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You may copy it, give it away or +re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included +with this eBook or online at www.gutenberg.org + + +Title: Florence historique, monumentale, artistique + +Author: Marcel Niké + +Release Date: January 4, 2006 [EBook #17459] + +Language: French + +Character set encoding: UTF-8 + +*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK FLORENCE HISTORIQUE *** + + + + +Produced by Frank van Drogen, Massimo Blasi and the Online +Distributed Proofreaders Europe at http://dp.rastko.net. +This file was produced from images generously made available +by the Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica) + + + + + + +MARCEL NIKÉ + + + +FLORENCE HISTORIQUE, MONUMENTALE, ARTISTIQUE + +GUIDE D'ART DANS FLORENCE ET SES ENVIRONS +_Ouvrage accompagné de plusieurs plans et cartes_ + + +DEUXIÈME ÉDITION + + +LIBRAIRIE DE PARIS +Firmin-Didot et Cie., Imprimeurs-Éditeurs 56, Rue Jacob, PARIS + + + + ++AVANT-PROPOS+ + + +L'accueil indulgent accordé par le public et par la presse à l'_Essai +d'Itinéraire d'Art en Italie_, m'a encouragée à faire paraître ce +nouveau travail. + +J'ai dû remettre à une date ultérieure _Les Arts Accessoires_[1] +destinés, dans mon intention, à faire suite à l'_Essai_, et +interrompre la série de ces Études pour déférer au vœu, souvent formulé, +de me voir publier un ouvrage esthétique et pratique sur Florence et sur +la Toscane, c'est-à-dire Pise, Lucques, Pistoie, enfin Sienne et ses +alentours. + +[Note 1: _Un Essai d'Itinéraire d'Art en Italie_, p. 3, note.] + +Le volume qui paraît aujourd'hui est consacré à Florence et à ses +environs immédiats, matière aussi inépuisable que variée. + +L'expérience m'a fait reconnaître quelle perte de temps et quelle fatigue +seraient évitées, si, au lieu d'errer à l'aventure, on pouvait procédé +méthodiquement et embrasser dans une même visite tout ce qui, dans un +même rayon, est digne de remarque. + +Pour assurer ce classement, il m'a paru indispensable d'établir un plan +spécial de Florence divisé en huit régions correspondant chacune à un des +huit chapitres du volume et cela de manière à ce qu'une vue, tout à la +fois d'ensemble et de détail, se présente aux yeux du lecteur. Le besoin +de clarté m'a encore poussée à m'attacher avec un soin jaloux à la +rédaction des tables. Elles sont une brève et complète nomenclature, une +sorte de catalogue fidèle autant du livre que de la ville elle-même, où +l'on trouvera résumé à sa place alphabétique tout ce qui, dans un même +lieu, doit fixer l'attention et se graver dans la mémoire. + +A Florence, l'étude de l'art et des monuments est si inséparable, si +indissoluble de l'histoire, que j'ai dû forcément placer en tête de cet +essai un aperçu historique qui me permît de faire évoluer dans son +milieu, à l'aide des événements d'où il a découlé, le noble et complet +art toscan. Autant que possible, je me suis efforcée d'évoquer l'épopée +florentine et de faire revivre l'inoubliable grandeur de ce peuple, +auquel nulle inspiration généreuse n'a été étrangère et dont le cœur n'a +jamais cessé de battre noblement pour toute idée de justice et de +liberté! + +Aussi Florence est-elle la patrie véritable de quiconque, en quête de +l'Idéal, poursuit sans trève cette éternelle, cette insaisissable +chimère! + +La patrie de tous ceux qui, les yeux fixés sur des horizons inconnus, +entrent chacun à leur tour dans la carrière où, coureurs infatigables, +ils se transmettent le flambeau sacré, sans savoir quelle main le portera +jamais au but. + +S'il est peu consolant de voir, au cours de l'histoire florentine, +l'inanité du progrès et la stérilité de l'effort sous le criminel +envahissement du despotisme, le grain semé n'en a pas moins levé, +produisant une ample moisson, puisque, dans tous ceux qui auront le culte +pur de la Beauté, se perpétuera et fleurira, au travers des temps, l'âme +florentine. + + + + +APERÇU + +SUR + +L'HISTOIRE DE FLORENCE + + + +Par sa situation géographique, la Toscane occupe le centre de l'Italie; +par toutes ses manifestations artistiques, elle en est l'âme. Cette +contrée peu étendue mais privilégiée, comme autrefois la Grèce, par la +beauté des sites, la fertilité du sol, la sérénité du climat, semble, +comme elle, avoir réuni à un degré unique toutes les conditions propices +au développement de l'esprit humain. + +La première fois que, dans les temps antiques, un peuple digne de mémoire +se rencontre en Italie, c'est en Toscane. Les Étrusques, venus des +plateaux de l'Asie centrale, comme tous les immigrants par lesquels fut +colonisée l'Europe, y apportaient les bienfaits de toutes les +civilisations rencontrées par eux dans leurs étapes successives, soit en +Asie Mineure, soit en Grèce ou en Sicile. C'est dans ce fait que réside +assurément l'explication toute naturelle de la culture politique, de la +culture artistique, si prématurément développées chez le peuple toscan. + +Entre l'Etrusque et le Toscan existent les mêmes affinités qu'entre le +Gaulois et le Français, c'est-à-dire que l'influence de la souche +primitive est si persistante, si profondément enracinée qu'on la retrouve +encore par delà les siècles. En effet, la forme massive, pélasgique, pour +ainsi dire, des murs imposants de Cortone ou de Volterra ne se +reconnaît-elle pas dans les lourdes constructions florentines, et leur +bossage même ne rappelle-t-il pas l'appareil étrusque, attestant la +perpétuité d'une forte et puissante race sur le sol toscan? + +La domination romaine amena une nouvelle colonisation de l'Étrurie et +couvrit le pays de villes importantes égales aux anciennes cités, déjà en +pleine prospérité. + +Ce ne fut pourtant que lorsque Antoine et Octave fondèrent leurs colonies +militaires en 50 avant J.-C. que l'une d'elles, s'étant fixée dans la +partie du pays réputée la plus fertile, et émerveillée de la richesse de +sa nouvelle patrie, appela la ville qu'elle bâtit Florentia, c'est-à-dire +la ville des Fleurs. + +Jusque vers le IVe siècle il n'est guère fait mention de la colonie que +l'on retrouve à cette époque jouissant de franchises et de droits +étendus, en lutte ouverte contre le christianisme, auquel il faudra plus +d'un demi-siècle pour devenir la religion définitive du pays. + +Ainsi, dès lors, la destinée semble avoir voué Florence à une suite +perpétuelle d'agitations et d'inquiétudes et son histoire tout entière, +telle qu'à sa première page, n'offrira qu'une longue succession de luttes +et de combats. + +Envahie au Ve siècle par Radagaise, assiégée par Alaric, prise et +reprise par Totila et Narsès, il n'en reste plus pierre sur pierre. +Relevée de ses ruines par Charlemagne et constituée fief de margraves, +elle jouit pendant un siècle et demi d'une tranquillité et d'une paix +heureuses; mais à ce calme devait succéder la tempête sous des tyrans +cupides et violents. Ce fut alors que toutes les espérances se tournèrent +vers le nord, et que l'Empire fut appelé pour la première fois à secourir +l'Italie (962). Avec Othon le Grand, les Allemands s'installèrent sans +scrupule, comme en pays conquis, chez ceux qui les avaient appelés, et +bientôt les évêques et même le Pape ne furent plus que les premiers +fonctionnaires de l'Empire. + +Pourtant la Toscane, au IXe siècle, retrouva sous de nouveaux margraves +une vie propre; elle étendit alors sa domination autour d'elle, à telle +enseigne que le Pape arriva à la considérer comme un rempart contre les +ambitions démesurées de l'Empire, tandis que l'Empereur y voyait un +avant-poste. Le pays n'avait qu'à gagner à ce jeu de bascule, où chacun +lui faisait des avances et lui accordait de véritables avantages pour +tacher de le gagner sa cause. Malheureusement pour lui, en 1069, la +comtesse Mathilde prenait les rênes du gouvernement et le pape Alexandre +II obtenait d'elle l'acte fameux appelé la Renonciation de la comtesse +Mathilde, par lequel elle se déclarait simple dépositaire de sa puissance +et résolue à n'en user que pour le bien de l'Église; c'était la guerre +entre la Papauté et l'Empire, c'était le brandon des luttes terribles qui +allaient ensanglanter la Toscane pendant tant d'années, car ce que +Mathilde donnait à l'Église, les lois de l'Empire ne lui permettaient pas +d'en disposer. + +Aussi Henri IV, malgré Canossa, envahit-il aussi la Toscane. Sienne, +Pise, Lucques, se décidèrent en sa faveur; Arezzo et Pistoie se donnèrent +à lui et leurs évêques, bien qu'excommuniés, continuèrent à officier +(1081). En récompense de leur fidélité Henri IV octroya aux villes +d'amples franchises et confirma la fondation des libertés urbaines, +tandis que Florence supportait le poids de son attachement au Pape et à +la comtesse Mathilde et qu'assiégée, elle ne devait son salut qu'au +départ précipité de l'Empereur pour l'Allemagne. Les quatre années qu'il +y resta permirent à Mathilde de jeter les bases d'un gouvernement et +d'embellir la ville en y édifiant de nombreux monuments, Florence +entreprenait alors de petites guerres contre ses voisins et concluait +avec eux des alliances où perçait pour la première fois son esprit actif +et pratique. + +La mort de Mathilde ouvrit sa difficile succession et ses biens furent +disputés âprement par Henri V, le successeur d'Henri IV, et par le pape +Pascal II, appuyés, l'un sur les droits du fief, l'autre sur ceux de la +donation. Comme tous les deux sollicitaient également l'appui des villes, +ils durent, dans le but de se les acquérir, accorder privilèges sur +privilèges, créant ainsi leur indépendance, car elles n'avaient garde de +se donner et demeuraient platoniquement pour l'Empereur ou pour le Pape. + +Après, des rivalités et des luttes sanglantes entre Sienne, Pise et +Florence, l'avènement de Frédéric Barberousse, en 1154, vint rallier tous +les intérêts devant le danger commun de l'invasion par l'Empereur d'un +pays qu'il considérait comme traître et rebelle. Aussi, à sa mort, les +cités s'engagèrent-elles à ne plus accepter d'autre souveraineté que +celle du Pape. + +Dès cette époque, la petite ville des «Mark-grafs» et de la comtesse +Mathilde était devenue un État puissant avec une organisation intérieure +déjà compliquée. + +Les corps des métiers constituaient de puissantes corporations divisées +elles-mêmes en métiers nobles et en métiers vils. Les premiers, seuls, au +nombre de sept, comptaient pour l'administration ou le gouvernement de la +cité. + +D'abord venait l'ancienne et puissante corporation des marchands de +laine, fabricants de draps grossiers, de lainages ordinaires, à côté de +laquelle s'était formé au XIIIe siècle «l'arte de Calimara», commerçants +en draps étrangers, auxquels ils donnaient le fini florentin. Venaient +ensuite l'art de la soie, destiné plus tard à un grand développement, et +enfin, en toute première ligne, les manieurs d'argent, banquiers, +changeurs ou usuriers, qu'on appelait «les maîtres de la Zecca», qui +allaient devenir les plus grands bailleurs de fonds du monde entier. Les +banquiers florentins étaient les préteurs des souverains et des Papes, +par lesquels ils étaient même chargés de percevoir les revenus de +l'Eglise en tous lieux. A côté d'eux, la multiplicité et la diversité des +monnaies faisaient des changeurs une véritable puissance encore doublée +par la prérogative de battre monnaie pour le gouvernement florentin. Les +trois autres corporations étaient celles des médecins et apothicaires, +des peaussiers et fourreurs, des hommes de loi, juges et notaires. Les +chefs des «métiers nobles» firent la police et presque la loi jusqu'au +jour où, sans institution nouvelle, par la force des choses, ils +devinrent les magistrats communaux et formèrent le premier gouvernement +florentin. Ils s'appelèrent successivement recteurs, prieurs et plus tard +«capitani» quand ils ne furent plus, sous l'autocratie, que les simples +délégués des quartiers qu'ils représentaient. A côté de l'aristocratie +marchande, il fallait ménager une place aux nobles, les uns immigrés +allemands fixés à Florence, les autres seigneurs féodaux, incommodes +voisins qu'on avait fait descendre de leurs châteaux et qui haïssaient et +méprisaient également les marchands. + +Ces familles dont les chefs, appelés «Capitani», n'étaient pas +justiciables des tribunaux consulaires, se consacraient uniquement à la +carrière des armes et en tiraient souvent une gloire dont le prestige +amenait une population bourgeoise à choisir des consuls dans leurs rangs. +Par suite de cette immixtion dans les affaires de l'État, les nobles +prirent une arrogance redoutable et les querelles qui ne cessaient de +s'élever entre eux devinrent si terribles, que, pour se mettre en sûreté, +ils en arrivèrent à munir leurs palais de tours démesurées et à les +transformer en citadelles inexpugnables, quelquefois assez rapprochées +pour qu'on pût se frapper de l'une à l'autre. Cet état de guerre +n'existait pas seulement de nobles à nobles, et de nobles à marchands, +mais ces derniers eux-mêmes étaient encore divisés par les rivalités de +métier. De plus, s'ils voyaient avec joie les nobles s'épuiser en luttes +sanguinaires, à leur tour ils vivaient en défiance continuelle de la +classe placée au-dessous d'eux et de beaucoup la plus nombreuse, celle +qui, originairement composée de serfs, ne comptait pour rien dans le +gouvernement recruté parmi le «primo popolo». + +A cette époque (1208), l'expérience avait démontré que, dans les conflits +de plus en plus graves qui mettaient les grandes familles aux prises, les +nobles ne prendraient jamais au sérieux les arrêts prononcés par des +juges qu'ils considéraient comme des inférieurs et qui eux-mêmes avaient +à redouter leurs ressentiments et leurs vengeances. Aussi Florence et les +autres gouvernements démocratiques de la Toscane reconnurent-ils la +nécessité d'instituer une magistrature suprême, dont l'autorité s'imposât +à tous. Ce nouveau pouvoir fut celui du Podestat. + +Originairement le «Potestate» était un commissaire impérial chargé +d'administrer au nom de l'Empereur. Cette magistrature, instituée par +Frédéric Barberousse, fut rapidement délestée et conspuée dans les villes +où elle exerçait un pouvoir absolu et despotique. Mais, si le +gouvernement des Podestats avait ses inconvénients, on ne tarda pas à +reconnaître que leur qualité d'étrangers les prédisposait à une grande +impartialité dans leurs jugements. On se résolut alors à choisir au loin +le magistrat auquel on confierait cette autorité redoutable et à ne la +lui confier que pour une période limitée, pendant laquelle il lui serait +interdit de nouer aucune relation avec ses justiciables. + +Le XIIIe siècle ne voit que grandir la discorde, que se multiplier les +factions, et cet état de guerre intestine offre le plus étrange contraste +avec la prospérité et la richesse croissantes du pays. + +La première scission effective dans le parti de la noblesse (1215?) fut +causée par la rupture d'un mariage projeté entre un Buondelmonti et une +Uberti et cela sans autre motif que le bon plaisir du premier, affront +que les Uberti lavèrent en assassinant Buondelmonte. Cet événement jeta +les Uberti dans le parti de l'Empereur, tandis que les Buondelmonti +embrassaient le parti populaire et que, derrière leurs deux maisons, se +groupaient les principales familles florentines constituant deux factions +rivales profondément hostiles. + +Ce ne fut pourtant qu'en 1240 que furent adoptées les fameuses +dénominations de Guelfes et de Gibelins, sous lesquelles les partis +allaient ensanglanter l'Italie. Ces noms d'origine allemande n'étaient +primitivement que les cris de guerre et de ralliement des deux maisons en +perpétuelle rivalité pour le trône impérial. «Hye Woelf» pour Guelfe de +Bavière, «Hye Weibligen» pour les Hohenstaufen. Ce double appel passa les +Alpes avec les Allemands, pour désigner plus tard, après la guerre des +Investitures, le parti de la démocratie et celui de la féodalité. C'est à +partir de cette époque que les noms de Guelfes et de Gibelins perdirent +leur signification primitive et s'appliquèrent en Italie aux partisans du +Pape ou de l'Empereur, sans que les villes eussent parfois d'autre +conviction pour être guelfes ou gibelines que l'espoir des avantages à +tirer de l'une des deux puissances. + +De 1220 à 1258, Florence fut la proie des partis dont la lutte devenait +de jour en jour plus acharnée. La faction au pouvoir, non satisfaite de +proscrire l'autre, rasait les habitations et confisquait les biens des +vaincus. Si l'Empereur descendait en Italie, les Gibelins étaient les +maîtres; si l'Empereur s'éloignait, ils prenaient à leur tour le chemin +de l'exil et cédaient la place aux Guelfes triomphants. Au milieu de tant +d'éléments de désordre auxquels s'ajoutaient les querelles religieuses, +les menaces d'hérésie, l'interdit et l'excommunication, on reste surpris +et confondu de l'énergie prodigieuse, de la vitalité puissante de ce +peuple où les pires calamités ne portent nul préjudice au développement +intellectuel, à la prospérité croissante des arts, des sciences et de la +fortune publique. + +A cette époque, les ambitions inassouvies de Florence ne connaissaient +aucun frein. Elle entreprenait une expédition contre la puissante Pise +et, après une lutte meurtrière, elle arrivait à réduire et à soumettre sa +rivale; mais ce résultat ne la satisfaisant pas encore, elle n'eut de +cesse qu'elle ne fût entrée en campagne contre l'orgueilleuse Sienne. +Cette cité, gibeline par excellence, était le refuge de tous les +proscrits florentins, ce dont la guelfe Florence lui gardait une terrible +rancune. + +La compétition entre les deux villes devait se terminer aux portes mêmes +de Sienne par l'effroyable défaite de Montaperto (1260), dont le résultat +fut de livrer Florence, sans défense possible, à la réaction gibeline. +Les Gibelins rentrés au pouvoir, leur première pensée fut de raser +Florence, «ce repaire du parti guelfe». Le plus illustre des proscrits, +Farinata degli Uberti, se leva seul pour protester en demandant «si +c'était pour ne pas mourir dans sa patrie qu'il avait tant souffert», et +il jura qu'il la défendrait jusqu'à son dernier soupir. + +Comme Farinata avait une grande autorité, son intervention sauva la +ville, mais elle n'en fut pas moins réduite à un degré d'infériorité +humiliant au dernier point. + +Après leur triomphe, les Gibelins au pouvoir eurent à compter avec le +parti guelfe dont l'opposition sourde et constante fut d'autant plus +haineuse qu'il avait plus à redouter l'influence du parti modéré gibelin +qui, par de sages mesures, offrait aux Guelfes la possibilité de rentrer +dans leur patrie, sans lutte. + +Ces vues pacificatrices ne manquèrent pas d'exciter de grandes +inquiétudes aussi bien chez les Guelfes que chez le Pape qui voyaient +dans l'apaisement des esprits la perte de leur influence. Leur politique +devait donc consister à exploiter la moindre apparence de mécontentement +et à nier la bonne foi des Gibelins, en les déclarant incapables de +gouverner avec impartialité et douceur. Le peuple n'était pas mûr pour +comprendre l'intérêt qu'il pouvait y avoir à établir une paix durable par +des concessions réciproques; prompt à accueillir les conseils et les +insinuations perfides, il se souleva contre les Gibelins, les expulsa et +ouvrit ses portes à Guy de Montfort et aux Français (1267). + +Le gouvernement guelfe rétabli s'empressa d'offrir à Charles d'Anjou la +seigneurie de Florence avec le droit d'y déléguer un vicaire royal et un +podestat chargés de tous ses pouvoirs. Les biens des Gibelins furent +confisqués et partagés en deux portions: la première distribuée à titre +de dommages-intérêts, tandis que la seconde allait constituer le trésor +connu sous le nom de «Masse guelfe», destiné à servir de fonds de réserve +au parti. Par suite de ces événements, Florence redevenait guelfe dans +l'âme et le lys rouge, symbole guelfe par opposition au lys blanc, +symbole gibelin, imposa sa couleur à toute chose. En face d'une si +violente réaction, la minorité gibeline qui avait été tolérée, dut +elle-même se transformer et, suivant la marche des événements et des +idées, devenir peu à peu l'élément modéré du parti guelfe. + +L'année 1282 est marquée dans l'histoire de Florence par la constitution +définitive de la République, forme gouvernementale impérieusement +réclamée, comme seule capable de soustraire l'État à la domination d'un +maître étranger ou à la tyrannie des coteries locales. Pour remplir une +fonction publique, il fallut non seulement être inscrit dans l'un des +arts, mais encore l'avoir exercé. A la tête du gouvernement siégeait un +conseil qui formait la Seigneurie. Il était composé des six prieurs des +arts nobles représentant leur corporation et un quartier de ville +(Sestiere). Ces magistrats, élus pour deux mois, n'étaient pas +rééligibles avant deux années révolues. Investis de tout le pouvoir +exécutif pendant toute la durée de leur magistrature, soumis à +l'existence la plus sévère, ils devaient vivre ensemble au Palais Vieux, +nourris aux frais de l'État, mangeant à la même table et couchant en +commun; enfin ils n'avaient sous aucun prétexte le droit de s'absenter. + +La première préoccupation de la République devait être de trouver un +remède aux dissensions de la noblesse devenues intolérables. Le +gouvernement promulgua, à cet effet, une sorte de charte par laquelle il +proscrivait les familles nobles les plus irréductibles et soumettait les +autres aux pénalités les plus rigoureuses. Mais, devant l'inefficacité de +la loi et l'impossibilité de l'appliquer, il fallut chercher un moyen +énergique pour maintenir l'ordre dans la cité, et on se résolut à +investir un magistrat d'une autorité redoutable: ce fut la création du +Gonfalonat, destiné à devenir par la suite la première charge de la +République. + +Le Gonfalonier, élu par les anciens prieurs, avait droit de justice sur +tous les citoyens indistinctement et pouvait exercer ses poursuites de +jour et de nuit, à toute heure et en tout lieu. Au début, il vivait avec +les prieurs; mais l'importance de sa charge était telle que, peu d'années +après son institution, il avait un train luxueux et considérable. + +A cette époque se place l'arbitrage de Florence appelée par Pistoie à se +prononcer entre les deux partis qui, sous la dénomination des Blancs et +des Noirs, déchiraient et ensanglantaient la malheureuse ville. Mais +Florence, en rétablissant l'ordre dans Pistoie décimée par la plus +effroyable guerre intestine, prit elle-même le mal qu'elle venait guérir +et bientôt les Blancs et les Noirs remplaçaient les Guelfes et les +Gibelins et la livraient à toutes les horreurs des guerres civiles. + +Les Blancs, c'est-à-dire les Gibelins, étant au pouvoir, les manœuvres +des exilés guelfes, conspirant sous la conduite du pape Boniface VIII et +de leur chef Corso Donati, ouvraient Florence à Charles de Valois, +troisième fils de Philippe le Hardi, décoré pour la circonstance des +titres de vicaire général de l'Église et de défenseur de l'Italie. + +Le jour de la Toussaint 1301, Charles faisait son entrée triomphale dans +la ville où son premier acte fut naturellement un parjure, car après +avoir juré de respecter les biens et les propriétés, il ouvrait les +portes à Corso Donati et aux Noirs triomphants, et livrait au massacre, +au pillage et à la plus affreuse proscription ceux qui avaient eu foi en +ses serments. + +C'est vers 1300, au milieu de luttes désolantes, qu'apparaît pour la +première fois le nom de Dante Alighieri, membre de l'art des apothicaires +et l'un des prieurs. Par ses ascendants, le Dante était guelfe, car un de +ses ancêtres avait figuré avec honneur à la sanglante défaite de +Montaperto, comme garde du corps du fameux «Caroccio», le palladium de +Florence, et cet événement avait jeté les Alighieri dans l'exil. + +L'éducation de Dante fut des plus soignées: Brunetto Latini lui enseigna +les lettres latines; adolescent, il étudia la philosophie à Florence; +homme fait, la théologie à Paris. Il rentra ensuite dans sa patrie où +l'attendait la guerre civile. + +Dante exerça les premières charges de la République, il fut nommé +quatorze fois ambassadeur et mena à bien les négociations les plus +difficiles; bien qu'il fut guelfe, le Pape n'eut pas à Florence de plus +acharné adversaire contre ses demandes d'hommes et d'argent. Son +opposition alla même si loin que Boniface VIII, irrité, frappa Florence +d'interdit. + +Par un de ces retours trop communs dans l'histoire des gouvernements +populaires, Dante, alors en ambassade à Rome, fut accusé de concussion et +condamné à une amende considérable, faute du paiement de laquelle +«seraient prononcées la dévastation et la confiscation de ses biens, +jointes à l'exil éternel». Comme Dante ne voulut pas reconnaître le crime +dont on l'accusait injustement, il abandonna sa patrie, sa fortune, ses +amis, ses emplois; et ses biens furent vendus au profit de l'État, tandis +qu'on passait la charrue et qu'on semait le sel sur le terrain où s'était +élevée sa maison. Comme si ces mesures iniques ne suffisaient pas encore, +on le condamna à mort par contumace et on le brûla en effigie à la place +même où, deux siècles plus tard, on devait brûler Savonarole! + +Guelfe de naissance, devenu gibelin par haine, Dante allait errer +dix-neuf ans loin de sa patrie. Le dédain et la soif de la vengeance +firent de lui le poète sublime de la Divine Comédie, celui qui, nouvel +Homère, devait peupler l'enfer de ses haines et le paradis de ses amours. + +Il avait écrit l'Enfer à Vérone, il composa le Purgatoire à Gagagnano et +acheva l'œuvre au château de Tolmino dans le Frioul. Il se rendit ensuite +à Ravenne où il devait mourir, et c'est dans cette ville qu'il publia son +poème tout entier, dont l'Italie fut révolutionnée à tel point qu'on se +demanda si c'était un vivant qui avait été capable de raconter de +pareilles choses. + +C'est de cette année 1302 qui voyait Charles de Valois et les Noirs +maîtres de Florence, que date l'exil de l'homme destiné à flageller si +impitoyablement une patrie injuste et ingrate. Dans un intérêt mal +entendu, Dante en était venu à souhaiter l'Empereur maître du monde et de +l'Italie. Il maintenait dans son système la suprématie spirituelle du +Pape et faisait de l'Empereur l'ouaille du Pape, et de la Papauté la +vassale de l'Empire, théorie inapplicable et toute scolastique qu'il +expose et qu'il développe dans son livre de la Monarchie. + +Les années 1328 et 1329 furent des plus désastreuses pour Florence. Les +mauvaises récoltes, la disette, les banqueroutes, jointes au fléau des +invasions et aux difficultés intérieures de tout ordre, la mettaient dans +la situation la plus critique. De 1340 à 1346, elle fut en proie aux +mêmes calamités. Gênes et Pise ayant accaparé les blés, la Seigneurie dut +acheter au poids de l'or les grains nécessaires à la subsistance de la +ville. + +Dans l'année 1347, Florence eut à pourvoir aux besoins de plus de cent +mille personnes, mais l'insuffisance et la mauvaise qualité du pain +augmentèrent la mortalité dans une telle proportion qu'on en vint à ne +plus sonner les cloches et à ne plus annoncer les décès. Pour comble de +maux, la peste se mit de la partie et les corps épuisés par la famine +n'étaient que trop prédisposés à la contagion. Du reste, au printemps de +1348, l'épidémie gagna toute l'Europe, et quelques cités alpestres de la +Suisse, du Milanais ou du Tyrol échappèrent seules au fléau. + +Les malades, à peine atteints, étaient couverts de bubons charbonneux +accompagnés d'hémorragies, et bientôt personne ne voulut plus les +soigner. Au premier symptôme du mal, la maison était abandonnée et il ne +restait au malade d'autre ressource que de mourir dans l'isolement, bien +heureux encore si, avant de le quitter, on laissait à sa portée de quoi +calmer la soif qui le dévorait ou, en cas de mieux, de quoi ne pas mourir +de faim. Quand la mort survenait, ce n'était parfois qu'au bout de +plusieurs jours que l'on s'en apercevait et que l'on venait enlever un +cadavre souvent en pleine décomposition, ce qui ne contribuait pas +médiocrement à entretenir l'épidémie. Des fortunes colossales furent +acquises alors; les drapiers qui avaient en magasin des stocks de drap +noir, s'enrichirent subitement; tout ce qui touchait à la mort se payait +au poids de l'or. + +Aux cimetières, on creusait de grandes fosses où les cadavres étaient +couchés par centaines et où, selon l'expression tragico-macabre de +Villani, «on jetait sur chaque rangée de corps une légère pelletée de +terre, comme on saupoudre de fromage les vermicelles». + +Dans les campagnes, la peste était encore plus redoutable que dans les +villes. Boccace, dans un récit plein d'horreur, montre les paysans +mourant dans leurs maisons ouvertes ou sur les chemins, et leurs cadavres +empestant l'air, car personne ne se souciait de les ensevelir, tandis que +le bétail, errant sans berger, rentrait de lui-même aux étables, ou bien +gagnait la contagion en rôdant autour du maître mort. A la longue, on +reconnut que le plus sage était encore d'éviter les exagérations, et les +moribonds purent retrouver quelques soins. + +Même en 1352, la peste n'avait pas disparu complètement de l'Europe, et +dix ans plus tard, on ne s'était pas encore remis des perturbations +sociales qui en étaient résultées. La fortune publique se trouvait +entièrement déplacée; on voyait dans l'opulence médecins, apothicaires, +garde-malades, marchands d'herbes médicinales, de volailles et de +pâtisseries, tandis que beaucoup d'anciennes familles, ruinées par la +cherté des denrées, se trouvaient presque dans la misère. Ce qu'il y eut +de plus singulier au milieu de ces calamités publiques, ce fut la +poursuite effrénée des plaisirs, ce fut la folle gaieté à laquelle on se +livrait pour échapper, semblait-il, au spectre menaçant de la mort. Au +moment où la peste noire faisait à Florence ses plus effroyables ravages, +les citoyens tremblants, désespérés, cherchaient à s'étourdir dans de +folles orgies, et Boccace, après en avoir tracé le lugubre tableau, +commence les charmants récits de son Décaméron. C'est un étrange +contraste, quand on est encore sous l'impression de la terreur laissée +par le début, de voir ces jeunes cavaliers et ces jeunes femmes, assis +sur de verts gazons, se livrer à de joyeux devis, sans jeter en arrière +aucun regard de compassion vers la ville qu'ils ont fuie et dont on +entend les gémissements dans le lointain. Le présent est tout pour eux, +et, dans la jouissance du moment, ils veulent oublier que, le lendemain +peut-être, ils seront atteints â leur tour. + +Parmi tant d'épreuves, les dispositions des partis, les sentiments de la +bourgeoisie et du peuple avaient bien changé. Deux classes se +partageaient alors la République: «le peuple gras», où se recrutait +l'aristocratie nouvelle sortie des banques et des comptoirs, et le «menu +peuple», composé des artisans, des ouvriers, des manœuvres de toute +espèce, et animé contre le «popolo grasso» de toute la haine de gens +lésés dans leurs intérêts. Bientôt la question des salaires vint encore +compliquer la situation, et, soutenu par le parti guelfe mécontent de +voir la prépondérance croissante du parti de la banque, le menu peuple, +«les Ciompi», se révolta et, resté un instant maître de la ville, se +livra aux pires excès. Cette révolution de 1378 profita aux seuls chefs +guelfes; mais leur tyrannie s'exerça si odieuse, que bientôt ils furent +renversés par une contre-révolution des «Ciompi» guidée par Thomas +Strozzi, Benedetto Alberti et enfin Salvestro Médicis. Les chefs guelfes +furent forcés de quitter la ville où leurs propriétés furent saccagées et +pillées, et où leurs vies mêmes ne furent sauvées que grâce à +l'intervention de Salvestro Médicis, alors podestat et idole du peuple. + +La famille des Médicis, qui apparaît alors pour la première fois dans un +rôle prépondérant, était originaire de Mugello. Déjà à cette époque de +1378, elle était riche, industrieuse, puissante, et avait donné des +magistrats habiles et populaires à la République. Villani cite les +Médicis en 1304 parmi les chefs du parti des Noirs, et plus tard l'un +d'eux marqua par son opposition au duc d'Athènes, sur l'ordre duquel il +fut décapité. + +Une nouvelle révolte des «Ciompi» en 1382 mit le Gonfalonat entre les +mains d'un des leurs, Michel Lando, homme d'une valeur et d'une intégrité +exceptionnelles; mais bientôt le parti aristocratique ressaisit +l'autorité, et l'ère des soulèvements populaires, des revendications des +plus faibles contre les plus forts, fut close sans retour. Avec toutes +les chances de succès, les «Ciompi» échouèrent pour n'avoir pas su à +propos se contenter de bénéfices relatifs et indirects. + +Ils payèrent chèrement cette faute, car les arts majeurs, exaspérés par +la crainte qu'ils avaient eue, devinrent leurs pires ennemis. +L'aristocratie marchande, jalouse de son autorité, ne devait plus quitter +le pouvoir, mais, coterie exclusive, furieuse d'avoir failli perdre ses +privilèges, alors même qu'elle les avait recouvrés, elle rompit avec tout +ce qui était démocratique et resta un corps absolument fermé. C'est ainsi +que les humbles et les petits arrivèrent à considérer comme heureux le +sort des villes où des tyrans faisaient peser le joug moins lourdement +sur les pauvres que sur les riches, et le peuple ne vit plus dans ces +despotes que des instruments pour l'exécution de ses vengeances et de ses +haines. Les Médicis arrivaient à point nommé pour remplir un tel rôle. +L'astuce de ces banquiers enrichis tissa longuement et patiemment sa +trame, mais ils eurent l'art de tenir soigneusement cachés leurs perfides +et ambitieux desseins; ils ne leur donnèrent corps que lorsque la faveur +populaire leur eut tout permis. D'une habileté plus qu'excessive, ils +spéculèrent sur le mérite très surfait du médiocre Salvestro et firent de +la popularité exagérée de cet ancêtre le marche-pied de leur élévation. A +partir de ce moment, les glorieuses pages de l'histoire sont terminées +pour Florence, car à travers de brillants épisodes se poursuivront les +progrès du mal auquel succombera ce qui l'avait faite si noble et si +grande, la Liberté et la République. + +Ce ne sera pas sans révoltes que cette population fière, indocile, ivre +de liberté, verra une famille de marchands enrichis confisquer une à une +ses libertés publiques; elle se défendra énergiquement et cherchera par +tous les moyens possibles à faire rentrer dans le rang ces ambitieux +auxquels il ne faudra rien moins que l'intervention armée de +Charles-Quint pour imposer leur domination. + +A coté de Salvestro se place encore à la tête du parti populaire Jean de +Médicis, son cousin, qui tenait comme lui un rang considérable. Comme ses +devanciers, modéré en apparence, mais ambitieux au fond, Jean pratiqua +avec succès la politique expectante de sa famille, tandis que, grâce à +son immense fortune, à son inépuisable munificence, et aux prêts +considérables qu'il consentait aux princes et aux souverains, son crédit +et sa renommée s'étendaient au loin. Attentif à éviter les querelles des +partis, il n'allait au Palais que lorsqu'il y était appelé, et par sa +prudence il détourna avec un rare bonheur tous les soupçons. Il sembla +accepter par désintéressement les charges publiques, et lorsqu'il les +remplit, il se posa comme protecteur du peuple, en attendant de devenir +son chef. Loin d'abuser de la situation, il persévéra dans la voie +circonspecte qu'il s'était tracée et se contenta de s'opposer à de +nouveaux empiétements de l'oligarchie. Jean de Médicis mit le sceau à sa +popularité par sa conduite désintéressée à la suite de la guerre avec +Philippe Marie, en 1428. Après avoir tout fait pour détourner Florence de +cette entreprise hasardeuse, il sut, en présence des malheurs publics, +oublier ses opinions et, mettant tout en œuvre pour venir au secours de +la République, y consacrer même une partie de sa fortune personnelle. Il +sut également résister aux ouvertures qui lui furent faites pour réformer +la constitution au profit des classes supérieures et s'opposer à l'emploi +de la force pour opprimer le peuple. Il disait qu'en ce qui le +concernait, son désir n'était pas de ranimer les factions, mais bien +plutôt de les éteindre; aussi ne voulut-il pas non plus tirer parti de +ces ouvertures pour s'en faire une arme contre ses adversaires +politiques, bien qu'il y fût poussé par les clients de sa maison et par +son fils Cosme qui le blâmaient de compromettre à force de modération +l'avenir de son parti et la grandeur de sa race. + +Fidèle à sa tactique de libéralisme, Jean de Médicis proposa une nouvelle +loi destinée à répartir plus également les contributions, en les réglant +d'après la quotité des biens possédés par chacun. Cette loi fameuse, +appelée «le Castato», était une véritable révolution économique et +sociale, car elle rétablissait des taxes équitables et supprimait les +privilèges. Aussi excita-t-elle autant d'enthousiasme chez ceux qu'elle +exonérait que de colère et de haine chez ceux qu'elle frappait, et comme +de raison, l'auteur en fut salué par la reconnaissance du peuple comme le +plus zélé défenseur de ses droits et de ses libertés. Jean de Médicis +mourut en 1429, laissant à ses fils les plus sages conseils et emportant +dans la tombe la reconnaissance d'un peuple dont il n'avait cessé d'être +le bienfaiteur. Les regrets que causait sa mort étaient encore aggravés +par une situation des plus difficiles. + +Cette première moitié du XVe siècle donne lieu en effet à des réflexions +peu consolantes. C'est au milieu de mesquineries de toutes sortes, de +complications aussi bien intérieures qu'extérieures que se prépare dans +ses origines troublées et impures le règne néfaste des Médicis où doit +sombrer tout ce qui fit la Toscane glorieuse pendant des siècles. + +Après la mort de Jean, l'oligarchie et les Albizzi reprirent le pouvoir +et conduisirent les affaires publiques, tandis que Cosme, héritier de la +popularité paternelle, se posa dès l'abord comme leur adversaire acharné. + +Cosme de Médicis avait un peu plus de quarante ans lorsque le cours des +événements lui donna le rôle prépondérant qu'il ambitionnait. + +Grave, prudent, astucieux, il n'était, disent les chroniques du temps, +«qu'un renard rusé et trompeur»; libéral et humain par calcul, il +recherchait la faveur du peuple sans l'aimer et sans avoir les qualités +extérieures nécessaires pour le séduire. Laid de sa personne, d'un +extérieur mesquin, il ne savait que merveilleusement parler et disserter +au milieu des savants, mais il était complètement dépourvu des dons +propres à entraîner et à convaincre. + +Son esprit s'était formé par l'étude et aussi par de lointains voyages +entrepris pour la banque des Médicis. Depuis son retour, il affectait de +se tenir éloigné des charges publiques, mais il fréquentait des hommes de +toutes conditions, dans le dessein manifeste de se faire des partisans. + +Le mot d'ordre donné par Cosme était de répéter que tout allait mal, de +semer le découragement dans les masses et de les amener peu à peu au +dégoût du régime oligarchique; mais son plus puissant levier était +l'immense fortune qui lui permettait d'acheter une popularité que son +père avait eu moins de peine à acquérir. + +Contre Cosme et sa faction se dressaient les trois plus anciennes +familles de Florence, qui n'entendaient nullement se soumettre à ces +parvenus: c'étaient les Pazzi, les Pitti et les Acciajuoli. Las de +rencontrer partout sur leur route, en affaires et en politique, un rival +de plus en plus redoutable, ils lui faisaient une violente opposition. +Ligués pour sa perte, ils achetèrent en 1432 le nouveau gonfalonier, +homme vénal, et l'amenèrent à se saisir de Cosme et à le jeter en prison, +sous prétexte de conspiration contre le régime établi, de dilapidation et +d'usure. C'était une accusation plus qu'injustifiée, car Cosme était de +ceux qui donnent, et non de ceux qui prennent. Quoi qu'il en soit, cette +détention fut de courte durée, et Cosme, banni pour un an, prit le chemin +de Padoue où il fut exilé après avoir acheté au poids de l'or cette +liberté relative. A Padoue, il devint le chef de tout ce que Florence +comptait de mécontents; aussi, quand en 1434 les élections mirent le +pouvoir aux mains de ses partisans, l'oligarchie fut-elle tout de suite +définitivement désarmée. + +Profond politique, loin de rentrer aussitôt à Florence, il laissa peser +sur ses amis tout l'odieux des représailles. Si la clémence fut appliquée +aux classes inférieures dans une large mesure, les dernières rigueurs +furent, sans scrupule et sans miséricorde, exercées contre l'aristocratie +vaincue. Il suffisait d'avoir mal parlé du gouvernement pour être spolié +de ses biens et enfermé «aux stinche», d'où l'on avait grande chance de +ne jamais sortir. Tel qu'Octave, Cosme non seulement laissa faire, mais +encore mit à son retour les conditions les plus dures, qu'il fit imposer +par d'autres que par lui. Enfin, le plus fort de la besogne étant fait, +il rentra à Florence, la veille du jour où on l'attendait, se dérobant au +triomphe qu'on lui préparait. Ce ne fut que plus tard que ses +panégyristes, en le proclamant «Père de la Patrie, Bienfaiteur du +peuple», eurent l'idée de le représenter rentrant dans la ville +triomphalement porté sur les épaules de ses concitoyens. + +Cosme, maître du pouvoir, continua à proscrire sans pitié tous ceux +contre lesquels il nourrissait quelque ressentiment; mais estimant avec +une justesse de vue rare qu'il ne régnait que grâce à l'opinion et à la +guerre constante faite par sa famille à l'oligarchie, il s'appuya sur le +menu peuple, et l'assouvissement de ses vengeance personnelles passa pour +une satisfaction accordée à la haine générale. Grâce au point d'appui +qu'il prit constamment sur la démocratie, il arriva à transformer son +pouvoir d'influence en pouvoir d'autocratie, œuvre de patience hypocrite +et lente, à laquelle son caractère était singulièrement porté. Telle +était son astuce qu'alors qu'il était le maître de Florence, aucun acte +public, aucune pièce ne furent revêtus de sa signature; mais son pouvoir +occulte n'en était que plus redoutable. + +A ce moment, les traits communs entre Cosme et Octave s'accentuent +encore. Cosme en effet ne devint clément, comme Auguste, que lorsque, +après son nivelage terrible, il n'eut plus rien à redouter. A Florence, +comme autrefois à Rome, la République n'existait plus que de nom, bien +que ces deux grandes ambitions eussent également affecté d'en respecter +la forme; et le succès de ce travail souterrain fut tel qu'à la mort de +Cosme, son fils Pierre, incapable et impotent, héritait sans difficulté +de ses fonctions. + +De 1453 à cet avènement, le gouvernement tourna de plus en plus à +l'autocratie. Toute opposition avait disparu, décimée, fauchée, +proscrite, et les Médicis n'avaient plus à lutter que contre les idées +souvent trop avancées de leurs propres partisans. + +Un des chefs les plus considérables de ces factions cosimesques était +Lucca Pitti, qui, nommé plusieurs fois gonfalonier, était l'âme damnée de +Cosme et lui était plus dévoué que tout autre. Grisé par l'apparente +prépondérance que Cosme lui abandonnait volontairement, il voulut, à +défaut d'autorité, éclipser les Médicis par son luxe. A cet effet, il +commanda à Brunelleschi le fameux palais appelé encore de son nom et pour +la construction duquel tout criminel, tout individu coupable de vol ou de +meurtre, trouvait, en s'employant à la bâtisse, un asile inviolable. +Quoique Pitti eût tiré un large parti du régime de l'arbitraire pour +mener son édifice à bien, il dut l'abandonner inachevé, car il était +devenu la ruine de sa maison. + +Malgré tout son pouvoir, Cosme, arrivé au déclin de sa vie, n'était pas +heureux. Après avoir réalisé une fortune extraordinaire, puissant au +dedans, respecté au dehors, il souffrait d'infirmités qui le torturaient, +sans lui laisser un instant de répit. + +En 1450, il avait perdu son frère Lorenzo, dont la postérité était +destinée à remplacer la sienne. En 1463, la mort de son cadet, Jean, +anéantissait ses plus chères espérances, car son fils aîné, Pierre, était +si débile qu'on n'avait jamais présumé qu'il pût lui survivre, et tout +l'avenir de sa maison se trouvait reposer sur les têtes fragiles des +enfants de Pierre, ses petits-fils Laurent et Julien. Quand Cosme mourut +en 1464, à sa villa de Carreggi, ce fut dans un isolement complet, et on +célébra par des réjouissances publiques le retour de la liberté qu'on +pensait avoir reconquise. C'était se réjouir trop tôt, car Florence ne +gagnait, à la mort de Cosme, que de passer sous la domination d'un fils +qui lui était plus qu'inférieur. Ce ne fut que plus tard, et par +comparaison, qu'elle jugea de la différence et que les Florentins, pleins +de regrets rétrospectifs, décernèrent à Cosme le surnom pompeux de «Père +de la Patrie», si mal justifié du reste. + +Au point de vue littéraire, l'époque de Cosme fut incomparable. Les +Médicis eurent la rare fortune d'arriver à point nommé pour récolter +l'admirable moisson préparée sous la République par des siècles de régime +libéral, dont ils eurent l'intelligence de s'approprier les fleurs et les +fruits. Par des soins éclairés et intelligents, en vingt ans, la ville +avait complètement changé de physionomie et doublé d'étendue; elle +s'était couverte d'églises, de monastères et de monuments somptueux. +Cosme commandait à Michelozzo le superbe palais où allaient habiter ses +successeurs jusqu'au jour où leur élévation au rôle de grands-ducs leur +ferait aménager le palais Pitti, comme plus digne d'eux; enfin, à côté de +cette demeure terrestre, Cosme, préoccupé d'élever une sorte de Panthéon +aux mânes de sa famille, édifiait l'Église San Lorenzo qu'il consacrait à +cette destination. Véritable Mécène, il s'était entouré de savants, de +poètes, de philosophes ou d'artistes, dont il était devenu l'ami plus +encore que le protecteur. + +Sa mort devait être le signal d'une réaction violente, à laquelle la +personne même de son successeur donnait plus de prise, car Pierre, à +quarante-six ans, était déjà un podagre pliant sous le poids des +infirmités. Il avait l'esprit borné, il était aussi hautain qu'avare et, +de plus, il avait à peine l'expérience des affaires; il fallait que la +domination de Cosme eût déjà terriblement asservi les Florentins pour +leur faire admettre un principe d'hérédité avec un tel individu. +Pourtant, à la longue, comme l'impopularité de Pierre allait toujours +croissant, ses ennemis, s'étant comptés, se trouvèrent assez nombreux +pour entreprendre la lutte contre lui. Lucca Pitti, Angelo Acciajuoli, +Dietsalvi Neroni, Niccolò Soderini se groupèrent à la tête des +mécontents, minant le terrain sous les pas de Pierre et tâchant, au +dedans comme au dehors, de lui ôter tout appui. Sa situation devint si +périlleuse qu'il dut agir et se décider à risquer la partie, en faisant +arrêter les principaux conjurés par une sorte de coup d'État, pour +l'exécution duquel il eut recours au plus effroyable escamotage. Il fit +inculper les prisonniers de complot contre l'État, de trahison envers la +patrie, et se montra contre eux d'une telle rigueur, d'une si féroce +cruauté que tous ceux qui échappèrent à la torture et à la mort, furent +condamnés à un exil éternel (1466). + +Pierre mourut en 1469, laissant un aussi piètre souvenir à ses +contemporains qu'à la postérité. Ce qu'il y a encore de mieux à en dire +est qu'il fut heureux pour l'avenir de sa maison, que son règne ne se +prolongeât pas assez pour lui permettre de renverser l'édifice si +laborieusement élevé par Cosme, et qui se serait peut-être écroulé, s'il +avait dû le posséder plus longtemps. Des deux fils laissés par Pierre le +Goutteux, Laurent n'avait pas vingt ans et Julien n'en atteignait pas +seize; on pouvait donc se demander à juste titre si Florence serait assez +dégénérée pour subir le joug de deux enfants. On ne le croyait guère et +l'on s'attendait à des changements radicaux dans la forme même du +gouvernement. + +Ce fut une des plus grandes habiletés de Laurent de laisser croire qu'il +résignait le pouvoir, pendant qu'il s'arrangeait avec les partisans de sa +maison pour prendre possession des rênes de l'État, tout en semblant y +renoncer. + +Laurent n'était pas fait pour plaire: trop large d'épaules et laid de +visage, il avait une bouche démesurée, surmontée d'un nez trop étroit et +de gros yeux de myope. L'odorat lui manquait, sa voix était rauque, +tandis que la somptuosité de ses vêtements et l'exubérance de ses gestes +faisaient encore ressortir son air commun. Au moral, si son intelligence +était très vive, son caractère versatile le rendait incapable de toute +persévérance; il n'aimait en réalité que les arts, la littérature ou la +poésie, pour lesquelles il avait une véritable aptitude et où il faisait +montre d'une érudition développée. Il les aimait même d'un amour si +profond qu'il ne souhaitait rien tant que la paix intérieure et +extérieure pour que rien ne le privât du plaisir de s'y livrer tout +entier. + +Des entreprises odieuses contre Prato et Volterra le rendirent si +populaire, qu'on accepta même ses démêlés avec le pape Sixte IV, dont il +voulait obtenir le chapeau de cardinal pour son frère Julien. Il avait +jugé que l'état ecclésiastique était le meilleur moyen de se débarrasser +d'un compétiteur inquiétant, mais comme il n'avait pas su flatter à +propos le népotisme du Pape, non seulement il ne put rien en obtenir, +mais encore il s'en fit un ennemi dangereux autour duquel pouvaient se +rallier tous les mécontents. Les premiers d'entre eux étaient les Pazzi, +rivaux séculaires des Médicis, auxquels vinrent s'ajouter successivement +le roi de Naples et des prêtres de Volterra exaspérés par le sac infâme +de leur ville. La mort de Laurent fut décidée, mais comment et à quel +moment s'exécuterait le meurtre? Frapperait-on les deux frères ensemble +ou séparément? A qui des conjurés incomberait ce soin? Autant de +questions pour lesquelles chacun préconisait sa solution. Enfin, après +maintes hésitations, on résolut de se débarrasser d'eux ensemble et l'on +arrêta qu'on les frapperait au Dôme, le jour de l'investiture du nouveau +cardinal, nommé par le Pape à la place de Julien, cérémonie à laquelle +ils devaient nécessairement assister l'un et l'autre. Ainsi qu'il avait +été convenu, au moment de l'élévation, les conjurés se précipitèrent sur +les Médicis et Julien, mortellement frappé, fut achevé avec férocité par +François Pazzi et Baroncelli. + +A cette vue, les deux prêtres de Volterra chargés d'en finir avec +Laurent, eurent un instant d'hésitation qui lui permit, entraîné par ses +amis les Cavalcanti, de se jeter dans le chœur et de gagner la +sacristie, dont les portes de bronze, chef-d'œuvre de Luca della Robbia, +refermées à point nommé, le mirent hors de toute atteinte. + +Dans ces circonstances, Laurent se montra fort piètre, et après l'échec +de la conjuration, ses amis eurent toutes les peines du monde à lui +persuader de quitter son asile pour rentrer dans son palais; mais la +populace, toujours portée à se prononcer en faveur du succès, l'ayant +acclamé, il dut se montrer, le cou enveloppé de linges couvrant une +légère blessure. + +Il n'entrait pas dans les principes des Médicis d'user de clémence envers +les vaincus; aussi la férocité des représailles fut effroyable et frappa +dans les familles jusqu'aux membres qui non seulement n'avaient pris +aucune part au complot, mais avaient encore ignoré son existence. Il n'y +a pas dans l'histoire d'exemple d'un pareil acharnement; deux années ne +suffirent pas à assouvir les vengeances, et au bout de ce temps, on +refusait encore la sépulture aux victimes. Comme de raison, Julien eut de +somptueuses obsèques, et son frère, ayant appris qu'une femme restait +enceinte de lui, recueillit et éleva l'enfant qui fut plus tard le pape +Clément VII. + +Parvenu au comble de sa fortune, Laurent se voyait, grâce à la tentative +des Pazzi, couronné de l'auréole du martyre et du même coup délivré d'un +frère qu'il aurait fait disparaître, si ce frère avait jamais prétendu au +partage du pouvoir. Il exploita les circonstances avec astuce pour +obtenir des prérogatives presque royales, et la conjuration lui fournit +un admirable prétexte pour se défaire de quiconque le gênait. + +Les trois années suivantes virent croître sans arrêt la fortune de +Laurent; en 1480, il faisait sa paix avec le Pape, et Florence, +réconciliée avec l'Église, le portait aux nues; il obtenait ensuite de +faciles avantages sur des voisins peu redoutables, et, comme dit +Machiavel, «les paix lui faisaient gagner ce que lui faisaient perdre les +guerres». Enfin, en 1488, il devenait l'arbitre et le protecteur de +l'Italie, tandis que, pour cimenter encore mieux sa paix avec Innocent +VIII, sa fille Madeleine épousait le bâtard du pape, François Cybo, et le +Pape donnait le chapeau de cardinal à Jules de Médicis, bâtard puîné de +son frère Julien. + +Par un revirement singulier et fréquent dans l'histoire des Médicis, +pendant que la fortune ne cessait de sourire à Laurent dans sa vie +publique, sa vie privée était assombrie de chagrins domestiques; il +perdait coup sur coup sa fille Louise, sa femme Clarisse, sa sœur +Blanche. Pour se distraire de ces deuils, il trama l'assassinat de +Riario, seigneur de Forli, dont le Pape lui avait promis la principauté, +s'il venait à mourir. Il était devenu si redoutable que personne n'osa +l'accuser de ce crime et que Catherine Sforza, la veuve de la victime, +dut se résigner à épouser le cousin du meurtrier de son mari, Jean de +Médicis. De cette union devait bientôt naître le fameux Jean des Bandes +Noires, père du grand-duc Cosme Ier: ainsi, par un juste retour des +choses d'ici-bas, la postérité de Catherine était destinée à remplacer +celle de Laurent prématurément éteinte. + +Même à cette époque où Laurent occupait une situation si prépondérante et +où Florence bénéficiait d'une paix inconnue jusqu'alors, la +susceptibilité d'un peuple jaloux de son indépendance était telle qu'il +ne pouvait s'avancer que pas à pas et avec la plus extrême prudence, tant +se maintenaient vivaces les défiances florentines sans cesse en éveil à +l'égard de tout ce qui ressemblait à de l'arbitraire. Il se voyait réduit +à biaiser, à n'acquérir l'autorité que peu à peu, à n'imposer que ce +qu'il pouvait en faire accepter, et cela, à l'aide de précautions, de +ménagements infinis, et presque à l'insu de ceux qui devaient porter le +joug. + +Quand on parle des trois premiers Médicis comme protecteurs des lettres +et des arts, c'est un tort, semble-t-il, de les mettre sur la même ligne, +alors qu'il y a lieu d'établir des distinctions capitales dans la manière +dont chacun d'eux remplit ce rôle. Si leurs tendances ont le même objet, +les résultats sont pourtant tout autres et le splendide essor des arts +sous Cosme n'a rien qui puisse lui être comparé sous son petit-fils. +L'éducation littéraire de Laurent avait été très soignée, mais la +multiplicité des professeurs appelés à y contribuer amena dans son esprit +de singulières disparates, et créa une étrange opposition entre un +certain nombre d'opinions religieuses qu'il appelait «ses principes» et +ses mœurs étrangement débauchées. + +Dans le cours entier de son existence, il est impossible de citer un acte +de générosité, et cela, aussi bien à l'égard de sa famille que de son +pays. S'il fut le protecteur des arts et des lettres, ce fut bien plutôt +pour le profit qu'il en tirait que par amour pur et désintéressé, et il +savait parfaitement combien il lui était avantageux de donner cette +direction aux esprits, qu'il détournait ainsi du souci plus grave des +affaires publiques. Rien de curieux comme cette vie en partie double, où, +après avoir sévi, assassiné, confisqué, il entrait à l'Académie +platonicienne et dissertait sur l'immortalité de l'âme, avant de se mêler +à la jeunesse dissolue ou de composer des chansons érotiques au milieu +des orgies. Il faut, malgré tout, rendre à Laurent la justice que son +esprit ouvert et curieux le porta vraiment à s'entourer de toutes les +illustrations de son époque. Passionné pour le Dante, pour Pétrarque et +pour Boccace, il l'était principalement pour tout ce qui touchait à la +Grèce où Platon était son dieu. Il fît les efforts les plus louables pour +répandre la science, et il acheta partout au poids de l'or les manuscrits +les plus rares, ceux mêmes qui étaient destinés à former l'admirable +bibliothèque qui porte son nom. La renommée de Laurent attira à Florence +les savants de l'Europe entière; mais ceux-ci ne devaient pas éclipser +les anciens clients de la «Casa Médicis», les Ange Politien, les Marsile +Ficin, les Pulci et les Pic de la Mirandole, alors dans toute leur +gloire. + +Quant aux beaux-arts, Laurent ne sut en rien prévenir la décadence déjà +sensible à son époque. En effet, quand il prit le pouvoir, en 1448, les +Masaccio, les Angelico, les Brunelleschi et les Ghiberti avaient disparu, +tandis que les Lippi, les Ghirlandajo et les Botticelli étaient déjà en +pleine floraison. Il n'eut en vérité qu'à exploiter des talents arrivés à +leur apogée et il ne sut les faire servir qu'à son apothéose ou à la +glorification de sa maison. Sa théorie sur les arts était étrange, car il +n'admettait pas qu'un artiste pût atteindre la perfection si sa naissance +n'était pas relevée et son éducation distinguée, préjugé qui lui fit +dédaigner Léonard de Vinci et refuser ses services à cause de sa +naissance illégitime. + +Les derniers jours de Laurent furent empoisonnés par la sourde opposition +qu'il rencontrait partout et dont le chef s'était enfin trouvé dans un +moine dominicain, Jérôme Savonarole. + +Frère Jérôme Savonarole, né à Ferrare en 1452, manifesta dès son enfance +une irrésistible vocation religieuse. Après les plus sérieuses études de +philosophie et de théologie, il entra, à vingt-deux ans, chez les +dominicains de Bologne, et dès 1483, on l'envoyait à Florence où ses +prédications eurent un insuccès notoire dû à sa parole difficile et +embarrassée; mais, sans se décourager, il se retira dans un couvent de la +Lombardie où il se livra à des études d'éloquence et à la lecture +approfondie de la Bible et des Écritures. Aussi, quand, au bout de sept +ans de réclusion, le dominicain revint à Florence, il était persuadé de +sa mission et convaincu que Dieu l'avait élu pour parler au peuple. Ses +premiers essais le confirmèrent dans sa croyance. Les temps étaient bons +pour s'ériger en prophète, l'Italie était pleine de factions, l'Église de +scandales, Innocent VIII occupait la chaire de Pierre et ses seize +enfants lui valaient le surnom de «père du peuple»; aussi les sujets ne +manquaient pas à l'éloquence de Jérôme Savonarole. Il prit pour texte de +ses discours: La réforme de l'Église, le châtiment de l'Italie, et il +ajouta de sa voix prophétique l'annonce que tous ces événements +s'accompliraient avant la mort de celui qui les prédisait. + +De tels sermons eurent un retentissement énorme et tout Florence se +précipita pour entendre la parole de ce moine bientôt considéré comme un +saint. Esprit indépendant et vigoureux, Savonarole avait résisté au +double courant païen et classique dont il voyait également les dangers, +et telle était l'inflexibilité de son caractère, qu'il refusa d'aller, +selon la coutume, rendre hommage à Laurent, lors de sa nomination au +siège de prieur de San Marco, en 1490. Depuis l'échec de la conjuration +des Pazzi, c'était la première opposition dressée devant Laurent, aussi +son orgueil fut-il blessé au vif. Il fit avertir le moine d'avoir ou à +modérer sa fougue ou à interrompre ses prédications, défi auquel répondit +Savonarole en prophétisant la mort de Laurent, qui survint en réalité +dix-huit mois plus tard. + +Hanté par l'idée de cette assignation, Laurent, sur son lit de mort, fit +appeler Savonarole, dans l'espoir qu'une réconciliation in extremis avec +le moine pourrait le concilier à son fils Pierre. On ne sut jamais ce qui +se passa dans cet entretien suprême, où l'on dit que Savonarole refusa au +mourant la dernière bénédiction: «Et comme sa mort,» dit Machiavel, +«devait être le signal de grandes calamités, Dieu permit qu'elle fût +accompagnée de sinistres présages; la foudre tomba sur le Dôme et Roderic +Borgia fut nommé pape!» + +Laurent, après avoir déployé toute sa vie ce faste qui lui avait valu le +surnom de «Magnifique», fut enseveli sans pompe, d'après ses dernières +volontés, tant il craignait, à cause de son fils, de provoquer l'envie. + +Le peuple, oublieux de ses torts, de ses défauts et de ses vices, suivit +ses funérailles et pleura celui qu'avec l'exagération italienne on +appelait «le père et le maître de la ville», tandis qu'asservi par trois +générations de Médicis, il trouvait tout simple de reporter sur le fils +de Laurent, âgé de vingt et un ans, un respect dont il ne devait jamais +se montrer digne. + +Laurent disparaissait de la scène du monde au moment propice pour sa +renommée, alors que l'Italie, atteinte de vieillesse précoce, allait +entrer en pleine décadence. Le XVIe siècle montre l'établissement des +tyrans dans tous les États et la reconnaissance en leur faveur du +principe d'hérédité; il montre Alphonse régnant à Naples, Borgia assis +sur le trône pontifical, Ludovic le More gouvernant Milan, avant même +d'avoir volé la couronne ducale, et enfin, figure digne de paraître en si +illustre compagnie, Pierre II de Médicis succédant à son père. + +Pour l'héritier de Cosme et de Laurent, l'heure était passée de prendre +des précautions ou d'user de prudente dissimulation dans l'exercice du +pouvoir: il en jouit avec toute l'âpreté de son orgueil, toute la +plénitude de sa puissance. On ne se fit pas de longues illusions sur sa +valeur personnelle, et il s'attira la haine si générale par sa manière de +s'imposer que les conjurations se tramèrent et se nouèrent bientôt sans +trêve. + +Tout étroite que fût l'intelligence de Pierre, il était autrement +séduisant que son père. Ange Politien avait été chargé de son éducation +et, avec le goût des lettres, il lui avait donné la passion de la Grèce +et de Rome. Ardent au plaisir, les affaires publiques l'intéressaient +médiocrement, mais, quand par hasard il s'en occupait, c'était avec la +violence qu'il tenait des Orsini par sa mère et qui le rendait aussi +prompt à la colère qu'impuissant à se dominer et implacable dans +l'assouvissement de ses vengeances. La famille même de Pierre eut à +souffrir de ses emportements. La branche cadette, issue du frère de Cosme +l'Ancien, avait jusqu'alors évité par sa prudence tout sujet de +suspicion, mais, malgré cette sagesse, les deux cousins de Pierre avec +lesquels il avait été élevé, Laurent et Jean de Médicis, ayant provoqué +son ressentiment et son envie, furent jetés en prison et condamnés à mort +par ses ordres. Il commua cette sentence inique en bannissement perpétuel +du territoire florentin avec la confiscation de leurs biens, seul point +essentiel pour lui, l'immense fortune de cette branche de sa famille +étant une proie bonne à prendre. + +Par cette conduite, il faisait des siens mêmes les chefs de l'opposition, +tandis que par ses rigueurs maladroites il s'attirait les anathèmes de +Savonarole et excitait la fureur du peuple indigné de voir son idole +forcée de quitter Florence sur ses injonctions. C'était une inimitié +terrible dressée en face de lui, et la situation extérieure compliquait +encore les difficultés qui l'assaillaient de toutes parts. La politique +cauteleuse de Laurent, poursuivie par son fils, l'avait fait renoncer aux +traditions séculaires de la Toscane et prendre parti contre la France, en +poussant le roi de Naples à refuser la paix offerte par Ludovic le More. +Celui-ci appela Charles VIII à son secours, lui proposant, pour le +défendre, le centre et le sud de l'Italie, à la seule condition que ses +États lui fussent laissés. Pendant ces événements, loin de ménager la +France, Pierre donnait libre carrière à sa verve satirique et entretenait +ainsi les ressentiments du roi encore aggravés par les incitations des +cousins de Pierre réfugiés à sa cour. L'effet de cette politique ne tarda +pas à se faire durement sentir, car, lorsque Pierre voulut obtenir les +subsides nécessaires pour entrer en campagne contre la France, l'âpre +parole de Savonarole et sa haine contre les Médicis déchaînèrent une +telle opposition qu'il ne put se faire ouvrir aucun crédit. Pitoyable +dans cette occasion, sans prendre ni avis, ni conseil de personne, Pierre +se rendit au camp de Charles VIII et, après avoir fait au roi les plus +plates excuses, il prit, au nom de Florence, les engagements les plus +durs, dont l'un des moindres était la remise de Pise aux mains des +Français. + +Pierre avait lieu d'être fort inquiet de la façon dont serait acceptée +son incartade. En effet, l'émotion publique fut portée à un tel degré que +tous se trouvèrent d'accord pour secouer un joug abhorré; on le somma de +venir rendre ses comptes à la Seigneurie et, le jour même de la reddition +de Pise, le 19 novembre 1494, il osa se rendre à cette injonction, +accompagné d'une escorte si nombreuse et si arrogante que la ville +entière se souleva contre lui, sans lui laisser d'autre moyen que la +fuite pour mettre sa vie en sûreté. + +La réaction contre les Médicis fut terrible, mais la situation extérieure +n'en restait pas moins troublée et on était dans l'ignorance la plus +grande sur l'entrée de Charles VIII et sur le traité de paix qu'il +imposerait. En dépit de tant de sujets d'inquiétude, le bonheur d'avoir +échappé aux Médicis était tel que, malgré tout, les Florentins ne +pouvaient s'empêcher de manifester leur joie d'avoir reconquis la +liberté. Aussi l'entrée de Charles VIII à Florence eut-elle lieu avec une +pompe indescriptible. Mais, ce premier moment d'exaltation passé, les +Florentins et les Français se regardèrent avec une défiance toujours +croissante et Charles, accusé de connivence avec les Médicis, fut forcé +d'en rabattre sur les conditions draconiennes qu'il avait primitivement +imposées et de se contenter du titre de protecteur de Florence. Les +Français enfin partis, le peuple s'abandonna aux transports d'un +enthousiasme aussi immodéré qu'il était injustifié, car, les Médicis +chassés, il n'en restait pas moins que des ruines, sans que les citoyens +possédassent ni la volonté, ni les vertus nécessaires pour relever +l'édifice des libertés florentines dont la main de l'absolutisme avait +sapé les bases, détruit les œuvres vives et ruiné l'équilibre. Florence +se vit alors dans la triste nécessité de faire un retour sur elle-même et +de constater combien cinquante années de régime absolu avaient anéanti +les institutions et avili les caractères. Pour faire une réforme dans le +gouvernement, l'union des intérêts et des idées eût été essentielle; +trois factions, au contraire, se trouvaient en présence et se disputaient +le pouvoir. Il y avait le parti populaire avec Savonarole pour chef, qui +comptait des hommes considérables et de la plus haute intégrité morale, +comme Valori et Soderini. En face de lui se dressait la faction +oligarchique qui ne voulait après tout que l'autocratie déguisée sous une +autre forme; entre les deux partis extrêmes, se groupaient les neutres, +«la plaine ou les tièdes», ainsi que les baptisait Savonarole. sorte de +gens qui ne pensaient qu'à leurs intérêts et ne cachaient pas leur effroi +des théories du Frate. Il y avait encore les partisans nombreux des +Médicis, qui, trouvant leur avantage direct à se rallier au parti +populaire, venaient grossir et fortifier le groupe de Savonarole. Pendant +les deux années suivantes, le moine ne cessa de grandir et son influence +était devenue si prépondérante que la Seigneurie le chargea d'organiser +un nouveau gouvernement. Libre dès lors de donner carrière à ses idées +démocratiques, il établit son système sur la base la plus large qu'ait +encore eue la République florentine. Mais ce n'était pas assez pour lui +d'instituer matériellement la liberté, il fallait avant tout réformer les +mœurs et faire prévaloir les vertus sans lesquelles elle ne peut se +maintenir; car les Médicis ayant répandu l'or à pleines mains, le goût du +luxe, des plaisirs, d'une vie voluptueuse et facile s'était peu à peu +développé, si bien que Savonarole sentait combien la nécessité des +réformes morales était impérieuse. + +Il choisit l'époque du carême pour tonner contre «les vanités du siècle» +et pour lancer l'anathème contre ceux qui y sacrifiaient. Ses sermons de +ce temps flagellent impitoyablement tous les vices: il reproche aux +jeunes gens leurs débauches, il accuse les femmes de les encourager par +leurs excès de toilette et de luxe, enfin il s'en prend à l'esprit même +de la Renaissance et au paganisme des lettres et des arts. A sa voix de +prophète, il semble qu'une fièvre de renoncement ait saisi Florence, où +chacun se hâtait d'apporter ce qu'il avait de plus précieux et où l'on +amoncelait en bûcher sur les places publiques, tableaux, statues, livres, +bijoux, vêtements de brocart, auxquels Savonarole mettait le feu, entouré +de la ville entière chantant les louanges du Seigneur. Au milieu de +l'entraînement général, les raffinés et les délicats de la Renaissance, +désespérés de voir disparaître tant de chefs-d'œuvre, résistaient seuls; +c'étaient des ennemis si peu à négliger que bientôt le Frate allait être +à même de ressentir les effets de leur mécontentement. + +Après avoir triomphé jusqu'alors de tous ses adversaires, Savonarole +allait enfin s'attaquer au colosse contre lequel il devait se briser. +Alexandre VI Borgia, monté sur le trône pontifical, y avait porté les +scandales de sa vie privée; aussi, sans hésiter un instant, Savonarole +attaqua Rome avec sa violence accoutumée. Le pape crut répondre +efficacement à ces accusations enflammées en interdisant la chaire au +moine et en fulminant contre lui une bulle d'excommunication pour crime +d'hérésie. Mais Savonarole déclara qu'une excommunication injuste était +sans effet et continua ses invectives de plus belle, avec plus de force, +de liberté et d'enthousiasme que jamais. + +A cette rébellion, le pape répondit par un bref déclarant à la Seigneurie +que, si les prédications de Savonarole ne cessaient pas, il lancerait +cette fois une excommunication générale contre Florence et que tous les +biens des Florentins situés sur le territoire pontifical seraient saisis +et confisqués au profit de l'Église. La Seigneurie, qui sentait César +Borgia aux portes de la ville, n'osa résister et enjoignit à Savonarole +d'avoir à suspendre ses sermons. Mais, loin de se tenir pour averti, il +répondit par un nouveau défi et, du haut de la chaire, parla en ces +termes: «Le temps d'ouvrir la cassette approche; nous donnerons un tour +de clef et tant d'infections et d'ordures sortiront de la cité de Rome +que l'odeur se répandra dans toute la chrétienté, que chacun en sera +empuanti.» + +De telles paroles n'étaient pas faites pour calmer les esprits. Aussi la +fermentation était-elle terrible; il semble qu'un vent de folie ait à ce +moment soufflé sur Florence et le fanatisme inspiré par Savonarole devint +tel qu'il se trouva débordé. Quand l'exaltation arrive à cet excès, elle +dépasse la mesure et constitue un danger véritable pour celui qui l'a +provoquée. La tempête fut déchaînée par un de ses dominicains de San +Marco, Dominique Buonvicini qui, sans l'aveu du prieur, alla porter «le +défi du feu» au franciscain François de Pouille, prédicateur à Santa +Croce et ennemi acharné de Savonarole dont il déniait la mission. Cette +épreuve consistait à traverser un bûcher enflammé où Dieu se déclarait +lui-même pour celui qui en sortait indemne. La Seigneurie et Savonarole +eurent un déplaisir extrême de voir qu'on se fût ainsi aventuré, mais il +était trop tard pour reculer, car le peuple comptait sur un spectacle +inattendu, inouï, terrible, et il n'y avait pas moyen de l'en frustrer +sans exposer la ville à un soulèvement de la populace. + +Le jour arrivé, les franciscains, épouvantés par la sérénité confiante de +leurs adversaires, engagèrent d'interminables discussions théologiques, +lorsqu'un violent orage éclata à point nommé, dispersant les partis; mais +le peuple, furieux de voir son miracle lui échapper et se croyant joué, +faillit mettre dominicains et franciscains en pièces. Savonarole +n'échappa qu'à grand'peine à la colère de la foule, mais de ce jour son +prestige était détruit; il ne fut plus qu'un moine fanatique et un faux +prophète et, dès le lendemain, toute la tourbe florentine mettait le +siège devant le couvent de San Marco et, les portes enfoncées, se ruait à +la recherche du prieur en vociférant des cris de mort. Les dominicains se +défendirent comme des forcenés, mais Savonarole, voyant l'émeute tourner +à la guerre civile, pour mettre fin à la lutte, se livra lui-même à la +Seigneurie, et il ne fallut pas moins que des gens armés pour l'escorter +et le défendre contre une foule ameutée pour l'écharper. + +Le procès de Savonarole fut une pitoyable chose! Pressés par le pape, les +juges eurent beau le mettre à la torture, ils ne lui arrachèrent aucun +aveu, et trouvèrent si peu matière à condamnation qu'Alexandre VI, pour +en finir, dut adjoindre à la Seigneurie deux commissaires apostoliques! + +Le 22 mai 1498, la sentence enfin rendue condamnait pour cause d'hérésie +Savonarole à être brûlé vif en place publique, après avoir fait amende +honorable. Il expira comme il avait vécu, les yeux au ciel, et si fort +détaché de la terre que la douleur ne lui fit pas exhaler une plainte; +déjà il était enveloppé de flammes qu'on l'entendait encore bénir le +peuple et chanter l'hymne saint qu'il allait continuer dans l'éternité. A +peine fut-il mort, que le souvenir de toute sa vie et le spectacle de ses +derniers moments, en si complète harmonie avec elle, ouvrirent les yeux +aux plus aveugles, et ceux qui avaient été les premiers instigateurs de +sa mort furent les premiers à le considérer comme un martyr et un saint. +Florence ne tarda pas à porter le poids de l'iniquité commise, car la +mort de Savonarole la livrait aux pires incertitudes. Les quatre années +suivantes, fertiles en terribles crises, intérieures et extérieures, la +virent perdre Pise et tomber par deux fois aux mains de César Borgia, à +l'affreuse tyrannie duquel l'intervention de Louis XII la fit seule +échapper. Devant l'imminence du péril public et en l'absence de toute +autorité, une réforme gouvernementale s'imposait d'urgence. On décréta, +au lieu du Gonfalonat temporaire, le Gonfalonat à vie, et, en 1502, +Pierre Soderini fut nommé à ce pouvoir presque souverain. + +La destinée des Florentins les remettait entre les mains d'un homme d'une +valeur et d'une intégrité rares; il craignait Dieu, aimait sa patrie avec +passion; fort jaloux de son honneur, il était d'une grande +circonspection; son impartialité devait même plus tard lui susciter bien +des inimitiés. + +Dans le gouvernement de Florence, Soderini fit preuve d'une discrétion, +d'une sagesse, d'un tact remarquables, et cela, même dans l'enivrement +des premiers jours, alors qu'une foule de courtisans pouvaient lui donner +l'illusion du pouvoir absolu. D'une extrême prudence dans sa politique +extérieure, il trouva à l'intérieur le moyen de libérer en peu d'années +Florence de la terrible dette accumulée par ses prédécesseurs. Dès le +début, il fut puissamment servi par les événements: la mort d'Alexandre +VI qui délivra Florence du spectre de César Borgia, l'avènement du +cardinal de la Rovère destiné à être le fameux pape Jules II, et enfin la +mort de Pierre de Médicis, survenue en 1503, mettaient les Florentins au +comble de leurs vœux. Ils avaient la conviction d'en avoir fini avec les +Médicis et de n'avoir plus rien à craindre d'eux; malheureusement leur +erreur était grande, car la mort de Pierre faisait de son frère, le +cardinal Jean, le chef de la famille, chef d'autant plus dangereux +qu'installé à Rome, il voyait venir les événements, sans perdre une +occasion de monter l'esprit du pape contre Florence. + +L'année 1509 vit, grâce à l'heureuse négociation de Machiavel envoyé par +Soderini en ambassade auprès de Louis XII, Florence enfin rentrée en +possession de Pise. La joie de cet événement fut immense, et ce succès si +longtemps attendu ne parut pas acheté trop chèrement au prix des +sacrifices qu'il avait coûtés depuis tant d'années. A la même époque, +Florence obtenait aussi de Louis XII un traité d'alliance vivement +désiré. + +Après de si heureuses négociations, il semble que Soderini aurait eu tous +les droits à la reconnaissance de ses concitoyens; malheureusement il +n'en fut rien et ses ennemis se coalisèrent avec les adversaires de son +gouvernement large et démocratique sur le terrain d'une haine commune +contre le gonfalonier et la France. Ne redoutant plus rien de celle-ci, +on força Soderini à se rapprocher de l'Empire et à traiter avec +Maximilien de l'abandon des droits, très platoniques, que l'Empereur +pouvait avoir sur Pise. Déjà la politique qui portera le nom de Machiavel +affirme ses tendances, et cette alliance avec l'Empereur n'empêchera pas +Florence de ménager assez la France pour se la conserver comme alliée et +de manœuvrer de façon à pouvoir s'appuyer alternativement sur l'un et sur +l'autre. Cette duplicité ne tarda pas à porter ses fruits et Soderini, +empêché de prendre parti entre Louis XII et Jules II, se trouva +mécontenter tout le monde par sa politique timorée et hésitante. + +Jules II poussait jusqu'au fanatisme la haine des Français et des +Allemands, mais il ne professait pas les mêmes sentiments à l'égard des +Espagnols, dont on vit à cette époque la première immixtion directe dans +les affaires de l'Italie. Mû par ces sentiments, le pape nomma alors le +roi Ferdinand d'Aragon chef de la sainte ligue pour l'expulsion des +«barbares» et son lieutenant Ramon de Cardoña passait à l'état de bras +droit du souverain pontife. + +Ce qui pour la Toscane devenait plus grave, c'était la protection +accordée aux Médicis et, devant le refus formel de la Seigneurie de +consentir à leur retour, la terrible colère de Jules II dont les +conséquences allaient être de déchaîner sur Florence Ramon et ses hordes +les traînant à leur suite. L'épouvantable sac de Prato apprit à l'Italie +ce qu'elle pouvait attendre de la férocité des soldats du Roi +Très-Catholique et ce qu'elle devait penser de la domination de princes +qui laissaient exécuter sous leurs yeux de pareilles infamies. La terreur +à Florence fut telle que, dès le lendemain du sac, la ville députait à +Ramon ambassade sur ambassade, auxquelles il répondait en s'obstinant au +retour des Médicis et en exigeant une rançon énorme. Le trouble et la +fermentation des esprits étaient tels que Soderini comprit +l'impossibilité de toute résistance avec un peuple déjà conquis par la +frayeur, et, la mort dans l'âme, il renonça à défendre plus longtemps une +ville qui ne voulait plus être défendue, forcé même de mettre en sûreté +par la fuite sa vie en danger, unique récompense de la loyauté avec +laquelle il avait servi sa patrie! + +Le seul reproche qu'on puisse faire à ce patriote fut d'avoir manqué de +résolution et d'énergie, tort grave pour un chef d'État; il crut à +l'efficacité de la douceur et à la seule force de la loi pour gouverner +les partis, et s'illusionna au point de penser que la patience pourrait +triompher des difficultés extérieures. + +Le matin même de son départ, tous les amis des Médicis, dépêchés au camp +de Ramon, acceptaient les conditions qu'il imposait au nom de Sa Majesté +Espagnole, et le jour suivant (2 septembre 1512), les Médicis faisaient +leur rentrée triomphale dans la ville, au milieu d'une foule si +enthousiaste et si fanatique qu'ils manquèrent d'étouffer. Les +protestations de dévouement et d'affection ne se firent point attendre +et, peu d'heures après leur retour, Florence était à la merci de ses +anciens maîtres, si bien que ceux-ci, étonnés eux-mêmes d'une si brusque +réaction, résistaient aux avances et repoussaient les propositions qui +leur étaient faites pour les amener à ressaisir le pouvoir. En attendant +leur bon plaisir, l'anarchie régnait et le fantôme gouvernemental +s'évanouissait sous l'impopularité et le discrédit. Les Espagnols se +promenaient comme en pays conquis et les horreurs commises étaient telles +que la Seigneurie dut activer par tous ses efforts le paiement de la +rançon exigée pour leur départ. + +Quand on les eut à peu près satisfaits, le maître de Florence, le +cardinal Jean, le second fils de Laurent le Magnifique, fit son entrée +triomphale, entouré de ses condottieri et des troupes à sa solde. Il +était accompagné de toute sa famille, c'est-à-dire de son frère Julien et +de son neveu Laurent, le fils de Pierre de Médicis, auxquels s'ajoutaient +les nombreux bâtards de sa maison: Jules, fils naturel de Julien, la +victime des Pazzi; Hippolyte, fils naturel de son frère Julien; enfin +Alexandre, qu'on disait fils naturel de Jules, et qui devait être le +premier grand-duc. + +Dès le lendemain, Julien de Médicis s'emparait du gonfalon et usait du +pouvoir à son gré, tandis que le cardinal Jean laissait la soldatesque +piller la ville. L'abaissement des caractères était tel qu'il n'y eut +même pas un semblant de résistance et qu'on pensa devoir encore de la +reconnaissance aux Médicis pour avoir délivré Florence de Ramon et de ses +bandes; pourtant la malheureuse cité n'était pas au bout de ses peines, +car bientôt elle se voyait décimée par les sanglantes représailles des +Médicis, ruinée par leurs impitoyables exactions. + +Avant que Jean n'eût eu le temps de prendre possession de l'État, la mort +de Jules II le rappelait en toute hâte à Rome où allait s'ouvrir le +conclave (1513). Le cardinal Jean n'avait pas trente-sept ans quand, sous +le vocable de Léon X, il fut appelé à succéder au grand pape dont il +était l'antithèse vivante, et auquel l'Italie ne tenait pas assez compte +de son éclatante supériorité, à cause des désastres que, dans +l'aveuglement de son patriotisme, il n'avait pas craint de déchaîner sur +elle. + +La différence entre ces deux hommes ne peut être mieux marquée que par +les portraits qu'en a peints Raphaël. Autant l'un est courbé, voûté, +dévoré par le feu de la combativité, consumé par l'ascétisme, autant +l'autre avec sa tête trop grosse, son visage rougeaud, ses gros yeux à +fleur de tête, donne l'impression de l'épicurien bon vivant, peu grand +seigneur et si peu prêtre qu'après son élection à la papauté, il fallut +l'ordonner. Médiocre politique, son incurie au moment de la querelle des +Investitures fut une des principales causes de la Réforme, car pour lui +Luther n'était pas, et non seulement il ne le discutait pas, mais il +niait même son existence; aussi, dans cette crise terrible pour le +catholicisme, montra-t-il autant d'imprévoyance que d'inconséquence. +Comme protecteur des lettres, il ne valut guère mieux; il ne voyait dans +les sciences et dans les arts que la contribution qu'ils pouvaient +apporter à son agrément ou à ses plaisirs; fastueux et prodigue, entouré +de bouffons et d'histrions, par beaucoup de points il rappelait les +empereurs de la décadence. Ses faveurs n'étaient accordées qu'aux +courtisans les plus vils, et il ne pouvait voir Michel-Ange dont le génie +sombre et farouche lui était antipathique; Léonard de Vinci lui était +également odieux, il lui déniait tout talent. En tout il préférait le +joli au beau; et il était si mauvais juge des aptitudes qu'au lieu de +laisser Raphaël à ses pinceaux, il le nommait architecte de Saint-Pierre. +Rien n'est donc plus injustifié que d'avoir appliqué au siècle tout +entier le nom de Léon X, comme rien ne motive, dans sa vie ou dans ses +idées, cet excès d'honneur. + +Excellent parent, il avait pour sa famille de si ambitieuses visées qu'il +considérait comme très au-dessous de la dignité de son frère ou de son +neveu de gouverner Florence, et quand il s'agit de régler le sort de la +ville, il se contenta de lui donner comme maître le bâtard de Julien, +Jules de Médicis improvisé cardinal et légat pour la circonstance. Mais, +comme Jules préférait le séjour de Rome à celui de Florence, il n'y +résida même pas et ce fut à Julien, âgé de vingt ans, qu'incomba toute +l'autorité. Pendant ces arrangements de famille, François Ier +envahissait le Milanais et récompensait par le duché de Nemours +l'attachement de Julien à sa cause. Enfin, en 1516, à la mort de Julien, +Laurent de Médicis, fils de Pierre II et petit-fils de Laurent le +Magnifique, succédait à son oncle autant dans le gouvernement de la ville +que dans les bonnes grâces du roi de France, et, fort d'un tel soutien, +se hâtait, à l'encontre de toute justice, d'occuper, sans coup férir, le +duché d'Urbin. Par reconnaissance de l'appui que son puissant allié lui +avait prêté dans ces circonstances, Laurent ne voulut aller chercher +femme qu'en France, mais il n'en ramena Madeleine de la Tour d'Auvergne +que pour lui communiquer le mal par lequel elle fut enlevée, après avoir +donné le jour à Catherine de Médicis. + +Un mois après, Laurent était emporté de la même manière et le cardinal +Jules, forcé par les événements, prenait en mains les rênes du +gouvernement (1519). + +Florence subissait depuis deux ans le joug de Jules de Médicis lorsque le +conclave fut ouvert par la mort de Léon X. Malgré tous les efforts du +cardinal, ce fut l'ancien précepteur de Charles-Quint, l'adversaire +acharné des Médicis, qui fut exalté à sa place sous le nom d'Adrien VI; +mais la mort du pontife, survenue en 1523, ayant ouvert de nouveau la +succession au trône pontifical, Jules de Médicis acheta le conclave et +fut élu pape sous le nom de Clément VII, vocable choisi, disent ses +contemporains, «comme symbole de clémence et d'oubli», vertus qu'il +inaugura, un mois après son élévation, par l'empoisonnement des quatre +cardinaux envers lesquels il avait pris le plus d'engagements. Si +Florence avait eu par le départ du cardinal Jules quelque espoir +d'échapper à son dur servage, elle vit bientôt combien elle avait eu tort +d'espérer et combien elle avait au contraire lieu de tout craindre d'un +tel maître. En effet, Clément VII ne trouva rien de mieux, pour la +gouverner, que de lui imposer deux bâtards chers à son cœur, Hippolyte et +Alexandre. Le premier passait pour le fils de Julien, duc de Nemours, +tandis que le second, fils d'une esclave mulâtresse, était attribué ou à +Laurent duc d'Urbin, ou à un muletier, ou à Clément VII lui-même, en +faveur duquel étaient encore les présomptions, fondées sur l'affection +profonde portée par le Pape à Alexandre. Hippolyte, alors âgé de quatorze +ans (1524), envoyé à Florence le premier, gouverna la ville plus d'un an +avant que l'arrivée d'Alexandre, en _le forçant_ à partager le +pouvoir, suscitât entre eux une terrible inimitié, encore accrue, chez +Alexandre, par sa haine de la popularité et de la beauté physique de son +cousin, tandis que la violence de sa nature et le type presque nègre de +sa figure faisaient de lui-même un objet d'effroi et d'horreur. + +Rien de plus triste que l'histoire de Florence à partir de ce temps. +Soumise à toutes les exactions pontificales, une malheureuse campagne +contre Sienne amenait le connétable de Bourbon devant ses portes, sans +qu'elle eût pour cela le courage de secouer le joug des bâtards, et il ne +fallut rien moins que l'effroyable sac de Rome (1527) et les horreurs de +la domination espagnole avec la captivité de Clément VII pour la décider +enfin à secouer son esclavage par un soulèvement unanime. + +Mais, les tyrans chassés, il s'agissait encore de gouverner à leur place, +et le fonctionnement d'un gouvernement était d'autant plus difficile que +le peuple, gorgé de plaisirs matériels et de grossières délices, avait +perdu le goût de la liberté, et que les citoyens eux-mêmes n'avaient plus +ni la notion de l'indépendance ni le sens de l'autorité. Aussi le +gouvernement, péniblement organisé, fonctionna-t-il péniblement au milieu +de cruelles incertitudes, et la Seigneurie dut se débattre dans de +terribles crises intérieures et extérieures qu'elle était impuissante à +résoudre. + +La politique cauteleuse et machiavélique suivie à cette époque par +Florence devait lui être néfaste. Elle flottait indécise, sans s'arrêter +à un parti, entre l'alliance de la France et la protection espagnole, et +le seul résultat de ses tergiversations fut de l'isoler complètement et +de la livrer sans défense aux ressentiments de Clément VII. Le pape avait +tellement à cœur de châtier une ville qui, par une audace sans seconde, +s'était soustraite à son autorité, qu'oublieux de ses humiliations, de +ses rancunes, il se réconcilia avec l'Espagne, à condition que +Charles-Quint l'aidât à reconquérir la Toscane. L'Empereur, trop heureux +de faire à si bon compte sa paix avec l'Église, envahit et dévasta le +pays et le soumit au plus effroyable régime discrétionnaire. + +Tant d'horreurs réveillèrent l'âme florentine et le grand souffle du +passé l'anima de nouveau. Charles-Quint ayant investi la ville, elle se +retrouva héroïque et, pendant une année entière, lutta, sublime, contre +la famine, la mort et les horreurs d'un pareil siège, tenant tête aux +armées réunies de Charles-Quint et du pape. Il fallut, pour venir à bout +d'elle, que l'infâme trahison de son capitaine général, Malatesta, acheté +par Clément VII, la livrât à ses ennemis. La noble attitude des assiégés, +en commandant l'estime et l'admiration à leurs adversaires mêmes, leur +obtint des conditions moins dures, relativement! car les clauses du +traité étaient la mort politique de Florence. Charles-Quint se réservait +le droit de la faire gouverner à sa guise, tandis qu'elle était ruinée +par une rançon exorbitante et que l'Empereur exigeait le rapatriement des +exilés. Bientôt les portes s'ouvraient pour Alexandre de Médicis qu'un +rescrit impérial nommait grand-duc de Toscane, le 1er mai 1532. C'était +la fin de la République, la fin de ce vaillant petit peuple dont le génie +politique et artistique a pénétré le monde. + +Le jeune duc Alexandre était de la race redoutable de ces despotes que +rien n'arrête. Il abusa sans vergogne de l'autorité et soumit la +malheureuse Florence au joug le plus impitoyable. Tandis que ses goûts de +débauche l'entraînaient à tous les désordres et à toutes les +abominations, l'impunité lui était assurée et sa situation était encore +affermie par son mariage avec la fille naturelle de Charles-Quint, +Marguerite d'Autriche, la future duchesse de Parme, régente des Pays-Bas. +L'appui d'un tel beau-père lui permettait d'étouffer toute tentative de +révolte; du reste, si le fantôme de la liberté avait encore pu hanter les +esprits, Charles-Quint se serait chargé d'y mettre bon ordre: +«considérant les affaires de son gendre comme les siennes». Et, fort de +cette assistance, Alexandre n'hésita même pas à tenir tête au pape Paul +IV, l'adversaire acharné des Médicis. Le meurtre vint heureusement +délivrer Florence de ce monstre. Tous les complots noués contre Alexandre +avaient échoué et avaient été noyés dans le sang. Une seule tentative +réussit parce qu'elle fut conçue et exécutée par un seul, ce fut celle de +Lorenzo de Médicis. + +Lorenzo était le chef de la branche cadette descendue de Laurent, le +frère de Cosme, et subdivisée elle-même, plus tard, en deux rameaux. De +quinze ans plus jeune qu'Alexandre, il avait été élevé à Florence sous la +tutelle de sa mère, puis sous celle de Philippe Strozzi. Malgré leurs +soins, son caractère étrange ne tarda pas à se développer, singulier +mélange de raillerie, d'inquiétude, de désir, de doute, d'impiété, +d'humilité et de hauteur, sorte de créature hermaphrodite comme peut en +produire la nature aux époques de dissolution. De temps en temps +jaillissait de ces éléments hétérogénes un vœu ardent de gloire, de vertu +ou d'immortalité, d'autant plus imprévu dans ce corps efféminé qu'en le +voyant si mou et si humble, on ne l'appelait plus même Lorenzo, mais, par +mépris, Lorenzaccio. + +Voilà ce qu'était l'homme qui s'était mis à courtiser le duc Alexandre +avec tant d'adresse et une si feinte humilité que non seulement il était +devenu son unique ami, mais encore son serviteur complaisant et +indispensable pour les besognes les plus honteuses. Le duc avait en lui +une confiance absolue, et la preuve la plus certaine qu'il pût lui en +donner était de le prendre pour entremetteur dans toutes ses fantaisies +amoureuses; aussi Lorenzaccio était encore plus détesté à Florence que le +duc lui-même. + +Telle était la situation, quand le duc Alexandre s'amouracha d'une femme +de vertu inattaquable et de haut rang, cousine de Lorenzaccio, et le +chargea de s'entremettre auprès d'elle. Loin d'instruire sa parente, +qu'il estimait fort, des desseins du duc, Lorenzaccio vit dans ces +circonstances un moyen assuré de se défaire d'Alexandre qu'il haïssait +férocement. Après avoir longuement attisé la passion du duc et avoir +exalté les résistances qu'il prétendait rencontrer, Lorenzo, sous le +prétexte d'un rendez-vous enfin consenti, attirait chez lui le duc seul, +sans escorte, et l'assassinait le 6 janvier 1537, aidé d'un sbire +entièrement à sa dévotion. Lorenzo ne profita point de son crime; pris de +terreur, il alla d'une traite jusqu'à Venise, ne songeant qu'à se mettre +hors de portée et abandonnant le pouvoir auquel il avait droit. A +Florence, en l'absence du meurtrier passé pourtant à l'état de héros +sauveur, le conseil, composé d'âmes damnées des Médicis, nomma à +l'unanimité comme chef de l'État le jeune Cosme de Médicis, âgé de +dix-huit ans, fils de ce Jean des Bandes Noires, créateur de la célèbre +infanterie de ce nom si populaire à Florence (1537). + +Cosme, à ce moment, offrait toutes les garanties à ceux qui l'élevaient +au pouvoir; sa jeunesse, son inexpérience leur semblaient des gages +auxquels ses goûts paraissaient en ajouter d'autres. Il avait toujours +vécu à la campagne, occupé uniquement à la chasse et à la pèche; on le +croyait facile à conduire et à gouverner; aussi la surprise fut-elle +extrême quand il montra une ambition effrénée et une volonté de fer pour +n'en agir qu'à sa tête. Ayant obtenu de Charles-Quint la reconnaissance +de ses droits, Cosme prit possession du pouvoir, mais ce ne fut qu'en +1569 qu'il prit officiellement pour lui et pour sa descendance le titre +de grand-duc et de prince souverain. Il ne rencontra aucune opposition à +ses ambitieuses visées, tant il avait su se défaire de ses ennemis par +l'exil ou la mort, et, comme rien ne l'arrêtait, il faisait assassiner +les derniers Lorenzaccio et Soderini à Venise où ils s'étaient réfugiés. + +Sa domination bien établie, Cosme écarta des affaires avec une rare +habileté tous ceux dont un conseil aurait pu le gêner et, sans scrupule, +se débarrassa de toute entrave, sans qu'il put jamais être accusé +positivement d'y avoir trempé les mains. Personne ne sut user comme lui +de la confiscation; il avait une police inquisitoriale et, par des lois +féroces, il interdisait jusqu'à la liberté de penser. + +Il entrait dans la politique de Cosme, puisqu'il écartait +systématiquement les citoyens des affaires publiques, de donner un but et +une occupation à leurs esprits en développant toutes leurs tendances vers +la vie facile et somptueuse, vers le luxe démoralisateur, tandis que, par +des conquêtes faciles et sans gloire, il abaissait le niveau des idées de +justice. Mais, s'il pouvait annexer Sienne, il ne pouvait régénérer +l'art, et la décadence atteignait le pays jusque dans ses manifestations +intellectuelles et artistiques. + +Sous le joug dédaigneusement protecteur de Cosme, les lettres purent +fleurir, les arts multiplier leurs productions, tout ne se ressentit pas +moins de ce milieu et porta le caractère d'une époque d'absolutisme, +incapable de rien de grand. Pour que le génie puisse se développer, il +faut que la liberté de conception et d'exécution soit respectée, il faut +que le despotisme n'intervienne pas, et que, par crainte du lendemain, +l'artiste n'en soit pas réduit au rôle de courtisan. + + + TABLEAU GÉNÉALOGIQUE DES MÉDICIS + JEAN D'AVERADO--PICCARDA BUERI + 1350-1429 + _______________________|_____________________________ + 1 COSME LE VIEUX 2 LAURENT + Contessina Bardi souche de la branche cadette + 1389-1464 1391-1450 +______________________|___________________________ + _________|____________ + 1 PIERRE LE GOUTTEUX 2 JEAN 3 CHARLES | PIERRE FRANÇOIS + LUCRÈCE Tornabuoni (fils naturel) | + 1414-1469 | | +___________|______________________________________ _________|____________ +1 LAURENT LE MAGNIFIQUE 2 JULIEN 3 BLANCHE |1 LAURENT 2 JULIEN + CLARISSE Orsini 1455-1478 4 NANINE | | + 1448-1492 _______|______ 5 MARIE | | | + | JULES (bâtard) | | + | 1478-1533 | | | + | PAPE ClémentVII | | + | en 1523 | | | +___________|______________________________________ ____|_______ ___|____ +1 PIERRE II 2 JEAN 3 JULIEN 4 LUCRÈCE |PIERRE LAURENT JULIEN +ALPHONSINE 1475-1522 Duc de Nemours 5 LOUISE FRANÇOIS +1504 + Orsini PAPE Léon X 1470-1516 6 CONTESSINA| | +1471-1503 en 1510 | 7 MADELEINE | | + | | épouse Cybo| | | + | ______|______ ______|_____ | | + | HIPPOLYTE INNOCENT Cybo| | | + | (fils naturel) Cardinal | | + | Cardinal | | | +____|_____________________________________________ | | +1 LAURENT Duc d'URBIN | | __________|____ +MADELEINE de la Tour d'Auvergne CLARISSE | JEAN DES BANDES + 1429-1519 | | NOIRES +_____________|____________________________________ | 1498-1528 + | | | +1 CATHERINE reine de France 2 ALEXANDRE (bâtard) LORENZACCIO Catherine + 1519-1589 prem. Grand-Duc | Sforza + MARGUERITE D'AUTRICHE | + 1500-1527 | | ++ - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - -+ | + | + _____________________________________________|____ + GRAND-DUC COSME Ier--1515-1574 + Eléonore de Tolède +________________________________________|__________________________________ +1 GRAND DUC FRANÇOIS Ier 2 Cardinal FERDINAND +Bianca Capello--1557-1587 puis GRAND-DUC--1558-1609 +_____________________________________________________________|_____________ +1 GRAND-DUC FERDINAND--1598-1670 2 Cardinal LÉOPOLD +_______________|___________________________________________________________ +1 GRAND-DUC COSME II--1623-1743 2 FRANÇOIS MARIE + Louise d'Orleans +_______________|___________________________________________________________ +FERDINAND † 1713 GRAND-DUC JEAN GASTON †1737 + + +L'installation royale au palais Pitti, devenu désormais l'habitation des +grands-ducs, attira une nuée de dessinateurs, de sculpteurs, de peintres +chargés de ses embellissements. Les fêtes, les spectacles interrompus si +longtemps par les malheurs publics, reprirent de plus belle. Cosme +faisait exécuter les premiers opéras marquants dans l'histoire de la +musique, il réorganisait l'université de Pise et fondait partout des +académies. Plusieurs des principaux historiens du XVe siècle sont +florentins et les Varchi, les Segni, les Nerli et les Pitti forment un +rare assemblage d'esprits remarquables auxquels sont dus d'impartiaux et +précieux documents sur l'histoire de leur pays. Sous ce régime fastueux, +les étrangers affluèrent et ils furent dès lors la principale source de +richesse d'une ville dont le trafic allait tous les jours diminuant. + +Les Médicis avaient de tout temps habitué les Florentins aux désordres et +à la licence de leur vie privée; mais, si grand qu'eût été le scandale, +aucun n'était encore parvenu aux raffinements d'ignominie de Cosme et de +ses successeurs. Pour Cosme, après avoir assassiné un de ses fils, fait +mourir de chagrin sa femme Éléonore de Tolède, aimé d'un amour sacrilège +sa fille Isabelle, il donna dans sa famille le plus affreux exemple de +vices monstrueux. + +A sa mort, en 1574, son fils, le grand-duc François, continua dignement +les traditions paternelles. Héritier présomptif, il avait pris comme +maîtresse une fille de la noble maison vénitienne des Capello, qui avait +fui Venise au bras d'un amant et qui s'était réfugiée à Florence. +François, éperdument épris de Bianca, voulait l'épouser; mais, comme le +grand-duc avait arrangé pour son fils un mariage destiné à rehausser +l'éclat de sa maison, il dut plier devant la volonté de Cosme et épousa +Jeanne d'Autriche, sans pour cela cesser aucunement de vivre, comme par +le passé, avec Bianca Capello. + +François, devenu lui-même grand-duc et maître tout-puissant, fit +construire pour elle une demeure somptueuse aux portes mêmes du palais +Pitti. Un abandon si outrageux et si public frappa au cœur la malheureuse +Jeanne d'Autriche qui mourut bientôt de chagrin, en faisant jurer à son +mari d'abandonner cette femme néfaste et de se soustraire à son influence +redoutable. Un an plus tard, François épousait sa maîtresse, et Bianca +Capello devenait grande-duchesse de Toscane. + +Au bout de plusieurs années passées parmi les plaisirs et les fêtes, +Bianca n'ayant pas donné d'héritier au grand-duc, et obsédée par le désir +fou d'exercer la régence, si François venait à mourir avant elle, eut +recours à un simulacre d'accouchement et à une supposition d'enfant. Mais +son beau-frère, le cardinal Ferdinand, découvrit la supercherie, et elle +en conçut contre lui une haine si féroce qu'elle se résolut à +l'empoisonner. Pour atteindre ses fins, elle lui servit une pâtisserie +dont elle le savait friand et qu'elle lui disait avoir, par une attention +délicate, confectionnée elle-même; mais cette tentative se retourna +contre elle, car Ferdinand, animé des plus justes soupçons contre sa +belle-sœur, déclina son offre, et le grand-duc, froissé de ce refus +blessant, voulut à toute force faire honneur au gâteau, pour réparer +l'affront fait à sa femme. L'empêcher d'y toucher, c'était se trahir, et +comme, François mort, elle n'avait plus rien ni à espérer ni à attendre, +elle prit résolument son parti et partagea avec lui ce funèbre repas. + +Le lendemain, François et Bianca avaient cessé d'exister et Ferdinand, +jetant sa barrette aux orties, montait sur le trône (1587). + +Avec son règne commence pour la Toscane une ère de calme plat, +d'insignifiance complète et de honteuse léthargie. A Ferdinand +succédèrent Cosme II, son fils (1606-1621), Ferdinand II (1621-1670) et +enfin Cosme III (1670-1723) dont le règne de cinquante années fut marqué +par l'établissement des Jésuites en Toscane et par l'épuisement du trésor +public pour subvenir aux frais de leur installation. + +Cosme III avait épousé Louise d'Orléans, la fille de Monsieur et la sœur +de la grande Mademoiselle, «qui lui fit voir le diable» à telle enseigne +qu'il dut la laisser rentrer en France où elle resta sans jamais +consentir à rejoindre son mari. Du reste, tout, pour Cosme, prend une +tournure fatale. Il semble qu'un mauvais génie pèse sur cette race +destinée à succomber fatalement. Poursuivi par de sinistres +pressentiments, aussitôt son fils aîné en âge de se marier, Cosme l'unit +à Violente de Bavière, princesse vertueuse, mais stérile, et de chagrin, +Ferdinand se plongea dans de telles débauches qu'il y consuma rapidement +sa vie. Le grand-duc s'empressa aussitôt de marier son second fils, +Jean-Gaston, avec une princesse allemande destinée, semblait-il, à lui +donner une nombreuse postérité; mais la princesse de Saxe-Lövenburg +refusa toute soumission à son mari, et les interminables querelles qui +attristèrent le ménage du père vinrent assaillir et troubler celui du +fils. Aussi Jean-Gaston, à l'exemple de son frère, se plongea dans tous +les excès, et les Toscans virent avec effroi un tel prince arriver à la +toute-puissance, tant ses orgies monstrueuses étaient devenues un sujet +d'horreur. Lorsque Jean-Gaston monta sur le trône, il était le dernier de +sa race et il était mourant lui-même; il rappela pourtant tout ce qui lui +restait de forces pour réagir contre la situation désespérée où il +trouvait le pays, et son premier soin, à peine au pouvoir, fut de chasser +les prévaricateurs et les vendeurs de places si chers à son père; aussi, +après l'avoir méprisé et redouté, finit-on par le bénir et l'adorer. + +Comme aucune humiliation ne devait être épargnée au dernier des Médicis, +d'après le droit réservé par Charles-Quint et Clément VII, le roi +d'Espagne Philippe V, du vivant même de Jean-Gaston, lui nomma un +successeur en la personne de son fils, l'infant don Carlos. A peine ce +jeune prince avait-il pu faire apprécier son heureux naturel, qu'il fut +appelé à la conquête du royaume des Deux-Siciles et qu'il abandonna la +Toscane sans retour. On ne consulta pas davantage Jean-Gaston pour +installer, à la place de don Carlos, le prince François de Lorraine, +auquel on donnait la Toscane en dédommagement de ses États réunis à la +France. Lorsque le grand-duc mourut, en 1737, le pays était plongé dans +un tel marasme qu'il ne chercha même pas à recouvrer son indépendance et +accepta ces changements de maître et de dynastie, sans aucune velléité de +résistance (1745). + +En 1801, par la paix de Lunéville, le grand-duc Ferdinand de Lorraine +renonça à la Toscane qui, en treize années, eut un semblant +d'indépendance comme république, fut incorporée à l'empire français et +devint royaume d'Étrurie, pour faire, en 1814, retour à ses anciens +maîtres. + +Les grands-ducs de la maison de Lorraine se succédèrent avec des fortunes +diverses jusqu'en 1860, où, par un plébiscite, la Toscane se réunissait +définitivement au nouveau royaume d'Italie, et retrouvait dans l'unité +qui se fondait, la vie éteinte depuis des siècles. + + + + +TOPOGRAPHIE GÉNÉRALE DE FLORENCE + + + +_Florence_, divisée par l'Arno en deux parties inégales, est située +dans une riante et fertile vallée où descendent les dernières +ramifications des Apennins, dont le cirque imposant l'entoure de toute +part. + +Des hauteurs environnantes les points de vue sur Florence sont +innombrables et de partout se découvrent ses monuments, ses églises, ses +palais et ses tours sous l'aspect séduisant et élégant qui la +caractérise. + +Les anciens remparts, construits de 1285 à 1388, out cédé la place aux +longs boulevards des quartiers neufs, prolongés à l'ouest sur les rives +de l'Arno jusqu'aux Cascines. + +Les portes, ainsi que les anciens ponts de l'Arno, sont mieux conservées. +Six ponts mettent en communication les deux rives du fleuve, sur lesquels +deux suspendus relient, à l'extrémité sud de la ville, le viale duca di +Genova à la barrière San Niccolò et, à l'extrémité nord, la place +Victor-Emmanuel aux Cascines. + + ++Ponts anciens+. + +1° _Ponte alle Grazie_, le plus ancien de tous, fut construit en +1237. + +2° _Ponte Vecchio_, dont la fondation remonte, dit-on, à l'époque +romaine. Maintes fois détruit et rebâti, il doit à Taddeo Gaddi son +aspect définitif (1302). Il est bordé de boutiques occupées dès 1593 par +les orfèvres; elles sont surmontées par la longue galerie qui met en +communication le musée des Offices et le palais Pitti et sont +interrompues dans la partie centrale du pont où la galerie n'est plus +soutenue que par trois arcades ouvertes, d'où l'œil embrasse l'admirable +perspective de l'Arno. + +3° _Ponte Santa Trinita_, fondé en 1252 et reconstruit vers 1567 par +Bartolommeo Ammanati. + +4° _Ponte alla Carraja_, bâti en 1218, détruit par la fameuse +inondation de 1333, fut reconstruit aussitôt en 1337 et fut finalement +restauré et modifié par Ammanati en 1572. + +Sur les deux rives du fleuve s'étendent les larges quais formant le +_Lung'Arno_; seule, la partie de la rive gauche comprise entre le +Ponte Vecchio et le Ponte Santa Trinita a conservé son caractère et ses +vieilles maisons dont les fondations reposent dans le fleuve. + +Les rues de Florence laissent une grande impression de sévérité +imposante, due à ses anciens palais dont les constructions massives lui +conservent l'aspect d'un autre âge, comme leurs noms mêmes évoquent le +souvenir des familles illustres et des corporations de la République. + +Sur la rive droite, les principales artères sont: + +La _via Tornabuoni_, qui va du Ponte Santa Trinita au cœur de la +ville. + +La _via Calzajuoli_, qui, parallèle à la précédente, relie la place +de la Seigneurie à celle du Dôme. + +Enfin la _via Cerretani_, qui réunit la place du Dôme à Sainte-Marie +Nouvelle. + + + + +RIVE DROITE (LE CENTRE) + +I + +DU DOME AUX OFFICES + +LA PLACE DU DOME ET SES MONUMENTS. LA VIA CALZAJUOLI ET OR SAN MICHELE. +LA PIAZZA DELLA SIGNORIA, LA LOGGIA DEI LANZI ET LE PALAIS VIEUX. + + +LA PLACE DU DOME forme le cœur de Florence et réunit trois des plus beaux +monuments de l'art: le Baptistère, le Dôme et le Campanile. LE BAPTISTÈRE +(San Giovanni Battista), ancienne cathédrale de Florence, est un petit +édifice octogonal à trois étages et à coupole. Il offre un des types les +plus curieux de l'architecture romane italienne, avec la modification +qu'elle subit dès le XIe siècle, sous l'action de Nicolas de Pise (1274) +quand elle fut ramenée par ses découvertes au sentiment de l'antique. Ce +n'était pourtant ni à Nicolas, ni même à Jean qu'était réservé l'honneur +de fonder à Florence l'école des Pisans, mais bien à leurs élèves ANDREA +PISANO et ARNOLFO DI CAMBIO, et à ces derniers la ville allait devoir ses +plus beaux monuments. + +Les premiers travaux d'ARNOLFO à Florence furent le dégagement et le +revêtement du Baptistère dont les abords étaient encombrés de sarcophages +et d'urnes funéraires, tandis que les faces extérieures en étaient +bigarrées d'incrustations et d'inscriptions juxtaposées au hasard et en +désordre. + +Dans cette restauration qui eut lieu en 1293, ARNOLFO fit enlever tout ce +qui déparait l'extérieur du monument et lui donna de la grâce et de la +légèreté en dégageant le soubassement presque enseveli dans le sol. Il +appliqua ensuite sur chaque angle de l'octogone deux pilastres +corinthiens soutenant une corniche couronnée d'un second étage de même +ordre, coupé de trois longues fenêtres à fronton. Enfin, pour achever +cette belle décoration, il disposa des plaques en marbre noir de Prato +dans les parties pleines ménagées entre les grandes lignes de +l'architecture, tandis que, dans le troisième étage en retrait, il +répétait sur chaque face les pilastres à chapiteaux corinthiens. + +Trois portes donnent accès au Baptistère. Dès 1321, les Consuls avaient +résolu de faire couler en bronze des portes pour Saint-Jean-Baptiste; +seulement, comme il ne se trouvait alors à Florence aucun artiste en état +d'entreprendre ce travail, la Seigneurie donna mission à un orfèvre +florentin d'étudier les portes de Pise et de se rendre ensuite à Venise, +qui passait alors pour posséder seule des fondeurs capables d'un pareil +ouvrage. + +Pendant le cours de ces recherches, ANDREA PISANO avait obtenu, par +l'entremise de son ami Giotto, la commande d'une des portes, et cela, +malgré les lois de la ville et l'interdiction absolue de donner du +travail à un étranger. Aussi son contrat spécifiait-il qu'«il ne devrait +livrer qu'un modèle de porte en terre ou en cire, dont l'exécution +resterait confiée aux maîtres vénitiens». + +Ce fut en l'année 1330 que ceux-ci entreprirent les opérations de la +fonte, et, bien qu'elles aient duré jusqu'en 1332, elles se trouvèrent +définitivement si manquées, qu'il ne fut pas possible de les reprendre en +sous-œuvre. Andrea eut alors commission de mener à bien une nouvelle +fonte, qu'il réussit en l'espace de deux mois (1335). + +La porte d'ANDREA PISANO, divisée en vingt compartiments, est consacrée +aux différents traits de la vie de _saint Jean-Baptiste_. De plus, +dans sa partie inférieure, elle comporte huit panneaux de moindre +dimension, avec les figures des Vertus. + + + PORTE DU SUD DU BAPTISTÈRE D'ANDREA PISANO (1335) + + _________________________________ _________________________________ +| | || | | +| JOACHIM | JOACHIM || JEAN | JEAN | +| ET | CHASSÉ || DEVANT | MIS | +| L'ANGE | DU TEMPLE || HÉRODE | EN PRISON | +| | || | | +|---------------------------------||---------------------------------| +| RENCONTRE DE | || LES DISCIPLES | LES DISCIPLES | +| JOACHIM ET DE | NAISSANCE || DE JEAN | DE JEAN | +| Ste ÉLISABETH | DE || DEVANT SA | INTERVIENNENT | +| A LA PORTE DORÉE | St JEAN || PRISON | AUPRÈS | +| | || | DE JÉSUS | +|---------------------------------||-----------------|---------------| +| JOACHIM ÉCRIT | || FESTIN | | +| SUR DES TABLETTES| St JEAN || D'HÉRODE. | DÉCOLLATION | +| LE NOM QU'IL | DANS || SALOMÉ | DE | +| VEUT QU'ON DONNE | LE DÉSERT || DANSE AU SON | St JEAN | +| A SON FILS | || DU VIOLON | | +|---------------------------------||---------------------------------| +| | || SALOMÉ | SALOMÉ | +| PRÉDICATION | St JEAN || PRÉSENTE A | APPORTE A | +| DE | RENCONTRE || HÉRODE LA TÊTE | HÉRODIADE LA | +| St JEAN | JÉSUS-CHRIST || DE St JEAN | TÊTE DE | +| | || | St JEAN | +|---------------------------------||---------------------------------| +| | || LE CORPS DE | ENSEVELISSE | +| JEAN | BAPTÊME || St JEAN | ENSEVELISSE_ | +| BAPTISE LES | DE || EST RENDU A | MENT DE | +| NÉOPHYTES | JÉSUS-CHRIST || SES DISCIPLES | St JEAN | +| | || | | +|---------------------------------||---------------------------------| +| | || | | +| | || | | +| SPES | FIDES || CHARITAS | HUMILITAS | +| | || | | +| | || | | +|---------------------------------||---------------------------------| +| | || | | +| | || | | +| FORTITUDO | TEMPERANTIA || JUSTITIA | PRUDENTIA | +| | || | | +| | || | | +|---------------------------------||---------------------------------| + + +Vantail de gauche+ +Vantail de droite+ + + +Dans cette maîtresse œuvre, le progrès réalisé sur les Pisans est +considérable. Andrea y devine les lois de la perspective, épargne les +figures et modère les mouvements. Il est aussi sobre de plans et de +lignes que ses maîtres en furent prodigues, et rencontre du premier coup, +comme Giotto, les lignes mères de la composition, c'est-à-dire +l'ordonnance la plus simple et la plus claire. Tous les motifs sont +conçus avec une parfaite convenance au sujet, et sont traités avec un +sentiment profond, exprimé par des gestes harmonieux et sans violence, +tels que les veut la gravité sculpturale. Si le sujet traité par Pisano +est calme, les plis sont rares, comme, par exemple, dans la composition +des Vertus; tandis qu'au contraire, si la scène réclame du mouvement ou +dénote l'agitation intérieure, les plis se pressent, toutefois sans +abondance inutile, et le maître a su donner à ses figures une grâce +d'attitude qui fait de son œuvre une sorte de trait d'union entre l'art +antique et l'art moderne. + +Il reste à observer combien, en cela encore semblable à Giotto, le maître +néglige l'indication du lieu; ses groupements sont au plus sur deux +rangs, si bien que ses plans, rapprochés de la conception hellénique, +présentent les premières figures en haut relief et les secondes en +bas-relief. + +La porte finie, la République donna pour récompense à l'artiste pisan le +droit de bourgeoisie, accordé rarement et seulement aux étrangers de la +plus haute distinction, ou d'un mérite éclatant. Placée à l'entrée +principale de l'est, c'est-à-dire en face l'autel, elle dut, en 1446, +céder la place à la porte de Ghiberti et fut transportée sur la face sud, +qu'elle occupe depuis. C'est lors de ce transfert que le fils de +Ghiberti, VITTORIO, l'entoura de la riche guirlande de fleurs et de +fruits qui en fait le délicieux encadrement. + +Après la mort de Pisano, l'achèvement des portes du Baptistère resta +suspendu et ce fut seulement à la suite de la fameuse peste de 1403 que +la Seigneurie en décida l'exécution. A cet effet, fut ouvert un concours +dont le sujet était l'histoire de Jésus-Christ et auquel prirent part les +DELLA QUERCIA, les NICCOLÒ d'AREZZO, les BRUNELLESCHI et les GHIBERTI, et +où la préférence devait être donnée à la composition la plus rapprochée +de l'œuvre d'Andrea Pisano. Brunelleschi s'étant retiré, GHIBERTI +l'emporta en dernier lieu; il avait alors vingt-cinq ans. + +Dans cette porte où il était strictement limité par l'obligation de se +subordonner à l'œuvre gothique, Ghiberti adopta la même division en vingt +panneaux supérieurs et en huit inférieurs contenant les figures des +Évangélistes et des Pères de l'Église, et encadra chaque châssis de têtes +saillantes, tandis qu'il couvrait les chambranles de fleurs, de fruits ou +d'oiseaux. Cependant, si les figures dépassent celles de la porte +gothique comme animation et comme expression, elles n'atteignent pas à la +grandeur sévère et à la sérénité calme de celles d'Andrea. Elles ont +pourtant une grâce ingénue et juvénile dont s'exclut encore tout soupçon +de maniérisme et l'art plastique y atteindrait la perfection, si Lorenzo +avait mieux compris les conditions du bas-relief, et son incapacité à +exprimer les saillies nuancées, les plans successifs ou les profondeurs +feintes. Ce grave défaut de son style, déjà sensible dans cette première +œuvre, devait par ses développements ultérieurs entraîner la sculpture +dans une voie funeste. + + +PORTE DU NORD DU BAPTISTÈRE DE GHIBERTI (1403) + + _________________________________ _________________________________ +| | || | | +| XVII | || | | +| PORTEMENT | XVIII || XIX | XX | +| DE | LE CALVAIRE || LA | LA | +| LA CROIX | || RÉSURRECTION | PENTECÔTE | +| | || | | +|---------------------------------||---------------------------------| +| | XIIII || | XVI | +| XIII | LE || XV | PILATE | +| LE JARDIN | BAISER || | SE LAVANT | +| DES OLIVES | DE JUDAS || FLAGELLATION | LES MAINS | +| | || | | +|---------------------------------||-----------------|---------------| +| | || | | +| IX | X || XI | XII | +| TRANSFIGURATION | RESURRECTION || ENTRÉE | LA CÈNE | +| | DE LAZARE || A JÉRUSALEM | | +| | || | | +|---------------------------------||---------------------------------| +| V | VI || VII | VIII | +| BAPTÊME | TENTATION || JÉSUS CHASSE | LA BARQUE | +| DE | DANS || LES MARCHANDS | SUR | +| JÉSUS-CHRIST | LE DÉSERT || DU TEMPLE | LA MER AGITÉE | +| | || | | +|---------------------------------||---------------------------------| +| I | II || III | IV | +| ANNONCIATION | ADORATION || ADORATION | JÉSUS | +| (_adorable | DES || DES | ENSEIGNANT | +| figure presque en| BERGERS || MAGES | LES DOCTEURS | +| ronde-bosse_) | || | | +|---------------------------------||---------------------------------| +| | || | | +| | || | | +| St JEAN | St MATHIEU || St LUC | St MARC | +| | || | | +| | || | | +|---------------------------------||---------------------------------| +| | || | | +| | || | | +| St AUGUSTIN | St JÉRÔME || St GRÉGOIRE | St AMBROISE | +| | || | | +| | || | | +|---------------------------------||---------------------------------| + + +(Ces 8 admirables figures, d'une très noble allure, sont assises devant +des pupitres, les évangélistes debout accompagnés de leurs symboles.) + +La première porte de Ghiberti ne fut pas plutôt achevée qu'on se décida à +lui confier la seconde, considérée par ses contemporains comme son +chef-d'œuvre, mais où s'accuse déjà fortement le parti pris d'obtenir du +bronze les effets de la peinture par une fusion impossible des deux arts. + +Cette fois, entière latitude lui était laissée. Aussi s'affranchit-il +résolument de toute influence et divisa-t-il son sujet en dix panneaux où +il traitait les principaux épisodes de l'Ancien Testament. Mais, comme +cette donnée était trop considérable, il se résolut à réunir dans chaque +panneau plusieurs actions différentes n'ayant aucun rapport entre elles. +Il encadra chacun de ses tableaux d'une large bordure ornée de figurines +placées dans des niches alternant avec des médaillons d'où sortent des +têtes en ronde bosse et il décora les chambranles de guirlandes +compliquées. + +Il fallut seize ans à Ghiberti pour mener à bien son œuvre, mise en place +seulement en 1452, et, dans le principe, entièrement dorée, comme les +autres portes. + +Les trois portes de San Giovanni sont surmontées de groupes de grandeur +naturelle en bronze et en marbre. + + +PORTE DE L'EST DU BAPTISTÈRE +DITE DU PARADIS GHIBERTI (1425-1452) + + _______________________________________________________________ | | | +| I | II | +| | CAÏN LABOURANT. | +| CRÉATION DE L'HOMME. | ABEL GARDANT SES TROUPEAUX. | +| DE LA FEMME. | AU FOND, SACRIFICE DE CAÏN | +| L'ARBRE DU BIÉN ET DU MAL. | ET D'ABEL. | +| ADAM ET ÈVE | CAÏN TUANT SON FRÈRE. | +| CHASSÉS DU PARADIS TERRESTRE. | CAÏN ERRANT APRÈS LE CRIME. | +|_______________________________|_______________________________| +| | | +| III | IV | +| | | +| LA SORTIE DE L'ARCHE. | LA STÉRILITÉ DE SARA. | +| LE SACRIFICE DE NOÉ. | VISITE DES ANGES A ABRAHAM | +| NOÉ IVRE ET SES TROIS FILS. | LUI PROMETTANT UN FILS. | +| | AU FOND, SACRIFICE D'ABRAHAM. | +| | | +|_______________________________|_______________________________| +| | | +| V | VI | +| | | +| ESAÜ ET JACOB. | HISTOIRE DE JOSEPH. | +| | _La scène principale, la | +| _Scène dans un motif | reconnaissance de ses frères | +| d'architecture_. | se passe devant un portique | +| | formé par une rotonde_. | +|_______________________________|_______________________________| +| | | +| VII | VIII | +| | | +| MOÏSE RECEVANT LES TABLES | LA PRISE DE JÉRICHO. | +| DE LA LOI. | | +| | | +| | | +| | | +|_______________________________|_______________________________| +| | | +| IX | X | +| | | +| BATAILLE CONTRE | SALOMON ET LA REINE DE SABA. | +| LES AMMONITES. | _La scène se passe dans le | +| | temple dont l'architecture a | +| | été prise par Ghiberti | +| | sur celle du dôme_. | +|_______________________________|_______________________________| + + ++Au Sud+: _Décollation de saint Jean_ par VICENTE DONI (1571), +d'un mauvais style. + ++Au Nord+: _Prédication de saint Jean_ par GIOVANNI RUSTICA +(1500); élève de Verrocchio, supérieur au groupe précédent. + ++A l'Est+: _Le Baptême de Jésus-Christ_ par ANDREA SANSOVINO, +de beaucoup le meilleur des trois morceaux (1500). L'ange qui seul le +dépare, est de Spinazzo (XVIIIe siècle). + ++Intérieur+: A l'intérieur de l'édifice on retrouve la disposition +des trois étages extérieurs, décorés d'après le même principe de marbres +alternés blancs et verts. + +Les colonnes rondes en granit de la rotonde soutiennent, sur leurs +chapiteaux corinthiens dorés, l'entablement portant la tribune circulaire +du deuxième étage éclairée par les fenêtres extérieures et dont le balcon +est décoré de _mosaïques_ exécutées en 1225 par un moine nommé +_Jacobus_. Le troisième étage enfin, également orné de mosaïques +dues à Jacobus, sert de base à la coupole terminale, couverte de +mosaïques du XIIIe au XVIe siècle. + +L'abside carrée, destinée à contenir l'autel, est construite en dehors du +monument. Décorée de mosaïques, elle renferme actuellement un +_groupe_ détestable de TICCIATI exécuté en 1732, dans ce que le +«rococo» a pu offrir de plus flamboyant. Un autel mural, à gauche de la +porte de l'est, est surmonté de la célèbre statue en bois de la +_Madeleine_ par DONATELLO, d'un réalisme désagréable, à force d'être +violent. En face, près du maître-autel, sont les _fonts baptismaux_, +ouvrage d'une recherche déplaisante, fondu en 1371 par un des nombreux +élèves d'Andrea Pisano. Enfin, à droite, adossé au mur, est le _tombeau +du pape Jean XXIII_ (1419), déposé par le concile de Constance. Sa +belle statue couchée est l'œuvre de DONATELLO et de MICHELOZZO +(1420-1425), mais le dais qui l'abrite et le monument qui l'accompagne, +par leur mauvaise ordonnance et leur lourdeur, ne sont pas dignes de +Donatello. + +Sur le côté nord de la place s'élève la COLONNE SAN ZENOBE, érigée en +1330 en commémoration de la translation des reliques de saint Zenobe, +patron de Florence. + +LE DOME, SANTA MARIA DEL FIORE, ainsi nommée des fleurs de lys figurant +dans les armoiries de Florence, occupe l'emplacement d'une ancienne +église consacrée à Santa Reparata. La décoration et le revêtement du +Baptistère furent terminés en 1293; l'année suivante, la République +rendait un décret mémorable ordonnant à ARNOLFO DI CAMBIO d'exécuter un +modèle et des dessins pour la reconstruction de Santa Reparata: «Avec +telle hauteur et magnificence qu'on ne puisse attendre de l'industrie +humaine rien de plus noble et de plus beau, dans cette pensée que les +œuvres entreprises par la commune doivent être conçues avec une grandeur +correspondant à la grande âme que forment tant de citoyens réunis dans +une seule et même volonté.» + +Comme Santa Reparata dépendait de la corporation des marchands de laine, +il fut établi qu'ils auraient à supporter la plus lourde part des frais +de reconstruction, mais, à titre de dédommagement, on leur concéda un +droit sur les exportations. Après avoir démoli Santa Reparata, Arnolfo +traça le plan de sa basilique, d'après les traditions pisanes, en forme +de croix latine, c'est-à-dire qu'il donna les mêmes dimensions aux bras +du transept et du chœur, et il affecta au déambulatoire cinq chapelles +polygonales développées extérieurement en cinq pans symétriques. + +Arnolfo était trop imbu de l'antique pour prévoir l'effet qu'allaient +produire dans le style gothique la nudité et la sécheresse de lignes qui +en sont l'antipode. Une autre erreur de son plan fut l'importance donnée +aux membres séparés, d'après ce principe que chaque chose grande en soi +agrandit l'ensemble, ce en quoi il perdait de vue la loi architecturale, +qui veut, pour l'harmonie d'un édifice, que toutes les parties se +subordonnent à l'ensemble. Tout à l'opposé des cathédrales du nord où +l'étroitesse relative de la nef élève les voûtes à l'infini, Arnolfo +élargit les siennes dans de si vastes proportions qu'elles produisent à +première vue une impression d'écrasement, aggravée encore par la vue des +grands espaces de murs laissés nus entre les fenêtres aussi étroites que +parcimonieusement ménagées. + +Quand Arnolfo di Cambio mourut en 1300, il avait amené l'œuvre à la +croisée, et la construction fut continuée par son successeur immédiat, le +Giotto, auquel sont dus les revêtements extérieurs des transepts et du +chœur. + +En 1357, le plan d'Arnolfo subit une première modification, et, à partir +de cette époque, s'ouvre la longue série des architectes du dôme, placés +sous la direction de commissaires pris parmi les chefs des corporations +et sans l'assentiment desquels nul n'avait le droit d'ajouter une pierre +à la cathédrale. Ces gens sans connaissances techniques, qui +n'obéissaient qu'au seul mobile de faire de Santa Maria del Fiore un +monument unique, arrivèrent forcément à lui donner cette absence de +coordination si fâcheuse et que la fameuse coupole, la belle œuvre de +Brunelleschi, contribue, pour sa part, à rendre plus frappante encore. + +C'est en 1418 que fut ouvert, pour le modèle de la coupole, le concours +où Brunelleschi triompha de ses concurrents. Il ne lui fallut pas moins +de quatorze années pour mener à terme cette entreprise hardie, et encore +la lanterne ne fut-elle achevée qu'en 1462. La façade, qui fut détruite +en 1588 pour être remplacée magnifiquement, a été refaite depuis quelques +années seulement avec une complication et une surchage extrêmes. +Les +quatre portes+ latérales sont des XIVe et XVe siècles. Ce sont des +ouvrages de l'école Pisane ornés de mosaïques et surmontés d'une statue. +La plus remarquable de ces portes, la deuxième du nord (1408), est +l'œuvre de PIERO D'AREZZO, aidé de NANNI DI BANCO. C'est à ce dernier +qu'est dû le haut relief dit de la _Madona della Cintola_, où se +pressentent déjà Ghiberti et Donatello. La mosaïque du tympan, +l'_Annonciation_, fut dessinée par le GHIRLANDAJO (1496). + ++L'Intérieur+ de Sainte-Marie des Fleurs est d'une austérité allant +jusqu'à la froideur d'un temple méthodiste. + +Le maître-autel, placé sous la coupole, est entouré d'une clôture en +marbre, de forme octogonale comme la coupole, et ornée de +_bas-reliefs_ de BACCIO BANDINELLI, œuvre médiocre substituée à la +belle clôture en bois de Ghiberti. + +Derrière le maître-autel se trouve la fameuse _Déposition_ de +MICHEL-ANGE, œuvre de vieillesse et inachevée qu'il tailla dans un +chapiteau antique du Temple de la Paix que lui avait donné le pape Paul +III. Cet ouvrage pèche par des défauts de proportion malheureusement très +apparents. Sainte-Marie des Fleurs contient nombre de monuments et +d'œuvres remarquables. + +Le mur de la façade est percé d'un vitrail rond, de FRANCESCO, exécuté +sur les dessins de Ghiberti; au-dessous, dans la lunette de la porte est +inscrite une admirable mosaïque, le _Couronnement de la Vierge_ de +TADDEO GADDI (1280), où, malgré le byzantinisme encore marqué, est déjà +très sensible l'influence de la révolution naturaliste opérée dans l'art, +grâce aux efforts de Cimabue et de Giotto. + +Deux grandes fresques infiniment intéressantes occupent le mur au-dessus +des portes latérales de la façade. Celle de gauche est le portrait +équestre de _John Hawkwood_, condottiere à la solde de Florence, +peint en 1392 par Paolo UCCELLO; tandis que celle de droite est +l'admirable portrait équestre de _Niccolò Marucci da Tolentino_, +œuvre d'ANDREA DEL CASTAGNO (1456), de la plus haute allure. + ++Nef de droite+: Monument de _Brunelleschi_, tombeau médiocre +dû à son élève BRUGGIANO. + +Statue de l'homme d'État _Gianozzo Manetti_ par CIUFFAGNI. + +Monument du _Giotto_ élevé par la commune sur l'initiative de +Laurent le Magnifique, en 1490. Ce bel ouvrage de BENEDETTO DA MAJANO est +placé au-dessus de l'inscription latine composée par Ange Politien. +Au-dessus de la première porte latérale, le _sarcophage_ du général +_Pierre Farnèse_ par AGNOLO GADDI et PISELLO (1395). Statue de +_Josué_ par DONATELLO (1412) où se trahit encore dans les draperies +l'inexpérience de la jeunesse, bien que la tête en soit fort belle. +Donatello y sacrifie déjà au goût qui lui fera, dans toutes ses statues, +reproduire les traits de ses contemporains. A côté de la deuxième porte +latérale est placé le buste en marbre du savant platonicien _Marsile +Ficin_, avec la remarquable inscription latine de Ferrucci (1521). +Au-dessus de la deuxième porte et malheureusement placé trop haut, est le +beau _monument_ de l'évêque _Antonio d'Orso_, le vaillant +défenseur de Florence contre l'empereur Henri VIII, œuvre du Siennois +TINO DI CAMAINO (1336). La statue de l'évêque est assise sur un +sarcophage à l'antique. + +Dans le transept droit, orné au-dessous des fenêtres de fresques +médiocres peintes par Lorenzo de Bicci (1427), s'ouvre +la vieille +sacristie+. Le tympan de la porte d'accès est décoré d'un magnifique +bas-relief de LUCA DELLA ROBBIA, l'_Ascension_. Dans la sacristie, +deux admirables anges agenouillés, œuvre monochrome de LUCA DELLA ROBBIA, +tiennent des calices. + +Le lavabo est un ouvrage contourné de BUGGIANO (1492). + ++La chapelle terminale+ du chevet est consacrée à saint Zenobe et +contient le _reliquaire_ en bronze du saint par GHIBERTI (1440). + +Dans quatre autres chapelles sont des statues assises, primitivement +destinées à la décoration de la façade. + ++Première à droite+: _Saint Marc_, par NICCOLÒ D'AREZZO. + ++Deuxième à droite+: _Saint Luc_, par NINO DI BANCO. + ++Quatrième chapelle à gauche+: _Saint Mathieu_. Mauvais ouvrage +de CIUFFAGNI. + ++Cinquième chapelle à gauche+: _Saint Jean_, par DONATELLO. +Quoique encore influencé par la tradition des «Trecentisti», le maître se +montre ici d'une incomparable supériorité. La tête, d'une expression +profonde et prophétique, admirable par sa grave austérité, fait penser à +Michel-Ange. Cette œuvre de premier ordre est placée aussi mal que +possible dans le jour le plus défectueux; il est difficile même d'en +apprécier toute la beauté. + ++La nouvelle sacristie+ s'ouvre à la suite des chapelles supérieures +de la croix. Le tympan de sa porte est occupé par un magnifique +bas-relief de LUCA DELLA ROBBIA, la _Résurrection_. Jamais le +délicat poète que fut Luca n'a été plus inspiré que dans cette +composition, où la divinité triomphante du Christ s'oppose à l'humanité +abandonnée des soldats endormis, ses gardiens. + ++La porte en bronze+ commandée d'abord à Donatello en 1437 et +retirée au maître après dix ans passés, sans qu'il eût mis la main à +l'œuvre, fut, en 1465 seulement, confiée à LUCA DELLA ROBBIA. Il y a +représenté, en compartiments quadrangulaires, la Vierge et l'Enfant, la +Résurrection, les quatre Évangélistes et les quatre Pères de l'Église, +ces derniers en haut relief, assis entre deux anges. Aux angles des +cadres sont des têtes en ronde bosse, d'une grande beauté. Luca s'est +volontairement abstenu de toute complication et de tout mouvement +susceptible de maniérer la composition. Ses figures tirent leur caractère +de leur austérité et de la belle simplicité de leurs draperies, poussées +cependant au dernier degré de la perfection. Elles laissent aussi loin +derrière elles les œuvres de Ghiberti, si souvent gâtées par une +recherche de l'effet de mauvais goût, écueil que Luca semble avoir évité +avec soin, pour se rapprocher autant que possible du style pur et large +d'Andrea Pisano. La sacristie est entièrement revêtue d'une marqueterie +en bois dont les panneaux forment des tableaux; cette belle décoration +est l'œuvre de BENEDETTO DA MAJANO. + +En retournant par la nef gauche, à côté de la deuxième porte latérale, on +trouve le portrait en pied du Dante, peinture sur bois exécutée par ordre +de la République, en 1465. Domenico di Michelino a représenté Dante +devant une vue de Florence, entouré de divers épisodes de la _Divine +Comédie_. + +A gauche, pour désigner l'Enfer, s'ouvre, au milieu de rochers désolés, +la porte «où est laissée toute espérance», tandis qu'à droite un +labyrinthe symbolise le Paradis et la difficulté d'y parvenir. + +A côté de la première porte latérale, _monument_ du musicien +_Squarcialupo_ (1490) par BENEDETTO DA MAJANO, d'une ordonnance +analogue à celle du monument de Giotto auquel il fait face et sert de +pendant. Enfin, au premier pilier, _Saint Zenobe_, en vêtements +pontificaux, est une peinture d'ORCAGNA. + ++LE CAMPANILE+ de Sainte-Marie des Fleurs s'élève isolé à la hauteur +de sa façade. En 1334, après la mort d'Arnolfo, la Seigneurie confia à +GIOTTO, alors âgé de près de soixante ans, les travaux du dôme, avec +ordre, d'abord, de se consacrer à l'érection du campanile qui faisait +défaut. Le premier soin de Giotto fut d'asseoir les fondations à une +profondeur inusitée alors, et de donner ainsi à sa construction une +assiette telle, que, jusqu'à ce jour, elle n'a eu besoin d'aucune +réparation. TADDEO GADDI l'aida jusqu'à 1336, époque de sa mort, et +ANDREA PISANO reprit l'œuvre, qui fut achevée par François Talenti. + +Le campanile carré comporte cinq étages de hauteurs inégales et croissant +avec l'élévation, car, par un souci de perspective bien rare pour +l'époque, Giotto reconnut et appliqua ce principe, que, plus une +construction s'élève, plus les plans successifs doivent gagner en +hauteur, pour que rien n'interrompe à l'œil la justesse des proportions. +Par l'application de cette théorie, le campanile acquiert une grâce et +une légèreté incomparables. La préoccupation qu'avait Giotto d'atteindre +ce but était telle qu'elle l'amena à modifier ce qu'aurait eu de sec +l'angle aigu sur une pareille masse et à rabattre les côtés en les +flanquant de piles polygonales. Comme au dôme, il revêtit le campanile de +marbres alternés noirs, rouges et blancs du meilleur effet décoratif. + +Le plan de Giotto comportait une flèche quadrangulaire terminale qui +devait exhausser la tour d'un tiers; mais Gaddi et Pisano, après sa mort, +crurent devoir la supprimer comme de style gothique et déjà suranné. La +vérité est que cette modification ne fut pas heureuse, et que le +campanile, terminé en terrasse, semble tronqué au sommet. + +La simplicité des lignes dans l'œuvre de Giotto contraste avec +l'exubérance des ornements. Tout le premier étage est décoré d'une double +série de _médaillons_ en demi-relief exécutés sur ses plans par +ANDREA PISANO. Ils sont inspirés par la riche symbolique du moyen âge et +retracent, dans une large idée philosophique, les progrès de l'humanité +en intelligence, en art et en industrie, depuis sa création. + ++A l'Ouest+ on voit, accompagnés de leurs attributs bibliques: La +création. Les premiers travaux de l'agriculture, avec Adam et Eve +labourant. La vie pastorale, Jacob et ses troupeaux. Jubal, inventeur de +la musique. Tubal Caïn, premier forgeron. La viticulture personnifiée par +Noé. + ++Au Sud+: L'astronomie sous la figure d'un mage avec la sphère +céleste. L'architecture représentée par des maçons construisant une +maison. L'art du potier par des femmes achetant des ustensiles de terre. +Viennent ensuite l'homme dompteur de chevaux; le tissage; la législation, +figurée par un juge; Dédale, symbole des émigrations lointaines. + ++A l'Est+: La navigation sous la forme d'une barque. Hercule, +dompteur des éléments. Le cheval, attelé à un char comme bête de travail. + +Enfin +au Nord+: La sculpture avec Phidias. La peinture avec +Apelles. La grammaire avec Donatus. Le lyrisme avec Orphée. La +philosophie avec Platon et Aristote. La géométrie avec Ptolémée. + +La rangée supérieure des médaillons hexagonaux est consacrée aux Vertus +théologales et cardinales, aux Sept Œuvres de Miséricorde, aux Sept +Béatitudes et aux Sept Sacrements. + +Le deuxième étage du campanile est orné de niches garnies de statues de +docteurs, de prophètes, de sibylles ou de Pères de l'Église, et complète +l'ensemble de cette magnifique décoration. + +Parmi ces sculptures, il faut citer les statues des prophètes dues +à Donatello, œuvres de premier ordre exécutées par le maître entre 1415 +et 1425, et qui joignent à la perfection du travail le grand intérêt +d'être de vivants et célèbres portraits, pour lesquels le sculpteur s'est +livré à une véritable débauche de réalisme, sans aucun souci de la +couleur historique pour les héros sacrés qu'il devait représenter. + +La plus connue, sous le nom du «Zuccone», placée à l'ouest, représente le +roi David, pour lequel le maître choisit comme modèle un certain Giovanni +di Barduccio Cherichini, réputé le plus laid des citoyens florentins, +remarquable par sa calvitie, sa maigreur et sa mine patibulaire: Cette +vieillesse et cette laideur presque repoussantes ont été rendues par +Donatello avec une prodigieuse vérité, tandis qu'il traitait l'anatomie +avec son incomparable sûreté en traits aussi souples que larges. On +raconte que, parmi tant de chefs-d'œuvre, le «Zuccone» resta celui dont +le maître se montrait le plus fier, et cela, au point de jurer par lui, +quand il voulait prêter serment. Sur ce même côté se trouvent encore deux +statues: celle du _prophète Jérémie_, sous les traits de l'ami de +Donatello, Francesco Soderini, et celle de _Saint Jean-Baptiste_, +jeune et belle figure à laquelle nous sommes peut-être redevables du +Saint Georges, le chef-d'Œuvre d'Or San Michele. Enfin, à l'est, on doit +au maître la figure d'_Abraham sur le point de sacrifier Isaac_, +pour laquelle il se fit aider par Nanni di Banco, et encore celle du +prophète _Habacuc_, exécutée très postérieurement aux autres, et +également le beau portrait d'un vieillard contemporain. + +Autour de la place du Dôme s'offrent plusieurs édifices importants au +point de vue artistique. A l'angle de la _via Calzajuoli_ s'élève la ++LOGGIA DEL BIGALLO+, petit monument du plus pur style gothique, +élevé de 1352 à 1358 pour la confrérie des Capitani della Misericordia et +plus tard occupé par celle del Bigallo dont il prit le nom. La loggia +comporte trois arcades cintrées surmontées de deux fenêtres accouplées. +Une troisième arcade fait retour sur la via Calzajuoli et, en face +d'elle, s'ouvre, au fond du portique, un oratoire, petite chapelle +décorée de trois statues, _la Vierge et deux anges_, ouvrage unique +d'ALBERTO D'ARNOLDO (1364), où se pressent déjà la Renaissance. Un toit +avancé sur des consoles sculptées couvre le charmant édifice du Bigallo. + +A côté de lui, sur la place, se trouve l'orphelinat des Enfants trouvés, +l'+ORFANOTROFIO DEL BIGALLO+. Dans la salle du Conseil +d'administration, une fresque de GIOTTINO (1342), la _Miséricorde_, +est placée au-dessus d'une vue de Florence. + +Sur le mur du fond, une fresque plus petite d'un des giottesques, VENTURO +DI MORO, représente la loggia del Bigallo où deux capitani recueillent +les enfants qu'on leur amène. Si, dans cette œuvre remarquable, +l'influence de Giotto subsiste par la simplicité des plans, les attitudes +et le dessin plus étudiés sont déjà presque dignes des «Quatrocentisti», +tout en laissant aux figures l'adorable naïveté des primitifs. + ++L'ORATOIRE DE LA MISÉRICORDE+, situé au sud de la place, appartient +à la confrérie de la Miséricorde, fondée en 1244, dans le but de secourir +les pauvres et les malades, mais surtout d'ensevelir et de porter les +morts. Toutes les classes sont représentées dans cette confrérie +actuellement encore de plus de deux mille cinq cents membres, tous +également vêtus de la cagoule en toile noire, lorsqu'ils font leur +service. + +Au-dessus de l'autel, une des meilleures œuvres d'ANDREA DELLA ROBBIA, +_retable_ en deux parties. Dans le bas-relief supérieur, +Jésus-Christ bénissant. Dans l'inférieur, la Vierge entourée de chérubins +entre deux saints. Une prédelle représente l'Annonciation, la Nativité et +l'Adoration des Mages. + +La salle contiguë à l'oratoire sert de vestiaire aux frères; au fond se +trouve le dortoir où six frères doivent chaque nuit être en permanence. + ++L'OPÉRA DEL DUOMO+(Musée du Dôme) est situé sur la place, +directement derrière l'Abside. +L'intérieur+, où se conserve tout ce +qui a trait au baptistère et au dôme, est un assemblage divers de qualité +et de style, et constitue un musée très complet de l'histoire de ces deux +monuments. + +La première des trois salles du musée, au premier étage, contient des +chefs-d'œuvre. Il faut en toute première ligne placer les dix admirables +_Bas-reliefs des enfants danseurs et musiciens_ exécutés de 1431 à +1440 pour la tribune des orgues de la cathédrale par LUCA DELLA ROBBIA. +Vasari décrit ainsi ces magnifiques compositions: «Luca fit en ces +compartiments les chœurs de la musique, chantant de diverses façons, et +il y mit tant de talent et y réussit à tel point qu'on distingue, à la +hauteur où ils sont placés, le gonflement de la gorge de ceux qui +chantent, le battement des mains de ceux qui lisent la musique par-dessus +l'épaule des chanteurs plus petits qu'eux, enfin les diverses manières de +jouer, de danser, de chanter et les autres mouvements inspirés par la +musique.» + +Luca, lorsqu'il exécuta ces bas-reliefs, était véritablement arrivé à +l'apogée de son talent. Il possédait toutes les qualités d'un grand +sculpteur: la clarté dans la conception, la science du dessin et une +extraordinaire habileté de main, qualités subordonnées pourtant à +l'infinie poésie d'une âme raffinée et mystique tout ensemble. + +A côté de l'œuvre de Luca, il faut placer le fameux _devant d'autel du +baptistère_, en argent massif, une des principales œuvres d'orfèvrerie +laissées par le XIVe et le XVe siècles. Le plan général et les +encadrements datent de 1466; ils furent exécutés par LEONARDO DE SER +CRISTOFANO, BELLO DI GERI, CRISTOFANO DI PAOLO et MICHELE DI MONTE. +Le travail des hauts reliefs intérieurs fut exécuté par Antonio POLLAJUOLO, +GHIBERTI et VERROCCHIO, et reproduit l'histoire de Saint Jean-Baptiste. Si +ceux de la naissance, dus à Pollajuolo, sont de premier ordre, on +retrouve, dans la partie centrale due à Ghiberti, les qualités et les +défauts des portes du baptistère inhérents à son style. + +Cette précieuse décoration est complétée par la _Croix_ destinée à +être placée sur l'autel, chef-d'œuvre de l'orfèvrerie du XVe siècle +achevé par ANTONIO POLLAJUOLO en 1456. Il y employa avec une habileté +consommée l'art de l'émailleur, du graveur et de l'orfèvre. La croix, +enrichie de gravures d'émaux sur paillons et de statuettes, repose sur un +pied de toute beauté, accompagné de deux précieuses figurines placées de +chaque côté, où se retrouvent la grande allure du maître, son remarquable +dessin et son précieux fini. Le tertre où est plantée la croix est +couvert de minuscules animaux où la minutie poussée à l'excès montre une +fois de plus le goût si cher aux artistes de l'époque pour l'exagération +du détail. + +ANTONIO POLLAJUOLO a encore fourni les dessins des magnifiques +_ornements religieux_ conservés dans cette salle et qui +appartenaient au trésor du baptistère. + +Dans une vaste salle contiguë sont réunis tous les modèles pour le dôme, +parmi lesquels le modèle des absides par ARNOLFO DI CAMBIO et celui de la +coupole par BRUNELLESCHI. + +En descendant la via Calzajuoli, on arrive rapidement à l'+ÉGLISE D'OR +SAN MICHELE+, édifiée en 1284 pour servir de marché et de halle aux +grains. Cet édifice, brûlé en 1304, lors de l'incendie mis à la ville par +le féroce prieur Neri degli Abbati, pour assouvir une haine de parti, fut +réparé à deux reprises, en 1308 et en 1321; mais, comme cette loggia en +bois, basse et obscure, déparait un quartier déjà embelli par les travaux +du baptistère, on résolut, en 1336, de la rebâtir et d'en faire un +palais. Les travaux furent confiés à TADDEO GADDI, à BENCI DI CIONE et à +NIERI FIORAVENTI, et la nouvelle construction consista en une grande +loggia quadrangulaire surmontée de deux étages. + +Dans cette loggia était placée la peinture sur bois d'une Vierge +miraculeuse, objet d'une si grande vénération chez les Florentins que +leur piété la comblait d'offrandes. Aussi, à la suite de la peste de +1348, la riche confrérie des grainetiers d'Or San Michele se +décida-t-elle à mettre à couvert la précieuse image peinte par BERNARDO +DADDI. ORCAGNA, auquel fut confiée cette transformation de loge ouverte +en loge fermée, s'en tira avec un rare bonheur. Il aveugla les arcades du +rez-de-chaussée où se tenait la bourse et il éclaira l'intérieur par de +belles fenêtres de marbre blanc ouvertes aux étages. Dans un angle de +cette salle partagée en deux par des piliers, il enchâssa l'image sacrée +dans un tabernacle que l'on peut considérer au double point de vue +architectonique et sculptural comme un inestimable chef-d'œuvre. + ++Le rez-de-chaussée+ d'Or San Michele est composé d'arcades +aveuglées jusqu'à mi-hauteur, remplies, dans leur partie supérieure, par +une rose de pierre ajourée reposant sur de sveltes colonnettes, +surmontées de _statuettes_ exécutées par FRANSCESCO TALENTI. Le mur, +entre chacune de ces arcatures, est occupé par une niche, variée de +forme, en marbre blanc, où se trouve une grande statue de saint en marbre +ou en bronze, don d'une corporation, toutes signées des plus grands noms +des XVe et XVIe siècles. + +A côté de l'entrée, sur la façade occidentale, la statue en bronze de +_Saint Mathieu_, offerte par les changeurs, est une belle œuvre de +GHIBERTI de 1420. + +En face, celle de _Saint Étienne_, également par GHIBERTI, fut +commandée en 1428 par les drapiers. Cette figure d'un caractère sobre et +sévère, traitée dans le sentiment de la première Renaissance, fait grand +honneur au maître. La troisième niche est occupée par _Saint Éloi_, +patron des maréchaux ferrants, ses donateurs. Cette œuvre de NINO DI +BANCO est d'une facture très développée pour son époque (1408). Ce qui +lui manque est le sentiment de la vie intellectuelle, encore absent dans +ses physionomies. Sur la face méridionale, la première niche contient la +statue de _Saint Marc_ offerte par les menuisiers, œuvre de jeunesse +de DONATELLO (1411) déjà en pleine possession de ses qualités. La figure, +noble et majestueuse, exprime la puissance et la force. La deuxième +niche, don des pelletiers, est occupée par une statue en bronze de +_Saint Jacques_, dans le caractère des «Trecentisti». Cet ouvrage +est attribué à Ghiberti en raison du ravissant bas-relief en marbre +blanc, encastré dans le mur au-dessous de la niche, qui représente la +Décollation de saint Jean-Baptiste traitée comme le sujet analogue à la +porte du baptistère. + +La niche suivante contient la statue en bronze de _Saint Jean +l'Évangéliste_, donnée par les tisseurs de soie, œuvre médiocre de +BACCIO DA MONTELUPO (1515). + +Sur la façade orientale, celle de la rue Calzajuoli, la première niche +contient la statue en bronze de _Saint Jean-Baptiste_, don des +marchands de drap, une des premières œuvres de GHIBERTI (1414), raide et +durement ciselée. + +L'architecture de la niche du milieu, due à DONATELLO, se compose de +pilastres cannelés supportant un fronton angulaire où est représentée la +Trinité. C'est une des dernières œuvres du maître, qui ne fit jamais la +statue à laquelle elle était destinée. Le groupe en bronze qu'elle +contient fut exécuté par ANDREA VERROCCHIO, à cette époque encore dans +l'atelier de Donatello et directement sous son influence. Il représente +le _Christ et saint Thomas_, et il serait digne du maître, s'il n'y +avait pas dans les draperies quelque chose de tourmenté et de cherché qui +nuit à la simplicité des lignes. Ce groupe, don des commerçants, fut +exécuté en 1483. Dans la niche suivante, la statue en bronze de _Saint +Luc_, due à JEAN DE BOLOGNE, fut donnée par les juges et les notaires, +en 1562. Elle a déjà le caractère exagéré et le mouvement intempestif de +la sculpture du XVIe siècle. + +La première niche de la face nord, don des bouchers, a reçu une assez +médiocre œuvre de la jeunesse de Donatello (1408) où le manque de +proportion est très sensible. La seconde niche contient un _Saint +Philippe_, patron des cordonniers, par NANNI DI BANCO. Dans la +troisième, un groupe de NANNI DI BANCO se compose de _quatre Saints_ +offerts par les maçons, charpentiers, forgerons et tailleurs de pierre, +et œuvre d'une valeur secondaire, exception faite du charmant petit +bas-relief qu'elle surmonte. Enfin, dans la quatrième et dernière niche, +est placé le don des armuriers, l'admirable statue en marbre blanc de +_Saint Georges_ par DONATELLO, exécutée en 1416. + +Cette œuvre de tout premier ordre représente un jeune homme debout et le +cou nu, un manteau négligemment jeté sur l'épaule. La cuirasse et les +brassards qui le protègent, ainsi que le haut bouclier hexagonal qu'il +tient devant lui, n'empêchent pas de deviner ce qu'il y a de force et de +souplesse dans ces membres si bien couverts. Sa figure juvénile, martiale +et austère, son regard libre et fier caractérisent admirablement le +chevalier chrétien, aussi éloigné du sentimentalisme que de la +forfanterie. Jamais n'a été mise au jour une image plus saisissante du +courage calme et sûr de lui. + +Il faut encore mentionner le délicieux bas-relief exécuté pour être placé +au bas de la statue, mais qui fut transporté sous la niche de la face +méridionale. Le saint à cheval transperce le dragon, tandis que sainte +Marguerite, pour laquelle il combat, prie avec ferveur. Par sa perfection +ce chef-d'œuvre serait digne de compter parmi les merveilles de l'art +grec. + +Au-dessous de chaque niche sont des _médaillons_ occupés par les +armes des corporations donatrices; cinq d'entre eux sont dus à LUCA DELLA +ROBBIA. + ++A l'intérieur+, l'admirable ciborium d'ORCAGNA fascine par sa +magnificence. Le caractère de ce petit monument est grave et la grâce en +est sévère; c'est le triomphe du génie de la première Renaissance. En +traversant le moyen âge, pour ressusciter après quatorze siècles, l'art +antique, sans perdre sa beauté, semble avoir renoncé à sa sévérité et à +son impassibilité, pour se laisser pénétrer par le sentiment qu'il +cherchera désormais à exprimer. Il était seulement beau, il devient +humain. + +Après avoir conçu son ciborium dans le style ogival florentin, Orcagna +recourut, pour le décorer et l'enrichir, à tous les procédés connus +alors. Les colonnes torses qui soutiennent le baldaquin sont mirlitonnées +de mosaïques de marbre et de verre polychrome; les marbres précieux +alternent avec une profusion inouïe de sculptures. Le ciborium est +entièrement fermé derrière l'autel par un mur sculpté dont les côtés en +retour viennent former à l'image de la Vierge un cadre d'Anges de profil +étagés en bas-relief les uns sur les autres. La face postérieure de ce +mur est divisée horizontalement en deux parties représentant la mort de +la Vierge et son Assomption. Les trois côtés qui portent les pilastres du +baldaquin sont ornés de médaillons traités en bas-relief, ressortant sur +un fond de mosaïque à dessins géométriques. Les sujets en sont: 1°la +Naissance de la Vierge, la Foi, et la Présentation au Temple; 2° l'Ange +venant annoncer sa mort à la Vierge, la Circoncision; 3° la Naissance du +Christ, la Charité et l'Adoration des Mages. L'autel a une décoration +analogue; trois de ses bas-reliefs sont remarquables: ce sont +l'Annonciation, l'Espérance, et surtout le Mariage de la Vierge, œuvre +sculpturale de premier ordre. Orcagna, pour protéger cette création +délicate contre les allées et venues des gens affairés dans la Bourse, +l'entoura d'une balustrade assez élevée formant deux étages de +compartiments de marbre ajourés et remplis par de légères rosaces de +bronze. + ++LA MAISON DES CARDEURS DE LAINE+ s'étend devant la façade d'Or San +Michele, auquel la relie une galerie de communication jetée sur une haute +arcade. Cette maison du XVe siècle est crénelée et porte l'Agneau +pascal, armes de la corporation. + +D'Or San Michele, la rue Calzajuoli mène en peu de temps à la +PLACE DE +LA SEIGNEURIE+. + +Si la Renaissance peut être considérée, à bon droit, comme la +résurrection de la personnalité humaine, encore fallait-il, avant +d'affranchir l'individu, chercher l'affranchissement des collectivités +représentées par la commune; ce fut le grand travail de la première +Renaissance. Cette marche lente, mais progressive, vers l'égalité civile, +fut marquée en Toscane par la construction successive des palais publics, +des tours et des loges communales. Aussi la place de la Seigneurie, avec +ses monuments, doit-elle être considérée comme le cœur même de Florence, +comme le berceau de ses franchises et de ses libertés, comme l'endroit où +furent prises toutes les grandes décisions de son histoire et où +sonnèrent également les heures les plus sombres de ses destinées, celles +où les luttes sanglantes entre les Gibelins et les Guelfes, ou entre les +Noirs et les Blancs, mettaient son existence même en jeu. + ++LA «LOGGIA DEI LANZI»+ est située à l'angle méridional de la place. +Parmi les privilèges que possédait l'aristocratie à Florence, trois des +principaux consistaient dans la dignité de chevalier, dans l'exercice des +fonctions consulaires et dans la possession d'une loge. + +Lorsque les Guelfes, devenus les maîtres de Florence, eurent fait +construire par Arnolfo le palais de la Seigneurie avec sa vieille tour à +mâchicoulis et à beffroi, destinée à dominer toutes les autres, leur +première pensée fut de posséder la loge nécessaire pour offrir un abri +digne de lui au premier magistrat de la République, lorsqu'il paraissait +en public. La Seigneurie rendit donc, en 1335, un décret ordonnant la +construction, à côté du palais, d'un portique destiné à cet usage. +ORCAGNA en dressa les plans; mais l'édifice, commencé après sa mort, en +1376, par ses élèves BENCI DI CIONE et FRANSCESCO TALENTI, ne fut terminé +qu'en 1391. + +La Loggia dei Lanzi est un des plus beaux monuments profanes laissés par +le style gothique tempéré du classicisme spécial à l'Italie. + +L'harmonie des proportions y est telle que ses dimensions colossales +disparaissent, tant l'impression produite est satisfaisante à l'œil. Le +portique est formé par cinq piliers qui supportent l'arc en plein cintre +de l'antiquité; à l'intérieur, la voûte à nervures très simples +correspond aux arcs extérieurs. Entre ces arcs, AGNOLO GADDI plaça des +médaillons en bas-relief représentant des _Vertus_, sujets qu'il +emprunta sans scrupule à la porte du baptistère d'Andrea Pisano, et, afin +que rien ne fût épargné pour donner à l'édifice plus de magnificence, ces +médaillons furent peints et dorés, tandis que les murs intérieurs étaient +décorés de fresques et que la voûte était semée des armoiries de +Florence, de celles du pape Innocent VIII, de la maison d'Anjou et des +Guelfes. + +Au XVIe siècle, le grand-due Cosme de Médicis, dans la crainte des +souvenirs rappelés au peuple par ce monument, témoin de sa liberté et de +son antique splendeur, eut un instant l'idée de le détruire. Grâce à +Michel-Ange consulté, la Loggia fut conservée, mais toutes ses peintures +furent effacées et elle devint le corps de garde des lansquenets de Cosme +(dei Lanzi), auxquels elle doit son nom actuel. + +Cependant, le souvenir vivace des jours passés persistant dans l'esprit +des Florentins, les Médicis transformèrent la loge en musée, cherchant à +distraire le peuple du souci de ses affaires par le spectacle journalier +d'un art énervant et efféminé. Ils placèrent le sensuel Persée sous la +statue de la Justice, tandis que le voluptueux groupe de Jean de Bologne +se dressa au-dessous de la Tempérance. + +Tout intéressantes et toutes belles que soient ces sculptures de la +Renaissance, elles sont en dissonance complète avec le style grave et +sévère de la loge d'Orcagna, de Cione et de Talenti. + ++A l'intérieur+, sous l'arcade gauche, est placé le _Persée_ en +bronze de BENVENUTO CELLINI (1553). + +Persée, debout sur le corps décapité de Méduse, en présente la tête d'une +main et tient son glaive de l'autre. Ce groupe fameux manque de +simplicité: empreint d'une grâce efféminée, il est pourtant la meilleure +et la plus énergique œuvre d'un maître bien plutôt orfèvre que sculpteur. +Le Persée est placé sur un socle de marbre blanc lourd et surchargé, où +se manifestent déjà les tendances du barocco; les statuettes qui le +décorent sont d'une complication et d'un maniérisme exagérés. En face, +sous l'arcade droite, est le groupe célèbre de _l'Enlèvement des +Sabines_, par JEAN DE BOLOGNE (1583), sculpture puissante et +mouvementée d'un grand effet. + +Cet ouvrage, comme le précédent, peut donner une idée parfaite du +changement radical qu'un siècle a suffi pour amener dans la manière même +de comprendre l'art! Tandis que les dernières années du XVe siècle +voient l'effort admirable des artistes pour atteindre à la vérité +naturaliste et réaliste, sans qu'il soit pourtant rien sacrifié des +conditions idéalistes indispensables à tout art vraiment élevé, le milieu +du XVIe siècle produit des virtuoses consommés pour lesquels tout +consiste à résoudre quelque difficile problème de technique et à réussir +le tour de force par une sorte d'acrobatie picturale ou sculpturale. +Cette recherche excessive nuit à l'émotion qu'obtiennent parfois d'autres +œuvres d'une facture bien moins accomplie. + +Sous l'arcade, vers le vieux Palais, se trouve la _Judith_ de +DONATELLO, bien fâcheusement juchée sur un socle de granit en forme de +candélabre d'où il est résulté le plus mauvais effet de raccourci. La +Judith est la plus célèbre des statues de femmes faites par Donatello. +Coulée en bronze, en 1440, pour Cosme l'Ancien, elle fut, en 1495, après +l'expulsion des Médicis, installée devant le Palais Vieux avec la fière +épigraphe «Exemplum Salutis Publicae Cives Posuere». Cet ouvrage peut +compter pour un des premiers groupes profano-héroïques où Donatello se +soit laissé emporter par son penchant au réalisme et au naturalisme. +Cette tentative, hardie alors, peut motiver certaines critiques. Judith +est embarrassée dans des draperies trop amples et trop riches qui lui +enlèvent sa fierté, tandis que le geste par lequel elle brandit le glaive +manque de noblesse; Holopherne, gisant à ses pieds, tourne le dos dans +une position forcée, c'est une figure peu attrayante; mais l'admirable +maîtrise de Donatello se retrouve dans la belle expression de la Judith +et dans les magnifiques bas-reliefs du coffre triangulaire sur lequel est +monté le groupe. + +Les autres statues de la Loggia sont d'un intérêt très relatif. Des deux +groupes placés au centre, l'un représente _Ajax avec le corps de +Patrocle_ ou _d'Achille_, antique très restauré, à la fin du +XVIe siècle; l'autre, _Hercule terrassant le centaure Nessus_, de +Jean de Bologne. Au fond sont rangées cinq médiocres statues antiques de +femmes drapées. + +L'immense masse sombre et carrée du +PALAZZO VECCHIO+ déborde sur le +côté est de la place. + +La République, instruite par les leçons de l'expérience et voulant se +mettre à l'abri des entreprises et des coups de main des factieux, fit +élever, dès 1298, par ARNOLFO DI CAMBIO, un édifice communal puissant et +robuste, mi-partie palais, mi-partie forteresse, dont l'aspect imposant +serait complété par la fière tour du beffroi dressée au-dessus de lui. +Imbu de l'esprit démocratique du temps, Arnolfo, dans cette maîtresse +œuvre, se conforma merveilleusement aux vues d'un pouvoir ombrageux qui +voulait tout à la fois protéger et surveiller Florence. Dans ce rude +édifice tout parle, tout redit l'histoire des tourmentes florentines; +elle est écrite tout entière dans ce formidable appareil de pierres +brutes, saillant en énormes bossages, dans ces mâchicoulis démesurés qui +surplombent et dont les profondes arcatures, portées par des corbeaux +décorés, sont occupées par les fières armoiries florentines: lys de +Florence, armes des prieurs avec la devise «Libertas», armes des Guelfes, +armes de la maison d'Anjou, armes du peuple florentin ou armes mi-partie, +communes à Florence et à Fiesole. Au nu des créneaux menaçants qui +couronnent les mâchicoulis, s'élance, pour ainsi dire dans le vide, la +tour carrée, elle aussi hérissée formidablement de mâchicoulis et +surmontée du beffroi où était suspendue la cloche qui appela tant de fois +les citoyens à la défense de la patrie et de la liberté. + +La façade d'ARNOLFO est tout ce qui reste de l'ancienne splendeur du +palais. Cet asile inviolable des magistrats florentins fut remanié au +XVIe siècle par VASARI, le courtisan et l'ami des Médicis, animés +eux-mêmes contre le Palais Vieux et la Loggia de la haine que leur +inspirait tout souvenir de la grandeur et de la liberté florentines. Sur +leurs ordres, Vasari coupa les étages, fit tous les agrandissements sur +la via del Leone, décora somptueusement les appartements et transforma la +sévère demeure des prieurs en une fastueuse résidence princière. Déjà en +1450, sur l'ordre de Cosme, MICHELOZZO avait dû ouvrir la cour intérieure +entourée de portiques dont les colonnes, trouvées trop simples, furent +surchargées ensuite par MARCO DA FAENZA d'arabesques en stuc dans le goût +de la décadence raphaëlesque. + +Des œuvres si nombreuses commandées par Laurent le Magnifique au +VERROCCHIO, peu ont subsisté; l'une d'elles est _l'Enfant au +Dauphin_ placé au milieu de la vasque occupant le centre de la cour. +C'est un ravissant petit amour en bronze qui s'envole en pressant contre +son cœur un dauphin, charmant ouvrage, parfait de naturel et de grâce +enfantine. + ++A l'intérieur+, un escalier monumental conduit au premier étage et +à l'immense +Salle des Cinq Cents+ construite par VASARI, qui +détruisit à cet effet toute une partie de l'intérieur du palais. Il la +décora de fresques détestables et démesurées relatives aux guerres de +Florence et de Sienne. Le plafond allégorique par Vasari est une +apothéose des Médicis. + +Un passage fait communiquer cette salle avec la +salle du Conseil+ à +laquelle donne accès une adorable porte du vieux Palais, exécutée en +marbre blanc par GIOVANNI DI TEDESCO (1388). Les colonnes torses qui lui +servent de cadre, supportent un admirable linteau où sont sculptées les +armes de Florence, celles des Guelfes, et celles de la maison d'Anjou, +triple association dont l'image mystique occupe le tympan sous la forme +de la triple face de la Trinité. Des vantaux en bronze doré, ornés de +compartiments à mascarons, complètent cette belle décoration. + +La salle du Conseil est une magnifique pièce dont le beau _plafond_ +à caissons a été sculpté par MICHELOZZO. + +Une frise décorée d'armoiries reliées par des guirlandes entoure la +salle, dont les murs sont couverts de belles tapisseries de la +manufacture de Florence où se déroule l'_Histoire de Joseph_ d'après +les dessins du BRONZINO. La petite salle voisine a également un +magnifique plafond à caissons dû à BENEDETTO DA MAJANO. + +Au deuxième étage subsistent encore quelques salles de l'ancienne +disposition. +La salle du Gonfalonier+ est actuellement nommée salle +des Lys à cause de son beau plafond à caissons dorés contenant un fleuron +autour duquel rayonnent les six fleurs de lys florentines, belle œuvre du +XVe siècle. + +GHIRLANDAJO décora de fresques murales une grande Partie des salles du +Palais Vieux. De ce travail il ne subsiste que la décoration de la salle +du Gonfalonier, et encore est-elle mutilée par une porte ouverte, sous +les Médicis, au beau milieu d'un des panneaux. Sous trois arcades d'une +magnifique architecture saint Zenobe est représenté en riches ornements +pontificaux; il est assis et bénit entre deux diacres debout. Cette belle +œuvre de Ghirlandajo est traitée avec une puissance et une largeur de +composition remarquables (1481). + +Une ravissante _porte_ sculptée par BENEDETTO DA MAJANO, en 1481, +réunit la salle des Lys à +la salle d'Audience+. Les deux vantaux de +la porte sont une mosaïque de bois où JULES DE MAJANO a représenté les +portraits de Pétrarque et de Dante. + +Le beau plafond à caissons du XVIe siècle, dans la salle d'Audience, est +l'œuvre de MARCO DEL TASSO. + +Après avoir traversé la petite +Chapelle des prieurs de +Saint-Bernard+, où Savonarole passa sa dernière nuit, puis une +succession de salles sans intérêt, à part une peinture sur bois de _la +Vierge avec l'Enfant et Saint Jean-Baptiste_ par BOTTICELLI, on arrive +à la +salle de la Justice+ décorée par BRUNELLESCHI d'une fontaine +soi-disant copie de celle de la maison de Pilate à Jérusalem. + +La +salle des Cartes géographiques+ est l'ancienne bibliothèque. +Elle est entourée d'armoires dont les portes sont décorées à l'extérieur +de cartes géographiques peintes au XVIe siècle et reproduisant le monde +connu alors. + +Sur +LA PIAZZA DELLA SIGNORIA+, à droite de l'entrée du Palazzo +Vecchio, est un groupe d'_Hercule_ et de _Cacus_ (1540) par +BACCIO BANDINELLI, le rival malheureux de Michel-Ange. A l'angle nord-est +du palais se voit aussi une fontaine surmontée d'un _Neptune_ +colossal et de _Tritons_ par Bartolommeo AMMANATI (1575). Ces +sculptures, comme les précédentes, se ressentent de l'influence +déplorable exercée par Michel-Ange sur des artistes secondaires. Des +_divinités_ marines en bronze de JEAN DE BOLOGNE contribuent à +l'ornementation de cette fontaine érigée à la place où se dressa le +bûcher de SAVONAROLE, le 23 mai 1498. A côté s'élève la _statue +équestre de Cosme_ par JEAN DE BOLOGNE (1594). + ++LE PALAIS UGGUCIONE+, sur un côté de la petite place, eut, dit-on, +Raphaël pour architecte. + + + + +II + ++LES OFFICES+ + + ++LA GALERIE DES OFFICES+ (Uffizi) occupe le palais que le grand-duc +Cosme fît construire par Vasari, de 1560 à 1574, pour y réunir divers +ordres de magistrats. Cet édifice est composé de deux longues galeries +parallèles allant de la place de la Seigneurie à l'Arno et reliées du +côté du fleuve par une courte galerie transversale. Un portique règne +autour du monument, des niches contenant les statues modernes des Toscans +célèbres sont disposées aux piliers. Du côté extérieur, face à l'Arno, +placée haut, est la _statue de Cosme Ier_ par JEAN DE BOLOGNE, +entre celles de la Justice et de la Force. A l'entrée du portique de +gauche, un escalier conduit à la galerie formée de la collection +particulière des médicis et enrichie successivement par les ducs de la +maison de Lorraine. + +Dans le premier vestibule du Musée, bustes des Médicis, bas-reliefs +antiques. Le deuxième vestibule a reçu des sculptures antiques: 1° +_Cheval_ qu'on présume avoir fait partie du groupe des Niobides; 2° +_Sanglier antique_, célèbre et remarquable ouvrage grec. + +Le long corridor occidental contient des sculptures et des tableaux. Les +sculptures antiques de cette galerie n'ont qu'une valeur relative, elles +consistent principalement en bustes et en sarcophages. Les murs des +premières travées sont consacrés aux «Trecentisti». Au milieu d'œuvres +d'un intérêt parfois secondaire se remarquent quelques joyaux précieux. + +N° 17.--PIETRO LORENZETTI. Petit tableau des anachorètes, curieux à +comparer avec la fresque du Campo Santo de Pise. + +N° 25.--SIMONE DI MARTINO et LIPPO MEMMI. _Annonciation_. SIMONE est +le maître le plus remarquable de l'école siennoise à l'époque de GIOTTO +(1285-1344). Pendant les derniers temps de sa vie, son élève Lippo Memmi +fut de moitié dans ses œuvres. Le meilleur ouvrage sorti de cette +collaboration est l'_Annonciation_ des Uffizi, peinte en 1333, où +des figures très rehaussées d'or sur fond d'or nous montrent précocement +appliqués les procédés de l'Angelico. Dans ce panneau sur bois d'un +sentiment délicieux, peint en 1333, la Vierge assise ramène chastement +autour d'elle le manteau dont elle est enveloppée. Un grand lys dans un +vase d'or la sépare de l'ange agenouillé qui lui offre le rameau +d'olivier, symbole de la réconciliation entre Dieu et les hommes amenée +par la venue du Christ. Les ailes et la riche chasuble d'or de l'ange +couronné de légères branches d'olivier, sont délicatement ouvragées, et +son exquise figure est ravissante de grâce. + +Nos 24 et 26.--Volets complétant ce triptyque: _San Ansano_ en +rose, tenant une bannière, et _Santa Giuletta_, en manteau gris, +tenant la croix et la palme du martyre. + +N° 45.--BICCI DI LORENZO (1350-1427). _S.S. Cosimo et Damiano_, +patrons de la famille Médicis; debout à côté l'un de l'autre sur un fond +d'or, vêtus de manteaux lie de vin, ils ont la tête couverte d'un voile +rouge, et tiennent en main la plume et l'écritoire. + +N° 52.--PAOLO UCCELLO (1397-1475). Tableau de bataille, un des quatre +d'une série de mêmes sujets: mêlée de chevaux et de cavaliers se +détachant sur un fond très sombre. La peinture est mouvementée pour +l'époque, mais elle frappe bien plus par la recherche de la difficulté +que par celle de la réalité et de la vie. + +PIERO DEL POLLAJUOLO (1441-1489). + + +Nos 69, _l'Espérance_ | Figures d'un grand + " 70, _la Justice_ | style, mais ayant + " 71, _la Tempérance_ | perdu leur caractère + " 72, _la Foi_ | sous de trop visibles + " 73, _la Charité_ | refaits. + + +N° 34.--LUCA SIGNORELLI. _La Vierge avec l'Enfant_. La Vierge, d'une +expression charmante, est assise par terre, en corsage rouge et en long +manteau bleu, et se penche vers l'Enfant entièrement nu qu'elle soutient +de ses deux mains. Au fond, Signorelli a placé des figures nues tout à +fait étrangères au sujet, celles d'un jeune homme faisant de la musique +et d'un autre qui l'écoute appuyé sur un long bâton. Michel-Ange, inspiré +par cette idée, usa de la même licence dans la Sainte Famille de la +tribune. + +Salles donnant sur le corridor occidental. + + +ÉCOLE TOSCANE (TROIS SALLES) + ++1° Salle A+. + +N° 1157.--LÉONARD DE VINCI (?). Tête de jeune homme vue de face, les +cheveux rejetés en arrière. Assez jolie de ton, mais d'un dessin un peu +sec et d'une expression banale. + +N° 1159.--LÉONARD DE VINCI (?). _Tête de Méduse_ coupée et gisant à +terre dans un effet de raccourci. Attribuée à Léonard, mais bien +postérieure et probablement due à un peintre de l'école milanaise qui +s'inspira de la description que Vasari avait faite d'une œuvre disparue +du maître. + +N° 1167.--MASACCIO (1401-1428). Beau portrait en buste d'un vieillard +inconnu, vêtu et coiffé de blanc, se détachant sur un fond bleu pâle. Son +visage rasé et ridé, légèrement incliné sur la poitrine, a une expression +de bonhomie narquoise. Ce fragment de fresque est également attribué à +Filippino Lippi. + +N° 1154.--INCONNU. _Le Médailleur_. Portrait d'un jeune homme aux +traits fins et intelligents; sur sa longue chevelure, il porte une +calotte rouge. Vu à mi-corps, et vêtu de noir, il tient sur son cœur une +médaille dorée, en relief, à l'effigie de Cosme de Médicis. Cette figure, +dont les mains sont remarquablement modelées, se détache sur un très +intéressant paysage; elle est connue sous le nom du Médailleur, et passe +pour être le portrait de Pic de la Mirandole peint par Andrea del +Castagno ou par Sandro Botticelli, à cette époque élève d'Andrea. + +Nos 1156 et 1158.--SANDRO BOTTICELLI. _Histoire de Judith et +d'Holopherne_, interprétée en deux très petits tableaux, avec ce +délicieux sentiment de poésie allégorique propre à Botticelli. Si la +précision, le fini précieux et l'anatomie sculpturale de l'Holopherne +rappellent Mantegna, l'envolée et la grâce charmante de la Judith font de +ce petit chef-d'œuvre une des meilleures pages du maître. + +N° 1156.--_La Judith_. Judith, suivie de sa servante, retourne vers +Béthulie qui forme paysage au fond. Elle tient d'une main un cimeterre +recourbé et de l'autre présente un rameau d'olivier, comme annonce de la +paix que par la mort d'Holopherne elle apporte à son peuple. Son ample +robe flottante est retenue autour de sa taille par des liens compliqués, +et sa démarche calme contraste avec la précipitation de sa servante, +figure d'une beauté antique qui, pressant le pas dans un mouvement +incomparable, d'une main relève sa robe pour n'être pas entravée dans sa +marche, tandis que de l'autre elle soutient sur sa tête la corbeille où +la tête d'Holopherne apparaît enveloppée de linges ensanglantés. + +N° 1158.--_Holopherne_. Sur le lit placé au fond de sa tente, le +général décapité gît nu. Deux groupes d'hommes, d'une facture remarquable +et d'un relief saisissant, le contemplent consternés. Sous la draperie +relevée de la tente on aperçoit encore deux cavaliers arrêtés dont les +attitudes montrent l'effroi et la désolation. + +N°1153.--ANTOINE POLLAJUOLO (1429-1498). _Les Travaux d'Hercule_. Ce +tout petit diptyque représente Hercule frappant l'Hydre de Lerne et +Hercule étouffant Antée. Ces compositions remarquables, modelées en +pleine lumière, sont d'une beauté et d'une chaleur de coloris étonnantes. +La vérité du mouvement, l'expression des physionomies, la finesse et le +rendu des moindres détails ont été traités par le Pollajuolo avec la +sincérité et l'emportement fougueux qui caractérisent son style. + +Nos 1178 et 1184--FRA ANGELICO (1387-1445). _Les Fiançailles et les +Funérailles de la Vierge_. Deux délicieux petits panneaux qui ont le +fini de la miniature. Conçus avec la poésie exquise de l'Angelico, ils +montrent, par la naïveté enfantine des détails matériels, à quel point +toute recherche de la réalité était indifférente ou échappait au génie +mystique du maître idéaliste. + +N° 1182.--BOTTICELLI (1447-1510).--_La Calomnie_. Lucien fait d'un +tableau disparu d'Apelles la description suivante: + +«Sur la droite siège un juge qui porte de longues oreilles du même genre +que celles de Midas. Debout à ses côtés, sont deux femmes: l'Ignorance et +la Suspicion, ses conseillères. Il tend la main vers la Calomnie qu'on +voit s'approcher sous les traits d'une femme divinement belle, mais à la +figure enflammée, émue et comme transportée de colère et de fureur. De la +main gauche elle tient renversée la torche de la justice, tandis que de +la droite elle traîne par les cheveux un jeune homme nu, qui lève les +mains vers le ciel, et semble le prendre à témoin de son innocence. Deux +autres femmes accompagnent la Calomnie, l'encouragent, arrangent ses +vêtements et prennent soin de sa parure, l'une est la Fourberie, l'autre +l'Hypocrisie. En avant de ce groupe, marche une sinistre vieille voilée +et vêtue de noir, c'est l'Envie, décharnée, pâle et hideuse. + +En arrière se trouve une femme à l'extérieur désolé, c'est la Repentance; +elle retourne la tête et, pleine de confusion, verse des larmes en +regardant la figure nue de la Vérité, qui, seule et isolée, se tient +debout, montrant le ciel du doigt, comme pour en invoquer la justice.» + +Ce sujet était éminemment fait pour tenter Botticelli, et sa passion pour +l'allégorie mythologique ne pouvait manquer de s'emparer d'un pareil +motif. Interprète fidèle et presque scrupuleux du texte, il n'y apporta +que son charme captivant et son incomparable maîtrise, appliqués aussi +bien à la beauté des figures, aux vêtements somptueux et compliqués qui +les parent, qu'au coloris lumineux et profond et aux architectures +enrichies de statues qui forment décor au fond; ses portiques luxueux +rappellent, par leur fini et même par une certaine sécheresse +sculpturale, la manière du grand Mantegna, avec lequel du reste +Botticelli a souvent plus d'un point de contact. Cette œuvre, par la +réunion de ses qualités, est une des plus saisissantes compositions +qu'ait laissées le riche XVe siècle, et les quelques défauts de +composition ou de dessin qu'on pourrait lui reprocher se perdent dans la +séduction exercée par l'ensemble. + + +ÉCOLE TOSCANE + ++2° Salle B+. + +N° 1257.--FILIPPINO LIPPI. _L'Adoration des Mages_ (1496). Une +certaine sécheresse dans la facture de ce tableau le rattacherait plutôt +au style de Ghirlandajo qu'à celui de Masaccio, le maître de Filippino. + +N° 1268.--FILIPPINO LIPPI. _La Vierge et quatre Saints_. Composition +très supérieure à la précédente. La Vierge et l'Enfant assis sur un trône +sont entourés des saints Victor et Jean-Baptiste et des saints Bernard et +Zenobe. Ce dernier est une figure de vieillard de toute beauté. + +N° 1112.--ANDREA DEL SARTO (1487-1531). _La Vierge avec l'Enfant, saint +François et saint Jean l'Évangéliste_. Dans ce tableau célèbre se +reconnaissent les qualités de coloris, de charme et de grâce extrême, +propres à Andrea, mais aussi son absence totale de sentiment religieux et +son impuissance à éprouver une émotion vraie. + +N° 1279.--_Sodoma_. ANT. BAZZI (dit le Sodoma) (1477-1549). Saint +Sébastien. Tableau peint pour servir de bannière à la confrérie de +Saint-Sébastien à Sienne. Le martyre du Saint en occupe une des faces et +l'autre est consacrée à la Vierge avec l'Enfant, accompagnés de sainte +Gismonda, œuvre admirable d'une sincérité et d'une conviction qui ne +laissent aucune place à la convention ou à l'a peu près. + +N° 1252.--LEONARD DE VINCI. _L'Adoration des Mages_. Esquisse d'un +tableau disparu, exécuté en 1478 pour le Palais Vieux. Tout incomplète +que soit cette composition traitée en clair obscur, elle témoigne de la +prodigieuse sincérité de Léonard et de la conscience avec laquelle il se +livrait aux plus minutieuses études pour la moindre composition. Il a +cherché ici le contraste violent entre le calme des personnages en +adoration sur le premier plan et l'agitation des figures du second plan +où se poursuivent des luttes et des combats. + +N° 1257.--FILIPPO LIPPI (1454-1504). _Adoration des Rois_. Une des +œuvres les plus remarquables et les plus considérables du maître. +Commandée en 1496 par les Médicis, l'artiste dut y représenter leurs +portraits sous les traits des Rois Mages, et il groupa dans leur suite +ceux de tout ce que Florence alors comptait d'hommes illustres. + +N° 1288.--LÉONARD DE VINCI. _L'Annonciation_. Ce tableau en longueur +fut exécuté en 1471, pendant que Léonard était encore sous la direction +de Verrocchio. Il avait été commandé par le couvent de Monte Oliveto, et +si l'on sent encore quelque inexpérience dans la couleur un peu lourde et +dans l'emploi d'architectures trop surchargées, les figures et les +paysages sont déjà traités avec un art consommé. + +Rien ne peut rendre le charme et la grâce de la Vierge, la noblesse de +son attitude, l'ampleur de ses vêtements. Assise sur une terrasse au +seuil de sa maison, elle lit un livre placé sur un pupitre dont la base +est un admirable autel antique. + +L'Archange reposant à peine sur terre, tant il semble encore soutenu par +ses ailes déployées, s'agenouille en face de la Vierge pour la salutation +angélique; un lys à la main, et vêtu de blanc, il est drapé d'un +somptueux manteau rouge, rehaussé d'ors discrets. + +La terrasse, parsemée de fleurs, laisse apercevoir par-dessus sa +balustrade un paysage idéal auquel les cyprès du premier plan, avec leurs +grêles silhouettes découpées sur le fond du ciel, donnent le caractère de +poignante mélancolie particulière aux couchers de soleil toscans. + +N° 1301.--ANTONIO DEL POLLAJUOLO. _Saint Eustache, saint Jacques et +saint Vincent_. Ces trois magnifiques figures sont debout sur une +terrasse d'où l'on découvre un vaste paysage. Elles sont peintes avec une +vigueur de style et une fraîcheur de coloris admirables et vêtues avec +une somptuosité extrême. Cette œuvre, une des plus parfaites d'un grand +et noble artiste, est de premier ordre. + +N° 1300.--PIERO DELLA FRANCESCA. Portraits de _Frédéric de +Montefeltro_, duc d'Urbin, et de _Battista Sforza_, sa femme. Ce +petit diptyque est considéré comme le chef-d'œuvre des peintures à +l'huile du maître, tant la composition et l'exécution en sont d'une +incomparable beauté. Le prince et la princesse, en buste et de profil, se +regardent; ils sont modelés en pleine lumière, sans ombre, et se +silhouettent avec une vigueur étonnante sur un fin et délicieux paysage. + +Les volets extérieurs du diptyque sont, avec une égale perfection, +peut-être plus curieux encore par l'idée mythologique qu'ils +interprètent. Sur un fond de paysage faisant suite au précédent, +s'avancent l'un vers l'autre deux chars triomphaux. Sur l'un, est assis +le duc Frédéric couronné par la Victoire, debout derrière lui. Les +chevaux sont conduits par l'Amour, et, devant le prince, sont groupées +les Vertus cardinales. + +La duchesse occupe l'autre, elle est assise également et escortée de deux +figures de femmes. Son char est attelé de licornes, symboles de pureté, +que précèdent la Foi et la Charité. + +Toutes ces figures minuscules sont peintes avec délicatesse; elles +n'occupent que la partie supérieure des panneaux, dont le bas est pris +par une inscription latine. + +N° 1290.--BEATO ANGELICO. _Couronnement de la Vierge_. Le sujet de +ce tableau a permis au maître de s'abandonner sans réserve au ravissement +de traiter des béatitudes célestes; aussi est-ce un de ceux qu'il a +peints avec le plus de perfection et d'amour. + +Sur un fond d'or strié figurant les rayons d'une gloire, trônent le +Christ et la Vierge entourés d'un chœur immense de délicieux petits anges +dansant, chantant ou jouant de divers instruments, tandis qu'en avant +s'échelonnent les élus et les saints. Rien ne peut exprimer la grâce et +la divine allégresse de toutes ces délicates figures vraiment béatifiées +par le mysticisme profond et touchant d'une âme exquise. Les attitudes +sont variées à l'infini, les visages sont peints avec le précieux fini de +la miniature; quant aux vêtements, ils sont toujours traités de la même +manière, dans les tons extrêmement vifs de l'enluminure, avec de nombreux +rehauts d'or. Au premier abord, ce parti pris donne quelque chose d'un +peu heurté, et presque de désagréable, auquel il faut que l'œil s'habitue +pour subir dans sa plénitude le charme fascinateur propre aux +compositions idéales de l'Angelico. + +N° 1306.--ANT. DEL POLLAJUOLO. _La Prudence_. Superbe figure de +femme assise sur un siège de marbre. Elle tient d'une main le miroir +symbolique, tandis qu'autour de l'autre s'enroule le serpent de la +sagacité. Elle est vêtue d'une tunique enrichie de pierres avec des +manches de brocart; sur ses épaules et sur ses genoux est drapé un +magnifique manteau dont la coloration fait déjà pressentir celle de +Michel-Ange. + +Le détail de cette œuvre de premier ordre est une merveille de rendu. + +N° 1267bis.--SANDRO FILIPEPPI, dit BOTICELLI. _La Vierge et +l'Enfant_. Ce tableau en forme de médaillon compte assurément parmi +les meilleures compositions religieuses du maître, dont la nature, +d'ailleurs éminemment profane, fut hostile par essence aux +interprétations pieuses qui réclament une absence de recherche et une +simplicité inconciliables avec la complication de son propre tempérament. +La Vierge, assise de profil, tient l'Enfant mal dessiné et boursouflé; sa +tête délicieuse, légèrement penchée, est couverte d'un fin tissu de gaze +rayée noué autour du cou d'une manière recherchée. Debout devant elle, +deux ravissantes figures d'adolescents lui présentent un livre ouvert et +une écritoire, tandis que, plus en arrière, s'incline en souriant un +troisième jeune homme. + +N° 1289.--BOTTICELLI. _La Vierge et l'Enfant à la Grenade_. + +N° 1299.--BOTTICELLI. _La Force_. On retrouve l'école dans ce +tableau de jeunesse peint pour la série des Vertus, dans l'atelier de +Pollajuolo. + +Botticelli, n'étant pas encore maître de son talent, a appliqué à cette +œuvre des principes contraires à son tempérament; aussi y +contracte-t-elle quelque chose de dur et de heurté. + +N° 1307.--FRA FILIPPO LIPPI (1412-1496). _La Vierge adore l'Enfant +présenté par deux anges_. Ce tableau, peint pour la chapelle du palais +de Cosme l'Ancien, est une des dernières et des meilleures œuvres du +maître; la Vierge surtout est une des plus charmantes créations de la +peinture florentine. Elle est représentée sous les traits d'une très +jeune fille à l'expression naïve et pure, vêtue d'une robe coupée à la +mode florentine et dont la légère chevelure est couverte de fins voiles +transparents. Assise dans un fauteuil, elle joint les mains et contemple +avec recueillement l'Enfant que lui présentent deux anges d'un dessin peu +agréable et même défectueux. + +N° 1291.--LUCA SIGNORELLI (1441-1524). _Sainte Famille_. Ce tableau +rond, dans le style large, dépouillé de tout artifice du maître, montre +avec ses admirables qualités de composition et de dessin, sa science +consommée du clair obscur, égale souvent à celle de Léonard. + +N° 1298.--LUCA SIGNORELLI. _L'Annonciation, la Nativité et l'Adoration +des Mages_. Précieuse prédelle où les très petites figures sont +traitées tout à la fois avec un fini remarquable et la largeur de style +des «Fulminati» d'Orvieto ou des «soldats de Totila» du Mont-Cassin. + + +LA TRIBUNE + +La décoration de la Tribune, haute pièce ronde surmontée d'une coupole, +fut confiée par les Médicis, en 1581, à Pocetti; elle est ce qu'a pu +donner de moins mauvais le style barocco, et les incrustations de nacre +qui en forment l'ornementation ne manquent ni d'élégance ni de goût. + +Au pourtour de cette salle sont placées de célèbres statues antiques. + +N° 342.--_La Vénus_, dite de Médicis, ouvrage du sculpteur athénien +KLEOMENES, fils d'Apollodoros, est environ du IIe siècle avant notre +ère. + +Entre toutes les représentations d'Aphrodite, la Vénus de Médicis est +évidemment le meilleur spécimen de celles où les artistes tentèrent de +montrer la déesse sous des traits jeunes et purs, peu en rapport, +semble-t-il, avec l'idée évoquée par la déesse de l'amour, dans la +plénitude d'une force physique exclusive de toute gracilité mièvre ou +efféminée. Elle fut découverte en 1680, près de Tivoli, dans les +premières fouilles de cette villa dont l'empereur Adrien avait fait un +incomparable musée et d'où furent exhumés en même temps les deux +chefs-d'œuvre, ses voisins à la Tribune: les Lutteurs et le Rémouleur. +Les trois statues, achetées par le cardinal Ferdinand de Médicis, furent +apportées à Florence dès 1681, sous le règne de Cosme III. + +La Vénus, retrouvée sans bras, a été restaurée dans le mauvais style du +XVIIe siècle, par des praticiens médiocres; il est donc difficile de la +concevoir dans sa splendeur passée alors que la chevelure était dorée, +que les oreilles étaient garnies de pendants précieux et que les yeux +étaient peints. + +N° 343.--_Les Lutteurs_. Des nombreux groupes de lutte, sujet si +cher à l'antiquité, celui de la Tribune semble un des meilleurs. + +Il a, par malheur, subi tous les remaniements possibles. Retrouvé sans +têtes, on lui donna celles de deux Niobides, mais ce choix fut fait par +quelqu'un de si versé dans l'art sculptural qu'elles s'adaptent de façon +à faire croire qu'elles sont les têtes originales. A dire vrai, les +torses seuls sont intacts, mais ils suffisent, tels quels, pour rendre ce +groupe captivant par la prodigieuse sensation de mouvement et de vie qui +s'en dégage. + +N° 344.--_Le Satyre dansant_, œuvre grecque de la plus belle époque. +La tête, les bras et les cymbales ont été refaits par Michel-Ange. Le +reste du corps est un chef-d'œuvre de mouvement, tant le satyre apporte +de vie et de passion à sa danse; le pied droit est appuyé sur le +«scabillum», instrument en forme de soufflet, dont se tiraient des sons +perçants. + +N°345.--_L'Apollino_. La beauté de cette statue antique est +singulièrement diminuée par l'enduit de stuc dont on dut la recouvrir +pour la consolider. + +N° 346.--_L'Arrotino_ (_le Rémouleur_). Un des marbres les plus +célèbres de l'école de Pergame, c'est-à-dire de la dernière période de +l'art grec. Cette statue, dont la parenté avec _le Gladiateur +mourant_ du Capitole est évidente, représente un homme âgé, accroupi +devant une pierre sur laquelle il aiguise son couteau, la tête relevée et +le regard interrogateur. + +La critique considère maintenant l'Arrotino comme un Scythe, esclave +d'Apollon, et son action comme la préparation à l'écorchement de Marsyas. +Le polissage donné au marbre lors de sa découverte en 1675, l'a fait +longtemps prendre pour une œuvre moderne de la Renaissance. + +Les plus belles peintures des Offices sont réunies dans cette salle. + +N° 1131.--RAPHAEL_. Portrait du pape Jules II_ Les portraits peints +par Raphaël sont d'un tout autre ordre que ceux de maîtres tels que le +Titien ou Van Dyck, qui étaient spécialement des peintres de portraits. +Raphaël ne fit le portrait qu'incidemment et toujours sous l'influence de +sa manière du moment. Celui de Jules II est de l'époque romaine et d'une +tonalité très sombre, fortement impressionnée comme coloris par les +Vénitiens. + +Dans cette toile qui appartenait à la famille de la Rovere, on regrette +de ne retrouver ni la vivacité, ni le feu du regard qu'on serait en droit +d'attendre du violent, passionné et fougueux pontife. + +N° 129.--RAPHAEL_. La Vierge du Chardonneret_. Ce tableau, dans la +première manière de Raphaël, fut exécuté en 1548, à Florence, pour la +famille Nasi. D'une grâce charmante, mais banale, d'une perfection +absolue, mais froide, sans aucun appel à un sentiment plus profond, il +vous laisse indifférent. + +N° 1127.--RAPHAEL_. Saint Jean dans le désert_, une des nombreuses +copies de ce sujet traité par le maître et dont l'original a disparu. + +N° 1123.--SEBASTIEN DEL PIOMBO. Portrait d'une jeune Vénitienne, tableau +nommé _la Fornarina_ et longtemps attribué à Raphaël. Fra Sebastiano +peignit cette toile, véritable chef-d'œuvre, en 1512, à Rome, où l'avait +appelé Agostino Chigi pour travailler à la décoration de la Farnésine. +Si, dans cet ouvrage remarquable, il est encore sous l'influence de Palma +le Vieux pour le dessin, il a bien davantage la coloration lumineuse et +dorée de son maître le Giorgione. + +N° 1120.--RAPHAEL_. Portrait d'une Inconnue_ qu'on croit pourtant de +la famille Doni. Ce portrait a été peint en 1505, au moment où Raphaël, à +peine arrivé à Florence, était encore sous l'influence directe du +Pérugin. C'est une très belle toile, d'une grande simplicité d'allure et +d'une couleur superbe. + +N° 1117.--TIZIANO VECELLI (LE TITIEN) (1477-1576). _La Vénus au petit +chien_. Ce portrait de la duchesse d'Urbin la représente sous les +traits d'une Vénus nue couchée sur un lit où se pelotonne son petit +chien. Cette toile, d'une prodigieuse intensité de couleur, est superbe +de modelé et de vie palpitante où débordent la joie et la volupté. + +N° 1139.--MICHEL-ANGE BUONARROTI. _Sainte Famille_. Ce tableau en +forme de médaillon est un des seuls de cet ordre et de cette dimension +peints par le maître. Il y a uniquement recherché la difficulté, et la +position de la Vierge assise à terre, élevant vers saint Joseph debout +derrière elle l'Enfant qu'elle tient à bras tendus, donne un désagréable +effet de raccourci où il n'a été apparemment visé qu'au tour de force. Le +fond du tableau est occupé par des figures de jeunes hommes nus, que rien +ne relie au sujet, placés là par Michel-Ange uniquement à l'instar de +Signorelli, sans aucun des prétextes ni aucune des excuses de cet +illustre devancier. En effet, à l'époque de Signorelli, l'art était +limité par des bornes si étroites qu'il s'agissait avant tout de +l'élargir, et, en plaçant avec une hardiesse presque téméraire des +figures nues à l'arrière-plan d'un sujet sacré, Signorelli visait un but +précis, celui d'émanciper l'artiste jusque-là asservi à des formules et +de consacrer le principe de la liberté absolue dans le domaine des +interprétations. + +N° 1141.--ALBERT DÜRER (1461-1528). _Adoration des Mages_. Ce +tableau, chef-d'œuvre de l'école allemande, atteint à la perfection. Le +grand Dürer le peignit en 1504, après son voyage en Italie et au moment +où il était à l'apogée de son beau et sincère talent. La foule des +personnages qu'il a représentés dans des attitudes aussi nobles que +variées, la somptuosité des vêtements, la diversité des physionomies, +font de cette œuvre une peinture aussi intéressante qu'attachante. Dürer +s'est livré à son goût pour la minutie dans sa recherche des détails: +fleurs, insectes, papillons et scarabées traités avec le fini précieux de +la miniature. + +N° 1118.--CORRÈGE (1494-1534). _Le Repos en Égypte avec saint +Bernard_. Ce tableau est un des premiers où le Corrège, se laissant +aller à ses goûts personnels, fit d'un sujet religieux un tableau de +genre. Malgré bien des imperfections et des incorrections encore, il a +déjà son coloris lumineux et profond, ainsi que la beauté de son modelé. + +N° 1111.--MANTEGNA (1431-1506). Triptyque admirable où sont peintes, +_l'Adoration des Rois_ et, sur les côtés, _la Circoncision et la +Résurrection_. + +Ces précieuses peintures, œuvres de la jeunesse de Mantegna, exécutées en +1454, décoraient la chapelle des ducs de Gonzague à Mantoue; le volet de +droite, consacré à la Circoncision, est d'une beauté antique: c'est du +grand art dans toute sa noble et sévère pureté et rien n'a jamais été +fait de comparable comme élévation et comme forme. + + +ÉCOLE ITALIENNE MAITRES DIVERS. + ++Salle IV+. + +Tableaux divers: _Albane, Allori, Bassano, Canaletto, Corrège_. + +N° 1025.--ANDRÉ MANTEGNA. _La Vierge aux Rochers_. Cette petite +perle, traitée comme de la miniature, fut peinte à Rome en 1489. La +Vierge, assise sur un extraordinaire rocher de schiste hérissé de ses +lamelles, est somptueusement vêtue: sur une jambe presque repliée, elle +tient à califourchon l'Enfant pris dans un merveilleux raccourci, et sa +tête austère et grave rappelle les belles figures des Van Eyck. Le long +du rocher serpente en contre-bas une route suivie par des troupeaux et +des personnages minuscules. La beauté du paysage est l'admirable +complément de ce petit chef-d'œuvre. + + +ÉCOLE HOLLANDAISE + ++Salle V+. + +N° 695.--LUCAS DE LEYDE (?) (1494-1533). Petit portrait en buste de +_Ferdinand, infant d'Espagne_. + +Le profil, tourné à gauche et un peu sec, se détache sur un fond bleu +clair. Le prince porte des cheveux longs et à son grand chapeau est fixé +un insigne en pierreries. + +Les Gaspard Netscher sont prodigués dans cette salle peu intéressante. + + +ÉCOLES ALLEMANDE ET FLAMANDE + +(1re salle) + ++Salle VI+. + +N° 795.--ROGER VAN DER WEYDEN (1400-1468). _Jésus au Sépulcre_. +Au-dessus du rocher où est creusé le sépulcre, on aperçoit les trois +croix du Calvaire et la ville de Jérusalem. En avant du tombeau, saint +Jean et la Vierge soutiennent les deux bras du Christ devant lequel est +agenouillée la Madeleine, tandis que Nicodème et Joseph d'Arimathie +supportent le corps raidi par la mort. + +La coloration, le dessin et la pensée dont est animé ce tableau, sont +admirables, et les costumes, traités avec le plus grand soin, sont +remplis d'intérêt. + +N° 784.--HANS HOLBEIN, LE JEUNE. _Portrait de Zwingli_. Le +réformateur est un homme puissant, dont la large figure respire la +bonhomie. Il porte la moustache et une longue barbiche blanche; l'œil est +fin et intelligent. + +Nos 777 et 768.--ALBERT DÜRER. _Portrait de son père en buste_. +Cette œuvre admirable, d'une grande simplicité, appartient à la manière +de Dürer avant l'influence italienne et forme un intéressant contraste +avec les deux précédents. + +N° 765.--HANS HOLBEIN, LE JEUNE. _Richard Southwell_. Il est en noir +sur fond vert, coiffé d'une barrette noire; la tête a une certaine +sécheresse. + +N° 850.--HANS HOLBEIN (cadre contenant plusieurs petites têtes). + +N° IX.--_Médaillon de Hans Holbein_. Charmante petite tête d'homme, +de face; il porte toute sa barbe et est coiffé de la barrette noire. + +N° 847.--LUCAS CRANACH (1472-1553). _Luther et Mélanchthon_. + +N° 845.--_Jean_ et _Frédéric_, électeurs de Saxe. Quatre petits +portraits sur fond turquoise. + + +ÉCOLES ALLEMANDE ET FLAMANDE + +(2e salle) + ++Salle VII+. + +SCHOUFFLEIN DE NUREMBERG (1492-1539). Plusieurs scènes de la vie de +_Saint Pierre_ et de _Saint Paul_. + +N° 703.--JEAN MEMLING. _La Madone sur un trône_. Ce délicat petit +tableau, d'une finesse exquise, si on le compare aux œuvres des primitifs +florentins, donne peut-être la supériorité aux maîtres flamands pour le +rendu et la minutie du détail. C'est de la peinture à la fois aussi large +et aussi poussée que possible. + +La Vierge, assise sur un trône derrière lequel est tendue une étoffe de +brocart, est entièrement vêtue de rouge, y compris son voile, et le bas +de sa robe tombe sur un superbe tapis d'Orient placé devant elle. De ses +deux mains elle porte l'Enfant Jésus, qui tient de la main gauche une +cerise et tend la droite pour recevoir une pomme présentée par un ange +agenouillé. Cet ange, vêtu d'une dalmatique passée sur sa robe blanche, +porte de l'autre main son violon et son archet, tandis qu'un second ange +agenouillé joue de la harpe. + +Le premier plan est séparé du fond par une arcade enrichie de motifs +sculpturaux traités avec une étonnante perfection et à travers lesquels +s'aperçoit un beau paysage flamand tout différent des fonds peints par +les maîtres italiens. + + +ÉCOLE FRANÇAISE + ++Salle VIII+. + +N° 674.--LARGILLIÈRE. _Portrait de Jean-Baptiste Rousseau_. + +La tête de face, d'une belle couleur, est coiffée d'un bonnet de velours +bleu à la Rembrandt. Son costume se compose d'une robe du même velours +bleu drapée avec art; elle est doublée de satin orange, brodée et garnie +de dentelle. + +N° 671.--ANTOINE WATTEAU. _Le Joueur de flûte_. Des cavaliers et des +dames écoutent dans un jardin un joueur de flûte. + +N° 667.--FRANÇOIS CLOUET (1500-1572). Petit portrait équestre du roi de +France, _François Ier_, monté sur un cheval blanc harnaché +d'entrelacs de velours cramoisi. Peut-être le chef-d'œuvre de Clouet. + +Le roi est armé de toutes pièces, seulement le casque est remplacé par la +petite toque noire à plume blanche; les détails infinis de l'armure noire +niellée d'or sont traités d'une façon merveilleuse. + + +LES GEMMES + ++Salle IX+. + +La petite salle des gemmes est un cabinet de forme elliptique entouré de +six armoires vitrées, où sont contenus les ouvrages en pierre dure, +cristal de roche, lapis et autres gemmes, au nombre de quatre cents, qui +constituaient la précieuse collection des Médicis. + +_Armoire II_.--Cassette en cristal de roche, peut-être le plus +précieux morceau de la collection. L'histoire de Jésus-Christ y est +représentée en vingt-quatre compartiments gravés en creux. Cet objet fut +commandé à VICENTINO BELLI par le pape Clément VII et fut donné par lui à +François Ier, lors du mariage d'Henri II et de Catherine de Médicis. +VICENTINO forcé, comme les della Robbia, par la matière à laquelle il +s'était consacré, à une extrême tenue de style et à une simplicité +sévère, déploie un art véritable dans ses ouvrages. Dans la même armoire, +un autre exemple du goût de Vicentino est l'admirable coupe en cristal +dont le couvercle en or émaillé, attribué à Benvenuto Cellini, porte les +chiffres entrelacés d'Henri II et de Diane de Poitiers pour laquelle la +pièce fut commandée. + +_Armoire V_.--Coupe en pierre dure attribuée à Jean de Bologne et +dont le couvercle est surmonté d'Hercule terrassant l'Hydre de Lerne. + +_Armoire VI_.--Coupe en cristal de roche, par Benvenuto Cellini. + + ++Corridor méridional donnant sur l'Arno+. + +N° 137.--_Autel antique_ de la belle époque grecque. Il représente +Iphigénie conduite au sacrifice. + +N° 138.--_Le Spinero_, le tireur d'épines, réplique antique en +marbre du beau bronze du Capitole. + +N° 141.--_Base triangulaire_ représentant trois belles figures de +femmes en bas-relief, ouvrage grec du plus beau style. + +MICHEL-ANGE. _Bacchus avec un satyre derrière lui_. Ce bel ouvrage +de jeunesse fut exécuté pendant que le maître était encore tellement imbu +de l'antiquité que tout l'art pour lui se réduisait à la reproduire +exactement. C'est ce qui explique l'attribution d'antique donnée +longtemps à cet ouvrage remarquable et d'un caractère unique dans l'œuvre +du maître. + +Dans le corridor occidental. + +Nos 155 et 156.--_Deux statues de Marsyas_ plus grandes que nature +restaurées, l'une par Donatello, l'autre par Verrocchio. + +Salles donnant sur le corridor occidental. + + +ÉCOLE VÉNITIENNE (1re salle) + ++Salle XXIII+. + +ECOLE VÉNITIENNE. Le cardinal Léopold de Médicis acheta en 1654 la +collection de Paul de Sera, riche marchand florentin établi à Venise. +C'est de cette galerie que proviennent presque tous les tableaux de +l'école Vénitienne du musée des Offices. Au milieu d'un ensemble plutôt +secondaire, quelques toiles sont de premier ordre. + +N° 767.--FRA SEBASTIANO DEL PIOMBO (attribué au Moretto). _La Mort +d'Adonis_. Les belles formes et la noble attitude de Vénus accompagnée +de nymphes désolées, rappellent la pure et grave manière de Palma. Le +paysage du fond, franchement vénitien, est fort beau. + +Nos 599 et 605.--TITIEN. _Portraits du duc François-Marie d'Urbin_ +en armure, sur un fond rouge, et de sa femme la _duchesse d'Urbin_ +assise dans un fauteuil et déjà âgée. Ces portraits, peut-être la plus +remarquable œuvre de l'époque, furent peints en 1537; ils sont admirables +de caractère, tout en étant d'un fini d'exécution précieux. On retrouve +dans celui de la duchesse le même petit chien pelotonné que dans la Vénus +couchée de la Tribune. + +N° 626.--TITIEN. _La Flore_. Dans cette superbe toile on ne saura +jamais la part réelle qu'a la nature ou qui revient à la fantaisie +imaginative du maître. C'est une jeune et admirable Vénitienne blonde, +vêtue d'une chemise légère, sur laquelle elle ramène une draperie rose, +tandis que sa main tendue tient des fleurs. Rien ne peut rendre la +largeur et la maëstria avec lesquelles le Titien a peint ce chef-d'œuvre. + +N° 648.--TITIEN. _Portrait de Catherine Cornaro_, reine de Chypre. +Elle est représentée avec la roue de sa patronne, sainte Catherine +d'Alexandrie. Ce portrait est plus intéressant par le costume que par la +facture. + + +ÉCOLE VÉNITIENNE (2e salle) + ++Salle XXIV+. + +N° 629.--MORONE. _Portrait d'un savant_, remarquable peinture. + +N° 631.--JEAN BELLIN (attribué à Basaiti). _La Vierge au lac_. Sur +un rocher qui domine la rive d'un lac solitaire, la Vierge est adorée par +saint Joseph, saint Paul, saint Sébastien et plusieurs autres saints. Le +délicieux paysage du fond contribue à la beauté grave et mélancolique de +ce délicat petit chef-d'œuvre. + +Nos 601 et 638.--TINTORET. Deux très beaux portraits de l'_amiral +Venier_ et de _Jacob Sansovino_, sculpteur et architecte, peint +dans sa vieillesse un compas à la main. + +Au fond des salles de la peinture vénitienne s'ouvre le cabinet des +médailles. + +Retournant sur ses pas au corridor oriental, on prend un couloir +conduisant à la salle dite de «Lorenzo Monaco» où ont été réunis quelques +ouvrages remarquables des «Quatrocentisti». Ils sont mieux éclairés que +dans les autres salles du musée. + + +SALLE DE LORENZO MONACO + +N° 1309.--LORENZO MONACO. _Le Couronnement de la Vierge_, peint en +1413 et provenant de la Badia de Cerretan. C'est un grand retable sur +fond or à trois compartiments, intéressant surtout par son style gothique +absolu. + +N°1310.--GENTILE DA FABRIANO(1425). _Sainte Madeleine, Saint Nicolas de +Bari, Saint Jean_ et _Saint Georges_ dans quatre compartiments +sur fond or; ces figures sont elles-mêmes richement rehaussées d'or. + +N° 17.--BEATO ANGELICO. _Grand retable_ à volets sur fond or. Peint +en 1443 pour la corporation des marchands de tissus de lin. Au milieu est +la figure colossale de la Vierge assise et sur les volets extérieurs et +intérieurs sont les quatre Évangélistes. Dans ce tableau on peut se +rendre un compte exact de l'impossibilité où se trouvait Angelico +d'excéder certaines proportions hormis dans la fresque. Pour une œuvre de +cette dimension, l'absence de science anatomique, le manque d'animation +et de vie des personnages sont des défauts frappants, qui deviennent trop +sensibles. + +La véritable voie d'Angelico, celle où il est unique, est +l'interprétation des joies et des béatitudes célestes par des figures +hiératiques et mystiques de petites proportions; aussi les douze anges +qui encadrent la Vierge et jouent de différents instruments sont-ils de +beaucoup la meilleure partie de l'œuvre, et plusieurs d'entre eux peuvent +compter parmi les plus idéales compositions du maître. + +N°1297.--DOMENICO GHIRLANDAJO. _Vierge et Enfant_.--La Vierge est +assise sur un trône entouré d'une balustrade derrière laquelle se +pressent quatre chérubins avec des lys; sur son genou gauche L'Enfant +porte la sphère et bénit. A ses côtés se tiennent saint Michel et +L'archange Gabriel, au premier plan sont agenouillés deux saints évêques +de chaque côté d'un vase de fleurs. La tonalité un peu grise de cette +jolie composition la ferait plutôt attribuer à Ridolfo Ghirlandajo. + +N° 1286.--SANDRO BOTTICELLI. _Adoration des Mages_ (1466). Ce +tableau, peint par Botticelli encore très jeune pour Cosme l'Ancien, se +ressent des influences de ses maîtres et tel personnage semble échappé du +pinceau de Pollajuolo, tandis que tel autre, comme la Vierge par exemple, +est empreint du sentiment gracieux de Lippi. Toutefois, combien, par la +science de la composition, par le groupement des personnages, Botticelli +leur est-il déjà supérieur! + +Devant un rocher, au milieu de ruines fantaisistes, la Vierge mince et +élancée reçoit les Rois Mages agenouillés sur des plans différents et qui +sont les portraits de Cosme, de son fils Jean et de son petit-fils +Julien. Cosme, vêtu à la Pollajuolo d'une robe noire couverte de +broderies d'or, est le plus rapproché de la Vierge. + +Au premier plan, vu de dos, Jean, en manteau rouge à revers d'hermine, le +chapeau posé à terre, est accompagné de son fils Julien vêtu de blanc. + +Les autres personnages dont le groupement mouvementé concourt à l'action, +sont également des portraits et quelques-uns même sont des portraits de +premier ordre. Il faut citer particulièrement la splendide, austère et +grave figure d'un homme jeune vêtu de noir avec des chausses vertes, puis +celle d'un adolescent en manteau bleu clair dont le profil exprime +l'adoration et l'extase, tandis qu'un autre portant la tunique florentine +rouge à manches bleu de ciel, les mains croisées sur son épée fichée en +terre devant lui, regarde d'un œil dédaigneux ce qui l'entoure; aussi, +son voisin a-t-il l'air de le ramener à la réalité en lui montrant la +scène. + +On peut considérer cette œuvre comme une des plus précieuses qu'aient +laissées les «Quattrocentisti» et une des plus complètement belles de +l'art florentin. + +N° 59.--SANDRO BOTTICELLI. _La Naissance de Vénus_. Autre œuvre de +jeunesse, peinte simultanément avec l'allégorie du Printemps, sur l'ordre +de Pierre de Médicis, pour la décoration de sa villa de Castello. C'est +le premier sujet mythologique où s'essaya le maître; aussi est-il d'une +jeunesse, d'une poésie et d'un charme inexprimables. Rien ne peut rendre +la grâce de cette figure de Vénus quasiment vêtue de sa chevelure d'or, +debout sur la conque à reflets dorés qu'elle va quitter pour descendre au +rivage de Cythère. Son beau corps est légèrement penché en avant, sur son +instable nacelle que poussent les zéphyrs, et le Printemps, figuré sous +les traits charmants d'une jeune femme, sort d'un bois de lauriers à +reflets dorés pour recevoir la déesse dans les plis d'un manteau semé de +fleurs et gonflé par le vent. Moins énigmatique que celui de l'Académie, +le Printemps est vêtu d'une flottante robe blanche, parsemée de bleuets, +retenue autour de la taille par une ceinture formée de branches de roses. +Ses admirables cheveux dorés flottent en arrière et toute son élégante +silhouette se découpe sur le manteau de la déesse. Certaines naïvetés de +facture, telles que les vagues de la mer, donnent encore une saveur +particulière à cette charmante composition où les personnages sont d'une +taille plus importante que ne le sont les figures habituelles de +Botticelli. + +N° 1309.--DOMENICO VENEZIANO. _La Vierge_ trônant sous des arcades +et entourée de quatre saints. + +Cette peinture un peu blafarde est la seule sûrement attribuée à ce +peintre, maître de Piero della Francesca. + + +SALLES DES PORTRAITS DES PEINTRES PEINTS PAR EUX-MÊMES + ++Salle XIX+. + +MAITRES ANCIENS. + +N° 233.--_Rubens_ sans chapeau (1610). + +N° 228.--_Rubens_ avec chapeau (1620). + +N° 354.--_Giovanni Bellini_. Beau portrait d'homme faussement donné +comme le sien, buste dont le visage rose est encadré de longs cheveux +roux coupés à la florentine. + +N° 549.--_Mme Vigée-Lebrun_. + +N° 290.--Michel-Ange (mauvaise œuvre du XVIIIe siècle). + +N° 292.--_Léonard de Vinci_. Portrait exécuté probablement par +Schidone. Belle tête jeune et énergique où de longs cheveux blonds se +confondent avec la barbe soyeuse et épaisse, d'un ton doré. + +N° 288.--_Raphaël_. Ce joli portrait (1506) est de la même époque et +de la même valeur que celui de Madeleine Doni. Cette œuvre intéressante +de sa première manière a malheureusement beaucoup souffert. Raphaël s'y +est représenté sous les traits d'un jeune homme vu de dos, la tête +tournée à droite et le visage encadré de longs cheveux châtains. Il porte +la tunique et la barrette noire. + +N° 287.--PIETRO PÉRUGIN. Le plus beau des portraits dus au Pérugin +(1494). Il représente l'espagnol _Lopez Perego_ et est d'une +individualité, d'une finesse de coloration et d'un ton doré remarquables. +Le visage rasé, vu de face, encadré de cheveux blonds ébouriffés, est +surprenant de vie. + +N° 223.--_Antoine Van Dyck_. + +N° 237.--_Quentin Matsys_. + +N° 236.--_Antonio Moor_ assis devant une toile blanche, sa palette +et ses pinceaux à la main. + +N° 232.--_Hans Holbein_ le Jeune. Dessin au charbon et au crayon +avec une légère coloration à l'aquarelle. La tête est très fine, les +cheveux rares sont arrangés en curieuses mèches sur le front. + +Nos 451-452.--_Rembrandt_. Le premier de ces admirables portraits +produit une profonde impression; il montre le maître au déclin de l'âge, +dont les atteintes ont laissé leur profonde mélancolie sur son grave et +beau visage. + + ++AU MILIEU DE LA SALLE+. + +N° 339.--_Vase Médicis_. Ce cratère, fameux par l'élégance de sa +forme et par la beauté de son bas-relief, représente le Sacrifice +d'Iphigénie. On le considère comme un très remarquable ouvrage grec +trouvé à Rome dans les fouilles du XVIIIe siècle. + + ++Salle XVIII+. + +MAITRES MODERNES. + +SALLES DES ANTIQUES ET DES PIERRES GRAVÉES + ++Salle XV+. + +Inscriptions grecques et latines provenant de Rome pour la plupart. + +Au milieu: Statues antiques de Bacchus et d'Ampelos, de Mercure, de +Vénus, d'Uranie, de Vénus Genitrix. + + ++Salle XVI+. + +Cabinet de l'Hermaphrodite (à la suite de la salle précédente). + +N° 308.--_Ganymède et l'Aigle_, restauré par Benvenuto Cellini dans +son sentiment personnel. + +N° 315.--_Torse de Faune_. + +N° 306.--_Hermaphrodite_ couché sur une panthère. Cette statue n'est +pas une des plus belles interprétations qui existent de ce sujet si cher +aux anciens. Toute la partie inférieure a été restaurée. + + ++Salle XVII+. + +(Suite de la salle de l'Hermaphrodite.) Cabinet des Camées et des Pierres +gravées. + +_La collection des Camées et des Intailles_ de ce cabinet provient +des Médicis. Cette belle collection de plus de 4.000 numéros est exposée +en douze compartiments. Les camées antiques les plus remarquables sont +contenus dans le premier. + +Le n° 7 est un excellent ouvrage grec sur onyx. L'amour ailé jouant de la +lyre est monté sur un lion rugissant qui symbolise le pouvoir de l'amour +destiné à dompter les natures les plus féroces. + +_La vitrine n°6_ contient des portraits sur camée de personnages +célèbres au XVe et au XVIe siècle. + +_La vitrine n°11_, au n°2458, renferme la fameuse bague à sphinx +dont Auguste se servait comme cachet. Elle fut trouvée dans son tombeau à +Corea près de Rome. + + +PIERRES GRAVÉES DU XVe SIÈCLE. + +N° 371.--_Buste de Savonarole_, ouvrage superbe de Giovanni delle +Corniole, gravé sur cornaline. + +N° 373.--_Buste de Léon X_ en jade, œuvre présumée de Michelino, +orfèvre florentin. + +N° 334.--_Scène allégorique de Mariage_, ouvrage attribué à Valerio +Vicentino. Différents objets intéressants sont encore dans cette salle. + +A. Masque du Dante, moulé après sa mort. + +B. Petit modèle en cire de Michel-Ange pour la statue du «Penseur» de la +nouvelle sacristie de Saint-Laurent. + +G. Petit cadre où sont renfermées les miniatures de Henri II et de +Catherine de Médicis entourés des princes et princesses de la maison +royale de France. + +E. Vingt-quatre petits portraits des Médicis depuis Jean de Bicci, père +de Cosme l'Ancien; plusieurs sont l'œuvre du Bronzino. + + +SALLE DU BARROCCIO + ++Salle XIV+. + +Œuvres d'intérêt secondaire. + + ++Salle XIII+. + +_Salle de Niobé_. Ainsi nommée des seize statues du célèbre groupe +de Niobé. En l'année 1583, on trouva dans la villa Palombara à Rome, +entre Sainte-Marie Majeure et le Latran, une véritable mine de statues, +parmi lesquelles se trouvèrent les Lutteurs de la Tribune et les statues +de Niobé, de ses sept fils, de ses sept filles et des pédagogues tombés +sous les flèches d'Apollon et de Diane. Ces statues appartiennent à des +époques très différentes et la qualité même de leur marbre tend à prouver +que ce sont des copies romaines de l'époque de la décadence plutôt que +d'anciens originaux grecs, comme on l'avait pensé d'abord. Elles ont +presque toutes une raideur de mouvement et une exagération de pose +résolument contraires à cette attribution. Les deux plus belles sont: + +N° 241.--_Niobé et sa plus jeune fille_, sujet principal de +l'ensemble. + +N° 244.--_Jeune homme_ gisant à terre, dans un beau mouvement. + +La taille et les attitudes différentes de ces statues font présumer +qu'elles décoraient le fronton d'un temple. + +Nos 140 et 147.--RUBENS. Ces deux belles compositions, où le talent de +Rubens se montre sous son meilleur jour, représentent Henri IV à la +bataille d'Ivry et son entrée à Paris. + + +BRONZES ANTIQUES + ++Salles XI et XII+. + +La collection des bronzes contenue dans deux salles comprend des pièces +d'ordre secondaire, exception faite toutefois des numéros suivants. + +N° 424.--_Mercure_, connu sous le nom de _l'Idolino_, statue +nue de jeune homme, trouvée à Pesaro en 1530; œuvre grecque remarquable. + +N° 148.--Le bronze repose sur une base du XVe siècle, ouvrage de +DESIDERIO SETTIGNANO, travail d'une beauté, d'une élégance et d'une +richesse extrêmes, aussi bien dans les bas-reliefs que dans les ornements +qui le décorent. + +A l'extrémité du corridor oriental s'ouvrent trois salles où sont +contenus les dessins. + +La Galerie de Florence possède une des plus riches collections connues de +précieux dessins originaux des maîtres anciens. Commencée par le cardinal +Léopold de Médicis, on présume qu'il acheta, pour la former, le fameux +recueil composé par Vasari, alors qu'il travaillait à son ouvrage sur les +peintres. Enrichie, par la suite, de legs et de dons successifs, elle se +compose actuellement de plus de 35.000 dessins dont on a exposé les plus +remarquables, tous par conséquent de premier ordre. + + ++Salle I+. + +La paroi du mur de droite est occupée par les dessins de l'école de +Giotto, parmi lesquels s'en retrouve un à la plume, très rare, de Taddeo +Gaddi. Ceux de Masolino, de Masaccio, d'Uccello, de Fra Angelico et de +Benozzo Gozzoli remplissent la paroi suivante. Les œuvres les plus +saillantes sont: + +N° 254.--PIERO POLLAJUOLO. Remarquables anatomies d'hommes assis. + +Nos 267, 268, 269.--ANTONIO POLLAJUOLO. Études de nu. + +Nos 261, 262, 263.--ANTONIO POLLAJUOLO. Études de femmes nues pour ses +Vertus. + +Nos 276, 277, 278, 279.--ANTONIO POLLAJUOLO. Pape bénissant, études. + +Nos 59 (256).--SQUARCIONE. Guerrier en armure. + +N° 187.--BOTTICELLI. Anges lisant. + +N° 190.--BOTTICELLI. Étude de femme nue. + +N° 192 à 199.--BOTTICELLI. Études plus ou moins poussées, toutes d'un +beau mouvement et d'une grâce exquise. + +N° 212.--BOTTICELLI. Étude admirable pour la Vénus de la National Gallery +de Londres. + +Nos 200, 201, 202.--BOTTICELLI. Études. + +N° 203.--BOTTICELLI. Étude connue sous le nom de «Circé». Deux femmes +nues drapées de gazes sont à côté d'un brasier où l'une d'elles prend des +tisons. + +N° 1440.--PIERO DELLA FRANCESCA. Esquisse de «la Résurrection» de Borgo +San Sepolcro. + +N° 184 T.--FRA FILIPPO LIPPI. Dessin rehaussé de blanc, la Vierge adorant +l'Enfant soutenu par deux anges, carton du tableau. + +N° 1307.--Placé dans la troisième salle de l'école Toscane. + +N° 139.--FILIPPINO LIPPI. Étude de tête pour la Vierge de la Badia +(bistre). + +N° 129.--FILIPPINO LIPPI. Étude pour le Saint Bernard de la Badia. + +FILIPPINO LIPPI. Esquisses à la plume et études pour les fresques de la +chapelle Strozzi à Sainte-Marie Nouvelle. + +La paroi gauche de la salle est occupée par des dessins de maîtres +divers. + +Ceux de MANTEGNA sont de premier ordre; ils semblent des bas-reliefs +antiques. + +N° 395.--Hercule étouffant Antée. + +N° 397.--Merveilleux dessin de Vierge en adoration. + +N° 404.--Judith mettant la tête d'Holopherne dans un sac présenté par sa +suivante. + +Étude plume, bistre et noir, d'une rare perfection. Elle porte la date de +1491. + +N° 336.--Femme dont le vêtement s'envole. Les dessins de GHIRLANDAJO sont +presque tous des compositions et des études de sa fameuse fresque du +chœur de Sainte-Marie Nouvelle. + +Nos 1246 et 1250.--SIGNORELLI. Études de démons et de damnés pour la +chapelle Saint-Brizio d'Orvieto. + +N° 566.--SODOMA. Buste de jeune homme couronné de lauriers, admirable +dessin au crayon de couleur. + +N° 594.--JEAN BELLIN. Portrait de jeune homme à la sanguine, qu'on croit +être le sien. + +Des dessins de SÉBASTIEN DEL PIOMBO, d'autres d'ANDREA DEL SARTO, +compositions ou études pour les fresques exécutées à Florence, sont +dignes de remarque. Les maîtres vénitiens sont aussi nombreusement et +bien représentés. + + ++Salle II+. + +N° 164.--PIERRE PÉRUGIN est représenté par des dessins de premier ordre. +Dans un même cadre se trouvent réunies les trois feuilles de la +composition du tableau de la «Déposition de Croix» du Musée Pitti. Toutes +les figures de cette pièce remarquable sont exécutées à l'aquarelle +rehaussée de blanc et précieusement finies. + +Autre étude pour la fresque du couvent de Sainte-Madeleine des Pazzi. + +N° 408.--Sainte Catherine, étude pour le tableau de Bologne. + +N° 402.--Vénus et l'Amour, étude pour le Cambio de Pérouse. + +Vingt-sept précieux dessins de LÉONARD DE VINCI de la plus grande rareté +atteignent tous le summum de la perfection. + +N° 435 (1re salle).--Admirable lutte d'une chimère contre un lion (au +lavis). + +N° 426.--Tête de jeune femme couverte d'un voile. + +N° 425.--Tête de femme vue de face. + +N° 414.--Jeune femme au crayon rouge, en buste. + +N°427.--Admirable portrait d'homme, crayon rouge et noir. + +N°419.--Tête de jeune femme au crayon rouge, d'un modelé précieux, +véritable petit chef-d'œuvre. Son front est couvert d'un voile retenu par +une bandelette, ses longs cheveux tombent sur ses épaules, son profil +noble et délicat a une expression énigmatique. + +N° 428.--Étude de tête pour une Madeleine, à la plume et au bistre. + +Puis des études de draperies à la détrempe, des caricatures, des études +sur le laid, et enfin une curieuse feuille avec des esquisses de machines +annotée de la main de Léonard et datée de 1478. + +Trente-sept dessins sont de la main de Raphaël. Quelques critiques que +l'on puisse justement adresser à l'incroyable fécondité de Raphaël et à +sa facilité trop excessive, comme dessinateur il est incomparable et la +pureté de son style reste unique. + +«La Cavalcata». Un de ses plus fameux dessins à la plume, rehaussé +d'aquarelle. Il porte en haut l'explication du sujet et représente un des +épisodes de la vie d'Æneas Silvius Piccolomini, celui où il se rend au +concile de Bâle. + +Le Pinturicchio, qui avait reçu la mission de retracer la vie d'Æneas sur +les murs de la Libreria de Sienne, n'avait pas eu de cesse qu'il n'eût +obtenu de son jeune camarade d'atelier que celui-ci exécutât un des +sujets à son choix. Le dessin en question est l'étude de cette +composition. + +N° 259.--Étude pour le petit Saint George du musée de l'Hermitage de +Saint-Pétersbourg. + +N° 530.--Étude pour le petit Saint George de la National Gallery à +Londres. + +N° 521.--Étude pour la femme portant des amphores dans «l'Incendie du +Bourg» (Vatican, Chambres). + +N° 531.--Dessin appelé «l'Idolino». Bacchus jeune porte un vase sur sa +tête. + +Dessin pour la «Déposition de Croix» du musée Borghèse à Rome. + +Étude au crayon rouge pour la «Vierge au voile» de la Tribune du Louvre. + +Étude pour le «Saint Jean dans le désert» de la Tribune. + +N° 1127.--Deux aquarelles rehaussées de blanc pour les loges du Vatican: +«l'Adoration du veau d'or» et «Moïse faisant jaillir l'eau du rocher». + +Au crayon noir, la première esquisse de la «Vierge du Grand-Duc» du musée +Pitti. Au crayon rouge la composition de la «Madonna del Pesce» du musée +du Prado à Madrid. + +Enfin, à l'aquarelle rehaussée de blanc, le fameux dessin de la peste dit +«il Morbetto» qui a été gravé par Marc-Antoine. + +Les dessins de Michel-Ange, au nombre de vingt, sont autant de +chefs-d'œuvre. + +N° 608.--L'un d'eux offre le plus grand intérêt. A la plume et à +l'aquarelle, il donne le plan du fameux tombeau de Jules II, inexécuté, +au grand désespoir du maître. + +N° 607.--Esquisse des tombeaux des Médicis à la sacristie neuve de +Saint-Laurent. + +Deux esquisses du célèbre carton détruit de la «Bataille des Florentins +et des Pisans». + +N° 599.--Têtes de femmes; l'une d'elles, casquée et la poitrine nue, +passe pour être le portrait de Vittoria Colonna. + +N° 594.--Étude pour un des esclaves de la Sixtine. + +N° 601.--La Furie appelée aussi «el Damnato». Tête de face, la bouche +ouverte et convulsée, les yeux féroces, les cheveux hérissés sous une +draperie soulevée par le vent. + +Nos 606, 613, 616.--Études pour la Sixtine. + +N° 601.--Ganymède (sanguine). + +N° 614.--La Prudence, assise, avec son miroir, protège un enfant contre +la Folie symbolisée par un autre enfant caché derrière un masque. + +N° 609.--La Fortune, le torse nu, à cheval sur sa roue. + + ++3e Salle+. + +N° 1123.--ANTONIO POLLAJUOLO. Christ en croix entre la Vierge et saint +Jean. + +N° 1129.--GHIRLANDAJO. «Le Mariage de sainte Catherine.» Figures en +camaïeu rehaussées de ton chair. + +ALBERT DÜRER, dessins à la plume, précieux d'exécution et admirables de +composition. + +N° 1077.--«Jésus portant sa Croix». + +N° 1060.--Tête de jeune négresse. + +N° 1063.--Homme debout, en armure, monté sur un lion; derrière lui, femme +montée sur un chien. + +N° 1073.--«Le Cavalier de la Mort». + +N° 1074.--«Le Fauconnier». + +N° 1068.--«Déposition de Croix». + +N° 1082.--MARTIN SCHÖNGAUER, soldat combattant contre un diable. + +N° 1080.--Tête de Madeleine. + +N° 1084.--ROGER VAN DER WEYDEN. Vision, personnages debout, agenouillés +devant une fenêtre; étude pour le tableau de Berlin. + + * * * * * + +A côté de la salle de Lorenzo Monaco, se trouve l'escalier descendant à +la galerie qui relie les Offices au palais Pitti en traversant l'Arno sur +le Ponte Vecchio. On remarque d'abord, dans cet interminable passage, des +gravures sur bois et sur cuivre des maîtres italiens, jusqu'à +MARC-ANTOINE RAIMONDI; d'autres plus intéressantes sont celles de +MANTEGNA, de DÜRER et de MARTIN SCHÖNGAUER; des vues des villes +italiennes au XVIIe siècle, et enfin une grande collection de portraits +tous mauvais, mais intéressants au point de vue de l'histoire du costume: +membres de la famille des Médicis, Papes, Cardinaux, Sultans, Rois de +France; portraits de dames de la Cour d'Angleterre et de Florentines +renommées pour leur beauté. + + + + +III + +DES OFFICES A SANTA CROCE + +LE BARGELLO, VIA DEL PROCONSOLO, LA BADIA, VIA GHIBELLINA, MUSÉE +BUONARROTI, INSTITUT PHILHARMONIQUE, PLACE SANTA CROCE, SANTA CROCE, SAN +AMBROGIO. + + +LE BARGELLO. La Révolution de 1250 ayant supprimé la charge de podestat, +elle fut rétablie en 1255 et la Seigneurie décréta, pour loger ce +magistrat suprême de la République, la construction d'un palais pouvant +tout à la fois lui servir de demeure et de prison. TADDEO GADDI fut donc +chargé d'élever un édifice destiné à ce double usage. En effet, la +situation de ce souverain juge était peu enviable. Pour que son +impartialité fût absolue dans l'exercice de ses fonctions, il devait être +choisi à l'étranger et être non seulement comte et guelfe, mais encore +n'avoir ni amitié ni parenté dans la ville. Une fois entré en charge et +investi de sa redoutable puissance, il devait vivre solitaire et +séquestré dans son palais, car les Florentins avaient mis à l'exercice de +ce pouvoir les conditions les plus dures. Le podestat devait ne partager +ses repas avec qui que ce fût, n'adresser dans la rue la parole à +personne, ne marcher qu'avec une escorte de pages et de cavaliers armés. +S'il était marié et père de famille, pendant l'année que durait son +pouvoir, il ne pouvait ni voir sa femme ou ses enfants, ni même leur +donner signe de vie. Enfin, avant de résigner sa charge, il lui fallait +rendre compte du somptueux mobilier dont il avait dû reconnaître +l'inventaire. + +La méfiance d'un peuple jaloux, la dureté d'un juge choisi pour être +inexorable, les sentiments inspirés par ce tyran à la fois tout-puissant +et tenu en captivité, sont exprimés avec force dans ce monument où +s'allient une richesse sombre et la sévérité la plus grande. + +L'extérieur du Bargello a l'aspect austère d'une forteresse; sa masse +sinistre, couronnée de mâchicoulis et de créneaux, est à peine percée de +rares fenêtres; et la tour carrée, élevée à un de ses angles, contribue +encore à accentuer ce caractère. + +Sous les Médicis, tout ce qui pouvait rappeler la grandeur de la +République étant proscrit, le palais du Podestat devint cour criminelle, +siège de la police, prison, le «Bargello» pour tout dire en un mot. Il +renferme aujourd'hui le musée national et contient des objets d'art +remarquables. + +Sous la voûte d'entrée deux salles voûtées divisées en nefs par des +piliers, décorées des armoiries des anciens podestats, renferment des +collections d'armes intéressantes pour l'histoire de la ville. Les deux +pièces les plus importantes, placées à l'extrémité de la salle, sont une +_rondache_ et un _casque_, œuvres de BENVENUTO CELLINI +exécutées pour François Ier, roi de France. + +La rondache représente l'histoire de Persée et d'Andromède. Le casque, +surmonté d'une chimère, est décoré d'une riche ornementation dorée en +relief. + ++La cour du Bargello+ forme un carré dont une face est occupée par +le mur froid et nu de la sévère construction de Taddeo Gaddi, tandis que +les trois autres sont atténuées par un portique dont les arcades cintrées +sont supportées par des colonnes. Cette partie fut construite vers 1350 +par BENCI DI CIONE et NERI FIORAVANTI. Pour donner un accès plus facile +au palais, les architectes du XIVe siècle élevèrent contre l'aile de +Taddeo un escalier coupé par un palier fermé d'une grille qu'ils firent +aboutir à une loggia ouverte sur tout un côté de la cour. La décoration +des murs de cette cour, unique en son genre, est aussi variée +qu'intéressante; elle est formée par les écussons en relief des podestats +semés à profusion sur ses quatre faces et affectant toutes les formes. +Ils sont en pierre dure ou en marbre avec les traces des peintures qui +les rehaussaient. + +Au milieu de ces marques de la puissance des podestats, la République, +toujours jalouse de sa suprématie, a placé partout l'empreinte de son +autorité et partout se retrouvent les armes de la ville, des Guelfes et +du peuple. Le même sentiment apparaît encore sous les portiques où sont +encastrés les écussons peints en relief des divers «sestiere», tandis +qu'aux voûtes sont représentées les armes de leurs gonfalons. + +Sous les portiques au rez-de-chaussée s'ouvrent deux salles: + + +I + +Tombeaux du XIVe siècle. + + +II + +Sculptures des XVe et XVIe siècles. + +Cinq bas-reliefs d'une grande allure, de BENEDETTO DA ROVEZZANO. Ils +proviennent du tombeau de saint Gualbert et furent mutilés par les +Espagnols après le siège de Florence (1519). L'intérêt particulier de +cette salle est dans les nombreuses œuvres de MICHEL-ANGE qu'elle +contient. + +A.--_Buste de Brutus_. Cette figure énergique et sombre ne pouvait +manquer de séduire Michel-Ange. Ce buste, fait à l'époque où le maître +quitta définitivement Florence pour Rome, reflète les pensées dont il +était alors hanté et dont l'inscription du socle est un si frappant +témoignage. + +Dum Bruti effigiem sculptor de marmore ducit, In mentem sceleris venit et +abstinuit. + +Semblable en cela aux statues de San Lorenzo, le buste, inachevé, fut +abandonné à la même époque. + +B.--_Masque de satyre édenté_. + +C.--_La Vierge, l'Enfant et Saint Jean_. La tête de la Vierge, seule +partie achevée de ce médaillon, est d'une rare beauté. + +D.--_Bacchus ivre_. Cette statue fut exécutée en 1497, pendant le +premier séjour de Michel-Ange à Rome, pour A. Galli. Le maître a cherché +à reproduire l'antique Dionysos, et a représenté le dieu sous la forme +d'un très jeune homme aux formes élégantes, dont la figure exprime +l'ivresse par la fixité du regard. Il est couronné de grappes de raisin +et tient une coupe. + +E.--Petit _groupe de Léda et du Cygne_. + +F.--Réduction en marbre du _Moïse_. + + +PREMIER ÉTAGE + +Sous la loggia sont conservées cinq cloches de bronze. La plus ancienne, +fort simple, est datée de 1183. + +Une autre, un peu plus grande, porte le millésime de 1249 et a été fondue +par BARTOLOMEO PISANO. + +La troisième est de 1352. + +La quatrième, ornée des bas-reliefs du Calvaire et de l'Annonciation, est +de 1670. + +La cinquième, de 1675, est la plus ornée. + +Ainsi que la précédente, elle est l'œuvre de GIOVANNI CENNI. + + ++Salle I+ (à droite de la loggia). + +Cette salle est exclusivement consacrée à DONATELLO, ce grand et puissant +génie, malheureusement parfois trop inégal et inférieur à lui-même. Il +faut citer en tout premier lieu les quatre admirables bas-reliefs de +_Rondes d'enfants_ qu'il exécuta de 1433 à 1440 pour une des +tribunes des orgues de la cathédrale; ils faisaient face à ceux de Luca +della Robbia; et ils reproduisent avec des variantes ceux de la chaire de +Prato. + +Donatello traita ses sujets tout autrement que ne le fit Luca et ce qui, +à cette heure, constitue la remarquable supériorité de l'œuvre de Luca +sur celle de Donatello fut tout justement ce qui, lors de leur mise en +place, donna l'avantage à Donatello. En effet, la condition essentielle +de l'œuvre décorative doit être de se subordonner à la place qu'elle doit +occuper et c'est à cet unique point de vue que se plaça Donatello. Comme +ses bas-reliefs destinés à la tribune d'un orgue devaient être vus à une +grande hauteur, il se préoccupa seulement de l'effet à produire à +distance. De là sont venus ces modelés trop sommaires, ces raccourcis +trop osés dans les figures de second plan, enfin ces défauts destinés à +donner à l'ensemble vu de loin, une vigueur et une netteté incomparables. + +Original du _Marzocco_ en pierre grise. + +_L'Amour_ appelé aussi le _Cupidon_. La grâce et la poésie qui +débordent de cette figure bizarre sont inexprimables. Ces ailes +naissantes, ces serpents enroulés autour des pieds, ces culottes +maladroitement assujetties, forment le mélange le plus imprévu et le plus +attachant. Quelle naïveté dans l'attitude du jeune dieu les bras encore +levés, après qu'ils ont lancé la flèche vers un but invisible; quelle +malice et quelle joie dans ce regard gai et narquois tout ensemble! + +_David_. Le séjour que Donatello fit à Rome de 1432 à 1433 développa +certainement les tendances latentes de son esprit secrètement influencé +par l'antiquité. Aussi quand, à son retour, Cosme lui commanda une statue +en bronze destinée au Palais Vieux, cette statue fut le David, +c'est-à-dire la première et parfaite étude de nu exécutée par les +sculpteurs de la Renaissance. Le jeune pâtre a pour tout costume un +pétase et des jambières; il est debout, un pied posé sur la tête de +Goliath, le glaive dans la main droite et une pierre dans la main gauche +qu'il appuie sur sa hanche. Son visage entouré de longs cheveux bouclés +rayonne de joie et son beau corps trahit la force et la jeunesse. Il y a +dans la poésie de cette figure enchanteresse un parfum antique et +biblique tout ensemble qui lui donne sa grâce et son charme +inexprimables. + +Buste en terre cuite colorée de _Niccolò da Uzzano_, homme politique +florentin considérable. + +Ce morceau prodigieux est d'un réalisme à outrance, effrayant et d'une +brutalité presque féroce. La tête est si profondément fouillée qu'elle +paraît comme ravagée; on la dirait moulée sur nature, tant la laideur +saisissante du modèle, galvanisée par l'intelligence, déborde de vie. + +Buste en bas-relief et en pierre grise de _Saint Jean-Baptiste +enfant_. La figure de saint Jean est une de celles qui tentèrent le +plus l'imagination de Donatello; il représenta le saint en ronde bosse, +en bas-relief, en buste, en pied, dans toutes les situations, à tous les +âges, tant il s'était épris de passion pour l'ascète austère et le +précurseur enthousiaste avec lequel les caractères osés de son art et de +sa propre nature lui donnaient tant de points de contact. + +Autre statue en marbre de _Saint Jean-Baptiste_ en pied et debout. +Donatello a représenté ici l'ascète décharné, aux traits sévères et +inspirés; le prophète dévoré par le feu de l'enthousiasme ou illuminé par +la vision intérieure. + + +PREMIER ÉTAGE DU BARGELLO+ + _Via del Proconsolo_. + __________________________________________________________ + | | | + | | | + | SALLE DES DONATELLO | TOUR. | + | | | + | SALLE I. | | + | | SALLE II. | + | SCULPTURES | | + | | | + |____________________________________________|_____________| + | | | | + | | | | + | | | | + | | | | + | | | | + | | | | + | | | | + | | | | + | | | SALLE | + | LOGGIA | COUR | | + | | | | + | | | III. | + | | | | + | | | | + | | | | + | | | | + | | | | + | | | | + |__________|_________________________________| | + | | | | + | SALLE | | | + | | |_____________| + | VI | | | + | | | | + | Bronzes | | Chapelle | + |__________|_________________________________| | + | | | | | | + | | Esca- | |Sacris-| SALLE IV. | + | | lier | |tie | | + | SALLE |_______|_________________|_______|_____________| + | | ^ + | VII | / + | | / + | Bronzes | Via Ghibellina + | | + | | +^ |__________| +\ + \ + \ Via della Vigna + Vecchia + + + +_David_. Cette statue en marbre et en pied semble être la première +étude que Donatello ait faite pour son Saint Georges, le chef-d'œuvre +d'Or San Michele (1408). La pose et les draperies sont les mêmes, +seulement avec des proportions moins parfaites et une expression +incomplète. + +A côté des Donatello, quelques sculptures marquantes se trouvent encore +réunies dans cette première salle. + +La plus célèbre est _l'Adonis mourant_ de Michel-Ange. Cette œuvre +paraît avoir été exécutée vers 1502, comme un délassement du labeur +qu'imposait au maître son colossal David. Aussi peut-on presque dire que +l'Adonis garde quelques traces de cette simultanéité et que les +proportions y semblent un peu outrepasser le sujet. La tête est fort +belle, et la chevelure, par son arrangement, se rattache au type adopté +plus tard par Michel-Ange et dont la statue de Julien de Nemours fut la +réalisation la plus haute. Cette composition doit pourtant être +considérée comme secondaire dans l'œuvre du maître. + +MICHEL-ANGE. _Groupe_ nommé _la Victoire_. Vainqueur agenouillé +sur un vaincu et ramenant son manteau dérangé par la lutte. Ce groupe +n'est pas des meilleurs. + + ++Salle II+ (dans la tour). + +Meubles anciens et cristaux + + ++Salle III+. + +Cette salle précède la chapelle et elle était nommée la salle des +Condamnés, parce qu'ils y attendaient l'heure de leur dernière prière. + +Elle renferme la collection des anciens vases de la pharmacie du couvent +de San Marco, en faïence de Faënza, XVIe siècle. + + ++Salle IV+ (chapelle). + +Elle est décorée de fresques célèbres du GIOTTO respectées par l'incendie +de 1337, mais malheureusement très détériorées par des badigeonnages +successifs et par le partage, sous les Médicis, de la chapelle en trois +étages de prisons. + +Les huit divisions du mur de droite sont consacrées à sainte Madeleine et +à sainte Marie l'Égyptienne. Le fond est occupé par le Paradis avec les +portraits de Dante, de Corso Donati et de Brunetto Latini. Au-dessous de +cette fresque deux petits panneaux sont attribués à GHIRLANDAJO. Ils sont +datés de 1490 et représentent la _Vierge_ et _Saint Gérôme_. +Des stalles en marqueterie et le lutrin sont de bons ouvrages du XVe +siècle. + +Dans une vitrine, petit bas-relief en pierre de Sonthofen, par ALBERT +DÜRER. Avec une finesse excessive, il représente _Adam et Ève_ au +pied de l'arbre de la connaissance où est enroulé le serpent. + +Autre vitrine. _La Cène_, retable en argent doré, par JEAN DE +BOLOGNE. + +Huit baisers de paix en argent niellé et en émaux, dont trois sont +d'admirables œuvres d'art. + +I. La plus remarquable pièce des nielles, _le Couronnement de la +Vierge_, fut exécuté en 1452, par MASO FINIGUERRA, pour le Baptistère +Saint-Jean. + +Maso, né à Florence en 1425, excellait dans l'art des nielles; c'est en +travaillant à ce genre de gravure, qu'il imagina d'en tirer à l'aide de +la presse des épreuves sur papier, invention qui fait de lui le créateur +d'un art nouveau, celui de la gravure. + +II. Autre paix niellée d'un beau caractère, _le Crucifiement_, pièce +exécutée également pour le Baptistère, par MATTEO DEI. + +III. _La Déposition de Croix_, ouvrage de toute beauté, d'ANTONIO +POLLAJUOLO, en émail sur paillons. + + ++Salle V+. + +1° Ivoires. 2° Ouvrages en ambre des XVIIe et XVIIIe siècles. + +A.--Deux admirables triptyques d'ivoire des XIIIe et XIVe siècles, par +ANDREA ORCAGNA. + +B.--Deux superbes selles en ivoire du XIVe siècle: l'une, un travail +allemand avec figures de princes, de chevaliers, de dames en bas-relief +sur fond noir; l'autre, italienne, avec la devise «Amor aspetta tempo», +ornée de scènes de chasse, d'armoiries et d'ornements fantastiques. + +3° Coupes du XVIe siècle en cristal taillé et gravé. Certaines de ces +pièces sont d'une rare beauté. + + ++Salle VI+ (Bronzes). + +GHIBERTI. _Reliquaire de sainte Jacinthe_. Il a la forme d'un petit +sarcophage antique dont la face principale est simplement ornée de deux +anges d'un mouvement gracieux qui soutiennent une couronne. Ghiberti +montre une fois de plus dans cette œuvre combien il gagne à la simplicité +(1428). + +BRUNELLESCHI et GHIBERTI. Deux médaillons dorés polylobés représentant le +_Sacrifice d'Abraham_. Ces médaillons sont les fameuses pièces du +concours pour les portes du Baptistère à la suite duquel Brunelleschi +retira sa candidature (1403). + +Dans le relief de Brunelleschi se trouve déjà fortement accusée la +tendance au naturalisme qui se développa chez Donatello. Le mouvement +d'Abraham est sauvage, l'ange arrête son bras d'un geste peu admissible, +le bélier et l'âne sont autant de recherches réalistes. A gauche, +Brunelleschi a placé le tireur d'épines, «le Spinaro», dont l'antique +venait d'être découvert. La composition manque d'unité, de simplicité et +de grandeur. + +Ghiberti au contraire sut tirer parti du sujet avec un art incomparable +et placer ses personnages en observant strictement la loi de la valeur +des plans. La figure d'Isaac retourné vers son père pour le questionner +est de premier ordre. + +LORENZO VECCHIETTA de Sienne (1412-1480). Statue couchée de _Mariano +Soccino_ provenant de son tombeau et certainement modelée sur le +cadavre. + +VERROCCHIO. _Le David_ (1476). Cette statue fut exécutée sur l'ordre +de Laurent le Magnifique désireux de voir, dans un sujet analogue, le +Verrocchio surpasser Donatello. Il devient donc très intéressant de +comparer deux œuvres si dissemblables. Tandis que Donatello faisait de +son David un héros idéal, sorte de Persée moderne, Verrocchio faisait du +sien un adolescent, presque un enfant, dont les formes encore frêles et +anguleuses semblent plutôt délicates. Ce qui est de premier ordre est la +tête adorable dont le sourire énigmatique et mystérieux est déjà celui du +Vinci, les cheveux courts et bouclés encadrent le visage où à la joie du +triomphe s'allie une certaine timidité. + +Dans la vitrine. + +ANTONIO DEL POLLAJUOLO. Petit groupe d'_Hercule étouffant Cacus_, +d'une sauvage énergie et d'une superbe allure. + + ++Salle VII+ (Bronzes).--BENVENUTO CELLINI. Buste colossal de +_Cosme Ier_. + +BENVENUTO CELLINI. Deux modèles pour son _Persée_. Ils présentent +des différences notables; l'un est en bronze, l'autre en cire: ce +dernier, très supérieur, même à l'exécution définitive, par la simplicité +des attitudes et des formes. + +DONATELLO. Petite frise en relief représentant une _Bacchanale +d'Enfants_ qui traînent le vieux Silène ivre dans un char. Ce petit +chef-d'œuvre, exécuté pour Cosme de Médicis, est ce qui a pu exister +depuis l'antiquité de plus parfait en ce genre. + +JEAN DE BOLOGNE. _Le Mercure_. Cette statue, faite en 1598 pour une +fontaine de la Villa Médicis, à Rome, est certainement la maîtresse œuvre +de Jean de Bologne, celle où, dans une période de décadence, il s'est le +plus rapproché de l'antiquité. Mercure s'envole d'un mouvement léger, au +souffle d'Éole dont la tête lui sert de base. + + +DEUXIÈME ÉTAGE + ++Salle I+.--Elle est décorée de huit _portraits_ à la fresque +peints par ANDREA DEL CASTAGNO en 1430, pour la Villa Carducci à Legnaia, +et représentant en pied et plus grands que nature des poètes, des héros +et des sibylles. + +1° _Dominus Philippus Descolaris Relator Victorie Theucrus_. Filippe +Scolari del Pipo Spano, chef du comitat de Temeswar, vainqueur des Turcs. +Il est en armure et tient son yatagan des deux mains. + +2° _Dominus Farinata de Ubertis, sue patrie liberator_ (Farinata +degli Uberti), de profil, en armure, avec surcot et bonnet rouge; il +s'appuie sur son épée. + +3° _Magnus Tetrarcha d'Acciarolis neapleani regni dispensator_ +(Niccolò Acciajuoli, grand sénéchal de Naples, fondateur de la chartreuse +d'Ema). Une robe bleuâtre à longues manches de fourrure recouvre son +armure; il tient le bâton de commandement. + +4° _Sibylle de Cumes_ en tunique rouge à reflets bleuâtres sur une +jupe verte. Elle tient un livre et lit, le doigt au ciel. + +5° _Esther Regina, gentis suæ liberatrix_. Demi-figure formant +dessus de porte, robe et voile blancs bordés d'or, manteau vert, couronne +en tête, dans une attitude pleine de noblesse. + +6° _Thomirta se de filio et patriam liberavit suam_ (Tomyris). + +C'est une guerrière en robe jaune, les bras recouverts d'une armure, +fièrement campée; elle s'appuie sur sa lance, qu'elle tient la pointe en +terre. + +7° _Dantes de Alligieris, Florentinus_ (Dante Alighieri), en robe +rouge. + +8° _Dominus Franceschus Petrarcha_. Pétrarque est en manteau rouge +fendu pour le passage des bras, la tête couverte d'un capuchon doublé de +vert. + +9° _Dominus Johannes Boccacum_ (Boccace) en manteau bleuâtre et +capuchon rouge. + +Cette œuvre magistrale est malheureusement très mal placée; les +personnages sont hors de proportion avec la salle, ce qui est nuisible +pour le bon effet de l'ensemble. + + + DEUXIÈME ÉTAGE DU BARGELLO + + _Via del Proconsolo_. + __________________________________________________________ + | | | + | | | + | | SALLE III. | + | | | + | FAIT PARTIE DE LA SALLE I. | | + | | Tapisseries | + | SCULPTURES | | + | | | + |____________________________________________|_____________| + | | | | + | | | | + | | | | + | | | | + | | | | + | SALLE | | | + | IV. | | SALLE | + | | | II. | + | Tapisse- | | | + | ries, | COUR | | + | Sceaux | | | + | et | | Faïences et | + | Monnaies | | | + | | |Della Robbia.| + | | | | + | | | | + | | | | + | | | | + |__________|_________________________________| | + | | | | + | SALLE | | | + | | SALLE I. |_____________| + | V | | | + | | Fresques, médailles, etc. | | + | Marbres | | Fait | + |__________|_________________________________| | + | | | partie de | + | | | | + | | | la chapelle | + | SALLE | | | + | | |_____________| ^ + | VI | / + | | / + | Marbres | / + | | Via Ghibellina + | | +^ |__________| +\ + \ + \ Via della Vigna + Vecchia + + ++Salle II+.--_Bas-reliefs_ en terre cuite émaillée par les +DELLA ROBBIA. Les plus anciens, bleus sur fond blanc, sont d'Andrea; il +faut remarquer deux _Vierges_, dont l'une a un joli socle en grès du +style de Donatello. Les moins anciens sont de Giovanni et polychromes: +_Annonciation_, _Adoration de l'Enfant_ (1521), _Pietà_, +_Jésus et Madeleine_, _saint Dominique_ et cinq _Saintes_. + +Trois vitrines contiennent des faïences. + +1°.--_Urbino_. Vases, coupes et plats: décor raphaélesque. + +2°.--_Urbino_, avec sujets. _Deruta_ et _Gubbio_, très +fins. + +3°.--_Faenza, Florence et divers_. Belle collection avec quelques +pièces hors ligne. Buste en terre cuite donné comme étant le _portrait +de Charles VIII, roi de France_ et l'œuvre d'ANTONIO DEL POLLAJUOLO. + +Coupe en verre de Venise bleu, avec décoration peinte représentant le +_Triomphe de la Justice_ suivie des autres _Vertus_ (XVe +siècle). + + ++Salle III+.--Dans la tour. Suite de tapisseries allégoriques des +Gobelins représentant les _Cinq parties du monde_, d'après LEONARDO +BERNINI (1719). + +En revenant sur ses pas, à gauche de la salle I, on passe dans la: + + ++Salle V+ (marbres).--MINO DA FIESOLE. Buste de _Rinaldo della +Luna_ (1461), figure d'un aspect sévère. + +ANDREA VERROCCHIO. Curieux haut relief représentant la femme d'un +Tornabuoni, _Francesca Pitti_, morte en couches, et la remise de +l'enfant au père éploré. + +ANDREA VERROCCHIO. Portrait en bas-relief de _Frédéric Montefeltro_, +de profil à gauche; portrait en bas-relief de FRANCESCO SFORZA, de profil +à droite. + +BENEDETTO DA MAJANO. Buste de _Pietro Mellini_, le donateur de la +chaire de Santa Croce, tête très énergique, couturée de rides; il est +vêtu d'une robe qui couvre ses épaules et où sont figurés des rinceaux de +damas. + +MINO DA FIESOLE. Bas-relief. Buste de _Jeune femme_ et _Sainte +Famille_. + +ANTONIO DEL POLLAJUOLO. Buste dit le _Jeune Guerrier_, en terre +cuite. Cette œuvre admirable est marquée du caractère puissant du maître. +La tête imberbe, d'une énergie farouche et indomptable, est encadrée de +cheveux coupés à la florentine et casquée d'une chimère. La cuirasse +forme un buste bombé dont les bras sont absents; Pollajuolo y a +représenté en bas-relief ses sujets favoris. D'un côté Hercule terrassant +l'hydre de Lerne, et de l'autre Hercule vainqueur du sanglier +d'Érymanthe. + +Un second buste en terre cuite, connu sous le nom du _Prêtre +Florentin_, a été indûment attribué à Antonio del Pollajuolo dont il +n'a aucun des caractères; il paraît plutôt être l'œuvre de BENEDETTO DA +MAJANO. C'est un jeune homme coiffé à la florentine, sans barbe, et +portant une soutanelle ajustée avec une ligne de petits boutons. + + ++Salle VI+ (marbres).--VERROCCHIO. _La Vierge et l'Enfant +Jésus_. Bas-relief. + +VERROCCHIO. _Buste de femme_ serrant un petit bouquet sur sa +poitrine. Tête plate peu agréable. + +MATTEO CIVITALI. _La Foi_ (bas-relief). Gracieuse figure de jeune +femme assise dans une niche. Ses mains sont jointes en adoration devant +le calice que lui apportent des chérubins. Une des rares œuvres de ce +maître charmant dont les compositions sont presque toutes à sa ville +natale, Lucques. + +MINO DA FIESOLE. Buste de _Pierre de Médicis le Goutteux_. + +MINO DA FIESOLE. Médaillon. _La Vierge et l'Enfant_. + +BENEDETTO DA MAJANO. _Saint Jean_. Le saint, sous les traits d'un +adolescent en tunique de peau de mouton, est maigre et décharné. + +SANSOVINO. Statue de _Bacchus_, jeune, levant une coupe. + +MICHEL-ANGE. _Apollon_ (statue ébauchée). Il est adossé contre un +tronc d'arbre, fléchissant la jambe droite placée sur une élévation, et +regarde en arrière. Il porte sa main gauche à hauteur de l'épaule droite +pour saisir une flèche dans un carquois. Cette œuvre, quoique à peine +tirée du bloc, est admirable et rappelle la beauté des statues antiques. + + ++Salle IV+ (sceaux et monnaies).--Suite de six tapisseries des +Gobelins d'après Oudry. _Chasses de Louis XV_. + + + +VIA DEL PROCONSOLO. + + ++PALAZZO NONFINITO+ (occupé par le télégraphe). Construit en 1592 +par BUONTALENTI. Lourde façade du style Barocco. + +Au numéro 10 le +PALAZZO DE RASTI+ (anciennement Quaratesi) a été +construit par BRUNELLESCHI dans le style des beaux palais de Florence; il +porte les armoiries des Pazzi, ses anciens propriétaires. + ++L'ÉGLISE DE LA BADIA+ fondée en l'an 1000 et reconstruite en 1285 +par ARNOLFO DI CAMBIO, fut remaniée en 1625 par Ségaloni qui ne conserva +de l'édifice précédent que le chevet et le ravissant clocher octogonal de +1330, dont la flèche de pierre forme avec la tour du Bargello un des +points de vue les plus caractéristiques de Florence. + +MINO DA FIESOLE obtint, après avoir terminé le monument de Salutati à +Fiesole, la commande des deux tombeaux qui décorent la Badia: + +1° A droite de l'entrée. _La Vierge assise avec l'Enfant entre deux +diacres_; bas-relief à trois divisions où Mino n'est resté que trop +fidèle au retable de la chapelle de Salutati. + +2° Dans le bras gauche du transept, _tombeau du comte Hugo_, +bienfaiteur de l'église (1481). + +Dans ces deux monuments, Mino copia, pour ainsi dire, les tombeaux du +Marsuppini et de Bruni de Santa Croce, plaçant les sarcophages sous une +arcade et les surmontant de l'effigie couchée des défunts. + +Dans la chapelle de la famille del Bianco, à gauche de l'entrée, le +tableau d'autel: _l'Apparition de la Vierge à saint Bernard_, a été +peint en 1480 par FILIPPINO LIPPI, encore à cette époque dans l'atelier +de Botticelli. Saint Bernard, en robe blanche drapée à la perfection, est +assis devant un rocher lui servant d'ermitage, dans les anfractuosités +duquel sont placés ses livres. Le pupitre où il écrit est disposé sur un +tronc d'arbre, mais il interrompt son travail et reste plongé dans une +profonde adoration au moment où la Vierge lui apparaît et vient poser la +main sur son manuscrit. La Vierge est entourée d'un groupe charmant de +petits anges tout surpris de se trouver sur la terre et qui, par leur +attitude, manifestent leur curiosité. Dans le bas du tableau, le +donateur, à mi-corps, vêtu d'une robe noire à revers rouges, joint les +mains en prière. + +Cette composition, charmante de délicatesse et d'expression, a conservé +toute sa vivacité de coloris, et l'ensemble est si parfait qu'on peut +vraiment la considérer comme le chef-d'œuvre de Filippino Lippi. + ++Le cloître+ est entouré de deux étages de portiques. Sous le +portique supérieur sont conservées des fresques d'ANTONIO SOLARIO LE +ZINGARO (1512) d'un joli ton doré. Toutes ces peintures retracent la +_Vie de saint Benoît_ et semblent comme la préparation aux fresques +si remarquables traitant le même sujet à l'église de San Severino, à +Naples. + +L'œuvre de la Badia, fort intéressante, montre des perspectives très bien +traitées et des groupements harmonieux. Quelques-unes de ces compositions +sont même de premier ordre; il faut citer: + +A.--_Saint Benoît enfant prie aux côtés de sa mère_. + +B.--_Saint Benoît reçoit l'habit_. + +C.--_Apparition d'un ange pour inviter le saint à la vie monacale_. + +D.--Portique avec des moines agenouillés et debout. + +E.--_Maure sauve Placide qui se noie_. + +F.--_Repas des moines_. + +G.--_Seigneurs et dames à cheval_. + ++CASA BUONARROTI+ (Musée Michel-Ange, 64, Via Ghibellina).--Cette +maison où Michel-Ange vécut à Florence fut consacrée au XVIIe siècle par +son arrière-neveu le poète, son homonyme, à la gloire de son grand-oncle. +Il la fit décorer, en 1620, par les meilleurs artistes de ce temps, de +fresques et de peintures sur toile où sont retracés les principaux faits +de la vie de Michel-Ange. + +La «Casa Buonarroti» est en somme un musée intime et fort inégal, où, à +côté de documents écrits, lettres autographes, papiers de famille, +dessins d'architecture et croquis de toute sorte, brillent quelques +pièces inestimables, comme le bas-relief de «la Guerre des Centaures et +des Lapithes», celui de «la Vierge assise avec l'Enfant», l'esquisse du +«David», le modèle en terre cuite de la «Vierge de Médicis», et enfin ce +merveilleux carton à la sanguine d'une «Vierge avec l'Enfant», morceau de +toute beauté, d'une incomparable maîtrise. + + ++Chambre I+.--_Combat des Centaures et des Lapithes_, une des +premières œuvres de Michel-Ange. Il avait dix-sept ans quand il entreprit +ce travail. C'est une composition de style héroïque où tous les +personnages sont nus et où règne dans la mêlée une étonnante fougue +épique; ce morceau non terminé garde encore les traces du ciseau. La +jeunesse du maître se révèle par de certaines inexpériences; il n'a pas +introduit de variété dans les formes et toutes les figures ont une +saillie si faible qu'elles en sont comme déprimées; pourtant on y +reconnaît déjà quelques traits de cet idéal dont la poursuite sera la +constante obsession de sa vie. + + ++Chambre II+.--_Dessins originaux_. Cadre I.--N° 2.--Buste de +Cléopâtre bizarrement coiffée. Elle est entourée d'un serpent qui lui +mord le sein. + +N° 3.--Belle tête de vieille femme de profil. + +Cadre 9.--N° 75.--Projet de façade pour Saint-Laurent de Florence. + +Cadre 13.--N° 65.--Esquisse primitive du _Jugement dernier_. + +Cadre 14.--N° 70.--Sacrifice d'Abraham. + +Cadre 15.--N° 75.--La Vierge allaitant l'Enfant. Ce dessin de toute +beauté est au crayon noir, rouge et blanc. + +Cadres 25, 26, 27, 30, 31, 32.--Divers plans des fortifications de +Florence, à la plume, au crayon rouge et au bistre, faites pendant le +siège de 1529. + +Dans la +Chapelle+ se trouve l'admirable bas-relief (n° 72) de _la +Vierge assise avec l'Enfant_ auquel elle donne le sein. Cette +composition que Michel-Ange exécuta à la fois en marbre et en bronze, +vers l'âge de seize ans, est influencée par le génie de Donatello et +montre la forte emprise qu'un tel maître exerça sur lui par son réalisme +viril et son naturalisme puissant. Mais tout grand que soit Donatello, ce +qui dès l'abord le différencie profondément de son génial élève, est que +chez l'un l'œuvre se double volontiers du portrait et recherche +l'individualité, tandis que chez l'autre la conception tout idéale +jaillit de son puissant cerveau pour ainsi dire par génération spontanée. + +N° 78.--_La Vierge avec l'enfant Jésus_. Maquette en terre cuite, +pour le groupe en marbre de la nouvelle sacristie de Saint-Laurent. La +tête manque. + +Bibliothèque. Armoire V.--N° 10.--_David_. Deux petites statuettes +en cire, délicieuses et premières ébauches du _David_ colossal de +l'Académie des Beaux-Arts. + ++INSTITUT PHILHARMONIQUE+ (83, Via Ghibellina).--Dans l'escalier, +protégée par des volets, est la curieuse fresque du GIOTTINO, +l'_Expulsion du duc d'Athènes_ chassé de Florence en 1308, le jour +de la Sainte-Anne. Aussi l'artiste a-t-il peint sainte Anne remettant aux +nobles florentins agenouillés à ses côtés les étendards de la ville et du +peuple, pendant qu'au fond de la fresque saint Zenobe chasse de son trône +le duc, qui fuit en barque sur l'Arno. + ++PIAZZA SANTA CROCE+ où se trouvent le monument moderne du Dante, le +Palazzo dell'Antella décoré de fresques de 1610 en partie effacées, et +enfin, sur le côté est, la façade moderne de l'église Santa Croce. + ++SANTA CROCE+ fut construite par ARNOLFO DEL CAMBIO en 1294 pour les +Franciscains. L'architecte était tenu par son contrat «à élever une +église comme il convient à l'humilité d'un ordre mendiant», c'est-à-dire +une église dont les dimensions contiendraient tout un peuple appelé par +la vogue extraordinaire dont l'ordre jouissait alors, mais où tout +viserait uniquement à la simplicité et à la pauvreté en rapport avec +l'esprit de l'ordre. Aussi les dispositions d'Arnolfo furent-elles +sévères et froides dans le détail, mais grandioses par les immenses +dimensions de la nef et des bas-côtés, dont l'aspect majestueux rappelle +la basilique antique. Mais les transepts et la branche supérieure de la +croix, à peine figurée par un chœur court et mesquin, ne répondent +aucunement à ces proportions. + +Au milieu du mur terminal s'ouvre, en guise de chœur, une sorte de +chapelle accompagnée de chaque côté de cinq chapelles moins importantes, +ouvertes sur les transepts. A ces chapelles du mur oriental s'en ajoutent +quatre autres, deux ouvertes sur le mur occidental et deux fermant les +transepts. + +Il était de mode, dès le XIVe siècle, de se faire enterrer à Santa Croce +et toutes les grandes familles de Florence y avaient leurs caveaux. Cet +usage se perpétua si bien que l'église est devenue en quelque sorte le +panthéon de l'Italie. Les tombes qu'elle contient appartiennent à toutes +les époques et se trouvent soit adossées aux murs des bas-côtés, soit +encastrées dans le pavé de l'église. + +Placée trop haut, au-dessus du portail de l'église, est la belle statue +de _Saint Louis de Toulouse_ par DONATELLO. Ses vêtements, d'une +grande somptuosité, sont d'une exécution poussée à l'extrême. + +_La chaire_, le chef-d'œuvre de BENEDETTO DA MAJANO, d'une extrême +légèreté, malgré son excessive richesse, fut exécutée en 1475. Pour ne +pas déranger les lignes de son monument, Benedetto dissimula l'escalier +de la chaire dans un des piliers auxquels elle est adossée, qu'il creusa +à cet effet, et qu'il ferma par une délicieuse porte en marqueterie +ouverte sur le bas-côté. La chaire, en marbre blanc, est pentagonale, et +ses cinq pans, séparés par des colonnettes portées sur des consoles, sont +consacrés à l'histoire de saint François traitée à la manière de +Ghiberti, c'est-à-dire avec des bas-reliefs en ronde bosse au premier +plan, pour finir au fond par des méplats. + +1°.--_Le Pape approuvant l'ordre des Franciscains_. + +2°.--_La destruction des livres hérésiarques_. + +3°.--_Saint François recevant les Stigmates_. + +4°.--_Obsèques du Saint_. + +5°.--_Martyre de Franciscains_. + +Cinq petites niches intermédiaires contiennent des statuettes de _la +Foi_, de _l'Espérance_, de _la Charité_, de _la +Justice_ et de _la Force_ qui sont peut-être ce que la sculpture +de la première Renaissance a produit de plus parfait. + ++Nef de droite+.--_Monument de Michel-Ange_, érigé en 1570 et +œuvre de VASARI. Des trois figures de la Sculpture, de l'Architecture et +de la Peinture, la moins mauvaise, celle de l'Architecture, est de +GIOVANNI DEL OPERE. Si Michel-Ange avait jamais pu prévoir que Vasari lui +élèverait un jour un tel tombeau, sa mort certes en serait devenue amère. + +Sur le pilier, au-dessus du bénitier, _Madonna del Latte_, +bas-relief de ROSSELLINO. + +_Cénotaphe du Dante_, affreux monument de 1829. + +_Monument d'Alfieri_ par CANOVA, érigé par la comtesse d'Albany. + +_Monument de Machiavel_, de 1787. + +_Tombeau de Lanzi_. + +DOMENICO VENEZIANO (attr. à Andrea Castagno). Ces deux petites fresques +représentent _Saint Jean-Baptiste_ et _Saint François d'Assise_ +sous les traits d'ascètes décharnés. La critique a rendu ces peintures à +Domenico Veneziano, tant leur ressemblance est frappante avec le tableau +de la salle de Lorenzo Monaco au musée des Offices et tant les figures de +ces deux Saints en semblent détachées. + +L'_Annonciation_, tabernacle sculpté en 1406 pour la chapelle +Cavalcanti par DONATELLO. Cet ouvrage d'un jeune homme de dix-neuf ans +est le plus pur et le plus suave des hauts-reliefs de Donatello; il s'y +trouve une préoccupation d'élégance et de noblesse rares dans ses autres +œuvres. Dans l'attitude de la Vierge l'afféterie coudoie la grâce et la +recherche se mêle à l'émotion; debout, retournée vers l'Ange, elle met la +main sur son cœur pour indiquer sa soumission à la nouvelle qu'il lui +apporte. Quant à la figure de l'Ange, un genou en terre, la main droite +relevée, elle est d'un si incomparable mouvement par son expression +idéale, par son admirable pondération entre l'action et le mouvement, +qu'elle ne saurait être dépassée. + +Donatello a placé ses personnages au milieu d'une étonnante architecture +dont les pilastres les enferment dans une sorte de cadre profond. Il a +surmonté le fronton de deux petits génies en terre cuite, premiers et +délicieux essais de ces figures d'enfants dans lesquelles il était +destiné à passer maître. + +Tombeau du secrétaire d'État florentin _Leonardo Bruni_, mort en +1444, par ROSSELLINO. + +Sur un soubassement formé de guirlandes retenues par des enfants, repose +le sarcophage de forme antique, sévère et pure, décoré uniquement de deux +anges soutenant le cartouche de l'inscription, tandis que deux autres +anges portent sur leurs ailes étendues la civière où repose la superbe +effigie du défunt. Cette partie inférieure du monument est d'une grande +beauté; la partie supérieure, un peu lourde, est mal venue. Le sol de +Santa Croce est jusqu'à cette hauteur dallé de _plaques tombales_ +très simples des XIVe et XVe siècles, portant presque toutes des +armoiries. + +A partir des transepts, elles deviennent beaucoup plus belles et +remontent, pour la plupart, à la fondation de l'église. Ce sont des +monuments giottesques où les effigies sont sculptées en relief. + ++Transepts+ (Bras droit).--1°--_Chapelle Castellani_ ou du +Saint-Sacrement. Elle est décorée de fresques très abîmées d'AGNOLO GADDI +relatives à _Saint Nicolas_ et à _Saint Jean-Baptiste_ d'une +part, et à _Saint Antoine_ et _Saint Jean l'Évangéliste_ de +l'autre (1380). + +_Saints François_ et _Antoine de Padoue_, belles statues en +terre blanche vernissée de LUCA DELLA ROBBIA. + +2°--Entre cette chapelle et la suivante, joli petit monument gothique de +1327. + +3°--+Chapelle Baroncelli+, aujourd'hui _Giugni_ (extrémité du +transept). + +_Fresques_ de la Vie de la Vierge par TADDEO GADDI (1352-1356), +ouvrage médiocre. + +4--Sur le mur de droite, _la Vierge à la ceinture_, fresque de +Menardi. + +5°--+Chapelle à droite+ du passage de la sacristie. + +_Le combat de l'archange saint Michel_, fresque du temps de Cimabue. + + + + SANTA CROCE + +_________________________________________________________________________ +| | +| +CHAPELLE CASTELLANI.--TADDEO GADDI+ | +| | +| | | | | +| | | +| ANNONCIATION | VISITATION | JOACHIM | VISION DE | +| | CHASSÉ JOACHIM | +| | | DU TEMPLE | | +| | | +| ______________|______________ | ______________|______________ | +| | | |m | | | |m | +| | | |u | |RENCONTRE A LA| NAISSANCE DE |u | +| | LA NAISSANCE | |r | |PORTE DORÉE | LA VIERGE |r | +| | DE JÉSUS | NATIVITÉ | | |-- | | | +| | ANNONCÉE AUX | |d | |La plus | [2] |g | +| | BERGERS | |e | |remarquable de| |a | +| | | | | |ces fresques | |u | +| |______________|______________|f | |______________|______________|c | +| | | |o | | | |h | +| | | |n | |PRÉSENTATION | |e | +| | LA NAISSANCE | |d | |AU TEMPLE. | | | +| | DE JÉSUS | ADORATION | | |Personnages | MARIAGE DE | | +| | ANNONCÉE | DES | | |disproportion-| LA VIERGE | | +| | AUX MAGES | MAGES | | |nés. Mauvaise | | | +| | | | | |architecture | | | +| | | | | |du Temple | | | +|__|______________|______________|__|__|______________|______________|__| + + +[Note 2: La femme qui apporte une corbeille sur sa tête, celle qui +tient l'enfant et celle en vert qui est agenouillée à côté, ont inspiré +Ghirlandajo pour le même sujet à Santa Maria Novella.] + + * * * * * + +8°--+Chapelle Peruzzi+. Elle contient deux fresques, œuvres +admirables de GIOTTO, d'une conservation précieuse. + +Celle de droite représente les _Funérailles de Saint Jean +l'Évangéliste_. Le saint s'élance de sa tombe vers le Christ qui vient +le chercher. D'un mouvement souple et plein de vie il s'élève vers Jésus +qui l'attire à lui et l'enveloppe de ses rayons, tout en planant dans le +ciel. Autour de la fosse béante se presse le groupe des disciples de +Saint Jean, qui contemplent étonnés la scène prodigieuse accomplie sous +leurs yeux. Quelques-unes de ces figures peuvent compter parmi les plus +admirables créations des Trecentisti; le disciple penché vers le tombeau +pour s'assurer qu'il est vide, celui qui d'un superbe mouvement s'abrite +les yeux pour n'être pas aveuglé par les rayons divins et enfin une +figure de vieillard absorbé dans la prière sont des œuvres magistrales. + +La fresque de gauche, d'un sentiment plus archaïque, est consacrée à +l'histoire de _Saint Jean-Baptiste_ et présente en deux parties, à +gauche, la décollation, le festin d'Hérode, la danse de Salomé, et sur la +droite, la remise à Hérodiade de la tête de saint Jean, par Salomé à +genoux. + +Les autres fresques placées au-dessus des précédentes, complètent +l'histoire des deux Saints, mais elles ont été tellement restaurées qu'il +est impossible d'y retrouver la facture large et les belles qualités du +maître. + + + SANTA CROCE +_________________________________________________________________________ +| | +| CHAPELLE PERUZZI.--(GIOTTO) | +| ________________________________ _______________________________ | +| | | | | | | +| | | | | | | +| | SAINT JEAN L'ÉVANGÉLISTE | | | ZACHARIE CHASSÉ | | +| | A PATHMOS | | | DU TEMPLE | | +| | | | | | | +| |_______________________________| | |_____________________________| | +| | | | | | | | +| | | | |ZACHARIE ORDONNE| NAISSANCE | | +| | RÉSURRECTION | | |QUE SON FILS | DE SAINT | | +| | DE DRUSANIA | | |S'APPELLE JEAN | JEAN- | | +| | | | | | BAPTISTE | | +| |_______________________________| | |________________|____________| | +| | | | | |SALOMÉ | | +| | | | | |APPORTE A | | +| | MORT DE SAINT JEAN, | | |REPAS D'HÉRODE. |HÉRODIADE | | +| | IL EST ENLEVÉ AU CIEL | | |DANSE DE SALOMÉ.|LA TÊTE DE | | +| | | | | |SAINT JEAN | | +| |_______________________________| | |________________|____________| | +| | | +| | | +| _Mur de droite_ | _Mur de gauche_ | +| | | +|_______________________________________________________________________| + + + +9°--+Chapelle Bardi+.--Sur ses deux murs GIOTTO a représenté la +_Légende de Saint François d'Assise_. Malheureusement ces fresques, +découvertes en 1853 sous le badigeon, comme celles de la chapelle +Peruzzi, ont subi de telles restaurations qu'il ne reste plus que l'idée +poétique et élevée de la composition. + +10°--+Le Chœur+ est décoré de fresques d'AGNOLO GADDI consacrées à +l'_Invention de la Croix_, XIVe siècle; compositions un peu grises, +d'un médiocre intérêt. + ++Transept gauche+.--11°, 12°, 13°.--Chapelles sans intérêt. + +14°--+Chapelle dei Pulci+.--Fresques de BERNARDINO DADDI. +_Martyres de Saint Étienne et de Saint Laurent_. + +Sur l'autel, _bas-relief_ de JEAN DELLA ROBBIA. + +15°--+Chapelle Saint-Sylvestre+.--_Fresques de Saint +Sylvestre_, par MASO DI BANCO, XIVe siècle. + +Tombeau de _Uberto di Bardi_, dont le sarcophage sculpté occupe la +partie inférieure. + +Autre tombeau du XIVe siècle; ces monuments appartiennent à l'école +Pisane et sont encastrés sous de profondes niches ogivales. + +16°--+Chapelle Nicolini+. + +17°--+Chapelle Salviati+, où se trouve le fameux _Crucifix de +Donatello_ fait en concurrence avec celui de Brunelleschi placé à +Sainte-Marie Nouvelle. + ++Nef de gauche+.--_Monument_ du secrétaire d'État _Carlo +Marsuppini_, mort en 1445, par DESIDERIO DA SETTIGNANO. Placé en face +de celui de Bruni, il en reproduit la disposition générale, mais avec +plus de richesse et peut-être aussi plus de maniérisme. + + + SANTA CROCE +_________________________________________________________________________ +| | +| CHAPELLE BARDI--GIOTTO (Fresques) | +| ________________________________ _______________________________ | +| | | | | | | +| | | | | | | +| | APPROBATION DE LA RÈGLE | | | SAINT FRANÇOIS S'ENFUIT | | +| | DE SAINT FRANÇOIS | | | DE LA MAISON PATERNELLE | | +| | | | | | | +| |_______________________________| | |_____________________________| | +| | | | | | | +| | | | | APPARITION DE | | +| | ÉPREUVE DU FEU | | | SAINT FRANÇOIS | | +| | DEVANT LE SULTAN | | | AUX RELIGIEUX | | +| | | | | D'ARLES | | +| |_______________________________| | |_____________________________| | +| | | | | | | | +| |SAINT FRANÇOIS |SAINT FRANÇOIS| | | | | +| |MALADE BÉNISSANT|APPARAISSANT | | | FUNÉRAILLES DE | | +| |LES MOINES DU |A UN ÉVÈQUE | | | SAINT FRANÇOIS | | +| |COUVENT D'ASSISE| | | | [3] | | +| |________________|______________| | |_____________________________| | +| | | +| | | +| _Mur de droite_ | _Mur de gauche_ | +| | | +|____________________________________|__________________________________| + +Note 3: _Le saint étendu sur une civière est +entouré de moines agenouillés dont les attitudes expriment la profonde +douleur. + +A gauche, le clergé avec bannières de deuil telles +qu'elles sont encore employées aujourd'hui. + +Dans le haut, le saint est enlevé au ciel par les anges_] + + * * * * * + +_Monument de Galilée_. + ++Sacristie+. + +(Le couloir qui s'ouvre dans le bras droit du transept conduit à la +sacristie et à la chapelle des Médicis.) + +La sacristie est une admirable salle carrée dont la charpente apparente a +conservé sa décoration primitive. Elle est entourée sur deux côtés +d'armoires basses du XIVe siècle, en marqueterie de citronnier et +d'ébène à dessins géométriques. En arrière de ces armoires, le mur est +revêtu d'un lambris du XIVe siècle également en marqueterie, dont chaque +panneau est séparé par des pilastres à arabesques toutes différentes et +rajoutées au XVe siècle. Les admirables vitrines et les lambris qui +entourent le reste de la sacristie sont l'œuvre de BENEDETTO DA MAJANO, +et rien n'est plus simple et plus riche à la fois que la mosaïque de bois +traitée de manière à faire presque partie de l'architecture. Ces vitrines +contiennent des missels dont quelques-uns sont fort beaux. + +Le mur de droite est décoré de trois grandes fresques, _le Chemin de la +Croix_, _la Crucifixion_ et _la Résurrection_. + +Une magnifique grille du XIVe siècle, en fer forgé, sépare la sacristie +de la chapelle Rinuccini ouverte en face de l'entrée. Cette chapelle est +décorée des fresques exécutées en 1365 par GIOVANNI DA MILANO dans la +manière de Giotto ou, mieux encore, dans celle de son maître Taddeo +Gaddi, avec un sentiment plein de charme et de mouvement et une +perspective des mieux observées, pour l'époque. + +A la voûte, les _Évangélistes_ peints à fresque, et au-dessus de +l'autel, le retable _Vierge et Saints_ sur fond d'or, sont également +de GIOVANNI DA MILANO. + ++La chapelle des Médicis+ fut construite par MICHELOZZO pour Cosme +l'Ancien, «le Père de la Patrie». De chaque côté de l'autel, petits +bustes de _Saint François_ et de _Saint Bernard_ d'ANDREA DELLA +ROBBIA; au-dessous, _Vierge_ avec des _Saints_: figures +détachées en blanc sur un fond bleu également d'ANDREA; enfin, sur la +porte, le _Christ entouré de deux anges_, du même. + +Bas-relief en marbre de l'école de Donatello _Vierge accroupie avec +l'Enfant_ entre ses genoux et un groupe de trois anges. + +Enfin, _Tabernacle_ de MINO DA FIESOLE, dont l'entrée est gardée par +quatre anges en haut relief. + + + + SANTA CROCE + SACRISTIE.--CHAPELLE RINUCCINI.--FRESQUES DE GIOVANNI DI MILANO +__________________________________________________________________________ +| | | +| _Mur de droite_ | _Mur de gauche_ | +|MADELEINE LAVE LES PIEDS DU CHRIST. | | +|LES SEPT PÉCHÉS CAPITAUX SOUS LA | | +|FORME DE CHAUVES SOURIS S'ENVOLENT | JOACHIM CHASSÉ DU TEMPLE | +|AU-DESSUS DU TOIT. | | +|_Les perspectives de cette fresque | | +| sont remarquables_ | | +| [1] [2] | | +|__________________________________ | _________________________________| +| | | | | | | +| | | | |RENCONTRE A LA | NAISSANCE DE | +| JÉSUS CHEZ | | | |PORTE DORÉE | LA VIERGE | +| MARTHE ET MARIE | RÉSURRECTION | | |-- | | +| | DE LAZARE | | |La plus | | +| [3] | | | |remarquable de | | +| | | | |ces fresques | | +|__________________|_______________| | |________________|________________| +| | | | | | | +| | | | | | | +|APPARITION A | MIRACLE | | | | | +|MARIE MADELEINE. | DE SAINTE | | | PRÉSENTATION | MARIAGE DE | +|LES SAINTES FEMMES| MARIE | | | AU TEMPLE | LA VIERGE | +|AU TOMBEAU | MADELEINE | | | | | +| | | | | [5] | | +| [4] | | | | | | +|__________________|_______________|_|_|________________|________________| + + +[Note 1: Serviteur desservant descendant un escalier.] + +[Note 2: Serviteur apportant un plat par une porte entr'ouverte.] + +[Note 3: Cette fresque est traitée avec un réalisme étonnant, Marie +accroupie devant Jésus, Marthe en tablier de cuisine.] + +[Note 4: Ce groupe est admirable, ainsi que les trois Anges qui +l'arrêtent à l'entrée du tombeau.] + +[Note 5: Cette fresque est curieuse à comparer avec celle de Taddeo +Gaddi de la chapelle Castellani dont elle reproduit exactement les +dispositions, bien que lui étant très supérieure.] + + * * * * * + ++Le premier cloître+, bâti par ARNOLFO DEL CAMBIO, s'étend à droite +de Santa Croce; il est de forme irrégulière; la galerie qui longe le mur +de l'église à gauche est à un niveau plus élevé que les autres, il faut y +accéder par un escalier; derrière ses belles arcades en marbre noir et +blanc, les murs sont décorés de fresques très effacées de l'école de +Giotto, au-dessus desquelles sont alignées les armoiries sculptées des +familles qui reposent dans le Campo Santo, les Alamanni, les Pozzi, les +della Torre, etc... + +Au milieu du cloître s'élève la statue de Dieu le Père, une des moins +mauvaises de Baccio Bandinelli. Sur le côté qui fait face à l'entrée se +trouve la +chapelle des Pazzi+, rendus célèbres par la conspiration +contre les Médicis. Elle a été construite en 1420 par BRUNELLESCHI et est +un des plus élégants, des plus purs spécimens de l'architecture +classique. Elle est précédée d'un vestibule dont la voûte en berceau +repose sur six colonnes à chapiteaux corinthiens, au milieu desquelles +s'ouvre une grande arcade coupant une ravissante _frise_ composée de +petits médaillons contenant des têtes de chérubins sculptées par +DONATELLO. + +Toutes ces petites têtes, plus charmantes les unes que les autres, sont +variées à l'infini et ont chacune leur expression. + +La voûte du vestibule, à la hauteur de la grande arcade médiane, est une +coupole à cassettes émaillées de diverses couleurs. Une seconde frise +avec des têtes de chérubins règne également sous le portique et s'étend +sur le mur de la chapelle; les médaillons en terre cuite qui la composent +sont dus à DESIDERIO DA SETTIGNANO. + ++L'intérieur+ de la chapelle, en forme de croix grecque, est orné de +pilastres corinthiens en granit; malgré sa petitesse, l'harmonie de ses +proportions en fait une œuvre parfaite. Elle est surmontée d'une coupole +dont les pendentifs sont ornés de quatre médaillons en terre émaillée +polychrome des DELLA ROBBIA, représentant les quatre Évangélistes +accompagnés de leurs attributs. Enfin, sa partie supérieure est décorée +de douze superbes médaillons de LUCA DELLA ROBBIA, représentant les douze +Apôtres assis. + ++L'ancien réfectoire+ se trouve sur le côté droit du cloître; le mur +du fond a conservé les fresques qui décoraient entièrement la salle. Dans +le bas est un très curieux et très beau _Cenacolo_ de TADDEO GADDI, +où le Christ et les Apôtres sont simplement figurés assis derrière la +table, sans qu'aucun détail d'architecture ou aucune fantaisie +imaginative atténue la grandeur de la scène. Judas, très laid, isolé en +avant, est seul à ne pas avoir la tête entourée du nimbe doré en relief +dont sont encadrées celles de Jésus et des autres Apôtres. + +Au-dessus de cette belle composition est une grande fresque de FRANCESCO +DE VOLTERRA (fin du XIVe siècle) dont le sujet, des plus intéressants, +montre le _Christ en croix entouré du groupe des Saintes Femmes_; +saint François à genoux devant la croix l'embrasse. La croix forme la +souche de l'arbre généalogique des Franciscains, entre les rameaux duquel +sont représentés tous les membres célèbres de l'ordre. Sur les côtés sont +quatre scènes de la _Légende de saint François d'Assise_. Enfin à +gauche du réfectoire s'ouvre une petite salle où une fresque de Giovanni +représente _la Multiplication des pains_, miracle opéré par saint +François. + + + SANTA CROCE + + RÉFECTOIRE + L'Arbre généalogique de Saint François + et de l'ordre des Franciscains + + FRANCESCO DA VOLTERRA +__________________________________________________________________________ +| | | | | +| | | | | +| | | | | +| St FRANÇOIS | | | St FRANÇOIS | +| | | | | +| RECEVANT | | | TENTÉ | +| | | | | +| LES | | | PAR | +| | | | | +| STIGMATES | | | LE DIABLE | +| | | | | +| | | | | +|__________________| | |_________________| +| | | | | +| | | | | +| | | | | +| | | | | +| | | | | +| St FRANÇOIS | | | LA | +| | | | | +| | SAINTES | RELIGIEUX | MADELEINE | +| ET | | | | +| | FEMMES | | | +| | | | | +| St BENOIT | | | | +| | | | | +| | | | +| | SAINT FRANÇOIS | | +| | | | +| | | | +|__________________|___________________________________|_________________| +| | +| | +| LA CÈNE DE TADDEO GADDI | +| | +|________________________________________________________________________| + + + ++Le second cloître+, construit par BRUNELLESCHI, s'étend à droite du +premier et appartient aujourd'hui à la caserne établie dans l'ancien +couvent des Franciscains. + ++SAN AMBROGIO+.--A gauche de l'entrée on a découvert un fragment de +fresque de l'école de GIOTTO, représentant _le Martyre de Saint +Sébastien_. Le Saint est attaché à un pilastre, les pieds reposant sur +une console placée à une certaine hauteur, de sorte que les archers qui +lui décochent des flèches tirent en l'air, tandis qu'un ange lui apporte +la palme du martyre. Sur le côté gauche de la nef est une petite niche +sculptée, dont les montants sont couverts d'arabesques; elle contient une +charmante statuette de _Saint Sébastien_, œuvre de LEONARDO DEL +TASSO (XVe siècle); les deux anges en grisaille, peints dans la partie +supérieure, et la petite Annonciation qui est placée dessous dans un +médaillon sont de FILIPPINO LIPPI. + +La chapelle à gauche du chœur est décorée d'une fresque de COSIMO +ROSSELLI, représentant le _Miracle de l'Enfant Jésus_ apparaissant +dans le ciboire pendant la communion. La scène se passe au seuil d'une +église, devant un palais, et présente une foule de personnages à costumes +florentins du XVe siècle, très habilement groupés (1486). + +Au fond de la chapelle, un _tabernacle_ en marbre blanc, de MINO DA +FIESOLE, reproduit le même miracle. + + + + +RIVE DROITE (EST)----+DE SANTA CROCE A SAN MARCO+ + +SANTA MADDALENA DE PAZZI; SANTA MARIA NUOVA, MUSÉE +ARCHÉOLOGIQUE ET DES TAPISSERIES, INNOCENTI, SANTA ANNUNZIATA, +ACADÉMIE, ÉGLISE ET COUVENT SAN MARCO, LO SCALZO. + + +_SAINTE MADELEINE DES PAZZI+ (1, Via delle Colonne).--+La salle du +Chapitre+ contient une grande fresque du PÉRUGIN, _le Christ en +croix_, peinte entre 1492 et 1496, l'ouvrage le plus important que +Florence possède de l'artiste, maîtresse œuvre par la noblesse des +figures, la gravité des attitudes, la richesse du coloris et enfin la +beauté du paysage. Le Christ sur la Croix avec la Madeleine éplorée, +comme écrasée de douleur à ses pieds, occupe le milieu de la fresque. +Séparés du groupe principal par des pilastres et des arcatures se +trouvent la Vierge et saint Benoît d'un côté et saint Jean avec saint +Bernard de l'autre. Le réel défaut de ce parti pris a été de couper +l'action où les personnages, isolés et séparés les uns des autres par +l'architecture, ne semblent pas reliés à la scène principale dont +l'intérêt réside dans le groupe de la Madeleine et du Christ. + ++ARCISPEDALE DE SANTA MARIA NUOVA+.--Ce grand hôpital fut fondé au +XIVe siècle par Falco Portinari, le père de la Béatrice du Dante. La +façade de +l'église San Egidio+ qui en dépend fut au XVIe siècle +augmentée d'un portique, œuvre de Buontalenti, sous lequel deux fresques +très restaurées sont intéressantes en ce qu'elles sont ce qu'au XVe +siècle on appelait des fresques de _Cérémonie_, c'est-à-dire des +compositions destinées à commémorer un événement. L'une, par LORENZO DE +BICCI, fut peinte en 1420 et représente la consécration de l'église par +le cardinal Correz, en présence du pape Martin V. L'autre, exécutée en +1435 par GHERARDO, rappelle les privilèges accordés à l'hôpital par le +pape Martin V, à la requête du cardinal Correz. + +La porte de l'église San Egidio est décorée du _Couronnement de la +Vierge_ (1420), bas-relief en terre cuite de LORENZO DE BICCI. A +l'intérieur, derrière l'autel, a été placé un charmant bas-relief en +bronze émaillé d'ANDREA DELLA ROBBIA, _la Vierge et l'Enfant_. Le +délicat tabernacle du maître-autel est l'œuvre commune de ROSSELLINO et +de GHIBERTI. Les anges en adoration sont du premier, et le bas-relief en +bronze de la porte fait d'autant plus honneur au second qu'il est d'une +plus grande simplicité. + ++GALERIE DE PEINTURE DE L'HOPITAL+ (25 et 29, place Santa Maria +Nuova). + +N° 104.--ANDREA DEL CASTAGNO. _Crucifiement_. Lunette provenant du +cloître de l'hôpital. Le Christ est entre la Vierge, saint Jean et deux +bénédictins agenouillés. Les figures de la Vierge et de saint Jean, +animées par la plus grande des douleurs, sont de premier ordre. + +(Au n°29, sur le pilier du premier étage.) + ++A+.--Bas-relief en terre cuite rehaussée de peintures, _la +Vierge, l'Enfant, Saint Jean et deux Anges_ de l'école de Donatello. + ++F+.--Admirable haut relief en terre cuite du VERROCCHIO. La Vierge, +en buste, tient l'enfant debout sur un coussin. Verrocchio a certainement +modelé d'après nature ce groupe d'une beauté et d'une vérité accomplies. + ++Salle I+.--Nos 48, 49, 50.--HUGO VAN DER GŒS. _L'Adoration des +Mages_, triptyque peint à Bruges, vers 1400, pour Francesco Portinari, +agent des Médicis dans cette ville. C'est l'ouvrage le plus important et +le chef-d'œuvre de ce maître excellent. Si le sujet principal, +l'Adoration des Mages, est d'un ensemble plutôt défectueux avec des plans +mal observés et des figures sans élégance ni charme, les détails sont en +revanche d'une rare perfection et la coloration d'une fraîcheur et d'un +éclat incomparables. Les deux volets, de toute beauté, furent pour le +portrait l'école où les artistes florentins du XVe siècle vinrent +apprendre leur art. Sur le volet de gauche, le donateur, Francesco +Portinari, et ses deux jeunes fils sont agenouillés en avant de leurs +patrons, saint Antoine abbé et saint Mathieu. Sur le volet de droite, sa +femme agenouillée lui fait face; coiffée du hennin et vêtue du riche +costume flamand, elle est accompagnée de sa fille, jeune enfant d'une +dizaine d'années; leurs visages, ainsi que ceux de sainte Marguerite et +de sainte Madeleine debout derrière elles, respirent la sérénité et +portent l'expression idéale des figures des Memling et des Van der +Weyden. + ++N°23+.--BOTTICELLI. _Vierge et l'Enfant, Saint Jean-Baptiste et +anges_. + +Cette œuvre de sa jeunesse a longtemps été attribuée à Fra Filippo Lippi, +tant il y est encore influencé par la manière de son maître. La Vierge se +penche vers l'Enfant couché sur ses genoux qui lui tend les bras, tandis +que deux anges délicieux les contemplent. La tête, entourée de légers +voiles d'une disposition compliquée, est ravissante de grâce. + +N° 71.--FRA BARTOLOMMEO. _Le Jugement dernier_. Cette grande +fresque, peinte de 1498 à 1499, est malheureusement mal conservée. Elle +n'en constitue pas moins, telle qu'elle est, un ouvrage d'une haute +portée artistique, première œuvre où l'art italien ait uni au sentiment +profond des primitifs, la noblesse et la beauté des formes, telles que +les concevait la Renaissance. + +Par la belle ordonnance du demi-cercle où sont rangés les Saints, par la +rigoureuse observation de la perspective, par la profondeur de +l'inspiration, cette composition est si remarquable que Raphaël l'a +placée, presque intégralement, dans la partie supérieure de la Dispute du +Saint-Sacrement, peinte, en 1508, pour les chambres du Vatican. + ++L'ANCIENNE ÉGLISE SANTA MARIA DEGLI ANGIOLI+ (Via degli Angioli) +sert de bibliothèque à l'hôpital. Dans un de ses cloîtres est conservée +une belle fresque d'ANDREA DEL CASTAGNO, le _Christ en Croix entre la +Vierge, saint Jean, la Madeleine_ au pied de la croix et deux +bénédictins agenouillés de chaque côté, composition d'un sentiment et +d'une facture admirables. + ++MUSÉE ARCHÉOLOGIQUE, PALAIS DE LA CROCETTA+. +Le premier +étage+ renferme le Musée égyptien et deux des plus riches collections +qu'ait l'Italie en antiquités étrusques et en numismatique italienne du +moyen âge et de la Renaissance. + +Le MUSÉE ÉTRUSQUE se compose des objets découverts dans des fouilles +faites à Chiusi, Orvieto, Grossetto et dans les nombreuses nécropoles +mises au jour autour de ces villes. + ++La Salle II+ contient dans des vitrines toute la série des vases +étrusques depuis l'époque la plus reculée jusqu'à l'apogée de cet art +(VIe siècle avant J.-C.). + +Ces vases contenaient les offrandes aux morts ou servaient d'urnes +cinéraires; ils sont, en grande partie, décorés des emblèmes relatifs à +leur emploi, soit de colombes ou de coqs chargés d'écarter des cendres +les mauvais esprits, soit de panthères ou de cavaliers symbolisant, les +uns les animaux dévorants, les autres le transport des âmes. Les poteries +de ce temps, presque toutes en terre noire, ont des formes admirables. + ++La Salle IV+ renferme une très belle collection de petits bronzes +étrusques d'un grand intérêt: groupes, candélabres, armures avec traces +de dorure, miroirs, etc., etc. + ++La Salle V+ possède quelques pièces hors ligne. + ++A+.--Statue de Minerve de grandeur naturelle, superbement drapée. +La tête a un grand caractère, les orbites vides des yeux étaient remplis +par des pierres précieuses (Arezzo). + ++B+.--Statue d'orateur; portrait de Metellus, fils de Vesia, citoyen +de Chiusi (IIe siècle avant J.-C.). Cette pièce célèbre a été découverte +près du lac Trasimène (1570). + ++C+.--Chimère affectant la forme d'un lion; sa queue, faite d'un +serpent, vient mordre une tête de bouc greffée sur le dos de l'animal. +Cette tête fantastique, remarquable comme mouvement et comme étude +approfondie de la forme, appartient à la plus belle période de l'art grec +(IVe siècle avant J.-C.) (Arezzo) + ++D+.--_Situla_, petit vase suspendu, de la plus belle époque +étrusque, il fut trouvé à Bolsène en 1871. Primitivement doré, orné de +bas-reliefs de la plus extrême finesse, il représente Vulcain ramené à +l'Olympe par Bacchus et Ariane. + +Une vitrine isolée renferme des merveilles. + +N° 1.--_Tête de jeune homme_ (IIe siècle avant J.-C.). + +N° 2.--Statuette de _Bacchus avec un génie ailé sur les épaules_ +(IVe siècle avant J.-C.). + +N° 3.--_Statuette de Jupiter_ (copie grecque du IIe siècle avant +J.-C., d'après Phidias). + +N° 4.--Statuette de _Castor conduisant un cheval_ (art étrusque +d'après l'art grec, IVe siècle avant J.-C.). + +N° 5.--_Minerve Medica_. + +N° 6.--_Athéné_, statuette très archaïque. + +N° 9.--Statuette d'_Hercule_ (IIIe siècle avant J.-C.). + ++Salle IV+.--Au milieu de la salle, le fameux _Vase François_, +ainsi nommé de son premier propriétaire, est orné de peintures divisées +en bandes sur lesquelles sont représentées les chasses de Méléagre, +Thésée et le Minotaure, le combat des Lapithes et des Centaures, les +funérailles de Patrocle, les noces de Pélée et de Thétis, la procession +des dieux quittant l'Olympe pour y assister, Bacchus et Vulcain, un +combat des Pygmées contre les Grues, et enfin, sur les anses, la lutte +autour du corps d'Achille. Cette belle œuvre grecque est du VIe siècle +avant J.-C. + ++Salle VIII+.--_Sarcophage_ en terre cuite de _Larthia +Seranthia_. La défunte, le torse redressé sur son lit funèbre, le bras +gauche relevé sur un coussin, tient un miroir et procède à sa toilette. +Ce splendide monument de la plastique chiusienne a conservé de nombreuses +traces de peinture (IIe siècle avant J.-C.). + ++Salle IX+.--I. _Sarcophage en albâtre_, non décoré de +sculptures, mais peint à tempera, de scènes représentant les combats des +Lapithes et des Centaures (art étrusque, Ve siècle av. J.-C). + +II. _Sarcophage en albâtre_ ayant conservé les traces de sa +décoration polychrome. Sur le couvercle en ronde bosse, le mari, le torse +nu, appuie la main sur l'épaule de sa femme assise à ses pieds qui relève +son voile pour le regarder; elle porte un collier d'or et ses cheveux ont +conservé leur peinture rouge (Ve siècle avant J.-C.). + +III. _Sarcophage de pierre_ également en ronde bosse. Aux pieds du +défunt, une Parque accroupie lui montre le rouleau de sa vie terminée. + +IV. _Statue cinéraire_ en terre cuite de la Mater Matuta des +Chiusiens. Elle est assise dans un fauteuil, tenant dans ses bras un +enfant couché. La tête mobile sert de couvercle à l'urne contenue dans +l'intérieur du corps (Ve siècle avant J.-C.). + +DEUXIÈME ÉTAGE. +GALERIE DES TAPISSERIES (ARAZZI)+.--La plupart des +tapisseries proviennent de la fabrique de Florence fondée par le +grand-duc Cosme Ier sous la direction de Nicolas Karcher et de Jean van +Boost de Bruxelles. Après leur mort, l'atelier fut tenu par des Italiens +et devint une véritable école, si bien que ce fut Pierre Lefèvre, +français d'origine et directeur vers 1630, qui, appelé avec un brevet par +Louis XIV en 1648, créa aux Tuileries un atelier où seraient appliqués +les procédés italiens et développés les procédés français des +manufactures érigées sous Henri IV, tandis que la manufacture de +Florence, dès 1744, cessait d'exister. + ++Salle I+.--Brocarts des XVème, XVIe et XVIIe siècles. + ++Salle II+.--Devant l'autel de Sainte-Marie Nouvelle, _le +Couronnement de la Vierge_, superbe broderie du XVe siècle. + ++Salles III, IV, V+.--Broderies et étoffes. + ++Salle VI+.--Tapisseries de Florence aux armes des Médicis (XVIIe +et XVIIIe siècles). _Les quatre Éléments_ d'après Moro. + ++Salle VII+.--Tapisseries flamandes du XVIe siècle. + ++Salle VIII+.--Tapisseries de Florence (XVIe siècle). + ++Salle IX+.--Suite des mêmes tapisseries. _Ensevelissement du +Christ_ (Florence, XVIe siècle). + +Nos 118 et 119.--_Ecce Homo_ et _Déposition_ (Florence, XVIe +siècle). + ++Salle XII+.--_Histoire d'Esther_. Trois tapis séries des +Gobelins d'après Audran, XVIIIe siècle, splendides pièces de cette suite +connue. + ++Salle XIII+.--Suite de l'_Histoire d'Esther_. Les costumes +turcs, remarquables, sont interprétés avec la fantaisie du XVIIIe +siècle. + ++Salle XIV+.--Trois tapisseries flamandes du XVIe siècle tissées +d'or. + +N° 74.--Série de tapisseries du XVIe siècle représentant des fêtes +données à l'occasion du mariage d'Henri II et de Catherine de Médicis. + ++Salle XV+.--Nos 67, 68, 69.--Suite de la même série. + ++Salle XVI+.--Six bandes de tapisseries allemandes du XVIe siècle, +_Histoire de David et de Bethsabée_. + +N° 66.--_Baptême du Christ_ (Flandres, XVe siècle). + ++Salle Galerie XVII+.--Nos 67, 68.--_Enlèvement de Proserpine_ +et _Chute de Phaéton_, d'après les cartons de Bernin (Florence, +XVIIIe siècle). + +Nos 53, 54, 55, 56.--Admirable série de tapisseries des Flandres du +XVIe siècle. Cette collection, la plus belle du musée, se compose de +quatre pièces de grandes dimensions tissées d'or. Les sujets en sont: +_la Création de l'homme_, _la Création de la femme_, _la +Tentation_, _Adam et Ève chassés du Paradis_. Le paysage, la +composition et le coloris de ces tapisseries sont de toute beauté. + +N° 51.--_Triomphe de déesse_, d'après Coypel (Gobelins, XVIIIe +siècle). + +Nos 42, 50.--_Histoire de Phaéton_, d'après Allori (Florence, +XVIIe siècle). + ++Salle XIII+.--_Fête champêtre_. + ++Salle XIV+.--Cinq scènes de la _Passion_ (Florence, XVIIe +siècle). + ++Salle XX+.--Trois scènes de la même série, d'après Allori. + ++Salle XXI+.--_Les Douze Mois de l'année_, d'après Bacchiacco +(Florence, XVIe siècle). + ++Salle XXII+.--Sept tapisseries avec grotesques sur fond jaune, +d'après Bacchiacco (Florence, XVIe siècle). + ++LA PLACE DE L'ANNUNZIATA+ est bordée à droite par l'hospice des +Enfants-Trouvés, les _Innocenti_, à gauche par la confrérie des +Servi di Maria, bâtiments identiques, entre lesquels s'ouvre, au fond de +la place, l'église de l'Annunziata. A l'angle de la Via dei Servi, le +palais Manelli, de 1565, est une construction en brique de Buontalenti. +Au milieu de la place, la statue équestre du grand-duc Ferdinand Ierest +la dernière œuvre de Jean de Bologne, coulée en 1608 avec le bronze des +canons enlevés aux Turcs. + +De chaque côté, deux fontaines de Ph. Rocca, placées en 1629, sont ornées +de monstres marins. + ++L'HOSPICE DES ENFANTS-TROUVÉS+ fut construit en 1421 par FRANCESCO +DELLA LUNA, d'après les plans laissés par son maître Brunelleschi; il +avait été commandé par la corporation des tisseurs de soie. Le +rez-de-chaussée est bordé d'un beau portique précédé de marches qui, du +côté de la place, offre entre ses arcatures des médaillons en terre +vernissée blanche sur fond bleu, exécutés en 1460 par ANDREA DELLA +ROBBIA. Ces médaillons, au nombre de quatorze, représentent chacun un +enfant emmailloté, chef-d'œuvre de grâce et de délicatesse. Dans ces +figures variées à l'infini, la manière d'Andrea diffère déjà profondément +du style simple et sévère de Luca et se rapprocherait bien plutôt, par +une recherche de douceur et de charme excessive, de celui des Ghiberti ou +des Benedetto da Majano. La lunette de la porte de la Chapelle, où l'on +entre par la cour, est occupée par une Annonciation, magnifique +bas-relief émaillé d'Andrea della Robbia. + +Au-dessus de l'autel de la chapelle +Santa Maria degli Innocenti+, +le GHIRLANDAJO a peint, en 1488, une belle adoration des Mages fortement +influencée, semble-t-il, par le Van der Gœs de l'hôpital Santa Maria +Nuova. Cette page réunit à un haut degré les qualités du Ghirlandajo; non +seulement il s'y révèle dessinateur émérite et savant coloriste, mais +bien encore dans les moindres détails il pousse la conscience à l'excès +et reste irréprochable comme exécution. + +En face des Enfants-Trouvés le bâtiment des +SERVI DI MARIA+ fut +également construit, sur les plans laissés par Brunelleschi, par ANTONIO +DA SANGALLO. + ++L'ÉGLISE SANTA ANNUNZIATA+ date de 1250, mais depuis elle fut +agrandie et constamment modifiée. Sous le mauvais péristyle qui la +précède, élevé en 1650 par CACCINI, s'ouvrent trois portes. Celle de +gauche donne accès au cloître de l'ancien couvent des Servites, celle de +droite à la chapelle des Pucci, et enfin celle du milieu au parvis décoré +de fresques qui précède l'église. Ces fresques, abritées maintenant +contre les intempéries par une galerie vitrée, furent en grande partie +exécutées par Andrea del Sarto et sont un des plus beaux monuments du +grand art italien. + ++A+.--_Saint Philippe donnant son habit à un malade_. + ++B+.--_Joueurs frappés de la foudre pour s'être moqués de saint +Philippe_. + ++C+.--_Guérison d'un possédé_. + ++D+.--_La mort de saint Philippe_. + ++E+.--_Un enfant guéri par le contact du manteau de saint +Philippe_. + +L'artiste exécuta ces peintures dans sa jeunesse, vers 1510. Le paysage a +quelque importance, mais n'est pas suffisamment traité; ce ne sont plus +les fonds idéalisés et mystérieux des primitifs, et d'autre part les +artistes de l'époque d'Andrea sont encore loin de la perfection des +maîtres qui rendront plus tard si merveilleusement la nature; ce sont des +œuvres d'une époque de transition, n'ayant plus les qualités des anciens +maîtres, sans pour cela avoir encore celles des nouveaux. Dans les +fresques de l'Annunziata les personnages manquent de mouvement, mais leur +défaut principal est l'absence de la foi profonde, de l'émotion et des +sentiments vrais qu'auraient mis dans un tel sujet les «Quatrocentisti». + +A droite, deux belles compositions d'Andrea del Sarto sont très +supérieures aux précédentes. + +1° _L'Adoration des Mages_ bien groupée, avec le portrait de +Sansovino tourné vers le spectateur, et au premier plan le portrait du +peintre par lui-même. + +2° _La Naissance de la Vierge_ (1514), représentée dans une riche +chambre du XVIe siècle avec des femmes portant les beaux costumes de +l'époque. Au milieu de cette fresque remarquable, deux portraits de +femmes dont l'une est la Lucrezia Fede, la terrible femme de l'artiste. + +Les trois médiocres fresques suivantes sont dues à des amis ou à des +élèves d'Andrea: _Le Mariage de la Vierge_ par FRANCIABIGIO (1513). +_La Visitation_ par le PONTORMO (1516). _L'Assomption_ par +ROSSO (1517). + ++L'intérieur de l'Église+, décoré au XVIIe siècle avec une triste +somptuosité, consiste en une nef unique sur laquelle donnent des +chapelles latérales, et qui aboutit à une grande rotonde où se trouve le +chœur entouré de chapelles rayonnantes. A gauche de l'entrée, sous un +baldaquin du XVIIe siècle de très mauvais goût, s'ouvre la chapelle +«della Vergine Annunziata», construite aux frais de Pierre de Médicis par +MICHELOZZO en 1448. Derrière l'autel, une Vierge miraculeuse, fresque du +XIIIe siècle, est l'objet d'une grande vénération. + +Au-dessus de la porte qui conduit du croisillon gauche au cloître des +Servites est une fresque d'ANDREA DEL SARTO, «la Madone au Sac» +(_Madonna del Sacco_), peinte en 1525, et justement considérée comme +un chef-d'œuvre; elle est d'une grâce charmante avec des figures bien +groupées. Saint Joseph debout, appuyé sur un sac, lit à côté de la Vierge +assise à terre. Près de la fresque d'Andrea est le _tombeau des +Falconieri_, fondateurs de l'église: sarcophage supporté par des +consoles. Dans le deuxième cloître, grande statue de _Saint +Jean-Baptiste_ en terre cuite, bel ouvrage où MICHELOZZO a reproduit +le Saint Jean qu'il avait placé dans le fameux reliquaire du musée du +Dôme. + + +ACADÉMIE DES BEAUX-ARTS (46, Via Ricasoli) + ++Salle I+.--N° 31.--BALDOVINETTI. _La Trinité_. + +N° 27.--ANGELICO. Retables. + ++Salle à Coupole+.--MICHEL-ANGE. _David_.--Le _David_ fut +sculpté en 1501 par Michel-Ange tout jeune, qui fut rappelé de Rome tout +exprès pour tirer d'un gigantesque bloc de marbre mal venu, une colossale +statue destinée à être placée devant le Palais Vieux. Loin d'être arrêté +par cette difficulté de métier, jamais Michel-Ange ne semble avoir été +plus en possession de son admirable talent, plus maître de son art, que +dans cette juvénile figure où la justesse des rapports, la perfection du +modelé et le fini parfait excitent la plus vive admiration. Le maître a +choisi l'instant où le héros va lancer sa fronde, et l'attente du geste +décisif est parfaitement marquée par l'expression sévère et concentrée du +visage qui frappe par sa ressemblance avec celui du _Saint Georges_ +d'Or San Michele, ce chef-d'œuvre de Donatello. + +MICHEL-ANGE. Ébauche pour un _Saint Mathieu_. C'est la seule ébauche +des statues des Apôtres que Michel-Ange devait exécuter pour Sainte-Marie +des Fleurs, œuvre infiniment intéressante, puisqu'elle permet de saisir +sur le fait son procédé de travail et sa préoccupation de mener de front +l'étude de la forme et la recherche de l'effet. Dans l'espèce de grande +dalle où la statue est encore engagée, il semble que le maître ait +dessiné au ciseau toutes les valeurs, jusqu'à donner à l'œuvre l'aspect +du bas-relief ou à produire l'impression d'un puissant et singulier +carton. + + + __________________________________ + | | + | V | + | SALLE DU PRINTEMPS | + | | + |________________________________| + | | + | | + | DESSINS | + | | + |____________________| + | | + | | + _________| SALLE | / + | | D'ANGELICO | Via Ricasoli + | | | \ + | | | + | |____________________|_________________________ + | | | + | | | + | II | SALLE I | E + | | | N + | SALLE | PRIMITIFS | T + | | | R + | A | | É + | |_____________________________________________| E + | COUPOLE | | + | | | + | | | + | | COUR | + | | | + | | INTÉRIEURE | + | | | + | | | + | | | + |_________|_____________________________________________| + | | + | | + | | + | | + | SALLE III | + | | + | | + | | + | | + |_______________________________________________________| + + + ++Grande Salle III+.--N° 36.--MASACCIO. _La Conception_. + +Sainte Anne, la Vierge et l'Enfant. Il est intéressant de constater dans +cette œuvre de jeunesse du maître, combien son idéalisme d'alors était +déjà combattu par son entraînement au réalisme et au naturalisme. + +N° 41.--FRA FILIPPO LIPPI. _Couronnement de la Vierge_, œuvre +tardive de 1441. Ce grand tableau, malheureusement très abîmé, est +surchargé de personnages; de plus, comme le sujet principal est placé sur +le second plan, il en perd toute grandeur. Le défaut ordinaire de Lippi, +qui est de raplatir la tête de ses figures, a été poussé ici à un +désagréable excès. Dans ce tableau, Lippi s'est peint lui-même à genoux +et les mains jointes. + +N° 42.--FRA FILIPPO LIPPI. _L'Annonciation_, belle prédelle de 1441. + +Nos 37 et 39.--ANDREA DEL CASTAGNO. _Sainte Madeleine_ et _Saint +Jean-Baptiste_, figures ascétiques d'un grand caractère. + +N° 38.--ANDREA DEL CASTAGNO. _Saint Jérôme en prière_. + +N° 32.--GENTILE DA FABRIANO. _Adoration des Mages_. Ce chef-d'œuvre +célèbre fut peint pour Palla Strozzi en 1423. Sorte d'Angelico ombrien, +Gentile évoque un monde tout idéal, tout fantaisiste; il couvre ses +personnages de vêtements somptueux où l'or tient la plus grande place, +mais un or traité à la manière des icônes byzantines, c'est-à-dire en +relief avec des incrustations et des gravures. Son goût prononcé pour la +zoologie se traduisit par la recherche des animaux extraordinaires qu'il +a figurés dans le cortège des Mages. Peu de tableaux laissent une aussi +délicieuse impression de poésie et de fraîcheur. + +N° 34.--FRA ANGELICO. _La Déposition de la Croix_. Ce chef-d'œuvre, +d'une simplicité grandiose, est d'une perfection de composition, d'une +profondeur de sentiment, d'une pureté de dessin qui en font une des plus +impressionnantes œuvres du XVe siècle. La croix occupe le centre, et le +corps du Christ en est détaché par saint Jean accompagné d'un groupe de +disciples qui soutiennent le cadavre. D'autres groupes admirables sont +composés de la Vierge, des Saintes Femmes et d'hommes qui contemplent +avec commisération les instruments de la Passion montrés par l'un d'eux. + +Les montants du cadre sont garnis de douze délicates petites figures de +saints et les trois gâbles qui le surmontent représentent _la Visite +des Saintes Femmes au tombeau_, _la Résurrection_ et _l'Apparition à la +Madeleine_. Pour bien apprécier cette œuvre de premier ordre, il faut se +faire à un coloris d'une vivacité et d'une crudité de tons rares, même +chez l'Angelico. + +N° 43.--ANDREA VERROCCHIO. _Baptême de Jésus-Christ_. On a longtemps +considéré ce tableau comme la seule peinture complète du Verrocchio, mais +on est arrivé à reconnaître que l'œuvre, loin d'avoir jamais été achevée +par lui, avait été terminée par son élève, Léonard de Vinci. La seule +part attribuée maintenant à Verrocchio est la figure de saint +Jean-Baptiste et le paysage du fond. L'artiste, avec le caractère plutôt +abrupt de son talent et sa passion de l'anatomie et de la vérité, a +trouvé un sujet digne de lui dans la figure réaliste et ascétique du +précurseur, modelée en pleine lumière. Cette partie, un peu dure, forme +un saisissant contraste avec les deux délicieuses figures d'anges +agenouillés que Léonard a traitées en clair obscur, avec tout le charme +de son incomparable génie. + +N° 46.--SANDRO BOTTICELLI. _La Vierge, l'Enfant Jésus, la Madeleine, +sainte Catherine, saint Damien, saint Cosme et divers saints_. Un des +premiers ouvrages de Sandro et non des meilleurs. Les figures sont encore +très influencées de celles de son maître, POLLAJUOLO. + +N° 47.--SANDRO BOTTICELLI. _Couronnement de la Vierge_. Un des plus +grands tableaux d'autel du maître. + +N° 52.--SANDRO BOTTICELLI. _La Vierge sur un trône entre des anges et +des saints_. Ces deux tableaux prouvent surabondamment combien le +talent de Botticelli était rebelle aux sujets religieux. + +N° 49.--FRA FILIPPO LIPPI. La belle _Madone avec quatre Saints_ sous +une architecture, est une des bonnes œuvres du maître. Elle est +remarquable par la facture des vêtements. + +N° 50.--GHIRLANDAJO. _L'Adoration des Bergers_, peinte vers 1485, +est à peu près analogue à celle des Innocenti. L'influence de Van der Gœs +et de l'œuvre de l'hôpital Santa Maria Nuova y est également sensible. +Cet ouvrage, à bien des égards, est excellent; on y retrouve la +scrupuleuse conscience de Ghirlandajo et, grâce à son coloris plus calme, +il est d'un aspect plus agréable que le retable des Innocenti. + +N°53.--PIERRE PÉRUGIN. _Le jardin de Gethsemani_. + +N° 56.--PIERRE PÉRUGIN. _Crucifixion_. Ces deux tableaux furent +peints par le Pérugin vers 1496, c'est-à-dire à cette période de sa vie +où, par son absence de conviction artistique, il sacrifiait exclusivement +à la grâce et à l'afféterie et laissait dans ses compositions une large +place à de beaux paysages de convention. + +N° 55.--PIERRE PÉRUGIN. _Assomption_, avec quatre saints dans le bas +du tableau. + +Cette grande composition, très conventionnelle, date de l'époque des +fresques du Cambio avec lesquelles elle a de grands rapports de manière +(1500). + +N° 58.--PIERRE PÉRUGIN. _Pieta_. Ce tableau célèbre est une œuvre de +jeunesse intéressante par sa singulière ordonnance et son architecture +classique. Malheureusement l'expression des visages et l'attitude des +personnages sont toujours de la plus désolante banalité. + +N° 54.--LUCA SIGNORELLI. _La Vierge avec le Christ, deux Saints et les +archanges Michel et Gabriel_. Remarquable tableau d'autel d'un coloris +vif et fondu tout à la fois. + +N° 57.--FILIPPINO LIPPI. _Descente de Croix_. Ce tableau d'autel, +resté inachevé par suite de la mort de Filippino (1504), fut repris et +terminé par le Pérugin. + +N° 59.--ANDREA DEL SARTO. _Quatre Saints_. + +N° 63.--Prédelle de ces tableaux avec la Vie de ces Saints. Ces deux très +belles compositions sont de la même époque et de la même manière que les +admirables fresques des Scalzo (1528). + +Il est intéressant de constater combien, à cette date, André del Sarto +était impressionné par le génie d'Albert Dürer. + +N° 66.--FRA BARTOLOMMEO. _Apparition de la Vierge à saint Bernard_, +œuvre de jeunesse (1506) avec encore un peu de sécheresse dans les +contours et malheureusement d'une mauvaise conservation. + +N°69.--FRA BARTOLOMMEO. _Saint Vincent_. + +Nos 78 et 82.--FRA BARTOLOMMEO. _Têtes d'Apôtres_. Ces morceaux de +fresques sont de premier ordre et donnent le plus utile renseignement sur +la hauteur de vues, la noblesse de sentiments et la belle intégrité +artistique du Frate. + ++Salle IV (Salle d'Angelico)+.--Cette salle contient un véritable +trésor d'œuvres de l'Angelico qui, avec des qualités différentes, sont +toutes inspirées de son exquise poésie symbolique et mystique. + +N° 41.--_Le Jugement dernier_. Composition où se meuvent une +multitude de petites figures d'une exécution relativement peu soignée +pour l'Angelico. La partie la plus intéressante du tableau est constituée +par une ravissante farandole de petits anges qui se déroule dans le +Paradis, au milieu d'une prairie émaillée de fleurs. + +Si Angelico est, par excellence, le peintre des joies célestes, il est +moins apte à exprimer l'angoisse et la douleur des damnés, aussi la +partie de l'enfer laisse-t-elle à désirer. + +N° 16.--Six petits panneaux. _Vies et supplices des saints Cosme et +Damien_. + +Nos 11, 24.--Huit panneaux divisés en compartiments et formant +trente-cinq sujets de la Vie de Jésus-Christ. Ils sont d'inégale valeur +et plusieurs sont de la main de Baldovinetti. Toutefois, quelques-uns, +comme finesse et perfection, sont de vraies miniatures. Parmi ceux-ci: +_la Fuite en Égypte_, _la Flagellation_, _le Portement de +Croix_, _Jésus dépouillé par les soldats et les Saintes Femmes au +tombeau_ sont hors ligne. + +N° 20.--_Couronnement de la Vierge_, petit médaillon de la plus +grande finesse. + +N° 21.--_Le Christ à mi-corps, debout dans le tombeau_, entouré de +toutes les _scènes de la Passion_. Cette belle conception, +particulièrement affectionnée par l'Angelico, est d'un dessin large et +savamment modelé. + +PIERRE LORENZETTI.--Quatre épisodes très archaïques de la _Vie de saint +Nicolas de Bari_. + +N° 31.--FRA BARTOLOMMEO. _Savonarole sous l'aspect de saint Pierre +martyr_. + +N° 18.--PÉRUGIN. Beaux portraits de _Baldassare Monaco_ et de _don +Biagio Milanesi_, moines de Vallombreuse. La beauté, la simplicité et +la sévérité de ces deux profils de moines les ont longtemps fait +attribuer à Raphaël comme œuvre de jeunesse. + ++Salle V+.--Cartons.--Collection d'admirables cartons de Fra +Bartolommeo. + +Carton du _David_, de Michel-Ange. + ++Salle VI+.--N° 22.--ANTONIO DEL POLLAJUOLO. _Saint Augustin_, +âgé. Admirable figure d'évêque debout, crossé et mitré. + +N° 23.--ANTONIO DEL POLLAJUOLO. _Sainte Monique_, superbe figure de +vieille femme, pendant du précédent. + +N° 24.--VERROCCHIO. _Tobie et les trois Archanges_. + +Les archanges Michel, Gabriel et Raphaël accompagnent le jeune Tobie +retournant chez son père. Cette œuvre admirable est une des premières du +Verrocchio et l'analogie du type des Archanges avec ceux du _David_ +au Bargello et du _Saint Jean-Baptiste_ dans le _Baptême_ de +l'Académie est frappante. + +La gravité, la noblesse et la beauté des figures, la minutieuse recherche +des anatomies, le réalisme scrupuleux poussé jusqu'aux moindres plis des +vêtements, enfin la poésie du délicieux paysage du fond, tout concourt à +placer ce tableau parmi les productions les plus parfaites des +Quatrocentisti. + +N° 19.--LUCA SIGNORELLI. _La Madeleine agenouillée au pied de la +Croix_. Cette page a la dureté et la crudité de couleur trop +ordinaires chez Signorelli, défauts amplement rachetés du reste par la +beauté de la composition et la profondeur et l'émotion uniques chez lui. + +Le fond en perspective représente la Déposition, la Mise au sépulcre, et +la Visite des Saintes Femmes au tombeau. + +N° 16.--DOMINIQUE GHIRLANDAJO. _Vierge entre des anges et divers +saints_, excellent ouvrage de jeunesse. + +N° 12.--FRA FILIPPO LIPPI. _Naissance de Jésus-Christ_, retable de +médiocre valeur, seulement intéressant comme étant le tableau de l'autel +de la chapelle Riccardi auquel aboutissait toute la composition de +Benozzo Gozzoli. + +Nos 6, 7, 8, 9.--SANDRO BOTTICELLI. _Le Christ +ressuscitant_.--_Salomé avec la tête de Saint +Jean-Baptiste_.--_Visions de Saint Augustin_.--_Mort de Saint +Augustin_.--Quatre adorables petits panneaux oblongs. + +N° 20.--SANDRO BOTTICELLI. _L'archange Raphaël et Tobie_, tableau +très abîmé, mais d'un délicieux sentiment. Les deux figures, rapprochées +de celles du tableau du Verrocchio, expliquent l'attribution erronée de +cette peinture faite longtemps à Sandro. Au bas, petite figure +agenouillée du donateur Strozzi, dont les armes occupent le haut du +tableau. + +N° 27.--SANDRO BOTTICELLI. _Allégorie du Printemps_, tableau exécuté +en 1462 sur la commande de Pierre de Médicis et destiné avec celui du +musée des Offices, «l'Arrivée de Vénus à Cythère», à sa villa de +Castello. C'est un chef-d'œuvre de paganisme mythologique, interprété +avec toute la subtilité, tout le raffinement d'un «décadent» de la +Renaissance. Il puisa son sujet dans le passage du cinquième livre de +Lucrèce, où le poète décrit ainsi le réveil de la nature: + +«Sur l'aile de Zéphyr le doux Printemps renaît et Vénus daigne sourire +aux champs rajeunis. Sur leurs pas Flore, mère facile, épanche ses +parfums et émaille les prés de ses dons enchanteurs.» + +Comment Botticelli a-t-il traduit la pensée de Lucrèce? Dans un bois, +figuré par des arbres chargés de fleurs et de fruits, dont les +silhouettes noires sont violemment découpées sur un ciel pâle, s'ouvre +une clairière semée de mille fleurs, traitées avec la patiente minutie de +la miniature. Sur ce chemin fleuri s'avance Vénus précédée des Grâces et +de Mercure, et suivie de la figure allégorique du Printemps. Flore, +poursuivie par Zéphyr, occupe l'extrême droite du tableau, et l'Amour, +les yeux bandés, vole au-dessus des groupes en décochant ses flèches. + +Les sept personnages, presque aussi grands que nature, sont traités avec +l'art le plus consommé autant par la perfection du dessin que par +l'agrément du coloris. Les femmes, avec les formes élancées et un peu +grêles chères à Botticelli, sont vêtues de gazes transparentes voilant à +peine leur belle nudité. Une seule figure, la figure si énigmatique du +Printemps, porte une tunique compliquée, semée de fleurs sur fond blanc; +les cheveux fauves, coupés court, encadrent son délicieux visage et son +expression étrange donne à sa physionomie quelque chose de problématique +et de captivant. Les dimensions de cet ouvrage lui assureraient un rang à +part dans l'œuvre de Botticelli, si d'ailleurs des qualités de premier +ordre ne l'y plaçaient de droit. + ++LE COUVENT DE SAN MARCO+, fondé par les moines de l'ordre de +Saint-Sylvestre, fut concédé aux dominicains par le pape Martin V, sur +les instances de Cosme l'Ancien, leur zélé protecteur, auquel l'ordre +devait d'être rentré à Florence après en avoir été précédemment expulsé. +Le couvent fut magnifiquement restauré par Michelozzo de 1436 à 1443, et +Fra Angelico de Fiesole passa plusieurs années de sa vie à le décorer de +ses fresques. + +Le génie de Giotto avait contenu en germe toute la peinture italienne, +c'est-à-dire l'idéalisme et le réalisme. Par la grandeur des choses vues +de loin, il rehaussa la vérité des choses vues de près estompées sur le +vif; en un mot, il conçut le premier l'union du symbole et du portrait. + +Un demi-siècle après la mort de ce grand homme, alors que s'épanouissait +la génération de ses élèves, deux courants se formèrent dont la source +remontait également à son génie. Tandis que des artistes tels que les +Masolino, les Masaccio ou les Fra Filippo Lippi développaient la peinture +dans le sens de la vérité individuelle et du portrait, d'autres, comme +Fra Giovanni de Fiesole, s'attachaient au spiritualisme puisé dans +l'œuvre de Giotto ou inspiré par le platonisme de Dante et donnaient le +jour à une peinture destinée, semble-t-il, à illustrer les missels du +Paradis. + +L'Angelico fut la plus haute manifestation de cet art et San Marco la +plus parfaite expression de son talent. + +Les fresques multiples que renferme le couvent ne sont pas des œuvres +destinées à la critique ou au jugement d'un nombreux public. Elles +devaient, en décorant des cellules où personne ne pénétrerait, ne servir +qu'à l'édification ou à l'enseignement des moines, et Angelico pouvait se +livrer, sans préoccupation mondaine, tout entier à l'inspiration de son +âme. Beaucoup de ces fresques, sans recherche d'anatomie ou de dessin +quelconque, sont très légèrement indiquées et c'est parfois de celles où +ces défauts sont le plus accusés que se dégage l'impression la plus vive; +on les dirait éclairées par une sorte de lumière intérieure dans le +rayonnement de laquelle, toute trace de procédé matériel s'effaçant, +elles apparaissent comme dans une atmosphère de pure spiritualité. + +Le même état d'âme se manifeste au couvent de San Marco dans Baccio della +Porta, dit Fra Bartolommeo, devenu moine en 1501, sous l'impression +terrible qu'avait produite en lui la mort affreuse de son ami Savonarole. +Après plusieurs années passées sans toucher à ses pinceaux, il les reprit +par ordre du prieur, et c'est de cette époque que datent toutes ses +admirables compositions religieuses où s'accuse si profondément le tour +extatique et mystique de son esprit. + +Il reste enfin à parler du plus célèbre des hôtes de San Marco, de celui +dont le nom a marqué dans l'histoire de son pays, de celui dont la pensée +grave et austère tenta la réforme morale et religieuse d'une époque déjà +dissolue: de Jérôme Savonarole. A la fin du XVe siècle les regrets +causés par l'affaiblissement de la foi et la perte de la liberté, les +écarts des lettres et les périls de l'indépendance nationale provoquèrent +à Florence une violente réaction politique et religieuse dont l'apôtre +fut Jérôme Savonarole, un moine mystique doublé d'un tribun. + +Cet homme sut, dans la païenne Florence d'alors, amener une révolution +complète, il sut établir une république théocratique animée du souffle +divin et fonder sur la puissance populaire la réforme des mœurs et le +mépris des arts. Il tomba, sous le persiflage des libertins de la +Renaissance, sous les attaques de l'aristocratie, sous les foudres de la +papauté et sous ses propres excès, mais en laissant le souvenir pur d'un +apôtre, d'un prophète et d'un martyr. + +Jérôme Savonarole naquit à Ferrare en 1452, et une vocation irrésistible +l'ayant entraîné vers les ordres, il entra en 1475 chez les dominicains +de Florence, à l'âge de vingt-trois ans. + +Il fut d'abord destiné à la prédication où, malgré sa foi ardente, son +élocution difficile l'empêcha de réussir. Mais, loin de se décourager, il +revint à l'étude de la Bible et, pendant quatre années, se voua au +travail, au silence et à la solitude. Aussi, quand il quitta, pour +rentrer à Florence, le sévère couvent de la Lombardie où il s'était +retiré, se considérait-il comme élu par Dieu pour ramener l'Italie à la +foi et aux bonnes mœurs par ses menaces et ses avertissements. Il la +regarda désormais comme les prophètes regardaient la Judée, ne voyant +plus dans son peuple qu'une nation de prédilection, que Dieu, selon les +circonstances, soutenait ou châtiait impitoyablement. + +Ainsi préparé et se croyant marqué du sceau divin, il recommença ses +prédications (1490) et avec des figures et des citations bibliques +flagella ses contemporains et les menaça, dans un langage violent et +âpre, d'un redoublement de la colère céleste. La foule dès lors se pressa +autour de lui et il dut abandonner la salle du chapitre de San Marco où +il prêchait sous la fresque de l'Angelico, pour le jardin du cloître et +ensuite pour l'église San Marco. La ville tout entière fut alors +suspendue aux lèvres du moine dont la parole terrible menaçait l'Italie +des «fléaux de Dieu: la conquête, la servitude et la ruine» si elle ne se +réformait pas dans les mœurs et dans «le siècle». + +La popularité de Savonarole lui valut la dignité de prieur et Laurent le +Magnifique, que sa parole inspirée commençait à effrayer, put espérer que +cette élévation tempérerait l'ardeur du moine. Mais cet espoir devait +être déçu, car, loin de modérer sa fougue, Savonarole menaça de plus +belle Laurent et Florence des pires châtiments. L'événement devait lui +donner raison, et l'entrée des Français à Milan allait bientôt faire du +dominicain une terrible puissance politique et religieuse avec laquelle +il faudrait compter. + +Pierre de Médicis, le successeur de Laurent, exila Savonarole et lui +interdit l'usage d'une parole qui semblait complice de l'invasion; mais +bientôt, Pierre ayant été chassé lui-même, les Florentins rappelaient +leur prédicateur et l'envoyaient en ambassade auprès du conquérant dont +il avait prédit la venue. Si toute son éloquence fut impuissante à +empêcher Charles VIII d'entrer à Florence, il obtint du moins l'immunité +pour elle et pour ses habitants et, une fois Charles et les Français +partis, Savonarole resta le maître de la situation. Mis dans la nécessité +d'organiser un gouvernement, il dut se prononcer sur la meilleure forme à +donner à la République et décréta une constitution dont les principes +étaient la crainte de Dieu, l'intérêt général primant l'intérêt +particulier, l'oubli de toutes les anciennes haines, le pardon des +offenses, la remise de toutes les dettes contractées envers l'État, +l'amnistie pour tous les délits commis pendant les luttes des factions. + +En donnant force de loi à cette paix universelle, Savonarole coupait +court à toute recherche du passé, détournait toutes les vengeances, et +par cela seul les œuvres de cet homme furent d'abord excellentes. Mais à +cette constitution politique devait toujours manquer le rouage essentiel, +celui d'une volonté motrice unique. Cette volonté, Savonarole la +considérait comme une émanation divine, c'était décréter la politique de +prophétie et l'illuminisme en permanence. Cependant, à voir les prompts +résultats de son système, on put croire au couronnement de son œuvre; en +effet, une transformation radicale s'était opérée dans Florence où l'on +n'entendait plus que des chants religieux, où les femmes se dépouillaient +de leurs parures, où les hommes ne marchaient plus que la Bible en main +et où les artistes abandonnaient les sujets profanes et leurs chères +études sur l'anatomie et sur l'antiquité pour se soustraire aux +tentations de la chair. Dominé par cette obsession, Fra Bartolommeo se +fait moine, Botticelli brise ses pinceaux, Marsile Ficin et Ange Politien +se détournent des lettres profanes et deviennent les amis et les +disciples du moine, Machiavel passe de l'étude de Tite-Live à celle du +Deutéronome et enfin Michel-Ange, pénétré de l'esprit même de Savonarole, +se voue presque exclusivement à la peinture et à la sculpture religieuses +dans leurs interprétations les plus désolées et les plus farouches. + +La situation de Savonarole devenait pourtant de jour en jour plus +périlleuse, car l'illuminisme, si dangereux déjà dans la direction des +âmes, est un écueil insurmontable dans le gouvernement des intérêts, et +le moine avait beau dire: «Je ne me mêle pas des affaires de l'État», le +peuple florentin, dont il était devenu le prophète et le juge, exigeait +de lui secours efficace, aide et protection. Ce n'était pas assez pour +satisfaire Florence, qu'au moment de la seconde campagne d'Italie, +Savonarole eût obtenu le départ de Charles VIII; elle avait espéré de +lui, qu'outre la liberté reconquise, il lui ferait reprendre les villes +révoltées contre son autorité, auxquelles le passage des Français avait +rendu l'indépendance. Aussi les Florentins murmuraient contre Savonarole +et lui faisaient un grief de ce que la République épuisât en pure perte +ses condottieri et son argent, comme ils le rendaient aussi responsable +de la disette qui sévissait cruellement. + +Si les partisans du prophète et de son gouvernement se refroidissaient +eux-mêmes, des ennemis autrement redoutables allaient encore surgir +contre lui. En effet, Savonarole n'avait pas craint d'attaquer avec la +dernière violence le clergé, les moines et jusqu'à la papauté, invitant +l'Église à quitter les biens du siècle pour la pauvreté, l'austérité et +la prière. Il y avait là de quoi éveiller les craintes d'un pape tel +qu'Alexandre VI Borgia, et, en juillet 1495, il mettait l'interdit sur +Savonarole et lui ordonnait de comparaître devant lui. Le dominicain ne +tint aucun compte de ces injonctions et continua de plus belle ses +prédications, arguant que l'indignité du chef de l'Église déliait de +toute obéissance à son égard. Après deux ans de tergiversations, +Alexandre se décida à fulminer et lança ses foudres contre Savonarole, le +frappant d'excommunication majeure, comme coupable de désobéissance et +suspect d'hérésie. + +Les Florentins se trouvaient ainsi placés entre leur foi catholique et +leur amour pour le dominicain, si bien qu'une moitié de la ville était +retournée contre l'autre. + +Cette situation était encore compliquée par les incitations haineuses que +Pierre de Médicis ne cessait d'adresser au pape contre Florence, de sorte +que la Seigneurie, effrayée de la double perspective d'un schisme et +d'une guerre également possibles, se résolut à interdire la parole à +Savonarole et à lui enjoindre de s'enfermer dans son couvent. + +Celui-ci ne devait pas y rester longtemps en paix, car la première chose +qu'un peuple exige d'un prophète, quand il commence à ne plus croire en +lui, est le signe manifeste de sa mission. On se rappelait à Florence la +légende de Pierre de Feu qui, au XIe siècle, était entré dans les +flammes pour prouver la simonie d'un évêque et qu'on disait en être sorti +sain et sauf, et peu à peu s'établissait l'idée que le moine dominicain +ne pouvait vraiment faire moins pour prouver qu'il avait raison contre un +pape. + +La foi de ceux qui lui étaient restés fidèles entraîna Savonarole dans +cette voie insensée, et de nombreux frères s'étant offerts pour tenter +l'épreuve à sa place, il fut décidé qu'on essaierait de cet étrange moyen +de rendre la paix à la ville. + +Après avoir délibéré, la Seigneurie désigna les deux victimes, Dominique +Buonvicini pour Savonarole, et contre lui le frère mineur François de +Pouille. Si le dominicain était brûlé, Savonarole devait quitter Florence +(1498). Le jour venu, d'interminables discussions s'élevèrent entre les +dominicains et les franciscains pour savoir s'il convenait d'entrer dans +le bûcher avec ou sans vêtements, avec ou sans crucifix. Pendant ces +contestations, un violent orage survint et dispersa acteurs et +spectateurs; mais Savonarole faillit être écharpé par le peuple furieux +de sa longue attente et exaspéré d'avoir été frustré du spectacle qu'il +escomptait; le prophète était perdu, il n'avait pu faire ses preuves. Dès +le lendemain, le peuple soulevé envahissait et saccageait le couvent de +San Marco et le prieur, pour mettre fin aux scènes de tumulte, se faisait +escorter au Palais Vieux et se remettait entre les mains de la Seigneurie +qui, autant pour sauver sa vie que pour donner satisfaction au peuple, le +faisait conduire en prison. + +Mis à la torture, Savonarole resta héroïque; on fut si loin de lui +arracher des aveux suffisants pour motiver une condamnation, qu'il fallut +qu'Alexandre VI députât aux juges deux commissaires apostoliques, afin +que le procès aboutît à une sentence de mort et permît au tribunal de +condamner à être brûlé vif un homme dont le seul crime était de n'avoir +pas fait un miracle pour délivrer le monde d'un Borgia. Mais, comme le +fait ne tombait sous aucune loi, il fut condamné pour le crime +irrémissible en politique d'être usé et vaincu. + +Savonarole fut, devant la mort, égal à lui-même. Ses dernières paroles +respirèrent la fierté et la foi. Lorsque, avant de le livrer au bûcher, +on le déclara retranché de l'Église, il s'écria: «De la militante, oui; +de la triomphante, non.» + +L'opinion de Machiavel sur lui résume celle des contemporains: «S'il +était sincère, l'Italie a vu un grand prophète; si c'était un fourbe, +elle a vu un grand homme!» + +La vérité est qu'il ne sut ni réformer l'Église à force de raison, ni la +renverser, comme le tenta Luther, à force de volonté. Homme de passion +surtout, il n'eut ni la sagesse de la pondération, ni la force du +révolutionnaire. + + * * * * * + ++Le couvent+.--Le premier cloître, où l'on entre directement, est +entouré de portiques décorés de détestables fresques de VANNI (1650). +Pourtant il a conservé, au-dessus des lunettes des portes, cinq fresques +de l'Angelico. + +1°--_Saint Thomas d'Aquin tenant un livre ouvert sur sa poitrine_. + +2°--Au-dessus de l'entrée des Étrangers (forestiera), _le Christ reçu +par saint Dominique et saint Thomas d'Aquin_. Il est en pèlerin revêtu +de la peau de mouton, un bourdon à la main. + +3°--Au-dessus de la porte du réfectoire, un _Christ mort_, sortant à +mi-corps du tombeau, est d'une grande et douloureuse expression. + +4° Au-dessus de la salle du chapitre, _Saint Dominique avec la +discipline_. + +5° Au-dessus de la porte communiquant avec l'église, la fresque appelée +_le Silence_ est une des plus hautes compositions où l'âme ait été +traduite par la forme; elle représente saint Pierre martyr, un doigt sur +la bouche pour rappeler la règle de l'ordre enjoignant le silence. + +A droite de la porte de l'église et en face de l'entrée du cloître se +trouve une grande fresque où l'ANGELICO a peint _Saint Dominique_ à +genoux au pied de la croix qu'il tient embrassée. C'est un de ses rares +ouvrages où les personnages soient de grandeur naturelle; et +exceptionnellement ce développement a été loin de leur nuire, bien qu'ils +aient conservé toute la finesse de la miniature. + +La croix se détache sur le bleu intense du ciel et la tête du Christ, +légèrement penchée, est d'une douceur et d'un renoncement admirables; la +tête extatique de saint Dominique le regarde avec amour et compassion. + ++Le Réfectoire+ possède un _Cenacolo_ peint à fresque par +ANTONIO SOGLIANI, en deux parties dont l'inférieure montre des +dominicains à table, servis par des anges et la supérieure, le Christ en +croix entouré de la Vierge, de saint Jean et de dominicains. Un superbe +encadrement sculpté du XVe siècle avec traces de couleurs a été rapporté +dans cette salle; sa dimension fait supposer qu'il a encadré +primitivement la grande fresque de Saint Dominique dans le cloître. + ++La Salle du Chapitre+ est décorée d'une fresque d'ANGELICO, _le +Calvaire_, la plus grande de ses compositions, elle occupe le mur +cintré du fond. + +Loin de l'embarrasser, les proportions de cette fresque ne firent que lui +inspirer un style plus ample, une exécution plus large qui, sans lui +enlever rien de sa délicatesse, le firent gagner en résolution et en +fermeté. Elle est une des dernières œuvres de l'Angelico âgé alors de +cinquante-trois ans. + +Le moine a placé la scène, non pas sur un calvaire, comme elle l'est +généralement, mais dans un lieu caractérisé seulement par un tertre +jaune, sans perspective, où les trois croix se détachent sur un ciel +sanglant d'un ton uniforme. Les corps du Christ et des deux larrons sont +les parties les moins bonnes et manquent de dessin par suite de +l'ignorance anatomique dans laquelle l'Angelico avait toujours voulu +rester. + +A gauche, au pied de la croix, le groupe de la Vierge évanouie, soutenue +par saint Jean, l'une des Marie et la Madeleine, feraient honneur aux +plus grands maîtres, tant la dignité des figures, leur expression, leur +mouvement et le jet des draperies sont vraiment admirables; et la +Madeleine, avec sa tunique rose, dénouée et glissant à son insu, est, +dans son désordre, d'une beauté surprenante. + +Plus à gauche, se tiennent saint Jean-Baptiste, saint Augustin, saint +Laurent, saints Cosme et Damien, patrons des Médicis. A droite, sont +agenouillés saint Dominique et les fondateurs d'ordres fameux: saint +Jérôme, saint François d'Assise, saint Benoît, saint Thomas d'Aquin, +saint Pierre martyr. Derrière eux, debout, sont encore d'autres saints, +entre lesquels saint Zenobe, évêque, patron de Florence. Tous ces +personnages, dont la douleur est profonde, ont dû symboliser, dans la +pensée de l'artiste doublé du prêtre, le cri d'angoisse de l'Église à +cette époque de discorde et de schisme. + +Sous cette fresque, Fra Giovanni a simulé une prédelle comprenant +dix-sept médaillons encadrés dans l'arbre de Jessé des dominicains dont +la souche est entre les mains de saint Dominique placé dans le médaillon +du milieu. Dans les autres médaillons sont tous les dominicains célèbres, +dont les têtes pleines de vie et d'expression se détachent sur un fond +bleu. + +Dans le passage conduisant au deuxième cloître se trouve, à côté de +l'escalier, le +petit Réfectoire+ décoré d'un _Cenacolo_ peint +à fresque par DOMENICO GHIRLANDAJO en 1493, copie textuelle de celui +qu'il avait déjà peint en 1480 à Ognissanti. Celui-ci, de la dernière +manière du maître, est moins parfait que le précédent. Les figures sont +relevées par l'emploi des ors; la table, simplement servie, est parsemée +de cerises. + ++Le premier étage+ comprend un large couloir régnant sur trois côtés +et couvert d'une charpente apparente, le long duquel s'ouvre une suite de +portes basses et étroites donnant chacune sur une cellule peu élevée de +plafond. La monotonie des murs est, d'espace en espace, rompue par une +fresque de l'Angelico. + +N° I.--(En face de l'escalier.) _L'Annonciation_. Sous un portique +la Vierge est assise sur un escabeau et adorable de grâce et de respect, +s'incline chastement devant l'ange, qu'elle écoute avec confiance et +soumission. + +N° II--(A gauche de la porte) _Saint Dominique, à genoux au pied de la +Croix_, contemple le Christ. Ce sujet, traité avec une grande finesse, +a été reproduit plus grossièrement dans beaucoup de cellules par les +élèves d'Angelico. + +III.--(Couloir de gauche) Entre les cellules 25 et 26, _Vierge assise +sur un trône_ entouré de saints au nombre desquels se trouvent saints +Cosme et Damien, saint Augustin, saint Laurent et saint Pierre martyr, +sous les mêmes traits que dans la salle du chapitre. + +Les quarante-cinq cellules sont décorées chacune d'une fresque carrée de +petite dimension exécutée soit par Fra Angelico, soit sous sa direction, +d'où il résulte une grande inégalité entre ces morceaux, sans que la +profonde et saisissante impression d'unité en soit diminuée. + ++Cellule I+.--_Le bon Jardinier_. Apparition du Christ à la +Madeleine. + +II.--_Mise au tombeau_. Les trois Saintes Femmes et saint Jean sont +accroupis autour du corps devant le sépulcre. A gauche, saint Antoine +s'avance doucement vers eux. + +III.--_Annonciation_. L'Ange debout est d'une grande finesse; la +Vierge agenouillée sur un petit banc, les mains croisées sur la poitrine, +est dans une attitude très humble. + +IV.--_Christ en Croix_ sur fond sombre, entouré de saint Jean et de +la Vierge, de saint Dominique et de saint Jérôme. + +VII.--_Ecce homo_. Le Christ en robe blanche est assis sur un trône +et tient dans ses mains le roseau qui devient un sceptre; le Christ voit +à travers le voile dont ses yeux sont couverts. Derrière et autour de lui +sont représentées les mains qui l'ont souffleté et la tête de l'homme qui +lui a craché au visage. Toutefois, par une admirable inspiration de la +foi, le peintre n'a pas osé la représenter couverte, et une main de celui +qui outrage le Christ soulève instinctivement le chapeau. A gauche est +assise la Vierge; à droite, saint Dominique semble commenter avec ferveur +le livre ouvert devant lui. Cette œuvre, admirable dans sa simplicité, +produit une profonde impression. + +VIII.--_Les Saintes Femmes au tombeau_. La Madeleine regarde le fond +du sépulcre, sa charmante tête est vue en raccourci et la Sainte s'abrite +les yeux de la main pour ne pas être éblouie par les rayons lumineux qui +entourent le Christ apparaissant radieux au-dessus du sépulcre. A gauche, +saint Dominique à genoux. + +IX. _Le Couronnement de la Vierge_. Dans la partie supérieure sont +assis Jésus et la Vierge, tous deux drapés de blanc; la Vierge joint les +mains et d'un mouvement gracieux se penche en avant pour recevoir la +couronne. + +Dans le bas de la fresque sont agenouillés saint Thomas d'Aquin, saint +Dominique, saint François, saint Pierre martyr, et deux autres saints. + +X.--_La Circoncision avec Saint Pierre martyr_, joli profil de la +Vierge debout. + +XI.--_La Vierge sur un trône, entre un Évêque et Saint Thomas +d'Aquin_. + +L'appartement du prieur est à l'extrémité du couloir et comprend: + +XII.--Antichambre avec trois fresques de Fra Bartolommeo. + +XIII.--Cabinet de travail. + +XIV.--Cellule. + +Ces deux pièces, les seules qui ne soient pas décorées de fresques, ont +été habitées par Savonarole dont elles conservent des souvenirs. Les plus +intéressants sont: la bannière qui le suivait partout: elle est en toile +avec un Christ peint sur ses deux faces par l'Angelico; une copie d'un +tableau de l'époque représentant son bûcher dressé sur la place de la +Seigneurie; et son portrait par Fra Bartolommeo, tête de profil. + +XV.--_Saint Dominique au pied de la Croix_. + + +XVI. | +XVII. | +XVIII. | _Saint Dominique_ représenté dans +XIX. | les attitudes les plus diverses +XX. | +XXI. | + + + +XXII.--_La Vierge au pied de la Croix_. Mater Dolorosa d'une superbe +expression. + +XXIII.--_Christ en croix entre la Vierge et un Dominicain_. + +XXIV.--_Baptême de Jésus-Christ avec Saint Antonin_. + +XXV.--_Christ en Croix entre la Vierge, la Madeleine et saint +Antoine_. + +XXVI.--_Le Christ mort_, debout dans le tombeau, étend les mains en +signe de résurrection. Derrière lui se dresse la Croix, autour de +laquelle apparaissent sur un fond noir les scènes de la Passion. A +droite, l'Ecce Homo avec les mains et la bouche sacrilèges. Au-dessous, +la main de Judas et la main qui lui donne les pièces d'or; enfin à +gauche, le baiser de Judas et la tête de Pierre vers laquelle se penche +le profil de la servante qui lui dit: «Vous êtes aussi de ces Nazaréens»; +derrière eux une main tient trois petits bâtons indiquant les trois +renonciations de Pierre. + +Sur le devant du tombeau, la Vierge est assise à gauche, profondément +inclinée, tandis qu'à droite saint Thomas d'Aquin agenouillé presse un +livre sur sa poitrine. + +XXVII.--_Le Christ à la colonne avec la Vierge accroupie et saint +Dominique se flagellant_. + +XXVIII.--_Le Christ portant sa croix suivi de la Vierge mère apparaît à +saint Dominique agenouillé_. + +XXIX.--_Le Christ en Croix avec la Vierge et saint Pierre martyr_. + +XXXI.--_Jésus aux Limbes_. Ancienne cellule de saint Antonin +(Antonio Pierozzi), mort archevêque de Florence en 1459; souvenirs de +saint Antonin: son masque et son portrait au crayon, œuvre de Fra +Bartolommeo. + +XXXII.--_Le Christ enseignant les Apôtres_. Dans la petite pièce +voisine, _Tentation de Jésus-Christ_. + +XXXIII.--_Jésus-Christ au Jardin des Oliviers_, scène mouvementée +comprenant le baiser de Judas et saint Pierre coupant l'oreille de +Malchus. Dans cette cellule est un petit tableau, la _Madone della +Stella_, ainsi nommée de l'étoile placée sur son front. Elle se +détache debout sur un fond d'or entourée d'anges l'encensant et faisant +de la musique; les trois délicats petits médaillons de la prédelle +représentent saint Pierre martyr, saint Dominique et saint Thomas +d'Aquin. Dans la pièce voisine: _Couronnement de la Vierge_. Ce +tableau n'a pas la finesse ordinaire des œuvres de l'Angelico, il a les +mêmes tons lourds que _le Jugement dernier_ de l'Académie. + +XXXIV.--_Jésus au Jardin des Oliviers_. A droite, la maison de +Marthe et de Marie assises sur le seuil, lisant et priant. Dans cette +cellule est un ravissant petit tableau de l'Angelico divisé en deux +parties: dans le haut, _l'Annonciation_; dans le bas, _l'Adoration +des Mages_; toutes les figures d'une grande finesse sur fond d'or +estompé et divisé en une quantité de petits compartiments. + +Dans la prédelle, _la Madone entourée de dix Saints_. + +XXXV.--_La Cène_. Huit Apôtres sont assis derrière la table, quatre +autres à genoux, et le Christ debout, tenant un ciboire, leur donne la +communion. A gauche est agenouillée la Vierge. + +XXXVI.--_La Mise en Croix_. + +XXXVII.--_Le Calvaire_ et ses trois croix derrière lesquelles sont +saint Jean, la Vierge, saint Dominique, saint Thomas d'Aquin. + +XXXVIII--Cellule où Cosme l'Ancien venait se reposer et partager la vie +des dominicains. _Le Christ en Croix_: au pied de la croix sont +agenouillés saint Cosme, la Vierge, saint Jean et saint Pierre martyr. + +XXXIX.--Oratoire de Cosme communiquant par quelques marches avec la +cellule précédente. Au-dessus du tabernacle et au fond d'une petite +niche, _Christ mort, debout dans son tombeau_. La fresque, plus +importante que celles des autres cellules, occupe les lunettes du fond de +l'oratoire, et représente _l'Adoration des Mages_ où se groupent +admirablement de nombreux personnages. La figure de saint Joseph, drapée +de jaune, est une des plus belles. + +XLIII.--_Christ en Croix_ avec la Vierge défaillante soutenue par +saint Jean et la Madeleine. A droite, saint Thomas d'Aquin agenouillé et +pleurant. + +XLII.--_Christ en Croix frappé de la lance_. Il est entre Marthe, +Marie et saint Jean martyr. + +Entre les cellules quarante-deux et quarante-trois, s'ouvre la belle +salle de la Bibliothèque, divisée en trois nefs par deux rangées de +colonnes ioniques supportant des arcs cintrés. + +La bibliothèque fut construite en 1441 par MICHELOZZO sur l'ordre de +Cosme l'Ancien, qui la dota de quatre cents manuscrits. + +La vitrine du milieu contient des livres de plain-chant et des missels +enrichis de miniatures du XVe siècle; ils proviennent des anciens +couvents de Florence supprimés depuis. + +N° XV.--_Fra Eustachio Donimeni_, du couvent de San Marco. +Cartouches séparés par des enfants courant au milieu de rinceaux. + +N° I à XIV.--_Fra Benedetto del Mugello_, frère de Fra Angelico, +missels provenant de San Marco. + ++L'ÉGLISE DE SAN MARCO+ a été fondée en 1290. Elle a été transformée +au XVIe siècle. Sa façade, à gauche de l'entrée du couvent, date de +1780. + ++A l'intérieur+ au-dessus de la porte, _Crucifix_ à la détrempe +sur fond d'or par Giotto. + ++Deuxième autel à droite+. FRA BARTOLOMMEO. _Vierge debout devant +un trône_, entourée de quatre saints et de deux saintes à genoux, +d'une couleur chaude et dorée; cette remarquable œuvre du Frate fut +peinte en 1509. + ++Troisième autel à droite+. Vieille mosaïque romaine représentant +une grande Vierge bénissant, sur fond d'or; la bordure est une addition +moderne. + +A gauche, sous des fragments de fresques, sont les plaques commémoratives +de Pic de la Mirandole, mort en 1494, et d'Ange Politien, mort la même +année. + ++LE CLOÎTRE DELLO SCALZO+, 69, via Cavour (clef au musée de San +Marco). Ce joli petit cloître du XVIe siècle dépendait d'un couvent de +carmes déchaussés; il est entièrement formé par de larges baies vitrées +que séparent de délicates colonnes. Ses murs sont décorés d'admirables +fresques en camaïeu brun sur brun, peut-être le chef-d'œuvre d'ANDRÉ DEL +SARTO, exécutées par le maître entre les années 1515 et 1525, pendant +lesquelles il y travailla presque sans interruption. Le parti pris +d'uniformité semble avoir été adopté par Andrea pour lui permettre de +donner la mesure de son talent. Dans ces fresques où aucune magie de +coloris n'aide à l'illusion ou n'ajoute au plaisir des yeux, il s'est +élevé à une extraordinaire hauteur d'art, et cette œuvre de sa maturité +allie la noblesse du sentiment à la hauteur des idées, la puissance et la +largeur du dessin à la somptuosité de l'architecture et des ornements qui +parent et encadrent les fresques. + +Deux des compositions, _le Baptême du peuple par saint +Jean-Baptiste_ et _la Décollation de Saint Jean_ sont peut-être +encore supérieures aux autres et semblent la continuation et presque le +commentaire des fresques de Masaccio au Carmine, avec les progrès +réalisés par un siècle de technique en plus. L'influence si prépondérante +exercée par le génie d'Albert Dürer sur le talent d'Andrea est très +visible dans les fresques de la _Tentation au désert_, de la +_Remise à Salomé de la tête de saint Jean_, et enfin dans la belle +allégorie de la _Charité_. + +Seize fresques relatives à la vie de saint Jean-Baptiste décorent le +cloître: + +1°--_La Foi_ (1520); + +2°--_Apparition de l'Ange à Zacharie_ (1525); + +3°--_La Visitation_ (1524); + +-4°--_La Naissance de Saint Jean-Baptiste_ (1526); + +5°--_La Mission de Saint Jean-Baptiste_ (1518); + +6°--_Rencontre avec Jésus-Christ_ (1519). + +(Ces deux fresques furent exécutées par l'ami d'Andrea, Franciabigio, +dont il se faisait quelquefois aider dans ses grands travaux.) + +7°--_Baptême de Jésus-Christ_ (1515). + +(Cette fresque, la moins bonne de toutes, est due à la collaboration des +deux artistes.) + +8°--_La Justice_ (1515); + +9°--_La Charité_ (1520); + +10°--_Prédication au désert_ (1515); + +11°--_Saint Jean-Baptiste baptisant le peuple_ (1517); + +12°--_Saint Jean-Baptiste arrêté_ (1517); + +13°--_Festin d'Hérode et danse de Salomé_; + +14°--_La Décollation de Saint Jean-Baptiste_ (1523); + +15°--_La tête de saint Jean-Baptiste remise à Salomé_ (1524); + +16°--_L'Espérance_ (1525). + + + + +RIVE DROITE (NORD) + ++DE SAN MARCO A SAN LORENZO+ + +PALAIS RICCARDI, SAN LORENZO, SANTA APOLLONIA, SAN ONOFRIO. + + ++LE PALAIS RICCARDI+ (Via Cavour).--Jusqu'à Cosme l'Ancien, les +Médicis avaient occupé la vieille demeure petite et sombre, berceau de +leur famille; ils s'étaient contentés du «comptoir» source de la fortune +de leur maison. L'insuffisance relative de cette habitation, par rapport +aux ambitieux desseins de Cosme, le décida à confier à Michelozzo +l'édification d'un palais somptueux. Le palais Médicis est un +quadrilatère aux formes lourdes où fut employé pour la première fois +l'ordre rustique aux bossages si atténués au fur et à mesure de la +hauteur, que leur saillie se perd dans un mur plat que surmonte une +formidable corniche écrasant l'édifice. + +C'est dans ce palais que naquit Laurent le Magnifique, le 1er janvier +1449. C'est là qu'il tint sa brillante cour; là que naquirent ses trois +fils, Pierre, Jean et Julien; là qu'habitèrent plus tard Jules de +Médicis, pape sous le nom de Clément VII, Hippolyte de Médicis, cardinal, +et enfin Alexandre de Médicis qui fut le premier grand-duc. Malgré les +souvenirs évoqués par cette demeure, le grand-duc Ferdinand II la vendit +en 1659 au marquis Riccardi dont elle a conservé le nom, bien qu'elle +soit actuellement devenue la préfecture de Florence. + ++La Cour+ a servi de modèle aux innombrables cours construites au +XVIe siècle. C'est un quadrilatère entouré de portiques dont les arcades +retombent sur des colonnes corinthiennes. Au-dessus des arcades règne une +frise où alternent sculptées les armes des Médicis et des bas-reliefs +dans lesquels Donatello, par l'ordre de Cosme, reproduisit avec sa +perfection accoutumée les principales pièces de sa collection de camées +antiques. + ++Au premier étage+, se trouve la chapelle fameuse décorée des +fresques de BENOZZO GOZZOLI. C'est une très petite pièce carrée, sur +laquelle fut encore empiété au XVIIIe siècle par le déplacement +compliqué d'une partie de mur qu'on opéra pour former une entrée en +tambour plus commode, sans toutefois supprimer la peinture. On a en outre +ouvert dans un mur une fenêtre et un œil-de-bœuf; ces actes de vandalisme +ont malheureusement endommagé les précieuses peintures de Gozzoli. +Néanmoins, telles qu'elles subsistent, elles restent un inestimable +monument de l'art florentin du XVe siècle. + +Toute peinture, et en général tout art parvenu à son apogée, adapte +forcément sa perfection aux goûts, aux idées et aux mœurs de leur époque. +Pour les Florentins du XVe siècle, la passion dominante était un certain +genre historico-allégorique où l'on aimait à se faire représenter avec sa +famille et ses familiers dans des sujets soit absolument profanes, soit, +à l'inverse, absolument sacrés. + +Après la mort de Laurent le Magnifique, Pierre de Médicis résolut donc de +confier à BENOZZO GOZZOLI la décoration de la chapelle de son palais, +décoration dans laquelle l'artiste aurait à faire revivre les traits des +principaux membres de sa maison. + +Benozzo, après s'être séparé à Rome de son maître l'Angelico, avait été +retenu plusieurs années à Montefalco par de nombreux travaux et se +trouvait à Pérouse, quand les ordres de Pierre de Médicis vinrent +l'appeler à Florence. C'est en 1457 que fut passé le contrat par lequel +l'artiste s'engageait à «exécuter une marche des rois Mages en route pour +Bethléem dans laquelle auraient à figurer les chefs des Médicis sous +l'aspect des Rois, accompagnés de leurs amis et de leurs clients». Les +conditions arrêtées, le travail commença aussitôt et Benozzo tira un +parti admirable de ce cortège de seigneurs à cheval, en somptueux +costumes du XVe siècle, suivis des plus jolis pages qu'ils eussent pu +choisir dans la jeunesse florentine. Ces nobles florentins ont plutôt +l'air de se rendre à la chasse ou à leurs vignes, que d'accomplir un +pèlerinage, mais on n'éprouve pas un moindre plaisir à les voir promener +leurs portraits et leurs robes de brocart et donner eux-mêmes le +spectacle de leur élégance et de leur luxe. + +Le retrait ménagé dans la pièce pour l'autel est mieux éclairé que le +reste et tout peuplé d'anges, aux ailes dorées, semées d'yeux de paons. +Ils sont comme les enfants de ceux de l'Angelico, plus modernes, plus +humains, plus substantiels pour ainsi dire, que leurs aînés. Ils ont +revêtu, eux aussi, leurs plus belles robes, autant pour assister à la +messe des Médicis que pour venir adorer le Christ dont la naissance +faisait autrefois le retable de l'autel. Aimables au possible, souriants, +sagement rangés en ligne, comme il sied à des pensionnaires du Paradis, +ils arrivent par troupes et par vols, ils accourent du fond des campagnes +enchantées pour venir se mettre en adoration. Dans le nombre il s'en est +détaché quelques-uns, celui-ci pour cueillir des fleurs, celui-là pour +donner à manger à un paon, d'autres encore pour tresser des guirlandes de +roses; qui croirait que les anges du Paradis se permettent, eux aussi, de +faire l'école buissonnière! Dans cette pompeuse marche à travers un +fantastique pays de montagnes et de gorges, cavaliers, pages, écuyers +s'arrêtent, les uns pour chasser au guépard, les autres pour courre le +cerf ou lancer le faucon. L'Évangile devient un simple prétexte pour +peindre une des scènes les plus mondaines que jamais peintre nous ait +laissées. + +La cavalcade se déroule sur le mur de gauche avec Cosme de Médicis monté +sur un cheval blanc et suivi d'une foule compacte. Après lui, elle tourne +sur le fond où est représenté Laurent le Magnifique somptueusement vêtu, +sous les traits d'un jeune homme; il est monté sur un cheval richement +caparaçonné, et escorté de gens de pied et de cheval portant des +présents. + +Jean Paléologue les précède, grave et majestueux; il porte le turban d'où +sort la couronne; autour de lui des pages à pied, d'une grâce charmante, +se détachent sur un riant paysage. Aux rochers abrupts ont succédé des +vallées arrosées, coupées de routes, couvertes de villes ou de châteaux, +mais tout cela d'une grande naïveté et jalonné d'arbres à silhouettes +extraordinaires. + +Sur le mur de droite le patriarche grec, vieillard monté sur une mule +grise, a été coupé par le malheureux tambour d'entrée. Plus loin est un +des plus beaux morceaux de la fresque, le groupe des cavaliers arrêtés +sur le bord d'un ruisseau. Après eux la marche s'achève par des routes +tortueuses où circulent les chameaux et les mulets chargés de présents. + +La préservation de cette belle œuvre est prodigieuse et ne peut se +comparer qu'à celle du Pinturicchio de la Libreria de Sienne. Pas une +nuance n'est ternie, pas un contour n'est effacé et les fresques restent +aussi fraîches et aussi éclatantes de grâce juvénile que le jour où elles +sortirent du pinceau de Benozzo. + ++La Salle du Conseil+ est ornée de grandes tapisseries de la +manufacture de Florence, Allégories des Saisons, et de quatre petites, la +Justice, la Foi, l'Espérance et la Charité. + +La triste partie ajoutée au XVIIe siècle par le marquis Riccardi +contient une grande salle des fêtes dont le plafond et une considérable +fresque allégorique out été peints par LUCA GIORDANO. + ++PLACE SAN LORENZO+. A l'angle nord est une mauvaise statue +inachevée de _Jean des Bandes Noires_, père du grand-duc Cosme Ier, +par BACCIO BANDINELLI. + ++L'ÉGLISE SAN LORENZO+, fondée en 390 par saint Ambroise, mais +incendiée en 1420, fut reconstruite sur les plans de BRUNELLESCHI en +1425, aux frais communs des sept plus nobles familles florentines et des +Médicis. L'église n'a pas de façade, celle que devait exécuter +Michel-Ange n'ayant jamais été entreprise. + ++Intérieurement+ BRUNELLESCHI renouvela le plan de la vieille +basilique chrétienne à nefs égales terminées par un transept droit, mais +il plaça au-dessus des colonnes l'entablement antique supprimé par le +moyen âge et ouvrit sur les côtés des chapelles en forme de niches. La +coupole, placée directement sur la croisée, n'est pas l'œuvre de +Brunelleschi. Au-dessous d'elle est la belle et très simple plaque +tombale de _Cosme le Vieux_ par VERROCCHIO. + +Les deux chaires de l'église ou, pour parler plus exactement, les deux +ambons, puis qu'elles ont la forme traditionnelle de sarcophages élevés +sur des colonnes et isolés de toute part, sont une des dernières œuvres +de la vieillesse de DONATELLO, terminée même par son élève BERTOLDO. +_La Crucifixion, la Mise au tombeau, la Descente aux Limbes, la +Résurrection_ et _l'Ascension_, tels sont les sujets représentés +dans les chaires par des bas-reliefs en bronze. Si _la Crucifixion_ +et _la Mise au tombeau_, malgré leurs lacunes, présentent encore des +beautés de premier ordre, on ne saurait en dire autant des trois +bas-reliefs opposés qui trahissent une défaillance et une espèce +d'agitation fébrile. Leur groupement factice produit presque une +impression de malaise, tant le maniérisme en est excessif et exagéré. + +Dans l'unique +chapelle du transept gauche+, _l'Annonciation_ +de FRA FILIPPO LIPPI est une des meilleures œuvres tardives du Frate, +elle est d'un charmant et délicat sentiment; sous un portique ouvert sur +un délicieux fond de paysage, l'Archange, accompagné de deux anges, se +prosterne devant la Vierge. + +Au mur de la +Chapelle du Saint-Sacrement+, au fond du transept +droit, est appuyé un tabernacle de marbre blanc, chef-d'œuvre de +DESIDERIO DA SETTIGNANO. + +L'Enfant Jésus, les deux anges en adoration devant lui, ainsi que les +deux figures d'enfants de chœur agenouillés de chaque côté, sont des +études d'enfants qu'on ne saurait désirer plus parfaites. + +Sur le bas-côté gauche, au-dessus de la porte d'accès au cloître, s'ouvre +la _tribune des Médicis_, joli balcon, soutenu par des consoles et +formé de niches séparées par des colonnes; c'est un ouvrage de DONATELLO. + ++L'ancienne sacristie+ construite par BRUNELLESCHI est une salle +carrée de belles proportions, couronnée par une coupole polygonale. +DONATELLO fut chargé par Cosme l'Ancien de sa décoration, travail dont il +s'acquitta en respectant si bien l'architecture de Brunelleschi que +l'ensemble forme le tout le plus homogène. + +Au-dessous de la coupole, huit médaillons contiennent alternés un épisode +de la vie du Christ et un Évangéliste assis, auquel son attribut présente +son évangile. Sous cette première décoration court une étroite frise en +stuccato composée de têtes de chérubins. + +Les deux portes à double battant de la sacristie sont divisées en cinq +panneaux de bronze où sont représentés en bas-relief des Apôtres et des +saints. Chacune est surmontée d'un saint grandeur nature, bas-relief en +marbre. Toute cette composition est d'une rare beauté et DONATELLO l'a +traitée avec une remarquable perfection. + +Au milieu de la sacristie est une vaste table rectangulaire soutenue par +des colonnes au-dessus du sarcophage, œuvre de Donatello, où reposent les +parents de Cosme l'Ancien, _Jean Averado de Médicis_ et Piccarda +Bueri, sa femme. + +A gauche de l'entrée est un admirable sarcophage en porphyre décoré de +bronzes, ouvrage de VERROCCHIO. Il contient les restes de _Pierre de +Médicis_ et de son frère _Jean_, les deux fils de Cosme. Les +cendres de _Laurent le Magnifique_ y furent également transférées +par la suite. + +Sur une des armoires de la sacristie est placé un ravissant buste en +terre cuite de DONATELLO, _Saint Laurent_ représenté très jeune et +levant au ciel des yeux inspirés. + ++LA BIBLIOTHÈQUE LAURENTIENNE+ a son entrée dans le cloître dont +elle occupe au premier étage toute une aile; elle fut exécutée par +MICHEL-ANGE sur l'ordre de Clément VII. + +L'escalier qui y donne accès devait, dans la pensée de Michel-Ange, +offrir un aspect grandiose et monumental, mais il ne l'exécuta pas +lui-même et, par malheur, ce fut Vasari qui s'en chargea. La lourdeur de +cet ouvrage, qui jure avec les belles proportions du reste, donne la +mesure de ce que peut perdre un plan à être interprété par un architecte +autre que l'auteur du projet primitif. + +Le vestibule qui suit l'escalier est d'une austère simplicité. Ses +colonnes devaient supporter un ordre supérieur que Michel-Ange n'acheva +jamais. + +La salle de la bibliothèque est également fort simple dans ses belles +proportions, mais la perfection des moindres détails y est poussée à +l'extrême. Michel-Ange présida lui-même à tout, ce qui donne à l'ensemble +un aspect d'homogénéité et d'harmonie parfaites. + +Ainsi les dessins de l'admirable plafond en bois de cèdre se reproduisent +renversés sur le pavé de marbre; les bancs et les pupitres alignés sur +les côtés, exécutés par CIAPINO et DEL CINQUE, le furent sous la +direction du maître, de même que les vitraux des fenêtres avec leurs +légères arabesques de deux tons peints sur ses indications par JEAN +D'UDINE. + +La Bibliothèque est une des plus riches qu'il y ait. Cosme l'Ancien avait +déjà commencé cette belle collection, qui fut enrichie par Laurent des +livres les plus rares achetés à prix d'or. Leurs successeurs continuèrent +à l'augmenter, aussi les manuscrits précieux y sont-ils en grand nombre. +Le plus ancien est un Virgile du IVe siècle. Parmi les plus +remarquables, figurent un Tacite du Xe siècle; les lettres familières de +Cicéron écrites de la main de Pétrarque, de même que ses sonnets; +l'original du _Décameron_ de Boccace; une des premières copies +manuscrites de l'_Enfer_ du Dante; les _Commentaires_ de César +copiés pour Charles VIII et ornés d'une miniature le représentant au +milieu de son camp; enfin tout l'ordre des livres ecclésiastiques, +bibles, évangiles, Pères de l'Église, dans les éditions les plus rares et +les plus curieuses. + ++Les Chapelles Médicis+, autrefois dépendantes de l'église +Saint-Laurent, forment maintenant un musée où l'on entre, derrière +l'église, par la place della Madonna. + +La première chapelle à laquelle on accède est +la Chapelle des +Princes+, édifiée en 1604 par MATTEO NIGELLI, sur les plans de Jean de +Médicis, pour servir de sépulture aux grands-ducs; c'est une vaste +construction octogonale, terminée par un dôme qui s'ouvrait jadis sur le +chœur de l'église par lequel on y accédait directement. + +Cette chapelle, revêtue d'une profusion de marbres et de pierres dures +multicolores, est anti-artistique. Autour sont rangés six sarcophages de +grands-ducs tous semblables; ils sont en granit, surmontés de la couronne +ducale posée sur un coussin. Deux niches contiennent les statues en +bronze doré de Cosme II par JEAN DE BOLOGNE et de Ferdinand par TACCA. + ++La Nouvelle Sacristie+.--Dès l'année 1520, le pape Léon X et le +cardinal Jules de Médicis, plus tard pape sous le nom de Clément VII, +tombèrent d'accord sur l'opportunité de demander à MICHEL-ANGE, alors +dans toute sa célébrité, qu'il se chargeât d'édifier une nouvelle +sacristie à l'église San Lorenzo, sorte de Panthéon pour leur famille. +Dans leur pensée, cette salle devait contenir leurs propres sépultures en +même temps que celles des principaux membres de leur maison; mais par la +suite ces monuments funèbres se réduisirent à deux: celui de Julien, duc +de Nemours, frère de Léon X, et celui de Laurent, duc d'Urbin, son neveu, +le petit-fils de Laurent le Magnifique. Toute latitude était laissée à +Michel-Ange pour la construction de cette Sacristie Neuve, destinée à +faire vis-à-vis, dans le transept droit, à la Vieille Sacristie de +Brunelleschi, qui occupait le transept gauche. Les phases diverses par +lesquelles passa ce travail marquèrent des heures tragiques. Commencé +dans le vif contentement que faisait éprouver à Michel-Ange l'élévation +de Clément VII au siège apostolique, puis abandonné pendant la révolution +de Florence, il fut repris et achevé après la prise de la ville, sur +l'ordre formel du pape, qui mettait à ce prix le pardon de l'artiste +coupable de républicanisme et de rébellion. + +Tant d'alternatives dans la vie de Michel-Ange commentent d'une façon +dramatique l'histoire de ce monument. Tour à tour favori, courtisan, +citoyen, proscrit, enfin rentré en grâce après avoir vu sa vie en danger, +s'il se sentit l'âme agitée et souffrante, le temps où il vécut fut +terrible et affreusement troublé! + +L'œuvre est une des plus complètes qu'ait laissées le maître, tant +l'architecture et la sculpture contribuent par leur harmonie à rendre +l'effet général imposant. La sacristie est une salle carrée aux +dimensions restreintes, quoique la justesse de ses proportions la fasse +paraître grande. La hauteur en semble considérable, grâce à l'artifice +des caissons en perspective qui décorent la coupole terminée par une +lanterne. L'ornementation consiste en deux ordres de pilastres très +simples, destinés, dans l'idée de Michel-Ange, à servir d'encadrement à +des niches remplies de statues. Ce projet resta malheureusement +inexécuté, car à la mort de Clément VII survenue en 1534, Michel-Ange, +abreuvé d'amertumes et voyant Alexandre de Médicis étouffer dans le sang +toute velléité d'indépendance, jugea suffisamment payée sa dette de +reconnaissance envers ses premiers patrons et quitta définitivement +Florence. + +Les parties terminées des monuments des Médicis ne furent même pas mises +en place par le maître, et ce fut Vasari qui, en 1563, leur donna leur +emplacement actuel; fâcheuse intervention dont est résultée la +disproportion trop saillante entre les sarcophages dus à Vasari et les +statues qu'ils supportent. Léon X, quand il commanda ces tombeaux à +Michel-Ange, était loin de lui assigner une tâche facile. Il devait en +effet immortaliser des rejetons médicéens plus que médiocres pour +lesquels le Pape ne rêvait rien moins que de pompeux sujets allégoriques +ou des Vertus exaltant le mort. L'artiste opposa aux vœux de Léon X une +fin de non-recevoir systématique, et se borna à des figures purement +décoratives, figures devenues célèbres sous le nom du _Jour_ et de +la _Nuit_, du _Crépuscule_ et de l'_Aurore_. Dans ces +admirables compositions, son génie semble avoir pris à tâche de démontrer +combien la matière doit peu compter pour l'artiste et combien elle doit, +comme cire molle, se plier à toutes les expressions de la pensée, à +toutes les exigences de la volonté. + +Les monuments des deux princes ont une ordonnance semblable et se font +face, la statue de chacun est assise dans une niche au-dessous de +laquelle sont les sarcophages sur lesquels Vasari a placé les grandes +figures allégoriques de Michel-Ange. + +A droite, _Julien de Médicis, duc de Nemours_, est représenté en +costume romain avec la cuirasse. Il a en main son bâton de général des +États de l'Église, et sa tête nue très frisée est inintelligente. + +A gauche, _Laurent de Médicis_, de par Léon X duc d'Urbin, est une +des plus admirables créations qui soient dues au ciseau de Michel-Ange. +Le maître, inspiré par la tragique figure de ce Laurent qui fut tout à la +fois violent, débauché et misanthrope, accusa plus encore l'aspect +farouche du visage en l'abritant profondément sous la visière saillante +du casque qui le plonge dans une ombre redoutable, pleine de mystère. +Laurent rêve, le menton appuyé sur la paume de la main, mais on se +demande à quel sombre drame peut ainsi songer éternellement ce visage +crispé d'angoisse, au sourcil si violemment froncé que le surnom de +«Pensiero» lui est resté comme pouvant seul vraiment convenir à cette +tragique figure. + +Au-dessous de Julien sont couchés le Jour et la Nuit, tandis +qu'au-dessous de Laurent ce sont le Crépuscule et l'Aurore. + +Le génie même de Michel-Ange semble résumé dans ces quatre magnifiques +allégories où, à côté de parties à peine ébauchées, circulent le sang et +la vie sous l'épiderme du marbre. L'angoisse même de son âme semble avoir +trouvé à s'exhaler dans un cri de terreur et d'effroi devant la dureté +des temps et elles reflètent tragiquement le sombre état de ses pensées +et l'anéantissement douloureux de ses aspirations, en face du présent +sinistre et de l'avenir obscur et incertain. + +Pour un esprit d'une pareille profondeur, que pouvait symboliser le +Crépuscule, sinon le jour achevé sans espoir, et que voir dans le visage +accablé de l'Aurore, sinon l'immense découragement d'un jour semblable +succédant au précédent? + +Mais il semble en vérité que Michel-Ange ait réservé toute la puissance +de son génie et qu'il ait attaché tout son amour à la tragique figure de +la Nuit. Accablée sous le poids du Jour, la Nuit dort et son beau corps, +irrémédiablement abîmé, s'abandonne dans une fatigue incurable, sans +espoir et sans fin! On sent que jamais rien ne la réveillera du grand +sommeil sans songes, et l'on dirait une sorte de déesse primordiale sur +laquelle aurait passé le souffle des théogonies antiques. + +A côté d'elle est placé le Jour, sous l'aspect d'un homme enchaîné, dans +toute l'énergie du désespoir. Il est captif, mais il ne s'avoue pas +vaincu, son visage contracté est plein de mépris et de colère, tandis que +tous ses muscles, douloureusement bandés, montrent par quel effort +surhumain il tente de se lever pour éclairer le monde. + +Sur un des côtés de la chapelle est placée une belle Vierge inachevée +qui, par sa grave et noble attitude, semble directement procéder de +l'antique, tandis que l'Enfant de deux ou trois ans qui, debout et plein +de vie, se retourne vers sa mère d'un charmant mouvement de +précipitation, est d'un modernisme délicieux. + +Les deux patrons des Médicis, les _Saints Cosme_ et _Damien_, +placés de chaque côté de la Vierge, sont des œuvres médiocres de deux +élèves de Michel-Ange, MONTELUPO et MONTORSOLI. + ++L'ÉGLISE SANTA APOLLONIA+ sert maintenant de magasin d'habillements +militaires. Dans +l'ancien réfectoire+ du couvent de bénédictins +dont elle dépendait est conservée une magnifique fresque, _la Cène_ +d'ANDREA DEL CASTAGNO, chef-d'œuvre d'exécution, d'émotion et de +réalisme. Chacun des disciples est un portrait admirable, chacun d'eux +participe à l'action, selon le caractère et la nature que lui a attribués +la légende. Ainsi l'incrédulité de Thomas, l'adoration de Jean, +l'étonnement défiant de Pierre, le cynisme sinistre de Judas sont marqués +admirablement. Cette belle œuvre, d'une conservation remarquable, a été +exécutée en 1425. + +Au-dessus de la porte d'entrée du Cenacolo, Castagno a encore peint dans +une lunette une magnifique _Pietà_, un Christ mort soutenu dans son +tombeau par deux anges. + +Via Faenza au n° 57, dans l'ancien COUVENT DE SAINT-ONUPHRE, une grande +_Cène_ de l'école du PÉRUGIN est faussement attribuée à Raphaël. + + + + +RIVE DROITE (OUEST) + ++DE SS. APOSTOLI A OGNISSANTI+ + ++SS. APOSTOLI, SANTA TRINITA, VIA TORNABUONI, PALAIS SAN JACOPO IN +RIPOLI, SANTA MARIA NOVELLA, SAINT-FRANÇOIS VANCHETTONI, OGNISSANTI+. + + ++SS. APOSTOLI+, vieille basilique reconstruite au XVe siècle, dont +la fondation, d'après une inscription placée près du portail, remonterait +à Charlemagne. + ++A l'intérieur+, au fond du bas-côté de gauche, se trouve un beau +_ciborium_ en terre vernissée d'ANDREA DELLA ROBBIA. A côté, tombeau +d'_Oddeo Altoviti_ en forme de sarcophage richement sculpté, bel +ouvrage de BENEDETTO DA ROVEZZANO. + ++Le Palais Rucellai+ (20, Via Vigna Nuova) fut un des premiers +ouvrages du grand architecte florentin LEONE BATTISTA ALBERTI qui le +construisit en 1460, et y appliqua pour la première fois l'ordre rustique +et les pilastres. + +L'ancienne +loggia+ du palais qui lui faisait face a ses arcades +aujourd'hui murées. + ++LA PLACE SAINTE-TRINITÉ+ s'étend près du pont Santa Trinita. A +l'angle de la place et du Lung Arno se trouve +le Palais Spini+ dont +la masse carrée a le caractère sévère de la forteresse (XIVe siècle). A +côté, le palais +Salimbeni+ (Hôtel du Nord) fut construit en 1520 +par Baccio d'Agnolo. + ++L'ÉGLISE SAINTE-TRINITÉ+, construite en 1250 par NICOLAS PISANO, +fut remaniée en 1570 par BUONTALENTI. Elle comporte trois nefs à arcs +ogivaux soutenus par le pilier carré romain qu'employa Pisano dès le +XIIIe siècle. Sur le transept s'ouvrent le chœur et quatre chapelles. + +En entrant par la porte latérale (sur la via Parione) garnie d'«Avelli», +la première chapelle du transept est la +chapelle Sassetti+, décorée +en 1485 par DOMINIQUE GHIRLANDAJO de six fresques consacrées à _Saint +François d'Assise_, commandées par François Sassetti. Dans la partie +supérieure du mur du fond, le pape Honorius approuve la règle de l'ordre; +dans la partie inférieure, saint François ressuscite un enfant de la +maison Spini. Cette scène, très intéressante par sa composition, se passe +sur la place Santa Trinita, devant l'église et le palais Spini; au bas +sont les donateurs, François Sassetti et sa femme Nera Corsi. Au haut de +la fresque du mur de droite, saint François devant le Sultan; au-dessous, +les funérailles de saint François, belle composition inspirée de la +fresque identique du Giotto à Santa Croce. + +De chaque côté de la chapelle, enfermés dans une niche cintrée, encadrée +de délicats bas-reliefs inspirés de l'antique, se trouvent les tombeaux +de _Francesco Sassetti_ et de _Nera Corsi_, ouvrages +remarquables de JULES DE SANGALLO. Les sarcophages en marbre noir sont +simplement ornés de bucranes. + ++LA VIA TORNABUONI+ prolonge la place Santa Trinita et contient le +plus beau palais de Florence, le +PALAIS STROZZI+. Commencé en 1489 +sur les plans de BENEDETTO DA MAJANO pour le célèbre Philippe Strozzi, +l'adversaire acharné des Médicis, il ne fut achevé qu'en 1553. Le plus +beau des palais florentins à bossages, ses trois façades sont d'ordre +rustique uniforme, une simple plinthe servant d'appui aux étages percés +de belles fenêtres géminées. + +La caractéristique du palais Strozzi est dans les superbes lanternes +cylindriques en fer forgé placées à ses angles. Décorées des Croissants, +armes des Strozzi, elles sont hérissées de pointes recourbées qui en +forment le couronnement. + +Des porte-flambeaux et des anneaux en fer forgé décorent la façade. + ++LE PALAIS STROZZINO+, de même style, mais moins vaste, est situé +derrière le palais Strozzi, sur une petite place. + ++PALAIS CORSINI+. _Galerie_. + +N° 167.--BOTTICELLI. _La Vierge, l'Enfant et deux Anges_. + +Tableau de la jeunesse du maître, peint encore sous l'influence directe +de Fra Filippo Lippi, mais avec une profondeur de coloris tout autre. + +N° 162.--FILIPPINO LIPPI. Médaillon, _la Vierge et l'Enfant entourés +d'anges_, un des premiers ouvrages de Filippino et une des rares +œuvres peintes sous l'influence directe de son père. + +N° 5.--MEMLING. Très beau portrait d'homme, de la première manière de +Memling, sous l'inspiration de Roger Van der Weyden. + +SIGNORELLI. Ravissant et délicat tableau de _la Vierge avec l'Enfant, +entourés de Saint Jérôme et de Saint Bernard_. + ++PALAIS ANTINORI+, belle et sévère façade de Jules de Sangallo. + ++PALAZZO STROZZI+, joli petit bas-relief de Luca. La place +Sainte-Marie Nouvelle est décorée de deux petits obélisques de marbre de +1608 reposant sur des tortues de bronze. Ils servaient de but pour les +courses au quadrige instituées par Cosme Ier, en 1563. + ++LA LOGGIA SAINT-PAUL+, placée en face de l'église sur un des côtés +de la place, a été construite par BRUNELLESCHI en 1451. C'est un long +portique dont les écoinçons furent ornés par la suite de +_médaillons_ vernissés, mauvais ouvrage des continuateurs des DELLA +ROBBIA. + +A l'extrémité du portique, la lunette d'une porte est occupée par une des +plus belles œuvres d'ANDREA DELLA ROBBIA, _la Rencontre de Saint +Dominique et de Saint François_, composition d'une intensité et d'une +profondeur de sentiment remarquables. + ++SAINTE-MARIE NOUVELLE+. Pendant que l'ordre de Saint François se +restreignait dans la pauvreté et la simplicité primitives imposées par +son fondateur, l'ordre de Saint-Dominique, suivant l'esprit du sien, se +répandait sur toute l'Italie et empiétait dans des proportions si +considérables, que Florence, dès le XVe siècle, se trouva obligée de se +défendre contre lui. Chassés et proscrits, après un court exil les +dominicains revinrent plus puissants que jamais et possédèrent bientôt +six couvents tant à Florence qu'à Fiesole, dont celui de Sainte-Marie +Nouvelle fut un des premiers. + +L'église fut commencée en 1278 par deux dominicains, FRA SISTO et FRA +RISTORO, sur l'emplacement d'une église primitive dédiée à la Vierge; +elle prit de là le surnom de «Nouvelle». On est frappé encore ici de la +préoccupation de construire grand, qui semble avoir été le but unique des +architectes italiens des XIIIe et XIVe siècles et dont le résultat, +toujours identique, est une froideur et une sécheresse désagréables dans +leur nudité presque protestante. Appuyé à l'édifice, subsiste le +campanile carré de l'église primitive. Il est, par extraordinaire, du +plus pur style roman et ses deux derniers étages, ajourés de part en +part, ne sont formés que d'arcatures soutenues sur de sveltes +colonnettes; il en acquiert une légèreté aérienne. Il reste encore de +l'ancienne construction les six élégants «Avelli» de la façade; ces +sortes de niches ogivales servaient chacune de tombes collectives aux +plus nobles familles florentines dont elles portaient les armoiries. + +LEONE BATTISTA ALBERTI acheva en 1460 toute la décoration extérieure de +Sainte-Marie Nouvelle. Il exécuta en premier lieu le revêtement en marbre +blanc et noir de la façade, et comme il s'en tint au style gothique déjà +employé, ce style, sous la main du plus grand architecte de la +Renaissance, gagna une singulière élégance. Leone Battista coupa sa +façade en trois ordres: les portes latérales accompagnées des Avelli +anciens et d'arcatures aveugles lui formèrent le premier, tandis qu'il +composait le second, fortement en retrait, d'une simple et large frise +supportant comme troisième ordre le beau pignon terminal. Au milieu de la +façade, il inscrivit la haute porte principale, qu'il fit monter presque +jusqu'au pignon et qui, flanquée de ses quatre massives colonnes +corinthiennes, produit un effet grandiose dans sa simplicité. Sur le côté +gauche de l'église en retour d'équerre, d'autres Avelli s'étendaient +contre le mur du couvent; mais comme ils ne suffisaient plus par suite de +la mode de se faire enterrer à Sainte-Marie Nouvelle, Alberti dut +construire, à droite de l'église et formant retour sur la rue +Belle-Donne, une sorte de Campo Santo formé d'un mur bas à bandes de +marbre alternées où il disposa des Avelli intérieurs et extérieurs +construits sur le modèle des anciens et aménagés de la même façon. + + +[Illustration:_Sainte Marie Nouvelle_] + +Passage du petit Cloître + +_Chapelle Gondi_ + +_Chapelle Gaddi_ + +_Chœur_ + +_Chapelle Philippe Strozzi_ + +_Petit Cloître_ + +_Chapelle Strozzi_ + +_Transsept gauche_ + +_Transsept droit_ + +_Chapelle Rucellai_ + +_Chapelle des Espagnols_ + +_Sacristie_ + +_Nef_ + +_Campo Santo_ + +_Côté du grand Cloître_ + +_Cloître Vert_ + +_Avelli_ + +_Avelli_ + +_Passage du Cloître_ + +_Place Santa Maria Novella_ + +_Cour_ + +Entrée de l'Ancien Couvent. + + ++A l'intérieur+, l'église produit une médiocre impression, et le +manque de proportion entre la largeur et la hauteur est d'un mauvais +effet architectural. + +Sur le mur d'entrée se trouve une précieuse fresque de MASACCIO, +malheureusement abîmée et très mal éclairée. Sous une belle et sévère +architecture s'enfonce une magnifique perspective simulée par une voûte à +caissons de pierre, à l'extrémité de laquelle se tient debout Dieu le +Père, la tête touchant au plafond. Cette admirable figure, d'une ampleur +et d'une majesté saisissantes, est certainement une des plus belles de la +Renaissance. La tête sévère regarde sans voir, les yeux perdus dans +l'immensité. Placée en terre au-dessous de lui est la croix dont il +soutient les bras avec ses mains et sur laquelle est attaché le Christ +dont la tête penchée porte l'expression d'une douleur profonde. Au pied +de la croix se tiennent debout la Vierge et saint Jean. Masaccio, rompant +avec la tradition, au lieu de représenter la Vierge toujours jeune, l'a +résolument peinte sous les traits d'une vieille femme dont le corps usé +et fatigué a perdu toute sveltesse et dont le visage ravagé a subi toutes +les douleurs, sans pour cela perdre l'expression d'une sérénité presque +auguste. En face d'elle, saint Jean fait contraste, tant sa poignante +douleur est bien humaine et opposée à la sérénité des êtres divins qui +l'entourent et que rien ne saurait atteindre. + +En dehors de l'arcade et complètement séparés sont agenouillés les beaux +portraits du donateur et de la donatrice, d'une vie et d'un relief +saisissants. + +Le fond droit du transept est fermé par la +Chapelle Ruccellai+ à +laquelle on accède par un double escalier. Au fond de la chapelle est la +fameuse _Vierge_ de CIMABUE, figure colossale peinte sur bois. Il +est malaisé, en voyant aujourd'hui l'hiératisme raide et maladroit de +cette peinture, de s'imaginer la révolution profonde qu'en 1280 causa son +apparition. C'est d'elle que peuvent réellement dater les premières +tentatives de l'art pour s'émanciper des formules byzantines si négatives +de toute originalité. + +Il ne faut pas oublier non plus que l'élève et le successeur immédiat de +Cimabue fut Giotto, c'est-à-dire le génie dans lequel tout l'art italien +devait être contenu en germe. Quand un maître a su, comme Cimabue, former +une pareille individualité, l'on ne pourrait trop exalter en lui la +beauté du caractère et l'intégrité des sentiments. L'estime de ses +concitoyens pour lui était telle que la Vierge de Santa Maria y fut +transportée processionnellement, «la République se plaisant par de si +grands honneurs à rendre hommage aux vertus du peintre et du citoyen». + +A droite dans la chapelle, le _tombeau de la Beata Villana del +Cerchi_ fut exécuté par ROSSELLINO en 1451. + +La Sainte, gardée par deux anges, repose sous un baldaquin, les mains +croisées et les pieds nus. + +A droite du chœur est la +Chapelle Philippe Strozzi+. Derrière +l'autel se trouve son tombeau exécuté en 1459 par BENEDETTO DA MAJANO +dont il avait été le plus zélé protecteur. Dans la forme grêle du +sarcophage de marbre noir et dans les anges qui l'entourent se sent déjà +le déclin de la sculpture à la fin du XVe siècle. + +En 1502, FILIPPINO LIPPI, à son retour de Rome, fut appelé par les +Strozzi à peindre la décoration de leur chapelle. Il était à ce moment +sous l'influence directe de Raphaël et sa manière procédait directement +de lui avec toutefois une exagération de style frisant le mauvais goût. +Aussi la composition des fresques de la chapelle Strozzi est-elle +défectueuse; l'architecture désordonnée et tourmentée laisse fort à +désirer, enfin l'effet seul est cherché sans aucune préoccupation du +sentiment. + +La fresque de droite représente les _Miracles de Saint Jean +l'Évangéliste_, scène bizarre où se confondent les costumes les plus +disparates de tous les peuples connus. Celle de gauche est consacrée à un +_Miracle de Saint Philippe_ ressuscitant une morte. + +Le vitrail de la fenêtre fut également composé par Filippino Lippi. + ++Le chœur+ est décoré des admirables _fresques_ de DOMINIQUE +GHIRLANDAJO peintes en 1490 sur la commande de Jean Tornabuoni. + +Ce qui frappe surtout en elles, c'est la grâce noble et tranquille des +personnages, c'est la vie ordinaire des Florentins d'alors; ce qui les +rend si intéressantes, c'est la civilisation, c'est le costume d'une +époque dont elles sont les plus précieux documents. + +Avec de si grandes qualités, le défaut qu'on pourrait justement leur +reprocher serait de manquer de grandeur dans l'expression des idées, +d'embourgeoiser presque les sujets sacrés qu'elles relatent. Pour +Ghirlandajo, la Naissance de la Vierge est simplement la naissance d'un +enfant noble du XVe siècle, avec le cortège des visites de félicitation +et le défilé des amis; comme dans la Naissance de saint Jean-Baptiste, il +peint la nourrice donnée aux petits Florentins d'alors et la collation +prise par la mère après l'événement. Si cette façon d'interpréter +l'histoire de la Vierge ou du Précurseur répond mal à la grandeur des +faits, il faut pourtant bien reconnaître que personne à l'égal de +Ghirlandajo n'eût été capable, avec un tel point de départ, d'arriver +d'une telle manière à ses fins. + +Dans l'admirable poussée de la peinture au XVe siècle, il est impossible +que certains ordres d'idées et de sentiments, certains modes +d'interprétation, même à égalité de talent, ne répondent pas mieux que +d'autres à l'esthétisme individuel de tel ou tel artiste. En matière +d'art, l'éclectisme est la loi de la critique; il consiste à reconnaître +la beauté de l'œuvre en elle-même et sous quelque forme qu'elle se +présente, car, là où la recherche de la perfection a été égale, il n'est +que juste de l'apprécier dans ses manifestations les plus divergentes. Il +faut aussi admirer sans réserve les belles et graves figures des +contemporains de Ghirlandajo animées d'une vie et d'un mouvement +singuliers. + +Les fresques sont disposées, de chaque côté du chœur, sur trois rangées +de deux sujets chacune; elles sont terminées par une lunette et séparées +les unes des autres par des motifs architecturaux. Celles de la partie +supérieure ont malheureusement trop souffert pour qu'il soif facile de +les distinguer. + + + FRESQUES DE GHIRLANDAJO +___________________________________________________________________________ +| | +| _Mur de gauche_ _Mur de droite_ | +| | +| HISTOIRE DE LA VIERGE HISTOIRE DE St JEAN-BAPTISTE | +| | +| ____________________________ ____________________________ | +| | | | | | +| | +ASSOMPTION+ | CHŒUR | +FESTIN D'HÉRODE+ | | +| ___|__________________________|__ ___|__________________________|___ | +| | | | | | | | +| | 5 | 6 | | 6 | 5 | | +| | | | | | | | +| | ADORATION | MASSACRE | | BAPTÊME DE |PRÉDICATION | | +| | | | | |DE St JEAN | | +| | DES MAGES | DES INNOCENTS | | JÉSUS-CHRIST |DANS LE DÉSERT | | +| |________________|_______________| |________________|_______________| | +| | | | | | | | +| | 3 | 4 | | 4 | 3 | | +| | | | | | | | +| | PRÉSENTATION | MARIAGE | | ZACHARIE ÉCRIT | NAISSANCE | | +| | | | | | DE St JEAN- | | +| | AU TEMPLE | DE LA VIERGE | | LE NOM DE JEAN | BAPTISTE | | +| |________________|_______________| |________________|_______________| | +| | | | | | | | +| | 1 | 2 | | 2 | 1 | | +| | | | | | | | +| | JOAQUIM EXPULSÉ| NAISSANCE | | | ZACHARIE | | +| | | | | LA VISITATION | | | +| | DU TEMPLE | DE LA VIERGE | | | AU TEMPLE | | +|_|________________|_______________|___|________________|_______________|_| + + +MUR DE DROITE.--HISTOIRE DE LA VlERGE. + +I.--_Joachim chassé du temple_. + +Dans cette superbe composition, les deux groupes de droite et de gauche +sont particulièrement intéressants par les personnages célèbres qu'ils +représentent. A gauche, le vieillard sans barbe est Baldovinetti, qui +enseigna la peinture et la mosaïque à Ghirlandajo; celui qui, la tête +nue, a la main sur la hanche et porte un petit pourpoint bleu et un +manteau rouge, est Ghirlandajo lui-même; le personnage aux grosses lèvres +et à la chevelure noire est Mainardi, son élève; enfin celui vu de dos +est le frère du peintre, David Ghirlandajo. + +II.--_La Naissance de la Vierge_. + +Une des plus belles fresques de la série. + +Dans une riche chambre florentine, sainte Anne, femme déjà âgée, est +couchée tout habillée sur son lit placé sur une estrade. Derrière elle +une servante verse de l'eau dans un bassin. Relevée sur un coude, elle +contemple la petite Marie dans les bras d'une belle dame assise au milieu +de la composition, tandis que de nobles visiteuses s'avancent sur la +gauche, vêtues de leurs somptueux habits de fête. + +Ces femmes sont la fleur de la société florentine; on sent qu'elles ont +tenu à honneur de figurer dans cette œuvre et de venir poser devant le +maître. Chacune a son individualité propre, et ces beaux traits +florentins si vifs, si intelligents, si presque modernes d'expression. + +III.--_Présentation au Temple_. + +IV.--_Mariage de la Vierge_. + +V.--_Adoration des Mages_. + +VI.--_Massacre des Innocents_. + +VII.--(Lunette) _Mort de la Vierge_. + +Composition en partie détruite. + +MUR DE GAUCHE.--HISTOIRE DE SAINT JEAN-BAPTISTE. + +I.--_Apparition de l'Ange à Zacharie_. Cette composition remarquable +est enrichie de beaucoup de portraits admirables, entre autres ceux de +tous les donateurs des fresques, les Tornabuoni jeunes ou vieux placés en +arrière de Zacharie. Au bas, Ghirlandajo a peint à mi-corps les quatre +plus savants hommes de l'époque: le premier revêtu d'un habit de +chanoine, est Marsile Ficin; le second, avec un ruban noir au cou, est +Cristoforo Landino; le troisième est le Grec Demetrius Chalcondyle, et +enfin le quatrième, qui lève un peu la main, est Ange Politien. En +arrière d'eux, un groupe de trois hommes causent et représentent, dit-on, +les plus fameux marchands de Florence, André de Médicis, Jean Ridolfi et +Sassetti. + +II.--_La Visitation_. A droite et à gauche de la Vierge et de sainte +Élisabeth qui se rencontrent, l'assistance est formée par des groupes de +Florentines de toute beauté. Elles sont coiffées et parées à la mode du +temps; l'une d'elles, en robe jaune, à la suite de sainte Élisabeth vue +de profil, est le portrait d'une des plus célèbres beautés d'alors, +Ginevra di Benci. + +III.--_Naissance de Saint Jean-Baptiste_. La disposition est +analogue à celle de la _Naissance de la Vierge_. Derrière le lit de +sainte Élisabeth, une servante lui présente une collation, tandis qu'au +milieu de la fresque est assise la nourrice allaitant l'enfant et qu'à sa +droite s'avance le groupe des amies, suivi d'une servante portant sur sa +tête une corbeille où sont des pastèques et des raisins. Cette ample +figure aux vêtements flottants semble, par sa beauté antique, échappée à +quelque rêve païen. + +IV.--_Zacharie écrit le nom de Jean qu'il destine à son fils, sur une +tablette que lui présente une femme a genoux_. + +V.--_La prédication de Saint Jean-Baptiste_. + +VI.--_Baptême de Jésus-Christ_. + +VII.--(Dans la lunette) _Festin d'Hérodiade_. Ces trois dernières +fresques, presque entièrement effacées. + +De chaque côté, au-dessus de la fenêtre garnie de vitraux noirs et +brumeux, exécutés en 1492 sur les cartons du maître par ALESSANDRO +FIORENTINO, la décoration à fresques se continue, mais en mauvaise +préservation. Sur les deux côtés étroits de la fenêtre s'étagent des +figures séparées dont les deux premières sont les portraits des donateurs +de l'œuvre, Jean Tornabuoni et sa femme. Au-dessus de la fenêtre un grand +_Couronnement de la Vierge_ peut difficilement passer pour être de +la main de Ghirlandajo. + +La boiserie qui forme le dossier des _stalles_ est un chef-d'œuvre +de mosaïque sur bois. Faite à la fin du XVe siècle par BACCIO D'AGNOLO, +on y voit les plus fines et les plus délicates arabesques; les stalles +elles-mêmes sont gâtées par une malheureuse restauration de Vasari. + + + +SAINTE-MARIE NOUVELLE+ + ---- + _Mur du fond du chœur_ + __________________________________________________________ +| | +| | +| COURONNEMENT DE | +| | +| LA VIERGE | +| | +| | +| | +|__________________________________________________________| +| | | | +| | | | +| SAINT | | SAINT PIERRE| +| | | | +| FRANÇOIS | | martyr | +| | | | +|_____________| FENÊTRE |_____________| +| | | | +| | | | +| | | SAINT JEAN- | +|ANNONCIATION | | | +| | | BAPTISTE | +| | | | +|_____________| |_____________| +| | | | +| | | Femme de | +| JEAN | | | +| | | JEAN | +| TORNABUONI | | | +| | | TORNABUONI | +|_____________|______________________________|_____________| + + ++La Chapelle+, à gauche du chœur, a été décorée d'un revêtement de +marbre par JULES DE SANGALLO. Elle renferme le fameux _Christ_ de +BRUNELLESCHI exécuté pour un concours entre lui et Donatello. + ++La Chapelle Strozzi+, placée en face de la chapelle Ruccellai, +occupe le fond du transept à gauche. On y accède également par un double +escalier. Ses trois murs sont décorés de fresques d'ORCAGNA, ouvrage le +plus important qui existe, consacré au Jugement dernier d'après le Dante. +Sur le mur de gauche, _le Jugement dernier_, et sur celui du fond, +_le Paradis_, sont d'Andrea. Sur le mur de droite, _l'Enfer_ +est de son frère NARDO ORCAGNA; c'est de beaucoup la moins bonne des +fresques. La grande préoccupation du moyen âge, la vie future et les +terreurs de l'au-delà, surgit tout entière dans un sujet que les artistes +du temps affectionnaient tout particulièrement et dont ils cherchaient +l'interprétation aussi bien dans les prophéties que dans l'Apocalypse. En +effet, le terrible esprit de l'époque trouvait pleine matière à se +développer, dans les vengeances et les châtiments d'un Jéhovah terrible, +et nul thème ne pouvait exercer sur les esprits une plus étrange +fascination; aussi, lorsque, poussé par cette attraction, Dante fut amené +à composer son admirable poème, il répondait si exactement aux +aspirations de ses contemporains, que les premiers «Cantica» à peine +parus eurent sur l'art un retentissement énorme. Giotto fut le premier +interprète du poète, et bientôt après, les Orcagna, chargés par les +Strozzi de la décoration de leur chapelle, firent de son œuvre le thème +de leurs compositions. + +La muraille, peinte par Nardo, retrace tout le cycle du premier chant de +l'_Enfer_; mais l'artiste, faute de place, ayant supprimé tous les +épisodes gracieux, n'en laissa subsister que la tragique horreur. Le même +motif le força à serrer tellement ses figures et à leur donner de si +petites dimensions que ce défaut, aggravé par la mauvaise perspective +d'alors et l'absence de tout savoir technique, le fit rester au-dessous +du but qu'il s'était proposé. + +La descente à l'Enfer commence dans la partie supérieure où les âmes +dirigées sur les «sombres bords» sont attendues par Cerbère pour être +conduites devant Pluton en train de festoyer. + +Au-dessous, Caron, «le nocher funèbre», les conduit à travers l'Achéron à +l'entrée du gouffre où le premier des cercles infernaux est peuplé par +les prodigues et les avaricieux roulant leur éternel rocher. + +Cette partie est séparée des cercles inférieurs, ceux des désespérés, par +un mur crénelé, que lèchent les flammes, symbole du feu dévorant où sont +consumées les âmes vouées au désespoir éternel. + +On y voit les suicidés condamnés à s'entre-tuer toujours dans des bois +sombres habités par les harpies, les parricides plongés jusqu'au cou dans +un affreux lac de sang où ils sont éternellement rejetés par des +centaures placés sur la rive qui les empêchent à coups de flèches de +regagner le bord, les luxurieux brûlés par une pluie de feu; puis les +cercles vont toujours en se rétrécissant et en s'obscurcissant davantage +autour de ceux qu'ils enveloppent pour l'exécution de leurs terribles +châtiments. Ils montrent les simoniaques la tête plongée dans le feu, les +immondes la tête retournée, les voleurs en proie aux serpents, les +fauteurs de scandale coupés en morceaux, les alchimistes et les faux +monnayeurs s'entre-battant. Enfin, au centre de cette terrifiante +composition, un démon colossal, debout dans une cuve remplie de serpents, +dévore Judas, pendant que les traîtres, plongés dans la cuve et déchirés +par les serpents, attendent semblable supplice. + +_Le Paradis_ d'André Orcagna, dont les extases font face à ces +horreurs, est d'un art tout différent. Les belles figures qui composent +la foule innombrable des élus tiennent le milieu entre l'art réaliste +d'un Giotto et l'idéalisme d'un Angelico; c'est à ce dernier que +sembleraient plutôt appartenir les deux admirables figures d'anges +musiciens agenouillés sur des nuages aux pieds du Christ et de la Vierge. + +Sur le mur du fond coupé par la fenêtre, Orcagna a peint _le Jugement +dernier_ auquel assistent des groupes d'hommes et de femmes et où, +suivant l'esprit démocratique de l'époque, toutes les classes sociales +sont confondues, l'empereur et le pape comme le mendiant. + +Le retable sur fond d'or représente le Christ glorieux confiant d'une +main à saint Pierre les clefs de l'Église, tandis que de l'autre il remet +le livre de la _Somme_ à saint Thomas d'Aquin présenté par la +Vierge. Sur les volets du retable sont peints saint Michel et sainte +Catherine, saint Laurent et saint Paul. + ++La Sacristie+, ouverte à gauche sur le transept, contient un joli +_lavabo_ en terre vernissée, plaqué à l'intérieur de faïence; il a +été exécuté en 1497 par JEAN DELLA ROBBIA. + +Au bas de la chapelle Strozzi, une porte conduit à quelques marches +descendant sur une galerie appelée le +Sepolcreto+ dont les voûtes +cintrées reposent sur des piliers octogonaux. Cette galerie a un grand +intérêt par toutes les petites plaques commémoratives enchâssées dans le +mur et dont la plupart portent en relief les écussons de presque toutes +les nobles familles florentines. Une de ces plaques particulièrement +belle est de Pisano et montre le donateur et la donatrice agenouillés aux +pieds de la Vierge. + +Le Sepolcreto débouche sur le cloître appelé aussi Cloître vert, de la +couleur des fresques en camaïeu dont il est décoré. + ++Le Cloître vert+ est entouré d'une galerie formée d'arcs reposant +sur des piliers octogonaux. Il a été peint par ANDREA ORCAGNA, pour les +scènes de la Genèse, et par PAOLO UCCELLO, pour _le Déluge_, _le +Sacrifice_ et _l'Ivresse de Noé_, fresques en camaïeu vert sur +fond rouge. + +Les trois compositions d'Orcagna sont presque entièrement détruites, on y +trouve pourtant encore quelques belles figures. + +I. _Création des animaux_, _Création de l'homme et de la +femme_, _Adam et Ève mangent le fruit défendu_. + +II. _Adam et Ève chassés du Paradis_; _Ève filant_, ravissante +figure de la Renaissance; _Adam piochant_. Dans le bas (détruit) +étaient _Caïn et Abel_. + +III. _Mort de Caïn_ sous la flèche de Lameth, _Noé construisant +l'Arche_, _Noé faisant entrer les animaux dans l'Arche_ +(détruit). + +La fameuse fresque du _Déluge_ d'UCCELLO continue la série. Aucun +artiste n'a poussé le fanatisme du réalisme plus loin qu'Uccello dont le +nom, malgré l'extravagance bizarre de l'artiste, se rattache pourtant à +des progrès techniques de premier ordre. Dans cette fresque peinte en +1446, tous les peintres purent venir apprendre le modelé et la +perspective; mais, à côté de beautés de premier ordre, les grotesques +inventions abondent. Les victimes expérimentent des appareils de +sauvetage de toute sorte et plus ou moins saugrenus. L'un a placé autour +de son cou une bouée; l'autre s'est réfugié dans une cuve; d'autres +encore grimpent sur des échelles, nagent sur des planches, ou tentent de +se sauver à cheval. L'arche colossale, dont on ne voit que la coque, +occupe un côté entier, et Noé y apparaît. + +Les autres fresques sont très détériorées; celle de l'Arche de Noé a +pourtant conservé intact le groupe de ses trois fils, dont l'un, détaché +de profil sur une treille, est une superbe et énergique figure. + +Sur la droite du cloître s'ouvre la salle du chapitre appelée +Chapelle +des Espagnols+, «Cappella degli Spagnuoli». Elle est éclairée par deux +belles fenêtres ouvertes sur le cloître de chaque côté de la porte, dont +les élégantes sculptures sont protégées par de belles grilles en fer à +rinceaux découpés. + +La chapelle, commencée en 1322, fut achevée en 1355 et magnifiquement +décorée de fresques dont l'ensemble embrasse le cycle à peu près complet +des croyances philosophiques, théologiques et religieuses du moyen âge. +Ces peintures superbes et admirablement conservées sont attribuées par +Vasari à TADDEO GADDI et à SIMONE MEMMI de Sienne. Le mur de droite par +Simone Memmi représente _l'Église militante et l'Église +triomphante_. Celui de gauche, par TADDEO GADDI, montre _l'Église +personnifiée par saint Thomas d'Aquin_ dominant et protégeant toutes +les connaissances humaines. Sur le mur du chevet coupé par l'enfoncement +de l'autel est peint en forme d'éventail _le Calvaire_, avec d'un +côté _le Chemin de Croix_ et de l'autre _la Descente aux +Limbes_. Enfin les peintures de la voûte représentent des scènes de la +_Vie de Jésus-Christ_. + +I.--_L'Église militante et l'Église triomphante_. Pendant que saint +François prêchait une merveilleuse doctrine de charité et de tolérance, +saint Dominique répandait sur le monde une foi sombre, ascétique et +intolérante, car l'Église, pour lui, ne pouvait arriver au triomphe final +que par l'emploi de moyens violents aussi bien contre les hérétiques que +contre les fidèles. + +Interprète de cette idée, le maître a symbolisé les deux grandes forces +du moyen âge, l'Empereur et son Conseil, le Pape et son Concile assis +devant l'église Sainte-Marie des Fleurs, personnifiant ici l'omnipotence +de l'Église. Aux pieds du Pape sont couchées les brebis de la chrétienté +gardées par les chiens noirs et blancs dominicains, «Domini canes», +tandis que d'autres chiens poursuivent et mordent les loups hérétiques +auxquels ils arrachent les brebis qu'ils tentent de ravir. En avant, à +gauche, se tient le groupe des religieux et religieuses de tous les +ordres, tandis qu'à droite sont les laïques, parmi lesquels on reconnaît +les portraits célèbres de Pétrarque, de Boccace, de Giotto, de Cimabue et +de Laure, devant lesquels sont agenouillés les pauvres et les infirmes. +Sur la droite, la fresque est consacrée à l'application des théories +dominicaines. + +A.--Saint Dominique discute avec les hérétiques. + +B.--Saint Dominique ayant convaincu les hérétiques, les fait se +prosterner devant l'Évangile, tandis qu'un Archange déchire les livres +hérésiarques. + +C.--Au-dessus de ces sujets se trouve une rangée de petits personnages +intermédiaires, dansant au son d'un tambour de basque, devant quatre +personnages assis figurant des péchés mortels. + +D.--Le haut de la composition est formé par un dominicain écoutant la +confession d'un homme agenouillé, un second dominicain qui lui donne +l'absolution au seuil du Paradis où l'introduit un troisième. + +E.--Le Paradis occupe tout le haut de la fresque à gauche. D'après +l'Apocalypse, le Christ y est représenté trônant sur l'arc-en-ciel entre +deux anges; il est environné des Symboles des quatre Évangélistes, +l'Agneau mystique est couché à ses pieds, et il tient d'une main +l'Évangile, et de l'autre la clef du monde. + +II.--_Triomphe de saint Thomas d'Aquin_. Le saint, les Évangiles à +la main, trône en haut de la fresque; il écrase sous ses pieds Arius, +Sabellius et Averroès, les trois grands hérésiarques. + +A ses côtés sont assis, rangés l'un près de l'autre, les Évangélistes et +les Prophètes alternant. + +La partie inférieure est divisée en quatorze niches où trônent des +figures de femmes, symbolisant toutes les connaissances de l'époque. +Devant chacune d'elles est assis plus bas son principal adepte; toutes +ces figures, d'une attitude un peu raide, ne varient guère que par +l'expression des physionomies. + +1°--Le droit civil et l'empereur Justinien. + +2°--Le droit ecclésiastique et le pape Clément V. + +3°--La théologie spéculative et Pietro Lombardo. + +4°--La théologie pratique et Severino Boccio. + +5°--La foi et saint Denis l'Aréopagite. + +6°--L'Espérance et saint Jean Damascène. + +7°--L'amour sacré et saint Augustin. + +8°--L'arithmétique et Pythagore. + +9°--La géométrie et Euclide. + +10°--L'astronomie et Ptolémée. + +11°--La musique et Tubalcaïn. + +12°--La dialectique et Zénon d'Élée. + +13°--La rhétorique et Cicéron. + +14°--La grammaire avec Donato ou Priscien. + +III.--_Le Calvaire_. La composition remplit un cintre divisé en +trois parties dont le Calvaire occupe la plus haute. Le Portement de +croix part du bas de la fresque, à gauche, pour monter au Calvaire. Dans +le bas, à droite, est représentée la Descente de Jésus aux limbes, dont +la porte s'écroule devant lui sur Satan. Cette partie, tout à fait +remarquable, est peut-être la meilleure de la chapelle comme art et comme +sentiment. + +La fresque du mur d'entrée est en partie détruite: elle représentait, +d'un côté, les prédications de saint Dominique; de l'autre, celles de +saint Thomas d'Aquin, et au-dessous, des miracles opérés par les deux +saints. + +IV.--La voûte, divisée par les nervures en quatre parties angulaires, est +occupée par des fresques symboliques. + +I. Au-dessus de l'Église militante et triomphante, _la Barque de +Pierre_, symbole des tempêtes qui peuvent assaillir l'Église, sans +jamais la submerger. + +II. Au-dessus du Calvaire, _la Résurrection_. + +III. Au-dessus du triomphe de saint Thomas d'Aquin, _la Pentecôte_, +symbole de toute science considérée comme don divin. + +IV. Au-dessus de l'entrée, _l'Ascension_. Au delà du Cloître vert +s'étend le Grand Cloître, aujourd'hui cour de l'École des Cadets. + ++La Pharmacie+ de l'ancien couvent, «la Spezeria» (Via della Scala), +possède dans une petite pièce des fresques dures et heurtées de SPINELLO +ARETINO, _histoire de la Passion_. + ++SAINT-JACQUES DE RIPOLI+. Au tympan de la porte, bas-relief des +DELLA ROBBIA. _Le Christ entre Saint Thomas et un Saint_. + ++A l'intérieur+, l'église contient la meilleure œuvre de RIDOLFO +GHIRLANDAJO, le _Mariage mystique de sainte Catherine_ exécuté vers +1505, sous la double influence de ses maîtres, Léonard et son père. La +couleur admirable de ce tableau et sa tenue sobre et énergique l'ont fait +longtemps attribuer au Vinci; c'est une œuvre de premier ordre. + ++ÉGLISE SAN FRANCESCO DE VANCHETONI+ (Via del Palazzuolo). Cette +église conserve quelques ouvrages remarquables de DONATELLO. Deux +admirables _bustes d'enfants_ semblent être des portraits, tant leur +originalité est puissante. L'un est un enfant à l'air triste et presque +morose, tandis que l'autre, d'après la peau de chèvre de sa draperie, +paraît être un Saint Jean-Baptiste adolescent. + ++L'ÉGLISE D'OGNISSANTI+, édifiée en 1524, et remaniée en 1627, +n'offre comme architecture rien d'intéressant. Dans le tympan de la porte +principale, bas-relief de DELLA ROBBIA, _le Couronnement de la +Vierge_. +A l'intérieur+, entre le troisième et le quatrième +autel, sont deux fresques, œuvres de premier ordre: l'une de BOTTICELLI, +l'autre de GHIRLANDAJO. + +La fresque de BOTTICELLI, peinte en 1480, représente _Saint Jérôme_; +c'est un chef-d'œuvre autant par le fini précieux des détails que par +l'anatomie puissante et large et par la profonde ferveur religieuse qui +anime la figure du saint. Saint Jérôme, beau vieillard vêtu de la pourpre +cardinalice, est assis devant une table, où il est accoudé et paraît +réfléchir profondément. Ce qui est extraordinaire d'art minutieux, ce +sont les multiples objets posés sur cette table; les pupitres à écrire et +à lire, les parchemins, les livres, les lunettes, les ciseaux et jusqu'au +tapis d'Orient qui la recouvre, tout dénote la précision et l'amour du +détail, poussés à l'extrême. + +Le _Saint Augustin_ de Ghirlandajo a malheureusement pâli; il est +également assis devant une table, l'aménagement peu compliqué de la pièce +contraste fortement avec la fresque précédente. Le visage est admirable, +et les mains surtout sont d'un modèle parfait. + ++La Sacristie+ est décorée d'une grande fresque, de l'école de +Giotto, _Christ en croix_ entouré d'anges, probablement une œuvre de +FRANCESCO DA VOLTERRA (1350). + +Au fond du transept, un escalier conduit à une chapelle où un +_Christ_ de Giotto est un premier et timide essai d'anatomie dans ce +sujet. + ++Dans l'ancien Réfectoire+ du couvent ouvert sur le cloître, +GHIRLANDAJO a peint en 1480 +la Cène+. A cette époque, le maître +avait accepté la décoration complète à fresque de l'église, mais le +travail ne fut jamais exécuté et la fresque du réfectoire est la seule +trace subsistant de ce projet dont elle était destinée à être le +commencement. Ghirlandajo s'y montre en pleine possession de son beau +talent; le dessin est large; les figures, bien composées, sont +supérieures par l'élévation de la pensée, et il ne s'y trouve aucune +trace de la sécheresse qu'on pourrait quelquefois reprocher à l'artiste. + +Le ravissant _tabernacle_ qui surmonte la porte d'entrée fut exécuté +par AGOSTINO DI DUCCIO en 1463. Ce bijou est digne du meilleur et du plus +cher élève de LUCA DELLA ROBBIA. Il a malheureusement été repeint. + + + + +RIVE GAUCHE + ++PITTI, JARDINS BOBOLI, ÉGLISE SAINTE-FÉLICIE, PALAIS BIANCA CAPELLO, +ÉGLISE SAN SPIRITO, SANTA MARIA DEL CARMINE+. + + ++LE PALAIS PITTI+, situé sur la partie la plus élevée de Florence, +fut commencé en 1440 par BRUNELLESCHI pour Lucca Pitti, l'adversaire +acharné des Médicis, dont il voulait éclipser le luxe, à défaut de la +puissance. + +Pierre de Médicis ayant noyé dans le sang la fameuse conspiration des +Pazzi (1446) dont Pitti était un des principaux conjurés, le palais resta +inachevé jusqu'au XVIe siècle où il devint l'apanage d'Éléonore de +Tolède, femme du grand-duc Cosme Ier. C'est vers cette époque que les +grands-ducs le relièrent aux Offices par une galerie destinée à leur +ouvrir une retraite en cas de soulèvement. + +Le palais a une immense façade, lourde et froide, dont l'effet +désagréable est encore aggravé par les ailes ajoutées de 1620 à 1631, +alors que, devenu résidence des grands-ducs, il se trouva insuffisant. + +Il renferme, sous le nom de Galerie Pitti, la riche collection de +tableaux formée par les cardinaux Léopold et Charles de Médicis, ainsi +que par le grand-duc Ferdinand. La galerie compte plus de cinq cents +numéros disséminés dans les beaux salons de l'aile gauche, dont les noms +sont tirés des sujets de leurs plafonds. + + +SALLE DE L'ILIADE + +N° 201.--TITIEN. _Portrait du Cardinal de Médicis_, de haute et +fière allure; il fut peint en 1532, après la campagne contre les Turcs, à +laquelle avait pris part le cardinal, qui porte le costume hongrois. + +N° 219.--PÉRUGIN. _Vierge adorant l'Enfant_, avec beaucoup de +repeints. + +N° 185.--GIORGIONE (attribué maintenant au Titien), _le Concert_. + +Deux moines et un jeune homme coiffé d'un chapeau à plume font de la +musique. Ce chef-d'œuvre est admirable de coloris, de modelé et de belle +lumière chaude et dorée. + +N°207.--RIDOLFO GHIRLANDAJO. _L'Orfèvre_. Ce portrait célèbre a dû à +sa perfection de passer longtemps pour un ouvrage de Léonard de Vinci. + +N° 208.--FRA BARTOLOMMEO. _La Vierge sur un trône_ (1512). + +Ce beau tableau est l'ancien retable de l'église San Marco. Si, par +l'expression un peu commune, il manque de dignité et si la peinture a +noirci, il n'en est pas moins une merveille de composition. + + +SALLE DE SATURNE + +N° 178.--RAPHAEL. _La Madone du Grand-Duc_. La plus belle des +Vierges de Raphaël, peinte en 1505, lorsqu'il était encore sous +l'influence du Pérugin, pour la couleur et le jet de la draperie, mais la +composition et le dessin y procèdent directement de Masaccio et de Fra +Bartolommeo. + +La tête de la Vierge est un bijou de modelé et l'enfant qu'elle tient +assis sur sa main est exquis. Ce petit chef-d'œuvre, exécuté pour le +grand-duc Ferdinand, fut conservé comme une sorte de palladium dans la +famille Médicis, de là lui vient son surnom de «Vierge du Grand-Duc». + +N° 179.--SÉBASTIEN DEL PIOMBO. _Martyre de Sainte Agathe_. Ce +tableau, peint en 1520 sous l'influence romaine, est une belle œuvre +inspirée par le style et le large dessin de Michel-Ange, mais avec un +coloris sobre d'une grande tenue. + +N° 174.--RAPHAEL. _Vision d'Ézéchiel_. Ce petit tableau peut encore +être rangé dans l'ordre des tableaux symboliques, tels que les comprenait +le moyen âge, dont le but était de rendre frappantes pour les masses les +idées morales jointes aux faits matériels contenus dans l'Apocalypse et +les deux Testaments. Mais, dans la _Vision d'Ézéchiel_, Raphaël a +donné la beauté et la grandeur de la + +Renaissance à l'ancien ordre de sentiments; il a représenté Dieu le Père +sous les traits d'un Jupiter Olympien porté sur les nues par les symboles +des quatre Évangélistes, et dont les bras étendus pour bénir sont +supportés par deux anges. + +L'homme, attribut de saint Matthieu, qui a traité particulièrement la vie +humaine du Christ, se tient seul agenouillé aux pieds de Dieu qui bénit +en lui l'humanité dont le Christ assuma toutes les souffrances. + +Cette très petite composition, traitée avec la finesse de la miniature, +est malheureusement rendue moins agréable par l'emploi de tons un peu +lourds. + +N° 164.--PÉRUGIN. _La Déposition de Croix_. Ce tableau, peint à +Florence en 1495, offre une collection de têtes passives sans aucun +contraste, le tout plus intéressant par une excellente composition et +l'égalité du fini que par la profondeur du sentiment. + +N° 159.--FRA BARTOLOMMEO. _Résurrection du Christ entre les +Évangélistes_. Ce tableau est peut-être ce que le maître a donné de +plus parfait; jamais on n'a poussé plus loin et allié davantage la +grandeur de la composition et la profondeur noble et grave du sentiment. +Les deux adorables enfants placés au bas du tableau tiennent un miroir où +le Frate a reflété comme paysage le monde. + + + + +PALAIS PITTI+ + + ____________________ + +GALERIE PALATINE+ | | + | SALLE | + | DEI PUTTI | + |__________________| + | | + | SALLE | + JARDINS BOBOLI | DE FLORE | + |__________________| + | | + | SALLE DE | + | LA JUSTICE | +__________________________________|__________________|__________ +| | | | | | | | O +| |SALLE |SALLE |SALLE| | SALLE | SALLE | | +| | | DE | | SALLE | | |S---+-->N +| |DELLA |L'EDU-| DU | | DE | DU | | +| | |CATION| | D'ULYSSE | | | E +|GRAND |STUFA |DE |BAIN | | PROMÉTHÉE | PROCETTI | +| | |JUPITER | | | | +|VESTI-|______|______|_____|__________|____________|____________|___________ +| | | | | | | | +|BULE | | | | | | | +| | | | | | | | +|DE | SALLE | SALLE | SALLE | SALLE | SALLE | SALLE | +| | | | | | | | +|L'ES- | DE | DE | DE | DE | | DE | +| | | | | | | | +|CALIER| L'ILIADE| SATURNE | JUPITER | MARS | D'APOLLON| VÉNUS | +| | | | | | | | +| | | | | | | | +|______|_________|_____________|___________|_______|__________|____________| + ^ + | + ENTRÉE + + +N° 151.--RAPHAEL. _La Vierge à la Chaise_. Ce tableau, peint en 1515 +au moment où Raphaël travaillait à la chambre d'Héliodore au Vatican, est +le type le plus complet des Vierges romaines où l'artiste supprima toute +divinité de la figure de la Vierge pour la remplacer par ce qu'il +considérait comme le suprême de la beauté féminine, quelquefois +provocante, mais jamais virginale. Ici la Vierge n'est que le portrait +d'une belle Romaine en costume populaire et la composition de ce +médaillon célèbre, absolument banale, n'a pour elle que son beau coloris. + +N° 190.--SUSTERMANS. _Portrait du fils de Frédéric II, roi de +Danemark_. Ce peintre flamand, qui vécut à Florence, a laissé +d'excellents portraits tenant un juste milieu entre Vélasquez et Van +Dyck. Ce joli portrait est d'une belle facture. + +N° 113.--MICHEL-ANGE. _Les Parques_. Ce tableau paraît plutôt une +attribution; toutefois, s'il a été dessiné par Michel-Ange, il n'a +certainement pas été peint par lui, son coloris n'offrant aucune trace de +la vigueur parfois tragique, propre au pinceau de Michel-Ange. + +Les Parques sont représentées sous les traits de trois vieilles femmes +d'un beau caractère, drapées de nuances trop claires. + + +SALLE DE MARS + +N° 94.--RAPHAEL. _Madone dell'Impannata_. Composée par Raphaël, +exécutée par ses élèves sans qu'on sache absolument la part qui leur +revient. Deux femmes apportent à la Vierge l'Enfant qui prend vivement la +robe de sa mère, et se retourne vers elles en riant. + +N° 92.--TITIEN. Superbe portrait de jeune homme. + +N° 86.--RUBENS. _Les Conséquences de la Guerre_. Belle et grande +composition très mouvementée. Un guerrier entraîne une femme nue que les +Amours cherchent à retenir. + +N° 85.--RUBENS. _Les quatre Philosophes_. Portraits de Rubens, de +son frère et des philosophes Lipse et Grotius assis à une table derrière +le buste de Sénèque. + +N° 82.--VAN DYCK. _Le cardinal Bentivoglio_, portrait assis en pied, +d'une élégance et d'une distinction remarquables, comme d'un coloris +superbe. + + +SALLE D'APOLLON + +N°67.--TITIEN. _La Madeleine_. Ce portrait de femme drapée dans son +admirable chevelure d'or, fut peint pour le duc d'Urbin, et l'on voit que +le sujet de la pécheresse n'a été ici qu'absolument subsidiaire. + +N° 64.--FRA BARTOLOMMEO. _La Déposition_. Dans cette œuvre +admirable, la beauté du sentiment se réunit à celle de l'exécution pour +former un ensemble de premier ordre. Rien n'est plus beau que l'abandon +du corps du Christ et l'angoisse profonde de la Vierge lui donnant un +dernier baiser. + +L'émotion ressort de la simplicité pathétique des personnages, et non de +leur arrangement factice et voulu; c'est là ce qui différencie +profondément l'ouvrage de Fra Bartolommeo des équivalences dues par +exemple au pinceau d'un Pérugin. + +N° 61.--RAPHAEL. Portrait d'_Angiolo Doni_. La première œuvre faite +à Florence et le plus beau des portraits peints par Raphaël sous +l'influence de Pérugin, qu'on pourra rapprocher comme inspiration de +celui de l'Espagnol Lopez Pereigo indiqué comme le propre portrait du +Pérugin au musée des Offices, sous le n° 287. + +Doni est représenté en buste vêtu de noir; ses mains, appuyées sur une +balustrade, sont d'une rare perfection. La tête, d'une expression +profonde et intelligente, se détache sur un beau fond de paysage. + +N° 59.--RAPHAEL. Portrait de _Madeleine Strozzi Doni_, femme du +précédent. D'un aspect peu distingué, sa figure niaise et placide est +sans expression, les formes sont massives et lourdes. + +N° 58.--ANDREA DEL SARTO. _Déposition_ (1524). Cette peinture, si +loin comme sentiment de la _Déposition_ de Bartolommeo, est un tour +de force comme richesse de coloris. + +N° 54.--TITIEN. Portrait de _Pierre Arétin_. La tête est +intelligente et fine, il est vêtu d'une ample robe cramoisie. + +N° 63.--RAPHAEL. Portraits de _Léon X_ et des cardinaux _Rossi_ +et _de Médicis_. Le pape est assis devant une table; les deux +cardinaux, dont on ne voit que les bustes, sont debout derrière lui. + +Raphaël a fait de ces portraits non seulement une admirable étude des +rouges de toutes les gammes, les plus riches et les plus variées, mais +encore une étonnante caractéristique de leur individualité. Rien n'est +intéressant comme de comparer le Jules II de la Tribune des Offices avec +le Léon X du musée Pitti; autant chez l'un tout est ascétique, profond, +violent même avec la tension de toutes les forces et de toutes les +énergies vers un but déterminé, autant chez l'autre tout est matériel, +tourné vers les grandeurs, le luxe et la somptuosité. Presque Athénien +dans ses goûts, passionné d'art et de littérature, Raphaël a su marquer +ce caractère du pape en plaçant devant lui une cloche finement ciselée et +un livre précieux qu'il s'apprête à regarder à la loupe. + + +SALLE DE VÉNUS + +N° 18.--TITIEN. _La Belle_. L'habillement de la Belle, bleu, violet, +or et blanc, cadre avec la tête, dont la mystérieuse expression captive +et fascine. Ce portrait de femme, peint en 1535, rappelle les traits de +la duchesse Éléonore d'Urbin et peut être considéré comme un des plus +parfaits sortis du pinceau du maître, tant par son modelé en pleine +lumière que par sa coloration transparente et chaude tout à la fois. + +N° 3.--TINTORET. _Vénus, Vulcain et l'Amour_, tableau très inspiré +par le Titien, d'une exécution charmante et plus soignée que ne le sont +généralement les œuvres du Tintoret. + + +SALLE DE PROMÉTHÉE + +N° 372.--ANDREA DEL CASTAGNO. Très beau portrait d'homme coiffé à la +bourguignonne. + +N° 373.--PIERRE POLLAJUOLO. _Saint Sébastien_. + +N° 353.--BOTTICELLI. _La belle Simonetta_. Ce portrait fameux de la +maîtresse de Julien de Médicis la montre sous les traits d'une femme +laide et d'une prodigieuse raideur. Pourtant ce profil anguleux, découpé +en silhouette violente sur un fond gris, ne manque pas de caractère, quoi +qu'il soit peu présumable qu'il ait été peint par Botticelli. + +N° 347.--FILIPPINO LIPPI. _Sainte Famille_ (Médaillon). La Vierge +adore l'Enfant pendant que de petits anges effeuillent sur lui des roses. + +N° 343.--FRA FILIPPO LIPPI. _La Vierge, l'Enfant, Saint Joachim_ et +_Sainte Anne_, avec au fond _la Nativité de la Vierge_. + +Les APPARTEMENTS DU PALAIS PITTI communiquent avec la galerie par la +salle à manger. + +Ils sont tendus de soieries du XVIIe siècle et, comme tous les +appartements de palais, sont de médiocre intérêt. + +Dans la chapelle, un superbe cadre en mosaïque florentine du XVIIe +siècle contient une _Vierge_ de CARLO DOLCE, tapisseries de +Florence, cabinets en pierres dures et en mosaïques, etc., etc. + +A l'entresol, L'UFFIZIO DEGLI ARGENTI, une petite salle où est conservé +le trésor des Médicis, maintenant propriété de la ville. On y remarque +quatre coupes et une gourde ornées d'émaux sur paillons attribuées à +Benvenuto Cellini, _Christ_ de Jean de Bologne provenant de la +chapelle du palais, torchères en bronze doré de Bologne. + +LES JARDINS BOBOLI s'étendent derrière le palais Pitti et s'élèvent en +terrasse sur la colline au pied de laquelle il est construit. + +Ces jardins, d'où l'on jouit de vues magnifiques sur Florence, furent +dessinés en 1550 par Tribolo, sur l'ordre de Cosme Ier, et achevés par +BUONTALENTI. + +A l'entrée, une grotte contient quatre statues inachevées de MICHEL-ANGE, +faisant partie de la série des «esclaves» destinés au tombeau de Jules +II. + +En passant par une belle allée ornée de statues, on arrive à un charmant +bassin dont le centre est décoré d'une statue colossale de l'_Océan_ +par JEAN DE BOLOGNE. + ++ÉGLISE SAINTE-FÉLICITÉ+. L'église n'est intéressante que par son +portique et la quantité d'œuvres primitives qu'elle contient. + +Dans la +sacristie+, GIOTTO, _Christ_; TADDEO GADDI, tableau à +cinq divisions, _Vierge trônant entre des Saints_. + +Dans une +chapelle+ contiguë, NICOLÒ DA PIETRO, _Christ entouré de +la Madeleine et des Saintes Femmes_. + ++Deuxième sacristie+. _Annonciation_ en deux parties, fresques +contemporaines d'Orcagna. + +Sur la place devant l'église, colonne élevée en commémoration de la +défaite des Siennois à Marciano (1554). + ++PALAIS DE BIANCA CAPELLO+ (26, via Maggio), la célèbre femme du +grand-duc François Ier(1526). La façade est décorée d'arabesques en +grisailles peintes à fresques alternées avec les armes des Médicis. + +L'ÉGLISE SAN SPIRITO fut construite en 1487 d'après des plans laissés par +BRUNELLESCHI. + ++L'intérieur+, de style classique, a de remarquables proportions. + +Dans la +cinquième chapelle+ se trouve un chef-d'œuvre de FILIPPINO +LIPPI, l'un de ses premiers ouvrages, appelé _la Vierge des Tanaï de +Nerli_. + +La Vierge, assise sous un portique, tient l'enfant couché sur ses genoux. +Devant eux est agenouillé le petit saint Jean, tandis qu'à leurs côtés +saint Nicolas et sainte Catherine, patrons des Tanaï, leur présentent le +donateur et la donatrice agenouillés devant eux, admirables et vivants +portraits. L'intérêt de ce très beau tableau est encore accru par la +jolie vue de Florence avec la vieille porte San Spirito, qu'on aperçoit +au fond. + +Derrière le chœur, au deuxième autel, _Vierge_ entourée de saints, +de l'école de GIOTTO. Troisième autel: LORENZO DI CREDI, _Vierge et +Saints_. + ++Transept gauche+. PIERO DI COSIMO, _Vierge et Saints_. + ++La sacristie+ ouverte sur le transept a été bâtie de 1489 à 1497 +par ANTONIO POLLAJUOLO. Ce petit octogone, terminé par une coupole, est +d'une beauté de forme et d'une pureté de lignes parfaites. Les admirables +chapiteaux des pilastres sont de premier ordre, les deux placés des deux +côtés de la base destinée à l'autel sont décorés de quatre superbes +figures d'hommes nus traînant des guirlandes. D'une exceptionnelle +qualité, l'art et le goût particuliers de Pollajuolo pour l'anatomie s'y +révèlent tout entiers. + ++Le vestibule+ de la sacristie est de SANSOVINO; il est décoré d'une +belle voûte en berceau reposant sur des colonnes richement sculptées. Ce +vestibule donne accès aux cloîtres dont le second sert de cour à une +caserne. + ++ÉGLISE SANTA MARIA DEL CARMINE+. Cette église dépendante du couvent +des Carmes adjacent fut construite en 1422, et, en 1771, après un +terrible incendie, reconstruite dans le style le plus détestable. La +seule partie sauvée fut heureusement le transept droit, dont le fond est +occupé par la +chapelle+ BRANCACCI fondée en 1419 par Antoine ++Brancacci+ et où sont les célèbres fresques de MASACCIO (1423-1428) +terminées après sa mort par FILIPPINO LIPPI. + +TOMASO DI SER GIOVANNI DA CASTEL SAN GIOVANNI était, d'après Vasari, +élève de Masolino da Panicale, mais son génie, qui le destinait à être le +prophète et le précurseur de la Renaissance italienne, ne garde aucune +trace de ce premier enseignement. En effet Masaccio, dans cet +extraordinaire monument des débuts du XVe siècle, franchit d'un seul +élan toutes les bornes assignées à la peinture jusque-là. Hardiment il +ose le nu, mais le nu réaliste et vivant, tel qu'il s'offre par exemple +dans une figure grelottant de froid, tandis que Pierre lui donne le +baptême. Masaccio, non seulement saisit sur le vif le maintien, +l'attitude et les mouvements; il trouve encore du premier jet cette +dignité d'allure, cette fierté du geste, cette noblesse native de toute +la personne qui suscite l'admiration et l'impose. + +La différence capitale entre Masaccio et Giotto, dont la sincérité est le +trait commun, réside dans la science des groupements et dans la manière +de coordonner et de présenter une scène. Il faut remarquer de quelle +allure le personnage principal de Masaccio, l'apôtre Pierre, traverse +toute l'œuvre avec une dignité et une grandeur qui ne se démentent +jamais. Chez ses successeurs un pareil résultat sera le fruit de la +patience et d'un art consommé, mais chez lui il est atteint avec une +extraordinaire simplicité de moyens et presque spontanément. + +Il revêt ses principaux personnages de la toge romaine dont les grands +plis sans cassure les drapent merveilleusement, tandis qu'il donne à ses +figures secondaires le costume contemporain, suivant en cela ce principe +mis en lumière par Giotto, que la draperie, grâce à la généralisation +qu'elle donne, grandit, au lieu que le costume diminue en localisant. +Masaccio ne recula jamais devant les difficultés du raccourci ou de la +perspective; pour en pénétrer les secrets, il avait l'intuition et la +prescience du génie, mais il ne chercha jamais à faire étalage de ce +savoir-faire et il ne le déploya que lorsque l'occasion le nécessitait, +son haut idéal d'art l'élevant au-dessus des préoccupations de métier. Il +est le trait d'union entre Giotto et Raphaël et, grâce à lui, la peinture +fit en avant le pas décisif qui devait aboutir à l'admirable +efflorescence du XVIe siècle. + +I.--MASACCIO. _Adam et Ève chassés du Paradis_. Intéressante étude +d'anatomie poussée à un réalisme outré. + +II.--FILITPPINO LIPPI. _Saint Paul visitant saint Pierre dans sa +prison_. + +III.--MASACCIO. _Le tribut à César_. Sur l'ordre du Christ, saint +Pierre, à genoux près d'une rivière, prend dans la bouche du poisson la +pièce destinée au tribut réclamé par le publicain. + +Cette admirable composition est divisée par les plans en trois actions. +Jésus, au centre, entouré de ses disciples, est une figure d'une sévérité +et d'une beauté surprenantes. D'un geste impératif il ordonne à Pierre +d'aller vers la rivière qui coule au fond chercher la pièce du tribut +dans la bouche d'un poisson et l'incrédulité de l'apôtre forme un +saisissant contraste avec la foi profonde et extasiée de l'apôtre Jean. + +Le fond représente Pierre prenant au poisson la pièce du tribut, tandis +que sur la droite de la fresque, il la remet au publicain. + +Le Christ et ses disciples sont vêtus de la toge, tandis que la belle +figure, vue de dos, du publicain porte le costume populaire et semble +sortir du mur, tant sont grandes la vérité de l'attitude et la perfection +du dessin. + +IV.--MASACCIO. Composition en deux parties terminée par Filippino Lippi. + +A. (A gauche) _Saint Pierre ressuscitant Eutychus_. L'apôtre debout, +vu de dos, d'un geste noble, étend le bras vers le jeune Eutychus. De +nombreux personnages groupés entourent l'apôtre et assistent à la scène. +Eutychus a été terminé par Filippino sur l'esquisse laissée par Masaccio. +C'est une figure nue, aussi admirable d'anatomie juvénile que d'adoration +respectueuse envers le saint qui l'a rappelée à la vie. + +B. (A droite) _Saint Pierre adoré comme chef de l'Église_. Une scène +de toute beauté le représente assis sous un auvent, dans toute sa majesté +de chef de l'Église. Il a les mains jointes et les yeux levés au ciel; +devant lui sont prosternés deux laïcs et un religieux. + +Les deux scènes de la composition n'ont aucun rapport entre elles, mais +elles se relient insensiblement par la manière dont l'artiste a disposé +les personnages intermédiaires. + + + +IL CARMINE+ + + +FRESQUES DE LA CHAPELLE BRANCACCI+ +______________________________________________________________________ +| | | | +| PILIER | _Mur de gauche_ | | +| | | _Retour du mur | +| I | | sur la | +| | MASACCIO | fenêtre_ | +| ADAM ET ÈVE | | | +| | III | | +| CHASSÉS | | | +| | LE TRIBUT A CÉSAR | V | +| DU PARADIS | | | +|_________________|________________________________|_________________| +| | | | +| II | IV | VI | +| | | | +| SAINT PAUL | | | +| | | | +| VISITANT | LA RÉSURRECTION D'EUTYCHUS | - | +| | | | +| SAINT PIERRE | | | +| | | | +| DANS SA PRISON | | | +|_________________|________________________________|_________________| +|____________________________________________________________________| +| | | | +| PILIER | _Mur de droite_ | | +| | | _Retour sur | +| | | le mur de la | +| | MASOLINO | fenêtre_ | +| MASACCIO | | | +| | III | MASACCIO | +| | | | +| I | RÉSURRECTION DE TABITHE | V | +| | | | +|_________________|________________________________|_________________| +| | | | +| | | | +| | | | +| FILIPPINO | FILIPPINO LIPPI | MASACCIO | +| | | | +| LIPPI | | | +| | IV | | +| | | | +| II | CRUCIFIEMENT DE SAINT PIERRE | VI | +| | | | +|_________________|________________________________|_________________| + + +V.--MASACCIO. _Saint Pierre prêchant_. + +VI.--MASACCIO. _Saint Pierre et saint Paul guérissant les malades par +leurs ombres_. + +Miracle s'accomplissant dans une rue du moyen âge descendue par les +apôtres et où leur ombre projetée contre le mur guérit trois infirmes +dont le plus jeune, allongé à terre, est une figure d'un naturalisme +saisissant. + +VII.--MASACCIO. _Saint Pierre baptisant_. + +Les hommes nus qui attendent leur tour au bord du fleuve sont surprenants +d'anatomie; la figure grelottante de froid est célèbre. + +VIII.--MASACCIO. _Saint Pierre et saint Paul distribuent des +aumônes_. + +IX.--MASOLINO DA PANICALE. _Saint Pierre et saint Paul guérissant un +boiteux et ressuscitant Tabithe_. + +Cette double scène se passe sur une vaste place au fond de laquelle +s'élèvent des maisons appartenant à l'architecture du XIVe siècle et +bordées de portiques. A droite se trouve le boiteux et à gauche Tabithe +revenant à la vie entourée de tous les siens. Deux petits personnages, en +costumes du commencement du XVe siècle, coiffés d'espèces de turbans et +vêtus de courts manteaux à larges manches, s'avancent au milieu de la +place causant entre eux, et donnent bien à cette fresque le caractère de +Masolino auquel elle est attribuée; le dessin moins large et l'attitude +moins naturelle que dans les œuvres de Masaccio, la différencient +complètement. + +X.--FILIPPINO LIPPI. Composition en deux parties, grise et manquant de +caractère. (A droite) _Saint Pierre et saint Paul comparaissant devant +le proconsul romain_. (A gauche) _Crucifiement de saint Pierre_. + +Ces fresques ont déjà quelque chose de cette recherche qui aboutira pour +Filippino Lippi à celles de Santa Maria Novella. Les trois hommes en +rouge qui assistent au supplice sont certainement la meilleure partie de +la fresque. + +XI.--MASACCIO. _Adam et Ève après le péché_, deux superbes figures +nues; le corps de la femme est particulièrement intéressant. + +XII.--FILIPPINO LIPPI. _Délivrance de saint Pierre_, la meilleure de +ses fresques. + +L'Ange vêtu de blanc, les mains croisées, précède saint Pierre sur le +seuil de la prison et l'invite à en sortir. Le saint, tourné vers lui de +profil, a l'air de lui demander avec le naturel le mieux rendu s'il doit +vraiment le faire. A droite de la porte, le soldat qui garde la prison +s'est endormi; ses jambes fléchissent sous le poids du sommeil et il +tomberait s'il n'était appuyé contre le mur et soutenu par sa lance. + + +______________________________________________________________________ +| | +| IL CARMINE--SACRISTIE | +| | +| +SPINELLO ARETINO ou LOR. DI BICCI+ | +| | +| _Mur de gauche_ | +| | +| | +| | +| BANQUET NUPTIAL | ENTRETIEN | +| | +| DE SAINTE CÉCILE | DES | +| | +| ET DE VALENTINIEN | DEUX ÉPOUX | +| ______________________________________________________________ | +| | | | | | +| | Ste CÉCILE ET | ILS | | | +| | | | | | +| | VALENTINIEN | INSTRUISENT | | | +| | | | BAPTÊME | | +| | REÇOIVENT D'UN | TIBURCE | | | +| | | | DE | | +| | ANGE DES | DANS LA FOI | | | +| | | | TIBURCE | | +| | COURONNES | CHRÉTIENNE | | | +| | | | | | +| | DE FLEURS | | | | +| |___________________|____________________|___________________| | +| | | | | +| | | | | +| | | | | +| | SAINTE CÉCILE FAISANT DES | | | +| | | 400 PERSONNES | | +| | AUMÔNES EST ARRÊTÉE | | | +| | | | | +| | | SONT BAPTISÉES | | +| | | | | +| | SAINTE CÉCILE PRÊCHE LA FOI | | | +| | | | | +| | | | | +|___|________________________________________|___________________|___| + + + +______________________________________________________________________ +| | +| IL CARMINE--SACRISTIE | +| | +| +SPINELLO ARETINO ou LOR. DI BICCI+ | +| | +| _Mur de droite_ | +| | +| | +| | +| UN VIEILLARD | BAPTÊME | +| | +| INSTRUIT VALÉRIEN | DE | +| | +| DANS LA FOI CHRÉTIENNE | VALÉRIEN | +| ______________________________________________________________ | +| | | | | | | +| | | | | | | +| | VALÉRIEN ET | BAPTÊME | Ste CÉCILE | | | +| | TIBURCE | | | | | +| | CONVERTISSENT| DE MAXIME | ENCOURAGE | ILS ONT | | +| | MAXIME | | | | | +| | QUI LES | ET DE SA | LES DEUX | LA TÊTE | | +| | CONDUISAIT | | | | | +| | AU | FAMILLE | FRÈRES | TRANCHÉE | | +| | SUPPLICE | | | | | +| | | | AU MARTYRE | | | +| | | | | | | +| |______________|______________|_______________|______________| | +| | | | | | +| | | | | | +| | MARTYRE DE | | LA MAISON DE | | +| | | | | | +| | SAINTE CÉCILE. | ENTERREMENT | SAINTE CÉCILE | | +| | | | | | +| | SON SANG EST | DE | EST | | +| | | | | | +| | RECUEILLI PAR | SAINTE CÉCILE | TRANSFORMÉE | | +| | | | | | +| | LES CHRÉTIENS | | EN CHAPELLE | | +| | | | | | +|___|___________________|____________________|___________________|___| + + +Dans la +sacristie+, où l'on entre par le bras droit du transept, à +côté de la chapelle Brancacci, on remarque sur les embrasures de la +fenêtre deux fresques découvertes en 1858 et relatives à l'histoire de +_sainte Cécile_. Elles sont de SPINELLO ARETINO et ont encore la +naïveté et la raideur giottesques. + +Dans le +cloître+, à droite de l'église, on a retrouvé en 1851 des +restes de fresques qu'on a crues être la fameuse procession de la +dédicace de l'église peinte par MASACCIO et où, selon Vasari, «les +portraits étaient si frappants qu'on y reconnaissait même jusqu'au +portier du couvent». Les parties retrouvées tiennent en effet de +Masaccio; mais il est bien difficile de croire que ce puisse être l'œuvre +primitive, l'église ayant été détruite par l'incendie de 1771 et, par +conséquent, le mur où elle se trouvait. Une autre _fresque_ +représente _la Vierge avec l'Enfant Jésus et les Évangélistes_; elle +est attribuée à GIOVANNI DA MILANO. + +Dans le +réfectoire+, sur le cloître, une _Cène_ d'ALESSANDRO +ALLORI. + + + + ++ENVIRONS DE FLORENCE+ + + + +NORD-EST + + + ++PORTE SAN GALLO+ + ++--ÉGLISE SAINT-DOMINIQUE DE FIESOLE, BADIA DE FIESOLE, SAN ANSANO+. + ++II.--FIESOLE+. + ++III.--FIESOLE, VINCIGLIATA, ÉGLISE SAN SALVI+. + + + +I + +SAINT-DOMINIQUE DE FIESOLE, LA BADIA DE FIESOLE, SAN ANSANO. + +(_Deux heures de voiture_.) + + +On sort de la ville par la vieille +porte SAN GALLO+, de 1330, +autrefois décorée de fresques disparues de Ghirlandajo, et l'on suit la +via Boccaccio sur la rive droite du Mugnone, affluent de l'Arno, d'où +l'on découvre bientôt la belle campagne mamelonnée des environs de +Florence, sillonnée de villas. On passe devant la +VILLA PALMIERI+ +où Boccace écrivit son Décameron, pendant la peste de 1348, et dont il +fit le lieu de ses contes, puis on atteint Saint-Dominique, au-dessus +duquel se dresse Fiesole sur la haute colline où s'étagent en terrasses +ses villas et ses jardins et où se découpent sur le ciel clair les +silhouettes grêles des oliviers et des cyprès auxquels le paysage toscan +emprunte son charme poétique et profond. + ++SAINT-DOMINIQUE DE FIESOLE+, un des premiers établissements +dominicains en Toscane, et le couvent où pendant de longues années +peignit et vécut l'Angelico. L'église, précédée d'un portique du XVIe +siècle aux armes des Médicis, n'a aucun caractère et est de toutes les +époques. A l'+intérieur+, derrière le maître-autel, un grand tableau +d'ANGELICO est médiocre. + ++Deuxième chapelle+ à droite. + +LORENZO DI CREDI, _Baptême du Christ_, pâle inspiration du +chef-d'œuvre de son maître, le Verrocchio, à l'Académie. + ++Troisième Chapelle+. + +ANDREA PERRUCI. Beau _Christ_ sculpté en bois, de grandeur +naturelle. + +Le chemin qui se détache sur la gauche de Saint-Dominique conduit à la +Badia. + ++LA BADIA FIESOLANA+ est située sur une colline dominant le cours du +Mugnone et possède la plus admirable vue, d'un côté sur Florence et de +l'autre sur Fiesole. + +La Badia est un des monuments les plus anciens de la Toscane. Dès 406, +elle était un château fortifié; elle devint, en 1028, le plus riche et le +plus célèbre monastère de Bénédictins de la Toscane et presque de +l'Italie. En 1440, à la prière de Cosme l'Ancien, le pape Eugène IV donna +le couvent aux chanoines du Latran; c'est de cette époque que date toute +sa splendeur. Cosme employa une partie des richesses du couvent à le +restaurer magnifiquement sous la direction de BRUNELLESCHI et en fit l'un +de ses séjours préférés (1462). Aussi y fondait-il bientôt la célèbre +Académie Platonicienne où il réunissait ses familiers et les «clients» de +sa maison, les Ange Politien, les Marsile Ficin, les Pic de la Mirandole +et tous ceux auxquels la solitude était indispensable pour favoriser le +travail de la pensée. Michel-Ange y habita longuement et les graves +enseignements dont il était entouré ne contribuèrent pas médiocrement à +hâter la maturité de son puissant esprit. + +La façade de la Badia n'a conservé qu'une partie de son revêtement du +XIVe siècle, en marbre blanc et cipolin, antérieur à celui de San +Miniato. On entre, à droite de la façade, dans un vestibule d'où part +l'escalier montant au +cloître+ rectangulaire édifié par +BRUNELLESCHI, dont le portique est surmonté d'une galerie couverte. + +Tout a été traité dans le cloître, comme dans le reste de l'abbaye, avec +une simplicité sévère et voulue, mais dans un style ample et pur. Sur un +des côtés s'ouvre la petite +chapelle+ privée réservée aux moines. +La décoration de la porte, des deux fenêtres sur le cloître et +l'encadrement de l'ancien retable en pierre grise sont d'une élégante +simplicité. + +Le +Réfectoire+, précédé d'une salle où se trouve un lavabo de style +classique et d'un goût exquis, possède une ravissante _chaire_ en +pierre grise à laquelle on monte par un escalier pratiqué dans le mur et +contenu dans une baie ouverte. Les sculptures de premier ordre dont elle +est ornée représentent des chérubins, des guirlandes et de délicats +fouillis de feuillages. + +A la suite du cloître, un portique ouvert, à cinq arcades surmontées +d'une loggia, donne sur des jardins d'où la vue sur Florence est de toute +beauté. + +Dans le +vestibule+ allant du cloître à l'église, un charmant +_lavabo_ en marbre blanc, ouvrage de MINO DA FIESOLE, se compose +d'une vasque oblongue soutenue par un pied sur lequel courent des +dauphins. Ce lavabo est encadré d'un ordre architectonique dont la frise +porte les armes des Médicis. + ++L'église+, d'une pureté et d'une simplicité remarquables, est en +forme de croix latine à une seule nef, sur laquelle, de chaque côté, +quatre grandes baies cintrées donnent accès à des chapelles. Le transept, +plus élevé de quelques marches, conduit au chœur terminé carrément; à la +croisée quatre arcatures soutiennent une coupole en rotonde arrondie; +enfin, à chaque extrémité du transept, s'ouvrent deux ravissantes portes +d'ordre classique aux armes des Médicis. La décoration sobre et +harmonieuse du monument est formée par des encadrements qui se détachent +sur des pilastres de pierre grise. + +Les autels sont également en pierre grise, sauf l'autel principal, bel +ouvrage en mosaïque de marbre de la même époque. + +Revenu à Saint-Dominique, on commence à gravir les lacets de la colline +de Fiesole au milieu de vignes et d'oliviers étagés sur des terrasses. +Après avoir laissé à droite la route de Majano, on passe au pied de +l'ancien COUVENT DE LA DOCCIA, fondé en 1414 et dont le portique par +SANTI DI TITO fut élevé, dit-on, sur les dessins de MICHEL-ANGE. Avant +d'arriver à Fiesole, on prend à gauche l'ancienne route de piétons, la +via Fiesolana, qui descend rapidement à la petite église de San Ansano. + ++L'ÉGLISE DE SAN ANSANO+ fut fondée au Xe siècle. En 1200, elle +dépendait de la compagnie de la Trinité de Florence et elle fut ensuite +canonicat de la cathédrale de Fiesole, dont elle constituait un bénéfice. +Achetée en 1795 par le chanoine Bandini, elle fut convertie par lui en un +musée qu'il légua à la commune de Fiesole. + +Les quatre tableaux les plus intéressants sont les quatre +_Triomphes_ de BOTTICELLI, petits panneaux sur bois, superbes de +composition, mais malheureusement mal conservés. 1° (Mur de droite) +_Triomphe du Temps_. Saturne, vieux et cassé, est perché au sommet +d'un cadran d'horloge où les heures d'or se détachent sur fond noir. Le +cadran est soutenu sur un char triomphal par deux génies aux pieds +desquels deux chiens couchés, l'un blanc, l'autre noir, symbolisent le +jour et la nuit. Le char, couvert d'une housse rouge richement brodée +d'or, est traîné par deux cerfs, image de la rapidité du temps. + +2° _Triomphe de la Chasteté_. Sur un socle doré placé à l'arrière +d'un char, la Chasteté debout, vêtue d'une robe de bure semée de chardons +d'or, tient une palme. A ses pieds, Éros est enchaîné par deux femmes, +tandis qu'une troisième bande son arc et qu'une quatrième accourt +apportant d'autres liens. Au char sont attelées les licornes symboliques +de la pureté, conduites par des femmes à peine voilées de tuniques +transparentes, que soulève le vent; l'une d'elles marche en avant, avec +la bannière de la pureté, une hermine détachée sur un fond rouge. + +3° (Mur de gauche) _Triomphe de l'Amour_. Il est représenté par une +figure de bronze aux ailes dorées qui s'envole en décochant ses traits, +au-dessus d'un bûcher autour duquel un vieillard, un guerrier et une +jeune femme sont assis enchaînés. + +Aux quatre angles du char triomphal de l'Amour sont placés des génies +dorés; son attelage est composé de quatre chevaux blancs autour desquels +se pressent de nombreux personnages. + +4° _Triomphe de la Religion_. La Foi, l'Espérance et la Charité sont +agenouillées sur un char tiré par les bêtes symboliques données comme +attribut aux quatre Évangélistes. + +Au-dessus du char entouré de figures agenouillées plane le Père Éternel +bénissant. Cette composition, très endommagée, est inférieure. + +On retrouve dans ces œuvres de Botticelli, malgré les repeints nombreux, +le charme excessif de sa poétique et ravissante nature. Les figures de +femmes dans le _Triomphe de la Chasteté_ paraissent les sœurs de +celles du Printemps ou de la Calomnie, tant elles ont semblable envolée +et grâce légère dans leur élégante silhouette. + +A droite de l'entrée, _Enfant Jésus bénissant_, délicieuse petite +figure nue de LUCA DELLA ROBBIA. + +Du même côté, le bénitier est bordé d'une guirlande de feuilles et de +fruits au milieu de laquelle est représenté un buste vu de face. + +Il a pour pendant un autre médaillon à peu près du même genre, mais moins +parfait d'exécution. Au-dessus du chœur, belle tête de _Saint +Jean-Baptiste_ dans un médaillon. + +Sur la porte de la sacristie, _la Visitation_, haut relief +polychrome d'ANDREA DELLA ROBBIA. + +Sur la porte opposée, un admirable _Saint Jean-Baptiste à genoux devant +le Christ_, émail blanc sur fond de couleur. + +Le devant de l'autel est formé d'une terre cuite dorée, en haut relief, +l'_Adoration des Pasteurs_, attribuée à MICHEL-ANGE. + +Dans le passage de la sacristie se trouve une petite chapelle dont +l'autel est surmonté d'un magnifique médaillon de LUCA DELLA ROBBIA, +_la Vierge à genoux_, les mains jointes, en adoration devant +l'Enfant avec deux anges volant à ses côtés. + +Les œuvres des DELLA ROBBIA sont en si grand nombre à San Ansano, +qu'elles constituent un véritable musée de cet art charmant où s'allient +le plus souvent la perfection de la forme, le charme de la couleur et la +poésie raffinée du sentiment. Là, mieux que partout ailleurs, grâce à la +quantité et à la qualité des ouvrages exposés aux regards, on peut +étudier la tradition et l'histoire des terres cuites émaillées. Et cela +est particulièrement vrai pour Luca, tant cette église est riche en +pièces qui peuvent compter parmi les meilleures du vieux maître, et dans +lesquelles se concilient ses admirables qualités de profonde sincérité +réaliste et de grâce émue et touchante. + + + + +II + +FIESOLE. + + ++FIESOLE+, l'ancienne Fæsulæ des Romains, est une vieille cité +étrusque, dont les murs sont en partie conservés. De la vaste place qui +couronne la colline où est bâtie Fiesole, la vue sur Florence et sa belle +campagne est admirable. + ++LA CATHÉDRALE+ est le type le plus ancien et le plus parfait de +l'architecture toscane, inspirée des basiliques du XIe siècle. Elle fut +construite en l'année 1228, et a trois nefs séparées par des colonnes +inégalement placées, dont la plupart ont des chapiteaux antiques +simplement posés sur leur fût. A la hauteur de l'avant-dernière travée, +se dresse l'autel destiné aux fidèles, car, au moyen âge, le chœur était +un endroit consacré où les laïcs n'avaient pas le droit de pénétrer. +Devant cet autel, des escaliers descendent à la +crypte+ ouverte par +cinq baies. Elle est formée de trois courtes nefs séparées par quatre +légères colonnes à chapiteaux étrusques et a pour clôture une admirable +_grille_ de 1300 à médaillons quadrilobés. + +Dans la crypte, au fond de son abside, se trouve une statue en terre +cuite vernissée de _San Romolo_ par les DELLA ROBBIA. La curieuse +fresque qui la décore représente Fiesole au XIIIème siècle. Au-dessus de +cette abside s'élève le +chœur+ auquel on accède par des degrés +placés de chaque côté. Le maître-autel est surmonté d'un triptyque où +sont peints sur fond d'or la Vierge et quatre Saints de l'école de +GIOTTO. + +A gauche du chœur, se dresse le _tabernacle_ en marbre blanc d'ANDRÉ +FERRUCCI; c'est un excellent ouvrage de la fin du XVe siècle, divisé en +trois niches: celle du milieu contenant un colossal ciboire; celles des +côtés, _l'Annonciation_ en deux parties. Également dans le chœur, +l'on voit le tombeau de l'évêque Jacopo Bavaro, fondateur de l'église. + +La première chapelle à droite du chœur est la +chapelle Salutati+. + +Sur le mur s'élève le _tombeau de l'Évêque Lionardo Salutati_, +exécuté de son vivant par MINO DA FIESOLE (1466). C'est un des premiers +ouvrages de Mino, et assurément son chef-d'œuvre, car l'artiste n'a +jamais retrouvé par ailleurs les qualités de grâce fraîche et jeune +alliées au fini de l'exécution. Le monument est composé d'un magnifique +sarcophage de marbre blanc, de forme antique, reposant sur des consoles +entre lesquelles est placé le buste de l'évêque, admirable de vie, de +vérité, de bonté, de finesse et d'intelligence. En face du tombeau, +contre le mur, le retable de marbre blanc fut commandé également à Mino +par l'évêque Salutati. + +Cette œuvre fait déjà pressentir, par sa facture plus compliquée, le +défaut de simplicité et le maniérisme qui sera plus tard généralement +affecté par Mino da Fiesole. + +Le retable est divisé en trois parties: la partie centrale est occupée +par la _Vierge_ en relief, adorant l'Enfant traité en ronde bosse, +entre saint Rémi guérissant un boiteux, et saint Léonard en mendiant, +figures en bas-relief. + +La pluralité des plans montre déjà dans cet ouvrage de Mino son amour +pour la complication des lignes et pour la surcharge des procédés, +défauts destinés à exercer plus tard une si fâcheuse influence sur son +style. + +Le +Campanile+ de 1213 est une tour carrée d'aspect élancé, terminée +par des mâchicoulis et par des créneaux. + ++LE THÉÂTRE ANTIQUE+ était situé sur l'autre versant de la colline +de Fiesole au nord. Une partie de l'hémicycle avec seize rangs de gradins +a été exhumée dans des fouilles récentes. La vue qu'on découvre de ces +ruines sur Fiesole et sur sa campagne est de toute beauté. + +Sur la place de l'église s'élèvent, d'un côté le palais épiscopal et le +séminaire, et de l'autre le palais Pretorio du XIIIe siècle, qui porte +les armoiries des podestats et contient le musée où sont conservés +quelques objets provenant des fouilles faites à Fiesole. + +L'ÉGLISE SANTA MARIA PRIMERANA s'élève à côté du palais Pretorio. + +A droite du chœur est un magnifique retable, l'un des premiers ouvrages +de LUCA DELLA ROBBIA, le Christ en croix avec deux anges recueillant son +sang dans des calices. Autour de lui sont groupés, dans des attitudes +désolées, la Vierge, saint Jean et la Madeleine. + + + + +III + +DE FIESOLE PAR VINCIGLIATA A SAN SALVI + +(_Environ cinq heures de voiture_.) + + +De Florence, après avoir gagné Fiesole qu'on traverse, on contourne le +mont Cectioli au sud-est de Fiesole et l'on suit une arête au travers +d'un bois clairsemé de pins et de cyprès d'où l'on domine des deux côtés, +à une grande hauteur, un paysage montagneux de toute beauté. La route de +Vincigliata, bordée de hauts cyprès, se détache bientôt et l'on plonge +sur tout le bassin de Florence que l'on découvre à ses pieds avec la +ceinture des Apennins purement découpés sur l'horizon. On laisse à droite +le CASTEL DI POGGIO, petit château avec des restes de fortifications dans +une magnifique situation, en face du monte Cectioli, puis la route +descend par de longs lacets, avec la vue toujours étendue sur le paysage +unique qu'on admire depuis Fiesole, vers le château de Vincigliata qu'on +aperçoit au-dessous de soi. + + ++LE CHÂTEAU DE VINCIGLIATA+ (permission à Florence) appartient à un +Anglais, M. Temple Leader, qui le releva de ses ruines de 1855 à 1867, et +reconstitua ainsi le type à peu près unique d'un château fort italien du +XIVe siècle. Le château proprement dit est une masse carrée dominée par +une tour carrée, le tout formidablement hérissé de mâchicoulis et de +créneaux et entouré d'une enceinte défendue par deux tours, dont l'une +forme l'entrée, tandis que s'étendent en face les bâtiments d'habitation +reliés à l'entrée par une sorte de galerie formant cloître. + +De ces appartements, situés en contre-bas du grand préau dont est +entourée la tour centrale, on monte à celui-ci par un escalier intérieur +qui débouche sous le portique d'une de ses faces (les deux autres étant +occupées par des bâtiments). + +Toute cette cour est garnie d'écussons et de sculptures comme la cour du +Bargello, et, comme celle-ci, elle a un escalier extérieur montant à +l'étage supérieur. + +Quant aux bâtiments d'habitation, les appartements sont intelligemment +restaurés dans le goût de l'époque. A la chapelle et à la salle de +justice succède la salle d'armes décorée de fresques provenant de +l'ancien hôpital de Santa Maria della Scala, _la Vie de saint +Bernard_ attribuée à SPINELLO ARETINO. + +De Vincigliata la route gagne la vallée par de nombreux lacets, et après +avoir franchi le Torrent de la Mensola, elle atteint +SAN MARTINO DE LA +MENSOLA+ dont l'église possède un retable attribué à FRA ANGELICO; +puis on rejoint par une pente rapide la route de Settignano à San Salvi. + ++SAN SALVI+ est un ancien couvent de la règle de Vallombreuse, +mentionné dès 1084, mais dont il ne subsiste que peu de restes. + +Dans le +réfectoire+ s'est heureusement conservée une œuvre des plus +importantes, peinte par ANDREA DEL SARTO, de 1526 à 1527, dans les toutes +dernières années de sa vie. Cette composition est peut-être la seule +_Cène_ qui puisse, de loin il est vrai, être rapprochée de la +fresque de Léonard comme grandeur de composition et comme noblesse de +mise en scène. + +On ne peut naturellement réclamer des maîtres de la grande Renaissance la +simplicité émue et l'intensité parfois poignante des vieux maîtres, pour +lesquels la peinture n'était que le moyen de fixer en eux-mêmes le +souvenir de leurs visions. Rien de pareil ici; on est en face d'une forme +d'art pour laquelle le sujet importe peu, ou n'est plus rien, et où tout +se réduit à obtenir l'eurythmie, par des procédés purement techniques. + +Les artistes atteignent un véritable summum dans les groupements naturels +et harmonieux, dans la beauté de l'attitude et du mouvement, dans la +science du coloris, la richesse de la draperie, dignes de toute +admiration, mais il ne faut pas leur demander d'exprimer de certaines +émotions qu'ils sont bien incapables de ressentir. + +Le long des murs, quelques belles figures de Saints sont encore des +ouvrages de jeunesse d'Andrea del Sarto. + +On rentre à Florence par la place Beccaria, au milieu de laquelle a été +conservée la vieille porte Santa Croce. + + + + +NORD-OUEST ET OUEST + + + ++PORTA AL PRATO+ + ++I. CARREGGI, PETRAJA, VILLA DE CASTELLO, LA DOCCIA, SAN STEFANO IN +PANE, PONTE A RIFREDI+. + ++II. PERETOLA, BROZZI, SAN DONINO, POGGIO A CAJANO+. + + + + +I + +CARREGGI, LA PETRAJA, VILLA DE CASTELLO, LA DOCCIA, ÉGLISE SAN STEFANO IN +PANE, PONTE A RIFREDI. + +(_Environ cinq heures de voiture_.) + +On sort de la ville par la Porte al Prato, et, après avoir traversé le +Mugnone et dépassé la colline de Fiesole qu'on laisse sur la droite, on +suit la route de Ponte a Rifredi jusqu'à l'entrée de ce village, où l'on +tourne à droite pour atteindre bientôt Carreggi. + ++LA VILLA DE CARREGGI+ fut bâtie par Cosme le Vieux. MICHELOZZO +MICHELOZZI la construisit dans ce style classique gréco-romain qui alors +pour l'Italie était une sorte de rage. + +Le vieux Cosme destinait Carreggi à devenir l'asile de tous les savants +proscrits auxquels il tendrait une main secourable et hospitalière. Cette +maison ne tarda pas à lui être un lieu de prédilection, à l'égal de sa +chère Badia de Fiesole, si bien qu'il y mourut en 1464, chargé d'ans et +de renommée, après avoir donné à la peinture et à l'architecture +l'impulsion qui, de saintes et originales qu'elles étaient, les a faites +magnifiquement copistes. + +Son fils Pierre eut assez à faire avec les difficultés intérieures et +extérieures qu'il rencontra, pour n'avoir pas grand temps à donner aux +plaisirs intellectuels; mais son petit-fils Laurent hérita des goûts de +son grand-père, et la villa de Carreggi devint le rendez-vous de tous les +hellénistes et de tous les latinistes de l'époque, à l'exclusion de la +Badia, trop sévère pour ses goûts de magnificence. Laurent rétablit à la +villa Carreggi les entretiens du jardin d'Academos, et, ayant découvert +que la Grèce fêtait le 17 novembre l'anniversaire de la naissance de +Platon, chaque année il y célébrait cette date à grand renfort de +musiciens et de discussions philosophiques. Étant tombé malade à +Florence, Laurent se fit aussitôt transporter à sa chère villa, où il +mourait en 1492, après avoir appelé à son lit de mort Jérôme Savonarole +dont l'ascétique figure parut terrible et jeta l'effroi dans ce léger +milieu païen. + +On raconte que, pour rester jusqu'au bout fidèle à ses traditions +athéniennes, Laurent fit élever à Carreggi son second fils Jean, celui +qui devait être le pape Léon X. + +De sa splendeur passée, la villa n'a conservé que ses beaux jardins; elle +appartient actuellement à la famille Orsi. + +La route descend vers le torrent de la Terzolla qu'elle franchit, +contourne les bâtiments du couvent della Quiete et arrive rapidement à ++LA VILLA PETRAJA+. La villa royale de la Petraja (permission à +Pitti), construite par BUONTALENTI, a conservé assez grand air en dépit +des réparations. C'est un édifice carré surmonté d'une sorte de beffroi +bordé de deux galeries extérieures. Cette tour fortifiée rappelle la +destination de la villa, château fort jusqu'en 1608, époque où les +Médicis la transformèrent. La Petraja s'élève au pied des montagnes, sur +leurs dernières pentes, et est précédée de beaux jardins étagés en +terrasses d'où l'on découvre un panorama splendide d'une immense étendue +sur Florence et les montagnes. A droite du château se présente une +ravissante _fontaine de_ TRIBOLO, sorte de vasque, d'où s'élève une +colonne de marbre blanc décorée de satyres chevauchant des dauphins, et +destinée à supporter une deuxième vasque ornée de guirlandes tenues par +des génies. De cette conque émerge un piédestal qui sert de support à une +charmante baigneuse de bronze tordant ses cheveux, ouvrage de JEAN DE +BOLOGNE. + +L'ancienne cour, transformée en salon vitré, est décorée de +_fresques_ de DANIEL DE VOLTERRA sous le portique; d'autres fresques +du XVIIe siècle sont relatives à l'histoire des Médicis. Le beau parc de +la villa la relie à celle de Castello qu'on gagne à pied en quelques +minutes. + ++LA VILLA ROYALE DE CASTELLO+, située plus bas que la Petraja, +possède, à défaut d'étendue, un beau jardin dessiné et créé par Cosme +l'Ancien et auquel on a conservé les dispositions de l'époque. La +décoration en fut confiée au sculpteur NICOLAS TRIBOLO en 1550, et il fut +orné de sculptures antiques provenues en majeure partie de l'ancien dôme +de Florence avant qu'Arnolfo di Cambio ne l'eût transformé. Au milieu du +jardin s'élève une magnifique _fontaine_ monumentale composée de +deux vasques superposées, ouvrage de TRIBOLO. Sur le bord de la première +sont couchées quatre ravissantes statuettes de bronze, sur la seconde se +dresse un groupe en bronze, _Hercule et Antée_. + +Dans la partie supérieure du +jardin+, sous la terrasse, s'ouvre une +grotte artificielle en rocaille où s'agite au-dessus de fontaines la +ménagerie la plus étrange, rhinocéros, girafes, ours, loups, lions, +singes etc., etc. Sur les bords des superbes vasques formées par des +sarcophages antiques, des oiseaux en bronze dus à JEAN DE BOLOGNE sont +posés un peu partout. + +De la villa de Castello, une marche de quelques minutes conduit à la ++Doccia+, la célèbre manufacture de faïences fondée en 1735 par le +marquis Ginori. Un petit musée contient les plus intéressants types de +fabrication. + +En sortant de la Doccia, on repasse devant Castello pour atteindre +l'église de +San Stefano in Pane+. Elle possède un beau retable en +terre vernissée polychrome, par JEAN DELLA ROBBIA. + +Deux Saints gardent le tabernacle entouré d'une double bordure +d'arabesques et de chérubins et surmonté d'un vase de fleurs d'où partent +des guirlandes de fruits. Au-dessus, deux Anges volent en soutenant une +couronne sur la colonne mystique. + + +II + +PERETOLA, BROZZI, SAN DONINO, POGGIO A CAJANO. + +(_Environ cinq heures de voiture_.) + +On sort de Florence par la porte de Prato et, après avoir traversé le +Mugnone, on longe le parc de la villa San Donato Peretola. + ++L'ÉGLISE SAINTE-MARIE+, fondée au XIIe siècle, est depuis 1449 un +fief de Sainte-Marie Nouvelle. + ++Brozzi+. Les vieilles familles florentines des Strozzi, des +Cavalcanti, des Ruccellai possédaient à Brozzi des palais dont les +façades délabrées sont encore ornées de leurs armoiries. + ++San Donino+. A droite de la route, on a une fort belle vue sur le +monte Gione et les Apennins; on traverse l'Ombrone sur un pont et on se +trouve dans le pittoresque village de Poggio a Cajano admirablement situé +sur les collines que bordent la rive droite de l'Arno. Au nord, s'étend +la chaîne des Apennins dont on s'est sensiblement rapproché et qui +profilent leurs belles découpures au-dessus d'un riant paysage. + ++LA VILLA ROYALE DE POGGIO A CAJANO+ est située sur le point +culminant de la route qui conduit à Lucques, de sorte que ses trois +façades offrent chacune une charmante vue: l'une sur Florence, l'autre +sur les montagnes et les villages dont elles sont semées, et enfin la +troisième sur Prato, Pistoia, Sesto et tout le val d'Arno inférieur. + +Laurent le Magnifique, séduit par la position délicieuse de Poggio a +Cajano, voulut en faire sa résidence de prédilection et demanda un plan à +tout ce que Florence comptait alors de plus célèbre en architectes et en +peintres. Celui de JULES DE SAN GALLO eut la préférence; seulement +Laurent exigea qu'il y ajoutât un escalier extérieur, pris sur un autre +dessin et grâce auquel on pourrait accéder à cheval jusqu'au haut du +perron. Il voulut encore que le plafond de la grande galerie fût +circulaire: construction audacieuse pour la science architecturale +d'alors, par suite de ses vastes proportions et que du reste Sangallo +réussit parfaitement. + +Après la mort de Laurent, les travaux interrompus furent repris est +achevés par Léon X, sous lequel furent exécutées les magnifiques fresques +d'ANDREA DEL SARTO, de FRANCIABIGIO et du PONTORNO dont le grand défaut +est de représenter des sujets relatifs aux Médicis, d'un intérêt plus que +médiocre. + +La villa de Cajano rappelle bien des souvenirs de l'histoire de Florence: +Charles-Quint l'habita en 1536, lors du mariage de Marguerite d'Autriche +avec le grand-duc Alexandre. Éléonore de Tolède, femme du grand-duc Cosme +Ier, s'y laissa mourir de faim, après la mort tragique de ses deux fils: +Jean, assassiné par son frère Garcia, et celui-ci, son enfant favori, tué +à son tour devant elle par son père, en punition de ce meurtre. Puis +mourut Cosme, et le grand-duc François, d'amoureuse mémoire, habita +souvent Poggio a Cajano avec Bianca Capello, dont l'histoire offre le +plus étonnant assemblage de toutes les misères et de toutes les fortunes. + +Fille d'un des patriciens les plus fastueux de la République vénitienne, +elle se faisait enlever à dix-sept ans par un commis florentin employé en +face du palais de son père et fuyait avec lui à Florence où elle +l'épousa. La tête de son amant ayant été mise à prix par la République +sérénissime, ils vécurent à Florence cachés et dans la plus extrême +misère jusqu'au jour où Bianca fut aperçue à sa fenêtre par le grand-duc +Francesco qui en devint éperdument amoureux, et qui, après lui avoir +donné un sauf-conduit pour son mari, en fit sa maîtresse et l'installa +superbement dans le palais voisin de Pitti appelé encore de son nom. La +malheureuse Jeanne d'Autriche, que le grand-duc avait épousée sur ces +entrefaites, impuissante à lutter contre son abandon et l'omnipotence +toujours croissante de la maîtresse, mourut bientôt de chagrin, et +l'ascendant de Bianca était tel qu'elle se faisait épouser par le +grand-duc, aussitôt son deuil terminé (1580). + +Trois ans après ce mariage, le jeune grand-duc héritier, fils de Jeanne +d'Autriche, mourait et, à défaut de descendance directe, le cardinal +Ferdinand devint grand-duc présomptif. Comme la perspective de le voir +régner ne pouvait convenir aux ambitions de Bianca, elle simula bientôt +une grossesse et un accouchement, et, le 30 août 1585, elle faisait +passer pour un fils né d'elle un enfant clandestinement apporté. La +supercherie découverte par son beau-frère, le principal intéressé à +l'absence d'héritiers, l'enfant fut déclaré inapte à succéder. A la suite +de ces événements, une haine formidable contre Ferdinand s'étant amassée +dans l'âme de Bianca, elle résolut de se défaire de lui à l'aide du +poison. L'automne suivant, le cardinal fut invité par François à venir +chasser avec lui à Poggio a Cajano, une des réserves les plus giboyeuses +du grand-duc. Le jour même de son arrivée, Bianca, dit-on, lui prépara de +ses mains une espèce de tourte qu'elle savait particulièrement aimée de +lui et y mélangea un de ces subtils poisons dont les Borgia avaient +laissé le secret; mais comme une telle gracieuseté de sa part ne laissait +pas que d'inquiéter le cardinal, il refusa d'y goûter. Le grand-duc, +piqué de l'affront infligé à sa femme par son frère, voulut à son défaut +faire honneur à cette pâtisserie et Bianca, qui devait ou avouer son +crime, ou laisser son mari mourir empoisonné, se décida rapidement à +partager avec lui ce funèbre régal. Le lendemain Francesco et Bianca +étaient morts, et Ferdinand qui succédait lançait sa barrette aux orties. + +Ces événements jetèrent naturellement une certaine défaveur sur la villa +de Laurent; lorsque après un demi-siècle elle devint un lieu d'exil pour +l'espèce de folle que fut Marguerite d'Orléans, fille de Monsieur, +qu'avait épousée, pour son malheur, le grand-duc Cosme III et dont les +extravagances furent telles que l'on consentit à la laisser retourner en +France, trop heureux de s'en débarrasser. + +Le fils de Cosme III, Ferdinand, habita presque exclusivement Poggio pour +vivre séparé de sa femme Violante de Bavière, dont il n'avait pu avoir +d'héritiers, et Poggio redevint alors ce qu'il avait été sous Laurent, un +lieu de plaisir et de fêtes continuelles. Après cette dernière splendeur, +l'histoire politique et scandaleuse de la villa fut terminée; elle resta, +toutefois, bien de la couronne et elle appartient encore, aujourd'hui, à +la maison royale d'Italie. + +La villa Poggio a Cajano est restée telle qu'elle était au temps des +Médicis, un édifice carré sans grand caractère, dont le rez-de-chaussée +est orné d'un portique et dont la façade présente une colonnade en style +classique. D'admirables jardins l'entourent, ceux où Laurent se livrait à +son goût pour l'agriculture et la zoologie. + ++A l'intérieur+, la pièce où est morte Bianca Capello est située au +rez-de-chaussée; l'ornementation fort curieuse en est due à un escalier à +balustres et à une belle cheminée. Le milieu de ce demi-étage est occupé +par une petite salle de spectacle aménagée par Léon X. + +Au premier, de nombreuses pièces, décorées au commencement de ce siècle, +ont la banalité de toutes les résidences royales; elles possèdent de +nombreux portraits en pied, fort médiocres, des princes de la maison des +Médicis; ils garnissent un splendide salon où se retrouve intacte la +magnificence de la Renaissance parvenue à son apogée. Cette salle, +décorée par les soins de Léon X, est de la plus grande richesse; le +plafond fort élevé, voûté en berceau, porte peintes en relief et dans des +dimensions colossales les armes de Léon X surmontées de la tiare +pontificale. + +Les armoiries et les devises des Médicis, sur un fond d'or, forment en se +répétant toute la décoration. Les murs sont entièrement recouverts de +fresques; les quatre principales occupent les deux grands panneaux de la +pièce, de chaque côté des portes. La plus belle, par le charme de son +coloris et de sa composition, représente _César recevant en Égypte les +tributs des nations vaincues_, allusion aux présents faits à Laurent +par un Égyptien. Les enfants placés au premier plan qui tiennent des +animaux rares, sont une autre allusion relative au goût de Laurent pour +la zoologie. + +Une inscription indique que cette fresque, commencée en 1521 par ANDREA +DEL SARTO, fut achevée par ALESSANDRO ALLORI en 1580. + +De l'autre côté de la porte, une fresque d'ALLORI montre le _Consul +Flaminius détachant les Achéens de leur ligue avec Antiochus_, +allusion à la diète de Crémone où Laurent mit à néant les desseins des +Vénitiens. + +En face, FRANCIABIGIO a peint le _Triomphe de Cicéron au Capitole_. +Tableau médiocre, allusion au retour de Cosme l'Ancien à Florence en +1434, après son année d'exil à Padoue. Enfin, en dernier lieu, vient la +superbe fresque d'ANDREA DEL SARTO représentant un festin auquel prennent +part Scipion et Syphax, allusion au glorieux voyage de Laurent le +Magnifique à Naples et à la réception qui lui fut faite. + +La scène a lieu sous un portique au travers duquel on aperçoit la mer et +une ville échelonnée sur une montagne. Parmi les esclaves, celui de +gauche, le torse nu et portant deux plats, est tout à fait remarquable de +mouvement et de beauté plastique. + +D'autres fresques moins importantes décorent les extrémités de la salle +et les lunettes. D'admirables coffres de mariage du XVIe siècle, dits +Cassones, contribuent à l'ameublement de cette splendide salle. + +On rentre à Florence par la même route qui bifurque à peu de distance de +la ville sur les CASCINES, promenade à l'ouest, entre l'Arno et la +Mugnone, sur une longueur de quatre kilomètres. Le nom de cette promenade +favorite des Florentins est venu de la métairie Cascina dont elle +dépendait autrefois. + + + + +SUD ET SUD-EST + + + ++PORTA ROMANA+ + ++I. CHARTREUSE D'EMA. GALUZZO, POGGIO IMPERIALE+. + ++II. SAN GIOVANNI DELLA CALZA, VIA LE DEI COLLI, SAN SALVATORE AL +MONTE, SAN MINIATO, PLACE MICHEL-ANGE+. + ++III. SAN FRANCESCO DI PAOLA, BELLO SGUARDO+. + + + + +I + +CHARTREUSE D'EMA, GALUZZO, POGGIO IMPERIALE. + +(_Environ trois heures de voiture_.) + +On sort de Florence par la vieille Porte Romaine construite par Orcagna +en 1328, et encore encadrée de murs crénelés. La route traverse des +collines et des mamelons plantés de vignes jusqu'à Galuzzo où elle passe +le torrent d'Ema pour atteindre bientôt la porte d'enceinte de +LA +CHARTREUSE D'EMA+ que l'on aperçoit couronnant une colline dont les +flancs sont plantés de cyprès. La Chartreuse fut fondée en 1341 par le +Florentin Acciajuoli, fixé à Naples où il avait fait une rapide fortune, +et où il était devenu grand sénéchal, sans pour cela oublier sa patrie. +Les plans furent, dit-on, dressés par ANDREA ORCAGNA, mais la Chartreuse +ne fut toutefois achevée qu'au XIVe siècle. + +Après avoir longé un bâtiment du XIVe siècle à fenêtres cintrées, on +pénètre dans une petite cour où, par un double escalier intérieur et +extérieur, on monte au cloître entouré de portiques du XVIe siècle ou se +trouve la façade de +l'Église+ dédiée à saint Laurent. + +D'après la règle des Chartreux auxquels fut donné le monastère, lors de +sa fondation, l'église est divisée en deux par une grille isolant les +religieux des fidèles. Le style pur de l'église a été défiguré par les +terribles ornementations du XVIème et du XVIIe siècles. + +Sur le bas-côté de droite on descend de la +chapelle Sainte-Marie+, +construite par ORCAGNA et ornée d'un beau vitrail du XIVe siècle, dans +la +chapelle sépulcrale+ des Acciajuoli, sorte de crypte formée d'un +double bras contenant les tombes. En entrant à droite, _pierre tombale +de Nicolas Acciajuoli_, cardinal et petit-fils du fondateur, par +DONATELLO. Portant la mitre et la chape, il est représenté en bas-relief, +la tête appuyée sur un coussin, les mains croisées sur le bas du corps. +De chaque côté, SANGALLO a sculpté d'admirables guirlandes de fruits au +bas desquelles Donatello a placé les figures de la Foi et de la Justice, +tandis qu'au-dessus du défunt il sculptait les armoiries du cardinal. Le +bras de la chapelle, en face de l'entrée, possède de superbes tombeaux +placés devant l'autel. + +1° Appuyée au mur de gauche et placée sur quatre consoles réunies par des +arcs trilobés est la table de marbre, sur laquelle repose la belle figure +du _grand Sénéchal Acciajuoli_ revêtu de son armure. ORCAGNA, auquel +on attribue cette œuvre magnifique, y a représenté en traits admirables +toute la poésie de la mort, tant il a su rendre la sérénité profonde, la +calme gravité et la paix éternelle du sépulcre. Il a abrité l'effigie +sous un baldaquin en forme de châsse, supporté par cinq colonnes torses +enluminées de rouge et de vert. + +2° Devant l'autel sont réunies, sous une même architecture, les +_pierres tombales_ du père ainsi que du fils et de la fille +d'Acciajuoli. De ces trois superbes sculptures, celle de droite est la +plus remarquable: elle représente un jeune homme en riche armure du XIVe +siècle, couvert de son manteau. Ces dalles d'un haut intérêt, attribuées +à DONATELLO, paraissent plutôt dues à l'école d'Orcagna. + +Sur la gauche de l'église, s'ouvre le +Chiostrino+, petit cloître +carré dont le retour contre l'église est occupé par le +Colloquio+, +galerie destinée aux entretiens des frères. A peine longue de quelques +mètres, son principal ornement consiste en huit fenêtres garnies de +verrières couvertes de belles arabesques, qui se développent autour d'un +médaillon central consacré à un sujet de l'Histoire sainte; ce délicat +travail de JEAN D'UDINE, exécuté en 1360 dans le style raphaélesque, est +un des derniers ouvrages de l'art du verrier en Italie. Faites à l'instar +de la décoration des loges du Vatican, elles sont d'une élégante +composition, mais elles semblent plutôt des peintures sur verre que des +vitraux, car, dès la Renaissance, cet art est en pleine décadence et +finit par tomber en l'oubli. Les artistes négligent ou ignorent ces +précieux enchâssements de couleurs qui font du vitrail au moyen âge un +assemblage immense de gemmes; ils ne cherchent plus qu'à produire +l'illusion de la peinture, à l'aide d'une matière impropre à ce résultat +et où l'effet obtenu ainsi est le plus souvent malheureux. + +Sur le Chiostrino ouvre le +réfectoire+. Le tympan de sa porte est +orné d'un bas-relief de LUCA DELLA ROBBIA, _Saint Laurent entre deux +Anges_; à côté le lavabo en pierre grise (restauré) est de +BRUNELLESCHI. A gauche du Chiostrino se trouve le +Petit Cloître+ +oblong, à deux portiques superposés, d'où un passage conduit au grand +cloître. A gauche, dans ce passage, une belle porte du XVIe siècle en +marqueterie donne accès à la +chapelle du Chapitre+ où sont deux +importantes œuvres d'art. + +1° Effigie en marbre blanc de _Leonardo Buonafede_ exécutée en 1550 +par FRANCESCO DA SANGALLO. L'évêque de Cortone, en soutane, en camail et +en mitre, est d'un naturalisme saisissant. Vivant d'énergie, son visage +ridé, un peu gras, est plein de bonhomie. + +2° Au-dessus de l'autel, l'ami et le compagnon de Fra Bartolommeo, +MARIOTTO ALBERTINELLI, a peint en 1505 une très belle fresque consacrée +au _Christ_, dont deux anges recueillent le sang dans des calices. +Ce bel ouvrage est placé dans un admirable cadre en pierre, de MINO DA +FIESOLE. + ++Le Grand Cloître+, dont les plans furent, dit-on, donnés par +Orcagna, est supporté par des colonnes monolithes d'une grande beauté. +Toutes les cellules des chartreux y donnent, et sont uniformément +composées de deux pièces superposées, communiquant par un petit escalier +et ouvertes sur un jardinet d'égale largeur d'où la vue sur Florence, +Fiesole, la campagne et les Apennins est admirable. Enfin le dessin du +grand puits central du Cloître est attribué à MICHEL-ANGE. + +Après avoir quitté la Chartreuse d'Ema, on retourne à la grande place de ++GALUZZO+, l'une des principales communes des environs de Florence, +gouvernée par des podestats. Le MUNICIPIO, ancien palais Pretorio, a sa +façade chargée des innombrables écussons en pierre, en marbre, en bois ou +même en terre vernissée par les Della Robbia. + +Au milieu de villas entourées de vignes, on gagne bientôt +POGGIO +IMPERIALE+. La villa de Poggio Imperiale était un couvent que la femme +du grand-duc Cosme II, Madeleine d'Autriche, appropria en 1622 à son +usage. + +Une magnifique allée, composée de hauts cyprès, de chênes d'Italie et de +mélèzes, descend de la villa à la Porte Romaine et ramène rapidement à +Florence. + + +II + +SAN GIOVANNI DELLA CALZA, VIALE DEI COLLI, SAN SALVATORE AL MONTE, SAN +MINIATO, PLACE MICHEL-ANGE. + ++ÉGLISE SAN GIOVANNI DELLA CALZA+. Derrière l'autel est un beau +tableau du PÉRUGIN, œuvre de jeunesse exécutée vers 1492, alors qu'il +était profondément influencé par le génie de Signorelli. Aussi cette +peinture est-elle remarquable par son naturalisme et sa sobriété sans +aucune trace de l'afféterie habituelle au Pérugin. Le sujet en est +l'_Apparition à saint Jérôme de Jésus sur la croix_ dont la +Madeleine étreint les pieds avec amour, pendant qu'il la contemple avec +reconnaissance. De l'autre côté de la composition, une belle figure de +saint Jean montre avec compassion le Christ à deux religieuses +agenouillées. + +Par la +Porta Romana+ on atteint bientôt le +Viale dei Colli+, +une des plus belles promenades de l'Italie, route établie sur les +collines sud de Florence et qui, par de multiples lacets, mène à la place +Michel-Ange et à la basilique de San Miniato al Monte. Avant d'atteindre +la place, on rencontre un chemin détaché sur la droite qui conduit à la ++Torre del Gallo+, dont le nom est dû à ses anciens possesseurs, la +famille des Galli. La légende affirme que c'est dans cette tour que +Galilée fit ses découvertes astronomiques. + +De la +place Michel-Ange+, l'œil embrasse un immense et admirable +panorama. La place s'étend en terrasse au-dessus de la porte +Saint-Niccolò, où l'on peut descendre directement; au milieu s'élève le +monument consacré à Michel-Ange sur lequel sont reproduits son David et +les allégories des tombeaux des Médicis. + +De la place on monte à San Miniato; à mi-chemin on rencontre au milieu de +cyprès l'+ÉGLISE SAN SALVATORE AL MONTE+ construite par le CRONACA +en 1504 et que ses nobles proportions firent surnommer «la belle +Villanella», la belle villageoise. A droite, à l'+intérieur+, +monument funéraire en marbre blanc du XVe siècle, buste d'homme +paraissant à une fenêtre cintrée pratiquée dans le mur. + +A gauche de l'autel, beau groupe polychrome de JEAN DELLA ROBBIA. De +l'église San Salvatore on monte par un jardin à la porte des ++Fortifications de San Miniato construites+, en 1539, par +MICHEL-ANGE, sur la hauteur d'où il dirigea lui-même pendant onze mois la +défense de la ville contre le pape Clément VII et les Impériaux. On +pénètre par cette porte sur une esplanade où donnent l'église et le +cimetière qui occupe derrière elle tout le plateau de la colline. + +A droite de l'église s'élève une construction crénelée du XIVe siècle +ayant fait partie d'un système de défense plus ancien. + ++LA BASILIQUE SAN MINIATO AL MONTE+, construite en 1154, remonte +intégralement à cette date. + +Quand le style de Nicolas Pisano fut importé à Florence, entre les mains +des Florentins la nouvelle architecture prit un splendide essor dont +l'apogée fut atteint par l'église San Miniato. Ils embellirent ce retour +au classicisme de l'antiquité par l'improvisation charmante des marbres +de diverses couleurs, par un goût plus fin, par des détails plastiques +plus cherchés, enfin par un soin délicat qui, deux siècles à l'avance, +donne déjà le pressentiment de la Renaissance. + +L'adorable +façade de San Miniato+, plaquée de marbres blanc et +vert, est une réminiscence antique d'une pureté absolue; la proportion +entre les étages est peut-être traitée pour la première fois avec une +harmonie complète de lignes, motivée par un sentiment de pur esthétisme. + +Le rez-de-chaussée, précédé de quelques marches, est formé de cinq hautes +arcatures séparées par des colonnes de marbre cipolin. Les portes +prennent trois de ces arcatures; des dispositions de marbre cipolin +remplissent les deux autres. Le premier ordre est séparé du deuxième par +un entablement délicatement sculpté. Il est plus étroit et repose de +chaque côté sur des contreforts à quadrillages de cipolin, une fenêtre +d'ordre antique en occupe la partie centrale. + +Enfin le troisième ordre, purement antique, est composé d'un fronton +angulaire surmonté d'une corniche à modillons délicats que domine l'aigle +guelfe en bronze. + ++Le Campanile+ élevé en arrière à gauche a été reconstruit en 1519 +par BACCIO D'AGNOLO. + ++L'intérieur+, où domine également la marqueterie de marbre blanc et +vert, est à trois nefs et présente le type le plus parfait des basiliques +dont les travées sont coupées par des travées transversales. Les colonnes +en marbre blanc portent ou des chapiteaux très simples de l'époque, ou +des chapiteaux antiques. Le toit est en charpente apparente; le pavé de +1207 consiste en nielles de marbre de différents dessins qui forment, +dans leur merveilleux état de conservation, le plus beau tapis d'Orient +qu'il soit possible de rencontrer. + +A la hauteur de la cinquième travée se dresse le mur réglementaire de +l'architecture des basiliques, où accèdent quatre escaliers, ceux du +milieu descendant à la crypte et ceux des côtés montant au chœur ou à son +parvis dont l'accès était interdit aux fidèles. + +En avant de la crypte s'élève l'+autel+ réservé au peuple; il fut +reconstruit au XVe siècle par MICHELOZZO sur l'ordre de Pierre de +Médicis. Inspiré par le caractère antique du monument, Michelozzo éleva +un autel très simple, abrité par un sacellum que LUCA DELLA ROBBIA décora +intérieurement de compartiments à rosaces blanches en relief, sur fond +bleu. + ++La crypte+ s'ouvre sur l'église par cinq baies; elle est soutenue +par quatre grosses colonnes qui, la traversant, sont également les +colonnes du chœur, et par de nombreuses colonnettes sur lesquelles +retombent les voussures, et se termine par une absidiole fermée d'une +grille. + +On accède +au chœur+ surélevé par deux escaliers placés de chaque +côté. Le mur qui le sépare de la nef est richement décoré par des +sculptures en marbre d'un puissant relief, et surmonté d'un délicat +entablement inspiré de l'antique. + +Une seconde clôture peu élevée forme encore en avant du chœur une sorte +de couloir étroit sur lequel porte l'ambon carré dont l'avancée sur le +mur de séparation a pour supports deux courtes colonnes de marbre. Le +pupitre de l'ambon est soutenu par les symboles des Évangélistes +curieusement superposés l'un sur l'autre. Ce monument admirablement +conservé est un des seuls et précieux spécimens de ce genre de +construction. + +De la tribune on pénètre dans le chœur terminé en abside; une colossale +_mosaïque_, restaurée en 1297, occupe le tympan. Au-dessus de +l'autel un beau _Christ_ vernissé est un ouvrage tardif de LUCA +DELLA ROBBIA. Enfin les stalles du chœur ont été exécutées en 1466 par +DOMINICO GAJUOLE et FRANCESCO MANCIATTO; elles sont très simples, dans un +sentiment franchement gothique. + +Sur le bas-côté gauche de la nef la +Chapelle San Giacomo+ fut +construite en 1459 par ROSSELLINO et décorée par ANTONIO POLLAJUOLO et +les DELLA ROBBIA. + +La voûte est formée par cinq médaillons de LUCA DELLA ROBBIA, les quatre +vertus cardinales à mi-corps entourent le médaillon central du +Saint-Esprit; toutes ces figures sont en émail blanc sur fond bleu. + +Sur le mur de droite est le tombeau du cardinal Jacques de Portugal, +1459. + +En face, fresque de BALDOVINETTI, _l'Annonciation_. + +A droite, en entrant dans l'église, on rencontre une _Vierge_ +entourée de saints, ouvrage unique du peintre PAOLO DI STEFANO, exécuté +en 1426 sous la double influence de Masaccio et de Donatello. + ++La Sacristie+, dont l'entrée est à droite du chœur, est une belle +salle carrée surmontée d'un dôme. Elle a conservé intégralement sa +décoration de fresques exécutées en 1385 par SPINELLO ARETINO et +consacrées à l'_histoire de saint Benoît_. + +Spinello est principalement un peintre militaire et nul n'égale sa fougue +et son emportement quand il s'agit de rendre les campagnes de Frédéric +Barberousse ou quelque autre sujet du même genre. Aussi, quand il doit, +comme à la sacristie de San Miniato, développer de longs épisodes +religieux, son style se prête moins à ce travail et tourne souvent à +l'inégal et au heurté. Néanmoins, ces fresques peuvent compter parmi les +plus intéressantes que nous ait laissées le XIVe siècle, tant par la +puissance et l'autorité avec lesquelles elles s'imposent que par la +composition étonnante pour l'époque. + ++Mur du Sud+.--Saint Benoît quitte la maison paternelle. + +Saint Benoît répare à l'aide de sa bénédiction un verre brisé par sa +nourrice. + +Entretien de saint Benoît et de Totila, sa mort et la vision de saint +Maur. + ++Mur de l'Ouest+.--Saint Benoît prend l'habit. + +Saint Benoît résiste à Satan dans une caverne. Il ressuscite un moine +enseveli sous une tour. Il est tenté par le démon sous la forme d'une +chauve-souris. + ++Mur du Nord+.--Saint Benoît résiste à Satan en se roulant sur des +épines. + +Il est proclamé supérieur du couvent du mont Cassin. + +Il sauve Placidius qui se noie. + ++Mur de l'Est+.--Saint Benoît quitte son couvent. + +Il reçoit dans l'ordre Maure et Placide. + +Il bénit une pierre sur laquelle était assis Satan et qu'on ne pouvait +soulever. + +Il découvre l'empoisonnement préparé contre lui à cause de l'austérité de +sa règle. + +Sur deux côtés de la sacristie règne un _buffet gothique_ surmonté +d'une _boiserie_, ouvrages de FRANCESCO NONCIATO. + + +III + +ÉGLISE SAINT-FRANÇOIS DE PAULE ET BELLO SGUARDO. + +(_Environ deux heures de voiture_.) + +Après être sorti de Florence par la Porta Romana, on longe une partie des +anciens murs pour atteindre l'église San Francesco di Paola située au +pied de la colline de Belle Sguardo. + ++L'ÉGLISE SAN FRANCESCO DI PAOLA+ possède l'admirable ouvrage de +LUCA DELLA ROBBIA, le tombeau de l'évêque de Fiesole, _Benozzo +Federighi_, mort en 1450, et qu'il exécuta en 1455. Ce tombeau, adossé +au mur, est placé sous une niche carrée; c'est un sarcophage de forme +antique, très sobre d'ornementation, sur le devant duquel deux anges en +haut relief soutiennent l'inscription commémorative. Sur le sarcophage +repose l'évêque en vêtements épiscopaux très simples, le visage émacié, +d'une tranquillité imposante. Au-dessus de cette très belle statue, le +fond du mur est occupé par trois bas-reliefs: le Christ mort, debout dans +son tombeau, entre la Vierge et saint Jean. + +L'encadrement du tombeau est formé de plaques de faïence vitrifiée, +uniques dans leur genre, dont le dessin consiste en une guirlande de +fleurs coupée par des nœuds de ruban. + +La route monte rapidement à +Bello Sguardo+ d'où la vue sur Florence +est magnifique. + + + + +FAMILLES ET PERSONNAGES + +FLORENTINS + + + ++GRANDES FAMILLES+ + + ++Acciajuoli+ (_acciaio_ = acier).--Célèbre et riche famille, +devenue, dès 1310, puissante par Nicolas Acciajuoli, nommé à Naples grand +sénéchal de Jeanne Ière. Son neveu Nicolas Acciajuoli s'empara de la +Grèce en 1364 et en fut nommé suzerain par l'impératrice de +Constantinople. La principauté des Acciajuoli détruite en 1456 par +Mahomet II qui fit tomber la Grèce sous le joug turc, les Acciajuoli +rentraient à Florence et prenaient une part active aux affaires +publiques; en 1510, Robert Acciajuoli était ambassadeur des Médicis +auprès de François Ier. + +Florence, tombeaux à la chartreuse d'Ema, nom donné à une rue principale +de la ville. + ++Albizzi+.--Noble famille gibeline qui dirigeait le parti +aristocratique dans la seconde moitié du XIVe siècle et dans la première +du XVème. Privée de toute influence et exilée par la révolution de 1378, +elle reprit le pouvoir en 1381 et gouverna avec despotisme et tyrannie, +jusqu'au rappel des Médicis (1434), qui l'exila de Florence. + ++Alberti+.--Famille sortie, comme les Médicis, du gros négoce, +_arts majeurs_, se mit avec eux à la tête des _arts mineurs, +popolo minuto_, contre le parti aristocratique mené par les Albizzi +dès le XIVe siècle; les Alberti furent exilés par les Albizzi au +pouvoir; mais ils rentrèrent avec les Médicis et restèrent fidèlement +leurs alliés (1434). + ++Aldobrandini+.--Noble famille guelfe dont les principaux membres +furent: Silvestre Aldobrandini, célèbre jurisconsulte (1449-1558), mort +en exil par suite de son opposition aux Médicis. La famille, dès lors +exilée de Florence à Rome, donna à l'Église le pape Clément VIII. + +Jean Aldobrandini, au XVIIe siècle, fut l'acquéreur de la fameuse +fresque dite _Noces Aldobrandines_, actuellement à la bibliothèque +du Vatican. + ++Abati+.--Famille gibeline de l'_Arte Calimara_ qui, dès 1216, +s'éleva aux honneurs. + +Neri de Abati, prieur vers 1250, fut d'une telle férocité qu'il mit le +feu à une partie de Florence pour satisfaire ses haines. En 1260, Bocca +de Abati trahit Florence en faveur de Sienne à la bataille de Montaperto, +épisode stigmatisé par le Dante (_Enfer_, XXXII, 77-108). + ++Bardi+.--La banque fut la source de la richesse de cette famille +alliée aux Médicis. Cosme l'Ancien avait épousé une Bardi et les Médicis, +poussés et soutenus par les Bardi, trouvèrent toujours en eux les plus +fidèles et les plus utiles alliés. + ++Buondelmonti+.--Fameuse famille à laquelle est due la première +scission de l'aristocratie en Guelfes et Gibelins par suite de +l'assassinat, en 1215, de Buondelmonte des Buondelmonti par les Uberti à +l'occasion de son refus d'épouser une de leurs parentes à laquelle il +était fiancé. + ++Capponi+.--Famille gibeline alliée et inféodée aux Albizzi et qui, +dès 1347, partagea avec eux le pouvoir et l'exil. + ++Cavalcanti+.--Très noble et très ancienne famille gibeline ayant +toujours pris une part active dans les affaires publiques. Guide +Cavalcanti († 1301) fut un poète remarquable. Il épousa la fille de +Farinata degli Uberti et fut l'ardent ami du Dante. + ++Donati+.--Une des plus anciennes familles gibelines. En 1300, Corso +Donati, chef du parti des Noirs, fut expulsé de Florence. Rentré avec les +Gibelins triomphants après Mortaperto, son despotisme devint tel que son +parti l'abandonna et qu'il dut prendre la fuite. Condamné par contumace, +il se tua au moment où on l'arrêtait (1308). + ++Pazzi+.--Famille de banquiers gibelins, célèbre, dès 1277, par sa +haine des Médicis et l'opposition qu'elle leur fit toujours, les +considérant comme des parvenus. + +En 1478, les Pazzi tramèrent contre Julien et Laurent de Médicis le +fameux complot qui garda leur nom et où fut assassiné Julien. + +L'histoire de cette conspiration a été écrite par Ange Politien. + +La chapelle funèbre des Pazzi dans le cloître de Santa Croce est d'une +beauté accomplie. Dante a placé un des Pazzi dans le XXXIIème chant de +l'_Enfer_. + ++Pulci+.--Noble famille guelfe dont il est déjà fait mention parmi +celles que les Gibelins triomphants expulsèrent en 1248. + ++Pucci+.--Ils faisaient partie des _arts mineurs_, furent +anoblis par les Médicis auxquels ils s'étaient inféodés. + ++Pitti+.--La famille des Pitti, après avoir appartenu à la +corporation des marchands, devint, dès 1300, célèbre dans la banque. +Égaux aux Médicis, les Pitti furent leurs plus zélés partisans. En 1374, +Buonaccorso Pitti, en se déclarant pour eux, entraîna une grande partie +de la seigneurie en leur faveur. Luca Pitti, fils du précédent, fut +célèbre par la construction du fameux palais qui porte son nom. + ++Portinari+.--Ancienne famille marchande anoblie, célèbre par la +passion du Dante pour Béatrice Portinari. Folco Portinari, le père de +Béatrice, est le fondateur de l'hôpital Santa Maria Nuova. En 1400, +François Portinari, agent des Médicis à Bruges, faisait exécuter par Hugo +van der Goes le tableau de l'_Adoration_ où il est représenté avec +sa famille. + ++Soderini+.--Une des plus vieilles et des plus intègres familles +guelfes de Florence, s'étant toujours signalée par son opposition aux +empiétements des Médicis. Son membre le plus distingué fut Nicolas +Soderini, le remarquable et zélé patriote qui, après la mort de +Savonarole, fut nommé gonfalonier à vie. La réaction médicéenne le força +à s'exiler à Venise où il fut assassiné par ordre de Cosme Ier. + ++Strozzi+.--Une des plus anciennes familles et un des plus glorieux +noms des annales florentines. Souvent à la tête des affaires publiques, +les Strozzi furent aussi distingués dans la politique que dans la science +et dans les armes. + +Pallas Strozzi, né en 1372, possesseur d'une immense fortune, la consacra +à la formation de la bibliothèque célèbre sous son nom. Hostile aux +Médicis, il mourut à Padoue où Cosme l'avait exilé. Philippe Strozzi, +petit-fils du précédent (1488-1538), dédaigneux des traditions de sa +race, épousa une Médicis; mais, après avoir aidé puissamment à leur +restauration, révolté de leurs excès, il conspira contre eux. Mis à la +torture, ne voulant pas subir une seconde fois ce supplice, il se suicida +dans la citadelle de Pistoie où il était détenu. Pierre Strozzi, fils du +précédent, brûlant de venger son père, entra au service de la France où +il fut nommé maréchal. Il conduisit glorieusement une campagne pour +délivrer Sienne du joug de Cosme Ier. + +Le palais Strozzi, via Tornabuoni, est le plus beau des palais +florentins. A l'église Sainte-Marie Nouvelle la chapelle Strozzi, fondée +par la famille, fut décorée en 1350 par les Orcagna. A droite du chœur, +la chapelle Philippe Strozzi, décorée des fresques de Filippino Lippi +(1486), contient son tombeau. + ++Valori+.--Très ancienne famille guelfe ayant, dès 1277, joué un +rôle actif dans la direction des affaires de la République: enrichis par +la banque, ils furent d'ardents ennemis des Médicis. + +François Valori fut un des plus zélés partisans de Savonarole auquel il +apporta l'appui de son autorité et de l'estime universelle dont il +jouissait. + ++Tornabuoni+.--Famille guelfe déjà célèbre dès 1200, fit partie, en +1283, des familles exilées par les Gibelins triomphants rentrés après la +défaite de Montaperto. Jean Tornabuoni fit à l'église Sainte-Marie +Nouvelle le don des fameuses fresques de Ghirlandajo (1490). Le palais +Tornabuoni (n° 20, via Tornabuoni) est actuellement le palais Corsini. + ++Uberti+.--Noble et ancienne famille gibeline. Proscrite par les +Guelfes, elle doit sa célébrité à Farinata des Uberti qui, réfugié à +Sienne, combattit les Florentins dans les rangs siennois. Rentré à +Florence avec les Gibelins triomphants, ce fut grâce à son intervention +que la ville échappa à la destruction totale. Dante a placé cet épisode +au chant X de son _Enfer_. + + ++HISTORIENS, POÈTES, LITTÉRATEURS+ + ++Dante Alighieri+ (1265-1321).--Célèbre poète italien de la noble +famille des Alighieri jetée dans l'exil par le triomphe des Gibelins +après Montaperto. Né en 1265, il cultiva toutes les sciences connues de +son temps. Il prit une part active aux affaires publiques, mais le +triomphe des Noirs l'exila définitivement de Florence en 1302. Et, après +avoir erré dix-neuf ans loin de sa patrie, il mourut à Ravenne en 1321. + +Sa vie a été écrite par Philippe Villani, Boccace et l'Arétin. Il composa +à vingt-six ans son premier ouvrage, _la Vita Nuova_, suivi de près +par _le Banquet_, œuvre écrite pour préconiser l'emploi de la langue +vulgaire par les prosateurs et les poètes. Le chef-d'œuvre du Dante et de +la langue italienne est la _Divine Comédie_, divisée en trois +parties: l'Enfer, le Purgatoire, le Paradis. Il mit vingt-huit ans à +écrire son poème, commencé en 1292, pendant lesquels il publia deux +ouvrages en langue latine appelés: 1° _De vulgari eloquio_ où il +traite encore de l'emploi et du génie de la langue italienne; 2° _De +Monarchia_, traité de politique en trois livres qui, sous une forme +scolastique, renferme les théories les plus hardies. + ++François Guicciardini+ (1482-1540).--Historien célèbre né à +Florence en 1482, mort en 1540, sortait d'une famille qui avait occupé +les plus grandes charges de la République florentine. Né à une époque où +le gouvernement des Médicis était établi, il leur consacra ses services +et son talent et les représenta souvent avec éclat comme ambassadeur. +Après l'assassinat du grand-duc Alexandre, en 1537, ce fut grâce à son +influence et à son éloquence que ne fut pas proclamée la République et +que Cosme Ier fut élu grand-duc. Il entreprit alors l'_Histoire de +l'Italie_ à laquelle il travailla vingt-sept ans et qui est son +principal titre de gloire. Elle forme vingt livres embrassant de 1494 à +1532; c'est l'histoire des guerres d'Italie pendant cette période, qu'il +a traitée en penseur et en écrivain supérieur. + +Guicciardini écrivit encore _Avis et Conseils en matière d'État_, +_Maximes_ et _Discours politiques_ et enfin un _Dialogue sur +le gouvernement de Florence_. + ++Louis Guicciardini+ (1523-1589).--Neveu de François, né en 1523, +mort on 1589, remplit diverses fonctions administratives sous Alexandre +et Cosme Ier. Il a laissé des _Mémoires sur la Savoie_ et une +_Description des Pays-Bas_ faite en 1567. + ++Nicolas Machiavel+ (1469-1530).--Né en 1469, mort en 1530, est une +des plus célèbres figures de son temps.--Secrétaire de la _République +Florentine_ de 1497 à 1512, il fut chargé de vingt-cinq ambassades et +de plusieurs missions intérieures. Au retour des Médicis, en 1512, il fut +emprisonné et torturé par suite d'une accusation de complot. Sorti de +prison, il vécut dans l'indigence et la retraite et consacra ses loisirs +forcés à la composition de son fameux traité qu'il intitula _le +Prince_; on regarde ce livre de peu d'étendue comme le code de la +tyrannie. Deux ans après, en 1516, Machiavel écrivit des _Discours sur +la première décade Tite-Live_, étude d'histoire romaine pleine de +sagacité et de profondeur; mais où sont reproduites les mêmes théories +que dans le traité du _Prince_, c'est-à-dire cette immoralité vraie +ou feinte appliquée à la science politique qui a conservé l'appellation +de Machiavélisme. Lorsque Machiavel eut écrit _le Prince_, Laurent +le Magnifique le rappela auprès de lui et le nomma historiographe de +Florence. Cette place fut pour lui l'occasion de produire son +chef-d'œuvre, l'_Histoire de Florence_, écrite de 1205 à 1424, +ouvrage imposant, clair, élégant, plein de profondeur et de couleur +locale, monument de la langue italienne. Les autres œuvres de Machiavel +sont: une comédie fort licencieuse, _la Mandragore_, et une nouvelle +appelée _Belphégor_. + ++Saint Philippe Neri+ (1515-1595).--Fondateur de la Congrégation de +l'Oratoire, des Trinitaires et des Maisons hospitalières pour recevoir +les pèlerins. + ++Antoine Neri+ (1520-1600).--Prêtre florentin du XVIe siècle, se +livra aux sciences et plus particulièrement à la chimie où il fit des +découvertes considérables. Ses recherches l'amenèrent à s'occuper plus +particulièrement de la vitrification sur laquelle il publia un volume +appelé _Arte Vetraria_ (l'Art du Verrier). + ++Philippe des Nerli+.--De la fameuse famille des Nerli. Inféodé aux +Médicis, il écrivit ses _Commentaires_ en 1550. Ils vont de 1215 à +1257 et sont de précieux documents jusqu'à ce que l'avènement des Médicis +les fassent tourner à une ridicule apothéose des maîtres qu'il sert. + ++Jacopo Nardi+ (1496-1556).--Fameux historien, né en 1496, +contemporain des précédents, il semble d'une génération antérieure par +son républicanisme enthousiaste, son austérité chagrine et sa roideur +d'esprit. Dans l'exil auquel il se condamna à la suite de l'avènement de +Cosme Ier, il écrivit son _Histoire de la Ville de Florence_. Cette +œuvre de son extrême vieillesse (1550) n'est pas suffisamment originale, +puisqu'elle reproduit en partie le _Diario_ de Buonaccorsi. + ++Bernard Segni+ (1499-1559).--Quoique Segni ait été client des +Médicis et employé à diverses missions par Cosme, il y a un effort réel +vers l'impartialité dans les deux volumes de son _Histoire florentine +des années 1527 à 1555_. Outre des traductions de plusieurs ouvrages +d'Aristote, il a laissé un _Traité pour gouverner_, écrit en 1549. + ++Jacopo Pitti+ (1519-1589).--Ce patricien, descendant de l'illustre +famille des Pitti, aime le peuple et s'indigne jusqu'à l'exagération de +l'abus des privilèges. Sa franchise et son indépendance paraissent +vraiment admirables, quand on pense qu'il écrivait sous les ducs Cosme et +François. On lui doit l'_Archivo Storico italiano_, précieux récit +de la période si agitée qui s'écoule entre les années 1494 et 1529; mais +l'œuvre qui fait le plus honneur à son talent, c'est son _Apologie de +Cappucini_, c'est-à-dire apologie des vieilles modes et du vieux +temps. + ++Marsile Ficin+ (1433-1499).--Ce célèbre platonicien était chanoine +de la cathédrale de Florence. Dès l'âge de vingt-trois ans, il commença à +écrire sur la philosophie platonicienne. On lui doit une traduction de +Platon à la fois littéraire, claire et en bon latin, ainsi que des +traductions de Plotin, de Denys l'Aréopagite et des traités de Jamblique +et de Porphyre. + ++Brunetto Latini+ (1220-1294).--Écrivain célèbre appartenant à une +noble famille guelfe. Chassé par les Gibelins après la défaite des +Guelfes à Montaperto, il se réfugia à Paris où il passa vingt-quatre ans. +Il y composa en français son _Trésor de toutes choses_, encyclopédie +qui embrasse tout le cycle des connaissances du XIIIe siècle. De retour +à Florence en 1284, il publia en italien son _Tesoretto_, recueil en +vers de préceptes moraux, et le _Pataffio_, collection de proverbes +et de jeux de mots florentins. Brunetto fut le maître de Dante qui l'a +placé dans le quinzième chant de l'Enfer. + ++Benoît Varchi+ (1502-1565).--Célèbre historien qui prit en 1527 une +part active à l'expulsion des Médicis et dut s'expatrier quand ils +revinrent. Cosme Ier le rappela à la suite de l'admiration suscitée par +son _Histoire de Florence_ en quinze volumes écrite de 1527 à 1538. +On a de Varchi, en outre, des traductions italiennes _De la +Consolation_ de Boëce, et du _Traité des Bienfaits_, de Sénèque. + ++Jean Villani+ (1275-1348).--Célèbre historien mort de la peste en +1348, fit partie des prieurs de 1316 à 1321 et fut ensuite nommé +directeur des monnaies et surveillant général des fortifications. On a de +lui l'_Histoire florentine_, première partie d'une histoire +universelle allant jusqu'en 1338 où il rapporte tous les événements et +toutes les annales du monde à Florence, sa patrie. + ++Mathieu Villani+.--Frère de Jean et continuateur de son _Histoire +de Florence jusqu'à l'année 1363_. + ++Philippe Villani+.--A ajouté les événements de 1363 et de 1364. En +outre, il composa des _Vies des Hommes illustres de Florence_, +ouvrage anecdotique fait à l'instar de Plutarque. + ++Antoine de Ser Niccolò Pierozzi (saint Antonin)+.--Archevêque de +Florence dès 1446, homme de grande renommée, le pape Pie II avait dû lui +faire violence pour le tirer de son couvent de Fiesole et de la plus +stricte observance dominicaine. Il eut la rare chance d'être prophète en +son pays et sa mort fut une apothéose, si bien que sa canonisation la +suivit presque aussitôt. + + ++ARCHITECTES, SCULPTEURS, PEINTRES+ + ++Alberti+ (Leone-Battista) (1405-1472).--Théologien, littérateur, +architecte, sculpteur et mathématicien, fut surnommé le Vitruve moderne. +Sa passion pour les arts lui fit négliger ses fonctions sacerdotales. Il +réforma toute l'architecture autant par les édifices qu'il construisit +que par ses écrits qui firent loi en architecture, en sculpture et +peinture. Ses principaux ouvrages sont _De Re ædificatoria_, +_Momus_ ou _De Principe_, enfin _Opera ethica_. Sa vie a +été écrite par Pozzelli en 1739. + ++Albertinelli+ (Mariotto) (1474-1515).--Peintre et condisciple de +Fra Bartolommeo chez Cosimo Rosselli. Florence possède peu d'œuvres de ce +maître, une _Visitation_ au Musée des Offices et une _Vierge +adorant l'Enfant_ au Musée Pitti. + ++Allori+, dit _le Bronzino_ (1502-1572).--Peintre de portraits +surtout. + ++Allori+ (Alexandre) (1535-1607).--Reçut les premières leçons de son +oncle le Bronzino. Il fournit les cartons des tapisseries exécutées sous +le grand-duc François. Ses chefs-d'œuvre sont _le Sacrifice +d'Abraham_ aux Offices, et _la Femme adultère_, dans l'église San +Spirito. + ++Allori+ (Christophe) (1577-1619).--Élève de Cigoli et l'un des +meilleurs coloristes de l'école de la décadence, sa _Judith_ des +Offices passe pour sa meilleure œuvre. + ++Ammanati+ (Bart) (1511-1592).--Architecte, élève de Sansovino. Son +talent, exagération de celui de Michel-Ange, le porte à une débauche de +sculpture. On lui doit la _Fontaine_ de la place du Grand-Duc. + ++Angelico+ (Fra Giovanni da Fiesole) (1387-1455).--Jeune, riche, +doué de talents extraordinaires, il aurait pu mener dans le monde une +brillante existence: il aima mieux chercher le recueillement et le +silence parmi les moines dominicains. Ses ouvrages sont pleins d'un +charme inexprimable et un artiste ne rendit jamais par la peinture +d'aussi profondes émotions. Il ne peignait et ne consentait à peindre que +des sujets religieux et il refusa toujours les honneurs sacerdotaux et +l'archevêché de Florence qu'on voulait lui imposer. + +Le Musée des Offices, l'Académie et surtout le Couvent de Saint-Marc +qu'il décora entièrement, possèdent des œuvres de premier ordre dues à ce +peintre exquis par excellence. + ++Aretino+ (Spinello) (1318-1410).--Élève de Giotto, et +principalement peintre militaire; il montre la fougue la plus impétueuse +dans ses interprétations religieuses elles-mêmes. Ses tableaux du Musée +des Offices et les fresques de l'_Église San Miniato_ donnent un des +meilleurs exemples du talent de Spinello. + ++Banco+ (Nanni di) (1400-1421), qu'on présume élève de Donatello, +mais qui semble bien plutôt lui avoir servi de maître. Ses statues d'Or +San Michele, celle de _Saint Luc_ au Dôme sont d'excellents +ouvrages, autant comme composition que comme exécution. + ++Baldovinetti+ (Alesso) (1427-1499).--Élève d'Uccello et de +Castagno, fut chargé d'une des fresques de la cour de l'église Santa +Annunziata et d'une partie de la décoration de la chapelle du cardinal de +Portugal à San Miniato. L'Académie contient en outre plusieurs œuvres de +Baldovinetti. + ++Bandinelli+ (Bartolommeo) (1487-1559).--Sculpteur, fut placé dans +l'école de Rustici où il connut Léonard de Vinci. Ayant échoué dans la +peinture, il étudia les ouvrages de Donatello et de Verrocchio. Il se +crut l'égal de Michel-Ange et lui voua une haine éternelle, aussi les +disciples du maître ont-ils cherché à rabaisser son adversaire, en qui +ils ne voient que fausse grandeur, exagération de style, enflure de +mauvais goût. On peut juger du bien ou mal fondé de ces critiques dans +les diverses œuvres de Bandinelli: le _Saint Pierre_ de la +cathédrale, l'_Orphée_ du palais Pitti et surtout le groupe +d'Hercule et Cacus, érigé sur la place du Palais-Vieux. + ++Botticelli+ (Sandro) (1446-1510).--Élève de Lippi, d'Andrea +Castagno et de Pollajuolo, un des plus grands génies de son temps. +Peintre et graveur, ses tableaux, où un caractère passionné se joint à +des conceptions fantastiques, ont une profonde originalité; l'un des +premiers, il introduisit dans l'art moderne l'allégorie et les mythes +antiques. Ses œuvres à Florence sont de premier ordre et multiples, tant +aux Offices qu'à l'Académie et à Pitti. + ++Brunelleschi+ (1379-1446).--Architecte célèbre. Fils d'un notaire, +le goût des lettres et surtout du dessin lui révéla sa vocation. Il se +signala comme sculpteur; mais bientôt il se tourna vers la géométrie et +devint un des plus grands architectes de son siècle. On lui doit la +coupole de Sainte-Marie des Fleurs, tour de force pour cette époque, +l'église Saint-Laurent, l'église de San Spirito et encore l'immense +palais Pitti. + ++Buontalenti+ (Bernardo) (1536-1608).--Peintre, sculpteur et +architecte, étudia dans les ateliers de Bronzino et de Vasari. On lui +doit la construction d'une partie de la galerie des Offices et le plan +des fortifications de Livourne et de Pistoie. Habile à appliquer la +mécanique aux arts, il dirigea les représentations théâtrales, +introduisit les décors mobiles et les machines pour les changements à +vue. + ++Castagno+ (Andrea) (1390-1457).--Assassina le Vénitien Dominique +pour rester en possession de ses procédés secrets pour la peinture à +l'huile. Ses fresques et ses autres tableaux sont à la Cathédrale, à +Santa Apollonia, à l'Académie et aux Offices. + ++Cellini+ (Benvenuto) (1500-1572).--Sculpteur, graveur, orfèvre, +littérateur même, il eut un caractère bizarre, querelleur et fantasque. +En 1527, au siège de Rome, il tua, dit-il, le connétable de Bourbon et +pointa aussi la pièce qui frappa le prince d'Orange. Jeté en prison à +Rome au château Saint-Ange, sur le soupçon d'avoir volé les joyaux de la +tiare pontificale, son évasion le rendit peut-être plus célèbre que son +talent. Sculpteur assez médiocre, son _Persée_, placé sous la loggia +dei Lanzi, peut être considéré comme son chef-d'œuvre. Comme orfèvre, +Cellini est incomparable et l'on peut dire qu'il a le génie de cette +matière; tant au Musée du Bargello qu'au Musée des Offices se trouvent +des merveilles qui lui sont dues. + ++Cimabue+ (Jean-Gualtieri) (1240-1311).--D'une noble famille guelfe. +Au lieu de suivre la carrière des armes, il s'adonna aux arts avec +passion. Il améliora l'ancien style, donna de l'expression aux figures, +assouplit les lignes et fondit plus harmonieusement les couleurs. Son +chef-d'œuvre, _la Vierge et Jésus_ de Sainte-Marie Nouvelle, y fut +porté en triomphe et processionnellement, tant les contemporains +estimaient l'œuvre et le caractère de l'homme. L'âme de Cimabue était si +élevée qu'ayant pressenti le génie de Giotto, il se consacra uniquement à +cet élève destiné à le surpasser si rapidement. + ++Credi+ (Lorenzo di) (1459-1537).--II fut d'abord orfèvre, puis +étudia la peinture à l'école de Verrocchio où il eut pour condisciple +Léonard de Vinci. Il excella à peindre les madones, les vierges, et ses +figures d'ange sont délicieuses de charme. + ++Dolci+ (Carlo) (1616-1686).--Les sujets de Carlo Dolci sont tirés +presque tous de l'Histoire sainte. Il a des qualités de sincérité, de +douceur et de coloris très réelles; il ne tombe que trop souvent dans le +maniérisme et le faux sentimentalisme; pourtant ses portraits sont +souvent de premier ordre. + ++Donatello+ (1386-1446).--Peut revendiquer l'honneur d'avoir créé la +sculpture moderne. Il eut pour qualités la parfaite ordonnance, la +correction de la forme, la justesse de l'attitude et du mouvement, la +force et la vérité de l'expression, l'habileté de l'exécution. Sa +connaissance des effets des passions sur l'âme et sur le corps le +conduisirent au réalisme et au naturalisme et il oublia trop souvent dans +la servilité de l'imitation que la beauté est une des conditions vitales +de l'art. Ses principaux ouvrages se trouvent à Florence; ce sont: les +statues de _Saint Pierre_, _Saint Maur_ et _Saint +Georges_, à Or San Michele; celle du _Zuccone_ au Campanile et de +la _Judith_ sous la loggia dei Lanzi. Au Bargello et enfin dans tous +les musées et dans toutes les églises de la ville. + ++Finiguerra+ (Tomaso) (1452).--Élève de Ghiberti, il travailla avec +lui aux portes du Baptistère. Il inventa, vers 1452, l'art d'obtenir des +estampes sur papier à l'aide de planches de cuivre gravées en creux. +Finiguerra se distingua dans les nielles; les pièces qu'on possède de lui +sont de toute beauté et il est considéré comme le maître de ce genre. +Celles du Bargello sont des chefs-d'œuvre. + ++Franciabigio+ (Marc-Antoine) (1482-1524).--Il fut excellent peintre +de fresques et aida Andrea del Sarto pour la décoration du vestibule de +Santa Annunziata. + ++Gaddi+ (Taddeo) (1300-1352).--Peintre et architecte, fut élève de +Giotto. Il sut donner de l'expression à ses figures et il étudia l'effet +visible des mouvements de l'âme. Il a achevé le Campanile et donné les +dessins du Ponte Vecchio. + ++Ghiberti+ (Lorenzo) (1378-1455).--Célèbre sculpteur qui l'emporta +sur ses concurrents pour la commande des fameuses portes du Baptistère. +Il travailla comme architecte à aider Brunelleschi à sa fameuse coupole. +Ses multiples œuvres ornent le Dôme, le Bargello et le Baptistère. + ++Ghirlandajo+ (Dominique Corradi, _dit_ il) (1451-1495).--Le +maître de Michel-Ange. Le père de Ghirlandajo, qui était orfèvre, avait +inventé une sorte d'ornement que portaient les jeunes filles et qu'on +appelait des guirlandes; de là lui vint son surnom. Dans la boutique où +il ciselait des métaux, Ghirlandajo acquit une telle habileté comme +dessinateur qu'il lui suffisait de voir une fois passer une personne pour +en esquisser un portrait des plus ressemblants. Il fut l'un des premiers +peintres florentins à introduire la vie et le costume contemporains dans +les sujets sacrés. Une de ses œuvres les plus importantes est l'ensemble +des fresques de Sainte-Marie Nouvelle. + ++Ghirlandajo+ (Ridolfo) (1483-1561).--Élève de son père et inférieur +à lui. Un de ses meilleurs tableaux est _la Vie de saint Zenobius_ +au Musée des Offices. + ++Giottino+ (1307).--Un des principaux élèves de Giotto, qui, comme +son maître, se consacra aux interprétations religieuses. + ++Giotto+ (1276-1336).--Il fut d'abord simple gardeur de moutons. +Cimabue l'ayant aperçu un jour dessinant une brebis sur une pierre plate +avec un caillou pointu, l'emmena, lui apprit la peinture et fit du Giotto +le rénovateur de l'art et le plus grand génie de la peinture, transformée +par son influence. Peintre de fresques, il couvrit les églises de +Florence et de l'Italie de toute la symbolique du moyen âge. Peintre de +portrait, il nous a laissé les images de Brunetto Latini et de son élève +le Dante, de Corso Donati et de tous les grands personnages de l'époque. + +Frappés de son caractère et de ses talents, ses contemporains eurent pour +lui une admiration illimitée. + +Giotto prit part à la construction de la Cathédrale, édifia le Campanile, +et fut aussi l'un des principaux architectes des fortifications de +Florence. + ++Gozzoli+ (Benozzo) (1420-1497).--Élève de Fra Angelico, il sut +réunir l'observation de la nature au sentiment poétique profond. Son +dessin est faible; mais pour l'expression, la vie et la fraîcheur, on ne +l'a peut-être pas surpassé. Il avait dans l'esprit quelque chose de +jeune, de brillant et d'heureux, et ses fresques de la chapelle Médicis +au palais Riccardi sont de véritables chefs-d'œuvre. + ++Lippi+ (Fra Filippo) (1410-1469).--Était novice au monastère del +Carmine pendant que Masaccio le décorait des fresques admirables de la +chapelle Brancacci. Sa passion pour la peinture intéressa à un tel point +Masaccio que celui-ci lui apprit le dessin. Lippi révéla bientôt +l'adresse la plus étonnante et l'imagination la plus vive. Les têtes de +ses personnages sont presque toutes des portraits, l'expression et la +vérité y dominent. Lippi mena une des existences les plus mouvementées du +XVe siècle où l'on en compte tant qui furent invraisemblablement +romanesques. Après avoir enlevé d'un couvent une novice dont il avait un +fils, il mourut empoisonné par la famille de la jeune personne qu'il +refusait obstinément d'épouser. + ++Lippi+ (Filippino) (1460-1505).--Élève de Botticelli et de son +père, est loin de les égaler comme talent. Il acheva les fresques de la +chapelle Brancacci del Carmine interrompues par la mort de Masaccio. Son +chef-d'œuvre est l'_Apparition de la Vierge à saint Bernard_, de la +Badia. + ++Majano+ (Benedetto) (1442-1497).--On doit à ce charmant sculpteur +les plus belles chaires de l'Italie. Son chef-d'œuvre est celle de Santa +Croce, d'autres œuvres sont au Bargello et sont de premier ordre. + +Masaccio (Tommaso Guidi di Sar Giovanni) (1401-1428).--Admirable esprit +et âme d'une rare élévation, était un de ces hommes que leur vocation +absorbe au point de les rendre insensibles à tout le reste. Gauche, +distrait et rêveur, il fut sans cesse préoccupé de son art et réalisa des +prodiges. Il eut la splendeur du coloris, la suavité du clair-obscur, +enfin tout était rassemblé dans les œuvres de Masaccio pour les rendre +inimitables. + +Son maître Masolino de Panicale étant mort pendant qu'il exécutait les +fresques de la chapelle Brancacci, Masaccio hérita de la commande. La +peinture lui permit de déployer tant d'imagination, de sentiment et +d'adresse que tous les grands artistes de l'Italie, y compris Michel-Ange +et Raphaël, puisèrent chez lui les plus utiles enseignements. + +Le pauvre artiste mourut à vingt-six ans, empoisonné, dit-on, par les +jaloux; il fut un des plus grands peintres et des plus novateurs de l'art +italien. + ++Masolino+ (Tommaso di Cristofano Fini) (1383-1440).--Maître et +précurseur de Masaccio et auquel ont été quelquefois attribuées à tort +des créations de son éminent élève. Pourtant, à bien examiner les +ouvrages certains de Masolino et entre autres la fresque d'El Carmine, +qui peut assurément lui être attribuée, il est difficile de confondre les +deux maîtres, tant leur manière de faire les sépare et les diversifie et +tant il semble que des générations aient pu s'écouler entre le maître et +l'élève au point de vue de la conception aussi bien que de l'exécution. + ++Michel-Ange+ (Buonarroti) (1475-1564).--Le plus grand architecte, +peintre et sculpteur des temps modernes, génie universel, il atteignit la +sublimité. Né d'une noble famille de podestats, au château de Caprese, +près d'Arezzo, il montra dès l'enfance une vocation si prononcée pour les +arts que son illustre parenté fut, en dépit de son opposition, contrainte +de se rendre au vœu de cette nature exceptionnelle. + +On le plaça chez Ghirlandajo qu'il aida comme apprenti aux fresques de +Sainte-Marie Nouvelle; mais, à l'âge de quinze ans, il le quitta, n'ayant +plus rien à apprendre de lui, et étant déjà supérieur à tous les maîtres. +Il se mit alors à étudier Masaccio dans ses chefs-d'œuvre d'El Carmine, +puis Laurent le Magnifique le dirigea vers la sculpture et, dès cette +époque, Michel-Ange commença la série de ses chefs-d'œuvre. Aussi bien à +Rome qu'à Florence sa production est multiple, et comme sculpteur, non +moins que comme peintre, son labeur est titanesque. + +L'austérité et l'ascétisme s'emparèrent de lui vers la fin de sa vie, +devant les misères du temps et les déchirements de la malheureuse Italie, +dont il souffrit cruellement. + +C'est de cette époque que datent ses admirables dessins et la collection +des sonnets et des stances où s'exhalèrent les amertumes de son âme. +Méditatif et toujours sérieux, il n'eut jamais d'autre passion que son +art. + +Insensible à la richesse qui lui vint sur le tard, méprisant le +bien-être, sa vie fut celle du bénédictin, du moine. + ++Michelozzo Michelozzi+ (1396-1472).--Il fut élève de Brunelleschi +pour l'architecture et de Donatello pour la sculpture. Ses principaux +ouvrages d'architecture à Florence sont l'ancien palais Médicis, +aujourd'hui palais Riccardi, la Chapelle des Médicis à Santa Croce, et de +sculpture, différentes œuvres au Bargello, et la statue de la _Foi_ +dans le Baptistère. + ++Montelupo+ (Baccio da) (1469-1553).--Ce sculpteur a principalement +été un grand fondeur; ses statues en bronze sont excellentes. Celle de +_Saint Jean_ à Or San Michele est une des premières en cette matière +et a l'intérêt d'une nouvelle tentative. + ++Montelupo+ (Raffaello da), (1505-1570).--Élève de son père et +surtout de Michel-Ange dont il déforma et exagéra le style. Il exécuta, +d'après les modèles du maître, les statues des _Saints Cosme_ et +_Damien_ pour la nouvelle sacristie de Saint-Laurent. Il n'a ni +grandeur, ni naïveté. + ++Orcagna+ (André) (1329-1384).--Tout à la fois peintre, sculpteur et +architecte, le génie d'Orcagna a laissé partout son empreinte. Outre le +monument d'Or San Michele, on lui doit l'édification du _Ciborium_ +intérieur de cette église, qui est un monument de l'art en général et de +l'art florentin en particulier; c'est également à lui que sont dues, à la +chapelle Strozzi de Sainte-Marie Nouvelle, les belles fresques illustrant +en quelque sorte le _Paradis_ du Dante. + ++Pollajuolo+ (Antoine) (1429-1498).--Jusqu'à sa trentième année, +Pollajuolo fut uniquement orfèvre sous la direction de son père, qui +possédait une des boutiques les mieux achalandées de Florence. On pense +que ce fut Baldovinetti qui le dirigea vers la peinture où, par son +habitude de la plastique, il devait occuper une place spéciale et +prépondérante. Ses œuvres, remarquables par la somptuosité du vêtement et +par la beauté sculpturale des attitudes, sont au Musée des Offices: les +_Saints Jacob_, _Vincent et Eustache_, l'admirable petit +chef-d'œuvre des _Travaux d'Hercule_ et enfin les belles figures des +Vertus dont celle de la _Prudence_ est de premier ordre. + ++Pollajuolo+ (Pierre) (1441-1489).--Frère d'Antoine et, dit-on, +élève de Castagno, fut uniquement peintre. La caractéristique des œuvres +de Piero est la trop grande sveltesse de ses figures souvent +insuffisamment dessinées, la vulgarité de leur type et la complication de +leur attitude. + ++Porta+ (Baccio della) (1445-1533).--Le génie de ce très grand +maître se développa sous les auspices de Rosselli et de Léonard de Vinci. +Entraîné par l'éloquence de Savonarole, il s'attacha à lui et prit +l'habit dominicain en 1500, au couvent de San Marco, sous le nom de +_Fra Bartolommeo_, qu'on lui donne ordinairement. Après avoir, à la +suite de la mort de Savonarole, renoncé à la peinture, il reprit ses +pinceaux en 1504. De cette époque date la série de ses chefs-d'œuvre. Sa +grandeur rude, son énergique sublimité, l'élévation sévère qui le +caractérise furent dès lors tempérées par sa science du dessin et la +beauté pratique de son exécution; il gagna en charme et en souplesse. Son +habit lui interdisant jusqu'à un certain point le modèle vivant, il +inventa, pour poser ses draperies, le mannequin à ressorts. Parmi ses +œuvres admirables, il faut citer le _Saint Marc_, _le Christ au +tombeau_, _le Christ ressuscité_, _la Sainte Famille_ du +palais Pitti et enfin la splendide fresque de l'hôpital Santa Maria +Nuova, _le Jugement dernier_. + ++Robbia+ (Luca della) (1400-1482).--Un des plus purs génies qui +aient honoré les arts. Sculpteur du plus rare talent, il inventa les +bas-reliefs en terre cuite émaillée, et, loin de se laisser entraîner par +une matière qui se serait prêtée à toutes les complications de la +plastique, il ne l'employa jamais qu'avec la discrétion la plus +remarquable, tandis que son goût pur et raffiné le faisait s'en tenir +presque à la monochromie, c'est-à-dire au relief émaillé blanc sur fond +bleu. Luca a enrichi Florence d'innombrables merveilles; il faut +toutefois citer en première ligne, au Musée du Dôme, les hauts reliefs en +marbre, _Enfants chanteurs et musiciens_, puis les _portes en +bronze_ de la sacristie de la cathédrale et enfin les hauts-reliefs en +terre émaillée qui les surmontent: _l'Ascension_ et _la +Résurrection_. + ++Robbia+ (Andrea della) (1435-1498).--Neveu de Luca, fut initié de +bonne heure par Luca à tous les secrets de la terre émaillée. Grand +artiste, il a toutefois une interprétation plus gracile et plus mièvre +que celle de son illustre maître et parent. Ses ouvrages empruntent déjà +à la polychromie des effets que le vieux Luca atteignait, sans les avoir +cherchés, par la seule pureté de son art. Les médaillons d'_Enfants +emmaillotes_ au portique des Innocents sont pourtant de premier ordre +et dignes du maître. + ++Robbia+ (Jean della) (1460-1530).--Fils et élève d'Andrea, se +consacra uniquement au bas-relief émaillé où il employa de véritables +feux d'artifice de polychromie, profusion à laquelle le portait non +seulement son goût personnel, mais encore la décadence du sentiment +artistique chez ses contemporains. + ++Rosselli+ (Cosimo) (1438-1507).--Curieux et bizarre esprit, exerça +sur la formation des meilleurs artistes de son époque une influence que +ne nous expliquent nullement les productions qui subsistent encore de +lui: sa _Procession_, œuvre très noircie de l'église Saint-Ambroise, +et ses fantasques dessins. + ++Rossellino+ (Bernardo di Matteo Gamberelli, _dit_ le) +(1409-1464).--Architecte et sculpteur tout ensemble, comme l'étaient +presque tous les grands artistes du temps, il laissa des œuvres sincères +et délicates; son chef-d'œuvre est le tombeau magnifique du secrétaire +d'État Leonardo Bruni à Santa-Croce. + ++Rosso+ (1496-1541).--Il fut successivement à l'école de +Michel-Ange, du Parmesan et d'Andrea del Sarto. Peintre consciencieux, +d'une époque de pleine décadence déjà, il jouit d'une grande renommée, +et, appelé à la cour de François Ier, il fut le rival souvent heureux du +Primatice. + +Le Rosso s'empoisonna par suite du désespoir où l'avait plongé la mise à +la torture de son ami Pellegrino, reconnu plus tard innocent. On cite, +parmi ses compositions, _l'Assomption de la Vierge_ dans le cloître +de l'église Santa Annunziata et _la Vierge accompagnée de plusieurs +saints_ au palais Pitti. + ++Rustici+ (Jean-François) (1474?-1554).--Il est présumé élève du +Verrocchio et se consacra surtout à la fonte en bronze de ses statues. Le +meilleur groupe de _la Prédication de Saint Jean_, placé au-dessus +de la porte du Baptistère, est une bonne œuvre d'une belle patine de +bronze. + ++Sangallo+ (Jules Giamberti, _dit_) (1443-1517).--Célèbre +architecte, tira son surnom de la porte San Gallo qu'il édifia. Une +grande partie des palais de Florence furent construits par lui et la +Villa Médicéenne de Poggio a Cajano est parmi ses œuvres les plus +marquantes. + ++Sangallo+ (Antoine) (1482 à 1516).--Est le plus renommé de la +famille. Neveu de Jules Sangallo, il fut un des plus fameux architectes +de son temps. Élevé à l'école de Brunelleschi qu'il aida dans ses +principaux travaux, Raphaël l'appela à Rome et se l'adjoignit pour la +reconstruction de la basilique Saint-Pierre. Rome et l'Italie lui doivent +plusieurs de leurs principaux édifices. + ++Sansovino+ (Jacopo Tatti, _dit_ le) (1479-1570).--Il étudia +son art sous Contucci de Monte-Sansovino, dont il prit le nom. D'abord +sculpteur, il ne débuta dans l'architecture qu'en 1515 et passa la +majeure partie de son existence à Venise qu'il enrichit de monuments et +d'œuvres d'art admirables. Aucun architecte n'eut plus que Sansovino de +noblesse dans l'invention, de fécondité dans les idées, de grâce dans le +style, de correction dans les détails. + ++Sarto+ (Andrea del) (1487-1531).--Fils d'un tailleur, une vocation +irrésistible le poussa vers les arts. Des maîtres grossiers lui apprirent +les premiers éléments de la peinture, il se forma lui-même, en étudiant +les œuvres de Léonard et de Michel-Ange, mais surtout celles de Masaccio +et de Ghirlandajo dont le génie était plus en rapport avec la douceur de +sa propre nature. A l'élégance des traits, ses figures joignent la +sensibilité, la beauté et la noblesse des attitudes. La force et la +grandeur sont les seules qualités qui lui manquent. Après une existence +des plus mouvementées, Andrea mourut à Florence de la fameuse peste de +1531. Ses chefs-d'œuvre sont multiples et les fresques de Santa +Annunziata, _La naissance de la Vierge_, et mieux encore celles des +Scalzo relatives à l'_Histoire de saint Jean-Baptiste_ sont de +premier ordre. Tant au Musée des Offices qu'au Musée du Palais Pitti, ses +ouvrages revêtent les mêmes qualités de grâce et de charme faciles. + ++Settignano+ (Desiderio da), (1428-1464).--Passe pour avoir été +élève de Donatello. Son talent fin et distingué n'a pourtant aucune +analogie avec le talent sombre et farouche du maître. La frise de la +_chapelle Pazzi_, à Santa-Croce, _Le Tabernacle_ de l'église +Saint-Laurent et différents ouvrages de sculpture du _Bargello_ font +le plus grand honneur au talent svelte et charmant de Desiderio. + ++Uccello+ (Paolo de Dono), (1397-1475).--D'abord orfèvre et aide de +Ghiberti dans la fonte de la première porte du Baptistère, il se consacra +ensuite à la fresque et eut, par les lois de la perspective absolue qu'il +établit d'une manière précise, la plus grande influence sur les artistes +de son époque. Ses fresques du Cloître-Vert de Sainte-Marie Nouvelle, +_Le Déluge_ et _l'Ivresse de Noé_passent pour les œuvres où tous les +artistes vinrent prendre des leçons de perspective. + +La fresque de la Cathédrale, le portrait équestre de _Hawkwood_, +fait le plus grand honneur au talent d'Uccello. + ++Verrocchio+ (Andrea del), (1435-1488).--Il surpassa tous ses +contemporains dans l'art de travailler le bronze. Très noble et très +grand artiste, les Médicis qui le protégèrent, eurent le tort de +l'opposer au génie de Donatello. Ses chefs-d'œuvre, le _Groupe de Jésus +et de saint Thomas_ d'Or San Michele, _L'Enfant au Dauphin_ du +Palais Vieux, _Le David_ du musée du Bargello sont des œuvres de +premier ordre, d'un style sans défaillance ni reproche. + ++Vinci+ (Léonard de), (1452-1519).--Le plus grand génie qui fut +jamais, l'égal même de Michel-Ange, le Vinci fut à la fois sculpteur, +architecte, physicien, ingénieur, écrivain et musicien, admirable esprit +à l'universalité duquel aucune science, aucun art ne semblent avoir pu +échapper ni demeurer étrangers. Après avoir étudié la sculpture sous le +Verrocchio, il se rendit à Milan où Ludovic le More le garda jusqu'au +jour où l'invasion du Milanais par Louis XII le faisait rentrer dans sa +patrie. Mécontent de l'accueil que lui avaient réservé ses concitoyens et +de celui qu'il avait rencontré auprès du pape, il resta vingt ans presque +errant sans que, vieilli, aigri, assombri, il eût trouvé justice, même +chez ses contemporains. + +Le goût de Léonard, pur et sévère, s'exerça sur toutes les matières qui +furent soumises à son jugement; il poursuivit la perfection avec patience +avec une exactitude souvent minutieuse et aucune recherche ne put jamais +le rebuter dans la poursuite de son idéal de perfection. + + + + +TABLE DES MATIÈRES + + + ++ÉGLISES+ + + ++SANTA ANNUNZIATA+ +Portique de Sangallo, Fresques d'A. DEL SARTO et de ses élèves. ++Intérieur+: chapelle de la Vierge miraculeuse, par MICHELOZZO. ++Couloir du cloître+: A. DEL SARTO, Vierge au sac. ++Deuxième cloître+: Saint Jean-Baptiste, par MICHELOZZO. + + ++SANTA APOLLONIA+ +A. DEL CASTAGNO, Fresque de la Cène et Pieta. + + ++SS. APOSTOLI+ +Ciborium d'ANDREA DELLA ROBBIA. +Tombeau d'Altovite, BEN. DA ROVEZZANO. + + ++SAN AMBROGIO+ +Fresque, saint Sébastien, ÉCOLE DU GIOTTO. +Saint Sébastien, LEONARDO DEL TASSO. +Grisailles, FILIPPINO LIPPI. +Miracle du ciboire, COSIMO ROSSELLI. +Tabernacle, MINO DA FIESOLE. + + ++BADIA+, constr.: ARNOLFO CAMBIO ++Intérieur+: Bas-relief de la Vierge. +Tombeau du comte Hugo, MINO DA FIESOLE. +Apparition de la Vierge à saint Bernard, FILIPPINO LIPPI. ++Cloître+: Fresques d'ANTONIO SOLARIO, Vie de saint Benoît. + + ++BIGALLO+ (confrérie), constr. goth. ++Salle du Conseil+: Fresque de GIOTTINO, la Miséricorde. +VENTURO DI MORO, fresque. + + ++BATTISTERO+ (San Giovanni), constr. romane. +Revêtement, ARNOLFO CAMBIO. +Portes: ANDREA PISANO et GHIBERTI. +Groupes extérieurs: Décollation de saint Jean-Baptiste, VICENTE DONI. +Prédication, par GIOVANNI RUSTICA. +Baptême de J.-C., par SANSOVINO. ++Intérieur+: Mosaïques de JACOBUS. +Fonts baptismaux, ÉCOLE PISANE. +Statue de la Madeleine, DONATELLO. +Tombeau de Jean XXIII, pape, DONATELLO et MICHELOZZO. +Groupe de style Barocco, par TICCIATI. + + ++CAMPANILE+, constr. goth.: GIOTTO et TADDEO GADDI. +Bas-reliefs, GIOTTO ET ANDREA PISANO. ++Côté Ouest+, David Jérémie et Jean-Baptiste, par DONATELLO. ++Côté Est+, Abraham et Habacuc, par DONATELLO. +Reliefs de LUCA DELLA ROBBIA. + + ++DOME+, constr.: ARNOLFO DI CAMBIO. +Coupole, BRUNELLESCHI, +1 +Porte du Sud+, ÉCOLE PISANE. +2 +Porte du Sud+, encadrement des TEDESCO. ++Porte du Nord+: JEAN ET NICOLAS D'AREZZO. +Vierge de la Cintola, NANNI DI BANCO. +Statuettes et têtes de prophètes, DONATELLO. ++Intérieur+: ++Mur de la façade+: Vitrail, Couronnement de la Vierge, GADDO GADDI. +Portrait équestre de N. da Tolentino, par ANDREA DEL CASTAGNO; Portrait +équestre de John Hawkwood, par P. UCCELLO. ++Bas côté droit+: Monument de Brunelleschi de BUGGIANO. Bustes de +Giotto et de Squarcialupo, par BEN. DA MAJANO. +Statue de Josué DONATELLO; bénitiers, ÉCOLE PISANE; Monument de l'évêque +d'ORSO DE TINO. ++Sous la coupole+: Clôture du chœur, BANDINELLI; Déposition de +Croix, MICHEL-ANGE. ++Transept droit+: Apôtres et saints. Fresques de LORENZO de BICCI. +Vitraux sur les dessins d'UCCELLO de GHIBERTI et de DONATELLO. ++Vieille sacristie+: Lunette de la porte, Ascension de LUCA DELLA +ROBBIA; à l'intérieur, deux Anges, par LUCA. ++Chapelle Saint-Zenobe+: Christ sur l'autel, BENEDETTO DA MAJANO. +Reliquaire de saint Zenobe, GHIBERTI. ++Première Chapelle à gauche+: Statue de saint Jean, par DONATELLO. ++Sacristie neuve+: Portes de bronze et, dans la lunette, la +Résurrection, LUCA DELLA ROBBIA. ++A l'intérieur+: Lavabo de MINO DA FIESOLE. Marqueteries, par +BENEDETTO DA MAJANO. ++Bas côté gauche+: Portrait du Dante, par MICHELINO. +Saint Zenobe, fresque d'ORCAGNA. ++SANTA CROCE+, constr. goth. D'ARNOLFO DI CAMBIO. ++Intérieur+: Monuments et plaques tombales de l'ÉCOLE PISANE. ++Mur d'entrée+: Vitrail GHIBERTI. +Statue de saint Louis de Toulouse, par DONATELLO. ++Grande nef+: Chaire de BEN. DA MAJANO. Porte de la chaire, +_id_. ++Bas côté droit+: Monument de Michel-Ange, par VASARI. Au pilier, +Vierge, bas-relief de ROSSELLINO. +DOM VENEZIANO: Saint Jean-Baptiste et saint François. +L'Annonciation, grand haut-relief, DONATELLO. +Tombeau de Bruni, par ROSSELLINO. ++Transept droit+: ++Chapelle du saint Sacrement+. Tombeaux. Fresques, ÉCOLE DE GIOTTO. ++Chapelle Baroncelli+: GIOTTO, retable. +TADDEO GADDI: Vie de la Vierge. +MAINARDI. Madonna della Cintolla. ++Mur du chœur+: ++Première chapelle Fardi+: GIOTTO. Vie de saint François d'Assise. ++Deuxième chapelle Peruzzi+: GIOTTO. Vies de saint Jean-Baptiste et +de saint Jean l'Évangéliste, GIOVANNI DA SAN GIOVANNI. Vie de saint +André. ++Troisième chapelle+: ÉCOLE DE GIOTTO, combat de saint Michel et du +dragon. ++Chapelle du Chœur+: AGNOLO GADDI. Histoire de la vraie Croix. ++Quatrième chapelle Pulci+: Autel de JEAN DELLA ROBBIA. DADDI, +Martyres de saint Étienne et de saint Laurent. ++Cinquième chapelle+: MASO, Miracles de saint Sylvestre. ++Transept gauche+: +Crucifix en bois de DONATELLO. ++Bas côté gauche+: Tombeau de Marzuppini, par DESIDERIO DA +SETTIGNANO. ++Transept droit+: Couloir de la Sacristie, constr. de MICHELOZZO. ++Chapelle des Médicis+: constr. de MICHELOZZO. +Autel et relief, ÉCOLE DES DELLA ROBBIA. ++Sacristie+: Buste du Christ, ANDREA DELLA ROBBIA. GIOVANNI DA +MILANO, fresques de la vie de la Vierge et de sainte Madeleine. ++Cloître+: Tombes gothiques. ++Chapelle Pazzi+: constr. BRUNELLESCHI. Frise de Chérubins, par +DESIDERIO DA SETTIGNANO et DONATELLO. Médaillons en relief des apôtres, +LUCA DELLA ROBBIA. Intérieur, Évangélistes à la coupole, BRUNELLESCHI. ++Réfectoire+: TADDEO GADDI. Fresque de la Cène. GERINI, Crucifixion. ++Deuxième cloître+: constr. BRUNELLESCHI. + + ++SAINTE FÉLICITÉ+ ++Portique+: ++Intérieur+: ++Cinquième autel+: TADDEO GADDI, Vierge. ++Sacristie+: GIOTTO, Christ. NICOLÒ DA PIETRO, Christ entouré de la +Madeleine et des saintes Femmes. ++Deuxième sacristie+: Annonciation, ÉCOLE D'ORCAGNA. + ++SAINT FRANÇOIS DE VANCHETONI+. Bustes de DONATELLO. + ++INNOCENTI+ (Hospice des Enfants Trouvés), constr. BRUNELLESCHI ET +F. DELLA ROBBIA. ++Intérieur+: Tympan de la Chapelle, maître-autel, GHIRLANDAJO, +adoration des Mages. + + ++SAN JACOPO IN RIPOLI+. +TYMPAN du portail DELLA ROBBIA, Christ et saint Thomas. ++Intérieur+: Mariage mystique de sainte Catherine RIDOLFO +GHIRLANDAJO. + + ++SAN LORENZO+, constr. BRUNELLESCHI ++Intérieur+: Chaires, DONATELLO. Tombeau de Cosme le Vieux, VERROCCHIO. +Chapelle du Transept gauche. +FRA FILIPPO LIPPI: L'Annonciation. ++Bas côté gauche+: DONATELLO, Tribune des Médicis. ++Transept droit+: Tabernacle, DESIDERIO SETTIGNANO. ++Ancienne Sacristie+: const. BRUNELLESCHI. +MÉDAILLONS de la coupole et frise de Chérubins, DONATELLO. Portes de +bronze, DONATELLO. Tombeau des parents de Cosme l'Ancien, buste de saint +Laurent, DONATELLO. +Tombeau de Laurent le Magnifique, VERROCCHIO. ++Bibliothèque Laurentienne+: escalier, VASARI. Vestibule et const., +MICHEL-ANGE. +Boiseries CIPIANO et DEL CINQUE; Vitraux, JEAN D'UDINE. ++Chapelles Médicis+. ++Chapelle des Princes+: constr., MATTEO NIGETTI. Statues de Cosme +II, par JEAN DE BOLOGNE et de Ferdinand I, par TACCA. ++Nouvelle sacristie+: constr. MICHEL-ANGE. +Tombeau de Julien de Médicis. +Allégories du jour et de la nuit. +Tombeau de Laurent de Médicis. +Allégories du Crépuscule et de l'Aurore; MICHEL-ANGE. Sarcophages de +VASARI. Vierge et Enfant de MICHEL-ANGE. Saint Cosme et saint Damien, +MONTELUPO e MONTORSOLI. + + ++SANTA MADDALENA DE PAZZI+ ++Salle du Chapitre+: PÉRUGIN, Christ en Croix. + + ++SAN MARCO+ (couvent), restaurations, MICHELOZZO. +FRA ANGELICO, FRA BARTOLOMMEO, SAVONAROLE. ++Premier cloître+: Fresques VANNI, Lunettes des portes I, Saint +Thomas d'Aquin. II, Le Christ en pèlerin d'Emmaüs. III, Saint Dominique. +IV, Le «Silence»; Saint Pierre martyr. Grande Fresque, saint Dominique au +pied de la Croix, FRA ANGELICO. ++Réfectoire+: Fresque SOGLIANI. ++Salle du Chapitre+: Calvaire, par FRA ANGELICO. ++PETIT RÉFECTOIRE+: Cenacolo, par GHIRLANDAJO. ++Premier étage+. ++Couloirs+: FRA ANGELICO, L'Annonciation. Saint Dominique au pied de +la Croix. Vierge sur un trône entoure de saints,--Angelico et ses élèves, +quarante-cinq fresques des cellules. ++Cellules+: XII, XIII et XIV, appartement du Prieur, Souvenirs de +Savonarole. +Cellule XXXIII, Tableau Madonna della Stella, Fra Angelico. +XXXVIII et XXXIX, Cellule et Oratoire de Cosme l'Ancien, fresque de +l'Adoration des Mages, Angelico. ++Bibliothèque+: constr. MICHELOZZO, Livres et Manuscrits. + + ++SAN MARCO (ÉGLISE)+ ++A l'Intérieur+: Christ par GIOTTO. ++Deuxième autel à droite+: FRA BARTOLOMMEO, Vierge trônant entourée +de Saints. +Troisième autel, Mosaïque romaine, Plaques de Pic de la Mirandole et +d'Ange Politien. + + ++SANTA MARIA DEL CARMINE+ +Intérieur Transept droit. ++Chapelle Brancacci+: Fresques relatives à la création et à la +mission de saint Pierre, MASACCIO et FILIPPINO LIPPI. ++Sacristie+: Fresques relatives à l'histoire de sainte Cécile, +SPINELLO ARETINO. ++Cloître+: Procession attribuée à Masaccio. ++Réfectoire+: Cenacolo d'ALLORI. + + ++SANTA MARIA NOVELLA+ constr. FRA SISTO, FRA RISTORO, revêtements, +avelli LEONE BATTISTA ALBERTI. ++Intérieur+: mur de la façade. +Fresque de la Trinité, MASACCIO. ++Transept droit. Chapelle Rucellai+: CIMABUE, Vierge. ROSSELLINO, +tombeau de la Beata Villana dei Cerchi. ++Chapelle Philippe Strozzi+: Tombeau Strozzi, par BEN. DA MAJANO. +Miracles de saint Jean l'Évangéliste et de saint Philippe, Fresques de +FILIPPINO LIPPI, Vitrail sur les dessins de FILIPPINO. +CHŒUR: Fresques de GHIRLANDAJO. +Histoire de la Vierge et de saint Jean-Baptiste. +Boiserie, par BACCIO D'AGNOLO. ++Transept gauche. Chapelle Strozzi+: Fresques du Jugement dernier et +du Paradis, ANDRÉA ORCAGNA; de l'Enfer, NARDO ORCAGNA. +Retable, Christ glorieux et saints, ANDRÉA ORCAGNA. ++Sacristie+: Lavabo, JEAN DELLA ROBBIA. ++Sepolcreto+: Plaques commémoratives du XIVe et XVe siècle, ++Cloître vert+, Genèse et histoire de la création, ORCAGNA. +Le Déluge et l'ivresse de Noé, UCCELLO. ++Chapelle des Espagnols+: constr. goth., Fresque l'Église triomphante, +SIMONE MEMMI. +Triomphe de saint Thomas d'Aquin et le calvaire, TADDEO GADDI. ++PHARMACIE+: La Passion, Fresques attribuées à SPINELLO ARETINO. + + ++SANTA MARIA NUOVA+ (Hôpital de), portique, BUONTALENTI. ++L'église San Egidio+: Fresque le Couronnement de la Vierge, LORENZO +DI BICCI+.--Sous le portique; Fresques de la dédicace, LORENZO DI +BICCI. ++A l'intérieur+: La Vierge et l'Enfant (derrière l'autel), ANDREA +DELLA ROBBIA. Tabernacle, ROSSELLINO et GHIBERTI. ++Galerie de peinture+: +104. CASTAGNO, Crucifixion. +29. Vierge et enfant, haut-relief, par VERROCCHIO. ++Salle I+: 49, 49, 50, Triptyque, Adoration des Mages et donateurs, +HUGO VAN DER GOES. +N° 23. BOTTICELLI, Vierge et enfant. +71. BARTOLOMMEO, Jugement dernier. ++Cloître+: ANDREA DEL CASTAGNO, Christ en croix. + + ++MISERICORDIA+ (confraternité), Retable d'ANDREA DELLA ROBBIA. + + ++OGNISSANTI+, tympan du portail, Couronnement de la Vierge, DELLA ROBBIA. ++Intérieur+: BOTTICELLI, Fresque de saint Jérôme. GHIRLANDAJO, +Fresque saint Augustin. ++Sacristie+: Christ, ÉCOLE DU GIOTTO. ++Réfectoire+: Ghirlandajo, Cène. Tabernacle de AG. DE DUCCIO. + + ++OR SAN MICHELE+, constr. goth. de TADDEO GADDI. ++Extérieur+: Statuettes des fenêtres, par TALENTI. ++Est+: Statue de Jean-Baptiste, GHIBERTI. +Groupe de saint Thomas, VERROCCHIO. +Statue de saint Luc, par JEAN DE BOLOGNE. ++Nord+: Statue de saint Pierre, DONATELLO. +Statue de quatre saints NANNI DI BANCO. ++Ouest+: Statue de saint Matthieu, GHIBERTI. +Statue de saint Étienne, GHIBERTI. +Saint Éloi, par NANNI DE BANCO. ++Sud+: Saint Marc, par DONATELLO. +Saint Jacob de GHIBERTI. +Saint Georges de DONATELLO. +Saint Jean Ev., par MONTELUPO. +Reliefs des DELLA ROBBIA. ++Intérieur+: constr. d'ORCAGNA. +Tabernacle d'ORCAGNA. Image miraculeuse, B. DADDI. + + ++SAN ONOFRIO+ +Cène attribuée à RAPHAEL. + + ++LO SCALZO+ +ANDRÉA DEL SARTO, Vie de saint Jean l'Évangéliste, fresques monochromes. + + ++SAN SPIRITO+ +Transept droit, FILIPPINO LIPPI, Vierge des Tanaï de NERLI. +LORENZO DI CREDI, Vierge et saints. ++Transept gauche+: PIERO DE COSIMO. +Vierge et saints. ++Sacristie +: constr., POLLAJUOLO. +Vestibule, constr. SANGALLO. + + ++SANTA TRINITA+, constr., NICOLAS PISANO. 286 ++Intérieur+: Statue de bois, sainte Madeleine, par DESIDERIO SETTIGNANO. +Annonciation, par LORENZO MONACO. ++Chapelle Sassetti+, constr., Jules de SANGALLO. Fresques de la vie +de saint François, GHIRLANDAJO. + + + ++MUSÉES+ + + ++ACADÉMIE DES BEAUX-ARTS+ +Salle I. +31. BALDOVINETTI, la Trinité. +27. ANGELICO, Retables. +Salle à coupole. +MICHEL-ANGE, le David. +Salle III. +36. MASACCIO, Conception. +41. FRA FILIPPO LIPPI, Couronnement de la Vierge. +42. FRA FILIPPO LIPPI, Prédelle. +37 et 39. A. DEL CASTAGNO, Saint Jean-Baptiste et la Madeleine. +38. A. DEL CASTAGNO, saint Jérôme en prière. +32. GENTILE DA FABRIANO, Adoration des Mages. +34. ANGELICO, Déposition. +43. VERROCCHIO et LÉONARD DE VINCI, Baptême de Jésus-Christ. +46. BOTTICELLI, Vierge enfant, saints et saintes. +47. BOTTICELLI, Couronnement de la Vierge. +52. BOTTICELLI, Vierge sur un trône. +49. FRA FILIPPO LIPPI, Vierge et quatre saints. +50. GHIRLANDAJO, Adoration des Mages. +53. PÉRUGIN, le Jardin de Gethsémani. +56. PÉRUGIN, la Crucifixion. +55. PÉRUGIN, Assomption. +58. PÉRUGIN, Pieta. +54. LUCA SIGNORELLI, Vierge entourée de saints. +57. FILIPPINO LIPPI, Descente de croix. +59. AND. DEL SARTO, quatre Saints. +63. A DEL SARTO, Prédelle du tableau. +66. FRA BARTOLOMMEO, Apparition de la Vierge à saint Bernard. +69. FRA BARTOLOMMEO, saint Vincent. +78 et 82. FRA BARTOLOMMEO, têtes d'Apôtres. + ++Salle de l'Angelico+ + +41. FRA ANGELICO, Jugement dernier. +16. Six petits panneaux, vie de saint Cosme et saint Damien. +11 à 24. Huit panneaux et trente-cinq sujets de la Vie du Christ. +20. Couronnement de la Vierge. +21. Pietà. +31. FRA BARTOLOMMEO, Savonarole. +18. PÉRUGIN, portraits de moines. + ++Salle V+ + +Cartons de FRA BARTOLOMMEO. +Carton du David de MICHEL-ANGE. + ++Salle VI+ + +22. ANT. POLLAJUOLO, saint Augustin. +23. A. POLLAJUOLO, sainte Monique. +24. VERROCCHIO, Tobie et les trois Archanges. +19. LUCA SIGNORELLI, Madeleine au pied de la croix. +16. GHIRLANDAJO, Vierge entre des Saints. +12. FRA FILIPPO LIPPI, Nativité. +6, 7, 8, 9. BOTTICELLI, Christ ressuscitant. Salomé avec la tête de +Jean-Baptiste. +Vision de saint Augustin. +Mort de saint Augustin. +20. BOTTICELLI, l'archange Raphaël et Tobie. +20. BOTTICELLI, le Printemps. + + ++MUSÉE ARCHÉOLOGIQUE+. ++Salle V+ +BRONZES +A. Minerve. +B. Portrait de Metellus. +C. Chimère. +D. Situla. +Vitrine n° 1. Tête de jeune homme. +2. Statuette de Bacchus. +3. Jupiter. +4. Castor. +5. Minerve Médica. +6. Athéné. ++Salle VI+ +Vase François. ++Salle VIII+ +Sarcophage en terre cuite de Larthia Saranthia. +Sarcophages en albâtre. +Sarcophage en pierre avec statue. +Statue cinéraire. + +DEUXIÈME ÉTAGE + ++Galerie des Tapisseries+ +Salle I. Étoffes. +Salle II. Broderies. +Salles III, IV, V. Broderies. +Salle VI. Tapisseries de Florence, XVIIe et XVIIIe siècles. +Salle VII. Tapisseries flamandes. XVIe siècle. +Salle VIII. Tapisseries de Florence, XVIe siècle. +Salle IX. Suite. +Salle XII. Gobelins, histoire d'Esther. +Salle XIII. Suite. +Salle XIV. Tapisseries flamandes, XVIe siècle. +Salle XVI. Tapisseries des Flandres, XVIe siècle. +Salles XVIII, XIX, XX. Séries de tapisseries de Florence des XVIe, +XVIIe et XVIIIe siècles. + + ++BARGELLO+ (musée national). ++Const.+: TADDEO GADDI. Cour, escalier, BENCI DI CIONE et NERI +FIORAVENTI. ++Rez-de-chaussée+. +Salle des Armures. BENVENUTO CELLINI, casque et rondache de François +Ier. ++Salle des Portiques+ +I. Tombeaux du XIVe siècle. +II. Bas-reliefs de ROVEZZANO. +MICHEL-ANGE, buste de Brutus. +Masque de faune. +Bas-relief de la Vierge avec l'Enfant. +Bacchus ivre. +Petit groupe, Léda et le Cygne. +Réduction en marbre du Moïse. ++PREMIER ÉTAGE+ +Cloches en bronze. ++Salle I+ +DONATELLO, rondes d'enfants, quatre bas-reliefs pour les tribunes des +orgues du Dôme. +Le Cupidon (bronze). +Le David (bronze). +Buste en bas-relief de saint Jean. +Statue de saint Jean-Baptiste en pied. +David (marbre). +MICHEL-ANGE, Adam mourant. +MICHEL-ANGE, la Victoire. ++Salle III+ +FAÏENCES ++Chapelle+: GIOTTO, fresques. Vitrines, nielles. ++Salle V+ +IVOIRES, AMBRES ET COUPES ++Salle VI+ +BRONZES +GHIBERTI, reliquaire de sainte Jacinthe. +VECCHIETTA, statue de Marino Soccino. +VERROCCHIO, David. +Vitrine A. POLLAJUOLO, Hercule et Cacus. ++Salle VII+ +BRONZES ++Benvenuto Cellini+, buste de Cosme I. +B. CELLINI, modèles pour le Persée. +DONATELLO, frise, Bacchanale d'enfants. +JEAN DE BOLOGNE, le Mercure. + +DEUXIÈME ÉTAGE + +ANDREA DEL CASTAGNO, Fresques. ++Salle II+ +Bas-reliefs, par les DELLA ROBBIA. +Vitrines des faïences. ++Salle III+ +TAPISSERIES ++Salle V+ +MARBRES +MINO DA FIESOLE, buste de Rinaldo della Luna. +VERROCCHIO, haut-relief, mort de Francesca Pitti. +BEN. DA MAJANO, buste de Mellini. +MINO DA FIESOLE, buste de jeune femme. +A. DEL POLLAJUOLO, buste de jeune guerrier. +BEN. DA MAJANO, buste appelé le prêtre florentin. ++Salle VI+ +MARBRES +VERROCCHIO, bas-relief, la Vierge et l'enfant Jésus. +VERROCCHIO, buste de femme. +MATTEO CIVITALI, la Foi. +MESS. DA FIESOLE, buste de Pierre de Médicis. +BENED. DA MAJANO, saint Jean. +SANSOVINO, Statue de Bacchus. +MICHEL-ANGE, Apollon. ++Salle IV+ +SCEAUX ET MONNAIES + + ++CASA BUONARROTI Musée Michel-Ange+ +1re Chambre, Combat des Centaures et des Lapithes. +2e Chambre, dessins. +Cadre Ier, Cléopâtre. +Cadre IX, 75. Projet de façade pour Saint-Laurent de Florence. +Cadre XV, 75, Vierge allaitant l'Enfant. ++Chapelle+ +72. Vierge assise avec enfant (marbre). + + ++OFFICES+, constr. VASARI. ++Corridor occidental+. +17. PIETRO LORENZETTI, petit tableau des anachorètes. +25. SIMONE DI MARTINO et LIPPO MEMMI, Annonciation. +24 et 26. San Ansano et Santa Giuletta. +45. BICCI DI LORENZO, S. S. Cosimo et Damiano. +52. PAOLO UCCELLO, tableau de bataille. +PIERO DEL POLLAJUOLO: +69. _L'Espérance_. +70. _La Justice_. +71. _La Tempérance_. +72. _La Foi_. +73. _La Charité_. +34. LUCA SIGNORELLI, la Vierge avec l'Enfant. +ÉCOLE TOSCANE +1° Salle A. +1157. LÉONARD DE VINCI (?), Tête de jeune homme vue de face, les cheveux +rejetés en arrière. +1159. LÉONARD DE VINCI (?), Tête de Méduse. +1167. MASACCIO, beau portrait en buste d'un vieillard inconnu. Fragment +de fresque également attribué à Filippino Lippi. +1154. INCONNU, _Le Médailleur_. +1156 et 1158. SANDRO BOTTICELLI. Histoire de Judith et d'Holopherne, en +petits tableaux. +1156. La Judith. +1158. Holopherne. +1153. ANTOINE POLLAJUOLO, les Travaux d'Hercule. +1178 et 1184. FRA ANGELICO, les Fiançailles et les Funérailles de la +Vierge. +1182. BOTTICELLI, La Calomnie. Description d'un tableau disparu +d'Apelles. +2° Salle B. +1257. FILIPPINO LIPPI, l'Adoration des Mages. +1268. FILIPPINO LIPPI, la Vierge et quatre Saints. +1112. ANDREA DEL SARTO, la Vierge avec l'Enfant, saint François et saint +Jean l'Évangéliste. +1279. ANT. BAZZI (dit le _Sodoma_), Saint Sébastien. +1252. LÉONARD DE VINCI, l'Adoration des Mages. +1257. FILIPPO LIPPI, Adoration des Rois. +1288. LÉONARD DE VINCI, l'Annonciation. +1301. ANTONIO DEL POLLAJUOLO, Saint Eustache, saint Jacques et saint +Vincent. +1300. PIERO DELLA FRANCESCA, portraits de Frédéric de Montefeltro et de +Battista Sforza, sa femme. +1290. BEATO ANGELICO, Couronnement de la Vierge. +1306. ANT. DEL POLLAJUOLO, la Prudence. +1267 _bis_. Sandro FILIPEPPI, dit _Botticelli_, la Vierge et +l'Enfant. +1289. BOTTICELLI, la Vierge et l'Enfant à la Grenade. +1299. BOTTICELLI, la Force. +1307. FRA FILIPPO LIPPI, la Vierge adore l'Enfant présenté par deux +anges. ++La Tribune+ +Décoration POCETTI. +SCULPTURES +342. _Vénus de Médicis_. +343. _Les Lutteurs_. +344. _Le Satyre dansant_. +345. _L'Apollino_. +346. _Le Rémouleur_. +TABLEAUX +1131. RAPHAEL, portrait de Jules II. +129. RAPHAEL, la Vierge du Chardonneret. +1127. RAPHAEL, Saint Jean dans le désert. +1123. SÉB. DEL PIOMBO, La Fornarina. +1120. RAPHAEL, portrait d'une inconnue. +1117. LE TITIEN, la Vénus au petit chien. +1139. MICHEL-ANGE. Sainte Famille. +1141. ALBERT DÜRER, Adoration des Mages. +1118. CORRÈGE, le Repos en Égypte. +1111. MANTEGNA, Triptyque: l'Adoration des Mages, la Circoncision, la +Résurrection. +ÉCOLE ITALIENNE MAÎTRES DIVERS ++Salle III+ +1291. LUCA SIGNORELLI, Sainte Famille. +1298. Prédelle du précédent. ++Salle IV+ +1025. MANTEGNA, la Vierge aux Rochers. +ÉCOLE HOLLANDAISE ++Salle V+. +695. LUCAS DE LEYDE (?), Ferdinand, infant d'Espagne. +ÉCOLES ALLEMANDE ET FLAMANDE +(1re salle) ++Salle VI+. +795. ROGER VAN DER WEYDEN, Jésus au Sépulcre. +784. HANS HOLBEIN, LE JEUNE, portrait de Zwingli. +777 et 768. ALBERT DÜRER, portrait de son père. +765. HANS HOLBEIN, LE JEUNE, Richard Southwell. +850. HANS HOLBEIN, cadre de plusieurs petites têtes. +IX. _Médaillon de Hans Holbein_. +847. LUCAS CRANACH, Luther et Mélanchthon. +845. Jean et Frédéric, électeurs de Saxe. +ÉCOLES ALLEMANDE ET FLAMANDE +(2ème salle) ++Salle VII+. +SCHOUFFLEIN DE NUREMBERG, Scènes de la vie de saint Pierre et de saint +Paul. +703. JEAN MEMLING, la Madone sur un trône. +ÉCOLE FRANÇAISE ++Salle VIII+. +674. LARGILLIÈRE, portrait de Jean-Baptiste Rousseau. +671. ANTOINE WATTEAU, le Joueur de flûte. +667. FRANÇOIS CLOUET, François Ier (petit portrait équestre). +LES GEMMES ++Salle IX+. +_Armoire II_, cassette en cristal de roche, VICENTINO. +_Armoire V_, coupe en pierre dure, attribuée à JEAN DE BOLOGNE. +_Armoire VI_, coupe en cristal de roche, par BENVENUTO CELLINI. ++Corridor méridional+ +138. TIREUR D'ÉPINE. +141. Base triangulaire grecque. +MICHEL-ANGE, Bacchus et Satyre. ++Corridor occidental+ +155-156. Marsyas. ++Salle XXIII+ +ÉCOLE VÉNITIENNE +767. FRA SÉB. DEL PIOMBO, Mort d'Adonis. +599 et 605. TITIEN, portraits du duc et de la duchesse d'Urbin. +626. TITIEN, Flore. ++Salle XXIV+ +629. MORONE, Portrait de savant. +631. JEAN BELLIN, La Vierge au lac. +601-638. TINTORET, portraits de l'amiral Venier et de Sansovino. ++Salle Lorenzo Monaco+ +1309. LORENZO MONACO, Couronnement de la Vierge. +1310. GENTILE DE FABRIANO, Quatre Saints. +17. ANGELICO, La Vierge trônant. +1297. GHIRLANDAJO, Vierge et Enfant. +1286. BOTTICELLI, Adoration des Mages. +39. BOTTICELLI, Naissance de Vénus. +1309. VENEZIANO, Vierge trônant. +PORTRAITS DES ARTISTES PAR EUX-MÊMES. ++Salle XIX+ +MAÎTRES ANCIENS +233. RUBENS, sans chapeau. +228. RUBENS, avec chapeau. +354. JEAN BELLIN. +288. RAPHAEL. +287. PIERRE PÉRUGIN, portrait de l'Espagnol LOPEZ PEREGO. +223. VAN DYCK. +237. QUENTIN MATSYS. +236. ANTONIO MOOR. +232. HANS HOLBEIN. +451-452. REMBRANDT. +239. VASE MÉDICIS. +MAÎTRES MODERNES ++Salle XV+ +Inscriptions et statues antiques. ++Salle XVI+ +Cabinet de l'Hermaphrodite. +306. Hermaphrodite. +308. Ganymède. ++Salle XVII+ +Cabinet des Camées. +371. Buste de Savonarole. +373. Buste de Léon X. +334. Scène allégorique. +Masque de Dante. +Portraits des Médicis. +Miniatures. +Modèle en cire du Penseur. ++Salle XIII+ +Dix-sept statues des Niobides. +140. RUBENS, Henri IV à la bataille d'Ivry. +147. RUBENS, Entrée d'Henri IV à Paris. ++Salles XI et XII+. +BRONZES ANTIQUES +424. Idolino. +148. DESIDERIO DA SETTIGNANO, Base de l'Idolino. ++Salles des dessins+ + + ++PALAIS PITTI+ ++Salle de l'Iliade+ +201. TITIEN, le Cardinal Hippolyte de Médicis. +219. PÉRUGIN, Vierge et Enfant. +185. TITIEN, le Concert. +207. RIDOLFO GHIRLANDAJO, l'Orfèvre. +208. FRA BARTOLOMMEO, Vierge trônant. ++Salle de Saturne+ +178. RAPHAEL, Madone du grand-duc. +174. RAPHAEL, Vision d'Ézéchiel. +164. PÉRUGIN, Déposition. +159. FRA BARTOLOMMEO, Résurrection. +151. RAPHAEL, Vierge à la chaise. +190. SUSTERMANS, Portrait de Frédéric II de Danemark. +113. MICHEL-ANGE, les Parques. ++Salle de Mars+ +94. RAPHAEL, Madonna dell'Impannata. +92. TITIEN, portrait d'homme. +86. RUBENS, les Conséquences de la guerre. +85. RUBENS, les Quatre Philosophes. +82. VAN DYCK. Le cardinal Bentivoglio. ++Salle d'Apollon+ +67. TITIEN, la Madeleine. +64. FRA BARTOLOMMEO, La Déposition. +61. RAPHAEL, Portrait d'Angiolo Doni. +59. RAPHAEL, Madeleine Doni. +58. A. DEL SARTO, Déposition. +54. TITIEN, Pierre Arétin. +63. RAPHAEL, Léon X et les cardinaux Rossi et de Médicis. ++Salle de Vénus+ +18. TITIEN, la Belle. +3. TINTORET, Vénus, Vulcain et l'Amour. ++Salle de Prométhée+. +372. A. DEL CASTAGNO, portrait d'homme. +373. P. POLLAJUOLO, saint Sébastien. +353. BOTTICELLI, la Belle Simonetta. +347. FILIPPINO LIPPI, Sainte Famille. +343. FRA FILIPPO LIPPI. La Vierge, l'Enfant. + + + ++PALAIS PITTI+, const. BRUNELLESCHI. Grande cour Bart. AMMANATI. +APPARTEMENTS +ARGENTERIE ++Jardins Boboli+. Dessinés par TRIBOLO et BUONTALENTI. +Grotte. Quatre statues, par MICHEL-ANGE. Hercule par Michel-Ange. +(Île). Groupe de JEAN DE BOLOGNE. Statue de l'Océan, par JEAN DE BOLOGNE. + + ++INSTITUT PHILHARMONIQUE+. GIOTTINO, fresque Expulsion du duc d'Athènes. + + ++LOGGIA DE LANZI+, constr. goth. d'ORCAGNA. Médaillons des Vertus, +SIMONE TALENTI. +Persée: BENV. CELLINI. +Judith et Holopherne. DONATELLO. +Enlèvement des Sabines, JEAN DE BOLOGNE. +Hercule et Nessus, JEAN DE BOLOGNE. + + ++MAISON DES CARDEURS DE LAINE+. + + ++PALAIS ANTINORI+, constr. SANGALLO. + + ++MAISON DE BIANCA CAPELLO+. + + ++PALAIS CORSINI+. +GALERIE +BOTTICELLI, Vierge. +FILIPPINO, Vierge et Enfant. +MEMLING, portrait d'homme. +SIGNORELLI, Vierge et Saints. ++PALAIS MARTELLI+. Armoiries dans l'escalier et statues de David, et +de saint Jean-Baptiste, par DONATELLO. +En face du Palais, MINO DA FIESOLE, tabernacle. + + ++PALAIS QUARATESI+, constr. BRUNELLESCHI. Plafond, armoiries des +Pazzi et des Quaratesi, LUCA DELLA ROBBIA. + + ++PALAIS RICCARDI+, constr. MICHELOZZO. +Cour, Médaillons en relief, DONATELLO. +Galerie, plafond, L. GIORDANO. ++Chapelle+: Fresques de BENOZZO GOZZOLI, Cortège des rois Mages +allant à Bethléem. + + ++PALAIS RUCELLAI+, constr. L.-B. ALBERTI. + + ++PALAIS STROZZI+, constr., par BENEDETTO DA MAJANO. Lanternes par +CAPARRA. ++PALAIS SPINI+. ++PALAIS VIEUX+, constr. goth. + + +ARNOLFO DI CAMBIO. Constr. intérieure, VASARI. +Cour, MICHELOZZO. Stucages, M. DA FAENZA. +Fontaine. Enfant au Dauphin, VERROCCHIO. ++Intérieur+. +PREMIER ÉTAGE, encadrement de porte, TEDESCO. ++Grande Salle+, constr. et fresques, VASARI. ++Salle de l'Horloge+. +D. GHIRLANDAJO, Saint Zenobe, fresques. ++Salle d'audience+, encadrement et porte, BEN. DA MAJANO. Plafond. +DEUXIÈME ÉTAGE ++Salle des Lys+, porte de BENED. et de JULES DE MAJANO. Plafond. +Fresques de RID. GHIRLANDAJO ++Chapelle Saint-Bernard+. Peintures de RID. GHIRLANDAJO. + + ++PLACE DE L'ANNUNZIATA+. +Statue équestre de Cosme I, JEAN DE BOLOGNE. + + ++PLACE SANTA CROCE+. + + ++PLACE DU DOME+. Colonne Saint-Zénobe. + + ++PLACE SAINTE-MARIE NOUVELLE+. Obélisques. ++PLACE DE LA SEIGNEURIE+ +Groupe d'Hercule et de Cacus, par BANDINELLI. +Statue équestre de Cosme I, par JEAN DE BOLOGNE. + + ++PONTE ALLA CARRAJA+. + + ++PONTE SANTA TRINITA+. + + ++PONTE VECCHIO+. + ++PORTES+. + + ++ENVIRONS DE FLORENCE+ + + ++SAN ANSANO DE FIESOLE+. +BOTTICELLI: Quatre Triomphes. +LUCA DELLA ROBBIA: +ANDREA et JEAN DELLA ROBBIA: Multiples œuvres. + + ++BADIA DE FIESOLE+. +Constr. romane, parties ajoutées, par BRUNELLESCHI; Décorations +intérieures, DESIDERIO DA SETTIGNANO; Fontaines, par BRUNELLESCHI. +Lavabo, MINO DA FIESOLE. +Église, par BRUNELLESCHI. + + ++BELLO SGUARDO+. +Villa, MICHELOZZO. + + ++BROZZI+. +Palais. + + ++VILLA DI CASTELLO+. +Jardins, dessinés par TRIBOLO +Fontaine, par TRIBOLO. +Grotte, animaux, par JEAN DE BOLOGNE. + + ++CARREGGI+, constr.: MICHELOZZO. +Jardins. + + ++DOCCIA+. + + ++SAINT-DOMINIQUE DE FIESOLE+. +LORENZO DI CREDI, Baptême du Christ. +PERRUCCI, Christ sculpté en bois. + + ++SAN DONINO+. + + ++CHARTREUSE D'EMA+. ++Église. Intérieur+: +Chapelle Sainte-Marie, ORCAGNA. ++Chapelle sépulcrale+: Acciajuoli. +Tombeau de Nicolas Acciajuoli, par DONATELLO. +Tombeau du grand Sénéchal. +Acciajuoli, Orcagna. +Plaques tombales, ÉCOLE D'ORCAGNA. ++Chiostrino+. ++Colloquio+: Vitraux, par JEAN D'UDINE. ++Réfectoire+: Porte, LUCA DELLA ROBBIA, Saint Laurent. ++Chapelle du Chapitre+: +Tombeau de Leonardo Buonafede, par SANGALLO ALBERTINELLI, Crucifixion. +Grand cloître. +Dessin du grand puits, MICHEL-ANGE. + + ++FIESOLE+. + + ++Dôme+: constr. romane. ++Intérieur +: Tabernacle, FERRUCCI. ++Chapelle Salutati+: +Tombeau de Salutati et retable, MINO DA FIESOLE. + + ++THÉÂTRE ANTIQUE+. + + ++PALAZZO PRETORIO+, musée. + + ++ÉG. SANTA MARIA PRIMERANA+. +LUCA DELLA ROBBIA, Crucifixion. + + ++SAN FRANCESCO DI PAOLO+. +Tombeau de Federighi, par LUCA DELLA ROBBIA. + + ++SAN GIOVANNI DELLA CALZA+. +PÉRUGIN, Crucifixion. + + ++GALUZZO+. +Place de l'Hôtel de Ville. + + ++SAN MINIATO AL MONTE+, constr. romane: Façade classique. +Pavé. +Intérieur. +Crypte. +Autel, MICHELOZZO. Intérieur, LUCA DELLA ROBBIA. +Mosaïques, chœur. +Ambon. +Stalles, par GAJUOLE. +Chapelle San Giacomo, constr. ROSSELLINO; décoration, A. POLLAFUOLO et +DELLA ROBBIA BALDOVINETTI, fresque, l'Annonciation. ++Sacristie+: +SPINELLO ARETINO, Fresques de l'histoire de saint Benoît. + + ++PERETOLA+. + + ++PETRAJA+. constr. BUONTALENTI. +Fontaine de TRIBOLO. +Baigneuse de la fontaine, JEAN BOLOGNE. ++Intérieur+: +DANIEL DE VOLTERRE, fresques. + + ++PLACE MICHEL-ANGE+. +Monument de MICHEL-ANGE. + + +POGGIO A CAJANO, constr. SAN GALLO. ++Intérieur+: +Chambre de BIANCA CAPELLO, escalier, cheminée. +Salle de Théâtre. +Grande galerie, plafond. +AND. DEL SARTO, le Tribut à César. +Festin de Scipion et de Syphax. + + ++POGGIO IMPERIALE+. + + ++SAN SALVATORE AL MONTE+, constr. du CRONACA. +Groupe polychrome de JEAN DELLA ROBBIA. +Réfectoire. + + ++SAN SALVI+. +A. DEL SARTO, Cène, fresques de moine. + + ++SAN STEFANO IN PANE+. +Retable de JEAN DELLA ROBBIA. + + ++VINCIGLIATA+. + + + + + + + +End of the Project Gutenberg EBook of Florence historique, monumentale, +artistique, by Marcel Niké + +*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK FLORENCE HISTORIQUE *** + +***** This file should be named 17459-0.txt or 17459-0.zip ***** +This and all associated files of various formats will be found in: + http://www.gutenberg.org/1/7/4/5/17459/ + +Produced by Frank van Drogen, Massimo Blasi and the Online +Distributed Proofreaders Europe at http://dp.rastko.net. +This file was produced from images generously made available +by the Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica) + + +Updated editions will replace the previous one--the old editions +will be renamed. + +Creating the works from public domain print editions means that no +one owns a United States copyright in these works, so the Foundation +(and you!) can copy and distribute it in the United States without +permission and without paying copyright royalties. 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It exists +because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from +people in all walks of life. + +Volunteers and financial support to provide volunteers with the +assistance they need, is critical to reaching Project Gutenberg-tm's +goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will +remain freely available for generations to come. In 2001, the Project +Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure +and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations. +To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation +and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4 +and the Foundation web page at http://www.pglaf.org. + + +Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive +Foundation + +The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit +501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the +state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal +Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification +number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at +http://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg +Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent +permitted by U.S. federal laws and your state's laws. + +The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S. +Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered +throughout numerous locations. Its business office is located at +809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email +business@pglaf.org. 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Thus, we do not necessarily +keep eBooks in compliance with any particular paper edition. + + +Most people start at our Web site which has the main PG search facility: + + http://www.gutenberg.org + +This Web site includes information about Project Gutenberg-tm, +including how to make donations to the Project Gutenberg Literary +Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to +subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks. diff --git a/17459-0.zip b/17459-0.zip Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..c248ca0 --- /dev/null +++ b/17459-0.zip diff --git a/17459-8.txt b/17459-8.txt new file mode 100644 index 0000000..44f3529 --- /dev/null +++ b/17459-8.txt @@ -0,0 +1,11968 @@ +The Project Gutenberg EBook of Florence historique, monumentale, artistique, by +Marcel Nik + +This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with +almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or +re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included +with this eBook or online at www.gutenberg.org + + +Title: Florence historique, monumentale, artistique + +Author: Marcel Nik + +Release Date: January 4, 2006 [EBook #17459] + +Language: French + +Character set encoding: ISO-8859-1 + +*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK FLORENCE HISTORIQUE *** + + + + +Produced by Frank van Drogen, Massimo Blasi and the Online +Distributed Proofreaders Europe at http://dp.rastko.net. +This file was produced from images generously made available +by the Bibliothque nationale de France (BnF/Gallica) + + + + + +MARCEL NIK + + + +FLORENCE HISTORIQUE, MONUMENTALE, ARTISTIQUE + +GUIDE D'ART DANS FLORENCE ET SES ENVIRONS +_Ouvrage accompagn de plusieurs plans et cartes_ + + +DEUXIME DITION + + +LIBRAIRIE DE PARIS +Firmin-Didot et Cie., Imprimeurs-diteurs 56, Rue Jacob, PARIS + + + + ++AVANT-PROPOS+ + + +L'accueil indulgent accord par le public et par la presse l'_Essai +d'Itinraire d'Art en Italie_, m'a encourage faire paratre ce +nouveau travail. + +J'ai d remettre une date ultrieure _Les Arts Accessoires_[1] +destins, dans mon intention, faire suite l'_Essai_, et +interrompre la srie de ces tudes pour dfrer au voeu, souvent formul, +de me voir publier un ouvrage esthtique et pratique sur Florence et sur +la Toscane, c'est--dire Pise, Lucques, Pistoie, enfin Sienne et ses +alentours. + +[Note 1: _Un Essai d'Itinraire d'Art en Italie_, p. 3, note.] + +Le volume qui parat aujourd'hui est consacr Florence et ses +environs immdiats, matire aussi inpuisable que varie. + +L'exprience m'a fait reconnatre quelle perte de temps et quelle fatigue +seraient vites, si, au lieu d'errer l'aventure, on pouvait procd +mthodiquement et embrasser dans une mme visite tout ce qui, dans un +mme rayon, est digne de remarque. + +Pour assurer ce classement, il m'a paru indispensable d'tablir un plan +spcial de Florence divis en huit rgions correspondant chacune un des +huit chapitres du volume et cela de manire ce qu'une vue, tout la +fois d'ensemble et de dtail, se prsente aux yeux du lecteur. Le besoin +de clart m'a encore pousse m'attacher avec un soin jaloux la +rdaction des tables. Elles sont une brve et complte nomenclature, une +sorte de catalogue fidle autant du livre que de la ville elle-mme, o +l'on trouvera rsum sa place alphabtique tout ce qui, dans un mme +lieu, doit fixer l'attention et se graver dans la mmoire. + +A Florence, l'tude de l'art et des monuments est si insparable, si +indissoluble de l'histoire, que j'ai d forcment placer en tte de cet +essai un aperu historique qui me permt de faire voluer dans son +milieu, l'aide des vnements d'o il a dcoul, le noble et complet +art toscan. Autant que possible, je me suis efforce d'voquer l'pope +florentine et de faire revivre l'inoubliable grandeur de ce peuple, +auquel nulle inspiration gnreuse n'a t trangre et dont le coeur n'a +jamais cess de battre noblement pour toute ide de justice et de +libert! + +Aussi Florence est-elle la patrie vritable de quiconque, en qute de +l'Idal, poursuit sans trve cette ternelle, cette insaisissable +chimre! + +La patrie de tous ceux qui, les yeux fixs sur des horizons inconnus, +entrent chacun leur tour dans la carrire o, coureurs infatigables, +ils se transmettent le flambeau sacr, sans savoir quelle main le portera +jamais au but. + +S'il est peu consolant de voir, au cours de l'histoire florentine, +l'inanit du progrs et la strilit de l'effort sous le criminel +envahissement du despotisme, le grain sem n'en a pas moins lev, +produisant une ample moisson, puisque, dans tous ceux qui auront le culte +pur de la Beaut, se perptuera et fleurira, au travers des temps, l'me +florentine. + + + + +APERU + +SUR + +L'HISTOIRE DE FLORENCE + + + +Par sa situation gographique, la Toscane occupe le centre de l'Italie; +par toutes ses manifestations artistiques, elle en est l'me. Cette +contre peu tendue mais privilgie, comme autrefois la Grce, par la +beaut des sites, la fertilit du sol, la srnit du climat, semble, +comme elle, avoir runi un degr unique toutes les conditions propices +au dveloppement de l'esprit humain. + +La premire fois que, dans les temps antiques, un peuple digne de mmoire +se rencontre en Italie, c'est en Toscane. Les trusques, venus des +plateaux de l'Asie centrale, comme tous les immigrants par lesquels fut +colonise l'Europe, y apportaient les bienfaits de toutes les +civilisations rencontres par eux dans leurs tapes successives, soit en +Asie Mineure, soit en Grce ou en Sicile. C'est dans ce fait que rside +assurment l'explication toute naturelle de la culture politique, de la +culture artistique, si prmaturment dveloppes chez le peuple toscan. + +Entre l'Etrusque et le Toscan existent les mmes affinits qu'entre le +Gaulois et le Franais, c'est--dire que l'influence de la souche +primitive est si persistante, si profondment enracine qu'on la retrouve +encore par del les sicles. En effet, la forme massive, plasgique, pour +ainsi dire, des murs imposants de Cortone ou de Volterra ne se +reconnat-elle pas dans les lourdes constructions florentines, et leur +bossage mme ne rappelle-t-il pas l'appareil trusque, attestant la +perptuit d'une forte et puissante race sur le sol toscan? + +La domination romaine amena une nouvelle colonisation de l'trurie et +couvrit le pays de villes importantes gales aux anciennes cits, dj en +pleine prosprit. + +Ce ne fut pourtant que lorsque Antoine et Octave fondrent leurs colonies +militaires en 50 avant J.-C. que l'une d'elles, s'tant fixe dans la +partie du pays rpute la plus fertile, et merveille de la richesse de +sa nouvelle patrie, appela la ville qu'elle btit Florentia, c'est--dire +la ville des Fleurs. + +Jusque vers le IVe sicle il n'est gure fait mention de la colonie que +l'on retrouve cette poque jouissant de franchises et de droits +tendus, en lutte ouverte contre le christianisme, auquel il faudra plus +d'un demi-sicle pour devenir la religion dfinitive du pays. + +Ainsi, ds lors, la destine semble avoir vou Florence une suite +perptuelle d'agitations et d'inquitudes et son histoire tout entire, +telle qu' sa premire page, n'offrira qu'une longue succession de luttes +et de combats. + +Envahie au Ve sicle par Radagaise, assige par Alaric, prise et +reprise par Totila et Narss, il n'en reste plus pierre sur pierre. +Releve de ses ruines par Charlemagne et constitue fief de margraves, +elle jouit pendant un sicle et demi d'une tranquillit et d'une paix +heureuses; mais ce calme devait succder la tempte sous des tyrans +cupides et violents. Ce fut alors que toutes les esprances se tournrent +vers le nord, et que l'Empire fut appel pour la premire fois secourir +l'Italie (962). Avec Othon le Grand, les Allemands s'installrent sans +scrupule, comme en pays conquis, chez ceux qui les avaient appels, et +bientt les vques et mme le Pape ne furent plus que les premiers +fonctionnaires de l'Empire. + +Pourtant la Toscane, au IXe sicle, retrouva sous de nouveaux margraves +une vie propre; elle tendit alors sa domination autour d'elle, telle +enseigne que le Pape arriva la considrer comme un rempart contre les +ambitions dmesures de l'Empire, tandis que l'Empereur y voyait un +avant-poste. Le pays n'avait qu' gagner ce jeu de bascule, o chacun +lui faisait des avances et lui accordait de vritables avantages pour +tacher de le gagner sa cause. Malheureusement pour lui, en 1069, la +comtesse Mathilde prenait les rnes du gouvernement et le pape Alexandre +II obtenait d'elle l'acte fameux appel la Renonciation de la comtesse +Mathilde, par lequel elle se dclarait simple dpositaire de sa puissance +et rsolue n'en user que pour le bien de l'glise; c'tait la guerre +entre la Papaut et l'Empire, c'tait le brandon des luttes terribles qui +allaient ensanglanter la Toscane pendant tant d'annes, car ce que +Mathilde donnait l'glise, les lois de l'Empire ne lui permettaient pas +d'en disposer. + +Aussi Henri IV, malgr Canossa, envahit-il aussi la Toscane. Sienne, +Pise, Lucques, se dcidrent en sa faveur; Arezzo et Pistoie se donnrent + lui et leurs vques, bien qu'excommunis, continurent officier +(1081). En rcompense de leur fidlit Henri IV octroya aux villes +d'amples franchises et confirma la fondation des liberts urbaines, +tandis que Florence supportait le poids de son attachement au Pape et +la comtesse Mathilde et qu'assige, elle ne devait son salut qu'au +dpart prcipit de l'Empereur pour l'Allemagne. Les quatre annes qu'il +y resta permirent Mathilde de jeter les bases d'un gouvernement et +d'embellir la ville en y difiant de nombreux monuments, Florence +entreprenait alors de petites guerres contre ses voisins et concluait +avec eux des alliances o perait pour la premire fois son esprit actif +et pratique. + +La mort de Mathilde ouvrit sa difficile succession et ses biens furent +disputs prement par Henri V, le successeur d'Henri IV, et par le pape +Pascal II, appuys, l'un sur les droits du fief, l'autre sur ceux de la +donation. Comme tous les deux sollicitaient galement l'appui des villes, +ils durent, dans le but de se les acqurir, accorder privilges sur +privilges, crant ainsi leur indpendance, car elles n'avaient garde de +se donner et demeuraient platoniquement pour l'Empereur ou pour le Pape. + +Aprs, des rivalits et des luttes sanglantes entre Sienne, Pise et +Florence, l'avnement de Frdric Barberousse, en 1154, vint rallier tous +les intrts devant le danger commun de l'invasion par l'Empereur d'un +pays qu'il considrait comme tratre et rebelle. Aussi, sa mort, les +cits s'engagrent-elles ne plus accepter d'autre souverainet que +celle du Pape. + +Ds cette poque, la petite ville des Mark-grafs et de la comtesse +Mathilde tait devenue un tat puissant avec une organisation intrieure +dj complique. + +Les corps des mtiers constituaient de puissantes corporations divises +elles-mmes en mtiers nobles et en mtiers vils. Les premiers, seuls, au +nombre de sept, comptaient pour l'administration ou le gouvernement de la +cit. + +D'abord venait l'ancienne et puissante corporation des marchands de +laine, fabricants de draps grossiers, de lainages ordinaires, ct de +laquelle s'tait form au XIIIe sicle l'arte de Calimara, commerants +en draps trangers, auxquels ils donnaient le fini florentin. Venaient +ensuite l'art de la soie, destin plus tard un grand dveloppement, et +enfin, en toute premire ligne, les manieurs d'argent, banquiers, +changeurs ou usuriers, qu'on appelait les matres de la Zecca, qui +allaient devenir les plus grands bailleurs de fonds du monde entier. Les +banquiers florentins taient les prteurs des souverains et des Papes, +par lesquels ils taient mme chargs de percevoir les revenus de +l'Eglise en tous lieux. A ct d'eux, la multiplicit et la diversit des +monnaies faisaient des changeurs une vritable puissance encore double +par la prrogative de battre monnaie pour le gouvernement florentin. Les +trois autres corporations taient celles des mdecins et apothicaires, +des peaussiers et fourreurs, des hommes de loi, juges et notaires. Les +chefs des mtiers nobles firent la police et presque la loi jusqu'au +jour o, sans institution nouvelle, par la force des choses, ils +devinrent les magistrats communaux et formrent le premier gouvernement +florentin. Ils s'appelrent successivement recteurs, prieurs et plus tard +capitani quand ils ne furent plus, sous l'autocratie, que les simples +dlgus des quartiers qu'ils reprsentaient. A ct de l'aristocratie +marchande, il fallait mnager une place aux nobles, les uns immigrs +allemands fixs Florence, les autres seigneurs fodaux, incommodes +voisins qu'on avait fait descendre de leurs chteaux et qui hassaient et +mprisaient galement les marchands. + +Ces familles dont les chefs, appels Capitani, n'taient pas +justiciables des tribunaux consulaires, se consacraient uniquement la +carrire des armes et en tiraient souvent une gloire dont le prestige +amenait une population bourgeoise choisir des consuls dans leurs rangs. +Par suite de cette immixtion dans les affaires de l'tat, les nobles +prirent une arrogance redoutable et les querelles qui ne cessaient de +s'lever entre eux devinrent si terribles, que, pour se mettre en sret, +ils en arrivrent munir leurs palais de tours dmesures et les +transformer en citadelles inexpugnables, quelquefois assez rapproches +pour qu'on pt se frapper de l'une l'autre. Cet tat de guerre +n'existait pas seulement de nobles nobles, et de nobles marchands, +mais ces derniers eux-mmes taient encore diviss par les rivalits de +mtier. De plus, s'ils voyaient avec joie les nobles s'puiser en luttes +sanguinaires, leur tour ils vivaient en dfiance continuelle de la +classe place au-dessous d'eux et de beaucoup la plus nombreuse, celle +qui, originairement compose de serfs, ne comptait pour rien dans le +gouvernement recrut parmi le primo popolo. + +A cette poque (1208), l'exprience avait dmontr que, dans les conflits +de plus en plus graves qui mettaient les grandes familles aux prises, les +nobles ne prendraient jamais au srieux les arrts prononcs par des +juges qu'ils considraient comme des infrieurs et qui eux-mmes avaient + redouter leurs ressentiments et leurs vengeances. Aussi Florence et les +autres gouvernements dmocratiques de la Toscane reconnurent-ils la +ncessit d'instituer une magistrature suprme, dont l'autorit s'impost + tous. Ce nouveau pouvoir fut celui du Podestat. + +Originairement le Potestate tait un commissaire imprial charg +d'administrer au nom de l'Empereur. Cette magistrature, institue par +Frdric Barberousse, fut rapidement dleste et conspue dans les villes +o elle exerait un pouvoir absolu et despotique. Mais, si le +gouvernement des Podestats avait ses inconvnients, on ne tarda pas +reconnatre que leur qualit d'trangers les prdisposait une grande +impartialit dans leurs jugements. On se rsolut alors choisir au loin +le magistrat auquel on confierait cette autorit redoutable et ne la +lui confier que pour une priode limite, pendant laquelle il lui serait +interdit de nouer aucune relation avec ses justiciables. + +Le XIIIe sicle ne voit que grandir la discorde, que se multiplier les +factions, et cet tat de guerre intestine offre le plus trange contraste +avec la prosprit et la richesse croissantes du pays. + +La premire scission effective dans le parti de la noblesse (1215?) fut +cause par la rupture d'un mariage projet entre un Buondelmonti et une +Uberti et cela sans autre motif que le bon plaisir du premier, affront +que les Uberti lavrent en assassinant Buondelmonte. Cet vnement jeta +les Uberti dans le parti de l'Empereur, tandis que les Buondelmonti +embrassaient le parti populaire et que, derrire leurs deux maisons, se +groupaient les principales familles florentines constituant deux factions +rivales profondment hostiles. + +Ce ne fut pourtant qu'en 1240 que furent adoptes les fameuses +dnominations de Guelfes et de Gibelins, sous lesquelles les partis +allaient ensanglanter l'Italie. Ces noms d'origine allemande n'taient +primitivement que les cris de guerre et de ralliement des deux maisons en +perptuelle rivalit pour le trne imprial. Hye Woelf pour Guelfe de +Bavire, Hye Weibligen pour les Hohenstaufen. Ce double appel passa les +Alpes avec les Allemands, pour dsigner plus tard, aprs la guerre des +Investitures, le parti de la dmocratie et celui de la fodalit. C'est +partir de cette poque que les noms de Guelfes et de Gibelins perdirent +leur signification primitive et s'appliqurent en Italie aux partisans du +Pape ou de l'Empereur, sans que les villes eussent parfois d'autre +conviction pour tre guelfes ou gibelines que l'espoir des avantages +tirer de l'une des deux puissances. + +De 1220 1258, Florence fut la proie des partis dont la lutte devenait +de jour en jour plus acharne. La faction au pouvoir, non satisfaite de +proscrire l'autre, rasait les habitations et confisquait les biens des +vaincus. Si l'Empereur descendait en Italie, les Gibelins taient les +matres; si l'Empereur s'loignait, ils prenaient leur tour le chemin +de l'exil et cdaient la place aux Guelfes triomphants. Au milieu de tant +d'lments de dsordre auxquels s'ajoutaient les querelles religieuses, +les menaces d'hrsie, l'interdit et l'excommunication, on reste surpris +et confondu de l'nergie prodigieuse, de la vitalit puissante de ce +peuple o les pires calamits ne portent nul prjudice au dveloppement +intellectuel, la prosprit croissante des arts, des sciences et de la +fortune publique. + +A cette poque, les ambitions inassouvies de Florence ne connaissaient +aucun frein. Elle entreprenait une expdition contre la puissante Pise +et, aprs une lutte meurtrire, elle arrivait rduire et soumettre sa +rivale; mais ce rsultat ne la satisfaisant pas encore, elle n'eut de +cesse qu'elle ne ft entre en campagne contre l'orgueilleuse Sienne. +Cette cit, gibeline par excellence, tait le refuge de tous les +proscrits florentins, ce dont la guelfe Florence lui gardait une terrible +rancune. + +La comptition entre les deux villes devait se terminer aux portes mmes +de Sienne par l'effroyable dfaite de Montaperto (1260), dont le rsultat +fut de livrer Florence, sans dfense possible, la raction gibeline. +Les Gibelins rentrs au pouvoir, leur premire pense fut de raser +Florence, ce repaire du parti guelfe. Le plus illustre des proscrits, +Farinata degli Uberti, se leva seul pour protester en demandant si +c'tait pour ne pas mourir dans sa patrie qu'il avait tant souffert, et +il jura qu'il la dfendrait jusqu' son dernier soupir. + +Comme Farinata avait une grande autorit, son intervention sauva la +ville, mais elle n'en fut pas moins rduite un degr d'infriorit +humiliant au dernier point. + +Aprs leur triomphe, les Gibelins au pouvoir eurent compter avec le +parti guelfe dont l'opposition sourde et constante fut d'autant plus +haineuse qu'il avait plus redouter l'influence du parti modr gibelin +qui, par de sages mesures, offrait aux Guelfes la possibilit de rentrer +dans leur patrie, sans lutte. + +Ces vues pacificatrices ne manqurent pas d'exciter de grandes +inquitudes aussi bien chez les Guelfes que chez le Pape qui voyaient +dans l'apaisement des esprits la perte de leur influence. Leur politique +devait donc consister exploiter la moindre apparence de mcontentement +et nier la bonne foi des Gibelins, en les dclarant incapables de +gouverner avec impartialit et douceur. Le peuple n'tait pas mr pour +comprendre l'intrt qu'il pouvait y avoir tablir une paix durable par +des concessions rciproques; prompt accueillir les conseils et les +insinuations perfides, il se souleva contre les Gibelins, les expulsa et +ouvrit ses portes Guy de Montfort et aux Franais (1267). + +Le gouvernement guelfe rtabli s'empressa d'offrir Charles d'Anjou la +seigneurie de Florence avec le droit d'y dlguer un vicaire royal et un +podestat chargs de tous ses pouvoirs. Les biens des Gibelins furent +confisqus et partags en deux portions: la premire distribue titre +de dommages-intrts, tandis que la seconde allait constituer le trsor +connu sous le nom de Masse guelfe, destin servir de fonds de rserve +au parti. Par suite de ces vnements, Florence redevenait guelfe dans +l'me et le lys rouge, symbole guelfe par opposition au lys blanc, +symbole gibelin, imposa sa couleur toute chose. En face d'une si +violente raction, la minorit gibeline qui avait t tolre, dut +elle-mme se transformer et, suivant la marche des vnements et des +ides, devenir peu peu l'lment modr du parti guelfe. + +L'anne 1282 est marque dans l'histoire de Florence par la constitution +dfinitive de la Rpublique, forme gouvernementale imprieusement +rclame, comme seule capable de soustraire l'tat la domination d'un +matre tranger ou la tyrannie des coteries locales. Pour remplir une +fonction publique, il fallut non seulement tre inscrit dans l'un des +arts, mais encore l'avoir exerc. A la tte du gouvernement sigeait un +conseil qui formait la Seigneurie. Il tait compos des six prieurs des +arts nobles reprsentant leur corporation et un quartier de ville +(Sestiere). Ces magistrats, lus pour deux mois, n'taient pas +rligibles avant deux annes rvolues. Investis de tout le pouvoir +excutif pendant toute la dure de leur magistrature, soumis +l'existence la plus svre, ils devaient vivre ensemble au Palais Vieux, +nourris aux frais de l'tat, mangeant la mme table et couchant en +commun; enfin ils n'avaient sous aucun prtexte le droit de s'absenter. + +La premire proccupation de la Rpublique devait tre de trouver un +remde aux dissensions de la noblesse devenues intolrables. Le +gouvernement promulgua, cet effet, une sorte de charte par laquelle il +proscrivait les familles nobles les plus irrductibles et soumettait les +autres aux pnalits les plus rigoureuses. Mais, devant l'inefficacit de +la loi et l'impossibilit de l'appliquer, il fallut chercher un moyen +nergique pour maintenir l'ordre dans la cit, et on se rsolut +investir un magistrat d'une autorit redoutable: ce fut la cration du +Gonfalonat, destin devenir par la suite la premire charge de la +Rpublique. + +Le Gonfalonier, lu par les anciens prieurs, avait droit de justice sur +tous les citoyens indistinctement et pouvait exercer ses poursuites de +jour et de nuit, toute heure et en tout lieu. Au dbut, il vivait avec +les prieurs; mais l'importance de sa charge tait telle que, peu d'annes +aprs son institution, il avait un train luxueux et considrable. + +A cette poque se place l'arbitrage de Florence appele par Pistoie se +prononcer entre les deux partis qui, sous la dnomination des Blancs et +des Noirs, dchiraient et ensanglantaient la malheureuse ville. Mais +Florence, en rtablissant l'ordre dans Pistoie dcime par la plus +effroyable guerre intestine, prit elle-mme le mal qu'elle venait gurir +et bientt les Blancs et les Noirs remplaaient les Guelfes et les +Gibelins et la livraient toutes les horreurs des guerres civiles. + +Les Blancs, c'est--dire les Gibelins, tant au pouvoir, les manoeuvres +des exils guelfes, conspirant sous la conduite du pape Boniface VIII et +de leur chef Corso Donati, ouvraient Florence Charles de Valois, +troisime fils de Philippe le Hardi, dcor pour la circonstance des +titres de vicaire gnral de l'glise et de dfenseur de l'Italie. + +Le jour de la Toussaint 1301, Charles faisait son entre triomphale dans +la ville o son premier acte fut naturellement un parjure, car aprs +avoir jur de respecter les biens et les proprits, il ouvrait les +portes Corso Donati et aux Noirs triomphants, et livrait au massacre, +au pillage et la plus affreuse proscription ceux qui avaient eu foi en +ses serments. + +C'est vers 1300, au milieu de luttes dsolantes, qu'apparat pour la +premire fois le nom de Dante Alighieri, membre de l'art des apothicaires +et l'un des prieurs. Par ses ascendants, le Dante tait guelfe, car un de +ses anctres avait figur avec honneur la sanglante dfaite de +Montaperto, comme garde du corps du fameux Caroccio, le palladium de +Florence, et cet vnement avait jet les Alighieri dans l'exil. + +L'ducation de Dante fut des plus soignes: Brunetto Latini lui enseigna +les lettres latines; adolescent, il tudia la philosophie Florence; +homme fait, la thologie Paris. Il rentra ensuite dans sa patrie o +l'attendait la guerre civile. + +Dante exera les premires charges de la Rpublique, il fut nomm +quatorze fois ambassadeur et mena bien les ngociations les plus +difficiles; bien qu'il fut guelfe, le Pape n'eut pas Florence de plus +acharn adversaire contre ses demandes d'hommes et d'argent. Son +opposition alla mme si loin que Boniface VIII, irrit, frappa Florence +d'interdit. + +Par un de ces retours trop communs dans l'histoire des gouvernements +populaires, Dante, alors en ambassade Rome, fut accus de concussion et +condamn une amende considrable, faute du paiement de laquelle +seraient prononces la dvastation et la confiscation de ses biens, +jointes l'exil ternel. Comme Dante ne voulut pas reconnatre le crime +dont on l'accusait injustement, il abandonna sa patrie, sa fortune, ses +amis, ses emplois; et ses biens furent vendus au profit de l'tat, tandis +qu'on passait la charrue et qu'on semait le sel sur le terrain o s'tait +leve sa maison. Comme si ces mesures iniques ne suffisaient pas encore, +on le condamna mort par contumace et on le brla en effigie la place +mme o, deux sicles plus tard, on devait brler Savonarole! + +Guelfe de naissance, devenu gibelin par haine, Dante allait errer +dix-neuf ans loin de sa patrie. Le ddain et la soif de la vengeance +firent de lui le pote sublime de la Divine Comdie, celui qui, nouvel +Homre, devait peupler l'enfer de ses haines et le paradis de ses amours. + +Il avait crit l'Enfer Vrone, il composa le Purgatoire Gagagnano et +acheva l'oeuvre au chteau de Tolmino dans le Frioul. Il se rendit ensuite + Ravenne o il devait mourir, et c'est dans cette ville qu'il publia son +pome tout entier, dont l'Italie fut rvolutionne tel point qu'on se +demanda si c'tait un vivant qui avait t capable de raconter de +pareilles choses. + +C'est de cette anne 1302 qui voyait Charles de Valois et les Noirs +matres de Florence, que date l'exil de l'homme destin flageller si +impitoyablement une patrie injuste et ingrate. Dans un intrt mal +entendu, Dante en tait venu souhaiter l'Empereur matre du monde et de +l'Italie. Il maintenait dans son systme la suprmatie spirituelle du +Pape et faisait de l'Empereur l'ouaille du Pape, et de la Papaut la +vassale de l'Empire, thorie inapplicable et toute scolastique qu'il +expose et qu'il dveloppe dans son livre de la Monarchie. + +Les annes 1328 et 1329 furent des plus dsastreuses pour Florence. Les +mauvaises rcoltes, la disette, les banqueroutes, jointes au flau des +invasions et aux difficults intrieures de tout ordre, la mettaient dans +la situation la plus critique. De 1340 1346, elle fut en proie aux +mmes calamits. Gnes et Pise ayant accapar les bls, la Seigneurie dut +acheter au poids de l'or les grains ncessaires la subsistance de la +ville. + +Dans l'anne 1347, Florence eut pourvoir aux besoins de plus de cent +mille personnes, mais l'insuffisance et la mauvaise qualit du pain +augmentrent la mortalit dans une telle proportion qu'on en vint ne +plus sonner les cloches et ne plus annoncer les dcs. Pour comble de +maux, la peste se mit de la partie et les corps puiss par la famine +n'taient que trop prdisposs la contagion. Du reste, au printemps de +1348, l'pidmie gagna toute l'Europe, et quelques cits alpestres de la +Suisse, du Milanais ou du Tyrol chapprent seules au flau. + +Les malades, peine atteints, taient couverts de bubons charbonneux +accompagns d'hmorragies, et bientt personne ne voulut plus les +soigner. Au premier symptme du mal, la maison tait abandonne et il ne +restait au malade d'autre ressource que de mourir dans l'isolement, bien +heureux encore si, avant de le quitter, on laissait sa porte de quoi +calmer la soif qui le dvorait ou, en cas de mieux, de quoi ne pas mourir +de faim. Quand la mort survenait, ce n'tait parfois qu'au bout de +plusieurs jours que l'on s'en apercevait et que l'on venait enlever un +cadavre souvent en pleine dcomposition, ce qui ne contribuait pas +mdiocrement entretenir l'pidmie. Des fortunes colossales furent +acquises alors; les drapiers qui avaient en magasin des stocks de drap +noir, s'enrichirent subitement; tout ce qui touchait la mort se payait +au poids de l'or. + +Aux cimetires, on creusait de grandes fosses o les cadavres taient +couchs par centaines et o, selon l'expression tragico-macabre de +Villani, on jetait sur chaque range de corps une lgre pellete de +terre, comme on saupoudre de fromage les vermicelles. + +Dans les campagnes, la peste tait encore plus redoutable que dans les +villes. Boccace, dans un rcit plein d'horreur, montre les paysans +mourant dans leurs maisons ouvertes ou sur les chemins, et leurs cadavres +empestant l'air, car personne ne se souciait de les ensevelir, tandis que +le btail, errant sans berger, rentrait de lui-mme aux tables, ou bien +gagnait la contagion en rdant autour du matre mort. A la longue, on +reconnut que le plus sage tait encore d'viter les exagrations, et les +moribonds purent retrouver quelques soins. + +Mme en 1352, la peste n'avait pas disparu compltement de l'Europe, et +dix ans plus tard, on ne s'tait pas encore remis des perturbations +sociales qui en taient rsultes. La fortune publique se trouvait +entirement dplace; on voyait dans l'opulence mdecins, apothicaires, +garde-malades, marchands d'herbes mdicinales, de volailles et de +ptisseries, tandis que beaucoup d'anciennes familles, ruines par la +chert des denres, se trouvaient presque dans la misre. Ce qu'il y eut +de plus singulier au milieu de ces calamits publiques, ce fut la +poursuite effrne des plaisirs, ce fut la folle gaiet laquelle on se +livrait pour chapper, semblait-il, au spectre menaant de la mort. Au +moment o la peste noire faisait Florence ses plus effroyables ravages, +les citoyens tremblants, dsesprs, cherchaient s'tourdir dans de +folles orgies, et Boccace, aprs en avoir trac le lugubre tableau, +commence les charmants rcits de son Dcamron. C'est un trange +contraste, quand on est encore sous l'impression de la terreur laisse +par le dbut, de voir ces jeunes cavaliers et ces jeunes femmes, assis +sur de verts gazons, se livrer de joyeux devis, sans jeter en arrire +aucun regard de compassion vers la ville qu'ils ont fuie et dont on +entend les gmissements dans le lointain. Le prsent est tout pour eux, +et, dans la jouissance du moment, ils veulent oublier que, le lendemain +peut-tre, ils seront atteints leur tour. + +Parmi tant d'preuves, les dispositions des partis, les sentiments de la +bourgeoisie et du peuple avaient bien chang. Deux classes se +partageaient alors la Rpublique: le peuple gras, o se recrutait +l'aristocratie nouvelle sortie des banques et des comptoirs, et le menu +peuple, compos des artisans, des ouvriers, des manoeuvres de toute +espce, et anim contre le popolo grasso de toute la haine de gens +lss dans leurs intrts. Bientt la question des salaires vint encore +compliquer la situation, et, soutenu par le parti guelfe mcontent de +voir la prpondrance croissante du parti de la banque, le menu peuple, +les Ciompi, se rvolta et, rest un instant matre de la ville, se +livra aux pires excs. Cette rvolution de 1378 profita aux seuls chefs +guelfes; mais leur tyrannie s'exera si odieuse, que bientt ils furent +renverss par une contre-rvolution des Ciompi guide par Thomas +Strozzi, Benedetto Alberti et enfin Salvestro Mdicis. Les chefs guelfes +furent forcs de quitter la ville o leurs proprits furent saccages et +pilles, et o leurs vies mmes ne furent sauves que grce +l'intervention de Salvestro Mdicis, alors podestat et idole du peuple. + +La famille des Mdicis, qui apparat alors pour la premire fois dans un +rle prpondrant, tait originaire de Mugello. Dj cette poque de +1378, elle tait riche, industrieuse, puissante, et avait donn des +magistrats habiles et populaires la Rpublique. Villani cite les +Mdicis en 1304 parmi les chefs du parti des Noirs, et plus tard l'un +d'eux marqua par son opposition au duc d'Athnes, sur l'ordre duquel il +fut dcapit. + +Une nouvelle rvolte des Ciompi en 1382 mit le Gonfalonat entre les +mains d'un des leurs, Michel Lando, homme d'une valeur et d'une intgrit +exceptionnelles; mais bientt le parti aristocratique ressaisit +l'autorit, et l're des soulvements populaires, des revendications des +plus faibles contre les plus forts, fut close sans retour. Avec toutes +les chances de succs, les Ciompi chourent pour n'avoir pas su +propos se contenter de bnfices relatifs et indirects. + +Ils payrent chrement cette faute, car les arts majeurs, exasprs par +la crainte qu'ils avaient eue, devinrent leurs pires ennemis. +L'aristocratie marchande, jalouse de son autorit, ne devait plus quitter +le pouvoir, mais, coterie exclusive, furieuse d'avoir failli perdre ses +privilges, alors mme qu'elle les avait recouvrs, elle rompit avec tout +ce qui tait dmocratique et resta un corps absolument ferm. C'est ainsi +que les humbles et les petits arrivrent considrer comme heureux le +sort des villes o des tyrans faisaient peser le joug moins lourdement +sur les pauvres que sur les riches, et le peuple ne vit plus dans ces +despotes que des instruments pour l'excution de ses vengeances et de ses +haines. Les Mdicis arrivaient point nomm pour remplir un tel rle. +L'astuce de ces banquiers enrichis tissa longuement et patiemment sa +trame, mais ils eurent l'art de tenir soigneusement cachs leurs perfides +et ambitieux desseins; ils ne leur donnrent corps que lorsque la faveur +populaire leur eut tout permis. D'une habilet plus qu'excessive, ils +spculrent sur le mrite trs surfait du mdiocre Salvestro et firent de +la popularit exagre de cet anctre le marche-pied de leur lvation. A +partir de ce moment, les glorieuses pages de l'histoire sont termines +pour Florence, car travers de brillants pisodes se poursuivront les +progrs du mal auquel succombera ce qui l'avait faite si noble et si +grande, la Libert et la Rpublique. + +Ce ne sera pas sans rvoltes que cette population fire, indocile, ivre +de libert, verra une famille de marchands enrichis confisquer une une +ses liberts publiques; elle se dfendra nergiquement et cherchera par +tous les moyens possibles faire rentrer dans le rang ces ambitieux +auxquels il ne faudra rien moins que l'intervention arme de +Charles-Quint pour imposer leur domination. + +A cot de Salvestro se place encore la tte du parti populaire Jean de +Mdicis, son cousin, qui tenait comme lui un rang considrable. Comme ses +devanciers, modr en apparence, mais ambitieux au fond, Jean pratiqua +avec succs la politique expectante de sa famille, tandis que, grce +son immense fortune, son inpuisable munificence, et aux prts +considrables qu'il consentait aux princes et aux souverains, son crdit +et sa renomme s'tendaient au loin. Attentif viter les querelles des +partis, il n'allait au Palais que lorsqu'il y tait appel, et par sa +prudence il dtourna avec un rare bonheur tous les soupons. Il sembla +accepter par dsintressement les charges publiques, et lorsqu'il les +remplit, il se posa comme protecteur du peuple, en attendant de devenir +son chef. Loin d'abuser de la situation, il persvra dans la voie +circonspecte qu'il s'tait trace et se contenta de s'opposer de +nouveaux empitements de l'oligarchie. Jean de Mdicis mit le sceau sa +popularit par sa conduite dsintresse la suite de la guerre avec +Philippe Marie, en 1428. Aprs avoir tout fait pour dtourner Florence de +cette entreprise hasardeuse, il sut, en prsence des malheurs publics, +oublier ses opinions et, mettant tout en oeuvre pour venir au secours de +la Rpublique, y consacrer mme une partie de sa fortune personnelle. Il +sut galement rsister aux ouvertures qui lui furent faites pour rformer +la constitution au profit des classes suprieures et s'opposer l'emploi +de la force pour opprimer le peuple. Il disait qu'en ce qui le +concernait, son dsir n'tait pas de ranimer les factions, mais bien +plutt de les teindre; aussi ne voulut-il pas non plus tirer parti de +ces ouvertures pour s'en faire une arme contre ses adversaires +politiques, bien qu'il y ft pouss par les clients de sa maison et par +son fils Cosme qui le blmaient de compromettre force de modration +l'avenir de son parti et la grandeur de sa race. + +Fidle sa tactique de libralisme, Jean de Mdicis proposa une nouvelle +loi destine rpartir plus galement les contributions, en les rglant +d'aprs la quotit des biens possds par chacun. Cette loi fameuse, +appele le Castato, tait une vritable rvolution conomique et +sociale, car elle rtablissait des taxes quitables et supprimait les +privilges. Aussi excita-t-elle autant d'enthousiasme chez ceux qu'elle +exonrait que de colre et de haine chez ceux qu'elle frappait, et comme +de raison, l'auteur en fut salu par la reconnaissance du peuple comme le +plus zl dfenseur de ses droits et de ses liberts. Jean de Mdicis +mourut en 1429, laissant ses fils les plus sages conseils et emportant +dans la tombe la reconnaissance d'un peuple dont il n'avait cess d'tre +le bienfaiteur. Les regrets que causait sa mort taient encore aggravs +par une situation des plus difficiles. + +Cette premire moiti du XVe sicle donne lieu en effet des rflexions +peu consolantes. C'est au milieu de mesquineries de toutes sortes, de +complications aussi bien intrieures qu'extrieures que se prpare dans +ses origines troubles et impures le rgne nfaste des Mdicis o doit +sombrer tout ce qui fit la Toscane glorieuse pendant des sicles. + +Aprs la mort de Jean, l'oligarchie et les Albizzi reprirent le pouvoir +et conduisirent les affaires publiques, tandis que Cosme, hritier de la +popularit paternelle, se posa ds l'abord comme leur adversaire acharn. + +Cosme de Mdicis avait un peu plus de quarante ans lorsque le cours des +vnements lui donna le rle prpondrant qu'il ambitionnait. + +Grave, prudent, astucieux, il n'tait, disent les chroniques du temps, +qu'un renard rus et trompeur; libral et humain par calcul, il +recherchait la faveur du peuple sans l'aimer et sans avoir les qualits +extrieures ncessaires pour le sduire. Laid de sa personne, d'un +extrieur mesquin, il ne savait que merveilleusement parler et disserter +au milieu des savants, mais il tait compltement dpourvu des dons +propres entraner et convaincre. + +Son esprit s'tait form par l'tude et aussi par de lointains voyages +entrepris pour la banque des Mdicis. Depuis son retour, il affectait de +se tenir loign des charges publiques, mais il frquentait des hommes de +toutes conditions, dans le dessein manifeste de se faire des partisans. + +Le mot d'ordre donn par Cosme tait de rpter que tout allait mal, de +semer le dcouragement dans les masses et de les amener peu peu au +dgot du rgime oligarchique; mais son plus puissant levier tait +l'immense fortune qui lui permettait d'acheter une popularit que son +pre avait eu moins de peine acqurir. + +Contre Cosme et sa faction se dressaient les trois plus anciennes +familles de Florence, qui n'entendaient nullement se soumettre ces +parvenus: c'taient les Pazzi, les Pitti et les Acciajuoli. Las de +rencontrer partout sur leur route, en affaires et en politique, un rival +de plus en plus redoutable, ils lui faisaient une violente opposition. +Ligus pour sa perte, ils achetrent en 1432 le nouveau gonfalonier, +homme vnal, et l'amenrent se saisir de Cosme et le jeter en prison, +sous prtexte de conspiration contre le rgime tabli, de dilapidation et +d'usure. C'tait une accusation plus qu'injustifie, car Cosme tait de +ceux qui donnent, et non de ceux qui prennent. Quoi qu'il en soit, cette +dtention fut de courte dure, et Cosme, banni pour un an, prit le chemin +de Padoue o il fut exil aprs avoir achet au poids de l'or cette +libert relative. A Padoue, il devint le chef de tout ce que Florence +comptait de mcontents; aussi, quand en 1434 les lections mirent le +pouvoir aux mains de ses partisans, l'oligarchie fut-elle tout de suite +dfinitivement dsarme. + +Profond politique, loin de rentrer aussitt Florence, il laissa peser +sur ses amis tout l'odieux des reprsailles. Si la clmence fut applique +aux classes infrieures dans une large mesure, les dernires rigueurs +furent, sans scrupule et sans misricorde, exerces contre l'aristocratie +vaincue. Il suffisait d'avoir mal parl du gouvernement pour tre spoli +de ses biens et enferm aux stinche, d'o l'on avait grande chance de +ne jamais sortir. Tel qu'Octave, Cosme non seulement laissa faire, mais +encore mit son retour les conditions les plus dures, qu'il fit imposer +par d'autres que par lui. Enfin, le plus fort de la besogne tant fait, +il rentra Florence, la veille du jour o on l'attendait, se drobant au +triomphe qu'on lui prparait. Ce ne fut que plus tard que ses +pangyristes, en le proclamant Pre de la Patrie, Bienfaiteur du +peuple, eurent l'ide de le reprsenter rentrant dans la ville +triomphalement port sur les paules de ses concitoyens. + +Cosme, matre du pouvoir, continua proscrire sans piti tous ceux +contre lesquels il nourrissait quelque ressentiment; mais estimant avec +une justesse de vue rare qu'il ne rgnait que grce l'opinion et la +guerre constante faite par sa famille l'oligarchie, il s'appuya sur le +menu peuple, et l'assouvissement de ses vengeance personnelles passa pour +une satisfaction accorde la haine gnrale. Grce au point d'appui +qu'il prit constamment sur la dmocratie, il arriva transformer son +pouvoir d'influence en pouvoir d'autocratie, oeuvre de patience hypocrite +et lente, laquelle son caractre tait singulirement port. Telle +tait son astuce qu'alors qu'il tait le matre de Florence, aucun acte +public, aucune pice ne furent revtus de sa signature; mais son pouvoir +occulte n'en tait que plus redoutable. + +A ce moment, les traits communs entre Cosme et Octave s'accentuent +encore. Cosme en effet ne devint clment, comme Auguste, que lorsque, +aprs son nivelage terrible, il n'eut plus rien redouter. A Florence, +comme autrefois Rome, la Rpublique n'existait plus que de nom, bien +que ces deux grandes ambitions eussent galement affect d'en respecter +la forme; et le succs de ce travail souterrain fut tel qu' la mort de +Cosme, son fils Pierre, incapable et impotent, hritait sans difficult +de ses fonctions. + +De 1453 cet avnement, le gouvernement tourna de plus en plus +l'autocratie. Toute opposition avait disparu, dcime, fauche, +proscrite, et les Mdicis n'avaient plus lutter que contre les ides +souvent trop avances de leurs propres partisans. + +Un des chefs les plus considrables de ces factions cosimesques tait +Lucca Pitti, qui, nomm plusieurs fois gonfalonier, tait l'me damne de +Cosme et lui tait plus dvou que tout autre. Gris par l'apparente +prpondrance que Cosme lui abandonnait volontairement, il voulut, +dfaut d'autorit, clipser les Mdicis par son luxe. A cet effet, il +commanda Brunelleschi le fameux palais appel encore de son nom et pour +la construction duquel tout criminel, tout individu coupable de vol ou de +meurtre, trouvait, en s'employant la btisse, un asile inviolable. +Quoique Pitti et tir un large parti du rgime de l'arbitraire pour +mener son difice bien, il dut l'abandonner inachev, car il tait +devenu la ruine de sa maison. + +Malgr tout son pouvoir, Cosme, arriv au dclin de sa vie, n'tait pas +heureux. Aprs avoir ralis une fortune extraordinaire, puissant au +dedans, respect au dehors, il souffrait d'infirmits qui le torturaient, +sans lui laisser un instant de rpit. + +En 1450, il avait perdu son frre Lorenzo, dont la postrit tait +destine remplacer la sienne. En 1463, la mort de son cadet, Jean, +anantissait ses plus chres esprances, car son fils an, Pierre, tait +si dbile qu'on n'avait jamais prsum qu'il pt lui survivre, et tout +l'avenir de sa maison se trouvait reposer sur les ttes fragiles des +enfants de Pierre, ses petits-fils Laurent et Julien. Quand Cosme mourut +en 1464, sa villa de Carreggi, ce fut dans un isolement complet, et on +clbra par des rjouissances publiques le retour de la libert qu'on +pensait avoir reconquise. C'tait se rjouir trop tt, car Florence ne +gagnait, la mort de Cosme, que de passer sous la domination d'un fils +qui lui tait plus qu'infrieur. Ce ne fut que plus tard, et par +comparaison, qu'elle jugea de la diffrence et que les Florentins, pleins +de regrets rtrospectifs, dcernrent Cosme le surnom pompeux de Pre +de la Patrie, si mal justifi du reste. + +Au point de vue littraire, l'poque de Cosme fut incomparable. Les +Mdicis eurent la rare fortune d'arriver point nomm pour rcolter +l'admirable moisson prpare sous la Rpublique par des sicles de rgime +libral, dont ils eurent l'intelligence de s'approprier les fleurs et les +fruits. Par des soins clairs et intelligents, en vingt ans, la ville +avait compltement chang de physionomie et doubl d'tendue; elle +s'tait couverte d'glises, de monastres et de monuments somptueux. +Cosme commandait Michelozzo le superbe palais o allaient habiter ses +successeurs jusqu'au jour o leur lvation au rle de grands-ducs leur +ferait amnager le palais Pitti, comme plus digne d'eux; enfin, ct de +cette demeure terrestre, Cosme, proccup d'lever une sorte de Panthon +aux mnes de sa famille, difiait l'glise San Lorenzo qu'il consacrait +cette destination. Vritable Mcne, il s'tait entour de savants, de +potes, de philosophes ou d'artistes, dont il tait devenu l'ami plus +encore que le protecteur. + +Sa mort devait tre le signal d'une raction violente, laquelle la +personne mme de son successeur donnait plus de prise, car Pierre, +quarante-six ans, tait dj un podagre pliant sous le poids des +infirmits. Il avait l'esprit born, il tait aussi hautain qu'avare et, +de plus, il avait peine l'exprience des affaires; il fallait que la +domination de Cosme et dj terriblement asservi les Florentins pour +leur faire admettre un principe d'hrdit avec un tel individu. +Pourtant, la longue, comme l'impopularit de Pierre allait toujours +croissant, ses ennemis, s'tant compts, se trouvrent assez nombreux +pour entreprendre la lutte contre lui. Lucca Pitti, Angelo Acciajuoli, +Dietsalvi Neroni, Niccol Soderini se grouprent la tte des +mcontents, minant le terrain sous les pas de Pierre et tchant, au +dedans comme au dehors, de lui ter tout appui. Sa situation devint si +prilleuse qu'il dut agir et se dcider risquer la partie, en faisant +arrter les principaux conjurs par une sorte de coup d'tat, pour +l'excution duquel il eut recours au plus effroyable escamotage. Il fit +inculper les prisonniers de complot contre l'tat, de trahison envers la +patrie, et se montra contre eux d'une telle rigueur, d'une si froce +cruaut que tous ceux qui chapprent la torture et la mort, furent +condamns un exil ternel (1466). + +Pierre mourut en 1469, laissant un aussi pitre souvenir ses +contemporains qu' la postrit. Ce qu'il y a encore de mieux en dire +est qu'il fut heureux pour l'avenir de sa maison, que son rgne ne se +prolonget pas assez pour lui permettre de renverser l'difice si +laborieusement lev par Cosme, et qui se serait peut-tre croul, s'il +avait d le possder plus longtemps. Des deux fils laisss par Pierre le +Goutteux, Laurent n'avait pas vingt ans et Julien n'en atteignait pas +seize; on pouvait donc se demander juste titre si Florence serait assez +dgnre pour subir le joug de deux enfants. On ne le croyait gure et +l'on s'attendait des changements radicaux dans la forme mme du +gouvernement. + +Ce fut une des plus grandes habilets de Laurent de laisser croire qu'il +rsignait le pouvoir, pendant qu'il s'arrangeait avec les partisans de sa +maison pour prendre possession des rnes de l'tat, tout en semblant y +renoncer. + +Laurent n'tait pas fait pour plaire: trop large d'paules et laid de +visage, il avait une bouche dmesure, surmonte d'un nez trop troit et +de gros yeux de myope. L'odorat lui manquait, sa voix tait rauque, +tandis que la somptuosit de ses vtements et l'exubrance de ses gestes +faisaient encore ressortir son air commun. Au moral, si son intelligence +tait trs vive, son caractre versatile le rendait incapable de toute +persvrance; il n'aimait en ralit que les arts, la littrature ou la +posie, pour lesquelles il avait une vritable aptitude et o il faisait +montre d'une rudition dveloppe. Il les aimait mme d'un amour si +profond qu'il ne souhaitait rien tant que la paix intrieure et +extrieure pour que rien ne le privt du plaisir de s'y livrer tout +entier. + +Des entreprises odieuses contre Prato et Volterra le rendirent si +populaire, qu'on accepta mme ses dmls avec le pape Sixte IV, dont il +voulait obtenir le chapeau de cardinal pour son frre Julien. Il avait +jug que l'tat ecclsiastique tait le meilleur moyen de se dbarrasser +d'un comptiteur inquitant, mais comme il n'avait pas su flatter +propos le npotisme du Pape, non seulement il ne put rien en obtenir, +mais encore il s'en fit un ennemi dangereux autour duquel pouvaient se +rallier tous les mcontents. Les premiers d'entre eux taient les Pazzi, +rivaux sculaires des Mdicis, auxquels vinrent s'ajouter successivement +le roi de Naples et des prtres de Volterra exasprs par le sac infme +de leur ville. La mort de Laurent fut dcide, mais comment et quel +moment s'excuterait le meurtre? Frapperait-on les deux frres ensemble +ou sparment? A qui des conjurs incomberait ce soin? Autant de +questions pour lesquelles chacun prconisait sa solution. Enfin, aprs +maintes hsitations, on rsolut de se dbarrasser d'eux ensemble et l'on +arrta qu'on les frapperait au Dme, le jour de l'investiture du nouveau +cardinal, nomm par le Pape la place de Julien, crmonie laquelle +ils devaient ncessairement assister l'un et l'autre. Ainsi qu'il avait +t convenu, au moment de l'lvation, les conjurs se prcipitrent sur +les Mdicis et Julien, mortellement frapp, fut achev avec frocit par +Franois Pazzi et Baroncelli. + +A cette vue, les deux prtres de Volterra chargs d'en finir avec +Laurent, eurent un instant d'hsitation qui lui permit, entran par ses +amis les Cavalcanti, de se jeter dans le choeur et de gagner la +sacristie, dont les portes de bronze, chef-d'oeuvre de Luca della Robbia, +refermes point nomm, le mirent hors de toute atteinte. + +Dans ces circonstances, Laurent se montra fort pitre, et aprs l'chec +de la conjuration, ses amis eurent toutes les peines du monde lui +persuader de quitter son asile pour rentrer dans son palais; mais la +populace, toujours porte se prononcer en faveur du succs, l'ayant +acclam, il dut se montrer, le cou envelopp de linges couvrant une +lgre blessure. + +Il n'entrait pas dans les principes des Mdicis d'user de clmence envers +les vaincus; aussi la frocit des reprsailles fut effroyable et frappa +dans les familles jusqu'aux membres qui non seulement n'avaient pris +aucune part au complot, mais avaient encore ignor son existence. Il n'y +a pas dans l'histoire d'exemple d'un pareil acharnement; deux annes ne +suffirent pas assouvir les vengeances, et au bout de ce temps, on +refusait encore la spulture aux victimes. Comme de raison, Julien eut de +somptueuses obsques, et son frre, ayant appris qu'une femme restait +enceinte de lui, recueillit et leva l'enfant qui fut plus tard le pape +Clment VII. + +Parvenu au comble de sa fortune, Laurent se voyait, grce la tentative +des Pazzi, couronn de l'aurole du martyre et du mme coup dlivr d'un +frre qu'il aurait fait disparatre, si ce frre avait jamais prtendu au +partage du pouvoir. Il exploita les circonstances avec astuce pour +obtenir des prrogatives presque royales, et la conjuration lui fournit +un admirable prtexte pour se dfaire de quiconque le gnait. + +Les trois annes suivantes virent crotre sans arrt la fortune de +Laurent; en 1480, il faisait sa paix avec le Pape, et Florence, +rconcilie avec l'glise, le portait aux nues; il obtenait ensuite de +faciles avantages sur des voisins peu redoutables, et, comme dit +Machiavel, les paix lui faisaient gagner ce que lui faisaient perdre les +guerres. Enfin, en 1488, il devenait l'arbitre et le protecteur de +l'Italie, tandis que, pour cimenter encore mieux sa paix avec Innocent +VIII, sa fille Madeleine pousait le btard du pape, Franois Cybo, et le +Pape donnait le chapeau de cardinal Jules de Mdicis, btard pun de +son frre Julien. + +Par un revirement singulier et frquent dans l'histoire des Mdicis, +pendant que la fortune ne cessait de sourire Laurent dans sa vie +publique, sa vie prive tait assombrie de chagrins domestiques; il +perdait coup sur coup sa fille Louise, sa femme Clarisse, sa soeur +Blanche. Pour se distraire de ces deuils, il trama l'assassinat de +Riario, seigneur de Forli, dont le Pape lui avait promis la principaut, +s'il venait mourir. Il tait devenu si redoutable que personne n'osa +l'accuser de ce crime et que Catherine Sforza, la veuve de la victime, +dut se rsigner pouser le cousin du meurtrier de son mari, Jean de +Mdicis. De cette union devait bientt natre le fameux Jean des Bandes +Noires, pre du grand-duc Cosme Ier: ainsi, par un juste retour des +choses d'ici-bas, la postrit de Catherine tait destine remplacer +celle de Laurent prmaturment teinte. + +Mme cette poque o Laurent occupait une situation si prpondrante et +o Florence bnficiait d'une paix inconnue jusqu'alors, la +susceptibilit d'un peuple jaloux de son indpendance tait telle qu'il +ne pouvait s'avancer que pas pas et avec la plus extrme prudence, tant +se maintenaient vivaces les dfiances florentines sans cesse en veil +l'gard de tout ce qui ressemblait de l'arbitraire. Il se voyait rduit + biaiser, n'acqurir l'autorit que peu peu, n'imposer que ce +qu'il pouvait en faire accepter, et cela, l'aide de prcautions, de +mnagements infinis, et presque l'insu de ceux qui devaient porter le +joug. + +Quand on parle des trois premiers Mdicis comme protecteurs des lettres +et des arts, c'est un tort, semble-t-il, de les mettre sur la mme ligne, +alors qu'il y a lieu d'tablir des distinctions capitales dans la manire +dont chacun d'eux remplit ce rle. Si leurs tendances ont le mme objet, +les rsultats sont pourtant tout autres et le splendide essor des arts +sous Cosme n'a rien qui puisse lui tre compar sous son petit-fils. +L'ducation littraire de Laurent avait t trs soigne, mais la +multiplicit des professeurs appels y contribuer amena dans son esprit +de singulires disparates, et cra une trange opposition entre un +certain nombre d'opinions religieuses qu'il appelait ses principes et +ses moeurs trangement dbauches. + +Dans le cours entier de son existence, il est impossible de citer un acte +de gnrosit, et cela, aussi bien l'gard de sa famille que de son +pays. S'il fut le protecteur des arts et des lettres, ce fut bien plutt +pour le profit qu'il en tirait que par amour pur et dsintress, et il +savait parfaitement combien il lui tait avantageux de donner cette +direction aux esprits, qu'il dtournait ainsi du souci plus grave des +affaires publiques. Rien de curieux comme cette vie en partie double, o, +aprs avoir svi, assassin, confisqu, il entrait l'Acadmie +platonicienne et dissertait sur l'immortalit de l'me, avant de se mler + la jeunesse dissolue ou de composer des chansons rotiques au milieu +des orgies. Il faut, malgr tout, rendre Laurent la justice que son +esprit ouvert et curieux le porta vraiment s'entourer de toutes les +illustrations de son poque. Passionn pour le Dante, pour Ptrarque et +pour Boccace, il l'tait principalement pour tout ce qui touchait la +Grce o Platon tait son dieu. Il ft les efforts les plus louables pour +rpandre la science, et il acheta partout au poids de l'or les manuscrits +les plus rares, ceux mmes qui taient destins former l'admirable +bibliothque qui porte son nom. La renomme de Laurent attira Florence +les savants de l'Europe entire; mais ceux-ci ne devaient pas clipser +les anciens clients de la Casa Mdicis, les Ange Politien, les Marsile +Ficin, les Pulci et les Pic de la Mirandole, alors dans toute leur +gloire. + +Quant aux beaux-arts, Laurent ne sut en rien prvenir la dcadence dj +sensible son poque. En effet, quand il prit le pouvoir, en 1448, les +Masaccio, les Angelico, les Brunelleschi et les Ghiberti avaient disparu, +tandis que les Lippi, les Ghirlandajo et les Botticelli taient dj en +pleine floraison. Il n'eut en vrit qu' exploiter des talents arrivs +leur apoge et il ne sut les faire servir qu' son apothose ou la +glorification de sa maison. Sa thorie sur les arts tait trange, car il +n'admettait pas qu'un artiste pt atteindre la perfection si sa naissance +n'tait pas releve et son ducation distingue, prjug qui lui fit +ddaigner Lonard de Vinci et refuser ses services cause de sa +naissance illgitime. + +Les derniers jours de Laurent furent empoisonns par la sourde opposition +qu'il rencontrait partout et dont le chef s'tait enfin trouv dans un +moine dominicain, Jrme Savonarole. + +Frre Jrme Savonarole, n Ferrare en 1452, manifesta ds son enfance +une irrsistible vocation religieuse. Aprs les plus srieuses tudes de +philosophie et de thologie, il entra, vingt-deux ans, chez les +dominicains de Bologne, et ds 1483, on l'envoyait Florence o ses +prdications eurent un insuccs notoire d sa parole difficile et +embarrasse; mais, sans se dcourager, il se retira dans un couvent de la +Lombardie o il se livra des tudes d'loquence et la lecture +approfondie de la Bible et des critures. Aussi, quand, au bout de sept +ans de rclusion, le dominicain revint Florence, il tait persuad de +sa mission et convaincu que Dieu l'avait lu pour parler au peuple. Ses +premiers essais le confirmrent dans sa croyance. Les temps taient bons +pour s'riger en prophte, l'Italie tait pleine de factions, l'glise de +scandales, Innocent VIII occupait la chaire de Pierre et ses seize +enfants lui valaient le surnom de pre du peuple; aussi les sujets ne +manquaient pas l'loquence de Jrme Savonarole. Il prit pour texte de +ses discours: La rforme de l'glise, le chtiment de l'Italie, et il +ajouta de sa voix prophtique l'annonce que tous ces vnements +s'accompliraient avant la mort de celui qui les prdisait. + +De tels sermons eurent un retentissement norme et tout Florence se +prcipita pour entendre la parole de ce moine bientt considr comme un +saint. Esprit indpendant et vigoureux, Savonarole avait rsist au +double courant paen et classique dont il voyait galement les dangers, +et telle tait l'inflexibilit de son caractre, qu'il refusa d'aller, +selon la coutume, rendre hommage Laurent, lors de sa nomination au +sige de prieur de San Marco, en 1490. Depuis l'chec de la conjuration +des Pazzi, c'tait la premire opposition dresse devant Laurent, aussi +son orgueil fut-il bless au vif. Il fit avertir le moine d'avoir ou +modrer sa fougue ou interrompre ses prdications, dfi auquel rpondit +Savonarole en prophtisant la mort de Laurent, qui survint en ralit +dix-huit mois plus tard. + +Hant par l'ide de cette assignation, Laurent, sur son lit de mort, fit +appeler Savonarole, dans l'espoir qu'une rconciliation in extremis avec +le moine pourrait le concilier son fils Pierre. On ne sut jamais ce qui +se passa dans cet entretien suprme, o l'on dit que Savonarole refusa au +mourant la dernire bndiction: Et comme sa mort, dit Machiavel, +devait tre le signal de grandes calamits, Dieu permit qu'elle ft +accompagne de sinistres prsages; la foudre tomba sur le Dme et Roderic +Borgia fut nomm pape! + +Laurent, aprs avoir dploy toute sa vie ce faste qui lui avait valu le +surnom de Magnifique, fut enseveli sans pompe, d'aprs ses dernires +volonts, tant il craignait, cause de son fils, de provoquer l'envie. + +Le peuple, oublieux de ses torts, de ses dfauts et de ses vices, suivit +ses funrailles et pleura celui qu'avec l'exagration italienne on +appelait le pre et le matre de la ville, tandis qu'asservi par trois +gnrations de Mdicis, il trouvait tout simple de reporter sur le fils +de Laurent, g de vingt et un ans, un respect dont il ne devait jamais +se montrer digne. + +Laurent disparaissait de la scne du monde au moment propice pour sa +renomme, alors que l'Italie, atteinte de vieillesse prcoce, allait +entrer en pleine dcadence. Le XVIe sicle montre l'tablissement des +tyrans dans tous les tats et la reconnaissance en leur faveur du +principe d'hrdit; il montre Alphonse rgnant Naples, Borgia assis +sur le trne pontifical, Ludovic le More gouvernant Milan, avant mme +d'avoir vol la couronne ducale, et enfin, figure digne de paratre en si +illustre compagnie, Pierre II de Mdicis succdant son pre. + +Pour l'hritier de Cosme et de Laurent, l'heure tait passe de prendre +des prcautions ou d'user de prudente dissimulation dans l'exercice du +pouvoir: il en jouit avec toute l'pret de son orgueil, toute la +plnitude de sa puissance. On ne se fit pas de longues illusions sur sa +valeur personnelle, et il s'attira la haine si gnrale par sa manire de +s'imposer que les conjurations se tramrent et se nourent bientt sans +trve. + +Tout troite que ft l'intelligence de Pierre, il tait autrement +sduisant que son pre. Ange Politien avait t charg de son ducation +et, avec le got des lettres, il lui avait donn la passion de la Grce +et de Rome. Ardent au plaisir, les affaires publiques l'intressaient +mdiocrement, mais, quand par hasard il s'en occupait, c'tait avec la +violence qu'il tenait des Orsini par sa mre et qui le rendait aussi +prompt la colre qu'impuissant se dominer et implacable dans +l'assouvissement de ses vengeances. La famille mme de Pierre eut +souffrir de ses emportements. La branche cadette, issue du frre de Cosme +l'Ancien, avait jusqu'alors vit par sa prudence tout sujet de +suspicion, mais, malgr cette sagesse, les deux cousins de Pierre avec +lesquels il avait t lev, Laurent et Jean de Mdicis, ayant provoqu +son ressentiment et son envie, furent jets en prison et condamns mort +par ses ordres. Il commua cette sentence inique en bannissement perptuel +du territoire florentin avec la confiscation de leurs biens, seul point +essentiel pour lui, l'immense fortune de cette branche de sa famille +tant une proie bonne prendre. + +Par cette conduite, il faisait des siens mmes les chefs de l'opposition, +tandis que par ses rigueurs maladroites il s'attirait les anathmes de +Savonarole et excitait la fureur du peuple indign de voir son idole +force de quitter Florence sur ses injonctions. C'tait une inimiti +terrible dresse en face de lui, et la situation extrieure compliquait +encore les difficults qui l'assaillaient de toutes parts. La politique +cauteleuse de Laurent, poursuivie par son fils, l'avait fait renoncer aux +traditions sculaires de la Toscane et prendre parti contre la France, en +poussant le roi de Naples refuser la paix offerte par Ludovic le More. +Celui-ci appela Charles VIII son secours, lui proposant, pour le +dfendre, le centre et le sud de l'Italie, la seule condition que ses +tats lui fussent laisss. Pendant ces vnements, loin de mnager la +France, Pierre donnait libre carrire sa verve satirique et entretenait +ainsi les ressentiments du roi encore aggravs par les incitations des +cousins de Pierre rfugis sa cour. L'effet de cette politique ne tarda +pas se faire durement sentir, car, lorsque Pierre voulut obtenir les +subsides ncessaires pour entrer en campagne contre la France, l'pre +parole de Savonarole et sa haine contre les Mdicis dchanrent une +telle opposition qu'il ne put se faire ouvrir aucun crdit. Pitoyable +dans cette occasion, sans prendre ni avis, ni conseil de personne, Pierre +se rendit au camp de Charles VIII et, aprs avoir fait au roi les plus +plates excuses, il prit, au nom de Florence, les engagements les plus +durs, dont l'un des moindres tait la remise de Pise aux mains des +Franais. + +Pierre avait lieu d'tre fort inquiet de la faon dont serait accepte +son incartade. En effet, l'motion publique fut porte un tel degr que +tous se trouvrent d'accord pour secouer un joug abhorr; on le somma de +venir rendre ses comptes la Seigneurie et, le jour mme de la reddition +de Pise, le 19 novembre 1494, il osa se rendre cette injonction, +accompagn d'une escorte si nombreuse et si arrogante que la ville +entire se souleva contre lui, sans lui laisser d'autre moyen que la +fuite pour mettre sa vie en sret. + +La raction contre les Mdicis fut terrible, mais la situation extrieure +n'en restait pas moins trouble et on tait dans l'ignorance la plus +grande sur l'entre de Charles VIII et sur le trait de paix qu'il +imposerait. En dpit de tant de sujets d'inquitude, le bonheur d'avoir +chapp aux Mdicis tait tel que, malgr tout, les Florentins ne +pouvaient s'empcher de manifester leur joie d'avoir reconquis la +libert. Aussi l'entre de Charles VIII Florence eut-elle lieu avec une +pompe indescriptible. Mais, ce premier moment d'exaltation pass, les +Florentins et les Franais se regardrent avec une dfiance toujours +croissante et Charles, accus de connivence avec les Mdicis, fut forc +d'en rabattre sur les conditions draconiennes qu'il avait primitivement +imposes et de se contenter du titre de protecteur de Florence. Les +Franais enfin partis, le peuple s'abandonna aux transports d'un +enthousiasme aussi immodr qu'il tait injustifi, car, les Mdicis +chasss, il n'en restait pas moins que des ruines, sans que les citoyens +possdassent ni la volont, ni les vertus ncessaires pour relever +l'difice des liberts florentines dont la main de l'absolutisme avait +sap les bases, dtruit les oeuvres vives et ruin l'quilibre. Florence +se vit alors dans la triste ncessit de faire un retour sur elle-mme et +de constater combien cinquante annes de rgime absolu avaient ananti +les institutions et avili les caractres. Pour faire une rforme dans le +gouvernement, l'union des intrts et des ides et t essentielle; +trois factions, au contraire, se trouvaient en prsence et se disputaient +le pouvoir. Il y avait le parti populaire avec Savonarole pour chef, qui +comptait des hommes considrables et de la plus haute intgrit morale, +comme Valori et Soderini. En face de lui se dressait la faction +oligarchique qui ne voulait aprs tout que l'autocratie dguise sous une +autre forme; entre les deux partis extrmes, se groupaient les neutres, +la plaine ou les tides, ainsi que les baptisait Savonarole. sorte de +gens qui ne pensaient qu' leurs intrts et ne cachaient pas leur effroi +des thories du Frate. Il y avait encore les partisans nombreux des +Mdicis, qui, trouvant leur avantage direct se rallier au parti +populaire, venaient grossir et fortifier le groupe de Savonarole. Pendant +les deux annes suivantes, le moine ne cessa de grandir et son influence +tait devenue si prpondrante que la Seigneurie le chargea d'organiser +un nouveau gouvernement. Libre ds lors de donner carrire ses ides +dmocratiques, il tablit son systme sur la base la plus large qu'ait +encore eue la Rpublique florentine. Mais ce n'tait pas assez pour lui +d'instituer matriellement la libert, il fallait avant tout rformer les +moeurs et faire prvaloir les vertus sans lesquelles elle ne peut se +maintenir; car les Mdicis ayant rpandu l'or pleines mains, le got du +luxe, des plaisirs, d'une vie voluptueuse et facile s'tait peu peu +dvelopp, si bien que Savonarole sentait combien la ncessit des +rformes morales tait imprieuse. + +Il choisit l'poque du carme pour tonner contre les vanits du sicle +et pour lancer l'anathme contre ceux qui y sacrifiaient. Ses sermons de +ce temps flagellent impitoyablement tous les vices: il reproche aux +jeunes gens leurs dbauches, il accuse les femmes de les encourager par +leurs excs de toilette et de luxe, enfin il s'en prend l'esprit mme +de la Renaissance et au paganisme des lettres et des arts. A sa voix de +prophte, il semble qu'une fivre de renoncement ait saisi Florence, o +chacun se htait d'apporter ce qu'il avait de plus prcieux et o l'on +amoncelait en bcher sur les places publiques, tableaux, statues, livres, +bijoux, vtements de brocart, auxquels Savonarole mettait le feu, entour +de la ville entire chantant les louanges du Seigneur. Au milieu de +l'entranement gnral, les raffins et les dlicats de la Renaissance, +dsesprs de voir disparatre tant de chefs-d'oeuvre, rsistaient seuls; +c'taient des ennemis si peu ngliger que bientt le Frate allait tre + mme de ressentir les effets de leur mcontentement. + +Aprs avoir triomph jusqu'alors de tous ses adversaires, Savonarole +allait enfin s'attaquer au colosse contre lequel il devait se briser. +Alexandre VI Borgia, mont sur le trne pontifical, y avait port les +scandales de sa vie prive; aussi, sans hsiter un instant, Savonarole +attaqua Rome avec sa violence accoutume. Le pape crut rpondre +efficacement ces accusations enflammes en interdisant la chaire au +moine et en fulminant contre lui une bulle d'excommunication pour crime +d'hrsie. Mais Savonarole dclara qu'une excommunication injuste tait +sans effet et continua ses invectives de plus belle, avec plus de force, +de libert et d'enthousiasme que jamais. + +A cette rbellion, le pape rpondit par un bref dclarant la Seigneurie +que, si les prdications de Savonarole ne cessaient pas, il lancerait +cette fois une excommunication gnrale contre Florence et que tous les +biens des Florentins situs sur le territoire pontifical seraient saisis +et confisqus au profit de l'glise. La Seigneurie, qui sentait Csar +Borgia aux portes de la ville, n'osa rsister et enjoignit Savonarole +d'avoir suspendre ses sermons. Mais, loin de se tenir pour averti, il +rpondit par un nouveau dfi et, du haut de la chaire, parla en ces +termes: Le temps d'ouvrir la cassette approche; nous donnerons un tour +de clef et tant d'infections et d'ordures sortiront de la cit de Rome +que l'odeur se rpandra dans toute la chrtient, que chacun en sera +empuanti. + +De telles paroles n'taient pas faites pour calmer les esprits. Aussi la +fermentation tait-elle terrible; il semble qu'un vent de folie ait ce +moment souffl sur Florence et le fanatisme inspir par Savonarole devint +tel qu'il se trouva dbord. Quand l'exaltation arrive cet excs, elle +dpasse la mesure et constitue un danger vritable pour celui qui l'a +provoque. La tempte fut dchane par un de ses dominicains de San +Marco, Dominique Buonvicini qui, sans l'aveu du prieur, alla porter le +dfi du feu au franciscain Franois de Pouille, prdicateur Santa +Croce et ennemi acharn de Savonarole dont il dniait la mission. Cette +preuve consistait traverser un bcher enflamm o Dieu se dclarait +lui-mme pour celui qui en sortait indemne. La Seigneurie et Savonarole +eurent un dplaisir extrme de voir qu'on se ft ainsi aventur, mais il +tait trop tard pour reculer, car le peuple comptait sur un spectacle +inattendu, inou, terrible, et il n'y avait pas moyen de l'en frustrer +sans exposer la ville un soulvement de la populace. + +Le jour arriv, les franciscains, pouvants par la srnit confiante de +leurs adversaires, engagrent d'interminables discussions thologiques, +lorsqu'un violent orage clata point nomm, dispersant les partis; mais +le peuple, furieux de voir son miracle lui chapper et se croyant jou, +faillit mettre dominicains et franciscains en pices. Savonarole +n'chappa qu' grand'peine la colre de la foule, mais de ce jour son +prestige tait dtruit; il ne fut plus qu'un moine fanatique et un faux +prophte et, ds le lendemain, toute la tourbe florentine mettait le +sige devant le couvent de San Marco et, les portes enfonces, se ruait +la recherche du prieur en vocifrant des cris de mort. Les dominicains se +dfendirent comme des forcens, mais Savonarole, voyant l'meute tourner + la guerre civile, pour mettre fin la lutte, se livra lui-mme la +Seigneurie, et il ne fallut pas moins que des gens arms pour l'escorter +et le dfendre contre une foule ameute pour l'charper. + +Le procs de Savonarole fut une pitoyable chose! Presss par le pape, les +juges eurent beau le mettre la torture, ils ne lui arrachrent aucun +aveu, et trouvrent si peu matire condamnation qu'Alexandre VI, pour +en finir, dut adjoindre la Seigneurie deux commissaires apostoliques! + +Le 22 mai 1498, la sentence enfin rendue condamnait pour cause d'hrsie +Savonarole tre brl vif en place publique, aprs avoir fait amende +honorable. Il expira comme il avait vcu, les yeux au ciel, et si fort +dtach de la terre que la douleur ne lui fit pas exhaler une plainte; +dj il tait envelopp de flammes qu'on l'entendait encore bnir le +peuple et chanter l'hymne saint qu'il allait continuer dans l'ternit. A +peine fut-il mort, que le souvenir de toute sa vie et le spectacle de ses +derniers moments, en si complte harmonie avec elle, ouvrirent les yeux +aux plus aveugles, et ceux qui avaient t les premiers instigateurs de +sa mort furent les premiers le considrer comme un martyr et un saint. +Florence ne tarda pas porter le poids de l'iniquit commise, car la +mort de Savonarole la livrait aux pires incertitudes. Les quatre annes +suivantes, fertiles en terribles crises, intrieures et extrieures, la +virent perdre Pise et tomber par deux fois aux mains de Csar Borgia, +l'affreuse tyrannie duquel l'intervention de Louis XII la fit seule +chapper. Devant l'imminence du pril public et en l'absence de toute +autorit, une rforme gouvernementale s'imposait d'urgence. On dcrta, +au lieu du Gonfalonat temporaire, le Gonfalonat vie, et, en 1502, +Pierre Soderini fut nomm ce pouvoir presque souverain. + +La destine des Florentins les remettait entre les mains d'un homme d'une +valeur et d'une intgrit rares; il craignait Dieu, aimait sa patrie avec +passion; fort jaloux de son honneur, il tait d'une grande +circonspection; son impartialit devait mme plus tard lui susciter bien +des inimitis. + +Dans le gouvernement de Florence, Soderini fit preuve d'une discrtion, +d'une sagesse, d'un tact remarquables, et cela, mme dans l'enivrement +des premiers jours, alors qu'une foule de courtisans pouvaient lui donner +l'illusion du pouvoir absolu. D'une extrme prudence dans sa politique +extrieure, il trouva l'intrieur le moyen de librer en peu d'annes +Florence de la terrible dette accumule par ses prdcesseurs. Ds le +dbut, il fut puissamment servi par les vnements: la mort d'Alexandre +VI qui dlivra Florence du spectre de Csar Borgia, l'avnement du +cardinal de la Rovre destin tre le fameux pape Jules II, et enfin la +mort de Pierre de Mdicis, survenue en 1503, mettaient les Florentins au +comble de leurs voeux. Ils avaient la conviction d'en avoir fini avec les +Mdicis et de n'avoir plus rien craindre d'eux; malheureusement leur +erreur tait grande, car la mort de Pierre faisait de son frre, le +cardinal Jean, le chef de la famille, chef d'autant plus dangereux +qu'install Rome, il voyait venir les vnements, sans perdre une +occasion de monter l'esprit du pape contre Florence. + +L'anne 1509 vit, grce l'heureuse ngociation de Machiavel envoy par +Soderini en ambassade auprs de Louis XII, Florence enfin rentre en +possession de Pise. La joie de cet vnement fut immense, et ce succs si +longtemps attendu ne parut pas achet trop chrement au prix des +sacrifices qu'il avait cots depuis tant d'annes. A la mme poque, +Florence obtenait aussi de Louis XII un trait d'alliance vivement +dsir. + +Aprs de si heureuses ngociations, il semble que Soderini aurait eu tous +les droits la reconnaissance de ses concitoyens; malheureusement il +n'en fut rien et ses ennemis se coalisrent avec les adversaires de son +gouvernement large et dmocratique sur le terrain d'une haine commune +contre le gonfalonier et la France. Ne redoutant plus rien de celle-ci, +on fora Soderini se rapprocher de l'Empire et traiter avec +Maximilien de l'abandon des droits, trs platoniques, que l'Empereur +pouvait avoir sur Pise. Dj la politique qui portera le nom de Machiavel +affirme ses tendances, et cette alliance avec l'Empereur n'empchera pas +Florence de mnager assez la France pour se la conserver comme allie et +de manoeuvrer de faon pouvoir s'appuyer alternativement sur l'un et sur +l'autre. Cette duplicit ne tarda pas porter ses fruits et Soderini, +empch de prendre parti entre Louis XII et Jules II, se trouva +mcontenter tout le monde par sa politique timore et hsitante. + +Jules II poussait jusqu'au fanatisme la haine des Franais et des +Allemands, mais il ne professait pas les mmes sentiments l'gard des +Espagnols, dont on vit cette poque la premire immixtion directe dans +les affaires de l'Italie. M par ces sentiments, le pape nomma alors le +roi Ferdinand d'Aragon chef de la sainte ligue pour l'expulsion des +barbares et son lieutenant Ramon de Cardoa passait l'tat de bras +droit du souverain pontife. + +Ce qui pour la Toscane devenait plus grave, c'tait la protection +accorde aux Mdicis et, devant le refus formel de la Seigneurie de +consentir leur retour, la terrible colre de Jules II dont les +consquences allaient tre de dchaner sur Florence Ramon et ses hordes +les tranant leur suite. L'pouvantable sac de Prato apprit l'Italie +ce qu'elle pouvait attendre de la frocit des soldats du Roi +Trs-Catholique et ce qu'elle devait penser de la domination de princes +qui laissaient excuter sous leurs yeux de pareilles infamies. La terreur + Florence fut telle que, ds le lendemain du sac, la ville dputait +Ramon ambassade sur ambassade, auxquelles il rpondait en s'obstinant au +retour des Mdicis et en exigeant une ranon norme. Le trouble et la +fermentation des esprits taient tels que Soderini comprit +l'impossibilit de toute rsistance avec un peuple dj conquis par la +frayeur, et, la mort dans l'me, il renona dfendre plus longtemps une +ville qui ne voulait plus tre dfendue, forc mme de mettre en sret +par la fuite sa vie en danger, unique rcompense de la loyaut avec +laquelle il avait servi sa patrie! + +Le seul reproche qu'on puisse faire ce patriote fut d'avoir manqu de +rsolution et d'nergie, tort grave pour un chef d'tat; il crut +l'efficacit de la douceur et la seule force de la loi pour gouverner +les partis, et s'illusionna au point de penser que la patience pourrait +triompher des difficults extrieures. + +Le matin mme de son dpart, tous les amis des Mdicis, dpchs au camp +de Ramon, acceptaient les conditions qu'il imposait au nom de Sa Majest +Espagnole, et le jour suivant (2 septembre 1512), les Mdicis faisaient +leur rentre triomphale dans la ville, au milieu d'une foule si +enthousiaste et si fanatique qu'ils manqurent d'touffer. Les +protestations de dvouement et d'affection ne se firent point attendre +et, peu d'heures aprs leur retour, Florence tait la merci de ses +anciens matres, si bien que ceux-ci, tonns eux-mmes d'une si brusque +raction, rsistaient aux avances et repoussaient les propositions qui +leur taient faites pour les amener ressaisir le pouvoir. En attendant +leur bon plaisir, l'anarchie rgnait et le fantme gouvernemental +s'vanouissait sous l'impopularit et le discrdit. Les Espagnols se +promenaient comme en pays conquis et les horreurs commises taient telles +que la Seigneurie dut activer par tous ses efforts le paiement de la +ranon exige pour leur dpart. + +Quand on les eut peu prs satisfaits, le matre de Florence, le +cardinal Jean, le second fils de Laurent le Magnifique, fit son entre +triomphale, entour de ses condottieri et des troupes sa solde. Il +tait accompagn de toute sa famille, c'est--dire de son frre Julien et +de son neveu Laurent, le fils de Pierre de Mdicis, auxquels s'ajoutaient +les nombreux btards de sa maison: Jules, fils naturel de Julien, la +victime des Pazzi; Hippolyte, fils naturel de son frre Julien; enfin +Alexandre, qu'on disait fils naturel de Jules, et qui devait tre le +premier grand-duc. + +Ds le lendemain, Julien de Mdicis s'emparait du gonfalon et usait du +pouvoir son gr, tandis que le cardinal Jean laissait la soldatesque +piller la ville. L'abaissement des caractres tait tel qu'il n'y eut +mme pas un semblant de rsistance et qu'on pensa devoir encore de la +reconnaissance aux Mdicis pour avoir dlivr Florence de Ramon et de ses +bandes; pourtant la malheureuse cit n'tait pas au bout de ses peines, +car bientt elle se voyait dcime par les sanglantes reprsailles des +Mdicis, ruine par leurs impitoyables exactions. + +Avant que Jean n'et eu le temps de prendre possession de l'tat, la mort +de Jules II le rappelait en toute hte Rome o allait s'ouvrir le +conclave (1513). Le cardinal Jean n'avait pas trente-sept ans quand, sous +le vocable de Lon X, il fut appel succder au grand pape dont il +tait l'antithse vivante, et auquel l'Italie ne tenait pas assez compte +de son clatante supriorit, cause des dsastres que, dans +l'aveuglement de son patriotisme, il n'avait pas craint de dchaner sur +elle. + +La diffrence entre ces deux hommes ne peut tre mieux marque que par +les portraits qu'en a peints Raphal. Autant l'un est courb, vot, +dvor par le feu de la combativit, consum par l'asctisme, autant +l'autre avec sa tte trop grosse, son visage rougeaud, ses gros yeux +fleur de tte, donne l'impression de l'picurien bon vivant, peu grand +seigneur et si peu prtre qu'aprs son lection la papaut, il fallut +l'ordonner. Mdiocre politique, son incurie au moment de la querelle des +Investitures fut une des principales causes de la Rforme, car pour lui +Luther n'tait pas, et non seulement il ne le discutait pas, mais il +niait mme son existence; aussi, dans cette crise terrible pour le +catholicisme, montra-t-il autant d'imprvoyance que d'inconsquence. +Comme protecteur des lettres, il ne valut gure mieux; il ne voyait dans +les sciences et dans les arts que la contribution qu'ils pouvaient +apporter son agrment ou ses plaisirs; fastueux et prodigue, entour +de bouffons et d'histrions, par beaucoup de points il rappelait les +empereurs de la dcadence. Ses faveurs n'taient accordes qu'aux +courtisans les plus vils, et il ne pouvait voir Michel-Ange dont le gnie +sombre et farouche lui tait antipathique; Lonard de Vinci lui tait +galement odieux, il lui dniait tout talent. En tout il prfrait le +joli au beau; et il tait si mauvais juge des aptitudes qu'au lieu de +laisser Raphal ses pinceaux, il le nommait architecte de Saint-Pierre. +Rien n'est donc plus injustifi que d'avoir appliqu au sicle tout +entier le nom de Lon X, comme rien ne motive, dans sa vie ou dans ses +ides, cet excs d'honneur. + +Excellent parent, il avait pour sa famille de si ambitieuses vises qu'il +considrait comme trs au-dessous de la dignit de son frre ou de son +neveu de gouverner Florence, et quand il s'agit de rgler le sort de la +ville, il se contenta de lui donner comme matre le btard de Julien, +Jules de Mdicis improvis cardinal et lgat pour la circonstance. Mais, +comme Jules prfrait le sjour de Rome celui de Florence, il n'y +rsida mme pas et ce fut Julien, g de vingt ans, qu'incomba toute +l'autorit. Pendant ces arrangements de famille, Franois Ier +envahissait le Milanais et rcompensait par le duch de Nemours +l'attachement de Julien sa cause. Enfin, en 1516, la mort de Julien, +Laurent de Mdicis, fils de Pierre II et petit-fils de Laurent le +Magnifique, succdait son oncle autant dans le gouvernement de la ville +que dans les bonnes grces du roi de France, et, fort d'un tel soutien, +se htait, l'encontre de toute justice, d'occuper, sans coup frir, le +duch d'Urbin. Par reconnaissance de l'appui que son puissant alli lui +avait prt dans ces circonstances, Laurent ne voulut aller chercher +femme qu'en France, mais il n'en ramena Madeleine de la Tour d'Auvergne +que pour lui communiquer le mal par lequel elle fut enleve, aprs avoir +donn le jour Catherine de Mdicis. + +Un mois aprs, Laurent tait emport de la mme manire et le cardinal +Jules, forc par les vnements, prenait en mains les rnes du +gouvernement (1519). + +Florence subissait depuis deux ans le joug de Jules de Mdicis lorsque le +conclave fut ouvert par la mort de Lon X. Malgr tous les efforts du +cardinal, ce fut l'ancien prcepteur de Charles-Quint, l'adversaire +acharn des Mdicis, qui fut exalt sa place sous le nom d'Adrien VI; +mais la mort du pontife, survenue en 1523, ayant ouvert de nouveau la +succession au trne pontifical, Jules de Mdicis acheta le conclave et +fut lu pape sous le nom de Clment VII, vocable choisi, disent ses +contemporains, comme symbole de clmence et d'oubli, vertus qu'il +inaugura, un mois aprs son lvation, par l'empoisonnement des quatre +cardinaux envers lesquels il avait pris le plus d'engagements. Si +Florence avait eu par le dpart du cardinal Jules quelque espoir +d'chapper son dur servage, elle vit bientt combien elle avait eu tort +d'esprer et combien elle avait au contraire lieu de tout craindre d'un +tel matre. En effet, Clment VII ne trouva rien de mieux, pour la +gouverner, que de lui imposer deux btards chers son coeur, Hippolyte et +Alexandre. Le premier passait pour le fils de Julien, duc de Nemours, +tandis que le second, fils d'une esclave multresse, tait attribu ou +Laurent duc d'Urbin, ou un muletier, ou Clment VII lui-mme, en +faveur duquel taient encore les prsomptions, fondes sur l'affection +profonde porte par le Pape Alexandre. Hippolyte, alors g de quatorze +ans (1524), envoy Florence le premier, gouverna la ville plus d'un an +avant que l'arrive d'Alexandre, en _le forant_ partager le +pouvoir, suscitt entre eux une terrible inimiti, encore accrue, chez +Alexandre, par sa haine de la popularit et de la beaut physique de son +cousin, tandis que la violence de sa nature et le type presque ngre de +sa figure faisaient de lui-mme un objet d'effroi et d'horreur. + +Rien de plus triste que l'histoire de Florence partir de ce temps. +Soumise toutes les exactions pontificales, une malheureuse campagne +contre Sienne amenait le conntable de Bourbon devant ses portes, sans +qu'elle et pour cela le courage de secouer le joug des btards, et il ne +fallut rien moins que l'effroyable sac de Rome (1527) et les horreurs de +la domination espagnole avec la captivit de Clment VII pour la dcider +enfin secouer son esclavage par un soulvement unanime. + +Mais, les tyrans chasss, il s'agissait encore de gouverner leur place, +et le fonctionnement d'un gouvernement tait d'autant plus difficile que +le peuple, gorg de plaisirs matriels et de grossires dlices, avait +perdu le got de la libert, et que les citoyens eux-mmes n'avaient plus +ni la notion de l'indpendance ni le sens de l'autorit. Aussi le +gouvernement, pniblement organis, fonctionna-t-il pniblement au milieu +de cruelles incertitudes, et la Seigneurie dut se dbattre dans de +terribles crises intrieures et extrieures qu'elle tait impuissante +rsoudre. + +La politique cauteleuse et machiavlique suivie cette poque par +Florence devait lui tre nfaste. Elle flottait indcise, sans s'arrter + un parti, entre l'alliance de la France et la protection espagnole, et +le seul rsultat de ses tergiversations fut de l'isoler compltement et +de la livrer sans dfense aux ressentiments de Clment VII. Le pape avait +tellement coeur de chtier une ville qui, par une audace sans seconde, +s'tait soustraite son autorit, qu'oublieux de ses humiliations, de +ses rancunes, il se rconcilia avec l'Espagne, condition que +Charles-Quint l'aidt reconqurir la Toscane. L'Empereur, trop heureux +de faire si bon compte sa paix avec l'glise, envahit et dvasta le +pays et le soumit au plus effroyable rgime discrtionnaire. + +Tant d'horreurs rveillrent l'me florentine et le grand souffle du +pass l'anima de nouveau. Charles-Quint ayant investi la ville, elle se +retrouva hroque et, pendant une anne entire, lutta, sublime, contre +la famine, la mort et les horreurs d'un pareil sige, tenant tte aux +armes runies de Charles-Quint et du pape. Il fallut, pour venir bout +d'elle, que l'infme trahison de son capitaine gnral, Malatesta, achet +par Clment VII, la livrt ses ennemis. La noble attitude des assigs, +en commandant l'estime et l'admiration leurs adversaires mmes, leur +obtint des conditions moins dures, relativement! car les clauses du +trait taient la mort politique de Florence. Charles-Quint se rservait +le droit de la faire gouverner sa guise, tandis qu'elle tait ruine +par une ranon exorbitante et que l'Empereur exigeait le rapatriement des +exils. Bientt les portes s'ouvraient pour Alexandre de Mdicis qu'un +rescrit imprial nommait grand-duc de Toscane, le 1er mai 1532. C'tait +la fin de la Rpublique, la fin de ce vaillant petit peuple dont le gnie +politique et artistique a pntr le monde. + +Le jeune duc Alexandre tait de la race redoutable de ces despotes que +rien n'arrte. Il abusa sans vergogne de l'autorit et soumit la +malheureuse Florence au joug le plus impitoyable. Tandis que ses gots de +dbauche l'entranaient tous les dsordres et toutes les +abominations, l'impunit lui tait assure et sa situation tait encore +affermie par son mariage avec la fille naturelle de Charles-Quint, +Marguerite d'Autriche, la future duchesse de Parme, rgente des Pays-Bas. +L'appui d'un tel beau-pre lui permettait d'touffer toute tentative de +rvolte; du reste, si le fantme de la libert avait encore pu hanter les +esprits, Charles-Quint se serait charg d'y mettre bon ordre: +considrant les affaires de son gendre comme les siennes. Et, fort de +cette assistance, Alexandre n'hsita mme pas tenir tte au pape Paul +IV, l'adversaire acharn des Mdicis. Le meurtre vint heureusement +dlivrer Florence de ce monstre. Tous les complots nous contre Alexandre +avaient chou et avaient t noys dans le sang. Une seule tentative +russit parce qu'elle fut conue et excute par un seul, ce fut celle de +Lorenzo de Mdicis. + +Lorenzo tait le chef de la branche cadette descendue de Laurent, le +frre de Cosme, et subdivise elle-mme, plus tard, en deux rameaux. De +quinze ans plus jeune qu'Alexandre, il avait t lev Florence sous la +tutelle de sa mre, puis sous celle de Philippe Strozzi. Malgr leurs +soins, son caractre trange ne tarda pas se dvelopper, singulier +mlange de raillerie, d'inquitude, de dsir, de doute, d'impit, +d'humilit et de hauteur, sorte de crature hermaphrodite comme peut en +produire la nature aux poques de dissolution. De temps en temps +jaillissait de ces lments htrognes un voeu ardent de gloire, de vertu +ou d'immortalit, d'autant plus imprvu dans ce corps effmin qu'en le +voyant si mou et si humble, on ne l'appelait plus mme Lorenzo, mais, par +mpris, Lorenzaccio. + +Voil ce qu'tait l'homme qui s'tait mis courtiser le duc Alexandre +avec tant d'adresse et une si feinte humilit que non seulement il tait +devenu son unique ami, mais encore son serviteur complaisant et +indispensable pour les besognes les plus honteuses. Le duc avait en lui +une confiance absolue, et la preuve la plus certaine qu'il pt lui en +donner tait de le prendre pour entremetteur dans toutes ses fantaisies +amoureuses; aussi Lorenzaccio tait encore plus dtest Florence que le +duc lui-mme. + +Telle tait la situation, quand le duc Alexandre s'amouracha d'une femme +de vertu inattaquable et de haut rang, cousine de Lorenzaccio, et le +chargea de s'entremettre auprs d'elle. Loin d'instruire sa parente, +qu'il estimait fort, des desseins du duc, Lorenzaccio vit dans ces +circonstances un moyen assur de se dfaire d'Alexandre qu'il hassait +frocement. Aprs avoir longuement attis la passion du duc et avoir +exalt les rsistances qu'il prtendait rencontrer, Lorenzo, sous le +prtexte d'un rendez-vous enfin consenti, attirait chez lui le duc seul, +sans escorte, et l'assassinait le 6 janvier 1537, aid d'un sbire +entirement sa dvotion. Lorenzo ne profita point de son crime; pris de +terreur, il alla d'une traite jusqu' Venise, ne songeant qu' se mettre +hors de porte et abandonnant le pouvoir auquel il avait droit. A +Florence, en l'absence du meurtrier pass pourtant l'tat de hros +sauveur, le conseil, compos d'mes damnes des Mdicis, nomma +l'unanimit comme chef de l'tat le jeune Cosme de Mdicis, g de +dix-huit ans, fils de ce Jean des Bandes Noires, crateur de la clbre +infanterie de ce nom si populaire Florence (1537). + +Cosme, ce moment, offrait toutes les garanties ceux qui l'levaient +au pouvoir; sa jeunesse, son inexprience leur semblaient des gages +auxquels ses gots paraissaient en ajouter d'autres. Il avait toujours +vcu la campagne, occup uniquement la chasse et la pche; on le +croyait facile conduire et gouverner; aussi la surprise fut-elle +extrme quand il montra une ambition effrne et une volont de fer pour +n'en agir qu' sa tte. Ayant obtenu de Charles-Quint la reconnaissance +de ses droits, Cosme prit possession du pouvoir, mais ce ne fut qu'en +1569 qu'il prit officiellement pour lui et pour sa descendance le titre +de grand-duc et de prince souverain. Il ne rencontra aucune opposition +ses ambitieuses vises, tant il avait su se dfaire de ses ennemis par +l'exil ou la mort, et, comme rien ne l'arrtait, il faisait assassiner +les derniers Lorenzaccio et Soderini Venise o ils s'taient rfugis. + +Sa domination bien tablie, Cosme carta des affaires avec une rare +habilet tous ceux dont un conseil aurait pu le gner et, sans scrupule, +se dbarrassa de toute entrave, sans qu'il put jamais tre accus +positivement d'y avoir tremp les mains. Personne ne sut user comme lui +de la confiscation; il avait une police inquisitoriale et, par des lois +froces, il interdisait jusqu' la libert de penser. + +Il entrait dans la politique de Cosme, puisqu'il cartait +systmatiquement les citoyens des affaires publiques, de donner un but et +une occupation leurs esprits en dveloppant toutes leurs tendances vers +la vie facile et somptueuse, vers le luxe dmoralisateur, tandis que, par +des conqutes faciles et sans gloire, il abaissait le niveau des ides de +justice. Mais, s'il pouvait annexer Sienne, il ne pouvait rgnrer +l'art, et la dcadence atteignait le pays jusque dans ses manifestations +intellectuelles et artistiques. + +Sous le joug ddaigneusement protecteur de Cosme, les lettres purent +fleurir, les arts multiplier leurs productions, tout ne se ressentit pas +moins de ce milieu et porta le caractre d'une poque d'absolutisme, +incapable de rien de grand. Pour que le gnie puisse se dvelopper, il +faut que la libert de conception et d'excution soit respecte, il faut +que le despotisme n'intervienne pas, et que, par crainte du lendemain, +l'artiste n'en soit pas rduit au rle de courtisan. + + + TABLEAU GNALOGIQUE DES MDICIS + JEAN D'AVERADO--PICCARDA BUERI + 1350-1429 + _______________________|_____________________________ + 1 COSME LE VIEUX 2 LAURENT + Contessina Bardi souche de la branche cadette + 1389-1464 1391-1450 +______________________|___________________________ + _________|____________ + 1 PIERRE LE GOUTTEUX 2 JEAN 3 CHARLES | PIERRE FRANOIS + LUCRCE Tornabuoni (fils naturel) | + 1414-1469 | | +___________|______________________________________ _________|____________ +1 LAURENT LE MAGNIFIQUE 2 JULIEN 3 BLANCHE |1 LAURENT 2 JULIEN + CLARISSE Orsini 1455-1478 4 NANINE | | + 1448-1492 _______|______ 5 MARIE | | | + | JULES (btard) | | + | 1478-1533 | | | + | PAPE ClmentVII | | + | en 1523 | | | +___________|______________________________________ ____|_______ ___|____ +1 PIERRE II 2 JEAN 3 JULIEN 4 LUCRCE |PIERRE LAURENT JULIEN +ALPHONSINE 1475-1522 Duc de Nemours 5 LOUISE FRANOIS +1504 + Orsini PAPE Lon X 1470-1516 6 CONTESSINA| | +1471-1503 en 1510 | 7 MADELEINE | | + | | pouse Cybo| | | + | ______|______ ______|_____ | | + | HIPPOLYTE INNOCENT Cybo| | | + | (fils naturel) Cardinal | | + | Cardinal | | | +____|_____________________________________________ | | +1 LAURENT Duc d'URBIN | | __________|____ +MADELEINE de la Tour d'Auvergne CLARISSE | JEAN DES BANDES + 1429-1519 | | NOIRES +_____________|____________________________________ | 1498-1528 + | | | +1 CATHERINE reine de France 2 ALEXANDRE (btard) LORENZACCIO Catherine + 1519-1589 prem. Grand-Duc | Sforza + MARGUERITE D'AUTRICHE | + 1500-1527 | | ++ - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - -+ | + | + _____________________________________________|____ + GRAND-DUC COSME Ier--1515-1574 + Elonore de Tolde +________________________________________|__________________________________ +1 GRAND DUC FRANOIS Ier 2 Cardinal FERDINAND +Bianca Capello--1557-1587 puis GRAND-DUC--1558-1609 +_____________________________________________________________|_____________ +1 GRAND-DUC FERDINAND--1598-1670 2 Cardinal LOPOLD +_______________|___________________________________________________________ +1 GRAND-DUC COSME II--1623-1743 2 FRANOIS MARIE + Louise d'Orleans +_______________|___________________________________________________________ +FERDINAND {~DAGGER~} 1713 GRAND-DUC JEAN GASTON {~DAGGER~}1737 + + +L'installation royale au palais Pitti, devenu dsormais l'habitation des +grands-ducs, attira une nue de dessinateurs, de sculpteurs, de peintres +chargs de ses embellissements. Les ftes, les spectacles interrompus si +longtemps par les malheurs publics, reprirent de plus belle. Cosme +faisait excuter les premiers opras marquants dans l'histoire de la +musique, il rorganisait l'universit de Pise et fondait partout des +acadmies. Plusieurs des principaux historiens du XVe sicle sont +florentins et les Varchi, les Segni, les Nerli et les Pitti forment un +rare assemblage d'esprits remarquables auxquels sont dus d'impartiaux et +prcieux documents sur l'histoire de leur pays. Sous ce rgime fastueux, +les trangers afflurent et ils furent ds lors la principale source de +richesse d'une ville dont le trafic allait tous les jours diminuant. + +Les Mdicis avaient de tout temps habitu les Florentins aux dsordres et + la licence de leur vie prive; mais, si grand qu'et t le scandale, +aucun n'tait encore parvenu aux raffinements d'ignominie de Cosme et de +ses successeurs. Pour Cosme, aprs avoir assassin un de ses fils, fait +mourir de chagrin sa femme lonore de Tolde, aim d'un amour sacrilge +sa fille Isabelle, il donna dans sa famille le plus affreux exemple de +vices monstrueux. + +A sa mort, en 1574, son fils, le grand-duc Franois, continua dignement +les traditions paternelles. Hritier prsomptif, il avait pris comme +matresse une fille de la noble maison vnitienne des Capello, qui avait +fui Venise au bras d'un amant et qui s'tait rfugie Florence. +Franois, perdument pris de Bianca, voulait l'pouser; mais, comme le +grand-duc avait arrang pour son fils un mariage destin rehausser +l'clat de sa maison, il dut plier devant la volont de Cosme et pousa +Jeanne d'Autriche, sans pour cela cesser aucunement de vivre, comme par +le pass, avec Bianca Capello. + +Franois, devenu lui-mme grand-duc et matre tout-puissant, fit +construire pour elle une demeure somptueuse aux portes mmes du palais +Pitti. Un abandon si outrageux et si public frappa au coeur la malheureuse +Jeanne d'Autriche qui mourut bientt de chagrin, en faisant jurer son +mari d'abandonner cette femme nfaste et de se soustraire son influence +redoutable. Un an plus tard, Franois pousait sa matresse, et Bianca +Capello devenait grande-duchesse de Toscane. + +Au bout de plusieurs annes passes parmi les plaisirs et les ftes, +Bianca n'ayant pas donn d'hritier au grand-duc, et obsde par le dsir +fou d'exercer la rgence, si Franois venait mourir avant elle, eut +recours un simulacre d'accouchement et une supposition d'enfant. Mais +son beau-frre, le cardinal Ferdinand, dcouvrit la supercherie, et elle +en conut contre lui une haine si froce qu'elle se rsolut +l'empoisonner. Pour atteindre ses fins, elle lui servit une ptisserie +dont elle le savait friand et qu'elle lui disait avoir, par une attention +dlicate, confectionne elle-mme; mais cette tentative se retourna +contre elle, car Ferdinand, anim des plus justes soupons contre sa +belle-soeur, dclina son offre, et le grand-duc, froiss de ce refus +blessant, voulut toute force faire honneur au gteau, pour rparer +l'affront fait sa femme. L'empcher d'y toucher, c'tait se trahir, et +comme, Franois mort, elle n'avait plus rien ni esprer ni attendre, +elle prit rsolument son parti et partagea avec lui ce funbre repas. + +Le lendemain, Franois et Bianca avaient cess d'exister et Ferdinand, +jetant sa barrette aux orties, montait sur le trne (1587). + +Avec son rgne commence pour la Toscane une re de calme plat, +d'insignifiance complte et de honteuse lthargie. A Ferdinand +succdrent Cosme II, son fils (1606-1621), Ferdinand II (1621-1670) et +enfin Cosme III (1670-1723) dont le rgne de cinquante annes fut marqu +par l'tablissement des Jsuites en Toscane et par l'puisement du trsor +public pour subvenir aux frais de leur installation. + +Cosme III avait pous Louise d'Orlans, la fille de Monsieur et la soeur +de la grande Mademoiselle, qui lui fit voir le diable telle enseigne +qu'il dut la laisser rentrer en France o elle resta sans jamais +consentir rejoindre son mari. Du reste, tout, pour Cosme, prend une +tournure fatale. Il semble qu'un mauvais gnie pse sur cette race +destine succomber fatalement. Poursuivi par de sinistres +pressentiments, aussitt son fils an en ge de se marier, Cosme l'unit + Violente de Bavire, princesse vertueuse, mais strile, et de chagrin, +Ferdinand se plongea dans de telles dbauches qu'il y consuma rapidement +sa vie. Le grand-duc s'empressa aussitt de marier son second fils, +Jean-Gaston, avec une princesse allemande destine, semblait-il, lui +donner une nombreuse postrit; mais la princesse de Saxe-Lvenburg +refusa toute soumission son mari, et les interminables querelles qui +attristrent le mnage du pre vinrent assaillir et troubler celui du +fils. Aussi Jean-Gaston, l'exemple de son frre, se plongea dans tous +les excs, et les Toscans virent avec effroi un tel prince arriver la +toute-puissance, tant ses orgies monstrueuses taient devenues un sujet +d'horreur. Lorsque Jean-Gaston monta sur le trne, il tait le dernier de +sa race et il tait mourant lui-mme; il rappela pourtant tout ce qui lui +restait de forces pour ragir contre la situation dsespre o il +trouvait le pays, et son premier soin, peine au pouvoir, fut de chasser +les prvaricateurs et les vendeurs de places si chers son pre; aussi, +aprs l'avoir mpris et redout, finit-on par le bnir et l'adorer. + +Comme aucune humiliation ne devait tre pargne au dernier des Mdicis, +d'aprs le droit rserv par Charles-Quint et Clment VII, le roi +d'Espagne Philippe V, du vivant mme de Jean-Gaston, lui nomma un +successeur en la personne de son fils, l'infant don Carlos. A peine ce +jeune prince avait-il pu faire apprcier son heureux naturel, qu'il fut +appel la conqute du royaume des Deux-Siciles et qu'il abandonna la +Toscane sans retour. On ne consulta pas davantage Jean-Gaston pour +installer, la place de don Carlos, le prince Franois de Lorraine, +auquel on donnait la Toscane en ddommagement de ses tats runis la +France. Lorsque le grand-duc mourut, en 1737, le pays tait plong dans +un tel marasme qu'il ne chercha mme pas recouvrer son indpendance et +accepta ces changements de matre et de dynastie, sans aucune vellit de +rsistance (1745). + +En 1801, par la paix de Lunville, le grand-duc Ferdinand de Lorraine +renona la Toscane qui, en treize annes, eut un semblant +d'indpendance comme rpublique, fut incorpore l'empire franais et +devint royaume d'trurie, pour faire, en 1814, retour ses anciens +matres. + +Les grands-ducs de la maison de Lorraine se succdrent avec des fortunes +diverses jusqu'en 1860, o, par un plbiscite, la Toscane se runissait +dfinitivement au nouveau royaume d'Italie, et retrouvait dans l'unit +qui se fondait, la vie teinte depuis des sicles. + + + + +TOPOGRAPHIE GNRALE DE FLORENCE + + + +_Florence_, divise par l'Arno en deux parties ingales, est situe +dans une riante et fertile valle o descendent les dernires +ramifications des Apennins, dont le cirque imposant l'entoure de toute +part. + +Des hauteurs environnantes les points de vue sur Florence sont +innombrables et de partout se dcouvrent ses monuments, ses glises, ses +palais et ses tours sous l'aspect sduisant et lgant qui la +caractrise. + +Les anciens remparts, construits de 1285 1388, out cd la place aux +longs boulevards des quartiers neufs, prolongs l'ouest sur les rives +de l'Arno jusqu'aux Cascines. + +Les portes, ainsi que les anciens ponts de l'Arno, sont mieux conserves. +Six ponts mettent en communication les deux rives du fleuve, sur lesquels +deux suspendus relient, l'extrmit sud de la ville, le viale duca di +Genova la barrire San Niccol et, l'extrmit nord, la place +Victor-Emmanuel aux Cascines. + + ++Ponts anciens+. + +1 _Ponte alle Grazie_, le plus ancien de tous, fut construit en +1237. + +2 _Ponte Vecchio_, dont la fondation remonte, dit-on, l'poque +romaine. Maintes fois dtruit et rebti, il doit Taddeo Gaddi son +aspect dfinitif (1302). Il est bord de boutiques occupes ds 1593 par +les orfvres; elles sont surmontes par la longue galerie qui met en +communication le muse des Offices et le palais Pitti et sont +interrompues dans la partie centrale du pont o la galerie n'est plus +soutenue que par trois arcades ouvertes, d'o l'oeil embrasse l'admirable +perspective de l'Arno. + +3 _Ponte Santa Trinita_, fond en 1252 et reconstruit vers 1567 par +Bartolommeo Ammanati. + +4 _Ponte alla Carraja_, bti en 1218, dtruit par la fameuse +inondation de 1333, fut reconstruit aussitt en 1337 et fut finalement +restaur et modifi par Ammanati en 1572. + +Sur les deux rives du fleuve s'tendent les larges quais formant le +_Lung'Arno_; seule, la partie de la rive gauche comprise entre le +Ponte Vecchio et le Ponte Santa Trinita a conserv son caractre et ses +vieilles maisons dont les fondations reposent dans le fleuve. + +Les rues de Florence laissent une grande impression de svrit +imposante, due ses anciens palais dont les constructions massives lui +conservent l'aspect d'un autre ge, comme leurs noms mmes voquent le +souvenir des familles illustres et des corporations de la Rpublique. + +Sur la rive droite, les principales artres sont: + +La _via Tornabuoni_, qui va du Ponte Santa Trinita au coeur de la +ville. + +La _via Calzajuoli_, qui, parallle la prcdente, relie la place +de la Seigneurie celle du Dme. + +Enfin la _via Cerretani_, qui runit la place du Dme Sainte-Marie +Nouvelle. + + + + +RIVE DROITE (LE CENTRE) + +I + +DU DOME AUX OFFICES + +LA PLACE DU DOME ET SES MONUMENTS. LA VIA CALZAJUOLI ET OR SAN MICHELE. +LA PIAZZA DELLA SIGNORIA, LA LOGGIA DEI LANZI ET LE PALAIS VIEUX. + + +LA PLACE DU DOME forme le coeur de Florence et runit trois des plus beaux +monuments de l'art: le Baptistre, le Dme et le Campanile. LE BAPTISTRE +(San Giovanni Battista), ancienne cathdrale de Florence, est un petit +difice octogonal trois tages et coupole. Il offre un des types les +plus curieux de l'architecture romane italienne, avec la modification +qu'elle subit ds le XIe sicle, sous l'action de Nicolas de Pise (1274) +quand elle fut ramene par ses dcouvertes au sentiment de l'antique. Ce +n'tait pourtant ni Nicolas, ni mme Jean qu'tait rserv l'honneur +de fonder Florence l'cole des Pisans, mais bien leurs lves ANDREA +PISANO et ARNOLFO DI CAMBIO, et ces derniers la ville allait devoir ses +plus beaux monuments. + +Les premiers travaux d'ARNOLFO Florence furent le dgagement et le +revtement du Baptistre dont les abords taient encombrs de sarcophages +et d'urnes funraires, tandis que les faces extrieures en taient +bigarres d'incrustations et d'inscriptions juxtaposes au hasard et en +dsordre. + +Dans cette restauration qui eut lieu en 1293, ARNOLFO fit enlever tout ce +qui dparait l'extrieur du monument et lui donna de la grce et de la +lgret en dgageant le soubassement presque enseveli dans le sol. Il +appliqua ensuite sur chaque angle de l'octogone deux pilastres +corinthiens soutenant une corniche couronne d'un second tage de mme +ordre, coup de trois longues fentres fronton. Enfin, pour achever +cette belle dcoration, il disposa des plaques en marbre noir de Prato +dans les parties pleines mnages entre les grandes lignes de +l'architecture, tandis que, dans le troisime tage en retrait, il +rptait sur chaque face les pilastres chapiteaux corinthiens. + +Trois portes donnent accs au Baptistre. Ds 1321, les Consuls avaient +rsolu de faire couler en bronze des portes pour Saint-Jean-Baptiste; +seulement, comme il ne se trouvait alors Florence aucun artiste en tat +d'entreprendre ce travail, la Seigneurie donna mission un orfvre +florentin d'tudier les portes de Pise et de se rendre ensuite Venise, +qui passait alors pour possder seule des fondeurs capables d'un pareil +ouvrage. + +Pendant le cours de ces recherches, ANDREA PISANO avait obtenu, par +l'entremise de son ami Giotto, la commande d'une des portes, et cela, +malgr les lois de la ville et l'interdiction absolue de donner du +travail un tranger. Aussi son contrat spcifiait-il qu'il ne devrait +livrer qu'un modle de porte en terre ou en cire, dont l'excution +resterait confie aux matres vnitiens. + +Ce fut en l'anne 1330 que ceux-ci entreprirent les oprations de la +fonte, et, bien qu'elles aient dur jusqu'en 1332, elles se trouvrent +dfinitivement si manques, qu'il ne fut pas possible de les reprendre en +sous-oeuvre. Andrea eut alors commission de mener bien une nouvelle +fonte, qu'il russit en l'espace de deux mois (1335). + +La porte d'ANDREA PISANO, divise en vingt compartiments, est consacre +aux diffrents traits de la vie de _saint Jean-Baptiste_. De plus, +dans sa partie infrieure, elle comporte huit panneaux de moindre +dimension, avec les figures des Vertus. + + + PORTE DU SUD DU BAPTISTRE D'ANDREA PISANO (1335) + + _________________________________ _________________________________ +| | || | | +| JOACHIM | JOACHIM || JEAN | JEAN | +| ET | CHASS || DEVANT | MIS | +| L'ANGE | DU TEMPLE || HRODE | EN PRISON | +| | || | | +|---------------------------------||---------------------------------| +| RENCONTRE DE | || LES DISCIPLES | LES DISCIPLES | +| JOACHIM ET DE | NAISSANCE || DE JEAN | DE JEAN | +| Ste LISABETH | DE || DEVANT SA | INTERVIENNENT | +| A LA PORTE DORE | St JEAN || PRISON | AUPRS | +| | || | DE JSUS | +|---------------------------------||-----------------|---------------| +| JOACHIM CRIT | || FESTIN | | +| SUR DES TABLETTES| St JEAN || D'HRODE. | DCOLLATION | +| LE NOM QU'IL | DANS || SALOM | DE | +| VEUT QU'ON DONNE | LE DSERT || DANSE AU SON | St JEAN | +| A SON FILS | || DU VIOLON | | +|---------------------------------||---------------------------------| +| | || SALOM | SALOM | +| PRDICATION | St JEAN || PRSENTE A | APPORTE A | +| DE | RENCONTRE || HRODE LA TTE | HRODIADE LA | +| St JEAN | JSUS-CHRIST || DE St JEAN | TTE DE | +| | || | St JEAN | +|---------------------------------||---------------------------------| +| | || LE CORPS DE | ENSEVELISSE | +| JEAN | BAPTME || St JEAN | ENSEVELISSE_ | +| BAPTISE LES | DE || EST RENDU A | MENT DE | +| NOPHYTES | JSUS-CHRIST || SES DISCIPLES | St JEAN | +| | || | | +|---------------------------------||---------------------------------| +| | || | | +| | || | | +| SPES | FIDES || CHARITAS | HUMILITAS | +| | || | | +| | || | | +|---------------------------------||---------------------------------| +| | || | | +| | || | | +| FORTITUDO | TEMPERANTIA || JUSTITIA | PRUDENTIA | +| | || | | +| | || | | +|---------------------------------||---------------------------------| + + +Vantail de gauche+ +Vantail de droite+ + + +Dans cette matresse oeuvre, le progrs ralis sur les Pisans est +considrable. Andrea y devine les lois de la perspective, pargne les +figures et modre les mouvements. Il est aussi sobre de plans et de +lignes que ses matres en furent prodigues, et rencontre du premier coup, +comme Giotto, les lignes mres de la composition, c'est--dire +l'ordonnance la plus simple et la plus claire. Tous les motifs sont +conus avec une parfaite convenance au sujet, et sont traits avec un +sentiment profond, exprim par des gestes harmonieux et sans violence, +tels que les veut la gravit sculpturale. Si le sujet trait par Pisano +est calme, les plis sont rares, comme, par exemple, dans la composition +des Vertus; tandis qu'au contraire, si la scne rclame du mouvement ou +dnote l'agitation intrieure, les plis se pressent, toutefois sans +abondance inutile, et le matre a su donner ses figures une grce +d'attitude qui fait de son oeuvre une sorte de trait d'union entre l'art +antique et l'art moderne. + +Il reste observer combien, en cela encore semblable Giotto, le matre +nglige l'indication du lieu; ses groupements sont au plus sur deux +rangs, si bien que ses plans, rapprochs de la conception hellnique, +prsentent les premires figures en haut relief et les secondes en +bas-relief. + +La porte finie, la Rpublique donna pour rcompense l'artiste pisan le +droit de bourgeoisie, accord rarement et seulement aux trangers de la +plus haute distinction, ou d'un mrite clatant. Place l'entre +principale de l'est, c'est--dire en face l'autel, elle dut, en 1446, +cder la place la porte de Ghiberti et fut transporte sur la face sud, +qu'elle occupe depuis. C'est lors de ce transfert que le fils de +Ghiberti, VITTORIO, l'entoura de la riche guirlande de fleurs et de +fruits qui en fait le dlicieux encadrement. + +Aprs la mort de Pisano, l'achvement des portes du Baptistre resta +suspendu et ce fut seulement la suite de la fameuse peste de 1403 que +la Seigneurie en dcida l'excution. A cet effet, fut ouvert un concours +dont le sujet tait l'histoire de Jsus-Christ et auquel prirent part les +DELLA QUERCIA, les NICCOL d'AREZZO, les BRUNELLESCHI et les GHIBERTI, et +o la prfrence devait tre donne la composition la plus rapproche +de l'oeuvre d'Andrea Pisano. Brunelleschi s'tant retir, GHIBERTI +l'emporta en dernier lieu; il avait alors vingt-cinq ans. + +Dans cette porte o il tait strictement limit par l'obligation de se +subordonner l'oeuvre gothique, Ghiberti adopta la mme division en vingt +panneaux suprieurs et en huit infrieurs contenant les figures des +vanglistes et des Pres de l'glise, et encadra chaque chssis de ttes +saillantes, tandis qu'il couvrait les chambranles de fleurs, de fruits ou +d'oiseaux. Cependant, si les figures dpassent celles de la porte +gothique comme animation et comme expression, elles n'atteignent pas la +grandeur svre et la srnit calme de celles d'Andrea. Elles ont +pourtant une grce ingnue et juvnile dont s'exclut encore tout soupon +de manirisme et l'art plastique y atteindrait la perfection, si Lorenzo +avait mieux compris les conditions du bas-relief, et son incapacit +exprimer les saillies nuances, les plans successifs ou les profondeurs +feintes. Ce grave dfaut de son style, dj sensible dans cette premire +oeuvre, devait par ses dveloppements ultrieurs entraner la sculpture +dans une voie funeste. + + +PORTE DU NORD DU BAPTISTRE DE GHIBERTI (1403) + + _________________________________ _________________________________ +| | || | | +| XVII | || | | +| PORTEMENT | XVIII || XIX | XX | +| DE | LE CALVAIRE || LA | LA | +| LA CROIX | || RSURRECTION | PENTECTE | +| | || | | +|---------------------------------||---------------------------------| +| | XIIII || | XVI | +| XIII | LE || XV | PILATE | +| LE JARDIN | BAISER || | SE LAVANT | +| DES OLIVES | DE JUDAS || FLAGELLATION | LES MAINS | +| | || | | +|---------------------------------||-----------------|---------------| +| | || | | +| IX | X || XI | XII | +| TRANSFIGURATION | RESURRECTION || ENTRE | LA CNE | +| | DE LAZARE || A JRUSALEM | | +| | || | | +|---------------------------------||---------------------------------| +| V | VI || VII | VIII | +| BAPTME | TENTATION || JSUS CHASSE | LA BARQUE | +| DE | DANS || LES MARCHANDS | SUR | +| JSUS-CHRIST | LE DSERT || DU TEMPLE | LA MER AGITE | +| | || | | +|---------------------------------||---------------------------------| +| I | II || III | IV | +| ANNONCIATION | ADORATION || ADORATION | JSUS | +| (_adorable | DES || DES | ENSEIGNANT | +| figure presque en| BERGERS || MAGES | LES DOCTEURS | +| ronde-bosse_) | || | | +|---------------------------------||---------------------------------| +| | || | | +| | || | | +| St JEAN | St MATHIEU || St LUC | St MARC | +| | || | | +| | || | | +|---------------------------------||---------------------------------| +| | || | | +| | || | | +| St AUGUSTIN | St JRME || St GRGOIRE | St AMBROISE | +| | || | | +| | || | | +|---------------------------------||---------------------------------| + + +(Ces 8 admirables figures, d'une trs noble allure, sont assises devant +des pupitres, les vanglistes debout accompagns de leurs symboles.) + +La premire porte de Ghiberti ne fut pas plutt acheve qu'on se dcida +lui confier la seconde, considre par ses contemporains comme son +chef-d'oeuvre, mais o s'accuse dj fortement le parti pris d'obtenir du +bronze les effets de la peinture par une fusion impossible des deux arts. + +Cette fois, entire latitude lui tait laisse. Aussi s'affranchit-il +rsolument de toute influence et divisa-t-il son sujet en dix panneaux o +il traitait les principaux pisodes de l'Ancien Testament. Mais, comme +cette donne tait trop considrable, il se rsolut runir dans chaque +panneau plusieurs actions diffrentes n'ayant aucun rapport entre elles. +Il encadra chacun de ses tableaux d'une large bordure orne de figurines +places dans des niches alternant avec des mdaillons d'o sortent des +ttes en ronde bosse et il dcora les chambranles de guirlandes +compliques. + +Il fallut seize ans Ghiberti pour mener bien son oeuvre, mise en place +seulement en 1452, et, dans le principe, entirement dore, comme les +autres portes. + +Les trois portes de San Giovanni sont surmontes de groupes de grandeur +naturelle en bronze et en marbre. + + +PORTE DE L'EST DU BAPTISTRE +DITE DU PARADIS GHIBERTI (1425-1452) + + _______________________________________________________________ | | | +| I | II | +| | CAN LABOURANT. | +| CRATION DE L'HOMME. | ABEL GARDANT SES TROUPEAUX. | +| DE LA FEMME. | AU FOND, SACRIFICE DE CAN | +| L'ARBRE DU BIN ET DU MAL. | ET D'ABEL. | +| ADAM ET VE | CAN TUANT SON FRRE. | +| CHASSS DU PARADIS TERRESTRE. | CAN ERRANT APRS LE CRIME. | +|_______________________________|_______________________________| +| | | +| III | IV | +| | | +| LA SORTIE DE L'ARCHE. | LA STRILIT DE SARA. | +| LE SACRIFICE DE NO. | VISITE DES ANGES A ABRAHAM | +| NO IVRE ET SES TROIS FILS. | LUI PROMETTANT UN FILS. | +| | AU FOND, SACRIFICE D'ABRAHAM. | +| | | +|_______________________________|_______________________________| +| | | +| V | VI | +| | | +| ESA ET JACOB. | HISTOIRE DE JOSEPH. | +| | _La scne principale, la | +| _Scne dans un motif | reconnaissance de ses frres | +| d'architecture_. | se passe devant un portique | +| | form par une rotonde_. | +|_______________________________|_______________________________| +| | | +| VII | VIII | +| | | +| MOSE RECEVANT LES TABLES | LA PRISE DE JRICHO. | +| DE LA LOI. | | +| | | +| | | +| | | +|_______________________________|_______________________________| +| | | +| IX | X | +| | | +| BATAILLE CONTRE | SALOMON ET LA REINE DE SABA. | +| LES AMMONITES. | _La scne se passe dans le | +| | temple dont l'architecture a | +| | t prise par Ghiberti | +| | sur celle du dme_. | +|_______________________________|_______________________________| + + ++Au Sud+: _Dcollation de saint Jean_ par VICENTE DONI (1571), +d'un mauvais style. + ++Au Nord+: _Prdication de saint Jean_ par GIOVANNI RUSTICA +(1500); lve de Verrocchio, suprieur au groupe prcdent. + ++A l'Est+: _Le Baptme de Jsus-Christ_ par ANDREA SANSOVINO, +de beaucoup le meilleur des trois morceaux (1500). L'ange qui seul le +dpare, est de Spinazzo (XVIIIe sicle). + ++Intrieur+: A l'intrieur de l'difice on retrouve la disposition +des trois tages extrieurs, dcors d'aprs le mme principe de marbres +alterns blancs et verts. + +Les colonnes rondes en granit de la rotonde soutiennent, sur leurs +chapiteaux corinthiens dors, l'entablement portant la tribune circulaire +du deuxime tage claire par les fentres extrieures et dont le balcon +est dcor de _mosaques_ excutes en 1225 par un moine nomm +_Jacobus_. Le troisime tage enfin, galement orn de mosaques +dues Jacobus, sert de base la coupole terminale, couverte de +mosaques du XIIIe au XVIe sicle. + +L'abside carre, destine contenir l'autel, est construite en dehors du +monument. Dcore de mosaques, elle renferme actuellement un +_groupe_ dtestable de TICCIATI excut en 1732, dans ce que le +rococo a pu offrir de plus flamboyant. Un autel mural, gauche de la +porte de l'est, est surmont de la clbre statue en bois de la +_Madeleine_ par DONATELLO, d'un ralisme dsagrable, force d'tre +violent. En face, prs du matre-autel, sont les _fonts baptismaux_, +ouvrage d'une recherche dplaisante, fondu en 1371 par un des nombreux +lves d'Andrea Pisano. Enfin, droite, adoss au mur, est le _tombeau +du pape Jean XXIII_ (1419), dpos par le concile de Constance. Sa +belle statue couche est l'oeuvre de DONATELLO et de MICHELOZZO +(1420-1425), mais le dais qui l'abrite et le monument qui l'accompagne, +par leur mauvaise ordonnance et leur lourdeur, ne sont pas dignes de +Donatello. + +Sur le ct nord de la place s'lve la COLONNE SAN ZENOBE, rige en +1330 en commmoration de la translation des reliques de saint Zenobe, +patron de Florence. + +LE DOME, SANTA MARIA DEL FIORE, ainsi nomme des fleurs de lys figurant +dans les armoiries de Florence, occupe l'emplacement d'une ancienne +glise consacre Santa Reparata. La dcoration et le revtement du +Baptistre furent termins en 1293; l'anne suivante, la Rpublique +rendait un dcret mmorable ordonnant ARNOLFO DI CAMBIO d'excuter un +modle et des dessins pour la reconstruction de Santa Reparata: Avec +telle hauteur et magnificence qu'on ne puisse attendre de l'industrie +humaine rien de plus noble et de plus beau, dans cette pense que les +oeuvres entreprises par la commune doivent tre conues avec une grandeur +correspondant la grande me que forment tant de citoyens runis dans +une seule et mme volont. + +Comme Santa Reparata dpendait de la corporation des marchands de laine, +il fut tabli qu'ils auraient supporter la plus lourde part des frais +de reconstruction, mais, titre de ddommagement, on leur concda un +droit sur les exportations. Aprs avoir dmoli Santa Reparata, Arnolfo +traa le plan de sa basilique, d'aprs les traditions pisanes, en forme +de croix latine, c'est--dire qu'il donna les mmes dimensions aux bras +du transept et du choeur, et il affecta au dambulatoire cinq chapelles +polygonales dveloppes extrieurement en cinq pans symtriques. + +Arnolfo tait trop imbu de l'antique pour prvoir l'effet qu'allaient +produire dans le style gothique la nudit et la scheresse de lignes qui +en sont l'antipode. Une autre erreur de son plan fut l'importance donne +aux membres spars, d'aprs ce principe que chaque chose grande en soi +agrandit l'ensemble, ce en quoi il perdait de vue la loi architecturale, +qui veut, pour l'harmonie d'un difice, que toutes les parties se +subordonnent l'ensemble. Tout l'oppos des cathdrales du nord o +l'troitesse relative de la nef lve les votes l'infini, Arnolfo +largit les siennes dans de si vastes proportions qu'elles produisent +premire vue une impression d'crasement, aggrave encore par la vue des +grands espaces de murs laisss nus entre les fentres aussi troites que +parcimonieusement mnages. + +Quand Arnolfo di Cambio mourut en 1300, il avait amen l'oeuvre la +croise, et la construction fut continue par son successeur immdiat, le +Giotto, auquel sont dus les revtements extrieurs des transepts et du +choeur. + +En 1357, le plan d'Arnolfo subit une premire modification, et, partir +de cette poque, s'ouvre la longue srie des architectes du dme, placs +sous la direction de commissaires pris parmi les chefs des corporations +et sans l'assentiment desquels nul n'avait le droit d'ajouter une pierre + la cathdrale. Ces gens sans connaissances techniques, qui +n'obissaient qu'au seul mobile de faire de Santa Maria del Fiore un +monument unique, arrivrent forcment lui donner cette absence de +coordination si fcheuse et que la fameuse coupole, la belle oeuvre de +Brunelleschi, contribue, pour sa part, rendre plus frappante encore. + +C'est en 1418 que fut ouvert, pour le modle de la coupole, le concours +o Brunelleschi triompha de ses concurrents. Il ne lui fallut pas moins +de quatorze annes pour mener terme cette entreprise hardie, et encore +la lanterne ne fut-elle acheve qu'en 1462. La faade, qui fut dtruite +en 1588 pour tre remplace magnifiquement, a t refaite depuis quelques +annes seulement avec une complication et une surchage extrmes. +Les +quatre portes+ latrales sont des XIVe et XVe sicles. Ce sont des +ouvrages de l'cole Pisane orns de mosaques et surmonts d'une statue. +La plus remarquable de ces portes, la deuxime du nord (1408), est +l'oeuvre de PIERO D'AREZZO, aid de NANNI DI BANCO. C'est ce dernier +qu'est d le haut relief dit de la _Madona della Cintola_, o se +pressentent dj Ghiberti et Donatello. La mosaque du tympan, +l'_Annonciation_, fut dessine par le GHIRLANDAJO (1496). + ++L'Intrieur+ de Sainte-Marie des Fleurs est d'une austrit allant +jusqu' la froideur d'un temple mthodiste. + +Le matre-autel, plac sous la coupole, est entour d'une clture en +marbre, de forme octogonale comme la coupole, et orne de +_bas-reliefs_ de BACCIO BANDINELLI, oeuvre mdiocre substitue la +belle clture en bois de Ghiberti. + +Derrire le matre-autel se trouve la fameuse _Dposition_ de +MICHEL-ANGE, oeuvre de vieillesse et inacheve qu'il tailla dans un +chapiteau antique du Temple de la Paix que lui avait donn le pape Paul +III. Cet ouvrage pche par des dfauts de proportion malheureusement trs +apparents. Sainte-Marie des Fleurs contient nombre de monuments et +d'oeuvres remarquables. + +Le mur de la faade est perc d'un vitrail rond, de FRANCESCO, excut +sur les dessins de Ghiberti; au-dessous, dans la lunette de la porte est +inscrite une admirable mosaque, le _Couronnement de la Vierge_ de +TADDEO GADDI (1280), o, malgr le byzantinisme encore marqu, est dj +trs sensible l'influence de la rvolution naturaliste opre dans l'art, +grce aux efforts de Cimabue et de Giotto. + +Deux grandes fresques infiniment intressantes occupent le mur au-dessus +des portes latrales de la faade. Celle de gauche est le portrait +questre de _John Hawkwood_, condottiere la solde de Florence, +peint en 1392 par Paolo UCCELLO; tandis que celle de droite est +l'admirable portrait questre de _Niccol Marucci da Tolentino_, +oeuvre d'ANDREA DEL CASTAGNO (1456), de la plus haute allure. + ++Nef de droite+: Monument de _Brunelleschi_, tombeau mdiocre +d son lve BRUGGIANO. + +Statue de l'homme d'tat _Gianozzo Manetti_ par CIUFFAGNI. + +Monument du _Giotto_ lev par la commune sur l'initiative de +Laurent le Magnifique, en 1490. Ce bel ouvrage de BENEDETTO DA MAJANO est +plac au-dessus de l'inscription latine compose par Ange Politien. +Au-dessus de la premire porte latrale, le _sarcophage_ du gnral +_Pierre Farnse_ par AGNOLO GADDI et PISELLO (1395). Statue de +_Josu_ par DONATELLO (1412) o se trahit encore dans les draperies +l'inexprience de la jeunesse, bien que la tte en soit fort belle. +Donatello y sacrifie dj au got qui lui fera, dans toutes ses statues, +reproduire les traits de ses contemporains. A ct de la deuxime porte +latrale est plac le buste en marbre du savant platonicien _Marsile +Ficin_, avec la remarquable inscription latine de Ferrucci (1521). +Au-dessus de la deuxime porte et malheureusement plac trop haut, est le +beau _monument_ de l'vque _Antonio d'Orso_, le vaillant +dfenseur de Florence contre l'empereur Henri VIII, oeuvre du Siennois +TINO DI CAMAINO (1336). La statue de l'vque est assise sur un +sarcophage l'antique. + +Dans le transept droit, orn au-dessous des fentres de fresques +mdiocres peintes par Lorenzo de Bicci (1427), s'ouvre +la vieille +sacristie+. Le tympan de la porte d'accs est dcor d'un magnifique +bas-relief de LUCA DELLA ROBBIA, l'_Ascension_. Dans la sacristie, +deux admirables anges agenouills, oeuvre monochrome de LUCA DELLA ROBBIA, +tiennent des calices. + +Le lavabo est un ouvrage contourn de BUGGIANO (1492). + ++La chapelle terminale+ du chevet est consacre saint Zenobe et +contient le _reliquaire_ en bronze du saint par GHIBERTI (1440). + +Dans quatre autres chapelles sont des statues assises, primitivement +destines la dcoration de la faade. + ++Premire droite+: _Saint Marc_, par NICCOL D'AREZZO. + ++Deuxime droite+: _Saint Luc_, par NINO DI BANCO. + ++Quatrime chapelle gauche+: _Saint Mathieu_. Mauvais ouvrage +de CIUFFAGNI. + ++Cinquime chapelle gauche+: _Saint Jean_, par DONATELLO. +Quoique encore influenc par la tradition des Trecentisti, le matre se +montre ici d'une incomparable supriorit. La tte, d'une expression +profonde et prophtique, admirable par sa grave austrit, fait penser +Michel-Ange. Cette oeuvre de premier ordre est place aussi mal que +possible dans le jour le plus dfectueux; il est difficile mme d'en +apprcier toute la beaut. + ++La nouvelle sacristie+ s'ouvre la suite des chapelles suprieures +de la croix. Le tympan de sa porte est occup par un magnifique +bas-relief de LUCA DELLA ROBBIA, la _Rsurrection_. Jamais le +dlicat pote que fut Luca n'a t plus inspir que dans cette +composition, o la divinit triomphante du Christ s'oppose l'humanit +abandonne des soldats endormis, ses gardiens. + ++La porte en bronze+ commande d'abord Donatello en 1437 et +retire au matre aprs dix ans passs, sans qu'il et mis la main +l'oeuvre, fut, en 1465 seulement, confie LUCA DELLA ROBBIA. Il y a +reprsent, en compartiments quadrangulaires, la Vierge et l'Enfant, la +Rsurrection, les quatre vanglistes et les quatre Pres de l'glise, +ces derniers en haut relief, assis entre deux anges. Aux angles des +cadres sont des ttes en ronde bosse, d'une grande beaut. Luca s'est +volontairement abstenu de toute complication et de tout mouvement +susceptible de manirer la composition. Ses figures tirent leur caractre +de leur austrit et de la belle simplicit de leurs draperies, pousses +cependant au dernier degr de la perfection. Elles laissent aussi loin +derrire elles les oeuvres de Ghiberti, si souvent gtes par une +recherche de l'effet de mauvais got, cueil que Luca semble avoir vit +avec soin, pour se rapprocher autant que possible du style pur et large +d'Andrea Pisano. La sacristie est entirement revtue d'une marqueterie +en bois dont les panneaux forment des tableaux; cette belle dcoration +est l'oeuvre de BENEDETTO DA MAJANO. + +En retournant par la nef gauche, ct de la deuxime porte latrale, on +trouve le portrait en pied du Dante, peinture sur bois excute par ordre +de la Rpublique, en 1465. Domenico di Michelino a reprsent Dante +devant une vue de Florence, entour de divers pisodes de la _Divine +Comdie_. + +A gauche, pour dsigner l'Enfer, s'ouvre, au milieu de rochers dsols, +la porte o est laisse toute esprance, tandis qu' droite un +labyrinthe symbolise le Paradis et la difficult d'y parvenir. + +A ct de la premire porte latrale, _monument_ du musicien +_Squarcialupo_ (1490) par BENEDETTO DA MAJANO, d'une ordonnance +analogue celle du monument de Giotto auquel il fait face et sert de +pendant. Enfin, au premier pilier, _Saint Zenobe_, en vtements +pontificaux, est une peinture d'ORCAGNA. + ++LE CAMPANILE+ de Sainte-Marie des Fleurs s'lve isol la hauteur +de sa faade. En 1334, aprs la mort d'Arnolfo, la Seigneurie confia +GIOTTO, alors g de prs de soixante ans, les travaux du dme, avec +ordre, d'abord, de se consacrer l'rection du campanile qui faisait +dfaut. Le premier soin de Giotto fut d'asseoir les fondations une +profondeur inusite alors, et de donner ainsi sa construction une +assiette telle, que, jusqu' ce jour, elle n'a eu besoin d'aucune +rparation. TADDEO GADDI l'aida jusqu' 1336, poque de sa mort, et +ANDREA PISANO reprit l'oeuvre, qui fut acheve par Franois Talenti. + +Le campanile carr comporte cinq tages de hauteurs ingales et croissant +avec l'lvation, car, par un souci de perspective bien rare pour +l'poque, Giotto reconnut et appliqua ce principe, que, plus une +construction s'lve, plus les plans successifs doivent gagner en +hauteur, pour que rien n'interrompe l'oeil la justesse des proportions. +Par l'application de cette thorie, le campanile acquiert une grce et +une lgret incomparables. La proccupation qu'avait Giotto d'atteindre +ce but tait telle qu'elle l'amena modifier ce qu'aurait eu de sec +l'angle aigu sur une pareille masse et rabattre les cts en les +flanquant de piles polygonales. Comme au dme, il revtit le campanile de +marbres alterns noirs, rouges et blancs du meilleur effet dcoratif. + +Le plan de Giotto comportait une flche quadrangulaire terminale qui +devait exhausser la tour d'un tiers; mais Gaddi et Pisano, aprs sa mort, +crurent devoir la supprimer comme de style gothique et dj surann. La +vrit est que cette modification ne fut pas heureuse, et que le +campanile, termin en terrasse, semble tronqu au sommet. + +La simplicit des lignes dans l'oeuvre de Giotto contraste avec +l'exubrance des ornements. Tout le premier tage est dcor d'une double +srie de _mdaillons_ en demi-relief excuts sur ses plans par +ANDREA PISANO. Ils sont inspirs par la riche symbolique du moyen ge et +retracent, dans une large ide philosophique, les progrs de l'humanit +en intelligence, en art et en industrie, depuis sa cration. + ++A l'Ouest+ on voit, accompagns de leurs attributs bibliques: La +cration. Les premiers travaux de l'agriculture, avec Adam et Eve +labourant. La vie pastorale, Jacob et ses troupeaux. Jubal, inventeur de +la musique. Tubal Can, premier forgeron. La viticulture personnifie par +No. + ++Au Sud+: L'astronomie sous la figure d'un mage avec la sphre +cleste. L'architecture reprsente par des maons construisant une +maison. L'art du potier par des femmes achetant des ustensiles de terre. +Viennent ensuite l'homme dompteur de chevaux; le tissage; la lgislation, +figure par un juge; Ddale, symbole des migrations lointaines. + ++A l'Est+: La navigation sous la forme d'une barque. Hercule, +dompteur des lments. Le cheval, attel un char comme bte de travail. + +Enfin +au Nord+: La sculpture avec Phidias. La peinture avec +Apelles. La grammaire avec Donatus. Le lyrisme avec Orphe. La +philosophie avec Platon et Aristote. La gomtrie avec Ptolme. + +La range suprieure des mdaillons hexagonaux est consacre aux Vertus +thologales et cardinales, aux Sept OEuvres de Misricorde, aux Sept +Batitudes et aux Sept Sacrements. + +Le deuxime tage du campanile est orn de niches garnies de statues de +docteurs, de prophtes, de sibylles ou de Pres de l'glise, et complte +l'ensemble de cette magnifique dcoration. + +Parmi ces sculptures, il faut citer les statues des prophtes dues +Donatello, oeuvres de premier ordre excutes par le matre entre 1415 +et 1425, et qui joignent la perfection du travail le grand intrt +d'tre de vivants et clbres portraits, pour lesquels le sculpteur s'est +livr une vritable dbauche de ralisme, sans aucun souci de la +couleur historique pour les hros sacrs qu'il devait reprsenter. + +La plus connue, sous le nom du Zuccone, place l'ouest, reprsente le +roi David, pour lequel le matre choisit comme modle un certain Giovanni +di Barduccio Cherichini, rput le plus laid des citoyens florentins, +remarquable par sa calvitie, sa maigreur et sa mine patibulaire: Cette +vieillesse et cette laideur presque repoussantes ont t rendues par +Donatello avec une prodigieuse vrit, tandis qu'il traitait l'anatomie +avec son incomparable sret en traits aussi souples que larges. On +raconte que, parmi tant de chefs-d'oeuvre, le Zuccone resta celui dont +le matre se montrait le plus fier, et cela, au point de jurer par lui, +quand il voulait prter serment. Sur ce mme ct se trouvent encore deux +statues: celle du _prophte Jrmie_, sous les traits de l'ami de +Donatello, Francesco Soderini, et celle de _Saint Jean-Baptiste_, +jeune et belle figure laquelle nous sommes peut-tre redevables du +Saint Georges, le chef-d'OEuvre d'Or San Michele. Enfin, l'est, on doit +au matre la figure d'_Abraham sur le point de sacrifier Isaac_, +pour laquelle il se fit aider par Nanni di Banco, et encore celle du +prophte _Habacuc_, excute trs postrieurement aux autres, et +galement le beau portrait d'un vieillard contemporain. + +Autour de la place du Dme s'offrent plusieurs difices importants au +point de vue artistique. A l'angle de la _via Calzajuoli_ s'lve la ++LOGGIA DEL BIGALLO+, petit monument du plus pur style gothique, +lev de 1352 1358 pour la confrrie des Capitani della Misericordia et +plus tard occup par celle del Bigallo dont il prit le nom. La loggia +comporte trois arcades cintres surmontes de deux fentres accouples. +Une troisime arcade fait retour sur la via Calzajuoli et, en face +d'elle, s'ouvre, au fond du portique, un oratoire, petite chapelle +dcore de trois statues, _la Vierge et deux anges_, ouvrage unique +d'ALBERTO D'ARNOLDO (1364), o se pressent dj la Renaissance. Un toit +avanc sur des consoles sculptes couvre le charmant difice du Bigallo. + +A ct de lui, sur la place, se trouve l'orphelinat des Enfants trouvs, +l'+ORFANOTROFIO DEL BIGALLO+. Dans la salle du Conseil +d'administration, une fresque de GIOTTINO (1342), la _Misricorde_, +est place au-dessus d'une vue de Florence. + +Sur le mur du fond, une fresque plus petite d'un des giottesques, VENTURO +DI MORO, reprsente la loggia del Bigallo o deux capitani recueillent +les enfants qu'on leur amne. Si, dans cette oeuvre remarquable, +l'influence de Giotto subsiste par la simplicit des plans, les attitudes +et le dessin plus tudis sont dj presque dignes des Quatrocentisti, +tout en laissant aux figures l'adorable navet des primitifs. + ++L'ORATOIRE DE LA MISRICORDE+, situ au sud de la place, appartient + la confrrie de la Misricorde, fonde en 1244, dans le but de secourir +les pauvres et les malades, mais surtout d'ensevelir et de porter les +morts. Toutes les classes sont reprsentes dans cette confrrie +actuellement encore de plus de deux mille cinq cents membres, tous +galement vtus de la cagoule en toile noire, lorsqu'ils font leur +service. + +Au-dessus de l'autel, une des meilleures oeuvres d'ANDREA DELLA ROBBIA, +_retable_ en deux parties. Dans le bas-relief suprieur, +Jsus-Christ bnissant. Dans l'infrieur, la Vierge entoure de chrubins +entre deux saints. Une prdelle reprsente l'Annonciation, la Nativit et +l'Adoration des Mages. + +La salle contigu l'oratoire sert de vestiaire aux frres; au fond se +trouve le dortoir o six frres doivent chaque nuit tre en permanence. + ++L'OPRA DEL DUOMO+(Muse du Dme) est situ sur la place, +directement derrire l'Abside. +L'intrieur+, o se conserve tout ce +qui a trait au baptistre et au dme, est un assemblage divers de qualit +et de style, et constitue un muse trs complet de l'histoire de ces deux +monuments. + +La premire des trois salles du muse, au premier tage, contient des +chefs-d'oeuvre. Il faut en toute premire ligne placer les dix admirables +_Bas-reliefs des enfants danseurs et musiciens_ excuts de 1431 +1440 pour la tribune des orgues de la cathdrale par LUCA DELLA ROBBIA. +Vasari dcrit ainsi ces magnifiques compositions: Luca fit en ces +compartiments les choeurs de la musique, chantant de diverses faons, et +il y mit tant de talent et y russit tel point qu'on distingue, la +hauteur o ils sont placs, le gonflement de la gorge de ceux qui +chantent, le battement des mains de ceux qui lisent la musique par-dessus +l'paule des chanteurs plus petits qu'eux, enfin les diverses manires de +jouer, de danser, de chanter et les autres mouvements inspirs par la +musique. + +Luca, lorsqu'il excuta ces bas-reliefs, tait vritablement arriv +l'apoge de son talent. Il possdait toutes les qualits d'un grand +sculpteur: la clart dans la conception, la science du dessin et une +extraordinaire habilet de main, qualits subordonnes pourtant +l'infinie posie d'une me raffine et mystique tout ensemble. + +A ct de l'oeuvre de Luca, il faut placer le fameux _devant d'autel du +baptistre_, en argent massif, une des principales oeuvres d'orfvrerie +laisses par le XIVe et le XVe sicles. Le plan gnral et les +encadrements datent de 1466; ils furent excuts par LEONARDO DE SER +CRISTOFANO, BELLO DI GERI, CRISTOFANO DI PAOLO et MICHELE DI MONTE. +Le travail des hauts reliefs intrieurs fut excut par Antonio POLLAJUOLO, +GHIBERTI et VERROCCHIO, et reproduit l'histoire de Saint Jean-Baptiste. Si +ceux de la naissance, dus Pollajuolo, sont de premier ordre, on +retrouve, dans la partie centrale due Ghiberti, les qualits et les +dfauts des portes du baptistre inhrents son style. + +Cette prcieuse dcoration est complte par la _Croix_ destine +tre place sur l'autel, chef-d'oeuvre de l'orfvrerie du XVe sicle +achev par ANTONIO POLLAJUOLO en 1456. Il y employa avec une habilet +consomme l'art de l'mailleur, du graveur et de l'orfvre. La croix, +enrichie de gravures d'maux sur paillons et de statuettes, repose sur un +pied de toute beaut, accompagn de deux prcieuses figurines places de +chaque ct, o se retrouvent la grande allure du matre, son remarquable +dessin et son prcieux fini. Le tertre o est plante la croix est +couvert de minuscules animaux o la minutie pousse l'excs montre une +fois de plus le got si cher aux artistes de l'poque pour l'exagration +du dtail. + +ANTONIO POLLAJUOLO a encore fourni les dessins des magnifiques +_ornements religieux_ conservs dans cette salle et qui +appartenaient au trsor du baptistre. + +Dans une vaste salle contigu sont runis tous les modles pour le dme, +parmi lesquels le modle des absides par ARNOLFO DI CAMBIO et celui de la +coupole par BRUNELLESCHI. + +En descendant la via Calzajuoli, on arrive rapidement l'+GLISE D'OR +SAN MICHELE+, difie en 1284 pour servir de march et de halle aux +grains. Cet difice, brl en 1304, lors de l'incendie mis la ville par +le froce prieur Neri degli Abbati, pour assouvir une haine de parti, fut +rpar deux reprises, en 1308 et en 1321; mais, comme cette loggia en +bois, basse et obscure, dparait un quartier dj embelli par les travaux +du baptistre, on rsolut, en 1336, de la rebtir et d'en faire un +palais. Les travaux furent confis TADDEO GADDI, BENCI DI CIONE et +NIERI FIORAVENTI, et la nouvelle construction consista en une grande +loggia quadrangulaire surmonte de deux tages. + +Dans cette loggia tait place la peinture sur bois d'une Vierge +miraculeuse, objet d'une si grande vnration chez les Florentins que +leur pit la comblait d'offrandes. Aussi, la suite de la peste de +1348, la riche confrrie des grainetiers d'Or San Michele se +dcida-t-elle mettre couvert la prcieuse image peinte par BERNARDO +DADDI. ORCAGNA, auquel fut confie cette transformation de loge ouverte +en loge ferme, s'en tira avec un rare bonheur. Il aveugla les arcades du +rez-de-chausse o se tenait la bourse et il claira l'intrieur par de +belles fentres de marbre blanc ouvertes aux tages. Dans un angle de +cette salle partage en deux par des piliers, il enchssa l'image sacre +dans un tabernacle que l'on peut considrer au double point de vue +architectonique et sculptural comme un inestimable chef-d'oeuvre. + ++Le rez-de-chausse+ d'Or San Michele est compos d'arcades +aveugles jusqu' mi-hauteur, remplies, dans leur partie suprieure, par +une rose de pierre ajoure reposant sur de sveltes colonnettes, +surmontes de _statuettes_ excutes par FRANSCESCO TALENTI. Le mur, +entre chacune de ces arcatures, est occup par une niche, varie de +forme, en marbre blanc, o se trouve une grande statue de saint en marbre +ou en bronze, don d'une corporation, toutes signes des plus grands noms +des XVe et XVIe sicles. + +A ct de l'entre, sur la faade occidentale, la statue en bronze de +_Saint Mathieu_, offerte par les changeurs, est une belle oeuvre de +GHIBERTI de 1420. + +En face, celle de _Saint tienne_, galement par GHIBERTI, fut +commande en 1428 par les drapiers. Cette figure d'un caractre sobre et +svre, traite dans le sentiment de la premire Renaissance, fait grand +honneur au matre. La troisime niche est occupe par _Saint loi_, +patron des marchaux ferrants, ses donateurs. Cette oeuvre de NINO DI +BANCO est d'une facture trs dveloppe pour son poque (1408). Ce qui +lui manque est le sentiment de la vie intellectuelle, encore absent dans +ses physionomies. Sur la face mridionale, la premire niche contient la +statue de _Saint Marc_ offerte par les menuisiers, oeuvre de jeunesse +de DONATELLO (1411) dj en pleine possession de ses qualits. La figure, +noble et majestueuse, exprime la puissance et la force. La deuxime +niche, don des pelletiers, est occupe par une statue en bronze de +_Saint Jacques_, dans le caractre des Trecentisti. Cet ouvrage +est attribu Ghiberti en raison du ravissant bas-relief en marbre +blanc, encastr dans le mur au-dessous de la niche, qui reprsente la +Dcollation de saint Jean-Baptiste traite comme le sujet analogue la +porte du baptistre. + +La niche suivante contient la statue en bronze de _Saint Jean +l'vangliste_, donne par les tisseurs de soie, oeuvre mdiocre de +BACCIO DA MONTELUPO (1515). + +Sur la faade orientale, celle de la rue Calzajuoli, la premire niche +contient la statue en bronze de _Saint Jean-Baptiste_, don des +marchands de drap, une des premires oeuvres de GHIBERTI (1414), raide et +durement cisele. + +L'architecture de la niche du milieu, due DONATELLO, se compose de +pilastres cannels supportant un fronton angulaire o est reprsente la +Trinit. C'est une des dernires oeuvres du matre, qui ne fit jamais la +statue laquelle elle tait destine. Le groupe en bronze qu'elle +contient fut excut par ANDREA VERROCCHIO, cette poque encore dans +l'atelier de Donatello et directement sous son influence. Il reprsente +le _Christ et saint Thomas_, et il serait digne du matre, s'il n'y +avait pas dans les draperies quelque chose de tourment et de cherch qui +nuit la simplicit des lignes. Ce groupe, don des commerants, fut +excut en 1483. Dans la niche suivante, la statue en bronze de _Saint +Luc_, due JEAN DE BOLOGNE, fut donne par les juges et les notaires, +en 1562. Elle a dj le caractre exagr et le mouvement intempestif de +la sculpture du XVIe sicle. + +La premire niche de la face nord, don des bouchers, a reu une assez +mdiocre oeuvre de la jeunesse de Donatello (1408) o le manque de +proportion est trs sensible. La seconde niche contient un _Saint +Philippe_, patron des cordonniers, par NANNI DI BANCO. Dans la +troisime, un groupe de NANNI DI BANCO se compose de _quatre Saints_ +offerts par les maons, charpentiers, forgerons et tailleurs de pierre, +et oeuvre d'une valeur secondaire, exception faite du charmant petit +bas-relief qu'elle surmonte. Enfin, dans la quatrime et dernire niche, +est plac le don des armuriers, l'admirable statue en marbre blanc de +_Saint Georges_ par DONATELLO, excute en 1416. + +Cette oeuvre de tout premier ordre reprsente un jeune homme debout et le +cou nu, un manteau ngligemment jet sur l'paule. La cuirasse et les +brassards qui le protgent, ainsi que le haut bouclier hexagonal qu'il +tient devant lui, n'empchent pas de deviner ce qu'il y a de force et de +souplesse dans ces membres si bien couverts. Sa figure juvnile, martiale +et austre, son regard libre et fier caractrisent admirablement le +chevalier chrtien, aussi loign du sentimentalisme que de la +forfanterie. Jamais n'a t mise au jour une image plus saisissante du +courage calme et sr de lui. + +Il faut encore mentionner le dlicieux bas-relief excut pour tre plac +au bas de la statue, mais qui fut transport sous la niche de la face +mridionale. Le saint cheval transperce le dragon, tandis que sainte +Marguerite, pour laquelle il combat, prie avec ferveur. Par sa perfection +ce chef-d'oeuvre serait digne de compter parmi les merveilles de l'art +grec. + +Au-dessous de chaque niche sont des _mdaillons_ occups par les +armes des corporations donatrices; cinq d'entre eux sont dus LUCA DELLA +ROBBIA. + ++A l'intrieur+, l'admirable ciborium d'ORCAGNA fascine par sa +magnificence. Le caractre de ce petit monument est grave et la grce en +est svre; c'est le triomphe du gnie de la premire Renaissance. En +traversant le moyen ge, pour ressusciter aprs quatorze sicles, l'art +antique, sans perdre sa beaut, semble avoir renonc sa svrit et +son impassibilit, pour se laisser pntrer par le sentiment qu'il +cherchera dsormais exprimer. Il tait seulement beau, il devient +humain. + +Aprs avoir conu son ciborium dans le style ogival florentin, Orcagna +recourut, pour le dcorer et l'enrichir, tous les procds connus +alors. Les colonnes torses qui soutiennent le baldaquin sont mirlitonnes +de mosaques de marbre et de verre polychrome; les marbres prcieux +alternent avec une profusion inoue de sculptures. Le ciborium est +entirement ferm derrire l'autel par un mur sculpt dont les cts en +retour viennent former l'image de la Vierge un cadre d'Anges de profil +tags en bas-relief les uns sur les autres. La face postrieure de ce +mur est divise horizontalement en deux parties reprsentant la mort de +la Vierge et son Assomption. Les trois cts qui portent les pilastres du +baldaquin sont orns de mdaillons traits en bas-relief, ressortant sur +un fond de mosaque dessins gomtriques. Les sujets en sont: 1la +Naissance de la Vierge, la Foi, et la Prsentation au Temple; 2 l'Ange +venant annoncer sa mort la Vierge, la Circoncision; 3 la Naissance du +Christ, la Charit et l'Adoration des Mages. L'autel a une dcoration +analogue; trois de ses bas-reliefs sont remarquables: ce sont +l'Annonciation, l'Esprance, et surtout le Mariage de la Vierge, oeuvre +sculpturale de premier ordre. Orcagna, pour protger cette cration +dlicate contre les alles et venues des gens affairs dans la Bourse, +l'entoura d'une balustrade assez leve formant deux tages de +compartiments de marbre ajours et remplis par de lgres rosaces de +bronze. + ++LA MAISON DES CARDEURS DE LAINE+ s'tend devant la faade d'Or San +Michele, auquel la relie une galerie de communication jete sur une haute +arcade. Cette maison du XVe sicle est crnele et porte l'Agneau +pascal, armes de la corporation. + +D'Or San Michele, la rue Calzajuoli mne en peu de temps la +PLACE DE +LA SEIGNEURIE+. + +Si la Renaissance peut tre considre, bon droit, comme la +rsurrection de la personnalit humaine, encore fallait-il, avant +d'affranchir l'individu, chercher l'affranchissement des collectivits +reprsentes par la commune; ce fut le grand travail de la premire +Renaissance. Cette marche lente, mais progressive, vers l'galit civile, +fut marque en Toscane par la construction successive des palais publics, +des tours et des loges communales. Aussi la place de la Seigneurie, avec +ses monuments, doit-elle tre considre comme le coeur mme de Florence, +comme le berceau de ses franchises et de ses liberts, comme l'endroit o +furent prises toutes les grandes dcisions de son histoire et o +sonnrent galement les heures les plus sombres de ses destines, celles +o les luttes sanglantes entre les Gibelins et les Guelfes, ou entre les +Noirs et les Blancs, mettaient son existence mme en jeu. + ++LA LOGGIA DEI LANZI+ est situe l'angle mridional de la place. +Parmi les privilges que possdait l'aristocratie Florence, trois des +principaux consistaient dans la dignit de chevalier, dans l'exercice des +fonctions consulaires et dans la possession d'une loge. + +Lorsque les Guelfes, devenus les matres de Florence, eurent fait +construire par Arnolfo le palais de la Seigneurie avec sa vieille tour +mchicoulis et beffroi, destine dominer toutes les autres, leur +premire pense fut de possder la loge ncessaire pour offrir un abri +digne de lui au premier magistrat de la Rpublique, lorsqu'il paraissait +en public. La Seigneurie rendit donc, en 1335, un dcret ordonnant la +construction, ct du palais, d'un portique destin cet usage. +ORCAGNA en dressa les plans; mais l'difice, commenc aprs sa mort, en +1376, par ses lves BENCI DI CIONE et FRANSCESCO TALENTI, ne fut termin +qu'en 1391. + +La Loggia dei Lanzi est un des plus beaux monuments profanes laisss par +le style gothique tempr du classicisme spcial l'Italie. + +L'harmonie des proportions y est telle que ses dimensions colossales +disparaissent, tant l'impression produite est satisfaisante l'oeil. Le +portique est form par cinq piliers qui supportent l'arc en plein cintre +de l'antiquit; l'intrieur, la vote nervures trs simples +correspond aux arcs extrieurs. Entre ces arcs, AGNOLO GADDI plaa des +mdaillons en bas-relief reprsentant des _Vertus_, sujets qu'il +emprunta sans scrupule la porte du baptistre d'Andrea Pisano, et, afin +que rien ne ft pargn pour donner l'difice plus de magnificence, ces +mdaillons furent peints et dors, tandis que les murs intrieurs taient +dcors de fresques et que la vote tait seme des armoiries de +Florence, de celles du pape Innocent VIII, de la maison d'Anjou et des +Guelfes. + +Au XVIe sicle, le grand-due Cosme de Mdicis, dans la crainte des +souvenirs rappels au peuple par ce monument, tmoin de sa libert et de +son antique splendeur, eut un instant l'ide de le dtruire. Grce +Michel-Ange consult, la Loggia fut conserve, mais toutes ses peintures +furent effaces et elle devint le corps de garde des lansquenets de Cosme +(dei Lanzi), auxquels elle doit son nom actuel. + +Cependant, le souvenir vivace des jours passs persistant dans l'esprit +des Florentins, les Mdicis transformrent la loge en muse, cherchant +distraire le peuple du souci de ses affaires par le spectacle journalier +d'un art nervant et effmin. Ils placrent le sensuel Perse sous la +statue de la Justice, tandis que le voluptueux groupe de Jean de Bologne +se dressa au-dessous de la Temprance. + +Tout intressantes et toutes belles que soient ces sculptures de la +Renaissance, elles sont en dissonance complte avec le style grave et +svre de la loge d'Orcagna, de Cione et de Talenti. + ++A l'intrieur+, sous l'arcade gauche, est plac le _Perse_ en +bronze de BENVENUTO CELLINI (1553). + +Perse, debout sur le corps dcapit de Mduse, en prsente la tte d'une +main et tient son glaive de l'autre. Ce groupe fameux manque de +simplicit: empreint d'une grce effmine, il est pourtant la meilleure +et la plus nergique oeuvre d'un matre bien plutt orfvre que sculpteur. +Le Perse est plac sur un socle de marbre blanc lourd et surcharg, o +se manifestent dj les tendances du barocco; les statuettes qui le +dcorent sont d'une complication et d'un manirisme exagrs. En face, +sous l'arcade droite, est le groupe clbre de _l'Enlvement des +Sabines_, par JEAN DE BOLOGNE (1583), sculpture puissante et +mouvemente d'un grand effet. + +Cet ouvrage, comme le prcdent, peut donner une ide parfaite du +changement radical qu'un sicle a suffi pour amener dans la manire mme +de comprendre l'art! Tandis que les dernires annes du XVe sicle +voient l'effort admirable des artistes pour atteindre la vrit +naturaliste et raliste, sans qu'il soit pourtant rien sacrifi des +conditions idalistes indispensables tout art vraiment lev, le milieu +du XVIe sicle produit des virtuoses consomms pour lesquels tout +consiste rsoudre quelque difficile problme de technique et russir +le tour de force par une sorte d'acrobatie picturale ou sculpturale. +Cette recherche excessive nuit l'motion qu'obtiennent parfois d'autres +oeuvres d'une facture bien moins accomplie. + +Sous l'arcade, vers le vieux Palais, se trouve la _Judith_ de +DONATELLO, bien fcheusement juche sur un socle de granit en forme de +candlabre d'o il est rsult le plus mauvais effet de raccourci. La +Judith est la plus clbre des statues de femmes faites par Donatello. +Coule en bronze, en 1440, pour Cosme l'Ancien, elle fut, en 1495, aprs +l'expulsion des Mdicis, installe devant le Palais Vieux avec la fire +pigraphe Exemplum Salutis Publicae Cives Posuere. Cet ouvrage peut +compter pour un des premiers groupes profano-hroques o Donatello se +soit laiss emporter par son penchant au ralisme et au naturalisme. +Cette tentative, hardie alors, peut motiver certaines critiques. Judith +est embarrasse dans des draperies trop amples et trop riches qui lui +enlvent sa fiert, tandis que le geste par lequel elle brandit le glaive +manque de noblesse; Holopherne, gisant ses pieds, tourne le dos dans +une position force, c'est une figure peu attrayante; mais l'admirable +matrise de Donatello se retrouve dans la belle expression de la Judith +et dans les magnifiques bas-reliefs du coffre triangulaire sur lequel est +mont le groupe. + +Les autres statues de la Loggia sont d'un intrt trs relatif. Des deux +groupes placs au centre, l'un reprsente _Ajax avec le corps de +Patrocle_ ou _d'Achille_, antique trs restaur, la fin du +XVIe sicle; l'autre, _Hercule terrassant le centaure Nessus_, de +Jean de Bologne. Au fond sont ranges cinq mdiocres statues antiques de +femmes drapes. + +L'immense masse sombre et carre du +PALAZZO VECCHIO+ dborde sur le +ct est de la place. + +La Rpublique, instruite par les leons de l'exprience et voulant se +mettre l'abri des entreprises et des coups de main des factieux, fit +lever, ds 1298, par ARNOLFO DI CAMBIO, un difice communal puissant et +robuste, mi-partie palais, mi-partie forteresse, dont l'aspect imposant +serait complt par la fire tour du beffroi dresse au-dessus de lui. +Imbu de l'esprit dmocratique du temps, Arnolfo, dans cette matresse +oeuvre, se conforma merveilleusement aux vues d'un pouvoir ombrageux qui +voulait tout la fois protger et surveiller Florence. Dans ce rude +difice tout parle, tout redit l'histoire des tourmentes florentines; +elle est crite tout entire dans ce formidable appareil de pierres +brutes, saillant en normes bossages, dans ces mchicoulis dmesurs qui +surplombent et dont les profondes arcatures, portes par des corbeaux +dcors, sont occupes par les fires armoiries florentines: lys de +Florence, armes des prieurs avec la devise Libertas, armes des Guelfes, +armes de la maison d'Anjou, armes du peuple florentin ou armes mi-partie, +communes Florence et Fiesole. Au nu des crneaux menaants qui +couronnent les mchicoulis, s'lance, pour ainsi dire dans le vide, la +tour carre, elle aussi hrisse formidablement de mchicoulis et +surmonte du beffroi o tait suspendue la cloche qui appela tant de fois +les citoyens la dfense de la patrie et de la libert. + +La faade d'ARNOLFO est tout ce qui reste de l'ancienne splendeur du +palais. Cet asile inviolable des magistrats florentins fut remani au +XVIe sicle par VASARI, le courtisan et l'ami des Mdicis, anims +eux-mmes contre le Palais Vieux et la Loggia de la haine que leur +inspirait tout souvenir de la grandeur et de la libert florentines. Sur +leurs ordres, Vasari coupa les tages, fit tous les agrandissements sur +la via del Leone, dcora somptueusement les appartements et transforma la +svre demeure des prieurs en une fastueuse rsidence princire. Dj en +1450, sur l'ordre de Cosme, MICHELOZZO avait d ouvrir la cour intrieure +entoure de portiques dont les colonnes, trouves trop simples, furent +surcharges ensuite par MARCO DA FAENZA d'arabesques en stuc dans le got +de la dcadence raphalesque. + +Des oeuvres si nombreuses commandes par Laurent le Magnifique au +VERROCCHIO, peu ont subsist; l'une d'elles est _l'Enfant au +Dauphin_ plac au milieu de la vasque occupant le centre de la cour. +C'est un ravissant petit amour en bronze qui s'envole en pressant contre +son coeur un dauphin, charmant ouvrage, parfait de naturel et de grce +enfantine. + ++A l'intrieur+, un escalier monumental conduit au premier tage et + l'immense +Salle des Cinq Cents+ construite par VASARI, qui +dtruisit cet effet toute une partie de l'intrieur du palais. Il la +dcora de fresques dtestables et dmesures relatives aux guerres de +Florence et de Sienne. Le plafond allgorique par Vasari est une +apothose des Mdicis. + +Un passage fait communiquer cette salle avec la +salle du Conseil+ +laquelle donne accs une adorable porte du vieux Palais, excute en +marbre blanc par GIOVANNI DI TEDESCO (1388). Les colonnes torses qui lui +servent de cadre, supportent un admirable linteau o sont sculptes les +armes de Florence, celles des Guelfes, et celles de la maison d'Anjou, +triple association dont l'image mystique occupe le tympan sous la forme +de la triple face de la Trinit. Des vantaux en bronze dor, orns de +compartiments mascarons, compltent cette belle dcoration. + +La salle du Conseil est une magnifique pice dont le beau _plafond_ + caissons a t sculpt par MICHELOZZO. + +Une frise dcore d'armoiries relies par des guirlandes entoure la +salle, dont les murs sont couverts de belles tapisseries de la +manufacture de Florence o se droule l'_Histoire de Joseph_ d'aprs +les dessins du BRONZINO. La petite salle voisine a galement un +magnifique plafond caissons d BENEDETTO DA MAJANO. + +Au deuxime tage subsistent encore quelques salles de l'ancienne +disposition. +La salle du Gonfalonier+ est actuellement nomme salle +des Lys cause de son beau plafond caissons dors contenant un fleuron +autour duquel rayonnent les six fleurs de lys florentines, belle oeuvre du +XVe sicle. + +GHIRLANDAJO dcora de fresques murales une grande Partie des salles du +Palais Vieux. De ce travail il ne subsiste que la dcoration de la salle +du Gonfalonier, et encore est-elle mutile par une porte ouverte, sous +les Mdicis, au beau milieu d'un des panneaux. Sous trois arcades d'une +magnifique architecture saint Zenobe est reprsent en riches ornements +pontificaux; il est assis et bnit entre deux diacres debout. Cette belle +oeuvre de Ghirlandajo est traite avec une puissance et une largeur de +composition remarquables (1481). + +Une ravissante _porte_ sculpte par BENEDETTO DA MAJANO, en 1481, +runit la salle des Lys +la salle d'Audience+. Les deux vantaux de +la porte sont une mosaque de bois o JULES DE MAJANO a reprsent les +portraits de Ptrarque et de Dante. + +Le beau plafond caissons du XVIe sicle, dans la salle d'Audience, est +l'oeuvre de MARCO DEL TASSO. + +Aprs avoir travers la petite +Chapelle des prieurs de +Saint-Bernard+, o Savonarole passa sa dernire nuit, puis une +succession de salles sans intrt, part une peinture sur bois de _la +Vierge avec l'Enfant et Saint Jean-Baptiste_ par BOTTICELLI, on arrive + la +salle de la Justice+ dcore par BRUNELLESCHI d'une fontaine +soi-disant copie de celle de la maison de Pilate Jrusalem. + +La +salle des Cartes gographiques+ est l'ancienne bibliothque. +Elle est entoure d'armoires dont les portes sont dcores l'extrieur +de cartes gographiques peintes au XVIe sicle et reproduisant le monde +connu alors. + +Sur +LA PIAZZA DELLA SIGNORIA+, droite de l'entre du Palazzo +Vecchio, est un groupe d'_Hercule_ et de _Cacus_ (1540) par +BACCIO BANDINELLI, le rival malheureux de Michel-Ange. A l'angle nord-est +du palais se voit aussi une fontaine surmonte d'un _Neptune_ +colossal et de _Tritons_ par Bartolommeo AMMANATI (1575). Ces +sculptures, comme les prcdentes, se ressentent de l'influence +dplorable exerce par Michel-Ange sur des artistes secondaires. Des +_divinits_ marines en bronze de JEAN DE BOLOGNE contribuent +l'ornementation de cette fontaine rige la place o se dressa le +bcher de SAVONAROLE, le 23 mai 1498. A ct s'lve la _statue +questre de Cosme_ par JEAN DE BOLOGNE (1594). + ++LE PALAIS UGGUCIONE+, sur un ct de la petite place, eut, dit-on, +Raphal pour architecte. + + + + +II + ++LES OFFICES+ + + ++LA GALERIE DES OFFICES+ (Uffizi) occupe le palais que le grand-duc +Cosme ft construire par Vasari, de 1560 1574, pour y runir divers +ordres de magistrats. Cet difice est compos de deux longues galeries +parallles allant de la place de la Seigneurie l'Arno et relies du +ct du fleuve par une courte galerie transversale. Un portique rgne +autour du monument, des niches contenant les statues modernes des Toscans +clbres sont disposes aux piliers. Du ct extrieur, face l'Arno, +place haut, est la _statue de Cosme Ier_ par JEAN DE BOLOGNE, +entre celles de la Justice et de la Force. A l'entre du portique de +gauche, un escalier conduit la galerie forme de la collection +particulire des mdicis et enrichie successivement par les ducs de la +maison de Lorraine. + +Dans le premier vestibule du Muse, bustes des Mdicis, bas-reliefs +antiques. Le deuxime vestibule a reu des sculptures antiques: 1 +_Cheval_ qu'on prsume avoir fait partie du groupe des Niobides; 2 +_Sanglier antique_, clbre et remarquable ouvrage grec. + +Le long corridor occidental contient des sculptures et des tableaux. Les +sculptures antiques de cette galerie n'ont qu'une valeur relative, elles +consistent principalement en bustes et en sarcophages. Les murs des +premires traves sont consacrs aux Trecentisti. Au milieu d'oeuvres +d'un intrt parfois secondaire se remarquent quelques joyaux prcieux. + +N 17.--PIETRO LORENZETTI. Petit tableau des anachortes, curieux +comparer avec la fresque du Campo Santo de Pise. + +N 25.--SIMONE DI MARTINO et LIPPO MEMMI. _Annonciation_. SIMONE est +le matre le plus remarquable de l'cole siennoise l'poque de GIOTTO +(1285-1344). Pendant les derniers temps de sa vie, son lve Lippo Memmi +fut de moiti dans ses oeuvres. Le meilleur ouvrage sorti de cette +collaboration est l'_Annonciation_ des Uffizi, peinte en 1333, o +des figures trs rehausses d'or sur fond d'or nous montrent prcocement +appliqus les procds de l'Angelico. Dans ce panneau sur bois d'un +sentiment dlicieux, peint en 1333, la Vierge assise ramne chastement +autour d'elle le manteau dont elle est enveloppe. Un grand lys dans un +vase d'or la spare de l'ange agenouill qui lui offre le rameau +d'olivier, symbole de la rconciliation entre Dieu et les hommes amene +par la venue du Christ. Les ailes et la riche chasuble d'or de l'ange +couronn de lgres branches d'olivier, sont dlicatement ouvrages, et +son exquise figure est ravissante de grce. + +Nos 24 et 26.--Volets compltant ce triptyque: _San Ansano_ en +rose, tenant une bannire, et _Santa Giuletta_, en manteau gris, +tenant la croix et la palme du martyre. + +N 45.--BICCI DI LORENZO (1350-1427). _S.S. Cosimo et Damiano_, +patrons de la famille Mdicis; debout ct l'un de l'autre sur un fond +d'or, vtus de manteaux lie de vin, ils ont la tte couverte d'un voile +rouge, et tiennent en main la plume et l'critoire. + +N 52.--PAOLO UCCELLO (1397-1475). Tableau de bataille, un des quatre +d'une srie de mmes sujets: mle de chevaux et de cavaliers se +dtachant sur un fond trs sombre. La peinture est mouvemente pour +l'poque, mais elle frappe bien plus par la recherche de la difficult +que par celle de la ralit et de la vie. + +PIERO DEL POLLAJUOLO (1441-1489). + + +Nos 69, _l'Esprance_ | Figures d'un grand + " 70, _la Justice_ | style, mais ayant + " 71, _la Temprance_ | perdu leur caractre + " 72, _la Foi_ | sous de trop visibles + " 73, _la Charit_ | refaits. + + +N 34.--LUCA SIGNORELLI. _La Vierge avec l'Enfant_. La Vierge, d'une +expression charmante, est assise par terre, en corsage rouge et en long +manteau bleu, et se penche vers l'Enfant entirement nu qu'elle soutient +de ses deux mains. Au fond, Signorelli a plac des figures nues tout +fait trangres au sujet, celles d'un jeune homme faisant de la musique +et d'un autre qui l'coute appuy sur un long bton. Michel-Ange, inspir +par cette ide, usa de la mme licence dans la Sainte Famille de la +tribune. + +Salles donnant sur le corridor occidental. + + +COLE TOSCANE (TROIS SALLES) + ++1 Salle A+. + +N 1157.--LONARD DE VINCI (?). Tte de jeune homme vue de face, les +cheveux rejets en arrire. Assez jolie de ton, mais d'un dessin un peu +sec et d'une expression banale. + +N 1159.--LONARD DE VINCI (?). _Tte de Mduse_ coupe et gisant +terre dans un effet de raccourci. Attribue Lonard, mais bien +postrieure et probablement due un peintre de l'cole milanaise qui +s'inspira de la description que Vasari avait faite d'une oeuvre disparue +du matre. + +N 1167.--MASACCIO (1401-1428). Beau portrait en buste d'un vieillard +inconnu, vtu et coiff de blanc, se dtachant sur un fond bleu ple. Son +visage ras et rid, lgrement inclin sur la poitrine, a une expression +de bonhomie narquoise. Ce fragment de fresque est galement attribu +Filippino Lippi. + +N 1154.--INCONNU. _Le Mdailleur_. Portrait d'un jeune homme aux +traits fins et intelligents; sur sa longue chevelure, il porte une +calotte rouge. Vu mi-corps, et vtu de noir, il tient sur son coeur une +mdaille dore, en relief, l'effigie de Cosme de Mdicis. Cette figure, +dont les mains sont remarquablement modeles, se dtache sur un trs +intressant paysage; elle est connue sous le nom du Mdailleur, et passe +pour tre le portrait de Pic de la Mirandole peint par Andrea del +Castagno ou par Sandro Botticelli, cette poque lve d'Andrea. + +Nos 1156 et 1158.--SANDRO BOTTICELLI. _Histoire de Judith et +d'Holopherne_, interprte en deux trs petits tableaux, avec ce +dlicieux sentiment de posie allgorique propre Botticelli. Si la +prcision, le fini prcieux et l'anatomie sculpturale de l'Holopherne +rappellent Mantegna, l'envole et la grce charmante de la Judith font de +ce petit chef-d'oeuvre une des meilleures pages du matre. + +N 1156.--_La Judith_. Judith, suivie de sa servante, retourne vers +Bthulie qui forme paysage au fond. Elle tient d'une main un cimeterre +recourb et de l'autre prsente un rameau d'olivier, comme annonce de la +paix que par la mort d'Holopherne elle apporte son peuple. Son ample +robe flottante est retenue autour de sa taille par des liens compliqus, +et sa dmarche calme contraste avec la prcipitation de sa servante, +figure d'une beaut antique qui, pressant le pas dans un mouvement +incomparable, d'une main relve sa robe pour n'tre pas entrave dans sa +marche, tandis que de l'autre elle soutient sur sa tte la corbeille o +la tte d'Holopherne apparat enveloppe de linges ensanglants. + +N 1158.--_Holopherne_. Sur le lit plac au fond de sa tente, le +gnral dcapit gt nu. Deux groupes d'hommes, d'une facture remarquable +et d'un relief saisissant, le contemplent consterns. Sous la draperie +releve de la tente on aperoit encore deux cavaliers arrts dont les +attitudes montrent l'effroi et la dsolation. + +N1153.--ANTOINE POLLAJUOLO (1429-1498). _Les Travaux d'Hercule_. Ce +tout petit diptyque reprsente Hercule frappant l'Hydre de Lerne et +Hercule touffant Ante. Ces compositions remarquables, modeles en +pleine lumire, sont d'une beaut et d'une chaleur de coloris tonnantes. +La vrit du mouvement, l'expression des physionomies, la finesse et le +rendu des moindres dtails ont t traits par le Pollajuolo avec la +sincrit et l'emportement fougueux qui caractrisent son style. + +Nos 1178 et 1184--FRA ANGELICO (1387-1445). _Les Fianailles et les +Funrailles de la Vierge_. Deux dlicieux petits panneaux qui ont le +fini de la miniature. Conus avec la posie exquise de l'Angelico, ils +montrent, par la navet enfantine des dtails matriels, quel point +toute recherche de la ralit tait indiffrente ou chappait au gnie +mystique du matre idaliste. + +N 1182.--BOTTICELLI (1447-1510).--_La Calomnie_. Lucien fait d'un +tableau disparu d'Apelles la description suivante: + +Sur la droite sige un juge qui porte de longues oreilles du mme genre +que celles de Midas. Debout ses cts, sont deux femmes: l'Ignorance et +la Suspicion, ses conseillres. Il tend la main vers la Calomnie qu'on +voit s'approcher sous les traits d'une femme divinement belle, mais la +figure enflamme, mue et comme transporte de colre et de fureur. De la +main gauche elle tient renverse la torche de la justice, tandis que de +la droite elle trane par les cheveux un jeune homme nu, qui lve les +mains vers le ciel, et semble le prendre tmoin de son innocence. Deux +autres femmes accompagnent la Calomnie, l'encouragent, arrangent ses +vtements et prennent soin de sa parure, l'une est la Fourberie, l'autre +l'Hypocrisie. En avant de ce groupe, marche une sinistre vieille voile +et vtue de noir, c'est l'Envie, dcharne, ple et hideuse. + +En arrire se trouve une femme l'extrieur dsol, c'est la Repentance; +elle retourne la tte et, pleine de confusion, verse des larmes en +regardant la figure nue de la Vrit, qui, seule et isole, se tient +debout, montrant le ciel du doigt, comme pour en invoquer la justice. + +Ce sujet tait minemment fait pour tenter Botticelli, et sa passion pour +l'allgorie mythologique ne pouvait manquer de s'emparer d'un pareil +motif. Interprte fidle et presque scrupuleux du texte, il n'y apporta +que son charme captivant et son incomparable matrise, appliqus aussi +bien la beaut des figures, aux vtements somptueux et compliqus qui +les parent, qu'au coloris lumineux et profond et aux architectures +enrichies de statues qui forment dcor au fond; ses portiques luxueux +rappellent, par leur fini et mme par une certaine scheresse +sculpturale, la manire du grand Mantegna, avec lequel du reste +Botticelli a souvent plus d'un point de contact. Cette oeuvre, par la +runion de ses qualits, est une des plus saisissantes compositions +qu'ait laisses le riche XVe sicle, et les quelques dfauts de +composition ou de dessin qu'on pourrait lui reprocher se perdent dans la +sduction exerce par l'ensemble. + + +COLE TOSCANE + ++2 Salle B+. + +N 1257.--FILIPPINO LIPPI. _L'Adoration des Mages_ (1496). Une +certaine scheresse dans la facture de ce tableau le rattacherait plutt +au style de Ghirlandajo qu' celui de Masaccio, le matre de Filippino. + +N 1268.--FILIPPINO LIPPI. _La Vierge et quatre Saints_. Composition +trs suprieure la prcdente. La Vierge et l'Enfant assis sur un trne +sont entours des saints Victor et Jean-Baptiste et des saints Bernard et +Zenobe. Ce dernier est une figure de vieillard de toute beaut. + +N 1112.--ANDREA DEL SARTO (1487-1531). _La Vierge avec l'Enfant, saint +Franois et saint Jean l'vangliste_. Dans ce tableau clbre se +reconnaissent les qualits de coloris, de charme et de grce extrme, +propres Andrea, mais aussi son absence totale de sentiment religieux et +son impuissance prouver une motion vraie. + +N 1279.--_Sodoma_. ANT. BAZZI (dit le Sodoma) (1477-1549). Saint +Sbastien. Tableau peint pour servir de bannire la confrrie de +Saint-Sbastien Sienne. Le martyre du Saint en occupe une des faces et +l'autre est consacre la Vierge avec l'Enfant, accompagns de sainte +Gismonda, oeuvre admirable d'une sincrit et d'une conviction qui ne +laissent aucune place la convention ou l'a peu prs. + +N 1252.--LEONARD DE VINCI. _L'Adoration des Mages_. Esquisse d'un +tableau disparu, excut en 1478 pour le Palais Vieux. Tout incomplte +que soit cette composition traite en clair obscur, elle tmoigne de la +prodigieuse sincrit de Lonard et de la conscience avec laquelle il se +livrait aux plus minutieuses tudes pour la moindre composition. Il a +cherch ici le contraste violent entre le calme des personnages en +adoration sur le premier plan et l'agitation des figures du second plan +o se poursuivent des luttes et des combats. + +N 1257.--FILIPPO LIPPI (1454-1504). _Adoration des Rois_. Une des +oeuvres les plus remarquables et les plus considrables du matre. +Commande en 1496 par les Mdicis, l'artiste dut y reprsenter leurs +portraits sous les traits des Rois Mages, et il groupa dans leur suite +ceux de tout ce que Florence alors comptait d'hommes illustres. + +N 1288.--LONARD DE VINCI. _L'Annonciation_. Ce tableau en longueur +fut excut en 1471, pendant que Lonard tait encore sous la direction +de Verrocchio. Il avait t command par le couvent de Monte Oliveto, et +si l'on sent encore quelque inexprience dans la couleur un peu lourde et +dans l'emploi d'architectures trop surcharges, les figures et les +paysages sont dj traits avec un art consomm. + +Rien ne peut rendre le charme et la grce de la Vierge, la noblesse de +son attitude, l'ampleur de ses vtements. Assise sur une terrasse au +seuil de sa maison, elle lit un livre plac sur un pupitre dont la base +est un admirable autel antique. + +L'Archange reposant peine sur terre, tant il semble encore soutenu par +ses ailes dployes, s'agenouille en face de la Vierge pour la salutation +anglique; un lys la main, et vtu de blanc, il est drap d'un +somptueux manteau rouge, rehauss d'ors discrets. + +La terrasse, parseme de fleurs, laisse apercevoir par-dessus sa +balustrade un paysage idal auquel les cyprs du premier plan, avec leurs +grles silhouettes dcoupes sur le fond du ciel, donnent le caractre de +poignante mlancolie particulire aux couchers de soleil toscans. + +N 1301.--ANTONIO DEL POLLAJUOLO. _Saint Eustache, saint Jacques et +saint Vincent_. Ces trois magnifiques figures sont debout sur une +terrasse d'o l'on dcouvre un vaste paysage. Elles sont peintes avec une +vigueur de style et une fracheur de coloris admirables et vtues avec +une somptuosit extrme. Cette oeuvre, une des plus parfaites d'un grand +et noble artiste, est de premier ordre. + +N 1300.--PIERO DELLA FRANCESCA. Portraits de _Frdric de +Montefeltro_, duc d'Urbin, et de _Battista Sforza_, sa femme. Ce +petit diptyque est considr comme le chef-d'oeuvre des peintures +l'huile du matre, tant la composition et l'excution en sont d'une +incomparable beaut. Le prince et la princesse, en buste et de profil, se +regardent; ils sont models en pleine lumire, sans ombre, et se +silhouettent avec une vigueur tonnante sur un fin et dlicieux paysage. + +Les volets extrieurs du diptyque sont, avec une gale perfection, +peut-tre plus curieux encore par l'ide mythologique qu'ils +interprtent. Sur un fond de paysage faisant suite au prcdent, +s'avancent l'un vers l'autre deux chars triomphaux. Sur l'un, est assis +le duc Frdric couronn par la Victoire, debout derrire lui. Les +chevaux sont conduits par l'Amour, et, devant le prince, sont groupes +les Vertus cardinales. + +La duchesse occupe l'autre, elle est assise galement et escorte de deux +figures de femmes. Son char est attel de licornes, symboles de puret, +que prcdent la Foi et la Charit. + +Toutes ces figures minuscules sont peintes avec dlicatesse; elles +n'occupent que la partie suprieure des panneaux, dont le bas est pris +par une inscription latine. + +N 1290.--BEATO ANGELICO. _Couronnement de la Vierge_. Le sujet de +ce tableau a permis au matre de s'abandonner sans rserve au ravissement +de traiter des batitudes clestes; aussi est-ce un de ceux qu'il a +peints avec le plus de perfection et d'amour. + +Sur un fond d'or stri figurant les rayons d'une gloire, trnent le +Christ et la Vierge entours d'un choeur immense de dlicieux petits anges +dansant, chantant ou jouant de divers instruments, tandis qu'en avant +s'chelonnent les lus et les saints. Rien ne peut exprimer la grce et +la divine allgresse de toutes ces dlicates figures vraiment batifies +par le mysticisme profond et touchant d'une me exquise. Les attitudes +sont varies l'infini, les visages sont peints avec le prcieux fini de +la miniature; quant aux vtements, ils sont toujours traits de la mme +manire, dans les tons extrmement vifs de l'enluminure, avec de nombreux +rehauts d'or. Au premier abord, ce parti pris donne quelque chose d'un +peu heurt, et presque de dsagrable, auquel il faut que l'oeil s'habitue +pour subir dans sa plnitude le charme fascinateur propre aux +compositions idales de l'Angelico. + +N 1306.--ANT. DEL POLLAJUOLO. _La Prudence_. Superbe figure de +femme assise sur un sige de marbre. Elle tient d'une main le miroir +symbolique, tandis qu'autour de l'autre s'enroule le serpent de la +sagacit. Elle est vtue d'une tunique enrichie de pierres avec des +manches de brocart; sur ses paules et sur ses genoux est drap un +magnifique manteau dont la coloration fait dj pressentir celle de +Michel-Ange. + +Le dtail de cette oeuvre de premier ordre est une merveille de rendu. + +N 1267bis.--SANDRO FILIPEPPI, dit BOTICELLI. _La Vierge et +l'Enfant_. Ce tableau en forme de mdaillon compte assurment parmi +les meilleures compositions religieuses du matre, dont la nature, +d'ailleurs minemment profane, fut hostile par essence aux +interprtations pieuses qui rclament une absence de recherche et une +simplicit inconciliables avec la complication de son propre temprament. +La Vierge, assise de profil, tient l'Enfant mal dessin et boursoufl; sa +tte dlicieuse, lgrement penche, est couverte d'un fin tissu de gaze +raye nou autour du cou d'une manire recherche. Debout devant elle, +deux ravissantes figures d'adolescents lui prsentent un livre ouvert et +une critoire, tandis que, plus en arrire, s'incline en souriant un +troisime jeune homme. + +N 1289.--BOTTICELLI. _La Vierge et l'Enfant la Grenade_. + +N 1299.--BOTTICELLI. _La Force_. On retrouve l'cole dans ce +tableau de jeunesse peint pour la srie des Vertus, dans l'atelier de +Pollajuolo. + +Botticelli, n'tant pas encore matre de son talent, a appliqu cette +oeuvre des principes contraires son temprament; aussi y +contracte-t-elle quelque chose de dur et de heurt. + +N 1307.--FRA FILIPPO LIPPI (1412-1496). _La Vierge adore l'Enfant +prsent par deux anges_. Ce tableau, peint pour la chapelle du palais +de Cosme l'Ancien, est une des dernires et des meilleures oeuvres du +matre; la Vierge surtout est une des plus charmantes crations de la +peinture florentine. Elle est reprsente sous les traits d'une trs +jeune fille l'expression nave et pure, vtue d'une robe coupe la +mode florentine et dont la lgre chevelure est couverte de fins voiles +transparents. Assise dans un fauteuil, elle joint les mains et contemple +avec recueillement l'Enfant que lui prsentent deux anges d'un dessin peu +agrable et mme dfectueux. + +N 1291.--LUCA SIGNORELLI (1441-1524). _Sainte Famille_. Ce tableau +rond, dans le style large, dpouill de tout artifice du matre, montre +avec ses admirables qualits de composition et de dessin, sa science +consomme du clair obscur, gale souvent celle de Lonard. + +N 1298.--LUCA SIGNORELLI. _L'Annonciation, la Nativit et l'Adoration +des Mages_. Prcieuse prdelle o les trs petites figures sont +traites tout la fois avec un fini remarquable et la largeur de style +des Fulminati d'Orvieto ou des soldats de Totila du Mont-Cassin. + + +LA TRIBUNE + +La dcoration de la Tribune, haute pice ronde surmonte d'une coupole, +fut confie par les Mdicis, en 1581, Pocetti; elle est ce qu'a pu +donner de moins mauvais le style barocco, et les incrustations de nacre +qui en forment l'ornementation ne manquent ni d'lgance ni de got. + +Au pourtour de cette salle sont places de clbres statues antiques. + +N 342.--_La Vnus_, dite de Mdicis, ouvrage du sculpteur athnien +KLEOMENES, fils d'Apollodoros, est environ du IIe sicle avant notre +re. + +Entre toutes les reprsentations d'Aphrodite, la Vnus de Mdicis est +videmment le meilleur spcimen de celles o les artistes tentrent de +montrer la desse sous des traits jeunes et purs, peu en rapport, +semble-t-il, avec l'ide voque par la desse de l'amour, dans la +plnitude d'une force physique exclusive de toute gracilit mivre ou +effmine. Elle fut dcouverte en 1680, prs de Tivoli, dans les +premires fouilles de cette villa dont l'empereur Adrien avait fait un +incomparable muse et d'o furent exhums en mme temps les deux +chefs-d'oeuvre, ses voisins la Tribune: les Lutteurs et le Rmouleur. +Les trois statues, achetes par le cardinal Ferdinand de Mdicis, furent +apportes Florence ds 1681, sous le rgne de Cosme III. + +La Vnus, retrouve sans bras, a t restaure dans le mauvais style du +XVIIe sicle, par des praticiens mdiocres; il est donc difficile de la +concevoir dans sa splendeur passe alors que la chevelure tait dore, +que les oreilles taient garnies de pendants prcieux et que les yeux +taient peints. + +N 343.--_Les Lutteurs_. Des nombreux groupes de lutte, sujet si +cher l'antiquit, celui de la Tribune semble un des meilleurs. + +Il a, par malheur, subi tous les remaniements possibles. Retrouv sans +ttes, on lui donna celles de deux Niobides, mais ce choix fut fait par +quelqu'un de si vers dans l'art sculptural qu'elles s'adaptent de faon + faire croire qu'elles sont les ttes originales. A dire vrai, les +torses seuls sont intacts, mais ils suffisent, tels quels, pour rendre ce +groupe captivant par la prodigieuse sensation de mouvement et de vie qui +s'en dgage. + +N 344.--_Le Satyre dansant_, oeuvre grecque de la plus belle poque. +La tte, les bras et les cymbales ont t refaits par Michel-Ange. Le +reste du corps est un chef-d'oeuvre de mouvement, tant le satyre apporte +de vie et de passion sa danse; le pied droit est appuy sur le +scabillum, instrument en forme de soufflet, dont se tiraient des sons +perants. + +N345.--_L'Apollino_. La beaut de cette statue antique est +singulirement diminue par l'enduit de stuc dont on dut la recouvrir +pour la consolider. + +N 346.--_L'Arrotino_ (_le Rmouleur_). Un des marbres les plus +clbres de l'cole de Pergame, c'est--dire de la dernire priode de +l'art grec. Cette statue, dont la parent avec _le Gladiateur +mourant_ du Capitole est vidente, reprsente un homme g, accroupi +devant une pierre sur laquelle il aiguise son couteau, la tte releve et +le regard interrogateur. + +La critique considre maintenant l'Arrotino comme un Scythe, esclave +d'Apollon, et son action comme la prparation l'corchement de Marsyas. +Le polissage donn au marbre lors de sa dcouverte en 1675, l'a fait +longtemps prendre pour une oeuvre moderne de la Renaissance. + +Les plus belles peintures des Offices sont runies dans cette salle. + +N 1131.--RAPHAEL_. Portrait du pape Jules II_ Les portraits peints +par Raphal sont d'un tout autre ordre que ceux de matres tels que le +Titien ou Van Dyck, qui taient spcialement des peintres de portraits. +Raphal ne fit le portrait qu'incidemment et toujours sous l'influence de +sa manire du moment. Celui de Jules II est de l'poque romaine et d'une +tonalit trs sombre, fortement impressionne comme coloris par les +Vnitiens. + +Dans cette toile qui appartenait la famille de la Rovere, on regrette +de ne retrouver ni la vivacit, ni le feu du regard qu'on serait en droit +d'attendre du violent, passionn et fougueux pontife. + +N 129.--RAPHAEL_. La Vierge du Chardonneret_. Ce tableau, dans la +premire manire de Raphal, fut excut en 1548, Florence, pour la +famille Nasi. D'une grce charmante, mais banale, d'une perfection +absolue, mais froide, sans aucun appel un sentiment plus profond, il +vous laisse indiffrent. + +N 1127.--RAPHAEL_. Saint Jean dans le dsert_, une des nombreuses +copies de ce sujet trait par le matre et dont l'original a disparu. + +N 1123.--SEBASTIEN DEL PIOMBO. Portrait d'une jeune Vnitienne, tableau +nomm _la Fornarina_ et longtemps attribu Raphal. Fra Sebastiano +peignit cette toile, vritable chef-d'oeuvre, en 1512, Rome, o l'avait +appel Agostino Chigi pour travailler la dcoration de la Farnsine. +Si, dans cet ouvrage remarquable, il est encore sous l'influence de Palma +le Vieux pour le dessin, il a bien davantage la coloration lumineuse et +dore de son matre le Giorgione. + +N 1120.--RAPHAEL_. Portrait d'une Inconnue_ qu'on croit pourtant de +la famille Doni. Ce portrait a t peint en 1505, au moment o Raphal, +peine arriv Florence, tait encore sous l'influence directe du +Prugin. C'est une trs belle toile, d'une grande simplicit d'allure et +d'une couleur superbe. + +N 1117.--TIZIANO VECELLI (LE TITIEN) (1477-1576). _La Vnus au petit +chien_. Ce portrait de la duchesse d'Urbin la reprsente sous les +traits d'une Vnus nue couche sur un lit o se pelotonne son petit +chien. Cette toile, d'une prodigieuse intensit de couleur, est superbe +de model et de vie palpitante o dbordent la joie et la volupt. + +N 1139.--MICHEL-ANGE BUONARROTI. _Sainte Famille_. Ce tableau en +forme de mdaillon est un des seuls de cet ordre et de cette dimension +peints par le matre. Il y a uniquement recherch la difficult, et la +position de la Vierge assise terre, levant vers saint Joseph debout +derrire elle l'Enfant qu'elle tient bras tendus, donne un dsagrable +effet de raccourci o il n'a t apparemment vis qu'au tour de force. Le +fond du tableau est occup par des figures de jeunes hommes nus, que rien +ne relie au sujet, placs l par Michel-Ange uniquement l'instar de +Signorelli, sans aucun des prtextes ni aucune des excuses de cet +illustre devancier. En effet, l'poque de Signorelli, l'art tait +limit par des bornes si troites qu'il s'agissait avant tout de +l'largir, et, en plaant avec une hardiesse presque tmraire des +figures nues l'arrire-plan d'un sujet sacr, Signorelli visait un but +prcis, celui d'manciper l'artiste jusque-l asservi des formules et +de consacrer le principe de la libert absolue dans le domaine des +interprtations. + +N 1141.--ALBERT DRER (1461-1528). _Adoration des Mages_. Ce +tableau, chef-d'oeuvre de l'cole allemande, atteint la perfection. Le +grand Drer le peignit en 1504, aprs son voyage en Italie et au moment +o il tait l'apoge de son beau et sincre talent. La foule des +personnages qu'il a reprsents dans des attitudes aussi nobles que +varies, la somptuosit des vtements, la diversit des physionomies, +font de cette oeuvre une peinture aussi intressante qu'attachante. Drer +s'est livr son got pour la minutie dans sa recherche des dtails: +fleurs, insectes, papillons et scarabes traits avec le fini prcieux de +la miniature. + +N 1118.--CORRGE (1494-1534). _Le Repos en gypte avec saint +Bernard_. Ce tableau est un des premiers o le Corrge, se laissant +aller ses gots personnels, fit d'un sujet religieux un tableau de +genre. Malgr bien des imperfections et des incorrections encore, il a +dj son coloris lumineux et profond, ainsi que la beaut de son model. + +N 1111.--MANTEGNA (1431-1506). Triptyque admirable o sont peintes, +_l'Adoration des Rois_ et, sur les cts, _la Circoncision et la +Rsurrection_. + +Ces prcieuses peintures, oeuvres de la jeunesse de Mantegna, excutes en +1454, dcoraient la chapelle des ducs de Gonzague Mantoue; le volet de +droite, consacr la Circoncision, est d'une beaut antique: c'est du +grand art dans toute sa noble et svre puret et rien n'a jamais t +fait de comparable comme lvation et comme forme. + + +COLE ITALIENNE MAITRES DIVERS. + ++Salle IV+. + +Tableaux divers: _Albane, Allori, Bassano, Canaletto, Corrge_. + +N 1025.--ANDR MANTEGNA. _La Vierge aux Rochers_. Cette petite +perle, traite comme de la miniature, fut peinte Rome en 1489. La +Vierge, assise sur un extraordinaire rocher de schiste hriss de ses +lamelles, est somptueusement vtue: sur une jambe presque replie, elle +tient califourchon l'Enfant pris dans un merveilleux raccourci, et sa +tte austre et grave rappelle les belles figures des Van Eyck. Le long +du rocher serpente en contre-bas une route suivie par des troupeaux et +des personnages minuscules. La beaut du paysage est l'admirable +complment de ce petit chef-d'oeuvre. + + +COLE HOLLANDAISE + ++Salle V+. + +N 695.--LUCAS DE LEYDE (?) (1494-1533). Petit portrait en buste de +_Ferdinand, infant d'Espagne_. + +Le profil, tourn gauche et un peu sec, se dtache sur un fond bleu +clair. Le prince porte des cheveux longs et son grand chapeau est fix +un insigne en pierreries. + +Les Gaspard Netscher sont prodigus dans cette salle peu intressante. + + +COLES ALLEMANDE ET FLAMANDE + +(1re salle) + ++Salle VI+. + +N 795.--ROGER VAN DER WEYDEN (1400-1468). _Jsus au Spulcre_. +Au-dessus du rocher o est creus le spulcre, on aperoit les trois +croix du Calvaire et la ville de Jrusalem. En avant du tombeau, saint +Jean et la Vierge soutiennent les deux bras du Christ devant lequel est +agenouille la Madeleine, tandis que Nicodme et Joseph d'Arimathie +supportent le corps raidi par la mort. + +La coloration, le dessin et la pense dont est anim ce tableau, sont +admirables, et les costumes, traits avec le plus grand soin, sont +remplis d'intrt. + +N 784.--HANS HOLBEIN, LE JEUNE. _Portrait de Zwingli_. Le +rformateur est un homme puissant, dont la large figure respire la +bonhomie. Il porte la moustache et une longue barbiche blanche; l'oeil est +fin et intelligent. + +Nos 777 et 768.--ALBERT DRER. _Portrait de son pre en buste_. +Cette oeuvre admirable, d'une grande simplicit, appartient la manire +de Drer avant l'influence italienne et forme un intressant contraste +avec les deux prcdents. + +N 765.--HANS HOLBEIN, LE JEUNE. _Richard Southwell_. Il est en noir +sur fond vert, coiff d'une barrette noire; la tte a une certaine +scheresse. + +N 850.--HANS HOLBEIN (cadre contenant plusieurs petites ttes). + +N IX.--_Mdaillon de Hans Holbein_. Charmante petite tte d'homme, +de face; il porte toute sa barbe et est coiff de la barrette noire. + +N 847.--LUCAS CRANACH (1472-1553). _Luther et Mlanchthon_. + +N 845.--_Jean_ et _Frdric_, lecteurs de Saxe. Quatre petits +portraits sur fond turquoise. + + +COLES ALLEMANDE ET FLAMANDE + +(2e salle) + ++Salle VII+. + +SCHOUFFLEIN DE NUREMBERG (1492-1539). Plusieurs scnes de la vie de +_Saint Pierre_ et de _Saint Paul_. + +N 703.--JEAN MEMLING. _La Madone sur un trne_. Ce dlicat petit +tableau, d'une finesse exquise, si on le compare aux oeuvres des primitifs +florentins, donne peut-tre la supriorit aux matres flamands pour le +rendu et la minutie du dtail. C'est de la peinture la fois aussi large +et aussi pousse que possible. + +La Vierge, assise sur un trne derrire lequel est tendue une toffe de +brocart, est entirement vtue de rouge, y compris son voile, et le bas +de sa robe tombe sur un superbe tapis d'Orient plac devant elle. De ses +deux mains elle porte l'Enfant Jsus, qui tient de la main gauche une +cerise et tend la droite pour recevoir une pomme prsente par un ange +agenouill. Cet ange, vtu d'une dalmatique passe sur sa robe blanche, +porte de l'autre main son violon et son archet, tandis qu'un second ange +agenouill joue de la harpe. + +Le premier plan est spar du fond par une arcade enrichie de motifs +sculpturaux traits avec une tonnante perfection et travers lesquels +s'aperoit un beau paysage flamand tout diffrent des fonds peints par +les matres italiens. + + +COLE FRANAISE + ++Salle VIII+. + +N 674.--LARGILLIRE. _Portrait de Jean-Baptiste Rousseau_. + +La tte de face, d'une belle couleur, est coiffe d'un bonnet de velours +bleu la Rembrandt. Son costume se compose d'une robe du mme velours +bleu drape avec art; elle est double de satin orange, brode et garnie +de dentelle. + +N 671.--ANTOINE WATTEAU. _Le Joueur de flte_. Des cavaliers et des +dames coutent dans un jardin un joueur de flte. + +N 667.--FRANOIS CLOUET (1500-1572). Petit portrait questre du roi de +France, _Franois Ier_, mont sur un cheval blanc harnach +d'entrelacs de velours cramoisi. Peut-tre le chef-d'oeuvre de Clouet. + +Le roi est arm de toutes pices, seulement le casque est remplac par la +petite toque noire plume blanche; les dtails infinis de l'armure noire +nielle d'or sont traits d'une faon merveilleuse. + + +LES GEMMES + ++Salle IX+. + +La petite salle des gemmes est un cabinet de forme elliptique entour de +six armoires vitres, o sont contenus les ouvrages en pierre dure, +cristal de roche, lapis et autres gemmes, au nombre de quatre cents, qui +constituaient la prcieuse collection des Mdicis. + +_Armoire II_.--Cassette en cristal de roche, peut-tre le plus +prcieux morceau de la collection. L'histoire de Jsus-Christ y est +reprsente en vingt-quatre compartiments gravs en creux. Cet objet fut +command VICENTINO BELLI par le pape Clment VII et fut donn par lui +Franois Ier, lors du mariage d'Henri II et de Catherine de Mdicis. +VICENTINO forc, comme les della Robbia, par la matire laquelle il +s'tait consacr, une extrme tenue de style et une simplicit +svre, dploie un art vritable dans ses ouvrages. Dans la mme armoire, +un autre exemple du got de Vicentino est l'admirable coupe en cristal +dont le couvercle en or maill, attribu Benvenuto Cellini, porte les +chiffres entrelacs d'Henri II et de Diane de Poitiers pour laquelle la +pice fut commande. + +_Armoire V_.--Coupe en pierre dure attribue Jean de Bologne et +dont le couvercle est surmont d'Hercule terrassant l'Hydre de Lerne. + +_Armoire VI_.--Coupe en cristal de roche, par Benvenuto Cellini. + + ++Corridor mridional donnant sur l'Arno+. + +N 137.--_Autel antique_ de la belle poque grecque. Il reprsente +Iphignie conduite au sacrifice. + +N 138.--_Le Spinero_, le tireur d'pines, rplique antique en +marbre du beau bronze du Capitole. + +N 141.--_Base triangulaire_ reprsentant trois belles figures de +femmes en bas-relief, ouvrage grec du plus beau style. + +MICHEL-ANGE. _Bacchus avec un satyre derrire lui_. Ce bel ouvrage +de jeunesse fut excut pendant que le matre tait encore tellement imbu +de l'antiquit que tout l'art pour lui se rduisait la reproduire +exactement. C'est ce qui explique l'attribution d'antique donne +longtemps cet ouvrage remarquable et d'un caractre unique dans l'oeuvre +du matre. + +Dans le corridor occidental. + +Nos 155 et 156.--_Deux statues de Marsyas_ plus grandes que nature +restaures, l'une par Donatello, l'autre par Verrocchio. + +Salles donnant sur le corridor occidental. + + +COLE VNITIENNE (1re salle) + ++Salle XXIII+. + +ECOLE VNITIENNE. Le cardinal Lopold de Mdicis acheta en 1654 la +collection de Paul de Sera, riche marchand florentin tabli Venise. +C'est de cette galerie que proviennent presque tous les tableaux de +l'cole Vnitienne du muse des Offices. Au milieu d'un ensemble plutt +secondaire, quelques toiles sont de premier ordre. + +N 767.--FRA SEBASTIANO DEL PIOMBO (attribu au Moretto). _La Mort +d'Adonis_. Les belles formes et la noble attitude de Vnus accompagne +de nymphes dsoles, rappellent la pure et grave manire de Palma. Le +paysage du fond, franchement vnitien, est fort beau. + +Nos 599 et 605.--TITIEN. _Portraits du duc Franois-Marie d'Urbin_ +en armure, sur un fond rouge, et de sa femme la _duchesse d'Urbin_ +assise dans un fauteuil et dj ge. Ces portraits, peut-tre la plus +remarquable oeuvre de l'poque, furent peints en 1537; ils sont admirables +de caractre, tout en tant d'un fini d'excution prcieux. On retrouve +dans celui de la duchesse le mme petit chien pelotonn que dans la Vnus +couche de la Tribune. + +N 626.--TITIEN. _La Flore_. Dans cette superbe toile on ne saura +jamais la part relle qu'a la nature ou qui revient la fantaisie +imaginative du matre. C'est une jeune et admirable Vnitienne blonde, +vtue d'une chemise lgre, sur laquelle elle ramne une draperie rose, +tandis que sa main tendue tient des fleurs. Rien ne peut rendre la +largeur et la mastria avec lesquelles le Titien a peint ce chef-d'oeuvre. + +N 648.--TITIEN. _Portrait de Catherine Cornaro_, reine de Chypre. +Elle est reprsente avec la roue de sa patronne, sainte Catherine +d'Alexandrie. Ce portrait est plus intressant par le costume que par la +facture. + + +COLE VNITIENNE (2e salle) + ++Salle XXIV+. + +N 629.--MORONE. _Portrait d'un savant_, remarquable peinture. + +N 631.--JEAN BELLIN (attribu Basaiti). _La Vierge au lac_. Sur +un rocher qui domine la rive d'un lac solitaire, la Vierge est adore par +saint Joseph, saint Paul, saint Sbastien et plusieurs autres saints. Le +dlicieux paysage du fond contribue la beaut grave et mlancolique de +ce dlicat petit chef-d'oeuvre. + +Nos 601 et 638.--TINTORET. Deux trs beaux portraits de l'_amiral +Venier_ et de _Jacob Sansovino_, sculpteur et architecte, peint +dans sa vieillesse un compas la main. + +Au fond des salles de la peinture vnitienne s'ouvre le cabinet des +mdailles. + +Retournant sur ses pas au corridor oriental, on prend un couloir +conduisant la salle dite de Lorenzo Monaco o ont t runis quelques +ouvrages remarquables des Quatrocentisti. Ils sont mieux clairs que +dans les autres salles du muse. + + +SALLE DE LORENZO MONACO + +N 1309.--LORENZO MONACO. _Le Couronnement de la Vierge_, peint en +1413 et provenant de la Badia de Cerretan. C'est un grand retable sur +fond or trois compartiments, intressant surtout par son style gothique +absolu. + +N1310.--GENTILE DA FABRIANO(1425). _Sainte Madeleine, Saint Nicolas de +Bari, Saint Jean_ et _Saint Georges_ dans quatre compartiments +sur fond or; ces figures sont elles-mmes richement rehausses d'or. + +N 17.--BEATO ANGELICO. _Grand retable_ volets sur fond or. Peint +en 1443 pour la corporation des marchands de tissus de lin. Au milieu est +la figure colossale de la Vierge assise et sur les volets extrieurs et +intrieurs sont les quatre vanglistes. Dans ce tableau on peut se +rendre un compte exact de l'impossibilit o se trouvait Angelico +d'excder certaines proportions hormis dans la fresque. Pour une oeuvre de +cette dimension, l'absence de science anatomique, le manque d'animation +et de vie des personnages sont des dfauts frappants, qui deviennent trop +sensibles. + +La vritable voie d'Angelico, celle o il est unique, est +l'interprtation des joies et des batitudes clestes par des figures +hiratiques et mystiques de petites proportions; aussi les douze anges +qui encadrent la Vierge et jouent de diffrents instruments sont-ils de +beaucoup la meilleure partie de l'oeuvre, et plusieurs d'entre eux peuvent +compter parmi les plus idales compositions du matre. + +N1297.--DOMENICO GHIRLANDAJO. _Vierge et Enfant_.--La Vierge est +assise sur un trne entour d'une balustrade derrire laquelle se +pressent quatre chrubins avec des lys; sur son genou gauche L'Enfant +porte la sphre et bnit. A ses cts se tiennent saint Michel et +L'archange Gabriel, au premier plan sont agenouills deux saints vques +de chaque ct d'un vase de fleurs. La tonalit un peu grise de cette +jolie composition la ferait plutt attribuer Ridolfo Ghirlandajo. + +N 1286.--SANDRO BOTTICELLI. _Adoration des Mages_ (1466). Ce +tableau, peint par Botticelli encore trs jeune pour Cosme l'Ancien, se +ressent des influences de ses matres et tel personnage semble chapp du +pinceau de Pollajuolo, tandis que tel autre, comme la Vierge par exemple, +est empreint du sentiment gracieux de Lippi. Toutefois, combien, par la +science de la composition, par le groupement des personnages, Botticelli +leur est-il dj suprieur! + +Devant un rocher, au milieu de ruines fantaisistes, la Vierge mince et +lance reoit les Rois Mages agenouills sur des plans diffrents et qui +sont les portraits de Cosme, de son fils Jean et de son petit-fils +Julien. Cosme, vtu la Pollajuolo d'une robe noire couverte de +broderies d'or, est le plus rapproch de la Vierge. + +Au premier plan, vu de dos, Jean, en manteau rouge revers d'hermine, le +chapeau pos terre, est accompagn de son fils Julien vtu de blanc. + +Les autres personnages dont le groupement mouvement concourt l'action, +sont galement des portraits et quelques-uns mme sont des portraits de +premier ordre. Il faut citer particulirement la splendide, austre et +grave figure d'un homme jeune vtu de noir avec des chausses vertes, puis +celle d'un adolescent en manteau bleu clair dont le profil exprime +l'adoration et l'extase, tandis qu'un autre portant la tunique florentine +rouge manches bleu de ciel, les mains croises sur son pe fiche en +terre devant lui, regarde d'un oeil ddaigneux ce qui l'entoure; aussi, +son voisin a-t-il l'air de le ramener la ralit en lui montrant la +scne. + +On peut considrer cette oeuvre comme une des plus prcieuses qu'aient +laisses les Quattrocentisti et une des plus compltement belles de +l'art florentin. + +N 59.--SANDRO BOTTICELLI. _La Naissance de Vnus_. Autre oeuvre de +jeunesse, peinte simultanment avec l'allgorie du Printemps, sur l'ordre +de Pierre de Mdicis, pour la dcoration de sa villa de Castello. C'est +le premier sujet mythologique o s'essaya le matre; aussi est-il d'une +jeunesse, d'une posie et d'un charme inexprimables. Rien ne peut rendre +la grce de cette figure de Vnus quasiment vtue de sa chevelure d'or, +debout sur la conque reflets dors qu'elle va quitter pour descendre au +rivage de Cythre. Son beau corps est lgrement pench en avant, sur son +instable nacelle que poussent les zphyrs, et le Printemps, figur sous +les traits charmants d'une jeune femme, sort d'un bois de lauriers +reflets dors pour recevoir la desse dans les plis d'un manteau sem de +fleurs et gonfl par le vent. Moins nigmatique que celui de l'Acadmie, +le Printemps est vtu d'une flottante robe blanche, parseme de bleuets, +retenue autour de la taille par une ceinture forme de branches de roses. +Ses admirables cheveux dors flottent en arrire et toute son lgante +silhouette se dcoupe sur le manteau de la desse. Certaines navets de +facture, telles que les vagues de la mer, donnent encore une saveur +particulire cette charmante composition o les personnages sont d'une +taille plus importante que ne le sont les figures habituelles de +Botticelli. + +N 1309.--DOMENICO VENEZIANO. _La Vierge_ trnant sous des arcades +et entoure de quatre saints. + +Cette peinture un peu blafarde est la seule srement attribue ce +peintre, matre de Piero della Francesca. + + +SALLES DES PORTRAITS DES PEINTRES PEINTS PAR EUX-MMES + ++Salle XIX+. + +MAITRES ANCIENS. + +N 233.--_Rubens_ sans chapeau (1610). + +N 228.--_Rubens_ avec chapeau (1620). + +N 354.--_Giovanni Bellini_. Beau portrait d'homme faussement donn +comme le sien, buste dont le visage rose est encadr de longs cheveux +roux coups la florentine. + +N 549.--_Mme Vige-Lebrun_. + +N 290.--Michel-Ange (mauvaise oeuvre du XVIIIe sicle). + +N 292.--_Lonard de Vinci_. Portrait excut probablement par +Schidone. Belle tte jeune et nergique o de longs cheveux blonds se +confondent avec la barbe soyeuse et paisse, d'un ton dor. + +N 288.--_Raphal_. Ce joli portrait (1506) est de la mme poque et +de la mme valeur que celui de Madeleine Doni. Cette oeuvre intressante +de sa premire manire a malheureusement beaucoup souffert. Raphal s'y +est reprsent sous les traits d'un jeune homme vu de dos, la tte +tourne droite et le visage encadr de longs cheveux chtains. Il porte +la tunique et la barrette noire. + +N 287.--PIETRO PRUGIN. Le plus beau des portraits dus au Prugin +(1494). Il reprsente l'espagnol _Lopez Perego_ et est d'une +individualit, d'une finesse de coloration et d'un ton dor remarquables. +Le visage ras, vu de face, encadr de cheveux blonds bouriffs, est +surprenant de vie. + +N 223.--_Antoine Van Dyck_. + +N 237.--_Quentin Matsys_. + +N 236.--_Antonio Moor_ assis devant une toile blanche, sa palette +et ses pinceaux la main. + +N 232.--_Hans Holbein_ le Jeune. Dessin au charbon et au crayon +avec une lgre coloration l'aquarelle. La tte est trs fine, les +cheveux rares sont arrangs en curieuses mches sur le front. + +Nos 451-452.--_Rembrandt_. Le premier de ces admirables portraits +produit une profonde impression; il montre le matre au dclin de l'ge, +dont les atteintes ont laiss leur profonde mlancolie sur son grave et +beau visage. + + ++AU MILIEU DE LA SALLE+. + +N 339.--_Vase Mdicis_. Ce cratre, fameux par l'lgance de sa +forme et par la beaut de son bas-relief, reprsente le Sacrifice +d'Iphignie. On le considre comme un trs remarquable ouvrage grec +trouv Rome dans les fouilles du XVIIIe sicle. + + ++Salle XVIII+. + +MAITRES MODERNES. + +SALLES DES ANTIQUES ET DES PIERRES GRAVES + ++Salle XV+. + +Inscriptions grecques et latines provenant de Rome pour la plupart. + +Au milieu: Statues antiques de Bacchus et d'Ampelos, de Mercure, de +Vnus, d'Uranie, de Vnus Genitrix. + + ++Salle XVI+. + +Cabinet de l'Hermaphrodite ( la suite de la salle prcdente). + +N 308.--_Ganymde et l'Aigle_, restaur par Benvenuto Cellini dans +son sentiment personnel. + +N 315.--_Torse de Faune_. + +N 306.--_Hermaphrodite_ couch sur une panthre. Cette statue n'est +pas une des plus belles interprtations qui existent de ce sujet si cher +aux anciens. Toute la partie infrieure a t restaure. + + ++Salle XVII+. + +(Suite de la salle de l'Hermaphrodite.) Cabinet des Cames et des Pierres +graves. + +_La collection des Cames et des Intailles_ de ce cabinet provient +des Mdicis. Cette belle collection de plus de 4.000 numros est expose +en douze compartiments. Les cames antiques les plus remarquables sont +contenus dans le premier. + +Le n 7 est un excellent ouvrage grec sur onyx. L'amour ail jouant de la +lyre est mont sur un lion rugissant qui symbolise le pouvoir de l'amour +destin dompter les natures les plus froces. + +_La vitrine n6_ contient des portraits sur came de personnages +clbres au XVe et au XVIe sicle. + +_La vitrine n11_, au n2458, renferme la fameuse bague sphinx +dont Auguste se servait comme cachet. Elle fut trouve dans son tombeau +Corea prs de Rome. + + +PIERRES GRAVES DU XVe SICLE. + +N 371.--_Buste de Savonarole_, ouvrage superbe de Giovanni delle +Corniole, grav sur cornaline. + +N 373.--_Buste de Lon X_ en jade, oeuvre prsume de Michelino, +orfvre florentin. + +N 334.--_Scne allgorique de Mariage_, ouvrage attribu Valerio +Vicentino. Diffrents objets intressants sont encore dans cette salle. + +A. Masque du Dante, moul aprs sa mort. + +B. Petit modle en cire de Michel-Ange pour la statue du Penseur de la +nouvelle sacristie de Saint-Laurent. + +G. Petit cadre o sont renfermes les miniatures de Henri II et de +Catherine de Mdicis entours des princes et princesses de la maison +royale de France. + +E. Vingt-quatre petits portraits des Mdicis depuis Jean de Bicci, pre +de Cosme l'Ancien; plusieurs sont l'oeuvre du Bronzino. + + +SALLE DU BARROCCIO + ++Salle XIV+. + +OEuvres d'intrt secondaire. + + ++Salle XIII+. + +_Salle de Niob_. Ainsi nomme des seize statues du clbre groupe +de Niob. En l'anne 1583, on trouva dans la villa Palombara Rome, +entre Sainte-Marie Majeure et le Latran, une vritable mine de statues, +parmi lesquelles se trouvrent les Lutteurs de la Tribune et les statues +de Niob, de ses sept fils, de ses sept filles et des pdagogues tombs +sous les flches d'Apollon et de Diane. Ces statues appartiennent des +poques trs diffrentes et la qualit mme de leur marbre tend prouver +que ce sont des copies romaines de l'poque de la dcadence plutt que +d'anciens originaux grecs, comme on l'avait pens d'abord. Elles ont +presque toutes une raideur de mouvement et une exagration de pose +rsolument contraires cette attribution. Les deux plus belles sont: + +N 241.--_Niob et sa plus jeune fille_, sujet principal de +l'ensemble. + +N 244.--_Jeune homme_ gisant terre, dans un beau mouvement. + +La taille et les attitudes diffrentes de ces statues font prsumer +qu'elles dcoraient le fronton d'un temple. + +Nos 140 et 147.--RUBENS. Ces deux belles compositions, o le talent de +Rubens se montre sous son meilleur jour, reprsentent Henri IV la +bataille d'Ivry et son entre Paris. + + +BRONZES ANTIQUES + ++Salles XI et XII+. + +La collection des bronzes contenue dans deux salles comprend des pices +d'ordre secondaire, exception faite toutefois des numros suivants. + +N 424.--_Mercure_, connu sous le nom de _l'Idolino_, statue +nue de jeune homme, trouve Pesaro en 1530; oeuvre grecque remarquable. + +N 148.--Le bronze repose sur une base du XVe sicle, ouvrage de +DESIDERIO SETTIGNANO, travail d'une beaut, d'une lgance et d'une +richesse extrmes, aussi bien dans les bas-reliefs que dans les ornements +qui le dcorent. + +A l'extrmit du corridor oriental s'ouvrent trois salles o sont +contenus les dessins. + +La Galerie de Florence possde une des plus riches collections connues de +prcieux dessins originaux des matres anciens. Commence par le cardinal +Lopold de Mdicis, on prsume qu'il acheta, pour la former, le fameux +recueil compos par Vasari, alors qu'il travaillait son ouvrage sur les +peintres. Enrichie, par la suite, de legs et de dons successifs, elle se +compose actuellement de plus de 35.000 dessins dont on a expos les plus +remarquables, tous par consquent de premier ordre. + + ++Salle I+. + +La paroi du mur de droite est occupe par les dessins de l'cole de +Giotto, parmi lesquels s'en retrouve un la plume, trs rare, de Taddeo +Gaddi. Ceux de Masolino, de Masaccio, d'Uccello, de Fra Angelico et de +Benozzo Gozzoli remplissent la paroi suivante. Les oeuvres les plus +saillantes sont: + +N 254.--PIERO POLLAJUOLO. Remarquables anatomies d'hommes assis. + +Nos 267, 268, 269.--ANTONIO POLLAJUOLO. tudes de nu. + +Nos 261, 262, 263.--ANTONIO POLLAJUOLO. tudes de femmes nues pour ses +Vertus. + +Nos 276, 277, 278, 279.--ANTONIO POLLAJUOLO. Pape bnissant, tudes. + +Nos 59 (256).--SQUARCIONE. Guerrier en armure. + +N 187.--BOTTICELLI. Anges lisant. + +N 190.--BOTTICELLI. tude de femme nue. + +N 192 199.--BOTTICELLI. tudes plus ou moins pousses, toutes d'un +beau mouvement et d'une grce exquise. + +N 212.--BOTTICELLI. tude admirable pour la Vnus de la National Gallery +de Londres. + +Nos 200, 201, 202.--BOTTICELLI. tudes. + +N 203.--BOTTICELLI. tude connue sous le nom de Circ. Deux femmes +nues drapes de gazes sont ct d'un brasier o l'une d'elles prend des +tisons. + +N 1440.--PIERO DELLA FRANCESCA. Esquisse de la Rsurrection de Borgo +San Sepolcro. + +N 184 T.--FRA FILIPPO LIPPI. Dessin rehauss de blanc, la Vierge adorant +l'Enfant soutenu par deux anges, carton du tableau. + +N 1307.--Plac dans la troisime salle de l'cole Toscane. + +N 139.--FILIPPINO LIPPI. tude de tte pour la Vierge de la Badia +(bistre). + +N 129.--FILIPPINO LIPPI. tude pour le Saint Bernard de la Badia. + +FILIPPINO LIPPI. Esquisses la plume et tudes pour les fresques de la +chapelle Strozzi Sainte-Marie Nouvelle. + +La paroi gauche de la salle est occupe par des dessins de matres +divers. + +Ceux de MANTEGNA sont de premier ordre; ils semblent des bas-reliefs +antiques. + +N 395.--Hercule touffant Ante. + +N 397.--Merveilleux dessin de Vierge en adoration. + +N 404.--Judith mettant la tte d'Holopherne dans un sac prsent par sa +suivante. + +tude plume, bistre et noir, d'une rare perfection. Elle porte la date de +1491. + +N 336.--Femme dont le vtement s'envole. Les dessins de GHIRLANDAJO sont +presque tous des compositions et des tudes de sa fameuse fresque du +choeur de Sainte-Marie Nouvelle. + +Nos 1246 et 1250.--SIGNORELLI. tudes de dmons et de damns pour la +chapelle Saint-Brizio d'Orvieto. + +N 566.--SODOMA. Buste de jeune homme couronn de lauriers, admirable +dessin au crayon de couleur. + +N 594.--JEAN BELLIN. Portrait de jeune homme la sanguine, qu'on croit +tre le sien. + +Des dessins de SBASTIEN DEL PIOMBO, d'autres d'ANDREA DEL SARTO, +compositions ou tudes pour les fresques excutes Florence, sont +dignes de remarque. Les matres vnitiens sont aussi nombreusement et +bien reprsents. + + ++Salle II+. + +N 164.--PIERRE PRUGIN est reprsent par des dessins de premier ordre. +Dans un mme cadre se trouvent runies les trois feuilles de la +composition du tableau de la Dposition de Croix du Muse Pitti. Toutes +les figures de cette pice remarquable sont excutes l'aquarelle +rehausse de blanc et prcieusement finies. + +Autre tude pour la fresque du couvent de Sainte-Madeleine des Pazzi. + +N 408.--Sainte Catherine, tude pour le tableau de Bologne. + +N 402.--Vnus et l'Amour, tude pour le Cambio de Prouse. + +Vingt-sept prcieux dessins de LONARD DE VINCI de la plus grande raret +atteignent tous le summum de la perfection. + +N 435 (1re salle).--Admirable lutte d'une chimre contre un lion (au +lavis). + +N 426.--Tte de jeune femme couverte d'un voile. + +N 425.--Tte de femme vue de face. + +N 414.--Jeune femme au crayon rouge, en buste. + +N427.--Admirable portrait d'homme, crayon rouge et noir. + +N419.--Tte de jeune femme au crayon rouge, d'un model prcieux, +vritable petit chef-d'oeuvre. Son front est couvert d'un voile retenu par +une bandelette, ses longs cheveux tombent sur ses paules, son profil +noble et dlicat a une expression nigmatique. + +N 428.--tude de tte pour une Madeleine, la plume et au bistre. + +Puis des tudes de draperies la dtrempe, des caricatures, des tudes +sur le laid, et enfin une curieuse feuille avec des esquisses de machines +annote de la main de Lonard et date de 1478. + +Trente-sept dessins sont de la main de Raphal. Quelques critiques que +l'on puisse justement adresser l'incroyable fcondit de Raphal et +sa facilit trop excessive, comme dessinateur il est incomparable et la +puret de son style reste unique. + +La Cavalcata. Un de ses plus fameux dessins la plume, rehauss +d'aquarelle. Il porte en haut l'explication du sujet et reprsente un des +pisodes de la vie d'neas Silvius Piccolomini, celui o il se rend au +concile de Ble. + +Le Pinturicchio, qui avait reu la mission de retracer la vie d'neas sur +les murs de la Libreria de Sienne, n'avait pas eu de cesse qu'il n'et +obtenu de son jeune camarade d'atelier que celui-ci excutt un des +sujets son choix. Le dessin en question est l'tude de cette +composition. + +N 259.--tude pour le petit Saint George du muse de l'Hermitage de +Saint-Ptersbourg. + +N 530.--tude pour le petit Saint George de la National Gallery +Londres. + +N 521.--tude pour la femme portant des amphores dans l'Incendie du +Bourg (Vatican, Chambres). + +N 531.--Dessin appel l'Idolino. Bacchus jeune porte un vase sur sa +tte. + +Dessin pour la Dposition de Croix du muse Borghse Rome. + +tude au crayon rouge pour la Vierge au voile de la Tribune du Louvre. + +tude pour le Saint Jean dans le dsert de la Tribune. + +N 1127.--Deux aquarelles rehausses de blanc pour les loges du Vatican: +l'Adoration du veau d'or et Mose faisant jaillir l'eau du rocher. + +Au crayon noir, la premire esquisse de la Vierge du Grand-Duc du muse +Pitti. Au crayon rouge la composition de la Madonna del Pesce du muse +du Prado Madrid. + +Enfin, l'aquarelle rehausse de blanc, le fameux dessin de la peste dit +il Morbetto qui a t grav par Marc-Antoine. + +Les dessins de Michel-Ange, au nombre de vingt, sont autant de +chefs-d'oeuvre. + +N 608.--L'un d'eux offre le plus grand intrt. A la plume et +l'aquarelle, il donne le plan du fameux tombeau de Jules II, inexcut, +au grand dsespoir du matre. + +N 607.--Esquisse des tombeaux des Mdicis la sacristie neuve de +Saint-Laurent. + +Deux esquisses du clbre carton dtruit de la Bataille des Florentins +et des Pisans. + +N 599.--Ttes de femmes; l'une d'elles, casque et la poitrine nue, +passe pour tre le portrait de Vittoria Colonna. + +N 594.--tude pour un des esclaves de la Sixtine. + +N 601.--La Furie appele aussi el Damnato. Tte de face, la bouche +ouverte et convulse, les yeux froces, les cheveux hrisss sous une +draperie souleve par le vent. + +Nos 606, 613, 616.--tudes pour la Sixtine. + +N 601.--Ganymde (sanguine). + +N 614.--La Prudence, assise, avec son miroir, protge un enfant contre +la Folie symbolise par un autre enfant cach derrire un masque. + +N 609.--La Fortune, le torse nu, cheval sur sa roue. + + ++3e Salle+. + +N 1123.--ANTONIO POLLAJUOLO. Christ en croix entre la Vierge et saint +Jean. + +N 1129.--GHIRLANDAJO. Le Mariage de sainte Catherine. Figures en +camaeu rehausses de ton chair. + +ALBERT DRER, dessins la plume, prcieux d'excution et admirables de +composition. + +N 1077.--Jsus portant sa Croix. + +N 1060.--Tte de jeune ngresse. + +N 1063.--Homme debout, en armure, mont sur un lion; derrire lui, femme +monte sur un chien. + +N 1073.--Le Cavalier de la Mort. + +N 1074.--Le Fauconnier. + +N 1068.--Dposition de Croix. + +N 1082.--MARTIN SCHNGAUER, soldat combattant contre un diable. + +N 1080.--Tte de Madeleine. + +N 1084.--ROGER VAN DER WEYDEN. Vision, personnages debout, agenouills +devant une fentre; tude pour le tableau de Berlin. + + * * * * * + +A ct de la salle de Lorenzo Monaco, se trouve l'escalier descendant +la galerie qui relie les Offices au palais Pitti en traversant l'Arno sur +le Ponte Vecchio. On remarque d'abord, dans cet interminable passage, des +gravures sur bois et sur cuivre des matres italiens, jusqu' +MARC-ANTOINE RAIMONDI; d'autres plus intressantes sont celles de +MANTEGNA, de DRER et de MARTIN SCHNGAUER; des vues des villes +italiennes au XVIIe sicle, et enfin une grande collection de portraits +tous mauvais, mais intressants au point de vue de l'histoire du costume: +membres de la famille des Mdicis, Papes, Cardinaux, Sultans, Rois de +France; portraits de dames de la Cour d'Angleterre et de Florentines +renommes pour leur beaut. + + + + +III + +DES OFFICES A SANTA CROCE + +LE BARGELLO, VIA DEL PROCONSOLO, LA BADIA, VIA GHIBELLINA, MUSE +BUONARROTI, INSTITUT PHILHARMONIQUE, PLACE SANTA CROCE, SANTA CROCE, SAN +AMBROGIO. + + +LE BARGELLO. La Rvolution de 1250 ayant supprim la charge de podestat, +elle fut rtablie en 1255 et la Seigneurie dcrta, pour loger ce +magistrat suprme de la Rpublique, la construction d'un palais pouvant +tout la fois lui servir de demeure et de prison. TADDEO GADDI fut donc +charg d'lever un difice destin ce double usage. En effet, la +situation de ce souverain juge tait peu enviable. Pour que son +impartialit ft absolue dans l'exercice de ses fonctions, il devait tre +choisi l'tranger et tre non seulement comte et guelfe, mais encore +n'avoir ni amiti ni parent dans la ville. Une fois entr en charge et +investi de sa redoutable puissance, il devait vivre solitaire et +squestr dans son palais, car les Florentins avaient mis l'exercice de +ce pouvoir les conditions les plus dures. Le podestat devait ne partager +ses repas avec qui que ce ft, n'adresser dans la rue la parole +personne, ne marcher qu'avec une escorte de pages et de cavaliers arms. +S'il tait mari et pre de famille, pendant l'anne que durait son +pouvoir, il ne pouvait ni voir sa femme ou ses enfants, ni mme leur +donner signe de vie. Enfin, avant de rsigner sa charge, il lui fallait +rendre compte du somptueux mobilier dont il avait d reconnatre +l'inventaire. + +La mfiance d'un peuple jaloux, la duret d'un juge choisi pour tre +inexorable, les sentiments inspirs par ce tyran la fois tout-puissant +et tenu en captivit, sont exprims avec force dans ce monument o +s'allient une richesse sombre et la svrit la plus grande. + +L'extrieur du Bargello a l'aspect austre d'une forteresse; sa masse +sinistre, couronne de mchicoulis et de crneaux, est peine perce de +rares fentres; et la tour carre, leve un de ses angles, contribue +encore accentuer ce caractre. + +Sous les Mdicis, tout ce qui pouvait rappeler la grandeur de la +Rpublique tant proscrit, le palais du Podestat devint cour criminelle, +sige de la police, prison, le Bargello pour tout dire en un mot. Il +renferme aujourd'hui le muse national et contient des objets d'art +remarquables. + +Sous la vote d'entre deux salles votes divises en nefs par des +piliers, dcores des armoiries des anciens podestats, renferment des +collections d'armes intressantes pour l'histoire de la ville. Les deux +pices les plus importantes, places l'extrmit de la salle, sont une +_rondache_ et un _casque_, oeuvres de BENVENUTO CELLINI +excutes pour Franois Ier, roi de France. + +La rondache reprsente l'histoire de Perse et d'Andromde. Le casque, +surmont d'une chimre, est dcor d'une riche ornementation dore en +relief. + ++La cour du Bargello+ forme un carr dont une face est occupe par +le mur froid et nu de la svre construction de Taddeo Gaddi, tandis que +les trois autres sont attnues par un portique dont les arcades cintres +sont supportes par des colonnes. Cette partie fut construite vers 1350 +par BENCI DI CIONE et NERI FIORAVANTI. Pour donner un accs plus facile +au palais, les architectes du XIVe sicle levrent contre l'aile de +Taddeo un escalier coup par un palier ferm d'une grille qu'ils firent +aboutir une loggia ouverte sur tout un ct de la cour. La dcoration +des murs de cette cour, unique en son genre, est aussi varie +qu'intressante; elle est forme par les cussons en relief des podestats +sems profusion sur ses quatre faces et affectant toutes les formes. +Ils sont en pierre dure ou en marbre avec les traces des peintures qui +les rehaussaient. + +Au milieu de ces marques de la puissance des podestats, la Rpublique, +toujours jalouse de sa suprmatie, a plac partout l'empreinte de son +autorit et partout se retrouvent les armes de la ville, des Guelfes et +du peuple. Le mme sentiment apparat encore sous les portiques o sont +encastrs les cussons peints en relief des divers sestiere, tandis +qu'aux votes sont reprsentes les armes de leurs gonfalons. + +Sous les portiques au rez-de-chausse s'ouvrent deux salles: + + +I + +Tombeaux du XIVe sicle. + + +II + +Sculptures des XVe et XVIe sicles. + +Cinq bas-reliefs d'une grande allure, de BENEDETTO DA ROVEZZANO. Ils +proviennent du tombeau de saint Gualbert et furent mutils par les +Espagnols aprs le sige de Florence (1519). L'intrt particulier de +cette salle est dans les nombreuses oeuvres de MICHEL-ANGE qu'elle +contient. + +A.--_Buste de Brutus_. Cette figure nergique et sombre ne pouvait +manquer de sduire Michel-Ange. Ce buste, fait l'poque o le matre +quitta dfinitivement Florence pour Rome, reflte les penses dont il +tait alors hant et dont l'inscription du socle est un si frappant +tmoignage. + +Dum Bruti effigiem sculptor de marmore ducit, In mentem sceleris venit et +abstinuit. + +Semblable en cela aux statues de San Lorenzo, le buste, inachev, fut +abandonn la mme poque. + +B.--_Masque de satyre dent_. + +C.--_La Vierge, l'Enfant et Saint Jean_. La tte de la Vierge, seule +partie acheve de ce mdaillon, est d'une rare beaut. + +D.--_Bacchus ivre_. Cette statue fut excute en 1497, pendant le +premier sjour de Michel-Ange Rome, pour A. Galli. Le matre a cherch + reproduire l'antique Dionysos, et a reprsent le dieu sous la forme +d'un trs jeune homme aux formes lgantes, dont la figure exprime +l'ivresse par la fixit du regard. Il est couronn de grappes de raisin +et tient une coupe. + +E.--Petit _groupe de Lda et du Cygne_. + +F.--Rduction en marbre du _Mose_. + + +PREMIER TAGE + +Sous la loggia sont conserves cinq cloches de bronze. La plus ancienne, +fort simple, est date de 1183. + +Une autre, un peu plus grande, porte le millsime de 1249 et a t fondue +par BARTOLOMEO PISANO. + +La troisime est de 1352. + +La quatrime, orne des bas-reliefs du Calvaire et de l'Annonciation, est +de 1670. + +La cinquime, de 1675, est la plus orne. + +Ainsi que la prcdente, elle est l'oeuvre de GIOVANNI CENNI. + + ++Salle I+ ( droite de la loggia). + +Cette salle est exclusivement consacre DONATELLO, ce grand et puissant +gnie, malheureusement parfois trop ingal et infrieur lui-mme. Il +faut citer en tout premier lieu les quatre admirables bas-reliefs de +_Rondes d'enfants_ qu'il excuta de 1433 1440 pour une des +tribunes des orgues de la cathdrale; ils faisaient face ceux de Luca +della Robbia; et ils reproduisent avec des variantes ceux de la chaire de +Prato. + +Donatello traita ses sujets tout autrement que ne le fit Luca et ce qui, + cette heure, constitue la remarquable supriorit de l'oeuvre de Luca +sur celle de Donatello fut tout justement ce qui, lors de leur mise en +place, donna l'avantage Donatello. En effet, la condition essentielle +de l'oeuvre dcorative doit tre de se subordonner la place qu'elle doit +occuper et c'est cet unique point de vue que se plaa Donatello. Comme +ses bas-reliefs destins la tribune d'un orgue devaient tre vus une +grande hauteur, il se proccupa seulement de l'effet produire +distance. De l sont venus ces models trop sommaires, ces raccourcis +trop oss dans les figures de second plan, enfin ces dfauts destins +donner l'ensemble vu de loin, une vigueur et une nettet incomparables. + +Original du _Marzocco_ en pierre grise. + +_L'Amour_ appel aussi le _Cupidon_. La grce et la posie qui +dbordent de cette figure bizarre sont inexprimables. Ces ailes +naissantes, ces serpents enrouls autour des pieds, ces culottes +maladroitement assujetties, forment le mlange le plus imprvu et le plus +attachant. Quelle navet dans l'attitude du jeune dieu les bras encore +levs, aprs qu'ils ont lanc la flche vers un but invisible; quelle +malice et quelle joie dans ce regard gai et narquois tout ensemble! + +_David_. Le sjour que Donatello fit Rome de 1432 1433 dveloppa +certainement les tendances latentes de son esprit secrtement influenc +par l'antiquit. Aussi quand, son retour, Cosme lui commanda une statue +en bronze destine au Palais Vieux, cette statue fut le David, +c'est--dire la premire et parfaite tude de nu excute par les +sculpteurs de la Renaissance. Le jeune ptre a pour tout costume un +ptase et des jambires; il est debout, un pied pos sur la tte de +Goliath, le glaive dans la main droite et une pierre dans la main gauche +qu'il appuie sur sa hanche. Son visage entour de longs cheveux boucls +rayonne de joie et son beau corps trahit la force et la jeunesse. Il y a +dans la posie de cette figure enchanteresse un parfum antique et +biblique tout ensemble qui lui donne sa grce et son charme +inexprimables. + +Buste en terre cuite colore de _Niccol da Uzzano_, homme politique +florentin considrable. + +Ce morceau prodigieux est d'un ralisme outrance, effrayant et d'une +brutalit presque froce. La tte est si profondment fouille qu'elle +parat comme ravage; on la dirait moule sur nature, tant la laideur +saisissante du modle, galvanise par l'intelligence, dborde de vie. + +Buste en bas-relief et en pierre grise de _Saint Jean-Baptiste +enfant_. La figure de saint Jean est une de celles qui tentrent le +plus l'imagination de Donatello; il reprsenta le saint en ronde bosse, +en bas-relief, en buste, en pied, dans toutes les situations, tous les +ges, tant il s'tait pris de passion pour l'ascte austre et le +prcurseur enthousiaste avec lequel les caractres oss de son art et de +sa propre nature lui donnaient tant de points de contact. + +Autre statue en marbre de _Saint Jean-Baptiste_ en pied et debout. +Donatello a reprsent ici l'ascte dcharn, aux traits svres et +inspirs; le prophte dvor par le feu de l'enthousiasme ou illumin par +la vision intrieure. + + +PREMIER TAGE DU BARGELLO+ + _Via del Proconsolo_. + __________________________________________________________ + | | | + | | | + | SALLE DES DONATELLO | TOUR. | + | | | + | SALLE I. | | + | | SALLE II. | + | SCULPTURES | | + | | | + |____________________________________________|_____________| + | | | | + | | | | + | | | | + | | | | + | | | | + | | | | + | | | | + | | | | + | | | SALLE | + | LOGGIA | COUR | | + | | | | + | | | III. | + | | | | + | | | | + | | | | + | | | | + | | | | + | | | | + |__________|_________________________________| | + | | | | + | SALLE | | | + | | |_____________| + | VI | | | + | | | | + | Bronzes | | Chapelle | + |__________|_________________________________| | + | | | | | | + | | Esca- | |Sacris-| SALLE IV. | + | | lier | |tie | | + | SALLE |_______|_________________|_______|_____________| + | | ^ + | VII | / + | | / + | Bronzes | Via Ghibellina + | | + | | +^ |__________| +\ + \ + \ Via della Vigna + Vecchia + + + +_David_. Cette statue en marbre et en pied semble tre la premire +tude que Donatello ait faite pour son Saint Georges, le chef-d'oeuvre +d'Or San Michele (1408). La pose et les draperies sont les mmes, +seulement avec des proportions moins parfaites et une expression +incomplte. + +A ct des Donatello, quelques sculptures marquantes se trouvent encore +runies dans cette premire salle. + +La plus clbre est _l'Adonis mourant_ de Michel-Ange. Cette oeuvre +parat avoir t excute vers 1502, comme un dlassement du labeur +qu'imposait au matre son colossal David. Aussi peut-on presque dire que +l'Adonis garde quelques traces de cette simultanit et que les +proportions y semblent un peu outrepasser le sujet. La tte est fort +belle, et la chevelure, par son arrangement, se rattache au type adopt +plus tard par Michel-Ange et dont la statue de Julien de Nemours fut la +ralisation la plus haute. Cette composition doit pourtant tre +considre comme secondaire dans l'oeuvre du matre. + +MICHEL-ANGE. _Groupe_ nomm _la Victoire_. Vainqueur agenouill +sur un vaincu et ramenant son manteau drang par la lutte. Ce groupe +n'est pas des meilleurs. + + ++Salle II+ (dans la tour). + +Meubles anciens et cristaux + + ++Salle III+. + +Cette salle prcde la chapelle et elle tait nomme la salle des +Condamns, parce qu'ils y attendaient l'heure de leur dernire prire. + +Elle renferme la collection des anciens vases de la pharmacie du couvent +de San Marco, en faence de Fanza, XVIe sicle. + + ++Salle IV+ (chapelle). + +Elle est dcore de fresques clbres du GIOTTO respectes par l'incendie +de 1337, mais malheureusement trs dtriores par des badigeonnages +successifs et par le partage, sous les Mdicis, de la chapelle en trois +tages de prisons. + +Les huit divisions du mur de droite sont consacres sainte Madeleine et + sainte Marie l'gyptienne. Le fond est occup par le Paradis avec les +portraits de Dante, de Corso Donati et de Brunetto Latini. Au-dessous de +cette fresque deux petits panneaux sont attribus GHIRLANDAJO. Ils sont +dats de 1490 et reprsentent la _Vierge_ et _Saint Grme_. +Des stalles en marqueterie et le lutrin sont de bons ouvrages du XVe +sicle. + +Dans une vitrine, petit bas-relief en pierre de Sonthofen, par ALBERT +DRER. Avec une finesse excessive, il reprsente _Adam et ve_ au +pied de l'arbre de la connaissance o est enroul le serpent. + +Autre vitrine. _La Cne_, retable en argent dor, par JEAN DE +BOLOGNE. + +Huit baisers de paix en argent niell et en maux, dont trois sont +d'admirables oeuvres d'art. + +I. La plus remarquable pice des nielles, _le Couronnement de la +Vierge_, fut excut en 1452, par MASO FINIGUERRA, pour le Baptistre +Saint-Jean. + +Maso, n Florence en 1425, excellait dans l'art des nielles; c'est en +travaillant ce genre de gravure, qu'il imagina d'en tirer l'aide de +la presse des preuves sur papier, invention qui fait de lui le crateur +d'un art nouveau, celui de la gravure. + +II. Autre paix nielle d'un beau caractre, _le Crucifiement_, pice +excute galement pour le Baptistre, par MATTEO DEI. + +III. _La Dposition de Croix_, ouvrage de toute beaut, d'ANTONIO +POLLAJUOLO, en mail sur paillons. + + ++Salle V+. + +1 Ivoires. 2 Ouvrages en ambre des XVIIe et XVIIIe sicles. + +A.--Deux admirables triptyques d'ivoire des XIIIe et XIVe sicles, par +ANDREA ORCAGNA. + +B.--Deux superbes selles en ivoire du XIVe sicle: l'une, un travail +allemand avec figures de princes, de chevaliers, de dames en bas-relief +sur fond noir; l'autre, italienne, avec la devise Amor aspetta tempo, +orne de scnes de chasse, d'armoiries et d'ornements fantastiques. + +3 Coupes du XVIe sicle en cristal taill et grav. Certaines de ces +pices sont d'une rare beaut. + + ++Salle VI+ (Bronzes). + +GHIBERTI. _Reliquaire de sainte Jacinthe_. Il a la forme d'un petit +sarcophage antique dont la face principale est simplement orne de deux +anges d'un mouvement gracieux qui soutiennent une couronne. Ghiberti +montre une fois de plus dans cette oeuvre combien il gagne la simplicit +(1428). + +BRUNELLESCHI et GHIBERTI. Deux mdaillons dors polylobs reprsentant le +_Sacrifice d'Abraham_. Ces mdaillons sont les fameuses pices du +concours pour les portes du Baptistre la suite duquel Brunelleschi +retira sa candidature (1403). + +Dans le relief de Brunelleschi se trouve dj fortement accuse la +tendance au naturalisme qui se dveloppa chez Donatello. Le mouvement +d'Abraham est sauvage, l'ange arrte son bras d'un geste peu admissible, +le blier et l'ne sont autant de recherches ralistes. A gauche, +Brunelleschi a plac le tireur d'pines, le Spinaro, dont l'antique +venait d'tre dcouvert. La composition manque d'unit, de simplicit et +de grandeur. + +Ghiberti au contraire sut tirer parti du sujet avec un art incomparable +et placer ses personnages en observant strictement la loi de la valeur +des plans. La figure d'Isaac retourn vers son pre pour le questionner +est de premier ordre. + +LORENZO VECCHIETTA de Sienne (1412-1480). Statue couche de _Mariano +Soccino_ provenant de son tombeau et certainement modele sur le +cadavre. + +VERROCCHIO. _Le David_ (1476). Cette statue fut excute sur l'ordre +de Laurent le Magnifique dsireux de voir, dans un sujet analogue, le +Verrocchio surpasser Donatello. Il devient donc trs intressant de +comparer deux oeuvres si dissemblables. Tandis que Donatello faisait de +son David un hros idal, sorte de Perse moderne, Verrocchio faisait du +sien un adolescent, presque un enfant, dont les formes encore frles et +anguleuses semblent plutt dlicates. Ce qui est de premier ordre est la +tte adorable dont le sourire nigmatique et mystrieux est dj celui du +Vinci, les cheveux courts et boucls encadrent le visage o la joie du +triomphe s'allie une certaine timidit. + +Dans la vitrine. + +ANTONIO DEL POLLAJUOLO. Petit groupe d'_Hercule touffant Cacus_, +d'une sauvage nergie et d'une superbe allure. + + ++Salle VII+ (Bronzes).--BENVENUTO CELLINI. Buste colossal de +_Cosme Ier_. + +BENVENUTO CELLINI. Deux modles pour son _Perse_. Ils prsentent +des diffrences notables; l'un est en bronze, l'autre en cire: ce +dernier, trs suprieur, mme l'excution dfinitive, par la simplicit +des attitudes et des formes. + +DONATELLO. Petite frise en relief reprsentant une _Bacchanale +d'Enfants_ qui tranent le vieux Silne ivre dans un char. Ce petit +chef-d'oeuvre, excut pour Cosme de Mdicis, est ce qui a pu exister +depuis l'antiquit de plus parfait en ce genre. + +JEAN DE BOLOGNE. _Le Mercure_. Cette statue, faite en 1598 pour une +fontaine de la Villa Mdicis, Rome, est certainement la matresse oeuvre +de Jean de Bologne, celle o, dans une priode de dcadence, il s'est le +plus rapproch de l'antiquit. Mercure s'envole d'un mouvement lger, au +souffle d'ole dont la tte lui sert de base. + + +DEUXIME TAGE + ++Salle I+.--Elle est dcore de huit _portraits_ la fresque +peints par ANDREA DEL CASTAGNO en 1430, pour la Villa Carducci Legnaia, +et reprsentant en pied et plus grands que nature des potes, des hros +et des sibylles. + +1 _Dominus Philippus Descolaris Relator Victorie Theucrus_. Filippe +Scolari del Pipo Spano, chef du comitat de Temeswar, vainqueur des Turcs. +Il est en armure et tient son yatagan des deux mains. + +2 _Dominus Farinata de Ubertis, sue patrie liberator_ (Farinata +degli Uberti), de profil, en armure, avec surcot et bonnet rouge; il +s'appuie sur son pe. + +3 _Magnus Tetrarcha d'Acciarolis neapleani regni dispensator_ +(Niccol Acciajuoli, grand snchal de Naples, fondateur de la chartreuse +d'Ema). Une robe bleutre longues manches de fourrure recouvre son +armure; il tient le bton de commandement. + +4 _Sibylle de Cumes_ en tunique rouge reflets bleutres sur une +jupe verte. Elle tient un livre et lit, le doigt au ciel. + +5 _Esther Regina, gentis su liberatrix_. Demi-figure formant +dessus de porte, robe et voile blancs bords d'or, manteau vert, couronne +en tte, dans une attitude pleine de noblesse. + +6 _Thomirta se de filio et patriam liberavit suam_ (Tomyris). + +C'est une guerrire en robe jaune, les bras recouverts d'une armure, +firement campe; elle s'appuie sur sa lance, qu'elle tient la pointe en +terre. + +7 _Dantes de Alligieris, Florentinus_ (Dante Alighieri), en robe +rouge. + +8 _Dominus Franceschus Petrarcha_. Ptrarque est en manteau rouge +fendu pour le passage des bras, la tte couverte d'un capuchon doubl de +vert. + +9 _Dominus Johannes Boccacum_ (Boccace) en manteau bleutre et +capuchon rouge. + +Cette oeuvre magistrale est malheureusement trs mal place; les +personnages sont hors de proportion avec la salle, ce qui est nuisible +pour le bon effet de l'ensemble. + + + DEUXIME TAGE DU BARGELLO + + _Via del Proconsolo_. + __________________________________________________________ + | | | + | | | + | | SALLE III. | + | | | + | FAIT PARTIE DE LA SALLE I. | | + | | Tapisseries | + | SCULPTURES | | + | | | + |____________________________________________|_____________| + | | | | + | | | | + | | | | + | | | | + | | | | + | SALLE | | | + | IV. | | SALLE | + | | | II. | + | Tapisse- | | | + | ries, | COUR | | + | Sceaux | | | + | et | | Faences et | + | Monnaies | | | + | | |Della Robbia.| + | | | | + | | | | + | | | | + | | | | + |__________|_________________________________| | + | | | | + | SALLE | | | + | | SALLE I. |_____________| + | V | | | + | | Fresques, mdailles, etc. | | + | Marbres | | Fait | + |__________|_________________________________| | + | | | partie de | + | | | | + | | | la chapelle | + | SALLE | | | + | | |_____________| ^ + | VI | / + | | / + | Marbres | / + | | Via Ghibellina + | | +^ |__________| +\ + \ + \ Via della Vigna + Vecchia + + ++Salle II+.--_Bas-reliefs_ en terre cuite maille par les +DELLA ROBBIA. Les plus anciens, bleus sur fond blanc, sont d'Andrea; il +faut remarquer deux _Vierges_, dont l'une a un joli socle en grs du +style de Donatello. Les moins anciens sont de Giovanni et polychromes: +_Annonciation_, _Adoration de l'Enfant_ (1521), _Piet_, +_Jsus et Madeleine_, _saint Dominique_ et cinq _Saintes_. + +Trois vitrines contiennent des faences. + +1.--_Urbino_. Vases, coupes et plats: dcor raphalesque. + +2.--_Urbino_, avec sujets. _Deruta_ et _Gubbio_, trs +fins. + +3.--_Faenza, Florence et divers_. Belle collection avec quelques +pices hors ligne. Buste en terre cuite donn comme tant le _portrait +de Charles VIII, roi de France_ et l'oeuvre d'ANTONIO DEL POLLAJUOLO. + +Coupe en verre de Venise bleu, avec dcoration peinte reprsentant le +_Triomphe de la Justice_ suivie des autres _Vertus_ (XVe +sicle). + + ++Salle III+.--Dans la tour. Suite de tapisseries allgoriques des +Gobelins reprsentant les _Cinq parties du monde_, d'aprs LEONARDO +BERNINI (1719). + +En revenant sur ses pas, gauche de la salle I, on passe dans la: + + ++Salle V+ (marbres).--MINO DA FIESOLE. Buste de _Rinaldo della +Luna_ (1461), figure d'un aspect svre. + +ANDREA VERROCCHIO. Curieux haut relief reprsentant la femme d'un +Tornabuoni, _Francesca Pitti_, morte en couches, et la remise de +l'enfant au pre plor. + +ANDREA VERROCCHIO. Portrait en bas-relief de _Frdric Montefeltro_, +de profil gauche; portrait en bas-relief de FRANCESCO SFORZA, de profil + droite. + +BENEDETTO DA MAJANO. Buste de _Pietro Mellini_, le donateur de la +chaire de Santa Croce, tte trs nergique, couture de rides; il est +vtu d'une robe qui couvre ses paules et o sont figurs des rinceaux de +damas. + +MINO DA FIESOLE. Bas-relief. Buste de _Jeune femme_ et _Sainte +Famille_. + +ANTONIO DEL POLLAJUOLO. Buste dit le _Jeune Guerrier_, en terre +cuite. Cette oeuvre admirable est marque du caractre puissant du matre. +La tte imberbe, d'une nergie farouche et indomptable, est encadre de +cheveux coups la florentine et casque d'une chimre. La cuirasse +forme un buste bomb dont les bras sont absents; Pollajuolo y a +reprsent en bas-relief ses sujets favoris. D'un ct Hercule terrassant +l'hydre de Lerne, et de l'autre Hercule vainqueur du sanglier +d'rymanthe. + +Un second buste en terre cuite, connu sous le nom du _Prtre +Florentin_, a t indment attribu Antonio del Pollajuolo dont il +n'a aucun des caractres; il parat plutt tre l'oeuvre de BENEDETTO DA +MAJANO. C'est un jeune homme coiff la florentine, sans barbe, et +portant une soutanelle ajuste avec une ligne de petits boutons. + + ++Salle VI+ (marbres).--VERROCCHIO. _La Vierge et l'Enfant +Jsus_. Bas-relief. + +VERROCCHIO. _Buste de femme_ serrant un petit bouquet sur sa +poitrine. Tte plate peu agrable. + +MATTEO CIVITALI. _La Foi_ (bas-relief). Gracieuse figure de jeune +femme assise dans une niche. Ses mains sont jointes en adoration devant +le calice que lui apportent des chrubins. Une des rares oeuvres de ce +matre charmant dont les compositions sont presque toutes sa ville +natale, Lucques. + +MINO DA FIESOLE. Buste de _Pierre de Mdicis le Goutteux_. + +MINO DA FIESOLE. Mdaillon. _La Vierge et l'Enfant_. + +BENEDETTO DA MAJANO. _Saint Jean_. Le saint, sous les traits d'un +adolescent en tunique de peau de mouton, est maigre et dcharn. + +SANSOVINO. Statue de _Bacchus_, jeune, levant une coupe. + +MICHEL-ANGE. _Apollon_ (statue bauche). Il est adoss contre un +tronc d'arbre, flchissant la jambe droite place sur une lvation, et +regarde en arrire. Il porte sa main gauche hauteur de l'paule droite +pour saisir une flche dans un carquois. Cette oeuvre, quoique peine +tire du bloc, est admirable et rappelle la beaut des statues antiques. + + ++Salle IV+ (sceaux et monnaies).--Suite de six tapisseries des +Gobelins d'aprs Oudry. _Chasses de Louis XV_. + + + +VIA DEL PROCONSOLO. + + ++PALAZZO NONFINITO+ (occup par le tlgraphe). Construit en 1592 +par BUONTALENTI. Lourde faade du style Barocco. + +Au numro 10 le +PALAZZO DE RASTI+ (anciennement Quaratesi) a t +construit par BRUNELLESCHI dans le style des beaux palais de Florence; il +porte les armoiries des Pazzi, ses anciens propritaires. + ++L'GLISE DE LA BADIA+ fonde en l'an 1000 et reconstruite en 1285 +par ARNOLFO DI CAMBIO, fut remanie en 1625 par Sgaloni qui ne conserva +de l'difice prcdent que le chevet et le ravissant clocher octogonal de +1330, dont la flche de pierre forme avec la tour du Bargello un des +points de vue les plus caractristiques de Florence. + +MINO DA FIESOLE obtint, aprs avoir termin le monument de Salutati +Fiesole, la commande des deux tombeaux qui dcorent la Badia: + +1 A droite de l'entre. _La Vierge assise avec l'Enfant entre deux +diacres_; bas-relief trois divisions o Mino n'est rest que trop +fidle au retable de la chapelle de Salutati. + +2 Dans le bras gauche du transept, _tombeau du comte Hugo_, +bienfaiteur de l'glise (1481). + +Dans ces deux monuments, Mino copia, pour ainsi dire, les tombeaux du +Marsuppini et de Bruni de Santa Croce, plaant les sarcophages sous une +arcade et les surmontant de l'effigie couche des dfunts. + +Dans la chapelle de la famille del Bianco, gauche de l'entre, le +tableau d'autel: _l'Apparition de la Vierge saint Bernard_, a t +peint en 1480 par FILIPPINO LIPPI, encore cette poque dans l'atelier +de Botticelli. Saint Bernard, en robe blanche drape la perfection, est +assis devant un rocher lui servant d'ermitage, dans les anfractuosits +duquel sont placs ses livres. Le pupitre o il crit est dispos sur un +tronc d'arbre, mais il interrompt son travail et reste plong dans une +profonde adoration au moment o la Vierge lui apparat et vient poser la +main sur son manuscrit. La Vierge est entoure d'un groupe charmant de +petits anges tout surpris de se trouver sur la terre et qui, par leur +attitude, manifestent leur curiosit. Dans le bas du tableau, le +donateur, mi-corps, vtu d'une robe noire revers rouges, joint les +mains en prire. + +Cette composition, charmante de dlicatesse et d'expression, a conserv +toute sa vivacit de coloris, et l'ensemble est si parfait qu'on peut +vraiment la considrer comme le chef-d'oeuvre de Filippino Lippi. + ++Le clotre+ est entour de deux tages de portiques. Sous le +portique suprieur sont conserves des fresques d'ANTONIO SOLARIO LE +ZINGARO (1512) d'un joli ton dor. Toutes ces peintures retracent la +_Vie de saint Benot_ et semblent comme la prparation aux fresques +si remarquables traitant le mme sujet l'glise de San Severino, +Naples. + +L'oeuvre de la Badia, fort intressante, montre des perspectives trs bien +traites et des groupements harmonieux. Quelques-unes de ces compositions +sont mme de premier ordre; il faut citer: + +A.--_Saint Benot enfant prie aux cts de sa mre_. + +B.--_Saint Benot reoit l'habit_. + +C.--_Apparition d'un ange pour inviter le saint la vie monacale_. + +D.--Portique avec des moines agenouills et debout. + +E.--_Maure sauve Placide qui se noie_. + +F.--_Repas des moines_. + +G.--_Seigneurs et dames cheval_. + ++CASA BUONARROTI+ (Muse Michel-Ange, 64, Via Ghibellina).--Cette +maison o Michel-Ange vcut Florence fut consacre au XVIIe sicle par +son arrire-neveu le pote, son homonyme, la gloire de son grand-oncle. +Il la fit dcorer, en 1620, par les meilleurs artistes de ce temps, de +fresques et de peintures sur toile o sont retracs les principaux faits +de la vie de Michel-Ange. + +La Casa Buonarroti est en somme un muse intime et fort ingal, o, +ct de documents crits, lettres autographes, papiers de famille, +dessins d'architecture et croquis de toute sorte, brillent quelques +pices inestimables, comme le bas-relief de la Guerre des Centaures et +des Lapithes, celui de la Vierge assise avec l'Enfant, l'esquisse du +David, le modle en terre cuite de la Vierge de Mdicis, et enfin ce +merveilleux carton la sanguine d'une Vierge avec l'Enfant, morceau de +toute beaut, d'une incomparable matrise. + + ++Chambre I+.--_Combat des Centaures et des Lapithes_, une des +premires oeuvres de Michel-Ange. Il avait dix-sept ans quand il entreprit +ce travail. C'est une composition de style hroque o tous les +personnages sont nus et o rgne dans la mle une tonnante fougue +pique; ce morceau non termin garde encore les traces du ciseau. La +jeunesse du matre se rvle par de certaines inexpriences; il n'a pas +introduit de varit dans les formes et toutes les figures ont une +saillie si faible qu'elles en sont comme dprimes; pourtant on y +reconnat dj quelques traits de cet idal dont la poursuite sera la +constante obsession de sa vie. + + ++Chambre II+.--_Dessins originaux_. Cadre I.--N 2.--Buste de +Cloptre bizarrement coiffe. Elle est entoure d'un serpent qui lui +mord le sein. + +N 3.--Belle tte de vieille femme de profil. + +Cadre 9.--N 75.--Projet de faade pour Saint-Laurent de Florence. + +Cadre 13.--N 65.--Esquisse primitive du _Jugement dernier_. + +Cadre 14.--N 70.--Sacrifice d'Abraham. + +Cadre 15.--N 75.--La Vierge allaitant l'Enfant. Ce dessin de toute +beaut est au crayon noir, rouge et blanc. + +Cadres 25, 26, 27, 30, 31, 32.--Divers plans des fortifications de +Florence, la plume, au crayon rouge et au bistre, faites pendant le +sige de 1529. + +Dans la +Chapelle+ se trouve l'admirable bas-relief (n 72) de _la +Vierge assise avec l'Enfant_ auquel elle donne le sein. Cette +composition que Michel-Ange excuta la fois en marbre et en bronze, +vers l'ge de seize ans, est influence par le gnie de Donatello et +montre la forte emprise qu'un tel matre exera sur lui par son ralisme +viril et son naturalisme puissant. Mais tout grand que soit Donatello, ce +qui ds l'abord le diffrencie profondment de son gnial lve, est que +chez l'un l'oeuvre se double volontiers du portrait et recherche +l'individualit, tandis que chez l'autre la conception tout idale +jaillit de son puissant cerveau pour ainsi dire par gnration spontane. + +N 78.--_La Vierge avec l'enfant Jsus_. Maquette en terre cuite, +pour le groupe en marbre de la nouvelle sacristie de Saint-Laurent. La +tte manque. + +Bibliothque. Armoire V.--N 10.--_David_. Deux petites statuettes +en cire, dlicieuses et premires bauches du _David_ colossal de +l'Acadmie des Beaux-Arts. + ++INSTITUT PHILHARMONIQUE+ (83, Via Ghibellina).--Dans l'escalier, +protge par des volets, est la curieuse fresque du GIOTTINO, +l'_Expulsion du duc d'Athnes_ chass de Florence en 1308, le jour +de la Sainte-Anne. Aussi l'artiste a-t-il peint sainte Anne remettant aux +nobles florentins agenouills ses cts les tendards de la ville et du +peuple, pendant qu'au fond de la fresque saint Zenobe chasse de son trne +le duc, qui fuit en barque sur l'Arno. + ++PIAZZA SANTA CROCE+ o se trouvent le monument moderne du Dante, le +Palazzo dell'Antella dcor de fresques de 1610 en partie effaces, et +enfin, sur le ct est, la faade moderne de l'glise Santa Croce. + ++SANTA CROCE+ fut construite par ARNOLFO DEL CAMBIO en 1294 pour les +Franciscains. L'architecte tait tenu par son contrat lever une +glise comme il convient l'humilit d'un ordre mendiant, c'est--dire +une glise dont les dimensions contiendraient tout un peuple appel par +la vogue extraordinaire dont l'ordre jouissait alors, mais o tout +viserait uniquement la simplicit et la pauvret en rapport avec +l'esprit de l'ordre. Aussi les dispositions d'Arnolfo furent-elles +svres et froides dans le dtail, mais grandioses par les immenses +dimensions de la nef et des bas-cts, dont l'aspect majestueux rappelle +la basilique antique. Mais les transepts et la branche suprieure de la +croix, peine figure par un choeur court et mesquin, ne rpondent +aucunement ces proportions. + +Au milieu du mur terminal s'ouvre, en guise de choeur, une sorte de +chapelle accompagne de chaque ct de cinq chapelles moins importantes, +ouvertes sur les transepts. A ces chapelles du mur oriental s'en ajoutent +quatre autres, deux ouvertes sur le mur occidental et deux fermant les +transepts. + +Il tait de mode, ds le XIVe sicle, de se faire enterrer Santa Croce +et toutes les grandes familles de Florence y avaient leurs caveaux. Cet +usage se perptua si bien que l'glise est devenue en quelque sorte le +panthon de l'Italie. Les tombes qu'elle contient appartiennent toutes +les poques et se trouvent soit adosses aux murs des bas-cts, soit +encastres dans le pav de l'glise. + +Place trop haut, au-dessus du portail de l'glise, est la belle statue +de _Saint Louis de Toulouse_ par DONATELLO. Ses vtements, d'une +grande somptuosit, sont d'une excution pousse l'extrme. + +_La chaire_, le chef-d'oeuvre de BENEDETTO DA MAJANO, d'une extrme +lgret, malgr son excessive richesse, fut excute en 1475. Pour ne +pas dranger les lignes de son monument, Benedetto dissimula l'escalier +de la chaire dans un des piliers auxquels elle est adosse, qu'il creusa + cet effet, et qu'il ferma par une dlicieuse porte en marqueterie +ouverte sur le bas-ct. La chaire, en marbre blanc, est pentagonale, et +ses cinq pans, spars par des colonnettes portes sur des consoles, sont +consacrs l'histoire de saint Franois traite la manire de +Ghiberti, c'est--dire avec des bas-reliefs en ronde bosse au premier +plan, pour finir au fond par des mplats. + +1.--_Le Pape approuvant l'ordre des Franciscains_. + +2.--_La destruction des livres hrsiarques_. + +3.--_Saint Franois recevant les Stigmates_. + +4.--_Obsques du Saint_. + +5.--_Martyre de Franciscains_. + +Cinq petites niches intermdiaires contiennent des statuettes de _la +Foi_, de _l'Esprance_, de _la Charit_, de _la +Justice_ et de _la Force_ qui sont peut-tre ce que la sculpture +de la premire Renaissance a produit de plus parfait. + ++Nef de droite+.--_Monument de Michel-Ange_, rig en 1570 et +oeuvre de VASARI. Des trois figures de la Sculpture, de l'Architecture et +de la Peinture, la moins mauvaise, celle de l'Architecture, est de +GIOVANNI DEL OPERE. Si Michel-Ange avait jamais pu prvoir que Vasari lui +lverait un jour un tel tombeau, sa mort certes en serait devenue amre. + +Sur le pilier, au-dessus du bnitier, _Madonna del Latte_, +bas-relief de ROSSELLINO. + +_Cnotaphe du Dante_, affreux monument de 1829. + +_Monument d'Alfieri_ par CANOVA, rig par la comtesse d'Albany. + +_Monument de Machiavel_, de 1787. + +_Tombeau de Lanzi_. + +DOMENICO VENEZIANO (attr. Andrea Castagno). Ces deux petites fresques +reprsentent _Saint Jean-Baptiste_ et _Saint Franois d'Assise_ +sous les traits d'asctes dcharns. La critique a rendu ces peintures +Domenico Veneziano, tant leur ressemblance est frappante avec le tableau +de la salle de Lorenzo Monaco au muse des Offices et tant les figures de +ces deux Saints en semblent dtaches. + +L'_Annonciation_, tabernacle sculpt en 1406 pour la chapelle +Cavalcanti par DONATELLO. Cet ouvrage d'un jeune homme de dix-neuf ans +est le plus pur et le plus suave des hauts-reliefs de Donatello; il s'y +trouve une proccupation d'lgance et de noblesse rares dans ses autres +oeuvres. Dans l'attitude de la Vierge l'affterie coudoie la grce et la +recherche se mle l'motion; debout, retourne vers l'Ange, elle met la +main sur son coeur pour indiquer sa soumission la nouvelle qu'il lui +apporte. Quant la figure de l'Ange, un genou en terre, la main droite +releve, elle est d'un si incomparable mouvement par son expression +idale, par son admirable pondration entre l'action et le mouvement, +qu'elle ne saurait tre dpasse. + +Donatello a plac ses personnages au milieu d'une tonnante architecture +dont les pilastres les enferment dans une sorte de cadre profond. Il a +surmont le fronton de deux petits gnies en terre cuite, premiers et +dlicieux essais de ces figures d'enfants dans lesquelles il tait +destin passer matre. + +Tombeau du secrtaire d'tat florentin _Leonardo Bruni_, mort en +1444, par ROSSELLINO. + +Sur un soubassement form de guirlandes retenues par des enfants, repose +le sarcophage de forme antique, svre et pure, dcor uniquement de deux +anges soutenant le cartouche de l'inscription, tandis que deux autres +anges portent sur leurs ailes tendues la civire o repose la superbe +effigie du dfunt. Cette partie infrieure du monument est d'une grande +beaut; la partie suprieure, un peu lourde, est mal venue. Le sol de +Santa Croce est jusqu' cette hauteur dall de _plaques tombales_ +trs simples des XIVe et XVe sicles, portant presque toutes des +armoiries. + +A partir des transepts, elles deviennent beaucoup plus belles et +remontent, pour la plupart, la fondation de l'glise. Ce sont des +monuments giottesques o les effigies sont sculptes en relief. + ++Transepts+ (Bras droit).--1--_Chapelle Castellani_ ou du +Saint-Sacrement. Elle est dcore de fresques trs abmes d'AGNOLO GADDI +relatives _Saint Nicolas_ et _Saint Jean-Baptiste_ d'une +part, et _Saint Antoine_ et _Saint Jean l'vangliste_ de +l'autre (1380). + +_Saints Franois_ et _Antoine de Padoue_, belles statues en +terre blanche vernisse de LUCA DELLA ROBBIA. + +2--Entre cette chapelle et la suivante, joli petit monument gothique de +1327. + +3--+Chapelle Baroncelli+, aujourd'hui _Giugni_ (extrmit du +transept). + +_Fresques_ de la Vie de la Vierge par TADDEO GADDI (1352-1356), +ouvrage mdiocre. + +4--Sur le mur de droite, _la Vierge la ceinture_, fresque de +Menardi. + +5--+Chapelle droite+ du passage de la sacristie. + +_Le combat de l'archange saint Michel_, fresque du temps de Cimabue. + + + + SANTA CROCE + +_________________________________________________________________________ +| | +| +CHAPELLE CASTELLANI.--TADDEO GADDI+ | +| | +| | | | | +| | | +| ANNONCIATION | VISITATION | JOACHIM | VISION DE | +| | CHASS JOACHIM | +| | | DU TEMPLE | | +| | | +| ______________|______________ | ______________|______________ | +| | | |m | | | |m | +| | | |u | |RENCONTRE A LA| NAISSANCE DE |u | +| | LA NAISSANCE | |r | |PORTE DORE | LA VIERGE |r | +| | DE JSUS | NATIVIT | | |-- | | | +| | ANNONCE AUX | |d | |La plus | [2] |g | +| | BERGERS | |e | |remarquable de| |a | +| | | | | |ces fresques | |u | +| |______________|______________|f | |______________|______________|c | +| | | |o | | | |h | +| | | |n | |PRSENTATION | |e | +| | LA NAISSANCE | |d | |AU TEMPLE. | | | +| | DE JSUS | ADORATION | | |Personnages | MARIAGE DE | | +| | ANNONCE | DES | | |disproportion-| LA VIERGE | | +| | AUX MAGES | MAGES | | |ns. Mauvaise | | | +| | | | | |architecture | | | +| | | | | |du Temple | | | +|__|______________|______________|__|__|______________|______________|__| + + +[Note 2: La femme qui apporte une corbeille sur sa tte, celle qui +tient l'enfant et celle en vert qui est agenouille ct, ont inspir +Ghirlandajo pour le mme sujet Santa Maria Novella.] + + * * * * * + +8--+Chapelle Peruzzi+. Elle contient deux fresques, oeuvres +admirables de GIOTTO, d'une conservation prcieuse. + +Celle de droite reprsente les _Funrailles de Saint Jean +l'vangliste_. Le saint s'lance de sa tombe vers le Christ qui vient +le chercher. D'un mouvement souple et plein de vie il s'lve vers Jsus +qui l'attire lui et l'enveloppe de ses rayons, tout en planant dans le +ciel. Autour de la fosse bante se presse le groupe des disciples de +Saint Jean, qui contemplent tonns la scne prodigieuse accomplie sous +leurs yeux. Quelques-unes de ces figures peuvent compter parmi les plus +admirables crations des Trecentisti; le disciple pench vers le tombeau +pour s'assurer qu'il est vide, celui qui d'un superbe mouvement s'abrite +les yeux pour n'tre pas aveugl par les rayons divins et enfin une +figure de vieillard absorb dans la prire sont des oeuvres magistrales. + +La fresque de gauche, d'un sentiment plus archaque, est consacre +l'histoire de _Saint Jean-Baptiste_ et prsente en deux parties, +gauche, la dcollation, le festin d'Hrode, la danse de Salom, et sur la +droite, la remise Hrodiade de la tte de saint Jean, par Salom +genoux. + +Les autres fresques places au-dessus des prcdentes, compltent +l'histoire des deux Saints, mais elles ont t tellement restaures qu'il +est impossible d'y retrouver la facture large et les belles qualits du +matre. + + + SANTA CROCE +_________________________________________________________________________ +| | +| CHAPELLE PERUZZI.--(GIOTTO) | +| ________________________________ _______________________________ | +| | | | | | | +| | | | | | | +| | SAINT JEAN L'VANGLISTE | | | ZACHARIE CHASS | | +| | A PATHMOS | | | DU TEMPLE | | +| | | | | | | +| |_______________________________| | |_____________________________| | +| | | | | | | | +| | | | |ZACHARIE ORDONNE| NAISSANCE | | +| | RSURRECTION | | |QUE SON FILS | DE SAINT | | +| | DE DRUSANIA | | |S'APPELLE JEAN | JEAN- | | +| | | | | | BAPTISTE | | +| |_______________________________| | |________________|____________| | +| | | | | |SALOM | | +| | | | | |APPORTE A | | +| | MORT DE SAINT JEAN, | | |REPAS D'HRODE. |HRODIADE | | +| | IL EST ENLEV AU CIEL | | |DANSE DE SALOM.|LA TTE DE | | +| | | | | |SAINT JEAN | | +| |_______________________________| | |________________|____________| | +| | | +| | | +| _Mur de droite_ | _Mur de gauche_ | +| | | +|_______________________________________________________________________| + + + +9--+Chapelle Bardi+.--Sur ses deux murs GIOTTO a reprsent la +_Lgende de Saint Franois d'Assise_. Malheureusement ces fresques, +dcouvertes en 1853 sous le badigeon, comme celles de la chapelle +Peruzzi, ont subi de telles restaurations qu'il ne reste plus que l'ide +potique et leve de la composition. + +10--+Le Choeur+ est dcor de fresques d'AGNOLO GADDI consacres +l'_Invention de la Croix_, XIVe sicle; compositions un peu grises, +d'un mdiocre intrt. + ++Transept gauche+.--11, 12, 13.--Chapelles sans intrt. + +14--+Chapelle dei Pulci+.--Fresques de BERNARDINO DADDI. +_Martyres de Saint tienne et de Saint Laurent_. + +Sur l'autel, _bas-relief_ de JEAN DELLA ROBBIA. + +15--+Chapelle Saint-Sylvestre+.--_Fresques de Saint +Sylvestre_, par MASO DI BANCO, XIVe sicle. + +Tombeau de _Uberto di Bardi_, dont le sarcophage sculpt occupe la +partie infrieure. + +Autre tombeau du XIVe sicle; ces monuments appartiennent l'cole +Pisane et sont encastrs sous de profondes niches ogivales. + +16--+Chapelle Nicolini+. + +17--+Chapelle Salviati+, o se trouve le fameux _Crucifix de +Donatello_ fait en concurrence avec celui de Brunelleschi plac +Sainte-Marie Nouvelle. + ++Nef de gauche+.--_Monument_ du secrtaire d'tat _Carlo +Marsuppini_, mort en 1445, par DESIDERIO DA SETTIGNANO. Plac en face +de celui de Bruni, il en reproduit la disposition gnrale, mais avec +plus de richesse et peut-tre aussi plus de manirisme. + + + SANTA CROCE +_________________________________________________________________________ +| | +| CHAPELLE BARDI--GIOTTO (Fresques) | +| ________________________________ _______________________________ | +| | | | | | | +| | | | | | | +| | APPROBATION DE LA RGLE | | | SAINT FRANOIS S'ENFUIT | | +| | DE SAINT FRANOIS | | | DE LA MAISON PATERNELLE | | +| | | | | | | +| |_______________________________| | |_____________________________| | +| | | | | | | +| | | | | APPARITION DE | | +| | PREUVE DU FEU | | | SAINT FRANOIS | | +| | DEVANT LE SULTAN | | | AUX RELIGIEUX | | +| | | | | D'ARLES | | +| |_______________________________| | |_____________________________| | +| | | | | | | | +| |SAINT FRANOIS |SAINT FRANOIS| | | | | +| |MALADE BNISSANT|APPARAISSANT | | | FUNRAILLES DE | | +| |LES MOINES DU |A UN VQUE | | | SAINT FRANOIS | | +| |COUVENT D'ASSISE| | | | [3] | | +| |________________|______________| | |_____________________________| | +| | | +| | | +| _Mur de droite_ | _Mur de gauche_ | +| | | +|____________________________________|__________________________________| + +Note 3: _Le saint tendu sur une civire est +entour de moines agenouills dont les attitudes expriment la profonde +douleur. + +A gauche, le clerg avec bannires de deuil telles +qu'elles sont encore employes aujourd'hui. + +Dans le haut, le saint est enlev au ciel par les anges_] + + * * * * * + +_Monument de Galile_. + ++Sacristie+. + +(Le couloir qui s'ouvre dans le bras droit du transept conduit la +sacristie et la chapelle des Mdicis.) + +La sacristie est une admirable salle carre dont la charpente apparente a +conserv sa dcoration primitive. Elle est entoure sur deux cts +d'armoires basses du XIVe sicle, en marqueterie de citronnier et +d'bne dessins gomtriques. En arrire de ces armoires, le mur est +revtu d'un lambris du XIVe sicle galement en marqueterie, dont chaque +panneau est spar par des pilastres arabesques toutes diffrentes et +rajoutes au XVe sicle. Les admirables vitrines et les lambris qui +entourent le reste de la sacristie sont l'oeuvre de BENEDETTO DA MAJANO, +et rien n'est plus simple et plus riche la fois que la mosaque de bois +traite de manire faire presque partie de l'architecture. Ces vitrines +contiennent des missels dont quelques-uns sont fort beaux. + +Le mur de droite est dcor de trois grandes fresques, _le Chemin de la +Croix_, _la Crucifixion_ et _la Rsurrection_. + +Une magnifique grille du XIVe sicle, en fer forg, spare la sacristie +de la chapelle Rinuccini ouverte en face de l'entre. Cette chapelle est +dcore des fresques excutes en 1365 par GIOVANNI DA MILANO dans la +manire de Giotto ou, mieux encore, dans celle de son matre Taddeo +Gaddi, avec un sentiment plein de charme et de mouvement et une +perspective des mieux observes, pour l'poque. + +A la vote, les _vanglistes_ peints fresque, et au-dessus de +l'autel, le retable _Vierge et Saints_ sur fond d'or, sont galement +de GIOVANNI DA MILANO. + ++La chapelle des Mdicis+ fut construite par MICHELOZZO pour Cosme +l'Ancien, le Pre de la Patrie. De chaque ct de l'autel, petits +bustes de _Saint Franois_ et de _Saint Bernard_ d'ANDREA DELLA +ROBBIA; au-dessous, _Vierge_ avec des _Saints_: figures +dtaches en blanc sur un fond bleu galement d'ANDREA; enfin, sur la +porte, le _Christ entour de deux anges_, du mme. + +Bas-relief en marbre de l'cole de Donatello _Vierge accroupie avec +l'Enfant_ entre ses genoux et un groupe de trois anges. + +Enfin, _Tabernacle_ de MINO DA FIESOLE, dont l'entre est garde par +quatre anges en haut relief. + + + + SANTA CROCE + SACRISTIE.--CHAPELLE RINUCCINI.--FRESQUES DE GIOVANNI DI MILANO +__________________________________________________________________________ +| | | +| _Mur de droite_ | _Mur de gauche_ | +|MADELEINE LAVE LES PIEDS DU CHRIST. | | +|LES SEPT PCHS CAPITAUX SOUS LA | | +|FORME DE CHAUVES SOURIS S'ENVOLENT | JOACHIM CHASS DU TEMPLE | +|AU-DESSUS DU TOIT. | | +|_Les perspectives de cette fresque | | +| sont remarquables_ | | +| [1] [2] | | +|__________________________________ | _________________________________| +| | | | | | | +| | | | |RENCONTRE A LA | NAISSANCE DE | +| JSUS CHEZ | | | |PORTE DORE | LA VIERGE | +| MARTHE ET MARIE | RSURRECTION | | |-- | | +| | DE LAZARE | | |La plus | | +| [3] | | | |remarquable de | | +| | | | |ces fresques | | +|__________________|_______________| | |________________|________________| +| | | | | | | +| | | | | | | +|APPARITION A | MIRACLE | | | | | +|MARIE MADELEINE. | DE SAINTE | | | PRSENTATION | MARIAGE DE | +|LES SAINTES FEMMES| MARIE | | | AU TEMPLE | LA VIERGE | +|AU TOMBEAU | MADELEINE | | | | | +| | | | | [5] | | +| [4] | | | | | | +|__________________|_______________|_|_|________________|________________| + + +[Note 1: Serviteur desservant descendant un escalier.] + +[Note 2: Serviteur apportant un plat par une porte entr'ouverte.] + +[Note 3: Cette fresque est traite avec un ralisme tonnant, Marie +accroupie devant Jsus, Marthe en tablier de cuisine.] + +[Note 4: Ce groupe est admirable, ainsi que les trois Anges qui +l'arrtent l'entre du tombeau.] + +[Note 5: Cette fresque est curieuse comparer avec celle de Taddeo +Gaddi de la chapelle Castellani dont elle reproduit exactement les +dispositions, bien que lui tant trs suprieure.] + + * * * * * + ++Le premier clotre+, bti par ARNOLFO DEL CAMBIO, s'tend droite +de Santa Croce; il est de forme irrgulire; la galerie qui longe le mur +de l'glise gauche est un niveau plus lev que les autres, il faut y +accder par un escalier; derrire ses belles arcades en marbre noir et +blanc, les murs sont dcors de fresques trs effaces de l'cole de +Giotto, au-dessus desquelles sont alignes les armoiries sculptes des +familles qui reposent dans le Campo Santo, les Alamanni, les Pozzi, les +della Torre, etc... + +Au milieu du clotre s'lve la statue de Dieu le Pre, une des moins +mauvaises de Baccio Bandinelli. Sur le ct qui fait face l'entre se +trouve la +chapelle des Pazzi+, rendus clbres par la conspiration +contre les Mdicis. Elle a t construite en 1420 par BRUNELLESCHI et est +un des plus lgants, des plus purs spcimens de l'architecture +classique. Elle est prcde d'un vestibule dont la vote en berceau +repose sur six colonnes chapiteaux corinthiens, au milieu desquelles +s'ouvre une grande arcade coupant une ravissante _frise_ compose de +petits mdaillons contenant des ttes de chrubins sculptes par +DONATELLO. + +Toutes ces petites ttes, plus charmantes les unes que les autres, sont +varies l'infini et ont chacune leur expression. + +La vote du vestibule, la hauteur de la grande arcade mdiane, est une +coupole cassettes mailles de diverses couleurs. Une seconde frise +avec des ttes de chrubins rgne galement sous le portique et s'tend +sur le mur de la chapelle; les mdaillons en terre cuite qui la composent +sont dus DESIDERIO DA SETTIGNANO. + ++L'intrieur+ de la chapelle, en forme de croix grecque, est orn de +pilastres corinthiens en granit; malgr sa petitesse, l'harmonie de ses +proportions en fait une oeuvre parfaite. Elle est surmonte d'une coupole +dont les pendentifs sont orns de quatre mdaillons en terre maille +polychrome des DELLA ROBBIA, reprsentant les quatre vanglistes +accompagns de leurs attributs. Enfin, sa partie suprieure est dcore +de douze superbes mdaillons de LUCA DELLA ROBBIA, reprsentant les douze +Aptres assis. + ++L'ancien rfectoire+ se trouve sur le ct droit du clotre; le mur +du fond a conserv les fresques qui dcoraient entirement la salle. Dans +le bas est un trs curieux et trs beau _Cenacolo_ de TADDEO GADDI, +o le Christ et les Aptres sont simplement figurs assis derrire la +table, sans qu'aucun dtail d'architecture ou aucune fantaisie +imaginative attnue la grandeur de la scne. Judas, trs laid, isol en +avant, est seul ne pas avoir la tte entoure du nimbe dor en relief +dont sont encadres celles de Jsus et des autres Aptres. + +Au-dessus de cette belle composition est une grande fresque de FRANCESCO +DE VOLTERRA (fin du XIVe sicle) dont le sujet, des plus intressants, +montre le _Christ en croix entour du groupe des Saintes Femmes_; +saint Franois genoux devant la croix l'embrasse. La croix forme la +souche de l'arbre gnalogique des Franciscains, entre les rameaux duquel +sont reprsents tous les membres clbres de l'ordre. Sur les cts sont +quatre scnes de la _Lgende de saint Franois d'Assise_. Enfin +gauche du rfectoire s'ouvre une petite salle o une fresque de Giovanni +reprsente _la Multiplication des pains_, miracle opr par saint +Franois. + + + SANTA CROCE + + RFECTOIRE + L'Arbre gnalogique de Saint Franois + et de l'ordre des Franciscains + + FRANCESCO DA VOLTERRA +__________________________________________________________________________ +| | | | | +| | | | | +| | | | | +| St FRANOIS | | | St FRANOIS | +| | | | | +| RECEVANT | | | TENT | +| | | | | +| LES | | | PAR | +| | | | | +| STIGMATES | | | LE DIABLE | +| | | | | +| | | | | +|__________________| | |_________________| +| | | | | +| | | | | +| | | | | +| | | | | +| | | | | +| St FRANOIS | | | LA | +| | | | | +| | SAINTES | RELIGIEUX | MADELEINE | +| ET | | | | +| | FEMMES | | | +| | | | | +| St BENOIT | | | | +| | | | | +| | | | +| | SAINT FRANOIS | | +| | | | +| | | | +|__________________|___________________________________|_________________| +| | +| | +| LA CNE DE TADDEO GADDI | +| | +|________________________________________________________________________| + + + ++Le second clotre+, construit par BRUNELLESCHI, s'tend droite du +premier et appartient aujourd'hui la caserne tablie dans l'ancien +couvent des Franciscains. + ++SAN AMBROGIO+.--A gauche de l'entre on a dcouvert un fragment de +fresque de l'cole de GIOTTO, reprsentant _le Martyre de Saint +Sbastien_. Le Saint est attach un pilastre, les pieds reposant sur +une console place une certaine hauteur, de sorte que les archers qui +lui dcochent des flches tirent en l'air, tandis qu'un ange lui apporte +la palme du martyre. Sur le ct gauche de la nef est une petite niche +sculpte, dont les montants sont couverts d'arabesques; elle contient une +charmante statuette de _Saint Sbastien_, oeuvre de LEONARDO DEL +TASSO (XVe sicle); les deux anges en grisaille, peints dans la partie +suprieure, et la petite Annonciation qui est place dessous dans un +mdaillon sont de FILIPPINO LIPPI. + +La chapelle gauche du choeur est dcore d'une fresque de COSIMO +ROSSELLI, reprsentant le _Miracle de l'Enfant Jsus_ apparaissant +dans le ciboire pendant la communion. La scne se passe au seuil d'une +glise, devant un palais, et prsente une foule de personnages costumes +florentins du XVe sicle, trs habilement groups (1486). + +Au fond de la chapelle, un _tabernacle_ en marbre blanc, de MINO DA +FIESOLE, reproduit le mme miracle. + + + + +RIVE DROITE (EST)----+DE SANTA CROCE A SAN MARCO+ + +SANTA MADDALENA DE PAZZI; SANTA MARIA NUOVA, MUSE +ARCHOLOGIQUE ET DES TAPISSERIES, INNOCENTI, SANTA ANNUNZIATA, +ACADMIE, GLISE ET COUVENT SAN MARCO, LO SCALZO. + + +_SAINTE MADELEINE DES PAZZI+ (1, Via delle Colonne).--+La salle du +Chapitre+ contient une grande fresque du PRUGIN, _le Christ en +croix_, peinte entre 1492 et 1496, l'ouvrage le plus important que +Florence possde de l'artiste, matresse oeuvre par la noblesse des +figures, la gravit des attitudes, la richesse du coloris et enfin la +beaut du paysage. Le Christ sur la Croix avec la Madeleine plore, +comme crase de douleur ses pieds, occupe le milieu de la fresque. +Spars du groupe principal par des pilastres et des arcatures se +trouvent la Vierge et saint Benot d'un ct et saint Jean avec saint +Bernard de l'autre. Le rel dfaut de ce parti pris a t de couper +l'action o les personnages, isols et spars les uns des autres par +l'architecture, ne semblent pas relis la scne principale dont +l'intrt rside dans le groupe de la Madeleine et du Christ. + ++ARCISPEDALE DE SANTA MARIA NUOVA+.--Ce grand hpital fut fond au +XIVe sicle par Falco Portinari, le pre de la Batrice du Dante. La +faade de +l'glise San Egidio+ qui en dpend fut au XVIe sicle +augmente d'un portique, oeuvre de Buontalenti, sous lequel deux fresques +trs restaures sont intressantes en ce qu'elles sont ce qu'au XVe +sicle on appelait des fresques de _Crmonie_, c'est--dire des +compositions destines commmorer un vnement. L'une, par LORENZO DE +BICCI, fut peinte en 1420 et reprsente la conscration de l'glise par +le cardinal Correz, en prsence du pape Martin V. L'autre, excute en +1435 par GHERARDO, rappelle les privilges accords l'hpital par le +pape Martin V, la requte du cardinal Correz. + +La porte de l'glise San Egidio est dcore du _Couronnement de la +Vierge_ (1420), bas-relief en terre cuite de LORENZO DE BICCI. A +l'intrieur, derrire l'autel, a t plac un charmant bas-relief en +bronze maill d'ANDREA DELLA ROBBIA, _la Vierge et l'Enfant_. Le +dlicat tabernacle du matre-autel est l'oeuvre commune de ROSSELLINO et +de GHIBERTI. Les anges en adoration sont du premier, et le bas-relief en +bronze de la porte fait d'autant plus honneur au second qu'il est d'une +plus grande simplicit. + ++GALERIE DE PEINTURE DE L'HOPITAL+ (25 et 29, place Santa Maria +Nuova). + +N 104.--ANDREA DEL CASTAGNO. _Crucifiement_. Lunette provenant du +clotre de l'hpital. Le Christ est entre la Vierge, saint Jean et deux +bndictins agenouills. Les figures de la Vierge et de saint Jean, +animes par la plus grande des douleurs, sont de premier ordre. + +(Au n29, sur le pilier du premier tage.) + ++A+.--Bas-relief en terre cuite rehausse de peintures, _la +Vierge, l'Enfant, Saint Jean et deux Anges_ de l'cole de Donatello. + ++F+.--Admirable haut relief en terre cuite du VERROCCHIO. La Vierge, +en buste, tient l'enfant debout sur un coussin. Verrocchio a certainement +model d'aprs nature ce groupe d'une beaut et d'une vrit accomplies. + ++Salle I+.--Nos 48, 49, 50.--HUGO VAN DER GOES. _L'Adoration des +Mages_, triptyque peint Bruges, vers 1400, pour Francesco Portinari, +agent des Mdicis dans cette ville. C'est l'ouvrage le plus important et +le chef-d'oeuvre de ce matre excellent. Si le sujet principal, +l'Adoration des Mages, est d'un ensemble plutt dfectueux avec des plans +mal observs et des figures sans lgance ni charme, les dtails sont en +revanche d'une rare perfection et la coloration d'une fracheur et d'un +clat incomparables. Les deux volets, de toute beaut, furent pour le +portrait l'cole o les artistes florentins du XVe sicle vinrent +apprendre leur art. Sur le volet de gauche, le donateur, Francesco +Portinari, et ses deux jeunes fils sont agenouills en avant de leurs +patrons, saint Antoine abb et saint Mathieu. Sur le volet de droite, sa +femme agenouille lui fait face; coiffe du hennin et vtue du riche +costume flamand, elle est accompagne de sa fille, jeune enfant d'une +dizaine d'annes; leurs visages, ainsi que ceux de sainte Marguerite et +de sainte Madeleine debout derrire elles, respirent la srnit et +portent l'expression idale des figures des Memling et des Van der +Weyden. + ++N23+.--BOTTICELLI. _Vierge et l'Enfant, Saint Jean-Baptiste et +anges_. + +Cette oeuvre de sa jeunesse a longtemps t attribue Fra Filippo Lippi, +tant il y est encore influenc par la manire de son matre. La Vierge se +penche vers l'Enfant couch sur ses genoux qui lui tend les bras, tandis +que deux anges dlicieux les contemplent. La tte, entoure de lgers +voiles d'une disposition complique, est ravissante de grce. + +N 71.--FRA BARTOLOMMEO. _Le Jugement dernier_. Cette grande +fresque, peinte de 1498 1499, est malheureusement mal conserve. Elle +n'en constitue pas moins, telle qu'elle est, un ouvrage d'une haute +porte artistique, premire oeuvre o l'art italien ait uni au sentiment +profond des primitifs, la noblesse et la beaut des formes, telles que +les concevait la Renaissance. + +Par la belle ordonnance du demi-cercle o sont rangs les Saints, par la +rigoureuse observation de la perspective, par la profondeur de +l'inspiration, cette composition est si remarquable que Raphal l'a +place, presque intgralement, dans la partie suprieure de la Dispute du +Saint-Sacrement, peinte, en 1508, pour les chambres du Vatican. + ++L'ANCIENNE GLISE SANTA MARIA DEGLI ANGIOLI+ (Via degli Angioli) +sert de bibliothque l'hpital. Dans un de ses clotres est conserve +une belle fresque d'ANDREA DEL CASTAGNO, le _Christ en Croix entre la +Vierge, saint Jean, la Madeleine_ au pied de la croix et deux +bndictins agenouills de chaque ct, composition d'un sentiment et +d'une facture admirables. + ++MUSE ARCHOLOGIQUE, PALAIS DE LA CROCETTA+. +Le premier +tage+ renferme le Muse gyptien et deux des plus riches collections +qu'ait l'Italie en antiquits trusques et en numismatique italienne du +moyen ge et de la Renaissance. + +Le MUSE TRUSQUE se compose des objets dcouverts dans des fouilles +faites Chiusi, Orvieto, Grossetto et dans les nombreuses ncropoles +mises au jour autour de ces villes. + ++La Salle II+ contient dans des vitrines toute la srie des vases +trusques depuis l'poque la plus recule jusqu' l'apoge de cet art +(VIe sicle avant J.-C.). + +Ces vases contenaient les offrandes aux morts ou servaient d'urnes +cinraires; ils sont, en grande partie, dcors des emblmes relatifs +leur emploi, soit de colombes ou de coqs chargs d'carter des cendres +les mauvais esprits, soit de panthres ou de cavaliers symbolisant, les +uns les animaux dvorants, les autres le transport des mes. Les poteries +de ce temps, presque toutes en terre noire, ont des formes admirables. + ++La Salle IV+ renferme une trs belle collection de petits bronzes +trusques d'un grand intrt: groupes, candlabres, armures avec traces +de dorure, miroirs, etc., etc. + ++La Salle V+ possde quelques pices hors ligne. + ++A+.--Statue de Minerve de grandeur naturelle, superbement drape. +La tte a un grand caractre, les orbites vides des yeux taient remplis +par des pierres prcieuses (Arezzo). + ++B+.--Statue d'orateur; portrait de Metellus, fils de Vesia, citoyen +de Chiusi (IIe sicle avant J.-C.). Cette pice clbre a t dcouverte +prs du lac Trasimne (1570). + ++C+.--Chimre affectant la forme d'un lion; sa queue, faite d'un +serpent, vient mordre une tte de bouc greffe sur le dos de l'animal. +Cette tte fantastique, remarquable comme mouvement et comme tude +approfondie de la forme, appartient la plus belle priode de l'art grec +(IVe sicle avant J.-C.) (Arezzo) + ++D+.--_Situla_, petit vase suspendu, de la plus belle poque +trusque, il fut trouv Bolsne en 1871. Primitivement dor, orn de +bas-reliefs de la plus extrme finesse, il reprsente Vulcain ramen +l'Olympe par Bacchus et Ariane. + +Une vitrine isole renferme des merveilles. + +N 1.--_Tte de jeune homme_ (IIe sicle avant J.-C.). + +N 2.--Statuette de _Bacchus avec un gnie ail sur les paules_ +(IVe sicle avant J.-C.). + +N 3.--_Statuette de Jupiter_ (copie grecque du IIe sicle avant +J.-C., d'aprs Phidias). + +N 4.--Statuette de _Castor conduisant un cheval_ (art trusque +d'aprs l'art grec, IVe sicle avant J.-C.). + +N 5.--_Minerve Medica_. + +N 6.--_Athn_, statuette trs archaque. + +N 9.--Statuette d'_Hercule_ (IIIe sicle avant J.-C.). + ++Salle IV+.--Au milieu de la salle, le fameux _Vase Franois_, +ainsi nomm de son premier propritaire, est orn de peintures divises +en bandes sur lesquelles sont reprsentes les chasses de Mlagre, +Thse et le Minotaure, le combat des Lapithes et des Centaures, les +funrailles de Patrocle, les noces de Ple et de Thtis, la procession +des dieux quittant l'Olympe pour y assister, Bacchus et Vulcain, un +combat des Pygmes contre les Grues, et enfin, sur les anses, la lutte +autour du corps d'Achille. Cette belle oeuvre grecque est du VIe sicle +avant J.-C. + ++Salle VIII+.--_Sarcophage_ en terre cuite de _Larthia +Seranthia_. La dfunte, le torse redress sur son lit funbre, le bras +gauche relev sur un coussin, tient un miroir et procde sa toilette. +Ce splendide monument de la plastique chiusienne a conserv de nombreuses +traces de peinture (IIe sicle avant J.-C.). + ++Salle IX+.--I. _Sarcophage en albtre_, non dcor de +sculptures, mais peint tempera, de scnes reprsentant les combats des +Lapithes et des Centaures (art trusque, Ve sicle av. J.-C). + +II. _Sarcophage en albtre_ ayant conserv les traces de sa +dcoration polychrome. Sur le couvercle en ronde bosse, le mari, le torse +nu, appuie la main sur l'paule de sa femme assise ses pieds qui relve +son voile pour le regarder; elle porte un collier d'or et ses cheveux ont +conserv leur peinture rouge (Ve sicle avant J.-C.). + +III. _Sarcophage de pierre_ galement en ronde bosse. Aux pieds du +dfunt, une Parque accroupie lui montre le rouleau de sa vie termine. + +IV. _Statue cinraire_ en terre cuite de la Mater Matuta des +Chiusiens. Elle est assise dans un fauteuil, tenant dans ses bras un +enfant couch. La tte mobile sert de couvercle l'urne contenue dans +l'intrieur du corps (Ve sicle avant J.-C.). + +DEUXIME TAGE. +GALERIE DES TAPISSERIES (ARAZZI)+.--La plupart des +tapisseries proviennent de la fabrique de Florence fonde par le +grand-duc Cosme Ier sous la direction de Nicolas Karcher et de Jean van +Boost de Bruxelles. Aprs leur mort, l'atelier fut tenu par des Italiens +et devint une vritable cole, si bien que ce fut Pierre Lefvre, +franais d'origine et directeur vers 1630, qui, appel avec un brevet par +Louis XIV en 1648, cra aux Tuileries un atelier o seraient appliqus +les procds italiens et dvelopps les procds franais des +manufactures riges sous Henri IV, tandis que la manufacture de +Florence, ds 1744, cessait d'exister. + ++Salle I+.--Brocarts des XVme, XVIe et XVIIe sicles. + ++Salle II+.--Devant l'autel de Sainte-Marie Nouvelle, _le +Couronnement de la Vierge_, superbe broderie du XVe sicle. + ++Salles III, IV, V+.--Broderies et toffes. + ++Salle VI+.--Tapisseries de Florence aux armes des Mdicis (XVIIe +et XVIIIe sicles). _Les quatre lments_ d'aprs Moro. + ++Salle VII+.--Tapisseries flamandes du XVIe sicle. + ++Salle VIII+.--Tapisseries de Florence (XVIe sicle). + ++Salle IX+.--Suite des mmes tapisseries. _Ensevelissement du +Christ_ (Florence, XVIe sicle). + +Nos 118 et 119.--_Ecce Homo_ et _Dposition_ (Florence, XVIe +sicle). + ++Salle XII+.--_Histoire d'Esther_. Trois tapis sries des +Gobelins d'aprs Audran, XVIIIe sicle, splendides pices de cette suite +connue. + ++Salle XIII+.--Suite de l'_Histoire d'Esther_. Les costumes +turcs, remarquables, sont interprts avec la fantaisie du XVIIIe +sicle. + ++Salle XIV+.--Trois tapisseries flamandes du XVIe sicle tisses +d'or. + +N 74.--Srie de tapisseries du XVIe sicle reprsentant des ftes +donnes l'occasion du mariage d'Henri II et de Catherine de Mdicis. + ++Salle XV+.--Nos 67, 68, 69.--Suite de la mme srie. + ++Salle XVI+.--Six bandes de tapisseries allemandes du XVIe sicle, +_Histoire de David et de Bethsabe_. + +N 66.--_Baptme du Christ_ (Flandres, XVe sicle). + ++Salle Galerie XVII+.--Nos 67, 68.--_Enlvement de Proserpine_ +et _Chute de Phaton_, d'aprs les cartons de Bernin (Florence, +XVIIIe sicle). + +Nos 53, 54, 55, 56.--Admirable srie de tapisseries des Flandres du +XVIe sicle. Cette collection, la plus belle du muse, se compose de +quatre pices de grandes dimensions tisses d'or. Les sujets en sont: +_la Cration de l'homme_, _la Cration de la femme_, _la +Tentation_, _Adam et ve chasss du Paradis_. Le paysage, la +composition et le coloris de ces tapisseries sont de toute beaut. + +N 51.--_Triomphe de desse_, d'aprs Coypel (Gobelins, XVIIIe +sicle). + +Nos 42, 50.--_Histoire de Phaton_, d'aprs Allori (Florence, +XVIIe sicle). + ++Salle XIII+.--_Fte champtre_. + ++Salle XIV+.--Cinq scnes de la _Passion_ (Florence, XVIIe +sicle). + ++Salle XX+.--Trois scnes de la mme srie, d'aprs Allori. + ++Salle XXI+.--_Les Douze Mois de l'anne_, d'aprs Bacchiacco +(Florence, XVIe sicle). + ++Salle XXII+.--Sept tapisseries avec grotesques sur fond jaune, +d'aprs Bacchiacco (Florence, XVIe sicle). + ++LA PLACE DE L'ANNUNZIATA+ est borde droite par l'hospice des +Enfants-Trouvs, les _Innocenti_, gauche par la confrrie des +Servi di Maria, btiments identiques, entre lesquels s'ouvre, au fond de +la place, l'glise de l'Annunziata. A l'angle de la Via dei Servi, le +palais Manelli, de 1565, est une construction en brique de Buontalenti. +Au milieu de la place, la statue questre du grand-duc Ferdinand Ierest +la dernire oeuvre de Jean de Bologne, coule en 1608 avec le bronze des +canons enlevs aux Turcs. + +De chaque ct, deux fontaines de Ph. Rocca, places en 1629, sont ornes +de monstres marins. + ++L'HOSPICE DES ENFANTS-TROUVS+ fut construit en 1421 par FRANCESCO +DELLA LUNA, d'aprs les plans laisss par son matre Brunelleschi; il +avait t command par la corporation des tisseurs de soie. Le +rez-de-chausse est bord d'un beau portique prcd de marches qui, du +ct de la place, offre entre ses arcatures des mdaillons en terre +vernisse blanche sur fond bleu, excuts en 1460 par ANDREA DELLA +ROBBIA. Ces mdaillons, au nombre de quatorze, reprsentent chacun un +enfant emmaillot, chef-d'oeuvre de grce et de dlicatesse. Dans ces +figures varies l'infini, la manire d'Andrea diffre dj profondment +du style simple et svre de Luca et se rapprocherait bien plutt, par +une recherche de douceur et de charme excessive, de celui des Ghiberti ou +des Benedetto da Majano. La lunette de la porte de la Chapelle, o l'on +entre par la cour, est occupe par une Annonciation, magnifique +bas-relief maill d'Andrea della Robbia. + +Au-dessus de l'autel de la chapelle +Santa Maria degli Innocenti+, +le GHIRLANDAJO a peint, en 1488, une belle adoration des Mages fortement +influence, semble-t-il, par le Van der Goes de l'hpital Santa Maria +Nuova. Cette page runit un haut degr les qualits du Ghirlandajo; non +seulement il s'y rvle dessinateur mrite et savant coloriste, mais +bien encore dans les moindres dtails il pousse la conscience l'excs +et reste irrprochable comme excution. + +En face des Enfants-Trouvs le btiment des +SERVI DI MARIA+ fut +galement construit, sur les plans laisss par Brunelleschi, par ANTONIO +DA SANGALLO. + ++L'GLISE SANTA ANNUNZIATA+ date de 1250, mais depuis elle fut +agrandie et constamment modifie. Sous le mauvais pristyle qui la +prcde, lev en 1650 par CACCINI, s'ouvrent trois portes. Celle de +gauche donne accs au clotre de l'ancien couvent des Servites, celle de +droite la chapelle des Pucci, et enfin celle du milieu au parvis dcor +de fresques qui prcde l'glise. Ces fresques, abrites maintenant +contre les intempries par une galerie vitre, furent en grande partie +excutes par Andrea del Sarto et sont un des plus beaux monuments du +grand art italien. + ++A+.--_Saint Philippe donnant son habit un malade_. + ++B+.--_Joueurs frapps de la foudre pour s'tre moqus de saint +Philippe_. + ++C+.--_Gurison d'un possd_. + ++D+.--_La mort de saint Philippe_. + ++E+.--_Un enfant guri par le contact du manteau de saint +Philippe_. + +L'artiste excuta ces peintures dans sa jeunesse, vers 1510. Le paysage a +quelque importance, mais n'est pas suffisamment trait; ce ne sont plus +les fonds idaliss et mystrieux des primitifs, et d'autre part les +artistes de l'poque d'Andrea sont encore loin de la perfection des +matres qui rendront plus tard si merveilleusement la nature; ce sont des +oeuvres d'une poque de transition, n'ayant plus les qualits des anciens +matres, sans pour cela avoir encore celles des nouveaux. Dans les +fresques de l'Annunziata les personnages manquent de mouvement, mais leur +dfaut principal est l'absence de la foi profonde, de l'motion et des +sentiments vrais qu'auraient mis dans un tel sujet les Quatrocentisti. + +A droite, deux belles compositions d'Andrea del Sarto sont trs +suprieures aux prcdentes. + +1 _L'Adoration des Mages_ bien groupe, avec le portrait de +Sansovino tourn vers le spectateur, et au premier plan le portrait du +peintre par lui-mme. + +2 _La Naissance de la Vierge_ (1514), reprsente dans une riche +chambre du XVIe sicle avec des femmes portant les beaux costumes de +l'poque. Au milieu de cette fresque remarquable, deux portraits de +femmes dont l'une est la Lucrezia Fede, la terrible femme de l'artiste. + +Les trois mdiocres fresques suivantes sont dues des amis ou des +lves d'Andrea: _Le Mariage de la Vierge_ par FRANCIABIGIO (1513). +_La Visitation_ par le PONTORMO (1516). _L'Assomption_ par +ROSSO (1517). + ++L'intrieur de l'glise+, dcor au XVIIe sicle avec une triste +somptuosit, consiste en une nef unique sur laquelle donnent des +chapelles latrales, et qui aboutit une grande rotonde o se trouve le +choeur entour de chapelles rayonnantes. A gauche de l'entre, sous un +baldaquin du XVIIe sicle de trs mauvais got, s'ouvre la chapelle +della Vergine Annunziata, construite aux frais de Pierre de Mdicis par +MICHELOZZO en 1448. Derrire l'autel, une Vierge miraculeuse, fresque du +XIIIe sicle, est l'objet d'une grande vnration. + +Au-dessus de la porte qui conduit du croisillon gauche au clotre des +Servites est une fresque d'ANDREA DEL SARTO, la Madone au Sac +(_Madonna del Sacco_), peinte en 1525, et justement considre comme +un chef-d'oeuvre; elle est d'une grce charmante avec des figures bien +groupes. Saint Joseph debout, appuy sur un sac, lit ct de la Vierge +assise terre. Prs de la fresque d'Andrea est le _tombeau des +Falconieri_, fondateurs de l'glise: sarcophage support par des +consoles. Dans le deuxime clotre, grande statue de _Saint +Jean-Baptiste_ en terre cuite, bel ouvrage o MICHELOZZO a reproduit +le Saint Jean qu'il avait plac dans le fameux reliquaire du muse du +Dme. + + +ACADMIE DES BEAUX-ARTS (46, Via Ricasoli) + ++Salle I+.--N 31.--BALDOVINETTI. _La Trinit_. + +N 27.--ANGELICO. Retables. + ++Salle Coupole+.--MICHEL-ANGE. _David_.--Le _David_ fut +sculpt en 1501 par Michel-Ange tout jeune, qui fut rappel de Rome tout +exprs pour tirer d'un gigantesque bloc de marbre mal venu, une colossale +statue destine tre place devant le Palais Vieux. Loin d'tre arrt +par cette difficult de mtier, jamais Michel-Ange ne semble avoir t +plus en possession de son admirable talent, plus matre de son art, que +dans cette juvnile figure o la justesse des rapports, la perfection du +model et le fini parfait excitent la plus vive admiration. Le matre a +choisi l'instant o le hros va lancer sa fronde, et l'attente du geste +dcisif est parfaitement marque par l'expression svre et concentre du +visage qui frappe par sa ressemblance avec celui du _Saint Georges_ +d'Or San Michele, ce chef-d'oeuvre de Donatello. + +MICHEL-ANGE. bauche pour un _Saint Mathieu_. C'est la seule bauche +des statues des Aptres que Michel-Ange devait excuter pour Sainte-Marie +des Fleurs, oeuvre infiniment intressante, puisqu'elle permet de saisir +sur le fait son procd de travail et sa proccupation de mener de front +l'tude de la forme et la recherche de l'effet. Dans l'espce de grande +dalle o la statue est encore engage, il semble que le matre ait +dessin au ciseau toutes les valeurs, jusqu' donner l'oeuvre l'aspect +du bas-relief ou produire l'impression d'un puissant et singulier +carton. + + + __________________________________ + | | + | V | + | SALLE DU PRINTEMPS | + | | + |________________________________| + | | + | | + | DESSINS | + | | + |____________________| + | | + | | + _________| SALLE | / + | | D'ANGELICO | Via Ricasoli + | | | \ + | | | + | |____________________|_________________________ + | | | + | | | + | II | SALLE I | E + | | | N + | SALLE | PRIMITIFS | T + | | | R + | A | | + | |_____________________________________________| E + | COUPOLE | | + | | | + | | | + | | COUR | + | | | + | | INTRIEURE | + | | | + | | | + | | | + |_________|_____________________________________________| + | | + | | + | | + | | + | SALLE III | + | | + | | + | | + | | + |_______________________________________________________| + + + ++Grande Salle III+.--N 36.--MASACCIO. _La Conception_. + +Sainte Anne, la Vierge et l'Enfant. Il est intressant de constater dans +cette oeuvre de jeunesse du matre, combien son idalisme d'alors tait +dj combattu par son entranement au ralisme et au naturalisme. + +N 41.--FRA FILIPPO LIPPI. _Couronnement de la Vierge_, oeuvre +tardive de 1441. Ce grand tableau, malheureusement trs abm, est +surcharg de personnages; de plus, comme le sujet principal est plac sur +le second plan, il en perd toute grandeur. Le dfaut ordinaire de Lippi, +qui est de raplatir la tte de ses figures, a t pouss ici un +dsagrable excs. Dans ce tableau, Lippi s'est peint lui-mme genoux +et les mains jointes. + +N 42.--FRA FILIPPO LIPPI. _L'Annonciation_, belle prdelle de 1441. + +Nos 37 et 39.--ANDREA DEL CASTAGNO. _Sainte Madeleine_ et _Saint +Jean-Baptiste_, figures asctiques d'un grand caractre. + +N 38.--ANDREA DEL CASTAGNO. _Saint Jrme en prire_. + +N 32.--GENTILE DA FABRIANO. _Adoration des Mages_. Ce chef-d'oeuvre +clbre fut peint pour Palla Strozzi en 1423. Sorte d'Angelico ombrien, +Gentile voque un monde tout idal, tout fantaisiste; il couvre ses +personnages de vtements somptueux o l'or tient la plus grande place, +mais un or trait la manire des icnes byzantines, c'est--dire en +relief avec des incrustations et des gravures. Son got prononc pour la +zoologie se traduisit par la recherche des animaux extraordinaires qu'il +a figurs dans le cortge des Mages. Peu de tableaux laissent une aussi +dlicieuse impression de posie et de fracheur. + +N 34.--FRA ANGELICO. _La Dposition de la Croix_. Ce chef-d'oeuvre, +d'une simplicit grandiose, est d'une perfection de composition, d'une +profondeur de sentiment, d'une puret de dessin qui en font une des plus +impressionnantes oeuvres du XVe sicle. La croix occupe le centre, et le +corps du Christ en est dtach par saint Jean accompagn d'un groupe de +disciples qui soutiennent le cadavre. D'autres groupes admirables sont +composs de la Vierge, des Saintes Femmes et d'hommes qui contemplent +avec commisration les instruments de la Passion montrs par l'un d'eux. + +Les montants du cadre sont garnis de douze dlicates petites figures de +saints et les trois gbles qui le surmontent reprsentent _la Visite +des Saintes Femmes au tombeau_, _la Rsurrection_ et _l'Apparition la +Madeleine_. Pour bien apprcier cette oeuvre de premier ordre, il faut se +faire un coloris d'une vivacit et d'une crudit de tons rares, mme +chez l'Angelico. + +N 43.--ANDREA VERROCCHIO. _Baptme de Jsus-Christ_. On a longtemps +considr ce tableau comme la seule peinture complte du Verrocchio, mais +on est arriv reconnatre que l'oeuvre, loin d'avoir jamais t acheve +par lui, avait t termine par son lve, Lonard de Vinci. La seule +part attribue maintenant Verrocchio est la figure de saint +Jean-Baptiste et le paysage du fond. L'artiste, avec le caractre plutt +abrupt de son talent et sa passion de l'anatomie et de la vrit, a +trouv un sujet digne de lui dans la figure raliste et asctique du +prcurseur, modele en pleine lumire. Cette partie, un peu dure, forme +un saisissant contraste avec les deux dlicieuses figures d'anges +agenouills que Lonard a traites en clair obscur, avec tout le charme +de son incomparable gnie. + +N 46.--SANDRO BOTTICELLI. _La Vierge, l'Enfant Jsus, la Madeleine, +sainte Catherine, saint Damien, saint Cosme et divers saints_. Un des +premiers ouvrages de Sandro et non des meilleurs. Les figures sont encore +trs influences de celles de son matre, POLLAJUOLO. + +N 47.--SANDRO BOTTICELLI. _Couronnement de la Vierge_. Un des plus +grands tableaux d'autel du matre. + +N 52.--SANDRO BOTTICELLI. _La Vierge sur un trne entre des anges et +des saints_. Ces deux tableaux prouvent surabondamment combien le +talent de Botticelli tait rebelle aux sujets religieux. + +N 49.--FRA FILIPPO LIPPI. La belle _Madone avec quatre Saints_ sous +une architecture, est une des bonnes oeuvres du matre. Elle est +remarquable par la facture des vtements. + +N 50.--GHIRLANDAJO. _L'Adoration des Bergers_, peinte vers 1485, +est peu prs analogue celle des Innocenti. L'influence de Van der Goes +et de l'oeuvre de l'hpital Santa Maria Nuova y est galement sensible. +Cet ouvrage, bien des gards, est excellent; on y retrouve la +scrupuleuse conscience de Ghirlandajo et, grce son coloris plus calme, +il est d'un aspect plus agrable que le retable des Innocenti. + +N53.--PIERRE PRUGIN. _Le jardin de Gethsemani_. + +N 56.--PIERRE PRUGIN. _Crucifixion_. Ces deux tableaux furent +peints par le Prugin vers 1496, c'est--dire cette priode de sa vie +o, par son absence de conviction artistique, il sacrifiait exclusivement + la grce et l'affterie et laissait dans ses compositions une large +place de beaux paysages de convention. + +N 55.--PIERRE PRUGIN. _Assomption_, avec quatre saints dans le bas +du tableau. + +Cette grande composition, trs conventionnelle, date de l'poque des +fresques du Cambio avec lesquelles elle a de grands rapports de manire +(1500). + +N 58.--PIERRE PRUGIN. _Pieta_. Ce tableau clbre est une oeuvre de +jeunesse intressante par sa singulire ordonnance et son architecture +classique. Malheureusement l'expression des visages et l'attitude des +personnages sont toujours de la plus dsolante banalit. + +N 54.--LUCA SIGNORELLI. _La Vierge avec le Christ, deux Saints et les +archanges Michel et Gabriel_. Remarquable tableau d'autel d'un coloris +vif et fondu tout la fois. + +N 57.--FILIPPINO LIPPI. _Descente de Croix_. Ce tableau d'autel, +rest inachev par suite de la mort de Filippino (1504), fut repris et +termin par le Prugin. + +N 59.--ANDREA DEL SARTO. _Quatre Saints_. + +N 63.--Prdelle de ces tableaux avec la Vie de ces Saints. Ces deux trs +belles compositions sont de la mme poque et de la mme manire que les +admirables fresques des Scalzo (1528). + +Il est intressant de constater combien, cette date, Andr del Sarto +tait impressionn par le gnie d'Albert Drer. + +N 66.--FRA BARTOLOMMEO. _Apparition de la Vierge saint Bernard_, +oeuvre de jeunesse (1506) avec encore un peu de scheresse dans les +contours et malheureusement d'une mauvaise conservation. + +N69.--FRA BARTOLOMMEO. _Saint Vincent_. + +Nos 78 et 82.--FRA BARTOLOMMEO. _Ttes d'Aptres_. Ces morceaux de +fresques sont de premier ordre et donnent le plus utile renseignement sur +la hauteur de vues, la noblesse de sentiments et la belle intgrit +artistique du Frate. + ++Salle IV (Salle d'Angelico)+.--Cette salle contient un vritable +trsor d'oeuvres de l'Angelico qui, avec des qualits diffrentes, sont +toutes inspires de son exquise posie symbolique et mystique. + +N 41.--_Le Jugement dernier_. Composition o se meuvent une +multitude de petites figures d'une excution relativement peu soigne +pour l'Angelico. La partie la plus intressante du tableau est constitue +par une ravissante farandole de petits anges qui se droule dans le +Paradis, au milieu d'une prairie maille de fleurs. + +Si Angelico est, par excellence, le peintre des joies clestes, il est +moins apte exprimer l'angoisse et la douleur des damns, aussi la +partie de l'enfer laisse-t-elle dsirer. + +N 16.--Six petits panneaux. _Vies et supplices des saints Cosme et +Damien_. + +Nos 11, 24.--Huit panneaux diviss en compartiments et formant +trente-cinq sujets de la Vie de Jsus-Christ. Ils sont d'ingale valeur +et plusieurs sont de la main de Baldovinetti. Toutefois, quelques-uns, +comme finesse et perfection, sont de vraies miniatures. Parmi ceux-ci: +_la Fuite en gypte_, _la Flagellation_, _le Portement de +Croix_, _Jsus dpouill par les soldats et les Saintes Femmes au +tombeau_ sont hors ligne. + +N 20.--_Couronnement de la Vierge_, petit mdaillon de la plus +grande finesse. + +N 21.--_Le Christ mi-corps, debout dans le tombeau_, entour de +toutes les _scnes de la Passion_. Cette belle conception, +particulirement affectionne par l'Angelico, est d'un dessin large et +savamment model. + +PIERRE LORENZETTI.--Quatre pisodes trs archaques de la _Vie de saint +Nicolas de Bari_. + +N 31.--FRA BARTOLOMMEO. _Savonarole sous l'aspect de saint Pierre +martyr_. + +N 18.--PRUGIN. Beaux portraits de _Baldassare Monaco_ et de _don +Biagio Milanesi_, moines de Vallombreuse. La beaut, la simplicit et +la svrit de ces deux profils de moines les ont longtemps fait +attribuer Raphal comme oeuvre de jeunesse. + ++Salle V+.--Cartons.--Collection d'admirables cartons de Fra +Bartolommeo. + +Carton du _David_, de Michel-Ange. + ++Salle VI+.--N 22.--ANTONIO DEL POLLAJUOLO. _Saint Augustin_, +g. Admirable figure d'vque debout, cross et mitr. + +N 23.--ANTONIO DEL POLLAJUOLO. _Sainte Monique_, superbe figure de +vieille femme, pendant du prcdent. + +N 24.--VERROCCHIO. _Tobie et les trois Archanges_. + +Les archanges Michel, Gabriel et Raphal accompagnent le jeune Tobie +retournant chez son pre. Cette oeuvre admirable est une des premires du +Verrocchio et l'analogie du type des Archanges avec ceux du _David_ +au Bargello et du _Saint Jean-Baptiste_ dans le _Baptme_ de +l'Acadmie est frappante. + +La gravit, la noblesse et la beaut des figures, la minutieuse recherche +des anatomies, le ralisme scrupuleux pouss jusqu'aux moindres plis des +vtements, enfin la posie du dlicieux paysage du fond, tout concourt +placer ce tableau parmi les productions les plus parfaites des +Quatrocentisti. + +N 19.--LUCA SIGNORELLI. _La Madeleine agenouille au pied de la +Croix_. Cette page a la duret et la crudit de couleur trop +ordinaires chez Signorelli, dfauts amplement rachets du reste par la +beaut de la composition et la profondeur et l'motion uniques chez lui. + +Le fond en perspective reprsente la Dposition, la Mise au spulcre, et +la Visite des Saintes Femmes au tombeau. + +N 16.--DOMINIQUE GHIRLANDAJO. _Vierge entre des anges et divers +saints_, excellent ouvrage de jeunesse. + +N 12.--FRA FILIPPO LIPPI. _Naissance de Jsus-Christ_, retable de +mdiocre valeur, seulement intressant comme tant le tableau de l'autel +de la chapelle Riccardi auquel aboutissait toute la composition de +Benozzo Gozzoli. + +Nos 6, 7, 8, 9.--SANDRO BOTTICELLI. _Le Christ +ressuscitant_.--_Salom avec la tte de Saint +Jean-Baptiste_.--_Visions de Saint Augustin_.--_Mort de Saint +Augustin_.--Quatre adorables petits panneaux oblongs. + +N 20.--SANDRO BOTTICELLI. _L'archange Raphal et Tobie_, tableau +trs abm, mais d'un dlicieux sentiment. Les deux figures, rapproches +de celles du tableau du Verrocchio, expliquent l'attribution errone de +cette peinture faite longtemps Sandro. Au bas, petite figure +agenouille du donateur Strozzi, dont les armes occupent le haut du +tableau. + +N 27.--SANDRO BOTTICELLI. _Allgorie du Printemps_, tableau excut +en 1462 sur la commande de Pierre de Mdicis et destin avec celui du +muse des Offices, l'Arrive de Vnus Cythre, sa villa de +Castello. C'est un chef-d'oeuvre de paganisme mythologique, interprt +avec toute la subtilit, tout le raffinement d'un dcadent de la +Renaissance. Il puisa son sujet dans le passage du cinquime livre de +Lucrce, o le pote dcrit ainsi le rveil de la nature: + +Sur l'aile de Zphyr le doux Printemps renat et Vnus daigne sourire +aux champs rajeunis. Sur leurs pas Flore, mre facile, panche ses +parfums et maille les prs de ses dons enchanteurs. + +Comment Botticelli a-t-il traduit la pense de Lucrce? Dans un bois, +figur par des arbres chargs de fleurs et de fruits, dont les +silhouettes noires sont violemment dcoupes sur un ciel ple, s'ouvre +une clairire seme de mille fleurs, traites avec la patiente minutie de +la miniature. Sur ce chemin fleuri s'avance Vnus prcde des Grces et +de Mercure, et suivie de la figure allgorique du Printemps. Flore, +poursuivie par Zphyr, occupe l'extrme droite du tableau, et l'Amour, +les yeux bands, vole au-dessus des groupes en dcochant ses flches. + +Les sept personnages, presque aussi grands que nature, sont traits avec +l'art le plus consomm autant par la perfection du dessin que par +l'agrment du coloris. Les femmes, avec les formes lances et un peu +grles chres Botticelli, sont vtues de gazes transparentes voilant +peine leur belle nudit. Une seule figure, la figure si nigmatique du +Printemps, porte une tunique complique, seme de fleurs sur fond blanc; +les cheveux fauves, coups court, encadrent son dlicieux visage et son +expression trange donne sa physionomie quelque chose de problmatique +et de captivant. Les dimensions de cet ouvrage lui assureraient un rang +part dans l'oeuvre de Botticelli, si d'ailleurs des qualits de premier +ordre ne l'y plaaient de droit. + ++LE COUVENT DE SAN MARCO+, fond par les moines de l'ordre de +Saint-Sylvestre, fut concd aux dominicains par le pape Martin V, sur +les instances de Cosme l'Ancien, leur zl protecteur, auquel l'ordre +devait d'tre rentr Florence aprs en avoir t prcdemment expuls. +Le couvent fut magnifiquement restaur par Michelozzo de 1436 1443, et +Fra Angelico de Fiesole passa plusieurs annes de sa vie le dcorer de +ses fresques. + +Le gnie de Giotto avait contenu en germe toute la peinture italienne, +c'est--dire l'idalisme et le ralisme. Par la grandeur des choses vues +de loin, il rehaussa la vrit des choses vues de prs estompes sur le +vif; en un mot, il conut le premier l'union du symbole et du portrait. + +Un demi-sicle aprs la mort de ce grand homme, alors que s'panouissait +la gnration de ses lves, deux courants se formrent dont la source +remontait galement son gnie. Tandis que des artistes tels que les +Masolino, les Masaccio ou les Fra Filippo Lippi dveloppaient la peinture +dans le sens de la vrit individuelle et du portrait, d'autres, comme +Fra Giovanni de Fiesole, s'attachaient au spiritualisme puis dans +l'oeuvre de Giotto ou inspir par le platonisme de Dante et donnaient le +jour une peinture destine, semble-t-il, illustrer les missels du +Paradis. + +L'Angelico fut la plus haute manifestation de cet art et San Marco la +plus parfaite expression de son talent. + +Les fresques multiples que renferme le couvent ne sont pas des oeuvres +destines la critique ou au jugement d'un nombreux public. Elles +devaient, en dcorant des cellules o personne ne pntrerait, ne servir +qu' l'dification ou l'enseignement des moines, et Angelico pouvait se +livrer, sans proccupation mondaine, tout entier l'inspiration de son +me. Beaucoup de ces fresques, sans recherche d'anatomie ou de dessin +quelconque, sont trs lgrement indiques et c'est parfois de celles o +ces dfauts sont le plus accuss que se dgage l'impression la plus vive; +on les dirait claires par une sorte de lumire intrieure dans le +rayonnement de laquelle, toute trace de procd matriel s'effaant, +elles apparaissent comme dans une atmosphre de pure spiritualit. + +Le mme tat d'me se manifeste au couvent de San Marco dans Baccio della +Porta, dit Fra Bartolommeo, devenu moine en 1501, sous l'impression +terrible qu'avait produite en lui la mort affreuse de son ami Savonarole. +Aprs plusieurs annes passes sans toucher ses pinceaux, il les reprit +par ordre du prieur, et c'est de cette poque que datent toutes ses +admirables compositions religieuses o s'accuse si profondment le tour +extatique et mystique de son esprit. + +Il reste enfin parler du plus clbre des htes de San Marco, de celui +dont le nom a marqu dans l'histoire de son pays, de celui dont la pense +grave et austre tenta la rforme morale et religieuse d'une poque dj +dissolue: de Jrme Savonarole. A la fin du XVe sicle les regrets +causs par l'affaiblissement de la foi et la perte de la libert, les +carts des lettres et les prils de l'indpendance nationale provoqurent + Florence une violente raction politique et religieuse dont l'aptre +fut Jrme Savonarole, un moine mystique doubl d'un tribun. + +Cet homme sut, dans la paenne Florence d'alors, amener une rvolution +complte, il sut tablir une rpublique thocratique anime du souffle +divin et fonder sur la puissance populaire la rforme des moeurs et le +mpris des arts. Il tomba, sous le persiflage des libertins de la +Renaissance, sous les attaques de l'aristocratie, sous les foudres de la +papaut et sous ses propres excs, mais en laissant le souvenir pur d'un +aptre, d'un prophte et d'un martyr. + +Jrme Savonarole naquit Ferrare en 1452, et une vocation irrsistible +l'ayant entran vers les ordres, il entra en 1475 chez les dominicains +de Florence, l'ge de vingt-trois ans. + +Il fut d'abord destin la prdication o, malgr sa foi ardente, son +locution difficile l'empcha de russir. Mais, loin de se dcourager, il +revint l'tude de la Bible et, pendant quatre annes, se voua au +travail, au silence et la solitude. Aussi, quand il quitta, pour +rentrer Florence, le svre couvent de la Lombardie o il s'tait +retir, se considrait-il comme lu par Dieu pour ramener l'Italie la +foi et aux bonnes moeurs par ses menaces et ses avertissements. Il la +regarda dsormais comme les prophtes regardaient la Jude, ne voyant +plus dans son peuple qu'une nation de prdilection, que Dieu, selon les +circonstances, soutenait ou chtiait impitoyablement. + +Ainsi prpar et se croyant marqu du sceau divin, il recommena ses +prdications (1490) et avec des figures et des citations bibliques +flagella ses contemporains et les menaa, dans un langage violent et +pre, d'un redoublement de la colre cleste. La foule ds lors se pressa +autour de lui et il dut abandonner la salle du chapitre de San Marco o +il prchait sous la fresque de l'Angelico, pour le jardin du clotre et +ensuite pour l'glise San Marco. La ville tout entire fut alors +suspendue aux lvres du moine dont la parole terrible menaait l'Italie +des flaux de Dieu: la conqute, la servitude et la ruine si elle ne se +rformait pas dans les moeurs et dans le sicle. + +La popularit de Savonarole lui valut la dignit de prieur et Laurent le +Magnifique, que sa parole inspire commenait effrayer, put esprer que +cette lvation temprerait l'ardeur du moine. Mais cet espoir devait +tre du, car, loin de modrer sa fougue, Savonarole menaa de plus +belle Laurent et Florence des pires chtiments. L'vnement devait lui +donner raison, et l'entre des Franais Milan allait bientt faire du +dominicain une terrible puissance politique et religieuse avec laquelle +il faudrait compter. + +Pierre de Mdicis, le successeur de Laurent, exila Savonarole et lui +interdit l'usage d'une parole qui semblait complice de l'invasion; mais +bientt, Pierre ayant t chass lui-mme, les Florentins rappelaient +leur prdicateur et l'envoyaient en ambassade auprs du conqurant dont +il avait prdit la venue. Si toute son loquence fut impuissante +empcher Charles VIII d'entrer Florence, il obtint du moins l'immunit +pour elle et pour ses habitants et, une fois Charles et les Franais +partis, Savonarole resta le matre de la situation. Mis dans la ncessit +d'organiser un gouvernement, il dut se prononcer sur la meilleure forme +donner la Rpublique et dcrta une constitution dont les principes +taient la crainte de Dieu, l'intrt gnral primant l'intrt +particulier, l'oubli de toutes les anciennes haines, le pardon des +offenses, la remise de toutes les dettes contractes envers l'tat, +l'amnistie pour tous les dlits commis pendant les luttes des factions. + +En donnant force de loi cette paix universelle, Savonarole coupait +court toute recherche du pass, dtournait toutes les vengeances, et +par cela seul les oeuvres de cet homme furent d'abord excellentes. Mais +cette constitution politique devait toujours manquer le rouage essentiel, +celui d'une volont motrice unique. Cette volont, Savonarole la +considrait comme une manation divine, c'tait dcrter la politique de +prophtie et l'illuminisme en permanence. Cependant, voir les prompts +rsultats de son systme, on put croire au couronnement de son oeuvre; en +effet, une transformation radicale s'tait opre dans Florence o l'on +n'entendait plus que des chants religieux, o les femmes se dpouillaient +de leurs parures, o les hommes ne marchaient plus que la Bible en main +et o les artistes abandonnaient les sujets profanes et leurs chres +tudes sur l'anatomie et sur l'antiquit pour se soustraire aux +tentations de la chair. Domin par cette obsession, Fra Bartolommeo se +fait moine, Botticelli brise ses pinceaux, Marsile Ficin et Ange Politien +se dtournent des lettres profanes et deviennent les amis et les +disciples du moine, Machiavel passe de l'tude de Tite-Live celle du +Deutronome et enfin Michel-Ange, pntr de l'esprit mme de Savonarole, +se voue presque exclusivement la peinture et la sculpture religieuses +dans leurs interprtations les plus dsoles et les plus farouches. + +La situation de Savonarole devenait pourtant de jour en jour plus +prilleuse, car l'illuminisme, si dangereux dj dans la direction des +mes, est un cueil insurmontable dans le gouvernement des intrts, et +le moine avait beau dire: Je ne me mle pas des affaires de l'tat, le +peuple florentin, dont il tait devenu le prophte et le juge, exigeait +de lui secours efficace, aide et protection. Ce n'tait pas assez pour +satisfaire Florence, qu'au moment de la seconde campagne d'Italie, +Savonarole et obtenu le dpart de Charles VIII; elle avait espr de +lui, qu'outre la libert reconquise, il lui ferait reprendre les villes +rvoltes contre son autorit, auxquelles le passage des Franais avait +rendu l'indpendance. Aussi les Florentins murmuraient contre Savonarole +et lui faisaient un grief de ce que la Rpublique puist en pure perte +ses condottieri et son argent, comme ils le rendaient aussi responsable +de la disette qui svissait cruellement. + +Si les partisans du prophte et de son gouvernement se refroidissaient +eux-mmes, des ennemis autrement redoutables allaient encore surgir +contre lui. En effet, Savonarole n'avait pas craint d'attaquer avec la +dernire violence le clerg, les moines et jusqu' la papaut, invitant +l'glise quitter les biens du sicle pour la pauvret, l'austrit et +la prire. Il y avait l de quoi veiller les craintes d'un pape tel +qu'Alexandre VI Borgia, et, en juillet 1495, il mettait l'interdit sur +Savonarole et lui ordonnait de comparatre devant lui. Le dominicain ne +tint aucun compte de ces injonctions et continua de plus belle ses +prdications, arguant que l'indignit du chef de l'glise dliait de +toute obissance son gard. Aprs deux ans de tergiversations, +Alexandre se dcida fulminer et lana ses foudres contre Savonarole, le +frappant d'excommunication majeure, comme coupable de dsobissance et +suspect d'hrsie. + +Les Florentins se trouvaient ainsi placs entre leur foi catholique et +leur amour pour le dominicain, si bien qu'une moiti de la ville tait +retourne contre l'autre. + +Cette situation tait encore complique par les incitations haineuses que +Pierre de Mdicis ne cessait d'adresser au pape contre Florence, de sorte +que la Seigneurie, effraye de la double perspective d'un schisme et +d'une guerre galement possibles, se rsolut interdire la parole +Savonarole et lui enjoindre de s'enfermer dans son couvent. + +Celui-ci ne devait pas y rester longtemps en paix, car la premire chose +qu'un peuple exige d'un prophte, quand il commence ne plus croire en +lui, est le signe manifeste de sa mission. On se rappelait Florence la +lgende de Pierre de Feu qui, au XIe sicle, tait entr dans les +flammes pour prouver la simonie d'un vque et qu'on disait en tre sorti +sain et sauf, et peu peu s'tablissait l'ide que le moine dominicain +ne pouvait vraiment faire moins pour prouver qu'il avait raison contre un +pape. + +La foi de ceux qui lui taient rests fidles entrana Savonarole dans +cette voie insense, et de nombreux frres s'tant offerts pour tenter +l'preuve sa place, il fut dcid qu'on essaierait de cet trange moyen +de rendre la paix la ville. + +Aprs avoir dlibr, la Seigneurie dsigna les deux victimes, Dominique +Buonvicini pour Savonarole, et contre lui le frre mineur Franois de +Pouille. Si le dominicain tait brl, Savonarole devait quitter Florence +(1498). Le jour venu, d'interminables discussions s'levrent entre les +dominicains et les franciscains pour savoir s'il convenait d'entrer dans +le bcher avec ou sans vtements, avec ou sans crucifix. Pendant ces +contestations, un violent orage survint et dispersa acteurs et +spectateurs; mais Savonarole faillit tre charp par le peuple furieux +de sa longue attente et exaspr d'avoir t frustr du spectacle qu'il +escomptait; le prophte tait perdu, il n'avait pu faire ses preuves. Ds +le lendemain, le peuple soulev envahissait et saccageait le couvent de +San Marco et le prieur, pour mettre fin aux scnes de tumulte, se faisait +escorter au Palais Vieux et se remettait entre les mains de la Seigneurie +qui, autant pour sauver sa vie que pour donner satisfaction au peuple, le +faisait conduire en prison. + +Mis la torture, Savonarole resta hroque; on fut si loin de lui +arracher des aveux suffisants pour motiver une condamnation, qu'il fallut +qu'Alexandre VI dputt aux juges deux commissaires apostoliques, afin +que le procs aboutt une sentence de mort et permt au tribunal de +condamner tre brl vif un homme dont le seul crime tait de n'avoir +pas fait un miracle pour dlivrer le monde d'un Borgia. Mais, comme le +fait ne tombait sous aucune loi, il fut condamn pour le crime +irrmissible en politique d'tre us et vaincu. + +Savonarole fut, devant la mort, gal lui-mme. Ses dernires paroles +respirrent la fiert et la foi. Lorsque, avant de le livrer au bcher, +on le dclara retranch de l'glise, il s'cria: De la militante, oui; +de la triomphante, non. + +L'opinion de Machiavel sur lui rsume celle des contemporains: S'il +tait sincre, l'Italie a vu un grand prophte; si c'tait un fourbe, +elle a vu un grand homme! + +La vrit est qu'il ne sut ni rformer l'glise force de raison, ni la +renverser, comme le tenta Luther, force de volont. Homme de passion +surtout, il n'eut ni la sagesse de la pondration, ni la force du +rvolutionnaire. + + * * * * * + ++Le couvent+.--Le premier clotre, o l'on entre directement, est +entour de portiques dcors de dtestables fresques de VANNI (1650). +Pourtant il a conserv, au-dessus des lunettes des portes, cinq fresques +de l'Angelico. + +1--_Saint Thomas d'Aquin tenant un livre ouvert sur sa poitrine_. + +2--Au-dessus de l'entre des trangers (forestiera), _le Christ reu +par saint Dominique et saint Thomas d'Aquin_. Il est en plerin revtu +de la peau de mouton, un bourdon la main. + +3--Au-dessus de la porte du rfectoire, un _Christ mort_, sortant +mi-corps du tombeau, est d'une grande et douloureuse expression. + +4 Au-dessus de la salle du chapitre, _Saint Dominique avec la +discipline_. + +5 Au-dessus de la porte communiquant avec l'glise, la fresque appele +_le Silence_ est une des plus hautes compositions o l'me ait t +traduite par la forme; elle reprsente saint Pierre martyr, un doigt sur +la bouche pour rappeler la rgle de l'ordre enjoignant le silence. + +A droite de la porte de l'glise et en face de l'entre du clotre se +trouve une grande fresque o l'ANGELICO a peint _Saint Dominique_ +genoux au pied de la croix qu'il tient embrasse. C'est un de ses rares +ouvrages o les personnages soient de grandeur naturelle; et +exceptionnellement ce dveloppement a t loin de leur nuire, bien qu'ils +aient conserv toute la finesse de la miniature. + +La croix se dtache sur le bleu intense du ciel et la tte du Christ, +lgrement penche, est d'une douceur et d'un renoncement admirables; la +tte extatique de saint Dominique le regarde avec amour et compassion. + ++Le Rfectoire+ possde un _Cenacolo_ peint fresque par +ANTONIO SOGLIANI, en deux parties dont l'infrieure montre des +dominicains table, servis par des anges et la suprieure, le Christ en +croix entour de la Vierge, de saint Jean et de dominicains. Un superbe +encadrement sculpt du XVe sicle avec traces de couleurs a t rapport +dans cette salle; sa dimension fait supposer qu'il a encadr +primitivement la grande fresque de Saint Dominique dans le clotre. + ++La Salle du Chapitre+ est dcore d'une fresque d'ANGELICO, _le +Calvaire_, la plus grande de ses compositions, elle occupe le mur +cintr du fond. + +Loin de l'embarrasser, les proportions de cette fresque ne firent que lui +inspirer un style plus ample, une excution plus large qui, sans lui +enlever rien de sa dlicatesse, le firent gagner en rsolution et en +fermet. Elle est une des dernires oeuvres de l'Angelico g alors de +cinquante-trois ans. + +Le moine a plac la scne, non pas sur un calvaire, comme elle l'est +gnralement, mais dans un lieu caractris seulement par un tertre +jaune, sans perspective, o les trois croix se dtachent sur un ciel +sanglant d'un ton uniforme. Les corps du Christ et des deux larrons sont +les parties les moins bonnes et manquent de dessin par suite de +l'ignorance anatomique dans laquelle l'Angelico avait toujours voulu +rester. + +A gauche, au pied de la croix, le groupe de la Vierge vanouie, soutenue +par saint Jean, l'une des Marie et la Madeleine, feraient honneur aux +plus grands matres, tant la dignit des figures, leur expression, leur +mouvement et le jet des draperies sont vraiment admirables; et la +Madeleine, avec sa tunique rose, dnoue et glissant son insu, est, +dans son dsordre, d'une beaut surprenante. + +Plus gauche, se tiennent saint Jean-Baptiste, saint Augustin, saint +Laurent, saints Cosme et Damien, patrons des Mdicis. A droite, sont +agenouills saint Dominique et les fondateurs d'ordres fameux: saint +Jrme, saint Franois d'Assise, saint Benot, saint Thomas d'Aquin, +saint Pierre martyr. Derrire eux, debout, sont encore d'autres saints, +entre lesquels saint Zenobe, vque, patron de Florence. Tous ces +personnages, dont la douleur est profonde, ont d symboliser, dans la +pense de l'artiste doubl du prtre, le cri d'angoisse de l'glise +cette poque de discorde et de schisme. + +Sous cette fresque, Fra Giovanni a simul une prdelle comprenant +dix-sept mdaillons encadrs dans l'arbre de Jess des dominicains dont +la souche est entre les mains de saint Dominique plac dans le mdaillon +du milieu. Dans les autres mdaillons sont tous les dominicains clbres, +dont les ttes pleines de vie et d'expression se dtachent sur un fond +bleu. + +Dans le passage conduisant au deuxime clotre se trouve, ct de +l'escalier, le +petit Rfectoire+ dcor d'un _Cenacolo_ peint + fresque par DOMENICO GHIRLANDAJO en 1493, copie textuelle de celui +qu'il avait dj peint en 1480 Ognissanti. Celui-ci, de la dernire +manire du matre, est moins parfait que le prcdent. Les figures sont +releves par l'emploi des ors; la table, simplement servie, est parseme +de cerises. + ++Le premier tage+ comprend un large couloir rgnant sur trois cts +et couvert d'une charpente apparente, le long duquel s'ouvre une suite de +portes basses et troites donnant chacune sur une cellule peu leve de +plafond. La monotonie des murs est, d'espace en espace, rompue par une +fresque de l'Angelico. + +N I.--(En face de l'escalier.) _L'Annonciation_. Sous un portique +la Vierge est assise sur un escabeau et adorable de grce et de respect, +s'incline chastement devant l'ange, qu'elle coute avec confiance et +soumission. + +N II--(A gauche de la porte) _Saint Dominique, genoux au pied de la +Croix_, contemple le Christ. Ce sujet, trait avec une grande finesse, +a t reproduit plus grossirement dans beaucoup de cellules par les +lves d'Angelico. + +III.--(Couloir de gauche) Entre les cellules 25 et 26, _Vierge assise +sur un trne_ entour de saints au nombre desquels se trouvent saints +Cosme et Damien, saint Augustin, saint Laurent et saint Pierre martyr, +sous les mmes traits que dans la salle du chapitre. + +Les quarante-cinq cellules sont dcores chacune d'une fresque carre de +petite dimension excute soit par Fra Angelico, soit sous sa direction, +d'o il rsulte une grande ingalit entre ces morceaux, sans que la +profonde et saisissante impression d'unit en soit diminue. + ++Cellule I+.--_Le bon Jardinier_. Apparition du Christ la +Madeleine. + +II.--_Mise au tombeau_. Les trois Saintes Femmes et saint Jean sont +accroupis autour du corps devant le spulcre. A gauche, saint Antoine +s'avance doucement vers eux. + +III.--_Annonciation_. L'Ange debout est d'une grande finesse; la +Vierge agenouille sur un petit banc, les mains croises sur la poitrine, +est dans une attitude trs humble. + +IV.--_Christ en Croix_ sur fond sombre, entour de saint Jean et de +la Vierge, de saint Dominique et de saint Jrme. + +VII.--_Ecce homo_. Le Christ en robe blanche est assis sur un trne +et tient dans ses mains le roseau qui devient un sceptre; le Christ voit + travers le voile dont ses yeux sont couverts. Derrire et autour de lui +sont reprsentes les mains qui l'ont soufflet et la tte de l'homme qui +lui a crach au visage. Toutefois, par une admirable inspiration de la +foi, le peintre n'a pas os la reprsenter couverte, et une main de celui +qui outrage le Christ soulve instinctivement le chapeau. A gauche est +assise la Vierge; droite, saint Dominique semble commenter avec ferveur +le livre ouvert devant lui. Cette oeuvre, admirable dans sa simplicit, +produit une profonde impression. + +VIII.--_Les Saintes Femmes au tombeau_. La Madeleine regarde le fond +du spulcre, sa charmante tte est vue en raccourci et la Sainte s'abrite +les yeux de la main pour ne pas tre blouie par les rayons lumineux qui +entourent le Christ apparaissant radieux au-dessus du spulcre. A gauche, +saint Dominique genoux. + +IX. _Le Couronnement de la Vierge_. Dans la partie suprieure sont +assis Jsus et la Vierge, tous deux draps de blanc; la Vierge joint les +mains et d'un mouvement gracieux se penche en avant pour recevoir la +couronne. + +Dans le bas de la fresque sont agenouills saint Thomas d'Aquin, saint +Dominique, saint Franois, saint Pierre martyr, et deux autres saints. + +X.--_La Circoncision avec Saint Pierre martyr_, joli profil de la +Vierge debout. + +XI.--_La Vierge sur un trne, entre un vque et Saint Thomas +d'Aquin_. + +L'appartement du prieur est l'extrmit du couloir et comprend: + +XII.--Antichambre avec trois fresques de Fra Bartolommeo. + +XIII.--Cabinet de travail. + +XIV.--Cellule. + +Ces deux pices, les seules qui ne soient pas dcores de fresques, ont +t habites par Savonarole dont elles conservent des souvenirs. Les plus +intressants sont: la bannire qui le suivait partout: elle est en toile +avec un Christ peint sur ses deux faces par l'Angelico; une copie d'un +tableau de l'poque reprsentant son bcher dress sur la place de la +Seigneurie; et son portrait par Fra Bartolommeo, tte de profil. + +XV.--_Saint Dominique au pied de la Croix_. + + +XVI. | +XVII. | +XVIII. | _Saint Dominique_ reprsent dans +XIX. | les attitudes les plus diverses +XX. | +XXI. | + + + +XXII.--_La Vierge au pied de la Croix_. Mater Dolorosa d'une superbe +expression. + +XXIII.--_Christ en croix entre la Vierge et un Dominicain_. + +XXIV.--_Baptme de Jsus-Christ avec Saint Antonin_. + +XXV.--_Christ en Croix entre la Vierge, la Madeleine et saint +Antoine_. + +XXVI.--_Le Christ mort_, debout dans le tombeau, tend les mains en +signe de rsurrection. Derrire lui se dresse la Croix, autour de +laquelle apparaissent sur un fond noir les scnes de la Passion. A +droite, l'Ecce Homo avec les mains et la bouche sacrilges. Au-dessous, +la main de Judas et la main qui lui donne les pices d'or; enfin +gauche, le baiser de Judas et la tte de Pierre vers laquelle se penche +le profil de la servante qui lui dit: Vous tes aussi de ces Nazarens; +derrire eux une main tient trois petits btons indiquant les trois +renonciations de Pierre. + +Sur le devant du tombeau, la Vierge est assise gauche, profondment +incline, tandis qu' droite saint Thomas d'Aquin agenouill presse un +livre sur sa poitrine. + +XXVII.--_Le Christ la colonne avec la Vierge accroupie et saint +Dominique se flagellant_. + +XXVIII.--_Le Christ portant sa croix suivi de la Vierge mre apparat +saint Dominique agenouill_. + +XXIX.--_Le Christ en Croix avec la Vierge et saint Pierre martyr_. + +XXXI.--_Jsus aux Limbes_. Ancienne cellule de saint Antonin +(Antonio Pierozzi), mort archevque de Florence en 1459; souvenirs de +saint Antonin: son masque et son portrait au crayon, oeuvre de Fra +Bartolommeo. + +XXXII.--_Le Christ enseignant les Aptres_. Dans la petite pice +voisine, _Tentation de Jsus-Christ_. + +XXXIII.--_Jsus-Christ au Jardin des Oliviers_, scne mouvemente +comprenant le baiser de Judas et saint Pierre coupant l'oreille de +Malchus. Dans cette cellule est un petit tableau, la _Madone della +Stella_, ainsi nomme de l'toile place sur son front. Elle se +dtache debout sur un fond d'or entoure d'anges l'encensant et faisant +de la musique; les trois dlicats petits mdaillons de la prdelle +reprsentent saint Pierre martyr, saint Dominique et saint Thomas +d'Aquin. Dans la pice voisine: _Couronnement de la Vierge_. Ce +tableau n'a pas la finesse ordinaire des oeuvres de l'Angelico, il a les +mmes tons lourds que _le Jugement dernier_ de l'Acadmie. + +XXXIV.--_Jsus au Jardin des Oliviers_. A droite, la maison de +Marthe et de Marie assises sur le seuil, lisant et priant. Dans cette +cellule est un ravissant petit tableau de l'Angelico divis en deux +parties: dans le haut, _l'Annonciation_; dans le bas, _l'Adoration +des Mages_; toutes les figures d'une grande finesse sur fond d'or +estomp et divis en une quantit de petits compartiments. + +Dans la prdelle, _la Madone entoure de dix Saints_. + +XXXV.--_La Cne_. Huit Aptres sont assis derrire la table, quatre +autres genoux, et le Christ debout, tenant un ciboire, leur donne la +communion. A gauche est agenouille la Vierge. + +XXXVI.--_La Mise en Croix_. + +XXXVII.--_Le Calvaire_ et ses trois croix derrire lesquelles sont +saint Jean, la Vierge, saint Dominique, saint Thomas d'Aquin. + +XXXVIII--Cellule o Cosme l'Ancien venait se reposer et partager la vie +des dominicains. _Le Christ en Croix_: au pied de la croix sont +agenouills saint Cosme, la Vierge, saint Jean et saint Pierre martyr. + +XXXIX.--Oratoire de Cosme communiquant par quelques marches avec la +cellule prcdente. Au-dessus du tabernacle et au fond d'une petite +niche, _Christ mort, debout dans son tombeau_. La fresque, plus +importante que celles des autres cellules, occupe les lunettes du fond de +l'oratoire, et reprsente _l'Adoration des Mages_ o se groupent +admirablement de nombreux personnages. La figure de saint Joseph, drape +de jaune, est une des plus belles. + +XLIII.--_Christ en Croix_ avec la Vierge dfaillante soutenue par +saint Jean et la Madeleine. A droite, saint Thomas d'Aquin agenouill et +pleurant. + +XLII.--_Christ en Croix frapp de la lance_. Il est entre Marthe, +Marie et saint Jean martyr. + +Entre les cellules quarante-deux et quarante-trois, s'ouvre la belle +salle de la Bibliothque, divise en trois nefs par deux ranges de +colonnes ioniques supportant des arcs cintrs. + +La bibliothque fut construite en 1441 par MICHELOZZO sur l'ordre de +Cosme l'Ancien, qui la dota de quatre cents manuscrits. + +La vitrine du milieu contient des livres de plain-chant et des missels +enrichis de miniatures du XVe sicle; ils proviennent des anciens +couvents de Florence supprims depuis. + +N XV.--_Fra Eustachio Donimeni_, du couvent de San Marco. +Cartouches spars par des enfants courant au milieu de rinceaux. + +N I XIV.--_Fra Benedetto del Mugello_, frre de Fra Angelico, +missels provenant de San Marco. + ++L'GLISE DE SAN MARCO+ a t fonde en 1290. Elle a t transforme +au XVIe sicle. Sa faade, gauche de l'entre du couvent, date de +1780. + ++A l'intrieur+ au-dessus de la porte, _Crucifix_ la dtrempe +sur fond d'or par Giotto. + ++Deuxime autel droite+. FRA BARTOLOMMEO. _Vierge debout devant +un trne_, entoure de quatre saints et de deux saintes genoux, +d'une couleur chaude et dore; cette remarquable oeuvre du Frate fut +peinte en 1509. + ++Troisime autel droite+. Vieille mosaque romaine reprsentant +une grande Vierge bnissant, sur fond d'or; la bordure est une addition +moderne. + +A gauche, sous des fragments de fresques, sont les plaques commmoratives +de Pic de la Mirandole, mort en 1494, et d'Ange Politien, mort la mme +anne. + ++LE CLOTRE DELLO SCALZO+, 69, via Cavour (clef au muse de San +Marco). Ce joli petit clotre du XVIe sicle dpendait d'un couvent de +carmes dchausss; il est entirement form par de larges baies vitres +que sparent de dlicates colonnes. Ses murs sont dcors d'admirables +fresques en camaeu brun sur brun, peut-tre le chef-d'oeuvre d'ANDR DEL +SARTO, excutes par le matre entre les annes 1515 et 1525, pendant +lesquelles il y travailla presque sans interruption. Le parti pris +d'uniformit semble avoir t adopt par Andrea pour lui permettre de +donner la mesure de son talent. Dans ces fresques o aucune magie de +coloris n'aide l'illusion ou n'ajoute au plaisir des yeux, il s'est +lev une extraordinaire hauteur d'art, et cette oeuvre de sa maturit +allie la noblesse du sentiment la hauteur des ides, la puissance et la +largeur du dessin la somptuosit de l'architecture et des ornements qui +parent et encadrent les fresques. + +Deux des compositions, _le Baptme du peuple par saint +Jean-Baptiste_ et _la Dcollation de Saint Jean_ sont peut-tre +encore suprieures aux autres et semblent la continuation et presque le +commentaire des fresques de Masaccio au Carmine, avec les progrs +raliss par un sicle de technique en plus. L'influence si prpondrante +exerce par le gnie d'Albert Drer sur le talent d'Andrea est trs +visible dans les fresques de la _Tentation au dsert_, de la +_Remise Salom de la tte de saint Jean_, et enfin dans la belle +allgorie de la _Charit_. + +Seize fresques relatives la vie de saint Jean-Baptiste dcorent le +clotre: + +1--_La Foi_ (1520); + +2--_Apparition de l'Ange Zacharie_ (1525); + +3--_La Visitation_ (1524); + +-4--_La Naissance de Saint Jean-Baptiste_ (1526); + +5--_La Mission de Saint Jean-Baptiste_ (1518); + +6--_Rencontre avec Jsus-Christ_ (1519). + +(Ces deux fresques furent excutes par l'ami d'Andrea, Franciabigio, +dont il se faisait quelquefois aider dans ses grands travaux.) + +7--_Baptme de Jsus-Christ_ (1515). + +(Cette fresque, la moins bonne de toutes, est due la collaboration des +deux artistes.) + +8--_La Justice_ (1515); + +9--_La Charit_ (1520); + +10--_Prdication au dsert_ (1515); + +11--_Saint Jean-Baptiste baptisant le peuple_ (1517); + +12--_Saint Jean-Baptiste arrt_ (1517); + +13--_Festin d'Hrode et danse de Salom_; + +14--_La Dcollation de Saint Jean-Baptiste_ (1523); + +15--_La tte de saint Jean-Baptiste remise Salom_ (1524); + +16--_L'Esprance_ (1525). + + + + +RIVE DROITE (NORD) + ++DE SAN MARCO A SAN LORENZO+ + +PALAIS RICCARDI, SAN LORENZO, SANTA APOLLONIA, SAN ONOFRIO. + + ++LE PALAIS RICCARDI+ (Via Cavour).--Jusqu' Cosme l'Ancien, les +Mdicis avaient occup la vieille demeure petite et sombre, berceau de +leur famille; ils s'taient contents du comptoir source de la fortune +de leur maison. L'insuffisance relative de cette habitation, par rapport +aux ambitieux desseins de Cosme, le dcida confier Michelozzo +l'dification d'un palais somptueux. Le palais Mdicis est un +quadrilatre aux formes lourdes o fut employ pour la premire fois +l'ordre rustique aux bossages si attnus au fur et mesure de la +hauteur, que leur saillie se perd dans un mur plat que surmonte une +formidable corniche crasant l'difice. + +C'est dans ce palais que naquit Laurent le Magnifique, le 1er janvier +1449. C'est l qu'il tint sa brillante cour; l que naquirent ses trois +fils, Pierre, Jean et Julien; l qu'habitrent plus tard Jules de +Mdicis, pape sous le nom de Clment VII, Hippolyte de Mdicis, cardinal, +et enfin Alexandre de Mdicis qui fut le premier grand-duc. Malgr les +souvenirs voqus par cette demeure, le grand-duc Ferdinand II la vendit +en 1659 au marquis Riccardi dont elle a conserv le nom, bien qu'elle +soit actuellement devenue la prfecture de Florence. + ++La Cour+ a servi de modle aux innombrables cours construites au +XVIe sicle. C'est un quadrilatre entour de portiques dont les arcades +retombent sur des colonnes corinthiennes. Au-dessus des arcades rgne une +frise o alternent sculptes les armes des Mdicis et des bas-reliefs +dans lesquels Donatello, par l'ordre de Cosme, reproduisit avec sa +perfection accoutume les principales pices de sa collection de cames +antiques. + ++Au premier tage+, se trouve la chapelle fameuse dcore des +fresques de BENOZZO GOZZOLI. C'est une trs petite pice carre, sur +laquelle fut encore empit au XVIIIe sicle par le dplacement +compliqu d'une partie de mur qu'on opra pour former une entre en +tambour plus commode, sans toutefois supprimer la peinture. On a en outre +ouvert dans un mur une fentre et un oeil-de-boeuf; ces actes de vandalisme +ont malheureusement endommag les prcieuses peintures de Gozzoli. +Nanmoins, telles qu'elles subsistent, elles restent un inestimable +monument de l'art florentin du XVe sicle. + +Toute peinture, et en gnral tout art parvenu son apoge, adapte +forcment sa perfection aux gots, aux ides et aux moeurs de leur poque. +Pour les Florentins du XVe sicle, la passion dominante tait un certain +genre historico-allgorique o l'on aimait se faire reprsenter avec sa +famille et ses familiers dans des sujets soit absolument profanes, soit, + l'inverse, absolument sacrs. + +Aprs la mort de Laurent le Magnifique, Pierre de Mdicis rsolut donc de +confier BENOZZO GOZZOLI la dcoration de la chapelle de son palais, +dcoration dans laquelle l'artiste aurait faire revivre les traits des +principaux membres de sa maison. + +Benozzo, aprs s'tre spar Rome de son matre l'Angelico, avait t +retenu plusieurs annes Montefalco par de nombreux travaux et se +trouvait Prouse, quand les ordres de Pierre de Mdicis vinrent +l'appeler Florence. C'est en 1457 que fut pass le contrat par lequel +l'artiste s'engageait excuter une marche des rois Mages en route pour +Bethlem dans laquelle auraient figurer les chefs des Mdicis sous +l'aspect des Rois, accompagns de leurs amis et de leurs clients. Les +conditions arrtes, le travail commena aussitt et Benozzo tira un +parti admirable de ce cortge de seigneurs cheval, en somptueux +costumes du XVe sicle, suivis des plus jolis pages qu'ils eussent pu +choisir dans la jeunesse florentine. Ces nobles florentins ont plutt +l'air de se rendre la chasse ou leurs vignes, que d'accomplir un +plerinage, mais on n'prouve pas un moindre plaisir les voir promener +leurs portraits et leurs robes de brocart et donner eux-mmes le +spectacle de leur lgance et de leur luxe. + +Le retrait mnag dans la pice pour l'autel est mieux clair que le +reste et tout peupl d'anges, aux ailes dores, semes d'yeux de paons. +Ils sont comme les enfants de ceux de l'Angelico, plus modernes, plus +humains, plus substantiels pour ainsi dire, que leurs ans. Ils ont +revtu, eux aussi, leurs plus belles robes, autant pour assister la +messe des Mdicis que pour venir adorer le Christ dont la naissance +faisait autrefois le retable de l'autel. Aimables au possible, souriants, +sagement rangs en ligne, comme il sied des pensionnaires du Paradis, +ils arrivent par troupes et par vols, ils accourent du fond des campagnes +enchantes pour venir se mettre en adoration. Dans le nombre il s'en est +dtach quelques-uns, celui-ci pour cueillir des fleurs, celui-l pour +donner manger un paon, d'autres encore pour tresser des guirlandes de +roses; qui croirait que les anges du Paradis se permettent, eux aussi, de +faire l'cole buissonnire! Dans cette pompeuse marche travers un +fantastique pays de montagnes et de gorges, cavaliers, pages, cuyers +s'arrtent, les uns pour chasser au gupard, les autres pour courre le +cerf ou lancer le faucon. L'vangile devient un simple prtexte pour +peindre une des scnes les plus mondaines que jamais peintre nous ait +laisses. + +La cavalcade se droule sur le mur de gauche avec Cosme de Mdicis mont +sur un cheval blanc et suivi d'une foule compacte. Aprs lui, elle tourne +sur le fond o est reprsent Laurent le Magnifique somptueusement vtu, +sous les traits d'un jeune homme; il est mont sur un cheval richement +caparaonn, et escort de gens de pied et de cheval portant des +prsents. + +Jean Palologue les prcde, grave et majestueux; il porte le turban d'o +sort la couronne; autour de lui des pages pied, d'une grce charmante, +se dtachent sur un riant paysage. Aux rochers abrupts ont succd des +valles arroses, coupes de routes, couvertes de villes ou de chteaux, +mais tout cela d'une grande navet et jalonn d'arbres silhouettes +extraordinaires. + +Sur le mur de droite le patriarche grec, vieillard mont sur une mule +grise, a t coup par le malheureux tambour d'entre. Plus loin est un +des plus beaux morceaux de la fresque, le groupe des cavaliers arrts +sur le bord d'un ruisseau. Aprs eux la marche s'achve par des routes +tortueuses o circulent les chameaux et les mulets chargs de prsents. + +La prservation de cette belle oeuvre est prodigieuse et ne peut se +comparer qu' celle du Pinturicchio de la Libreria de Sienne. Pas une +nuance n'est ternie, pas un contour n'est effac et les fresques restent +aussi fraches et aussi clatantes de grce juvnile que le jour o elles +sortirent du pinceau de Benozzo. + ++La Salle du Conseil+ est orne de grandes tapisseries de la +manufacture de Florence, Allgories des Saisons, et de quatre petites, la +Justice, la Foi, l'Esprance et la Charit. + +La triste partie ajoute au XVIIe sicle par le marquis Riccardi +contient une grande salle des ftes dont le plafond et une considrable +fresque allgorique out t peints par LUCA GIORDANO. + ++PLACE SAN LORENZO+. A l'angle nord est une mauvaise statue +inacheve de _Jean des Bandes Noires_, pre du grand-duc Cosme Ier, +par BACCIO BANDINELLI. + ++L'GLISE SAN LORENZO+, fonde en 390 par saint Ambroise, mais +incendie en 1420, fut reconstruite sur les plans de BRUNELLESCHI en +1425, aux frais communs des sept plus nobles familles florentines et des +Mdicis. L'glise n'a pas de faade, celle que devait excuter +Michel-Ange n'ayant jamais t entreprise. + ++Intrieurement+ BRUNELLESCHI renouvela le plan de la vieille +basilique chrtienne nefs gales termines par un transept droit, mais +il plaa au-dessus des colonnes l'entablement antique supprim par le +moyen ge et ouvrit sur les cts des chapelles en forme de niches. La +coupole, place directement sur la croise, n'est pas l'oeuvre de +Brunelleschi. Au-dessous d'elle est la belle et trs simple plaque +tombale de _Cosme le Vieux_ par VERROCCHIO. + +Les deux chaires de l'glise ou, pour parler plus exactement, les deux +ambons, puis qu'elles ont la forme traditionnelle de sarcophages levs +sur des colonnes et isols de toute part, sont une des dernires oeuvres +de la vieillesse de DONATELLO, termine mme par son lve BERTOLDO. +_La Crucifixion, la Mise au tombeau, la Descente aux Limbes, la +Rsurrection_ et _l'Ascension_, tels sont les sujets reprsents +dans les chaires par des bas-reliefs en bronze. Si _la Crucifixion_ +et _la Mise au tombeau_, malgr leurs lacunes, prsentent encore des +beauts de premier ordre, on ne saurait en dire autant des trois +bas-reliefs opposs qui trahissent une dfaillance et une espce +d'agitation fbrile. Leur groupement factice produit presque une +impression de malaise, tant le manirisme en est excessif et exagr. + +Dans l'unique +chapelle du transept gauche+, _l'Annonciation_ +de FRA FILIPPO LIPPI est une des meilleures oeuvres tardives du Frate, +elle est d'un charmant et dlicat sentiment; sous un portique ouvert sur +un dlicieux fond de paysage, l'Archange, accompagn de deux anges, se +prosterne devant la Vierge. + +Au mur de la +Chapelle du Saint-Sacrement+, au fond du transept +droit, est appuy un tabernacle de marbre blanc, chef-d'oeuvre de +DESIDERIO DA SETTIGNANO. + +L'Enfant Jsus, les deux anges en adoration devant lui, ainsi que les +deux figures d'enfants de choeur agenouills de chaque ct, sont des +tudes d'enfants qu'on ne saurait dsirer plus parfaites. + +Sur le bas-ct gauche, au-dessus de la porte d'accs au clotre, s'ouvre +la _tribune des Mdicis_, joli balcon, soutenu par des consoles et +form de niches spares par des colonnes; c'est un ouvrage de DONATELLO. + ++L'ancienne sacristie+ construite par BRUNELLESCHI est une salle +carre de belles proportions, couronne par une coupole polygonale. +DONATELLO fut charg par Cosme l'Ancien de sa dcoration, travail dont il +s'acquitta en respectant si bien l'architecture de Brunelleschi que +l'ensemble forme le tout le plus homogne. + +Au-dessous de la coupole, huit mdaillons contiennent alterns un pisode +de la vie du Christ et un vangliste assis, auquel son attribut prsente +son vangile. Sous cette premire dcoration court une troite frise en +stuccato compose de ttes de chrubins. + +Les deux portes double battant de la sacristie sont divises en cinq +panneaux de bronze o sont reprsents en bas-relief des Aptres et des +saints. Chacune est surmonte d'un saint grandeur nature, bas-relief en +marbre. Toute cette composition est d'une rare beaut et DONATELLO l'a +traite avec une remarquable perfection. + +Au milieu de la sacristie est une vaste table rectangulaire soutenue par +des colonnes au-dessus du sarcophage, oeuvre de Donatello, o reposent les +parents de Cosme l'Ancien, _Jean Averado de Mdicis_ et Piccarda +Bueri, sa femme. + +A gauche de l'entre est un admirable sarcophage en porphyre dcor de +bronzes, ouvrage de VERROCCHIO. Il contient les restes de _Pierre de +Mdicis_ et de son frre _Jean_, les deux fils de Cosme. Les +cendres de _Laurent le Magnifique_ y furent galement transfres +par la suite. + +Sur une des armoires de la sacristie est plac un ravissant buste en +terre cuite de DONATELLO, _Saint Laurent_ reprsent trs jeune et +levant au ciel des yeux inspirs. + ++LA BIBLIOTHQUE LAURENTIENNE+ a son entre dans le clotre dont +elle occupe au premier tage toute une aile; elle fut excute par +MICHEL-ANGE sur l'ordre de Clment VII. + +L'escalier qui y donne accs devait, dans la pense de Michel-Ange, +offrir un aspect grandiose et monumental, mais il ne l'excuta pas +lui-mme et, par malheur, ce fut Vasari qui s'en chargea. La lourdeur de +cet ouvrage, qui jure avec les belles proportions du reste, donne la +mesure de ce que peut perdre un plan tre interprt par un architecte +autre que l'auteur du projet primitif. + +Le vestibule qui suit l'escalier est d'une austre simplicit. Ses +colonnes devaient supporter un ordre suprieur que Michel-Ange n'acheva +jamais. + +La salle de la bibliothque est galement fort simple dans ses belles +proportions, mais la perfection des moindres dtails y est pousse +l'extrme. Michel-Ange prsida lui-mme tout, ce qui donne l'ensemble +un aspect d'homognit et d'harmonie parfaites. + +Ainsi les dessins de l'admirable plafond en bois de cdre se reproduisent +renverss sur le pav de marbre; les bancs et les pupitres aligns sur +les cts, excuts par CIAPINO et DEL CINQUE, le furent sous la +direction du matre, de mme que les vitraux des fentres avec leurs +lgres arabesques de deux tons peints sur ses indications par JEAN +D'UDINE. + +La Bibliothque est une des plus riches qu'il y ait. Cosme l'Ancien avait +dj commenc cette belle collection, qui fut enrichie par Laurent des +livres les plus rares achets prix d'or. Leurs successeurs continurent + l'augmenter, aussi les manuscrits prcieux y sont-ils en grand nombre. +Le plus ancien est un Virgile du IVe sicle. Parmi les plus +remarquables, figurent un Tacite du Xe sicle; les lettres familires de +Cicron crites de la main de Ptrarque, de mme que ses sonnets; +l'original du _Dcameron_ de Boccace; une des premires copies +manuscrites de l'_Enfer_ du Dante; les _Commentaires_ de Csar +copis pour Charles VIII et orns d'une miniature le reprsentant au +milieu de son camp; enfin tout l'ordre des livres ecclsiastiques, +bibles, vangiles, Pres de l'glise, dans les ditions les plus rares et +les plus curieuses. + ++Les Chapelles Mdicis+, autrefois dpendantes de l'glise +Saint-Laurent, forment maintenant un muse o l'on entre, derrire +l'glise, par la place della Madonna. + +La premire chapelle laquelle on accde est +la Chapelle des +Princes+, difie en 1604 par MATTEO NIGELLI, sur les plans de Jean de +Mdicis, pour servir de spulture aux grands-ducs; c'est une vaste +construction octogonale, termine par un dme qui s'ouvrait jadis sur le +choeur de l'glise par lequel on y accdait directement. + +Cette chapelle, revtue d'une profusion de marbres et de pierres dures +multicolores, est anti-artistique. Autour sont rangs six sarcophages de +grands-ducs tous semblables; ils sont en granit, surmonts de la couronne +ducale pose sur un coussin. Deux niches contiennent les statues en +bronze dor de Cosme II par JEAN DE BOLOGNE et de Ferdinand par TACCA. + ++La Nouvelle Sacristie+.--Ds l'anne 1520, le pape Lon X et le +cardinal Jules de Mdicis, plus tard pape sous le nom de Clment VII, +tombrent d'accord sur l'opportunit de demander MICHEL-ANGE, alors +dans toute sa clbrit, qu'il se charget d'difier une nouvelle +sacristie l'glise San Lorenzo, sorte de Panthon pour leur famille. +Dans leur pense, cette salle devait contenir leurs propres spultures en +mme temps que celles des principaux membres de leur maison; mais par la +suite ces monuments funbres se rduisirent deux: celui de Julien, duc +de Nemours, frre de Lon X, et celui de Laurent, duc d'Urbin, son neveu, +le petit-fils de Laurent le Magnifique. Toute latitude tait laisse +Michel-Ange pour la construction de cette Sacristie Neuve, destine +faire vis--vis, dans le transept droit, la Vieille Sacristie de +Brunelleschi, qui occupait le transept gauche. Les phases diverses par +lesquelles passa ce travail marqurent des heures tragiques. Commenc +dans le vif contentement que faisait prouver Michel-Ange l'lvation +de Clment VII au sige apostolique, puis abandonn pendant la rvolution +de Florence, il fut repris et achev aprs la prise de la ville, sur +l'ordre formel du pape, qui mettait ce prix le pardon de l'artiste +coupable de rpublicanisme et de rbellion. + +Tant d'alternatives dans la vie de Michel-Ange commentent d'une faon +dramatique l'histoire de ce monument. Tour tour favori, courtisan, +citoyen, proscrit, enfin rentr en grce aprs avoir vu sa vie en danger, +s'il se sentit l'me agite et souffrante, le temps o il vcut fut +terrible et affreusement troubl! + +L'oeuvre est une des plus compltes qu'ait laisses le matre, tant +l'architecture et la sculpture contribuent par leur harmonie rendre +l'effet gnral imposant. La sacristie est une salle carre aux +dimensions restreintes, quoique la justesse de ses proportions la fasse +paratre grande. La hauteur en semble considrable, grce l'artifice +des caissons en perspective qui dcorent la coupole termine par une +lanterne. L'ornementation consiste en deux ordres de pilastres trs +simples, destins, dans l'ide de Michel-Ange, servir d'encadrement +des niches remplies de statues. Ce projet resta malheureusement +inexcut, car la mort de Clment VII survenue en 1534, Michel-Ange, +abreuv d'amertumes et voyant Alexandre de Mdicis touffer dans le sang +toute vellit d'indpendance, jugea suffisamment paye sa dette de +reconnaissance envers ses premiers patrons et quitta dfinitivement +Florence. + +Les parties termines des monuments des Mdicis ne furent mme pas mises +en place par le matre, et ce fut Vasari qui, en 1563, leur donna leur +emplacement actuel; fcheuse intervention dont est rsulte la +disproportion trop saillante entre les sarcophages dus Vasari et les +statues qu'ils supportent. Lon X, quand il commanda ces tombeaux +Michel-Ange, tait loin de lui assigner une tche facile. Il devait en +effet immortaliser des rejetons mdicens plus que mdiocres pour +lesquels le Pape ne rvait rien moins que de pompeux sujets allgoriques +ou des Vertus exaltant le mort. L'artiste opposa aux voeux de Lon X une +fin de non-recevoir systmatique, et se borna des figures purement +dcoratives, figures devenues clbres sous le nom du _Jour_ et de +la _Nuit_, du _Crpuscule_ et de l'_Aurore_. Dans ces +admirables compositions, son gnie semble avoir pris tche de dmontrer +combien la matire doit peu compter pour l'artiste et combien elle doit, +comme cire molle, se plier toutes les expressions de la pense, +toutes les exigences de la volont. + +Les monuments des deux princes ont une ordonnance semblable et se font +face, la statue de chacun est assise dans une niche au-dessous de +laquelle sont les sarcophages sur lesquels Vasari a plac les grandes +figures allgoriques de Michel-Ange. + +A droite, _Julien de Mdicis, duc de Nemours_, est reprsent en +costume romain avec la cuirasse. Il a en main son bton de gnral des +tats de l'glise, et sa tte nue trs frise est inintelligente. + +A gauche, _Laurent de Mdicis_, de par Lon X duc d'Urbin, est une +des plus admirables crations qui soient dues au ciseau de Michel-Ange. +Le matre, inspir par la tragique figure de ce Laurent qui fut tout la +fois violent, dbauch et misanthrope, accusa plus encore l'aspect +farouche du visage en l'abritant profondment sous la visire saillante +du casque qui le plonge dans une ombre redoutable, pleine de mystre. +Laurent rve, le menton appuy sur la paume de la main, mais on se +demande quel sombre drame peut ainsi songer ternellement ce visage +crisp d'angoisse, au sourcil si violemment fronc que le surnom de +Pensiero lui est rest comme pouvant seul vraiment convenir cette +tragique figure. + +Au-dessous de Julien sont couchs le Jour et la Nuit, tandis +qu'au-dessous de Laurent ce sont le Crpuscule et l'Aurore. + +Le gnie mme de Michel-Ange semble rsum dans ces quatre magnifiques +allgories o, ct de parties peine bauches, circulent le sang et +la vie sous l'piderme du marbre. L'angoisse mme de son me semble avoir +trouv s'exhaler dans un cri de terreur et d'effroi devant la duret +des temps et elles refltent tragiquement le sombre tat de ses penses +et l'anantissement douloureux de ses aspirations, en face du prsent +sinistre et de l'avenir obscur et incertain. + +Pour un esprit d'une pareille profondeur, que pouvait symboliser le +Crpuscule, sinon le jour achev sans espoir, et que voir dans le visage +accabl de l'Aurore, sinon l'immense dcouragement d'un jour semblable +succdant au prcdent? + +Mais il semble en vrit que Michel-Ange ait rserv toute la puissance +de son gnie et qu'il ait attach tout son amour la tragique figure de +la Nuit. Accable sous le poids du Jour, la Nuit dort et son beau corps, +irrmdiablement abm, s'abandonne dans une fatigue incurable, sans +espoir et sans fin! On sent que jamais rien ne la rveillera du grand +sommeil sans songes, et l'on dirait une sorte de desse primordiale sur +laquelle aurait pass le souffle des thogonies antiques. + +A ct d'elle est plac le Jour, sous l'aspect d'un homme enchan, dans +toute l'nergie du dsespoir. Il est captif, mais il ne s'avoue pas +vaincu, son visage contract est plein de mpris et de colre, tandis que +tous ses muscles, douloureusement bands, montrent par quel effort +surhumain il tente de se lever pour clairer le monde. + +Sur un des cts de la chapelle est place une belle Vierge inacheve +qui, par sa grave et noble attitude, semble directement procder de +l'antique, tandis que l'Enfant de deux ou trois ans qui, debout et plein +de vie, se retourne vers sa mre d'un charmant mouvement de +prcipitation, est d'un modernisme dlicieux. + +Les deux patrons des Mdicis, les _Saints Cosme_ et _Damien_, +placs de chaque ct de la Vierge, sont des oeuvres mdiocres de deux +lves de Michel-Ange, MONTELUPO et MONTORSOLI. + ++L'GLISE SANTA APOLLONIA+ sert maintenant de magasin d'habillements +militaires. Dans +l'ancien rfectoire+ du couvent de bndictins +dont elle dpendait est conserve une magnifique fresque, _la Cne_ +d'ANDREA DEL CASTAGNO, chef-d'oeuvre d'excution, d'motion et de +ralisme. Chacun des disciples est un portrait admirable, chacun d'eux +participe l'action, selon le caractre et la nature que lui a attribus +la lgende. Ainsi l'incrdulit de Thomas, l'adoration de Jean, +l'tonnement dfiant de Pierre, le cynisme sinistre de Judas sont marqus +admirablement. Cette belle oeuvre, d'une conservation remarquable, a t +excute en 1425. + +Au-dessus de la porte d'entre du Cenacolo, Castagno a encore peint dans +une lunette une magnifique _Piet_, un Christ mort soutenu dans son +tombeau par deux anges. + +Via Faenza au n 57, dans l'ancien COUVENT DE SAINT-ONUPHRE, une grande +_Cne_ de l'cole du PRUGIN est faussement attribue Raphal. + + + + +RIVE DROITE (OUEST) + ++DE SS. APOSTOLI A OGNISSANTI+ + ++SS. APOSTOLI, SANTA TRINITA, VIA TORNABUONI, PALAIS SAN JACOPO IN +RIPOLI, SANTA MARIA NOVELLA, SAINT-FRANOIS VANCHETTONI, OGNISSANTI+. + + ++SS. APOSTOLI+, vieille basilique reconstruite au XVe sicle, dont +la fondation, d'aprs une inscription place prs du portail, remonterait + Charlemagne. + ++A l'intrieur+, au fond du bas-ct de gauche, se trouve un beau +_ciborium_ en terre vernisse d'ANDREA DELLA ROBBIA. A ct, tombeau +d'_Oddeo Altoviti_ en forme de sarcophage richement sculpt, bel +ouvrage de BENEDETTO DA ROVEZZANO. + ++Le Palais Rucellai+ (20, Via Vigna Nuova) fut un des premiers +ouvrages du grand architecte florentin LEONE BATTISTA ALBERTI qui le +construisit en 1460, et y appliqua pour la premire fois l'ordre rustique +et les pilastres. + +L'ancienne +loggia+ du palais qui lui faisait face a ses arcades +aujourd'hui mures. + ++LA PLACE SAINTE-TRINIT+ s'tend prs du pont Santa Trinita. A +l'angle de la place et du Lung Arno se trouve +le Palais Spini+ dont +la masse carre a le caractre svre de la forteresse (XIVe sicle). A +ct, le palais +Salimbeni+ (Htel du Nord) fut construit en 1520 +par Baccio d'Agnolo. + ++L'GLISE SAINTE-TRINIT+, construite en 1250 par NICOLAS PISANO, +fut remanie en 1570 par BUONTALENTI. Elle comporte trois nefs arcs +ogivaux soutenus par le pilier carr romain qu'employa Pisano ds le +XIIIe sicle. Sur le transept s'ouvrent le choeur et quatre chapelles. + +En entrant par la porte latrale (sur la via Parione) garnie d'Avelli, +la premire chapelle du transept est la +chapelle Sassetti+, dcore +en 1485 par DOMINIQUE GHIRLANDAJO de six fresques consacres _Saint +Franois d'Assise_, commandes par Franois Sassetti. Dans la partie +suprieure du mur du fond, le pape Honorius approuve la rgle de l'ordre; +dans la partie infrieure, saint Franois ressuscite un enfant de la +maison Spini. Cette scne, trs intressante par sa composition, se passe +sur la place Santa Trinita, devant l'glise et le palais Spini; au bas +sont les donateurs, Franois Sassetti et sa femme Nera Corsi. Au haut de +la fresque du mur de droite, saint Franois devant le Sultan; au-dessous, +les funrailles de saint Franois, belle composition inspire de la +fresque identique du Giotto Santa Croce. + +De chaque ct de la chapelle, enferms dans une niche cintre, encadre +de dlicats bas-reliefs inspirs de l'antique, se trouvent les tombeaux +de _Francesco Sassetti_ et de _Nera Corsi_, ouvrages +remarquables de JULES DE SANGALLO. Les sarcophages en marbre noir sont +simplement orns de bucranes. + ++LA VIA TORNABUONI+ prolonge la place Santa Trinita et contient le +plus beau palais de Florence, le +PALAIS STROZZI+. Commenc en 1489 +sur les plans de BENEDETTO DA MAJANO pour le clbre Philippe Strozzi, +l'adversaire acharn des Mdicis, il ne fut achev qu'en 1553. Le plus +beau des palais florentins bossages, ses trois faades sont d'ordre +rustique uniforme, une simple plinthe servant d'appui aux tages percs +de belles fentres gmines. + +La caractristique du palais Strozzi est dans les superbes lanternes +cylindriques en fer forg places ses angles. Dcores des Croissants, +armes des Strozzi, elles sont hrisses de pointes recourbes qui en +forment le couronnement. + +Des porte-flambeaux et des anneaux en fer forg dcorent la faade. + ++LE PALAIS STROZZINO+, de mme style, mais moins vaste, est situ +derrire le palais Strozzi, sur une petite place. + ++PALAIS CORSINI+. _Galerie_. + +N 167.--BOTTICELLI. _La Vierge, l'Enfant et deux Anges_. + +Tableau de la jeunesse du matre, peint encore sous l'influence directe +de Fra Filippo Lippi, mais avec une profondeur de coloris tout autre. + +N 162.--FILIPPINO LIPPI. Mdaillon, _la Vierge et l'Enfant entours +d'anges_, un des premiers ouvrages de Filippino et une des rares +oeuvres peintes sous l'influence directe de son pre. + +N 5.--MEMLING. Trs beau portrait d'homme, de la premire manire de +Memling, sous l'inspiration de Roger Van der Weyden. + +SIGNORELLI. Ravissant et dlicat tableau de _la Vierge avec l'Enfant, +entours de Saint Jrme et de Saint Bernard_. + ++PALAIS ANTINORI+, belle et svre faade de Jules de Sangallo. + ++PALAZZO STROZZI+, joli petit bas-relief de Luca. La place +Sainte-Marie Nouvelle est dcore de deux petits oblisques de marbre de +1608 reposant sur des tortues de bronze. Ils servaient de but pour les +courses au quadrige institues par Cosme Ier, en 1563. + ++LA LOGGIA SAINT-PAUL+, place en face de l'glise sur un des cts +de la place, a t construite par BRUNELLESCHI en 1451. C'est un long +portique dont les coinons furent orns par la suite de +_mdaillons_ vernisss, mauvais ouvrage des continuateurs des DELLA +ROBBIA. + +A l'extrmit du portique, la lunette d'une porte est occupe par une des +plus belles oeuvres d'ANDREA DELLA ROBBIA, _la Rencontre de Saint +Dominique et de Saint Franois_, composition d'une intensit et d'une +profondeur de sentiment remarquables. + ++SAINTE-MARIE NOUVELLE+. Pendant que l'ordre de Saint Franois se +restreignait dans la pauvret et la simplicit primitives imposes par +son fondateur, l'ordre de Saint-Dominique, suivant l'esprit du sien, se +rpandait sur toute l'Italie et empitait dans des proportions si +considrables, que Florence, ds le XVe sicle, se trouva oblige de se +dfendre contre lui. Chasss et proscrits, aprs un court exil les +dominicains revinrent plus puissants que jamais et possdrent bientt +six couvents tant Florence qu' Fiesole, dont celui de Sainte-Marie +Nouvelle fut un des premiers. + +L'glise fut commence en 1278 par deux dominicains, FRA SISTO et FRA +RISTORO, sur l'emplacement d'une glise primitive ddie la Vierge; +elle prit de l le surnom de Nouvelle. On est frapp encore ici de la +proccupation de construire grand, qui semble avoir t le but unique des +architectes italiens des XIIIe et XIVe sicles et dont le rsultat, +toujours identique, est une froideur et une scheresse dsagrables dans +leur nudit presque protestante. Appuy l'difice, subsiste le +campanile carr de l'glise primitive. Il est, par extraordinaire, du +plus pur style roman et ses deux derniers tages, ajours de part en +part, ne sont forms que d'arcatures soutenues sur de sveltes +colonnettes; il en acquiert une lgret arienne. Il reste encore de +l'ancienne construction les six lgants Avelli de la faade; ces +sortes de niches ogivales servaient chacune de tombes collectives aux +plus nobles familles florentines dont elles portaient les armoiries. + +LEONE BATTISTA ALBERTI acheva en 1460 toute la dcoration extrieure de +Sainte-Marie Nouvelle. Il excuta en premier lieu le revtement en marbre +blanc et noir de la faade, et comme il s'en tint au style gothique dj +employ, ce style, sous la main du plus grand architecte de la +Renaissance, gagna une singulire lgance. Leone Battista coupa sa +faade en trois ordres: les portes latrales accompagnes des Avelli +anciens et d'arcatures aveugles lui formrent le premier, tandis qu'il +composait le second, fortement en retrait, d'une simple et large frise +supportant comme troisime ordre le beau pignon terminal. Au milieu de la +faade, il inscrivit la haute porte principale, qu'il fit monter presque +jusqu'au pignon et qui, flanque de ses quatre massives colonnes +corinthiennes, produit un effet grandiose dans sa simplicit. Sur le ct +gauche de l'glise en retour d'querre, d'autres Avelli s'tendaient +contre le mur du couvent; mais comme ils ne suffisaient plus par suite de +la mode de se faire enterrer Sainte-Marie Nouvelle, Alberti dut +construire, droite de l'glise et formant retour sur la rue +Belle-Donne, une sorte de Campo Santo form d'un mur bas bandes de +marbre alternes o il disposa des Avelli intrieurs et extrieurs +construits sur le modle des anciens et amnags de la mme faon. + + +[Illustration:_Sainte Marie Nouvelle_] + +Passage du petit Clotre + +_Chapelle Gondi_ + +_Chapelle Gaddi_ + +_Choeur_ + +_Chapelle Philippe Strozzi_ + +_Petit Clotre_ + +_Chapelle Strozzi_ + +_Transsept gauche_ + +_Transsept droit_ + +_Chapelle Rucellai_ + +_Chapelle des Espagnols_ + +_Sacristie_ + +_Nef_ + +_Campo Santo_ + +_Ct du grand Clotre_ + +_Clotre Vert_ + +_Avelli_ + +_Avelli_ + +_Passage du Clotre_ + +_Place Santa Maria Novella_ + +_Cour_ + +Entre de l'Ancien Couvent. + + ++A l'intrieur+, l'glise produit une mdiocre impression, et le +manque de proportion entre la largeur et la hauteur est d'un mauvais +effet architectural. + +Sur le mur d'entre se trouve une prcieuse fresque de MASACCIO, +malheureusement abme et trs mal claire. Sous une belle et svre +architecture s'enfonce une magnifique perspective simule par une vote +caissons de pierre, l'extrmit de laquelle se tient debout Dieu le +Pre, la tte touchant au plafond. Cette admirable figure, d'une ampleur +et d'une majest saisissantes, est certainement une des plus belles de la +Renaissance. La tte svre regarde sans voir, les yeux perdus dans +l'immensit. Place en terre au-dessous de lui est la croix dont il +soutient les bras avec ses mains et sur laquelle est attach le Christ +dont la tte penche porte l'expression d'une douleur profonde. Au pied +de la croix se tiennent debout la Vierge et saint Jean. Masaccio, rompant +avec la tradition, au lieu de reprsenter la Vierge toujours jeune, l'a +rsolument peinte sous les traits d'une vieille femme dont le corps us +et fatigu a perdu toute sveltesse et dont le visage ravag a subi toutes +les douleurs, sans pour cela perdre l'expression d'une srnit presque +auguste. En face d'elle, saint Jean fait contraste, tant sa poignante +douleur est bien humaine et oppose la srnit des tres divins qui +l'entourent et que rien ne saurait atteindre. + +En dehors de l'arcade et compltement spars sont agenouills les beaux +portraits du donateur et de la donatrice, d'une vie et d'un relief +saisissants. + +Le fond droit du transept est ferm par la +Chapelle Ruccellai+ +laquelle on accde par un double escalier. Au fond de la chapelle est la +fameuse _Vierge_ de CIMABUE, figure colossale peinte sur bois. Il +est malais, en voyant aujourd'hui l'hiratisme raide et maladroit de +cette peinture, de s'imaginer la rvolution profonde qu'en 1280 causa son +apparition. C'est d'elle que peuvent rellement dater les premires +tentatives de l'art pour s'manciper des formules byzantines si ngatives +de toute originalit. + +Il ne faut pas oublier non plus que l'lve et le successeur immdiat de +Cimabue fut Giotto, c'est--dire le gnie dans lequel tout l'art italien +devait tre contenu en germe. Quand un matre a su, comme Cimabue, former +une pareille individualit, l'on ne pourrait trop exalter en lui la +beaut du caractre et l'intgrit des sentiments. L'estime de ses +concitoyens pour lui tait telle que la Vierge de Santa Maria y fut +transporte processionnellement, la Rpublique se plaisant par de si +grands honneurs rendre hommage aux vertus du peintre et du citoyen. + +A droite dans la chapelle, le _tombeau de la Beata Villana del +Cerchi_ fut excut par ROSSELLINO en 1451. + +La Sainte, garde par deux anges, repose sous un baldaquin, les mains +croises et les pieds nus. + +A droite du choeur est la +Chapelle Philippe Strozzi+. Derrire +l'autel se trouve son tombeau excut en 1459 par BENEDETTO DA MAJANO +dont il avait t le plus zl protecteur. Dans la forme grle du +sarcophage de marbre noir et dans les anges qui l'entourent se sent dj +le dclin de la sculpture la fin du XVe sicle. + +En 1502, FILIPPINO LIPPI, son retour de Rome, fut appel par les +Strozzi peindre la dcoration de leur chapelle. Il tait ce moment +sous l'influence directe de Raphal et sa manire procdait directement +de lui avec toutefois une exagration de style frisant le mauvais got. +Aussi la composition des fresques de la chapelle Strozzi est-elle +dfectueuse; l'architecture dsordonne et tourmente laisse fort +dsirer, enfin l'effet seul est cherch sans aucune proccupation du +sentiment. + +La fresque de droite reprsente les _Miracles de Saint Jean +l'vangliste_, scne bizarre o se confondent les costumes les plus +disparates de tous les peuples connus. Celle de gauche est consacre un +_Miracle de Saint Philippe_ ressuscitant une morte. + +Le vitrail de la fentre fut galement compos par Filippino Lippi. + ++Le choeur+ est dcor des admirables _fresques_ de DOMINIQUE +GHIRLANDAJO peintes en 1490 sur la commande de Jean Tornabuoni. + +Ce qui frappe surtout en elles, c'est la grce noble et tranquille des +personnages, c'est la vie ordinaire des Florentins d'alors; ce qui les +rend si intressantes, c'est la civilisation, c'est le costume d'une +poque dont elles sont les plus prcieux documents. + +Avec de si grandes qualits, le dfaut qu'on pourrait justement leur +reprocher serait de manquer de grandeur dans l'expression des ides, +d'embourgeoiser presque les sujets sacrs qu'elles relatent. Pour +Ghirlandajo, la Naissance de la Vierge est simplement la naissance d'un +enfant noble du XVe sicle, avec le cortge des visites de flicitation +et le dfil des amis; comme dans la Naissance de saint Jean-Baptiste, il +peint la nourrice donne aux petits Florentins d'alors et la collation +prise par la mre aprs l'vnement. Si cette faon d'interprter +l'histoire de la Vierge ou du Prcurseur rpond mal la grandeur des +faits, il faut pourtant bien reconnatre que personne l'gal de +Ghirlandajo n'et t capable, avec un tel point de dpart, d'arriver +d'une telle manire ses fins. + +Dans l'admirable pousse de la peinture au XVe sicle, il est impossible +que certains ordres d'ides et de sentiments, certains modes +d'interprtation, mme galit de talent, ne rpondent pas mieux que +d'autres l'esthtisme individuel de tel ou tel artiste. En matire +d'art, l'clectisme est la loi de la critique; il consiste reconnatre +la beaut de l'oeuvre en elle-mme et sous quelque forme qu'elle se +prsente, car, l o la recherche de la perfection a t gale, il n'est +que juste de l'apprcier dans ses manifestations les plus divergentes. Il +faut aussi admirer sans rserve les belles et graves figures des +contemporains de Ghirlandajo animes d'une vie et d'un mouvement +singuliers. + +Les fresques sont disposes, de chaque ct du choeur, sur trois ranges +de deux sujets chacune; elles sont termines par une lunette et spares +les unes des autres par des motifs architecturaux. Celles de la partie +suprieure ont malheureusement trop souffert pour qu'il soif facile de +les distinguer. + + + FRESQUES DE GHIRLANDAJO +___________________________________________________________________________ +| | +| _Mur de gauche_ _Mur de droite_ | +| | +| HISTOIRE DE LA VIERGE HISTOIRE DE St JEAN-BAPTISTE | +| | +| ____________________________ ____________________________ | +| | | | | | +| | +ASSOMPTION+ | CHOEUR | +FESTIN D'HRODE+ | | +| ___|__________________________|__ ___|__________________________|___ | +| | | | | | | | +| | 5 | 6 | | 6 | 5 | | +| | | | | | | | +| | ADORATION | MASSACRE | | BAPTME DE |PRDICATION | | +| | | | | |DE St JEAN | | +| | DES MAGES | DES INNOCENTS | | JSUS-CHRIST |DANS LE DSERT | | +| |________________|_______________| |________________|_______________| | +| | | | | | | | +| | 3 | 4 | | 4 | 3 | | +| | | | | | | | +| | PRSENTATION | MARIAGE | | ZACHARIE CRIT | NAISSANCE | | +| | | | | | DE St JEAN- | | +| | AU TEMPLE | DE LA VIERGE | | LE NOM DE JEAN | BAPTISTE | | +| |________________|_______________| |________________|_______________| | +| | | | | | | | +| | 1 | 2 | | 2 | 1 | | +| | | | | | | | +| | JOAQUIM EXPULS| NAISSANCE | | | ZACHARIE | | +| | | | | LA VISITATION | | | +| | DU TEMPLE | DE LA VIERGE | | | AU TEMPLE | | +|_|________________|_______________|___|________________|_______________|_| + + +MUR DE DROITE.--HISTOIRE DE LA VlERGE. + +I.--_Joachim chass du temple_. + +Dans cette superbe composition, les deux groupes de droite et de gauche +sont particulirement intressants par les personnages clbres qu'ils +reprsentent. A gauche, le vieillard sans barbe est Baldovinetti, qui +enseigna la peinture et la mosaque Ghirlandajo; celui qui, la tte +nue, a la main sur la hanche et porte un petit pourpoint bleu et un +manteau rouge, est Ghirlandajo lui-mme; le personnage aux grosses lvres +et la chevelure noire est Mainardi, son lve; enfin celui vu de dos +est le frre du peintre, David Ghirlandajo. + +II.--_La Naissance de la Vierge_. + +Une des plus belles fresques de la srie. + +Dans une riche chambre florentine, sainte Anne, femme dj ge, est +couche tout habille sur son lit plac sur une estrade. Derrire elle +une servante verse de l'eau dans un bassin. Releve sur un coude, elle +contemple la petite Marie dans les bras d'une belle dame assise au milieu +de la composition, tandis que de nobles visiteuses s'avancent sur la +gauche, vtues de leurs somptueux habits de fte. + +Ces femmes sont la fleur de la socit florentine; on sent qu'elles ont +tenu honneur de figurer dans cette oeuvre et de venir poser devant le +matre. Chacune a son individualit propre, et ces beaux traits +florentins si vifs, si intelligents, si presque modernes d'expression. + +III.--_Prsentation au Temple_. + +IV.--_Mariage de la Vierge_. + +V.--_Adoration des Mages_. + +VI.--_Massacre des Innocents_. + +VII.--(Lunette) _Mort de la Vierge_. + +Composition en partie dtruite. + +MUR DE GAUCHE.--HISTOIRE DE SAINT JEAN-BAPTISTE. + +I.--_Apparition de l'Ange Zacharie_. Cette composition remarquable +est enrichie de beaucoup de portraits admirables, entre autres ceux de +tous les donateurs des fresques, les Tornabuoni jeunes ou vieux placs en +arrire de Zacharie. Au bas, Ghirlandajo a peint mi-corps les quatre +plus savants hommes de l'poque: le premier revtu d'un habit de +chanoine, est Marsile Ficin; le second, avec un ruban noir au cou, est +Cristoforo Landino; le troisime est le Grec Demetrius Chalcondyle, et +enfin le quatrime, qui lve un peu la main, est Ange Politien. En +arrire d'eux, un groupe de trois hommes causent et reprsentent, dit-on, +les plus fameux marchands de Florence, Andr de Mdicis, Jean Ridolfi et +Sassetti. + +II.--_La Visitation_. A droite et gauche de la Vierge et de sainte +lisabeth qui se rencontrent, l'assistance est forme par des groupes de +Florentines de toute beaut. Elles sont coiffes et pares la mode du +temps; l'une d'elles, en robe jaune, la suite de sainte lisabeth vue +de profil, est le portrait d'une des plus clbres beauts d'alors, +Ginevra di Benci. + +III.--_Naissance de Saint Jean-Baptiste_. La disposition est +analogue celle de la _Naissance de la Vierge_. Derrire le lit de +sainte lisabeth, une servante lui prsente une collation, tandis qu'au +milieu de la fresque est assise la nourrice allaitant l'enfant et qu' sa +droite s'avance le groupe des amies, suivi d'une servante portant sur sa +tte une corbeille o sont des pastques et des raisins. Cette ample +figure aux vtements flottants semble, par sa beaut antique, chappe +quelque rve paen. + +IV.--_Zacharie crit le nom de Jean qu'il destine son fils, sur une +tablette que lui prsente une femme a genoux_. + +V.--_La prdication de Saint Jean-Baptiste_. + +VI.--_Baptme de Jsus-Christ_. + +VII.--(Dans la lunette) _Festin d'Hrodiade_. Ces trois dernires +fresques, presque entirement effaces. + +De chaque ct, au-dessus de la fentre garnie de vitraux noirs et +brumeux, excuts en 1492 sur les cartons du matre par ALESSANDRO +FIORENTINO, la dcoration fresques se continue, mais en mauvaise +prservation. Sur les deux cts troits de la fentre s'tagent des +figures spares dont les deux premires sont les portraits des donateurs +de l'oeuvre, Jean Tornabuoni et sa femme. Au-dessus de la fentre un grand +_Couronnement de la Vierge_ peut difficilement passer pour tre de +la main de Ghirlandajo. + +La boiserie qui forme le dossier des _stalles_ est un chef-d'oeuvre +de mosaque sur bois. Faite la fin du XVe sicle par BACCIO D'AGNOLO, +on y voit les plus fines et les plus dlicates arabesques; les stalles +elles-mmes sont gtes par une malheureuse restauration de Vasari. + + + +SAINTE-MARIE NOUVELLE+ + ---- + _Mur du fond du choeur_ + __________________________________________________________ +| | +| | +| COURONNEMENT DE | +| | +| LA VIERGE | +| | +| | +| | +|__________________________________________________________| +| | | | +| | | | +| SAINT | | SAINT PIERRE| +| | | | +| FRANOIS | | martyr | +| | | | +|_____________| FENTRE |_____________| +| | | | +| | | | +| | | SAINT JEAN- | +|ANNONCIATION | | | +| | | BAPTISTE | +| | | | +|_____________| |_____________| +| | | | +| | | Femme de | +| JEAN | | | +| | | JEAN | +| TORNABUONI | | | +| | | TORNABUONI | +|_____________|______________________________|_____________| + + ++La Chapelle+, gauche du choeur, a t dcore d'un revtement de +marbre par JULES DE SANGALLO. Elle renferme le fameux _Christ_ de +BRUNELLESCHI excut pour un concours entre lui et Donatello. + ++La Chapelle Strozzi+, place en face de la chapelle Ruccellai, +occupe le fond du transept gauche. On y accde galement par un double +escalier. Ses trois murs sont dcors de fresques d'ORCAGNA, ouvrage le +plus important qui existe, consacr au Jugement dernier d'aprs le Dante. +Sur le mur de gauche, _le Jugement dernier_, et sur celui du fond, +_le Paradis_, sont d'Andrea. Sur le mur de droite, _l'Enfer_ +est de son frre NARDO ORCAGNA; c'est de beaucoup la moins bonne des +fresques. La grande proccupation du moyen ge, la vie future et les +terreurs de l'au-del, surgit tout entire dans un sujet que les artistes +du temps affectionnaient tout particulirement et dont ils cherchaient +l'interprtation aussi bien dans les prophties que dans l'Apocalypse. En +effet, le terrible esprit de l'poque trouvait pleine matire se +dvelopper, dans les vengeances et les chtiments d'un Jhovah terrible, +et nul thme ne pouvait exercer sur les esprits une plus trange +fascination; aussi, lorsque, pouss par cette attraction, Dante fut amen + composer son admirable pome, il rpondait si exactement aux +aspirations de ses contemporains, que les premiers Cantica peine +parus eurent sur l'art un retentissement norme. Giotto fut le premier +interprte du pote, et bientt aprs, les Orcagna, chargs par les +Strozzi de la dcoration de leur chapelle, firent de son oeuvre le thme +de leurs compositions. + +La muraille, peinte par Nardo, retrace tout le cycle du premier chant de +l'_Enfer_; mais l'artiste, faute de place, ayant supprim tous les +pisodes gracieux, n'en laissa subsister que la tragique horreur. Le mme +motif le fora serrer tellement ses figures et leur donner de si +petites dimensions que ce dfaut, aggrav par la mauvaise perspective +d'alors et l'absence de tout savoir technique, le fit rester au-dessous +du but qu'il s'tait propos. + +La descente l'Enfer commence dans la partie suprieure o les mes +diriges sur les sombres bords sont attendues par Cerbre pour tre +conduites devant Pluton en train de festoyer. + +Au-dessous, Caron, le nocher funbre, les conduit travers l'Achron +l'entre du gouffre o le premier des cercles infernaux est peupl par +les prodigues et les avaricieux roulant leur ternel rocher. + +Cette partie est spare des cercles infrieurs, ceux des dsesprs, par +un mur crnel, que lchent les flammes, symbole du feu dvorant o sont +consumes les mes voues au dsespoir ternel. + +On y voit les suicids condamns s'entre-tuer toujours dans des bois +sombres habits par les harpies, les parricides plongs jusqu'au cou dans +un affreux lac de sang o ils sont ternellement rejets par des +centaures placs sur la rive qui les empchent coups de flches de +regagner le bord, les luxurieux brls par une pluie de feu; puis les +cercles vont toujours en se rtrcissant et en s'obscurcissant davantage +autour de ceux qu'ils enveloppent pour l'excution de leurs terribles +chtiments. Ils montrent les simoniaques la tte plonge dans le feu, les +immondes la tte retourne, les voleurs en proie aux serpents, les +fauteurs de scandale coups en morceaux, les alchimistes et les faux +monnayeurs s'entre-battant. Enfin, au centre de cette terrifiante +composition, un dmon colossal, debout dans une cuve remplie de serpents, +dvore Judas, pendant que les tratres, plongs dans la cuve et dchirs +par les serpents, attendent semblable supplice. + +_Le Paradis_ d'Andr Orcagna, dont les extases font face ces +horreurs, est d'un art tout diffrent. Les belles figures qui composent +la foule innombrable des lus tiennent le milieu entre l'art raliste +d'un Giotto et l'idalisme d'un Angelico; c'est ce dernier que +sembleraient plutt appartenir les deux admirables figures d'anges +musiciens agenouills sur des nuages aux pieds du Christ et de la Vierge. + +Sur le mur du fond coup par la fentre, Orcagna a peint _le Jugement +dernier_ auquel assistent des groupes d'hommes et de femmes et o, +suivant l'esprit dmocratique de l'poque, toutes les classes sociales +sont confondues, l'empereur et le pape comme le mendiant. + +Le retable sur fond d'or reprsente le Christ glorieux confiant d'une +main saint Pierre les clefs de l'glise, tandis que de l'autre il remet +le livre de la _Somme_ saint Thomas d'Aquin prsent par la +Vierge. Sur les volets du retable sont peints saint Michel et sainte +Catherine, saint Laurent et saint Paul. + ++La Sacristie+, ouverte gauche sur le transept, contient un joli +_lavabo_ en terre vernisse, plaqu l'intrieur de faence; il a +t excut en 1497 par JEAN DELLA ROBBIA. + +Au bas de la chapelle Strozzi, une porte conduit quelques marches +descendant sur une galerie appele le +Sepolcreto+ dont les votes +cintres reposent sur des piliers octogonaux. Cette galerie a un grand +intrt par toutes les petites plaques commmoratives enchsses dans le +mur et dont la plupart portent en relief les cussons de presque toutes +les nobles familles florentines. Une de ces plaques particulirement +belle est de Pisano et montre le donateur et la donatrice agenouills aux +pieds de la Vierge. + +Le Sepolcreto dbouche sur le clotre appel aussi Clotre vert, de la +couleur des fresques en camaeu dont il est dcor. + ++Le Clotre vert+ est entour d'une galerie forme d'arcs reposant +sur des piliers octogonaux. Il a t peint par ANDREA ORCAGNA, pour les +scnes de la Gense, et par PAOLO UCCELLO, pour _le Dluge_, _le +Sacrifice_ et _l'Ivresse de No_, fresques en camaeu vert sur +fond rouge. + +Les trois compositions d'Orcagna sont presque entirement dtruites, on y +trouve pourtant encore quelques belles figures. + +I. _Cration des animaux_, _Cration de l'homme et de la +femme_, _Adam et ve mangent le fruit dfendu_. + +II. _Adam et ve chasss du Paradis_; _ve filant_, ravissante +figure de la Renaissance; _Adam piochant_. Dans le bas (dtruit) +taient _Can et Abel_. + +III. _Mort de Can_ sous la flche de Lameth, _No construisant +l'Arche_, _No faisant entrer les animaux dans l'Arche_ +(dtruit). + +La fameuse fresque du _Dluge_ d'UCCELLO continue la srie. Aucun +artiste n'a pouss le fanatisme du ralisme plus loin qu'Uccello dont le +nom, malgr l'extravagance bizarre de l'artiste, se rattache pourtant +des progrs techniques de premier ordre. Dans cette fresque peinte en +1446, tous les peintres purent venir apprendre le model et la +perspective; mais, ct de beauts de premier ordre, les grotesques +inventions abondent. Les victimes exprimentent des appareils de +sauvetage de toute sorte et plus ou moins saugrenus. L'un a plac autour +de son cou une boue; l'autre s'est rfugi dans une cuve; d'autres +encore grimpent sur des chelles, nagent sur des planches, ou tentent de +se sauver cheval. L'arche colossale, dont on ne voit que la coque, +occupe un ct entier, et No y apparat. + +Les autres fresques sont trs dtriores; celle de l'Arche de No a +pourtant conserv intact le groupe de ses trois fils, dont l'un, dtach +de profil sur une treille, est une superbe et nergique figure. + +Sur la droite du clotre s'ouvre la salle du chapitre appele +Chapelle +des Espagnols+, Cappella degli Spagnuoli. Elle est claire par deux +belles fentres ouvertes sur le clotre de chaque ct de la porte, dont +les lgantes sculptures sont protges par de belles grilles en fer +rinceaux dcoups. + +La chapelle, commence en 1322, fut acheve en 1355 et magnifiquement +dcore de fresques dont l'ensemble embrasse le cycle peu prs complet +des croyances philosophiques, thologiques et religieuses du moyen ge. +Ces peintures superbes et admirablement conserves sont attribues par +Vasari TADDEO GADDI et SIMONE MEMMI de Sienne. Le mur de droite par +Simone Memmi reprsente _l'glise militante et l'glise +triomphante_. Celui de gauche, par TADDEO GADDI, montre _l'glise +personnifie par saint Thomas d'Aquin_ dominant et protgeant toutes +les connaissances humaines. Sur le mur du chevet coup par l'enfoncement +de l'autel est peint en forme d'ventail _le Calvaire_, avec d'un +ct _le Chemin de Croix_ et de l'autre _la Descente aux +Limbes_. Enfin les peintures de la vote reprsentent des scnes de la +_Vie de Jsus-Christ_. + +I.--_L'glise militante et l'glise triomphante_. Pendant que saint +Franois prchait une merveilleuse doctrine de charit et de tolrance, +saint Dominique rpandait sur le monde une foi sombre, asctique et +intolrante, car l'glise, pour lui, ne pouvait arriver au triomphe final +que par l'emploi de moyens violents aussi bien contre les hrtiques que +contre les fidles. + +Interprte de cette ide, le matre a symbolis les deux grandes forces +du moyen ge, l'Empereur et son Conseil, le Pape et son Concile assis +devant l'glise Sainte-Marie des Fleurs, personnifiant ici l'omnipotence +de l'glise. Aux pieds du Pape sont couches les brebis de la chrtient +gardes par les chiens noirs et blancs dominicains, Domini canes, +tandis que d'autres chiens poursuivent et mordent les loups hrtiques +auxquels ils arrachent les brebis qu'ils tentent de ravir. En avant, +gauche, se tient le groupe des religieux et religieuses de tous les +ordres, tandis qu' droite sont les laques, parmi lesquels on reconnat +les portraits clbres de Ptrarque, de Boccace, de Giotto, de Cimabue et +de Laure, devant lesquels sont agenouills les pauvres et les infirmes. +Sur la droite, la fresque est consacre l'application des thories +dominicaines. + +A.--Saint Dominique discute avec les hrtiques. + +B.--Saint Dominique ayant convaincu les hrtiques, les fait se +prosterner devant l'vangile, tandis qu'un Archange dchire les livres +hrsiarques. + +C.--Au-dessus de ces sujets se trouve une range de petits personnages +intermdiaires, dansant au son d'un tambour de basque, devant quatre +personnages assis figurant des pchs mortels. + +D.--Le haut de la composition est form par un dominicain coutant la +confession d'un homme agenouill, un second dominicain qui lui donne +l'absolution au seuil du Paradis o l'introduit un troisime. + +E.--Le Paradis occupe tout le haut de la fresque gauche. D'aprs +l'Apocalypse, le Christ y est reprsent trnant sur l'arc-en-ciel entre +deux anges; il est environn des Symboles des quatre vanglistes, +l'Agneau mystique est couch ses pieds, et il tient d'une main +l'vangile, et de l'autre la clef du monde. + +II.--_Triomphe de saint Thomas d'Aquin_. Le saint, les vangiles +la main, trne en haut de la fresque; il crase sous ses pieds Arius, +Sabellius et Averros, les trois grands hrsiarques. + +A ses cts sont assis, rangs l'un prs de l'autre, les vanglistes et +les Prophtes alternant. + +La partie infrieure est divise en quatorze niches o trnent des +figures de femmes, symbolisant toutes les connaissances de l'poque. +Devant chacune d'elles est assis plus bas son principal adepte; toutes +ces figures, d'une attitude un peu raide, ne varient gure que par +l'expression des physionomies. + +1--Le droit civil et l'empereur Justinien. + +2--Le droit ecclsiastique et le pape Clment V. + +3--La thologie spculative et Pietro Lombardo. + +4--La thologie pratique et Severino Boccio. + +5--La foi et saint Denis l'Aropagite. + +6--L'Esprance et saint Jean Damascne. + +7--L'amour sacr et saint Augustin. + +8--L'arithmtique et Pythagore. + +9--La gomtrie et Euclide. + +10--L'astronomie et Ptolme. + +11--La musique et Tubalcan. + +12--La dialectique et Znon d'le. + +13--La rhtorique et Cicron. + +14--La grammaire avec Donato ou Priscien. + +III.--_Le Calvaire_. La composition remplit un cintre divis en +trois parties dont le Calvaire occupe la plus haute. Le Portement de +croix part du bas de la fresque, gauche, pour monter au Calvaire. Dans +le bas, droite, est reprsente la Descente de Jsus aux limbes, dont +la porte s'croule devant lui sur Satan. Cette partie, tout fait +remarquable, est peut-tre la meilleure de la chapelle comme art et comme +sentiment. + +La fresque du mur d'entre est en partie dtruite: elle reprsentait, +d'un ct, les prdications de saint Dominique; de l'autre, celles de +saint Thomas d'Aquin, et au-dessous, des miracles oprs par les deux +saints. + +IV.--La vote, divise par les nervures en quatre parties angulaires, est +occupe par des fresques symboliques. + +I. Au-dessus de l'glise militante et triomphante, _la Barque de +Pierre_, symbole des temptes qui peuvent assaillir l'glise, sans +jamais la submerger. + +II. Au-dessus du Calvaire, _la Rsurrection_. + +III. Au-dessus du triomphe de saint Thomas d'Aquin, _la Pentecte_, +symbole de toute science considre comme don divin. + +IV. Au-dessus de l'entre, _l'Ascension_. Au del du Clotre vert +s'tend le Grand Clotre, aujourd'hui cour de l'cole des Cadets. + ++La Pharmacie+ de l'ancien couvent, la Spezeria (Via della Scala), +possde dans une petite pice des fresques dures et heurtes de SPINELLO +ARETINO, _histoire de la Passion_. + ++SAINT-JACQUES DE RIPOLI+. Au tympan de la porte, bas-relief des +DELLA ROBBIA. _Le Christ entre Saint Thomas et un Saint_. + ++A l'intrieur+, l'glise contient la meilleure oeuvre de RIDOLFO +GHIRLANDAJO, le _Mariage mystique de sainte Catherine_ excut vers +1505, sous la double influence de ses matres, Lonard et son pre. La +couleur admirable de ce tableau et sa tenue sobre et nergique l'ont fait +longtemps attribuer au Vinci; c'est une oeuvre de premier ordre. + ++GLISE SAN FRANCESCO DE VANCHETONI+ (Via del Palazzuolo). Cette +glise conserve quelques ouvrages remarquables de DONATELLO. Deux +admirables _bustes d'enfants_ semblent tre des portraits, tant leur +originalit est puissante. L'un est un enfant l'air triste et presque +morose, tandis que l'autre, d'aprs la peau de chvre de sa draperie, +parat tre un Saint Jean-Baptiste adolescent. + ++L'GLISE D'OGNISSANTI+, difie en 1524, et remanie en 1627, +n'offre comme architecture rien d'intressant. Dans le tympan de la porte +principale, bas-relief de DELLA ROBBIA, _le Couronnement de la +Vierge_. +A l'intrieur+, entre le troisime et le quatrime +autel, sont deux fresques, oeuvres de premier ordre: l'une de BOTTICELLI, +l'autre de GHIRLANDAJO. + +La fresque de BOTTICELLI, peinte en 1480, reprsente _Saint Jrme_; +c'est un chef-d'oeuvre autant par le fini prcieux des dtails que par +l'anatomie puissante et large et par la profonde ferveur religieuse qui +anime la figure du saint. Saint Jrme, beau vieillard vtu de la pourpre +cardinalice, est assis devant une table, o il est accoud et parat +rflchir profondment. Ce qui est extraordinaire d'art minutieux, ce +sont les multiples objets poss sur cette table; les pupitres crire et + lire, les parchemins, les livres, les lunettes, les ciseaux et jusqu'au +tapis d'Orient qui la recouvre, tout dnote la prcision et l'amour du +dtail, pousss l'extrme. + +Le _Saint Augustin_ de Ghirlandajo a malheureusement pli; il est +galement assis devant une table, l'amnagement peu compliqu de la pice +contraste fortement avec la fresque prcdente. Le visage est admirable, +et les mains surtout sont d'un modle parfait. + ++La Sacristie+ est dcore d'une grande fresque, de l'cole de +Giotto, _Christ en croix_ entour d'anges, probablement une oeuvre de +FRANCESCO DA VOLTERRA (1350). + +Au fond du transept, un escalier conduit une chapelle o un +_Christ_ de Giotto est un premier et timide essai d'anatomie dans ce +sujet. + ++Dans l'ancien Rfectoire+ du couvent ouvert sur le clotre, +GHIRLANDAJO a peint en 1480 +la Cne+. A cette poque, le matre +avait accept la dcoration complte fresque de l'glise, mais le +travail ne fut jamais excut et la fresque du rfectoire est la seule +trace subsistant de ce projet dont elle tait destine tre le +commencement. Ghirlandajo s'y montre en pleine possession de son beau +talent; le dessin est large; les figures, bien composes, sont +suprieures par l'lvation de la pense, et il ne s'y trouve aucune +trace de la scheresse qu'on pourrait quelquefois reprocher l'artiste. + +Le ravissant _tabernacle_ qui surmonte la porte d'entre fut excut +par AGOSTINO DI DUCCIO en 1463. Ce bijou est digne du meilleur et du plus +cher lve de LUCA DELLA ROBBIA. Il a malheureusement t repeint. + + + + +RIVE GAUCHE + ++PITTI, JARDINS BOBOLI, GLISE SAINTE-FLICIE, PALAIS BIANCA CAPELLO, +GLISE SAN SPIRITO, SANTA MARIA DEL CARMINE+. + + ++LE PALAIS PITTI+, situ sur la partie la plus leve de Florence, +fut commenc en 1440 par BRUNELLESCHI pour Lucca Pitti, l'adversaire +acharn des Mdicis, dont il voulait clipser le luxe, dfaut de la +puissance. + +Pierre de Mdicis ayant noy dans le sang la fameuse conspiration des +Pazzi (1446) dont Pitti tait un des principaux conjurs, le palais resta +inachev jusqu'au XVIe sicle o il devint l'apanage d'lonore de +Tolde, femme du grand-duc Cosme Ier. C'est vers cette poque que les +grands-ducs le relirent aux Offices par une galerie destine leur +ouvrir une retraite en cas de soulvement. + +Le palais a une immense faade, lourde et froide, dont l'effet +dsagrable est encore aggrav par les ailes ajoutes de 1620 1631, +alors que, devenu rsidence des grands-ducs, il se trouva insuffisant. + +Il renferme, sous le nom de Galerie Pitti, la riche collection de +tableaux forme par les cardinaux Lopold et Charles de Mdicis, ainsi +que par le grand-duc Ferdinand. La galerie compte plus de cinq cents +numros dissmins dans les beaux salons de l'aile gauche, dont les noms +sont tirs des sujets de leurs plafonds. + + +SALLE DE L'ILIADE + +N 201.--TITIEN. _Portrait du Cardinal de Mdicis_, de haute et +fire allure; il fut peint en 1532, aprs la campagne contre les Turcs, +laquelle avait pris part le cardinal, qui porte le costume hongrois. + +N 219.--PRUGIN. _Vierge adorant l'Enfant_, avec beaucoup de +repeints. + +N 185.--GIORGIONE (attribu maintenant au Titien), _le Concert_. + +Deux moines et un jeune homme coiff d'un chapeau plume font de la +musique. Ce chef-d'oeuvre est admirable de coloris, de model et de belle +lumire chaude et dore. + +N207.--RIDOLFO GHIRLANDAJO. _L'Orfvre_. Ce portrait clbre a d +sa perfection de passer longtemps pour un ouvrage de Lonard de Vinci. + +N 208.--FRA BARTOLOMMEO. _La Vierge sur un trne_ (1512). + +Ce beau tableau est l'ancien retable de l'glise San Marco. Si, par +l'expression un peu commune, il manque de dignit et si la peinture a +noirci, il n'en est pas moins une merveille de composition. + + +SALLE DE SATURNE + +N 178.--RAPHAEL. _La Madone du Grand-Duc_. La plus belle des +Vierges de Raphal, peinte en 1505, lorsqu'il tait encore sous +l'influence du Prugin, pour la couleur et le jet de la draperie, mais la +composition et le dessin y procdent directement de Masaccio et de Fra +Bartolommeo. + +La tte de la Vierge est un bijou de model et l'enfant qu'elle tient +assis sur sa main est exquis. Ce petit chef-d'oeuvre, excut pour le +grand-duc Ferdinand, fut conserv comme une sorte de palladium dans la +famille Mdicis, de l lui vient son surnom de Vierge du Grand-Duc. + +N 179.--SBASTIEN DEL PIOMBO. _Martyre de Sainte Agathe_. Ce +tableau, peint en 1520 sous l'influence romaine, est une belle oeuvre +inspire par le style et le large dessin de Michel-Ange, mais avec un +coloris sobre d'une grande tenue. + +N 174.--RAPHAEL. _Vision d'zchiel_. Ce petit tableau peut encore +tre rang dans l'ordre des tableaux symboliques, tels que les comprenait +le moyen ge, dont le but tait de rendre frappantes pour les masses les +ides morales jointes aux faits matriels contenus dans l'Apocalypse et +les deux Testaments. Mais, dans la _Vision d'zchiel_, Raphal a +donn la beaut et la grandeur de la + +Renaissance l'ancien ordre de sentiments; il a reprsent Dieu le Pre +sous les traits d'un Jupiter Olympien port sur les nues par les symboles +des quatre vanglistes, et dont les bras tendus pour bnir sont +supports par deux anges. + +L'homme, attribut de saint Matthieu, qui a trait particulirement la vie +humaine du Christ, se tient seul agenouill aux pieds de Dieu qui bnit +en lui l'humanit dont le Christ assuma toutes les souffrances. + +Cette trs petite composition, traite avec la finesse de la miniature, +est malheureusement rendue moins agrable par l'emploi de tons un peu +lourds. + +N 164.--PRUGIN. _La Dposition de Croix_. Ce tableau, peint +Florence en 1495, offre une collection de ttes passives sans aucun +contraste, le tout plus intressant par une excellente composition et +l'galit du fini que par la profondeur du sentiment. + +N 159.--FRA BARTOLOMMEO. _Rsurrection du Christ entre les +vanglistes_. Ce tableau est peut-tre ce que le matre a donn de +plus parfait; jamais on n'a pouss plus loin et alli davantage la +grandeur de la composition et la profondeur noble et grave du sentiment. +Les deux adorables enfants placs au bas du tableau tiennent un miroir o +le Frate a reflt comme paysage le monde. + + + + +PALAIS PITTI+ + + ____________________ + +GALERIE PALATINE+ | | + | SALLE | + | DEI PUTTI | + |__________________| + | | + | SALLE | + JARDINS BOBOLI | DE FLORE | + |__________________| + | | + | SALLE DE | + | LA JUSTICE | +__________________________________|__________________|__________ +| | | | | | | | O +| |SALLE |SALLE |SALLE| | SALLE | SALLE | | +| | | DE | | SALLE | | |S---+-->N +| |DELLA |L'EDU-| DU | | DE | DU | | +| | |CATION| | D'ULYSSE | | | E +|GRAND |STUFA |DE |BAIN | | PROMTHE | PROCETTI | +| | |JUPITER | | | | +|VESTI-|______|______|_____|__________|____________|____________|___________ +| | | | | | | | +|BULE | | | | | | | +| | | | | | | | +|DE | SALLE | SALLE | SALLE | SALLE | SALLE | SALLE | +| | | | | | | | +|L'ES- | DE | DE | DE | DE | | DE | +| | | | | | | | +|CALIER| L'ILIADE| SATURNE | JUPITER | MARS | D'APOLLON| VNUS | +| | | | | | | | +| | | | | | | | +|______|_________|_____________|___________|_______|__________|____________| + ^ + | + ENTRE + + +N 151.--RAPHAEL. _La Vierge la Chaise_. Ce tableau, peint en 1515 +au moment o Raphal travaillait la chambre d'Hliodore au Vatican, est +le type le plus complet des Vierges romaines o l'artiste supprima toute +divinit de la figure de la Vierge pour la remplacer par ce qu'il +considrait comme le suprme de la beaut fminine, quelquefois +provocante, mais jamais virginale. Ici la Vierge n'est que le portrait +d'une belle Romaine en costume populaire et la composition de ce +mdaillon clbre, absolument banale, n'a pour elle que son beau coloris. + +N 190.--SUSTERMANS. _Portrait du fils de Frdric II, roi de +Danemark_. Ce peintre flamand, qui vcut Florence, a laiss +d'excellents portraits tenant un juste milieu entre Vlasquez et Van +Dyck. Ce joli portrait est d'une belle facture. + +N 113.--MICHEL-ANGE. _Les Parques_. Ce tableau parat plutt une +attribution; toutefois, s'il a t dessin par Michel-Ange, il n'a +certainement pas t peint par lui, son coloris n'offrant aucune trace de +la vigueur parfois tragique, propre au pinceau de Michel-Ange. + +Les Parques sont reprsentes sous les traits de trois vieilles femmes +d'un beau caractre, drapes de nuances trop claires. + + +SALLE DE MARS + +N 94.--RAPHAEL. _Madone dell'Impannata_. Compose par Raphal, +excute par ses lves sans qu'on sache absolument la part qui leur +revient. Deux femmes apportent la Vierge l'Enfant qui prend vivement la +robe de sa mre, et se retourne vers elles en riant. + +N 92.--TITIEN. Superbe portrait de jeune homme. + +N 86.--RUBENS. _Les Consquences de la Guerre_. Belle et grande +composition trs mouvemente. Un guerrier entrane une femme nue que les +Amours cherchent retenir. + +N 85.--RUBENS. _Les quatre Philosophes_. Portraits de Rubens, de +son frre et des philosophes Lipse et Grotius assis une table derrire +le buste de Snque. + +N 82.--VAN DYCK. _Le cardinal Bentivoglio_, portrait assis en pied, +d'une lgance et d'une distinction remarquables, comme d'un coloris +superbe. + + +SALLE D'APOLLON + +N67.--TITIEN. _La Madeleine_. Ce portrait de femme drape dans son +admirable chevelure d'or, fut peint pour le duc d'Urbin, et l'on voit que +le sujet de la pcheresse n'a t ici qu'absolument subsidiaire. + +N 64.--FRA BARTOLOMMEO. _La Dposition_. Dans cette oeuvre +admirable, la beaut du sentiment se runit celle de l'excution pour +former un ensemble de premier ordre. Rien n'est plus beau que l'abandon +du corps du Christ et l'angoisse profonde de la Vierge lui donnant un +dernier baiser. + +L'motion ressort de la simplicit pathtique des personnages, et non de +leur arrangement factice et voulu; c'est l ce qui diffrencie +profondment l'ouvrage de Fra Bartolommeo des quivalences dues par +exemple au pinceau d'un Prugin. + +N 61.--RAPHAEL. Portrait d'_Angiolo Doni_. La premire oeuvre faite + Florence et le plus beau des portraits peints par Raphal sous +l'influence de Prugin, qu'on pourra rapprocher comme inspiration de +celui de l'Espagnol Lopez Pereigo indiqu comme le propre portrait du +Prugin au muse des Offices, sous le n 287. + +Doni est reprsent en buste vtu de noir; ses mains, appuyes sur une +balustrade, sont d'une rare perfection. La tte, d'une expression +profonde et intelligente, se dtache sur un beau fond de paysage. + +N 59.--RAPHAEL. Portrait de _Madeleine Strozzi Doni_, femme du +prcdent. D'un aspect peu distingu, sa figure niaise et placide est +sans expression, les formes sont massives et lourdes. + +N 58.--ANDREA DEL SARTO. _Dposition_ (1524). Cette peinture, si +loin comme sentiment de la _Dposition_ de Bartolommeo, est un tour +de force comme richesse de coloris. + +N 54.--TITIEN. Portrait de _Pierre Artin_. La tte est +intelligente et fine, il est vtu d'une ample robe cramoisie. + +N 63.--RAPHAEL. Portraits de _Lon X_ et des cardinaux _Rossi_ +et _de Mdicis_. Le pape est assis devant une table; les deux +cardinaux, dont on ne voit que les bustes, sont debout derrire lui. + +Raphal a fait de ces portraits non seulement une admirable tude des +rouges de toutes les gammes, les plus riches et les plus varies, mais +encore une tonnante caractristique de leur individualit. Rien n'est +intressant comme de comparer le Jules II de la Tribune des Offices avec +le Lon X du muse Pitti; autant chez l'un tout est asctique, profond, +violent mme avec la tension de toutes les forces et de toutes les +nergies vers un but dtermin, autant chez l'autre tout est matriel, +tourn vers les grandeurs, le luxe et la somptuosit. Presque Athnien +dans ses gots, passionn d'art et de littrature, Raphal a su marquer +ce caractre du pape en plaant devant lui une cloche finement cisele et +un livre prcieux qu'il s'apprte regarder la loupe. + + +SALLE DE VNUS + +N 18.--TITIEN. _La Belle_. L'habillement de la Belle, bleu, violet, +or et blanc, cadre avec la tte, dont la mystrieuse expression captive +et fascine. Ce portrait de femme, peint en 1535, rappelle les traits de +la duchesse lonore d'Urbin et peut tre considr comme un des plus +parfaits sortis du pinceau du matre, tant par son model en pleine +lumire que par sa coloration transparente et chaude tout la fois. + +N 3.--TINTORET. _Vnus, Vulcain et l'Amour_, tableau trs inspir +par le Titien, d'une excution charmante et plus soigne que ne le sont +gnralement les oeuvres du Tintoret. + + +SALLE DE PROMTHE + +N 372.--ANDREA DEL CASTAGNO. Trs beau portrait d'homme coiff la +bourguignonne. + +N 373.--PIERRE POLLAJUOLO. _Saint Sbastien_. + +N 353.--BOTTICELLI. _La belle Simonetta_. Ce portrait fameux de la +matresse de Julien de Mdicis la montre sous les traits d'une femme +laide et d'une prodigieuse raideur. Pourtant ce profil anguleux, dcoup +en silhouette violente sur un fond gris, ne manque pas de caractre, quoi +qu'il soit peu prsumable qu'il ait t peint par Botticelli. + +N 347.--FILIPPINO LIPPI. _Sainte Famille_ (Mdaillon). La Vierge +adore l'Enfant pendant que de petits anges effeuillent sur lui des roses. + +N 343.--FRA FILIPPO LIPPI. _La Vierge, l'Enfant, Saint Joachim_ et +_Sainte Anne_, avec au fond _la Nativit de la Vierge_. + +Les APPARTEMENTS DU PALAIS PITTI communiquent avec la galerie par la +salle manger. + +Ils sont tendus de soieries du XVIIe sicle et, comme tous les +appartements de palais, sont de mdiocre intrt. + +Dans la chapelle, un superbe cadre en mosaque florentine du XVIIe +sicle contient une _Vierge_ de CARLO DOLCE, tapisseries de +Florence, cabinets en pierres dures et en mosaques, etc., etc. + +A l'entresol, L'UFFIZIO DEGLI ARGENTI, une petite salle o est conserv +le trsor des Mdicis, maintenant proprit de la ville. On y remarque +quatre coupes et une gourde ornes d'maux sur paillons attribues +Benvenuto Cellini, _Christ_ de Jean de Bologne provenant de la +chapelle du palais, torchres en bronze dor de Bologne. + +LES JARDINS BOBOLI s'tendent derrire le palais Pitti et s'lvent en +terrasse sur la colline au pied de laquelle il est construit. + +Ces jardins, d'o l'on jouit de vues magnifiques sur Florence, furent +dessins en 1550 par Tribolo, sur l'ordre de Cosme Ier, et achevs par +BUONTALENTI. + +A l'entre, une grotte contient quatre statues inacheves de MICHEL-ANGE, +faisant partie de la srie des esclaves destins au tombeau de Jules +II. + +En passant par une belle alle orne de statues, on arrive un charmant +bassin dont le centre est dcor d'une statue colossale de l'_Ocan_ +par JEAN DE BOLOGNE. + ++GLISE SAINTE-FLICIT+. L'glise n'est intressante que par son +portique et la quantit d'oeuvres primitives qu'elle contient. + +Dans la +sacristie+, GIOTTO, _Christ_; TADDEO GADDI, tableau +cinq divisions, _Vierge trnant entre des Saints_. + +Dans une +chapelle+ contigu, NICOL DA PIETRO, _Christ entour de +la Madeleine et des Saintes Femmes_. + ++Deuxime sacristie+. _Annonciation_ en deux parties, fresques +contemporaines d'Orcagna. + +Sur la place devant l'glise, colonne leve en commmoration de la +dfaite des Siennois Marciano (1554). + ++PALAIS DE BIANCA CAPELLO+ (26, via Maggio), la clbre femme du +grand-duc Franois Ier(1526). La faade est dcore d'arabesques en +grisailles peintes fresques alternes avec les armes des Mdicis. + +L'GLISE SAN SPIRITO fut construite en 1487 d'aprs des plans laisss par +BRUNELLESCHI. + ++L'intrieur+, de style classique, a de remarquables proportions. + +Dans la +cinquime chapelle+ se trouve un chef-d'oeuvre de FILIPPINO +LIPPI, l'un de ses premiers ouvrages, appel _la Vierge des Tana de +Nerli_. + +La Vierge, assise sous un portique, tient l'enfant couch sur ses genoux. +Devant eux est agenouill le petit saint Jean, tandis qu' leurs cts +saint Nicolas et sainte Catherine, patrons des Tana, leur prsentent le +donateur et la donatrice agenouills devant eux, admirables et vivants +portraits. L'intrt de ce trs beau tableau est encore accru par la +jolie vue de Florence avec la vieille porte San Spirito, qu'on aperoit +au fond. + +Derrire le choeur, au deuxime autel, _Vierge_ entoure de saints, +de l'cole de GIOTTO. Troisime autel: LORENZO DI CREDI, _Vierge et +Saints_. + ++Transept gauche+. PIERO DI COSIMO, _Vierge et Saints_. + ++La sacristie+ ouverte sur le transept a t btie de 1489 1497 +par ANTONIO POLLAJUOLO. Ce petit octogone, termin par une coupole, est +d'une beaut de forme et d'une puret de lignes parfaites. Les admirables +chapiteaux des pilastres sont de premier ordre, les deux placs des deux +cts de la base destine l'autel sont dcors de quatre superbes +figures d'hommes nus tranant des guirlandes. D'une exceptionnelle +qualit, l'art et le got particuliers de Pollajuolo pour l'anatomie s'y +rvlent tout entiers. + ++Le vestibule+ de la sacristie est de SANSOVINO; il est dcor d'une +belle vote en berceau reposant sur des colonnes richement sculptes. Ce +vestibule donne accs aux clotres dont le second sert de cour une +caserne. + ++GLISE SANTA MARIA DEL CARMINE+. Cette glise dpendante du couvent +des Carmes adjacent fut construite en 1422, et, en 1771, aprs un +terrible incendie, reconstruite dans le style le plus dtestable. La +seule partie sauve fut heureusement le transept droit, dont le fond est +occup par la +chapelle+ BRANCACCI fonde en 1419 par Antoine ++Brancacci+ et o sont les clbres fresques de MASACCIO (1423-1428) +termines aprs sa mort par FILIPPINO LIPPI. + +TOMASO DI SER GIOVANNI DA CASTEL SAN GIOVANNI tait, d'aprs Vasari, +lve de Masolino da Panicale, mais son gnie, qui le destinait tre le +prophte et le prcurseur de la Renaissance italienne, ne garde aucune +trace de ce premier enseignement. En effet Masaccio, dans cet +extraordinaire monument des dbuts du XVe sicle, franchit d'un seul +lan toutes les bornes assignes la peinture jusque-l. Hardiment il +ose le nu, mais le nu raliste et vivant, tel qu'il s'offre par exemple +dans une figure grelottant de froid, tandis que Pierre lui donne le +baptme. Masaccio, non seulement saisit sur le vif le maintien, +l'attitude et les mouvements; il trouve encore du premier jet cette +dignit d'allure, cette fiert du geste, cette noblesse native de toute +la personne qui suscite l'admiration et l'impose. + +La diffrence capitale entre Masaccio et Giotto, dont la sincrit est le +trait commun, rside dans la science des groupements et dans la manire +de coordonner et de prsenter une scne. Il faut remarquer de quelle +allure le personnage principal de Masaccio, l'aptre Pierre, traverse +toute l'oeuvre avec une dignit et une grandeur qui ne se dmentent +jamais. Chez ses successeurs un pareil rsultat sera le fruit de la +patience et d'un art consomm, mais chez lui il est atteint avec une +extraordinaire simplicit de moyens et presque spontanment. + +Il revt ses principaux personnages de la toge romaine dont les grands +plis sans cassure les drapent merveilleusement, tandis qu'il donne ses +figures secondaires le costume contemporain, suivant en cela ce principe +mis en lumire par Giotto, que la draperie, grce la gnralisation +qu'elle donne, grandit, au lieu que le costume diminue en localisant. +Masaccio ne recula jamais devant les difficults du raccourci ou de la +perspective; pour en pntrer les secrets, il avait l'intuition et la +prescience du gnie, mais il ne chercha jamais faire talage de ce +savoir-faire et il ne le dploya que lorsque l'occasion le ncessitait, +son haut idal d'art l'levant au-dessus des proccupations de mtier. Il +est le trait d'union entre Giotto et Raphal et, grce lui, la peinture +fit en avant le pas dcisif qui devait aboutir l'admirable +efflorescence du XVIe sicle. + +I.--MASACCIO. _Adam et ve chasss du Paradis_. Intressante tude +d'anatomie pousse un ralisme outr. + +II.--FILITPPINO LIPPI. _Saint Paul visitant saint Pierre dans sa +prison_. + +III.--MASACCIO. _Le tribut Csar_. Sur l'ordre du Christ, saint +Pierre, genoux prs d'une rivire, prend dans la bouche du poisson la +pice destine au tribut rclam par le publicain. + +Cette admirable composition est divise par les plans en trois actions. +Jsus, au centre, entour de ses disciples, est une figure d'une svrit +et d'une beaut surprenantes. D'un geste impratif il ordonne Pierre +d'aller vers la rivire qui coule au fond chercher la pice du tribut +dans la bouche d'un poisson et l'incrdulit de l'aptre forme un +saisissant contraste avec la foi profonde et extasie de l'aptre Jean. + +Le fond reprsente Pierre prenant au poisson la pice du tribut, tandis +que sur la droite de la fresque, il la remet au publicain. + +Le Christ et ses disciples sont vtus de la toge, tandis que la belle +figure, vue de dos, du publicain porte le costume populaire et semble +sortir du mur, tant sont grandes la vrit de l'attitude et la perfection +du dessin. + +IV.--MASACCIO. Composition en deux parties termine par Filippino Lippi. + +A. (A gauche) _Saint Pierre ressuscitant Eutychus_. L'aptre debout, +vu de dos, d'un geste noble, tend le bras vers le jeune Eutychus. De +nombreux personnages groups entourent l'aptre et assistent la scne. +Eutychus a t termin par Filippino sur l'esquisse laisse par Masaccio. +C'est une figure nue, aussi admirable d'anatomie juvnile que d'adoration +respectueuse envers le saint qui l'a rappele la vie. + +B. (A droite) _Saint Pierre ador comme chef de l'glise_. Une scne +de toute beaut le reprsente assis sous un auvent, dans toute sa majest +de chef de l'glise. Il a les mains jointes et les yeux levs au ciel; +devant lui sont prosterns deux lacs et un religieux. + +Les deux scnes de la composition n'ont aucun rapport entre elles, mais +elles se relient insensiblement par la manire dont l'artiste a dispos +les personnages intermdiaires. + + + +IL CARMINE+ + + +FRESQUES DE LA CHAPELLE BRANCACCI+ +______________________________________________________________________ +| | | | +| PILIER | _Mur de gauche_ | | +| | | _Retour du mur | +| I | | sur la | +| | MASACCIO | fentre_ | +| ADAM ET VE | | | +| | III | | +| CHASSS | | | +| | LE TRIBUT A CSAR | V | +| DU PARADIS | | | +|_________________|________________________________|_________________| +| | | | +| II | IV | VI | +| | | | +| SAINT PAUL | | | +| | | | +| VISITANT | LA RSURRECTION D'EUTYCHUS | - | +| | | | +| SAINT PIERRE | | | +| | | | +| DANS SA PRISON | | | +|_________________|________________________________|_________________| +|____________________________________________________________________| +| | | | +| PILIER | _Mur de droite_ | | +| | | _Retour sur | +| | | le mur de la | +| | MASOLINO | fentre_ | +| MASACCIO | | | +| | III | MASACCIO | +| | | | +| I | RSURRECTION DE TABITHE | V | +| | | | +|_________________|________________________________|_________________| +| | | | +| | | | +| | | | +| FILIPPINO | FILIPPINO LIPPI | MASACCIO | +| | | | +| LIPPI | | | +| | IV | | +| | | | +| II | CRUCIFIEMENT DE SAINT PIERRE | VI | +| | | | +|_________________|________________________________|_________________| + + +V.--MASACCIO. _Saint Pierre prchant_. + +VI.--MASACCIO. _Saint Pierre et saint Paul gurissant les malades par +leurs ombres_. + +Miracle s'accomplissant dans une rue du moyen ge descendue par les +aptres et o leur ombre projete contre le mur gurit trois infirmes +dont le plus jeune, allong terre, est une figure d'un naturalisme +saisissant. + +VII.--MASACCIO. _Saint Pierre baptisant_. + +Les hommes nus qui attendent leur tour au bord du fleuve sont surprenants +d'anatomie; la figure grelottante de froid est clbre. + +VIII.--MASACCIO. _Saint Pierre et saint Paul distribuent des +aumnes_. + +IX.--MASOLINO DA PANICALE. _Saint Pierre et saint Paul gurissant un +boiteux et ressuscitant Tabithe_. + +Cette double scne se passe sur une vaste place au fond de laquelle +s'lvent des maisons appartenant l'architecture du XIVe sicle et +bordes de portiques. A droite se trouve le boiteux et gauche Tabithe +revenant la vie entoure de tous les siens. Deux petits personnages, en +costumes du commencement du XVe sicle, coiffs d'espces de turbans et +vtus de courts manteaux larges manches, s'avancent au milieu de la +place causant entre eux, et donnent bien cette fresque le caractre de +Masolino auquel elle est attribue; le dessin moins large et l'attitude +moins naturelle que dans les oeuvres de Masaccio, la diffrencient +compltement. + +X.--FILIPPINO LIPPI. Composition en deux parties, grise et manquant de +caractre. (A droite) _Saint Pierre et saint Paul comparaissant devant +le proconsul romain_. (A gauche) _Crucifiement de saint Pierre_. + +Ces fresques ont dj quelque chose de cette recherche qui aboutira pour +Filippino Lippi celles de Santa Maria Novella. Les trois hommes en +rouge qui assistent au supplice sont certainement la meilleure partie de +la fresque. + +XI.--MASACCIO. _Adam et ve aprs le pch_, deux superbes figures +nues; le corps de la femme est particulirement intressant. + +XII.--FILIPPINO LIPPI. _Dlivrance de saint Pierre_, la meilleure de +ses fresques. + +L'Ange vtu de blanc, les mains croises, prcde saint Pierre sur le +seuil de la prison et l'invite en sortir. Le saint, tourn vers lui de +profil, a l'air de lui demander avec le naturel le mieux rendu s'il doit +vraiment le faire. A droite de la porte, le soldat qui garde la prison +s'est endormi; ses jambes flchissent sous le poids du sommeil et il +tomberait s'il n'tait appuy contre le mur et soutenu par sa lance. + + +______________________________________________________________________ +| | +| IL CARMINE--SACRISTIE | +| | +| +SPINELLO ARETINO ou LOR. DI BICCI+ | +| | +| _Mur de gauche_ | +| | +| | +| | +| BANQUET NUPTIAL | ENTRETIEN | +| | +| DE SAINTE CCILE | DES | +| | +| ET DE VALENTINIEN | DEUX POUX | +| ______________________________________________________________ | +| | | | | | +| | Ste CCILE ET | ILS | | | +| | | | | | +| | VALENTINIEN | INSTRUISENT | | | +| | | | BAPTME | | +| | REOIVENT D'UN | TIBURCE | | | +| | | | DE | | +| | ANGE DES | DANS LA FOI | | | +| | | | TIBURCE | | +| | COURONNES | CHRTIENNE | | | +| | | | | | +| | DE FLEURS | | | | +| |___________________|____________________|___________________| | +| | | | | +| | | | | +| | | | | +| | SAINTE CCILE FAISANT DES | | | +| | | 400 PERSONNES | | +| | AUMNES EST ARRTE | | | +| | | | | +| | | SONT BAPTISES | | +| | | | | +| | SAINTE CCILE PRCHE LA FOI | | | +| | | | | +| | | | | +|___|________________________________________|___________________|___| + + + +______________________________________________________________________ +| | +| IL CARMINE--SACRISTIE | +| | +| +SPINELLO ARETINO ou LOR. DI BICCI+ | +| | +| _Mur de droite_ | +| | +| | +| | +| UN VIEILLARD | BAPTME | +| | +| INSTRUIT VALRIEN | DE | +| | +| DANS LA FOI CHRTIENNE | VALRIEN | +| ______________________________________________________________ | +| | | | | | | +| | | | | | | +| | VALRIEN ET | BAPTME | Ste CCILE | | | +| | TIBURCE | | | | | +| | CONVERTISSENT| DE MAXIME | ENCOURAGE | ILS ONT | | +| | MAXIME | | | | | +| | QUI LES | ET DE SA | LES DEUX | LA TTE | | +| | CONDUISAIT | | | | | +| | AU | FAMILLE | FRRES | TRANCHE | | +| | SUPPLICE | | | | | +| | | | AU MARTYRE | | | +| | | | | | | +| |______________|______________|_______________|______________| | +| | | | | | +| | | | | | +| | MARTYRE DE | | LA MAISON DE | | +| | | | | | +| | SAINTE CCILE. | ENTERREMENT | SAINTE CCILE | | +| | | | | | +| | SON SANG EST | DE | EST | | +| | | | | | +| | RECUEILLI PAR | SAINTE CCILE | TRANSFORME | | +| | | | | | +| | LES CHRTIENS | | EN CHAPELLE | | +| | | | | | +|___|___________________|____________________|___________________|___| + + +Dans la +sacristie+, o l'on entre par le bras droit du transept, +ct de la chapelle Brancacci, on remarque sur les embrasures de la +fentre deux fresques dcouvertes en 1858 et relatives l'histoire de +_sainte Ccile_. Elles sont de SPINELLO ARETINO et ont encore la +navet et la raideur giottesques. + +Dans le +clotre+, droite de l'glise, on a retrouv en 1851 des +restes de fresques qu'on a crues tre la fameuse procession de la +ddicace de l'glise peinte par MASACCIO et o, selon Vasari, les +portraits taient si frappants qu'on y reconnaissait mme jusqu'au +portier du couvent. Les parties retrouves tiennent en effet de +Masaccio; mais il est bien difficile de croire que ce puisse tre l'oeuvre +primitive, l'glise ayant t dtruite par l'incendie de 1771 et, par +consquent, le mur o elle se trouvait. Une autre _fresque_ +reprsente _la Vierge avec l'Enfant Jsus et les vanglistes_; elle +est attribue GIOVANNI DA MILANO. + +Dans le +rfectoire+, sur le clotre, une _Cne_ d'ALESSANDRO +ALLORI. + + + + ++ENVIRONS DE FLORENCE+ + + + +NORD-EST + + + ++PORTE SAN GALLO+ + ++--GLISE SAINT-DOMINIQUE DE FIESOLE, BADIA DE FIESOLE, SAN ANSANO+. + ++II.--FIESOLE+. + ++III.--FIESOLE, VINCIGLIATA, GLISE SAN SALVI+. + + + +I + +SAINT-DOMINIQUE DE FIESOLE, LA BADIA DE FIESOLE, SAN ANSANO. + +(_Deux heures de voiture_.) + + +On sort de la ville par la vieille +porte SAN GALLO+, de 1330, +autrefois dcore de fresques disparues de Ghirlandajo, et l'on suit la +via Boccaccio sur la rive droite du Mugnone, affluent de l'Arno, d'o +l'on dcouvre bientt la belle campagne mamelonne des environs de +Florence, sillonne de villas. On passe devant la +VILLA PALMIERI+ +o Boccace crivit son Dcameron, pendant la peste de 1348, et dont il +fit le lieu de ses contes, puis on atteint Saint-Dominique, au-dessus +duquel se dresse Fiesole sur la haute colline o s'tagent en terrasses +ses villas et ses jardins et o se dcoupent sur le ciel clair les +silhouettes grles des oliviers et des cyprs auxquels le paysage toscan +emprunte son charme potique et profond. + ++SAINT-DOMINIQUE DE FIESOLE+, un des premiers tablissements +dominicains en Toscane, et le couvent o pendant de longues annes +peignit et vcut l'Angelico. L'glise, prcde d'un portique du XVIe +sicle aux armes des Mdicis, n'a aucun caractre et est de toutes les +poques. A l'+intrieur+, derrire le matre-autel, un grand tableau +d'ANGELICO est mdiocre. + ++Deuxime chapelle+ droite. + +LORENZO DI CREDI, _Baptme du Christ_, ple inspiration du +chef-d'oeuvre de son matre, le Verrocchio, l'Acadmie. + ++Troisime Chapelle+. + +ANDREA PERRUCI. Beau _Christ_ sculpt en bois, de grandeur +naturelle. + +Le chemin qui se dtache sur la gauche de Saint-Dominique conduit la +Badia. + ++LA BADIA FIESOLANA+ est situe sur une colline dominant le cours du +Mugnone et possde la plus admirable vue, d'un ct sur Florence et de +l'autre sur Fiesole. + +La Badia est un des monuments les plus anciens de la Toscane. Ds 406, +elle tait un chteau fortifi; elle devint, en 1028, le plus riche et le +plus clbre monastre de Bndictins de la Toscane et presque de +l'Italie. En 1440, la prire de Cosme l'Ancien, le pape Eugne IV donna +le couvent aux chanoines du Latran; c'est de cette poque que date toute +sa splendeur. Cosme employa une partie des richesses du couvent le +restaurer magnifiquement sous la direction de BRUNELLESCHI et en fit l'un +de ses sjours prfrs (1462). Aussi y fondait-il bientt la clbre +Acadmie Platonicienne o il runissait ses familiers et les clients de +sa maison, les Ange Politien, les Marsile Ficin, les Pic de la Mirandole +et tous ceux auxquels la solitude tait indispensable pour favoriser le +travail de la pense. Michel-Ange y habita longuement et les graves +enseignements dont il tait entour ne contriburent pas mdiocrement +hter la maturit de son puissant esprit. + +La faade de la Badia n'a conserv qu'une partie de son revtement du +XIVe sicle, en marbre blanc et cipolin, antrieur celui de San +Miniato. On entre, droite de la faade, dans un vestibule d'o part +l'escalier montant au +clotre+ rectangulaire difi par +BRUNELLESCHI, dont le portique est surmont d'une galerie couverte. + +Tout a t trait dans le clotre, comme dans le reste de l'abbaye, avec +une simplicit svre et voulue, mais dans un style ample et pur. Sur un +des cts s'ouvre la petite +chapelle+ prive rserve aux moines. +La dcoration de la porte, des deux fentres sur le clotre et +l'encadrement de l'ancien retable en pierre grise sont d'une lgante +simplicit. + +Le +Rfectoire+, prcd d'une salle o se trouve un lavabo de style +classique et d'un got exquis, possde une ravissante _chaire_ en +pierre grise laquelle on monte par un escalier pratiqu dans le mur et +contenu dans une baie ouverte. Les sculptures de premier ordre dont elle +est orne reprsentent des chrubins, des guirlandes et de dlicats +fouillis de feuillages. + +A la suite du clotre, un portique ouvert, cinq arcades surmontes +d'une loggia, donne sur des jardins d'o la vue sur Florence est de toute +beaut. + +Dans le +vestibule+ allant du clotre l'glise, un charmant +_lavabo_ en marbre blanc, ouvrage de MINO DA FIESOLE, se compose +d'une vasque oblongue soutenue par un pied sur lequel courent des +dauphins. Ce lavabo est encadr d'un ordre architectonique dont la frise +porte les armes des Mdicis. + ++L'glise+, d'une puret et d'une simplicit remarquables, est en +forme de croix latine une seule nef, sur laquelle, de chaque ct, +quatre grandes baies cintres donnent accs des chapelles. Le transept, +plus lev de quelques marches, conduit au choeur termin carrment; la +croise quatre arcatures soutiennent une coupole en rotonde arrondie; +enfin, chaque extrmit du transept, s'ouvrent deux ravissantes portes +d'ordre classique aux armes des Mdicis. La dcoration sobre et +harmonieuse du monument est forme par des encadrements qui se dtachent +sur des pilastres de pierre grise. + +Les autels sont galement en pierre grise, sauf l'autel principal, bel +ouvrage en mosaque de marbre de la mme poque. + +Revenu Saint-Dominique, on commence gravir les lacets de la colline +de Fiesole au milieu de vignes et d'oliviers tags sur des terrasses. +Aprs avoir laiss droite la route de Majano, on passe au pied de +l'ancien COUVENT DE LA DOCCIA, fond en 1414 et dont le portique par +SANTI DI TITO fut lev, dit-on, sur les dessins de MICHEL-ANGE. Avant +d'arriver Fiesole, on prend gauche l'ancienne route de pitons, la +via Fiesolana, qui descend rapidement la petite glise de San Ansano. + ++L'GLISE DE SAN ANSANO+ fut fonde au Xe sicle. En 1200, elle +dpendait de la compagnie de la Trinit de Florence et elle fut ensuite +canonicat de la cathdrale de Fiesole, dont elle constituait un bnfice. +Achete en 1795 par le chanoine Bandini, elle fut convertie par lui en un +muse qu'il lgua la commune de Fiesole. + +Les quatre tableaux les plus intressants sont les quatre +_Triomphes_ de BOTTICELLI, petits panneaux sur bois, superbes de +composition, mais malheureusement mal conservs. 1 (Mur de droite) +_Triomphe du Temps_. Saturne, vieux et cass, est perch au sommet +d'un cadran d'horloge o les heures d'or se dtachent sur fond noir. Le +cadran est soutenu sur un char triomphal par deux gnies aux pieds +desquels deux chiens couchs, l'un blanc, l'autre noir, symbolisent le +jour et la nuit. Le char, couvert d'une housse rouge richement brode +d'or, est tran par deux cerfs, image de la rapidit du temps. + +2 _Triomphe de la Chastet_. Sur un socle dor plac l'arrire +d'un char, la Chastet debout, vtue d'une robe de bure seme de chardons +d'or, tient une palme. A ses pieds, ros est enchan par deux femmes, +tandis qu'une troisime bande son arc et qu'une quatrime accourt +apportant d'autres liens. Au char sont atteles les licornes symboliques +de la puret, conduites par des femmes peine voiles de tuniques +transparentes, que soulve le vent; l'une d'elles marche en avant, avec +la bannire de la puret, une hermine dtache sur un fond rouge. + +3 (Mur de gauche) _Triomphe de l'Amour_. Il est reprsent par une +figure de bronze aux ailes dores qui s'envole en dcochant ses traits, +au-dessus d'un bcher autour duquel un vieillard, un guerrier et une +jeune femme sont assis enchans. + +Aux quatre angles du char triomphal de l'Amour sont placs des gnies +dors; son attelage est compos de quatre chevaux blancs autour desquels +se pressent de nombreux personnages. + +4 _Triomphe de la Religion_. La Foi, l'Esprance et la Charit sont +agenouilles sur un char tir par les btes symboliques donnes comme +attribut aux quatre vanglistes. + +Au-dessus du char entour de figures agenouilles plane le Pre ternel +bnissant. Cette composition, trs endommage, est infrieure. + +On retrouve dans ces oeuvres de Botticelli, malgr les repeints nombreux, +le charme excessif de sa potique et ravissante nature. Les figures de +femmes dans le _Triomphe de la Chastet_ paraissent les soeurs de +celles du Printemps ou de la Calomnie, tant elles ont semblable envole +et grce lgre dans leur lgante silhouette. + +A droite de l'entre, _Enfant Jsus bnissant_, dlicieuse petite +figure nue de LUCA DELLA ROBBIA. + +Du mme ct, le bnitier est bord d'une guirlande de feuilles et de +fruits au milieu de laquelle est reprsent un buste vu de face. + +Il a pour pendant un autre mdaillon peu prs du mme genre, mais moins +parfait d'excution. Au-dessus du choeur, belle tte de _Saint +Jean-Baptiste_ dans un mdaillon. + +Sur la porte de la sacristie, _la Visitation_, haut relief +polychrome d'ANDREA DELLA ROBBIA. + +Sur la porte oppose, un admirable _Saint Jean-Baptiste genoux devant +le Christ_, mail blanc sur fond de couleur. + +Le devant de l'autel est form d'une terre cuite dore, en haut relief, +l'_Adoration des Pasteurs_, attribue MICHEL-ANGE. + +Dans le passage de la sacristie se trouve une petite chapelle dont +l'autel est surmont d'un magnifique mdaillon de LUCA DELLA ROBBIA, +_la Vierge genoux_, les mains jointes, en adoration devant +l'Enfant avec deux anges volant ses cts. + +Les oeuvres des DELLA ROBBIA sont en si grand nombre San Ansano, +qu'elles constituent un vritable muse de cet art charmant o s'allient +le plus souvent la perfection de la forme, le charme de la couleur et la +posie raffine du sentiment. L, mieux que partout ailleurs, grce la +quantit et la qualit des ouvrages exposs aux regards, on peut +tudier la tradition et l'histoire des terres cuites mailles. Et cela +est particulirement vrai pour Luca, tant cette glise est riche en +pices qui peuvent compter parmi les meilleures du vieux matre, et dans +lesquelles se concilient ses admirables qualits de profonde sincrit +raliste et de grce mue et touchante. + + + + +II + +FIESOLE. + + ++FIESOLE+, l'ancienne Fsul des Romains, est une vieille cit +trusque, dont les murs sont en partie conservs. De la vaste place qui +couronne la colline o est btie Fiesole, la vue sur Florence et sa belle +campagne est admirable. + ++LA CATHDRALE+ est le type le plus ancien et le plus parfait de +l'architecture toscane, inspire des basiliques du XIe sicle. Elle fut +construite en l'anne 1228, et a trois nefs spares par des colonnes +ingalement places, dont la plupart ont des chapiteaux antiques +simplement poss sur leur ft. A la hauteur de l'avant-dernire trave, +se dresse l'autel destin aux fidles, car, au moyen ge, le choeur tait +un endroit consacr o les lacs n'avaient pas le droit de pntrer. +Devant cet autel, des escaliers descendent la +crypte+ ouverte par +cinq baies. Elle est forme de trois courtes nefs spares par quatre +lgres colonnes chapiteaux trusques et a pour clture une admirable +_grille_ de 1300 mdaillons quadrilobs. + +Dans la crypte, au fond de son abside, se trouve une statue en terre +cuite vernisse de _San Romolo_ par les DELLA ROBBIA. La curieuse +fresque qui la dcore reprsente Fiesole au XIIIme sicle. Au-dessus de +cette abside s'lve le +choeur+ auquel on accde par des degrs +placs de chaque ct. Le matre-autel est surmont d'un triptyque o +sont peints sur fond d'or la Vierge et quatre Saints de l'cole de +GIOTTO. + +A gauche du choeur, se dresse le _tabernacle_ en marbre blanc d'ANDR +FERRUCCI; c'est un excellent ouvrage de la fin du XVe sicle, divis en +trois niches: celle du milieu contenant un colossal ciboire; celles des +cts, _l'Annonciation_ en deux parties. galement dans le choeur, +l'on voit le tombeau de l'vque Jacopo Bavaro, fondateur de l'glise. + +La premire chapelle droite du choeur est la +chapelle Salutati+. + +Sur le mur s'lve le _tombeau de l'vque Lionardo Salutati_, +excut de son vivant par MINO DA FIESOLE (1466). C'est un des premiers +ouvrages de Mino, et assurment son chef-d'oeuvre, car l'artiste n'a +jamais retrouv par ailleurs les qualits de grce frache et jeune +allies au fini de l'excution. Le monument est compos d'un magnifique +sarcophage de marbre blanc, de forme antique, reposant sur des consoles +entre lesquelles est plac le buste de l'vque, admirable de vie, de +vrit, de bont, de finesse et d'intelligence. En face du tombeau, +contre le mur, le retable de marbre blanc fut command galement Mino +par l'vque Salutati. + +Cette oeuvre fait dj pressentir, par sa facture plus complique, le +dfaut de simplicit et le manirisme qui sera plus tard gnralement +affect par Mino da Fiesole. + +Le retable est divis en trois parties: la partie centrale est occupe +par la _Vierge_ en relief, adorant l'Enfant trait en ronde bosse, +entre saint Rmi gurissant un boiteux, et saint Lonard en mendiant, +figures en bas-relief. + +La pluralit des plans montre dj dans cet ouvrage de Mino son amour +pour la complication des lignes et pour la surcharge des procds, +dfauts destins exercer plus tard une si fcheuse influence sur son +style. + +Le +Campanile+ de 1213 est une tour carre d'aspect lanc, termine +par des mchicoulis et par des crneaux. + ++LE THTRE ANTIQUE+ tait situ sur l'autre versant de la colline +de Fiesole au nord. Une partie de l'hmicycle avec seize rangs de gradins +a t exhume dans des fouilles rcentes. La vue qu'on dcouvre de ces +ruines sur Fiesole et sur sa campagne est de toute beaut. + +Sur la place de l'glise s'lvent, d'un ct le palais piscopal et le +sminaire, et de l'autre le palais Pretorio du XIIIe sicle, qui porte +les armoiries des podestats et contient le muse o sont conservs +quelques objets provenant des fouilles faites Fiesole. + +L'GLISE SANTA MARIA PRIMERANA s'lve ct du palais Pretorio. + +A droite du choeur est un magnifique retable, l'un des premiers ouvrages +de LUCA DELLA ROBBIA, le Christ en croix avec deux anges recueillant son +sang dans des calices. Autour de lui sont groups, dans des attitudes +dsoles, la Vierge, saint Jean et la Madeleine. + + + + +III + +DE FIESOLE PAR VINCIGLIATA A SAN SALVI + +(_Environ cinq heures de voiture_.) + + +De Florence, aprs avoir gagn Fiesole qu'on traverse, on contourne le +mont Cectioli au sud-est de Fiesole et l'on suit une arte au travers +d'un bois clairsem de pins et de cyprs d'o l'on domine des deux cts, + une grande hauteur, un paysage montagneux de toute beaut. La route de +Vincigliata, borde de hauts cyprs, se dtache bientt et l'on plonge +sur tout le bassin de Florence que l'on dcouvre ses pieds avec la +ceinture des Apennins purement dcoups sur l'horizon. On laisse droite +le CASTEL DI POGGIO, petit chteau avec des restes de fortifications dans +une magnifique situation, en face du monte Cectioli, puis la route +descend par de longs lacets, avec la vue toujours tendue sur le paysage +unique qu'on admire depuis Fiesole, vers le chteau de Vincigliata qu'on +aperoit au-dessous de soi. + + ++LE CHTEAU DE VINCIGLIATA+ (permission Florence) appartient un +Anglais, M. Temple Leader, qui le releva de ses ruines de 1855 1867, et +reconstitua ainsi le type peu prs unique d'un chteau fort italien du +XIVe sicle. Le chteau proprement dit est une masse carre domine par +une tour carre, le tout formidablement hriss de mchicoulis et de +crneaux et entour d'une enceinte dfendue par deux tours, dont l'une +forme l'entre, tandis que s'tendent en face les btiments d'habitation +relis l'entre par une sorte de galerie formant clotre. + +De ces appartements, situs en contre-bas du grand prau dont est +entoure la tour centrale, on monte celui-ci par un escalier intrieur +qui dbouche sous le portique d'une de ses faces (les deux autres tant +occupes par des btiments). + +Toute cette cour est garnie d'cussons et de sculptures comme la cour du +Bargello, et, comme celle-ci, elle a un escalier extrieur montant +l'tage suprieur. + +Quant aux btiments d'habitation, les appartements sont intelligemment +restaurs dans le got de l'poque. A la chapelle et la salle de +justice succde la salle d'armes dcore de fresques provenant de +l'ancien hpital de Santa Maria della Scala, _la Vie de saint +Bernard_ attribue SPINELLO ARETINO. + +De Vincigliata la route gagne la valle par de nombreux lacets, et aprs +avoir franchi le Torrent de la Mensola, elle atteint +SAN MARTINO DE LA +MENSOLA+ dont l'glise possde un retable attribu FRA ANGELICO; +puis on rejoint par une pente rapide la route de Settignano San Salvi. + ++SAN SALVI+ est un ancien couvent de la rgle de Vallombreuse, +mentionn ds 1084, mais dont il ne subsiste que peu de restes. + +Dans le +rfectoire+ s'est heureusement conserve une oeuvre des plus +importantes, peinte par ANDREA DEL SARTO, de 1526 1527, dans les toutes +dernires annes de sa vie. Cette composition est peut-tre la seule +_Cne_ qui puisse, de loin il est vrai, tre rapproche de la +fresque de Lonard comme grandeur de composition et comme noblesse de +mise en scne. + +On ne peut naturellement rclamer des matres de la grande Renaissance la +simplicit mue et l'intensit parfois poignante des vieux matres, pour +lesquels la peinture n'tait que le moyen de fixer en eux-mmes le +souvenir de leurs visions. Rien de pareil ici; on est en face d'une forme +d'art pour laquelle le sujet importe peu, ou n'est plus rien, et o tout +se rduit obtenir l'eurythmie, par des procds purement techniques. + +Les artistes atteignent un vritable summum dans les groupements naturels +et harmonieux, dans la beaut de l'attitude et du mouvement, dans la +science du coloris, la richesse de la draperie, dignes de toute +admiration, mais il ne faut pas leur demander d'exprimer de certaines +motions qu'ils sont bien incapables de ressentir. + +Le long des murs, quelques belles figures de Saints sont encore des +ouvrages de jeunesse d'Andrea del Sarto. + +On rentre Florence par la place Beccaria, au milieu de laquelle a t +conserve la vieille porte Santa Croce. + + + + +NORD-OUEST ET OUEST + + + ++PORTA AL PRATO+ + ++I. CARREGGI, PETRAJA, VILLA DE CASTELLO, LA DOCCIA, SAN STEFANO IN +PANE, PONTE A RIFREDI+. + ++II. PERETOLA, BROZZI, SAN DONINO, POGGIO A CAJANO+. + + + + +I + +CARREGGI, LA PETRAJA, VILLA DE CASTELLO, LA DOCCIA, GLISE SAN STEFANO IN +PANE, PONTE A RIFREDI. + +(_Environ cinq heures de voiture_.) + +On sort de la ville par la Porte al Prato, et, aprs avoir travers le +Mugnone et dpass la colline de Fiesole qu'on laisse sur la droite, on +suit la route de Ponte a Rifredi jusqu' l'entre de ce village, o l'on +tourne droite pour atteindre bientt Carreggi. + ++LA VILLA DE CARREGGI+ fut btie par Cosme le Vieux. MICHELOZZO +MICHELOZZI la construisit dans ce style classique grco-romain qui alors +pour l'Italie tait une sorte de rage. + +Le vieux Cosme destinait Carreggi devenir l'asile de tous les savants +proscrits auxquels il tendrait une main secourable et hospitalire. Cette +maison ne tarda pas lui tre un lieu de prdilection, l'gal de sa +chre Badia de Fiesole, si bien qu'il y mourut en 1464, charg d'ans et +de renomme, aprs avoir donn la peinture et l'architecture +l'impulsion qui, de saintes et originales qu'elles taient, les a faites +magnifiquement copistes. + +Son fils Pierre eut assez faire avec les difficults intrieures et +extrieures qu'il rencontra, pour n'avoir pas grand temps donner aux +plaisirs intellectuels; mais son petit-fils Laurent hrita des gots de +son grand-pre, et la villa de Carreggi devint le rendez-vous de tous les +hellnistes et de tous les latinistes de l'poque, l'exclusion de la +Badia, trop svre pour ses gots de magnificence. Laurent rtablit la +villa Carreggi les entretiens du jardin d'Academos, et, ayant dcouvert +que la Grce ftait le 17 novembre l'anniversaire de la naissance de +Platon, chaque anne il y clbrait cette date grand renfort de +musiciens et de discussions philosophiques. tant tomb malade +Florence, Laurent se fit aussitt transporter sa chre villa, o il +mourait en 1492, aprs avoir appel son lit de mort Jrme Savonarole +dont l'asctique figure parut terrible et jeta l'effroi dans ce lger +milieu paen. + +On raconte que, pour rester jusqu'au bout fidle ses traditions +athniennes, Laurent fit lever Carreggi son second fils Jean, celui +qui devait tre le pape Lon X. + +De sa splendeur passe, la villa n'a conserv que ses beaux jardins; elle +appartient actuellement la famille Orsi. + +La route descend vers le torrent de la Terzolla qu'elle franchit, +contourne les btiments du couvent della Quiete et arrive rapidement ++LA VILLA PETRAJA+. La villa royale de la Petraja (permission +Pitti), construite par BUONTALENTI, a conserv assez grand air en dpit +des rparations. C'est un difice carr surmont d'une sorte de beffroi +bord de deux galeries extrieures. Cette tour fortifie rappelle la +destination de la villa, chteau fort jusqu'en 1608, poque o les +Mdicis la transformrent. La Petraja s'lve au pied des montagnes, sur +leurs dernires pentes, et est prcde de beaux jardins tags en +terrasses d'o l'on dcouvre un panorama splendide d'une immense tendue +sur Florence et les montagnes. A droite du chteau se prsente une +ravissante _fontaine de_ TRIBOLO, sorte de vasque, d'o s'lve une +colonne de marbre blanc dcore de satyres chevauchant des dauphins, et +destine supporter une deuxime vasque orne de guirlandes tenues par +des gnies. De cette conque merge un pidestal qui sert de support une +charmante baigneuse de bronze tordant ses cheveux, ouvrage de JEAN DE +BOLOGNE. + +L'ancienne cour, transforme en salon vitr, est dcore de +_fresques_ de DANIEL DE VOLTERRA sous le portique; d'autres fresques +du XVIIe sicle sont relatives l'histoire des Mdicis. Le beau parc de +la villa la relie celle de Castello qu'on gagne pied en quelques +minutes. + ++LA VILLA ROYALE DE CASTELLO+, situe plus bas que la Petraja, +possde, dfaut d'tendue, un beau jardin dessin et cr par Cosme +l'Ancien et auquel on a conserv les dispositions de l'poque. La +dcoration en fut confie au sculpteur NICOLAS TRIBOLO en 1550, et il fut +orn de sculptures antiques provenues en majeure partie de l'ancien dme +de Florence avant qu'Arnolfo di Cambio ne l'et transform. Au milieu du +jardin s'lve une magnifique _fontaine_ monumentale compose de +deux vasques superposes, ouvrage de TRIBOLO. Sur le bord de la premire +sont couches quatre ravissantes statuettes de bronze, sur la seconde se +dresse un groupe en bronze, _Hercule et Ante_. + +Dans la partie suprieure du +jardin+, sous la terrasse, s'ouvre une +grotte artificielle en rocaille o s'agite au-dessus de fontaines la +mnagerie la plus trange, rhinocros, girafes, ours, loups, lions, +singes etc., etc. Sur les bords des superbes vasques formes par des +sarcophages antiques, des oiseaux en bronze dus JEAN DE BOLOGNE sont +poss un peu partout. + +De la villa de Castello, une marche de quelques minutes conduit la ++Doccia+, la clbre manufacture de faences fonde en 1735 par le +marquis Ginori. Un petit muse contient les plus intressants types de +fabrication. + +En sortant de la Doccia, on repasse devant Castello pour atteindre +l'glise de +San Stefano in Pane+. Elle possde un beau retable en +terre vernisse polychrome, par JEAN DELLA ROBBIA. + +Deux Saints gardent le tabernacle entour d'une double bordure +d'arabesques et de chrubins et surmont d'un vase de fleurs d'o partent +des guirlandes de fruits. Au-dessus, deux Anges volent en soutenant une +couronne sur la colonne mystique. + + +II + +PERETOLA, BROZZI, SAN DONINO, POGGIO A CAJANO. + +(_Environ cinq heures de voiture_.) + +On sort de Florence par la porte de Prato et, aprs avoir travers le +Mugnone, on longe le parc de la villa San Donato Peretola. + ++L'GLISE SAINTE-MARIE+, fonde au XIIe sicle, est depuis 1449 un +fief de Sainte-Marie Nouvelle. + ++Brozzi+. Les vieilles familles florentines des Strozzi, des +Cavalcanti, des Ruccellai possdaient Brozzi des palais dont les +faades dlabres sont encore ornes de leurs armoiries. + ++San Donino+. A droite de la route, on a une fort belle vue sur le +monte Gione et les Apennins; on traverse l'Ombrone sur un pont et on se +trouve dans le pittoresque village de Poggio a Cajano admirablement situ +sur les collines que bordent la rive droite de l'Arno. Au nord, s'tend +la chane des Apennins dont on s'est sensiblement rapproch et qui +profilent leurs belles dcoupures au-dessus d'un riant paysage. + ++LA VILLA ROYALE DE POGGIO A CAJANO+ est situe sur le point +culminant de la route qui conduit Lucques, de sorte que ses trois +faades offrent chacune une charmante vue: l'une sur Florence, l'autre +sur les montagnes et les villages dont elles sont semes, et enfin la +troisime sur Prato, Pistoia, Sesto et tout le val d'Arno infrieur. + +Laurent le Magnifique, sduit par la position dlicieuse de Poggio a +Cajano, voulut en faire sa rsidence de prdilection et demanda un plan +tout ce que Florence comptait alors de plus clbre en architectes et en +peintres. Celui de JULES DE SAN GALLO eut la prfrence; seulement +Laurent exigea qu'il y ajoutt un escalier extrieur, pris sur un autre +dessin et grce auquel on pourrait accder cheval jusqu'au haut du +perron. Il voulut encore que le plafond de la grande galerie ft +circulaire: construction audacieuse pour la science architecturale +d'alors, par suite de ses vastes proportions et que du reste Sangallo +russit parfaitement. + +Aprs la mort de Laurent, les travaux interrompus furent repris est +achevs par Lon X, sous lequel furent excutes les magnifiques fresques +d'ANDREA DEL SARTO, de FRANCIABIGIO et du PONTORNO dont le grand dfaut +est de reprsenter des sujets relatifs aux Mdicis, d'un intrt plus que +mdiocre. + +La villa de Cajano rappelle bien des souvenirs de l'histoire de Florence: +Charles-Quint l'habita en 1536, lors du mariage de Marguerite d'Autriche +avec le grand-duc Alexandre. lonore de Tolde, femme du grand-duc Cosme +Ier, s'y laissa mourir de faim, aprs la mort tragique de ses deux fils: +Jean, assassin par son frre Garcia, et celui-ci, son enfant favori, tu + son tour devant elle par son pre, en punition de ce meurtre. Puis +mourut Cosme, et le grand-duc Franois, d'amoureuse mmoire, habita +souvent Poggio a Cajano avec Bianca Capello, dont l'histoire offre le +plus tonnant assemblage de toutes les misres et de toutes les fortunes. + +Fille d'un des patriciens les plus fastueux de la Rpublique vnitienne, +elle se faisait enlever dix-sept ans par un commis florentin employ en +face du palais de son pre et fuyait avec lui Florence o elle +l'pousa. La tte de son amant ayant t mise prix par la Rpublique +srnissime, ils vcurent Florence cachs et dans la plus extrme +misre jusqu'au jour o Bianca fut aperue sa fentre par le grand-duc +Francesco qui en devint perdument amoureux, et qui, aprs lui avoir +donn un sauf-conduit pour son mari, en fit sa matresse et l'installa +superbement dans le palais voisin de Pitti appel encore de son nom. La +malheureuse Jeanne d'Autriche, que le grand-duc avait pouse sur ces +entrefaites, impuissante lutter contre son abandon et l'omnipotence +toujours croissante de la matresse, mourut bientt de chagrin, et +l'ascendant de Bianca tait tel qu'elle se faisait pouser par le +grand-duc, aussitt son deuil termin (1580). + +Trois ans aprs ce mariage, le jeune grand-duc hritier, fils de Jeanne +d'Autriche, mourait et, dfaut de descendance directe, le cardinal +Ferdinand devint grand-duc prsomptif. Comme la perspective de le voir +rgner ne pouvait convenir aux ambitions de Bianca, elle simula bientt +une grossesse et un accouchement, et, le 30 aot 1585, elle faisait +passer pour un fils n d'elle un enfant clandestinement apport. La +supercherie dcouverte par son beau-frre, le principal intress +l'absence d'hritiers, l'enfant fut dclar inapte succder. A la suite +de ces vnements, une haine formidable contre Ferdinand s'tant amasse +dans l'me de Bianca, elle rsolut de se dfaire de lui l'aide du +poison. L'automne suivant, le cardinal fut invit par Franois venir +chasser avec lui Poggio a Cajano, une des rserves les plus giboyeuses +du grand-duc. Le jour mme de son arrive, Bianca, dit-on, lui prpara de +ses mains une espce de tourte qu'elle savait particulirement aime de +lui et y mlangea un de ces subtils poisons dont les Borgia avaient +laiss le secret; mais comme une telle gracieuset de sa part ne laissait +pas que d'inquiter le cardinal, il refusa d'y goter. Le grand-duc, +piqu de l'affront inflig sa femme par son frre, voulut son dfaut +faire honneur cette ptisserie et Bianca, qui devait ou avouer son +crime, ou laisser son mari mourir empoisonn, se dcida rapidement +partager avec lui ce funbre rgal. Le lendemain Francesco et Bianca +taient morts, et Ferdinand qui succdait lanait sa barrette aux orties. + +Ces vnements jetrent naturellement une certaine dfaveur sur la villa +de Laurent; lorsque aprs un demi-sicle elle devint un lieu d'exil pour +l'espce de folle que fut Marguerite d'Orlans, fille de Monsieur, +qu'avait pouse, pour son malheur, le grand-duc Cosme III et dont les +extravagances furent telles que l'on consentit la laisser retourner en +France, trop heureux de s'en dbarrasser. + +Le fils de Cosme III, Ferdinand, habita presque exclusivement Poggio pour +vivre spar de sa femme Violante de Bavire, dont il n'avait pu avoir +d'hritiers, et Poggio redevint alors ce qu'il avait t sous Laurent, un +lieu de plaisir et de ftes continuelles. Aprs cette dernire splendeur, +l'histoire politique et scandaleuse de la villa fut termine; elle resta, +toutefois, bien de la couronne et elle appartient encore, aujourd'hui, +la maison royale d'Italie. + +La villa Poggio a Cajano est reste telle qu'elle tait au temps des +Mdicis, un difice carr sans grand caractre, dont le rez-de-chausse +est orn d'un portique et dont la faade prsente une colonnade en style +classique. D'admirables jardins l'entourent, ceux o Laurent se livrait +son got pour l'agriculture et la zoologie. + ++A l'intrieur+, la pice o est morte Bianca Capello est situe au +rez-de-chausse; l'ornementation fort curieuse en est due un escalier +balustres et une belle chemine. Le milieu de ce demi-tage est occup +par une petite salle de spectacle amnage par Lon X. + +Au premier, de nombreuses pices, dcores au commencement de ce sicle, +ont la banalit de toutes les rsidences royales; elles possdent de +nombreux portraits en pied, fort mdiocres, des princes de la maison des +Mdicis; ils garnissent un splendide salon o se retrouve intacte la +magnificence de la Renaissance parvenue son apoge. Cette salle, +dcore par les soins de Lon X, est de la plus grande richesse; le +plafond fort lev, vot en berceau, porte peintes en relief et dans des +dimensions colossales les armes de Lon X surmontes de la tiare +pontificale. + +Les armoiries et les devises des Mdicis, sur un fond d'or, forment en se +rptant toute la dcoration. Les murs sont entirement recouverts de +fresques; les quatre principales occupent les deux grands panneaux de la +pice, de chaque ct des portes. La plus belle, par le charme de son +coloris et de sa composition, reprsente _Csar recevant en gypte les +tributs des nations vaincues_, allusion aux prsents faits Laurent +par un gyptien. Les enfants placs au premier plan qui tiennent des +animaux rares, sont une autre allusion relative au got de Laurent pour +la zoologie. + +Une inscription indique que cette fresque, commence en 1521 par ANDREA +DEL SARTO, fut acheve par ALESSANDRO ALLORI en 1580. + +De l'autre ct de la porte, une fresque d'ALLORI montre le _Consul +Flaminius dtachant les Achens de leur ligue avec Antiochus_, +allusion la dite de Crmone o Laurent mit nant les desseins des +Vnitiens. + +En face, FRANCIABIGIO a peint le _Triomphe de Cicron au Capitole_. +Tableau mdiocre, allusion au retour de Cosme l'Ancien Florence en +1434, aprs son anne d'exil Padoue. Enfin, en dernier lieu, vient la +superbe fresque d'ANDREA DEL SARTO reprsentant un festin auquel prennent +part Scipion et Syphax, allusion au glorieux voyage de Laurent le +Magnifique Naples et la rception qui lui fut faite. + +La scne a lieu sous un portique au travers duquel on aperoit la mer et +une ville chelonne sur une montagne. Parmi les esclaves, celui de +gauche, le torse nu et portant deux plats, est tout fait remarquable de +mouvement et de beaut plastique. + +D'autres fresques moins importantes dcorent les extrmits de la salle +et les lunettes. D'admirables coffres de mariage du XVIe sicle, dits +Cassones, contribuent l'ameublement de cette splendide salle. + +On rentre Florence par la mme route qui bifurque peu de distance de +la ville sur les CASCINES, promenade l'ouest, entre l'Arno et la +Mugnone, sur une longueur de quatre kilomtres. Le nom de cette promenade +favorite des Florentins est venu de la mtairie Cascina dont elle +dpendait autrefois. + + + + +SUD ET SUD-EST + + + ++PORTA ROMANA+ + ++I. CHARTREUSE D'EMA. GALUZZO, POGGIO IMPERIALE+. + ++II. SAN GIOVANNI DELLA CALZA, VIA LE DEI COLLI, SAN SALVATORE AL +MONTE, SAN MINIATO, PLACE MICHEL-ANGE+. + ++III. SAN FRANCESCO DI PAOLA, BELLO SGUARDO+. + + + + +I + +CHARTREUSE D'EMA, GALUZZO, POGGIO IMPERIALE. + +(_Environ trois heures de voiture_.) + +On sort de Florence par la vieille Porte Romaine construite par Orcagna +en 1328, et encore encadre de murs crnels. La route traverse des +collines et des mamelons plants de vignes jusqu' Galuzzo o elle passe +le torrent d'Ema pour atteindre bientt la porte d'enceinte de +LA +CHARTREUSE D'EMA+ que l'on aperoit couronnant une colline dont les +flancs sont plants de cyprs. La Chartreuse fut fonde en 1341 par le +Florentin Acciajuoli, fix Naples o il avait fait une rapide fortune, +et o il tait devenu grand snchal, sans pour cela oublier sa patrie. +Les plans furent, dit-on, dresss par ANDREA ORCAGNA, mais la Chartreuse +ne fut toutefois acheve qu'au XIVe sicle. + +Aprs avoir long un btiment du XIVe sicle fentres cintres, on +pntre dans une petite cour o, par un double escalier intrieur et +extrieur, on monte au clotre entour de portiques du XVIe sicle ou se +trouve la faade de +l'glise+ ddie saint Laurent. + +D'aprs la rgle des Chartreux auxquels fut donn le monastre, lors de +sa fondation, l'glise est divise en deux par une grille isolant les +religieux des fidles. Le style pur de l'glise a t dfigur par les +terribles ornementations du XVIme et du XVIIe sicles. + +Sur le bas-ct de droite on descend de la +chapelle Sainte-Marie+, +construite par ORCAGNA et orne d'un beau vitrail du XIVe sicle, dans +la +chapelle spulcrale+ des Acciajuoli, sorte de crypte forme d'un +double bras contenant les tombes. En entrant droite, _pierre tombale +de Nicolas Acciajuoli_, cardinal et petit-fils du fondateur, par +DONATELLO. Portant la mitre et la chape, il est reprsent en bas-relief, +la tte appuye sur un coussin, les mains croises sur le bas du corps. +De chaque ct, SANGALLO a sculpt d'admirables guirlandes de fruits au +bas desquelles Donatello a plac les figures de la Foi et de la Justice, +tandis qu'au-dessus du dfunt il sculptait les armoiries du cardinal. Le +bras de la chapelle, en face de l'entre, possde de superbes tombeaux +placs devant l'autel. + +1 Appuye au mur de gauche et place sur quatre consoles runies par des +arcs trilobs est la table de marbre, sur laquelle repose la belle figure +du _grand Snchal Acciajuoli_ revtu de son armure. ORCAGNA, auquel +on attribue cette oeuvre magnifique, y a reprsent en traits admirables +toute la posie de la mort, tant il a su rendre la srnit profonde, la +calme gravit et la paix ternelle du spulcre. Il a abrit l'effigie +sous un baldaquin en forme de chsse, support par cinq colonnes torses +enlumines de rouge et de vert. + +2 Devant l'autel sont runies, sous une mme architecture, les +_pierres tombales_ du pre ainsi que du fils et de la fille +d'Acciajuoli. De ces trois superbes sculptures, celle de droite est la +plus remarquable: elle reprsente un jeune homme en riche armure du XIVe +sicle, couvert de son manteau. Ces dalles d'un haut intrt, attribues + DONATELLO, paraissent plutt dues l'cole d'Orcagna. + +Sur la gauche de l'glise, s'ouvre le +Chiostrino+, petit clotre +carr dont le retour contre l'glise est occup par le +Colloquio+, +galerie destine aux entretiens des frres. A peine longue de quelques +mtres, son principal ornement consiste en huit fentres garnies de +verrires couvertes de belles arabesques, qui se dveloppent autour d'un +mdaillon central consacr un sujet de l'Histoire sainte; ce dlicat +travail de JEAN D'UDINE, excut en 1360 dans le style raphalesque, est +un des derniers ouvrages de l'art du verrier en Italie. Faites l'instar +de la dcoration des loges du Vatican, elles sont d'une lgante +composition, mais elles semblent plutt des peintures sur verre que des +vitraux, car, ds la Renaissance, cet art est en pleine dcadence et +finit par tomber en l'oubli. Les artistes ngligent ou ignorent ces +prcieux enchssements de couleurs qui font du vitrail au moyen ge un +assemblage immense de gemmes; ils ne cherchent plus qu' produire +l'illusion de la peinture, l'aide d'une matire impropre ce rsultat +et o l'effet obtenu ainsi est le plus souvent malheureux. + +Sur le Chiostrino ouvre le +rfectoire+. Le tympan de sa porte est +orn d'un bas-relief de LUCA DELLA ROBBIA, _Saint Laurent entre deux +Anges_; ct le lavabo en pierre grise (restaur) est de +BRUNELLESCHI. A gauche du Chiostrino se trouve le +Petit Clotre+ +oblong, deux portiques superposs, d'o un passage conduit au grand +clotre. A gauche, dans ce passage, une belle porte du XVIe sicle en +marqueterie donne accs la +chapelle du Chapitre+ o sont deux +importantes oeuvres d'art. + +1 Effigie en marbre blanc de _Leonardo Buonafede_ excute en 1550 +par FRANCESCO DA SANGALLO. L'vque de Cortone, en soutane, en camail et +en mitre, est d'un naturalisme saisissant. Vivant d'nergie, son visage +rid, un peu gras, est plein de bonhomie. + +2 Au-dessus de l'autel, l'ami et le compagnon de Fra Bartolommeo, +MARIOTTO ALBERTINELLI, a peint en 1505 une trs belle fresque consacre +au _Christ_, dont deux anges recueillent le sang dans des calices. +Ce bel ouvrage est plac dans un admirable cadre en pierre, de MINO DA +FIESOLE. + ++Le Grand Clotre+, dont les plans furent, dit-on, donns par +Orcagna, est support par des colonnes monolithes d'une grande beaut. +Toutes les cellules des chartreux y donnent, et sont uniformment +composes de deux pices superposes, communiquant par un petit escalier +et ouvertes sur un jardinet d'gale largeur d'o la vue sur Florence, +Fiesole, la campagne et les Apennins est admirable. Enfin le dessin du +grand puits central du Clotre est attribu MICHEL-ANGE. + +Aprs avoir quitt la Chartreuse d'Ema, on retourne la grande place de ++GALUZZO+, l'une des principales communes des environs de Florence, +gouverne par des podestats. Le MUNICIPIO, ancien palais Pretorio, a sa +faade charge des innombrables cussons en pierre, en marbre, en bois ou +mme en terre vernisse par les Della Robbia. + +Au milieu de villas entoures de vignes, on gagne bientt +POGGIO +IMPERIALE+. La villa de Poggio Imperiale tait un couvent que la femme +du grand-duc Cosme II, Madeleine d'Autriche, appropria en 1622 son +usage. + +Une magnifique alle, compose de hauts cyprs, de chnes d'Italie et de +mlzes, descend de la villa la Porte Romaine et ramne rapidement +Florence. + + +II + +SAN GIOVANNI DELLA CALZA, VIALE DEI COLLI, SAN SALVATORE AL MONTE, SAN +MINIATO, PLACE MICHEL-ANGE. + ++GLISE SAN GIOVANNI DELLA CALZA+. Derrire l'autel est un beau +tableau du PRUGIN, oeuvre de jeunesse excute vers 1492, alors qu'il +tait profondment influenc par le gnie de Signorelli. Aussi cette +peinture est-elle remarquable par son naturalisme et sa sobrit sans +aucune trace de l'affterie habituelle au Prugin. Le sujet en est +l'_Apparition saint Jrme de Jsus sur la croix_ dont la +Madeleine treint les pieds avec amour, pendant qu'il la contemple avec +reconnaissance. De l'autre ct de la composition, une belle figure de +saint Jean montre avec compassion le Christ deux religieuses +agenouilles. + +Par la +Porta Romana+ on atteint bientt le +Viale dei Colli+, +une des plus belles promenades de l'Italie, route tablie sur les +collines sud de Florence et qui, par de multiples lacets, mne la place +Michel-Ange et la basilique de San Miniato al Monte. Avant d'atteindre +la place, on rencontre un chemin dtach sur la droite qui conduit la ++Torre del Gallo+, dont le nom est d ses anciens possesseurs, la +famille des Galli. La lgende affirme que c'est dans cette tour que +Galile fit ses dcouvertes astronomiques. + +De la +place Michel-Ange+, l'oeil embrasse un immense et admirable +panorama. La place s'tend en terrasse au-dessus de la porte +Saint-Niccol, o l'on peut descendre directement; au milieu s'lve le +monument consacr Michel-Ange sur lequel sont reproduits son David et +les allgories des tombeaux des Mdicis. + +De la place on monte San Miniato; mi-chemin on rencontre au milieu de +cyprs l'+GLISE SAN SALVATORE AL MONTE+ construite par le CRONACA +en 1504 et que ses nobles proportions firent surnommer la belle +Villanella, la belle villageoise. A droite, l'+intrieur+, +monument funraire en marbre blanc du XVe sicle, buste d'homme +paraissant une fentre cintre pratique dans le mur. + +A gauche de l'autel, beau groupe polychrome de JEAN DELLA ROBBIA. De +l'glise San Salvatore on monte par un jardin la porte des ++Fortifications de San Miniato construites+, en 1539, par +MICHEL-ANGE, sur la hauteur d'o il dirigea lui-mme pendant onze mois la +dfense de la ville contre le pape Clment VII et les Impriaux. On +pntre par cette porte sur une esplanade o donnent l'glise et le +cimetire qui occupe derrire elle tout le plateau de la colline. + +A droite de l'glise s'lve une construction crnele du XIVe sicle +ayant fait partie d'un systme de dfense plus ancien. + ++LA BASILIQUE SAN MINIATO AL MONTE+, construite en 1154, remonte +intgralement cette date. + +Quand le style de Nicolas Pisano fut import Florence, entre les mains +des Florentins la nouvelle architecture prit un splendide essor dont +l'apoge fut atteint par l'glise San Miniato. Ils embellirent ce retour +au classicisme de l'antiquit par l'improvisation charmante des marbres +de diverses couleurs, par un got plus fin, par des dtails plastiques +plus cherchs, enfin par un soin dlicat qui, deux sicles l'avance, +donne dj le pressentiment de la Renaissance. + +L'adorable +faade de San Miniato+, plaque de marbres blanc et +vert, est une rminiscence antique d'une puret absolue; la proportion +entre les tages est peut-tre traite pour la premire fois avec une +harmonie complte de lignes, motive par un sentiment de pur esthtisme. + +Le rez-de-chausse, prcd de quelques marches, est form de cinq hautes +arcatures spares par des colonnes de marbre cipolin. Les portes +prennent trois de ces arcatures; des dispositions de marbre cipolin +remplissent les deux autres. Le premier ordre est spar du deuxime par +un entablement dlicatement sculpt. Il est plus troit et repose de +chaque ct sur des contreforts quadrillages de cipolin, une fentre +d'ordre antique en occupe la partie centrale. + +Enfin le troisime ordre, purement antique, est compos d'un fronton +angulaire surmont d'une corniche modillons dlicats que domine l'aigle +guelfe en bronze. + ++Le Campanile+ lev en arrire gauche a t reconstruit en 1519 +par BACCIO D'AGNOLO. + ++L'intrieur+, o domine galement la marqueterie de marbre blanc et +vert, est trois nefs et prsente le type le plus parfait des basiliques +dont les traves sont coupes par des traves transversales. Les colonnes +en marbre blanc portent ou des chapiteaux trs simples de l'poque, ou +des chapiteaux antiques. Le toit est en charpente apparente; le pav de +1207 consiste en nielles de marbre de diffrents dessins qui forment, +dans leur merveilleux tat de conservation, le plus beau tapis d'Orient +qu'il soit possible de rencontrer. + +A la hauteur de la cinquime trave se dresse le mur rglementaire de +l'architecture des basiliques, o accdent quatre escaliers, ceux du +milieu descendant la crypte et ceux des cts montant au choeur ou son +parvis dont l'accs tait interdit aux fidles. + +En avant de la crypte s'lve l'+autel+ rserv au peuple; il fut +reconstruit au XVe sicle par MICHELOZZO sur l'ordre de Pierre de +Mdicis. Inspir par le caractre antique du monument, Michelozzo leva +un autel trs simple, abrit par un sacellum que LUCA DELLA ROBBIA dcora +intrieurement de compartiments rosaces blanches en relief, sur fond +bleu. + ++La crypte+ s'ouvre sur l'glise par cinq baies; elle est soutenue +par quatre grosses colonnes qui, la traversant, sont galement les +colonnes du choeur, et par de nombreuses colonnettes sur lesquelles +retombent les voussures, et se termine par une absidiole ferme d'une +grille. + +On accde +au choeur+ surlev par deux escaliers placs de chaque +ct. Le mur qui le spare de la nef est richement dcor par des +sculptures en marbre d'un puissant relief, et surmont d'un dlicat +entablement inspir de l'antique. + +Une seconde clture peu leve forme encore en avant du choeur une sorte +de couloir troit sur lequel porte l'ambon carr dont l'avance sur le +mur de sparation a pour supports deux courtes colonnes de marbre. Le +pupitre de l'ambon est soutenu par les symboles des vanglistes +curieusement superposs l'un sur l'autre. Ce monument admirablement +conserv est un des seuls et prcieux spcimens de ce genre de +construction. + +De la tribune on pntre dans le choeur termin en abside; une colossale +_mosaque_, restaure en 1297, occupe le tympan. Au-dessus de +l'autel un beau _Christ_ verniss est un ouvrage tardif de LUCA +DELLA ROBBIA. Enfin les stalles du choeur ont t excutes en 1466 par +DOMINICO GAJUOLE et FRANCESCO MANCIATTO; elles sont trs simples, dans un +sentiment franchement gothique. + +Sur le bas-ct gauche de la nef la +Chapelle San Giacomo+ fut +construite en 1459 par ROSSELLINO et dcore par ANTONIO POLLAJUOLO et +les DELLA ROBBIA. + +La vote est forme par cinq mdaillons de LUCA DELLA ROBBIA, les quatre +vertus cardinales mi-corps entourent le mdaillon central du +Saint-Esprit; toutes ces figures sont en mail blanc sur fond bleu. + +Sur le mur de droite est le tombeau du cardinal Jacques de Portugal, +1459. + +En face, fresque de BALDOVINETTI, _l'Annonciation_. + +A droite, en entrant dans l'glise, on rencontre une _Vierge_ +entoure de saints, ouvrage unique du peintre PAOLO DI STEFANO, excut +en 1426 sous la double influence de Masaccio et de Donatello. + ++La Sacristie+, dont l'entre est droite du choeur, est une belle +salle carre surmonte d'un dme. Elle a conserv intgralement sa +dcoration de fresques excutes en 1385 par SPINELLO ARETINO et +consacres l'_histoire de saint Benot_. + +Spinello est principalement un peintre militaire et nul n'gale sa fougue +et son emportement quand il s'agit de rendre les campagnes de Frdric +Barberousse ou quelque autre sujet du mme genre. Aussi, quand il doit, +comme la sacristie de San Miniato, dvelopper de longs pisodes +religieux, son style se prte moins ce travail et tourne souvent +l'ingal et au heurt. Nanmoins, ces fresques peuvent compter parmi les +plus intressantes que nous ait laisses le XIVe sicle, tant par la +puissance et l'autorit avec lesquelles elles s'imposent que par la +composition tonnante pour l'poque. + ++Mur du Sud+.--Saint Benot quitte la maison paternelle. + +Saint Benot rpare l'aide de sa bndiction un verre bris par sa +nourrice. + +Entretien de saint Benot et de Totila, sa mort et la vision de saint +Maur. + ++Mur de l'Ouest+.--Saint Benot prend l'habit. + +Saint Benot rsiste Satan dans une caverne. Il ressuscite un moine +enseveli sous une tour. Il est tent par le dmon sous la forme d'une +chauve-souris. + ++Mur du Nord+.--Saint Benot rsiste Satan en se roulant sur des +pines. + +Il est proclam suprieur du couvent du mont Cassin. + +Il sauve Placidius qui se noie. + ++Mur de l'Est+.--Saint Benot quitte son couvent. + +Il reoit dans l'ordre Maure et Placide. + +Il bnit une pierre sur laquelle tait assis Satan et qu'on ne pouvait +soulever. + +Il dcouvre l'empoisonnement prpar contre lui cause de l'austrit de +sa rgle. + +Sur deux cts de la sacristie rgne un _buffet gothique_ surmont +d'une _boiserie_, ouvrages de FRANCESCO NONCIATO. + + +III + +GLISE SAINT-FRANOIS DE PAULE ET BELLO SGUARDO. + +(_Environ deux heures de voiture_.) + +Aprs tre sorti de Florence par la Porta Romana, on longe une partie des +anciens murs pour atteindre l'glise San Francesco di Paola situe au +pied de la colline de Belle Sguardo. + ++L'GLISE SAN FRANCESCO DI PAOLA+ possde l'admirable ouvrage de +LUCA DELLA ROBBIA, le tombeau de l'vque de Fiesole, _Benozzo +Federighi_, mort en 1450, et qu'il excuta en 1455. Ce tombeau, adoss +au mur, est plac sous une niche carre; c'est un sarcophage de forme +antique, trs sobre d'ornementation, sur le devant duquel deux anges en +haut relief soutiennent l'inscription commmorative. Sur le sarcophage +repose l'vque en vtements piscopaux trs simples, le visage maci, +d'une tranquillit imposante. Au-dessus de cette trs belle statue, le +fond du mur est occup par trois bas-reliefs: le Christ mort, debout dans +son tombeau, entre la Vierge et saint Jean. + +L'encadrement du tombeau est form de plaques de faence vitrifie, +uniques dans leur genre, dont le dessin consiste en une guirlande de +fleurs coupe par des noeuds de ruban. + +La route monte rapidement +Bello Sguardo+ d'o la vue sur Florence +est magnifique. + + + + +FAMILLES ET PERSONNAGES + +FLORENTINS + + + ++GRANDES FAMILLES+ + + ++Acciajuoli+ (_acciaio_ = acier).--Clbre et riche famille, +devenue, ds 1310, puissante par Nicolas Acciajuoli, nomm Naples grand +snchal de Jeanne Ire. Son neveu Nicolas Acciajuoli s'empara de la +Grce en 1364 et en fut nomm suzerain par l'impratrice de +Constantinople. La principaut des Acciajuoli dtruite en 1456 par +Mahomet II qui fit tomber la Grce sous le joug turc, les Acciajuoli +rentraient Florence et prenaient une part active aux affaires +publiques; en 1510, Robert Acciajuoli tait ambassadeur des Mdicis +auprs de Franois Ier. + +Florence, tombeaux la chartreuse d'Ema, nom donn une rue principale +de la ville. + ++Albizzi+.--Noble famille gibeline qui dirigeait le parti +aristocratique dans la seconde moiti du XIVe sicle et dans la premire +du XVme. Prive de toute influence et exile par la rvolution de 1378, +elle reprit le pouvoir en 1381 et gouverna avec despotisme et tyrannie, +jusqu'au rappel des Mdicis (1434), qui l'exila de Florence. + ++Alberti+.--Famille sortie, comme les Mdicis, du gros ngoce, +_arts majeurs_, se mit avec eux la tte des _arts mineurs, +popolo minuto_, contre le parti aristocratique men par les Albizzi +ds le XIVe sicle; les Alberti furent exils par les Albizzi au +pouvoir; mais ils rentrrent avec les Mdicis et restrent fidlement +leurs allis (1434). + ++Aldobrandini+.--Noble famille guelfe dont les principaux membres +furent: Silvestre Aldobrandini, clbre jurisconsulte (1449-1558), mort +en exil par suite de son opposition aux Mdicis. La famille, ds lors +exile de Florence Rome, donna l'glise le pape Clment VIII. + +Jean Aldobrandini, au XVIIe sicle, fut l'acqureur de la fameuse +fresque dite _Noces Aldobrandines_, actuellement la bibliothque +du Vatican. + ++Abati+.--Famille gibeline de l'_Arte Calimara_ qui, ds 1216, +s'leva aux honneurs. + +Neri de Abati, prieur vers 1250, fut d'une telle frocit qu'il mit le +feu une partie de Florence pour satisfaire ses haines. En 1260, Bocca +de Abati trahit Florence en faveur de Sienne la bataille de Montaperto, +pisode stigmatis par le Dante (_Enfer_, XXXII, 77-108). + ++Bardi+.--La banque fut la source de la richesse de cette famille +allie aux Mdicis. Cosme l'Ancien avait pous une Bardi et les Mdicis, +pousss et soutenus par les Bardi, trouvrent toujours en eux les plus +fidles et les plus utiles allis. + ++Buondelmonti+.--Fameuse famille laquelle est due la premire +scission de l'aristocratie en Guelfes et Gibelins par suite de +l'assassinat, en 1215, de Buondelmonte des Buondelmonti par les Uberti +l'occasion de son refus d'pouser une de leurs parentes laquelle il +tait fianc. + ++Capponi+.--Famille gibeline allie et infode aux Albizzi et qui, +ds 1347, partagea avec eux le pouvoir et l'exil. + ++Cavalcanti+.--Trs noble et trs ancienne famille gibeline ayant +toujours pris une part active dans les affaires publiques. Guide +Cavalcanti ({~DAGGER~} 1301) fut un pote remarquable. Il pousa la fille de +Farinata degli Uberti et fut l'ardent ami du Dante. + ++Donati+.--Une des plus anciennes familles gibelines. En 1300, Corso +Donati, chef du parti des Noirs, fut expuls de Florence. Rentr avec les +Gibelins triomphants aprs Mortaperto, son despotisme devint tel que son +parti l'abandonna et qu'il dut prendre la fuite. Condamn par contumace, +il se tua au moment o on l'arrtait (1308). + ++Pazzi+.--Famille de banquiers gibelins, clbre, ds 1277, par sa +haine des Mdicis et l'opposition qu'elle leur fit toujours, les +considrant comme des parvenus. + +En 1478, les Pazzi tramrent contre Julien et Laurent de Mdicis le +fameux complot qui garda leur nom et o fut assassin Julien. + +L'histoire de cette conspiration a t crite par Ange Politien. + +La chapelle funbre des Pazzi dans le clotre de Santa Croce est d'une +beaut accomplie. Dante a plac un des Pazzi dans le XXXIIme chant de +l'_Enfer_. + ++Pulci+.--Noble famille guelfe dont il est dj fait mention parmi +celles que les Gibelins triomphants expulsrent en 1248. + ++Pucci+.--Ils faisaient partie des _arts mineurs_, furent +anoblis par les Mdicis auxquels ils s'taient infods. + ++Pitti+.--La famille des Pitti, aprs avoir appartenu la +corporation des marchands, devint, ds 1300, clbre dans la banque. +gaux aux Mdicis, les Pitti furent leurs plus zls partisans. En 1374, +Buonaccorso Pitti, en se dclarant pour eux, entrana une grande partie +de la seigneurie en leur faveur. Luca Pitti, fils du prcdent, fut +clbre par la construction du fameux palais qui porte son nom. + ++Portinari+.--Ancienne famille marchande anoblie, clbre par la +passion du Dante pour Batrice Portinari. Folco Portinari, le pre de +Batrice, est le fondateur de l'hpital Santa Maria Nuova. En 1400, +Franois Portinari, agent des Mdicis Bruges, faisait excuter par Hugo +van der Goes le tableau de l'_Adoration_ o il est reprsent avec +sa famille. + ++Soderini+.--Une des plus vieilles et des plus intgres familles +guelfes de Florence, s'tant toujours signale par son opposition aux +empitements des Mdicis. Son membre le plus distingu fut Nicolas +Soderini, le remarquable et zl patriote qui, aprs la mort de +Savonarole, fut nomm gonfalonier vie. La raction mdicenne le fora + s'exiler Venise o il fut assassin par ordre de Cosme Ier. + ++Strozzi+.--Une des plus anciennes familles et un des plus glorieux +noms des annales florentines. Souvent la tte des affaires publiques, +les Strozzi furent aussi distingus dans la politique que dans la science +et dans les armes. + +Pallas Strozzi, n en 1372, possesseur d'une immense fortune, la consacra + la formation de la bibliothque clbre sous son nom. Hostile aux +Mdicis, il mourut Padoue o Cosme l'avait exil. Philippe Strozzi, +petit-fils du prcdent (1488-1538), ddaigneux des traditions de sa +race, pousa une Mdicis; mais, aprs avoir aid puissamment leur +restauration, rvolt de leurs excs, il conspira contre eux. Mis la +torture, ne voulant pas subir une seconde fois ce supplice, il se suicida +dans la citadelle de Pistoie o il tait dtenu. Pierre Strozzi, fils du +prcdent, brlant de venger son pre, entra au service de la France o +il fut nomm marchal. Il conduisit glorieusement une campagne pour +dlivrer Sienne du joug de Cosme Ier. + +Le palais Strozzi, via Tornabuoni, est le plus beau des palais +florentins. A l'glise Sainte-Marie Nouvelle la chapelle Strozzi, fonde +par la famille, fut dcore en 1350 par les Orcagna. A droite du choeur, +la chapelle Philippe Strozzi, dcore des fresques de Filippino Lippi +(1486), contient son tombeau. + ++Valori+.--Trs ancienne famille guelfe ayant, ds 1277, jou un +rle actif dans la direction des affaires de la Rpublique: enrichis par +la banque, ils furent d'ardents ennemis des Mdicis. + +Franois Valori fut un des plus zls partisans de Savonarole auquel il +apporta l'appui de son autorit et de l'estime universelle dont il +jouissait. + ++Tornabuoni+.--Famille guelfe dj clbre ds 1200, fit partie, en +1283, des familles exiles par les Gibelins triomphants rentrs aprs la +dfaite de Montaperto. Jean Tornabuoni fit l'glise Sainte-Marie +Nouvelle le don des fameuses fresques de Ghirlandajo (1490). Le palais +Tornabuoni (n 20, via Tornabuoni) est actuellement le palais Corsini. + ++Uberti+.--Noble et ancienne famille gibeline. Proscrite par les +Guelfes, elle doit sa clbrit Farinata des Uberti qui, rfugi +Sienne, combattit les Florentins dans les rangs siennois. Rentr +Florence avec les Gibelins triomphants, ce fut grce son intervention +que la ville chappa la destruction totale. Dante a plac cet pisode +au chant X de son _Enfer_. + + ++HISTORIENS, POTES, LITTRATEURS+ + ++Dante Alighieri+ (1265-1321).--Clbre pote italien de la noble +famille des Alighieri jete dans l'exil par le triomphe des Gibelins +aprs Montaperto. N en 1265, il cultiva toutes les sciences connues de +son temps. Il prit une part active aux affaires publiques, mais le +triomphe des Noirs l'exila dfinitivement de Florence en 1302. Et, aprs +avoir err dix-neuf ans loin de sa patrie, il mourut Ravenne en 1321. + +Sa vie a t crite par Philippe Villani, Boccace et l'Artin. Il composa + vingt-six ans son premier ouvrage, _la Vita Nuova_, suivi de prs +par _le Banquet_, oeuvre crite pour prconiser l'emploi de la langue +vulgaire par les prosateurs et les potes. Le chef-d'oeuvre du Dante et de +la langue italienne est la _Divine Comdie_, divise en trois +parties: l'Enfer, le Purgatoire, le Paradis. Il mit vingt-huit ans +crire son pome, commenc en 1292, pendant lesquels il publia deux +ouvrages en langue latine appels: 1 _De vulgari eloquio_ o il +traite encore de l'emploi et du gnie de la langue italienne; 2 _De +Monarchia_, trait de politique en trois livres qui, sous une forme +scolastique, renferme les thories les plus hardies. + ++Franois Guicciardini+ (1482-1540).--Historien clbre n +Florence en 1482, mort en 1540, sortait d'une famille qui avait occup +les plus grandes charges de la Rpublique florentine. N une poque o +le gouvernement des Mdicis tait tabli, il leur consacra ses services +et son talent et les reprsenta souvent avec clat comme ambassadeur. +Aprs l'assassinat du grand-duc Alexandre, en 1537, ce fut grce son +influence et son loquence que ne fut pas proclame la Rpublique et +que Cosme Ier fut lu grand-duc. Il entreprit alors l'_Histoire de +l'Italie_ laquelle il travailla vingt-sept ans et qui est son +principal titre de gloire. Elle forme vingt livres embrassant de 1494 +1532; c'est l'histoire des guerres d'Italie pendant cette priode, qu'il +a traite en penseur et en crivain suprieur. + +Guicciardini crivit encore _Avis et Conseils en matire d'tat_, +_Maximes_ et _Discours politiques_ et enfin un _Dialogue sur +le gouvernement de Florence_. + ++Louis Guicciardini+ (1523-1589).--Neveu de Franois, n en 1523, +mort on 1589, remplit diverses fonctions administratives sous Alexandre +et Cosme Ier. Il a laiss des _Mmoires sur la Savoie_ et une +_Description des Pays-Bas_ faite en 1567. + ++Nicolas Machiavel+ (1469-1530).--N en 1469, mort en 1530, est une +des plus clbres figures de son temps.--Secrtaire de la _Rpublique +Florentine_ de 1497 1512, il fut charg de vingt-cinq ambassades et +de plusieurs missions intrieures. Au retour des Mdicis, en 1512, il fut +emprisonn et tortur par suite d'une accusation de complot. Sorti de +prison, il vcut dans l'indigence et la retraite et consacra ses loisirs +forcs la composition de son fameux trait qu'il intitula _le +Prince_; on regarde ce livre de peu d'tendue comme le code de la +tyrannie. Deux ans aprs, en 1516, Machiavel crivit des _Discours sur +la premire dcade Tite-Live_, tude d'histoire romaine pleine de +sagacit et de profondeur; mais o sont reproduites les mmes thories +que dans le trait du _Prince_, c'est--dire cette immoralit vraie +ou feinte applique la science politique qui a conserv l'appellation +de Machiavlisme. Lorsque Machiavel eut crit _le Prince_, Laurent +le Magnifique le rappela auprs de lui et le nomma historiographe de +Florence. Cette place fut pour lui l'occasion de produire son +chef-d'oeuvre, l'_Histoire de Florence_, crite de 1205 1424, +ouvrage imposant, clair, lgant, plein de profondeur et de couleur +locale, monument de la langue italienne. Les autres oeuvres de Machiavel +sont: une comdie fort licencieuse, _la Mandragore_, et une nouvelle +appele _Belphgor_. + ++Saint Philippe Neri+ (1515-1595).--Fondateur de la Congrgation de +l'Oratoire, des Trinitaires et des Maisons hospitalires pour recevoir +les plerins. + ++Antoine Neri+ (1520-1600).--Prtre florentin du XVIe sicle, se +livra aux sciences et plus particulirement la chimie o il fit des +dcouvertes considrables. Ses recherches l'amenrent s'occuper plus +particulirement de la vitrification sur laquelle il publia un volume +appel _Arte Vetraria_ (l'Art du Verrier). + ++Philippe des Nerli+.--De la fameuse famille des Nerli. Infod aux +Mdicis, il crivit ses _Commentaires_ en 1550. Ils vont de 1215 +1257 et sont de prcieux documents jusqu' ce que l'avnement des Mdicis +les fassent tourner une ridicule apothose des matres qu'il sert. + ++Jacopo Nardi+ (1496-1556).--Fameux historien, n en 1496, +contemporain des prcdents, il semble d'une gnration antrieure par +son rpublicanisme enthousiaste, son austrit chagrine et sa roideur +d'esprit. Dans l'exil auquel il se condamna la suite de l'avnement de +Cosme Ier, il crivit son _Histoire de la Ville de Florence_. Cette +oeuvre de son extrme vieillesse (1550) n'est pas suffisamment originale, +puisqu'elle reproduit en partie le _Diario_ de Buonaccorsi. + ++Bernard Segni+ (1499-1559).--Quoique Segni ait t client des +Mdicis et employ diverses missions par Cosme, il y a un effort rel +vers l'impartialit dans les deux volumes de son _Histoire florentine +des annes 1527 1555_. Outre des traductions de plusieurs ouvrages +d'Aristote, il a laiss un _Trait pour gouverner_, crit en 1549. + ++Jacopo Pitti+ (1519-1589).--Ce patricien, descendant de l'illustre +famille des Pitti, aime le peuple et s'indigne jusqu' l'exagration de +l'abus des privilges. Sa franchise et son indpendance paraissent +vraiment admirables, quand on pense qu'il crivait sous les ducs Cosme et +Franois. On lui doit l'_Archivo Storico italiano_, prcieux rcit +de la priode si agite qui s'coule entre les annes 1494 et 1529; mais +l'oeuvre qui fait le plus honneur son talent, c'est son _Apologie de +Cappucini_, c'est--dire apologie des vieilles modes et du vieux +temps. + ++Marsile Ficin+ (1433-1499).--Ce clbre platonicien tait chanoine +de la cathdrale de Florence. Ds l'ge de vingt-trois ans, il commena +crire sur la philosophie platonicienne. On lui doit une traduction de +Platon la fois littraire, claire et en bon latin, ainsi que des +traductions de Plotin, de Denys l'Aropagite et des traits de Jamblique +et de Porphyre. + ++Brunetto Latini+ (1220-1294).--crivain clbre appartenant une +noble famille guelfe. Chass par les Gibelins aprs la dfaite des +Guelfes Montaperto, il se rfugia Paris o il passa vingt-quatre ans. +Il y composa en franais son _Trsor de toutes choses_, encyclopdie +qui embrasse tout le cycle des connaissances du XIIIe sicle. De retour + Florence en 1284, il publia en italien son _Tesoretto_, recueil en +vers de prceptes moraux, et le _Pataffio_, collection de proverbes +et de jeux de mots florentins. Brunetto fut le matre de Dante qui l'a +plac dans le quinzime chant de l'Enfer. + ++Benot Varchi+ (1502-1565).--Clbre historien qui prit en 1527 une +part active l'expulsion des Mdicis et dut s'expatrier quand ils +revinrent. Cosme Ier le rappela la suite de l'admiration suscite par +son _Histoire de Florence_ en quinze volumes crite de 1527 1538. +On a de Varchi, en outre, des traductions italiennes _De la +Consolation_ de Boce, et du _Trait des Bienfaits_, de Snque. + ++Jean Villani+ (1275-1348).--Clbre historien mort de la peste en +1348, fit partie des prieurs de 1316 1321 et fut ensuite nomm +directeur des monnaies et surveillant gnral des fortifications. On a de +lui l'_Histoire florentine_, premire partie d'une histoire +universelle allant jusqu'en 1338 o il rapporte tous les vnements et +toutes les annales du monde Florence, sa patrie. + ++Mathieu Villani+.--Frre de Jean et continuateur de son _Histoire +de Florence jusqu' l'anne 1363_. + ++Philippe Villani+.--A ajout les vnements de 1363 et de 1364. En +outre, il composa des _Vies des Hommes illustres de Florence_, +ouvrage anecdotique fait l'instar de Plutarque. + ++Antoine de Ser Niccol Pierozzi (saint Antonin)+.--Archevque de +Florence ds 1446, homme de grande renomme, le pape Pie II avait d lui +faire violence pour le tirer de son couvent de Fiesole et de la plus +stricte observance dominicaine. Il eut la rare chance d'tre prophte en +son pays et sa mort fut une apothose, si bien que sa canonisation la +suivit presque aussitt. + + ++ARCHITECTES, SCULPTEURS, PEINTRES+ + ++Alberti+ (Leone-Battista) (1405-1472).--Thologien, littrateur, +architecte, sculpteur et mathmaticien, fut surnomm le Vitruve moderne. +Sa passion pour les arts lui fit ngliger ses fonctions sacerdotales. Il +rforma toute l'architecture autant par les difices qu'il construisit +que par ses crits qui firent loi en architecture, en sculpture et +peinture. Ses principaux ouvrages sont _De Re dificatoria_, +_Momus_ ou _De Principe_, enfin _Opera ethica_. Sa vie a +t crite par Pozzelli en 1739. + ++Albertinelli+ (Mariotto) (1474-1515).--Peintre et condisciple de +Fra Bartolommeo chez Cosimo Rosselli. Florence possde peu d'oeuvres de ce +matre, une _Visitation_ au Muse des Offices et une _Vierge +adorant l'Enfant_ au Muse Pitti. + ++Allori+, dit _le Bronzino_ (1502-1572).--Peintre de portraits +surtout. + ++Allori+ (Alexandre) (1535-1607).--Reut les premires leons de son +oncle le Bronzino. Il fournit les cartons des tapisseries excutes sous +le grand-duc Franois. Ses chefs-d'oeuvre sont _le Sacrifice +d'Abraham_ aux Offices, et _la Femme adultre_, dans l'glise San +Spirito. + ++Allori+ (Christophe) (1577-1619).--lve de Cigoli et l'un des +meilleurs coloristes de l'cole de la dcadence, sa _Judith_ des +Offices passe pour sa meilleure oeuvre. + ++Ammanati+ (Bart) (1511-1592).--Architecte, lve de Sansovino. Son +talent, exagration de celui de Michel-Ange, le porte une dbauche de +sculpture. On lui doit la _Fontaine_ de la place du Grand-Duc. + ++Angelico+ (Fra Giovanni da Fiesole) (1387-1455).--Jeune, riche, +dou de talents extraordinaires, il aurait pu mener dans le monde une +brillante existence: il aima mieux chercher le recueillement et le +silence parmi les moines dominicains. Ses ouvrages sont pleins d'un +charme inexprimable et un artiste ne rendit jamais par la peinture +d'aussi profondes motions. Il ne peignait et ne consentait peindre que +des sujets religieux et il refusa toujours les honneurs sacerdotaux et +l'archevch de Florence qu'on voulait lui imposer. + +Le Muse des Offices, l'Acadmie et surtout le Couvent de Saint-Marc +qu'il dcora entirement, possdent des oeuvres de premier ordre dues ce +peintre exquis par excellence. + ++Aretino+ (Spinello) (1318-1410).--lve de Giotto, et +principalement peintre militaire; il montre la fougue la plus imptueuse +dans ses interprtations religieuses elles-mmes. Ses tableaux du Muse +des Offices et les fresques de l'_glise San Miniato_ donnent un des +meilleurs exemples du talent de Spinello. + ++Banco+ (Nanni di) (1400-1421), qu'on prsume lve de Donatello, +mais qui semble bien plutt lui avoir servi de matre. Ses statues d'Or +San Michele, celle de _Saint Luc_ au Dme sont d'excellents +ouvrages, autant comme composition que comme excution. + ++Baldovinetti+ (Alesso) (1427-1499).--lve d'Uccello et de +Castagno, fut charg d'une des fresques de la cour de l'glise Santa +Annunziata et d'une partie de la dcoration de la chapelle du cardinal de +Portugal San Miniato. L'Acadmie contient en outre plusieurs oeuvres de +Baldovinetti. + ++Bandinelli+ (Bartolommeo) (1487-1559).--Sculpteur, fut plac dans +l'cole de Rustici o il connut Lonard de Vinci. Ayant chou dans la +peinture, il tudia les ouvrages de Donatello et de Verrocchio. Il se +crut l'gal de Michel-Ange et lui voua une haine ternelle, aussi les +disciples du matre ont-ils cherch rabaisser son adversaire, en qui +ils ne voient que fausse grandeur, exagration de style, enflure de +mauvais got. On peut juger du bien ou mal fond de ces critiques dans +les diverses oeuvres de Bandinelli: le _Saint Pierre_ de la +cathdrale, l'_Orphe_ du palais Pitti et surtout le groupe +d'Hercule et Cacus, rig sur la place du Palais-Vieux. + ++Botticelli+ (Sandro) (1446-1510).--lve de Lippi, d'Andrea +Castagno et de Pollajuolo, un des plus grands gnies de son temps. +Peintre et graveur, ses tableaux, o un caractre passionn se joint +des conceptions fantastiques, ont une profonde originalit; l'un des +premiers, il introduisit dans l'art moderne l'allgorie et les mythes +antiques. Ses oeuvres Florence sont de premier ordre et multiples, tant +aux Offices qu' l'Acadmie et Pitti. + ++Brunelleschi+ (1379-1446).--Architecte clbre. Fils d'un notaire, +le got des lettres et surtout du dessin lui rvla sa vocation. Il se +signala comme sculpteur; mais bientt il se tourna vers la gomtrie et +devint un des plus grands architectes de son sicle. On lui doit la +coupole de Sainte-Marie des Fleurs, tour de force pour cette poque, +l'glise Saint-Laurent, l'glise de San Spirito et encore l'immense +palais Pitti. + ++Buontalenti+ (Bernardo) (1536-1608).--Peintre, sculpteur et +architecte, tudia dans les ateliers de Bronzino et de Vasari. On lui +doit la construction d'une partie de la galerie des Offices et le plan +des fortifications de Livourne et de Pistoie. Habile appliquer la +mcanique aux arts, il dirigea les reprsentations thtrales, +introduisit les dcors mobiles et les machines pour les changements +vue. + ++Castagno+ (Andrea) (1390-1457).--Assassina le Vnitien Dominique +pour rester en possession de ses procds secrets pour la peinture +l'huile. Ses fresques et ses autres tableaux sont la Cathdrale, +Santa Apollonia, l'Acadmie et aux Offices. + ++Cellini+ (Benvenuto) (1500-1572).--Sculpteur, graveur, orfvre, +littrateur mme, il eut un caractre bizarre, querelleur et fantasque. +En 1527, au sige de Rome, il tua, dit-il, le conntable de Bourbon et +pointa aussi la pice qui frappa le prince d'Orange. Jet en prison +Rome au chteau Saint-Ange, sur le soupon d'avoir vol les joyaux de la +tiare pontificale, son vasion le rendit peut-tre plus clbre que son +talent. Sculpteur assez mdiocre, son _Perse_, plac sous la loggia +dei Lanzi, peut tre considr comme son chef-d'oeuvre. Comme orfvre, +Cellini est incomparable et l'on peut dire qu'il a le gnie de cette +matire; tant au Muse du Bargello qu'au Muse des Offices se trouvent +des merveilles qui lui sont dues. + ++Cimabue+ (Jean-Gualtieri) (1240-1311).--D'une noble famille guelfe. +Au lieu de suivre la carrire des armes, il s'adonna aux arts avec +passion. Il amliora l'ancien style, donna de l'expression aux figures, +assouplit les lignes et fondit plus harmonieusement les couleurs. Son +chef-d'oeuvre, _la Vierge et Jsus_ de Sainte-Marie Nouvelle, y fut +port en triomphe et processionnellement, tant les contemporains +estimaient l'oeuvre et le caractre de l'homme. L'me de Cimabue tait si +leve qu'ayant pressenti le gnie de Giotto, il se consacra uniquement +cet lve destin le surpasser si rapidement. + ++Credi+ (Lorenzo di) (1459-1537).--II fut d'abord orfvre, puis +tudia la peinture l'cole de Verrocchio o il eut pour condisciple +Lonard de Vinci. Il excella peindre les madones, les vierges, et ses +figures d'ange sont dlicieuses de charme. + ++Dolci+ (Carlo) (1616-1686).--Les sujets de Carlo Dolci sont tirs +presque tous de l'Histoire sainte. Il a des qualits de sincrit, de +douceur et de coloris trs relles; il ne tombe que trop souvent dans le +manirisme et le faux sentimentalisme; pourtant ses portraits sont +souvent de premier ordre. + ++Donatello+ (1386-1446).--Peut revendiquer l'honneur d'avoir cr la +sculpture moderne. Il eut pour qualits la parfaite ordonnance, la +correction de la forme, la justesse de l'attitude et du mouvement, la +force et la vrit de l'expression, l'habilet de l'excution. Sa +connaissance des effets des passions sur l'me et sur le corps le +conduisirent au ralisme et au naturalisme et il oublia trop souvent dans +la servilit de l'imitation que la beaut est une des conditions vitales +de l'art. Ses principaux ouvrages se trouvent Florence; ce sont: les +statues de _Saint Pierre_, _Saint Maur_ et _Saint +Georges_, Or San Michele; celle du _Zuccone_ au Campanile et de +la _Judith_ sous la loggia dei Lanzi. Au Bargello et enfin dans tous +les muses et dans toutes les glises de la ville. + ++Finiguerra+ (Tomaso) (1452).--lve de Ghiberti, il travailla avec +lui aux portes du Baptistre. Il inventa, vers 1452, l'art d'obtenir des +estampes sur papier l'aide de planches de cuivre graves en creux. +Finiguerra se distingua dans les nielles; les pices qu'on possde de lui +sont de toute beaut et il est considr comme le matre de ce genre. +Celles du Bargello sont des chefs-d'oeuvre. + ++Franciabigio+ (Marc-Antoine) (1482-1524).--Il fut excellent peintre +de fresques et aida Andrea del Sarto pour la dcoration du vestibule de +Santa Annunziata. + ++Gaddi+ (Taddeo) (1300-1352).--Peintre et architecte, fut lve de +Giotto. Il sut donner de l'expression ses figures et il tudia l'effet +visible des mouvements de l'me. Il a achev le Campanile et donn les +dessins du Ponte Vecchio. + ++Ghiberti+ (Lorenzo) (1378-1455).--Clbre sculpteur qui l'emporta +sur ses concurrents pour la commande des fameuses portes du Baptistre. +Il travailla comme architecte aider Brunelleschi sa fameuse coupole. +Ses multiples oeuvres ornent le Dme, le Bargello et le Baptistre. + ++Ghirlandajo+ (Dominique Corradi, _dit_ il) (1451-1495).--Le +matre de Michel-Ange. Le pre de Ghirlandajo, qui tait orfvre, avait +invent une sorte d'ornement que portaient les jeunes filles et qu'on +appelait des guirlandes; de l lui vint son surnom. Dans la boutique o +il ciselait des mtaux, Ghirlandajo acquit une telle habilet comme +dessinateur qu'il lui suffisait de voir une fois passer une personne pour +en esquisser un portrait des plus ressemblants. Il fut l'un des premiers +peintres florentins introduire la vie et le costume contemporains dans +les sujets sacrs. Une de ses oeuvres les plus importantes est l'ensemble +des fresques de Sainte-Marie Nouvelle. + ++Ghirlandajo+ (Ridolfo) (1483-1561).--lve de son pre et infrieur + lui. Un de ses meilleurs tableaux est _la Vie de saint Zenobius_ +au Muse des Offices. + ++Giottino+ (1307).--Un des principaux lves de Giotto, qui, comme +son matre, se consacra aux interprtations religieuses. + ++Giotto+ (1276-1336).--Il fut d'abord simple gardeur de moutons. +Cimabue l'ayant aperu un jour dessinant une brebis sur une pierre plate +avec un caillou pointu, l'emmena, lui apprit la peinture et fit du Giotto +le rnovateur de l'art et le plus grand gnie de la peinture, transforme +par son influence. Peintre de fresques, il couvrit les glises de +Florence et de l'Italie de toute la symbolique du moyen ge. Peintre de +portrait, il nous a laiss les images de Brunetto Latini et de son lve +le Dante, de Corso Donati et de tous les grands personnages de l'poque. + +Frapps de son caractre et de ses talents, ses contemporains eurent pour +lui une admiration illimite. + +Giotto prit part la construction de la Cathdrale, difia le Campanile, +et fut aussi l'un des principaux architectes des fortifications de +Florence. + ++Gozzoli+ (Benozzo) (1420-1497).--lve de Fra Angelico, il sut +runir l'observation de la nature au sentiment potique profond. Son +dessin est faible; mais pour l'expression, la vie et la fracheur, on ne +l'a peut-tre pas surpass. Il avait dans l'esprit quelque chose de +jeune, de brillant et d'heureux, et ses fresques de la chapelle Mdicis +au palais Riccardi sont de vritables chefs-d'oeuvre. + ++Lippi+ (Fra Filippo) (1410-1469).--tait novice au monastre del +Carmine pendant que Masaccio le dcorait des fresques admirables de la +chapelle Brancacci. Sa passion pour la peinture intressa un tel point +Masaccio que celui-ci lui apprit le dessin. Lippi rvla bientt +l'adresse la plus tonnante et l'imagination la plus vive. Les ttes de +ses personnages sont presque toutes des portraits, l'expression et la +vrit y dominent. Lippi mena une des existences les plus mouvementes du +XVe sicle o l'on en compte tant qui furent invraisemblablement +romanesques. Aprs avoir enlev d'un couvent une novice dont il avait un +fils, il mourut empoisonn par la famille de la jeune personne qu'il +refusait obstinment d'pouser. + ++Lippi+ (Filippino) (1460-1505).--lve de Botticelli et de son +pre, est loin de les galer comme talent. Il acheva les fresques de la +chapelle Brancacci del Carmine interrompues par la mort de Masaccio. Son +chef-d'oeuvre est l'_Apparition de la Vierge saint Bernard_, de la +Badia. + ++Majano+ (Benedetto) (1442-1497).--On doit ce charmant sculpteur +les plus belles chaires de l'Italie. Son chef-d'oeuvre est celle de Santa +Croce, d'autres oeuvres sont au Bargello et sont de premier ordre. + +Masaccio (Tommaso Guidi di Sar Giovanni) (1401-1428).--Admirable esprit +et me d'une rare lvation, tait un de ces hommes que leur vocation +absorbe au point de les rendre insensibles tout le reste. Gauche, +distrait et rveur, il fut sans cesse proccup de son art et ralisa des +prodiges. Il eut la splendeur du coloris, la suavit du clair-obscur, +enfin tout tait rassembl dans les oeuvres de Masaccio pour les rendre +inimitables. + +Son matre Masolino de Panicale tant mort pendant qu'il excutait les +fresques de la chapelle Brancacci, Masaccio hrita de la commande. La +peinture lui permit de dployer tant d'imagination, de sentiment et +d'adresse que tous les grands artistes de l'Italie, y compris Michel-Ange +et Raphal, puisrent chez lui les plus utiles enseignements. + +Le pauvre artiste mourut vingt-six ans, empoisonn, dit-on, par les +jaloux; il fut un des plus grands peintres et des plus novateurs de l'art +italien. + ++Masolino+ (Tommaso di Cristofano Fini) (1383-1440).--Matre et +prcurseur de Masaccio et auquel ont t quelquefois attribues tort +des crations de son minent lve. Pourtant, bien examiner les +ouvrages certains de Masolino et entre autres la fresque d'El Carmine, +qui peut assurment lui tre attribue, il est difficile de confondre les +deux matres, tant leur manire de faire les spare et les diversifie et +tant il semble que des gnrations aient pu s'couler entre le matre et +l'lve au point de vue de la conception aussi bien que de l'excution. + ++Michel-Ange+ (Buonarroti) (1475-1564).--Le plus grand architecte, +peintre et sculpteur des temps modernes, gnie universel, il atteignit la +sublimit. N d'une noble famille de podestats, au chteau de Caprese, +prs d'Arezzo, il montra ds l'enfance une vocation si prononce pour les +arts que son illustre parent fut, en dpit de son opposition, contrainte +de se rendre au voeu de cette nature exceptionnelle. + +On le plaa chez Ghirlandajo qu'il aida comme apprenti aux fresques de +Sainte-Marie Nouvelle; mais, l'ge de quinze ans, il le quitta, n'ayant +plus rien apprendre de lui, et tant dj suprieur tous les matres. +Il se mit alors tudier Masaccio dans ses chefs-d'oeuvre d'El Carmine, +puis Laurent le Magnifique le dirigea vers la sculpture et, ds cette +poque, Michel-Ange commena la srie de ses chefs-d'oeuvre. Aussi bien +Rome qu' Florence sa production est multiple, et comme sculpteur, non +moins que comme peintre, son labeur est titanesque. + +L'austrit et l'asctisme s'emparrent de lui vers la fin de sa vie, +devant les misres du temps et les dchirements de la malheureuse Italie, +dont il souffrit cruellement. + +C'est de cette poque que datent ses admirables dessins et la collection +des sonnets et des stances o s'exhalrent les amertumes de son me. +Mditatif et toujours srieux, il n'eut jamais d'autre passion que son +art. + +Insensible la richesse qui lui vint sur le tard, mprisant le +bien-tre, sa vie fut celle du bndictin, du moine. + ++Michelozzo Michelozzi+ (1396-1472).--Il fut lve de Brunelleschi +pour l'architecture et de Donatello pour la sculpture. Ses principaux +ouvrages d'architecture Florence sont l'ancien palais Mdicis, +aujourd'hui palais Riccardi, la Chapelle des Mdicis Santa Croce, et de +sculpture, diffrentes oeuvres au Bargello, et la statue de la _Foi_ +dans le Baptistre. + ++Montelupo+ (Baccio da) (1469-1553).--Ce sculpteur a principalement +t un grand fondeur; ses statues en bronze sont excellentes. Celle de +_Saint Jean_ Or San Michele est une des premires en cette matire +et a l'intrt d'une nouvelle tentative. + ++Montelupo+ (Raffaello da), (1505-1570).--lve de son pre et +surtout de Michel-Ange dont il dforma et exagra le style. Il excuta, +d'aprs les modles du matre, les statues des _Saints Cosme_ et +_Damien_ pour la nouvelle sacristie de Saint-Laurent. Il n'a ni +grandeur, ni navet. + ++Orcagna+ (Andr) (1329-1384).--Tout la fois peintre, sculpteur et +architecte, le gnie d'Orcagna a laiss partout son empreinte. Outre le +monument d'Or San Michele, on lui doit l'dification du _Ciborium_ +intrieur de cette glise, qui est un monument de l'art en gnral et de +l'art florentin en particulier; c'est galement lui que sont dues, la +chapelle Strozzi de Sainte-Marie Nouvelle, les belles fresques illustrant +en quelque sorte le _Paradis_ du Dante. + ++Pollajuolo+ (Antoine) (1429-1498).--Jusqu' sa trentime anne, +Pollajuolo fut uniquement orfvre sous la direction de son pre, qui +possdait une des boutiques les mieux achalandes de Florence. On pense +que ce fut Baldovinetti qui le dirigea vers la peinture o, par son +habitude de la plastique, il devait occuper une place spciale et +prpondrante. Ses oeuvres, remarquables par la somptuosit du vtement et +par la beaut sculpturale des attitudes, sont au Muse des Offices: les +_Saints Jacob_, _Vincent et Eustache_, l'admirable petit +chef-d'oeuvre des _Travaux d'Hercule_ et enfin les belles figures des +Vertus dont celle de la _Prudence_ est de premier ordre. + ++Pollajuolo+ (Pierre) (1441-1489).--Frre d'Antoine et, dit-on, +lve de Castagno, fut uniquement peintre. La caractristique des oeuvres +de Piero est la trop grande sveltesse de ses figures souvent +insuffisamment dessines, la vulgarit de leur type et la complication de +leur attitude. + ++Porta+ (Baccio della) (1445-1533).--Le gnie de ce trs grand +matre se dveloppa sous les auspices de Rosselli et de Lonard de Vinci. +Entran par l'loquence de Savonarole, il s'attacha lui et prit +l'habit dominicain en 1500, au couvent de San Marco, sous le nom de +_Fra Bartolommeo_, qu'on lui donne ordinairement. Aprs avoir, la +suite de la mort de Savonarole, renonc la peinture, il reprit ses +pinceaux en 1504. De cette poque date la srie de ses chefs-d'oeuvre. Sa +grandeur rude, son nergique sublimit, l'lvation svre qui le +caractrise furent ds lors tempres par sa science du dessin et la +beaut pratique de son excution; il gagna en charme et en souplesse. Son +habit lui interdisant jusqu' un certain point le modle vivant, il +inventa, pour poser ses draperies, le mannequin ressorts. Parmi ses +oeuvres admirables, il faut citer le _Saint Marc_, _le Christ au +tombeau_, _le Christ ressuscit_, _la Sainte Famille_ du +palais Pitti et enfin la splendide fresque de l'hpital Santa Maria +Nuova, _le Jugement dernier_. + ++Robbia+ (Luca della) (1400-1482).--Un des plus purs gnies qui +aient honor les arts. Sculpteur du plus rare talent, il inventa les +bas-reliefs en terre cuite maille, et, loin de se laisser entraner par +une matire qui se serait prte toutes les complications de la +plastique, il ne l'employa jamais qu'avec la discrtion la plus +remarquable, tandis que son got pur et raffin le faisait s'en tenir +presque la monochromie, c'est--dire au relief maill blanc sur fond +bleu. Luca a enrichi Florence d'innombrables merveilles; il faut +toutefois citer en premire ligne, au Muse du Dme, les hauts reliefs en +marbre, _Enfants chanteurs et musiciens_, puis les _portes en +bronze_ de la sacristie de la cathdrale et enfin les hauts-reliefs en +terre maille qui les surmontent: _l'Ascension_ et _la +Rsurrection_. + ++Robbia+ (Andrea della) (1435-1498).--Neveu de Luca, fut initi de +bonne heure par Luca tous les secrets de la terre maille. Grand +artiste, il a toutefois une interprtation plus gracile et plus mivre +que celle de son illustre matre et parent. Ses ouvrages empruntent dj + la polychromie des effets que le vieux Luca atteignait, sans les avoir +cherchs, par la seule puret de son art. Les mdaillons d'_Enfants +emmaillotes_ au portique des Innocents sont pourtant de premier ordre +et dignes du matre. + ++Robbia+ (Jean della) (1460-1530).--Fils et lve d'Andrea, se +consacra uniquement au bas-relief maill o il employa de vritables +feux d'artifice de polychromie, profusion laquelle le portait non +seulement son got personnel, mais encore la dcadence du sentiment +artistique chez ses contemporains. + ++Rosselli+ (Cosimo) (1438-1507).--Curieux et bizarre esprit, exera +sur la formation des meilleurs artistes de son poque une influence que +ne nous expliquent nullement les productions qui subsistent encore de +lui: sa _Procession_, oeuvre trs noircie de l'glise Saint-Ambroise, +et ses fantasques dessins. + ++Rossellino+ (Bernardo di Matteo Gamberelli, _dit_ le) +(1409-1464).--Architecte et sculpteur tout ensemble, comme l'taient +presque tous les grands artistes du temps, il laissa des oeuvres sincres +et dlicates; son chef-d'oeuvre est le tombeau magnifique du secrtaire +d'tat Leonardo Bruni Santa-Croce. + ++Rosso+ (1496-1541).--Il fut successivement l'cole de +Michel-Ange, du Parmesan et d'Andrea del Sarto. Peintre consciencieux, +d'une poque de pleine dcadence dj, il jouit d'une grande renomme, +et, appel la cour de Franois Ier, il fut le rival souvent heureux du +Primatice. + +Le Rosso s'empoisonna par suite du dsespoir o l'avait plong la mise +la torture de son ami Pellegrino, reconnu plus tard innocent. On cite, +parmi ses compositions, _l'Assomption de la Vierge_ dans le clotre +de l'glise Santa Annunziata et _la Vierge accompagne de plusieurs +saints_ au palais Pitti. + ++Rustici+ (Jean-Franois) (1474?-1554).--Il est prsum lve du +Verrocchio et se consacra surtout la fonte en bronze de ses statues. Le +meilleur groupe de _la Prdication de Saint Jean_, plac au-dessus +de la porte du Baptistre, est une bonne oeuvre d'une belle patine de +bronze. + ++Sangallo+ (Jules Giamberti, _dit_) (1443-1517).--Clbre +architecte, tira son surnom de la porte San Gallo qu'il difia. Une +grande partie des palais de Florence furent construits par lui et la +Villa Mdicenne de Poggio a Cajano est parmi ses oeuvres les plus +marquantes. + ++Sangallo+ (Antoine) (1482 1516).--Est le plus renomm de la +famille. Neveu de Jules Sangallo, il fut un des plus fameux architectes +de son temps. lev l'cole de Brunelleschi qu'il aida dans ses +principaux travaux, Raphal l'appela Rome et se l'adjoignit pour la +reconstruction de la basilique Saint-Pierre. Rome et l'Italie lui doivent +plusieurs de leurs principaux difices. + ++Sansovino+ (Jacopo Tatti, _dit_ le) (1479-1570).--Il tudia +son art sous Contucci de Monte-Sansovino, dont il prit le nom. D'abord +sculpteur, il ne dbuta dans l'architecture qu'en 1515 et passa la +majeure partie de son existence Venise qu'il enrichit de monuments et +d'oeuvres d'art admirables. Aucun architecte n'eut plus que Sansovino de +noblesse dans l'invention, de fcondit dans les ides, de grce dans le +style, de correction dans les dtails. + ++Sarto+ (Andrea del) (1487-1531).--Fils d'un tailleur, une vocation +irrsistible le poussa vers les arts. Des matres grossiers lui apprirent +les premiers lments de la peinture, il se forma lui-mme, en tudiant +les oeuvres de Lonard et de Michel-Ange, mais surtout celles de Masaccio +et de Ghirlandajo dont le gnie tait plus en rapport avec la douceur de +sa propre nature. A l'lgance des traits, ses figures joignent la +sensibilit, la beaut et la noblesse des attitudes. La force et la +grandeur sont les seules qualits qui lui manquent. Aprs une existence +des plus mouvementes, Andrea mourut Florence de la fameuse peste de +1531. Ses chefs-d'oeuvre sont multiples et les fresques de Santa +Annunziata, _La naissance de la Vierge_, et mieux encore celles des +Scalzo relatives l'_Histoire de saint Jean-Baptiste_ sont de +premier ordre. Tant au Muse des Offices qu'au Muse du Palais Pitti, ses +ouvrages revtent les mmes qualits de grce et de charme faciles. + ++Settignano+ (Desiderio da), (1428-1464).--Passe pour avoir t +lve de Donatello. Son talent fin et distingu n'a pourtant aucune +analogie avec le talent sombre et farouche du matre. La frise de la +_chapelle Pazzi_, Santa-Croce, _Le Tabernacle_ de l'glise +Saint-Laurent et diffrents ouvrages de sculpture du _Bargello_ font +le plus grand honneur au talent svelte et charmant de Desiderio. + ++Uccello+ (Paolo de Dono), (1397-1475).--D'abord orfvre et aide de +Ghiberti dans la fonte de la premire porte du Baptistre, il se consacra +ensuite la fresque et eut, par les lois de la perspective absolue qu'il +tablit d'une manire prcise, la plus grande influence sur les artistes +de son poque. Ses fresques du Clotre-Vert de Sainte-Marie Nouvelle, +_Le Dluge_ et _l'Ivresse de No_passent pour les oeuvres o tous les +artistes vinrent prendre des leons de perspective. + +La fresque de la Cathdrale, le portrait questre de _Hawkwood_, +fait le plus grand honneur au talent d'Uccello. + ++Verrocchio+ (Andrea del), (1435-1488).--Il surpassa tous ses +contemporains dans l'art de travailler le bronze. Trs noble et trs +grand artiste, les Mdicis qui le protgrent, eurent le tort de +l'opposer au gnie de Donatello. Ses chefs-d'oeuvre, le _Groupe de Jsus +et de saint Thomas_ d'Or San Michele, _L'Enfant au Dauphin_ du +Palais Vieux, _Le David_ du muse du Bargello sont des oeuvres de +premier ordre, d'un style sans dfaillance ni reproche. + ++Vinci+ (Lonard de), (1452-1519).--Le plus grand gnie qui fut +jamais, l'gal mme de Michel-Ange, le Vinci fut la fois sculpteur, +architecte, physicien, ingnieur, crivain et musicien, admirable esprit + l'universalit duquel aucune science, aucun art ne semblent avoir pu +chapper ni demeurer trangers. Aprs avoir tudi la sculpture sous le +Verrocchio, il se rendit Milan o Ludovic le More le garda jusqu'au +jour o l'invasion du Milanais par Louis XII le faisait rentrer dans sa +patrie. Mcontent de l'accueil que lui avaient rserv ses concitoyens et +de celui qu'il avait rencontr auprs du pape, il resta vingt ans presque +errant sans que, vieilli, aigri, assombri, il et trouv justice, mme +chez ses contemporains. + +Le got de Lonard, pur et svre, s'exera sur toutes les matires qui +furent soumises son jugement; il poursuivit la perfection avec patience +avec une exactitude souvent minutieuse et aucune recherche ne put jamais +le rebuter dans la poursuite de son idal de perfection. + + + + +TABLE DES MATIRES + + + ++GLISES+ + + ++SANTA ANNUNZIATA+ +Portique de Sangallo, Fresques d'A. DEL SARTO et de ses lves. ++Intrieur+: chapelle de la Vierge miraculeuse, par MICHELOZZO. ++Couloir du clotre+: A. DEL SARTO, Vierge au sac. ++Deuxime clotre+: Saint Jean-Baptiste, par MICHELOZZO. + + ++SANTA APOLLONIA+ +A. DEL CASTAGNO, Fresque de la Cne et Pieta. + + ++SS. APOSTOLI+ +Ciborium d'ANDREA DELLA ROBBIA. +Tombeau d'Altovite, BEN. DA ROVEZZANO. + + ++SAN AMBROGIO+ +Fresque, saint Sbastien, COLE DU GIOTTO. +Saint Sbastien, LEONARDO DEL TASSO. +Grisailles, FILIPPINO LIPPI. +Miracle du ciboire, COSIMO ROSSELLI. +Tabernacle, MINO DA FIESOLE. + + ++BADIA+, constr.: ARNOLFO CAMBIO ++Intrieur+: Bas-relief de la Vierge. +Tombeau du comte Hugo, MINO DA FIESOLE. +Apparition de la Vierge saint Bernard, FILIPPINO LIPPI. ++Clotre+: Fresques d'ANTONIO SOLARIO, Vie de saint Benot. + + ++BIGALLO+ (confrrie), constr. goth. ++Salle du Conseil+: Fresque de GIOTTINO, la Misricorde. +VENTURO DI MORO, fresque. + + ++BATTISTERO+ (San Giovanni), constr. romane. +Revtement, ARNOLFO CAMBIO. +Portes: ANDREA PISANO et GHIBERTI. +Groupes extrieurs: Dcollation de saint Jean-Baptiste, VICENTE DONI. +Prdication, par GIOVANNI RUSTICA. +Baptme de J.-C., par SANSOVINO. ++Intrieur+: Mosaques de JACOBUS. +Fonts baptismaux, COLE PISANE. +Statue de la Madeleine, DONATELLO. +Tombeau de Jean XXIII, pape, DONATELLO et MICHELOZZO. +Groupe de style Barocco, par TICCIATI. + + ++CAMPANILE+, constr. goth.: GIOTTO et TADDEO GADDI. +Bas-reliefs, GIOTTO ET ANDREA PISANO. ++Ct Ouest+, David Jrmie et Jean-Baptiste, par DONATELLO. ++Ct Est+, Abraham et Habacuc, par DONATELLO. +Reliefs de LUCA DELLA ROBBIA. + + ++DOME+, constr.: ARNOLFO DI CAMBIO. +Coupole, BRUNELLESCHI, +1 +Porte du Sud+, COLE PISANE. +2 +Porte du Sud+, encadrement des TEDESCO. ++Porte du Nord+: JEAN ET NICOLAS D'AREZZO. +Vierge de la Cintola, NANNI DI BANCO. +Statuettes et ttes de prophtes, DONATELLO. ++Intrieur+: ++Mur de la faade+: Vitrail, Couronnement de la Vierge, GADDO GADDI. +Portrait questre de N. da Tolentino, par ANDREA DEL CASTAGNO; Portrait +questre de John Hawkwood, par P. UCCELLO. ++Bas ct droit+: Monument de Brunelleschi de BUGGIANO. Bustes de +Giotto et de Squarcialupo, par BEN. DA MAJANO. +Statue de Josu DONATELLO; bnitiers, COLE PISANE; Monument de l'vque +d'ORSO DE TINO. ++Sous la coupole+: Clture du choeur, BANDINELLI; Dposition de +Croix, MICHEL-ANGE. ++Transept droit+: Aptres et saints. Fresques de LORENZO de BICCI. +Vitraux sur les dessins d'UCCELLO de GHIBERTI et de DONATELLO. ++Vieille sacristie+: Lunette de la porte, Ascension de LUCA DELLA +ROBBIA; l'intrieur, deux Anges, par LUCA. ++Chapelle Saint-Zenobe+: Christ sur l'autel, BENEDETTO DA MAJANO. +Reliquaire de saint Zenobe, GHIBERTI. ++Premire Chapelle gauche+: Statue de saint Jean, par DONATELLO. ++Sacristie neuve+: Portes de bronze et, dans la lunette, la +Rsurrection, LUCA DELLA ROBBIA. ++A l'intrieur+: Lavabo de MINO DA FIESOLE. Marqueteries, par +BENEDETTO DA MAJANO. ++Bas ct gauche+: Portrait du Dante, par MICHELINO. +Saint Zenobe, fresque d'ORCAGNA. ++SANTA CROCE+, constr. goth. D'ARNOLFO DI CAMBIO. ++Intrieur+: Monuments et plaques tombales de l'COLE PISANE. ++Mur d'entre+: Vitrail GHIBERTI. +Statue de saint Louis de Toulouse, par DONATELLO. ++Grande nef+: Chaire de BEN. DA MAJANO. Porte de la chaire, +_id_. ++Bas ct droit+: Monument de Michel-Ange, par VASARI. Au pilier, +Vierge, bas-relief de ROSSELLINO. +DOM VENEZIANO: Saint Jean-Baptiste et saint Franois. +L'Annonciation, grand haut-relief, DONATELLO. +Tombeau de Bruni, par ROSSELLINO. ++Transept droit+: ++Chapelle du saint Sacrement+. Tombeaux. Fresques, COLE DE GIOTTO. ++Chapelle Baroncelli+: GIOTTO, retable. +TADDEO GADDI: Vie de la Vierge. +MAINARDI. Madonna della Cintolla. ++Mur du choeur+: ++Premire chapelle Fardi+: GIOTTO. Vie de saint Franois d'Assise. ++Deuxime chapelle Peruzzi+: GIOTTO. Vies de saint Jean-Baptiste et +de saint Jean l'vangliste, GIOVANNI DA SAN GIOVANNI. Vie de saint +Andr. ++Troisime chapelle+: COLE DE GIOTTO, combat de saint Michel et du +dragon. ++Chapelle du Choeur+: AGNOLO GADDI. Histoire de la vraie Croix. ++Quatrime chapelle Pulci+: Autel de JEAN DELLA ROBBIA. DADDI, +Martyres de saint tienne et de saint Laurent. ++Cinquime chapelle+: MASO, Miracles de saint Sylvestre. ++Transept gauche+: +Crucifix en bois de DONATELLO. ++Bas ct gauche+: Tombeau de Marzuppini, par DESIDERIO DA +SETTIGNANO. ++Transept droit+: Couloir de la Sacristie, constr. de MICHELOZZO. ++Chapelle des Mdicis+: constr. de MICHELOZZO. +Autel et relief, COLE DES DELLA ROBBIA. ++Sacristie+: Buste du Christ, ANDREA DELLA ROBBIA. GIOVANNI DA +MILANO, fresques de la vie de la Vierge et de sainte Madeleine. ++Clotre+: Tombes gothiques. ++Chapelle Pazzi+: constr. BRUNELLESCHI. Frise de Chrubins, par +DESIDERIO DA SETTIGNANO et DONATELLO. Mdaillons en relief des aptres, +LUCA DELLA ROBBIA. Intrieur, vanglistes la coupole, BRUNELLESCHI. ++Rfectoire+: TADDEO GADDI. Fresque de la Cne. GERINI, Crucifixion. ++Deuxime clotre+: constr. BRUNELLESCHI. + + ++SAINTE FLICIT+ ++Portique+: ++Intrieur+: ++Cinquime autel+: TADDEO GADDI, Vierge. ++Sacristie+: GIOTTO, Christ. NICOL DA PIETRO, Christ entour de la +Madeleine et des saintes Femmes. ++Deuxime sacristie+: Annonciation, COLE D'ORCAGNA. + ++SAINT FRANOIS DE VANCHETONI+. Bustes de DONATELLO. + ++INNOCENTI+ (Hospice des Enfants Trouvs), constr. BRUNELLESCHI ET +F. DELLA ROBBIA. ++Intrieur+: Tympan de la Chapelle, matre-autel, GHIRLANDAJO, +adoration des Mages. + + ++SAN JACOPO IN RIPOLI+. +TYMPAN du portail DELLA ROBBIA, Christ et saint Thomas. ++Intrieur+: Mariage mystique de sainte Catherine RIDOLFO +GHIRLANDAJO. + + ++SAN LORENZO+, constr. BRUNELLESCHI ++Intrieur+: Chaires, DONATELLO. Tombeau de Cosme le Vieux, VERROCCHIO. +Chapelle du Transept gauche. +FRA FILIPPO LIPPI: L'Annonciation. ++Bas ct gauche+: DONATELLO, Tribune des Mdicis. ++Transept droit+: Tabernacle, DESIDERIO SETTIGNANO. ++Ancienne Sacristie+: const. BRUNELLESCHI. +MDAILLONS de la coupole et frise de Chrubins, DONATELLO. Portes de +bronze, DONATELLO. Tombeau des parents de Cosme l'Ancien, buste de saint +Laurent, DONATELLO. +Tombeau de Laurent le Magnifique, VERROCCHIO. ++Bibliothque Laurentienne+: escalier, VASARI. Vestibule et const., +MICHEL-ANGE. +Boiseries CIPIANO et DEL CINQUE; Vitraux, JEAN D'UDINE. ++Chapelles Mdicis+. ++Chapelle des Princes+: constr., MATTEO NIGETTI. Statues de Cosme +II, par JEAN DE BOLOGNE et de Ferdinand I, par TACCA. ++Nouvelle sacristie+: constr. MICHEL-ANGE. +Tombeau de Julien de Mdicis. +Allgories du jour et de la nuit. +Tombeau de Laurent de Mdicis. +Allgories du Crpuscule et de l'Aurore; MICHEL-ANGE. Sarcophages de +VASARI. Vierge et Enfant de MICHEL-ANGE. Saint Cosme et saint Damien, +MONTELUPO e MONTORSOLI. + + ++SANTA MADDALENA DE PAZZI+ ++Salle du Chapitre+: PRUGIN, Christ en Croix. + + ++SAN MARCO+ (couvent), restaurations, MICHELOZZO. +FRA ANGELICO, FRA BARTOLOMMEO, SAVONAROLE. ++Premier clotre+: Fresques VANNI, Lunettes des portes I, Saint +Thomas d'Aquin. II, Le Christ en plerin d'Emmas. III, Saint Dominique. +IV, Le Silence; Saint Pierre martyr. Grande Fresque, saint Dominique au +pied de la Croix, FRA ANGELICO. ++Rfectoire+: Fresque SOGLIANI. ++Salle du Chapitre+: Calvaire, par FRA ANGELICO. ++PETIT RFECTOIRE+: Cenacolo, par GHIRLANDAJO. ++Premier tage+. ++Couloirs+: FRA ANGELICO, L'Annonciation. Saint Dominique au pied de +la Croix. Vierge sur un trne entoure de saints,--Angelico et ses lves, +quarante-cinq fresques des cellules. ++Cellules+: XII, XIII et XIV, appartement du Prieur, Souvenirs de +Savonarole. +Cellule XXXIII, Tableau Madonna della Stella, Fra Angelico. +XXXVIII et XXXIX, Cellule et Oratoire de Cosme l'Ancien, fresque de +l'Adoration des Mages, Angelico. ++Bibliothque+: constr. MICHELOZZO, Livres et Manuscrits. + + ++SAN MARCO (GLISE)+ ++A l'Intrieur+: Christ par GIOTTO. ++Deuxime autel droite+: FRA BARTOLOMMEO, Vierge trnant entoure +de Saints. +Troisime autel, Mosaque romaine, Plaques de Pic de la Mirandole et +d'Ange Politien. + + ++SANTA MARIA DEL CARMINE+ +Intrieur Transept droit. ++Chapelle Brancacci+: Fresques relatives la cration et la +mission de saint Pierre, MASACCIO et FILIPPINO LIPPI. ++Sacristie+: Fresques relatives l'histoire de sainte Ccile, +SPINELLO ARETINO. ++Clotre+: Procession attribue Masaccio. ++Rfectoire+: Cenacolo d'ALLORI. + + ++SANTA MARIA NOVELLA+ constr. FRA SISTO, FRA RISTORO, revtements, +avelli LEONE BATTISTA ALBERTI. ++Intrieur+: mur de la faade. +Fresque de la Trinit, MASACCIO. ++Transept droit. Chapelle Rucellai+: CIMABUE, Vierge. ROSSELLINO, +tombeau de la Beata Villana dei Cerchi. ++Chapelle Philippe Strozzi+: Tombeau Strozzi, par BEN. DA MAJANO. +Miracles de saint Jean l'vangliste et de saint Philippe, Fresques de +FILIPPINO LIPPI, Vitrail sur les dessins de FILIPPINO. +CHOEUR: Fresques de GHIRLANDAJO. +Histoire de la Vierge et de saint Jean-Baptiste. +Boiserie, par BACCIO D'AGNOLO. ++Transept gauche. Chapelle Strozzi+: Fresques du Jugement dernier et +du Paradis, ANDRA ORCAGNA; de l'Enfer, NARDO ORCAGNA. +Retable, Christ glorieux et saints, ANDRA ORCAGNA. ++Sacristie+: Lavabo, JEAN DELLA ROBBIA. ++Sepolcreto+: Plaques commmoratives du XIVe et XVe sicle, ++Clotre vert+, Gense et histoire de la cration, ORCAGNA. +Le Dluge et l'ivresse de No, UCCELLO. ++Chapelle des Espagnols+: constr. goth., Fresque l'glise triomphante, +SIMONE MEMMI. +Triomphe de saint Thomas d'Aquin et le calvaire, TADDEO GADDI. ++PHARMACIE+: La Passion, Fresques attribues SPINELLO ARETINO. + + ++SANTA MARIA NUOVA+ (Hpital de), portique, BUONTALENTI. ++L'glise San Egidio+: Fresque le Couronnement de la Vierge, LORENZO +DI BICCI+.--Sous le portique; Fresques de la ddicace, LORENZO DI +BICCI. ++A l'intrieur+: La Vierge et l'Enfant (derrire l'autel), ANDREA +DELLA ROBBIA. Tabernacle, ROSSELLINO et GHIBERTI. ++Galerie de peinture+: +104. CASTAGNO, Crucifixion. +29. Vierge et enfant, haut-relief, par VERROCCHIO. ++Salle I+: 49, 49, 50, Triptyque, Adoration des Mages et donateurs, +HUGO VAN DER GOES. +N 23. BOTTICELLI, Vierge et enfant. +71. BARTOLOMMEO, Jugement dernier. ++Clotre+: ANDREA DEL CASTAGNO, Christ en croix. + + ++MISERICORDIA+ (confraternit), Retable d'ANDREA DELLA ROBBIA. + + ++OGNISSANTI+, tympan du portail, Couronnement de la Vierge, DELLA ROBBIA. ++Intrieur+: BOTTICELLI, Fresque de saint Jrme. GHIRLANDAJO, +Fresque saint Augustin. ++Sacristie+: Christ, COLE DU GIOTTO. ++Rfectoire+: Ghirlandajo, Cne. Tabernacle de AG. DE DUCCIO. + + ++OR SAN MICHELE+, constr. goth. de TADDEO GADDI. ++Extrieur+: Statuettes des fentres, par TALENTI. ++Est+: Statue de Jean-Baptiste, GHIBERTI. +Groupe de saint Thomas, VERROCCHIO. +Statue de saint Luc, par JEAN DE BOLOGNE. ++Nord+: Statue de saint Pierre, DONATELLO. +Statue de quatre saints NANNI DI BANCO. ++Ouest+: Statue de saint Matthieu, GHIBERTI. +Statue de saint tienne, GHIBERTI. +Saint loi, par NANNI DE BANCO. ++Sud+: Saint Marc, par DONATELLO. +Saint Jacob de GHIBERTI. +Saint Georges de DONATELLO. +Saint Jean Ev., par MONTELUPO. +Reliefs des DELLA ROBBIA. ++Intrieur+: constr. d'ORCAGNA. +Tabernacle d'ORCAGNA. Image miraculeuse, B. DADDI. + + ++SAN ONOFRIO+ +Cne attribue RAPHAEL. + + ++LO SCALZO+ +ANDRA DEL SARTO, Vie de saint Jean l'vangliste, fresques monochromes. + + ++SAN SPIRITO+ +Transept droit, FILIPPINO LIPPI, Vierge des Tana de NERLI. +LORENZO DI CREDI, Vierge et saints. ++Transept gauche+: PIERO DE COSIMO. +Vierge et saints. ++Sacristie +: constr., POLLAJUOLO. +Vestibule, constr. SANGALLO. + + ++SANTA TRINITA+, constr., NICOLAS PISANO. 286 ++Intrieur+: Statue de bois, sainte Madeleine, par DESIDERIO SETTIGNANO. +Annonciation, par LORENZO MONACO. ++Chapelle Sassetti+, constr., Jules de SANGALLO. Fresques de la vie +de saint Franois, GHIRLANDAJO. + + + ++MUSES+ + + ++ACADMIE DES BEAUX-ARTS+ +Salle I. +31. BALDOVINETTI, la Trinit. +27. ANGELICO, Retables. +Salle coupole. +MICHEL-ANGE, le David. +Salle III. +36. MASACCIO, Conception. +41. FRA FILIPPO LIPPI, Couronnement de la Vierge. +42. FRA FILIPPO LIPPI, Prdelle. +37 et 39. A. DEL CASTAGNO, Saint Jean-Baptiste et la Madeleine. +38. A. DEL CASTAGNO, saint Jrme en prire. +32. GENTILE DA FABRIANO, Adoration des Mages. +34. ANGELICO, Dposition. +43. VERROCCHIO et LONARD DE VINCI, Baptme de Jsus-Christ. +46. BOTTICELLI, Vierge enfant, saints et saintes. +47. BOTTICELLI, Couronnement de la Vierge. +52. BOTTICELLI, Vierge sur un trne. +49. FRA FILIPPO LIPPI, Vierge et quatre saints. +50. GHIRLANDAJO, Adoration des Mages. +53. PRUGIN, le Jardin de Gethsmani. +56. PRUGIN, la Crucifixion. +55. PRUGIN, Assomption. +58. PRUGIN, Pieta. +54. LUCA SIGNORELLI, Vierge entoure de saints. +57. FILIPPINO LIPPI, Descente de croix. +59. AND. DEL SARTO, quatre Saints. +63. A DEL SARTO, Prdelle du tableau. +66. FRA BARTOLOMMEO, Apparition de la Vierge saint Bernard. +69. FRA BARTOLOMMEO, saint Vincent. +78 et 82. FRA BARTOLOMMEO, ttes d'Aptres. + ++Salle de l'Angelico+ + +41. FRA ANGELICO, Jugement dernier. +16. Six petits panneaux, vie de saint Cosme et saint Damien. +11 24. Huit panneaux et trente-cinq sujets de la Vie du Christ. +20. Couronnement de la Vierge. +21. Piet. +31. FRA BARTOLOMMEO, Savonarole. +18. PRUGIN, portraits de moines. + ++Salle V+ + +Cartons de FRA BARTOLOMMEO. +Carton du David de MICHEL-ANGE. + ++Salle VI+ + +22. ANT. POLLAJUOLO, saint Augustin. +23. A. POLLAJUOLO, sainte Monique. +24. VERROCCHIO, Tobie et les trois Archanges. +19. LUCA SIGNORELLI, Madeleine au pied de la croix. +16. GHIRLANDAJO, Vierge entre des Saints. +12. FRA FILIPPO LIPPI, Nativit. +6, 7, 8, 9. BOTTICELLI, Christ ressuscitant. Salom avec la tte de +Jean-Baptiste. +Vision de saint Augustin. +Mort de saint Augustin. +20. BOTTICELLI, l'archange Raphal et Tobie. +20. BOTTICELLI, le Printemps. + + ++MUSE ARCHOLOGIQUE+. ++Salle V+ +BRONZES +A. Minerve. +B. Portrait de Metellus. +C. Chimre. +D. Situla. +Vitrine n 1. Tte de jeune homme. +2. Statuette de Bacchus. +3. Jupiter. +4. Castor. +5. Minerve Mdica. +6. Athn. ++Salle VI+ +Vase Franois. ++Salle VIII+ +Sarcophage en terre cuite de Larthia Saranthia. +Sarcophages en albtre. +Sarcophage en pierre avec statue. +Statue cinraire. + +DEUXIME TAGE + ++Galerie des Tapisseries+ +Salle I. toffes. +Salle II. Broderies. +Salles III, IV, V. Broderies. +Salle VI. Tapisseries de Florence, XVIIe et XVIIIe sicles. +Salle VII. Tapisseries flamandes. XVIe sicle. +Salle VIII. Tapisseries de Florence, XVIe sicle. +Salle IX. Suite. +Salle XII. Gobelins, histoire d'Esther. +Salle XIII. Suite. +Salle XIV. Tapisseries flamandes, XVIe sicle. +Salle XVI. Tapisseries des Flandres, XVIe sicle. +Salles XVIII, XIX, XX. Sries de tapisseries de Florence des XVIe, +XVIIe et XVIIIe sicles. + + ++BARGELLO+ (muse national). ++Const.+: TADDEO GADDI. Cour, escalier, BENCI DI CIONE et NERI +FIORAVENTI. ++Rez-de-chausse+. +Salle des Armures. BENVENUTO CELLINI, casque et rondache de Franois +Ier. ++Salle des Portiques+ +I. Tombeaux du XIVe sicle. +II. Bas-reliefs de ROVEZZANO. +MICHEL-ANGE, buste de Brutus. +Masque de faune. +Bas-relief de la Vierge avec l'Enfant. +Bacchus ivre. +Petit groupe, Lda et le Cygne. +Rduction en marbre du Mose. ++PREMIER TAGE+ +Cloches en bronze. ++Salle I+ +DONATELLO, rondes d'enfants, quatre bas-reliefs pour les tribunes des +orgues du Dme. +Le Cupidon (bronze). +Le David (bronze). +Buste en bas-relief de saint Jean. +Statue de saint Jean-Baptiste en pied. +David (marbre). +MICHEL-ANGE, Adam mourant. +MICHEL-ANGE, la Victoire. ++Salle III+ +FAENCES ++Chapelle+: GIOTTO, fresques. Vitrines, nielles. ++Salle V+ +IVOIRES, AMBRES ET COUPES ++Salle VI+ +BRONZES +GHIBERTI, reliquaire de sainte Jacinthe. +VECCHIETTA, statue de Marino Soccino. +VERROCCHIO, David. +Vitrine A. POLLAJUOLO, Hercule et Cacus. ++Salle VII+ +BRONZES ++Benvenuto Cellini+, buste de Cosme I. +B. CELLINI, modles pour le Perse. +DONATELLO, frise, Bacchanale d'enfants. +JEAN DE BOLOGNE, le Mercure. + +DEUXIME TAGE + +ANDREA DEL CASTAGNO, Fresques. ++Salle II+ +Bas-reliefs, par les DELLA ROBBIA. +Vitrines des faences. ++Salle III+ +TAPISSERIES ++Salle V+ +MARBRES +MINO DA FIESOLE, buste de Rinaldo della Luna. +VERROCCHIO, haut-relief, mort de Francesca Pitti. +BEN. DA MAJANO, buste de Mellini. +MINO DA FIESOLE, buste de jeune femme. +A. DEL POLLAJUOLO, buste de jeune guerrier. +BEN. DA MAJANO, buste appel le prtre florentin. ++Salle VI+ +MARBRES +VERROCCHIO, bas-relief, la Vierge et l'enfant Jsus. +VERROCCHIO, buste de femme. +MATTEO CIVITALI, la Foi. +MESS. DA FIESOLE, buste de Pierre de Mdicis. +BENED. DA MAJANO, saint Jean. +SANSOVINO, Statue de Bacchus. +MICHEL-ANGE, Apollon. ++Salle IV+ +SCEAUX ET MONNAIES + + ++CASA BUONARROTI Muse Michel-Ange+ +1re Chambre, Combat des Centaures et des Lapithes. +2e Chambre, dessins. +Cadre Ier, Cloptre. +Cadre IX, 75. Projet de faade pour Saint-Laurent de Florence. +Cadre XV, 75, Vierge allaitant l'Enfant. ++Chapelle+ +72. Vierge assise avec enfant (marbre). + + ++OFFICES+, constr. VASARI. ++Corridor occidental+. +17. PIETRO LORENZETTI, petit tableau des anachortes. +25. SIMONE DI MARTINO et LIPPO MEMMI, Annonciation. +24 et 26. San Ansano et Santa Giuletta. +45. BICCI DI LORENZO, S. S. Cosimo et Damiano. +52. PAOLO UCCELLO, tableau de bataille. +PIERO DEL POLLAJUOLO: +69. _L'Esprance_. +70. _La Justice_. +71. _La Temprance_. +72. _La Foi_. +73. _La Charit_. +34. LUCA SIGNORELLI, la Vierge avec l'Enfant. +COLE TOSCANE +1 Salle A. +1157. LONARD DE VINCI (?), Tte de jeune homme vue de face, les cheveux +rejets en arrire. +1159. LONARD DE VINCI (?), Tte de Mduse. +1167. MASACCIO, beau portrait en buste d'un vieillard inconnu. Fragment +de fresque galement attribu Filippino Lippi. +1154. INCONNU, _Le Mdailleur_. +1156 et 1158. SANDRO BOTTICELLI. Histoire de Judith et d'Holopherne, en +petits tableaux. +1156. La Judith. +1158. Holopherne. +1153. ANTOINE POLLAJUOLO, les Travaux d'Hercule. +1178 et 1184. FRA ANGELICO, les Fianailles et les Funrailles de la +Vierge. +1182. BOTTICELLI, La Calomnie. Description d'un tableau disparu +d'Apelles. +2 Salle B. +1257. FILIPPINO LIPPI, l'Adoration des Mages. +1268. FILIPPINO LIPPI, la Vierge et quatre Saints. +1112. ANDREA DEL SARTO, la Vierge avec l'Enfant, saint Franois et saint +Jean l'vangliste. +1279. ANT. BAZZI (dit le _Sodoma_), Saint Sbastien. +1252. LONARD DE VINCI, l'Adoration des Mages. +1257. FILIPPO LIPPI, Adoration des Rois. +1288. LONARD DE VINCI, l'Annonciation. +1301. ANTONIO DEL POLLAJUOLO, Saint Eustache, saint Jacques et saint +Vincent. +1300. PIERO DELLA FRANCESCA, portraits de Frdric de Montefeltro et de +Battista Sforza, sa femme. +1290. BEATO ANGELICO, Couronnement de la Vierge. +1306. ANT. DEL POLLAJUOLO, la Prudence. +1267 _bis_. Sandro FILIPEPPI, dit _Botticelli_, la Vierge et +l'Enfant. +1289. BOTTICELLI, la Vierge et l'Enfant la Grenade. +1299. BOTTICELLI, la Force. +1307. FRA FILIPPO LIPPI, la Vierge adore l'Enfant prsent par deux +anges. ++La Tribune+ +Dcoration POCETTI. +SCULPTURES +342. _Vnus de Mdicis_. +343. _Les Lutteurs_. +344. _Le Satyre dansant_. +345. _L'Apollino_. +346. _Le Rmouleur_. +TABLEAUX +1131. RAPHAEL, portrait de Jules II. +129. RAPHAEL, la Vierge du Chardonneret. +1127. RAPHAEL, Saint Jean dans le dsert. +1123. SB. DEL PIOMBO, La Fornarina. +1120. RAPHAEL, portrait d'une inconnue. +1117. LE TITIEN, la Vnus au petit chien. +1139. MICHEL-ANGE. Sainte Famille. +1141. ALBERT DRER, Adoration des Mages. +1118. CORRGE, le Repos en gypte. +1111. MANTEGNA, Triptyque: l'Adoration des Mages, la Circoncision, la +Rsurrection. +COLE ITALIENNE MATRES DIVERS ++Salle III+ +1291. LUCA SIGNORELLI, Sainte Famille. +1298. Prdelle du prcdent. ++Salle IV+ +1025. MANTEGNA, la Vierge aux Rochers. +COLE HOLLANDAISE ++Salle V+. +695. LUCAS DE LEYDE (?), Ferdinand, infant d'Espagne. +COLES ALLEMANDE ET FLAMANDE +(1re salle) ++Salle VI+. +795. ROGER VAN DER WEYDEN, Jsus au Spulcre. +784. HANS HOLBEIN, LE JEUNE, portrait de Zwingli. +777 et 768. ALBERT DRER, portrait de son pre. +765. HANS HOLBEIN, LE JEUNE, Richard Southwell. +850. HANS HOLBEIN, cadre de plusieurs petites ttes. +IX. _Mdaillon de Hans Holbein_. +847. LUCAS CRANACH, Luther et Mlanchthon. +845. Jean et Frdric, lecteurs de Saxe. +COLES ALLEMANDE ET FLAMANDE +(2me salle) ++Salle VII+. +SCHOUFFLEIN DE NUREMBERG, Scnes de la vie de saint Pierre et de saint +Paul. +703. JEAN MEMLING, la Madone sur un trne. +COLE FRANAISE ++Salle VIII+. +674. LARGILLIRE, portrait de Jean-Baptiste Rousseau. +671. ANTOINE WATTEAU, le Joueur de flte. +667. FRANOIS CLOUET, Franois Ier (petit portrait questre). +LES GEMMES ++Salle IX+. +_Armoire II_, cassette en cristal de roche, VICENTINO. +_Armoire V_, coupe en pierre dure, attribue JEAN DE BOLOGNE. +_Armoire VI_, coupe en cristal de roche, par BENVENUTO CELLINI. ++Corridor mridional+ +138. TIREUR D'PINE. +141. Base triangulaire grecque. +MICHEL-ANGE, Bacchus et Satyre. ++Corridor occidental+ +155-156. Marsyas. ++Salle XXIII+ +COLE VNITIENNE +767. FRA SB. DEL PIOMBO, Mort d'Adonis. +599 et 605. TITIEN, portraits du duc et de la duchesse d'Urbin. +626. TITIEN, Flore. ++Salle XXIV+ +629. MORONE, Portrait de savant. +631. JEAN BELLIN, La Vierge au lac. +601-638. TINTORET, portraits de l'amiral Venier et de Sansovino. ++Salle Lorenzo Monaco+ +1309. LORENZO MONACO, Couronnement de la Vierge. +1310. GENTILE DE FABRIANO, Quatre Saints. +17. ANGELICO, La Vierge trnant. +1297. GHIRLANDAJO, Vierge et Enfant. +1286. BOTTICELLI, Adoration des Mages. +39. BOTTICELLI, Naissance de Vnus. +1309. VENEZIANO, Vierge trnant. +PORTRAITS DES ARTISTES PAR EUX-MMES. ++Salle XIX+ +MATRES ANCIENS +233. RUBENS, sans chapeau. +228. RUBENS, avec chapeau. +354. JEAN BELLIN. +288. RAPHAEL. +287. PIERRE PRUGIN, portrait de l'Espagnol LOPEZ PEREGO. +223. VAN DYCK. +237. QUENTIN MATSYS. +236. ANTONIO MOOR. +232. HANS HOLBEIN. +451-452. REMBRANDT. +239. VASE MDICIS. +MATRES MODERNES ++Salle XV+ +Inscriptions et statues antiques. ++Salle XVI+ +Cabinet de l'Hermaphrodite. +306. Hermaphrodite. +308. Ganymde. ++Salle XVII+ +Cabinet des Cames. +371. Buste de Savonarole. +373. Buste de Lon X. +334. Scne allgorique. +Masque de Dante. +Portraits des Mdicis. +Miniatures. +Modle en cire du Penseur. ++Salle XIII+ +Dix-sept statues des Niobides. +140. RUBENS, Henri IV la bataille d'Ivry. +147. RUBENS, Entre d'Henri IV Paris. ++Salles XI et XII+. +BRONZES ANTIQUES +424. Idolino. +148. DESIDERIO DA SETTIGNANO, Base de l'Idolino. ++Salles des dessins+ + + ++PALAIS PITTI+ ++Salle de l'Iliade+ +201. TITIEN, le Cardinal Hippolyte de Mdicis. +219. PRUGIN, Vierge et Enfant. +185. TITIEN, le Concert. +207. RIDOLFO GHIRLANDAJO, l'Orfvre. +208. FRA BARTOLOMMEO, Vierge trnant. ++Salle de Saturne+ +178. RAPHAEL, Madone du grand-duc. +174. RAPHAEL, Vision d'zchiel. +164. PRUGIN, Dposition. +159. FRA BARTOLOMMEO, Rsurrection. +151. RAPHAEL, Vierge la chaise. +190. SUSTERMANS, Portrait de Frdric II de Danemark. +113. MICHEL-ANGE, les Parques. ++Salle de Mars+ +94. RAPHAEL, Madonna dell'Impannata. +92. TITIEN, portrait d'homme. +86. RUBENS, les Consquences de la guerre. +85. RUBENS, les Quatre Philosophes. +82. VAN DYCK. Le cardinal Bentivoglio. ++Salle d'Apollon+ +67. TITIEN, la Madeleine. +64. FRA BARTOLOMMEO, La Dposition. +61. RAPHAEL, Portrait d'Angiolo Doni. +59. RAPHAEL, Madeleine Doni. +58. A. DEL SARTO, Dposition. +54. TITIEN, Pierre Artin. +63. RAPHAEL, Lon X et les cardinaux Rossi et de Mdicis. ++Salle de Vnus+ +18. TITIEN, la Belle. +3. TINTORET, Vnus, Vulcain et l'Amour. ++Salle de Promthe+. +372. A. DEL CASTAGNO, portrait d'homme. +373. P. POLLAJUOLO, saint Sbastien. +353. BOTTICELLI, la Belle Simonetta. +347. FILIPPINO LIPPI, Sainte Famille. +343. FRA FILIPPO LIPPI. La Vierge, l'Enfant. + + + ++PALAIS PITTI+, const. BRUNELLESCHI. Grande cour Bart. AMMANATI. +APPARTEMENTS +ARGENTERIE ++Jardins Boboli+. Dessins par TRIBOLO et BUONTALENTI. +Grotte. Quatre statues, par MICHEL-ANGE. Hercule par Michel-Ange. +(le). Groupe de JEAN DE BOLOGNE. Statue de l'Ocan, par JEAN DE BOLOGNE. + + ++INSTITUT PHILHARMONIQUE+. GIOTTINO, fresque Expulsion du duc d'Athnes. + + ++LOGGIA DE LANZI+, constr. goth. d'ORCAGNA. Mdaillons des Vertus, +SIMONE TALENTI. +Perse: BENV. CELLINI. +Judith et Holopherne. DONATELLO. +Enlvement des Sabines, JEAN DE BOLOGNE. +Hercule et Nessus, JEAN DE BOLOGNE. + + ++MAISON DES CARDEURS DE LAINE+. + + ++PALAIS ANTINORI+, constr. SANGALLO. + + ++MAISON DE BIANCA CAPELLO+. + + ++PALAIS CORSINI+. +GALERIE +BOTTICELLI, Vierge. +FILIPPINO, Vierge et Enfant. +MEMLING, portrait d'homme. +SIGNORELLI, Vierge et Saints. ++PALAIS MARTELLI+. Armoiries dans l'escalier et statues de David, et +de saint Jean-Baptiste, par DONATELLO. +En face du Palais, MINO DA FIESOLE, tabernacle. + + ++PALAIS QUARATESI+, constr. BRUNELLESCHI. Plafond, armoiries des +Pazzi et des Quaratesi, LUCA DELLA ROBBIA. + + ++PALAIS RICCARDI+, constr. MICHELOZZO. +Cour, Mdaillons en relief, DONATELLO. +Galerie, plafond, L. GIORDANO. ++Chapelle+: Fresques de BENOZZO GOZZOLI, Cortge des rois Mages +allant Bethlem. + + ++PALAIS RUCELLAI+, constr. L.-B. ALBERTI. + + ++PALAIS STROZZI+, constr., par BENEDETTO DA MAJANO. Lanternes par +CAPARRA. ++PALAIS SPINI+. ++PALAIS VIEUX+, constr. goth. + + +ARNOLFO DI CAMBIO. Constr. intrieure, VASARI. +Cour, MICHELOZZO. Stucages, M. DA FAENZA. +Fontaine. Enfant au Dauphin, VERROCCHIO. ++Intrieur+. +PREMIER TAGE, encadrement de porte, TEDESCO. ++Grande Salle+, constr. et fresques, VASARI. ++Salle de l'Horloge+. +D. GHIRLANDAJO, Saint Zenobe, fresques. ++Salle d'audience+, encadrement et porte, BEN. DA MAJANO. Plafond. +DEUXIME TAGE ++Salle des Lys+, porte de BENED. et de JULES DE MAJANO. Plafond. +Fresques de RID. GHIRLANDAJO ++Chapelle Saint-Bernard+. Peintures de RID. GHIRLANDAJO. + + ++PLACE DE L'ANNUNZIATA+. +Statue questre de Cosme I, JEAN DE BOLOGNE. + + ++PLACE SANTA CROCE+. + + ++PLACE DU DOME+. Colonne Saint-Znobe. + + ++PLACE SAINTE-MARIE NOUVELLE+. Oblisques. ++PLACE DE LA SEIGNEURIE+ +Groupe d'Hercule et de Cacus, par BANDINELLI. +Statue questre de Cosme I, par JEAN DE BOLOGNE. + + ++PONTE ALLA CARRAJA+. + + ++PONTE SANTA TRINITA+. + + ++PONTE VECCHIO+. + ++PORTES+. + + ++ENVIRONS DE FLORENCE+ + + ++SAN ANSANO DE FIESOLE+. +BOTTICELLI: Quatre Triomphes. +LUCA DELLA ROBBIA: +ANDREA et JEAN DELLA ROBBIA: Multiples oeuvres. + + ++BADIA DE FIESOLE+. +Constr. romane, parties ajoutes, par BRUNELLESCHI; Dcorations +intrieures, DESIDERIO DA SETTIGNANO; Fontaines, par BRUNELLESCHI. +Lavabo, MINO DA FIESOLE. +glise, par BRUNELLESCHI. + + ++BELLO SGUARDO+. +Villa, MICHELOZZO. + + ++BROZZI+. +Palais. + + ++VILLA DI CASTELLO+. +Jardins, dessins par TRIBOLO +Fontaine, par TRIBOLO. +Grotte, animaux, par JEAN DE BOLOGNE. + + ++CARREGGI+, constr.: MICHELOZZO. +Jardins. + + ++DOCCIA+. + + ++SAINT-DOMINIQUE DE FIESOLE+. +LORENZO DI CREDI, Baptme du Christ. +PERRUCCI, Christ sculpt en bois. + + ++SAN DONINO+. + + ++CHARTREUSE D'EMA+. ++glise. Intrieur+: +Chapelle Sainte-Marie, ORCAGNA. ++Chapelle spulcrale+: Acciajuoli. +Tombeau de Nicolas Acciajuoli, par DONATELLO. +Tombeau du grand Snchal. +Acciajuoli, Orcagna. +Plaques tombales, COLE D'ORCAGNA. ++Chiostrino+. ++Colloquio+: Vitraux, par JEAN D'UDINE. ++Rfectoire+: Porte, LUCA DELLA ROBBIA, Saint Laurent. ++Chapelle du Chapitre+: +Tombeau de Leonardo Buonafede, par SANGALLO ALBERTINELLI, Crucifixion. +Grand clotre. +Dessin du grand puits, MICHEL-ANGE. + + ++FIESOLE+. + + ++Dme+: constr. romane. ++Intrieur +: Tabernacle, FERRUCCI. ++Chapelle Salutati+: +Tombeau de Salutati et retable, MINO DA FIESOLE. + + ++THTRE ANTIQUE+. + + ++PALAZZO PRETORIO+, muse. + + ++G. SANTA MARIA PRIMERANA+. +LUCA DELLA ROBBIA, Crucifixion. + + ++SAN FRANCESCO DI PAOLO+. +Tombeau de Federighi, par LUCA DELLA ROBBIA. + + ++SAN GIOVANNI DELLA CALZA+. +PRUGIN, Crucifixion. + + ++GALUZZO+. +Place de l'Htel de Ville. + + ++SAN MINIATO AL MONTE+, constr. romane: Faade classique. +Pav. +Intrieur. +Crypte. +Autel, MICHELOZZO. Intrieur, LUCA DELLA ROBBIA. +Mosaques, choeur. +Ambon. +Stalles, par GAJUOLE. +Chapelle San Giacomo, constr. ROSSELLINO; dcoration, A. POLLAFUOLO et +DELLA ROBBIA BALDOVINETTI, fresque, l'Annonciation. ++Sacristie+: +SPINELLO ARETINO, Fresques de l'histoire de saint Benot. + + ++PERETOLA+. + + ++PETRAJA+. constr. BUONTALENTI. +Fontaine de TRIBOLO. +Baigneuse de la fontaine, JEAN BOLOGNE. ++Intrieur+: +DANIEL DE VOLTERRE, fresques. + + ++PLACE MICHEL-ANGE+. +Monument de MICHEL-ANGE. + + +POGGIO A CAJANO, constr. SAN GALLO. ++Intrieur+: +Chambre de BIANCA CAPELLO, escalier, chemine. +Salle de Thtre. +Grande galerie, plafond. +AND. DEL SARTO, le Tribut Csar. +Festin de Scipion et de Syphax. + + ++POGGIO IMPERIALE+. + + ++SAN SALVATORE AL MONTE+, constr. du CRONACA. +Groupe polychrome de JEAN DELLA ROBBIA. +Rfectoire. + + ++SAN SALVI+. +A. DEL SARTO, Cne, fresques de moine. + + ++SAN STEFANO IN PANE+. +Retable de JEAN DELLA ROBBIA. + + ++VINCIGLIATA+. + + + + + + + +End of the Project Gutenberg EBook of Florence historique, monumentale, +artistique, by Marcel Nik + +*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK FLORENCE HISTORIQUE *** + +***** This file should be named 17459-8.txt or 17459-8.zip ***** +This and all associated files of various formats will be found in: + http://www.gutenberg.org/1/7/4/5/17459/ + +Produced by Frank van Drogen, Massimo Blasi and the Online +Distributed Proofreaders Europe at http://dp.rastko.net. +This file was produced from images generously made available +by the Bibliothque nationale de France (BnF/Gallica) + + +Updated editions will replace the previous one--the old editions +will be renamed. + +Creating the works from public domain print editions means that no +one owns a United States copyright in these works, so the Foundation +(and you!) can copy and distribute it in the United States without +permission and without paying copyright royalties. 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You may copy it, give it away or +re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included +with this eBook or online at www.gutenberg.org + + +Title: Florence historique, monumentale, artistique + +Author: Marcel Niké + +Release Date: January 4, 2006 [EBook #17459] + +Language: French + +Character set encoding: UTF-8 + +*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK FLORENCE HISTORIQUE *** + + + + +Produced by Frank van Drogen, Massimo Blasi and the Online +Distributed Proofreaders Europe at http://dp.rastko.net. +This file was produced from images generously made available +by the Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica) + + + + + + +</pre> + + +<h3>MARCEL NIKÉ</h3> + + + +<h1>FLORENCE</h1> + +<h2>HISTORIQUE, MONUMENTALE,<br> +ARTISTIQUE</h2> + +<h3>GUIDE D'ART<br> +DANS FLORENCE ET SES ENVIRONS</h3> + +<h5><i>Ouvrage accompagné de plusieurs plans et cartes</i></h5> + +<h4>DEUXIÈME ÉDITION</h4> + +<p class="mid">LIBRAIRIE DE PARIS</p> + +<p class="mid"><span class="sml">Firmin-Didot et Cie., Imprimeurs-Éditeurs<br> + 56, Rue Jacob, PARIS</span></p> + +<br><br><br> + + +<h3>AVANT-PROPOS</h3> + + +<p>L'accueil indulgent accordé par le public et par la presse à l'<i>Essai +d'Itinéraire d'Art en Italie</i>, m'a encouragée à faire paraître ce +nouveau travail.</p> + +<p>J'ai dû remettre à une date ultérieure <i>Les Arts Accessoires</i><a id="footnotetag1" name="footnotetag1"></a><a href="#footnote1"><sup>1</sup></a> +destinés, dans mon intention, à faire suite à l'<i>Essai</i>, et +interrompre la série de ces Études pour déférer au vœu, souvent formulé, +de me voir publier un ouvrage esthétique et pratique sur Florence et sur +la Toscane, c'est-à-dire Pise, Lucques, Pistoie, enfin Sienne et ses +alentours.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote1" name="footnote1"></a><b>Note 1: </b><a href="#footnotetag1">(retour) </a><p><i>Un Essai d'Itinéraire d'Art en Italie</i>, p. 3, note.</p></blockquote> + +<p>Le volume qui paraît aujourd'hui est consacré à Florence et à ses +environs immédiats, matière aussi inépuisable que variée.</p> + +<p>L'expérience m'a fait reconnaître quelle perte de temps et quelle fatigue +seraient évitées, si, au lieu d'errer à l'aventure, on pouvait procédé +méthodiquement et embrasser dans une même visite tout ce qui, dans un +même rayon, est digne de remarque.</p> + +<p>Pour assurer ce classement, il m'a paru indispensable d'établir un plan +spécial de Florence divisé en huit régions correspondant chacune à un des +huit chapitres du volume et cela de manière à ce qu'une vue, tout à la +fois d'ensemble et de détail, se présente aux yeux du lecteur. Le besoin +de clarté m'a encore poussée à m'attacher avec un soin jaloux à la +rédaction des tables. Elles sont une brève et complète nomenclature, une +sorte de catalogue fidèle autant du livre que de la ville elle-même, où +l'on trouvera résumé à sa place alphabétique tout ce qui, dans un même +lieu, doit fixer l'attention et se graver dans la mémoire.</p> + +<p>A Florence, l'étude de l'art et des monuments est si inséparable, si +indissoluble de l'histoire, que j'ai dû forcément placer en tête de cet +essai un aperçu historique qui me permît de faire évoluer dans son +milieu, à l'aide des événements d'où il a découlé, le noble et complet +art toscan. Autant que possible, je me suis efforcée d'évoquer l'épopée +florentine et de faire revivre l'inoubliable grandeur de ce peuple, +auquel nulle inspiration généreuse n'a été étrangère et dont le cœur n'a +jamais cessé de battre noblement pour toute idée de justice et de +liberté!</p> + +<p>Aussi Florence est-elle la patrie véritable de quiconque, en quête de +l'Idéal, poursuit sans trève cette éternelle, cette insaisissable +chimère!</p> + +<p>La patrie de tous ceux qui, les yeux fixés sur des horizons inconnus, +entrent chacun à leur tour dans la carrière où, coureurs infatigables, +ils se transmettent le flambeau sacré, sans savoir quelle main le portera +jamais au but.</p> + +<p>S'il est peu consolant de voir, au cours de l'histoire florentine, +l'inanité du progrès et la stérilité de l'effort sous le criminel +envahissement du despotisme, le grain semé n'en a pas moins levé, +produisant une ample moisson, puisque, dans tous ceux qui auront le culte +pur de la Beauté, se perpétuera et fleurira, au travers des temps, l'âme +florentine.</p> +<br><br><br> + + + +<h2>APERÇU</h2> + +<h5>SUR</h5> + +<h2>L'HISTOIRE DE FLORENCE</h2> +<br> + + +<p>Par sa situation géographique, la Toscane occupe le centre de l'Italie; +par toutes ses manifestations artistiques, elle en est l'âme. Cette +contrée peu étendue mais privilégiée, comme autrefois la Grèce, par la +beauté des sites, la fertilité du sol, la sérénité du climat, semble, +comme elle, avoir réuni à un degré unique toutes les conditions propices +au développement de l'esprit humain.</p> + +<p>La première fois que, dans les temps antiques, un peuple digne de mémoire +se rencontre en Italie, c'est en Toscane. Les Étrusques, venus des +plateaux de l'Asie centrale, comme tous les immigrants par lesquels fut +colonisée l'Europe, y apportaient les bienfaits de toutes les +civilisations rencontrées par eux dans leurs étapes successives, soit en +Asie Mineure, soit en Grèce ou en Sicile. C'est dans ce fait que réside +assurément l'explication toute naturelle de la culture politique, de la +culture artistique, si prématurément développées chez le peuple toscan.</p> + +<p>Entre l'Etrusque et le Toscan existent les mêmes affinités qu'entre le +Gaulois et le Français, c'est-à-dire que l'influence de la souche +primitive est si persistante, si profondément enracinée qu'on la retrouve +encore par delà les siècles. En effet, la forme massive, pélasgique, pour +ainsi dire, des murs imposants de Cortone ou de Volterra ne se +reconnaît-elle pas dans les lourdes constructions florentines, et leur +bossage même ne rappelle-t-il pas l'appareil étrusque, attestant la +perpétuité d'une forte et puissante race sur le sol toscan?</p> + +<p>La domination romaine amena une nouvelle colonisation de l'Étrurie et +couvrit le pays de villes importantes égales aux anciennes cités, déjà en +pleine prospérité.</p> + +<p>Ce ne fut pourtant que lorsque Antoine et Octave fondèrent leurs colonies +militaires en 50 avant J.-C. que l'une d'elles, s'étant fixée dans la +partie du pays réputée la plus fertile, et émerveillée de la richesse de +sa nouvelle patrie, appela la ville qu'elle bâtit Florentia, c'est-à-dire +la ville des Fleurs.</p> + +<p>Jusque vers le IVe siècle il n'est guère fait mention de la colonie que +l'on retrouve à cette époque jouissant de franchises et de droits +étendus, en lutte ouverte contre le christianisme, auquel il faudra plus +d'un demi-siècle pour devenir la religion définitive du pays.</p> + +<p>Ainsi, dès lors, la destinée semble avoir voué Florence à une suite +perpétuelle d'agitations et d'inquiétudes et son histoire tout entière, +telle qu'à sa première page, n'offrira qu'une longue succession de luttes +et de combats.</p> + +<p>Envahie au Ve siècle par Radagaise, assiégée par Alaric, prise et +reprise par Totila et Narsès, il n'en reste plus pierre sur pierre. +Relevée de ses ruines par Charlemagne et constituée fief de margraves, +elle jouit pendant un siècle et demi d'une tranquillité et d'une paix +heureuses; mais à ce calme devait succéder la tempête sous des tyrans +cupides et violents. Ce fut alors que toutes les espérances se tournèrent +vers le nord, et que l'Empire fut appelé pour la première fois à secourir +l'Italie (962). Avec Othon le Grand, les Allemands s'installèrent sans +scrupule, comme en pays conquis, chez ceux qui les avaient appelés, et +bientôt les évêques et même le Pape ne furent plus que les premiers +fonctionnaires de l'Empire.</p> + +<p>Pourtant la Toscane, au IXe siècle, retrouva sous de nouveaux margraves +une vie propre; elle étendit alors sa domination autour d'elle, à telle +enseigne que le Pape arriva à la considérer comme un rempart contre les +ambitions démesurées de l'Empire, tandis que l'Empereur y voyait un +avant-poste. Le pays n'avait qu'à gagner à ce jeu de bascule, où chacun +lui faisait des avances et lui accordait de véritables avantages pour +tacher de le gagner sa cause. Malheureusement pour lui, en 1069, la +comtesse Mathilde prenait les rênes du gouvernement et le pape Alexandre +II obtenait d'elle l'acte fameux appelé la Renonciation de la comtesse +Mathilde, par lequel elle se déclarait simple dépositaire de sa puissance +et résolue à n'en user que pour le bien de l'Église; c'était la guerre +entre la Papauté et l'Empire, c'était le brandon des luttes terribles qui +allaient ensanglanter la Toscane pendant tant d'années, car ce que +Mathilde donnait à l'Église, les lois de l'Empire ne lui permettaient pas +d'en disposer.</p> + +<p>Aussi Henri IV, malgré Canossa, envahit-il aussi la Toscane. Sienne, +Pise, Lucques, se décidèrent en sa faveur; Arezzo et Pistoie se donnèrent +à lui et leurs évêques, bien qu'excommuniés, continuèrent à officier +(1081). En récompense de leur fidélité Henri IV octroya aux villes +d'amples franchises et confirma la fondation des libertés urbaines, +tandis que Florence supportait le poids de son attachement au Pape et à +la comtesse Mathilde et qu'assiégée, elle ne devait son salut qu'au +départ précipité de l'Empereur pour l'Allemagne. Les quatre années qu'il +y resta permirent à Mathilde de jeter les bases d'un gouvernement et +d'embellir la ville en y édifiant de nombreux monuments, Florence +entreprenait alors de petites guerres contre ses voisins et concluait +avec eux des alliances où perçait pour la première fois son esprit actif +et pratique.</p> + +<p>La mort de Mathilde ouvrit sa difficile succession et ses biens furent +disputés âprement par Henri V, le successeur d'Henri IV, et par le pape +Pascal II, appuyés, l'un sur les droits du fief, l'autre sur ceux de la +donation. Comme tous les deux sollicitaient également l'appui des villes, +ils durent, dans le but de se les acquérir, accorder privilèges sur +privilèges, créant ainsi leur indépendance, car elles n'avaient garde de +se donner et demeuraient platoniquement pour l'Empereur ou pour le Pape.</p> + +<p>Après, des rivalités et des luttes sanglantes entre Sienne, Pise et +Florence, l'avènement de Frédéric Barberousse, en 1154, vint rallier tous +les intérêts devant le danger commun de l'invasion par l'Empereur d'un +pays qu'il considérait comme traître et rebelle. Aussi, à sa mort, les +cités s'engagèrent-elles à ne plus accepter d'autre souveraineté que +celle du Pape.</p> + +<p>Dès cette époque, la petite ville des «Mark-grafs» et de la comtesse +Mathilde était devenue un État puissant avec une organisation intérieure +déjà compliquée.</p> + +<p>Les corps des métiers constituaient de puissantes corporations divisées +elles-mêmes en métiers nobles et en métiers vils. Les premiers, seuls, au +nombre de sept, comptaient pour l'administration ou le gouvernement de la +cité.</p> + +<p>D'abord venait l'ancienne et puissante corporation des marchands de +laine, fabricants de draps grossiers, de lainages ordinaires, à côté de +laquelle s'était formé au XIIIe siècle «l'arte de Calimara», commerçants +en draps étrangers, auxquels ils donnaient le fini florentin. Venaient +ensuite l'art de la soie, destiné plus tard à un grand développement, et +enfin, en toute première ligne, les manieurs d'argent, banquiers, +changeurs ou usuriers, qu'on appelait «les maîtres de la Zecca», qui +allaient devenir les plus grands bailleurs de fonds du monde entier. Les +banquiers florentins étaient les préteurs des souverains et des Papes, +par lesquels ils étaient même chargés de percevoir les revenus de +l'Eglise en tous lieux. A côté d'eux, la multiplicité et la diversité des +monnaies faisaient des changeurs une véritable puissance encore doublée +par la prérogative de battre monnaie pour le gouvernement florentin. Les +trois autres corporations étaient celles des médecins et apothicaires, +des peaussiers et fourreurs, des hommes de loi, juges et notaires. Les +chefs des «métiers nobles» firent la police et presque la loi jusqu'au +jour où, sans institution nouvelle, par la force des choses, ils +devinrent les magistrats communaux et formèrent le premier gouvernement +florentin. Ils s'appelèrent successivement recteurs, prieurs et plus tard +«capitani» quand ils ne furent plus, sous l'autocratie, que les simples +délégués des quartiers qu'ils représentaient. A côté de l'aristocratie +marchande, il fallait ménager une place aux nobles, les uns immigrés +allemands fixés à Florence, les autres seigneurs féodaux, incommodes +voisins qu'on avait fait descendre de leurs châteaux et qui haïssaient et +méprisaient également les marchands.</p> + +<p>Ces familles dont les chefs, appelés «Capitani», n'étaient pas +justiciables des tribunaux consulaires, se consacraient uniquement à la +carrière des armes et en tiraient souvent une gloire dont le prestige +amenait une population bourgeoise à choisir des consuls dans leurs rangs. +Par suite de cette immixtion dans les affaires de l'État, les nobles +prirent une arrogance redoutable et les querelles qui ne cessaient de +s'élever entre eux devinrent si terribles, que, pour se mettre en sûreté, +ils en arrivèrent à munir leurs palais de tours démesurées et à les +transformer en citadelles inexpugnables, quelquefois assez rapprochées +pour qu'on pût se frapper de l'une à l'autre. Cet état de guerre +n'existait pas seulement de nobles à nobles, et de nobles à marchands, +mais ces derniers eux-mêmes étaient encore divisés par les rivalités de +métier. De plus, s'ils voyaient avec joie les nobles s'épuiser en luttes +sanguinaires, à leur tour ils vivaient en défiance continuelle de la +classe placée au-dessous d'eux et de beaucoup la plus nombreuse, celle +qui, originairement composée de serfs, ne comptait pour rien dans le +gouvernement recruté parmi le «primo popolo».</p> + +<p>A cette époque (1208), l'expérience avait démontré que, dans les conflits +de plus en plus graves qui mettaient les grandes familles aux prises, les +nobles ne prendraient jamais au sérieux les arrêts prononcés par des +juges qu'ils considéraient comme des inférieurs et qui eux-mêmes avaient +à redouter leurs ressentiments et leurs vengeances. Aussi Florence et les +autres gouvernements démocratiques de la Toscane reconnurent-ils la +nécessité d'instituer une magistrature suprême, dont l'autorité s'imposât +à tous. Ce nouveau pouvoir fut celui du Podestat.</p> + +<p>Originairement le «Potestate» était un commissaire impérial chargé +d'administrer au nom de l'Empereur. Cette magistrature, instituée par +Frédéric Barberousse, fut rapidement délestée et conspuée dans les villes +où elle exerçait un pouvoir absolu et despotique. Mais, si le +gouvernement des Podestats avait ses inconvénients, on ne tarda pas à +reconnaître que leur qualité d'étrangers les prédisposait à une grande +impartialité dans leurs jugements. On se résolut alors à choisir au loin +le magistrat auquel on confierait cette autorité redoutable et à ne la +lui confier que pour une période limitée, pendant laquelle il lui serait +interdit de nouer aucune relation avec ses justiciables.</p> + +<p>Le XIIIe siècle ne voit que grandir la discorde, que se multiplier les +factions, et cet état de guerre intestine offre le plus étrange contraste +avec la prospérité et la richesse croissantes du pays.</p> + +<p>La première scission effective dans le parti de la noblesse (1215?) fut +causée par la rupture d'un mariage projeté entre un Buondelmonti et une +Uberti et cela sans autre motif que le bon plaisir du premier, affront +que les Uberti lavèrent en assassinant Buondelmonte. Cet événement jeta +les Uberti dans le parti de l'Empereur, tandis que les Buondelmonti +embrassaient le parti populaire et que, derrière leurs deux maisons, se +groupaient les principales familles florentines constituant deux factions +rivales profondément hostiles.</p> + +<p>Ce ne fut pourtant qu'en 1240 que furent adoptées les fameuses +dénominations de Guelfes et de Gibelins, sous lesquelles les partis +allaient ensanglanter l'Italie. Ces noms d'origine allemande n'étaient +primitivement que les cris de guerre et de ralliement des deux maisons en +perpétuelle rivalité pour le trône impérial. «Hye Woelf» pour Guelfe de +Bavière, «Hye Weibligen» pour les Hohenstaufen. Ce double appel passa les +Alpes avec les Allemands, pour désigner plus tard, après la guerre des +Investitures, le parti de la démocratie et celui de la féodalité. C'est à +partir de cette époque que les noms de Guelfes et de Gibelins perdirent +leur signification primitive et s'appliquèrent en Italie aux partisans du +Pape ou de l'Empereur, sans que les villes eussent parfois d'autre +conviction pour être guelfes ou gibelines que l'espoir des avantages à +tirer de l'une des deux puissances.</p> + +<p>De 1220 à 1258, Florence fut la proie des partis dont la lutte devenait +de jour en jour plus acharnée. La faction au pouvoir, non satisfaite de +proscrire l'autre, rasait les habitations et confisquait les biens des +vaincus. Si l'Empereur descendait en Italie, les Gibelins étaient les +maîtres; si l'Empereur s'éloignait, ils prenaient à leur tour le chemin +de l'exil et cédaient la place aux Guelfes triomphants. Au milieu de tant +d'éléments de désordre auxquels s'ajoutaient les querelles religieuses, +les menaces d'hérésie, l'interdit et l'excommunication, on reste surpris +et confondu de l'énergie prodigieuse, de la vitalité puissante de ce +peuple où les pires calamités ne portent nul préjudice au développement +intellectuel, à la prospérité croissante des arts, des sciences et de la +fortune publique.</p> + +<p>A cette époque, les ambitions inassouvies de Florence ne connaissaient +aucun frein. Elle entreprenait une expédition contre la puissante Pise +et, après une lutte meurtrière, elle arrivait à réduire et à soumettre sa +rivale; mais ce résultat ne la satisfaisant pas encore, elle n'eut de +cesse qu'elle ne fût entrée en campagne contre l'orgueilleuse Sienne. +Cette cité, gibeline par excellence, était le refuge de tous les +proscrits florentins, ce dont la guelfe Florence lui gardait une terrible +rancune.</p> + +<p>La compétition entre les deux villes devait se terminer aux portes mêmes +de Sienne par l'effroyable défaite de Montaperto (1260), dont le résultat +fut de livrer Florence, sans défense possible, à la réaction gibeline. +Les Gibelins rentrés au pouvoir, leur première pensée fut de raser +Florence, «ce repaire du parti guelfe». Le plus illustre des proscrits, +Farinata degli Uberti, se leva seul pour protester en demandant «si +c'était pour ne pas mourir dans sa patrie qu'il avait tant souffert», et +il jura qu'il la défendrait jusqu'à son dernier soupir.</p> + +<p>Comme Farinata avait une grande autorité, son intervention sauva la +ville, mais elle n'en fut pas moins réduite à un degré d'infériorité +humiliant au dernier point.</p> + +<p>Après leur triomphe, les Gibelins au pouvoir eurent à compter avec le +parti guelfe dont l'opposition sourde et constante fut d'autant plus +haineuse qu'il avait plus à redouter l'influence du parti modéré gibelin +qui, par de sages mesures, offrait aux Guelfes la possibilité de rentrer +dans leur patrie, sans lutte.</p> + +<p>Ces vues pacificatrices ne manquèrent pas d'exciter de grandes +inquiétudes aussi bien chez les Guelfes que chez le Pape qui voyaient +dans l'apaisement des esprits la perte de leur influence. Leur politique +devait donc consister à exploiter la moindre apparence de mécontentement +et à nier la bonne foi des Gibelins, en les déclarant incapables de +gouverner avec impartialité et douceur. Le peuple n'était pas mûr pour +comprendre l'intérêt qu'il pouvait y avoir à établir une paix durable par +des concessions réciproques; prompt à accueillir les conseils et les +insinuations perfides, il se souleva contre les Gibelins, les expulsa et +ouvrit ses portes à Guy de Montfort et aux Français (1267).</p> + +<p>Le gouvernement guelfe rétabli s'empressa d'offrir à Charles d'Anjou la +seigneurie de Florence avec le droit d'y déléguer un vicaire royal et un +podestat chargés de tous ses pouvoirs. Les biens des Gibelins furent +confisqués et partagés en deux portions: la première distribuée à titre +de dommages-intérêts, tandis que la seconde allait constituer le trésor +connu sous le nom de «Masse guelfe», destiné à servir de fonds de réserve +au parti. Par suite de ces événements, Florence redevenait guelfe dans +l'âme et le lys rouge, symbole guelfe par opposition au lys blanc, +symbole gibelin, imposa sa couleur à toute chose. En face d'une si +violente réaction, la minorité gibeline qui avait été tolérée, dut +elle-même se transformer et, suivant la marche des événements et des +idées, devenir peu à peu l'élément modéré du parti guelfe.</p> + +<p>L'année 1282 est marquée dans l'histoire de Florence par la constitution +définitive de la République, forme gouvernementale impérieusement +réclamée, comme seule capable de soustraire l'État à la domination d'un +maître étranger ou à la tyrannie des coteries locales. Pour remplir une +fonction publique, il fallut non seulement être inscrit dans l'un des +arts, mais encore l'avoir exercé. A la tête du gouvernement siégeait un +conseil qui formait la Seigneurie. Il était composé des six prieurs des +arts nobles représentant leur corporation et un quartier de ville +(Sestiere). Ces magistrats, élus pour deux mois, n'étaient pas +rééligibles avant deux années révolues. Investis de tout le pouvoir +exécutif pendant toute la durée de leur magistrature, soumis à +l'existence la plus sévère, ils devaient vivre ensemble au Palais Vieux, +nourris aux frais de l'État, mangeant à la même table et couchant en +commun; enfin ils n'avaient sous aucun prétexte le droit de s'absenter.</p> + +<p>La première préoccupation de la République devait être de trouver un +remède aux dissensions de la noblesse devenues intolérables. Le +gouvernement promulgua, à cet effet, une sorte de charte par laquelle il +proscrivait les familles nobles les plus irréductibles et soumettait les +autres aux pénalités les plus rigoureuses. Mais, devant l'inefficacité de +la loi et l'impossibilité de l'appliquer, il fallut chercher un moyen +énergique pour maintenir l'ordre dans la cité, et on se résolut à +investir un magistrat d'une autorité redoutable: ce fut la création du +Gonfalonat, destiné à devenir par la suite la première charge de la +République.</p> + +<p>Le Gonfalonier, élu par les anciens prieurs, avait droit de justice sur +tous les citoyens indistinctement et pouvait exercer ses poursuites de +jour et de nuit, à toute heure et en tout lieu. Au début, il vivait avec +les prieurs; mais l'importance de sa charge était telle que, peu d'années +après son institution, il avait un train luxueux et considérable.</p> + +<p>A cette époque se place l'arbitrage de Florence appelée par Pistoie à se +prononcer entre les deux partis qui, sous la dénomination des Blancs et +des Noirs, déchiraient et ensanglantaient la malheureuse ville. Mais +Florence, en rétablissant l'ordre dans Pistoie décimée par la plus +effroyable guerre intestine, prit elle-même le mal qu'elle venait guérir +et bientôt les Blancs et les Noirs remplaçaient les Guelfes et les +Gibelins et la livraient à toutes les horreurs des guerres civiles.</p> + +<p>Les Blancs, c'est-à-dire les Gibelins, étant au pouvoir, les manœuvres +des exilés guelfes, conspirant sous la conduite du pape Boniface VIII et +de leur chef Corso Donati, ouvraient Florence à Charles de Valois, +troisième fils de Philippe le Hardi, décoré pour la circonstance des +titres de vicaire général de l'Église et de défenseur de l'Italie.</p> + +<p>Le jour de la Toussaint 1301, Charles faisait son entrée triomphale dans +la ville où son premier acte fut naturellement un parjure, car après +avoir juré de respecter les biens et les propriétés, il ouvrait les +portes à Corso Donati et aux Noirs triomphants, et livrait au massacre, +au pillage et à la plus affreuse proscription ceux qui avaient eu foi en +ses serments.</p> + +<p>C'est vers 1300, au milieu de luttes désolantes, qu'apparaît pour la +première fois le nom de Dante Alighieri, membre de l'art des apothicaires +et l'un des prieurs. Par ses ascendants, le Dante était guelfe, car un de +ses ancêtres avait figuré avec honneur à la sanglante défaite de +Montaperto, comme garde du corps du fameux «Caroccio», le palladium de +Florence, et cet événement avait jeté les Alighieri dans l'exil.</p> + +<p>L'éducation de Dante fut des plus soignées: Brunetto Latini lui enseigna +les lettres latines; adolescent, il étudia la philosophie à Florence; +homme fait, la théologie à Paris. Il rentra ensuite dans sa patrie où +l'attendait la guerre civile.</p> + +<p>Dante exerça les premières charges de la République, il fut nommé +quatorze fois ambassadeur et mena à bien les négociations les plus +difficiles; bien qu'il fut guelfe, le Pape n'eut pas à Florence de plus +acharné adversaire contre ses demandes d'hommes et d'argent. Son +opposition alla même si loin que Boniface VIII, irrité, frappa Florence +d'interdit.</p> + +<p>Par un de ces retours trop communs dans l'histoire des gouvernements +populaires, Dante, alors en ambassade à Rome, fut accusé de concussion et +condamné à une amende considérable, faute du paiement de laquelle +«seraient prononcées la dévastation et la confiscation de ses biens, +jointes à l'exil éternel». Comme Dante ne voulut pas reconnaître le crime +dont on l'accusait injustement, il abandonna sa patrie, sa fortune, ses +amis, ses emplois; et ses biens furent vendus au profit de l'État, tandis +qu'on passait la charrue et qu'on semait le sel sur le terrain où s'était +élevée sa maison. Comme si ces mesures iniques ne suffisaient pas encore, +on le condamna à mort par contumace et on le brûla en effigie à la place +même où, deux siècles plus tard, on devait brûler Savonarole!</p> + +<p>Guelfe de naissance, devenu gibelin par haine, Dante allait errer +dix-neuf ans loin de sa patrie. Le dédain et la soif de la vengeance +firent de lui le poète sublime de la Divine Comédie, celui qui, nouvel +Homère, devait peupler l'enfer de ses haines et le paradis de ses amours.</p> + +<p>Il avait écrit l'Enfer à Vérone, il composa le Purgatoire à Gagagnano et +acheva l'œuvre au château de Tolmino dans le Frioul. Il se rendit ensuite +à Ravenne où il devait mourir, et c'est dans cette ville qu'il publia son +poème tout entier, dont l'Italie fut révolutionnée à tel point qu'on se +demanda si c'était un vivant qui avait été capable de raconter de +pareilles choses.</p> + +<p>C'est de cette année 1302 qui voyait Charles de Valois et les Noirs +maîtres de Florence, que date l'exil de l'homme destiné à flageller si +impitoyablement une patrie injuste et ingrate. Dans un intérêt mal +entendu, Dante en était venu à souhaiter l'Empereur maître du monde et de +l'Italie. Il maintenait dans son système la suprématie spirituelle du +Pape et faisait de l'Empereur l'ouaille du Pape, et de la Papauté la +vassale de l'Empire, théorie inapplicable et toute scolastique qu'il +expose et qu'il développe dans son livre de la Monarchie.</p> + +<p>Les années 1328 et 1329 furent des plus désastreuses pour Florence. Les +mauvaises récoltes, la disette, les banqueroutes, jointes au fléau des +invasions et aux difficultés intérieures de tout ordre, la mettaient dans +la situation la plus critique. De 1340 à 1346, elle fut en proie aux +mêmes calamités. Gênes et Pise ayant accaparé les blés, la Seigneurie dut +acheter au poids de l'or les grains nécessaires à la subsistance de la +ville.</p> + +<p>Dans l'année 1347, Florence eut à pourvoir aux besoins de plus de cent +mille personnes, mais l'insuffisance et la mauvaise qualité du pain +augmentèrent la mortalité dans une telle proportion qu'on en vint à ne +plus sonner les cloches et à ne plus annoncer les décès. Pour comble de +maux, la peste se mit de la partie et les corps épuisés par la famine +n'étaient que trop prédisposés à la contagion. Du reste, au printemps de +1348, l'épidémie gagna toute l'Europe, et quelques cités alpestres de la +Suisse, du Milanais ou du Tyrol échappèrent seules au fléau.</p> + +<p>Les malades, à peine atteints, étaient couverts de bubons charbonneux +accompagnés d'hémorragies, et bientôt personne ne voulut plus les +soigner. Au premier symptôme du mal, la maison était abandonnée et il ne +restait au malade d'autre ressource que de mourir dans l'isolement, bien +heureux encore si, avant de le quitter, on laissait à sa portée de quoi +calmer la soif qui le dévorait ou, en cas de mieux, de quoi ne pas mourir +de faim. Quand la mort survenait, ce n'était parfois qu'au bout de +plusieurs jours que l'on s'en apercevait et que l'on venait enlever un +cadavre souvent en pleine décomposition, ce qui ne contribuait pas +médiocrement à entretenir l'épidémie. Des fortunes colossales furent +acquises alors; les drapiers qui avaient en magasin des stocks de drap +noir, s'enrichirent subitement; tout ce qui touchait à la mort se payait +au poids de l'or.</p> + +<p>Aux cimetières, on creusait de grandes fosses où les cadavres étaient +couchés par centaines et où, selon l'expression tragico-macabre de +Villani, «on jetait sur chaque rangée de corps une légère pelletée de +terre, comme on saupoudre de fromage les vermicelles».</p> + +<p>Dans les campagnes, la peste était encore plus redoutable que dans les +villes. Boccace, dans un récit plein d'horreur, montre les paysans +mourant dans leurs maisons ouvertes ou sur les chemins, et leurs cadavres +empestant l'air, car personne ne se souciait de les ensevelir, tandis que +le bétail, errant sans berger, rentrait de lui-même aux étables, ou bien +gagnait la contagion en rôdant autour du maître mort. A la longue, on +reconnut que le plus sage était encore d'éviter les exagérations, et les +moribonds purent retrouver quelques soins.</p> + +<p>Même en 1352, la peste n'avait pas disparu complètement de l'Europe, et +dix ans plus tard, on ne s'était pas encore remis des perturbations +sociales qui en étaient résultées. La fortune publique se trouvait +entièrement déplacée; on voyait dans l'opulence médecins, apothicaires, +garde-malades, marchands d'herbes médicinales, de volailles et de +pâtisseries, tandis que beaucoup d'anciennes familles, ruinées par la +cherté des denrées, se trouvaient presque dans la misère. Ce qu'il y eut +de plus singulier au milieu de ces calamités publiques, ce fut la +poursuite effrénée des plaisirs, ce fut la folle gaieté à laquelle on se +livrait pour échapper, semblait-il, au spectre menaçant de la mort. Au +moment où la peste noire faisait à Florence ses plus effroyables ravages, +les citoyens tremblants, désespérés, cherchaient à s'étourdir dans de +folles orgies, et Boccace, après en avoir tracé le lugubre tableau, +commence les charmants récits de son Décaméron. C'est un étrange +contraste, quand on est encore sous l'impression de la terreur laissée +par le début, de voir ces jeunes cavaliers et ces jeunes femmes, assis +sur de verts gazons, se livrer à de joyeux devis, sans jeter en arrière +aucun regard de compassion vers la ville qu'ils ont fuie et dont on +entend les gémissements dans le lointain. Le présent est tout pour eux, +et, dans la jouissance du moment, ils veulent oublier que, le lendemain +peut-être, ils seront atteints â leur tour.</p> + +<p>Parmi tant d'épreuves, les dispositions des partis, les sentiments de la +bourgeoisie et du peuple avaient bien changé. Deux classes se +partageaient alors la République: «le peuple gras», où se recrutait +l'aristocratie nouvelle sortie des banques et des comptoirs, et le «menu +peuple», composé des artisans, des ouvriers, des manœuvres de toute +espèce, et animé contre le «popolo grasso» de toute la haine de gens +lésés dans leurs intérêts. Bientôt la question des salaires vint encore +compliquer la situation, et, soutenu par le parti guelfe mécontent de +voir la prépondérance croissante du parti de la banque, le menu peuple, +«les Ciompi», se révolta et, resté un instant maître de la ville, se +livra aux pires excès. Cette révolution de 1378 profita aux seuls chefs +guelfes; mais leur tyrannie s'exerça si odieuse, que bientôt ils furent +renversés par une contre-révolution des «Ciompi» guidée par Thomas +Strozzi, Benedetto Alberti et enfin Salvestro Médicis. Les chefs guelfes +furent forcés de quitter la ville où leurs propriétés furent saccagées et +pillées, et où leurs vies mêmes ne furent sauvées que grâce à +l'intervention de Salvestro Médicis, alors podestat et idole du peuple.</p> + +<p>La famille des Médicis, qui apparaît alors pour la première fois dans un +rôle prépondérant, était originaire de Mugello. Déjà à cette époque de +1378, elle était riche, industrieuse, puissante, et avait donné des +magistrats habiles et populaires à la République. Villani cite les +Médicis en 1304 parmi les chefs du parti des Noirs, et plus tard l'un +d'eux marqua par son opposition au duc d'Athènes, sur l'ordre duquel il +fut décapité.</p> + +<p>Une nouvelle révolte des «Ciompi» en 1382 mit le Gonfalonat entre les +mains d'un des leurs, Michel Lando, homme d'une valeur et d'une intégrité +exceptionnelles; mais bientôt le parti aristocratique ressaisit +l'autorité, et l'ère des soulèvements populaires, des revendications des +plus faibles contre les plus forts, fut close sans retour. Avec toutes +les chances de succès, les «Ciompi» échouèrent pour n'avoir pas su à +propos se contenter de bénéfices relatifs et indirects.</p> + +<p>Ils payèrent chèrement cette faute, car les arts majeurs, exaspérés par +la crainte qu'ils avaient eue, devinrent leurs pires ennemis. +L'aristocratie marchande, jalouse de son autorité, ne devait plus quitter +le pouvoir, mais, coterie exclusive, furieuse d'avoir failli perdre ses +privilèges, alors même qu'elle les avait recouvrés, elle rompit avec tout +ce qui était démocratique et resta un corps absolument fermé. C'est ainsi +que les humbles et les petits arrivèrent à considérer comme heureux le +sort des villes où des tyrans faisaient peser le joug moins lourdement +sur les pauvres que sur les riches, et le peuple ne vit plus dans ces +despotes que des instruments pour l'exécution de ses vengeances et de ses +haines. Les Médicis arrivaient à point nommé pour remplir un tel rôle. +L'astuce de ces banquiers enrichis tissa longuement et patiemment sa +trame, mais ils eurent l'art de tenir soigneusement cachés leurs perfides +et ambitieux desseins; ils ne leur donnèrent corps que lorsque la faveur +populaire leur eut tout permis. D'une habileté plus qu'excessive, ils +spéculèrent sur le mérite très surfait du médiocre Salvestro et firent de +la popularité exagérée de cet ancêtre le marche-pied de leur élévation. A +partir de ce moment, les glorieuses pages de l'histoire sont terminées +pour Florence, car à travers de brillants épisodes se poursuivront les +progrès du mal auquel succombera ce qui l'avait faite si noble et si +grande, la Liberté et la République.</p> + +<p>Ce ne sera pas sans révoltes que cette population fière, indocile, ivre +de liberté, verra une famille de marchands enrichis confisquer une à une +ses libertés publiques; elle se défendra énergiquement et cherchera par +tous les moyens possibles à faire rentrer dans le rang ces ambitieux +auxquels il ne faudra rien moins que l'intervention armée de +Charles-Quint pour imposer leur domination.</p> + +<p>A coté de Salvestro se place encore à la tête du parti populaire Jean de +Médicis, son cousin, qui tenait comme lui un rang considérable. Comme ses +devanciers, modéré en apparence, mais ambitieux au fond, Jean pratiqua +avec succès la politique expectante de sa famille, tandis que, grâce à +son immense fortune, à son inépuisable munificence, et aux prêts +considérables qu'il consentait aux princes et aux souverains, son crédit +et sa renommée s'étendaient au loin. Attentif à éviter les querelles des +partis, il n'allait au Palais que lorsqu'il y était appelé, et par sa +prudence il détourna avec un rare bonheur tous les soupçons. Il sembla +accepter par désintéressement les charges publiques, et lorsqu'il les +remplit, il se posa comme protecteur du peuple, en attendant de devenir +son chef. Loin d'abuser de la situation, il persévéra dans la voie +circonspecte qu'il s'était tracée et se contenta de s'opposer à de +nouveaux empiétements de l'oligarchie. Jean de Médicis mit le sceau à sa +popularité par sa conduite désintéressée à la suite de la guerre avec +Philippe Marie, en 1428. Après avoir tout fait pour détourner Florence de +cette entreprise hasardeuse, il sut, en présence des malheurs publics, +oublier ses opinions et, mettant tout en œuvre pour venir au secours de +la République, y consacrer même une partie de sa fortune personnelle. Il +sut également résister aux ouvertures qui lui furent faites pour réformer +la constitution au profit des classes supérieures et s'opposer à l'emploi +de la force pour opprimer le peuple. Il disait qu'en ce qui le +concernait, son désir n'était pas de ranimer les factions, mais bien +plutôt de les éteindre; aussi ne voulut-il pas non plus tirer parti de +ces ouvertures pour s'en faire une arme contre ses adversaires +politiques, bien qu'il y fût poussé par les clients de sa maison et par +son fils Cosme qui le blâmaient de compromettre à force de modération +l'avenir de son parti et la grandeur de sa race.</p> + +<p>Fidèle à sa tactique de libéralisme, Jean de Médicis proposa une nouvelle +loi destinée à répartir plus également les contributions, en les réglant +d'après la quotité des biens possédés par chacun. Cette loi fameuse, +appelée «le Castato», était une véritable révolution économique et +sociale, car elle rétablissait des taxes équitables et supprimait les +privilèges. Aussi excita-t-elle autant d'enthousiasme chez ceux qu'elle +exonérait que de colère et de haine chez ceux qu'elle frappait, et comme +de raison, l'auteur en fut salué par la reconnaissance du peuple comme le +plus zélé défenseur de ses droits et de ses libertés. Jean de Médicis +mourut en 1429, laissant à ses fils les plus sages conseils et emportant +dans la tombe la reconnaissance d'un peuple dont il n'avait cessé d'être +le bienfaiteur. Les regrets que causait sa mort étaient encore aggravés +par une situation des plus difficiles.</p> + +<p>Cette première moitié du XVe siècle donne lieu en effet à des réflexions +peu consolantes. C'est au milieu de mesquineries de toutes sortes, de +complications aussi bien intérieures qu'extérieures que se prépare dans +ses origines troublées et impures le règne néfaste des Médicis où doit +sombrer tout ce qui fit la Toscane glorieuse pendant des siècles.</p> + +<p>Après la mort de Jean, l'oligarchie et les Albizzi reprirent le pouvoir +et conduisirent les affaires publiques, tandis que Cosme, héritier de la +popularité paternelle, se posa dès l'abord comme leur adversaire acharné.</p> + +<p>Cosme de Médicis avait un peu plus de quarante ans lorsque le cours des +événements lui donna le rôle prépondérant qu'il ambitionnait.</p> + +<p>Grave, prudent, astucieux, il n'était, disent les chroniques du temps, +«qu'un renard rusé et trompeur»; libéral et humain par calcul, il +recherchait la faveur du peuple sans l'aimer et sans avoir les qualités +extérieures nécessaires pour le séduire. Laid de sa personne, d'un +extérieur mesquin, il ne savait que merveilleusement parler et disserter +au milieu des savants, mais il était complètement dépourvu des dons +propres à entraîner et à convaincre.</p> + +<p>Son esprit s'était formé par l'étude et aussi par de lointains voyages +entrepris pour la banque des Médicis. Depuis son retour, il affectait de +se tenir éloigné des charges publiques, mais il fréquentait des hommes de +toutes conditions, dans le dessein manifeste de se faire des partisans.</p> + +<p>Le mot d'ordre donné par Cosme était de répéter que tout allait mal, de +semer le découragement dans les masses et de les amener peu à peu au +dégoût du régime oligarchique; mais son plus puissant levier était +l'immense fortune qui lui permettait d'acheter une popularité que son +père avait eu moins de peine à acquérir.</p> + +<p>Contre Cosme et sa faction se dressaient les trois plus anciennes +familles de Florence, qui n'entendaient nullement se soumettre à ces +parvenus: c'étaient les Pazzi, les Pitti et les Acciajuoli. Las de +rencontrer partout sur leur route, en affaires et en politique, un rival +de plus en plus redoutable, ils lui faisaient une violente opposition. +Ligués pour sa perte, ils achetèrent en 1432 le nouveau gonfalonier, +homme vénal, et l'amenèrent à se saisir de Cosme et à le jeter en prison, +sous prétexte de conspiration contre le régime établi, de dilapidation et +d'usure. C'était une accusation plus qu'injustifiée, car Cosme était de +ceux qui donnent, et non de ceux qui prennent. Quoi qu'il en soit, cette +détention fut de courte durée, et Cosme, banni pour un an, prit le chemin +de Padoue où il fut exilé après avoir acheté au poids de l'or cette +liberté relative. A Padoue, il devint le chef de tout ce que Florence +comptait de mécontents; aussi, quand en 1434 les élections mirent le +pouvoir aux mains de ses partisans, l'oligarchie fut-elle tout de suite +définitivement désarmée.</p> + +<p>Profond politique, loin de rentrer aussitôt à Florence, il laissa peser +sur ses amis tout l'odieux des représailles. Si la clémence fut appliquée +aux classes inférieures dans une large mesure, les dernières rigueurs +furent, sans scrupule et sans miséricorde, exercées contre l'aristocratie +vaincue. Il suffisait d'avoir mal parlé du gouvernement pour être spolié +de ses biens et enfermé «aux stinche», d'où l'on avait grande chance de +ne jamais sortir. Tel qu'Octave, Cosme non seulement laissa faire, mais +encore mit à son retour les conditions les plus dures, qu'il fit imposer +par d'autres que par lui. Enfin, le plus fort de la besogne étant fait, +il rentra à Florence, la veille du jour où on l'attendait, se dérobant au +triomphe qu'on lui préparait. Ce ne fut que plus tard que ses +panégyristes, en le proclamant «Père de la Patrie, Bienfaiteur du +peuple», eurent l'idée de le représenter rentrant dans la ville +triomphalement porté sur les épaules de ses concitoyens.</p> + +<p>Cosme, maître du pouvoir, continua à proscrire sans pitié tous ceux +contre lesquels il nourrissait quelque ressentiment; mais estimant avec +une justesse de vue rare qu'il ne régnait que grâce à l'opinion et à la +guerre constante faite par sa famille à l'oligarchie, il s'appuya sur le +menu peuple, et l'assouvissement de ses vengeance personnelles passa pour +une satisfaction accordée à la haine générale. Grâce au point d'appui +qu'il prit constamment sur la démocratie, il arriva à transformer son +pouvoir d'influence en pouvoir d'autocratie, œuvre de patience hypocrite +et lente, à laquelle son caractère était singulièrement porté. Telle +était son astuce qu'alors qu'il était le maître de Florence, aucun acte +public, aucune pièce ne furent revêtus de sa signature; mais son pouvoir +occulte n'en était que plus redoutable.</p> + +<p>A ce moment, les traits communs entre Cosme et Octave s'accentuent +encore. Cosme en effet ne devint clément, comme Auguste, que lorsque, +après son nivelage terrible, il n'eut plus rien à redouter. A Florence, +comme autrefois à Rome, la République n'existait plus que de nom, bien +que ces deux grandes ambitions eussent également affecté d'en respecter +la forme; et le succès de ce travail souterrain fut tel qu'à la mort de +Cosme, son fils Pierre, incapable et impotent, héritait sans difficulté +de ses fonctions.</p> + +<p>De 1453 à cet avènement, le gouvernement tourna de plus en plus à +l'autocratie. Toute opposition avait disparu, décimée, fauchée, +proscrite, et les Médicis n'avaient plus à lutter que contre les idées +souvent trop avancées de leurs propres partisans.</p> + +<p>Un des chefs les plus considérables de ces factions cosimesques était +Lucca Pitti, qui, nommé plusieurs fois gonfalonier, était l'âme damnée de +Cosme et lui était plus dévoué que tout autre. Grisé par l'apparente +prépondérance que Cosme lui abandonnait volontairement, il voulut, à +défaut d'autorité, éclipser les Médicis par son luxe. A cet effet, il +commanda à Brunelleschi le fameux palais appelé encore de son nom et pour +la construction duquel tout criminel, tout individu coupable de vol ou de +meurtre, trouvait, en s'employant à la bâtisse, un asile inviolable. +Quoique Pitti eût tiré un large parti du régime de l'arbitraire pour +mener son édifice à bien, il dut l'abandonner inachevé, car il était +devenu la ruine de sa maison.</p> + +<p>Malgré tout son pouvoir, Cosme, arrivé au déclin de sa vie, n'était pas +heureux. Après avoir réalisé une fortune extraordinaire, puissant au +dedans, respecté au dehors, il souffrait d'infirmités qui le torturaient, +sans lui laisser un instant de répit.</p> + +<p>En 1450, il avait perdu son frère Lorenzo, dont la postérité était +destinée à remplacer la sienne. En 1463, la mort de son cadet, Jean, +anéantissait ses plus chères espérances, car son fils aîné, Pierre, était +si débile qu'on n'avait jamais présumé qu'il pût lui survivre, et tout +l'avenir de sa maison se trouvait reposer sur les têtes fragiles des +enfants de Pierre, ses petits-fils Laurent et Julien. Quand Cosme mourut +en 1464, à sa villa de Carreggi, ce fut dans un isolement complet, et on +célébra par des réjouissances publiques le retour de la liberté qu'on +pensait avoir reconquise. C'était se réjouir trop tôt, car Florence ne +gagnait, à la mort de Cosme, que de passer sous la domination d'un fils +qui lui était plus qu'inférieur. Ce ne fut que plus tard, et par +comparaison, qu'elle jugea de la différence et que les Florentins, pleins +de regrets rétrospectifs, décernèrent à Cosme le surnom pompeux de «Père +de la Patrie», si mal justifié du reste.</p> + +<p>Au point de vue littéraire, l'époque de Cosme fut incomparable. Les +Médicis eurent la rare fortune d'arriver à point nommé pour récolter +l'admirable moisson préparée sous la République par des siècles de régime +libéral, dont ils eurent l'intelligence de s'approprier les fleurs et les +fruits. Par des soins éclairés et intelligents, en vingt ans, la ville +avait complètement changé de physionomie et doublé d'étendue; elle +s'était couverte d'églises, de monastères et de monuments somptueux. +Cosme commandait à Michelozzo le superbe palais où allaient habiter ses +successeurs jusqu'au jour où leur élévation au rôle de grands-ducs leur +ferait aménager le palais Pitti, comme plus digne d'eux; enfin, à côté de +cette demeure terrestre, Cosme, préoccupé d'élever une sorte de Panthéon +aux mânes de sa famille, édifiait l'Église San Lorenzo qu'il consacrait à +cette destination. Véritable Mécène, il s'était entouré de savants, de +poètes, de philosophes ou d'artistes, dont il était devenu l'ami plus +encore que le protecteur.</p> + +<p>Sa mort devait être le signal d'une réaction violente, à laquelle la +personne même de son successeur donnait plus de prise, car Pierre, à +quarante-six ans, était déjà un podagre pliant sous le poids des +infirmités. Il avait l'esprit borné, il était aussi hautain qu'avare et, +de plus, il avait à peine l'expérience des affaires; il fallait que la +domination de Cosme eût déjà terriblement asservi les Florentins pour +leur faire admettre un principe d'hérédité avec un tel individu. +Pourtant, à la longue, comme l'impopularité de Pierre allait toujours +croissant, ses ennemis, s'étant comptés, se trouvèrent assez nombreux +pour entreprendre la lutte contre lui. Lucca Pitti, Angelo Acciajuoli, +Dietsalvi Neroni, Niccolò Soderini se groupèrent à la tête des +mécontents, minant le terrain sous les pas de Pierre et tâchant, au +dedans comme au dehors, de lui ôter tout appui. Sa situation devint si +périlleuse qu'il dut agir et se décider à risquer la partie, en faisant +arrêter les principaux conjurés par une sorte de coup d'État, pour +l'exécution duquel il eut recours au plus effroyable escamotage. Il fit +inculper les prisonniers de complot contre l'État, de trahison envers la +patrie, et se montra contre eux d'une telle rigueur, d'une si féroce +cruauté que tous ceux qui échappèrent à la torture et à la mort, furent +condamnés à un exil éternel (1466).</p> + +<p>Pierre mourut en 1469, laissant un aussi piètre souvenir à ses +contemporains qu'à la postérité. Ce qu'il y a encore de mieux à en dire +est qu'il fut heureux pour l'avenir de sa maison, que son règne ne se +prolongeât pas assez pour lui permettre de renverser l'édifice si +laborieusement élevé par Cosme, et qui se serait peut-être écroulé, s'il +avait dû le posséder plus longtemps. Des deux fils laissés par Pierre le +Goutteux, Laurent n'avait pas vingt ans et Julien n'en atteignait pas +seize; on pouvait donc se demander à juste titre si Florence serait assez +dégénérée pour subir le joug de deux enfants. On ne le croyait guère et +l'on s'attendait à des changements radicaux dans la forme même du +gouvernement.</p> + +<p>Ce fut une des plus grandes habiletés de Laurent de laisser croire qu'il +résignait le pouvoir, pendant qu'il s'arrangeait avec les partisans de sa +maison pour prendre possession des rênes de l'État, tout en semblant y +renoncer.</p> + +<p>Laurent n'était pas fait pour plaire: trop large d'épaules et laid de +visage, il avait une bouche démesurée, surmontée d'un nez trop étroit et +de gros yeux de myope. L'odorat lui manquait, sa voix était rauque, +tandis que la somptuosité de ses vêtements et l'exubérance de ses gestes +faisaient encore ressortir son air commun. Au moral, si son intelligence +était très vive, son caractère versatile le rendait incapable de toute +persévérance; il n'aimait en réalité que les arts, la littérature ou la +poésie, pour lesquelles il avait une véritable aptitude et où il faisait +montre d'une érudition développée. Il les aimait même d'un amour si +profond qu'il ne souhaitait rien tant que la paix intérieure et +extérieure pour que rien ne le privât du plaisir de s'y livrer tout +entier.</p> + +<p>Des entreprises odieuses contre Prato et Volterra le rendirent si +populaire, qu'on accepta même ses démêlés avec le pape Sixte IV, dont il +voulait obtenir le chapeau de cardinal pour son frère Julien. Il avait +jugé que l'état ecclésiastique était le meilleur moyen de se débarrasser +d'un compétiteur inquiétant, mais comme il n'avait pas su flatter à +propos le népotisme du Pape, non seulement il ne put rien en obtenir, +mais encore il s'en fit un ennemi dangereux autour duquel pouvaient se +rallier tous les mécontents. Les premiers d'entre eux étaient les Pazzi, +rivaux séculaires des Médicis, auxquels vinrent s'ajouter successivement +le roi de Naples et des prêtres de Volterra exaspérés par le sac infâme +de leur ville. La mort de Laurent fut décidée, mais comment et à quel +moment s'exécuterait le meurtre? Frapperait-on les deux frères ensemble +ou séparément? A qui des conjurés incomberait ce soin? Autant de +questions pour lesquelles chacun préconisait sa solution. Enfin, après +maintes hésitations, on résolut de se débarrasser d'eux ensemble et l'on +arrêta qu'on les frapperait au Dôme, le jour de l'investiture du nouveau +cardinal, nommé par le Pape à la place de Julien, cérémonie à laquelle +ils devaient nécessairement assister l'un et l'autre. Ainsi qu'il avait +été convenu, au moment de l'élévation, les conjurés se précipitèrent sur +les Médicis et Julien, mortellement frappé, fut achevé avec férocité par +François Pazzi et Baroncelli.</p> + +<p>A cette vue, les deux prêtres de Volterra chargés d'en finir avec +Laurent, eurent un instant d'hésitation qui lui permit, entraîné par ses +amis les Cavalcanti, de se jeter dans le chœur et de gagner la +sacristie, dont les portes de bronze, chef-d'œuvre de Luca della Robbia, +refermées à point nommé, le mirent hors de toute atteinte.</p> + +<p>Dans ces circonstances, Laurent se montra fort piètre, et après l'échec +de la conjuration, ses amis eurent toutes les peines du monde à lui +persuader de quitter son asile pour rentrer dans son palais; mais la +populace, toujours portée à se prononcer en faveur du succès, l'ayant +acclamé, il dut se montrer, le cou enveloppé de linges couvrant une +légère blessure.</p> + +<p>Il n'entrait pas dans les principes des Médicis d'user de clémence envers +les vaincus; aussi la férocité des représailles fut effroyable et frappa +dans les familles jusqu'aux membres qui non seulement n'avaient pris +aucune part au complot, mais avaient encore ignoré son existence. Il n'y +a pas dans l'histoire d'exemple d'un pareil acharnement; deux années ne +suffirent pas à assouvir les vengeances, et au bout de ce temps, on +refusait encore la sépulture aux victimes. Comme de raison, Julien eut de +somptueuses obsèques, et son frère, ayant appris qu'une femme restait +enceinte de lui, recueillit et éleva l'enfant qui fut plus tard le pape +Clément VII.</p> + +<p>Parvenu au comble de sa fortune, Laurent se voyait, grâce à la tentative +des Pazzi, couronné de l'auréole du martyre et du même coup délivré d'un +frère qu'il aurait fait disparaître, si ce frère avait jamais prétendu au +partage du pouvoir. Il exploita les circonstances avec astuce pour +obtenir des prérogatives presque royales, et la conjuration lui fournit +un admirable prétexte pour se défaire de quiconque le gênait.</p> + +<p>Les trois années suivantes virent croître sans arrêt la fortune de +Laurent; en 1480, il faisait sa paix avec le Pape, et Florence, +réconciliée avec l'Église, le portait aux nues; il obtenait ensuite de +faciles avantages sur des voisins peu redoutables, et, comme dit +Machiavel, «les paix lui faisaient gagner ce que lui faisaient perdre les +guerres». Enfin, en 1488, il devenait l'arbitre et le protecteur de +l'Italie, tandis que, pour cimenter encore mieux sa paix avec Innocent +VIII, sa fille Madeleine épousait le bâtard du pape, François Cybo, et le +Pape donnait le chapeau de cardinal à Jules de Médicis, bâtard puîné de +son frère Julien.</p> + +<p>Par un revirement singulier et fréquent dans l'histoire des Médicis, +pendant que la fortune ne cessait de sourire à Laurent dans sa vie +publique, sa vie privée était assombrie de chagrins domestiques; il +perdait coup sur coup sa fille Louise, sa femme Clarisse, sa sœur +Blanche. Pour se distraire de ces deuils, il trama l'assassinat de +Riario, seigneur de Forli, dont le Pape lui avait promis la principauté, +s'il venait à mourir. Il était devenu si redoutable que personne n'osa +l'accuser de ce crime et que Catherine Sforza, la veuve de la victime, +dut se résigner à épouser le cousin du meurtrier de son mari, Jean de +Médicis. De cette union devait bientôt naître le fameux Jean des Bandes +Noires, père du grand-duc Cosme Ier: ainsi, par un juste retour des +choses d'ici-bas, la postérité de Catherine était destinée à remplacer +celle de Laurent prématurément éteinte.</p> + +<p>Même à cette époque où Laurent occupait une situation si prépondérante et +où Florence bénéficiait d'une paix inconnue jusqu'alors, la +susceptibilité d'un peuple jaloux de son indépendance était telle qu'il +ne pouvait s'avancer que pas à pas et avec la plus extrême prudence, tant +se maintenaient vivaces les défiances florentines sans cesse en éveil à +l'égard de tout ce qui ressemblait à de l'arbitraire. Il se voyait réduit +à biaiser, à n'acquérir l'autorité que peu à peu, à n'imposer que ce +qu'il pouvait en faire accepter, et cela, à l'aide de précautions, de +ménagements infinis, et presque à l'insu de ceux qui devaient porter le +joug.</p> + +<p>Quand on parle des trois premiers Médicis comme protecteurs des lettres +et des arts, c'est un tort, semble-t-il, de les mettre sur la même ligne, +alors qu'il y a lieu d'établir des distinctions capitales dans la manière +dont chacun d'eux remplit ce rôle. Si leurs tendances ont le même objet, +les résultats sont pourtant tout autres et le splendide essor des arts +sous Cosme n'a rien qui puisse lui être comparé sous son petit-fils. +L'éducation littéraire de Laurent avait été très soignée, mais la +multiplicité des professeurs appelés à y contribuer amena dans son esprit +de singulières disparates, et créa une étrange opposition entre un +certain nombre d'opinions religieuses qu'il appelait «ses principes» et +ses mœurs étrangement débauchées.</p> + +<p>Dans le cours entier de son existence, il est impossible de citer un acte +de générosité, et cela, aussi bien à l'égard de sa famille que de son +pays. S'il fut le protecteur des arts et des lettres, ce fut bien plutôt +pour le profit qu'il en tirait que par amour pur et désintéressé, et il +savait parfaitement combien il lui était avantageux de donner cette +direction aux esprits, qu'il détournait ainsi du souci plus grave des +affaires publiques. Rien de curieux comme cette vie en partie double, où, +après avoir sévi, assassiné, confisqué, il entrait à l'Académie +platonicienne et dissertait sur l'immortalité de l'âme, avant de se mêler +à la jeunesse dissolue ou de composer des chansons érotiques au milieu +des orgies. Il faut, malgré tout, rendre à Laurent la justice que son +esprit ouvert et curieux le porta vraiment à s'entourer de toutes les +illustrations de son époque. Passionné pour le Dante, pour Pétrarque et +pour Boccace, il l'était principalement pour tout ce qui touchait à la +Grèce où Platon était son dieu. Il fît les efforts les plus louables pour +répandre la science, et il acheta partout au poids de l'or les manuscrits +les plus rares, ceux mêmes qui étaient destinés à former l'admirable +bibliothèque qui porte son nom. La renommée de Laurent attira à Florence +les savants de l'Europe entière; mais ceux-ci ne devaient pas éclipser +les anciens clients de la «Casa Médicis», les Ange Politien, les Marsile +Ficin, les Pulci et les Pic de la Mirandole, alors dans toute leur +gloire.</p> + +<p>Quant aux beaux-arts, Laurent ne sut en rien prévenir la décadence déjà +sensible à son époque. En effet, quand il prit le pouvoir, en 1448, les +Masaccio, les Angelico, les Brunelleschi et les Ghiberti avaient disparu, +tandis que les Lippi, les Ghirlandajo et les Botticelli étaient déjà en +pleine floraison. Il n'eut en vérité qu'à exploiter des talents arrivés à +leur apogée et il ne sut les faire servir qu'à son apothéose ou à la +glorification de sa maison. Sa théorie sur les arts était étrange, car il +n'admettait pas qu'un artiste pût atteindre la perfection si sa naissance +n'était pas relevée et son éducation distinguée, préjugé qui lui fit +dédaigner Léonard de Vinci et refuser ses services à cause de sa +naissance illégitime.</p> + +<p>Les derniers jours de Laurent furent empoisonnés par la sourde opposition +qu'il rencontrait partout et dont le chef s'était enfin trouvé dans un +moine dominicain, Jérôme Savonarole.</p> + +<p>Frère Jérôme Savonarole, né à Ferrare en 1452, manifesta dès son enfance +une irrésistible vocation religieuse. Après les plus sérieuses études de +philosophie et de théologie, il entra, à vingt-deux ans, chez les +dominicains de Bologne, et dès 1483, on l'envoyait à Florence où ses +prédications eurent un insuccès notoire dû à sa parole difficile et +embarrassée; mais, sans se décourager, il se retira dans un couvent de la +Lombardie où il se livra à des études d'éloquence et à la lecture +approfondie de la Bible et des Écritures. Aussi, quand, au bout de sept +ans de réclusion, le dominicain revint à Florence, il était persuadé de +sa mission et convaincu que Dieu l'avait élu pour parler au peuple. Ses +premiers essais le confirmèrent dans sa croyance. Les temps étaient bons +pour s'ériger en prophète, l'Italie était pleine de factions, l'Église de +scandales, Innocent VIII occupait la chaire de Pierre et ses seize +enfants lui valaient le surnom de «père du peuple»; aussi les sujets ne +manquaient pas à l'éloquence de Jérôme Savonarole. Il prit pour texte de +ses discours: La réforme de l'Église, le châtiment de l'Italie, et il +ajouta de sa voix prophétique l'annonce que tous ces événements +s'accompliraient avant la mort de celui qui les prédisait.</p> + +<p>De tels sermons eurent un retentissement énorme et tout Florence se +précipita pour entendre la parole de ce moine bientôt considéré comme un +saint. Esprit indépendant et vigoureux, Savonarole avait résisté au +double courant païen et classique dont il voyait également les dangers, +et telle était l'inflexibilité de son caractère, qu'il refusa d'aller, +selon la coutume, rendre hommage à Laurent, lors de sa nomination au +siège de prieur de San Marco, en 1490. Depuis l'échec de la conjuration +des Pazzi, c'était la première opposition dressée devant Laurent, aussi +son orgueil fut-il blessé au vif. Il fit avertir le moine d'avoir ou à +modérer sa fougue ou à interrompre ses prédications, défi auquel répondit +Savonarole en prophétisant la mort de Laurent, qui survint en réalité +dix-huit mois plus tard.</p> + +<p>Hanté par l'idée de cette assignation, Laurent, sur son lit de mort, fit +appeler Savonarole, dans l'espoir qu'une réconciliation in extremis avec +le moine pourrait le concilier à son fils Pierre. On ne sut jamais ce qui +se passa dans cet entretien suprême, où l'on dit que Savonarole refusa au +mourant la dernière bénédiction: «Et comme sa mort,» dit Machiavel, +«devait être le signal de grandes calamités, Dieu permit qu'elle fût +accompagnée de sinistres présages; la foudre tomba sur le Dôme et Roderic +Borgia fut nommé pape!»</p> + +<p>Laurent, après avoir déployé toute sa vie ce faste qui lui avait valu le +surnom de «Magnifique», fut enseveli sans pompe, d'après ses dernières +volontés, tant il craignait, à cause de son fils, de provoquer l'envie.</p> + +<p>Le peuple, oublieux de ses torts, de ses défauts et de ses vices, suivit +ses funérailles et pleura celui qu'avec l'exagération italienne on +appelait «le père et le maître de la ville», tandis qu'asservi par trois +générations de Médicis, il trouvait tout simple de reporter sur le fils +de Laurent, âgé de vingt et un ans, un respect dont il ne devait jamais +se montrer digne.</p> + +<p>Laurent disparaissait de la scène du monde au moment propice pour sa +renommée, alors que l'Italie, atteinte de vieillesse précoce, allait +entrer en pleine décadence. Le XVIe siècle montre l'établissement des +tyrans dans tous les États et la reconnaissance en leur faveur du +principe d'hérédité; il montre Alphonse régnant à Naples, Borgia assis +sur le trône pontifical, Ludovic le More gouvernant Milan, avant même +d'avoir volé la couronne ducale, et enfin, figure digne de paraître en si +illustre compagnie, Pierre II de Médicis succédant à son père.</p> + +<p>Pour l'héritier de Cosme et de Laurent, l'heure était passée de prendre +des précautions ou d'user de prudente dissimulation dans l'exercice du +pouvoir: il en jouit avec toute l'âpreté de son orgueil, toute la +plénitude de sa puissance. On ne se fit pas de longues illusions sur sa +valeur personnelle, et il s'attira la haine si générale par sa manière de +s'imposer que les conjurations se tramèrent et se nouèrent bientôt sans +trêve.</p> + +<p>Tout étroite que fût l'intelligence de Pierre, il était autrement +séduisant que son père. Ange Politien avait été chargé de son éducation +et, avec le goût des lettres, il lui avait donné la passion de la Grèce +et de Rome. Ardent au plaisir, les affaires publiques l'intéressaient +médiocrement, mais, quand par hasard il s'en occupait, c'était avec la +violence qu'il tenait des Orsini par sa mère et qui le rendait aussi +prompt à la colère qu'impuissant à se dominer et implacable dans +l'assouvissement de ses vengeances. La famille même de Pierre eut à +souffrir de ses emportements. La branche cadette, issue du frère de Cosme +l'Ancien, avait jusqu'alors évité par sa prudence tout sujet de +suspicion, mais, malgré cette sagesse, les deux cousins de Pierre avec +lesquels il avait été élevé, Laurent et Jean de Médicis, ayant provoqué +son ressentiment et son envie, furent jetés en prison et condamnés à mort +par ses ordres. Il commua cette sentence inique en bannissement perpétuel +du territoire florentin avec la confiscation de leurs biens, seul point +essentiel pour lui, l'immense fortune de cette branche de sa famille +étant une proie bonne à prendre.</p> + +<p>Par cette conduite, il faisait des siens mêmes les chefs de l'opposition, +tandis que par ses rigueurs maladroites il s'attirait les anathèmes de +Savonarole et excitait la fureur du peuple indigné de voir son idole +forcée de quitter Florence sur ses injonctions. C'était une inimitié +terrible dressée en face de lui, et la situation extérieure compliquait +encore les difficultés qui l'assaillaient de toutes parts. La politique +cauteleuse de Laurent, poursuivie par son fils, l'avait fait renoncer aux +traditions séculaires de la Toscane et prendre parti contre la France, en +poussant le roi de Naples à refuser la paix offerte par Ludovic le More. +Celui-ci appela Charles VIII à son secours, lui proposant, pour le +défendre, le centre et le sud de l'Italie, à la seule condition que ses +États lui fussent laissés. Pendant ces événements, loin de ménager la +France, Pierre donnait libre carrière à sa verve satirique et entretenait +ainsi les ressentiments du roi encore aggravés par les incitations des +cousins de Pierre réfugiés à sa cour. L'effet de cette politique ne tarda +pas à se faire durement sentir, car, lorsque Pierre voulut obtenir les +subsides nécessaires pour entrer en campagne contre la France, l'âpre +parole de Savonarole et sa haine contre les Médicis déchaînèrent une +telle opposition qu'il ne put se faire ouvrir aucun crédit. Pitoyable +dans cette occasion, sans prendre ni avis, ni conseil de personne, Pierre +se rendit au camp de Charles VIII et, après avoir fait au roi les plus +plates excuses, il prit, au nom de Florence, les engagements les plus +durs, dont l'un des moindres était la remise de Pise aux mains des +Français.</p> + +<p>Pierre avait lieu d'être fort inquiet de la façon dont serait acceptée +son incartade. En effet, l'émotion publique fut portée à un tel degré que +tous se trouvèrent d'accord pour secouer un joug abhorré; on le somma de +venir rendre ses comptes à la Seigneurie et, le jour même de la reddition +de Pise, le 19 novembre 1494, il osa se rendre à cette injonction, +accompagné d'une escorte si nombreuse et si arrogante que la ville +entière se souleva contre lui, sans lui laisser d'autre moyen que la +fuite pour mettre sa vie en sûreté.</p> + +<p>La réaction contre les Médicis fut terrible, mais la situation extérieure +n'en restait pas moins troublée et on était dans l'ignorance la plus +grande sur l'entrée de Charles VIII et sur le traité de paix qu'il +imposerait. En dépit de tant de sujets d'inquiétude, le bonheur d'avoir +échappé aux Médicis était tel que, malgré tout, les Florentins ne +pouvaient s'empêcher de manifester leur joie d'avoir reconquis la +liberté. Aussi l'entrée de Charles VIII à Florence eut-elle lieu avec une +pompe indescriptible. Mais, ce premier moment d'exaltation passé, les +Florentins et les Français se regardèrent avec une défiance toujours +croissante et Charles, accusé de connivence avec les Médicis, fut forcé +d'en rabattre sur les conditions draconiennes qu'il avait primitivement +imposées et de se contenter du titre de protecteur de Florence. Les +Français enfin partis, le peuple s'abandonna aux transports d'un +enthousiasme aussi immodéré qu'il était injustifié, car, les Médicis +chassés, il n'en restait pas moins que des ruines, sans que les citoyens +possédassent ni la volonté, ni les vertus nécessaires pour relever +l'édifice des libertés florentines dont la main de l'absolutisme avait +sapé les bases, détruit les œuvres vives et ruiné l'équilibre. Florence +se vit alors dans la triste nécessité de faire un retour sur elle-même et +de constater combien cinquante années de régime absolu avaient anéanti +les institutions et avili les caractères. Pour faire une réforme dans le +gouvernement, l'union des intérêts et des idées eût été essentielle; +trois factions, au contraire, se trouvaient en présence et se disputaient +le pouvoir. Il y avait le parti populaire avec Savonarole pour chef, qui +comptait des hommes considérables et de la plus haute intégrité morale, +comme Valori et Soderini. En face de lui se dressait la faction +oligarchique qui ne voulait après tout que l'autocratie déguisée sous une +autre forme; entre les deux partis extrêmes, se groupaient les neutres, +«la plaine ou les tièdes», ainsi que les baptisait Savonarole. sorte de +gens qui ne pensaient qu'à leurs intérêts et ne cachaient pas leur effroi +des théories du Frate. Il y avait encore les partisans nombreux des +Médicis, qui, trouvant leur avantage direct à se rallier au parti +populaire, venaient grossir et fortifier le groupe de Savonarole. Pendant +les deux années suivantes, le moine ne cessa de grandir et son influence +était devenue si prépondérante que la Seigneurie le chargea d'organiser +un nouveau gouvernement. Libre dès lors de donner carrière à ses idées +démocratiques, il établit son système sur la base la plus large qu'ait +encore eue la République florentine. Mais ce n'était pas assez pour lui +d'instituer matériellement la liberté, il fallait avant tout réformer les +mœurs et faire prévaloir les vertus sans lesquelles elle ne peut se +maintenir; car les Médicis ayant répandu l'or à pleines mains, le goût du +luxe, des plaisirs, d'une vie voluptueuse et facile s'était peu à peu +développé, si bien que Savonarole sentait combien la nécessité des +réformes morales était impérieuse.</p> + +<p>Il choisit l'époque du carême pour tonner contre «les vanités du siècle» +et pour lancer l'anathème contre ceux qui y sacrifiaient. Ses sermons de +ce temps flagellent impitoyablement tous les vices: il reproche aux +jeunes gens leurs débauches, il accuse les femmes de les encourager par +leurs excès de toilette et de luxe, enfin il s'en prend à l'esprit même +de la Renaissance et au paganisme des lettres et des arts. A sa voix de +prophète, il semble qu'une fièvre de renoncement ait saisi Florence, où +chacun se hâtait d'apporter ce qu'il avait de plus précieux et où l'on +amoncelait en bûcher sur les places publiques, tableaux, statues, livres, +bijoux, vêtements de brocart, auxquels Savonarole mettait le feu, entouré +de la ville entière chantant les louanges du Seigneur. Au milieu de +l'entraînement général, les raffinés et les délicats de la Renaissance, +désespérés de voir disparaître tant de chefs-d'œuvre, résistaient seuls; +c'étaient des ennemis si peu à négliger que bientôt le Frate allait être +à même de ressentir les effets de leur mécontentement.</p> + +<p>Après avoir triomphé jusqu'alors de tous ses adversaires, Savonarole +allait enfin s'attaquer au colosse contre lequel il devait se briser. +Alexandre VI Borgia, monté sur le trône pontifical, y avait porté les +scandales de sa vie privée; aussi, sans hésiter un instant, Savonarole +attaqua Rome avec sa violence accoutumée. Le pape crut répondre +efficacement à ces accusations enflammées en interdisant la chaire au +moine et en fulminant contre lui une bulle d'excommunication pour crime +d'hérésie. Mais Savonarole déclara qu'une excommunication injuste était +sans effet et continua ses invectives de plus belle, avec plus de force, +de liberté et d'enthousiasme que jamais.</p> + +<p>A cette rébellion, le pape répondit par un bref déclarant à la Seigneurie +que, si les prédications de Savonarole ne cessaient pas, il lancerait +cette fois une excommunication générale contre Florence et que tous les +biens des Florentins situés sur le territoire pontifical seraient saisis +et confisqués au profit de l'Église. La Seigneurie, qui sentait César +Borgia aux portes de la ville, n'osa résister et enjoignit à Savonarole +d'avoir à suspendre ses sermons. Mais, loin de se tenir pour averti, il +répondit par un nouveau défi et, du haut de la chaire, parla en ces +termes: «Le temps d'ouvrir la cassette approche; nous donnerons un tour +de clef et tant d'infections et d'ordures sortiront de la cité de Rome +que l'odeur se répandra dans toute la chrétienté, que chacun en sera +empuanti.»</p> + +<p>De telles paroles n'étaient pas faites pour calmer les esprits. Aussi la +fermentation était-elle terrible; il semble qu'un vent de folie ait à ce +moment soufflé sur Florence et le fanatisme inspiré par Savonarole devint +tel qu'il se trouva débordé. Quand l'exaltation arrive à cet excès, elle +dépasse la mesure et constitue un danger véritable pour celui qui l'a +provoquée. La tempête fut déchaînée par un de ses dominicains de San +Marco, Dominique Buonvicini qui, sans l'aveu du prieur, alla porter «le +défi du feu» au franciscain François de Pouille, prédicateur à Santa +Croce et ennemi acharné de Savonarole dont il déniait la mission. Cette +épreuve consistait à traverser un bûcher enflammé où Dieu se déclarait +lui-même pour celui qui en sortait indemne. La Seigneurie et Savonarole +eurent un déplaisir extrême de voir qu'on se fût ainsi aventuré, mais il +était trop tard pour reculer, car le peuple comptait sur un spectacle +inattendu, inouï, terrible, et il n'y avait pas moyen de l'en frustrer +sans exposer la ville à un soulèvement de la populace.</p> + +<p>Le jour arrivé, les franciscains, épouvantés par la sérénité confiante de +leurs adversaires, engagèrent d'interminables discussions théologiques, +lorsqu'un violent orage éclata à point nommé, dispersant les partis; mais +le peuple, furieux de voir son miracle lui échapper et se croyant joué, +faillit mettre dominicains et franciscains en pièces. Savonarole +n'échappa qu'à grand'peine à la colère de la foule, mais de ce jour son +prestige était détruit; il ne fut plus qu'un moine fanatique et un faux +prophète et, dès le lendemain, toute la tourbe florentine mettait le +siège devant le couvent de San Marco et, les portes enfoncées, se ruait à +la recherche du prieur en vociférant des cris de mort. Les dominicains se +défendirent comme des forcenés, mais Savonarole, voyant l'émeute tourner +à la guerre civile, pour mettre fin à la lutte, se livra lui-même à la +Seigneurie, et il ne fallut pas moins que des gens armés pour l'escorter +et le défendre contre une foule ameutée pour l'écharper.</p> + +<p>Le procès de Savonarole fut une pitoyable chose! Pressés par le pape, les +juges eurent beau le mettre à la torture, ils ne lui arrachèrent aucun +aveu, et trouvèrent si peu matière à condamnation qu'Alexandre VI, pour +en finir, dut adjoindre à la Seigneurie deux commissaires apostoliques!</p> + +<p>Le 22 mai 1498, la sentence enfin rendue condamnait pour cause d'hérésie +Savonarole à être brûlé vif en place publique, après avoir fait amende +honorable. Il expira comme il avait vécu, les yeux au ciel, et si fort +détaché de la terre que la douleur ne lui fit pas exhaler une plainte; +déjà il était enveloppé de flammes qu'on l'entendait encore bénir le +peuple et chanter l'hymne saint qu'il allait continuer dans l'éternité. A +peine fut-il mort, que le souvenir de toute sa vie et le spectacle de ses +derniers moments, en si complète harmonie avec elle, ouvrirent les yeux +aux plus aveugles, et ceux qui avaient été les premiers instigateurs de +sa mort furent les premiers à le considérer comme un martyr et un saint. +Florence ne tarda pas à porter le poids de l'iniquité commise, car la +mort de Savonarole la livrait aux pires incertitudes. Les quatre années +suivantes, fertiles en terribles crises, intérieures et extérieures, la +virent perdre Pise et tomber par deux fois aux mains de César Borgia, à +l'affreuse tyrannie duquel l'intervention de Louis XII la fit seule +échapper. Devant l'imminence du péril public et en l'absence de toute +autorité, une réforme gouvernementale s'imposait d'urgence. On décréta, +au lieu du Gonfalonat temporaire, le Gonfalonat à vie, et, en 1502, +Pierre Soderini fut nommé à ce pouvoir presque souverain.</p> + +<p>La destinée des Florentins les remettait entre les mains d'un homme d'une +valeur et d'une intégrité rares; il craignait Dieu, aimait sa patrie avec +passion; fort jaloux de son honneur, il était d'une grande +circonspection; son impartialité devait même plus tard lui susciter bien +des inimitiés.</p> + +<p>Dans le gouvernement de Florence, Soderini fit preuve d'une discrétion, +d'une sagesse, d'un tact remarquables, et cela, même dans l'enivrement +des premiers jours, alors qu'une foule de courtisans pouvaient lui donner +l'illusion du pouvoir absolu. D'une extrême prudence dans sa politique +extérieure, il trouva à l'intérieur le moyen de libérer en peu d'années +Florence de la terrible dette accumulée par ses prédécesseurs. Dès le +début, il fut puissamment servi par les événements: la mort d'Alexandre +VI qui délivra Florence du spectre de César Borgia, l'avènement du +cardinal de la Rovère destiné à être le fameux pape Jules II, et enfin la +mort de Pierre de Médicis, survenue en 1503, mettaient les Florentins au +comble de leurs vœux. Ils avaient la conviction d'en avoir fini avec les +Médicis et de n'avoir plus rien à craindre d'eux; malheureusement leur +erreur était grande, car la mort de Pierre faisait de son frère, le +cardinal Jean, le chef de la famille, chef d'autant plus dangereux +qu'installé à Rome, il voyait venir les événements, sans perdre une +occasion de monter l'esprit du pape contre Florence.</p> + +<p>L'année 1509 vit, grâce à l'heureuse négociation de Machiavel envoyé par +Soderini en ambassade auprès de Louis XII, Florence enfin rentrée en +possession de Pise. La joie de cet événement fut immense, et ce succès si +longtemps attendu ne parut pas acheté trop chèrement au prix des +sacrifices qu'il avait coûtés depuis tant d'années. A la même époque, +Florence obtenait aussi de Louis XII un traité d'alliance vivement +désiré.</p> + +<p>Après de si heureuses négociations, il semble que Soderini aurait eu tous +les droits à la reconnaissance de ses concitoyens; malheureusement il +n'en fut rien et ses ennemis se coalisèrent avec les adversaires de son +gouvernement large et démocratique sur le terrain d'une haine commune +contre le gonfalonier et la France. Ne redoutant plus rien de celle-ci, +on força Soderini à se rapprocher de l'Empire et à traiter avec +Maximilien de l'abandon des droits, très platoniques, que l'Empereur +pouvait avoir sur Pise. Déjà la politique qui portera le nom de Machiavel +affirme ses tendances, et cette alliance avec l'Empereur n'empêchera pas +Florence de ménager assez la France pour se la conserver comme alliée et +de manœuvrer de façon à pouvoir s'appuyer alternativement sur l'un et sur +l'autre. Cette duplicité ne tarda pas à porter ses fruits et Soderini, +empêché de prendre parti entre Louis XII et Jules II, se trouva +mécontenter tout le monde par sa politique timorée et hésitante.</p> + +<p>Jules II poussait jusqu'au fanatisme la haine des Français et des +Allemands, mais il ne professait pas les mêmes sentiments à l'égard des +Espagnols, dont on vit à cette époque la première immixtion directe dans +les affaires de l'Italie. Mû par ces sentiments, le pape nomma alors le +roi Ferdinand d'Aragon chef de la sainte ligue pour l'expulsion des +«barbares» et son lieutenant Ramon de Cardoña passait à l'état de bras +droit du souverain pontife.</p> + +<p>Ce qui pour la Toscane devenait plus grave, c'était la protection +accordée aux Médicis et, devant le refus formel de la Seigneurie de +consentir à leur retour, la terrible colère de Jules II dont les +conséquences allaient être de déchaîner sur Florence Ramon et ses hordes +les traînant à leur suite. L'épouvantable sac de Prato apprit à l'Italie +ce qu'elle pouvait attendre de la férocité des soldats du Roi +Très-Catholique et ce qu'elle devait penser de la domination de princes +qui laissaient exécuter sous leurs yeux de pareilles infamies. La terreur +à Florence fut telle que, dès le lendemain du sac, la ville députait à +Ramon ambassade sur ambassade, auxquelles il répondait en s'obstinant au +retour des Médicis et en exigeant une rançon énorme. Le trouble et la +fermentation des esprits étaient tels que Soderini comprit +l'impossibilité de toute résistance avec un peuple déjà conquis par la +frayeur, et, la mort dans l'âme, il renonça à défendre plus longtemps une +ville qui ne voulait plus être défendue, forcé même de mettre en sûreté +par la fuite sa vie en danger, unique récompense de la loyauté avec +laquelle il avait servi sa patrie!</p> + +<p>Le seul reproche qu'on puisse faire à ce patriote fut d'avoir manqué de +résolution et d'énergie, tort grave pour un chef d'État; il crut à +l'efficacité de la douceur et à la seule force de la loi pour gouverner +les partis, et s'illusionna au point de penser que la patience pourrait +triompher des difficultés extérieures.</p> + +<p>Le matin même de son départ, tous les amis des Médicis, dépêchés au camp +de Ramon, acceptaient les conditions qu'il imposait au nom de Sa Majesté +Espagnole, et le jour suivant (2 septembre 1512), les Médicis faisaient +leur rentrée triomphale dans la ville, au milieu d'une foule si +enthousiaste et si fanatique qu'ils manquèrent d'étouffer. Les +protestations de dévouement et d'affection ne se firent point attendre +et, peu d'heures après leur retour, Florence était à la merci de ses +anciens maîtres, si bien que ceux-ci, étonnés eux-mêmes d'une si brusque +réaction, résistaient aux avances et repoussaient les propositions qui +leur étaient faites pour les amener à ressaisir le pouvoir. En attendant +leur bon plaisir, l'anarchie régnait et le fantôme gouvernemental +s'évanouissait sous l'impopularité et le discrédit. Les Espagnols se +promenaient comme en pays conquis et les horreurs commises étaient telles +que la Seigneurie dut activer par tous ses efforts le paiement de la +rançon exigée pour leur départ.</p> + +<p>Quand on les eut à peu près satisfaits, le maître de Florence, le +cardinal Jean, le second fils de Laurent le Magnifique, fit son entrée +triomphale, entouré de ses condottieri et des troupes à sa solde. Il +était accompagné de toute sa famille, c'est-à-dire de son frère Julien et +de son neveu Laurent, le fils de Pierre de Médicis, auxquels s'ajoutaient +les nombreux bâtards de sa maison: Jules, fils naturel de Julien, la +victime des Pazzi; Hippolyte, fils naturel de son frère Julien; enfin +Alexandre, qu'on disait fils naturel de Jules, et qui devait être le +premier grand-duc.</p> + +<p>Dès le lendemain, Julien de Médicis s'emparait du gonfalon et usait du +pouvoir à son gré, tandis que le cardinal Jean laissait la soldatesque +piller la ville. L'abaissement des caractères était tel qu'il n'y eut +même pas un semblant de résistance et qu'on pensa devoir encore de la +reconnaissance aux Médicis pour avoir délivré Florence de Ramon et de ses +bandes; pourtant la malheureuse cité n'était pas au bout de ses peines, +car bientôt elle se voyait décimée par les sanglantes représailles des +Médicis, ruinée par leurs impitoyables exactions.</p> + +<p>Avant que Jean n'eût eu le temps de prendre possession de l'État, la mort +de Jules II le rappelait en toute hâte à Rome où allait s'ouvrir le +conclave (1513). Le cardinal Jean n'avait pas trente-sept ans quand, sous +le vocable de Léon X, il fut appelé à succéder au grand pape dont il +était l'antithèse vivante, et auquel l'Italie ne tenait pas assez compte +de son éclatante supériorité, à cause des désastres que, dans +l'aveuglement de son patriotisme, il n'avait pas craint de déchaîner sur +elle.</p> + +<p>La différence entre ces deux hommes ne peut être mieux marquée que par +les portraits qu'en a peints Raphaël. Autant l'un est courbé, voûté, +dévoré par le feu de la combativité, consumé par l'ascétisme, autant +l'autre avec sa tête trop grosse, son visage rougeaud, ses gros yeux à +fleur de tête, donne l'impression de l'épicurien bon vivant, peu grand +seigneur et si peu prêtre qu'après son élection à la papauté, il fallut +l'ordonner. Médiocre politique, son incurie au moment de la querelle des +Investitures fut une des principales causes de la Réforme, car pour lui +Luther n'était pas, et non seulement il ne le discutait pas, mais il +niait même son existence; aussi, dans cette crise terrible pour le +catholicisme, montra-t-il autant d'imprévoyance que d'inconséquence. +Comme protecteur des lettres, il ne valut guère mieux; il ne voyait dans +les sciences et dans les arts que la contribution qu'ils pouvaient +apporter à son agrément ou à ses plaisirs; fastueux et prodigue, entouré +de bouffons et d'histrions, par beaucoup de points il rappelait les +empereurs de la décadence. Ses faveurs n'étaient accordées qu'aux +courtisans les plus vils, et il ne pouvait voir Michel-Ange dont le génie +sombre et farouche lui était antipathique; Léonard de Vinci lui était +également odieux, il lui déniait tout talent. En tout il préférait le +joli au beau; et il était si mauvais juge des aptitudes qu'au lieu de +laisser Raphaël à ses pinceaux, il le nommait architecte de Saint-Pierre. +Rien n'est donc plus injustifié que d'avoir appliqué au siècle tout +entier le nom de Léon X, comme rien ne motive, dans sa vie ou dans ses +idées, cet excès d'honneur.</p> + +<p>Excellent parent, il avait pour sa famille de si ambitieuses visées qu'il +considérait comme très au-dessous de la dignité de son frère ou de son +neveu de gouverner Florence, et quand il s'agit de régler le sort de la +ville, il se contenta de lui donner comme maître le bâtard de Julien, +Jules de Médicis improvisé cardinal et légat pour la circonstance. Mais, +comme Jules préférait le séjour de Rome à celui de Florence, il n'y +résida même pas et ce fut à Julien, âgé de vingt ans, qu'incomba toute +l'autorité. Pendant ces arrangements de famille, François Ier +envahissait le Milanais et récompensait par le duché de Nemours +l'attachement de Julien à sa cause. Enfin, en 1516, à la mort de Julien, +Laurent de Médicis, fils de Pierre II et petit-fils de Laurent le +Magnifique, succédait à son oncle autant dans le gouvernement de la ville +que dans les bonnes grâces du roi de France, et, fort d'un tel soutien, +se hâtait, à l'encontre de toute justice, d'occuper, sans coup férir, le +duché d'Urbin. Par reconnaissance de l'appui que son puissant allié lui +avait prêté dans ces circonstances, Laurent ne voulut aller chercher +femme qu'en France, mais il n'en ramena Madeleine de la Tour d'Auvergne +que pour lui communiquer le mal par lequel elle fut enlevée, après avoir +donné le jour à Catherine de Médicis.</p> + +<p>Un mois après, Laurent était emporté de la même manière et le cardinal +Jules, forcé par les événements, prenait en mains les rênes du +gouvernement (1519).</p> + +<p>Florence subissait depuis deux ans le joug de Jules de Médicis lorsque le +conclave fut ouvert par la mort de Léon X. Malgré tous les efforts du +cardinal, ce fut l'ancien précepteur de Charles-Quint, l'adversaire +acharné des Médicis, qui fut exalté à sa place sous le nom d'Adrien VI; +mais la mort du pontife, survenue en 1523, ayant ouvert de nouveau la +succession au trône pontifical, Jules de Médicis acheta le conclave et +fut élu pape sous le nom de Clément VII, vocable choisi, disent ses +contemporains, «comme symbole de clémence et d'oubli», vertus qu'il +inaugura, un mois après son élévation, par l'empoisonnement des quatre +cardinaux envers lesquels il avait pris le plus d'engagements. Si +Florence avait eu par le départ du cardinal Jules quelque espoir +d'échapper à son dur servage, elle vit bientôt combien elle avait eu tort +d'espérer et combien elle avait au contraire lieu de tout craindre d'un +tel maître. En effet, Clément VII ne trouva rien de mieux, pour la +gouverner, que de lui imposer deux bâtards chers à son cœur, Hippolyte et +Alexandre. Le premier passait pour le fils de Julien, duc de Nemours, +tandis que le second, fils d'une esclave mulâtresse, était attribué ou à +Laurent duc d'Urbin, ou à un muletier, ou à Clément VII lui-même, en +faveur duquel étaient encore les présomptions, fondées sur l'affection +profonde portée par le Pape à Alexandre. Hippolyte, alors âgé de quatorze +ans (1524), envoyé à Florence le premier, gouverna la ville plus d'un an +avant que l'arrivée d'Alexandre, en <i>le forçant</i> à partager le +pouvoir, suscitât entre eux une terrible inimitié, encore accrue, chez +Alexandre, par sa haine de la popularité et de la beauté physique de son +cousin, tandis que la violence de sa nature et le type presque nègre de +sa figure faisaient de lui-même un objet d'effroi et d'horreur.</p> + +<p>Rien de plus triste que l'histoire de Florence à partir de ce temps. +Soumise à toutes les exactions pontificales, une malheureuse campagne +contre Sienne amenait le connétable de Bourbon devant ses portes, sans +qu'elle eût pour cela le courage de secouer le joug des bâtards, et il ne +fallut rien moins que l'effroyable sac de Rome (1527) et les horreurs de +la domination espagnole avec la captivité de Clément VII pour la décider +enfin à secouer son esclavage par un soulèvement unanime.</p> + +<p>Mais, les tyrans chassés, il s'agissait encore de gouverner à leur place, +et le fonctionnement d'un gouvernement était d'autant plus difficile que +le peuple, gorgé de plaisirs matériels et de grossières délices, avait +perdu le goût de la liberté, et que les citoyens eux-mêmes n'avaient plus +ni la notion de l'indépendance ni le sens de l'autorité. Aussi le +gouvernement, péniblement organisé, fonctionna-t-il péniblement au milieu +de cruelles incertitudes, et la Seigneurie dut se débattre dans de +terribles crises intérieures et extérieures qu'elle était impuissante à +résoudre.</p> + +<p>La politique cauteleuse et machiavélique suivie à cette époque par +Florence devait lui être néfaste. Elle flottait indécise, sans s'arrêter +à un parti, entre l'alliance de la France et la protection espagnole, et +le seul résultat de ses tergiversations fut de l'isoler complètement et +de la livrer sans défense aux ressentiments de Clément VII. Le pape avait +tellement à cœur de châtier une ville qui, par une audace sans seconde, +s'était soustraite à son autorité, qu'oublieux de ses humiliations, de +ses rancunes, il se réconcilia avec l'Espagne, à condition que +Charles-Quint l'aidât à reconquérir la Toscane. L'Empereur, trop heureux +de faire à si bon compte sa paix avec l'Église, envahit et dévasta le +pays et le soumit au plus effroyable régime discrétionnaire.</p> + +<p>Tant d'horreurs réveillèrent l'âme florentine et le grand souffle du +passé l'anima de nouveau. Charles-Quint ayant investi la ville, elle se +retrouva héroïque et, pendant une année entière, lutta, sublime, contre +la famine, la mort et les horreurs d'un pareil siège, tenant tête aux +armées réunies de Charles-Quint et du pape. Il fallut, pour venir à bout +d'elle, que l'infâme trahison de son capitaine général, Malatesta, acheté +par Clément VII, la livrât à ses ennemis. La noble attitude des assiégés, +en commandant l'estime et l'admiration à leurs adversaires mêmes, leur +obtint des conditions moins dures, relativement! car les clauses du +traité étaient la mort politique de Florence. Charles-Quint se réservait +le droit de la faire gouverner à sa guise, tandis qu'elle était ruinée +par une rançon exorbitante et que l'Empereur exigeait le rapatriement des +exilés. Bientôt les portes s'ouvraient pour Alexandre de Médicis qu'un +rescrit impérial nommait grand-duc de Toscane, le 1er mai 1532. C'était +la fin de la République, la fin de ce vaillant petit peuple dont le génie +politique et artistique a pénétré le monde.</p> + +<p>Le jeune duc Alexandre était de la race redoutable de ces despotes que +rien n'arrête. Il abusa sans vergogne de l'autorité et soumit la +malheureuse Florence au joug le plus impitoyable. Tandis que ses goûts de +débauche l'entraînaient à tous les désordres et à toutes les +abominations, l'impunité lui était assurée et sa situation était encore +affermie par son mariage avec la fille naturelle de Charles-Quint, +Marguerite d'Autriche, la future duchesse de Parme, régente des Pays-Bas. +L'appui d'un tel beau-père lui permettait d'étouffer toute tentative de +révolte; du reste, si le fantôme de la liberté avait encore pu hanter les +esprits, Charles-Quint se serait chargé d'y mettre bon ordre: +«considérant les affaires de son gendre comme les siennes». Et, fort de +cette assistance, Alexandre n'hésita même pas à tenir tête au pape Paul +IV, l'adversaire acharné des Médicis. Le meurtre vint heureusement +délivrer Florence de ce monstre. Tous les complots noués contre Alexandre +avaient échoué et avaient été noyés dans le sang. Une seule tentative +réussit parce qu'elle fut conçue et exécutée par un seul, ce fut celle de +Lorenzo de Médicis.</p> + +<p>Lorenzo était le chef de la branche cadette descendue de Laurent, le +frère de Cosme, et subdivisée elle-même, plus tard, en deux rameaux. De +quinze ans plus jeune qu'Alexandre, il avait été élevé à Florence sous la +tutelle de sa mère, puis sous celle de Philippe Strozzi. Malgré leurs +soins, son caractère étrange ne tarda pas à se développer, singulier +mélange de raillerie, d'inquiétude, de désir, de doute, d'impiété, +d'humilité et de hauteur, sorte de créature hermaphrodite comme peut en +produire la nature aux époques de dissolution. De temps en temps +jaillissait de ces éléments hétérogénes un vœu ardent de gloire, de vertu +ou d'immortalité, d'autant plus imprévu dans ce corps efféminé qu'en le +voyant si mou et si humble, on ne l'appelait plus même Lorenzo, mais, par +mépris, Lorenzaccio.</p> + +<p>Voilà ce qu'était l'homme qui s'était mis à courtiser le duc Alexandre +avec tant d'adresse et une si feinte humilité que non seulement il était +devenu son unique ami, mais encore son serviteur complaisant et +indispensable pour les besognes les plus honteuses. Le duc avait en lui +une confiance absolue, et la preuve la plus certaine qu'il pût lui en +donner était de le prendre pour entremetteur dans toutes ses fantaisies +amoureuses; aussi Lorenzaccio était encore plus détesté à Florence que le +duc lui-même.</p> + +<p>Telle était la situation, quand le duc Alexandre s'amouracha d'une femme +de vertu inattaquable et de haut rang, cousine de Lorenzaccio, et le +chargea de s'entremettre auprès d'elle. Loin d'instruire sa parente, +qu'il estimait fort, des desseins du duc, Lorenzaccio vit dans ces +circonstances un moyen assuré de se défaire d'Alexandre qu'il haïssait +férocement. Après avoir longuement attisé la passion du duc et avoir +exalté les résistances qu'il prétendait rencontrer, Lorenzo, sous le +prétexte d'un rendez-vous enfin consenti, attirait chez lui le duc seul, +sans escorte, et l'assassinait le 6 janvier 1537, aidé d'un sbire +entièrement à sa dévotion. Lorenzo ne profita point de son crime; pris de +terreur, il alla d'une traite jusqu'à Venise, ne songeant qu'à se mettre +hors de portée et abandonnant le pouvoir auquel il avait droit. A +Florence, en l'absence du meurtrier passé pourtant à l'état de héros +sauveur, le conseil, composé d'âmes damnées des Médicis, nomma à +l'unanimité comme chef de l'État le jeune Cosme de Médicis, âgé de +dix-huit ans, fils de ce Jean des Bandes Noires, créateur de la célèbre +infanterie de ce nom si populaire à Florence (1537).</p> + +<p>Cosme, à ce moment, offrait toutes les garanties à ceux qui l'élevaient +au pouvoir; sa jeunesse, son inexpérience leur semblaient des gages +auxquels ses goûts paraissaient en ajouter d'autres. Il avait toujours +vécu à la campagne, occupé uniquement à la chasse et à la pèche; on le +croyait facile à conduire et à gouverner; aussi la surprise fut-elle +extrême quand il montra une ambition effrénée et une volonté de fer pour +n'en agir qu'à sa tête. Ayant obtenu de Charles-Quint la reconnaissance +de ses droits, Cosme prit possession du pouvoir, mais ce ne fut qu'en +1569 qu'il prit officiellement pour lui et pour sa descendance le titre +de grand-duc et de prince souverain. Il ne rencontra aucune opposition à +ses ambitieuses visées, tant il avait su se défaire de ses ennemis par +l'exil ou la mort, et, comme rien ne l'arrêtait, il faisait assassiner +les derniers Lorenzaccio et Soderini à Venise où ils s'étaient réfugiés.</p> + +<p>Sa domination bien établie, Cosme écarta des affaires avec une rare +habileté tous ceux dont un conseil aurait pu le gêner et, sans scrupule, +se débarrassa de toute entrave, sans qu'il put jamais être accusé +positivement d'y avoir trempé les mains. Personne ne sut user comme lui +de la confiscation; il avait une police inquisitoriale et, par des lois +féroces, il interdisait jusqu'à la liberté de penser.</p> + +<p>Il entrait dans la politique de Cosme, puisqu'il écartait +systématiquement les citoyens des affaires publiques, de donner un but et +une occupation à leurs esprits en développant toutes leurs tendances vers +la vie facile et somptueuse, vers le luxe démoralisateur, tandis que, par +des conquêtes faciles et sans gloire, il abaissait le niveau des idées de +justice. Mais, s'il pouvait annexer Sienne, il ne pouvait régénérer +l'art, et la décadence atteignait le pays jusque dans ses manifestations +intellectuelles et artistiques.</p> + +<p>Sous le joug dédaigneusement protecteur de Cosme, les lettres purent +fleurir, les arts multiplier leurs productions, tout ne se ressentit pas +moins de ce milieu et porta le caractère d'une époque d'absolutisme, +incapable de rien de grand. Pour que le génie puisse se développer, il +faut que la liberté de conception et d'exécution soit respectée, il faut +que le despotisme n'intervienne pas, et que, par crainte du lendemain, +l'artiste n'en soit pas réduit au rôle de courtisan.</p> + +<p class="mid"><img alt="" src="images/01-77.png"></p> + + + + + +<p>L'installation royale au palais Pitti, devenu désormais l'habitation des +grands-ducs, attira une nuée de dessinateurs, de sculpteurs, de peintres +chargés de ses embellissements. Les fêtes, les spectacles interrompus si +longtemps par les malheurs publics, reprirent de plus belle. Cosme +faisait exécuter les premiers opéras marquants dans l'histoire de la +musique, il réorganisait l'université de Pise et fondait partout des +académies. Plusieurs des principaux historiens du XVe siècle sont +florentins et les Varchi, les Segni, les Nerli et les Pitti forment un +rare assemblage d'esprits remarquables auxquels sont dus d'impartiaux et +précieux documents sur l'histoire de leur pays. Sous ce régime fastueux, +les étrangers affluèrent et ils furent dès lors la principale source de +richesse d'une ville dont le trafic allait tous les jours diminuant.</p> + +<p>Les Médicis avaient de tout temps habitué les Florentins aux désordres et +à la licence de leur vie privée; mais, si grand qu'eût été le scandale, +aucun n'était encore parvenu aux raffinements d'ignominie de Cosme et de +ses successeurs. Pour Cosme, après avoir assassiné un de ses fils, fait +mourir de chagrin sa femme Éléonore de Tolède, aimé d'un amour sacrilège +sa fille Isabelle, il donna dans sa famille le plus affreux exemple de +vices monstrueux.</p> + +<p>A sa mort, en 1574, son fils, le grand-duc François, continua dignement +les traditions paternelles. Héritier présomptif, il avait pris comme +maîtresse une fille de la noble maison vénitienne des Capello, qui avait +fui Venise au bras d'un amant et qui s'était réfugiée à Florence. +François, éperdument épris de Bianca, voulait l'épouser; mais, comme le +grand-duc avait arrangé pour son fils un mariage destiné à rehausser +l'éclat de sa maison, il dut plier devant la volonté de Cosme et épousa +Jeanne d'Autriche, sans pour cela cesser aucunement de vivre, comme par +le passé, avec Bianca Capello.</p> + +<p>François, devenu lui-même grand-duc et maître tout-puissant, fit +construire pour elle une demeure somptueuse aux portes mêmes du palais +Pitti. Un abandon si outrageux et si public frappa au cœur la malheureuse +Jeanne d'Autriche qui mourut bientôt de chagrin, en faisant jurer à son +mari d'abandonner cette femme néfaste et de se soustraire à son influence +redoutable. Un an plus tard, François épousait sa maîtresse, et Bianca +Capello devenait grande-duchesse de Toscane.</p> + +<p>Au bout de plusieurs années passées parmi les plaisirs et les fêtes, +Bianca n'ayant pas donné d'héritier au grand-duc, et obsédée par le désir +fou d'exercer la régence, si François venait à mourir avant elle, eut +recours à un simulacre d'accouchement et à une supposition d'enfant. Mais +son beau-frère, le cardinal Ferdinand, découvrit la supercherie, et elle +en conçut contre lui une haine si féroce qu'elle se résolut à +l'empoisonner. Pour atteindre ses fins, elle lui servit une pâtisserie +dont elle le savait friand et qu'elle lui disait avoir, par une attention +délicate, confectionnée elle-même; mais cette tentative se retourna +contre elle, car Ferdinand, animé des plus justes soupçons contre sa +belle-sœur, déclina son offre, et le grand-duc, froissé de ce refus +blessant, voulut à toute force faire honneur au gâteau, pour réparer +l'affront fait à sa femme. L'empêcher d'y toucher, c'était se trahir, et +comme, François mort, elle n'avait plus rien ni à espérer ni à attendre, +elle prit résolument son parti et partagea avec lui ce funèbre repas.</p> + +<p>Le lendemain, François et Bianca avaient cessé d'exister et Ferdinand, +jetant sa barrette aux orties, montait sur le trône (1587).</p> + +<p>Avec son règne commence pour la Toscane une ère de calme plat, +d'insignifiance complète et de honteuse léthargie. A Ferdinand +succédèrent Cosme II, son fils (1606-1621), Ferdinand II (1621-1670) et +enfin Cosme III (1670-1723) dont le règne de cinquante années fut marqué +par l'établissement des Jésuites en Toscane et par l'épuisement du trésor +public pour subvenir aux frais de leur installation.</p> + +<p>Cosme III avait épousé Louise d'Orléans, la fille de Monsieur et la sœur +de la grande Mademoiselle, «qui lui fit voir le diable» à telle enseigne +qu'il dut la laisser rentrer en France où elle resta sans jamais +consentir à rejoindre son mari. Du reste, tout, pour Cosme, prend une +tournure fatale. Il semble qu'un mauvais génie pèse sur cette race +destinée à succomber fatalement. Poursuivi par de sinistres +pressentiments, aussitôt son fils aîné en âge de se marier, Cosme l'unit +à Violente de Bavière, princesse vertueuse, mais stérile, et de chagrin, +Ferdinand se plongea dans de telles débauches qu'il y consuma rapidement +sa vie. Le grand-duc s'empressa aussitôt de marier son second fils, +Jean-Gaston, avec une princesse allemande destinée, semblait-il, à lui +donner une nombreuse postérité; mais la princesse de Saxe-Lövenburg +refusa toute soumission à son mari, et les interminables querelles qui +attristèrent le ménage du père vinrent assaillir et troubler celui du +fils. Aussi Jean-Gaston, à l'exemple de son frère, se plongea dans tous +les excès, et les Toscans virent avec effroi un tel prince arriver à la +toute-puissance, tant ses orgies monstrueuses étaient devenues un sujet +d'horreur. Lorsque Jean-Gaston monta sur le trône, il était le dernier de +sa race et il était mourant lui-même; il rappela pourtant tout ce qui lui +restait de forces pour réagir contre la situation désespérée où il +trouvait le pays, et son premier soin, à peine au pouvoir, fut de chasser +les prévaricateurs et les vendeurs de places si chers à son père; aussi, +après l'avoir méprisé et redouté, finit-on par le bénir et l'adorer.</p> + +<p>Comme aucune humiliation ne devait être épargnée au dernier des Médicis, +d'après le droit réservé par Charles-Quint et Clément VII, le roi +d'Espagne Philippe V, du vivant même de Jean-Gaston, lui nomma un +successeur en la personne de son fils, l'infant don Carlos. A peine ce +jeune prince avait-il pu faire apprécier son heureux naturel, qu'il fut +appelé à la conquête du royaume des Deux-Siciles et qu'il abandonna la +Toscane sans retour. On ne consulta pas davantage Jean-Gaston pour +installer, à la place de don Carlos, le prince François de Lorraine, +auquel on donnait la Toscane en dédommagement de ses États réunis à la +France. Lorsque le grand-duc mourut, en 1737, le pays était plongé dans +un tel marasme qu'il ne chercha même pas à recouvrer son indépendance et +accepta ces changements de maître et de dynastie, sans aucune velléité de +résistance (1745).</p> + +<p>En 1801, par la paix de Lunéville, le grand-duc Ferdinand de Lorraine +renonça à la Toscane qui, en treize années, eut un semblant +d'indépendance comme république, fut incorporée à l'empire français et +devint royaume d'Étrurie, pour faire, en 1814, retour à ses anciens +maîtres.</p> + +<p>Les grands-ducs de la maison de Lorraine se succédèrent avec des fortunes +diverses jusqu'en 1860, où, par un plébiscite, la Toscane se réunissait +définitivement au nouveau royaume d'Italie, et retrouvait dans l'unité +qui se fondait, la vie éteinte depuis des siècles.</p> +<br><br><br> + + + +<h2>TOPOGRAPHIE GÉNÉRALE<br> +DE FLORENCE</h2> +<br> + + +<p><i>Florence</i>, divisée par l'Arno en deux parties inégales, est située +dans une riante et fertile vallée où descendent les dernières +ramifications des Apennins, dont le cirque imposant l'entoure de toute +part.</p> + +<p>Des hauteurs environnantes les points de vue sur Florence sont +innombrables et de partout se découvrent ses monuments, ses églises, ses +palais et ses tours sous l'aspect séduisant et élégant qui la +caractérise.</p> + +<p>Les anciens remparts, construits de 1285 à 1388, out cédé la place aux +longs boulevards des quartiers neufs, prolongés à l'ouest sur les rives +de l'Arno jusqu'aux Cascines.</p> + +<p>Les portes, ainsi que les anciens ponts de l'Arno, sont mieux conservées. +Six ponts mettent en communication les deux rives du fleuve, sur lesquels +deux suspendus relient, à l'extrémité sud de la ville, le viale duca di +Genova à la barrière San Niccolò et, à l'extrémité nord, la place +Victor-Emmanuel aux Cascines.</p> + + +<h3>Ponts anciens.</h3> + +<p>1° <i>Ponte alle Grazie</i>, le plus ancien de tous, fut construit en +1237.</p> + +<p>2° <i>Ponte Vecchio</i>, dont la fondation remonte, dit-on, à l'époque +romaine. Maintes fois détruit et rebâti, il doit à Taddeo Gaddi son +aspect définitif (1302). Il est bordé de boutiques occupées dès 1593 par +les orfèvres; elles sont surmontées par la longue galerie qui met en +communication le musée des Offices et le palais Pitti et sont +interrompues dans la partie centrale du pont où la galerie n'est plus +soutenue que par trois arcades ouvertes, d'où l'œil embrasse l'admirable +perspective de l'Arno.</p> + +<p>3° <i>Ponte Santa Trinita</i>, fondé en 1252 et reconstruit vers 1567 par +Bartolommeo Ammanati.</p> + +<p>4° <i>Ponte alla Carraja</i>, bâti en 1218, détruit par la fameuse +inondation de 1333, fut reconstruit aussitôt en 1337 et fut finalement +restauré et modifié par Ammanati en 1572.</p> + +<p>Sur les deux rives du fleuve s'étendent les larges quais formant le +<i>Lung'Arno</i>; seule, la partie de la rive gauche comprise entre le +Ponte Vecchio et le Ponte Santa Trinita a conservé son caractère et ses +vieilles maisons dont les fondations reposent dans le fleuve.</p> + +<p>Les rues de Florence laissent une grande impression de sévérité +imposante, due à ses anciens palais dont les constructions massives lui +conservent l'aspect d'un autre âge, comme leurs noms mêmes évoquent le +souvenir des familles illustres et des corporations de la République.</p> + +<p>Sur la rive droite, les principales artères sont:</p> + +<p>La <i>via Tornabuoni</i>, qui va du Ponte Santa Trinita au cœur de la +ville.</p> + +<p>La <i>via Calzajuoli</i>, qui, parallèle à la précédente, relie la place +de la Seigneurie à celle du Dôme.</p> + +<p>Enfin la <i>via Cerretani</i>, qui réunit la place du Dôme à Sainte-Marie +Nouvelle.</p> +<br><br><br> + + + +<h3>RIVE DROITE (LE CENTRE)</h3> + +<h3>I</h3> + +<h3>DU DOME AUX OFFICES</h3> + +<p class="mid">LA PLACE DU DOME ET SES MONUMENTS.<br> LA VIA CALZAJUOLI ET OR SAN MICHELE.<br> +LA PIAZZA DELLA SIGNORIA, LA LOGGIA DEI LANZI ET LE PALAIS VIEUX.</p> + + +<p>LA PLACE DU DOME forme le cœur de Florence et réunit trois des plus beaux +monuments de l'art: le Baptistère, le Dôme et le Campanile. LE BAPTISTÈRE +(San Giovanni Battista), ancienne cathédrale de Florence, est un petit +édifice octogonal à trois étages et à coupole. Il offre un des types les +plus curieux de l'architecture romane italienne, avec la modification +qu'elle subit dès le XIe siècle, sous l'action de Nicolas de Pise (1274) +quand elle fut ramenée par ses découvertes au sentiment de l'antique. Ce +n'était pourtant ni à Nicolas, ni même à Jean qu'était réservé l'honneur +de fonder à Florence l'école des Pisans, mais bien à leurs élèves ANDREA +PISANO et ARNOLFO DI CAMBIO, et à ces derniers la ville allait devoir ses +plus beaux monuments.</p> + +<p>Les premiers travaux d'ARNOLFO à Florence furent le dégagement et le +revêtement du Baptistère dont les abords étaient encombrés de sarcophages +et d'urnes funéraires, tandis que les faces extérieures en étaient +bigarrées d'incrustations et d'inscriptions juxtaposées au hasard et en +désordre.</p> + +<p>Dans cette restauration qui eut lieu en 1293, ARNOLFO fit enlever tout ce +qui déparait l'extérieur du monument et lui donna de la grâce et de la +légèreté en dégageant le soubassement presque enseveli dans le sol. Il +appliqua ensuite sur chaque angle de l'octogone deux pilastres +corinthiens soutenant une corniche couronnée d'un second étage de même +ordre, coupé de trois longues fenêtres à fronton. Enfin, pour achever +cette belle décoration, il disposa des plaques en marbre noir de Prato +dans les parties pleines ménagées entre les grandes lignes de +l'architecture, tandis que, dans le troisième étage en retrait, il +répétait sur chaque face les pilastres à chapiteaux corinthiens.</p> + +<p>Trois portes donnent accès au Baptistère. Dès 1321, les Consuls avaient +résolu de faire couler en bronze des portes pour Saint-Jean-Baptiste; +seulement, comme il ne se trouvait alors à Florence aucun artiste en état +d'entreprendre ce travail, la Seigneurie donna mission à un orfèvre +florentin d'étudier les portes de Pise et de se rendre ensuite à Venise, +qui passait alors pour posséder seule des fondeurs capables d'un pareil +ouvrage.</p> + +<p>Pendant le cours de ces recherches, ANDREA PISANO avait obtenu, par +l'entremise de son ami Giotto, la commande d'une des portes, et cela, +malgré les lois de la ville et l'interdiction absolue de donner du +travail à un étranger. Aussi son contrat spécifiait-il qu'«il ne devrait +livrer qu'un modèle de porte en terre ou en cire, dont l'exécution +resterait confiée aux maîtres vénitiens».</p> + +<p>Ce fut en l'année 1330 que ceux-ci entreprirent les opérations de la +fonte, et, bien qu'elles aient duré jusqu'en 1332, elles se trouvèrent +définitivement si manquées, qu'il ne fut pas possible de les reprendre en +sous-œuvre. Andrea eut alors commission de mener à bien une nouvelle +fonte, qu'il réussit en l'espace de deux mois (1335).</p> + +<p>La porte d'ANDREA PISANO, divisée en vingt compartiments, est consacrée +aux différents traits de la vie de <i>saint Jean-Baptiste</i>. De plus, +dans sa partie inférieure, elle comporte huit panneaux de moindre +dimension, avec les figures des Vertus.</p> +<br> + +<p class="mid"><img alt="" src="images/02-90.png"></p> + + + + +<p>Dans cette maîtresse œuvre, le progrès réalisé sur les Pisans est +considérable. Andrea y devine les lois de la perspective, épargne les +figures et modère les mouvements. Il est aussi sobre de plans et de +lignes que ses maîtres en furent prodigues, et rencontre du premier coup, +comme Giotto, les lignes mères de la composition, c'est-à-dire +l'ordonnance la plus simple et la plus claire. Tous les motifs sont +conçus avec une parfaite convenance au sujet, et sont traités avec un +sentiment profond, exprimé par des gestes harmonieux et sans violence, +tels que les veut la gravité sculpturale. Si le sujet traité par Pisano +est calme, les plis sont rares, comme, par exemple, dans la composition +des Vertus; tandis qu'au contraire, si la scène réclame du mouvement ou +dénote l'agitation intérieure, les plis se pressent, toutefois sans +abondance inutile, et le maître a su donner à ses figures une grâce +d'attitude qui fait de son œuvre une sorte de trait d'union entre l'art +antique et l'art moderne.</p> + +<p>Il reste à observer combien, en cela encore semblable à Giotto, le maître +néglige l'indication du lieu; ses groupements sont au plus sur deux +rangs, si bien que ses plans, rapprochés de la conception hellénique, +présentent les premières figures en haut relief et les secondes en +bas-relief.</p> + +<p>La porte finie, la République donna pour récompense à l'artiste pisan le +droit de bourgeoisie, accordé rarement et seulement aux étrangers de la +plus haute distinction, ou d'un mérite éclatant. Placée à l'entrée +principale de l'est, c'est-à-dire en face l'autel, elle dut, en 1446, +céder la place à la porte de Ghiberti et fut transportée sur la face sud, +qu'elle occupe depuis. C'est lors de ce transfert que le fils de +Ghiberti, VITTORIO, l'entoura de la riche guirlande de fleurs et de +fruits qui en fait le délicieux encadrement.</p> + +<p>Après la mort de Pisano, l'achèvement des portes du Baptistère resta +suspendu et ce fut seulement à la suite de la fameuse peste de 1403 que +la Seigneurie en décida l'exécution. A cet effet, fut ouvert un concours +dont le sujet était l'histoire de Jésus-Christ et auquel prirent part les +DELLA QUERCIA, les NICCOLÒ d'AREZZO, les BRUNELLESCHI et les GHIBERTI, et +où la préférence devait être donnée à la composition la plus rapprochée +de l'œuvre d'Andrea Pisano. Brunelleschi s'étant retiré, GHIBERTI +l'emporta en dernier lieu; il avait alors vingt-cinq ans.</p> + +<p>Dans cette porte où il était strictement limité par l'obligation de se +subordonner à l'œuvre gothique, Ghiberti adopta la même division en vingt +panneaux supérieurs et en huit inférieurs contenant les figures des +Évangélistes et des Pères de l'Église, et encadra chaque châssis de têtes +saillantes, tandis qu'il couvrait les chambranles de fleurs, de fruits ou +d'oiseaux. Cependant, si les figures dépassent celles de la porte +gothique comme animation et comme expression, elles n'atteignent pas à la +grandeur sévère et à la sérénité calme de celles d'Andrea. Elles ont +pourtant une grâce ingénue et juvénile dont s'exclut encore tout soupçon +de maniérisme et l'art plastique y atteindrait la perfection, si Lorenzo +avait mieux compris les conditions du bas-relief, et son incapacité à +exprimer les saillies nuancées, les plans successifs ou les profondeurs +feintes. Ce grave défaut de son style, déjà sensible dans cette première +œuvre, devait par ses développements ultérieurs entraîner la sculpture +dans une voie funeste.</p> +<br> + +<p class="mid"><img alt="" src="images/03-93.png"></p> + + + + + +<p>(Ces 8 admirables figures, d'une très noble allure, sont assises devant +des pupitres, les évangélistes debout accompagnés de leurs symboles.)</p> + +<p>La première porte de Ghiberti ne fut pas plutôt achevée qu'on se décida à +lui confier la seconde, considérée par ses contemporains comme son +chef-d'œuvre, mais où s'accuse déjà fortement le parti pris d'obtenir du +bronze les effets de la peinture par une fusion impossible des deux arts.</p> + +<p>Cette fois, entière latitude lui était laissée. Aussi s'affranchit-il +résolument de toute influence et divisa-t-il son sujet en dix panneaux où +il traitait les principaux épisodes de l'Ancien Testament. Mais, comme +cette donnée était trop considérable, il se résolut à réunir dans chaque +panneau plusieurs actions différentes n'ayant aucun rapport entre elles. +Il encadra chacun de ses tableaux d'une large bordure ornée de figurines +placées dans des niches alternant avec des médaillons d'où sortent des +têtes en ronde bosse et il décora les chambranles de guirlandes +compliquées.</p> + +<p>Il fallut seize ans à Ghiberti pour mener à bien son œuvre, mise en place +seulement en 1452, et, dans le principe, entièrement dorée, comme les +autres portes.</p> + +<p>Les trois portes de San Giovanni sont surmontées de groupes de grandeur +naturelle en bronze et en marbre.</p> + +<p class="mid"><img alt="" src="images/04-95.png"></p> + + + + +<p><b>Au Sud</b>: <i>Décollation de saint Jean</i> par VICENTE DONI (1571), +d'un mauvais style.</p> + +<p><b>Au Nord</b>: <i>Prédication de saint Jean</i> par GIOVANNI RUSTICA +(1500); élève de Verrocchio, supérieur au groupe précédent.</p> + +<p><b>A l'Est</b>: <i>Le Baptême de Jésus-Christ</i> par ANDREA SANSOVINO, +de beaucoup le meilleur des trois morceaux (1500). L'ange qui seul le +dépare, est de Spinazzo (XVIIIe siècle).</p> + +<p><b>Intérieur</b>: A l'intérieur de l'édifice on retrouve la disposition +des trois étages extérieurs, décorés d'après le même principe de marbres +alternés blancs et verts.</p> + +<p>Les colonnes rondes en granit de la rotonde soutiennent, sur leurs +chapiteaux corinthiens dorés, l'entablement portant la tribune circulaire +du deuxième étage éclairée par les fenêtres extérieures et dont le balcon +est décoré de <i>mosaïques</i> exécutées en 1225 par un moine nommé +<i>Jacobus</i>. Le troisième étage enfin, également orné de mosaïques +dues à Jacobus, sert de base à la coupole terminale, couverte de +mosaïques du XIIIe au XVIe siècle.</p> + +<p>L'abside carrée, destinée à contenir l'autel, est construite en dehors du +monument. Décorée de mosaïques, elle renferme actuellement un +<i>groupe</i> détestable de TICCIATI exécuté en 1732, dans ce que le +«rococo» a pu offrir de plus flamboyant. Un autel mural, à gauche de la +porte de l'est, est surmonté de la célèbre statue en bois de la +<i>Madeleine</i> par DONATELLO, d'un réalisme désagréable, à force d'être +violent. En face, près du maître-autel, sont les <i>fonts baptismaux</i>, +ouvrage d'une recherche déplaisante, fondu en 1371 par un des nombreux +élèves d'Andrea Pisano. Enfin, à droite, adossé au mur, est le <i>tombeau +du pape Jean XXIII</i> (1419), déposé par le concile de Constance. Sa +belle statue couchée est l'œuvre de DONATELLO et de MICHELOZZO +(1420-1425), mais le dais qui l'abrite et le monument qui l'accompagne, +par leur mauvaise ordonnance et leur lourdeur, ne sont pas dignes de +Donatello.</p> + +<p>Sur le côté nord de la place s'élève la COLONNE SAN ZENOBE, érigée en +1330 en commémoration de la translation des reliques de saint Zenobe, +patron de Florence.</p> + +<p>LE DOME, SANTA MARIA DEL FIORE, ainsi nommée des fleurs de lys figurant +dans les armoiries de Florence, occupe l'emplacement d'une ancienne +église consacrée à Santa Reparata. La décoration et le revêtement du +Baptistère furent terminés en 1293; l'année suivante, la République +rendait un décret mémorable ordonnant à ARNOLFO DI CAMBIO d'exécuter un +modèle et des dessins pour la reconstruction de Santa Reparata: «Avec +telle hauteur et magnificence qu'on ne puisse attendre de l'industrie +humaine rien de plus noble et de plus beau, dans cette pensée que les +œuvres entreprises par la commune doivent être conçues avec une grandeur +correspondant à la grande âme que forment tant de citoyens réunis dans +une seule et même volonté.»</p> + +<p>Comme Santa Reparata dépendait de la corporation des marchands de laine, +il fut établi qu'ils auraient à supporter la plus lourde part des frais +de reconstruction, mais, à titre de dédommagement, on leur concéda un +droit sur les exportations. Après avoir démoli Santa Reparata, Arnolfo +traça le plan de sa basilique, d'après les traditions pisanes, en forme +de croix latine, c'est-à-dire qu'il donna les mêmes dimensions aux bras +du transept et du chœur, et il affecta au déambulatoire cinq chapelles +polygonales développées extérieurement en cinq pans symétriques.</p> + +<p>Arnolfo était trop imbu de l'antique pour prévoir l'effet qu'allaient +produire dans le style gothique la nudité et la sécheresse de lignes qui +en sont l'antipode. Une autre erreur de son plan fut l'importance donnée +aux membres séparés, d'après ce principe que chaque chose grande en soi +agrandit l'ensemble, ce en quoi il perdait de vue la loi architecturale, +qui veut, pour l'harmonie d'un édifice, que toutes les parties se +subordonnent à l'ensemble. Tout à l'opposé des cathédrales du nord où +l'étroitesse relative de la nef élève les voûtes à l'infini, Arnolfo +élargit les siennes dans de si vastes proportions qu'elles produisent à +première vue une impression d'écrasement, aggravée encore par la vue des +grands espaces de murs laissés nus entre les fenêtres aussi étroites que +parcimonieusement ménagées.</p> + +<p>Quand Arnolfo di Cambio mourut en 1300, il avait amené l'œuvre à la +croisée, et la construction fut continuée par son successeur immédiat, le +Giotto, auquel sont dus les revêtements extérieurs des transepts et du +chœur.</p> + +<p>En 1357, le plan d'Arnolfo subit une première modification, et, à partir +de cette époque, s'ouvre la longue série des architectes du dôme, placés +sous la direction de commissaires pris parmi les chefs des corporations +et sans l'assentiment desquels nul n'avait le droit d'ajouter une pierre +à la cathédrale. Ces gens sans connaissances techniques, qui +n'obéissaient qu'au seul mobile de faire de Santa Maria del Fiore un +monument unique, arrivèrent forcément à lui donner cette absence de +coordination si fâcheuse et que la fameuse coupole, la belle œuvre de +Brunelleschi, contribue, pour sa part, à rendre plus frappante encore.</p> + +<p>C'est en 1418 que fut ouvert, pour le modèle de la coupole, le concours +où Brunelleschi triompha de ses concurrents. Il ne lui fallut pas moins +de quatorze années pour mener à terme cette entreprise hardie, et encore +la lanterne ne fut-elle achevée qu'en 1462. La façade, qui fut détruite +en 1588 pour être remplacée magnifiquement, a été refaite depuis quelques +années seulement avec une complication et une surchage extrêmes. <b>Les +quatre portes</b> latérales sont des XIVe et XVe siècles. Ce sont des +ouvrages de l'école Pisane ornés de mosaïques et surmontés d'une statue. +La plus remarquable de ces portes, la deuxième du nord (1408), est +l'œuvre de PIERO D'AREZZO, aidé de NANNI DI BANCO. C'est à ce dernier +qu'est dû le haut relief dit de la <i>Madona della Cintola</i>, où se +pressentent déjà Ghiberti et Donatello. La mosaïque du tympan, +l'<i>Annonciation</i>, fut dessinée par le GHIRLANDAJO (1496).</p> + +<p><b>L'Intérieur</b> de Sainte-Marie des Fleurs est d'une austérité allant +jusqu'à la froideur d'un temple méthodiste.</p> + +<p>Le maître-autel, placé sous la coupole, est entouré d'une clôture en +marbre, de forme octogonale comme la coupole, et ornée de +<i>bas-reliefs</i> de BACCIO BANDINELLI, œuvre médiocre substituée à la +belle clôture en bois de Ghiberti.</p> + +<p>Derrière le maître-autel se trouve la fameuse <i>Déposition</i> de +MICHEL-ANGE, œuvre de vieillesse et inachevée qu'il tailla dans un +chapiteau antique du Temple de la Paix que lui avait donné le pape Paul +III. Cet ouvrage pèche par des défauts de proportion malheureusement très +apparents. Sainte-Marie des Fleurs contient nombre de monuments et +d'œuvres remarquables.</p> + +<p>Le mur de la façade est percé d'un vitrail rond, de FRANCESCO, exécuté +sur les dessins de Ghiberti; au-dessous, dans la lunette de la porte est +inscrite une admirable mosaïque, le <i>Couronnement de la Vierge</i> de +TADDEO GADDI (1280), où, malgré le byzantinisme encore marqué, est déjà +très sensible l'influence de la révolution naturaliste opérée dans l'art, +grâce aux efforts de Cimabue et de Giotto.</p> + +<p>Deux grandes fresques infiniment intéressantes occupent le mur au-dessus +des portes latérales de la façade. Celle de gauche est le portrait +équestre de <i>John Hawkwood</i>, condottiere à la solde de Florence, +peint en 1392 par Paolo UCCELLO; tandis que celle de droite est +l'admirable portrait équestre de <i>Niccolò Marucci da Tolentino</i>, +œuvre d'ANDREA DEL CASTAGNO (1456), de la plus haute allure.</p> + +<p><b>Nef de droite</b>: Monument de <i>Brunelleschi</i>, tombeau médiocre +dû à son élève BRUGGIANO.</p> + +<p>Statue de l'homme d'État <i>Gianozzo Manetti</i> par CIUFFAGNI.</p> + +<p>Monument du <i>Giotto</i> élevé par la commune sur l'initiative de +Laurent le Magnifique, en 1490. Ce bel ouvrage de BENEDETTO DA MAJANO est +placé au-dessus de l'inscription latine composée par Ange Politien. +Au-dessus de la première porte latérale, le <i>sarcophage</i> du général +<i>Pierre Farnèse</i> par AGNOLO GADDI et PISELLO (1395). Statue de +<i>Josué</i> par DONATELLO (1412) où se trahit encore dans les draperies +l'inexpérience de la jeunesse, bien que la tête en soit fort belle. +Donatello y sacrifie déjà au goût qui lui fera, dans toutes ses statues, +reproduire les traits de ses contemporains. A côté de la deuxième porte +latérale est placé le buste en marbre du savant platonicien <i>Marsile +Ficin</i>, avec la remarquable inscription latine de Ferrucci (1521). +Au-dessus de la deuxième porte et malheureusement placé trop haut, est le +beau <i>monument</i> de l'évêque <i>Antonio d'Orso</i>, le vaillant +défenseur de Florence contre l'empereur Henri VIII, œuvre du Siennois +TINO DI CAMAINO (1336). La statue de l'évêque est assise sur un +sarcophage à l'antique.</p> + +<p>Dans le transept droit, orné au-dessous des fenêtres de fresques +médiocres peintes par Lorenzo de Bicci (1427), s'ouvre <b>la vieille +sacristie</b>. Le tympan de la porte d'accès est décoré d'un magnifique +bas-relief de LUCA DELLA ROBBIA, l'<i>Ascension</i>. Dans la sacristie, +deux admirables anges agenouillés, œuvre monochrome de LUCA DELLA ROBBIA, +tiennent des calices.</p> + +<p>Le lavabo est un ouvrage contourné de BUGGIANO (1492).</p> + +<p><b>La chapelle terminale</b> du chevet est consacrée à saint Zenobe et +contient le <i>reliquaire</i> en bronze du saint par GHIBERTI (1440).</p> + +<p>Dans quatre autres chapelles sont des statues assises, primitivement +destinées à la décoration de la façade.</p> + +<p><b>Première à droite</b>: <i>Saint Marc</i>, par NICCOLÒ D'AREZZO.</p> + +<p><b>Deuxième à droite</b>: <i>Saint Luc</i>, par NINO DI BANCO.</p> + +<p><b>Quatrième chapelle à gauche</b>: <i>Saint Mathieu</i>. Mauvais ouvrage +de CIUFFAGNI.</p> + +<p><b>Cinquième chapelle à gauche</b>: <i>Saint Jean</i>, par DONATELLO. +Quoique encore influencé par la tradition des «Trecentisti», le maître se +montre ici d'une incomparable supériorité. La tête, d'une expression +profonde et prophétique, admirable par sa grave austérité, fait penser à +Michel-Ange. Cette œuvre de premier ordre est placée aussi mal que +possible dans le jour le plus défectueux; il est difficile même d'en +apprécier toute la beauté.</p> + +<p><b>La nouvelle sacristie</b> s'ouvre à la suite des chapelles supérieures +de la croix. Le tympan de sa porte est occupé par un magnifique +bas-relief de LUCA DELLA ROBBIA, la <i>Résurrection</i>. Jamais le +délicat poète que fut Luca n'a été plus inspiré que dans cette +composition, où la divinité triomphante du Christ s'oppose à l'humanité +abandonnée des soldats endormis, ses gardiens.</p> + +<p><b>La porte en bronze</b> commandée d'abord à Donatello en 1437 et +retirée au maître après dix ans passés, sans qu'il eût mis la main à +l'œuvre, fut, en 1465 seulement, confiée à LUCA DELLA ROBBIA. Il y a +représenté, en compartiments quadrangulaires, la Vierge et l'Enfant, la +Résurrection, les quatre Évangélistes et les quatre Pères de l'Église, +ces derniers en haut relief, assis entre deux anges. Aux angles des +cadres sont des têtes en ronde bosse, d'une grande beauté. Luca s'est +volontairement abstenu de toute complication et de tout mouvement +susceptible de maniérer la composition. Ses figures tirent leur caractère +de leur austérité et de la belle simplicité de leurs draperies, poussées +cependant au dernier degré de la perfection. Elles laissent aussi loin +derrière elles les œuvres de Ghiberti, si souvent gâtées par une +recherche de l'effet de mauvais goût, écueil que Luca semble avoir évité +avec soin, pour se rapprocher autant que possible du style pur et large +d'Andrea Pisano. La sacristie est entièrement revêtue d'une marqueterie +en bois dont les panneaux forment des tableaux; cette belle décoration +est l'œuvre de BENEDETTO DA MAJANO.</p> + +<p>En retournant par la nef gauche, à côté de la deuxième porte latérale, on +trouve le portrait en pied du Dante, peinture sur bois exécutée par ordre +de la République, en 1465. Domenico di Michelino a représenté Dante +devant une vue de Florence, entouré de divers épisodes de la <i>Divine +Comédie</i>.</p> + +<p>A gauche, pour désigner l'Enfer, s'ouvre, au milieu de rochers désolés, +la porte «où est laissée toute espérance», tandis qu'à droite un +labyrinthe symbolise le Paradis et la difficulté d'y parvenir.</p> + +<p>A côté de la première porte latérale, <i>monument</i> du musicien +<i>Squarcialupo</i> (1490) par BENEDETTO DA MAJANO, d'une ordonnance +analogue à celle du monument de Giotto auquel il fait face et sert de +pendant. Enfin, au premier pilier, <i>Saint Zenobe</i>, en vêtements +pontificaux, est une peinture d'ORCAGNA.</p> + +<p><b>LE CAMPANILE</b> de Sainte-Marie des Fleurs s'élève isolé à la hauteur +de sa façade. En 1334, après la mort d'Arnolfo, la Seigneurie confia à +GIOTTO, alors âgé de près de soixante ans, les travaux du dôme, avec +ordre, d'abord, de se consacrer à l'érection du campanile qui faisait +défaut. Le premier soin de Giotto fut d'asseoir les fondations à une +profondeur inusitée alors, et de donner ainsi à sa construction une +assiette telle, que, jusqu'à ce jour, elle n'a eu besoin d'aucune +réparation. TADDEO GADDI l'aida jusqu'à 1336, époque de sa mort, et +ANDREA PISANO reprit l'œuvre, qui fut achevée par François Talenti.</p> + +<p>Le campanile carré comporte cinq étages de hauteurs inégales et croissant +avec l'élévation, car, par un souci de perspective bien rare pour +l'époque, Giotto reconnut et appliqua ce principe, que, plus une +construction s'élève, plus les plans successifs doivent gagner en +hauteur, pour que rien n'interrompe à l'œil la justesse des proportions. +Par l'application de cette théorie, le campanile acquiert une grâce et +une légèreté incomparables. La préoccupation qu'avait Giotto d'atteindre +ce but était telle qu'elle l'amena à modifier ce qu'aurait eu de sec +l'angle aigu sur une pareille masse et à rabattre les côtés en les +flanquant de piles polygonales. Comme au dôme, il revêtit le campanile de +marbres alternés noirs, rouges et blancs du meilleur effet décoratif.</p> + +<p>Le plan de Giotto comportait une flèche quadrangulaire terminale qui +devait exhausser la tour d'un tiers; mais Gaddi et Pisano, après sa mort, +crurent devoir la supprimer comme de style gothique et déjà suranné. La +vérité est que cette modification ne fut pas heureuse, et que le +campanile, terminé en terrasse, semble tronqué au sommet.</p> + +<p>La simplicité des lignes dans l'œuvre de Giotto contraste avec +l'exubérance des ornements. Tout le premier étage est décoré d'une double +série de <i>médaillons</i> en demi-relief exécutés sur ses plans par +ANDREA PISANO. Ils sont inspirés par la riche symbolique du moyen âge et +retracent, dans une large idée philosophique, les progrès de l'humanité +en intelligence, en art et en industrie, depuis sa création.</p> + +<p><b>A l'Ouest</b> on voit, accompagnés de leurs attributs bibliques: La +création. Les premiers travaux de l'agriculture, avec Adam et Eve +labourant. La vie pastorale, Jacob et ses troupeaux. Jubal, inventeur de +la musique. Tubal Caïn, premier forgeron. La viticulture personnifiée par +Noé.</p> + +<p><b>Au Sud</b>: L'astronomie sous la figure d'un mage avec la sphère +céleste. L'architecture représentée par des maçons construisant une +maison. L'art du potier par des femmes achetant des ustensiles de terre. +Viennent ensuite l'homme dompteur de chevaux; le tissage; la législation, +figurée par un juge; Dédale, symbole des émigrations lointaines.</p> + +<p><b>A l'Est</b>: La navigation sous la forme d'une barque. Hercule, +dompteur des éléments. Le cheval, attelé à un char comme bête de travail.</p> + +<p>Enfin <b>au Nord</b>: La sculpture avec Phidias. La peinture avec +Apelles. La grammaire avec Donatus. Le lyrisme avec Orphée. La +philosophie avec Platon et Aristote. La géométrie avec Ptolémée.</p> + +<p>La rangée supérieure des médaillons hexagonaux est consacrée aux Vertus +théologales et cardinales, aux Sept Œuvres de Miséricorde, aux Sept +Béatitudes et aux Sept Sacrements.</p> + +<p>Le deuxième étage du campanile est orné de niches garnies de statues de +docteurs, de prophètes, de sibylles ou de Pères de l'Église, et complète +l'ensemble de cette magnifique décoration.</p> + +<p>Parmi ces sculptures, il faut citer les statues des prophètes dues +à Donatello, œuvres de premier ordre exécutées par le maître entre 1415 +et 1425, et qui joignent à la perfection du travail le grand intérêt +d'être de vivants et célèbres portraits, pour lesquels le sculpteur s'est +livré à une véritable débauche de réalisme, sans aucun souci de la +couleur historique pour les héros sacrés qu'il devait représenter.</p> + +<p>La plus connue, sous le nom du «Zuccone», placée à l'ouest, représente le +roi David, pour lequel le maître choisit comme modèle un certain Giovanni +di Barduccio Cherichini, réputé le plus laid des citoyens florentins, +remarquable par sa calvitie, sa maigreur et sa mine patibulaire: Cette +vieillesse et cette laideur presque repoussantes ont été rendues par +Donatello avec une prodigieuse vérité, tandis qu'il traitait l'anatomie +avec son incomparable sûreté en traits aussi souples que larges. On +raconte que, parmi tant de chefs-d'œuvre, le «Zuccone» resta celui dont +le maître se montrait le plus fier, et cela, au point de jurer par lui, +quand il voulait prêter serment. Sur ce même côté se trouvent encore deux +statues: celle du <i>prophète Jérémie</i>, sous les traits de l'ami de +Donatello, Francesco Soderini, et celle de <i>Saint Jean-Baptiste</i>, +jeune et belle figure à laquelle nous sommes peut-être redevables du +Saint Georges, le chef-d'Œuvre d'Or San Michele. Enfin, à l'est, on doit +au maître la figure d'<i>Abraham sur le point de sacrifier Isaac</i>, +pour laquelle il se fit aider par Nanni di Banco, et encore celle du +prophète <i>Habacuc</i>, exécutée très postérieurement aux autres, et +également le beau portrait d'un vieillard contemporain.</p> + +<p>Autour de la place du Dôme s'offrent plusieurs édifices importants au +point de vue artistique. A l'angle de la <i>via Calzajuoli</i> s'élève la +<b>LOGGIA DEL BIGALLO</b>, petit monument du plus pur style gothique, +élevé de 1352 à 1358 pour la confrérie des Capitani della Misericordia et +plus tard occupé par celle del Bigallo dont il prit le nom. La loggia +comporte trois arcades cintrées surmontées de deux fenêtres accouplées. +Une troisième arcade fait retour sur la via Calzajuoli et, en face +d'elle, s'ouvre, au fond du portique, un oratoire, petite chapelle +décorée de trois statues, <i>la Vierge et deux anges</i>, ouvrage unique +d'ALBERTO D'ARNOLDO (1364), où se pressent déjà la Renaissance. Un toit +avancé sur des consoles sculptées couvre le charmant édifice du Bigallo.</p> + +<p>A côté de lui, sur la place, se trouve l'orphelinat des Enfants trouvés, +l'<b>ORFANOTROFIO DEL BIGALLO</b>. Dans la salle du Conseil +d'administration, une fresque de GIOTTINO (1342), la <i>Miséricorde</i>, +est placée au-dessus d'une vue de Florence.</p> + +<p>Sur le mur du fond, une fresque plus petite d'un des giottesques, VENTURO +DI MORO, représente la loggia del Bigallo où deux capitani recueillent +les enfants qu'on leur amène. Si, dans cette œuvre remarquable, +l'influence de Giotto subsiste par la simplicité des plans, les attitudes +et le dessin plus étudiés sont déjà presque dignes des «Quatrocentisti», +tout en laissant aux figures l'adorable naïveté des primitifs.</p> + +<p><b>L'ORATOIRE DE LA MISÉRICORDE</b>, situé au sud de la place, appartient +à la confrérie de la Miséricorde, fondée en 1244, dans le but de secourir +les pauvres et les malades, mais surtout d'ensevelir et de porter les +morts. Toutes les classes sont représentées dans cette confrérie +actuellement encore de plus de deux mille cinq cents membres, tous +également vêtus de la cagoule en toile noire, lorsqu'ils font leur +service.</p> + +<p>Au-dessus de l'autel, une des meilleures œuvres d'ANDREA DELLA ROBBIA, +<i>retable</i> en deux parties. Dans le bas-relief supérieur, +Jésus-Christ bénissant. Dans l'inférieur, la Vierge entourée de chérubins +entre deux saints. Une prédelle représente l'Annonciation, la Nativité et +l'Adoration des Mages.</p> + +<p>La salle contiguë à l'oratoire sert de vestiaire aux frères; au fond se +trouve le dortoir où six frères doivent chaque nuit être en permanence.</p> + +<p><b>L'OPÉRA DEL DUOMO</b>(Musée du Dôme) est situé sur la place, +directement derrière l'Abside. <b>L'intérieur</b>, où se conserve tout ce +qui a trait au baptistère et au dôme, est un assemblage divers de qualité +et de style, et constitue un musée très complet de l'histoire de ces deux +monuments.</p> + +<p>La première des trois salles du musée, au premier étage, contient des +chefs-d'œuvre. Il faut en toute première ligne placer les dix admirables +<i>Bas-reliefs des enfants danseurs et musiciens</i> exécutés de 1431 à +1440 pour la tribune des orgues de la cathédrale par LUCA DELLA ROBBIA. +Vasari décrit ainsi ces magnifiques compositions: «Luca fit en ces +compartiments les chœurs de la musique, chantant de diverses façons, et +il y mit tant de talent et y réussit à tel point qu'on distingue, à la +hauteur où ils sont placés, le gonflement de la gorge de ceux qui +chantent, le battement des mains de ceux qui lisent la musique par-dessus +l'épaule des chanteurs plus petits qu'eux, enfin les diverses manières de +jouer, de danser, de chanter et les autres mouvements inspirés par la +musique.»</p> + +<p>Luca, lorsqu'il exécuta ces bas-reliefs, était véritablement arrivé à +l'apogée de son talent. Il possédait toutes les qualités d'un grand +sculpteur: la clarté dans la conception, la science du dessin et une +extraordinaire habileté de main, qualités subordonnées pourtant à +l'infinie poésie d'une âme raffinée et mystique tout ensemble.</p> + +<p>A côté de l'œuvre de Luca, il faut placer le fameux <i>devant d'autel du +baptistère</i>, en argent massif, une des principales œuvres d'orfèvrerie +laissées par le XIVe et le XVe siècles. Le plan général et les +encadrements datent de 1466; ils furent exécutés par LEONARDO DE SER +CRISTOFANO, BELLO DI GERI, CRISTOFANO DI PAOLO et MICHELE DI MONTE. +Le travail des hauts reliefs intérieurs fut exécuté par Antonio POLLAJUOLO, +GHIBERTI et VERROCCHIO, et reproduit l'histoire de Saint Jean-Baptiste. Si +ceux de la naissance, dus à Pollajuolo, sont de premier ordre, on +retrouve, dans la partie centrale due à Ghiberti, les qualités et les +défauts des portes du baptistère inhérents à son style.</p> + +<p>Cette précieuse décoration est complétée par la <i>Croix</i> destinée à +être placée sur l'autel, chef-d'œuvre de l'orfèvrerie du XVe siècle +achevé par ANTONIO POLLAJUOLO en 1456. Il y employa avec une habileté +consommée l'art de l'émailleur, du graveur et de l'orfèvre. La croix, +enrichie de gravures d'émaux sur paillons et de statuettes, repose sur un +pied de toute beauté, accompagné de deux précieuses figurines placées de +chaque côté, où se retrouvent la grande allure du maître, son remarquable +dessin et son précieux fini. Le tertre où est plantée la croix est +couvert de minuscules animaux où la minutie poussée à l'excès montre une +fois de plus le goût si cher aux artistes de l'époque pour l'exagération +du détail.</p> + +<p>ANTONIO POLLAJUOLO a encore fourni les dessins des magnifiques +<i>ornements religieux</i> conservés dans cette salle et qui +appartenaient au trésor du baptistère.</p> + +<p>Dans une vaste salle contiguë sont réunis tous les modèles pour le dôme, +parmi lesquels le modèle des absides par ARNOLFO DI CAMBIO et celui de la +coupole par BRUNELLESCHI.</p> + +<p>En descendant la via Calzajuoli, on arrive rapidement à l'<b>ÉGLISE D'OR +SAN MICHELE</b>, édifiée en 1284 pour servir de marché et de halle aux +grains. Cet édifice, brûlé en 1304, lors de l'incendie mis à la ville par +le féroce prieur Neri degli Abbati, pour assouvir une haine de parti, fut +réparé à deux reprises, en 1308 et en 1321; mais, comme cette loggia en +bois, basse et obscure, déparait un quartier déjà embelli par les travaux +du baptistère, on résolut, en 1336, de la rebâtir et d'en faire un +palais. Les travaux furent confiés à TADDEO GADDI, à BENCI DI CIONE et à +NIERI FIORAVENTI, et la nouvelle construction consista en une grande +loggia quadrangulaire surmontée de deux étages.</p> + +<p>Dans cette loggia était placée la peinture sur bois d'une Vierge +miraculeuse, objet d'une si grande vénération chez les Florentins que +leur piété la comblait d'offrandes. Aussi, à la suite de la peste de +1348, la riche confrérie des grainetiers d'Or San Michele se +décida-t-elle à mettre à couvert la précieuse image peinte par BERNARDO +DADDI. ORCAGNA, auquel fut confiée cette transformation de loge ouverte +en loge fermée, s'en tira avec un rare bonheur. Il aveugla les arcades du +rez-de-chaussée où se tenait la bourse et il éclaira l'intérieur par de +belles fenêtres de marbre blanc ouvertes aux étages. Dans un angle de +cette salle partagée en deux par des piliers, il enchâssa l'image sacrée +dans un tabernacle que l'on peut considérer au double point de vue +architectonique et sculptural comme un inestimable chef-d'œuvre.</p> + +<p><b>Le rez-de-chaussée</b> d'Or San Michele est composé d'arcades +aveuglées jusqu'à mi-hauteur, remplies, dans leur partie supérieure, par +une rose de pierre ajourée reposant sur de sveltes colonnettes, +surmontées de <i>statuettes</i> exécutées par FRANSCESCO TALENTI. Le mur, +entre chacune de ces arcatures, est occupé par une niche, variée de +forme, en marbre blanc, où se trouve une grande statue de saint en marbre +ou en bronze, don d'une corporation, toutes signées des plus grands noms +des XVe et XVIe siècles.</p> + +<p>A côté de l'entrée, sur la façade occidentale, la statue en bronze de +<i>Saint Mathieu</i>, offerte par les changeurs, est une belle œuvre de +GHIBERTI de 1420.</p> + +<p>En face, celle de <i>Saint Étienne</i>, également par GHIBERTI, fut +commandée en 1428 par les drapiers. Cette figure d'un caractère sobre et +sévère, traitée dans le sentiment de la première Renaissance, fait grand +honneur au maître. La troisième niche est occupée par <i>Saint Éloi</i>, +patron des maréchaux ferrants, ses donateurs. Cette œuvre de NINO DI +BANCO est d'une facture très développée pour son époque (1408). Ce qui +lui manque est le sentiment de la vie intellectuelle, encore absent dans +ses physionomies. Sur la face méridionale, la première niche contient la +statue de <i>Saint Marc</i> offerte par les menuisiers, œuvre de jeunesse +de DONATELLO (1411) déjà en pleine possession de ses qualités. La figure, +noble et majestueuse, exprime la puissance et la force. La deuxième +niche, don des pelletiers, est occupée par une statue en bronze de +<i>Saint Jacques</i>, dans le caractère des «Trecentisti». Cet ouvrage +est attribué à Ghiberti en raison du ravissant bas-relief en marbre +blanc, encastré dans le mur au-dessous de la niche, qui représente la +Décollation de saint Jean-Baptiste traitée comme le sujet analogue à la +porte du baptistère.</p> + +<p>La niche suivante contient la statue en bronze de <i>Saint Jean +l'Évangéliste</i>, donnée par les tisseurs de soie, œuvre médiocre de +BACCIO DA MONTELUPO (1515).</p> + +<p>Sur la façade orientale, celle de la rue Calzajuoli, la première niche +contient la statue en bronze de <i>Saint Jean-Baptiste</i>, don des +marchands de drap, une des premières œuvres de GHIBERTI (1414), raide et +durement ciselée.</p> + +<p>L'architecture de la niche du milieu, due à DONATELLO, se compose de +pilastres cannelés supportant un fronton angulaire où est représentée la +Trinité. C'est une des dernières œuvres du maître, qui ne fit jamais la +statue à laquelle elle était destinée. Le groupe en bronze qu'elle +contient fut exécuté par ANDREA VERROCCHIO, à cette époque encore dans +l'atelier de Donatello et directement sous son influence. Il représente +le <i>Christ et saint Thomas</i>, et il serait digne du maître, s'il n'y +avait pas dans les draperies quelque chose de tourmenté et de cherché qui +nuit à la simplicité des lignes. Ce groupe, don des commerçants, fut +exécuté en 1483. Dans la niche suivante, la statue en bronze de <i>Saint +Luc</i>, due à JEAN DE BOLOGNE, fut donnée par les juges et les notaires, +en 1562. Elle a déjà le caractère exagéré et le mouvement intempestif de +la sculpture du XVIe siècle.</p> + +<p>La première niche de la face nord, don des bouchers, a reçu une assez +médiocre œuvre de la jeunesse de Donatello (1408) où le manque de +proportion est très sensible. La seconde niche contient un <i>Saint +Philippe</i>, patron des cordonniers, par NANNI DI BANCO. Dans la +troisième, un groupe de NANNI DI BANCO se compose de <i>quatre Saints</i> +offerts par les maçons, charpentiers, forgerons et tailleurs de pierre, +et œuvre d'une valeur secondaire, exception faite du charmant petit +bas-relief qu'elle surmonte. Enfin, dans la quatrième et dernière niche, +est placé le don des armuriers, l'admirable statue en marbre blanc de +<i>Saint Georges</i> par DONATELLO, exécutée en 1416.</p> + +<p>Cette œuvre de tout premier ordre représente un jeune homme debout et le +cou nu, un manteau négligemment jeté sur l'épaule. La cuirasse et les +brassards qui le protègent, ainsi que le haut bouclier hexagonal qu'il +tient devant lui, n'empêchent pas de deviner ce qu'il y a de force et de +souplesse dans ces membres si bien couverts. Sa figure juvénile, martiale +et austère, son regard libre et fier caractérisent admirablement le +chevalier chrétien, aussi éloigné du sentimentalisme que de la +forfanterie. Jamais n'a été mise au jour une image plus saisissante du +courage calme et sûr de lui.</p> + +<p>Il faut encore mentionner le délicieux bas-relief exécuté pour être placé +au bas de la statue, mais qui fut transporté sous la niche de la face +méridionale. Le saint à cheval transperce le dragon, tandis que sainte +Marguerite, pour laquelle il combat, prie avec ferveur. Par sa perfection +ce chef-d'œuvre serait digne de compter parmi les merveilles de l'art +grec.</p> + +<p>Au-dessous de chaque niche sont des <i>médaillons</i> occupés par les +armes des corporations donatrices; cinq d'entre eux sont dus à LUCA DELLA +ROBBIA.</p> + +<p><b>A l'intérieur</b>, l'admirable ciborium d'ORCAGNA fascine par sa +magnificence. Le caractère de ce petit monument est grave et la grâce en +est sévère; c'est le triomphe du génie de la première Renaissance. En +traversant le moyen âge, pour ressusciter après quatorze siècles, l'art +antique, sans perdre sa beauté, semble avoir renoncé à sa sévérité et à +son impassibilité, pour se laisser pénétrer par le sentiment qu'il +cherchera désormais à exprimer. Il était seulement beau, il devient +humain.</p> + +<p>Après avoir conçu son ciborium dans le style ogival florentin, Orcagna +recourut, pour le décorer et l'enrichir, à tous les procédés connus +alors. Les colonnes torses qui soutiennent le baldaquin sont mirlitonnées +de mosaïques de marbre et de verre polychrome; les marbres précieux +alternent avec une profusion inouïe de sculptures. Le ciborium est +entièrement fermé derrière l'autel par un mur sculpté dont les côtés en +retour viennent former à l'image de la Vierge un cadre d'Anges de profil +étagés en bas-relief les uns sur les autres. La face postérieure de ce +mur est divisée horizontalement en deux parties représentant la mort de +la Vierge et son Assomption. Les trois côtés qui portent les pilastres du +baldaquin sont ornés de médaillons traités en bas-relief, ressortant sur +un fond de mosaïque à dessins géométriques. Les sujets en sont: 1°la +Naissance de la Vierge, la Foi, et la Présentation au Temple; 2° l'Ange +venant annoncer sa mort à la Vierge, la Circoncision; 3° la Naissance du +Christ, la Charité et l'Adoration des Mages. L'autel a une décoration +analogue; trois de ses bas-reliefs sont remarquables: ce sont +l'Annonciation, l'Espérance, et surtout le Mariage de la Vierge, œuvre +sculpturale de premier ordre. Orcagna, pour protéger cette création +délicate contre les allées et venues des gens affairés dans la Bourse, +l'entoura d'une balustrade assez élevée formant deux étages de +compartiments de marbre ajourés et remplis par de légères rosaces de +bronze.</p> + +<p><b>LA MAISON DES CARDEURS DE LAINE</b> s'étend devant la façade d'Or San +Michele, auquel la relie une galerie de communication jetée sur une haute +arcade. Cette maison du XVe siècle est crénelée et porte l'Agneau +pascal, armes de la corporation.</p> + +<p>D'Or San Michele, la rue Calzajuoli mène en peu de temps à la <b>PLACE DE +LA SEIGNEURIE</b>.</p> + +<p>Si la Renaissance peut être considérée, à bon droit, comme la +résurrection de la personnalité humaine, encore fallait-il, avant +d'affranchir l'individu, chercher l'affranchissement des collectivités +représentées par la commune; ce fut le grand travail de la première +Renaissance. Cette marche lente, mais progressive, vers l'égalité civile, +fut marquée en Toscane par la construction successive des palais publics, +des tours et des loges communales. Aussi la place de la Seigneurie, avec +ses monuments, doit-elle être considérée comme le cœur même de Florence, +comme le berceau de ses franchises et de ses libertés, comme l'endroit où +furent prises toutes les grandes décisions de son histoire et où +sonnèrent également les heures les plus sombres de ses destinées, celles +où les luttes sanglantes entre les Gibelins et les Guelfes, ou entre les +Noirs et les Blancs, mettaient son existence même en jeu.</p> + +<p><b>LA «LOGGIA DEI LANZI»</b> est située à l'angle méridional de la place. +Parmi les privilèges que possédait l'aristocratie à Florence, trois des +principaux consistaient dans la dignité de chevalier, dans l'exercice des +fonctions consulaires et dans la possession d'une loge.</p> + +<p>Lorsque les Guelfes, devenus les maîtres de Florence, eurent fait +construire par Arnolfo le palais de la Seigneurie avec sa vieille tour à +mâchicoulis et à beffroi, destinée à dominer toutes les autres, leur +première pensée fut de posséder la loge nécessaire pour offrir un abri +digne de lui au premier magistrat de la République, lorsqu'il paraissait +en public. La Seigneurie rendit donc, en 1335, un décret ordonnant la +construction, à côté du palais, d'un portique destiné à cet usage. +ORCAGNA en dressa les plans; mais l'édifice, commencé après sa mort, en +1376, par ses élèves BENCI DI CIONE et FRANSCESCO TALENTI, ne fut terminé +qu'en 1391.</p> + +<p>La Loggia dei Lanzi est un des plus beaux monuments profanes laissés par +le style gothique tempéré du classicisme spécial à l'Italie.</p> + +<p>L'harmonie des proportions y est telle que ses dimensions colossales +disparaissent, tant l'impression produite est satisfaisante à l'œil. Le +portique est formé par cinq piliers qui supportent l'arc en plein cintre +de l'antiquité; à l'intérieur, la voûte à nervures très simples +correspond aux arcs extérieurs. Entre ces arcs, AGNOLO GADDI plaça des +médaillons en bas-relief représentant des <i>Vertus</i>, sujets qu'il +emprunta sans scrupule à la porte du baptistère d'Andrea Pisano, et, afin +que rien ne fût épargné pour donner à l'édifice plus de magnificence, ces +médaillons furent peints et dorés, tandis que les murs intérieurs étaient +décorés de fresques et que la voûte était semée des armoiries de +Florence, de celles du pape Innocent VIII, de la maison d'Anjou et des +Guelfes.</p> + +<p>Au XVIe siècle, le grand-due Cosme de Médicis, dans la crainte des +souvenirs rappelés au peuple par ce monument, témoin de sa liberté et de +son antique splendeur, eut un instant l'idée de le détruire. Grâce à +Michel-Ange consulté, la Loggia fut conservée, mais toutes ses peintures +furent effacées et elle devint le corps de garde des lansquenets de Cosme +(dei Lanzi), auxquels elle doit son nom actuel.</p> + +<p>Cependant, le souvenir vivace des jours passés persistant dans l'esprit +des Florentins, les Médicis transformèrent la loge en musée, cherchant à +distraire le peuple du souci de ses affaires par le spectacle journalier +d'un art énervant et efféminé. Ils placèrent le sensuel Persée sous la +statue de la Justice, tandis que le voluptueux groupe de Jean de Bologne +se dressa au-dessous de la Tempérance.</p> + +<p>Tout intéressantes et toutes belles que soient ces sculptures de la +Renaissance, elles sont en dissonance complète avec le style grave et +sévère de la loge d'Orcagna, de Cione et de Talenti.</p> + +<p><b>A l'intérieur</b>, sous l'arcade gauche, est placé le <i>Persée</i> en +bronze de BENVENUTO CELLINI (1553).</p> + +<p>Persée, debout sur le corps décapité de Méduse, en présente la tête d'une +main et tient son glaive de l'autre. Ce groupe fameux manque de +simplicité: empreint d'une grâce efféminée, il est pourtant la meilleure +et la plus énergique œuvre d'un maître bien plutôt orfèvre que sculpteur. +Le Persée est placé sur un socle de marbre blanc lourd et surchargé, où +se manifestent déjà les tendances du barocco; les statuettes qui le +décorent sont d'une complication et d'un maniérisme exagérés. En face, +sous l'arcade droite, est le groupe célèbre de <i>l'Enlèvement des +Sabines</i>, par JEAN DE BOLOGNE (1583), sculpture puissante et +mouvementée d'un grand effet.</p> + +<p>Cet ouvrage, comme le précédent, peut donner une idée parfaite du +changement radical qu'un siècle a suffi pour amener dans la manière même +de comprendre l'art! Tandis que les dernières années du XVe siècle +voient l'effort admirable des artistes pour atteindre à la vérité +naturaliste et réaliste, sans qu'il soit pourtant rien sacrifié des +conditions idéalistes indispensables à tout art vraiment élevé, le milieu +du XVIe siècle produit des virtuoses consommés pour lesquels tout +consiste à résoudre quelque difficile problème de technique et à réussir +le tour de force par une sorte d'acrobatie picturale ou sculpturale. +Cette recherche excessive nuit à l'émotion qu'obtiennent parfois d'autres +œuvres d'une facture bien moins accomplie.</p> + +<p>Sous l'arcade, vers le vieux Palais, se trouve la <i>Judith</i> de +DONATELLO, bien fâcheusement juchée sur un socle de granit en forme de +candélabre d'où il est résulté le plus mauvais effet de raccourci. La +Judith est la plus célèbre des statues de femmes faites par Donatello. +Coulée en bronze, en 1440, pour Cosme l'Ancien, elle fut, en 1495, après +l'expulsion des Médicis, installée devant le Palais Vieux avec la fière +épigraphe «Exemplum Salutis Publicae Cives Posuere». Cet ouvrage peut +compter pour un des premiers groupes profano-héroïques où Donatello se +soit laissé emporter par son penchant au réalisme et au naturalisme. +Cette tentative, hardie alors, peut motiver certaines critiques. Judith +est embarrassée dans des draperies trop amples et trop riches qui lui +enlèvent sa fierté, tandis que le geste par lequel elle brandit le glaive +manque de noblesse; Holopherne, gisant à ses pieds, tourne le dos dans +une position forcée, c'est une figure peu attrayante; mais l'admirable +maîtrise de Donatello se retrouve dans la belle expression de la Judith +et dans les magnifiques bas-reliefs du coffre triangulaire sur lequel est +monté le groupe.</p> + +<p>Les autres statues de la Loggia sont d'un intérêt très relatif. Des deux +groupes placés au centre, l'un représente <i>Ajax avec le corps de +Patrocle</i> ou <i>d'Achille</i>, antique très restauré, à la fin du +XVIe siècle; l'autre, <i>Hercule terrassant le centaure Nessus</i>, de +Jean de Bologne. Au fond sont rangées cinq médiocres statues antiques de +femmes drapées.</p> + +<p>L'immense masse sombre et carrée du <b>PALAZZO VECCHIO</b> déborde sur le +côté est de la place.</p> + +<p>La République, instruite par les leçons de l'expérience et voulant se +mettre à l'abri des entreprises et des coups de main des factieux, fit +élever, dès 1298, par ARNOLFO DI CAMBIO, un édifice communal puissant et +robuste, mi-partie palais, mi-partie forteresse, dont l'aspect imposant +serait complété par la fière tour du beffroi dressée au-dessus de lui. +Imbu de l'esprit démocratique du temps, Arnolfo, dans cette maîtresse +œuvre, se conforma merveilleusement aux vues d'un pouvoir ombrageux qui +voulait tout à la fois protéger et surveiller Florence. Dans ce rude +édifice tout parle, tout redit l'histoire des tourmentes florentines; +elle est écrite tout entière dans ce formidable appareil de pierres +brutes, saillant en énormes bossages, dans ces mâchicoulis démesurés qui +surplombent et dont les profondes arcatures, portées par des corbeaux +décorés, sont occupées par les fières armoiries florentines: lys de +Florence, armes des prieurs avec la devise «Libertas», armes des Guelfes, +armes de la maison d'Anjou, armes du peuple florentin ou armes mi-partie, +communes à Florence et à Fiesole. Au nu des créneaux menaçants qui +couronnent les mâchicoulis, s'élance, pour ainsi dire dans le vide, la +tour carrée, elle aussi hérissée formidablement de mâchicoulis et +surmontée du beffroi où était suspendue la cloche qui appela tant de fois +les citoyens à la défense de la patrie et de la liberté.</p> + +<p>La façade d'ARNOLFO est tout ce qui reste de l'ancienne splendeur du +palais. Cet asile inviolable des magistrats florentins fut remanié au +XVIe siècle par VASARI, le courtisan et l'ami des Médicis, animés +eux-mêmes contre le Palais Vieux et la Loggia de la haine que leur +inspirait tout souvenir de la grandeur et de la liberté florentines. Sur +leurs ordres, Vasari coupa les étages, fit tous les agrandissements sur +la via del Leone, décora somptueusement les appartements et transforma la +sévère demeure des prieurs en une fastueuse résidence princière. Déjà en +1450, sur l'ordre de Cosme, MICHELOZZO avait dû ouvrir la cour intérieure +entourée de portiques dont les colonnes, trouvées trop simples, furent +surchargées ensuite par MARCO DA FAENZA d'arabesques en stuc dans le goût +de la décadence raphaëlesque.</p> + +<p>Des œuvres si nombreuses commandées par Laurent le Magnifique au +VERROCCHIO, peu ont subsisté; l'une d'elles est <i>l'Enfant au +Dauphin</i> placé au milieu de la vasque occupant le centre de la cour. +C'est un ravissant petit amour en bronze qui s'envole en pressant contre +son cœur un dauphin, charmant ouvrage, parfait de naturel et de grâce +enfantine.</p> + +<p><b>A l'intérieur</b>, un escalier monumental conduit au premier étage et +à l'immense <b>Salle des Cinq Cents</b> construite par VASARI, qui +détruisit à cet effet toute une partie de l'intérieur du palais. Il la +décora de fresques détestables et démesurées relatives aux guerres de +Florence et de Sienne. Le plafond allégorique par Vasari est une +apothéose des Médicis.</p> + +<p>Un passage fait communiquer cette salle avec la <b>salle du Conseil</b> à +laquelle donne accès une adorable porte du vieux Palais, exécutée en +marbre blanc par GIOVANNI DI TEDESCO (1388). Les colonnes torses qui lui +servent de cadre, supportent un admirable linteau où sont sculptées les +armes de Florence, celles des Guelfes, et celles de la maison d'Anjou, +triple association dont l'image mystique occupe le tympan sous la forme +de la triple face de la Trinité. Des vantaux en bronze doré, ornés de +compartiments à mascarons, complètent cette belle décoration.</p> + +<p>La salle du Conseil est une magnifique pièce dont le beau <i>plafond</i> +à caissons a été sculpté par MICHELOZZO.</p> + +<p>Une frise décorée d'armoiries reliées par des guirlandes entoure la +salle, dont les murs sont couverts de belles tapisseries de la +manufacture de Florence où se déroule l'<i>Histoire de Joseph</i> d'après +les dessins du BRONZINO. La petite salle voisine a également un +magnifique plafond à caissons dû à BENEDETTO DA MAJANO.</p> + +<p>Au deuxième étage subsistent encore quelques salles de l'ancienne +disposition. <b>La salle du Gonfalonier</b> est actuellement nommée salle +des Lys à cause de son beau plafond à caissons dorés contenant un fleuron +autour duquel rayonnent les six fleurs de lys florentines, belle œuvre du +XVe siècle.</p> + +<p>GHIRLANDAJO décora de fresques murales une grande Partie des salles du +Palais Vieux. De ce travail il ne subsiste que la décoration de la salle +du Gonfalonier, et encore est-elle mutilée par une porte ouverte, sous +les Médicis, au beau milieu d'un des panneaux. Sous trois arcades d'une +magnifique architecture saint Zenobe est représenté en riches ornements +pontificaux; il est assis et bénit entre deux diacres debout. Cette belle +œuvre de Ghirlandajo est traitée avec une puissance et une largeur de +composition remarquables (1481).</p> + +<p>Une ravissante <i>porte</i> sculptée par BENEDETTO DA MAJANO, en 1481, +réunit la salle des Lys à <b>la salle d'Audience</b>. Les deux vantaux de +la porte sont une mosaïque de bois où JULES DE MAJANO a représenté les +portraits de Pétrarque et de Dante.</p> + +<p>Le beau plafond à caissons du XVIe siècle, dans la salle d'Audience, est +l'œuvre de MARCO DEL TASSO.</p> + +<p>Après avoir traversé la petite <b>Chapelle des prieurs de +Saint-Bernard</b>, où Savonarole passa sa dernière nuit, puis une +succession de salles sans intérêt, à part une peinture sur bois de <i>la +Vierge avec l'Enfant et Saint Jean-Baptiste</i> par BOTTICELLI, on arrive +à la <b>salle de la Justice</b> décorée par BRUNELLESCHI d'une fontaine +soi-disant copie de celle de la maison de Pilate à Jérusalem.</p> + +<p>La <b>salle des Cartes géographiques</b> est l'ancienne bibliothèque. +Elle est entourée d'armoires dont les portes sont décorées à l'extérieur +de cartes géographiques peintes au XVIe siècle et reproduisant le monde +connu alors.</p> + +<p>Sur <b>LA PIAZZA DELLA SIGNORIA</b>, à droite de l'entrée du Palazzo +Vecchio, est un groupe d'<i>Hercule</i> et de <i>Cacus</i> (1540) par +BACCIO BANDINELLI, le rival malheureux de Michel-Ange. A l'angle nord-est +du palais se voit aussi une fontaine surmontée d'un <i>Neptune</i> +colossal et de <i>Tritons</i> par Bartolommeo AMMANATI (1575). Ces +sculptures, comme les précédentes, se ressentent de l'influence +déplorable exercée par Michel-Ange sur des artistes secondaires. Des +<i>divinités</i> marines en bronze de JEAN DE BOLOGNE contribuent à +l'ornementation de cette fontaine érigée à la place où se dressa le +bûcher de SAVONAROLE, le 23 mai 1498. A côté s'élève la <i>statue +équestre de Cosme</i> par JEAN DE BOLOGNE (1594).</p> + +<p><b>LE PALAIS UGGUCIONE</b>, sur un côté de la petite place, eut, dit-on, +Raphaël pour architecte.</p> +<br><br><br> + + + +<h3>II</h3> + +<h3>LES OFFICES</h3> + + +<p><b>LA GALERIE DES OFFICES</b> (Uffizi) occupe le palais que le grand-duc +Cosme fît construire par Vasari, de 1560 à 1574, pour y réunir divers +ordres de magistrats. Cet édifice est composé de deux longues galeries +parallèles allant de la place de la Seigneurie à l'Arno et reliées du +côté du fleuve par une courte galerie transversale. Un portique règne +autour du monument, des niches contenant les statues modernes des Toscans +célèbres sont disposées aux piliers. Du côté extérieur, face à l'Arno, +placée haut, est la <i>statue de Cosme Ier</i> par JEAN DE BOLOGNE, +entre celles de la Justice et de la Force. A l'entrée du portique de +gauche, un escalier conduit à la galerie formée de la collection +particulière des médicis et enrichie successivement par les ducs de la +maison de Lorraine.</p> + +<p>Dans le premier vestibule du Musée, bustes des Médicis, bas-reliefs +antiques. Le deuxième vestibule a reçu des sculptures antiques: 1° +<i>Cheval</i> qu'on présume avoir fait partie du groupe des Niobides; 2° +<i>Sanglier antique</i>, célèbre et remarquable ouvrage grec.</p> + +<p>Le long corridor occidental contient des sculptures et des tableaux. Les +sculptures antiques de cette galerie n'ont qu'une valeur relative, elles +consistent principalement en bustes et en sarcophages. Les murs des +premières travées sont consacrés aux «Trecentisti». Au milieu d'œuvres +d'un intérêt parfois secondaire se remarquent quelques joyaux précieux.</p> + +<p>N° 17.—PIETRO LORENZETTI. Petit tableau des anachorètes, curieux à +comparer avec la fresque du Campo Santo de Pise.</p> + +<p>N° 25.—SIMONE DI MARTINO et LIPPO MEMMI. <i>Annonciation</i>. SIMONE est +le maître le plus remarquable de l'école siennoise à l'époque de GIOTTO +(1285-1344). Pendant les derniers temps de sa vie, son élève Lippo Memmi +fut de moitié dans ses œuvres. Le meilleur ouvrage sorti de cette +collaboration est l'<i>Annonciation</i> des Uffizi, peinte en 1333, où +des figures très rehaussées d'or sur fond d'or nous montrent précocement +appliqués les procédés de l'Angelico. Dans ce panneau sur bois d'un +sentiment délicieux, peint en 1333, la Vierge assise ramène chastement +autour d'elle le manteau dont elle est enveloppée. Un grand lys dans un +vase d'or la sépare de l'ange agenouillé qui lui offre le rameau +d'olivier, symbole de la réconciliation entre Dieu et les hommes amenée +par la venue du Christ. Les ailes et la riche chasuble d'or de l'ange +couronné de légères branches d'olivier, sont délicatement ouvragées, et +son exquise figure est ravissante de grâce.</p> + +<p class="mid"><img alt="" src="images/05-131.png"></p> + +<p>Nos 24 et 26.—Volets complétant ce triptyque: <i>San Ansano</i> en +rose, tenant une bannière, et <i>Santa Giuletta</i>, en manteau gris, +tenant la croix et la palme du martyre.</p> + +<p>N° 45.—BICCI DI LORENZO (1350-1427). <i>S.S. Cosimo et Damiano</i>, +patrons de la famille Médicis; debout à côté l'un de l'autre sur un fond +d'or, vêtus de manteaux lie de vin, ils ont la tête couverte d'un voile +rouge, et tiennent en main la plume et l'écritoire.</p> + +<p>N° 52.—PAOLO UCCELLO (1397-1475). Tableau de bataille, un des quatre +d'une série de mêmes sujets: mêlée de chevaux et de cavaliers se +détachant sur un fond très sombre. La peinture est mouvementée pour +l'époque, mais elle frappe bien plus par la recherche de la difficulté +que par celle de la réalité et de la vie.</p> + +<p>PIERO DEL POLLAJUOLO (1441-1489).</p> + +<table cellpadding="0" cellspacing="0" + style="width: 100%; text-align: left;" summary="nul"> + <tbody> + <tr> + <td style="vertical-align: top; width: 50%;"> +Nos 69, <i>l'Espérance</i><br> +_"_ 70, <i>la Justice</i><br> +_"_ 71, <i>la Tempérance</i><br> +_"_ 72, <i>la Foi</i><br> +_"_ 73, <i>la Charité</i><br> + </td> + <td style="vertical-align: top; width: 50%;">Figures +d'un grand<br> +style, mais ayant<br> +perdu leur caractère<br> +sous de trop visibles<br> +refaits.<br> + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + + + +<p>N° 34.—LUCA SIGNORELLI. <i>La Vierge avec l'Enfant</i>. La Vierge, d'une +expression charmante, est assise par terre, en corsage rouge et en long +manteau bleu, et se penche vers l'Enfant entièrement nu qu'elle soutient +de ses deux mains. Au fond, Signorelli a placé des figures nues tout à +fait étrangères au sujet, celles d'un jeune homme faisant de la musique +et d'un autre qui l'écoute appuyé sur un long bâton. Michel-Ange, inspiré +par cette idée, usa de la même licence dans la Sainte Famille de la +tribune.</p> + +<p>Salles donnant sur le corridor occidental.</p> + +<br><br><br> +<h2>ÉCOLE TOSCANE</h2> +<h3>(TROIS SALLES)</h3> + +<p class="mid"><b>1° Salle A</b>.</p> + +<p>N° 1157.—LÉONARD DE VINCI (?). Tête de jeune homme vue de face, les +cheveux rejetés en arrière. Assez jolie de ton, mais d'un dessin un peu +sec et d'une expression banale.</p> + +<p>N° 1159.—LÉONARD DE VINCI (?). <i>Tête de Méduse</i> coupée et gisant à +terre dans un effet de raccourci. Attribuée à Léonard, mais bien +postérieure et probablement due à un peintre de l'école milanaise qui +s'inspira de la description que Vasari avait faite d'une œuvre disparue +du maître.</p> + +<p>N° 1167.—MASACCIO (1401-1428). Beau portrait en buste d'un vieillard +inconnu, vêtu et coiffé de blanc, se détachant sur un fond bleu pâle. Son +visage rasé et ridé, légèrement incliné sur la poitrine, a une expression +de bonhomie narquoise. Ce fragment de fresque est également attribué à +Filippino Lippi.</p> + +<p>N° 1154.—INCONNU. <i>Le Médailleur</i>. Portrait d'un jeune homme aux +traits fins et intelligents; sur sa longue chevelure, il porte une +calotte rouge. Vu à mi-corps, et vêtu de noir, il tient sur son cœur une +médaille dorée, en relief, à l'effigie de Cosme de Médicis. Cette figure, +dont les mains sont remarquablement modelées, se détache sur un très +intéressant paysage; elle est connue sous le nom du Médailleur, et passe +pour être le portrait de Pic de la Mirandole peint par Andrea del +Castagno ou par Sandro Botticelli, à cette époque élève d'Andrea.</p> + +<p>Nos 1156 et 1158.—SANDRO BOTTICELLI. <i>Histoire de Judith et +d'Holopherne</i>, interprétée en deux très petits tableaux, avec ce +délicieux sentiment de poésie allégorique propre à Botticelli. Si la +précision, le fini précieux et l'anatomie sculpturale de l'Holopherne +rappellent Mantegna, l'envolée et la grâce charmante de la Judith font de +ce petit chef-d'œuvre une des meilleures pages du maître.</p> + +<p>N° 1156.—<i>La Judith</i>. Judith, suivie de sa servante, retourne vers +Béthulie qui forme paysage au fond. Elle tient d'une main un cimeterre +recourbé et de l'autre présente un rameau d'olivier, comme annonce de la +paix que par la mort d'Holopherne elle apporte à son peuple. Son ample +robe flottante est retenue autour de sa taille par des liens compliqués, +et sa démarche calme contraste avec la précipitation de sa servante, +figure d'une beauté antique qui, pressant le pas dans un mouvement +incomparable, d'une main relève sa robe pour n'être pas entravée dans sa +marche, tandis que de l'autre elle soutient sur sa tête la corbeille où +la tête d'Holopherne apparaît enveloppée de linges ensanglantés.</p> + +<p>N° 1158.—<i>Holopherne</i>. Sur le lit placé au fond de sa tente, le +général décapité gît nu. Deux groupes d'hommes, d'une facture remarquable +et d'un relief saisissant, le contemplent consternés. Sous la draperie +relevée de la tente on aperçoit encore deux cavaliers arrêtés dont les +attitudes montrent l'effroi et la désolation.</p> + +<p>N°1153.—ANTOINE POLLAJUOLO (1429-1498). <i>Les Travaux d'Hercule</i>. Ce +tout petit diptyque représente Hercule frappant l'Hydre de Lerne et +Hercule étouffant Antée. Ces compositions remarquables, modelées en +pleine lumière, sont d'une beauté et d'une chaleur de coloris étonnantes. +La vérité du mouvement, l'expression des physionomies, la finesse et le +rendu des moindres détails ont été traités par le Pollajuolo avec la +sincérité et l'emportement fougueux qui caractérisent son style.</p> + +<p>Nos 1178 et 1184—FRA ANGELICO (1387-1445). <i>Les Fiançailles et les +Funérailles de la Vierge</i>. Deux délicieux petits panneaux qui ont le +fini de la miniature. Conçus avec la poésie exquise de l'Angelico, ils +montrent, par la naïveté enfantine des détails matériels, à quel point +toute recherche de la réalité était indifférente ou échappait au génie +mystique du maître idéaliste.</p> + +<p>N° 1182.—BOTTICELLI (1447-1510).—<i>La Calomnie</i>. Lucien fait d'un +tableau disparu d'Apelles la description suivante:</p> + +<p>«Sur la droite siège un juge qui porte de longues oreilles du même genre +que celles de Midas. Debout à ses côtés, sont deux femmes: l'Ignorance et +la Suspicion, ses conseillères. Il tend la main vers la Calomnie qu'on +voit s'approcher sous les traits d'une femme divinement belle, mais à la +figure enflammée, émue et comme transportée de colère et de fureur. De la +main gauche elle tient renversée la torche de la justice, tandis que de +la droite elle traîne par les cheveux un jeune homme nu, qui lève les +mains vers le ciel, et semble le prendre à témoin de son innocence. Deux +autres femmes accompagnent la Calomnie, l'encouragent, arrangent ses +vêtements et prennent soin de sa parure, l'une est la Fourberie, l'autre +l'Hypocrisie. En avant de ce groupe, marche une sinistre vieille voilée +et vêtue de noir, c'est l'Envie, décharnée, pâle et hideuse.</p> + +<p>En arrière se trouve une femme à l'extérieur désolé, c'est la Repentance; +elle retourne la tête et, pleine de confusion, verse des larmes en +regardant la figure nue de la Vérité, qui, seule et isolée, se tient +debout, montrant le ciel du doigt, comme pour en invoquer la justice.»</p> + +<p>Ce sujet était éminemment fait pour tenter Botticelli, et sa passion pour +l'allégorie mythologique ne pouvait manquer de s'emparer d'un pareil +motif. Interprète fidèle et presque scrupuleux du texte, il n'y apporta +que son charme captivant et son incomparable maîtrise, appliqués aussi +bien à la beauté des figures, aux vêtements somptueux et compliqués qui +les parent, qu'au coloris lumineux et profond et aux architectures +enrichies de statues qui forment décor au fond; ses portiques luxueux +rappellent, par leur fini et même par une certaine sécheresse +sculpturale, la manière du grand Mantegna, avec lequel du reste +Botticelli a souvent plus d'un point de contact. Cette œuvre, par la +réunion de ses qualités, est une des plus saisissantes compositions +qu'ait laissées le riche XVe siècle, et les quelques défauts de +composition ou de dessin qu'on pourrait lui reprocher se perdent dans la +séduction exercée par l'ensemble.</p> +<br><br><br> + +<h3>ÉCOLE TOSCANE</h3> + +<p class="mid"><b>2° Salle B</b>.</p> + +<p>N° 1257.—FILIPPINO LIPPI. <i>L'Adoration des Mages</i> (1496). Une +certaine sécheresse dans la facture de ce tableau le rattacherait plutôt +au style de Ghirlandajo qu'à celui de Masaccio, le maître de Filippino.</p> + +<p>N° 1268.—FILIPPINO LIPPI. <i>La Vierge et quatre Saints</i>. Composition +très supérieure à la précédente. La Vierge et l'Enfant assis sur un trône +sont entourés des saints Victor et Jean-Baptiste et des saints Bernard et +Zenobe. Ce dernier est une figure de vieillard de toute beauté.</p> + +<p>N° 1112.—ANDREA DEL SARTO (1487-1531). <i>La Vierge avec l'Enfant, saint +François et saint Jean l'Évangéliste</i>. Dans ce tableau célèbre se +reconnaissent les qualités de coloris, de charme et de grâce extrême, +propres à Andrea, mais aussi son absence totale de sentiment religieux et +son impuissance à éprouver une émotion vraie.</p> + +<p>N° 1279.—<i>Sodoma</i>. ANT. BAZZI (dit le Sodoma) (1477-1549). Saint +Sébastien. Tableau peint pour servir de bannière à la confrérie de +Saint-Sébastien à Sienne. Le martyre du Saint en occupe une des faces et +l'autre est consacrée à la Vierge avec l'Enfant, accompagnés de sainte +Gismonda, œuvre admirable d'une sincérité et d'une conviction qui ne +laissent aucune place à la convention ou à l'a peu près.</p> + +<p>N° 1252.—LEONARD DE VINCI. <i>L'Adoration des Mages</i>. Esquisse d'un +tableau disparu, exécuté en 1478 pour le Palais Vieux. Tout incomplète +que soit cette composition traitée en clair obscur, elle témoigne de la +prodigieuse sincérité de Léonard et de la conscience avec laquelle il se +livrait aux plus minutieuses études pour la moindre composition. Il a +cherché ici le contraste violent entre le calme des personnages en +adoration sur le premier plan et l'agitation des figures du second plan +où se poursuivent des luttes et des combats.</p> + +<p>N° 1257.—FILIPPO LIPPI (1454-1504). <i>Adoration des Rois</i>. Une des +œuvres les plus remarquables et les plus considérables du maître. +Commandée en 1496 par les Médicis, l'artiste dut y représenter leurs +portraits sous les traits des Rois Mages, et il groupa dans leur suite +ceux de tout ce que Florence alors comptait d'hommes illustres.</p> + +<p>N° 1288.—LÉONARD DE VINCI. <i>L'Annonciation</i>. Ce tableau en longueur +fut exécuté en 1471, pendant que Léonard était encore sous la direction +de Verrocchio. Il avait été commandé par le couvent de Monte Oliveto, et +si l'on sent encore quelque inexpérience dans la couleur un peu lourde et +dans l'emploi d'architectures trop surchargées, les figures et les +paysages sont déjà traités avec un art consommé.</p> + +<p>Rien ne peut rendre le charme et la grâce de la Vierge, la noblesse de +son attitude, l'ampleur de ses vêtements. Assise sur une terrasse au +seuil de sa maison, elle lit un livre placé sur un pupitre dont la base +est un admirable autel antique.</p> + +<p>L'Archange reposant à peine sur terre, tant il semble encore soutenu par +ses ailes déployées, s'agenouille en face de la Vierge pour la salutation +angélique; un lys à la main, et vêtu de blanc, il est drapé d'un +somptueux manteau rouge, rehaussé d'ors discrets.</p> + +<p>La terrasse, parsemée de fleurs, laisse apercevoir par-dessus sa +balustrade un paysage idéal auquel les cyprès du premier plan, avec leurs +grêles silhouettes découpées sur le fond du ciel, donnent le caractère de +poignante mélancolie particulière aux couchers de soleil toscans.</p> + +<p>N° 1301.—ANTONIO DEL POLLAJUOLO. <i>Saint Eustache, saint Jacques et +saint Vincent</i>. Ces trois magnifiques figures sont debout sur une +terrasse d'où l'on découvre un vaste paysage. Elles sont peintes avec une +vigueur de style et une fraîcheur de coloris admirables et vêtues avec +une somptuosité extrême. Cette œuvre, une des plus parfaites d'un grand +et noble artiste, est de premier ordre.</p> + +<p>N° 1300.—PIERO DELLA FRANCESCA. Portraits de <i>Frédéric de +Montefeltro</i>, duc d'Urbin, et de <i>Battista Sforza</i>, sa femme. Ce +petit diptyque est considéré comme le chef-d'œuvre des peintures à +l'huile du maître, tant la composition et l'exécution en sont d'une +incomparable beauté. Le prince et la princesse, en buste et de profil, se +regardent; ils sont modelés en pleine lumière, sans ombre, et se +silhouettent avec une vigueur étonnante sur un fin et délicieux paysage.</p> + +<p>Les volets extérieurs du diptyque sont, avec une égale perfection, +peut-être plus curieux encore par l'idée mythologique qu'ils +interprètent. Sur un fond de paysage faisant suite au précédent, +s'avancent l'un vers l'autre deux chars triomphaux. Sur l'un, est assis +le duc Frédéric couronné par la Victoire, debout derrière lui. Les +chevaux sont conduits par l'Amour, et, devant le prince, sont groupées +les Vertus cardinales.</p> + +<p>La duchesse occupe l'autre, elle est assise également et escortée de deux +figures de femmes. Son char est attelé de licornes, symboles de pureté, +que précèdent la Foi et la Charité.</p> + +<p>Toutes ces figures minuscules sont peintes avec délicatesse; elles +n'occupent que la partie supérieure des panneaux, dont le bas est pris +par une inscription latine.</p> + +<p>N° 1290.—BEATO ANGELICO. <i>Couronnement de la Vierge</i>. Le sujet de +ce tableau a permis au maître de s'abandonner sans réserve au ravissement +de traiter des béatitudes célestes; aussi est-ce un de ceux qu'il a +peints avec le plus de perfection et d'amour.</p> + +<p>Sur un fond d'or strié figurant les rayons d'une gloire, trônent le +Christ et la Vierge entourés d'un chœur immense de délicieux petits anges +dansant, chantant ou jouant de divers instruments, tandis qu'en avant +s'échelonnent les élus et les saints. Rien ne peut exprimer la grâce et +la divine allégresse de toutes ces délicates figures vraiment béatifiées +par le mysticisme profond et touchant d'une âme exquise. Les attitudes +sont variées à l'infini, les visages sont peints avec le précieux fini de +la miniature; quant aux vêtements, ils sont toujours traités de la même +manière, dans les tons extrêmement vifs de l'enluminure, avec de nombreux +rehauts d'or. Au premier abord, ce parti pris donne quelque chose d'un +peu heurté, et presque de désagréable, auquel il faut que l'œil s'habitue +pour subir dans sa plénitude le charme fascinateur propre aux +compositions idéales de l'Angelico.</p> + +<p>N° 1306.—ANT. DEL POLLAJUOLO. <i>La Prudence</i>. Superbe figure de +femme assise sur un siège de marbre. Elle tient d'une main le miroir +symbolique, tandis qu'autour de l'autre s'enroule le serpent de la +sagacité. Elle est vêtue d'une tunique enrichie de pierres avec des +manches de brocart; sur ses épaules et sur ses genoux est drapé un +magnifique manteau dont la coloration fait déjà pressentir celle de +Michel-Ange.</p> + +<p>Le détail de cette œuvre de premier ordre est une merveille de rendu.</p> + +<p>N° 1267bis.—SANDRO FILIPEPPI, dit BOTICELLI. <i>La Vierge et +l'Enfant</i>. Ce tableau en forme de médaillon compte assurément parmi +les meilleures compositions religieuses du maître, dont la nature, +d'ailleurs éminemment profane, fut hostile par essence aux +interprétations pieuses qui réclament une absence de recherche et une +simplicité inconciliables avec la complication de son propre tempérament. +La Vierge, assise de profil, tient l'Enfant mal dessiné et boursouflé; sa +tête délicieuse, légèrement penchée, est couverte d'un fin tissu de gaze +rayée noué autour du cou d'une manière recherchée. Debout devant elle, +deux ravissantes figures d'adolescents lui présentent un livre ouvert et +une écritoire, tandis que, plus en arrière, s'incline en souriant un +troisième jeune homme.</p> + +<p>N° 1289.—BOTTICELLI. <i>La Vierge et l'Enfant à la Grenade</i>.</p> + +<p>N° 1299.—BOTTICELLI. <i>La Force</i>. On retrouve l'école dans ce +tableau de jeunesse peint pour la série des Vertus, dans l'atelier de +Pollajuolo.</p> + +<p>Botticelli, n'étant pas encore maître de son talent, a appliqué à cette +œuvre des principes contraires à son tempérament; aussi y +contracte-t-elle quelque chose de dur et de heurté.</p> + +<p>N° 1307.—FRA FILIPPO LIPPI (1412-1496). <i>La Vierge adore l'Enfant +présenté par deux anges</i>. Ce tableau, peint pour la chapelle du palais +de Cosme l'Ancien, est une des dernières et des meilleures œuvres du +maître; la Vierge surtout est une des plus charmantes créations de la +peinture florentine. Elle est représentée sous les traits d'une très +jeune fille à l'expression naïve et pure, vêtue d'une robe coupée à la +mode florentine et dont la légère chevelure est couverte de fins voiles +transparents. Assise dans un fauteuil, elle joint les mains et contemple +avec recueillement l'Enfant que lui présentent deux anges d'un dessin peu +agréable et même défectueux.</p> + +<p>N° 1291.—LUCA SIGNORELLI (1441-1524). <i>Sainte Famille</i>. Ce tableau +rond, dans le style large, dépouillé de tout artifice du maître, montre +avec ses admirables qualités de composition et de dessin, sa science +consommée du clair obscur, égale souvent à celle de Léonard.</p> + +<p>N° 1298.—LUCA SIGNORELLI. <i>L'Annonciation, la Nativité et l'Adoration +des Mages</i>. Précieuse prédelle où les très petites figures sont +traitées tout à la fois avec un fini remarquable et la largeur de style +des «Fulminati» d'Orvieto ou des «soldats de Totila» du Mont-Cassin.</p> +<br><br><br> + +<h3>LA TRIBUNE</h3> + +<p>La décoration de la Tribune, haute pièce ronde surmontée d'une coupole, +fut confiée par les Médicis, en 1581, à Pocetti; elle est ce qu'a pu +donner de moins mauvais le style barocco, et les incrustations de nacre +qui en forment l'ornementation ne manquent ni d'élégance ni de goût.</p> + +<p>Au pourtour de cette salle sont placées de célèbres statues antiques.</p> + +<p>N° 342.—<i>La Vénus</i>, dite de Médicis, ouvrage du sculpteur athénien +KLEOMENES, fils d'Apollodoros, est environ du IIe siècle avant notre +ère.</p> + +<p>Entre toutes les représentations d'Aphrodite, la Vénus de Médicis est +évidemment le meilleur spécimen de celles où les artistes tentèrent de +montrer la déesse sous des traits jeunes et purs, peu en rapport, +semble-t-il, avec l'idée évoquée par la déesse de l'amour, dans la +plénitude d'une force physique exclusive de toute gracilité mièvre ou +efféminée. Elle fut découverte en 1680, près de Tivoli, dans les +premières fouilles de cette villa dont l'empereur Adrien avait fait un +incomparable musée et d'où furent exhumés en même temps les deux +chefs-d'œuvre, ses voisins à la Tribune: les Lutteurs et le Rémouleur. +Les trois statues, achetées par le cardinal Ferdinand de Médicis, furent +apportées à Florence dès 1681, sous le règne de Cosme III.</p> + +<p>La Vénus, retrouvée sans bras, a été restaurée dans le mauvais style du +XVIIe siècle, par des praticiens médiocres; il est donc difficile de la +concevoir dans sa splendeur passée alors que la chevelure était dorée, +que les oreilles étaient garnies de pendants précieux et que les yeux +étaient peints.</p> + +<p>N° 343.—<i>Les Lutteurs</i>. Des nombreux groupes de lutte, sujet si +cher à l'antiquité, celui de la Tribune semble un des meilleurs.</p> + +<p>Il a, par malheur, subi tous les remaniements possibles. Retrouvé sans +têtes, on lui donna celles de deux Niobides, mais ce choix fut fait par +quelqu'un de si versé dans l'art sculptural qu'elles s'adaptent de façon +à faire croire qu'elles sont les têtes originales. A dire vrai, les +torses seuls sont intacts, mais ils suffisent, tels quels, pour rendre ce +groupe captivant par la prodigieuse sensation de mouvement et de vie qui +s'en dégage.</p> + +<p>N° 344.—<i>Le Satyre dansant</i>, œuvre grecque de la plus belle époque. +La tête, les bras et les cymbales ont été refaits par Michel-Ange. Le +reste du corps est un chef-d'œuvre de mouvement, tant le satyre apporte +de vie et de passion à sa danse; le pied droit est appuyé sur le +«scabillum», instrument en forme de soufflet, dont se tiraient des sons +perçants.</p> + +<p>N°345.—<i>L'Apollino</i>. La beauté de cette statue antique est +singulièrement diminuée par l'enduit de stuc dont on dut la recouvrir +pour la consolider.</p> + +<p>N° 346.—<i>L'Arrotino</i> (<i>le Rémouleur</i>). Un des marbres les plus +célèbres de l'école de Pergame, c'est-à-dire de la dernière période de +l'art grec. Cette statue, dont la parenté avec <i>le Gladiateur +mourant</i> du Capitole est évidente, représente un homme âgé, accroupi +devant une pierre sur laquelle il aiguise son couteau, la tête relevée et +le regard interrogateur.</p> + +<p>La critique considère maintenant l'Arrotino comme un Scythe, esclave +d'Apollon, et son action comme la préparation à l'écorchement de Marsyas. +Le polissage donné au marbre lors de sa découverte en 1675, l'a fait +longtemps prendre pour une œuvre moderne de la Renaissance.</p> + +<p>Les plus belles peintures des Offices sont réunies dans cette salle.</p> + +<p>N° 1131.—RAPHAEL. <i>Portrait du pape Jules II</i> Les portraits peints +par Raphaël sont d'un tout autre ordre que ceux de maîtres tels que le +Titien ou Van Dyck, qui étaient spécialement des peintres de portraits. +Raphaël ne fit le portrait qu'incidemment et toujours sous l'influence de +sa manière du moment. Celui de Jules II est de l'époque romaine et d'une +tonalité très sombre, fortement impressionnée comme coloris par les +Vénitiens.</p> + +<p>Dans cette toile qui appartenait à la famille de la Rovere, on regrette +de ne retrouver ni la vivacité, ni le feu du regard qu'on serait en droit +d'attendre du violent, passionné et fougueux pontife.</p> + +<p>N° 129.—RAPHAEL. <i>La Vierge du Chardonneret</i>. Ce tableau, dans la +première manière de Raphaël, fut exécuté en 1548, à Florence, pour la +famille Nasi. D'une grâce charmante, mais banale, d'une perfection +absolue, mais froide, sans aucun appel à un sentiment plus profond, il +vous laisse indifférent.</p> + +<p>N° 1127.—RAPHAEL. <i>Saint Jean dans le désert</i>, une des nombreuses +copies de ce sujet traité par le maître et dont l'original a disparu.</p> + +<p>N° 1123.—SEBASTIEN DEL PIOMBO. Portrait d'une jeune Vénitienne, tableau +nommé <i>la Fornarina</i> et longtemps attribué à Raphaël. Fra Sebastiano +peignit cette toile, véritable chef-d'œuvre, en 1512, à Rome, où l'avait +appelé Agostino Chigi pour travailler à la décoration de la Farnésine. +Si, dans cet ouvrage remarquable, il est encore sous l'influence de Palma +le Vieux pour le dessin, il a bien davantage la coloration lumineuse et +dorée de son maître le Giorgione.</p> + +<p>N° 1120.—RAPHAEL. <i>Portrait d'une Inconnue</i> qu'on croit pourtant de +la famille Doni. Ce portrait a été peint en 1505, au moment où Raphaël, à +peine arrivé à Florence, était encore sous l'influence directe du +Pérugin. C'est une très belle toile, d'une grande simplicité d'allure et +d'une couleur superbe.</p> + +<p>N° 1117.—TIZIANO VECELLI (LE TITIEN) (1477-1576). <i>La Vénus au petit +chien</i>. Ce portrait de la duchesse d'Urbin la représente sous les +traits d'une Vénus nue couchée sur un lit où se pelotonne son petit +chien. Cette toile, d'une prodigieuse intensité de couleur, est superbe +de modelé et de vie palpitante où débordent la joie et la volupté.</p> + +<p>N° 1139.—MICHEL-ANGE BUONARROTI. <i>Sainte Famille</i>. Ce tableau en +forme de médaillon est un des seuls de cet ordre et de cette dimension +peints par le maître. Il y a uniquement recherché la difficulté, et la +position de la Vierge assise à terre, élevant vers saint Joseph debout +derrière elle l'Enfant qu'elle tient à bras tendus, donne un désagréable +effet de raccourci où il n'a été apparemment visé qu'au tour de force. Le +fond du tableau est occupé par des figures de jeunes hommes nus, que rien +ne relie au sujet, placés là par Michel-Ange uniquement à l'instar de +Signorelli, sans aucun des prétextes ni aucune des excuses de cet +illustre devancier. En effet, à l'époque de Signorelli, l'art était +limité par des bornes si étroites qu'il s'agissait avant tout de +l'élargir, et, en plaçant avec une hardiesse presque téméraire des +figures nues à l'arrière-plan d'un sujet sacré, Signorelli visait un but +précis, celui d'émanciper l'artiste jusque-là asservi à des formules et +de consacrer le principe de la liberté absolue dans le domaine des +interprétations.</p> + +<p>N° 1141.—ALBERT DÜRER (1461-1528). <i>Adoration des Mages</i>. Ce +tableau, chef-d'œuvre de l'école allemande, atteint à la perfection. Le +grand Dürer le peignit en 1504, après son voyage en Italie et au moment +où il était à l'apogée de son beau et sincère talent. La foule des +personnages qu'il a représentés dans des attitudes aussi nobles que +variées, la somptuosité des vêtements, la diversité des physionomies, +font de cette œuvre une peinture aussi intéressante qu'attachante. Dürer +s'est livré à son goût pour la minutie dans sa recherche des détails: +fleurs, insectes, papillons et scarabées traités avec le fini précieux de +la miniature.</p> + +<p>N° 1118.—CORRÈGE (1494-1534). <i>Le Repos en Égypte avec saint +Bernard</i>. Ce tableau est un des premiers où le Corrège, se laissant +aller à ses goûts personnels, fit d'un sujet religieux un tableau de +genre. Malgré bien des imperfections et des incorrections encore, il a +déjà son coloris lumineux et profond, ainsi que la beauté de son modelé.</p> + +<p>N° 1111.—MANTEGNA (1431-1506). Triptyque admirable où sont peintes, +<i>l'Adoration des Rois</i> et, sur les côtés, <i>la Circoncision et la +Résurrection</i>.</p> + +<p>Ces précieuses peintures, œuvres de la jeunesse de Mantegna, exécutées en +1454, décoraient la chapelle des ducs de Gonzague à Mantoue; le volet de +droite, consacré à la Circoncision, est d'une beauté antique: c'est du +grand art dans toute sa noble et sévère pureté et rien n'a jamais été +fait de comparable comme élévation et comme forme.</p> + + +<h2>ÉCOLE ITALIENNE</h2> +<h3>MAITRES DIVERS.</h3> + +<h3>Salle IV.</h3> + +<p class="mid"><span class="mid">Tableaux divers: <i>Albane, Allori,<br> Bassano, Canaletto, Corrège</i></span>.</p> + +<p>N° 1025.—ANDRÉ MANTEGNA. <i>La Vierge aux Rochers</i>. Cette petite +perle, traitée comme de la miniature, fut peinte à Rome en 1489. La +Vierge, assise sur un extraordinaire rocher de schiste hérissé de ses +lamelles, est somptueusement vêtue: sur une jambe presque repliée, elle +tient à califourchon l'Enfant pris dans un merveilleux raccourci, et sa +tête austère et grave rappelle les belles figures des Van Eyck. Le long +du rocher serpente en contre-bas une route suivie par des troupeaux et +des personnages minuscules. La beauté du paysage est l'admirable +complément de ce petit chef-d'œuvre.</p> +<br><br><br> + +<h2>ÉCOLE HOLLANDAISE</h2> + +<h3><b>Salle V</b>.</h3> + +<p>N° 695.—LUCAS DE LEYDE (?) (1494-1533). Petit portrait en buste de +<i>Ferdinand, infant d'Espagne</i>.</p> + +<p>Le profil, tourné à gauche et un peu sec, se détache sur un fond bleu +clair. Le prince porte des cheveux longs et à son grand chapeau est fixé +un insigne en pierreries.</p> + +<p>Les Gaspard Netscher sont prodigués dans cette salle peu intéressante.</p> +<br><br><br> + +<h2>ÉCOLES ALLEMANDE ET FLAMANDE</h2> + +<p class="mid">(1re salle)</p> + +<h3>Salle VI.</h3> + +<p>N° 795.—ROGER VAN DER WEYDEN (1400-1468). <i>Jésus au Sépulcre</i>. +Au-dessus du rocher où est creusé le sépulcre, on aperçoit les trois +croix du Calvaire et la ville de Jérusalem. En avant du tombeau, saint +Jean et la Vierge soutiennent les deux bras du Christ devant lequel est +agenouillée la Madeleine, tandis que Nicodème et Joseph d'Arimathie +supportent le corps raidi par la mort.</p> + +<p>La coloration, le dessin et la pensée dont est animé ce tableau, sont +admirables, et les costumes, traités avec le plus grand soin, sont +remplis d'intérêt.</p> + +<p>N° 784.—HANS HOLBEIN, LE JEUNE. <i>Portrait de Zwingli</i>. Le +réformateur est un homme puissant, dont la large figure respire la +bonhomie. Il porte la moustache et une longue barbiche blanche; l'œil est +fin et intelligent.</p> + +<p>Nos 777 et 768.—ALBERT DÜRER. <i>Portrait de son père en buste</i>. +Cette œuvre admirable, d'une grande simplicité, appartient à la manière +de Dürer avant l'influence italienne et forme un intéressant contraste +avec les deux précédents.</p> + +<p>N° 765.—HANS HOLBEIN, LE JEUNE. <i>Richard Southwell</i>. Il est en noir +sur fond vert, coiffé d'une barrette noire; la tête a une certaine +sécheresse.</p> + +<p>N° 850.—HANS HOLBEIN (cadre contenant plusieurs petites têtes).</p> + +<p>N° IX.—<i>Médaillon de Hans Holbein</i>. Charmante petite tête d'homme, +de face; il porte toute sa barbe et est coiffé de la barrette noire.</p> + +<p>N° 847.—LUCAS CRANACH (1472-1553). <i>Luther et Mélanchthon</i>.</p> + +<p>N° 845.—<i>Jean</i> et <i>Frédéric</i>, électeurs de Saxe. Quatre petits +portraits sur fond turquoise.</p> +<br><br><br> + +<h2>ÉCOLES ALLEMANDE ET FLAMANDE</h2> + +<p class="mid">(2e salle)</p> + +<h3>Salle VII.</h3> + +<p>SCHOUFFLEIN DE NUREMBERG (1492-1539). Plusieurs scènes de la vie de +<i>Saint Pierre</i> et de <i>Saint Paul</i>.</p> + +<p>N° 703.—JEAN MEMLING. <i>La Madone sur un trône</i>. Ce délicat petit +tableau, d'une finesse exquise, si on le compare aux œuvres des primitifs +florentins, donne peut-être la supériorité aux maîtres flamands pour le +rendu et la minutie du détail. C'est de la peinture à la fois aussi large +et aussi poussée que possible.</p> + +<p>La Vierge, assise sur un trône derrière lequel est tendue une étoffe de +brocart, est entièrement vêtue de rouge, y compris son voile, et le bas +de sa robe tombe sur un superbe tapis d'Orient placé devant elle. De ses +deux mains elle porte l'Enfant Jésus, qui tient de la main gauche une +cerise et tend la droite pour recevoir une pomme présentée par un ange +agenouillé. Cet ange, vêtu d'une dalmatique passée sur sa robe blanche, +porte de l'autre main son violon et son archet, tandis qu'un second ange +agenouillé joue de la harpe.</p> + +<p>Le premier plan est séparé du fond par une arcade enrichie de motifs +sculpturaux traités avec une étonnante perfection et à travers lesquels +s'aperçoit un beau paysage flamand tout différent des fonds peints par +les maîtres italiens.</p> +<br><br><br> + +<h2>ÉCOLE FRANÇAISE</h2> + +<h3>Salle VIII.</h3> + +<p>N° 674.—LARGILLIÈRE. <i>Portrait de Jean-Baptiste Rousseau</i>.</p> + +<p>La tête de face, d'une belle couleur, est coiffée d'un bonnet de velours +bleu à la Rembrandt. Son costume se compose d'une robe du même velours +bleu drapée avec art; elle est doublée de satin orange, brodée et garnie +de dentelle.</p> + +<p>N° 671.—ANTOINE WATTEAU. <i>Le Joueur de flûte</i>. Des cavaliers et des +dames écoutent dans un jardin un joueur de flûte.</p> + +<p>N° 667.—FRANÇOIS CLOUET (1500-1572). Petit portrait équestre du roi de +France, <i>François Ier</i>, monté sur un cheval blanc harnaché +d'entrelacs de velours cramoisi. Peut-être le chef-d'œuvre de Clouet.</p> + +<p>Le roi est armé de toutes pièces, seulement le casque est remplacé par la +petite toque noire à plume blanche; les détails infinis de l'armure noire +niellée d'or sont traités d'une façon merveilleuse.</p> +<br><br><br> + +<h2>LES GEMMES</h2> + +<h3>Salle IX.</h3> + +<p>La petite salle des gemmes est un cabinet de forme elliptique entouré de +six armoires vitrées, où sont contenus les ouvrages en pierre dure, +cristal de roche, lapis et autres gemmes, au nombre de quatre cents, qui +constituaient la précieuse collection des Médicis.</p> + +<p><i>Armoire II</i>.—Cassette en cristal de roche, peut-être le plus +précieux morceau de la collection. L'histoire de Jésus-Christ y est +représentée en vingt-quatre compartiments gravés en creux. Cet objet fut +commandé à VICENTINO BELLI par le pape Clément VII et fut donné par lui à +François Ier, lors du mariage d'Henri II et de Catherine de Médicis. +VICENTINO forcé, comme les della Robbia, par la matière à laquelle il +s'était consacré, à une extrême tenue de style et à une simplicité +sévère, déploie un art véritable dans ses ouvrages. Dans la même armoire, +un autre exemple du goût de Vicentino est l'admirable coupe en cristal +dont le couvercle en or émaillé, attribué à Benvenuto Cellini, porte les +chiffres entrelacés d'Henri II et de Diane de Poitiers pour laquelle la +pièce fut commandée.</p> + +<p><i>Armoire V</i>.—Coupe en pierre dure attribuée à Jean de Bologne et +dont le couvercle est surmonté d'Hercule terrassant l'Hydre de Lerne.</p> + +<p><i>Armoire VI</i>.—Coupe en cristal de roche, par Benvenuto Cellini.</p> + + +<p><b>Corridor méridional donnant sur l'Arno</b>.</p> + +<p>N° 137.—<i>Autel antique</i> de la belle époque grecque. Il représente +Iphigénie conduite au sacrifice.</p> + +<p>N° 138.—<i>Le Spinero</i>, le tireur d'épines, réplique antique en +marbre du beau bronze du Capitole.</p> + +<p>N° 141.—<i>Base triangulaire</i> représentant trois belles figures de +femmes en bas-relief, ouvrage grec du plus beau style.</p> + +<p>MICHEL-ANGE. <i>Bacchus avec un satyre derrière lui</i>. Ce bel ouvrage +de jeunesse fut exécuté pendant que le maître était encore tellement imbu +de l'antiquité que tout l'art pour lui se réduisait à la reproduire +exactement. C'est ce qui explique l'attribution d'antique donnée +longtemps à cet ouvrage remarquable et d'un caractère unique dans l'œuvre +du maître.</p> + +<p>Dans le corridor occidental.</p> + +<p>Nos 155 et 156.—<i>Deux statues de Marsyas</i> plus grandes que nature +restaurées, l'une par Donatello, l'autre par Verrocchio.</p> + +<p>Salles donnant sur le corridor occidental.</p> +<br><br><br> + +<h2>ÉCOLE VÉNITIENNE</h2> +<p class="mid">(1re salle)</p> + +<h3>Salle XXIII.</h3> + +<p>ECOLE VÉNITIENNE. Le cardinal Léopold de Médicis acheta en 1654 la +collection de Paul de Sera, riche marchand florentin établi à Venise. +C'est de cette galerie que proviennent presque tous les tableaux de +l'école Vénitienne du musée des Offices. Au milieu d'un ensemble plutôt +secondaire, quelques toiles sont de premier ordre.</p> + +<p>N° 767.—FRA SEBASTIANO DEL PIOMBO (attribué au Moretto). <i>La Mort +d'Adonis</i>. Les belles formes et la noble attitude de Vénus accompagnée +de nymphes désolées, rappellent la pure et grave manière de Palma. Le +paysage du fond, franchement vénitien, est fort beau.</p> + +<p>Nos 599 et 605.—TITIEN. <i>Portraits du duc François-Marie d'Urbin</i> +en armure, sur un fond rouge, et de sa femme la <i>duchesse d'Urbin</i> +assise dans un fauteuil et déjà âgée. Ces portraits, peut-être la plus +remarquable œuvre de l'époque, furent peints en 1537; ils sont admirables +de caractère, tout en étant d'un fini d'exécution précieux. On retrouve +dans celui de la duchesse le même petit chien pelotonné que dans la Vénus +couchée de la Tribune.</p> + +<p>N° 626.—TITIEN. <i>La Flore</i>. Dans cette superbe toile on ne saura +jamais la part réelle qu'a la nature ou qui revient à la fantaisie +imaginative du maître. C'est une jeune et admirable Vénitienne blonde, +vêtue d'une chemise légère, sur laquelle elle ramène une draperie rose, +tandis que sa main tendue tient des fleurs. Rien ne peut rendre la +largeur et la maëstria avec lesquelles le Titien a peint ce chef-d'œuvre.</p> + +<p>N° 648.—TITIEN. <i>Portrait de Catherine Cornaro</i>, reine de Chypre. +Elle est représentée avec la roue de sa patronne, sainte Catherine +d'Alexandrie. Ce portrait est plus intéressant par le costume que par la +facture.</p> +<br><br><br> + +<h2>ÉCOLE VÉNITIENNE</h2> +<p class="mid">(2e salle)</p> + +<h3>Salle XXIV.</h3> + +<p>N° 629.—MORONE. <i>Portrait d'un savant</i>, remarquable peinture.</p> + +<p>N° 631.—JEAN BELLIN (attribué à Basaiti). <i>La Vierge au lac</i>. Sur +un rocher qui domine la rive d'un lac solitaire, la Vierge est adorée par +saint Joseph, saint Paul, saint Sébastien et plusieurs autres saints. Le +délicieux paysage du fond contribue à la beauté grave et mélancolique de +ce délicat petit chef-d'œuvre.</p> + +<p>Nos 601 et 638.—TINTORET. Deux très beaux portraits de l'<i>amiral +Venier</i> et de <i>Jacob Sansovino</i>, sculpteur et architecte, peint +dans sa vieillesse un compas à la main.</p> + +<p>Au fond des salles de la peinture vénitienne s'ouvre le cabinet des +médailles.</p> + +<p>Retournant sur ses pas au corridor oriental, on prend un couloir +conduisant à la salle dite de «Lorenzo Monaco» où ont été réunis quelques +ouvrages remarquables des «Quatrocentisti». Ils sont mieux éclairés que +dans les autres salles du musée.</p> +<br><br><br> + +<h2>SALLE DE LORENZO MONACO</h2> + +<p>N° 1309.—LORENZO MONACO. <i>Le Couronnement de la Vierge</i>, peint en +1413 et provenant de la Badia de Cerretan. C'est un grand retable sur +fond or à trois compartiments, intéressant surtout par son style gothique +absolu.</p> + +<p>N°1310.—GENTILE DA FABRIANO(1425). <i>Sainte Madeleine, Saint Nicolas de +Bari, Saint Jean</i> et <i>Saint Georges</i> dans quatre compartiments +sur fond or; ces figures sont elles-mêmes richement rehaussées d'or.</p> + +<p>N° 17.—BEATO ANGELICO. <i>Grand retable</i> à volets sur fond or. Peint +en 1443 pour la corporation des marchands de tissus de lin. Au milieu est +la figure colossale de la Vierge assise et sur les volets extérieurs et +intérieurs sont les quatre Évangélistes. Dans ce tableau on peut se +rendre un compte exact de l'impossibilité où se trouvait Angelico +d'excéder certaines proportions hormis dans la fresque. Pour une œuvre de +cette dimension, l'absence de science anatomique, le manque d'animation +et de vie des personnages sont des défauts frappants, qui deviennent trop +sensibles.</p> + +<p>La véritable voie d'Angelico, celle où il est unique, est +l'interprétation des joies et des béatitudes célestes par des figures +hiératiques et mystiques de petites proportions; aussi les douze anges +qui encadrent la Vierge et jouent de différents instruments sont-ils de +beaucoup la meilleure partie de l'œuvre, et plusieurs d'entre eux peuvent +compter parmi les plus idéales compositions du maître.</p> + +<p>N°1297.—DOMENICO GHIRLANDAJO. <i>Vierge et Enfant</i>.—La Vierge est +assise sur un trône entouré d'une balustrade derrière laquelle se +pressent quatre chérubins avec des lys; sur son genou gauche L'Enfant +porte la sphère et bénit. A ses côtés se tiennent saint Michel et +L'archange Gabriel, au premier plan sont agenouillés deux saints évêques +de chaque côté d'un vase de fleurs. La tonalité un peu grise de cette +jolie composition la ferait plutôt attribuer à Ridolfo Ghirlandajo.</p> + +<p>N° 1286.—SANDRO BOTTICELLI. <i>Adoration des Mages</i> (1466). Ce +tableau, peint par Botticelli encore très jeune pour Cosme l'Ancien, se +ressent des influences de ses maîtres et tel personnage semble échappé du +pinceau de Pollajuolo, tandis que tel autre, comme la Vierge par exemple, +est empreint du sentiment gracieux de Lippi. Toutefois, combien, par la +science de la composition, par le groupement des personnages, Botticelli +leur est-il déjà supérieur!</p> + +<p>Devant un rocher, au milieu de ruines fantaisistes, la Vierge mince et +élancée reçoit les Rois Mages agenouillés sur des plans différents et qui +sont les portraits de Cosme, de son fils Jean et de son petit-fils +Julien. Cosme, vêtu à la Pollajuolo d'une robe noire couverte de +broderies d'or, est le plus rapproché de la Vierge.</p> + +<p>Au premier plan, vu de dos, Jean, en manteau rouge à revers d'hermine, le +chapeau posé à terre, est accompagné de son fils Julien vêtu de blanc.</p> + +<p>Les autres personnages dont le groupement mouvementé concourt à l'action, +sont également des portraits et quelques-uns même sont des portraits de +premier ordre. Il faut citer particulièrement la splendide, austère et +grave figure d'un homme jeune vêtu de noir avec des chausses vertes, puis +celle d'un adolescent en manteau bleu clair dont le profil exprime +l'adoration et l'extase, tandis qu'un autre portant la tunique florentine +rouge à manches bleu de ciel, les mains croisées sur son épée fichée en +terre devant lui, regarde d'un œil dédaigneux ce qui l'entoure; aussi, +son voisin a-t-il l'air de le ramener à la réalité en lui montrant la +scène.</p> + +<p>On peut considérer cette œuvre comme une des plus précieuses qu'aient +laissées les «Quattrocentisti» et une des plus complètement belles de +l'art florentin.</p> + +<p>N° 59.—SANDRO BOTTICELLI. <i>La Naissance de Vénus</i>. Autre œuvre de +jeunesse, peinte simultanément avec l'allégorie du Printemps, sur l'ordre +de Pierre de Médicis, pour la décoration de sa villa de Castello. C'est +le premier sujet mythologique où s'essaya le maître; aussi est-il d'une +jeunesse, d'une poésie et d'un charme inexprimables. Rien ne peut rendre +la grâce de cette figure de Vénus quasiment vêtue de sa chevelure d'or, +debout sur la conque à reflets dorés qu'elle va quitter pour descendre au +rivage de Cythère. Son beau corps est légèrement penché en avant, sur son +instable nacelle que poussent les zéphyrs, et le Printemps, figuré sous +les traits charmants d'une jeune femme, sort d'un bois de lauriers à +reflets dorés pour recevoir la déesse dans les plis d'un manteau semé de +fleurs et gonflé par le vent. Moins énigmatique que celui de l'Académie, +le Printemps est vêtu d'une flottante robe blanche, parsemée de bleuets, +retenue autour de la taille par une ceinture formée de branches de roses. +Ses admirables cheveux dorés flottent en arrière et toute son élégante +silhouette se découpe sur le manteau de la déesse. Certaines naïvetés de +facture, telles que les vagues de la mer, donnent encore une saveur +particulière à cette charmante composition où les personnages sont d'une +taille plus importante que ne le sont les figures habituelles de +Botticelli.</p> + +<p>N° 1309.—DOMENICO VENEZIANO. <i>La Vierge</i> trônant sous des arcades +et entourée de quatre saints.</p> + +<p>Cette peinture un peu blafarde est la seule sûrement attribuée à ce +peintre, maître de Piero della Francesca.</p> +<br><br><br> + +<h2>SALLES DES PORTRAITS DES PEINTRES<br> +PEINTS PAR EUX-MÊMES</h2> + +<h3>Salle XIX.</h3> + +<h3>MAITRES ANCIENS.</h3> + +<p>N° 233.—<i>Rubens</i> sans chapeau (1610).</p> + +<p>N° 228.—<i>Rubens</i> avec chapeau (1620).</p> + +<p>N° 354.—<i>Giovanni Bellini</i>. Beau portrait d'homme faussement donné +comme le sien, buste dont le visage rose est encadré de longs cheveux +roux coupés à la florentine.</p> + +<p>N° 549.—<i>Mme Vigée-Lebrun</i>.</p> + +<p>N° 290.—Michel-Ange (mauvaise œuvre du XVIIIe siècle).</p> + +<p>N° 292.—<i>Léonard de Vinci</i>. Portrait exécuté probablement par +Schidone. Belle tête jeune et énergique où de longs cheveux blonds se +confondent avec la barbe soyeuse et épaisse, d'un ton doré.</p> + +<p>N° 288.—<i>Raphaël</i>. Ce joli portrait (1506) est de la même époque et +de la même valeur que celui de Madeleine Doni. Cette œuvre intéressante +de sa première manière a malheureusement beaucoup souffert. Raphaël s'y +est représenté sous les traits d'un jeune homme vu de dos, la tête +tournée à droite et le visage encadré de longs cheveux châtains. Il porte +la tunique et la barrette noire.</p> + +<p>N° 287.—PIETRO PÉRUGIN. Le plus beau des portraits dus au Pérugin +(1494). Il représente l'espagnol <i>Lopez Perego</i> et est d'une +individualité, d'une finesse de coloration et d'un ton doré remarquables. +Le visage rasé, vu de face, encadré de cheveux blonds ébouriffés, est +surprenant de vie.</p> + +<p>N° 223.—<i>Antoine Van Dyck</i>.</p> + +<p>N° 237.—<i>Quentin Matsys</i>.</p> + +<p>N° 236.—<i>Antonio Moor</i> assis devant une toile blanche, sa palette +et ses pinceaux à la main.</p> + +<p>N° 232.—<i>Hans Holbein</i> le Jeune. Dessin au charbon et au crayon +avec une légère coloration à l'aquarelle. La tête est très fine, les +cheveux rares sont arrangés en curieuses mèches sur le front.</p> + +<p>Nos 451-452.—<i>Rembrandt</i>. Le premier de ces admirables portraits +produit une profonde impression; il montre le maître au déclin de l'âge, +dont les atteintes ont laissé leur profonde mélancolie sur son grave et +beau visage.</p> + + +<h3>AU MILIEU DE LA SALLE.</h3> + +<p>N° 339.—<i>Vase Médicis</i>. Ce cratère, fameux par l'élégance de sa +forme et par la beauté de son bas-relief, représente le Sacrifice +d'Iphigénie. On le considère comme un très remarquable ouvrage grec +trouvé à Rome dans les fouilles du XVIIIe siècle.</p> + + +<h3><b>Salle XVIII</b>.</h3> + +<h3>MAITRES MODERNES.</h3> + +<h3>SALLES DES ANTIQUES ET DES PIERRES GRAVÉES</h3> + +<h3>Salle XV.</h3> + +<p>Inscriptions grecques et latines provenant de Rome pour la plupart.</p> + +<p>Au milieu: Statues antiques de Bacchus et d'Ampelos, de Mercure, de +Vénus, d'Uranie, de Vénus Genitrix.</p> + + +<h3>Salle XVI.</h3> + +<p>Cabinet de l'Hermaphrodite (à la suite de la salle précédente).</p> + +<p>N° 308.—<i>Ganymède et l'Aigle</i>, restauré par Benvenuto Cellini dans +son sentiment personnel.</p> + +<p>N° 315.—<i>Torse de Faune</i>.</p> + +<p>N° 306.—<i>Hermaphrodite</i> couché sur une panthère. Cette statue n'est +pas une des plus belles interprétations qui existent de ce sujet si cher +aux anciens. Toute la partie inférieure a été restaurée.</p> + + +<h3>Salle XVII.</h3> + +<p>(Suite de la salle de l'Hermaphrodite.) Cabinet des Camées et des Pierres +gravées.</p> + +<p><i>La collection des Camées et des Intailles</i> de ce cabinet provient +des Médicis. Cette belle collection de plus de 4.000 numéros est exposée +en douze compartiments. Les camées antiques les plus remarquables sont +contenus dans le premier.</p> + +<p>Le n° 7 est un excellent ouvrage grec sur onyx. L'amour ailé jouant de la +lyre est monté sur un lion rugissant qui symbolise le pouvoir de l'amour +destiné à dompter les natures les plus féroces.</p> + +<p><i>La vitrine n°6</i> contient des portraits sur camée de personnages +célèbres au XVe et au XVIe siècle.</p> + +<p><i>La vitrine n°11</i>, au n°2458, renferme la fameuse bague à sphinx +dont Auguste se servait comme cachet. Elle fut trouvée dans son tombeau à +Corea près de Rome.</p> + + +<h3>PIERRES GRAVÉES DU XVe SIÈCLE.</h3> + +<p>N° 371.—<i>Buste de Savonarole</i>, ouvrage superbe de Giovanni delle +Corniole, gravé sur cornaline.</p> + +<p>N° 373.—<i>Buste de Léon X</i> en jade, œuvre présumée de Michelino, +orfèvre florentin.</p> + +<p>N° 334.—<i>Scène allégorique de Mariage</i>, ouvrage attribué à Valerio +Vicentino. Différents objets intéressants sont encore dans cette salle.</p> + +<p>A. Masque du Dante, moulé après sa mort.</p> + +<p>B. Petit modèle en cire de Michel-Ange pour la statue du «Penseur» de la +nouvelle sacristie de Saint-Laurent.</p> + +<p>G. Petit cadre où sont renfermées les miniatures de Henri II et de +Catherine de Médicis entourés des princes et princesses de la maison +royale de France.</p> + +<p>E. Vingt-quatre petits portraits des Médicis depuis Jean de Bicci, père +de Cosme l'Ancien; plusieurs sont l'œuvre du Bronzino.</p> + + +<h3>SALLE DU BARROCCIO</h3> + +<h3>Salle XIV.</h3> + +<h4>Œuvres d'intérêt secondaire.</h4> + + +<h3>Salle XIII.</h3> + +<p><i>Salle de Niobé</i>. Ainsi nommée des seize statues du célèbre groupe +de Niobé. En l'année 1583, on trouva dans la villa Palombara à Rome, +entre Sainte-Marie Majeure et le Latran, une véritable mine de statues, +parmi lesquelles se trouvèrent les Lutteurs de la Tribune et les statues +de Niobé, de ses sept fils, de ses sept filles et des pédagogues tombés +sous les flèches d'Apollon et de Diane. Ces statues appartiennent à des +époques très différentes et la qualité même de leur marbre tend à prouver +que ce sont des copies romaines de l'époque de la décadence plutôt que +d'anciens originaux grecs, comme on l'avait pensé d'abord. Elles ont +presque toutes une raideur de mouvement et une exagération de pose +résolument contraires à cette attribution. Les deux plus belles sont:</p> + +<p>N° 241.—<i>Niobé et sa plus jeune fille</i>, sujet principal de +l'ensemble.</p> + +<p>N° 244.—<i>Jeune homme</i> gisant à terre, dans un beau mouvement.</p> + +<p>La taille et les attitudes différentes de ces statues font présumer +qu'elles décoraient le fronton d'un temple.</p> + +<p>Nos 140 et 147.—RUBENS. Ces deux belles compositions, où le talent de +Rubens se montre sous son meilleur jour, représentent Henri IV à la +bataille d'Ivry et son entrée à Paris.</p> + + +<h3>BRONZES ANTIQUES</h3> + +<h3>Salles XI et XII.</h3> + +<p>La collection des bronzes contenue dans deux salles comprend des pièces +d'ordre secondaire, exception faite toutefois des numéros suivants.</p> + +<p>N° 424.—<i>Mercure</i>, connu sous le nom de <i>l'Idolino</i>, statue +nue de jeune homme, trouvée à Pesaro en 1530; œuvre grecque remarquable.</p> + +<p>N° 148.—Le bronze repose sur une base du XVe siècle, ouvrage de +DESIDERIO SETTIGNANO, travail d'une beauté, d'une élégance et d'une +richesse extrêmes, aussi bien dans les bas-reliefs que dans les ornements +qui le décorent.</p> + +<p>A l'extrémité du corridor oriental s'ouvrent trois salles où sont +contenus les dessins.</p> + +<p>La Galerie de Florence possède une des plus riches collections connues de +précieux dessins originaux des maîtres anciens. Commencée par le cardinal +Léopold de Médicis, on présume qu'il acheta, pour la former, le fameux +recueil composé par Vasari, alors qu'il travaillait à son ouvrage sur les +peintres. Enrichie, par la suite, de legs et de dons successifs, elle se +compose actuellement de plus de 35.000 dessins dont on a exposé les plus +remarquables, tous par conséquent de premier ordre.</p> + + +<h3>Salle I.</h3> + +<p>La paroi du mur de droite est occupée par les dessins de l'école de +Giotto, parmi lesquels s'en retrouve un à la plume, très rare, de Taddeo +Gaddi. Ceux de Masolino, de Masaccio, d'Uccello, de Fra Angelico et de +Benozzo Gozzoli remplissent la paroi suivante. Les œuvres les plus +saillantes sont:</p> + +<p>N° 254.—PIERO POLLAJUOLO. Remarquables anatomies d'hommes assis.</p> + +<p>Nos 267, 268, 269.—ANTONIO POLLAJUOLO. Études de nu.</p> + +<p>Nos 261, 262, 263.—ANTONIO POLLAJUOLO. Études de femmes nues pour ses +Vertus.</p> + +<p>Nos 276, 277, 278, 279.—ANTONIO POLLAJUOLO. Pape bénissant, études.</p> + +<p>Nos 59 (256).—SQUARCIONE. Guerrier en armure.</p> + +<p>N° 187.—BOTTICELLI. Anges lisant.</p> + +<p>N° 190.—BOTTICELLI. Étude de femme nue.</p> + +<p>N° 192 à 199.—BOTTICELLI. Études plus ou moins poussées, toutes d'un +beau mouvement et d'une grâce exquise.</p> + +<p>N° 212.—BOTTICELLI. Étude admirable pour la Vénus de la National Gallery +de Londres.</p> + +<p>Nos 200, 201, 202.—BOTTICELLI. Études.</p> + +<p>N° 203.—BOTTICELLI. Étude connue sous le nom de «Circé». Deux femmes +nues drapées de gazes sont à côté d'un brasier où l'une d'elles prend des +tisons.</p> + +<p>N° 1440.—PIERO DELLA FRANCESCA. Esquisse de «la Résurrection» de Borgo +San Sepolcro.</p> + +<p>N° 184 T.—FRA FILIPPO LIPPI. Dessin rehaussé de blanc, la Vierge adorant +l'Enfant soutenu par deux anges, carton du tableau.</p> + +<p>N° 1307.—Placé dans la troisième salle de l'école Toscane.</p> + +<p>N° 139.—FILIPPINO LIPPI. Étude de tête pour la Vierge de la Badia +(bistre).</p> + +<p>N° 129.—FILIPPINO LIPPI. Étude pour le Saint Bernard de la Badia.</p> + +<p>FILIPPINO LIPPI. Esquisses à la plume et études pour les fresques de la +chapelle Strozzi à Sainte-Marie Nouvelle.</p> + +<p>La paroi gauche de la salle est occupée par des dessins de maîtres +divers.</p> + +<p>Ceux de MANTEGNA sont de premier ordre; ils semblent des bas-reliefs +antiques.</p> + +<p>N° 395.—Hercule étouffant Antée.</p> + +<p>N° 397.—Merveilleux dessin de Vierge en adoration.</p> + +<p>N° 404.—Judith mettant la tête d'Holopherne dans un sac présenté par sa +suivante.</p> + +<p>Étude plume, bistre et noir, d'une rare perfection. Elle porte la date de +1491.</p> + +<p>N° 336.—Femme dont le vêtement s'envole. Les dessins de GHIRLANDAJO sont +presque tous des compositions et des études de sa fameuse fresque du +chœur de Sainte-Marie Nouvelle.</p> + +<p>Nos 1246 et 1250.—SIGNORELLI. Études de démons et de damnés pour la +chapelle Saint-Brizio d'Orvieto.</p> + +<p>N° 566.—SODOMA. Buste de jeune homme couronné de lauriers, admirable +dessin au crayon de couleur.</p> + +<p>N° 594.—JEAN BELLIN. Portrait de jeune homme à la sanguine, qu'on croit +être le sien.</p> + +<p>Des dessins de SÉBASTIEN DEL PIOMBO, d'autres d'ANDREA DEL SARTO, +compositions ou études pour les fresques exécutées à Florence, sont +dignes de remarque. Les maîtres vénitiens sont aussi nombreusement et +bien représentés.</p> + + +<h3>Salle II.</h3> + +<p>N° 164.—PIERRE PÉRUGIN est représenté par des dessins de premier ordre. +Dans un même cadre se trouvent réunies les trois feuilles de la +composition du tableau de la «Déposition de Croix» du Musée Pitti. Toutes +les figures de cette pièce remarquable sont exécutées à l'aquarelle +rehaussée de blanc et précieusement finies.</p> + +<p>Autre étude pour la fresque du couvent de Sainte-Madeleine des Pazzi.</p> + +<p>N° 408.—Sainte Catherine, étude pour le tableau de Bologne.</p> + +<p>N° 402.—Vénus et l'Amour, étude pour le Cambio de Pérouse.</p> + +<p>Vingt-sept précieux dessins de LÉONARD DE VINCI de la plus grande rareté +atteignent tous le summum de la perfection.</p> + +<p>N° 435 (1re salle).—Admirable lutte d'une chimère contre un lion (au +lavis).</p> + +<p>N° 426.—Tête de jeune femme couverte d'un voile.</p> + +<p>N° 425.—Tête de femme vue de face.</p> + +<p>N° 414.—Jeune femme au crayon rouge, en buste.</p> + +<p>N°427.—Admirable portrait d'homme, crayon rouge et noir.</p> + +<p>N°419.—Tête de jeune femme au crayon rouge, d'un modelé précieux, +véritable petit chef-d'œuvre. Son front est couvert d'un voile retenu par +une bandelette, ses longs cheveux tombent sur ses épaules, son profil +noble et délicat a une expression énigmatique.</p> + +<p>N° 428.—Étude de tête pour une Madeleine, à la plume et au bistre.</p> + +<p>Puis des études de draperies à la détrempe, des caricatures, des études +sur le laid, et enfin une curieuse feuille avec des esquisses de machines +annotée de la main de Léonard et datée de 1478.</p> + +<p>Trente-sept dessins sont de la main de Raphaël. Quelques critiques que +l'on puisse justement adresser à l'incroyable fécondité de Raphaël et à +sa facilité trop excessive, comme dessinateur il est incomparable et la +pureté de son style reste unique.</p> + +<p>«La Cavalcata». Un de ses plus fameux dessins à la plume, rehaussé +d'aquarelle. Il porte en haut l'explication du sujet et représente un des +épisodes de la vie d'Æneas Silvius Piccolomini, celui où il se rend au +concile de Bâle.</p> + +<p>Le Pinturicchio, qui avait reçu la mission de retracer la vie d'Æneas sur +les murs de la Libreria de Sienne, n'avait pas eu de cesse qu'il n'eût +obtenu de son jeune camarade d'atelier que celui-ci exécutât un des +sujets à son choix. Le dessin en question est l'étude de cette +composition.</p> + +<p>N° 259.—Étude pour le petit Saint George du musée de l'Hermitage de +Saint-Pétersbourg.</p> + +<p>N° 530.—Étude pour le petit Saint George de la National Gallery à +Londres.</p> + +<p>N° 521.—Étude pour la femme portant des amphores dans «l'Incendie du +Bourg» (Vatican, Chambres).</p> + +<p>N° 531.—Dessin appelé «l'Idolino». Bacchus jeune porte un vase sur sa +tête.</p> + +<p>Dessin pour la «Déposition de Croix» du musée Borghèse à Rome.</p> + +<p>Étude au crayon rouge pour la «Vierge au voile» de la Tribune du Louvre.</p> + +<p>Étude pour le «Saint Jean dans le désert» de la Tribune.</p> + +<p>N° 1127.—Deux aquarelles rehaussées de blanc pour les loges du Vatican: +«l'Adoration du veau d'or» et «Moïse faisant jaillir l'eau du rocher».</p> + +<p>Au crayon noir, la première esquisse de la «Vierge du Grand-Duc» du musée +Pitti. Au crayon rouge la composition de la «Madonna del Pesce» du musée +du Prado à Madrid.</p> + +<p>Enfin, à l'aquarelle rehaussée de blanc, le fameux dessin de la peste dit +«il Morbetto» qui a été gravé par Marc-Antoine.</p> + +<p>Les dessins de Michel-Ange, au nombre de vingt, sont autant de +chefs-d'œuvre.</p> + +<p>N° 608.—L'un d'eux offre le plus grand intérêt. A la plume et à +l'aquarelle, il donne le plan du fameux tombeau de Jules II, inexécuté, +au grand désespoir du maître.</p> + +<p>N° 607.—Esquisse des tombeaux des Médicis à la sacristie neuve de +Saint-Laurent.</p> + +<p>Deux esquisses du célèbre carton détruit de la «Bataille des Florentins +et des Pisans».</p> + +<p>N° 599.—Têtes de femmes; l'une d'elles, casquée et la poitrine nue, +passe pour être le portrait de Vittoria Colonna.</p> + +<p>N° 594.—Étude pour un des esclaves de la Sixtine.</p> + +<p>N° 601.—La Furie appelée aussi «el Damnato». Tête de face, la bouche +ouverte et convulsée, les yeux féroces, les cheveux hérissés sous une +draperie soulevée par le vent.</p> + +<p>Nos 606, 613, 616.—Études pour la Sixtine.</p> + +<p>N° 601.—Ganymède (sanguine).</p> + +<p>N° 614.—La Prudence, assise, avec son miroir, protège un enfant contre +la Folie symbolisée par un autre enfant caché derrière un masque.</p> + +<p>N° 609.—La Fortune, le torse nu, à cheval sur sa roue.</p> + + +<h3>3e Salle.</h3> + +<p>N° 1123.—ANTONIO POLLAJUOLO. Christ en croix entre la Vierge et saint +Jean.</p> + +<p>N° 1129.—GHIRLANDAJO. «Le Mariage de sainte Catherine.» Figures en +camaïeu rehaussées de ton chair.</p> + +<p>ALBERT DÜRER, dessins à la plume, précieux d'exécution et admirables de +composition.</p> + +<p>N° 1077.—«Jésus portant sa Croix».</p> + +<p>N° 1060.—Tête de jeune négresse.</p> + +<p>N° 1063.—Homme debout, en armure, monté sur un lion; derrière lui, femme +montée sur un chien.</p> + +<p>N° 1073.—«Le Cavalier de la Mort».</p> + +<p>N° 1074.—«Le Fauconnier».</p> + +<p>N° 1068.—«Déposition de Croix».</p> + +<p>N° 1082.—MARTIN SCHÖNGAUER, soldat combattant contre un diable.</p> + +<p>N° 1080.—Tête de Madeleine.</p> + +<p>N° 1084.—ROGER VAN DER WEYDEN. Vision, personnages debout, agenouillés +devant une fenêtre; étude pour le tableau de Berlin.</p> + +<hr> + +<p>A côté de la salle de Lorenzo Monaco, se trouve l'escalier descendant à +la galerie qui relie les Offices au palais Pitti en traversant l'Arno sur +le Ponte Vecchio. On remarque d'abord, dans cet interminable passage, des +gravures sur bois et sur cuivre des maîtres italiens, jusqu'à +MARC-ANTOINE RAIMONDI; d'autres plus intéressantes sont celles de +MANTEGNA, de DÜRER et de MARTIN SCHÖNGAUER; des vues des villes +italiennes au XVIIe siècle, et enfin une grande collection de portraits +tous mauvais, mais intéressants au point de vue de l'histoire du costume: +membres de la famille des Médicis, Papes, Cardinaux, Sultans, Rois de +France; portraits de dames de la Cour d'Angleterre et de Florentines +renommées pour leur beauté.</p> +<br><br><br> + + + +<h3>III</h3> + +<h2>DES OFFICES A SANTA CROCE</h2> + +<p class="mid">LE BARGELLO, VIA DEL PROCONSOLO, LA BADIA, VIA GHIBELLINA, MUSÉE +BUONARROTI, INSTITUT PHILHARMONIQUE, PLACE SANTA CROCE, SANTA CROCE, SAN +AMBROGIO.</p> + + +<p>LE BARGELLO. La Révolution de 1250 ayant supprimé la charge de podestat, +elle fut rétablie en 1255 et la Seigneurie décréta, pour loger ce +magistrat suprême de la République, la construction d'un palais pouvant +tout à la fois lui servir de demeure et de prison. TADDEO GADDI fut donc +chargé d'élever un édifice destiné à ce double usage. En effet, la +situation de ce souverain juge était peu enviable. Pour que son +impartialité fût absolue dans l'exercice de ses fonctions, il devait être +choisi à l'étranger et être non seulement comte et guelfe, mais encore +n'avoir ni amitié ni parenté dans la ville. Une fois entré en charge et +investi de sa redoutable puissance, il devait vivre solitaire et +séquestré dans son palais, car les Florentins avaient mis à l'exercice de +ce pouvoir les conditions les plus dures. Le podestat devait ne partager +ses repas avec qui que ce fût, n'adresser dans la rue la parole à +personne, ne marcher qu'avec une escorte de pages et de cavaliers armés. +S'il était marié et père de famille, pendant l'année que durait son +pouvoir, il ne pouvait ni voir sa femme ou ses enfants, ni même leur +donner signe de vie. Enfin, avant de résigner sa charge, il lui fallait +rendre compte du somptueux mobilier dont il avait dû reconnaître +l'inventaire.</p> + +<p>La méfiance d'un peuple jaloux, la dureté d'un juge choisi pour être +inexorable, les sentiments inspirés par ce tyran à la fois tout-puissant +et tenu en captivité, sont exprimés avec force dans ce monument où +s'allient une richesse sombre et la sévérité la plus grande.</p> + +<p>L'extérieur du Bargello a l'aspect austère d'une forteresse; sa masse +sinistre, couronnée de mâchicoulis et de créneaux, est à peine percée de +rares fenêtres; et la tour carrée, élevée à un de ses angles, contribue +encore à accentuer ce caractère.</p> + +<p>Sous les Médicis, tout ce qui pouvait rappeler la grandeur de la +République étant proscrit, le palais du Podestat devint cour criminelle, +siège de la police, prison, le «Bargello» pour tout dire en un mot. Il +renferme aujourd'hui le musée national et contient des objets d'art +remarquables.</p> + +<p>Sous la voûte d'entrée deux salles voûtées divisées en nefs par des +piliers, décorées des armoiries des anciens podestats, renferment des +collections d'armes intéressantes pour l'histoire de la ville. Les deux +pièces les plus importantes, placées à l'extrémité de la salle, sont une +<i>rondache</i> et un <i>casque</i>, œuvres de BENVENUTO CELLINI +exécutées pour François Ier, roi de France.</p> + +<p>La rondache représente l'histoire de Persée et d'Andromède. Le casque, +surmonté d'une chimère, est décoré d'une riche ornementation dorée en +relief.</p> + +<p><b>La cour du Bargello</b> forme un carré dont une face est occupée par +le mur froid et nu de la sévère construction de Taddeo Gaddi, tandis que +les trois autres sont atténuées par un portique dont les arcades cintrées +sont supportées par des colonnes. Cette partie fut construite vers 1350 +par BENCI DI CIONE et NERI FIORAVANTI. Pour donner un accès plus facile +au palais, les architectes du XIVe siècle élevèrent contre l'aile de +Taddeo un escalier coupé par un palier fermé d'une grille qu'ils firent +aboutir à une loggia ouverte sur tout un côté de la cour. La décoration +des murs de cette cour, unique en son genre, est aussi variée +qu'intéressante; elle est formée par les écussons en relief des podestats +semés à profusion sur ses quatre faces et affectant toutes les formes. +Ils sont en pierre dure ou en marbre avec les traces des peintures qui +les rehaussaient.</p> + +<p>Au milieu de ces marques de la puissance des podestats, la République, +toujours jalouse de sa suprématie, a placé partout l'empreinte de son +autorité et partout se retrouvent les armes de la ville, des Guelfes et +du peuple. Le même sentiment apparaît encore sous les portiques où sont +encastrés les écussons peints en relief des divers «sestiere», tandis +qu'aux voûtes sont représentées les armes de leurs gonfalons.</p> + +<p>Sous les portiques au rez-de-chaussée s'ouvrent deux salles:</p> + + +<p>I</p> + +<p>Tombeaux du XIVe siècle.</p> + + +<p>II</p> + +<p>Sculptures des XVe et XVIe siècles.</p> + +<p>Cinq bas-reliefs d'une grande allure, de BENEDETTO DA ROVEZZANO. Ils +proviennent du tombeau de saint Gualbert et furent mutilés par les +Espagnols après le siège de Florence (1519). L'intérêt particulier de +cette salle est dans les nombreuses œuvres de MICHEL-ANGE qu'elle +contient.</p> + +<p>A.—<i>Buste de Brutus</i>. Cette figure énergique et sombre ne pouvait +manquer de séduire Michel-Ange. Ce buste, fait à l'époque où le maître +quitta définitivement Florence pour Rome, reflète les pensées dont il +était alors hanté et dont l'inscription du socle est un si frappant +témoignage.</p> + +<p>Dum Bruti effigiem sculptor de marmore ducit, In mentem sceleris venit et +abstinuit.</p> + +<p>Semblable en cela aux statues de San Lorenzo, le buste, inachevé, fut +abandonné à la même époque.</p> + +<p>B.—<i>Masque de satyre édenté</i>.</p> + +<p>C.—<i>La Vierge, l'Enfant et Saint Jean</i>. La tête de la Vierge, seule +partie achevée de ce médaillon, est d'une rare beauté.</p> + +<p>D.—<i>Bacchus ivre</i>. Cette statue fut exécutée en 1497, pendant le +premier séjour de Michel-Ange à Rome, pour A. Galli. Le maître a cherché +à reproduire l'antique Dionysos, et a représenté le dieu sous la forme +d'un très jeune homme aux formes élégantes, dont la figure exprime +l'ivresse par la fixité du regard. Il est couronné de grappes de raisin +et tient une coupe.</p> + +<p>E.—Petit <i>groupe de Léda et du Cygne</i>.</p> + +<p>F.—Réduction en marbre du <i>Moïse</i>.</p> + + +<h3>PREMIER ÉTAGE</h3> + +<p>Sous la loggia sont conservées cinq cloches de bronze. La plus ancienne, +fort simple, est datée de 1183.</p> + +<p>Une autre, un peu plus grande, porte le millésime de 1249 et a été fondue +par BARTOLOMEO PISANO.</p> + +<p>La troisième est de 1352.</p> + +<p>La quatrième, ornée des bas-reliefs du Calvaire et de l'Annonciation, est +de 1670.</p> + +<p>La cinquième, de 1675, est la plus ornée.</p> + +<p>Ainsi que la précédente, elle est l'œuvre de GIOVANNI CENNI.</p> + + +<p><b>Salle I</b> (à droite de la loggia).</p> + +<p>Cette salle est exclusivement consacrée à DONATELLO, ce grand et puissant +génie, malheureusement parfois trop inégal et inférieur à lui-même. Il +faut citer en tout premier lieu les quatre admirables bas-reliefs de +<i>Rondes d'enfants</i> qu'il exécuta de 1433 à 1440 pour une des +tribunes des orgues de la cathédrale; ils faisaient face à ceux de Luca +della Robbia; et ils reproduisent avec des variantes ceux de la chaire de +Prato.</p> + +<p>Donatello traita ses sujets tout autrement que ne le fit Luca et ce qui, +à cette heure, constitue la remarquable supériorité de l'œuvre de Luca +sur celle de Donatello fut tout justement ce qui, lors de leur mise en +place, donna l'avantage à Donatello. En effet, la condition essentielle +de l'œuvre décorative doit être de se subordonner à la place qu'elle doit +occuper et c'est à cet unique point de vue que se plaça Donatello. Comme +ses bas-reliefs destinés à la tribune d'un orgue devaient être vus à une +grande hauteur, il se préoccupa seulement de l'effet à produire à +distance. De là sont venus ces modelés trop sommaires, ces raccourcis +trop osés dans les figures de second plan, enfin ces défauts destinés à +donner à l'ensemble vu de loin, une vigueur et une netteté incomparables.</p> + +<p>Original du <i>Marzocco</i> en pierre grise.</p> + +<p><i>L'Amour</i> appelé aussi le <i>Cupidon</i>. La grâce et la poésie qui +débordent de cette figure bizarre sont inexprimables. Ces ailes +naissantes, ces serpents enroulés autour des pieds, ces culottes +maladroitement assujetties, forment le mélange le plus imprévu et le plus +attachant. Quelle naïveté dans l'attitude du jeune dieu les bras encore +levés, après qu'ils ont lancé la flèche vers un but invisible; quelle +malice et quelle joie dans ce regard gai et narquois tout ensemble!</p> + +<p><i>David</i>. Le séjour que Donatello fit à Rome de 1432 à 1433 développa +certainement les tendances latentes de son esprit secrètement influencé +par l'antiquité. Aussi quand, à son retour, Cosme lui commanda une statue +en bronze destinée au Palais Vieux, cette statue fut le David, +c'est-à-dire la première et parfaite étude de nu exécutée par les +sculpteurs de la Renaissance. Le jeune pâtre a pour tout costume un +pétase et des jambières; il est debout, un pied posé sur la tête de +Goliath, le glaive dans la main droite et une pierre dans la main gauche +qu'il appuie sur sa hanche. Son visage entouré de longs cheveux bouclés +rayonne de joie et son beau corps trahit la force et la jeunesse. Il y a +dans la poésie de cette figure enchanteresse un parfum antique et +biblique tout ensemble qui lui donne sa grâce et son charme +inexprimables.</p> + +<p>Buste en terre cuite colorée de <i>Niccolò da Uzzano</i>, homme politique +florentin considérable.</p> + +<p>Ce morceau prodigieux est d'un réalisme à outrance, effrayant et d'une +brutalité presque féroce. La tête est si profondément fouillée qu'elle +paraît comme ravagée; on la dirait moulée sur nature, tant la laideur +saisissante du modèle, galvanisée par l'intelligence, déborde de vie.</p> + +<p>Buste en bas-relief et en pierre grise de <i>Saint Jean-Baptiste +enfant</i>. La figure de saint Jean est une de celles qui tentèrent le +plus l'imagination de Donatello; il représenta le saint en ronde bosse, +en bas-relief, en buste, en pied, dans toutes les situations, à tous les +âges, tant il s'était épris de passion pour l'ascète austère et le +précurseur enthousiaste avec lequel les caractères osés de son art et de +sa propre nature lui donnaient tant de points de contact.</p> + +<p>Autre statue en marbre de <i>Saint Jean-Baptiste</i> en pied et debout. +Donatello a représenté ici l'ascète décharné, aux traits sévères et +inspirés; le prophète dévoré par le feu de l'enthousiasme ou illuminé par +la vision intérieure.</p> + +<p class="mid"><img alt="" src="images/06-187.png"></p> + + + + +<p><i>David</i>. Cette statue en marbre et en pied semble être la première +étude que Donatello ait faite pour son Saint Georges, le chef-d'œuvre +d'Or San Michele (1408). La pose et les draperies sont les mêmes, +seulement avec des proportions moins parfaites et une expression +incomplète.</p> + +<p>A côté des Donatello, quelques sculptures marquantes se trouvent encore +réunies dans cette première salle.</p> + +<p>La plus célèbre est <i>l'Adonis mourant</i> de Michel-Ange. Cette œuvre +paraît avoir été exécutée vers 1502, comme un délassement du labeur +qu'imposait au maître son colossal David. Aussi peut-on presque dire que +l'Adonis garde quelques traces de cette simultanéité et que les +proportions y semblent un peu outrepasser le sujet. La tête est fort +belle, et la chevelure, par son arrangement, se rattache au type adopté +plus tard par Michel-Ange et dont la statue de Julien de Nemours fut la +réalisation la plus haute. Cette composition doit pourtant être +considérée comme secondaire dans l'œuvre du maître.</p> + +<p>MICHEL-ANGE. <i>Groupe</i> nommé <i>la Victoire</i>. Vainqueur agenouillé +sur un vaincu et ramenant son manteau dérangé par la lutte. Ce groupe +n'est pas des meilleurs.</p> + + +<p><b>Salle II</b> (dans la tour).</p> + +<p>Meubles anciens et cristaux</p> + + +<p><b>Salle III</b>.</p> + +<p>Cette salle précède la chapelle et elle était nommée la salle des +Condamnés, parce qu'ils y attendaient l'heure de leur dernière prière.</p> + +<p>Elle renferme la collection des anciens vases de la pharmacie du couvent +de San Marco, en faïence de Faënza, XVIe siècle.</p> + + +<p><b>Salle IV</b> (chapelle).</p> + +<p>Elle est décorée de fresques célèbres du GIOTTO respectées par l'incendie +de 1337, mais malheureusement très détériorées par des badigeonnages +successifs et par le partage, sous les Médicis, de la chapelle en trois +étages de prisons.</p> + +<p>Les huit divisions du mur de droite sont consacrées à sainte Madeleine et +à sainte Marie l'Égyptienne. Le fond est occupé par le Paradis avec les +portraits de Dante, de Corso Donati et de Brunetto Latini. Au-dessous de +cette fresque deux petits panneaux sont attribués à GHIRLANDAJO. Ils sont +datés de 1490 et représentent la <i>Vierge</i> et <i>Saint Gérôme</i>. +Des stalles en marqueterie et le lutrin sont de bons ouvrages du XVe +siècle.</p> + +<p>Dans une vitrine, petit bas-relief en pierre de Sonthofen, par ALBERT +DÜRER. Avec une finesse excessive, il représente <i>Adam et Ève</i> au +pied de l'arbre de la connaissance où est enroulé le serpent.</p> + +<p>Autre vitrine. <i>La Cène</i>, retable en argent doré, par JEAN DE +BOLOGNE.</p> + +<p>Huit baisers de paix en argent niellé et en émaux, dont trois sont +d'admirables œuvres d'art.</p> + +<p>I. La plus remarquable pièce des nielles, <i>le Couronnement de la +Vierge</i>, fut exécuté en 1452, par MASO FINIGUERRA, pour le Baptistère +Saint-Jean.</p> + +<p>Maso, né à Florence en 1425, excellait dans l'art des nielles; c'est en +travaillant à ce genre de gravure, qu'il imagina d'en tirer à l'aide de +la presse des épreuves sur papier, invention qui fait de lui le créateur +d'un art nouveau, celui de la gravure.</p> + +<p>II. Autre paix niellée d'un beau caractère, <i>le Crucifiement</i>, pièce +exécutée également pour le Baptistère, par MATTEO DEI.</p> + +<p>III. <i>La Déposition de Croix</i>, ouvrage de toute beauté, d'ANTONIO +POLLAJUOLO, en émail sur paillons.</p> + + +<p><b>Salle V</b>.</p> + +<p>1° Ivoires. 2° Ouvrages en ambre des XVIIe et XVIIIe siècles.</p> + +<p>A.—Deux admirables triptyques d'ivoire des XIIIe et XIVe siècles, par +ANDREA ORCAGNA.</p> + +<p>B.—Deux superbes selles en ivoire du XIVe siècle: l'une, un travail +allemand avec figures de princes, de chevaliers, de dames en bas-relief +sur fond noir; l'autre, italienne, avec la devise «Amor aspetta tempo», +ornée de scènes de chasse, d'armoiries et d'ornements fantastiques.</p> + +<p>3° Coupes du XVIe siècle en cristal taillé et gravé. Certaines de ces +pièces sont d'une rare beauté.</p> + + +<p><b>Salle VI</b> (Bronzes).</p> + +<p>GHIBERTI. <i>Reliquaire de sainte Jacinthe</i>. Il a la forme d'un petit +sarcophage antique dont la face principale est simplement ornée de deux +anges d'un mouvement gracieux qui soutiennent une couronne. Ghiberti +montre une fois de plus dans cette œuvre combien il gagne à la simplicité +(1428).</p> + +<p>BRUNELLESCHI et GHIBERTI. Deux médaillons dorés polylobés représentant le +<i>Sacrifice d'Abraham</i>. Ces médaillons sont les fameuses pièces du +concours pour les portes du Baptistère à la suite duquel Brunelleschi +retira sa candidature (1403).</p> + +<p>Dans le relief de Brunelleschi se trouve déjà fortement accusée la +tendance au naturalisme qui se développa chez Donatello. Le mouvement +d'Abraham est sauvage, l'ange arrête son bras d'un geste peu admissible, +le bélier et l'âne sont autant de recherches réalistes. A gauche, +Brunelleschi a placé le tireur d'épines, «le Spinaro», dont l'antique +venait d'être découvert. La composition manque d'unité, de simplicité et +de grandeur.</p> + +<p>Ghiberti au contraire sut tirer parti du sujet avec un art incomparable +et placer ses personnages en observant strictement la loi de la valeur +des plans. La figure d'Isaac retourné vers son père pour le questionner +est de premier ordre.</p> + +<p>LORENZO VECCHIETTA de Sienne (1412-1480). Statue couchée de <i>Mariano +Soccino</i> provenant de son tombeau et certainement modelée sur le +cadavre.</p> + +<p>VERROCCHIO. <i>Le David</i> (1476). Cette statue fut exécutée sur l'ordre +de Laurent le Magnifique désireux de voir, dans un sujet analogue, le +Verrocchio surpasser Donatello. Il devient donc très intéressant de +comparer deux œuvres si dissemblables. Tandis que Donatello faisait de +son David un héros idéal, sorte de Persée moderne, Verrocchio faisait du +sien un adolescent, presque un enfant, dont les formes encore frêles et +anguleuses semblent plutôt délicates. Ce qui est de premier ordre est la +tête adorable dont le sourire énigmatique et mystérieux est déjà celui du +Vinci, les cheveux courts et bouclés encadrent le visage où à la joie du +triomphe s'allie une certaine timidité.</p> + +<p>Dans la vitrine.</p> + +<p>ANTONIO DEL POLLAJUOLO. Petit groupe d'<i>Hercule étouffant Cacus</i>, +d'une sauvage énergie et d'une superbe allure.</p> + + +<p><b>Salle VII</b> (Bronzes).—BENVENUTO CELLINI. Buste colossal de +<i>Cosme Ier</i>.</p> + +<p>BENVENUTO CELLINI. Deux modèles pour son <i>Persée</i>. Ils présentent +des différences notables; l'un est en bronze, l'autre en cire: ce +dernier, très supérieur, même à l'exécution définitive, par la simplicité +des attitudes et des formes.</p> + +<p>DONATELLO. Petite frise en relief représentant une <i>Bacchanale +d'Enfants</i> qui traînent le vieux Silène ivre dans un char. Ce petit +chef-d'œuvre, exécuté pour Cosme de Médicis, est ce qui a pu exister +depuis l'antiquité de plus parfait en ce genre.</p> + +<p>JEAN DE BOLOGNE. <i>Le Mercure</i>. Cette statue, faite en 1598 pour une +fontaine de la Villa Médicis, à Rome, est certainement la maîtresse œuvre +de Jean de Bologne, celle où, dans une période de décadence, il s'est le +plus rapproché de l'antiquité. Mercure s'envole d'un mouvement léger, au +souffle d'Éole dont la tête lui sert de base.</p> + + +<h3>DEUXIÈME ÉTAGE</h3> + +<p><b>Salle I</b>.—Elle est décorée de huit <i>portraits</i> à la fresque +peints par ANDREA DEL CASTAGNO en 1430, pour la Villa Carducci à Legnaia, +et représentant en pied et plus grands que nature des poètes, des héros +et des sibylles.</p> + +<p>1° <i>Dominus Philippus Descolaris Relator Victorie Theucrus</i>. Filippe +Scolari del Pipo Spano, chef du comitat de Temeswar, vainqueur des Turcs. +Il est en armure et tient son yatagan des deux mains.</p> + +<p>2° <i>Dominus Farinata de Ubertis, sue patrie liberator</i> (Farinata +degli Uberti), de profil, en armure, avec surcot et bonnet rouge; il +s'appuie sur son épée.</p> + +<p>3° <i>Magnus Tetrarcha d'Acciarolis neapleani regni dispensator</i> +(Niccolò Acciajuoli, grand sénéchal de Naples, fondateur de la chartreuse +d'Ema). Une robe bleuâtre à longues manches de fourrure recouvre son +armure; il tient le bâton de commandement.</p> + +<p>4° <i>Sibylle de Cumes</i> en tunique rouge à reflets bleuâtres sur une +jupe verte. Elle tient un livre et lit, le doigt au ciel.</p> + +<p>5° <i>Esther Regina, gentis suæ liberatrix</i>. Demi-figure formant +dessus de porte, robe et voile blancs bordés d'or, manteau vert, couronne +en tête, dans une attitude pleine de noblesse.</p> + +<p>6° <i>Thomirta se de filio et patriam liberavit suam</i> (Tomyris).</p> + +<p>C'est une guerrière en robe jaune, les bras recouverts d'une armure, +fièrement campée; elle s'appuie sur sa lance, qu'elle tient la pointe en +terre.</p> + +<p>7° <i>Dantes de Alligieris, Florentinus</i> (Dante Alighieri), en robe +rouge.</p> + +<p>8° <i>Dominus Franceschus Petrarcha</i>. Pétrarque est en manteau rouge +fendu pour le passage des bras, la tête couverte d'un capuchon doublé de +vert.</p> + +<p>9° <i>Dominus Johannes Boccacum</i> (Boccace) en manteau bleuâtre et +capuchon rouge.</p> + +<p>Cette œuvre magistrale est malheureusement très mal placée; les +personnages sont hors de proportion avec la salle, ce qui est nuisible +pour le bon effet de l'ensemble.</p> + +<p class="mid"><img alt="" src="images/07-195.png"></p> + + +<p><b>Salle II</b>.—<i>Bas-reliefs</i> en terre cuite émaillée par les +DELLA ROBBIA. Les plus anciens, bleus sur fond blanc, sont d'Andrea; il +faut remarquer deux <i>Vierges</i>, dont l'une a un joli socle en grès du +style de Donatello. Les moins anciens sont de Giovanni et polychromes: +<i>Annonciation</i>, <i>Adoration de l'Enfant</i> (1521), <i>Pietà</i>, +<i>Jésus et Madeleine</i>, <i>saint Dominique</i> et cinq <i>Saintes</i>.</p> + +<p>Trois vitrines contiennent des faïences.</p> + +<p>1°.—<i>Urbino</i>. Vases, coupes et plats: décor raphaélesque.</p> + +<p>2°.—<i>Urbino</i>, avec sujets. <i>Deruta</i> et <i>Gubbio</i>, très +fins.</p> + +<p>3°.—<i>Faenza, Florence et divers</i>. Belle collection avec quelques +pièces hors ligne. Buste en terre cuite donné comme étant le <i>portrait +de Charles VIII, roi de France</i> et l'œuvre d'ANTONIO DEL POLLAJUOLO.</p> + +<p>Coupe en verre de Venise bleu, avec décoration peinte représentant le +<i>Triomphe de la Justice</i> suivie des autres <i>Vertus</i> (XVe +siècle).</p> + + +<p><b>Salle III</b>.—Dans la tour. Suite de tapisseries allégoriques des +Gobelins représentant les <i>Cinq parties du monde</i>, d'après LEONARDO +BERNINI (1719).</p> + +<p>En revenant sur ses pas, à gauche de la salle I, on passe dans la:</p> + + +<p><b>Salle V</b> (marbres).—MINO DA FIESOLE. Buste de <i>Rinaldo della +Luna</i> (1461), figure d'un aspect sévère.</p> + +<p>ANDREA VERROCCHIO. Curieux haut relief représentant la femme d'un +Tornabuoni, <i>Francesca Pitti</i>, morte en couches, et la remise de +l'enfant au père éploré.</p> + +<p>ANDREA VERROCCHIO. Portrait en bas-relief de <i>Frédéric Montefeltro</i>, +de profil à gauche; portrait en bas-relief de FRANCESCO SFORZA, de profil +à droite.</p> + +<p>BENEDETTO DA MAJANO. Buste de <i>Pietro Mellini</i>, le donateur de la +chaire de Santa Croce, tête très énergique, couturée de rides; il est +vêtu d'une robe qui couvre ses épaules et où sont figurés des rinceaux de +damas.</p> + +<p>MINO DA FIESOLE. Bas-relief. Buste de <i>Jeune femme</i> et <i>Sainte +Famille</i>.</p> + +<p>ANTONIO DEL POLLAJUOLO. Buste dit le <i>Jeune Guerrier</i>, en terre +cuite. Cette œuvre admirable est marquée du caractère puissant du maître. +La tête imberbe, d'une énergie farouche et indomptable, est encadrée de +cheveux coupés à la florentine et casquée d'une chimère. La cuirasse +forme un buste bombé dont les bras sont absents; Pollajuolo y a +représenté en bas-relief ses sujets favoris. D'un côté Hercule terrassant +l'hydre de Lerne, et de l'autre Hercule vainqueur du sanglier +d'Érymanthe.</p> + +<p>Un second buste en terre cuite, connu sous le nom du <i>Prêtre +Florentin</i>, a été indûment attribué à Antonio del Pollajuolo dont il +n'a aucun des caractères; il paraît plutôt être l'œuvre de BENEDETTO DA +MAJANO. C'est un jeune homme coiffé à la florentine, sans barbe, et +portant une soutanelle ajustée avec une ligne de petits boutons.</p> + + +<p><b>Salle VI</b> (marbres).—VERROCCHIO. <i>La Vierge et l'Enfant +Jésus</i>. Bas-relief.</p> + +<p>VERROCCHIO. <i>Buste de femme</i> serrant un petit bouquet sur sa +poitrine. Tête plate peu agréable.</p> + +<p>MATTEO CIVITALI. <i>La Foi</i> (bas-relief). Gracieuse figure de jeune +femme assise dans une niche. Ses mains sont jointes en adoration devant +le calice que lui apportent des chérubins. Une des rares œuvres de ce +maître charmant dont les compositions sont presque toutes à sa ville +natale, Lucques.</p> + +<p>MINO DA FIESOLE. Buste de <i>Pierre de Médicis le Goutteux</i>.</p> + +<p>MINO DA FIESOLE. Médaillon. <i>La Vierge et l'Enfant</i>.</p> + +<p>BENEDETTO DA MAJANO. <i>Saint Jean</i>. Le saint, sous les traits d'un +adolescent en tunique de peau de mouton, est maigre et décharné.</p> + +<p>SANSOVINO. Statue de <i>Bacchus</i>, jeune, levant une coupe.</p> + +<p>MICHEL-ANGE. <i>Apollon</i> (statue ébauchée). Il est adossé contre un +tronc d'arbre, fléchissant la jambe droite placée sur une élévation, et +regarde en arrière. Il porte sa main gauche à hauteur de l'épaule droite +pour saisir une flèche dans un carquois. Cette œuvre, quoique à peine +tirée du bloc, est admirable et rappelle la beauté des statues antiques.</p> + + +<p><b>Salle IV</b> (sceaux et monnaies).—Suite de six tapisseries des +Gobelins d'après Oudry. <i>Chasses de Louis XV</i>.</p> + + + +<h3>VIA DEL PROCONSOLO.</h3> + + +<p><b>PALAZZO NONFINITO</b> (occupé par le télégraphe). Construit en 1592 +par BUONTALENTI. Lourde façade du style Barocco.</p> + +<p>Au numéro 10 le <b>PALAZZO DE RASTI</b> (anciennement Quaratesi) a été +construit par BRUNELLESCHI dans le style des beaux palais de Florence; il +porte les armoiries des Pazzi, ses anciens propriétaires.</p> + +<p><b>L'ÉGLISE DE LA BADIA</b> fondée en l'an 1000 et reconstruite en 1285 +par ARNOLFO DI CAMBIO, fut remaniée en 1625 par Ségaloni qui ne conserva +de l'édifice précédent que le chevet et le ravissant clocher octogonal de +1330, dont la flèche de pierre forme avec la tour du Bargello un des +points de vue les plus caractéristiques de Florence.</p> + +<p>MINO DA FIESOLE obtint, après avoir terminé le monument de Salutati à +Fiesole, la commande des deux tombeaux qui décorent la Badia:</p> + +<p>1° A droite de l'entrée. <i>La Vierge assise avec l'Enfant entre deux +diacres</i>; bas-relief à trois divisions où Mino n'est resté que trop +fidèle au retable de la chapelle de Salutati.</p> + +<p>2° Dans le bras gauche du transept, <i>tombeau du comte Hugo</i>, +bienfaiteur de l'église (1481).</p> + +<p>Dans ces deux monuments, Mino copia, pour ainsi dire, les tombeaux du +Marsuppini et de Bruni de Santa Croce, plaçant les sarcophages sous une +arcade et les surmontant de l'effigie couchée des défunts.</p> + +<p>Dans la chapelle de la famille del Bianco, à gauche de l'entrée, le +tableau d'autel: <i>l'Apparition de la Vierge à saint Bernard</i>, a été +peint en 1480 par FILIPPINO LIPPI, encore à cette époque dans l'atelier +de Botticelli. Saint Bernard, en robe blanche drapée à la perfection, est +assis devant un rocher lui servant d'ermitage, dans les anfractuosités +duquel sont placés ses livres. Le pupitre où il écrit est disposé sur un +tronc d'arbre, mais il interrompt son travail et reste plongé dans une +profonde adoration au moment où la Vierge lui apparaît et vient poser la +main sur son manuscrit. La Vierge est entourée d'un groupe charmant de +petits anges tout surpris de se trouver sur la terre et qui, par leur +attitude, manifestent leur curiosité. Dans le bas du tableau, le +donateur, à mi-corps, vêtu d'une robe noire à revers rouges, joint les +mains en prière.</p> + +<p>Cette composition, charmante de délicatesse et d'expression, a conservé +toute sa vivacité de coloris, et l'ensemble est si parfait qu'on peut +vraiment la considérer comme le chef-d'œuvre de Filippino Lippi.</p> + +<p><b>Le cloître</b> est entouré de deux étages de portiques. Sous le +portique supérieur sont conservées des fresques d'ANTONIO SOLARIO LE +ZINGARO (1512) d'un joli ton doré. Toutes ces peintures retracent la +<i>Vie de saint Benoît</i> et semblent comme la préparation aux fresques +si remarquables traitant le même sujet à l'église de San Severino, à +Naples.</p> + +<p>L'œuvre de la Badia, fort intéressante, montre des perspectives très bien +traitées et des groupements harmonieux. Quelques-unes de ces compositions +sont même de premier ordre; il faut citer:</p> + +<p>A.—<i>Saint Benoît enfant prie aux côtés de sa mère</i>.</p> + +<p>B.—<i>Saint Benoît reçoit l'habit</i>.</p> + +<p>C.—<i>Apparition d'un ange pour inviter le saint à la vie monacale</i>.</p> + +<p>D.—Portique avec des moines agenouillés et debout.</p> + +<p>E.—<i>Maure sauve Placide qui se noie</i>.</p> + +<p>F.—<i>Repas des moines</i>.</p> + +<p>G.—<i>Seigneurs et dames à cheval</i>.</p> + +<p><b>CASA BUONARROTI</b> (Musée Michel-Ange, 64, Via Ghibellina).—Cette +maison où Michel-Ange vécut à Florence fut consacrée au XVIIe siècle par +son arrière-neveu le poète, son homonyme, à la gloire de son grand-oncle. +Il la fit décorer, en 1620, par les meilleurs artistes de ce temps, de +fresques et de peintures sur toile où sont retracés les principaux faits +de la vie de Michel-Ange.</p> + +<p>La «Casa Buonarroti» est en somme un musée intime et fort inégal, où, à +côté de documents écrits, lettres autographes, papiers de famille, +dessins d'architecture et croquis de toute sorte, brillent quelques +pièces inestimables, comme le bas-relief de «la Guerre des Centaures et +des Lapithes», celui de «la Vierge assise avec l'Enfant», l'esquisse du +«David», le modèle en terre cuite de la «Vierge de Médicis», et enfin ce +merveilleux carton à la sanguine d'une «Vierge avec l'Enfant», morceau de +toute beauté, d'une incomparable maîtrise.</p> + + +<p><b>Chambre I</b>.—<i>Combat des Centaures et des Lapithes</i>, une des +premières œuvres de Michel-Ange. Il avait dix-sept ans quand il entreprit +ce travail. C'est une composition de style héroïque où tous les +personnages sont nus et où règne dans la mêlée une étonnante fougue +épique; ce morceau non terminé garde encore les traces du ciseau. La +jeunesse du maître se révèle par de certaines inexpériences; il n'a pas +introduit de variété dans les formes et toutes les figures ont une +saillie si faible qu'elles en sont comme déprimées; pourtant on y +reconnaît déjà quelques traits de cet idéal dont la poursuite sera la +constante obsession de sa vie.</p> + + +<p><b>Chambre II</b>.—<i>Dessins originaux</i>. Cadre I.—N° 2.—Buste de +Cléopâtre bizarrement coiffée. Elle est entourée d'un serpent qui lui +mord le sein.</p> + +<p>N° 3.—Belle tête de vieille femme de profil.</p> + +<p>Cadre 9.—N° 75.—Projet de façade pour Saint-Laurent de Florence.</p> + +<p>Cadre 13.—N° 65.—Esquisse primitive du <i>Jugement dernier</i>.</p> + +<p>Cadre 14.—N° 70.—Sacrifice d'Abraham.</p> + +<p>Cadre 15.—N° 75.—La Vierge allaitant l'Enfant. Ce dessin de toute +beauté est au crayon noir, rouge et blanc.</p> + +<p>Cadres 25, 26, 27, 30, 31, 32.—Divers plans des fortifications de +Florence, à la plume, au crayon rouge et au bistre, faites pendant le +siège de 1529.</p> + +<p>Dans la <b>Chapelle</b> se trouve l'admirable bas-relief (n° 72) de <i>la +Vierge assise avec l'Enfant</i> auquel elle donne le sein. Cette +composition que Michel-Ange exécuta à la fois en marbre et en bronze, +vers l'âge de seize ans, est influencée par le génie de Donatello et +montre la forte emprise qu'un tel maître exerça sur lui par son réalisme +viril et son naturalisme puissant. Mais tout grand que soit Donatello, ce +qui dès l'abord le différencie profondément de son génial élève, est que +chez l'un l'œuvre se double volontiers du portrait et recherche +l'individualité, tandis que chez l'autre la conception tout idéale +jaillit de son puissant cerveau pour ainsi dire par génération spontanée.</p> + +<p>N° 78.—<i>La Vierge avec l'enfant Jésus</i>. Maquette en terre cuite, +pour le groupe en marbre de la nouvelle sacristie de Saint-Laurent. La +tête manque.</p> + +<p>Bibliothèque. Armoire V.—N° 10.—<i>David</i>. Deux petites statuettes +en cire, délicieuses et premières ébauches du <i>David</i> colossal de +l'Académie des Beaux-Arts.</p> + +<p><b>INSTITUT PHILHARMONIQUE</b> (83, Via Ghibellina).—Dans l'escalier, +protégée par des volets, est la curieuse fresque du GIOTTINO, +l'<i>Expulsion du duc d'Athènes</i> chassé de Florence en 1308, le jour +de la Sainte-Anne. Aussi l'artiste a-t-il peint sainte Anne remettant aux +nobles florentins agenouillés à ses côtés les étendards de la ville et du +peuple, pendant qu'au fond de la fresque saint Zenobe chasse de son trône +le duc, qui fuit en barque sur l'Arno.</p> + +<p><b>PIAZZA SANTA CROCE</b> où se trouvent le monument moderne du Dante, le +Palazzo dell'Antella décoré de fresques de 1610 en partie effacées, et +enfin, sur le côté est, la façade moderne de l'église Santa Croce.</p> + +<p><b>SANTA CROCE</b> fut construite par ARNOLFO DEL CAMBIO en 1294 pour les +Franciscains. L'architecte était tenu par son contrat «à élever une +église comme il convient à l'humilité d'un ordre mendiant», c'est-à-dire +une église dont les dimensions contiendraient tout un peuple appelé par +la vogue extraordinaire dont l'ordre jouissait alors, mais où tout +viserait uniquement à la simplicité et à la pauvreté en rapport avec +l'esprit de l'ordre. Aussi les dispositions d'Arnolfo furent-elles +sévères et froides dans le détail, mais grandioses par les immenses +dimensions de la nef et des bas-côtés, dont l'aspect majestueux rappelle +la basilique antique. Mais les transepts et la branche supérieure de la +croix, à peine figurée par un chœur court et mesquin, ne répondent +aucunement à ces proportions.</p> + +<p>Au milieu du mur terminal s'ouvre, en guise de chœur, une sorte de +chapelle accompagnée de chaque côté de cinq chapelles moins importantes, +ouvertes sur les transepts. A ces chapelles du mur oriental s'en ajoutent +quatre autres, deux ouvertes sur le mur occidental et deux fermant les +transepts.</p> + +<p>Il était de mode, dès le XIVe siècle, de se faire enterrer à Santa Croce +et toutes les grandes familles de Florence y avaient leurs caveaux. Cet +usage se perpétua si bien que l'église est devenue en quelque sorte le +panthéon de l'Italie. Les tombes qu'elle contient appartiennent à toutes +les époques et se trouvent soit adossées aux murs des bas-côtés, soit +encastrées dans le pavé de l'église.</p> + +<p>Placée trop haut, au-dessus du portail de l'église, est la belle statue +de <i>Saint Louis de Toulouse</i> par DONATELLO. Ses vêtements, d'une +grande somptuosité, sont d'une exécution poussée à l'extrême.</p> + +<p><i>La chaire</i>, le chef-d'œuvre de BENEDETTO DA MAJANO, d'une extrême +légèreté, malgré son excessive richesse, fut exécutée en 1475. Pour ne +pas déranger les lignes de son monument, Benedetto dissimula l'escalier +de la chaire dans un des piliers auxquels elle est adossée, qu'il creusa +à cet effet, et qu'il ferma par une délicieuse porte en marqueterie +ouverte sur le bas-côté. La chaire, en marbre blanc, est pentagonale, et +ses cinq pans, séparés par des colonnettes portées sur des consoles, sont +consacrés à l'histoire de saint François traitée à la manière de +Ghiberti, c'est-à-dire avec des bas-reliefs en ronde bosse au premier +plan, pour finir au fond par des méplats.</p> + +<p>1°.—<i>Le Pape approuvant l'ordre des Franciscains</i>.</p> + +<p>2°.—<i>La destruction des livres hérésiarques</i>.</p> + +<p>3°.—<i>Saint François recevant les Stigmates</i>.</p> + +<p>4°.—<i>Obsèques du Saint</i>.</p> + +<p>5°.—<i>Martyre de Franciscains</i>.</p> + +<p>Cinq petites niches intermédiaires contiennent des statuettes de <i>la +Foi</i>, de <i>l'Espérance</i>, de <i>la Charité</i>, de <i>la +Justice</i> et de <i>la Force</i> qui sont peut-être ce que la sculpture +de la première Renaissance a produit de plus parfait.</p> + +<p class="mid"><img alt="" src="images/08-207.png"></p> + + + + +<p><b>Nef de droite</b>.—<i>Monument de Michel-Ange</i>, érigé en 1570 et +œuvre de VASARI. Des trois figures de la Sculpture, de l'Architecture et +de la Peinture, la moins mauvaise, celle de l'Architecture, est de +GIOVANNI DEL OPERE. Si Michel-Ange avait jamais pu prévoir que Vasari lui +élèverait un jour un tel tombeau, sa mort certes en serait devenue amère.</p> + +<p>Sur le pilier, au-dessus du bénitier, <i>Madonna del Latte</i>, +bas-relief de ROSSELLINO.</p> + +<p><i>Cénotaphe du Dante</i>, affreux monument de 1829.</p> + +<p><i>Monument d'Alfieri</i> par CANOVA, érigé par la comtesse d'Albany.</p> + +<p><i>Monument de Machiavel</i>, de 1787.</p> + +<p><i>Tombeau de Lanzi</i>.</p> + +<p>DOMENICO VENEZIANO (attr. à Andrea Castagno). Ces deux petites fresques +représentent <i>Saint Jean-Baptiste</i> et <i>Saint François d'Assise</i> +sous les traits d'ascètes décharnés. La critique a rendu ces peintures à +Domenico Veneziano, tant leur ressemblance est frappante avec le tableau +de la salle de Lorenzo Monaco au musée des Offices et tant les figures de +ces deux Saints en semblent détachées.</p> + +<p>L'<i>Annonciation</i>, tabernacle sculpté en 1406 pour la chapelle +Cavalcanti par DONATELLO. Cet ouvrage d'un jeune homme de dix-neuf ans +est le plus pur et le plus suave des hauts-reliefs de Donatello; il s'y +trouve une préoccupation d'élégance et de noblesse rares dans ses autres +œuvres. Dans l'attitude de la Vierge l'afféterie coudoie la grâce et la +recherche se mêle à l'émotion; debout, retournée vers l'Ange, elle met la +main sur son cœur pour indiquer sa soumission à la nouvelle qu'il lui +apporte. Quant à la figure de l'Ange, un genou en terre, la main droite +relevée, elle est d'un si incomparable mouvement par son expression +idéale, par son admirable pondération entre l'action et le mouvement, +qu'elle ne saurait être dépassée.</p> + +<p>Donatello a placé ses personnages au milieu d'une étonnante architecture +dont les pilastres les enferment dans une sorte de cadre profond. Il a +surmonté le fronton de deux petits génies en terre cuite, premiers et +délicieux essais de ces figures d'enfants dans lesquelles il était +destiné à passer maître.</p> + +<p>Tombeau du secrétaire d'État florentin <i>Leonardo Bruni</i>, mort en +1444, par ROSSELLINO.</p> + +<p>Sur un soubassement formé de guirlandes retenues par des enfants, repose +le sarcophage de forme antique, sévère et pure, décoré uniquement de deux +anges soutenant le cartouche de l'inscription, tandis que deux autres +anges portent sur leurs ailes étendues la civière où repose la superbe +effigie du défunt. Cette partie inférieure du monument est d'une grande +beauté; la partie supérieure, un peu lourde, est mal venue. Le sol de +Santa Croce est jusqu'à cette hauteur dallé de <i>plaques tombales</i> +très simples des XIVe et XVe siècles, portant presque toutes des +armoiries.</p> + +<p>A partir des transepts, elles deviennent beaucoup plus belles et +remontent, pour la plupart, à la fondation de l'église. Ce sont des +monuments giottesques où les effigies sont sculptées en relief.</p> + +<p><b>Transepts</b> (Bras droit).—1°—<i>Chapelle Castellani</i> ou du +Saint-Sacrement. Elle est décorée de fresques très abîmées d'AGNOLO GADDI +relatives à <i>Saint Nicolas</i> et à <i>Saint Jean-Baptiste</i> d'une +part, et à <i>Saint Antoine</i> et <i>Saint Jean l'Évangéliste</i> de +l'autre (1380).</p> + +<p><i>Saints François</i> et <i>Antoine de Padoue</i>, belles statues en +terre blanche vernissée de LUCA DELLA ROBBIA.</p> + +<p>2°—Entre cette chapelle et la suivante, joli petit monument gothique de +1327.</p> + +<p>3°—<b>Chapelle Baroncelli</b>, aujourd'hui <i>Giugni</i> (extrémité du +transept).</p> + +<p><i>Fresques</i> de la Vie de la Vierge par TADDEO GADDI (1352-1356), +ouvrage médiocre.</p> + +<p>4—Sur le mur de droite, <i>la Vierge à la ceinture</i>, fresque de +Menardi.</p> + +<p>5°—<b>Chapelle à droite</b> du passage de la sacristie.</p> + +<p><i>Le combat de l'archange saint Michel</i>, fresque du temps de Cimabue.</p> + + +<p class="mid"><img alt="" src="images/09-211.png"></p> + + + + + +<p>8°—<b>Chapelle Peruzzi</b>. Elle contient deux fresques, œuvres +admirables de GIOTTO, d'une conservation précieuse.</p> + +<p>Celle de droite représente les _Funérailles de Saint Jean +l'Évangéliste_. Le saint s'élance de sa tombe vers le Christ qui vient +le chercher. D'un mouvement souple et plein de vie il s'élève vers Jésus +qui l'attire à lui et l'enveloppe de ses rayons, tout en planant dans le +ciel. Autour de la fosse béante se presse le groupe des disciples de +Saint Jean, qui contemplent étonnés la scène prodigieuse accomplie sous +leurs yeux. Quelques-unes de ces figures peuvent compter parmi les plus +admirables créations des Trecentisti; le disciple penché vers le tombeau +pour s'assurer qu'il est vide, celui qui d'un superbe mouvement s'abrite +les yeux pour n'être pas aveuglé par les rayons divins et enfin une +figure de vieillard absorbé dans la prière sont des œuvres magistrales.</p> + +<p>La fresque de gauche, d'un sentiment plus archaïque, est consacrée à +l'histoire de <i>Saint Jean-Baptiste</i> et présente en deux parties, à +gauche, la décollation, le festin d'Hérode, la danse de Salomé, et sur la +droite, la remise à Hérodiade de la tête de saint Jean, par Salomé à +genoux.</p> + +<p>Les autres fresques placées au-dessus des précédentes, complètent +l'histoire des deux Saints, mais elles ont été tellement restaurées qu'il +est impossible d'y retrouver la facture large et les belles qualités du +maître.</p> + +<p class="mid"><img alt="" src="images/10-213.png"></p> + + + + +<p>9°—<b>Chapelle Bardi</b>.—Sur ses deux murs GIOTTO a représenté la +<i>Légende de Saint François d'Assise</i>. Malheureusement ces fresques, +découvertes en 1853 sous le badigeon, comme celles de la chapelle +Peruzzi, ont subi de telles restaurations qu'il ne reste plus que l'idée +poétique et élevée de la composition.</p> + +<p>10°—<b>Le Chœur</b> est décoré de fresques d'AGNOLO GADDI consacrées à +l'<i>Invention de la Croix</i>, XIVe siècle; compositions un peu grises, +d'un médiocre intérêt.</p> + +<p><b>Transept gauche</b>.—11°, 12°, 13°.—Chapelles sans intérêt.</p> + +<p>14°—<b>Chapelle dei Pulci</b>.—Fresques de BERNARDINO DADDI. +<i>Martyres de Saint Étienne et de Saint Laurent</i>.</p> + +<p>Sur l'autel, <i>bas-relief</i> de JEAN DELLA ROBBIA.</p> + +<p>15°—<b>Chapelle Saint-Sylvestre</b>.—<i>Fresques de Saint +Sylvestre</i>, par MASO DI BANCO, XIVe siècle.</p> + +<p>Tombeau de <i>Uberto di Bardi</i>, dont le sarcophage sculpté occupe la +partie inférieure.</p> + +<p>Autre tombeau du XIVe siècle; ces monuments appartiennent à l'école +Pisane et sont encastrés sous de profondes niches ogivales.</p> + +<p>16°—<b>Chapelle Nicolini</b>.</p> + +<p>17°—<b>Chapelle Salviati</b>, où se trouve le fameux <i>Crucifix de +Donatello</i> fait en concurrence avec celui de Brunelleschi placé à +Sainte-Marie Nouvelle.</p> + +<p><b>Nef de gauche</b>.—<i>Monument</i> du secrétaire d'État <i>Carlo +Marsuppini</i>, mort en 1445, par DESIDERIO DA SETTIGNANO. Placé en face +de celui de Bruni, il en reproduit la disposition générale, mais avec +plus de richesse et peut-être aussi plus de maniérisme.</p> +<p><i>Monument de Galilée</i>.</p> + + +<p class="mid"><img alt="" src="images/11-215.png"></p> + + + + +<h3>Sacristie.</h3> + +<p>(Le couloir qui s'ouvre dans le bras droit du transept conduit à la +sacristie et à la chapelle des Médicis.)</p> + +<p>La sacristie est une admirable salle carrée dont la charpente apparente a +conservé sa décoration primitive. Elle est entourée sur deux côtés +d'armoires basses du XIVe siècle, en marqueterie de citronnier et +d'ébène à dessins géométriques. En arrière de ces armoires, le mur est +revêtu d'un lambris du XIVe siècle également en marqueterie, dont chaque +panneau est séparé par des pilastres à arabesques toutes différentes et +rajoutées au XVe siècle. Les admirables vitrines et les lambris qui +entourent le reste de la sacristie sont l'œuvre de BENEDETTO DA MAJANO, +et rien n'est plus simple et plus riche à la fois que la mosaïque de bois +traitée de manière à faire presque partie de l'architecture. Ces vitrines +contiennent des missels dont quelques-uns sont fort beaux.</p> + +<p>Le mur de droite est décoré de trois grandes fresques, <i>le Chemin de la +Croix</i>, <i>la Crucifixion</i> et <i>la Résurrection</i>.</p> + +<p>Une magnifique grille du XIVe siècle, en fer forgé, sépare la sacristie +de la chapelle Rinuccini ouverte en face de l'entrée. Cette chapelle est +décorée des fresques exécutées en 1365 par GIOVANNI DA MILANO dans la +manière de Giotto ou, mieux encore, dans celle de son maître Taddeo +Gaddi, avec un sentiment plein de charme et de mouvement et une +perspective des mieux observées, pour l'époque.</p> + +<p>A la voûte, les <i>Évangélistes</i> peints à fresque, et au-dessus de +l'autel, le retable <i>Vierge et Saints</i> sur fond d'or, sont également +de GIOVANNI DA MILANO.</p> + +<p><b>La chapelle des Médicis</b> fut construite par MICHELOZZO pour Cosme +l'Ancien, «le Père de la Patrie». De chaque côté de l'autel, petits +bustes de <i>Saint François</i> et de <i>Saint Bernard</i> d'ANDREA DELLA +ROBBIA; au-dessous, <i>Vierge</i> avec des <i>Saints</i>: figures +détachées en blanc sur un fond bleu également d'ANDREA; enfin, sur la +porte, le <i>Christ entouré de deux anges</i>, du même.</p> + +<p>Bas-relief en marbre de l'école de Donatello <i>Vierge accroupie avec +l'Enfant</i> entre ses genoux et un groupe de trois anges.</p> + +<p>Enfin, <i>Tabernacle</i> de MINO DA FIESOLE, dont l'entrée est gardée par +quatre anges en haut relief.</p> + +<p class="mid"><img alt="" src="images/12-218.png"></p> + + + + + +<p><b>Le premier cloître</b>, bâti par ARNOLFO DEL CAMBIO, s'étend à droite +de Santa Croce; il est de forme irrégulière; la galerie qui longe le mur +de l'église à gauche est à un niveau plus élevé que les autres, il faut y +accéder par un escalier; derrière ses belles arcades en marbre noir et +blanc, les murs sont décorés de fresques très effacées de l'école de +Giotto, au-dessus desquelles sont alignées les armoiries sculptées des +familles qui reposent dans le Campo Santo, les Alamanni, les Pozzi, les +della Torre, etc...</p> + +<p>Au milieu du cloître s'élève la statue de Dieu le Père, une des moins +mauvaises de Baccio Bandinelli. Sur le côté qui fait face à l'entrée se +trouve la <b>chapelle des Pazzi</b>, rendus célèbres par la conspiration +contre les Médicis. Elle a été construite en 1420 par BRUNELLESCHI et est +un des plus élégants, des plus purs spécimens de l'architecture +classique. Elle est précédée d'un vestibule dont la voûte en berceau +repose sur six colonnes à chapiteaux corinthiens, au milieu desquelles +s'ouvre une grande arcade coupant une ravissante <i>frise</i> composée de +petits médaillons contenant des têtes de chérubins sculptées par +DONATELLO.</p> + +<p>Toutes ces petites têtes, plus charmantes les unes que les autres, sont +variées à l'infini et ont chacune leur expression.</p> + +<p>La voûte du vestibule, à la hauteur de la grande arcade médiane, est une +coupole à cassettes émaillées de diverses couleurs. Une seconde frise +avec des têtes de chérubins règne également sous le portique et s'étend +sur le mur de la chapelle; les médaillons en terre cuite qui la composent +sont dus à DESIDERIO DA SETTIGNANO.</p> + +<p><b>L'intérieur</b> de la chapelle, en forme de croix grecque, est orné de +pilastres corinthiens en granit; malgré sa petitesse, l'harmonie de ses +proportions en fait une œuvre parfaite. Elle est surmontée d'une coupole +dont les pendentifs sont ornés de quatre médaillons en terre émaillée +polychrome des DELLA ROBBIA, représentant les quatre Évangélistes +accompagnés de leurs attributs. Enfin, sa partie supérieure est décorée +de douze superbes médaillons de LUCA DELLA ROBBIA, représentant les douze +Apôtres assis.</p> + +<p><b>L'ancien réfectoire</b> se trouve sur le côté droit du cloître; le mur +du fond a conservé les fresques qui décoraient entièrement la salle. Dans +le bas est un très curieux et très beau <i>Cenacolo</i> de TADDEO GADDI, +où le Christ et les Apôtres sont simplement figurés assis derrière la +table, sans qu'aucun détail d'architecture ou aucune fantaisie +imaginative atténue la grandeur de la scène. Judas, très laid, isolé en +avant, est seul à ne pas avoir la tête entourée du nimbe doré en relief +dont sont encadrées celles de Jésus et des autres Apôtres.</p> + +<p>Au-dessus de cette belle composition est une grande fresque de FRANCESCO +DE VOLTERRA (fin du XIVe siècle) dont le sujet, des plus intéressants, +montre le <i>Christ en croix entouré du groupe des Saintes Femmes</i>; +saint François à genoux devant la croix l'embrasse. La croix forme la +souche de l'arbre généalogique des Franciscains, entre les rameaux duquel +sont représentés tous les membres célèbres de l'ordre. Sur les côtés sont +quatre scènes de la <i>Légende de saint François d'Assise</i>. Enfin à +gauche du réfectoire s'ouvre une petite salle où une fresque de Giovanni +représente <i>la Multiplication des pains</i>, miracle opéré par saint +François.</p> + +<p class="mid"><img alt="" src="images/13-221.png"></p> + + +<p><b>Le second cloître</b>, construit par BRUNELLESCHI, s'étend à droite du +premier et appartient aujourd'hui à la caserne établie dans l'ancien +couvent des Franciscains.</p> + +<p><b>SAN AMBROGIO</b>.—A gauche de l'entrée on a découvert un fragment de +fresque de l'école de GIOTTO, représentant <i>le Martyre de Saint +Sébastien</i>. Le Saint est attaché à un pilastre, les pieds reposant sur +une console placée à une certaine hauteur, de sorte que les archers qui +lui décochent des flèches tirent en l'air, tandis qu'un ange lui apporte +la palme du martyre. Sur le côté gauche de la nef est une petite niche +sculptée, dont les montants sont couverts d'arabesques; elle contient une +charmante statuette de <i>Saint Sébastien</i>, œuvre de LEONARDO DEL +TASSO (XVe siècle); les deux anges en grisaille, peints dans la partie +supérieure, et la petite Annonciation qui est placée dessous dans un +médaillon sont de FILIPPINO LIPPI.</p> + +<p>La chapelle à gauche du chœur est décorée d'une fresque de COSIMO +ROSSELLI, représentant le <i>Miracle de l'Enfant Jésus</i> apparaissant +dans le ciboire pendant la communion. La scène se passe au seuil d'une +église, devant un palais, et présente une foule de personnages à costumes +florentins du XVe siècle, très habilement groupés (1486).</p> + +<p>Au fond de la chapelle, un <i>tabernacle</i> en marbre blanc, de MINO DA +FIESOLE, reproduit le même miracle.</p> +<br><br><br> + + + +<h3>RIVE DROITE (EST)</h3> +<h2>DE SANTA CROCE A SAN MARCO</h2> + +<p class="mid">SANTA MADDALENA DE PAZZI; SANTA MARIA NUOVA, MUSÉE<br> +ARCHÉOLOGIQUE ET DES TAPISSERIES, INNOCENTI, SANTA ANNUNZIATA,<br> +ACADÉMIE, ÉGLISE ET COUVENT SAN MARCO, LO SCALZO.</p> + + +<p><i>SAINTE MADELEINE DES PAZZI</i> (1, Via delle Colonne).—<b>La salle du +Chapitre</b> contient une grande fresque du PÉRUGIN, <i>le Christ en +croix</i>, peinte entre 1492 et 1496, l'ouvrage le plus important que +Florence possède de l'artiste, maîtresse œuvre par la noblesse des +figures, la gravité des attitudes, la richesse du coloris et enfin la +beauté du paysage. Le Christ sur la Croix avec la Madeleine éplorée, +comme écrasée de douleur à ses pieds, occupe le milieu de la fresque. +Séparés du groupe principal par des pilastres et des arcatures se +trouvent la Vierge et saint Benoît d'un côté et saint Jean avec saint +Bernard de l'autre. Le réel défaut de ce parti pris a été de couper +l'action où les personnages, isolés et séparés les uns des autres par +l'architecture, ne semblent pas reliés à la scène principale dont +l'intérêt réside dans le groupe de la Madeleine et du Christ.</p> + +<p><b>ARCISPEDALE DE SANTA MARIA NUOVA</b>.—Ce grand hôpital fut fondé au +XIVe siècle par Falco Portinari, le père de la Béatrice du Dante. La +façade de <b>l'église San Egidio</b> qui en dépend fut au XVIe siècle +augmentée d'un portique, œuvre de Buontalenti, sous lequel deux fresques +très restaurées sont intéressantes en ce qu'elles sont ce qu'au XVe +siècle on appelait des fresques de <i>Cérémonie</i>, c'est-à-dire des +compositions destinées à commémorer un événement. L'une, par LORENZO DE +BICCI, fut peinte en 1420 et représente la consécration de l'église par +le cardinal Correz, en présence du pape Martin V. L'autre, exécutée en +1435 par GHERARDO, rappelle les privilèges accordés à l'hôpital par le +pape Martin V, à la requête du cardinal Correz.</p> + +<p>La porte de l'église San Egidio est décorée du <i>Couronnement de la +Vierge</i> (1420), bas-relief en terre cuite de LORENZO DE BICCI. A +l'intérieur, derrière l'autel, a été placé un charmant bas-relief en +bronze émaillé d'ANDREA DELLA ROBBIA, <i>la Vierge et l'Enfant</i>. Le +délicat tabernacle du maître-autel est l'œuvre commune de ROSSELLINO et +de GHIBERTI. Les anges en adoration sont du premier, et le bas-relief en +bronze de la porte fait d'autant plus honneur au second qu'il est d'une +plus grande simplicité.</p> + +<p><b>GALERIE DE PEINTURE DE L'HOPITAL</b> (25 et 29, place Santa Maria +Nuova).</p> + +<p>N° 104.—ANDREA DEL CASTAGNO. <i>Crucifiement</i>. Lunette provenant du +cloître de l'hôpital. Le Christ est entre la Vierge, saint Jean et deux +bénédictins agenouillés. Les figures de la Vierge et de saint Jean, +animées par la plus grande des douleurs, sont de premier ordre.</p> + +<p>(Au n°29, sur le pilier du premier étage.)</p> + +<p><b>A</b>.—Bas-relief en terre cuite rehaussée de peintures, <i>la +Vierge, l'Enfant, Saint Jean et deux Anges</i> de l'école de Donatello.</p> + +<p><b>F</b>.—Admirable haut relief en terre cuite du VERROCCHIO. La Vierge, +en buste, tient l'enfant debout sur un coussin. Verrocchio a certainement +modelé d'après nature ce groupe d'une beauté et d'une vérité accomplies.</p> + +<p><b>Salle I</b>.—Nos 48, 49, 50.—HUGO VAN DER GŒS. <i>L'Adoration des +Mages</i>, triptyque peint à Bruges, vers 1400, pour Francesco Portinari, +agent des Médicis dans cette ville. C'est l'ouvrage le plus important et +le chef-d'œuvre de ce maître excellent. Si le sujet principal, +l'Adoration des Mages, est d'un ensemble plutôt défectueux avec des plans +mal observés et des figures sans élégance ni charme, les détails sont en +revanche d'une rare perfection et la coloration d'une fraîcheur et d'un +éclat incomparables. Les deux volets, de toute beauté, furent pour le +portrait l'école où les artistes florentins du XVe siècle vinrent +apprendre leur art. Sur le volet de gauche, le donateur, Francesco +Portinari, et ses deux jeunes fils sont agenouillés en avant de leurs +patrons, saint Antoine abbé et saint Mathieu. Sur le volet de droite, sa +femme agenouillée lui fait face; coiffée du hennin et vêtue du riche +costume flamand, elle est accompagnée de sa fille, jeune enfant d'une +dizaine d'années; leurs visages, ainsi que ceux de sainte Marguerite et +de sainte Madeleine debout derrière elles, respirent la sérénité et +portent l'expression idéale des figures des Memling et des Van der +Weyden.</p> + +<p><b>N°23</b>.—BOTTICELLI. <i>Vierge et l'Enfant, Saint Jean-Baptiste et +anges</i>.</p> + +<p>Cette œuvre de sa jeunesse a longtemps été attribuée à Fra Filippo Lippi, +tant il y est encore influencé par la manière de son maître. La Vierge se +penche vers l'Enfant couché sur ses genoux qui lui tend les bras, tandis +que deux anges délicieux les contemplent. La tête, entourée de légers +voiles d'une disposition compliquée, est ravissante de grâce.</p> + +<p>N° 71.—FRA BARTOLOMMEO. <i>Le Jugement dernier</i>. Cette grande +fresque, peinte de 1498 à 1499, est malheureusement mal conservée. Elle +n'en constitue pas moins, telle qu'elle est, un ouvrage d'une haute +portée artistique, première œuvre où l'art italien ait uni au sentiment +profond des primitifs, la noblesse et la beauté des formes, telles que +les concevait la Renaissance.</p> + +<p>Par la belle ordonnance du demi-cercle où sont rangés les Saints, par la +rigoureuse observation de la perspective, par la profondeur de +l'inspiration, cette composition est si remarquable que Raphaël l'a +placée, presque intégralement, dans la partie supérieure de la Dispute du +Saint-Sacrement, peinte, en 1508, pour les chambres du Vatican.</p> + +<p><b>L'ANCIENNE ÉGLISE SANTA MARIA DEGLI ANGIOLI</b> (Via degli Angioli) +sert de bibliothèque à l'hôpital. Dans un de ses cloîtres est conservée +une belle fresque d'ANDREA DEL CASTAGNO, le <i>Christ en Croix entre la +Vierge, saint Jean, la Madeleine</i> au pied de la croix et deux +bénédictins agenouillés de chaque côté, composition d'un sentiment et +d'une facture admirables.</p> + +<p><b>MUSÉE ARCHÉOLOGIQUE, PALAIS DE LA CROCETTA</b>. <b>Le premier +étage</b> renferme le Musée égyptien et deux des plus riches collections +qu'ait l'Italie en antiquités étrusques et en numismatique italienne du +moyen âge et de la Renaissance.</p> + +<p>Le MUSÉE ÉTRUSQUE se compose des objets découverts dans des fouilles +faites à Chiusi, Orvieto, Grossetto et dans les nombreuses nécropoles +mises au jour autour de ces villes.</p> + +<p><b>La Salle II</b> contient dans des vitrines toute la série des vases +étrusques depuis l'époque la plus reculée jusqu'à l'apogée de cet art +(VIe siècle avant J.-C.).</p> + +<p>Ces vases contenaient les offrandes aux morts ou servaient d'urnes +cinéraires; ils sont, en grande partie, décorés des emblèmes relatifs à +leur emploi, soit de colombes ou de coqs chargés d'écarter des cendres +les mauvais esprits, soit de panthères ou de cavaliers symbolisant, les +uns les animaux dévorants, les autres le transport des âmes. Les poteries +de ce temps, presque toutes en terre noire, ont des formes admirables.</p> + +<p><b>La Salle IV</b> renferme une très belle collection de petits bronzes +étrusques d'un grand intérêt: groupes, candélabres, armures avec traces +de dorure, miroirs, etc., etc.</p> + +<p><b>La Salle V</b> possède quelques pièces hors ligne.</p> + +<p><b>A</b>.—Statue de Minerve de grandeur naturelle, superbement drapée. +La tête a un grand caractère, les orbites vides des yeux étaient remplis +par des pierres précieuses (Arezzo).</p> + +<p><b>B</b>.—Statue d'orateur; portrait de Metellus, fils de Vesia, citoyen +de Chiusi (IIe siècle avant J.-C.). Cette pièce célèbre a été découverte +près du lac Trasimène (1570).</p> + +<p><b>C</b>.—Chimère affectant la forme d'un lion; sa queue, faite d'un +serpent, vient mordre une tête de bouc greffée sur le dos de l'animal. +Cette tête fantastique, remarquable comme mouvement et comme étude +approfondie de la forme, appartient à la plus belle période de l'art grec +(IVe siècle avant J.-C.) (Arezzo)</p> + +<p><b>D</b>.—<i>Situla</i>, petit vase suspendu, de la plus belle époque +étrusque, il fut trouvé à Bolsène en 1871. Primitivement doré, orné de +bas-reliefs de la plus extrême finesse, il représente Vulcain ramené à +l'Olympe par Bacchus et Ariane.</p> + +<p>Une vitrine isolée renferme des merveilles.</p> + +<p>N° 1.—<i>Tête de jeune homme</i> (IIe siècle avant J.-C.).</p> + +<p>N° 2.—Statuette de <i>Bacchus avec un génie ailé sur les épaules</i> +(IVe siècle avant J.-C.).</p> + +<p>N° 3.—<i>Statuette de Jupiter</i> (copie grecque du IIe siècle avant +J.-C., d'après Phidias).</p> + +<p>N° 4.—Statuette de <i>Castor conduisant un cheval</i> (art étrusque +d'après l'art grec, IVe siècle avant J.-C.).</p> + +<p>N° 5.—<i>Minerve Medica</i>.</p> + +<p>N° 6.—<i>Athéné</i>, statuette très archaïque.</p> + +<p>N° 9.—Statuette d'<i>Hercule</i> (IIIe siècle avant J.-C.).</p> + +<p><b>Salle IV</b>.—Au milieu de la salle, le fameux <i>Vase François</i>, +ainsi nommé de son premier propriétaire, est orné de peintures divisées +en bandes sur lesquelles sont représentées les chasses de Méléagre, +Thésée et le Minotaure, le combat des Lapithes et des Centaures, les +funérailles de Patrocle, les noces de Pélée et de Thétis, la procession +des dieux quittant l'Olympe pour y assister, Bacchus et Vulcain, un +combat des Pygmées contre les Grues, et enfin, sur les anses, la lutte +autour du corps d'Achille. Cette belle œuvre grecque est du VIe siècle +avant J.-C.</p> + +<p><b>Salle VIII</b>.—<i>Sarcophage</i> en terre cuite de <i>Larthia +Seranthia</i>. La défunte, le torse redressé sur son lit funèbre, le bras +gauche relevé sur un coussin, tient un miroir et procède à sa toilette. +Ce splendide monument de la plastique chiusienne a conservé de nombreuses +traces de peinture (IIe siècle avant J.-C.).</p> + +<p><b>Salle IX</b>.—I. <i>Sarcophage en albâtre</i>, non décoré de +sculptures, mais peint à tempera, de scènes représentant les combats des +Lapithes et des Centaures (art étrusque, Ve siècle av. J.-C).</p> + +<p>II. <i>Sarcophage en albâtre</i> ayant conservé les traces de sa +décoration polychrome. Sur le couvercle en ronde bosse, le mari, le torse +nu, appuie la main sur l'épaule de sa femme assise à ses pieds qui relève +son voile pour le regarder; elle porte un collier d'or et ses cheveux ont +conservé leur peinture rouge (Ve siècle avant J.-C.).</p> + +<p>III. <i>Sarcophage de pierre</i> également en ronde bosse. Aux pieds du +défunt, une Parque accroupie lui montre le rouleau de sa vie terminée.</p> + +<p>IV. <i>Statue cinéraire</i> en terre cuite de la Mater Matuta des +Chiusiens. Elle est assise dans un fauteuil, tenant dans ses bras un +enfant couché. La tête mobile sert de couvercle à l'urne contenue dans +l'intérieur du corps (Ve siècle avant J.-C.).</p> + +<p>DEUXIÈME ÉTAGE. <b>GALERIE DES TAPISSERIES (ARAZZI)</b>.—La plupart des +tapisseries proviennent de la fabrique de Florence fondée par le +grand-duc Cosme Ier sous la direction de Nicolas Karcher et de Jean van +Boost de Bruxelles. Après leur mort, l'atelier fut tenu par des Italiens +et devint une véritable école, si bien que ce fut Pierre Lefèvre, +français d'origine et directeur vers 1630, qui, appelé avec un brevet par +Louis XIV en 1648, créa aux Tuileries un atelier où seraient appliqués +les procédés italiens et développés les procédés français des +manufactures érigées sous Henri IV, tandis que la manufacture de +Florence, dès 1744, cessait d'exister.</p> + +<p><b>Salle I</b>.—Brocarts des XVème, XVIe et XVIIe siècles.</p> + +<p><b>Salle II</b>.—Devant l'autel de Sainte-Marie Nouvelle, <i>le +Couronnement de la Vierge</i>, superbe broderie du XVe siècle.</p> + +<p><b>Salles III, IV, V</b>.—Broderies et étoffes.</p> + +<p><b>Salle VI</b>.—Tapisseries de Florence aux armes des Médicis (XVIIe +et XVIIIe siècles). <i>Les quatre Éléments</i> d'après Moro.</p> + +<p><b>Salle VII</b>.—Tapisseries flamandes du XVIe siècle.</p> + +<p><b>Salle VIII</b>.—Tapisseries de Florence (XVIe siècle).</p> + +<p><b>Salle IX</b>.—Suite des mêmes tapisseries. <i>Ensevelissement du +Christ</i> (Florence, XVIe siècle).</p> + +<p>Nos 118 et 119.—<i>Ecce Homo</i> et <i>Déposition</i> (Florence, XVIe +siècle).</p> + +<p><b>Salle XII</b>.—<i>Histoire d'Esther</i>. Trois tapis séries des +Gobelins d'après Audran, XVIIIe siècle, splendides pièces de cette suite +connue.</p> + +<p><b>Salle XIII</b>.—Suite de l'<i>Histoire d'Esther</i>. Les costumes +turcs, remarquables, sont interprétés avec la fantaisie du XVIIIe +siècle.</p> + +<p><b>Salle XIV</b>.—Trois tapisseries flamandes du XVIe siècle tissées +d'or.</p> + +<p>N° 74.—Série de tapisseries du XVIe siècle représentant des fêtes +données à l'occasion du mariage d'Henri II et de Catherine de Médicis.</p> + +<p><b>Salle XV</b>.—Nos 67, 68, 69.—Suite de la même série.</p> + +<p><b>Salle XVI</b>.—Six bandes de tapisseries allemandes du XVIe siècle, +<i>Histoire de David et de Bethsabée</i>.</p> + +<p>N° 66.—<i>Baptême du Christ</i> (Flandres, XVe siècle).</p> + +<p><b>Salle Galerie XVII</b>.—Nos 67, 68.—<i>Enlèvement de Proserpine</i> +et <i>Chute de Phaéton</i>, d'après les cartons de Bernin (Florence, +XVIIIe siècle).</p> + +<p>Nos 53, 54, 55, 56.—Admirable série de tapisseries des Flandres du +XVIe siècle. Cette collection, la plus belle du musée, se compose de +quatre pièces de grandes dimensions tissées d'or. Les sujets en sont: +<i>la Création de l'homme</i>, <i>la Création de la femme</i>, <i>la +Tentation</i>, <i>Adam et Ève chassés du Paradis</i>. Le paysage, la +composition et le coloris de ces tapisseries sont de toute beauté.</p> + +<p>N° 51.—<i>Triomphe de déesse</i>, d'après Coypel (Gobelins, XVIIIe +siècle).</p> + +<p>Nos 42, 50.—<i>Histoire de Phaéton</i>, d'après Allori (Florence, +XVIIe siècle).</p> + +<p><b>Salle XIII</b>.—<i>Fête champêtre</i>.</p> + +<p><b>Salle XIV</b>.—Cinq scènes de la <i>Passion</i> (Florence, XVIIe +siècle).</p> + +<p><b>Salle XX</b>.—Trois scènes de la même série, d'après Allori.</p> + +<p><b>Salle XXI</b>.—<i>Les Douze Mois de l'année</i>, d'après Bacchiacco +(Florence, XVIe siècle).</p> + +<p><b>Salle XXII</b>.—Sept tapisseries avec grotesques sur fond jaune, +d'après Bacchiacco (Florence, XVIe siècle).</p> + +<p><b>LA PLACE DE L'ANNUNZIATA</b> est bordée à droite par l'hospice des +Enfants-Trouvés, les <i>Innocenti</i>, à gauche par la confrérie des +Servi di Maria, bâtiments identiques, entre lesquels s'ouvre, au fond de +la place, l'église de l'Annunziata. A l'angle de la Via dei Servi, le +palais Manelli, de 1565, est une construction en brique de Buontalenti. +Au milieu de la place, la statue équestre du grand-duc Ferdinand Ierest +la dernière œuvre de Jean de Bologne, coulée en 1608 avec le bronze des +canons enlevés aux Turcs.</p> + +<p>De chaque côté, deux fontaines de Ph. Rocca, placées en 1629, sont ornées +de monstres marins.</p> + +<p><b>L'HOSPICE DES ENFANTS-TROUVÉS</b> fut construit en 1421 par FRANCESCO +DELLA LUNA, d'après les plans laissés par son maître Brunelleschi; il +avait été commandé par la corporation des tisseurs de soie. Le +rez-de-chaussée est bordé d'un beau portique précédé de marches qui, du +côté de la place, offre entre ses arcatures des médaillons en terre +vernissée blanche sur fond bleu, exécutés en 1460 par ANDREA DELLA +ROBBIA. Ces médaillons, au nombre de quatorze, représentent chacun un +enfant emmailloté, chef-d'œuvre de grâce et de délicatesse. Dans ces +figures variées à l'infini, la manière d'Andrea diffère déjà profondément +du style simple et sévère de Luca et se rapprocherait bien plutôt, par +une recherche de douceur et de charme excessive, de celui des Ghiberti ou +des Benedetto da Majano. La lunette de la porte de la Chapelle, où l'on +entre par la cour, est occupée par une Annonciation, magnifique +bas-relief émaillé d'Andrea della Robbia.</p> + +<p>Au-dessus de l'autel de la chapelle <b>Santa Maria degli Innocenti</b>, +le GHIRLANDAJO a peint, en 1488, une belle adoration des Mages fortement +influencée, semble-t-il, par le Van der Gœs de l'hôpital Santa Maria +Nuova. Cette page réunit à un haut degré les qualités du Ghirlandajo; non +seulement il s'y révèle dessinateur émérite et savant coloriste, mais +bien encore dans les moindres détails il pousse la conscience à l'excès +et reste irréprochable comme exécution.</p> + +<p>En face des Enfants-Trouvés le bâtiment des <b>SERVI DI MARIA</b> fut +également construit, sur les plans laissés par Brunelleschi, par ANTONIO +DA SANGALLO.</p> + +<p><b>L'ÉGLISE SANTA ANNUNZIATA</b> date de 1250, mais depuis elle fut +agrandie et constamment modifiée. Sous le mauvais péristyle qui la +précède, élevé en 1650 par CACCINI, s'ouvrent trois portes. Celle de +gauche donne accès au cloître de l'ancien couvent des Servites, celle de +droite à la chapelle des Pucci, et enfin celle du milieu au parvis décoré +de fresques qui précède l'église. Ces fresques, abritées maintenant +contre les intempéries par une galerie vitrée, furent en grande partie +exécutées par Andrea del Sarto et sont un des plus beaux monuments du +grand art italien.</p> + +<p><b>A</b>.—<i>Saint Philippe donnant son habit à un malade</i>.</p> + +<p><b>B</b>.—<i>Joueurs frappés de la foudre pour s'être moqués de saint +Philippe</i>.</p> + +<p><b>C</b>.—<i>Guérison d'un possédé</i>.</p> + +<p><b>D</b>.—<i>La mort de saint Philippe</i>.</p> + +<p><b>E</b>.—<i>Un enfant guéri par le contact du manteau de saint +Philippe</i>.</p> + +<p>L'artiste exécuta ces peintures dans sa jeunesse, vers 1510. Le paysage a +quelque importance, mais n'est pas suffisamment traité; ce ne sont plus +les fonds idéalisés et mystérieux des primitifs, et d'autre part les +artistes de l'époque d'Andrea sont encore loin de la perfection des +maîtres qui rendront plus tard si merveilleusement la nature; ce sont des +œuvres d'une époque de transition, n'ayant plus les qualités des anciens +maîtres, sans pour cela avoir encore celles des nouveaux. Dans les +fresques de l'Annunziata les personnages manquent de mouvement, mais leur +défaut principal est l'absence de la foi profonde, de l'émotion et des +sentiments vrais qu'auraient mis dans un tel sujet les «Quatrocentisti».</p> + +<p>A droite, deux belles compositions d'Andrea del Sarto sont très +supérieures aux précédentes.</p> + +<p>1° <i>L'Adoration des Mages</i> bien groupée, avec le portrait de +Sansovino tourné vers le spectateur, et au premier plan le portrait du +peintre par lui-même.</p> + +<p>2° <i>La Naissance de la Vierge</i> (1514), représentée dans une riche +chambre du XVIe siècle avec des femmes portant les beaux costumes de +l'époque. Au milieu de cette fresque remarquable, deux portraits de +femmes dont l'une est la Lucrezia Fede, la terrible femme de l'artiste.</p> + +<p>Les trois médiocres fresques suivantes sont dues à des amis ou à des +élèves d'Andrea: <i>Le Mariage de la Vierge</i> par FRANCIABIGIO (1513). +<i>La Visitation</i> par le PONTORMO (1516). <i>L'Assomption</i> par +ROSSO (1517).</p> + +<p><b>L'intérieur de l'Église</b>, décoré au XVIIe siècle avec une triste +somptuosité, consiste en une nef unique sur laquelle donnent des +chapelles latérales, et qui aboutit à une grande rotonde où se trouve le +chœur entouré de chapelles rayonnantes. A gauche de l'entrée, sous un +baldaquin du XVIIe siècle de très mauvais goût, s'ouvre la chapelle +«della Vergine Annunziata», construite aux frais de Pierre de Médicis par +MICHELOZZO en 1448. Derrière l'autel, une Vierge miraculeuse, fresque du +XIIIe siècle, est l'objet d'une grande vénération.</p> + +<p>Au-dessus de la porte qui conduit du croisillon gauche au cloître des +Servites est une fresque d'ANDREA DEL SARTO, «la Madone au Sac» +(<i>Madonna del Sacco</i>), peinte en 1525, et justement considérée comme +un chef-d'œuvre; elle est d'une grâce charmante avec des figures bien +groupées. Saint Joseph debout, appuyé sur un sac, lit à côté de la Vierge +assise à terre. Près de la fresque d'Andrea est le <i>tombeau des +Falconieri</i>, fondateurs de l'église: sarcophage supporté par des +consoles. Dans le deuxième cloître, grande statue de <i>Saint +Jean-Baptiste</i> en terre cuite, bel ouvrage où MICHELOZZO a reproduit +le Saint Jean qu'il avait placé dans le fameux reliquaire du musée du +Dôme.</p> + + +<p>ACADÉMIE DES BEAUX-ARTS (46, Via Ricasoli)</p> + +<p><b>Salle I</b>.—N° 31.—BALDOVINETTI. <i>La Trinité</i>.</p> + +<p>N° 27.—ANGELICO. Retables.</p> + +<p><b>Salle à Coupole</b>.—MICHEL-ANGE. <i>David</i>.—Le <i>David</i> fut +sculpté en 1501 par Michel-Ange tout jeune, qui fut rappelé de Rome tout +exprès pour tirer d'un gigantesque bloc de marbre mal venu, une colossale +statue destinée à être placée devant le Palais Vieux. Loin d'être arrêté +par cette difficulté de métier, jamais Michel-Ange ne semble avoir été +plus en possession de son admirable talent, plus maître de son art, que +dans cette juvénile figure où la justesse des rapports, la perfection du +modelé et le fini parfait excitent la plus vive admiration. Le maître a +choisi l'instant où le héros va lancer sa fronde, et l'attente du geste +décisif est parfaitement marquée par l'expression sévère et concentrée du +visage qui frappe par sa ressemblance avec celui du <i>Saint Georges</i> +d'Or San Michele, ce chef-d'œuvre de Donatello.</p> + +<p>MICHEL-ANGE. Ébauche pour un <i>Saint Mathieu</i>. C'est la seule ébauche +des statues des Apôtres que Michel-Ange devait exécuter pour Sainte-Marie +des Fleurs, œuvre infiniment intéressante, puisqu'elle permet de saisir +sur le fait son procédé de travail et sa préoccupation de mener de front +l'étude de la forme et la recherche de l'effet. Dans l'espèce de grande +dalle où la statue est encore engagée, il semble que le maître ait +dessiné au ciseau toutes les valeurs, jusqu'à donner à l'œuvre l'aspect +du bas-relief ou à produire l'impression d'un puissant et singulier +carton.</p> + + + +<p><b>Grande Salle III</b>.—N° 36.—MASACCIO. <i>La Conception</i>.</p> + +<p class="mid"><img alt="" src="images/14-241.png"></p> + + + +<p>Sainte Anne, la Vierge et l'Enfant. Il est intéressant de constater dans +cette œuvre de jeunesse du maître, combien son idéalisme d'alors était +déjà combattu par son entraînement au réalisme et au naturalisme.</p> + +<p>N° 41.—FRA FILIPPO LIPPI. <i>Couronnement de la Vierge</i>, œuvre +tardive de 1441. Ce grand tableau, malheureusement très abîmé, est +surchargé de personnages; de plus, comme le sujet principal est placé sur +le second plan, il en perd toute grandeur. Le défaut ordinaire de Lippi, +qui est de raplatir la tête de ses figures, a été poussé ici à un +désagréable excès. Dans ce tableau, Lippi s'est peint lui-même à genoux +et les mains jointes.</p> + +<p>N° 42.—FRA FILIPPO LIPPI. <i>L'Annonciation</i>, belle prédelle de 1441.</p> + +<p>Nos 37 et 39.—ANDREA DEL CASTAGNO. <i>Sainte Madeleine</i> et <i>Saint +Jean-Baptiste</i>, figures ascétiques d'un grand caractère.</p> + +<p>N° 38.—ANDREA DEL CASTAGNO. <i>Saint Jérôme en prière</i>.</p> + +<p>N° 32.—GENTILE DA FABRIANO. <i>Adoration des Mages</i>. Ce chef-d'œuvre +célèbre fut peint pour Palla Strozzi en 1423. Sorte d'Angelico ombrien, +Gentile évoque un monde tout idéal, tout fantaisiste; il couvre ses +personnages de vêtements somptueux où l'or tient la plus grande place, +mais un or traité à la manière des icônes byzantines, c'est-à-dire en +relief avec des incrustations et des gravures. Son goût prononcé pour la +zoologie se traduisit par la recherche des animaux extraordinaires qu'il +a figurés dans le cortège des Mages. Peu de tableaux laissent une aussi +délicieuse impression de poésie et de fraîcheur.</p> + +<p>N° 34.—FRA ANGELICO. <i>La Déposition de la Croix</i>. Ce chef-d'œuvre, +d'une simplicité grandiose, est d'une perfection de composition, d'une +profondeur de sentiment, d'une pureté de dessin qui en font une des plus +impressionnantes œuvres du XVe siècle. La croix occupe le centre, et le +corps du Christ en est détaché par saint Jean accompagné d'un groupe de +disciples qui soutiennent le cadavre. D'autres groupes admirables sont +composés de la Vierge, des Saintes Femmes et d'hommes qui contemplent +avec commisération les instruments de la Passion montrés par l'un d'eux.</p> + +<p>Les montants du cadre sont garnis de douze délicates petites figures de +saints et les trois gâbles qui le surmontent représentent <i>la Visite +des Saintes Femmes au tombeau</i>, <i>la Résurrection</i> et <i>l'Apparition à la +Madeleine</i>. Pour bien apprécier cette œuvre de premier ordre, il faut se +faire à un coloris d'une vivacité et d'une crudité de tons rares, même +chez l'Angelico.</p> + +<p>N° 43.—ANDREA VERROCCHIO. <i>Baptême de Jésus-Christ</i>. On a longtemps +considéré ce tableau comme la seule peinture complète du Verrocchio, mais +on est arrivé à reconnaître que l'œuvre, loin d'avoir jamais été achevée +par lui, avait été terminée par son élève, Léonard de Vinci. La seule +part attribuée maintenant à Verrocchio est la figure de saint +Jean-Baptiste et le paysage du fond. L'artiste, avec le caractère plutôt +abrupt de son talent et sa passion de l'anatomie et de la vérité, a +trouvé un sujet digne de lui dans la figure réaliste et ascétique du +précurseur, modelée en pleine lumière. Cette partie, un peu dure, forme +un saisissant contraste avec les deux délicieuses figures d'anges +agenouillés que Léonard a traitées en clair obscur, avec tout le charme +de son incomparable génie.</p> + +<p>N° 46.—SANDRO BOTTICELLI. <i>La Vierge, l'Enfant Jésus, la Madeleine, +sainte Catherine, saint Damien, saint Cosme et divers saints</i>. Un des +premiers ouvrages de Sandro et non des meilleurs. Les figures sont encore +très influencées de celles de son maître, POLLAJUOLO.</p> + +<p>N° 47.—SANDRO BOTTICELLI. <i>Couronnement de la Vierge</i>. Un des plus +grands tableaux d'autel du maître.</p> + +<p>N° 52.—SANDRO BOTTICELLI. <i>La Vierge sur un trône entre des anges et +des saints</i>. Ces deux tableaux prouvent surabondamment combien le +talent de Botticelli était rebelle aux sujets religieux.</p> + +<p>N° 49.—FRA FILIPPO LIPPI. La belle <i>Madone avec quatre Saints</i> sous +une architecture, est une des bonnes œuvres du maître. Elle est +remarquable par la facture des vêtements.</p> + +<p>N° 50.—GHIRLANDAJO. <i>L'Adoration des Bergers</i>, peinte vers 1485, +est à peu près analogue à celle des Innocenti. L'influence de Van der Gœs +et de l'œuvre de l'hôpital Santa Maria Nuova y est également sensible. +Cet ouvrage, à bien des égards, est excellent; on y retrouve la +scrupuleuse conscience de Ghirlandajo et, grâce à son coloris plus calme, +il est d'un aspect plus agréable que le retable des Innocenti.</p> + +<p>N°53.—PIERRE PÉRUGIN. <i>Le jardin de Gethsemani</i>.</p> + +<p>N° 56.—PIERRE PÉRUGIN. <i>Crucifixion</i>. Ces deux tableaux furent +peints par le Pérugin vers 1496, c'est-à-dire à cette période de sa vie +où, par son absence de conviction artistique, il sacrifiait exclusivement +à la grâce et à l'afféterie et laissait dans ses compositions une large +place à de beaux paysages de convention.</p> + +<p>N° 55.—PIERRE PÉRUGIN. <i>Assomption</i>, avec quatre saints dans le bas +du tableau.</p> + +<p>Cette grande composition, très conventionnelle, date de l'époque des +fresques du Cambio avec lesquelles elle a de grands rapports de manière +(1500).</p> + +<p>N° 58.—PIERRE PÉRUGIN. <i>Pieta</i>. Ce tableau célèbre est une œuvre de +jeunesse intéressante par sa singulière ordonnance et son architecture +classique. Malheureusement l'expression des visages et l'attitude des +personnages sont toujours de la plus désolante banalité.</p> + +<p>N° 54.—LUCA SIGNORELLI. <i>La Vierge avec le Christ, deux Saints et les +archanges Michel et Gabriel</i>. Remarquable tableau d'autel d'un coloris +vif et fondu tout à la fois.</p> + +<p>N° 57.—FILIPPINO LIPPI. <i>Descente de Croix</i>. Ce tableau d'autel, +resté inachevé par suite de la mort de Filippino (1504), fut repris et +terminé par le Pérugin.</p> + +<p>N° 59.—ANDREA DEL SARTO. <i>Quatre Saints</i>.</p> + +<p>N° 63.—Prédelle de ces tableaux avec la Vie de ces Saints. Ces deux très +belles compositions sont de la même époque et de la même manière que les +admirables fresques des Scalzo (1528).</p> + +<p>Il est intéressant de constater combien, à cette date, André del Sarto +était impressionné par le génie d'Albert Dürer.</p> + +<p>N° 66.—FRA BARTOLOMMEO. <i>Apparition de la Vierge à saint Bernard</i>, +œuvre de jeunesse (1506) avec encore un peu de sécheresse dans les +contours et malheureusement d'une mauvaise conservation.</p> + +<p>N°69.—FRA BARTOLOMMEO. <i>Saint Vincent</i>.</p> + +<p>Nos 78 et 82.—FRA BARTOLOMMEO. <i>Têtes d'Apôtres</i>. Ces morceaux de +fresques sont de premier ordre et donnent le plus utile renseignement sur +la hauteur de vues, la noblesse de sentiments et la belle intégrité +artistique du Frate.</p> + +<p><b>Salle IV (Salle d'Angelico)</b>.—Cette salle contient un véritable +trésor d'œuvres de l'Angelico qui, avec des qualités différentes, sont +toutes inspirées de son exquise poésie symbolique et mystique.</p> + +<p>N° 41.—<i>Le Jugement dernier</i>. Composition où se meuvent une +multitude de petites figures d'une exécution relativement peu soignée +pour l'Angelico. La partie la plus intéressante du tableau est constituée +par une ravissante farandole de petits anges qui se déroule dans le +Paradis, au milieu d'une prairie émaillée de fleurs.</p> + +<p>Si Angelico est, par excellence, le peintre des joies célestes, il est +moins apte à exprimer l'angoisse et la douleur des damnés, aussi la +partie de l'enfer laisse-t-elle à désirer.</p> + +<p>N° 16.—Six petits panneaux. <i>Vies et supplices des saints Cosme et +Damien</i>.</p> + +<p>Nos 11, 24.—Huit panneaux divisés en compartiments et formant +trente-cinq sujets de la Vie de Jésus-Christ. Ils sont d'inégale valeur +et plusieurs sont de la main de Baldovinetti. Toutefois, quelques-uns, +comme finesse et perfection, sont de vraies miniatures. Parmi ceux-ci: +<i>la Fuite en Égypte</i>, <i>la Flagellation</i>, <i>le Portement de +Croix</i>, <i>Jésus dépouillé par les soldats et les Saintes Femmes au +tombeau</i> sont hors ligne.</p> + +<p>N° 20.—<i>Couronnement de la Vierge</i>, petit médaillon de la plus +grande finesse.</p> + +<p>N° 21.—<i>Le Christ à mi-corps, debout dans le tombeau</i>, entouré de +toutes les <i>scènes de la Passion</i>. Cette belle conception, +particulièrement affectionnée par l'Angelico, est d'un dessin large et +savamment modelé.</p> + +<p>PIERRE LORENZETTI.—Quatre épisodes très archaïques de la <i>Vie de saint +Nicolas de Bari</i>.</p> + +<p>N° 31.—FRA BARTOLOMMEO. <i>Savonarole sous l'aspect de saint Pierre +martyr</i>.</p> + +<p>N° 18.—PÉRUGIN. Beaux portraits de <i>Baldassare Monaco</i> et de <i>don +Biagio Milanesi</i>, moines de Vallombreuse. La beauté, la simplicité et +la sévérité de ces deux profils de moines les ont longtemps fait +attribuer à Raphaël comme œuvre de jeunesse.</p> + +<p><b>Salle V</b>.—Cartons.—Collection d'admirables cartons de Fra +Bartolommeo.</p> + +<p>Carton du <i>David</i>, de Michel-Ange.</p> + +<p><b>Salle VI</b>.—N° 22.—ANTONIO DEL POLLAJUOLO. <i>Saint Augustin</i>, +âgé. Admirable figure d'évêque debout, crossé et mitré.</p> + +<p>N° 23.—ANTONIO DEL POLLAJUOLO. <i>Sainte Monique</i>, superbe figure de +vieille femme, pendant du précédent.</p> + +<p>N° 24.—VERROCCHIO. <i>Tobie et les trois Archanges</i>.</p> + +<p>Les archanges Michel, Gabriel et Raphaël accompagnent le jeune Tobie +retournant chez son père. Cette œuvre admirable est une des premières du +Verrocchio et l'analogie du type des Archanges avec ceux du <i>David</i> +au Bargello et du <i>Saint Jean-Baptiste</i> dans le <i>Baptême</i> de +l'Académie est frappante.</p> + +<p>La gravité, la noblesse et la beauté des figures, la minutieuse recherche +des anatomies, le réalisme scrupuleux poussé jusqu'aux moindres plis des +vêtements, enfin la poésie du délicieux paysage du fond, tout concourt à +placer ce tableau parmi les productions les plus parfaites des +Quatrocentisti.</p> + +<p>N° 19.—LUCA SIGNORELLI. <i>La Madeleine agenouillée au pied de la +Croix</i>. Cette page a la dureté et la crudité de couleur trop +ordinaires chez Signorelli, défauts amplement rachetés du reste par la +beauté de la composition et la profondeur et l'émotion uniques chez lui.</p> + +<p>Le fond en perspective représente la Déposition, la Mise au sépulcre, et +la Visite des Saintes Femmes au tombeau.</p> + +<p>N° 16.—DOMINIQUE GHIRLANDAJO. <i>Vierge entre des anges et divers +saints</i>, excellent ouvrage de jeunesse.</p> + +<p>N° 12.—FRA FILIPPO LIPPI. <i>Naissance de Jésus-Christ</i>, retable de +médiocre valeur, seulement intéressant comme étant le tableau de l'autel +de la chapelle Riccardi auquel aboutissait toute la composition de +Benozzo Gozzoli.</p> + +<p>Nos 6, 7, 8, 9.—SANDRO BOTTICELLI. <i>Le Christ +ressuscitant</i>.—<i>Salomé avec la tête de Saint +Jean-Baptiste</i>.—<i>Visions de Saint Augustin</i>.—<i>Mort de Saint +Augustin</i>.—Quatre adorables petits panneaux oblongs.</p> + +<p>N° 20.—SANDRO BOTTICELLI. <i>L'archange Raphaël et Tobie</i>, tableau +très abîmé, mais d'un délicieux sentiment. Les deux figures, rapprochées +de celles du tableau du Verrocchio, expliquent l'attribution erronée de +cette peinture faite longtemps à Sandro. Au bas, petite figure +agenouillée du donateur Strozzi, dont les armes occupent le haut du +tableau.</p> + +<p>N° 27.—SANDRO BOTTICELLI. <i>Allégorie du Printemps</i>, tableau exécuté +en 1462 sur la commande de Pierre de Médicis et destiné avec celui du +musée des Offices, «l'Arrivée de Vénus à Cythère», à sa villa de +Castello. C'est un chef-d'œuvre de paganisme mythologique, interprété +avec toute la subtilité, tout le raffinement d'un «décadent» de la +Renaissance. Il puisa son sujet dans le passage du cinquième livre de +Lucrèce, où le poète décrit ainsi le réveil de la nature:</p> + +<p>«Sur l'aile de Zéphyr le doux Printemps renaît et Vénus daigne sourire +aux champs rajeunis. Sur leurs pas Flore, mère facile, épanche ses +parfums et émaille les prés de ses dons enchanteurs.»</p> + +<p>Comment Botticelli a-t-il traduit la pensée de Lucrèce? Dans un bois, +figuré par des arbres chargés de fleurs et de fruits, dont les +silhouettes noires sont violemment découpées sur un ciel pâle, s'ouvre +une clairière semée de mille fleurs, traitées avec la patiente minutie de +la miniature. Sur ce chemin fleuri s'avance Vénus précédée des Grâces et +de Mercure, et suivie de la figure allégorique du Printemps. Flore, +poursuivie par Zéphyr, occupe l'extrême droite du tableau, et l'Amour, +les yeux bandés, vole au-dessus des groupes en décochant ses flèches.</p> + +<p>Les sept personnages, presque aussi grands que nature, sont traités avec +l'art le plus consommé autant par la perfection du dessin que par +l'agrément du coloris. Les femmes, avec les formes élancées et un peu +grêles chères à Botticelli, sont vêtues de gazes transparentes voilant à +peine leur belle nudité. Une seule figure, la figure si énigmatique du +Printemps, porte une tunique compliquée, semée de fleurs sur fond blanc; +les cheveux fauves, coupés court, encadrent son délicieux visage et son +expression étrange donne à sa physionomie quelque chose de problématique +et de captivant. Les dimensions de cet ouvrage lui assureraient un rang à +part dans l'œuvre de Botticelli, si d'ailleurs des qualités de premier +ordre ne l'y plaçaient de droit.</p> + +<p><b>LE COUVENT DE SAN MARCO</b>, fondé par les moines de l'ordre de +Saint-Sylvestre, fut concédé aux dominicains par le pape Martin V, sur +les instances de Cosme l'Ancien, leur zélé protecteur, auquel l'ordre +devait d'être rentré à Florence après en avoir été précédemment expulsé. +Le couvent fut magnifiquement restauré par Michelozzo de 1436 à 1443, et +Fra Angelico de Fiesole passa plusieurs années de sa vie à le décorer de +ses fresques.</p> + +<p>Le génie de Giotto avait contenu en germe toute la peinture italienne, +c'est-à-dire l'idéalisme et le réalisme. Par la grandeur des choses vues +de loin, il rehaussa la vérité des choses vues de près estompées sur le +vif; en un mot, il conçut le premier l'union du symbole et du portrait.</p> + +<p>Un demi-siècle après la mort de ce grand homme, alors que s'épanouissait +la génération de ses élèves, deux courants se formèrent dont la source +remontait également à son génie. Tandis que des artistes tels que les +Masolino, les Masaccio ou les Fra Filippo Lippi développaient la peinture +dans le sens de la vérité individuelle et du portrait, d'autres, comme +Fra Giovanni de Fiesole, s'attachaient au spiritualisme puisé dans +l'œuvre de Giotto ou inspiré par le platonisme de Dante et donnaient le +jour à une peinture destinée, semble-t-il, à illustrer les missels du +Paradis.</p> + +<p>L'Angelico fut la plus haute manifestation de cet art et San Marco la +plus parfaite expression de son talent.</p> + +<p>Les fresques multiples que renferme le couvent ne sont pas des œuvres +destinées à la critique ou au jugement d'un nombreux public. Elles +devaient, en décorant des cellules où personne ne pénétrerait, ne servir +qu'à l'édification ou à l'enseignement des moines, et Angelico pouvait se +livrer, sans préoccupation mondaine, tout entier à l'inspiration de son +âme. Beaucoup de ces fresques, sans recherche d'anatomie ou de dessin +quelconque, sont très légèrement indiquées et c'est parfois de celles où +ces défauts sont le plus accusés que se dégage l'impression la plus vive; +on les dirait éclairées par une sorte de lumière intérieure dans le +rayonnement de laquelle, toute trace de procédé matériel s'effaçant, +elles apparaissent comme dans une atmosphère de pure spiritualité.</p> + +<p>Le même état d'âme se manifeste au couvent de San Marco dans Baccio della +Porta, dit Fra Bartolommeo, devenu moine en 1501, sous l'impression +terrible qu'avait produite en lui la mort affreuse de son ami Savonarole. +Après plusieurs années passées sans toucher à ses pinceaux, il les reprit +par ordre du prieur, et c'est de cette époque que datent toutes ses +admirables compositions religieuses où s'accuse si profondément le tour +extatique et mystique de son esprit.</p> + +<p>Il reste enfin à parler du plus célèbre des hôtes de San Marco, de celui +dont le nom a marqué dans l'histoire de son pays, de celui dont la pensée +grave et austère tenta la réforme morale et religieuse d'une époque déjà +dissolue: de Jérôme Savonarole. A la fin du XVe siècle les regrets +causés par l'affaiblissement de la foi et la perte de la liberté, les +écarts des lettres et les périls de l'indépendance nationale provoquèrent +à Florence une violente réaction politique et religieuse dont l'apôtre +fut Jérôme Savonarole, un moine mystique doublé d'un tribun.</p> + +<p>Cet homme sut, dans la païenne Florence d'alors, amener une révolution +complète, il sut établir une république théocratique animée du souffle +divin et fonder sur la puissance populaire la réforme des mœurs et le +mépris des arts. Il tomba, sous le persiflage des libertins de la +Renaissance, sous les attaques de l'aristocratie, sous les foudres de la +papauté et sous ses propres excès, mais en laissant le souvenir pur d'un +apôtre, d'un prophète et d'un martyr.</p> + +<p>Jérôme Savonarole naquit à Ferrare en 1452, et une vocation irrésistible +l'ayant entraîné vers les ordres, il entra en 1475 chez les dominicains +de Florence, à l'âge de vingt-trois ans.</p> + +<p>Il fut d'abord destiné à la prédication où, malgré sa foi ardente, son +élocution difficile l'empêcha de réussir. Mais, loin de se décourager, il +revint à l'étude de la Bible et, pendant quatre années, se voua au +travail, au silence et à la solitude. Aussi, quand il quitta, pour +rentrer à Florence, le sévère couvent de la Lombardie où il s'était +retiré, se considérait-il comme élu par Dieu pour ramener l'Italie à la +foi et aux bonnes mœurs par ses menaces et ses avertissements. Il la +regarda désormais comme les prophètes regardaient la Judée, ne voyant +plus dans son peuple qu'une nation de prédilection, que Dieu, selon les +circonstances, soutenait ou châtiait impitoyablement.</p> + +<p>Ainsi préparé et se croyant marqué du sceau divin, il recommença ses +prédications (1490) et avec des figures et des citations bibliques +flagella ses contemporains et les menaça, dans un langage violent et +âpre, d'un redoublement de la colère céleste. La foule dès lors se pressa +autour de lui et il dut abandonner la salle du chapitre de San Marco où +il prêchait sous la fresque de l'Angelico, pour le jardin du cloître et +ensuite pour l'église San Marco. La ville tout entière fut alors +suspendue aux lèvres du moine dont la parole terrible menaçait l'Italie +des «fléaux de Dieu: la conquête, la servitude et la ruine» si elle ne se +réformait pas dans les mœurs et dans «le siècle».</p> + +<p>La popularité de Savonarole lui valut la dignité de prieur et Laurent le +Magnifique, que sa parole inspirée commençait à effrayer, put espérer que +cette élévation tempérerait l'ardeur du moine. Mais cet espoir devait +être déçu, car, loin de modérer sa fougue, Savonarole menaça de plus +belle Laurent et Florence des pires châtiments. L'événement devait lui +donner raison, et l'entrée des Français à Milan allait bientôt faire du +dominicain une terrible puissance politique et religieuse avec laquelle +il faudrait compter.</p> + +<p>Pierre de Médicis, le successeur de Laurent, exila Savonarole et lui +interdit l'usage d'une parole qui semblait complice de l'invasion; mais +bientôt, Pierre ayant été chassé lui-même, les Florentins rappelaient +leur prédicateur et l'envoyaient en ambassade auprès du conquérant dont +il avait prédit la venue. Si toute son éloquence fut impuissante à +empêcher Charles VIII d'entrer à Florence, il obtint du moins l'immunité +pour elle et pour ses habitants et, une fois Charles et les Français +partis, Savonarole resta le maître de la situation. Mis dans la nécessité +d'organiser un gouvernement, il dut se prononcer sur la meilleure forme à +donner à la République et décréta une constitution dont les principes +étaient la crainte de Dieu, l'intérêt général primant l'intérêt +particulier, l'oubli de toutes les anciennes haines, le pardon des +offenses, la remise de toutes les dettes contractées envers l'État, +l'amnistie pour tous les délits commis pendant les luttes des factions.</p> + +<p>En donnant force de loi à cette paix universelle, Savonarole coupait +court à toute recherche du passé, détournait toutes les vengeances, et +par cela seul les œuvres de cet homme furent d'abord excellentes. Mais à +cette constitution politique devait toujours manquer le rouage essentiel, +celui d'une volonté motrice unique. Cette volonté, Savonarole la +considérait comme une émanation divine, c'était décréter la politique de +prophétie et l'illuminisme en permanence. Cependant, à voir les prompts +résultats de son système, on put croire au couronnement de son œuvre; en +effet, une transformation radicale s'était opérée dans Florence où l'on +n'entendait plus que des chants religieux, où les femmes se dépouillaient +de leurs parures, où les hommes ne marchaient plus que la Bible en main +et où les artistes abandonnaient les sujets profanes et leurs chères +études sur l'anatomie et sur l'antiquité pour se soustraire aux +tentations de la chair. Dominé par cette obsession, Fra Bartolommeo se +fait moine, Botticelli brise ses pinceaux, Marsile Ficin et Ange Politien +se détournent des lettres profanes et deviennent les amis et les +disciples du moine, Machiavel passe de l'étude de Tite-Live à celle du +Deutéronome et enfin Michel-Ange, pénétré de l'esprit même de Savonarole, +se voue presque exclusivement à la peinture et à la sculpture religieuses +dans leurs interprétations les plus désolées et les plus farouches.</p> + +<p>La situation de Savonarole devenait pourtant de jour en jour plus +périlleuse, car l'illuminisme, si dangereux déjà dans la direction des +âmes, est un écueil insurmontable dans le gouvernement des intérêts, et +le moine avait beau dire: «Je ne me mêle pas des affaires de l'État», le +peuple florentin, dont il était devenu le prophète et le juge, exigeait +de lui secours efficace, aide et protection. Ce n'était pas assez pour +satisfaire Florence, qu'au moment de la seconde campagne d'Italie, +Savonarole eût obtenu le départ de Charles VIII; elle avait espéré de +lui, qu'outre la liberté reconquise, il lui ferait reprendre les villes +révoltées contre son autorité, auxquelles le passage des Français avait +rendu l'indépendance. Aussi les Florentins murmuraient contre Savonarole +et lui faisaient un grief de ce que la République épuisât en pure perte +ses condottieri et son argent, comme ils le rendaient aussi responsable +de la disette qui sévissait cruellement.</p> + +<p>Si les partisans du prophète et de son gouvernement se refroidissaient +eux-mêmes, des ennemis autrement redoutables allaient encore surgir +contre lui. En effet, Savonarole n'avait pas craint d'attaquer avec la +dernière violence le clergé, les moines et jusqu'à la papauté, invitant +l'Église à quitter les biens du siècle pour la pauvreté, l'austérité et +la prière. Il y avait là de quoi éveiller les craintes d'un pape tel +qu'Alexandre VI Borgia, et, en juillet 1495, il mettait l'interdit sur +Savonarole et lui ordonnait de comparaître devant lui. Le dominicain ne +tint aucun compte de ces injonctions et continua de plus belle ses +prédications, arguant que l'indignité du chef de l'Église déliait de +toute obéissance à son égard. Après deux ans de tergiversations, +Alexandre se décida à fulminer et lança ses foudres contre Savonarole, le +frappant d'excommunication majeure, comme coupable de désobéissance et +suspect d'hérésie.</p> + +<p>Les Florentins se trouvaient ainsi placés entre leur foi catholique et +leur amour pour le dominicain, si bien qu'une moitié de la ville était +retournée contre l'autre.</p> + +<p>Cette situation était encore compliquée par les incitations haineuses que +Pierre de Médicis ne cessait d'adresser au pape contre Florence, de sorte +que la Seigneurie, effrayée de la double perspective d'un schisme et +d'une guerre également possibles, se résolut à interdire la parole à +Savonarole et à lui enjoindre de s'enfermer dans son couvent.</p> + +<p>Celui-ci ne devait pas y rester longtemps en paix, car la première chose +qu'un peuple exige d'un prophète, quand il commence à ne plus croire en +lui, est le signe manifeste de sa mission. On se rappelait à Florence la +légende de Pierre de Feu qui, au XIe siècle, était entré dans les +flammes pour prouver la simonie d'un évêque et qu'on disait en être sorti +sain et sauf, et peu à peu s'établissait l'idée que le moine dominicain +ne pouvait vraiment faire moins pour prouver qu'il avait raison contre un +pape.</p> + +<p>La foi de ceux qui lui étaient restés fidèles entraîna Savonarole dans +cette voie insensée, et de nombreux frères s'étant offerts pour tenter +l'épreuve à sa place, il fut décidé qu'on essaierait de cet étrange moyen +de rendre la paix à la ville.</p> + +<p>Après avoir délibéré, la Seigneurie désigna les deux victimes, Dominique +Buonvicini pour Savonarole, et contre lui le frère mineur François de +Pouille. Si le dominicain était brûlé, Savonarole devait quitter Florence +(1498). Le jour venu, d'interminables discussions s'élevèrent entre les +dominicains et les franciscains pour savoir s'il convenait d'entrer dans +le bûcher avec ou sans vêtements, avec ou sans crucifix. Pendant ces +contestations, un violent orage survint et dispersa acteurs et +spectateurs; mais Savonarole faillit être écharpé par le peuple furieux +de sa longue attente et exaspéré d'avoir été frustré du spectacle qu'il +escomptait; le prophète était perdu, il n'avait pu faire ses preuves. Dès +le lendemain, le peuple soulevé envahissait et saccageait le couvent de +San Marco et le prieur, pour mettre fin aux scènes de tumulte, se faisait +escorter au Palais Vieux et se remettait entre les mains de la Seigneurie +qui, autant pour sauver sa vie que pour donner satisfaction au peuple, le +faisait conduire en prison.</p> + +<p>Mis à la torture, Savonarole resta héroïque; on fut si loin de lui +arracher des aveux suffisants pour motiver une condamnation, qu'il fallut +qu'Alexandre VI députât aux juges deux commissaires apostoliques, afin +que le procès aboutît à une sentence de mort et permît au tribunal de +condamner à être brûlé vif un homme dont le seul crime était de n'avoir +pas fait un miracle pour délivrer le monde d'un Borgia. Mais, comme le +fait ne tombait sous aucune loi, il fut condamné pour le crime +irrémissible en politique d'être usé et vaincu.</p> + +<p>Savonarole fut, devant la mort, égal à lui-même. Ses dernières paroles +respirèrent la fierté et la foi. Lorsque, avant de le livrer au bûcher, +on le déclara retranché de l'Église, il s'écria: «De la militante, oui; +de la triomphante, non.»</p> + +<p>L'opinion de Machiavel sur lui résume celle des contemporains: «S'il +était sincère, l'Italie a vu un grand prophète; si c'était un fourbe, +elle a vu un grand homme!»</p> + +<p>La vérité est qu'il ne sut ni réformer l'Église à force de raison, ni la +renverser, comme le tenta Luther, à force de volonté. Homme de passion +surtout, il n'eut ni la sagesse de la pondération, ni la force du +révolutionnaire.</p> + +<p class="mid"><img alt="" src="images/15-261.png"></p> + + + +<p><b>Le couvent</b>.—Le premier cloître, où l'on entre directement, est +entouré de portiques décorés de détestables fresques de VANNI (1650). +Pourtant il a conservé, au-dessus des lunettes des portes, cinq fresques +de l'Angelico.</p> + +<p>1°—<i>Saint Thomas d'Aquin tenant un livre ouvert sur sa poitrine</i>.</p> + +<p>2°—Au-dessus de l'entrée des Étrangers (forestiera), <i>le Christ reçu +par saint Dominique et saint Thomas d'Aquin</i>. Il est en pèlerin revêtu +de la peau de mouton, un bourdon à la main.</p> + +<p>3°—Au-dessus de la porte du réfectoire, un <i>Christ mort</i>, sortant à +mi-corps du tombeau, est d'une grande et douloureuse expression.</p> + +<p>4° Au-dessus de la salle du chapitre, <i>Saint Dominique avec la +discipline</i>.</p> + +<p>5° Au-dessus de la porte communiquant avec l'église, la fresque appelée +<i>le Silence</i> est une des plus hautes compositions où l'âme ait été +traduite par la forme; elle représente saint Pierre martyr, un doigt sur +la bouche pour rappeler la règle de l'ordre enjoignant le silence.</p> + +<p>A droite de la porte de l'église et en face de l'entrée du cloître se +trouve une grande fresque où l'ANGELICO a peint <i>Saint Dominique</i> à +genoux au pied de la croix qu'il tient embrassée. C'est un de ses rares +ouvrages où les personnages soient de grandeur naturelle; et +exceptionnellement ce développement a été loin de leur nuire, bien qu'ils +aient conservé toute la finesse de la miniature.</p> + +<p>La croix se détache sur le bleu intense du ciel et la tête du Christ, +légèrement penchée, est d'une douceur et d'un renoncement admirables; la +tête extatique de saint Dominique le regarde avec amour et compassion.</p> + +<p><b>Le Réfectoire</b> possède un <i>Cenacolo</i> peint à fresque par +ANTONIO SOGLIANI, en deux parties dont l'inférieure montre des +dominicains à table, servis par des anges et la supérieure, le Christ en +croix entouré de la Vierge, de saint Jean et de dominicains. Un superbe +encadrement sculpté du XVe siècle avec traces de couleurs a été rapporté +dans cette salle; sa dimension fait supposer qu'il a encadré +primitivement la grande fresque de Saint Dominique dans le cloître.</p> + +<p><b>La Salle du Chapitre</b> est décorée d'une fresque d'ANGELICO, <i>le +Calvaire</i>, la plus grande de ses compositions, elle occupe le mur +cintré du fond.</p> + +<p>Loin de l'embarrasser, les proportions de cette fresque ne firent que lui +inspirer un style plus ample, une exécution plus large qui, sans lui +enlever rien de sa délicatesse, le firent gagner en résolution et en +fermeté. Elle est une des dernières œuvres de l'Angelico âgé alors de +cinquante-trois ans.</p> + +<p>Le moine a placé la scène, non pas sur un calvaire, comme elle l'est +généralement, mais dans un lieu caractérisé seulement par un tertre +jaune, sans perspective, où les trois croix se détachent sur un ciel +sanglant d'un ton uniforme. Les corps du Christ et des deux larrons sont +les parties les moins bonnes et manquent de dessin par suite de +l'ignorance anatomique dans laquelle l'Angelico avait toujours voulu +rester.</p> + +<p>A gauche, au pied de la croix, le groupe de la Vierge évanouie, soutenue +par saint Jean, l'une des Marie et la Madeleine, feraient honneur aux +plus grands maîtres, tant la dignité des figures, leur expression, leur +mouvement et le jet des draperies sont vraiment admirables; et la +Madeleine, avec sa tunique rose, dénouée et glissant à son insu, est, +dans son désordre, d'une beauté surprenante.</p> + +<p>Plus à gauche, se tiennent saint Jean-Baptiste, saint Augustin, saint +Laurent, saints Cosme et Damien, patrons des Médicis. A droite, sont +agenouillés saint Dominique et les fondateurs d'ordres fameux: saint +Jérôme, saint François d'Assise, saint Benoît, saint Thomas d'Aquin, +saint Pierre martyr. Derrière eux, debout, sont encore d'autres saints, +entre lesquels saint Zenobe, évêque, patron de Florence. Tous ces +personnages, dont la douleur est profonde, ont dû symboliser, dans la +pensée de l'artiste doublé du prêtre, le cri d'angoisse de l'Église à +cette époque de discorde et de schisme.</p> + +<p>Sous cette fresque, Fra Giovanni a simulé une prédelle comprenant +dix-sept médaillons encadrés dans l'arbre de Jessé des dominicains dont +la souche est entre les mains de saint Dominique placé dans le médaillon +du milieu. Dans les autres médaillons sont tous les dominicains célèbres, +dont les têtes pleines de vie et d'expression se détachent sur un fond +bleu.</p> + +<p>Dans le passage conduisant au deuxième cloître se trouve, à côté de +l'escalier, le <b>petit Réfectoire</b> décoré d'un <i>Cenacolo</i> peint +à fresque par DOMENICO GHIRLANDAJO en 1493, copie textuelle de celui +qu'il avait déjà peint en 1480 à Ognissanti. Celui-ci, de la dernière +manière du maître, est moins parfait que le précédent. Les figures sont +relevées par l'emploi des ors; la table, simplement servie, est parsemée +de cerises.</p> + +<p><b>Le premier étage</b> comprend un large couloir régnant sur trois côtés +et couvert d'une charpente apparente, le long duquel s'ouvre une suite de +portes basses et étroites donnant chacune sur une cellule peu élevée de +plafond. La monotonie des murs est, d'espace en espace, rompue par une +fresque de l'Angelico.</p> + +<p>N° I.—(En face de l'escalier.) <i>L'Annonciation</i>. Sous un portique +la Vierge est assise sur un escabeau et adorable de grâce et de respect, +s'incline chastement devant l'ange, qu'elle écoute avec confiance et +soumission.</p> + +<p>N° II—(A gauche de la porte) <i>Saint Dominique, à genoux au pied de la +Croix</i>, contemple le Christ. Ce sujet, traité avec une grande finesse, +a été reproduit plus grossièrement dans beaucoup de cellules par les +élèves d'Angelico.</p> + +<p>III.—(Couloir de gauche) Entre les cellules 25 et 26, <i>Vierge assise +sur un trône</i> entouré de saints au nombre desquels se trouvent saints +Cosme et Damien, saint Augustin, saint Laurent et saint Pierre martyr, +sous les mêmes traits que dans la salle du chapitre.</p> + +<p>Les quarante-cinq cellules sont décorées chacune d'une fresque carrée de +petite dimension exécutée soit par Fra Angelico, soit sous sa direction, +d'où il résulte une grande inégalité entre ces morceaux, sans que la +profonde et saisissante impression d'unité en soit diminuée.</p> + +<p><b>Cellule I</b>.—<i>Le bon Jardinier</i>. Apparition du Christ à la +Madeleine.</p> + +<p>II.—<i>Mise au tombeau</i>. Les trois Saintes Femmes et saint Jean sont +accroupis autour du corps devant le sépulcre. A gauche, saint Antoine +s'avance doucement vers eux.</p> + +<p>III.—<i>Annonciation</i>. L'Ange debout est d'une grande finesse; la +Vierge agenouillée sur un petit banc, les mains croisées sur la poitrine, +est dans une attitude très humble.</p> + +<p>IV.—<i>Christ en Croix</i> sur fond sombre, entouré de saint Jean et de +la Vierge, de saint Dominique et de saint Jérôme.</p> + +<p>VII.—<i>Ecce homo</i>. Le Christ en robe blanche est assis sur un trône +et tient dans ses mains le roseau qui devient un sceptre; le Christ voit +à travers le voile dont ses yeux sont couverts. Derrière et autour de lui +sont représentées les mains qui l'ont souffleté et la tête de l'homme qui +lui a craché au visage. Toutefois, par une admirable inspiration de la +foi, le peintre n'a pas osé la représenter couverte, et une main de celui +qui outrage le Christ soulève instinctivement le chapeau. A gauche est +assise la Vierge; à droite, saint Dominique semble commenter avec ferveur +le livre ouvert devant lui. Cette œuvre, admirable dans sa simplicité, +produit une profonde impression.</p> + +<p>VIII.—<i>Les Saintes Femmes au tombeau</i>. La Madeleine regarde le fond +du sépulcre, sa charmante tête est vue en raccourci et la Sainte s'abrite +les yeux de la main pour ne pas être éblouie par les rayons lumineux qui +entourent le Christ apparaissant radieux au-dessus du sépulcre. A gauche, +saint Dominique à genoux.</p> + +<p>IX. <i>Le Couronnement de la Vierge</i>. Dans la partie supérieure sont +assis Jésus et la Vierge, tous deux drapés de blanc; la Vierge joint les +mains et d'un mouvement gracieux se penche en avant pour recevoir la +couronne.</p> + +<p>Dans le bas de la fresque sont agenouillés saint Thomas d'Aquin, saint +Dominique, saint François, saint Pierre martyr, et deux autres saints.</p> + +<p>X.—<i>La Circoncision avec Saint Pierre martyr</i>, joli profil de la +Vierge debout.</p> + +<p>XI.—<i>La Vierge sur un trône, entre un Évêque et Saint Thomas +d'Aquin</i>.</p> + +<p>L'appartement du prieur est à l'extrémité du couloir et comprend:</p> + +<p>XII.—Antichambre avec trois fresques de Fra Bartolommeo.</p> + +<p>XIII.—Cabinet de travail.</p> + +<p>XIV.—Cellule.</p> + +<p>Ces deux pièces, les seules qui ne soient pas décorées de fresques, ont +été habitées par Savonarole dont elles conservent des souvenirs. Les plus +intéressants sont: la bannière qui le suivait partout: elle est en toile +avec un Christ peint sur ses deux faces par l'Angelico; une copie d'un +tableau de l'époque représentant son bûcher dressé sur la place de la +Seigneurie; et son portrait par Fra Bartolommeo, tête de profil.</p> + +<p>XV.—<i>Saint Dominique au pied de la Croix</i>.</p> + + +<p>XVI. <br> +XVII. <br> +XVIII. <i>Saint Dominique</i> représenté dans<br> +XIX. les attitudes les plus diverses<br> +XX.<br> +XXI. </p> + + + +<p>XXII.—<i>La Vierge au pied de la Croix</i>. Mater Dolorosa d'une superbe +expression.</p> + +<p>XXIII.—<i>Christ en croix entre la Vierge et un Dominicain</i>.</p> + +<p>XXIV.—<i>Baptême de Jésus-Christ avec Saint Antonin</i>.</p> + +<p>XXV.—<i>Christ en Croix entre la Vierge, la Madeleine et saint +Antoine</i>.</p> + +<p>XXVI.—<i>Le Christ mort</i>, debout dans le tombeau, étend les mains en +signe de résurrection. Derrière lui se dresse la Croix, autour de +laquelle apparaissent sur un fond noir les scènes de la Passion. A +droite, l'Ecce Homo avec les mains et la bouche sacrilèges. Au-dessous, +la main de Judas et la main qui lui donne les pièces d'or; enfin à +gauche, le baiser de Judas et la tête de Pierre vers laquelle se penche +le profil de la servante qui lui dit: «Vous êtes aussi de ces Nazaréens»; +derrière eux une main tient trois petits bâtons indiquant les trois +renonciations de Pierre.</p> + +<p>Sur le devant du tombeau, la Vierge est assise à gauche, profondément +inclinée, tandis qu'à droite saint Thomas d'Aquin agenouillé presse un +livre sur sa poitrine.</p> + +<p>XXVII.—<i>Le Christ à la colonne avec la Vierge accroupie et saint +Dominique se flagellant</i>.</p> + +<p>XXVIII.—<i>Le Christ portant sa croix suivi de la Vierge mère apparaît à +saint Dominique agenouillé</i>.</p> + +<p>XXIX.—<i>Le Christ en Croix avec la Vierge et saint Pierre martyr</i>.</p> + +<p>XXXI.—<i>Jésus aux Limbes</i>. Ancienne cellule de saint Antonin +(Antonio Pierozzi), mort archevêque de Florence en 1459; souvenirs de +saint Antonin: son masque et son portrait au crayon, œuvre de Fra +Bartolommeo.</p> + +<p>XXXII.—<i>Le Christ enseignant les Apôtres</i>. Dans la petite pièce +voisine, <i>Tentation de Jésus-Christ</i>.</p> + +<p>XXXIII.—<i>Jésus-Christ au Jardin des Oliviers</i>, scène mouvementée +comprenant le baiser de Judas et saint Pierre coupant l'oreille de +Malchus. Dans cette cellule est un petit tableau, la <i>Madone della +Stella</i>, ainsi nommée de l'étoile placée sur son front. Elle se +détache debout sur un fond d'or entourée d'anges l'encensant et faisant +de la musique; les trois délicats petits médaillons de la prédelle +représentent saint Pierre martyr, saint Dominique et saint Thomas +d'Aquin. Dans la pièce voisine: <i>Couronnement de la Vierge</i>. Ce +tableau n'a pas la finesse ordinaire des œuvres de l'Angelico, il a les +mêmes tons lourds que <i>le Jugement dernier</i> de l'Académie.</p> + +<p>XXXIV.—<i>Jésus au Jardin des Oliviers</i>. A droite, la maison de +Marthe et de Marie assises sur le seuil, lisant et priant. Dans cette +cellule est un ravissant petit tableau de l'Angelico divisé en deux +parties: dans le haut, <i>l'Annonciation</i>; dans le bas, <i>l'Adoration +des Mages</i>; toutes les figures d'une grande finesse sur fond d'or +estompé et divisé en une quantité de petits compartiments.</p> + +<p>Dans la prédelle, <i>la Madone entourée de dix Saints</i>.</p> + +<p>XXXV.—<i>La Cène</i>. Huit Apôtres sont assis derrière la table, quatre +autres à genoux, et le Christ debout, tenant un ciboire, leur donne la +communion. A gauche est agenouillée la Vierge.</p> + +<p>XXXVI.—<i>La Mise en Croix</i>.</p> + +<p>XXXVII.—<i>Le Calvaire</i> et ses trois croix derrière lesquelles sont +saint Jean, la Vierge, saint Dominique, saint Thomas d'Aquin.</p> + +<p>XXXVIII—Cellule où Cosme l'Ancien venait se reposer et partager la vie +des dominicains. <i>Le Christ en Croix</i>: au pied de la croix sont +agenouillés saint Cosme, la Vierge, saint Jean et saint Pierre martyr.</p> + +<p>XXXIX.—Oratoire de Cosme communiquant par quelques marches avec la +cellule précédente. Au-dessus du tabernacle et au fond d'une petite +niche, <i>Christ mort, debout dans son tombeau</i>. La fresque, plus +importante que celles des autres cellules, occupe les lunettes du fond de +l'oratoire, et représente <i>l'Adoration des Mages</i> où se groupent +admirablement de nombreux personnages. La figure de saint Joseph, drapée +de jaune, est une des plus belles.</p> + +<p>XLIII.—<i>Christ en Croix</i> avec la Vierge défaillante soutenue par +saint Jean et la Madeleine. A droite, saint Thomas d'Aquin agenouillé et +pleurant.</p> + +<p>XLII.—<i>Christ en Croix frappé de la lance</i>. Il est entre Marthe, +Marie et saint Jean martyr.</p> + +<p>Entre les cellules quarante-deux et quarante-trois, s'ouvre la belle +salle de la Bibliothèque, divisée en trois nefs par deux rangées de +colonnes ioniques supportant des arcs cintrés.</p> + +<p>La bibliothèque fut construite en 1441 par MICHELOZZO sur l'ordre de +Cosme l'Ancien, qui la dota de quatre cents manuscrits.</p> + +<p>La vitrine du milieu contient des livres de plain-chant et des missels +enrichis de miniatures du XVe siècle; ils proviennent des anciens +couvents de Florence supprimés depuis.</p> + +<p>N° XV.—<i>Fra Eustachio Donimeni</i>, du couvent de San Marco. +Cartouches séparés par des enfants courant au milieu de rinceaux.</p> + +<p>N° I à XIV.—<i>Fra Benedetto del Mugello</i>, frère de Fra Angelico, +missels provenant de San Marco.</p> + +<p><b>L'ÉGLISE DE SAN MARCO</b> a été fondée en 1290. Elle a été transformée +au XVIe siècle. Sa façade, à gauche de l'entrée du couvent, date de +1780.</p> + +<p><b>A l'intérieur</b> au-dessus de la porte, <i>Crucifix</i> à la détrempe +sur fond d'or par Giotto.</p> + +<p><b>Deuxième autel à droite</b>. FRA BARTOLOMMEO. <i>Vierge debout devant +un trône</i>, entourée de quatre saints et de deux saintes à genoux, +d'une couleur chaude et dorée; cette remarquable œuvre du Frate fut +peinte en 1509.</p> + +<p><b>Troisième autel à droite</b>. Vieille mosaïque romaine représentant +une grande Vierge bénissant, sur fond d'or; la bordure est une addition +moderne.</p> + +<p>A gauche, sous des fragments de fresques, sont les plaques commémoratives +de Pic de la Mirandole, mort en 1494, et d'Ange Politien, mort la même +année.</p> + +<p><b>LE CLOÎTRE DELLO SCALZO</b>, 69, via Cavour (clef au musée de San +Marco). Ce joli petit cloître du XVIe siècle dépendait d'un couvent de +carmes déchaussés; il est entièrement formé par de larges baies vitrées +que séparent de délicates colonnes. Ses murs sont décorés d'admirables +fresques en camaïeu brun sur brun, peut-être le chef-d'œuvre d'ANDRÉ DEL +SARTO, exécutées par le maître entre les années 1515 et 1525, pendant +lesquelles il y travailla presque sans interruption. Le parti pris +d'uniformité semble avoir été adopté par Andrea pour lui permettre de +donner la mesure de son talent. Dans ces fresques où aucune magie de +coloris n'aide à l'illusion ou n'ajoute au plaisir des yeux, il s'est +élevé à une extraordinaire hauteur d'art, et cette œuvre de sa maturité +allie la noblesse du sentiment à la hauteur des idées, la puissance et la +largeur du dessin à la somptuosité de l'architecture et des ornements qui +parent et encadrent les fresques.</p> + +<p>Deux des compositions, <i>le Baptême du peuple par saint +Jean-Baptiste</i> et <i>la Décollation de Saint Jean</i> sont peut-être +encore supérieures aux autres et semblent la continuation et presque le +commentaire des fresques de Masaccio au Carmine, avec les progrès +réalisés par un siècle de technique en plus. L'influence si prépondérante +exercée par le génie d'Albert Dürer sur le talent d'Andrea est très +visible dans les fresques de la <i>Tentation au désert</i>, de la +<i>Remise à Salomé de la tête de saint Jean</i>, et enfin dans la belle +allégorie de la <i>Charité</i>.</p> + +<p>Seize fresques relatives à la vie de saint Jean-Baptiste décorent le +cloître:</p> + +<p>1°—<i>La Foi</i> (1520);</p> + +<p>2°—<i>Apparition de l'Ange à Zacharie</i> (1525);</p> + +<p>3°—<i>La Visitation</i> (1524);</p> + +<p>-4°—<i>La Naissance de Saint Jean-Baptiste</i> (1526);</p> + +<p>5°—<i>La Mission de Saint Jean-Baptiste</i> (1518);</p> + +<p>6°—<i>Rencontre avec Jésus-Christ</i> (1519).</p> + +<p>(Ces deux fresques furent exécutées par l'ami d'Andrea, Franciabigio, +dont il se faisait quelquefois aider dans ses grands travaux.)</p> + +<p>7°—<i>Baptême de Jésus-Christ</i> (1515).</p> + +<p>(Cette fresque, la moins bonne de toutes, est due à la collaboration des +deux artistes.)</p> + +<p>8°—<i>La Justice</i> (1515);</p> + +<p>9°—<i>La Charité</i> (1520);</p> + +<p>10°—<i>Prédication au désert</i> (1515);</p> + +<p>11°—<i>Saint Jean-Baptiste baptisant le peuple</i> (1517);</p> + +<p>12°—<i>Saint Jean-Baptiste arrêté</i> (1517);</p> + +<p>13°—<i>Festin d'Hérode et danse de Salomé</i>;</p> + +<p>14°—<i>La Décollation de Saint Jean-Baptiste</i> (1523);</p> + +<p>15°—<i>La tête de saint Jean-Baptiste remise à Salomé</i> (1524);</p> + +<p>16°—<i>L'Espérance</i> (1525).</p> + + + + +<h3>RIVE DROITE (NORD)</h3> + +<h3><b>DE SAN MARCO A SAN LORENZO</b></h3> + +<p class="mid">PALAIS RICCARDI, SAN LORENZO, SANTA APOLLONIA, SAN ONOFRIO.</p> + + +<p><b>LE PALAIS RICCARDI</b> (Via Cavour).—Jusqu'à Cosme l'Ancien, les +Médicis avaient occupé la vieille demeure petite et sombre, berceau de +leur famille; ils s'étaient contentés du «comptoir» source de la fortune +de leur maison. L'insuffisance relative de cette habitation, par rapport +aux ambitieux desseins de Cosme, le décida à confier à Michelozzo +l'édification d'un palais somptueux. Le palais Médicis est un +quadrilatère aux formes lourdes où fut employé pour la première fois +l'ordre rustique aux bossages si atténués au fur et à mesure de la +hauteur, que leur saillie se perd dans un mur plat que surmonte une +formidable corniche écrasant l'édifice.</p> + +<p>C'est dans ce palais que naquit Laurent le Magnifique, le 1er janvier +1449. C'est là qu'il tint sa brillante cour; là que naquirent ses trois +fils, Pierre, Jean et Julien; là qu'habitèrent plus tard Jules de +Médicis, pape sous le nom de Clément VII, Hippolyte de Médicis, cardinal, +et enfin Alexandre de Médicis qui fut le premier grand-duc. Malgré les +souvenirs évoqués par cette demeure, le grand-duc Ferdinand II la vendit +en 1659 au marquis Riccardi dont elle a conservé le nom, bien qu'elle +soit actuellement devenue la préfecture de Florence.</p> + +<p><b>La Cour</b> a servi de modèle aux innombrables cours construites au +XVIe siècle. C'est un quadrilatère entouré de portiques dont les arcades +retombent sur des colonnes corinthiennes. Au-dessus des arcades règne une +frise où alternent sculptées les armes des Médicis et des bas-reliefs +dans lesquels Donatello, par l'ordre de Cosme, reproduisit avec sa +perfection accoutumée les principales pièces de sa collection de camées +antiques.</p> + +<p><b>Au premier étage</b>, se trouve la chapelle fameuse décorée des +fresques de BENOZZO GOZZOLI. C'est une très petite pièce carrée, sur +laquelle fut encore empiété au XVIIIe siècle par le déplacement +compliqué d'une partie de mur qu'on opéra pour former une entrée en +tambour plus commode, sans toutefois supprimer la peinture. On a en outre +ouvert dans un mur une fenêtre et un œil-de-bœuf; ces actes de vandalisme +ont malheureusement endommagé les précieuses peintures de Gozzoli. +Néanmoins, telles qu'elles subsistent, elles restent un inestimable +monument de l'art florentin du XVe siècle.</p> + +<p>Toute peinture, et en général tout art parvenu à son apogée, adapte +forcément sa perfection aux goûts, aux idées et aux mœurs de leur époque. +Pour les Florentins du XVe siècle, la passion dominante était un certain +genre historico-allégorique où l'on aimait à se faire représenter avec sa +famille et ses familiers dans des sujets soit absolument profanes, soit, +à l'inverse, absolument sacrés.</p> + +<p>Après la mort de Laurent le Magnifique, Pierre de Médicis résolut donc de +confier à BENOZZO GOZZOLI la décoration de la chapelle de son palais, +décoration dans laquelle l'artiste aurait à faire revivre les traits des +principaux membres de sa maison.</p> + +<p>Benozzo, après s'être séparé à Rome de son maître l'Angelico, avait été +retenu plusieurs années à Montefalco par de nombreux travaux et se +trouvait à Pérouse, quand les ordres de Pierre de Médicis vinrent +l'appeler à Florence. C'est en 1457 que fut passé le contrat par lequel +l'artiste s'engageait à «exécuter une marche des rois Mages en route pour +Bethléem dans laquelle auraient à figurer les chefs des Médicis sous +l'aspect des Rois, accompagnés de leurs amis et de leurs clients». Les +conditions arrêtées, le travail commença aussitôt et Benozzo tira un +parti admirable de ce cortège de seigneurs à cheval, en somptueux +costumes du XVe siècle, suivis des plus jolis pages qu'ils eussent pu +choisir dans la jeunesse florentine. Ces nobles florentins ont plutôt +l'air de se rendre à la chasse ou à leurs vignes, que d'accomplir un +pèlerinage, mais on n'éprouve pas un moindre plaisir à les voir promener +leurs portraits et leurs robes de brocart et donner eux-mêmes le +spectacle de leur élégance et de leur luxe.</p> + +<p>Le retrait ménagé dans la pièce pour l'autel est mieux éclairé que le +reste et tout peuplé d'anges, aux ailes dorées, semées d'yeux de paons. +Ils sont comme les enfants de ceux de l'Angelico, plus modernes, plus +humains, plus substantiels pour ainsi dire, que leurs aînés. Ils ont +revêtu, eux aussi, leurs plus belles robes, autant pour assister à la +messe des Médicis que pour venir adorer le Christ dont la naissance +faisait autrefois le retable de l'autel. Aimables au possible, souriants, +sagement rangés en ligne, comme il sied à des pensionnaires du Paradis, +ils arrivent par troupes et par vols, ils accourent du fond des campagnes +enchantées pour venir se mettre en adoration. Dans le nombre il s'en est +détaché quelques-uns, celui-ci pour cueillir des fleurs, celui-là pour +donner à manger à un paon, d'autres encore pour tresser des guirlandes de +roses; qui croirait que les anges du Paradis se permettent, eux aussi, de +faire l'école buissonnière! Dans cette pompeuse marche à travers un +fantastique pays de montagnes et de gorges, cavaliers, pages, écuyers +s'arrêtent, les uns pour chasser au guépard, les autres pour courre le +cerf ou lancer le faucon. L'Évangile devient un simple prétexte pour +peindre une des scènes les plus mondaines que jamais peintre nous ait +laissées.</p> + +<p>La cavalcade se déroule sur le mur de gauche avec Cosme de Médicis monté +sur un cheval blanc et suivi d'une foule compacte. Après lui, elle tourne +sur le fond où est représenté Laurent le Magnifique somptueusement vêtu, +sous les traits d'un jeune homme; il est monté sur un cheval richement +caparaçonné, et escorté de gens de pied et de cheval portant des +présents.</p> + +<p>Jean Paléologue les précède, grave et majestueux; il porte le turban d'où +sort la couronne; autour de lui des pages à pied, d'une grâce charmante, +se détachent sur un riant paysage. Aux rochers abrupts ont succédé des +vallées arrosées, coupées de routes, couvertes de villes ou de châteaux, +mais tout cela d'une grande naïveté et jalonné d'arbres à silhouettes +extraordinaires.</p> + +<p>Sur le mur de droite le patriarche grec, vieillard monté sur une mule +grise, a été coupé par le malheureux tambour d'entrée. Plus loin est un +des plus beaux morceaux de la fresque, le groupe des cavaliers arrêtés +sur le bord d'un ruisseau. Après eux la marche s'achève par des routes +tortueuses où circulent les chameaux et les mulets chargés de présents.</p> + +<p>La préservation de cette belle œuvre est prodigieuse et ne peut se +comparer qu'à celle du Pinturicchio de la Libreria de Sienne. Pas une +nuance n'est ternie, pas un contour n'est effacé et les fresques restent +aussi fraîches et aussi éclatantes de grâce juvénile que le jour où elles +sortirent du pinceau de Benozzo.</p> + +<p><b>La Salle du Conseil</b> est ornée de grandes tapisseries de la +manufacture de Florence, Allégories des Saisons, et de quatre petites, la +Justice, la Foi, l'Espérance et la Charité.</p> + +<p>La triste partie ajoutée au XVIIe siècle par le marquis Riccardi +contient une grande salle des fêtes dont le plafond et une considérable +fresque allégorique out été peints par LUCA GIORDANO.</p> + +<p><b>PLACE SAN LORENZO</b>. A l'angle nord est une mauvaise statue +inachevée de <i>Jean des Bandes Noires</i>, père du grand-duc Cosme Ier, +par BACCIO BANDINELLI.</p> + +<p><b>L'ÉGLISE SAN LORENZO</b>, fondée en 390 par saint Ambroise, mais +incendiée en 1420, fut reconstruite sur les plans de BRUNELLESCHI en +1425, aux frais communs des sept plus nobles familles florentines et des +Médicis. L'église n'a pas de façade, celle que devait exécuter +Michel-Ange n'ayant jamais été entreprise.</p> + +<p><b>Intérieurement</b> BRUNELLESCHI renouvela le plan de la vieille +basilique chrétienne à nefs égales terminées par un transept droit, mais +il plaça au-dessus des colonnes l'entablement antique supprimé par le +moyen âge et ouvrit sur les côtés des chapelles en forme de niches. La +coupole, placée directement sur la croisée, n'est pas l'œuvre de +Brunelleschi. Au-dessous d'elle est la belle et très simple plaque +tombale de <i>Cosme le Vieux</i> par VERROCCHIO.</p> + +<p>Les deux chaires de l'église ou, pour parler plus exactement, les deux +ambons, puis qu'elles ont la forme traditionnelle de sarcophages élevés +sur des colonnes et isolés de toute part, sont une des dernières œuvres +de la vieillesse de DONATELLO, terminée même par son élève BERTOLDO. +<i>La Crucifixion, la Mise au tombeau, la Descente aux Limbes, la +Résurrection</i> et <i>l'Ascension</i>, tels sont les sujets représentés +dans les chaires par des bas-reliefs en bronze. Si <i>la Crucifixion</i> +et <i>la Mise au tombeau</i>, malgré leurs lacunes, présentent encore des +beautés de premier ordre, on ne saurait en dire autant des trois +bas-reliefs opposés qui trahissent une défaillance et une espèce +d'agitation fébrile. Leur groupement factice produit presque une +impression de malaise, tant le maniérisme en est excessif et exagéré.</p> + +<p>Dans l'unique <b>chapelle du transept gauche</b>, <i>l'Annonciation</i> +de FRA FILIPPO LIPPI est une des meilleures œuvres tardives du Frate, +elle est d'un charmant et délicat sentiment; sous un portique ouvert sur +un délicieux fond de paysage, l'Archange, accompagné de deux anges, se +prosterne devant la Vierge.</p> + +<p>Au mur de la <b>Chapelle du Saint-Sacrement</b>, au fond du transept +droit, est appuyé un tabernacle de marbre blanc, chef-d'œuvre de +DESIDERIO DA SETTIGNANO.</p> + +<p>L'Enfant Jésus, les deux anges en adoration devant lui, ainsi que les +deux figures d'enfants de chœur agenouillés de chaque côté, sont des +études d'enfants qu'on ne saurait désirer plus parfaites.</p> + +<p>Sur le bas-côté gauche, au-dessus de la porte d'accès au cloître, s'ouvre +la <i>tribune des Médicis</i>, joli balcon, soutenu par des consoles et +formé de niches séparées par des colonnes; c'est un ouvrage de DONATELLO.</p> + +<p><b>L'ancienne sacristie</b> construite par BRUNELLESCHI est une salle +carrée de belles proportions, couronnée par une coupole polygonale. +DONATELLO fut chargé par Cosme l'Ancien de sa décoration, travail dont il +s'acquitta en respectant si bien l'architecture de Brunelleschi que +l'ensemble forme le tout le plus homogène.</p> + +<p>Au-dessous de la coupole, huit médaillons contiennent alternés un épisode +de la vie du Christ et un Évangéliste assis, auquel son attribut présente +son évangile. Sous cette première décoration court une étroite frise en +stuccato composée de têtes de chérubins.</p> + +<p>Les deux portes à double battant de la sacristie sont divisées en cinq +panneaux de bronze où sont représentés en bas-relief des Apôtres et des +saints. Chacune est surmontée d'un saint grandeur nature, bas-relief en +marbre. Toute cette composition est d'une rare beauté et DONATELLO l'a +traitée avec une remarquable perfection.</p> + +<p>Au milieu de la sacristie est une vaste table rectangulaire soutenue par +des colonnes au-dessus du sarcophage, œuvre de Donatello, où reposent les +parents de Cosme l'Ancien, <i>Jean Averado de Médicis</i> et Piccarda +Bueri, sa femme.</p> + +<p>A gauche de l'entrée est un admirable sarcophage en porphyre décoré de +bronzes, ouvrage de VERROCCHIO. Il contient les restes de <i>Pierre de +Médicis</i> et de son frère <i>Jean</i>, les deux fils de Cosme. Les +cendres de <i>Laurent le Magnifique</i> y furent également transférées +par la suite.</p> + +<p>Sur une des armoires de la sacristie est placé un ravissant buste en +terre cuite de DONATELLO, <i>Saint Laurent</i> représenté très jeune et +levant au ciel des yeux inspirés.</p> + +<p><b>LA BIBLIOTHÈQUE LAURENTIENNE</b> a son entrée dans le cloître dont +elle occupe au premier étage toute une aile; elle fut exécutée par +MICHEL-ANGE sur l'ordre de Clément VII.</p> + +<p>L'escalier qui y donne accès devait, dans la pensée de Michel-Ange, +offrir un aspect grandiose et monumental, mais il ne l'exécuta pas +lui-même et, par malheur, ce fut Vasari qui s'en chargea. La lourdeur de +cet ouvrage, qui jure avec les belles proportions du reste, donne la +mesure de ce que peut perdre un plan à être interprété par un architecte +autre que l'auteur du projet primitif.</p> + +<p>Le vestibule qui suit l'escalier est d'une austère simplicité. Ses +colonnes devaient supporter un ordre supérieur que Michel-Ange n'acheva +jamais.</p> + +<p>La salle de la bibliothèque est également fort simple dans ses belles +proportions, mais la perfection des moindres détails y est poussée à +l'extrême. Michel-Ange présida lui-même à tout, ce qui donne à l'ensemble +un aspect d'homogénéité et d'harmonie parfaites.</p> + +<p>Ainsi les dessins de l'admirable plafond en bois de cèdre se reproduisent +renversés sur le pavé de marbre; les bancs et les pupitres alignés sur +les côtés, exécutés par CIAPINO et DEL CINQUE, le furent sous la +direction du maître, de même que les vitraux des fenêtres avec leurs +légères arabesques de deux tons peints sur ses indications par JEAN +D'UDINE.</p> + +<p>La Bibliothèque est une des plus riches qu'il y ait. Cosme l'Ancien avait +déjà commencé cette belle collection, qui fut enrichie par Laurent des +livres les plus rares achetés à prix d'or. Leurs successeurs continuèrent +à l'augmenter, aussi les manuscrits précieux y sont-ils en grand nombre. +Le plus ancien est un Virgile du IVe siècle. Parmi les plus +remarquables, figurent un Tacite du Xe siècle; les lettres familières de +Cicéron écrites de la main de Pétrarque, de même que ses sonnets; +l'original du <i>Décameron</i> de Boccace; une des premières copies +manuscrites de l'<i>Enfer</i> du Dante; les <i>Commentaires</i> de César +copiés pour Charles VIII et ornés d'une miniature le représentant au +milieu de son camp; enfin tout l'ordre des livres ecclésiastiques, +bibles, évangiles, Pères de l'Église, dans les éditions les plus rares et +les plus curieuses.</p> + +<p><b>Les Chapelles Médicis</b>, autrefois dépendantes de l'église +Saint-Laurent, forment maintenant un musée où l'on entre, derrière +l'église, par la place della Madonna.</p> + +<p>La première chapelle à laquelle on accède est <b>la Chapelle des +Princes</b>, édifiée en 1604 par MATTEO NIGELLI, sur les plans de Jean de +Médicis, pour servir de sépulture aux grands-ducs; c'est une vaste +construction octogonale, terminée par un dôme qui s'ouvrait jadis sur le +chœur de l'église par lequel on y accédait directement.</p> + +<p>Cette chapelle, revêtue d'une profusion de marbres et de pierres dures +multicolores, est anti-artistique. Autour sont rangés six sarcophages de +grands-ducs tous semblables; ils sont en granit, surmontés de la couronne +ducale posée sur un coussin. Deux niches contiennent les statues en +bronze doré de Cosme II par JEAN DE BOLOGNE et de Ferdinand par TACCA.</p> + +<p><b>La Nouvelle Sacristie</b>.—Dès l'année 1520, le pape Léon X et le +cardinal Jules de Médicis, plus tard pape sous le nom de Clément VII, +tombèrent d'accord sur l'opportunité de demander à MICHEL-ANGE, alors +dans toute sa célébrité, qu'il se chargeât d'édifier une nouvelle +sacristie à l'église San Lorenzo, sorte de Panthéon pour leur famille. +Dans leur pensée, cette salle devait contenir leurs propres sépultures en +même temps que celles des principaux membres de leur maison; mais par la +suite ces monuments funèbres se réduisirent à deux: celui de Julien, duc +de Nemours, frère de Léon X, et celui de Laurent, duc d'Urbin, son neveu, +le petit-fils de Laurent le Magnifique. Toute latitude était laissée à +Michel-Ange pour la construction de cette Sacristie Neuve, destinée à +faire vis-à-vis, dans le transept droit, à la Vieille Sacristie de +Brunelleschi, qui occupait le transept gauche. Les phases diverses par +lesquelles passa ce travail marquèrent des heures tragiques. Commencé +dans le vif contentement que faisait éprouver à Michel-Ange l'élévation +de Clément VII au siège apostolique, puis abandonné pendant la révolution +de Florence, il fut repris et achevé après la prise de la ville, sur +l'ordre formel du pape, qui mettait à ce prix le pardon de l'artiste +coupable de républicanisme et de rébellion.</p> + +<p>Tant d'alternatives dans la vie de Michel-Ange commentent d'une façon +dramatique l'histoire de ce monument. Tour à tour favori, courtisan, +citoyen, proscrit, enfin rentré en grâce après avoir vu sa vie en danger, +s'il se sentit l'âme agitée et souffrante, le temps où il vécut fut +terrible et affreusement troublé!</p> + +<p>L'œuvre est une des plus complètes qu'ait laissées le maître, tant +l'architecture et la sculpture contribuent par leur harmonie à rendre +l'effet général imposant. La sacristie est une salle carrée aux +dimensions restreintes, quoique la justesse de ses proportions la fasse +paraître grande. La hauteur en semble considérable, grâce à l'artifice +des caissons en perspective qui décorent la coupole terminée par une +lanterne. L'ornementation consiste en deux ordres de pilastres très +simples, destinés, dans l'idée de Michel-Ange, à servir d'encadrement à +des niches remplies de statues. Ce projet resta malheureusement +inexécuté, car à la mort de Clément VII survenue en 1534, Michel-Ange, +abreuvé d'amertumes et voyant Alexandre de Médicis étouffer dans le sang +toute velléité d'indépendance, jugea suffisamment payée sa dette de +reconnaissance envers ses premiers patrons et quitta définitivement +Florence.</p> + +<p>Les parties terminées des monuments des Médicis ne furent même pas mises +en place par le maître, et ce fut Vasari qui, en 1563, leur donna leur +emplacement actuel; fâcheuse intervention dont est résultée la +disproportion trop saillante entre les sarcophages dus à Vasari et les +statues qu'ils supportent. Léon X, quand il commanda ces tombeaux à +Michel-Ange, était loin de lui assigner une tâche facile. Il devait en +effet immortaliser des rejetons médicéens plus que médiocres pour +lesquels le Pape ne rêvait rien moins que de pompeux sujets allégoriques +ou des Vertus exaltant le mort. L'artiste opposa aux vœux de Léon X une +fin de non-recevoir systématique, et se borna à des figures purement +décoratives, figures devenues célèbres sous le nom du <i>Jour</i> et de +la <i>Nuit</i>, du <i>Crépuscule</i> et de l'<i>Aurore</i>. Dans ces +admirables compositions, son génie semble avoir pris à tâche de démontrer +combien la matière doit peu compter pour l'artiste et combien elle doit, +comme cire molle, se plier à toutes les expressions de la pensée, à +toutes les exigences de la volonté.</p> + +<p>Les monuments des deux princes ont une ordonnance semblable et se font +face, la statue de chacun est assise dans une niche au-dessous de +laquelle sont les sarcophages sur lesquels Vasari a placé les grandes +figures allégoriques de Michel-Ange.</p> + +<p>A droite, <i>Julien de Médicis, duc de Nemours</i>, est représenté en +costume romain avec la cuirasse. Il a en main son bâton de général des +États de l'Église, et sa tête nue très frisée est inintelligente.</p> + +<p>A gauche, <i>Laurent de Médicis</i>, de par Léon X duc d'Urbin, est une +des plus admirables créations qui soient dues au ciseau de Michel-Ange. +Le maître, inspiré par la tragique figure de ce Laurent qui fut tout à la +fois violent, débauché et misanthrope, accusa plus encore l'aspect +farouche du visage en l'abritant profondément sous la visière saillante +du casque qui le plonge dans une ombre redoutable, pleine de mystère. +Laurent rêve, le menton appuyé sur la paume de la main, mais on se +demande à quel sombre drame peut ainsi songer éternellement ce visage +crispé d'angoisse, au sourcil si violemment froncé que le surnom de +«Pensiero» lui est resté comme pouvant seul vraiment convenir à cette +tragique figure.</p> + +<p>Au-dessous de Julien sont couchés le Jour et la Nuit, tandis +qu'au-dessous de Laurent ce sont le Crépuscule et l'Aurore.</p> + +<p>Le génie même de Michel-Ange semble résumé dans ces quatre magnifiques +allégories où, à côté de parties à peine ébauchées, circulent le sang et +la vie sous l'épiderme du marbre. L'angoisse même de son âme semble avoir +trouvé à s'exhaler dans un cri de terreur et d'effroi devant la dureté +des temps et elles reflètent tragiquement le sombre état de ses pensées +et l'anéantissement douloureux de ses aspirations, en face du présent +sinistre et de l'avenir obscur et incertain.</p> + +<p>Pour un esprit d'une pareille profondeur, que pouvait symboliser le +Crépuscule, sinon le jour achevé sans espoir, et que voir dans le visage +accablé de l'Aurore, sinon l'immense découragement d'un jour semblable +succédant au précédent?</p> + +<p>Mais il semble en vérité que Michel-Ange ait réservé toute la puissance +de son génie et qu'il ait attaché tout son amour à la tragique figure de +la Nuit. Accablée sous le poids du Jour, la Nuit dort et son beau corps, +irrémédiablement abîmé, s'abandonne dans une fatigue incurable, sans +espoir et sans fin! On sent que jamais rien ne la réveillera du grand +sommeil sans songes, et l'on dirait une sorte de déesse primordiale sur +laquelle aurait passé le souffle des théogonies antiques.</p> + +<p>A côté d'elle est placé le Jour, sous l'aspect d'un homme enchaîné, dans +toute l'énergie du désespoir. Il est captif, mais il ne s'avoue pas +vaincu, son visage contracté est plein de mépris et de colère, tandis que +tous ses muscles, douloureusement bandés, montrent par quel effort +surhumain il tente de se lever pour éclairer le monde.</p> + +<p>Sur un des côtés de la chapelle est placée une belle Vierge inachevée +qui, par sa grave et noble attitude, semble directement procéder de +l'antique, tandis que l'Enfant de deux ou trois ans qui, debout et plein +de vie, se retourne vers sa mère d'un charmant mouvement de +précipitation, est d'un modernisme délicieux.</p> + +<p>Les deux patrons des Médicis, les <i>Saints Cosme</i> et <i>Damien</i>, +placés de chaque côté de la Vierge, sont des œuvres médiocres de deux +élèves de Michel-Ange, MONTELUPO et MONTORSOLI.</p> + +<p><b>L'ÉGLISE SANTA APOLLONIA</b> sert maintenant de magasin d'habillements +militaires. Dans <b>l'ancien réfectoire</b> du couvent de bénédictins +dont elle dépendait est conservée une magnifique fresque, <i>la Cène</i> +d'ANDREA DEL CASTAGNO, chef-d'œuvre d'exécution, d'émotion et de +réalisme. Chacun des disciples est un portrait admirable, chacun d'eux +participe à l'action, selon le caractère et la nature que lui a attribués +la légende. Ainsi l'incrédulité de Thomas, l'adoration de Jean, +l'étonnement défiant de Pierre, le cynisme sinistre de Judas sont marqués +admirablement. Cette belle œuvre, d'une conservation remarquable, a été +exécutée en 1425.</p> + +<p>Au-dessus de la porte d'entrée du Cenacolo, Castagno a encore peint dans +une lunette une magnifique <i>Pietà</i>, un Christ mort soutenu dans son +tombeau par deux anges.</p> + +<p>Via Faenza au n° 57, dans l'ancien COUVENT DE SAINT-ONUPHRE, une grande +<i>Cène</i> de l'école du PÉRUGIN est faussement attribuée à Raphaël.</p> +<br><br><br> + + + +<h3>RIVE DROITE (OUEST)</h3> + +<h3><b>DE SS. APOSTOLI A OGNISSANTI</b></h3> + +<p class="mid">SS. APOSTOLI, SANTA TRINITA, VIA TORNABUONI, PALAIS SAN JACOPO IN<br> +RIPOLI, SANTA MARIA NOVELLA, SAINT-FRANÇOIS VANCHETTONI,<br>OGNISSANTI.</p> + + +<p><b>SS. APOSTOLI</b>, vieille basilique reconstruite au XVe siècle, dont +la fondation, d'après une inscription placée près du portail, remonterait +à Charlemagne.</p> + +<p><b>A l'intérieur</b>, au fond du bas-côté de gauche, se trouve un beau +<i>ciborium</i> en terre vernissée d'ANDREA DELLA ROBBIA. A côté, tombeau +d'<i>Oddeo Altoviti</i> en forme de sarcophage richement sculpté, bel +ouvrage de BENEDETTO DA ROVEZZANO.</p> + +<p><b>Le Palais Rucellai</b> (20, Via Vigna Nuova) fut un des premiers +ouvrages du grand architecte florentin LEONE BATTISTA ALBERTI qui le +construisit en 1460, et y appliqua pour la première fois l'ordre rustique +et les pilastres.</p> + +<p>L'ancienne <b>loggia</b> du palais qui lui faisait face a ses arcades +aujourd'hui murées.</p> + +<p><b>LA PLACE SAINTE-TRINITÉ</b> s'étend près du pont Santa Trinita. A +l'angle de la place et du Lung Arno se trouve <b>le Palais Spini</b> dont +la masse carrée a le caractère sévère de la forteresse (XIVe siècle). A +côté, le palais <b>Salimbeni</b> (Hôtel du Nord) fut construit en 1520 +par Baccio d'Agnolo.</p> + +<p><b>L'ÉGLISE SAINTE-TRINITÉ</b>, construite en 1250 par NICOLAS PISANO, +fut remaniée en 1570 par BUONTALENTI. Elle comporte trois nefs à arcs +ogivaux soutenus par le pilier carré romain qu'employa Pisano dès le +XIIIe siècle. Sur le transept s'ouvrent le chœur et quatre chapelles.</p> + +<p>En entrant par la porte latérale (sur la via Parione) garnie d'«Avelli», +la première chapelle du transept est la <b>chapelle Sassetti</b>, décorée +en 1485 par DOMINIQUE GHIRLANDAJO de six fresques consacrées à <i>Saint +François d'Assise</i>, commandées par François Sassetti. Dans la partie +supérieure du mur du fond, le pape Honorius approuve la règle de l'ordre; +dans la partie inférieure, saint François ressuscite un enfant de la +maison Spini. Cette scène, très intéressante par sa composition, se passe +sur la place Santa Trinita, devant l'église et le palais Spini; au bas +sont les donateurs, François Sassetti et sa femme Nera Corsi. Au haut de +la fresque du mur de droite, saint François devant le Sultan; au-dessous, +les funérailles de saint François, belle composition inspirée de la +fresque identique du Giotto à Santa Croce.</p> + +<p>De chaque côté de la chapelle, enfermés dans une niche cintrée, encadrée +de délicats bas-reliefs inspirés de l'antique, se trouvent les tombeaux +de <i>Francesco Sassetti</i> et de <i>Nera Corsi</i>, ouvrages +remarquables de JULES DE SANGALLO. Les sarcophages en marbre noir sont +simplement ornés de bucranes.</p> + +<p><b>LA VIA TORNABUONI</b> prolonge la place Santa Trinita et contient le +plus beau palais de Florence, le <b>PALAIS STROZZI</b>. Commencé en 1489 +sur les plans de BENEDETTO DA MAJANO pour le célèbre Philippe Strozzi, +l'adversaire acharné des Médicis, il ne fut achevé qu'en 1553. Le plus +beau des palais florentins à bossages, ses trois façades sont d'ordre +rustique uniforme, une simple plinthe servant d'appui aux étages percés +de belles fenêtres géminées.</p> + +<p>La caractéristique du palais Strozzi est dans les superbes lanternes +cylindriques en fer forgé placées à ses angles. Décorées des Croissants, +armes des Strozzi, elles sont hérissées de pointes recourbées qui en +forment le couronnement.</p> + +<p>Des porte-flambeaux et des anneaux en fer forgé décorent la façade.</p> + +<p><b>LE PALAIS STROZZINO</b>, de même style, mais moins vaste, est situé +derrière le palais Strozzi, sur une petite place.</p> + +<p><b>PALAIS CORSINI</b>. <i>Galerie</i>.</p> + +<p>N° 167.—BOTTICELLI. <i>La Vierge, l'Enfant et deux Anges</i>.</p> + +<p>Tableau de la jeunesse du maître, peint encore sous l'influence directe +de Fra Filippo Lippi, mais avec une profondeur de coloris tout autre.</p> + +<p>N° 162.—FILIPPINO LIPPI. Médaillon, <i>la Vierge et l'Enfant entourés +d'anges</i>, un des premiers ouvrages de Filippino et une des rares +œuvres peintes sous l'influence directe de son père.</p> + +<p>N° 5.—MEMLING. Très beau portrait d'homme, de la première manière de +Memling, sous l'inspiration de Roger Van der Weyden.</p> + +<p>SIGNORELLI. Ravissant et délicat tableau de <i>la Vierge avec l'Enfant, +entourés de Saint Jérôme et de Saint Bernard</i>.</p> + +<p><b>PALAIS ANTINORI</b>, belle et sévère façade de Jules de Sangallo.</p> + +<p><b>PALAZZO STROZZI</b>, joli petit bas-relief de Luca. La place +Sainte-Marie Nouvelle est décorée de deux petits obélisques de marbre de +1608 reposant sur des tortues de bronze. Ils servaient de but pour les +courses au quadrige instituées par Cosme Ier, en 1563.</p> + +<p><b>LA LOGGIA SAINT-PAUL</b>, placée en face de l'église sur un des côtés +de la place, a été construite par BRUNELLESCHI en 1451. C'est un long +portique dont les écoinçons furent ornés par la suite de +<i>médaillons</i> vernissés, mauvais ouvrage des continuateurs des DELLA +ROBBIA.</p> + +<p>A l'extrémité du portique, la lunette d'une porte est occupée par une des +plus belles œuvres d'ANDREA DELLA ROBBIA, <i>la Rencontre de Saint +Dominique et de Saint François</i>, composition d'une intensité et d'une +profondeur de sentiment remarquables.</p> + +<p><b>SAINTE-MARIE NOUVELLE</b>. Pendant que l'ordre de Saint François se +restreignait dans la pauvreté et la simplicité primitives imposées par +son fondateur, l'ordre de Saint-Dominique, suivant l'esprit du sien, se +répandait sur toute l'Italie et empiétait dans des proportions si +considérables, que Florence, dès le XVe siècle, se trouva obligée de se +défendre contre lui. Chassés et proscrits, après un court exil les +dominicains revinrent plus puissants que jamais et possédèrent bientôt +six couvents tant à Florence qu'à Fiesole, dont celui de Sainte-Marie +Nouvelle fut un des premiers.</p> + +<p>L'église fut commencée en 1278 par deux dominicains, FRA SISTO et FRA +RISTORO, sur l'emplacement d'une église primitive dédiée à la Vierge; +elle prit de là le surnom de «Nouvelle». On est frappé encore ici de la +préoccupation de construire grand, qui semble avoir été le but unique des +architectes italiens des XIIIe et XIVe siècles et dont le résultat, +toujours identique, est une froideur et une sécheresse désagréables dans +leur nudité presque protestante. Appuyé à l'édifice, subsiste le +campanile carré de l'église primitive. Il est, par extraordinaire, du +plus pur style roman et ses deux derniers étages, ajourés de part en +part, ne sont formés que d'arcatures soutenues sur de sveltes +colonnettes; il en acquiert une légèreté aérienne. Il reste encore de +l'ancienne construction les six élégants «Avelli» de la façade; ces +sortes de niches ogivales servaient chacune de tombes collectives aux +plus nobles familles florentines dont elles portaient les armoiries.</p> + +<p>LEONE BATTISTA ALBERTI acheva en 1460 toute la décoration extérieure de +Sainte-Marie Nouvelle. Il exécuta en premier lieu le revêtement en marbre +blanc et noir de la façade, et comme il s'en tint au style gothique déjà +employé, ce style, sous la main du plus grand architecte de la +Renaissance, gagna une singulière élégance. Leone Battista coupa sa +façade en trois ordres: les portes latérales accompagnées des Avelli +anciens et d'arcatures aveugles lui formèrent le premier, tandis qu'il +composait le second, fortement en retrait, d'une simple et large frise +supportant comme troisième ordre le beau pignon terminal. Au milieu de la +façade, il inscrivit la haute porte principale, qu'il fit monter presque +jusqu'au pignon et qui, flanquée de ses quatre massives colonnes +corinthiennes, produit un effet grandiose dans sa simplicité. Sur le côté +gauche de l'église en retour d'équerre, d'autres Avelli s'étendaient +contre le mur du couvent; mais comme ils ne suffisaient plus par suite de +la mode de se faire enterrer à Sainte-Marie Nouvelle, Alberti dut +construire, à droite de l'église et formant retour sur la rue +Belle-Donne, une sorte de Campo Santo formé d'un mur bas à bandes de +marbre alternées où il disposa des Avelli intérieurs et extérieurs +construits sur le modèle des anciens et aménagés de la même façon.</p> + +<p class="mid"><img alt="" src="images/16-301.png"></p> + + + +<p><b>A l'intérieur</b>, l'église produit une médiocre impression, et le +manque de proportion entre la largeur et la hauteur est d'un mauvais +effet architectural.</p> + +<p>Sur le mur d'entrée se trouve une précieuse fresque de MASACCIO, +malheureusement abîmée et très mal éclairée. Sous une belle et sévère +architecture s'enfonce une magnifique perspective simulée par une voûte à +caissons de pierre, à l'extrémité de laquelle se tient debout Dieu le +Père, la tête touchant au plafond. Cette admirable figure, d'une ampleur +et d'une majesté saisissantes, est certainement une des plus belles de la +Renaissance. La tête sévère regarde sans voir, les yeux perdus dans +l'immensité. Placée en terre au-dessous de lui est la croix dont il +soutient les bras avec ses mains et sur laquelle est attaché le Christ +dont la tête penchée porte l'expression d'une douleur profonde. Au pied +de la croix se tiennent debout la Vierge et saint Jean. Masaccio, rompant +avec la tradition, au lieu de représenter la Vierge toujours jeune, l'a +résolument peinte sous les traits d'une vieille femme dont le corps usé +et fatigué a perdu toute sveltesse et dont le visage ravagé a subi toutes +les douleurs, sans pour cela perdre l'expression d'une sérénité presque +auguste. En face d'elle, saint Jean fait contraste, tant sa poignante +douleur est bien humaine et opposée à la sérénité des êtres divins qui +l'entourent et que rien ne saurait atteindre.</p> + +<p>En dehors de l'arcade et complètement séparés sont agenouillés les beaux +portraits du donateur et de la donatrice, d'une vie et d'un relief +saisissants.</p> + +<p>Le fond droit du transept est fermé par la <b>Chapelle Ruccellai</b> à +laquelle on accède par un double escalier. Au fond de la chapelle est la +fameuse <i>Vierge</i> de CIMABUE, figure colossale peinte sur bois. Il +est malaisé, en voyant aujourd'hui l'hiératisme raide et maladroit de +cette peinture, de s'imaginer la révolution profonde qu'en 1280 causa son +apparition. C'est d'elle que peuvent réellement dater les premières +tentatives de l'art pour s'émanciper des formules byzantines si négatives +de toute originalité.</p> + +<p>Il ne faut pas oublier non plus que l'élève et le successeur immédiat de +Cimabue fut Giotto, c'est-à-dire le génie dans lequel tout l'art italien +devait être contenu en germe. Quand un maître a su, comme Cimabue, former +une pareille individualité, l'on ne pourrait trop exalter en lui la +beauté du caractère et l'intégrité des sentiments. L'estime de ses +concitoyens pour lui était telle que la Vierge de Santa Maria y fut +transportée processionnellement, «la République se plaisant par de si +grands honneurs à rendre hommage aux vertus du peintre et du citoyen».</p> + +<p>A droite dans la chapelle, le <i>tombeau de la Beata Villana del +Cerchi</i> fut exécuté par ROSSELLINO en 1451.</p> + +<p>La Sainte, gardée par deux anges, repose sous un baldaquin, les mains +croisées et les pieds nus.</p> + +<p>A droite du chœur est la <b>Chapelle Philippe Strozzi</b>. Derrière +l'autel se trouve son tombeau exécuté en 1459 par BENEDETTO DA MAJANO +dont il avait été le plus zélé protecteur. Dans la forme grêle du +sarcophage de marbre noir et dans les anges qui l'entourent se sent déjà +le déclin de la sculpture à la fin du XVe siècle.</p> + +<p>En 1502, FILIPPINO LIPPI, à son retour de Rome, fut appelé par les +Strozzi à peindre la décoration de leur chapelle. Il était à ce moment +sous l'influence directe de Raphaël et sa manière procédait directement +de lui avec toutefois une exagération de style frisant le mauvais goût. +Aussi la composition des fresques de la chapelle Strozzi est-elle +défectueuse; l'architecture désordonnée et tourmentée laisse fort à +désirer, enfin l'effet seul est cherché sans aucune préoccupation du +sentiment.</p> + +<p>La fresque de droite représente les <i>Miracles de Saint Jean +l'Évangéliste</i>, scène bizarre où se confondent les costumes les plus +disparates de tous les peuples connus. Celle de gauche est consacrée à un +<i>Miracle de Saint Philippe</i> ressuscitant une morte.</p> + +<p>Le vitrail de la fenêtre fut également composé par Filippino Lippi.</p> + +<p><b>Le chœur</b> est décoré des admirables <i>fresques</i> de DOMINIQUE +GHIRLANDAJO peintes en 1490 sur la commande de Jean Tornabuoni.</p> + +<p>Ce qui frappe surtout en elles, c'est la grâce noble et tranquille des +personnages, c'est la vie ordinaire des Florentins d'alors; ce qui les +rend si intéressantes, c'est la civilisation, c'est le costume d'une +époque dont elles sont les plus précieux documents.</p> + +<p>Avec de si grandes qualités, le défaut qu'on pourrait justement leur +reprocher serait de manquer de grandeur dans l'expression des idées, +d'embourgeoiser presque les sujets sacrés qu'elles relatent. Pour +Ghirlandajo, la Naissance de la Vierge est simplement la naissance d'un +enfant noble du XVe siècle, avec le cortège des visites de félicitation +et le défilé des amis; comme dans la Naissance de saint Jean-Baptiste, il +peint la nourrice donnée aux petits Florentins d'alors et la collation +prise par la mère après l'événement. Si cette façon d'interpréter +l'histoire de la Vierge ou du Précurseur répond mal à la grandeur des +faits, il faut pourtant bien reconnaître que personne à l'égal de +Ghirlandajo n'eût été capable, avec un tel point de départ, d'arriver +d'une telle manière à ses fins.</p> + +<p>Dans l'admirable poussée de la peinture au XVe siècle, il est impossible +que certains ordres d'idées et de sentiments, certains modes +d'interprétation, même à égalité de talent, ne répondent pas mieux que +d'autres à l'esthétisme individuel de tel ou tel artiste. En matière +d'art, l'éclectisme est la loi de la critique; il consiste à reconnaître +la beauté de l'œuvre en elle-même et sous quelque forme qu'elle se +présente, car, là où la recherche de la perfection a été égale, il n'est +que juste de l'apprécier dans ses manifestations les plus divergentes. Il +faut aussi admirer sans réserve les belles et graves figures des +contemporains de Ghirlandajo animées d'une vie et d'un mouvement +singuliers.</p> + +<p>Les fresques sont disposées, de chaque côté du chœur, sur trois rangées +de deux sujets chacune; elles sont terminées par une lunette et séparées +les unes des autres par des motifs architecturaux. Celles de la partie +supérieure ont malheureusement trop souffert pour qu'il soif facile de +les distinguer.</p> + + +<p class="mid"><img alt="" src="images/17-307.png"></p> + + +<p>MUR DE DROITE.—HISTOIRE DE LA VlERGE.</p> + +<p>I.—<i>Joachim chassé du temple</i>.</p> + +<p>Dans cette superbe composition, les deux groupes de droite et de gauche +sont particulièrement intéressants par les personnages célèbres qu'ils +représentent. A gauche, le vieillard sans barbe est Baldovinetti, qui +enseigna la peinture et la mosaïque à Ghirlandajo; celui qui, la tête +nue, a la main sur la hanche et porte un petit pourpoint bleu et un +manteau rouge, est Ghirlandajo lui-même; le personnage aux grosses lèvres +et à la chevelure noire est Mainardi, son élève; enfin celui vu de dos +est le frère du peintre, David Ghirlandajo.</p> + +<p>II.—<i>La Naissance de la Vierge</i>.</p> + +<p>Une des plus belles fresques de la série.</p> + +<p>Dans une riche chambre florentine, sainte Anne, femme déjà âgée, est +couchée tout habillée sur son lit placé sur une estrade. Derrière elle +une servante verse de l'eau dans un bassin. Relevée sur un coude, elle +contemple la petite Marie dans les bras d'une belle dame assise au milieu +de la composition, tandis que de nobles visiteuses s'avancent sur la +gauche, vêtues de leurs somptueux habits de fête.</p> + +<p>Ces femmes sont la fleur de la société florentine; on sent qu'elles ont +tenu à honneur de figurer dans cette œuvre et de venir poser devant le +maître. Chacune a son individualité propre, et ces beaux traits +florentins si vifs, si intelligents, si presque modernes d'expression.</p> + +<p>III.—<i>Présentation au Temple</i>.</p> + +<p>IV.—<i>Mariage de la Vierge</i>.</p> + +<p>V.—<i>Adoration des Mages</i>.</p> + +<p>VI.—<i>Massacre des Innocents</i>.</p> + +<p>VII.—(Lunette) <i>Mort de la Vierge</i>.</p> + +<p>Composition en partie détruite.</p> + +<p>MUR DE GAUCHE.—HISTOIRE DE SAINT JEAN-BAPTISTE.</p> + +<p>I.—<i>Apparition de l'Ange à Zacharie</i>. Cette composition remarquable +est enrichie de beaucoup de portraits admirables, entre autres ceux de +tous les donateurs des fresques, les Tornabuoni jeunes ou vieux placés en +arrière de Zacharie. Au bas, Ghirlandajo a peint à mi-corps les quatre +plus savants hommes de l'époque: le premier revêtu d'un habit de +chanoine, est Marsile Ficin; le second, avec un ruban noir au cou, est +Cristoforo Landino; le troisième est le Grec Demetrius Chalcondyle, et +enfin le quatrième, qui lève un peu la main, est Ange Politien. En +arrière d'eux, un groupe de trois hommes causent et représentent, dit-on, +les plus fameux marchands de Florence, André de Médicis, Jean Ridolfi et +Sassetti.</p> + +<p>II.—<i>La Visitation</i>. A droite et à gauche de la Vierge et de sainte +Élisabeth qui se rencontrent, l'assistance est formée par des groupes de +Florentines de toute beauté. Elles sont coiffées et parées à la mode du +temps; l'une d'elles, en robe jaune, à la suite de sainte Élisabeth vue +de profil, est le portrait d'une des plus célèbres beautés d'alors, +Ginevra di Benci.</p> + +<p>III.—<i>Naissance de Saint Jean-Baptiste</i>. La disposition est +analogue à celle de la <i>Naissance de la Vierge</i>. Derrière le lit de +sainte Élisabeth, une servante lui présente une collation, tandis qu'au +milieu de la fresque est assise la nourrice allaitant l'enfant et qu'à sa +droite s'avance le groupe des amies, suivi d'une servante portant sur sa +tête une corbeille où sont des pastèques et des raisins. Cette ample +figure aux vêtements flottants semble, par sa beauté antique, échappée à +quelque rêve païen.</p> + +<p>IV.—<i>Zacharie écrit le nom de Jean qu'il destine à son fils, sur une +tablette que lui présente une femme a genoux</i>.</p> + +<p>V.—<i>La prédication de Saint Jean-Baptiste</i>.</p> + +<p>VI.—<i>Baptême de Jésus-Christ</i>.</p> + +<p>VII.—(Dans la lunette) <i>Festin d'Hérodiade</i>. Ces trois dernières +fresques, presque entièrement effacées.</p> + +<p>De chaque côté, au-dessus de la fenêtre garnie de vitraux noirs et +brumeux, exécutés en 1492 sur les cartons du maître par ALESSANDRO +FIORENTINO, la décoration à fresques se continue, mais en mauvaise +préservation. Sur les deux côtés étroits de la fenêtre s'étagent des +figures séparées dont les deux premières sont les portraits des donateurs +de l'œuvre, Jean Tornabuoni et sa femme. Au-dessus de la fenêtre un grand +<i>Couronnement de la Vierge</i> peut difficilement passer pour être de +la main de Ghirlandajo.</p> + +<p>La boiserie qui forme le dossier des <i>stalles</i> est un chef-d'œuvre +de mosaïque sur bois. Faite à la fin du XVe siècle par BACCIO D'AGNOLO, +on y voit les plus fines et les plus délicates arabesques; les stalles +elles-mêmes sont gâtées par une malheureuse restauration de Vasari.</p> + +<p class="mid"><img alt="" src="images/18-311.png"></p> + + +<p><b>La Chapelle</b>, à gauche du chœur, a été décorée d'un revêtement de +marbre par JULES DE SANGALLO. Elle renferme le fameux <i>Christ</i> de +BRUNELLESCHI exécuté pour un concours entre lui et Donatello.</p> + +<p><b>La Chapelle Strozzi</b>, placée en face de la chapelle Ruccellai, +occupe le fond du transept à gauche. On y accède également par un double +escalier. Ses trois murs sont décorés de fresques d'ORCAGNA, ouvrage le +plus important qui existe, consacré au Jugement dernier d'après le Dante. +Sur le mur de gauche, <i>le Jugement dernier</i>, et sur celui du fond, +<i>le Paradis</i>, sont d'Andrea. Sur le mur de droite, <i>l'Enfer</i> +est de son frère NARDO ORCAGNA; c'est de beaucoup la moins bonne des +fresques. La grande préoccupation du moyen âge, la vie future et les +terreurs de l'au-delà, surgit tout entière dans un sujet que les artistes +du temps affectionnaient tout particulièrement et dont ils cherchaient +l'interprétation aussi bien dans les prophéties que dans l'Apocalypse. En +effet, le terrible esprit de l'époque trouvait pleine matière à se +développer, dans les vengeances et les châtiments d'un Jéhovah terrible, +et nul thème ne pouvait exercer sur les esprits une plus étrange +fascination; aussi, lorsque, poussé par cette attraction, Dante fut amené +à composer son admirable poème, il répondait si exactement aux +aspirations de ses contemporains, que les premiers «Cantica» à peine +parus eurent sur l'art un retentissement énorme. Giotto fut le premier +interprète du poète, et bientôt après, les Orcagna, chargés par les +Strozzi de la décoration de leur chapelle, firent de son œuvre le thème +de leurs compositions.</p> + +<p>La muraille, peinte par Nardo, retrace tout le cycle du premier chant de +l'<i>Enfer</i>; mais l'artiste, faute de place, ayant supprimé tous les +épisodes gracieux, n'en laissa subsister que la tragique horreur. Le même +motif le força à serrer tellement ses figures et à leur donner de si +petites dimensions que ce défaut, aggravé par la mauvaise perspective +d'alors et l'absence de tout savoir technique, le fit rester au-dessous +du but qu'il s'était proposé.</p> + +<p>La descente à l'Enfer commence dans la partie supérieure où les âmes +dirigées sur les «sombres bords» sont attendues par Cerbère pour être +conduites devant Pluton en train de festoyer.</p> + +<p>Au-dessous, Caron, «le nocher funèbre», les conduit à travers l'Achéron à +l'entrée du gouffre où le premier des cercles infernaux est peuplé par +les prodigues et les avaricieux roulant leur éternel rocher.</p> + +<p>Cette partie est séparée des cercles inférieurs, ceux des désespérés, par +un mur crénelé, que lèchent les flammes, symbole du feu dévorant où sont +consumées les âmes vouées au désespoir éternel.</p> + +<p>On y voit les suicidés condamnés à s'entre-tuer toujours dans des bois +sombres habités par les harpies, les parricides plongés jusqu'au cou dans +un affreux lac de sang où ils sont éternellement rejetés par des +centaures placés sur la rive qui les empêchent à coups de flèches de +regagner le bord, les luxurieux brûlés par une pluie de feu; puis les +cercles vont toujours en se rétrécissant et en s'obscurcissant davantage +autour de ceux qu'ils enveloppent pour l'exécution de leurs terribles +châtiments. Ils montrent les simoniaques la tête plongée dans le feu, les +immondes la tête retournée, les voleurs en proie aux serpents, les +fauteurs de scandale coupés en morceaux, les alchimistes et les faux +monnayeurs s'entre-battant. Enfin, au centre de cette terrifiante +composition, un démon colossal, debout dans une cuve remplie de serpents, +dévore Judas, pendant que les traîtres, plongés dans la cuve et déchirés +par les serpents, attendent semblable supplice.</p> + +<p><i>Le Paradis</i> d'André Orcagna, dont les extases font face à ces +horreurs, est d'un art tout différent. Les belles figures qui composent +la foule innombrable des élus tiennent le milieu entre l'art réaliste +d'un Giotto et l'idéalisme d'un Angelico; c'est à ce dernier que +sembleraient plutôt appartenir les deux admirables figures d'anges +musiciens agenouillés sur des nuages aux pieds du Christ et de la Vierge.</p> + +<p>Sur le mur du fond coupé par la fenêtre, Orcagna a peint <i>le Jugement +dernier</i> auquel assistent des groupes d'hommes et de femmes et où, +suivant l'esprit démocratique de l'époque, toutes les classes sociales +sont confondues, l'empereur et le pape comme le mendiant.</p> + +<p>Le retable sur fond d'or représente le Christ glorieux confiant d'une +main à saint Pierre les clefs de l'Église, tandis que de l'autre il remet +le livre de la <i>Somme</i> à saint Thomas d'Aquin présenté par la +Vierge. Sur les volets du retable sont peints saint Michel et sainte +Catherine, saint Laurent et saint Paul.</p> + +<p><b>La Sacristie</b>, ouverte à gauche sur le transept, contient un joli +<i>lavabo</i> en terre vernissée, plaqué à l'intérieur de faïence; il a +été exécuté en 1497 par JEAN DELLA ROBBIA.</p> + +<p>Au bas de la chapelle Strozzi, une porte conduit à quelques marches +descendant sur une galerie appelée le <b>Sepolcreto</b> dont les voûtes +cintrées reposent sur des piliers octogonaux. Cette galerie a un grand +intérêt par toutes les petites plaques commémoratives enchâssées dans le +mur et dont la plupart portent en relief les écussons de presque toutes +les nobles familles florentines. Une de ces plaques particulièrement +belle est de Pisano et montre le donateur et la donatrice agenouillés aux +pieds de la Vierge.</p> + +<p>Le Sepolcreto débouche sur le cloître appelé aussi Cloître vert, de la +couleur des fresques en camaïeu dont il est décoré.</p> + +<p><b>Le Cloître vert</b> est entouré d'une galerie formée d'arcs reposant +sur des piliers octogonaux. Il a été peint par ANDREA ORCAGNA, pour les +scènes de la Genèse, et par PAOLO UCCELLO, pour <i>le Déluge</i>, <i>le +Sacrifice</i> et <i>l'Ivresse de Noé</i>, fresques en camaïeu vert sur +fond rouge.</p> + +<p>Les trois compositions d'Orcagna sont presque entièrement détruites, on y +trouve pourtant encore quelques belles figures.</p> + +<p>I. <i>Création des animaux</i>, <i>Création de l'homme et de la +femme</i>, <i>Adam et Ève mangent le fruit défendu</i>.</p> + +<p>II. <i>Adam et Ève chassés du Paradis</i>; <i>Ève filant</i>, ravissante +figure de la Renaissance; <i>Adam piochant</i>. Dans le bas (détruit) +étaient <i>Caïn et Abel</i>.</p> + +<p>III. <i>Mort de Caïn</i> sous la flèche de Lameth, <i>Noé construisant +l'Arche</i>, <i>Noé faisant entrer les animaux dans l'Arche</i> +(détruit).</p> + +<p>La fameuse fresque du <i>Déluge</i> d'UCCELLO continue la série. Aucun +artiste n'a poussé le fanatisme du réalisme plus loin qu'Uccello dont le +nom, malgré l'extravagance bizarre de l'artiste, se rattache pourtant à +des progrès techniques de premier ordre. Dans cette fresque peinte en +1446, tous les peintres purent venir apprendre le modelé et la +perspective; mais, à côté de beautés de premier ordre, les grotesques +inventions abondent. Les victimes expérimentent des appareils de +sauvetage de toute sorte et plus ou moins saugrenus. L'un a placé autour +de son cou une bouée; l'autre s'est réfugié dans une cuve; d'autres +encore grimpent sur des échelles, nagent sur des planches, ou tentent de +se sauver à cheval. L'arche colossale, dont on ne voit que la coque, +occupe un côté entier, et Noé y apparaît.</p> + +<p>Les autres fresques sont très détériorées; celle de l'Arche de Noé a +pourtant conservé intact le groupe de ses trois fils, dont l'un, détaché +de profil sur une treille, est une superbe et énergique figure.</p> + +<p>Sur la droite du cloître s'ouvre la salle du chapitre appelée <b>Chapelle +des Espagnols</b>, «Cappella degli Spagnuoli». Elle est éclairée par deux +belles fenêtres ouvertes sur le cloître de chaque côté de la porte, dont +les élégantes sculptures sont protégées par de belles grilles en fer à +rinceaux découpés.</p> + +<p>La chapelle, commencée en 1322, fut achevée en 1355 et magnifiquement +décorée de fresques dont l'ensemble embrasse le cycle à peu près complet +des croyances philosophiques, théologiques et religieuses du moyen âge. +Ces peintures superbes et admirablement conservées sont attribuées par +Vasari à TADDEO GADDI et à SIMONE MEMMI de Sienne. Le mur de droite par +Simone Memmi représente <i>l'Église militante et l'Église +triomphante</i>. Celui de gauche, par TADDEO GADDI, montre <i>l'Église +personnifiée par saint Thomas d'Aquin</i> dominant et protégeant toutes +les connaissances humaines. Sur le mur du chevet coupé par l'enfoncement +de l'autel est peint en forme d'éventail <i>le Calvaire</i>, avec d'un +côté <i>le Chemin de Croix</i> et de l'autre <i>la Descente aux +Limbes</i>. Enfin les peintures de la voûte représentent des scènes de la +<i>Vie de Jésus-Christ</i>.</p> + +<p>I.—<i>L'Église militante et l'Église triomphante</i>. Pendant que saint +François prêchait une merveilleuse doctrine de charité et de tolérance, +saint Dominique répandait sur le monde une foi sombre, ascétique et +intolérante, car l'Église, pour lui, ne pouvait arriver au triomphe final +que par l'emploi de moyens violents aussi bien contre les hérétiques que +contre les fidèles.</p> + +<p>Interprète de cette idée, le maître a symbolisé les deux grandes forces +du moyen âge, l'Empereur et son Conseil, le Pape et son Concile assis +devant l'église Sainte-Marie des Fleurs, personnifiant ici l'omnipotence +de l'Église. Aux pieds du Pape sont couchées les brebis de la chrétienté +gardées par les chiens noirs et blancs dominicains, «Domini canes», +tandis que d'autres chiens poursuivent et mordent les loups hérétiques +auxquels ils arrachent les brebis qu'ils tentent de ravir. En avant, à +gauche, se tient le groupe des religieux et religieuses de tous les +ordres, tandis qu'à droite sont les laïques, parmi lesquels on reconnaît +les portraits célèbres de Pétrarque, de Boccace, de Giotto, de Cimabue et +de Laure, devant lesquels sont agenouillés les pauvres et les infirmes. +Sur la droite, la fresque est consacrée à l'application des théories +dominicaines.</p> + +<p>A.—Saint Dominique discute avec les hérétiques.</p> + +<p>B.—Saint Dominique ayant convaincu les hérétiques, les fait se +prosterner devant l'Évangile, tandis qu'un Archange déchire les livres +hérésiarques.</p> + +<p>C.—Au-dessus de ces sujets se trouve une rangée de petits personnages +intermédiaires, dansant au son d'un tambour de basque, devant quatre +personnages assis figurant des péchés mortels.</p> + +<p>D.—Le haut de la composition est formé par un dominicain écoutant la +confession d'un homme agenouillé, un second dominicain qui lui donne +l'absolution au seuil du Paradis où l'introduit un troisième.</p> + +<p>E.—Le Paradis occupe tout le haut de la fresque à gauche. D'après +l'Apocalypse, le Christ y est représenté trônant sur l'arc-en-ciel entre +deux anges; il est environné des Symboles des quatre Évangélistes, +l'Agneau mystique est couché à ses pieds, et il tient d'une main +l'Évangile, et de l'autre la clef du monde.</p> + +<p>II.—<i>Triomphe de saint Thomas d'Aquin</i>. Le saint, les Évangiles à +la main, trône en haut de la fresque; il écrase sous ses pieds Arius, +Sabellius et Averroès, les trois grands hérésiarques.</p> + +<p>A ses côtés sont assis, rangés l'un près de l'autre, les Évangélistes et +les Prophètes alternant.</p> + +<p>La partie inférieure est divisée en quatorze niches où trônent des +figures de femmes, symbolisant toutes les connaissances de l'époque. +Devant chacune d'elles est assis plus bas son principal adepte; toutes +ces figures, d'une attitude un peu raide, ne varient guère que par +l'expression des physionomies.</p> + +<p>1°—Le droit civil et l'empereur Justinien.</p> + +<p>2°—Le droit ecclésiastique et le pape Clément V.</p> + +<p>3°—La théologie spéculative et Pietro Lombardo.</p> + +<p>4°—La théologie pratique et Severino Boccio.</p> + +<p>5°—La foi et saint Denis l'Aréopagite.</p> + +<p>6°—L'Espérance et saint Jean Damascène.</p> + +<p>7°—L'amour sacré et saint Augustin.</p> + +<p>8°—L'arithmétique et Pythagore.</p> + +<p>9°—La géométrie et Euclide.</p> + +<p>10°—L'astronomie et Ptolémée.</p> + +<p>11°—La musique et Tubalcaïn.</p> + +<p>12°—La dialectique et Zénon d'Élée.</p> + +<p>13°—La rhétorique et Cicéron.</p> + +<p>14°—La grammaire avec Donato ou Priscien.</p> + +<p>III.—<i>Le Calvaire</i>. La composition remplit un cintre divisé en +trois parties dont le Calvaire occupe la plus haute. Le Portement de +croix part du bas de la fresque, à gauche, pour monter au Calvaire. Dans +le bas, à droite, est représentée la Descente de Jésus aux limbes, dont +la porte s'écroule devant lui sur Satan. Cette partie, tout à fait +remarquable, est peut-être la meilleure de la chapelle comme art et comme +sentiment.</p> + +<p>La fresque du mur d'entrée est en partie détruite: elle représentait, +d'un côté, les prédications de saint Dominique; de l'autre, celles de +saint Thomas d'Aquin, et au-dessous, des miracles opérés par les deux +saints.</p> + +<p>IV.—La voûte, divisée par les nervures en quatre parties angulaires, est +occupée par des fresques symboliques.</p> + +<p>I. Au-dessus de l'Église militante et triomphante, <i>la Barque de +Pierre</i>, symbole des tempêtes qui peuvent assaillir l'Église, sans +jamais la submerger.</p> + +<p>II. Au-dessus du Calvaire, <i>la Résurrection</i>.</p> + +<p>III. Au-dessus du triomphe de saint Thomas d'Aquin, <i>la Pentecôte</i>, +symbole de toute science considérée comme don divin.</p> + +<p>IV. Au-dessus de l'entrée, <i>l'Ascension</i>. Au delà du Cloître vert +s'étend le Grand Cloître, aujourd'hui cour de l'École des Cadets.</p> + +<p><b>La Pharmacie</b> de l'ancien couvent, «la Spezeria» (Via della Scala), +possède dans une petite pièce des fresques dures et heurtées de SPINELLO +ARETINO, <i>histoire de la Passion</i>.</p> + +<p><b>SAINT-JACQUES DE RIPOLI</b>. Au tympan de la porte, bas-relief des +DELLA ROBBIA. <i>Le Christ entre Saint Thomas et un Saint</i>.</p> + +<p><b>A l'intérieur</b>, l'église contient la meilleure œuvre de RIDOLFO +GHIRLANDAJO, le <i>Mariage mystique de sainte Catherine</i> exécuté vers +1505, sous la double influence de ses maîtres, Léonard et son père. La +couleur admirable de ce tableau et sa tenue sobre et énergique l'ont fait +longtemps attribuer au Vinci; c'est une œuvre de premier ordre.</p> + +<p><b>ÉGLISE SAN FRANCESCO DE VANCHETONI</b> (Via del Palazzuolo). Cette +église conserve quelques ouvrages remarquables de DONATELLO. Deux +admirables <i>bustes d'enfants</i> semblent être des portraits, tant leur +originalité est puissante. L'un est un enfant à l'air triste et presque +morose, tandis que l'autre, d'après la peau de chèvre de sa draperie, +paraît être un Saint Jean-Baptiste adolescent.</p> + +<p><b>L'ÉGLISE D'OGNISSANTI</b>, édifiée en 1524, et remaniée en 1627, +n'offre comme architecture rien d'intéressant. Dans le tympan de la porte +principale, bas-relief de DELLA ROBBIA, <i>le Couronnement de la +Vierge</i>. <b>A l'intérieur</b>, entre le troisième et le quatrième +autel, sont deux fresques, œuvres de premier ordre: l'une de BOTTICELLI, +l'autre de GHIRLANDAJO.</p> + +<p>La fresque de BOTTICELLI, peinte en 1480, représente <i>Saint Jérôme</i>; +c'est un chef-d'œuvre autant par le fini précieux des détails que par +l'anatomie puissante et large et par la profonde ferveur religieuse qui +anime la figure du saint. Saint Jérôme, beau vieillard vêtu de la pourpre +cardinalice, est assis devant une table, où il est accoudé et paraît +réfléchir profondément. Ce qui est extraordinaire d'art minutieux, ce +sont les multiples objets posés sur cette table; les pupitres à écrire et +à lire, les parchemins, les livres, les lunettes, les ciseaux et jusqu'au +tapis d'Orient qui la recouvre, tout dénote la précision et l'amour du +détail, poussés à l'extrême.</p> + +<p>Le <i>Saint Augustin</i> de Ghirlandajo a malheureusement pâli; il est +également assis devant une table, l'aménagement peu compliqué de la pièce +contraste fortement avec la fresque précédente. Le visage est admirable, +et les mains surtout sont d'un modèle parfait.</p> + +<p><b>La Sacristie</b> est décorée d'une grande fresque, de l'école de +Giotto, <i>Christ en croix</i> entouré d'anges, probablement une œuvre de +FRANCESCO DA VOLTERRA (1350).</p> + +<p>Au fond du transept, un escalier conduit à une chapelle où un +<i>Christ</i> de Giotto est un premier et timide essai d'anatomie dans ce +sujet.</p> + +<p><b>Dans l'ancien Réfectoire</b> du couvent ouvert sur le cloître, +GHIRLANDAJO a peint en 1480 <b>la Cène</b>. A cette époque, le maître +avait accepté la décoration complète à fresque de l'église, mais le +travail ne fut jamais exécuté et la fresque du réfectoire est la seule +trace subsistant de ce projet dont elle était destinée à être le +commencement. Ghirlandajo s'y montre en pleine possession de son beau +talent; le dessin est large; les figures, bien composées, sont +supérieures par l'élévation de la pensée, et il ne s'y trouve aucune +trace de la sécheresse qu'on pourrait quelquefois reprocher à l'artiste.</p> + +<p>Le ravissant <i>tabernacle</i> qui surmonte la porte d'entrée fut exécuté +par AGOSTINO DI DUCCIO en 1463. Ce bijou est digne du meilleur et du plus +cher élève de LUCA DELLA ROBBIA. Il a malheureusement été repeint.</p> +<br><br><br> + + + +<h3>RIVE GAUCHE</h3> + +<p class="mid">PITTI, JARDINS BOBOLI, ÉGLISE SAINTE-FÉLICIE, PALAIS BIANCA CAPELLO,<br> +ÉGLISE SAN SPIRITO, SANTA MARIA DEL CARMINE.</p> + + +<p><b>LE PALAIS PITTI</b>, situé sur la partie la plus élevée de Florence, +fut commencé en 1440 par BRUNELLESCHI pour Lucca Pitti, l'adversaire +acharné des Médicis, dont il voulait éclipser le luxe, à défaut de la +puissance.</p> + +<p>Pierre de Médicis ayant noyé dans le sang la fameuse conspiration des +Pazzi (1446) dont Pitti était un des principaux conjurés, le palais resta +inachevé jusqu'au XVIe siècle où il devint l'apanage d'Éléonore de +Tolède, femme du grand-duc Cosme Ier. C'est vers cette époque que les +grands-ducs le relièrent aux Offices par une galerie destinée à leur +ouvrir une retraite en cas de soulèvement.</p> + +<p>Le palais a une immense façade, lourde et froide, dont l'effet +désagréable est encore aggravé par les ailes ajoutées de 1620 à 1631, +alors que, devenu résidence des grands-ducs, il se trouva insuffisant.</p> + +<p>Il renferme, sous le nom de Galerie Pitti, la riche collection de +tableaux formée par les cardinaux Léopold et Charles de Médicis, ainsi +que par le grand-duc Ferdinand. La galerie compte plus de cinq cents +numéros disséminés dans les beaux salons de l'aile gauche, dont les noms +sont tirés des sujets de leurs plafonds.</p> + + +<p class="mid">SALLE DE L'ILIADE</p> + +<p>N° 201.—TITIEN. <i>Portrait du Cardinal de Médicis</i>, de haute et +fière allure; il fut peint en 1532, après la campagne contre les Turcs, à +laquelle avait pris part le cardinal, qui porte le costume hongrois.</p> + +<p>N° 219.—PÉRUGIN. <i>Vierge adorant l'Enfant</i>, avec beaucoup de +repeints.</p> + +<p>N° 185.—GIORGIONE (attribué maintenant au Titien), <i>le Concert</i>.</p> + +<p>Deux moines et un jeune homme coiffé d'un chapeau à plume font de la +musique. Ce chef-d'œuvre est admirable de coloris, de modelé et de belle +lumière chaude et dorée.</p> + +<p>N°207.—RIDOLFO GHIRLANDAJO. <i>L'Orfèvre</i>. Ce portrait célèbre a dû à +sa perfection de passer longtemps pour un ouvrage de Léonard de Vinci.</p> + +<p>N° 208.—FRA BARTOLOMMEO. <i>La Vierge sur un trône</i> (1512).</p> + +<p>Ce beau tableau est l'ancien retable de l'église San Marco. Si, par +l'expression un peu commune, il manque de dignité et si la peinture a +noirci, il n'en est pas moins une merveille de composition.</p> + + +<p class="mid">SALLE DE SATURNE</p> + +<p>N° 178.—RAPHAEL. <i>La Madone du Grand-Duc</i>. La plus belle des +Vierges de Raphaël, peinte en 1505, lorsqu'il était encore sous +l'influence du Pérugin, pour la couleur et le jet de la draperie, mais la +composition et le dessin y procèdent directement de Masaccio et de Fra +Bartolommeo.</p> + +<p>La tête de la Vierge est un bijou de modelé et l'enfant qu'elle tient +assis sur sa main est exquis. Ce petit chef-d'œuvre, exécuté pour le +grand-duc Ferdinand, fut conservé comme une sorte de palladium dans la +famille Médicis, de là lui vient son surnom de «Vierge du Grand-Duc».</p> + +<p>N° 179.—SÉBASTIEN DEL PIOMBO. <i>Martyre de Sainte Agathe</i>. Ce +tableau, peint en 1520 sous l'influence romaine, est une belle œuvre +inspirée par le style et le large dessin de Michel-Ange, mais avec un +coloris sobre d'une grande tenue.</p> + +<p>N° 174.—RAPHAEL. <i>Vision d'Ézéchiel</i>. Ce petit tableau peut encore +être rangé dans l'ordre des tableaux symboliques, tels que les comprenait +le moyen âge, dont le but était de rendre frappantes pour les masses les +idées morales jointes aux faits matériels contenus dans l'Apocalypse et +les deux Testaments. Mais, dans la <i>Vision d'Ézéchiel</i>, Raphaël a +donné la beauté et la grandeur de la</p> + +<p>Renaissance à l'ancien ordre de sentiments; il a représenté Dieu le Père +sous les traits d'un Jupiter Olympien porté sur les nues par les symboles +des quatre Évangélistes, et dont les bras étendus pour bénir sont +supportés par deux anges.</p> + +<p>L'homme, attribut de saint Matthieu, qui a traité particulièrement la vie +humaine du Christ, se tient seul agenouillé aux pieds de Dieu qui bénit +en lui l'humanité dont le Christ assuma toutes les souffrances.</p> + +<p>Cette très petite composition, traitée avec la finesse de la miniature, +est malheureusement rendue moins agréable par l'emploi de tons un peu +lourds.</p> + +<p>N° 164.—PÉRUGIN. <i>La Déposition de Croix</i>. Ce tableau, peint à +Florence en 1495, offre une collection de têtes passives sans aucun +contraste, le tout plus intéressant par une excellente composition et +l'égalité du fini que par la profondeur du sentiment.</p> + +<p>N° 159.—FRA BARTOLOMMEO. <i>Résurrection du Christ entre les +Évangélistes</i>. Ce tableau est peut-être ce que le maître a donné de +plus parfait; jamais on n'a poussé plus loin et allié davantage la +grandeur de la composition et la profondeur noble et grave du sentiment. +Les deux adorables enfants placés au bas du tableau tiennent un miroir où +le Frate a reflété comme paysage le monde.</p> + + +<p class="mid"><img alt="" src="images/19-328.png"></p> + + + +<p>N° 151.—RAPHAEL. <i>La Vierge à la Chaise</i>. Ce tableau, peint en 1515 +au moment où Raphaël travaillait à la chambre d'Héliodore au Vatican, est +le type le plus complet des Vierges romaines où l'artiste supprima toute +divinité de la figure de la Vierge pour la remplacer par ce qu'il +considérait comme le suprême de la beauté féminine, quelquefois +provocante, mais jamais virginale. Ici la Vierge n'est que le portrait +d'une belle Romaine en costume populaire et la composition de ce +médaillon célèbre, absolument banale, n'a pour elle que son beau coloris.</p> + +<p>N° 190.—SUSTERMANS. <i>Portrait du fils de Frédéric II, roi de +Danemark</i>. Ce peintre flamand, qui vécut à Florence, a laissé +d'excellents portraits tenant un juste milieu entre Vélasquez et Van +Dyck. Ce joli portrait est d'une belle facture.</p> + +<p>N° 113.—MICHEL-ANGE. <i>Les Parques</i>. Ce tableau paraît plutôt une +attribution; toutefois, s'il a été dessiné par Michel-Ange, il n'a +certainement pas été peint par lui, son coloris n'offrant aucune trace de +la vigueur parfois tragique, propre au pinceau de Michel-Ange.</p> + +<p>Les Parques sont représentées sous les traits de trois vieilles femmes +d'un beau caractère, drapées de nuances trop claires.</p> + + +<p class="mid">SALLE DE MARS</p> + +<p>N° 94.—RAPHAEL. <i>Madone dell'Impannata</i>. Composée par Raphaël, +exécutée par ses élèves sans qu'on sache absolument la part qui leur +revient. Deux femmes apportent à la Vierge l'Enfant qui prend vivement la +robe de sa mère, et se retourne vers elles en riant.</p> + +<p>N° 92.—TITIEN. Superbe portrait de jeune homme.</p> + +<p>N° 86.—RUBENS. <i>Les Conséquences de la Guerre</i>. Belle et grande +composition très mouvementée. Un guerrier entraîne une femme nue que les +Amours cherchent à retenir.</p> + +<p>N° 85.—RUBENS. <i>Les quatre Philosophes</i>. Portraits de Rubens, de +son frère et des philosophes Lipse et Grotius assis à une table derrière +le buste de Sénèque.</p> + +<p>N° 82.—VAN DYCK. <i>Le cardinal Bentivoglio</i>, portrait assis en pied, +d'une élégance et d'une distinction remarquables, comme d'un coloris +superbe.</p> + + +<p class="mid">SALLE D'APOLLON</p> + +<p>N°67.—TITIEN. <i>La Madeleine</i>. Ce portrait de femme drapée dans son +admirable chevelure d'or, fut peint pour le duc d'Urbin, et l'on voit que +le sujet de la pécheresse n'a été ici qu'absolument subsidiaire.</p> + +<p>N° 64.—FRA BARTOLOMMEO. <i>La Déposition</i>. Dans cette œuvre +admirable, la beauté du sentiment se réunit à celle de l'exécution pour +former un ensemble de premier ordre. Rien n'est plus beau que l'abandon +du corps du Christ et l'angoisse profonde de la Vierge lui donnant un +dernier baiser.</p> + +<p>L'émotion ressort de la simplicité pathétique des personnages, et non de +leur arrangement factice et voulu; c'est là ce qui différencie +profondément l'ouvrage de Fra Bartolommeo des équivalences dues par +exemple au pinceau d'un Pérugin.</p> + +<p>N° 61.—RAPHAEL. Portrait d'<i>Angiolo Doni</i>. La première œuvre faite +à Florence et le plus beau des portraits peints par Raphaël sous +l'influence de Pérugin, qu'on pourra rapprocher comme inspiration de +celui de l'Espagnol Lopez Pereigo indiqué comme le propre portrait du +Pérugin au musée des Offices, sous le n° 287.</p> + +<p>Doni est représenté en buste vêtu de noir; ses mains, appuyées sur une +balustrade, sont d'une rare perfection. La tête, d'une expression +profonde et intelligente, se détache sur un beau fond de paysage.</p> + +<p>N° 59.—RAPHAEL. Portrait de <i>Madeleine Strozzi Doni</i>, femme du +précédent. D'un aspect peu distingué, sa figure niaise et placide est +sans expression, les formes sont massives et lourdes.</p> + +<p>N° 58.—ANDREA DEL SARTO. <i>Déposition</i> (1524). Cette peinture, si +loin comme sentiment de la <i>Déposition</i> de Bartolommeo, est un tour +de force comme richesse de coloris.</p> + +<p>N° 54.—TITIEN. Portrait de <i>Pierre Arétin</i>. La tête est +intelligente et fine, il est vêtu d'une ample robe cramoisie.</p> + +<p>N° 63.—RAPHAEL. Portraits de <i>Léon X</i> et des cardinaux <i>Rossi</i> +et <i>de Médicis</i>. Le pape est assis devant une table; les deux +cardinaux, dont on ne voit que les bustes, sont debout derrière lui.</p> + +<p>Raphaël a fait de ces portraits non seulement une admirable étude des +rouges de toutes les gammes, les plus riches et les plus variées, mais +encore une étonnante caractéristique de leur individualité. Rien n'est +intéressant comme de comparer le Jules II de la Tribune des Offices avec +le Léon X du musée Pitti; autant chez l'un tout est ascétique, profond, +violent même avec la tension de toutes les forces et de toutes les +énergies vers un but déterminé, autant chez l'autre tout est matériel, +tourné vers les grandeurs, le luxe et la somptuosité. Presque Athénien +dans ses goûts, passionné d'art et de littérature, Raphaël a su marquer +ce caractère du pape en plaçant devant lui une cloche finement ciselée et +un livre précieux qu'il s'apprête à regarder à la loupe.</p> + + +<p class="mid">SALLE DE VÉNUS</p> + +<p>N° 18.—TITIEN. <i>La Belle</i>. L'habillement de la Belle, bleu, violet, +or et blanc, cadre avec la tête, dont la mystérieuse expression captive +et fascine. Ce portrait de femme, peint en 1535, rappelle les traits de +la duchesse Éléonore d'Urbin et peut être considéré comme un des plus +parfaits sortis du pinceau du maître, tant par son modelé en pleine +lumière que par sa coloration transparente et chaude tout à la fois.</p> + +<p>N° 3.—TINTORET. <i>Vénus, Vulcain et l'Amour</i>, tableau très inspiré +par le Titien, d'une exécution charmante et plus soignée que ne le sont +généralement les œuvres du Tintoret.</p> + + +<p class="mid">SALLE DE PROMÉTHÉE</p> + +<p>N° 372.—ANDREA DEL CASTAGNO. Très beau portrait d'homme coiffé à la +bourguignonne.</p> + +<p>N° 373.—PIERRE POLLAJUOLO. <i>Saint Sébastien</i>.</p> + +<p>N° 353.—BOTTICELLI. <i>La belle Simonetta</i>. Ce portrait fameux de la +maîtresse de Julien de Médicis la montre sous les traits d'une femme +laide et d'une prodigieuse raideur. Pourtant ce profil anguleux, découpé +en silhouette violente sur un fond gris, ne manque pas de caractère, quoi +qu'il soit peu présumable qu'il ait été peint par Botticelli.</p> + +<p>N° 347.—FILIPPINO LIPPI. <i>Sainte Famille</i> (Médaillon). La Vierge +adore l'Enfant pendant que de petits anges effeuillent sur lui des roses.</p> + +<p>N° 343.—FRA FILIPPO LIPPI. <i>La Vierge, l'Enfant, Saint Joachim</i> et +<i>Sainte Anne</i>, avec au fond <i>la Nativité de la Vierge</i>.</p> + +<p>Les APPARTEMENTS DU PALAIS PITTI communiquent avec la galerie par la +salle à manger.</p> + +<p>Ils sont tendus de soieries du XVIIe siècle et, comme tous les +appartements de palais, sont de médiocre intérêt.</p> + +<p>Dans la chapelle, un superbe cadre en mosaïque florentine du XVIIe +siècle contient une <i>Vierge</i> de CARLO DOLCE, tapisseries de +Florence, cabinets en pierres dures et en mosaïques, etc., etc.</p> + +<p>A l'entresol, L'UFFIZIO DEGLI ARGENTI, une petite salle où est conservé +le trésor des Médicis, maintenant propriété de la ville. On y remarque +quatre coupes et une gourde ornées d'émaux sur paillons attribuées à +Benvenuto Cellini, <i>Christ</i> de Jean de Bologne provenant de la +chapelle du palais, torchères en bronze doré de Bologne.</p> + +<p>LES JARDINS BOBOLI s'étendent derrière le palais Pitti et s'élèvent en +terrasse sur la colline au pied de laquelle il est construit.</p> + +<p>Ces jardins, d'où l'on jouit de vues magnifiques sur Florence, furent +dessinés en 1550 par Tribolo, sur l'ordre de Cosme Ier, et achevés par +BUONTALENTI.</p> + +<p>A l'entrée, une grotte contient quatre statues inachevées de MICHEL-ANGE, +faisant partie de la série des «esclaves» destinés au tombeau de Jules +II.</p> + +<p>En passant par une belle allée ornée de statues, on arrive à un charmant +bassin dont le centre est décoré d'une statue colossale de l'<i>Océan</i> +par JEAN DE BOLOGNE.</p> + +<p><b>ÉGLISE SAINTE-FÉLICITÉ</b>. L'église n'est intéressante que par son +portique et la quantité d'œuvres primitives qu'elle contient.</p> + +<p>Dans la <b>sacristie</b>, GIOTTO, <i>Christ</i>; TADDEO GADDI, tableau à +cinq divisions, <i>Vierge trônant entre des Saints</i>.</p> + +<p>Dans une <b>chapelle</b> contiguë, NICOLÒ DA PIETRO, <i>Christ entouré de +la Madeleine et des Saintes Femmes</i>.</p> + +<p><b>Deuxième sacristie</b>. <i>Annonciation</i> en deux parties, fresques +contemporaines d'Orcagna.</p> + +<p>Sur la place devant l'église, colonne élevée en commémoration de la +défaite des Siennois à Marciano (1554).</p> + +<p><b>PALAIS DE BIANCA CAPELLO</b> (26, via Maggio), la célèbre femme du +grand-duc François Ier(1526). La façade est décorée d'arabesques en +grisailles peintes à fresques alternées avec les armes des Médicis.</p> + +<p>L'ÉGLISE SAN SPIRITO fut construite en 1487 d'après des plans laissés par +BRUNELLESCHI.</p> + +<p><b>L'intérieur</b>, de style classique, a de remarquables proportions.</p> + +<p>Dans la <b>cinquième chapelle</b> se trouve un chef-d'œuvre de FILIPPINO +LIPPI, l'un de ses premiers ouvrages, appelé <i>la Vierge des Tanaï de +Nerli</i>.</p> + +<p>La Vierge, assise sous un portique, tient l'enfant couché sur ses genoux. +Devant eux est agenouillé le petit saint Jean, tandis qu'à leurs côtés +saint Nicolas et sainte Catherine, patrons des Tanaï, leur présentent le +donateur et la donatrice agenouillés devant eux, admirables et vivants +portraits. L'intérêt de ce très beau tableau est encore accru par la +jolie vue de Florence avec la vieille porte San Spirito, qu'on aperçoit +au fond.</p> + +<p>Derrière le chœur, au deuxième autel, <i>Vierge</i> entourée de saints, +de l'école de GIOTTO. Troisième autel: LORENZO DI CREDI, <i>Vierge et +Saints</i>.</p> + +<p><b>Transept gauche</b>. PIERO DI COSIMO, <i>Vierge et Saints</i>.</p> + +<p><b>La sacristie</b> ouverte sur le transept a été bâtie de 1489 à 1497 +par ANTONIO POLLAJUOLO. Ce petit octogone, terminé par une coupole, est +d'une beauté de forme et d'une pureté de lignes parfaites. Les admirables +chapiteaux des pilastres sont de premier ordre, les deux placés des deux +côtés de la base destinée à l'autel sont décorés de quatre superbes +figures d'hommes nus traînant des guirlandes. D'une exceptionnelle +qualité, l'art et le goût particuliers de Pollajuolo pour l'anatomie s'y +révèlent tout entiers.</p> + +<p><b>Le vestibule</b> de la sacristie est de SANSOVINO; il est décoré d'une +belle voûte en berceau reposant sur des colonnes richement sculptées. Ce +vestibule donne accès aux cloîtres dont le second sert de cour à une +caserne.</p> + +<p><b>ÉGLISE SANTA MARIA DEL CARMINE</b>. Cette église dépendante du couvent +des Carmes adjacent fut construite en 1422, et, en 1771, après un +terrible incendie, reconstruite dans le style le plus détestable. La +seule partie sauvée fut heureusement le transept droit, dont le fond est +occupé par la <b>chapelle</b> BRANCACCI fondée en 1419 par Antoine +<b>Brancacci</b> et où sont les célèbres fresques de MASACCIO (1423-1428) +terminées après sa mort par FILIPPINO LIPPI.</p> + +<p>TOMASO DI SER GIOVANNI DA CASTEL SAN GIOVANNI était, d'après Vasari, +élève de Masolino da Panicale, mais son génie, qui le destinait à être le +prophète et le précurseur de la Renaissance italienne, ne garde aucune +trace de ce premier enseignement. En effet Masaccio, dans cet +extraordinaire monument des débuts du XVe siècle, franchit d'un seul +élan toutes les bornes assignées à la peinture jusque-là. Hardiment il +ose le nu, mais le nu réaliste et vivant, tel qu'il s'offre par exemple +dans une figure grelottant de froid, tandis que Pierre lui donne le +baptême. Masaccio, non seulement saisit sur le vif le maintien, +l'attitude et les mouvements; il trouve encore du premier jet cette +dignité d'allure, cette fierté du geste, cette noblesse native de toute +la personne qui suscite l'admiration et l'impose.</p> + +<p>La différence capitale entre Masaccio et Giotto, dont la sincérité est le +trait commun, réside dans la science des groupements et dans la manière +de coordonner et de présenter une scène. Il faut remarquer de quelle +allure le personnage principal de Masaccio, l'apôtre Pierre, traverse +toute l'œuvre avec une dignité et une grandeur qui ne se démentent +jamais. Chez ses successeurs un pareil résultat sera le fruit de la +patience et d'un art consommé, mais chez lui il est atteint avec une +extraordinaire simplicité de moyens et presque spontanément.</p> + +<p>Il revêt ses principaux personnages de la toge romaine dont les grands +plis sans cassure les drapent merveilleusement, tandis qu'il donne à ses +figures secondaires le costume contemporain, suivant en cela ce principe +mis en lumière par Giotto, que la draperie, grâce à la généralisation +qu'elle donne, grandit, au lieu que le costume diminue en localisant. +Masaccio ne recula jamais devant les difficultés du raccourci ou de la +perspective; pour en pénétrer les secrets, il avait l'intuition et la +prescience du génie, mais il ne chercha jamais à faire étalage de ce +savoir-faire et il ne le déploya que lorsque l'occasion le nécessitait, +son haut idéal d'art l'élevant au-dessus des préoccupations de métier. Il +est le trait d'union entre Giotto et Raphaël et, grâce à lui, la peinture +fit en avant le pas décisif qui devait aboutir à l'admirable +efflorescence du XVIe siècle.</p> + +<p>I.—MASACCIO. <i>Adam et Ève chassés du Paradis</i>. Intéressante étude +d'anatomie poussée à un réalisme outré.</p> + +<p>II.—FILITPPINO LIPPI. <i>Saint Paul visitant saint Pierre dans sa +prison</i>.</p> + +<p>III.—MASACCIO. <i>Le tribut à César</i>. Sur l'ordre du Christ, saint +Pierre, à genoux près d'une rivière, prend dans la bouche du poisson la +pièce destinée au tribut réclamé par le publicain.</p> + +<p>Cette admirable composition est divisée par les plans en trois actions. +Jésus, au centre, entouré de ses disciples, est une figure d'une sévérité +et d'une beauté surprenantes. D'un geste impératif il ordonne à Pierre +d'aller vers la rivière qui coule au fond chercher la pièce du tribut +dans la bouche d'un poisson et l'incrédulité de l'apôtre forme un +saisissant contraste avec la foi profonde et extasiée de l'apôtre Jean.</p> + +<p>Le fond représente Pierre prenant au poisson la pièce du tribut, tandis +que sur la droite de la fresque, il la remet au publicain.</p> + +<p>Le Christ et ses disciples sont vêtus de la toge, tandis que la belle +figure, vue de dos, du publicain porte le costume populaire et semble +sortir du mur, tant sont grandes la vérité de l'attitude et la perfection +du dessin.</p> + +<p>IV.—MASACCIO. Composition en deux parties terminée par Filippino Lippi.</p> + +<p>A. (A gauche) <i>Saint Pierre ressuscitant Eutychus</i>. L'apôtre debout, +vu de dos, d'un geste noble, étend le bras vers le jeune Eutychus. De +nombreux personnages groupés entourent l'apôtre et assistent à la scène. +Eutychus a été terminé par Filippino sur l'esquisse laissée par Masaccio. +C'est une figure nue, aussi admirable d'anatomie juvénile que d'adoration +respectueuse envers le saint qui l'a rappelée à la vie.</p> + +<p>B. (A droite) <i>Saint Pierre adoré comme chef de l'Église</i>. Une scène +de toute beauté le représente assis sous un auvent, dans toute sa majesté +de chef de l'Église. Il a les mains jointes et les yeux levés au ciel; +devant lui sont prosternés deux laïcs et un religieux.</p> + +<p>Les deux scènes de la composition n'ont aucun rapport entre elles, mais +elles se relient insensiblement par la manière dont l'artiste a disposé +les personnages intermédiaires.</p> + +<p class="mid"><img alt="" src="images/20-341.png"></p> + +<p>V.—MASACCIO. <i>Saint Pierre prêchant</i>.</p> + +<p>VI.—MASACCIO. <i>Saint Pierre et saint Paul guérissant les malades par +leurs ombres</i>.</p> + +<p>Miracle s'accomplissant dans une rue du moyen âge descendue par les +apôtres et où leur ombre projetée contre le mur guérit trois infirmes +dont le plus jeune, allongé à terre, est une figure d'un naturalisme +saisissant.</p> + +<p>VII.—MASACCIO. <i>Saint Pierre baptisant</i>.</p> + +<p>Les hommes nus qui attendent leur tour au bord du fleuve sont surprenants +d'anatomie; la figure grelottante de froid est célèbre.</p> + +<p>VIII.—MASACCIO. <i>Saint Pierre et saint Paul distribuent des +aumônes</i>.</p> + +<p>IX.—MASOLINO DA PANICALE. <i>Saint Pierre et saint Paul guérissant un +boiteux et ressuscitant Tabithe</i>.</p> + +<p>Cette double scène se passe sur une vaste place au fond de laquelle +s'élèvent des maisons appartenant à l'architecture du XIVe siècle et +bordées de portiques. A droite se trouve le boiteux et à gauche Tabithe +revenant à la vie entourée de tous les siens. Deux petits personnages, en +costumes du commencement du XVe siècle, coiffés d'espèces de turbans et +vêtus de courts manteaux à larges manches, s'avancent au milieu de la +place causant entre eux, et donnent bien à cette fresque le caractère de +Masolino auquel elle est attribuée; le dessin moins large et l'attitude +moins naturelle que dans les œuvres de Masaccio, la différencient +complètement.</p> + +<p>X.—FILIPPINO LIPPI. Composition en deux parties, grise et manquant de +caractère. (A droite) <i>Saint Pierre et saint Paul comparaissant devant +le proconsul romain</i>. (A gauche) <i>Crucifiement de saint Pierre</i>.</p> + +<p>Ces fresques ont déjà quelque chose de cette recherche qui aboutira pour +Filippino Lippi à celles de Santa Maria Novella. Les trois hommes en +rouge qui assistent au supplice sont certainement la meilleure partie de +la fresque.</p> + +<p>XI.—MASACCIO. <i>Adam et Ève après le péché</i>, deux superbes figures +nues; le corps de la femme est particulièrement intéressant.</p> + +<p>XII.—FILIPPINO LIPPI. <i>Délivrance de saint Pierre</i>, la meilleure de +ses fresques.</p> + +<p>L'Ange vêtu de blanc, les mains croisées, précède saint Pierre sur le +seuil de la prison et l'invite à en sortir. Le saint, tourné vers lui de +profil, a l'air de lui demander avec le naturel le mieux rendu s'il doit +vraiment le faire. A droite de la porte, le soldat qui garde la prison +s'est endormi; ses jambes fléchissent sous le poids du sommeil et il +tomberait s'il n'était appuyé contre le mur et soutenu par sa lance.</p> + +<p class="mid"><img alt="" src="images/21-344.png"></p> + + +<p>Dans la <b>sacristie</b>, où l'on entre par le bras droit du transept, à +côté de la chapelle Brancacci, on remarque sur les embrasures de la +fenêtre deux fresques découvertes en 1858 et relatives à l'histoire de +<i>sainte Cécile</i>. Elles sont de SPINELLO ARETINO et ont encore la +naïveté et la raideur giottesques.</p> + +<p>Dans le <b>cloître</b>, à droite de l'église, on a retrouvé en 1851 des +restes de fresques qu'on a crues être la fameuse procession de la +dédicace de l'église peinte par MASACCIO et où, selon Vasari, «les +portraits étaient si frappants qu'on y reconnaissait même jusqu'au +portier du couvent». Les parties retrouvées tiennent en effet de +Masaccio; mais il est bien difficile de croire que ce puisse être l'œuvre +primitive, l'église ayant été détruite par l'incendie de 1771 et, par +conséquent, le mur où elle se trouvait. Une autre <i>fresque</i> +représente <i>la Vierge avec l'Enfant Jésus et les Évangélistes</i>; elle +est attribuée à GIOVANNI DA MILANO.</p> + +<p>Dans le <b>réfectoire</b>, sur le cloître, une <i>Cène</i> d'ALESSANDRO +ALLORI.</p> +<br><br><br> + + + +<h3>ENVIRONS</h3> +<h2>DE FLORENCE</h2> +<hr> + + +<h3>NORD-EST</h3> +<hr class="short"> + + +<h3>PORTE SAN GALLO</h3> + +<p class="mid"><b>—ÉGLISE SAINT-DOMINIQUE DE FIESOLE, BADIA DE<br> FIESOLE, SAN ANSANO.</b></p> + +<p class="mid"><b>II.—FIESOLE</b>.</p> + +<p class="mid"><b>III.—FIESOLE, VINCIGLIATA, ÉGLISE SAN SALVI</b>.</p> +<br><br> + + +<h3>I</h3> + +<p class="mid">SAINT-DOMINIQUE DE FIESOLE, LA BADIA DE FIESOLE, SAN ANSANO.</p> + +<p class="mid">(<i>Deux heures de voiture</i>.)</p> + + +<p>On sort de la ville par la vieille <b>porte SAN GALLO</b>, de 1330, +autrefois décorée de fresques disparues de Ghirlandajo, et l'on suit la +via Boccaccio sur la rive droite du Mugnone, affluent de l'Arno, d'où +l'on découvre bientôt la belle campagne mamelonnée des environs de +Florence, sillonnée de villas. On passe devant la <b>VILLA PALMIERI</b> +où Boccace écrivit son Décameron, pendant la peste de 1348, et dont il +fit le lieu de ses contes, puis on atteint Saint-Dominique, au-dessus +duquel se dresse Fiesole sur la haute colline où s'étagent en terrasses +ses villas et ses jardins et où se découpent sur le ciel clair les +silhouettes grêles des oliviers et des cyprès auxquels le paysage toscan +emprunte son charme poétique et profond.</p> + +<p><b>SAINT-DOMINIQUE DE FIESOLE</b>, un des premiers établissements +dominicains en Toscane, et le couvent où pendant de longues années +peignit et vécut l'Angelico. L'église, précédée d'un portique du XVIe +siècle aux armes des Médicis, n'a aucun caractère et est de toutes les +époques. A l'<b>intérieur</b>, derrière le maître-autel, un grand tableau +d'ANGELICO est médiocre.</p> + +<p><b>Deuxième chapelle</b> à droite.</p> + +<p>LORENZO DI CREDI, <i>Baptême du Christ</i>, pâle inspiration du +chef-d'œuvre de son maître, le Verrocchio, à l'Académie.</p> + +<p><b>Troisième Chapelle</b>.</p> + +<p>ANDREA PERRUCI. Beau <i>Christ</i> sculpté en bois, de grandeur +naturelle.</p> + +<p>Le chemin qui se détache sur la gauche de Saint-Dominique conduit à la +Badia.</p> + +<p><b>LA BADIA FIESOLANA</b> est située sur une colline dominant le cours du +Mugnone et possède la plus admirable vue, d'un côté sur Florence et de +l'autre sur Fiesole.</p> + +<p>La Badia est un des monuments les plus anciens de la Toscane. Dès 406, +elle était un château fortifié; elle devint, en 1028, le plus riche et le +plus célèbre monastère de Bénédictins de la Toscane et presque de +l'Italie. En 1440, à la prière de Cosme l'Ancien, le pape Eugène IV donna +le couvent aux chanoines du Latran; c'est de cette époque que date toute +sa splendeur. Cosme employa une partie des richesses du couvent à le +restaurer magnifiquement sous la direction de BRUNELLESCHI et en fit l'un +de ses séjours préférés (1462). Aussi y fondait-il bientôt la célèbre +Académie Platonicienne où il réunissait ses familiers et les «clients» de +sa maison, les Ange Politien, les Marsile Ficin, les Pic de la Mirandole +et tous ceux auxquels la solitude était indispensable pour favoriser le +travail de la pensée. Michel-Ange y habita longuement et les graves +enseignements dont il était entouré ne contribuèrent pas médiocrement à +hâter la maturité de son puissant esprit.</p> + +<p>La façade de la Badia n'a conservé qu'une partie de son revêtement du +XIVe siècle, en marbre blanc et cipolin, antérieur à celui de San +Miniato. On entre, à droite de la façade, dans un vestibule d'où part +l'escalier montant au <b>cloître</b> rectangulaire édifié par +BRUNELLESCHI, dont le portique est surmonté d'une galerie couverte.</p> + +<p>Tout a été traité dans le cloître, comme dans le reste de l'abbaye, avec +une simplicité sévère et voulue, mais dans un style ample et pur. Sur un +des côtés s'ouvre la petite <b>chapelle</b> privée réservée aux moines. +La décoration de la porte, des deux fenêtres sur le cloître et +l'encadrement de l'ancien retable en pierre grise sont d'une élégante +simplicité.</p> + +<p>Le <b>Réfectoire</b>, précédé d'une salle où se trouve un lavabo de style +classique et d'un goût exquis, possède une ravissante <i>chaire</i> en +pierre grise à laquelle on monte par un escalier pratiqué dans le mur et +contenu dans une baie ouverte. Les sculptures de premier ordre dont elle +est ornée représentent des chérubins, des guirlandes et de délicats +fouillis de feuillages.</p> + +<p>A la suite du cloître, un portique ouvert, à cinq arcades surmontées +d'une loggia, donne sur des jardins d'où la vue sur Florence est de toute +beauté.</p> + +<p>Dans le <b>vestibule</b> allant du cloître à l'église, un charmant +<i>lavabo</i> en marbre blanc, ouvrage de MINO DA FIESOLE, se compose +d'une vasque oblongue soutenue par un pied sur lequel courent des +dauphins. Ce lavabo est encadré d'un ordre architectonique dont la frise +porte les armes des Médicis.</p> + +<p><b>L'église</b>, d'une pureté et d'une simplicité remarquables, est en +forme de croix latine à une seule nef, sur laquelle, de chaque côté, +quatre grandes baies cintrées donnent accès à des chapelles. Le transept, +plus élevé de quelques marches, conduit au chœur terminé carrément; à la +croisée quatre arcatures soutiennent une coupole en rotonde arrondie; +enfin, à chaque extrémité du transept, s'ouvrent deux ravissantes portes +d'ordre classique aux armes des Médicis. La décoration sobre et +harmonieuse du monument est formée par des encadrements qui se détachent +sur des pilastres de pierre grise.</p> + +<p>Les autels sont également en pierre grise, sauf l'autel principal, bel +ouvrage en mosaïque de marbre de la même époque.</p> + +<p>Revenu à Saint-Dominique, on commence à gravir les lacets de la colline +de Fiesole au milieu de vignes et d'oliviers étagés sur des terrasses. +Après avoir laissé à droite la route de Majano, on passe au pied de +l'ancien COUVENT DE LA DOCCIA, fondé en 1414 et dont le portique par +SANTI DI TITO fut élevé, dit-on, sur les dessins de MICHEL-ANGE. Avant +d'arriver à Fiesole, on prend à gauche l'ancienne route de piétons, la +via Fiesolana, qui descend rapidement à la petite église de San Ansano.</p> + +<p><b>L'ÉGLISE DE SAN ANSANO</b> fut fondée au Xe siècle. En 1200, elle +dépendait de la compagnie de la Trinité de Florence et elle fut ensuite +canonicat de la cathédrale de Fiesole, dont elle constituait un bénéfice. +Achetée en 1795 par le chanoine Bandini, elle fut convertie par lui en un +musée qu'il légua à la commune de Fiesole.</p> + +<p>Les quatre tableaux les plus intéressants sont les quatre +<i>Triomphes</i> de BOTTICELLI, petits panneaux sur bois, superbes de +composition, mais malheureusement mal conservés. 1° (Mur de droite) +<i>Triomphe du Temps</i>. Saturne, vieux et cassé, est perché au sommet +d'un cadran d'horloge où les heures d'or se détachent sur fond noir. Le +cadran est soutenu sur un char triomphal par deux génies aux pieds +desquels deux chiens couchés, l'un blanc, l'autre noir, symbolisent le +jour et la nuit. Le char, couvert d'une housse rouge richement brodée +d'or, est traîné par deux cerfs, image de la rapidité du temps.</p> + +<p>2° <i>Triomphe de la Chasteté</i>. Sur un socle doré placé à l'arrière +d'un char, la Chasteté debout, vêtue d'une robe de bure semée de chardons +d'or, tient une palme. A ses pieds, Éros est enchaîné par deux femmes, +tandis qu'une troisième bande son arc et qu'une quatrième accourt +apportant d'autres liens. Au char sont attelées les licornes symboliques +de la pureté, conduites par des femmes à peine voilées de tuniques +transparentes, que soulève le vent; l'une d'elles marche en avant, avec +la bannière de la pureté, une hermine détachée sur un fond rouge.</p> + +<p>3° (Mur de gauche) <i>Triomphe de l'Amour</i>. Il est représenté par une +figure de bronze aux ailes dorées qui s'envole en décochant ses traits, +au-dessus d'un bûcher autour duquel un vieillard, un guerrier et une +jeune femme sont assis enchaînés.</p> + +<p>Aux quatre angles du char triomphal de l'Amour sont placés des génies +dorés; son attelage est composé de quatre chevaux blancs autour desquels +se pressent de nombreux personnages.</p> + +<p>4° <i>Triomphe de la Religion</i>. La Foi, l'Espérance et la Charité sont +agenouillées sur un char tiré par les bêtes symboliques données comme +attribut aux quatre Évangélistes.</p> + +<p>Au-dessus du char entouré de figures agenouillées plane le Père Éternel +bénissant. Cette composition, très endommagée, est inférieure.</p> + +<p>On retrouve dans ces œuvres de Botticelli, malgré les repeints nombreux, +le charme excessif de sa poétique et ravissante nature. Les figures de +femmes dans le <i>Triomphe de la Chasteté</i> paraissent les sœurs de +celles du Printemps ou de la Calomnie, tant elles ont semblable envolée +et grâce légère dans leur élégante silhouette.</p> + +<p>A droite de l'entrée, <i>Enfant Jésus bénissant</i>, délicieuse petite +figure nue de LUCA DELLA ROBBIA.</p> + +<p>Du même côté, le bénitier est bordé d'une guirlande de feuilles et de +fruits au milieu de laquelle est représenté un buste vu de face.</p> + +<p>Il a pour pendant un autre médaillon à peu près du même genre, mais moins +parfait d'exécution. Au-dessus du chœur, belle tête de <i>Saint +Jean-Baptiste</i> dans un médaillon.</p> + +<p>Sur la porte de la sacristie, <i>la Visitation</i>, haut relief +polychrome d'ANDREA DELLA ROBBIA.</p> + +<p>Sur la porte opposée, un admirable <i>Saint Jean-Baptiste à genoux devant +le Christ</i>, émail blanc sur fond de couleur.</p> + +<p>Le devant de l'autel est formé d'une terre cuite dorée, en haut relief, +l'<i>Adoration des Pasteurs</i>, attribuée à MICHEL-ANGE.</p> + +<p>Dans le passage de la sacristie se trouve une petite chapelle dont +l'autel est surmonté d'un magnifique médaillon de LUCA DELLA ROBBIA, +<i>la Vierge à genoux</i>, les mains jointes, en adoration devant +l'Enfant avec deux anges volant à ses côtés.</p> + +<p>Les œuvres des DELLA ROBBIA sont en si grand nombre à San Ansano, +qu'elles constituent un véritable musée de cet art charmant où s'allient +le plus souvent la perfection de la forme, le charme de la couleur et la +poésie raffinée du sentiment. Là, mieux que partout ailleurs, grâce à la +quantité et à la qualité des ouvrages exposés aux regards, on peut +étudier la tradition et l'histoire des terres cuites émaillées. Et cela +est particulièrement vrai pour Luca, tant cette église est riche en +pièces qui peuvent compter parmi les meilleures du vieux maître, et dans +lesquelles se concilient ses admirables qualités de profonde sincérité +réaliste et de grâce émue et touchante.</p> +<br><br> + + + +<h3>II</h3> + +<h3>FIESOLE.</h3> + + +<p><b>FIESOLE</b>, l'ancienne Fæsulæ des Romains, est une vieille cité +étrusque, dont les murs sont en partie conservés. De la vaste place qui +couronne la colline où est bâtie Fiesole, la vue sur Florence et sa belle +campagne est admirable.</p> + +<p><b>LA CATHÉDRALE</b> est le type le plus ancien et le plus parfait de +l'architecture toscane, inspirée des basiliques du XIe siècle. Elle fut +construite en l'année 1228, et a trois nefs séparées par des colonnes +inégalement placées, dont la plupart ont des chapiteaux antiques +simplement posés sur leur fût. A la hauteur de l'avant-dernière travée, +se dresse l'autel destiné aux fidèles, car, au moyen âge, le chœur était +un endroit consacré où les laïcs n'avaient pas le droit de pénétrer. +Devant cet autel, des escaliers descendent à la <b>crypte</b> ouverte par +cinq baies. Elle est formée de trois courtes nefs séparées par quatre +légères colonnes à chapiteaux étrusques et a pour clôture une admirable +<i>grille</i> de 1300 à médaillons quadrilobés.</p> + +<p>Dans la crypte, au fond de son abside, se trouve une statue en terre +cuite vernissée de <i>San Romolo</i> par les DELLA ROBBIA. La curieuse +fresque qui la décore représente Fiesole au XIIIème siècle. Au-dessus de +cette abside s'élève le <b>chœur</b> auquel on accède par des degrés +placés de chaque côté. Le maître-autel est surmonté d'un triptyque où +sont peints sur fond d'or la Vierge et quatre Saints de l'école de +GIOTTO.</p> + +<p>A gauche du chœur, se dresse le <i>tabernacle</i> en marbre blanc d'ANDRÉ +FERRUCCI; c'est un excellent ouvrage de la fin du XVe siècle, divisé en +trois niches: celle du milieu contenant un colossal ciboire; celles des +côtés, <i>l'Annonciation</i> en deux parties. Également dans le chœur, +l'on voit le tombeau de l'évêque Jacopo Bavaro, fondateur de l'église.</p> + +<p>La première chapelle à droite du chœur est la <b>chapelle Salutati</b>.</p> + +<p>Sur le mur s'élève le <i>tombeau de l'Évêque Lionardo Salutati</i>, +exécuté de son vivant par MINO DA FIESOLE (1466). C'est un des premiers +ouvrages de Mino, et assurément son chef-d'œuvre, car l'artiste n'a +jamais retrouvé par ailleurs les qualités de grâce fraîche et jeune +alliées au fini de l'exécution. Le monument est composé d'un magnifique +sarcophage de marbre blanc, de forme antique, reposant sur des consoles +entre lesquelles est placé le buste de l'évêque, admirable de vie, de +vérité, de bonté, de finesse et d'intelligence. En face du tombeau, +contre le mur, le retable de marbre blanc fut commandé également à Mino +par l'évêque Salutati.</p> + +<p>Cette œuvre fait déjà pressentir, par sa facture plus compliquée, le +défaut de simplicité et le maniérisme qui sera plus tard généralement +affecté par Mino da Fiesole.</p> + +<p>Le retable est divisé en trois parties: la partie centrale est occupée +par la <i>Vierge</i> en relief, adorant l'Enfant traité en ronde bosse, +entre saint Rémi guérissant un boiteux, et saint Léonard en mendiant, +figures en bas-relief.</p> + +<p>La pluralité des plans montre déjà dans cet ouvrage de Mino son amour +pour la complication des lignes et pour la surcharge des procédés, +défauts destinés à exercer plus tard une si fâcheuse influence sur son +style.</p> + +<p>Le <b>Campanile</b> de 1213 est une tour carrée d'aspect élancé, terminée +par des mâchicoulis et par des créneaux.</p> + +<p><b>LE THÉÂTRE ANTIQUE</b> était situé sur l'autre versant de la colline +de Fiesole au nord. Une partie de l'hémicycle avec seize rangs de gradins +a été exhumée dans des fouilles récentes. La vue qu'on découvre de ces +ruines sur Fiesole et sur sa campagne est de toute beauté.</p> + +<p>Sur la place de l'église s'élèvent, d'un côté le palais épiscopal et le +séminaire, et de l'autre le palais Pretorio du XIIIe siècle, qui porte +les armoiries des podestats et contient le musée où sont conservés +quelques objets provenant des fouilles faites à Fiesole.</p> + +<p>L'ÉGLISE SANTA MARIA PRIMERANA s'élève à côté du palais Pretorio.</p> + +<p>A droite du chœur est un magnifique retable, l'un des premiers ouvrages +de LUCA DELLA ROBBIA, le Christ en croix avec deux anges recueillant son +sang dans des calices. Autour de lui sont groupés, dans des attitudes +désolées, la Vierge, saint Jean et la Madeleine.</p> +<br><br> + + + +<h3>III</h3> + +<h3>DE FIESOLE PAR VINCIGLIATA A SAN SALVI</h3> + +<p class="mid">(<i>Environ cinq heures de voiture</i>.)</p> + + +<p>De Florence, après avoir gagné Fiesole qu'on traverse, on contourne le +mont Cectioli au sud-est de Fiesole et l'on suit une arête au travers +d'un bois clairsemé de pins et de cyprès d'où l'on domine des deux côtés, +à une grande hauteur, un paysage montagneux de toute beauté. La route de +Vincigliata, bordée de hauts cyprès, se détache bientôt et l'on plonge +sur tout le bassin de Florence que l'on découvre à ses pieds avec la +ceinture des Apennins purement découpés sur l'horizon. On laisse à droite +le CASTEL DI POGGIO, petit château avec des restes de fortifications dans +une magnifique situation, en face du monte Cectioli, puis la route +descend par de longs lacets, avec la vue toujours étendue sur le paysage +unique qu'on admire depuis Fiesole, vers le château de Vincigliata qu'on +aperçoit au-dessous de soi.</p> + + +<p><b>LE CHÂTEAU DE VINCIGLIATA</b> (permission à Florence) appartient à un +Anglais, M. Temple Leader, qui le releva de ses ruines de 1855 à 1867, et +reconstitua ainsi le type à peu près unique d'un château fort italien du +XIVe siècle. Le château proprement dit est une masse carrée dominée par +une tour carrée, le tout formidablement hérissé de mâchicoulis et de +créneaux et entouré d'une enceinte défendue par deux tours, dont l'une +forme l'entrée, tandis que s'étendent en face les bâtiments d'habitation +reliés à l'entrée par une sorte de galerie formant cloître.</p> + +<p>De ces appartements, situés en contre-bas du grand préau dont est +entourée la tour centrale, on monte à celui-ci par un escalier intérieur +qui débouche sous le portique d'une de ses faces (les deux autres étant +occupées par des bâtiments).</p> + +<p>Toute cette cour est garnie d'écussons et de sculptures comme la cour du +Bargello, et, comme celle-ci, elle a un escalier extérieur montant à +l'étage supérieur.</p> + +<p>Quant aux bâtiments d'habitation, les appartements sont intelligemment +restaurés dans le goût de l'époque. A la chapelle et à la salle de +justice succède la salle d'armes décorée de fresques provenant de +l'ancien hôpital de Santa Maria della Scala, <i>la Vie de saint +Bernard</i> attribuée à SPINELLO ARETINO.</p> + +<p>De Vincigliata la route gagne la vallée par de nombreux lacets, et après +avoir franchi le Torrent de la Mensola, elle atteint <b>SAN MARTINO DE LA +MENSOLA</b> dont l'église possède un retable attribué à FRA ANGELICO; +puis on rejoint par une pente rapide la route de Settignano à San Salvi.</p> + +<p><b>SAN SALVI</b> est un ancien couvent de la règle de Vallombreuse, +mentionné dès 1084, mais dont il ne subsiste que peu de restes.</p> + +<p>Dans le <b>réfectoire</b> s'est heureusement conservée une œuvre des plus +importantes, peinte par ANDREA DEL SARTO, de 1526 à 1527, dans les toutes +dernières années de sa vie. Cette composition est peut-être la seule +<i>Cène</i> qui puisse, de loin il est vrai, être rapprochée de la +fresque de Léonard comme grandeur de composition et comme noblesse de +mise en scène.</p> + +<p>On ne peut naturellement réclamer des maîtres de la grande Renaissance la +simplicité émue et l'intensité parfois poignante des vieux maîtres, pour +lesquels la peinture n'était que le moyen de fixer en eux-mêmes le +souvenir de leurs visions. Rien de pareil ici; on est en face d'une forme +d'art pour laquelle le sujet importe peu, ou n'est plus rien, et où tout +se réduit à obtenir l'eurythmie, par des procédés purement techniques.</p> + +<p>Les artistes atteignent un véritable summum dans les groupements naturels +et harmonieux, dans la beauté de l'attitude et du mouvement, dans la +science du coloris, la richesse de la draperie, dignes de toute +admiration, mais il ne faut pas leur demander d'exprimer de certaines +émotions qu'ils sont bien incapables de ressentir.</p> + +<p>Le long des murs, quelques belles figures de Saints sont encore des +ouvrages de jeunesse d'Andrea del Sarto.</p> + +<p>On rentre à Florence par la place Beccaria, au milieu de laquelle a été +conservée la vieille porte Santa Croce.</p> +<br><br> + + + +<h3>NORD-OUEST ET OUEST</h3> + + + +<h3>PORTA AL PRATO</h3> + +<p><b>I. CARREGGI, PETRAJA, VILLA DE CASTELLO, LA DOCCIA, SAN STEFANO IN +PANE, PONTE A RIFREDI</b>.</p> + +<p><b>II. PERETOLA, BROZZI, SAN DONINO, POGGIO A CAJANO</b>.</p> + + + + +<h3>I</h3> + +<p class="mid">CARREGGI, LA PETRAJA, VILLA DE CASTELLO, LA DOCCIA, ÉGLISE SAN STEFANO<br> IN +PANE, PONTE A RIFREDI.</p> + +<p class="mid">(<i>Environ cinq heures de voiture</i>.)</p> + +<p>On sort de la ville par la Porte al Prato, et, après avoir traversé le +Mugnone et dépassé la colline de Fiesole qu'on laisse sur la droite, on +suit la route de Ponte a Rifredi jusqu'à l'entrée de ce village, où l'on +tourne à droite pour atteindre bientôt Carreggi.</p> + +<p><b>LA VILLA DE CARREGGI</b> fut bâtie par Cosme le Vieux. MICHELOZZO +MICHELOZZI la construisit dans ce style classique gréco-romain qui alors +pour l'Italie était une sorte de rage.</p> + +<p>Le vieux Cosme destinait Carreggi à devenir l'asile de tous les savants +proscrits auxquels il tendrait une main secourable et hospitalière. Cette +maison ne tarda pas à lui être un lieu de prédilection, à l'égal de sa +chère Badia de Fiesole, si bien qu'il y mourut en 1464, chargé d'ans et +de renommée, après avoir donné à la peinture et à l'architecture +l'impulsion qui, de saintes et originales qu'elles étaient, les a faites +magnifiquement copistes.</p> + +<p>Son fils Pierre eut assez à faire avec les difficultés intérieures et +extérieures qu'il rencontra, pour n'avoir pas grand temps à donner aux +plaisirs intellectuels; mais son petit-fils Laurent hérita des goûts de +son grand-père, et la villa de Carreggi devint le rendez-vous de tous les +hellénistes et de tous les latinistes de l'époque, à l'exclusion de la +Badia, trop sévère pour ses goûts de magnificence. Laurent rétablit à la +villa Carreggi les entretiens du jardin d'Academos, et, ayant découvert +que la Grèce fêtait le 17 novembre l'anniversaire de la naissance de +Platon, chaque année il y célébrait cette date à grand renfort de +musiciens et de discussions philosophiques. Étant tombé malade à +Florence, Laurent se fit aussitôt transporter à sa chère villa, où il +mourait en 1492, après avoir appelé à son lit de mort Jérôme Savonarole +dont l'ascétique figure parut terrible et jeta l'effroi dans ce léger +milieu païen.</p> + +<p>On raconte que, pour rester jusqu'au bout fidèle à ses traditions +athéniennes, Laurent fit élever à Carreggi son second fils Jean, celui +qui devait être le pape Léon X.</p> + +<p>De sa splendeur passée, la villa n'a conservé que ses beaux jardins; elle +appartient actuellement à la famille Orsi.</p> + +<p>La route descend vers le torrent de la Terzolla qu'elle franchit, +contourne les bâtiments du couvent della Quiete et arrive rapidement à +<b>LA VILLA PETRAJA</b>. La villa royale de la Petraja (permission à +Pitti), construite par BUONTALENTI, a conservé assez grand air en dépit +des réparations. C'est un édifice carré surmonté d'une sorte de beffroi +bordé de deux galeries extérieures. Cette tour fortifiée rappelle la +destination de la villa, château fort jusqu'en 1608, époque où les +Médicis la transformèrent. La Petraja s'élève au pied des montagnes, sur +leurs dernières pentes, et est précédée de beaux jardins étagés en +terrasses d'où l'on découvre un panorama splendide d'une immense étendue +sur Florence et les montagnes. A droite du château se présente une +ravissante <i>fontaine de</i> TRIBOLO, sorte de vasque, d'où s'élève une +colonne de marbre blanc décorée de satyres chevauchant des dauphins, et +destinée à supporter une deuxième vasque ornée de guirlandes tenues par +des génies. De cette conque émerge un piédestal qui sert de support à une +charmante baigneuse de bronze tordant ses cheveux, ouvrage de JEAN DE +BOLOGNE.</p> + +<p>L'ancienne cour, transformée en salon vitré, est décorée de +<i>fresques</i> de DANIEL DE VOLTERRA sous le portique; d'autres fresques +du XVIIe siècle sont relatives à l'histoire des Médicis. Le beau parc de +la villa la relie à celle de Castello qu'on gagne à pied en quelques +minutes.</p> + +<p><b>LA VILLA ROYALE DE CASTELLO</b>, située plus bas que la Petraja, +possède, à défaut d'étendue, un beau jardin dessiné et créé par Cosme +l'Ancien et auquel on a conservé les dispositions de l'époque. La +décoration en fut confiée au sculpteur NICOLAS TRIBOLO en 1550, et il fut +orné de sculptures antiques provenues en majeure partie de l'ancien dôme +de Florence avant qu'Arnolfo di Cambio ne l'eût transformé. Au milieu du +jardin s'élève une magnifique <i>fontaine</i> monumentale composée de +deux vasques superposées, ouvrage de TRIBOLO. Sur le bord de la première +sont couchées quatre ravissantes statuettes de bronze, sur la seconde se +dresse un groupe en bronze, <i>Hercule et Antée</i>.</p> + +<p>Dans la partie supérieure du <b>jardin</b>, sous la terrasse, s'ouvre une +grotte artificielle en rocaille où s'agite au-dessus de fontaines la +ménagerie la plus étrange, rhinocéros, girafes, ours, loups, lions, +singes etc., etc. Sur les bords des superbes vasques formées par des +sarcophages antiques, des oiseaux en bronze dus à JEAN DE BOLOGNE sont +posés un peu partout.</p> + +<p>De la villa de Castello, une marche de quelques minutes conduit à la +<b>Doccia</b>, la célèbre manufacture de faïences fondée en 1735 par le +marquis Ginori. Un petit musée contient les plus intéressants types de +fabrication.</p> + +<p>En sortant de la Doccia, on repasse devant Castello pour atteindre +l'église de <b>San Stefano in Pane</b>. Elle possède un beau retable en +terre vernissée polychrome, par JEAN DELLA ROBBIA.</p> + +<p>Deux Saints gardent le tabernacle entouré d'une double bordure +d'arabesques et de chérubins et surmonté d'un vase de fleurs d'où partent +des guirlandes de fruits. Au-dessus, deux Anges volent en soutenant une +couronne sur la colonne mystique.</p> + + +<h3>II</h3> + +<p class="mid">PERETOLA, BROZZI, SAN DONINO, POGGIO A CAJANO.</p> + +<p class="mid">(<i>Environ cinq heures de voiture</i>.)</p> + +<p>On sort de Florence par la porte de Prato et, après avoir traversé le +Mugnone, on longe le parc de la villa San Donato Peretola.</p> + +<p><b>L'ÉGLISE SAINTE-MARIE</b>, fondée au XIIe siècle, est depuis 1449 un +fief de Sainte-Marie Nouvelle.</p> + +<p><b>Brozzi</b>. Les vieilles familles florentines des Strozzi, des +Cavalcanti, des Ruccellai possédaient à Brozzi des palais dont les +façades délabrées sont encore ornées de leurs armoiries.</p> + +<p><b>San Donino</b>. A droite de la route, on a une fort belle vue sur le +monte Gione et les Apennins; on traverse l'Ombrone sur un pont et on se +trouve dans le pittoresque village de Poggio a Cajano admirablement situé +sur les collines que bordent la rive droite de l'Arno. Au nord, s'étend +la chaîne des Apennins dont on s'est sensiblement rapproché et qui +profilent leurs belles découpures au-dessus d'un riant paysage.</p> + +<p><b>LA VILLA ROYALE DE POGGIO A CAJANO</b> est située sur le point +culminant de la route qui conduit à Lucques, de sorte que ses trois +façades offrent chacune une charmante vue: l'une sur Florence, l'autre +sur les montagnes et les villages dont elles sont semées, et enfin la +troisième sur Prato, Pistoia, Sesto et tout le val d'Arno inférieur.</p> + +<p>Laurent le Magnifique, séduit par la position délicieuse de Poggio a +Cajano, voulut en faire sa résidence de prédilection et demanda un plan à +tout ce que Florence comptait alors de plus célèbre en architectes et en +peintres. Celui de JULES DE SAN GALLO eut la préférence; seulement +Laurent exigea qu'il y ajoutât un escalier extérieur, pris sur un autre +dessin et grâce auquel on pourrait accéder à cheval jusqu'au haut du +perron. Il voulut encore que le plafond de la grande galerie fût +circulaire: construction audacieuse pour la science architecturale +d'alors, par suite de ses vastes proportions et que du reste Sangallo +réussit parfaitement.</p> + +<p>Après la mort de Laurent, les travaux interrompus furent repris est +achevés par Léon X, sous lequel furent exécutées les magnifiques fresques +d'ANDREA DEL SARTO, de FRANCIABIGIO et du PONTORNO dont le grand défaut +est de représenter des sujets relatifs aux Médicis, d'un intérêt plus que +médiocre.</p> + +<p>La villa de Cajano rappelle bien des souvenirs de l'histoire de Florence: +Charles-Quint l'habita en 1536, lors du mariage de Marguerite d'Autriche +avec le grand-duc Alexandre. Éléonore de Tolède, femme du grand-duc Cosme +Ier, s'y laissa mourir de faim, après la mort tragique de ses deux fils: +Jean, assassiné par son frère Garcia, et celui-ci, son enfant favori, tué +à son tour devant elle par son père, en punition de ce meurtre. Puis +mourut Cosme, et le grand-duc François, d'amoureuse mémoire, habita +souvent Poggio a Cajano avec Bianca Capello, dont l'histoire offre le +plus étonnant assemblage de toutes les misères et de toutes les fortunes.</p> + +<p>Fille d'un des patriciens les plus fastueux de la République vénitienne, +elle se faisait enlever à dix-sept ans par un commis florentin employé en +face du palais de son père et fuyait avec lui à Florence où elle +l'épousa. La tête de son amant ayant été mise à prix par la République +sérénissime, ils vécurent à Florence cachés et dans la plus extrême +misère jusqu'au jour où Bianca fut aperçue à sa fenêtre par le grand-duc +Francesco qui en devint éperdument amoureux, et qui, après lui avoir +donné un sauf-conduit pour son mari, en fit sa maîtresse et l'installa +superbement dans le palais voisin de Pitti appelé encore de son nom. La +malheureuse Jeanne d'Autriche, que le grand-duc avait épousée sur ces +entrefaites, impuissante à lutter contre son abandon et l'omnipotence +toujours croissante de la maîtresse, mourut bientôt de chagrin, et +l'ascendant de Bianca était tel qu'elle se faisait épouser par le +grand-duc, aussitôt son deuil terminé (1580).</p> + +<p>Trois ans après ce mariage, le jeune grand-duc héritier, fils de Jeanne +d'Autriche, mourait et, à défaut de descendance directe, le cardinal +Ferdinand devint grand-duc présomptif. Comme la perspective de le voir +régner ne pouvait convenir aux ambitions de Bianca, elle simula bientôt +une grossesse et un accouchement, et, le 30 août 1585, elle faisait +passer pour un fils né d'elle un enfant clandestinement apporté. La +supercherie découverte par son beau-frère, le principal intéressé à +l'absence d'héritiers, l'enfant fut déclaré inapte à succéder. A la suite +de ces événements, une haine formidable contre Ferdinand s'étant amassée +dans l'âme de Bianca, elle résolut de se défaire de lui à l'aide du +poison. L'automne suivant, le cardinal fut invité par François à venir +chasser avec lui à Poggio a Cajano, une des réserves les plus giboyeuses +du grand-duc. Le jour même de son arrivée, Bianca, dit-on, lui prépara de +ses mains une espèce de tourte qu'elle savait particulièrement aimée de +lui et y mélangea un de ces subtils poisons dont les Borgia avaient +laissé le secret; mais comme une telle gracieuseté de sa part ne laissait +pas que d'inquiéter le cardinal, il refusa d'y goûter. Le grand-duc, +piqué de l'affront infligé à sa femme par son frère, voulut à son défaut +faire honneur à cette pâtisserie et Bianca, qui devait ou avouer son +crime, ou laisser son mari mourir empoisonné, se décida rapidement à +partager avec lui ce funèbre régal. Le lendemain Francesco et Bianca +étaient morts, et Ferdinand qui succédait lançait sa barrette aux orties.</p> + +<p>Ces événements jetèrent naturellement une certaine défaveur sur la villa +de Laurent; lorsque après un demi-siècle elle devint un lieu d'exil pour +l'espèce de folle que fut Marguerite d'Orléans, fille de Monsieur, +qu'avait épousée, pour son malheur, le grand-duc Cosme III et dont les +extravagances furent telles que l'on consentit à la laisser retourner en +France, trop heureux de s'en débarrasser.</p> + +<p>Le fils de Cosme III, Ferdinand, habita presque exclusivement Poggio pour +vivre séparé de sa femme Violante de Bavière, dont il n'avait pu avoir +d'héritiers, et Poggio redevint alors ce qu'il avait été sous Laurent, un +lieu de plaisir et de fêtes continuelles. Après cette dernière splendeur, +l'histoire politique et scandaleuse de la villa fut terminée; elle resta, +toutefois, bien de la couronne et elle appartient encore, aujourd'hui, à +la maison royale d'Italie.</p> + +<p>La villa Poggio a Cajano est restée telle qu'elle était au temps des +Médicis, un édifice carré sans grand caractère, dont le rez-de-chaussée +est orné d'un portique et dont la façade présente une colonnade en style +classique. D'admirables jardins l'entourent, ceux où Laurent se livrait à +son goût pour l'agriculture et la zoologie.</p> + +<p><b>A l'intérieur</b>, la pièce où est morte Bianca Capello est située au +rez-de-chaussée; l'ornementation fort curieuse en est due à un escalier à +balustres et à une belle cheminée. Le milieu de ce demi-étage est occupé +par une petite salle de spectacle aménagée par Léon X.</p> + +<p>Au premier, de nombreuses pièces, décorées au commencement de ce siècle, +ont la banalité de toutes les résidences royales; elles possèdent de +nombreux portraits en pied, fort médiocres, des princes de la maison des +Médicis; ils garnissent un splendide salon où se retrouve intacte la +magnificence de la Renaissance parvenue à son apogée. Cette salle, +décorée par les soins de Léon X, est de la plus grande richesse; le +plafond fort élevé, voûté en berceau, porte peintes en relief et dans des +dimensions colossales les armes de Léon X surmontées de la tiare +pontificale.</p> + +<p>Les armoiries et les devises des Médicis, sur un fond d'or, forment en se +répétant toute la décoration. Les murs sont entièrement recouverts de +fresques; les quatre principales occupent les deux grands panneaux de la +pièce, de chaque côté des portes. La plus belle, par le charme de son +coloris et de sa composition, représente <i>César recevant en Égypte les +tributs des nations vaincues</i>, allusion aux présents faits à Laurent +par un Égyptien. Les enfants placés au premier plan qui tiennent des +animaux rares, sont une autre allusion relative au goût de Laurent pour +la zoologie.</p> + +<p>Une inscription indique que cette fresque, commencée en 1521 par ANDREA +DEL SARTO, fut achevée par ALESSANDRO ALLORI en 1580.</p> + +<p>De l'autre côté de la porte, une fresque d'ALLORI montre le <i>Consul +Flaminius détachant les Achéens de leur ligue avec Antiochus</i>, +allusion à la diète de Crémone où Laurent mit à néant les desseins des +Vénitiens.</p> + +<p>En face, FRANCIABIGIO a peint le <i>Triomphe de Cicéron au Capitole</i>. +Tableau médiocre, allusion au retour de Cosme l'Ancien à Florence en +1434, après son année d'exil à Padoue. Enfin, en dernier lieu, vient la +superbe fresque d'ANDREA DEL SARTO représentant un festin auquel prennent +part Scipion et Syphax, allusion au glorieux voyage de Laurent le +Magnifique à Naples et à la réception qui lui fut faite.</p> + +<p>La scène a lieu sous un portique au travers duquel on aperçoit la mer et +une ville échelonnée sur une montagne. Parmi les esclaves, celui de +gauche, le torse nu et portant deux plats, est tout à fait remarquable de +mouvement et de beauté plastique.</p> + +<p>D'autres fresques moins importantes décorent les extrémités de la salle +et les lunettes. D'admirables coffres de mariage du XVIe siècle, dits +Cassones, contribuent à l'ameublement de cette splendide salle.</p> + +<p>On rentre à Florence par la même route qui bifurque à peu de distance de +la ville sur les CASCINES, promenade à l'ouest, entre l'Arno et la +Mugnone, sur une longueur de quatre kilomètres. Le nom de cette promenade +favorite des Florentins est venu de la métairie Cascina dont elle +dépendait autrefois.</p> +<br><br><br> + + + +<h3>SUD ET SUD-EST</h3> + + + +<h3><b>PORTA ROMANA</b></h3> + +<p class="mid"><b>I. CHARTREUSE D'EMA. GALUZZO, POGGIO IMPERIALE</b>.</p> + +<p class="mid"><b>II. SAN GIOVANNI DELLA CALZA, VIA LE DEI COLLI, SAN SALVATORE AL<br> +MONTE, SAN MINIATO, PLACE MICHEL-ANGE</b>.</p> + +<p class="mid"><b>III. SAN FRANCESCO DI PAOLA, BELLO SGUARDO</b>.</p> + + + + +<h3>I</h3> + +<p class="mid">CHARTREUSE D'EMA, GALUZZO, POGGIO IMPERIALE.</p> + +<p class="mid">(<i>Environ trois heures de voiture</i>.)</p> + +<p>On sort de Florence par la vieille Porte Romaine construite par Orcagna +en 1328, et encore encadrée de murs crénelés. La route traverse des +collines et des mamelons plantés de vignes jusqu'à Galuzzo où elle passe +le torrent d'Ema pour atteindre bientôt la porte d'enceinte de <b>LA +CHARTREUSE D'EMA</b> que l'on aperçoit couronnant une colline dont les +flancs sont plantés de cyprès. La Chartreuse fut fondée en 1341 par le +Florentin Acciajuoli, fixé à Naples où il avait fait une rapide fortune, +et où il était devenu grand sénéchal, sans pour cela oublier sa patrie. +Les plans furent, dit-on, dressés par ANDREA ORCAGNA, mais la Chartreuse +ne fut toutefois achevée qu'au XIVe siècle.</p> + +<p>Après avoir longé un bâtiment du XIVe siècle à fenêtres cintrées, on +pénètre dans une petite cour où, par un double escalier intérieur et +extérieur, on monte au cloître entouré de portiques du XVIe siècle ou se +trouve la façade de <b>l'Église</b> dédiée à saint Laurent.</p> + +<p>D'après la règle des Chartreux auxquels fut donné le monastère, lors de +sa fondation, l'église est divisée en deux par une grille isolant les +religieux des fidèles. Le style pur de l'église a été défiguré par les +terribles ornementations du XVIème et du XVIIe siècles.</p> + +<p>Sur le bas-côté de droite on descend de la <b>chapelle Sainte-Marie</b>, +construite par ORCAGNA et ornée d'un beau vitrail du XIVe siècle, dans +la <b>chapelle sépulcrale</b> des Acciajuoli, sorte de crypte formée d'un +double bras contenant les tombes. En entrant à droite, <i>pierre tombale +de Nicolas Acciajuoli</i>, cardinal et petit-fils du fondateur, par +DONATELLO. Portant la mitre et la chape, il est représenté en bas-relief, +la tête appuyée sur un coussin, les mains croisées sur le bas du corps. +De chaque côté, SANGALLO a sculpté d'admirables guirlandes de fruits au +bas desquelles Donatello a placé les figures de la Foi et de la Justice, +tandis qu'au-dessus du défunt il sculptait les armoiries du cardinal. Le +bras de la chapelle, en face de l'entrée, possède de superbes tombeaux +placés devant l'autel.</p> + +<p>1° Appuyée au mur de gauche et placée sur quatre consoles réunies par des +arcs trilobés est la table de marbre, sur laquelle repose la belle figure +du <i>grand Sénéchal Acciajuoli</i> revêtu de son armure. ORCAGNA, auquel +on attribue cette œuvre magnifique, y a représenté en traits admirables +toute la poésie de la mort, tant il a su rendre la sérénité profonde, la +calme gravité et la paix éternelle du sépulcre. Il a abrité l'effigie +sous un baldaquin en forme de châsse, supporté par cinq colonnes torses +enluminées de rouge et de vert.</p> + +<p>2° Devant l'autel sont réunies, sous une même architecture, les +<i>pierres tombales</i> du père ainsi que du fils et de la fille +d'Acciajuoli. De ces trois superbes sculptures, celle de droite est la +plus remarquable: elle représente un jeune homme en riche armure du XIVe +siècle, couvert de son manteau. Ces dalles d'un haut intérêt, attribuées +à DONATELLO, paraissent plutôt dues à l'école d'Orcagna.</p> + +<p>Sur la gauche de l'église, s'ouvre le <b>Chiostrino</b>, petit cloître +carré dont le retour contre l'église est occupé par le <b>Colloquio</b>, +galerie destinée aux entretiens des frères. A peine longue de quelques +mètres, son principal ornement consiste en huit fenêtres garnies de +verrières couvertes de belles arabesques, qui se développent autour d'un +médaillon central consacré à un sujet de l'Histoire sainte; ce délicat +travail de JEAN D'UDINE, exécuté en 1360 dans le style raphaélesque, est +un des derniers ouvrages de l'art du verrier en Italie. Faites à l'instar +de la décoration des loges du Vatican, elles sont d'une élégante +composition, mais elles semblent plutôt des peintures sur verre que des +vitraux, car, dès la Renaissance, cet art est en pleine décadence et +finit par tomber en l'oubli. Les artistes négligent ou ignorent ces +précieux enchâssements de couleurs qui font du vitrail au moyen âge un +assemblage immense de gemmes; ils ne cherchent plus qu'à produire +l'illusion de la peinture, à l'aide d'une matière impropre à ce résultat +et où l'effet obtenu ainsi est le plus souvent malheureux.</p> + +<p>Sur le Chiostrino ouvre le <b>réfectoire</b>. Le tympan de sa porte est +orné d'un bas-relief de LUCA DELLA ROBBIA, <i>Saint Laurent entre deux +Anges</i>; à côté le lavabo en pierre grise (restauré) est de +BRUNELLESCHI. A gauche du Chiostrino se trouve le <b>Petit Cloître</b> +oblong, à deux portiques superposés, d'où un passage conduit au grand +cloître. A gauche, dans ce passage, une belle porte du XVIe siècle en +marqueterie donne accès à la <b>chapelle du Chapitre</b> où sont deux +importantes œuvres d'art.</p> + +<p>1° Effigie en marbre blanc de <i>Leonardo Buonafede</i> exécutée en 1550 +par FRANCESCO DA SANGALLO. L'évêque de Cortone, en soutane, en camail et +en mitre, est d'un naturalisme saisissant. Vivant d'énergie, son visage +ridé, un peu gras, est plein de bonhomie.</p> + +<p>2° Au-dessus de l'autel, l'ami et le compagnon de Fra Bartolommeo, +MARIOTTO ALBERTINELLI, a peint en 1505 une très belle fresque consacrée +au <i>Christ</i>, dont deux anges recueillent le sang dans des calices. +Ce bel ouvrage est placé dans un admirable cadre en pierre, de MINO DA +FIESOLE.</p> + +<p><b>Le Grand Cloître</b>, dont les plans furent, dit-on, donnés par +Orcagna, est supporté par des colonnes monolithes d'une grande beauté. +Toutes les cellules des chartreux y donnent, et sont uniformément +composées de deux pièces superposées, communiquant par un petit escalier +et ouvertes sur un jardinet d'égale largeur d'où la vue sur Florence, +Fiesole, la campagne et les Apennins est admirable. Enfin le dessin du +grand puits central du Cloître est attribué à MICHEL-ANGE.</p> + +<p>Après avoir quitté la Chartreuse d'Ema, on retourne à la grande place de +<b>GALUZZO</b>, l'une des principales communes des environs de Florence, +gouvernée par des podestats. Le MUNICIPIO, ancien palais Pretorio, a sa +façade chargée des innombrables écussons en pierre, en marbre, en bois ou +même en terre vernissée par les Della Robbia.</p> + +<p>Au milieu de villas entourées de vignes, on gagne bientôt <b>POGGIO +IMPERIALE</b>. La villa de Poggio Imperiale était un couvent que la femme +du grand-duc Cosme II, Madeleine d'Autriche, appropria en 1622 à son +usage.</p> + +<p>Une magnifique allée, composée de hauts cyprès, de chênes d'Italie et de +mélèzes, descend de la villa à la Porte Romaine et ramène rapidement à +Florence.</p> + + +<h3>II</h3> + +<p>SAN GIOVANNI DELLA CALZA, VIALE DEI COLLI, SAN SALVATORE AL MONTE, SAN +MINIATO, PLACE MICHEL-ANGE.</p> + +<p><b>ÉGLISE SAN GIOVANNI DELLA CALZA</b>. Derrière l'autel est un beau +tableau du PÉRUGIN, œuvre de jeunesse exécutée vers 1492, alors qu'il +était profondément influencé par le génie de Signorelli. Aussi cette +peinture est-elle remarquable par son naturalisme et sa sobriété sans +aucune trace de l'afféterie habituelle au Pérugin. Le sujet en est +l'<i>Apparition à saint Jérôme de Jésus sur la croix</i> dont la +Madeleine étreint les pieds avec amour, pendant qu'il la contemple avec +reconnaissance. De l'autre côté de la composition, une belle figure de +saint Jean montre avec compassion le Christ à deux religieuses +agenouillées.</p> + +<p>Par la <b>Porta Romana</b> on atteint bientôt le <b>Viale dei Colli</b>, +une des plus belles promenades de l'Italie, route établie sur les +collines sud de Florence et qui, par de multiples lacets, mène à la place +Michel-Ange et à la basilique de San Miniato al Monte. Avant d'atteindre +la place, on rencontre un chemin détaché sur la droite qui conduit à la +<b>Torre del Gallo</b>, dont le nom est dû à ses anciens possesseurs, la +famille des Galli. La légende affirme que c'est dans cette tour que +Galilée fit ses découvertes astronomiques.</p> + +<p>De la <b>place Michel-Ange</b>, l'œil embrasse un immense et admirable +panorama. La place s'étend en terrasse au-dessus de la porte +Saint-Niccolò, où l'on peut descendre directement; au milieu s'élève le +monument consacré à Michel-Ange sur lequel sont reproduits son David et +les allégories des tombeaux des Médicis.</p> + +<p>De la place on monte à San Miniato; à mi-chemin on rencontre au milieu de +cyprès l'<b>ÉGLISE SAN SALVATORE AL MONTE</b> construite par le CRONACA +en 1504 et que ses nobles proportions firent surnommer «la belle +Villanella», la belle villageoise. A droite, à l'<b>intérieur</b>, +monument funéraire en marbre blanc du XVe siècle, buste d'homme +paraissant à une fenêtre cintrée pratiquée dans le mur.</p> + +<p>A gauche de l'autel, beau groupe polychrome de JEAN DELLA ROBBIA. De +l'église San Salvatore on monte par un jardin à la porte des +<b>Fortifications de San Miniato construites</b>, en 1539, par +MICHEL-ANGE, sur la hauteur d'où il dirigea lui-même pendant onze mois la +défense de la ville contre le pape Clément VII et les Impériaux. On +pénètre par cette porte sur une esplanade où donnent l'église et le +cimetière qui occupe derrière elle tout le plateau de la colline.</p> + +<p>A droite de l'église s'élève une construction crénelée du XIVe siècle +ayant fait partie d'un système de défense plus ancien.</p> + +<p><b>LA BASILIQUE SAN MINIATO AL MONTE</b>, construite en 1154, remonte +intégralement à cette date.</p> + +<p>Quand le style de Nicolas Pisano fut importé à Florence, entre les mains +des Florentins la nouvelle architecture prit un splendide essor dont +l'apogée fut atteint par l'église San Miniato. Ils embellirent ce retour +au classicisme de l'antiquité par l'improvisation charmante des marbres +de diverses couleurs, par un goût plus fin, par des détails plastiques +plus cherchés, enfin par un soin délicat qui, deux siècles à l'avance, +donne déjà le pressentiment de la Renaissance.</p> + +<p>L'adorable <b>façade de San Miniato</b>, plaquée de marbres blanc et +vert, est une réminiscence antique d'une pureté absolue; la proportion +entre les étages est peut-être traitée pour la première fois avec une +harmonie complète de lignes, motivée par un sentiment de pur esthétisme.</p> + +<p>Le rez-de-chaussée, précédé de quelques marches, est formé de cinq hautes +arcatures séparées par des colonnes de marbre cipolin. Les portes +prennent trois de ces arcatures; des dispositions de marbre cipolin +remplissent les deux autres. Le premier ordre est séparé du deuxième par +un entablement délicatement sculpté. Il est plus étroit et repose de +chaque côté sur des contreforts à quadrillages de cipolin, une fenêtre +d'ordre antique en occupe la partie centrale.</p> + +<p>Enfin le troisième ordre, purement antique, est composé d'un fronton +angulaire surmonté d'une corniche à modillons délicats que domine l'aigle +guelfe en bronze.</p> + +<p><b>Le Campanile</b> élevé en arrière à gauche a été reconstruit en 1519 +par BACCIO D'AGNOLO.</p> + +<p><b>L'intérieur</b>, où domine également la marqueterie de marbre blanc et +vert, est à trois nefs et présente le type le plus parfait des basiliques +dont les travées sont coupées par des travées transversales. Les colonnes +en marbre blanc portent ou des chapiteaux très simples de l'époque, ou +des chapiteaux antiques. Le toit est en charpente apparente; le pavé de +1207 consiste en nielles de marbre de différents dessins qui forment, +dans leur merveilleux état de conservation, le plus beau tapis d'Orient +qu'il soit possible de rencontrer.</p> + +<p>A la hauteur de la cinquième travée se dresse le mur réglementaire de +l'architecture des basiliques, où accèdent quatre escaliers, ceux du +milieu descendant à la crypte et ceux des côtés montant au chœur ou à son +parvis dont l'accès était interdit aux fidèles.</p> + +<p>En avant de la crypte s'élève l'<b>autel</b> réservé au peuple; il fut +reconstruit au XVe siècle par MICHELOZZO sur l'ordre de Pierre de +Médicis. Inspiré par le caractère antique du monument, Michelozzo éleva +un autel très simple, abrité par un sacellum que LUCA DELLA ROBBIA décora +intérieurement de compartiments à rosaces blanches en relief, sur fond +bleu.</p> + +<p><b>La crypte</b> s'ouvre sur l'église par cinq baies; elle est soutenue +par quatre grosses colonnes qui, la traversant, sont également les +colonnes du chœur, et par de nombreuses colonnettes sur lesquelles +retombent les voussures, et se termine par une absidiole fermée d'une +grille.</p> + +<p>On accède <b>au chœur</b> surélevé par deux escaliers placés de chaque +côté. Le mur qui le sépare de la nef est richement décoré par des +sculptures en marbre d'un puissant relief, et surmonté d'un délicat +entablement inspiré de l'antique.</p> + +<p>Une seconde clôture peu élevée forme encore en avant du chœur une sorte +de couloir étroit sur lequel porte l'ambon carré dont l'avancée sur le +mur de séparation a pour supports deux courtes colonnes de marbre. Le +pupitre de l'ambon est soutenu par les symboles des Évangélistes +curieusement superposés l'un sur l'autre. Ce monument admirablement +conservé est un des seuls et précieux spécimens de ce genre de +construction.</p> + +<p>De la tribune on pénètre dans le chœur terminé en abside; une colossale +<i>mosaïque</i>, restaurée en 1297, occupe le tympan. Au-dessus de +l'autel un beau <i>Christ</i> vernissé est un ouvrage tardif de LUCA +DELLA ROBBIA. Enfin les stalles du chœur ont été exécutées en 1466 par +DOMINICO GAJUOLE et FRANCESCO MANCIATTO; elles sont très simples, dans un +sentiment franchement gothique.</p> + +<p>Sur le bas-côté gauche de la nef la <b>Chapelle San Giacomo</b> fut +construite en 1459 par ROSSELLINO et décorée par ANTONIO POLLAJUOLO et +les DELLA ROBBIA.</p> + +<p>La voûte est formée par cinq médaillons de LUCA DELLA ROBBIA, les quatre +vertus cardinales à mi-corps entourent le médaillon central du +Saint-Esprit; toutes ces figures sont en émail blanc sur fond bleu.</p> + +<p>Sur le mur de droite est le tombeau du cardinal Jacques de Portugal, +1459.</p> + +<p>En face, fresque de BALDOVINETTI, <i>l'Annonciation</i>.</p> + +<p>A droite, en entrant dans l'église, on rencontre une <i>Vierge</i> +entourée de saints, ouvrage unique du peintre PAOLO DI STEFANO, exécuté +en 1426 sous la double influence de Masaccio et de Donatello.</p> + +<p><b>La Sacristie</b>, dont l'entrée est à droite du chœur, est une belle +salle carrée surmontée d'un dôme. Elle a conservé intégralement sa +décoration de fresques exécutées en 1385 par SPINELLO ARETINO et +consacrées à l'<i>histoire de saint Benoît</i>.</p> + +<p>Spinello est principalement un peintre militaire et nul n'égale sa fougue +et son emportement quand il s'agit de rendre les campagnes de Frédéric +Barberousse ou quelque autre sujet du même genre. Aussi, quand il doit, +comme à la sacristie de San Miniato, développer de longs épisodes +religieux, son style se prête moins à ce travail et tourne souvent à +l'inégal et au heurté. Néanmoins, ces fresques peuvent compter parmi les +plus intéressantes que nous ait laissées le XIVe siècle, tant par la +puissance et l'autorité avec lesquelles elles s'imposent que par la +composition étonnante pour l'époque.</p> + +<p><b>Mur du Sud</b>.—Saint Benoît quitte la maison paternelle.</p> + +<p>Saint Benoît répare à l'aide de sa bénédiction un verre brisé par sa +nourrice.</p> + +<p>Entretien de saint Benoît et de Totila, sa mort et la vision de saint +Maur.</p> + +<p><b>Mur de l'Ouest</b>.—Saint Benoît prend l'habit.</p> + +<p>Saint Benoît résiste à Satan dans une caverne. Il ressuscite un moine +enseveli sous une tour. Il est tenté par le démon sous la forme d'une +chauve-souris.</p> + +<p><b>Mur du Nord</b>.—Saint Benoît résiste à Satan en se roulant sur des +épines.</p> + +<p>Il est proclamé supérieur du couvent du mont Cassin.</p> + +<p>Il sauve Placidius qui se noie.</p> + +<p><b>Mur de l'Est</b>.—Saint Benoît quitte son couvent.</p> + +<p>Il reçoit dans l'ordre Maure et Placide.</p> + +<p>Il bénit une pierre sur laquelle était assis Satan et qu'on ne pouvait +soulever.</p> + +<p>Il découvre l'empoisonnement préparé contre lui à cause de l'austérité de +sa règle.</p> + +<p>Sur deux côtés de la sacristie règne un <i>buffet gothique</i> surmonté +d'une <i>boiserie</i>, ouvrages de FRANCESCO NONCIATO.</p> + + +<h3>III</h3> + +<p class="mid">ÉGLISE SAINT-FRANÇOIS DE PAULE ET BELLO SGUARDO.</p> + +<p class="mid">(<i>Environ deux heures de voiture</i>.)</p> + +<p>Après être sorti de Florence par la Porta Romana, on longe une partie des +anciens murs pour atteindre l'église San Francesco di Paola située au +pied de la colline de Belle Sguardo.</p> + +<p><b>L'ÉGLISE SAN FRANCESCO DI PAOLA</b> possède l'admirable ouvrage de +LUCA DELLA ROBBIA, le tombeau de l'évêque de Fiesole, <i>Benozzo +Federighi</i>, mort en 1450, et qu'il exécuta en 1455. Ce tombeau, adossé +au mur, est placé sous une niche carrée; c'est un sarcophage de forme +antique, très sobre d'ornementation, sur le devant duquel deux anges en +haut relief soutiennent l'inscription commémorative. Sur le sarcophage +repose l'évêque en vêtements épiscopaux très simples, le visage émacié, +d'une tranquillité imposante. Au-dessus de cette très belle statue, le +fond du mur est occupé par trois bas-reliefs: le Christ mort, debout dans +son tombeau, entre la Vierge et saint Jean.</p> + +<p>L'encadrement du tombeau est formé de plaques de faïence vitrifiée, +uniques dans leur genre, dont le dessin consiste en une guirlande de +fleurs coupée par des nœuds de ruban.</p> + +<p>La route monte rapidement à <b>Bello Sguardo</b> d'où la vue sur Florence +est magnifique.</p> + +<p class="mid"><img alt="" src="images/map-small.png"></p> +<p class="mid"><a href="images/map-large.png">Agrandissement.</a></p> + + + +<br><br><br> + +<h1>FAMILLES ET PERSONNAGES</h1> + +<h2>FLORENTINS</h2> + +<hr class="short"> + +<h3><b>GRANDES FAMILLES</b></h3> + + +<p><b>Acciajuoli</b> (<i>acciaio</i> = acier).—Célèbre et riche famille, +devenue, dès 1310, puissante par Nicolas Acciajuoli, nommé à Naples grand +sénéchal de Jeanne Ière. Son neveu Nicolas Acciajuoli s'empara de la +Grèce en 1364 et en fut nommé suzerain par l'impératrice de +Constantinople. La principauté des Acciajuoli détruite en 1456 par +Mahomet II qui fit tomber la Grèce sous le joug turc, les Acciajuoli +rentraient à Florence et prenaient une part active aux affaires +publiques; en 1510, Robert Acciajuoli était ambassadeur des Médicis +auprès de François Ier.</p> + +<p>Florence, tombeaux à la chartreuse d'Ema, nom donné à une rue principale +de la ville.</p> + +<p><b>Albizzi</b>.—Noble famille gibeline qui dirigeait le parti +aristocratique dans la seconde moitié du XIVe siècle et dans la première +du XVème. Privée de toute influence et exilée par la révolution de 1378, +elle reprit le pouvoir en 1381 et gouverna avec despotisme et tyrannie, +jusqu'au rappel des Médicis (1434), qui l'exila de Florence.</p> + +<p><b>Alberti</b>.—Famille sortie, comme les Médicis, du gros négoce, +<i>arts majeurs</i>, se mit avec eux à la tête des <i>arts mineurs, +popolo minuto</i>, contre le parti aristocratique mené par les Albizzi +dès le XIVe siècle; les Alberti furent exilés par les Albizzi au +pouvoir; mais ils rentrèrent avec les Médicis et restèrent fidèlement +leurs alliés (1434).</p> + +<p><b>Aldobrandini</b>.—Noble famille guelfe dont les principaux membres +furent: Silvestre Aldobrandini, célèbre jurisconsulte (1449-1558), mort +en exil par suite de son opposition aux Médicis. La famille, dès lors +exilée de Florence à Rome, donna à l'Église le pape Clément VIII.</p> + +<p>Jean Aldobrandini, au XVIIe siècle, fut l'acquéreur de la fameuse +fresque dite <i>Noces Aldobrandines</i>, actuellement à la bibliothèque +du Vatican.</p> + +<p><b>Abati</b>.—Famille gibeline de l'<i>Arte Calimara</i> qui, dès 1216, +s'éleva aux honneurs.</p> + +<p>Neri de Abati, prieur vers 1250, fut d'une telle férocité qu'il mit le +feu à une partie de Florence pour satisfaire ses haines. En 1260, Bocca +de Abati trahit Florence en faveur de Sienne à la bataille de Montaperto, +épisode stigmatisé par le Dante (<i>Enfer</i>, XXXII, 77-108).</p> + +<p><b>Bardi</b>.—La banque fut la source de la richesse de cette famille +alliée aux Médicis. Cosme l'Ancien avait épousé une Bardi et les Médicis, +poussés et soutenus par les Bardi, trouvèrent toujours en eux les plus +fidèles et les plus utiles alliés.</p> + +<p><b>Buondelmonti</b>.—Fameuse famille à laquelle est due la première +scission de l'aristocratie en Guelfes et Gibelins par suite de +l'assassinat, en 1215, de Buondelmonte des Buondelmonti par les Uberti à +l'occasion de son refus d'épouser une de leurs parentes à laquelle il +était fiancé.</p> + +<p><b>Capponi</b>.—Famille gibeline alliée et inféodée aux Albizzi et qui, +dès 1347, partagea avec eux le pouvoir et l'exil.</p> + +<p><b>Cavalcanti</b>.—Très noble et très ancienne famille gibeline ayant +toujours pris une part active dans les affaires publiques. Guide +Cavalcanti († 1301) fut un poète remarquable. Il épousa la fille de +Farinata degli Uberti et fut l'ardent ami du Dante.</p> + +<p><b>Donati</b>.—Une des plus anciennes familles gibelines. En 1300, Corso +Donati, chef du parti des Noirs, fut expulsé de Florence. Rentré avec les +Gibelins triomphants après Mortaperto, son despotisme devint tel que son +parti l'abandonna et qu'il dut prendre la fuite. Condamné par contumace, +il se tua au moment où on l'arrêtait (1308).</p> + +<p><b>Pazzi</b>.—Famille de banquiers gibelins, célèbre, dès 1277, par sa +haine des Médicis et l'opposition qu'elle leur fit toujours, les +considérant comme des parvenus.</p> + +<p>En 1478, les Pazzi tramèrent contre Julien et Laurent de Médicis le +fameux complot qui garda leur nom et où fut assassiné Julien.</p> + +<p>L'histoire de cette conspiration a été écrite par Ange Politien.</p> + +<p>La chapelle funèbre des Pazzi dans le cloître de Santa Croce est d'une +beauté accomplie. Dante a placé un des Pazzi dans le XXXIIème chant de +l'<i>Enfer</i>.</p> + +<p><b>Pulci</b>.—Noble famille guelfe dont il est déjà fait mention parmi +celles que les Gibelins triomphants expulsèrent en 1248.</p> + +<p><b>Pucci</b>.—Ils faisaient partie des <i>arts mineurs</i>, furent +anoblis par les Médicis auxquels ils s'étaient inféodés.</p> + +<p><b>Pitti</b>.—La famille des Pitti, après avoir appartenu à la +corporation des marchands, devint, dès 1300, célèbre dans la banque. +Égaux aux Médicis, les Pitti furent leurs plus zélés partisans. En 1374, +Buonaccorso Pitti, en se déclarant pour eux, entraîna une grande partie +de la seigneurie en leur faveur. Luca Pitti, fils du précédent, fut +célèbre par la construction du fameux palais qui porte son nom.</p> + +<p><b>Portinari</b>.—Ancienne famille marchande anoblie, célèbre par la +passion du Dante pour Béatrice Portinari. Folco Portinari, le père de +Béatrice, est le fondateur de l'hôpital Santa Maria Nuova. En 1400, +François Portinari, agent des Médicis à Bruges, faisait exécuter par Hugo +van der Goes le tableau de l'<i>Adoration</i> où il est représenté avec +sa famille.</p> + +<p><b>Soderini</b>.—Une des plus vieilles et des plus intègres familles +guelfes de Florence, s'étant toujours signalée par son opposition aux +empiétements des Médicis. Son membre le plus distingué fut Nicolas +Soderini, le remarquable et zélé patriote qui, après la mort de +Savonarole, fut nommé gonfalonier à vie. La réaction médicéenne le força +à s'exiler à Venise où il fut assassiné par ordre de Cosme Ier.</p> + +<p><b>Strozzi</b>.—Une des plus anciennes familles et un des plus glorieux +noms des annales florentines. Souvent à la tête des affaires publiques, +les Strozzi furent aussi distingués dans la politique que dans la science +et dans les armes.</p> + +<p>Pallas Strozzi, né en 1372, possesseur d'une immense fortune, la consacra +à la formation de la bibliothèque célèbre sous son nom. Hostile aux +Médicis, il mourut à Padoue où Cosme l'avait exilé. Philippe Strozzi, +petit-fils du précédent (1488-1538), dédaigneux des traditions de sa +race, épousa une Médicis; mais, après avoir aidé puissamment à leur +restauration, révolté de leurs excès, il conspira contre eux. Mis à la +torture, ne voulant pas subir une seconde fois ce supplice, il se suicida +dans la citadelle de Pistoie où il était détenu. Pierre Strozzi, fils du +précédent, brûlant de venger son père, entra au service de la France où +il fut nommé maréchal. Il conduisit glorieusement une campagne pour +délivrer Sienne du joug de Cosme Ier.</p> + +<p>Le palais Strozzi, via Tornabuoni, est le plus beau des palais +florentins. A l'église Sainte-Marie Nouvelle la chapelle Strozzi, fondée +par la famille, fut décorée en 1350 par les Orcagna. A droite du chœur, +la chapelle Philippe Strozzi, décorée des fresques de Filippino Lippi +(1486), contient son tombeau.</p> + +<p><b>Valori</b>.—Très ancienne famille guelfe ayant, dès 1277, joué un +rôle actif dans la direction des affaires de la République: enrichis par +la banque, ils furent d'ardents ennemis des Médicis.</p> + +<p>François Valori fut un des plus zélés partisans de Savonarole auquel il +apporta l'appui de son autorité et de l'estime universelle dont il +jouissait.</p> + +<p><b>Tornabuoni</b>.—Famille guelfe déjà célèbre dès 1200, fit partie, en +1283, des familles exilées par les Gibelins triomphants rentrés après la +défaite de Montaperto. Jean Tornabuoni fit à l'église Sainte-Marie +Nouvelle le don des fameuses fresques de Ghirlandajo (1490). Le palais +Tornabuoni (n° 20, via Tornabuoni) est actuellement le palais Corsini.</p> + +<p><b>Uberti</b>.—Noble et ancienne famille gibeline. Proscrite par les +Guelfes, elle doit sa célébrité à Farinata des Uberti qui, réfugié à +Sienne, combattit les Florentins dans les rangs siennois. Rentré à +Florence avec les Gibelins triomphants, ce fut grâce à son intervention +que la ville échappa à la destruction totale. Dante a placé cet épisode +au chant X de son <i>Enfer</i>.</p> + + +<h3>HISTORIENS, POÈTES, LITTÉRATEURS</h3> + +<p><b>Dante Alighieri</b> (1265-1321).—Célèbre poète italien de la noble +famille des Alighieri jetée dans l'exil par le triomphe des Gibelins +après Montaperto. Né en 1265, il cultiva toutes les sciences connues de +son temps. Il prit une part active aux affaires publiques, mais le +triomphe des Noirs l'exila définitivement de Florence en 1302. Et, après +avoir erré dix-neuf ans loin de sa patrie, il mourut à Ravenne en 1321.</p> + +<p>Sa vie a été écrite par Philippe Villani, Boccace et l'Arétin. Il composa +à vingt-six ans son premier ouvrage, <i>la Vita Nuova</i>, suivi de près +par <i>le Banquet</i>, œuvre écrite pour préconiser l'emploi de la langue +vulgaire par les prosateurs et les poètes. Le chef-d'œuvre du Dante et de +la langue italienne est la <i>Divine Comédie</i>, divisée en trois +parties: l'Enfer, le Purgatoire, le Paradis. Il mit vingt-huit ans à +écrire son poème, commencé en 1292, pendant lesquels il publia deux +ouvrages en langue latine appelés: 1° <i>De vulgari eloquio</i> où il +traite encore de l'emploi et du génie de la langue italienne; 2° <i>De +Monarchia</i>, traité de politique en trois livres qui, sous une forme +scolastique, renferme les théories les plus hardies.</p> + +<p><b>François Guicciardini</b> (1482-1540).—Historien célèbre né à +Florence en 1482, mort en 1540, sortait d'une famille qui avait occupé +les plus grandes charges de la République florentine. Né à une époque où +le gouvernement des Médicis était établi, il leur consacra ses services +et son talent et les représenta souvent avec éclat comme ambassadeur. +Après l'assassinat du grand-duc Alexandre, en 1537, ce fut grâce à son +influence et à son éloquence que ne fut pas proclamée la République et +que Cosme Ier fut élu grand-duc. Il entreprit alors l'<i>Histoire de +l'Italie</i> à laquelle il travailla vingt-sept ans et qui est son +principal titre de gloire. Elle forme vingt livres embrassant de 1494 à +1532; c'est l'histoire des guerres d'Italie pendant cette période, qu'il +a traitée en penseur et en écrivain supérieur.</p> + +<p>Guicciardini écrivit encore <i>Avis et Conseils en matière d'État</i>, +<i>Maximes</i> et <i>Discours politiques</i> et enfin un <i>Dialogue sur +le gouvernement de Florence</i>.</p> + +<p><b>Louis Guicciardini</b> (1523-1589).—Neveu de François, né en 1523, +mort on 1589, remplit diverses fonctions administratives sous Alexandre +et Cosme Ier. Il a laissé des <i>Mémoires sur la Savoie</i> et une +<i>Description des Pays-Bas</i> faite en 1567.</p> + +<p><b>Nicolas Machiavel</b> (1469-1530).—Né en 1469, mort en 1530, est une +des plus célèbres figures de son temps.—Secrétaire de la <i>République +Florentine</i> de 1497 à 1512, il fut chargé de vingt-cinq ambassades et +de plusieurs missions intérieures. Au retour des Médicis, en 1512, il fut +emprisonné et torturé par suite d'une accusation de complot. Sorti de +prison, il vécut dans l'indigence et la retraite et consacra ses loisirs +forcés à la composition de son fameux traité qu'il intitula <i>le +Prince</i>; on regarde ce livre de peu d'étendue comme le code de la +tyrannie. Deux ans après, en 1516, Machiavel écrivit des <i>Discours sur +la première décade Tite-Live</i>, étude d'histoire romaine pleine de +sagacité et de profondeur; mais où sont reproduites les mêmes théories +que dans le traité du <i>Prince</i>, c'est-à-dire cette immoralité vraie +ou feinte appliquée à la science politique qui a conservé l'appellation +de Machiavélisme. Lorsque Machiavel eut écrit <i>le Prince</i>, Laurent +le Magnifique le rappela auprès de lui et le nomma historiographe de +Florence. Cette place fut pour lui l'occasion de produire son +chef-d'œuvre, l'<i>Histoire de Florence</i>, écrite de 1205 à 1424, +ouvrage imposant, clair, élégant, plein de profondeur et de couleur +locale, monument de la langue italienne. Les autres œuvres de Machiavel +sont: une comédie fort licencieuse, <i>la Mandragore</i>, et une nouvelle +appelée <i>Belphégor</i>.</p> + +<p><b>Saint Philippe Neri</b> (1515-1595).—Fondateur de la Congrégation de +l'Oratoire, des Trinitaires et des Maisons hospitalières pour recevoir +les pèlerins.</p> + +<p><b>Antoine Neri</b> (1520-1600).—Prêtre florentin du XVIe siècle, se +livra aux sciences et plus particulièrement à la chimie où il fit des +découvertes considérables. Ses recherches l'amenèrent à s'occuper plus +particulièrement de la vitrification sur laquelle il publia un volume +appelé <i>Arte Vetraria</i> (l'Art du Verrier).</p> + +<p><b>Philippe des Nerli</b>.—De la fameuse famille des Nerli. Inféodé aux +Médicis, il écrivit ses <i>Commentaires</i> en 1550. Ils vont de 1215 à +1257 et sont de précieux documents jusqu'à ce que l'avènement des Médicis +les fassent tourner à une ridicule apothéose des maîtres qu'il sert.</p> + +<p><b>Jacopo Nardi</b> (1496-1556).—Fameux historien, né en 1496, +contemporain des précédents, il semble d'une génération antérieure par +son républicanisme enthousiaste, son austérité chagrine et sa roideur +d'esprit. Dans l'exil auquel il se condamna à la suite de l'avènement de +Cosme Ier, il écrivit son <i>Histoire de la Ville de Florence</i>. Cette +œuvre de son extrême vieillesse (1550) n'est pas suffisamment originale, +puisqu'elle reproduit en partie le <i>Diario</i> de Buonaccorsi.</p> + +<p><b>Bernard Segni</b> (1499-1559).—Quoique Segni ait été client des +Médicis et employé à diverses missions par Cosme, il y a un effort réel +vers l'impartialité dans les deux volumes de son <i>Histoire florentine +des années 1527 à 1555</i>. Outre des traductions de plusieurs ouvrages +d'Aristote, il a laissé un <i>Traité pour gouverner</i>, écrit en 1549.</p> + +<p><b>Jacopo Pitti</b> (1519-1589).—Ce patricien, descendant de l'illustre +famille des Pitti, aime le peuple et s'indigne jusqu'à l'exagération de +l'abus des privilèges. Sa franchise et son indépendance paraissent +vraiment admirables, quand on pense qu'il écrivait sous les ducs Cosme et +François. On lui doit l'<i>Archivo Storico italiano</i>, précieux récit +de la période si agitée qui s'écoule entre les années 1494 et 1529; mais +l'œuvre qui fait le plus honneur à son talent, c'est son <i>Apologie de +Cappucini</i>, c'est-à-dire apologie des vieilles modes et du vieux +temps.</p> + +<p><b>Marsile Ficin</b> (1433-1499).—Ce célèbre platonicien était chanoine +de la cathédrale de Florence. Dès l'âge de vingt-trois ans, il commença à +écrire sur la philosophie platonicienne. On lui doit une traduction de +Platon à la fois littéraire, claire et en bon latin, ainsi que des +traductions de Plotin, de Denys l'Aréopagite et des traités de Jamblique +et de Porphyre.</p> + +<p><b>Brunetto Latini</b> (1220-1294).—Écrivain célèbre appartenant à une +noble famille guelfe. Chassé par les Gibelins après la défaite des +Guelfes à Montaperto, il se réfugia à Paris où il passa vingt-quatre ans. +Il y composa en français son <i>Trésor de toutes choses</i>, encyclopédie +qui embrasse tout le cycle des connaissances du XIIIe siècle. De retour +à Florence en 1284, il publia en italien son <i>Tesoretto</i>, recueil en +vers de préceptes moraux, et le <i>Pataffio</i>, collection de proverbes +et de jeux de mots florentins. Brunetto fut le maître de Dante qui l'a +placé dans le quinzième chant de l'Enfer.</p> + +<p><b>Benoît Varchi</b> (1502-1565).—Célèbre historien qui prit en 1527 une +part active à l'expulsion des Médicis et dut s'expatrier quand ils +revinrent. Cosme Ier le rappela à la suite de l'admiration suscitée par +son <i>Histoire de Florence</i> en quinze volumes écrite de 1527 à 1538. +On a de Varchi, en outre, des traductions italiennes <i>De la +Consolation</i> de Boëce, et du <i>Traité des Bienfaits</i>, de Sénèque.</p> + +<p><b>Jean Villani</b> (1275-1348).—Célèbre historien mort de la peste en +1348, fit partie des prieurs de 1316 à 1321 et fut ensuite nommé +directeur des monnaies et surveillant général des fortifications. On a de +lui l'<i>Histoire florentine</i>, première partie d'une histoire +universelle allant jusqu'en 1338 où il rapporte tous les événements et +toutes les annales du monde à Florence, sa patrie.</p> + +<p><b>Mathieu Villani</b>.—Frère de Jean et continuateur de son <i>Histoire +de Florence jusqu'à l'année 1363</i>.</p> + +<p><b>Philippe Villani</b>.—A ajouté les événements de 1363 et de 1364. En +outre, il composa des <i>Vies des Hommes illustres de Florence</i>, +ouvrage anecdotique fait à l'instar de Plutarque.</p> + +<p><b>Antoine de Ser Niccolò Pierozzi (saint Antonin)</b>.—Archevêque de +Florence dès 1446, homme de grande renommée, le pape Pie II avait dû lui +faire violence pour le tirer de son couvent de Fiesole et de la plus +stricte observance dominicaine. Il eut la rare chance d'être prophète en +son pays et sa mort fut une apothéose, si bien que sa canonisation la +suivit presque aussitôt.</p> + + +<h3>ARCHITECTES, SCULPTEURS, PEINTRES</h3> + +<p><b>Alberti</b> (Leone-Battista) (1405-1472).—Théologien, littérateur, +architecte, sculpteur et mathématicien, fut surnommé le Vitruve moderne. +Sa passion pour les arts lui fit négliger ses fonctions sacerdotales. Il +réforma toute l'architecture autant par les édifices qu'il construisit +que par ses écrits qui firent loi en architecture, en sculpture et +peinture. Ses principaux ouvrages sont <i>De Re ædificatoria</i>, +<i>Momus</i> ou <i>De Principe</i>, enfin <i>Opera ethica</i>. Sa vie a +été écrite par Pozzelli en 1739.</p> + +<p><b>Albertinelli</b> (Mariotto) (1474-1515).—Peintre et condisciple de +Fra Bartolommeo chez Cosimo Rosselli. Florence possède peu d'œuvres de ce +maître, une <i>Visitation</i> au Musée des Offices et une <i>Vierge +adorant l'Enfant</i> au Musée Pitti.</p> + +<p><b>Allori</b>, dit <i>le Bronzino</i> (1502-1572).—Peintre de portraits +surtout.</p> + +<p><b>Allori</b> (Alexandre) (1535-1607).—Reçut les premières leçons de son +oncle le Bronzino. Il fournit les cartons des tapisseries exécutées sous +le grand-duc François. Ses chefs-d'œuvre sont <i>le Sacrifice +d'Abraham</i> aux Offices, et <i>la Femme adultère</i>, dans l'église San +Spirito.</p> + +<p><b>Allori</b> (Christophe) (1577-1619).—Élève de Cigoli et l'un des +meilleurs coloristes de l'école de la décadence, sa <i>Judith</i> des +Offices passe pour sa meilleure œuvre.</p> + +<p><b>Ammanati</b> (Bart) (1511-1592).—Architecte, élève de Sansovino. Son +talent, exagération de celui de Michel-Ange, le porte à une débauche de +sculpture. On lui doit la <i>Fontaine</i> de la place du Grand-Duc.</p> + +<p><b>Angelico</b> (Fra Giovanni da Fiesole) (1387-1455).—Jeune, riche, +doué de talents extraordinaires, il aurait pu mener dans le monde une +brillante existence: il aima mieux chercher le recueillement et le +silence parmi les moines dominicains. Ses ouvrages sont pleins d'un +charme inexprimable et un artiste ne rendit jamais par la peinture +d'aussi profondes émotions. Il ne peignait et ne consentait à peindre que +des sujets religieux et il refusa toujours les honneurs sacerdotaux et +l'archevêché de Florence qu'on voulait lui imposer.</p> + +<p>Le Musée des Offices, l'Académie et surtout le Couvent de Saint-Marc +qu'il décora entièrement, possèdent des œuvres de premier ordre dues à ce +peintre exquis par excellence.</p> + +<p><b>Aretino</b> (Spinello) (1318-1410).—Élève de Giotto, et +principalement peintre militaire; il montre la fougue la plus impétueuse +dans ses interprétations religieuses elles-mêmes. Ses tableaux du Musée +des Offices et les fresques de l'<i>Église San Miniato</i> donnent un des +meilleurs exemples du talent de Spinello.</p> + +<p><b>Banco</b> (Nanni di) (1400-1421), qu'on présume élève de Donatello, +mais qui semble bien plutôt lui avoir servi de maître. Ses statues d'Or +San Michele, celle de <i>Saint Luc</i> au Dôme sont d'excellents +ouvrages, autant comme composition que comme exécution.</p> + +<p><b>Baldovinetti</b> (Alesso) (1427-1499).—Élève d'Uccello et de +Castagno, fut chargé d'une des fresques de la cour de l'église Santa +Annunziata et d'une partie de la décoration de la chapelle du cardinal de +Portugal à San Miniato. L'Académie contient en outre plusieurs œuvres de +Baldovinetti.</p> + +<p><b>Bandinelli</b> (Bartolommeo) (1487-1559).—Sculpteur, fut placé dans +l'école de Rustici où il connut Léonard de Vinci. Ayant échoué dans la +peinture, il étudia les ouvrages de Donatello et de Verrocchio. Il se +crut l'égal de Michel-Ange et lui voua une haine éternelle, aussi les +disciples du maître ont-ils cherché à rabaisser son adversaire, en qui +ils ne voient que fausse grandeur, exagération de style, enflure de +mauvais goût. On peut juger du bien ou mal fondé de ces critiques dans +les diverses œuvres de Bandinelli: le <i>Saint Pierre</i> de la +cathédrale, l'<i>Orphée</i> du palais Pitti et surtout le groupe +d'Hercule et Cacus, érigé sur la place du Palais-Vieux.</p> + +<p><b>Botticelli</b> (Sandro) (1446-1510).—Élève de Lippi, d'Andrea +Castagno et de Pollajuolo, un des plus grands génies de son temps. +Peintre et graveur, ses tableaux, où un caractère passionné se joint à +des conceptions fantastiques, ont une profonde originalité; l'un des +premiers, il introduisit dans l'art moderne l'allégorie et les mythes +antiques. Ses œuvres à Florence sont de premier ordre et multiples, tant +aux Offices qu'à l'Académie et à Pitti.</p> + +<p><b>Brunelleschi</b> (1379-1446).—Architecte célèbre. Fils d'un notaire, +le goût des lettres et surtout du dessin lui révéla sa vocation. Il se +signala comme sculpteur; mais bientôt il se tourna vers la géométrie et +devint un des plus grands architectes de son siècle. On lui doit la +coupole de Sainte-Marie des Fleurs, tour de force pour cette époque, +l'église Saint-Laurent, l'église de San Spirito et encore l'immense +palais Pitti.</p> + +<p><b>Buontalenti</b> (Bernardo) (1536-1608).—Peintre, sculpteur et +architecte, étudia dans les ateliers de Bronzino et de Vasari. On lui +doit la construction d'une partie de la galerie des Offices et le plan +des fortifications de Livourne et de Pistoie. Habile à appliquer la +mécanique aux arts, il dirigea les représentations théâtrales, +introduisit les décors mobiles et les machines pour les changements à +vue.</p> + +<p><b>Castagno</b> (Andrea) (1390-1457).—Assassina le Vénitien Dominique +pour rester en possession de ses procédés secrets pour la peinture à +l'huile. Ses fresques et ses autres tableaux sont à la Cathédrale, à +Santa Apollonia, à l'Académie et aux Offices.</p> + +<p><b>Cellini</b> (Benvenuto) (1500-1572).—Sculpteur, graveur, orfèvre, +littérateur même, il eut un caractère bizarre, querelleur et fantasque. +En 1527, au siège de Rome, il tua, dit-il, le connétable de Bourbon et +pointa aussi la pièce qui frappa le prince d'Orange. Jeté en prison à +Rome au château Saint-Ange, sur le soupçon d'avoir volé les joyaux de la +tiare pontificale, son évasion le rendit peut-être plus célèbre que son +talent. Sculpteur assez médiocre, son <i>Persée</i>, placé sous la loggia +dei Lanzi, peut être considéré comme son chef-d'œuvre. Comme orfèvre, +Cellini est incomparable et l'on peut dire qu'il a le génie de cette +matière; tant au Musée du Bargello qu'au Musée des Offices se trouvent +des merveilles qui lui sont dues.</p> + +<p><b>Cimabue</b> (Jean-Gualtieri) (1240-1311).—D'une noble famille guelfe. +Au lieu de suivre la carrière des armes, il s'adonna aux arts avec +passion. Il améliora l'ancien style, donna de l'expression aux figures, +assouplit les lignes et fondit plus harmonieusement les couleurs. Son +chef-d'œuvre, <i>la Vierge et Jésus</i> de Sainte-Marie Nouvelle, y fut +porté en triomphe et processionnellement, tant les contemporains +estimaient l'œuvre et le caractère de l'homme. L'âme de Cimabue était si +élevée qu'ayant pressenti le génie de Giotto, il se consacra uniquement à +cet élève destiné à le surpasser si rapidement.</p> + +<p><b>Credi</b> (Lorenzo di) (1459-1537).—II fut d'abord orfèvre, puis +étudia la peinture à l'école de Verrocchio où il eut pour condisciple +Léonard de Vinci. Il excella à peindre les madones, les vierges, et ses +figures d'ange sont délicieuses de charme.</p> + +<p><b>Dolci</b> (Carlo) (1616-1686).—Les sujets de Carlo Dolci sont tirés +presque tous de l'Histoire sainte. Il a des qualités de sincérité, de +douceur et de coloris très réelles; il ne tombe que trop souvent dans le +maniérisme et le faux sentimentalisme; pourtant ses portraits sont +souvent de premier ordre.</p> + +<p><b>Donatello</b> (1386-1446).—Peut revendiquer l'honneur d'avoir créé la +sculpture moderne. Il eut pour qualités la parfaite ordonnance, la +correction de la forme, la justesse de l'attitude et du mouvement, la +force et la vérité de l'expression, l'habileté de l'exécution. Sa +connaissance des effets des passions sur l'âme et sur le corps le +conduisirent au réalisme et au naturalisme et il oublia trop souvent dans +la servilité de l'imitation que la beauté est une des conditions vitales +de l'art. Ses principaux ouvrages se trouvent à Florence; ce sont: les +statues de <i>Saint Pierre</i>, <i>Saint Maur</i> et <i>Saint +Georges</i>, à Or San Michele; celle du <i>Zuccone</i> au Campanile et de +la <i>Judith</i> sous la loggia dei Lanzi. Au Bargello et enfin dans tous +les musées et dans toutes les églises de la ville.</p> + +<p><b>Finiguerra</b> (Tomaso) (1452).—Élève de Ghiberti, il travailla avec +lui aux portes du Baptistère. Il inventa, vers 1452, l'art d'obtenir des +estampes sur papier à l'aide de planches de cuivre gravées en creux. +Finiguerra se distingua dans les nielles; les pièces qu'on possède de lui +sont de toute beauté et il est considéré comme le maître de ce genre. +Celles du Bargello sont des chefs-d'œuvre.</p> + +<p><b>Franciabigio</b> (Marc-Antoine) (1482-1524).—Il fut excellent peintre +de fresques et aida Andrea del Sarto pour la décoration du vestibule de +Santa Annunziata.</p> + +<p><b>Gaddi</b> (Taddeo) (1300-1352).—Peintre et architecte, fut élève de +Giotto. Il sut donner de l'expression à ses figures et il étudia l'effet +visible des mouvements de l'âme. Il a achevé le Campanile et donné les +dessins du Ponte Vecchio.</p> + +<p><b>Ghiberti</b> (Lorenzo) (1378-1455).—Célèbre sculpteur qui l'emporta +sur ses concurrents pour la commande des fameuses portes du Baptistère. +Il travailla comme architecte à aider Brunelleschi à sa fameuse coupole. +Ses multiples œuvres ornent le Dôme, le Bargello et le Baptistère.</p> + +<p><b>Ghirlandajo</b> (Dominique Corradi, <i>dit</i> il) (1451-1495).—Le +maître de Michel-Ange. Le père de Ghirlandajo, qui était orfèvre, avait +inventé une sorte d'ornement que portaient les jeunes filles et qu'on +appelait des guirlandes; de là lui vint son surnom. Dans la boutique où +il ciselait des métaux, Ghirlandajo acquit une telle habileté comme +dessinateur qu'il lui suffisait de voir une fois passer une personne pour +en esquisser un portrait des plus ressemblants. Il fut l'un des premiers +peintres florentins à introduire la vie et le costume contemporains dans +les sujets sacrés. Une de ses œuvres les plus importantes est l'ensemble +des fresques de Sainte-Marie Nouvelle.</p> + +<p><b>Ghirlandajo</b> (Ridolfo) (1483-1561).—Élève de son père et inférieur +à lui. Un de ses meilleurs tableaux est <i>la Vie de saint Zenobius</i> +au Musée des Offices.</p> + +<p><b>Giottino</b> (1307).—Un des principaux élèves de Giotto, qui, comme +son maître, se consacra aux interprétations religieuses.</p> + +<p><b>Giotto</b> (1276-1336).—Il fut d'abord simple gardeur de moutons. +Cimabue l'ayant aperçu un jour dessinant une brebis sur une pierre plate +avec un caillou pointu, l'emmena, lui apprit la peinture et fit du Giotto +le rénovateur de l'art et le plus grand génie de la peinture, transformée +par son influence. Peintre de fresques, il couvrit les églises de +Florence et de l'Italie de toute la symbolique du moyen âge. Peintre de +portrait, il nous a laissé les images de Brunetto Latini et de son élève +le Dante, de Corso Donati et de tous les grands personnages de l'époque.</p> + +<p>Frappés de son caractère et de ses talents, ses contemporains eurent pour +lui une admiration illimitée.</p> + +<p>Giotto prit part à la construction de la Cathédrale, édifia le Campanile, +et fut aussi l'un des principaux architectes des fortifications de +Florence.</p> + +<p><b>Gozzoli</b> (Benozzo) (1420-1497).—Élève de Fra Angelico, il sut +réunir l'observation de la nature au sentiment poétique profond. Son +dessin est faible; mais pour l'expression, la vie et la fraîcheur, on ne +l'a peut-être pas surpassé. Il avait dans l'esprit quelque chose de +jeune, de brillant et d'heureux, et ses fresques de la chapelle Médicis +au palais Riccardi sont de véritables chefs-d'œuvre.</p> + +<p><b>Lippi</b> (Fra Filippo) (1410-1469).—Était novice au monastère del +Carmine pendant que Masaccio le décorait des fresques admirables de la +chapelle Brancacci. Sa passion pour la peinture intéressa à un tel point +Masaccio que celui-ci lui apprit le dessin. Lippi révéla bientôt +l'adresse la plus étonnante et l'imagination la plus vive. Les têtes de +ses personnages sont presque toutes des portraits, l'expression et la +vérité y dominent. Lippi mena une des existences les plus mouvementées du +XVe siècle où l'on en compte tant qui furent invraisemblablement +romanesques. Après avoir enlevé d'un couvent une novice dont il avait un +fils, il mourut empoisonné par la famille de la jeune personne qu'il +refusait obstinément d'épouser.</p> + +<p><b>Lippi</b> (Filippino) (1460-1505).—Élève de Botticelli et de son +père, est loin de les égaler comme talent. Il acheva les fresques de la +chapelle Brancacci del Carmine interrompues par la mort de Masaccio. Son +chef-d'œuvre est l'<i>Apparition de la Vierge à saint Bernard</i>, de la +Badia.</p> + +<p><b>Majano</b> (Benedetto) (1442-1497).—On doit à ce charmant sculpteur +les plus belles chaires de l'Italie. Son chef-d'œuvre est celle de Santa +Croce, d'autres œuvres sont au Bargello et sont de premier ordre.</p> + +<p>Masaccio (Tommaso Guidi di Sar Giovanni) (1401-1428).—Admirable esprit +et âme d'une rare élévation, était un de ces hommes que leur vocation +absorbe au point de les rendre insensibles à tout le reste. Gauche, +distrait et rêveur, il fut sans cesse préoccupé de son art et réalisa des +prodiges. Il eut la splendeur du coloris, la suavité du clair-obscur, +enfin tout était rassemblé dans les œuvres de Masaccio pour les rendre +inimitables.</p> + +<p>Son maître Masolino de Panicale étant mort pendant qu'il exécutait les +fresques de la chapelle Brancacci, Masaccio hérita de la commande. La +peinture lui permit de déployer tant d'imagination, de sentiment et +d'adresse que tous les grands artistes de l'Italie, y compris Michel-Ange +et Raphaël, puisèrent chez lui les plus utiles enseignements.</p> + +<p>Le pauvre artiste mourut à vingt-six ans, empoisonné, dit-on, par les +jaloux; il fut un des plus grands peintres et des plus novateurs de l'art +italien.</p> + +<p><b>Masolino</b> (Tommaso di Cristofano Fini) (1383-1440).—Maître et +précurseur de Masaccio et auquel ont été quelquefois attribuées à tort +des créations de son éminent élève. Pourtant, à bien examiner les +ouvrages certains de Masolino et entre autres la fresque d'El Carmine, +qui peut assurément lui être attribuée, il est difficile de confondre les +deux maîtres, tant leur manière de faire les sépare et les diversifie et +tant il semble que des générations aient pu s'écouler entre le maître et +l'élève au point de vue de la conception aussi bien que de l'exécution.</p> + +<p><b>Michel-Ange</b> (Buonarroti) (1475-1564).—Le plus grand architecte, +peintre et sculpteur des temps modernes, génie universel, il atteignit la +sublimité. Né d'une noble famille de podestats, au château de Caprese, +près d'Arezzo, il montra dès l'enfance une vocation si prononcée pour les +arts que son illustre parenté fut, en dépit de son opposition, contrainte +de se rendre au vœu de cette nature exceptionnelle.</p> + +<p>On le plaça chez Ghirlandajo qu'il aida comme apprenti aux fresques de +Sainte-Marie Nouvelle; mais, à l'âge de quinze ans, il le quitta, n'ayant +plus rien à apprendre de lui, et étant déjà supérieur à tous les maîtres. +Il se mit alors à étudier Masaccio dans ses chefs-d'œuvre d'El Carmine, +puis Laurent le Magnifique le dirigea vers la sculpture et, dès cette +époque, Michel-Ange commença la série de ses chefs-d'œuvre. Aussi bien à +Rome qu'à Florence sa production est multiple, et comme sculpteur, non +moins que comme peintre, son labeur est titanesque.</p> + +<p>L'austérité et l'ascétisme s'emparèrent de lui vers la fin de sa vie, +devant les misères du temps et les déchirements de la malheureuse Italie, +dont il souffrit cruellement.</p> + +<p>C'est de cette époque que datent ses admirables dessins et la collection +des sonnets et des stances où s'exhalèrent les amertumes de son âme. +Méditatif et toujours sérieux, il n'eut jamais d'autre passion que son +art.</p> + +<p>Insensible à la richesse qui lui vint sur le tard, méprisant le +bien-être, sa vie fut celle du bénédictin, du moine.</p> + +<p><b>Michelozzo Michelozzi</b> (1396-1472).—Il fut élève de Brunelleschi +pour l'architecture et de Donatello pour la sculpture. Ses principaux +ouvrages d'architecture à Florence sont l'ancien palais Médicis, +aujourd'hui palais Riccardi, la Chapelle des Médicis à Santa Croce, et de +sculpture, différentes œuvres au Bargello, et la statue de la <i>Foi</i> +dans le Baptistère.</p> + +<p><b>Montelupo</b> (Baccio da) (1469-1553).—Ce sculpteur a principalement +été un grand fondeur; ses statues en bronze sont excellentes. Celle de +<i>Saint Jean</i> à Or San Michele est une des premières en cette matière +et a l'intérêt d'une nouvelle tentative.</p> + +<p><b>Montelupo</b> (Raffaello da), (1505-1570).—Élève de son père et +surtout de Michel-Ange dont il déforma et exagéra le style. Il exécuta, +d'après les modèles du maître, les statues des <i>Saints Cosme</i> et +<i>Damien</i> pour la nouvelle sacristie de Saint-Laurent. Il n'a ni +grandeur, ni naïveté.</p> + +<p><b>Orcagna</b> (André) (1329-1384).—Tout à la fois peintre, sculpteur et +architecte, le génie d'Orcagna a laissé partout son empreinte. Outre le +monument d'Or San Michele, on lui doit l'édification du <i>Ciborium</i> +intérieur de cette église, qui est un monument de l'art en général et de +l'art florentin en particulier; c'est également à lui que sont dues, à la +chapelle Strozzi de Sainte-Marie Nouvelle, les belles fresques illustrant +en quelque sorte le <i>Paradis</i> du Dante.</p> + +<p><b>Pollajuolo</b> (Antoine) (1429-1498).—Jusqu'à sa trentième année, +Pollajuolo fut uniquement orfèvre sous la direction de son père, qui +possédait une des boutiques les mieux achalandées de Florence. On pense +que ce fut Baldovinetti qui le dirigea vers la peinture où, par son +habitude de la plastique, il devait occuper une place spéciale et +prépondérante. Ses œuvres, remarquables par la somptuosité du vêtement et +par la beauté sculpturale des attitudes, sont au Musée des Offices: les +<i>Saints Jacob</i>, <i>Vincent et Eustache</i>, l'admirable petit +chef-d'œuvre des <i>Travaux d'Hercule</i> et enfin les belles figures des +Vertus dont celle de la <i>Prudence</i> est de premier ordre.</p> + +<p><b>Pollajuolo</b> (Pierre) (1441-1489).—Frère d'Antoine et, dit-on, +élève de Castagno, fut uniquement peintre. La caractéristique des œuvres +de Piero est la trop grande sveltesse de ses figures souvent +insuffisamment dessinées, la vulgarité de leur type et la complication de +leur attitude.</p> + +<p><b>Porta</b> (Baccio della) (1445-1533).—Le génie de ce très grand +maître se développa sous les auspices de Rosselli et de Léonard de Vinci. +Entraîné par l'éloquence de Savonarole, il s'attacha à lui et prit +l'habit dominicain en 1500, au couvent de San Marco, sous le nom de +<i>Fra Bartolommeo</i>, qu'on lui donne ordinairement. Après avoir, à la +suite de la mort de Savonarole, renoncé à la peinture, il reprit ses +pinceaux en 1504. De cette époque date la série de ses chefs-d'œuvre. Sa +grandeur rude, son énergique sublimité, l'élévation sévère qui le +caractérise furent dès lors tempérées par sa science du dessin et la +beauté pratique de son exécution; il gagna en charme et en souplesse. Son +habit lui interdisant jusqu'à un certain point le modèle vivant, il +inventa, pour poser ses draperies, le mannequin à ressorts. Parmi ses +œuvres admirables, il faut citer le <i>Saint Marc</i>, <i>le Christ au +tombeau</i>, <i>le Christ ressuscité</i>, <i>la Sainte Famille</i> du +palais Pitti et enfin la splendide fresque de l'hôpital Santa Maria +Nuova, <i>le Jugement dernier</i>.</p> + +<p><b>Robbia</b> (Luca della) (1400-1482).—Un des plus purs génies qui +aient honoré les arts. Sculpteur du plus rare talent, il inventa les +bas-reliefs en terre cuite émaillée, et, loin de se laisser entraîner par +une matière qui se serait prêtée à toutes les complications de la +plastique, il ne l'employa jamais qu'avec la discrétion la plus +remarquable, tandis que son goût pur et raffiné le faisait s'en tenir +presque à la monochromie, c'est-à-dire au relief émaillé blanc sur fond +bleu. Luca a enrichi Florence d'innombrables merveilles; il faut +toutefois citer en première ligne, au Musée du Dôme, les hauts reliefs en +marbre, <i>Enfants chanteurs et musiciens</i>, puis les <i>portes en +bronze</i> de la sacristie de la cathédrale et enfin les hauts-reliefs en +terre émaillée qui les surmontent: <i>l'Ascension</i> et <i>la +Résurrection</i>.</p> + +<p><b>Robbia</b> (Andrea della) (1435-1498).—Neveu de Luca, fut initié de +bonne heure par Luca à tous les secrets de la terre émaillée. Grand +artiste, il a toutefois une interprétation plus gracile et plus mièvre +que celle de son illustre maître et parent. Ses ouvrages empruntent déjà +à la polychromie des effets que le vieux Luca atteignait, sans les avoir +cherchés, par la seule pureté de son art. Les médaillons d'<i>Enfants +emmaillotes</i> au portique des Innocents sont pourtant de premier ordre +et dignes du maître.</p> + +<p><b>Robbia</b> (Jean della) (1460-1530).—Fils et élève d'Andrea, se +consacra uniquement au bas-relief émaillé où il employa de véritables +feux d'artifice de polychromie, profusion à laquelle le portait non +seulement son goût personnel, mais encore la décadence du sentiment +artistique chez ses contemporains.</p> + +<p><b>Rosselli</b> (Cosimo) (1438-1507).—Curieux et bizarre esprit, exerça +sur la formation des meilleurs artistes de son époque une influence que +ne nous expliquent nullement les productions qui subsistent encore de +lui: sa <i>Procession</i>, œuvre très noircie de l'église Saint-Ambroise, +et ses fantasques dessins.</p> + +<p><b>Rossellino</b> (Bernardo di Matteo Gamberelli, <i>dit</i> le) +(1409-1464).—Architecte et sculpteur tout ensemble, comme l'étaient +presque tous les grands artistes du temps, il laissa des œuvres sincères +et délicates; son chef-d'œuvre est le tombeau magnifique du secrétaire +d'État Leonardo Bruni à Santa-Croce.</p> + +<p><b>Rosso</b> (1496-1541).—Il fut successivement à l'école de +Michel-Ange, du Parmesan et d'Andrea del Sarto. Peintre consciencieux, +d'une époque de pleine décadence déjà, il jouit d'une grande renommée, +et, appelé à la cour de François Ier, il fut le rival souvent heureux du +Primatice.</p> + +<p>Le Rosso s'empoisonna par suite du désespoir où l'avait plongé la mise à +la torture de son ami Pellegrino, reconnu plus tard innocent. On cite, +parmi ses compositions, <i>l'Assomption de la Vierge</i> dans le cloître +de l'église Santa Annunziata et <i>la Vierge accompagnée de plusieurs +saints</i> au palais Pitti.</p> + +<p><b>Rustici</b> (Jean-François) (1474?-1554).—Il est présumé élève du +Verrocchio et se consacra surtout à la fonte en bronze de ses statues. Le +meilleur groupe de <i>la Prédication de Saint Jean</i>, placé au-dessus +de la porte du Baptistère, est une bonne œuvre d'une belle patine de +bronze.</p> + +<p><b>Sangallo</b> (Jules Giamberti, <i>dit</i>) (1443-1517).—Célèbre +architecte, tira son surnom de la porte San Gallo qu'il édifia. Une +grande partie des palais de Florence furent construits par lui et la +Villa Médicéenne de Poggio a Cajano est parmi ses œuvres les plus +marquantes.</p> + +<p><b>Sangallo</b> (Antoine) (1482 à 1516).—Est le plus renommé de la +famille. Neveu de Jules Sangallo, il fut un des plus fameux architectes +de son temps. Élevé à l'école de Brunelleschi qu'il aida dans ses +principaux travaux, Raphaël l'appela à Rome et se l'adjoignit pour la +reconstruction de la basilique Saint-Pierre. Rome et l'Italie lui doivent +plusieurs de leurs principaux édifices.</p> + +<p><b>Sansovino</b> (Jacopo Tatti, <i>dit</i> le) (1479-1570).—Il étudia +son art sous Contucci de Monte-Sansovino, dont il prit le nom. D'abord +sculpteur, il ne débuta dans l'architecture qu'en 1515 et passa la +majeure partie de son existence à Venise qu'il enrichit de monuments et +d'œuvres d'art admirables. Aucun architecte n'eut plus que Sansovino de +noblesse dans l'invention, de fécondité dans les idées, de grâce dans le +style, de correction dans les détails.</p> + +<p><b>Sarto</b> (Andrea del) (1487-1531).—Fils d'un tailleur, une vocation +irrésistible le poussa vers les arts. Des maîtres grossiers lui apprirent +les premiers éléments de la peinture, il se forma lui-même, en étudiant +les œuvres de Léonard et de Michel-Ange, mais surtout celles de Masaccio +et de Ghirlandajo dont le génie était plus en rapport avec la douceur de +sa propre nature. A l'élégance des traits, ses figures joignent la +sensibilité, la beauté et la noblesse des attitudes. La force et la +grandeur sont les seules qualités qui lui manquent. Après une existence +des plus mouvementées, Andrea mourut à Florence de la fameuse peste de +1531. Ses chefs-d'œuvre sont multiples et les fresques de Santa +Annunziata, <i>La naissance de la Vierge</i>, et mieux encore celles des +Scalzo relatives à l'<i>Histoire de saint Jean-Baptiste</i> sont de +premier ordre. Tant au Musée des Offices qu'au Musée du Palais Pitti, ses +ouvrages revêtent les mêmes qualités de grâce et de charme faciles.</p> + +<p><b>Settignano</b> (Desiderio da), (1428-1464).—Passe pour avoir été +élève de Donatello. Son talent fin et distingué n'a pourtant aucune +analogie avec le talent sombre et farouche du maître. La frise de la +<i>chapelle Pazzi</i>, à Santa-Croce, <i>Le Tabernacle</i> de l'église +Saint-Laurent et différents ouvrages de sculpture du <i>Bargello</i> font +le plus grand honneur au talent svelte et charmant de Desiderio.</p> + +<p><b>Uccello</b> (Paolo de Dono), (1397-1475).—D'abord orfèvre et aide de +Ghiberti dans la fonte de la première porte du Baptistère, il se consacra +ensuite à la fresque et eut, par les lois de la perspective absolue qu'il +établit d'une manière précise, la plus grande influence sur les artistes +de son époque. Ses fresques du Cloître-Vert de Sainte-Marie Nouvelle, +<i>Le Déluge</i> et <i>l'Ivresse de Noé</i> passent pour les œuvres où tous les +artistes vinrent prendre des leçons de perspective.</p> + +<p>La fresque de la Cathédrale, le portrait équestre de <i>Hawkwood</i>, +fait le plus grand honneur au talent d'Uccello.</p> + +<p><b>Verrocchio</b> (Andrea del), (1435-1488).—Il surpassa tous ses +contemporains dans l'art de travailler le bronze. Très noble et très +grand artiste, les Médicis qui le protégèrent, eurent le tort de +l'opposer au génie de Donatello. Ses chefs-d'œuvre, le <i>Groupe de Jésus +et de saint Thomas</i> d'Or San Michele, <i>L'Enfant au Dauphin</i> du +Palais Vieux, <i>Le David</i> du musée du Bargello sont des œuvres de +premier ordre, d'un style sans défaillance ni reproche.</p> + +<p><b>Vinci</b> (Léonard de), (1452-1519).—Le plus grand génie qui fut +jamais, l'égal même de Michel-Ange, le Vinci fut à la fois sculpteur, +architecte, physicien, ingénieur, écrivain et musicien, admirable esprit +à l'universalité duquel aucune science, aucun art ne semblent avoir pu +échapper ni demeurer étrangers. Après avoir étudié la sculpture sous le +Verrocchio, il se rendit à Milan où Ludovic le More le garda jusqu'au +jour où l'invasion du Milanais par Louis XII le faisait rentrer dans sa +patrie. Mécontent de l'accueil que lui avaient réservé ses concitoyens et +de celui qu'il avait rencontré auprès du pape, il resta vingt ans presque +errant sans que, vieilli, aigri, assombri, il eût trouvé justice, même +chez ses contemporains.</p> + +<p>Le goût de Léonard, pur et sévère, s'exerça sur toutes les matières qui +furent soumises à son jugement; il poursuivit la perfection avec patience +avec une exactitude souvent minutieuse et aucune recherche ne put jamais +le rebuter dans la poursuite de son idéal de perfection.</p> + + + + +<h2>TABLE DES MATIÈRES</h2> + + + +<h3><b>ÉGLISES</b></h3> + + +<p><b>SANTA ANNUNZIATA</b><br> +Portique de Sangallo, Fresques d'A. DEL SARTO et de ses élèves.<br> +<b>Intérieur</b>: chapelle de la Vierge miraculeuse, par MICHELOZZO.<br> +<b>Couloir du cloître</b>: A. DEL SARTO, Vierge au sac.<br> +<b>Deuxième cloître</b>: Saint Jean-Baptiste, par MICHELOZZO.</p> + + +<p><b>SANTA APOLLONIA</b><br> +A. DEL CASTAGNO, Fresque de la Cène et Pieta.</p> + + +<p><b>SS. APOSTOLI</b><br> +Ciborium d'ANDREA DELLA ROBBIA.<br> +Tombeau d'Altovite, BEN. DA ROVEZZANO.</p> + + +<p><b>SAN AMBROGIO</b><br> +Fresque, saint Sébastien, ÉCOLE DU GIOTTO.<br> +Saint Sébastien, LEONARDO DEL TASSO.<br> +Grisailles, FILIPPINO LIPPI.<br> +Miracle du ciboire, COSIMO ROSSELLI.<br> +Tabernacle, MINO DA FIESOLE.</p> + + +<p><b>BADIA</b>, constr.: ARNOLFO CAMBIO<br> +<b>Intérieur</b>: Bas-relief de la Vierge.<br> +Tombeau du comte Hugo, MINO DA FIESOLE.<br> +Apparition de la Vierge à saint Bernard, FILIPPINO LIPPI.<br> +<b>Cloître</b>: Fresques d'ANTONIO SOLARIO, Vie de saint Benoît.</p> + + +<p><b>BIGALLO</b> (confrérie), constr. goth.<br> +<b>Salle du Conseil</b>: Fresque de GIOTTINO, la Miséricorde.<br> +VENTURO DI MORO, fresque.<br> + + +<p><b>BATTISTERO</b> (San Giovanni), constr. romane<br> +Revêtement, ARNOLFO CAMBIO.<br> +Portes: ANDREA PISANO et GHIBERTI.<br> +Groupes extérieurs: Décollation de saint Jean-Baptiste, VICENTE DONI.<br> +Prédication, par GIOVANNI RUSTICA.<br> +Baptême de J.-C., par SANSOVINO.<br> +<b>Intérieur</b>: Mosaïques de JACOBUS.<br> +Fonts baptismaux, ÉCOLE PISANE.<br> +Statue de la Madeleine, DONATELLO.<br> +Tombeau de Jean XXIII, pape, DONATELLO et MICHELOZZO.<br> +Groupe de style Barocco, par TICCIATI.</p> + + +<p><b>CAMPANILE</b>, constr. goth.: GIOTTO et TADDEO GADDI.<br> +Bas-reliefs, GIOTTO ET ANDREA PISANO.<br> +<b>Côté Ouest</b>, David Jérémie et Jean-Baptiste, par DONATELLO.<br> +<b>Côté Est</b>, Abraham et Habacuc, par DONATELLO.<br> +Reliefs de LUCA DELLA ROBBIA.</p> + + +<p><b>DOME</b>, constr.: ARNOLFO DI CAMBIO.<br> +Coupole, BRUNELLESCHI,<br> +1 <b>Porte du Sud</b>, ÉCOLE PISANE.<br> +2 <b>Porte du Sud</b>, encadrement des TEDESCO.<br> +<b>Porte du Nord</b>: JEAN ET NICOLAS D'AREZZO.<br> +Vierge de la Cintola, NANNI DI BANCO.<br> +Statuettes et têtes de prophètes, DONATELLO.<br> +<b>Intérieur</b>:<br> +<b>Mur de la façade</b>: Vitrail, Couronnement de la Vierge, GADDO GADDI.<br> +Portrait équestre de N. da Tolentino, par ANDREA DEL CASTAGNO<br> +Portrait équestre de John Hawkwood, par P. UCCELLO.<br> +<b>Bas côté droit</b>: Monument de Brunelleschi de BUGGIANO. Bustes de +Giotto et de Squarcialupo, par BEN. DA MAJANO.<br> +Statue de Josué DONATELLO; bénitiers, ÉCOLE PISANE; Monument de l'évêque d'ORSO DE TINO.<br> +<b>Sous la coupole</b>: Clôture du chœur, BANDINELLI; Déposition de +Croix, MICHEL-ANGE.<br> +<b>Transept droit</b>: Apôtres et saints. Fresques de LORENZO de BICCI.<br> +Vitraux sur les dessins d'UCCELLO de GHIBERTI et de DONATELLO.<br> +<b>Vieille sacristie</b>: Lunette de la porte, Ascension de LUCA DELLA +ROBBIA; à l'intérieur, deux Anges, par LUCA.<br> +<b>Chapelle Saint-Zenobe</b>: Christ sur l'autel, BENEDETTO DA MAJANO.<br> +Reliquaire de saint Zenobe, GHIBERTI.<br> +<b>Première Chapelle à gauche</b>: Statue de saint Jean, par DONATELLO.<br> +<b>Sacristie neuve</b>: Portes de bronze et, dans la lunette, la +Résurrection, LUCA DELLA ROBBIA.<br> +<b>A l'intérieur</b>: Lavabo de MINO DA FIESOLE. Marqueteries, par +BENEDETTO DA MAJANO.<br> +<b>Bas côté gauche</b>: Portrait du Dante, par MICHELINO.<br> +Saint Zenobe, fresque d'ORCAGNA.<br> + + +<p><b>SANTA CROCE</b>, constr. goth. D'ARNOLFO DI CAMBIO.<br> +<b>Intérieur</b>: Monuments et plaques tombales de l'ÉCOLE PISANE.<br> +<b>Mur d'entrée</b>: Vitrail GHIBERTI.<br> +Statue de saint Louis de Toulouse, par DONATELLO.<br> +<b>Grande nef</b>: Chaire de BEN. DA MAJANO. Porte de la chaire, +<i>id</i>.<br> +<b>Bas côté droit</b>: Monument de Michel-Ange, par VASARI. Au pilier, +Vierge, bas-relief de ROSSELLINO.<br> +DOM VENEZIANO: Saint Jean-Baptiste et saint François.<br> +L'Annonciation, grand haut-relief, DONATELLO.<br> +Tombeau de Bruni, par ROSSELLINO.<br> +<b>Transept droit</b>:<br> +<b>Chapelle du saint Sacrement</b>. Tombeaux. Fresques, ÉCOLE DE GIOTTO.<br> +<b>Chapelle Baroncelli</b>: GIOTTO, retable.<br> +TADDEO GADDI: Vie de la Vierge.<br> +MAINARDI. Madonna della Cintolla.<br> +<b>Mur du chœur</b>:<br> +<b>Première chapelle Fardi</b>: GIOTTO. Vie de saint François d'Assise.<br> +<b>Deuxième chapelle Peruzzi</b>: GIOTTO. Vies de saint Jean-Baptiste et +de saint Jean l'Évangéliste, GIOVANNI DA SAN GIOVANNI. Vie de saint +André.<br> +<b>Troisième chapelle</b>: ÉCOLE DE GIOTTO, combat de saint Michel et du +dragon.<br> +<b>Chapelle du Chœur</b>: AGNOLO GADDI. Histoire de la vraie Croix.<br> +<b>Quatrième chapelle Pulci</b>: Autel de JEAN DELLA ROBBIA. DADDI, +Martyres de saint Étienne et de saint Laurent.<br> +<b>Cinquième chapelle</b>: MASO, Miracles de saint Sylvestre.<br> +<b>Transept gauche</b>:<br> +Crucifix en bois de DONATELLO.<br> +<b>Bas côté gauche</b>: Tombeau de Marzuppini, par DESIDERIO DA +SETTIGNANO.<br> +<b>Transept droit</b>: Couloir de la Sacristie, constr. de MICHELOZZO.<br> +<b>Chapelle des Médicis</b>: constr. de MICHELOZZO.<br> +Autel et relief, ÉCOLE DES DELLA ROBBIA.<br> +<b>Sacristie</b>: Buste du Christ, ANDREA DELLA ROBBIA. GIOVANNI DA +MILANO, fresques de la vie de la Vierge et de sainte Madeleine.<br> +<b>Cloître</b>: Tombes gothiques.<br> +<b>Chapelle Pazzi</b>: constr. BRUNELLESCHI. Frise de Chérubins, par +DESIDERIO DA SETTIGNANO et DONATELLO. Médaillons en relief des apôtres, +LUCA DELLA ROBBIA. Intérieur, Évangélistes à la coupole, BRUNELLESCHI.<br> +<b>Réfectoire</b>: TADDEO GADDI. Fresque de la Cène. GERINI, Crucifixion.<br> +<b>Deuxième cloître</b>: constr. BRUNELLESCHI.</p> + + +<p><b>SAINTE FÉLICITÉ</b><br> +<b>Portique</b>:<br> +<b>Intérieur</b>:<br> +<b>Cinquième autel</b>: TADDEO GADDI, Vierge.<br> +<b>Sacristie</b>: GIOTTO, Christ. NICOLÒ DA PIETRO, Christ entouré de la +Madeleine et des saintes Femmes.<br> +<b>Deuxième sacristie</b>: Annonciation, ÉCOLE D'ORCAGNA.</p> + + +<p><b>SAINT FRANÇOIS DE VANCHETONI</b>. Bustes de DONATELLO.</p> + +<p><b>INNOCENTI</b> (Hospice des Enfants Trouvés), constr. BRUNELLESCHI ET +F. DELLA ROBBIA.<br> +<b>Intérieur</b>: Tympan de la Chapelle, maître-autel, GHIRLANDAJO, +adoration des Mages.</p> + + +<p><b>SAN JACOPO IN RIPOLI</b>.<br> +TYMPAN du portail DELLA ROBBIA, Christ et saint Thomas.<br> +<b>Intérieur</b>: Mariage mystique de sainte Catherine RIDOLFO +GHIRLANDAJO.</p> + + +<p><b>SAN LORENZO</b>, constr. BRUNELLESCHI<br> +<b>Intérieur</b>: Chaires, DONATELLO. Tombeau de Cosme le Vieux, +VERROCCHIO.<br> +Chapelle du Transept gauche.<br> +FRA FILIPPO LIPPI: L'Annonciation.<br> +<b>Bas côté gauche</b>: DONATELLO, Tribune des Médicis.<br> +<b>Transept droit</b>: Tabernacle, DESIDERIO SETTIGNANO.<br> +<b>Ancienne Sacristie</b>: const. BRUNELLESCHI.<br> +MÉDAILLONS de la coupole et frise de Chérubins, DONATELLO. Portes de +bronze, DONATELLO. Tombeau des parents de Cosme l'Ancien, buste de saint +Laurent, DONATELLO.<br> +Tombeau de Laurent le Magnifique, VERROCCHIO.<br> +<b>Bibliothèque Laurentienne</b>: escalier, VASARI. Vestibule et const., +MICHEL-ANGE.<br> +Boiseries CIPIANO et DEL CINQUE; Vitraux, JEAN D'UDINE.<br> +<b>Chapelles Médicis</b>.<br> +<b>Chapelle des Princes</b>: constr., MATTEO NIGETTI. Statues de Cosme +II, par JEAN DE BOLOGNE et de Ferdinand I, par TACCA.<br> +<b>Nouvelle sacristie</b>: constr. MICHEL-ANGE.<br> +Tombeau de Julien de Médicis.<br> +Allégories du jour et de la nuit.<br> +Tombeau de Laurent de Médicis.<br> +Allégories du Crépuscule et de l'Aurore; MICHEL-ANGE. Sarcophages de +VASARI. Vierge et Enfant de MICHEL-ANGE. Saint Cosme et saint Damien, +MONTELUPO e MONTORSOLI.</p> + + +<p><b>SANTA MADDALENA DE PAZZI</b><br> +<b>Salle du Chapitre</b>: PÉRUGIN, Christ en Croix.</p> + + +<p><b>SAN MARCO</b> (couvent), restaurations, MICHELOZZO.<br> +FRA ANGELICO, FRA BARTOLOMMEO, SAVONAROLE.<br> +<b>Premier cloître</b>: Fresques VANNI, Lunettes des portes I, Saint +Thomas d'Aquin. II, Le Christ en pèlerin d'Emmaüs. III, Saint Dominique. +IV, Le «Silence»; Saint Pierre martyr. Grande Fresque, saint Dominique au +pied de la Croix, FRA ANGELICO.<br> +<b>Réfectoire</b>: Fresque SOGLIANI.<br> +<b>Salle du Chapitre</b>: Calvaire, par FRA ANGELICO.<br> +<b>PETIT RÉFECTOIRE</b>: Cenacolo, par GHIRLANDAJO.<br> +<b>Premier étage</b>.<br> +<b>Couloirs</b>: FRA ANGELICO, L'Annonciation. Saint Dominique au pied de +la Croix. Vierge sur un trône entoure de saints,—Angelico et ses élèves, +quarante-cinq fresques des cellules.<br> +<b>Cellules</b>: XII, XIII et XIV, appartement du Prieur, Souvenirs de +Savonarole.<br> +Cellule XXXIII, Tableau Madonna della Stella, Fra Angelico.<br> +XXXVIII et XXXIX, Cellule et Oratoire de Cosme l'Ancien, fresque de +l'Adoration des Mages, Angelico.<br> +<b>Bibliothèque</b>: constr. MICHELOZZO, Livres et Manuscrits.</p> + + +<p><b>SAN MARCO (ÉGLISE)</b>2<br> +<b>A l'Intérieur</b>: Christ par GIOTTO.<br> +<b>Deuxième autel à droite</b>: FRA BARTOLOMMEO, Vierge trônant entourée de Saints.<br> +Troisième autel, Mosaïque romaine, Plaques de Pic de la Mirandole et +d'Ange Politien.</p> + + +<p><b>SANTA MARIA DEL CARMINE</b><br> +Intérieur Transept droit.<br> +<b>Chapelle Brancacci</b>: Fresques relatives à la création et à la +mission de saint Pierre, MASACCIO et FILIPPINO LIPPI.<br> +<b>Sacristie</b>: Fresques relatives à l'histoire de sainte Cécile, +SPINELLO ARETINO.<br> +<b>Cloître</b>: Procession attribuée à Masaccio.<br> +<b>Réfectoire</b>: Cenacolo d'ALLORI.</p> + +<p><b>SANTA MARIA NOVELLA</b> constr. FRA SISTO, FRA RISTORO, revêtements, +avelli LEONE BATTISTA ALBERTI.<br> +<b>Intérieur</b>: mur de la façade.<br> +Fresque de la Trinité, MASACCIO.<br> +<b>Transept droit. Chapelle Rucellai</b>: CIMABUE, Vierge. ROSSELLINO, +tombeau de la Beata Villana dei Cerchi.<br> +<b>Chapelle Philippe Strozzi</b>: Tombeau Strozzi, par BEN. DA MAJANO.<br> +Miracles de saint Jean l'Évangéliste et de saint Philippe, Fresques de +FILIPPINO LIPPI, Vitrail sur les dessins de FILIPPINO.<br> +CHŒUR: Fresques de GHIRLANDAJO.<br> +Histoire de la Vierge et de saint Jean-Baptiste.<br> +Boiserie, par BACCIO D'AGNOLO.<br> +<b>Transept gauche. Chapelle Strozzi</b>: Fresques du Jugement dernier et +du Paradis, ANDRÉA ORCAGNA; de l'Enfer, NARDO ORCAGNA.<br> +Retable, Christ glorieux et saints, ANDRÉA ORCAGNA.<br> +<b>Sacristie</b>: Lavabo, JEAN DELLA ROBBIA.<br> +<b>Sepolcreto</b>: Plaques commémoratives du XIVe et XVe siècle,<br> +<b>Cloître vert</b>, Genèse et histoire de la création, ORCAGNA.<br> +Le Déluge et l'ivresse de Noé, UCCELLO.<br> +<b>Chapelle des Espagnols</b>: constr. goth., Fresque l'Église +triomphante, SIMONE MEMMI.<br> +Triomphe de saint Thomas d'Aquin et le calvaire, TADDEO GADDI.<br> +<b>PHARMACIE</b>: La Passion, Fresques attribuées à SPINELLO ARETINO.</p> + + +<p><b>SANTA MARIA NUOVA</b> (Hôpital de), portique, BUONTALENTI.<br> +<b>L'église San Egidio</b>: Fresque le Couronnement de la Vierge, LORENZO +DI BICCI.—Sous le portique; Fresques de la dédicace, LORENZO DI +BICCI.<br> +<b>A l'intérieur</b>: La Vierge et l'Enfant (derrière l'autel), ANDREA +DELLA ROBBIA. Tabernacle, ROSSELLINO et GHIBERTI.<br> +<b>Galerie de peinture</b>:<br> +104. CASTAGNO, Crucifixion.<br> +29. Vierge et enfant, haut-relief, par VERROCCHIO.<br> +<b>Salle I</b>: 49, 49, 50, Triptyque, Adoration des Mages et donateurs, +HUGO VAN DER GOES.<br> +N° 23. BOTTICELLI, Vierge et enfant.<br> +71. BARTOLOMMEO, Jugement dernier.<br> +<b>Cloître</b>: ANDREA DEL CASTAGNO, Christ en croix.</p> + +<p><b>MISERICORDIA</b> (confraternité), Retable d'ANDREA DELLA ROBBIA.</p> + + +<p><b>OGNISSANTI</b>, tympan du portail, Couronnement de la Vierge, DELLA +ROBBIA.<br> +<b>Intérieur</b>: BOTTICELLI, Fresque de saint Jérôme. GHIRLANDAJO, +Fresque saint Augustin.<br> +<b>Sacristie</b>: Christ, ÉCOLE DU GIOTTO.<br> +<b>Réfectoire</b>: Ghirlandajo, Cène. Tabernacle de AG. DE DUCCIO.</p> + + +<p><b>OR SAN MICHELE</b>, constr. goth. de TADDEO GADDI.<br> +<b>Extérieur</b>: Statuettes des fenêtres, par TALENTI.<br> +<b>Est</b>: Statue de Jean-Baptiste, GHIBERTI.<br> +Groupe de saint Thomas, VERROCCHIO.<br> +Statue de saint Luc, par JEAN DE BOLOGNE.<br> +<b>Nord</b>: Statue de saint Pierre, DONATELLO.<br> +Statue de quatre saints NANNI DI BANCO.<br> +<b>Ouest</b>: Statue de saint Matthieu, GHIBERTI.<br> +Statue de saint Étienne, GHIBERTI.<br> +Saint Éloi, par NANNI DE BANCO.<br> +<b>Sud</b>: Saint Marc, par DONATELLO.<br> +Saint Jacob de GHIBERTI.<br> +Saint Georges de DONATELLO.<br> +Saint Jean Ev., par MONTELUPO.<br> +Reliefs des DELLA ROBBIA.<br> +<b>Intérieur</b>: constr. d'ORCAGNA.<br> +Tabernacle d'ORCAGNA. Image miraculeuse, B. DADDI.</p> + +<p><b>SAN ONOFRIO</b><br> +Cène attribuée à RAPHAEL.</p> + + +<p><b>LO SCALZO</b><br> +ANDRÉA DEL SARTO, Vie de saint Jean l'Évangéliste, fresques monochromes.</p> + + +<p><b>SAN SPIRITO</b><br> +Transept droit, FILIPPINO LIPPI, Vierge des Tanaï de NERLI.<br> +LORENZO DI CREDI, Vierge et saints.<br> +<b>Transept gauche</b>: PIERO DE COSIMO.<br> +Vierge et saints.<br> +<b>Sacristie </b>: constr., POLLAJUOLO.<br> +Vestibule, constr. SANGALLO.</p> + + +<p><b>SANTA TRINITA</b>, constr., NICOLAS PISANO.<br> +<b>Intérieur</b>: Statue de bois, sainte Madeleine, par DESIDERIO +SETTIGNANO.<br> +Annonciation, par LORENZO MONACO.<br> +<b>Chapelle Sassetti</b>, constr., Jules de SANGALLO. Fresques de la vie +de saint François, GHIRLANDAJO.</p> + + + + + + +<h3>MUSÉES</h3> + + +<p><b>MUSÉES</b> </p> + +<p><b>ACADÉMIE DES BEAUX-ARTS</b><br> + + +Salle I.<br> + +31. BALDOVINETTI, la Trinité.<br> + +27. ANGELICO, Retables.<br> + +Salle à coupole.<br> + +MICHEL-ANGE, le David.<br> + + +Salle III.<br> + +36. MASACCIO, Conception.<br> + +41. FRA FILIPPO LIPPI, Couronnement de la Vierge.<br> + +42. FRA FILIPPO LIPPI, Prédelle.<br> + +37 et 39. A. DEL CASTAGNO, Saint Jean-Baptiste et la Madeleine.<br> + +38. A. DEL CASTAGNO, saint Jérôme en prière.<br> + +32. GENTILE DA FABRIANO, Adoration des Mages.<br> + +34. ANGELICO, Déposition.<br> + +43. VERROCCHIO et LÉONARD DE VINCI, Baptême de Jésus-Christ.<br> + +46. BOTTICELLI, Vierge enfant, saints et saintes.<br> + +47. BOTTICELLI, Couronnement de la Vierge.<br> + +52. BOTTICELLI, Vierge sur un trône.<br> + +49. FRA FILIPPO LIPPI, Vierge et quatre saints.<br> + +50. GHIRLANDAJO, Adoration des Mages.<br> + +53. PÉRUGIN, le Jardin de Gethsémani.<br> + +56. PÉRUGIN, la Crucifixion.<br> + +55. PÉRUGIN, Assomption.<br> + +58. PÉRUGIN, Pieta.<br> + +54. LUCA SIGNORELLI, Vierge entourée de saints.<br> + +57. FILIPPINO LIPPI, Descente de croix.<br> + +59. AND. DEL SARTO, quatre Saints.<br> + +63. A DEL SARTO, Prédelle du tableau.<br> + +66. FRA BARTOLOMMEO, Apparition de la Vierge à saint Bernard.<br> + +69. FRA BARTOLOMMEO, saint Vincent.<br> + +78 et 82. FRA BARTOLOMMEO, têtes d'Apôtres.<br> + + +<b>Salle de l'Angelico</b><br> + +41. FRA ANGELICO, Jugement dernier.<br> + +16. Six petits panneaux, vie de saint Cosme et saint Damien.<br> + +11 à 24. Huit panneaux et trente-cinq sujets de la Vie du Christ.<br> + +20. Couronnement de la Vierge.<br> + +21. Pietà.<br> + +31. FRA BARTOLOMMEO, Savonarole.<br> + +18. PÉRUGIN, portraits de moines.<br> + + +<b>Salle V</b><br> + +Cartons de FRA BARTOLOMMEO.<br> + +Carton du David de MICHEL-ANGE.<br> + + +<b>Salle VI</b><br> + +22. ANT. POLLAJUOLO, saint Augustin.<br> + +23. A. POLLAJUOLO, sainte Monique.<br> + +24. VERROCCHIO, Tobie et les trois Archanges.<br> + +19. LUCA SIGNORELLI, Madeleine au pied de la croix.<br> + +16. GHIRLANDAJO, Vierge entre des Saints.<br> + +12. FRA FILIPPO LIPPI, Nativité.<br> + +6, 7, 8, 9. BOTTICELLI, Christ ressuscitant. Salomé avec la tête de +Jean-Baptiste.<br> + +Vision de saint Augustin.<br> + +Mort de saint Augustin.<br> + +20. BOTTICELLI, l'archange Raphaël et Tobie.<br> + +20. BOTTICELLI, le Printemps.</p> + + +<p><b>MUSÉE ARCHÉOLOGIQUE</b>.<br> + + +<b>Salle V</b><br> + +BRONZES<br> + +A. Minerve.<br> + +B. Portrait de Metellus.<br> + +C. Chimère.<br> + +D. Situla.<br> + +Vitrine n° 1. Tête de jeune homme.<br> + +2. Statuette de Bacchus.<br> + +3. Jupiter.<br> + +4. Castor.<br> + +5. Minerve Médica.<br> + +6. Athéné.<br> + + +<b>Salle VI</b><br> + +Vase François.<br> + + +<b>Salle VIII</b><br> + +Sarcophage en terre cuite de Larthia Saranthia.<br> + +Sarcophages en albâtre.<br> + +Sarcophage en pierre avec statue.<br> + +Statue cinéraire.<br> + + +DEUXIÈME ÉTAGE<br> + +<b>Galerie des Tapisseries</b><br> + +Salle I. Étoffes.<br> + +Salle II. Broderies.<br> + +Salles III, IV, V. Broderies.<br> + +Salle VI. Tapisseries de Florence, XVIIe et XVIIIe siècles.<br> + +Salle VII. Tapisseries flamandes. XVIe siècle.<br> + +Salle VIII. Tapisseries de Florence, XVIe siècle.<br> + +Salle IX. Suite.<br> + +Salle XII. Gobelins, histoire d'Esther.<br> + +Salle XIII. Suite.<br> + +Salle XIV. Tapisseries flamandes, XVIe siècle.<br> + +Salle XVI. Tapisseries des Flandres, XVIe siècle.<br> + +Salles XVIII, XIX, XX. Séries de tapisseries de Florence des XVIe, +XVIIe et XVIIIe siècles.</p> + + +<p><b>BARGELLO</b> (musée national).<br> + +<b>Const.</b>: TADDEO GADDI. Cour, escalier, BENCI DI CIONE et NERI +FIORAVENTI.<br> + +<b>Rez-de-chaussée</b>.<br> + +Salle des Armures. BENVENUTO CELLINI, casque et rondache de François +Ier.<br> + + +<b>Salle des Portiques</b><br> + +I. Tombeaux du XIVe siècle.<br> + +II. Bas-reliefs de ROVEZZANO.<br> + +MICHEL-ANGE, buste de Brutus.<br> + +Masque de faune.<br> + +Bas-relief de la Vierge avec l'Enfant.<br> + +Bacchus ivre.<br> + +Petit groupe, Léda et le Cygne.<br> + +Réduction en marbre du Moïse.<br> + + +<b>PREMIER ÉTAGE</b><br> + +Cloches en bronze.<br> + + +<b>Salle I</b><br> + +DONATELLO, rondes d'enfants, quatre bas-reliefs pour les tribunes des +orgues du Dôme.<br> + +Le Cupidon (bronze).<br> + +Le David (bronze).<br> + +Buste en bas-relief de saint Jean.<br> + +Statue de saint Jean-Baptiste en pied.<br> + +David (marbre).<br> + +MICHEL-ANGE, Adam mourant.<br> + +MICHEL-ANGE, la Victoire.<br> + + +<b>Salle III</b><br> + +FAÏENCES<br> + +<b>Chapelle</b>: GIOTTO, fresques. Vitrines, nielles.<br> + + +<b>Salle V</b><br> + +IVOIRES, AMBRES ET COUPES<br> + + +<b>Salle VI</b><br> + +BRONZES<br> + +GHIBERTI, reliquaire de sainte Jacinthe.<br> + +VECCHIETTA, statue de Marino Soccino.<br> + +VERROCCHIO, David.<br> + +Vitrine A. POLLAJUOLO, Hercule et Cacus.<br> + + +<b>Salle VII</b><br> + +BRONZES<br> + +<b>Benvenuto Cellini</b>, buste de Cosme I.<br> + +B. CELLINI, modèles pour le Persée.<br> + +DONATELLO, frise, Bacchanale d'enfants.<br> + +JEAN DE BOLOGNE, le Mercure.<br> + + +DEUXIÈME ÉTAGE<br> + +ANDREA DEL CASTAGNO, Fresques.<br> + + +<b>Salle II</b><br> + +Bas-reliefs, par les DELLA ROBBIA.<br> + +Vitrines des faïences.<br> + + +<b>Salle III</b><br> + +TAPISSERIES<br> + + +<b>Salle V</b><br> + +MARBRES<br> + +MINO DA FIESOLE, buste de Rinaldo della Luna.<br> + +VERROCCHIO, haut-relief, mort de Francesca Pitti.<br> + +BEN. DA MAJANO, buste de Mellini.<br> + +MINO DA FIESOLE, buste de jeune femme.<br> + +A. DEL POLLAJUOLO, buste de jeune guerrier.<br> + +BEN. DA MAJANO, buste appelé le prêtre florentin.<br> + + +<b>Salle VI</b><br> + +MARBRES<br> + +VERROCCHIO, bas-relief, la Vierge et l'enfant Jésus.<br> + +VERROCCHIO, buste de femme.<br> + +MATTEO CIVITALI, la Foi.<br> + +MESS. DA FIESOLE, buste de Pierre de Médicis.<br> + +BENED. DA MAJANO, saint Jean.<br> + +SANSOVINO, Statue de Bacchus.<br> + +MICHEL-ANGE, Apollon.<br> + + +<b>Salle IV</b><br> + +SCEAUX ET MONNAIES</p> + + + +<p><b>CASA BUONARROTI Musée Michel-Ange</b><br> +1re Chambre, Combat des Centaures et des Lapithes.<br> +2e Chambre, dessins.<br> +Cadre Ier, Cléopâtre.<br> +Cadre IX, 75. Projet de façade pour Saint-Laurent de Florence.<br> +Cadre XV, 75, Vierge allaitant l'Enfant.<br> +<b>Chapelle</b><br> +72. Vierge assise avec enfant (marbre).</p> + + +<p><b>OFFICES</b>, constr. VASARI.<br> +<b>Corridor occidental</b>.<br> +17. PIETRO LORENZETTI, petit tableau des anachorètes.<br> +25. SIMONE DI MARTINO et LIPPO MEMMI, Annonciation.<br> +24 et 26. San Ansano et Santa Giuletta.<br> +45. BICCI DI LORENZO, S. S. Cosimo et Damiano.<br> +52. PAOLO UCCELLO, tableau de bataille.<br> +PIERO DEL POLLAJUOLO:<br> +69. <i>L'Espérance</i>.<br> +70. <i>La Justice</i>.<br> +71. <i>La Tempérance</i>.<br> +72. <i>La Foi</i>.<br> +73. <i>La Charité</i>.<br> +34. LUCA SIGNORELLI, la Vierge avec l'Enfant.<br> + + +ÉCOLE TOSCANE<br> + + +1° Salle A.<br> + +1157. LÉONARD DE VINCI (?), Tête de jeune homme vue de face, les cheveux +rejetés en arrière.<br> + +1159. LÉONARD DE VINCI (?), Tête de Méduse.<br> + +1167. MASACCIO, beau portrait en buste d'un vieillard inconnu. Fragment +de fresque également attribué à Filippino Lippi.<br> + +1154. INCONNU, <i>Le Médailleur</i>.<br> + +1156 et 1158. SANDRO BOTTICELLI. Histoire de Judith et d'Holopherne, en +petits tableaux.<br> + +1156. La Judith.<br> + +1158. Holopherne.<br> + +1153. ANTOINE POLLAJUOLO, les Travaux d'Hercule.<br> + +1178 et 1184. FRA ANGELICO, les Fiançailles et les Funérailles de la +Vierge.<br> + +1182. BOTTICELLI, La Calomnie. Description d'un tableau disparu +d'Apelles.<br> + + +2° Salle B.<br> + +1257. FILIPPINO LIPPI, l'Adoration des Mages.<br> + +1268. FILIPPINO LIPPI, la Vierge et quatre Saints.<br> + +1112. ANDREA DEL SARTO, la Vierge avec l'Enfant, saint François et saint +Jean l'Évangéliste.<br> + +1279. ANT. BAZZI (dit le <i>Sodoma</i>), Saint Sébastien.<br> + +1252. LÉONARD DE VINCI, l'Adoration des Mages.<br> + +1257. FILIPPO LIPPI, Adoration des Rois.<br> + +1288. LÉONARD DE VINCI, l'Annonciation.<br> + +1301. ANTONIO DEL POLLAJUOLO, Saint Eustache, saint Jacques et saint +Vincent.<br> + +1300. PIERO DELLA FRANCESCA, portraits de Frédéric de Montefeltro et de +Battista Sforza, sa femme.<br> + +1290. BEATO ANGELICO, Couronnement de la Vierge.<br> + +1306. ANT. DEL POLLAJUOLO, la Prudence.<br> + +1267 <i>bis</i>. Sandro FILIPEPPI, dit <i>Botticelli</i>, la Vierge et +l'Enfant.<br> + +1289. BOTTICELLI, la Vierge et l'Enfant à la Grenade.<br> + +<p>1299. BOTTICELLI, la Force.<br> + +1307. FRA FILIPPO LIPPI, la Vierge adore l'Enfant présenté par deux +anges.<br> + + +<b>La Tribune</b><br> + +Décoration POCETTI.<br> + + +SCULPTURES<br> + +342. <i>Vénus de Médicis</i>.<br> + +343. <i>Les Lutteurs</i>.<br> + +344. <i>Le Satyre dansant</i>.<br> + +345. <i>L'Apollino</i>.<br> + +346. <i>Le Rémouleur</i>.<br> + + +TABLEAUX<br> + +1131. RAPHAEL, portrait de Jules II.<br> + +129. RAPHAEL, la Vierge du Chardonneret.<br> + +1127. RAPHAEL, Saint Jean dans le désert.<br> + +1123. SÉB. DEL PIOMBO, La Fornarina.<br> + +1120. RAPHAEL, portrait d'une inconnue.<br> + +1117. LE TITIEN, la Vénus au petit chien.<br> + +1139. MICHEL-ANGE. Sainte Famille.<br> + +1141. ALBERT DÜRER, Adoration des Mages.<br> + +1118. CORRÈGE, le Repos en Égypte.<br> + +1111. MANTEGNA, Triptyque: l'Adoration des Mages, la Circoncision, la +Résurrection.<br> + + +ÉCOLE ITALIENNE MAÎTRES DIVERS<br> + + +<b>Salle III</b><br> + +1291. LUCA SIGNORELLI, Sainte Famille.<br> + +1298. Prédelle du précédent.<br> + + +<b>Salle IV</b><br> + +1025. MANTEGNA, la Vierge aux Rochers.<br> + + +ÉCOLE HOLLANDAISE<br> + + +<b>Salle V</b>.<br> + +695. LUCAS DE LEYDE (?), Ferdinand, infant d'Espagne.<br> + + +ÉCOLES ALLEMANDE ET FLAMANDE<br> + + +(1re salle)<br> + +<b>Salle VI</b>.<br> + +795. ROGER VAN DER WEYDEN, Jésus au Sépulcre.<br> + +784. HANS HOLBEIN, LE JEUNE, portrait de Zwingli.<br> + +777 et 768. ALBERT DÜRER, portrait de son père.<br> + +765. HANS HOLBEIN, LE JEUNE, Richard Southwell.<br> + +850. HANS HOLBEIN, cadre de plusieurs petites têtes.<br> + +IX. <i>Médaillon de Hans Holbein</i>.<br> + +847. LUCAS CRANACH, Luther et Mélanchthon.<br> + +845. Jean et Frédéric, électeurs de Saxe.<br> + + +ÉCOLES ALLEMANDE ET FLAMANDE<br> + + +(2ème salle)<br> + +<b>Salle VII</b>.<br> + +SCHOUFFLEIN DE NUREMBERG, Scènes de la vie de saint Pierre et de saint +Paul.<br> + +703. JEAN MEMLING, la Madone sur un trône.<br> + + +ÉCOLE FRANÇAISE<br> + + +<b>Salle VIII</b>.<br> + +674. LARGILLIÈRE, portrait de Jean-Baptiste Rousseau.<br> + +671. ANTOINE WATTEAU, le Joueur de flûte.<br> + +667. FRANÇOIS CLOUET, François Ier (petit portrait équestre).<br> + + +LES GEMMES<br> + + +<b>Salle IX</b>.<br> + +<i>Armoire II</i>, cassette en cristal de roche, VICENTINO.<br> + +<i>Armoire V</i>, coupe en pierre dure, attribuée à JEAN DE BOLOGNE.<br> + +<i>Armoire VI</i>, coupe en cristal de roche, par BENVENUTO CELLINI.<br> + + +<b>Corridor méridional</b><br> + +138. TIREUR D'ÉPINE.<br> + +141. Base triangulaire grecque.<br> + +MICHEL-ANGE, Bacchus et Satyre.<br> + + +<b>Corridor occidental</b><br> + +155-156. Marsyas.<br> + + +<b>Salle XXIII</b><br> + +ÉCOLE VÉNITIENNE<br> + +767. FRA SÉB. DEL PIOMBO, Mort d'Adonis.<br> + +599 et 605. TITIEN, portraits du duc et de la duchesse d'Urbin.<br> + +626. TITIEN, Flore.<br> + + +<b>Salle XXIV</b><br> + +629. MORONE, Portrait de savant.<br> + +631. JEAN BELLIN, La Vierge au lac.<br> + +601-638. TINTORET, portraits de l'amiral Venier et de Sansovino.<br> + + +<b>Salle Lorenzo Monaco</b><br> + +1309. LORENZO MONACO, Couronnement de la Vierge.<br> + +1310. GENTILE DE FABRIANO, Quatre Saints.<br> + +17. ANGELICO, La Vierge trônant.<br> + +1297. GHIRLANDAJO, Vierge et Enfant.<br> + +1286. BOTTICELLI, Adoration des Mages.<br> + +39. BOTTICELLI, Naissance de Vénus.<br> + +1309. VENEZIANO, Vierge trônant.<br> + + +PORTRAITS DES ARTISTES PAR EUX-MÊMES.<br> + + +<b>Salle XIX</b><br> + +MAÎTRES ANCIENS<br> + +233. RUBENS, sans chapeau.<br> + +228. RUBENS, avec chapeau.<br> + +354. JEAN BELLIN.<br> + +288. RAPHAEL.<br> + +287. PIERRE PÉRUGIN, portrait de l'Espagnol LOPEZ PEREGO.<br> + +223. VAN DYCK.<br> + +237. QUENTIN MATSYS.<br> + +236. ANTONIO MOOR.<br> + +232. HANS HOLBEIN.<br> + +451-452. REMBRANDT.<br> + +239. VASE MÉDICIS.<br> + + +MAÎTRES MODERNES<br> + + +<b>Salle XV</b><br> + +Inscriptions et statues antiques.<br> + + +<b>Salle XVI</b><br> + +Cabinet de l'Hermaphrodite.<br> + +306. Hermaphrodite.<br> + +308. Ganymède.<br> + + +<b>Salle XVII</b><br> + +Cabinet des Camées.<br> + +371. Buste de Savonarole.<br> + +373. Buste de Léon X.<br> + +334. Scène allégorique.<br> + +Masque de Dante.<br> + +Portraits des Médicis.<br> + +Miniatures.<br> + +Modèle en cire du Penseur.<br> + + +<b>Salle XIII</b><br> + +Dix-sept statues des Niobides.<br> + +140. RUBENS, Henri IV à la bataille d'Ivry.<br> + +147. RUBENS, Entrée d'Henri IV à Paris.<br> + + +<b>Salles XI et XII</b>.<br> + +BRONZES ANTIQUES<br> + +424. Idolino.<br> + +148. DESIDERIO DA SETTIGNANO, Base de l'Idolino.<br> + + +<b>Salles des dessins</b></p> + + +<p><b>PALAIS PITTI</b><br> + + +<b>Salle de l'Iliade</b><br> + +201. TITIEN, le Cardinal Hippolyte de Médicis.<br> + +219. PÉRUGIN, Vierge et Enfant.<br> + +185. TITIEN, le Concert.<br> + +207. RIDOLFO GHIRLANDAJO, l'Orfèvre.<br> + +208. FRA BARTOLOMMEO, Vierge trônant.<br> + + +<b>Salle de Saturne</b><br> + +178. RAPHAEL, Madone du grand-duc.<br> + +174. RAPHAEL, Vision d'Ézéchiel.<br> + +164. PÉRUGIN, Déposition.<br> + +159. FRA BARTOLOMMEO, Résurrection.<br> + +151. RAPHAEL, Vierge à la chaise.<br> + +190. SUSTERMANS, Portrait de Frédéric II de Danemark.<br> + +113. MICHEL-ANGE, les Parques.<br> + + +<b>Salle de Mars</b><br> + +94. RAPHAEL, Madonna dell'Impannata.<br> + +92. TITIEN, portrait d'homme.<br> + +86. RUBENS, les Conséquences de la guerre.<br> + +85. RUBENS, les Quatre Philosophes.<br> + +82. VAN DYCK. Le cardinal Bentivoglio.<br> + + +<b>Salle d'Apollon</b><br> + +67. TITIEN, la Madeleine.<br> + +64. FRA BARTOLOMMEO, La Déposition.<br> + +61. RAPHAEL, Portrait d'Angiolo Doni.<br> + +59. RAPHAEL, Madeleine Doni.<br> + +58. A. DEL SARTO, Déposition.<br> + +54. TITIEN, Pierre Arétin.<br> + +63. RAPHAEL, Léon X et les cardinaux Rossi et de Médicis.<br> + + +<b>Salle de Vénus</b><br> + +18. TITIEN, la Belle.<br> + +3. TINTORET, Vénus, Vulcain et l'Amour.<br> + + +<b>Salle de Prométhée</b>.<br> + +372. A. DEL CASTAGNO, portrait d'homme.<br> + +373. P. POLLAJUOLO, saint Sébastien.<br> + +353. BOTTICELLI, la Belle Simonetta.<br> + +347. FILIPPINO LIPPI, Sainte Famille.<br> + +343. FRA FILIPPO LIPPI. La Vierge, l'Enfant.</p> + + + +<p><b>PALAIS PITTI</b>, const. BRUNELLESCHI. Grande cour Bart. AMMANATI. +<br> +APPARTEMENTS<br> +ARGENTERIE<br> +<b>Jardins Boboli</b>. Dessinés par TRIBOLO et BUONTALENTI.<br> +Grotte. Quatre statues, par MICHEL-ANGE. Hercule par Michel-Ange.<br> +(Île). Groupe de JEAN DE BOLOGNE. Statue de l'Océan, par JEAN DE BOLOGNE.</p> + + +<p><b>INSTITUT PHILHARMONIQUE</b>. GIOTTINO, fresque Expulsion du duc +d'Athènes.</p> + + +<p><b>LOGGIA DE LANZI</b>, constr. goth. d'ORCAGNA. Médaillons des Vertus, +SIMONE TALENTI.<br> +Persée: BENV. CELLINI.<br> +Judith et Holopherne. DONATELLO.<br> +Enlèvement des Sabines, JEAN DE BOLOGNE.<br> +Hercule et Nessus, JEAN DE BOLOGNE.</p> + + +<p><b>MAISON DES CARDEURS DE LAINE</b>.</p> + + +<p><b>PALAIS ANTINORI</b>, constr. SANGALLO.</p> + + +<p><b>MAISON DE BIANCA CAPELLO</b>.</p> + + +<p><b>PALAIS CORSINI</b>.<br> +GALERIE<br> +BOTTICELLI, Vierge.<br> +FILIPPINO, Vierge et Enfant.<br> +MEMLING, portrait d'homme.<br> +SIGNORELLI, Vierge et Saints.<br> + +<b>PALAIS MARTELLI</b>. Armoiries dans l'escalier et statues de David, et +de saint Jean-Baptiste, par DONATELLO.<br> +En face du Palais, MINO DA FIESOLE, tabernacle.</p> + +<p><b>PALAIS QUARATESI</b>, constr. BRUNELLESCHI. Plafond, armoiries des +Pazzi et des Quaratesi, LUCA DELLA ROBBIA.9</p> + + +<p><b>PALAIS RICCARDI</b>, constr. MICHELOZZO.<br> +Cour, Médaillons en relief, DONATELLO.<br> +Galerie, plafond, L. GIORDANO.<br> +<b>Chapelle</b>: Fresques de BENOZZO GOZZOLI, Cortège des rois Mages +allant à Bethléem.</p> + + +<p><b>PALAIS RUCELLAI</b>, constr. L.-B. ALBERTI.</p> + + +<p><b>PALAIS STROZZI</b>, constr., par BENEDETTO DA MAJANO. Lanternes par +CAPARRA.<br> +<b>PALAIS SPINI</b>.<br> +<b>PALAIS VIEUX</b>, constr. goth.</p> + +<p>ARNOLFO DI CAMBIO. Constr. intérieure, VASARI.<br> +Cour, MICHELOZZO. Stucages, M. DA FAENZA.<br> +Fontaine. Enfant au Dauphin, VERROCCHIO.<br> +<b>Intérieur</b>.<br> +PREMIER ÉTAGE, encadrement de porte, TEDESCO.<br> +<b>Grande Salle</b>, constr. et fresques, VASARI.<br> +<b>Salle de l'Horloge</b>.<br> +D. GHIRLANDAJO, Saint Zenobe, fresques.<br> +<b>Salle d'audience</b>, encadrement et porte, BEN. DA MAJANO. Plafond.<br> +DEUXIÈME ÉTAGE<br> +<b>Salle des Lys</b>, porte de BENED. et de JULES DE MAJANO. Plafond.<br> +Fresques de RID. GHIRLANDAJO<br> +<b>Chapelle Saint-Bernard</b>. Peintures de RID. GHIRLANDAJO.<br> + + +<p><b>PLACE DE L'ANNUNZIATA</b>.<br> +Statue équestre de Cosme I, JEAN DE BOLOGNE.<br> + + +<p><b>PLACE SANTA CROCE</b>.<br> + + +<p><b>PLACE DU DOME</b>. Colonne Saint-Zénobe.<br> + + +<p><b>PLACE SAINTE-MARIE NOUVELLE</b>. Obélisques.</p> + +<p><b>PLACE DE LA SEIGNEURIE</b><br> +Groupe d'Hercule et de Cacus, par BANDINELLI.<br> +Statue équestre de Cosme I, par JEAN DE BOLOGNE.</p> + + +<p><b>PONTE ALLA CARRAJA</b>.</p> + + +<p><b>PONTE SANTA TRINITA</b>.</p> + + +<p><b>PONTE VECCHIO</b>.</p> + +<p><b>PORTES</b>.<br> +<b>ENVIRONS DE FLORENCE</b></p> + + +<p><b>SAN ANSANO DE FIESOLE</b>.<br> +BOTTICELLI: Quatre Triomphes.<br> +LUCA DELLA ROBBIA:<br> +ANDREA et JEAN DELLA ROBBIA: Multiples œuvres.</p> + +<p><b>BADIA DE FIESOLE</b>.<br> +Constr. romane, parties ajoutées, par BRUNELLESCHI; Décorations +intérieures, DESIDERIO DA SETTIGNANO; Fontaines, par BRUNELLESCHI. +Lavabo, MINO DA FIESOLE.<br> +Église, par BRUNELLESCHI.</p> + + +<p><b>BELLO SGUARDO</b>.<br> +Villa, MICHELOZZO.</p> + + +<p><b>BROZZI</b>.<br> +Palais.</p> + + +<p><b>VILLA DI CASTELLO</b>.<br> +Jardins, dessinés par TRIBOLO<br> +Fontaine, par TRIBOLO.<br> +Grotte, animaux, par JEAN DE BOLOGNE.</p> + +<p><b>CARREGGI</b>, constr.: MICHELOZZO.<br> +Jardins.</p> + + +<p><b>DOCCIA</b>.</p> + + +<p>LORENZO DI CREDI, Baptême du Christ.<br> +PERRUCCI, Christ sculpté en bois.</p> + + +<p><b>SAN DONINO</b>.</p> + + +<p><b>CHARTREUSE D'EMA</b>.<br> +<b>Église. Intérieur</b>:<br> +Chapelle Sainte-Marie, ORCAGNA.<br> +<b>Chapelle sépulcrale</b>: Acciajuoli.<br> +Tombeau de Nicolas Acciajuoli, par DONATELLO.<br> +Tombeau du grand Sénéchal.<br> +Acciajuoli, Orcagna.<br> +Plaques tombales, ÉCOLE D'ORCAGNA.<br> +<b>Chiostrino</b>.<br> +<b>Colloquio</b>: Vitraux, par JEAN D'UDINE.<br> +<b>Réfectoire</b>: Porte, LUCA DELLA ROBBIA, Saint Laurent.<br> +<b>Chapelle du Chapitre</b>:<br> +Tombeau de Leonardo Buonafede, par SANGALLO ALBERTINELLI, Crucifixion.<br> +Grand cloître.<br> +Dessin du grand puits, MICHEL-ANGE.</p> + + +<p><b>FIESOLE</b>.</p> + +<p><b>Dôme</b>: constr. romane.<br> +<b>Intérieur </b>: Tabernacle, FERRUCCI.<br> +<b>Chapelle Salutati</b>:<br> +Tombeau de Salutati et retable, MINO DA FIESOLE.</p> + + +<p><b>THÉÂTRE ANTIQUE</b>.</p> + + +<p><b>PALAZZO PRETORIO</b>, musée.</p> + + +<p><b>ÉG. SANTA MARIA PRIMERANA</b>.<br> +LUCA DELLA ROBBIA, Crucifixion.</p> + + +<p><b>SAN FRANCESCO DI PAOLO</b>.<br> +Tombeau de Federighi, par LUCA DELLA ROBBIA.</p> + + +<p><b>SAN GIOVANNI DELLA CALZA</b>.<br> +PÉRUGIN, Crucifixion.</p> + + +<p><b>GALUZZO</b>.<br> +Place de l'Hôtel de Ville.</p> + +<p><b>SAN MINIATO AL MONTE</b>, constr. romane: Façade classique.<br> +Pavé.<br> +Intérieur.<br> +Crypte.<br> +Autel, MICHELOZZO. Intérieur, LUCA DELLA ROBBIA.<br> +Mosaïques, chœur.<br> +Ambon.<br> +Stalles, par GAJUOLE.<br> +Chapelle San Giacomo, constr. ROSSELLINO; décoration, A. POLLAFUOLO et +DELLA ROBBIA BALDOVINETTI, fresque, l'Annonciation.<br> +<b>Sacristie</b>:<br> +SPINELLO ARETINO, Fresques de l'histoire de saint Benoît.</p> + + +<p><b>PERETOLA</b>.</p> + + +<p><b>PETRAJA</b>. constr. BUONTALENTI.<br> +Fontaine de TRIBOLO.<br> +Baigneuse de la fontaine, JEAN BOLOGNE.<br> +<b>Intérieur</b>:<br> +DANIEL DE VOLTERRE, fresques.</p> + + +<p><b>PLACE MICHEL-ANGE</b>.<br> +Monument de MICHEL-ANGE.</p> + + +<p>POGGIO A CAJANO, constr. SAN GALLO.<br> +<b>Intérieur</b>:<br> +Chambre de BIANCA CAPELLO, escalier, cheminée.<br> +Salle de Théâtre.<br> +Grande galerie, plafond.<br> +AND. DEL SARTO, le Tribut à César.<br> +Festin de Scipion et de Syphax.</p> + +<p><b>POGGIO IMPERIALE</b>.</p> + +<p><b>SAN SALVATORE AL MONTE</b>, constr. du CRONACA.<br> +Groupe polychrome de JEAN DELLA ROBBIA.<br> +Réfectoire.</p> + + +<p><b>SAN SALVI</b>.<br> +A. DEL SARTO, Cène, fresques de moine.</p> + +<p><b>SAN STEFANO IN PANE</b>.<br> +Retable de JEAN DELLA ROBBIA.</p> + + +<p><b>VINCIGLIATA</b>.</p> + + + + + + + + + +<pre> + + + + + +End of the Project Gutenberg EBook of Florence historique, monumentale, +artistique, by Marcel Niké + +*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK FLORENCE HISTORIQUE *** + +***** This file should be named 17459-h.htm or 17459-h.zip ***** +This and all associated files of various formats will be found in: + http://www.gutenberg.org/1/7/4/5/17459/ + +Produced by Frank van Drogen, Massimo Blasi and the Online +Distributed Proofreaders Europe at http://dp.rastko.net. +This file was produced from images generously made available +by the Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica) + + +Updated editions will replace the previous one--the old editions +will be renamed. + +Creating the works from public domain print editions means that no +one owns a United States copyright in these works, so the Foundation +(and you!) can copy and distribute it in the United States without +permission and without paying copyright royalties. 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It exists +because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from +people in all walks of life. + +Volunteers and financial support to provide volunteers with the +assistance they need, is critical to reaching Project Gutenberg-tm's +goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will +remain freely available for generations to come. In 2001, the Project +Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure +and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations. +To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation +and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4 +and the Foundation web page at http://www.pglaf.org. + + +Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive +Foundation + +The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit +501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the +state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal +Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification +number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at +http://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg +Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent +permitted by U.S. federal laws and your state's laws. + +The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S. +Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered +throughout numerous locations. Its business office is located at +809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email +business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact +information can be found at the Foundation's web site and official +page at http://pglaf.org + +For additional contact information: + Dr. Gregory B. Newby + Chief Executive and Director + gbnewby@pglaf.org + + +Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg +Literary Archive Foundation + +Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide +spread public support and donations to carry out its mission of +increasing the number of public domain and licensed works that can be +freely distributed in machine readable form accessible by the widest +array of equipment including outdated equipment. Many small donations +($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt +status with the IRS. + +The Foundation is committed to complying with the laws regulating +charities and charitable donations in all 50 states of the United +States. Compliance requirements are not uniform and it takes a +considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up +with these requirements. We do not solicit donations in locations +where we have not received written confirmation of compliance. To +SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any +particular state visit http://pglaf.org + +While we cannot and do not solicit contributions from states where we +have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition +against accepting unsolicited donations from donors in such states who +approach us with offers to donate. + +International donations are gratefully accepted, but we cannot make +any statements concerning tax treatment of donations received from +outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff. + +Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation +methods and addresses. Donations are accepted in a number of other +ways including including checks, online payments and credit card +donations. To donate, please visit: http://pglaf.org/donate + + +Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic +works. + +Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm +concept of a library of electronic works that could be freely shared +with anyone. For thirty years, he produced and distributed Project +Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support. + + +Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed +editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S. +unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily +keep eBooks in compliance with any particular paper edition. + + +Most people start at our Web site which has the main PG search facility: + + http://www.gutenberg.org + +This Web site includes information about Project Gutenberg-tm, +including how to make donations to the Project Gutenberg Literary +Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to +subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks. + + +</pre> + +</body> +</html> diff --git a/17459-h/images/01-77.png b/17459-h/images/01-77.png Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..ddc0520 --- /dev/null +++ b/17459-h/images/01-77.png diff --git a/17459-h/images/02-90.png b/17459-h/images/02-90.png Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..57c6216 --- /dev/null +++ b/17459-h/images/02-90.png diff --git a/17459-h/images/03-93.png b/17459-h/images/03-93.png Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..5f1b8af --- /dev/null +++ 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