombent sur ses épaules, son profil +noble et délicat a une expression énigmatique. + +N° 428.--Étude de tête pour une Madeleine, à la plume et au bistre. + +Puis des études de draperies à la détrempe, des caricatures, des études +sur le laid, et enfin une curieuse feuille avec des esquisses de machines +annotée de la main de Léonard et datée de 1478. + +Trente-sept dessins sont de la main de Raphaël. Quelques critiques que +l'on puisse justement adresser à l'incroyable fécondité de Raphaël et à +sa facilité trop excessive, comme dessinateur il est incomparable et la +pureté de son style reste unique. + +«La Cavalcata». Un de ses plus fameux dessins à la plume, rehaussé +d'aquarelle. Il porte en haut l'explication du sujet et représente un des +épisodes de la vie d'Æneas Silvius Piccolomini, celui où il se rend au +concile de Bâle. + +Le Pinturicchio, qui avait reçu la mission de retracer la vie d'Æneas sur +les murs de la Libreria de Sienne, n'avait pas eu de cesse qu'il n'eût +obtenu de son jeune camarade d'atelier que celui-ci exécutât un des +sujets à son choix. Le dessin en question est l'étude de cette +composition. + +N° 259.--Étude pour le petit Saint George du musée de l'Hermitage de +Saint-Pétersbourg. + +N° 530.--Étude pour le petit Saint George de la National Gallery à +Londres. + +N° 521.--Étude pour la femme portant des amphores dans «l'Incendie du +Bourg» (Vatican, Chambres). + +N° 531.--Dessin appelé «l'Idolino». Bacchus jeune porte un vase sur sa +tête. + +Dessin pour la «Déposition de Croix» du musée Borghèse à Rome. + +Étude au crayon rouge pour la «Vierge au voile» de la Tribune du Louvre. + +Étude pour le «Saint Jean dans le désert» de la Tribune. + +N° 1127.--Deux aquarelles rehaussées de blanc pour les loges du Vatican: +«l'Adoration du veau d'or» et «Moïse faisant jaillir l'eau du rocher». + +Au crayon noir, la première esquisse de la «Vierge du Grand-Duc» du musée +Pitti. Au crayon rouge la composition de la «Madonna del Pesce» du musée +du Prado à Madrid. + +Enfin, à l'aquarelle rehaussée de blanc, le fameux dessin de la peste dit +«il Morbetto» qui a été gravé par Marc-Antoine. + +Les dessins de Michel-Ange, au nombre de vingt, sont autant de +chefs-d'œuvre. + +N° 608.--L'un d'eux offre le plus grand intérêt. A la plume et à +l'aquarelle, il donne le plan du fameux tombeau de Jules II, inexécuté, +au grand désespoir du maître. + +N° 607.--Esquisse des tombeaux des Médicis à la sacristie neuve de +Saint-Laurent. + +Deux esquisses du célèbre carton détruit de la «Bataille des Florentins +et des Pisans». + +N° 599.--Têtes de femmes; l'une d'elles, casquée et la poitrine nue, +passe pour être le portrait de Vittoria Colonna. + +N° 594.--Étude pour un des esclaves de la Sixtine. + +N° 601.--La Furie appelée aussi «el Damnato». Tête de face, la bouche +ouverte et convulsée, les yeux féroces, les cheveux hérissés sous une +draperie soulevée par le vent. + +Nos 606, 613, 616.--Études pour la Sixtine. + +N° 601.--Ganymède (sanguine). + +N° 614.--La Prudence, assise, avec son miroir, protège un enfant contre +la Folie symbolisée par un autre enfant caché derrière un masque. + +N° 609.--La Fortune, le torse nu, à cheval sur sa roue. + + ++3e Salle+. + +N° 1123.--ANTONIO POLLAJUOLO. Christ en croix entre la Vierge et saint +Jean. + +N° 1129.--GHIRLANDAJO. «Le Mariage de sainte Catherine.» Figures en +camaïeu rehaussées de ton chair. + +ALBERT DÜRER, dessins à la plume, précieux d'exécution et admirables de +composition. + +N° 1077.--«Jésus portant sa Croix». + +N° 1060.--Tête de jeune négresse. + +N° 1063.--Homme debout, en armure, monté sur un lion; derrière lui, femme +montée sur un chien. + +N° 1073.--«Le Cavalier de la Mort». + +N° 1074.--«Le Fauconnier». + +N° 1068.--«Déposition de Croix». + +N° 1082.--MARTIN SCHÖNGAUER, soldat combattant contre un diable. + +N° 1080.--Tête de Madeleine. + +N° 1084.--ROGER VAN DER WEYDEN. Vision, personnages debout, agenouillés +devant une fenêtre; étude pour le tableau de Berlin. + + * * * * * + +A côté de la salle de Lorenzo Monaco, se trouve l'escalier descendant à +la galerie qui relie les Offices au palais Pitti en traversant l'Arno sur +le Ponte Vecchio. On remarque d'abord, dans cet interminable passage, des +gravures sur bois et sur cuivre des maîtres italiens, jusqu'à +MARC-ANTOINE RAIMONDI; d'autres plus intéressantes sont celles de +MANTEGNA, de DÜRER et de MARTIN SCHÖNGAUER; des vues des villes +italiennes au XVIIe siècle, et enfin une grande collection de portraits +tous mauvais, mais intéressants au point de vue de l'histoire du costume: +membres de la famille des Médicis, Papes, Cardinaux, Sultans, Rois de +France; portraits de dames de la Cour d'Angleterre et de Florentines +renommées pour leur beauté. + + + + +III + +DES OFFICES A SANTA CROCE + +LE BARGELLO, VIA DEL PROCONSOLO, LA BADIA, VIA GHIBELLINA, MUSÉE +BUONARROTI, INSTITUT PHILHARMONIQUE, PLACE SANTA CROCE, SANTA CROCE, SAN +AMBROGIO. + + +LE BARGELLO. La Révolution de 1250 ayant supprimé la charge de podestat, +elle fut rétablie en 1255 et la Seigneurie décréta, pour loger ce +magistrat suprême de la République, la construction d'un palais pouvant +tout à la fois lui servir de demeure et de prison. TADDEO GADDI fut donc +chargé d'élever un édifice destiné à ce double usage. En effet, la +situation de ce souverain juge était peu enviable. Pour que son +impartialité fût absolue dans l'exercice de ses fonctions, il devait être +choisi à l'étranger et être non seulement comte et guelfe, mais encore +n'avoir ni amitié ni parenté dans la ville. Une fois entré en charge et +investi de sa redoutable puissance, il devait vivre solitaire et +séquestré dans son palais, car les Florentins avaient mis à l'exercice de +ce pouvoir les conditions les plus dures. Le podestat devait ne partager +ses repas avec qui que ce fût, n'adresser dans la rue la parole à +personne, ne marcher qu'avec une escorte de pages et de cavaliers armés. +S'il était marié et père de famille, pendant l'année que durait son +pouvoir, il ne pouvait ni voir sa femme ou ses enfants, ni même leur +donner signe de vie. Enfin, avant de résigner sa charge, il lui fallait +rendre compte du somptueux mobilier dont il avait dû reconnaître +l'inventaire. + +La méfiance d'un peuple jaloux, la dureté d'un juge choisi pour être +inexorable, les sentiments inspirés par ce tyran à la fois tout-puissant +et tenu en captivité, sont exprimés avec force dans ce monument où +s'allient une richesse sombre et la sévérité la plus grande. + +L'extérieur du Bargello a l'aspect austère d'une forteresse; sa masse +sinistre, couronnée de mâchicoulis et de créneaux, est à peine percée de +rares fenêtres; et la tour carrée, élevée à un de ses angles, contribue +encore à accentuer ce caractère. + +Sous les Médicis, tout ce qui pouvait rappeler la grandeur de la +République étant proscrit, le palais du Podestat devint cour criminelle, +siège de la police, prison, le «Bargello» pour tout dire en un mot. Il +renferme aujourd'hui le musée national et contient des objets d'art +remarquables. + +Sous la voûte d'entrée deux salles voûtées divisées en nefs par des +piliers, décorées des armoiries des anciens podestats, renferment des +collections d'armes intéressantes pour l'histoire de la ville. Les deux +pièces les plus importantes, placées à l'extrémité de la salle, sont une +_rondache_ et un _casque_, œuvres de BENVENUTO CELLINI +exécutées pour François Ier, roi de France. + +La rondache représente l'histoire de Persée et d'Andromède. Le casque, +surmonté d'une chimère, est décoré d'une riche ornementation dorée en +relief. + ++La cour du Bargello+ forme un carré dont une face est occupée par +le mur froid et nu de la sévère construction de Taddeo Gaddi, tandis que +les trois autres sont atténuées par un portique dont les arcades cintrées +sont supportées par des colonnes. Cette partie fut construite vers 1350 +par BENCI DI CIONE et NERI FIORAVANTI. Pour donner un accès plus facile +au palais, les architectes du XIVe siècle élevèrent contre l'aile de +Taddeo un escalier coupé par un palier fermé d'une grille qu'ils firent +aboutir à une loggia ouverte sur tout un côté de la cour. La décoration +des murs de cette cour, unique en son genre, est aussi variée +qu'intéressante; elle est formée par les écussons en relief des podestats +semés à profusion sur ses quatre faces et affectant toutes les formes. +Ils sont en pierre dure ou en marbre avec les traces des peintures qui +les rehaussaient. + +Au milieu de ces marques de la puissance des podestats, la République, +toujours jalouse de sa suprématie, a placé partout l'empreinte de son +autorité et partout se retrouvent les armes de la ville, des Guelfes et +du peuple. Le même sentiment apparaît encore sous les portiques où sont +encastrés les écussons peints en relief des divers «sestiere», tandis +qu'aux voûtes sont représentées les armes de leurs gonfalons. + +Sous les portiques au rez-de-chaussée s'ouvrent deux salles: + + +I + +Tombeaux du XIVe siècle. + + +II + +Sculptures des XVe et XVIe siècles. + +Cinq bas-reliefs d'une grande allure, de BENEDETTO DA ROVEZZANO. Ils +proviennent du tombeau de saint Gualbert et furent mutilés par les +Espagnols après le siège de Florence (1519). L'intérêt particulier de +cette salle est dans les nombreuses œuvres de MICHEL-ANGE qu'elle +contient. + +A.--_Buste de Brutus_. Cette figure énergique et sombre ne pouvait +manquer de séduire Michel-Ange. Ce buste, fait à l'époque où le maître +quitta définitivement Florence pour Rome, reflète les pensées dont il +était alors hanté et dont l'inscription du socle est un si frappant +témoignage. + +Dum Bruti effigiem sculptor de marmore ducit, In mentem sceleris venit et +abstinuit. + +Semblable en cela aux statues de San Lorenzo, le buste, inachevé, fut +abandonné à la même époque. + +B.--_Masque de satyre édenté_. + +C.--_La Vierge, l'Enfant et Saint Jean_. La tête de la Vierge, seule +partie achevée de ce médaillon, est d'une rare beauté. + +D.--_Bacchus ivre_. Cette statue fut exécutée en 1497, pendant le +premier séjour de Michel-Ange à Rome, pour A. Galli. Le maître a cherché +à reproduire l'antique Dionysos, et a représenté le dieu sous la forme +d'un très jeune homme aux formes élégantes, dont la figure exprime +l'ivresse par la fixité du regard. Il est couronné de grappes de raisin +et tient une coupe. + +E.--Petit _groupe de Léda et du Cygne_. + +F.--Réduction en marbre du _Moïse_. + + +PREMIER ÉTAGE + +Sous la loggia sont conservées cinq cloches de bronze. La plus ancienne, +fort simple, est datée de 1183. + +Une autre, un peu plus grande, porte le millésime de 1249 et a été fondue +par BARTOLOMEO PISANO. + +La troisième est de 1352. + +La quatrième, ornée des bas-reliefs du Calvaire et de l'Annonciation, est +de 1670. + +La cinquième, de 1675, est la plus ornée. + +Ainsi que la précédente, elle est l'œuvre de GIOVANNI CENNI. + + ++Salle I+ (à droite de la loggia). + +Cette salle est exclusivement consacrée à DONATELLO, ce grand et puissant +génie, malheureusement parfois trop inégal et inférieur à lui-même. Il +faut citer en tout premier lieu les quatre admirables bas-reliefs de +_Rondes d'enfants_ qu'il exécuta de 1433 à 1440 pour une des +tribunes des orgues de la cathédrale; ils faisaient face à ceux de Luca +della Robbia; et ils reproduisent avec des variantes ceux de la chaire de +Prato. + +Donatello traita ses sujets tout autrement que ne le fit Luca et ce qui, +à cette heure, constitue la remarquable supériorité de l'œuvre de Luca +sur celle de Donatello fut tout justement ce qui, lors de leur mise en +place, donna l'avantage à Donatello. En effet, la condition essentielle +de l'œuvre décorative doit être de se subordonner à la place qu'elle doit +occuper et c'est à cet unique point de vue que se plaça Donatello. Comme +ses bas-reliefs destinés à la tribune d'un orgue devaient être vus à une +grande hauteur, il se préoccupa seulement de l'effet à produire à +distance. De là sont venus ces modelés trop sommaires, ces raccourcis +trop osés dans les figures de second plan, enfin ces défauts destinés à +donner à l'ensemble vu de loin, une vigueur et une netteté incomparables. + +Original du _Marzocco_ en pierre grise. + +_L'Amour_ appelé aussi le _Cupidon_. La grâce et la poésie qui +débordent de cette figure bizarre sont inexprimables. Ces ailes +naissantes, ces serpents enroulés autour des pieds, ces culottes +maladroitement assujetties, forment le mélange le plus imprévu et le plus +attachant. Quelle naïveté dans l'attitude du jeune dieu les bras encore +levés, après qu'ils ont lancé la flèche vers un but invisible; quelle +malice et quelle joie dans ce regard gai et narquois tout ensemble! + +_David_. Le séjour que Donatello fit à Rome de 1432 à 1433 développa +certainement les tendances latentes de son esprit secrètement influencé +par l'antiquité. Aussi quand, à son retour, Cosme lui commanda une statue +en bronze destinée au Palais Vieux, cette statue fut le David, +c'est-à-dire la première et parfaite étude de nu exécutée par les +sculpteurs de la Renaissance. Le jeune pâtre a pour tout costume un +pétase et des jambières; il est debout, un pied posé sur la tête de +Goliath, le glaive dans la main droite et une pierre dans la main gauche +qu'il appuie sur sa hanche. Son visage entouré de longs cheveux bouclés +rayonne de joie et son beau corps trahit la force et la jeunesse. Il y a +dans la poésie de cette figure enchanteresse un parfum antique et +biblique tout ensemble qui lui donne sa grâce et son charme +inexprimables. + +Buste en terre cuite colorée de _Niccolò da Uzzano_, homme politique +florentin considérable. + +Ce morceau prodigieux est d'un réalisme à outrance, effrayant et d'une +brutalité presque féroce. La tête est si profondément fouillée qu'elle +paraît comme ravagée; on la dirait moulée sur nature, tant la laideur +saisissante du modèle, galvanisée par l'intelligence, déborde de vie. + +Buste en bas-relief et en pierre grise de _Saint Jean-Baptiste +enfant_. La figure de saint Jean est une de celles qui tentèrent le +plus l'imagination de Donatello; il représenta le saint en ronde bosse, +en bas-relief, en buste, en pied, dans toutes les situations, à tous les +âges, tant il s'était épris de passion pour l'ascète austère et le +précurseur enthousiaste avec lequel les caractères osés de son art et de +sa propre nature lui donnaient tant de points de contact. + +Autre statue en marbre de _Saint Jean-Baptiste_ en pied et debout. +Donatello a représenté ici l'ascète décharné, aux traits sévères et +inspirés; le prophète dévoré par le feu de l'enthousiasme ou illuminé par +la vision intérieure. + + +PREMIER ÉTAGE DU BARGELLO+ + _Via del Proconsolo_. + __________________________________________________________ + | | | + | | | + | SALLE DES DONATELLO | TOUR. | + | | | + | SALLE I. | | + | | SALLE II. | + | SCULPTURES | | + | | | + |____________________________________________|_____________| + | | | | + | | | | + | | | | + | | | | + | | | | + | | | | + | | | | + | | | | + | | | SALLE | + | LOGGIA | COUR | | + | | | | + | | | III. | + | | | | + | | | | + | | | | + | | | | + | | | | + | | | | + |__________|_________________________________| | + | | | | + | SALLE | | | + | | |_____________| + | VI | | | + | | | | + | Bronzes | | Chapelle | + |__________|_________________________________| | + | | | | | | + | | Esca- | |Sacris-| SALLE IV. | + | | lier | |tie | | + | SALLE |_______|_________________|_______|_____________| + | | ^ + | VII | / + | | / + | Bronzes | Via Ghibellina + | | + | | +^ |__________| +\ + \ + \ Via della Vigna + Vecchia + + + +_David_. Cette statue en marbre et en pied semble être la première +étude que Donatello ait faite pour son Saint Georges, le chef-d'œuvre +d'Or San Michele (1408). La pose et les draperies sont les mêmes, +seulement avec des proportions moins parfaites et une expression +incomplète. + +A côté des Donatello, quelques sculptures marquantes se trouvent encore +réunies dans cette première salle. + +La plus célèbre est _l'Adonis mourant_ de Michel-Ange. Cette œuvre +paraît avoir été exécutée vers 1502, comme un délassement du labeur +qu'imposait au maître son colossal David. Aussi peut-on presque dire que +l'Adonis garde quelques traces de cette simultanéité et que les +proportions y semblent un peu outrepasser le sujet. La tête est fort +belle, et la chevelure, par son arrangement, se rattache au type adopté +plus tard par Michel-Ange et dont la statue de Julien de Nemours fut la +réalisation la plus haute. Cette composition doit pourtant être +considérée comme secondaire dans l'œuvre du maître. + +MICHEL-ANGE. _Groupe_ nommé _la Victoire_. Vainqueur agenouillé +sur un vaincu et ramenant son manteau dérangé par la lutte. Ce groupe +n'est pas des meilleurs. + + ++Salle II+ (dans la tour). + +Meubles anciens et cristaux + + ++Salle III+. + +Cette salle précède la chapelle et elle était nommée la salle des +Condamnés, parce qu'ils y attendaient l'heure de leur dernière prière. + +Elle renferme la collection des anciens vases de la pharmacie du couvent +de San Marco, en faïence de Faënza, XVIe siècle. + + ++Salle IV+ (chapelle). + +Elle est décorée de fresques célèbres du GIOTTO respectées par l'incendie +de 1337, mais malheureusement très détériorées par des badigeonnages +successifs et par le partage, sous les Médicis, de la chapelle en trois +étages de prisons. + +Les huit divisions du mur de droite sont consacrées à sainte Madeleine et +à sainte Marie l'Égyptienne. Le fond est occupé par le Paradis avec les +portraits de Dante, de Corso Donati et de Brunetto Latini. Au-dessous de +cette fresque deux petits panneaux sont attribués à GHIRLANDAJO. Ils sont +datés de 1490 et représentent la _Vierge_ et _Saint Gérôme_. +Des stalles en marqueterie et le lutrin sont de bons ouvrages du XVe +siècle. + +Dans une vitrine, petit bas-relief en pierre de Sonthofen, par ALBERT +DÜRER. Avec une finesse excessive, il représente _Adam et Ève_ au +pied de l'arbre de la connaissance où est enroulé le serpent. + +Autre vitrine. _La Cène_, retable en argent doré, par JEAN DE +BOLOGNE. + +Huit baisers de paix en argent niellé et en émaux, dont trois sont +d'admirables œuvres d'art. + +I. La plus remarquable pièce des nielles, _le Couronnement de la +Vierge_, fut exécuté en 1452, par MASO FINIGUERRA, pour le Baptistère +Saint-Jean. + +Maso, né à Florence en 1425, excellait dans l'art des nielles; c'est en +travaillant à ce genre de gravure, qu'il imagina d'en tirer à l'aide de +la presse des épreuves sur papier, invention qui fait de lui le créateur +d'un art nouveau, celui de la gravure. + +II. Autre paix niellée d'un beau caractère, _le Crucifiement_, pièce +exécutée également pour le Baptistère, par MATTEO DEI. + +III. _La Déposition de Croix_, ouvrage de toute beauté, d'ANTONIO +POLLAJUOLO, en émail sur paillons. + + ++Salle V+. + +1° Ivoires. 2° Ouvrages en ambre des XVIIe et XVIIIe siècles. + +A.--Deux admirables triptyques d'ivoire des XIIIe et XIVe siècles, par +ANDREA ORCAGNA. + +B.--Deux superbes selles en ivoire du XIVe siècle: l'une, un travail +allemand avec figures de princes, de chevaliers, de dames en bas-relief +sur fond noir; l'autre, italienne, avec la devise «Amor aspetta tempo», +ornée de scènes de chasse, d'armoiries et d'ornements fantastiques. + +3° Coupes du XVIe siècle en cristal taillé et gravé. Certaines de ces +pièces sont d'une rare beauté. + + ++Salle VI+ (Bronzes). + +GHIBERTI. _Reliquaire de sainte Jacinthe_. Il a la forme d'un petit +sarcophage antique dont la face principale est simplement ornée de deux +anges d'un mouvement gracieux qui soutiennent une couronne. Ghiberti +montre une fois de plus dans cette œuvre combien il gagne à la simplicité +(1428). + +BRUNELLESCHI et GHIBERTI. Deux médaillons dorés polylobés représentant le +_Sacrifice d'Abraham_. Ces médaillons sont les fameuses pièces du +concours pour les portes du Baptistère à la suite duquel Brunelleschi +retira sa candidature (1403). + +Dans le relief de Brunelleschi se trouve déjà fortement accusée la +tendance au naturalisme qui se développa chez Donatello. Le mouvement +d'Abraham est sauvage, l'ange arrête son bras d'un geste peu admissible, +le bélier et l'âne sont autant de recherches réalistes. A gauche, +Brunelleschi a placé le tireur d'épines, «le Spinaro», dont l'antique +venait d'être découvert. La composition manque d'unité, de simplicité et +de grandeur. + +Ghiberti au contraire sut tirer parti du sujet avec un art incomparable +et placer ses personnages en observant strictement la loi de la valeur +des plans. La figure d'Isaac retourné vers son père pour le questionner +est de premier ordre. + +LORENZO VECCHIETTA de Sienne (1412-1480). Statue couchée de _Mariano +Soccino_ provenant de son tombeau et certainement modelée sur le +cadavre. + +VERROCCHIO. _Le David_ (1476). Cette statue fut exécutée sur l'ordre +de Laurent le Magnifique désireux de voir, dans un sujet analogue, le +Verrocchio surpasser Donatello. Il devient donc très intéressant de +comparer deux œuvres si dissemblables. Tandis que Donatello faisait de +son David un héros idéal, sorte de Persée moderne, Verrocchio faisait du +sien un adolescent, presque un enfant, dont les formes encore frêles et +anguleuses semblent plutôt délicates. Ce qui est de premier ordre est la +tête adorable dont le sourire énigmatique et mystérieux est déjà celui du +Vinci, les cheveux courts et bouclés encadrent le visage où à la joie du +triomphe s'allie une certaine timidité. + +Dans la vitrine. + +ANTONIO DEL POLLAJUOLO. Petit groupe d'_Hercule étouffant Cacus_, +d'une sauvage énergie et d'une superbe allure. + + ++Salle VII+ (Bronzes).--BENVENUTO CELLINI. Buste colossal de +_Cosme Ier_. + +BENVENUTO CELLINI. Deux modèles pour son _Persée_. Ils présentent +des différences notables; l'un est en bronze, l'autre en cire: ce +dernier, très supérieur, même à l'exécution définitive, par la simplicité +des attitudes et des formes. + +DONATELLO. Petite frise en relief représentant une _Bacchanale +d'Enfants_ qui traînent le vieux Silène ivre dans un char. Ce petit +chef-d'œuvre, exécuté pour Cosme de Médicis, est ce qui a pu exister +depuis l'antiquité de plus parfait en ce genre. + +JEAN DE BOLOGNE. _Le Mercure_. Cette statue, faite en 1598 pour une +fontaine de la Villa Médicis, à Rome, est certainement la maîtresse œuvre +de Jean de Bologne, celle où, dans une période de décadence, il s'est le +plus rapproché de l'antiquité. Mercure s'envole d'un mouvement léger, au +souffle d'Éole dont la tête lui sert de base. + + +DEUXIÈME ÉTAGE + ++Salle I+.--Elle est décorée de huit _portraits_ à la fresque +peints par ANDREA DEL CASTAGNO en 1430, pour la Villa Carducci à Legnaia, +et représentant en pied et plus grands que nature des poètes, des héros +et des sibylles. + +1° _Dominus Philippus Descolaris Relator Victorie Theucrus_. Filippe +Scolari del Pipo Spano, chef du comitat de Temeswar, vainqueur des Turcs. +Il est en armure et tient son yatagan des deux mains. + +2° _Dominus Farinata de Ubertis, sue patrie liberator_ (Farinata +degli Uberti), de profil, en armure, avec surcot et bonnet rouge; il +s'appuie sur son épée. + +3° _Magnus Tetrarcha d'Acciarolis neapleani regni dispensator_ +(Niccolò Acciajuoli, grand sénéchal de Naples, fondateur de la chartreuse +d'Ema). Une robe bleuâtre à longues manches de fourrure recouvre son +armure; il tient le bâton de commandement. + +4° _Sibylle de Cumes_ en tunique rouge à reflets bleuâtres sur une +jupe verte. Elle tient un livre et lit, le doigt au ciel. + +5° _Esther Regina, gentis suæ liberatrix_. Demi-figure formant +dessus de porte, robe et voile blancs bordés d'or, manteau vert, couronne +en tête, dans une attitude pleine de noblesse. + +6° _Thomirta se de filio et patriam liberavit suam_ (Tomyris). + +C'est une guerrière en robe jaune, les bras recouverts d'une armure, +fièrement campée; elle s'appuie sur sa lance, qu'elle tient la pointe en +terre. + +7° _Dantes de Alligieris, Florentinus_ (Dante Alighieri), en robe +rouge. + +8° _Dominus Franceschus Petrarcha_. Pétrarque est en manteau rouge +fendu pour le passage des bras, la tête couverte d'un capuchon doublé de +vert. + +9° _Dominus Johannes Boccacum_ (Boccace) en manteau bleuâtre et +capuchon rouge. + +Cette œuvre magistrale est malheureusement très mal placée; les +personnages sont hors de proportion avec la salle, ce qui est nuisible +pour le bon effet de l'ensemble. + + + DEUXIÈME ÉTAGE DU BARGELLO + + _Via del Proconsolo_. + __________________________________________________________ + | | | + | | | + | | SALLE III. | + | | | + | FAIT PARTIE DE LA SALLE I. | | + | | Tapisseries | + | SCULPTURES | | + | | | + |____________________________________________|_____________| + | | | | + | | | | + | | | | + | | | | + | | | | + | SALLE | | | + | IV. | | SALLE | + | | | II. | + | Tapisse- | | | + | ries, | COUR | | + | Sceaux | | | + | et | | Faïences et | + | Monnaies | | | + | | |Della Robbia.| + | | | | + | | | | + | | | | + | | | | + |__________|_________________________________| | + | | | | + | SALLE | | | + | | SALLE I. |_____________| + | V | | | + | | Fresques, médailles, etc. | | + | Marbres | | Fait | + |__________|_________________________________| | + | | | partie de | + | | | | + | | | la chapelle | + | SALLE | | | + | | |_____________| ^ + | VI | / + | | / + | Marbres | / + | | Via Ghibellina + | | +^ |__________| +\ + \ + \ Via della Vigna + Vecchia + + ++Salle II+.--_Bas-reliefs_ en terre cuite émaillée par les +DELLA ROBBIA. Les plus anciens, bleus sur fond blanc, sont d'Andrea; il +faut remarquer deux _Vierges_, dont l'une a un joli socle en grès du +style de Donatello. Les moins anciens sont de Giovanni et polychromes: +_Annonciation_, _Adoration de l'Enfant_ (1521), _Pietà_, +_Jésus et Madeleine_, _saint Dominique_ et cinq _Saintes_. + +Trois vitrines contiennent des faïences. + +1°.--_Urbino_. Vases, coupes et plats: décor raphaélesque. + +2°.--_Urbino_, avec sujets. _Deruta_ et _Gubbio_, très +fins. + +3°.--_Faenza, Florence et divers_. Belle collection avec quelques +pièces hors ligne. Buste en terre cuite donné comme étant le _portrait +de Charles VIII, roi de France_ et l'œuvre d'ANTONIO DEL POLLAJUOLO. + +Coupe en verre de Venise bleu, avec décoration peinte représentant le +_Triomphe de la Justice_ suivie des autres _Vertus_ (XVe +siècle). + + ++Salle III+.--Dans la tour. Suite de tapisseries allégoriques des +Gobelins représentant les _Cinq parties du monde_, d'après LEONARDO +BERNINI (1719). + +En revenant sur ses pas, à gauche de la salle I, on passe dans la: + + ++Salle V+ (marbres).--MINO DA FIESOLE. Buste de _Rinaldo della +Luna_ (1461), figure d'un aspect sévère. + +ANDREA VERROCCHIO. Curieux haut relief représentant la femme d'un +Tornabuoni, _Francesca Pitti_, morte en couches, et la remise de +l'enfant au père éploré. + +ANDREA VERROCCHIO. Portrait en bas-relief de _Frédéric Montefeltro_, +de profil à gauche; portrait en bas-relief de FRANCESCO SFORZA, de profil +à droite. + +BENEDETTO DA MAJANO. Buste de _Pietro Mellini_, le donateur de la +chaire de Santa Croce, tête très énergique, couturée de rides; il est +vêtu d'une robe qui couvre ses épaules et où sont figurés des rinceaux de +damas. + +MINO DA FIESOLE. Bas-relief. Buste de _Jeune femme_ et _Sainte +Famille_. + +ANTONIO DEL POLLAJUOLO. Buste dit le _Jeune Guerrier_, en terre +cuite. Cette œuvre admirable est marquée du caractère puissant du maître. +La tête imberbe, d'une énergie farouche et indomptable, est encadrée de +cheveux coupés à la florentine et casquée d'une chimère. La cuirasse +forme un buste bombé dont les bras sont absents; Pollajuolo y a +représenté en bas-relief ses sujets favoris. D'un côté Hercule terrassant +l'hydre de Lerne, et de l'autre Hercule vainqueur du sanglier +d'Érymanthe. + +Un second buste en terre cuite, connu sous le nom du _Prêtre +Florentin_, a été indûment attribué à Antonio del Pollajuolo dont il +n'a aucun des caractères; il paraît plutôt être l'œuvre de BENEDETTO DA +MAJANO. C'est un jeune homme coiffé à la florentine, sans barbe, et +portant une soutanelle ajustée avec une ligne de petits boutons. + + ++Salle VI+ (marbres).--VERROCCHIO. _La Vierge et l'Enfant +Jésus_. Bas-relief. + +VERROCCHIO. _Buste de femme_ serrant un petit bouquet sur sa +poitrine. Tête plate peu agréable. + +MATTEO CIVITALI. _La Foi_ (bas-relief). Gracieuse figure de jeune +femme assise dans une niche. Ses mains sont jointes en adoration devant +le calice que lui apportent des chérubins. Une des rares œuvres de ce +maître charmant dont les compositions sont presque toutes à sa ville +natale, Lucques. + +MINO DA FIESOLE. Buste de _Pierre de Médicis le Goutteux_. + +MINO DA FIESOLE. Médaillon. _La Vierge et l'Enfant_. + +BENEDETTO DA MAJANO. _Saint Jean_. Le saint, sous les traits d'un +adolescent en tunique de peau de mouton, est maigre et décharné. + +SANSOVINO. Statue de _Bacchus_, jeune, levant une coupe. + +MICHEL-ANGE. _Apollon_ (statue ébauchée). Il est adossé contre un +tronc d'arbre, fléchissant la jambe droite placée sur une élévation, et +regarde en arrière. Il porte sa main gauche à hauteur de l'épaule droite +pour saisir une flèche dans un carquois. Cette œuvre, quoique à peine +tirée du bloc, est admirable et rappelle la beauté des statues antiques. + + ++Salle IV+ (sceaux et monnaies).--Suite de six tapisseries des +Gobelins d'après Oudry. _Chasses de Louis XV_. + + + +VIA DEL PROCONSOLO. + + ++PALAZZO NONFINITO+ (occupé par le télégraphe). Construit en 1592 +par BUONTALENTI. Lourde façade du style Barocco. + +Au numéro 10 le +PALAZZO DE RASTI+ (anciennement Quaratesi) a été +construit par BRUNELLESCHI dans le style des beaux palais de Florence; il +porte les armoiries des Pazzi, ses anciens propriétaires. + ++L'ÉGLISE DE LA BADIA+ fondée en l'an 1000 et reconstruite en 1285 +par ARNOLFO DI CAMBIO, fut remaniée en 1625 par Ségaloni qui ne conserva +de l'édifice précédent que le chevet et le ravissant clocher octogonal de +1330, dont la flèche de pierre forme avec la tour du Bargello un des +points de vue les plus caractéristiques de Florence. + +MINO DA FIESOLE obtint, après avoir terminé le monument de Salutati à +Fiesole, la commande des deux tombeaux qui décorent la Badia: + +1° A droite de l'entrée. _La Vierge assise avec l'Enfant entre deux +diacres_; bas-relief à trois divisions où Mino n'est resté que trop +fidèle au retable de la chapelle de Salutati. + +2° Dans le bras gauche du transept, _tombeau du comte Hugo_, +bienfaiteur de l'église (1481). + +Dans ces deux monuments, Mino copia, pour ainsi dire, les tombeaux du +Marsuppini et de Bruni de Santa Croce, plaçant les sarcophages sous une +arcade et les surmontant de l'effigie couchée des défunts. + +Dans la chapelle de la famille del Bianco, à gauche de l'entrée, le +tableau d'autel: _l'Apparition de la Vierge à saint Bernard_, a été +peint en 1480 par FILIPPINO LIPPI, encore à cette époque dans l'atelier +de Botticelli. Saint Bernard, en robe blanche drapée à la perfection, est +assis devant un rocher lui servant d'ermitage, dans les anfractuosités +duquel sont placés ses livres. Le pupitre où il écrit est disposé sur un +tronc d'arbre, mais il interrompt son travail et reste plongé dans une +profonde adoration au moment où la Vierge lui apparaît et vient poser la +main sur son manuscrit. La Vierge est entourée d'un groupe charmant de +petits anges tout surpris de se trouver sur la terre et qui, par leur +attitude, manifestent leur curiosité. Dans le bas du tableau, le +donateur, à mi-corps, vêtu d'une robe noire à revers rouges, joint les +mains en prière. + +Cette composition, charmante de délicatesse et d'expression, a conservé +toute sa vivacité de coloris, et l'ensemble est si parfait qu'on peut +vraiment la considérer comme le chef-d'œuvre de Filippino Lippi. + ++Le cloître+ est entouré de deux étages de portiques. Sous le +portique supérieur sont conservées des fresques d'ANTONIO SOLARIO LE +ZINGARO (1512) d'un joli ton doré. Toutes ces peintures retracent la +_Vie de saint Benoît_ et semblent comme la préparation aux fresques +si remarquables traitant le même sujet à l'église de San Severino, à +Naples. + +L'œuvre de la Badia, fort intéressante, montre des perspectives très bien +traitées et des groupements harmonieux. Quelques-unes de ces compositions +sont même de premier ordre; il faut citer: + +A.--_Saint Benoît enfant prie aux côtés de sa mère_. + +B.--_Saint Benoît reçoit l'habit_. + +C.--_Apparition d'un ange pour inviter le saint à la vie monacale_. + +D.--Portique avec des moines agenouillés et debout. + +E.--_Maure sauve Placide qui se noie_. + +F.--_Repas des moines_. + +G.--_Seigneurs et dames à cheval_. + ++CASA BUONARROTI+ (Musée Michel-Ange, 64, Via Ghibellina).--Cette +maison où Michel-Ange vécut à Florence fut consacrée au XVIIe siècle par +son arrière-neveu le poète, son homonyme, à la gloire de son grand-oncle. +Il la fit décorer, en 1620, par les meilleurs artistes de ce temps, de +fresques et de peintures sur toile où sont retracés les principaux faits +de la vie de Michel-Ange. + +La «Casa Buonarroti» est en somme un musée intime et fort inégal, où, à +côté de documents écrits, lettres autographes, papiers de famille, +dessins d'architecture et croquis de toute sorte, brillent quelques +pièces inestimables, comme le bas-relief de «la Guerre des Centaures et +des Lapithes», celui de «la Vierge assise avec l'Enfant», l'esquisse du +«David», le modèle en terre cuite de la «Vierge de Médicis», et enfin ce +merveilleux carton à la sanguine d'une «Vierge avec l'Enfant», morceau de +toute beauté, d'une incomparable maîtrise. + + ++Chambre I+.--_Combat des Centaures et des Lapithes_, une des +premières œuvres de Michel-Ange. Il avait dix-sept ans quand il entreprit +ce travail. C'est une composition de style héroïque où tous les +personnages sont nus et où règne dans la mêlée une étonnante fougue +épique; ce morceau non terminé garde encore les traces du ciseau. La +jeunesse du maître se révèle par de certaines inexpériences; il n'a pas +introduit de variété dans les formes et toutes les figures ont une +saillie si faible qu'elles en sont comme déprimées; pourtant on y +reconnaît déjà quelques traits de cet idéal dont la poursuite sera la +constante obsession de sa vie. + + ++Chambre II+.--_Dessins originaux_. Cadre I.--N° 2.--Buste de +Cléopâtre bizarrement coiffée. Elle est entourée d'un serpent qui lui +mord le sein. + +N° 3.--Belle tête de vieille femme de profil. + +Cadre 9.--N° 75.--Projet de façade pour Saint-Laurent de Florence. + +Cadre 13.--N° 65.--Esquisse primitive du _Jugement dernier_. + +Cadre 14.--N° 70.--Sacrifice d'Abraham. + +Cadre 15.--N° 75.--La Vierge allaitant l'Enfant. Ce dessin de toute +beauté est au crayon noir, rouge et blanc. + +Cadres 25, 26, 27, 30, 31, 32.--Divers plans des fortifications de +Florence, à la plume, au crayon rouge et au bistre, faites pendant le +siège de 1529. + +Dans la +Chapelle+ se trouve l'admirable bas-relief (n° 72) de _la +Vierge assise avec l'Enfant_ auquel elle donne le sein. Cette +composition que Michel-Ange exécuta à la fois en marbre et en bronze, +vers l'âge de seize ans, est influencée par le génie de Donatello et +montre la forte emprise qu'un tel maître exerça sur lui par son réalisme +viril et son naturalisme puissant. Mais tout grand que soit Donatello, ce +qui dès l'abord le différencie profondément de son génial élève, est que +chez l'un l'œuvre se double volontiers du portrait et recherche +l'individualité, tandis que chez l'autre la conception tout idéale +jaillit de son puissant cerveau pour ainsi dire par génération spontanée. + +N° 78.--_La Vierge avec l'enfant Jésus_. Maquette en terre cuite, +pour le groupe en marbre de la nouvelle sacristie de Saint-Laurent. La +tête manque. + +Bibliothèque. Armoire V.--N° 10.--_David_. Deux petites statuettes +en cire, délicieuses et premières ébauches du _David_ colossal de +l'Académie des Beaux-Arts. + ++INSTITUT PHILHARMONIQUE+ (83, Via Ghibellina).--Dans l'escalier, +protégée par des volets, est la curieuse fresque du GIOTTINO, +l'_Expulsion du duc d'Athènes_ chassé de Florence en 1308, le jour +de la Sainte-Anne. Aussi l'artiste a-t-il peint sainte Anne remettant aux +nobles florentins agenouillés à ses côtés les étendards de la ville et du +peuple, pendant qu'au fond de la fresque saint Zenobe chasse de son trône +le duc, qui fuit en barque sur l'Arno. + ++PIAZZA SANTA CROCE+ où se trouvent le monument moderne du Dante, le +Palazzo dell'Antella décoré de fresques de 1610 en partie effacées, et +enfin, sur le côté est, la façade moderne de l'église Santa Croce. + ++SANTA CROCE+ fut construite par ARNOLFO DEL CAMBIO en 1294 pour les +Franciscains. L'architecte était tenu par son contrat «à élever une +église comme il convient à l'humilité d'un ordre mendiant», c'est-à-dire +une église dont les dimensions contiendraient tout un peuple appelé par +la vogue extraordinaire dont l'ordre jouissait alors, mais où tout +viserait uniquement à la simplicité et à la pauvreté en rapport avec +l'esprit de l'ordre. Aussi les dispositions d'Arnolfo furent-elles +sévères et froides dans le détail, mais grandioses par les immenses +dimensions de la nef et des bas-côtés, dont l'aspect majestueux rappelle +la basilique antique. Mais les transepts et la branche supérieure de la +croix, à peine figurée par un chœur court et mesquin, ne répondent +aucunement à ces proportions. + +Au milieu du mur terminal s'ouvre, en guise de chœur, une sorte de +chapelle accompagnée de chaque côté de cinq chapelles moins importantes, +ouvertes sur les transepts. A ces chapelles du mur oriental s'en ajoutent +quatre autres, deux ouvertes sur le mur occidental et deux fermant les +transepts. + +Il était de mode, dès le XIVe siècle, de se faire enterrer à Santa Croce +et toutes les grandes familles de Florence y avaient leurs caveaux. Cet +usage se perpétua si bien que l'église est devenue en quelque sorte le +panthéon de l'Italie. Les tombes qu'elle contient appartiennent à toutes +les époques et se trouvent soit adossées aux murs des bas-côtés, soit +encastrées dans le pavé de l'église. + +Placée trop haut, au-dessus du portail de l'église, est la belle statue +de _Saint Louis de Toulouse_ par DONATELLO. Ses vêtements, d'une +grande somptuosité, sont d'une exécution poussée à l'extrême. + +_La chaire_, le chef-d'œuvre de BENEDETTO DA MAJANO, d'une extrême +légèreté, malgré son excessive richesse, fut exécutée en 1475. Pour ne +pas déranger les lignes de son monument, Benedetto dissimula l'escalier +de la chaire dans un des piliers auxquels elle est adossée, qu'il creusa +à cet effet, et qu'il ferma par une délicieuse porte en marqueterie +ouverte sur le bas-côté. La chaire, en marbre blanc, est pentagonale, et +ses cinq pans, séparés par des colonnettes portées sur des consoles, sont +consacrés à l'histoire de saint François traitée à la manière de +Ghiberti, c'est-à-dire avec des bas-reliefs en ronde bosse au premier +plan, pour finir au fond par des méplats. + +1°.--_Le Pape approuvant l'ordre des Franciscains_. + +2°.--_La destruction des livres hérésiarques_. + +3°.--_Saint François recevant les Stigmates_. + +4°.--_Obsèques du Saint_. + +5°.--_Martyre de Franciscains_. + +Cinq petites niches intermédiaires contiennent des statuettes de _la +Foi_, de _l'Espérance_, de _la Charité_, de _la +Justice_ et de _la Force_ qui sont peut-être ce que la sculpture +de la première Renaissance a produit de plus parfait. + ++Nef de droite+.--_Monument de Michel-Ange_, érigé en 1570 et +œuvre de VASARI. Des trois figures de la Sculpture, de l'Architecture et +de la Peinture, la moins mauvaise, celle de l'Architecture, est de +GIOVANNI DEL OPERE. Si Michel-Ange avait jamais pu prévoir que Vasari lui +élèverait un jour un tel tombeau, sa mort certes en serait devenue amère. + +Sur le pilier, au-dessus du bénitier, _Madonna del Latte_, +bas-relief de ROSSELLINO. + +_Cénotaphe du Dante_, affreux monument de 1829. + +_Monument d'Alfieri_ par CANOVA, érigé par la comtesse d'Albany. + +_Monument de Machiavel_, de 1787. + +_Tombeau de Lanzi_. + +DOMENICO VENEZIANO (attr. à Andrea Castagno). Ces deux petites fresques +représentent _Saint Jean-Baptiste_ et _Saint François d'Assise_ +sous les traits d'ascètes décharnés. La critique a rendu ces peintures à +Domenico Veneziano, tant leur ressemblance est frappante avec le tableau +de la salle de Lorenzo Monaco au musée des Offices et tant les figures de +ces deux Saints en semblent détachées. + +L'_Annonciation_, tabernacle sculpté en 1406 pour la chapelle +Cavalcanti par DONATELLO. Cet ouvrage d'un jeune homme de dix-neuf ans +est le plus pur et le plus suave des hauts-reliefs de Donatello; il s'y +trouve une préoccupation d'élégance et de noblesse rares dans ses autres +œuvres. Dans l'attitude de la Vierge l'afféterie coudoie la grâce et la +recherche se mêle à l'émotion; debout, retournée vers l'Ange, elle met la +main sur son cœur pour indiquer sa soumission à la nouvelle qu'il lui +apporte. Quant à la figure de l'Ange, un genou en terre, la main droite +relevée, elle est d'un si incomparable mouvement par son expression +idéale, par son admirable pondération entre l'action et le mouvement, +qu'elle ne saurait être dépassée. + +Donatello a placé ses personnages au milieu d'une étonnante architecture +dont les pilastres les enferment dans une sorte de cadre profond. Il a +surmonté le fronton de deux petits génies en terre cuite, premiers et +délicieux essais de ces figures d'enfants dans lesquelles il était +destiné à passer maître. + +Tombeau du secrétaire d'État florentin _Leonardo Bruni_, mort en +1444, par ROSSELLINO. + +Sur un soubassement formé de guirlandes retenues par des enfants, repose +le sarcophage de forme antique, sévère et pure, décoré uniquement de deux +anges soutenant le cartouche de l'inscription, tandis que deux autres +anges portent sur leurs ailes étendues la civière où repose la superbe +effigie du défunt. Cette partie inférieure du monument est d'une grande +beauté; la partie supérieure, un peu lourde, est mal venue. Le sol de +Santa Croce est jusqu'à cette hauteur dallé de _plaques tombales_ +très simples des XIVe et XVe siècles, portant presque toutes des +armoiries. + +A partir des transepts, elles deviennent beaucoup plus belles et +remontent, pour la plupart, à la fondation de l'église. Ce sont des +monuments giottesques où les effigies sont sculptées en relief. + ++Transepts+ (Bras droit).--1°--_Chapelle Castellani_ ou du +Saint-Sacrement. Elle est décorée de fresques très abîmées d'AGNOLO GADDI +relatives à _Saint Nicolas_ et à _Saint Jean-Baptiste_ d'une +part, et à _Saint Antoine_ et _Saint Jean l'Évangéliste_ de +l'autre (1380). + +_Saints François_ et _Antoine de Padoue_, belles statues en +terre blanche vernissée de LUCA DELLA ROBBIA. + +2°--Entre cette chapelle et la suivante, joli petit monument gothique de +1327. + +3°--+Chapelle Baroncelli+, aujourd'hui _Giugni_ (extrémité du +transept). + +_Fresques_ de la Vie de la Vierge par TADDEO GADDI (1352-1356), +ouvrage médiocre. + +4--Sur le mur de droite, _la Vierge à la ceinture_, fresque de +Menardi. + +5°--+Chapelle à droite+ du passage de la sacristie. + +_Le combat de l'archange saint Michel_, fresque du temps de Cimabue. + + + + SANTA CROCE + +_________________________________________________________________________ +| | +| +CHAPELLE CASTELLANI.--TADDEO GADDI+ | +| | +| | | | | +| | | +| ANNONCIATION | VISITATION | JOACHIM | VISION DE | +| | CHASSÉ JOACHIM | +| | | DU TEMPLE | | +| | | +| ______________|______________ | ______________|______________ | +| | | |m | | | |m | +| | | |u | |RENCONTRE A LA| NAISSANCE DE |u | +| | LA NAISSANCE | |r | |PORTE DORÉE | LA VIERGE |r | +| | DE JÉSUS | NATIVITÉ | | |-- | | | +| | ANNONCÉE AUX | |d | |La plus | [2] |g | +| | BERGERS | |e | |remarquable de| |a | +| | | | | |ces fresques | |u | +| |______________|______________|f | |______________|______________|c | +| | | |o | | | |h | +| | | |n | |PRÉSENTATION | |e | +| | LA NAISSANCE | |d | |AU TEMPLE. | | | +| | DE JÉSUS | ADORATION | | |Personnages | MARIAGE DE | | +| | ANNONCÉE | DES | | |disproportion-| LA VIERGE | | +| | AUX MAGES | MAGES | | |nés. Mauvaise | | | +| | | | | |architecture | | | +| | | | | |du Temple | | | +|__|______________|______________|__|__|______________|______________|__| + + +[Note 2: La femme qui apporte une corbeille sur sa tête, celle qui +tient l'enfant et celle en vert qui est agenouillée à côté, ont inspiré +Ghirlandajo pour le même sujet à Santa Maria Novella.] + + * * * * * + +8°--+Chapelle Peruzzi+. Elle contient deux fresques, œuvres +admirables de GIOTTO, d'une conservation précieuse. + +Celle de droite représente les _Funérailles de Saint Jean +l'Évangéliste_. Le saint s'élance de sa tombe vers le Christ qui vient +le chercher. D'un mouvement souple et plein de vie il s'élève vers Jésus +qui l'attire à lui et l'enveloppe de ses rayons, tout en planant dans le +ciel. Autour de la fosse béante se presse le groupe des disciples de +Saint Jean, qui contemplent étonnés la scène prodigieuse accomplie sous +leurs yeux. Quelques-unes de ces figures peuvent compter parmi les plus +admirables créations des Trecentisti; le disciple penché vers le tombeau +pour s'assurer qu'il est vide, celui qui d'un superbe mouvement s'abrite +les yeux pour n'être pas aveuglé par les rayons divins et enfin une +figure de vieillard absorbé dans la prière sont des œuvres magistrales. + +La fresque de gauche, d'un sentiment plus archaïque, est consacrée à +l'histoire de _Saint Jean-Baptiste_ et présente en deux parties, à +gauche, la décollation, le festin d'Hérode, la danse de Salomé, et sur la +droite, la remise à Hérodiade de la tête de saint Jean, par Salomé à +genoux. + +Les autres fresques placées au-dessus des précédentes, complètent +l'histoire des deux Saints, mais elles ont été tellement restaurées qu'il +est impossible d'y retrouver la facture large et les belles qualités du +maître. + + + SANTA CROCE +_________________________________________________________________________ +| | +| CHAPELLE PERUZZI.--(GIOTTO) | +| ________________________________ _______________________________ | +| | | | | | | +| | | | | | | +| | SAINT JEAN L'ÉVANGÉLISTE | | | ZACHARIE CHASSÉ | | +| | A PATHMOS | | | DU TEMPLE | | +| | | | | | | +| |_______________________________| | |_____________________________| | +| | | | | | | | +| | | | |ZACHARIE ORDONNE| NAISSANCE | | +| | RÉSURRECTION | | |QUE SON FILS | DE SAINT | | +| | DE DRUSANIA | | |S'APPELLE JEAN | JEAN- | | +| | | | | | BAPTISTE | | +| |_______________________________| | |________________|____________| | +| | | | | |SALOMÉ | | +| | | | | |APPORTE A | | +| | MORT DE SAINT JEAN, | | |REPAS D'HÉRODE. |HÉRODIADE | | +| | IL EST ENLEVÉ AU CIEL | | |DANSE DE SALOMÉ.|LA TÊTE DE | | +| | | | | |SAINT JEAN | | +| |_______________________________| | |________________|____________| | +| | | +| | | +| _Mur de droite_ | _Mur de gauche_ | +| | | +|_______________________________________________________________________| + + + +9°--+Chapelle Bardi+.--Sur ses deux murs GIOTTO a représenté la +_Légende de Saint François d'Assise_. Malheureusement ces fresques, +découvertes en 1853 sous le badigeon, comme celles de la chapelle +Peruzzi, ont subi de telles restaurations qu'il ne reste plus que l'idée +poétique et élevée de la composition. + +10°--+Le Chœur+ est décoré de fresques d'AGNOLO GADDI consacrées à +l'_Invention de la Croix_, XIVe siècle; compositions un peu grises, +d'un médiocre intérêt. + ++Transept gauche+.--11°, 12°, 13°.--Chapelles sans intérêt. + +14°--+Chapelle dei Pulci+.--Fresques de BERNARDINO DADDI. +_Martyres de Saint Étienne et de Saint Laurent_. + +Sur l'autel, _bas-relief_ de JEAN DELLA ROBBIA. + +15°--+Chapelle Saint-Sylvestre+.--_Fresques de Saint +Sylvestre_, par MASO DI BANCO, XIVe siècle. + +Tombeau de _Uberto di Bardi_, dont le sarcophage sculpté occupe la +partie inférieure. + +Autre tombeau du XIVe siècle; ces monuments appartiennent à l'école +Pisane et sont encastrés sous de profondes niches ogivales. + +16°--+Chapelle Nicolini+. + +17°--+Chapelle Salviati+, où se trouve le fameux _Crucifix de +Donatello_ fait en concurrence avec celui de Brunelleschi placé à +Sainte-Marie Nouvelle. + ++Nef de gauche+.--_Monument_ du secrétaire d'État _Carlo +Marsuppini_, mort en 1445, par DESIDERIO DA SETTIGNANO. Placé en face +de celui de Bruni, il en reproduit la disposition générale, mais avec +plus de richesse et peut-être aussi plus de maniérisme. + + + SANTA CROCE +_________________________________________________________________________ +| | +| CHAPELLE BARDI--GIOTTO (Fresques) | +| ________________________________ _______________________________ | +| | | | | | | +| | | | | | | +| | APPROBATION DE LA RÈGLE | | | SAINT FRANÇOIS S'ENFUIT | | +| | DE SAINT FRANÇOIS | | | DE LA MAISON PATERNELLE | | +| | | | | | | +| |_______________________________| | |_____________________________| | +| | | | | | | +| | | | | APPARITION DE | | +| | ÉPREUVE DU FEU | | | SAINT FRANÇOIS | | +| | DEVANT LE SULTAN | | | AUX RELIGIEUX | | +| | | | | D'ARLES | | +| |_______________________________| | |_____________________________| | +| | | | | | | | +| |SAINT FRANÇOIS |SAINT FRANÇOIS| | | | | +| |MALADE BÉNISSANT|APPARAISSANT | | | FUNÉRAILLES DE | | +| |LES MOINES DU |A UN ÉVÈQUE | | | SAINT FRANÇOIS | | +| |COUVENT D'ASSISE| | | | [3] | | +| |________________|______________| | |_____________________________| | +| | | +| | | +| _Mur de droite_ | _Mur de gauche_ | +| | | +|____________________________________|__________________________________| + +Note 3: _Le saint étendu sur une civière est +entouré de moines agenouillés dont les attitudes expriment la profonde +douleur. + +A gauche, le clergé avec bannières de deuil telles +qu'elles sont encore employées aujourd'hui. + +Dans le haut, le saint est enlevé au ciel par les anges_] + + * * * * * + +_Monument de Galilée_. + ++Sacristie+. + +(Le couloir qui s'ouvre dans le bras droit du transept conduit à la +sacristie et à la chapelle des Médicis.) + +La sacristie est une admirable salle carrée dont la charpente apparente a +conservé sa décoration primitive. Elle est entourée sur deux côtés +d'armoires basses du XIVe siècle, en marqueterie de citronnier et +d'ébène à dessins géométriques. En arrière de ces armoires, le mur est +revêtu d'un lambris du XIVe siècle également en marqueterie, dont chaque +panneau est séparé par des pilastres à arabesques toutes différentes et +rajoutées au XVe siècle. Les admirables vitrines et les lambris qui +entourent le reste de la sacristie sont l'œuvre de BENEDETTO DA MAJANO, +et rien n'est plus simple et plus riche à la fois que la mosaïque de bois +traitée de manière à faire presque partie de l'architecture. Ces vitrines +contiennent des missels dont quelques-uns sont fort beaux. + +Le mur de droite est décoré de trois grandes fresques, _le Chemin de la +Croix_, _la Crucifixion_ et _la Résurrection_. + +Une magnifique grille du XIVe siècle, en fer forgé, sépare la sacristie +de la chapelle Rinuccini ouverte en face de l'entrée. Cette chapelle est +décorée des fresques exécutées en 1365 par GIOVANNI DA MILANO dans la +manière de Giotto ou, mieux encore, dans celle de son maître Taddeo +Gaddi, avec un sentiment plein de charme et de mouvement et une +perspective des mieux observées, pour l'époque. + +A la voûte, les _Évangélistes_ peints à fresque, et au-dessus de +l'autel, le retable _Vierge et Saints_ sur fond d'or, sont également +de GIOVANNI DA MILANO. + ++La chapelle des Médicis+ fut construite par MICHELOZZO pour Cosme +l'Ancien, «le Père de la Patrie». De chaque côté de l'autel, petits +bustes de _Saint François_ et de _Saint Bernard_ d'ANDREA DELLA +ROBBIA; au-dessous, _Vierge_ avec des _Saints_: figures +détachées en blanc sur un fond bleu également d'ANDREA; enfin, sur la +porte, le _Christ entouré de deux anges_, du même. + +Bas-relief en marbre de l'école de Donatello _Vierge accroupie avec +l'Enfant_ entre ses genoux et un groupe de trois anges. + +Enfin, _Tabernacle_ de MINO DA FIESOLE, dont l'entrée est gardée par +quatre anges en haut relief. + + + + SANTA CROCE + SACRISTIE.--CHAPELLE RINUCCINI.--FRESQUES DE GIOVANNI DI MILANO +__________________________________________________________________________ +| | | +| _Mur de droite_ | _Mur de gauche_ | +|MADELEINE LAVE LES PIEDS DU CHRIST. | | +|LES SEPT PÉCHÉS CAPITAUX SOUS LA | | +|FORME DE CHAUVES SOURIS S'ENVOLENT | JOACHIM CHASSÉ DU TEMPLE | +|AU-DESSUS DU TOIT. | | +|_Les perspectives de cette fresque | | +| sont remarquables_ | | +| [1] [2] | | +|__________________________________ | _________________________________| +| | | | | | | +| | | | |RENCONTRE A LA | NAISSANCE DE | +| JÉSUS CHEZ | | | |PORTE DORÉE | LA VIERGE | +| MARTHE ET MARIE | RÉSURRECTION | | |-- | | +| | DE LAZARE | | |La plus | | +| [3] | | | |remarquable de | | +| | | | |ces fresques | | +|__________________|_______________| | |________________|________________| +| | | | | | | +| | | | | | | +|APPARITION A | MIRACLE | | | | | +|MARIE MADELEINE. | DE SAINTE | | | PRÉSENTATION | MARIAGE DE | +|LES SAINTES FEMMES| MARIE | | | AU TEMPLE | LA VIERGE | +|AU TOMBEAU | MADELEINE | | | | | +| | | | | [5] | | +| [4] | | | | | | +|__________________|_______________|_|_|________________|________________| + + +[Note 1: Serviteur desservant descendant un escalier.] + +[Note 2: Serviteur apportant un plat par une porte entr'ouverte.] + +[Note 3: Cette fresque est traitée avec un réalisme étonnant, Marie +accroupie devant Jésus, Marthe en tablier de cuisine.] + +[Note 4: Ce groupe est admirable, ainsi que les trois Anges qui +l'arrêtent à l'entrée du tombeau.] + +[Note 5: Cette fresque est curieuse à comparer avec celle de Taddeo +Gaddi de la chapelle Castellani dont elle reproduit exactement les +dispositions, bien que lui étant très supérieure.] + + * * * * * + ++Le premier cloître+, bâti par ARNOLFO DEL CAMBIO, s'étend à droite +de Santa Croce; il est de forme irrégulière; la galerie qui longe le mur +de l'église à gauche est à un niveau plus élevé que les autres, il faut y +accéder par un escalier; derrière ses belles arcades en marbre noir et +blanc, les murs sont décorés de fresques très effacées de l'école de +Giotto, au-dessus desquelles sont alignées les armoiries sculptées des +familles qui reposent dans le Campo Santo, les Alamanni, les Pozzi, les +della Torre, etc... + +Au milieu du cloître s'élève la statue de Dieu le Père, une des moins +mauvaises de Baccio Bandinelli. Sur le côté qui fait face à l'entrée se +trouve la +chapelle des Pazzi+, rendus célèbres par la conspiration +contre les Médicis. Elle a été construite en 1420 par BRUNELLESCHI et est +un des plus élégants, des plus purs spécimens de l'architecture +classique. Elle est précédée d'un vestibule dont la voûte en berceau +repose sur six colonnes à chapiteaux corinthiens, au milieu desquelles +s'ouvre une grande arcade coupant une ravissante _frise_ composée de +petits médaillons contenant des têtes de chérubins sculptées par +DONATELLO. + +Toutes ces petites têtes, plus charmantes les unes que les autres, sont +variées à l'infini et ont chacune leur expression. + +La voûte du vestibule, à la hauteur de la grande arcade médiane, est une +coupole à cassettes émaillées de diverses couleurs. Une seconde frise +avec des têtes de chérubins règne également sous le portique et s'étend +sur le mur de la chapelle; les médaillons en terre cuite qui la composent +sont dus à DESIDERIO DA SETTIGNANO. + ++L'intérieur+ de la chapelle, en forme de croix grecque, est orné de +pilastres corinthiens en granit; malgré sa petitesse, l'harmonie de ses +proportions en fait une œuvre parfaite. Elle est surmontée d'une coupole +dont les pendentifs sont ornés de quatre médaillons en terre émaillée +polychrome des DELLA ROBBIA, représentant les quatre Évangélistes +accompagnés de leurs attributs. Enfin, sa partie supérieure est décorée +de douze superbes médaillons de LUCA DELLA ROBBIA, représentant les douze +Apôtres assis. + ++L'ancien réfectoire+ se trouve sur le côté droit du cloître; le mur +du fond a conservé les fresques qui décoraient entièrement la salle. Dans +le bas est un très curieux et très beau _Cenacolo_ de TADDEO GADDI, +où le Christ et les Apôtres sont simplement figurés assis derrière la +table, sans qu'aucun détail d'architecture ou aucune fantaisie +imaginative atténue la grandeur de la scène. Judas, très laid, isolé en +avant, est seul à ne pas avoir la tête entourée du nimbe doré en relief +dont sont encadrées celles de Jésus et des autres Apôtres. + +Au-dessus de cette belle composition est une grande fresque de FRANCESCO +DE VOLTERRA (fin du XIVe siècle) dont le sujet, des plus intéressants, +montre le _Christ en croix entouré du groupe des Saintes Femmes_; +saint François à genoux devant la croix l'embrasse. La croix forme la +souche de l'arbre généalogique des Franciscains, entre les rameaux duquel +sont représentés tous les membres célèbres de l'ordre. Sur les côtés sont +quatre scènes de la _Légende de saint François d'Assise_. Enfin à +gauche du réfectoire s'ouvre une petite salle où une fresque de Giovanni +représente _la Multiplication des pains_, miracle opéré par saint +François. + + + SANTA CROCE + + RÉFECTOIRE + L'Arbre généalogique de Saint François + et de l'ordre des Franciscains + + FRANCESCO DA VOLTERRA +__________________________________________________________________________ +| | | | | +| | | | | +| | | | | +| St FRANÇOIS | | | St FRANÇOIS | +| | | | | +| RECEVANT | | | TENTÉ | +| | | | | +| LES | | | PAR | +| | | | | +| STIGMATES | | | LE DIABLE | +| | | | | +| | | | | +|__________________| | |_________________| +| | | | | +| | | | | +| | | | | +| | | | | +| | | | | +| St FRANÇOIS | | | LA | +| | | | | +| | SAINTES | RELIGIEUX | MADELEINE | +| ET | | | | +| | FEMMES | | | +| | | | | +| St BENOIT | | | | +| | | | | +| | | | +| | SAINT FRANÇOIS | | +| | | | +| | | | +|__________________|___________________________________|_________________| +| | +| | +| LA CÈNE DE TADDEO GADDI | +| | +|________________________________________________________________________| + + + ++Le second cloître+, construit par BRUNELLESCHI, s'étend à droite du +premier et appartient aujourd'hui à la caserne établie dans l'ancien +couvent des Franciscains. + ++SAN AMBROGIO+.--A gauche de l'entrée on a découvert un fragment de +fresque de l'école de GIOTTO, représentant _le Martyre de Saint +Sébastien_. Le Saint est attaché à un pilastre, les pieds reposant sur +une console placée à une certaine hauteur, de sorte que les archers qui +lui décochent des flèches tirent en l'air, tandis qu'un ange lui apporte +la palme du martyre. Sur le côté gauche de la nef est une petite niche +sculptée, dont les montants sont couverts d'arabesques; elle contient une +charmante statuette de _Saint Sébastien_, œuvre de LEONARDO DEL +TASSO (XVe siècle); les deux anges en grisaille, peints dans la partie +supérieure, et la petite Annonciation qui est placée dessous dans un +médaillon sont de FILIPPINO LIPPI. + +La chapelle à gauche du chœur est décorée d'une fresque de COSIMO +ROSSELLI, représentant le _Miracle de l'Enfant Jésus_ apparaissant +dans le ciboire pendant la communion. La scène se passe au seuil d'une +église, devant un palais, et présente une foule de personnages à costumes +florentins du XVe siècle, très habilement groupés (1486). + +Au fond de la chapelle, un _tabernacle_ en marbre blanc, de MINO DA +FIESOLE, reproduit le même miracle. + + + + +RIVE DROITE (EST)----+DE SANTA CROCE A SAN MARCO+ + +SANTA MADDALENA DE PAZZI; SANTA MARIA NUOVA, MUSÉE +ARCHÉOLOGIQUE ET DES TAPISSERIES, INNOCENTI, SANTA ANNUNZIATA, +ACADÉMIE, ÉGLISE ET COUVENT SAN MARCO, LO SCALZO. + + +_SAINTE MADELEINE DES PAZZI+ (1, Via delle Colonne).--+La salle du +Chapitre+ contient une grande fresque du PÉRUGIN, _le Christ en +croix_, peinte entre 1492 et 1496, l'ouvrage le plus important que +Florence possède de l'artiste, maîtresse œuvre par la noblesse des +figures, la gravité des attitudes, la richesse du coloris et enfin la +beauté du paysage. Le Christ sur la Croix avec la Madeleine éplorée, +comme écrasée de douleur à ses pieds, occupe le milieu de la fresque. +Séparés du groupe principal par des pilastres et des arcatures se +trouvent la Vierge et saint Benoît d'un côté et saint Jean avec saint +Bernard de l'autre. Le réel défaut de ce parti pris a été de couper +l'action où les personnages, isolés et séparés les uns des autres par +l'architecture, ne semblent pas reliés à la scène principale dont +l'intérêt réside dans le groupe de la Madeleine et du Christ. + ++ARCISPEDALE DE SANTA MARIA NUOVA+.--Ce grand hôpital fut fondé au +XIVe siècle par Falco Portinari, le père de la Béatrice du Dante. La +façade de +l'église San Egidio+ qui en dépend fut au XVIe siècle +augmentée d'un portique, œuvre de Buontalenti, sous lequel deux fresques +très restaurées sont intéressantes en ce qu'elles sont ce qu'au XVe +siècle on appelait des fresques de _Cérémonie_, c'est-à-dire des +compositions destinées à commémorer un événement. L'une, par LORENZO DE +BICCI, fut peinte en 1420 et représente la consécration de l'église par +le cardinal Correz, en présence du pape Martin V. L'autre, exécutée en +1435 par GHERARDO, rappelle les privilèges accordés à l'hôpital par le +pape Martin V, à la requête du cardinal Correz. + +La porte de l'église San Egidio est décorée du _Couronnement de la +Vierge_ (1420), bas-relief en terre cuite de LORENZO DE BICCI. A +l'intérieur, derrière l'autel, a été placé un charmant bas-relief en +bronze émaillé d'ANDREA DELLA ROBBIA, _la Vierge et l'Enfant_. Le +délicat tabernacle du maître-autel est l'œuvre commune de ROSSELLINO et +de GHIBERTI. Les anges en adoration sont du premier, et le bas-relief en +bronze de la porte fait d'autant plus honneur au second qu'il est d'une +plus grande simplicité. + ++GALERIE DE PEINTURE DE L'HOPITAL+ (25 et 29, place Santa Maria +Nuova). + +N° 104.--ANDREA DEL CASTAGNO. _Crucifiement_. Lunette provenant du +cloître de l'hôpital. Le Christ est entre la Vierge, saint Jean et deux +bénédictins agenouillés. Les figures de la Vierge et de saint Jean, +animées par la plus grande des douleurs, sont de premier ordre. + +(Au n°29, sur le pilier du premier étage.) + ++A+.--Bas-relief en terre cuite rehaussée de peintures, _la +Vierge, l'Enfant, Saint Jean et deux Anges_ de l'école de Donatello. + ++F+.--Admirable haut relief en terre cuite du VERROCCHIO. La Vierge, +en buste, tient l'enfant debout sur un coussin. Verrocchio a certainement +modelé d'après nature ce groupe d'une beauté et d'une vérité accomplies. + ++Salle I+.--Nos 48, 49, 50.--HUGO VAN DER GŒS. _L'Adoration des +Mages_, triptyque peint à Bruges, vers 1400, pour Francesco Portinari, +agent des Médicis dans cette ville. C'est l'ouvrage le plus important et +le chef-d'œuvre de ce maître excellent. Si le sujet principal, +l'Adoration des Mages, est d'un ensemble plutôt défectueux avec des plans +mal observés et des figures sans élégance ni charme, les détails sont en +revanche d'une rare perfection et la coloration d'une fraîcheur et d'un +éclat incomparables. Les deux volets, de toute beauté, furent pour le +portrait l'école où les artistes florentins du XVe siècle vinrent +apprendre leur art. Sur le volet de gauche, le donateur, Francesco +Portinari, et ses deux jeunes fils sont agenouillés en avant de leurs +patrons, saint Antoine abbé et saint Mathieu. Sur le volet de droite, sa +femme agenouillée lui fait face; coiffée du hennin et vêtue du riche +costume flamand, elle est accompagnée de sa fille, jeune enfant d'une +dizaine d'années; leurs visages, ainsi que ceux de sainte Marguerite et +de sainte Madeleine debout derrière elles, respirent la sérénité et +portent l'expression idéale des figures des Memling et des Van der +Weyden. + ++N°23+.--BOTTICELLI. _Vierge et l'Enfant, Saint Jean-Baptiste et +anges_. + +Cette œuvre de sa jeunesse a longtemps été attribuée à Fra Filippo Lippi, +tant il y est encore influencé par la manière de son maître. La Vierge se +penche vers l'Enfant couché sur ses genoux qui lui tend les bras, tandis +que deux anges délicieux les contemplent. La tête, entourée de légers +voiles d'une disposition compliquée, est ravissante de grâce. + +N° 71.--FRA BARTOLOMMEO. _Le Jugement dernier_. Cette grande +fresque, peinte de 1498 à 1499, est malheureusement mal conservée. Elle +n'en constitue pas moins, telle qu'elle est, un ouvrage d'une haute +portée artistique, première œuvre où l'art italien ait uni au sentiment +profond des primitifs, la noblesse et la beauté des formes, telles que +les concevait la Renaissance. + +Par la belle ordonnance du demi-cercle où sont rangés les Saints, par la +rigoureuse observation de la perspective, par la profondeur de +l'inspiration, cette composition est si remarquable que Raphaël l'a +placée, presque intégralement, dans la partie supérieure de la Dispute du +Saint-Sacrement, peinte, en 1508, pour les chambres du Vatican. + ++L'ANCIENNE ÉGLISE SANTA MARIA DEGLI ANGIOLI+ (Via degli Angioli) +sert de bibliothèque à l'hôpital. Dans un de ses cloîtres est conservée +une belle fresque d'ANDREA DEL CASTAGNO, le _Christ en Croix entre la +Vierge, saint Jean, la Madeleine_ au pied de la croix et deux +bénédictins agenouillés de chaque côté, composition d'un sentiment et +d'une facture admirables. + ++MUSÉE ARCHÉOLOGIQUE, PALAIS DE LA CROCETTA+. +Le premier +étage+ renferme le Musée égyptien et deux des plus riches collections +qu'ait l'Italie en antiquités étrusques et en numismatique italienne du +moyen âge et de la Renaissance. + +Le MUSÉE ÉTRUSQUE se compose des objets découverts dans des fouilles +faites à Chiusi, Orvieto, Grossetto et dans les nombreuses nécropoles +mises au jour autour de ces villes. + ++La Salle II+ contient dans des vitrines toute la série des vases +étrusques depuis l'époque la plus reculée jusqu'à l'apogée de cet art +(VIe siècle avant J.-C.). + +Ces vases contenaient les offrandes aux morts ou servaient d'urnes +cinéraires; ils sont, en grande partie, décorés des emblèmes relatifs à +leur emploi, soit de colombes ou de coqs chargés d'écarter des cendres +les mauvais esprits, soit de panthères ou de cavaliers symbolisant, les +uns les animaux dévorants, les autres le transport des âmes. Les poteries +de ce temps, presque toutes en terre noire, ont des formes admirables. + ++La Salle IV+ renferme une très belle collection de petits bronzes +étrusques d'un grand intérêt: groupes, candélabres, armures avec traces +de dorure, miroirs, etc., etc. + ++La Salle V+ possède quelques pièces hors ligne. + ++A+.--Statue de Minerve de grandeur naturelle, superbement drapée. +La tête a un grand caractère, les orbites vides des yeux étaient remplis +par des pierres précieuses (Arezzo). + ++B+.--Statue d'orateur; portrait de Metellus, fils de Vesia, citoyen +de Chiusi (IIe siècle avant J.-C.). Cette pièce célèbre a été découverte +près du lac Trasimène (1570). + ++C+.--Chimère affectant la forme d'un lion; sa queue, faite d'un +serpent, vient mordre une tête de bouc greffée sur le dos de l'animal. +Cette tête fantastique, remarquable comme mouvement et comme étude +approfondie de la forme, appartient à la plus belle période de l'art grec +(IVe siècle avant J.-C.) (Arezzo) + ++D+.--_Situla_, petit vase suspendu, de la plus belle époque +étrusque, il fut trouvé à Bolsène en 1871. Primitivement doré, orné de +bas-reliefs de la plus extrême finesse, il représente Vulcain ramené à +l'Olympe par Bacchus et Ariane. + +Une vitrine isolée renferme des merveilles. + +N° 1.--_Tête de jeune homme_ (IIe siècle avant J.-C.). + +N° 2.--Statuette de _Bacchus avec un génie ailé sur les épaules_ +(IVe siècle avant J.-C.). + +N° 3.--_Statuette de Jupiter_ (copie grecque du IIe siècle avant +J.-C., d'après Phidias). + +N° 4.--Statuette de _Castor conduisant un cheval_ (art étrusque +d'après l'art grec, IVe siècle avant J.-C.). + +N° 5.--_Minerve Medica_. + +N° 6.--_Athéné_, statuette très archaïque. + +N° 9.--Statuette d'_Hercule_ (IIIe siècle avant J.-C.). + ++Salle IV+.--Au milieu de la salle, le fameux _Vase François_, +ainsi nommé de son premier propriétaire, est orné de peintures divisées +en bandes sur lesquelles sont représentées les chasses de Méléagre, +Thésée et le Minotaure, le combat des Lapithes et des Centaures, les +funérailles de Patrocle, les noces de Pélée et de Thétis, la procession +des dieux quittant l'Olympe pour y assister, Bacchus et Vulcain, un +combat des Pygmées contre les Grues, et enfin, sur les anses, la lutte +autour du corps d'Achille. Cette belle œuvre grecque est du VIe siècle +avant J.-C. + ++Salle VIII+.--_Sarcophage_ en terre cuite de _Larthia +Seranthia_. La défunte, le torse redressé sur son lit funèbre, le bras +gauche relevé sur un coussin, tient un miroir et procède à sa toilette. +Ce splendide monument de la plastique chiusienne a conservé de nombreuses +traces de peinture (IIe siècle avant J.-C.). + ++Salle IX+.--I. _Sarcophage en albâtre_, non décoré de +sculptures, mais peint à tempera, de scènes représentant les combats des +Lapithes et des Centaures (art étrusque, Ve siècle av. J.-C). + +II. _Sarcophage en albâtre_ ayant conservé les traces de sa +décoration polychrome. Sur le couvercle en ronde bosse, le mari, le torse +nu, appuie la main sur l'épaule de sa femme assise à ses pieds qui relève +son voile pour le regarder; elle porte un collier d'or et ses cheveux ont +conservé leur peinture rouge (Ve siècle avant J.-C.). + +III. _Sarcophage de pierre_ également en ronde bosse. Aux pieds du +défunt, une Parque accroupie lui montre le rouleau de sa vie terminée. + +IV. _Statue cinéraire_ en terre cuite de la Mater Matuta des +Chiusiens. Elle est assise dans un fauteuil, tenant dans ses bras un +enfant couché. La tête mobile sert de couvercle à l'urne contenue dans +l'intérieur du corps (Ve siècle avant J.-C.). + +DEUXIÈME ÉTAGE. +GALERIE DES TAPISSERIES (ARAZZI)+.--La plupart des +tapisseries proviennent de la fabrique de Florence fondée par le +grand-duc Cosme Ier sous la direction de Nicolas Karcher et de Jean van +Boost de Bruxelles. Après leur mort, l'atelier fut tenu par des Italiens +et devint une véritable école, si bien que ce fut Pierre Lefèvre, +français d'origine et directeur vers 1630, qui, appelé avec un brevet par +Louis XIV en 1648, créa aux Tuileries un atelier où seraient appliqués +les procédés italiens et développés les procédés français des +manufactures érigées sous Henri IV, tandis que la manufacture de +Florence, dès 1744, cessait d'exister. + ++Salle I+.--Brocarts des XVème, XVIe et XVIIe siècles. + ++Salle II+.--Devant l'autel de Sainte-Marie Nouvelle, _le +Couronnement de la Vierge_, superbe broderie du XVe siècle. + ++Salles III, IV, V+.--Broderies et étoffes. + ++Salle VI+.--Tapisseries de Florence aux armes des Médicis (XVIIe +et XVIIIe siècles). _Les quatre Éléments_ d'après Moro. + ++Salle VII+.--Tapisseries flamandes du XVIe siècle. + ++Salle VIII+.--Tapisseries de Florence (XVIe siècle). + ++Salle IX+.--Suite des mêmes tapisseries. _Ensevelissement du +Christ_ (Florence, XVIe siècle). + +Nos 118 et 119.--_Ecce Homo_ et _Déposition_ (Florence, XVIe +siècle). + ++Salle XII+.--_Histoire d'Esther_. Trois tapis séries des +Gobelins d'après Audran, XVIIIe siècle, splendides pièces de cette suite +connue. + ++Salle XIII+.--Suite de l'_Histoire d'Esther_. Les costumes +turcs, remarquables, sont interprétés avec la fantaisie du XVIIIe +siècle. + ++Salle XIV+.--Trois tapisseries flamandes du XVIe siècle tissées +d'or. + +N° 74.--Série de tapisseries du XVIe siècle représentant des fêtes +données à l'occasion du mariage d'Henri II et de Catherine de Médicis. + ++Salle XV+.--Nos 67, 68, 69.--Suite de la même série. + ++Salle XVI+.--Six bandes de tapisseries allemandes du XVIe siècle, +_Histoire de David et de Bethsabée_. + +N° 66.--_Baptême du Christ_ (Flandres, XVe siècle). + ++Salle Galerie XVII+.--Nos 67, 68.--_Enlèvement de Proserpine_ +et _Chute de Phaéton_, d'après les cartons de Bernin (Florence, +XVIIIe siècle). + +Nos 53, 54, 55, 56.--Admirable série de tapisseries des Flandres du +XVIe siècle. Cette collection, la plus belle du musée, se compose de +quatre pièces de grandes dimensions tissées d'or. Les sujets en sont: +_la Création de l'homme_, _la Création de la femme_, _la +Tentation_, _Adam et Ève chassés du Paradis_. Le paysage, la +composition et le coloris de ces tapisseries sont de toute beauté. + +N° 51.--_Triomphe de déesse_, d'après Coypel (Gobelins, XVIIIe +siècle). + +Nos 42, 50.--_Histoire de Phaéton_, d'après Allori (Florence, +XVIIe siècle). + ++Salle XIII+.--_Fête champêtre_. + ++Salle XIV+.--Cinq scènes de la _Passion_ (Florence, XVIIe +siècle). + ++Salle XX+.--Trois scènes de la même série, d'après Allori. + ++Salle XXI+.--_Les Douze Mois de l'année_, d'après Bacchiacco +(Florence, XVIe siècle). + ++Salle XXII+.--Sept tapisseries avec grotesques sur fond jaune, +d'après Bacchiacco (Florence, XVIe siècle). + ++LA PLACE DE L'ANNUNZIATA+ est bordée à droite par l'hospice des +Enfants-Trouvés, les _Innocenti_, à gauche par la confrérie des +Servi di Maria, bâtiments identiques, entre lesquels s'ouvre, au fond de +la place, l'église de l'Annunziata. A l'angle de la Via dei Servi, le +palais Manelli, de 1565, est une construction en brique de Buontalenti. +Au milieu de la place, la statue équestre du grand-duc Ferdinand Ierest +la dernière œuvre de Jean de Bologne, coulée en 1608 avec le bronze des +canons enlevés aux Turcs. + +De chaque côté, deux fontaines de Ph. Rocca, placées en 1629, sont ornées +de monstres marins. + ++L'HOSPICE DES ENFANTS-TROUVÉS+ fut construit en 1421 par FRANCESCO +DELLA LUNA, d'après les plans laissés par son maître Brunelleschi; il +avait été commandé par la corporation des tisseurs de soie. Le +rez-de-chaussée est bordé d'un beau portique précédé de marches qui, du +côté de la place, offre entre ses arcatures des médaillons en terre +vernissée blanche sur fond bleu, exécutés en 1460 par ANDREA DELLA +ROBBIA. Ces médaillons, au nombre de quatorze, représentent chacun un +enfant emmailloté, chef-d'œuvre de grâce et de délicatesse. Dans ces +figures variées à l'infini, la manière d'Andrea diffère déjà profondément +du style simple et sévère de Luca et se rapprocherait bien plutôt, par +une recherche de douceur et de charme excessive, de celui des Ghiberti ou +des Benedetto da Majano. La lunette de la porte de la Chapelle, où l'on +entre par la cour, est occupée par une Annonciation, magnifique +bas-relief émaillé d'Andrea della Robbia. + +Au-dessus de l'autel de la chapelle +Santa Maria degli Innocenti+, +le GHIRLANDAJO a peint, en 1488, une belle adoration des Mages fortement +influencée, semble-t-il, par le Van der Gœs de l'hôpital Santa Maria +Nuova. Cette page réunit à un haut degré les qualités du Ghirlandajo; non +seulement il s'y révèle dessinateur émérite et savant coloriste, mais +bien encore dans les moindres détails il pousse la conscience à l'excès +et reste irréprochable comme exécution. + +En face des Enfants-Trouvés le bâtiment des +SERVI DI MARIA+ fut +également construit, sur les plans laissés par Brunelleschi, par ANTONIO +DA SANGALLO. + ++L'ÉGLISE SANTA ANNUNZIATA+ date de 1250, mais depuis elle fut +agrandie et constamment modifiée. Sous le mauvais péristyle qui la +précède, élevé en 1650 par CACCINI, s'ouvrent trois portes. Celle de +gauche donne accès au cloître de l'ancien couvent des Servites, celle de +droite à la chapelle des Pucci, et enfin celle du milieu au parvis décoré +de fresques qui précède l'église. Ces fresques, abritées maintenant +contre les intempéries par une galerie vitrée, furent en grande partie +exécutées par Andrea del Sarto et sont un des plus beaux monuments du +grand art italien. + ++A+.--_Saint Philippe donnant son habit à un malade_. + ++B+.--_Joueurs frappés de la foudre pour s'être moqués de saint +Philippe_. + ++C+.--_Guérison d'un possédé_. + ++D+.--_La mort de saint Philippe_. + ++E+.--_Un enfant guéri par le contact du manteau de saint +Philippe_. + +L'artiste exécuta ces peintures dans sa jeunesse, vers 1510. Le paysage a +quelque importance, mais n'est pas suffisamment traité; ce ne sont plus +les fonds idéalisés et mystérieux des primitifs, et d'autre part les +artistes de l'époque d'Andrea sont encore loin de la perfection des +maîtres qui rendront plus tard si merveilleusement la nature; ce sont des +œuvres d'une époque de transition, n'ayant plus les qualités des anciens +maîtres, sans pour cela avoir encore celles des nouveaux. Dans les +fresques de l'Annunziata les personnages manquent de mouvement, mais leur +défaut principal est l'absence de la foi profonde, de l'émotion et des +sentiments vrais qu'auraient mis dans un tel sujet les «Quatrocentisti». + +A droite, deux belles compositions d'Andrea del Sarto sont très +supérieures aux précédentes. + +1° _L'Adoration des Mages_ bien groupée, avec le portrait de +Sansovino tourné vers le spectateur, et au premier plan le portrait du +peintre par lui-même. + +2° _La Naissance de la Vierge_ (1514), représentée dans une riche +chambre du XVIe siècle avec des femmes portant les beaux costumes de +l'époque. Au milieu de cette fresque remarquable, deux portraits de +femmes dont l'une est la Lucrezia Fede, la terrible femme de l'artiste. + +Les trois médiocres fresques suivantes sont dues à des amis ou à des +élèves d'Andrea: _Le Mariage de la Vierge_ par FRANCIABIGIO (1513). +_La Visitation_ par le PONTORMO (1516). _L'Assomption_ par +ROSSO (1517). + ++L'intérieur de l'Église+, décoré au XVIIe siècle avec une triste +somptuosité, consiste en une nef unique sur laquelle donnent des +chapelles latérales, et qui aboutit à une grande rotonde où se trouve le +chœur entouré de chapelles rayonnantes. A gauche de l'entrée, sous un +baldaquin du XVIIe siècle de très mauvais goût, s'ouvre la chapelle +«della Vergine Annunziata», construite aux frais de Pierre de Médicis par +MICHELOZZO en 1448. Derrière l'autel, une Vierge miraculeuse, fresque du +XIIIe siècle, est l'objet d'une grande vénération. + +Au-dessus de la porte qui conduit du croisillon gauche au cloître des +Servites est une fresque d'ANDREA DEL SARTO, «la Madone au Sac» +(_Madonna del Sacco_), peinte en 1525, et justement considérée comme +un chef-d'œuvre; elle est d'une grâce charmante avec des figures bien +groupées. Saint Joseph debout, appuyé sur un sac, lit à côté de la Vierge +assise à terre. Près de la fresque d'Andrea est le _tombeau des +Falconieri_, fondateurs de l'église: sarcophage supporté par des +consoles. Dans le deuxième cloître, grande statue de _Saint +Jean-Baptiste_ en terre cuite, bel ouvrage où MICHELOZZO a reproduit +le Saint Jean qu'il avait placé dans le fameux reliquaire du musée du +Dôme. + + +ACADÉMIE DES BEAUX-ARTS (46, Via Ricasoli) + ++Salle I+.--N° 31.--BALDOVINETTI. _La Trinité_. + +N° 27.--ANGELICO. Retables. + ++Salle à Coupole+.--MICHEL-ANGE. _David_.--Le _David_ fut +sculpté en 1501 par Michel-Ange tout jeune, qui fut rappelé de Rome tout +exprès pour tirer d'un gigantesque bloc de marbre mal venu, une colossale +statue destinée à être placée devant le Palais Vieux. Loin d'être arrêté +par cette difficulté de métier, jamais Michel-Ange ne semble avoir été +plus en possession de son admirable talent, plus maître de son art, que +dans cette juvénile figure où la justesse des rapports, la perfection du +modelé et le fini parfait excitent la plus vive admiration. Le maître a +choisi l'instant où le héros va lancer sa fronde, et l'attente du geste +décisif est parfaitement marquée par l'expression sévère et concentrée du +visage qui frappe par sa ressemblance avec celui du _Saint Georges_ +d'Or San Michele, ce chef-d'œuvre de Donatello. + +MICHEL-ANGE. Ébauche pour un _Saint Mathieu_. C'est la seule ébauche +des statues des Apôtres que Michel-Ange devait exécuter pour Sainte-Marie +des Fleurs, œuvre infiniment intéressante, puisqu'elle permet de saisir +sur le fait son procédé de travail et sa préoccupation de mener de front +l'étude de la forme et la recherche de l'effet. Dans l'espèce de grande +dalle où la statue est encore engagée, il semble que le maître ait +dessiné au ciseau toutes les valeurs, jusqu'à donner à l'œuvre l'aspect +du bas-relief ou à produire l'impression d'un puissant et singulier +carton. + + + __________________________________ + | | + | V | + | SALLE DU PRINTEMPS | + | | + |________________________________| + | | + | | + | DESSINS | + | | + |____________________| + | | + | | + _________| SALLE | / + | | D'ANGELICO | Via Ricasoli + | | | \ + | | | + | |____________________|_________________________ + | | | + | | | + | II | SALLE I | E + | | | N + | SALLE | PRIMITIFS | T + | | | R + | A | | É + | |_____________________________________________| E + | COUPOLE | | + | | | + | | | + | | COUR | + | | | + | | INTÉRIEURE | + | | | + | | | + | | | + |_________|_____________________________________________| + | | + | | + | | + | | + | SALLE III | + | | + | | + | | + | | + |_______________________________________________________| + + + ++Grande Salle III+.--N° 36.--MASACCIO. _La Conception_. + +Sainte Anne, la Vierge et l'Enfant. Il est intéressant de constater dans +cette œuvre de jeunesse du maître, combien son idéalisme d'alors était +déjà combattu par son entraînement au réalisme et au naturalisme. + +N° 41.--FRA FILIPPO LIPPI. _Couronnement de la Vierge_, œuvre +tardive de 1441. Ce grand tableau, malheureusement très abîmé, est +surchargé de personnages; de plus, comme le sujet principal est placé sur +le second plan, il en perd toute grandeur. Le défaut ordinaire de Lippi, +qui est de raplatir la tête de ses figures, a été poussé ici à un +désagréable excès. Dans ce tableau, Lippi s'est peint lui-même à genoux +et les mains jointes. + +N° 42.--FRA FILIPPO LIPPI. _L'Annonciation_, belle prédelle de 1441. + +Nos 37 et 39.--ANDREA DEL CASTAGNO. _Sainte Madeleine_ et _Saint +Jean-Baptiste_, figures ascétiques d'un grand caractère. + +N° 38.--ANDREA DEL CASTAGNO. _Saint Jérôme en prière_. + +N° 32.--GENTILE DA FABRIANO. _Adoration des Mages_. Ce chef-d'œuvre +célèbre fut peint pour Palla Strozzi en 1423. Sorte d'Angelico ombrien, +Gentile évoque un monde tout idéal, tout fantaisiste; il couvre ses +personnages de vêtements somptueux où l'or tient la plus grande place, +mais un or traité à la manière des icônes byzantines, c'est-à-dire en +relief avec des incrustations et des gravures. Son goût prononcé pour la +zoologie se traduisit par la recherche des animaux extraordinaires qu'il +a figurés dans le cortège des Mages. Peu de tableaux laissent une aussi +délicieuse impression de poésie et de fraîcheur. + +N° 34.--FRA ANGELICO. _La Déposition de la Croix_. Ce chef-d'œuvre, +d'une simplicité grandiose, est d'une perfection de composition, d'une +profondeur de sentiment, d'une pureté de dessin qui en font une des plus +impressionnantes œuvres du XVe siècle. La croix occupe le centre, et le +corps du Christ en est détaché par saint Jean accompagné d'un groupe de +disciples qui soutiennent le cadavre. D'autres groupes admirables sont +composés de la Vierge, des Saintes Femmes et d'hommes qui contemplent +avec commisération les instruments de la Passion montrés par l'un d'eux. + +Les montants du cadre sont garnis de douze délicates petites figures de +saints et les trois gâbles qui le surmontent représentent _la Visite +des Saintes Femmes au tombeau_, _la Résurrection_ et _l'Apparition à la +Madeleine_. Pour bien apprécier cette œuvre de premier ordre, il faut se +faire à un coloris d'une vivacité et d'une crudité de tons rares, même +chez l'Angelico. + +N° 43.--ANDREA VERROCCHIO. _Baptême de Jésus-Christ_. On a longtemps +considéré ce tableau comme la seule peinture complète du Verrocchio, mais +on est arrivé à reconnaître que l'œuvre, loin d'avoir jamais été achevée +par lui, avait été terminée par son élève, Léonard de Vinci. La seule +part attribuée maintenant à Verrocchio est la figure de saint +Jean-Baptiste et le paysage du fond. L'artiste, avec le caractère plutôt +abrupt de son talent et sa passion de l'anatomie et de la vérité, a +trouvé un sujet digne de lui dans la figure réaliste et ascétique du +précurseur, modelée en pleine lumière. Cette partie, un peu dure, forme +un saisissant contraste avec les deux délicieuses figures d'anges +agenouillés que Léonard a traitées en clair obscur, avec tout le charme +de son incomparable génie. + +N° 46.--SANDRO BOTTICELLI. _La Vierge, l'Enfant Jésus, la Madeleine, +sainte Catherine, saint Damien, saint Cosme et divers saints_. Un des +premiers ouvrages de Sandro et non des meilleurs. Les figures sont encore +très influencées de celles de son maître, POLLAJUOLO. + +N° 47.--SANDRO BOTTICELLI. _Couronnement de la Vierge_. Un des plus +grands tableaux d'autel du maître. + +N° 52.--SANDRO BOTTICELLI. _La Vierge sur un trône entre des anges et +des saints_. Ces deux tableaux prouvent surabondamment combien le +talent de Botticelli était rebelle aux sujets religieux. + +N° 49.--FRA FILIPPO LIPPI. La belle _Madone avec quatre Saints_ sous +une architecture, est une des bonnes œuvres du maître. Elle est +remarquable par la facture des vêtements. + +N° 50.--GHIRLANDAJO. _L'Adoration des Bergers_, peinte vers 1485, +est à peu près analogue à celle des Innocenti. L'influence de Van der Gœs +et de l'œuvre de l'hôpital Santa Maria Nuova y est également sensible. +Cet ouvrage, à bien des égards, est excellent; on y retrouve la +scrupuleuse conscience de Ghirlandajo et, grâce à son coloris plus calme, +il est d'un aspect plus agréable que le retable des Innocenti. + +N°53.--PIERRE PÉRUGIN. _Le jardin de Gethsemani_. + +N° 56.--PIERRE PÉRUGIN. _Crucifixion_. Ces deux tableaux furent +peints par le Pérugin vers 1496, c'est-à-dire à cette période de sa vie +où, par son absence de conviction artistique, il sacrifiait exclusivement +à la grâce et à l'afféterie et laissait dans ses compositions une large +place à de beaux paysages de convention. + +N° 55.--PIERRE PÉRUGIN. _Assomption_, avec quatre saints dans le bas +du tableau. + +Cette grande composition, très conventionnelle, date de l'époque des +fresques du Cambio avec lesquelles elle a de grands rapports de manière +(1500). + +N° 58.--PIERRE PÉRUGIN. _Pieta_. Ce tableau célèbre est une œuvre de +jeunesse intéressante par sa singulière ordonnance et son architecture +classique. Malheureusement l'expression des visages et l'attitude des +personnages sont toujours de la plus désolante banalité. + +N° 54.--LUCA SIGNORELLI. _La Vierge avec le Christ, deux Saints et les +archanges Michel et Gabriel_. Remarquable tableau d'autel d'un coloris +vif et fondu tout à la fois. + +N° 57.--FILIPPINO LIPPI. _Descente de Croix_. Ce tableau d'autel, +resté inachevé par suite de la mort de Filippino (1504), fut repris et +terminé par le Pérugin. + +N° 59.--ANDREA DEL SARTO. _Quatre Saints_. + +N° 63.--Prédelle de ces tableaux avec la Vie de ces Saints. Ces deux très +belles compositions sont de la même époque et de la même manière que les +admirables fresques des Scalzo (1528). + +Il est intéressant de constater combien, à cette date, André del Sarto +était impressionné par le génie d'Albert Dürer. + +N° 66.--FRA BARTOLOMMEO. _Apparition de la Vierge à saint Bernard_, +œuvre de jeunesse (1506) avec encore un peu de sécheresse dans les +contours et malheureusement d'une mauvaise conservation. + +N°69.--FRA BARTOLOMMEO. _Saint Vincent_. + +Nos 78 et 82.--FRA BARTOLOMMEO. _Têtes d'Apôtres_. Ces morceaux de +fresques sont de premier ordre et donnent le plus utile renseignement sur +la hauteur de vues, la noblesse de sentiments et la belle intégrité +artistique du Frate. + ++Salle IV (Salle d'Angelico)+.--Cette salle contient un véritable +trésor d'œuvres de l'Angelico qui, avec des qualités différentes, sont +toutes inspirées de son exquise poésie symbolique et mystique. + +N° 41.--_Le Jugement dernier_. Composition où se meuvent une +multitude de petites figures d'une exécution relativement peu soignée +pour l'Angelico. La partie la plus intéressante du tableau est constituée +par une ravissante farandole de petits anges qui se déroule dans le +Paradis, au milieu d'une prairie émaillée de fleurs. + +Si Angelico est, par excellence, le peintre des joies célestes, il est +moins apte à exprimer l'angoisse et la douleur des damnés, aussi la +partie de l'enfer laisse-t-elle à désirer. + +N° 16.--Six petits panneaux. _Vies et supplices des saints Cosme et +Damien_. + +Nos 11, 24.--Huit panneaux divisés en compartiments et formant +trente-cinq sujets de la Vie de Jésus-Christ. Ils sont d'inégale valeur +et plusieurs sont de la main de Baldovinetti. Toutefois, quelques-uns, +comme finesse et perfection, sont de vraies miniatures. Parmi ceux-ci: +_la Fuite en Égypte_, _la Flagellation_, _le Portement de +Croix_, _Jésus dépouillé par les soldats et les Saintes Femmes au +tombeau_ sont hors ligne. + +N° 20.--_Couronnement de la Vierge_, petit médaillon de la plus +grande finesse. + +N° 21.--_Le Christ à mi-corps, debout dans le tombeau_, entouré de +toutes les _scènes de la Passion_. Cette belle conception, +particulièrement affectionnée par l'Angelico, est d'un dessin large et +savamment modelé. + +PIERRE LORENZETTI.--Quatre épisodes très archaïques de la _Vie de saint +Nicolas de Bari_. + +N° 31.--FRA BARTOLOMMEO. _Savonarole sous l'aspect de saint Pierre +martyr_. + +N° 18.--PÉRUGIN. Beaux portraits de _Baldassare Monaco_ et de _don +Biagio Milanesi_, moines de Vallombreuse. La beauté, la simplicité et +la sévérité de ces deux profils de moines les ont longtemps fait +attribuer à Raphaël comme œuvre de jeunesse. + ++Salle V+.--Cartons.--Collection d'admirables cartons de Fra +Bartolommeo. + +Carton du _David_, de Michel-Ange. + ++Salle VI+.--N° 22.--ANTONIO DEL POLLAJUOLO. _Saint Augustin_, +âgé. Admirable figure d'évêque debout, crossé et mitré. + +N° 23.--ANTONIO DEL POLLAJUOLO. _Sainte Monique_, superbe figure de +vieille femme, pendant du précédent. + +N° 24.--VERROCCHIO. _Tobie et les trois Archanges_. + +Les archanges Michel, Gabriel et Raphaël accompagnent le jeune Tobie +retournant chez son père. Cette œuvre admirable est une des premières du +Verrocchio et l'analogie du type des Archanges avec ceux du _David_ +au Bargello et du _Saint Jean-Baptiste_ dans le _Baptême_ de +l'Académie est frappante. + +La gravité, la noblesse et la beauté des figures, la minutieuse recherche +des anatomies, le réalisme scrupuleux poussé jusqu'aux moindres plis des +vêtements, enfin la poésie du délicieux paysage du fond, tout concourt à +placer ce tableau parmi les productions les plus parfaites des +Quatrocentisti. + +N° 19.--LUCA SIGNORELLI. _La Madeleine agenouillée au pied de la +Croix_. Cette page a la dureté et la crudité de couleur trop +ordinaires chez Signorelli, défauts amplement rachetés du reste par la +beauté de la composition et la profondeur et l'émotion uniques chez lui. + +Le fond en perspective représente la Déposition, la Mise au sépulcre, et +la Visite des Saintes Femmes au tombeau. + +N° 16.--DOMINIQUE GHIRLANDAJO. _Vierge entre des anges et divers +saints_, excellent ouvrage de jeunesse. + +N° 12.--FRA FILIPPO LIPPI. _Naissance de Jésus-Christ_, retable de +médiocre valeur, seulement intéressant comme étant le tableau de l'autel +de la chapelle Riccardi auquel aboutissait toute la composition de +Benozzo Gozzoli. + +Nos 6, 7, 8, 9.--SANDRO BOTTICELLI. _Le Christ +ressuscitant_.--_Salomé avec la tête de Saint +Jean-Baptiste_.--_Visions de Saint Augustin_.--_Mort de Saint +Augustin_.--Quatre adorables petits panneaux oblongs. + +N° 20.--SANDRO BOTTICELLI. _L'archange Raphaël et Tobie_, tableau +très abîmé, mais d'un délicieux sentiment. Les deux figures, rapprochées +de celles du tableau du Verrocchio, expliquent l'attribution erronée de +cette peinture faite longtemps à Sandro. Au bas, petite figure +agenouillée du donateur Strozzi, dont les armes occupent le haut du +tableau. + +N° 27.--SANDRO BOTTICELLI. _Allégorie du Printemps_, tableau exécuté +en 1462 sur la commande de Pierre de Médicis et destiné avec celui du +musée des Offices, «l'Arrivée de Vénus à Cythère», à sa villa de +Castello. C'est un chef-d'œuvre de paganisme mythologique, interprété +avec toute la subtilité, tout le raffinement d'un «décadent» de la +Renaissance. Il puisa son sujet dans le passage du cinquième livre de +Lucrèce, où le poète décrit ainsi le réveil de la nature: + +«Sur l'aile de Zéphyr le doux Printemps renaît et Vénus daigne sourire +aux champs rajeunis. Sur leurs pas Flore, mère facile, épanche ses +parfums et émaille les prés de ses dons enchanteurs.» + +Comment Botticelli a-t-il traduit la pensée de Lucrèce? Dans un bois, +figuré par des arbres chargés de fleurs et de fruits, dont les +silhouettes noires sont violemment découpées sur un ciel pâle, s'ouvre +une clairière semée de mille fleurs, traitées avec la patiente minutie de +la miniature. Sur ce chemin fleuri s'avance Vénus précédée des Grâces et +de Mercure, et suivie de la figure allégorique du Printemps. Flore, +poursuivie par Zéphyr, occupe l'extrême droite du tableau, et l'Amour, +les yeux bandés, vole au-dessus des groupes en décochant ses flèches. + +Les sept personnages, presque aussi grands que nature, sont traités avec +l'art le plus consommé autant par la perfection du dessin que par +l'agrément du coloris. Les femmes, avec les formes élancées et un peu +grêles chères à Botticelli, sont vêtues de gazes transparentes voilant à +peine leur belle nudité. Une seule figure, la figure si énigmatique du +Printemps, porte une tunique compliquée, semée de fleurs sur fond blanc; +les cheveux fauves, coupés court, encadrent son délicieux visage et son +expression étrange donne à sa physionomie quelque chose de problématique +et de captivant. Les dimensions de cet ouvrage lui assureraient un rang à +part dans l'œuvre de Botticelli, si d'ailleurs des qualités de premier +ordre ne l'y plaçaient de droit. + ++LE COUVENT DE SAN MARCO+, fondé par les moines de l'ordre de +Saint-Sylvestre, fut concédé aux dominicains par le pape Martin V, sur +les instances de Cosme l'Ancien, leur zélé protecteur, auquel l'ordre +devait d'être rentré à Florence après en avoir été précédemment expulsé. +Le couvent fut magnifiquement restauré par Michelozzo de 1436 à 1443, et +Fra Angelico de Fiesole passa plusieurs années de sa vie à le décorer de +ses fresques. + +Le génie de Giotto avait contenu en germe toute la peinture italienne, +c'est-à-dire l'idéalisme et le réalisme. Par la grandeur des choses vues +de loin, il rehaussa la vérité des choses vues de près estompées sur le +vif; en un mot, il conçut le premier l'union du symbole et du portrait. + +Un demi-siècle après la mort de ce grand homme, alors que s'épanouissait +la génération de ses élèves, deux courants se formèrent dont la source +remontait également à son génie. Tandis que des artistes tels que les +Masolino, les Masaccio ou les Fra Filippo Lippi développaient la peinture +dans le sens de la vérité individuelle et du portrait, d'autres, comme +Fra Giovanni de Fiesole, s'attachaient au spiritualisme puisé dans +l'œuvre de Giotto ou inspiré par le platonisme de Dante et donnaient le +jour à une peinture destinée, semble-t-il, à illustrer les missels du +Paradis. + +L'Angelico fut la plus haute manifestation de cet art et San Marco la +plus parfaite expression de son talent. + +Les fresques multiples que renferme le couvent ne sont pas des œuvres +destinées à la critique ou au jugement d'un nombreux public. Elles +devaient, en décorant des cellules où personne ne pénétrerait, ne servir +qu'à l'édification ou à l'enseignement des moines, et Angelico pouvait se +livrer, sans préoccupation mondaine, tout entier à l'inspiration de son +âme. Beaucoup de ces fresques, sans recherche d'anatomie ou de dessin +quelconque, sont très légèrement indiquées et c'est parfois de celles où +ces défauts sont le plus accusés que se dégage l'impression la plus vive; +on les dirait éclairées par une sorte de lumière intérieure dans le +rayonnement de laquelle, toute trace de procédé matériel s'effaçant, +elles apparaissent comme dans une atmosphère de pure spiritualité. + +Le même état d'âme se manifeste au couvent de San Marco dans Baccio della +Porta, dit Fra Bartolommeo, devenu moine en 1501, sous l'impression +terrible qu'avait produite en lui la mort affreuse de son ami Savonarole. +Après plusieurs années passées sans toucher à ses pinceaux, il les reprit +par ordre du prieur, et c'est de cette époque que datent toutes ses +admirables compositions religieuses où s'accuse si profondément le tour +extatique et mystique de son esprit. + +Il reste enfin à parler du plus célèbre des hôtes de San Marco, de celui +dont le nom a marqué dans l'histoire de son pays, de celui dont la pensée +grave et austère tenta la réforme morale et religieuse d'une époque déjà +dissolue: de Jérôme Savonarole. A la fin du XVe siècle les regrets +causés par l'affaiblissement de la foi et la perte de la liberté, les +écarts des lettres et les périls de l'indépendance nationale provoquèrent +à Florence une violente réaction politique et religieuse dont l'apôtre +fut Jérôme Savonarole, un moine mystique doublé d'un tribun. + +Cet homme sut, dans la païenne Florence d'alors, amener une révolution +complète, il sut établir une république théocratique animée du souffle +divin et fonder sur la puissance populaire la réforme des mœurs et le +mépris des arts. Il tomba, sous le persiflage des libertins de la +Renaissance, sous les attaques de l'aristocratie, sous les foudres de la +papauté et sous ses propres excès, mais en laissant le souvenir pur d'un +apôtre, d'un prophète et d'un martyr. + +Jérôme Savonarole naquit à Ferrare en 1452, et une vocation irrésistible +l'ayant entraîné vers les ordres, il entra en 1475 chez les dominicains +de Florence, à l'âge de vingt-trois ans. + +Il fut d'abord destiné à la prédication où, malgré sa foi ardente, son +élocution difficile l'empêcha de réussir. Mais, loin de se décourager, il +revint à l'étude de la Bible et, pendant quatre années, se voua au +travail, au silence et à la solitude. Aussi, quand il quitta, pour +rentrer à Florence, le sévère couvent de la Lombardie où il s'était +retiré, se considérait-il comme élu par Dieu pour ramener l'Italie à la +foi et aux bonnes mœurs par ses menaces et ses avertissements. Il la +regarda désormais comme les prophètes regardaient la Judée, ne voyant +plus dans son peuple qu'une nation de prédilection, que Dieu, selon les +circonstances, soutenait ou châtiait impitoyablement. + +Ainsi préparé et se croyant marqué du sceau divin, il recommença ses +prédications (1490) et avec des figures et des citations bibliques +flagella ses contemporains et les menaça, dans un langage violent et +âpre, d'un redoublement de la colère céleste. La foule dès lors se pressa +autour de lui et il dut abandonner la salle du chapitre de San Marco où +il prêchait sous la fresque de l'Angelico, pour le jardin du cloître et +ensuite pour l'église San Marco. La ville tout entière fut alors +suspendue aux lèvres du moine dont la parole terrible menaçait l'Italie +des «fléaux de Dieu: la conquête, la servitude et la ruine» si elle ne se +réformait pas dans les mœurs et dans «le siècle». + +La popularité de Savonarole lui valut la dignité de prieur et Laurent le +Magnifique, que sa parole inspirée commençait à effrayer, put espérer que +cette élévation tempérerait l'ardeur du moine. Mais cet espoir devait +être déçu, car, loin de modérer sa fougue, Savonarole menaça de plus +belle Laurent et Florence des pires châtiments. L'événement devait lui +donner raison, et l'entrée des Français à Milan allait bientôt faire du +dominicain une terrible puissance politique et religieuse avec laquelle +il faudrait compter. + +Pierre de Médicis, le successeur de Laurent, exila Savonarole et lui +interdit l'usage d'une parole qui semblait complice de l'invasion; mais +bientôt, Pierre ayant été chassé lui-même, les Florentins rappelaient +leur prédicateur et l'envoyaient en ambassade auprès du conquérant dont +il avait prédit la venue. Si toute son éloquence fut impuissante à +empêcher Charles VIII d'entrer à Florence, il obtint du moins l'immunité +pour elle et pour ses habitants et, une fois Charles et les Français +partis, Savonarole resta le maître de la situation. Mis dans la nécessité +d'organiser un gouvernement, il dut se prononcer sur la meilleure forme à +donner à la République et décréta une constitution dont les principes +étaient la crainte de Dieu, l'intérêt général primant l'intérêt +particulier, l'oubli de toutes les anciennes haines, le pardon des +offenses, la remise de toutes les dettes contractées envers l'État, +l'amnistie pour tous les délits commis pendant les luttes des factions. + +En donnant force de loi à cette paix universelle, Savonarole coupait +court à toute recherche du passé, détournait toutes les vengeances, et +par cela seul les œuvres de cet homme furent d'abord excellentes. Mais à +cette constitution politique devait toujours manquer le rouage essentiel, +celui d'une volonté motrice unique. Cette volonté, Savonarole la +considérait comme une émanation divine, c'était décréter la politique de +prophétie et l'illuminisme en permanence. Cependant, à voir les prompts +résultats de son système, on put croire au couronnement de son œuvre; en +effet, une transformation radicale s'était opérée dans Florence où l'on +n'entendait plus que des chants religieux, où les femmes se dépouillaient +de leurs parures, où les hommes ne marchaient plus que la Bible en main +et où les artistes abandonnaient les sujets profanes et leurs chères +études sur l'anatomie et sur l'antiquité pour se soustraire aux +tentations de la chair. Dominé par cette obsession, Fra Bartolommeo se +fait moine, Botticelli brise ses pinceaux, Marsile Ficin et Ange Politien +se détournent des lettres profanes et deviennent les amis et les +disciples du moine, Machiavel passe de l'étude de Tite-Live à celle du +Deutéronome et enfin Michel-Ange, pénétré de l'esprit même de Savonarole, +se voue presque exclusivement à la peinture et à la sculpture religieuses +dans leurs interprétations les plus désolées et les plus farouches. + +La situation de Savonarole devenait pourtant de jour en jour plus +périlleuse, car l'illuminisme, si dangereux déjà dans la direction des +âmes, est un écueil insurmontable dans le gouvernement des intérêts, et +le moine avait beau dire: «Je ne me mêle pas des affaires de l'État», le +peuple florentin, dont il était devenu le prophète et le juge, exigeait +de lui secours efficace, aide et protection. Ce n'était pas assez pour +satisfaire Florence, qu'au moment de la seconde campagne d'Italie, +Savonarole eût obtenu le départ de Charles VIII; elle avait espéré de +lui, qu'outre la liberté reconquise, il lui ferait reprendre les villes +révoltées contre son autorité, auxquelles le passage des Français avait +rendu l'indépendance. Aussi les Florentins murmuraient contre Savonarole +et lui faisaient un grief de ce que la République épuisât en pure perte +ses condottieri et son argent, comme ils le rendaient aussi responsable +de la disette qui sévissait cruellement. + +Si les partisans du prophète et de son gouvernement se refroidissaient +eux-mêmes, des ennemis autrement redoutables allaient encore surgir +contre lui. En effet, Savonarole n'avait pas craint d'attaquer avec la +dernière violence le clergé, les moines et jusqu'à la papauté, invitant +l'Église à quitter les biens du siècle pour la pauvreté, l'austérité et +la prière. Il y avait là de quoi éveiller les craintes d'un pape tel +qu'Alexandre VI Borgia, et, en juillet 1495, il mettait l'interdit sur +Savonarole et lui ordonnait de comparaître devant lui. Le dominicain ne +tint aucun compte de ces injonctions et continua de plus belle ses +prédications, arguant que l'indignité du chef de l'Église déliait de +toute obéissance à son égard. Après deux ans de tergiversations, +Alexandre se décida à fulminer et lança ses foudres contre Savonarole, le +frappant d'excommunication majeure, comme coupable de désobéissance et +suspect d'hérésie. + +Les Florentins se trouvaient ainsi placés entre leur foi catholique et +leur amour pour le dominicain, si bien qu'une moitié de la ville était +retournée contre l'autre. + +Cette situation était encore compliquée par les incitations haineuses que +Pierre de Médicis ne cessait d'adresser au pape contre Florence, de sorte +que la Seigneurie, effrayée de la double perspective d'un schisme et +d'une guerre également possibles, se résolut à interdire la parole à +Savonarole et à lui enjoindre de s'enfermer dans son couvent. + +Celui-ci ne devait pas y rester longtemps en paix, car la première chose +qu'un peuple exige d'un prophète, quand il commence à ne plus croire en +lui, est le signe manifeste de sa mission. On se rappelait à Florence la +légende de Pierre de Feu qui, au XIe siècle, était entré dans les +flammes pour prouver la simonie d'un évêque et qu'on disait en être sorti +sain et sauf, et peu à peu s'établissait l'idée que le moine dominicain +ne pouvait vraiment faire moins pour prouver qu'il avait raison contre un +pape. + +La foi de ceux qui lui étaient restés fidèles entraîna Savonarole dans +cette voie insensée, et de nombreux frères s'étant offerts pour tenter +l'épreuve à sa place, il fut décidé qu'on essaierait de cet étrange moyen +de rendre la paix à la ville. + +Après avoir délibéré, la Seigneurie désigna les deux victimes, Dominique +Buonvicini pour Savonarole, et contre lui le frère mineur François de +Pouille. Si le dominicain était brûlé, Savonarole devait quitter Florence +(1498). Le jour venu, d'interminables discussions s'élevèrent entre les +dominicains et les franciscains pour savoir s'il convenait d'entrer dans +le bûcher avec ou sans vêtements, avec ou sans crucifix. Pendant ces +contestations, un violent orage survint et dispersa acteurs et +spectateurs; mais Savonarole faillit être écharpé par le peuple furieux +de sa longue attente et exaspéré d'avoir été frustré du spectacle qu'il +escomptait; le prophète était perdu, il n'avait pu faire ses preuves. Dès +le lendemain, le peuple soulevé envahissait et saccageait le couvent de +San Marco et le prieur, pour mettre fin aux scènes de tumulte, se faisait +escorter au Palais Vieux et se remettait entre les mains de la Seigneurie +qui, autant pour sauver sa vie que pour donner satisfaction au peuple, le +faisait conduire en prison. + +Mis à la torture, Savonarole resta héroïque; on fut si loin de lui +arracher des aveux suffisants pour motiver une condamnation, qu'il fallut +qu'Alexandre VI députât aux juges deux commissaires apostoliques, afin +que le procès aboutît à une sentence de mort et permît au tribunal de +condamner à être brûlé vif un homme dont le seul crime était de n'avoir +pas fait un miracle pour délivrer le monde d'un Borgia. Mais, comme le +fait ne tombait sous aucune loi, il fut condamné pour le crime +irrémissible en politique d'être usé et vaincu. + +Savonarole fut, devant la mort, égal à lui-même. Ses dernières paroles +respirèrent la fierté et la foi. Lorsque, avant de le livrer au bûcher, +on le déclara retranché de l'Église, il s'écria: «De la militante, oui; +de la triomphante, non.» + +L'opinion de Machiavel sur lui résume celle des contemporains: «S'il +était sincère, l'Italie a vu un grand prophète; si c'était un fourbe, +elle a vu un grand homme!» + +La vérité est qu'il ne sut ni réformer l'Église à force de raison, ni la +renverser, comme le tenta Luther, à force de volonté. Homme de passion +surtout, il n'eut ni la sagesse de la pondération, ni la force du +révolutionnaire. + + * * * * * + ++Le couvent+.--Le premier cloître, où l'on entre directement, est +entouré de portiques décorés de détestables fresques de VANNI (1650). +Pourtant il a conservé, au-dessus des lunettes des portes, cinq fresques +de l'Angelico. + +1°--_Saint Thomas d'Aquin tenant un livre ouvert sur sa poitrine_. + +2°--Au-dessus de l'entrée des Étrangers (forestiera), _le Christ reçu +par saint Dominique et saint Thomas d'Aquin_. Il est en pèlerin revêtu +de la peau de mouton, un bourdon à la main. + +3°--Au-dessus de la porte du réfectoire, un _Christ mort_, sortant à +mi-corps du tombeau, est d'une grande et douloureuse expression. + +4° Au-dessus de la salle du chapitre, _Saint Dominique avec la +discipline_. + +5° Au-dessus de la porte communiquant avec l'église, la fresque appelée +_le Silence_ est une des plus hautes compositions où l'âme ait été +traduite par la forme; elle représente saint Pierre martyr, un doigt sur +la bouche pour rappeler la règle de l'ordre enjoignant le silence. + +A droite de la porte de l'église et en face de l'entrée du cloître se +trouve une grande fresque où l'ANGELICO a peint _Saint Dominique_ à +genoux au pied de la croix qu'il tient embrassée. C'est un de ses rares +ouvrages où les personnages soient de grandeur naturelle; et +exceptionnellement ce développement a été loin de leur nuire, bien qu'ils +aient conservé toute la finesse de la miniature. + +La croix se détache sur le bleu intense du ciel et la tête du Christ, +légèrement penchée, est d'une douceur et d'un renoncement admirables; la +tête extatique de saint Dominique le regarde avec amour et compassion. + ++Le Réfectoire+ possède un _Cenacolo_ peint à fresque par +ANTONIO SOGLIANI, en deux parties dont l'inférieure montre des +dominicains à table, servis par des anges et la supérieure, le Christ en +croix entouré de la Vierge, de saint Jean et de dominicains. Un superbe +encadrement sculpté du XVe siècle avec traces de couleurs a été rapporté +dans cette salle; sa dimension fait supposer qu'il a encadré +primitivement la grande fresque de Saint Dominique dans le cloître. + ++La Salle du Chapitre+ est décorée d'une fresque d'ANGELICO, _le +Calvaire_, la plus grande de ses compositions, elle occupe le mur +cintré du fond. + +Loin de l'embarrasser, les proportions de cette fresque ne firent que lui +inspirer un style plus ample, une exécution plus large qui, sans lui +enlever rien de sa délicatesse, le firent gagner en résolution et en +fermeté. Elle est une des dernières œuvres de l'Angelico âgé alors de +cinquante-trois ans. + +Le moine a placé la scène, non pas sur un calvaire, comme elle l'est +généralement, mais dans un lieu caractérisé seulement par un tertre +jaune, sans perspective, où les trois croix se détachent sur un ciel +sanglant d'un ton uniforme. Les corps du Christ et des deux larrons sont +les parties les moins bonnes et manquent de dessin par suite de +l'ignorance anatomique dans laquelle l'Angelico avait toujours voulu +rester. + +A gauche, au pied de la croix, le groupe de la Vierge évanouie, soutenue +par saint Jean, l'une des Marie et la Madeleine, feraient honneur aux +plus grands maîtres, tant la dignité des figures, leur expression, leur +mouvement et le jet des draperies sont vraiment admirables; et la +Madeleine, avec sa tunique rose, dénouée et glissant à son insu, est, +dans son désordre, d'une beauté surprenante. + +Plus à gauche, se tiennent saint Jean-Baptiste, saint Augustin, saint +Laurent, saints Cosme et Damien, patrons des Médicis. A droite, sont +agenouillés saint Dominique et les fondateurs d'ordres fameux: saint +Jérôme, saint François d'Assise, saint Benoît, saint Thomas d'Aquin, +saint Pierre martyr. Derrière eux, debout, sont encore d'autres saints, +entre lesquels saint Zenobe, évêque, patron de Florence. Tous ces +personnages, dont la douleur est profonde, ont dû symboliser, dans la +pensée de l'artiste doublé du prêtre, le cri d'angoisse de l'Église à +cette époque de discorde et de schisme. + +Sous cette fresque, Fra Giovanni a simulé une prédelle comprenant +dix-sept médaillons encadrés dans l'arbre de Jessé des dominicains dont +la souche est entre les mains de saint Dominique placé dans le médaillon +du milieu. Dans les autres médaillons sont tous les dominicains célèbres, +dont les têtes pleines de vie et d'expression se détachent sur un fond +bleu. + +Dans le passage conduisant au deuxième cloître se trouve, à côté de +l'escalier, le +petit Réfectoire+ décoré d'un _Cenacolo_ peint +à fresque par DOMENICO GHIRLANDAJO en 1493, copie textuelle de celui +qu'il avait déjà peint en 1480 à Ognissanti. Celui-ci, de la dernière +manière du maître, est moins parfait que le précédent. Les figures sont +relevées par l'emploi des ors; la table, simplement servie, est parsemée +de cerises. + ++Le premier étage+ comprend un large couloir régnant sur trois côtés +et couvert d'une charpente apparente, le long duquel s'ouvre une suite de +portes basses et étroites donnant chacune sur une cellule peu élevée de +plafond. La monotonie des murs est, d'espace en espace, rompue par une +fresque de l'Angelico. + +N° I.--(En face de l'escalier.) _L'Annonciation_. Sous un portique +la Vierge est assise sur un escabeau et adorable de grâce et de respect, +s'incline chastement devant l'ange, qu'elle écoute avec confiance et +soumission. + +N° II--(A gauche de la porte) _Saint Dominique, à genoux au pied de la +Croix_, contemple le Christ. Ce sujet, traité avec une grande finesse, +a été reproduit plus grossièrement dans beaucoup de cellules par les +élèves d'Angelico. + +III.--(Couloir de gauche) Entre les cellules 25 et 26, _Vierge assise +sur un trône_ entouré de saints au nombre desquels se trouvent saints +Cosme et Damien, saint Augustin, saint Laurent et saint Pierre martyr, +sous les mêmes traits que dans la salle du chapitre. + +Les quarante-cinq cellules sont décorées chacune d'une fresque carrée de +petite dimension exécutée soit par Fra Angelico, soit sous sa direction, +d'où il résulte une grande inégalité entre ces morceaux, sans que la +profonde et saisissante impression d'unité en soit diminuée. + ++Cellule I+.--_Le bon Jardinier_. Apparition du Christ à la +Madeleine. + +II.--_Mise au tombeau_. Les trois Saintes Femmes et saint Jean sont +accroupis autour du corps devant le sépulcre. A gauche, saint Antoine +s'avance doucement vers eux. + +III.--_Annonciation_. L'Ange debout est d'une grande finesse; la +Vierge agenouillée sur un petit banc, les mains croisées sur la poitrine, +est dans une attitude très humble. + +IV.--_Christ en Croix_ sur fond sombre, entouré de saint Jean et de +la Vierge, de saint Dominique et de saint Jérôme. + +VII.--_Ecce homo_. Le Christ en robe blanche est assis sur un trône +et tient dans ses mains le roseau qui devient un sceptre; le Christ voit +à travers le voile dont ses yeux sont couverts. Derrière et autour de lui +sont représentées les mains qui l'ont souffleté et la tête de l'homme qui +lui a craché au visage. Toutefois, par une admirable inspiration de la +foi, le peintre n'a pas osé la représenter couverte, et une main de celui +qui outrage le Christ soulève instinctivement le chapeau. A gauche est +assise la Vierge; à droite, saint Dominique semble commenter avec ferveur +le livre ouvert devant lui. Cette œuvre, admirable dans sa simplicité, +produit une profonde impression. + +VIII.--_Les Saintes Femmes au tombeau_. La Madeleine regarde le fond +du sépulcre, sa charmante tête est vue en raccourci et la Sainte s'abrite +les yeux de la main pour ne pas être éblouie par les rayons lumineux qui +entourent le Christ apparaissant radieux au-dessus du sépulcre. A gauche, +saint Dominique à genoux. + +IX. _Le Couronnement de la Vierge_. Dans la partie supérieure sont +assis Jésus et la Vierge, tous deux drapés de blanc; la Vierge joint les +mains et d'un mouvement gracieux se penche en avant pour recevoir la +couronne. + +Dans le bas de la fresque sont agenouillés saint Thomas d'Aquin, saint +Dominique, saint François, saint Pierre martyr, et deux autres saints. + +X.--_La Circoncision avec Saint Pierre martyr_, joli profil de la +Vierge debout. + +XI.--_La Vierge sur un trône, entre un Évêque et Saint Thomas +d'Aquin_. + +L'appartement du prieur est à l'extrémité du couloir et comprend: + +XII.--Antichambre avec trois fresques de Fra Bartolommeo. + +XIII.--Cabinet de travail. + +XIV.--Cellule. + +Ces deux pièces, les seules qui ne soient pas décorées de fresques, ont +été habitées par Savonarole dont elles conservent des souvenirs. Les plus +intéressants sont: la bannière qui le suivait partout: elle est en toile +avec un Christ peint sur ses deux faces par l'Angelico; une copie d'un +tableau de l'époque représentant son bûcher dressé sur la place de la +Seigneurie; et son portrait par Fra Bartolommeo, tête de profil. + +XV.--_Saint Dominique au pied de la Croix_. + + +XVI. | +XVII. | +XVIII. | _Saint Dominique_ représenté dans +XIX. | les attitudes les plus diverses +XX. | +XXI. | + + + +XXII.--_La Vierge au pied de la Croix_. Mater Dolorosa d'une superbe +expression. + +XXIII.--_Christ en croix entre la Vierge et un Dominicain_. + +XXIV.--_Baptême de Jésus-Christ avec Saint Antonin_. + +XXV.--_Christ en Croix entre la Vierge, la Madeleine et saint +Antoine_. + +XXVI.--_Le Christ mort_, debout dans le tombeau, étend les mains en +signe de résurrection. Derrière lui se dresse la Croix, autour de +laquelle apparaissent sur un fond noir les scènes de la Passion. A +droite, l'Ecce Homo avec les mains et la bouche sacrilèges. Au-dessous, +la main de Judas et la main qui lui donne les pièces d'or; enfin à +gauche, le baiser de Judas et la tête de Pierre vers laquelle se penche +le profil de la servante qui lui dit: «Vous êtes aussi de ces Nazaréens»; +derrière eux une main tient trois petits bâtons indiquant les trois +renonciations de Pierre. + +Sur le devant du tombeau, la Vierge est assise à gauche, profondément +inclinée, tandis qu'à droite saint Thomas d'Aquin agenouillé presse un +livre sur sa poitrine. + +XXVII.--_Le Christ à la colonne avec la Vierge accroupie et saint +Dominique se flagellant_. + +XXVIII.--_Le Christ portant sa croix suivi de la Vierge mère apparaît à +saint Dominique agenouillé_. + +XXIX.--_Le Christ en Croix avec la Vierge et saint Pierre martyr_. + +XXXI.--_Jésus aux Limbes_. Ancienne cellule de saint Antonin +(Antonio Pierozzi), mort archevêque de Florence en 1459; souvenirs de +saint Antonin: son masque et son portrait au crayon, œuvre de Fra +Bartolommeo. + +XXXII.--_Le Christ enseignant les Apôtres_. Dans la petite pièce +voisine, _Tentation de Jésus-Christ_. + +XXXIII.--_Jésus-Christ au Jardin des Oliviers_, scène mouvementée +comprenant le baiser de Judas et saint Pierre coupant l'oreille de +Malchus. Dans cette cellule est un petit tableau, la _Madone della +Stella_, ainsi nommée de l'étoile placée sur son front. Elle se +détache debout sur un fond d'or entourée d'anges l'encensant et faisant +de la musique; les trois délicats petits médaillons de la prédelle +représentent saint Pierre martyr, saint Dominique et saint Thomas +d'Aquin. Dans la pièce voisine: _Couronnement de la Vierge_. Ce +tableau n'a pas la finesse ordinaire des œuvres de l'Angelico, il a les +mêmes tons lourds que _le Jugement dernier_ de l'Académie. + +XXXIV.--_Jésus au Jardin des Oliviers_. A droite, la maison de +Marthe et de Marie assises sur le seuil, lisant et priant. Dans cette +cellule est un ravissant petit tableau de l'Angelico divisé en deux +parties: dans le haut, _l'Annonciation_; dans le bas, _l'Adoration +des Mages_; toutes les figures d'une grande finesse sur fond d'or +estompé et divisé en une quantité de petits compartiments. + +Dans la prédelle, _la Madone entourée de dix Saints_. + +XXXV.--_La Cène_. Huit Apôtres sont assis derrière la table, quatre +autres à genoux, et le Christ debout, tenant un ciboire, leur donne la +communion. A gauche est agenouillée la Vierge. + +XXXVI.--_La Mise en Croix_. + +XXXVII.--_Le Calvaire_ et ses trois croix derrière lesquelles sont +saint Jean, la Vierge, saint Dominique, saint Thomas d'Aquin. + +XXXVIII--Cellule où Cosme l'Ancien venait se reposer et partager la vie +des dominicains. _Le Christ en Croix_: au pied de la croix sont +agenouillés saint Cosme, la Vierge, saint Jean et saint Pierre martyr. + +XXXIX.--Oratoire de Cosme communiquant par quelques marches avec la +cellule précédente. Au-dessus du tabernacle et au fond d'une petite +niche, _Christ mort, debout dans son tombeau_. La fresque, plus +importante que celles des autres cellules, occupe les lunettes du fond de +l'oratoire, et représente _l'Adoration des Mages_ où se groupent +admirablement de nombreux personnages. La figure de saint Joseph, drapée +de jaune, est une des plus belles. + +XLIII.--_Christ en Croix_ avec la Vierge défaillante soutenue par +saint Jean et la Madeleine. A droite, saint Thomas d'Aquin agenouillé et +pleurant. + +XLII.--_Christ en Croix frappé de la lance_. Il est entre Marthe, +Marie et saint Jean martyr. + +Entre les cellules quarante-deux et quarante-trois, s'ouvre la belle +salle de la Bibliothèque, divisée en trois nefs par deux rangées de +colonnes ioniques supportant des arcs cintrés. + +La bibliothèque fut construite en 1441 par MICHELOZZO sur l'ordre de +Cosme l'Ancien, qui la dota de quatre cents manuscrits. + +La vitrine du milieu contient des livres de plain-chant et des missels +enrichis de miniatures du XVe siècle; ils proviennent des anciens +couvents de Florence supprimés depuis. + +N° XV.--_Fra Eustachio Donimeni_, du couvent de San Marco. +Cartouches séparés par des enfants courant au milieu de rinceaux. + +N° I à XIV.--_Fra Benedetto del Mugello_, frère de Fra Angelico, +missels provenant de San Marco. + ++L'ÉGLISE DE SAN MARCO+ a été fondée en 1290. Elle a été transformée +au XVIe siècle. Sa façade, à gauche de l'entrée du couvent, date de +1780. + ++A l'intérieur+ au-dessus de la porte, _Crucifix_ à la détrempe +sur fond d'or par Giotto. + ++Deuxième autel à droite+. FRA BARTOLOMMEO. _Vierge debout devant +un trône_, entourée de quatre saints et de deux saintes à genoux, +d'une couleur chaude et dorée; cette remarquable œuvre du Frate fut +peinte en 1509. + ++Troisième autel à droite+. Vieille mosaïque romaine représentant +une grande Vierge bénissant, sur fond d'or; la bordure est une addition +moderne. + +A gauche, sous des fragments de fresques, sont les plaques commémoratives +de Pic de la Mirandole, mort en 1494, et d'Ange Politien, mort la même +année. + ++LE CLOÎTRE DELLO SCALZO+, 69, via Cavour (clef au musée de San +Marco). Ce joli petit cloître du XVIe siècle dépendait d'un couvent de +carmes déchaussés; il est entièrement formé par de larges baies vitrées +que séparent de délicates colonnes. Ses murs sont décorés d'admirables +fresques en camaïeu brun sur brun, peut-être le chef-d'œuvre d'ANDRÉ DEL +SARTO, exécutées par le maître entre les années 1515 et 1525, pendant +lesquelles il y travailla presque sans interruption. Le parti pris +d'uniformité semble avoir été adopté par Andrea pour lui permettre de +donner la mesure de son talent. Dans ces fresques où aucune magie de +coloris n'aide à l'illusion ou n'ajoute au plaisir des yeux, il s'est +élevé à une extraordinaire hauteur d'art, et cette œuvre de sa maturité +allie la noblesse du sentiment à la hauteur des idées, la puissance et la +largeur du dessin à la somptuosité de l'architecture et des ornements qui +parent et encadrent les fresques. + +Deux des compositions, _le Baptême du peuple par saint +Jean-Baptiste_ et _la Décollation de Saint Jean_ sont peut-être +encore supérieures aux autres et semblent la continuation et presque le +commentaire des fresques de Masaccio au Carmine, avec les progrès +réalisés par un siècle de technique en plus. L'influence si prépondérante +exercée par le génie d'Albert Dürer sur le talent d'Andrea est très +visible dans les fresques de la _Tentation au désert_, de la +_Remise à Salomé de la tête de saint Jean_, et enfin dans la belle +allégorie de la _Charité_. + +Seize fresques relatives à la vie de saint Jean-Baptiste décorent le +cloître: + +1°--_La Foi_ (1520); + +2°--_Apparition de l'Ange à Zacharie_ (1525); + +3°--_La Visitation_ (1524); + +-4°--_La Naissance de Saint Jean-Baptiste_ (1526); + +5°--_La Mission de Saint Jean-Baptiste_ (1518); + +6°--_Rencontre avec Jésus-Christ_ (1519). + +(Ces deux fresques furent exécutées par l'ami d'Andrea, Franciabigio, +dont il se faisait quelquefois aider dans ses grands travaux.) + +7°--_Baptême de Jésus-Christ_ (1515). + +(Cette fresque, la moins bonne de toutes, est due à la collaboration des +deux artistes.) + +8°--_La Justice_ (1515); + +9°--_La Charité_ (1520); + +10°--_Prédication au désert_ (1515); + +11°--_Saint Jean-Baptiste baptisant le peuple_ (1517); + +12°--_Saint Jean-Baptiste arrêté_ (1517); + +13°--_Festin d'Hérode et danse de Salomé_; + +14°--_La Décollation de Saint Jean-Baptiste_ (1523); + +15°--_La tête de saint Jean-Baptiste remise à Salomé_ (1524); + +16°--_L'Espérance_ (1525). + + + + +RIVE DROITE (NORD) + ++DE SAN MARCO A SAN LORENZO+ + +PALAIS RICCARDI, SAN LORENZO, SANTA APOLLONIA, SAN ONOFRIO. + + ++LE PALAIS RICCARDI+ (Via Cavour).--Jusqu'à Cosme l'Ancien, les +Médicis avaient occupé la vieille demeure petite et sombre, berceau de +leur famille; ils s'étaient contentés du «comptoir» source de la fortune +de leur maison. L'insuffisance relative de cette habitation, par rapport +aux ambitieux desseins de Cosme, le décida à confier à Michelozzo +l'édification d'un palais somptueux. Le palais Médicis est un +quadrilatère aux formes lourdes où fut employé pour la première fois +l'ordre rustique aux bossages si atténués au fur et à mesure de la +hauteur, que leur saillie se perd dans un mur plat que surmonte une +formidable corniche écrasant l'édifice. + +C'est dans ce palais que naquit Laurent le Magnifique, le 1er janvier +1449. C'est là qu'il tint sa brillante cour; là que naquirent ses trois +fils, Pierre, Jean et Julien; là qu'habitèrent plus tard Jules de +Médicis, pape sous le nom de Clément VII, Hippolyte de Médicis, cardinal, +et enfin Alexandre de Médicis qui fut le premier grand-duc. Malgré les +souvenirs évoqués par cette demeure, le grand-duc Ferdinand II la vendit +en 1659 au marquis Riccardi dont elle a conservé le nom, bien qu'elle +soit actuellement devenue la préfecture de Florence. + ++La Cour+ a servi de modèle aux innombrables cours construites au +XVIe siècle. C'est un quadrilatère entouré de portiques dont les arcades +retombent sur des colonnes corinthiennes. Au-dessus des arcades règne une +frise où alternent sculptées les armes des Médicis et des bas-reliefs +dans lesquels Donatello, par l'ordre de Cosme, reproduisit avec sa +perfection accoutumée les principales pièces de sa collection de camées +antiques. + ++Au premier étage+, se trouve la chapelle fameuse décorée des +fresques de BENOZZO GOZZOLI. C'est une très petite pièce carrée, sur +laquelle fut encore empiété au XVIIIe siècle par le déplacement +compliqué d'une partie de mur qu'on opéra pour former une entrée en +tambour plus commode, sans toutefois supprimer la peinture. On a en outre +ouvert dans un mur une fenêtre et un œil-de-bœuf; ces actes de vandalisme +ont malheureusement endommagé les précieuses peintures de Gozzoli. +Néanmoins, telles qu'elles subsistent, elles restent un inestimable +monument de l'art florentin du XVe siècle. + +Toute peinture, et en général tout art parvenu à son apogée, adapte +forcément sa perfection aux goûts, aux idées et aux mœurs de leur époque. +Pour les Florentins du XVe siècle, la passion dominante était un certain +genre historico-allégorique où l'on aimait à se faire représenter avec sa +famille et ses familiers dans des sujets soit absolument profanes, soit, +à l'inverse, absolument sacrés. + +Après la mort de Laurent le Magnifique, Pierre de Médicis résolut donc de +confier à BENOZZO GOZZOLI la décoration de la chapelle de son palais, +décoration dans laquelle l'artiste aurait à faire revivre les traits des +principaux membres de sa maison. + +Benozzo, après s'être séparé à Rome de son maître l'Angelico, avait été +retenu plusieurs années à Montefalco par de nombreux travaux et se +trouvait à Pérouse, quand les ordres de Pierre de Médicis vinrent +l'appeler à Florence. C'est en 1457 que fut passé le contrat par lequel +l'artiste s'engageait à «exécuter une marche des rois Mages en route pour +Bethléem dans laquelle auraient à figurer les chefs des Médicis sous +l'aspect des Rois, accompagnés de leurs amis et de leurs clients». Les +conditions arrêtées, le travail commença aussitôt et Benozzo tira un +parti admirable de ce cortège de seigneurs à cheval, en somptueux +costumes du XVe siècle, suivis des plus jolis pages qu'ils eussent pu +choisir dans la jeunesse florentine. Ces nobles florentins ont plutôt +l'air de se rendre à la chasse ou à leurs vignes, que d'accomplir un +pèlerinage, mais on n'éprouve pas un moindre plaisir à les voir promener +leurs portraits et leurs robes de brocart et donner eux-mêmes le +spectacle de leur élégance et de leur luxe. + +Le retrait ménagé dans la pièce pour l'autel est mieux éclairé que le +reste et tout peuplé d'anges, aux ailes dorées, semées d'yeux de paons. +Ils sont comme les enfants de ceux de l'Angelico, plus modernes, plus +humains, plus substantiels pour ainsi dire, que leurs aînés. Ils ont +revêtu, eux aussi, leurs plus belles robes, autant pour assister à la +messe des Médicis que pour venir adorer le Christ dont la naissance +faisait autrefois le retable de l'autel. Aimables au possible, souriants, +sagement rangés en ligne, comme il sied à des pensionnaires du Paradis, +ils arrivent par troupes et par vols, ils accourent du fond des campagnes +enchantées pour venir se mettre en adoration. Dans le nombre il s'en est +détaché quelques-uns, celui-ci pour cueillir des fleurs, celui-là pour +donner à manger à un paon, d'autres encore pour tresser des guirlandes de +roses; qui croirait que les anges du Paradis se permettent, eux aussi, de +faire l'école buissonnière! Dans cette pompeuse marche à travers un +fantastique pays de montagnes et de gorges, cavaliers, pages, écuyers +s'arrêtent, les uns pour chasser au guépard, les autres pour courre le +cerf ou lancer le faucon. L'Évangile devient un simple prétexte pour +peindre une des scènes les plus mondaines que jamais peintre nous ait +laissées. + +La cavalcade se déroule sur le mur de gauche avec Cosme de Médicis monté +sur un cheval blanc et suivi d'une foule compacte. Après lui, elle tourne +sur le fond où est représenté Laurent le Magnifique somptueusement vêtu, +sous les traits d'un jeune homme; il est monté sur un cheval richement +caparaçonné, et escorté de gens de pied et de cheval portant des +présents. + +Jean Paléologue les précède, grave et majestueux; il porte le turban d'où +sort la couronne; autour de lui des pages à pied, d'une grâce charmante, +se détachent sur un riant paysage. Aux rochers abrupts ont succédé des +vallées arrosées, coupées de routes, couvertes de villes ou de châteaux, +mais tout cela d'une grande naïveté et jalonné d'arbres à silhouettes +extraordinaires. + +Sur le mur de droite le patriarche grec, vieillard monté sur une mule +grise, a été coupé par le malheureux tambour d'entrée. Plus loin est un +des plus beaux morceaux de la fresque, le groupe des cavaliers arrêtés +sur le bord d'un ruisseau. Après eux la marche s'achève par des routes +tortueuses où circulent les chameaux et les mulets chargés de présents. + +La préservation de cette belle œuvre est prodigieuse et ne peut se +comparer qu'à celle du Pinturicchio de la Libreria de Sienne. Pas une +nuance n'est ternie, pas un contour n'est effacé et les fresques restent +aussi fraîches et aussi éclatantes de grâce juvénile que le jour où elles +sortirent du pinceau de Benozzo. + ++La Salle du Conseil+ est ornée de grandes tapisseries de la +manufacture de Florence, Allégories des Saisons, et de quatre petites, la +Justice, la Foi, l'Espérance et la Charité. + +La triste partie ajoutée au XVIIe siècle par le marquis Riccardi +contient une grande salle des fêtes dont le plafond et une considérable +fresque allégorique out été peints par LUCA GIORDANO. + ++PLACE SAN LORENZO+. A l'angle nord est une mauvaise statue +inachevée de _Jean des Bandes Noires_, père du grand-duc Cosme Ier, +par BACCIO BANDINELLI. + ++L'ÉGLISE SAN LORENZO+, fondée en 390 par saint Ambroise, mais +incendiée en 1420, fut reconstruite sur les plans de BRUNELLESCHI en +1425, aux frais communs des sept plus nobles familles florentines et des +Médicis. L'église n'a pas de façade, celle que devait exécuter +Michel-Ange n'ayant jamais été entreprise. + ++Intérieurement+ BRUNELLESCHI renouvela le plan de la vieille +basilique chrétienne à nefs égales terminées par un transept droit, mais +il plaça au-dessus des colonnes l'entablement antique supprimé par le +moyen âge et ouvrit sur les côtés des chapelles en forme de niches. La +coupole, placée directement sur la croisée, n'est pas l'œuvre de +Brunelleschi. Au-dessous d'elle est la belle et très simple plaque +tombale de _Cosme le Vieux_ par VERROCCHIO. + +Les deux chaires de l'église ou, pour parler plus exactement, les deux +ambons, puis qu'elles ont la forme traditionnelle de sarcophages élevés +sur des colonnes et isolés de toute part, sont une des dernières œuvres +de la vieillesse de DONATELLO, terminée même par son élève BERTOLDO. +_La Crucifixion, la Mise au tombeau, la Descente aux Limbes, la +Résurrection_ et _l'Ascension_, tels sont les sujets représentés +dans les chaires par des bas-reliefs en bronze. Si _la Crucifixion_ +et _la Mise au tombeau_, malgré leurs lacunes, présentent encore des +beautés de premier ordre, on ne saurait en dire autant des trois +bas-reliefs opposés qui trahissent une défaillance et une espèce +d'agitation fébrile. Leur groupement factice produit presque une +impression de malaise, tant le maniérisme en est excessif et exagéré. + +Dans l'unique +chapelle du transept gauche+, _l'Annonciation_ +de FRA FILIPPO LIPPI est une des meilleures œuvres tardives du Frate, +elle est d'un charmant et délicat sentiment; sous un portique ouvert sur +un délicieux fond de paysage, l'Archange, accompagné de deux anges, se +prosterne devant la Vierge. + +Au mur de la +Chapelle du Saint-Sacrement+, au fond du transept +droit, est appuyé un tabernacle de marbre blanc, chef-d'œuvre de +DESIDERIO DA SETTIGNANO. + +L'Enfant Jésus, les deux anges en adoration devant lui, ainsi que les +deux figures d'enfants de chœur agenouillés de chaque côté, sont des +études d'enfants qu'on ne saurait désirer plus parfaites. + +Sur le bas-côté gauche, au-dessus de la porte d'accès au cloître, s'ouvre +la _tribune des Médicis_, joli balcon, soutenu par des consoles et +formé de niches séparées par des colonnes; c'est un ouvrage de DONATELLO. + ++L'ancienne sacristie+ construite par BRUNELLESCHI est une salle +carrée de belles proportions, couronnée par une coupole polygonale. +DONATELLO fut chargé par Cosme l'Ancien de sa décoration, travail dont il +s'acquitta en respectant si bien l'architecture de Brunelleschi que +l'ensemble forme le tout le plus homogène. + +Au-dessous de la coupole, huit médaillons contiennent alternés un épisode +de la vie du Christ et un Évangéliste assis, auquel son attribut présente +son évangile. Sous cette première décoration court une étroite frise en +stuccato composée de têtes de chérubins. + +Les deux portes à double battant de la sacristie sont divisées en cinq +panneaux de bronze où sont représentés en bas-relief des Apôtres et des +saints. Chacune est surmontée d'un saint grandeur nature, bas-relief en +marbre. Toute cette composition est d'une rare beauté et DONATELLO l'a +traitée avec une remarquable perfection. + +Au milieu de la sacristie est une vaste table rectangulaire soutenue par +des colonnes au-dessus du sarcophage, œuvre de Donatello, où reposent les +parents de Cosme l'Ancien, _Jean Averado de Médicis_ et Piccarda +Bueri, sa femme. + +A gauche de l'entrée est un admirable sarcophage en porphyre décoré de +bronzes, ouvrage de VERROCCHIO. Il contient les restes de _Pierre de +Médicis_ et de son frère _Jean_, les deux fils de Cosme. Les +cendres de _Laurent le Magnifique_ y furent également transférées +par la suite. + +Sur une des armoires de la sacristie est placé un ravissant buste en +terre cuite de DONATELLO, _Saint Laurent_ représenté très jeune et +levant au ciel des yeux inspirés. + ++LA BIBLIOTHÈQUE LAURENTIENNE+ a son entrée dans le cloître dont +elle occupe au premier étage toute une aile; elle fut exécutée par +MICHEL-ANGE sur l'ordre de Clément VII. + +L'escalier qui y donne accès devait, dans la pensée de Michel-Ange, +offrir un aspect grandiose et monumental, mais il ne l'exécuta pas +lui-même et, par malheur, ce fut Vasari qui s'en chargea. La lourdeur de +cet ouvrage, qui jure avec les belles proportions du reste, donne la +mesure de ce que peut perdre un plan à être interprété par un architecte +autre que l'auteur du projet primitif. + +Le vestibule qui suit l'escalier est d'une austère simplicité. Ses +colonnes devaient supporter un ordre supérieur que Michel-Ange n'acheva +jamais. + +La salle de la bibliothèque est également fort simple dans ses belles +proportions, mais la perfection des moindres détails y est poussée à +l'extrême. Michel-Ange présida lui-même à tout, ce qui donne à l'ensemble +un aspect d'homogénéité et d'harmonie parfaites. + +Ainsi les dessins de l'admirable plafond en bois de cèdre se reproduisent +renversés sur le pavé de marbre; les bancs et les pupitres alignés sur +les côtés, exécutés par CIAPINO et DEL CINQUE, le furent sous la +direction du maître, de même que les vitraux des fenêtres avec leurs +légères arabesques de deux tons peints sur ses indications par JEAN +D'UDINE. + +La Bibliothèque est une des plus riches qu'il y ait. Cosme l'Ancien avait +déjà commencé cette belle collection, qui fut enrichie par Laurent des +livres les plus rares achetés à prix d'or. Leurs successeurs continuèrent +à l'augmenter, aussi les manuscrits précieux y sont-ils en grand nombre. +Le plus ancien est un Virgile du IVe siècle. Parmi les plus +remarquables, figurent un Tacite du Xe siècle; les lettres familières de +Cicéron écrites de la main de Pétrarque, de même que ses sonnets; +l'original du _Décameron_ de Boccace; une des premières copies +manuscrites de l'_Enfer_ du Dante; les _Commentaires_ de César +copiés pour Charles VIII et ornés d'une miniature le représentant au +milieu de son camp; enfin tout l'ordre des livres ecclésiastiques, +bibles, évangiles, Pères de l'Église, dans les éditions les plus rares et +les plus curieuses. + ++Les Chapelles Médicis+, autrefois dépendantes de l'église +Saint-Laurent, forment maintenant un musée où l'on entre, derrière +l'église, par la place della Madonna. + +La première chapelle à laquelle on accède est +la Chapelle des +Princes+, édifiée en 1604 par MATTEO NIGELLI, sur les plans de Jean de +Médicis, pour servir de sépulture aux grands-ducs; c'est une vaste +construction octogonale, terminée par un dôme qui s'ouvrait jadis sur le +chœur de l'église par lequel on y accédait directement. + +Cette chapelle, revêtue d'une profusion de marbres et de pierres dures +multicolores, est anti-artistique. Autour sont rangés six sarcophages de +grands-ducs tous semblables; ils sont en granit, surmontés de la couronne +ducale posée sur un coussin. Deux niches contiennent les statues en +bronze doré de Cosme II par JEAN DE BOLOGNE et de Ferdinand par TACCA. + ++La Nouvelle Sacristie+.--Dès l'année 1520, le pape Léon X et le +cardinal Jules de Médicis, plus tard pape sous le nom de Clément VII, +tombèrent d'accord sur l'opportunité de demander à MICHEL-ANGE, alors +dans toute sa célébrité, qu'il se chargeât d'édifier une nouvelle +sacristie à l'église San Lorenzo, sorte de Panthéon pour leur famille. +Dans leur pensée, cette salle devait contenir leurs propres sépultures en +même temps que celles des principaux membres de leur maison; mais par la +suite ces monuments funèbres se réduisirent à deux: celui de Julien, duc +de Nemours, frère de Léon X, et celui de Laurent, duc d'Urbin, son neveu, +le petit-fils de Laurent le Magnifique. Toute latitude était laissée à +Michel-Ange pour la construction de cette Sacristie Neuve, destinée à +faire vis-à-vis, dans le transept droit, à la Vieille Sacristie de +Brunelleschi, qui occupait le transept gauche. Les phases diverses par +lesquelles passa ce travail marquèrent des heures tragiques. Commencé +dans le vif contentement que faisait éprouver à Michel-Ange l'élévation +de Clément VII au siège apostolique, puis abandonné pendant la révolution +de Florence, il fut repris et achevé après la prise de la ville, sur +l'ordre formel du pape, qui mettait à ce prix le pardon de l'artiste +coupable de républicanisme et de rébellion. + +Tant d'alternatives dans la vie de Michel-Ange commentent d'une façon +dramatique l'histoire de ce monument. Tour à tour favori, courtisan, +citoyen, proscrit, enfin rentré en grâce après avoir vu sa vie en danger, +s'il se sentit l'âme agitée et souffrante, le temps où il vécut fut +terrible et affreusement troublé! + +L'œuvre est une des plus complètes qu'ait laissées le maître, tant +l'architecture et la sculpture contribuent par leur harmonie à rendre +l'effet général imposant. La sacristie est une salle carrée aux +dimensions restreintes, quoique la justesse de ses proportions la fasse +paraître grande. La hauteur en semble considérable, grâce à l'artifice +des caissons en perspective qui décorent la coupole terminée par une +lanterne. L'ornementation consiste en deux ordres de pilastres très +simples, destinés, dans l'idée de Michel-Ange, à servir d'encadrement à +des niches remplies de statues. Ce projet resta malheureusement +inexécuté, car à la mort de Clément VII survenue en 1534, Michel-Ange, +abreuvé d'amertumes et voyant Alexandre de Médicis étouffer dans le sang +toute velléité d'indépendance, jugea suffisamment payée sa dette de +reconnaissance envers ses premiers patrons et quitta définitivement +Florence. + +Les parties terminées des monuments des Médicis ne furent même pas mises +en place par le maître, et ce fut Vasari qui, en 1563, leur donna leur +emplacement actuel; fâcheuse intervention dont est résultée la +disproportion trop saillante entre les sarcophages dus à Vasari et les +statues qu'ils supportent. Léon X, quand il commanda ces tombeaux à +Michel-Ange, était loin de lui assigner une tâche facile. Il devait en +effet immortaliser des rejetons médicéens plus que médiocres pour +lesquels le Pape ne rêvait rien moins que de pompeux sujets allégoriques +ou des Vertus exaltant le mort. L'artiste opposa aux vœux de Léon X une +fin de non-recevoir systématique, et se borna à des figures purement +décoratives, figures devenues célèbres sous le nom du _Jour_ et de +la _Nuit_, du _Crépuscule_ et de l'_Aurore_. Dans ces +admirables compositions, son génie semble avoir pris à tâche de démontrer +combien la matière doit peu compter pour l'artiste et combien elle doit, +comme cire molle, se plier à toutes les expressions de la pensée, à +toutes les exigences de la volonté. + +Les monuments des deux princes ont une ordonnance semblable et se font +face, la statue de chacun est assise dans une niche au-dessous de +laquelle sont les sarcophages sur lesquels Vasari a placé les grandes +figures allégoriques de Michel-Ange. + +A droite, _Julien de Médicis, duc de Nemours_, est représenté en +costume romain avec la cuirasse. Il a en main son bâton de général des +États de l'Église, et sa tête nue très frisée est inintelligente. + +A gauche, _Laurent de Médicis_, de par Léon X duc d'Urbin, est une +des plus admirables créations qui soient dues au ciseau de Michel-Ange. +Le maître, inspiré par la tragique figure de ce Laurent qui fut tout à la +fois violent, débauché et misanthrope, accusa plus encore l'aspect +farouche du visage en l'abritant profondément sous la visière saillante +du casque qui le plonge dans une ombre redoutable, pleine de mystère. +Laurent rêve, le menton appuyé sur la paume de la main, mais on se +demande à quel sombre drame peut ainsi songer éternellement ce visage +crispé d'angoisse, au sourcil si violemment froncé que le surnom de +«Pensiero» lui est resté comme pouvant seul vraiment convenir à cette +tragique figure. + +Au-dessous de Julien sont couchés le Jour et la Nuit, tandis +qu'au-dessous de Laurent ce sont le Crépuscule et l'Aurore. + +Le génie même de Michel-Ange semble résumé dans ces quatre magnifiques +allégories où, à côté de parties à peine ébauchées, circulent le sang et +la vie sous l'épiderme du marbre. L'angoisse même de son âme semble avoir +trouvé à s'exhaler dans un cri de terreur et d'effroi devant la dureté +des temps et elles reflètent tragiquement le sombre état de ses pensées +et l'anéantissement douloureux de ses aspirations, en face du présent +sinistre et de l'avenir obscur et incertain. + +Pour un esprit d'une pareille profondeur, que pouvait symboliser le +Crépuscule, sinon le jour achevé sans espoir, et que voir dans le visage +accablé de l'Aurore, sinon l'immense découragement d'un jour semblable +succédant au précédent? + +Mais il semble en vérité que Michel-Ange ait réservé toute la puissance +de son génie et qu'il ait attaché tout son amour à la tragique figure de +la Nuit. Accablée sous le poids du Jour, la Nuit dort et son beau corps, +irrémédiablement abîmé, s'abandonne dans une fatigue incurable, sans +espoir et sans fin! On sent que jamais rien ne la réveillera du grand +sommeil sans songes, et l'on dirait une sorte de déesse primordiale sur +laquelle aurait passé le souffle des théogonies antiques. + +A côté d'elle est placé le Jour, sous l'aspect d'un homme enchaîné, dans +toute l'énergie du désespoir. Il est captif, mais il ne s'avoue pas +vaincu, son visage contracté est plein de mépris et de colère, tandis que +tous ses muscles, douloureusement bandés, montrent par quel effort +surhumain il tente de se lever pour éclairer le monde. + +Sur un des côtés de la chapelle est placée une belle Vierge inachevée +qui, par sa grave et noble attitude, semble directement procéder de +l'antique, tandis que l'Enfant de deux ou trois ans qui, debout et plein +de vie, se retourne vers sa mère d'un charmant mouvement de +précipitation, est d'un modernisme délicieux. + +Les deux patrons des Médicis, les _Saints Cosme_ et _Damien_, +placés de chaque côté de la Vierge, sont des œuvres médiocres de deux +élèves de Michel-Ange, MONTELUPO et MONTORSOLI. + ++L'ÉGLISE SANTA APOLLONIA+ sert maintenant de magasin d'habillements +militaires. Dans +l'ancien réfectoire+ du couvent de bénédictins +dont elle dépendait est conservée une magnifique fresque, _la Cène_ +d'ANDREA DEL CASTAGNO, chef-d'œuvre d'exécution, d'émotion et de +réalisme. Chacun des disciples est un portrait admirable, chacun d'eux +participe à l'action, selon le caractère et la nature que lui a attribués +la légende. Ainsi l'incrédulité de Thomas, l'adoration de Jean, +l'étonnement défiant de Pierre, le cynisme sinistre de Judas sont marqués +admirablement. Cette belle œuvre, d'une conservation remarquable, a été +exécutée en 1425. + +Au-dessus de la porte d'entrée du Cenacolo, Castagno a encore peint dans +une lunette une magnifique _Pietà_, un Christ mort soutenu dans son +tombeau par deux anges. + +Via Faenza au n° 57, dans l'ancien COUVENT DE SAINT-ONUPHRE, une grande +_Cène_ de l'école du PÉRUGIN est faussement attribuée à Raphaël. + + + + +RIVE DROITE (OUEST) + ++DE SS. APOSTOLI A OGNISSANTI+ + ++SS. APOSTOLI, SANTA TRINITA, VIA TORNABUONI, PALAIS SAN JACOPO IN +RIPOLI, SANTA MARIA NOVELLA, SAINT-FRANÇOIS VANCHETTONI, OGNISSANTI+. + + ++SS. APOSTOLI+, vieille basilique reconstruite au XVe siècle, dont +la fondation, d'après une inscription placée près du portail, remonterait +à Charlemagne. + ++A l'intérieur+, au fond du bas-côté de gauche, se trouve un beau +_ciborium_ en terre vernissée d'ANDREA DELLA ROBBIA. A côté, tombeau +d'_Oddeo Altoviti_ en forme de sarcophage richement sculpté, bel +ouvrage de BENEDETTO DA ROVEZZANO. + ++Le Palais Rucellai+ (20, Via Vigna Nuova) fut un des premiers +ouvrages du grand architecte florentin LEONE BATTISTA ALBERTI qui le +construisit en 1460, et y appliqua pour la première fois l'ordre rustique +et les pilastres. + +L'ancienne +loggia+ du palais qui lui faisait face a ses arcades +aujourd'hui murées. + ++LA PLACE SAINTE-TRINITÉ+ s'étend près du pont Santa Trinita. A +l'angle de la place et du Lung Arno se trouve +le Palais Spini+ dont +la masse carrée a le caractère sévère de la forteresse (XIVe siècle). A +côté, le palais +Salimbeni+ (Hôtel du Nord) fut construit en 1520 +par Baccio d'Agnolo. + ++L'ÉGLISE SAINTE-TRINITÉ+, construite en 1250 par NICOLAS PISANO, +fut remaniée en 1570 par BUONTALENTI. Elle comporte trois nefs à arcs +ogivaux soutenus par le pilier carré romain qu'employa Pisano dès le +XIIIe siècle. Sur le transept s'ouvrent le chœur et quatre chapelles. + +En entrant par la porte latérale (sur la via Parione) garnie d'«Avelli», +la première chapelle du transept est la +chapelle Sassetti+, décorée +en 1485 par DOMINIQUE GHIRLANDAJO de six fresques consacrées à _Saint +François d'Assise_, commandées par François Sassetti. Dans la partie +supérieure du mur du fond, le pape Honorius approuve la règle de l'ordre; +dans la partie inférieure, saint François ressuscite un enfant de la +maison Spini. Cette scène, très intéressante par sa composition, se passe +sur la place Santa Trinita, devant l'église et le palais Spini; au bas +sont les donateurs, François Sassetti et sa femme Nera Corsi. Au haut de +la fresque du mur de droite, saint François devant le Sultan; au-dessous, +les funérailles de saint François, belle composition inspirée de la +fresque identique du Giotto à Santa Croce. + +De chaque côté de la chapelle, enfermés dans une niche cintrée, encadrée +de délicats bas-reliefs inspirés de l'antique, se trouvent les tombeaux +de _Francesco Sassetti_ et de _Nera Corsi_, ouvrages +remarquables de JULES DE SANGALLO. Les sarcophages en marbre noir sont +simplement ornés de bucranes. + ++LA VIA TORNABUONI+ prolonge la place Santa Trinita et contient le +plus beau palais de Florence, le +PALAIS STROZZI+. Commencé en 1489 +sur les plans de BENEDETTO DA MAJANO pour le célèbre Philippe Strozzi, +l'adversaire acharné des Médicis, il ne fut achevé qu'en 1553. Le plus +beau des palais florentins à bossages, ses trois façades sont d'ordre +rustique uniforme, une simple plinthe servant d'appui aux étages percés +de belles fenêtres géminées. + +La caractéristique du palais Strozzi est dans les superbes lanternes +cylindriques en fer forgé placées à ses angles. Décorées des Croissants, +armes des Strozzi, elles sont hérissées de pointes recourbées qui en +forment le couronnement. + +Des porte-flambeaux et des anneaux en fer forgé décorent la façade. + ++LE PALAIS STROZZINO+, de même style, mais moins vaste, est situé +derrière le palais Strozzi, sur une petite place. + ++PALAIS CORSINI+. _Galerie_. + +N° 167.--BOTTICELLI. _La Vierge, l'Enfant et deux Anges_. + +Tableau de la jeunesse du maître, peint encore sous l'influence directe +de Fra Filippo Lippi, mais avec une profondeur de coloris tout autre. + +N° 162.--FILIPPINO LIPPI. Médaillon, _la Vierge et l'Enfant entourés +d'anges_, un des premiers ouvrages de Filippino et une des rares +œuvres peintes sous l'influence directe de son père. + +N° 5.--MEMLING. Très beau portrait d'homme, de la première manière de +Memling, sous l'inspiration de Roger Van der Weyden. + +SIGNORELLI. Ravissant et délicat tableau de _la Vierge avec l'Enfant, +entourés de Saint Jérôme et de Saint Bernard_. + ++PALAIS ANTINORI+, belle et sévère façade de Jules de Sangallo. + ++PALAZZO STROZZI+, joli petit bas-relief de Luca. La place +Sainte-Marie Nouvelle est décorée de deux petits obélisques de marbre de +1608 reposant sur des tortues de bronze. Ils servaient de but pour les +courses au quadrige instituées par Cosme Ier, en 1563. + ++LA LOGGIA SAINT-PAUL+, placée en face de l'église sur un des côtés +de la place, a été construite par BRUNELLESCHI en 1451. C'est un long +portique dont les écoinçons furent ornés par la suite de +_médaillons_ vernissés, mauvais ouvrage des continuateurs des DELLA +ROBBIA. + +A l'extrémité du portique, la lunette d'une porte est occupée par une des +plus belles œuvres d'ANDREA DELLA ROBBIA, _la Rencontre de Saint +Dominique et de Saint François_, composition d'une intensité et d'une +profondeur de sentiment remarquables. + ++SAINTE-MARIE NOUVELLE+. Pendant que l'ordre de Saint François se +restreignait dans la pauvreté et la simplicité primitives imposées par +son fondateur, l'ordre de Saint-Dominique, suivant l'esprit du sien, se +répandait sur toute l'Italie et empiétait dans des proportions si +considérables, que Florence, dès le XVe siècle, se trouva obligée de se +défendre contre lui. Chassés et proscrits, après un court exil les +dominicains revinrent plus puissants que jamais et possédèrent bientôt +six couvents tant à Florence qu'à Fiesole, dont celui de Sainte-Marie +Nouvelle fut un des premiers. + +L'église fut commencée en 1278 par deux dominicains, FRA SISTO et FRA +RISTORO, sur l'emplacement d'une église primitive dédiée à la Vierge; +elle prit de là le surnom de «Nouvelle». On est frappé encore ici de la +préoccupation de construire grand, qui semble avoir été le but unique des +architectes italiens des XIIIe et XIVe siècles et dont le résultat, +toujours identique, est une froideur et une sécheresse désagréables dans +leur nudité presque protestante. Appuyé à l'édifice, subsiste le +campanile carré de l'église primitive. Il est, par extraordinaire, du +plus pur style roman et ses deux derniers étages, ajourés de part en +part, ne sont formés que d'arcatures soutenues sur de sveltes +colonnettes; il en acquiert une légèreté aérienne. Il reste encore de +l'ancienne construction les six élégants «Avelli» de la façade; ces +sortes de niches ogivales servaient chacune de tombes collectives aux +plus nobles familles florentines dont elles portaient les armoiries. + +LEONE BATTISTA ALBERTI acheva en 1460 toute la décoration extérieure de +Sainte-Marie Nouvelle. Il exécuta en premier lieu le revêtement en marbre +blanc et noir de la façade, et comme il s'en tint au style gothique déjà +employé, ce style, sous la main du plus grand architecte de la +Renaissance, gagna une singulière élégance. Leone Battista coupa sa +façade en trois ordres: les portes latérales accompagnées des Avelli +anciens et d'arcatures aveugles lui formèrent le premier, tandis qu'il +composait le second, fortement en retrait, d'une simple et large frise +supportant comme troisième ordre le beau pignon terminal. Au milieu de la +façade, il inscrivit la haute porte principale, qu'il fit monter presque +jusqu'au pignon et qui, flanquée de ses quatre massives colonnes +corinthiennes, produit un effet grandiose dans sa simplicité. Sur le côté +gauche de l'église en retour d'équerre, d'autres Avelli s'étendaient +contre le mur du couvent; mais comme ils ne suffisaient plus par suite de +la mode de se faire enterrer à Sainte-Marie Nouvelle, Alberti dut +construire, à droite de l'église et formant retour sur la rue +Belle-Donne, une sorte de Campo Santo formé d'un mur bas à bandes de +marbre alternées où il disposa des Avelli intérieurs et extérieurs +construits sur le modèle des anciens et aménagés de la même façon. + + +[Illustration:_Sainte Marie Nouvelle_] + +Passage du petit Cloître + +_Chapelle Gondi_ + +_Chapelle Gaddi_ + +_Chœur_ + +_Chapelle Philippe Strozzi_ + +_Petit Cloître_ + +_Chapelle Strozzi_ + +_Transsept gauche_ + +_Transsept droit_ + +_Chapelle Rucellai_ + +_Chapelle des Espagnols_ + +_Sacristie_ + +_Nef_ + +_Campo Santo_ + +_Côté du grand Cloître_ + +_Cloître Vert_ + +_Avelli_ + +_Avelli_ + +_Passage du Cloître_ + +_Place Santa Maria Novella_ + +_Cour_ + +Entrée de l'Ancien Couvent. + + ++A l'intérieur+, l'église produit une médiocre impression, et le +manque de proportion entre la largeur et la hauteur est d'un mauvais +effet architectural. + +Sur le mur d'entrée se trouve une précieuse fresque de MASACCIO, +malheureusement abîmée et très mal éclairée. Sous une belle et sévère +architecture s'enfonce une magnifique perspective simulée par une voûte à +caissons de pierre, à l'extrémité de laquelle se tient debout Dieu le +Père, la tête touchant au plafond. Cette admirable figure, d'une ampleur +et d'une majesté saisissantes, est certainement une des plus belles de la +Renaissance. La tête sévère regarde sans voir, les yeux perdus dans +l'immensité. Placée en terre au-dessous de lui est la croix dont il +soutient les bras avec ses mains et sur laquelle est attaché le Christ +dont la tête penchée porte l'expression d'une douleur profonde. Au pied +de la croix se tiennent debout la Vierge et saint Jean. Masaccio, rompant +avec la tradition, au lieu de représenter la Vierge toujours jeune, l'a +résolument peinte sous les traits d'une vieille femme dont le corps usé +et fatigué a perdu toute sveltesse et dont le visage ravagé a subi toutes +les douleurs, sans pour cela perdre l'expression d'une sérénité presque +auguste. En face d'elle, saint Jean fait contraste, tant sa poignante +douleur est bien humaine et opposée à la sérénité des êtres divins qui +l'entourent et que rien ne saurait atteindre. + +En dehors de l'arcade et complètement séparés sont agenouillés les beaux +portraits du donateur et de la donatrice, d'une vie et d'un relief +saisissants. + +Le fond droit du transept est fermé par la +Chapelle Ruccellai+ à +laquelle on accède par un double escalier. Au fond de la chapelle est la +fameuse _Vierge_ de CIMABUE, figure colossale peinte sur bois. Il +est malaisé, en voyant aujourd'hui l'hiératisme raide et maladroit de +cette peinture, de s'imaginer la révolution profonde qu'en 1280 causa son +apparition. C'est d'elle que peuvent réellement dater les premières +tentatives de l'art pour s'émanciper des formules byzantines si négatives +de toute originalité. + +Il ne faut pas oublier non plus que l'élève et le successeur immédiat de +Cimabue fut Giotto, c'est-à-dire le génie dans lequel tout l'art italien +devait être contenu en germe. Quand un maître a su, comme Cimabue, former +une pareille individualité, l'on ne pourrait trop exalter en lui la +beauté du caractère et l'intégrité des sentiments. L'estime de ses +concitoyens pour lui était telle que la Vierge de Santa Maria y fut +transportée processionnellement, «la République se plaisant par de si +grands honneurs à rendre hommage aux vertus du peintre et du citoyen». + +A droite dans la chapelle, le _tombeau de la Beata Villana del +Cerchi_ fut exécuté par ROSSELLINO en 1451. + +La Sainte, gardée par deux anges, repose sous un baldaquin, les mains +croisées et les pieds nus. + +A droite du chœur est la +Chapelle Philippe Strozzi+. Derrière +l'autel se trouve son tombeau exécuté en 1459 par BENEDETTO DA MAJANO +dont il avait été le plus zélé protecteur. Dans la forme grêle du +sarcophage de marbre noir et dans les anges qui l'entourent se sent déjà +le déclin de la sculpture à la fin du XVe siècle. + +En 1502, FILIPPINO LIPPI, à son retour de Rome, fut appelé par les +Strozzi à peindre la décoration de leur chapelle. Il était à ce moment +sous l'influence directe de Raphaël et sa manière procédait directement +de lui avec toutefois une exagération de style frisant le mauvais goût. +Aussi la composition des fresques de la chapelle Strozzi est-elle +défectueuse; l'architecture désordonnée et tourmentée laisse fort à +désirer, enfin l'effet seul est cherché sans aucune préoccupation du +sentiment. + +La fresque de droite représente les _Miracles de Saint Jean +l'Évangéliste_, scène bizarre où se confondent les costumes les plus +disparates de tous les peuples connus. Celle de gauche est consacrée à un +_Miracle de Saint Philippe_ ressuscitant une morte. + +Le vitrail de la fenêtre fut également composé par Filippino Lippi. + ++Le chœur+ est décoré des admirables _fresques_ de DOMINIQUE +GHIRLANDAJO peintes en 1490 sur la commande de Jean Tornabuoni. + +Ce qui frappe surtout en elles, c'est la grâce noble et tranquille des +personnages, c'est la vie ordinaire des Florentins d'alors; ce qui les +rend si intéressantes, c'est la civilisation, c'est le costume d'une +époque dont elles sont les plus précieux documents. + +Avec de si grandes qualités, le défaut qu'on pourrait justement leur +reprocher serait de manquer de grandeur dans l'expression des idées, +d'embourgeoiser presque les sujets sacrés qu'elles relatent. Pour +Ghirlandajo, la Naissance de la Vierge est simplement la naissance d'un +enfant noble du XVe siècle, avec le cortège des visites de félicitation +et le défilé des amis; comme dans la Naissance de saint Jean-Baptiste, il +peint la nourrice donnée aux petits Florentins d'alors et la collation +prise par la mère après l'événement. Si cette façon d'interpréter +l'histoire de la Vierge ou du Précurseur répond mal à la grandeur des +faits, il faut pourtant bien reconnaître que personne à l'égal de +Ghirlandajo n'eût été capable, avec un tel point de départ, d'arriver +d'une telle manière à ses fins. + +Dans l'admirable poussée de la peinture au XVe siècle, il est impossible +que certains ordres d'idées et de sentiments, certains modes +d'interprétation, même à égalité de talent, ne répondent pas mieux que +d'autres à l'esthétisme individuel de tel ou tel artiste. En matière +d'art, l'éclectisme est la loi de la critique; il consiste à reconnaître +la beauté de l'œuvre en elle-même et sous quelque forme qu'elle se +présente, car, là où la recherche de la perfection a été égale, il n'est +que juste de l'apprécier dans ses manifestations les plus divergentes. Il +faut aussi admirer sans réserve les belles et graves figures des +contemporains de Ghirlandajo animées d'une vie et d'un mouvement +singuliers. + +Les fresques sont disposées, de chaque côté du chœur, sur trois rangées +de deux sujets chacune; elles sont terminées par une lunette et séparées +les unes des autres par des motifs architecturaux. Celles de la partie +supérieure ont malheureusement trop souffert pour qu'il soif facile de +les distinguer. + + + FRESQUES DE GHIRLANDAJO +___________________________________________________________________________ +| | +| _Mur de gauche_ _Mur de droite_ | +| | +| HISTOIRE DE LA VIERGE HISTOIRE DE St JEAN-BAPTISTE | +| | +| ____________________________ ____________________________ | +| | | | | | +| | +ASSOMPTION+ | CHŒUR | +FESTIN D'HÉRODE+ | | +| ___|__________________________|__ ___|__________________________|___ | +| | | | | | | | +| | 5 | 6 | | 6 | 5 | | +| | | | | | | | +| | ADORATION | MASSACRE | | BAPTÊME DE |PRÉDICATION | | +| | | | | |DE St JEAN | | +| | DES MAGES | DES INNOCENTS | | JÉSUS-CHRIST |DANS LE DÉSERT | | +| |________________|_______________| |________________|_______________| | +| | | | | | | | +| | 3 | 4 | | 4 | 3 | | +| | | | | | | | +| | PRÉSENTATION | MARIAGE | | ZACHARIE ÉCRIT | NAISSANCE | | +| | | | | | DE St JEAN- | | +| | AU TEMPLE | DE LA VIERGE | | LE NOM DE JEAN | BAPTISTE | | +| |________________|_______________| |________________|_______________| | +| | | | | | | | +| | 1 | 2 | | 2 | 1 | | +| | | | | | | | +| | JOAQUIM EXPULSÉ| NAISSANCE | | | ZACHARIE | | +| | | | | LA VISITATION | | | +| | DU TEMPLE | DE LA VIERGE | | | AU TEMPLE | | +|_|________________|_______________|___|________________|_______________|_| + + +MUR DE DROITE.--HISTOIRE DE LA VlERGE. + +I.--_Joachim chassé du temple_. + +Dans cette superbe composition, les deux groupes de droite et de gauche +sont particulièrement intéressants par les personnages célèbres qu'ils +représentent. A gauche, le vieillard sans barbe est Baldovinetti, qui +enseigna la peinture et la mosaïque à Ghirlandajo; celui qui, la tête +nue, a la main sur la hanche et porte un petit pourpoint bleu et un +manteau rouge, est Ghirlandajo lui-même; le personnage aux grosses lèvres +et à la chevelure noire est Mainardi, son élève; enfin celui vu de dos +est le frère du peintre, David Ghirlandajo. + +II.--_La Naissance de la Vierge_. + +Une des plus belles fresques de la série. + +Dans une riche chambre florentine, sainte Anne, femme déjà âgée, est +couchée tout habillée sur son lit placé sur une estrade. Derrière elle +une servante verse de l'eau dans un bassin. Relevée sur un coude, elle +contemple la petite Marie dans les bras d'une belle dame assise au milieu +de la composition, tandis que de nobles visiteuses s'avancent sur la +gauche, vêtues de leurs somptueux habits de fête. + +Ces femmes sont la fleur de la société florentine; on sent qu'elles ont +tenu à honneur de figurer dans cette œuvre et de venir poser devant le +maître. Chacune a son individualité propre, et ces beaux traits +florentins si vifs, si intelligents, si presque modernes d'expression. + +III.--_Présentation au Temple_. + +IV.--_Mariage de la Vierge_. + +V.--_Adoration des Mages_. + +VI.--_Massacre des Innocents_. + +VII.--(Lunette) _Mort de la Vierge_. + +Composition en partie détruite. + +MUR DE GAUCHE.--HISTOIRE DE SAINT JEAN-BAPTISTE. + +I.--_Apparition de l'Ange à Zacharie_. Cette composition remarquable +est enrichie de beaucoup de portraits admirables, entre autres ceux de +tous les donateurs des fresques, les Tornabuoni jeunes ou vieux placés en +arrière de Zacharie. Au bas, Ghirlandajo a peint à mi-corps les quatre +plus savants hommes de l'époque: le premier revêtu d'un habit de +chanoine, est Marsile Ficin; le second, avec un ruban noir au cou, est +Cristoforo Landino; le troisième est le Grec Demetrius Chalcondyle, et +enfin le quatrième, qui lève un peu la main, est Ange Politien. En +arrière d'eux, un groupe de trois hommes causent et représentent, dit-on, +les plus fameux marchands de Florence, André de Médicis, Jean Ridolfi et +Sassetti. + +II.--_La Visitation_. A droite et à gauche de la Vierge et de sainte +Élisabeth qui se rencontrent, l'assistance est formée par des groupes de +Florentines de toute beauté. Elles sont coiffées et parées à la mode du +temps; l'une d'elles, en robe jaune, à la suite de sainte Élisabeth vue +de profil, est le portrait d'une des plus célèbres beautés d'alors, +Ginevra di Benci. + +III.--_Naissance de Saint Jean-Baptiste_. La disposition est +analogue à celle de la _Naissance de la Vierge_. Derrière le lit de +sainte Élisabeth, une servante lui présente une collation, tandis qu'au +milieu de la fresque est assise la nourrice allaitant l'enfant et qu'à sa +droite s'avance le groupe des amies, suivi d'une servante portant sur sa +tête une corbeille où sont des pastèques et des raisins. Cette ample +figure aux vêtements flottants semble, par sa beauté antique, échappée à +quelque rêve païen. + +IV.--_Zacharie écrit le nom de Jean qu'il destine à son fils, sur une +tablette que lui présente une femme a genoux_. + +V.--_La prédication de Saint Jean-Baptiste_. + +VI.--_Baptême de Jésus-Christ_. + +VII.--(Dans la lunette) _Festin d'Hérodiade_. Ces trois dernières +fresques, presque entièrement effacées. + +De chaque côté, au-dessus de la fenêtre garnie de vitraux noirs et +brumeux, exécutés en 1492 sur les cartons du maître par ALESSANDRO +FIORENTINO, la décoration à fresques se continue, mais en mauvaise +préservation. Sur les deux côtés étroits de la fenêtre s'étagent des +figures séparées dont les deux premières sont les portraits des donateurs +de l'œuvre, Jean Tornabuoni et sa femme. Au-dessus de la fenêtre un grand +_Couronnement de la Vierge_ peut difficilement passer pour être de +la main de Ghirlandajo. + +La boiserie qui forme le dossier des _stalles_ est un chef-d'œuvre +de mosaïque sur bois. Faite à la fin du XVe siècle par BACCIO D'AGNOLO, +on y voit les plus fines et les plus délicates arabesques; les stalles +elles-mêmes sont gâtées par une malheureuse restauration de Vasari. + + + +SAINTE-MARIE NOUVELLE+ + ---- + _Mur du fond du chœur_ + __________________________________________________________ +| | +| | +| COURONNEMENT DE | +| | +| LA VIERGE | +| | +| | +| | +|__________________________________________________________| +| | | | +| | | | +| SAINT | | SAINT PIERRE| +| | | | +| FRANÇOIS | | martyr | +| | | | +|_____________| FENÊTRE |_____________| +| | | | +| | | | +| | | SAINT JEAN- | +|ANNONCIATION | | | +| | | BAPTISTE | +| | | | +|_____________| |_____________| +| | | | +| | | Femme de | +| JEAN | | | +| | | JEAN | +| TORNABUONI | | | +| | | TORNABUONI | +|_____________|______________________________|_____________| + + ++La Chapelle+, à gauche du chœur, a été décorée d'un revêtement de +marbre par JULES DE SANGALLO. Elle renferme le fameux _Christ_ de +BRUNELLESCHI exécuté pour un concours entre lui et Donatello. + ++La Chapelle Strozzi+, placée en face de la chapelle Ruccellai, +occupe le fond du transept à gauche. On y accède également par un double +escalier. Ses trois murs sont décorés de fresques d'ORCAGNA, ouvrage le +plus important qui existe, consacré au Jugement dernier d'après le Dante. +Sur le mur de gauche, _le Jugement dernier_, et sur celui du fond, +_le Paradis_, sont d'Andrea. Sur le mur de droite, _l'Enfer_ +est de son frère NARDO ORCAGNA; c'est de beaucoup la moins bonne des +fresques. La grande préoccupation du moyen âge, la vie future et les +terreurs de l'au-delà, surgit tout entière dans un sujet que les artistes +du temps affectionnaient tout particulièrement et dont ils cherchaient +l'interprétation aussi bien dans les prophéties que dans l'Apocalypse. En +effet, le terrible esprit de l'époque trouvait pleine matière à se +développer, dans les vengeances et les châtiments d'un Jéhovah terrible, +et nul thème ne pouvait exercer sur les esprits une plus étrange +fascination; aussi, lorsque, poussé par cette attraction, Dante fut amené +à composer son admirable poème, il répondait si exactement aux +aspirations de ses contemporains, que les premiers «Cantica» à peine +parus eurent sur l'art un retentissement énorme. Giotto fut le premier +interprète du poète, et bientôt après, les Orcagna, chargés par les +Strozzi de la décoration de leur chapelle, firent de son œuvre le thème +de leurs compositions. + +La muraille, peinte par Nardo, retrace tout le cycle du premier chant de +l'_Enfer_; mais l'artiste, faute de place, ayant supprimé tous les +épisodes gracieux, n'en laissa subsister que la tragique horreur. Le même +motif le força à serrer tellement ses figures et à leur donner de si +petites dimensions que ce défaut, aggravé par la mauvaise perspective +d'alors et l'absence de tout savoir technique, le fit rester au-dessous +du but qu'il s'était proposé. + +La descente à l'Enfer commence dans la partie supérieure où les âmes +dirigées sur les «sombres bords» sont attendues par Cerbère pour être +conduites devant Pluton en train de festoyer. + +Au-dessous, Caron, «le nocher funèbre», les conduit à travers l'Achéron à +l'entrée du gouffre où le premier des cercles infernaux est peuplé par +les prodigues et les avaricieux roulant leur éternel rocher. + +Cette partie est séparée des cercles inférieurs, ceux des désespérés, par +un mur crénelé, que lèchent les flammes, symbole du feu dévorant où sont +consumées les âmes vouées au désespoir éternel. + +On y voit les suicidés condamnés à s'entre-tuer toujours dans des bois +sombres habités par les harpies, les parricides plongés jusqu'au cou dans +un affreux lac de sang où ils sont éternellement rejetés par des +centaures placés sur la rive qui les empêchent à coups de flèches de +regagner le bord, les luxurieux brûlés par une pluie de feu; puis les +cercles vont toujours en se rétrécissant et en s'obscurcissant davantage +autour de ceux qu'ils enveloppent pour l'exécution de leurs terribles +châtiments. Ils montrent les simoniaques la tête plongée dans le feu, les +immondes la tête retournée, les voleurs en proie aux serpents, les +fauteurs de scandale coupés en morceaux, les alchimistes et les faux +monnayeurs s'entre-battant. Enfin, au centre de cette terrifiante +composition, un démon colossal, debout dans une cuve remplie de serpents, +dévore Judas, pendant que les traîtres, plongés dans la cuve et déchirés +par les serpents, attendent semblable supplice. + +_Le Paradis_ d'André Orcagna, dont les extases font face à ces +horreurs, est d'un art tout différent. Les belles figures qui composent +la foule innombrable des élus tiennent le milieu entre l'art réaliste +d'un Giotto et l'idéalisme d'un Angelico; c'est à ce dernier que +sembleraient plutôt appartenir les deux admirables figures d'anges +musiciens agenouillés sur des nuages aux pieds du Christ et de la Vierge. + +Sur le mur du fond coupé par la fenêtre, Orcagna a peint _le Jugement +dernier_ auquel assistent des groupes d'hommes et de femmes et où, +suivant l'esprit démocratique de l'époque, toutes les classes sociales +sont confondues, l'empereur et le pape comme le mendiant. + +Le retable sur fond d'or représente le Christ glorieux confiant d'une +main à saint Pierre les clefs de l'Église, tandis que de l'autre il remet +le livre de la _Somme_ à saint Thomas d'Aquin présenté par la +Vierge. Sur les volets du retable sont peints saint Michel et sainte +Catherine, saint Laurent et saint Paul. + ++La Sacristie+, ouverte à gauche sur le transept, contient un joli +_lavabo_ en terre vernissée, plaqué à l'intérieur de faïence; il a +été exécuté en 1497 par JEAN DELLA ROBBIA. + +Au bas de la chapelle Strozzi, une porte conduit à quelques marches +descendant sur une galerie appelée le +Sepolcreto+ dont les voûtes +cintrées reposent sur des piliers octogonaux. Cette galerie a un grand +intérêt par toutes les petites plaques commémoratives enchâssées dans le +mur et dont la plupart portent en relief les écussons de presque toutes +les nobles familles florentines. Une de ces plaques particulièrement +belle est de Pisano et montre le donateur et la donatrice agenouillés aux +pieds de la Vierge. + +Le Sepolcreto débouche sur le cloître appelé aussi Cloître vert, de la +couleur des fresques en camaïeu dont il est décoré. + ++Le Cloître vert+ est entouré d'une galerie formée d'arcs reposant +sur des piliers octogonaux. Il a été peint par ANDREA ORCAGNA, pour les +scènes de la Genèse, et par PAOLO UCCELLO, pour _le Déluge_, _le +Sacrifice_ et _l'Ivresse de Noé_, fresques en camaïeu vert sur +fond rouge. + +Les trois compositions d'Orcagna sont presque entièrement détruites, on y +trouve pourtant encore quelques belles figures. + +I. _Création des animaux_, _Création de l'homme et de la +femme_, _Adam et Ève mangent le fruit défendu_. + +II. _Adam et Ève chassés du Paradis_; _Ève filant_, ravissante +figure de la Renaissance; _Adam piochant_. Dans le bas (détruit) +étaient _Caïn et Abel_. + +III. _Mort de Caïn_ sous la flèche de Lameth, _Noé construisant +l'Arche_, _Noé faisant entrer les animaux dans l'Arche_ +(détruit). + +La fameuse fresque du _Déluge_ d'UCCELLO continue la série. Aucun +artiste n'a poussé le fanatisme du réalisme plus loin qu'Uccello dont le +nom, malgré l'extravagance bizarre de l'artiste, se rattache pourtant à +des progrès techniques de premier ordre. Dans cette fresque peinte en +1446, tous les peintres purent venir apprendre le modelé et la +perspective; mais, à côté de beautés de premier ordre, les grotesques +inventions abondent. Les victimes expérimentent des appareils de +sauvetage de toute sorte et plus ou moins saugrenus. L'un a placé autour +de son cou une bouée; l'autre s'est réfugié dans une cuve; d'autres +encore grimpent sur des échelles, nagent sur des planches, ou tentent de +se sauver à cheval. L'arche colossale, dont on ne voit que la coque, +occupe un côté entier, et Noé y apparaît. + +Les autres fresques sont très détériorées; celle de l'Arche de Noé a +pourtant conservé intact le groupe de ses trois fils, dont l'un, détaché +de profil sur une treille, est une superbe et énergique figure. + +Sur la droite du cloître s'ouvre la salle du chapitre appelée +Chapelle +des Espagnols+, «Cappella degli Spagnuoli». Elle est éclairée par deux +belles fenêtres ouvertes sur le cloître de chaque côté de la porte, dont +les élégantes sculptures sont protégées par de belles grilles en fer à +rinceaux découpés. + +La chapelle, commencée en 1322, fut achevée en 1355 et magnifiquement +décorée de fresques dont l'ensemble embrasse le cycle à peu près complet +des croyances philosophiques, théologiques et religieuses du moyen âge. +Ces peintures superbes et admirablement conservées sont attribuées par +Vasari à TADDEO GADDI et à SIMONE MEMMI de Sienne. Le mur de droite par +Simone Memmi représente _l'Église militante et l'Église +triomphante_. Celui de gauche, par TADDEO GADDI, montre _l'Église +personnifiée par saint Thomas d'Aquin_ dominant et protégeant toutes +les connaissances humaines. Sur le mur du chevet coupé par l'enfoncement +de l'autel est peint en forme d'éventail _le Calvaire_, avec d'un +côté _le Chemin de Croix_ et de l'autre _la Descente aux +Limbes_. Enfin les peintures de la voûte représentent des scènes de la +_Vie de Jésus-Christ_. + +I.--_L'Église militante et l'Église triomphante_. Pendant que saint +François prêchait une merveilleuse doctrine de charité et de tolérance, +saint Dominique répandait sur le monde une foi sombre, ascétique et +intolérante, car l'Église, pour lui, ne pouvait arriver au triomphe final +que par l'emploi de moyens violents aussi bien contre les hérétiques que +contre les fidèles. + +Interprète de cette idée, le maître a symbolisé les deux grandes forces +du moyen âge, l'Empereur et son Conseil, le Pape et son Concile assis +devant l'église Sainte-Marie des Fleurs, personnifiant ici l'omnipotence +de l'Église. Aux pieds du Pape sont couchées les brebis de la chrétienté +gardées par les chiens noirs et blancs dominicains, «Domini canes», +tandis que d'autres chiens poursuivent et mordent les loups hérétiques +auxquels ils arrachent les brebis qu'ils tentent de ravir. En avant, à +gauche, se tient le groupe des religieux et religieuses de tous les +ordres, tandis qu'à droite sont les laïques, parmi lesquels on reconnaît +les portraits célèbres de Pétrarque, de Boccace, de Giotto, de Cimabue et +de Laure, devant lesquels sont agenouillés les pauvres et les infirmes. +Sur la droite, la fresque est consacrée à l'application des théories +dominicaines. + +A.--Saint Dominique discute avec les hérétiques. + +B.--Saint Dominique ayant convaincu les hérétiques, les fait se +prosterner devant l'Évangile, tandis qu'un Archange déchire les livres +hérésiarques. + +C.--Au-dessus de ces sujets se trouve une rangée de petits personnages +intermédiaires, dansant au son d'un tambour de basque, devant quatre +personnages assis figurant des péchés mortels. + +D.--Le haut de la composition est formé par un dominicain écoutant la +confession d'un homme agenouillé, un second dominicain qui lui donne +l'absolution au seuil du Paradis où l'introduit un troisième. + +E.--Le Paradis occupe tout le haut de la fresque à gauche. D'après +l'Apocalypse, le Christ y est représenté trônant sur l'arc-en-ciel entre +deux anges; il est environné des Symboles des quatre Évangélistes, +l'Agneau mystique est couché à ses pieds, et il tient d'une main +l'Évangile, et de l'autre la clef du monde. + +II.--_Triomphe de saint Thomas d'Aquin_. Le saint, les Évangiles à +la main, trône en haut de la fresque; il écrase sous ses pieds Arius, +Sabellius et Averroès, les trois grands hérésiarques. + +A ses côtés sont assis, rangés l'un près de l'autre, les Évangélistes et +les Prophètes alternant. + +La partie inférieure est divisée en quatorze niches où trônent des +figures de femmes, symbolisant toutes les connaissances de l'époque. +Devant chacune d'elles est assis plus bas son principal adepte; toutes +ces figures, d'une attitude un peu raide, ne varient guère que par +l'expression des physionomies. + +1°--Le droit civil et l'empereur Justinien. + +2°--Le droit ecclésiastique et le pape Clément V. + +3°--La théologie spéculative et Pietro Lombardo. + +4°--La théologie pratique et Severino Boccio. + +5°--La foi et saint Denis l'Aréopagite. + +6°--L'Espérance et saint Jean Damascène. + +7°--L'amour sacré et saint Augustin. + +8°--L'arithmétique et Pythagore. + +9°--La géométrie et Euclide. + +10°--L'astronomie et Ptolémée. + +11°--La musique et Tubalcaïn. + +12°--La dialectique et Zénon d'Élée. + +13°--La rhétorique et Cicéron. + +14°--La grammaire avec Donato ou Priscien. + +III.--_Le Calvaire_. La composition remplit un cintre divisé en +trois parties dont le Calvaire occupe la plus haute. Le Portement de +croix part du bas de la fresque, à gauche, pour monter au Calvaire. Dans +le bas, à droite, est représentée la Descente de Jésus aux limbes, dont +la porte s'écroule devant lui sur Satan. Cette partie, tout à fait +remarquable, est peut-être la meilleure de la chapelle comme art et comme +sentiment. + +La fresque du mur d'entrée est en partie détruite: elle représentait, +d'un côté, les prédications de saint Dominique; de l'autre, celles de +saint Thomas d'Aquin, et au-dessous, des miracles opérés par les deux +saints. + +IV.--La voûte, divisée par les nervures en quatre parties angulaires, est +occupée par des fresques symboliques. + +I. Au-dessus de l'Église militante et triomphante, _la Barque de +Pierre_, symbole des tempêtes qui peuvent assaillir l'Église, sans +jamais la submerger. + +II. Au-dessus du Calvaire, _la Résurrection_. + +III. Au-dessus du triomphe de saint Thomas d'Aquin, _la Pentecôte_, +symbole de toute science considérée comme don divin. + +IV. Au-dessus de l'entrée, _l'Ascension_. Au delà du Cloître vert +s'étend le Grand Cloître, aujourd'hui cour de l'École des Cadets. + ++La Pharmacie+ de l'ancien couvent, «la Spezeria» (Via della Scala), +possède dans une petite pièce des fresques dures et heurtées de SPINELLO +ARETINO, _histoire de la Passion_. + ++SAINT-JACQUES DE RIPOLI+. Au tympan de la porte, bas-relief des +DELLA ROBBIA. _Le Christ entre Saint Thomas et un Saint_. + ++A l'intérieur+, l'église contient la meilleure œuvre de RIDOLFO +GHIRLANDAJO, le _Mariage mystique de sainte Catherine_ exécuté vers +1505, sous la double influence de ses maîtres, Léonard et son père. La +couleur admirable de ce tableau et sa tenue sobre et énergique l'ont fait +longtemps attribuer au Vinci; c'est une œuvre de premier ordre. + ++ÉGLISE SAN FRANCESCO DE VANCHETONI+ (Via del Palazzuolo). Cette +église conserve quelques ouvrages remarquables de DONATELLO. Deux +admirables _bustes d'enfants_ semblent être des portraits, tant leur +originalité est puissante. L'un est un enfant à l'air triste et presque +morose, tandis que l'autre, d'après la peau de chèvre de sa draperie, +paraît être un Saint Jean-Baptiste adolescent. + ++L'ÉGLISE D'OGNISSANTI+, édifiée en 1524, et remaniée en 1627, +n'offre comme architecture rien d'intéressant. Dans le tympan de la porte +principale, bas-relief de DELLA ROBBIA, _le Couronnement de la +Vierge_. +A l'intérieur+, entre le troisième et le quatrième +autel, sont deux fresques, œuvres de premier ordre: l'une de BOTTICELLI, +l'autre de GHIRLANDAJO. + +La fresque de BOTTICELLI, peinte en 1480, représente _Saint Jérôme_; +c'est un chef-d'œuvre autant par le fini précieux des détails que par +l'anatomie puissante et large et par la profonde ferveur religieuse qui +anime la figure du saint. Saint Jérôme, beau vieillard vêtu de la pourpre +cardinalice, est assis devant une table, où il est accoudé et paraît +réfléchir profondément. Ce qui est extraordinaire d'art minutieux, ce +sont les multiples objets posés sur cette table; les pupitres à écrire et +à lire, les parchemins, les livres, les lunettes, les ciseaux et jusqu'au +tapis d'Orient qui la recouvre, tout dénote la précision et l'amour du +détail, poussés à l'extrême. + +Le _Saint Augustin_ de Ghirlandajo a malheureusement pâli; il est +également assis devant une table, l'aménagement peu compliqué de la pièce +contraste fortement avec la fresque précédente. Le visage est admirable, +et les mains surtout sont d'un modèle parfait. + ++La Sacristie+ est décorée d'une grande fresque, de l'école de +Giotto, _Christ en croix_ entouré d'anges, probablement une œuvre de +FRANCESCO DA VOLTERRA (1350). + +Au fond du transept, un escalier conduit à une chapelle où un +_Christ_ de Giotto est un premier et timide essai d'anatomie dans ce +sujet. + ++Dans l'ancien Réfectoire+ du couvent ouvert sur le cloître, +GHIRLANDAJO a peint en 1480 +la Cène+. A cette époque, le maître +avait accepté la décoration complète à fresque de l'église, mais le +travail ne fut jamais exécuté et la fresque du réfectoire est la seule +trace subsistant de ce projet dont elle était destinée à être le +commencement. Ghirlandajo s'y montre en pleine possession de son beau +talent; le dessin est large; les figures, bien composées, sont +supérieures par l'élévation de la pensée, et il ne s'y trouve aucune +trace de la sécheresse qu'on pourrait quelquefois reprocher à l'artiste. + +Le ravissant _tabernacle_ qui surmonte la porte d'entrée fut exécuté +par AGOSTINO DI DUCCIO en 1463. Ce bijou est digne du meilleur et du plus +cher élève de LUCA DELLA ROBBIA. Il a malheureusement été repeint. + + + + +RIVE GAUCHE + ++PITTI, JARDINS BOBOLI, ÉGLISE SAINTE-FÉLICIE, PALAIS BIANCA CAPELLO, +ÉGLISE SAN SPIRITO, SANTA MARIA DEL CARMINE+. + + ++LE PALAIS PITTI+, situé sur la partie la plus élevée de Florence, +fut commencé en 1440 par BRUNELLESCHI pour Lucca Pitti, l'adversaire +acharné des Médicis, dont il voulait éclipser le luxe, à défaut de la +puissance. + +Pierre de Médicis ayant noyé dans le sang la fameuse conspiration des +Pazzi (1446) dont Pitti était un des principaux conjurés, le palais resta +inachevé jusqu'au XVIe siècle où il devint l'apanage d'Éléonore de +Tolède, femme du grand-duc Cosme Ier. C'est vers cette époque que les +grands-ducs le relièrent aux Offices par une galerie destinée à leur +ouvrir une retraite en cas de soulèvement. + +Le palais a une immense façade, lourde et froide, dont l'effet +désagréable est encore aggravé par les ailes ajoutées de 1620 à 1631, +alors que, devenu résidence des grands-ducs, il se trouva insuffisant. + +Il renferme, sous le nom de Galerie Pitti, la riche collection de +tableaux formée par les cardinaux Léopold et Charles de Médicis, ainsi +que par le grand-duc Ferdinand. La galerie compte plus de cinq cents +numéros disséminés dans les beaux salons de l'aile gauche, dont les noms +sont tirés des sujets de leurs plafonds. + + +SALLE DE L'ILIADE + +N° 201.--TITIEN. _Portrait du Cardinal de Médicis_, de haute et +fière allure; il fut peint en 1532, après la campagne contre les Turcs, à +laquelle avait pris part le cardinal, qui porte le costume hongrois. + +N° 219.--PÉRUGIN. _Vierge adorant l'Enfant_, avec beaucoup de +repeints. + +N° 185.--GIORGIONE (attribué maintenant au Titien), _le Concert_. + +Deux moines et un jeune homme coiffé d'un chapeau à plume font de la +musique. Ce chef-d'œuvre est admirable de coloris, de modelé et de belle +lumière chaude et dorée. + +N°207.--RIDOLFO GHIRLANDAJO. _L'Orfèvre_. Ce portrait célèbre a dû à +sa perfection de passer longtemps pour un ouvrage de Léonard de Vinci. + +N° 208.--FRA BARTOLOMMEO. _La Vierge sur un trône_ (1512). + +Ce beau tableau est l'ancien retable de l'église San Marco. Si, par +l'expression un peu commune, il manque de dignité et si la peinture a +noirci, il n'en est pas moins une merveille de composition. + + +SALLE DE SATURNE + +N° 178.--RAPHAEL. _La Madone du Grand-Duc_. La plus belle des +Vierges de Raphaël, peinte en 1505, lorsqu'il était encore sous +l'influence du Pérugin, pour la couleur et le jet de la draperie, mais la +composition et le dessin y procèdent directement de Masaccio et de Fra +Bartolommeo. + +La tête de la Vierge est un bijou de modelé et l'enfant qu'elle tient +assis sur sa main est exquis. Ce petit chef-d'œuvre, exécuté pour le +grand-duc Ferdinand, fut conservé comme une sorte de palladium dans la +famille Médicis, de là lui vient son surnom de «Vierge du Grand-Duc». + +N° 179.--SÉBASTIEN DEL PIOMBO. _Martyre de Sainte Agathe_. Ce +tableau, peint en 1520 sous l'influence romaine, est une belle œuvre +inspirée par le style et le large dessin de Michel-Ange, mais avec un +coloris sobre d'une grande tenue. + +N° 174.--RAPHAEL. _Vision d'Ézéchiel_. Ce petit tableau peut encore +être rangé dans l'ordre des tableaux symboliques, tels que les comprenait +le moyen âge, dont le but était de rendre frappantes pour les masses les +idées morales jointes aux faits matériels contenus dans l'Apocalypse et +les deux Testaments. Mais, dans la _Vision d'Ézéchiel_, Raphaël a +donné la beauté et la grandeur de la + +Renaissance à l'ancien ordre de sentiments; il a représenté Dieu le Père +sous les traits d'un Jupiter Olympien porté sur les nues par les symboles +des quatre Évangélistes, et dont les bras étendus pour bénir sont +supportés par deux anges. + +L'homme, attribut de saint Matthieu, qui a traité particulièrement la vie +humaine du Christ, se tient seul agenouillé aux pieds de Dieu qui bénit +en lui l'humanité dont le Christ assuma toutes les souffrances. + +Cette très petite composition, traitée avec la finesse de la miniature, +est malheureusement rendue moins agréable par l'emploi de tons un peu +lourds. + +N° 164.--PÉRUGIN. _La Déposition de Croix_. Ce tableau, peint à +Florence en 1495, offre une collection de têtes passives sans aucun +contraste, le tout plus intéressant par une excellente composition et +l'égalité du fini que par la profondeur du sentiment. + +N° 159.--FRA BARTOLOMMEO. _Résurrection du Christ entre les +Évangélistes_. Ce tableau est peut-être ce que le maître a donné de +plus parfait; jamais on n'a poussé plus loin et allié davantage la +grandeur de la composition et la profondeur noble et grave du sentiment. +Les deux adorables enfants placés au bas du tableau tiennent un miroir où +le Frate a reflété comme paysage le monde. + + + + +PALAIS PITTI+ + + ____________________ + +GALERIE PALATINE+ | | + | SALLE | + | DEI PUTTI | + |__________________| + | | + | SALLE | + JARDINS BOBOLI | DE FLORE | + |__________________| + | | + | SALLE DE | + | LA JUSTICE | +__________________________________|__________________|__________ +| | | | | | | | O +| |SALLE |SALLE |SALLE| | SALLE | SALLE | | +| | | DE | | SALLE | | |S---+-->N +| |DELLA |L'EDU-| DU | | DE | DU | | +| | |CATION| | D'ULYSSE | | | E +|GRAND |STUFA |DE |BAIN | | PROMÉTHÉE | PROCETTI | +| | |JUPITER | | | | +|VESTI-|______|______|_____|__________|____________|____________|___________ +| | | | | | | | +|BULE | | | | | | | +| | | | | | | | +|DE | SALLE | SALLE | SALLE | SALLE | SALLE | SALLE | +| | | | | | | | +|L'ES- | DE | DE | DE | DE | | DE | +| | | | | | | | +|CALIER| L'ILIADE| SATURNE | JUPITER | MARS | D'APOLLON| VÉNUS | +| | | | | | | | +| | | | | | | | +|______|_________|_____________|___________|_______|__________|____________| + ^ + | + ENTRÉE + + +N° 151.--RAPHAEL. _La Vierge à la Chaise_. Ce tableau, peint en 1515 +au moment où Raphaël travaillait à la chambre d'Héliodore au Vatican, est +le type le plus complet des Vierges romaines où l'artiste supprima toute +divinité de la figure de la Vierge pour la remplacer par ce qu'il +considérait comme le suprême de la beauté féminine, quelquefois +provocante, mais jamais virginale. Ici la Vierge n'est que le portrait +d'une belle Romaine en costume populaire et la composition de ce +médaillon célèbre, absolument banale, n'a pour elle que son beau coloris. + +N° 190.--SUSTERMANS. _Portrait du fils de Frédéric II, roi de +Danemark_. Ce peintre flamand, qui vécut à Florence, a laissé +d'excellents portraits tenant un juste milieu entre Vélasquez et Van +Dyck. Ce joli portrait est d'une belle facture. + +N° 113.--MICHEL-ANGE. _Les Parques_. Ce tableau paraît plutôt une +attribution; toutefois, s'il a été dessiné par Michel-Ange, il n'a +certainement pas été peint par lui, son coloris n'offrant aucune trace de +la vigueur parfois tragique, propre au pinceau de Michel-Ange. + +Les Parques sont représentées sous les traits de trois vieilles femmes +d'un beau caractère, drapées de nuances trop claires. + + +SALLE DE MARS + +N° 94.--RAPHAEL. _Madone dell'Impannata_. Composée par Raphaël, +exécutée par ses élèves sans qu'on sache absolument la part qui leur +revient. Deux femmes apportent à la Vierge l'Enfant qui prend vivement la +robe de sa mère, et se retourne vers elles en riant. + +N° 92.--TITIEN. Superbe portrait de jeune homme. + +N° 86.--RUBENS. _Les Conséquences de la Guerre_. Belle et grande +composition très mouvementée. Un guerrier entraîne une femme nue que les +Amours cherchent à retenir. + +N° 85.--RUBENS. _Les quatre Philosophes_. Portraits de Rubens, de +son frère et des philosophes Lipse et Grotius assis à une table derrière +le buste de Sénèque. + +N° 82.--VAN DYCK. _Le cardinal Bentivoglio_, portrait assis en pied, +d'une élégance et d'une distinction remarquables, comme d'un coloris +superbe. + + +SALLE D'APOLLON + +N°67.--TITIEN. _La Madeleine_. Ce portrait de femme drapée dans son +admirable chevelure d'or, fut peint pour le duc d'Urbin, et l'on voit que +le sujet de la pécheresse n'a été ici qu'absolument subsidiaire. + +N° 64.--FRA BARTOLOMMEO. _La Déposition_. Dans cette œuvre +admirable, la beauté du sentiment se réunit à celle de l'exécution pour +former un ensemble de premier ordre. Rien n'est plus beau que l'abandon +du corps du Christ et l'angoisse profonde de la Vierge lui donnant un +dernier baiser. + +L'émotion ressort de la simplicité pathétique des personnages, et non de +leur arrangement factice et voulu; c'est là ce qui différencie +profondément l'ouvrage de Fra Bartolommeo des équivalences dues par +exemple au pinceau d'un Pérugin. + +N° 61.--RAPHAEL. Portrait d'_Angiolo Doni_. La première œuvre faite +à Florence et le plus beau des portraits peints par Raphaël sous +l'influence de Pérugin, qu'on pourra rapprocher comme inspiration de +celui de l'Espagnol Lopez Pereigo indiqué comme le propre portrait du +Pérugin au musée des Offices, sous le n° 287. + +Doni est représenté en buste vêtu de noir; ses mains, appuyées sur une +balustrade, sont d'une rare perfection. La tête, d'une expression +profonde et intelligente, se détache sur un beau fond de paysage. + +N° 59.--RAPHAEL. Portrait de _Madeleine Strozzi Doni_, femme du +précédent. D'un aspect peu distingué, sa figure niaise et placide est +sans expression, les formes sont massives et lourdes. + +N° 58.--ANDREA DEL SARTO. _Déposition_ (1524). Cette peinture, si +loin comme sentiment de la _Déposition_ de Bartolommeo, est un tour +de force comme richesse de coloris. + +N° 54.--TITIEN. Portrait de _Pierre Arétin_. La tête est +intelligente et fine, il est vêtu d'une ample robe cramoisie. + +N° 63.--RAPHAEL. Portraits de _Léon X_ et des cardinaux _Rossi_ +et _de Médicis_. Le pape est assis devant une table; les deux +cardinaux, dont on ne voit que les bustes, sont debout derrière lui. + +Raphaël a fait de ces portraits non seulement une admirable étude des +rouges de toutes les gammes, les plus riches et les plus variées, mais +encore une étonnante caractéristique de leur individualité. Rien n'est +intéressant comme de comparer le Jules II de la Tribune des Offices avec +le Léon X du musée Pitti; autant chez l'un tout est ascétique, profond, +violent même avec la tension de toutes les forces et de toutes les +énergies vers un but déterminé, autant chez l'autre tout est matériel, +tourné vers les grandeurs, le luxe et la somptuosité. Presque Athénien +dans ses goûts, passionné d'art et de littérature, Raphaël a su marquer +ce caractère du pape en plaçant devant lui une cloche finement ciselée et +un livre précieux qu'il s'apprête à regarder à la loupe. + + +SALLE DE VÉNUS + +N° 18.--TITIEN. _La Belle_. L'habillement de la Belle, bleu, violet, +or et blanc, cadre avec la tête, dont la mystérieuse expression captive +et fascine. Ce portrait de femme, peint en 1535, rappelle les traits de +la duchesse Éléonore d'Urbin et peut être considéré comme un des plus +parfaits sortis du pinceau du maître, tant par son modelé en pleine +lumière que par sa coloration transparente et chaude tout à la fois. + +N° 3.--TINTORET. _Vénus, Vulcain et l'Amour_, tableau très inspiré +par le Titien, d'une exécution charmante et plus soignée que ne le sont +généralement les œuvres du Tintoret. + + +SALLE DE PROMÉTHÉE + +N° 372.--ANDREA DEL CASTAGNO. Très beau portrait d'homme coiffé à la +bourguignonne. + +N° 373.--PIERRE POLLAJUOLO. _Saint Sébastien_. + +N° 353.--BOTTICELLI. _La belle Simonetta_. Ce portrait fameux de la +maîtresse de Julien de Médicis la montre sous les traits d'une femme +laide et d'une prodigieuse raideur. Pourtant ce profil anguleux, découpé +en silhouette violente sur un fond gris, ne manque pas de caractère, quoi +qu'il soit peu présumable qu'il ait été peint par Botticelli. + +N° 347.--FILIPPINO LIPPI. _Sainte Famille_ (Médaillon). La Vierge +adore l'Enfant pendant que de petits anges effeuillent sur lui des roses. + +N° 343.--FRA FILIPPO LIPPI. _La Vierge, l'Enfant, Saint Joachim_ et +_Sainte Anne_, avec au fond _la Nativité de la Vierge_. + +Les APPARTEMENTS DU PALAIS PITTI communiquent avec la galerie par la +salle à manger. + +Ils sont tendus de soieries du XVIIe siècle et, comme tous les +appartements de palais, sont de médiocre intérêt. + +Dans la chapelle, un superbe cadre en mosaïque florentine du XVIIe +siècle contient une _Vierge_ de CARLO DOLCE, tapisseries de +Florence, cabinets en pierres dures et en mosaïques, etc., etc. + +A l'entresol, L'UFFIZIO DEGLI ARGENTI, une petite salle où est conservé +le trésor des Médicis, maintenant propriété de la ville. On y remarque +quatre coupes et une gourde ornées d'émaux sur paillons attribuées à +Benvenuto Cellini, _Christ_ de Jean de Bologne provenant de la +chapelle du palais, torchères en bronze doré de Bologne. + +LES JARDINS BOBOLI s'étendent derrière le palais Pitti et s'élèvent en +terrasse sur la colline au pied de laquelle il est construit. + +Ces jardins, d'où l'on jouit de vues magnifiques sur Florence, furent +dessinés en 1550 par Tribolo, sur l'ordre de Cosme Ier, et achevés par +BUONTALENTI. + +A l'entrée, une grotte contient quatre statues inachevées de MICHEL-ANGE, +faisant partie de la série des «esclaves» destinés au tombeau de Jules +II. + +En passant par une belle allée ornée de statues, on arrive à un charmant +bassin dont le centre est décoré d'une statue colossale de l'_Océan_ +par JEAN DE BOLOGNE. + ++ÉGLISE SAINTE-FÉLICITÉ+. L'église n'est intéressante que par son +portique et la quantité d'œuvres primitives qu'elle contient. + +Dans la +sacristie+, GIOTTO, _Christ_; TADDEO GADDI, tableau à +cinq divisions, _Vierge trônant entre des Saints_. + +Dans une +chapelle+ contiguë, NICOLÒ DA PIETRO, _Christ entouré de +la Madeleine et des Saintes Femmes_. + ++Deuxième sacristie+. _Annonciation_ en deux parties, fresques +contemporaines d'Orcagna. + +Sur la place devant l'église, colonne élevée en commémoration de la +défaite des Siennois à Marciano (1554). + ++PALAIS DE BIANCA CAPELLO+ (26, via Maggio), la célèbre femme du +grand-duc François Ier(1526). La façade est décorée d'arabesques en +grisailles peintes à fresques alternées avec les armes des Médicis. + +L'ÉGLISE SAN SPIRITO fut construite en 1487 d'après des plans laissés par +BRUNELLESCHI. + ++L'intérieur+, de style classique, a de remarquables proportions. + +Dans la +cinquième chapelle+ se trouve un chef-d'œuvre de FILIPPINO +LIPPI, l'un de ses premiers ouvrages, appelé _la Vierge des Tanaï de +Nerli_. + +La Vierge, assise sous un portique, tient l'enfant couché sur ses genoux. +Devant eux est agenouillé le petit saint Jean, tandis qu'à leurs côtés +saint Nicolas et sainte Catherine, patrons des Tanaï, leur présentent le +donateur et la donatrice agenouillés devant eux, admirables et vivants +portraits. L'intérêt de ce très beau tableau est encore accru par la +jolie vue de Florence avec la vieille porte San Spirito, qu'on aperçoit +au fond. + +Derrière le chœur, au deuxième autel, _Vierge_ entourée de saints, +de l'école de GIOTTO. Troisième autel: LORENZO DI CREDI, _Vierge et +Saints_. + ++Transept gauche+. PIERO DI COSIMO, _Vierge et Saints_. + ++La sacristie+ ouverte sur le transept a été bâtie de 1489 à 1497 +par ANTONIO POLLAJUOLO. Ce petit octogone, terminé par une coupole, est +d'une beauté de forme et d'une pureté de lignes parfaites. Les admirables +chapiteaux des pilastres sont de premier ordre, les deux placés des deux +côtés de la base destinée à l'autel sont décorés de quatre superbes +figures d'hommes nus traînant des guirlandes. D'une exceptionnelle +qualité, l'art et le goût particuliers de Pollajuolo pour l'anatomie s'y +révèlent tout entiers. + ++Le vestibule+ de la sacristie est de SANSOVINO; il est décoré d'une +belle voûte en berceau reposant sur des colonnes richement sculptées. Ce +vestibule donne accès aux cloîtres dont le second sert de cour à une +caserne. + ++ÉGLISE SANTA MARIA DEL CARMINE+. Cette église dépendante du couvent +des Carmes adjacent fut construite en 1422, et, en 1771, après un +terrible incendie, reconstruite dans le style le plus détestable. La +seule partie sauvée fut heureusement le transept droit, dont le fond est +occupé par la +chapelle+ BRANCACCI fondée en 1419 par Antoine ++Brancacci+ et où sont les célèbres fresques de MASACCIO (1423-1428) +terminées après sa mort par FILIPPINO LIPPI. + +TOMASO DI SER GIOVANNI DA CASTEL SAN GIOVANNI était, d'après Vasari, +élève de Masolino da Panicale, mais son génie, qui le destinait à être le +prophète et le précurseur de la Renaissance italienne, ne garde aucune +trace de ce premier enseignement. En effet Masaccio, dans cet +extraordinaire monument des débuts du XVe siècle, franchit d'un seul +élan toutes les bornes assignées à la peinture jusque-là. Hardiment il +ose le nu, mais le nu réaliste et vivant, tel qu'il s'offre par exemple +dans une figure grelottant de froid, tandis que Pierre lui donne le +baptême. Masaccio, non seulement saisit sur le vif le maintien, +l'attitude et les mouvements; il trouve encore du premier jet cette +dignité d'allure, cette fierté du geste, cette noblesse native de toute +la personne qui suscite l'admiration et l'impose. + +La différence capitale entre Masaccio et Giotto, dont la sincérité est le +trait commun, réside dans la science des groupements et dans la manière +de coordonner et de présenter une scène. Il faut remarquer de quelle +allure le personnage principal de Masaccio, l'apôtre Pierre, traverse +toute l'œuvre avec une dignité et une grandeur qui ne se démentent +jamais. Chez ses successeurs un pareil résultat sera le fruit de la +patience et d'un art consommé, mais chez lui il est atteint avec une +extraordinaire simplicité de moyens et presque spontanément. + +Il revêt ses principaux personnages de la toge romaine dont les grands +plis sans cassure les drapent merveilleusement, tandis qu'il donne à ses +figures secondaires le costume contemporain, suivant en cela ce principe +mis en lumière par Giotto, que la draperie, grâce à la généralisation +qu'elle donne, grandit, au lieu que le costume diminue en localisant. +Masaccio ne recula jamais devant les difficultés du raccourci ou de la +perspective; pour en pénétrer les secrets, il avait l'intuition et la +prescience du génie, mais il ne chercha jamais à faire étalage de ce +savoir-faire et il ne le déploya que lorsque l'occasion le nécessitait, +son haut idéal d'art l'élevant au-dessus des préoccupations de métier. Il +est le trait d'union entre Giotto et Raphaël et, grâce à lui, la peinture +fit en avant le pas décisif qui devait aboutir à l'admirable +efflorescence du XVIe siècle. + +I.--MASACCIO. _Adam et Ève chassés du Paradis_. Intéressante étude +d'anatomie poussée à un réalisme outré. + +II.--FILITPPINO LIPPI. _Saint Paul visitant saint Pierre dans sa +prison_. + +III.--MASACCIO. _Le tribut à César_. Sur l'ordre du Christ, saint +Pierre, à genoux près d'une rivière, prend dans la bouche du poisson la +pièce destinée au tribut réclamé par le publicain. + +Cette admirable composition est divisée par les plans en trois actions. +Jésus, au centre, entouré de ses disciples, est une figure d'une sévérité +et d'une beauté surprenantes. D'un geste impératif il ordonne à Pierre +d'aller vers la rivière qui coule au fond chercher la pièce du tribut +dans la bouche d'un poisson et l'incrédulité de l'apôtre forme un +saisissant contraste avec la foi profonde et extasiée de l'apôtre Jean. + +Le fond représente Pierre prenant au poisson la pièce du tribut, tandis +que sur la droite de la fresque, il la remet au publicain. + +Le Christ et ses disciples sont vêtus de la toge, tandis que la belle +figure, vue de dos, du publicain porte le costume populaire et semble +sortir du mur, tant sont grandes la vérité de l'attitude et la perfection +du dessin. + +IV.--MASACCIO. Composition en deux parties terminée par Filippino Lippi. + +A. (A gauche) _Saint Pierre ressuscitant Eutychus_. L'apôtre debout, +vu de dos, d'un geste noble, étend le bras vers le jeune Eutychus. De +nombreux personnages groupés entourent l'apôtre et assistent à la scène. +Eutychus a été terminé par Filippino sur l'esquisse laissée par Masaccio. +C'est une figure nue, aussi admirable d'anatomie juvénile que d'adoration +respectueuse envers le saint qui l'a rappelée à la vie. + +B. (A droite) _Saint Pierre adoré comme chef de l'Église_. Une scène +de toute beauté le représente assis sous un auvent, dans toute sa majesté +de chef de l'Église. Il a les mains jointes et les yeux levés au ciel; +devant lui sont prosternés deux laïcs et un religieux. + +Les deux scènes de la composition n'ont aucun rapport entre elles, mais +elles se relient insensiblement par la manière dont l'artiste a disposé +les personnages intermédiaires. + + + +IL CARMINE+ + + +FRESQUES DE LA CHAPELLE BRANCACCI+ +______________________________________________________________________ +| | | | +| PILIER | _Mur de gauche_ | | +| | | _Retour du mur | +| I | | sur la | +| | MASACCIO | fenêtre_ | +| ADAM ET ÈVE | | | +| | III | | +| CHASSÉS | | | +| | LE TRIBUT A CÉSAR | V | +| DU PARADIS | | | +|_________________|________________________________|_________________| +| | | | +| II | IV | VI | +| | | | +| SAINT PAUL | | | +| | | | +| VISITANT | LA RÉSURRECTION D'EUTYCHUS | - | +| | | | +| SAINT PIERRE | | | +| | | | +| DANS SA PRISON | | | +|_________________|________________________________|_________________| +|____________________________________________________________________| +| | | | +| PILIER | _Mur de droite_ | | +| | | _Retour sur | +| | | le mur de la | +| | MASOLINO | fenêtre_ | +| MASACCIO | | | +| | III | MASACCIO | +| | | | +| I | RÉSURRECTION DE TABITHE | V | +| | | | +|_________________|________________________________|_________________| +| | | | +| | | | +| | | | +| FILIPPINO | FILIPPINO LIPPI | MASACCIO | +| | | | +| LIPPI | | | +| | IV | | +| | | | +| II | CRUCIFIEMENT DE SAINT PIERRE | VI | +| | | | +|_________________|________________________________|_________________| + + +V.--MASACCIO. _Saint Pierre prêchant_. + +VI.--MASACCIO. _Saint Pierre et saint Paul guérissant les malades par +leurs ombres_. + +Miracle s'accomplissant dans une rue du moyen âge descendue par les +apôtres et où leur ombre projetée contre le mur guérit trois infirmes +dont le plus jeune, allongé à terre, est une figure d'un naturalisme +saisissant. + +VII.--MASACCIO. _Saint Pierre baptisant_. + +Les hommes nus qui attendent leur tour au bord du fleuve sont surprenants +d'anatomie; la figure grelottante de froid est célèbre. + +VIII.--MASACCIO. _Saint Pierre et saint Paul distribuent des +aumônes_. + +IX.--MASOLINO DA PANICALE. _Saint Pierre et saint Paul guérissant un +boiteux et ressuscitant Tabithe_. + +Cette double scène se passe sur une vaste place au fond de laquelle +s'élèvent des maisons appartenant à l'architecture du XIVe siècle et +bordées de portiques. A droite se trouve le boiteux et à gauche Tabithe +revenant à la vie entourée de tous les siens. Deux petits personnages, en +costumes du commencement du XVe siècle, coiffés d'espèces de turbans et +vêtus de courts manteaux à larges manches, s'avancent au milieu de la +place causant entre eux, et donnent bien à cette fresque le caractère de +Masolino auquel elle est attribuée; le dessin moins large et l'attitude +moins naturelle que dans les œuvres de Masaccio, la différencient +complètement. + +X.--FILIPPINO LIPPI. Composition en deux parties, grise et manquant de +caractère. (A droite) _Saint Pierre et saint Paul comparaissant devant +le proconsul romain_. (A gauche) _Crucifiement de saint Pierre_. + +Ces fresques ont déjà quelque chose de cette recherche qui aboutira pour +Filippino Lippi à celles de Santa Maria Novella. Les trois hommes en +rouge qui assistent au supplice sont certainement la meilleure partie de +la fresque. + +XI.--MASACCIO. _Adam et Ève après le péché_, deux superbes figures +nues; le corps de la femme est particulièrement intéressant. + +XII.--FILIPPINO LIPPI. _Délivrance de saint Pierre_, la meilleure de +ses fresques. + +L'Ange vêtu de blanc, les mains croisées, précède saint Pierre sur le +seuil de la prison et l'invite à en sortir. Le saint, tourné vers lui de +profil, a l'air de lui demander avec le naturel le mieux rendu s'il doit +vraiment le faire. A droite de la porte, le soldat qui garde la prison +s'est endormi; ses jambes fléchissent sous le poids du sommeil et il +tomberait s'il n'était appuyé contre le mur et soutenu par sa lance. + + +______________________________________________________________________ +| | +| IL CARMINE--SACRISTIE | +| | +| +SPINELLO ARETINO ou LOR. DI BICCI+ | +| | +| _Mur de gauche_ | +| | +| | +| | +| BANQUET NUPTIAL | ENTRETIEN | +| | +| DE SAINTE CÉCILE | DES | +| | +| ET DE VALENTINIEN | DEUX ÉPOUX | +| ______________________________________________________________ | +| | | | | | +| | Ste CÉCILE ET | ILS | | | +| | | | | | +| | VALENTINIEN | INSTRUISENT | | | +| | | | BAPTÊME | | +| | REÇOIVENT D'UN | TIBURCE | | | +| | | | DE | | +| | ANGE DES | DANS LA FOI | | | +| | | | TIBURCE | | +| | COURONNES | CHRÉTIENNE | | | +| | | | | | +| | DE FLEURS | | | | +| |___________________|____________________|___________________| | +| | | | | +| | | | | +| | | | | +| | SAINTE CÉCILE FAISANT DES | | | +| | | 400 PERSONNES | | +| | AUMÔNES EST ARRÊTÉE | | | +| | | | | +| | | SONT BAPTISÉES | | +| | | | | +| | SAINTE CÉCILE PRÊCHE LA FOI | | | +| | | | | +| | | | | +|___|________________________________________|___________________|___| + + + +______________________________________________________________________ +| | +| IL CARMINE--SACRISTIE | +| | +| +SPINELLO ARETINO ou LOR. DI BICCI+ | +| | +| _Mur de droite_ | +| | +| | +| | +| UN VIEILLARD | BAPTÊME | +| | +| INSTRUIT VALÉRIEN | DE | +| | +| DANS LA FOI CHRÉTIENNE | VALÉRIEN | +| ______________________________________________________________ | +| | | | | | | +| | | | | | | +| | VALÉRIEN ET | BAPTÊME | Ste CÉCILE | | | +| | TIBURCE | | | | | +| | CONVERTISSENT| DE MAXIME | ENCOURAGE | ILS ONT | | +| | MAXIME | | | | | +| | QUI LES | ET DE SA | LES DEUX | LA TÊTE | | +| | CONDUISAIT | | | | | +| | AU | FAMILLE | FRÈRES | TRANCHÉE | | +| | SUPPLICE | | | | | +| | | | AU MARTYRE | | | +| | | | | | | +| |______________|______________|_______________|______________| | +| | | | | | +| | | | | | +| | MARTYRE DE | | LA MAISON DE | | +| | | | | | +| | SAINTE CÉCILE. | ENTERREMENT | SAINTE CÉCILE | | +| | | | | | +| | SON SANG EST | DE | EST | | +| | | | | | +| | RECUEILLI PAR | SAINTE CÉCILE | TRANSFORMÉE | | +| | | | | | +| | LES CHRÉTIENS | | EN CHAPELLE | | +| | | | | | +|___|___________________|____________________|___________________|___| + + +Dans la +sacristie+, où l'on entre par le bras droit du transept, à +côté de la chapelle Brancacci, on remarque sur les embrasures de la +fenêtre deux fresques découvertes en 1858 et relatives à l'histoire de +_sainte Cécile_. Elles sont de SPINELLO ARETINO et ont encore la +naïveté et la raideur giottesques. + +Dans le +cloître+, à droite de l'église, on a retrouvé en 1851 des +restes de fresques qu'on a crues être la fameuse procession de la +dédicace de l'église peinte par MASACCIO et où, selon Vasari, «les +portraits étaient si frappants qu'on y reconnaissait même jusqu'au +portier du couvent». Les parties retrouvées tiennent en effet de +Masaccio; mais il est bien difficile de croire que ce puisse être l'œuvre +primitive, l'église ayant été détruite par l'incendie de 1771 et, par +conséquent, le mur où elle se trouvait. Une autre _fresque_ +représente _la Vierge avec l'Enfant Jésus et les Évangélistes_; elle +est attribuée à GIOVANNI DA MILANO. + +Dans le +réfectoire+, sur le cloître, une _Cène_ d'ALESSANDRO +ALLORI. + + + + ++ENVIRONS DE FLORENCE+ + + + +NORD-EST + + + ++PORTE SAN GALLO+ + ++--ÉGLISE SAINT-DOMINIQUE DE FIESOLE, BADIA DE FIESOLE, SAN ANSANO+. + ++II.--FIESOLE+. + ++III.--FIESOLE, VINCIGLIATA, ÉGLISE SAN SALVI+. + + + +I + +SAINT-DOMINIQUE DE FIESOLE, LA BADIA DE FIESOLE, SAN ANSANO. + +(_Deux heures de voiture_.) + + +On sort de la ville par la vieille +porte SAN GALLO+, de 1330, +autrefois décorée de fresques disparues de Ghirlandajo, et l'on suit la +via Boccaccio sur la rive droite du Mugnone, affluent de l'Arno, d'où +l'on découvre bientôt la belle campagne mamelonnée des environs de +Florence, sillonnée de villas. On passe devant la +VILLA PALMIERI+ +où Boccace écrivit son Décameron, pendant la peste de 1348, et dont il +fit le lieu de ses contes, puis on atteint Saint-Dominique, au-dessus +duquel se dresse Fiesole sur la haute colline où s'étagent en terrasses +ses villas et ses jardins et où se découpent sur le ciel clair les +silhouettes grêles des oliviers et des cyprès auxquels le paysage toscan +emprunte son charme poétique et profond. + ++SAINT-DOMINIQUE DE FIESOLE+, un des premiers établissements +dominicains en Toscane, et le couvent où pendant de longues années +peignit et vécut l'Angelico. L'église, précédée d'un portique du XVIe +siècle aux armes des Médicis, n'a aucun caractère et est de toutes les +époques. A l'+intérieur+, derrière le maître-autel, un grand tableau +d'ANGELICO est médiocre. + ++Deuxième chapelle+ à droite. + +LORENZO DI CREDI, _Baptême du Christ_, pâle inspiration du +chef-d'œuvre de son maître, le Verrocchio, à l'Académie. + ++Troisième Chapelle+. + +ANDREA PERRUCI. Beau _Christ_ sculpté en bois, de grandeur +naturelle. + +Le chemin qui se détache sur la gauche de Saint-Dominique conduit à la +Badia. + ++LA BADIA FIESOLANA+ est située sur une colline dominant le cours du +Mugnone et possède la plus admirable vue, d'un côté sur Florence et de +l'autre sur Fiesole. + +La Badia est un des monuments les plus anciens de la Toscane. Dès 406, +elle était un château fortifié; elle devint, en 1028, le plus riche et le +plus célèbre monastère de Bénédictins de la Toscane et presque de +l'Italie. En 1440, à la prière de Cosme l'Ancien, le pape Eugène IV donna +le couvent aux chanoines du Latran; c'est de cette époque que date toute +sa splendeur. Cosme employa une partie des richesses du couvent à le +restaurer magnifiquement sous la direction de BRUNELLESCHI et en fit l'un +de ses séjours préférés (1462). Aussi y fondait-il bientôt la célèbre +Académie Platonicienne où il réunissait ses familiers et les «clients» de +sa maison, les Ange Politien, les Marsile Ficin, les Pic de la Mirandole +et tous ceux auxquels la solitude était indispensable pour favoriser le +travail de la pensée. Michel-Ange y habita longuement et les graves +enseignements dont il était entouré ne contribuèrent pas médiocrement à +hâter la maturité de son puissant esprit. + +La façade de la Badia n'a conservé qu'une partie de son revêtement du +XIVe siècle, en marbre blanc et cipolin, antérieur à celui de San +Miniato. On entre, à droite de la façade, dans un vestibule d'où part +l'escalier montant au +cloître+ rectangulaire édifié par +BRUNELLESCHI, dont le portique est surmonté d'une galerie couverte. + +Tout a été traité dans le cloître, comme dans le reste de l'abbaye, avec +une simplicité sévère et voulue, mais dans un style ample et pur. Sur un +des côtés s'ouvre la petite +chapelle+ privée réservée aux moines. +La décoration de la porte, des deux fenêtres sur le cloître et +l'encadrement de l'ancien retable en pierre grise sont d'une élégante +simplicité. + +Le +Réfectoire+, précédé d'une salle où se trouve un lavabo de style +classique et d'un goût exquis, possède une ravissante _chaire_ en +pierre grise à laquelle on monte par un escalier pratiqué dans le mur et +contenu dans une baie ouverte. Les sculptures de premier ordre dont elle +est ornée représentent des chérubins, des guirlandes et de délicats +fouillis de feuillages. + +A la suite du cloître, un portique ouvert, à cinq arcades surmontées +d'une loggia, donne sur des jardins d'où la vue sur Florence est de toute +beauté. + +Dans le +vestibule+ allant du cloître à l'église, un charmant +_lavabo_ en marbre blanc, ouvrage de MINO DA FIESOLE, se compose +d'une vasque oblongue soutenue par un pied sur lequel courent des +dauphins. Ce lavabo est encadré d'un ordre architectonique dont la frise +porte les armes des Médicis. + ++L'église+, d'une pureté et d'une simplicité remarquables, est en +forme de croix latine à une seule nef, sur laquelle, de chaque côté, +quatre grandes baies cintrées donnent accès à des chapelles. Le transept, +plus élevé de quelques marches, conduit au chœur terminé carrément; à la +croisée quatre arcatures soutiennent une coupole en rotonde arrondie; +enfin, à chaque extrémité du transept, s'ouvrent deux ravissantes portes +d'ordre classique aux armes des Médicis. La décoration sobre et +harmonieuse du monument est formée par des encadrements qui se détachent +sur des pilastres de pierre grise. + +Les autels sont également en pierre grise, sauf l'autel principal, bel +ouvrage en mosaïque de marbre de la même époque. + +Revenu à Saint-Dominique, on commence à gravir les lacets de la colline +de Fiesole au milieu de vignes et d'oliviers étagés sur des terrasses. +Après avoir laissé à droite la route de Majano, on passe au pied de +l'ancien COUVENT DE LA DOCCIA, fondé en 1414 et dont le portique par +SANTI DI TITO fut élevé, dit-on, sur les dessins de MICHEL-ANGE. Avant +d'arriver à Fiesole, on prend à gauche l'ancienne route de piétons, la +via Fiesolana, qui descend rapidement à la petite église de San Ansano. + ++L'ÉGLISE DE SAN ANSANO+ fut fondée au Xe siècle. En 1200, elle +dépendait de la compagnie de la Trinité de Florence et elle fut ensuite +canonicat de la cathédrale de Fiesole, dont elle constituait un bénéfice. +Achetée en 1795 par le chanoine Bandini, elle fut convertie par lui en un +musée qu'il légua à la commune de Fiesole. + +Les quatre tableaux les plus intéressants sont les quatre +_Triomphes_ de BOTTICELLI, petits panneaux sur bois, superbes de +composition, mais malheureusement mal conservés. 1° (Mur de droite) +_Triomphe du Temps_. Saturne, vieux et cassé, est perché au sommet +d'un cadran d'horloge où les heures d'or se détachent sur fond noir. Le +cadran est soutenu sur un char triomphal par deux génies aux pieds +desquels deux chiens couchés, l'un blanc, l'autre noir, symbolisent le +jour et la nuit. Le char, couvert d'une housse rouge richement brodée +d'or, est traîné par deux cerfs, image de la rapidité du temps. + +2° _Triomphe de la Chasteté_. Sur un socle doré placé à l'arrière +d'un char, la Chasteté debout, vêtue d'une robe de bure semée de chardons +d'or, tient une palme. A ses pieds, Éros est enchaîné par deux femmes, +tandis qu'une troisième bande son arc et qu'une quatrième accourt +apportant d'autres liens. Au char sont attelées les licornes symboliques +de la pureté, conduites par des femmes à peine voilées de tuniques +transparentes, que soulève le vent; l'une d'elles marche en avant, avec +la bannière de la pureté, une hermine détachée sur un fond rouge. + +3° (Mur de gauche) _Triomphe de l'Amour_. Il est représenté par une +figure de bronze aux ailes dorées qui s'envole en décochant ses traits, +au-dessus d'un bûcher autour duquel un vieillard, un guerrier et une +jeune femme sont assis enchaînés. + +Aux quatre angles du char triomphal de l'Amour sont placés des génies +dorés; son attelage est composé de quatre chevaux blancs autour desquels +se pressent de nombreux personnages. + +4° _Triomphe de la Religion_. La Foi, l'Espérance et la Charité sont +agenouillées sur un char tiré par les bêtes symboliques données comme +attribut aux quatre Évangélistes. + +Au-dessus du char entouré de figures agenouillées plane le Père Éternel +bénissant. Cette composition, très endommagée, est inférieure. + +On retrouve dans ces œuvres de Botticelli, malgré les repeints nombreux, +le charme excessif de sa poétique et ravissante nature. Les figures de +femmes dans le _Triomphe de la Chasteté_ paraissent les sœurs de +celles du Printemps ou de la Calomnie, tant elles ont semblable envolée +et grâce légère dans leur élégante silhouette. + +A droite de l'entrée, _Enfant Jésus bénissant_, délicieuse petite +figure nue de LUCA DELLA ROBBIA. + +Du même côté, le bénitier est bordé d'une guirlande de feuilles et de +fruits au milieu de laquelle est représenté un buste vu de face. + +Il a pour pendant un autre médaillon à peu près du même genre, mais moins +parfait d'exécution. Au-dessus du chœur, belle tête de _Saint +Jean-Baptiste_ dans un médaillon. + +Sur la porte de la sacristie, _la Visitation_, haut relief +polychrome d'ANDREA DELLA ROBBIA. + +Sur la porte opposée, un admirable _Saint Jean-Baptiste à genoux devant +le Christ_, émail blanc sur fond de couleur. + +Le devant de l'autel est formé d'une terre cuite dorée, en haut relief, +l'_Adoration des Pasteurs_, attribuée à MICHEL-ANGE. + +Dans le passage de la sacristie se trouve une petite chapelle dont +l'autel est surmonté d'un magnifique médaillon de LUCA DELLA ROBBIA, +_la Vierge à genoux_, les mains jointes, en adoration devant +l'Enfant avec deux anges volant à ses côtés. + +Les œuvres des DELLA ROBBIA sont en si grand nombre à San Ansano, +qu'elles constituent un véritable musée de cet art charmant où s'allient +le plus souvent la perfection de la forme, le charme de la couleur et la +poésie raffinée du sentiment. Là, mieux que partout ailleurs, grâce à la +quantité et à la qualité des ouvrages exposés aux regards, on peut +étudier la tradition et l'histoire des terres cuites émaillées. Et cela +est particulièrement vrai pour Luca, tant cette église est riche en +pièces qui peuvent compter parmi les meilleures du vieux maître, et dans +lesquelles se concilient ses admirables qualités de profonde sincérité +réaliste et de grâce émue et touchante. + + + + +II + +FIESOLE. + + ++FIESOLE+, l'ancienne Fæsulæ des Romains, est une vieille cité +étrusque, dont les murs sont en partie conservés. De la vaste place qui +couronne la colline où est bâtie Fiesole, la vue sur Florence et sa belle +campagne est admirable. + ++LA CATHÉDRALE+ est le type le plus ancien et le plus parfait de +l'architecture toscane, inspirée des basiliques du XIe siècle. Elle fut +construite en l'année 1228, et a trois nefs séparées par des colonnes +inégalement placées, dont la plupart ont des chapiteaux antiques +simplement posés sur leur fût. A la hauteur de l'avant-dernière travée, +se dresse l'autel destiné aux fidèles, car, au moyen âge, le chœur était +un endroit consacré où les laïcs n'avaient pas le droit de pénétrer. +Devant cet autel, des escaliers descendent à la +crypte+ ouverte par +cinq baies. Elle est formée de trois courtes nefs séparées par quatre +légères colonnes à chapiteaux étrusques et a pour clôture une admirable +_grille_ de 1300 à médaillons quadrilobés. + +Dans la crypte, au fond de son abside, se trouve une statue en terre +cuite vernissée de _San Romolo_ par les DELLA ROBBIA. La curieuse +fresque qui la décore représente Fiesole au XIIIème siècle. Au-dessus de +cette abside s'élève le +chœur+ auquel on accède par des degrés +placés de chaque côté. Le maître-autel est surmonté d'un triptyque où +sont peints sur fond d'or la Vierge et quatre Saints de l'école de +GIOTTO. + +A gauche du chœur, se dresse le _tabernacle_ en marbre blanc d'ANDRÉ +FERRUCCI; c'est un excellent ouvrage de la fin du XVe siècle, divisé en +trois niches: celle du milieu contenant un colossal ciboire; celles des +côtés, _l'Annonciation_ en deux parties. Également dans le chœur, +l'on voit le tombeau de l'évêque Jacopo Bavaro, fondateur de l'église. + +La première chapelle à droite du chœur est la +chapelle Salutati+. + +Sur le mur s'élève le _tombeau de l'Évêque Lionardo Salutati_, +exécuté de son vivant par MINO DA FIESOLE (1466). C'est un des premiers +ouvrages de Mino, et assurément son chef-d'œuvre, car l'artiste n'a +jamais retrouvé par ailleurs les qualités de grâce fraîche et jeune +alliées au fini de l'exécution. Le monument est composé d'un magnifique +sarcophage de marbre blanc, de forme antique, reposant sur des consoles +entre lesquelles est placé le buste de l'évêque, admirable de vie, de +vérité, de bonté, de finesse et d'intelligence. En face du tombeau, +contre le mur, le retable de marbre blanc fut commandé également à Mino +par l'évêque Salutati. + +Cette œuvre fait déjà pressentir, par sa facture plus compliquée, le +défaut de simplicité et le maniérisme qui sera plus tard généralement +affecté par Mino da Fiesole. + +Le retable est divisé en trois parties: la partie centrale est occupée +par la _Vierge_ en relief, adorant l'Enfant traité en ronde bosse, +entre saint Rémi guérissant un boiteux, et saint Léonard en mendiant, +figures en bas-relief. + +La pluralité des plans montre déjà dans cet ouvrage de Mino son amour +pour la complication des lignes et pour la surcharge des procédés, +défauts destinés à exercer plus tard une si fâcheuse influence sur son +style. + +Le +Campanile+ de 1213 est une tour carrée d'aspect élancé, terminée +par des mâchicoulis et par des créneaux. + ++LE THÉÂTRE ANTIQUE+ était situé sur l'autre versant de la colline +de Fiesole au nord. Une partie de l'hémicycle avec seize rangs de gradins +a été exhumée dans des fouilles récentes. La vue qu'on découvre de ces +ruines sur Fiesole et sur sa campagne est de toute beauté. + +Sur la place de l'église s'élèvent, d'un côté le palais épiscopal et le +séminaire, et de l'autre le palais Pretorio du XIIIe siècle, qui porte +les armoiries des podestats et contient le musée où sont conservés +quelques objets provenant des fouilles faites à Fiesole. + +L'ÉGLISE SANTA MARIA PRIMERANA s'élève à côté du palais Pretorio. + +A droite du chœur est un magnifique retable, l'un des premiers ouvrages +de LUCA DELLA ROBBIA, le Christ en croix avec deux anges recueillant son +sang dans des calices. Autour de lui sont groupés, dans des attitudes +désolées, la Vierge, saint Jean et la Madeleine. + + + + +III + +DE FIESOLE PAR VINCIGLIATA A SAN SALVI + +(_Environ cinq heures de voiture_.) + + +De Florence, après avoir gagné Fiesole qu'on traverse, on contourne le +mont Cectioli au sud-est de Fiesole et l'on suit une arête au travers +d'un bois clairsemé de pins et de cyprès d'où l'on domine des deux côtés, +à une grande hauteur, un paysage montagneux de toute beauté. La route de +Vincigliata, bordée de hauts cyprès, se détache bientôt et l'on plonge +sur tout le bassin de Florence que l'on découvre à ses pieds avec la +ceinture des Apennins purement découpés sur l'horizon. On laisse à droite +le CASTEL DI POGGIO, petit château avec des restes de fortifications dans +une magnifique situation, en face du monte Cectioli, puis la route +descend par de longs lacets, avec la vue toujours étendue sur le paysage +unique qu'on admire depuis Fiesole, vers le château de Vincigliata qu'on +aperçoit au-dessous de soi. + + ++LE CHÂTEAU DE VINCIGLIATA+ (permission à Florence) appartient à un +Anglais, M. Temple Leader, qui le releva de ses ruines de 1855 à 1867, et +reconstitua ainsi le type à peu près unique d'un château fort italien du +XIVe siècle. Le château proprement dit est une masse carrée dominée par +une tour carrée, le tout formidablement hérissé de mâchicoulis et de +créneaux et entouré d'une enceinte défendue par deux tours, dont l'une +forme l'entrée, tandis que s'étendent en face les bâtiments d'habitation +reliés à l'entrée par une sorte de galerie formant cloître. + +De ces appartements, situés en contre-bas du grand préau dont est +entourée la tour centrale, on monte à celui-ci par un escalier intérieur +qui débouche sous le portique d'une de ses faces (les deux autres étant +occupées par des bâtiments). + +Toute cette cour est garnie d'écussons et de sculptures comme la cour du +Bargello, et, comme celle-ci, elle a un escalier extérieur montant à +l'étage supérieur. + +Quant aux bâtiments d'habitation, les appartements sont intelligemment +restaurés dans le goût de l'époque. A la chapelle et à la salle de +justice succède la salle d'armes décorée de fresques provenant de +l'ancien hôpital de Santa Maria della Scala, _la Vie de saint +Bernard_ attribuée à SPINELLO ARETINO. + +De Vincigliata la route gagne la vallée par de nombreux lacets, et après +avoir franchi le Torrent de la Mensola, elle atteint +SAN MARTINO DE LA +MENSOLA+ dont l'église possède un retable attribué à FRA ANGELICO; +puis on rejoint par une pente rapide la route de Settignano à San Salvi. + ++SAN SALVI+ est un ancien couvent de la règle de Vallombreuse, +mentionné dès 1084, mais dont il ne subsiste que peu de restes. + +Dans le +réfectoire+ s'est heureusement conservée une œuvre des plus +importantes, peinte par ANDREA DEL SARTO, de 1526 à 1527, dans les toutes +dernières années de sa vie. Cette composition est peut-être la seule +_Cène_ qui puisse, de loin il est vrai, être rapprochée de la +fresque de Léonard comme grandeur de composition et comme noblesse de +mise en scène. + +On ne peut naturellement réclamer des maîtres de la grande Renaissance la +simplicité émue et l'intensité parfois poignante des vieux maîtres, pour +lesquels la peinture n'était que le moyen de fixer en eux-mêmes le +souvenir de leurs visions. Rien de pareil ici; on est en face d'une forme +d'art pour laquelle le sujet importe peu, ou n'est plus rien, et où tout +se réduit à obtenir l'eurythmie, par des procédés purement techniques. + +Les artistes atteignent un véritable summum dans les groupements naturels +et harmonieux, dans la beauté de l'attitude et du mouvement, dans la +science du coloris, la richesse de la draperie, dignes de toute +admiration, mais il ne faut pas leur demander d'exprimer de certaines +émotions qu'ils sont bien incapables de ressentir. + +Le long des murs, quelques belles figures de Saints sont encore des +ouvrages de jeunesse d'Andrea del Sarto. + +On rentre à Florence par la place Beccaria, au milieu de laquelle a été +conservée la vieille porte Santa Croce. + + + + +NORD-OUEST ET OUEST + + + ++PORTA AL PRATO+ + ++I. CARREGGI, PETRAJA, VILLA DE CASTELLO, LA DOCCIA, SAN STEFANO IN +PANE, PONTE A RIFREDI+. + ++II. PERETOLA, BROZZI, SAN DONINO, POGGIO A CAJANO+. + + + + +I + +CARREGGI, LA PETRAJA, VILLA DE CASTELLO, LA DOCCIA, ÉGLISE SAN STEFANO IN +PANE, PONTE A RIFREDI. + +(_Environ cinq heures de voiture_.) + +On sort de la ville par la Porte al Prato, et, après avoir traversé le +Mugnone et dépassé la colline de Fiesole qu'on laisse sur la droite, on +suit la route de Ponte a Rifredi jusqu'à l'entrée de ce village, où l'on +tourne à droite pour atteindre bientôt Carreggi. + ++LA VILLA DE CARREGGI+ fut bâtie par Cosme le Vieux. MICHELOZZO +MICHELOZZI la construisit dans ce style classique gréco-romain qui alors +pour l'Italie était une sorte de rage. + +Le vieux Cosme destinait Carreggi à devenir l'asile de tous les savants +proscrits auxquels il tendrait une main secourable et hospitalière. Cette +maison ne tarda pas à lui être un lieu de prédilection, à l'égal de sa +chère Badia de Fiesole, si bien qu'il y mourut en 1464, chargé d'ans et +de renommée, après avoir donné à la peinture et à l'architecture +l'impulsion qui, de saintes et originales qu'elles étaient, les a faites +magnifiquement copistes. + +Son fils Pierre eut assez à faire avec les difficultés intérieures et +extérieures qu'il rencontra, pour n'avoir pas grand temps à donner aux +plaisirs intellectuels; mais son petit-fils Laurent hérita des goûts de +son grand-père, et la villa de Carreggi devint le rendez-vous de tous les +hellénistes et de tous les latinistes de l'époque, à l'exclusion de la +Badia, trop sévère pour ses goûts de magnificence. Laurent rétablit à la +villa Carreggi les entretiens du jardin d'Academos, et, ayant découvert +que la Grèce fêtait le 17 novembre l'anniversaire de la naissance de +Platon, chaque année il y célébrait cette date à grand renfort de +musiciens et de discussions philosophiques. Étant tombé malade à +Florence, Laurent se fit aussitôt transporter à sa chère villa, où il +mourait en 1492, après avoir appelé à son lit de mort Jérôme Savonarole +dont l'ascétique figure parut terrible et jeta l'effroi dans ce léger +milieu païen. + +On raconte que, pour rester jusqu'au bout fidèle à ses traditions +athéniennes, Laurent fit élever à Carreggi son second fils Jean, celui +qui devait être le pape Léon X. + +De sa splendeur passée, la villa n'a conservé que ses beaux jardins; elle +appartient actuellement à la famille Orsi. + +La route descend vers le torrent de la Terzolla qu'elle franchit, +contourne les bâtiments du couvent della Quiete et arrive rapidement à ++LA VILLA PETRAJA+. La villa royale de la Petraja (permission à +Pitti), construite par BUONTALENTI, a conservé assez grand air en dépit +des réparations. C'est un édifice carré surmonté d'une sorte de beffroi +bordé de deux galeries extérieures. Cette tour fortifiée rappelle la +destination de la villa, château fort jusqu'en 1608, époque où les +Médicis la transformèrent. La Petraja s'élève au pied des montagnes, sur +leurs dernières pentes, et est précédée de beaux jardins étagés en +terrasses d'où l'on découvre un panorama splendide d'une immense étendue +sur Florence et les montagnes. A droite du château se présente une +ravissante _fontaine de_ TRIBOLO, sorte de vasque, d'où s'élève une +colonne de marbre blanc décorée de satyres chevauchant des dauphins, et +destinée à supporter une deuxième vasque ornée de guirlandes tenues par +des génies. De cette conque émerge un piédestal qui sert de support à une +charmante baigneuse de bronze tordant ses cheveux, ouvrage de JEAN DE +BOLOGNE. + +L'ancienne cour, transformée en salon vitré, est décorée de +_fresques_ de DANIEL DE VOLTERRA sous le portique; d'autres fresques +du XVIIe siècle sont relatives à l'histoire des Médicis. Le beau parc de +la villa la relie à celle de Castello qu'on gagne à pied en quelques +minutes. + ++LA VILLA ROYALE DE CASTELLO+, située plus bas que la Petraja, +possède, à défaut d'étendue, un beau jardin dessiné et créé par Cosme +l'Ancien et auquel on a conservé les dispositions de l'époque. La +décoration en fut confiée au sculpteur NICOLAS TRIBOLO en 1550, et il fut +orné de sculptures antiques provenues en majeure partie de l'ancien dôme +de Florence avant qu'Arnolfo di Cambio ne l'eût transformé. Au milieu du +jardin s'élève une magnifique _fontaine_ monumentale composée de +deux vasques superposées, ouvrage de TRIBOLO. Sur le bord de la première +sont couchées quatre ravissantes statuettes de bronze, sur la seconde se +dresse un groupe en bronze, _Hercule et Antée_. + +Dans la partie supérieure du +jardin+, sous la terrasse, s'ouvre une +grotte artificielle en rocaille où s'agite au-dessus de fontaines la +ménagerie la plus étrange, rhinocéros, girafes, ours, loups, lions, +singes etc., etc. Sur les bords des superbes vasques formées par des +sarcophages antiques, des oiseaux en bronze dus à JEAN DE BOLOGNE sont +posés un peu partout. + +De la villa de Castello, une marche de quelques minutes conduit à la ++Doccia+, la célèbre manufacture de faïences fondée en 1735 par le +marquis Ginori. Un petit musée contient les plus intéressants types de +fabrication. + +En sortant de la Doccia, on repasse devant Castello pour atteindre +l'église de +San Stefano in Pane+. Elle possède un beau retable en +terre vernissée polychrome, par JEAN DELLA ROBBIA. + +Deux Saints gardent le tabernacle entouré d'une double bordure +d'arabesques et de chérubins et surmonté d'un vase de fleurs d'où partent +des guirlandes de fruits. Au-dessus, deux Anges volent en soutenant une +couronne sur la colonne mystique. + + +II + +PERETOLA, BROZZI, SAN DONINO, POGGIO A CAJANO. + +(_Environ cinq heures de voiture_.) + +On sort de Florence par la porte de Prato et, après avoir traversé le +Mugnone, on longe le parc de la villa San Donato Peretola. + ++L'ÉGLISE SAINTE-MARIE+, fondée au XIIe siècle, est depuis 1449 un +fief de Sainte-Marie Nouvelle. + ++Brozzi+. Les vieilles familles florentines des Strozzi, des +Cavalcanti, des Ruccellai possédaient à Brozzi des palais dont les +façades délabrées sont encore ornées de leurs armoiries. + ++San Donino+. A droite de la route, on a une fort belle vue sur le +monte Gione et les Apennins; on traverse l'Ombrone sur un pont et on se +trouve dans le pittoresque village de Poggio a Cajano admirablement situé +sur les collines que bordent la rive droite de l'Arno. Au nord, s'étend +la chaîne des Apennins dont on s'est sensiblement rapproché et qui +profilent leurs belles découpures au-dessus d'un riant paysage. + ++LA VILLA ROYALE DE POGGIO A CAJANO+ est située sur le point +culminant de la route qui conduit à Lucques, de sorte que ses trois +façades offrent chacune une charmante vue: l'une sur Florence, l'autre +sur les montagnes et les villages dont elles sont semées, et enfin la +troisième sur Prato, Pistoia, Sesto et tout le val d'Arno inférieur. + +Laurent le Magnifique, séduit par la position délicieuse de Poggio a +Cajano, voulut en faire sa résidence de prédilection et demanda un plan à +tout ce que Florence comptait alors de plus célèbre en architectes et en +peintres. Celui de JULES DE SAN GALLO eut la préférence; seulement +Laurent exigea qu'il y ajoutât un escalier extérieur, pris sur un autre +dessin et grâce auquel on pourrait accéder à cheval jusqu'au haut du +perron. Il voulut encore que le plafond de la grande galerie fût +circulaire: construction audacieuse pour la science architecturale +d'alors, par suite de ses vastes proportions et que du reste Sangallo +réussit parfaitement. + +Après la mort de Laurent, les travaux interrompus furent repris est +achevés par Léon X, sous lequel furent exécutées les magnifiques fresques +d'ANDREA DEL SARTO, de FRANCIABIGIO et du PONTORNO dont le grand défaut +est de représenter des sujets relatifs aux Médicis, d'un intérêt plus que +médiocre. + +La villa de Cajano rappelle bien des souvenirs de l'histoire de Florence: +Charles-Quint l'habita en 1536, lors du mariage de Marguerite d'Autriche +avec le grand-duc Alexandre. Éléonore de Tolède, femme du grand-duc Cosme +Ier, s'y laissa mourir de faim, après la mort tragique de ses deux fils: +Jean, assassiné par son frère Garcia, et celui-ci, son enfant favori, tué +à son tour devant elle par son père, en punition de ce meurtre. Puis +mourut Cosme, et le grand-duc François, d'amoureuse mémoire, habita +souvent Poggio a Cajano avec Bianca Capello, dont l'histoire offre le +plus étonnant assemblage de toutes les misères et de toutes les fortunes. + +Fille d'un des patriciens les plus fastueux de la République vénitienne, +elle se faisait enlever à dix-sept ans par un commis florentin employé en +face du palais de son père et fuyait avec lui à Florence où elle +l'épousa. La tête de son amant ayant été mise à prix par la République +sérénissime, ils vécurent à Florence cachés et dans la plus extrême +misère jusqu'au jour où Bianca fut aperçue à sa fenêtre par le grand-duc +Francesco qui en devint éperdument amoureux, et qui, après lui avoir +donné un sauf-conduit pour son mari, en fit sa maîtresse et l'installa +superbement dans le palais voisin de Pitti appelé encore de son nom. La +malheureuse Jeanne d'Autriche, que le grand-duc avait épousée sur ces +entrefaites, impuissante à lutter contre son abandon et l'omnipotence +toujours croissante de la maîtresse, mourut bientôt de chagrin, et +l'ascendant de Bianca était tel qu'elle se faisait épouser par le +grand-duc, aussitôt son deuil terminé (1580). + +Trois ans après ce mariage, le jeune grand-duc héritier, fils de Jeanne +d'Autriche, mourait et, à défaut de descendance directe, le cardinal +Ferdinand devint grand-duc présomptif. Comme la perspective de le voir +régner ne pouvait convenir aux ambitions de Bianca, elle simula bientôt +une grossesse et un accouchement, et, le 30 août 1585, elle faisait +passer pour un fils né d'elle un enfant clandestinement apporté. La +supercherie découverte par son beau-frère, le principal intéressé à +l'absence d'héritiers, l'enfant fut déclaré inapte à succéder. A la suite +de ces événements, une haine formidable contre Ferdinand s'étant amassée +dans l'âme de Bianca, elle résolut de se défaire de lui à l'aide du +poison. L'automne suivant, le cardinal fut invité par François à venir +chasser avec lui à Poggio a Cajano, une des réserves les plus giboyeuses +du grand-duc. Le jour même de son arrivée, Bianca, dit-on, lui prépara de +ses mains une espèce de tourte qu'elle savait particulièrement aimée de +lui et y mélangea un de ces subtils poisons dont les Borgia avaient +laissé le secret; mais comme une telle gracieuseté de sa part ne laissait +pas que d'inquiéter le cardinal, il refusa d'y goûter. Le grand-duc, +piqué de l'affront infligé à sa femme par son frère, voulut à son défaut +faire honneur à cette pâtisserie et Bianca, qui devait ou avouer son +crime, ou laisser son mari mourir empoisonné, se décida rapidement à +partager avec lui ce funèbre régal. Le lendemain Francesco et Bianca +étaient morts, et Ferdinand qui succédait lançait sa barrette aux orties. + +Ces événements jetèrent naturellement une certaine défaveur sur la villa +de Laurent; lorsque après un demi-siècle elle devint un lieu d'exil pour +l'espèce de folle que fut Marguerite d'Orléans, fille de Monsieur, +qu'avait épousée, pour son malheur, le grand-duc Cosme III et dont les +extravagances furent telles que l'on consentit à la laisser retourner en +France, trop heureux de s'en débarrasser. + +Le fils de Cosme III, Ferdinand, habita presque exclusivement Poggio pour +vivre séparé de sa femme Violante de Bavière, dont il n'avait pu avoir +d'héritiers, et Poggio redevint alors ce qu'il avait été sous Laurent, un +lieu de plaisir et de fêtes continuelles. Après cette dernière splendeur, +l'histoire politique et scandaleuse de la villa fut terminée; elle resta, +toutefois, bien de la couronne et elle appartient encore, aujourd'hui, à +la maison royale d'Italie. + +La villa Poggio a Cajano est restée telle qu'elle était au temps des +Médicis, un édifice carré sans grand caractère, dont le rez-de-chaussée +est orné d'un portique et dont la façade présente une colonnade en style +classique. D'admirables jardins l'entourent, ceux où Laurent se livrait à +son goût pour l'agriculture et la zoologie. + ++A l'intérieur+, la pièce où est morte Bianca Capello est située au +rez-de-chaussée; l'ornementation fort curieuse en est due à un escalier à +balustres et à une belle cheminée. Le milieu de ce demi-étage est occupé +par une petite salle de spectacle aménagée par Léon X. + +Au premier, de nombreuses pièces, décorées au commencement de ce siècle, +ont la banalité de toutes les résidences royales; elles possèdent de +nombreux portraits en pied, fort médiocres, des princes de la maison des +Médicis; ils garnissent un splendide salon où se retrouve intacte la +magnificence de la Renaissance parvenue à son apogée. Cette salle, +décorée par les soins de Léon X, est de la plus grande richesse; le +plafond fort élevé, voûté en berceau, porte peintes en relief et dans des +dimensions colossales les armes de Léon X surmontées de la tiare +pontificale. + +Les armoiries et les devises des Médicis, sur un fond d'or, forment en se +répétant toute la décoration. Les murs sont entièrement recouverts de +fresques; les quatre principales occupent les deux grands panneaux de la +pièce, de chaque côté des portes. La plus belle, par le charme de son +coloris et de sa composition, représente _César recevant en Égypte les +tributs des nations vaincues_, allusion aux présents faits à Laurent +par un Égyptien. Les enfants placés au premier plan qui tiennent des +animaux rares, sont une autre allusion relative au goût de Laurent pour +la zoologie. + +Une inscription indique que cette fresque, commencée en 1521 par ANDREA +DEL SARTO, fut achevée par ALESSANDRO ALLORI en 1580. + +De l'autre côté de la porte, une fresque d'ALLORI montre le _Consul +Flaminius détachant les Achéens de leur ligue avec Antiochus_, +allusion à la diète de Crémone où Laurent mit à néant les desseins des +Vénitiens. + +En face, FRANCIABIGIO a peint le _Triomphe de Cicéron au Capitole_. +Tableau médiocre, allusion au retour de Cosme l'Ancien à Florence en +1434, après son année d'exil à Padoue. Enfin, en dernier lieu, vient la +superbe fresque d'ANDREA DEL SARTO représentant un festin auquel prennent +part Scipion et Syphax, allusion au glorieux voyage de Laurent le +Magnifique à Naples et à la réception qui lui fut faite. + +La scène a lieu sous un portique au travers duquel on aperçoit la mer et +une ville échelonnée sur une montagne. Parmi les esclaves, celui de +gauche, le torse nu et portant deux plats, est tout à fait remarquable de +mouvement et de beauté plastique. + +D'autres fresques moins importantes décorent les extrémités de la salle +et les lunettes. D'admirables coffres de mariage du XVIe siècle, dits +Cassones, contribuent à l'ameublement de cette splendide salle. + +On rentre à Florence par la même route qui bifurque à peu de distance de +la ville sur les CASCINES, promenade à l'ouest, entre l'Arno et la +Mugnone, sur une longueur de quatre kilomètres. Le nom de cette promenade +favorite des Florentins est venu de la métairie Cascina dont elle +dépendait autrefois. + + + + +SUD ET SUD-EST + + + ++PORTA ROMANA+ + ++I. CHARTREUSE D'EMA. GALUZZO, POGGIO IMPERIALE+. + ++II. SAN GIOVANNI DELLA CALZA, VIA LE DEI COLLI, SAN SALVATORE AL +MONTE, SAN MINIATO, PLACE MICHEL-ANGE+. + ++III. SAN FRANCESCO DI PAOLA, BELLO SGUARDO+. + + + + +I + +CHARTREUSE D'EMA, GALUZZO, POGGIO IMPERIALE. + +(_Environ trois heures de voiture_.) + +On sort de Florence par la vieille Porte Romaine construite par Orcagna +en 1328, et encore encadrée de murs crénelés. La route traverse des +collines et des mamelons plantés de vignes jusqu'à Galuzzo où elle passe +le torrent d'Ema pour atteindre bientôt la porte d'enceinte de +LA +CHARTREUSE D'EMA+ que l'on aperçoit couronnant une colline dont les +flancs sont plantés de cyprès. La Chartreuse fut fondée en 1341 par le +Florentin Acciajuoli, fixé à Naples où il avait fait une rapide fortune, +et où il était devenu grand sénéchal, sans pour cela oublier sa patrie. +Les plans furent, dit-on, dressés par ANDREA ORCAGNA, mais la Chartreuse +ne fut toutefois achevée qu'au XIVe siècle. + +Après avoir longé un bâtiment du XIVe siècle à fenêtres cintrées, on +pénètre dans une petite cour où, par un double escalier intérieur et +extérieur, on monte au cloître entouré de portiques du XVIe siècle ou se +trouve la façade de +l'Église+ dédiée à saint Laurent. + +D'après la règle des Chartreux auxquels fut donné le monastère, lors de +sa fondation, l'église est divisée en deux par une grille isolant les +religieux des fidèles. Le style pur de l'église a été défiguré par les +terribles ornementations du XVIème et du XVIIe siècles. + +Sur le bas-côté de droite on descend de la +chapelle Sainte-Marie+, +construite par ORCAGNA et ornée d'un beau vitrail du XIVe siècle, dans +la +chapelle sépulcrale+ des Acciajuoli, sorte de crypte formée d'un +double bras contenant les tombes. En entrant à droite, _pierre tombale +de Nicolas Acciajuoli_, cardinal et petit-fils du fondateur, par +DONATELLO. Portant la mitre et la chape, il est représenté en bas-relief, +la tête appuyée sur un coussin, les mains croisées sur le bas du corps. +De chaque côté, SANGALLO a sculpté d'admirables guirlandes de fruits au +bas desquelles Donatello a placé les figures de la Foi et de la Justice, +tandis qu'au-dessus du défunt il sculptait les armoiries du cardinal. Le +bras de la chapelle, en face de l'entrée, possède de superbes tombeaux +placés devant l'autel. + +1° Appuyée au mur de gauche et placée sur quatre consoles réunies par des +arcs trilobés est la table de marbre, sur laquelle repose la belle figure +du _grand Sénéchal Acciajuoli_ revêtu de son armure. ORCAGNA, auquel +on attribue cette œuvre magnifique, y a représenté en traits admirables +toute la poésie de la mort, tant il a su rendre la sérénité profonde, la +calme gravité et la paix éternelle du sépulcre. Il a abrité l'effigie +sous un baldaquin en forme de châsse, supporté par cinq colonnes torses +enluminées de rouge et de vert. + +2° Devant l'autel sont réunies, sous une même architecture, les +_pierres tombales_ du père ainsi que du fils et de la fille +d'Acciajuoli. De ces trois superbes sculptures, celle de droite est la +plus remarquable: elle représente un jeune homme en riche armure du XIVe +siècle, couvert de son manteau. Ces dalles d'un haut intérêt, attribuées +à DONATELLO, paraissent plutôt dues à l'école d'Orcagna. + +Sur la gauche de l'église, s'ouvre le +Chiostrino+, petit cloître +carré dont le retour contre l'église est occupé par le +Colloquio+, +galerie destinée aux entretiens des frères. A peine longue de quelques +mètres, son principal ornement consiste en huit fenêtres garnies de +verrières couvertes de belles arabesques, qui se développent autour d'un +médaillon central consacré à un sujet de l'Histoire sainte; ce délicat +travail de JEAN D'UDINE, exécuté en 1360 dans le style raphaélesque, est +un des derniers ouvrages de l'art du verrier en Italie. Faites à l'instar +de la décoration des loges du Vatican, elles sont d'une élégante +composition, mais elles semblent plutôt des peintures sur verre que des +vitraux, car, dès la Renaissance, cet art est en pleine décadence et +finit par tomber en l'oubli. Les artistes négligent ou ignorent ces +précieux enchâssements de couleurs qui font du vitrail au moyen âge un +assemblage immense de gemmes; ils ne cherchent plus qu'à produire +l'illusion de la peinture, à l'aide d'une matière impropre à ce résultat +et où l'effet obtenu ainsi est le plus souvent malheureux. + +Sur le Chiostrino ouvre le +réfectoire+. Le tympan de sa porte est +orné d'un bas-relief de LUCA DELLA ROBBIA, _Saint Laurent entre deux +Anges_; à côté le lavabo en pierre grise (restauré) est de +BRUNELLESCHI. A gauche du Chiostrino se trouve le +Petit Cloître+ +oblong, à deux portiques superposés, d'où un passage conduit au grand +cloître. A gauche, dans ce passage, une belle porte du XVIe siècle en +marqueterie donne accès à la +chapelle du Chapitre+ où sont deux +importantes œuvres d'art. + +1° Effigie en marbre blanc de _Leonardo Buonafede_ exécutée en 1550 +par FRANCESCO DA SANGALLO. L'évêque de Cortone, en soutane, en camail et +en mitre, est d'un naturalisme saisissant. Vivant d'énergie, son visage +ridé, un peu gras, est plein de bonhomie. + +2° Au-dessus de l'autel, l'ami et le compagnon de Fra Bartolommeo, +MARIOTTO ALBERTINELLI, a peint en 1505 une très belle fresque consacrée +au _Christ_, dont deux anges recueillent le sang dans des calices. +Ce bel ouvrage est placé dans un admirable cadre en pierre, de MINO DA +FIESOLE. + ++Le Grand Cloître+, dont les plans furent, dit-on, donnés par +Orcagna, est supporté par des colonnes monolithes d'une grande beauté. +Toutes les cellules des chartreux y donnent, et sont uniformément +composées de deux pièces superposées, communiquant par un petit escalier +et ouvertes sur un jardinet d'égale largeur d'où la vue sur Florence, +Fiesole, la campagne et les Apennins est admirable. Enfin le dessin du +grand puits central du Cloître est attribué à MICHEL-ANGE. + +Après avoir quitté la Chartreuse d'Ema, on retourne à la grande place de ++GALUZZO+, l'une des principales communes des environs de Florence, +gouvernée par des podestats. Le MUNICIPIO, ancien palais Pretorio, a sa +façade chargée des innombrables écussons en pierre, en marbre, en bois ou +même en terre vernissée par les Della Robbia. + +Au milieu de villas entourées de vignes, on gagne bientôt +POGGIO +IMPERIALE+. La villa de Poggio Imperiale était un couvent que la femme +du grand-duc Cosme II, Madeleine d'Autriche, appropria en 1622 à son +usage. + +Une magnifique allée, composée de hauts cyprès, de chênes d'Italie et de +mélèzes, descend de la villa à la Porte Romaine et ramène rapidement à +Florence. + + +II + +SAN GIOVANNI DELLA CALZA, VIALE DEI COLLI, SAN SALVATORE AL MONTE, SAN +MINIATO, PLACE MICHEL-ANGE. + ++ÉGLISE SAN GIOVANNI DELLA CALZA+. Derrière l'autel est un beau +tableau du PÉRUGIN, œuvre de jeunesse exécutée vers 1492, alors qu'il +était profondément influencé par le génie de Signorelli. Aussi cette +peinture est-elle remarquable par son naturalisme et sa sobriété sans +aucune trace de l'afféterie habituelle au Pérugin. Le sujet en est +l'_Apparition à saint Jérôme de Jésus sur la croix_ dont la +Madeleine étreint les pieds avec amour, pendant qu'il la contemple avec +reconnaissance. De l'autre côté de la composition, une belle figure de +saint Jean montre avec compassion le Christ à deux religieuses +agenouillées. + +Par la +Porta Romana+ on atteint bientôt le +Viale dei Colli+, +une des plus belles promenades de l'Italie, route établie sur les +collines sud de Florence et qui, par de multiples lacets, mène à la place +Michel-Ange et à la basilique de San Miniato al Monte. Avant d'atteindre +la place, on rencontre un chemin détaché sur la droite qui conduit à la ++Torre del Gallo+, dont le nom est dû à ses anciens possesseurs, la +famille des Galli. La légende affirme que c'est dans cette tour que +Galilée fit ses découvertes astronomiques. + +De la +place Michel-Ange+, l'œil embrasse un immense et admirable +panorama. La place s'étend en terrasse au-dessus de la porte +Saint-Niccolò, où l'on peut descendre directement; au milieu s'élève le +monument consacré à Michel-Ange sur lequel sont reproduits son David et +les allégories des tombeaux des Médicis. + +De la place on monte à San Miniato; à mi-chemin on rencontre au milieu de +cyprès l'+ÉGLISE SAN SALVATORE AL MONTE+ construite par le CRONACA +en 1504 et que ses nobles proportions firent surnommer «la belle +Villanella», la belle villageoise. A droite, à l'+intérieur+, +monument funéraire en marbre blanc du XVe siècle, buste d'homme +paraissant à une fenêtre cintrée pratiquée dans le mur. + +A gauche de l'autel, beau groupe polychrome de JEAN DELLA ROBBIA. De +l'église San Salvatore on monte par un jardin à la porte des ++Fortifications de San Miniato construites+, en 1539, par +MICHEL-ANGE, sur la hauteur d'où il dirigea lui-même pendant onze mois la +défense de la ville contre le pape Clément VII et les Impériaux. On +pénètre par cette porte sur une esplanade où donnent l'église et le +cimetière qui occupe derrière elle tout le plateau de la colline. + +A droite de l'église s'élève une construction crénelée du XIVe siècle +ayant fait partie d'un système de défense plus ancien. + ++LA BASILIQUE SAN MINIATO AL MONTE+, construite en 1154, remonte +intégralement à cette date. + +Quand le style de Nicolas Pisano fut importé à Florence, entre les mains +des Florentins la nouvelle architecture prit un splendide essor dont +l'apogée fut atteint par l'église San Miniato. Ils embellirent ce retour +au classicisme de l'antiquité par l'improvisation charmante des marbres +de diverses couleurs, par un goût plus fin, par des détails plastiques +plus cherchés, enfin par un soin délicat qui, deux siècles à l'avance, +donne déjà le pressentiment de la Renaissance. + +L'adorable +façade de San Miniato+, plaquée de marbres blanc et +vert, est une réminiscence antique d'une pureté absolue; la proportion +entre les étages est peut-être traitée pour la première fois avec une +harmonie complète de lignes, motivée par un sentiment de pur esthétisme. + +Le rez-de-chaussée, précédé de quelques marches, est formé de cinq hautes +arcatures séparées par des colonnes de marbre cipolin. Les portes +prennent trois de ces arcatures; des dispositions de marbre cipolin +remplissent les deux autres. Le premier ordre est séparé du deuxième par +un entablement délicatement sculpté. Il est plus étroit et repose de +chaque côté sur des contreforts à quadrillages de cipolin, une fenêtre +d'ordre antique en occupe la partie centrale. + +Enfin le troisième ordre, purement antique, est composé d'un fronton +angulaire surmonté d'une corniche à modillons délicats que domine l'aigle +guelfe en bronze. + ++Le Campanile+ élevé en arrière à gauche a été reconstruit en 1519 +par BACCIO D'AGNOLO. + ++L'intérieur+, où domine également la marqueterie de marbre blanc et +vert, est à trois nefs et présente le type le plus parfait des basiliques +dont les travées sont coupées par des travées transversales. Les colonnes +en marbre blanc portent ou des chapiteaux très simples de l'époque, ou +des chapiteaux antiques. Le toit est en charpente apparente; le pavé de +1207 consiste en nielles de marbre de différents dessins qui forment, +dans leur merveilleux état de conservation, le plus beau tapis d'Orient +qu'il soit possible de rencontrer. + +A la hauteur de la cinquième travée se dresse le mur réglementaire de +l'architecture des basiliques, où accèdent quatre escaliers, ceux du +milieu descendant à la crypte et ceux des côtés montant au chœur ou à son +parvis dont l'accès était interdit aux fidèles. + +En avant de la crypte s'élève l'+autel+ réservé au peuple; il fut +reconstruit au XVe siècle par MICHELOZZO sur l'ordre de Pierre de +Médicis. Inspiré par le caractère antique du monument, Michelozzo éleva +un autel très simple, abrité par un sacellum que LUCA DELLA ROBBIA décora +intérieurement de compartiments à rosaces blanches en relief, sur fond +bleu. + ++La crypte+ s'ouvre sur l'église par cinq baies; elle est soutenue +par quatre grosses colonnes qui, la traversant, sont également les +colonnes du chœur, et par de nombreuses colonnettes sur lesquelles +retombent les voussures, et se termine par une absidiole fermée d'une +grille. + +On accède +au chœur+ surélevé par deux escaliers placés de chaque +côté. Le mur qui le sépare de la nef est richement décoré par des +sculptures en marbre d'un puissant relief, et surmonté d'un délicat +entablement inspiré de l'antique. + +Une seconde clôture peu élevée forme encore en avant du chœur une sorte +de couloir étroit sur lequel porte l'ambon carré dont l'avancée sur le +mur de séparation a pour supports deux courtes colonnes de marbre. Le +pupitre de l'ambon est soutenu par les symboles des Évangélistes +curieusement superposés l'un sur l'autre. Ce monument admirablement +conservé est un des seuls et précieux spécimens de ce genre de +construction. + +De la tribune on pénètre dans le chœur terminé en abside; une colossale +_mosaïque_, restaurée en 1297, occupe le tympan. Au-dessus de +l'autel un beau _Christ_ vernissé est un ouvrage tardif de LUCA +DELLA ROBBIA. Enfin les stalles du chœur ont été exécutées en 1466 par +DOMINICO GAJUOLE et FRANCESCO MANCIATTO; elles sont très simples, dans un +sentiment franchement gothique. + +Sur le bas-côté gauche de la nef la +Chapelle San Giacomo+ fut +construite en 1459 par ROSSELLINO et décorée par ANTONIO POLLAJUOLO et +les DELLA ROBBIA. + +La voûte est formée par cinq médaillons de LUCA DELLA ROBBIA, les quatre +vertus cardinales à mi-corps entourent le médaillon central du +Saint-Esprit; toutes ces figures sont en émail blanc sur fond bleu. + +Sur le mur de droite est le tombeau du cardinal Jacques de Portugal, +1459. + +En face, fresque de BALDOVINETTI, _l'Annonciation_. + +A droite, en entrant dans l'église, on rencontre une _Vierge_ +entourée de saints, ouvrage unique du peintre PAOLO DI STEFANO, exécuté +en 1426 sous la double influence de Masaccio et de Donatello. + ++La Sacristie+, dont l'entrée est à droite du chœur, est une belle +salle carrée surmontée d'un dôme. Elle a conservé intégralement sa +décoration de fresques exécutées en 1385 par SPINELLO ARETINO et +consacrées à l'_histoire de saint Benoît_. + +Spinello est principalement un peintre militaire et nul n'égale sa fougue +et son emportement quand il s'agit de rendre les campagnes de Frédéric +Barberousse ou quelque autre sujet du même genre. Aussi, quand il doit, +comme à la sacristie de San Miniato, développer de longs épisodes +religieux, son style se prête moins à ce travail et tourne souvent à +l'inégal et au heurté. Néanmoins, ces fresques peuvent compter parmi les +plus intéressantes que nous ait laissées le XIVe siècle, tant par la +puissance et l'autorité avec lesquelles elles s'imposent que par la +composition étonnante pour l'époque. + ++Mur du Sud+.--Saint Benoît quitte la maison paternelle. + +Saint Benoît répare à l'aide de sa bénédiction un verre brisé par sa +nourrice. + +Entretien de saint Benoît et de Totila, sa mort et la vision de saint +Maur. + ++Mur de l'Ouest+.--Saint Benoît prend l'habit. + +Saint Benoît résiste à Satan dans une caverne. Il ressuscite un moine +enseveli sous une tour. Il est tenté par le démon sous la forme d'une +chauve-souris. + ++Mur du Nord+.--Saint Benoît résiste à Satan en se roulant sur des +épines. + +Il est proclamé supérieur du couvent du mont Cassin. + +Il sauve Placidius qui se noie. + ++Mur de l'Est+.--Saint Benoît quitte son couvent. + +Il reçoit dans l'ordre Maure et Placide. + +Il bénit une pierre sur laquelle était assis Satan et qu'on ne pouvait +soulever. + +Il découvre l'empoisonnement préparé contre lui à cause de l'austérité de +sa règle. + +Sur deux côtés de la sacristie règne un _buffet gothique_ surmonté +d'une _boiserie_, ouvrages de FRANCESCO NONCIATO. + + +III + +ÉGLISE SAINT-FRANÇOIS DE PAULE ET BELLO SGUARDO. + +(_Environ deux heures de voiture_.) + +Après être sorti de Florence par la Porta Romana, on longe une partie des +anciens murs pour atteindre l'église San Francesco di Paola située au +pied de la colline de Belle Sguardo. + ++L'ÉGLISE SAN FRANCESCO DI PAOLA+ possède l'admirable ouvrage de +LUCA DELLA ROBBIA, le tombeau de l'évêque de Fiesole, _Benozzo +Federighi_, mort en 1450, et qu'il exécuta en 1455. Ce tombeau, adossé +au mur, est placé sous une niche carrée; c'est un sarcophage de forme +antique, très sobre d'ornementation, sur le devant duquel deux anges en +haut relief soutiennent l'inscription commémorative. Sur le sarcophage +repose l'évêque en vêtements épiscopaux très simples, le visage émacié, +d'une tranquillité imposante. Au-dessus de cette très belle statue, le +fond du mur est occupé par trois bas-reliefs: le Christ mort, debout dans +son tombeau, entre la Vierge et saint Jean. + +L'encadrement du tombeau est formé de plaques de faïence vitrifiée, +uniques dans leur genre, dont le dessin consiste en une guirlande de +fleurs coupée par des nœuds de ruban. + +La route monte rapidement à +Bello Sguardo+ d'où la vue sur Florence +est magnifique. + + + + +FAMILLES ET PERSONNAGES + +FLORENTINS + + + ++GRANDES FAMILLES+ + + ++Acciajuoli+ (_acciaio_ = acier).--Célèbre et riche famille, +devenue, dès 1310, puissante par Nicolas Acciajuoli, nommé à Naples grand +sénéchal de Jeanne Ière. Son neveu Nicolas Acciajuoli s'empara de la +Grèce en 1364 et en fut nommé suzerain par l'impératrice de +Constantinople. La principauté des Acciajuoli détruite en 1456 par +Mahomet II qui fit tomber la Grèce sous le joug turc, les Acciajuoli +rentraient à Florence et prenaient une part active aux affaires +publiques; en 1510, Robert Acciajuoli était ambassadeur des Médicis +auprès de François Ier. + +Florence, tombeaux à la chartreuse d'Ema, nom donné à une rue principale +de la ville. + ++Albizzi+.--Noble famille gibeline qui dirigeait le parti +aristocratique dans la seconde moitié du XIVe siècle et dans la première +du XVème. Privée de toute influence et exilée par la révolution de 1378, +elle reprit le pouvoir en 1381 et gouverna avec despotisme et tyrannie, +jusqu'au rappel des Médicis (1434), qui l'exila de Florence. + ++Alberti+.--Famille sortie, comme les Médicis, du gros négoce, +_arts majeurs_, se mit avec eux à la tête des _arts mineurs, +popolo minuto_, contre le parti aristocratique mené par les Albizzi +dès le XIVe siècle; les Alberti furent exilés par les Albizzi au +pouvoir; mais ils rentrèrent avec les Médicis et restèrent fidèlement +leurs alliés (1434). + ++Aldobrandini+.--Noble famille guelfe dont les principaux membres +furent: Silvestre Aldobrandini, célèbre jurisconsulte (1449-1558), mort +en exil par suite de son opposition aux Médicis. La famille, dès lors +exilée de Florence à Rome, donna à l'Église le pape Clément VIII. + +Jean Aldobrandini, au XVIIe siècle, fut l'acquéreur de la fameuse +fresque dite _Noces Aldobrandines_, actuellement à la bibliothèque +du Vatican. + ++Abati+.--Famille gibeline de l'_Arte Calimara_ qui, dès 1216, +s'éleva aux honneurs. + +Neri de Abati, prieur vers 1250, fut d'une telle férocité qu'il mit le +feu à une partie de Florence pour satisfaire ses haines. En 1260, Bocca +de Abati trahit Florence en faveur de Sienne à la bataille de Montaperto, +épisode stigmatisé par le Dante (_Enfer_, XXXII, 77-108). + ++Bardi+.--La banque fut la source de la richesse de cette famille +alliée aux Médicis. Cosme l'Ancien avait épousé une Bardi et les Médicis, +poussés et soutenus par les Bardi, trouvèrent toujours en eux les plus +fidèles et les plus utiles alliés. + ++Buondelmonti+.--Fameuse famille à laquelle est due la première +scission de l'aristocratie en Guelfes et Gibelins par suite de +l'assassinat, en 1215, de Buondelmonte des Buondelmonti par les Uberti à +l'occasion de son refus d'épouser une de leurs parentes à laquelle il +était fiancé. + ++Capponi+.--Famille gibeline alliée et inféodée aux Albizzi et qui, +dès 1347, partagea avec eux le pouvoir et l'exil. + ++Cavalcanti+.--Très noble et très ancienne famille gibeline ayant +toujours pris une part active dans les affaires publiques. Guide +Cavalcanti († 1301) fut un poète remarquable. Il épousa la fille de +Farinata degli Uberti et fut l'ardent ami du Dante. + ++Donati+.--Une des plus anciennes familles gibelines. En 1300, Corso +Donati, chef du parti des Noirs, fut expulsé de Florence. Rentré avec les +Gibelins triomphants après Mortaperto, son despotisme devint tel que son +parti l'abandonna et qu'il dut prendre la fuite. Condamné par contumace, +il se tua au moment où on l'arrêtait (1308). + ++Pazzi+.--Famille de banquiers gibelins, célèbre, dès 1277, par sa +haine des Médicis et l'opposition qu'elle leur fit toujours, les +considérant comme des parvenus. + +En 1478, les Pazzi tramèrent contre Julien et Laurent de Médicis le +fameux complot qui garda leur nom et où fut assassiné Julien. + +L'histoire de cette conspiration a été écrite par Ange Politien. + +La chapelle funèbre des Pazzi dans le cloître de Santa Croce est d'une +beauté accomplie. Dante a placé un des Pazzi dans le XXXIIème chant de +l'_Enfer_. + ++Pulci+.--Noble famille guelfe dont il est déjà fait mention parmi +celles que les Gibelins triomphants expulsèrent en 1248. + ++Pucci+.--Ils faisaient partie des _arts mineurs_, furent +anoblis par les Médicis auxquels ils s'étaient inféodés. + ++Pitti+.--La famille des Pitti, après avoir appartenu à la +corporation des marchands, devint, dès 1300, célèbre dans la banque. +Égaux aux Médicis, les Pitti furent leurs plus zélés partisans. En 1374, +Buonaccorso Pitti, en se déclarant pour eux, entraîna une grande partie +de la seigneurie en leur faveur. Luca Pitti, fils du précédent, fut +célèbre par la construction du fameux palais qui porte son nom. + ++Portinari+.--Ancienne famille marchande anoblie, célèbre par la +passion du Dante pour Béatrice Portinari. Folco Portinari, le père de +Béatrice, est le fondateur de l'hôpital Santa Maria Nuova. En 1400, +François Portinari, agent des Médicis à Bruges, faisait exécuter par Hugo +van der Goes le tableau de l'_Adoration_ où il est représenté avec +sa famille. + ++Soderini+.--Une des plus vieilles et des plus intègres familles +guelfes de Florence, s'étant toujours signalée par son opposition aux +empiétements des Médicis. Son membre le plus distingué fut Nicolas +Soderini, le remarquable et zélé patriote qui, après la mort de +Savonarole, fut nommé gonfalonier à vie. La réaction médicéenne le força +à s'exiler à Venise où il fut assassiné par ordre de Cosme Ier. + ++Strozzi+.--Une des plus anciennes familles et un des plus glorieux +noms des annales florentines. Souvent à la tête des affaires publiques, +les Strozzi furent aussi distingués dans la politique que dans la science +et dans les armes. + +Pallas Strozzi, né en 1372, possesseur d'une immense fortune, la consacra +à la formation de la bibliothèque célèbre sous son nom. Hostile aux +Médicis, il mourut à Padoue où Cosme l'avait exilé. Philippe Strozzi, +petit-fils du précédent (1488-1538), dédaigneux des traditions de sa +race, épousa une Médicis; mais, après avoir aidé puissamment à leur +restauration, révolté de leurs excès, il conspira contre eux. Mis à la +torture, ne voulant pas subir une seconde fois ce supplice, il se suicida +dans la citadelle de Pistoie où il était détenu. Pierre Strozzi, fils du +précédent, brûlant de venger son père, entra au service de la France où +il fut nommé maréchal. Il conduisit glorieusement une campagne pour +délivrer Sienne du joug de Cosme Ier. + +Le palais Strozzi, via Tornabuoni, est le plus beau des palais +florentins. A l'église Sainte-Marie Nouvelle la chapelle Strozzi, fondée +par la famille, fut décorée en 1350 par les Orcagna. A droite du chœur, +la chapelle Philippe Strozzi, décorée des fresques de Filippino Lippi +(1486), contient son tombeau. + ++Valori+.--Très ancienne famille guelfe ayant, dès 1277, joué un +rôle actif dans la direction des affaires de la République: enrichis par +la banque, ils furent d'ardents ennemis des Médicis. + +François Valori fut un des plus zélés partisans de Savonarole auquel il +apporta l'appui de son autorité et de l'estime universelle dont il +jouissait. + ++Tornabuoni+.--Famille guelfe déjà célèbre dès 1200, fit partie, en +1283, des familles exilées par les Gibelins triomphants rentrés après la +défaite de Montaperto. Jean Tornabuoni fit à l'église Sainte-Marie +Nouvelle le don des fameuses fresques de Ghirlandajo (1490). Le palais +Tornabuoni (n° 20, via Tornabuoni) est actuellement le palais Corsini. + ++Uberti+.--Noble et ancienne famille gibeline. Proscrite par les +Guelfes, elle doit sa célébrité à Farinata des Uberti qui, réfugié à +Sienne, combattit les Florentins dans les rangs siennois. Rentré à +Florence avec les Gibelins triomphants, ce fut grâce à son intervention +que la ville échappa à la destruction totale. Dante a placé cet épisode +au chant X de son _Enfer_. + + ++HISTORIENS, POÈTES, LITTÉRATEURS+ + ++Dante Alighieri+ (1265-1321).--Célèbre poète italien de la noble +famille des Alighieri jetée dans l'exil par le triomphe des Gibelins +après Montaperto. Né en 1265, il cultiva toutes les sciences connues de +son temps. Il prit une part active aux affaires publiques, mais le +triomphe des Noirs l'exila définitivement de Florence en 1302. Et, après +avoir erré dix-neuf ans loin de sa patrie, il mourut à Ravenne en 1321. + +Sa vie a été écrite par Philippe Villani, Boccace et l'Arétin. Il composa +à vingt-six ans son premier ouvrage, _la Vita Nuova_, suivi de près +par _le Banquet_, œuvre écrite pour préconiser l'emploi de la langue +vulgaire par les prosateurs et les poètes. Le chef-d'œuvre du Dante et de +la langue italienne est la _Divine Comédie_, divisée en trois +parties: l'Enfer, le Purgatoire, le Paradis. Il mit vingt-huit ans à +écrire son poème, commencé en 1292, pendant lesquels il publia deux +ouvrages en langue latine appelés: 1° _De vulgari eloquio_ où il +traite encore de l'emploi et du génie de la langue italienne; 2° _De +Monarchia_, traité de politique en trois livres qui, sous une forme +scolastique, renferme les théories les plus hardies. + ++François Guicciardini+ (1482-1540).--Historien célèbre né à +Florence en 1482, mort en 1540, sortait d'une famille qui avait occupé +les plus grandes charges de la République florentine. Né à une époque où +le gouvernement des Médicis était établi, il leur consacra ses services +et son talent et les représenta souvent avec éclat comme ambassadeur. +Après l'assassinat du grand-duc Alexandre, en 1537, ce fut grâce à son +influence et à son éloquence que ne fut pas proclamée la République et +que Cosme Ier fut élu grand-duc. Il entreprit alors l'_Histoire de +l'Italie_ à laquelle il travailla vingt-sept ans et qui est son +principal titre de gloire. Elle forme vingt livres embrassant de 1494 à +1532; c'est l'histoire des guerres d'Italie pendant cette période, qu'il +a traitée en penseur et en écrivain supérieur. + +Guicciardini écrivit encore _Avis et Conseils en matière d'État_, +_Maximes_ et _Discours politiques_ et enfin un _Dialogue sur +le gouvernement de Florence_. + ++Louis Guicciardini+ (1523-1589).--Neveu de François, né en 1523, +mort on 1589, remplit diverses fonctions administratives sous Alexandre +et Cosme Ier. Il a laissé des _Mémoires sur la Savoie_ et une +_Description des Pays-Bas_ faite en 1567. + ++Nicolas Machiavel+ (1469-1530).--Né en 1469, mort en 1530, est une +des plus célèbres figures de son temps.--Secrétaire de la _République +Florentine_ de 1497 à 1512, il fut chargé de vingt-cinq ambassades et +de plusieurs missions intérieures. Au retour des Médicis, en 1512, il fut +emprisonné et torturé par suite d'une accusation de complot. Sorti de +prison, il vécut dans l'indigence et la retraite et consacra ses loisirs +forcés à la composition de son fameux traité qu'il intitula _le +Prince_; on regarde ce livre de peu d'étendue comme le code de la +tyrannie. Deux ans après, en 1516, Machiavel écrivit des _Discours sur +la première décade Tite-Live_, étude d'histoire romaine pleine de +sagacité et de profondeur; mais où sont reproduites les mêmes théories +que dans le traité du _Prince_, c'est-à-dire cette immoralité vraie +ou feinte appliquée à la science politique qui a conservé l'appellation +de Machiavélisme. Lorsque Machiavel eut écrit _le Prince_, Laurent +le Magnifique le rappela auprès de lui et le nomma historiographe de +Florence. Cette place fut pour lui l'occasion de produire son +chef-d'œuvre, l'_Histoire de Florence_, écrite de 1205 à 1424, +ouvrage imposant, clair, élégant, plein de profondeur et de couleur +locale, monument de la langue italienne. Les autres œuvres de Machiavel +sont: une comédie fort licencieuse, _la Mandragore_, et une nouvelle +appelée _Belphégor_. + ++Saint Philippe Neri+ (1515-1595).--Fondateur de la Congrégation de +l'Oratoire, des Trinitaires et des Maisons hospitalières pour recevoir +les pèlerins. + ++Antoine Neri+ (1520-1600).--Prêtre florentin du XVIe siècle, se +livra aux sciences et plus particulièrement à la chimie où il fit des +découvertes considérables. Ses recherches l'amenèrent à s'occuper plus +particulièrement de la vitrification sur laquelle il publia un volume +appelé _Arte Vetraria_ (l'Art du Verrier). + ++Philippe des Nerli+.--De la fameuse famille des Nerli. Inféodé aux +Médicis, il écrivit ses _Commentaires_ en 1550. Ils vont de 1215 à +1257 et sont de précieux documents jusqu'à ce que l'avènement des Médicis +les fassent tourner à une ridicule apothéose des maîtres qu'il sert. + ++Jacopo Nardi+ (1496-1556).--Fameux historien, né en 1496, +contemporain des précédents, il semble d'une génération antérieure par +son républicanisme enthousiaste, son austérité chagrine et sa roideur +d'esprit. Dans l'exil auquel il se condamna à la suite de l'avènement de +Cosme Ier, il écrivit son _Histoire de la Ville de Florence_. Cette +œuvre de son extrême vieillesse (1550) n'est pas suffisamment originale, +puisqu'elle reproduit en partie le _Diario_ de Buonaccorsi. + ++Bernard Segni+ (1499-1559).--Quoique Segni ait été client des +Médicis et employé à diverses missions par Cosme, il y a un effort réel +vers l'impartialité dans les deux volumes de son _Histoire florentine +des années 1527 à 1555_. Outre des traductions de plusieurs ouvrages +d'Aristote, il a laissé un _Traité pour gouverner_, écrit en 1549. + ++Jacopo Pitti+ (1519-1589).--Ce patricien, descendant de l'illustre +famille des Pitti, aime le peuple et s'indigne jusqu'à l'exagération de +l'abus des privilèges. Sa franchise et son indépendance paraissent +vraiment admirables, quand on pense qu'il écrivait sous les ducs Cosme et +François. On lui doit l'_Archivo Storico italiano_, précieux récit +de la période si agitée qui s'écoule entre les années 1494 et 1529; mais +l'œuvre qui fait le plus honneur à son talent, c'est son _Apologie de +Cappucini_, c'est-à-dire apologie des vieilles modes et du vieux +temps. + ++Marsile Ficin+ (1433-1499).--Ce célèbre platonicien était chanoine +de la cathédrale de Florence. Dès l'âge de vingt-trois ans, il commença à +écrire sur la philosophie platonicienne. On lui doit une traduction de +Platon à la fois littéraire, claire et en bon latin, ainsi que des +traductions de Plotin, de Denys l'Aréopagite et des traités de Jamblique +et de Porphyre. + ++Brunetto Latini+ (1220-1294).--Écrivain célèbre appartenant à une +noble famille guelfe. Chassé par les Gibelins après la défaite des +Guelfes à Montaperto, il se réfugia à Paris où il passa vingt-quatre ans. +Il y composa en français son _Trésor de toutes choses_, encyclopédie +qui embrasse tout le cycle des connaissances du XIIIe siècle. De retour +à Florence en 1284, il publia en italien son _Tesoretto_, recueil en +vers de préceptes moraux, et le _Pataffio_, collection de proverbes +et de jeux de mots florentins. Brunetto fut le maître de Dante qui l'a +placé dans le quinzième chant de l'Enfer. + ++Benoît Varchi+ (1502-1565).--Célèbre historien qui prit en 1527 une +part active à l'expulsion des Médicis et dut s'expatrier quand ils +revinrent. Cosme Ier le rappela à la suite de l'admiration suscitée par +son _Histoire de Florence_ en quinze volumes écrite de 1527 à 1538. +On a de Varchi, en outre, des traductions italiennes _De la +Consolation_ de Boëce, et du _Traité des Bienfaits_, de Sénèque. + ++Jean Villani+ (1275-1348).--Célèbre historien mort de la peste en +1348, fit partie des prieurs de 1316 à 1321 et fut ensuite nommé +directeur des monnaies et surveillant général des fortifications. On a de +lui l'_Histoire florentine_, première partie d'une histoire +universelle allant jusqu'en 1338 où il rapporte tous les événements et +toutes les annales du monde à Florence, sa patrie. + ++Mathieu Villani+.--Frère de Jean et continuateur de son _Histoire +de Florence jusqu'à l'année 1363_. + ++Philippe Villani+.--A ajouté les événements de 1363 et de 1364. En +outre, il composa des _Vies des Hommes illustres de Florence_, +ouvrage anecdotique fait à l'instar de Plutarque. + ++Antoine de Ser Niccolò Pierozzi (saint Antonin)+.--Archevêque de +Florence dès 1446, homme de grande renommée, le pape Pie II avait dû lui +faire violence pour le tirer de son couvent de Fiesole et de la plus +stricte observance dominicaine. Il eut la rare chance d'être prophète en +son pays et sa mort fut une apothéose, si bien que sa canonisation la +suivit presque aussitôt. + + ++ARCHITECTES, SCULPTEURS, PEINTRES+ + ++Alberti+ (Leone-Battista) (1405-1472).--Théologien, littérateur, +architecte, sculpteur et mathématicien, fut surnommé le Vitruve moderne. +Sa passion pour les arts lui fit négliger ses fonctions sacerdotales. Il +réforma toute l'architecture autant par les édifices qu'il construisit +que par ses écrits qui firent loi en architecture, en sculpture et +peinture. Ses principaux ouvrages sont _De Re ædificatoria_, +_Momus_ ou _De Principe_, enfin _Opera ethica_. Sa vie a +été écrite par Pozzelli en 1739. + ++Albertinelli+ (Mariotto) (1474-1515).--Peintre et condisciple de +Fra Bartolommeo chez Cosimo Rosselli. Florence possède peu d'œuvres de ce +maître, une _Visitation_ au Musée des Offices et une _Vierge +adorant l'Enfant_ au Musée Pitti. + ++Allori+, dit _le Bronzino_ (1502-1572).--Peintre de portraits +surtout. + ++Allori+ (Alexandre) (1535-1607).--Reçut les premières leçons de son +oncle le Bronzino. Il fournit les cartons des tapisseries exécutées sous +le grand-duc François. Ses chefs-d'œuvre sont _le Sacrifice +d'Abraham_ aux Offices, et _la Femme adultère_, dans l'église San +Spirito. + ++Allori+ (Christophe) (1577-1619).--Élève de Cigoli et l'un des +meilleurs coloristes de l'école de la décadence, sa _Judith_ des +Offices passe pour sa meilleure œuvre. + ++Ammanati+ (Bart) (1511-1592).--Architecte, élève de Sansovino. Son +talent, exagération de celui de Michel-Ange, le porte à une débauche de +sculpture. On lui doit la _Fontaine_ de la place du Grand-Duc. + ++Angelico+ (Fra Giovanni da Fiesole) (1387-1455).--Jeune, riche, +doué de talents extraordinaires, il aurait pu mener dans le monde une +brillante existence: il aima mieux chercher le recueillement et le +silence parmi les moines dominicains. Ses ouvrages sont pleins d'un +charme inexprimable et un artiste ne rendit jamais par la peinture +d'aussi profondes émotions. Il ne peignait et ne consentait à peindre que +des sujets religieux et il refusa toujours les honneurs sacerdotaux et +l'archevêché de Florence qu'on voulait lui imposer. + +Le Musée des Offices, l'Académie et surtout le Couvent de Saint-Marc +qu'il décora entièrement, possèdent des œuvres de premier ordre dues à ce +peintre exquis par excellence. + ++Aretino+ (Spinello) (1318-1410).--Élève de Giotto, et +principalement peintre militaire; il montre la fougue la plus impétueuse +dans ses interprétations religieuses elles-mêmes. Ses tableaux du Musée +des Offices et les fresques de l'_Église San Miniato_ donnent un des +meilleurs exemples du talent de Spinello. + ++Banco+ (Nanni di) (1400-1421), qu'on présume élève de Donatello, +mais qui semble bien plutôt lui avoir servi de maître. Ses statues d'Or +San Michele, celle de _Saint Luc_ au Dôme sont d'excellents +ouvrages, autant comme composition que comme exécution. + ++Baldovinetti+ (Alesso) (1427-1499).--Élève d'Uccello et de +Castagno, fut chargé d'une des fresques de la cour de l'église Santa +Annunziata et d'une partie de la décoration de la chapelle du cardinal de +Portugal à San Miniato. L'Académie contient en outre plusieurs œuvres de +Baldovinetti. + ++Bandinelli+ (Bartolommeo) (1487-1559).--Sculpteur, fut placé dans +l'école de Rustici où il connut Léonard de Vinci. Ayant échoué dans la +peinture, il étudia les ouvrages de Donatello et de Verrocchio. Il se +crut l'égal de Michel-Ange et lui voua une haine éternelle, aussi les +disciples du maître ont-ils cherché à rabaisser son adversaire, en qui +ils ne voient que fausse grandeur, exagération de style, enflure de +mauvais goût. On peut juger du bien ou mal fondé de ces critiques dans +les diverses œuvres de Bandinelli: le _Saint Pierre_ de la +cathédrale, l'_Orphée_ du palais Pitti et surtout le groupe +d'Hercule et Cacus, érigé sur la place du Palais-Vieux. + ++Botticelli+ (Sandro) (1446-1510).--Élève de Lippi, d'Andrea +Castagno et de Pollajuolo, un des plus grands génies de son temps. +Peintre et graveur, ses tableaux, où un caractère passionné se joint à +des conceptions fantastiques, ont une profonde originalité; l'un des +premiers, il introduisit dans l'art moderne l'allégorie et les mythes +antiques. Ses œuvres à Florence sont de premier ordre et multiples, tant +aux Offices qu'à l'Académie et à Pitti. + ++Brunelleschi+ (1379-1446).--Architecte célèbre. Fils d'un notaire, +le goût des lettres et surtout du dessin lui révéla sa vocation. Il se +signala comme sculpteur; mais bientôt il se tourna vers la géométrie et +devint un des plus grands architectes de son siècle. On lui doit la +coupole de Sainte-Marie des Fleurs, tour de force pour cette époque, +l'église Saint-Laurent, l'église de San Spirito et encore l'immense +palais Pitti. + ++Buontalenti+ (Bernardo) (1536-1608).--Peintre, sculpteur et +architecte, étudia dans les ateliers de Bronzino et de Vasari. On lui +doit la construction d'une partie de la galerie des Offices et le plan +des fortifications de Livourne et de Pistoie. Habile à appliquer la +mécanique aux arts, il dirigea les représentations théâtrales, +introduisit les décors mobiles et les machines pour les changements à +vue. + ++Castagno+ (Andrea) (1390-1457).--Assassina le Vénitien Dominique +pour rester en possession de ses procédés secrets pour la peinture à +l'huile. Ses fresques et ses autres tableaux sont à la Cathédrale, à +Santa Apollonia, à l'Académie et aux Offices. + ++Cellini+ (Benvenuto) (1500-1572).--Sculpteur, graveur, orfèvre, +littérateur même, il eut un caractère bizarre, querelleur et fantasque. +En 1527, au siège de Rome, il tua, dit-il, le connétable de Bourbon et +pointa aussi la pièce qui frappa le prince d'Orange. Jeté en prison à +Rome au château Saint-Ange, sur le soupçon d'avoir volé les joyaux de la +tiare pontificale, son évasion le rendit peut-être plus célèbre que son +talent. Sculpteur assez médiocre, son _Persée_, placé sous la loggia +dei Lanzi, peut être considéré comme son chef-d'œuvre. Comme orfèvre, +Cellini est incomparable et l'on peut dire qu'il a le génie de cette +matière; tant au Musée du Bargello qu'au Musée des Offices se trouvent +des merveilles qui lui sont dues. + ++Cimabue+ (Jean-Gualtieri) (1240-1311).--D'une noble famille guelfe. +Au lieu de suivre la carrière des armes, il s'adonna aux arts avec +passion. Il améliora l'ancien style, donna de l'expression aux figures, +assouplit les lignes et fondit plus harmonieusement les couleurs. Son +chef-d'œuvre, _la Vierge et Jésus_ de Sainte-Marie Nouvelle, y fut +porté en triomphe et processionnellement, tant les contemporains +estimaient l'œuvre et le caractère de l'homme. L'âme de Cimabue était si +élevée qu'ayant pressenti le génie de Giotto, il se consacra uniquement à +cet élève destiné à le surpasser si rapidement. + ++Credi+ (Lorenzo di) (1459-1537).--II fut d'abord orfèvre, puis +étudia la peinture à l'école de Verrocchio où il eut pour condisciple +Léonard de Vinci. Il excella à peindre les madones, les vierges, et ses +figures d'ange sont délicieuses de charme. + ++Dolci+ (Carlo) (1616-1686).--Les sujets de Carlo Dolci sont tirés +presque tous de l'Histoire sainte. Il a des qualités de sincérité, de +douceur et de coloris très réelles; il ne tombe que trop souvent dans le +maniérisme et le faux sentimentalisme; pourtant ses portraits sont +souvent de premier ordre. + ++Donatello+ (1386-1446).--Peut revendiquer l'honneur d'avoir créé la +sculpture moderne. Il eut pour qualités la parfaite ordonnance, la +correction de la forme, la justesse de l'attitude et du mouvement, la +force et la vérité de l'expression, l'habileté de l'exécution. Sa +connaissance des effets des passions sur l'âme et sur le corps le +conduisirent au réalisme et au naturalisme et il oublia trop souvent dans +la servilité de l'imitation que la beauté est une des conditions vitales +de l'art. Ses principaux ouvrages se trouvent à Florence; ce sont: les +statues de _Saint Pierre_, _Saint Maur_ et _Saint +Georges_, à Or San Michele; celle du _Zuccone_ au Campanile et de +la _Judith_ sous la loggia dei Lanzi. Au Bargello et enfin dans tous +les musées et dans toutes les églises de la ville. + ++Finiguerra+ (Tomaso) (1452).--Élève de Ghiberti, il travailla avec +lui aux portes du Baptistère. Il inventa, vers 1452, l'art d'obtenir des +estampes sur papier à l'aide de planches de cuivre gravées en creux. +Finiguerra se distingua dans les nielles; les pièces qu'on possède de lui +sont de toute beauté et il est considéré comme le maître de ce genre. +Celles du Bargello sont des chefs-d'œuvre. + ++Franciabigio+ (Marc-Antoine) (1482-1524).--Il fut excellent peintre +de fresques et aida Andrea del Sarto pour la décoration du vestibule de +Santa Annunziata. + ++Gaddi+ (Taddeo) (1300-1352).--Peintre et architecte, fut élève de +Giotto. Il sut donner de l'expression à ses figures et il étudia l'effet +visible des mouvements de l'âme. Il a achevé le Campanile et donné les +dessins du Ponte Vecchio. + ++Ghiberti+ (Lorenzo) (1378-1455).--Célèbre sculpteur qui l'emporta +sur ses concurrents pour la commande des fameuses portes du Baptistère. +Il travailla comme architecte à aider Brunelleschi à sa fameuse coupole. +Ses multiples œuvres ornent le Dôme, le Bargello et le Baptistère. + ++Ghirlandajo+ (Dominique Corradi, _dit_ il) (1451-1495).--Le +maître de Michel-Ange. Le père de Ghirlandajo, qui était orfèvre, avait +inventé une sorte d'ornement que portaient les jeunes filles et qu'on +appelait des guirlandes; de là lui vint son surnom. Dans la boutique où +il ciselait des métaux, Ghirlandajo acquit une telle habileté comme +dessinateur qu'il lui suffisait de voir une fois passer une personne pour +en esquisser un portrait des plus ressemblants. Il fut l'un des premiers +peintres florentins à introduire la vie et le costume contemporains dans +les sujets sacrés. Une de ses œuvres les plus importantes est l'ensemble +des fresques de Sainte-Marie Nouvelle. + ++Ghirlandajo+ (Ridolfo) (1483-1561).--Élève de son père et inférieur +à lui. Un de ses meilleurs tableaux est _la Vie de saint Zenobius_ +au Musée des Offices. + ++Giottino+ (1307).--Un des principaux élèves de Giotto, qui, comme +son maître, se consacra aux interprétations religieuses. + ++Giotto+ (1276-1336).--Il fut d'abord simple gardeur de moutons. +Cimabue l'ayant aperçu un jour dessinant une brebis sur une pierre plate +avec un caillou pointu, l'emmena, lui apprit la peinture et fit du Giotto +le rénovateur de l'art et le plus grand génie de la peinture, transformée +par son influence. Peintre de fresques, il couvrit les églises de +Florence et de l'Italie de toute la symbolique du moyen âge. Peintre de +portrait, il nous a laissé les images de Brunetto Latini et de son élève +le Dante, de Corso Donati et de tous les grands personnages de l'époque. + +Frappés de son caractère et de ses talents, ses contemporains eurent pour +lui une admiration illimitée. + +Giotto prit part à la construction de la Cathédrale, édifia le Campanile, +et fut aussi l'un des principaux architectes des fortifications de +Florence. + ++Gozzoli+ (Benozzo) (1420-1497).--Élève de Fra Angelico, il sut +réunir l'observation de la nature au sentiment poétique profond. Son +dessin est faible; mais pour l'expression, la vie et la fraîcheur, on ne +l'a peut-être pas surpassé. Il avait dans l'esprit quelque chose de +jeune, de brillant et d'heureux, et ses fresques de la chapelle Médicis +au palais Riccardi sont de véritables chefs-d'œuvre. + ++Lippi+ (Fra Filippo) (1410-1469).--Était novice au monastère del +Carmine pendant que Masaccio le décorait des fresques admirables de la +chapelle Brancacci. Sa passion pour la peinture intéressa à un tel point +Masaccio que celui-ci lui apprit le dessin. Lippi révéla bientôt +l'adresse la plus étonnante et l'imagination la plus vive. Les têtes de +ses personnages sont presque toutes des portraits, l'expression et la +vérité y dominent. Lippi mena une des existences les plus mouvementées du +XVe siècle où l'on en compte tant qui furent invraisemblablement +romanesques. Après avoir enlevé d'un couvent une novice dont il avait un +fils, il mourut empoisonné par la famille de la jeune personne qu'il +refusait obstinément d'épouser. + ++Lippi+ (Filippino) (1460-1505).--Élève de Botticelli et de son +père, est loin de les égaler comme talent. Il acheva les fresques de la +chapelle Brancacci del Carmine interrompues par la mort de Masaccio. Son +chef-d'œuvre est l'_Apparition de la Vierge à saint Bernard_, de la +Badia. + ++Majano+ (Benedetto) (1442-1497).--On doit à ce charmant sculpteur +les plus belles chaires de l'Italie. Son chef-d'œuvre est celle de Santa +Croce, d'autres œuvres sont au Bargello et sont de premier ordre. + +Masaccio (Tommaso Guidi di Sar Giovanni) (1401-1428).--Admirable esprit +et âme d'une rare élévation, était un de ces hommes que leur vocation +absorbe au point de les rendre insensibles à tout le reste. Gauche, +distrait et rêveur, il fut sans cesse préoccupé de son art et réalisa des +prodiges. Il eut la splendeur du coloris, la suavité du clair-obscur, +enfin tout était rassemblé dans les œuvres de Masaccio pour les rendre +inimitables. + +Son maître Masolino de Panicale étant mort pendant qu'il exécutait les +fresques de la chapelle Brancacci, Masaccio hérita de la commande. La +peinture lui permit de déployer tant d'imagination, de sentiment et +d'adresse que tous les grands artistes de l'Italie, y compris Michel-Ange +et Raphaël, puisèrent chez lui les plus utiles enseignements. + +Le pauvre artiste mourut à vingt-six ans, empoisonné, dit-on, par les +jaloux; il fut un des plus grands peintres et des plus novateurs de l'art +italien. + ++Masolino+ (Tommaso di Cristofano Fini) (1383-1440).--Maître et +précurseur de Masaccio et auquel ont été quelquefois attribuées à tort +des créations de son éminent élève. Pourtant, à bien examiner les +ouvrages certains de Masolino et entre autres la fresque d'El Carmine, +qui peut assurément lui être attribuée, il est difficile de confondre les +deux maîtres, tant leur manière de faire les sépare et les diversifie et +tant il semble que des générations aient pu s'écouler entre le maître et +l'élève au point de vue de la conception aussi bien que de l'exécution. + ++Michel-Ange+ (Buonarroti) (1475-1564).--Le plus grand architecte, +peintre et sculpteur des temps modernes, génie universel, il atteignit la +sublimité. Né d'une noble famille de podestats, au château de Caprese, +près d'Arezzo, il montra dès l'enfance une vocation si prononcée pour les +arts que son illustre parenté fut, en dépit de son opposition, contrainte +de se rendre au vœu de cette nature exceptionnelle. + +On le plaça chez Ghirlandajo qu'il aida comme apprenti aux fresques de +Sainte-Marie Nouvelle; mais, à l'âge de quinze ans, il le quitta, n'ayant +plus rien à apprendre de lui, et étant déjà supérieur à tous les maîtres. +Il se mit alors à étudier Masaccio dans ses chefs-d'œuvre d'El Carmine, +puis Laurent le Magnifique le dirigea vers la sculpture et, dès cette +époque, Michel-Ange commença la série de ses chefs-d'œuvre. Aussi bien à +Rome qu'à Florence sa production est multiple, et comme sculpteur, non +moins que comme peintre, son labeur est titanesque. + +L'austérité et l'ascétisme s'emparèrent de lui vers la fin de sa vie, +devant les misères du temps et les déchirements de la malheureuse Italie, +dont il souffrit cruellement. + +C'est de cette époque que datent ses admirables dessins et la collection +des sonnets et des stances où s'exhalèrent les amertumes de son âme. +Méditatif et toujours sérieux, il n'eut jamais d'autre passion que son +art. + +Insensible à la richesse qui lui vint sur le tard, méprisant le +bien-être, sa vie fut celle du bénédictin, du moine. + ++Michelozzo Michelozzi+ (1396-1472).--Il fut élève de Brunelleschi +pour l'architecture et de Donatello pour la sculpture. Ses principaux +ouvrages d'architecture à Florence sont l'ancien palais Médicis, +aujourd'hui palais Riccardi, la Chapelle des Médicis à Santa Croce, et de +sculpture, différentes œuvres au Bargello, et la statue de la _Foi_ +dans le Baptistère. + ++Montelupo+ (Baccio da) (1469-1553).--Ce sculpteur a principalement +été un grand fondeur; ses statues en bronze sont excellentes. Celle de +_Saint Jean_ à Or San Michele est une des premières en cette matière +et a l'intérêt d'une nouvelle tentative. + ++Montelupo+ (Raffaello da), (1505-1570).--Élève de son père et +surtout de Michel-Ange dont il déforma et exagéra le style. Il exécuta, +d'après les modèles du maître, les statues des _Saints Cosme_ et +_Damien_ pour la nouvelle sacristie de Saint-Laurent. Il n'a ni +grandeur, ni naïveté. + ++Orcagna+ (André) (1329-1384).--Tout à la fois peintre, sculpteur et +architecte, le génie d'Orcagna a laissé partout son empreinte. Outre le +monument d'Or San Michele, on lui doit l'édification du _Ciborium_ +intérieur de cette église, qui est un monument de l'art en général et de +l'art florentin en particulier; c'est également à lui que sont dues, à la +chapelle Strozzi de Sainte-Marie Nouvelle, les belles fresques illustrant +en quelque sorte le _Paradis_ du Dante. + ++Pollajuolo+ (Antoine) (1429-1498).--Jusqu'à sa trentième année, +Pollajuolo fut uniquement orfèvre sous la direction de son père, qui +possédait une des boutiques les mieux achalandées de Florence. On pense +que ce fut Baldovinetti qui le dirigea vers la peinture où, par son +habitude de la plastique, il devait occuper une place spéciale et +prépondérante. Ses œuvres, remarquables par la somptuosité du vêtement et +par la beauté sculpturale des attitudes, sont au Musée des Offices: les +_Saints Jacob_, _Vincent et Eustache_, l'admirable petit +chef-d'œuvre des _Travaux d'Hercule_ et enfin les belles figures des +Vertus dont celle de la _Prudence_ est de premier ordre. + ++Pollajuolo+ (Pierre) (1441-1489).--Frère d'Antoine et, dit-on, +élève de Castagno, fut uniquement peintre. La caractéristique des œuvres +de Piero est la trop grande sveltesse de ses figures souvent +insuffisamment dessinées, la vulgarité de leur type et la complication de +leur attitude. + ++Porta+ (Baccio della) (1445-1533).--Le génie de ce très grand +maître se développa sous les auspices de Rosselli et de Léonard de Vinci. +Entraîné par l'éloquence de Savonarole, il s'attacha à lui et prit +l'habit dominicain en 1500, au couvent de San Marco, sous le nom de +_Fra Bartolommeo_, qu'on lui donne ordinairement. Après avoir, à la +suite de la mort de Savonarole, renoncé à la peinture, il reprit ses +pinceaux en 1504. De cette époque date la série de ses chefs-d'œuvre. Sa +grandeur rude, son énergique sublimité, l'élévation sévère qui le +caractérise furent dès lors tempérées par sa science du dessin et la +beauté pratique de son exécution; il gagna en charme et en souplesse. Son +habit lui interdisant jusqu'à un certain point le modèle vivant, il +inventa, pour poser ses draperies, le mannequin à ressorts. Parmi ses +œuvres admirables, il faut citer le _Saint Marc_, _le Christ au +tombeau_, _le Christ ressuscité_, _la Sainte Famille_ du +palais Pitti et enfin la splendide fresque de l'hôpital Santa Maria +Nuova, _le Jugement dernier_. + ++Robbia+ (Luca della) (1400-1482).--Un des plus purs génies qui +aient honoré les arts. Sculpteur du plus rare talent, il inventa les +bas-reliefs en terre cuite émaillée, et, loin de se laisser entraîner par +une matière qui se serait prêtée à toutes les complications de la +plastique, il ne l'employa jamais qu'avec la discrétion la plus +remarquable, tandis que son goût pur et raffiné le faisait s'en tenir +presque à la monochromie, c'est-à-dire au relief émaillé blanc sur fond +bleu. Luca a enrichi Florence d'innombrables merveilles; il faut +toutefois citer en première ligne, au Musée du Dôme, les hauts reliefs en +marbre, _Enfants chanteurs et musiciens_, puis les _portes en +bronze_ de la sacristie de la cathédrale et enfin les hauts-reliefs en +terre émaillée qui les surmontent: _l'Ascension_ et _la +Résurrection_. + ++Robbia+ (Andrea della) (1435-1498).--Neveu de Luca, fut initié de +bonne heure par Luca à tous les secrets de la terre émaillée. Grand +artiste, il a toutefois une interprétation plus gracile et plus mièvre +que celle de son illustre maître et parent. Ses ouvrages empruntent déjà +à la polychromie des effets que le vieux Luca atteignait, sans les avoir +cherchés, par la seule pureté de son art. Les médaillons d'_Enfants +emmaillotes_ au portique des Innocents sont pourtant de premier ordre +et dignes du maître. + ++Robbia+ (Jean della) (1460-1530).--Fils et élève d'Andrea, se +consacra uniquement au bas-relief émaillé où il employa de véritables +feux d'artifice de polychromie, profusion à laquelle le portait non +seulement son goût personnel, mais encore la décadence du sentiment +artistique chez ses contemporains. + ++Rosselli+ (Cosimo) (1438-1507).--Curieux et bizarre esprit, exerça +sur la formation des meilleurs artistes de son époque une influence que +ne nous expliquent nullement les productions qui subsistent encore de +lui: sa _Procession_, œuvre très noircie de l'église Saint-Ambroise, +et ses fantasques dessins. + ++Rossellino+ (Bernardo di Matteo Gamberelli, _dit_ le) +(1409-1464).--Architecte et sculpteur tout ensemble, comme l'étaient +presque tous les grands artistes du temps, il laissa des œuvres sincères +et délicates; son chef-d'œuvre est le tombeau magnifique du secrétaire +d'État Leonardo Bruni à Santa-Croce. + ++Rosso+ (1496-1541).--Il fut successivement à l'école de +Michel-Ange, du Parmesan et d'Andrea del Sarto. Peintre consciencieux, +d'une époque de pleine décadence déjà, il jouit d'une grande renommée, +et, appelé à la cour de François Ier, il fut le rival souvent heureux du +Primatice. + +Le Rosso s'empoisonna par suite du désespoir où l'avait plongé la mise à +la torture de son ami Pellegrino, reconnu plus tard innocent. On cite, +parmi ses compositions, _l'Assomption de la Vierge_ dans le cloître +de l'église Santa Annunziata et _la Vierge accompagnée de plusieurs +saints_ au palais Pitti. + ++Rustici+ (Jean-François) (1474?-1554).--Il est présumé élève du +Verrocchio et se consacra surtout à la fonte en bronze de ses statues. Le +meilleur groupe de _la Prédication de Saint Jean_, placé au-dessus +de la porte du Baptistère, est une bonne œuvre d'une belle patine de +bronze. + ++Sangallo+ (Jules Giamberti, _dit_) (1443-1517).--Célèbre +architecte, tira son surnom de la porte San Gallo qu'il édifia. Une +grande partie des palais de Florence furent construits par lui et la +Villa Médicéenne de Poggio a Cajano est parmi ses œuvres les plus +marquantes. + ++Sangallo+ (Antoine) (1482 à 1516).--Est le plus renommé de la +famille. Neveu de Jules Sangallo, il fut un des plus fameux architectes +de son temps. Élevé à l'école de Brunelleschi qu'il aida dans ses +principaux travaux, Raphaël l'appela à Rome et se l'adjoignit pour la +reconstruction de la basilique Saint-Pierre. Rome et l'Italie lui doivent +plusieurs de leurs principaux édifices. + ++Sansovino+ (Jacopo Tatti, _dit_ le) (1479-1570).--Il étudia +son art sous Contucci de Monte-Sansovino, dont il prit le nom. D'abord +sculpteur, il ne débuta dans l'architecture qu'en 1515 et passa la +majeure partie de son existence à Venise qu'il enrichit de monuments et +d'œuvres d'art admirables. Aucun architecte n'eut plus que Sansovino de +noblesse dans l'invention, de fécondité dans les idées, de grâce dans le +style, de correction dans les détails. + ++Sarto+ (Andrea del) (1487-1531).--Fils d'un tailleur, une vocation +irrésistible le poussa vers les arts. Des maîtres grossiers lui apprirent +les premiers éléments de la peinture, il se forma lui-même, en étudiant +les œuvres de Léonard et de Michel-Ange, mais surtout celles de Masaccio +et de Ghirlandajo dont le génie était plus en rapport avec la douceur de +sa propre nature. A l'élégance des traits, ses figures joignent la +sensibilité, la beauté et la noblesse des attitudes. La force et la +grandeur sont les seules qualités qui lui manquent. Après une existence +des plus mouvementées, Andrea mourut à Florence de la fameuse peste de +1531. Ses chefs-d'œuvre sont multiples et les fresques de Santa +Annunziata, _La naissance de la Vierge_, et mieux encore celles des +Scalzo relatives à l'_Histoire de saint Jean-Baptiste_ sont de +premier ordre. Tant au Musée des Offices qu'au Musée du Palais Pitti, ses +ouvrages revêtent les mêmes qualités de grâce et de charme faciles. + ++Settignano+ (Desiderio da), (1428-1464).--Passe pour avoir été +élève de Donatello. Son talent fin et distingué n'a pourtant aucune +analogie avec le talent sombre et farouche du maître. La frise de la +_chapelle Pazzi_, à Santa-Croce, _Le Tabernacle_ de l'église +Saint-Laurent et différents ouvrages de sculpture du _Bargello_ font +le plus grand honneur au talent svelte et charmant de Desiderio. + ++Uccello+ (Paolo de Dono), (1397-1475).--D'abord orfèvre et aide de +Ghiberti dans la fonte de la première porte du Baptistère, il se consacra +ensuite à la fresque et eut, par les lois de la perspective absolue qu'il +établit d'une manière précise, la plus grande influence sur les artistes +de son époque. Ses fresques du Cloître-Vert de Sainte-Marie Nouvelle, +_Le Déluge_ et _l'Ivresse de Noé_passent pour les œuvres où tous les +artistes vinrent prendre des leçons de perspective. + +La fresque de la Cathédrale, le portrait équestre de _Hawkwood_, +fait le plus grand honneur au talent d'Uccello. + ++Verrocchio+ (Andrea del), (1435-1488).--Il surpassa tous ses +contemporains dans l'art de travailler le bronze. Très noble et très +grand artiste, les Médicis qui le protégèrent, eurent le tort de +l'opposer au génie de Donatello. Ses chefs-d'œuvre, le _Groupe de Jésus +et de saint Thomas_ d'Or San Michele, _L'Enfant au Dauphin_ du +Palais Vieux, _Le David_ du musée du Bargello sont des œuvres de +premier ordre, d'un style sans défaillance ni reproche. + ++Vinci+ (Léonard de), (1452-1519).--Le plus grand génie qui fut +jamais, l'égal même de Michel-Ange, le Vinci fut à la fois sculpteur, +architecte, physicien, ingénieur, écrivain et musicien, admirable esprit +à l'universalité duquel aucune science, aucun art ne semblent avoir pu +échapper ni demeurer étrangers. Après avoir étudié la sculpture sous le +Verrocchio, il se rendit à Milan où Ludovic le More le garda jusqu'au +jour où l'invasion du Milanais par Louis XII le faisait rentrer dans sa +patrie. Mécontent de l'accueil que lui avaient réservé ses concitoyens et +de celui qu'il avait rencontré auprès du pape, il resta vingt ans presque +errant sans que, vieilli, aigri, assombri, il eût trouvé justice, même +chez ses contemporains. + +Le goût de Léonard, pur et sévère, s'exerça sur toutes les matières qui +furent soumises à son jugement; il poursuivit la perfection avec patience +avec une exactitude souvent minutieuse et aucune recherche ne put jamais +le rebuter dans la poursuite de son idéal de perfection. + + + + +TABLE DES MATIÈRES + + + ++ÉGLISES+ + + ++SANTA ANNUNZIATA+ +Portique de Sangallo, Fresques d'A. DEL SARTO et de ses élèves. ++Intérieur+: chapelle de la Vierge miraculeuse, par MICHELOZZO. ++Couloir du cloître+: A. DEL SARTO, Vierge au sac. ++Deuxième cloître+: Saint Jean-Baptiste, par MICHELOZZO. + + ++SANTA APOLLONIA+ +A. DEL CASTAGNO, Fresque de la Cène et Pieta. + + ++SS. APOSTOLI+ +Ciborium d'ANDREA DELLA ROBBIA. +Tombeau d'Altovite, BEN. DA ROVEZZANO. + + ++SAN AMBROGIO+ +Fresque, saint Sébastien, ÉCOLE DU GIOTTO. +Saint Sébastien, LEONARDO DEL TASSO. +Grisailles, FILIPPINO LIPPI. +Miracle du ciboire, COSIMO ROSSELLI. +Tabernacle, MINO DA FIESOLE. + + ++BADIA+, constr.: ARNOLFO CAMBIO ++Intérieur+: Bas-relief de la Vierge. +Tombeau du comte Hugo, MINO DA FIESOLE. +Apparition de la Vierge à saint Bernard, FILIPPINO LIPPI. ++Cloître+: Fresques d'ANTONIO SOLARIO, Vie de saint Benoît. + + ++BIGALLO+ (confrérie), constr. goth. ++Salle du Conseil+: Fresque de GIOTTINO, la Miséricorde. +VENTURO DI MORO, fresque. + + ++BATTISTERO+ (San Giovanni), constr. romane. +Revêtement, ARNOLFO CAMBIO. +Portes: ANDREA PISANO et GHIBERTI. +Groupes extérieurs: Décollation de saint Jean-Baptiste, VICENTE DONI. +Prédication, par GIOVANNI RUSTICA. +Baptême de J.-C., par SANSOVINO. ++Intérieur+: Mosaïques de JACOBUS. +Fonts baptismaux, ÉCOLE PISANE. +Statue de la Madeleine, DONATELLO. +Tombeau de Jean XXIII, pape, DONATELLO et MICHELOZZO. +Groupe de style Barocco, par TICCIATI. + + ++CAMPANILE+, constr. goth.: GIOTTO et TADDEO GADDI. +Bas-reliefs, GIOTTO ET ANDREA PISANO. ++Côté Ouest+, David Jérémie et Jean-Baptiste, par DONATELLO. ++Côté Est+, Abraham et Habacuc, par DONATELLO. +Reliefs de LUCA DELLA ROBBIA. + + ++DOME+, constr.: ARNOLFO DI CAMBIO. +Coupole, BRUNELLESCHI, +1 +Porte du Sud+, ÉCOLE PISANE. +2 +Porte du Sud+, encadrement des TEDESCO. ++Porte du Nord+: JEAN ET NICOLAS D'AREZZO. +Vierge de la Cintola, NANNI DI BANCO. +Statuettes et têtes de prophètes, DONATELLO. ++Intérieur+: ++Mur de la façade+: Vitrail, Couronnement de la Vierge, GADDO GADDI. +Portrait équestre de N. da Tolentino, par ANDREA DEL CASTAGNO; Portrait +équestre de John Hawkwood, par P. UCCELLO. ++Bas côté droit+: Monument de Brunelleschi de BUGGIANO. Bustes de +Giotto et de Squarcialupo, par BEN. DA MAJANO. +Statue de Josué DONATELLO; bénitiers, ÉCOLE PISANE; Monument de l'évêque +d'ORSO DE TINO. ++Sous la coupole+: Clôture du chœur, BANDINELLI; Déposition de +Croix, MICHEL-ANGE. ++Transept droit+: Apôtres et saints. Fresques de LORENZO de BICCI. +Vitraux sur les dessins d'UCCELLO de GHIBERTI et de DONATELLO. ++Vieille sacristie+: Lunette de la porte, Ascension de LUCA DELLA +ROBBIA; à l'intérieur, deux Anges, par LUCA. ++Chapelle Saint-Zenobe+: Christ sur l'autel, BENEDETTO DA MAJANO. +Reliquaire de saint Zenobe, GHIBERTI. ++Première Chapelle à gauche+: Statue de saint Jean, par DONATELLO. ++Sacristie neuve+: Portes de bronze et, dans la lunette, la +Résurrection, LUCA DELLA ROBBIA. ++A l'intérieur+: Lavabo de MINO DA FIESOLE. Marqueteries, par +BENEDETTO DA MAJANO. ++Bas côté gauche+: Portrait du Dante, par MICHELINO. +Saint Zenobe, fresque d'ORCAGNA. ++SANTA CROCE+, constr. goth. D'ARNOLFO DI CAMBIO. ++Intérieur+: Monuments et plaques tombales de l'ÉCOLE PISANE. ++Mur d'entrée+: Vitrail GHIBERTI. +Statue de saint Louis de Toulouse, par DONATELLO. ++Grande nef+: Chaire de BEN. DA MAJANO. Porte de la chaire, +_id_. ++Bas côté droit+: Monument de Michel-Ange, par VASARI. Au pilier, +Vierge, bas-relief de ROSSELLINO. +DOM VENEZIANO: Saint Jean-Baptiste et saint François. +L'Annonciation, grand haut-relief, DONATELLO. +Tombeau de Bruni, par ROSSELLINO. ++Transept droit+: ++Chapelle du saint Sacrement+. Tombeaux. Fresques, ÉCOLE DE GIOTTO. ++Chapelle Baroncelli+: GIOTTO, retable. +TADDEO GADDI: Vie de la Vierge. +MAINARDI. Madonna della Cintolla. ++Mur du chœur+: ++Première chapelle Fardi+: GIOTTO. Vie de saint François d'Assise. ++Deuxième chapelle Peruzzi+: GIOTTO. Vies de saint Jean-Baptiste et +de saint Jean l'Évangéliste, GIOVANNI DA SAN GIOVANNI. Vie de saint +André. ++Troisième chapelle+: ÉCOLE DE GIOTTO, combat de saint Michel et du +dragon. ++Chapelle du Chœur+: AGNOLO GADDI. Histoire de la vraie Croix. ++Quatrième chapelle Pulci+: Autel de JEAN DELLA ROBBIA. DADDI, +Martyres de saint Étienne et de saint Laurent. ++Cinquième chapelle+: MASO, Miracles de saint Sylvestre. ++Transept gauche+: +Crucifix en bois de DONATELLO. ++Bas côté gauche+: Tombeau de Marzuppini, par DESIDERIO DA +SETTIGNANO. ++Transept droit+: Couloir de la Sacristie, constr. de MICHELOZZO. ++Chapelle des Médicis+: constr. de MICHELOZZO. +Autel et relief, ÉCOLE DES DELLA ROBBIA. ++Sacristie+: Buste du Christ, ANDREA DELLA ROBBIA. GIOVANNI DA +MILANO, fresques de la vie de la Vierge et de sainte Madeleine. ++Cloître+: Tombes gothiques. ++Chapelle Pazzi+: constr. BRUNELLESCHI. Frise de Chérubins, par +DESIDERIO DA SETTIGNANO et DONATELLO. Médaillons en relief des apôtres, +LUCA DELLA ROBBIA. Intérieur, Évangélistes à la coupole, BRUNELLESCHI. ++Réfectoire+: TADDEO GADDI. Fresque de la Cène. GERINI, Crucifixion. ++Deuxième cloître+: constr. BRUNELLESCHI. + + ++SAINTE FÉLICITÉ+ ++Portique+: ++Intérieur+: ++Cinquième autel+: TADDEO GADDI, Vierge. ++Sacristie+: GIOTTO, Christ. NICOLÒ DA PIETRO, Christ entouré de la +Madeleine et des saintes Femmes. ++Deuxième sacristie+: Annonciation, ÉCOLE D'ORCAGNA. + ++SAINT FRANÇOIS DE VANCHETONI+. Bustes de DONATELLO. + ++INNOCENTI+ (Hospice des Enfants Trouvés), constr. BRUNELLESCHI ET +F. DELLA ROBBIA. ++Intérieur+: Tympan de la Chapelle, maître-autel, GHIRLANDAJO, +adoration des Mages. + + ++SAN JACOPO IN RIPOLI+. +TYMPAN du portail DELLA ROBBIA, Christ et saint Thomas. ++Intérieur+: Mariage mystique de sainte Catherine RIDOLFO +GHIRLANDAJO. + + ++SAN LORENZO+, constr. BRUNELLESCHI ++Intérieur+: Chaires, DONATELLO. Tombeau de Cosme le Vieux, VERROCCHIO. +Chapelle du Transept gauche. +FRA FILIPPO LIPPI: L'Annonciation. ++Bas côté gauche+: DONATELLO, Tribune des Médicis. ++Transept droit+: Tabernacle, DESIDERIO SETTIGNANO. ++Ancienne Sacristie+: const. BRUNELLESCHI. +MÉDAILLONS de la coupole et frise de Chérubins, DONATELLO. Portes de +bronze, DONATELLO. Tombeau des parents de Cosme l'Ancien, buste de saint +Laurent, DONATELLO. +Tombeau de Laurent le Magnifique, VERROCCHIO. ++Bibliothèque Laurentienne+: escalier, VASARI. Vestibule et const., +MICHEL-ANGE. +Boiseries CIPIANO et DEL CINQUE; Vitraux, JEAN D'UDINE. ++Chapelles Médicis+. ++Chapelle des Princes+: constr., MATTEO NIGETTI. Statues de Cosme +II, par JEAN DE BOLOGNE et de Ferdinand I, par TACCA. ++Nouvelle sacristie+: constr. MICHEL-ANGE. +Tombeau de Julien de Médicis. +Allégories du jour et de la nuit. +Tombeau de Laurent de Médicis. +Allégories du Crépuscule et de l'Aurore; MICHEL-ANGE. Sarcophages de +VASARI. Vierge et Enfant de MICHEL-ANGE. Saint Cosme et saint Damien, +MONTELUPO e MONTORSOLI. + + ++SANTA MADDALENA DE PAZZI+ ++Salle du Chapitre+: PÉRUGIN, Christ en Croix. + + ++SAN MARCO+ (couvent), restaurations, MICHELOZZO. +FRA ANGELICO, FRA BARTOLOMMEO, SAVONAROLE. ++Premier cloître+: Fresques VANNI, Lunettes des portes I, Saint +Thomas d'Aquin. II, Le Christ en pèlerin d'Emmaüs. III, Saint Dominique. +IV, Le «Silence»; Saint Pierre martyr. Grande Fresque, saint Dominique au +pied de la Croix, FRA ANGELICO. ++Réfectoire+: Fresque SOGLIANI. ++Salle du Chapitre+: Calvaire, par FRA ANGELICO. ++PETIT RÉFECTOIRE+: Cenacolo, par GHIRLANDAJO. ++Premier étage+. ++Couloirs+: FRA ANGELICO, L'Annonciation. Saint Dominique au pied de +la Croix. Vierge sur un trône entoure de saints,--Angelico et ses élèves, +quarante-cinq fresques des cellules. ++Cellules+: XII, XIII et XIV, appartement du Prieur, Souvenirs de +Savonarole. +Cellule XXXIII, Tableau Madonna della Stella, Fra Angelico. +XXXVIII et XXXIX, Cellule et Oratoire de Cosme l'Ancien, fresque de +l'Adoration des Mages, Angelico. ++Bibliothèque+: constr. MICHELOZZO, Livres et Manuscrits. + + ++SAN MARCO (ÉGLISE)+ ++A l'Intérieur+: Christ par GIOTTO. ++Deuxième autel à droite+: FRA BARTOLOMMEO, Vierge trônant entourée +de Saints. +Troisième autel, Mosaïque romaine, Plaques de Pic de la Mirandole et +d'Ange Politien. + + ++SANTA MARIA DEL CARMINE+ +Intérieur Transept droit. ++Chapelle Brancacci+: Fresques relatives à la création et à la +mission de saint Pierre, MASACCIO et FILIPPINO LIPPI. ++Sacristie+: Fresques relatives à l'histoire de sainte Cécile, +SPINELLO ARETINO. ++Cloître+: Procession attribuée à Masaccio. ++Réfectoire+: Cenacolo d'ALLORI. + + ++SANTA MARIA NOVELLA+ constr. FRA SISTO, FRA RISTORO, revêtements, +avelli LEONE BATTISTA ALBERTI. ++Intérieur+: mur de la façade. +Fresque de la Trinité, MASACCIO. ++Transept droit. Chapelle Rucellai+: CIMABUE, Vierge. ROSSELLINO, +tombeau de la Beata Villana dei Cerchi. ++Chapelle Philippe Strozzi+: Tombeau Strozzi, par BEN. DA MAJANO. +Miracles de saint Jean l'Évangéliste et de saint Philippe, Fresques de +FILIPPINO LIPPI, Vitrail sur les dessins de FILIPPINO. +CHŒUR: Fresques de GHIRLANDAJO. +Histoire de la Vierge et de saint Jean-Baptiste. +Boiserie, par BACCIO D'AGNOLO. ++Transept gauche. Chapelle Strozzi+: Fresques du Jugement dernier et +du Paradis, ANDRÉA ORCAGNA; de l'Enfer, NARDO ORCAGNA. +Retable, Christ glorieux et saints, ANDRÉA ORCAGNA. ++Sacristie+: Lavabo, JEAN DELLA ROBBIA. ++Sepolcreto+: Plaques commémoratives du XIVe et XVe siècle, ++Cloître vert+, Genèse et histoire de la création, ORCAGNA. +Le Déluge et l'ivresse de Noé, UCCELLO. ++Chapelle des Espagnols+: constr. goth., Fresque l'Église triomphante, +SIMONE MEMMI. +Triomphe de saint Thomas d'Aquin et le calvaire, TADDEO GADDI. ++PHARMACIE+: La Passion, Fresques attribuées à SPINELLO ARETINO. + + ++SANTA MARIA NUOVA+ (Hôpital de), portique, BUONTALENTI. ++L'église San Egidio+: Fresque le Couronnement de la Vierge, LORENZO +DI BICCI+.--Sous le portique; Fresques de la dédicace, LORENZO DI +BICCI. ++A l'intérieur+: La Vierge et l'Enfant (derrière l'autel), ANDREA +DELLA ROBBIA. Tabernacle, ROSSELLINO et GHIBERTI. ++Galerie de peinture+: +104. CASTAGNO, Crucifixion. +29. Vierge et enfant, haut-relief, par VERROCCHIO. ++Salle I+: 49, 49, 50, Triptyque, Adoration des Mages et donateurs, +HUGO VAN DER GOES. +N° 23. BOTTICELLI, Vierge et enfant. +71. BARTOLOMMEO, Jugement dernier. ++Cloître+: ANDREA DEL CASTAGNO, Christ en croix. + + ++MISERICORDIA+ (confraternité), Retable d'ANDREA DELLA ROBBIA. + + ++OGNISSANTI+, tympan du portail, Couronnement de la Vierge, DELLA ROBBIA. ++Intérieur+: BOTTICELLI, Fresque de saint Jérôme. GHIRLANDAJO, +Fresque saint Augustin. ++Sacristie+: Christ, ÉCOLE DU GIOTTO. ++Réfectoire+: Ghirlandajo, Cène. Tabernacle de AG. DE DUCCIO. + + ++OR SAN MICHELE+, constr. goth. de TADDEO GADDI. ++Extérieur+: Statuettes des fenêtres, par TALENTI. ++Est+: Statue de Jean-Baptiste, GHIBERTI. +Groupe de saint Thomas, VERROCCHIO. +Statue de saint Luc, par JEAN DE BOLOGNE. ++Nord+: Statue de saint Pierre, DONATELLO. +Statue de quatre saints NANNI DI BANCO. ++Ouest+: Statue de saint Matthieu, GHIBERTI. +Statue de saint Étienne, GHIBERTI. +Saint Éloi, par NANNI DE BANCO. ++Sud+: Saint Marc, par DONATELLO. +Saint Jacob de GHIBERTI. +Saint Georges de DONATELLO. +Saint Jean Ev., par MONTELUPO. +Reliefs des DELLA ROBBIA. ++Intérieur+: constr. d'ORCAGNA. +Tabernacle d'ORCAGNA. Image miraculeuse, B. DADDI. + + ++SAN ONOFRIO+ +Cène attribuée à RAPHAEL. + + ++LO SCALZO+ +ANDRÉA DEL SARTO, Vie de saint Jean l'Évangéliste, fresques monochromes. + + ++SAN SPIRITO+ +Transept droit, FILIPPINO LIPPI, Vierge des Tanaï de NERLI. +LORENZO DI CREDI, Vierge et saints. ++Transept gauche+: PIERO DE COSIMO. +Vierge et saints. ++Sacristie +: constr., POLLAJUOLO. +Vestibule, constr. SANGALLO. + + ++SANTA TRINITA+, constr., NICOLAS PISANO. 286 ++Intérieur+: Statue de bois, sainte Madeleine, par DESIDERIO SETTIGNANO. +Annonciation, par LORENZO MONACO. ++Chapelle Sassetti+, constr., Jules de SANGALLO. Fresques de la vie +de saint François, GHIRLANDAJO. + + + ++MUSÉES+ + + ++ACADÉMIE DES BEAUX-ARTS+ +Salle I. +31. BALDOVINETTI, la Trinité. +27. ANGELICO, Retables. +Salle à coupole. +MICHEL-ANGE, le David. +Salle III. +36. MASACCIO, Conception. +41. FRA FILIPPO LIPPI, Couronnement de la Vierge. +42. FRA FILIPPO LIPPI, Prédelle. +37 et 39. A. DEL CASTAGNO, Saint Jean-Baptiste et la Madeleine. +38. A. DEL CASTAGNO, saint Jérôme en prière. +32. GENTILE DA FABRIANO, Adoration des Mages. +34. ANGELICO, Déposition. +43. VERROCCHIO et LÉONARD DE VINCI, Baptême de Jésus-Christ. +46. BOTTICELLI, Vierge enfant, saints et saintes. +47. BOTTICELLI, Couronnement de la Vierge. +52. BOTTICELLI, Vierge sur un trône. +49. FRA FILIPPO LIPPI, Vierge et quatre saints. +50. GHIRLANDAJO, Adoration des Mages. +53. PÉRUGIN, le Jardin de Gethsémani. +56. PÉRUGIN, la Crucifixion. +55. PÉRUGIN, Assomption. +58. PÉRUGIN, Pieta. +54. LUCA SIGNORELLI, Vierge entourée de saints. +57. FILIPPINO LIPPI, Descente de croix. +59. AND. DEL SARTO, quatre Saints. +63. A DEL SARTO, Prédelle du tableau. +66. FRA BARTOLOMMEO, Apparition de la Vierge à saint Bernard. +69. FRA BARTOLOMMEO, saint Vincent. +78 et 82. FRA BARTOLOMMEO, têtes d'Apôtres. + ++Salle de l'Angelico+ + +41. FRA ANGELICO, Jugement dernier. +16. Six petits panneaux, vie de saint Cosme et saint Damien. +11 à 24. Huit panneaux et trente-cinq sujets de la Vie du Christ. +20. Couronnement de la Vierge. +21. Pietà. +31. FRA BARTOLOMMEO, Savonarole. +18. PÉRUGIN, portraits de moines. + ++Salle V+ + +Cartons de FRA BARTOLOMMEO. +Carton du David de MICHEL-ANGE. + ++Salle VI+ + +22. ANT. POLLAJUOLO, saint Augustin. +23. A. POLLAJUOLO, sainte Monique. +24. VERROCCHIO, Tobie et les trois Archanges. +19. LUCA SIGNORELLI, Madeleine au pied de la croix. +16. GHIRLANDAJO, Vierge entre des Saints. +12. FRA FILIPPO LIPPI, Nativité. +6, 7, 8, 9. BOTTICELLI, Christ ressuscitant. Salomé avec la tête de +Jean-Baptiste. +Vision de saint Augustin. +Mort de saint Augustin. +20. BOTTICELLI, l'archange Raphaël et Tobie. +20. BOTTICELLI, le Printemps. + + ++MUSÉE ARCHÉOLOGIQUE+. ++Salle V+ +BRONZES +A. Minerve. +B. Portrait de Metellus. +C. Chimère. +D. Situla. +Vitrine n° 1. Tête de jeune homme. +2. Statuette de Bacchus. +3. Jupiter. +4. Castor. +5. Minerve Médica. +6. Athéné. ++Salle VI+ +Vase François. ++Salle VIII+ +Sarcophage en terre cuite de Larthia Saranthia. +Sarcophages en albâtre. +Sarcophage en pierre avec statue. +Statue cinéraire. + +DEUXIÈME ÉTAGE + ++Galerie des Tapisseries+ +Salle I. Étoffes. +Salle II. Broderies. +Salles III, IV, V. Broderies. +Salle VI. Tapisseries de Florence, XVIIe et XVIIIe siècles. +Salle VII. Tapisseries flamandes. XVIe siècle. +Salle VIII. Tapisseries de Florence, XVIe siècle. +Salle IX. Suite. +Salle XII. Gobelins, histoire d'Esther. +Salle XIII. Suite. +Salle XIV. Tapisseries flamandes, XVIe siècle. +Salle XVI. Tapisseries des Flandres, XVIe siècle. +Salles XVIII, XIX, XX. Séries de tapisseries de Florence des XVIe, +XVIIe et XVIIIe siècles. + + ++BARGELLO+ (musée national). ++Const.+: TADDEO GADDI. Cour, escalier, BENCI DI CIONE et NERI +FIORAVENTI. ++Rez-de-chaussée+. +Salle des Armures. BENVENUTO CELLINI, casque et rondache de François +Ier. ++Salle des Portiques+ +I. Tombeaux du XIVe siècle. +II. Bas-reliefs de ROVEZZANO. +MICHEL-ANGE, buste de Brutus. +Masque de faune. +Bas-relief de la Vierge avec l'Enfant. +Bacchus ivre. +Petit groupe, Léda et le Cygne. +Réduction en marbre du Moïse. ++PREMIER ÉTAGE+ +Cloches en bronze. ++Salle I+ +DONATELLO, rondes d'enfants, quatre bas-reliefs pour les tribunes des +orgues du Dôme. +Le Cupidon (bronze). +Le David (bronze). +Buste en bas-relief de saint Jean. +Statue de saint Jean-Baptiste en pied. +David (marbre). +MICHEL-ANGE, Adam mourant. +MICHEL-ANGE, la Victoire. ++Salle III+ +FAÏENCES ++Chapelle+: GIOTTO, fresques. Vitrines, nielles. ++Salle V+ +IVOIRES, AMBRES ET COUPES ++Salle VI+ +BRONZES +GHIBERTI, reliquaire de sainte Jacinthe. +VECCHIETTA, statue de Marino Soccino. +VERROCCHIO, David. +Vitrine A. POLLAJUOLO, Hercule et Cacus. ++Salle VII+ +BRONZES ++Benvenuto Cellini+, buste de Cosme I. +B. CELLINI, modèles pour le Persée. +DONATELLO, frise, Bacchanale d'enfants. +JEAN DE BOLOGNE, le Mercure. + +DEUXIÈME ÉTAGE + +ANDREA DEL CASTAGNO, Fresques. ++Salle II+ +Bas-reliefs, par les DELLA ROBBIA. +Vitrines des faïences. ++Salle III+ +TAPISSERIES ++Salle V+ +MARBRES +MINO DA FIESOLE, buste de Rinaldo della Luna. +VERROCCHIO, haut-relief, mort de Francesca Pitti. +BEN. DA MAJANO, buste de Mellini. +MINO DA FIESOLE, buste de jeune femme. +A. DEL POLLAJUOLO, buste de jeune guerrier. +BEN. DA MAJANO, buste appelé le prêtre florentin. ++Salle VI+ +MARBRES +VERROCCHIO, bas-relief, la Vierge et l'enfant Jésus. +VERROCCHIO, buste de femme. +MATTEO CIVITALI, la Foi. +MESS. DA FIESOLE, buste de Pierre de Médicis. +BENED. DA MAJANO, saint Jean. +SANSOVINO, Statue de Bacchus. +MICHEL-ANGE, Apollon. ++Salle IV+ +SCEAUX ET MONNAIES + + ++CASA BUONARROTI Musée Michel-Ange+ +1re Chambre, Combat des Centaures et des Lapithes. +2e Chambre, dessins. +Cadre Ier, Cléopâtre. +Cadre IX, 75. Projet de façade pour Saint-Laurent de Florence. +Cadre XV, 75, Vierge allaitant l'Enfant. ++Chapelle+ +72. Vierge assise avec enfant (marbre). + + ++OFFICES+, constr. VASARI. ++Corridor occidental+. +17. PIETRO LORENZETTI, petit tableau des anachorètes. +25. SIMONE DI MARTINO et LIPPO MEMMI, Annonciation. +24 et 26. San Ansano et Santa Giuletta. +45. BICCI DI LORENZO, S. S. Cosimo et Damiano. +52. PAOLO UCCELLO, tableau de bataille. +PIERO DEL POLLAJUOLO: +69. _L'Espérance_. +70. _La Justice_. +71. _La Tempérance_. +72. _La Foi_. +73. _La Charité_. +34. LUCA SIGNORELLI, la Vierge avec l'Enfant. +ÉCOLE TOSCANE +1° Salle A. +1157. LÉONARD DE VINCI (?), Tête de jeune homme vue de face, les cheveux +rejetés en arrière. +1159. LÉONARD DE VINCI (?), Tête de Méduse. +1167. MASACCIO, beau portrait en buste d'un vieillard inconnu. Fragment +de fresque également attribué à Filippino Lippi. +1154. INCONNU, _Le Médailleur_. +1156 et 1158. SANDRO BOTTICELLI. Histoire de Judith et d'Holopherne, en +petits tableaux. +1156. La Judith. +1158. Holopherne. +1153. ANTOINE POLLAJUOLO, les Travaux d'Hercule. +1178 et 1184. FRA ANGELICO, les Fiançailles et les Funérailles de la +Vierge. +1182. BOTTICELLI, La Calomnie. Description d'un tableau disparu +d'Apelles. +2° Salle B. +1257. FILIPPINO LIPPI, l'Adoration des Mages. +1268. FILIPPINO LIPPI, la Vierge et quatre Saints. +1112. ANDREA DEL SARTO, la Vierge avec l'Enfant, saint François et saint +Jean l'Évangéliste. +1279. ANT. BAZZI (dit le _Sodoma_), Saint Sébastien. +1252. LÉONARD DE VINCI, l'Adoration des Mages. +1257. FILIPPO LIPPI, Adoration des Rois. +1288. LÉONARD DE VINCI, l'Annonciation. +1301. ANTONIO DEL POLLAJUOLO, Saint Eustache, saint Jacques et saint +Vincent. +1300. PIERO DELLA FRANCESCA, portraits de Frédéric de Montefeltro et de +Battista Sforza, sa femme. +1290. BEATO ANGELICO, Couronnement de la Vierge. +1306. ANT. DEL POLLAJUOLO, la Prudence. +1267 _bis_. Sandro FILIPEPPI, dit _Botticelli_, la Vierge et +l'Enfant. +1289. BOTTICELLI, la Vierge et l'Enfant à la Grenade. +1299. BOTTICELLI, la Force. +1307. FRA FILIPPO LIPPI, la Vierge adore l'Enfant présenté par deux +anges. ++La Tribune+ +Décoration POCETTI. +SCULPTURES +342. _Vénus de Médicis_. +343. _Les Lutteurs_. +344. _Le Satyre dansant_. +345. _L'Apollino_. +346. _Le Rémouleur_. +TABLEAUX +1131. RAPHAEL, portrait de Jules II. +129. RAPHAEL, la Vierge du Chardonneret. +1127. RAPHAEL, Saint Jean dans le désert. +1123. SÉB. DEL PIOMBO, La Fornarina. +1120. RAPHAEL, portrait d'une inconnue. +1117. LE TITIEN, la Vénus au petit chien. +1139. MICHEL-ANGE. Sainte Famille. +1141. ALBERT DÜRER, Adoration des Mages. +1118. CORRÈGE, le Repos en Égypte. +1111. MANTEGNA, Triptyque: l'Adoration des Mages, la Circoncision, la +Résurrection. +ÉCOLE ITALIENNE MAÎTRES DIVERS ++Salle III+ +1291. LUCA SIGNORELLI, Sainte Famille. +1298. Prédelle du précédent. ++Salle IV+ +1025. MANTEGNA, la Vierge aux Rochers. +ÉCOLE HOLLANDAISE ++Salle V+. +695. LUCAS DE LEYDE (?), Ferdinand, infant d'Espagne. +ÉCOLES ALLEMANDE ET FLAMANDE +(1re salle) ++Salle VI+. +795. ROGER VAN DER WEYDEN, Jésus au Sépulcre. +784. HANS HOLBEIN, LE JEUNE, portrait de Zwingli. +777 et 768. ALBERT DÜRER, portrait de son père. +765. HANS HOLBEIN, LE JEUNE, Richard Southwell. +850. HANS HOLBEIN, cadre de plusieurs petites têtes. +IX. _Médaillon de Hans Holbein_. +847. LUCAS CRANACH, Luther et Mélanchthon. +845. Jean et Frédéric, électeurs de Saxe. +ÉCOLES ALLEMANDE ET FLAMANDE +(2ème salle) ++Salle VII+. +SCHOUFFLEIN DE NUREMBERG, Scènes de la vie de saint Pierre et de saint +Paul. +703. JEAN MEMLING, la Madone sur un trône. +ÉCOLE FRANÇAISE ++Salle VIII+. +674. LARGILLIÈRE, portrait de Jean-Baptiste Rousseau. +671. ANTOINE WATTEAU, le Joueur de flûte. +667. FRANÇOIS CLOUET, François Ier (petit portrait équestre). +LES GEMMES ++Salle IX+. +_Armoire II_, cassette en cristal de roche, VICENTINO. +_Armoire V_, coupe en pierre dure, attribuée à JEAN DE BOLOGNE. +_Armoire VI_, coupe en cristal de roche, par BENVENUTO CELLINI. ++Corridor méridional+ +138. TIREUR D'ÉPINE. +141. Base triangulaire grecque. +MICHEL-ANGE, Bacchus et Satyre. ++Corridor occidental+ +155-156. Marsyas. ++Salle XXIII+ +ÉCOLE VÉNITIENNE +767. FRA SÉB. DEL PIOMBO, Mort d'Adonis. +599 et 605. TITIEN, portraits du duc et de la duchesse d'Urbin. +626. TITIEN, Flore. ++Salle XXIV+ +629. MORONE, Portrait de savant. +631. JEAN BELLIN, La Vierge au lac. +601-638. TINTORET, portraits de l'amiral Venier et de Sansovino. ++Salle Lorenzo Monaco+ +1309. LORENZO MONACO, Couronnement de la Vierge. +1310. GENTILE DE FABRIANO, Quatre Saints. +17. ANGELICO, La Vierge trônant. +1297. GHIRLANDAJO, Vierge et Enfant. +1286. BOTTICELLI, Adoration des Mages. +39. BOTTICELLI, Naissance de Vénus. +1309. VENEZIANO, Vierge trônant. +PORTRAITS DES ARTISTES PAR EUX-MÊMES. ++Salle XIX+ +MAÎTRES ANCIENS +233. RUBENS, sans chapeau. +228. RUBENS, avec chapeau. +354. JEAN BELLIN. +288. RAPHAEL. +287. PIERRE PÉRUGIN, portrait de l'Espagnol LOPEZ PEREGO. +223. VAN DYCK. +237. QUENTIN MATSYS. +236. ANTONIO MOOR. +232. HANS HOLBEIN. +451-452. REMBRANDT. +239. VASE MÉDICIS. +MAÎTRES MODERNES ++Salle XV+ +Inscriptions et statues antiques. ++Salle XVI+ +Cabinet de l'Hermaphrodite. +306. Hermaphrodite. +308. Ganymède. ++Salle XVII+ +Cabinet des Camées. +371. Buste de Savonarole. +373. Buste de Léon X. +334. Scène allégorique. +Masque de Dante. +Portraits des Médicis. +Miniatures. +Modèle en cire du Penseur. ++Salle XIII+ +Dix-sept statues des Niobides. +140. RUBENS, Henri IV à la bataille d'Ivry. +147. RUBENS, Entrée d'Henri IV à Paris. ++Salles XI et XII+. +BRONZES ANTIQUES +424. Idolino. +148. DESIDERIO DA SETTIGNANO, Base de l'Idolino. ++Salles des dessins+ + + ++PALAIS PITTI+ ++Salle de l'Iliade+ +201. TITIEN, le Cardinal Hippolyte de Médicis. +219. PÉRUGIN, Vierge et Enfant. +185. TITIEN, le Concert. +207. RIDOLFO GHIRLANDAJO, l'Orfèvre. +208. FRA BARTOLOMMEO, Vierge trônant. ++Salle de Saturne+ +178. RAPHAEL, Madone du grand-duc. +174. RAPHAEL, Vision d'Ézéchiel. +164. PÉRUGIN, Déposition. +159. FRA BARTOLOMMEO, Résurrection. +151. RAPHAEL, Vierge à la chaise. +190. SUSTERMANS, Portrait de Frédéric II de Danemark. +113. MICHEL-ANGE, les Parques. ++Salle de Mars+ +94. RAPHAEL, Madonna dell'Impannata. +92. TITIEN, portrait d'homme. +86. RUBENS, les Conséquences de la guerre. +85. RUBENS, les Quatre Philosophes. +82. VAN DYCK. Le cardinal Bentivoglio. ++Salle d'Apollon+ +67. TITIEN, la Madeleine. +64. FRA BARTOLOMMEO, La Déposition. +61. RAPHAEL, Portrait d'Angiolo Doni. +59. RAPHAEL, Madeleine Doni. +58. A. DEL SARTO, Déposition. +54. TITIEN, Pierre Arétin. +63. RAPHAEL, Léon X et les cardinaux Rossi et de Médicis. ++Salle de Vénus+ +18. TITIEN, la Belle. +3. TINTORET, Vénus, Vulcain et l'Amour. ++Salle de Prométhée+. +372. A. DEL CASTAGNO, portrait d'homme. +373. P. POLLAJUOLO, saint Sébastien. +353. BOTTICELLI, la Belle Simonetta. +347. FILIPPINO LIPPI, Sainte Famille. +343. FRA FILIPPO LIPPI. La Vierge, l'Enfant. + + + ++PALAIS PITTI+, const. BRUNELLESCHI. Grande cour Bart. AMMANATI. +APPARTEMENTS +ARGENTERIE ++Jardins Boboli+. Dessinés par TRIBOLO et BUONTALENTI. +Grotte. Quatre statues, par MICHEL-ANGE. Hercule par Michel-Ange. +(Île). Groupe de JEAN DE BOLOGNE. Statue de l'Océan, par JEAN DE BOLOGNE. + + ++INSTITUT PHILHARMONIQUE+. GIOTTINO, fresque Expulsion du duc d'Athènes. + + ++LOGGIA DE LANZI+, constr. goth. d'ORCAGNA. Médaillons des Vertus, +SIMONE TALENTI. +Persée: BENV. CELLINI. +Judith et Holopherne. DONATELLO. +Enlèvement des Sabines, JEAN DE BOLOGNE. +Hercule et Nessus, JEAN DE BOLOGNE. + + ++MAISON DES CARDEURS DE LAINE+. + + ++PALAIS ANTINORI+, constr. SANGALLO. + + ++MAISON DE BIANCA CAPELLO+. + + ++PALAIS CORSINI+. +GALERIE +BOTTICELLI, Vierge. +FILIPPINO, Vierge et Enfant. +MEMLING, portrait d'homme. +SIGNORELLI, Vierge et Saints. ++PALAIS MARTELLI+. Armoiries dans l'escalier et statues de David, et +de saint Jean-Baptiste, par DONATELLO. +En face du Palais, MINO DA FIESOLE, tabernacle. + + ++PALAIS QUARATESI+, constr. BRUNELLESCHI. Plafond, armoiries des +Pazzi et des Quaratesi, LUCA DELLA ROBBIA. + + ++PALAIS RICCARDI+, constr. MICHELOZZO. +Cour, Médaillons en relief, DONATELLO. +Galerie, plafond, L. GIORDANO. ++Chapelle+: Fresques de BENOZZO GOZZOLI, Cortège des rois Mages +allant à Bethléem. + + ++PALAIS RUCELLAI+, constr. L.-B. ALBERTI. + + ++PALAIS STROZZI+, constr., par BENEDETTO DA MAJANO. Lanternes par +CAPARRA. ++PALAIS SPINI+. ++PALAIS VIEUX+, constr. goth. + + +ARNOLFO DI CAMBIO. Constr. intérieure, VASARI. +Cour, MICHELOZZO. Stucages, M. DA FAENZA. +Fontaine. Enfant au Dauphin, VERROCCHIO. ++Intérieur+. +PREMIER ÉTAGE, encadrement de porte, TEDESCO. ++Grande Salle+, constr. et fresques, VASARI. ++Salle de l'Horloge+. +D. GHIRLANDAJO, Saint Zenobe, fresques. ++Salle d'audience+, encadrement et porte, BEN. DA MAJANO. Plafond. +DEUXIÈME ÉTAGE ++Salle des Lys+, porte de BENED. et de JULES DE MAJANO. Plafond. +Fresques de RID. GHIRLANDAJO ++Chapelle Saint-Bernard+. Peintures de RID. GHIRLANDAJO. + + ++PLACE DE L'ANNUNZIATA+. +Statue équestre de Cosme I, JEAN DE BOLOGNE. + + ++PLACE SANTA CROCE+. + + ++PLACE DU DOME+. Colonne Saint-Zénobe. + + ++PLACE SAINTE-MARIE NOUVELLE+. Obélisques. ++PLACE DE LA SEIGNEURIE+ +Groupe d'Hercule et de Cacus, par BANDINELLI. +Statue équestre de Cosme I, par JEAN DE BOLOGNE. + + ++PONTE ALLA CARRAJA+. + + ++PONTE SANTA TRINITA+. + + ++PONTE VECCHIO+. + ++PORTES+. + + ++ENVIRONS DE FLORENCE+ + + ++SAN ANSANO DE FIESOLE+. +BOTTICELLI: Quatre Triomphes. +LUCA DELLA ROBBIA: +ANDREA et JEAN DELLA ROBBIA: Multiples œuvres. + + ++BADIA DE FIESOLE+. +Constr. romane, parties ajoutées, par BRUNELLESCHI; Décorations +intérieures, DESIDERIO DA SETTIGNANO; Fontaines, par BRUNELLESCHI. +Lavabo, MINO DA FIESOLE. +Église, par BRUNELLESCHI. + + ++BELLO SGUARDO+. +Villa, MICHELOZZO. + + ++BROZZI+. +Palais. + + ++VILLA DI CASTELLO+. +Jardins, dessinés par TRIBOLO +Fontaine, par TRIBOLO. +Grotte, animaux, par JEAN DE BOLOGNE. + + ++CARREGGI+, constr.: MICHELOZZO. +Jardins. + + ++DOCCIA+. + + ++SAINT-DOMINIQUE DE FIESOLE+. +LORENZO DI CREDI, Baptême du Christ. +PERRUCCI, Christ sculpté en bois. + + ++SAN DONINO+. + + ++CHARTREUSE D'EMA+. ++Église. Intérieur+: +Chapelle Sainte-Marie, ORCAGNA. ++Chapelle sépulcrale+: Acciajuoli. +Tombeau de Nicolas Acciajuoli, par DONATELLO. +Tombeau du grand Sénéchal. +Acciajuoli, Orcagna. +Plaques tombales, ÉCOLE D'ORCAGNA. ++Chiostrino+. ++Colloquio+: Vitraux, par JEAN D'UDINE. ++Réfectoire+: Porte, LUCA DELLA ROBBIA, Saint Laurent. ++Chapelle du Chapitre+: +Tombeau de Leonardo Buonafede, par SANGALLO ALBERTINELLI, Crucifixion. +Grand cloître. +Dessin du grand puits, MICHEL-ANGE. + + ++FIESOLE+. + + ++Dôme+: constr. romane. ++Intérieur +: Tabernacle, FERRUCCI. ++Chapelle Salutati+: +Tombeau de Salutati et retable, MINO DA FIESOLE. + + ++THÉÂTRE ANTIQUE+. + + ++PALAZZO PRETORIO+, musée. + + ++ÉG. SANTA MARIA PRIMERANA+. +LUCA DELLA ROBBIA, Crucifixion. + + ++SAN FRANCESCO DI PAOLO+. +Tombeau de Federighi, par LUCA DELLA ROBBIA. + + ++SAN GIOVANNI DELLA CALZA+. +PÉRUGIN, Crucifixion. + + ++GALUZZO+. +Place de l'Hôtel de Ville. + + ++SAN MINIATO AL MONTE+, constr. romane: Façade classique. +Pavé. +Intérieur. +Crypte. +Autel, MICHELOZZO. Intérieur, LUCA DELLA ROBBIA. +Mosaïques, chœur. +Ambon. +Stalles, par GAJUOLE. +Chapelle San Giacomo, constr. ROSSELLINO; décoration, A. POLLAFUOLO et +DELLA ROBBIA BALDOVINETTI, fresque, l'Annonciation. ++Sacristie+: +SPINELLO ARETINO, Fresques de l'histoire de saint Benoît. + + ++PERETOLA+. + + ++PETRAJA+. constr. BUONTALENTI. +Fontaine de TRIBOLO. +Baigneuse de la fontaine, JEAN BOLOGNE. ++Intérieur+: +DANIEL DE VOLTERRE, fresques. + + ++PLACE MICHEL-ANGE+. +Monument de MICHEL-ANGE. + + +POGGIO A CAJANO, constr. SAN GALLO. ++Intérieur+: +Chambre de BIANCA CAPELLO, escalier, cheminée. +Salle de Théâtre. +Grande galerie, plafond. +AND. DEL SARTO, le Tribut à César. +Festin de Scipion et de Syphax. + + ++POGGIO IMPERIALE+. + + ++SAN SALVATORE AL MONTE+, constr. du CRONACA. +Groupe polychrome de JEAN DELLA ROBBIA. +Réfectoire. + + ++SAN SALVI+. +A. DEL SARTO, Cène, fresques de moine. + + ++SAN STEFANO IN PANE+. +Retable de JEAN DELLA ROBBIA. + + ++VINCIGLIATA+. + + + + + + + +End of the Project Gutenberg EBook of Florence historique, monumentale, +artistique, by Marcel Niké + +*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK FLORENCE HISTORIQUE *** + +***** This file should be named 17459-0.txt or 17459-0.zip ***** +This and all associated files of various formats will be found in: + http://www.gutenberg.org/1/7/4/5/17459/ + +Produced by Frank van Drogen, Massimo Blasi and the Online +Distributed Proofreaders Europe at http://dp.rastko.net. +This file was produced from images generously made available +by the Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica) + + +Updated editions will replace the previous one--the old editions +will be renamed. + +Creating the works from public domain print editions means that no +one owns a United States copyright in these works, so the Foundation +(and you!) can copy and distribute it in the United States without +permission and without paying copyright royalties. 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It exists +because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from +people in all walks of life. + +Volunteers and financial support to provide volunteers with the +assistance they need, is critical to reaching Project Gutenberg-tm's +goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will +remain freely available for generations to come. In 2001, the Project +Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure +and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations. +To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation +and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4 +and the Foundation web page at http://www.pglaf.org. + + +Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive +Foundation + +The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit +501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the +state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal +Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification +number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at +http://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg +Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent +permitted by U.S. federal laws and your state's laws. + +The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S. +Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered +throughout numerous locations. Its business office is located at +809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email +business@pglaf.org. 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