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authorRoger Frank <rfrank@pglaf.org>2025-10-15 04:51:11 -0700
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+ <title>Florence</title>
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+<pre>
+
+The Project Gutenberg EBook of Florence historique, monumentale, artistique, by
+Marcel Niké
+
+This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
+almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
+re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
+with this eBook or online at www.gutenberg.org
+
+
+Title: Florence historique, monumentale, artistique
+
+Author: Marcel Niké
+
+Release Date: January 4, 2006 [EBook #17459]
+
+Language: French
+
+Character set encoding: UTF-8
+
+*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK FLORENCE HISTORIQUE ***
+
+
+
+
+Produced by Frank van Drogen, Massimo Blasi and the Online
+Distributed Proofreaders Europe at http://dp.rastko.net.
+This file was produced from images generously made available
+by the Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica)
+
+
+
+
+
+
+</pre>
+
+
+<h3>MARCEL NIKÉ</h3>
+
+
+
+<h1>FLORENCE</h1>
+
+<h2>HISTORIQUE, MONUMENTALE,<br>
+ARTISTIQUE</h2>
+
+<h3>GUIDE D'ART<br>
+DANS FLORENCE ET SES ENVIRONS</h3>
+
+<h5><i>Ouvrage accompagné de plusieurs plans et cartes</i></h5>
+
+<h4>DEUXIÈME ÉDITION</h4>
+
+<p class="mid">LIBRAIRIE DE PARIS</p>
+
+<p class="mid"><span class="sml">Firmin-Didot et Cie., Imprimeurs-Éditeurs<br>
+ 56, Rue Jacob, PARIS</span></p>
+
+<br><br><br>
+
+
+<h3>AVANT-PROPOS</h3>
+
+
+<p>L'accueil indulgent accordé par le public et par la presse à l'<i>Essai
+d'Itinéraire d'Art en Italie</i>, m'a encouragée à faire paraître ce
+nouveau travail.</p>
+
+<p>J'ai dû remettre à une date ultérieure <i>Les Arts Accessoires</i><a id="footnotetag1" name="footnotetag1"></a><a href="#footnote1"><sup>1</sup></a>
+destinés, dans mon intention, à faire suite à l'<i>Essai</i>, et
+interrompre la série de ces Études pour déférer au vœu, souvent formulé,
+de me voir publier un ouvrage esthétique et pratique sur Florence et sur
+la Toscane, c'est-à-dire Pise, Lucques, Pistoie, enfin Sienne et ses
+alentours.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote1" name="footnote1"></a><b>Note 1: </b><a href="#footnotetag1">(retour) </a><p><i>Un Essai d'Itinéraire d'Art en Italie</i>, p. 3, note.</p></blockquote>
+
+<p>Le volume qui paraît aujourd'hui est consacré à Florence et à ses
+environs immédiats, matière aussi inépuisable que variée.</p>
+
+<p>L'expérience m'a fait reconnaître quelle perte de temps et quelle fatigue
+seraient évitées, si, au lieu d'errer à l'aventure, on pouvait procédé
+méthodiquement et embrasser dans une même visite tout ce qui, dans un
+même rayon, est digne de remarque.</p>
+
+<p>Pour assurer ce classement, il m'a paru indispensable d'établir un plan
+spécial de Florence divisé en huit régions correspondant chacune à un des
+huit chapitres du volume et cela de manière à ce qu'une vue, tout à la
+fois d'ensemble et de détail, se présente aux yeux du lecteur. Le besoin
+de clarté m'a encore poussée à m'attacher avec un soin jaloux à la
+rédaction des tables. Elles sont une brève et complète nomenclature, une
+sorte de catalogue fidèle autant du livre que de la ville elle-même, où
+l'on trouvera résumé à sa place alphabétique tout ce qui, dans un même
+lieu, doit fixer l'attention et se graver dans la mémoire.</p>
+
+<p>A Florence, l'étude de l'art et des monuments est si inséparable, si
+indissoluble de l'histoire, que j'ai dû forcément placer en tête de cet
+essai un aperçu historique qui me permît de faire évoluer dans son
+milieu, à l'aide des événements d'où il a découlé, le noble et complet
+art toscan. Autant que possible, je me suis efforcée d'évoquer l'épopée
+florentine et de faire revivre l'inoubliable grandeur de ce peuple,
+auquel nulle inspiration généreuse n'a été étrangère et dont le cœur n'a
+jamais cessé de battre noblement pour toute idée de justice et de
+liberté!</p>
+
+<p>Aussi Florence est-elle la patrie véritable de quiconque, en quête de
+l'Idéal, poursuit sans trève cette éternelle, cette insaisissable
+chimère!</p>
+
+<p>La patrie de tous ceux qui, les yeux fixés sur des horizons inconnus,
+entrent chacun à leur tour dans la carrière où, coureurs infatigables,
+ils se transmettent le flambeau sacré, sans savoir quelle main le portera
+jamais au but.</p>
+
+<p>S'il est peu consolant de voir, au cours de l'histoire florentine,
+l'inanité du progrès et la stérilité de l'effort sous le criminel
+envahissement du despotisme, le grain semé n'en a pas moins levé,
+produisant une ample moisson, puisque, dans tous ceux qui auront le culte
+pur de la Beauté, se perpétuera et fleurira, au travers des temps, l'âme
+florentine.</p>
+<br><br><br>
+
+
+
+<h2>APERÇU</h2>
+
+<h5>SUR</h5>
+
+<h2>L'HISTOIRE DE FLORENCE</h2>
+<br>
+
+
+<p>Par sa situation géographique, la Toscane occupe le centre de l'Italie;
+par toutes ses manifestations artistiques, elle en est l'âme. Cette
+contrée peu étendue mais privilégiée, comme autrefois la Grèce, par la
+beauté des sites, la fertilité du sol, la sérénité du climat, semble,
+comme elle, avoir réuni à un degré unique toutes les conditions propices
+au développement de l'esprit humain.</p>
+
+<p>La première fois que, dans les temps antiques, un peuple digne de mémoire
+se rencontre en Italie, c'est en Toscane. Les Étrusques, venus des
+plateaux de l'Asie centrale, comme tous les immigrants par lesquels fut
+colonisée l'Europe, y apportaient les bienfaits de toutes les
+civilisations rencontrées par eux dans leurs étapes successives, soit en
+Asie Mineure, soit en Grèce ou en Sicile. C'est dans ce fait que réside
+assurément l'explication toute naturelle de la culture politique, de la
+culture artistique, si prématurément développées chez le peuple toscan.</p>
+
+<p>Entre l'Etrusque et le Toscan existent les mêmes affinités qu'entre le
+Gaulois et le Français, c'est-à-dire que l'influence de la souche
+primitive est si persistante, si profondément enracinée qu'on la retrouve
+encore par delà les siècles. En effet, la forme massive, pélasgique, pour
+ainsi dire, des murs imposants de Cortone ou de Volterra ne se
+reconnaît-elle pas dans les lourdes constructions florentines, et leur
+bossage même ne rappelle-t-il pas l'appareil étrusque, attestant la
+perpétuité d'une forte et puissante race sur le sol toscan?</p>
+
+<p>La domination romaine amena une nouvelle colonisation de l'Étrurie et
+couvrit le pays de villes importantes égales aux anciennes cités, déjà en
+pleine prospérité.</p>
+
+<p>Ce ne fut pourtant que lorsque Antoine et Octave fondèrent leurs colonies
+militaires en 50 avant J.-C. que l'une d'elles, s'étant fixée dans la
+partie du pays réputée la plus fertile, et émerveillée de la richesse de
+sa nouvelle patrie, appela la ville qu'elle bâtit Florentia, c'est-à-dire
+la ville des Fleurs.</p>
+
+<p>Jusque vers le IVe siècle il n'est guère fait mention de la colonie que
+l'on retrouve à cette époque jouissant de franchises et de droits
+étendus, en lutte ouverte contre le christianisme, auquel il faudra plus
+d'un demi-siècle pour devenir la religion définitive du pays.</p>
+
+<p>Ainsi, dès lors, la destinée semble avoir voué Florence à une suite
+perpétuelle d'agitations et d'inquiétudes et son histoire tout entière,
+telle qu'à sa première page, n'offrira qu'une longue succession de luttes
+et de combats.</p>
+
+<p>Envahie au Ve siècle par Radagaise, assiégée par Alaric, prise et
+reprise par Totila et Narsès, il n'en reste plus pierre sur pierre.
+Relevée de ses ruines par Charlemagne et constituée fief de margraves,
+elle jouit pendant un siècle et demi d'une tranquillité et d'une paix
+heureuses; mais à ce calme devait succéder la tempête sous des tyrans
+cupides et violents. Ce fut alors que toutes les espérances se tournèrent
+vers le nord, et que l'Empire fut appelé pour la première fois à secourir
+l'Italie (962). Avec Othon le Grand, les Allemands s'installèrent sans
+scrupule, comme en pays conquis, chez ceux qui les avaient appelés, et
+bientôt les évêques et même le Pape ne furent plus que les premiers
+fonctionnaires de l'Empire.</p>
+
+<p>Pourtant la Toscane, au IXe siècle, retrouva sous de nouveaux margraves
+une vie propre; elle étendit alors sa domination autour d'elle, à telle
+enseigne que le Pape arriva à la considérer comme un rempart contre les
+ambitions démesurées de l'Empire, tandis que l'Empereur y voyait un
+avant-poste. Le pays n'avait qu'à gagner à ce jeu de bascule, où chacun
+lui faisait des avances et lui accordait de véritables avantages pour
+tacher de le gagner sa cause. Malheureusement pour lui, en 1069, la
+comtesse Mathilde prenait les rênes du gouvernement et le pape Alexandre
+II obtenait d'elle l'acte fameux appelé la Renonciation de la comtesse
+Mathilde, par lequel elle se déclarait simple dépositaire de sa puissance
+et résolue à n'en user que pour le bien de l'Église; c'était la guerre
+entre la Papauté et l'Empire, c'était le brandon des luttes terribles qui
+allaient ensanglanter la Toscane pendant tant d'années, car ce que
+Mathilde donnait à l'Église, les lois de l'Empire ne lui permettaient pas
+d'en disposer.</p>
+
+<p>Aussi Henri IV, malgré Canossa, envahit-il aussi la Toscane. Sienne,
+Pise, Lucques, se décidèrent en sa faveur; Arezzo et Pistoie se donnèrent
+à lui et leurs évêques, bien qu'excommuniés, continuèrent à officier
+(1081). En récompense de leur fidélité Henri IV octroya aux villes
+d'amples franchises et confirma la fondation des libertés urbaines,
+tandis que Florence supportait le poids de son attachement au Pape et à
+la comtesse Mathilde et qu'assiégée, elle ne devait son salut qu'au
+départ précipité de l'Empereur pour l'Allemagne. Les quatre années qu'il
+y resta permirent à Mathilde de jeter les bases d'un gouvernement et
+d'embellir la ville en y édifiant de nombreux monuments, Florence
+entreprenait alors de petites guerres contre ses voisins et concluait
+avec eux des alliances où perçait pour la première fois son esprit actif
+et pratique.</p>
+
+<p>La mort de Mathilde ouvrit sa difficile succession et ses biens furent
+disputés âprement par Henri V, le successeur d'Henri IV, et par le pape
+Pascal II, appuyés, l'un sur les droits du fief, l'autre sur ceux de la
+donation. Comme tous les deux sollicitaient également l'appui des villes,
+ils durent, dans le but de se les acquérir, accorder privilèges sur
+privilèges, créant ainsi leur indépendance, car elles n'avaient garde de
+se donner et demeuraient platoniquement pour l'Empereur ou pour le Pape.</p>
+
+<p>Après, des rivalités et des luttes sanglantes entre Sienne, Pise et
+Florence, l'avènement de Frédéric Barberousse, en 1154, vint rallier tous
+les intérêts devant le danger commun de l'invasion par l'Empereur d'un
+pays qu'il considérait comme traître et rebelle. Aussi, à sa mort, les
+cités s'engagèrent-elles à ne plus accepter d'autre souveraineté que
+celle du Pape.</p>
+
+<p>Dès cette époque, la petite ville des «Mark-grafs» et de la comtesse
+Mathilde était devenue un État puissant avec une organisation intérieure
+déjà compliquée.</p>
+
+<p>Les corps des métiers constituaient de puissantes corporations divisées
+elles-mêmes en métiers nobles et en métiers vils. Les premiers, seuls, au
+nombre de sept, comptaient pour l'administration ou le gouvernement de la
+cité.</p>
+
+<p>D'abord venait l'ancienne et puissante corporation des marchands de
+laine, fabricants de draps grossiers, de lainages ordinaires, à côté de
+laquelle s'était formé au XIIIe siècle «l'arte de Calimara», commerçants
+en draps étrangers, auxquels ils donnaient le fini florentin. Venaient
+ensuite l'art de la soie, destiné plus tard à un grand développement, et
+enfin, en toute première ligne, les manieurs d'argent, banquiers,
+changeurs ou usuriers, qu'on appelait «les maîtres de la Zecca», qui
+allaient devenir les plus grands bailleurs de fonds du monde entier. Les
+banquiers florentins étaient les préteurs des souverains et des Papes,
+par lesquels ils étaient même chargés de percevoir les revenus de
+l'Eglise en tous lieux. A côté d'eux, la multiplicité et la diversité des
+monnaies faisaient des changeurs une véritable puissance encore doublée
+par la prérogative de battre monnaie pour le gouvernement florentin. Les
+trois autres corporations étaient celles des médecins et apothicaires,
+des peaussiers et fourreurs, des hommes de loi, juges et notaires. Les
+chefs des «métiers nobles» firent la police et presque la loi jusqu'au
+jour où, sans institution nouvelle, par la force des choses, ils
+devinrent les magistrats communaux et formèrent le premier gouvernement
+florentin. Ils s'appelèrent successivement recteurs, prieurs et plus tard
+«capitani» quand ils ne furent plus, sous l'autocratie, que les simples
+délégués des quartiers qu'ils représentaient. A côté de l'aristocratie
+marchande, il fallait ménager une place aux nobles, les uns immigrés
+allemands fixés à Florence, les autres seigneurs féodaux, incommodes
+voisins qu'on avait fait descendre de leurs châteaux et qui haïssaient et
+méprisaient également les marchands.</p>
+
+<p>Ces familles dont les chefs, appelés «Capitani», n'étaient pas
+justiciables des tribunaux consulaires, se consacraient uniquement à la
+carrière des armes et en tiraient souvent une gloire dont le prestige
+amenait une population bourgeoise à choisir des consuls dans leurs rangs.
+Par suite de cette immixtion dans les affaires de l'État, les nobles
+prirent une arrogance redoutable et les querelles qui ne cessaient de
+s'élever entre eux devinrent si terribles, que, pour se mettre en sûreté,
+ils en arrivèrent à munir leurs palais de tours démesurées et à les
+transformer en citadelles inexpugnables, quelquefois assez rapprochées
+pour qu'on pût se frapper de l'une à l'autre. Cet état de guerre
+n'existait pas seulement de nobles à nobles, et de nobles à marchands,
+mais ces derniers eux-mêmes étaient encore divisés par les rivalités de
+métier. De plus, s'ils voyaient avec joie les nobles s'épuiser en luttes
+sanguinaires, à leur tour ils vivaient en défiance continuelle de la
+classe placée au-dessous d'eux et de beaucoup la plus nombreuse, celle
+qui, originairement composée de serfs, ne comptait pour rien dans le
+gouvernement recruté parmi le «primo popolo».</p>
+
+<p>A cette époque (1208), l'expérience avait démontré que, dans les conflits
+de plus en plus graves qui mettaient les grandes familles aux prises, les
+nobles ne prendraient jamais au sérieux les arrêts prononcés par des
+juges qu'ils considéraient comme des inférieurs et qui eux-mêmes avaient
+à redouter leurs ressentiments et leurs vengeances. Aussi Florence et les
+autres gouvernements démocratiques de la Toscane reconnurent-ils la
+nécessité d'instituer une magistrature suprême, dont l'autorité s'imposât
+à tous. Ce nouveau pouvoir fut celui du Podestat.</p>
+
+<p>Originairement le «Potestate» était un commissaire impérial chargé
+d'administrer au nom de l'Empereur. Cette magistrature, instituée par
+Frédéric Barberousse, fut rapidement délestée et conspuée dans les villes
+où elle exerçait un pouvoir absolu et despotique. Mais, si le
+gouvernement des Podestats avait ses inconvénients, on ne tarda pas à
+reconnaître que leur qualité d'étrangers les prédisposait à une grande
+impartialité dans leurs jugements. On se résolut alors à choisir au loin
+le magistrat auquel on confierait cette autorité redoutable et à ne la
+lui confier que pour une période limitée, pendant laquelle il lui serait
+interdit de nouer aucune relation avec ses justiciables.</p>
+
+<p>Le XIIIe siècle ne voit que grandir la discorde, que se multiplier les
+factions, et cet état de guerre intestine offre le plus étrange contraste
+avec la prospérité et la richesse croissantes du pays.</p>
+
+<p>La première scission effective dans le parti de la noblesse (1215?) fut
+causée par la rupture d'un mariage projeté entre un Buondelmonti et une
+Uberti et cela sans autre motif que le bon plaisir du premier, affront
+que les Uberti lavèrent en assassinant Buondelmonte. Cet événement jeta
+les Uberti dans le parti de l'Empereur, tandis que les Buondelmonti
+embrassaient le parti populaire et que, derrière leurs deux maisons, se
+groupaient les principales familles florentines constituant deux factions
+rivales profondément hostiles.</p>
+
+<p>Ce ne fut pourtant qu'en 1240 que furent adoptées les fameuses
+dénominations de Guelfes et de Gibelins, sous lesquelles les partis
+allaient ensanglanter l'Italie. Ces noms d'origine allemande n'étaient
+primitivement que les cris de guerre et de ralliement des deux maisons en
+perpétuelle rivalité pour le trône impérial. «Hye Woelf» pour Guelfe de
+Bavière, «Hye Weibligen» pour les Hohenstaufen. Ce double appel passa les
+Alpes avec les Allemands, pour désigner plus tard, après la guerre des
+Investitures, le parti de la démocratie et celui de la féodalité. C'est à
+partir de cette époque que les noms de Guelfes et de Gibelins perdirent
+leur signification primitive et s'appliquèrent en Italie aux partisans du
+Pape ou de l'Empereur, sans que les villes eussent parfois d'autre
+conviction pour être guelfes ou gibelines que l'espoir des avantages à
+tirer de l'une des deux puissances.</p>
+
+<p>De 1220 à 1258, Florence fut la proie des partis dont la lutte devenait
+de jour en jour plus acharnée. La faction au pouvoir, non satisfaite de
+proscrire l'autre, rasait les habitations et confisquait les biens des
+vaincus. Si l'Empereur descendait en Italie, les Gibelins étaient les
+maîtres; si l'Empereur s'éloignait, ils prenaient à leur tour le chemin
+de l'exil et cédaient la place aux Guelfes triomphants. Au milieu de tant
+d'éléments de désordre auxquels s'ajoutaient les querelles religieuses,
+les menaces d'hérésie, l'interdit et l'excommunication, on reste surpris
+et confondu de l'énergie prodigieuse, de la vitalité puissante de ce
+peuple où les pires calamités ne portent nul préjudice au développement
+intellectuel, à la prospérité croissante des arts, des sciences et de la
+fortune publique.</p>
+
+<p>A cette époque, les ambitions inassouvies de Florence ne connaissaient
+aucun frein. Elle entreprenait une expédition contre la puissante Pise
+et, après une lutte meurtrière, elle arrivait à réduire et à soumettre sa
+rivale; mais ce résultat ne la satisfaisant pas encore, elle n'eut de
+cesse qu'elle ne fût entrée en campagne contre l'orgueilleuse Sienne.
+Cette cité, gibeline par excellence, était le refuge de tous les
+proscrits florentins, ce dont la guelfe Florence lui gardait une terrible
+rancune.</p>
+
+<p>La compétition entre les deux villes devait se terminer aux portes mêmes
+de Sienne par l'effroyable défaite de Montaperto (1260), dont le résultat
+fut de livrer Florence, sans défense possible, à la réaction gibeline.
+Les Gibelins rentrés au pouvoir, leur première pensée fut de raser
+Florence, «ce repaire du parti guelfe». Le plus illustre des proscrits,
+Farinata degli Uberti, se leva seul pour protester en demandant «si
+c'était pour ne pas mourir dans sa patrie qu'il avait tant souffert», et
+il jura qu'il la défendrait jusqu'à son dernier soupir.</p>
+
+<p>Comme Farinata avait une grande autorité, son intervention sauva la
+ville, mais elle n'en fut pas moins réduite à un degré d'infériorité
+humiliant au dernier point.</p>
+
+<p>Après leur triomphe, les Gibelins au pouvoir eurent à compter avec le
+parti guelfe dont l'opposition sourde et constante fut d'autant plus
+haineuse qu'il avait plus à redouter l'influence du parti modéré gibelin
+qui, par de sages mesures, offrait aux Guelfes la possibilité de rentrer
+dans leur patrie, sans lutte.</p>
+
+<p>Ces vues pacificatrices ne manquèrent pas d'exciter de grandes
+inquiétudes aussi bien chez les Guelfes que chez le Pape qui voyaient
+dans l'apaisement des esprits la perte de leur influence. Leur politique
+devait donc consister à exploiter la moindre apparence de mécontentement
+et à nier la bonne foi des Gibelins, en les déclarant incapables de
+gouverner avec impartialité et douceur. Le peuple n'était pas mûr pour
+comprendre l'intérêt qu'il pouvait y avoir à établir une paix durable par
+des concessions réciproques; prompt à accueillir les conseils et les
+insinuations perfides, il se souleva contre les Gibelins, les expulsa et
+ouvrit ses portes à Guy de Montfort et aux Français (1267).</p>
+
+<p>Le gouvernement guelfe rétabli s'empressa d'offrir à Charles d'Anjou la
+seigneurie de Florence avec le droit d'y déléguer un vicaire royal et un
+podestat chargés de tous ses pouvoirs. Les biens des Gibelins furent
+confisqués et partagés en deux portions: la première distribuée à titre
+de dommages-intérêts, tandis que la seconde allait constituer le trésor
+connu sous le nom de «Masse guelfe», destiné à servir de fonds de réserve
+au parti. Par suite de ces événements, Florence redevenait guelfe dans
+l'âme et le lys rouge, symbole guelfe par opposition au lys blanc,
+symbole gibelin, imposa sa couleur à toute chose. En face d'une si
+violente réaction, la minorité gibeline qui avait été tolérée, dut
+elle-même se transformer et, suivant la marche des événements et des
+idées, devenir peu à peu l'élément modéré du parti guelfe.</p>
+
+<p>L'année 1282 est marquée dans l'histoire de Florence par la constitution
+définitive de la République, forme gouvernementale impérieusement
+réclamée, comme seule capable de soustraire l'État à la domination d'un
+maître étranger ou à la tyrannie des coteries locales. Pour remplir une
+fonction publique, il fallut non seulement être inscrit dans l'un des
+arts, mais encore l'avoir exercé. A la tête du gouvernement siégeait un
+conseil qui formait la Seigneurie. Il était composé des six prieurs des
+arts nobles représentant leur corporation et un quartier de ville
+(Sestiere). Ces magistrats, élus pour deux mois, n'étaient pas
+rééligibles avant deux années révolues. Investis de tout le pouvoir
+exécutif pendant toute la durée de leur magistrature, soumis à
+l'existence la plus sévère, ils devaient vivre ensemble au Palais Vieux,
+nourris aux frais de l'État, mangeant à la même table et couchant en
+commun; enfin ils n'avaient sous aucun prétexte le droit de s'absenter.</p>
+
+<p>La première préoccupation de la République devait être de trouver un
+remède aux dissensions de la noblesse devenues intolérables. Le
+gouvernement promulgua, à cet effet, une sorte de charte par laquelle il
+proscrivait les familles nobles les plus irréductibles et soumettait les
+autres aux pénalités les plus rigoureuses. Mais, devant l'inefficacité de
+la loi et l'impossibilité de l'appliquer, il fallut chercher un moyen
+énergique pour maintenir l'ordre dans la cité, et on se résolut à
+investir un magistrat d'une autorité redoutable: ce fut la création du
+Gonfalonat, destiné à devenir par la suite la première charge de la
+République.</p>
+
+<p>Le Gonfalonier, élu par les anciens prieurs, avait droit de justice sur
+tous les citoyens indistinctement et pouvait exercer ses poursuites de
+jour et de nuit, à toute heure et en tout lieu. Au début, il vivait avec
+les prieurs; mais l'importance de sa charge était telle que, peu d'années
+après son institution, il avait un train luxueux et considérable.</p>
+
+<p>A cette époque se place l'arbitrage de Florence appelée par Pistoie à se
+prononcer entre les deux partis qui, sous la dénomination des Blancs et
+des Noirs, déchiraient et ensanglantaient la malheureuse ville. Mais
+Florence, en rétablissant l'ordre dans Pistoie décimée par la plus
+effroyable guerre intestine, prit elle-même le mal qu'elle venait guérir
+et bientôt les Blancs et les Noirs remplaçaient les Guelfes et les
+Gibelins et la livraient à toutes les horreurs des guerres civiles.</p>
+
+<p>Les Blancs, c'est-à-dire les Gibelins, étant au pouvoir, les manœuvres
+des exilés guelfes, conspirant sous la conduite du pape Boniface VIII et
+de leur chef Corso Donati, ouvraient Florence à Charles de Valois,
+troisième fils de Philippe le Hardi, décoré pour la circonstance des
+titres de vicaire général de l'Église et de défenseur de l'Italie.</p>
+
+<p>Le jour de la Toussaint 1301, Charles faisait son entrée triomphale dans
+la ville où son premier acte fut naturellement un parjure, car après
+avoir juré de respecter les biens et les propriétés, il ouvrait les
+portes à Corso Donati et aux Noirs triomphants, et livrait au massacre,
+au pillage et à la plus affreuse proscription ceux qui avaient eu foi en
+ses serments.</p>
+
+<p>C'est vers 1300, au milieu de luttes désolantes, qu'apparaît pour la
+première fois le nom de Dante Alighieri, membre de l'art des apothicaires
+et l'un des prieurs. Par ses ascendants, le Dante était guelfe, car un de
+ses ancêtres avait figuré avec honneur à la sanglante défaite de
+Montaperto, comme garde du corps du fameux «Caroccio», le palladium de
+Florence, et cet événement avait jeté les Alighieri dans l'exil.</p>
+
+<p>L'éducation de Dante fut des plus soignées: Brunetto Latini lui enseigna
+les lettres latines; adolescent, il étudia la philosophie à Florence;
+homme fait, la théologie à Paris. Il rentra ensuite dans sa patrie où
+l'attendait la guerre civile.</p>
+
+<p>Dante exerça les premières charges de la République, il fut nommé
+quatorze fois ambassadeur et mena à bien les négociations les plus
+difficiles; bien qu'il fut guelfe, le Pape n'eut pas à Florence de plus
+acharné adversaire contre ses demandes d'hommes et d'argent. Son
+opposition alla même si loin que Boniface VIII, irrité, frappa Florence
+d'interdit.</p>
+
+<p>Par un de ces retours trop communs dans l'histoire des gouvernements
+populaires, Dante, alors en ambassade à Rome, fut accusé de concussion et
+condamné à une amende considérable, faute du paiement de laquelle
+«seraient prononcées la dévastation et la confiscation de ses biens,
+jointes à l'exil éternel». Comme Dante ne voulut pas reconnaître le crime
+dont on l'accusait injustement, il abandonna sa patrie, sa fortune, ses
+amis, ses emplois; et ses biens furent vendus au profit de l'État, tandis
+qu'on passait la charrue et qu'on semait le sel sur le terrain où s'était
+élevée sa maison. Comme si ces mesures iniques ne suffisaient pas encore,
+on le condamna à mort par contumace et on le brûla en effigie à la place
+même où, deux siècles plus tard, on devait brûler Savonarole!</p>
+
+<p>Guelfe de naissance, devenu gibelin par haine, Dante allait errer
+dix-neuf ans loin de sa patrie. Le dédain et la soif de la vengeance
+firent de lui le poète sublime de la Divine Comédie, celui qui, nouvel
+Homère, devait peupler l'enfer de ses haines et le paradis de ses amours.</p>
+
+<p>Il avait écrit l'Enfer à Vérone, il composa le Purgatoire à Gagagnano et
+acheva l'œuvre au château de Tolmino dans le Frioul. Il se rendit ensuite
+à Ravenne où il devait mourir, et c'est dans cette ville qu'il publia son
+poème tout entier, dont l'Italie fut révolutionnée à tel point qu'on se
+demanda si c'était un vivant qui avait été capable de raconter de
+pareilles choses.</p>
+
+<p>C'est de cette année 1302 qui voyait Charles de Valois et les Noirs
+maîtres de Florence, que date l'exil de l'homme destiné à flageller si
+impitoyablement une patrie injuste et ingrate. Dans un intérêt mal
+entendu, Dante en était venu à souhaiter l'Empereur maître du monde et de
+l'Italie. Il maintenait dans son système la suprématie spirituelle du
+Pape et faisait de l'Empereur l'ouaille du Pape, et de la Papauté la
+vassale de l'Empire, théorie inapplicable et toute scolastique qu'il
+expose et qu'il développe dans son livre de la Monarchie.</p>
+
+<p>Les années 1328 et 1329 furent des plus désastreuses pour Florence. Les
+mauvaises récoltes, la disette, les banqueroutes, jointes au fléau des
+invasions et aux difficultés intérieures de tout ordre, la mettaient dans
+la situation la plus critique. De 1340 à 1346, elle fut en proie aux
+mêmes calamités. Gênes et Pise ayant accaparé les blés, la Seigneurie dut
+acheter au poids de l'or les grains nécessaires à la subsistance de la
+ville.</p>
+
+<p>Dans l'année 1347, Florence eut à pourvoir aux besoins de plus de cent
+mille personnes, mais l'insuffisance et la mauvaise qualité du pain
+augmentèrent la mortalité dans une telle proportion qu'on en vint à ne
+plus sonner les cloches et à ne plus annoncer les décès. Pour comble de
+maux, la peste se mit de la partie et les corps épuisés par la famine
+n'étaient que trop prédisposés à la contagion. Du reste, au printemps de
+1348, l'épidémie gagna toute l'Europe, et quelques cités alpestres de la
+Suisse, du Milanais ou du Tyrol échappèrent seules au fléau.</p>
+
+<p>Les malades, à peine atteints, étaient couverts de bubons charbonneux
+accompagnés d'hémorragies, et bientôt personne ne voulut plus les
+soigner. Au premier symptôme du mal, la maison était abandonnée et il ne
+restait au malade d'autre ressource que de mourir dans l'isolement, bien
+heureux encore si, avant de le quitter, on laissait à sa portée de quoi
+calmer la soif qui le dévorait ou, en cas de mieux, de quoi ne pas mourir
+de faim. Quand la mort survenait, ce n'était parfois qu'au bout de
+plusieurs jours que l'on s'en apercevait et que l'on venait enlever un
+cadavre souvent en pleine décomposition, ce qui ne contribuait pas
+médiocrement à entretenir l'épidémie. Des fortunes colossales furent
+acquises alors; les drapiers qui avaient en magasin des stocks de drap
+noir, s'enrichirent subitement; tout ce qui touchait à la mort se payait
+au poids de l'or.</p>
+
+<p>Aux cimetières, on creusait de grandes fosses où les cadavres étaient
+couchés par centaines et où, selon l'expression tragico-macabre de
+Villani, «on jetait sur chaque rangée de corps une légère pelletée de
+terre, comme on saupoudre de fromage les vermicelles».</p>
+
+<p>Dans les campagnes, la peste était encore plus redoutable que dans les
+villes. Boccace, dans un récit plein d'horreur, montre les paysans
+mourant dans leurs maisons ouvertes ou sur les chemins, et leurs cadavres
+empestant l'air, car personne ne se souciait de les ensevelir, tandis que
+le bétail, errant sans berger, rentrait de lui-même aux étables, ou bien
+gagnait la contagion en rôdant autour du maître mort. A la longue, on
+reconnut que le plus sage était encore d'éviter les exagérations, et les
+moribonds purent retrouver quelques soins.</p>
+
+<p>Même en 1352, la peste n'avait pas disparu complètement de l'Europe, et
+dix ans plus tard, on ne s'était pas encore remis des perturbations
+sociales qui en étaient résultées. La fortune publique se trouvait
+entièrement déplacée; on voyait dans l'opulence médecins, apothicaires,
+garde-malades, marchands d'herbes médicinales, de volailles et de
+pâtisseries, tandis que beaucoup d'anciennes familles, ruinées par la
+cherté des denrées, se trouvaient presque dans la misère. Ce qu'il y eut
+de plus singulier au milieu de ces calamités publiques, ce fut la
+poursuite effrénée des plaisirs, ce fut la folle gaieté à laquelle on se
+livrait pour échapper, semblait-il, au spectre menaçant de la mort. Au
+moment où la peste noire faisait à Florence ses plus effroyables ravages,
+les citoyens tremblants, désespérés, cherchaient à s'étourdir dans de
+folles orgies, et Boccace, après en avoir tracé le lugubre tableau,
+commence les charmants récits de son Décaméron. C'est un étrange
+contraste, quand on est encore sous l'impression de la terreur laissée
+par le début, de voir ces jeunes cavaliers et ces jeunes femmes, assis
+sur de verts gazons, se livrer à de joyeux devis, sans jeter en arrière
+aucun regard de compassion vers la ville qu'ils ont fuie et dont on
+entend les gémissements dans le lointain. Le présent est tout pour eux,
+et, dans la jouissance du moment, ils veulent oublier que, le lendemain
+peut-être, ils seront atteints â leur tour.</p>
+
+<p>Parmi tant d'épreuves, les dispositions des partis, les sentiments de la
+bourgeoisie et du peuple avaient bien changé. Deux classes se
+partageaient alors la République: «le peuple gras», où se recrutait
+l'aristocratie nouvelle sortie des banques et des comptoirs, et le «menu
+peuple», composé des artisans, des ouvriers, des manœuvres de toute
+espèce, et animé contre le «popolo grasso» de toute la haine de gens
+lésés dans leurs intérêts. Bientôt la question des salaires vint encore
+compliquer la situation, et, soutenu par le parti guelfe mécontent de
+voir la prépondérance croissante du parti de la banque, le menu peuple,
+«les Ciompi», se révolta et, resté un instant maître de la ville, se
+livra aux pires excès. Cette révolution de 1378 profita aux seuls chefs
+guelfes; mais leur tyrannie s'exerça si odieuse, que bientôt ils furent
+renversés par une contre-révolution des «Ciompi» guidée par Thomas
+Strozzi, Benedetto Alberti et enfin Salvestro Médicis. Les chefs guelfes
+furent forcés de quitter la ville où leurs propriétés furent saccagées et
+pillées, et où leurs vies mêmes ne furent sauvées que grâce à
+l'intervention de Salvestro Médicis, alors podestat et idole du peuple.</p>
+
+<p>La famille des Médicis, qui apparaît alors pour la première fois dans un
+rôle prépondérant, était originaire de Mugello. Déjà à cette époque de
+1378, elle était riche, industrieuse, puissante, et avait donné des
+magistrats habiles et populaires à la République. Villani cite les
+Médicis en 1304 parmi les chefs du parti des Noirs, et plus tard l'un
+d'eux marqua par son opposition au duc d'Athènes, sur l'ordre duquel il
+fut décapité.</p>
+
+<p>Une nouvelle révolte des «Ciompi» en 1382 mit le Gonfalonat entre les
+mains d'un des leurs, Michel Lando, homme d'une valeur et d'une intégrité
+exceptionnelles; mais bientôt le parti aristocratique ressaisit
+l'autorité, et l'ère des soulèvements populaires, des revendications des
+plus faibles contre les plus forts, fut close sans retour. Avec toutes
+les chances de succès, les «Ciompi» échouèrent pour n'avoir pas su à
+propos se contenter de bénéfices relatifs et indirects.</p>
+
+<p>Ils payèrent chèrement cette faute, car les arts majeurs, exaspérés par
+la crainte qu'ils avaient eue, devinrent leurs pires ennemis.
+L'aristocratie marchande, jalouse de son autorité, ne devait plus quitter
+le pouvoir, mais, coterie exclusive, furieuse d'avoir failli perdre ses
+privilèges, alors même qu'elle les avait recouvrés, elle rompit avec tout
+ce qui était démocratique et resta un corps absolument fermé. C'est ainsi
+que les humbles et les petits arrivèrent à considérer comme heureux le
+sort des villes où des tyrans faisaient peser le joug moins lourdement
+sur les pauvres que sur les riches, et le peuple ne vit plus dans ces
+despotes que des instruments pour l'exécution de ses vengeances et de ses
+haines. Les Médicis arrivaient à point nommé pour remplir un tel rôle.
+L'astuce de ces banquiers enrichis tissa longuement et patiemment sa
+trame, mais ils eurent l'art de tenir soigneusement cachés leurs perfides
+et ambitieux desseins; ils ne leur donnèrent corps que lorsque la faveur
+populaire leur eut tout permis. D'une habileté plus qu'excessive, ils
+spéculèrent sur le mérite très surfait du médiocre Salvestro et firent de
+la popularité exagérée de cet ancêtre le marche-pied de leur élévation. A
+partir de ce moment, les glorieuses pages de l'histoire sont terminées
+pour Florence, car à travers de brillants épisodes se poursuivront les
+progrès du mal auquel succombera ce qui l'avait faite si noble et si
+grande, la Liberté et la République.</p>
+
+<p>Ce ne sera pas sans révoltes que cette population fière, indocile, ivre
+de liberté, verra une famille de marchands enrichis confisquer une à une
+ses libertés publiques; elle se défendra énergiquement et cherchera par
+tous les moyens possibles à faire rentrer dans le rang ces ambitieux
+auxquels il ne faudra rien moins que l'intervention armée de
+Charles-Quint pour imposer leur domination.</p>
+
+<p>A coté de Salvestro se place encore à la tête du parti populaire Jean de
+Médicis, son cousin, qui tenait comme lui un rang considérable. Comme ses
+devanciers, modéré en apparence, mais ambitieux au fond, Jean pratiqua
+avec succès la politique expectante de sa famille, tandis que, grâce à
+son immense fortune, à son inépuisable munificence, et aux prêts
+considérables qu'il consentait aux princes et aux souverains, son crédit
+et sa renommée s'étendaient au loin. Attentif à éviter les querelles des
+partis, il n'allait au Palais que lorsqu'il y était appelé, et par sa
+prudence il détourna avec un rare bonheur tous les soupçons. Il sembla
+accepter par désintéressement les charges publiques, et lorsqu'il les
+remplit, il se posa comme protecteur du peuple, en attendant de devenir
+son chef. Loin d'abuser de la situation, il persévéra dans la voie
+circonspecte qu'il s'était tracée et se contenta de s'opposer à de
+nouveaux empiétements de l'oligarchie. Jean de Médicis mit le sceau à sa
+popularité par sa conduite désintéressée à la suite de la guerre avec
+Philippe Marie, en 1428. Après avoir tout fait pour détourner Florence de
+cette entreprise hasardeuse, il sut, en présence des malheurs publics,
+oublier ses opinions et, mettant tout en œuvre pour venir au secours de
+la République, y consacrer même une partie de sa fortune personnelle. Il
+sut également résister aux ouvertures qui lui furent faites pour réformer
+la constitution au profit des classes supérieures et s'opposer à l'emploi
+de la force pour opprimer le peuple. Il disait qu'en ce qui le
+concernait, son désir n'était pas de ranimer les factions, mais bien
+plutôt de les éteindre; aussi ne voulut-il pas non plus tirer parti de
+ces ouvertures pour s'en faire une arme contre ses adversaires
+politiques, bien qu'il y fût poussé par les clients de sa maison et par
+son fils Cosme qui le blâmaient de compromettre à force de modération
+l'avenir de son parti et la grandeur de sa race.</p>
+
+<p>Fidèle à sa tactique de libéralisme, Jean de Médicis proposa une nouvelle
+loi destinée à répartir plus également les contributions, en les réglant
+d'après la quotité des biens possédés par chacun. Cette loi fameuse,
+appelée «le Castato», était une véritable révolution économique et
+sociale, car elle rétablissait des taxes équitables et supprimait les
+privilèges. Aussi excita-t-elle autant d'enthousiasme chez ceux qu'elle
+exonérait que de colère et de haine chez ceux qu'elle frappait, et comme
+de raison, l'auteur en fut salué par la reconnaissance du peuple comme le
+plus zélé défenseur de ses droits et de ses libertés. Jean de Médicis
+mourut en 1429, laissant à ses fils les plus sages conseils et emportant
+dans la tombe la reconnaissance d'un peuple dont il n'avait cessé d'être
+le bienfaiteur. Les regrets que causait sa mort étaient encore aggravés
+par une situation des plus difficiles.</p>
+
+<p>Cette première moitié du XVe siècle donne lieu en effet à des réflexions
+peu consolantes. C'est au milieu de mesquineries de toutes sortes, de
+complications aussi bien intérieures qu'extérieures que se prépare dans
+ses origines troublées et impures le règne néfaste des Médicis où doit
+sombrer tout ce qui fit la Toscane glorieuse pendant des siècles.</p>
+
+<p>Après la mort de Jean, l'oligarchie et les Albizzi reprirent le pouvoir
+et conduisirent les affaires publiques, tandis que Cosme, héritier de la
+popularité paternelle, se posa dès l'abord comme leur adversaire acharné.</p>
+
+<p>Cosme de Médicis avait un peu plus de quarante ans lorsque le cours des
+événements lui donna le rôle prépondérant qu'il ambitionnait.</p>
+
+<p>Grave, prudent, astucieux, il n'était, disent les chroniques du temps,
+«qu'un renard rusé et trompeur»; libéral et humain par calcul, il
+recherchait la faveur du peuple sans l'aimer et sans avoir les qualités
+extérieures nécessaires pour le séduire. Laid de sa personne, d'un
+extérieur mesquin, il ne savait que merveilleusement parler et disserter
+au milieu des savants, mais il était complètement dépourvu des dons
+propres à entraîner et à convaincre.</p>
+
+<p>Son esprit s'était formé par l'étude et aussi par de lointains voyages
+entrepris pour la banque des Médicis. Depuis son retour, il affectait de
+se tenir éloigné des charges publiques, mais il fréquentait des hommes de
+toutes conditions, dans le dessein manifeste de se faire des partisans.</p>
+
+<p>Le mot d'ordre donné par Cosme était de répéter que tout allait mal, de
+semer le découragement dans les masses et de les amener peu à peu au
+dégoût du régime oligarchique; mais son plus puissant levier était
+l'immense fortune qui lui permettait d'acheter une popularité que son
+père avait eu moins de peine à acquérir.</p>
+
+<p>Contre Cosme et sa faction se dressaient les trois plus anciennes
+familles de Florence, qui n'entendaient nullement se soumettre à ces
+parvenus: c'étaient les Pazzi, les Pitti et les Acciajuoli. Las de
+rencontrer partout sur leur route, en affaires et en politique, un rival
+de plus en plus redoutable, ils lui faisaient une violente opposition.
+Ligués pour sa perte, ils achetèrent en 1432 le nouveau gonfalonier,
+homme vénal, et l'amenèrent à se saisir de Cosme et à le jeter en prison,
+sous prétexte de conspiration contre le régime établi, de dilapidation et
+d'usure. C'était une accusation plus qu'injustifiée, car Cosme était de
+ceux qui donnent, et non de ceux qui prennent. Quoi qu'il en soit, cette
+détention fut de courte durée, et Cosme, banni pour un an, prit le chemin
+de Padoue où il fut exilé après avoir acheté au poids de l'or cette
+liberté relative. A Padoue, il devint le chef de tout ce que Florence
+comptait de mécontents; aussi, quand en 1434 les élections mirent le
+pouvoir aux mains de ses partisans, l'oligarchie fut-elle tout de suite
+définitivement désarmée.</p>
+
+<p>Profond politique, loin de rentrer aussitôt à Florence, il laissa peser
+sur ses amis tout l'odieux des représailles. Si la clémence fut appliquée
+aux classes inférieures dans une large mesure, les dernières rigueurs
+furent, sans scrupule et sans miséricorde, exercées contre l'aristocratie
+vaincue. Il suffisait d'avoir mal parlé du gouvernement pour être spolié
+de ses biens et enfermé «aux stinche», d'où l'on avait grande chance de
+ne jamais sortir. Tel qu'Octave, Cosme non seulement laissa faire, mais
+encore mit à son retour les conditions les plus dures, qu'il fit imposer
+par d'autres que par lui. Enfin, le plus fort de la besogne étant fait,
+il rentra à Florence, la veille du jour où on l'attendait, se dérobant au
+triomphe qu'on lui préparait. Ce ne fut que plus tard que ses
+panégyristes, en le proclamant «Père de la Patrie, Bienfaiteur du
+peuple», eurent l'idée de le représenter rentrant dans la ville
+triomphalement porté sur les épaules de ses concitoyens.</p>
+
+<p>Cosme, maître du pouvoir, continua à proscrire sans pitié tous ceux
+contre lesquels il nourrissait quelque ressentiment; mais estimant avec
+une justesse de vue rare qu'il ne régnait que grâce à l'opinion et à la
+guerre constante faite par sa famille à l'oligarchie, il s'appuya sur le
+menu peuple, et l'assouvissement de ses vengeance personnelles passa pour
+une satisfaction accordée à la haine générale. Grâce au point d'appui
+qu'il prit constamment sur la démocratie, il arriva à transformer son
+pouvoir d'influence en pouvoir d'autocratie, œuvre de patience hypocrite
+et lente, à laquelle son caractère était singulièrement porté. Telle
+était son astuce qu'alors qu'il était le maître de Florence, aucun acte
+public, aucune pièce ne furent revêtus de sa signature; mais son pouvoir
+occulte n'en était que plus redoutable.</p>
+
+<p>A ce moment, les traits communs entre Cosme et Octave s'accentuent
+encore. Cosme en effet ne devint clément, comme Auguste, que lorsque,
+après son nivelage terrible, il n'eut plus rien à redouter. A Florence,
+comme autrefois à Rome, la République n'existait plus que de nom, bien
+que ces deux grandes ambitions eussent également affecté d'en respecter
+la forme; et le succès de ce travail souterrain fut tel qu'à la mort de
+Cosme, son fils Pierre, incapable et impotent, héritait sans difficulté
+de ses fonctions.</p>
+
+<p>De 1453 à cet avènement, le gouvernement tourna de plus en plus à
+l'autocratie. Toute opposition avait disparu, décimée, fauchée,
+proscrite, et les Médicis n'avaient plus à lutter que contre les idées
+souvent trop avancées de leurs propres partisans.</p>
+
+<p>Un des chefs les plus considérables de ces factions cosimesques était
+Lucca Pitti, qui, nommé plusieurs fois gonfalonier, était l'âme damnée de
+Cosme et lui était plus dévoué que tout autre. Grisé par l'apparente
+prépondérance que Cosme lui abandonnait volontairement, il voulut, à
+défaut d'autorité, éclipser les Médicis par son luxe. A cet effet, il
+commanda à Brunelleschi le fameux palais appelé encore de son nom et pour
+la construction duquel tout criminel, tout individu coupable de vol ou de
+meurtre, trouvait, en s'employant à la bâtisse, un asile inviolable.
+Quoique Pitti eût tiré un large parti du régime de l'arbitraire pour
+mener son édifice à bien, il dut l'abandonner inachevé, car il était
+devenu la ruine de sa maison.</p>
+
+<p>Malgré tout son pouvoir, Cosme, arrivé au déclin de sa vie, n'était pas
+heureux. Après avoir réalisé une fortune extraordinaire, puissant au
+dedans, respecté au dehors, il souffrait d'infirmités qui le torturaient,
+sans lui laisser un instant de répit.</p>
+
+<p>En 1450, il avait perdu son frère Lorenzo, dont la postérité était
+destinée à remplacer la sienne. En 1463, la mort de son cadet, Jean,
+anéantissait ses plus chères espérances, car son fils aîné, Pierre, était
+si débile qu'on n'avait jamais présumé qu'il pût lui survivre, et tout
+l'avenir de sa maison se trouvait reposer sur les têtes fragiles des
+enfants de Pierre, ses petits-fils Laurent et Julien. Quand Cosme mourut
+en 1464, à sa villa de Carreggi, ce fut dans un isolement complet, et on
+célébra par des réjouissances publiques le retour de la liberté qu'on
+pensait avoir reconquise. C'était se réjouir trop tôt, car Florence ne
+gagnait, à la mort de Cosme, que de passer sous la domination d'un fils
+qui lui était plus qu'inférieur. Ce ne fut que plus tard, et par
+comparaison, qu'elle jugea de la différence et que les Florentins, pleins
+de regrets rétrospectifs, décernèrent à Cosme le surnom pompeux de «Père
+de la Patrie», si mal justifié du reste.</p>
+
+<p>Au point de vue littéraire, l'époque de Cosme fut incomparable. Les
+Médicis eurent la rare fortune d'arriver à point nommé pour récolter
+l'admirable moisson préparée sous la République par des siècles de régime
+libéral, dont ils eurent l'intelligence de s'approprier les fleurs et les
+fruits. Par des soins éclairés et intelligents, en vingt ans, la ville
+avait complètement changé de physionomie et doublé d'étendue; elle
+s'était couverte d'églises, de monastères et de monuments somptueux.
+Cosme commandait à Michelozzo le superbe palais où allaient habiter ses
+successeurs jusqu'au jour où leur élévation au rôle de grands-ducs leur
+ferait aménager le palais Pitti, comme plus digne d'eux; enfin, à côté de
+cette demeure terrestre, Cosme, préoccupé d'élever une sorte de Panthéon
+aux mânes de sa famille, édifiait l'Église San Lorenzo qu'il consacrait à
+cette destination. Véritable Mécène, il s'était entouré de savants, de
+poètes, de philosophes ou d'artistes, dont il était devenu l'ami plus
+encore que le protecteur.</p>
+
+<p>Sa mort devait être le signal d'une réaction violente, à laquelle la
+personne même de son successeur donnait plus de prise, car Pierre, à
+quarante-six ans, était déjà un podagre pliant sous le poids des
+infirmités. Il avait l'esprit borné, il était aussi hautain qu'avare et,
+de plus, il avait à peine l'expérience des affaires; il fallait que la
+domination de Cosme eût déjà terriblement asservi les Florentins pour
+leur faire admettre un principe d'hérédité avec un tel individu.
+Pourtant, à la longue, comme l'impopularité de Pierre allait toujours
+croissant, ses ennemis, s'étant comptés, se trouvèrent assez nombreux
+pour entreprendre la lutte contre lui. Lucca Pitti, Angelo Acciajuoli,
+Dietsalvi Neroni, Niccolò Soderini se groupèrent à la tête des
+mécontents, minant le terrain sous les pas de Pierre et tâchant, au
+dedans comme au dehors, de lui ôter tout appui. Sa situation devint si
+périlleuse qu'il dut agir et se décider à risquer la partie, en faisant
+arrêter les principaux conjurés par une sorte de coup d'État, pour
+l'exécution duquel il eut recours au plus effroyable escamotage. Il fit
+inculper les prisonniers de complot contre l'État, de trahison envers la
+patrie, et se montra contre eux d'une telle rigueur, d'une si féroce
+cruauté que tous ceux qui échappèrent à la torture et à la mort, furent
+condamnés à un exil éternel (1466).</p>
+
+<p>Pierre mourut en 1469, laissant un aussi piètre souvenir à ses
+contemporains qu'à la postérité. Ce qu'il y a encore de mieux à en dire
+est qu'il fut heureux pour l'avenir de sa maison, que son règne ne se
+prolongeât pas assez pour lui permettre de renverser l'édifice si
+laborieusement élevé par Cosme, et qui se serait peut-être écroulé, s'il
+avait dû le posséder plus longtemps. Des deux fils laissés par Pierre le
+Goutteux, Laurent n'avait pas vingt ans et Julien n'en atteignait pas
+seize; on pouvait donc se demander à juste titre si Florence serait assez
+dégénérée pour subir le joug de deux enfants. On ne le croyait guère et
+l'on s'attendait à des changements radicaux dans la forme même du
+gouvernement.</p>
+
+<p>Ce fut une des plus grandes habiletés de Laurent de laisser croire qu'il
+résignait le pouvoir, pendant qu'il s'arrangeait avec les partisans de sa
+maison pour prendre possession des rênes de l'État, tout en semblant y
+renoncer.</p>
+
+<p>Laurent n'était pas fait pour plaire: trop large d'épaules et laid de
+visage, il avait une bouche démesurée, surmontée d'un nez trop étroit et
+de gros yeux de myope. L'odorat lui manquait, sa voix était rauque,
+tandis que la somptuosité de ses vêtements et l'exubérance de ses gestes
+faisaient encore ressortir son air commun. Au moral, si son intelligence
+était très vive, son caractère versatile le rendait incapable de toute
+persévérance; il n'aimait en réalité que les arts, la littérature ou la
+poésie, pour lesquelles il avait une véritable aptitude et où il faisait
+montre d'une érudition développée. Il les aimait même d'un amour si
+profond qu'il ne souhaitait rien tant que la paix intérieure et
+extérieure pour que rien ne le privât du plaisir de s'y livrer tout
+entier.</p>
+
+<p>Des entreprises odieuses contre Prato et Volterra le rendirent si
+populaire, qu'on accepta même ses démêlés avec le pape Sixte IV, dont il
+voulait obtenir le chapeau de cardinal pour son frère Julien. Il avait
+jugé que l'état ecclésiastique était le meilleur moyen de se débarrasser
+d'un compétiteur inquiétant, mais comme il n'avait pas su flatter à
+propos le népotisme du Pape, non seulement il ne put rien en obtenir,
+mais encore il s'en fit un ennemi dangereux autour duquel pouvaient se
+rallier tous les mécontents. Les premiers d'entre eux étaient les Pazzi,
+rivaux séculaires des Médicis, auxquels vinrent s'ajouter successivement
+le roi de Naples et des prêtres de Volterra exaspérés par le sac infâme
+de leur ville. La mort de Laurent fut décidée, mais comment et à quel
+moment s'exécuterait le meurtre? Frapperait-on les deux frères ensemble
+ou séparément? A qui des conjurés incomberait ce soin? Autant de
+questions pour lesquelles chacun préconisait sa solution. Enfin, après
+maintes hésitations, on résolut de se débarrasser d'eux ensemble et l'on
+arrêta qu'on les frapperait au Dôme, le jour de l'investiture du nouveau
+cardinal, nommé par le Pape à la place de Julien, cérémonie à laquelle
+ils devaient nécessairement assister l'un et l'autre. Ainsi qu'il avait
+été convenu, au moment de l'élévation, les conjurés se précipitèrent sur
+les Médicis et Julien, mortellement frappé, fut achevé avec férocité par
+François Pazzi et Baroncelli.</p>
+
+<p>A cette vue, les deux prêtres de Volterra chargés d'en finir avec
+Laurent, eurent un instant d'hésitation qui lui permit, entraîné par ses
+amis les Cavalcanti, de se jeter dans le chœur et de gagner la
+sacristie, dont les portes de bronze, chef-d'œuvre de Luca della Robbia,
+refermées à point nommé, le mirent hors de toute atteinte.</p>
+
+<p>Dans ces circonstances, Laurent se montra fort piètre, et après l'échec
+de la conjuration, ses amis eurent toutes les peines du monde à lui
+persuader de quitter son asile pour rentrer dans son palais; mais la
+populace, toujours portée à se prononcer en faveur du succès, l'ayant
+acclamé, il dut se montrer, le cou enveloppé de linges couvrant une
+légère blessure.</p>
+
+<p>Il n'entrait pas dans les principes des Médicis d'user de clémence envers
+les vaincus; aussi la férocité des représailles fut effroyable et frappa
+dans les familles jusqu'aux membres qui non seulement n'avaient pris
+aucune part au complot, mais avaient encore ignoré son existence. Il n'y
+a pas dans l'histoire d'exemple d'un pareil acharnement; deux années ne
+suffirent pas à assouvir les vengeances, et au bout de ce temps, on
+refusait encore la sépulture aux victimes. Comme de raison, Julien eut de
+somptueuses obsèques, et son frère, ayant appris qu'une femme restait
+enceinte de lui, recueillit et éleva l'enfant qui fut plus tard le pape
+Clément VII.</p>
+
+<p>Parvenu au comble de sa fortune, Laurent se voyait, grâce à la tentative
+des Pazzi, couronné de l'auréole du martyre et du même coup délivré d'un
+frère qu'il aurait fait disparaître, si ce frère avait jamais prétendu au
+partage du pouvoir. Il exploita les circonstances avec astuce pour
+obtenir des prérogatives presque royales, et la conjuration lui fournit
+un admirable prétexte pour se défaire de quiconque le gênait.</p>
+
+<p>Les trois années suivantes virent croître sans arrêt la fortune de
+Laurent; en 1480, il faisait sa paix avec le Pape, et Florence,
+réconciliée avec l'Église, le portait aux nues; il obtenait ensuite de
+faciles avantages sur des voisins peu redoutables, et, comme dit
+Machiavel, «les paix lui faisaient gagner ce que lui faisaient perdre les
+guerres». Enfin, en 1488, il devenait l'arbitre et le protecteur de
+l'Italie, tandis que, pour cimenter encore mieux sa paix avec Innocent
+VIII, sa fille Madeleine épousait le bâtard du pape, François Cybo, et le
+Pape donnait le chapeau de cardinal à Jules de Médicis, bâtard puîné de
+son frère Julien.</p>
+
+<p>Par un revirement singulier et fréquent dans l'histoire des Médicis,
+pendant que la fortune ne cessait de sourire à Laurent dans sa vie
+publique, sa vie privée était assombrie de chagrins domestiques; il
+perdait coup sur coup sa fille Louise, sa femme Clarisse, sa sœur
+Blanche. Pour se distraire de ces deuils, il trama l'assassinat de
+Riario, seigneur de Forli, dont le Pape lui avait promis la principauté,
+s'il venait à mourir. Il était devenu si redoutable que personne n'osa
+l'accuser de ce crime et que Catherine Sforza, la veuve de la victime,
+dut se résigner à épouser le cousin du meurtrier de son mari, Jean de
+Médicis. De cette union devait bientôt naître le fameux Jean des Bandes
+Noires, père du grand-duc Cosme Ier: ainsi, par un juste retour des
+choses d'ici-bas, la postérité de Catherine était destinée à remplacer
+celle de Laurent prématurément éteinte.</p>
+
+<p>Même à cette époque où Laurent occupait une situation si prépondérante et
+où Florence bénéficiait d'une paix inconnue jusqu'alors, la
+susceptibilité d'un peuple jaloux de son indépendance était telle qu'il
+ne pouvait s'avancer que pas à pas et avec la plus extrême prudence, tant
+se maintenaient vivaces les défiances florentines sans cesse en éveil à
+l'égard de tout ce qui ressemblait à de l'arbitraire. Il se voyait réduit
+à biaiser, à n'acquérir l'autorité que peu à peu, à n'imposer que ce
+qu'il pouvait en faire accepter, et cela, à l'aide de précautions, de
+ménagements infinis, et presque à l'insu de ceux qui devaient porter le
+joug.</p>
+
+<p>Quand on parle des trois premiers Médicis comme protecteurs des lettres
+et des arts, c'est un tort, semble-t-il, de les mettre sur la même ligne,
+alors qu'il y a lieu d'établir des distinctions capitales dans la manière
+dont chacun d'eux remplit ce rôle. Si leurs tendances ont le même objet,
+les résultats sont pourtant tout autres et le splendide essor des arts
+sous Cosme n'a rien qui puisse lui être comparé sous son petit-fils.
+L'éducation littéraire de Laurent avait été très soignée, mais la
+multiplicité des professeurs appelés à y contribuer amena dans son esprit
+de singulières disparates, et créa une étrange opposition entre un
+certain nombre d'opinions religieuses qu'il appelait «ses principes» et
+ses mœurs étrangement débauchées.</p>
+
+<p>Dans le cours entier de son existence, il est impossible de citer un acte
+de générosité, et cela, aussi bien à l'égard de sa famille que de son
+pays. S'il fut le protecteur des arts et des lettres, ce fut bien plutôt
+pour le profit qu'il en tirait que par amour pur et désintéressé, et il
+savait parfaitement combien il lui était avantageux de donner cette
+direction aux esprits, qu'il détournait ainsi du souci plus grave des
+affaires publiques. Rien de curieux comme cette vie en partie double, où,
+après avoir sévi, assassiné, confisqué, il entrait à l'Académie
+platonicienne et dissertait sur l'immortalité de l'âme, avant de se mêler
+à la jeunesse dissolue ou de composer des chansons érotiques au milieu
+des orgies. Il faut, malgré tout, rendre à Laurent la justice que son
+esprit ouvert et curieux le porta vraiment à s'entourer de toutes les
+illustrations de son époque. Passionné pour le Dante, pour Pétrarque et
+pour Boccace, il l'était principalement pour tout ce qui touchait à la
+Grèce où Platon était son dieu. Il fît les efforts les plus louables pour
+répandre la science, et il acheta partout au poids de l'or les manuscrits
+les plus rares, ceux mêmes qui étaient destinés à former l'admirable
+bibliothèque qui porte son nom. La renommée de Laurent attira à Florence
+les savants de l'Europe entière; mais ceux-ci ne devaient pas éclipser
+les anciens clients de la «Casa Médicis», les Ange Politien, les Marsile
+Ficin, les Pulci et les Pic de la Mirandole, alors dans toute leur
+gloire.</p>
+
+<p>Quant aux beaux-arts, Laurent ne sut en rien prévenir la décadence déjà
+sensible à son époque. En effet, quand il prit le pouvoir, en 1448, les
+Masaccio, les Angelico, les Brunelleschi et les Ghiberti avaient disparu,
+tandis que les Lippi, les Ghirlandajo et les Botticelli étaient déjà en
+pleine floraison. Il n'eut en vérité qu'à exploiter des talents arrivés à
+leur apogée et il ne sut les faire servir qu'à son apothéose ou à la
+glorification de sa maison. Sa théorie sur les arts était étrange, car il
+n'admettait pas qu'un artiste pût atteindre la perfection si sa naissance
+n'était pas relevée et son éducation distinguée, préjugé qui lui fit
+dédaigner Léonard de Vinci et refuser ses services à cause de sa
+naissance illégitime.</p>
+
+<p>Les derniers jours de Laurent furent empoisonnés par la sourde opposition
+qu'il rencontrait partout et dont le chef s'était enfin trouvé dans un
+moine dominicain, Jérôme Savonarole.</p>
+
+<p>Frère Jérôme Savonarole, né à Ferrare en 1452, manifesta dès son enfance
+une irrésistible vocation religieuse. Après les plus sérieuses études de
+philosophie et de théologie, il entra, à vingt-deux ans, chez les
+dominicains de Bologne, et dès 1483, on l'envoyait à Florence où ses
+prédications eurent un insuccès notoire dû à sa parole difficile et
+embarrassée; mais, sans se décourager, il se retira dans un couvent de la
+Lombardie où il se livra à des études d'éloquence et à la lecture
+approfondie de la Bible et des Écritures. Aussi, quand, au bout de sept
+ans de réclusion, le dominicain revint à Florence, il était persuadé de
+sa mission et convaincu que Dieu l'avait élu pour parler au peuple. Ses
+premiers essais le confirmèrent dans sa croyance. Les temps étaient bons
+pour s'ériger en prophète, l'Italie était pleine de factions, l'Église de
+scandales, Innocent VIII occupait la chaire de Pierre et ses seize
+enfants lui valaient le surnom de «père du peuple»; aussi les sujets ne
+manquaient pas à l'éloquence de Jérôme Savonarole. Il prit pour texte de
+ses discours: La réforme de l'Église, le châtiment de l'Italie, et il
+ajouta de sa voix prophétique l'annonce que tous ces événements
+s'accompliraient avant la mort de celui qui les prédisait.</p>
+
+<p>De tels sermons eurent un retentissement énorme et tout Florence se
+précipita pour entendre la parole de ce moine bientôt considéré comme un
+saint. Esprit indépendant et vigoureux, Savonarole avait résisté au
+double courant païen et classique dont il voyait également les dangers,
+et telle était l'inflexibilité de son caractère, qu'il refusa d'aller,
+selon la coutume, rendre hommage à Laurent, lors de sa nomination au
+siège de prieur de San Marco, en 1490. Depuis l'échec de la conjuration
+des Pazzi, c'était la première opposition dressée devant Laurent, aussi
+son orgueil fut-il blessé au vif. Il fit avertir le moine d'avoir ou à
+modérer sa fougue ou à interrompre ses prédications, défi auquel répondit
+Savonarole en prophétisant la mort de Laurent, qui survint en réalité
+dix-huit mois plus tard.</p>
+
+<p>Hanté par l'idée de cette assignation, Laurent, sur son lit de mort, fit
+appeler Savonarole, dans l'espoir qu'une réconciliation in extremis avec
+le moine pourrait le concilier à son fils Pierre. On ne sut jamais ce qui
+se passa dans cet entretien suprême, où l'on dit que Savonarole refusa au
+mourant la dernière bénédiction: «Et comme sa mort,» dit Machiavel,
+«devait être le signal de grandes calamités, Dieu permit qu'elle fût
+accompagnée de sinistres présages; la foudre tomba sur le Dôme et Roderic
+Borgia fut nommé pape!»</p>
+
+<p>Laurent, après avoir déployé toute sa vie ce faste qui lui avait valu le
+surnom de «Magnifique», fut enseveli sans pompe, d'après ses dernières
+volontés, tant il craignait, à cause de son fils, de provoquer l'envie.</p>
+
+<p>Le peuple, oublieux de ses torts, de ses défauts et de ses vices, suivit
+ses funérailles et pleura celui qu'avec l'exagération italienne on
+appelait «le père et le maître de la ville», tandis qu'asservi par trois
+générations de Médicis, il trouvait tout simple de reporter sur le fils
+de Laurent, âgé de vingt et un ans, un respect dont il ne devait jamais
+se montrer digne.</p>
+
+<p>Laurent disparaissait de la scène du monde au moment propice pour sa
+renommée, alors que l'Italie, atteinte de vieillesse précoce, allait
+entrer en pleine décadence. Le XVIe siècle montre l'établissement des
+tyrans dans tous les États et la reconnaissance en leur faveur du
+principe d'hérédité; il montre Alphonse régnant à Naples, Borgia assis
+sur le trône pontifical, Ludovic le More gouvernant Milan, avant même
+d'avoir volé la couronne ducale, et enfin, figure digne de paraître en si
+illustre compagnie, Pierre II de Médicis succédant à son père.</p>
+
+<p>Pour l'héritier de Cosme et de Laurent, l'heure était passée de prendre
+des précautions ou d'user de prudente dissimulation dans l'exercice du
+pouvoir: il en jouit avec toute l'âpreté de son orgueil, toute la
+plénitude de sa puissance. On ne se fit pas de longues illusions sur sa
+valeur personnelle, et il s'attira la haine si générale par sa manière de
+s'imposer que les conjurations se tramèrent et se nouèrent bientôt sans
+trêve.</p>
+
+<p>Tout étroite que fût l'intelligence de Pierre, il était autrement
+séduisant que son père. Ange Politien avait été chargé de son éducation
+et, avec le goût des lettres, il lui avait donné la passion de la Grèce
+et de Rome. Ardent au plaisir, les affaires publiques l'intéressaient
+médiocrement, mais, quand par hasard il s'en occupait, c'était avec la
+violence qu'il tenait des Orsini par sa mère et qui le rendait aussi
+prompt à la colère qu'impuissant à se dominer et implacable dans
+l'assouvissement de ses vengeances. La famille même de Pierre eut à
+souffrir de ses emportements. La branche cadette, issue du frère de Cosme
+l'Ancien, avait jusqu'alors évité par sa prudence tout sujet de
+suspicion, mais, malgré cette sagesse, les deux cousins de Pierre avec
+lesquels il avait été élevé, Laurent et Jean de Médicis, ayant provoqué
+son ressentiment et son envie, furent jetés en prison et condamnés à mort
+par ses ordres. Il commua cette sentence inique en bannissement perpétuel
+du territoire florentin avec la confiscation de leurs biens, seul point
+essentiel pour lui, l'immense fortune de cette branche de sa famille
+étant une proie bonne à prendre.</p>
+
+<p>Par cette conduite, il faisait des siens mêmes les chefs de l'opposition,
+tandis que par ses rigueurs maladroites il s'attirait les anathèmes de
+Savonarole et excitait la fureur du peuple indigné de voir son idole
+forcée de quitter Florence sur ses injonctions. C'était une inimitié
+terrible dressée en face de lui, et la situation extérieure compliquait
+encore les difficultés qui l'assaillaient de toutes parts. La politique
+cauteleuse de Laurent, poursuivie par son fils, l'avait fait renoncer aux
+traditions séculaires de la Toscane et prendre parti contre la France, en
+poussant le roi de Naples à refuser la paix offerte par Ludovic le More.
+Celui-ci appela Charles VIII à son secours, lui proposant, pour le
+défendre, le centre et le sud de l'Italie, à la seule condition que ses
+États lui fussent laissés. Pendant ces événements, loin de ménager la
+France, Pierre donnait libre carrière à sa verve satirique et entretenait
+ainsi les ressentiments du roi encore aggravés par les incitations des
+cousins de Pierre réfugiés à sa cour. L'effet de cette politique ne tarda
+pas à se faire durement sentir, car, lorsque Pierre voulut obtenir les
+subsides nécessaires pour entrer en campagne contre la France, l'âpre
+parole de Savonarole et sa haine contre les Médicis déchaînèrent une
+telle opposition qu'il ne put se faire ouvrir aucun crédit. Pitoyable
+dans cette occasion, sans prendre ni avis, ni conseil de personne, Pierre
+se rendit au camp de Charles VIII et, après avoir fait au roi les plus
+plates excuses, il prit, au nom de Florence, les engagements les plus
+durs, dont l'un des moindres était la remise de Pise aux mains des
+Français.</p>
+
+<p>Pierre avait lieu d'être fort inquiet de la façon dont serait acceptée
+son incartade. En effet, l'émotion publique fut portée à un tel degré que
+tous se trouvèrent d'accord pour secouer un joug abhorré; on le somma de
+venir rendre ses comptes à la Seigneurie et, le jour même de la reddition
+de Pise, le 19 novembre 1494, il osa se rendre à cette injonction,
+accompagné d'une escorte si nombreuse et si arrogante que la ville
+entière se souleva contre lui, sans lui laisser d'autre moyen que la
+fuite pour mettre sa vie en sûreté.</p>
+
+<p>La réaction contre les Médicis fut terrible, mais la situation extérieure
+n'en restait pas moins troublée et on était dans l'ignorance la plus
+grande sur l'entrée de Charles VIII et sur le traité de paix qu'il
+imposerait. En dépit de tant de sujets d'inquiétude, le bonheur d'avoir
+échappé aux Médicis était tel que, malgré tout, les Florentins ne
+pouvaient s'empêcher de manifester leur joie d'avoir reconquis la
+liberté. Aussi l'entrée de Charles VIII à Florence eut-elle lieu avec une
+pompe indescriptible. Mais, ce premier moment d'exaltation passé, les
+Florentins et les Français se regardèrent avec une défiance toujours
+croissante et Charles, accusé de connivence avec les Médicis, fut forcé
+d'en rabattre sur les conditions draconiennes qu'il avait primitivement
+imposées et de se contenter du titre de protecteur de Florence. Les
+Français enfin partis, le peuple s'abandonna aux transports d'un
+enthousiasme aussi immodéré qu'il était injustifié, car, les Médicis
+chassés, il n'en restait pas moins que des ruines, sans que les citoyens
+possédassent ni la volonté, ni les vertus nécessaires pour relever
+l'édifice des libertés florentines dont la main de l'absolutisme avait
+sapé les bases, détruit les œuvres vives et ruiné l'équilibre. Florence
+se vit alors dans la triste nécessité de faire un retour sur elle-même et
+de constater combien cinquante années de régime absolu avaient anéanti
+les institutions et avili les caractères. Pour faire une réforme dans le
+gouvernement, l'union des intérêts et des idées eût été essentielle;
+trois factions, au contraire, se trouvaient en présence et se disputaient
+le pouvoir. Il y avait le parti populaire avec Savonarole pour chef, qui
+comptait des hommes considérables et de la plus haute intégrité morale,
+comme Valori et Soderini. En face de lui se dressait la faction
+oligarchique qui ne voulait après tout que l'autocratie déguisée sous une
+autre forme; entre les deux partis extrêmes, se groupaient les neutres,
+«la plaine ou les tièdes», ainsi que les baptisait Savonarole. sorte de
+gens qui ne pensaient qu'à leurs intérêts et ne cachaient pas leur effroi
+des théories du Frate. Il y avait encore les partisans nombreux des
+Médicis, qui, trouvant leur avantage direct à se rallier au parti
+populaire, venaient grossir et fortifier le groupe de Savonarole. Pendant
+les deux années suivantes, le moine ne cessa de grandir et son influence
+était devenue si prépondérante que la Seigneurie le chargea d'organiser
+un nouveau gouvernement. Libre dès lors de donner carrière à ses idées
+démocratiques, il établit son système sur la base la plus large qu'ait
+encore eue la République florentine. Mais ce n'était pas assez pour lui
+d'instituer matériellement la liberté, il fallait avant tout réformer les
+mœurs et faire prévaloir les vertus sans lesquelles elle ne peut se
+maintenir; car les Médicis ayant répandu l'or à pleines mains, le goût du
+luxe, des plaisirs, d'une vie voluptueuse et facile s'était peu à peu
+développé, si bien que Savonarole sentait combien la nécessité des
+réformes morales était impérieuse.</p>
+
+<p>Il choisit l'époque du carême pour tonner contre «les vanités du siècle»
+et pour lancer l'anathème contre ceux qui y sacrifiaient. Ses sermons de
+ce temps flagellent impitoyablement tous les vices: il reproche aux
+jeunes gens leurs débauches, il accuse les femmes de les encourager par
+leurs excès de toilette et de luxe, enfin il s'en prend à l'esprit même
+de la Renaissance et au paganisme des lettres et des arts. A sa voix de
+prophète, il semble qu'une fièvre de renoncement ait saisi Florence, où
+chacun se hâtait d'apporter ce qu'il avait de plus précieux et où l'on
+amoncelait en bûcher sur les places publiques, tableaux, statues, livres,
+bijoux, vêtements de brocart, auxquels Savonarole mettait le feu, entouré
+de la ville entière chantant les louanges du Seigneur. Au milieu de
+l'entraînement général, les raffinés et les délicats de la Renaissance,
+désespérés de voir disparaître tant de chefs-d'œuvre, résistaient seuls;
+c'étaient des ennemis si peu à négliger que bientôt le Frate allait être
+à même de ressentir les effets de leur mécontentement.</p>
+
+<p>Après avoir triomphé jusqu'alors de tous ses adversaires, Savonarole
+allait enfin s'attaquer au colosse contre lequel il devait se briser.
+Alexandre VI Borgia, monté sur le trône pontifical, y avait porté les
+scandales de sa vie privée; aussi, sans hésiter un instant, Savonarole
+attaqua Rome avec sa violence accoutumée. Le pape crut répondre
+efficacement à ces accusations enflammées en interdisant la chaire au
+moine et en fulminant contre lui une bulle d'excommunication pour crime
+d'hérésie. Mais Savonarole déclara qu'une excommunication injuste était
+sans effet et continua ses invectives de plus belle, avec plus de force,
+de liberté et d'enthousiasme que jamais.</p>
+
+<p>A cette rébellion, le pape répondit par un bref déclarant à la Seigneurie
+que, si les prédications de Savonarole ne cessaient pas, il lancerait
+cette fois une excommunication générale contre Florence et que tous les
+biens des Florentins situés sur le territoire pontifical seraient saisis
+et confisqués au profit de l'Église. La Seigneurie, qui sentait César
+Borgia aux portes de la ville, n'osa résister et enjoignit à Savonarole
+d'avoir à suspendre ses sermons. Mais, loin de se tenir pour averti, il
+répondit par un nouveau défi et, du haut de la chaire, parla en ces
+termes: «Le temps d'ouvrir la cassette approche; nous donnerons un tour
+de clef et tant d'infections et d'ordures sortiront de la cité de Rome
+que l'odeur se répandra dans toute la chrétienté, que chacun en sera
+empuanti.»</p>
+
+<p>De telles paroles n'étaient pas faites pour calmer les esprits. Aussi la
+fermentation était-elle terrible; il semble qu'un vent de folie ait à ce
+moment soufflé sur Florence et le fanatisme inspiré par Savonarole devint
+tel qu'il se trouva débordé. Quand l'exaltation arrive à cet excès, elle
+dépasse la mesure et constitue un danger véritable pour celui qui l'a
+provoquée. La tempête fut déchaînée par un de ses dominicains de San
+Marco, Dominique Buonvicini qui, sans l'aveu du prieur, alla porter «le
+défi du feu» au franciscain François de Pouille, prédicateur à Santa
+Croce et ennemi acharné de Savonarole dont il déniait la mission. Cette
+épreuve consistait à traverser un bûcher enflammé où Dieu se déclarait
+lui-même pour celui qui en sortait indemne. La Seigneurie et Savonarole
+eurent un déplaisir extrême de voir qu'on se fût ainsi aventuré, mais il
+était trop tard pour reculer, car le peuple comptait sur un spectacle
+inattendu, inouï, terrible, et il n'y avait pas moyen de l'en frustrer
+sans exposer la ville à un soulèvement de la populace.</p>
+
+<p>Le jour arrivé, les franciscains, épouvantés par la sérénité confiante de
+leurs adversaires, engagèrent d'interminables discussions théologiques,
+lorsqu'un violent orage éclata à point nommé, dispersant les partis; mais
+le peuple, furieux de voir son miracle lui échapper et se croyant joué,
+faillit mettre dominicains et franciscains en pièces. Savonarole
+n'échappa qu'à grand'peine à la colère de la foule, mais de ce jour son
+prestige était détruit; il ne fut plus qu'un moine fanatique et un faux
+prophète et, dès le lendemain, toute la tourbe florentine mettait le
+siège devant le couvent de San Marco et, les portes enfoncées, se ruait à
+la recherche du prieur en vociférant des cris de mort. Les dominicains se
+défendirent comme des forcenés, mais Savonarole, voyant l'émeute tourner
+à la guerre civile, pour mettre fin à la lutte, se livra lui-même à la
+Seigneurie, et il ne fallut pas moins que des gens armés pour l'escorter
+et le défendre contre une foule ameutée pour l'écharper.</p>
+
+<p>Le procès de Savonarole fut une pitoyable chose! Pressés par le pape, les
+juges eurent beau le mettre à la torture, ils ne lui arrachèrent aucun
+aveu, et trouvèrent si peu matière à condamnation qu'Alexandre VI, pour
+en finir, dut adjoindre à la Seigneurie deux commissaires apostoliques!</p>
+
+<p>Le 22 mai 1498, la sentence enfin rendue condamnait pour cause d'hérésie
+Savonarole à être brûlé vif en place publique, après avoir fait amende
+honorable. Il expira comme il avait vécu, les yeux au ciel, et si fort
+détaché de la terre que la douleur ne lui fit pas exhaler une plainte;
+déjà il était enveloppé de flammes qu'on l'entendait encore bénir le
+peuple et chanter l'hymne saint qu'il allait continuer dans l'éternité. A
+peine fut-il mort, que le souvenir de toute sa vie et le spectacle de ses
+derniers moments, en si complète harmonie avec elle, ouvrirent les yeux
+aux plus aveugles, et ceux qui avaient été les premiers instigateurs de
+sa mort furent les premiers à le considérer comme un martyr et un saint.
+Florence ne tarda pas à porter le poids de l'iniquité commise, car la
+mort de Savonarole la livrait aux pires incertitudes. Les quatre années
+suivantes, fertiles en terribles crises, intérieures et extérieures, la
+virent perdre Pise et tomber par deux fois aux mains de César Borgia, à
+l'affreuse tyrannie duquel l'intervention de Louis XII la fit seule
+échapper. Devant l'imminence du péril public et en l'absence de toute
+autorité, une réforme gouvernementale s'imposait d'urgence. On décréta,
+au lieu du Gonfalonat temporaire, le Gonfalonat à vie, et, en 1502,
+Pierre Soderini fut nommé à ce pouvoir presque souverain.</p>
+
+<p>La destinée des Florentins les remettait entre les mains d'un homme d'une
+valeur et d'une intégrité rares; il craignait Dieu, aimait sa patrie avec
+passion; fort jaloux de son honneur, il était d'une grande
+circonspection; son impartialité devait même plus tard lui susciter bien
+des inimitiés.</p>
+
+<p>Dans le gouvernement de Florence, Soderini fit preuve d'une discrétion,
+d'une sagesse, d'un tact remarquables, et cela, même dans l'enivrement
+des premiers jours, alors qu'une foule de courtisans pouvaient lui donner
+l'illusion du pouvoir absolu. D'une extrême prudence dans sa politique
+extérieure, il trouva à l'intérieur le moyen de libérer en peu d'années
+Florence de la terrible dette accumulée par ses prédécesseurs. Dès le
+début, il fut puissamment servi par les événements: la mort d'Alexandre
+VI qui délivra Florence du spectre de César Borgia, l'avènement du
+cardinal de la Rovère destiné à être le fameux pape Jules II, et enfin la
+mort de Pierre de Médicis, survenue en 1503, mettaient les Florentins au
+comble de leurs vœux. Ils avaient la conviction d'en avoir fini avec les
+Médicis et de n'avoir plus rien à craindre d'eux; malheureusement leur
+erreur était grande, car la mort de Pierre faisait de son frère, le
+cardinal Jean, le chef de la famille, chef d'autant plus dangereux
+qu'installé à Rome, il voyait venir les événements, sans perdre une
+occasion de monter l'esprit du pape contre Florence.</p>
+
+<p>L'année 1509 vit, grâce à l'heureuse négociation de Machiavel envoyé par
+Soderini en ambassade auprès de Louis XII, Florence enfin rentrée en
+possession de Pise. La joie de cet événement fut immense, et ce succès si
+longtemps attendu ne parut pas acheté trop chèrement au prix des
+sacrifices qu'il avait coûtés depuis tant d'années. A la même époque,
+Florence obtenait aussi de Louis XII un traité d'alliance vivement
+désiré.</p>
+
+<p>Après de si heureuses négociations, il semble que Soderini aurait eu tous
+les droits à la reconnaissance de ses concitoyens; malheureusement il
+n'en fut rien et ses ennemis se coalisèrent avec les adversaires de son
+gouvernement large et démocratique sur le terrain d'une haine commune
+contre le gonfalonier et la France. Ne redoutant plus rien de celle-ci,
+on força Soderini à se rapprocher de l'Empire et à traiter avec
+Maximilien de l'abandon des droits, très platoniques, que l'Empereur
+pouvait avoir sur Pise. Déjà la politique qui portera le nom de Machiavel
+affirme ses tendances, et cette alliance avec l'Empereur n'empêchera pas
+Florence de ménager assez la France pour se la conserver comme alliée et
+de manœuvrer de façon à pouvoir s'appuyer alternativement sur l'un et sur
+l'autre. Cette duplicité ne tarda pas à porter ses fruits et Soderini,
+empêché de prendre parti entre Louis XII et Jules II, se trouva
+mécontenter tout le monde par sa politique timorée et hésitante.</p>
+
+<p>Jules II poussait jusqu'au fanatisme la haine des Français et des
+Allemands, mais il ne professait pas les mêmes sentiments à l'égard des
+Espagnols, dont on vit à cette époque la première immixtion directe dans
+les affaires de l'Italie. Mû par ces sentiments, le pape nomma alors le
+roi Ferdinand d'Aragon chef de la sainte ligue pour l'expulsion des
+«barbares» et son lieutenant Ramon de Cardoña passait à l'état de bras
+droit du souverain pontife.</p>
+
+<p>Ce qui pour la Toscane devenait plus grave, c'était la protection
+accordée aux Médicis et, devant le refus formel de la Seigneurie de
+consentir à leur retour, la terrible colère de Jules II dont les
+conséquences allaient être de déchaîner sur Florence Ramon et ses hordes
+les traînant à leur suite. L'épouvantable sac de Prato apprit à l'Italie
+ce qu'elle pouvait attendre de la férocité des soldats du Roi
+Très-Catholique et ce qu'elle devait penser de la domination de princes
+qui laissaient exécuter sous leurs yeux de pareilles infamies. La terreur
+à Florence fut telle que, dès le lendemain du sac, la ville députait à
+Ramon ambassade sur ambassade, auxquelles il répondait en s'obstinant au
+retour des Médicis et en exigeant une rançon énorme. Le trouble et la
+fermentation des esprits étaient tels que Soderini comprit
+l'impossibilité de toute résistance avec un peuple déjà conquis par la
+frayeur, et, la mort dans l'âme, il renonça à défendre plus longtemps une
+ville qui ne voulait plus être défendue, forcé même de mettre en sûreté
+par la fuite sa vie en danger, unique récompense de la loyauté avec
+laquelle il avait servi sa patrie!</p>
+
+<p>Le seul reproche qu'on puisse faire à ce patriote fut d'avoir manqué de
+résolution et d'énergie, tort grave pour un chef d'État; il crut à
+l'efficacité de la douceur et à la seule force de la loi pour gouverner
+les partis, et s'illusionna au point de penser que la patience pourrait
+triompher des difficultés extérieures.</p>
+
+<p>Le matin même de son départ, tous les amis des Médicis, dépêchés au camp
+de Ramon, acceptaient les conditions qu'il imposait au nom de Sa Majesté
+Espagnole, et le jour suivant (2 septembre 1512), les Médicis faisaient
+leur rentrée triomphale dans la ville, au milieu d'une foule si
+enthousiaste et si fanatique qu'ils manquèrent d'étouffer. Les
+protestations de dévouement et d'affection ne se firent point attendre
+et, peu d'heures après leur retour, Florence était à la merci de ses
+anciens maîtres, si bien que ceux-ci, étonnés eux-mêmes d'une si brusque
+réaction, résistaient aux avances et repoussaient les propositions qui
+leur étaient faites pour les amener à ressaisir le pouvoir. En attendant
+leur bon plaisir, l'anarchie régnait et le fantôme gouvernemental
+s'évanouissait sous l'impopularité et le discrédit. Les Espagnols se
+promenaient comme en pays conquis et les horreurs commises étaient telles
+que la Seigneurie dut activer par tous ses efforts le paiement de la
+rançon exigée pour leur départ.</p>
+
+<p>Quand on les eut à peu près satisfaits, le maître de Florence, le
+cardinal Jean, le second fils de Laurent le Magnifique, fit son entrée
+triomphale, entouré de ses condottieri et des troupes à sa solde. Il
+était accompagné de toute sa famille, c'est-à-dire de son frère Julien et
+de son neveu Laurent, le fils de Pierre de Médicis, auxquels s'ajoutaient
+les nombreux bâtards de sa maison: Jules, fils naturel de Julien, la
+victime des Pazzi; Hippolyte, fils naturel de son frère Julien; enfin
+Alexandre, qu'on disait fils naturel de Jules, et qui devait être le
+premier grand-duc.</p>
+
+<p>Dès le lendemain, Julien de Médicis s'emparait du gonfalon et usait du
+pouvoir à son gré, tandis que le cardinal Jean laissait la soldatesque
+piller la ville. L'abaissement des caractères était tel qu'il n'y eut
+même pas un semblant de résistance et qu'on pensa devoir encore de la
+reconnaissance aux Médicis pour avoir délivré Florence de Ramon et de ses
+bandes; pourtant la malheureuse cité n'était pas au bout de ses peines,
+car bientôt elle se voyait décimée par les sanglantes représailles des
+Médicis, ruinée par leurs impitoyables exactions.</p>
+
+<p>Avant que Jean n'eût eu le temps de prendre possession de l'État, la mort
+de Jules II le rappelait en toute hâte à Rome où allait s'ouvrir le
+conclave (1513). Le cardinal Jean n'avait pas trente-sept ans quand, sous
+le vocable de Léon X, il fut appelé à succéder au grand pape dont il
+était l'antithèse vivante, et auquel l'Italie ne tenait pas assez compte
+de son éclatante supériorité, à cause des désastres que, dans
+l'aveuglement de son patriotisme, il n'avait pas craint de déchaîner sur
+elle.</p>
+
+<p>La différence entre ces deux hommes ne peut être mieux marquée que par
+les portraits qu'en a peints Raphaël. Autant l'un est courbé, voûté,
+dévoré par le feu de la combativité, consumé par l'ascétisme, autant
+l'autre avec sa tête trop grosse, son visage rougeaud, ses gros yeux à
+fleur de tête, donne l'impression de l'épicurien bon vivant, peu grand
+seigneur et si peu prêtre qu'après son élection à la papauté, il fallut
+l'ordonner. Médiocre politique, son incurie au moment de la querelle des
+Investitures fut une des principales causes de la Réforme, car pour lui
+Luther n'était pas, et non seulement il ne le discutait pas, mais il
+niait même son existence; aussi, dans cette crise terrible pour le
+catholicisme, montra-t-il autant d'imprévoyance que d'inconséquence.
+Comme protecteur des lettres, il ne valut guère mieux; il ne voyait dans
+les sciences et dans les arts que la contribution qu'ils pouvaient
+apporter à son agrément ou à ses plaisirs; fastueux et prodigue, entouré
+de bouffons et d'histrions, par beaucoup de points il rappelait les
+empereurs de la décadence. Ses faveurs n'étaient accordées qu'aux
+courtisans les plus vils, et il ne pouvait voir Michel-Ange dont le génie
+sombre et farouche lui était antipathique; Léonard de Vinci lui était
+également odieux, il lui déniait tout talent. En tout il préférait le
+joli au beau; et il était si mauvais juge des aptitudes qu'au lieu de
+laisser Raphaël à ses pinceaux, il le nommait architecte de Saint-Pierre.
+Rien n'est donc plus injustifié que d'avoir appliqué au siècle tout
+entier le nom de Léon X, comme rien ne motive, dans sa vie ou dans ses
+idées, cet excès d'honneur.</p>
+
+<p>Excellent parent, il avait pour sa famille de si ambitieuses visées qu'il
+considérait comme très au-dessous de la dignité de son frère ou de son
+neveu de gouverner Florence, et quand il s'agit de régler le sort de la
+ville, il se contenta de lui donner comme maître le bâtard de Julien,
+Jules de Médicis improvisé cardinal et légat pour la circonstance. Mais,
+comme Jules préférait le séjour de Rome à celui de Florence, il n'y
+résida même pas et ce fut à Julien, âgé de vingt ans, qu'incomba toute
+l'autorité. Pendant ces arrangements de famille, François Ier
+envahissait le Milanais et récompensait par le duché de Nemours
+l'attachement de Julien à sa cause. Enfin, en 1516, à la mort de Julien,
+Laurent de Médicis, fils de Pierre II et petit-fils de Laurent le
+Magnifique, succédait à son oncle autant dans le gouvernement de la ville
+que dans les bonnes grâces du roi de France, et, fort d'un tel soutien,
+se hâtait, à l'encontre de toute justice, d'occuper, sans coup férir, le
+duché d'Urbin. Par reconnaissance de l'appui que son puissant allié lui
+avait prêté dans ces circonstances, Laurent ne voulut aller chercher
+femme qu'en France, mais il n'en ramena Madeleine de la Tour d'Auvergne
+que pour lui communiquer le mal par lequel elle fut enlevée, après avoir
+donné le jour à Catherine de Médicis.</p>
+
+<p>Un mois après, Laurent était emporté de la même manière et le cardinal
+Jules, forcé par les événements, prenait en mains les rênes du
+gouvernement (1519).</p>
+
+<p>Florence subissait depuis deux ans le joug de Jules de Médicis lorsque le
+conclave fut ouvert par la mort de Léon X. Malgré tous les efforts du
+cardinal, ce fut l'ancien précepteur de Charles-Quint, l'adversaire
+acharné des Médicis, qui fut exalté à sa place sous le nom d'Adrien VI;
+mais la mort du pontife, survenue en 1523, ayant ouvert de nouveau la
+succession au trône pontifical, Jules de Médicis acheta le conclave et
+fut élu pape sous le nom de Clément VII, vocable choisi, disent ses
+contemporains, «comme symbole de clémence et d'oubli», vertus qu'il
+inaugura, un mois après son élévation, par l'empoisonnement des quatre
+cardinaux envers lesquels il avait pris le plus d'engagements. Si
+Florence avait eu par le départ du cardinal Jules quelque espoir
+d'échapper à son dur servage, elle vit bientôt combien elle avait eu tort
+d'espérer et combien elle avait au contraire lieu de tout craindre d'un
+tel maître. En effet, Clément VII ne trouva rien de mieux, pour la
+gouverner, que de lui imposer deux bâtards chers à son cœur, Hippolyte et
+Alexandre. Le premier passait pour le fils de Julien, duc de Nemours,
+tandis que le second, fils d'une esclave mulâtresse, était attribué ou à
+Laurent duc d'Urbin, ou à un muletier, ou à Clément VII lui-même, en
+faveur duquel étaient encore les présomptions, fondées sur l'affection
+profonde portée par le Pape à Alexandre. Hippolyte, alors âgé de quatorze
+ans (1524), envoyé à Florence le premier, gouverna la ville plus d'un an
+avant que l'arrivée d'Alexandre, en <i>le forçant</i> à partager le
+pouvoir, suscitât entre eux une terrible inimitié, encore accrue, chez
+Alexandre, par sa haine de la popularité et de la beauté physique de son
+cousin, tandis que la violence de sa nature et le type presque nègre de
+sa figure faisaient de lui-même un objet d'effroi et d'horreur.</p>
+
+<p>Rien de plus triste que l'histoire de Florence à partir de ce temps.
+Soumise à toutes les exactions pontificales, une malheureuse campagne
+contre Sienne amenait le connétable de Bourbon devant ses portes, sans
+qu'elle eût pour cela le courage de secouer le joug des bâtards, et il ne
+fallut rien moins que l'effroyable sac de Rome (1527) et les horreurs de
+la domination espagnole avec la captivité de Clément VII pour la décider
+enfin à secouer son esclavage par un soulèvement unanime.</p>
+
+<p>Mais, les tyrans chassés, il s'agissait encore de gouverner à leur place,
+et le fonctionnement d'un gouvernement était d'autant plus difficile que
+le peuple, gorgé de plaisirs matériels et de grossières délices, avait
+perdu le goût de la liberté, et que les citoyens eux-mêmes n'avaient plus
+ni la notion de l'indépendance ni le sens de l'autorité. Aussi le
+gouvernement, péniblement organisé, fonctionna-t-il péniblement au milieu
+de cruelles incertitudes, et la Seigneurie dut se débattre dans de
+terribles crises intérieures et extérieures qu'elle était impuissante à
+résoudre.</p>
+
+<p>La politique cauteleuse et machiavélique suivie à cette époque par
+Florence devait lui être néfaste. Elle flottait indécise, sans s'arrêter
+à un parti, entre l'alliance de la France et la protection espagnole, et
+le seul résultat de ses tergiversations fut de l'isoler complètement et
+de la livrer sans défense aux ressentiments de Clément VII. Le pape avait
+tellement à cœur de châtier une ville qui, par une audace sans seconde,
+s'était soustraite à son autorité, qu'oublieux de ses humiliations, de
+ses rancunes, il se réconcilia avec l'Espagne, à condition que
+Charles-Quint l'aidât à reconquérir la Toscane. L'Empereur, trop heureux
+de faire à si bon compte sa paix avec l'Église, envahit et dévasta le
+pays et le soumit au plus effroyable régime discrétionnaire.</p>
+
+<p>Tant d'horreurs réveillèrent l'âme florentine et le grand souffle du
+passé l'anima de nouveau. Charles-Quint ayant investi la ville, elle se
+retrouva héroïque et, pendant une année entière, lutta, sublime, contre
+la famine, la mort et les horreurs d'un pareil siège, tenant tête aux
+armées réunies de Charles-Quint et du pape. Il fallut, pour venir à bout
+d'elle, que l'infâme trahison de son capitaine général, Malatesta, acheté
+par Clément VII, la livrât à ses ennemis. La noble attitude des assiégés,
+en commandant l'estime et l'admiration à leurs adversaires mêmes, leur
+obtint des conditions moins dures, relativement! car les clauses du
+traité étaient la mort politique de Florence. Charles-Quint se réservait
+le droit de la faire gouverner à sa guise, tandis qu'elle était ruinée
+par une rançon exorbitante et que l'Empereur exigeait le rapatriement des
+exilés. Bientôt les portes s'ouvraient pour Alexandre de Médicis qu'un
+rescrit impérial nommait grand-duc de Toscane, le 1er mai 1532. C'était
+la fin de la République, la fin de ce vaillant petit peuple dont le génie
+politique et artistique a pénétré le monde.</p>
+
+<p>Le jeune duc Alexandre était de la race redoutable de ces despotes que
+rien n'arrête. Il abusa sans vergogne de l'autorité et soumit la
+malheureuse Florence au joug le plus impitoyable. Tandis que ses goûts de
+débauche l'entraînaient à tous les désordres et à toutes les
+abominations, l'impunité lui était assurée et sa situation était encore
+affermie par son mariage avec la fille naturelle de Charles-Quint,
+Marguerite d'Autriche, la future duchesse de Parme, régente des Pays-Bas.
+L'appui d'un tel beau-père lui permettait d'étouffer toute tentative de
+révolte; du reste, si le fantôme de la liberté avait encore pu hanter les
+esprits, Charles-Quint se serait chargé d'y mettre bon ordre:
+«considérant les affaires de son gendre comme les siennes». Et, fort de
+cette assistance, Alexandre n'hésita même pas à tenir tête au pape Paul
+IV, l'adversaire acharné des Médicis. Le meurtre vint heureusement
+délivrer Florence de ce monstre. Tous les complots noués contre Alexandre
+avaient échoué et avaient été noyés dans le sang. Une seule tentative
+réussit parce qu'elle fut conçue et exécutée par un seul, ce fut celle de
+Lorenzo de Médicis.</p>
+
+<p>Lorenzo était le chef de la branche cadette descendue de Laurent, le
+frère de Cosme, et subdivisée elle-même, plus tard, en deux rameaux. De
+quinze ans plus jeune qu'Alexandre, il avait été élevé à Florence sous la
+tutelle de sa mère, puis sous celle de Philippe Strozzi. Malgré leurs
+soins, son caractère étrange ne tarda pas à se développer, singulier
+mélange de raillerie, d'inquiétude, de désir, de doute, d'impiété,
+d'humilité et de hauteur, sorte de créature hermaphrodite comme peut en
+produire la nature aux époques de dissolution. De temps en temps
+jaillissait de ces éléments hétérogénes un vœu ardent de gloire, de vertu
+ou d'immortalité, d'autant plus imprévu dans ce corps efféminé qu'en le
+voyant si mou et si humble, on ne l'appelait plus même Lorenzo, mais, par
+mépris, Lorenzaccio.</p>
+
+<p>Voilà ce qu'était l'homme qui s'était mis à courtiser le duc Alexandre
+avec tant d'adresse et une si feinte humilité que non seulement il était
+devenu son unique ami, mais encore son serviteur complaisant et
+indispensable pour les besognes les plus honteuses. Le duc avait en lui
+une confiance absolue, et la preuve la plus certaine qu'il pût lui en
+donner était de le prendre pour entremetteur dans toutes ses fantaisies
+amoureuses; aussi Lorenzaccio était encore plus détesté à Florence que le
+duc lui-même.</p>
+
+<p>Telle était la situation, quand le duc Alexandre s'amouracha d'une femme
+de vertu inattaquable et de haut rang, cousine de Lorenzaccio, et le
+chargea de s'entremettre auprès d'elle. Loin d'instruire sa parente,
+qu'il estimait fort, des desseins du duc, Lorenzaccio vit dans ces
+circonstances un moyen assuré de se défaire d'Alexandre qu'il haïssait
+férocement. Après avoir longuement attisé la passion du duc et avoir
+exalté les résistances qu'il prétendait rencontrer, Lorenzo, sous le
+prétexte d'un rendez-vous enfin consenti, attirait chez lui le duc seul,
+sans escorte, et l'assassinait le 6 janvier 1537, aidé d'un sbire
+entièrement à sa dévotion. Lorenzo ne profita point de son crime; pris de
+terreur, il alla d'une traite jusqu'à Venise, ne songeant qu'à se mettre
+hors de portée et abandonnant le pouvoir auquel il avait droit. A
+Florence, en l'absence du meurtrier passé pourtant à l'état de héros
+sauveur, le conseil, composé d'âmes damnées des Médicis, nomma à
+l'unanimité comme chef de l'État le jeune Cosme de Médicis, âgé de
+dix-huit ans, fils de ce Jean des Bandes Noires, créateur de la célèbre
+infanterie de ce nom si populaire à Florence (1537).</p>
+
+<p>Cosme, à ce moment, offrait toutes les garanties à ceux qui l'élevaient
+au pouvoir; sa jeunesse, son inexpérience leur semblaient des gages
+auxquels ses goûts paraissaient en ajouter d'autres. Il avait toujours
+vécu à la campagne, occupé uniquement à la chasse et à la pèche; on le
+croyait facile à conduire et à gouverner; aussi la surprise fut-elle
+extrême quand il montra une ambition effrénée et une volonté de fer pour
+n'en agir qu'à sa tête. Ayant obtenu de Charles-Quint la reconnaissance
+de ses droits, Cosme prit possession du pouvoir, mais ce ne fut qu'en
+1569 qu'il prit officiellement pour lui et pour sa descendance le titre
+de grand-duc et de prince souverain. Il ne rencontra aucune opposition à
+ses ambitieuses visées, tant il avait su se défaire de ses ennemis par
+l'exil ou la mort, et, comme rien ne l'arrêtait, il faisait assassiner
+les derniers Lorenzaccio et Soderini à Venise où ils s'étaient réfugiés.</p>
+
+<p>Sa domination bien établie, Cosme écarta des affaires avec une rare
+habileté tous ceux dont un conseil aurait pu le gêner et, sans scrupule,
+se débarrassa de toute entrave, sans qu'il put jamais être accusé
+positivement d'y avoir trempé les mains. Personne ne sut user comme lui
+de la confiscation; il avait une police inquisitoriale et, par des lois
+féroces, il interdisait jusqu'à la liberté de penser.</p>
+
+<p>Il entrait dans la politique de Cosme, puisqu'il écartait
+systématiquement les citoyens des affaires publiques, de donner un but et
+une occupation à leurs esprits en développant toutes leurs tendances vers
+la vie facile et somptueuse, vers le luxe démoralisateur, tandis que, par
+des conquêtes faciles et sans gloire, il abaissait le niveau des idées de
+justice. Mais, s'il pouvait annexer Sienne, il ne pouvait régénérer
+l'art, et la décadence atteignait le pays jusque dans ses manifestations
+intellectuelles et artistiques.</p>
+
+<p>Sous le joug dédaigneusement protecteur de Cosme, les lettres purent
+fleurir, les arts multiplier leurs productions, tout ne se ressentit pas
+moins de ce milieu et porta le caractère d'une époque d'absolutisme,
+incapable de rien de grand. Pour que le génie puisse se développer, il
+faut que la liberté de conception et d'exécution soit respectée, il faut
+que le despotisme n'intervienne pas, et que, par crainte du lendemain,
+l'artiste n'en soit pas réduit au rôle de courtisan.</p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/01-77.png"></p>
+
+
+
+
+
+<p>L'installation royale au palais Pitti, devenu désormais l'habitation des
+grands-ducs, attira une nuée de dessinateurs, de sculpteurs, de peintres
+chargés de ses embellissements. Les fêtes, les spectacles interrompus si
+longtemps par les malheurs publics, reprirent de plus belle. Cosme
+faisait exécuter les premiers opéras marquants dans l'histoire de la
+musique, il réorganisait l'université de Pise et fondait partout des
+académies. Plusieurs des principaux historiens du XVe siècle sont
+florentins et les Varchi, les Segni, les Nerli et les Pitti forment un
+rare assemblage d'esprits remarquables auxquels sont dus d'impartiaux et
+précieux documents sur l'histoire de leur pays. Sous ce régime fastueux,
+les étrangers affluèrent et ils furent dès lors la principale source de
+richesse d'une ville dont le trafic allait tous les jours diminuant.</p>
+
+<p>Les Médicis avaient de tout temps habitué les Florentins aux désordres et
+à la licence de leur vie privée; mais, si grand qu'eût été le scandale,
+aucun n'était encore parvenu aux raffinements d'ignominie de Cosme et de
+ses successeurs. Pour Cosme, après avoir assassiné un de ses fils, fait
+mourir de chagrin sa femme Éléonore de Tolède, aimé d'un amour sacrilège
+sa fille Isabelle, il donna dans sa famille le plus affreux exemple de
+vices monstrueux.</p>
+
+<p>A sa mort, en 1574, son fils, le grand-duc François, continua dignement
+les traditions paternelles. Héritier présomptif, il avait pris comme
+maîtresse une fille de la noble maison vénitienne des Capello, qui avait
+fui Venise au bras d'un amant et qui s'était réfugiée à Florence.
+François, éperdument épris de Bianca, voulait l'épouser; mais, comme le
+grand-duc avait arrangé pour son fils un mariage destiné à rehausser
+l'éclat de sa maison, il dut plier devant la volonté de Cosme et épousa
+Jeanne d'Autriche, sans pour cela cesser aucunement de vivre, comme par
+le passé, avec Bianca Capello.</p>
+
+<p>François, devenu lui-même grand-duc et maître tout-puissant, fit
+construire pour elle une demeure somptueuse aux portes mêmes du palais
+Pitti. Un abandon si outrageux et si public frappa au cœur la malheureuse
+Jeanne d'Autriche qui mourut bientôt de chagrin, en faisant jurer à son
+mari d'abandonner cette femme néfaste et de se soustraire à son influence
+redoutable. Un an plus tard, François épousait sa maîtresse, et Bianca
+Capello devenait grande-duchesse de Toscane.</p>
+
+<p>Au bout de plusieurs années passées parmi les plaisirs et les fêtes,
+Bianca n'ayant pas donné d'héritier au grand-duc, et obsédée par le désir
+fou d'exercer la régence, si François venait à mourir avant elle, eut
+recours à un simulacre d'accouchement et à une supposition d'enfant. Mais
+son beau-frère, le cardinal Ferdinand, découvrit la supercherie, et elle
+en conçut contre lui une haine si féroce qu'elle se résolut à
+l'empoisonner. Pour atteindre ses fins, elle lui servit une pâtisserie
+dont elle le savait friand et qu'elle lui disait avoir, par une attention
+délicate, confectionnée elle-même; mais cette tentative se retourna
+contre elle, car Ferdinand, animé des plus justes soupçons contre sa
+belle-sœur, déclina son offre, et le grand-duc, froissé de ce refus
+blessant, voulut à toute force faire honneur au gâteau, pour réparer
+l'affront fait à sa femme. L'empêcher d'y toucher, c'était se trahir, et
+comme, François mort, elle n'avait plus rien ni à espérer ni à attendre,
+elle prit résolument son parti et partagea avec lui ce funèbre repas.</p>
+
+<p>Le lendemain, François et Bianca avaient cessé d'exister et Ferdinand,
+jetant sa barrette aux orties, montait sur le trône (1587).</p>
+
+<p>Avec son règne commence pour la Toscane une ère de calme plat,
+d'insignifiance complète et de honteuse léthargie. A Ferdinand
+succédèrent Cosme II, son fils (1606-1621), Ferdinand II (1621-1670) et
+enfin Cosme III (1670-1723) dont le règne de cinquante années fut marqué
+par l'établissement des Jésuites en Toscane et par l'épuisement du trésor
+public pour subvenir aux frais de leur installation.</p>
+
+<p>Cosme III avait épousé Louise d'Orléans, la fille de Monsieur et la sœur
+de la grande Mademoiselle, «qui lui fit voir le diable» à telle enseigne
+qu'il dut la laisser rentrer en France où elle resta sans jamais
+consentir à rejoindre son mari. Du reste, tout, pour Cosme, prend une
+tournure fatale. Il semble qu'un mauvais génie pèse sur cette race
+destinée à succomber fatalement. Poursuivi par de sinistres
+pressentiments, aussitôt son fils aîné en âge de se marier, Cosme l'unit
+à Violente de Bavière, princesse vertueuse, mais stérile, et de chagrin,
+Ferdinand se plongea dans de telles débauches qu'il y consuma rapidement
+sa vie. Le grand-duc s'empressa aussitôt de marier son second fils,
+Jean-Gaston, avec une princesse allemande destinée, semblait-il, à lui
+donner une nombreuse postérité; mais la princesse de Saxe-Lövenburg
+refusa toute soumission à son mari, et les interminables querelles qui
+attristèrent le ménage du père vinrent assaillir et troubler celui du
+fils. Aussi Jean-Gaston, à l'exemple de son frère, se plongea dans tous
+les excès, et les Toscans virent avec effroi un tel prince arriver à la
+toute-puissance, tant ses orgies monstrueuses étaient devenues un sujet
+d'horreur. Lorsque Jean-Gaston monta sur le trône, il était le dernier de
+sa race et il était mourant lui-même; il rappela pourtant tout ce qui lui
+restait de forces pour réagir contre la situation désespérée où il
+trouvait le pays, et son premier soin, à peine au pouvoir, fut de chasser
+les prévaricateurs et les vendeurs de places si chers à son père; aussi,
+après l'avoir méprisé et redouté, finit-on par le bénir et l'adorer.</p>
+
+<p>Comme aucune humiliation ne devait être épargnée au dernier des Médicis,
+d'après le droit réservé par Charles-Quint et Clément VII, le roi
+d'Espagne Philippe V, du vivant même de Jean-Gaston, lui nomma un
+successeur en la personne de son fils, l'infant don Carlos. A peine ce
+jeune prince avait-il pu faire apprécier son heureux naturel, qu'il fut
+appelé à la conquête du royaume des Deux-Siciles et qu'il abandonna la
+Toscane sans retour. On ne consulta pas davantage Jean-Gaston pour
+installer, à la place de don Carlos, le prince François de Lorraine,
+auquel on donnait la Toscane en dédommagement de ses États réunis à la
+France. Lorsque le grand-duc mourut, en 1737, le pays était plongé dans
+un tel marasme qu'il ne chercha même pas à recouvrer son indépendance et
+accepta ces changements de maître et de dynastie, sans aucune velléité de
+résistance (1745).</p>
+
+<p>En 1801, par la paix de Lunéville, le grand-duc Ferdinand de Lorraine
+renonça à la Toscane qui, en treize années, eut un semblant
+d'indépendance comme république, fut incorporée à l'empire français et
+devint royaume d'Étrurie, pour faire, en 1814, retour à ses anciens
+maîtres.</p>
+
+<p>Les grands-ducs de la maison de Lorraine se succédèrent avec des fortunes
+diverses jusqu'en 1860, où, par un plébiscite, la Toscane se réunissait
+définitivement au nouveau royaume d'Italie, et retrouvait dans l'unité
+qui se fondait, la vie éteinte depuis des siècles.</p>
+<br><br><br>
+
+
+
+<h2>TOPOGRAPHIE GÉNÉRALE<br>
+DE FLORENCE</h2>
+<br>
+
+
+<p><i>Florence</i>, divisée par l'Arno en deux parties inégales, est située
+dans une riante et fertile vallée où descendent les dernières
+ramifications des Apennins, dont le cirque imposant l'entoure de toute
+part.</p>
+
+<p>Des hauteurs environnantes les points de vue sur Florence sont
+innombrables et de partout se découvrent ses monuments, ses églises, ses
+palais et ses tours sous l'aspect séduisant et élégant qui la
+caractérise.</p>
+
+<p>Les anciens remparts, construits de 1285 à 1388, out cédé la place aux
+longs boulevards des quartiers neufs, prolongés à l'ouest sur les rives
+de l'Arno jusqu'aux Cascines.</p>
+
+<p>Les portes, ainsi que les anciens ponts de l'Arno, sont mieux conservées.
+Six ponts mettent en communication les deux rives du fleuve, sur lesquels
+deux suspendus relient, à l'extrémité sud de la ville, le viale duca di
+Genova à la barrière San Niccolò et, à l'extrémité nord, la place
+Victor-Emmanuel aux Cascines.</p>
+
+
+<h3>Ponts anciens.</h3>
+
+<p>1° <i>Ponte alle Grazie</i>, le plus ancien de tous, fut construit en
+1237.</p>
+
+<p>2° <i>Ponte Vecchio</i>, dont la fondation remonte, dit-on, à l'époque
+romaine. Maintes fois détruit et rebâti, il doit à Taddeo Gaddi son
+aspect définitif (1302). Il est bordé de boutiques occupées dès 1593 par
+les orfèvres; elles sont surmontées par la longue galerie qui met en
+communication le musée des Offices et le palais Pitti et sont
+interrompues dans la partie centrale du pont où la galerie n'est plus
+soutenue que par trois arcades ouvertes, d'où l'œil embrasse l'admirable
+perspective de l'Arno.</p>
+
+<p>3° <i>Ponte Santa Trinita</i>, fondé en 1252 et reconstruit vers 1567 par
+Bartolommeo Ammanati.</p>
+
+<p>4° <i>Ponte alla Carraja</i>, bâti en 1218, détruit par la fameuse
+inondation de 1333, fut reconstruit aussitôt en 1337 et fut finalement
+restauré et modifié par Ammanati en 1572.</p>
+
+<p>Sur les deux rives du fleuve s'étendent les larges quais formant le
+<i>Lung'Arno</i>; seule, la partie de la rive gauche comprise entre le
+Ponte Vecchio et le Ponte Santa Trinita a conservé son caractère et ses
+vieilles maisons dont les fondations reposent dans le fleuve.</p>
+
+<p>Les rues de Florence laissent une grande impression de sévérité
+imposante, due à ses anciens palais dont les constructions massives lui
+conservent l'aspect d'un autre âge, comme leurs noms mêmes évoquent le
+souvenir des familles illustres et des corporations de la République.</p>
+
+<p>Sur la rive droite, les principales artères sont:</p>
+
+<p>La <i>via Tornabuoni</i>, qui va du Ponte Santa Trinita au cœur de la
+ville.</p>
+
+<p>La <i>via Calzajuoli</i>, qui, parallèle à la précédente, relie la place
+de la Seigneurie à celle du Dôme.</p>
+
+<p>Enfin la <i>via Cerretani</i>, qui réunit la place du Dôme à Sainte-Marie
+Nouvelle.</p>
+<br><br><br>
+
+
+
+<h3>RIVE DROITE (LE CENTRE)</h3>
+
+<h3>I</h3>
+
+<h3>DU DOME AUX OFFICES</h3>
+
+<p class="mid">LA PLACE DU DOME ET SES MONUMENTS.<br> LA VIA CALZAJUOLI ET OR SAN MICHELE.<br>
+LA PIAZZA DELLA SIGNORIA, LA LOGGIA DEI LANZI ET LE PALAIS VIEUX.</p>
+
+
+<p>LA PLACE DU DOME forme le cœur de Florence et réunit trois des plus beaux
+monuments de l'art: le Baptistère, le Dôme et le Campanile. LE BAPTISTÈRE
+(San Giovanni Battista), ancienne cathédrale de Florence, est un petit
+édifice octogonal à trois étages et à coupole. Il offre un des types les
+plus curieux de l'architecture romane italienne, avec la modification
+qu'elle subit dès le XIe siècle, sous l'action de Nicolas de Pise (1274)
+quand elle fut ramenée par ses découvertes au sentiment de l'antique. Ce
+n'était pourtant ni à Nicolas, ni même à Jean qu'était réservé l'honneur
+de fonder à Florence l'école des Pisans, mais bien à leurs élèves ANDREA
+PISANO et ARNOLFO DI CAMBIO, et à ces derniers la ville allait devoir ses
+plus beaux monuments.</p>
+
+<p>Les premiers travaux d'ARNOLFO à Florence furent le dégagement et le
+revêtement du Baptistère dont les abords étaient encombrés de sarcophages
+et d'urnes funéraires, tandis que les faces extérieures en étaient
+bigarrées d'incrustations et d'inscriptions juxtaposées au hasard et en
+désordre.</p>
+
+<p>Dans cette restauration qui eut lieu en 1293, ARNOLFO fit enlever tout ce
+qui déparait l'extérieur du monument et lui donna de la grâce et de la
+légèreté en dégageant le soubassement presque enseveli dans le sol. Il
+appliqua ensuite sur chaque angle de l'octogone deux pilastres
+corinthiens soutenant une corniche couronnée d'un second étage de même
+ordre, coupé de trois longues fenêtres à fronton. Enfin, pour achever
+cette belle décoration, il disposa des plaques en marbre noir de Prato
+dans les parties pleines ménagées entre les grandes lignes de
+l'architecture, tandis que, dans le troisième étage en retrait, il
+répétait sur chaque face les pilastres à chapiteaux corinthiens.</p>
+
+<p>Trois portes donnent accès au Baptistère. Dès 1321, les Consuls avaient
+résolu de faire couler en bronze des portes pour Saint-Jean-Baptiste;
+seulement, comme il ne se trouvait alors à Florence aucun artiste en état
+d'entreprendre ce travail, la Seigneurie donna mission à un orfèvre
+florentin d'étudier les portes de Pise et de se rendre ensuite à Venise,
+qui passait alors pour posséder seule des fondeurs capables d'un pareil
+ouvrage.</p>
+
+<p>Pendant le cours de ces recherches, ANDREA PISANO avait obtenu, par
+l'entremise de son ami Giotto, la commande d'une des portes, et cela,
+malgré les lois de la ville et l'interdiction absolue de donner du
+travail à un étranger. Aussi son contrat spécifiait-il qu'«il ne devrait
+livrer qu'un modèle de porte en terre ou en cire, dont l'exécution
+resterait confiée aux maîtres vénitiens».</p>
+
+<p>Ce fut en l'année 1330 que ceux-ci entreprirent les opérations de la
+fonte, et, bien qu'elles aient duré jusqu'en 1332, elles se trouvèrent
+définitivement si manquées, qu'il ne fut pas possible de les reprendre en
+sous-œuvre. Andrea eut alors commission de mener à bien une nouvelle
+fonte, qu'il réussit en l'espace de deux mois (1335).</p>
+
+<p>La porte d'ANDREA PISANO, divisée en vingt compartiments, est consacrée
+aux différents traits de la vie de <i>saint Jean-Baptiste</i>. De plus,
+dans sa partie inférieure, elle comporte huit panneaux de moindre
+dimension, avec les figures des Vertus.</p>
+<br>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/02-90.png"></p>
+
+
+
+
+<p>Dans cette maîtresse œuvre, le progrès réalisé sur les Pisans est
+considérable. Andrea y devine les lois de la perspective, épargne les
+figures et modère les mouvements. Il est aussi sobre de plans et de
+lignes que ses maîtres en furent prodigues, et rencontre du premier coup,
+comme Giotto, les lignes mères de la composition, c'est-à-dire
+l'ordonnance la plus simple et la plus claire. Tous les motifs sont
+conçus avec une parfaite convenance au sujet, et sont traités avec un
+sentiment profond, exprimé par des gestes harmonieux et sans violence,
+tels que les veut la gravité sculpturale. Si le sujet traité par Pisano
+est calme, les plis sont rares, comme, par exemple, dans la composition
+des Vertus; tandis qu'au contraire, si la scène réclame du mouvement ou
+dénote l'agitation intérieure, les plis se pressent, toutefois sans
+abondance inutile, et le maître a su donner à ses figures une grâce
+d'attitude qui fait de son œuvre une sorte de trait d'union entre l'art
+antique et l'art moderne.</p>
+
+<p>Il reste à observer combien, en cela encore semblable à Giotto, le maître
+néglige l'indication du lieu; ses groupements sont au plus sur deux
+rangs, si bien que ses plans, rapprochés de la conception hellénique,
+présentent les premières figures en haut relief et les secondes en
+bas-relief.</p>
+
+<p>La porte finie, la République donna pour récompense à l'artiste pisan le
+droit de bourgeoisie, accordé rarement et seulement aux étrangers de la
+plus haute distinction, ou d'un mérite éclatant. Placée à l'entrée
+principale de l'est, c'est-à-dire en face l'autel, elle dut, en 1446,
+céder la place à la porte de Ghiberti et fut transportée sur la face sud,
+qu'elle occupe depuis. C'est lors de ce transfert que le fils de
+Ghiberti, VITTORIO, l'entoura de la riche guirlande de fleurs et de
+fruits qui en fait le délicieux encadrement.</p>
+
+<p>Après la mort de Pisano, l'achèvement des portes du Baptistère resta
+suspendu et ce fut seulement à la suite de la fameuse peste de 1403 que
+la Seigneurie en décida l'exécution. A cet effet, fut ouvert un concours
+dont le sujet était l'histoire de Jésus-Christ et auquel prirent part les
+DELLA QUERCIA, les NICCOLÒ d'AREZZO, les BRUNELLESCHI et les GHIBERTI, et
+où la préférence devait être donnée à la composition la plus rapprochée
+de l'œuvre d'Andrea Pisano. Brunelleschi s'étant retiré, GHIBERTI
+l'emporta en dernier lieu; il avait alors vingt-cinq ans.</p>
+
+<p>Dans cette porte où il était strictement limité par l'obligation de se
+subordonner à l'œuvre gothique, Ghiberti adopta la même division en vingt
+panneaux supérieurs et en huit inférieurs contenant les figures des
+Évangélistes et des Pères de l'Église, et encadra chaque châssis de têtes
+saillantes, tandis qu'il couvrait les chambranles de fleurs, de fruits ou
+d'oiseaux. Cependant, si les figures dépassent celles de la porte
+gothique comme animation et comme expression, elles n'atteignent pas à la
+grandeur sévère et à la sérénité calme de celles d'Andrea. Elles ont
+pourtant une grâce ingénue et juvénile dont s'exclut encore tout soupçon
+de maniérisme et l'art plastique y atteindrait la perfection, si Lorenzo
+avait mieux compris les conditions du bas-relief, et son incapacité à
+exprimer les saillies nuancées, les plans successifs ou les profondeurs
+feintes. Ce grave défaut de son style, déjà sensible dans cette première
+œuvre, devait par ses développements ultérieurs entraîner la sculpture
+dans une voie funeste.</p>
+<br>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/03-93.png"></p>
+
+
+
+
+
+<p>(Ces 8 admirables figures, d'une très noble allure, sont assises devant
+des pupitres, les évangélistes debout accompagnés de leurs symboles.)</p>
+
+<p>La première porte de Ghiberti ne fut pas plutôt achevée qu'on se décida à
+lui confier la seconde, considérée par ses contemporains comme son
+chef-d'œuvre, mais où s'accuse déjà fortement le parti pris d'obtenir du
+bronze les effets de la peinture par une fusion impossible des deux arts.</p>
+
+<p>Cette fois, entière latitude lui était laissée. Aussi s'affranchit-il
+résolument de toute influence et divisa-t-il son sujet en dix panneaux où
+il traitait les principaux épisodes de l'Ancien Testament. Mais, comme
+cette donnée était trop considérable, il se résolut à réunir dans chaque
+panneau plusieurs actions différentes n'ayant aucun rapport entre elles.
+Il encadra chacun de ses tableaux d'une large bordure ornée de figurines
+placées dans des niches alternant avec des médaillons d'où sortent des
+têtes en ronde bosse et il décora les chambranles de guirlandes
+compliquées.</p>
+
+<p>Il fallut seize ans à Ghiberti pour mener à bien son œuvre, mise en place
+seulement en 1452, et, dans le principe, entièrement dorée, comme les
+autres portes.</p>
+
+<p>Les trois portes de San Giovanni sont surmontées de groupes de grandeur
+naturelle en bronze et en marbre.</p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/04-95.png"></p>
+
+
+
+
+<p><b>Au Sud</b>: <i>Décollation de saint Jean</i> par VICENTE DONI (1571),
+d'un mauvais style.</p>
+
+<p><b>Au Nord</b>: <i>Prédication de saint Jean</i> par GIOVANNI RUSTICA
+(1500); élève de Verrocchio, supérieur au groupe précédent.</p>
+
+<p><b>A l'Est</b>: <i>Le Baptême de Jésus-Christ</i> par ANDREA SANSOVINO,
+de beaucoup le meilleur des trois morceaux (1500). L'ange qui seul le
+dépare, est de Spinazzo (XVIIIe siècle).</p>
+
+<p><b>Intérieur</b>: A l'intérieur de l'édifice on retrouve la disposition
+des trois étages extérieurs, décorés d'après le même principe de marbres
+alternés blancs et verts.</p>
+
+<p>Les colonnes rondes en granit de la rotonde soutiennent, sur leurs
+chapiteaux corinthiens dorés, l'entablement portant la tribune circulaire
+du deuxième étage éclairée par les fenêtres extérieures et dont le balcon
+est décoré de <i>mosaïques</i> exécutées en 1225 par un moine nommé
+<i>Jacobus</i>. Le troisième étage enfin, également orné de mosaïques
+dues à Jacobus, sert de base à la coupole terminale, couverte de
+mosaïques du XIIIe au XVIe siècle.</p>
+
+<p>L'abside carrée, destinée à contenir l'autel, est construite en dehors du
+monument. Décorée de mosaïques, elle renferme actuellement un
+<i>groupe</i> détestable de TICCIATI exécuté en 1732, dans ce que le
+«rococo» a pu offrir de plus flamboyant. Un autel mural, à gauche de la
+porte de l'est, est surmonté de la célèbre statue en bois de la
+<i>Madeleine</i> par DONATELLO, d'un réalisme désagréable, à force d'être
+violent. En face, près du maître-autel, sont les <i>fonts baptismaux</i>,
+ouvrage d'une recherche déplaisante, fondu en 1371 par un des nombreux
+élèves d'Andrea Pisano. Enfin, à droite, adossé au mur, est le <i>tombeau
+du pape Jean XXIII</i> (1419), déposé par le concile de Constance. Sa
+belle statue couchée est l'œuvre de DONATELLO et de MICHELOZZO
+(1420-1425), mais le dais qui l'abrite et le monument qui l'accompagne,
+par leur mauvaise ordonnance et leur lourdeur, ne sont pas dignes de
+Donatello.</p>
+
+<p>Sur le côté nord de la place s'élève la COLONNE SAN ZENOBE, érigée en
+1330 en commémoration de la translation des reliques de saint Zenobe,
+patron de Florence.</p>
+
+<p>LE DOME, SANTA MARIA DEL FIORE, ainsi nommée des fleurs de lys figurant
+dans les armoiries de Florence, occupe l'emplacement d'une ancienne
+église consacrée à Santa Reparata. La décoration et le revêtement du
+Baptistère furent terminés en 1293; l'année suivante, la République
+rendait un décret mémorable ordonnant à ARNOLFO DI CAMBIO d'exécuter un
+modèle et des dessins pour la reconstruction de Santa Reparata: «Avec
+telle hauteur et magnificence qu'on ne puisse attendre de l'industrie
+humaine rien de plus noble et de plus beau, dans cette pensée que les
+œuvres entreprises par la commune doivent être conçues avec une grandeur
+correspondant à la grande âme que forment tant de citoyens réunis dans
+une seule et même volonté.»</p>
+
+<p>Comme Santa Reparata dépendait de la corporation des marchands de laine,
+il fut établi qu'ils auraient à supporter la plus lourde part des frais
+de reconstruction, mais, à titre de dédommagement, on leur concéda un
+droit sur les exportations. Après avoir démoli Santa Reparata, Arnolfo
+traça le plan de sa basilique, d'après les traditions pisanes, en forme
+de croix latine, c'est-à-dire qu'il donna les mêmes dimensions aux bras
+du transept et du chœur, et il affecta au déambulatoire cinq chapelles
+polygonales développées extérieurement en cinq pans symétriques.</p>
+
+<p>Arnolfo était trop imbu de l'antique pour prévoir l'effet qu'allaient
+produire dans le style gothique la nudité et la sécheresse de lignes qui
+en sont l'antipode. Une autre erreur de son plan fut l'importance donnée
+aux membres séparés, d'après ce principe que chaque chose grande en soi
+agrandit l'ensemble, ce en quoi il perdait de vue la loi architecturale,
+qui veut, pour l'harmonie d'un édifice, que toutes les parties se
+subordonnent à l'ensemble. Tout à l'opposé des cathédrales du nord où
+l'étroitesse relative de la nef élève les voûtes à l'infini, Arnolfo
+élargit les siennes dans de si vastes proportions qu'elles produisent à
+première vue une impression d'écrasement, aggravée encore par la vue des
+grands espaces de murs laissés nus entre les fenêtres aussi étroites que
+parcimonieusement ménagées.</p>
+
+<p>Quand Arnolfo di Cambio mourut en 1300, il avait amené l'œuvre à la
+croisée, et la construction fut continuée par son successeur immédiat, le
+Giotto, auquel sont dus les revêtements extérieurs des transepts et du
+chœur.</p>
+
+<p>En 1357, le plan d'Arnolfo subit une première modification, et, à partir
+de cette époque, s'ouvre la longue série des architectes du dôme, placés
+sous la direction de commissaires pris parmi les chefs des corporations
+et sans l'assentiment desquels nul n'avait le droit d'ajouter une pierre
+à la cathédrale. Ces gens sans connaissances techniques, qui
+n'obéissaient qu'au seul mobile de faire de Santa Maria del Fiore un
+monument unique, arrivèrent forcément à lui donner cette absence de
+coordination si fâcheuse et que la fameuse coupole, la belle œuvre de
+Brunelleschi, contribue, pour sa part, à rendre plus frappante encore.</p>
+
+<p>C'est en 1418 que fut ouvert, pour le modèle de la coupole, le concours
+où Brunelleschi triompha de ses concurrents. Il ne lui fallut pas moins
+de quatorze années pour mener à terme cette entreprise hardie, et encore
+la lanterne ne fut-elle achevée qu'en 1462. La façade, qui fut détruite
+en 1588 pour être remplacée magnifiquement, a été refaite depuis quelques
+années seulement avec une complication et une surchage extrêmes. <b>Les
+quatre portes</b> latérales sont des XIVe et XVe siècles. Ce sont des
+ouvrages de l'école Pisane ornés de mosaïques et surmontés d'une statue.
+La plus remarquable de ces portes, la deuxième du nord (1408), est
+l'œuvre de PIERO D'AREZZO, aidé de NANNI DI BANCO. C'est à ce dernier
+qu'est dû le haut relief dit de la <i>Madona della Cintola</i>, où se
+pressentent déjà Ghiberti et Donatello. La mosaïque du tympan,
+l'<i>Annonciation</i>, fut dessinée par le GHIRLANDAJO (1496).</p>
+
+<p><b>L'Intérieur</b> de Sainte-Marie des Fleurs est d'une austérité allant
+jusqu'à la froideur d'un temple méthodiste.</p>
+
+<p>Le maître-autel, placé sous la coupole, est entouré d'une clôture en
+marbre, de forme octogonale comme la coupole, et ornée de
+<i>bas-reliefs</i> de BACCIO BANDINELLI, œuvre médiocre substituée à la
+belle clôture en bois de Ghiberti.</p>
+
+<p>Derrière le maître-autel se trouve la fameuse <i>Déposition</i> de
+MICHEL-ANGE, œuvre de vieillesse et inachevée qu'il tailla dans un
+chapiteau antique du Temple de la Paix que lui avait donné le pape Paul
+III. Cet ouvrage pèche par des défauts de proportion malheureusement très
+apparents. Sainte-Marie des Fleurs contient nombre de monuments et
+d'œuvres remarquables.</p>
+
+<p>Le mur de la façade est percé d'un vitrail rond, de FRANCESCO, exécuté
+sur les dessins de Ghiberti; au-dessous, dans la lunette de la porte est
+inscrite une admirable mosaïque, le <i>Couronnement de la Vierge</i> de
+TADDEO GADDI (1280), où, malgré le byzantinisme encore marqué, est déjà
+très sensible l'influence de la révolution naturaliste opérée dans l'art,
+grâce aux efforts de Cimabue et de Giotto.</p>
+
+<p>Deux grandes fresques infiniment intéressantes occupent le mur au-dessus
+des portes latérales de la façade. Celle de gauche est le portrait
+équestre de <i>John Hawkwood</i>, condottiere à la solde de Florence,
+peint en 1392 par Paolo UCCELLO; tandis que celle de droite est
+l'admirable portrait équestre de <i>Niccolò Marucci da Tolentino</i>,
+œuvre d'ANDREA DEL CASTAGNO (1456), de la plus haute allure.</p>
+
+<p><b>Nef de droite</b>: Monument de <i>Brunelleschi</i>, tombeau médiocre
+dû à son élève BRUGGIANO.</p>
+
+<p>Statue de l'homme d'État <i>Gianozzo Manetti</i> par CIUFFAGNI.</p>
+
+<p>Monument du <i>Giotto</i> élevé par la commune sur l'initiative de
+Laurent le Magnifique, en 1490. Ce bel ouvrage de BENEDETTO DA MAJANO est
+placé au-dessus de l'inscription latine composée par Ange Politien.
+Au-dessus de la première porte latérale, le <i>sarcophage</i> du général
+<i>Pierre Farnèse</i> par AGNOLO GADDI et PISELLO (1395). Statue de
+<i>Josué</i> par DONATELLO (1412) où se trahit encore dans les draperies
+l'inexpérience de la jeunesse, bien que la tête en soit fort belle.
+Donatello y sacrifie déjà au goût qui lui fera, dans toutes ses statues,
+reproduire les traits de ses contemporains. A côté de la deuxième porte
+latérale est placé le buste en marbre du savant platonicien <i>Marsile
+Ficin</i>, avec la remarquable inscription latine de Ferrucci (1521).
+Au-dessus de la deuxième porte et malheureusement placé trop haut, est le
+beau <i>monument</i> de l'évêque <i>Antonio d'Orso</i>, le vaillant
+défenseur de Florence contre l'empereur Henri VIII, œuvre du Siennois
+TINO DI CAMAINO (1336). La statue de l'évêque est assise sur un
+sarcophage à l'antique.</p>
+
+<p>Dans le transept droit, orné au-dessous des fenêtres de fresques
+médiocres peintes par Lorenzo de Bicci (1427), s'ouvre <b>la vieille
+sacristie</b>. Le tympan de la porte d'accès est décoré d'un magnifique
+bas-relief de LUCA DELLA ROBBIA, l'<i>Ascension</i>. Dans la sacristie,
+deux admirables anges agenouillés, œuvre monochrome de LUCA DELLA ROBBIA,
+tiennent des calices.</p>
+
+<p>Le lavabo est un ouvrage contourné de BUGGIANO (1492).</p>
+
+<p><b>La chapelle terminale</b> du chevet est consacrée à saint Zenobe et
+contient le <i>reliquaire</i> en bronze du saint par GHIBERTI (1440).</p>
+
+<p>Dans quatre autres chapelles sont des statues assises, primitivement
+destinées à la décoration de la façade.</p>
+
+<p><b>Première à droite</b>: <i>Saint Marc</i>, par NICCOLÒ D'AREZZO.</p>
+
+<p><b>Deuxième à droite</b>: <i>Saint Luc</i>, par NINO DI BANCO.</p>
+
+<p><b>Quatrième chapelle à gauche</b>: <i>Saint Mathieu</i>. Mauvais ouvrage
+de CIUFFAGNI.</p>
+
+<p><b>Cinquième chapelle à gauche</b>: <i>Saint Jean</i>, par DONATELLO.
+Quoique encore influencé par la tradition des «Trecentisti», le maître se
+montre ici d'une incomparable supériorité. La tête, d'une expression
+profonde et prophétique, admirable par sa grave austérité, fait penser à
+Michel-Ange. Cette œuvre de premier ordre est placée aussi mal que
+possible dans le jour le plus défectueux; il est difficile même d'en
+apprécier toute la beauté.</p>
+
+<p><b>La nouvelle sacristie</b> s'ouvre à la suite des chapelles supérieures
+de la croix. Le tympan de sa porte est occupé par un magnifique
+bas-relief de LUCA DELLA ROBBIA, la <i>Résurrection</i>. Jamais le
+délicat poète que fut Luca n'a été plus inspiré que dans cette
+composition, où la divinité triomphante du Christ s'oppose à l'humanité
+abandonnée des soldats endormis, ses gardiens.</p>
+
+<p><b>La porte en bronze</b> commandée d'abord à Donatello en 1437 et
+retirée au maître après dix ans passés, sans qu'il eût mis la main à
+l'œuvre, fut, en 1465 seulement, confiée à LUCA DELLA ROBBIA. Il y a
+représenté, en compartiments quadrangulaires, la Vierge et l'Enfant, la
+Résurrection, les quatre Évangélistes et les quatre Pères de l'Église,
+ces derniers en haut relief, assis entre deux anges. Aux angles des
+cadres sont des têtes en ronde bosse, d'une grande beauté. Luca s'est
+volontairement abstenu de toute complication et de tout mouvement
+susceptible de maniérer la composition. Ses figures tirent leur caractère
+de leur austérité et de la belle simplicité de leurs draperies, poussées
+cependant au dernier degré de la perfection. Elles laissent aussi loin
+derrière elles les œuvres de Ghiberti, si souvent gâtées par une
+recherche de l'effet de mauvais goût, écueil que Luca semble avoir évité
+avec soin, pour se rapprocher autant que possible du style pur et large
+d'Andrea Pisano. La sacristie est entièrement revêtue d'une marqueterie
+en bois dont les panneaux forment des tableaux; cette belle décoration
+est l'œuvre de BENEDETTO DA MAJANO.</p>
+
+<p>En retournant par la nef gauche, à côté de la deuxième porte latérale, on
+trouve le portrait en pied du Dante, peinture sur bois exécutée par ordre
+de la République, en 1465. Domenico di Michelino a représenté Dante
+devant une vue de Florence, entouré de divers épisodes de la <i>Divine
+Comédie</i>.</p>
+
+<p>A gauche, pour désigner l'Enfer, s'ouvre, au milieu de rochers désolés,
+la porte «où est laissée toute espérance», tandis qu'à droite un
+labyrinthe symbolise le Paradis et la difficulté d'y parvenir.</p>
+
+<p>A côté de la première porte latérale, <i>monument</i> du musicien
+<i>Squarcialupo</i> (1490) par BENEDETTO DA MAJANO, d'une ordonnance
+analogue à celle du monument de Giotto auquel il fait face et sert de
+pendant. Enfin, au premier pilier, <i>Saint Zenobe</i>, en vêtements
+pontificaux, est une peinture d'ORCAGNA.</p>
+
+<p><b>LE CAMPANILE</b> de Sainte-Marie des Fleurs s'élève isolé à la hauteur
+de sa façade. En 1334, après la mort d'Arnolfo, la Seigneurie confia à
+GIOTTO, alors âgé de près de soixante ans, les travaux du dôme, avec
+ordre, d'abord, de se consacrer à l'érection du campanile qui faisait
+défaut. Le premier soin de Giotto fut d'asseoir les fondations à une
+profondeur inusitée alors, et de donner ainsi à sa construction une
+assiette telle, que, jusqu'à ce jour, elle n'a eu besoin d'aucune
+réparation. TADDEO GADDI l'aida jusqu'à 1336, époque de sa mort, et
+ANDREA PISANO reprit l'œuvre, qui fut achevée par François Talenti.</p>
+
+<p>Le campanile carré comporte cinq étages de hauteurs inégales et croissant
+avec l'élévation, car, par un souci de perspective bien rare pour
+l'époque, Giotto reconnut et appliqua ce principe, que, plus une
+construction s'élève, plus les plans successifs doivent gagner en
+hauteur, pour que rien n'interrompe à l'œil la justesse des proportions.
+Par l'application de cette théorie, le campanile acquiert une grâce et
+une légèreté incomparables. La préoccupation qu'avait Giotto d'atteindre
+ce but était telle qu'elle l'amena à modifier ce qu'aurait eu de sec
+l'angle aigu sur une pareille masse et à rabattre les côtés en les
+flanquant de piles polygonales. Comme au dôme, il revêtit le campanile de
+marbres alternés noirs, rouges et blancs du meilleur effet décoratif.</p>
+
+<p>Le plan de Giotto comportait une flèche quadrangulaire terminale qui
+devait exhausser la tour d'un tiers; mais Gaddi et Pisano, après sa mort,
+crurent devoir la supprimer comme de style gothique et déjà suranné. La
+vérité est que cette modification ne fut pas heureuse, et que le
+campanile, terminé en terrasse, semble tronqué au sommet.</p>
+
+<p>La simplicité des lignes dans l'œuvre de Giotto contraste avec
+l'exubérance des ornements. Tout le premier étage est décoré d'une double
+série de <i>médaillons</i> en demi-relief exécutés sur ses plans par
+ANDREA PISANO. Ils sont inspirés par la riche symbolique du moyen âge et
+retracent, dans une large idée philosophique, les progrès de l'humanité
+en intelligence, en art et en industrie, depuis sa création.</p>
+
+<p><b>A l'Ouest</b> on voit, accompagnés de leurs attributs bibliques: La
+création. Les premiers travaux de l'agriculture, avec Adam et Eve
+labourant. La vie pastorale, Jacob et ses troupeaux. Jubal, inventeur de
+la musique. Tubal Caïn, premier forgeron. La viticulture personnifiée par
+Noé.</p>
+
+<p><b>Au Sud</b>: L'astronomie sous la figure d'un mage avec la sphère
+céleste. L'architecture représentée par des maçons construisant une
+maison. L'art du potier par des femmes achetant des ustensiles de terre.
+Viennent ensuite l'homme dompteur de chevaux; le tissage; la législation,
+figurée par un juge; Dédale, symbole des émigrations lointaines.</p>
+
+<p><b>A l'Est</b>: La navigation sous la forme d'une barque. Hercule,
+dompteur des éléments. Le cheval, attelé à un char comme bête de travail.</p>
+
+<p>Enfin <b>au Nord</b>: La sculpture avec Phidias. La peinture avec
+Apelles. La grammaire avec Donatus. Le lyrisme avec Orphée. La
+philosophie avec Platon et Aristote. La géométrie avec Ptolémée.</p>
+
+<p>La rangée supérieure des médaillons hexagonaux est consacrée aux Vertus
+théologales et cardinales, aux Sept Œuvres de Miséricorde, aux Sept
+Béatitudes et aux Sept Sacrements.</p>
+
+<p>Le deuxième étage du campanile est orné de niches garnies de statues de
+docteurs, de prophètes, de sibylles ou de Pères de l'Église, et complète
+l'ensemble de cette magnifique décoration.</p>
+
+<p>Parmi ces sculptures, il faut citer les statues des prophètes dues
+à Donatello, œuvres de premier ordre exécutées par le maître entre 1415
+et 1425, et qui joignent à la perfection du travail le grand intérêt
+d'être de vivants et célèbres portraits, pour lesquels le sculpteur s'est
+livré à une véritable débauche de réalisme, sans aucun souci de la
+couleur historique pour les héros sacrés qu'il devait représenter.</p>
+
+<p>La plus connue, sous le nom du «Zuccone», placée à l'ouest, représente le
+roi David, pour lequel le maître choisit comme modèle un certain Giovanni
+di Barduccio Cherichini, réputé le plus laid des citoyens florentins,
+remarquable par sa calvitie, sa maigreur et sa mine patibulaire: Cette
+vieillesse et cette laideur presque repoussantes ont été rendues par
+Donatello avec une prodigieuse vérité, tandis qu'il traitait l'anatomie
+avec son incomparable sûreté en traits aussi souples que larges. On
+raconte que, parmi tant de chefs-d'œuvre, le «Zuccone» resta celui dont
+le maître se montrait le plus fier, et cela, au point de jurer par lui,
+quand il voulait prêter serment. Sur ce même côté se trouvent encore deux
+statues: celle du <i>prophète Jérémie</i>, sous les traits de l'ami de
+Donatello, Francesco Soderini, et celle de <i>Saint Jean-Baptiste</i>,
+jeune et belle figure à laquelle nous sommes peut-être redevables du
+Saint Georges, le chef-d'Œuvre d'Or San Michele. Enfin, à l'est, on doit
+au maître la figure d'<i>Abraham sur le point de sacrifier Isaac</i>,
+pour laquelle il se fit aider par Nanni di Banco, et encore celle du
+prophète <i>Habacuc</i>, exécutée très postérieurement aux autres, et
+également le beau portrait d'un vieillard contemporain.</p>
+
+<p>Autour de la place du Dôme s'offrent plusieurs édifices importants au
+point de vue artistique. A l'angle de la <i>via Calzajuoli</i> s'élève la
+<b>LOGGIA DEL BIGALLO</b>, petit monument du plus pur style gothique,
+élevé de 1352 à 1358 pour la confrérie des Capitani della Misericordia et
+plus tard occupé par celle del Bigallo dont il prit le nom. La loggia
+comporte trois arcades cintrées surmontées de deux fenêtres accouplées.
+Une troisième arcade fait retour sur la via Calzajuoli et, en face
+d'elle, s'ouvre, au fond du portique, un oratoire, petite chapelle
+décorée de trois statues, <i>la Vierge et deux anges</i>, ouvrage unique
+d'ALBERTO D'ARNOLDO (1364), où se pressent déjà la Renaissance. Un toit
+avancé sur des consoles sculptées couvre le charmant édifice du Bigallo.</p>
+
+<p>A côté de lui, sur la place, se trouve l'orphelinat des Enfants trouvés,
+l'<b>ORFANOTROFIO DEL BIGALLO</b>. Dans la salle du Conseil
+d'administration, une fresque de GIOTTINO (1342), la <i>Miséricorde</i>,
+est placée au-dessus d'une vue de Florence.</p>
+
+<p>Sur le mur du fond, une fresque plus petite d'un des giottesques, VENTURO
+DI MORO, représente la loggia del Bigallo où deux capitani recueillent
+les enfants qu'on leur amène. Si, dans cette œuvre remarquable,
+l'influence de Giotto subsiste par la simplicité des plans, les attitudes
+et le dessin plus étudiés sont déjà presque dignes des «Quatrocentisti»,
+tout en laissant aux figures l'adorable naïveté des primitifs.</p>
+
+<p><b>L'ORATOIRE DE LA MISÉRICORDE</b>, situé au sud de la place, appartient
+à la confrérie de la Miséricorde, fondée en 1244, dans le but de secourir
+les pauvres et les malades, mais surtout d'ensevelir et de porter les
+morts. Toutes les classes sont représentées dans cette confrérie
+actuellement encore de plus de deux mille cinq cents membres, tous
+également vêtus de la cagoule en toile noire, lorsqu'ils font leur
+service.</p>
+
+<p>Au-dessus de l'autel, une des meilleures œuvres d'ANDREA DELLA ROBBIA,
+<i>retable</i> en deux parties. Dans le bas-relief supérieur,
+Jésus-Christ bénissant. Dans l'inférieur, la Vierge entourée de chérubins
+entre deux saints. Une prédelle représente l'Annonciation, la Nativité et
+l'Adoration des Mages.</p>
+
+<p>La salle contiguë à l'oratoire sert de vestiaire aux frères; au fond se
+trouve le dortoir où six frères doivent chaque nuit être en permanence.</p>
+
+<p><b>L'OPÉRA DEL DUOMO</b>(Musée du Dôme) est situé sur la place,
+directement derrière l'Abside. <b>L'intérieur</b>, où se conserve tout ce
+qui a trait au baptistère et au dôme, est un assemblage divers de qualité
+et de style, et constitue un musée très complet de l'histoire de ces deux
+monuments.</p>
+
+<p>La première des trois salles du musée, au premier étage, contient des
+chefs-d'œuvre. Il faut en toute première ligne placer les dix admirables
+<i>Bas-reliefs des enfants danseurs et musiciens</i> exécutés de 1431 à
+1440 pour la tribune des orgues de la cathédrale par LUCA DELLA ROBBIA.
+Vasari décrit ainsi ces magnifiques compositions: «Luca fit en ces
+compartiments les chœurs de la musique, chantant de diverses façons, et
+il y mit tant de talent et y réussit à tel point qu'on distingue, à la
+hauteur où ils sont placés, le gonflement de la gorge de ceux qui
+chantent, le battement des mains de ceux qui lisent la musique par-dessus
+l'épaule des chanteurs plus petits qu'eux, enfin les diverses manières de
+jouer, de danser, de chanter et les autres mouvements inspirés par la
+musique.»</p>
+
+<p>Luca, lorsqu'il exécuta ces bas-reliefs, était véritablement arrivé à
+l'apogée de son talent. Il possédait toutes les qualités d'un grand
+sculpteur: la clarté dans la conception, la science du dessin et une
+extraordinaire habileté de main, qualités subordonnées pourtant à
+l'infinie poésie d'une âme raffinée et mystique tout ensemble.</p>
+
+<p>A côté de l'œuvre de Luca, il faut placer le fameux <i>devant d'autel du
+baptistère</i>, en argent massif, une des principales œuvres d'orfèvrerie
+laissées par le XIVe et le XVe siècles. Le plan général et les
+encadrements datent de 1466; ils furent exécutés par LEONARDO DE SER
+CRISTOFANO, BELLO DI GERI, CRISTOFANO DI PAOLO et MICHELE DI MONTE.
+Le travail des hauts reliefs intérieurs fut exécuté par Antonio POLLAJUOLO,
+GHIBERTI et VERROCCHIO, et reproduit l'histoire de Saint Jean-Baptiste. Si
+ceux de la naissance, dus à Pollajuolo, sont de premier ordre, on
+retrouve, dans la partie centrale due à Ghiberti, les qualités et les
+défauts des portes du baptistère inhérents à son style.</p>
+
+<p>Cette précieuse décoration est complétée par la <i>Croix</i> destinée à
+être placée sur l'autel, chef-d'œuvre de l'orfèvrerie du XVe siècle
+achevé par ANTONIO POLLAJUOLO en 1456. Il y employa avec une habileté
+consommée l'art de l'émailleur, du graveur et de l'orfèvre. La croix,
+enrichie de gravures d'émaux sur paillons et de statuettes, repose sur un
+pied de toute beauté, accompagné de deux précieuses figurines placées de
+chaque côté, où se retrouvent la grande allure du maître, son remarquable
+dessin et son précieux fini. Le tertre où est plantée la croix est
+couvert de minuscules animaux où la minutie poussée à l'excès montre une
+fois de plus le goût si cher aux artistes de l'époque pour l'exagération
+du détail.</p>
+
+<p>ANTONIO POLLAJUOLO a encore fourni les dessins des magnifiques
+<i>ornements religieux</i> conservés dans cette salle et qui
+appartenaient au trésor du baptistère.</p>
+
+<p>Dans une vaste salle contiguë sont réunis tous les modèles pour le dôme,
+parmi lesquels le modèle des absides par ARNOLFO DI CAMBIO et celui de la
+coupole par BRUNELLESCHI.</p>
+
+<p>En descendant la via Calzajuoli, on arrive rapidement à l'<b>ÉGLISE D'OR
+SAN MICHELE</b>, édifiée en 1284 pour servir de marché et de halle aux
+grains. Cet édifice, brûlé en 1304, lors de l'incendie mis à la ville par
+le féroce prieur Neri degli Abbati, pour assouvir une haine de parti, fut
+réparé à deux reprises, en 1308 et en 1321; mais, comme cette loggia en
+bois, basse et obscure, déparait un quartier déjà embelli par les travaux
+du baptistère, on résolut, en 1336, de la rebâtir et d'en faire un
+palais. Les travaux furent confiés à TADDEO GADDI, à BENCI DI CIONE et à
+NIERI FIORAVENTI, et la nouvelle construction consista en une grande
+loggia quadrangulaire surmontée de deux étages.</p>
+
+<p>Dans cette loggia était placée la peinture sur bois d'une Vierge
+miraculeuse, objet d'une si grande vénération chez les Florentins que
+leur piété la comblait d'offrandes. Aussi, à la suite de la peste de
+1348, la riche confrérie des grainetiers d'Or San Michele se
+décida-t-elle à mettre à couvert la précieuse image peinte par BERNARDO
+DADDI. ORCAGNA, auquel fut confiée cette transformation de loge ouverte
+en loge fermée, s'en tira avec un rare bonheur. Il aveugla les arcades du
+rez-de-chaussée où se tenait la bourse et il éclaira l'intérieur par de
+belles fenêtres de marbre blanc ouvertes aux étages. Dans un angle de
+cette salle partagée en deux par des piliers, il enchâssa l'image sacrée
+dans un tabernacle que l'on peut considérer au double point de vue
+architectonique et sculptural comme un inestimable chef-d'œuvre.</p>
+
+<p><b>Le rez-de-chaussée</b> d'Or San Michele est composé d'arcades
+aveuglées jusqu'à mi-hauteur, remplies, dans leur partie supérieure, par
+une rose de pierre ajourée reposant sur de sveltes colonnettes,
+surmontées de <i>statuettes</i> exécutées par FRANSCESCO TALENTI. Le mur,
+entre chacune de ces arcatures, est occupé par une niche, variée de
+forme, en marbre blanc, où se trouve une grande statue de saint en marbre
+ou en bronze, don d'une corporation, toutes signées des plus grands noms
+des XVe et XVIe siècles.</p>
+
+<p>A côté de l'entrée, sur la façade occidentale, la statue en bronze de
+<i>Saint Mathieu</i>, offerte par les changeurs, est une belle œuvre de
+GHIBERTI de 1420.</p>
+
+<p>En face, celle de <i>Saint Étienne</i>, également par GHIBERTI, fut
+commandée en 1428 par les drapiers. Cette figure d'un caractère sobre et
+sévère, traitée dans le sentiment de la première Renaissance, fait grand
+honneur au maître. La troisième niche est occupée par <i>Saint Éloi</i>,
+patron des maréchaux ferrants, ses donateurs. Cette œuvre de NINO DI
+BANCO est d'une facture très développée pour son époque (1408). Ce qui
+lui manque est le sentiment de la vie intellectuelle, encore absent dans
+ses physionomies. Sur la face méridionale, la première niche contient la
+statue de <i>Saint Marc</i> offerte par les menuisiers, œuvre de jeunesse
+de DONATELLO (1411) déjà en pleine possession de ses qualités. La figure,
+noble et majestueuse, exprime la puissance et la force. La deuxième
+niche, don des pelletiers, est occupée par une statue en bronze de
+<i>Saint Jacques</i>, dans le caractère des «Trecentisti». Cet ouvrage
+est attribué à Ghiberti en raison du ravissant bas-relief en marbre
+blanc, encastré dans le mur au-dessous de la niche, qui représente la
+Décollation de saint Jean-Baptiste traitée comme le sujet analogue à la
+porte du baptistère.</p>
+
+<p>La niche suivante contient la statue en bronze de <i>Saint Jean
+l'Évangéliste</i>, donnée par les tisseurs de soie, œuvre médiocre de
+BACCIO DA MONTELUPO (1515).</p>
+
+<p>Sur la façade orientale, celle de la rue Calzajuoli, la première niche
+contient la statue en bronze de <i>Saint Jean-Baptiste</i>, don des
+marchands de drap, une des premières œuvres de GHIBERTI (1414), raide et
+durement ciselée.</p>
+
+<p>L'architecture de la niche du milieu, due à DONATELLO, se compose de
+pilastres cannelés supportant un fronton angulaire où est représentée la
+Trinité. C'est une des dernières œuvres du maître, qui ne fit jamais la
+statue à laquelle elle était destinée. Le groupe en bronze qu'elle
+contient fut exécuté par ANDREA VERROCCHIO, à cette époque encore dans
+l'atelier de Donatello et directement sous son influence. Il représente
+le <i>Christ et saint Thomas</i>, et il serait digne du maître, s'il n'y
+avait pas dans les draperies quelque chose de tourmenté et de cherché qui
+nuit à la simplicité des lignes. Ce groupe, don des commerçants, fut
+exécuté en 1483. Dans la niche suivante, la statue en bronze de <i>Saint
+Luc</i>, due à JEAN DE BOLOGNE, fut donnée par les juges et les notaires,
+en 1562. Elle a déjà le caractère exagéré et le mouvement intempestif de
+la sculpture du XVIe siècle.</p>
+
+<p>La première niche de la face nord, don des bouchers, a reçu une assez
+médiocre œuvre de la jeunesse de Donatello (1408) où le manque de
+proportion est très sensible. La seconde niche contient un <i>Saint
+Philippe</i>, patron des cordonniers, par NANNI DI BANCO. Dans la
+troisième, un groupe de NANNI DI BANCO se compose de <i>quatre Saints</i>
+offerts par les maçons, charpentiers, forgerons et tailleurs de pierre,
+et œuvre d'une valeur secondaire, exception faite du charmant petit
+bas-relief qu'elle surmonte. Enfin, dans la quatrième et dernière niche,
+est placé le don des armuriers, l'admirable statue en marbre blanc de
+<i>Saint Georges</i> par DONATELLO, exécutée en 1416.</p>
+
+<p>Cette œuvre de tout premier ordre représente un jeune homme debout et le
+cou nu, un manteau négligemment jeté sur l'épaule. La cuirasse et les
+brassards qui le protègent, ainsi que le haut bouclier hexagonal qu'il
+tient devant lui, n'empêchent pas de deviner ce qu'il y a de force et de
+souplesse dans ces membres si bien couverts. Sa figure juvénile, martiale
+et austère, son regard libre et fier caractérisent admirablement le
+chevalier chrétien, aussi éloigné du sentimentalisme que de la
+forfanterie. Jamais n'a été mise au jour une image plus saisissante du
+courage calme et sûr de lui.</p>
+
+<p>Il faut encore mentionner le délicieux bas-relief exécuté pour être placé
+au bas de la statue, mais qui fut transporté sous la niche de la face
+méridionale. Le saint à cheval transperce le dragon, tandis que sainte
+Marguerite, pour laquelle il combat, prie avec ferveur. Par sa perfection
+ce chef-d'œuvre serait digne de compter parmi les merveilles de l'art
+grec.</p>
+
+<p>Au-dessous de chaque niche sont des <i>médaillons</i> occupés par les
+armes des corporations donatrices; cinq d'entre eux sont dus à LUCA DELLA
+ROBBIA.</p>
+
+<p><b>A l'intérieur</b>, l'admirable ciborium d'ORCAGNA fascine par sa
+magnificence. Le caractère de ce petit monument est grave et la grâce en
+est sévère; c'est le triomphe du génie de la première Renaissance. En
+traversant le moyen âge, pour ressusciter après quatorze siècles, l'art
+antique, sans perdre sa beauté, semble avoir renoncé à sa sévérité et à
+son impassibilité, pour se laisser pénétrer par le sentiment qu'il
+cherchera désormais à exprimer. Il était seulement beau, il devient
+humain.</p>
+
+<p>Après avoir conçu son ciborium dans le style ogival florentin, Orcagna
+recourut, pour le décorer et l'enrichir, à tous les procédés connus
+alors. Les colonnes torses qui soutiennent le baldaquin sont mirlitonnées
+de mosaïques de marbre et de verre polychrome; les marbres précieux
+alternent avec une profusion inouïe de sculptures. Le ciborium est
+entièrement fermé derrière l'autel par un mur sculpté dont les côtés en
+retour viennent former à l'image de la Vierge un cadre d'Anges de profil
+étagés en bas-relief les uns sur les autres. La face postérieure de ce
+mur est divisée horizontalement en deux parties représentant la mort de
+la Vierge et son Assomption. Les trois côtés qui portent les pilastres du
+baldaquin sont ornés de médaillons traités en bas-relief, ressortant sur
+un fond de mosaïque à dessins géométriques. Les sujets en sont: 1°la
+Naissance de la Vierge, la Foi, et la Présentation au Temple; 2° l'Ange
+venant annoncer sa mort à la Vierge, la Circoncision; 3° la Naissance du
+Christ, la Charité et l'Adoration des Mages. L'autel a une décoration
+analogue; trois de ses bas-reliefs sont remarquables: ce sont
+l'Annonciation, l'Espérance, et surtout le Mariage de la Vierge, œuvre
+sculpturale de premier ordre. Orcagna, pour protéger cette création
+délicate contre les allées et venues des gens affairés dans la Bourse,
+l'entoura d'une balustrade assez élevée formant deux étages de
+compartiments de marbre ajourés et remplis par de légères rosaces de
+bronze.</p>
+
+<p><b>LA MAISON DES CARDEURS DE LAINE</b> s'étend devant la façade d'Or San
+Michele, auquel la relie une galerie de communication jetée sur une haute
+arcade. Cette maison du XVe siècle est crénelée et porte l'Agneau
+pascal, armes de la corporation.</p>
+
+<p>D'Or San Michele, la rue Calzajuoli mène en peu de temps à la <b>PLACE DE
+LA SEIGNEURIE</b>.</p>
+
+<p>Si la Renaissance peut être considérée, à bon droit, comme la
+résurrection de la personnalité humaine, encore fallait-il, avant
+d'affranchir l'individu, chercher l'affranchissement des collectivités
+représentées par la commune; ce fut le grand travail de la première
+Renaissance. Cette marche lente, mais progressive, vers l'égalité civile,
+fut marquée en Toscane par la construction successive des palais publics,
+des tours et des loges communales. Aussi la place de la Seigneurie, avec
+ses monuments, doit-elle être considérée comme le cœur même de Florence,
+comme le berceau de ses franchises et de ses libertés, comme l'endroit où
+furent prises toutes les grandes décisions de son histoire et où
+sonnèrent également les heures les plus sombres de ses destinées, celles
+où les luttes sanglantes entre les Gibelins et les Guelfes, ou entre les
+Noirs et les Blancs, mettaient son existence même en jeu.</p>
+
+<p><b>LA «LOGGIA DEI LANZI»</b> est située à l'angle méridional de la place.
+Parmi les privilèges que possédait l'aristocratie à Florence, trois des
+principaux consistaient dans la dignité de chevalier, dans l'exercice des
+fonctions consulaires et dans la possession d'une loge.</p>
+
+<p>Lorsque les Guelfes, devenus les maîtres de Florence, eurent fait
+construire par Arnolfo le palais de la Seigneurie avec sa vieille tour à
+mâchicoulis et à beffroi, destinée à dominer toutes les autres, leur
+première pensée fut de posséder la loge nécessaire pour offrir un abri
+digne de lui au premier magistrat de la République, lorsqu'il paraissait
+en public. La Seigneurie rendit donc, en 1335, un décret ordonnant la
+construction, à côté du palais, d'un portique destiné à cet usage.
+ORCAGNA en dressa les plans; mais l'édifice, commencé après sa mort, en
+1376, par ses élèves BENCI DI CIONE et FRANSCESCO TALENTI, ne fut terminé
+qu'en 1391.</p>
+
+<p>La Loggia dei Lanzi est un des plus beaux monuments profanes laissés par
+le style gothique tempéré du classicisme spécial à l'Italie.</p>
+
+<p>L'harmonie des proportions y est telle que ses dimensions colossales
+disparaissent, tant l'impression produite est satisfaisante à l'œil. Le
+portique est formé par cinq piliers qui supportent l'arc en plein cintre
+de l'antiquité; à l'intérieur, la voûte à nervures très simples
+correspond aux arcs extérieurs. Entre ces arcs, AGNOLO GADDI plaça des
+médaillons en bas-relief représentant des <i>Vertus</i>, sujets qu'il
+emprunta sans scrupule à la porte du baptistère d'Andrea Pisano, et, afin
+que rien ne fût épargné pour donner à l'édifice plus de magnificence, ces
+médaillons furent peints et dorés, tandis que les murs intérieurs étaient
+décorés de fresques et que la voûte était semée des armoiries de
+Florence, de celles du pape Innocent VIII, de la maison d'Anjou et des
+Guelfes.</p>
+
+<p>Au XVIe siècle, le grand-due Cosme de Médicis, dans la crainte des
+souvenirs rappelés au peuple par ce monument, témoin de sa liberté et de
+son antique splendeur, eut un instant l'idée de le détruire. Grâce à
+Michel-Ange consulté, la Loggia fut conservée, mais toutes ses peintures
+furent effacées et elle devint le corps de garde des lansquenets de Cosme
+(dei Lanzi), auxquels elle doit son nom actuel.</p>
+
+<p>Cependant, le souvenir vivace des jours passés persistant dans l'esprit
+des Florentins, les Médicis transformèrent la loge en musée, cherchant à
+distraire le peuple du souci de ses affaires par le spectacle journalier
+d'un art énervant et efféminé. Ils placèrent le sensuel Persée sous la
+statue de la Justice, tandis que le voluptueux groupe de Jean de Bologne
+se dressa au-dessous de la Tempérance.</p>
+
+<p>Tout intéressantes et toutes belles que soient ces sculptures de la
+Renaissance, elles sont en dissonance complète avec le style grave et
+sévère de la loge d'Orcagna, de Cione et de Talenti.</p>
+
+<p><b>A l'intérieur</b>, sous l'arcade gauche, est placé le <i>Persée</i> en
+bronze de BENVENUTO CELLINI (1553).</p>
+
+<p>Persée, debout sur le corps décapité de Méduse, en présente la tête d'une
+main et tient son glaive de l'autre. Ce groupe fameux manque de
+simplicité: empreint d'une grâce efféminée, il est pourtant la meilleure
+et la plus énergique œuvre d'un maître bien plutôt orfèvre que sculpteur.
+Le Persée est placé sur un socle de marbre blanc lourd et surchargé, où
+se manifestent déjà les tendances du barocco; les statuettes qui le
+décorent sont d'une complication et d'un maniérisme exagérés. En face,
+sous l'arcade droite, est le groupe célèbre de <i>l'Enlèvement des
+Sabines</i>, par JEAN DE BOLOGNE (1583), sculpture puissante et
+mouvementée d'un grand effet.</p>
+
+<p>Cet ouvrage, comme le précédent, peut donner une idée parfaite du
+changement radical qu'un siècle a suffi pour amener dans la manière même
+de comprendre l'art! Tandis que les dernières années du XVe siècle
+voient l'effort admirable des artistes pour atteindre à la vérité
+naturaliste et réaliste, sans qu'il soit pourtant rien sacrifié des
+conditions idéalistes indispensables à tout art vraiment élevé, le milieu
+du XVIe siècle produit des virtuoses consommés pour lesquels tout
+consiste à résoudre quelque difficile problème de technique et à réussir
+le tour de force par une sorte d'acrobatie picturale ou sculpturale.
+Cette recherche excessive nuit à l'émotion qu'obtiennent parfois d'autres
+œuvres d'une facture bien moins accomplie.</p>
+
+<p>Sous l'arcade, vers le vieux Palais, se trouve la <i>Judith</i> de
+DONATELLO, bien fâcheusement juchée sur un socle de granit en forme de
+candélabre d'où il est résulté le plus mauvais effet de raccourci. La
+Judith est la plus célèbre des statues de femmes faites par Donatello.
+Coulée en bronze, en 1440, pour Cosme l'Ancien, elle fut, en 1495, après
+l'expulsion des Médicis, installée devant le Palais Vieux avec la fière
+épigraphe «Exemplum Salutis Publicae Cives Posuere». Cet ouvrage peut
+compter pour un des premiers groupes profano-héroïques où Donatello se
+soit laissé emporter par son penchant au réalisme et au naturalisme.
+Cette tentative, hardie alors, peut motiver certaines critiques. Judith
+est embarrassée dans des draperies trop amples et trop riches qui lui
+enlèvent sa fierté, tandis que le geste par lequel elle brandit le glaive
+manque de noblesse; Holopherne, gisant à ses pieds, tourne le dos dans
+une position forcée, c'est une figure peu attrayante; mais l'admirable
+maîtrise de Donatello se retrouve dans la belle expression de la Judith
+et dans les magnifiques bas-reliefs du coffre triangulaire sur lequel est
+monté le groupe.</p>
+
+<p>Les autres statues de la Loggia sont d'un intérêt très relatif. Des deux
+groupes placés au centre, l'un représente <i>Ajax avec le corps de
+Patrocle</i> ou <i>d'Achille</i>, antique très restauré, à la fin du
+XVIe siècle; l'autre, <i>Hercule terrassant le centaure Nessus</i>, de
+Jean de Bologne. Au fond sont rangées cinq médiocres statues antiques de
+femmes drapées.</p>
+
+<p>L'immense masse sombre et carrée du <b>PALAZZO VECCHIO</b> déborde sur le
+côté est de la place.</p>
+
+<p>La République, instruite par les leçons de l'expérience et voulant se
+mettre à l'abri des entreprises et des coups de main des factieux, fit
+élever, dès 1298, par ARNOLFO DI CAMBIO, un édifice communal puissant et
+robuste, mi-partie palais, mi-partie forteresse, dont l'aspect imposant
+serait complété par la fière tour du beffroi dressée au-dessus de lui.
+Imbu de l'esprit démocratique du temps, Arnolfo, dans cette maîtresse
+œuvre, se conforma merveilleusement aux vues d'un pouvoir ombrageux qui
+voulait tout à la fois protéger et surveiller Florence. Dans ce rude
+édifice tout parle, tout redit l'histoire des tourmentes florentines;
+elle est écrite tout entière dans ce formidable appareil de pierres
+brutes, saillant en énormes bossages, dans ces mâchicoulis démesurés qui
+surplombent et dont les profondes arcatures, portées par des corbeaux
+décorés, sont occupées par les fières armoiries florentines: lys de
+Florence, armes des prieurs avec la devise «Libertas», armes des Guelfes,
+armes de la maison d'Anjou, armes du peuple florentin ou armes mi-partie,
+communes à Florence et à Fiesole. Au nu des créneaux menaçants qui
+couronnent les mâchicoulis, s'élance, pour ainsi dire dans le vide, la
+tour carrée, elle aussi hérissée formidablement de mâchicoulis et
+surmontée du beffroi où était suspendue la cloche qui appela tant de fois
+les citoyens à la défense de la patrie et de la liberté.</p>
+
+<p>La façade d'ARNOLFO est tout ce qui reste de l'ancienne splendeur du
+palais. Cet asile inviolable des magistrats florentins fut remanié au
+XVIe siècle par VASARI, le courtisan et l'ami des Médicis, animés
+eux-mêmes contre le Palais Vieux et la Loggia de la haine que leur
+inspirait tout souvenir de la grandeur et de la liberté florentines. Sur
+leurs ordres, Vasari coupa les étages, fit tous les agrandissements sur
+la via del Leone, décora somptueusement les appartements et transforma la
+sévère demeure des prieurs en une fastueuse résidence princière. Déjà en
+1450, sur l'ordre de Cosme, MICHELOZZO avait dû ouvrir la cour intérieure
+entourée de portiques dont les colonnes, trouvées trop simples, furent
+surchargées ensuite par MARCO DA FAENZA d'arabesques en stuc dans le goût
+de la décadence raphaëlesque.</p>
+
+<p>Des œuvres si nombreuses commandées par Laurent le Magnifique au
+VERROCCHIO, peu ont subsisté; l'une d'elles est <i>l'Enfant au
+Dauphin</i> placé au milieu de la vasque occupant le centre de la cour.
+C'est un ravissant petit amour en bronze qui s'envole en pressant contre
+son cœur un dauphin, charmant ouvrage, parfait de naturel et de grâce
+enfantine.</p>
+
+<p><b>A l'intérieur</b>, un escalier monumental conduit au premier étage et
+à l'immense <b>Salle des Cinq Cents</b> construite par VASARI, qui
+détruisit à cet effet toute une partie de l'intérieur du palais. Il la
+décora de fresques détestables et démesurées relatives aux guerres de
+Florence et de Sienne. Le plafond allégorique par Vasari est une
+apothéose des Médicis.</p>
+
+<p>Un passage fait communiquer cette salle avec la <b>salle du Conseil</b> à
+laquelle donne accès une adorable porte du vieux Palais, exécutée en
+marbre blanc par GIOVANNI DI TEDESCO (1388). Les colonnes torses qui lui
+servent de cadre, supportent un admirable linteau où sont sculptées les
+armes de Florence, celles des Guelfes, et celles de la maison d'Anjou,
+triple association dont l'image mystique occupe le tympan sous la forme
+de la triple face de la Trinité. Des vantaux en bronze doré, ornés de
+compartiments à mascarons, complètent cette belle décoration.</p>
+
+<p>La salle du Conseil est une magnifique pièce dont le beau <i>plafond</i>
+à caissons a été sculpté par MICHELOZZO.</p>
+
+<p>Une frise décorée d'armoiries reliées par des guirlandes entoure la
+salle, dont les murs sont couverts de belles tapisseries de la
+manufacture de Florence où se déroule l'<i>Histoire de Joseph</i> d'après
+les dessins du BRONZINO. La petite salle voisine a également un
+magnifique plafond à caissons dû à BENEDETTO DA MAJANO.</p>
+
+<p>Au deuxième étage subsistent encore quelques salles de l'ancienne
+disposition. <b>La salle du Gonfalonier</b> est actuellement nommée salle
+des Lys à cause de son beau plafond à caissons dorés contenant un fleuron
+autour duquel rayonnent les six fleurs de lys florentines, belle œuvre du
+XVe siècle.</p>
+
+<p>GHIRLANDAJO décora de fresques murales une grande Partie des salles du
+Palais Vieux. De ce travail il ne subsiste que la décoration de la salle
+du Gonfalonier, et encore est-elle mutilée par une porte ouverte, sous
+les Médicis, au beau milieu d'un des panneaux. Sous trois arcades d'une
+magnifique architecture saint Zenobe est représenté en riches ornements
+pontificaux; il est assis et bénit entre deux diacres debout. Cette belle
+œuvre de Ghirlandajo est traitée avec une puissance et une largeur de
+composition remarquables (1481).</p>
+
+<p>Une ravissante <i>porte</i> sculptée par BENEDETTO DA MAJANO, en 1481,
+réunit la salle des Lys à <b>la salle d'Audience</b>. Les deux vantaux de
+la porte sont une mosaïque de bois où JULES DE MAJANO a représenté les
+portraits de Pétrarque et de Dante.</p>
+
+<p>Le beau plafond à caissons du XVIe siècle, dans la salle d'Audience, est
+l'œuvre de MARCO DEL TASSO.</p>
+
+<p>Après avoir traversé la petite <b>Chapelle des prieurs de
+Saint-Bernard</b>, où Savonarole passa sa dernière nuit, puis une
+succession de salles sans intérêt, à part une peinture sur bois de <i>la
+Vierge avec l'Enfant et Saint Jean-Baptiste</i> par BOTTICELLI, on arrive
+à la <b>salle de la Justice</b> décorée par BRUNELLESCHI d'une fontaine
+soi-disant copie de celle de la maison de Pilate à Jérusalem.</p>
+
+<p>La <b>salle des Cartes géographiques</b> est l'ancienne bibliothèque.
+Elle est entourée d'armoires dont les portes sont décorées à l'extérieur
+de cartes géographiques peintes au XVIe siècle et reproduisant le monde
+connu alors.</p>
+
+<p>Sur <b>LA PIAZZA DELLA SIGNORIA</b>, à droite de l'entrée du Palazzo
+Vecchio, est un groupe d'<i>Hercule</i> et de <i>Cacus</i> (1540) par
+BACCIO BANDINELLI, le rival malheureux de Michel-Ange. A l'angle nord-est
+du palais se voit aussi une fontaine surmontée d'un <i>Neptune</i>
+colossal et de <i>Tritons</i> par Bartolommeo AMMANATI (1575). Ces
+sculptures, comme les précédentes, se ressentent de l'influence
+déplorable exercée par Michel-Ange sur des artistes secondaires. Des
+<i>divinités</i> marines en bronze de JEAN DE BOLOGNE contribuent à
+l'ornementation de cette fontaine érigée à la place où se dressa le
+bûcher de SAVONAROLE, le 23 mai 1498. A côté s'élève la <i>statue
+équestre de Cosme</i> par JEAN DE BOLOGNE (1594).</p>
+
+<p><b>LE PALAIS UGGUCIONE</b>, sur un côté de la petite place, eut, dit-on,
+Raphaël pour architecte.</p>
+<br><br><br>
+
+
+
+<h3>II</h3>
+
+<h3>LES OFFICES</h3>
+
+
+<p><b>LA GALERIE DES OFFICES</b> (Uffizi) occupe le palais que le grand-duc
+Cosme fît construire par Vasari, de 1560 à 1574, pour y réunir divers
+ordres de magistrats. Cet édifice est composé de deux longues galeries
+parallèles allant de la place de la Seigneurie à l'Arno et reliées du
+côté du fleuve par une courte galerie transversale. Un portique règne
+autour du monument, des niches contenant les statues modernes des Toscans
+célèbres sont disposées aux piliers. Du côté extérieur, face à l'Arno,
+placée haut, est la <i>statue de Cosme Ier</i> par JEAN DE BOLOGNE,
+entre celles de la Justice et de la Force. A l'entrée du portique de
+gauche, un escalier conduit à la galerie formée de la collection
+particulière des médicis et enrichie successivement par les ducs de la
+maison de Lorraine.</p>
+
+<p>Dans le premier vestibule du Musée, bustes des Médicis, bas-reliefs
+antiques. Le deuxième vestibule a reçu des sculptures antiques: 1°
+<i>Cheval</i> qu'on présume avoir fait partie du groupe des Niobides; 2°
+<i>Sanglier antique</i>, célèbre et remarquable ouvrage grec.</p>
+
+<p>Le long corridor occidental contient des sculptures et des tableaux. Les
+sculptures antiques de cette galerie n'ont qu'une valeur relative, elles
+consistent principalement en bustes et en sarcophages. Les murs des
+premières travées sont consacrés aux «Trecentisti». Au milieu d'œuvres
+d'un intérêt parfois secondaire se remarquent quelques joyaux précieux.</p>
+
+<p>N° 17.&mdash;PIETRO LORENZETTI. Petit tableau des anachorètes, curieux à
+comparer avec la fresque du Campo Santo de Pise.</p>
+
+<p>N° 25.&mdash;SIMONE DI MARTINO et LIPPO MEMMI. <i>Annonciation</i>. SIMONE est
+le maître le plus remarquable de l'école siennoise à l'époque de GIOTTO
+(1285-1344). Pendant les derniers temps de sa vie, son élève Lippo Memmi
+fut de moitié dans ses œuvres. Le meilleur ouvrage sorti de cette
+collaboration est l'<i>Annonciation</i> des Uffizi, peinte en 1333, où
+des figures très rehaussées d'or sur fond d'or nous montrent précocement
+appliqués les procédés de l'Angelico. Dans ce panneau sur bois d'un
+sentiment délicieux, peint en 1333, la Vierge assise ramène chastement
+autour d'elle le manteau dont elle est enveloppée. Un grand lys dans un
+vase d'or la sépare de l'ange agenouillé qui lui offre le rameau
+d'olivier, symbole de la réconciliation entre Dieu et les hommes amenée
+par la venue du Christ. Les ailes et la riche chasuble d'or de l'ange
+couronné de légères branches d'olivier, sont délicatement ouvragées, et
+son exquise figure est ravissante de grâce.</p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/05-131.png"></p>
+
+<p>Nos 24 et 26.&mdash;Volets complétant ce triptyque: <i>San Ansano</i> en
+rose, tenant une bannière, et <i>Santa Giuletta</i>, en manteau gris,
+tenant la croix et la palme du martyre.</p>
+
+<p>N° 45.&mdash;BICCI DI LORENZO (1350-1427). <i>S.S. Cosimo et Damiano</i>,
+patrons de la famille Médicis; debout à côté l'un de l'autre sur un fond
+d'or, vêtus de manteaux lie de vin, ils ont la tête couverte d'un voile
+rouge, et tiennent en main la plume et l'écritoire.</p>
+
+<p>N° 52.&mdash;PAOLO UCCELLO (1397-1475). Tableau de bataille, un des quatre
+d'une série de mêmes sujets: mêlée de chevaux et de cavaliers se
+détachant sur un fond très sombre. La peinture est mouvementée pour
+l'époque, mais elle frappe bien plus par la recherche de la difficulté
+que par celle de la réalité et de la vie.</p>
+
+<p>PIERO DEL POLLAJUOLO (1441-1489).</p>
+
+<table cellpadding="0" cellspacing="0"
+ style="width: 100%; text-align: left;" summary="nul">
+ <tbody>
+ <tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 50%;">
+Nos 69, <i>l'Espérance</i><br>
+_"_ 70, <i>la Justice</i><br>
+_"_ 71, <i>la Tempérance</i><br>
+_"_ 72, <i>la Foi</i><br>
+_"_ 73, <i>la Charité</i><br>
+ </td>
+ <td style="vertical-align: top; width: 50%;">Figures
+d'un grand<br>
+style, mais ayant<br>
+perdu leur caractère<br>
+sous de trop visibles<br>
+refaits.<br>
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+
+
+<p>N° 34.&mdash;LUCA SIGNORELLI. <i>La Vierge avec l'Enfant</i>. La Vierge, d'une
+expression charmante, est assise par terre, en corsage rouge et en long
+manteau bleu, et se penche vers l'Enfant entièrement nu qu'elle soutient
+de ses deux mains. Au fond, Signorelli a placé des figures nues tout à
+fait étrangères au sujet, celles d'un jeune homme faisant de la musique
+et d'un autre qui l'écoute appuyé sur un long bâton. Michel-Ange, inspiré
+par cette idée, usa de la même licence dans la Sainte Famille de la
+tribune.</p>
+
+<p>Salles donnant sur le corridor occidental.</p>
+
+<br><br><br>
+<h2>ÉCOLE TOSCANE</h2>
+<h3>(TROIS SALLES)</h3>
+
+<p class="mid"><b>1° Salle A</b>.</p>
+
+<p>N° 1157.&mdash;LÉONARD DE VINCI (?). Tête de jeune homme vue de face, les
+cheveux rejetés en arrière. Assez jolie de ton, mais d'un dessin un peu
+sec et d'une expression banale.</p>
+
+<p>N° 1159.&mdash;LÉONARD DE VINCI (?). <i>Tête de Méduse</i> coupée et gisant à
+terre dans un effet de raccourci. Attribuée à Léonard, mais bien
+postérieure et probablement due à un peintre de l'école milanaise qui
+s'inspira de la description que Vasari avait faite d'une œuvre disparue
+du maître.</p>
+
+<p>N° 1167.&mdash;MASACCIO (1401-1428). Beau portrait en buste d'un vieillard
+inconnu, vêtu et coiffé de blanc, se détachant sur un fond bleu pâle. Son
+visage rasé et ridé, légèrement incliné sur la poitrine, a une expression
+de bonhomie narquoise. Ce fragment de fresque est également attribué à
+Filippino Lippi.</p>
+
+<p>N° 1154.&mdash;INCONNU. <i>Le Médailleur</i>. Portrait d'un jeune homme aux
+traits fins et intelligents; sur sa longue chevelure, il porte une
+calotte rouge. Vu à mi-corps, et vêtu de noir, il tient sur son cœur une
+médaille dorée, en relief, à l'effigie de Cosme de Médicis. Cette figure,
+dont les mains sont remarquablement modelées, se détache sur un très
+intéressant paysage; elle est connue sous le nom du Médailleur, et passe
+pour être le portrait de Pic de la Mirandole peint par Andrea del
+Castagno ou par Sandro Botticelli, à cette époque élève d'Andrea.</p>
+
+<p>Nos 1156 et 1158.&mdash;SANDRO BOTTICELLI. <i>Histoire de Judith et
+d'Holopherne</i>, interprétée en deux très petits tableaux, avec ce
+délicieux sentiment de poésie allégorique propre à Botticelli. Si la
+précision, le fini précieux et l'anatomie sculpturale de l'Holopherne
+rappellent Mantegna, l'envolée et la grâce charmante de la Judith font de
+ce petit chef-d'œuvre une des meilleures pages du maître.</p>
+
+<p>N° 1156.&mdash;<i>La Judith</i>. Judith, suivie de sa servante, retourne vers
+Béthulie qui forme paysage au fond. Elle tient d'une main un cimeterre
+recourbé et de l'autre présente un rameau d'olivier, comme annonce de la
+paix que par la mort d'Holopherne elle apporte à son peuple. Son ample
+robe flottante est retenue autour de sa taille par des liens compliqués,
+et sa démarche calme contraste avec la précipitation de sa servante,
+figure d'une beauté antique qui, pressant le pas dans un mouvement
+incomparable, d'une main relève sa robe pour n'être pas entravée dans sa
+marche, tandis que de l'autre elle soutient sur sa tête la corbeille où
+la tête d'Holopherne apparaît enveloppée de linges ensanglantés.</p>
+
+<p>N° 1158.&mdash;<i>Holopherne</i>. Sur le lit placé au fond de sa tente, le
+général décapité gît nu. Deux groupes d'hommes, d'une facture remarquable
+et d'un relief saisissant, le contemplent consternés. Sous la draperie
+relevée de la tente on aperçoit encore deux cavaliers arrêtés dont les
+attitudes montrent l'effroi et la désolation.</p>
+
+<p>N°1153.&mdash;ANTOINE POLLAJUOLO (1429-1498). <i>Les Travaux d'Hercule</i>. Ce
+tout petit diptyque représente Hercule frappant l'Hydre de Lerne et
+Hercule étouffant Antée. Ces compositions remarquables, modelées en
+pleine lumière, sont d'une beauté et d'une chaleur de coloris étonnantes.
+La vérité du mouvement, l'expression des physionomies, la finesse et le
+rendu des moindres détails ont été traités par le Pollajuolo avec la
+sincérité et l'emportement fougueux qui caractérisent son style.</p>
+
+<p>Nos 1178 et 1184&mdash;FRA ANGELICO (1387-1445). <i>Les Fiançailles et les
+Funérailles de la Vierge</i>. Deux délicieux petits panneaux qui ont le
+fini de la miniature. Conçus avec la poésie exquise de l'Angelico, ils
+montrent, par la naïveté enfantine des détails matériels, à quel point
+toute recherche de la réalité était indifférente ou échappait au génie
+mystique du maître idéaliste.</p>
+
+<p>N° 1182.&mdash;BOTTICELLI (1447-1510).&mdash;<i>La Calomnie</i>. Lucien fait d'un
+tableau disparu d'Apelles la description suivante:</p>
+
+<p>«Sur la droite siège un juge qui porte de longues oreilles du même genre
+que celles de Midas. Debout à ses côtés, sont deux femmes: l'Ignorance et
+la Suspicion, ses conseillères. Il tend la main vers la Calomnie qu'on
+voit s'approcher sous les traits d'une femme divinement belle, mais à la
+figure enflammée, émue et comme transportée de colère et de fureur. De la
+main gauche elle tient renversée la torche de la justice, tandis que de
+la droite elle traîne par les cheveux un jeune homme nu, qui lève les
+mains vers le ciel, et semble le prendre à témoin de son innocence. Deux
+autres femmes accompagnent la Calomnie, l'encouragent, arrangent ses
+vêtements et prennent soin de sa parure, l'une est la Fourberie, l'autre
+l'Hypocrisie. En avant de ce groupe, marche une sinistre vieille voilée
+et vêtue de noir, c'est l'Envie, décharnée, pâle et hideuse.</p>
+
+<p>En arrière se trouve une femme à l'extérieur désolé, c'est la Repentance;
+elle retourne la tête et, pleine de confusion, verse des larmes en
+regardant la figure nue de la Vérité, qui, seule et isolée, se tient
+debout, montrant le ciel du doigt, comme pour en invoquer la justice.»</p>
+
+<p>Ce sujet était éminemment fait pour tenter Botticelli, et sa passion pour
+l'allégorie mythologique ne pouvait manquer de s'emparer d'un pareil
+motif. Interprète fidèle et presque scrupuleux du texte, il n'y apporta
+que son charme captivant et son incomparable maîtrise, appliqués aussi
+bien à la beauté des figures, aux vêtements somptueux et compliqués qui
+les parent, qu'au coloris lumineux et profond et aux architectures
+enrichies de statues qui forment décor au fond; ses portiques luxueux
+rappellent, par leur fini et même par une certaine sécheresse
+sculpturale, la manière du grand Mantegna, avec lequel du reste
+Botticelli a souvent plus d'un point de contact. Cette œuvre, par la
+réunion de ses qualités, est une des plus saisissantes compositions
+qu'ait laissées le riche XVe siècle, et les quelques défauts de
+composition ou de dessin qu'on pourrait lui reprocher se perdent dans la
+séduction exercée par l'ensemble.</p>
+<br><br><br>
+
+<h3>ÉCOLE TOSCANE</h3>
+
+<p class="mid"><b>2° Salle B</b>.</p>
+
+<p>N° 1257.&mdash;FILIPPINO LIPPI. <i>L'Adoration des Mages</i> (1496). Une
+certaine sécheresse dans la facture de ce tableau le rattacherait plutôt
+au style de Ghirlandajo qu'à celui de Masaccio, le maître de Filippino.</p>
+
+<p>N° 1268.&mdash;FILIPPINO LIPPI. <i>La Vierge et quatre Saints</i>. Composition
+très supérieure à la précédente. La Vierge et l'Enfant assis sur un trône
+sont entourés des saints Victor et Jean-Baptiste et des saints Bernard et
+Zenobe. Ce dernier est une figure de vieillard de toute beauté.</p>
+
+<p>N° 1112.&mdash;ANDREA DEL SARTO (1487-1531). <i>La Vierge avec l'Enfant, saint
+François et saint Jean l'Évangéliste</i>. Dans ce tableau célèbre se
+reconnaissent les qualités de coloris, de charme et de grâce extrême,
+propres à Andrea, mais aussi son absence totale de sentiment religieux et
+son impuissance à éprouver une émotion vraie.</p>
+
+<p>N° 1279.&mdash;<i>Sodoma</i>. ANT. BAZZI (dit le Sodoma) (1477-1549). Saint
+Sébastien. Tableau peint pour servir de bannière à la confrérie de
+Saint-Sébastien à Sienne. Le martyre du Saint en occupe une des faces et
+l'autre est consacrée à la Vierge avec l'Enfant, accompagnés de sainte
+Gismonda, œuvre admirable d'une sincérité et d'une conviction qui ne
+laissent aucune place à la convention ou à l'a peu près.</p>
+
+<p>N° 1252.&mdash;LEONARD DE VINCI. <i>L'Adoration des Mages</i>. Esquisse d'un
+tableau disparu, exécuté en 1478 pour le Palais Vieux. Tout incomplète
+que soit cette composition traitée en clair obscur, elle témoigne de la
+prodigieuse sincérité de Léonard et de la conscience avec laquelle il se
+livrait aux plus minutieuses études pour la moindre composition. Il a
+cherché ici le contraste violent entre le calme des personnages en
+adoration sur le premier plan et l'agitation des figures du second plan
+où se poursuivent des luttes et des combats.</p>
+
+<p>N° 1257.&mdash;FILIPPO LIPPI (1454-1504). <i>Adoration des Rois</i>. Une des
+œuvres les plus remarquables et les plus considérables du maître.
+Commandée en 1496 par les Médicis, l'artiste dut y représenter leurs
+portraits sous les traits des Rois Mages, et il groupa dans leur suite
+ceux de tout ce que Florence alors comptait d'hommes illustres.</p>
+
+<p>N° 1288.&mdash;LÉONARD DE VINCI. <i>L'Annonciation</i>. Ce tableau en longueur
+fut exécuté en 1471, pendant que Léonard était encore sous la direction
+de Verrocchio. Il avait été commandé par le couvent de Monte Oliveto, et
+si l'on sent encore quelque inexpérience dans la couleur un peu lourde et
+dans l'emploi d'architectures trop surchargées, les figures et les
+paysages sont déjà traités avec un art consommé.</p>
+
+<p>Rien ne peut rendre le charme et la grâce de la Vierge, la noblesse de
+son attitude, l'ampleur de ses vêtements. Assise sur une terrasse au
+seuil de sa maison, elle lit un livre placé sur un pupitre dont la base
+est un admirable autel antique.</p>
+
+<p>L'Archange reposant à peine sur terre, tant il semble encore soutenu par
+ses ailes déployées, s'agenouille en face de la Vierge pour la salutation
+angélique; un lys à la main, et vêtu de blanc, il est drapé d'un
+somptueux manteau rouge, rehaussé d'ors discrets.</p>
+
+<p>La terrasse, parsemée de fleurs, laisse apercevoir par-dessus sa
+balustrade un paysage idéal auquel les cyprès du premier plan, avec leurs
+grêles silhouettes découpées sur le fond du ciel, donnent le caractère de
+poignante mélancolie particulière aux couchers de soleil toscans.</p>
+
+<p>N° 1301.&mdash;ANTONIO DEL POLLAJUOLO. <i>Saint Eustache, saint Jacques et
+saint Vincent</i>. Ces trois magnifiques figures sont debout sur une
+terrasse d'où l'on découvre un vaste paysage. Elles sont peintes avec une
+vigueur de style et une fraîcheur de coloris admirables et vêtues avec
+une somptuosité extrême. Cette œuvre, une des plus parfaites d'un grand
+et noble artiste, est de premier ordre.</p>
+
+<p>N° 1300.&mdash;PIERO DELLA FRANCESCA. Portraits de <i>Frédéric de
+Montefeltro</i>, duc d'Urbin, et de <i>Battista Sforza</i>, sa femme. Ce
+petit diptyque est considéré comme le chef-d'œuvre des peintures à
+l'huile du maître, tant la composition et l'exécution en sont d'une
+incomparable beauté. Le prince et la princesse, en buste et de profil, se
+regardent; ils sont modelés en pleine lumière, sans ombre, et se
+silhouettent avec une vigueur étonnante sur un fin et délicieux paysage.</p>
+
+<p>Les volets extérieurs du diptyque sont, avec une égale perfection,
+peut-être plus curieux encore par l'idée mythologique qu'ils
+interprètent. Sur un fond de paysage faisant suite au précédent,
+s'avancent l'un vers l'autre deux chars triomphaux. Sur l'un, est assis
+le duc Frédéric couronné par la Victoire, debout derrière lui. Les
+chevaux sont conduits par l'Amour, et, devant le prince, sont groupées
+les Vertus cardinales.</p>
+
+<p>La duchesse occupe l'autre, elle est assise également et escortée de deux
+figures de femmes. Son char est attelé de licornes, symboles de pureté,
+que précèdent la Foi et la Charité.</p>
+
+<p>Toutes ces figures minuscules sont peintes avec délicatesse; elles
+n'occupent que la partie supérieure des panneaux, dont le bas est pris
+par une inscription latine.</p>
+
+<p>N° 1290.&mdash;BEATO ANGELICO. <i>Couronnement de la Vierge</i>. Le sujet de
+ce tableau a permis au maître de s'abandonner sans réserve au ravissement
+de traiter des béatitudes célestes; aussi est-ce un de ceux qu'il a
+peints avec le plus de perfection et d'amour.</p>
+
+<p>Sur un fond d'or strié figurant les rayons d'une gloire, trônent le
+Christ et la Vierge entourés d'un chœur immense de délicieux petits anges
+dansant, chantant ou jouant de divers instruments, tandis qu'en avant
+s'échelonnent les élus et les saints. Rien ne peut exprimer la grâce et
+la divine allégresse de toutes ces délicates figures vraiment béatifiées
+par le mysticisme profond et touchant d'une âme exquise. Les attitudes
+sont variées à l'infini, les visages sont peints avec le précieux fini de
+la miniature; quant aux vêtements, ils sont toujours traités de la même
+manière, dans les tons extrêmement vifs de l'enluminure, avec de nombreux
+rehauts d'or. Au premier abord, ce parti pris donne quelque chose d'un
+peu heurté, et presque de désagréable, auquel il faut que l'œil s'habitue
+pour subir dans sa plénitude le charme fascinateur propre aux
+compositions idéales de l'Angelico.</p>
+
+<p>N° 1306.&mdash;ANT. DEL POLLAJUOLO. <i>La Prudence</i>. Superbe figure de
+femme assise sur un siège de marbre. Elle tient d'une main le miroir
+symbolique, tandis qu'autour de l'autre s'enroule le serpent de la
+sagacité. Elle est vêtue d'une tunique enrichie de pierres avec des
+manches de brocart; sur ses épaules et sur ses genoux est drapé un
+magnifique manteau dont la coloration fait déjà pressentir celle de
+Michel-Ange.</p>
+
+<p>Le détail de cette œuvre de premier ordre est une merveille de rendu.</p>
+
+<p>N° 1267bis.&mdash;SANDRO FILIPEPPI, dit BOTICELLI. <i>La Vierge et
+l'Enfant</i>. Ce tableau en forme de médaillon compte assurément parmi
+les meilleures compositions religieuses du maître, dont la nature,
+d'ailleurs éminemment profane, fut hostile par essence aux
+interprétations pieuses qui réclament une absence de recherche et une
+simplicité inconciliables avec la complication de son propre tempérament.
+La Vierge, assise de profil, tient l'Enfant mal dessiné et boursouflé; sa
+tête délicieuse, légèrement penchée, est couverte d'un fin tissu de gaze
+rayée noué autour du cou d'une manière recherchée. Debout devant elle,
+deux ravissantes figures d'adolescents lui présentent un livre ouvert et
+une écritoire, tandis que, plus en arrière, s'incline en souriant un
+troisième jeune homme.</p>
+
+<p>N° 1289.&mdash;BOTTICELLI. <i>La Vierge et l'Enfant à la Grenade</i>.</p>
+
+<p>N° 1299.&mdash;BOTTICELLI. <i>La Force</i>. On retrouve l'école dans ce
+tableau de jeunesse peint pour la série des Vertus, dans l'atelier de
+Pollajuolo.</p>
+
+<p>Botticelli, n'étant pas encore maître de son talent, a appliqué à cette
+œuvre des principes contraires à son tempérament; aussi y
+contracte-t-elle quelque chose de dur et de heurté.</p>
+
+<p>N° 1307.&mdash;FRA FILIPPO LIPPI (1412-1496). <i>La Vierge adore l'Enfant
+présenté par deux anges</i>. Ce tableau, peint pour la chapelle du palais
+de Cosme l'Ancien, est une des dernières et des meilleures œuvres du
+maître; la Vierge surtout est une des plus charmantes créations de la
+peinture florentine. Elle est représentée sous les traits d'une très
+jeune fille à l'expression naïve et pure, vêtue d'une robe coupée à la
+mode florentine et dont la légère chevelure est couverte de fins voiles
+transparents. Assise dans un fauteuil, elle joint les mains et contemple
+avec recueillement l'Enfant que lui présentent deux anges d'un dessin peu
+agréable et même défectueux.</p>
+
+<p>N° 1291.&mdash;LUCA SIGNORELLI (1441-1524). <i>Sainte Famille</i>. Ce tableau
+rond, dans le style large, dépouillé de tout artifice du maître, montre
+avec ses admirables qualités de composition et de dessin, sa science
+consommée du clair obscur, égale souvent à celle de Léonard.</p>
+
+<p>N° 1298.&mdash;LUCA SIGNORELLI. <i>L'Annonciation, la Nativité et l'Adoration
+des Mages</i>. Précieuse prédelle où les très petites figures sont
+traitées tout à la fois avec un fini remarquable et la largeur de style
+des «Fulminati» d'Orvieto ou des «soldats de Totila» du Mont-Cassin.</p>
+<br><br><br>
+
+<h3>LA TRIBUNE</h3>
+
+<p>La décoration de la Tribune, haute pièce ronde surmontée d'une coupole,
+fut confiée par les Médicis, en 1581, à Pocetti; elle est ce qu'a pu
+donner de moins mauvais le style barocco, et les incrustations de nacre
+qui en forment l'ornementation ne manquent ni d'élégance ni de goût.</p>
+
+<p>Au pourtour de cette salle sont placées de célèbres statues antiques.</p>
+
+<p>N° 342.&mdash;<i>La Vénus</i>, dite de Médicis, ouvrage du sculpteur athénien
+KLEOMENES, fils d'Apollodoros, est environ du IIe siècle avant notre
+ère.</p>
+
+<p>Entre toutes les représentations d'Aphrodite, la Vénus de Médicis est
+évidemment le meilleur spécimen de celles où les artistes tentèrent de
+montrer la déesse sous des traits jeunes et purs, peu en rapport,
+semble-t-il, avec l'idée évoquée par la déesse de l'amour, dans la
+plénitude d'une force physique exclusive de toute gracilité mièvre ou
+efféminée. Elle fut découverte en 1680, près de Tivoli, dans les
+premières fouilles de cette villa dont l'empereur Adrien avait fait un
+incomparable musée et d'où furent exhumés en même temps les deux
+chefs-d'œuvre, ses voisins à la Tribune: les Lutteurs et le Rémouleur.
+Les trois statues, achetées par le cardinal Ferdinand de Médicis, furent
+apportées à Florence dès 1681, sous le règne de Cosme III.</p>
+
+<p>La Vénus, retrouvée sans bras, a été restaurée dans le mauvais style du
+XVIIe siècle, par des praticiens médiocres; il est donc difficile de la
+concevoir dans sa splendeur passée alors que la chevelure était dorée,
+que les oreilles étaient garnies de pendants précieux et que les yeux
+étaient peints.</p>
+
+<p>N° 343.&mdash;<i>Les Lutteurs</i>. Des nombreux groupes de lutte, sujet si
+cher à l'antiquité, celui de la Tribune semble un des meilleurs.</p>
+
+<p>Il a, par malheur, subi tous les remaniements possibles. Retrouvé sans
+têtes, on lui donna celles de deux Niobides, mais ce choix fut fait par
+quelqu'un de si versé dans l'art sculptural qu'elles s'adaptent de façon
+à faire croire qu'elles sont les têtes originales. A dire vrai, les
+torses seuls sont intacts, mais ils suffisent, tels quels, pour rendre ce
+groupe captivant par la prodigieuse sensation de mouvement et de vie qui
+s'en dégage.</p>
+
+<p>N° 344.&mdash;<i>Le Satyre dansant</i>, œuvre grecque de la plus belle époque.
+La tête, les bras et les cymbales ont été refaits par Michel-Ange. Le
+reste du corps est un chef-d'œuvre de mouvement, tant le satyre apporte
+de vie et de passion à sa danse; le pied droit est appuyé sur le
+«scabillum», instrument en forme de soufflet, dont se tiraient des sons
+perçants.</p>
+
+<p>N°345.&mdash;<i>L'Apollino</i>. La beauté de cette statue antique est
+singulièrement diminuée par l'enduit de stuc dont on dut la recouvrir
+pour la consolider.</p>
+
+<p>N° 346.&mdash;<i>L'Arrotino</i> (<i>le Rémouleur</i>). Un des marbres les plus
+célèbres de l'école de Pergame, c'est-à-dire de la dernière période de
+l'art grec. Cette statue, dont la parenté avec <i>le Gladiateur
+mourant</i> du Capitole est évidente, représente un homme âgé, accroupi
+devant une pierre sur laquelle il aiguise son couteau, la tête relevée et
+le regard interrogateur.</p>
+
+<p>La critique considère maintenant l'Arrotino comme un Scythe, esclave
+d'Apollon, et son action comme la préparation à l'écorchement de Marsyas.
+Le polissage donné au marbre lors de sa découverte en 1675, l'a fait
+longtemps prendre pour une œuvre moderne de la Renaissance.</p>
+
+<p>Les plus belles peintures des Offices sont réunies dans cette salle.</p>
+
+<p>N° 1131.&mdash;RAPHAEL. <i>Portrait du pape Jules II</i> Les portraits peints
+par Raphaël sont d'un tout autre ordre que ceux de maîtres tels que le
+Titien ou Van Dyck, qui étaient spécialement des peintres de portraits.
+Raphaël ne fit le portrait qu'incidemment et toujours sous l'influence de
+sa manière du moment. Celui de Jules II est de l'époque romaine et d'une
+tonalité très sombre, fortement impressionnée comme coloris par les
+Vénitiens.</p>
+
+<p>Dans cette toile qui appartenait à la famille de la Rovere, on regrette
+de ne retrouver ni la vivacité, ni le feu du regard qu'on serait en droit
+d'attendre du violent, passionné et fougueux pontife.</p>
+
+<p>N° 129.&mdash;RAPHAEL. <i>La Vierge du Chardonneret</i>. Ce tableau, dans la
+première manière de Raphaël, fut exécuté en 1548, à Florence, pour la
+famille Nasi. D'une grâce charmante, mais banale, d'une perfection
+absolue, mais froide, sans aucun appel à un sentiment plus profond, il
+vous laisse indifférent.</p>
+
+<p>N° 1127.&mdash;RAPHAEL. <i>Saint Jean dans le désert</i>, une des nombreuses
+copies de ce sujet traité par le maître et dont l'original a disparu.</p>
+
+<p>N° 1123.&mdash;SEBASTIEN DEL PIOMBO. Portrait d'une jeune Vénitienne, tableau
+nommé <i>la Fornarina</i> et longtemps attribué à Raphaël. Fra Sebastiano
+peignit cette toile, véritable chef-d'œuvre, en 1512, à Rome, où l'avait
+appelé Agostino Chigi pour travailler à la décoration de la Farnésine.
+Si, dans cet ouvrage remarquable, il est encore sous l'influence de Palma
+le Vieux pour le dessin, il a bien davantage la coloration lumineuse et
+dorée de son maître le Giorgione.</p>
+
+<p>N° 1120.&mdash;RAPHAEL. <i>Portrait d'une Inconnue</i> qu'on croit pourtant de
+la famille Doni. Ce portrait a été peint en 1505, au moment où Raphaël, à
+peine arrivé à Florence, était encore sous l'influence directe du
+Pérugin. C'est une très belle toile, d'une grande simplicité d'allure et
+d'une couleur superbe.</p>
+
+<p>N° 1117.&mdash;TIZIANO VECELLI (LE TITIEN) (1477-1576). <i>La Vénus au petit
+chien</i>. Ce portrait de la duchesse d'Urbin la représente sous les
+traits d'une Vénus nue couchée sur un lit où se pelotonne son petit
+chien. Cette toile, d'une prodigieuse intensité de couleur, est superbe
+de modelé et de vie palpitante où débordent la joie et la volupté.</p>
+
+<p>N° 1139.&mdash;MICHEL-ANGE BUONARROTI. <i>Sainte Famille</i>. Ce tableau en
+forme de médaillon est un des seuls de cet ordre et de cette dimension
+peints par le maître. Il y a uniquement recherché la difficulté, et la
+position de la Vierge assise à terre, élevant vers saint Joseph debout
+derrière elle l'Enfant qu'elle tient à bras tendus, donne un désagréable
+effet de raccourci où il n'a été apparemment visé qu'au tour de force. Le
+fond du tableau est occupé par des figures de jeunes hommes nus, que rien
+ne relie au sujet, placés là par Michel-Ange uniquement à l'instar de
+Signorelli, sans aucun des prétextes ni aucune des excuses de cet
+illustre devancier. En effet, à l'époque de Signorelli, l'art était
+limité par des bornes si étroites qu'il s'agissait avant tout de
+l'élargir, et, en plaçant avec une hardiesse presque téméraire des
+figures nues à l'arrière-plan d'un sujet sacré, Signorelli visait un but
+précis, celui d'émanciper l'artiste jusque-là asservi à des formules et
+de consacrer le principe de la liberté absolue dans le domaine des
+interprétations.</p>
+
+<p>N° 1141.&mdash;ALBERT DÜRER (1461-1528). <i>Adoration des Mages</i>. Ce
+tableau, chef-d'œuvre de l'école allemande, atteint à la perfection. Le
+grand Dürer le peignit en 1504, après son voyage en Italie et au moment
+où il était à l'apogée de son beau et sincère talent. La foule des
+personnages qu'il a représentés dans des attitudes aussi nobles que
+variées, la somptuosité des vêtements, la diversité des physionomies,
+font de cette œuvre une peinture aussi intéressante qu'attachante. Dürer
+s'est livré à son goût pour la minutie dans sa recherche des détails:
+fleurs, insectes, papillons et scarabées traités avec le fini précieux de
+la miniature.</p>
+
+<p>N° 1118.&mdash;CORRÈGE (1494-1534). <i>Le Repos en Égypte avec saint
+Bernard</i>. Ce tableau est un des premiers où le Corrège, se laissant
+aller à ses goûts personnels, fit d'un sujet religieux un tableau de
+genre. Malgré bien des imperfections et des incorrections encore, il a
+déjà son coloris lumineux et profond, ainsi que la beauté de son modelé.</p>
+
+<p>N° 1111.&mdash;MANTEGNA (1431-1506). Triptyque admirable où sont peintes,
+<i>l'Adoration des Rois</i> et, sur les côtés, <i>la Circoncision et la
+Résurrection</i>.</p>
+
+<p>Ces précieuses peintures, œuvres de la jeunesse de Mantegna, exécutées en
+1454, décoraient la chapelle des ducs de Gonzague à Mantoue; le volet de
+droite, consacré à la Circoncision, est d'une beauté antique: c'est du
+grand art dans toute sa noble et sévère pureté et rien n'a jamais été
+fait de comparable comme élévation et comme forme.</p>
+
+
+<h2>ÉCOLE ITALIENNE</h2>
+<h3>MAITRES DIVERS.</h3>
+
+<h3>Salle IV.</h3>
+
+<p class="mid"><span class="mid">Tableaux divers: <i>Albane, Allori,<br> Bassano, Canaletto, Corrège</i></span>.</p>
+
+<p>N° 1025.&mdash;ANDRÉ MANTEGNA. <i>La Vierge aux Rochers</i>. Cette petite
+perle, traitée comme de la miniature, fut peinte à Rome en 1489. La
+Vierge, assise sur un extraordinaire rocher de schiste hérissé de ses
+lamelles, est somptueusement vêtue: sur une jambe presque repliée, elle
+tient à califourchon l'Enfant pris dans un merveilleux raccourci, et sa
+tête austère et grave rappelle les belles figures des Van Eyck. Le long
+du rocher serpente en contre-bas une route suivie par des troupeaux et
+des personnages minuscules. La beauté du paysage est l'admirable
+complément de ce petit chef-d'œuvre.</p>
+<br><br><br>
+
+<h2>ÉCOLE HOLLANDAISE</h2>
+
+<h3><b>Salle V</b>.</h3>
+
+<p>N° 695.&mdash;LUCAS DE LEYDE (?) (1494-1533). Petit portrait en buste de
+<i>Ferdinand, infant d'Espagne</i>.</p>
+
+<p>Le profil, tourné à gauche et un peu sec, se détache sur un fond bleu
+clair. Le prince porte des cheveux longs et à son grand chapeau est fixé
+un insigne en pierreries.</p>
+
+<p>Les Gaspard Netscher sont prodigués dans cette salle peu intéressante.</p>
+<br><br><br>
+
+<h2>ÉCOLES ALLEMANDE ET FLAMANDE</h2>
+
+<p class="mid">(1re salle)</p>
+
+<h3>Salle VI.</h3>
+
+<p>N° 795.&mdash;ROGER VAN DER WEYDEN (1400-1468). <i>Jésus au Sépulcre</i>.
+Au-dessus du rocher où est creusé le sépulcre, on aperçoit les trois
+croix du Calvaire et la ville de Jérusalem. En avant du tombeau, saint
+Jean et la Vierge soutiennent les deux bras du Christ devant lequel est
+agenouillée la Madeleine, tandis que Nicodème et Joseph d'Arimathie
+supportent le corps raidi par la mort.</p>
+
+<p>La coloration, le dessin et la pensée dont est animé ce tableau, sont
+admirables, et les costumes, traités avec le plus grand soin, sont
+remplis d'intérêt.</p>
+
+<p>N° 784.&mdash;HANS HOLBEIN, LE JEUNE. <i>Portrait de Zwingli</i>. Le
+réformateur est un homme puissant, dont la large figure respire la
+bonhomie. Il porte la moustache et une longue barbiche blanche; l'œil est
+fin et intelligent.</p>
+
+<p>Nos 777 et 768.&mdash;ALBERT DÜRER. <i>Portrait de son père en buste</i>.
+Cette œuvre admirable, d'une grande simplicité, appartient à la manière
+de Dürer avant l'influence italienne et forme un intéressant contraste
+avec les deux précédents.</p>
+
+<p>N° 765.&mdash;HANS HOLBEIN, LE JEUNE. <i>Richard Southwell</i>. Il est en noir
+sur fond vert, coiffé d'une barrette noire; la tête a une certaine
+sécheresse.</p>
+
+<p>N° 850.&mdash;HANS HOLBEIN (cadre contenant plusieurs petites têtes).</p>
+
+<p>N° IX.&mdash;<i>Médaillon de Hans Holbein</i>. Charmante petite tête d'homme,
+de face; il porte toute sa barbe et est coiffé de la barrette noire.</p>
+
+<p>N° 847.&mdash;LUCAS CRANACH (1472-1553). <i>Luther et Mélanchthon</i>.</p>
+
+<p>N° 845.&mdash;<i>Jean</i> et <i>Frédéric</i>, électeurs de Saxe. Quatre petits
+portraits sur fond turquoise.</p>
+<br><br><br>
+
+<h2>ÉCOLES ALLEMANDE ET FLAMANDE</h2>
+
+<p class="mid">(2e salle)</p>
+
+<h3>Salle VII.</h3>
+
+<p>SCHOUFFLEIN DE NUREMBERG (1492-1539). Plusieurs scènes de la vie de
+<i>Saint Pierre</i> et de <i>Saint Paul</i>.</p>
+
+<p>N° 703.&mdash;JEAN MEMLING. <i>La Madone sur un trône</i>. Ce délicat petit
+tableau, d'une finesse exquise, si on le compare aux œuvres des primitifs
+florentins, donne peut-être la supériorité aux maîtres flamands pour le
+rendu et la minutie du détail. C'est de la peinture à la fois aussi large
+et aussi poussée que possible.</p>
+
+<p>La Vierge, assise sur un trône derrière lequel est tendue une étoffe de
+brocart, est entièrement vêtue de rouge, y compris son voile, et le bas
+de sa robe tombe sur un superbe tapis d'Orient placé devant elle. De ses
+deux mains elle porte l'Enfant Jésus, qui tient de la main gauche une
+cerise et tend la droite pour recevoir une pomme présentée par un ange
+agenouillé. Cet ange, vêtu d'une dalmatique passée sur sa robe blanche,
+porte de l'autre main son violon et son archet, tandis qu'un second ange
+agenouillé joue de la harpe.</p>
+
+<p>Le premier plan est séparé du fond par une arcade enrichie de motifs
+sculpturaux traités avec une étonnante perfection et à travers lesquels
+s'aperçoit un beau paysage flamand tout différent des fonds peints par
+les maîtres italiens.</p>
+<br><br><br>
+
+<h2>ÉCOLE FRANÇAISE</h2>
+
+<h3>Salle VIII.</h3>
+
+<p>N° 674.&mdash;LARGILLIÈRE. <i>Portrait de Jean-Baptiste Rousseau</i>.</p>
+
+<p>La tête de face, d'une belle couleur, est coiffée d'un bonnet de velours
+bleu à la Rembrandt. Son costume se compose d'une robe du même velours
+bleu drapée avec art; elle est doublée de satin orange, brodée et garnie
+de dentelle.</p>
+
+<p>N° 671.&mdash;ANTOINE WATTEAU. <i>Le Joueur de flûte</i>. Des cavaliers et des
+dames écoutent dans un jardin un joueur de flûte.</p>
+
+<p>N° 667.&mdash;FRANÇOIS CLOUET (1500-1572). Petit portrait équestre du roi de
+France, <i>François Ier</i>, monté sur un cheval blanc harnaché
+d'entrelacs de velours cramoisi. Peut-être le chef-d'œuvre de Clouet.</p>
+
+<p>Le roi est armé de toutes pièces, seulement le casque est remplacé par la
+petite toque noire à plume blanche; les détails infinis de l'armure noire
+niellée d'or sont traités d'une façon merveilleuse.</p>
+<br><br><br>
+
+<h2>LES GEMMES</h2>
+
+<h3>Salle IX.</h3>
+
+<p>La petite salle des gemmes est un cabinet de forme elliptique entouré de
+six armoires vitrées, où sont contenus les ouvrages en pierre dure,
+cristal de roche, lapis et autres gemmes, au nombre de quatre cents, qui
+constituaient la précieuse collection des Médicis.</p>
+
+<p><i>Armoire II</i>.&mdash;Cassette en cristal de roche, peut-être le plus
+précieux morceau de la collection. L'histoire de Jésus-Christ y est
+représentée en vingt-quatre compartiments gravés en creux. Cet objet fut
+commandé à VICENTINO BELLI par le pape Clément VII et fut donné par lui à
+François Ier, lors du mariage d'Henri II et de Catherine de Médicis.
+VICENTINO forcé, comme les della Robbia, par la matière à laquelle il
+s'était consacré, à une extrême tenue de style et à une simplicité
+sévère, déploie un art véritable dans ses ouvrages. Dans la même armoire,
+un autre exemple du goût de Vicentino est l'admirable coupe en cristal
+dont le couvercle en or émaillé, attribué à Benvenuto Cellini, porte les
+chiffres entrelacés d'Henri II et de Diane de Poitiers pour laquelle la
+pièce fut commandée.</p>
+
+<p><i>Armoire V</i>.&mdash;Coupe en pierre dure attribuée à Jean de Bologne et
+dont le couvercle est surmonté d'Hercule terrassant l'Hydre de Lerne.</p>
+
+<p><i>Armoire VI</i>.&mdash;Coupe en cristal de roche, par Benvenuto Cellini.</p>
+
+
+<p><b>Corridor méridional donnant sur l'Arno</b>.</p>
+
+<p>N° 137.&mdash;<i>Autel antique</i> de la belle époque grecque. Il représente
+Iphigénie conduite au sacrifice.</p>
+
+<p>N° 138.&mdash;<i>Le Spinero</i>, le tireur d'épines, réplique antique en
+marbre du beau bronze du Capitole.</p>
+
+<p>N° 141.&mdash;<i>Base triangulaire</i> représentant trois belles figures de
+femmes en bas-relief, ouvrage grec du plus beau style.</p>
+
+<p>MICHEL-ANGE. <i>Bacchus avec un satyre derrière lui</i>. Ce bel ouvrage
+de jeunesse fut exécuté pendant que le maître était encore tellement imbu
+de l'antiquité que tout l'art pour lui se réduisait à la reproduire
+exactement. C'est ce qui explique l'attribution d'antique donnée
+longtemps à cet ouvrage remarquable et d'un caractère unique dans l'œuvre
+du maître.</p>
+
+<p>Dans le corridor occidental.</p>
+
+<p>Nos 155 et 156.&mdash;<i>Deux statues de Marsyas</i> plus grandes que nature
+restaurées, l'une par Donatello, l'autre par Verrocchio.</p>
+
+<p>Salles donnant sur le corridor occidental.</p>
+<br><br><br>
+
+<h2>ÉCOLE VÉNITIENNE</h2>
+<p class="mid">(1re salle)</p>
+
+<h3>Salle XXIII.</h3>
+
+<p>ECOLE VÉNITIENNE. Le cardinal Léopold de Médicis acheta en 1654 la
+collection de Paul de Sera, riche marchand florentin établi à Venise.
+C'est de cette galerie que proviennent presque tous les tableaux de
+l'école Vénitienne du musée des Offices. Au milieu d'un ensemble plutôt
+secondaire, quelques toiles sont de premier ordre.</p>
+
+<p>N° 767.&mdash;FRA SEBASTIANO DEL PIOMBO (attribué au Moretto). <i>La Mort
+d'Adonis</i>. Les belles formes et la noble attitude de Vénus accompagnée
+de nymphes désolées, rappellent la pure et grave manière de Palma. Le
+paysage du fond, franchement vénitien, est fort beau.</p>
+
+<p>Nos 599 et 605.&mdash;TITIEN. <i>Portraits du duc François-Marie d'Urbin</i>
+en armure, sur un fond rouge, et de sa femme la <i>duchesse d'Urbin</i>
+assise dans un fauteuil et déjà âgée. Ces portraits, peut-être la plus
+remarquable œuvre de l'époque, furent peints en 1537; ils sont admirables
+de caractère, tout en étant d'un fini d'exécution précieux. On retrouve
+dans celui de la duchesse le même petit chien pelotonné que dans la Vénus
+couchée de la Tribune.</p>
+
+<p>N° 626.&mdash;TITIEN. <i>La Flore</i>. Dans cette superbe toile on ne saura
+jamais la part réelle qu'a la nature ou qui revient à la fantaisie
+imaginative du maître. C'est une jeune et admirable Vénitienne blonde,
+vêtue d'une chemise légère, sur laquelle elle ramène une draperie rose,
+tandis que sa main tendue tient des fleurs. Rien ne peut rendre la
+largeur et la maëstria avec lesquelles le Titien a peint ce chef-d'œuvre.</p>
+
+<p>N° 648.&mdash;TITIEN. <i>Portrait de Catherine Cornaro</i>, reine de Chypre.
+Elle est représentée avec la roue de sa patronne, sainte Catherine
+d'Alexandrie. Ce portrait est plus intéressant par le costume que par la
+facture.</p>
+<br><br><br>
+
+<h2>ÉCOLE VÉNITIENNE</h2>
+<p class="mid">(2e salle)</p>
+
+<h3>Salle XXIV.</h3>
+
+<p>N° 629.&mdash;MORONE. <i>Portrait d'un savant</i>, remarquable peinture.</p>
+
+<p>N° 631.&mdash;JEAN BELLIN (attribué à Basaiti). <i>La Vierge au lac</i>. Sur
+un rocher qui domine la rive d'un lac solitaire, la Vierge est adorée par
+saint Joseph, saint Paul, saint Sébastien et plusieurs autres saints. Le
+délicieux paysage du fond contribue à la beauté grave et mélancolique de
+ce délicat petit chef-d'œuvre.</p>
+
+<p>Nos 601 et 638.&mdash;TINTORET. Deux très beaux portraits de l'<i>amiral
+Venier</i> et de <i>Jacob Sansovino</i>, sculpteur et architecte, peint
+dans sa vieillesse un compas à la main.</p>
+
+<p>Au fond des salles de la peinture vénitienne s'ouvre le cabinet des
+médailles.</p>
+
+<p>Retournant sur ses pas au corridor oriental, on prend un couloir
+conduisant à la salle dite de «Lorenzo Monaco» où ont été réunis quelques
+ouvrages remarquables des «Quatrocentisti». Ils sont mieux éclairés que
+dans les autres salles du musée.</p>
+<br><br><br>
+
+<h2>SALLE DE LORENZO MONACO</h2>
+
+<p>N° 1309.&mdash;LORENZO MONACO. <i>Le Couronnement de la Vierge</i>, peint en
+1413 et provenant de la Badia de Cerretan. C'est un grand retable sur
+fond or à trois compartiments, intéressant surtout par son style gothique
+absolu.</p>
+
+<p>N°1310.&mdash;GENTILE DA FABRIANO(1425). <i>Sainte Madeleine, Saint Nicolas de
+Bari, Saint Jean</i> et <i>Saint Georges</i> dans quatre compartiments
+sur fond or; ces figures sont elles-mêmes richement rehaussées d'or.</p>
+
+<p>N° 17.&mdash;BEATO ANGELICO. <i>Grand retable</i> à volets sur fond or. Peint
+en 1443 pour la corporation des marchands de tissus de lin. Au milieu est
+la figure colossale de la Vierge assise et sur les volets extérieurs et
+intérieurs sont les quatre Évangélistes. Dans ce tableau on peut se
+rendre un compte exact de l'impossibilité où se trouvait Angelico
+d'excéder certaines proportions hormis dans la fresque. Pour une œuvre de
+cette dimension, l'absence de science anatomique, le manque d'animation
+et de vie des personnages sont des défauts frappants, qui deviennent trop
+sensibles.</p>
+
+<p>La véritable voie d'Angelico, celle où il est unique, est
+l'interprétation des joies et des béatitudes célestes par des figures
+hiératiques et mystiques de petites proportions; aussi les douze anges
+qui encadrent la Vierge et jouent de différents instruments sont-ils de
+beaucoup la meilleure partie de l'œuvre, et plusieurs d'entre eux peuvent
+compter parmi les plus idéales compositions du maître.</p>
+
+<p>N°1297.&mdash;DOMENICO GHIRLANDAJO. <i>Vierge et Enfant</i>.&mdash;La Vierge est
+assise sur un trône entouré d'une balustrade derrière laquelle se
+pressent quatre chérubins avec des lys; sur son genou gauche L'Enfant
+porte la sphère et bénit. A ses côtés se tiennent saint Michel et
+L'archange Gabriel, au premier plan sont agenouillés deux saints évêques
+de chaque côté d'un vase de fleurs. La tonalité un peu grise de cette
+jolie composition la ferait plutôt attribuer à Ridolfo Ghirlandajo.</p>
+
+<p>N° 1286.&mdash;SANDRO BOTTICELLI. <i>Adoration des Mages</i> (1466). Ce
+tableau, peint par Botticelli encore très jeune pour Cosme l'Ancien, se
+ressent des influences de ses maîtres et tel personnage semble échappé du
+pinceau de Pollajuolo, tandis que tel autre, comme la Vierge par exemple,
+est empreint du sentiment gracieux de Lippi. Toutefois, combien, par la
+science de la composition, par le groupement des personnages, Botticelli
+leur est-il déjà supérieur!</p>
+
+<p>Devant un rocher, au milieu de ruines fantaisistes, la Vierge mince et
+élancée reçoit les Rois Mages agenouillés sur des plans différents et qui
+sont les portraits de Cosme, de son fils Jean et de son petit-fils
+Julien. Cosme, vêtu à la Pollajuolo d'une robe noire couverte de
+broderies d'or, est le plus rapproché de la Vierge.</p>
+
+<p>Au premier plan, vu de dos, Jean, en manteau rouge à revers d'hermine, le
+chapeau posé à terre, est accompagné de son fils Julien vêtu de blanc.</p>
+
+<p>Les autres personnages dont le groupement mouvementé concourt à l'action,
+sont également des portraits et quelques-uns même sont des portraits de
+premier ordre. Il faut citer particulièrement la splendide, austère et
+grave figure d'un homme jeune vêtu de noir avec des chausses vertes, puis
+celle d'un adolescent en manteau bleu clair dont le profil exprime
+l'adoration et l'extase, tandis qu'un autre portant la tunique florentine
+rouge à manches bleu de ciel, les mains croisées sur son épée fichée en
+terre devant lui, regarde d'un œil dédaigneux ce qui l'entoure; aussi,
+son voisin a-t-il l'air de le ramener à la réalité en lui montrant la
+scène.</p>
+
+<p>On peut considérer cette œuvre comme une des plus précieuses qu'aient
+laissées les «Quattrocentisti» et une des plus complètement belles de
+l'art florentin.</p>
+
+<p>N° 59.&mdash;SANDRO BOTTICELLI. <i>La Naissance de Vénus</i>. Autre œuvre de
+jeunesse, peinte simultanément avec l'allégorie du Printemps, sur l'ordre
+de Pierre de Médicis, pour la décoration de sa villa de Castello. C'est
+le premier sujet mythologique où s'essaya le maître; aussi est-il d'une
+jeunesse, d'une poésie et d'un charme inexprimables. Rien ne peut rendre
+la grâce de cette figure de Vénus quasiment vêtue de sa chevelure d'or,
+debout sur la conque à reflets dorés qu'elle va quitter pour descendre au
+rivage de Cythère. Son beau corps est légèrement penché en avant, sur son
+instable nacelle que poussent les zéphyrs, et le Printemps, figuré sous
+les traits charmants d'une jeune femme, sort d'un bois de lauriers à
+reflets dorés pour recevoir la déesse dans les plis d'un manteau semé de
+fleurs et gonflé par le vent. Moins énigmatique que celui de l'Académie,
+le Printemps est vêtu d'une flottante robe blanche, parsemée de bleuets,
+retenue autour de la taille par une ceinture formée de branches de roses.
+Ses admirables cheveux dorés flottent en arrière et toute son élégante
+silhouette se découpe sur le manteau de la déesse. Certaines naïvetés de
+facture, telles que les vagues de la mer, donnent encore une saveur
+particulière à cette charmante composition où les personnages sont d'une
+taille plus importante que ne le sont les figures habituelles de
+Botticelli.</p>
+
+<p>N° 1309.&mdash;DOMENICO VENEZIANO. <i>La Vierge</i> trônant sous des arcades
+et entourée de quatre saints.</p>
+
+<p>Cette peinture un peu blafarde est la seule sûrement attribuée à ce
+peintre, maître de Piero della Francesca.</p>
+<br><br><br>
+
+<h2>SALLES DES PORTRAITS DES PEINTRES<br>
+PEINTS PAR EUX-MÊMES</h2>
+
+<h3>Salle XIX.</h3>
+
+<h3>MAITRES ANCIENS.</h3>
+
+<p>N° 233.&mdash;<i>Rubens</i> sans chapeau (1610).</p>
+
+<p>N° 228.&mdash;<i>Rubens</i> avec chapeau (1620).</p>
+
+<p>N° 354.&mdash;<i>Giovanni Bellini</i>. Beau portrait d'homme faussement donné
+comme le sien, buste dont le visage rose est encadré de longs cheveux
+roux coupés à la florentine.</p>
+
+<p>N° 549.&mdash;<i>Mme Vigée-Lebrun</i>.</p>
+
+<p>N° 290.&mdash;Michel-Ange (mauvaise œuvre du XVIIIe siècle).</p>
+
+<p>N° 292.&mdash;<i>Léonard de Vinci</i>. Portrait exécuté probablement par
+Schidone. Belle tête jeune et énergique où de longs cheveux blonds se
+confondent avec la barbe soyeuse et épaisse, d'un ton doré.</p>
+
+<p>N° 288.&mdash;<i>Raphaël</i>. Ce joli portrait (1506) est de la même époque et
+de la même valeur que celui de Madeleine Doni. Cette œuvre intéressante
+de sa première manière a malheureusement beaucoup souffert. Raphaël s'y
+est représenté sous les traits d'un jeune homme vu de dos, la tête
+tournée à droite et le visage encadré de longs cheveux châtains. Il porte
+la tunique et la barrette noire.</p>
+
+<p>N° 287.&mdash;PIETRO PÉRUGIN. Le plus beau des portraits dus au Pérugin
+(1494). Il représente l'espagnol <i>Lopez Perego</i> et est d'une
+individualité, d'une finesse de coloration et d'un ton doré remarquables.
+Le visage rasé, vu de face, encadré de cheveux blonds ébouriffés, est
+surprenant de vie.</p>
+
+<p>N° 223.&mdash;<i>Antoine Van Dyck</i>.</p>
+
+<p>N° 237.&mdash;<i>Quentin Matsys</i>.</p>
+
+<p>N° 236.&mdash;<i>Antonio Moor</i> assis devant une toile blanche, sa palette
+et ses pinceaux à la main.</p>
+
+<p>N° 232.&mdash;<i>Hans Holbein</i> le Jeune. Dessin au charbon et au crayon
+avec une légère coloration à l'aquarelle. La tête est très fine, les
+cheveux rares sont arrangés en curieuses mèches sur le front.</p>
+
+<p>Nos 451-452.&mdash;<i>Rembrandt</i>. Le premier de ces admirables portraits
+produit une profonde impression; il montre le maître au déclin de l'âge,
+dont les atteintes ont laissé leur profonde mélancolie sur son grave et
+beau visage.</p>
+
+
+<h3>AU MILIEU DE LA SALLE.</h3>
+
+<p>N° 339.&mdash;<i>Vase Médicis</i>. Ce cratère, fameux par l'élégance de sa
+forme et par la beauté de son bas-relief, représente le Sacrifice
+d'Iphigénie. On le considère comme un très remarquable ouvrage grec
+trouvé à Rome dans les fouilles du XVIIIe siècle.</p>
+
+
+<h3><b>Salle XVIII</b>.</h3>
+
+<h3>MAITRES MODERNES.</h3>
+
+<h3>SALLES DES ANTIQUES ET DES PIERRES GRAVÉES</h3>
+
+<h3>Salle XV.</h3>
+
+<p>Inscriptions grecques et latines provenant de Rome pour la plupart.</p>
+
+<p>Au milieu: Statues antiques de Bacchus et d'Ampelos, de Mercure, de
+Vénus, d'Uranie, de Vénus Genitrix.</p>
+
+
+<h3>Salle XVI.</h3>
+
+<p>Cabinet de l'Hermaphrodite (à la suite de la salle précédente).</p>
+
+<p>N° 308.&mdash;<i>Ganymède et l'Aigle</i>, restauré par Benvenuto Cellini dans
+son sentiment personnel.</p>
+
+<p>N° 315.&mdash;<i>Torse de Faune</i>.</p>
+
+<p>N° 306.&mdash;<i>Hermaphrodite</i> couché sur une panthère. Cette statue n'est
+pas une des plus belles interprétations qui existent de ce sujet si cher
+aux anciens. Toute la partie inférieure a été restaurée.</p>
+
+
+<h3>Salle XVII.</h3>
+
+<p>(Suite de la salle de l'Hermaphrodite.) Cabinet des Camées et des Pierres
+gravées.</p>
+
+<p><i>La collection des Camées et des Intailles</i> de ce cabinet provient
+des Médicis. Cette belle collection de plus de 4.000 numéros est exposée
+en douze compartiments. Les camées antiques les plus remarquables sont
+contenus dans le premier.</p>
+
+<p>Le n° 7 est un excellent ouvrage grec sur onyx. L'amour ailé jouant de la
+lyre est monté sur un lion rugissant qui symbolise le pouvoir de l'amour
+destiné à dompter les natures les plus féroces.</p>
+
+<p><i>La vitrine n°6</i> contient des portraits sur camée de personnages
+célèbres au XVe et au XVIe siècle.</p>
+
+<p><i>La vitrine n°11</i>, au n°2458, renferme la fameuse bague à sphinx
+dont Auguste se servait comme cachet. Elle fut trouvée dans son tombeau à
+Corea près de Rome.</p>
+
+
+<h3>PIERRES GRAVÉES DU XVe SIÈCLE.</h3>
+
+<p>N° 371.&mdash;<i>Buste de Savonarole</i>, ouvrage superbe de Giovanni delle
+Corniole, gravé sur cornaline.</p>
+
+<p>N° 373.&mdash;<i>Buste de Léon X</i> en jade, œuvre présumée de Michelino,
+orfèvre florentin.</p>
+
+<p>N° 334.&mdash;<i>Scène allégorique de Mariage</i>, ouvrage attribué à Valerio
+Vicentino. Différents objets intéressants sont encore dans cette salle.</p>
+
+<p>A. Masque du Dante, moulé après sa mort.</p>
+
+<p>B. Petit modèle en cire de Michel-Ange pour la statue du «Penseur» de la
+nouvelle sacristie de Saint-Laurent.</p>
+
+<p>G. Petit cadre où sont renfermées les miniatures de Henri II et de
+Catherine de Médicis entourés des princes et princesses de la maison
+royale de France.</p>
+
+<p>E. Vingt-quatre petits portraits des Médicis depuis Jean de Bicci, père
+de Cosme l'Ancien; plusieurs sont l'œuvre du Bronzino.</p>
+
+
+<h3>SALLE DU BARROCCIO</h3>
+
+<h3>Salle XIV.</h3>
+
+<h4>Œuvres d'intérêt secondaire.</h4>
+
+
+<h3>Salle XIII.</h3>
+
+<p><i>Salle de Niobé</i>. Ainsi nommée des seize statues du célèbre groupe
+de Niobé. En l'année 1583, on trouva dans la villa Palombara à Rome,
+entre Sainte-Marie Majeure et le Latran, une véritable mine de statues,
+parmi lesquelles se trouvèrent les Lutteurs de la Tribune et les statues
+de Niobé, de ses sept fils, de ses sept filles et des pédagogues tombés
+sous les flèches d'Apollon et de Diane. Ces statues appartiennent à des
+époques très différentes et la qualité même de leur marbre tend à prouver
+que ce sont des copies romaines de l'époque de la décadence plutôt que
+d'anciens originaux grecs, comme on l'avait pensé d'abord. Elles ont
+presque toutes une raideur de mouvement et une exagération de pose
+résolument contraires à cette attribution. Les deux plus belles sont:</p>
+
+<p>N° 241.&mdash;<i>Niobé et sa plus jeune fille</i>, sujet principal de
+l'ensemble.</p>
+
+<p>N° 244.&mdash;<i>Jeune homme</i> gisant à terre, dans un beau mouvement.</p>
+
+<p>La taille et les attitudes différentes de ces statues font présumer
+qu'elles décoraient le fronton d'un temple.</p>
+
+<p>Nos 140 et 147.&mdash;RUBENS. Ces deux belles compositions, où le talent de
+Rubens se montre sous son meilleur jour, représentent Henri IV à la
+bataille d'Ivry et son entrée à Paris.</p>
+
+
+<h3>BRONZES ANTIQUES</h3>
+
+<h3>Salles XI et XII.</h3>
+
+<p>La collection des bronzes contenue dans deux salles comprend des pièces
+d'ordre secondaire, exception faite toutefois des numéros suivants.</p>
+
+<p>N° 424.&mdash;<i>Mercure</i>, connu sous le nom de <i>l'Idolino</i>, statue
+nue de jeune homme, trouvée à Pesaro en 1530; œuvre grecque remarquable.</p>
+
+<p>N° 148.&mdash;Le bronze repose sur une base du XVe siècle, ouvrage de
+DESIDERIO SETTIGNANO, travail d'une beauté, d'une élégance et d'une
+richesse extrêmes, aussi bien dans les bas-reliefs que dans les ornements
+qui le décorent.</p>
+
+<p>A l'extrémité du corridor oriental s'ouvrent trois salles où sont
+contenus les dessins.</p>
+
+<p>La Galerie de Florence possède une des plus riches collections connues de
+précieux dessins originaux des maîtres anciens. Commencée par le cardinal
+Léopold de Médicis, on présume qu'il acheta, pour la former, le fameux
+recueil composé par Vasari, alors qu'il travaillait à son ouvrage sur les
+peintres. Enrichie, par la suite, de legs et de dons successifs, elle se
+compose actuellement de plus de 35.000 dessins dont on a exposé les plus
+remarquables, tous par conséquent de premier ordre.</p>
+
+
+<h3>Salle I.</h3>
+
+<p>La paroi du mur de droite est occupée par les dessins de l'école de
+Giotto, parmi lesquels s'en retrouve un à la plume, très rare, de Taddeo
+Gaddi. Ceux de Masolino, de Masaccio, d'Uccello, de Fra Angelico et de
+Benozzo Gozzoli remplissent la paroi suivante. Les œuvres les plus
+saillantes sont:</p>
+
+<p>N° 254.&mdash;PIERO POLLAJUOLO. Remarquables anatomies d'hommes assis.</p>
+
+<p>Nos 267, 268, 269.&mdash;ANTONIO POLLAJUOLO. Études de nu.</p>
+
+<p>Nos 261, 262, 263.&mdash;ANTONIO POLLAJUOLO. Études de femmes nues pour ses
+Vertus.</p>
+
+<p>Nos 276, 277, 278, 279.&mdash;ANTONIO POLLAJUOLO. Pape bénissant, études.</p>
+
+<p>Nos 59 (256).&mdash;SQUARCIONE. Guerrier en armure.</p>
+
+<p>N° 187.&mdash;BOTTICELLI. Anges lisant.</p>
+
+<p>N° 190.&mdash;BOTTICELLI. Étude de femme nue.</p>
+
+<p>N° 192 à 199.&mdash;BOTTICELLI. Études plus ou moins poussées, toutes d'un
+beau mouvement et d'une grâce exquise.</p>
+
+<p>N° 212.&mdash;BOTTICELLI. Étude admirable pour la Vénus de la National Gallery
+de Londres.</p>
+
+<p>Nos 200, 201, 202.&mdash;BOTTICELLI. Études.</p>
+
+<p>N° 203.&mdash;BOTTICELLI. Étude connue sous le nom de «Circé». Deux femmes
+nues drapées de gazes sont à côté d'un brasier où l'une d'elles prend des
+tisons.</p>
+
+<p>N° 1440.&mdash;PIERO DELLA FRANCESCA. Esquisse de «la Résurrection» de Borgo
+San Sepolcro.</p>
+
+<p>N° 184 T.&mdash;FRA FILIPPO LIPPI. Dessin rehaussé de blanc, la Vierge adorant
+l'Enfant soutenu par deux anges, carton du tableau.</p>
+
+<p>N° 1307.&mdash;Placé dans la troisième salle de l'école Toscane.</p>
+
+<p>N° 139.&mdash;FILIPPINO LIPPI. Étude de tête pour la Vierge de la Badia
+(bistre).</p>
+
+<p>N° 129.&mdash;FILIPPINO LIPPI. Étude pour le Saint Bernard de la Badia.</p>
+
+<p>FILIPPINO LIPPI. Esquisses à la plume et études pour les fresques de la
+chapelle Strozzi à Sainte-Marie Nouvelle.</p>
+
+<p>La paroi gauche de la salle est occupée par des dessins de maîtres
+divers.</p>
+
+<p>Ceux de MANTEGNA sont de premier ordre; ils semblent des bas-reliefs
+antiques.</p>
+
+<p>N° 395.&mdash;Hercule étouffant Antée.</p>
+
+<p>N° 397.&mdash;Merveilleux dessin de Vierge en adoration.</p>
+
+<p>N° 404.&mdash;Judith mettant la tête d'Holopherne dans un sac présenté par sa
+suivante.</p>
+
+<p>Étude plume, bistre et noir, d'une rare perfection. Elle porte la date de
+1491.</p>
+
+<p>N° 336.&mdash;Femme dont le vêtement s'envole. Les dessins de GHIRLANDAJO sont
+presque tous des compositions et des études de sa fameuse fresque du
+chœur de Sainte-Marie Nouvelle.</p>
+
+<p>Nos 1246 et 1250.&mdash;SIGNORELLI. Études de démons et de damnés pour la
+chapelle Saint-Brizio d'Orvieto.</p>
+
+<p>N° 566.&mdash;SODOMA. Buste de jeune homme couronné de lauriers, admirable
+dessin au crayon de couleur.</p>
+
+<p>N° 594.&mdash;JEAN BELLIN. Portrait de jeune homme à la sanguine, qu'on croit
+être le sien.</p>
+
+<p>Des dessins de SÉBASTIEN DEL PIOMBO, d'autres d'ANDREA DEL SARTO,
+compositions ou études pour les fresques exécutées à Florence, sont
+dignes de remarque. Les maîtres vénitiens sont aussi nombreusement et
+bien représentés.</p>
+
+
+<h3>Salle II.</h3>
+
+<p>N° 164.&mdash;PIERRE PÉRUGIN est représenté par des dessins de premier ordre.
+Dans un même cadre se trouvent réunies les trois feuilles de la
+composition du tableau de la «Déposition de Croix» du Musée Pitti. Toutes
+les figures de cette pièce remarquable sont exécutées à l'aquarelle
+rehaussée de blanc et précieusement finies.</p>
+
+<p>Autre étude pour la fresque du couvent de Sainte-Madeleine des Pazzi.</p>
+
+<p>N° 408.&mdash;Sainte Catherine, étude pour le tableau de Bologne.</p>
+
+<p>N° 402.&mdash;Vénus et l'Amour, étude pour le Cambio de Pérouse.</p>
+
+<p>Vingt-sept précieux dessins de LÉONARD DE VINCI de la plus grande rareté
+atteignent tous le summum de la perfection.</p>
+
+<p>N° 435 (1re salle).&mdash;Admirable lutte d'une chimère contre un lion (au
+lavis).</p>
+
+<p>N° 426.&mdash;Tête de jeune femme couverte d'un voile.</p>
+
+<p>N° 425.&mdash;Tête de femme vue de face.</p>
+
+<p>N° 414.&mdash;Jeune femme au crayon rouge, en buste.</p>
+
+<p>N°427.&mdash;Admirable portrait d'homme, crayon rouge et noir.</p>
+
+<p>N°419.&mdash;Tête de jeune femme au crayon rouge, d'un modelé précieux,
+véritable petit chef-d'œuvre. Son front est couvert d'un voile retenu par
+une bandelette, ses longs cheveux tombent sur ses épaules, son profil
+noble et délicat a une expression énigmatique.</p>
+
+<p>N° 428.&mdash;Étude de tête pour une Madeleine, à la plume et au bistre.</p>
+
+<p>Puis des études de draperies à la détrempe, des caricatures, des études
+sur le laid, et enfin une curieuse feuille avec des esquisses de machines
+annotée de la main de Léonard et datée de 1478.</p>
+
+<p>Trente-sept dessins sont de la main de Raphaël. Quelques critiques que
+l'on puisse justement adresser à l'incroyable fécondité de Raphaël et à
+sa facilité trop excessive, comme dessinateur il est incomparable et la
+pureté de son style reste unique.</p>
+
+<p>«La Cavalcata». Un de ses plus fameux dessins à la plume, rehaussé
+d'aquarelle. Il porte en haut l'explication du sujet et représente un des
+épisodes de la vie d'Æneas Silvius Piccolomini, celui où il se rend au
+concile de Bâle.</p>
+
+<p>Le Pinturicchio, qui avait reçu la mission de retracer la vie d'Æneas sur
+les murs de la Libreria de Sienne, n'avait pas eu de cesse qu'il n'eût
+obtenu de son jeune camarade d'atelier que celui-ci exécutât un des
+sujets à son choix. Le dessin en question est l'étude de cette
+composition.</p>
+
+<p>N° 259.&mdash;Étude pour le petit Saint George du musée de l'Hermitage de
+Saint-Pétersbourg.</p>
+
+<p>N° 530.&mdash;Étude pour le petit Saint George de la National Gallery à
+Londres.</p>
+
+<p>N° 521.&mdash;Étude pour la femme portant des amphores dans «l'Incendie du
+Bourg» (Vatican, Chambres).</p>
+
+<p>N° 531.&mdash;Dessin appelé «l'Idolino». Bacchus jeune porte un vase sur sa
+tête.</p>
+
+<p>Dessin pour la «Déposition de Croix» du musée Borghèse à Rome.</p>
+
+<p>Étude au crayon rouge pour la «Vierge au voile» de la Tribune du Louvre.</p>
+
+<p>Étude pour le «Saint Jean dans le désert» de la Tribune.</p>
+
+<p>N° 1127.&mdash;Deux aquarelles rehaussées de blanc pour les loges du Vatican:
+«l'Adoration du veau d'or» et «Moïse faisant jaillir l'eau du rocher».</p>
+
+<p>Au crayon noir, la première esquisse de la «Vierge du Grand-Duc» du musée
+Pitti. Au crayon rouge la composition de la «Madonna del Pesce» du musée
+du Prado à Madrid.</p>
+
+<p>Enfin, à l'aquarelle rehaussée de blanc, le fameux dessin de la peste dit
+«il Morbetto» qui a été gravé par Marc-Antoine.</p>
+
+<p>Les dessins de Michel-Ange, au nombre de vingt, sont autant de
+chefs-d'œuvre.</p>
+
+<p>N° 608.&mdash;L'un d'eux offre le plus grand intérêt. A la plume et à
+l'aquarelle, il donne le plan du fameux tombeau de Jules II, inexécuté,
+au grand désespoir du maître.</p>
+
+<p>N° 607.&mdash;Esquisse des tombeaux des Médicis à la sacristie neuve de
+Saint-Laurent.</p>
+
+<p>Deux esquisses du célèbre carton détruit de la «Bataille des Florentins
+et des Pisans».</p>
+
+<p>N° 599.&mdash;Têtes de femmes; l'une d'elles, casquée et la poitrine nue,
+passe pour être le portrait de Vittoria Colonna.</p>
+
+<p>N° 594.&mdash;Étude pour un des esclaves de la Sixtine.</p>
+
+<p>N° 601.&mdash;La Furie appelée aussi «el Damnato». Tête de face, la bouche
+ouverte et convulsée, les yeux féroces, les cheveux hérissés sous une
+draperie soulevée par le vent.</p>
+
+<p>Nos 606, 613, 616.&mdash;Études pour la Sixtine.</p>
+
+<p>N° 601.&mdash;Ganymède (sanguine).</p>
+
+<p>N° 614.&mdash;La Prudence, assise, avec son miroir, protège un enfant contre
+la Folie symbolisée par un autre enfant caché derrière un masque.</p>
+
+<p>N° 609.&mdash;La Fortune, le torse nu, à cheval sur sa roue.</p>
+
+
+<h3>3e Salle.</h3>
+
+<p>N° 1123.&mdash;ANTONIO POLLAJUOLO. Christ en croix entre la Vierge et saint
+Jean.</p>
+
+<p>N° 1129.&mdash;GHIRLANDAJO. «Le Mariage de sainte Catherine.» Figures en
+camaïeu rehaussées de ton chair.</p>
+
+<p>ALBERT DÜRER, dessins à la plume, précieux d'exécution et admirables de
+composition.</p>
+
+<p>N° 1077.&mdash;«Jésus portant sa Croix».</p>
+
+<p>N° 1060.&mdash;Tête de jeune négresse.</p>
+
+<p>N° 1063.&mdash;Homme debout, en armure, monté sur un lion; derrière lui, femme
+montée sur un chien.</p>
+
+<p>N° 1073.&mdash;«Le Cavalier de la Mort».</p>
+
+<p>N° 1074.&mdash;«Le Fauconnier».</p>
+
+<p>N° 1068.&mdash;«Déposition de Croix».</p>
+
+<p>N° 1082.&mdash;MARTIN SCHÖNGAUER, soldat combattant contre un diable.</p>
+
+<p>N° 1080.&mdash;Tête de Madeleine.</p>
+
+<p>N° 1084.&mdash;ROGER VAN DER WEYDEN. Vision, personnages debout, agenouillés
+devant une fenêtre; étude pour le tableau de Berlin.</p>
+
+<hr>
+
+<p>A côté de la salle de Lorenzo Monaco, se trouve l'escalier descendant à
+la galerie qui relie les Offices au palais Pitti en traversant l'Arno sur
+le Ponte Vecchio. On remarque d'abord, dans cet interminable passage, des
+gravures sur bois et sur cuivre des maîtres italiens, jusqu'à
+MARC-ANTOINE RAIMONDI; d'autres plus intéressantes sont celles de
+MANTEGNA, de DÜRER et de MARTIN SCHÖNGAUER; des vues des villes
+italiennes au XVIIe siècle, et enfin une grande collection de portraits
+tous mauvais, mais intéressants au point de vue de l'histoire du costume:
+membres de la famille des Médicis, Papes, Cardinaux, Sultans, Rois de
+France; portraits de dames de la Cour d'Angleterre et de Florentines
+renommées pour leur beauté.</p>
+<br><br><br>
+
+
+
+<h3>III</h3>
+
+<h2>DES OFFICES A SANTA CROCE</h2>
+
+<p class="mid">LE BARGELLO, VIA DEL PROCONSOLO, LA BADIA, VIA GHIBELLINA, MUSÉE
+BUONARROTI, INSTITUT PHILHARMONIQUE, PLACE SANTA CROCE, SANTA CROCE, SAN
+AMBROGIO.</p>
+
+
+<p>LE BARGELLO. La Révolution de 1250 ayant supprimé la charge de podestat,
+elle fut rétablie en 1255 et la Seigneurie décréta, pour loger ce
+magistrat suprême de la République, la construction d'un palais pouvant
+tout à la fois lui servir de demeure et de prison. TADDEO GADDI fut donc
+chargé d'élever un édifice destiné à ce double usage. En effet, la
+situation de ce souverain juge était peu enviable. Pour que son
+impartialité fût absolue dans l'exercice de ses fonctions, il devait être
+choisi à l'étranger et être non seulement comte et guelfe, mais encore
+n'avoir ni amitié ni parenté dans la ville. Une fois entré en charge et
+investi de sa redoutable puissance, il devait vivre solitaire et
+séquestré dans son palais, car les Florentins avaient mis à l'exercice de
+ce pouvoir les conditions les plus dures. Le podestat devait ne partager
+ses repas avec qui que ce fût, n'adresser dans la rue la parole à
+personne, ne marcher qu'avec une escorte de pages et de cavaliers armés.
+S'il était marié et père de famille, pendant l'année que durait son
+pouvoir, il ne pouvait ni voir sa femme ou ses enfants, ni même leur
+donner signe de vie. Enfin, avant de résigner sa charge, il lui fallait
+rendre compte du somptueux mobilier dont il avait dû reconnaître
+l'inventaire.</p>
+
+<p>La méfiance d'un peuple jaloux, la dureté d'un juge choisi pour être
+inexorable, les sentiments inspirés par ce tyran à la fois tout-puissant
+et tenu en captivité, sont exprimés avec force dans ce monument où
+s'allient une richesse sombre et la sévérité la plus grande.</p>
+
+<p>L'extérieur du Bargello a l'aspect austère d'une forteresse; sa masse
+sinistre, couronnée de mâchicoulis et de créneaux, est à peine percée de
+rares fenêtres; et la tour carrée, élevée à un de ses angles, contribue
+encore à accentuer ce caractère.</p>
+
+<p>Sous les Médicis, tout ce qui pouvait rappeler la grandeur de la
+République étant proscrit, le palais du Podestat devint cour criminelle,
+siège de la police, prison, le «Bargello» pour tout dire en un mot. Il
+renferme aujourd'hui le musée national et contient des objets d'art
+remarquables.</p>
+
+<p>Sous la voûte d'entrée deux salles voûtées divisées en nefs par des
+piliers, décorées des armoiries des anciens podestats, renferment des
+collections d'armes intéressantes pour l'histoire de la ville. Les deux
+pièces les plus importantes, placées à l'extrémité de la salle, sont une
+<i>rondache</i> et un <i>casque</i>, œuvres de BENVENUTO CELLINI
+exécutées pour François Ier, roi de France.</p>
+
+<p>La rondache représente l'histoire de Persée et d'Andromède. Le casque,
+surmonté d'une chimère, est décoré d'une riche ornementation dorée en
+relief.</p>
+
+<p><b>La cour du Bargello</b> forme un carré dont une face est occupée par
+le mur froid et nu de la sévère construction de Taddeo Gaddi, tandis que
+les trois autres sont atténuées par un portique dont les arcades cintrées
+sont supportées par des colonnes. Cette partie fut construite vers 1350
+par BENCI DI CIONE et NERI FIORAVANTI. Pour donner un accès plus facile
+au palais, les architectes du XIVe siècle élevèrent contre l'aile de
+Taddeo un escalier coupé par un palier fermé d'une grille qu'ils firent
+aboutir à une loggia ouverte sur tout un côté de la cour. La décoration
+des murs de cette cour, unique en son genre, est aussi variée
+qu'intéressante; elle est formée par les écussons en relief des podestats
+semés à profusion sur ses quatre faces et affectant toutes les formes.
+Ils sont en pierre dure ou en marbre avec les traces des peintures qui
+les rehaussaient.</p>
+
+<p>Au milieu de ces marques de la puissance des podestats, la République,
+toujours jalouse de sa suprématie, a placé partout l'empreinte de son
+autorité et partout se retrouvent les armes de la ville, des Guelfes et
+du peuple. Le même sentiment apparaît encore sous les portiques où sont
+encastrés les écussons peints en relief des divers «sestiere», tandis
+qu'aux voûtes sont représentées les armes de leurs gonfalons.</p>
+
+<p>Sous les portiques au rez-de-chaussée s'ouvrent deux salles:</p>
+
+
+<p>I</p>
+
+<p>Tombeaux du XIVe siècle.</p>
+
+
+<p>II</p>
+
+<p>Sculptures des XVe et XVIe siècles.</p>
+
+<p>Cinq bas-reliefs d'une grande allure, de BENEDETTO DA ROVEZZANO. Ils
+proviennent du tombeau de saint Gualbert et furent mutilés par les
+Espagnols après le siège de Florence (1519). L'intérêt particulier de
+cette salle est dans les nombreuses œuvres de MICHEL-ANGE qu'elle
+contient.</p>
+
+<p>A.&mdash;<i>Buste de Brutus</i>. Cette figure énergique et sombre ne pouvait
+manquer de séduire Michel-Ange. Ce buste, fait à l'époque où le maître
+quitta définitivement Florence pour Rome, reflète les pensées dont il
+était alors hanté et dont l'inscription du socle est un si frappant
+témoignage.</p>
+
+<p>Dum Bruti effigiem sculptor de marmore ducit, In mentem sceleris venit et
+abstinuit.</p>
+
+<p>Semblable en cela aux statues de San Lorenzo, le buste, inachevé, fut
+abandonné à la même époque.</p>
+
+<p>B.&mdash;<i>Masque de satyre édenté</i>.</p>
+
+<p>C.&mdash;<i>La Vierge, l'Enfant et Saint Jean</i>. La tête de la Vierge, seule
+partie achevée de ce médaillon, est d'une rare beauté.</p>
+
+<p>D.&mdash;<i>Bacchus ivre</i>. Cette statue fut exécutée en 1497, pendant le
+premier séjour de Michel-Ange à Rome, pour A. Galli. Le maître a cherché
+à reproduire l'antique Dionysos, et a représenté le dieu sous la forme
+d'un très jeune homme aux formes élégantes, dont la figure exprime
+l'ivresse par la fixité du regard. Il est couronné de grappes de raisin
+et tient une coupe.</p>
+
+<p>E.&mdash;Petit <i>groupe de Léda et du Cygne</i>.</p>
+
+<p>F.&mdash;Réduction en marbre du <i>Moïse</i>.</p>
+
+
+<h3>PREMIER ÉTAGE</h3>
+
+<p>Sous la loggia sont conservées cinq cloches de bronze. La plus ancienne,
+fort simple, est datée de 1183.</p>
+
+<p>Une autre, un peu plus grande, porte le millésime de 1249 et a été fondue
+par BARTOLOMEO PISANO.</p>
+
+<p>La troisième est de 1352.</p>
+
+<p>La quatrième, ornée des bas-reliefs du Calvaire et de l'Annonciation, est
+de 1670.</p>
+
+<p>La cinquième, de 1675, est la plus ornée.</p>
+
+<p>Ainsi que la précédente, elle est l'œuvre de GIOVANNI CENNI.</p>
+
+
+<p><b>Salle I</b> (à droite de la loggia).</p>
+
+<p>Cette salle est exclusivement consacrée à DONATELLO, ce grand et puissant
+génie, malheureusement parfois trop inégal et inférieur à lui-même. Il
+faut citer en tout premier lieu les quatre admirables bas-reliefs de
+<i>Rondes d'enfants</i> qu'il exécuta de 1433 à 1440 pour une des
+tribunes des orgues de la cathédrale; ils faisaient face à ceux de Luca
+della Robbia; et ils reproduisent avec des variantes ceux de la chaire de
+Prato.</p>
+
+<p>Donatello traita ses sujets tout autrement que ne le fit Luca et ce qui,
+à cette heure, constitue la remarquable supériorité de l'œuvre de Luca
+sur celle de Donatello fut tout justement ce qui, lors de leur mise en
+place, donna l'avantage à Donatello. En effet, la condition essentielle
+de l'œuvre décorative doit être de se subordonner à la place qu'elle doit
+occuper et c'est à cet unique point de vue que se plaça Donatello. Comme
+ses bas-reliefs destinés à la tribune d'un orgue devaient être vus à une
+grande hauteur, il se préoccupa seulement de l'effet à produire à
+distance. De là sont venus ces modelés trop sommaires, ces raccourcis
+trop osés dans les figures de second plan, enfin ces défauts destinés à
+donner à l'ensemble vu de loin, une vigueur et une netteté incomparables.</p>
+
+<p>Original du <i>Marzocco</i> en pierre grise.</p>
+
+<p><i>L'Amour</i> appelé aussi le <i>Cupidon</i>. La grâce et la poésie qui
+débordent de cette figure bizarre sont inexprimables. Ces ailes
+naissantes, ces serpents enroulés autour des pieds, ces culottes
+maladroitement assujetties, forment le mélange le plus imprévu et le plus
+attachant. Quelle naïveté dans l'attitude du jeune dieu les bras encore
+levés, après qu'ils ont lancé la flèche vers un but invisible; quelle
+malice et quelle joie dans ce regard gai et narquois tout ensemble!</p>
+
+<p><i>David</i>. Le séjour que Donatello fit à Rome de 1432 à 1433 développa
+certainement les tendances latentes de son esprit secrètement influencé
+par l'antiquité. Aussi quand, à son retour, Cosme lui commanda une statue
+en bronze destinée au Palais Vieux, cette statue fut le David,
+c'est-à-dire la première et parfaite étude de nu exécutée par les
+sculpteurs de la Renaissance. Le jeune pâtre a pour tout costume un
+pétase et des jambières; il est debout, un pied posé sur la tête de
+Goliath, le glaive dans la main droite et une pierre dans la main gauche
+qu'il appuie sur sa hanche. Son visage entouré de longs cheveux bouclés
+rayonne de joie et son beau corps trahit la force et la jeunesse. Il y a
+dans la poésie de cette figure enchanteresse un parfum antique et
+biblique tout ensemble qui lui donne sa grâce et son charme
+inexprimables.</p>
+
+<p>Buste en terre cuite colorée de <i>Niccolò da Uzzano</i>, homme politique
+florentin considérable.</p>
+
+<p>Ce morceau prodigieux est d'un réalisme à outrance, effrayant et d'une
+brutalité presque féroce. La tête est si profondément fouillée qu'elle
+paraît comme ravagée; on la dirait moulée sur nature, tant la laideur
+saisissante du modèle, galvanisée par l'intelligence, déborde de vie.</p>
+
+<p>Buste en bas-relief et en pierre grise de <i>Saint Jean-Baptiste
+enfant</i>. La figure de saint Jean est une de celles qui tentèrent le
+plus l'imagination de Donatello; il représenta le saint en ronde bosse,
+en bas-relief, en buste, en pied, dans toutes les situations, à tous les
+âges, tant il s'était épris de passion pour l'ascète austère et le
+précurseur enthousiaste avec lequel les caractères osés de son art et de
+sa propre nature lui donnaient tant de points de contact.</p>
+
+<p>Autre statue en marbre de <i>Saint Jean-Baptiste</i> en pied et debout.
+Donatello a représenté ici l'ascète décharné, aux traits sévères et
+inspirés; le prophète dévoré par le feu de l'enthousiasme ou illuminé par
+la vision intérieure.</p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/06-187.png"></p>
+
+
+
+
+<p><i>David</i>. Cette statue en marbre et en pied semble être la première
+étude que Donatello ait faite pour son Saint Georges, le chef-d'œuvre
+d'Or San Michele (1408). La pose et les draperies sont les mêmes,
+seulement avec des proportions moins parfaites et une expression
+incomplète.</p>
+
+<p>A côté des Donatello, quelques sculptures marquantes se trouvent encore
+réunies dans cette première salle.</p>
+
+<p>La plus célèbre est <i>l'Adonis mourant</i> de Michel-Ange. Cette œuvre
+paraît avoir été exécutée vers 1502, comme un délassement du labeur
+qu'imposait au maître son colossal David. Aussi peut-on presque dire que
+l'Adonis garde quelques traces de cette simultanéité et que les
+proportions y semblent un peu outrepasser le sujet. La tête est fort
+belle, et la chevelure, par son arrangement, se rattache au type adopté
+plus tard par Michel-Ange et dont la statue de Julien de Nemours fut la
+réalisation la plus haute. Cette composition doit pourtant être
+considérée comme secondaire dans l'œuvre du maître.</p>
+
+<p>MICHEL-ANGE. <i>Groupe</i> nommé <i>la Victoire</i>. Vainqueur agenouillé
+sur un vaincu et ramenant son manteau dérangé par la lutte. Ce groupe
+n'est pas des meilleurs.</p>
+
+
+<p><b>Salle II</b> (dans la tour).</p>
+
+<p>Meubles anciens et cristaux</p>
+
+
+<p><b>Salle III</b>.</p>
+
+<p>Cette salle précède la chapelle et elle était nommée la salle des
+Condamnés, parce qu'ils y attendaient l'heure de leur dernière prière.</p>
+
+<p>Elle renferme la collection des anciens vases de la pharmacie du couvent
+de San Marco, en faïence de Faënza, XVIe siècle.</p>
+
+
+<p><b>Salle IV</b> (chapelle).</p>
+
+<p>Elle est décorée de fresques célèbres du GIOTTO respectées par l'incendie
+de 1337, mais malheureusement très détériorées par des badigeonnages
+successifs et par le partage, sous les Médicis, de la chapelle en trois
+étages de prisons.</p>
+
+<p>Les huit divisions du mur de droite sont consacrées à sainte Madeleine et
+à sainte Marie l'Égyptienne. Le fond est occupé par le Paradis avec les
+portraits de Dante, de Corso Donati et de Brunetto Latini. Au-dessous de
+cette fresque deux petits panneaux sont attribués à GHIRLANDAJO. Ils sont
+datés de 1490 et représentent la <i>Vierge</i> et <i>Saint Gérôme</i>.
+Des stalles en marqueterie et le lutrin sont de bons ouvrages du XVe
+siècle.</p>
+
+<p>Dans une vitrine, petit bas-relief en pierre de Sonthofen, par ALBERT
+DÜRER. Avec une finesse excessive, il représente <i>Adam et Ève</i> au
+pied de l'arbre de la connaissance où est enroulé le serpent.</p>
+
+<p>Autre vitrine. <i>La Cène</i>, retable en argent doré, par JEAN DE
+BOLOGNE.</p>
+
+<p>Huit baisers de paix en argent niellé et en émaux, dont trois sont
+d'admirables œuvres d'art.</p>
+
+<p>I. La plus remarquable pièce des nielles, <i>le Couronnement de la
+Vierge</i>, fut exécuté en 1452, par MASO FINIGUERRA, pour le Baptistère
+Saint-Jean.</p>
+
+<p>Maso, né à Florence en 1425, excellait dans l'art des nielles; c'est en
+travaillant à ce genre de gravure, qu'il imagina d'en tirer à l'aide de
+la presse des épreuves sur papier, invention qui fait de lui le créateur
+d'un art nouveau, celui de la gravure.</p>
+
+<p>II. Autre paix niellée d'un beau caractère, <i>le Crucifiement</i>, pièce
+exécutée également pour le Baptistère, par MATTEO DEI.</p>
+
+<p>III. <i>La Déposition de Croix</i>, ouvrage de toute beauté, d'ANTONIO
+POLLAJUOLO, en émail sur paillons.</p>
+
+
+<p><b>Salle V</b>.</p>
+
+<p>1° Ivoires. 2° Ouvrages en ambre des XVIIe et XVIIIe siècles.</p>
+
+<p>A.&mdash;Deux admirables triptyques d'ivoire des XIIIe et XIVe siècles, par
+ANDREA ORCAGNA.</p>
+
+<p>B.&mdash;Deux superbes selles en ivoire du XIVe siècle: l'une, un travail
+allemand avec figures de princes, de chevaliers, de dames en bas-relief
+sur fond noir; l'autre, italienne, avec la devise «Amor aspetta tempo»,
+ornée de scènes de chasse, d'armoiries et d'ornements fantastiques.</p>
+
+<p>3° Coupes du XVIe siècle en cristal taillé et gravé. Certaines de ces
+pièces sont d'une rare beauté.</p>
+
+
+<p><b>Salle VI</b> (Bronzes).</p>
+
+<p>GHIBERTI. <i>Reliquaire de sainte Jacinthe</i>. Il a la forme d'un petit
+sarcophage antique dont la face principale est simplement ornée de deux
+anges d'un mouvement gracieux qui soutiennent une couronne. Ghiberti
+montre une fois de plus dans cette œuvre combien il gagne à la simplicité
+(1428).</p>
+
+<p>BRUNELLESCHI et GHIBERTI. Deux médaillons dorés polylobés représentant le
+<i>Sacrifice d'Abraham</i>. Ces médaillons sont les fameuses pièces du
+concours pour les portes du Baptistère à la suite duquel Brunelleschi
+retira sa candidature (1403).</p>
+
+<p>Dans le relief de Brunelleschi se trouve déjà fortement accusée la
+tendance au naturalisme qui se développa chez Donatello. Le mouvement
+d'Abraham est sauvage, l'ange arrête son bras d'un geste peu admissible,
+le bélier et l'âne sont autant de recherches réalistes. A gauche,
+Brunelleschi a placé le tireur d'épines, «le Spinaro», dont l'antique
+venait d'être découvert. La composition manque d'unité, de simplicité et
+de grandeur.</p>
+
+<p>Ghiberti au contraire sut tirer parti du sujet avec un art incomparable
+et placer ses personnages en observant strictement la loi de la valeur
+des plans. La figure d'Isaac retourné vers son père pour le questionner
+est de premier ordre.</p>
+
+<p>LORENZO VECCHIETTA de Sienne (1412-1480). Statue couchée de <i>Mariano
+Soccino</i> provenant de son tombeau et certainement modelée sur le
+cadavre.</p>
+
+<p>VERROCCHIO. <i>Le David</i> (1476). Cette statue fut exécutée sur l'ordre
+de Laurent le Magnifique désireux de voir, dans un sujet analogue, le
+Verrocchio surpasser Donatello. Il devient donc très intéressant de
+comparer deux œuvres si dissemblables. Tandis que Donatello faisait de
+son David un héros idéal, sorte de Persée moderne, Verrocchio faisait du
+sien un adolescent, presque un enfant, dont les formes encore frêles et
+anguleuses semblent plutôt délicates. Ce qui est de premier ordre est la
+tête adorable dont le sourire énigmatique et mystérieux est déjà celui du
+Vinci, les cheveux courts et bouclés encadrent le visage où à la joie du
+triomphe s'allie une certaine timidité.</p>
+
+<p>Dans la vitrine.</p>
+
+<p>ANTONIO DEL POLLAJUOLO. Petit groupe d'<i>Hercule étouffant Cacus</i>,
+d'une sauvage énergie et d'une superbe allure.</p>
+
+
+<p><b>Salle VII</b> (Bronzes).&mdash;BENVENUTO CELLINI. Buste colossal de
+<i>Cosme Ier</i>.</p>
+
+<p>BENVENUTO CELLINI. Deux modèles pour son <i>Persée</i>. Ils présentent
+des différences notables; l'un est en bronze, l'autre en cire: ce
+dernier, très supérieur, même à l'exécution définitive, par la simplicité
+des attitudes et des formes.</p>
+
+<p>DONATELLO. Petite frise en relief représentant une <i>Bacchanale
+d'Enfants</i> qui traînent le vieux Silène ivre dans un char. Ce petit
+chef-d'œuvre, exécuté pour Cosme de Médicis, est ce qui a pu exister
+depuis l'antiquité de plus parfait en ce genre.</p>
+
+<p>JEAN DE BOLOGNE. <i>Le Mercure</i>. Cette statue, faite en 1598 pour une
+fontaine de la Villa Médicis, à Rome, est certainement la maîtresse œuvre
+de Jean de Bologne, celle où, dans une période de décadence, il s'est le
+plus rapproché de l'antiquité. Mercure s'envole d'un mouvement léger, au
+souffle d'Éole dont la tête lui sert de base.</p>
+
+
+<h3>DEUXIÈME ÉTAGE</h3>
+
+<p><b>Salle I</b>.&mdash;Elle est décorée de huit <i>portraits</i> à la fresque
+peints par ANDREA DEL CASTAGNO en 1430, pour la Villa Carducci à Legnaia,
+et représentant en pied et plus grands que nature des poètes, des héros
+et des sibylles.</p>
+
+<p>1° <i>Dominus Philippus Descolaris Relator Victorie Theucrus</i>. Filippe
+Scolari del Pipo Spano, chef du comitat de Temeswar, vainqueur des Turcs.
+Il est en armure et tient son yatagan des deux mains.</p>
+
+<p>2° <i>Dominus Farinata de Ubertis, sue patrie liberator</i> (Farinata
+degli Uberti), de profil, en armure, avec surcot et bonnet rouge; il
+s'appuie sur son épée.</p>
+
+<p>3° <i>Magnus Tetrarcha d'Acciarolis neapleani regni dispensator</i>
+(Niccolò Acciajuoli, grand sénéchal de Naples, fondateur de la chartreuse
+d'Ema). Une robe bleuâtre à longues manches de fourrure recouvre son
+armure; il tient le bâton de commandement.</p>
+
+<p>4° <i>Sibylle de Cumes</i> en tunique rouge à reflets bleuâtres sur une
+jupe verte. Elle tient un livre et lit, le doigt au ciel.</p>
+
+<p>5° <i>Esther Regina, gentis suæ liberatrix</i>. Demi-figure formant
+dessus de porte, robe et voile blancs bordés d'or, manteau vert, couronne
+en tête, dans une attitude pleine de noblesse.</p>
+
+<p>6° <i>Thomirta se de filio et patriam liberavit suam</i> (Tomyris).</p>
+
+<p>C'est une guerrière en robe jaune, les bras recouverts d'une armure,
+fièrement campée; elle s'appuie sur sa lance, qu'elle tient la pointe en
+terre.</p>
+
+<p>7° <i>Dantes de Alligieris, Florentinus</i> (Dante Alighieri), en robe
+rouge.</p>
+
+<p>8° <i>Dominus Franceschus Petrarcha</i>. Pétrarque est en manteau rouge
+fendu pour le passage des bras, la tête couverte d'un capuchon doublé de
+vert.</p>
+
+<p>9° <i>Dominus Johannes Boccacum</i> (Boccace) en manteau bleuâtre et
+capuchon rouge.</p>
+
+<p>Cette œuvre magistrale est malheureusement très mal placée; les
+personnages sont hors de proportion avec la salle, ce qui est nuisible
+pour le bon effet de l'ensemble.</p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/07-195.png"></p>
+
+
+<p><b>Salle II</b>.&mdash;<i>Bas-reliefs</i> en terre cuite émaillée par les
+DELLA ROBBIA. Les plus anciens, bleus sur fond blanc, sont d'Andrea; il
+faut remarquer deux <i>Vierges</i>, dont l'une a un joli socle en grès du
+style de Donatello. Les moins anciens sont de Giovanni et polychromes:
+<i>Annonciation</i>, <i>Adoration de l'Enfant</i> (1521), <i>Pietà</i>,
+<i>Jésus et Madeleine</i>, <i>saint Dominique</i> et cinq <i>Saintes</i>.</p>
+
+<p>Trois vitrines contiennent des faïences.</p>
+
+<p>1°.&mdash;<i>Urbino</i>. Vases, coupes et plats: décor raphaélesque.</p>
+
+<p>2°.&mdash;<i>Urbino</i>, avec sujets. <i>Deruta</i> et <i>Gubbio</i>, très
+fins.</p>
+
+<p>3°.&mdash;<i>Faenza, Florence et divers</i>. Belle collection avec quelques
+pièces hors ligne. Buste en terre cuite donné comme étant le <i>portrait
+de Charles VIII, roi de France</i> et l'œuvre d'ANTONIO DEL POLLAJUOLO.</p>
+
+<p>Coupe en verre de Venise bleu, avec décoration peinte représentant le
+<i>Triomphe de la Justice</i> suivie des autres <i>Vertus</i> (XVe
+siècle).</p>
+
+
+<p><b>Salle III</b>.&mdash;Dans la tour. Suite de tapisseries allégoriques des
+Gobelins représentant les <i>Cinq parties du monde</i>, d'après LEONARDO
+BERNINI (1719).</p>
+
+<p>En revenant sur ses pas, à gauche de la salle I, on passe dans la:</p>
+
+
+<p><b>Salle V</b> (marbres).&mdash;MINO DA FIESOLE. Buste de <i>Rinaldo della
+Luna</i> (1461), figure d'un aspect sévère.</p>
+
+<p>ANDREA VERROCCHIO. Curieux haut relief représentant la femme d'un
+Tornabuoni, <i>Francesca Pitti</i>, morte en couches, et la remise de
+l'enfant au père éploré.</p>
+
+<p>ANDREA VERROCCHIO. Portrait en bas-relief de <i>Frédéric Montefeltro</i>,
+de profil à gauche; portrait en bas-relief de FRANCESCO SFORZA, de profil
+à droite.</p>
+
+<p>BENEDETTO DA MAJANO. Buste de <i>Pietro Mellini</i>, le donateur de la
+chaire de Santa Croce, tête très énergique, couturée de rides; il est
+vêtu d'une robe qui couvre ses épaules et où sont figurés des rinceaux de
+damas.</p>
+
+<p>MINO DA FIESOLE. Bas-relief. Buste de <i>Jeune femme</i> et <i>Sainte
+Famille</i>.</p>
+
+<p>ANTONIO DEL POLLAJUOLO. Buste dit le <i>Jeune Guerrier</i>, en terre
+cuite. Cette œuvre admirable est marquée du caractère puissant du maître.
+La tête imberbe, d'une énergie farouche et indomptable, est encadrée de
+cheveux coupés à la florentine et casquée d'une chimère. La cuirasse
+forme un buste bombé dont les bras sont absents; Pollajuolo y a
+représenté en bas-relief ses sujets favoris. D'un côté Hercule terrassant
+l'hydre de Lerne, et de l'autre Hercule vainqueur du sanglier
+d'Érymanthe.</p>
+
+<p>Un second buste en terre cuite, connu sous le nom du <i>Prêtre
+Florentin</i>, a été indûment attribué à Antonio del Pollajuolo dont il
+n'a aucun des caractères; il paraît plutôt être l'œuvre de BENEDETTO DA
+MAJANO. C'est un jeune homme coiffé à la florentine, sans barbe, et
+portant une soutanelle ajustée avec une ligne de petits boutons.</p>
+
+
+<p><b>Salle VI</b> (marbres).&mdash;VERROCCHIO. <i>La Vierge et l'Enfant
+Jésus</i>. Bas-relief.</p>
+
+<p>VERROCCHIO. <i>Buste de femme</i> serrant un petit bouquet sur sa
+poitrine. Tête plate peu agréable.</p>
+
+<p>MATTEO CIVITALI. <i>La Foi</i> (bas-relief). Gracieuse figure de jeune
+femme assise dans une niche. Ses mains sont jointes en adoration devant
+le calice que lui apportent des chérubins. Une des rares œuvres de ce
+maître charmant dont les compositions sont presque toutes à sa ville
+natale, Lucques.</p>
+
+<p>MINO DA FIESOLE. Buste de <i>Pierre de Médicis le Goutteux</i>.</p>
+
+<p>MINO DA FIESOLE. Médaillon. <i>La Vierge et l'Enfant</i>.</p>
+
+<p>BENEDETTO DA MAJANO. <i>Saint Jean</i>. Le saint, sous les traits d'un
+adolescent en tunique de peau de mouton, est maigre et décharné.</p>
+
+<p>SANSOVINO. Statue de <i>Bacchus</i>, jeune, levant une coupe.</p>
+
+<p>MICHEL-ANGE. <i>Apollon</i> (statue ébauchée). Il est adossé contre un
+tronc d'arbre, fléchissant la jambe droite placée sur une élévation, et
+regarde en arrière. Il porte sa main gauche à hauteur de l'épaule droite
+pour saisir une flèche dans un carquois. Cette œuvre, quoique à peine
+tirée du bloc, est admirable et rappelle la beauté des statues antiques.</p>
+
+
+<p><b>Salle IV</b> (sceaux et monnaies).&mdash;Suite de six tapisseries des
+Gobelins d'après Oudry. <i>Chasses de Louis XV</i>.</p>
+
+
+
+<h3>VIA DEL PROCONSOLO.</h3>
+
+
+<p><b>PALAZZO NONFINITO</b> (occupé par le télégraphe). Construit en 1592
+par BUONTALENTI. Lourde façade du style Barocco.</p>
+
+<p>Au numéro 10 le <b>PALAZZO DE RASTI</b> (anciennement Quaratesi) a été
+construit par BRUNELLESCHI dans le style des beaux palais de Florence; il
+porte les armoiries des Pazzi, ses anciens propriétaires.</p>
+
+<p><b>L'ÉGLISE DE LA BADIA</b> fondée en l'an 1000 et reconstruite en 1285
+par ARNOLFO DI CAMBIO, fut remaniée en 1625 par Ségaloni qui ne conserva
+de l'édifice précédent que le chevet et le ravissant clocher octogonal de
+1330, dont la flèche de pierre forme avec la tour du Bargello un des
+points de vue les plus caractéristiques de Florence.</p>
+
+<p>MINO DA FIESOLE obtint, après avoir terminé le monument de Salutati à
+Fiesole, la commande des deux tombeaux qui décorent la Badia:</p>
+
+<p>1° A droite de l'entrée. <i>La Vierge assise avec l'Enfant entre deux
+diacres</i>; bas-relief à trois divisions où Mino n'est resté que trop
+fidèle au retable de la chapelle de Salutati.</p>
+
+<p>2° Dans le bras gauche du transept, <i>tombeau du comte Hugo</i>,
+bienfaiteur de l'église (1481).</p>
+
+<p>Dans ces deux monuments, Mino copia, pour ainsi dire, les tombeaux du
+Marsuppini et de Bruni de Santa Croce, plaçant les sarcophages sous une
+arcade et les surmontant de l'effigie couchée des défunts.</p>
+
+<p>Dans la chapelle de la famille del Bianco, à gauche de l'entrée, le
+tableau d'autel: <i>l'Apparition de la Vierge à saint Bernard</i>, a été
+peint en 1480 par FILIPPINO LIPPI, encore à cette époque dans l'atelier
+de Botticelli. Saint Bernard, en robe blanche drapée à la perfection, est
+assis devant un rocher lui servant d'ermitage, dans les anfractuosités
+duquel sont placés ses livres. Le pupitre où il écrit est disposé sur un
+tronc d'arbre, mais il interrompt son travail et reste plongé dans une
+profonde adoration au moment où la Vierge lui apparaît et vient poser la
+main sur son manuscrit. La Vierge est entourée d'un groupe charmant de
+petits anges tout surpris de se trouver sur la terre et qui, par leur
+attitude, manifestent leur curiosité. Dans le bas du tableau, le
+donateur, à mi-corps, vêtu d'une robe noire à revers rouges, joint les
+mains en prière.</p>
+
+<p>Cette composition, charmante de délicatesse et d'expression, a conservé
+toute sa vivacité de coloris, et l'ensemble est si parfait qu'on peut
+vraiment la considérer comme le chef-d'œuvre de Filippino Lippi.</p>
+
+<p><b>Le cloître</b> est entouré de deux étages de portiques. Sous le
+portique supérieur sont conservées des fresques d'ANTONIO SOLARIO LE
+ZINGARO (1512) d'un joli ton doré. Toutes ces peintures retracent la
+<i>Vie de saint Benoît</i> et semblent comme la préparation aux fresques
+si remarquables traitant le même sujet à l'église de San Severino, à
+Naples.</p>
+
+<p>L'œuvre de la Badia, fort intéressante, montre des perspectives très bien
+traitées et des groupements harmonieux. Quelques-unes de ces compositions
+sont même de premier ordre; il faut citer:</p>
+
+<p>A.&mdash;<i>Saint Benoît enfant prie aux côtés de sa mère</i>.</p>
+
+<p>B.&mdash;<i>Saint Benoît reçoit l'habit</i>.</p>
+
+<p>C.&mdash;<i>Apparition d'un ange pour inviter le saint à la vie monacale</i>.</p>
+
+<p>D.&mdash;Portique avec des moines agenouillés et debout.</p>
+
+<p>E.&mdash;<i>Maure sauve Placide qui se noie</i>.</p>
+
+<p>F.&mdash;<i>Repas des moines</i>.</p>
+
+<p>G.&mdash;<i>Seigneurs et dames à cheval</i>.</p>
+
+<p><b>CASA BUONARROTI</b> (Musée Michel-Ange, 64, Via Ghibellina).&mdash;Cette
+maison où Michel-Ange vécut à Florence fut consacrée au XVIIe siècle par
+son arrière-neveu le poète, son homonyme, à la gloire de son grand-oncle.
+Il la fit décorer, en 1620, par les meilleurs artistes de ce temps, de
+fresques et de peintures sur toile où sont retracés les principaux faits
+de la vie de Michel-Ange.</p>
+
+<p>La «Casa Buonarroti» est en somme un musée intime et fort inégal, où, à
+côté de documents écrits, lettres autographes, papiers de famille,
+dessins d'architecture et croquis de toute sorte, brillent quelques
+pièces inestimables, comme le bas-relief de «la Guerre des Centaures et
+des Lapithes», celui de «la Vierge assise avec l'Enfant», l'esquisse du
+«David», le modèle en terre cuite de la «Vierge de Médicis», et enfin ce
+merveilleux carton à la sanguine d'une «Vierge avec l'Enfant», morceau de
+toute beauté, d'une incomparable maîtrise.</p>
+
+
+<p><b>Chambre I</b>.&mdash;<i>Combat des Centaures et des Lapithes</i>, une des
+premières œuvres de Michel-Ange. Il avait dix-sept ans quand il entreprit
+ce travail. C'est une composition de style héroïque où tous les
+personnages sont nus et où règne dans la mêlée une étonnante fougue
+épique; ce morceau non terminé garde encore les traces du ciseau. La
+jeunesse du maître se révèle par de certaines inexpériences; il n'a pas
+introduit de variété dans les formes et toutes les figures ont une
+saillie si faible qu'elles en sont comme déprimées; pourtant on y
+reconnaît déjà quelques traits de cet idéal dont la poursuite sera la
+constante obsession de sa vie.</p>
+
+
+<p><b>Chambre II</b>.&mdash;<i>Dessins originaux</i>. Cadre I.&mdash;N° 2.&mdash;Buste de
+Cléopâtre bizarrement coiffée. Elle est entourée d'un serpent qui lui
+mord le sein.</p>
+
+<p>N° 3.&mdash;Belle tête de vieille femme de profil.</p>
+
+<p>Cadre 9.&mdash;N° 75.&mdash;Projet de façade pour Saint-Laurent de Florence.</p>
+
+<p>Cadre 13.&mdash;N° 65.&mdash;Esquisse primitive du <i>Jugement dernier</i>.</p>
+
+<p>Cadre 14.&mdash;N° 70.&mdash;Sacrifice d'Abraham.</p>
+
+<p>Cadre 15.&mdash;N° 75.&mdash;La Vierge allaitant l'Enfant. Ce dessin de toute
+beauté est au crayon noir, rouge et blanc.</p>
+
+<p>Cadres 25, 26, 27, 30, 31, 32.&mdash;Divers plans des fortifications de
+Florence, à la plume, au crayon rouge et au bistre, faites pendant le
+siège de 1529.</p>
+
+<p>Dans la <b>Chapelle</b> se trouve l'admirable bas-relief (n° 72) de <i>la
+Vierge assise avec l'Enfant</i> auquel elle donne le sein. Cette
+composition que Michel-Ange exécuta à la fois en marbre et en bronze,
+vers l'âge de seize ans, est influencée par le génie de Donatello et
+montre la forte emprise qu'un tel maître exerça sur lui par son réalisme
+viril et son naturalisme puissant. Mais tout grand que soit Donatello, ce
+qui dès l'abord le différencie profondément de son génial élève, est que
+chez l'un l'œuvre se double volontiers du portrait et recherche
+l'individualité, tandis que chez l'autre la conception tout idéale
+jaillit de son puissant cerveau pour ainsi dire par génération spontanée.</p>
+
+<p>N° 78.&mdash;<i>La Vierge avec l'enfant Jésus</i>. Maquette en terre cuite,
+pour le groupe en marbre de la nouvelle sacristie de Saint-Laurent. La
+tête manque.</p>
+
+<p>Bibliothèque. Armoire V.&mdash;N° 10.&mdash;<i>David</i>. Deux petites statuettes
+en cire, délicieuses et premières ébauches du <i>David</i> colossal de
+l'Académie des Beaux-Arts.</p>
+
+<p><b>INSTITUT PHILHARMONIQUE</b> (83, Via Ghibellina).&mdash;Dans l'escalier,
+protégée par des volets, est la curieuse fresque du GIOTTINO,
+l'<i>Expulsion du duc d'Athènes</i> chassé de Florence en 1308, le jour
+de la Sainte-Anne. Aussi l'artiste a-t-il peint sainte Anne remettant aux
+nobles florentins agenouillés à ses côtés les étendards de la ville et du
+peuple, pendant qu'au fond de la fresque saint Zenobe chasse de son trône
+le duc, qui fuit en barque sur l'Arno.</p>
+
+<p><b>PIAZZA SANTA CROCE</b> où se trouvent le monument moderne du Dante, le
+Palazzo dell'Antella décoré de fresques de 1610 en partie effacées, et
+enfin, sur le côté est, la façade moderne de l'église Santa Croce.</p>
+
+<p><b>SANTA CROCE</b> fut construite par ARNOLFO DEL CAMBIO en 1294 pour les
+Franciscains. L'architecte était tenu par son contrat «à élever une
+église comme il convient à l'humilité d'un ordre mendiant», c'est-à-dire
+une église dont les dimensions contiendraient tout un peuple appelé par
+la vogue extraordinaire dont l'ordre jouissait alors, mais où tout
+viserait uniquement à la simplicité et à la pauvreté en rapport avec
+l'esprit de l'ordre. Aussi les dispositions d'Arnolfo furent-elles
+sévères et froides dans le détail, mais grandioses par les immenses
+dimensions de la nef et des bas-côtés, dont l'aspect majestueux rappelle
+la basilique antique. Mais les transepts et la branche supérieure de la
+croix, à peine figurée par un chœur court et mesquin, ne répondent
+aucunement à ces proportions.</p>
+
+<p>Au milieu du mur terminal s'ouvre, en guise de chœur, une sorte de
+chapelle accompagnée de chaque côté de cinq chapelles moins importantes,
+ouvertes sur les transepts. A ces chapelles du mur oriental s'en ajoutent
+quatre autres, deux ouvertes sur le mur occidental et deux fermant les
+transepts.</p>
+
+<p>Il était de mode, dès le XIVe siècle, de se faire enterrer à Santa Croce
+et toutes les grandes familles de Florence y avaient leurs caveaux. Cet
+usage se perpétua si bien que l'église est devenue en quelque sorte le
+panthéon de l'Italie. Les tombes qu'elle contient appartiennent à toutes
+les époques et se trouvent soit adossées aux murs des bas-côtés, soit
+encastrées dans le pavé de l'église.</p>
+
+<p>Placée trop haut, au-dessus du portail de l'église, est la belle statue
+de <i>Saint Louis de Toulouse</i> par DONATELLO. Ses vêtements, d'une
+grande somptuosité, sont d'une exécution poussée à l'extrême.</p>
+
+<p><i>La chaire</i>, le chef-d'œuvre de BENEDETTO DA MAJANO, d'une extrême
+légèreté, malgré son excessive richesse, fut exécutée en 1475. Pour ne
+pas déranger les lignes de son monument, Benedetto dissimula l'escalier
+de la chaire dans un des piliers auxquels elle est adossée, qu'il creusa
+à cet effet, et qu'il ferma par une délicieuse porte en marqueterie
+ouverte sur le bas-côté. La chaire, en marbre blanc, est pentagonale, et
+ses cinq pans, séparés par des colonnettes portées sur des consoles, sont
+consacrés à l'histoire de saint François traitée à la manière de
+Ghiberti, c'est-à-dire avec des bas-reliefs en ronde bosse au premier
+plan, pour finir au fond par des méplats.</p>
+
+<p>1°.&mdash;<i>Le Pape approuvant l'ordre des Franciscains</i>.</p>
+
+<p>2°.&mdash;<i>La destruction des livres hérésiarques</i>.</p>
+
+<p>3°.&mdash;<i>Saint François recevant les Stigmates</i>.</p>
+
+<p>4°.&mdash;<i>Obsèques du Saint</i>.</p>
+
+<p>5°.&mdash;<i>Martyre de Franciscains</i>.</p>
+
+<p>Cinq petites niches intermédiaires contiennent des statuettes de <i>la
+Foi</i>, de <i>l'Espérance</i>, de <i>la Charité</i>, de <i>la
+Justice</i> et de <i>la Force</i> qui sont peut-être ce que la sculpture
+de la première Renaissance a produit de plus parfait.</p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/08-207.png"></p>
+
+
+
+
+<p><b>Nef de droite</b>.&mdash;<i>Monument de Michel-Ange</i>, érigé en 1570 et
+œuvre de VASARI. Des trois figures de la Sculpture, de l'Architecture et
+de la Peinture, la moins mauvaise, celle de l'Architecture, est de
+GIOVANNI DEL OPERE. Si Michel-Ange avait jamais pu prévoir que Vasari lui
+élèverait un jour un tel tombeau, sa mort certes en serait devenue amère.</p>
+
+<p>Sur le pilier, au-dessus du bénitier, <i>Madonna del Latte</i>,
+bas-relief de ROSSELLINO.</p>
+
+<p><i>Cénotaphe du Dante</i>, affreux monument de 1829.</p>
+
+<p><i>Monument d'Alfieri</i> par CANOVA, érigé par la comtesse d'Albany.</p>
+
+<p><i>Monument de Machiavel</i>, de 1787.</p>
+
+<p><i>Tombeau de Lanzi</i>.</p>
+
+<p>DOMENICO VENEZIANO (attr. à Andrea Castagno). Ces deux petites fresques
+représentent <i>Saint Jean-Baptiste</i> et <i>Saint François d'Assise</i>
+sous les traits d'ascètes décharnés. La critique a rendu ces peintures à
+Domenico Veneziano, tant leur ressemblance est frappante avec le tableau
+de la salle de Lorenzo Monaco au musée des Offices et tant les figures de
+ces deux Saints en semblent détachées.</p>
+
+<p>L'<i>Annonciation</i>, tabernacle sculpté en 1406 pour la chapelle
+Cavalcanti par DONATELLO. Cet ouvrage d'un jeune homme de dix-neuf ans
+est le plus pur et le plus suave des hauts-reliefs de Donatello; il s'y
+trouve une préoccupation d'élégance et de noblesse rares dans ses autres
+œuvres. Dans l'attitude de la Vierge l'afféterie coudoie la grâce et la
+recherche se mêle à l'émotion; debout, retournée vers l'Ange, elle met la
+main sur son cœur pour indiquer sa soumission à la nouvelle qu'il lui
+apporte. Quant à la figure de l'Ange, un genou en terre, la main droite
+relevée, elle est d'un si incomparable mouvement par son expression
+idéale, par son admirable pondération entre l'action et le mouvement,
+qu'elle ne saurait être dépassée.</p>
+
+<p>Donatello a placé ses personnages au milieu d'une étonnante architecture
+dont les pilastres les enferment dans une sorte de cadre profond. Il a
+surmonté le fronton de deux petits génies en terre cuite, premiers et
+délicieux essais de ces figures d'enfants dans lesquelles il était
+destiné à passer maître.</p>
+
+<p>Tombeau du secrétaire d'État florentin <i>Leonardo Bruni</i>, mort en
+1444, par ROSSELLINO.</p>
+
+<p>Sur un soubassement formé de guirlandes retenues par des enfants, repose
+le sarcophage de forme antique, sévère et pure, décoré uniquement de deux
+anges soutenant le cartouche de l'inscription, tandis que deux autres
+anges portent sur leurs ailes étendues la civière où repose la superbe
+effigie du défunt. Cette partie inférieure du monument est d'une grande
+beauté; la partie supérieure, un peu lourde, est mal venue. Le sol de
+Santa Croce est jusqu'à cette hauteur dallé de <i>plaques tombales</i>
+très simples des XIVe et XVe siècles, portant presque toutes des
+armoiries.</p>
+
+<p>A partir des transepts, elles deviennent beaucoup plus belles et
+remontent, pour la plupart, à la fondation de l'église. Ce sont des
+monuments giottesques où les effigies sont sculptées en relief.</p>
+
+<p><b>Transepts</b> (Bras droit).&mdash;1°&mdash;<i>Chapelle Castellani</i> ou du
+Saint-Sacrement. Elle est décorée de fresques très abîmées d'AGNOLO GADDI
+relatives à <i>Saint Nicolas</i> et à <i>Saint Jean-Baptiste</i> d'une
+part, et à <i>Saint Antoine</i> et <i>Saint Jean l'Évangéliste</i> de
+l'autre (1380).</p>
+
+<p><i>Saints François</i> et <i>Antoine de Padoue</i>, belles statues en
+terre blanche vernissée de LUCA DELLA ROBBIA.</p>
+
+<p>2°&mdash;Entre cette chapelle et la suivante, joli petit monument gothique de
+1327.</p>
+
+<p>3°&mdash;<b>Chapelle Baroncelli</b>, aujourd'hui <i>Giugni</i> (extrémité du
+transept).</p>
+
+<p><i>Fresques</i> de la Vie de la Vierge par TADDEO GADDI (1352-1356),
+ouvrage médiocre.</p>
+
+<p>4&mdash;Sur le mur de droite, <i>la Vierge à la ceinture</i>, fresque de
+Menardi.</p>
+
+<p>5°&mdash;<b>Chapelle à droite</b> du passage de la sacristie.</p>
+
+<p><i>Le combat de l'archange saint Michel</i>, fresque du temps de Cimabue.</p>
+
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/09-211.png"></p>
+
+
+
+
+
+<p>8°&mdash;<b>Chapelle Peruzzi</b>. Elle contient deux fresques, œuvres
+admirables de GIOTTO, d'une conservation précieuse.</p>
+
+<p>Celle de droite représente les _Funérailles de Saint Jean
+l'Évangéliste_. Le saint s'élance de sa tombe vers le Christ qui vient
+le chercher. D'un mouvement souple et plein de vie il s'élève vers Jésus
+qui l'attire à lui et l'enveloppe de ses rayons, tout en planant dans le
+ciel. Autour de la fosse béante se presse le groupe des disciples de
+Saint Jean, qui contemplent étonnés la scène prodigieuse accomplie sous
+leurs yeux. Quelques-unes de ces figures peuvent compter parmi les plus
+admirables créations des Trecentisti; le disciple penché vers le tombeau
+pour s'assurer qu'il est vide, celui qui d'un superbe mouvement s'abrite
+les yeux pour n'être pas aveuglé par les rayons divins et enfin une
+figure de vieillard absorbé dans la prière sont des œuvres magistrales.</p>
+
+<p>La fresque de gauche, d'un sentiment plus archaïque, est consacrée à
+l'histoire de <i>Saint Jean-Baptiste</i> et présente en deux parties, à
+gauche, la décollation, le festin d'Hérode, la danse de Salomé, et sur la
+droite, la remise à Hérodiade de la tête de saint Jean, par Salomé à
+genoux.</p>
+
+<p>Les autres fresques placées au-dessus des précédentes, complètent
+l'histoire des deux Saints, mais elles ont été tellement restaurées qu'il
+est impossible d'y retrouver la facture large et les belles qualités du
+maître.</p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/10-213.png"></p>
+
+
+
+
+<p>9°&mdash;<b>Chapelle Bardi</b>.&mdash;Sur ses deux murs GIOTTO a représenté la
+<i>Légende de Saint François d'Assise</i>. Malheureusement ces fresques,
+découvertes en 1853 sous le badigeon, comme celles de la chapelle
+Peruzzi, ont subi de telles restaurations qu'il ne reste plus que l'idée
+poétique et élevée de la composition.</p>
+
+<p>10°&mdash;<b>Le Chœur</b> est décoré de fresques d'AGNOLO GADDI consacrées à
+l'<i>Invention de la Croix</i>, XIVe siècle; compositions un peu grises,
+d'un médiocre intérêt.</p>
+
+<p><b>Transept gauche</b>.&mdash;11°, 12°, 13°.&mdash;Chapelles sans intérêt.</p>
+
+<p>14°&mdash;<b>Chapelle dei Pulci</b>.&mdash;Fresques de BERNARDINO DADDI.
+<i>Martyres de Saint Étienne et de Saint Laurent</i>.</p>
+
+<p>Sur l'autel, <i>bas-relief</i> de JEAN DELLA ROBBIA.</p>
+
+<p>15°&mdash;<b>Chapelle Saint-Sylvestre</b>.&mdash;<i>Fresques de Saint
+Sylvestre</i>, par MASO DI BANCO, XIVe siècle.</p>
+
+<p>Tombeau de <i>Uberto di Bardi</i>, dont le sarcophage sculpté occupe la
+partie inférieure.</p>
+
+<p>Autre tombeau du XIVe siècle; ces monuments appartiennent à l'école
+Pisane et sont encastrés sous de profondes niches ogivales.</p>
+
+<p>16°&mdash;<b>Chapelle Nicolini</b>.</p>
+
+<p>17°&mdash;<b>Chapelle Salviati</b>, où se trouve le fameux <i>Crucifix de
+Donatello</i> fait en concurrence avec celui de Brunelleschi placé à
+Sainte-Marie Nouvelle.</p>
+
+<p><b>Nef de gauche</b>.&mdash;<i>Monument</i> du secrétaire d'État <i>Carlo
+Marsuppini</i>, mort en 1445, par DESIDERIO DA SETTIGNANO. Placé en face
+de celui de Bruni, il en reproduit la disposition générale, mais avec
+plus de richesse et peut-être aussi plus de maniérisme.</p>
+<p><i>Monument de Galilée</i>.</p>
+
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/11-215.png"></p>
+
+
+
+
+<h3>Sacristie.</h3>
+
+<p>(Le couloir qui s'ouvre dans le bras droit du transept conduit à la
+sacristie et à la chapelle des Médicis.)</p>
+
+<p>La sacristie est une admirable salle carrée dont la charpente apparente a
+conservé sa décoration primitive. Elle est entourée sur deux côtés
+d'armoires basses du XIVe siècle, en marqueterie de citronnier et
+d'ébène à dessins géométriques. En arrière de ces armoires, le mur est
+revêtu d'un lambris du XIVe siècle également en marqueterie, dont chaque
+panneau est séparé par des pilastres à arabesques toutes différentes et
+rajoutées au XVe siècle. Les admirables vitrines et les lambris qui
+entourent le reste de la sacristie sont l'œuvre de BENEDETTO DA MAJANO,
+et rien n'est plus simple et plus riche à la fois que la mosaïque de bois
+traitée de manière à faire presque partie de l'architecture. Ces vitrines
+contiennent des missels dont quelques-uns sont fort beaux.</p>
+
+<p>Le mur de droite est décoré de trois grandes fresques, <i>le Chemin de la
+Croix</i>, <i>la Crucifixion</i> et <i>la Résurrection</i>.</p>
+
+<p>Une magnifique grille du XIVe siècle, en fer forgé, sépare la sacristie
+de la chapelle Rinuccini ouverte en face de l'entrée. Cette chapelle est
+décorée des fresques exécutées en 1365 par GIOVANNI DA MILANO dans la
+manière de Giotto ou, mieux encore, dans celle de son maître Taddeo
+Gaddi, avec un sentiment plein de charme et de mouvement et une
+perspective des mieux observées, pour l'époque.</p>
+
+<p>A la voûte, les <i>Évangélistes</i> peints à fresque, et au-dessus de
+l'autel, le retable <i>Vierge et Saints</i> sur fond d'or, sont également
+de GIOVANNI DA MILANO.</p>
+
+<p><b>La chapelle des Médicis</b> fut construite par MICHELOZZO pour Cosme
+l'Ancien, «le Père de la Patrie». De chaque côté de l'autel, petits
+bustes de <i>Saint François</i> et de <i>Saint Bernard</i> d'ANDREA DELLA
+ROBBIA; au-dessous, <i>Vierge</i> avec des <i>Saints</i>: figures
+détachées en blanc sur un fond bleu également d'ANDREA; enfin, sur la
+porte, le <i>Christ entouré de deux anges</i>, du même.</p>
+
+<p>Bas-relief en marbre de l'école de Donatello <i>Vierge accroupie avec
+l'Enfant</i> entre ses genoux et un groupe de trois anges.</p>
+
+<p>Enfin, <i>Tabernacle</i> de MINO DA FIESOLE, dont l'entrée est gardée par
+quatre anges en haut relief.</p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/12-218.png"></p>
+
+
+
+
+
+<p><b>Le premier cloître</b>, bâti par ARNOLFO DEL CAMBIO, s'étend à droite
+de Santa Croce; il est de forme irrégulière; la galerie qui longe le mur
+de l'église à gauche est à un niveau plus élevé que les autres, il faut y
+accéder par un escalier; derrière ses belles arcades en marbre noir et
+blanc, les murs sont décorés de fresques très effacées de l'école de
+Giotto, au-dessus desquelles sont alignées les armoiries sculptées des
+familles qui reposent dans le Campo Santo, les Alamanni, les Pozzi, les
+della Torre, etc...</p>
+
+<p>Au milieu du cloître s'élève la statue de Dieu le Père, une des moins
+mauvaises de Baccio Bandinelli. Sur le côté qui fait face à l'entrée se
+trouve la <b>chapelle des Pazzi</b>, rendus célèbres par la conspiration
+contre les Médicis. Elle a été construite en 1420 par BRUNELLESCHI et est
+un des plus élégants, des plus purs spécimens de l'architecture
+classique. Elle est précédée d'un vestibule dont la voûte en berceau
+repose sur six colonnes à chapiteaux corinthiens, au milieu desquelles
+s'ouvre une grande arcade coupant une ravissante <i>frise</i> composée de
+petits médaillons contenant des têtes de chérubins sculptées par
+DONATELLO.</p>
+
+<p>Toutes ces petites têtes, plus charmantes les unes que les autres, sont
+variées à l'infini et ont chacune leur expression.</p>
+
+<p>La voûte du vestibule, à la hauteur de la grande arcade médiane, est une
+coupole à cassettes émaillées de diverses couleurs. Une seconde frise
+avec des têtes de chérubins règne également sous le portique et s'étend
+sur le mur de la chapelle; les médaillons en terre cuite qui la composent
+sont dus à DESIDERIO DA SETTIGNANO.</p>
+
+<p><b>L'intérieur</b> de la chapelle, en forme de croix grecque, est orné de
+pilastres corinthiens en granit; malgré sa petitesse, l'harmonie de ses
+proportions en fait une œuvre parfaite. Elle est surmontée d'une coupole
+dont les pendentifs sont ornés de quatre médaillons en terre émaillée
+polychrome des DELLA ROBBIA, représentant les quatre Évangélistes
+accompagnés de leurs attributs. Enfin, sa partie supérieure est décorée
+de douze superbes médaillons de LUCA DELLA ROBBIA, représentant les douze
+Apôtres assis.</p>
+
+<p><b>L'ancien réfectoire</b> se trouve sur le côté droit du cloître; le mur
+du fond a conservé les fresques qui décoraient entièrement la salle. Dans
+le bas est un très curieux et très beau <i>Cenacolo</i> de TADDEO GADDI,
+où le Christ et les Apôtres sont simplement figurés assis derrière la
+table, sans qu'aucun détail d'architecture ou aucune fantaisie
+imaginative atténue la grandeur de la scène. Judas, très laid, isolé en
+avant, est seul à ne pas avoir la tête entourée du nimbe doré en relief
+dont sont encadrées celles de Jésus et des autres Apôtres.</p>
+
+<p>Au-dessus de cette belle composition est une grande fresque de FRANCESCO
+DE VOLTERRA (fin du XIVe siècle) dont le sujet, des plus intéressants,
+montre le <i>Christ en croix entouré du groupe des Saintes Femmes</i>;
+saint François à genoux devant la croix l'embrasse. La croix forme la
+souche de l'arbre généalogique des Franciscains, entre les rameaux duquel
+sont représentés tous les membres célèbres de l'ordre. Sur les côtés sont
+quatre scènes de la <i>Légende de saint François d'Assise</i>. Enfin à
+gauche du réfectoire s'ouvre une petite salle où une fresque de Giovanni
+représente <i>la Multiplication des pains</i>, miracle opéré par saint
+François.</p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/13-221.png"></p>
+
+
+<p><b>Le second cloître</b>, construit par BRUNELLESCHI, s'étend à droite du
+premier et appartient aujourd'hui à la caserne établie dans l'ancien
+couvent des Franciscains.</p>
+
+<p><b>SAN AMBROGIO</b>.&mdash;A gauche de l'entrée on a découvert un fragment de
+fresque de l'école de GIOTTO, représentant <i>le Martyre de Saint
+Sébastien</i>. Le Saint est attaché à un pilastre, les pieds reposant sur
+une console placée à une certaine hauteur, de sorte que les archers qui
+lui décochent des flèches tirent en l'air, tandis qu'un ange lui apporte
+la palme du martyre. Sur le côté gauche de la nef est une petite niche
+sculptée, dont les montants sont couverts d'arabesques; elle contient une
+charmante statuette de <i>Saint Sébastien</i>, œuvre de LEONARDO DEL
+TASSO (XVe siècle); les deux anges en grisaille, peints dans la partie
+supérieure, et la petite Annonciation qui est placée dessous dans un
+médaillon sont de FILIPPINO LIPPI.</p>
+
+<p>La chapelle à gauche du chœur est décorée d'une fresque de COSIMO
+ROSSELLI, représentant le <i>Miracle de l'Enfant Jésus</i> apparaissant
+dans le ciboire pendant la communion. La scène se passe au seuil d'une
+église, devant un palais, et présente une foule de personnages à costumes
+florentins du XVe siècle, très habilement groupés (1486).</p>
+
+<p>Au fond de la chapelle, un <i>tabernacle</i> en marbre blanc, de MINO DA
+FIESOLE, reproduit le même miracle.</p>
+<br><br><br>
+
+
+
+<h3>RIVE DROITE (EST)</h3>
+<h2>DE SANTA CROCE A SAN MARCO</h2>
+
+<p class="mid">SANTA MADDALENA DE PAZZI; SANTA MARIA NUOVA, MUSÉE<br>
+ARCHÉOLOGIQUE ET DES TAPISSERIES, INNOCENTI, SANTA ANNUNZIATA,<br>
+ACADÉMIE, ÉGLISE ET COUVENT SAN MARCO, LO SCALZO.</p>
+
+
+<p><i>SAINTE MADELEINE DES PAZZI</i> (1, Via delle Colonne).&mdash;<b>La salle du
+Chapitre</b> contient une grande fresque du PÉRUGIN, <i>le Christ en
+croix</i>, peinte entre 1492 et 1496, l'ouvrage le plus important que
+Florence possède de l'artiste, maîtresse œuvre par la noblesse des
+figures, la gravité des attitudes, la richesse du coloris et enfin la
+beauté du paysage. Le Christ sur la Croix avec la Madeleine éplorée,
+comme écrasée de douleur à ses pieds, occupe le milieu de la fresque.
+Séparés du groupe principal par des pilastres et des arcatures se
+trouvent la Vierge et saint Benoît d'un côté et saint Jean avec saint
+Bernard de l'autre. Le réel défaut de ce parti pris a été de couper
+l'action où les personnages, isolés et séparés les uns des autres par
+l'architecture, ne semblent pas reliés à la scène principale dont
+l'intérêt réside dans le groupe de la Madeleine et du Christ.</p>
+
+<p><b>ARCISPEDALE DE SANTA MARIA NUOVA</b>.&mdash;Ce grand hôpital fut fondé au
+XIVe siècle par Falco Portinari, le père de la Béatrice du Dante. La
+façade de <b>l'église San Egidio</b> qui en dépend fut au XVIe siècle
+augmentée d'un portique, œuvre de Buontalenti, sous lequel deux fresques
+très restaurées sont intéressantes en ce qu'elles sont ce qu'au XVe
+siècle on appelait des fresques de <i>Cérémonie</i>, c'est-à-dire des
+compositions destinées à commémorer un événement. L'une, par LORENZO DE
+BICCI, fut peinte en 1420 et représente la consécration de l'église par
+le cardinal Correz, en présence du pape Martin V. L'autre, exécutée en
+1435 par GHERARDO, rappelle les privilèges accordés à l'hôpital par le
+pape Martin V, à la requête du cardinal Correz.</p>
+
+<p>La porte de l'église San Egidio est décorée du <i>Couronnement de la
+Vierge</i> (1420), bas-relief en terre cuite de LORENZO DE BICCI. A
+l'intérieur, derrière l'autel, a été placé un charmant bas-relief en
+bronze émaillé d'ANDREA DELLA ROBBIA, <i>la Vierge et l'Enfant</i>. Le
+délicat tabernacle du maître-autel est l'œuvre commune de ROSSELLINO et
+de GHIBERTI. Les anges en adoration sont du premier, et le bas-relief en
+bronze de la porte fait d'autant plus honneur au second qu'il est d'une
+plus grande simplicité.</p>
+
+<p><b>GALERIE DE PEINTURE DE L'HOPITAL</b> (25 et 29, place Santa Maria
+Nuova).</p>
+
+<p>N° 104.&mdash;ANDREA DEL CASTAGNO. <i>Crucifiement</i>. Lunette provenant du
+cloître de l'hôpital. Le Christ est entre la Vierge, saint Jean et deux
+bénédictins agenouillés. Les figures de la Vierge et de saint Jean,
+animées par la plus grande des douleurs, sont de premier ordre.</p>
+
+<p>(Au n°29, sur le pilier du premier étage.)</p>
+
+<p><b>A</b>.&mdash;Bas-relief en terre cuite rehaussée de peintures, <i>la
+Vierge, l'Enfant, Saint Jean et deux Anges</i> de l'école de Donatello.</p>
+
+<p><b>F</b>.&mdash;Admirable haut relief en terre cuite du VERROCCHIO. La Vierge,
+en buste, tient l'enfant debout sur un coussin. Verrocchio a certainement
+modelé d'après nature ce groupe d'une beauté et d'une vérité accomplies.</p>
+
+<p><b>Salle I</b>.&mdash;Nos 48, 49, 50.&mdash;HUGO VAN DER GŒS. <i>L'Adoration des
+Mages</i>, triptyque peint à Bruges, vers 1400, pour Francesco Portinari,
+agent des Médicis dans cette ville. C'est l'ouvrage le plus important et
+le chef-d'œuvre de ce maître excellent. Si le sujet principal,
+l'Adoration des Mages, est d'un ensemble plutôt défectueux avec des plans
+mal observés et des figures sans élégance ni charme, les détails sont en
+revanche d'une rare perfection et la coloration d'une fraîcheur et d'un
+éclat incomparables. Les deux volets, de toute beauté, furent pour le
+portrait l'école où les artistes florentins du XVe siècle vinrent
+apprendre leur art. Sur le volet de gauche, le donateur, Francesco
+Portinari, et ses deux jeunes fils sont agenouillés en avant de leurs
+patrons, saint Antoine abbé et saint Mathieu. Sur le volet de droite, sa
+femme agenouillée lui fait face; coiffée du hennin et vêtue du riche
+costume flamand, elle est accompagnée de sa fille, jeune enfant d'une
+dizaine d'années; leurs visages, ainsi que ceux de sainte Marguerite et
+de sainte Madeleine debout derrière elles, respirent la sérénité et
+portent l'expression idéale des figures des Memling et des Van der
+Weyden.</p>
+
+<p><b>N°23</b>.&mdash;BOTTICELLI. <i>Vierge et l'Enfant, Saint Jean-Baptiste et
+anges</i>.</p>
+
+<p>Cette œuvre de sa jeunesse a longtemps été attribuée à Fra Filippo Lippi,
+tant il y est encore influencé par la manière de son maître. La Vierge se
+penche vers l'Enfant couché sur ses genoux qui lui tend les bras, tandis
+que deux anges délicieux les contemplent. La tête, entourée de légers
+voiles d'une disposition compliquée, est ravissante de grâce.</p>
+
+<p>N° 71.&mdash;FRA BARTOLOMMEO. <i>Le Jugement dernier</i>. Cette grande
+fresque, peinte de 1498 à 1499, est malheureusement mal conservée. Elle
+n'en constitue pas moins, telle qu'elle est, un ouvrage d'une haute
+portée artistique, première œuvre où l'art italien ait uni au sentiment
+profond des primitifs, la noblesse et la beauté des formes, telles que
+les concevait la Renaissance.</p>
+
+<p>Par la belle ordonnance du demi-cercle où sont rangés les Saints, par la
+rigoureuse observation de la perspective, par la profondeur de
+l'inspiration, cette composition est si remarquable que Raphaël l'a
+placée, presque intégralement, dans la partie supérieure de la Dispute du
+Saint-Sacrement, peinte, en 1508, pour les chambres du Vatican.</p>
+
+<p><b>L'ANCIENNE ÉGLISE SANTA MARIA DEGLI ANGIOLI</b> (Via degli Angioli)
+sert de bibliothèque à l'hôpital. Dans un de ses cloîtres est conservée
+une belle fresque d'ANDREA DEL CASTAGNO, le <i>Christ en Croix entre la
+Vierge, saint Jean, la Madeleine</i> au pied de la croix et deux
+bénédictins agenouillés de chaque côté, composition d'un sentiment et
+d'une facture admirables.</p>
+
+<p><b>MUSÉE ARCHÉOLOGIQUE, PALAIS DE LA CROCETTA</b>. <b>Le premier
+étage</b> renferme le Musée égyptien et deux des plus riches collections
+qu'ait l'Italie en antiquités étrusques et en numismatique italienne du
+moyen âge et de la Renaissance.</p>
+
+<p>Le MUSÉE ÉTRUSQUE se compose des objets découverts dans des fouilles
+faites à Chiusi, Orvieto, Grossetto et dans les nombreuses nécropoles
+mises au jour autour de ces villes.</p>
+
+<p><b>La Salle II</b> contient dans des vitrines toute la série des vases
+étrusques depuis l'époque la plus reculée jusqu'à l'apogée de cet art
+(VIe siècle avant J.-C.).</p>
+
+<p>Ces vases contenaient les offrandes aux morts ou servaient d'urnes
+cinéraires; ils sont, en grande partie, décorés des emblèmes relatifs à
+leur emploi, soit de colombes ou de coqs chargés d'écarter des cendres
+les mauvais esprits, soit de panthères ou de cavaliers symbolisant, les
+uns les animaux dévorants, les autres le transport des âmes. Les poteries
+de ce temps, presque toutes en terre noire, ont des formes admirables.</p>
+
+<p><b>La Salle IV</b> renferme une très belle collection de petits bronzes
+étrusques d'un grand intérêt: groupes, candélabres, armures avec traces
+de dorure, miroirs, etc., etc.</p>
+
+<p><b>La Salle V</b> possède quelques pièces hors ligne.</p>
+
+<p><b>A</b>.&mdash;Statue de Minerve de grandeur naturelle, superbement drapée.
+La tête a un grand caractère, les orbites vides des yeux étaient remplis
+par des pierres précieuses (Arezzo).</p>
+
+<p><b>B</b>.&mdash;Statue d'orateur; portrait de Metellus, fils de Vesia, citoyen
+de Chiusi (IIe siècle avant J.-C.). Cette pièce célèbre a été découverte
+près du lac Trasimène (1570).</p>
+
+<p><b>C</b>.&mdash;Chimère affectant la forme d'un lion; sa queue, faite d'un
+serpent, vient mordre une tête de bouc greffée sur le dos de l'animal.
+Cette tête fantastique, remarquable comme mouvement et comme étude
+approfondie de la forme, appartient à la plus belle période de l'art grec
+(IVe siècle avant J.-C.) (Arezzo)</p>
+
+<p><b>D</b>.&mdash;<i>Situla</i>, petit vase suspendu, de la plus belle époque
+étrusque, il fut trouvé à Bolsène en 1871. Primitivement doré, orné de
+bas-reliefs de la plus extrême finesse, il représente Vulcain ramené à
+l'Olympe par Bacchus et Ariane.</p>
+
+<p>Une vitrine isolée renferme des merveilles.</p>
+
+<p>N° 1.&mdash;<i>Tête de jeune homme</i> (IIe siècle avant J.-C.).</p>
+
+<p>N° 2.&mdash;Statuette de <i>Bacchus avec un génie ailé sur les épaules</i>
+(IVe siècle avant J.-C.).</p>
+
+<p>N° 3.&mdash;<i>Statuette de Jupiter</i> (copie grecque du IIe siècle avant
+J.-C., d'après Phidias).</p>
+
+<p>N° 4.&mdash;Statuette de <i>Castor conduisant un cheval</i> (art étrusque
+d'après l'art grec, IVe siècle avant J.-C.).</p>
+
+<p>N° 5.&mdash;<i>Minerve Medica</i>.</p>
+
+<p>N° 6.&mdash;<i>Athéné</i>, statuette très archaïque.</p>
+
+<p>N° 9.&mdash;Statuette d'<i>Hercule</i> (IIIe siècle avant J.-C.).</p>
+
+<p><b>Salle IV</b>.&mdash;Au milieu de la salle, le fameux <i>Vase François</i>,
+ainsi nommé de son premier propriétaire, est orné de peintures divisées
+en bandes sur lesquelles sont représentées les chasses de Méléagre,
+Thésée et le Minotaure, le combat des Lapithes et des Centaures, les
+funérailles de Patrocle, les noces de Pélée et de Thétis, la procession
+des dieux quittant l'Olympe pour y assister, Bacchus et Vulcain, un
+combat des Pygmées contre les Grues, et enfin, sur les anses, la lutte
+autour du corps d'Achille. Cette belle œuvre grecque est du VIe siècle
+avant J.-C.</p>
+
+<p><b>Salle VIII</b>.&mdash;<i>Sarcophage</i> en terre cuite de <i>Larthia
+Seranthia</i>. La défunte, le torse redressé sur son lit funèbre, le bras
+gauche relevé sur un coussin, tient un miroir et procède à sa toilette.
+Ce splendide monument de la plastique chiusienne a conservé de nombreuses
+traces de peinture (IIe siècle avant J.-C.).</p>
+
+<p><b>Salle IX</b>.&mdash;I. <i>Sarcophage en albâtre</i>, non décoré de
+sculptures, mais peint à tempera, de scènes représentant les combats des
+Lapithes et des Centaures (art étrusque, Ve siècle av. J.-C).</p>
+
+<p>II. <i>Sarcophage en albâtre</i> ayant conservé les traces de sa
+décoration polychrome. Sur le couvercle en ronde bosse, le mari, le torse
+nu, appuie la main sur l'épaule de sa femme assise à ses pieds qui relève
+son voile pour le regarder; elle porte un collier d'or et ses cheveux ont
+conservé leur peinture rouge (Ve siècle avant J.-C.).</p>
+
+<p>III. <i>Sarcophage de pierre</i> également en ronde bosse. Aux pieds du
+défunt, une Parque accroupie lui montre le rouleau de sa vie terminée.</p>
+
+<p>IV. <i>Statue cinéraire</i> en terre cuite de la Mater Matuta des
+Chiusiens. Elle est assise dans un fauteuil, tenant dans ses bras un
+enfant couché. La tête mobile sert de couvercle à l'urne contenue dans
+l'intérieur du corps (Ve siècle avant J.-C.).</p>
+
+<p>DEUXIÈME ÉTAGE. <b>GALERIE DES TAPISSERIES (ARAZZI)</b>.&mdash;La plupart des
+tapisseries proviennent de la fabrique de Florence fondée par le
+grand-duc Cosme Ier sous la direction de Nicolas Karcher et de Jean van
+Boost de Bruxelles. Après leur mort, l'atelier fut tenu par des Italiens
+et devint une véritable école, si bien que ce fut Pierre Lefèvre,
+français d'origine et directeur vers 1630, qui, appelé avec un brevet par
+Louis XIV en 1648, créa aux Tuileries un atelier où seraient appliqués
+les procédés italiens et développés les procédés français des
+manufactures érigées sous Henri IV, tandis que la manufacture de
+Florence, dès 1744, cessait d'exister.</p>
+
+<p><b>Salle I</b>.&mdash;Brocarts des XVème, XVIe et XVIIe siècles.</p>
+
+<p><b>Salle II</b>.&mdash;Devant l'autel de Sainte-Marie Nouvelle, <i>le
+Couronnement de la Vierge</i>, superbe broderie du XVe siècle.</p>
+
+<p><b>Salles III, IV, V</b>.&mdash;Broderies et étoffes.</p>
+
+<p><b>Salle VI</b>.&mdash;Tapisseries de Florence aux armes des Médicis (XVIIe
+et XVIIIe siècles). <i>Les quatre Éléments</i> d'après Moro.</p>
+
+<p><b>Salle VII</b>.&mdash;Tapisseries flamandes du XVIe siècle.</p>
+
+<p><b>Salle VIII</b>.&mdash;Tapisseries de Florence (XVIe siècle).</p>
+
+<p><b>Salle IX</b>.&mdash;Suite des mêmes tapisseries. <i>Ensevelissement du
+Christ</i> (Florence, XVIe siècle).</p>
+
+<p>Nos 118 et 119.&mdash;<i>Ecce Homo</i> et <i>Déposition</i> (Florence, XVIe
+siècle).</p>
+
+<p><b>Salle XII</b>.&mdash;<i>Histoire d'Esther</i>. Trois tapis séries des
+Gobelins d'après Audran, XVIIIe siècle, splendides pièces de cette suite
+connue.</p>
+
+<p><b>Salle XIII</b>.&mdash;Suite de l'<i>Histoire d'Esther</i>. Les costumes
+turcs, remarquables, sont interprétés avec la fantaisie du XVIIIe
+siècle.</p>
+
+<p><b>Salle XIV</b>.&mdash;Trois tapisseries flamandes du XVIe siècle tissées
+d'or.</p>
+
+<p>N° 74.&mdash;Série de tapisseries du XVIe siècle représentant des fêtes
+données à l'occasion du mariage d'Henri II et de Catherine de Médicis.</p>
+
+<p><b>Salle XV</b>.&mdash;Nos 67, 68, 69.&mdash;Suite de la même série.</p>
+
+<p><b>Salle XVI</b>.&mdash;Six bandes de tapisseries allemandes du XVIe siècle,
+<i>Histoire de David et de Bethsabée</i>.</p>
+
+<p>N° 66.&mdash;<i>Baptême du Christ</i> (Flandres, XVe siècle).</p>
+
+<p><b>Salle Galerie XVII</b>.&mdash;Nos 67, 68.&mdash;<i>Enlèvement de Proserpine</i>
+et <i>Chute de Phaéton</i>, d'après les cartons de Bernin (Florence,
+XVIIIe siècle).</p>
+
+<p>Nos 53, 54, 55, 56.&mdash;Admirable série de tapisseries des Flandres du
+XVIe siècle. Cette collection, la plus belle du musée, se compose de
+quatre pièces de grandes dimensions tissées d'or. Les sujets en sont:
+<i>la Création de l'homme</i>, <i>la Création de la femme</i>, <i>la
+Tentation</i>, <i>Adam et Ève chassés du Paradis</i>. Le paysage, la
+composition et le coloris de ces tapisseries sont de toute beauté.</p>
+
+<p>N° 51.&mdash;<i>Triomphe de déesse</i>, d'après Coypel (Gobelins, XVIIIe
+siècle).</p>
+
+<p>Nos 42, 50.&mdash;<i>Histoire de Phaéton</i>, d'après Allori (Florence,
+XVIIe siècle).</p>
+
+<p><b>Salle XIII</b>.&mdash;<i>Fête champêtre</i>.</p>
+
+<p><b>Salle XIV</b>.&mdash;Cinq scènes de la <i>Passion</i> (Florence, XVIIe
+siècle).</p>
+
+<p><b>Salle XX</b>.&mdash;Trois scènes de la même série, d'après Allori.</p>
+
+<p><b>Salle XXI</b>.&mdash;<i>Les Douze Mois de l'année</i>, d'après Bacchiacco
+(Florence, XVIe siècle).</p>
+
+<p><b>Salle XXII</b>.&mdash;Sept tapisseries avec grotesques sur fond jaune,
+d'après Bacchiacco (Florence, XVIe siècle).</p>
+
+<p><b>LA PLACE DE L'ANNUNZIATA</b> est bordée à droite par l'hospice des
+Enfants-Trouvés, les <i>Innocenti</i>, à gauche par la confrérie des
+Servi di Maria, bâtiments identiques, entre lesquels s'ouvre, au fond de
+la place, l'église de l'Annunziata. A l'angle de la Via dei Servi, le
+palais Manelli, de 1565, est une construction en brique de Buontalenti.
+Au milieu de la place, la statue équestre du grand-duc Ferdinand Ierest
+la dernière œuvre de Jean de Bologne, coulée en 1608 avec le bronze des
+canons enlevés aux Turcs.</p>
+
+<p>De chaque côté, deux fontaines de Ph. Rocca, placées en 1629, sont ornées
+de monstres marins.</p>
+
+<p><b>L'HOSPICE DES ENFANTS-TROUVÉS</b> fut construit en 1421 par FRANCESCO
+DELLA LUNA, d'après les plans laissés par son maître Brunelleschi; il
+avait été commandé par la corporation des tisseurs de soie. Le
+rez-de-chaussée est bordé d'un beau portique précédé de marches qui, du
+côté de la place, offre entre ses arcatures des médaillons en terre
+vernissée blanche sur fond bleu, exécutés en 1460 par ANDREA DELLA
+ROBBIA. Ces médaillons, au nombre de quatorze, représentent chacun un
+enfant emmailloté, chef-d'œuvre de grâce et de délicatesse. Dans ces
+figures variées à l'infini, la manière d'Andrea diffère déjà profondément
+du style simple et sévère de Luca et se rapprocherait bien plutôt, par
+une recherche de douceur et de charme excessive, de celui des Ghiberti ou
+des Benedetto da Majano. La lunette de la porte de la Chapelle, où l'on
+entre par la cour, est occupée par une Annonciation, magnifique
+bas-relief émaillé d'Andrea della Robbia.</p>
+
+<p>Au-dessus de l'autel de la chapelle <b>Santa Maria degli Innocenti</b>,
+le GHIRLANDAJO a peint, en 1488, une belle adoration des Mages fortement
+influencée, semble-t-il, par le Van der Gœs de l'hôpital Santa Maria
+Nuova. Cette page réunit à un haut degré les qualités du Ghirlandajo; non
+seulement il s'y révèle dessinateur émérite et savant coloriste, mais
+bien encore dans les moindres détails il pousse la conscience à l'excès
+et reste irréprochable comme exécution.</p>
+
+<p>En face des Enfants-Trouvés le bâtiment des <b>SERVI DI MARIA</b> fut
+également construit, sur les plans laissés par Brunelleschi, par ANTONIO
+DA SANGALLO.</p>
+
+<p><b>L'ÉGLISE SANTA ANNUNZIATA</b> date de 1250, mais depuis elle fut
+agrandie et constamment modifiée. Sous le mauvais péristyle qui la
+précède, élevé en 1650 par CACCINI, s'ouvrent trois portes. Celle de
+gauche donne accès au cloître de l'ancien couvent des Servites, celle de
+droite à la chapelle des Pucci, et enfin celle du milieu au parvis décoré
+de fresques qui précède l'église. Ces fresques, abritées maintenant
+contre les intempéries par une galerie vitrée, furent en grande partie
+exécutées par Andrea del Sarto et sont un des plus beaux monuments du
+grand art italien.</p>
+
+<p><b>A</b>.&mdash;<i>Saint Philippe donnant son habit à un malade</i>.</p>
+
+<p><b>B</b>.&mdash;<i>Joueurs frappés de la foudre pour s'être moqués de saint
+Philippe</i>.</p>
+
+<p><b>C</b>.&mdash;<i>Guérison d'un possédé</i>.</p>
+
+<p><b>D</b>.&mdash;<i>La mort de saint Philippe</i>.</p>
+
+<p><b>E</b>.&mdash;<i>Un enfant guéri par le contact du manteau de saint
+Philippe</i>.</p>
+
+<p>L'artiste exécuta ces peintures dans sa jeunesse, vers 1510. Le paysage a
+quelque importance, mais n'est pas suffisamment traité; ce ne sont plus
+les fonds idéalisés et mystérieux des primitifs, et d'autre part les
+artistes de l'époque d'Andrea sont encore loin de la perfection des
+maîtres qui rendront plus tard si merveilleusement la nature; ce sont des
+œuvres d'une époque de transition, n'ayant plus les qualités des anciens
+maîtres, sans pour cela avoir encore celles des nouveaux. Dans les
+fresques de l'Annunziata les personnages manquent de mouvement, mais leur
+défaut principal est l'absence de la foi profonde, de l'émotion et des
+sentiments vrais qu'auraient mis dans un tel sujet les «Quatrocentisti».</p>
+
+<p>A droite, deux belles compositions d'Andrea del Sarto sont très
+supérieures aux précédentes.</p>
+
+<p>1° <i>L'Adoration des Mages</i> bien groupée, avec le portrait de
+Sansovino tourné vers le spectateur, et au premier plan le portrait du
+peintre par lui-même.</p>
+
+<p>2° <i>La Naissance de la Vierge</i> (1514), représentée dans une riche
+chambre du XVIe siècle avec des femmes portant les beaux costumes de
+l'époque. Au milieu de cette fresque remarquable, deux portraits de
+femmes dont l'une est la Lucrezia Fede, la terrible femme de l'artiste.</p>
+
+<p>Les trois médiocres fresques suivantes sont dues à des amis ou à des
+élèves d'Andrea: <i>Le Mariage de la Vierge</i> par FRANCIABIGIO (1513).
+<i>La Visitation</i> par le PONTORMO (1516). <i>L'Assomption</i> par
+ROSSO (1517).</p>
+
+<p><b>L'intérieur de l'Église</b>, décoré au XVIIe siècle avec une triste
+somptuosité, consiste en une nef unique sur laquelle donnent des
+chapelles latérales, et qui aboutit à une grande rotonde où se trouve le
+chœur entouré de chapelles rayonnantes. A gauche de l'entrée, sous un
+baldaquin du XVIIe siècle de très mauvais goût, s'ouvre la chapelle
+«della Vergine Annunziata», construite aux frais de Pierre de Médicis par
+MICHELOZZO en 1448. Derrière l'autel, une Vierge miraculeuse, fresque du
+XIIIe siècle, est l'objet d'une grande vénération.</p>
+
+<p>Au-dessus de la porte qui conduit du croisillon gauche au cloître des
+Servites est une fresque d'ANDREA DEL SARTO, «la Madone au Sac»
+(<i>Madonna del Sacco</i>), peinte en 1525, et justement considérée comme
+un chef-d'œuvre; elle est d'une grâce charmante avec des figures bien
+groupées. Saint Joseph debout, appuyé sur un sac, lit à côté de la Vierge
+assise à terre. Près de la fresque d'Andrea est le <i>tombeau des
+Falconieri</i>, fondateurs de l'église: sarcophage supporté par des
+consoles. Dans le deuxième cloître, grande statue de <i>Saint
+Jean-Baptiste</i> en terre cuite, bel ouvrage où MICHELOZZO a reproduit
+le Saint Jean qu'il avait placé dans le fameux reliquaire du musée du
+Dôme.</p>
+
+
+<p>ACADÉMIE DES BEAUX-ARTS (46, Via Ricasoli)</p>
+
+<p><b>Salle I</b>.&mdash;N° 31.&mdash;BALDOVINETTI. <i>La Trinité</i>.</p>
+
+<p>N° 27.&mdash;ANGELICO. Retables.</p>
+
+<p><b>Salle à Coupole</b>.&mdash;MICHEL-ANGE. <i>David</i>.&mdash;Le <i>David</i> fut
+sculpté en 1501 par Michel-Ange tout jeune, qui fut rappelé de Rome tout
+exprès pour tirer d'un gigantesque bloc de marbre mal venu, une colossale
+statue destinée à être placée devant le Palais Vieux. Loin d'être arrêté
+par cette difficulté de métier, jamais Michel-Ange ne semble avoir été
+plus en possession de son admirable talent, plus maître de son art, que
+dans cette juvénile figure où la justesse des rapports, la perfection du
+modelé et le fini parfait excitent la plus vive admiration. Le maître a
+choisi l'instant où le héros va lancer sa fronde, et l'attente du geste
+décisif est parfaitement marquée par l'expression sévère et concentrée du
+visage qui frappe par sa ressemblance avec celui du <i>Saint Georges</i>
+d'Or San Michele, ce chef-d'œuvre de Donatello.</p>
+
+<p>MICHEL-ANGE. Ébauche pour un <i>Saint Mathieu</i>. C'est la seule ébauche
+des statues des Apôtres que Michel-Ange devait exécuter pour Sainte-Marie
+des Fleurs, œuvre infiniment intéressante, puisqu'elle permet de saisir
+sur le fait son procédé de travail et sa préoccupation de mener de front
+l'étude de la forme et la recherche de l'effet. Dans l'espèce de grande
+dalle où la statue est encore engagée, il semble que le maître ait
+dessiné au ciseau toutes les valeurs, jusqu'à donner à l'œuvre l'aspect
+du bas-relief ou à produire l'impression d'un puissant et singulier
+carton.</p>
+
+
+
+<p><b>Grande Salle III</b>.&mdash;N° 36.&mdash;MASACCIO. <i>La Conception</i>.</p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/14-241.png"></p>
+
+
+
+<p>Sainte Anne, la Vierge et l'Enfant. Il est intéressant de constater dans
+cette œuvre de jeunesse du maître, combien son idéalisme d'alors était
+déjà combattu par son entraînement au réalisme et au naturalisme.</p>
+
+<p>N° 41.&mdash;FRA FILIPPO LIPPI. <i>Couronnement de la Vierge</i>, œuvre
+tardive de 1441. Ce grand tableau, malheureusement très abîmé, est
+surchargé de personnages; de plus, comme le sujet principal est placé sur
+le second plan, il en perd toute grandeur. Le défaut ordinaire de Lippi,
+qui est de raplatir la tête de ses figures, a été poussé ici à un
+désagréable excès. Dans ce tableau, Lippi s'est peint lui-même à genoux
+et les mains jointes.</p>
+
+<p>N° 42.&mdash;FRA FILIPPO LIPPI. <i>L'Annonciation</i>, belle prédelle de 1441.</p>
+
+<p>Nos 37 et 39.&mdash;ANDREA DEL CASTAGNO. <i>Sainte Madeleine</i> et <i>Saint
+Jean-Baptiste</i>, figures ascétiques d'un grand caractère.</p>
+
+<p>N° 38.&mdash;ANDREA DEL CASTAGNO. <i>Saint Jérôme en prière</i>.</p>
+
+<p>N° 32.&mdash;GENTILE DA FABRIANO. <i>Adoration des Mages</i>. Ce chef-d'œuvre
+célèbre fut peint pour Palla Strozzi en 1423. Sorte d'Angelico ombrien,
+Gentile évoque un monde tout idéal, tout fantaisiste; il couvre ses
+personnages de vêtements somptueux où l'or tient la plus grande place,
+mais un or traité à la manière des icônes byzantines, c'est-à-dire en
+relief avec des incrustations et des gravures. Son goût prononcé pour la
+zoologie se traduisit par la recherche des animaux extraordinaires qu'il
+a figurés dans le cortège des Mages. Peu de tableaux laissent une aussi
+délicieuse impression de poésie et de fraîcheur.</p>
+
+<p>N° 34.&mdash;FRA ANGELICO. <i>La Déposition de la Croix</i>. Ce chef-d'œuvre,
+d'une simplicité grandiose, est d'une perfection de composition, d'une
+profondeur de sentiment, d'une pureté de dessin qui en font une des plus
+impressionnantes œuvres du XVe siècle. La croix occupe le centre, et le
+corps du Christ en est détaché par saint Jean accompagné d'un groupe de
+disciples qui soutiennent le cadavre. D'autres groupes admirables sont
+composés de la Vierge, des Saintes Femmes et d'hommes qui contemplent
+avec commisération les instruments de la Passion montrés par l'un d'eux.</p>
+
+<p>Les montants du cadre sont garnis de douze délicates petites figures de
+saints et les trois gâbles qui le surmontent représentent <i>la Visite
+des Saintes Femmes au tombeau</i>, <i>la Résurrection</i> et <i>l'Apparition à la
+Madeleine</i>. Pour bien apprécier cette œuvre de premier ordre, il faut se
+faire à un coloris d'une vivacité et d'une crudité de tons rares, même
+chez l'Angelico.</p>
+
+<p>N° 43.&mdash;ANDREA VERROCCHIO. <i>Baptême de Jésus-Christ</i>. On a longtemps
+considéré ce tableau comme la seule peinture complète du Verrocchio, mais
+on est arrivé à reconnaître que l'œuvre, loin d'avoir jamais été achevée
+par lui, avait été terminée par son élève, Léonard de Vinci. La seule
+part attribuée maintenant à Verrocchio est la figure de saint
+Jean-Baptiste et le paysage du fond. L'artiste, avec le caractère plutôt
+abrupt de son talent et sa passion de l'anatomie et de la vérité, a
+trouvé un sujet digne de lui dans la figure réaliste et ascétique du
+précurseur, modelée en pleine lumière. Cette partie, un peu dure, forme
+un saisissant contraste avec les deux délicieuses figures d'anges
+agenouillés que Léonard a traitées en clair obscur, avec tout le charme
+de son incomparable génie.</p>
+
+<p>N° 46.&mdash;SANDRO BOTTICELLI. <i>La Vierge, l'Enfant Jésus, la Madeleine,
+sainte Catherine, saint Damien, saint Cosme et divers saints</i>. Un des
+premiers ouvrages de Sandro et non des meilleurs. Les figures sont encore
+très influencées de celles de son maître, POLLAJUOLO.</p>
+
+<p>N° 47.&mdash;SANDRO BOTTICELLI. <i>Couronnement de la Vierge</i>. Un des plus
+grands tableaux d'autel du maître.</p>
+
+<p>N° 52.&mdash;SANDRO BOTTICELLI. <i>La Vierge sur un trône entre des anges et
+des saints</i>. Ces deux tableaux prouvent surabondamment combien le
+talent de Botticelli était rebelle aux sujets religieux.</p>
+
+<p>N° 49.&mdash;FRA FILIPPO LIPPI. La belle <i>Madone avec quatre Saints</i> sous
+une architecture, est une des bonnes œuvres du maître. Elle est
+remarquable par la facture des vêtements.</p>
+
+<p>N° 50.&mdash;GHIRLANDAJO. <i>L'Adoration des Bergers</i>, peinte vers 1485,
+est à peu près analogue à celle des Innocenti. L'influence de Van der Gœs
+et de l'œuvre de l'hôpital Santa Maria Nuova y est également sensible.
+Cet ouvrage, à bien des égards, est excellent; on y retrouve la
+scrupuleuse conscience de Ghirlandajo et, grâce à son coloris plus calme,
+il est d'un aspect plus agréable que le retable des Innocenti.</p>
+
+<p>N°53.&mdash;PIERRE PÉRUGIN. <i>Le jardin de Gethsemani</i>.</p>
+
+<p>N° 56.&mdash;PIERRE PÉRUGIN. <i>Crucifixion</i>. Ces deux tableaux furent
+peints par le Pérugin vers 1496, c'est-à-dire à cette période de sa vie
+où, par son absence de conviction artistique, il sacrifiait exclusivement
+à la grâce et à l'afféterie et laissait dans ses compositions une large
+place à de beaux paysages de convention.</p>
+
+<p>N° 55.&mdash;PIERRE PÉRUGIN. <i>Assomption</i>, avec quatre saints dans le bas
+du tableau.</p>
+
+<p>Cette grande composition, très conventionnelle, date de l'époque des
+fresques du Cambio avec lesquelles elle a de grands rapports de manière
+(1500).</p>
+
+<p>N° 58.&mdash;PIERRE PÉRUGIN. <i>Pieta</i>. Ce tableau célèbre est une œuvre de
+jeunesse intéressante par sa singulière ordonnance et son architecture
+classique. Malheureusement l'expression des visages et l'attitude des
+personnages sont toujours de la plus désolante banalité.</p>
+
+<p>N° 54.&mdash;LUCA SIGNORELLI. <i>La Vierge avec le Christ, deux Saints et les
+archanges Michel et Gabriel</i>. Remarquable tableau d'autel d'un coloris
+vif et fondu tout à la fois.</p>
+
+<p>N° 57.&mdash;FILIPPINO LIPPI. <i>Descente de Croix</i>. Ce tableau d'autel,
+resté inachevé par suite de la mort de Filippino (1504), fut repris et
+terminé par le Pérugin.</p>
+
+<p>N° 59.&mdash;ANDREA DEL SARTO. <i>Quatre Saints</i>.</p>
+
+<p>N° 63.&mdash;Prédelle de ces tableaux avec la Vie de ces Saints. Ces deux très
+belles compositions sont de la même époque et de la même manière que les
+admirables fresques des Scalzo (1528).</p>
+
+<p>Il est intéressant de constater combien, à cette date, André del Sarto
+était impressionné par le génie d'Albert Dürer.</p>
+
+<p>N° 66.&mdash;FRA BARTOLOMMEO. <i>Apparition de la Vierge à saint Bernard</i>,
+œuvre de jeunesse (1506) avec encore un peu de sécheresse dans les
+contours et malheureusement d'une mauvaise conservation.</p>
+
+<p>N°69.&mdash;FRA BARTOLOMMEO. <i>Saint Vincent</i>.</p>
+
+<p>Nos 78 et 82.&mdash;FRA BARTOLOMMEO. <i>Têtes d'Apôtres</i>. Ces morceaux de
+fresques sont de premier ordre et donnent le plus utile renseignement sur
+la hauteur de vues, la noblesse de sentiments et la belle intégrité
+artistique du Frate.</p>
+
+<p><b>Salle IV (Salle d'Angelico)</b>.&mdash;Cette salle contient un véritable
+trésor d'œuvres de l'Angelico qui, avec des qualités différentes, sont
+toutes inspirées de son exquise poésie symbolique et mystique.</p>
+
+<p>N° 41.&mdash;<i>Le Jugement dernier</i>. Composition où se meuvent une
+multitude de petites figures d'une exécution relativement peu soignée
+pour l'Angelico. La partie la plus intéressante du tableau est constituée
+par une ravissante farandole de petits anges qui se déroule dans le
+Paradis, au milieu d'une prairie émaillée de fleurs.</p>
+
+<p>Si Angelico est, par excellence, le peintre des joies célestes, il est
+moins apte à exprimer l'angoisse et la douleur des damnés, aussi la
+partie de l'enfer laisse-t-elle à désirer.</p>
+
+<p>N° 16.&mdash;Six petits panneaux. <i>Vies et supplices des saints Cosme et
+Damien</i>.</p>
+
+<p>Nos 11, 24.&mdash;Huit panneaux divisés en compartiments et formant
+trente-cinq sujets de la Vie de Jésus-Christ. Ils sont d'inégale valeur
+et plusieurs sont de la main de Baldovinetti. Toutefois, quelques-uns,
+comme finesse et perfection, sont de vraies miniatures. Parmi ceux-ci:
+<i>la Fuite en Égypte</i>, <i>la Flagellation</i>, <i>le Portement de
+Croix</i>, <i>Jésus dépouillé par les soldats et les Saintes Femmes au
+tombeau</i> sont hors ligne.</p>
+
+<p>N° 20.&mdash;<i>Couronnement de la Vierge</i>, petit médaillon de la plus
+grande finesse.</p>
+
+<p>N° 21.&mdash;<i>Le Christ à mi-corps, debout dans le tombeau</i>, entouré de
+toutes les <i>scènes de la Passion</i>. Cette belle conception,
+particulièrement affectionnée par l'Angelico, est d'un dessin large et
+savamment modelé.</p>
+
+<p>PIERRE LORENZETTI.&mdash;Quatre épisodes très archaïques de la <i>Vie de saint
+Nicolas de Bari</i>.</p>
+
+<p>N° 31.&mdash;FRA BARTOLOMMEO. <i>Savonarole sous l'aspect de saint Pierre
+martyr</i>.</p>
+
+<p>N° 18.&mdash;PÉRUGIN. Beaux portraits de <i>Baldassare Monaco</i> et de <i>don
+Biagio Milanesi</i>, moines de Vallombreuse. La beauté, la simplicité et
+la sévérité de ces deux profils de moines les ont longtemps fait
+attribuer à Raphaël comme œuvre de jeunesse.</p>
+
+<p><b>Salle V</b>.&mdash;Cartons.&mdash;Collection d'admirables cartons de Fra
+Bartolommeo.</p>
+
+<p>Carton du <i>David</i>, de Michel-Ange.</p>
+
+<p><b>Salle VI</b>.&mdash;N° 22.&mdash;ANTONIO DEL POLLAJUOLO. <i>Saint Augustin</i>,
+âgé. Admirable figure d'évêque debout, crossé et mitré.</p>
+
+<p>N° 23.&mdash;ANTONIO DEL POLLAJUOLO. <i>Sainte Monique</i>, superbe figure de
+vieille femme, pendant du précédent.</p>
+
+<p>N° 24.&mdash;VERROCCHIO. <i>Tobie et les trois Archanges</i>.</p>
+
+<p>Les archanges Michel, Gabriel et Raphaël accompagnent le jeune Tobie
+retournant chez son père. Cette œuvre admirable est une des premières du
+Verrocchio et l'analogie du type des Archanges avec ceux du <i>David</i>
+au Bargello et du <i>Saint Jean-Baptiste</i> dans le <i>Baptême</i> de
+l'Académie est frappante.</p>
+
+<p>La gravité, la noblesse et la beauté des figures, la minutieuse recherche
+des anatomies, le réalisme scrupuleux poussé jusqu'aux moindres plis des
+vêtements, enfin la poésie du délicieux paysage du fond, tout concourt à
+placer ce tableau parmi les productions les plus parfaites des
+Quatrocentisti.</p>
+
+<p>N° 19.&mdash;LUCA SIGNORELLI. <i>La Madeleine agenouillée au pied de la
+Croix</i>. Cette page a la dureté et la crudité de couleur trop
+ordinaires chez Signorelli, défauts amplement rachetés du reste par la
+beauté de la composition et la profondeur et l'émotion uniques chez lui.</p>
+
+<p>Le fond en perspective représente la Déposition, la Mise au sépulcre, et
+la Visite des Saintes Femmes au tombeau.</p>
+
+<p>N° 16.&mdash;DOMINIQUE GHIRLANDAJO. <i>Vierge entre des anges et divers
+saints</i>, excellent ouvrage de jeunesse.</p>
+
+<p>N° 12.&mdash;FRA FILIPPO LIPPI. <i>Naissance de Jésus-Christ</i>, retable de
+médiocre valeur, seulement intéressant comme étant le tableau de l'autel
+de la chapelle Riccardi auquel aboutissait toute la composition de
+Benozzo Gozzoli.</p>
+
+<p>Nos 6, 7, 8, 9.&mdash;SANDRO BOTTICELLI. <i>Le Christ
+ressuscitant</i>.&mdash;<i>Salomé avec la tête de Saint
+Jean-Baptiste</i>.&mdash;<i>Visions de Saint Augustin</i>.&mdash;<i>Mort de Saint
+Augustin</i>.&mdash;Quatre adorables petits panneaux oblongs.</p>
+
+<p>N° 20.&mdash;SANDRO BOTTICELLI. <i>L'archange Raphaël et Tobie</i>, tableau
+très abîmé, mais d'un délicieux sentiment. Les deux figures, rapprochées
+de celles du tableau du Verrocchio, expliquent l'attribution erronée de
+cette peinture faite longtemps à Sandro. Au bas, petite figure
+agenouillée du donateur Strozzi, dont les armes occupent le haut du
+tableau.</p>
+
+<p>N° 27.&mdash;SANDRO BOTTICELLI. <i>Allégorie du Printemps</i>, tableau exécuté
+en 1462 sur la commande de Pierre de Médicis et destiné avec celui du
+musée des Offices, «l'Arrivée de Vénus à Cythère», à sa villa de
+Castello. C'est un chef-d'œuvre de paganisme mythologique, interprété
+avec toute la subtilité, tout le raffinement d'un «décadent» de la
+Renaissance. Il puisa son sujet dans le passage du cinquième livre de
+Lucrèce, où le poète décrit ainsi le réveil de la nature:</p>
+
+<p>«Sur l'aile de Zéphyr le doux Printemps renaît et Vénus daigne sourire
+aux champs rajeunis. Sur leurs pas Flore, mère facile, épanche ses
+parfums et émaille les prés de ses dons enchanteurs.»</p>
+
+<p>Comment Botticelli a-t-il traduit la pensée de Lucrèce? Dans un bois,
+figuré par des arbres chargés de fleurs et de fruits, dont les
+silhouettes noires sont violemment découpées sur un ciel pâle, s'ouvre
+une clairière semée de mille fleurs, traitées avec la patiente minutie de
+la miniature. Sur ce chemin fleuri s'avance Vénus précédée des Grâces et
+de Mercure, et suivie de la figure allégorique du Printemps. Flore,
+poursuivie par Zéphyr, occupe l'extrême droite du tableau, et l'Amour,
+les yeux bandés, vole au-dessus des groupes en décochant ses flèches.</p>
+
+<p>Les sept personnages, presque aussi grands que nature, sont traités avec
+l'art le plus consommé autant par la perfection du dessin que par
+l'agrément du coloris. Les femmes, avec les formes élancées et un peu
+grêles chères à Botticelli, sont vêtues de gazes transparentes voilant à
+peine leur belle nudité. Une seule figure, la figure si énigmatique du
+Printemps, porte une tunique compliquée, semée de fleurs sur fond blanc;
+les cheveux fauves, coupés court, encadrent son délicieux visage et son
+expression étrange donne à sa physionomie quelque chose de problématique
+et de captivant. Les dimensions de cet ouvrage lui assureraient un rang à
+part dans l'œuvre de Botticelli, si d'ailleurs des qualités de premier
+ordre ne l'y plaçaient de droit.</p>
+
+<p><b>LE COUVENT DE SAN MARCO</b>, fondé par les moines de l'ordre de
+Saint-Sylvestre, fut concédé aux dominicains par le pape Martin V, sur
+les instances de Cosme l'Ancien, leur zélé protecteur, auquel l'ordre
+devait d'être rentré à Florence après en avoir été précédemment expulsé.
+Le couvent fut magnifiquement restauré par Michelozzo de 1436 à 1443, et
+Fra Angelico de Fiesole passa plusieurs années de sa vie à le décorer de
+ses fresques.</p>
+
+<p>Le génie de Giotto avait contenu en germe toute la peinture italienne,
+c'est-à-dire l'idéalisme et le réalisme. Par la grandeur des choses vues
+de loin, il rehaussa la vérité des choses vues de près estompées sur le
+vif; en un mot, il conçut le premier l'union du symbole et du portrait.</p>
+
+<p>Un demi-siècle après la mort de ce grand homme, alors que s'épanouissait
+la génération de ses élèves, deux courants se formèrent dont la source
+remontait également à son génie. Tandis que des artistes tels que les
+Masolino, les Masaccio ou les Fra Filippo Lippi développaient la peinture
+dans le sens de la vérité individuelle et du portrait, d'autres, comme
+Fra Giovanni de Fiesole, s'attachaient au spiritualisme puisé dans
+l'œuvre de Giotto ou inspiré par le platonisme de Dante et donnaient le
+jour à une peinture destinée, semble-t-il, à illustrer les missels du
+Paradis.</p>
+
+<p>L'Angelico fut la plus haute manifestation de cet art et San Marco la
+plus parfaite expression de son talent.</p>
+
+<p>Les fresques multiples que renferme le couvent ne sont pas des œuvres
+destinées à la critique ou au jugement d'un nombreux public. Elles
+devaient, en décorant des cellules où personne ne pénétrerait, ne servir
+qu'à l'édification ou à l'enseignement des moines, et Angelico pouvait se
+livrer, sans préoccupation mondaine, tout entier à l'inspiration de son
+âme. Beaucoup de ces fresques, sans recherche d'anatomie ou de dessin
+quelconque, sont très légèrement indiquées et c'est parfois de celles où
+ces défauts sont le plus accusés que se dégage l'impression la plus vive;
+on les dirait éclairées par une sorte de lumière intérieure dans le
+rayonnement de laquelle, toute trace de procédé matériel s'effaçant,
+elles apparaissent comme dans une atmosphère de pure spiritualité.</p>
+
+<p>Le même état d'âme se manifeste au couvent de San Marco dans Baccio della
+Porta, dit Fra Bartolommeo, devenu moine en 1501, sous l'impression
+terrible qu'avait produite en lui la mort affreuse de son ami Savonarole.
+Après plusieurs années passées sans toucher à ses pinceaux, il les reprit
+par ordre du prieur, et c'est de cette époque que datent toutes ses
+admirables compositions religieuses où s'accuse si profondément le tour
+extatique et mystique de son esprit.</p>
+
+<p>Il reste enfin à parler du plus célèbre des hôtes de San Marco, de celui
+dont le nom a marqué dans l'histoire de son pays, de celui dont la pensée
+grave et austère tenta la réforme morale et religieuse d'une époque déjà
+dissolue: de Jérôme Savonarole. A la fin du XVe siècle les regrets
+causés par l'affaiblissement de la foi et la perte de la liberté, les
+écarts des lettres et les périls de l'indépendance nationale provoquèrent
+à Florence une violente réaction politique et religieuse dont l'apôtre
+fut Jérôme Savonarole, un moine mystique doublé d'un tribun.</p>
+
+<p>Cet homme sut, dans la païenne Florence d'alors, amener une révolution
+complète, il sut établir une république théocratique animée du souffle
+divin et fonder sur la puissance populaire la réforme des mœurs et le
+mépris des arts. Il tomba, sous le persiflage des libertins de la
+Renaissance, sous les attaques de l'aristocratie, sous les foudres de la
+papauté et sous ses propres excès, mais en laissant le souvenir pur d'un
+apôtre, d'un prophète et d'un martyr.</p>
+
+<p>Jérôme Savonarole naquit à Ferrare en 1452, et une vocation irrésistible
+l'ayant entraîné vers les ordres, il entra en 1475 chez les dominicains
+de Florence, à l'âge de vingt-trois ans.</p>
+
+<p>Il fut d'abord destiné à la prédication où, malgré sa foi ardente, son
+élocution difficile l'empêcha de réussir. Mais, loin de se décourager, il
+revint à l'étude de la Bible et, pendant quatre années, se voua au
+travail, au silence et à la solitude. Aussi, quand il quitta, pour
+rentrer à Florence, le sévère couvent de la Lombardie où il s'était
+retiré, se considérait-il comme élu par Dieu pour ramener l'Italie à la
+foi et aux bonnes mœurs par ses menaces et ses avertissements. Il la
+regarda désormais comme les prophètes regardaient la Judée, ne voyant
+plus dans son peuple qu'une nation de prédilection, que Dieu, selon les
+circonstances, soutenait ou châtiait impitoyablement.</p>
+
+<p>Ainsi préparé et se croyant marqué du sceau divin, il recommença ses
+prédications (1490) et avec des figures et des citations bibliques
+flagella ses contemporains et les menaça, dans un langage violent et
+âpre, d'un redoublement de la colère céleste. La foule dès lors se pressa
+autour de lui et il dut abandonner la salle du chapitre de San Marco où
+il prêchait sous la fresque de l'Angelico, pour le jardin du cloître et
+ensuite pour l'église San Marco. La ville tout entière fut alors
+suspendue aux lèvres du moine dont la parole terrible menaçait l'Italie
+des «fléaux de Dieu: la conquête, la servitude et la ruine» si elle ne se
+réformait pas dans les mœurs et dans «le siècle».</p>
+
+<p>La popularité de Savonarole lui valut la dignité de prieur et Laurent le
+Magnifique, que sa parole inspirée commençait à effrayer, put espérer que
+cette élévation tempérerait l'ardeur du moine. Mais cet espoir devait
+être déçu, car, loin de modérer sa fougue, Savonarole menaça de plus
+belle Laurent et Florence des pires châtiments. L'événement devait lui
+donner raison, et l'entrée des Français à Milan allait bientôt faire du
+dominicain une terrible puissance politique et religieuse avec laquelle
+il faudrait compter.</p>
+
+<p>Pierre de Médicis, le successeur de Laurent, exila Savonarole et lui
+interdit l'usage d'une parole qui semblait complice de l'invasion; mais
+bientôt, Pierre ayant été chassé lui-même, les Florentins rappelaient
+leur prédicateur et l'envoyaient en ambassade auprès du conquérant dont
+il avait prédit la venue. Si toute son éloquence fut impuissante à
+empêcher Charles VIII d'entrer à Florence, il obtint du moins l'immunité
+pour elle et pour ses habitants et, une fois Charles et les Français
+partis, Savonarole resta le maître de la situation. Mis dans la nécessité
+d'organiser un gouvernement, il dut se prononcer sur la meilleure forme à
+donner à la République et décréta une constitution dont les principes
+étaient la crainte de Dieu, l'intérêt général primant l'intérêt
+particulier, l'oubli de toutes les anciennes haines, le pardon des
+offenses, la remise de toutes les dettes contractées envers l'État,
+l'amnistie pour tous les délits commis pendant les luttes des factions.</p>
+
+<p>En donnant force de loi à cette paix universelle, Savonarole coupait
+court à toute recherche du passé, détournait toutes les vengeances, et
+par cela seul les œuvres de cet homme furent d'abord excellentes. Mais à
+cette constitution politique devait toujours manquer le rouage essentiel,
+celui d'une volonté motrice unique. Cette volonté, Savonarole la
+considérait comme une émanation divine, c'était décréter la politique de
+prophétie et l'illuminisme en permanence. Cependant, à voir les prompts
+résultats de son système, on put croire au couronnement de son œuvre; en
+effet, une transformation radicale s'était opérée dans Florence où l'on
+n'entendait plus que des chants religieux, où les femmes se dépouillaient
+de leurs parures, où les hommes ne marchaient plus que la Bible en main
+et où les artistes abandonnaient les sujets profanes et leurs chères
+études sur l'anatomie et sur l'antiquité pour se soustraire aux
+tentations de la chair. Dominé par cette obsession, Fra Bartolommeo se
+fait moine, Botticelli brise ses pinceaux, Marsile Ficin et Ange Politien
+se détournent des lettres profanes et deviennent les amis et les
+disciples du moine, Machiavel passe de l'étude de Tite-Live à celle du
+Deutéronome et enfin Michel-Ange, pénétré de l'esprit même de Savonarole,
+se voue presque exclusivement à la peinture et à la sculpture religieuses
+dans leurs interprétations les plus désolées et les plus farouches.</p>
+
+<p>La situation de Savonarole devenait pourtant de jour en jour plus
+périlleuse, car l'illuminisme, si dangereux déjà dans la direction des
+âmes, est un écueil insurmontable dans le gouvernement des intérêts, et
+le moine avait beau dire: «Je ne me mêle pas des affaires de l'État», le
+peuple florentin, dont il était devenu le prophète et le juge, exigeait
+de lui secours efficace, aide et protection. Ce n'était pas assez pour
+satisfaire Florence, qu'au moment de la seconde campagne d'Italie,
+Savonarole eût obtenu le départ de Charles VIII; elle avait espéré de
+lui, qu'outre la liberté reconquise, il lui ferait reprendre les villes
+révoltées contre son autorité, auxquelles le passage des Français avait
+rendu l'indépendance. Aussi les Florentins murmuraient contre Savonarole
+et lui faisaient un grief de ce que la République épuisât en pure perte
+ses condottieri et son argent, comme ils le rendaient aussi responsable
+de la disette qui sévissait cruellement.</p>
+
+<p>Si les partisans du prophète et de son gouvernement se refroidissaient
+eux-mêmes, des ennemis autrement redoutables allaient encore surgir
+contre lui. En effet, Savonarole n'avait pas craint d'attaquer avec la
+dernière violence le clergé, les moines et jusqu'à la papauté, invitant
+l'Église à quitter les biens du siècle pour la pauvreté, l'austérité et
+la prière. Il y avait là de quoi éveiller les craintes d'un pape tel
+qu'Alexandre VI Borgia, et, en juillet 1495, il mettait l'interdit sur
+Savonarole et lui ordonnait de comparaître devant lui. Le dominicain ne
+tint aucun compte de ces injonctions et continua de plus belle ses
+prédications, arguant que l'indignité du chef de l'Église déliait de
+toute obéissance à son égard. Après deux ans de tergiversations,
+Alexandre se décida à fulminer et lança ses foudres contre Savonarole, le
+frappant d'excommunication majeure, comme coupable de désobéissance et
+suspect d'hérésie.</p>
+
+<p>Les Florentins se trouvaient ainsi placés entre leur foi catholique et
+leur amour pour le dominicain, si bien qu'une moitié de la ville était
+retournée contre l'autre.</p>
+
+<p>Cette situation était encore compliquée par les incitations haineuses que
+Pierre de Médicis ne cessait d'adresser au pape contre Florence, de sorte
+que la Seigneurie, effrayée de la double perspective d'un schisme et
+d'une guerre également possibles, se résolut à interdire la parole à
+Savonarole et à lui enjoindre de s'enfermer dans son couvent.</p>
+
+<p>Celui-ci ne devait pas y rester longtemps en paix, car la première chose
+qu'un peuple exige d'un prophète, quand il commence à ne plus croire en
+lui, est le signe manifeste de sa mission. On se rappelait à Florence la
+légende de Pierre de Feu qui, au XIe siècle, était entré dans les
+flammes pour prouver la simonie d'un évêque et qu'on disait en être sorti
+sain et sauf, et peu à peu s'établissait l'idée que le moine dominicain
+ne pouvait vraiment faire moins pour prouver qu'il avait raison contre un
+pape.</p>
+
+<p>La foi de ceux qui lui étaient restés fidèles entraîna Savonarole dans
+cette voie insensée, et de nombreux frères s'étant offerts pour tenter
+l'épreuve à sa place, il fut décidé qu'on essaierait de cet étrange moyen
+de rendre la paix à la ville.</p>
+
+<p>Après avoir délibéré, la Seigneurie désigna les deux victimes, Dominique
+Buonvicini pour Savonarole, et contre lui le frère mineur François de
+Pouille. Si le dominicain était brûlé, Savonarole devait quitter Florence
+(1498). Le jour venu, d'interminables discussions s'élevèrent entre les
+dominicains et les franciscains pour savoir s'il convenait d'entrer dans
+le bûcher avec ou sans vêtements, avec ou sans crucifix. Pendant ces
+contestations, un violent orage survint et dispersa acteurs et
+spectateurs; mais Savonarole faillit être écharpé par le peuple furieux
+de sa longue attente et exaspéré d'avoir été frustré du spectacle qu'il
+escomptait; le prophète était perdu, il n'avait pu faire ses preuves. Dès
+le lendemain, le peuple soulevé envahissait et saccageait le couvent de
+San Marco et le prieur, pour mettre fin aux scènes de tumulte, se faisait
+escorter au Palais Vieux et se remettait entre les mains de la Seigneurie
+qui, autant pour sauver sa vie que pour donner satisfaction au peuple, le
+faisait conduire en prison.</p>
+
+<p>Mis à la torture, Savonarole resta héroïque; on fut si loin de lui
+arracher des aveux suffisants pour motiver une condamnation, qu'il fallut
+qu'Alexandre VI députât aux juges deux commissaires apostoliques, afin
+que le procès aboutît à une sentence de mort et permît au tribunal de
+condamner à être brûlé vif un homme dont le seul crime était de n'avoir
+pas fait un miracle pour délivrer le monde d'un Borgia. Mais, comme le
+fait ne tombait sous aucune loi, il fut condamné pour le crime
+irrémissible en politique d'être usé et vaincu.</p>
+
+<p>Savonarole fut, devant la mort, égal à lui-même. Ses dernières paroles
+respirèrent la fierté et la foi. Lorsque, avant de le livrer au bûcher,
+on le déclara retranché de l'Église, il s'écria: «De la militante, oui;
+de la triomphante, non.»</p>
+
+<p>L'opinion de Machiavel sur lui résume celle des contemporains: «S'il
+était sincère, l'Italie a vu un grand prophète; si c'était un fourbe,
+elle a vu un grand homme!»</p>
+
+<p>La vérité est qu'il ne sut ni réformer l'Église à force de raison, ni la
+renverser, comme le tenta Luther, à force de volonté. Homme de passion
+surtout, il n'eut ni la sagesse de la pondération, ni la force du
+révolutionnaire.</p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/15-261.png"></p>
+
+
+
+<p><b>Le couvent</b>.&mdash;Le premier cloître, où l'on entre directement, est
+entouré de portiques décorés de détestables fresques de VANNI (1650).
+Pourtant il a conservé, au-dessus des lunettes des portes, cinq fresques
+de l'Angelico.</p>
+
+<p>1°&mdash;<i>Saint Thomas d'Aquin tenant un livre ouvert sur sa poitrine</i>.</p>
+
+<p>2°&mdash;Au-dessus de l'entrée des Étrangers (forestiera), <i>le Christ reçu
+par saint Dominique et saint Thomas d'Aquin</i>. Il est en pèlerin revêtu
+de la peau de mouton, un bourdon à la main.</p>
+
+<p>3°&mdash;Au-dessus de la porte du réfectoire, un <i>Christ mort</i>, sortant à
+mi-corps du tombeau, est d'une grande et douloureuse expression.</p>
+
+<p>4° Au-dessus de la salle du chapitre, <i>Saint Dominique avec la
+discipline</i>.</p>
+
+<p>5° Au-dessus de la porte communiquant avec l'église, la fresque appelée
+<i>le Silence</i> est une des plus hautes compositions où l'âme ait été
+traduite par la forme; elle représente saint Pierre martyr, un doigt sur
+la bouche pour rappeler la règle de l'ordre enjoignant le silence.</p>
+
+<p>A droite de la porte de l'église et en face de l'entrée du cloître se
+trouve une grande fresque où l'ANGELICO a peint <i>Saint Dominique</i> à
+genoux au pied de la croix qu'il tient embrassée. C'est un de ses rares
+ouvrages où les personnages soient de grandeur naturelle; et
+exceptionnellement ce développement a été loin de leur nuire, bien qu'ils
+aient conservé toute la finesse de la miniature.</p>
+
+<p>La croix se détache sur le bleu intense du ciel et la tête du Christ,
+légèrement penchée, est d'une douceur et d'un renoncement admirables; la
+tête extatique de saint Dominique le regarde avec amour et compassion.</p>
+
+<p><b>Le Réfectoire</b> possède un <i>Cenacolo</i> peint à fresque par
+ANTONIO SOGLIANI, en deux parties dont l'inférieure montre des
+dominicains à table, servis par des anges et la supérieure, le Christ en
+croix entouré de la Vierge, de saint Jean et de dominicains. Un superbe
+encadrement sculpté du XVe siècle avec traces de couleurs a été rapporté
+dans cette salle; sa dimension fait supposer qu'il a encadré
+primitivement la grande fresque de Saint Dominique dans le cloître.</p>
+
+<p><b>La Salle du Chapitre</b> est décorée d'une fresque d'ANGELICO, <i>le
+Calvaire</i>, la plus grande de ses compositions, elle occupe le mur
+cintré du fond.</p>
+
+<p>Loin de l'embarrasser, les proportions de cette fresque ne firent que lui
+inspirer un style plus ample, une exécution plus large qui, sans lui
+enlever rien de sa délicatesse, le firent gagner en résolution et en
+fermeté. Elle est une des dernières œuvres de l'Angelico âgé alors de
+cinquante-trois ans.</p>
+
+<p>Le moine a placé la scène, non pas sur un calvaire, comme elle l'est
+généralement, mais dans un lieu caractérisé seulement par un tertre
+jaune, sans perspective, où les trois croix se détachent sur un ciel
+sanglant d'un ton uniforme. Les corps du Christ et des deux larrons sont
+les parties les moins bonnes et manquent de dessin par suite de
+l'ignorance anatomique dans laquelle l'Angelico avait toujours voulu
+rester.</p>
+
+<p>A gauche, au pied de la croix, le groupe de la Vierge évanouie, soutenue
+par saint Jean, l'une des Marie et la Madeleine, feraient honneur aux
+plus grands maîtres, tant la dignité des figures, leur expression, leur
+mouvement et le jet des draperies sont vraiment admirables; et la
+Madeleine, avec sa tunique rose, dénouée et glissant à son insu, est,
+dans son désordre, d'une beauté surprenante.</p>
+
+<p>Plus à gauche, se tiennent saint Jean-Baptiste, saint Augustin, saint
+Laurent, saints Cosme et Damien, patrons des Médicis. A droite, sont
+agenouillés saint Dominique et les fondateurs d'ordres fameux: saint
+Jérôme, saint François d'Assise, saint Benoît, saint Thomas d'Aquin,
+saint Pierre martyr. Derrière eux, debout, sont encore d'autres saints,
+entre lesquels saint Zenobe, évêque, patron de Florence. Tous ces
+personnages, dont la douleur est profonde, ont dû symboliser, dans la
+pensée de l'artiste doublé du prêtre, le cri d'angoisse de l'Église à
+cette époque de discorde et de schisme.</p>
+
+<p>Sous cette fresque, Fra Giovanni a simulé une prédelle comprenant
+dix-sept médaillons encadrés dans l'arbre de Jessé des dominicains dont
+la souche est entre les mains de saint Dominique placé dans le médaillon
+du milieu. Dans les autres médaillons sont tous les dominicains célèbres,
+dont les têtes pleines de vie et d'expression se détachent sur un fond
+bleu.</p>
+
+<p>Dans le passage conduisant au deuxième cloître se trouve, à côté de
+l'escalier, le <b>petit Réfectoire</b> décoré d'un <i>Cenacolo</i> peint
+à fresque par DOMENICO GHIRLANDAJO en 1493, copie textuelle de celui
+qu'il avait déjà peint en 1480 à Ognissanti. Celui-ci, de la dernière
+manière du maître, est moins parfait que le précédent. Les figures sont
+relevées par l'emploi des ors; la table, simplement servie, est parsemée
+de cerises.</p>
+
+<p><b>Le premier étage</b> comprend un large couloir régnant sur trois côtés
+et couvert d'une charpente apparente, le long duquel s'ouvre une suite de
+portes basses et étroites donnant chacune sur une cellule peu élevée de
+plafond. La monotonie des murs est, d'espace en espace, rompue par une
+fresque de l'Angelico.</p>
+
+<p>N° I.&mdash;(En face de l'escalier.) <i>L'Annonciation</i>. Sous un portique
+la Vierge est assise sur un escabeau et adorable de grâce et de respect,
+s'incline chastement devant l'ange, qu'elle écoute avec confiance et
+soumission.</p>
+
+<p>N° II&mdash;(A gauche de la porte) <i>Saint Dominique, à genoux au pied de la
+Croix</i>, contemple le Christ. Ce sujet, traité avec une grande finesse,
+a été reproduit plus grossièrement dans beaucoup de cellules par les
+élèves d'Angelico.</p>
+
+<p>III.&mdash;(Couloir de gauche) Entre les cellules 25 et 26, <i>Vierge assise
+sur un trône</i> entouré de saints au nombre desquels se trouvent saints
+Cosme et Damien, saint Augustin, saint Laurent et saint Pierre martyr,
+sous les mêmes traits que dans la salle du chapitre.</p>
+
+<p>Les quarante-cinq cellules sont décorées chacune d'une fresque carrée de
+petite dimension exécutée soit par Fra Angelico, soit sous sa direction,
+d'où il résulte une grande inégalité entre ces morceaux, sans que la
+profonde et saisissante impression d'unité en soit diminuée.</p>
+
+<p><b>Cellule I</b>.&mdash;<i>Le bon Jardinier</i>. Apparition du Christ à la
+Madeleine.</p>
+
+<p>II.&mdash;<i>Mise au tombeau</i>. Les trois Saintes Femmes et saint Jean sont
+accroupis autour du corps devant le sépulcre. A gauche, saint Antoine
+s'avance doucement vers eux.</p>
+
+<p>III.&mdash;<i>Annonciation</i>. L'Ange debout est d'une grande finesse; la
+Vierge agenouillée sur un petit banc, les mains croisées sur la poitrine,
+est dans une attitude très humble.</p>
+
+<p>IV.&mdash;<i>Christ en Croix</i> sur fond sombre, entouré de saint Jean et de
+la Vierge, de saint Dominique et de saint Jérôme.</p>
+
+<p>VII.&mdash;<i>Ecce homo</i>. Le Christ en robe blanche est assis sur un trône
+et tient dans ses mains le roseau qui devient un sceptre; le Christ voit
+à travers le voile dont ses yeux sont couverts. Derrière et autour de lui
+sont représentées les mains qui l'ont souffleté et la tête de l'homme qui
+lui a craché au visage. Toutefois, par une admirable inspiration de la
+foi, le peintre n'a pas osé la représenter couverte, et une main de celui
+qui outrage le Christ soulève instinctivement le chapeau. A gauche est
+assise la Vierge; à droite, saint Dominique semble commenter avec ferveur
+le livre ouvert devant lui. Cette œuvre, admirable dans sa simplicité,
+produit une profonde impression.</p>
+
+<p>VIII.&mdash;<i>Les Saintes Femmes au tombeau</i>. La Madeleine regarde le fond
+du sépulcre, sa charmante tête est vue en raccourci et la Sainte s'abrite
+les yeux de la main pour ne pas être éblouie par les rayons lumineux qui
+entourent le Christ apparaissant radieux au-dessus du sépulcre. A gauche,
+saint Dominique à genoux.</p>
+
+<p>IX. <i>Le Couronnement de la Vierge</i>. Dans la partie supérieure sont
+assis Jésus et la Vierge, tous deux drapés de blanc; la Vierge joint les
+mains et d'un mouvement gracieux se penche en avant pour recevoir la
+couronne.</p>
+
+<p>Dans le bas de la fresque sont agenouillés saint Thomas d'Aquin, saint
+Dominique, saint François, saint Pierre martyr, et deux autres saints.</p>
+
+<p>X.&mdash;<i>La Circoncision avec Saint Pierre martyr</i>, joli profil de la
+Vierge debout.</p>
+
+<p>XI.&mdash;<i>La Vierge sur un trône, entre un Évêque et Saint Thomas
+d'Aquin</i>.</p>
+
+<p>L'appartement du prieur est à l'extrémité du couloir et comprend:</p>
+
+<p>XII.&mdash;Antichambre avec trois fresques de Fra Bartolommeo.</p>
+
+<p>XIII.&mdash;Cabinet de travail.</p>
+
+<p>XIV.&mdash;Cellule.</p>
+
+<p>Ces deux pièces, les seules qui ne soient pas décorées de fresques, ont
+été habitées par Savonarole dont elles conservent des souvenirs. Les plus
+intéressants sont: la bannière qui le suivait partout: elle est en toile
+avec un Christ peint sur ses deux faces par l'Angelico; une copie d'un
+tableau de l'époque représentant son bûcher dressé sur la place de la
+Seigneurie; et son portrait par Fra Bartolommeo, tête de profil.</p>
+
+<p>XV.&mdash;<i>Saint Dominique au pied de la Croix</i>.</p>
+
+
+<p>XVI. <br>
+XVII. <br>
+XVIII. <i>Saint Dominique</i> représenté dans<br>
+XIX. les attitudes les plus diverses<br>
+XX.<br>
+XXI. </p>
+
+
+
+<p>XXII.&mdash;<i>La Vierge au pied de la Croix</i>. Mater Dolorosa d'une superbe
+expression.</p>
+
+<p>XXIII.&mdash;<i>Christ en croix entre la Vierge et un Dominicain</i>.</p>
+
+<p>XXIV.&mdash;<i>Baptême de Jésus-Christ avec Saint Antonin</i>.</p>
+
+<p>XXV.&mdash;<i>Christ en Croix entre la Vierge, la Madeleine et saint
+Antoine</i>.</p>
+
+<p>XXVI.&mdash;<i>Le Christ mort</i>, debout dans le tombeau, étend les mains en
+signe de résurrection. Derrière lui se dresse la Croix, autour de
+laquelle apparaissent sur un fond noir les scènes de la Passion. A
+droite, l'Ecce Homo avec les mains et la bouche sacrilèges. Au-dessous,
+la main de Judas et la main qui lui donne les pièces d'or; enfin à
+gauche, le baiser de Judas et la tête de Pierre vers laquelle se penche
+le profil de la servante qui lui dit: «Vous êtes aussi de ces Nazaréens»;
+derrière eux une main tient trois petits bâtons indiquant les trois
+renonciations de Pierre.</p>
+
+<p>Sur le devant du tombeau, la Vierge est assise à gauche, profondément
+inclinée, tandis qu'à droite saint Thomas d'Aquin agenouillé presse un
+livre sur sa poitrine.</p>
+
+<p>XXVII.&mdash;<i>Le Christ à la colonne avec la Vierge accroupie et saint
+Dominique se flagellant</i>.</p>
+
+<p>XXVIII.&mdash;<i>Le Christ portant sa croix suivi de la Vierge mère apparaît à
+saint Dominique agenouillé</i>.</p>
+
+<p>XXIX.&mdash;<i>Le Christ en Croix avec la Vierge et saint Pierre martyr</i>.</p>
+
+<p>XXXI.&mdash;<i>Jésus aux Limbes</i>. Ancienne cellule de saint Antonin
+(Antonio Pierozzi), mort archevêque de Florence en 1459; souvenirs de
+saint Antonin: son masque et son portrait au crayon, œuvre de Fra
+Bartolommeo.</p>
+
+<p>XXXII.&mdash;<i>Le Christ enseignant les Apôtres</i>. Dans la petite pièce
+voisine, <i>Tentation de Jésus-Christ</i>.</p>
+
+<p>XXXIII.&mdash;<i>Jésus-Christ au Jardin des Oliviers</i>, scène mouvementée
+comprenant le baiser de Judas et saint Pierre coupant l'oreille de
+Malchus. Dans cette cellule est un petit tableau, la <i>Madone della
+Stella</i>, ainsi nommée de l'étoile placée sur son front. Elle se
+détache debout sur un fond d'or entourée d'anges l'encensant et faisant
+de la musique; les trois délicats petits médaillons de la prédelle
+représentent saint Pierre martyr, saint Dominique et saint Thomas
+d'Aquin. Dans la pièce voisine: <i>Couronnement de la Vierge</i>. Ce
+tableau n'a pas la finesse ordinaire des œuvres de l'Angelico, il a les
+mêmes tons lourds que <i>le Jugement dernier</i> de l'Académie.</p>
+
+<p>XXXIV.&mdash;<i>Jésus au Jardin des Oliviers</i>. A droite, la maison de
+Marthe et de Marie assises sur le seuil, lisant et priant. Dans cette
+cellule est un ravissant petit tableau de l'Angelico divisé en deux
+parties: dans le haut, <i>l'Annonciation</i>; dans le bas, <i>l'Adoration
+des Mages</i>; toutes les figures d'une grande finesse sur fond d'or
+estompé et divisé en une quantité de petits compartiments.</p>
+
+<p>Dans la prédelle, <i>la Madone entourée de dix Saints</i>.</p>
+
+<p>XXXV.&mdash;<i>La Cène</i>. Huit Apôtres sont assis derrière la table, quatre
+autres à genoux, et le Christ debout, tenant un ciboire, leur donne la
+communion. A gauche est agenouillée la Vierge.</p>
+
+<p>XXXVI.&mdash;<i>La Mise en Croix</i>.</p>
+
+<p>XXXVII.&mdash;<i>Le Calvaire</i> et ses trois croix derrière lesquelles sont
+saint Jean, la Vierge, saint Dominique, saint Thomas d'Aquin.</p>
+
+<p>XXXVIII&mdash;Cellule où Cosme l'Ancien venait se reposer et partager la vie
+des dominicains. <i>Le Christ en Croix</i>: au pied de la croix sont
+agenouillés saint Cosme, la Vierge, saint Jean et saint Pierre martyr.</p>
+
+<p>XXXIX.&mdash;Oratoire de Cosme communiquant par quelques marches avec la
+cellule précédente. Au-dessus du tabernacle et au fond d'une petite
+niche, <i>Christ mort, debout dans son tombeau</i>. La fresque, plus
+importante que celles des autres cellules, occupe les lunettes du fond de
+l'oratoire, et représente <i>l'Adoration des Mages</i> où se groupent
+admirablement de nombreux personnages. La figure de saint Joseph, drapée
+de jaune, est une des plus belles.</p>
+
+<p>XLIII.&mdash;<i>Christ en Croix</i> avec la Vierge défaillante soutenue par
+saint Jean et la Madeleine. A droite, saint Thomas d'Aquin agenouillé et
+pleurant.</p>
+
+<p>XLII.&mdash;<i>Christ en Croix frappé de la lance</i>. Il est entre Marthe,
+Marie et saint Jean martyr.</p>
+
+<p>Entre les cellules quarante-deux et quarante-trois, s'ouvre la belle
+salle de la Bibliothèque, divisée en trois nefs par deux rangées de
+colonnes ioniques supportant des arcs cintrés.</p>
+
+<p>La bibliothèque fut construite en 1441 par MICHELOZZO sur l'ordre de
+Cosme l'Ancien, qui la dota de quatre cents manuscrits.</p>
+
+<p>La vitrine du milieu contient des livres de plain-chant et des missels
+enrichis de miniatures du XVe siècle; ils proviennent des anciens
+couvents de Florence supprimés depuis.</p>
+
+<p>N° XV.&mdash;<i>Fra Eustachio Donimeni</i>, du couvent de San Marco.
+Cartouches séparés par des enfants courant au milieu de rinceaux.</p>
+
+<p>N° I à XIV.&mdash;<i>Fra Benedetto del Mugello</i>, frère de Fra Angelico,
+missels provenant de San Marco.</p>
+
+<p><b>L'ÉGLISE DE SAN MARCO</b> a été fondée en 1290. Elle a été transformée
+au XVIe siècle. Sa façade, à gauche de l'entrée du couvent, date de
+1780.</p>
+
+<p><b>A l'intérieur</b> au-dessus de la porte, <i>Crucifix</i> à la détrempe
+sur fond d'or par Giotto.</p>
+
+<p><b>Deuxième autel à droite</b>. FRA BARTOLOMMEO. <i>Vierge debout devant
+un trône</i>, entourée de quatre saints et de deux saintes à genoux,
+d'une couleur chaude et dorée; cette remarquable œuvre du Frate fut
+peinte en 1509.</p>
+
+<p><b>Troisième autel à droite</b>. Vieille mosaïque romaine représentant
+une grande Vierge bénissant, sur fond d'or; la bordure est une addition
+moderne.</p>
+
+<p>A gauche, sous des fragments de fresques, sont les plaques commémoratives
+de Pic de la Mirandole, mort en 1494, et d'Ange Politien, mort la même
+année.</p>
+
+<p><b>LE CLOÎTRE DELLO SCALZO</b>, 69, via Cavour (clef au musée de San
+Marco). Ce joli petit cloître du XVIe siècle dépendait d'un couvent de
+carmes déchaussés; il est entièrement formé par de larges baies vitrées
+que séparent de délicates colonnes. Ses murs sont décorés d'admirables
+fresques en camaïeu brun sur brun, peut-être le chef-d'œuvre d'ANDRÉ DEL
+SARTO, exécutées par le maître entre les années 1515 et 1525, pendant
+lesquelles il y travailla presque sans interruption. Le parti pris
+d'uniformité semble avoir été adopté par Andrea pour lui permettre de
+donner la mesure de son talent. Dans ces fresques où aucune magie de
+coloris n'aide à l'illusion ou n'ajoute au plaisir des yeux, il s'est
+élevé à une extraordinaire hauteur d'art, et cette œuvre de sa maturité
+allie la noblesse du sentiment à la hauteur des idées, la puissance et la
+largeur du dessin à la somptuosité de l'architecture et des ornements qui
+parent et encadrent les fresques.</p>
+
+<p>Deux des compositions, <i>le Baptême du peuple par saint
+Jean-Baptiste</i> et <i>la Décollation de Saint Jean</i> sont peut-être
+encore supérieures aux autres et semblent la continuation et presque le
+commentaire des fresques de Masaccio au Carmine, avec les progrès
+réalisés par un siècle de technique en plus. L'influence si prépondérante
+exercée par le génie d'Albert Dürer sur le talent d'Andrea est très
+visible dans les fresques de la <i>Tentation au désert</i>, de la
+<i>Remise à Salomé de la tête de saint Jean</i>, et enfin dans la belle
+allégorie de la <i>Charité</i>.</p>
+
+<p>Seize fresques relatives à la vie de saint Jean-Baptiste décorent le
+cloître:</p>
+
+<p>1°&mdash;<i>La Foi</i> (1520);</p>
+
+<p>2°&mdash;<i>Apparition de l'Ange à Zacharie</i> (1525);</p>
+
+<p>3°&mdash;<i>La Visitation</i> (1524);</p>
+
+<p>-4°&mdash;<i>La Naissance de Saint Jean-Baptiste</i> (1526);</p>
+
+<p>5°&mdash;<i>La Mission de Saint Jean-Baptiste</i> (1518);</p>
+
+<p>6°&mdash;<i>Rencontre avec Jésus-Christ</i> (1519).</p>
+
+<p>(Ces deux fresques furent exécutées par l'ami d'Andrea, Franciabigio,
+dont il se faisait quelquefois aider dans ses grands travaux.)</p>
+
+<p>7°&mdash;<i>Baptême de Jésus-Christ</i> (1515).</p>
+
+<p>(Cette fresque, la moins bonne de toutes, est due à la collaboration des
+deux artistes.)</p>
+
+<p>8°&mdash;<i>La Justice</i> (1515);</p>
+
+<p>9°&mdash;<i>La Charité</i> (1520);</p>
+
+<p>10°&mdash;<i>Prédication au désert</i> (1515);</p>
+
+<p>11°&mdash;<i>Saint Jean-Baptiste baptisant le peuple</i> (1517);</p>
+
+<p>12°&mdash;<i>Saint Jean-Baptiste arrêté</i> (1517);</p>
+
+<p>13°&mdash;<i>Festin d'Hérode et danse de Salomé</i>;</p>
+
+<p>14°&mdash;<i>La Décollation de Saint Jean-Baptiste</i> (1523);</p>
+
+<p>15°&mdash;<i>La tête de saint Jean-Baptiste remise à Salomé</i> (1524);</p>
+
+<p>16°&mdash;<i>L'Espérance</i> (1525).</p>
+
+
+
+
+<h3>RIVE DROITE (NORD)</h3>
+
+<h3><b>DE SAN MARCO A SAN LORENZO</b></h3>
+
+<p class="mid">PALAIS RICCARDI, SAN LORENZO, SANTA APOLLONIA, SAN ONOFRIO.</p>
+
+
+<p><b>LE PALAIS RICCARDI</b> (Via Cavour).&mdash;Jusqu'à Cosme l'Ancien, les
+Médicis avaient occupé la vieille demeure petite et sombre, berceau de
+leur famille; ils s'étaient contentés du «comptoir» source de la fortune
+de leur maison. L'insuffisance relative de cette habitation, par rapport
+aux ambitieux desseins de Cosme, le décida à confier à Michelozzo
+l'édification d'un palais somptueux. Le palais Médicis est un
+quadrilatère aux formes lourdes où fut employé pour la première fois
+l'ordre rustique aux bossages si atténués au fur et à mesure de la
+hauteur, que leur saillie se perd dans un mur plat que surmonte une
+formidable corniche écrasant l'édifice.</p>
+
+<p>C'est dans ce palais que naquit Laurent le Magnifique, le 1er janvier
+1449. C'est là qu'il tint sa brillante cour; là que naquirent ses trois
+fils, Pierre, Jean et Julien; là qu'habitèrent plus tard Jules de
+Médicis, pape sous le nom de Clément VII, Hippolyte de Médicis, cardinal,
+et enfin Alexandre de Médicis qui fut le premier grand-duc. Malgré les
+souvenirs évoqués par cette demeure, le grand-duc Ferdinand II la vendit
+en 1659 au marquis Riccardi dont elle a conservé le nom, bien qu'elle
+soit actuellement devenue la préfecture de Florence.</p>
+
+<p><b>La Cour</b> a servi de modèle aux innombrables cours construites au
+XVIe siècle. C'est un quadrilatère entouré de portiques dont les arcades
+retombent sur des colonnes corinthiennes. Au-dessus des arcades règne une
+frise où alternent sculptées les armes des Médicis et des bas-reliefs
+dans lesquels Donatello, par l'ordre de Cosme, reproduisit avec sa
+perfection accoutumée les principales pièces de sa collection de camées
+antiques.</p>
+
+<p><b>Au premier étage</b>, se trouve la chapelle fameuse décorée des
+fresques de BENOZZO GOZZOLI. C'est une très petite pièce carrée, sur
+laquelle fut encore empiété au XVIIIe siècle par le déplacement
+compliqué d'une partie de mur qu'on opéra pour former une entrée en
+tambour plus commode, sans toutefois supprimer la peinture. On a en outre
+ouvert dans un mur une fenêtre et un œil-de-bœuf; ces actes de vandalisme
+ont malheureusement endommagé les précieuses peintures de Gozzoli.
+Néanmoins, telles qu'elles subsistent, elles restent un inestimable
+monument de l'art florentin du XVe siècle.</p>
+
+<p>Toute peinture, et en général tout art parvenu à son apogée, adapte
+forcément sa perfection aux goûts, aux idées et aux mœurs de leur époque.
+Pour les Florentins du XVe siècle, la passion dominante était un certain
+genre historico-allégorique où l'on aimait à se faire représenter avec sa
+famille et ses familiers dans des sujets soit absolument profanes, soit,
+à l'inverse, absolument sacrés.</p>
+
+<p>Après la mort de Laurent le Magnifique, Pierre de Médicis résolut donc de
+confier à BENOZZO GOZZOLI la décoration de la chapelle de son palais,
+décoration dans laquelle l'artiste aurait à faire revivre les traits des
+principaux membres de sa maison.</p>
+
+<p>Benozzo, après s'être séparé à Rome de son maître l'Angelico, avait été
+retenu plusieurs années à Montefalco par de nombreux travaux et se
+trouvait à Pérouse, quand les ordres de Pierre de Médicis vinrent
+l'appeler à Florence. C'est en 1457 que fut passé le contrat par lequel
+l'artiste s'engageait à «exécuter une marche des rois Mages en route pour
+Bethléem dans laquelle auraient à figurer les chefs des Médicis sous
+l'aspect des Rois, accompagnés de leurs amis et de leurs clients». Les
+conditions arrêtées, le travail commença aussitôt et Benozzo tira un
+parti admirable de ce cortège de seigneurs à cheval, en somptueux
+costumes du XVe siècle, suivis des plus jolis pages qu'ils eussent pu
+choisir dans la jeunesse florentine. Ces nobles florentins ont plutôt
+l'air de se rendre à la chasse ou à leurs vignes, que d'accomplir un
+pèlerinage, mais on n'éprouve pas un moindre plaisir à les voir promener
+leurs portraits et leurs robes de brocart et donner eux-mêmes le
+spectacle de leur élégance et de leur luxe.</p>
+
+<p>Le retrait ménagé dans la pièce pour l'autel est mieux éclairé que le
+reste et tout peuplé d'anges, aux ailes dorées, semées d'yeux de paons.
+Ils sont comme les enfants de ceux de l'Angelico, plus modernes, plus
+humains, plus substantiels pour ainsi dire, que leurs aînés. Ils ont
+revêtu, eux aussi, leurs plus belles robes, autant pour assister à la
+messe des Médicis que pour venir adorer le Christ dont la naissance
+faisait autrefois le retable de l'autel. Aimables au possible, souriants,
+sagement rangés en ligne, comme il sied à des pensionnaires du Paradis,
+ils arrivent par troupes et par vols, ils accourent du fond des campagnes
+enchantées pour venir se mettre en adoration. Dans le nombre il s'en est
+détaché quelques-uns, celui-ci pour cueillir des fleurs, celui-là pour
+donner à manger à un paon, d'autres encore pour tresser des guirlandes de
+roses; qui croirait que les anges du Paradis se permettent, eux aussi, de
+faire l'école buissonnière! Dans cette pompeuse marche à travers un
+fantastique pays de montagnes et de gorges, cavaliers, pages, écuyers
+s'arrêtent, les uns pour chasser au guépard, les autres pour courre le
+cerf ou lancer le faucon. L'Évangile devient un simple prétexte pour
+peindre une des scènes les plus mondaines que jamais peintre nous ait
+laissées.</p>
+
+<p>La cavalcade se déroule sur le mur de gauche avec Cosme de Médicis monté
+sur un cheval blanc et suivi d'une foule compacte. Après lui, elle tourne
+sur le fond où est représenté Laurent le Magnifique somptueusement vêtu,
+sous les traits d'un jeune homme; il est monté sur un cheval richement
+caparaçonné, et escorté de gens de pied et de cheval portant des
+présents.</p>
+
+<p>Jean Paléologue les précède, grave et majestueux; il porte le turban d'où
+sort la couronne; autour de lui des pages à pied, d'une grâce charmante,
+se détachent sur un riant paysage. Aux rochers abrupts ont succédé des
+vallées arrosées, coupées de routes, couvertes de villes ou de châteaux,
+mais tout cela d'une grande naïveté et jalonné d'arbres à silhouettes
+extraordinaires.</p>
+
+<p>Sur le mur de droite le patriarche grec, vieillard monté sur une mule
+grise, a été coupé par le malheureux tambour d'entrée. Plus loin est un
+des plus beaux morceaux de la fresque, le groupe des cavaliers arrêtés
+sur le bord d'un ruisseau. Après eux la marche s'achève par des routes
+tortueuses où circulent les chameaux et les mulets chargés de présents.</p>
+
+<p>La préservation de cette belle œuvre est prodigieuse et ne peut se
+comparer qu'à celle du Pinturicchio de la Libreria de Sienne. Pas une
+nuance n'est ternie, pas un contour n'est effacé et les fresques restent
+aussi fraîches et aussi éclatantes de grâce juvénile que le jour où elles
+sortirent du pinceau de Benozzo.</p>
+
+<p><b>La Salle du Conseil</b> est ornée de grandes tapisseries de la
+manufacture de Florence, Allégories des Saisons, et de quatre petites, la
+Justice, la Foi, l'Espérance et la Charité.</p>
+
+<p>La triste partie ajoutée au XVIIe siècle par le marquis Riccardi
+contient une grande salle des fêtes dont le plafond et une considérable
+fresque allégorique out été peints par LUCA GIORDANO.</p>
+
+<p><b>PLACE SAN LORENZO</b>. A l'angle nord est une mauvaise statue
+inachevée de <i>Jean des Bandes Noires</i>, père du grand-duc Cosme Ier,
+par BACCIO BANDINELLI.</p>
+
+<p><b>L'ÉGLISE SAN LORENZO</b>, fondée en 390 par saint Ambroise, mais
+incendiée en 1420, fut reconstruite sur les plans de BRUNELLESCHI en
+1425, aux frais communs des sept plus nobles familles florentines et des
+Médicis. L'église n'a pas de façade, celle que devait exécuter
+Michel-Ange n'ayant jamais été entreprise.</p>
+
+<p><b>Intérieurement</b> BRUNELLESCHI renouvela le plan de la vieille
+basilique chrétienne à nefs égales terminées par un transept droit, mais
+il plaça au-dessus des colonnes l'entablement antique supprimé par le
+moyen âge et ouvrit sur les côtés des chapelles en forme de niches. La
+coupole, placée directement sur la croisée, n'est pas l'œuvre de
+Brunelleschi. Au-dessous d'elle est la belle et très simple plaque
+tombale de <i>Cosme le Vieux</i> par VERROCCHIO.</p>
+
+<p>Les deux chaires de l'église ou, pour parler plus exactement, les deux
+ambons, puis qu'elles ont la forme traditionnelle de sarcophages élevés
+sur des colonnes et isolés de toute part, sont une des dernières œuvres
+de la vieillesse de DONATELLO, terminée même par son élève BERTOLDO.
+<i>La Crucifixion, la Mise au tombeau, la Descente aux Limbes, la
+Résurrection</i> et <i>l'Ascension</i>, tels sont les sujets représentés
+dans les chaires par des bas-reliefs en bronze. Si <i>la Crucifixion</i>
+et <i>la Mise au tombeau</i>, malgré leurs lacunes, présentent encore des
+beautés de premier ordre, on ne saurait en dire autant des trois
+bas-reliefs opposés qui trahissent une défaillance et une espèce
+d'agitation fébrile. Leur groupement factice produit presque une
+impression de malaise, tant le maniérisme en est excessif et exagéré.</p>
+
+<p>Dans l'unique <b>chapelle du transept gauche</b>, <i>l'Annonciation</i>
+de FRA FILIPPO LIPPI est une des meilleures œuvres tardives du Frate,
+elle est d'un charmant et délicat sentiment; sous un portique ouvert sur
+un délicieux fond de paysage, l'Archange, accompagné de deux anges, se
+prosterne devant la Vierge.</p>
+
+<p>Au mur de la <b>Chapelle du Saint-Sacrement</b>, au fond du transept
+droit, est appuyé un tabernacle de marbre blanc, chef-d'œuvre de
+DESIDERIO DA SETTIGNANO.</p>
+
+<p>L'Enfant Jésus, les deux anges en adoration devant lui, ainsi que les
+deux figures d'enfants de chœur agenouillés de chaque côté, sont des
+études d'enfants qu'on ne saurait désirer plus parfaites.</p>
+
+<p>Sur le bas-côté gauche, au-dessus de la porte d'accès au cloître, s'ouvre
+la <i>tribune des Médicis</i>, joli balcon, soutenu par des consoles et
+formé de niches séparées par des colonnes; c'est un ouvrage de DONATELLO.</p>
+
+<p><b>L'ancienne sacristie</b> construite par BRUNELLESCHI est une salle
+carrée de belles proportions, couronnée par une coupole polygonale.
+DONATELLO fut chargé par Cosme l'Ancien de sa décoration, travail dont il
+s'acquitta en respectant si bien l'architecture de Brunelleschi que
+l'ensemble forme le tout le plus homogène.</p>
+
+<p>Au-dessous de la coupole, huit médaillons contiennent alternés un épisode
+de la vie du Christ et un Évangéliste assis, auquel son attribut présente
+son évangile. Sous cette première décoration court une étroite frise en
+stuccato composée de têtes de chérubins.</p>
+
+<p>Les deux portes à double battant de la sacristie sont divisées en cinq
+panneaux de bronze où sont représentés en bas-relief des Apôtres et des
+saints. Chacune est surmontée d'un saint grandeur nature, bas-relief en
+marbre. Toute cette composition est d'une rare beauté et DONATELLO l'a
+traitée avec une remarquable perfection.</p>
+
+<p>Au milieu de la sacristie est une vaste table rectangulaire soutenue par
+des colonnes au-dessus du sarcophage, œuvre de Donatello, où reposent les
+parents de Cosme l'Ancien, <i>Jean Averado de Médicis</i> et Piccarda
+Bueri, sa femme.</p>
+
+<p>A gauche de l'entrée est un admirable sarcophage en porphyre décoré de
+bronzes, ouvrage de VERROCCHIO. Il contient les restes de <i>Pierre de
+Médicis</i> et de son frère <i>Jean</i>, les deux fils de Cosme. Les
+cendres de <i>Laurent le Magnifique</i> y furent également transférées
+par la suite.</p>
+
+<p>Sur une des armoires de la sacristie est placé un ravissant buste en
+terre cuite de DONATELLO, <i>Saint Laurent</i> représenté très jeune et
+levant au ciel des yeux inspirés.</p>
+
+<p><b>LA BIBLIOTHÈQUE LAURENTIENNE</b> a son entrée dans le cloître dont
+elle occupe au premier étage toute une aile; elle fut exécutée par
+MICHEL-ANGE sur l'ordre de Clément VII.</p>
+
+<p>L'escalier qui y donne accès devait, dans la pensée de Michel-Ange,
+offrir un aspect grandiose et monumental, mais il ne l'exécuta pas
+lui-même et, par malheur, ce fut Vasari qui s'en chargea. La lourdeur de
+cet ouvrage, qui jure avec les belles proportions du reste, donne la
+mesure de ce que peut perdre un plan à être interprété par un architecte
+autre que l'auteur du projet primitif.</p>
+
+<p>Le vestibule qui suit l'escalier est d'une austère simplicité. Ses
+colonnes devaient supporter un ordre supérieur que Michel-Ange n'acheva
+jamais.</p>
+
+<p>La salle de la bibliothèque est également fort simple dans ses belles
+proportions, mais la perfection des moindres détails y est poussée à
+l'extrême. Michel-Ange présida lui-même à tout, ce qui donne à l'ensemble
+un aspect d'homogénéité et d'harmonie parfaites.</p>
+
+<p>Ainsi les dessins de l'admirable plafond en bois de cèdre se reproduisent
+renversés sur le pavé de marbre; les bancs et les pupitres alignés sur
+les côtés, exécutés par CIAPINO et DEL CINQUE, le furent sous la
+direction du maître, de même que les vitraux des fenêtres avec leurs
+légères arabesques de deux tons peints sur ses indications par JEAN
+D'UDINE.</p>
+
+<p>La Bibliothèque est une des plus riches qu'il y ait. Cosme l'Ancien avait
+déjà commencé cette belle collection, qui fut enrichie par Laurent des
+livres les plus rares achetés à prix d'or. Leurs successeurs continuèrent
+à l'augmenter, aussi les manuscrits précieux y sont-ils en grand nombre.
+Le plus ancien est un Virgile du IVe siècle. Parmi les plus
+remarquables, figurent un Tacite du Xe siècle; les lettres familières de
+Cicéron écrites de la main de Pétrarque, de même que ses sonnets;
+l'original du <i>Décameron</i> de Boccace; une des premières copies
+manuscrites de l'<i>Enfer</i> du Dante; les <i>Commentaires</i> de César
+copiés pour Charles VIII et ornés d'une miniature le représentant au
+milieu de son camp; enfin tout l'ordre des livres ecclésiastiques,
+bibles, évangiles, Pères de l'Église, dans les éditions les plus rares et
+les plus curieuses.</p>
+
+<p><b>Les Chapelles Médicis</b>, autrefois dépendantes de l'église
+Saint-Laurent, forment maintenant un musée où l'on entre, derrière
+l'église, par la place della Madonna.</p>
+
+<p>La première chapelle à laquelle on accède est <b>la Chapelle des
+Princes</b>, édifiée en 1604 par MATTEO NIGELLI, sur les plans de Jean de
+Médicis, pour servir de sépulture aux grands-ducs; c'est une vaste
+construction octogonale, terminée par un dôme qui s'ouvrait jadis sur le
+chœur de l'église par lequel on y accédait directement.</p>
+
+<p>Cette chapelle, revêtue d'une profusion de marbres et de pierres dures
+multicolores, est anti-artistique. Autour sont rangés six sarcophages de
+grands-ducs tous semblables; ils sont en granit, surmontés de la couronne
+ducale posée sur un coussin. Deux niches contiennent les statues en
+bronze doré de Cosme II par JEAN DE BOLOGNE et de Ferdinand par TACCA.</p>
+
+<p><b>La Nouvelle Sacristie</b>.&mdash;Dès l'année 1520, le pape Léon X et le
+cardinal Jules de Médicis, plus tard pape sous le nom de Clément VII,
+tombèrent d'accord sur l'opportunité de demander à MICHEL-ANGE, alors
+dans toute sa célébrité, qu'il se chargeât d'édifier une nouvelle
+sacristie à l'église San Lorenzo, sorte de Panthéon pour leur famille.
+Dans leur pensée, cette salle devait contenir leurs propres sépultures en
+même temps que celles des principaux membres de leur maison; mais par la
+suite ces monuments funèbres se réduisirent à deux: celui de Julien, duc
+de Nemours, frère de Léon X, et celui de Laurent, duc d'Urbin, son neveu,
+le petit-fils de Laurent le Magnifique. Toute latitude était laissée à
+Michel-Ange pour la construction de cette Sacristie Neuve, destinée à
+faire vis-à-vis, dans le transept droit, à la Vieille Sacristie de
+Brunelleschi, qui occupait le transept gauche. Les phases diverses par
+lesquelles passa ce travail marquèrent des heures tragiques. Commencé
+dans le vif contentement que faisait éprouver à Michel-Ange l'élévation
+de Clément VII au siège apostolique, puis abandonné pendant la révolution
+de Florence, il fut repris et achevé après la prise de la ville, sur
+l'ordre formel du pape, qui mettait à ce prix le pardon de l'artiste
+coupable de républicanisme et de rébellion.</p>
+
+<p>Tant d'alternatives dans la vie de Michel-Ange commentent d'une façon
+dramatique l'histoire de ce monument. Tour à tour favori, courtisan,
+citoyen, proscrit, enfin rentré en grâce après avoir vu sa vie en danger,
+s'il se sentit l'âme agitée et souffrante, le temps où il vécut fut
+terrible et affreusement troublé!</p>
+
+<p>L'œuvre est une des plus complètes qu'ait laissées le maître, tant
+l'architecture et la sculpture contribuent par leur harmonie à rendre
+l'effet général imposant. La sacristie est une salle carrée aux
+dimensions restreintes, quoique la justesse de ses proportions la fasse
+paraître grande. La hauteur en semble considérable, grâce à l'artifice
+des caissons en perspective qui décorent la coupole terminée par une
+lanterne. L'ornementation consiste en deux ordres de pilastres très
+simples, destinés, dans l'idée de Michel-Ange, à servir d'encadrement à
+des niches remplies de statues. Ce projet resta malheureusement
+inexécuté, car à la mort de Clément VII survenue en 1534, Michel-Ange,
+abreuvé d'amertumes et voyant Alexandre de Médicis étouffer dans le sang
+toute velléité d'indépendance, jugea suffisamment payée sa dette de
+reconnaissance envers ses premiers patrons et quitta définitivement
+Florence.</p>
+
+<p>Les parties terminées des monuments des Médicis ne furent même pas mises
+en place par le maître, et ce fut Vasari qui, en 1563, leur donna leur
+emplacement actuel; fâcheuse intervention dont est résultée la
+disproportion trop saillante entre les sarcophages dus à Vasari et les
+statues qu'ils supportent. Léon X, quand il commanda ces tombeaux à
+Michel-Ange, était loin de lui assigner une tâche facile. Il devait en
+effet immortaliser des rejetons médicéens plus que médiocres pour
+lesquels le Pape ne rêvait rien moins que de pompeux sujets allégoriques
+ou des Vertus exaltant le mort. L'artiste opposa aux vœux de Léon X une
+fin de non-recevoir systématique, et se borna à des figures purement
+décoratives, figures devenues célèbres sous le nom du <i>Jour</i> et de
+la <i>Nuit</i>, du <i>Crépuscule</i> et de l'<i>Aurore</i>. Dans ces
+admirables compositions, son génie semble avoir pris à tâche de démontrer
+combien la matière doit peu compter pour l'artiste et combien elle doit,
+comme cire molle, se plier à toutes les expressions de la pensée, à
+toutes les exigences de la volonté.</p>
+
+<p>Les monuments des deux princes ont une ordonnance semblable et se font
+face, la statue de chacun est assise dans une niche au-dessous de
+laquelle sont les sarcophages sur lesquels Vasari a placé les grandes
+figures allégoriques de Michel-Ange.</p>
+
+<p>A droite, <i>Julien de Médicis, duc de Nemours</i>, est représenté en
+costume romain avec la cuirasse. Il a en main son bâton de général des
+États de l'Église, et sa tête nue très frisée est inintelligente.</p>
+
+<p>A gauche, <i>Laurent de Médicis</i>, de par Léon X duc d'Urbin, est une
+des plus admirables créations qui soient dues au ciseau de Michel-Ange.
+Le maître, inspiré par la tragique figure de ce Laurent qui fut tout à la
+fois violent, débauché et misanthrope, accusa plus encore l'aspect
+farouche du visage en l'abritant profondément sous la visière saillante
+du casque qui le plonge dans une ombre redoutable, pleine de mystère.
+Laurent rêve, le menton appuyé sur la paume de la main, mais on se
+demande à quel sombre drame peut ainsi songer éternellement ce visage
+crispé d'angoisse, au sourcil si violemment froncé que le surnom de
+«Pensiero» lui est resté comme pouvant seul vraiment convenir à cette
+tragique figure.</p>
+
+<p>Au-dessous de Julien sont couchés le Jour et la Nuit, tandis
+qu'au-dessous de Laurent ce sont le Crépuscule et l'Aurore.</p>
+
+<p>Le génie même de Michel-Ange semble résumé dans ces quatre magnifiques
+allégories où, à côté de parties à peine ébauchées, circulent le sang et
+la vie sous l'épiderme du marbre. L'angoisse même de son âme semble avoir
+trouvé à s'exhaler dans un cri de terreur et d'effroi devant la dureté
+des temps et elles reflètent tragiquement le sombre état de ses pensées
+et l'anéantissement douloureux de ses aspirations, en face du présent
+sinistre et de l'avenir obscur et incertain.</p>
+
+<p>Pour un esprit d'une pareille profondeur, que pouvait symboliser le
+Crépuscule, sinon le jour achevé sans espoir, et que voir dans le visage
+accablé de l'Aurore, sinon l'immense découragement d'un jour semblable
+succédant au précédent?</p>
+
+<p>Mais il semble en vérité que Michel-Ange ait réservé toute la puissance
+de son génie et qu'il ait attaché tout son amour à la tragique figure de
+la Nuit. Accablée sous le poids du Jour, la Nuit dort et son beau corps,
+irrémédiablement abîmé, s'abandonne dans une fatigue incurable, sans
+espoir et sans fin! On sent que jamais rien ne la réveillera du grand
+sommeil sans songes, et l'on dirait une sorte de déesse primordiale sur
+laquelle aurait passé le souffle des théogonies antiques.</p>
+
+<p>A côté d'elle est placé le Jour, sous l'aspect d'un homme enchaîné, dans
+toute l'énergie du désespoir. Il est captif, mais il ne s'avoue pas
+vaincu, son visage contracté est plein de mépris et de colère, tandis que
+tous ses muscles, douloureusement bandés, montrent par quel effort
+surhumain il tente de se lever pour éclairer le monde.</p>
+
+<p>Sur un des côtés de la chapelle est placée une belle Vierge inachevée
+qui, par sa grave et noble attitude, semble directement procéder de
+l'antique, tandis que l'Enfant de deux ou trois ans qui, debout et plein
+de vie, se retourne vers sa mère d'un charmant mouvement de
+précipitation, est d'un modernisme délicieux.</p>
+
+<p>Les deux patrons des Médicis, les <i>Saints Cosme</i> et <i>Damien</i>,
+placés de chaque côté de la Vierge, sont des œuvres médiocres de deux
+élèves de Michel-Ange, MONTELUPO et MONTORSOLI.</p>
+
+<p><b>L'ÉGLISE SANTA APOLLONIA</b> sert maintenant de magasin d'habillements
+militaires. Dans <b>l'ancien réfectoire</b> du couvent de bénédictins
+dont elle dépendait est conservée une magnifique fresque, <i>la Cène</i>
+d'ANDREA DEL CASTAGNO, chef-d'œuvre d'exécution, d'émotion et de
+réalisme. Chacun des disciples est un portrait admirable, chacun d'eux
+participe à l'action, selon le caractère et la nature que lui a attribués
+la légende. Ainsi l'incrédulité de Thomas, l'adoration de Jean,
+l'étonnement défiant de Pierre, le cynisme sinistre de Judas sont marqués
+admirablement. Cette belle œuvre, d'une conservation remarquable, a été
+exécutée en 1425.</p>
+
+<p>Au-dessus de la porte d'entrée du Cenacolo, Castagno a encore peint dans
+une lunette une magnifique <i>Pietà</i>, un Christ mort soutenu dans son
+tombeau par deux anges.</p>
+
+<p>Via Faenza au n° 57, dans l'ancien COUVENT DE SAINT-ONUPHRE, une grande
+<i>Cène</i> de l'école du PÉRUGIN est faussement attribuée à Raphaël.</p>
+<br><br><br>
+
+
+
+<h3>RIVE DROITE (OUEST)</h3>
+
+<h3><b>DE SS. APOSTOLI A OGNISSANTI</b></h3>
+
+<p class="mid">SS. APOSTOLI, SANTA TRINITA, VIA TORNABUONI, PALAIS SAN JACOPO IN<br>
+RIPOLI, SANTA MARIA NOVELLA, SAINT-FRANÇOIS VANCHETTONI,<br>OGNISSANTI.</p>
+
+
+<p><b>SS. APOSTOLI</b>, vieille basilique reconstruite au XVe siècle, dont
+la fondation, d'après une inscription placée près du portail, remonterait
+à Charlemagne.</p>
+
+<p><b>A l'intérieur</b>, au fond du bas-côté de gauche, se trouve un beau
+<i>ciborium</i> en terre vernissée d'ANDREA DELLA ROBBIA. A côté, tombeau
+d'<i>Oddeo Altoviti</i> en forme de sarcophage richement sculpté, bel
+ouvrage de BENEDETTO DA ROVEZZANO.</p>
+
+<p><b>Le Palais Rucellai</b> (20, Via Vigna Nuova) fut un des premiers
+ouvrages du grand architecte florentin LEONE BATTISTA ALBERTI qui le
+construisit en 1460, et y appliqua pour la première fois l'ordre rustique
+et les pilastres.</p>
+
+<p>L'ancienne <b>loggia</b> du palais qui lui faisait face a ses arcades
+aujourd'hui murées.</p>
+
+<p><b>LA PLACE SAINTE-TRINITÉ</b> s'étend près du pont Santa Trinita. A
+l'angle de la place et du Lung Arno se trouve <b>le Palais Spini</b> dont
+la masse carrée a le caractère sévère de la forteresse (XIVe siècle). A
+côté, le palais <b>Salimbeni</b> (Hôtel du Nord) fut construit en 1520
+par Baccio d'Agnolo.</p>
+
+<p><b>L'ÉGLISE SAINTE-TRINITÉ</b>, construite en 1250 par NICOLAS PISANO,
+fut remaniée en 1570 par BUONTALENTI. Elle comporte trois nefs à arcs
+ogivaux soutenus par le pilier carré romain qu'employa Pisano dès le
+XIIIe siècle. Sur le transept s'ouvrent le chœur et quatre chapelles.</p>
+
+<p>En entrant par la porte latérale (sur la via Parione) garnie d'«Avelli»,
+la première chapelle du transept est la <b>chapelle Sassetti</b>, décorée
+en 1485 par DOMINIQUE GHIRLANDAJO de six fresques consacrées à <i>Saint
+François d'Assise</i>, commandées par François Sassetti. Dans la partie
+supérieure du mur du fond, le pape Honorius approuve la règle de l'ordre;
+dans la partie inférieure, saint François ressuscite un enfant de la
+maison Spini. Cette scène, très intéressante par sa composition, se passe
+sur la place Santa Trinita, devant l'église et le palais Spini; au bas
+sont les donateurs, François Sassetti et sa femme Nera Corsi. Au haut de
+la fresque du mur de droite, saint François devant le Sultan; au-dessous,
+les funérailles de saint François, belle composition inspirée de la
+fresque identique du Giotto à Santa Croce.</p>
+
+<p>De chaque côté de la chapelle, enfermés dans une niche cintrée, encadrée
+de délicats bas-reliefs inspirés de l'antique, se trouvent les tombeaux
+de <i>Francesco Sassetti</i> et de <i>Nera Corsi</i>, ouvrages
+remarquables de JULES DE SANGALLO. Les sarcophages en marbre noir sont
+simplement ornés de bucranes.</p>
+
+<p><b>LA VIA TORNABUONI</b> prolonge la place Santa Trinita et contient le
+plus beau palais de Florence, le <b>PALAIS STROZZI</b>. Commencé en 1489
+sur les plans de BENEDETTO DA MAJANO pour le célèbre Philippe Strozzi,
+l'adversaire acharné des Médicis, il ne fut achevé qu'en 1553. Le plus
+beau des palais florentins à bossages, ses trois façades sont d'ordre
+rustique uniforme, une simple plinthe servant d'appui aux étages percés
+de belles fenêtres géminées.</p>
+
+<p>La caractéristique du palais Strozzi est dans les superbes lanternes
+cylindriques en fer forgé placées à ses angles. Décorées des Croissants,
+armes des Strozzi, elles sont hérissées de pointes recourbées qui en
+forment le couronnement.</p>
+
+<p>Des porte-flambeaux et des anneaux en fer forgé décorent la façade.</p>
+
+<p><b>LE PALAIS STROZZINO</b>, de même style, mais moins vaste, est situé
+derrière le palais Strozzi, sur une petite place.</p>
+
+<p><b>PALAIS CORSINI</b>. <i>Galerie</i>.</p>
+
+<p>N° 167.&mdash;BOTTICELLI. <i>La Vierge, l'Enfant et deux Anges</i>.</p>
+
+<p>Tableau de la jeunesse du maître, peint encore sous l'influence directe
+de Fra Filippo Lippi, mais avec une profondeur de coloris tout autre.</p>
+
+<p>N° 162.&mdash;FILIPPINO LIPPI. Médaillon, <i>la Vierge et l'Enfant entourés
+d'anges</i>, un des premiers ouvrages de Filippino et une des rares
+œuvres peintes sous l'influence directe de son père.</p>
+
+<p>N° 5.&mdash;MEMLING. Très beau portrait d'homme, de la première manière de
+Memling, sous l'inspiration de Roger Van der Weyden.</p>
+
+<p>SIGNORELLI. Ravissant et délicat tableau de <i>la Vierge avec l'Enfant,
+entourés de Saint Jérôme et de Saint Bernard</i>.</p>
+
+<p><b>PALAIS ANTINORI</b>, belle et sévère façade de Jules de Sangallo.</p>
+
+<p><b>PALAZZO STROZZI</b>, joli petit bas-relief de Luca. La place
+Sainte-Marie Nouvelle est décorée de deux petits obélisques de marbre de
+1608 reposant sur des tortues de bronze. Ils servaient de but pour les
+courses au quadrige instituées par Cosme Ier, en 1563.</p>
+
+<p><b>LA LOGGIA SAINT-PAUL</b>, placée en face de l'église sur un des côtés
+de la place, a été construite par BRUNELLESCHI en 1451. C'est un long
+portique dont les écoinçons furent ornés par la suite de
+<i>médaillons</i> vernissés, mauvais ouvrage des continuateurs des DELLA
+ROBBIA.</p>
+
+<p>A l'extrémité du portique, la lunette d'une porte est occupée par une des
+plus belles œuvres d'ANDREA DELLA ROBBIA, <i>la Rencontre de Saint
+Dominique et de Saint François</i>, composition d'une intensité et d'une
+profondeur de sentiment remarquables.</p>
+
+<p><b>SAINTE-MARIE NOUVELLE</b>. Pendant que l'ordre de Saint François se
+restreignait dans la pauvreté et la simplicité primitives imposées par
+son fondateur, l'ordre de Saint-Dominique, suivant l'esprit du sien, se
+répandait sur toute l'Italie et empiétait dans des proportions si
+considérables, que Florence, dès le XVe siècle, se trouva obligée de se
+défendre contre lui. Chassés et proscrits, après un court exil les
+dominicains revinrent plus puissants que jamais et possédèrent bientôt
+six couvents tant à Florence qu'à Fiesole, dont celui de Sainte-Marie
+Nouvelle fut un des premiers.</p>
+
+<p>L'église fut commencée en 1278 par deux dominicains, FRA SISTO et FRA
+RISTORO, sur l'emplacement d'une église primitive dédiée à la Vierge;
+elle prit de là le surnom de «Nouvelle». On est frappé encore ici de la
+préoccupation de construire grand, qui semble avoir été le but unique des
+architectes italiens des XIIIe et XIVe siècles et dont le résultat,
+toujours identique, est une froideur et une sécheresse désagréables dans
+leur nudité presque protestante. Appuyé à l'édifice, subsiste le
+campanile carré de l'église primitive. Il est, par extraordinaire, du
+plus pur style roman et ses deux derniers étages, ajourés de part en
+part, ne sont formés que d'arcatures soutenues sur de sveltes
+colonnettes; il en acquiert une légèreté aérienne. Il reste encore de
+l'ancienne construction les six élégants «Avelli» de la façade; ces
+sortes de niches ogivales servaient chacune de tombes collectives aux
+plus nobles familles florentines dont elles portaient les armoiries.</p>
+
+<p>LEONE BATTISTA ALBERTI acheva en 1460 toute la décoration extérieure de
+Sainte-Marie Nouvelle. Il exécuta en premier lieu le revêtement en marbre
+blanc et noir de la façade, et comme il s'en tint au style gothique déjà
+employé, ce style, sous la main du plus grand architecte de la
+Renaissance, gagna une singulière élégance. Leone Battista coupa sa
+façade en trois ordres: les portes latérales accompagnées des Avelli
+anciens et d'arcatures aveugles lui formèrent le premier, tandis qu'il
+composait le second, fortement en retrait, d'une simple et large frise
+supportant comme troisième ordre le beau pignon terminal. Au milieu de la
+façade, il inscrivit la haute porte principale, qu'il fit monter presque
+jusqu'au pignon et qui, flanquée de ses quatre massives colonnes
+corinthiennes, produit un effet grandiose dans sa simplicité. Sur le côté
+gauche de l'église en retour d'équerre, d'autres Avelli s'étendaient
+contre le mur du couvent; mais comme ils ne suffisaient plus par suite de
+la mode de se faire enterrer à Sainte-Marie Nouvelle, Alberti dut
+construire, à droite de l'église et formant retour sur la rue
+Belle-Donne, une sorte de Campo Santo formé d'un mur bas à bandes de
+marbre alternées où il disposa des Avelli intérieurs et extérieurs
+construits sur le modèle des anciens et aménagés de la même façon.</p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/16-301.png"></p>
+
+
+
+<p><b>A l'intérieur</b>, l'église produit une médiocre impression, et le
+manque de proportion entre la largeur et la hauteur est d'un mauvais
+effet architectural.</p>
+
+<p>Sur le mur d'entrée se trouve une précieuse fresque de MASACCIO,
+malheureusement abîmée et très mal éclairée. Sous une belle et sévère
+architecture s'enfonce une magnifique perspective simulée par une voûte à
+caissons de pierre, à l'extrémité de laquelle se tient debout Dieu le
+Père, la tête touchant au plafond. Cette admirable figure, d'une ampleur
+et d'une majesté saisissantes, est certainement une des plus belles de la
+Renaissance. La tête sévère regarde sans voir, les yeux perdus dans
+l'immensité. Placée en terre au-dessous de lui est la croix dont il
+soutient les bras avec ses mains et sur laquelle est attaché le Christ
+dont la tête penchée porte l'expression d'une douleur profonde. Au pied
+de la croix se tiennent debout la Vierge et saint Jean. Masaccio, rompant
+avec la tradition, au lieu de représenter la Vierge toujours jeune, l'a
+résolument peinte sous les traits d'une vieille femme dont le corps usé
+et fatigué a perdu toute sveltesse et dont le visage ravagé a subi toutes
+les douleurs, sans pour cela perdre l'expression d'une sérénité presque
+auguste. En face d'elle, saint Jean fait contraste, tant sa poignante
+douleur est bien humaine et opposée à la sérénité des êtres divins qui
+l'entourent et que rien ne saurait atteindre.</p>
+
+<p>En dehors de l'arcade et complètement séparés sont agenouillés les beaux
+portraits du donateur et de la donatrice, d'une vie et d'un relief
+saisissants.</p>
+
+<p>Le fond droit du transept est fermé par la <b>Chapelle Ruccellai</b> à
+laquelle on accède par un double escalier. Au fond de la chapelle est la
+fameuse <i>Vierge</i> de CIMABUE, figure colossale peinte sur bois. Il
+est malaisé, en voyant aujourd'hui l'hiératisme raide et maladroit de
+cette peinture, de s'imaginer la révolution profonde qu'en 1280 causa son
+apparition. C'est d'elle que peuvent réellement dater les premières
+tentatives de l'art pour s'émanciper des formules byzantines si négatives
+de toute originalité.</p>
+
+<p>Il ne faut pas oublier non plus que l'élève et le successeur immédiat de
+Cimabue fut Giotto, c'est-à-dire le génie dans lequel tout l'art italien
+devait être contenu en germe. Quand un maître a su, comme Cimabue, former
+une pareille individualité, l'on ne pourrait trop exalter en lui la
+beauté du caractère et l'intégrité des sentiments. L'estime de ses
+concitoyens pour lui était telle que la Vierge de Santa Maria y fut
+transportée processionnellement, «la République se plaisant par de si
+grands honneurs à rendre hommage aux vertus du peintre et du citoyen».</p>
+
+<p>A droite dans la chapelle, le <i>tombeau de la Beata Villana del
+Cerchi</i> fut exécuté par ROSSELLINO en 1451.</p>
+
+<p>La Sainte, gardée par deux anges, repose sous un baldaquin, les mains
+croisées et les pieds nus.</p>
+
+<p>A droite du chœur est la <b>Chapelle Philippe Strozzi</b>. Derrière
+l'autel se trouve son tombeau exécuté en 1459 par BENEDETTO DA MAJANO
+dont il avait été le plus zélé protecteur. Dans la forme grêle du
+sarcophage de marbre noir et dans les anges qui l'entourent se sent déjà
+le déclin de la sculpture à la fin du XVe siècle.</p>
+
+<p>En 1502, FILIPPINO LIPPI, à son retour de Rome, fut appelé par les
+Strozzi à peindre la décoration de leur chapelle. Il était à ce moment
+sous l'influence directe de Raphaël et sa manière procédait directement
+de lui avec toutefois une exagération de style frisant le mauvais goût.
+Aussi la composition des fresques de la chapelle Strozzi est-elle
+défectueuse; l'architecture désordonnée et tourmentée laisse fort à
+désirer, enfin l'effet seul est cherché sans aucune préoccupation du
+sentiment.</p>
+
+<p>La fresque de droite représente les <i>Miracles de Saint Jean
+l'Évangéliste</i>, scène bizarre où se confondent les costumes les plus
+disparates de tous les peuples connus. Celle de gauche est consacrée à un
+<i>Miracle de Saint Philippe</i> ressuscitant une morte.</p>
+
+<p>Le vitrail de la fenêtre fut également composé par Filippino Lippi.</p>
+
+<p><b>Le chœur</b> est décoré des admirables <i>fresques</i> de DOMINIQUE
+GHIRLANDAJO peintes en 1490 sur la commande de Jean Tornabuoni.</p>
+
+<p>Ce qui frappe surtout en elles, c'est la grâce noble et tranquille des
+personnages, c'est la vie ordinaire des Florentins d'alors; ce qui les
+rend si intéressantes, c'est la civilisation, c'est le costume d'une
+époque dont elles sont les plus précieux documents.</p>
+
+<p>Avec de si grandes qualités, le défaut qu'on pourrait justement leur
+reprocher serait de manquer de grandeur dans l'expression des idées,
+d'embourgeoiser presque les sujets sacrés qu'elles relatent. Pour
+Ghirlandajo, la Naissance de la Vierge est simplement la naissance d'un
+enfant noble du XVe siècle, avec le cortège des visites de félicitation
+et le défilé des amis; comme dans la Naissance de saint Jean-Baptiste, il
+peint la nourrice donnée aux petits Florentins d'alors et la collation
+prise par la mère après l'événement. Si cette façon d'interpréter
+l'histoire de la Vierge ou du Précurseur répond mal à la grandeur des
+faits, il faut pourtant bien reconnaître que personne à l'égal de
+Ghirlandajo n'eût été capable, avec un tel point de départ, d'arriver
+d'une telle manière à ses fins.</p>
+
+<p>Dans l'admirable poussée de la peinture au XVe siècle, il est impossible
+que certains ordres d'idées et de sentiments, certains modes
+d'interprétation, même à égalité de talent, ne répondent pas mieux que
+d'autres à l'esthétisme individuel de tel ou tel artiste. En matière
+d'art, l'éclectisme est la loi de la critique; il consiste à reconnaître
+la beauté de l'œuvre en elle-même et sous quelque forme qu'elle se
+présente, car, là où la recherche de la perfection a été égale, il n'est
+que juste de l'apprécier dans ses manifestations les plus divergentes. Il
+faut aussi admirer sans réserve les belles et graves figures des
+contemporains de Ghirlandajo animées d'une vie et d'un mouvement
+singuliers.</p>
+
+<p>Les fresques sont disposées, de chaque côté du chœur, sur trois rangées
+de deux sujets chacune; elles sont terminées par une lunette et séparées
+les unes des autres par des motifs architecturaux. Celles de la partie
+supérieure ont malheureusement trop souffert pour qu'il soif facile de
+les distinguer.</p>
+
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/17-307.png"></p>
+
+
+<p>MUR DE DROITE.&mdash;HISTOIRE DE LA VlERGE.</p>
+
+<p>I.&mdash;<i>Joachim chassé du temple</i>.</p>
+
+<p>Dans cette superbe composition, les deux groupes de droite et de gauche
+sont particulièrement intéressants par les personnages célèbres qu'ils
+représentent. A gauche, le vieillard sans barbe est Baldovinetti, qui
+enseigna la peinture et la mosaïque à Ghirlandajo; celui qui, la tête
+nue, a la main sur la hanche et porte un petit pourpoint bleu et un
+manteau rouge, est Ghirlandajo lui-même; le personnage aux grosses lèvres
+et à la chevelure noire est Mainardi, son élève; enfin celui vu de dos
+est le frère du peintre, David Ghirlandajo.</p>
+
+<p>II.&mdash;<i>La Naissance de la Vierge</i>.</p>
+
+<p>Une des plus belles fresques de la série.</p>
+
+<p>Dans une riche chambre florentine, sainte Anne, femme déjà âgée, est
+couchée tout habillée sur son lit placé sur une estrade. Derrière elle
+une servante verse de l'eau dans un bassin. Relevée sur un coude, elle
+contemple la petite Marie dans les bras d'une belle dame assise au milieu
+de la composition, tandis que de nobles visiteuses s'avancent sur la
+gauche, vêtues de leurs somptueux habits de fête.</p>
+
+<p>Ces femmes sont la fleur de la société florentine; on sent qu'elles ont
+tenu à honneur de figurer dans cette œuvre et de venir poser devant le
+maître. Chacune a son individualité propre, et ces beaux traits
+florentins si vifs, si intelligents, si presque modernes d'expression.</p>
+
+<p>III.&mdash;<i>Présentation au Temple</i>.</p>
+
+<p>IV.&mdash;<i>Mariage de la Vierge</i>.</p>
+
+<p>V.&mdash;<i>Adoration des Mages</i>.</p>
+
+<p>VI.&mdash;<i>Massacre des Innocents</i>.</p>
+
+<p>VII.&mdash;(Lunette) <i>Mort de la Vierge</i>.</p>
+
+<p>Composition en partie détruite.</p>
+
+<p>MUR DE GAUCHE.&mdash;HISTOIRE DE SAINT JEAN-BAPTISTE.</p>
+
+<p>I.&mdash;<i>Apparition de l'Ange à Zacharie</i>. Cette composition remarquable
+est enrichie de beaucoup de portraits admirables, entre autres ceux de
+tous les donateurs des fresques, les Tornabuoni jeunes ou vieux placés en
+arrière de Zacharie. Au bas, Ghirlandajo a peint à mi-corps les quatre
+plus savants hommes de l'époque: le premier revêtu d'un habit de
+chanoine, est Marsile Ficin; le second, avec un ruban noir au cou, est
+Cristoforo Landino; le troisième est le Grec Demetrius Chalcondyle, et
+enfin le quatrième, qui lève un peu la main, est Ange Politien. En
+arrière d'eux, un groupe de trois hommes causent et représentent, dit-on,
+les plus fameux marchands de Florence, André de Médicis, Jean Ridolfi et
+Sassetti.</p>
+
+<p>II.&mdash;<i>La Visitation</i>. A droite et à gauche de la Vierge et de sainte
+Élisabeth qui se rencontrent, l'assistance est formée par des groupes de
+Florentines de toute beauté. Elles sont coiffées et parées à la mode du
+temps; l'une d'elles, en robe jaune, à la suite de sainte Élisabeth vue
+de profil, est le portrait d'une des plus célèbres beautés d'alors,
+Ginevra di Benci.</p>
+
+<p>III.&mdash;<i>Naissance de Saint Jean-Baptiste</i>. La disposition est
+analogue à celle de la <i>Naissance de la Vierge</i>. Derrière le lit de
+sainte Élisabeth, une servante lui présente une collation, tandis qu'au
+milieu de la fresque est assise la nourrice allaitant l'enfant et qu'à sa
+droite s'avance le groupe des amies, suivi d'une servante portant sur sa
+tête une corbeille où sont des pastèques et des raisins. Cette ample
+figure aux vêtements flottants semble, par sa beauté antique, échappée à
+quelque rêve païen.</p>
+
+<p>IV.&mdash;<i>Zacharie écrit le nom de Jean qu'il destine à son fils, sur une
+tablette que lui présente une femme a genoux</i>.</p>
+
+<p>V.&mdash;<i>La prédication de Saint Jean-Baptiste</i>.</p>
+
+<p>VI.&mdash;<i>Baptême de Jésus-Christ</i>.</p>
+
+<p>VII.&mdash;(Dans la lunette) <i>Festin d'Hérodiade</i>. Ces trois dernières
+fresques, presque entièrement effacées.</p>
+
+<p>De chaque côté, au-dessus de la fenêtre garnie de vitraux noirs et
+brumeux, exécutés en 1492 sur les cartons du maître par ALESSANDRO
+FIORENTINO, la décoration à fresques se continue, mais en mauvaise
+préservation. Sur les deux côtés étroits de la fenêtre s'étagent des
+figures séparées dont les deux premières sont les portraits des donateurs
+de l'œuvre, Jean Tornabuoni et sa femme. Au-dessus de la fenêtre un grand
+<i>Couronnement de la Vierge</i> peut difficilement passer pour être de
+la main de Ghirlandajo.</p>
+
+<p>La boiserie qui forme le dossier des <i>stalles</i> est un chef-d'œuvre
+de mosaïque sur bois. Faite à la fin du XVe siècle par BACCIO D'AGNOLO,
+on y voit les plus fines et les plus délicates arabesques; les stalles
+elles-mêmes sont gâtées par une malheureuse restauration de Vasari.</p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/18-311.png"></p>
+
+
+<p><b>La Chapelle</b>, à gauche du chœur, a été décorée d'un revêtement de
+marbre par JULES DE SANGALLO. Elle renferme le fameux <i>Christ</i> de
+BRUNELLESCHI exécuté pour un concours entre lui et Donatello.</p>
+
+<p><b>La Chapelle Strozzi</b>, placée en face de la chapelle Ruccellai,
+occupe le fond du transept à gauche. On y accède également par un double
+escalier. Ses trois murs sont décorés de fresques d'ORCAGNA, ouvrage le
+plus important qui existe, consacré au Jugement dernier d'après le Dante.
+Sur le mur de gauche, <i>le Jugement dernier</i>, et sur celui du fond,
+<i>le Paradis</i>, sont d'Andrea. Sur le mur de droite, <i>l'Enfer</i>
+est de son frère NARDO ORCAGNA; c'est de beaucoup la moins bonne des
+fresques. La grande préoccupation du moyen âge, la vie future et les
+terreurs de l'au-delà, surgit tout entière dans un sujet que les artistes
+du temps affectionnaient tout particulièrement et dont ils cherchaient
+l'interprétation aussi bien dans les prophéties que dans l'Apocalypse. En
+effet, le terrible esprit de l'époque trouvait pleine matière à se
+développer, dans les vengeances et les châtiments d'un Jéhovah terrible,
+et nul thème ne pouvait exercer sur les esprits une plus étrange
+fascination; aussi, lorsque, poussé par cette attraction, Dante fut amené
+à composer son admirable poème, il répondait si exactement aux
+aspirations de ses contemporains, que les premiers «Cantica» à peine
+parus eurent sur l'art un retentissement énorme. Giotto fut le premier
+interprète du poète, et bientôt après, les Orcagna, chargés par les
+Strozzi de la décoration de leur chapelle, firent de son œuvre le thème
+de leurs compositions.</p>
+
+<p>La muraille, peinte par Nardo, retrace tout le cycle du premier chant de
+l'<i>Enfer</i>; mais l'artiste, faute de place, ayant supprimé tous les
+épisodes gracieux, n'en laissa subsister que la tragique horreur. Le même
+motif le força à serrer tellement ses figures et à leur donner de si
+petites dimensions que ce défaut, aggravé par la mauvaise perspective
+d'alors et l'absence de tout savoir technique, le fit rester au-dessous
+du but qu'il s'était proposé.</p>
+
+<p>La descente à l'Enfer commence dans la partie supérieure où les âmes
+dirigées sur les «sombres bords» sont attendues par Cerbère pour être
+conduites devant Pluton en train de festoyer.</p>
+
+<p>Au-dessous, Caron, «le nocher funèbre», les conduit à travers l'Achéron à
+l'entrée du gouffre où le premier des cercles infernaux est peuplé par
+les prodigues et les avaricieux roulant leur éternel rocher.</p>
+
+<p>Cette partie est séparée des cercles inférieurs, ceux des désespérés, par
+un mur crénelé, que lèchent les flammes, symbole du feu dévorant où sont
+consumées les âmes vouées au désespoir éternel.</p>
+
+<p>On y voit les suicidés condamnés à s'entre-tuer toujours dans des bois
+sombres habités par les harpies, les parricides plongés jusqu'au cou dans
+un affreux lac de sang où ils sont éternellement rejetés par des
+centaures placés sur la rive qui les empêchent à coups de flèches de
+regagner le bord, les luxurieux brûlés par une pluie de feu; puis les
+cercles vont toujours en se rétrécissant et en s'obscurcissant davantage
+autour de ceux qu'ils enveloppent pour l'exécution de leurs terribles
+châtiments. Ils montrent les simoniaques la tête plongée dans le feu, les
+immondes la tête retournée, les voleurs en proie aux serpents, les
+fauteurs de scandale coupés en morceaux, les alchimistes et les faux
+monnayeurs s'entre-battant. Enfin, au centre de cette terrifiante
+composition, un démon colossal, debout dans une cuve remplie de serpents,
+dévore Judas, pendant que les traîtres, plongés dans la cuve et déchirés
+par les serpents, attendent semblable supplice.</p>
+
+<p><i>Le Paradis</i> d'André Orcagna, dont les extases font face à ces
+horreurs, est d'un art tout différent. Les belles figures qui composent
+la foule innombrable des élus tiennent le milieu entre l'art réaliste
+d'un Giotto et l'idéalisme d'un Angelico; c'est à ce dernier que
+sembleraient plutôt appartenir les deux admirables figures d'anges
+musiciens agenouillés sur des nuages aux pieds du Christ et de la Vierge.</p>
+
+<p>Sur le mur du fond coupé par la fenêtre, Orcagna a peint <i>le Jugement
+dernier</i> auquel assistent des groupes d'hommes et de femmes et où,
+suivant l'esprit démocratique de l'époque, toutes les classes sociales
+sont confondues, l'empereur et le pape comme le mendiant.</p>
+
+<p>Le retable sur fond d'or représente le Christ glorieux confiant d'une
+main à saint Pierre les clefs de l'Église, tandis que de l'autre il remet
+le livre de la <i>Somme</i> à saint Thomas d'Aquin présenté par la
+Vierge. Sur les volets du retable sont peints saint Michel et sainte
+Catherine, saint Laurent et saint Paul.</p>
+
+<p><b>La Sacristie</b>, ouverte à gauche sur le transept, contient un joli
+<i>lavabo</i> en terre vernissée, plaqué à l'intérieur de faïence; il a
+été exécuté en 1497 par JEAN DELLA ROBBIA.</p>
+
+<p>Au bas de la chapelle Strozzi, une porte conduit à quelques marches
+descendant sur une galerie appelée le <b>Sepolcreto</b> dont les voûtes
+cintrées reposent sur des piliers octogonaux. Cette galerie a un grand
+intérêt par toutes les petites plaques commémoratives enchâssées dans le
+mur et dont la plupart portent en relief les écussons de presque toutes
+les nobles familles florentines. Une de ces plaques particulièrement
+belle est de Pisano et montre le donateur et la donatrice agenouillés aux
+pieds de la Vierge.</p>
+
+<p>Le Sepolcreto débouche sur le cloître appelé aussi Cloître vert, de la
+couleur des fresques en camaïeu dont il est décoré.</p>
+
+<p><b>Le Cloître vert</b> est entouré d'une galerie formée d'arcs reposant
+sur des piliers octogonaux. Il a été peint par ANDREA ORCAGNA, pour les
+scènes de la Genèse, et par PAOLO UCCELLO, pour <i>le Déluge</i>, <i>le
+Sacrifice</i> et <i>l'Ivresse de Noé</i>, fresques en camaïeu vert sur
+fond rouge.</p>
+
+<p>Les trois compositions d'Orcagna sont presque entièrement détruites, on y
+trouve pourtant encore quelques belles figures.</p>
+
+<p>I. <i>Création des animaux</i>, <i>Création de l'homme et de la
+femme</i>, <i>Adam et Ève mangent le fruit défendu</i>.</p>
+
+<p>II. <i>Adam et Ève chassés du Paradis</i>; <i>Ève filant</i>, ravissante
+figure de la Renaissance; <i>Adam piochant</i>. Dans le bas (détruit)
+étaient <i>Caïn et Abel</i>.</p>
+
+<p>III. <i>Mort de Caïn</i> sous la flèche de Lameth, <i>Noé construisant
+l'Arche</i>, <i>Noé faisant entrer les animaux dans l'Arche</i>
+(détruit).</p>
+
+<p>La fameuse fresque du <i>Déluge</i> d'UCCELLO continue la série. Aucun
+artiste n'a poussé le fanatisme du réalisme plus loin qu'Uccello dont le
+nom, malgré l'extravagance bizarre de l'artiste, se rattache pourtant à
+des progrès techniques de premier ordre. Dans cette fresque peinte en
+1446, tous les peintres purent venir apprendre le modelé et la
+perspective; mais, à côté de beautés de premier ordre, les grotesques
+inventions abondent. Les victimes expérimentent des appareils de
+sauvetage de toute sorte et plus ou moins saugrenus. L'un a placé autour
+de son cou une bouée; l'autre s'est réfugié dans une cuve; d'autres
+encore grimpent sur des échelles, nagent sur des planches, ou tentent de
+se sauver à cheval. L'arche colossale, dont on ne voit que la coque,
+occupe un côté entier, et Noé y apparaît.</p>
+
+<p>Les autres fresques sont très détériorées; celle de l'Arche de Noé a
+pourtant conservé intact le groupe de ses trois fils, dont l'un, détaché
+de profil sur une treille, est une superbe et énergique figure.</p>
+
+<p>Sur la droite du cloître s'ouvre la salle du chapitre appelée <b>Chapelle
+des Espagnols</b>, «Cappella degli Spagnuoli». Elle est éclairée par deux
+belles fenêtres ouvertes sur le cloître de chaque côté de la porte, dont
+les élégantes sculptures sont protégées par de belles grilles en fer à
+rinceaux découpés.</p>
+
+<p>La chapelle, commencée en 1322, fut achevée en 1355 et magnifiquement
+décorée de fresques dont l'ensemble embrasse le cycle à peu près complet
+des croyances philosophiques, théologiques et religieuses du moyen âge.
+Ces peintures superbes et admirablement conservées sont attribuées par
+Vasari à TADDEO GADDI et à SIMONE MEMMI de Sienne. Le mur de droite par
+Simone Memmi représente <i>l'Église militante et l'Église
+triomphante</i>. Celui de gauche, par TADDEO GADDI, montre <i>l'Église
+personnifiée par saint Thomas d'Aquin</i> dominant et protégeant toutes
+les connaissances humaines. Sur le mur du chevet coupé par l'enfoncement
+de l'autel est peint en forme d'éventail <i>le Calvaire</i>, avec d'un
+côté <i>le Chemin de Croix</i> et de l'autre <i>la Descente aux
+Limbes</i>. Enfin les peintures de la voûte représentent des scènes de la
+<i>Vie de Jésus-Christ</i>.</p>
+
+<p>I.&mdash;<i>L'Église militante et l'Église triomphante</i>. Pendant que saint
+François prêchait une merveilleuse doctrine de charité et de tolérance,
+saint Dominique répandait sur le monde une foi sombre, ascétique et
+intolérante, car l'Église, pour lui, ne pouvait arriver au triomphe final
+que par l'emploi de moyens violents aussi bien contre les hérétiques que
+contre les fidèles.</p>
+
+<p>Interprète de cette idée, le maître a symbolisé les deux grandes forces
+du moyen âge, l'Empereur et son Conseil, le Pape et son Concile assis
+devant l'église Sainte-Marie des Fleurs, personnifiant ici l'omnipotence
+de l'Église. Aux pieds du Pape sont couchées les brebis de la chrétienté
+gardées par les chiens noirs et blancs dominicains, «Domini canes»,
+tandis que d'autres chiens poursuivent et mordent les loups hérétiques
+auxquels ils arrachent les brebis qu'ils tentent de ravir. En avant, à
+gauche, se tient le groupe des religieux et religieuses de tous les
+ordres, tandis qu'à droite sont les laïques, parmi lesquels on reconnaît
+les portraits célèbres de Pétrarque, de Boccace, de Giotto, de Cimabue et
+de Laure, devant lesquels sont agenouillés les pauvres et les infirmes.
+Sur la droite, la fresque est consacrée à l'application des théories
+dominicaines.</p>
+
+<p>A.&mdash;Saint Dominique discute avec les hérétiques.</p>
+
+<p>B.&mdash;Saint Dominique ayant convaincu les hérétiques, les fait se
+prosterner devant l'Évangile, tandis qu'un Archange déchire les livres
+hérésiarques.</p>
+
+<p>C.&mdash;Au-dessus de ces sujets se trouve une rangée de petits personnages
+intermédiaires, dansant au son d'un tambour de basque, devant quatre
+personnages assis figurant des péchés mortels.</p>
+
+<p>D.&mdash;Le haut de la composition est formé par un dominicain écoutant la
+confession d'un homme agenouillé, un second dominicain qui lui donne
+l'absolution au seuil du Paradis où l'introduit un troisième.</p>
+
+<p>E.&mdash;Le Paradis occupe tout le haut de la fresque à gauche. D'après
+l'Apocalypse, le Christ y est représenté trônant sur l'arc-en-ciel entre
+deux anges; il est environné des Symboles des quatre Évangélistes,
+l'Agneau mystique est couché à ses pieds, et il tient d'une main
+l'Évangile, et de l'autre la clef du monde.</p>
+
+<p>II.&mdash;<i>Triomphe de saint Thomas d'Aquin</i>. Le saint, les Évangiles à
+la main, trône en haut de la fresque; il écrase sous ses pieds Arius,
+Sabellius et Averroès, les trois grands hérésiarques.</p>
+
+<p>A ses côtés sont assis, rangés l'un près de l'autre, les Évangélistes et
+les Prophètes alternant.</p>
+
+<p>La partie inférieure est divisée en quatorze niches où trônent des
+figures de femmes, symbolisant toutes les connaissances de l'époque.
+Devant chacune d'elles est assis plus bas son principal adepte; toutes
+ces figures, d'une attitude un peu raide, ne varient guère que par
+l'expression des physionomies.</p>
+
+<p>1°&mdash;Le droit civil et l'empereur Justinien.</p>
+
+<p>2°&mdash;Le droit ecclésiastique et le pape Clément V.</p>
+
+<p>3°&mdash;La théologie spéculative et Pietro Lombardo.</p>
+
+<p>4°&mdash;La théologie pratique et Severino Boccio.</p>
+
+<p>5°&mdash;La foi et saint Denis l'Aréopagite.</p>
+
+<p>6°&mdash;L'Espérance et saint Jean Damascène.</p>
+
+<p>7°&mdash;L'amour sacré et saint Augustin.</p>
+
+<p>8°&mdash;L'arithmétique et Pythagore.</p>
+
+<p>9°&mdash;La géométrie et Euclide.</p>
+
+<p>10°&mdash;L'astronomie et Ptolémée.</p>
+
+<p>11°&mdash;La musique et Tubalcaïn.</p>
+
+<p>12°&mdash;La dialectique et Zénon d'Élée.</p>
+
+<p>13°&mdash;La rhétorique et Cicéron.</p>
+
+<p>14°&mdash;La grammaire avec Donato ou Priscien.</p>
+
+<p>III.&mdash;<i>Le Calvaire</i>. La composition remplit un cintre divisé en
+trois parties dont le Calvaire occupe la plus haute. Le Portement de
+croix part du bas de la fresque, à gauche, pour monter au Calvaire. Dans
+le bas, à droite, est représentée la Descente de Jésus aux limbes, dont
+la porte s'écroule devant lui sur Satan. Cette partie, tout à fait
+remarquable, est peut-être la meilleure de la chapelle comme art et comme
+sentiment.</p>
+
+<p>La fresque du mur d'entrée est en partie détruite: elle représentait,
+d'un côté, les prédications de saint Dominique; de l'autre, celles de
+saint Thomas d'Aquin, et au-dessous, des miracles opérés par les deux
+saints.</p>
+
+<p>IV.&mdash;La voûte, divisée par les nervures en quatre parties angulaires, est
+occupée par des fresques symboliques.</p>
+
+<p>I. Au-dessus de l'Église militante et triomphante, <i>la Barque de
+Pierre</i>, symbole des tempêtes qui peuvent assaillir l'Église, sans
+jamais la submerger.</p>
+
+<p>II. Au-dessus du Calvaire, <i>la Résurrection</i>.</p>
+
+<p>III. Au-dessus du triomphe de saint Thomas d'Aquin, <i>la Pentecôte</i>,
+symbole de toute science considérée comme don divin.</p>
+
+<p>IV. Au-dessus de l'entrée, <i>l'Ascension</i>. Au delà du Cloître vert
+s'étend le Grand Cloître, aujourd'hui cour de l'École des Cadets.</p>
+
+<p><b>La Pharmacie</b> de l'ancien couvent, «la Spezeria» (Via della Scala),
+possède dans une petite pièce des fresques dures et heurtées de SPINELLO
+ARETINO, <i>histoire de la Passion</i>.</p>
+
+<p><b>SAINT-JACQUES DE RIPOLI</b>. Au tympan de la porte, bas-relief des
+DELLA ROBBIA. <i>Le Christ entre Saint Thomas et un Saint</i>.</p>
+
+<p><b>A l'intérieur</b>, l'église contient la meilleure œuvre de RIDOLFO
+GHIRLANDAJO, le <i>Mariage mystique de sainte Catherine</i> exécuté vers
+1505, sous la double influence de ses maîtres, Léonard et son père. La
+couleur admirable de ce tableau et sa tenue sobre et énergique l'ont fait
+longtemps attribuer au Vinci; c'est une œuvre de premier ordre.</p>
+
+<p><b>ÉGLISE SAN FRANCESCO DE VANCHETONI</b> (Via del Palazzuolo). Cette
+église conserve quelques ouvrages remarquables de DONATELLO. Deux
+admirables <i>bustes d'enfants</i> semblent être des portraits, tant leur
+originalité est puissante. L'un est un enfant à l'air triste et presque
+morose, tandis que l'autre, d'après la peau de chèvre de sa draperie,
+paraît être un Saint Jean-Baptiste adolescent.</p>
+
+<p><b>L'ÉGLISE D'OGNISSANTI</b>, édifiée en 1524, et remaniée en 1627,
+n'offre comme architecture rien d'intéressant. Dans le tympan de la porte
+principale, bas-relief de DELLA ROBBIA, <i>le Couronnement de la
+Vierge</i>. <b>A l'intérieur</b>, entre le troisième et le quatrième
+autel, sont deux fresques, œuvres de premier ordre: l'une de BOTTICELLI,
+l'autre de GHIRLANDAJO.</p>
+
+<p>La fresque de BOTTICELLI, peinte en 1480, représente <i>Saint Jérôme</i>;
+c'est un chef-d'œuvre autant par le fini précieux des détails que par
+l'anatomie puissante et large et par la profonde ferveur religieuse qui
+anime la figure du saint. Saint Jérôme, beau vieillard vêtu de la pourpre
+cardinalice, est assis devant une table, où il est accoudé et paraît
+réfléchir profondément. Ce qui est extraordinaire d'art minutieux, ce
+sont les multiples objets posés sur cette table; les pupitres à écrire et
+à lire, les parchemins, les livres, les lunettes, les ciseaux et jusqu'au
+tapis d'Orient qui la recouvre, tout dénote la précision et l'amour du
+détail, poussés à l'extrême.</p>
+
+<p>Le <i>Saint Augustin</i> de Ghirlandajo a malheureusement pâli; il est
+également assis devant une table, l'aménagement peu compliqué de la pièce
+contraste fortement avec la fresque précédente. Le visage est admirable,
+et les mains surtout sont d'un modèle parfait.</p>
+
+<p><b>La Sacristie</b> est décorée d'une grande fresque, de l'école de
+Giotto, <i>Christ en croix</i> entouré d'anges, probablement une œuvre de
+FRANCESCO DA VOLTERRA (1350).</p>
+
+<p>Au fond du transept, un escalier conduit à une chapelle où un
+<i>Christ</i> de Giotto est un premier et timide essai d'anatomie dans ce
+sujet.</p>
+
+<p><b>Dans l'ancien Réfectoire</b> du couvent ouvert sur le cloître,
+GHIRLANDAJO a peint en 1480 <b>la Cène</b>. A cette époque, le maître
+avait accepté la décoration complète à fresque de l'église, mais le
+travail ne fut jamais exécuté et la fresque du réfectoire est la seule
+trace subsistant de ce projet dont elle était destinée à être le
+commencement. Ghirlandajo s'y montre en pleine possession de son beau
+talent; le dessin est large; les figures, bien composées, sont
+supérieures par l'élévation de la pensée, et il ne s'y trouve aucune
+trace de la sécheresse qu'on pourrait quelquefois reprocher à l'artiste.</p>
+
+<p>Le ravissant <i>tabernacle</i> qui surmonte la porte d'entrée fut exécuté
+par AGOSTINO DI DUCCIO en 1463. Ce bijou est digne du meilleur et du plus
+cher élève de LUCA DELLA ROBBIA. Il a malheureusement été repeint.</p>
+<br><br><br>
+
+
+
+<h3>RIVE GAUCHE</h3>
+
+<p class="mid">PITTI, JARDINS BOBOLI, ÉGLISE SAINTE-FÉLICIE, PALAIS BIANCA CAPELLO,<br>
+ÉGLISE SAN SPIRITO, SANTA MARIA DEL CARMINE.</p>
+
+
+<p><b>LE PALAIS PITTI</b>, situé sur la partie la plus élevée de Florence,
+fut commencé en 1440 par BRUNELLESCHI pour Lucca Pitti, l'adversaire
+acharné des Médicis, dont il voulait éclipser le luxe, à défaut de la
+puissance.</p>
+
+<p>Pierre de Médicis ayant noyé dans le sang la fameuse conspiration des
+Pazzi (1446) dont Pitti était un des principaux conjurés, le palais resta
+inachevé jusqu'au XVIe siècle où il devint l'apanage d'Éléonore de
+Tolède, femme du grand-duc Cosme Ier. C'est vers cette époque que les
+grands-ducs le relièrent aux Offices par une galerie destinée à leur
+ouvrir une retraite en cas de soulèvement.</p>
+
+<p>Le palais a une immense façade, lourde et froide, dont l'effet
+désagréable est encore aggravé par les ailes ajoutées de 1620 à 1631,
+alors que, devenu résidence des grands-ducs, il se trouva insuffisant.</p>
+
+<p>Il renferme, sous le nom de Galerie Pitti, la riche collection de
+tableaux formée par les cardinaux Léopold et Charles de Médicis, ainsi
+que par le grand-duc Ferdinand. La galerie compte plus de cinq cents
+numéros disséminés dans les beaux salons de l'aile gauche, dont les noms
+sont tirés des sujets de leurs plafonds.</p>
+
+
+<p class="mid">SALLE DE L'ILIADE</p>
+
+<p>N° 201.&mdash;TITIEN. <i>Portrait du Cardinal de Médicis</i>, de haute et
+fière allure; il fut peint en 1532, après la campagne contre les Turcs, à
+laquelle avait pris part le cardinal, qui porte le costume hongrois.</p>
+
+<p>N° 219.&mdash;PÉRUGIN. <i>Vierge adorant l'Enfant</i>, avec beaucoup de
+repeints.</p>
+
+<p>N° 185.&mdash;GIORGIONE (attribué maintenant au Titien), <i>le Concert</i>.</p>
+
+<p>Deux moines et un jeune homme coiffé d'un chapeau à plume font de la
+musique. Ce chef-d'œuvre est admirable de coloris, de modelé et de belle
+lumière chaude et dorée.</p>
+
+<p>N°207.&mdash;RIDOLFO GHIRLANDAJO. <i>L'Orfèvre</i>. Ce portrait célèbre a dû à
+sa perfection de passer longtemps pour un ouvrage de Léonard de Vinci.</p>
+
+<p>N° 208.&mdash;FRA BARTOLOMMEO. <i>La Vierge sur un trône</i> (1512).</p>
+
+<p>Ce beau tableau est l'ancien retable de l'église San Marco. Si, par
+l'expression un peu commune, il manque de dignité et si la peinture a
+noirci, il n'en est pas moins une merveille de composition.</p>
+
+
+<p class="mid">SALLE DE SATURNE</p>
+
+<p>N° 178.&mdash;RAPHAEL. <i>La Madone du Grand-Duc</i>. La plus belle des
+Vierges de Raphaël, peinte en 1505, lorsqu'il était encore sous
+l'influence du Pérugin, pour la couleur et le jet de la draperie, mais la
+composition et le dessin y procèdent directement de Masaccio et de Fra
+Bartolommeo.</p>
+
+<p>La tête de la Vierge est un bijou de modelé et l'enfant qu'elle tient
+assis sur sa main est exquis. Ce petit chef-d'œuvre, exécuté pour le
+grand-duc Ferdinand, fut conservé comme une sorte de palladium dans la
+famille Médicis, de là lui vient son surnom de «Vierge du Grand-Duc».</p>
+
+<p>N° 179.&mdash;SÉBASTIEN DEL PIOMBO. <i>Martyre de Sainte Agathe</i>. Ce
+tableau, peint en 1520 sous l'influence romaine, est une belle œuvre
+inspirée par le style et le large dessin de Michel-Ange, mais avec un
+coloris sobre d'une grande tenue.</p>
+
+<p>N° 174.&mdash;RAPHAEL. <i>Vision d'Ézéchiel</i>. Ce petit tableau peut encore
+être rangé dans l'ordre des tableaux symboliques, tels que les comprenait
+le moyen âge, dont le but était de rendre frappantes pour les masses les
+idées morales jointes aux faits matériels contenus dans l'Apocalypse et
+les deux Testaments. Mais, dans la <i>Vision d'Ézéchiel</i>, Raphaël a
+donné la beauté et la grandeur de la</p>
+
+<p>Renaissance à l'ancien ordre de sentiments; il a représenté Dieu le Père
+sous les traits d'un Jupiter Olympien porté sur les nues par les symboles
+des quatre Évangélistes, et dont les bras étendus pour bénir sont
+supportés par deux anges.</p>
+
+<p>L'homme, attribut de saint Matthieu, qui a traité particulièrement la vie
+humaine du Christ, se tient seul agenouillé aux pieds de Dieu qui bénit
+en lui l'humanité dont le Christ assuma toutes les souffrances.</p>
+
+<p>Cette très petite composition, traitée avec la finesse de la miniature,
+est malheureusement rendue moins agréable par l'emploi de tons un peu
+lourds.</p>
+
+<p>N° 164.&mdash;PÉRUGIN. <i>La Déposition de Croix</i>. Ce tableau, peint à
+Florence en 1495, offre une collection de têtes passives sans aucun
+contraste, le tout plus intéressant par une excellente composition et
+l'égalité du fini que par la profondeur du sentiment.</p>
+
+<p>N° 159.&mdash;FRA BARTOLOMMEO. <i>Résurrection du Christ entre les
+Évangélistes</i>. Ce tableau est peut-être ce que le maître a donné de
+plus parfait; jamais on n'a poussé plus loin et allié davantage la
+grandeur de la composition et la profondeur noble et grave du sentiment.
+Les deux adorables enfants placés au bas du tableau tiennent un miroir où
+le Frate a reflété comme paysage le monde.</p>
+
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/19-328.png"></p>
+
+
+
+<p>N° 151.&mdash;RAPHAEL. <i>La Vierge à la Chaise</i>. Ce tableau, peint en 1515
+au moment où Raphaël travaillait à la chambre d'Héliodore au Vatican, est
+le type le plus complet des Vierges romaines où l'artiste supprima toute
+divinité de la figure de la Vierge pour la remplacer par ce qu'il
+considérait comme le suprême de la beauté féminine, quelquefois
+provocante, mais jamais virginale. Ici la Vierge n'est que le portrait
+d'une belle Romaine en costume populaire et la composition de ce
+médaillon célèbre, absolument banale, n'a pour elle que son beau coloris.</p>
+
+<p>N° 190.&mdash;SUSTERMANS. <i>Portrait du fils de Frédéric II, roi de
+Danemark</i>. Ce peintre flamand, qui vécut à Florence, a laissé
+d'excellents portraits tenant un juste milieu entre Vélasquez et Van
+Dyck. Ce joli portrait est d'une belle facture.</p>
+
+<p>N° 113.&mdash;MICHEL-ANGE. <i>Les Parques</i>. Ce tableau paraît plutôt une
+attribution; toutefois, s'il a été dessiné par Michel-Ange, il n'a
+certainement pas été peint par lui, son coloris n'offrant aucune trace de
+la vigueur parfois tragique, propre au pinceau de Michel-Ange.</p>
+
+<p>Les Parques sont représentées sous les traits de trois vieilles femmes
+d'un beau caractère, drapées de nuances trop claires.</p>
+
+
+<p class="mid">SALLE DE MARS</p>
+
+<p>N° 94.&mdash;RAPHAEL. <i>Madone dell'Impannata</i>. Composée par Raphaël,
+exécutée par ses élèves sans qu'on sache absolument la part qui leur
+revient. Deux femmes apportent à la Vierge l'Enfant qui prend vivement la
+robe de sa mère, et se retourne vers elles en riant.</p>
+
+<p>N° 92.&mdash;TITIEN. Superbe portrait de jeune homme.</p>
+
+<p>N° 86.&mdash;RUBENS. <i>Les Conséquences de la Guerre</i>. Belle et grande
+composition très mouvementée. Un guerrier entraîne une femme nue que les
+Amours cherchent à retenir.</p>
+
+<p>N° 85.&mdash;RUBENS. <i>Les quatre Philosophes</i>. Portraits de Rubens, de
+son frère et des philosophes Lipse et Grotius assis à une table derrière
+le buste de Sénèque.</p>
+
+<p>N° 82.&mdash;VAN DYCK. <i>Le cardinal Bentivoglio</i>, portrait assis en pied,
+d'une élégance et d'une distinction remarquables, comme d'un coloris
+superbe.</p>
+
+
+<p class="mid">SALLE D'APOLLON</p>
+
+<p>N°67.&mdash;TITIEN. <i>La Madeleine</i>. Ce portrait de femme drapée dans son
+admirable chevelure d'or, fut peint pour le duc d'Urbin, et l'on voit que
+le sujet de la pécheresse n'a été ici qu'absolument subsidiaire.</p>
+
+<p>N° 64.&mdash;FRA BARTOLOMMEO. <i>La Déposition</i>. Dans cette œuvre
+admirable, la beauté du sentiment se réunit à celle de l'exécution pour
+former un ensemble de premier ordre. Rien n'est plus beau que l'abandon
+du corps du Christ et l'angoisse profonde de la Vierge lui donnant un
+dernier baiser.</p>
+
+<p>L'émotion ressort de la simplicité pathétique des personnages, et non de
+leur arrangement factice et voulu; c'est là ce qui différencie
+profondément l'ouvrage de Fra Bartolommeo des équivalences dues par
+exemple au pinceau d'un Pérugin.</p>
+
+<p>N° 61.&mdash;RAPHAEL. Portrait d'<i>Angiolo Doni</i>. La première œuvre faite
+à Florence et le plus beau des portraits peints par Raphaël sous
+l'influence de Pérugin, qu'on pourra rapprocher comme inspiration de
+celui de l'Espagnol Lopez Pereigo indiqué comme le propre portrait du
+Pérugin au musée des Offices, sous le n° 287.</p>
+
+<p>Doni est représenté en buste vêtu de noir; ses mains, appuyées sur une
+balustrade, sont d'une rare perfection. La tête, d'une expression
+profonde et intelligente, se détache sur un beau fond de paysage.</p>
+
+<p>N° 59.&mdash;RAPHAEL. Portrait de <i>Madeleine Strozzi Doni</i>, femme du
+précédent. D'un aspect peu distingué, sa figure niaise et placide est
+sans expression, les formes sont massives et lourdes.</p>
+
+<p>N° 58.&mdash;ANDREA DEL SARTO. <i>Déposition</i> (1524). Cette peinture, si
+loin comme sentiment de la <i>Déposition</i> de Bartolommeo, est un tour
+de force comme richesse de coloris.</p>
+
+<p>N° 54.&mdash;TITIEN. Portrait de <i>Pierre Arétin</i>. La tête est
+intelligente et fine, il est vêtu d'une ample robe cramoisie.</p>
+
+<p>N° 63.&mdash;RAPHAEL. Portraits de <i>Léon X</i> et des cardinaux <i>Rossi</i>
+et <i>de Médicis</i>. Le pape est assis devant une table; les deux
+cardinaux, dont on ne voit que les bustes, sont debout derrière lui.</p>
+
+<p>Raphaël a fait de ces portraits non seulement une admirable étude des
+rouges de toutes les gammes, les plus riches et les plus variées, mais
+encore une étonnante caractéristique de leur individualité. Rien n'est
+intéressant comme de comparer le Jules II de la Tribune des Offices avec
+le Léon X du musée Pitti; autant chez l'un tout est ascétique, profond,
+violent même avec la tension de toutes les forces et de toutes les
+énergies vers un but déterminé, autant chez l'autre tout est matériel,
+tourné vers les grandeurs, le luxe et la somptuosité. Presque Athénien
+dans ses goûts, passionné d'art et de littérature, Raphaël a su marquer
+ce caractère du pape en plaçant devant lui une cloche finement ciselée et
+un livre précieux qu'il s'apprête à regarder à la loupe.</p>
+
+
+<p class="mid">SALLE DE VÉNUS</p>
+
+<p>N° 18.&mdash;TITIEN. <i>La Belle</i>. L'habillement de la Belle, bleu, violet,
+or et blanc, cadre avec la tête, dont la mystérieuse expression captive
+et fascine. Ce portrait de femme, peint en 1535, rappelle les traits de
+la duchesse Éléonore d'Urbin et peut être considéré comme un des plus
+parfaits sortis du pinceau du maître, tant par son modelé en pleine
+lumière que par sa coloration transparente et chaude tout à la fois.</p>
+
+<p>N° 3.&mdash;TINTORET. <i>Vénus, Vulcain et l'Amour</i>, tableau très inspiré
+par le Titien, d'une exécution charmante et plus soignée que ne le sont
+généralement les œuvres du Tintoret.</p>
+
+
+<p class="mid">SALLE DE PROMÉTHÉE</p>
+
+<p>N° 372.&mdash;ANDREA DEL CASTAGNO. Très beau portrait d'homme coiffé à la
+bourguignonne.</p>
+
+<p>N° 373.&mdash;PIERRE POLLAJUOLO. <i>Saint Sébastien</i>.</p>
+
+<p>N° 353.&mdash;BOTTICELLI. <i>La belle Simonetta</i>. Ce portrait fameux de la
+maîtresse de Julien de Médicis la montre sous les traits d'une femme
+laide et d'une prodigieuse raideur. Pourtant ce profil anguleux, découpé
+en silhouette violente sur un fond gris, ne manque pas de caractère, quoi
+qu'il soit peu présumable qu'il ait été peint par Botticelli.</p>
+
+<p>N° 347.&mdash;FILIPPINO LIPPI. <i>Sainte Famille</i> (Médaillon). La Vierge
+adore l'Enfant pendant que de petits anges effeuillent sur lui des roses.</p>
+
+<p>N° 343.&mdash;FRA FILIPPO LIPPI. <i>La Vierge, l'Enfant, Saint Joachim</i> et
+<i>Sainte Anne</i>, avec au fond <i>la Nativité de la Vierge</i>.</p>
+
+<p>Les APPARTEMENTS DU PALAIS PITTI communiquent avec la galerie par la
+salle à manger.</p>
+
+<p>Ils sont tendus de soieries du XVIIe siècle et, comme tous les
+appartements de palais, sont de médiocre intérêt.</p>
+
+<p>Dans la chapelle, un superbe cadre en mosaïque florentine du XVIIe
+siècle contient une <i>Vierge</i> de CARLO DOLCE, tapisseries de
+Florence, cabinets en pierres dures et en mosaïques, etc., etc.</p>
+
+<p>A l'entresol, L'UFFIZIO DEGLI ARGENTI, une petite salle où est conservé
+le trésor des Médicis, maintenant propriété de la ville. On y remarque
+quatre coupes et une gourde ornées d'émaux sur paillons attribuées à
+Benvenuto Cellini, <i>Christ</i> de Jean de Bologne provenant de la
+chapelle du palais, torchères en bronze doré de Bologne.</p>
+
+<p>LES JARDINS BOBOLI s'étendent derrière le palais Pitti et s'élèvent en
+terrasse sur la colline au pied de laquelle il est construit.</p>
+
+<p>Ces jardins, d'où l'on jouit de vues magnifiques sur Florence, furent
+dessinés en 1550 par Tribolo, sur l'ordre de Cosme Ier, et achevés par
+BUONTALENTI.</p>
+
+<p>A l'entrée, une grotte contient quatre statues inachevées de MICHEL-ANGE,
+faisant partie de la série des «esclaves» destinés au tombeau de Jules
+II.</p>
+
+<p>En passant par une belle allée ornée de statues, on arrive à un charmant
+bassin dont le centre est décoré d'une statue colossale de l'<i>Océan</i>
+par JEAN DE BOLOGNE.</p>
+
+<p><b>ÉGLISE SAINTE-FÉLICITÉ</b>. L'église n'est intéressante que par son
+portique et la quantité d'œuvres primitives qu'elle contient.</p>
+
+<p>Dans la <b>sacristie</b>, GIOTTO, <i>Christ</i>; TADDEO GADDI, tableau à
+cinq divisions, <i>Vierge trônant entre des Saints</i>.</p>
+
+<p>Dans une <b>chapelle</b> contiguë, NICOLÒ DA PIETRO, <i>Christ entouré de
+la Madeleine et des Saintes Femmes</i>.</p>
+
+<p><b>Deuxième sacristie</b>. <i>Annonciation</i> en deux parties, fresques
+contemporaines d'Orcagna.</p>
+
+<p>Sur la place devant l'église, colonne élevée en commémoration de la
+défaite des Siennois à Marciano (1554).</p>
+
+<p><b>PALAIS DE BIANCA CAPELLO</b> (26, via Maggio), la célèbre femme du
+grand-duc François Ier(1526). La façade est décorée d'arabesques en
+grisailles peintes à fresques alternées avec les armes des Médicis.</p>
+
+<p>L'ÉGLISE SAN SPIRITO fut construite en 1487 d'après des plans laissés par
+BRUNELLESCHI.</p>
+
+<p><b>L'intérieur</b>, de style classique, a de remarquables proportions.</p>
+
+<p>Dans la <b>cinquième chapelle</b> se trouve un chef-d'œuvre de FILIPPINO
+LIPPI, l'un de ses premiers ouvrages, appelé <i>la Vierge des Tanaï de
+Nerli</i>.</p>
+
+<p>La Vierge, assise sous un portique, tient l'enfant couché sur ses genoux.
+Devant eux est agenouillé le petit saint Jean, tandis qu'à leurs côtés
+saint Nicolas et sainte Catherine, patrons des Tanaï, leur présentent le
+donateur et la donatrice agenouillés devant eux, admirables et vivants
+portraits. L'intérêt de ce très beau tableau est encore accru par la
+jolie vue de Florence avec la vieille porte San Spirito, qu'on aperçoit
+au fond.</p>
+
+<p>Derrière le chœur, au deuxième autel, <i>Vierge</i> entourée de saints,
+de l'école de GIOTTO. Troisième autel: LORENZO DI CREDI, <i>Vierge et
+Saints</i>.</p>
+
+<p><b>Transept gauche</b>. PIERO DI COSIMO, <i>Vierge et Saints</i>.</p>
+
+<p><b>La sacristie</b> ouverte sur le transept a été bâtie de 1489 à 1497
+par ANTONIO POLLAJUOLO. Ce petit octogone, terminé par une coupole, est
+d'une beauté de forme et d'une pureté de lignes parfaites. Les admirables
+chapiteaux des pilastres sont de premier ordre, les deux placés des deux
+côtés de la base destinée à l'autel sont décorés de quatre superbes
+figures d'hommes nus traînant des guirlandes. D'une exceptionnelle
+qualité, l'art et le goût particuliers de Pollajuolo pour l'anatomie s'y
+révèlent tout entiers.</p>
+
+<p><b>Le vestibule</b> de la sacristie est de SANSOVINO; il est décoré d'une
+belle voûte en berceau reposant sur des colonnes richement sculptées. Ce
+vestibule donne accès aux cloîtres dont le second sert de cour à une
+caserne.</p>
+
+<p><b>ÉGLISE SANTA MARIA DEL CARMINE</b>. Cette église dépendante du couvent
+des Carmes adjacent fut construite en 1422, et, en 1771, après un
+terrible incendie, reconstruite dans le style le plus détestable. La
+seule partie sauvée fut heureusement le transept droit, dont le fond est
+occupé par la <b>chapelle</b> BRANCACCI fondée en 1419 par Antoine
+<b>Brancacci</b> et où sont les célèbres fresques de MASACCIO (1423-1428)
+terminées après sa mort par FILIPPINO LIPPI.</p>
+
+<p>TOMASO DI SER GIOVANNI DA CASTEL SAN GIOVANNI était, d'après Vasari,
+élève de Masolino da Panicale, mais son génie, qui le destinait à être le
+prophète et le précurseur de la Renaissance italienne, ne garde aucune
+trace de ce premier enseignement. En effet Masaccio, dans cet
+extraordinaire monument des débuts du XVe siècle, franchit d'un seul
+élan toutes les bornes assignées à la peinture jusque-là. Hardiment il
+ose le nu, mais le nu réaliste et vivant, tel qu'il s'offre par exemple
+dans une figure grelottant de froid, tandis que Pierre lui donne le
+baptême. Masaccio, non seulement saisit sur le vif le maintien,
+l'attitude et les mouvements; il trouve encore du premier jet cette
+dignité d'allure, cette fierté du geste, cette noblesse native de toute
+la personne qui suscite l'admiration et l'impose.</p>
+
+<p>La différence capitale entre Masaccio et Giotto, dont la sincérité est le
+trait commun, réside dans la science des groupements et dans la manière
+de coordonner et de présenter une scène. Il faut remarquer de quelle
+allure le personnage principal de Masaccio, l'apôtre Pierre, traverse
+toute l'œuvre avec une dignité et une grandeur qui ne se démentent
+jamais. Chez ses successeurs un pareil résultat sera le fruit de la
+patience et d'un art consommé, mais chez lui il est atteint avec une
+extraordinaire simplicité de moyens et presque spontanément.</p>
+
+<p>Il revêt ses principaux personnages de la toge romaine dont les grands
+plis sans cassure les drapent merveilleusement, tandis qu'il donne à ses
+figures secondaires le costume contemporain, suivant en cela ce principe
+mis en lumière par Giotto, que la draperie, grâce à la généralisation
+qu'elle donne, grandit, au lieu que le costume diminue en localisant.
+Masaccio ne recula jamais devant les difficultés du raccourci ou de la
+perspective; pour en pénétrer les secrets, il avait l'intuition et la
+prescience du génie, mais il ne chercha jamais à faire étalage de ce
+savoir-faire et il ne le déploya que lorsque l'occasion le nécessitait,
+son haut idéal d'art l'élevant au-dessus des préoccupations de métier. Il
+est le trait d'union entre Giotto et Raphaël et, grâce à lui, la peinture
+fit en avant le pas décisif qui devait aboutir à l'admirable
+efflorescence du XVIe siècle.</p>
+
+<p>I.&mdash;MASACCIO. <i>Adam et Ève chassés du Paradis</i>. Intéressante étude
+d'anatomie poussée à un réalisme outré.</p>
+
+<p>II.&mdash;FILITPPINO LIPPI. <i>Saint Paul visitant saint Pierre dans sa
+prison</i>.</p>
+
+<p>III.&mdash;MASACCIO. <i>Le tribut à César</i>. Sur l'ordre du Christ, saint
+Pierre, à genoux près d'une rivière, prend dans la bouche du poisson la
+pièce destinée au tribut réclamé par le publicain.</p>
+
+<p>Cette admirable composition est divisée par les plans en trois actions.
+Jésus, au centre, entouré de ses disciples, est une figure d'une sévérité
+et d'une beauté surprenantes. D'un geste impératif il ordonne à Pierre
+d'aller vers la rivière qui coule au fond chercher la pièce du tribut
+dans la bouche d'un poisson et l'incrédulité de l'apôtre forme un
+saisissant contraste avec la foi profonde et extasiée de l'apôtre Jean.</p>
+
+<p>Le fond représente Pierre prenant au poisson la pièce du tribut, tandis
+que sur la droite de la fresque, il la remet au publicain.</p>
+
+<p>Le Christ et ses disciples sont vêtus de la toge, tandis que la belle
+figure, vue de dos, du publicain porte le costume populaire et semble
+sortir du mur, tant sont grandes la vérité de l'attitude et la perfection
+du dessin.</p>
+
+<p>IV.&mdash;MASACCIO. Composition en deux parties terminée par Filippino Lippi.</p>
+
+<p>A. (A gauche) <i>Saint Pierre ressuscitant Eutychus</i>. L'apôtre debout,
+vu de dos, d'un geste noble, étend le bras vers le jeune Eutychus. De
+nombreux personnages groupés entourent l'apôtre et assistent à la scène.
+Eutychus a été terminé par Filippino sur l'esquisse laissée par Masaccio.
+C'est une figure nue, aussi admirable d'anatomie juvénile que d'adoration
+respectueuse envers le saint qui l'a rappelée à la vie.</p>
+
+<p>B. (A droite) <i>Saint Pierre adoré comme chef de l'Église</i>. Une scène
+de toute beauté le représente assis sous un auvent, dans toute sa majesté
+de chef de l'Église. Il a les mains jointes et les yeux levés au ciel;
+devant lui sont prosternés deux laïcs et un religieux.</p>
+
+<p>Les deux scènes de la composition n'ont aucun rapport entre elles, mais
+elles se relient insensiblement par la manière dont l'artiste a disposé
+les personnages intermédiaires.</p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/20-341.png"></p>
+
+<p>V.&mdash;MASACCIO. <i>Saint Pierre prêchant</i>.</p>
+
+<p>VI.&mdash;MASACCIO. <i>Saint Pierre et saint Paul guérissant les malades par
+leurs ombres</i>.</p>
+
+<p>Miracle s'accomplissant dans une rue du moyen âge descendue par les
+apôtres et où leur ombre projetée contre le mur guérit trois infirmes
+dont le plus jeune, allongé à terre, est une figure d'un naturalisme
+saisissant.</p>
+
+<p>VII.&mdash;MASACCIO. <i>Saint Pierre baptisant</i>.</p>
+
+<p>Les hommes nus qui attendent leur tour au bord du fleuve sont surprenants
+d'anatomie; la figure grelottante de froid est célèbre.</p>
+
+<p>VIII.&mdash;MASACCIO. <i>Saint Pierre et saint Paul distribuent des
+aumônes</i>.</p>
+
+<p>IX.&mdash;MASOLINO DA PANICALE. <i>Saint Pierre et saint Paul guérissant un
+boiteux et ressuscitant Tabithe</i>.</p>
+
+<p>Cette double scène se passe sur une vaste place au fond de laquelle
+s'élèvent des maisons appartenant à l'architecture du XIVe siècle et
+bordées de portiques. A droite se trouve le boiteux et à gauche Tabithe
+revenant à la vie entourée de tous les siens. Deux petits personnages, en
+costumes du commencement du XVe siècle, coiffés d'espèces de turbans et
+vêtus de courts manteaux à larges manches, s'avancent au milieu de la
+place causant entre eux, et donnent bien à cette fresque le caractère de
+Masolino auquel elle est attribuée; le dessin moins large et l'attitude
+moins naturelle que dans les œuvres de Masaccio, la différencient
+complètement.</p>
+
+<p>X.&mdash;FILIPPINO LIPPI. Composition en deux parties, grise et manquant de
+caractère. (A droite) <i>Saint Pierre et saint Paul comparaissant devant
+le proconsul romain</i>. (A gauche) <i>Crucifiement de saint Pierre</i>.</p>
+
+<p>Ces fresques ont déjà quelque chose de cette recherche qui aboutira pour
+Filippino Lippi à celles de Santa Maria Novella. Les trois hommes en
+rouge qui assistent au supplice sont certainement la meilleure partie de
+la fresque.</p>
+
+<p>XI.&mdash;MASACCIO. <i>Adam et Ève après le péché</i>, deux superbes figures
+nues; le corps de la femme est particulièrement intéressant.</p>
+
+<p>XII.&mdash;FILIPPINO LIPPI. <i>Délivrance de saint Pierre</i>, la meilleure de
+ses fresques.</p>
+
+<p>L'Ange vêtu de blanc, les mains croisées, précède saint Pierre sur le
+seuil de la prison et l'invite à en sortir. Le saint, tourné vers lui de
+profil, a l'air de lui demander avec le naturel le mieux rendu s'il doit
+vraiment le faire. A droite de la porte, le soldat qui garde la prison
+s'est endormi; ses jambes fléchissent sous le poids du sommeil et il
+tomberait s'il n'était appuyé contre le mur et soutenu par sa lance.</p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/21-344.png"></p>
+
+
+<p>Dans la <b>sacristie</b>, où l'on entre par le bras droit du transept, à
+côté de la chapelle Brancacci, on remarque sur les embrasures de la
+fenêtre deux fresques découvertes en 1858 et relatives à l'histoire de
+<i>sainte Cécile</i>. Elles sont de SPINELLO ARETINO et ont encore la
+naïveté et la raideur giottesques.</p>
+
+<p>Dans le <b>cloître</b>, à droite de l'église, on a retrouvé en 1851 des
+restes de fresques qu'on a crues être la fameuse procession de la
+dédicace de l'église peinte par MASACCIO et où, selon Vasari, «les
+portraits étaient si frappants qu'on y reconnaissait même jusqu'au
+portier du couvent». Les parties retrouvées tiennent en effet de
+Masaccio; mais il est bien difficile de croire que ce puisse être l'œuvre
+primitive, l'église ayant été détruite par l'incendie de 1771 et, par
+conséquent, le mur où elle se trouvait. Une autre <i>fresque</i>
+représente <i>la Vierge avec l'Enfant Jésus et les Évangélistes</i>; elle
+est attribuée à GIOVANNI DA MILANO.</p>
+
+<p>Dans le <b>réfectoire</b>, sur le cloître, une <i>Cène</i> d'ALESSANDRO
+ALLORI.</p>
+<br><br><br>
+
+
+
+<h3>ENVIRONS</h3>
+<h2>DE FLORENCE</h2>
+<hr>
+
+
+<h3>NORD-EST</h3>
+<hr class="short">
+
+
+<h3>PORTE SAN GALLO</h3>
+
+<p class="mid"><b>&mdash;ÉGLISE SAINT-DOMINIQUE DE FIESOLE, BADIA DE<br> FIESOLE, SAN ANSANO.</b></p>
+
+<p class="mid"><b>II.&mdash;FIESOLE</b>.</p>
+
+<p class="mid"><b>III.&mdash;FIESOLE, VINCIGLIATA, ÉGLISE SAN SALVI</b>.</p>
+<br><br>
+
+
+<h3>I</h3>
+
+<p class="mid">SAINT-DOMINIQUE DE FIESOLE, LA BADIA DE FIESOLE, SAN ANSANO.</p>
+
+<p class="mid">(<i>Deux heures de voiture</i>.)</p>
+
+
+<p>On sort de la ville par la vieille <b>porte SAN GALLO</b>, de 1330,
+autrefois décorée de fresques disparues de Ghirlandajo, et l'on suit la
+via Boccaccio sur la rive droite du Mugnone, affluent de l'Arno, d'où
+l'on découvre bientôt la belle campagne mamelonnée des environs de
+Florence, sillonnée de villas. On passe devant la <b>VILLA PALMIERI</b>
+où Boccace écrivit son Décameron, pendant la peste de 1348, et dont il
+fit le lieu de ses contes, puis on atteint Saint-Dominique, au-dessus
+duquel se dresse Fiesole sur la haute colline où s'étagent en terrasses
+ses villas et ses jardins et où se découpent sur le ciel clair les
+silhouettes grêles des oliviers et des cyprès auxquels le paysage toscan
+emprunte son charme poétique et profond.</p>
+
+<p><b>SAINT-DOMINIQUE DE FIESOLE</b>, un des premiers établissements
+dominicains en Toscane, et le couvent où pendant de longues années
+peignit et vécut l'Angelico. L'église, précédée d'un portique du XVIe
+siècle aux armes des Médicis, n'a aucun caractère et est de toutes les
+époques. A l'<b>intérieur</b>, derrière le maître-autel, un grand tableau
+d'ANGELICO est médiocre.</p>
+
+<p><b>Deuxième chapelle</b> à droite.</p>
+
+<p>LORENZO DI CREDI, <i>Baptême du Christ</i>, pâle inspiration du
+chef-d'œuvre de son maître, le Verrocchio, à l'Académie.</p>
+
+<p><b>Troisième Chapelle</b>.</p>
+
+<p>ANDREA PERRUCI. Beau <i>Christ</i> sculpté en bois, de grandeur
+naturelle.</p>
+
+<p>Le chemin qui se détache sur la gauche de Saint-Dominique conduit à la
+Badia.</p>
+
+<p><b>LA BADIA FIESOLANA</b> est située sur une colline dominant le cours du
+Mugnone et possède la plus admirable vue, d'un côté sur Florence et de
+l'autre sur Fiesole.</p>
+
+<p>La Badia est un des monuments les plus anciens de la Toscane. Dès 406,
+elle était un château fortifié; elle devint, en 1028, le plus riche et le
+plus célèbre monastère de Bénédictins de la Toscane et presque de
+l'Italie. En 1440, à la prière de Cosme l'Ancien, le pape Eugène IV donna
+le couvent aux chanoines du Latran; c'est de cette époque que date toute
+sa splendeur. Cosme employa une partie des richesses du couvent à le
+restaurer magnifiquement sous la direction de BRUNELLESCHI et en fit l'un
+de ses séjours préférés (1462). Aussi y fondait-il bientôt la célèbre
+Académie Platonicienne où il réunissait ses familiers et les «clients» de
+sa maison, les Ange Politien, les Marsile Ficin, les Pic de la Mirandole
+et tous ceux auxquels la solitude était indispensable pour favoriser le
+travail de la pensée. Michel-Ange y habita longuement et les graves
+enseignements dont il était entouré ne contribuèrent pas médiocrement à
+hâter la maturité de son puissant esprit.</p>
+
+<p>La façade de la Badia n'a conservé qu'une partie de son revêtement du
+XIVe siècle, en marbre blanc et cipolin, antérieur à celui de San
+Miniato. On entre, à droite de la façade, dans un vestibule d'où part
+l'escalier montant au <b>cloître</b> rectangulaire édifié par
+BRUNELLESCHI, dont le portique est surmonté d'une galerie couverte.</p>
+
+<p>Tout a été traité dans le cloître, comme dans le reste de l'abbaye, avec
+une simplicité sévère et voulue, mais dans un style ample et pur. Sur un
+des côtés s'ouvre la petite <b>chapelle</b> privée réservée aux moines.
+La décoration de la porte, des deux fenêtres sur le cloître et
+l'encadrement de l'ancien retable en pierre grise sont d'une élégante
+simplicité.</p>
+
+<p>Le <b>Réfectoire</b>, précédé d'une salle où se trouve un lavabo de style
+classique et d'un goût exquis, possède une ravissante <i>chaire</i> en
+pierre grise à laquelle on monte par un escalier pratiqué dans le mur et
+contenu dans une baie ouverte. Les sculptures de premier ordre dont elle
+est ornée représentent des chérubins, des guirlandes et de délicats
+fouillis de feuillages.</p>
+
+<p>A la suite du cloître, un portique ouvert, à cinq arcades surmontées
+d'une loggia, donne sur des jardins d'où la vue sur Florence est de toute
+beauté.</p>
+
+<p>Dans le <b>vestibule</b> allant du cloître à l'église, un charmant
+<i>lavabo</i> en marbre blanc, ouvrage de MINO DA FIESOLE, se compose
+d'une vasque oblongue soutenue par un pied sur lequel courent des
+dauphins. Ce lavabo est encadré d'un ordre architectonique dont la frise
+porte les armes des Médicis.</p>
+
+<p><b>L'église</b>, d'une pureté et d'une simplicité remarquables, est en
+forme de croix latine à une seule nef, sur laquelle, de chaque côté,
+quatre grandes baies cintrées donnent accès à des chapelles. Le transept,
+plus élevé de quelques marches, conduit au chœur terminé carrément; à la
+croisée quatre arcatures soutiennent une coupole en rotonde arrondie;
+enfin, à chaque extrémité du transept, s'ouvrent deux ravissantes portes
+d'ordre classique aux armes des Médicis. La décoration sobre et
+harmonieuse du monument est formée par des encadrements qui se détachent
+sur des pilastres de pierre grise.</p>
+
+<p>Les autels sont également en pierre grise, sauf l'autel principal, bel
+ouvrage en mosaïque de marbre de la même époque.</p>
+
+<p>Revenu à Saint-Dominique, on commence à gravir les lacets de la colline
+de Fiesole au milieu de vignes et d'oliviers étagés sur des terrasses.
+Après avoir laissé à droite la route de Majano, on passe au pied de
+l'ancien COUVENT DE LA DOCCIA, fondé en 1414 et dont le portique par
+SANTI DI TITO fut élevé, dit-on, sur les dessins de MICHEL-ANGE. Avant
+d'arriver à Fiesole, on prend à gauche l'ancienne route de piétons, la
+via Fiesolana, qui descend rapidement à la petite église de San Ansano.</p>
+
+<p><b>L'ÉGLISE DE SAN ANSANO</b> fut fondée au Xe siècle. En 1200, elle
+dépendait de la compagnie de la Trinité de Florence et elle fut ensuite
+canonicat de la cathédrale de Fiesole, dont elle constituait un bénéfice.
+Achetée en 1795 par le chanoine Bandini, elle fut convertie par lui en un
+musée qu'il légua à la commune de Fiesole.</p>
+
+<p>Les quatre tableaux les plus intéressants sont les quatre
+<i>Triomphes</i> de BOTTICELLI, petits panneaux sur bois, superbes de
+composition, mais malheureusement mal conservés. 1° (Mur de droite)
+<i>Triomphe du Temps</i>. Saturne, vieux et cassé, est perché au sommet
+d'un cadran d'horloge où les heures d'or se détachent sur fond noir. Le
+cadran est soutenu sur un char triomphal par deux génies aux pieds
+desquels deux chiens couchés, l'un blanc, l'autre noir, symbolisent le
+jour et la nuit. Le char, couvert d'une housse rouge richement brodée
+d'or, est traîné par deux cerfs, image de la rapidité du temps.</p>
+
+<p>2° <i>Triomphe de la Chasteté</i>. Sur un socle doré placé à l'arrière
+d'un char, la Chasteté debout, vêtue d'une robe de bure semée de chardons
+d'or, tient une palme. A ses pieds, Éros est enchaîné par deux femmes,
+tandis qu'une troisième bande son arc et qu'une quatrième accourt
+apportant d'autres liens. Au char sont attelées les licornes symboliques
+de la pureté, conduites par des femmes à peine voilées de tuniques
+transparentes, que soulève le vent; l'une d'elles marche en avant, avec
+la bannière de la pureté, une hermine détachée sur un fond rouge.</p>
+
+<p>3° (Mur de gauche) <i>Triomphe de l'Amour</i>. Il est représenté par une
+figure de bronze aux ailes dorées qui s'envole en décochant ses traits,
+au-dessus d'un bûcher autour duquel un vieillard, un guerrier et une
+jeune femme sont assis enchaînés.</p>
+
+<p>Aux quatre angles du char triomphal de l'Amour sont placés des génies
+dorés; son attelage est composé de quatre chevaux blancs autour desquels
+se pressent de nombreux personnages.</p>
+
+<p>4° <i>Triomphe de la Religion</i>. La Foi, l'Espérance et la Charité sont
+agenouillées sur un char tiré par les bêtes symboliques données comme
+attribut aux quatre Évangélistes.</p>
+
+<p>Au-dessus du char entouré de figures agenouillées plane le Père Éternel
+bénissant. Cette composition, très endommagée, est inférieure.</p>
+
+<p>On retrouve dans ces œuvres de Botticelli, malgré les repeints nombreux,
+le charme excessif de sa poétique et ravissante nature. Les figures de
+femmes dans le <i>Triomphe de la Chasteté</i> paraissent les sœurs de
+celles du Printemps ou de la Calomnie, tant elles ont semblable envolée
+et grâce légère dans leur élégante silhouette.</p>
+
+<p>A droite de l'entrée, <i>Enfant Jésus bénissant</i>, délicieuse petite
+figure nue de LUCA DELLA ROBBIA.</p>
+
+<p>Du même côté, le bénitier est bordé d'une guirlande de feuilles et de
+fruits au milieu de laquelle est représenté un buste vu de face.</p>
+
+<p>Il a pour pendant un autre médaillon à peu près du même genre, mais moins
+parfait d'exécution. Au-dessus du chœur, belle tête de <i>Saint
+Jean-Baptiste</i> dans un médaillon.</p>
+
+<p>Sur la porte de la sacristie, <i>la Visitation</i>, haut relief
+polychrome d'ANDREA DELLA ROBBIA.</p>
+
+<p>Sur la porte opposée, un admirable <i>Saint Jean-Baptiste à genoux devant
+le Christ</i>, émail blanc sur fond de couleur.</p>
+
+<p>Le devant de l'autel est formé d'une terre cuite dorée, en haut relief,
+l'<i>Adoration des Pasteurs</i>, attribuée à MICHEL-ANGE.</p>
+
+<p>Dans le passage de la sacristie se trouve une petite chapelle dont
+l'autel est surmonté d'un magnifique médaillon de LUCA DELLA ROBBIA,
+<i>la Vierge à genoux</i>, les mains jointes, en adoration devant
+l'Enfant avec deux anges volant à ses côtés.</p>
+
+<p>Les œuvres des DELLA ROBBIA sont en si grand nombre à San Ansano,
+qu'elles constituent un véritable musée de cet art charmant où s'allient
+le plus souvent la perfection de la forme, le charme de la couleur et la
+poésie raffinée du sentiment. Là, mieux que partout ailleurs, grâce à la
+quantité et à la qualité des ouvrages exposés aux regards, on peut
+étudier la tradition et l'histoire des terres cuites émaillées. Et cela
+est particulièrement vrai pour Luca, tant cette église est riche en
+pièces qui peuvent compter parmi les meilleures du vieux maître, et dans
+lesquelles se concilient ses admirables qualités de profonde sincérité
+réaliste et de grâce émue et touchante.</p>
+<br><br>
+
+
+
+<h3>II</h3>
+
+<h3>FIESOLE.</h3>
+
+
+<p><b>FIESOLE</b>, l'ancienne Fæsulæ des Romains, est une vieille cité
+étrusque, dont les murs sont en partie conservés. De la vaste place qui
+couronne la colline où est bâtie Fiesole, la vue sur Florence et sa belle
+campagne est admirable.</p>
+
+<p><b>LA CATHÉDRALE</b> est le type le plus ancien et le plus parfait de
+l'architecture toscane, inspirée des basiliques du XIe siècle. Elle fut
+construite en l'année 1228, et a trois nefs séparées par des colonnes
+inégalement placées, dont la plupart ont des chapiteaux antiques
+simplement posés sur leur fût. A la hauteur de l'avant-dernière travée,
+se dresse l'autel destiné aux fidèles, car, au moyen âge, le chœur était
+un endroit consacré où les laïcs n'avaient pas le droit de pénétrer.
+Devant cet autel, des escaliers descendent à la <b>crypte</b> ouverte par
+cinq baies. Elle est formée de trois courtes nefs séparées par quatre
+légères colonnes à chapiteaux étrusques et a pour clôture une admirable
+<i>grille</i> de 1300 à médaillons quadrilobés.</p>
+
+<p>Dans la crypte, au fond de son abside, se trouve une statue en terre
+cuite vernissée de <i>San Romolo</i> par les DELLA ROBBIA. La curieuse
+fresque qui la décore représente Fiesole au XIIIème siècle. Au-dessus de
+cette abside s'élève le <b>chœur</b> auquel on accède par des degrés
+placés de chaque côté. Le maître-autel est surmonté d'un triptyque où
+sont peints sur fond d'or la Vierge et quatre Saints de l'école de
+GIOTTO.</p>
+
+<p>A gauche du chœur, se dresse le <i>tabernacle</i> en marbre blanc d'ANDRÉ
+FERRUCCI; c'est un excellent ouvrage de la fin du XVe siècle, divisé en
+trois niches: celle du milieu contenant un colossal ciboire; celles des
+côtés, <i>l'Annonciation</i> en deux parties. Également dans le chœur,
+l'on voit le tombeau de l'évêque Jacopo Bavaro, fondateur de l'église.</p>
+
+<p>La première chapelle à droite du chœur est la <b>chapelle Salutati</b>.</p>
+
+<p>Sur le mur s'élève le <i>tombeau de l'Évêque Lionardo Salutati</i>,
+exécuté de son vivant par MINO DA FIESOLE (1466). C'est un des premiers
+ouvrages de Mino, et assurément son chef-d'œuvre, car l'artiste n'a
+jamais retrouvé par ailleurs les qualités de grâce fraîche et jeune
+alliées au fini de l'exécution. Le monument est composé d'un magnifique
+sarcophage de marbre blanc, de forme antique, reposant sur des consoles
+entre lesquelles est placé le buste de l'évêque, admirable de vie, de
+vérité, de bonté, de finesse et d'intelligence. En face du tombeau,
+contre le mur, le retable de marbre blanc fut commandé également à Mino
+par l'évêque Salutati.</p>
+
+<p>Cette œuvre fait déjà pressentir, par sa facture plus compliquée, le
+défaut de simplicité et le maniérisme qui sera plus tard généralement
+affecté par Mino da Fiesole.</p>
+
+<p>Le retable est divisé en trois parties: la partie centrale est occupée
+par la <i>Vierge</i> en relief, adorant l'Enfant traité en ronde bosse,
+entre saint Rémi guérissant un boiteux, et saint Léonard en mendiant,
+figures en bas-relief.</p>
+
+<p>La pluralité des plans montre déjà dans cet ouvrage de Mino son amour
+pour la complication des lignes et pour la surcharge des procédés,
+défauts destinés à exercer plus tard une si fâcheuse influence sur son
+style.</p>
+
+<p>Le <b>Campanile</b> de 1213 est une tour carrée d'aspect élancé, terminée
+par des mâchicoulis et par des créneaux.</p>
+
+<p><b>LE THÉÂTRE ANTIQUE</b> était situé sur l'autre versant de la colline
+de Fiesole au nord. Une partie de l'hémicycle avec seize rangs de gradins
+a été exhumée dans des fouilles récentes. La vue qu'on découvre de ces
+ruines sur Fiesole et sur sa campagne est de toute beauté.</p>
+
+<p>Sur la place de l'église s'élèvent, d'un côté le palais épiscopal et le
+séminaire, et de l'autre le palais Pretorio du XIIIe siècle, qui porte
+les armoiries des podestats et contient le musée où sont conservés
+quelques objets provenant des fouilles faites à Fiesole.</p>
+
+<p>L'ÉGLISE SANTA MARIA PRIMERANA s'élève à côté du palais Pretorio.</p>
+
+<p>A droite du chœur est un magnifique retable, l'un des premiers ouvrages
+de LUCA DELLA ROBBIA, le Christ en croix avec deux anges recueillant son
+sang dans des calices. Autour de lui sont groupés, dans des attitudes
+désolées, la Vierge, saint Jean et la Madeleine.</p>
+<br><br>
+
+
+
+<h3>III</h3>
+
+<h3>DE FIESOLE PAR VINCIGLIATA A SAN SALVI</h3>
+
+<p class="mid">(<i>Environ cinq heures de voiture</i>.)</p>
+
+
+<p>De Florence, après avoir gagné Fiesole qu'on traverse, on contourne le
+mont Cectioli au sud-est de Fiesole et l'on suit une arête au travers
+d'un bois clairsemé de pins et de cyprès d'où l'on domine des deux côtés,
+à une grande hauteur, un paysage montagneux de toute beauté. La route de
+Vincigliata, bordée de hauts cyprès, se détache bientôt et l'on plonge
+sur tout le bassin de Florence que l'on découvre à ses pieds avec la
+ceinture des Apennins purement découpés sur l'horizon. On laisse à droite
+le CASTEL DI POGGIO, petit château avec des restes de fortifications dans
+une magnifique situation, en face du monte Cectioli, puis la route
+descend par de longs lacets, avec la vue toujours étendue sur le paysage
+unique qu'on admire depuis Fiesole, vers le château de Vincigliata qu'on
+aperçoit au-dessous de soi.</p>
+
+
+<p><b>LE CHÂTEAU DE VINCIGLIATA</b> (permission à Florence) appartient à un
+Anglais, M. Temple Leader, qui le releva de ses ruines de 1855 à 1867, et
+reconstitua ainsi le type à peu près unique d'un château fort italien du
+XIVe siècle. Le château proprement dit est une masse carrée dominée par
+une tour carrée, le tout formidablement hérissé de mâchicoulis et de
+créneaux et entouré d'une enceinte défendue par deux tours, dont l'une
+forme l'entrée, tandis que s'étendent en face les bâtiments d'habitation
+reliés à l'entrée par une sorte de galerie formant cloître.</p>
+
+<p>De ces appartements, situés en contre-bas du grand préau dont est
+entourée la tour centrale, on monte à celui-ci par un escalier intérieur
+qui débouche sous le portique d'une de ses faces (les deux autres étant
+occupées par des bâtiments).</p>
+
+<p>Toute cette cour est garnie d'écussons et de sculptures comme la cour du
+Bargello, et, comme celle-ci, elle a un escalier extérieur montant à
+l'étage supérieur.</p>
+
+<p>Quant aux bâtiments d'habitation, les appartements sont intelligemment
+restaurés dans le goût de l'époque. A la chapelle et à la salle de
+justice succède la salle d'armes décorée de fresques provenant de
+l'ancien hôpital de Santa Maria della Scala, <i>la Vie de saint
+Bernard</i> attribuée à SPINELLO ARETINO.</p>
+
+<p>De Vincigliata la route gagne la vallée par de nombreux lacets, et après
+avoir franchi le Torrent de la Mensola, elle atteint <b>SAN MARTINO DE LA
+MENSOLA</b> dont l'église possède un retable attribué à FRA ANGELICO;
+puis on rejoint par une pente rapide la route de Settignano à San Salvi.</p>
+
+<p><b>SAN SALVI</b> est un ancien couvent de la règle de Vallombreuse,
+mentionné dès 1084, mais dont il ne subsiste que peu de restes.</p>
+
+<p>Dans le <b>réfectoire</b> s'est heureusement conservée une œuvre des plus
+importantes, peinte par ANDREA DEL SARTO, de 1526 à 1527, dans les toutes
+dernières années de sa vie. Cette composition est peut-être la seule
+<i>Cène</i> qui puisse, de loin il est vrai, être rapprochée de la
+fresque de Léonard comme grandeur de composition et comme noblesse de
+mise en scène.</p>
+
+<p>On ne peut naturellement réclamer des maîtres de la grande Renaissance la
+simplicité émue et l'intensité parfois poignante des vieux maîtres, pour
+lesquels la peinture n'était que le moyen de fixer en eux-mêmes le
+souvenir de leurs visions. Rien de pareil ici; on est en face d'une forme
+d'art pour laquelle le sujet importe peu, ou n'est plus rien, et où tout
+se réduit à obtenir l'eurythmie, par des procédés purement techniques.</p>
+
+<p>Les artistes atteignent un véritable summum dans les groupements naturels
+et harmonieux, dans la beauté de l'attitude et du mouvement, dans la
+science du coloris, la richesse de la draperie, dignes de toute
+admiration, mais il ne faut pas leur demander d'exprimer de certaines
+émotions qu'ils sont bien incapables de ressentir.</p>
+
+<p>Le long des murs, quelques belles figures de Saints sont encore des
+ouvrages de jeunesse d'Andrea del Sarto.</p>
+
+<p>On rentre à Florence par la place Beccaria, au milieu de laquelle a été
+conservée la vieille porte Santa Croce.</p>
+<br><br>
+
+
+
+<h3>NORD-OUEST ET OUEST</h3>
+
+
+
+<h3>PORTA AL PRATO</h3>
+
+<p><b>I. CARREGGI, PETRAJA, VILLA DE CASTELLO, LA DOCCIA, SAN STEFANO IN
+PANE, PONTE A RIFREDI</b>.</p>
+
+<p><b>II. PERETOLA, BROZZI, SAN DONINO, POGGIO A CAJANO</b>.</p>
+
+
+
+
+<h3>I</h3>
+
+<p class="mid">CARREGGI, LA PETRAJA, VILLA DE CASTELLO, LA DOCCIA, ÉGLISE SAN STEFANO<br> IN
+PANE, PONTE A RIFREDI.</p>
+
+<p class="mid">(<i>Environ cinq heures de voiture</i>.)</p>
+
+<p>On sort de la ville par la Porte al Prato, et, après avoir traversé le
+Mugnone et dépassé la colline de Fiesole qu'on laisse sur la droite, on
+suit la route de Ponte a Rifredi jusqu'à l'entrée de ce village, où l'on
+tourne à droite pour atteindre bientôt Carreggi.</p>
+
+<p><b>LA VILLA DE CARREGGI</b> fut bâtie par Cosme le Vieux. MICHELOZZO
+MICHELOZZI la construisit dans ce style classique gréco-romain qui alors
+pour l'Italie était une sorte de rage.</p>
+
+<p>Le vieux Cosme destinait Carreggi à devenir l'asile de tous les savants
+proscrits auxquels il tendrait une main secourable et hospitalière. Cette
+maison ne tarda pas à lui être un lieu de prédilection, à l'égal de sa
+chère Badia de Fiesole, si bien qu'il y mourut en 1464, chargé d'ans et
+de renommée, après avoir donné à la peinture et à l'architecture
+l'impulsion qui, de saintes et originales qu'elles étaient, les a faites
+magnifiquement copistes.</p>
+
+<p>Son fils Pierre eut assez à faire avec les difficultés intérieures et
+extérieures qu'il rencontra, pour n'avoir pas grand temps à donner aux
+plaisirs intellectuels; mais son petit-fils Laurent hérita des goûts de
+son grand-père, et la villa de Carreggi devint le rendez-vous de tous les
+hellénistes et de tous les latinistes de l'époque, à l'exclusion de la
+Badia, trop sévère pour ses goûts de magnificence. Laurent rétablit à la
+villa Carreggi les entretiens du jardin d'Academos, et, ayant découvert
+que la Grèce fêtait le 17 novembre l'anniversaire de la naissance de
+Platon, chaque année il y célébrait cette date à grand renfort de
+musiciens et de discussions philosophiques. Étant tombé malade à
+Florence, Laurent se fit aussitôt transporter à sa chère villa, où il
+mourait en 1492, après avoir appelé à son lit de mort Jérôme Savonarole
+dont l'ascétique figure parut terrible et jeta l'effroi dans ce léger
+milieu païen.</p>
+
+<p>On raconte que, pour rester jusqu'au bout fidèle à ses traditions
+athéniennes, Laurent fit élever à Carreggi son second fils Jean, celui
+qui devait être le pape Léon X.</p>
+
+<p>De sa splendeur passée, la villa n'a conservé que ses beaux jardins; elle
+appartient actuellement à la famille Orsi.</p>
+
+<p>La route descend vers le torrent de la Terzolla qu'elle franchit,
+contourne les bâtiments du couvent della Quiete et arrive rapidement à
+<b>LA VILLA PETRAJA</b>. La villa royale de la Petraja (permission à
+Pitti), construite par BUONTALENTI, a conservé assez grand air en dépit
+des réparations. C'est un édifice carré surmonté d'une sorte de beffroi
+bordé de deux galeries extérieures. Cette tour fortifiée rappelle la
+destination de la villa, château fort jusqu'en 1608, époque où les
+Médicis la transformèrent. La Petraja s'élève au pied des montagnes, sur
+leurs dernières pentes, et est précédée de beaux jardins étagés en
+terrasses d'où l'on découvre un panorama splendide d'une immense étendue
+sur Florence et les montagnes. A droite du château se présente une
+ravissante <i>fontaine de</i> TRIBOLO, sorte de vasque, d'où s'élève une
+colonne de marbre blanc décorée de satyres chevauchant des dauphins, et
+destinée à supporter une deuxième vasque ornée de guirlandes tenues par
+des génies. De cette conque émerge un piédestal qui sert de support à une
+charmante baigneuse de bronze tordant ses cheveux, ouvrage de JEAN DE
+BOLOGNE.</p>
+
+<p>L'ancienne cour, transformée en salon vitré, est décorée de
+<i>fresques</i> de DANIEL DE VOLTERRA sous le portique; d'autres fresques
+du XVIIe siècle sont relatives à l'histoire des Médicis. Le beau parc de
+la villa la relie à celle de Castello qu'on gagne à pied en quelques
+minutes.</p>
+
+<p><b>LA VILLA ROYALE DE CASTELLO</b>, située plus bas que la Petraja,
+possède, à défaut d'étendue, un beau jardin dessiné et créé par Cosme
+l'Ancien et auquel on a conservé les dispositions de l'époque. La
+décoration en fut confiée au sculpteur NICOLAS TRIBOLO en 1550, et il fut
+orné de sculptures antiques provenues en majeure partie de l'ancien dôme
+de Florence avant qu'Arnolfo di Cambio ne l'eût transformé. Au milieu du
+jardin s'élève une magnifique <i>fontaine</i> monumentale composée de
+deux vasques superposées, ouvrage de TRIBOLO. Sur le bord de la première
+sont couchées quatre ravissantes statuettes de bronze, sur la seconde se
+dresse un groupe en bronze, <i>Hercule et Antée</i>.</p>
+
+<p>Dans la partie supérieure du <b>jardin</b>, sous la terrasse, s'ouvre une
+grotte artificielle en rocaille où s'agite au-dessus de fontaines la
+ménagerie la plus étrange, rhinocéros, girafes, ours, loups, lions,
+singes etc., etc. Sur les bords des superbes vasques formées par des
+sarcophages antiques, des oiseaux en bronze dus à JEAN DE BOLOGNE sont
+posés un peu partout.</p>
+
+<p>De la villa de Castello, une marche de quelques minutes conduit à la
+<b>Doccia</b>, la célèbre manufacture de faïences fondée en 1735 par le
+marquis Ginori. Un petit musée contient les plus intéressants types de
+fabrication.</p>
+
+<p>En sortant de la Doccia, on repasse devant Castello pour atteindre
+l'église de <b>San Stefano in Pane</b>. Elle possède un beau retable en
+terre vernissée polychrome, par JEAN DELLA ROBBIA.</p>
+
+<p>Deux Saints gardent le tabernacle entouré d'une double bordure
+d'arabesques et de chérubins et surmonté d'un vase de fleurs d'où partent
+des guirlandes de fruits. Au-dessus, deux Anges volent en soutenant une
+couronne sur la colonne mystique.</p>
+
+
+<h3>II</h3>
+
+<p class="mid">PERETOLA, BROZZI, SAN DONINO, POGGIO A CAJANO.</p>
+
+<p class="mid">(<i>Environ cinq heures de voiture</i>.)</p>
+
+<p>On sort de Florence par la porte de Prato et, après avoir traversé le
+Mugnone, on longe le parc de la villa San Donato Peretola.</p>
+
+<p><b>L'ÉGLISE SAINTE-MARIE</b>, fondée au XIIe siècle, est depuis 1449 un
+fief de Sainte-Marie Nouvelle.</p>
+
+<p><b>Brozzi</b>. Les vieilles familles florentines des Strozzi, des
+Cavalcanti, des Ruccellai possédaient à Brozzi des palais dont les
+façades délabrées sont encore ornées de leurs armoiries.</p>
+
+<p><b>San Donino</b>. A droite de la route, on a une fort belle vue sur le
+monte Gione et les Apennins; on traverse l'Ombrone sur un pont et on se
+trouve dans le pittoresque village de Poggio a Cajano admirablement situé
+sur les collines que bordent la rive droite de l'Arno. Au nord, s'étend
+la chaîne des Apennins dont on s'est sensiblement rapproché et qui
+profilent leurs belles découpures au-dessus d'un riant paysage.</p>
+
+<p><b>LA VILLA ROYALE DE POGGIO A CAJANO</b> est située sur le point
+culminant de la route qui conduit à Lucques, de sorte que ses trois
+façades offrent chacune une charmante vue: l'une sur Florence, l'autre
+sur les montagnes et les villages dont elles sont semées, et enfin la
+troisième sur Prato, Pistoia, Sesto et tout le val d'Arno inférieur.</p>
+
+<p>Laurent le Magnifique, séduit par la position délicieuse de Poggio a
+Cajano, voulut en faire sa résidence de prédilection et demanda un plan à
+tout ce que Florence comptait alors de plus célèbre en architectes et en
+peintres. Celui de JULES DE SAN GALLO eut la préférence; seulement
+Laurent exigea qu'il y ajoutât un escalier extérieur, pris sur un autre
+dessin et grâce auquel on pourrait accéder à cheval jusqu'au haut du
+perron. Il voulut encore que le plafond de la grande galerie fût
+circulaire: construction audacieuse pour la science architecturale
+d'alors, par suite de ses vastes proportions et que du reste Sangallo
+réussit parfaitement.</p>
+
+<p>Après la mort de Laurent, les travaux interrompus furent repris est
+achevés par Léon X, sous lequel furent exécutées les magnifiques fresques
+d'ANDREA DEL SARTO, de FRANCIABIGIO et du PONTORNO dont le grand défaut
+est de représenter des sujets relatifs aux Médicis, d'un intérêt plus que
+médiocre.</p>
+
+<p>La villa de Cajano rappelle bien des souvenirs de l'histoire de Florence:
+Charles-Quint l'habita en 1536, lors du mariage de Marguerite d'Autriche
+avec le grand-duc Alexandre. Éléonore de Tolède, femme du grand-duc Cosme
+Ier, s'y laissa mourir de faim, après la mort tragique de ses deux fils:
+Jean, assassiné par son frère Garcia, et celui-ci, son enfant favori, tué
+à son tour devant elle par son père, en punition de ce meurtre. Puis
+mourut Cosme, et le grand-duc François, d'amoureuse mémoire, habita
+souvent Poggio a Cajano avec Bianca Capello, dont l'histoire offre le
+plus étonnant assemblage de toutes les misères et de toutes les fortunes.</p>
+
+<p>Fille d'un des patriciens les plus fastueux de la République vénitienne,
+elle se faisait enlever à dix-sept ans par un commis florentin employé en
+face du palais de son père et fuyait avec lui à Florence où elle
+l'épousa. La tête de son amant ayant été mise à prix par la République
+sérénissime, ils vécurent à Florence cachés et dans la plus extrême
+misère jusqu'au jour où Bianca fut aperçue à sa fenêtre par le grand-duc
+Francesco qui en devint éperdument amoureux, et qui, après lui avoir
+donné un sauf-conduit pour son mari, en fit sa maîtresse et l'installa
+superbement dans le palais voisin de Pitti appelé encore de son nom. La
+malheureuse Jeanne d'Autriche, que le grand-duc avait épousée sur ces
+entrefaites, impuissante à lutter contre son abandon et l'omnipotence
+toujours croissante de la maîtresse, mourut bientôt de chagrin, et
+l'ascendant de Bianca était tel qu'elle se faisait épouser par le
+grand-duc, aussitôt son deuil terminé (1580).</p>
+
+<p>Trois ans après ce mariage, le jeune grand-duc héritier, fils de Jeanne
+d'Autriche, mourait et, à défaut de descendance directe, le cardinal
+Ferdinand devint grand-duc présomptif. Comme la perspective de le voir
+régner ne pouvait convenir aux ambitions de Bianca, elle simula bientôt
+une grossesse et un accouchement, et, le 30 août 1585, elle faisait
+passer pour un fils né d'elle un enfant clandestinement apporté. La
+supercherie découverte par son beau-frère, le principal intéressé à
+l'absence d'héritiers, l'enfant fut déclaré inapte à succéder. A la suite
+de ces événements, une haine formidable contre Ferdinand s'étant amassée
+dans l'âme de Bianca, elle résolut de se défaire de lui à l'aide du
+poison. L'automne suivant, le cardinal fut invité par François à venir
+chasser avec lui à Poggio a Cajano, une des réserves les plus giboyeuses
+du grand-duc. Le jour même de son arrivée, Bianca, dit-on, lui prépara de
+ses mains une espèce de tourte qu'elle savait particulièrement aimée de
+lui et y mélangea un de ces subtils poisons dont les Borgia avaient
+laissé le secret; mais comme une telle gracieuseté de sa part ne laissait
+pas que d'inquiéter le cardinal, il refusa d'y goûter. Le grand-duc,
+piqué de l'affront infligé à sa femme par son frère, voulut à son défaut
+faire honneur à cette pâtisserie et Bianca, qui devait ou avouer son
+crime, ou laisser son mari mourir empoisonné, se décida rapidement à
+partager avec lui ce funèbre régal. Le lendemain Francesco et Bianca
+étaient morts, et Ferdinand qui succédait lançait sa barrette aux orties.</p>
+
+<p>Ces événements jetèrent naturellement une certaine défaveur sur la villa
+de Laurent; lorsque après un demi-siècle elle devint un lieu d'exil pour
+l'espèce de folle que fut Marguerite d'Orléans, fille de Monsieur,
+qu'avait épousée, pour son malheur, le grand-duc Cosme III et dont les
+extravagances furent telles que l'on consentit à la laisser retourner en
+France, trop heureux de s'en débarrasser.</p>
+
+<p>Le fils de Cosme III, Ferdinand, habita presque exclusivement Poggio pour
+vivre séparé de sa femme Violante de Bavière, dont il n'avait pu avoir
+d'héritiers, et Poggio redevint alors ce qu'il avait été sous Laurent, un
+lieu de plaisir et de fêtes continuelles. Après cette dernière splendeur,
+l'histoire politique et scandaleuse de la villa fut terminée; elle resta,
+toutefois, bien de la couronne et elle appartient encore, aujourd'hui, à
+la maison royale d'Italie.</p>
+
+<p>La villa Poggio a Cajano est restée telle qu'elle était au temps des
+Médicis, un édifice carré sans grand caractère, dont le rez-de-chaussée
+est orné d'un portique et dont la façade présente une colonnade en style
+classique. D'admirables jardins l'entourent, ceux où Laurent se livrait à
+son goût pour l'agriculture et la zoologie.</p>
+
+<p><b>A l'intérieur</b>, la pièce où est morte Bianca Capello est située au
+rez-de-chaussée; l'ornementation fort curieuse en est due à un escalier à
+balustres et à une belle cheminée. Le milieu de ce demi-étage est occupé
+par une petite salle de spectacle aménagée par Léon X.</p>
+
+<p>Au premier, de nombreuses pièces, décorées au commencement de ce siècle,
+ont la banalité de toutes les résidences royales; elles possèdent de
+nombreux portraits en pied, fort médiocres, des princes de la maison des
+Médicis; ils garnissent un splendide salon où se retrouve intacte la
+magnificence de la Renaissance parvenue à son apogée. Cette salle,
+décorée par les soins de Léon X, est de la plus grande richesse; le
+plafond fort élevé, voûté en berceau, porte peintes en relief et dans des
+dimensions colossales les armes de Léon X surmontées de la tiare
+pontificale.</p>
+
+<p>Les armoiries et les devises des Médicis, sur un fond d'or, forment en se
+répétant toute la décoration. Les murs sont entièrement recouverts de
+fresques; les quatre principales occupent les deux grands panneaux de la
+pièce, de chaque côté des portes. La plus belle, par le charme de son
+coloris et de sa composition, représente <i>César recevant en Égypte les
+tributs des nations vaincues</i>, allusion aux présents faits à Laurent
+par un Égyptien. Les enfants placés au premier plan qui tiennent des
+animaux rares, sont une autre allusion relative au goût de Laurent pour
+la zoologie.</p>
+
+<p>Une inscription indique que cette fresque, commencée en 1521 par ANDREA
+DEL SARTO, fut achevée par ALESSANDRO ALLORI en 1580.</p>
+
+<p>De l'autre côté de la porte, une fresque d'ALLORI montre le <i>Consul
+Flaminius détachant les Achéens de leur ligue avec Antiochus</i>,
+allusion à la diète de Crémone où Laurent mit à néant les desseins des
+Vénitiens.</p>
+
+<p>En face, FRANCIABIGIO a peint le <i>Triomphe de Cicéron au Capitole</i>.
+Tableau médiocre, allusion au retour de Cosme l'Ancien à Florence en
+1434, après son année d'exil à Padoue. Enfin, en dernier lieu, vient la
+superbe fresque d'ANDREA DEL SARTO représentant un festin auquel prennent
+part Scipion et Syphax, allusion au glorieux voyage de Laurent le
+Magnifique à Naples et à la réception qui lui fut faite.</p>
+
+<p>La scène a lieu sous un portique au travers duquel on aperçoit la mer et
+une ville échelonnée sur une montagne. Parmi les esclaves, celui de
+gauche, le torse nu et portant deux plats, est tout à fait remarquable de
+mouvement et de beauté plastique.</p>
+
+<p>D'autres fresques moins importantes décorent les extrémités de la salle
+et les lunettes. D'admirables coffres de mariage du XVIe siècle, dits
+Cassones, contribuent à l'ameublement de cette splendide salle.</p>
+
+<p>On rentre à Florence par la même route qui bifurque à peu de distance de
+la ville sur les CASCINES, promenade à l'ouest, entre l'Arno et la
+Mugnone, sur une longueur de quatre kilomètres. Le nom de cette promenade
+favorite des Florentins est venu de la métairie Cascina dont elle
+dépendait autrefois.</p>
+<br><br><br>
+
+
+
+<h3>SUD ET SUD-EST</h3>
+
+
+
+<h3><b>PORTA ROMANA</b></h3>
+
+<p class="mid"><b>I. CHARTREUSE D'EMA. GALUZZO, POGGIO IMPERIALE</b>.</p>
+
+<p class="mid"><b>II. SAN GIOVANNI DELLA CALZA, VIA LE DEI COLLI, SAN SALVATORE AL<br>
+MONTE, SAN MINIATO, PLACE MICHEL-ANGE</b>.</p>
+
+<p class="mid"><b>III. SAN FRANCESCO DI PAOLA, BELLO SGUARDO</b>.</p>
+
+
+
+
+<h3>I</h3>
+
+<p class="mid">CHARTREUSE D'EMA, GALUZZO, POGGIO IMPERIALE.</p>
+
+<p class="mid">(<i>Environ trois heures de voiture</i>.)</p>
+
+<p>On sort de Florence par la vieille Porte Romaine construite par Orcagna
+en 1328, et encore encadrée de murs crénelés. La route traverse des
+collines et des mamelons plantés de vignes jusqu'à Galuzzo où elle passe
+le torrent d'Ema pour atteindre bientôt la porte d'enceinte de <b>LA
+CHARTREUSE D'EMA</b> que l'on aperçoit couronnant une colline dont les
+flancs sont plantés de cyprès. La Chartreuse fut fondée en 1341 par le
+Florentin Acciajuoli, fixé à Naples où il avait fait une rapide fortune,
+et où il était devenu grand sénéchal, sans pour cela oublier sa patrie.
+Les plans furent, dit-on, dressés par ANDREA ORCAGNA, mais la Chartreuse
+ne fut toutefois achevée qu'au XIVe siècle.</p>
+
+<p>Après avoir longé un bâtiment du XIVe siècle à fenêtres cintrées, on
+pénètre dans une petite cour où, par un double escalier intérieur et
+extérieur, on monte au cloître entouré de portiques du XVIe siècle ou se
+trouve la façade de <b>l'Église</b> dédiée à saint Laurent.</p>
+
+<p>D'après la règle des Chartreux auxquels fut donné le monastère, lors de
+sa fondation, l'église est divisée en deux par une grille isolant les
+religieux des fidèles. Le style pur de l'église a été défiguré par les
+terribles ornementations du XVIème et du XVIIe siècles.</p>
+
+<p>Sur le bas-côté de droite on descend de la <b>chapelle Sainte-Marie</b>,
+construite par ORCAGNA et ornée d'un beau vitrail du XIVe siècle, dans
+la <b>chapelle sépulcrale</b> des Acciajuoli, sorte de crypte formée d'un
+double bras contenant les tombes. En entrant à droite, <i>pierre tombale
+de Nicolas Acciajuoli</i>, cardinal et petit-fils du fondateur, par
+DONATELLO. Portant la mitre et la chape, il est représenté en bas-relief,
+la tête appuyée sur un coussin, les mains croisées sur le bas du corps.
+De chaque côté, SANGALLO a sculpté d'admirables guirlandes de fruits au
+bas desquelles Donatello a placé les figures de la Foi et de la Justice,
+tandis qu'au-dessus du défunt il sculptait les armoiries du cardinal. Le
+bras de la chapelle, en face de l'entrée, possède de superbes tombeaux
+placés devant l'autel.</p>
+
+<p>1° Appuyée au mur de gauche et placée sur quatre consoles réunies par des
+arcs trilobés est la table de marbre, sur laquelle repose la belle figure
+du <i>grand Sénéchal Acciajuoli</i> revêtu de son armure. ORCAGNA, auquel
+on attribue cette œuvre magnifique, y a représenté en traits admirables
+toute la poésie de la mort, tant il a su rendre la sérénité profonde, la
+calme gravité et la paix éternelle du sépulcre. Il a abrité l'effigie
+sous un baldaquin en forme de châsse, supporté par cinq colonnes torses
+enluminées de rouge et de vert.</p>
+
+<p>2° Devant l'autel sont réunies, sous une même architecture, les
+<i>pierres tombales</i> du père ainsi que du fils et de la fille
+d'Acciajuoli. De ces trois superbes sculptures, celle de droite est la
+plus remarquable: elle représente un jeune homme en riche armure du XIVe
+siècle, couvert de son manteau. Ces dalles d'un haut intérêt, attribuées
+à DONATELLO, paraissent plutôt dues à l'école d'Orcagna.</p>
+
+<p>Sur la gauche de l'église, s'ouvre le <b>Chiostrino</b>, petit cloître
+carré dont le retour contre l'église est occupé par le <b>Colloquio</b>,
+galerie destinée aux entretiens des frères. A peine longue de quelques
+mètres, son principal ornement consiste en huit fenêtres garnies de
+verrières couvertes de belles arabesques, qui se développent autour d'un
+médaillon central consacré à un sujet de l'Histoire sainte; ce délicat
+travail de JEAN D'UDINE, exécuté en 1360 dans le style raphaélesque, est
+un des derniers ouvrages de l'art du verrier en Italie. Faites à l'instar
+de la décoration des loges du Vatican, elles sont d'une élégante
+composition, mais elles semblent plutôt des peintures sur verre que des
+vitraux, car, dès la Renaissance, cet art est en pleine décadence et
+finit par tomber en l'oubli. Les artistes négligent ou ignorent ces
+précieux enchâssements de couleurs qui font du vitrail au moyen âge un
+assemblage immense de gemmes; ils ne cherchent plus qu'à produire
+l'illusion de la peinture, à l'aide d'une matière impropre à ce résultat
+et où l'effet obtenu ainsi est le plus souvent malheureux.</p>
+
+<p>Sur le Chiostrino ouvre le <b>réfectoire</b>. Le tympan de sa porte est
+orné d'un bas-relief de LUCA DELLA ROBBIA, <i>Saint Laurent entre deux
+Anges</i>; à côté le lavabo en pierre grise (restauré) est de
+BRUNELLESCHI. A gauche du Chiostrino se trouve le <b>Petit Cloître</b>
+oblong, à deux portiques superposés, d'où un passage conduit au grand
+cloître. A gauche, dans ce passage, une belle porte du XVIe siècle en
+marqueterie donne accès à la <b>chapelle du Chapitre</b> où sont deux
+importantes œuvres d'art.</p>
+
+<p>1° Effigie en marbre blanc de <i>Leonardo Buonafede</i> exécutée en 1550
+par FRANCESCO DA SANGALLO. L'évêque de Cortone, en soutane, en camail et
+en mitre, est d'un naturalisme saisissant. Vivant d'énergie, son visage
+ridé, un peu gras, est plein de bonhomie.</p>
+
+<p>2° Au-dessus de l'autel, l'ami et le compagnon de Fra Bartolommeo,
+MARIOTTO ALBERTINELLI, a peint en 1505 une très belle fresque consacrée
+au <i>Christ</i>, dont deux anges recueillent le sang dans des calices.
+Ce bel ouvrage est placé dans un admirable cadre en pierre, de MINO DA
+FIESOLE.</p>
+
+<p><b>Le Grand Cloître</b>, dont les plans furent, dit-on, donnés par
+Orcagna, est supporté par des colonnes monolithes d'une grande beauté.
+Toutes les cellules des chartreux y donnent, et sont uniformément
+composées de deux pièces superposées, communiquant par un petit escalier
+et ouvertes sur un jardinet d'égale largeur d'où la vue sur Florence,
+Fiesole, la campagne et les Apennins est admirable. Enfin le dessin du
+grand puits central du Cloître est attribué à MICHEL-ANGE.</p>
+
+<p>Après avoir quitté la Chartreuse d'Ema, on retourne à la grande place de
+<b>GALUZZO</b>, l'une des principales communes des environs de Florence,
+gouvernée par des podestats. Le MUNICIPIO, ancien palais Pretorio, a sa
+façade chargée des innombrables écussons en pierre, en marbre, en bois ou
+même en terre vernissée par les Della Robbia.</p>
+
+<p>Au milieu de villas entourées de vignes, on gagne bientôt <b>POGGIO
+IMPERIALE</b>. La villa de Poggio Imperiale était un couvent que la femme
+du grand-duc Cosme II, Madeleine d'Autriche, appropria en 1622 à son
+usage.</p>
+
+<p>Une magnifique allée, composée de hauts cyprès, de chênes d'Italie et de
+mélèzes, descend de la villa à la Porte Romaine et ramène rapidement à
+Florence.</p>
+
+
+<h3>II</h3>
+
+<p>SAN GIOVANNI DELLA CALZA, VIALE DEI COLLI, SAN SALVATORE AL MONTE, SAN
+MINIATO, PLACE MICHEL-ANGE.</p>
+
+<p><b>ÉGLISE SAN GIOVANNI DELLA CALZA</b>. Derrière l'autel est un beau
+tableau du PÉRUGIN, œuvre de jeunesse exécutée vers 1492, alors qu'il
+était profondément influencé par le génie de Signorelli. Aussi cette
+peinture est-elle remarquable par son naturalisme et sa sobriété sans
+aucune trace de l'afféterie habituelle au Pérugin. Le sujet en est
+l'<i>Apparition à saint Jérôme de Jésus sur la croix</i> dont la
+Madeleine étreint les pieds avec amour, pendant qu'il la contemple avec
+reconnaissance. De l'autre côté de la composition, une belle figure de
+saint Jean montre avec compassion le Christ à deux religieuses
+agenouillées.</p>
+
+<p>Par la <b>Porta Romana</b> on atteint bientôt le <b>Viale dei Colli</b>,
+une des plus belles promenades de l'Italie, route établie sur les
+collines sud de Florence et qui, par de multiples lacets, mène à la place
+Michel-Ange et à la basilique de San Miniato al Monte. Avant d'atteindre
+la place, on rencontre un chemin détaché sur la droite qui conduit à la
+<b>Torre del Gallo</b>, dont le nom est dû à ses anciens possesseurs, la
+famille des Galli. La légende affirme que c'est dans cette tour que
+Galilée fit ses découvertes astronomiques.</p>
+
+<p>De la <b>place Michel-Ange</b>, l'œil embrasse un immense et admirable
+panorama. La place s'étend en terrasse au-dessus de la porte
+Saint-Niccolò, où l'on peut descendre directement; au milieu s'élève le
+monument consacré à Michel-Ange sur lequel sont reproduits son David et
+les allégories des tombeaux des Médicis.</p>
+
+<p>De la place on monte à San Miniato; à mi-chemin on rencontre au milieu de
+cyprès l'<b>ÉGLISE SAN SALVATORE AL MONTE</b> construite par le CRONACA
+en 1504 et que ses nobles proportions firent surnommer «la belle
+Villanella», la belle villageoise. A droite, à l'<b>intérieur</b>,
+monument funéraire en marbre blanc du XVe siècle, buste d'homme
+paraissant à une fenêtre cintrée pratiquée dans le mur.</p>
+
+<p>A gauche de l'autel, beau groupe polychrome de JEAN DELLA ROBBIA. De
+l'église San Salvatore on monte par un jardin à la porte des
+<b>Fortifications de San Miniato construites</b>, en 1539, par
+MICHEL-ANGE, sur la hauteur d'où il dirigea lui-même pendant onze mois la
+défense de la ville contre le pape Clément VII et les Impériaux. On
+pénètre par cette porte sur une esplanade où donnent l'église et le
+cimetière qui occupe derrière elle tout le plateau de la colline.</p>
+
+<p>A droite de l'église s'élève une construction crénelée du XIVe siècle
+ayant fait partie d'un système de défense plus ancien.</p>
+
+<p><b>LA BASILIQUE SAN MINIATO AL MONTE</b>, construite en 1154, remonte
+intégralement à cette date.</p>
+
+<p>Quand le style de Nicolas Pisano fut importé à Florence, entre les mains
+des Florentins la nouvelle architecture prit un splendide essor dont
+l'apogée fut atteint par l'église San Miniato. Ils embellirent ce retour
+au classicisme de l'antiquité par l'improvisation charmante des marbres
+de diverses couleurs, par un goût plus fin, par des détails plastiques
+plus cherchés, enfin par un soin délicat qui, deux siècles à l'avance,
+donne déjà le pressentiment de la Renaissance.</p>
+
+<p>L'adorable <b>façade de San Miniato</b>, plaquée de marbres blanc et
+vert, est une réminiscence antique d'une pureté absolue; la proportion
+entre les étages est peut-être traitée pour la première fois avec une
+harmonie complète de lignes, motivée par un sentiment de pur esthétisme.</p>
+
+<p>Le rez-de-chaussée, précédé de quelques marches, est formé de cinq hautes
+arcatures séparées par des colonnes de marbre cipolin. Les portes
+prennent trois de ces arcatures; des dispositions de marbre cipolin
+remplissent les deux autres. Le premier ordre est séparé du deuxième par
+un entablement délicatement sculpté. Il est plus étroit et repose de
+chaque côté sur des contreforts à quadrillages de cipolin, une fenêtre
+d'ordre antique en occupe la partie centrale.</p>
+
+<p>Enfin le troisième ordre, purement antique, est composé d'un fronton
+angulaire surmonté d'une corniche à modillons délicats que domine l'aigle
+guelfe en bronze.</p>
+
+<p><b>Le Campanile</b> élevé en arrière à gauche a été reconstruit en 1519
+par BACCIO D'AGNOLO.</p>
+
+<p><b>L'intérieur</b>, où domine également la marqueterie de marbre blanc et
+vert, est à trois nefs et présente le type le plus parfait des basiliques
+dont les travées sont coupées par des travées transversales. Les colonnes
+en marbre blanc portent ou des chapiteaux très simples de l'époque, ou
+des chapiteaux antiques. Le toit est en charpente apparente; le pavé de
+1207 consiste en nielles de marbre de différents dessins qui forment,
+dans leur merveilleux état de conservation, le plus beau tapis d'Orient
+qu'il soit possible de rencontrer.</p>
+
+<p>A la hauteur de la cinquième travée se dresse le mur réglementaire de
+l'architecture des basiliques, où accèdent quatre escaliers, ceux du
+milieu descendant à la crypte et ceux des côtés montant au chœur ou à son
+parvis dont l'accès était interdit aux fidèles.</p>
+
+<p>En avant de la crypte s'élève l'<b>autel</b> réservé au peuple; il fut
+reconstruit au XVe siècle par MICHELOZZO sur l'ordre de Pierre de
+Médicis. Inspiré par le caractère antique du monument, Michelozzo éleva
+un autel très simple, abrité par un sacellum que LUCA DELLA ROBBIA décora
+intérieurement de compartiments à rosaces blanches en relief, sur fond
+bleu.</p>
+
+<p><b>La crypte</b> s'ouvre sur l'église par cinq baies; elle est soutenue
+par quatre grosses colonnes qui, la traversant, sont également les
+colonnes du chœur, et par de nombreuses colonnettes sur lesquelles
+retombent les voussures, et se termine par une absidiole fermée d'une
+grille.</p>
+
+<p>On accède <b>au chœur</b> surélevé par deux escaliers placés de chaque
+côté. Le mur qui le sépare de la nef est richement décoré par des
+sculptures en marbre d'un puissant relief, et surmonté d'un délicat
+entablement inspiré de l'antique.</p>
+
+<p>Une seconde clôture peu élevée forme encore en avant du chœur une sorte
+de couloir étroit sur lequel porte l'ambon carré dont l'avancée sur le
+mur de séparation a pour supports deux courtes colonnes de marbre. Le
+pupitre de l'ambon est soutenu par les symboles des Évangélistes
+curieusement superposés l'un sur l'autre. Ce monument admirablement
+conservé est un des seuls et précieux spécimens de ce genre de
+construction.</p>
+
+<p>De la tribune on pénètre dans le chœur terminé en abside; une colossale
+<i>mosaïque</i>, restaurée en 1297, occupe le tympan. Au-dessus de
+l'autel un beau <i>Christ</i> vernissé est un ouvrage tardif de LUCA
+DELLA ROBBIA. Enfin les stalles du chœur ont été exécutées en 1466 par
+DOMINICO GAJUOLE et FRANCESCO MANCIATTO; elles sont très simples, dans un
+sentiment franchement gothique.</p>
+
+<p>Sur le bas-côté gauche de la nef la <b>Chapelle San Giacomo</b> fut
+construite en 1459 par ROSSELLINO et décorée par ANTONIO POLLAJUOLO et
+les DELLA ROBBIA.</p>
+
+<p>La voûte est formée par cinq médaillons de LUCA DELLA ROBBIA, les quatre
+vertus cardinales à mi-corps entourent le médaillon central du
+Saint-Esprit; toutes ces figures sont en émail blanc sur fond bleu.</p>
+
+<p>Sur le mur de droite est le tombeau du cardinal Jacques de Portugal,
+1459.</p>
+
+<p>En face, fresque de BALDOVINETTI, <i>l'Annonciation</i>.</p>
+
+<p>A droite, en entrant dans l'église, on rencontre une <i>Vierge</i>
+entourée de saints, ouvrage unique du peintre PAOLO DI STEFANO, exécuté
+en 1426 sous la double influence de Masaccio et de Donatello.</p>
+
+<p><b>La Sacristie</b>, dont l'entrée est à droite du chœur, est une belle
+salle carrée surmontée d'un dôme. Elle a conservé intégralement sa
+décoration de fresques exécutées en 1385 par SPINELLO ARETINO et
+consacrées à l'<i>histoire de saint Benoît</i>.</p>
+
+<p>Spinello est principalement un peintre militaire et nul n'égale sa fougue
+et son emportement quand il s'agit de rendre les campagnes de Frédéric
+Barberousse ou quelque autre sujet du même genre. Aussi, quand il doit,
+comme à la sacristie de San Miniato, développer de longs épisodes
+religieux, son style se prête moins à ce travail et tourne souvent à
+l'inégal et au heurté. Néanmoins, ces fresques peuvent compter parmi les
+plus intéressantes que nous ait laissées le XIVe siècle, tant par la
+puissance et l'autorité avec lesquelles elles s'imposent que par la
+composition étonnante pour l'époque.</p>
+
+<p><b>Mur du Sud</b>.&mdash;Saint Benoît quitte la maison paternelle.</p>
+
+<p>Saint Benoît répare à l'aide de sa bénédiction un verre brisé par sa
+nourrice.</p>
+
+<p>Entretien de saint Benoît et de Totila, sa mort et la vision de saint
+Maur.</p>
+
+<p><b>Mur de l'Ouest</b>.&mdash;Saint Benoît prend l'habit.</p>
+
+<p>Saint Benoît résiste à Satan dans une caverne. Il ressuscite un moine
+enseveli sous une tour. Il est tenté par le démon sous la forme d'une
+chauve-souris.</p>
+
+<p><b>Mur du Nord</b>.&mdash;Saint Benoît résiste à Satan en se roulant sur des
+épines.</p>
+
+<p>Il est proclamé supérieur du couvent du mont Cassin.</p>
+
+<p>Il sauve Placidius qui se noie.</p>
+
+<p><b>Mur de l'Est</b>.&mdash;Saint Benoît quitte son couvent.</p>
+
+<p>Il reçoit dans l'ordre Maure et Placide.</p>
+
+<p>Il bénit une pierre sur laquelle était assis Satan et qu'on ne pouvait
+soulever.</p>
+
+<p>Il découvre l'empoisonnement préparé contre lui à cause de l'austérité de
+sa règle.</p>
+
+<p>Sur deux côtés de la sacristie règne un <i>buffet gothique</i> surmonté
+d'une <i>boiserie</i>, ouvrages de FRANCESCO NONCIATO.</p>
+
+
+<h3>III</h3>
+
+<p class="mid">ÉGLISE SAINT-FRANÇOIS DE PAULE ET BELLO SGUARDO.</p>
+
+<p class="mid">(<i>Environ deux heures de voiture</i>.)</p>
+
+<p>Après être sorti de Florence par la Porta Romana, on longe une partie des
+anciens murs pour atteindre l'église San Francesco di Paola située au
+pied de la colline de Belle Sguardo.</p>
+
+<p><b>L'ÉGLISE SAN FRANCESCO DI PAOLA</b> possède l'admirable ouvrage de
+LUCA DELLA ROBBIA, le tombeau de l'évêque de Fiesole, <i>Benozzo
+Federighi</i>, mort en 1450, et qu'il exécuta en 1455. Ce tombeau, adossé
+au mur, est placé sous une niche carrée; c'est un sarcophage de forme
+antique, très sobre d'ornementation, sur le devant duquel deux anges en
+haut relief soutiennent l'inscription commémorative. Sur le sarcophage
+repose l'évêque en vêtements épiscopaux très simples, le visage émacié,
+d'une tranquillité imposante. Au-dessus de cette très belle statue, le
+fond du mur est occupé par trois bas-reliefs: le Christ mort, debout dans
+son tombeau, entre la Vierge et saint Jean.</p>
+
+<p>L'encadrement du tombeau est formé de plaques de faïence vitrifiée,
+uniques dans leur genre, dont le dessin consiste en une guirlande de
+fleurs coupée par des nœuds de ruban.</p>
+
+<p>La route monte rapidement à <b>Bello Sguardo</b> d'où la vue sur Florence
+est magnifique.</p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/map-small.png"></p>
+<p class="mid"><a href="images/map-large.png">Agrandissement.</a></p>
+
+
+
+<br><br><br>
+
+<h1>FAMILLES ET PERSONNAGES</h1>
+
+<h2>FLORENTINS</h2>
+
+<hr class="short">
+
+<h3><b>GRANDES FAMILLES</b></h3>
+
+
+<p><b>Acciajuoli</b> (<i>acciaio</i> = acier).&mdash;Célèbre et riche famille,
+devenue, dès 1310, puissante par Nicolas Acciajuoli, nommé à Naples grand
+sénéchal de Jeanne Ière. Son neveu Nicolas Acciajuoli s'empara de la
+Grèce en 1364 et en fut nommé suzerain par l'impératrice de
+Constantinople. La principauté des Acciajuoli détruite en 1456 par
+Mahomet II qui fit tomber la Grèce sous le joug turc, les Acciajuoli
+rentraient à Florence et prenaient une part active aux affaires
+publiques; en 1510, Robert Acciajuoli était ambassadeur des Médicis
+auprès de François Ier.</p>
+
+<p>Florence, tombeaux à la chartreuse d'Ema, nom donné à une rue principale
+de la ville.</p>
+
+<p><b>Albizzi</b>.&mdash;Noble famille gibeline qui dirigeait le parti
+aristocratique dans la seconde moitié du XIVe siècle et dans la première
+du XVème. Privée de toute influence et exilée par la révolution de 1378,
+elle reprit le pouvoir en 1381 et gouverna avec despotisme et tyrannie,
+jusqu'au rappel des Médicis (1434), qui l'exila de Florence.</p>
+
+<p><b>Alberti</b>.&mdash;Famille sortie, comme les Médicis, du gros négoce,
+<i>arts majeurs</i>, se mit avec eux à la tête des <i>arts mineurs,
+popolo minuto</i>, contre le parti aristocratique mené par les Albizzi
+dès le XIVe siècle; les Alberti furent exilés par les Albizzi au
+pouvoir; mais ils rentrèrent avec les Médicis et restèrent fidèlement
+leurs alliés (1434).</p>
+
+<p><b>Aldobrandini</b>.&mdash;Noble famille guelfe dont les principaux membres
+furent: Silvestre Aldobrandini, célèbre jurisconsulte (1449-1558), mort
+en exil par suite de son opposition aux Médicis. La famille, dès lors
+exilée de Florence à Rome, donna à l'Église le pape Clément VIII.</p>
+
+<p>Jean Aldobrandini, au XVIIe siècle, fut l'acquéreur de la fameuse
+fresque dite <i>Noces Aldobrandines</i>, actuellement à la bibliothèque
+du Vatican.</p>
+
+<p><b>Abati</b>.&mdash;Famille gibeline de l'<i>Arte Calimara</i> qui, dès 1216,
+s'éleva aux honneurs.</p>
+
+<p>Neri de Abati, prieur vers 1250, fut d'une telle férocité qu'il mit le
+feu à une partie de Florence pour satisfaire ses haines. En 1260, Bocca
+de Abati trahit Florence en faveur de Sienne à la bataille de Montaperto,
+épisode stigmatisé par le Dante (<i>Enfer</i>, XXXII, 77-108).</p>
+
+<p><b>Bardi</b>.&mdash;La banque fut la source de la richesse de cette famille
+alliée aux Médicis. Cosme l'Ancien avait épousé une Bardi et les Médicis,
+poussés et soutenus par les Bardi, trouvèrent toujours en eux les plus
+fidèles et les plus utiles alliés.</p>
+
+<p><b>Buondelmonti</b>.&mdash;Fameuse famille à laquelle est due la première
+scission de l'aristocratie en Guelfes et Gibelins par suite de
+l'assassinat, en 1215, de Buondelmonte des Buondelmonti par les Uberti à
+l'occasion de son refus d'épouser une de leurs parentes à laquelle il
+était fiancé.</p>
+
+<p><b>Capponi</b>.&mdash;Famille gibeline alliée et inféodée aux Albizzi et qui,
+dès 1347, partagea avec eux le pouvoir et l'exil.</p>
+
+<p><b>Cavalcanti</b>.&mdash;Très noble et très ancienne famille gibeline ayant
+toujours pris une part active dans les affaires publiques. Guide
+Cavalcanti († 1301) fut un poète remarquable. Il épousa la fille de
+Farinata degli Uberti et fut l'ardent ami du Dante.</p>
+
+<p><b>Donati</b>.&mdash;Une des plus anciennes familles gibelines. En 1300, Corso
+Donati, chef du parti des Noirs, fut expulsé de Florence. Rentré avec les
+Gibelins triomphants après Mortaperto, son despotisme devint tel que son
+parti l'abandonna et qu'il dut prendre la fuite. Condamné par contumace,
+il se tua au moment où on l'arrêtait (1308).</p>
+
+<p><b>Pazzi</b>.&mdash;Famille de banquiers gibelins, célèbre, dès 1277, par sa
+haine des Médicis et l'opposition qu'elle leur fit toujours, les
+considérant comme des parvenus.</p>
+
+<p>En 1478, les Pazzi tramèrent contre Julien et Laurent de Médicis le
+fameux complot qui garda leur nom et où fut assassiné Julien.</p>
+
+<p>L'histoire de cette conspiration a été écrite par Ange Politien.</p>
+
+<p>La chapelle funèbre des Pazzi dans le cloître de Santa Croce est d'une
+beauté accomplie. Dante a placé un des Pazzi dans le XXXIIème chant de
+l'<i>Enfer</i>.</p>
+
+<p><b>Pulci</b>.&mdash;Noble famille guelfe dont il est déjà fait mention parmi
+celles que les Gibelins triomphants expulsèrent en 1248.</p>
+
+<p><b>Pucci</b>.&mdash;Ils faisaient partie des <i>arts mineurs</i>, furent
+anoblis par les Médicis auxquels ils s'étaient inféodés.</p>
+
+<p><b>Pitti</b>.&mdash;La famille des Pitti, après avoir appartenu à la
+corporation des marchands, devint, dès 1300, célèbre dans la banque.
+Égaux aux Médicis, les Pitti furent leurs plus zélés partisans. En 1374,
+Buonaccorso Pitti, en se déclarant pour eux, entraîna une grande partie
+de la seigneurie en leur faveur. Luca Pitti, fils du précédent, fut
+célèbre par la construction du fameux palais qui porte son nom.</p>
+
+<p><b>Portinari</b>.&mdash;Ancienne famille marchande anoblie, célèbre par la
+passion du Dante pour Béatrice Portinari. Folco Portinari, le père de
+Béatrice, est le fondateur de l'hôpital Santa Maria Nuova. En 1400,
+François Portinari, agent des Médicis à Bruges, faisait exécuter par Hugo
+van der Goes le tableau de l'<i>Adoration</i> où il est représenté avec
+sa famille.</p>
+
+<p><b>Soderini</b>.&mdash;Une des plus vieilles et des plus intègres familles
+guelfes de Florence, s'étant toujours signalée par son opposition aux
+empiétements des Médicis. Son membre le plus distingué fut Nicolas
+Soderini, le remarquable et zélé patriote qui, après la mort de
+Savonarole, fut nommé gonfalonier à vie. La réaction médicéenne le força
+à s'exiler à Venise où il fut assassiné par ordre de Cosme Ier.</p>
+
+<p><b>Strozzi</b>.&mdash;Une des plus anciennes familles et un des plus glorieux
+noms des annales florentines. Souvent à la tête des affaires publiques,
+les Strozzi furent aussi distingués dans la politique que dans la science
+et dans les armes.</p>
+
+<p>Pallas Strozzi, né en 1372, possesseur d'une immense fortune, la consacra
+à la formation de la bibliothèque célèbre sous son nom. Hostile aux
+Médicis, il mourut à Padoue où Cosme l'avait exilé. Philippe Strozzi,
+petit-fils du précédent (1488-1538), dédaigneux des traditions de sa
+race, épousa une Médicis; mais, après avoir aidé puissamment à leur
+restauration, révolté de leurs excès, il conspira contre eux. Mis à la
+torture, ne voulant pas subir une seconde fois ce supplice, il se suicida
+dans la citadelle de Pistoie où il était détenu. Pierre Strozzi, fils du
+précédent, brûlant de venger son père, entra au service de la France où
+il fut nommé maréchal. Il conduisit glorieusement une campagne pour
+délivrer Sienne du joug de Cosme Ier.</p>
+
+<p>Le palais Strozzi, via Tornabuoni, est le plus beau des palais
+florentins. A l'église Sainte-Marie Nouvelle la chapelle Strozzi, fondée
+par la famille, fut décorée en 1350 par les Orcagna. A droite du chœur,
+la chapelle Philippe Strozzi, décorée des fresques de Filippino Lippi
+(1486), contient son tombeau.</p>
+
+<p><b>Valori</b>.&mdash;Très ancienne famille guelfe ayant, dès 1277, joué un
+rôle actif dans la direction des affaires de la République: enrichis par
+la banque, ils furent d'ardents ennemis des Médicis.</p>
+
+<p>François Valori fut un des plus zélés partisans de Savonarole auquel il
+apporta l'appui de son autorité et de l'estime universelle dont il
+jouissait.</p>
+
+<p><b>Tornabuoni</b>.&mdash;Famille guelfe déjà célèbre dès 1200, fit partie, en
+1283, des familles exilées par les Gibelins triomphants rentrés après la
+défaite de Montaperto. Jean Tornabuoni fit à l'église Sainte-Marie
+Nouvelle le don des fameuses fresques de Ghirlandajo (1490). Le palais
+Tornabuoni (n° 20, via Tornabuoni) est actuellement le palais Corsini.</p>
+
+<p><b>Uberti</b>.&mdash;Noble et ancienne famille gibeline. Proscrite par les
+Guelfes, elle doit sa célébrité à Farinata des Uberti qui, réfugié à
+Sienne, combattit les Florentins dans les rangs siennois. Rentré à
+Florence avec les Gibelins triomphants, ce fut grâce à son intervention
+que la ville échappa à la destruction totale. Dante a placé cet épisode
+au chant X de son <i>Enfer</i>.</p>
+
+
+<h3>HISTORIENS, POÈTES, LITTÉRATEURS</h3>
+
+<p><b>Dante Alighieri</b> (1265-1321).&mdash;Célèbre poète italien de la noble
+famille des Alighieri jetée dans l'exil par le triomphe des Gibelins
+après Montaperto. Né en 1265, il cultiva toutes les sciences connues de
+son temps. Il prit une part active aux affaires publiques, mais le
+triomphe des Noirs l'exila définitivement de Florence en 1302. Et, après
+avoir erré dix-neuf ans loin de sa patrie, il mourut à Ravenne en 1321.</p>
+
+<p>Sa vie a été écrite par Philippe Villani, Boccace et l'Arétin. Il composa
+à vingt-six ans son premier ouvrage, <i>la Vita Nuova</i>, suivi de près
+par <i>le Banquet</i>, œuvre écrite pour préconiser l'emploi de la langue
+vulgaire par les prosateurs et les poètes. Le chef-d'œuvre du Dante et de
+la langue italienne est la <i>Divine Comédie</i>, divisée en trois
+parties: l'Enfer, le Purgatoire, le Paradis. Il mit vingt-huit ans à
+écrire son poème, commencé en 1292, pendant lesquels il publia deux
+ouvrages en langue latine appelés: 1° <i>De vulgari eloquio</i> où il
+traite encore de l'emploi et du génie de la langue italienne; 2° <i>De
+Monarchia</i>, traité de politique en trois livres qui, sous une forme
+scolastique, renferme les théories les plus hardies.</p>
+
+<p><b>François Guicciardini</b> (1482-1540).&mdash;Historien célèbre né à
+Florence en 1482, mort en 1540, sortait d'une famille qui avait occupé
+les plus grandes charges de la République florentine. Né à une époque où
+le gouvernement des Médicis était établi, il leur consacra ses services
+et son talent et les représenta souvent avec éclat comme ambassadeur.
+Après l'assassinat du grand-duc Alexandre, en 1537, ce fut grâce à son
+influence et à son éloquence que ne fut pas proclamée la République et
+que Cosme Ier fut élu grand-duc. Il entreprit alors l'<i>Histoire de
+l'Italie</i> à laquelle il travailla vingt-sept ans et qui est son
+principal titre de gloire. Elle forme vingt livres embrassant de 1494 à
+1532; c'est l'histoire des guerres d'Italie pendant cette période, qu'il
+a traitée en penseur et en écrivain supérieur.</p>
+
+<p>Guicciardini écrivit encore <i>Avis et Conseils en matière d'État</i>,
+<i>Maximes</i> et <i>Discours politiques</i> et enfin un <i>Dialogue sur
+le gouvernement de Florence</i>.</p>
+
+<p><b>Louis Guicciardini</b> (1523-1589).&mdash;Neveu de François, né en 1523,
+mort on 1589, remplit diverses fonctions administratives sous Alexandre
+et Cosme Ier. Il a laissé des <i>Mémoires sur la Savoie</i> et une
+<i>Description des Pays-Bas</i> faite en 1567.</p>
+
+<p><b>Nicolas Machiavel</b> (1469-1530).&mdash;Né en 1469, mort en 1530, est une
+des plus célèbres figures de son temps.&mdash;Secrétaire de la <i>République
+Florentine</i> de 1497 à 1512, il fut chargé de vingt-cinq ambassades et
+de plusieurs missions intérieures. Au retour des Médicis, en 1512, il fut
+emprisonné et torturé par suite d'une accusation de complot. Sorti de
+prison, il vécut dans l'indigence et la retraite et consacra ses loisirs
+forcés à la composition de son fameux traité qu'il intitula <i>le
+Prince</i>; on regarde ce livre de peu d'étendue comme le code de la
+tyrannie. Deux ans après, en 1516, Machiavel écrivit des <i>Discours sur
+la première décade Tite-Live</i>, étude d'histoire romaine pleine de
+sagacité et de profondeur; mais où sont reproduites les mêmes théories
+que dans le traité du <i>Prince</i>, c'est-à-dire cette immoralité vraie
+ou feinte appliquée à la science politique qui a conservé l'appellation
+de Machiavélisme. Lorsque Machiavel eut écrit <i>le Prince</i>, Laurent
+le Magnifique le rappela auprès de lui et le nomma historiographe de
+Florence. Cette place fut pour lui l'occasion de produire son
+chef-d'œuvre, l'<i>Histoire de Florence</i>, écrite de 1205 à 1424,
+ouvrage imposant, clair, élégant, plein de profondeur et de couleur
+locale, monument de la langue italienne. Les autres œuvres de Machiavel
+sont: une comédie fort licencieuse, <i>la Mandragore</i>, et une nouvelle
+appelée <i>Belphégor</i>.</p>
+
+<p><b>Saint Philippe Neri</b> (1515-1595).&mdash;Fondateur de la Congrégation de
+l'Oratoire, des Trinitaires et des Maisons hospitalières pour recevoir
+les pèlerins.</p>
+
+<p><b>Antoine Neri</b> (1520-1600).&mdash;Prêtre florentin du XVIe siècle, se
+livra aux sciences et plus particulièrement à la chimie où il fit des
+découvertes considérables. Ses recherches l'amenèrent à s'occuper plus
+particulièrement de la vitrification sur laquelle il publia un volume
+appelé <i>Arte Vetraria</i> (l'Art du Verrier).</p>
+
+<p><b>Philippe des Nerli</b>.&mdash;De la fameuse famille des Nerli. Inféodé aux
+Médicis, il écrivit ses <i>Commentaires</i> en 1550. Ils vont de 1215 à
+1257 et sont de précieux documents jusqu'à ce que l'avènement des Médicis
+les fassent tourner à une ridicule apothéose des maîtres qu'il sert.</p>
+
+<p><b>Jacopo Nardi</b> (1496-1556).&mdash;Fameux historien, né en 1496,
+contemporain des précédents, il semble d'une génération antérieure par
+son républicanisme enthousiaste, son austérité chagrine et sa roideur
+d'esprit. Dans l'exil auquel il se condamna à la suite de l'avènement de
+Cosme Ier, il écrivit son <i>Histoire de la Ville de Florence</i>. Cette
+œuvre de son extrême vieillesse (1550) n'est pas suffisamment originale,
+puisqu'elle reproduit en partie le <i>Diario</i> de Buonaccorsi.</p>
+
+<p><b>Bernard Segni</b> (1499-1559).&mdash;Quoique Segni ait été client des
+Médicis et employé à diverses missions par Cosme, il y a un effort réel
+vers l'impartialité dans les deux volumes de son <i>Histoire florentine
+des années 1527 à 1555</i>. Outre des traductions de plusieurs ouvrages
+d'Aristote, il a laissé un <i>Traité pour gouverner</i>, écrit en 1549.</p>
+
+<p><b>Jacopo Pitti</b> (1519-1589).&mdash;Ce patricien, descendant de l'illustre
+famille des Pitti, aime le peuple et s'indigne jusqu'à l'exagération de
+l'abus des privilèges. Sa franchise et son indépendance paraissent
+vraiment admirables, quand on pense qu'il écrivait sous les ducs Cosme et
+François. On lui doit l'<i>Archivo Storico italiano</i>, précieux récit
+de la période si agitée qui s'écoule entre les années 1494 et 1529; mais
+l'œuvre qui fait le plus honneur à son talent, c'est son <i>Apologie de
+Cappucini</i>, c'est-à-dire apologie des vieilles modes et du vieux
+temps.</p>
+
+<p><b>Marsile Ficin</b> (1433-1499).&mdash;Ce célèbre platonicien était chanoine
+de la cathédrale de Florence. Dès l'âge de vingt-trois ans, il commença à
+écrire sur la philosophie platonicienne. On lui doit une traduction de
+Platon à la fois littéraire, claire et en bon latin, ainsi que des
+traductions de Plotin, de Denys l'Aréopagite et des traités de Jamblique
+et de Porphyre.</p>
+
+<p><b>Brunetto Latini</b> (1220-1294).&mdash;Écrivain célèbre appartenant à une
+noble famille guelfe. Chassé par les Gibelins après la défaite des
+Guelfes à Montaperto, il se réfugia à Paris où il passa vingt-quatre ans.
+Il y composa en français son <i>Trésor de toutes choses</i>, encyclopédie
+qui embrasse tout le cycle des connaissances du XIIIe siècle. De retour
+à Florence en 1284, il publia en italien son <i>Tesoretto</i>, recueil en
+vers de préceptes moraux, et le <i>Pataffio</i>, collection de proverbes
+et de jeux de mots florentins. Brunetto fut le maître de Dante qui l'a
+placé dans le quinzième chant de l'Enfer.</p>
+
+<p><b>Benoît Varchi</b> (1502-1565).&mdash;Célèbre historien qui prit en 1527 une
+part active à l'expulsion des Médicis et dut s'expatrier quand ils
+revinrent. Cosme Ier le rappela à la suite de l'admiration suscitée par
+son <i>Histoire de Florence</i> en quinze volumes écrite de 1527 à 1538.
+On a de Varchi, en outre, des traductions italiennes <i>De la
+Consolation</i> de Boëce, et du <i>Traité des Bienfaits</i>, de Sénèque.</p>
+
+<p><b>Jean Villani</b> (1275-1348).&mdash;Célèbre historien mort de la peste en
+1348, fit partie des prieurs de 1316 à 1321 et fut ensuite nommé
+directeur des monnaies et surveillant général des fortifications. On a de
+lui l'<i>Histoire florentine</i>, première partie d'une histoire
+universelle allant jusqu'en 1338 où il rapporte tous les événements et
+toutes les annales du monde à Florence, sa patrie.</p>
+
+<p><b>Mathieu Villani</b>.&mdash;Frère de Jean et continuateur de son <i>Histoire
+de Florence jusqu'à l'année 1363</i>.</p>
+
+<p><b>Philippe Villani</b>.&mdash;A ajouté les événements de 1363 et de 1364. En
+outre, il composa des <i>Vies des Hommes illustres de Florence</i>,
+ouvrage anecdotique fait à l'instar de Plutarque.</p>
+
+<p><b>Antoine de Ser Niccolò Pierozzi (saint Antonin)</b>.&mdash;Archevêque de
+Florence dès 1446, homme de grande renommée, le pape Pie II avait dû lui
+faire violence pour le tirer de son couvent de Fiesole et de la plus
+stricte observance dominicaine. Il eut la rare chance d'être prophète en
+son pays et sa mort fut une apothéose, si bien que sa canonisation la
+suivit presque aussitôt.</p>
+
+
+<h3>ARCHITECTES, SCULPTEURS, PEINTRES</h3>
+
+<p><b>Alberti</b> (Leone-Battista) (1405-1472).&mdash;Théologien, littérateur,
+architecte, sculpteur et mathématicien, fut surnommé le Vitruve moderne.
+Sa passion pour les arts lui fit négliger ses fonctions sacerdotales. Il
+réforma toute l'architecture autant par les édifices qu'il construisit
+que par ses écrits qui firent loi en architecture, en sculpture et
+peinture. Ses principaux ouvrages sont <i>De Re ædificatoria</i>,
+<i>Momus</i> ou <i>De Principe</i>, enfin <i>Opera ethica</i>. Sa vie a
+été écrite par Pozzelli en 1739.</p>
+
+<p><b>Albertinelli</b> (Mariotto) (1474-1515).&mdash;Peintre et condisciple de
+Fra Bartolommeo chez Cosimo Rosselli. Florence possède peu d'œuvres de ce
+maître, une <i>Visitation</i> au Musée des Offices et une <i>Vierge
+adorant l'Enfant</i> au Musée Pitti.</p>
+
+<p><b>Allori</b>, dit <i>le Bronzino</i> (1502-1572).&mdash;Peintre de portraits
+surtout.</p>
+
+<p><b>Allori</b> (Alexandre) (1535-1607).&mdash;Reçut les premières leçons de son
+oncle le Bronzino. Il fournit les cartons des tapisseries exécutées sous
+le grand-duc François. Ses chefs-d'œuvre sont <i>le Sacrifice
+d'Abraham</i> aux Offices, et <i>la Femme adultère</i>, dans l'église San
+Spirito.</p>
+
+<p><b>Allori</b> (Christophe) (1577-1619).&mdash;Élève de Cigoli et l'un des
+meilleurs coloristes de l'école de la décadence, sa <i>Judith</i> des
+Offices passe pour sa meilleure œuvre.</p>
+
+<p><b>Ammanati</b> (Bart) (1511-1592).&mdash;Architecte, élève de Sansovino. Son
+talent, exagération de celui de Michel-Ange, le porte à une débauche de
+sculpture. On lui doit la <i>Fontaine</i> de la place du Grand-Duc.</p>
+
+<p><b>Angelico</b> (Fra Giovanni da Fiesole) (1387-1455).&mdash;Jeune, riche,
+doué de talents extraordinaires, il aurait pu mener dans le monde une
+brillante existence: il aima mieux chercher le recueillement et le
+silence parmi les moines dominicains. Ses ouvrages sont pleins d'un
+charme inexprimable et un artiste ne rendit jamais par la peinture
+d'aussi profondes émotions. Il ne peignait et ne consentait à peindre que
+des sujets religieux et il refusa toujours les honneurs sacerdotaux et
+l'archevêché de Florence qu'on voulait lui imposer.</p>
+
+<p>Le Musée des Offices, l'Académie et surtout le Couvent de Saint-Marc
+qu'il décora entièrement, possèdent des œuvres de premier ordre dues à ce
+peintre exquis par excellence.</p>
+
+<p><b>Aretino</b> (Spinello) (1318-1410).&mdash;Élève de Giotto, et
+principalement peintre militaire; il montre la fougue la plus impétueuse
+dans ses interprétations religieuses elles-mêmes. Ses tableaux du Musée
+des Offices et les fresques de l'<i>Église San Miniato</i> donnent un des
+meilleurs exemples du talent de Spinello.</p>
+
+<p><b>Banco</b> (Nanni di) (1400-1421), qu'on présume élève de Donatello,
+mais qui semble bien plutôt lui avoir servi de maître. Ses statues d'Or
+San Michele, celle de <i>Saint Luc</i> au Dôme sont d'excellents
+ouvrages, autant comme composition que comme exécution.</p>
+
+<p><b>Baldovinetti</b> (Alesso) (1427-1499).&mdash;Élève d'Uccello et de
+Castagno, fut chargé d'une des fresques de la cour de l'église Santa
+Annunziata et d'une partie de la décoration de la chapelle du cardinal de
+Portugal à San Miniato. L'Académie contient en outre plusieurs œuvres de
+Baldovinetti.</p>
+
+<p><b>Bandinelli</b> (Bartolommeo) (1487-1559).&mdash;Sculpteur, fut placé dans
+l'école de Rustici où il connut Léonard de Vinci. Ayant échoué dans la
+peinture, il étudia les ouvrages de Donatello et de Verrocchio. Il se
+crut l'égal de Michel-Ange et lui voua une haine éternelle, aussi les
+disciples du maître ont-ils cherché à rabaisser son adversaire, en qui
+ils ne voient que fausse grandeur, exagération de style, enflure de
+mauvais goût. On peut juger du bien ou mal fondé de ces critiques dans
+les diverses œuvres de Bandinelli: le <i>Saint Pierre</i> de la
+cathédrale, l'<i>Orphée</i> du palais Pitti et surtout le groupe
+d'Hercule et Cacus, érigé sur la place du Palais-Vieux.</p>
+
+<p><b>Botticelli</b> (Sandro) (1446-1510).&mdash;Élève de Lippi, d'Andrea
+Castagno et de Pollajuolo, un des plus grands génies de son temps.
+Peintre et graveur, ses tableaux, où un caractère passionné se joint à
+des conceptions fantastiques, ont une profonde originalité; l'un des
+premiers, il introduisit dans l'art moderne l'allégorie et les mythes
+antiques. Ses œuvres à Florence sont de premier ordre et multiples, tant
+aux Offices qu'à l'Académie et à Pitti.</p>
+
+<p><b>Brunelleschi</b> (1379-1446).&mdash;Architecte célèbre. Fils d'un notaire,
+le goût des lettres et surtout du dessin lui révéla sa vocation. Il se
+signala comme sculpteur; mais bientôt il se tourna vers la géométrie et
+devint un des plus grands architectes de son siècle. On lui doit la
+coupole de Sainte-Marie des Fleurs, tour de force pour cette époque,
+l'église Saint-Laurent, l'église de San Spirito et encore l'immense
+palais Pitti.</p>
+
+<p><b>Buontalenti</b> (Bernardo) (1536-1608).&mdash;Peintre, sculpteur et
+architecte, étudia dans les ateliers de Bronzino et de Vasari. On lui
+doit la construction d'une partie de la galerie des Offices et le plan
+des fortifications de Livourne et de Pistoie. Habile à appliquer la
+mécanique aux arts, il dirigea les représentations théâtrales,
+introduisit les décors mobiles et les machines pour les changements à
+vue.</p>
+
+<p><b>Castagno</b> (Andrea) (1390-1457).&mdash;Assassina le Vénitien Dominique
+pour rester en possession de ses procédés secrets pour la peinture à
+l'huile. Ses fresques et ses autres tableaux sont à la Cathédrale, à
+Santa Apollonia, à l'Académie et aux Offices.</p>
+
+<p><b>Cellini</b> (Benvenuto) (1500-1572).&mdash;Sculpteur, graveur, orfèvre,
+littérateur même, il eut un caractère bizarre, querelleur et fantasque.
+En 1527, au siège de Rome, il tua, dit-il, le connétable de Bourbon et
+pointa aussi la pièce qui frappa le prince d'Orange. Jeté en prison à
+Rome au château Saint-Ange, sur le soupçon d'avoir volé les joyaux de la
+tiare pontificale, son évasion le rendit peut-être plus célèbre que son
+talent. Sculpteur assez médiocre, son <i>Persée</i>, placé sous la loggia
+dei Lanzi, peut être considéré comme son chef-d'œuvre. Comme orfèvre,
+Cellini est incomparable et l'on peut dire qu'il a le génie de cette
+matière; tant au Musée du Bargello qu'au Musée des Offices se trouvent
+des merveilles qui lui sont dues.</p>
+
+<p><b>Cimabue</b> (Jean-Gualtieri) (1240-1311).&mdash;D'une noble famille guelfe.
+Au lieu de suivre la carrière des armes, il s'adonna aux arts avec
+passion. Il améliora l'ancien style, donna de l'expression aux figures,
+assouplit les lignes et fondit plus harmonieusement les couleurs. Son
+chef-d'œuvre, <i>la Vierge et Jésus</i> de Sainte-Marie Nouvelle, y fut
+porté en triomphe et processionnellement, tant les contemporains
+estimaient l'œuvre et le caractère de l'homme. L'âme de Cimabue était si
+élevée qu'ayant pressenti le génie de Giotto, il se consacra uniquement à
+cet élève destiné à le surpasser si rapidement.</p>
+
+<p><b>Credi</b> (Lorenzo di) (1459-1537).&mdash;II fut d'abord orfèvre, puis
+étudia la peinture à l'école de Verrocchio où il eut pour condisciple
+Léonard de Vinci. Il excella à peindre les madones, les vierges, et ses
+figures d'ange sont délicieuses de charme.</p>
+
+<p><b>Dolci</b> (Carlo) (1616-1686).&mdash;Les sujets de Carlo Dolci sont tirés
+presque tous de l'Histoire sainte. Il a des qualités de sincérité, de
+douceur et de coloris très réelles; il ne tombe que trop souvent dans le
+maniérisme et le faux sentimentalisme; pourtant ses portraits sont
+souvent de premier ordre.</p>
+
+<p><b>Donatello</b> (1386-1446).&mdash;Peut revendiquer l'honneur d'avoir créé la
+sculpture moderne. Il eut pour qualités la parfaite ordonnance, la
+correction de la forme, la justesse de l'attitude et du mouvement, la
+force et la vérité de l'expression, l'habileté de l'exécution. Sa
+connaissance des effets des passions sur l'âme et sur le corps le
+conduisirent au réalisme et au naturalisme et il oublia trop souvent dans
+la servilité de l'imitation que la beauté est une des conditions vitales
+de l'art. Ses principaux ouvrages se trouvent à Florence; ce sont: les
+statues de <i>Saint Pierre</i>, <i>Saint Maur</i> et <i>Saint
+Georges</i>, à Or San Michele; celle du <i>Zuccone</i> au Campanile et de
+la <i>Judith</i> sous la loggia dei Lanzi. Au Bargello et enfin dans tous
+les musées et dans toutes les églises de la ville.</p>
+
+<p><b>Finiguerra</b> (Tomaso) (1452).&mdash;Élève de Ghiberti, il travailla avec
+lui aux portes du Baptistère. Il inventa, vers 1452, l'art d'obtenir des
+estampes sur papier à l'aide de planches de cuivre gravées en creux.
+Finiguerra se distingua dans les nielles; les pièces qu'on possède de lui
+sont de toute beauté et il est considéré comme le maître de ce genre.
+Celles du Bargello sont des chefs-d'œuvre.</p>
+
+<p><b>Franciabigio</b> (Marc-Antoine) (1482-1524).&mdash;Il fut excellent peintre
+de fresques et aida Andrea del Sarto pour la décoration du vestibule de
+Santa Annunziata.</p>
+
+<p><b>Gaddi</b> (Taddeo) (1300-1352).&mdash;Peintre et architecte, fut élève de
+Giotto. Il sut donner de l'expression à ses figures et il étudia l'effet
+visible des mouvements de l'âme. Il a achevé le Campanile et donné les
+dessins du Ponte Vecchio.</p>
+
+<p><b>Ghiberti</b> (Lorenzo) (1378-1455).&mdash;Célèbre sculpteur qui l'emporta
+sur ses concurrents pour la commande des fameuses portes du Baptistère.
+Il travailla comme architecte à aider Brunelleschi à sa fameuse coupole.
+Ses multiples œuvres ornent le Dôme, le Bargello et le Baptistère.</p>
+
+<p><b>Ghirlandajo</b> (Dominique Corradi, <i>dit</i> il) (1451-1495).&mdash;Le
+maître de Michel-Ange. Le père de Ghirlandajo, qui était orfèvre, avait
+inventé une sorte d'ornement que portaient les jeunes filles et qu'on
+appelait des guirlandes; de là lui vint son surnom. Dans la boutique où
+il ciselait des métaux, Ghirlandajo acquit une telle habileté comme
+dessinateur qu'il lui suffisait de voir une fois passer une personne pour
+en esquisser un portrait des plus ressemblants. Il fut l'un des premiers
+peintres florentins à introduire la vie et le costume contemporains dans
+les sujets sacrés. Une de ses œuvres les plus importantes est l'ensemble
+des fresques de Sainte-Marie Nouvelle.</p>
+
+<p><b>Ghirlandajo</b> (Ridolfo) (1483-1561).&mdash;Élève de son père et inférieur
+à lui. Un de ses meilleurs tableaux est <i>la Vie de saint Zenobius</i>
+au Musée des Offices.</p>
+
+<p><b>Giottino</b> (1307).&mdash;Un des principaux élèves de Giotto, qui, comme
+son maître, se consacra aux interprétations religieuses.</p>
+
+<p><b>Giotto</b> (1276-1336).&mdash;Il fut d'abord simple gardeur de moutons.
+Cimabue l'ayant aperçu un jour dessinant une brebis sur une pierre plate
+avec un caillou pointu, l'emmena, lui apprit la peinture et fit du Giotto
+le rénovateur de l'art et le plus grand génie de la peinture, transformée
+par son influence. Peintre de fresques, il couvrit les églises de
+Florence et de l'Italie de toute la symbolique du moyen âge. Peintre de
+portrait, il nous a laissé les images de Brunetto Latini et de son élève
+le Dante, de Corso Donati et de tous les grands personnages de l'époque.</p>
+
+<p>Frappés de son caractère et de ses talents, ses contemporains eurent pour
+lui une admiration illimitée.</p>
+
+<p>Giotto prit part à la construction de la Cathédrale, édifia le Campanile,
+et fut aussi l'un des principaux architectes des fortifications de
+Florence.</p>
+
+<p><b>Gozzoli</b> (Benozzo) (1420-1497).&mdash;Élève de Fra Angelico, il sut
+réunir l'observation de la nature au sentiment poétique profond. Son
+dessin est faible; mais pour l'expression, la vie et la fraîcheur, on ne
+l'a peut-être pas surpassé. Il avait dans l'esprit quelque chose de
+jeune, de brillant et d'heureux, et ses fresques de la chapelle Médicis
+au palais Riccardi sont de véritables chefs-d'œuvre.</p>
+
+<p><b>Lippi</b> (Fra Filippo) (1410-1469).&mdash;Était novice au monastère del
+Carmine pendant que Masaccio le décorait des fresques admirables de la
+chapelle Brancacci. Sa passion pour la peinture intéressa à un tel point
+Masaccio que celui-ci lui apprit le dessin. Lippi révéla bientôt
+l'adresse la plus étonnante et l'imagination la plus vive. Les têtes de
+ses personnages sont presque toutes des portraits, l'expression et la
+vérité y dominent. Lippi mena une des existences les plus mouvementées du
+XVe siècle où l'on en compte tant qui furent invraisemblablement
+romanesques. Après avoir enlevé d'un couvent une novice dont il avait un
+fils, il mourut empoisonné par la famille de la jeune personne qu'il
+refusait obstinément d'épouser.</p>
+
+<p><b>Lippi</b> (Filippino) (1460-1505).&mdash;Élève de Botticelli et de son
+père, est loin de les égaler comme talent. Il acheva les fresques de la
+chapelle Brancacci del Carmine interrompues par la mort de Masaccio. Son
+chef-d'œuvre est l'<i>Apparition de la Vierge à saint Bernard</i>, de la
+Badia.</p>
+
+<p><b>Majano</b> (Benedetto) (1442-1497).&mdash;On doit à ce charmant sculpteur
+les plus belles chaires de l'Italie. Son chef-d'œuvre est celle de Santa
+Croce, d'autres œuvres sont au Bargello et sont de premier ordre.</p>
+
+<p>Masaccio (Tommaso Guidi di Sar Giovanni) (1401-1428).&mdash;Admirable esprit
+et âme d'une rare élévation, était un de ces hommes que leur vocation
+absorbe au point de les rendre insensibles à tout le reste. Gauche,
+distrait et rêveur, il fut sans cesse préoccupé de son art et réalisa des
+prodiges. Il eut la splendeur du coloris, la suavité du clair-obscur,
+enfin tout était rassemblé dans les œuvres de Masaccio pour les rendre
+inimitables.</p>
+
+<p>Son maître Masolino de Panicale étant mort pendant qu'il exécutait les
+fresques de la chapelle Brancacci, Masaccio hérita de la commande. La
+peinture lui permit de déployer tant d'imagination, de sentiment et
+d'adresse que tous les grands artistes de l'Italie, y compris Michel-Ange
+et Raphaël, puisèrent chez lui les plus utiles enseignements.</p>
+
+<p>Le pauvre artiste mourut à vingt-six ans, empoisonné, dit-on, par les
+jaloux; il fut un des plus grands peintres et des plus novateurs de l'art
+italien.</p>
+
+<p><b>Masolino</b> (Tommaso di Cristofano Fini) (1383-1440).&mdash;Maître et
+précurseur de Masaccio et auquel ont été quelquefois attribuées à tort
+des créations de son éminent élève. Pourtant, à bien examiner les
+ouvrages certains de Masolino et entre autres la fresque d'El Carmine,
+qui peut assurément lui être attribuée, il est difficile de confondre les
+deux maîtres, tant leur manière de faire les sépare et les diversifie et
+tant il semble que des générations aient pu s'écouler entre le maître et
+l'élève au point de vue de la conception aussi bien que de l'exécution.</p>
+
+<p><b>Michel-Ange</b> (Buonarroti) (1475-1564).&mdash;Le plus grand architecte,
+peintre et sculpteur des temps modernes, génie universel, il atteignit la
+sublimité. Né d'une noble famille de podestats, au château de Caprese,
+près d'Arezzo, il montra dès l'enfance une vocation si prononcée pour les
+arts que son illustre parenté fut, en dépit de son opposition, contrainte
+de se rendre au vœu de cette nature exceptionnelle.</p>
+
+<p>On le plaça chez Ghirlandajo qu'il aida comme apprenti aux fresques de
+Sainte-Marie Nouvelle; mais, à l'âge de quinze ans, il le quitta, n'ayant
+plus rien à apprendre de lui, et étant déjà supérieur à tous les maîtres.
+Il se mit alors à étudier Masaccio dans ses chefs-d'œuvre d'El Carmine,
+puis Laurent le Magnifique le dirigea vers la sculpture et, dès cette
+époque, Michel-Ange commença la série de ses chefs-d'œuvre. Aussi bien à
+Rome qu'à Florence sa production est multiple, et comme sculpteur, non
+moins que comme peintre, son labeur est titanesque.</p>
+
+<p>L'austérité et l'ascétisme s'emparèrent de lui vers la fin de sa vie,
+devant les misères du temps et les déchirements de la malheureuse Italie,
+dont il souffrit cruellement.</p>
+
+<p>C'est de cette époque que datent ses admirables dessins et la collection
+des sonnets et des stances où s'exhalèrent les amertumes de son âme.
+Méditatif et toujours sérieux, il n'eut jamais d'autre passion que son
+art.</p>
+
+<p>Insensible à la richesse qui lui vint sur le tard, méprisant le
+bien-être, sa vie fut celle du bénédictin, du moine.</p>
+
+<p><b>Michelozzo Michelozzi</b> (1396-1472).&mdash;Il fut élève de Brunelleschi
+pour l'architecture et de Donatello pour la sculpture. Ses principaux
+ouvrages d'architecture à Florence sont l'ancien palais Médicis,
+aujourd'hui palais Riccardi, la Chapelle des Médicis à Santa Croce, et de
+sculpture, différentes œuvres au Bargello, et la statue de la <i>Foi</i>
+dans le Baptistère.</p>
+
+<p><b>Montelupo</b> (Baccio da) (1469-1553).&mdash;Ce sculpteur a principalement
+été un grand fondeur; ses statues en bronze sont excellentes. Celle de
+<i>Saint Jean</i> à Or San Michele est une des premières en cette matière
+et a l'intérêt d'une nouvelle tentative.</p>
+
+<p><b>Montelupo</b> (Raffaello da), (1505-1570).&mdash;Élève de son père et
+surtout de Michel-Ange dont il déforma et exagéra le style. Il exécuta,
+d'après les modèles du maître, les statues des <i>Saints Cosme</i> et
+<i>Damien</i> pour la nouvelle sacristie de Saint-Laurent. Il n'a ni
+grandeur, ni naïveté.</p>
+
+<p><b>Orcagna</b> (André) (1329-1384).&mdash;Tout à la fois peintre, sculpteur et
+architecte, le génie d'Orcagna a laissé partout son empreinte. Outre le
+monument d'Or San Michele, on lui doit l'édification du <i>Ciborium</i>
+intérieur de cette église, qui est un monument de l'art en général et de
+l'art florentin en particulier; c'est également à lui que sont dues, à la
+chapelle Strozzi de Sainte-Marie Nouvelle, les belles fresques illustrant
+en quelque sorte le <i>Paradis</i> du Dante.</p>
+
+<p><b>Pollajuolo</b> (Antoine) (1429-1498).&mdash;Jusqu'à sa trentième année,
+Pollajuolo fut uniquement orfèvre sous la direction de son père, qui
+possédait une des boutiques les mieux achalandées de Florence. On pense
+que ce fut Baldovinetti qui le dirigea vers la peinture où, par son
+habitude de la plastique, il devait occuper une place spéciale et
+prépondérante. Ses œuvres, remarquables par la somptuosité du vêtement et
+par la beauté sculpturale des attitudes, sont au Musée des Offices: les
+<i>Saints Jacob</i>, <i>Vincent et Eustache</i>, l'admirable petit
+chef-d'œuvre des <i>Travaux d'Hercule</i> et enfin les belles figures des
+Vertus dont celle de la <i>Prudence</i> est de premier ordre.</p>
+
+<p><b>Pollajuolo</b> (Pierre) (1441-1489).&mdash;Frère d'Antoine et, dit-on,
+élève de Castagno, fut uniquement peintre. La caractéristique des œuvres
+de Piero est la trop grande sveltesse de ses figures souvent
+insuffisamment dessinées, la vulgarité de leur type et la complication de
+leur attitude.</p>
+
+<p><b>Porta</b> (Baccio della) (1445-1533).&mdash;Le génie de ce très grand
+maître se développa sous les auspices de Rosselli et de Léonard de Vinci.
+Entraîné par l'éloquence de Savonarole, il s'attacha à lui et prit
+l'habit dominicain en 1500, au couvent de San Marco, sous le nom de
+<i>Fra Bartolommeo</i>, qu'on lui donne ordinairement. Après avoir, à la
+suite de la mort de Savonarole, renoncé à la peinture, il reprit ses
+pinceaux en 1504. De cette époque date la série de ses chefs-d'œuvre. Sa
+grandeur rude, son énergique sublimité, l'élévation sévère qui le
+caractérise furent dès lors tempérées par sa science du dessin et la
+beauté pratique de son exécution; il gagna en charme et en souplesse. Son
+habit lui interdisant jusqu'à un certain point le modèle vivant, il
+inventa, pour poser ses draperies, le mannequin à ressorts. Parmi ses
+œuvres admirables, il faut citer le <i>Saint Marc</i>, <i>le Christ au
+tombeau</i>, <i>le Christ ressuscité</i>, <i>la Sainte Famille</i> du
+palais Pitti et enfin la splendide fresque de l'hôpital Santa Maria
+Nuova, <i>le Jugement dernier</i>.</p>
+
+<p><b>Robbia</b> (Luca della) (1400-1482).&mdash;Un des plus purs génies qui
+aient honoré les arts. Sculpteur du plus rare talent, il inventa les
+bas-reliefs en terre cuite émaillée, et, loin de se laisser entraîner par
+une matière qui se serait prêtée à toutes les complications de la
+plastique, il ne l'employa jamais qu'avec la discrétion la plus
+remarquable, tandis que son goût pur et raffiné le faisait s'en tenir
+presque à la monochromie, c'est-à-dire au relief émaillé blanc sur fond
+bleu. Luca a enrichi Florence d'innombrables merveilles; il faut
+toutefois citer en première ligne, au Musée du Dôme, les hauts reliefs en
+marbre, <i>Enfants chanteurs et musiciens</i>, puis les <i>portes en
+bronze</i> de la sacristie de la cathédrale et enfin les hauts-reliefs en
+terre émaillée qui les surmontent: <i>l'Ascension</i> et <i>la
+Résurrection</i>.</p>
+
+<p><b>Robbia</b> (Andrea della) (1435-1498).&mdash;Neveu de Luca, fut initié de
+bonne heure par Luca à tous les secrets de la terre émaillée. Grand
+artiste, il a toutefois une interprétation plus gracile et plus mièvre
+que celle de son illustre maître et parent. Ses ouvrages empruntent déjà
+à la polychromie des effets que le vieux Luca atteignait, sans les avoir
+cherchés, par la seule pureté de son art. Les médaillons d'<i>Enfants
+emmaillotes</i> au portique des Innocents sont pourtant de premier ordre
+et dignes du maître.</p>
+
+<p><b>Robbia</b> (Jean della) (1460-1530).&mdash;Fils et élève d'Andrea, se
+consacra uniquement au bas-relief émaillé où il employa de véritables
+feux d'artifice de polychromie, profusion à laquelle le portait non
+seulement son goût personnel, mais encore la décadence du sentiment
+artistique chez ses contemporains.</p>
+
+<p><b>Rosselli</b> (Cosimo) (1438-1507).&mdash;Curieux et bizarre esprit, exerça
+sur la formation des meilleurs artistes de son époque une influence que
+ne nous expliquent nullement les productions qui subsistent encore de
+lui: sa <i>Procession</i>, œuvre très noircie de l'église Saint-Ambroise,
+et ses fantasques dessins.</p>
+
+<p><b>Rossellino</b> (Bernardo di Matteo Gamberelli, <i>dit</i> le)
+(1409-1464).&mdash;Architecte et sculpteur tout ensemble, comme l'étaient
+presque tous les grands artistes du temps, il laissa des œuvres sincères
+et délicates; son chef-d'œuvre est le tombeau magnifique du secrétaire
+d'État Leonardo Bruni à Santa-Croce.</p>
+
+<p><b>Rosso</b> (1496-1541).&mdash;Il fut successivement à l'école de
+Michel-Ange, du Parmesan et d'Andrea del Sarto. Peintre consciencieux,
+d'une époque de pleine décadence déjà, il jouit d'une grande renommée,
+et, appelé à la cour de François Ier, il fut le rival souvent heureux du
+Primatice.</p>
+
+<p>Le Rosso s'empoisonna par suite du désespoir où l'avait plongé la mise à
+la torture de son ami Pellegrino, reconnu plus tard innocent. On cite,
+parmi ses compositions, <i>l'Assomption de la Vierge</i> dans le cloître
+de l'église Santa Annunziata et <i>la Vierge accompagnée de plusieurs
+saints</i> au palais Pitti.</p>
+
+<p><b>Rustici</b> (Jean-François) (1474?-1554).&mdash;Il est présumé élève du
+Verrocchio et se consacra surtout à la fonte en bronze de ses statues. Le
+meilleur groupe de <i>la Prédication de Saint Jean</i>, placé au-dessus
+de la porte du Baptistère, est une bonne œuvre d'une belle patine de
+bronze.</p>
+
+<p><b>Sangallo</b> (Jules Giamberti, <i>dit</i>) (1443-1517).&mdash;Célèbre
+architecte, tira son surnom de la porte San Gallo qu'il édifia. Une
+grande partie des palais de Florence furent construits par lui et la
+Villa Médicéenne de Poggio a Cajano est parmi ses œuvres les plus
+marquantes.</p>
+
+<p><b>Sangallo</b> (Antoine) (1482 à 1516).&mdash;Est le plus renommé de la
+famille. Neveu de Jules Sangallo, il fut un des plus fameux architectes
+de son temps. Élevé à l'école de Brunelleschi qu'il aida dans ses
+principaux travaux, Raphaël l'appela à Rome et se l'adjoignit pour la
+reconstruction de la basilique Saint-Pierre. Rome et l'Italie lui doivent
+plusieurs de leurs principaux édifices.</p>
+
+<p><b>Sansovino</b> (Jacopo Tatti, <i>dit</i> le) (1479-1570).&mdash;Il étudia
+son art sous Contucci de Monte-Sansovino, dont il prit le nom. D'abord
+sculpteur, il ne débuta dans l'architecture qu'en 1515 et passa la
+majeure partie de son existence à Venise qu'il enrichit de monuments et
+d'œuvres d'art admirables. Aucun architecte n'eut plus que Sansovino de
+noblesse dans l'invention, de fécondité dans les idées, de grâce dans le
+style, de correction dans les détails.</p>
+
+<p><b>Sarto</b> (Andrea del) (1487-1531).&mdash;Fils d'un tailleur, une vocation
+irrésistible le poussa vers les arts. Des maîtres grossiers lui apprirent
+les premiers éléments de la peinture, il se forma lui-même, en étudiant
+les œuvres de Léonard et de Michel-Ange, mais surtout celles de Masaccio
+et de Ghirlandajo dont le génie était plus en rapport avec la douceur de
+sa propre nature. A l'élégance des traits, ses figures joignent la
+sensibilité, la beauté et la noblesse des attitudes. La force et la
+grandeur sont les seules qualités qui lui manquent. Après une existence
+des plus mouvementées, Andrea mourut à Florence de la fameuse peste de
+1531. Ses chefs-d'œuvre sont multiples et les fresques de Santa
+Annunziata, <i>La naissance de la Vierge</i>, et mieux encore celles des
+Scalzo relatives à l'<i>Histoire de saint Jean-Baptiste</i> sont de
+premier ordre. Tant au Musée des Offices qu'au Musée du Palais Pitti, ses
+ouvrages revêtent les mêmes qualités de grâce et de charme faciles.</p>
+
+<p><b>Settignano</b> (Desiderio da), (1428-1464).&mdash;Passe pour avoir été
+élève de Donatello. Son talent fin et distingué n'a pourtant aucune
+analogie avec le talent sombre et farouche du maître. La frise de la
+<i>chapelle Pazzi</i>, à Santa-Croce, <i>Le Tabernacle</i> de l'église
+Saint-Laurent et différents ouvrages de sculpture du <i>Bargello</i> font
+le plus grand honneur au talent svelte et charmant de Desiderio.</p>
+
+<p><b>Uccello</b> (Paolo de Dono), (1397-1475).&mdash;D'abord orfèvre et aide de
+Ghiberti dans la fonte de la première porte du Baptistère, il se consacra
+ensuite à la fresque et eut, par les lois de la perspective absolue qu'il
+établit d'une manière précise, la plus grande influence sur les artistes
+de son époque. Ses fresques du Cloître-Vert de Sainte-Marie Nouvelle,
+<i>Le Déluge</i> et <i>l'Ivresse de Noé</i> passent pour les œuvres où tous les
+artistes vinrent prendre des leçons de perspective.</p>
+
+<p>La fresque de la Cathédrale, le portrait équestre de <i>Hawkwood</i>,
+fait le plus grand honneur au talent d'Uccello.</p>
+
+<p><b>Verrocchio</b> (Andrea del), (1435-1488).&mdash;Il surpassa tous ses
+contemporains dans l'art de travailler le bronze. Très noble et très
+grand artiste, les Médicis qui le protégèrent, eurent le tort de
+l'opposer au génie de Donatello. Ses chefs-d'œuvre, le <i>Groupe de Jésus
+et de saint Thomas</i> d'Or San Michele, <i>L'Enfant au Dauphin</i> du
+Palais Vieux, <i>Le David</i> du musée du Bargello sont des œuvres de
+premier ordre, d'un style sans défaillance ni reproche.</p>
+
+<p><b>Vinci</b> (Léonard de), (1452-1519).&mdash;Le plus grand génie qui fut
+jamais, l'égal même de Michel-Ange, le Vinci fut à la fois sculpteur,
+architecte, physicien, ingénieur, écrivain et musicien, admirable esprit
+à l'universalité duquel aucune science, aucun art ne semblent avoir pu
+échapper ni demeurer étrangers. Après avoir étudié la sculpture sous le
+Verrocchio, il se rendit à Milan où Ludovic le More le garda jusqu'au
+jour où l'invasion du Milanais par Louis XII le faisait rentrer dans sa
+patrie. Mécontent de l'accueil que lui avaient réservé ses concitoyens et
+de celui qu'il avait rencontré auprès du pape, il resta vingt ans presque
+errant sans que, vieilli, aigri, assombri, il eût trouvé justice, même
+chez ses contemporains.</p>
+
+<p>Le goût de Léonard, pur et sévère, s'exerça sur toutes les matières qui
+furent soumises à son jugement; il poursuivit la perfection avec patience
+avec une exactitude souvent minutieuse et aucune recherche ne put jamais
+le rebuter dans la poursuite de son idéal de perfection.</p>
+
+
+
+
+<h2>TABLE DES MATIÈRES</h2>
+
+
+
+<h3><b>ÉGLISES</b></h3>
+
+
+<p><b>SANTA ANNUNZIATA</b><br>
+Portique de Sangallo, Fresques d'A. DEL SARTO et de ses élèves.<br>
+<b>Intérieur</b>: chapelle de la Vierge miraculeuse, par MICHELOZZO.<br>
+<b>Couloir du cloître</b>: A. DEL SARTO, Vierge au sac.<br>
+<b>Deuxième cloître</b>: Saint Jean-Baptiste, par MICHELOZZO.</p>
+
+
+<p><b>SANTA APOLLONIA</b><br>
+A. DEL CASTAGNO, Fresque de la Cène et Pieta.</p>
+
+
+<p><b>SS. APOSTOLI</b><br>
+Ciborium d'ANDREA DELLA ROBBIA.<br>
+Tombeau d'Altovite, BEN. DA ROVEZZANO.</p>
+
+
+<p><b>SAN AMBROGIO</b><br>
+Fresque, saint Sébastien, ÉCOLE DU GIOTTO.<br>
+Saint Sébastien, LEONARDO DEL TASSO.<br>
+Grisailles, FILIPPINO LIPPI.<br>
+Miracle du ciboire, COSIMO ROSSELLI.<br>
+Tabernacle, MINO DA FIESOLE.</p>
+
+
+<p><b>BADIA</b>, constr.: ARNOLFO CAMBIO<br>
+<b>Intérieur</b>: Bas-relief de la Vierge.<br>
+Tombeau du comte Hugo, MINO DA FIESOLE.<br>
+Apparition de la Vierge à saint Bernard, FILIPPINO LIPPI.<br>
+<b>Cloître</b>: Fresques d'ANTONIO SOLARIO, Vie de saint Benoît.</p>
+
+
+<p><b>BIGALLO</b> (confrérie), constr. goth.<br>
+<b>Salle du Conseil</b>: Fresque de GIOTTINO, la Miséricorde.<br>
+VENTURO DI MORO, fresque.<br>
+
+
+<p><b>BATTISTERO</b> (San Giovanni), constr. romane<br>
+Revêtement, ARNOLFO CAMBIO.<br>
+Portes: ANDREA PISANO et GHIBERTI.<br>
+Groupes extérieurs: Décollation de saint Jean-Baptiste, VICENTE DONI.<br>
+Prédication, par GIOVANNI RUSTICA.<br>
+Baptême de J.-C., par SANSOVINO.<br>
+<b>Intérieur</b>: Mosaïques de JACOBUS.<br>
+Fonts baptismaux, ÉCOLE PISANE.<br>
+Statue de la Madeleine, DONATELLO.<br>
+Tombeau de Jean XXIII, pape, DONATELLO et MICHELOZZO.<br>
+Groupe de style Barocco, par TICCIATI.</p>
+
+
+<p><b>CAMPANILE</b>, constr. goth.: GIOTTO et TADDEO GADDI.<br>
+Bas-reliefs, GIOTTO ET ANDREA PISANO.<br>
+<b>Côté Ouest</b>, David Jérémie et Jean-Baptiste, par DONATELLO.<br>
+<b>Côté Est</b>, Abraham et Habacuc, par DONATELLO.<br>
+Reliefs de LUCA DELLA ROBBIA.</p>
+
+
+<p><b>DOME</b>, constr.: ARNOLFO DI CAMBIO.<br>
+Coupole, BRUNELLESCHI,<br>
+1 <b>Porte du Sud</b>, ÉCOLE PISANE.<br>
+2 <b>Porte du Sud</b>, encadrement des TEDESCO.<br>
+<b>Porte du Nord</b>: JEAN ET NICOLAS D'AREZZO.<br>
+Vierge de la Cintola, NANNI DI BANCO.<br>
+Statuettes et têtes de prophètes, DONATELLO.<br>
+<b>Intérieur</b>:<br>
+<b>Mur de la façade</b>: Vitrail, Couronnement de la Vierge, GADDO GADDI.<br>
+Portrait équestre de N. da Tolentino, par ANDREA DEL CASTAGNO<br>
+Portrait équestre de John Hawkwood, par P. UCCELLO.<br>
+<b>Bas côté droit</b>: Monument de Brunelleschi de BUGGIANO. Bustes de
+Giotto et de Squarcialupo, par BEN. DA MAJANO.<br>
+Statue de Josué DONATELLO; bénitiers, ÉCOLE PISANE; Monument de l'évêque d'ORSO DE TINO.<br>
+<b>Sous la coupole</b>: Clôture du chœur, BANDINELLI; Déposition de
+Croix, MICHEL-ANGE.<br>
+<b>Transept droit</b>: Apôtres et saints. Fresques de LORENZO de BICCI.<br>
+Vitraux sur les dessins d'UCCELLO de GHIBERTI et de DONATELLO.<br>
+<b>Vieille sacristie</b>: Lunette de la porte, Ascension de LUCA DELLA
+ROBBIA; à l'intérieur, deux Anges, par LUCA.<br>
+<b>Chapelle Saint-Zenobe</b>: Christ sur l'autel, BENEDETTO DA MAJANO.<br>
+Reliquaire de saint Zenobe, GHIBERTI.<br>
+<b>Première Chapelle à gauche</b>: Statue de saint Jean, par DONATELLO.<br>
+<b>Sacristie neuve</b>: Portes de bronze et, dans la lunette, la
+Résurrection, LUCA DELLA ROBBIA.<br>
+<b>A l'intérieur</b>: Lavabo de MINO DA FIESOLE. Marqueteries, par
+BENEDETTO DA MAJANO.<br>
+<b>Bas côté gauche</b>: Portrait du Dante, par MICHELINO.<br>
+Saint Zenobe, fresque d'ORCAGNA.<br>
+
+
+<p><b>SANTA CROCE</b>, constr. goth. D'ARNOLFO DI CAMBIO.<br>
+<b>Intérieur</b>: Monuments et plaques tombales de l'ÉCOLE PISANE.<br>
+<b>Mur d'entrée</b>: Vitrail GHIBERTI.<br>
+Statue de saint Louis de Toulouse, par DONATELLO.<br>
+<b>Grande nef</b>: Chaire de BEN. DA MAJANO. Porte de la chaire,
+<i>id</i>.<br>
+<b>Bas côté droit</b>: Monument de Michel-Ange, par VASARI. Au pilier,
+Vierge, bas-relief de ROSSELLINO.<br>
+DOM VENEZIANO: Saint Jean-Baptiste et saint François.<br>
+L'Annonciation, grand haut-relief, DONATELLO.<br>
+Tombeau de Bruni, par ROSSELLINO.<br>
+<b>Transept droit</b>:<br>
+<b>Chapelle du saint Sacrement</b>. Tombeaux. Fresques, ÉCOLE DE GIOTTO.<br>
+<b>Chapelle Baroncelli</b>: GIOTTO, retable.<br>
+TADDEO GADDI: Vie de la Vierge.<br>
+MAINARDI. Madonna della Cintolla.<br>
+<b>Mur du chœur</b>:<br>
+<b>Première chapelle Fardi</b>: GIOTTO. Vie de saint François d'Assise.<br>
+<b>Deuxième chapelle Peruzzi</b>: GIOTTO. Vies de saint Jean-Baptiste et
+de saint Jean l'Évangéliste, GIOVANNI DA SAN GIOVANNI. Vie de saint
+André.<br>
+<b>Troisième chapelle</b>: ÉCOLE DE GIOTTO, combat de saint Michel et du
+dragon.<br>
+<b>Chapelle du Chœur</b>: AGNOLO GADDI. Histoire de la vraie Croix.<br>
+<b>Quatrième chapelle Pulci</b>: Autel de JEAN DELLA ROBBIA. DADDI,
+Martyres de saint Étienne et de saint Laurent.<br>
+<b>Cinquième chapelle</b>: MASO, Miracles de saint Sylvestre.<br>
+<b>Transept gauche</b>:<br>
+Crucifix en bois de DONATELLO.<br>
+<b>Bas côté gauche</b>: Tombeau de Marzuppini, par DESIDERIO DA
+SETTIGNANO.<br>
+<b>Transept droit</b>: Couloir de la Sacristie, constr. de MICHELOZZO.<br>
+<b>Chapelle des Médicis</b>: constr. de MICHELOZZO.<br>
+Autel et relief, ÉCOLE DES DELLA ROBBIA.<br>
+<b>Sacristie</b>: Buste du Christ, ANDREA DELLA ROBBIA. GIOVANNI DA
+MILANO, fresques de la vie de la Vierge et de sainte Madeleine.<br>
+<b>Cloître</b>: Tombes gothiques.<br>
+<b>Chapelle Pazzi</b>: constr. BRUNELLESCHI. Frise de Chérubins, par
+DESIDERIO DA SETTIGNANO et DONATELLO. Médaillons en relief des apôtres,
+LUCA DELLA ROBBIA. Intérieur, Évangélistes à la coupole, BRUNELLESCHI.<br>
+<b>Réfectoire</b>: TADDEO GADDI. Fresque de la Cène. GERINI, Crucifixion.<br>
+<b>Deuxième cloître</b>: constr. BRUNELLESCHI.</p>
+
+
+<p><b>SAINTE FÉLICITÉ</b><br>
+<b>Portique</b>:<br>
+<b>Intérieur</b>:<br>
+<b>Cinquième autel</b>: TADDEO GADDI, Vierge.<br>
+<b>Sacristie</b>: GIOTTO, Christ. NICOLÒ DA PIETRO, Christ entouré de la
+Madeleine et des saintes Femmes.<br>
+<b>Deuxième sacristie</b>: Annonciation, ÉCOLE D'ORCAGNA.</p>
+
+
+<p><b>SAINT FRANÇOIS DE VANCHETONI</b>. Bustes de DONATELLO.</p>
+
+<p><b>INNOCENTI</b> (Hospice des Enfants Trouvés), constr. BRUNELLESCHI ET
+F. DELLA ROBBIA.<br>
+<b>Intérieur</b>: Tympan de la Chapelle, maître-autel, GHIRLANDAJO,
+adoration des Mages.</p>
+
+
+<p><b>SAN JACOPO IN RIPOLI</b>.<br>
+TYMPAN du portail DELLA ROBBIA, Christ et saint Thomas.<br>
+<b>Intérieur</b>: Mariage mystique de sainte Catherine RIDOLFO
+GHIRLANDAJO.</p>
+
+
+<p><b>SAN LORENZO</b>, constr. BRUNELLESCHI<br>
+<b>Intérieur</b>: Chaires, DONATELLO. Tombeau de Cosme le Vieux,
+VERROCCHIO.<br>
+Chapelle du Transept gauche.<br>
+FRA FILIPPO LIPPI: L'Annonciation.<br>
+<b>Bas côté gauche</b>: DONATELLO, Tribune des Médicis.<br>
+<b>Transept droit</b>: Tabernacle, DESIDERIO SETTIGNANO.<br>
+<b>Ancienne Sacristie</b>: const. BRUNELLESCHI.<br>
+MÉDAILLONS de la coupole et frise de Chérubins, DONATELLO. Portes de
+bronze, DONATELLO. Tombeau des parents de Cosme l'Ancien, buste de saint
+Laurent, DONATELLO.<br>
+Tombeau de Laurent le Magnifique, VERROCCHIO.<br>
+<b>Bibliothèque Laurentienne</b>: escalier, VASARI. Vestibule et const.,
+MICHEL-ANGE.<br>
+Boiseries CIPIANO et DEL CINQUE; Vitraux, JEAN D'UDINE.<br>
+<b>Chapelles Médicis</b>.<br>
+<b>Chapelle des Princes</b>: constr., MATTEO NIGETTI. Statues de Cosme
+II, par JEAN DE BOLOGNE et de Ferdinand I, par TACCA.<br>
+<b>Nouvelle sacristie</b>: constr. MICHEL-ANGE.<br>
+Tombeau de Julien de Médicis.<br>
+Allégories du jour et de la nuit.<br>
+Tombeau de Laurent de Médicis.<br>
+Allégories du Crépuscule et de l'Aurore; MICHEL-ANGE. Sarcophages de
+VASARI. Vierge et Enfant de MICHEL-ANGE. Saint Cosme et saint Damien,
+MONTELUPO e MONTORSOLI.</p>
+
+
+<p><b>SANTA MADDALENA DE PAZZI</b><br>
+<b>Salle du Chapitre</b>: PÉRUGIN, Christ en Croix.</p>
+
+
+<p><b>SAN MARCO</b> (couvent), restaurations, MICHELOZZO.<br>
+FRA ANGELICO, FRA BARTOLOMMEO, SAVONAROLE.<br>
+<b>Premier cloître</b>: Fresques VANNI, Lunettes des portes I, Saint
+Thomas d'Aquin. II, Le Christ en pèlerin d'Emmaüs. III, Saint Dominique.
+IV, Le «Silence»; Saint Pierre martyr. Grande Fresque, saint Dominique au
+pied de la Croix, FRA ANGELICO.<br>
+<b>Réfectoire</b>: Fresque SOGLIANI.<br>
+<b>Salle du Chapitre</b>: Calvaire, par FRA ANGELICO.<br>
+<b>PETIT RÉFECTOIRE</b>: Cenacolo, par GHIRLANDAJO.<br>
+<b>Premier étage</b>.<br>
+<b>Couloirs</b>: FRA ANGELICO, L'Annonciation. Saint Dominique au pied de
+la Croix. Vierge sur un trône entoure de saints,&mdash;Angelico et ses élèves,
+quarante-cinq fresques des cellules.<br>
+<b>Cellules</b>: XII, XIII et XIV, appartement du Prieur, Souvenirs de
+Savonarole.<br>
+Cellule XXXIII, Tableau Madonna della Stella, Fra Angelico.<br>
+XXXVIII et XXXIX, Cellule et Oratoire de Cosme l'Ancien, fresque de
+l'Adoration des Mages, Angelico.<br>
+<b>Bibliothèque</b>: constr. MICHELOZZO, Livres et Manuscrits.</p>
+
+
+<p><b>SAN MARCO (ÉGLISE)</b>2<br>
+<b>A l'Intérieur</b>: Christ par GIOTTO.<br>
+<b>Deuxième autel à droite</b>: FRA BARTOLOMMEO, Vierge trônant entourée de Saints.<br>
+Troisième autel, Mosaïque romaine, Plaques de Pic de la Mirandole et
+d'Ange Politien.</p>
+
+
+<p><b>SANTA MARIA DEL CARMINE</b><br>
+Intérieur Transept droit.<br>
+<b>Chapelle Brancacci</b>: Fresques relatives à la création et à la
+mission de saint Pierre, MASACCIO et FILIPPINO LIPPI.<br>
+<b>Sacristie</b>: Fresques relatives à l'histoire de sainte Cécile,
+SPINELLO ARETINO.<br>
+<b>Cloître</b>: Procession attribuée à Masaccio.<br>
+<b>Réfectoire</b>: Cenacolo d'ALLORI.</p>
+
+<p><b>SANTA MARIA NOVELLA</b> constr. FRA SISTO, FRA RISTORO, revêtements,
+avelli LEONE BATTISTA ALBERTI.<br>
+<b>Intérieur</b>: mur de la façade.<br>
+Fresque de la Trinité, MASACCIO.<br>
+<b>Transept droit. Chapelle Rucellai</b>: CIMABUE, Vierge. ROSSELLINO,
+tombeau de la Beata Villana dei Cerchi.<br>
+<b>Chapelle Philippe Strozzi</b>: Tombeau Strozzi, par BEN. DA MAJANO.<br>
+Miracles de saint Jean l'Évangéliste et de saint Philippe, Fresques de
+FILIPPINO LIPPI, Vitrail sur les dessins de FILIPPINO.<br>
+CHŒUR: Fresques de GHIRLANDAJO.<br>
+Histoire de la Vierge et de saint Jean-Baptiste.<br>
+Boiserie, par BACCIO D'AGNOLO.<br>
+<b>Transept gauche. Chapelle Strozzi</b>: Fresques du Jugement dernier et
+du Paradis, ANDRÉA ORCAGNA; de l'Enfer, NARDO ORCAGNA.<br>
+Retable, Christ glorieux et saints, ANDRÉA ORCAGNA.<br>
+<b>Sacristie</b>: Lavabo, JEAN DELLA ROBBIA.<br>
+<b>Sepolcreto</b>: Plaques commémoratives du XIVe et XVe siècle,<br>
+<b>Cloître vert</b>, Genèse et histoire de la création, ORCAGNA.<br>
+Le Déluge et l'ivresse de Noé, UCCELLO.<br>
+<b>Chapelle des Espagnols</b>: constr. goth., Fresque l'Église
+triomphante, SIMONE MEMMI.<br>
+Triomphe de saint Thomas d'Aquin et le calvaire, TADDEO GADDI.<br>
+<b>PHARMACIE</b>: La Passion, Fresques attribuées à SPINELLO ARETINO.</p>
+
+
+<p><b>SANTA MARIA NUOVA</b> (Hôpital de), portique, BUONTALENTI.<br>
+<b>L'église San Egidio</b>: Fresque le Couronnement de la Vierge, LORENZO
+DI BICCI.&mdash;Sous le portique; Fresques de la dédicace, LORENZO DI
+BICCI.<br>
+<b>A l'intérieur</b>: La Vierge et l'Enfant (derrière l'autel), ANDREA
+DELLA ROBBIA. Tabernacle, ROSSELLINO et GHIBERTI.<br>
+<b>Galerie de peinture</b>:<br>
+104. CASTAGNO, Crucifixion.<br>
+29. Vierge et enfant, haut-relief, par VERROCCHIO.<br>
+<b>Salle I</b>: 49, 49, 50, Triptyque, Adoration des Mages et donateurs,
+HUGO VAN DER GOES.<br>
+N° 23. BOTTICELLI, Vierge et enfant.<br>
+71. BARTOLOMMEO, Jugement dernier.<br>
+<b>Cloître</b>: ANDREA DEL CASTAGNO, Christ en croix.</p>
+
+<p><b>MISERICORDIA</b> (confraternité), Retable d'ANDREA DELLA ROBBIA.</p>
+
+
+<p><b>OGNISSANTI</b>, tympan du portail, Couronnement de la Vierge, DELLA
+ROBBIA.<br>
+<b>Intérieur</b>: BOTTICELLI, Fresque de saint Jérôme. GHIRLANDAJO,
+Fresque saint Augustin.<br>
+<b>Sacristie</b>: Christ, ÉCOLE DU GIOTTO.<br>
+<b>Réfectoire</b>: Ghirlandajo, Cène. Tabernacle de AG. DE DUCCIO.</p>
+
+
+<p><b>OR SAN MICHELE</b>, constr. goth. de TADDEO GADDI.<br>
+<b>Extérieur</b>: Statuettes des fenêtres, par TALENTI.<br>
+<b>Est</b>: Statue de Jean-Baptiste, GHIBERTI.<br>
+Groupe de saint Thomas, VERROCCHIO.<br>
+Statue de saint Luc, par JEAN DE BOLOGNE.<br>
+<b>Nord</b>: Statue de saint Pierre, DONATELLO.<br>
+Statue de quatre saints NANNI DI BANCO.<br>
+<b>Ouest</b>: Statue de saint Matthieu, GHIBERTI.<br>
+Statue de saint Étienne, GHIBERTI.<br>
+Saint Éloi, par NANNI DE BANCO.<br>
+<b>Sud</b>: Saint Marc, par DONATELLO.<br>
+Saint Jacob de GHIBERTI.<br>
+Saint Georges de DONATELLO.<br>
+Saint Jean Ev., par MONTELUPO.<br>
+Reliefs des DELLA ROBBIA.<br>
+<b>Intérieur</b>: constr. d'ORCAGNA.<br>
+Tabernacle d'ORCAGNA. Image miraculeuse, B. DADDI.</p>
+
+<p><b>SAN ONOFRIO</b><br>
+Cène attribuée à RAPHAEL.</p>
+
+
+<p><b>LO SCALZO</b><br>
+ANDRÉA DEL SARTO, Vie de saint Jean l'Évangéliste, fresques monochromes.</p>
+
+
+<p><b>SAN SPIRITO</b><br>
+Transept droit, FILIPPINO LIPPI, Vierge des Tanaï de NERLI.<br>
+LORENZO DI CREDI, Vierge et saints.<br>
+<b>Transept gauche</b>: PIERO DE COSIMO.<br>
+Vierge et saints.<br>
+<b>Sacristie </b>: constr., POLLAJUOLO.<br>
+Vestibule, constr. SANGALLO.</p>
+
+
+<p><b>SANTA TRINITA</b>, constr., NICOLAS PISANO.<br>
+<b>Intérieur</b>: Statue de bois, sainte Madeleine, par DESIDERIO
+SETTIGNANO.<br>
+Annonciation, par LORENZO MONACO.<br>
+<b>Chapelle Sassetti</b>, constr., Jules de SANGALLO. Fresques de la vie
+de saint François, GHIRLANDAJO.</p>
+
+
+
+
+
+
+<h3>MUSÉES</h3>
+
+
+<p><b>MUSÉES</b> </p>
+
+<p><b>ACADÉMIE DES BEAUX-ARTS</b><br>
+
+
+Salle I.<br>
+
+31. BALDOVINETTI, la Trinité.<br>
+
+27. ANGELICO, Retables.<br>
+
+Salle à coupole.<br>
+
+MICHEL-ANGE, le David.<br>
+
+
+Salle III.<br>
+
+36. MASACCIO, Conception.<br>
+
+41. FRA FILIPPO LIPPI, Couronnement de la Vierge.<br>
+
+42. FRA FILIPPO LIPPI, Prédelle.<br>
+
+37 et 39. A. DEL CASTAGNO, Saint Jean-Baptiste et la Madeleine.<br>
+
+38. A. DEL CASTAGNO, saint Jérôme en prière.<br>
+
+32. GENTILE DA FABRIANO, Adoration des Mages.<br>
+
+34. ANGELICO, Déposition.<br>
+
+43. VERROCCHIO et LÉONARD DE VINCI, Baptême de Jésus-Christ.<br>
+
+46. BOTTICELLI, Vierge enfant, saints et saintes.<br>
+
+47. BOTTICELLI, Couronnement de la Vierge.<br>
+
+52. BOTTICELLI, Vierge sur un trône.<br>
+
+49. FRA FILIPPO LIPPI, Vierge et quatre saints.<br>
+
+50. GHIRLANDAJO, Adoration des Mages.<br>
+
+53. PÉRUGIN, le Jardin de Gethsémani.<br>
+
+56. PÉRUGIN, la Crucifixion.<br>
+
+55. PÉRUGIN, Assomption.<br>
+
+58. PÉRUGIN, Pieta.<br>
+
+54. LUCA SIGNORELLI, Vierge entourée de saints.<br>
+
+57. FILIPPINO LIPPI, Descente de croix.<br>
+
+59. AND. DEL SARTO, quatre Saints.<br>
+
+63. A DEL SARTO, Prédelle du tableau.<br>
+
+66. FRA BARTOLOMMEO, Apparition de la Vierge à saint Bernard.<br>
+
+69. FRA BARTOLOMMEO, saint Vincent.<br>
+
+78 et 82. FRA BARTOLOMMEO, têtes d'Apôtres.<br>
+
+
+<b>Salle de l'Angelico</b><br>
+
+41. FRA ANGELICO, Jugement dernier.<br>
+
+16. Six petits panneaux, vie de saint Cosme et saint Damien.<br>
+
+11 à 24. Huit panneaux et trente-cinq sujets de la Vie du Christ.<br>
+
+20. Couronnement de la Vierge.<br>
+
+21. Pietà.<br>
+
+31. FRA BARTOLOMMEO, Savonarole.<br>
+
+18. PÉRUGIN, portraits de moines.<br>
+
+
+<b>Salle V</b><br>
+
+Cartons de FRA BARTOLOMMEO.<br>
+
+Carton du David de MICHEL-ANGE.<br>
+
+
+<b>Salle VI</b><br>
+
+22. ANT. POLLAJUOLO, saint Augustin.<br>
+
+23. A. POLLAJUOLO, sainte Monique.<br>
+
+24. VERROCCHIO, Tobie et les trois Archanges.<br>
+
+19. LUCA SIGNORELLI, Madeleine au pied de la croix.<br>
+
+16. GHIRLANDAJO, Vierge entre des Saints.<br>
+
+12. FRA FILIPPO LIPPI, Nativité.<br>
+
+6, 7, 8, 9. BOTTICELLI, Christ ressuscitant. Salomé avec la tête de
+Jean-Baptiste.<br>
+
+Vision de saint Augustin.<br>
+
+Mort de saint Augustin.<br>
+
+20. BOTTICELLI, l'archange Raphaël et Tobie.<br>
+
+20. BOTTICELLI, le Printemps.</p>
+
+
+<p><b>MUSÉE ARCHÉOLOGIQUE</b>.<br>
+
+
+<b>Salle V</b><br>
+
+BRONZES<br>
+
+A. Minerve.<br>
+
+B. Portrait de Metellus.<br>
+
+C. Chimère.<br>
+
+D. Situla.<br>
+
+Vitrine n° 1. Tête de jeune homme.<br>
+
+2. Statuette de Bacchus.<br>
+
+3. Jupiter.<br>
+
+4. Castor.<br>
+
+5. Minerve Médica.<br>
+
+6. Athéné.<br>
+
+
+<b>Salle VI</b><br>
+
+Vase François.<br>
+
+
+<b>Salle VIII</b><br>
+
+Sarcophage en terre cuite de Larthia Saranthia.<br>
+
+Sarcophages en albâtre.<br>
+
+Sarcophage en pierre avec statue.<br>
+
+Statue cinéraire.<br>
+
+
+DEUXIÈME ÉTAGE<br>
+
+<b>Galerie des Tapisseries</b><br>
+
+Salle I. Étoffes.<br>
+
+Salle II. Broderies.<br>
+
+Salles III, IV, V. Broderies.<br>
+
+Salle VI. Tapisseries de Florence, XVIIe et XVIIIe siècles.<br>
+
+Salle VII. Tapisseries flamandes. XVIe siècle.<br>
+
+Salle VIII. Tapisseries de Florence, XVIe siècle.<br>
+
+Salle IX. Suite.<br>
+
+Salle XII. Gobelins, histoire d'Esther.<br>
+
+Salle XIII. Suite.<br>
+
+Salle XIV. Tapisseries flamandes, XVIe siècle.<br>
+
+Salle XVI. Tapisseries des Flandres, XVIe siècle.<br>
+
+Salles XVIII, XIX, XX. Séries de tapisseries de Florence des XVIe,
+XVIIe et XVIIIe siècles.</p>
+
+
+<p><b>BARGELLO</b> (musée national).<br>
+
+<b>Const.</b>: TADDEO GADDI. Cour, escalier, BENCI DI CIONE et NERI
+FIORAVENTI.<br>
+
+<b>Rez-de-chaussée</b>.<br>
+
+Salle des Armures. BENVENUTO CELLINI, casque et rondache de François
+Ier.<br>
+
+
+<b>Salle des Portiques</b><br>
+
+I. Tombeaux du XIVe siècle.<br>
+
+II. Bas-reliefs de ROVEZZANO.<br>
+
+MICHEL-ANGE, buste de Brutus.<br>
+
+Masque de faune.<br>
+
+Bas-relief de la Vierge avec l'Enfant.<br>
+
+Bacchus ivre.<br>
+
+Petit groupe, Léda et le Cygne.<br>
+
+Réduction en marbre du Moïse.<br>
+
+
+<b>PREMIER ÉTAGE</b><br>
+
+Cloches en bronze.<br>
+
+
+<b>Salle I</b><br>
+
+DONATELLO, rondes d'enfants, quatre bas-reliefs pour les tribunes des
+orgues du Dôme.<br>
+
+Le Cupidon (bronze).<br>
+
+Le David (bronze).<br>
+
+Buste en bas-relief de saint Jean.<br>
+
+Statue de saint Jean-Baptiste en pied.<br>
+
+David (marbre).<br>
+
+MICHEL-ANGE, Adam mourant.<br>
+
+MICHEL-ANGE, la Victoire.<br>
+
+
+<b>Salle III</b><br>
+
+FAÏENCES<br>
+
+<b>Chapelle</b>: GIOTTO, fresques. Vitrines, nielles.<br>
+
+
+<b>Salle V</b><br>
+
+IVOIRES, AMBRES ET COUPES<br>
+
+
+<b>Salle VI</b><br>
+
+BRONZES<br>
+
+GHIBERTI, reliquaire de sainte Jacinthe.<br>
+
+VECCHIETTA, statue de Marino Soccino.<br>
+
+VERROCCHIO, David.<br>
+
+Vitrine A. POLLAJUOLO, Hercule et Cacus.<br>
+
+
+<b>Salle VII</b><br>
+
+BRONZES<br>
+
+<b>Benvenuto Cellini</b>, buste de Cosme I.<br>
+
+B. CELLINI, modèles pour le Persée.<br>
+
+DONATELLO, frise, Bacchanale d'enfants.<br>
+
+JEAN DE BOLOGNE, le Mercure.<br>
+
+
+DEUXIÈME ÉTAGE<br>
+
+ANDREA DEL CASTAGNO, Fresques.<br>
+
+
+<b>Salle II</b><br>
+
+Bas-reliefs, par les DELLA ROBBIA.<br>
+
+Vitrines des faïences.<br>
+
+
+<b>Salle III</b><br>
+
+TAPISSERIES<br>
+
+
+<b>Salle V</b><br>
+
+MARBRES<br>
+
+MINO DA FIESOLE, buste de Rinaldo della Luna.<br>
+
+VERROCCHIO, haut-relief, mort de Francesca Pitti.<br>
+
+BEN. DA MAJANO, buste de Mellini.<br>
+
+MINO DA FIESOLE, buste de jeune femme.<br>
+
+A. DEL POLLAJUOLO, buste de jeune guerrier.<br>
+
+BEN. DA MAJANO, buste appelé le prêtre florentin.<br>
+
+
+<b>Salle VI</b><br>
+
+MARBRES<br>
+
+VERROCCHIO, bas-relief, la Vierge et l'enfant Jésus.<br>
+
+VERROCCHIO, buste de femme.<br>
+
+MATTEO CIVITALI, la Foi.<br>
+
+MESS. DA FIESOLE, buste de Pierre de Médicis.<br>
+
+BENED. DA MAJANO, saint Jean.<br>
+
+SANSOVINO, Statue de Bacchus.<br>
+
+MICHEL-ANGE, Apollon.<br>
+
+
+<b>Salle IV</b><br>
+
+SCEAUX ET MONNAIES</p>
+
+
+
+<p><b>CASA BUONARROTI Musée Michel-Ange</b><br>
+1re Chambre, Combat des Centaures et des Lapithes.<br>
+2e Chambre, dessins.<br>
+Cadre Ier, Cléopâtre.<br>
+Cadre IX, 75. Projet de façade pour Saint-Laurent de Florence.<br>
+Cadre XV, 75, Vierge allaitant l'Enfant.<br>
+<b>Chapelle</b><br>
+72. Vierge assise avec enfant (marbre).</p>
+
+
+<p><b>OFFICES</b>, constr. VASARI.<br>
+<b>Corridor occidental</b>.<br>
+17. PIETRO LORENZETTI, petit tableau des anachorètes.<br>
+25. SIMONE DI MARTINO et LIPPO MEMMI, Annonciation.<br>
+24 et 26. San Ansano et Santa Giuletta.<br>
+45. BICCI DI LORENZO, S. S. Cosimo et Damiano.<br>
+52. PAOLO UCCELLO, tableau de bataille.<br>
+PIERO DEL POLLAJUOLO:<br>
+69. <i>L'Espérance</i>.<br>
+70. <i>La Justice</i>.<br>
+71. <i>La Tempérance</i>.<br>
+72. <i>La Foi</i>.<br>
+73. <i>La Charité</i>.<br>
+34. LUCA SIGNORELLI, la Vierge avec l'Enfant.<br>
+
+
+ÉCOLE TOSCANE<br>
+
+
+1° Salle A.<br>
+
+1157. LÉONARD DE VINCI (?), Tête de jeune homme vue de face, les cheveux
+rejetés en arrière.<br>
+
+1159. LÉONARD DE VINCI (?), Tête de Méduse.<br>
+
+1167. MASACCIO, beau portrait en buste d'un vieillard inconnu. Fragment
+de fresque également attribué à Filippino Lippi.<br>
+
+1154. INCONNU, <i>Le Médailleur</i>.<br>
+
+1156 et 1158. SANDRO BOTTICELLI. Histoire de Judith et d'Holopherne, en
+petits tableaux.<br>
+
+1156. La Judith.<br>
+
+1158. Holopherne.<br>
+
+1153. ANTOINE POLLAJUOLO, les Travaux d'Hercule.<br>
+
+1178 et 1184. FRA ANGELICO, les Fiançailles et les Funérailles de la
+Vierge.<br>
+
+1182. BOTTICELLI, La Calomnie. Description d'un tableau disparu
+d'Apelles.<br>
+
+
+2° Salle B.<br>
+
+1257. FILIPPINO LIPPI, l'Adoration des Mages.<br>
+
+1268. FILIPPINO LIPPI, la Vierge et quatre Saints.<br>
+
+1112. ANDREA DEL SARTO, la Vierge avec l'Enfant, saint François et saint
+Jean l'Évangéliste.<br>
+
+1279. ANT. BAZZI (dit le <i>Sodoma</i>), Saint Sébastien.<br>
+
+1252. LÉONARD DE VINCI, l'Adoration des Mages.<br>
+
+1257. FILIPPO LIPPI, Adoration des Rois.<br>
+
+1288. LÉONARD DE VINCI, l'Annonciation.<br>
+
+1301. ANTONIO DEL POLLAJUOLO, Saint Eustache, saint Jacques et saint
+Vincent.<br>
+
+1300. PIERO DELLA FRANCESCA, portraits de Frédéric de Montefeltro et de
+Battista Sforza, sa femme.<br>
+
+1290. BEATO ANGELICO, Couronnement de la Vierge.<br>
+
+1306. ANT. DEL POLLAJUOLO, la Prudence.<br>
+
+1267 <i>bis</i>. Sandro FILIPEPPI, dit <i>Botticelli</i>, la Vierge et
+l'Enfant.<br>
+
+1289. BOTTICELLI, la Vierge et l'Enfant à la Grenade.<br>
+
+<p>1299. BOTTICELLI, la Force.<br>
+
+1307. FRA FILIPPO LIPPI, la Vierge adore l'Enfant présenté par deux
+anges.<br>
+
+
+<b>La Tribune</b><br>
+
+Décoration POCETTI.<br>
+
+
+SCULPTURES<br>
+
+342. <i>Vénus de Médicis</i>.<br>
+
+343. <i>Les Lutteurs</i>.<br>
+
+344. <i>Le Satyre dansant</i>.<br>
+
+345. <i>L'Apollino</i>.<br>
+
+346. <i>Le Rémouleur</i>.<br>
+
+
+TABLEAUX<br>
+
+1131. RAPHAEL, portrait de Jules II.<br>
+
+129. RAPHAEL, la Vierge du Chardonneret.<br>
+
+1127. RAPHAEL, Saint Jean dans le désert.<br>
+
+1123. SÉB. DEL PIOMBO, La Fornarina.<br>
+
+1120. RAPHAEL, portrait d'une inconnue.<br>
+
+1117. LE TITIEN, la Vénus au petit chien.<br>
+
+1139. MICHEL-ANGE. Sainte Famille.<br>
+
+1141. ALBERT DÜRER, Adoration des Mages.<br>
+
+1118. CORRÈGE, le Repos en Égypte.<br>
+
+1111. MANTEGNA, Triptyque: l'Adoration des Mages, la Circoncision, la
+Résurrection.<br>
+
+
+ÉCOLE ITALIENNE MAÎTRES DIVERS<br>
+
+
+<b>Salle III</b><br>
+
+1291. LUCA SIGNORELLI, Sainte Famille.<br>
+
+1298. Prédelle du précédent.<br>
+
+
+<b>Salle IV</b><br>
+
+1025. MANTEGNA, la Vierge aux Rochers.<br>
+
+
+ÉCOLE HOLLANDAISE<br>
+
+
+<b>Salle V</b>.<br>
+
+695. LUCAS DE LEYDE (?), Ferdinand, infant d'Espagne.<br>
+
+
+ÉCOLES ALLEMANDE ET FLAMANDE<br>
+
+
+(1re salle)<br>
+
+<b>Salle VI</b>.<br>
+
+795. ROGER VAN DER WEYDEN, Jésus au Sépulcre.<br>
+
+784. HANS HOLBEIN, LE JEUNE, portrait de Zwingli.<br>
+
+777 et 768. ALBERT DÜRER, portrait de son père.<br>
+
+765. HANS HOLBEIN, LE JEUNE, Richard Southwell.<br>
+
+850. HANS HOLBEIN, cadre de plusieurs petites têtes.<br>
+
+IX. <i>Médaillon de Hans Holbein</i>.<br>
+
+847. LUCAS CRANACH, Luther et Mélanchthon.<br>
+
+845. Jean et Frédéric, électeurs de Saxe.<br>
+
+
+ÉCOLES ALLEMANDE ET FLAMANDE<br>
+
+
+(2ème salle)<br>
+
+<b>Salle VII</b>.<br>
+
+SCHOUFFLEIN DE NUREMBERG, Scènes de la vie de saint Pierre et de saint
+Paul.<br>
+
+703. JEAN MEMLING, la Madone sur un trône.<br>
+
+
+ÉCOLE FRANÇAISE<br>
+
+
+<b>Salle VIII</b>.<br>
+
+674. LARGILLIÈRE, portrait de Jean-Baptiste Rousseau.<br>
+
+671. ANTOINE WATTEAU, le Joueur de flûte.<br>
+
+667. FRANÇOIS CLOUET, François Ier (petit portrait équestre).<br>
+
+
+LES GEMMES<br>
+
+
+<b>Salle IX</b>.<br>
+
+<i>Armoire II</i>, cassette en cristal de roche, VICENTINO.<br>
+
+<i>Armoire V</i>, coupe en pierre dure, attribuée à JEAN DE BOLOGNE.<br>
+
+<i>Armoire VI</i>, coupe en cristal de roche, par BENVENUTO CELLINI.<br>
+
+
+<b>Corridor méridional</b><br>
+
+138. TIREUR D'ÉPINE.<br>
+
+141. Base triangulaire grecque.<br>
+
+MICHEL-ANGE, Bacchus et Satyre.<br>
+
+
+<b>Corridor occidental</b><br>
+
+155-156. Marsyas.<br>
+
+
+<b>Salle XXIII</b><br>
+
+ÉCOLE VÉNITIENNE<br>
+
+767. FRA SÉB. DEL PIOMBO, Mort d'Adonis.<br>
+
+599 et 605. TITIEN, portraits du duc et de la duchesse d'Urbin.<br>
+
+626. TITIEN, Flore.<br>
+
+
+<b>Salle XXIV</b><br>
+
+629. MORONE, Portrait de savant.<br>
+
+631. JEAN BELLIN, La Vierge au lac.<br>
+
+601-638. TINTORET, portraits de l'amiral Venier et de Sansovino.<br>
+
+
+<b>Salle Lorenzo Monaco</b><br>
+
+1309. LORENZO MONACO, Couronnement de la Vierge.<br>
+
+1310. GENTILE DE FABRIANO, Quatre Saints.<br>
+
+17. ANGELICO, La Vierge trônant.<br>
+
+1297. GHIRLANDAJO, Vierge et Enfant.<br>
+
+1286. BOTTICELLI, Adoration des Mages.<br>
+
+39. BOTTICELLI, Naissance de Vénus.<br>
+
+1309. VENEZIANO, Vierge trônant.<br>
+
+
+PORTRAITS DES ARTISTES PAR EUX-MÊMES.<br>
+
+
+<b>Salle XIX</b><br>
+
+MAÎTRES ANCIENS<br>
+
+233. RUBENS, sans chapeau.<br>
+
+228. RUBENS, avec chapeau.<br>
+
+354. JEAN BELLIN.<br>
+
+288. RAPHAEL.<br>
+
+287. PIERRE PÉRUGIN, portrait de l'Espagnol LOPEZ PEREGO.<br>
+
+223. VAN DYCK.<br>
+
+237. QUENTIN MATSYS.<br>
+
+236. ANTONIO MOOR.<br>
+
+232. HANS HOLBEIN.<br>
+
+451-452. REMBRANDT.<br>
+
+239. VASE MÉDICIS.<br>
+
+
+MAÎTRES MODERNES<br>
+
+
+<b>Salle XV</b><br>
+
+Inscriptions et statues antiques.<br>
+
+
+<b>Salle XVI</b><br>
+
+Cabinet de l'Hermaphrodite.<br>
+
+306. Hermaphrodite.<br>
+
+308. Ganymède.<br>
+
+
+<b>Salle XVII</b><br>
+
+Cabinet des Camées.<br>
+
+371. Buste de Savonarole.<br>
+
+373. Buste de Léon X.<br>
+
+334. Scène allégorique.<br>
+
+Masque de Dante.<br>
+
+Portraits des Médicis.<br>
+
+Miniatures.<br>
+
+Modèle en cire du Penseur.<br>
+
+
+<b>Salle XIII</b><br>
+
+Dix-sept statues des Niobides.<br>
+
+140. RUBENS, Henri IV à la bataille d'Ivry.<br>
+
+147. RUBENS, Entrée d'Henri IV à Paris.<br>
+
+
+<b>Salles XI et XII</b>.<br>
+
+BRONZES ANTIQUES<br>
+
+424. Idolino.<br>
+
+148. DESIDERIO DA SETTIGNANO, Base de l'Idolino.<br>
+
+
+<b>Salles des dessins</b></p>
+
+
+<p><b>PALAIS PITTI</b><br>
+
+
+<b>Salle de l'Iliade</b><br>
+
+201. TITIEN, le Cardinal Hippolyte de Médicis.<br>
+
+219. PÉRUGIN, Vierge et Enfant.<br>
+
+185. TITIEN, le Concert.<br>
+
+207. RIDOLFO GHIRLANDAJO, l'Orfèvre.<br>
+
+208. FRA BARTOLOMMEO, Vierge trônant.<br>
+
+
+<b>Salle de Saturne</b><br>
+
+178. RAPHAEL, Madone du grand-duc.<br>
+
+174. RAPHAEL, Vision d'Ézéchiel.<br>
+
+164. PÉRUGIN, Déposition.<br>
+
+159. FRA BARTOLOMMEO, Résurrection.<br>
+
+151. RAPHAEL, Vierge à la chaise.<br>
+
+190. SUSTERMANS, Portrait de Frédéric II de Danemark.<br>
+
+113. MICHEL-ANGE, les Parques.<br>
+
+
+<b>Salle de Mars</b><br>
+
+94. RAPHAEL, Madonna dell'Impannata.<br>
+
+92. TITIEN, portrait d'homme.<br>
+
+86. RUBENS, les Conséquences de la guerre.<br>
+
+85. RUBENS, les Quatre Philosophes.<br>
+
+82. VAN DYCK. Le cardinal Bentivoglio.<br>
+
+
+<b>Salle d'Apollon</b><br>
+
+67. TITIEN, la Madeleine.<br>
+
+64. FRA BARTOLOMMEO, La Déposition.<br>
+
+61. RAPHAEL, Portrait d'Angiolo Doni.<br>
+
+59. RAPHAEL, Madeleine Doni.<br>
+
+58. A. DEL SARTO, Déposition.<br>
+
+54. TITIEN, Pierre Arétin.<br>
+
+63. RAPHAEL, Léon X et les cardinaux Rossi et de Médicis.<br>
+
+
+<b>Salle de Vénus</b><br>
+
+18. TITIEN, la Belle.<br>
+
+3. TINTORET, Vénus, Vulcain et l'Amour.<br>
+
+
+<b>Salle de Prométhée</b>.<br>
+
+372. A. DEL CASTAGNO, portrait d'homme.<br>
+
+373. P. POLLAJUOLO, saint Sébastien.<br>
+
+353. BOTTICELLI, la Belle Simonetta.<br>
+
+347. FILIPPINO LIPPI, Sainte Famille.<br>
+
+343. FRA FILIPPO LIPPI. La Vierge, l'Enfant.</p>
+
+
+
+<p><b>PALAIS PITTI</b>, const. BRUNELLESCHI. Grande cour Bart. AMMANATI.
+<br>
+APPARTEMENTS<br>
+ARGENTERIE<br>
+<b>Jardins Boboli</b>. Dessinés par TRIBOLO et BUONTALENTI.<br>
+Grotte. Quatre statues, par MICHEL-ANGE. Hercule par Michel-Ange.<br>
+(Île). Groupe de JEAN DE BOLOGNE. Statue de l'Océan, par JEAN DE BOLOGNE.</p>
+
+
+<p><b>INSTITUT PHILHARMONIQUE</b>. GIOTTINO, fresque Expulsion du duc
+d'Athènes.</p>
+
+
+<p><b>LOGGIA DE LANZI</b>, constr. goth. d'ORCAGNA. Médaillons des Vertus,
+SIMONE TALENTI.<br>
+Persée: BENV. CELLINI.<br>
+Judith et Holopherne. DONATELLO.<br>
+Enlèvement des Sabines, JEAN DE BOLOGNE.<br>
+Hercule et Nessus, JEAN DE BOLOGNE.</p>
+
+
+<p><b>MAISON DES CARDEURS DE LAINE</b>.</p>
+
+
+<p><b>PALAIS ANTINORI</b>, constr. SANGALLO.</p>
+
+
+<p><b>MAISON DE BIANCA CAPELLO</b>.</p>
+
+
+<p><b>PALAIS CORSINI</b>.<br>
+GALERIE<br>
+BOTTICELLI, Vierge.<br>
+FILIPPINO, Vierge et Enfant.<br>
+MEMLING, portrait d'homme.<br>
+SIGNORELLI, Vierge et Saints.<br>
+
+<b>PALAIS MARTELLI</b>. Armoiries dans l'escalier et statues de David, et
+de saint Jean-Baptiste, par DONATELLO.<br>
+En face du Palais, MINO DA FIESOLE, tabernacle.</p>
+
+<p><b>PALAIS QUARATESI</b>, constr. BRUNELLESCHI. Plafond, armoiries des
+Pazzi et des Quaratesi, LUCA DELLA ROBBIA.9</p>
+
+
+<p><b>PALAIS RICCARDI</b>, constr. MICHELOZZO.<br>
+Cour, Médaillons en relief, DONATELLO.<br>
+Galerie, plafond, L. GIORDANO.<br>
+<b>Chapelle</b>: Fresques de BENOZZO GOZZOLI, Cortège des rois Mages
+allant à Bethléem.</p>
+
+
+<p><b>PALAIS RUCELLAI</b>, constr. L.-B. ALBERTI.</p>
+
+
+<p><b>PALAIS STROZZI</b>, constr., par BENEDETTO DA MAJANO. Lanternes par
+CAPARRA.<br>
+<b>PALAIS SPINI</b>.<br>
+<b>PALAIS VIEUX</b>, constr. goth.</p>
+
+<p>ARNOLFO DI CAMBIO. Constr. intérieure, VASARI.<br>
+Cour, MICHELOZZO. Stucages, M. DA FAENZA.<br>
+Fontaine. Enfant au Dauphin, VERROCCHIO.<br>
+<b>Intérieur</b>.<br>
+PREMIER ÉTAGE, encadrement de porte, TEDESCO.<br>
+<b>Grande Salle</b>, constr. et fresques, VASARI.<br>
+<b>Salle de l'Horloge</b>.<br>
+D. GHIRLANDAJO, Saint Zenobe, fresques.<br>
+<b>Salle d'audience</b>, encadrement et porte, BEN. DA MAJANO. Plafond.<br>
+DEUXIÈME ÉTAGE<br>
+<b>Salle des Lys</b>, porte de BENED. et de JULES DE MAJANO. Plafond.<br>
+Fresques de RID. GHIRLANDAJO<br>
+<b>Chapelle Saint-Bernard</b>. Peintures de RID. GHIRLANDAJO.<br>
+
+
+<p><b>PLACE DE L'ANNUNZIATA</b>.<br>
+Statue équestre de Cosme I, JEAN DE BOLOGNE.<br>
+
+
+<p><b>PLACE SANTA CROCE</b>.<br>
+
+
+<p><b>PLACE DU DOME</b>. Colonne Saint-Zénobe.<br>
+
+
+<p><b>PLACE SAINTE-MARIE NOUVELLE</b>. Obélisques.</p>
+
+<p><b>PLACE DE LA SEIGNEURIE</b><br>
+Groupe d'Hercule et de Cacus, par BANDINELLI.<br>
+Statue équestre de Cosme I, par JEAN DE BOLOGNE.</p>
+
+
+<p><b>PONTE ALLA CARRAJA</b>.</p>
+
+
+<p><b>PONTE SANTA TRINITA</b>.</p>
+
+
+<p><b>PONTE VECCHIO</b>.</p>
+
+<p><b>PORTES</b>.<br>
+<b>ENVIRONS DE FLORENCE</b></p>
+
+
+<p><b>SAN ANSANO DE FIESOLE</b>.<br>
+BOTTICELLI: Quatre Triomphes.<br>
+LUCA DELLA ROBBIA:<br>
+ANDREA et JEAN DELLA ROBBIA: Multiples œuvres.</p>
+
+<p><b>BADIA DE FIESOLE</b>.<br>
+Constr. romane, parties ajoutées, par BRUNELLESCHI; Décorations
+intérieures, DESIDERIO DA SETTIGNANO; Fontaines, par BRUNELLESCHI.
+Lavabo, MINO DA FIESOLE.<br>
+Église, par BRUNELLESCHI.</p>
+
+
+<p><b>BELLO SGUARDO</b>.<br>
+Villa, MICHELOZZO.</p>
+
+
+<p><b>BROZZI</b>.<br>
+Palais.</p>
+
+
+<p><b>VILLA DI CASTELLO</b>.<br>
+Jardins, dessinés par TRIBOLO<br>
+Fontaine, par TRIBOLO.<br>
+Grotte, animaux, par JEAN DE BOLOGNE.</p>
+
+<p><b>CARREGGI</b>, constr.: MICHELOZZO.<br>
+Jardins.</p>
+
+
+<p><b>DOCCIA</b>.</p>
+
+
+<p>LORENZO DI CREDI, Baptême du Christ.<br>
+PERRUCCI, Christ sculpté en bois.</p>
+
+
+<p><b>SAN DONINO</b>.</p>
+
+
+<p><b>CHARTREUSE D'EMA</b>.<br>
+<b>Église. Intérieur</b>:<br>
+Chapelle Sainte-Marie, ORCAGNA.<br>
+<b>Chapelle sépulcrale</b>: Acciajuoli.<br>
+Tombeau de Nicolas Acciajuoli, par DONATELLO.<br>
+Tombeau du grand Sénéchal.<br>
+Acciajuoli, Orcagna.<br>
+Plaques tombales, ÉCOLE D'ORCAGNA.<br>
+<b>Chiostrino</b>.<br>
+<b>Colloquio</b>: Vitraux, par JEAN D'UDINE.<br>
+<b>Réfectoire</b>: Porte, LUCA DELLA ROBBIA, Saint Laurent.<br>
+<b>Chapelle du Chapitre</b>:<br>
+Tombeau de Leonardo Buonafede, par SANGALLO ALBERTINELLI, Crucifixion.<br>
+Grand cloître.<br>
+Dessin du grand puits, MICHEL-ANGE.</p>
+
+
+<p><b>FIESOLE</b>.</p>
+
+<p><b>Dôme</b>: constr. romane.<br>
+<b>Intérieur </b>: Tabernacle, FERRUCCI.<br>
+<b>Chapelle Salutati</b>:<br>
+Tombeau de Salutati et retable, MINO DA FIESOLE.</p>
+
+
+<p><b>THÉÂTRE ANTIQUE</b>.</p>
+
+
+<p><b>PALAZZO PRETORIO</b>, musée.</p>
+
+
+<p><b>ÉG. SANTA MARIA PRIMERANA</b>.<br>
+LUCA DELLA ROBBIA, Crucifixion.</p>
+
+
+<p><b>SAN FRANCESCO DI PAOLO</b>.<br>
+Tombeau de Federighi, par LUCA DELLA ROBBIA.</p>
+
+
+<p><b>SAN GIOVANNI DELLA CALZA</b>.<br>
+PÉRUGIN, Crucifixion.</p>
+
+
+<p><b>GALUZZO</b>.<br>
+Place de l'Hôtel de Ville.</p>
+
+<p><b>SAN MINIATO AL MONTE</b>, constr. romane: Façade classique.<br>
+Pavé.<br>
+Intérieur.<br>
+Crypte.<br>
+Autel, MICHELOZZO. Intérieur, LUCA DELLA ROBBIA.<br>
+Mosaïques, chœur.<br>
+Ambon.<br>
+Stalles, par GAJUOLE.<br>
+Chapelle San Giacomo, constr. ROSSELLINO; décoration, A. POLLAFUOLO et
+DELLA ROBBIA BALDOVINETTI, fresque, l'Annonciation.<br>
+<b>Sacristie</b>:<br>
+SPINELLO ARETINO, Fresques de l'histoire de saint Benoît.</p>
+
+
+<p><b>PERETOLA</b>.</p>
+
+
+<p><b>PETRAJA</b>. constr. BUONTALENTI.<br>
+Fontaine de TRIBOLO.<br>
+Baigneuse de la fontaine, JEAN BOLOGNE.<br>
+<b>Intérieur</b>:<br>
+DANIEL DE VOLTERRE, fresques.</p>
+
+
+<p><b>PLACE MICHEL-ANGE</b>.<br>
+Monument de MICHEL-ANGE.</p>
+
+
+<p>POGGIO A CAJANO, constr. SAN GALLO.<br>
+<b>Intérieur</b>:<br>
+Chambre de BIANCA CAPELLO, escalier, cheminée.<br>
+Salle de Théâtre.<br>
+Grande galerie, plafond.<br>
+AND. DEL SARTO, le Tribut à César.<br>
+Festin de Scipion et de Syphax.</p>
+
+<p><b>POGGIO IMPERIALE</b>.</p>
+
+<p><b>SAN SALVATORE AL MONTE</b>, constr. du CRONACA.<br>
+Groupe polychrome de JEAN DELLA ROBBIA.<br>
+Réfectoire.</p>
+
+
+<p><b>SAN SALVI</b>.<br>
+A. DEL SARTO, Cène, fresques de moine.</p>
+
+<p><b>SAN STEFANO IN PANE</b>.<br>
+Retable de JEAN DELLA ROBBIA.</p>
+
+
+<p><b>VINCIGLIATA</b>.</p>
+
+
+
+
+
+
+
+
+
+<pre>
+
+
+
+
+
+End of the Project Gutenberg EBook of Florence historique, monumentale,
+artistique, by Marcel Niké
+
+*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK FLORENCE HISTORIQUE ***
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+
+Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
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+including obsolete, old, middle-aged and new computers. It exists
+because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
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+Volunteers and financial support to provide volunteers with the
+assistance they need, is critical to reaching Project Gutenberg-tm's
+goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
+remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
+Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
+and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
+To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
+and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
+and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.
+
+
+Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive
+Foundation
+
+The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
+501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
+state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
+Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
+number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at
+http://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
+permitted by U.S. federal laws and your state's laws.
+
+The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
+Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
+throughout numerous locations. Its business office is located at
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+business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact
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+Literary Archive Foundation
+
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+donations. To donate, please visit: http://pglaf.org/donate
+
+
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+works.
+
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+
+
+Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
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+unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily
+keep eBooks in compliance with any particular paper edition.
+
+
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+
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+
+This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
+including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
+Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
+subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.
+
+
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Binary files differ
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Binary files differ
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Binary files differ
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Binary files differ
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Binary files differ
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Binary files differ
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Binary files differ
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Binary files differ
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Binary files differ
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Binary files differ
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Binary files differ
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Binary files differ